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Full text of "Bulletin de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts du département de Seine-et-Marne"

BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE 

SCIENCES, LETTRES ET ARTS 
DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE. 



A Meaux, chez liE BliOIVDEIi, libraire de la Société. 



A Paris, chez Auguste AUBRY, 16, rue Dauphine. 



A Melun, chez M""^ V<= THUVIEN, libraire. 

A CouLOMMiERS, chcz BRODARD, libraire. 

A Fontainebleau, chez LACODRE, libraire. 

A Provins, chez LE HÉRICIIÉ, imprimeur-libraire. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE 



■,-;-^'& Kê^^ch 



SCIENCES, LETTRES ET ARTS 

DU DÉPARTEiMENT DE SEINE-ET-MARNE 

Fondée à MELUN, le 16 mai 1864 




TROISIEME AIVIVEE 



COf 




MEAUX 



TYPOGRAPHIE DE J. CARRO 

l.tlIPniMBlJR DU BlILLETlrV OU LA KOl'IRTK 



1866 



SOCIETE D'ARCHÉOLOGIE 

SCIENCES, LETTRES ET ARTS DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE 



COMPOSITION DES BUREAUX POUR 1866 ET 1867. 



BUREAU CENTRAL. 

Présid' de la Société : M. Ad. Le Doulcet M'' de Pontécoulant. 
Vice-Président de la Société : M. A. Carro. 
Vice-Président honoraire : M. F. Bourquelot. 
Secrétaire-général : M. Th. Lhuillier. 
Trésorier général : M. Courtois. 
Archiviste de la Société : M. Lemaire. 

COMITÉ CENTRAL 

{Composé de MM. les Présidents et des délégués des Sections, il se réunit sur la 
convocation du Président toutes les fois que le besoin l'exige) 

MEMBRES DU COMITÉ. 

MM. Ad. Le Doulcet M'' de Pontécoulant. — A. Carro. — 
A. Dauvergne. — J. David. — LeV'-'' de Ponton d'Amécourt. 

— F. Lajoye. — Le C" B. d'Hargourt. — Courtois. — Le- 
maire. — Lhuillier. — Bavard. — Thibault. — de Colombel. 

— PoYEz. — F. Bourquelot. 

COMMISSION DES FINANCES 

{Réunion semestrielle au domicile du Trésorier général) 

MM. Eymard. — Cauthion. — de Corny. 

COMMISSION DU BULLETIN 

MM. le G"' de Champagny. — Brunet de Presle. — Le V'^ de 
Ponton d'Amécourt. — Le C"= de Fontaine de Resbecq. — 
Le C'° de Circourt. 



— VI 



BUREAUX DES SECTIONS. 

SECTION DE COULOMMIERS 

(Réunion trimestrielle de la Section, sur convocation de son Président). 

Président: M.Anatole Dauvergne. — Vice-Président: M. Prê- 
chez. — Délégué : M. A. Bayard. — 1" Secrétaire-Trésorier : 
M. F. Ogier de Baulny. — 2' Secrétaire : M. P. Lefèvre. 

SECTION DE FONTAINEBLEAU 

{La Section se réunit mensuellement le dernier lundi du mois.) 

Président: M. J. David. — 1" Vice-Président : M. A. Tabouret. 
— 2" Vice-Président : M. Gauthion. — Délégué : M. Thibault. 
1" Secrétaire : M. Gaultron. — 2* Secrétaire : M. Maxime 
Beauvillers. — Archiviste : M. Ghennevière. — Tréso- 
rier : N. 

SECTION DE MEAUX 

{Réunion tous les deux mois, le premier lundi du mois) 

Président : M. le V'^ de Ponton d'Amécourt. — Vice-Président : 
M. l'abbé Denis. — Délégué : M. de Golombel. — Secrétaire : 
M. l'abbé Petithomme. — Archiviste : M. Lefebvre-Thié- 
bault. — Trésorier : M. Le Blondel. 

SECTION DE MELUN 

{Réunion mensuelle, le premier dimanche de chaque mois) 

Président : M. F. Lajoye. — Vice-Président : M. Labiche. — 
Délégué : M. Poyez. — 1" Secrétaire : M. G. Leroy. — 2° Se- 
crétaire : M. Lhuillier. — Trésorier : M. Gourtois. 

SECTION DE PROVINS 

{Réunion tous les trois mois, sur convocation de son Président) 

Président : M. le G'" B. d'Harcourt. — Vice-Président : M. J. 
Michelin. — Délégué: M. F. Bourquelot. — Archivislc- 
Gonservateur : M. E. Bourquelot. — Secrétaire-Trésorier : 
M. Aug. Lenoir. 



— VII — 



LISTE ALPHABÉTIQUE 



DES 



MEMRES DE LA SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE 

SCIENCES, LETTRES ET AUTS. 



Messieurs (1) 

F Armaillé (comte d'), propriétaire, au château de La Rivière, 
commune de Thomery; à Paris, rue de la Pépinière, 104. 

P Arnoul (Auguste), propriétaire, à Maison-Rouge. 

M Auberge (Victor), propriétaire, h Melun. 

M Aude, conseiller d'arrondissement, maire, à Chaumes, ou à 
Paris, rue Duphot, 15. 

Mx Avène de Fontaine (baron d'), maire de Yillemareuil, pré- 
sident de la Société d'horticulture de Meaux, au château 
de Brinches, par Trilport (Seine-et-Marne); à Paris, rue 
Notre-Dame-de-Grâce, 5. 

G Avène de Fontaine (le vicomte d') propriétaire, à Gou- 
lommiers. 

M Ballu, docteur en médecine, secrétaire de la Société d'agri- 
culture, à Melun. 

M Bancel fils, docteur en médecine, à Melun. 

G Barbier (L.), conservateur et administrateur de la Bi- 
bliothèque du Louvre, à Paris, boulevard Saint-Michel, 95. 

F 'Bardot, chef d'institution, à Nemours. 

M Bareiller (P.), propriétaire, ù, Boissise-le-Roi, par Pon- 
thierry. 

Mx Barigny (Arsène), architecte, à Meaux. 

F Baude, propriétaire, à Fontainebleau, et à Paris, 15, place 
de la Madeleine. 

G Baulny (Fernand Ogier de), propriétaire, à Coulommiers. 

G Baulny (Gaston Ogier de), propriétaire, h Coulommiers, et 
à Paris, rue Gasimir-Périer, 2. 

(1) Les lettres qui précédent les noms indiquent les sections dont les membres 
font partie. G, Coulommiers; F, Fontainebleau; Mx, Meaui; M, Melun; P, Provins. 



— VIII — 

G Bayard (Adolphe), maire de Maisoncelles, par Grécy (Seine- 
et-Marne), et h Paris, rue Neuve-des-Mathurins, 108. 

M Beauverger (le baron de), député de Seine-et-Marne au 
Corps législatif, membre du Conseil général, à Chevry- 
Cossigny, par Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), et à 
Paris, rue Saint-Georges, "2 bis. 

F Beauvillieus (Maxime), membre de plusieurs Sociétés sa- 
vantes, à Fontainebleau. 

Mx Bécheret, curé de Monthyon, par Meaux. 

F Bellom, ingénieur des ponts et chaussées et conseiller mu- 
nicipal, à Fontainebleau. 

M Bernardin (Camille), secrétaire-général des Sociétés d'horti- 
culture de Goulommiers, Melun-Fontainebleau, avocat, h 
Brie-Comte-Robert. 

M Béthisy (marquis de), ancien pair de France, maire de 
Mormant, rue de l'Université, 53, à Paris, et au château 
de Bressoy, par Mormant (Seine-et-Marne). 

P. Béville (le général baron Yvelin de), aide-de-camp de 
l'Empereur , membre du Conseil général de Seine-et- 
Marne, à Cerneux et à Paris, rue de la Pépinière, 73. 

P Blanc, notaire, maire de Bray-sur-Seine. 

Mx Blavette (de), au château de Montceaux, par Trilport, et ù 
Paris, 32, rue Bellechasse. 

F Blondeau, notaire, membre du conseil d'arrondissement, à 
Voulx, canton de Lorroz-Ie-Bocage. 

M Blot, artiste sculpteur, membre de plusieurs Sociétés sa- 
vantes, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). 

P BoBY de la Chapelle, ancien préfet, membre du Conseil 
général, fi Provins. 

M Bonnel'il (le comte de), membre de la Société française d'Ar- 
chéologie, au château de Montjay, commune de Bombon, 
par Mormant et à Paris, rue SainL-Guillaume, 3J. 

G Bouilli': (le comte de), propriétaire, au château de Uam- 
martin-sur-Tigeaux, par Mortcerf. 

F BouiLLY, juge d'instruction, à Fontainebleau. 

P BouRGEAT, avoué honoraire, maire de Provins. 

Mx Bourgeois, h La Ferté-sous-.Jouarro. 

F Bourges (Ernest), imprimeur, à Fontainebleau. 

P BouHQUELOT ( Félix ) , professeur h l'École des Chartes, 
membre do la Société des Antiquaires de France, membre 
du Comité des travaux historiques et des Sociétés savantes 



— IX — 

au ministère de l'instruction publique; h Paris, rue du 
Helder, 12, et à Provins. 

P BouRQUELOT (Emile), adjoint au maire et bibliothécaire de 
la ville, à Provins. 

F Bouthillier-Chavigny (V^ de), président du tribunal de 
Fontainebleau. 

P Breville (Onfroy de), sous-préfet à Provins. 

G Bruère, ingénieur civil, à Goulommiers, et à Signy-le-Grand 
(Ardennes). 

P Brl'net de Presle, membre de l'Institut, professeur à 
l'École des Langues orientales, à Paris, rue des Saints- 
Pères, 61, et à Parouzeau, commune de Vimpelles, par 
Donncmarie (Seine-et-Marne). 

Mx Burdel, ancien notaire, à Lagny. 

P Burin, instituteur, à Saint-Just, par Nangis. 

G Garbonnier, Juge d'instruction h Goulommiers et proprié- 
taire, au château du Rû à Aulnoy. 

Mx Garro (A.), bibliothécaire de la ville de Meaux, corres- 
pondant du ministère de l'instruction publique pour les 
travaux historiques et de la Société des Antiquaires de 
France, à Meaux. 

Mx Garro (Jules), imprimeur, à Meaux. 

P Gattet, propriétaire, à Provins. 

F Gauthion, avoué, adjoint au maire, à Fontainebleau. 

Mx Gavé, propriétaire, au château de Gondé-Sainte-Libiaire, par 
Gouilly. 

P Gave (Honoré), fondé de pouvoirs de la Recette particulière 
de Provins. 

Mx Gère (P.), ancien préfet, directeur de la colonie de Mon- 
tevrain, à Montevrain, par Lagny; à Paris, rue de Riche- 
lieu, 79. 

M Ghampagny (le comte de), à Trois-Moulins, par Melun, et à 
Paris, rue Saint-Dominique, 46. 

M Ghapu (Henri), artiste sculpteur, 1" grand Prix de Rome, 
à Paris, rue Saint-Germain-des-Prés, 13. 

G Charnacé (baron Paul de), conseiller à la Gour impériale de 
Paris, rueGharles V, 15, et au château d' Aulnoy, par Gou- 
lommiers. 

Mx Charriou, instituteur, à Monthyon. 

Mx Chasles (Philarète), professeur au Collège de France, à 
Isles-les-Villenoy; à Paris, à la bibliothèque Mazarine. 



— X — 

P Chaubard, docteur en médecine, président de l'Association 
médicale de l'arrondissement de Provins, à Donnemarie. 

C Chemin, maire, à Saints, par Coulommiers. 

F Chexnevière, bibliothécaire de la ville, h Fontainebleau. 

Mx GiNOT (Amynthe), propriétaire, au Faubourg, commune de 
Saint-Martin-les-Voulangis, par Grécy. 

F CiRGOURT (comte Arthur de), propriétaire, à Fontainebleau ; 
à Paris, rue Godot de Mauroy, 33. 

F Claverie, membre du conseil d'arrondissement, à Fontai- 
nebleau . 

Mx Cochet, imprimeur-libraire, à Meaux. 

Mx CoLOMBEL (A. de), membre du conseil d'arrondissement, h 
Annet-sur-Marne, par Glaye-Souilly. 

Mx CoNTESSE, propriélaire, à Villenoy, par Meaux; à Paris, rue 
Saintonge, 61. 

F CoRNY (Ethis de), receveur particulier des finances, à Fon- 
tainebleau. 

M GosTEAU, notaire, à Melun. 

M GoTELLE (Amant), artiste peintre, à Melun. 

G Gourgy (le comte de), conseiller-général, maire de Nesles, au 
château de La Fortelle, par Rozoy; à Paris, rue Gasimir- 
Périer, 25. 

M Courtois, adjoint au maire, directeur-fondateur du Musée, 
à Melun. 

G Grévot, notaire et maire, à La Ferté-Gaucher. 

M Damour (Léon), attaché au Cabinet du Ministre de l'inté- 
rieur, à Paris, rue La Bruyère, 8. 

M Dardenne fils, avocat, à Melun. 

M Darnay, photographe, h Melun. 

G Uauvergne (Anatole), peintre d'histoire. Officier d'académie, 
membre non résidant du Comité impérial des travaux 
historiques et des Sociétés savantes, conservateur honoraire 
de la bibliothèque de Coulommiers, à Coulommiers. 

F David (Etienne), ancien ministre plénipotentiaire, membre de 
la Société franc. d'Archéologie, à Paris, rue de l'Oratoire, 7. 

P David (Jules), inspecteur des ports, à Fontainebleau. 

Mx Dkcoeur, propriétaire, à Lagny. 

M Decouude, artiste peintre, à Melun. • 

M Df;GOUT (l'abbé J.), aumônier de l'Hôtel-Dicu, à Melun. 

M DicLAGOURTiE, ancien avoué, conseiller d'arrondissement, à 
la Planche, commune de Perthes, par Ghailly-en-Bière. 

6' 



— XI — 

F Delacroix-Frainville, propr., à Bois-le-Roi, près Melun. 
M Delaforge (l'abbc E.), desservant la commune de Perthes, 

par Chailly-en-Bière (Seine-et-Marne). 
C De La Tasse, propriétaire, maire de Faremoutier, canton de 

Rozoy. 
C Delbet (Ernest), docteur en médecine, à La Ferté-Gaucher, 
C Delbet (Jules), docteur en médecine, à Paris, 5, rue des 

Beaux-Arts. 
P Delettre, propriétaire, à Donnemarie-en-Montois. 
P Delondre (Paul), maire de La Ghapelle-Saint-Sulpice, par 

Provins. 
F Demarsy , archiviste-paléographe , membre de la Société 

française d'Archéologie, conservateur du Musée de Gom- 

piègne, à Compiègne; à Paris, rue de Tournon, 12. 
F Denecourt, propriétaire, à Fontainebleau. 
Mx Denis (l'abbé F. -A.), chanoine de la cathédrale à Meaux. 
M Despatys (Octave), vice-président du tribunal civil, à Melun. 
G Despommiers (Pierre), membre du Gonseil général, à Gou- 

lommiers; à Paris, rue St-Dominique-St-Germain, 55. 
M Desprez (Ed.), docteur en droit, à Melun. 
F Domet, sous-inspecteur des domaines et des forêts de la 

Gouronne, à Fontainebleau. 
M DoRLiN, licencié ès-sciences, chef d'institution, à Melun. 
F DoRLY, propriétaire à Fontainebleau, et à Paris, boulevard 

Beaumarchais, 70. 
F DoRVET, secrétaire de la sous-préfecture, à Fontainebleau. 
G DouMERG (Auguste), directeur de la papeterie du Marais, par 

La Ferté-Gaucher. 
M Drouyn DE LHUYs(Son Exe), sénateur, ministre des Affaires 

étrangères, à Paris, au Ministère des Affaires étrangères. 
F Dufay (Auguste), membre du conseil d'arrondissement, 

maire de Souppes. 
Mx Dufràigne, docteur en médecine, à Meaux. 
F Dumesnil (Edouard), propriétaire, à Nemours. 
F Dupont-White, économiste, à Paris, rue d'Angoulême- 

Saint-Honoré, 11. 
P DuRVELLE, curé de Vimpelle, par Donneraarie. 
M Dussouy, inspecteur d'académie, à Annecy (Haute-Savoie). 
F Elias, colonel, commandant militaire en second du palais de 

Fontainebleau. 



— XII — 

M Erceville (le comte Gabriel d"), membre de la Société fran- 
çaise d'archéologie, maire de Machault au château de Gha- 
puis, par Le Ghâtelet-en-Brie, et à Paris, rue de Grenelle- 
Saint-Germain, 11. 

F Erceville (comte Ernest d'), maire de Vuîaines-sur-Seine, 
par Fontainebleau , et à Paris, rue Sainte-Catherine- 
d'Enfer, 1. 

Mx EscuDiER (Léon), propriétaire à Villenoy, par Mcaux, et à 
Paris, rue de Choiseul, 21. 

M Eymard, chef de division à la Préfecture de Seine-et-Marne, 
à Melun. 

M FiCHOT, dessinateur, membre de plusieurs Sociétés savantes, 
à Melun, et à Paris, 39, rue de Sèvres. 

G Flamand, propriétaire, à Rebais. 

P Fleurnoy, curé-doyen de Donnemarie. 

M Fontaine (de Melun), avocat à la Cour impériale de Paris, 
rue des Deux-Portes, 1. 

M Forgemol, docteur en médecine, à Tournan. 

F Fourneret, docteur en médecine, à Fontainebleau. 

M FouRNiALS, Officier de l'instruction publique, principal du 
Gollége, à Melun. 

P Fourtier (Alphonse), chef de bureau au ministère des 
finances, à Paris, rue de Berlin. 

M Fraguier (le marquis de), maire du Mée, au château du Mée, 
par Melun. 

P Fresne (de), au château de la Boulaye, commune de Glos- 
Fontaine, par Nangis, et à Paris, rue Bellechasse, 15. 

M Fréteau de Pény (Héracle), maire de Vaux-le-Pénil , à 
Vaux-le-Pénil, par Melun, ou à Paris rue Neuve-des-Ma- 
thurins, 24. 

M Fréteau de Pény (le baron) , conseiller référendaire hono- 
raire à la Cour des Comptes, à Vaux-le-Pénil, par Melun, 
et à Paris, rue de Verneuil, -47. 

M Fuser (Jules), licencié en droit, à Melun. 

M Gabry, manufacturier, aux Fourneaux, par Melun. 

F Garceau, ingénieur de la navigation, à Melun. 

M Gareau (Eugène) , ancien député , membre du Conseil-géné- 
ral, à Paris, rue Duphot, 1-4. 

M Gassies, artiste-peintre, à Barbizon (Chailly-en-Bière). 

M Gaucher instituteur-archiviste, à Champdouil, par Guignes. 

M Gaudard, premier adjoint au maire de McIun. 



— XIII — 

F Gaultron (Hippolyte), propriétaire à Fontainebleau, et à 
Paris, passage Saulnier, 1. 

F Gaultry (Paul), notaire à Fontainebleau. 

M GiLLET DE Kerveguen (Henri), docteur en médecine, à Melun. 

F GiLLET DE Kerveguen (l'abbé) , aumônier de l'hospice , h 
Fontainebleau. 

Mx GiLQuiN, négociant en meules, à La Ferté-sous-Jouarre. 

Mx GiNOux de Lacoche (de), conservateur dos hypothèques, prési- 
dent de la Société musicale et YittévaireV Orphéon, àMeaux. 

M GoDiN (Auguste), fabricant d'ébénisterie artistique, à Paris , 
rue de Harlay (au Marais), 7. 

M GoDiN (Eugène), sculpteur, h Paris, rue Lallier, 6. 

F GoLDSCHMiDT, astrouome et peintre, à Fontainebleau. 

M Goujon, curé de Ghampeaux, par Guignes-Rabutin. 

F GuÉRiN, maire de la ville de Fontainebleau, membre du 
Conseil général, à Fontainebleau, et à Paris, rue Laroche- 
foucault, 6-i. 

F GuiBOURG, sous-préfet, à Fontainebleau. 

Mx GuiLLON des Brûlons, propriétaire, à Lagny. 

P Harcourt (comte Bernard d') , ancien ministre plénipoten- 
tiaire, à Melz, par Nogent-sur-Seine (Aube), o , rue Van- 
neau, à Paris. 

P Haussonville (le comte d'), ancien député , à Gurcy-le-Cha- 
tel, par Donnemarie (Seine-et-Marne) , et à Paris, rue Saint- 
Dominique , 101. 

P Haut (Marc de), avocat, président de la Société d'Agriculture 
de Provins, président du Comice agricole de l'arrondisse- 
ment, à Sigy; à Paris, rue de Grenelle-Saint-Germain, 26. 

M Hautôme, officier de l'instruction publique, inspecteur de 
l'Académie de Paris, à Melun. 

M Hennecart, maire de Tournan, ou à Paris, rue de l'Univer- 
sité, 69. 

M Hérisé, imprimeur, à Melun, 

G Hoffmann , docteur en médecine, propriétaire du domaine 
de Courdoux, à Courpalay. 

M Hottinguer, à Lésigny, par Brie-Comte-Robert, et à Paris, 
rue Lafitte, 17. 

C Huguenot (l'abbé), curé de Voinsles, par Rozôy. 

F Husson (le général), sénateur, à Fontainebleau. 

P Husson, propriétaire, à Preuilly, près Donnemarie, et à 
Paris, rue Saint-Honoré, 191. 



— XIV — 

F Jacquemin, fabricant de porcelaines d'art, à Fontainebleau; 

à Paris, rue Paradis-Poissonnière, 52. 
C JossEAU, député de Seine-et-Marne au Corps législatif, avocat 

à la Cour impériale de Paris, Président de la Société d'hor- 
ticulture de Goulommiers, maire de Mortcerf, canton de 

Rozoy, et à Paris, rueSt-Honoré, 245. 
M Kerchoff, professeur de langues vivantes, à Melun. 
M Labiche père, propriétaire, à Melun. 
Mx Labour, secrétaire particulier du Ministre de la Justice, 

maire de Saint-Pathus, canton de Dammartin, et à Paris, 

rue Taitbout, 9. 
M La Chavignerie (E. Bellier de), employé honoraire à la Bi- 
bliothèque impériale, 16, rue de Rennes, à Paris. 
Mx Lafontaine (Achille), à Lagny. 
F Lagatinerie (le baron de), commissaire général de la marine, 

propriétaire à Fontainebleau. 
M Laine (Victor), artiste peintre, à Barbizon, par Ghailly-en- 

Bierre. 
M Lajoye (Félix), maire, conseiller d'arrondissement, membre 

de la Société géologique de France^ à Saveteux, par Le 

Ghàtelet. 
Mx Larabit, sénateur, ancien député de l'Yonne, à Luzancy, par 

Saâcy (Seine-et-Marne), et à Paris, rue BellecUasse, 21. 
M Lassus Saint-Geniès (le baron de), préfet du département de 

Seine-et-Marne, à Melun. 
C Lasteyrie (le comte Jules de), propriétaire au château de La 

Grange-en-Brie (Gourpalay), par Rozoy; h Paris, rue 

d'Anjou-Saint-Honoré. 
M Latour, receveur municipal à Melun. 
F Laurencel (de), propriétaire à Fontainebleau. 
Mx Laurent, conducteur des ponts et chaussées, à La Ferté- 

Jouarre. 
M Laurent-Thomas, maire de Saint-Germain-lès-Gouilly. 
M Lavalette (Vicomte de), propriétaire et ancien rédacteur en 

chef de l'Écho du Moyide savant^ à Paris, quai des Géles- 

tins, 6,. 
F Lebeuf de Mongermont , membre du Gonseil général et 

maire de Montereau, à Montereau-Faut-Yonne, et i\ Paris, 

place Vendôme, 12. 
Mx Le Blondel, libraire à Meaux. 
M Le Brasseur, propriétaire à Melun. 



— XV — 

P Lebrun, sénateur, membre de l'Académie l'rançaise, à Pro- 
vins, et à Paris, rue de Beaune, d. 

F Lecat, ancien président du Tribunal de Commerce, conseiller 
d'arrondissement, adjoint au maire de Montereau-Faut- 
Yonne. 

M Léchopié (Hippolyte), ancien magistrat, à Ablon (Seinc-et- 
Oise), et à Paris, place de la Madeleine, 19. 

Mx Lefebvre-Thiébault, négociant à Meaux. 

C Lefèvre (P.), cultivateur aux Aulnois, commune de Saints. 

M Lefèvre, architecte, à Brie-Comte-Robert. 

M Leguay (Louis), architecte expert, membre de la Société d'An- 
thropologie de Paris et du Comité d'Archéologie de Sentis, 
président de la Société d'Archéologie parisienne, à Paris, 
rue de la Sainte-Chapelle, 3. 

P Le Hérighé, imprimeur à Provins. 

F LELom, artiste graveur, à Fontainebleau. 

C Leloup, architecte, à La Houssaye. 

M Leloutre (Eugène), rentier, à Melun. 

M LEMAmE, archiviste du département de Seine-et-Marne, à 
Melun. ■ 

P Lenoir (Auguste), conducteur des ponts-et-chaussées, chef de 
bureau, à Provins. 

P Lepage (Napoléon), avoué à Fontainebleau. 

P Lépinois (E. de), conservateur des hypothèques, à Clermont 
(Oise) , associé-correspondant de la Société des Antiquaires 
de France. 

M Leroy (Gabriel) , archiviste de la ville de Melun , correspon- 
dant de la Société archéologique de Sens, à Melun. 

Mx Le Roy, olficier d'académie, docteur en médecine, à Meaux. 

M Lhuillier (Théophile), secrétaire-greffier du Conseil de pré- 
fecture de Seine-et-Marne, à Melun. 

M Liabastres, directeur de la Maison centrale de détention, à 
Melun. 

C LiÉBERT (E.), archiviste; au château de La Grange-on-Brie 
(Courpalay), par Rozoy. 

G LiÉNART, ingénieur civil, à Mortcerf. canton de Rozoy. 

G LiÉNARD (Eug.), percepteur des contributions à Saint-Ouen- 
les-Rebais, par Rebais. 

F LiTZELMANN (Léou), professcur à Paris, Avenue d'Antin, 1. 

M LouvioT, photographe à Melun. 

F Maloisel, docteur en médecine, à Fontainebleau. 



— XVI — 

G Marc (Edmond), propriétaire, à Goulommiers. 
G Marceron, lieutenant de la gendarmerie, à Goulommiers. 
G Marigot, notaire, à Rozoy-en-Brie. 

F Marin-Darbel, propriétaire et conseiller municipal, à Fon- 
tainebleau. 
F Masson, juge suppléant à Fontainebleau. 
F Matignon, propriétaire, à Fontainebleau. 
Mx Maury (Alfred), membre de l'Institut, professeur au Collège 

de France, à Paris, au pavillon de l'Institut, rue de 

Seine, 1. 
G Maussion (Ludovic de), maire de Goulommiers. 
G Maussion (Anatole de), propriétaire à Coulommiors. 
P MicHAUD, conseiller d'arrondissement, à Provins, et rue de 

de Glichy, 9, à Paris. 
P Michelin (Jules), propriétaire à Provins. 
M Michelin (Henri), imprimeur, à Melun. 
Mx MoRLOT, architecte de la ville de Meaux. 
P MouLENQ, docteur en médecine, à Donnemarie. 
G MoussiN, imprimeur à Goulommiers. 

Mx Moustier (le comte Audéric de), membre du Conseil géné- 
ral, à La Ghapelle-sur-Crécy, par Crécy-en-Brie, et à Paris 

rue de Grenelle-Saint-Germain, 83. 
F Multigné, propriétaire, à Fontainebleau. 
G MuN (marquis de), propriétaire au château deliumigny, par 

Mortcerf, et à Paris, rue la Ville-l'Evèque, 27. 
F Neuflieux (de Mory comte de), inspecteur des domaines 

et des forets de la Couronne h Fontainebleau. 
M Neveux (le baron), ancien préfet, h Tilly-Saint-Fargeau, par 

Ponthierry. 
P NoAS (de), propriétaire au château do la Boullaye, commune 

de Clos- Fontaine, par Nangis, et à Paris, rue Royale-Saint- 

Honoré, 8. ' 
P Opoix (Félix), membre du Conseil général, ;\ Donnemarie. 
G OiiioLi, ancien sous-directeur de la papeterie du Marais, h 
F Ortmans, artiste peintre, à Fontainebleau. 

Pontcharrc (Isère). 
F Parvenchère, notaire, suppb'ant du juge de paix, à ]^]gre- 

ville. 
M Peiueu (J.-A.-N.), ex-médecin en chef de riiôtel impérial 

des Invalides, Président de la Société d'Anthropologie de 



— XVII — 

Paris, correspondant de l'Institut d'Egypte, etc., à Paris, 
rue de Grenelle-Saint-Germain, 22. 

Mx Petithomme (l'abbé), curé de Villenoy, près Meaux. 

Mx Plée (Henri), peintre-verrier, à Meaux. 

G Plessier (Victor), ancien notaire, propriétaire à La Ferté- 
Gaucher. 

F PoLiGNAC (Comte de), général, commandant militaire du 
palais de Fontainebleau. 

Mx PoNTÉcouLANT (Ad. Le Doulcet , marquIs de), officier d'a- 
cadémie, membre de plusieurs Sociétés savantes, rue de 
Paris, 170, à Vincennes. 

Mx Ponton d'Amécourt (le vicomte de), maire de Trilport, 
associé correspondant de la Société des Antiquaires de 
France, président de la Société française de Numismatique 
et d'Arctiéologie, président de la Société aérostatique, à 
Paris, 36 , rue de Lille. 

M Poyez, avoué, maire de la ville de Melun, membre du Conseil 
général, à Melun. 

C Preschez (Eugène) , ancien notaire, propriétaire, à Paris, 
rue du Mont-Thabor, 5, et à Coulommiers. 

P Presle, architecte de la ville, à Provins. 

M Prévost, secrétaire perpétuel de la Société d'Agriculture de 
Melun, bibliothécaire de la ville, à Melun. 

M Prieur, artiste peintre, à Barbizon, par Ghailly-en-Bière. 

P PuYO, curé-doyen de Villiers-Saint-Georges. 

M Quesvers fils, agréé à Montereau. 

F Ratier, magistrat honoraire, à Fay, près Nemours. 

G Resbecq (le comte Eugène de Fontaine de), sous-chef du ca- 
binet du Ministre de l'Instruction publique, membre de la 
Société française d'Archéologie , à Paris , passage Sta- 
nislas, 3, et à Coulommiers. 

F Riche, propriétaire, à Vulaines-sur-Seine, par Fontainebleau. 

Mx RiDAN, propriétaire, à Villenoy. 

M RoBLiN, pharmacien, à Brie-Comte-Robert. 

F RoNsiN, entrepreneur, membre du Conseil municipal, à Fon- 
tainebleau. 

F Rouillé d"Orfeuil (le comte), propriétaire, h Fontainebleau. 

M Roussel, docteur en médecine, à Paris, 26, rue des Fossés- 
Saint- Jacques. 

F Roux, notaire, à Nemours, 



— XVIII — 

M Roy, conducteur des ponts et chaussées, à Melun. 

F Saint-Marcel, artiste peintre, à Fcntainebleau. 

M Saint-Paul (P.-L. de), avocat, membre de la Société française 

d'Archéologie, à Rubelles, par Melun, et à Paris, rue 

d'Aguesseau, l. 
F Sambucy, propriétaire à Fontainebleau. 
Mx Savard fils , architecte, inspecteur diocésain, à Meaux. 
M ScHREUDER, Capitaine retraité des sapeurs-pompiers militaires 

de la ville de Paris ; président honoraire de la Société des 

anciens élèves de l'École impériale des Arts et Métiers, à 

Vaux-le-Pénil, par Melun. 
G Séguin, docteur en médecine, à La Ferté-Gaucher, et h Paris, 

rue de Seine, 68. 
F Ségur (comte Louis de), membre du Conseil général, à 

Lorrez-le-Bocage,et à Paris, rue de la Pépinière, 100. 
M Senèque, architecte du département de Seine-et-Marne, à 

Melun. 
M Sertier, adjoint au maire de Dammarie-les-Lys, par Melun, 
M SoLLiER, vérificateur des domaines à Melun. 
M SouGiT père, notaire honoraire, à Milly (Seine-el-Oise). 
F Tabouret, docteur en médecine, à Fontainebleau. 
P Teyssier des Farges, maire de Pecy, membre du Conseil 

d'arrondissement, au château de Beaulieu , commune de 

Pecy, par Jouy-le-Châtel, et à Paris, rue de Berlin, 14. 
P Teyssier des Farges (Georges), au château de Beaulieu, 

commune de Pecy, par Jouy-le-Ghâtel, et à Paris, rue de 

Berlin, 14. 
F Thibault, officier de l'instruction publique, propriétaire, à 

Fontainebleau. 
Mx Thiébaut (Adolphe), propriétaire au château de Brou, et à 

Paris, rue Paradis-Poissonnière, 26. 
Mx Torchet , inspecteur des Orphéons de Seine-et-Marne , à 

Meaux. 
Mx Torchet (l'abbé), curé de Chclles. 
M ToREL, médecin h Brie-comlc-Robert. 
M Trémisot, bibliothécaire-adjoint, à Melun. 
Mx Troublé, trésorier du bureau de Bienfaisance, à Meaux. 
M Valmer, (vicomte de). Président honoraire de la Société 

protectrice des animaux, maire h Fontaine-le-Port, par Le 

Châtelet, à Paris, rue Saint-Guillaume, 14. 
G VARENNEs(le marquis Eugène de Goddes de), propriétaire, à 



— XIX — 

Coulommiers, et à Paris, avenue de la Reinc-Horîcnse, 9. 

Mx Vernois, membre de l'Académie impériale de Médecine, 
médecin de S. M. l'Empereur, au château du Vivier, 
maire de la commune de Goutevroult, par Crécy, et à 
Paris, rue d'Isly, 17. 

Mx Véron (Léon), clerc de notaire, à Nanteuil-sur-Marne, par 
Saâcy. 

Mx Vesseron fds, architecte, à Meaux. 

M ViLLEMESSANT (H. de), homme de lettres, à Saint- Port, ar- 
rondissement de Melun, et à Paris, 21, boulevard Mont- 
martre. 



— XX — 



LISTE DES MEMBRES CORRESPONDANTS. 



Messieurs, 

Barthélémy (Anatole de), membre de la Société des Antiquaires 
^e France et de la Commission de Topographie des Gaules , à 
Paris, rue d'Anjou-Saint-Honoré , 9. 

Bertrand (Alexandre) , id. — à Paris, rue des Mathurins-Saint- 
Jacques, 11. 

Bréan, ingénieur, membre de plusieurs Sociétés savantes, à 
Gien (Loiret). 

Broca, professeur à l'école de médecine, secrétaire de la Société 
d'anthropologie, à Paris, 1, rue des Saints-Pères. 

Canéto, vicaire général du diocèse d'Auch, directeur de la revue 
archéologique de Gascogne. 

Gamusat DR Vauxgourdon, membre de la Société française d'Ar- 
chéologie et de la Société académique de l'Aube, à Troyes. 

Garlier (l'abbé), président de la Société archéologique de Sens. 

Gaumont (le vicomte de), membre correspondant de l'Institut, 
directeur de l'Institut de Provinces et de la Société française 
d'Archéologie , à Gaen. 

Ghabouillet, conservateur-directeur du cabinet des médailles à 
la Bibliothèque impériale , secrétaire du Gomité des travaux 
historiques, rue Boursault, n° 22, à Paris. 

Ghalle , président de la Société des Sciences do l'Yonne , à 
Auxerre. 

Gharma, secrétaire de la Société des Antiquaires de Normandie, 
à Gaen. 

Ghalvet, docteur-médecin, 25, rue des Gravilliers, Paris. 

Glairefond (Marins), ancien élève de l'école des Ghartos, négo- 
ciant, membre de plusieurs Sociétés savantes , à Moulins, et à 
Paris, chez M. Glairefond, 27, rue des Vieux-Augustins. 

Gochet (l'abbé), correspondant de l'Inslitut, membre; non rési- 
dant du Gomité des travaux historiques, inspecteur des monu- 
ments historiques de la Seine-Inférieure, correspondant de la 
Société des Antiquaires de France, etc., h Dieppe. 

Qotteau, Juge au tribunal d'Auxerre, membre de la Société des 



— XXI — 

sciences historiques de l'Yonne et de la Société française d'ar- 
chéologie. 

CouRMONT (H), directeur de l'administration des Beaux-Arts au 
ministère de la maison de l'Empereur, h Paris, rue de Berlin , 
n° 28, 

Dubois (A), chef de bureau ?i la mairie d'Amiens, membre de la 
Société d'émulation d'Abbcville, et à Paris, chez M. Grand- 
homme, 1 bis, rue Scribe. 

Du Mesnil, chef de division au Ministère de l'Instruction publique. 

Durand ( Hyppolite ) , architecte du 'gouvernement et des édi- 
fices diocésains, correspondant du ministère de l'Instruction 
publique, à Tarbes, et à Paris, chez M. Durand, avenue Vic- 
toria, 5. 

DuRUY (Son Ex. Victor), Ministre de l'Instruction publique. 

DuRUY (Anatole), chef du cabinet du Ministre de l'Instruction 
publique. 

DusEVEL, membre non résidant du Comité impérial des travaux 
historiques, inspecteur des monuments historiques du départe- 
ment de la Somme, correspondant de la Société des Antiquaires 
de France, de l'Académie d'archéologie de Belgique, etc., à 
Doullens, et à Paris, rue Notre-Dame-des-Ghamps, 30. 

EiCHHOFF, correspondant de l'Institut, inspecteur honoraire de 
l'Université, à Paris, rue Monsieur-Ie-Prince, 38. 

GiRARDOT (baron Auguste de), secrétaire général de la Préfecture 
de la Loire -Inférieure, membre non résidant du Gomité des 
travaux historiques et des sociétés savantes, correspondant de la 
Société des Antiquaires de France, à Nantes, et à Paris , chez 
M. Sensier, rue Neuve-Fontaine-Saint- Georges, 6. 

Kastner (Georges), membre de l'Institut, et de l'Académie des 
Beaux-Arts de Berlin, rue Boursault, 14, à Paris. 

Laisné (Gharles), architecte du gouvernement, professeur à l'é- 
cole des Beaux-Arts, 10, rue Fontaine-Saint-Georges, à Paris. 

Lance (Adolphe), architecte du gouvernement, chargé des diocèses 
de Soissons et de Sens, membre du Gomité des travaux histo- 
riques, etc., 7, rue Laval, à Paris. 

LoNGPÉRiER (Adrien de), membre de l'Institut et conservateur du 
Musée des Antiques, au Louvre, rue de Londres, 30, à Paris. 

Maître (Jules), inspecteur de l'administration des postes, cité 
Gaillard, 6, à Paris. 

Millet, architecte du gouvernement et des monuments histori- 
ques, 103, rue Saint-Lazare, h Paris. 



— XXII — 

MiMEY, architecte des monuments historiques de Seine-et-Marne, 
à Paris, rue Blanche, 40. 

Paillard (Alphonse), préfet du département du Pas-de-Calais, à 
Arras. 

PoNTÉcouLANT (le comte Roger de), attaché au cabinet du Mi- 
nistre des affaires étrangères, à Paris, rue Basse-du-Rempart, 
n" 44 bis. 

Servaux (Eugène), officier de l'Instruction publique, chef du bu- 
reau des travaux historiques et des Sociétés savantes, au Minis- 
tère de l'Instruction publique, 41, rue du Rocher, à Paris. 

SiRAUDiN, vérificateur des poids et mesures, à Bayeux. 

Taillandier, conseiller à la Cour de cassation, rue de l'Univer- 
sité, 8, à Paris. 

Travers professeur honoraire de la Faculté et secrétaire de l'A- 
cadémie impériale de Caen. 

ViOLLET-le-Duc, inspecteur général des édifices diocésains, rue de 
Laval prolongée, à Paris. 



LISTE DES SOCIÉTÉS CORRESPONDAISTES. 



1. La Société d'Anthropologie de Paris. 

2. Le Comité Archéologique do Senlis (Oise). 

3. La Société française d'Archéologie, à Caen. 

4. Le Comité Impérial des travaux historiques, au Ministère de 

l'Instruction publique. 

5. La Société Archéologique de l'arrondissement d'Avesnes 

(Nord). 

6. La Société Impériale des Antiquaires de France, h Paris. 

7. La Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Poligny (Jura). 

8. L'Académie Impériale des Sciences, Inscriptions et Belles- 

Lettres de Toulouse. 

9. La Société Eduenne d'Autun. 

10. La Société des Antiquaires de Picardie, à Amiens. 
il. La Société des Antiquaires de Normandie, à Caen. 
12. La Commission départementale des antiquités de la Seine-In- 
férieure, ii Rouen. 



— XXIII — 

13. La Société Académique des Sciences, Arts, Belles -Lettres et 

Agriculture de Saint-Quentin. 
1-4. La Société Académique de Maine-et-Loire, à Angers. 
1S. La Société Archéologique du Vendômois, à Vendôme. 
J6. L'Académie Impériale des Sciences, Arts et Belles-Lettres de 

Caen. 

17. La Société Archéologique d'Eure-et-Loir, à Chartres. 

18. La Société d'Archéologie et d'Histoire de la Moselle h Metz. 

19. La Société Archéologique de l'Orléanais, à Orléans. 

20. La Société d'études d'Avallon (Yonne). 

21. La Société libre d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres 

de l'Eure, à Evreux. 

22. Le Comité flamand de France, à Lille. 

23. La Société d'Agriculture et la Commission d'Archéologie et 

des Sciences historiques de la Haute-Saône, h Vesoul. 

24. La Société Impériale archéologique du Midi de la France, à 

Toulouse. 

25. La Société Philomatique de Verdun (Meuse). 

26. La Société Française de numismatique et d'archéologie, à 

Paris. 

27. La Société parisienne d'Archéologie et d'Histoire, à Paris. 

28. La Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Meaux. 

29. La Société littéraire et musicale de Meaux. 

30. L'Académie Impériale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de 

Rouen. 
3) . La Société pour la conservation des monuments historiques 
d'Alsace, à Strasbourg. 

32. La Société littéraire de Strasbourg. 

33. La Société d'Agriculture de Melun. 

34. La Société libre d'Agriculture, Sciences et Arts de Provins. 

35. La Société d'Agriculture de Coulommiers. 

36. La Société académique de Brest. 

37. La Société spéciale des Sciences, des Lettres et des Arts de 

Fontainebleau. 

38. La Société Historique et Archéologique de Château-Thierry 

(Aisne). 

39. La Société des Sciences de l'Yonne, à Auxerre. 

40. La Société Historique et Archéologique de Langres (Haute- 

Marne). 

41. La Société des Antiquaires de la Morinie, à Saint-Omer. 



— XXIV •— 

42. La Commission Archéologique du département de la Gôte- 

d'Or, à Dijon. 

43. La Société Archéologique, Scientifique et Littéraire de Béziers 

(Hérault). 

44. La Société Archéologique de Rambouillet (Seine-et-Oise). 

45. La Société des Antiquaires de l'Ouest à Poitiers. 

46. La Commission des monuments et documents historique et 

des bâtiments civils de la Gironde, à Bordeaux. 

47. Le Comité Archéologique de Noyon (Oise). 

48. La Société Archéologique de la province de Constantine 

(Algérie). 

49. La Société d'Histoire et d'Archéologie de la Maurienne (Sa- 

voie). 

50. La Société Archéologique de l'arrondissement de Boulogne- 

sur-Mer. 
oL La Société Archéologique de Sens (Yonne). 

52. La Société Havraise d'études diverses, au Havre. 

53. La Société Archéologique et Historique du Limousin, à Li- 

moges. * 

54. La Société du Berry, à Paris, rue Bergère, 20. 

55. La Société Littéraire, Archéologique et Artistique d'Api 

(Vau cluse). 

56. L'Académie Impériale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de 

Savoie à Chambéry. 

57. La Société protectrice des animaux, à Paris, rue de Lille, n° 34. 

58. La Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie de Cham- 

béry (Savoie). 

59. La Société d'Agriculture, Industrie, Sciences et Arts, du dé- 

partement de la Lozère, à Mende. 

60. L'Académie Delphinale, à Grenoble. 

(H. La Société d'émulation des Vosges, h Epinal. 

62. La Société des Sciences, Agriculture et Belles- Lettres de 

Tarn-et-Garonne, à Montauban. 

63. L'Académie de la Rochelle. 



SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE 

SCIEÎ^CES, LETTRES ET AllTS 

DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE. 



PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ. 



SÉANCE GÉNÉRALE ET PUBLIQUE 

TENUE A FONTAINEBLEAU LE 15 OCTOBRE 1865. 



La Société d'Archéologie, Sciences, Lettres et Arts du dépar- 
tement de Seine-et-Marne se réunit en Assemblée générale, à 
Fontainebleau, le 15 octobre 1865. A midi et demi, la belle salle 
des Élections, place Damesme, est remplie d'invités, parmi les- 
quels on remarque beaucoup de dames. 

Les Sociétaires, régulièrement convoqués, prennent place sur 
l'estrade. 

Sont présents : 

MM. le marquis Ad. de Pontécoulant , président de la 
Société; Anatole Dauvergne, président de la Section de Cou- 
lommiers; A. Carro, président de la Section de Meaux; Eugène 
Grésy, président de la Section de Melun; le comte B. d'Harcourt, 
président de la Section de Provins ; le comte de CmcouRT et Gla- 
VERiE, vice-présidents de la Section de Fontainebleau; Th. Lhuil- 
lier, secrétaire-général de la Société; Lemaire, archiviste de la 

1 



9 



Société; Auberge (Section de Melun); baron Ed. deBeauverger 
(Section de Melun); Bourges (Section de Fontainebleau); Bréan 
(membre correspondant); J. Garro (Section de Meaux); Ghapu 
(Section de Melun); Ghennevière (Section de Fontainebleau); 
Delacroix-Prainville (Section de Fontainebleau); E. Delbet 
(Section de Goulommiers) ; DeneCourt (Section de Fontainebleau); 
P. Domet (Section de Fontainebleau); Dorly (Section de Fon- 
tainebleau); Dorvet (Section de Fontainebleau); le comte Ernest 
d'Ercevilli: (Section de Fontainebleau); Eymard (Section de 
Melun); Fontaine (Section de Melun); Gaultron (Section de 
Fontainebleau); Gabry (Section de Melun); le docteur Gillet 
(Section de Melun); Golschmidt (Section de Fontainebleau); 
Huguenet (Section de Fontainebleau); Labiche (Section de Me- 
lun); Latour (Section de Melun); Louis Légua y (Section de 
Melun) ; Leroy (Section de Melun) ; Jules Michelin (Section de 
Provins) ; Multigné (Section de Fontainebleau) ; V. Plessier 
(Seclion de Goulommiers); le vicomte de Ponton d'Amécourt 
(Section de Meaux) ; Quesvers (Section de Melun) ; Ronsin 
(Section de Fontainebleau) ; Saint-Marcel père (Section de Fon- 
tainebleau) ; SoLLiER (Section de Melun) ; Tabouret (Section de 
Fontainebleau); Thibault (Section de Fontainebleau); Thixus 
(Section de Fontainebleau); Torchet (Section de Meaux), et 
autres qui ont oublié de signer la feuille de présence. 

M. le marquis de Pontécoulant a annoncé qu'un certain 
nombre de membres lui avaient exprimé leurs regrets de ne 
pouvoir assister à la séance , notamment Leurs Excellences 
MM. Drouyn de Lhuys et Duruy; — MM. le baron de Lassus- 
Saint-Geniès, préfet de Seine-et-Marne; Guibourg, sous-préfet 
de Fontainebleau; Josseau, député; Félix et Emile Bourquelot, 
J. David; Despommiers, le comte de Resbecq, le marquis de 
Varennes, Lud. de Maussion, Liénart, Leloup, Edmond 
Marc, Eichhoff, Liabastres, Gourtois , Beauvilliers, le 
colonel Elias, le général de Salignac-Fénelon, Gamille Ber- 
nardin, DucRocQ, Lecat, Bareiller, Le Blondel, Dardenne, 
Gaucher, etc. 

M. le Président, après avoir remercié l'Autorité municipale de 
la ville de Fontainebleau de sa gracieuse hospitalité, a prononcé 
les paroles suivantes : 

« Je suis heureux. Mesdames et Messieurs, d'ouvrir cette séance 
par un remercîment que j'adresse à vous tous, qui avez bien 



— 3 — 

voulu vous rendre à notre invitation et nous honorer par votre 
présence. Ce remercîment, Mesdames, vous est d'autant plus ac- 
quis, que les séances des Sociétés savantes n'ont pas pour habitude 
de passer pour fort amusantes. Cependant, notre Société ose 
espérer que, par le choix qu'elle a fait dans les nombreux manus- 
crits qui lui ont été remis, et grâce au talent des artistes dis- 
tingués qui veulent bien nous prêter leur concours, elle vous 
fera passer quelques moments agréables, et vous prouvera que 
souvent, les Sociétés savantes, en fait de plaisir, valent mieux que 
leur réputation. 

J'accorderais à l'instant même la parole à un de mes confrères, 
s'il ne me fallait adresser quelques communications aux membres 
de la Société. 

Mes chers et honorés confrères, la distribution des lieux met 
votre président dans une embarrassante position, celle d'être 
impoli envers la moitié de la Société, ou d'être inconvenant à votre 
égard. Je regrette beaucoup de n'être pas à deux faces, comme 
Janus; mais vous apprécierez, j'en suis certain, les difficultés de 
ma position, et me pardonnerez de vous parler le dos tourné. 

La Société se trouve dans une situation prospère : elle a su 
conquérir l'estime de tout le monde, et le nombre de ses membres 
augmente chaque jour : il est aujourd'hui de deux cent quatre- 
vingt-quinze, y compris trente membres correspondants choisis 
dans les sommités de la science. Des Sociétés savantes au nombre 
de cinquante ont demandé à nous être affiliées. 

Il fut un moment où l'on nous avait fait craindre une dimi- 
nution dans la Section de Fontainebleau : c'est à tort ; car, comme 
il est d'usage parmi les gens bien élevés, on ne quitte point 
une société où l'on a été reçu avec bienveillance, sans en prendre 
congé, et c'est avec bonheur que je vous annonce que nous n'avons, 
jusqu'à ce jour, à regretter aucune démission. Ce bonheur, vous 
le partagez avec moi, j'en suis certain : entre gens de savoir et 
d'étude, si on se réunit avec charme, on se sépare toujours avec 
peine. 

M. le Ministre de l'instruction publique, appréciant l'impor- 
tance de nos travaux, a bien voulu. Messieurs, nous accorder un 
subside sur les fonds de son prochain budget. 

Notre Bulletin semestriel vous serait déjà distribué, car il est 
imprimé; mais son apparition a été retardée par le tirage de nom- 
breuses gravures, représentant les objets trouvés dans les fouilles 
opérées dernièrement à Melun. Je ne vous donnerai pas le détail 



de ces fouilles, vous les trouverez au Bulletin, dans un excellent 
travail de notre confrère M. Leroy. 

Nous aurions voulu vous faire part du résultat de l'excursion 
archéologique entreprise par quelques membres de la Société, 
dans l'arrondissement de Meaux; mais celui d'entre nous qui a 
été chargé de ce travail, atteint par un de ces malheurs qui para- 
lysent momentanément toutes les facultés humaines, la maladie 
et la mort d'un enfant, n'a pu terminer son rapport, ce que nous 
regrettons ; mais il paraîtra au Bulletin et sera lu, je n'en doute 
pas, -avec intérêt. 

Cependant, je ne puis résister au désir que j'éprouve de vous 
signaler un fait qui m'a frappé plus que toutes les merveilles que 
nous avons admirées pendant notre course artistique. C'est la 
mise en pratique d'une idée qui peut, si elle est suivie, avoir pour 
ce département d'immenses résultats. Cette idée est bien simple ; 
mais les idées simples- ne viennent pour l'ordinaire qu'aux gens 
d'esprit; ne soyons donc pas étonnés si elle a été conçue par 
■ notre honorable confrère, M. le comte de Moustier. Cette idée 
est d'avoir fait inscrire sur les parois des murs de la sacristie de 
l'église de sa résidence, les fastes de ce monument. Vous figurez- 
vous. Messieurs, cette idée généralement adoptée dans les églises 
ol dans les écoles? A force de voir et de lire ces inscriptions dès 
leur enfance, tous les habitants connaîtraient l'histoire de leur 
commune, et leur relevé fournirait l'histoire murale du départe- 
ment. 

Notre honorable confrère M. Teyssier des Farges, pour aider 
la Société dans ses recherches, a fait fouiller à ses frais deux 
des anciens puits qui existent à Châteaubleau ; il a confié la 
direction de ce travail ù, M. Burin, l'instituteur de SainL-Just, 
notre confrère si honorablement connu de la Société entière. Le 
premier de ces puits a fourni, au milieu d'une vase noirâtre 
mêlée de débris d'ossements, un grand nombre de moules à 
monnaies, en terre réfractaire, tous du m" siècle, et entr'autres 
deux moules renfermant encore la pièce qui y était coulée. Cette 
découverte donnera lieu à un travail que nous promet M. Burin. 
En attendant, Messieurs, remercions M. Teyssier des Farges, 
de sa bienveillante initiative. 

Je vous disais tout h l'heure que le nombre des membres était 
près de 293. Ce chiffre, vrai il y a quelques jours, ne l'est plus 
aujourd'hui; car la mort est venue exercer chez nous ses impi- 
toyables ravages et nous a enlevé quatre de nos membres, dont 



je crois devoir, selon l'usage établi dans toutes les Sociétés 
savantes, vous rappeler ici le souvenir. 

En juin dernier, la Société perdait, à Beton-Bazoches, un 
de ses membres fondateurs, M. Farabeuf, géomètre instruit , 
modeste et laborieux. Fatigue d'un long travail d'arpentage à 
travers champs, M. Farabeuf, rentrant cliez lui, sCndormit en 
lisant auprès de son foyer : une étincelle mit le feu à ses vête- 
ments, et ses jambes furent profondément attaquées et excoriées. 
Malgré des brûlures affreuses, il se remit sur pied. Le repos 
était nécessaire pour son rétablissement parfait; mais ayant une 
famille à soutenir, une femme enceinte et un enfant en bas âge, 
il se remit au travail, malgré l'avis contraire des médecins : les 
plaies mal cicatrisées se rouvrirent, le mal empira, la gangrène 
fit son apparition, et le malade mourut à l'âge de 39 ans, dans 
d'atroces douleurs. 

Le mercredi 16 août, étant h Meaux, à la distribution des prix 
d'une pension de demoiselles, M. Gal-Ladevèze, pasteur de l'Église 
protestante et Président du Consistoire, vint prendre place à côté 
de moi et me demanda si je ne dirais pas quelques mots. Sur ma 
réponse négative, il me quitta bientôt pour visiter un autre éta- 
blissement oti il était également attendu; je le revis encore le 
soir, au départ du chemin de fer : il me serra la main, et une 
heure après il avait cessé d'exister. 

M. Gal-Ladevèze était un homme de bien, fervent, peut-être 
trop fervent, si la ferveur n'était le résultat d'une forte croyance ; 
il était justement estimé. Pendant un ministère de 33 ans, son 
zèle, son activité, ne se sont jamais refroidis. Il a gouverné son 
église avec tant de tact, avec tant de prudence, que les deux 
communions qui journellement se coudoient, se sont mutuelle- 
ment estimées et considérées. 

La bienfaisance était une des grandes vertus de notre confrère : 
il ne savait refuser à qui lui demandait; ce fut à ce point qu'un 
jour, devant se rendre à une cérémonie, son domestique chercha 
vainement un vêtement indispensable que le tailleur lui avait 
apporté la veille. N'en trouvant qu'un vieux, tout délabré, il 
vint le demander à son maître. — Ne le cherchez pas, dit Gal- 
Ladevèze, un malheureux est venu vers moi, m'a fait voir sa 
misère; je lui ai donné le vêtement neuf : si je lui avais donné le 
vieux, il serait revenu dès le lendemain. 

La Société n'avait. Messieurs, qu'un seul membre à La Ferté- 
sous-Jouarre : la mort l'a frappé dans la force de l'âge, 59 ans. 



— 6 — 

M. Calland était un philanthrophe de l'école de Fourier et de 
Saint-Simon. Il voulait, il rêvait, pardonnez-naoi le mot, le soula- 
gement de nos maux durant notre passage sur cette terre : il 
cherchait à adoucir les fatigues du voyage. Victor Calland fut un 
homme de cœur, un homme d'esprit; il a pu se tromper, s'égarer 
dans les moyens h employer, mais le but qu'il cherchait à atteindre 
était religieux, bon, moral, puisque ce but était le bien-être 
de l-'humanité. Il est mort à la suite d'une grande contention 
d'esprit, estimé de tout le monde et regretté de ceux qui le 
connurent. 

Le dernier qui nous quitta fut Albert Decombes, dont la vie 
s'éteignit à Fontainebleau, à l'âge de 78 ans, dans le mois d'août 
dernier. 

M. Albert était un ancien pensionnaire de l'Académie impé- 
riale de musique, où il fut longtemps admiré. M. Albert n'était 
pas un danseur dans la vulgarité du mot : M. Albert était artiste, 
homme de savoir et de talent. Pour M. Albert, la danse était un 
art qu'il considérait comme annexe de la peinture et de la sculp- 
ture. C'était pour lui la mise en action de la beauté des formes, de 
l'élégance des gestes, de la noblesse des poses. L'étude attentive 
de l'art grec lui fournissait ses modèles. Les différents sujets de, 
ballets qu'il eût à composer ne furent pour lui que des cadres dans 
lesquels il sût introduire le fruit de ses méditations et de ses 
études. M. Albert, Messieurs, était éminemment artiste, il unis- 
sait te goût au savoir et l'esprit à l'amabilité. Il avait la passion 
des belles et vieilles choses, savait les collectionner avec goût et 
discernement. La collection d'antiquités dont il s'est défait quel- 
ques années avant sa mort, était fort renommée. J'ajouterai que 
l\L Albert fut encore plus aimé de ses amis qu'il ne fut admiré 
du public. Que puis-je dire de plus en l'honneur de son carac- 
tère? 

Voilà les pertes regrettables que la Société vient d'éprouver : 
elle a perdu un prédicateur, un philanthrope, un artiste et un ma- 
thématicien. Tous, dans le rôle qui leur était réservé sur cette 
terre, cherchaient ;\ nous faire comprendre, les uns par la parole 
les grandes vertus morales, les autres certaines idées par la mani- 
festation de formes et de certains signes extérieurs. 

Le monde entier. Messieurs, est un grand théâtre où nous nous 
exerçons sans cesse, par la volonté de Dieu, à démêler, sous des 
symboles matériels, des idées morales. Adressons donc un dernier 
adieu. Messieurs, à nr^s regrettes confrères. Il ne faut pas que 



l'homme juste, que l'homme de savoir que nous admettons parmi 
nous puisse quitter ce monde sans qu'une parole de souvenir soit 
dite en votre nom par celui qui a l'honneur de se trouver à votre 
tête. 

Je termine, Messieurs, comme j'avais commencé, par un re- 
mercîment que j'adresse, au nom de la Société, à M. le baron de 
Beauverger, le député du département. 

Si on est sûr de le voir aux premiers rangs quand il y a un in- 
cendie à comprimer, un désastre à réparer, une palme ou un bien- 
fait à répandre, il nous prouve, par sa présence en ces lieux, qu'il 
sait accorder également sa sympathie et son intérêt à toutes les 
institutions qui, comme la nôtre, s'occupent de sciences, de lettres 
et d'art. 

La Société remercie également MM. les membres de la Section 
de Fontainebleau de la peine qu'ils se sont donnée pour accomplir 
la mission qui leur avait été confiée, et elle me charge de les com- 
plimenter sur la parfaite organisation de cette séance. » 

Après cette improvisation vivement applaudie , la parole est 
donnée à M. le docteur Tabouret (section de Fontainebleau), qui 
lit, sur l'usage et l'historique des cloches, quelques pages d'un 
travail relatif à celles de l'arrondissement de Fontainebleau. 

M. Eugène Grésy, président de la section de Melun, dans une 
notice descriptive, avec dessins à l'appui, signale un retable sculpté 
au xvi^ siècle par Jacques Ségogne, artiste natif de Recloses, et 
qui existe à peu près ignoré dans l'église de ce village, près La 
Ghapelle-la-Reine. 

Sous le titre sans prétention de Causerie sur Poinsinet, M. Ga- 
briel Leroy (section de Melun) rappelle, à grands traits , le souve- 
nir de cet écrivain dramatique, originaire de Fontainebleau, et qui 
se fit une assez singulière réputation au dernier siècle. 

M. Labiche père (section de Melun) dit trois poésies, deux fa- 
bles : la Rose et la jeune fille; le fabuliste et Jean Lapin, et une poé- 
sie légère intitulée le Myosotis. 

Le secrétaire-général de la Société, M. Th. Lhuillier, lit une 
étude sur une famille de peintres, valets de chambre du Roi, — 
Ambroise Dubois, ses fils et petits-fils, — qui se succédèrent à 
Fontainebleau depuis la fin du xvf siècle jusque vers le milieu du 
xviii% et s'y distinguèrent non moins par leur honorable carac- 
tère que par l'habileté de leur pinceau. 

En l'absence et au nom de M. Léon Escudier (Section de 



— 8 — 

Meaux), M. A. Carro communique un charmant travail intitulé : 
DE Paris a Fontainebleau, souvenirs et impressions. 

M. Gaultron (Section de Fontainebleau) traite ensuite de la gra- 
vure^ au point de vue des œuvres de l'Ecole, dite de Fontainebleau. 

La parole est demandée par M. Fontaine (de Melun), qui, sous 
le titre de Promenade de Melun à Fontainebleau, lit un article non 
inscrit à l'ordre du jour. 

M. Carro, président de la Section de Meaux, entre dans de cu- 
rieux détails d'observation, à propos des grottes aux fées de La 
Ferté-Gaucher et de Grouy-sur-Ourcq. 

Puis, M. ToRCHET (Section de Meaux) termine la série des lec- 
tures par des recherches et des considérations sur la musique des 
Francs, à l'époque mérovingienne. 

M. le président exprime à l'Assemblée ses regrets de ne pou- 
voir entendre, en raison de l'heure avancée, deux notices inté- 
ressantes portées à l'ordre du jour de la séance : les Capitaineries 
des Chasses, par M. Domët, et le Pignon de Sainte-Aubierge,par 
M. V. Plessier. 

La musique a alterné avec les lectures : Mlle Gonnet, habile 
élève d'Allart, MM. Hollebeck, Robyn, Gary, lauréat du Con- 
servatoire, et M. Baumann, pianiste distingué, ont prêté à cette 
séance tout le charme de leurs talents. 

Avant la fin de la séance qui est levée à quatre heures et demie, 
M. le baron de Beau verger annonce au Président qu'il a l'intention 
d'offrir une médaille d'or et un sujet de concours à la Société. 
En effet, dès le lendemain M. le marquis de Pontécoulant recevait 
la lettre ci-après : 

Bue, le 16 octobre 1865. 

« Mon cher et honorable Président, 

» Je veux d'abord vous remercier de votre bon accueil et de tout 
» le plaisir que m'a fait notre intéressante séance. Notre Société 
» a déjà toute la vie et les éléments de succès d'une vieille institu- 
)) tion, et cela grâce à vos efforts et au zèle de tous nos confrères. 
» Comme je vous le disais l'autre jour, je voudrais bien n'être pas 
» seul oisif dans une ruche si industrieuse. 

» Vous m'avez assuré. Monsieur et cher Président, que la So- 
» ciété voudrait bien agréer, d'un de ses membres dévoués, un 
)) sujet de concours et une médaille. 



- 9 — 

» Voici d'abord le sujet que je me permettrais de vous offrir : 

» Recherches historiques sur l'agriculture et la condition des popu- 
)) lations rurales, dans les contrées correspondant au département de 
» Seine-et-Marne, aux XVII" et XVII I^ siècles. 

» Comparaison avec l'époque actuelle. 

» Le prix serait une médaille d'or de 200 francs. Il serait donné 
» dans une séance générale, à Melun ou à Fontainebleau, au 
n plus tôt une année après l'ouverture du concours, et plus tard si 
» les mémoires envoyés n'avaient pas paru suffisants. 

» Veuillez, Monsieur et cher Président, faire part aux Sections 
» de la Société, dans leur plus prochaine réunion, du désir que 
n j'ai l'honneur de vous exprimer, et que vous avez déjà vous- 
» même si généreusement encouragé. 

» Permettez-moi en même temps de vous renouveler l'expres- 
» sion de mes sentiments bien sincères de considération et de 
» dévouement. 

i) Baron de Beauverger. » 



— 10 — 



PROCÈS-VERBAUX DES SECTIONS. 



SECTION DE COULOMMIERS. 



SÉANCE DU 12 NOVEMBRE 1865. 
Présidence de M. Anatole DAUVERGNE. 

M. le Président invite les membres de la Section à procéder à 
l'élection de trois candidats inscrits depuis longtemps : 

1° M. le eomte de Gourcy, président de la hîociété d'agriculture 
de Rozoy, comice de Goulommiers, présenté par le bureau de la 
Société ; 

2° M. Flamand, propriétaire à Rebais ; 

3" M. Pierre Lelêvre, aux Aulnois, commune de Saints; 

Ces deux derniers, proposés par MM. Chemin et Anatole Dau- 
vergne. 

Ces membres nouveaux sont admis à l'unanimité des suffrages, 
et M. Pierre Lefèvre est invité à prendre part aux travaux de la 
Section. 

M. le Président fait ensuite plusieurs communications qui in- 
téressent la Société d'archéologie. 

Il annonce la proposition faite le 16 octobre dernier par M. le 
baron de Beauverger, député, d'un sujet de concours et d'une 
médaille d'or de 200 fr .comme prix accordé à l'auteur du mémoire 
couronné par la Société dans une séance générale, à Melun ou à 
Fontainebleau, sur ce sujet : 

« Recherches historiques sur l' agriculture et la condition des popu- 
lations rurales, dans les conti^ées correspjondant au département de 
Seine-et-Marne, aux XV 11" et XVI II" siècles. — Comparaison avec 
V époque actuelle. » 

La proposition de M- le baron de Beauverger, accueillie avec les 
plus vifs sentiments de gratitude par la Section, est renvoyée à 
l'approbation du Comité central. 

Dans la séance du 29 janvier 1805, M. le Président avait 



— H — 

appelé l'attention de la Section sur une proposition faite par M. Ed. 
Desprez, relative à la création d'un Répertoire et d'une carte archéo- 
logiques pour le département de Seine-et-Marne^ proposition accueillie 
par la section de Melun. 

M. Anatole Dauvergne fait remarquer que si les de-ax excursions 
entreprises par la Société en septembre 1864 et en juillet dernier, 
dans les arrondissements de Provins et de Meaux, ont fourni aux 
membres qui en faisaient partie l'occasion de se rencontrer, de 
se connaître, de s'apprécier, et d'établir entr'eux des relations de 
sympathie et même d'amitié , elles n'ont point jusqu'ici été la 
cause d'études sérieuses sur les monuments visités. Les plus 
étranges méprises ont eu lieu , notamment à Jouarre 

Avant d'entreprendre un travail de cette importance et qui 
exige une grande variété de connaissances, il serait urgent de pou- 
voir constater l'aptitude des travailleurs. En méconnaissant cette 
première condition de l'œuvre réclamée par M. E. Desprez, on 
tomberait facilement dans une confusion regrettable. Ce qu'il con- 
vient de faire, a priori, c'est un questionnaire spécial adressé à 
tous les membres de la Société d'archéologie de Seine-et-Marne (I). 
Quand il sera rempli, transcrit et classé, la besogne sera à peine 
ébauchée. On peut s'en convaincre en voyant avec quelle lenteur, 
nécessaire et impossible à éviter, le Comité impérial des travaux 
historiques poursuit la publication des répertoires archéologiques 
des départements. 

La Section accepte les observations de M. le Président, et de- 
mande leur insertion au procès-verbal. 

Le Président appel le l'attention de la Section sur l'ancienne église 
des Bénédictins de La Celle-en-Brie qui a été vendue récemment 
avec d'autres immeubles à M. Théodore Louis, ancien arpenteur 
à La Celle. On assure que l'acquéreur se propose de faire dispa- 
raître totalement les derniers débris de ce monument, qui peut 
être considéré comme l'élément le plus pittoresque de notre vallée 
du Morin. Cette destruction serait certainement regrettable; les 
efforts de la Section doivent tendre à l'ajourner, afin de pouvoir 
présenter l'an prochain aux excursionnistes de la Société d'ar- 
chéologie, ce spécimen de l'architecture bénédictine dans nos con- 
trées. M. Anatole Dauvergne insiste particulièrement pour la con- 
servation d'un fragment de tombe de la fin du xiii^ siècle, mutilée 

(1) Ce questionnaire a été envoyé à MJl. les Instituteurs, et plusieurs d'entre eux 
ont déjà fait parvenir leurs réponses. 



- 12- 

depuis longtemps, qu'il croit être celle de Gautier, prieur de La 
Celle, qui reconstruisit l'église et mourut en 1278. 

M. le Président demande à la Section de ne négliger aucun 
moyen pour sauver ce débris intéressant, sans valeur vénale, sans 
utilité, et qui figurerait avec honneur dans le Musée de notre arron- 
dissement. 

La Section approuve ces conclusions et plusieurs membres se 
proposent d'intervenir officiellement pour la conservation de cette 
tombe. 

M. le Président entretient ensuite la Section des fouilles en- 
treprises dans le courant de l'été dernier, sur la place Notre-Dame 
à Melun, au moyen des fonds alloués par la commission de la To- 
pographie des Gaules et par le Conseil municipal de Melun. 

Les cippes ou autels votifs, rencontrés à Melun, sont extrême- 
ment curieux; on y voit représentés en bas-relief: Vénus, Hercule, 
Apollon, qui, malgré leur état fruste, témoignent d'un art avancé 
et certainement supérieur aux sculptures, du même âge, décou- 
vertes dans l'Allier par feu E. Tudotet M. Esmormot, et dans la 
Haute-Loire par M. Auguste Aymard. 

Notre collègue M. Gabriel Leroy, secrétaire de la Section de 
Melun, a suivi ces fouilles avec une grande attention et les a dé- 
crites. C'est aussi à son dévouement et à son intelligence , ainsi 
qu'au zèle'de M. Courtois, directeur, ou plutôt fondateur du Mu- 
sée de Melun, que l'on doit le classement des monuments, prove- 
nant de ces fouilles, dans une galerie de l'Hôtel-de-Villc qui suffit 
à peine à les contenir. 

Le Président met sous les yeux des membres présents deux 
photographies, représentant l'état de ces fouilles au mois de Juillet 
dernier, avec une note explicative, en indiquant qu'il avait semblé 
opportun à la commission dos fouilles qu'un souvenir de cette 
exploration fut conservé dans les archives de chaque Section de la 
Société d'archéologie. 

A ce propos, un membre demande où sera placé le dépôl des 
archives de la Section de Goulommiers. 

M. Ludovic de Maussion, maire de Coulommiers, répond qu'un 
casier spécial de la bibliothèque peut être affecté à ce dépôt, dont 
la surveillance appartiendrait à M. Anatole Dauvergne. conserva- 
teur honoraire de la bibliothèque publique et à M. le secrétaire de 
la Section d'archéologie. 

M. Chemin lit ensuite une note sur la découverte d'une inscrip- 
tion trouvée dans la ferme de la Boisserotte, ancienne commune 



— 13 — 

de La Boissière et de Saints aujourd'hui, contenant le texte d'une 
fondation faite à la fin du xvii" siècle, dans l'église de Saint- 
Étienne de Touquin, par Jean Gharlier, marchan(|.en draps, or et 
soye, et Catherine Ghauchet, sa femme, à la charge de dire des 
messes, etc., etc. Ce document qui n'est pas dépourvu d'intérêt 
sera envoyé au Comité central. 

M. Victor Plessier donne lecture d'un mémoire, intitulé : le Pi- 
gnon de Sainte-Aubierge, travail intéressant qui ouvre de nouvelles 
perspectives à l'étude du curieux monolithe resté debout au milieu 
de l'ancien étang de Maillard. — Les théories de M. Plessier sont 
tout à ftiit nouvelles et en contradiction complète avec tous les do- 
cuments publiés à l'occasion de ce monument, dont l'origine n'est 
'pas suffisamment établie. La Section témoigne à M. Plessier 
tout rintérêt qu'elle prend à des recherches aussi consciencieuse- 
ment poursuivies. Elle émet encore le vœu, que lors delà réunion 
générale qui aura lieu à Coulommiers au mois d'octobre 1866, le 
pignon de Sainte-x\ubierge devienne le but d'une excursion sé- 
rieuse des membres de la Société d'archéologie. 

Le président donne lecture d'une étude archéologique de l'ancienne 
Commanderie de Chevru^ dépendance de l'ordre de Malte, située dans 
le canton de La Ferté-Gaucher, pour faire suite à la notice qu'il a 
publiée en 1853, dans le tome II du Bulletin du Comité de la langue^ 
de l'histoire et des arts de la France^ sur la Commanderie de l'Hôpi- 
tal sur Coulommiers. Il résulte des observations de M. Anatole 
Dauvergne que les deux établissements sont presque identiques, 
et que les proportions des chapelles ne diffèrent que d'une façon 
presque inappréciable. L'auteur, dans ces pages rapides, signale 
une découverte dont il a donné, en temps utile, communication au 
Gouvernement, celle du mobilier qui avait servi à Louis XVI et à 
sa famille pendant leur détention à la tour du Temple. Ce précieux 
dépôt est à peu près ignoré dans notre arrondissement. En ter- 
minant, il réclame l'attention de la Section sur un débris de dalle 
funéraire, gisant dans les fumiers de la ferme de la Commanderie 
et qui paraît appartenir à la tombe, décrite par le P. Anselme, 
dans son Histoire chronologique delà maison de France, d'Arnoald de 
Vesemalle, Chevalier de l'Ordre de la Milice du Temple, Souverain 
maître d'hôtel de Philippe-le-Hardi, mort le 14 août 1291, et pa- 
rent du Roi par sa femme Alix^ fille de Henry I", duc de Bra- 
bant et de Mahaut de Boulogne. 

« Si cette tombe, — ajoute M. Anatole Dauvergne, — est, 
» comme j'incline à le croire, celle de l'illustre Templier, ne pen- 



— 14 — 

» serez-vous pas, Messieurs, que ceux des membres de notre Sec- 

)) tion qui peuvent être en relations d'tiabitudes ou d'afTection avec 

« le propriétaire actuel de la Gommanderie de Chevru, seraient 

» bien inspirés en sollicitant de sa bienveillance le don de ce frag- 

» ment oublié, à notre Musée qui doit devenir, selon le vœu de 

» notre Société d'archéologie, le dépôt de tous les éléments histo- 

') riques rencontrés sur le sol de notre arrondissement? » 
Cette proposition est adoptée. 



SECTION DE FONTAINEBLEAU. 



SÉANCE DU 7 AOUT 1865. 
Présidence de M. J. DA VID. 

M. le Président fait aux membres présents diverses com- 
munications d'intérêt particulier à la Section. Il lit ensuite une 
notice sur Champollion jeune, dont la première partie a pu seule 
être achevée avant la fin de la séance. 11 montre d'abord avec quel 
goût inné pour la science, Champollion s'enquit des études linguis- 
tiques les plus difficiles; l'Arabe, l'Hébreu, le Chinois, ne sont que 
les prolégomènes de ses études. Frappé de l'ancienneté des races, 
il se propose de pénétrer les secrets de l'ancienne Egypte. Pendant 
six ans il cherche le problème si ardu de la lecture des hiérogly- 
phes. Sa première découverte est de prouver que la seule langue 
actuelle qui pouvait descendre des anciens Égyptiens est le Copte, 
il approfondit cette langue, en fait une grammaire et un diction- 
naire. Aussi, après avoir erré et recommencé ses études dans une 
nouvelle voie, il reconnaît qu'il y a dans les inscriptions de l'an- 
cienne Egypte trois espèces de signes qui sont les figuratifs, les 
symboliques, les phonétiques. Les signes figuratifs reproduisaient 
les formes. Les symboliques, une idée métaphysique par l'image 
d'un objet physique : ainsi l'abeille était le signe symbolique de 
l'idée de roi ; les bras élevés, l'idée d'offrande ; un vase d'où l'eau 
s'épand l'idée de libation; les signes phonétiques exprimaient les 






sons de la langue parlée, et cette langue est le Copte. Cette décou- 
verte fut contestée; GhampoUion la défend et persuade ses adver- 
saires. Il obtient une mission, — malheureusement, l'ardeur qu'il 
met à copier les inscriptions si nombreuses des Temples usent 
ses forces; il meurt à 40 ans, laissant une œuvre incomplète, sans 
doute, mais ayant créé une école que M. J. David doit traiter 
dans une prochaine séance. 



SÉANCE DU 25 SEPTEMBRE 1865. * 
Présidence de M. J. DA VID. - 

M. le marquis de Pontécoulant, président delà Société, annonce 
à la section de Fontainebleau que la commission de lecture s'est 
réunie pour recevoir les mémoires envoyés pour la Séance semes- 
trielle et générale qui se tiendra le 15 octobre, à Fontainebleau. 

M. J. David lit la suite de son travail sur GhampoUion jeune; il 
regrette que M. Letronne ait remplacé directement GhampoUion 
dans sa chaire d'archéologie comparée. M. Letronne ne connais- 
sait les Égyptiens que par les Grecs, et malgré sa science incon- 
testable, il rectifie, critique, épure les traditions, mais il ne fît 
pas faire un pas à la science des hiéroglyphes. AI. Lenormand 
s'occupe plus d'histoire que de linguistique. Enfin, M. le vicomte 
de Rougé qui a adopté le système de GhampoUion rend aux 
études leur valeur et leur spécialité. La découverte de Gham- 
poUion ne court plus risque d'être négligée et la science française 
est l'égale des excursions allemandes et anglaises. En analysant 
ainsi les recherches consciencieuses des égyptologues modernes, 
M. David termine la seconde partie de son œuvre. 

Après cette lecture, M. Gaultron, secrétaire, rappelle qu'à la 
séance du 31 octobre dernier, il a sollicité l'appui de la Section pour 
la conservation au Château d'une collection de gravures, aujour- 
d'hui dispersées, connues sous le nom d'Ecole de Fontainebleau, 
l'assemblée a décidé qu'il serait dressé un mémoire à cet effet, 
qui en fixerait les recherches, les traces et presque la nomen- 
clature. 

A la suite des renseignements recueillis par lui, il communique 
à l'assemblée son travail et "soumet à l'approbation la demande 
que la Section, appuyée par le Comité central de la Société, veut 



— 16 — 

adresser au Ministre de la maison de l'Empereur. Cette com- 
munication reçoit l'approbation des membres présents, et après 
quelques considérations émises sur le passage des maîtres italiens 
à travers l'École française du xvi« siècle, M. de Pontécoulant 
recommande cette lecture pour la séance générale du 15 octobre, 
ce qui est adopté. 



SÉANCE DU 30 OCTOBRE 1865. 
Présidence de M. J. DA VID. 

Sur la demande de plusieurs membres, la Section a décidé que 
la réunion générale tenue le 15 octobre à Fontainebleau, serait 
mentionnée au procès-verbal , ainsi que le compte-rendu du se- 
crétaire-général de la Société, aussitôt qu'il sera communiqué. 

"Il est donné connaissance d'un projet de lettre adressée à M. le 
Ministre des Beaux-Arts, dans laquelle la section de Fontainebleau 
demande la réunion dans une salle du château, de la collection 
des gravures dites : Ecole de Fontainebleau ; ce projet reçoit la si- 
gnature de tous les membres présents. 

Le Président communique à la Section une lettre de M. le baron 
de Beauverger, offrant un prix pour le meilleur mémoire sur la 
question : Recherches historiques sur V agriculture, etc. , etc. Cette 
offre est acceptée et l'assemblée charge le Président de témoi- 
gner à M. de Beauverger toute sa gratitude. 

M. Tabouret lit la seconde partie do V Historique des cloches du 
canton de Fontainebleau. Ce travail est écouté avec d'autant plus 
d'intérêt que les parrains et marraines de ces cloches sont de 
hauts personnage^* existant encore dans notre localité, ou dont le 
souvenir n'est point effacé dans les traditions de la contrée. 

M. Domet fait part d'un travail savamment étudié sur les 
Capitaineries des chasses, et dont la lecture n'avait pu avoir lieu 
dans l'assemblée générale, faute de temps. Cette page d'histoire 
habilement tracée a été jugée par l'assemblée digne de figurer au 
bulletin. 



— 17 — 

SÉANCE DU 27 NOVEMBRE 1863. 
Présidence de M. J. DA VID. 

M. Tabouret lit la première partie d'un Essai sur Lavater, 
l'auteur de la science physiognomonique, considéré à ce point de 
vue philosophique que, chez les hommes de génie, on trouve sou- 
vent un grain de folie. 

Cette thèse, aux yeux de quelques membres, a semblé présenter 
un côté paradoxal, et a soulevé quelques objections contre les- 
quelles l'auteur n'a point protesté, mais qu'il accepte sous toute 
réserve. 

M. David continue la communication de son Etude sur la vie de 
Champollion jeune. Chaque époque est l'objet, de la part de l'auteur, 
d'une judicieuse analyse qui complète les recherches de Champol- 
lion et fait de ce travail consciencieux, étayé par les découvertes 
les plus récentes de la science hiéroglyphique une œuvre nouvelle. 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1866. 
Présidence de M. J. DA VID. 

M. le marquis de Pontécoulant, président de la Société et du 
Comité central, assiste à la séance. 
Sont présents : 

MM. J. David, Tabouret, Thibault, Marin-Darbel, Fourneret, 
l'abbé Gillet, Chennevière, Beauvilliers, Cauthion, Darridan, Elias 
(11 membres.) 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté sans 
observation. 

M. le président communique à l'assemblée une circulaire éma- 
nant du Ministère de l'Instruction publique, relative à l'admission 
et à la longueur des Mémoires destinés à être lus à la Sorbonne. 

Dans une seconde lettre adressée par le Président de la Société, 
M. l'Archiviste de la Section est invité à faire parvenir au Co- 
mité central l'inventaire de tous les objets donnés à la Section, 
livres, médailles o\i autres dons faits par les membres de la Société, 
ou par des personnes étrangères. Cet inventaire portera les numé- 
ros d'ordre sous lesquels les objets sont catalogués aux archives. 
Cette pièce doit figurer au prochain bulletin. 

2 



— 18 — 

Plusieurs membres signalent l'opportunité d'un Musée dans 
lequel on réunirait tous les objets curieux que peut fournir la lo- 
calité. Cette proposition, favorable aux études archéologiques, 
reçoit l'approbation de l'Assemblée , bien qu'on ne puisse aujour- 
d'hui, faute de local, prévoir l'époque oh l'on donnera suite à un 
projet si utile. 

La commission de la Topographie des Gaules a adressé à la 
Section, par l'intermédiaire du Président de la Société, une feuille 
dessinée des haches en bronze. Le but de cet envoi est de provo- 
quer les observations des archéologues, et d'arriver au moyen 
d'établir une bonne classification des haches, suivant leurs formes 
et leurs rapports. 

La Section de Fontainebleau a vu , avec regret , imprimé à la 
tête du deuxième bulletin , un manifeste rappelant sans motif les 
débats qui ont eu lieu autrefois entre le Comité central et la So- 
ciété spéciale des lettres, sciences et arts de Fontainebleau. 
M. J. David, Président de la Section, personnellement en cause, 
s'en est justement ému, et demande à la Section d'archéologie de 
Fontainebleau un avis motivé, déclarant qu'il serait dans la né- 
cessité de donner sa démission s'il pouvait prévoir que sa conduite, 
dans cette circonstance , pût être blâmée par les membres de la 
Section qu'il représente. 

Le Président de la Société, présent à la séance, donne des 
explications qui atténuent la valeur de cette insertion et ne lui 
laissent que la portée d'un simple procès -verbal et n'ayant, qu'à 
ce titre, joui du droit d'impression dans le bulletin. 

Par suite de ces explications, la Section de Fontainebleau refuse 
^la démission de son président, et elle espère que cette insertion ne 
nuira en aucune façon à la bonne entente des deux Sociétés. 

Cet incident terminé, M. Beauvilliers donne lecture de la pre- 
mière partie du compte- rendu de la deuxième excursion archéo- 
logique, dans le département. Il nous introduit dans le magnifique 
château de Ferriôres, fait l'histoire de cette célèbre résidence, et 
nous fait apprécier, en véritable connaisseur, tous les chefs- 
d'œuvre que le propriétaire actuel y a réunis. 

L'ordre du jour épuisé, la séance est levée à quatre heures. 



— 19 — 



SECTION DE WIEAUX. 



SÉANCE DU 27 JUILLET 1865. 
Présidence de M. CARRO père. 

Le Président dépose sur le bureau les ouvrages suivants, offerts 
par leurs auteurs : 

Notice sur une inscription découverte dans le Novarrais, par 
M. Alfred Maury ; — Essai sur les sanctuaires primitifs, par M. Ch. 
Toubin, de Salins ; — Épreuves photographiques de vues des fouilles 
laites dans les substructions Gallo-Romaines de Melun, avec une 
notice descriptive, par M. G. Leroy, de Melun ; — Mémoire sur 
les monuments primitifs, par M. Carro père. 

Des remercîments ont été votés au sujet de ces dons. 

Il est donné à l'assemblée lecture d'une lettre de M. de Ponté- 
coulant, Président de la Société, invitant la Section à s'entendre 
avec la Société d'Agriculture pour faire en commun, l'hiver pro- 
chain, les cours publics suivants : — Cours sommaire d'Histoire 
locale; — Cours de Géographie locale; — d'Hygiène populaire; — 
d'Astronomie ; — de Littérature élémentaire.^ 

Une commission est nommée pour l'organisation de ces confé- 
rences ; elle se compose de MM. Carro père, le docteur Le Roy, 
de Colombel, Torchet et Lespermont. 

MM. Cinot et Petithomme ajoutent à la proposition qui pré- 
cède, celle qu'il soit fait dans le sein de la Société une conférence 
sur l'archéologie ; un des membres traiterait pendant une demi- 
heure une question archéologique élémentaire. 

Cette proposition a été prise en grande considération et il sera 
avisé à sa mise en exécution. 

n est proposé également que deux médailles d'argent, petit mo- 
dule, pour l'enseignement de l'histoire, en seconde et en troisième, 
dans le collège de Meaux, soient ajoutées à la médaille déjà attri- 
buée par la Société à la classe de rhétorique. 

Cette proposition sera l'objet d'une discussion ultérieure. 

L'assemblée a entendu avec intérêt les deux lectures suivantes : 

Une très-curieuse et consciencieuse étude de M. l'abbé Bêche- 



— 20 — 



ret, curé de Monthyon, sur le Plessis-VEvêque, origine^ étymologie, 
souvenirs historiques, description de belles pierres tumulaires, etc. 
Puis, la suite du très-remarquable travail de M. Torchet, sur 
V Histoire de la musique chez les Francs. 



SÉANCE DU 2 OCTOBRE 1863. 
Présidence de M. GARRO père, 

M. Lefebvre-Thiébault présente à la Société divers objets re- 
cueillis à Meaux, dans les portions du lit de la Marne, laissées à 
découvert par les basses eaux actuelles : on y remarque la repré- 
sentation en plomb d'un petit soufflet, symbole du souffle de l'es- 
prit divin, avec inscription en lettres gothiques; un méreau ou je- 
ton de présence du chapitre de la cathédrale, et une médaille en 
bronze de Roveca, divinité qui paraît avoir été la personnification 
de la rivière d'Ourcq. 

La Société reçoit avec un vif intérêt les communications sui- 
vantes : 

Des photographies de la section de Melun, représentant les nou- 
velles découvertes (bas-reliefs) faites dans les fouilles de Melun. 

De M. Plicque, maire de Vignely, des fragments nombreux et 
divers de forme, d'un collier d'ivoire qui entourait le cou d'un 
squelette trouvé dernièrement à 60 ou 70 centimètres sous terre, à 
500 mètres environ de Vignely, tout près du chemin qui conduit de 
ce village à Isles-les-Villenoy; des débris d'ossements du squelette 
et un échantillon de la terre qui le recelait sont joints à cet envoi. 
Le Président donne lecture de deux lettres de M. Plicque, conte- 
nant quelques détails sur les circonstances de la découverte. 

A cette occasion, M. le docteur Le Roy demande que l'on ajoute 
au questionnaire destiné à MM. les instituteurs, la recommanda- 
tion de sauvegarder, autant que possible, dans des fouilles analo- 
gues, les ossements de la tête qui peuvent seuls fournir les indica- 
tions sur les diverses races. 

M. de Blavette, propriétaire du domaine de Montceaux, pré- 
sente des pièces de monnaie et médailles de Henry IV, du duc de 
Mantoue, de Louis XIV, et un sceau en cuivre, trouvés dans l'en- 
ceinte de l'ancien château de Catherine de Médicis et de Gabrielle. 

M. Andrieux, surveillant général au collège de Meaux, présente 



— 21 — 

une petite statuette en bronze, d'un fort bon style, d'environ sept 
centimètres de hauteur, représentant ou la Sainte-Vierge ou une 
sainte, trouvée presque à fleur de terre, auprès de Mauriac (Can- 
tal), dans le voisinage d'un dolmen. 

M. de Blavette veut bien offrir à la section le sceau ou cachet 
dont il est fait mention ci-dessus; M. Andrieux offre également sa 
statuette ; des remercîments unanimes sont votés à ce sujet, ainsi 
qu'à M. Plicque. 

Le Président rend un juste hommage de regrets à la mémoire 
de MM. Ladevèze et Galland, membres de la Section, récemment 
décédés, et la séance se termine par les lectures que font 
MM. Torchet, de la portion de son Traité de l'ancienne musique 
qui concerne les Mérovingiens, et Garro père, d'une notice sur les 
Grottes aux Fées, et notamment sur celles de La Ferté-Gaucher et 
Crouy-sur-Ourcq. 



SÉANGE DU 4 DÉCEMBRE 1865. 
Présidence de M. CARRO père. 

A l'ouverture de la séance, M. Gavé dépose sur le bureau les 
objets suivants : 1° Un bloc assez considérable d'une substance 
noire, trouvé au fond du Grand-Morin, à peu de distance de sa 
réunion avec la Marne; cette substance qui, bien qu'un peu alté- 
rée, paraît avoir beaucoup d'analogie avec le caoutchouc, sera ana- 
lysée ; 2° Une géode, ou peut-être un ossement fossile trouvé en 
Berry, dans une masse de granit ferrugineux, dont un fragment 
l'accompagne. Cet objet, surtout, pourra être l'occasion d'une très- 
sérieuse étude. 

Le Président donne un rapide aperçu de la séance générale de 
la Société, tenue à Fontainebleau le 15 octobre; puis, il fait con- 
naître la lettre qu'il a adressée au Ministre de l'Instruction pu- 
blique, afin d'obtenir les autorisations nécessaires pour les confé- 
rences à faire cet hiver à Meaux. Les autorisations demandées sont 
au nombre de cinq, indépendamment de celle qui a été accordée 
particulièrement à M. de Pontécoulant. 

L'assemblée entend la lecture d'une Note de M. Lefebvre-Thié- 
bault, sur des sceaux des XV^ et XVIP siècles, de la famille Gosset, 
de Meaux, contenant de curieux détails biographiques sur deux 



— 22 — 

membres de cette famille qui eut longtemps une certaine notoriété 
dans la ville. 

M. Torchet lit un Mémoire historique et critique, fruit de sa- 
vantes recherches, et rapportant des faits intéressants et peu con- 
nus sur la légende de Sainte-Cécile, comme patronne des musiciens. 

Le Président donne lecture d'une notice, accompagnée de des- 
sins, sur quelques Facéties artistiques du moyen-âge. Il n'est ques- 
tion là, bien entendu, que des facéties acceptables, à l'exclusion 
de tant de productions trop libres que nous ont laissées les artistes 
de cette époque. 

Le Président invite ceux de ses collègues qui se proposeraient 
de prendre part aux lectures qui se font dans la réunion des mem- 
bres des Sociétés savantes à la Sorbonne, pendant les vacances de 
Pâques , à vouloir bien lui adresser leurs manuscrits, en sorte 
qu'il puisse les transmettre avant la fin de février. 

Sont nommés membres titulaires , MM. Philarète Ghasles, 
d'Isles-lès-Villenoy; Ri dan, de Villenoy; Plée, Morlot, deMcaux; 
Adolphe Thiébault, propriétaire au château de Brou, et Gharriou, 
instituteur à Monthyon. 



SÉANCE DU o FÉVRIER 1866. 
Présidence de M. CARRO père. 

Le Président donne lecture de deux lettres de M. l'inspecteur 
d'Académie Hautome et du Président de la Société, transmettant 
les instructions ministérielles relatives à la prochaine réunion des 
délégués des Sociétés savantes à la Sorbonne les 4, 5, 6 et 7 avril 
1866, et aux lectures qui pourront y être faites. Les mémoires 
préparés pour être lus en cette circonstance devront être agréés 
par la Société à laquelle appartient leur auteur, et transmis avant 
le 10 mars. 

L'assemblée décide, à cette occasion, que sa prochaine séance 
qui devait avoir lieu le premier lundi d'avril, sera avancée d'un 
mois et fixée au lundi 5 mars, afin que les mémoires qui seraient 
destinés aux lectures de la Sorbonne puissent lui être communi- 
qués en temps utile. 

La discussion s'ouvre sur un projet de circulaire proposé par 
M. Lefebvre, pour prier MM. les maires et les curés de vouloir 



— 23 — 

bien informer la Société des découvertes qui pourraient être faites 
dans leurs localités, d'objets ayant un intérêt historique ou scien- 
tifique. Il est convenu que des détails explicatifs seront ajoutés à 
ce premier projet. 

M. de Ginoux lit une Notice sur une monnaie de Sedan (un 
double) trouvée dans la carrière de sable exploitée à Meaux par 
M. Faron Plicque. 

Aux détails relatifs à la pièce, M. de Ginoux joint quelques no- 
tions historiques sur l'époque à laquelle elle appartient. 

Il en est de même d'une Notice de M. Lefebvre, sur un beau 
vase de faïence, qui a appartenu à l'abbaye de Ghelles, au temps 
de l'abbesse Marie d'Orléans, fille du Régent. M. Lefebvre remet, 
en outre, à la Société, de la part de M. Duvoir père, deux mé- 
dailles de bronze, antiques, trouvées dans le jardin de sa pro- 
priété, faubourg Gornillon, à Meaux. 

Un fer de pertuisane du xvi'^ siècle, très-bien conservé, est éga- 
lement offert de la part de M. André, qui l'a trouvé dans la terre 
de son jardin, rue Jablinot, dans le voisinage et à l'intérieur des 
anciennes fortifications du marché. 

Le Président dépose aussi, de la part de M. Sterlin, maître d'é- 
tude au collège, une médaille portant l'effigie de saint Marcel, 
pape, et celle de Notre-Dame de Valladolid, médaille de pèlerinage 
trouvée dans la cour du collège de Meaux qui fut autrefois un 
couvent d'Ursulines ; puis, encore 14 médailles ou monnaies de 
cuivrC;, données par M. Lespermont. Quelques-unes sont étran- 
gères, russes, italiennes, américaines, etc.; parmi les françaises 
se trouve un double tournois de Louis XIII (1617), parfaitement 
conservé, 

M. l'abbé Denis lit un Mémoire historique et archéologique sur 
d' anciennes peintures murales qui décoraient la chapelle de Notre-Dame 
du Chevet, maintenant en voie de reconstruction, dans la cathédrale 
de Meaux. La description et les détails que l'on doit à M. Denis 
conserveront du moins le souvenir de ces peintures, qui n'étaient 
pas sans mérite. 

M. le docteur Le Roy donne, à propos d'un incident de la der- 
nière séance, quelques détails sur Tindividualité et les œuvres du 
Corrége. 

L'assemblée entend la lecture que fait M. Torchet, d'un récit 
tiré d'une ancienne et fort singulière légende sur le goût de la mu- 
sique inspiré à Charlemagne par un talisman, à une époque oh l'on 
croyait très- volontiers aux vertus d'objets matériels et inertes. 



— 24 — 

La séance est terminée par quelques explications que donne 
le Président sur les objets apportés par M. Gavé à la séance 
de décembre. La substance ayant l'apparence de caoutchouc est, 
en effet, un fragment d'une sorte de pain ou bloc de caoutchouc, 
comme il en est envoyé des pays de production, et qui doit pro- 
venir de quelqu'une des fabriques établies autrefois sur le Morin. 
L'objet, paraissant un ossement ou pied d'enfant fossile, est une 
très-curieuse géode formée, suivant l'explication donnée par 
M. Frédéric Lhuile , de couches concentriques de fer oxydé 
hydraté, ocreux, hématite, tapissée à l'intérieur de stalactites re- 
couvertes de fer spathique. 

Le Président expose aussi des pierres provenant de l'enceinte, à 
murailles vitrifiées, de Peran (Côtes du Nord), dont il a été ques- 
tion dans une conférence publique du soir. 



SECTION DE lYIELUN. 



SÉANCE DU 9 JUILLET 1865. 
Présidence de M. GRÈS Y. 

Le procès-verbal de la précédente séance, lu par le secrétaire, 
est adopté sans observation. 

Il est procédé au dépouillement de la correspondance. 

M. le baron de Lassus Saint-Geniès, préfet du département de 
Seine-et-Marne, annonce qu'il accorde une subvention de 100 francs 
pour aider au payement des fouilles de la place Notre-Dame de 
Melun. 

M. Anatole de Barthélémy, secrétaire de la Commission de la 
Topographie des Gaules, annonce également que cette Commission 
a voté un nouveau crédit de 200 fr. pour la môme cause. 

Des remercîments sont votés à M. le baron de Lassus Saint- 
Geniès et à la Commission de la Topographie des Gaules. 

MM. Prévost et Bernardin, présentent pour être nommé mem- 
bre de la Société, M. Roblin, pharmacien à Brie-Gomte-Robert. 
La section décide qu'il sera statué sur cette proposition par un 
vote dans la prochaine séance. 



— 25 — 

Il est voté ensuite sur l'admission de M. Henri Chapu, du Mée, 
statuaire, demeurant à Paris, rue de Lille, n° 92. 

M. Chapu, ayant réuni l'unanimité des suffrages, son admis- 
sion sera proposée au Comité central de la Société. 

La parole est accordée à M. Leroy, qui donne lecture de la suite 
de son Rapport sur les fouilles de la place Notre-Dame. 

A la suite de cette lecture et sur la proposition du bureau de la 
Société, les membres présents votent à l'unanimité une subven- 
tion de dOO francs, à prendre sur les fonds de la Section, pour ai- 
der au payement des frais de ces fouilles. 

Il est ensuite donné lecture des travaux suivants : 

Par M. Lhuillier, Dépouillement sommaire de quelques ouvrages 
offerts a la Société. 

Par le secrétaire, au nom de M. Bernardin, Les foires de Brie- 
comte-Robert. 

Par M. G. Leroy, Une visite à Saint-Loup-de-Naud. 

Et par M. Labiche, Isis à Melun. 

La section décide le renvoi de ces travaux au Comité central. 



SÉANCE DU 13 AOUT 1865. 
Présidence de M. GRÉS Y. 

Le procès-verbal de la précédente séance, lu par le secrétaire, 
est adopté sans observation. 

M. le Président après avoir annoncé que S. E. le Ministre 
de l'Instruction publique accorde à la Société une subvention de 
350 francs, dépose sur le, bureau un exemplaire d'une : « Etude 
» historique et paléographique sur le rouleau mortuaire de Guillaume 
)) des Barres, comte de Roche fort^ grand sénéchcd du roi Philippe-Au- 
» gusfe, décédé au couvent de Fontaine-les-Nonains , près Meaux, le 22 
» mars 1233 », dont il est l'auteur. 

M. le Président annonce qu'il y a lieu de voter sur la demande 
d'admission de M. Robjin, pharmacien à Brie-comte-Robert. 

L'admission de M. Roblin est votée et sera soumise à l'appro- 
bation du Comité central. 

Sur la proposition de MM. les membres du bureau, sont pré- 
sentés au Comité central comme membres correspondants, M. Si- 
raudin (de Melun), vérificateur des poids et mesures, membre de 
la Société des sciences et belles-lettres de Bayeux (Calvados), rési- 



— 26 — 

danten cette ville, et M. Dubois, secrétaire de la mairie d'Amiens 
(Somme). 

Il est domié lecture des travaux suivants : 

Par M. Lhuillier, Note bibliographique sur quelques ouvrages of- 
ferts par M. Dubois, secrétaire de la mairie d'Amiens. 

Par M. Leroy, Notice sur les épidémies melunaises pendant le 
moyen-âge; Note sur une villa antique près de Melun, et sur des po- 
tiers gallo-romains. 

Par M. Labiche, deux pièces de poésies intitulées : La petite fille 
et les deux roses; Ne troublons pas nos jeux. 

Et par M. Grésy, Iconographie de Saint-Loup, empruntée, suivant 
la légende, à l'art local. 

M. le comte de Bonneuil fait observer qu'en 1849 il a publié, 
dans le Bulletin monumental de M. de Caumont, une notice sur l'an- 
cien prieuré de Saint-Loup-de-Naud, près Provins. Il pense que le 
sujet, sculpté sur le portail de cet édifice et qui représente un per- 
sonnage couvert d'un^ cloche, dans l'attitude de l'humiliation, se 
rapporte à l'envoyé du roi Glotaire, restituant les cloches de la ca- 
thédrale de Sens, et faisant amende honorable à Saint-Loup. 

M. Grésy répond, qu'en effet, cette interprétation, qui diffère 
de la sienne, peut également être admise. 



SÉANCE DU 3 SEPTEMBRE 1865. 
Présidence de M. GRÉSY. 

Le procès-verbal de la précédente séance , lu par le Secrétaire , 
est adopté sans observation. 

M. le Président communique les lettres de remercîments adres- 
sés par MM. Siraudin et Dubois, à l'occasion du titre de membre 
correspondant, qui leur a été décerné par la section do Melun, 
dans sa dernière séance, et que le Comité central a conlirmé. 

M. Roujou dépose sur le bureau l'ouvrage suivant, dont il fait 
hommage à la Société : Recherches sur l'âge de pierre quaternaire 
dans les environs de Paris , suivies de quelques observations sur l'an- 
cienneté de l'homme. 

Il est donné lecture, savoir : 

Par M. Lcmairc : de la Roue herie-j urée à Coulommiers , au xv' 
siècle. 



— 27 — 

Par M. Lhuillier, au nom de M. SoUîer : d'une Notice sur l'ancien 
couvent de Moret. M. Grésy fait observer, à ce sujet, qu'il possède 
un portrait de la religieuse dite la Négresse de Moret , d'après 
l'original conservé à la bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris. 
Il offre de le communiquer à l'une des prochaines séances de la 
Section. 

Par M. G. Leroy, d'une notice intitulée : Melun sous Henri IV, 
(1390-1610.) 

Par M. Labiche, d'une fable ayant pour titre : V Esprit fort et le 
Croyant. 

Et par M. Lhuillier : de VEtat du domaine de Crécy-en-Brie au 
XVII® siècle. 

Tous ces travaux, à l'exception de la Notice sur Grécy , par 
M. Lhuillier, qui déclare la réserver pour une publication parti- 
culière , sont renvoyés au Comité central, pour être insérés dans 
le Bulletin. 

M. le Président annonce qu'en raison de la séance générale de 
la Société, fixée au 13 octobre prochain, la Section ne se réunira 
pas avant le premier dimanche de novembre. 



SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1863. 
Présidence de M. H. FRÈTE AU de PÉNY. 

En l'absence du Président empêché, le fauteuil est occupé par 
le Vice-Président de la Section. 

Le procès-verbal de la dernière séance est adopté sans obser- 
vation. 

Il est donné lecture d'une lettre de M. le baron de Beauverger 
au Président de la Société, par laquelle M. de Beauverger fait 
savoir qu'il est dans l'intention d'offrir à la Société une médaille 
d'or de 200 fr. pour le meilleur Mémoire sur l'historique de 
l'Agriculture dans Seine-et-Marne, qui serait mis au concours. 

La section accepte avec reconnaissance la proposition de M. de 
Beauverger. 

Des demandes d'admission , comme membres titulaires , sont 
formées par M. Auguste Godin, fabricant d'ébénisterie artistique, 
demeurant à Paris, rue du Harlay , 7, et M. Eugène Godin, 
statuaire, demeurant aussi à Paris, rue Lallier, 6, tous deux 



— 28 — 

présentés par M. le docteur Gillet et M. l'abbé Dégoût. Une 
semblable demande est faite par M. Darnay, photographe à Me- 
lun, présenté par MM. Courtois et Leroy. Il sera statué dans la 
prochaine séance. 

M. Leroy donne lecture d'une note sur la situation financière 
des fouilles exécutées sur la place Notre-Dame de Melun , dans le 
cours de l'été dernier. 

La Section décide que le reliquat actif constaté par cette note, 
restera déposé entre les mains du trésorier de la Société, pour 
recevoir la destination qui sera indiquée ultérieurement. Elle 
autorise le Bureau à faire les démarches nécessaires , auprès de 
l'Administration municipale de la ville de Melun, pour la clôture 
de la galerie oh sont déposées les antiquités provenant de ces 
fouilles. 

M. Lhuillier lit, au nom de M. Bréan, membre correspondant, 
le compte - rendu de découvertes archéologiques qu'il a faites à 
Gien en 1865. — Remercîments à M. Bréan, et dépôt de son 
travail dans les Archives de la Société. 

Il est successivement donné lecture des travaux suivants , sa- 
voir : 

Par M. Lemaire : Notes sur la fondation des Célestins de la Sainte- 
Trinité de Marcoussis. 

Par M. Labiche : VAne de la reine Berthe, fable. 

Et par M. G. Leroy : Les Archers et les Arquebusiers de Melun. 

Renvoi au Comité central. 

M. le docteur Gillet communique une médaille de Faustinc et 
deux petits vases funéraires en terre, trouvés avec plusieurs 
crânes et ossements dans la plaine de la Varenne de Melun , sur 
l'emplacement de l'ancienne nécropole de Melodunum. 

Le Secrétaire est invité à prendre note de cette communication, 
pour servir à la rédaction du Dictionnaire Archéologique de Seine- 
et-Marne. 



SÉANCE DU 3 DÉCEMBRE 1865. 
Présidence de M. GRÉS Y. 

Le procès- verbal de la dernière séance est adopté sans observation. 
Il est donné connaissance de sujets de concours scientifiques et 
littéraires, avec prix offerts par la Société académique de Brest. 



— 29 — 

Des documents adressés par MM. le comte de Létouville et 
Liébert sont renvoyés à la Commission du Dictionnaire Archéolo- 
gique de Seine-et-Marne. 

L'admission de : 1° M. Auguste Godin , fabricant d'ébénisterie 
artistique, demeurant à Paris, rue du Harlay, 7 ; 2° de M. Eugène 
Godin , statuaire , demeurant à Paris , rue Lallier, 6 ; 3° et de 
M. Darnay, photographe à Melun , est mise aux voix et adoptée. 

Ces admissions seront soumises au Comité central. 

II sera statué ultérieurement sur une demande d'admission 
formée par M. Blot, artiste à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais.) 

Il est successivement donné lecture des travaux suivants : 

Par M. Sollier : Le couvent de Moref. 

Par M. Labiche : Le berger et le lion , fable. 

Et par \l. Gaucher : Note sur le sceau des comtes de Varax , sei- 
gneurs de Nanteuil-sur- Marne. 

M. Grésy présente le fac-similé du portrait de la religieuse dite 
la Négresse de Moret, dont l'original existe à la bibliothèque Sainte- 
Geneviève de Paris. 

M. G. Leroy annonce qu'il vient d'être trouvé dans l'église St- 
Aspais de Melun, une pierre tumulaire du xiv^ siècle, qui paraît 
provenir de l' Hôtel-Dieu Saint- Jacques de la même ville. 

M. Grésy annonce aussi que M. Carro, président de la section 
de Meaux, a signalé à la Société des Antiquaires de France la 
découverte d'une sépulture très-ancienne faite à Vignely, près 
Meaux. On y a recueilli des fragments d'os formant un chapelet. 



SÉAiNCE DU 7 JANVIER 1866. 
Présidence de M. GRÉSY. 

La séance est ouverte à une heure. 

Le procès- verbal de la précédente séance est adopté sans obser- 
vation. 

Une demande d'admission, comme membre titulaire, faite par 
M. Hérisé, imprimeur à Melun, est présentée par MM. Lhuillier 
et Leroy. 

Il est successivement donné lecture des travaux suivants : 

Par M. Lemaire, Note sur d'anciens tombeaux découverts récem- 
ment dans la cour d^ honneur de la préfecture. 



— 30 — 

Par M. Lhuillier, Compte-rendu de plusieurs ouvrages offerts à la 
Société. 

Par M. Labiche, la Colombe infidèle^ fable. 

Par M. Gaucher, Note concernant le fabuliste Lafontaine; — Indi- 
cation des antiquités et curiosités de la commune de Champdeuil et des 
environs. 

Tous ces travaux sont renvoyés au Comité central. 

Sur la proposition de M. Courtois, des remercîments sont votés 
à M. le Préfet de Seine-et-Marne, pour le dépôt au Musée de 
Melun, des objets dont il est question dans la notice de 
M. Lemaire. 

M. Leroy annonce que des chapiteaux, trouves dans l'intérieur 
d'un mur de l'ancienne église Saint-Ambroise de Melun, ont été 
également déposés au Musée. 

M. Grésy rend compte de la vente, à l'hôtel des commissaires- 
priseurs de Paris, d'un tableau original concernant le souvenir de 
l'apparition du grand veneur à Henri IV, dans la forêt de Fontai- 
nebleau. 

M. Schreuder signale, comme pouvant être utilisé pour le bul- 
letin de la Société, le procédé de gravure dû à feu M. Duloz, mem- 
bre de la Société des anciens élèves des écoles d'arts et métiers. Ce 
procédé donne des résultats satisfaisants et peu coûteux. 

M. Courtois présente différentes monnaies anciennes et mo- 
dernes, trouvées à Réau et données par M. Rousseau au Musée 
de Melun. 

M. Lemaire présente également une monnaie d'argent à l'effigie 
de Henri II [, trouvée dans une vigne à Ghartrettes. 



SÉANCE DU 11 FÉVRIER 1866. 
Présidence de M. G If ES Y. 

La séance est ouverte à une heure. 

Le procès-verbal de la précédente séance est adopté. 

Dépouillement de la correspondance : S. E. M. Drouyn de 
Lhuys, MM. Gaudard, de May et Qucsvers expriment leurs re- 
grets de ne pouvoir se trouver à la séance de ce jour. Lecture est 
donnée d'une circulaire de S. E. le Ministre de l'Instruction 
publique, relative à la réunion des Sociétés savantes, h la Sor- 
honne, on avril prochain. — Indication d'ouvrages, de fac-similé 



— 31 — 

d'autographes et d'assignats offerts à la Société par M. le baron 
de Girardot, membre correspondant. — Concours ouverts par la 
Société d'Apt en 1866. — Accusés de réception du bulletin par 
la Société des antiquaires de Normandie, la Société archéologique 
d'Avesnes et l'Académie impériale de Savoie. 

L'admission, comme membres titulaires, de M. Hérisé, impri- 
meuf à Melun, présenté par MM. Lhuillier et Leroy, et de 
M. Blot, statuaire à Boulogne-sur-Mer, présenté par MM. Cour- 
tois et Leroy, est adoptée à l'unanimité. Cette admission sera sou- 
mise au Comité central. 

Une proposition tendant à l'admission de dames, soulève une 
question de principes, dont la solution est renvoyée au Comité 
central et, s'il y a lieu, à l'Assemblée générale de la Société. 

Il est donné lecture des travaux suivants : 

Par M. Lhuillier, La succession de l'abbé Seguy. 

Par M. Labiche, le Renard et VOie^ fable. 

Par M. Grésy, Note sur des méraux de Suint-Père de Melun, et 
delà collégiale de Champeaux. 

Renvoi au Comité central. 



SECTION DE PROVINS. 



SÉANCE DTJ 29 AOUT 1865. 
Présidence de M. le comte d'HARCOURT. 

La Section de Provins s'est réunie à l'hôtel-de- ville, salle de la 
Bibliothèque. 

Le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la dernière 
séance. 

Le Président invite la Section à délibérer sur l'admission, 
dans la Société, de cinq nouveaux membres : 

M. Arnoul, propriétaire à Maisonrouge; 

M. De Béviile, général, aide-de-camp de TEmpereur, proprié- 
taire à Cerneux; 

M. De Bréville, sous-préfet de Provins; 

M. Cave, caissier de la Recette particulière de Provins; 



— 32 — 

M. Michaux (Louis), propriétaire à Provins. 

Après cette opération et conformément aux statuts de la Société 
et au règlement de la Section , la nomination des nouveaux 
membres admis sera soumise à l'approbation du Comité central. 

Plusieurs communications sont ensuite faites par M. de Ponté- 
coulant : 

i° Sur des fouilles entreprises au tumulus de Mirevault, par 
M. Profit, cultivateur, et sur un cachet trouvé dans ces fouilles, 
et offert à la Section de Provins par jNI. Profit; 

2° Sur la carte des Gaules, dont un exemplaire sera prochaine- 
ment adressé à la Section de Provins, qui sera chargée de com- 
pléter cette carte, en ce qui concerne la région comprise dans 
l'arrondissement de Provins. 

3° Sur les dalles tumulaires existant dans l'église de Pécy, et 
que M. Des Farges déclare avoir le projet de faire relever et 
sceller verticalement, le long des murs de l'église, afin d'en assurer 
la conservation. 

M. Jules Michelin donne quelques renseignements sur une 
pierre de lance trouvée à Septveilles, dans une carrière, et offerte 
au musée de la Bibliothèque de Provins. 

M. Félix Bourquelot lit un travail sur les monnaies provinoises 
connues sous le nom de im^es provinoises ou de sous provinois du 
Sénat, et qui ont eu cours en Italie, du xii'= au xv^ siècles. 

M. de Pontécoulant entretient ensuite la Section du projet d'or- 
ganisation des cours et conférences publiques du soir, pendant 
l'hiver prochain. Il annonce qu'il prêtera son concours à la 
Section de Provins en venant faire lui-même plusieurs lectures. 
Après une discussion à laquelle prennent part tous les membres 
présents, la Section décide qu'elle examinera à nouveau ce projet, 
qu'il n'a point été possible de mettre à exécution pour l'hiver de 
1864-1863. 



TRAVAUX. 



COMPTE-RENDU D'UNE EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE 

DANS L'ARRONDISSEMEINT DE MEADX, 

PAR M. MAXIME BEAUVILLIERS, 
Membre fondateur (itcetion de Fontainebleau). 



Messieurs et chers Confrères, 

Appelé par le Bureau de la Société à l'honneur de vous faire 
le récit de l'excursion archéologique des 18 et -19 juillet 1865, dans 
l'arrondissement de Meaux, je rencontre, dès le début, deux écueils 
qu'il me faut éviter à tout prix. 

A leur point de vue particulier, les journaux des cinq arron- 
dissements de Seine-et-Marne ont déjà publié séparément des 
comptes-rendus, signés de ceux que nous pouvons ranger, avec 
juste raison, parmi les confrères les plus laborieux et les plus zélés 
de notre Compagnie. — Enfin, bien du temps déjà s'est écoulé 
depuis la rencontre dos quarante Sociétaires qui se réunirent, 
l'été dernier, au village de Ferrières. 

Aussi , malgré son insuffisance , votre rapporteur ose compter 
d'avance, Messieurs, sur votre bienveillante indulgence. Cédant 
donc de préférence à certains penchants historiques et littéraires , 
et plutôt touriste et chroniqueur que monographe architectonique 
et sculptural , nous nous proposons de renfermer ce travail dans 
d'étroites limites. 

Avant de résumer l'emploi de ces heures si rapidement écoulées 
et si délicieusement remplies, nous ne pouvons résister au plaisir 
de retracer le curieux et piquant tableau, présenté parla caravane 
au moment de son arrivée à Ferrières , lieu fixé pour le rendez- 
vous général. 

3 



— 34 — 

Sur la place du bourg de Perrières, avec une précision toute 
mathématique, près de la porte de la modeste auberge où se trou- 
vait préparé le déjeuner, débouchèrent et s'arrêtèrent en même 
temps, les voitures amenant les divers Sociétaires, appartenant 
aux cinq Sections du département. 

Là, se trouvèrent réunis près de 40 excursionnistes, sous la 
présidence de M. le marquis de Pontécoulant, et sous celles de 
MM. Garro père, Eugène Grésy, Anatole Dauvergne, présidents 
de Sections. M. Félix Bourquelot, vice-président de la Société, 
obligé de prendre part aux examens annuels de l'École des Char- 
tes, s'était fait excuser, ainsi que M. Jules David, président de la 
Section de Fontainebleau, retenu par ses fonctions administratives. 

1" JOURNÉE. — 18 JUILLET 1865. 

ÉGLISE ET CHATEAU DE DERRIÈRES. 

Suivant l'expression pittoresque de nos voisins d'Outre-Manche, 
le château de Ferrières était the qveal ^attraction de la journée, mais 
la jolie petite église du lieu,. naguère si délabrée, aujourd'hui en 
cours de réparation, dut avoir le pas sur la splendide habitation 
du Roi de la Finance. 

Placée sous le vocable de saint Rémi , archevêque de Reims , 
construite aux xiii^ et xiv^ siècles, ornée de vitraux de la même 
époque, l'église de Ferrières est regardée généralement comme 
l'un des édifices les plus complets de la Brie champenoise. 

Nous y avons remarqué plusieurs dalles tumulaires fort intéres- 
santes, que nous espérons bien voir relever prochainement le long 
des parois de l'église, afin d'éviter leur totale destruction. 

Deux choses méritent d'attirer l'attention du visiteur^ à son en- 
trée dans la chapelle de la Vierge : d'abord une épitaphe , puis un 
tableau représentant Marie soutenant l'Enfant-Jésus. L'épi taphe 
est celle de Léonard de Goulas, qui mourut à Paris le 19 juillet 16G1, 
seigneur châtelain de Ferrières, et secrétaire des commandements 
de S. A. R. Mg' Gaston de France, duc d'Orléans. Ce ne dut pas 
être, signalons-le en passant, une vaine sinécure que l'emploi du 
seigneur de Goulas. Avec ses trames continuelles, conspirateur et 
dupé tour à tour, Gaston du! donner de la tablature à tous ses 
secrétaires, et surtout ù, M. de Goulas. 

Les annalistes sont loin d'être d'accord sur l'origine du tableau 



— 35 — 

ornant la chapelle de la Vierge. Les uns veulent simplement qu'il 
ait été offert par M. Racine de Jonquoy, trésorier-général des ponts- 
et-chaussées, qui posséda la seigneurie de Ferrières vers 1737 ; 
d'autres prétendent qu'il est l'œuvre de cet ancien seigneur. 

Château de Ferrières. 

Par un de ces privilèges qui demeurent acquis à la province de 
la Brie meldoise, presque tous les lieux de cette contrée rappel- 
lent des noms célèbres , des événements mémorables , de grandes 
illustrations de race. — Dût-elle, comme on l'en a accusée dédai- 
gneusement quelquefois, ne ramasser que les miettes de l'histoire^ 
l'archéologie provinciale s'estime encore heureuse de pouvoir 
rattacher à l'histoire générale de notre pays , le récit des événe- 
ments qui se sont accomplis à l'ombre de ces forteresses du temps 
passé, derrière ces antiques et imposants manoirs. 

Ne nous hâtons donc pas de dire que l'Archéologie n'avait rien 
à constater à Ferrières. L'habitation du banquier des têtes cou- 
ronnées, comme on l'a surnommé, est, il est vrai, toute moderne, 
mais le village de Ferrières est souvent cité dans nos vieilles 
chroniques. 

Dans la généalogie des grands officiers de la Couronne, figure 
un des anciens seigneurs de Ferrières , Raoul ou Radulfe , qui 
donna vers 1150, au prieuré de Gournay , une dîme lui appar- 
tenant. — En compulsant les annales de la maison de Montmo- 
rency, on voit qu'en 1366, il fut fait hommage du fief de Ferrières- 
en-Brie , au seigneur de Montmorency, comme ayant le bail de 
damoiselle Philippe de Montmorency. ~ 

Aux xvi'' et xvn' siècles, la terre de Ferrières fut possédée par 
divers représentants des deux familles parlementaires de Marillac 
et de La Briffe. Pierre-Armand de La Briffe, procureur-général 
au parlement de Paris, mort en 1700, obtint du roi Louis XIV 
l'érection de la seigneurie de Ferrières en marquisat. 

Louis Bossuet, maître des requêtes, neveu de Bossuet , évêque 
de Meaux, épousa la fille de ce La Briffe le 22 février 1700. La voix 
du grand orateur sacré se fit entendre plus d'une fois sous les 
voûtes de l'église de Ferrières. L'abbé Ledieu, chanoine, secrétaire 
de Bossuet, sous la date du 26 septembre 1702 , a consacré dans 
son Journal quelques lignes à l'ancien château. 

La maison est à l'antique, dit-il, mais grande et logeable, avec 
» une galerie raisonnable et de beaux fossés à sec bien revêtus. 



— 36 — 

» Toute la vue est sur un étang et sur le parc, grand et spacieux, 
» bien planté tout autour de l'étang. Les allées y sont belles ; la 
» chapelle est très-propre , bien ornée et bien placée pour la dé- 
» cence et la commodité. » 

Le domaine de Ferrières appartient depuis plus de 30 ans à 
M. le baron James de Rothschild. Il a été acquis par lui des 
héritiers de Pouché, duc d'Otrante, moyennant 2,600,000 fr. Con- 
sidérablement agrandi et augmenté depuis, il comprend aujour- 
d'hui plus de 1500 hectares. 

Dans un siècle un peu trop enclin à croire à l'infaillibilité du 
pouvoir de l'or, pourquoi ne signalerions-nous pas un l'ait étrange 
et piquant à la fois? — Gomme un simple métayer villageois, 
M. de Rothschild est assujetti aux servitudes de la propriété ru- 
rale. Au beau milieu de son vaste domaine, se trouve une gênante 
enclave de six hectares , qui coupe une superbe avenue et dont il 
ne p'ut faire l'acquisition. Grande leçon morale, bien faite pour 
démontrer hautement qu'il n'est pas de puissance vraiment abso- 
lue sur la terre ! 

Constatons encore une particularité digne de remarque. Les 
deux royautés financières de notre époque se touchent h la ville 
comme à la campagne. Si Ferrières appartient aux Rothschild, les 
fr"^res Péreire possèdent les terres contiguës d'Armainvilliers. Les 
deux puissances rivales et presque parallèles da marché Européen, 
semblent donc destinées à vivre côte à côte, à se rencontrer et à se 
heurterpartout, aussi bien sur le théâlre de leurs opérations indus- 
trielles, que dans les loisirs de leur villégiature. 

Personne n'avait encore été autorisé à prendre, même sur un 
album , l'esquisse du château tout nouvellement construit de 
Ferrières, avant la visite de l'Empereur qui eut lieu le 16 dé- 
cembre 1862. Avec les trésors dépensés par M. de Rothschild 
pour la réparation de l'ancien château et l'édification du nouveau, 
la France eût pu être dotée d'un chef-d'œuvre do plus. Mais cons- 
truit dans un genre bâtard, le château do Ferrières, à l'extérieur, 
manque, il faut bien le dire, de style et de véritable grandeur. On 
reconnaît, dans l'œuvre de l'anglais Paxton, de nombreuses rémi- 
niscences de Ghambord et de Ghenonceaux; mais que n'a-t-il égale- 
ment emprunt ('■ la majesté et l'élégance architecturales de ces 
deux palais jumeaux des bords de la Loire ! 

Admirablement dessiné, mais complètement dépourvu d'acci- 
dents de terrain , et privé de perspectives , le parc de Ferrières 
ressemble fort au bois de Boulogne et au pré Gatelan. Les bassins 



— 37 — 

sont immenses et bien empoissonnés , mais les eaux , comme à 
Trianon, manquent de cette limpidité sans égale qU'e possèdent 
celles de Fontainebleau. — Notre attention s'est également portée 
sur le Sequoïagtgontea , planté dans le parc par l'Empereur, sui- 
vant la coutume allemande, en souvenir de sa visite. Cet arbre 
exotique a déjà pris un développemient rercarquable. 

Si la demeure de M. de Rothschild ressemble à une moderne 
et somptueuse villa , transportée des Champs-Elysées dans les 
plaines de la Brie; si la construction extérieure du palais de Fer- 
rières donne quelque prise à la critique, on est forcé d'admirer sans 
restriction le bon goût et la richesse de la décoration intérieure. 

Un escalier à double révolution conduit dans le Hall. Cette im- 
mense pièce occupe le milieu du château, en prend toute la hau- 
teur, et se trouve fermée h 20 mètres du sol, par une toiture vi- 
trée, éclairée le soir par 1,150 becs de gaz comme le Théâtre- Ly- 
rique. Par sa disposition, le Hall rappelle l'immense salle des 
gardes, dans laquelle se déroule l'incomparable escalier à double 
vis et en forme de tire-bourre du palais de Chambord. 

Autour du Hall rayonne une suite d'appartements qui n'en sont 
séparés que par une charmante galerie. Tout est admirablement 
combiné pour le comfort et la commodité des possesseurs et des 
hôtes de cette princière demeure. Par un véritable raffinement de 
prévoyance, qu'on ne saurait trop apprécier dans la saison d'au- 
tomne, outre les escaliers de service, il existe un escalier spécial, 
ménagé pour les chasseurs, afin de ne pas troubler le sommeil des 
autres invités, par le bruit de leur départ matinal. 

La plume se refuse à décrire toutes les raretés artistiques, ren- 
fermées dans ce véritable musée qu'on appelle le Hall, oîi règne 
beaucoup de profusion unie à quelque peu de confusion. Nous ne 
pouvons que citer, h la hâte, un splendide fauteuil bysantin, des 
toiles de Joseph Vernet, de Velasquez, du Guide, de Van Dyck, 
du Giorgone, de Van Mole, des tapisseries de haute lice, et enfin 
une bibliothèque de 8,000 volumes environ. 

Dans le salon de famille, est exposé le trône de l'Empereur de 
Chine, qu'un membre de la maison de Rothschild a rapporté de 
Pékin. Une riche étofie orientale couvre cette espèce de lit' de re- 
pos, surmonté du dragon à cinq griffes. C'est dans le petit salon 
particulier de M. de Rothschild, orné de tapisseries des Gobelins, 
faites sur les dessins de Boucher (( qu'au milieu de la charmante 
» journée du 16 décembre, » l'Empereur s'est retiré pour prendre 
une demi-heure de repos et expédier ses dépêches. 



— 38 — 

La chambre à coucher possède plusieurs merveilles picturales 
anciennes, au milieu desquelles on aperçoit, non sans quelqu'éton- 
nement, l'un des chefs-d'œuvre de Roqueplan : u Rousseau con- 
duisant par la bride la monture des demoiselles de Galley et de 
Graffenried, et les aidant à traverser un ruisseau. » 

Ce charmant épisode des Confessions si délicieusement interprété 
par l'élégant pinceau du peintre français, fait regretter plus vive- 
ment encore l'absence du tableau du même artiste, faisant pen- 
dant et qui représente Jean Jacques monté dans l'arbre, lançant 
des cerises dans... le tablier de ces rieuses et aimables jeunes 
filles. 

Le fumoir tout tapissé en cuir de Russie, couleur tabac, avec 
ses fresques d'Eugène Lami, la petite salle à manger avec ses ani- 
maux de Philippe-Rousseau, mériteraient une description détail- 
lée, mais pour laquelle le temps nous manque. 

A l'extrémité du salon, se trouve un petit oratoire Israélite ; 
tout y est simple et de bon goût. Cette simplicité plaît au milieu 
du luxe des autres pièces; elle repose l'âme et l'esprit, et invite 
à la méditation. 

Dans la salle à manger, pour la plus grande facilité du service, 
des crédences sont établies sur toutes les faces de l'appartement, 
orné de solives apparentes et peintes, rappelant la belle salle des 
gardes de Fontainebleau. 

C'est ici l'occasion, après cette halte à Ferrières, de dire un mot 
des débuts de la fortune des Rothschild, et des causes de la juste 
et universelle considération qui entoure, depuis trois quarts de 
siècle, ces Rois de la Finance. — En 1793, Meyer Rothschild, ban- 
quier à Francfort, fut choisi comme dépositaire de l'immense for- 
tune du Landgrave de Hesse-Cassel. Plein de confiance, le prince 
ne voulut pas accepter le reçu de son banquier. Peu de temps 
après, Meyer Rothschild perdit une grande partie de sa fortune 
dans le pillage de sa maison, mais il fut assez heureux pour sau- 
ver le dépôt du prince, et le faire valoir dans de fructueuses opé- 
rations financières. Au retour des années paisibles, il le restitua 
fidèlement au Landgrave, avec les intérêts accumulés. Telle est l'o- 
rigine de la royale clientèle et do l'immense crédit des Rothschild. 

De pareils traits sont d'incontestables et solides titres -de no- 
blesse pour cette maison, dont le prestige et la puissance se sont 
encore accrus avec les années. Ce sont là, sans contredit, les plus 
beaux fleurons de la couronne de ces hauts barons de la Finance. 



— 39 — 

E..%GI1Y. 

Mais le temps qui nous presse, nous force de quitter ce lieu en- 
chanté, et de gagner Lagny. Station intermédiaire entre Ferrières 
et Meaux, Lagny, par lessouvenirs historiques et littéraires qu'elle 
rappelle^ se recommandait à l'attention d'rno Société qui compte 
parmi ses membres plusieurs lauréats des concours académiques 
et littéraires. — Dans ses recherches, Pasquier constate qu'une 
institution pareille à celle des Jeux floraux de Toulouse, existait 
déjà de son temps à Lagny, et que chaque année des récompenses 
y étaient décernées aux fêtes de la Pentecôte. Lagny a donné 
le jour à un littérateur du commencement du xiii* siècle : Geof- 
froy de Leigny ou de Lagny, généralement regardé comme le 
continuateur du Roman de la charrette ou de Lancelot, commencé 
par Chrestien, de Troyes. — Une autre illustration de Lagny, fut 
le chancelier de France, Pierre d'Orgemont, mort en 1389. 

Le remarquable cartulaire de Lagny, formé pendant le règne de 
François I" et conservé à la Bibliothèque impériale, est l'œuvre 
de Nicolas Vincelot de Lagny, procureur fiscal sous l'abbé Fran- 
çois de Clermont, cardinal-archevêque d'Auch. 

Suger, le savant abbé de Saint-Denys, ministre de Louis VII, 
rapporte qae Lagny était le centre d'opérations commerciales fort 
importantes, et que les églises pauvres y engageaient leur argen- 
terie. 

Le vieux monastère de Saint-Furcy fondé, suivant la tradition, 
par Saint-Furcy, gentilhomme irlandais, est aujourd'hui complè- 
tement délaissé et converti (ô profanation !) en écuries et en maga- 
sins. — De ce couvent, véritable et vénérable pépinière de saints 
et de doctes bénédictins, il ne reste plus qu'une seule arche en 
plein cintre. • 

L'Église paroissiale de Lagny, bâtie en 1017, brûlée et recons- 
truite en 1206, restaurée au xvi'' siècle, est remarquable par un 
large et profond iriforium^ ouvert et semi-circulaire, qui contourne 
l'abside. Deux personnes de front peuvent circuler librement dans 
ces tribunes hautes. 

A Lagny, la caravane abandonna les voitures pour se rendre di- 
rectement à Meaux, par la voie ferrée. Dès son arrivée dans cette 
ville, elle s'empressa de se diriger vers la Cathédrale, pour en 



— 40 — 

admirer les beautés. Il était alors environ sept heures du soir. 
Eclairée comme nous l'avons vue au déclin du jour par les feux 
du soleil couchant, la façade de la vieille basilique nous sembla 
revêtir alors un double et incontestable caractère de majesté et de 
grandeur. 

Le tympan du portail du milieu de la façade principale est orné 
de ces sculptures symboliques, si familières aux architectes du 
moyen-âge. On donne à cette page sculpturale une interprétation, 
que nous rapportons sans prétendre en garantir l'exactitude. 

« A droite, l'enfer est indiqué par des flammes; à gauche, le pa- 
radis est tiguré par des saints placés dans leurs niches. Un 
homme, couronne en tête, Philippe-le-Bel, semble vouloir se diri- 
ger résolument vers le paradis, mais un ange le retient sévère- 
ment par le bras, et l'empêche d'aller plus loin. Sa femme, Jeanne 
de Navarre, qui dota si généreusement la cathédrale de Meaux, 
intercède auprès de Saint-Pierre, armé de son énorme clef, et sem- 
ble demander grâce en faveur du roi faux-monnayeur. » 

La physionomie, à la fois rébarbative et paterne du gardien du 
paradis, reflète spirituellement ses irrésolutions. Lorsque l'œil se 
détache de cette œuvre sculpturale, on demeure presque convaincu 
que les grâces éloquemment suppliantes de la reine Jeanne, ne tar- 
deront pas à vaincre la résistance du prince des Apôtres. 

Dans son Histoire de Meaux, notre confrère M. Carro a repro- 
duit cet ingénieux commentaire de la principale voussure de la 
cathédrale, emprunté à feu M. Letronne, membre de l'Institut. 

Détruite par les Normands, recontruite par Gautier l" dit le 
Sage, évêque de Meaux, la cathédrale renferme des beautés de 
premier ordre. On remarque tout d'abord la hauteur, la délica- 
tesse du sanctuaire, et surtout l'abside qui s'élève brillante de 
grâce, de légèreté et d'harmonie dans une atmosphère paisible et 
lumineuse, tamisée par des vitraux du plus pur style flamboyant. 

Si l'on en croit la tradition, la tête couronnée placée dans le 
rond-point du chœur, serait celle de Jeanne de Navarre, qui con- 
sacra des sommes considérables pour la construction des voûtes du 
rond-point et de la flèche. 

Le nom de Bossuet, on peut le dire, est inséparablement lié à 
l'évôché de Meaux, dont il est l'honneur et la gh^re impérissables. 
— Dès qu'on pénètre sous les voûtes de la vieille cathédrale, les 
yeux se portent instantanément sur cette chaire dont il a franchi 
tant de fois les degrés, pour l'illustrer à jamais. L'un des pan- 
neaux porte encore la date de 1618. Pendant près de 20 ans, du 



— 41 — 

haut de cette tribune catholique, a retenti la voix éloquente du plus 
puissant de nos orateurs sacrés. 

On aime à se représenter Bossuet dans cette chaire, l'œil en feu, 
le front inspiré, les mains étendues sur la foule qu'il tenait hale- 
tante et suspendue aux mâles accents de son génie. Sous cette 
froide statue de marbre, tristement reléguée dans une nef latérale, 
sous cette physionomie placide et reposée, nous reconnaissons dif- 
ficilement le grand évêque, à la parole tonnante et majestueuse. Il 
n'a, certes, pas été heureusement inspiré, l'artiste qui nous a re- 
présenté l'auteur des Oraisons funèbres assis, et non debout dans 
la chaire où nul ne l'a surpassé depuis. Le sculpteur nous a, peut- 
être, donné l'image exacte de l'écrivain méditant le Discours sur 
'histoire universelle, mais à coup sûr, nous eussions préféré l'ora- 
teur sacré. 

La mémoire du riche et libéral bourgeois Jean Rose, véritable 
Petit Manteau bleu du moyen-âge, s'est conservée depuis cinq siè- 
cles, avec une vénération non interrompue, parmi la population 
Meldoise. Cédant à la générosité de son cœur, et tout en faisant 
le commerce du blé, Jean Rose achetait un peu plus cher que les 
autres en temps de baisse, et la hausse venue, il vidait ses greniers 
sur place, à un prix moins élevé que le cours. Il fonda, en 1336, un 
hôpital pour 23 pauvres aveugles et pour 10 jeunes enfants qu'il 
fit instruireà ses frais, y joignit 12 lits pour les pauvres sans asile, 
établit deux religieux pour desservir l'hôpital converti, dès 1647, 
en chapelle pour le Séminaire. 

La pierre tombale de Jean Rose a été relevée récemment, et en- 
castrée dans le mur d'une des chapelles du bas-côté de droite delà 
cathédrale. Cette dalle est remarquable par d'élégantes ornemen- 
tations du xiv'^ siècle et des incrustations en marbre blanc; deux 
personnages y sont figurés côte à côte. L'inscription indique que 
Jean Rose mourut en 1364, et sa femme en 1328, bien avant la 
fondation de son hôpital. 

Il était huit heures du soir, lorsque nous quittâmes la cathé- 
drale et le chapitre. Nous ne pûmes que parcourir à la hâte les di- 
verses pièces de l'appartement, oii l'un de nos plus dévoués con- 
frères, M. Lefebvre-Thiébault, a su réunir une intéressante et 
nombreuse collection de médailles, colliers, bagues, fibules, 
faïences, tableaux, etc., etc. 

Nous aurions désiré visiter le palais épiscopal et le fameux ca- 
binet de Bossuet, mais nous craignîmes d'être indiscrets, vu l'heure 
tardive. Nous apprîmes le lendemain, que notre docte et pieux 



— 42 — 

Évêque, monseigneur Allou, comptait sur notre visite, et eût 
voulu être notre Cicérone, dans les jardins qui abritèrent le grand 
orateur chrétien. 

Un souper confortable et fraternel termina la journée, et réunit 
toute la caravane. 

DEUXIÈME JOURNEE. — 19 JUILLET 1865. 

ÇUI]«CY, — COIIII.E.Y. 

Les programmes les plus complets ont toujours quelques fis- 
sures par où l'imprévu fait brèche. Aussi, la nécessité de parcou- 
rir un trop grand nombre de localités dans la même journée, nous 
força-t-elle d'opérer quelques éliminations dans notre itinéraire. 

Bien que composée, comme eût dit Rabelais « de gens studieux, 
» grands amateurs de pérégrinités et singularités de la Brie cham- 
)) penoise, » l'escouade archéologique fut obligée (qu'on nous par- 
donne ce néologisme), de « brûler » dans la première journée, 
plusieurs stations intermédiaires, telles que : Villeneuve-le-Comfe^ 
Bussy-Saint-Georges, Guermanies, S aint-Thibaut-des- Vignes, et dans 
la seconde Pierre^Levée et Montceaux. 

Après avoir franchi les faubourgs de Meaux, et gravi le coteau 
qui sépare Nanteuil de Mareuil, notre première visite fut pour le 
village de Quincy, déjà mentionné dans une vieille charte octroyée 
par le roi Saint-Louis. Quincy est célèbre par l'héroïque résis- 
tance que les Réformés de ce bourg opposèrent, dans l'intérieur 
de l'église, à deux mille Ligueurs. Irrités de la vigoureuse défense 
des habitants, retirés sur les voûtes de l'église qu'ils avaient per- 
cées de meurtrières, les Ligueurs mirent le feu aux bancs, aux 
coffres de l'édifice, et une centaine de protestants périrent étouffés 
dans les flammes. 

Reconstruite à l'époque de la Renaissance, l'église de Quincy 
possède encore deux arcs-doubleaux du xni" siècle. Son lutrin 
en fer est très-remarquable comme travail de serrurerie. 

Au-delà de Quincy, au bord de la vallée du Grand-Morin, sont 
assis les deux villages voisins de Saint-Germain et de Couilly, 
séparés seulement par un pont jeté sur la rivière. Après avoir 
fait une halte de quelques instants chez M. Laurent-Thomas, 
qui voulut bien nous souhaiter la bienvenue dans le pays, après 
un coup-d'œil rapide à la chapelle vicariale do Saint-Germain, 
nous dûmes visiter avec plus d'attention la jolie et très-élégante 



— 43 — 

église de Couilly, qui mériterait à juste titre d'être classée parmi 
les monuments historiques. 

Signalons en passant une des particularités saillantes de cet 
édifice : la clef de voûte de l'église, divisée en six branches, 
est d'une seule pièce. Chaque branche est terminée par une cor- 
niche délicatement sculptée et ornée de diverses figurines. Le 
chœur, bien disposé, est précédé de plusieurs colonnettes, reliées 
entr'elles, surplombant des piliers cylindriques. Le pilier à droite 
du chœur porte le millésime de 'lo42. On voit dans une des nefs 
l'épitaphe de Guillaume Poulain, chapelain de l'Annonciation de 
Meaux, natif de Couilly, et décédé en 1509. 

Quelques annalistes attribuent à Lebrun une peinture, assez 
bien conservée, représentant un épisode connu de la vie de sainte 
Elisabeth : la sainte rêve qu'elle est fiancée au Divin Sauveur ; 
l'Enfant Jésus est dans les bras de la Vierge et passe un 
anneau au doigt d'Elisabeth. Ce tableau, ainsi qu'une jolie statue 
en marbre blanc de la Vierge, proviennent des libéralités des 
anciennes abbesses de Pont-aux-Dames. Par ses proportions, 
cette statue rappelle le bijou sculptural de Saint- Ayoul, de Pro- 
vins, mais il y a moins de naturel et plus de mièvrerie dans la 
pose de la Vierge de Couilly. 

L'abbaye de Pont-aux-Dames, située jadis près de Couilly, 
n'existe plus. Ce fut là que Louis XVI, dès son avènement au 
trône, relégua momentanément la comtesse Du Barry. 

La sacristie de Couilly renferme aussi un fort curieux chapier, 
donné par M""^ Lefèvre d'Ormesson, qui fut consacrée abbesse 
de Pont-aux-Dames par Bossuet. 

Au moment de quitter Couilly, nous fûmes rejoints par M. le 
comte Audéric de Moustier, qui vint à notre rencontre, et s'as- 
socia dès ce moment à toutes les explorations archéologiques de la 
seconde journée. Ce confrère, si gracieusement secondé par M"*^ la 
comtesse de Aloustier, qui devait nous offrir une hospitalité aussi 
affable que courtoise au château de Villegodet, avait hâte de nous 
faire les honneurs de La Chapelle-sur-Crécy, regardée comme la 
plus jolie église du diocèse, après la cathédrale de Meaux. 

CRÉtY. — LA C'uapklm:-sur-c:rÉ€y. 

L'heure nous pressant, il fallut traverser promptement la petite 
ville de Crécy, digne pourtant d'un examen plus attentif et plus 
prolongé. Ce fut à regret que nous nous contentâmes d'entrevoir la 



_ 44 — 

vieille muraille, fermant l'antique cité jadis si bien fortifiée et 
flanquée de nombreuses tours. 

Cette ville, fière d'avoir eu pour l'un de ses premiers seigneurs 
le vieux favori de Hugues Gapet, Bouchard, comte de Melun et 
de Gorbeil, mort en 1012, n'a pas même aujourd'hui de faubourg, 
ni de jardins. Le territoire de Grécy, le plus petit du départe- 
ment, est tellement étroit que, pour établir un cimetière, la ville 
a été obligée d'acquérir un terrain situé sur une commune limi- 
trophe. 

Crécy s'honore, ajuste titre, d'avoir donné naissance au savant 
mathématicien Camus, admis à l'Académie des Sciences dès l'âge 
de vingt-huit ans, et mort le 4 mai 1768. 

L'église de La Chapelle-sur-Crécy est digne de sa réputation; 
l'extérieur en est majestueux , et l'intérieur vraiment ravissant. 
On comprend, en la visitant, la faveur toute particulière dont elle 
a été l'objet de la part de Sa Sainteté Pie IX qui, dès 1857, lui a 
accordé un autel privilégié. Elle est malheureusement fort en- 
terrée, le sol ayant été exhaussé de dix pieds. Le chœur, éclairé 
par trois étages de fenêtres superposées, conserve le caractère de 
l'architecture de la fin du xiii" siècle. Le large et profond triforium 
de l'abside forme une véritable tribune. 

Près du baptistère, qui porte le millésime de 1531, on remarque 
une statue du xv'^ ou du xvi^ siècle, représentant le Père Eternel, 
coiffé de la tiare, et supportant .Jésus-Christ, crucifié, sur ses 
mains. L'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, à Paris, possède 
une statue exactement semblable à celle de La Chapelle-sur-Crécy. 

M. le comte Audéric de Moustier. auteur d'un Voyage dans 
V Asie-Mineure et dans la Phénicie^ frère de notre ambassadeur 
près la Porte-Ottomane, a pris l'initiative d'une utile et heureuse 
innovation, dont nous ne saurions trop recommander l'adoption 
dans toutes les paroisses. Sur les murs intérieurs de la sacristie 
sont tracés, en lettres saillantes, les fastes de l'église de La Cha- 
pelle, avec rénumération sommaire des diverses phases de l'his- 
toire de cet édifice. 

On peut parcourir en quelques secondes ces archives authen- 
tiques et facilement accessibles pour tous. Une mélhode aussi 
simple et aussi ingénieuse, si elle était mise en pratique à la fois 
dans nos églises et dans nos mairies communales, faciliterait et 
mettrait à la portée du plus grand nombre la connaissance exacte 
et succincte des faits civils et religieux, intéressant l'histoire parti- 
culière de chaque localité. C'est là une de ces mesures efficaces 



— 45 — 

et importantes, 'qu'on ne saurait signaler avec trop d'insistance 
à la vigilante attention de Leurs Excellences les Ministres de 
l'intérieur, de l'instruction publique et des cultes. 

Les archives départementales de Seine-et-Marne sont également 
redevables à M. le comte de Moustier de les avoir généreusepient 
enrichies de pièces et de titres, concernant le comté de Grécy et 
le château de La Chapelle. Il serait fort à désirer que l'exemple de 
notre confrère fût suivi par les nombreux détenteurs d'archives 
provinciales; les documents relatifs aux divers fiefs seigneuriaux 
pourraient être alors consultés avec fruit par ceux qui se livrent 
aux études historiques. 

Au seuil de son château, et avant de s'adjoindre pour le reste 
de la journée à notre groupe archéologique, M. le comte de 
Moustier a bien voulu, en des termes empreints de courtoisie et 
d'une spirituelle modestie, attribuer uniquement à la remarquable 
église de La Chapelle ce qu'il a appelé la bonne fortune d'avoir pu 
accueillir (comme convives) les excursionnistes du 19 juillet. 

Un parc heureusement accidenté, coupé par de délicieux om- 
brages, une galerie historique de portraits de famille, remontant 
jusqu'au xiir siècle, auraient dû nous retenir plus longtemps à 
La Chapelle-sur-Crécy . Nous ne pûmes ni les traverser, ni les 
parcourir, pressés que nous étions d'arriver à Maisoncelles et à 
Jouarre. 

L'église nouvellement restaurée de Maisoncelles, avec les deux 
élégants petits clochers qui la surmontent, était indiquée comme 
la première étape de notre après-midi. Notre confrère, maire et 
châtelain de la commune, M. Bayard, a présidé, avec le goût et 
le dévouement qu'on lui connaît, à la consolidation extérieure do 
cet édifice. M. Bayard, rivalisant de prévenance avec son col- 
lègue de La Chapelle, avait tout préparé pour une seconde et cor- 
diale réception ; mais nous ne pûmes que nous asseoir à sa table, 
sans y faire honneur. 

A la suite de fouilles pratiquées récemment dans son parc, 
M. Bayard a trouvé, enfouis au pied 'd'une croix, plusieurs bas- 
reliefs, qu'il a fait placer dans l'église, à droite et à gauche de 
l'autel de la Vierge. Ces remarquables sculptures sur pierre 
représentent l'Annonciation et l'adoration des Mages et l'entrée 
de Jésus à Jérusalem. 



— 46 — 

M. Anatole Dauvergne pense que ces bas-reliefs ont pu orner, 
autre fois, le rétable de Montgodejroy. Il les regarde comme un 
des plus beaux spécimens de la sculpture du mh'' siècle. 

Sur une pierre commémorative, placée à gauche de la chaire, 
se lit l'inscription suivante : (( Cy gist messire Christophe de 
» Hidricam, vivant chevalier s'' de Maisoncelles, Saint-Gorge-les- 
» Rocher en Toureine et autres lieux, décédé le 7 aoiit 1639, le 
» 63^ de son âge, qui a été ynumé dans cette église, à la diligence 
)) de dame Marte de Bonneval, son épouse. » 

L'église de Maisoncelles possède plusieurs statues en bois du 
moyrn-àge : un saint Denis portant sa tête, et une sainte Elisa- 
beth, dont la tête est ornée d'une couronne en ter battu. 

Nous voici arrivés à Jouarre. Nous renvoyons, pour les détails 
sur l'église et sur les célèbres cryptes, à l'excellente et complète 
notice faite en collaboration par nos confrères, MM. Bourquelot 
et Dauvergne. 

L'église paroissiale de Jouarre a été reconstruite dans le courant 
du xv^ siècle. Toute la légende de sainte Madeleine est repré- 
sentée sur un vitrail du chœur, peint suivant le style de la 
Renaissance. Le long de l'un des piliers octogones du chœur se 
trouve adossé un joli bas-relief en albâtre, peu remarqué pour- 
tant, et représentant le crucifiement du Christ. Le trésor de 
l'église, entr'autres richesses, renferme un beau reliquaire et le 
crâne entier de saint Potentien. 

L'église de Jouarre possède encore les huit châsses déposées 
jadis dans l'Abbaye, et contenant les reliques de sainte Ebré- 
gésiile, saint Prix et saint Hilaire, sainte Pélagie, sainte Julie, 
saint Potentien, les saintes Abbesses, saint Valérien, saint Clau- 
dien. 

Il appartenait à nos confrères, M. Dauvergne et M. l'abbé 
Denis , l'érudit et bienveillant chanoine de la Cathédrale, de nous 
exposer ex pi'ofesso toutes les raretés antiques, toutes les merveilles 
artistiques des deux célèbres cryptes deJouarre^, dont la première 
est ornée de chapiteaux en marbre excavé, ravagé par seize ou dix- 
sept siècles, et des colonnes romaines, galbées, renflées par le bas, 
surmontées du nénuphar, symbole de la chasteté. Le tombeau de 
sainte Théodechildc, est le plus ancien peut-être de toute la France. 

La seconde crypte, construite aux dixième et onzième siècles, 
en exhaussement de la première, offre moins d'intérêt et n'en 
forme en réalité qu'une seule avec celle-ci. Une des différences 
consiste dans le style des colonnes à peine dégrossies ; elles sont 



- 47 — 

surmontées du symbole de la charité, c'est-à-dire de colombes 
buvant dans un vase. 

L'ancien cimetière , communiquant avec cette nécropole , sera 
prochainement converti en un square, au milieu duquel s'élève 
une belle croix monolithe du xiii^ siècle. Il faut traverser le cime- 
tière pour se rendre à la chapelle, récemment reconstruite, des 
Bénédictines, et dans laquelle nous fûmes introduits par M. l'abbé 
Pleurnoy, grand-vicaire du Diocèse. Les stalles des religieuses, le 
nouveau trône del'abbesse supérieure, témoignent du soin qui pré- 
side à l'ornementation du couvent actuel. 

Plusieurs essais ont été tentés pour déchiffrer exactement les 
inscriptions du tombeau de Théodechilde. D'après MM. Dauver- 
gne et Bourquelot, il faudrait lire sur le côté droit du tombeau : 

Hoc membra. post. ultima. teguntur. fata sepulcro beatœ ( Theo- 
diecheldis intemeratœ virginis génère nobilis meretis) fulgem slrinua. 
moribus. flagravit in Deo flammam. 

Et sur le côté gauche, beaucoup plus endommagé ; 

Cenubii hujus mater sacratas Deo Vir {gines sumen) tes oleum cum 
lampadibus prudent {i invitât) sponso filias occurri. rex. pius. has 
dernum exultât par [adisi in gloria.) 

Plusieurs savants ecclésiastiques qui nous accompagnaient à 
Jouarre, ont fait imprimer une nouvelle interprétation de ces in- 
scriptions, qu'ils ont communiquée à tous les excursionnistes, et 
que nous reproduisons également : 

A parte meridianâ. 
\ hoc. membra. post. ultima. teguntur. fata. sepulchro. beatœ 
Tlieodlecheldis. intemeratœ. virginis. génère, nobilis. meretis. fulgens. 
strinua. moribus. flagravit in dogmata aima. 
A parte septentrionali. 
Cenubii. hvjus mater, sacratas. D. ô. Vir gines sumenles. oleum. 
cum. lampadibus. prudentes, docuit sponso filias occurrire. x p. m 
hcec demû exultât par adisi. triumpho. 

Cette seconde traduction que , dans notre impartialité , nous 
avons cru devoir citer textuellement , tout en nous abstenant de 
nous prononcer entre l'une et l'autre , diffère assez sensiblement 
de la première. 



— 48 — 

Une pensée naît inévitablement dans l'esprit , à la vue des élé- 
gantes basiliques , des gigantesques constructions élevées par nos 
pères, durant le cours du moyen-âge ; aussi , ne peut-on s'empê- 
cher de reconnaître que cette époque , si décriée de nos jours , n'a 
pas été sans profit pour la culture des arts et pour la grandeur du 
monde. On se rappelle alors ce cri si éloquent et si vrai , inspiré 
naguère à l'un des habitants de Fontainebleau , l'illustre poète 
Auguste Barbier, en contemplant les ruines de Larchant : 

Nous n'avons pas surpassé jusqu'ici 

Ces trois sublimités des choses idéales , 

Le livre de Gerson, Dante et les Cathédrales. 

Mais revenons au couvent de Jouarre , dont nous nous sommes 
écarté un moment. C'est ici que doit prendre place un des épisodes 
les plus intéressants de ces deux journées. Sous les voiites méro- 
vingiennes de la crypte de Jouarre, nous était réservée la surprise 
d'une apparition non moins agréable qu'inattendue. Tout un 
essaim des dames les plus élégantes et les plus distinguées de 
Coulommiers, vint se mêler inopinément à la caravane, et prendre 
part à nos explorations. 

Narrateur trop véridique , peut-être , pourquoi n'avouerions- 
nous pas qu'en présence du groupe gracieux, qui venait renforcer 
notre bataillon d'archéologues, l'attention des touristes {'ut légè- 
rement divisée? — On délaissa bien un peu la tombe de la très- 
sainte et vénérée abbesse Théodcchilde. — Tout en lui pardonnant 
d'avance et bien volontiers ce blasphème , nous avons entendu le 
plus courtois et le plus gentilhomme des antiquaires , mieux dis- 
posé alors au madrigal qu'à l'archéologie, établir un parallèle peu 
édifiant et peu flatteur entre cette science qu'il appelait : u l'amour 
des vieilles choses », et la néologie qu'il définissait d'une fa(,'on 
aussi spirituelle que galante « l'étude de la jeunesse et de la 
beauté. » 

Tiiii.i*onT. 

Une pluie battante, survenue intempestivement entre Jouarre 
et Trilport, nous empêcha d'admirer à notre aise le coteau de 
La Ferté-Sûus-Jouarre, justement réputé comme l'un des beaux 
points de vue de la Brie meldoise. 

N'oublions pas de relever une erreur biographique trop long- 



— 49 — 

temps accréditée. On avait cru à tort, jusqu'à nos jours, que la 
marquise de Pompadour était née à La Perté-sous-Jouarre en 1722. 
Un des chercheurs les plus persévérants de notre Société, M. Th. 
Lhuillier, en compulsant les registres de la paroisse St-Eustache, 
a acquis la preuve certaine que madame de Pompadour est née à 
Paris, le 29 décembre 1721. Son père, François Poisson, était 
écuyer de S. A. R. le duc d'Orléans, et son parrain fut Jean Paris 
de Montmartel , écuyer, conseiller-secrétaire du Roy, maison, 
couronne de France et de ses finances. 

Il nous a été donné, au château de Trilport, où s'est terminée 
notre excursion, d'admirer chez notre confrère M. le vicomte de 
Ponton d'Amécourt, maire de la commune, une rare et riche col- 
lection numismatique. Parmi les exemplaires de haute rareté qui 
ont passé sous nos yeux , citons le splendide et unique médaillon 
de Constantin, qui permet de rétablir la.porta inclyta de Trêves. — 
L'art grec, l'art macédonien, l'art égyptien, l'art romain, repré- 
sentés par des types en or les plus irréprochables, par des têtes de 
collection, nous conduisent à travers l'histoire, jusqu'à l'époque mé- 
rovingienne. C'est encoreM. d'Amécourt qui possède, presqueà 
lui seul, les témoins delà dynastie carlovingienne. La Gaule étale 
toutes les phases de son monnayage : 1500 monuments, la plupart 
en or, classés par provinces et par cités épiscopales, nous révèlent 
toute la géographie politique de la France du vu" siècle. Que dire 
des séries relatives à notre histoire nationale? — Cette collection 
offre une des plus riches séries de monnaies royales en or, depuis 
le moyen-âge jusqu'à l'époque contemporaine. Qu'il nous suffise , 
pour donner une idée des trésors numismatiquesde notre confrère, 
d'indiquer le prix d'achat d'une de ses pièces capitales : — un 
Clovis II, frappé à Orléans , a été acquis, par lui, au prix de 
1650 francs. 

Avant de clore cette lecture, nous tenons à consigner, dans nos 
annales, l'expression de la gratitude de toute la caravane excur- 
sionniste. Que M. le comte et Mme la comtesse de Moustier, que 
M. Bayard, que M. et Mme Laurent-Thomas, que M. le vicomte et 
Mme la vicomtesse de Ponton d'Amécourt, reçoivent nos publics 
remercîments pour leur réception si large et si hospitalière, pour 
l'accueil si intime et si cordial dont ils nous ont entourés pendant 
les haltes charmantes, faites successivement à Saint-Germain-lès- 
Gouilly, à La Chapelle-sur-Crécy, à Maisoncelles et à Trilpori. 

En terminant notre relation , nécessairement incomplète, de la 
seconde excursion de la Société archéologique de Seine-et-Marne , 

4 



— 50 — 

qui compte à peine 18 mois d'existence, nous ne pouvons nous 
défendre d'une dernière réflexion qui nous est suggérée par l'in- 
fluence réelle que se sont déjà acquise nos Sociétés provinciales. 
Ce serait , à coup sûr, un objet d'étude fort intéressant par lui- 
même, que de rechercher le nombre et la nature de tous les tra- 
vaux utiles et sérieux que nos Compagnies savantes ont déjà 
enfantés, provoqués, encouragés et couronnés. 

Combien , parmi ces mémoires ou ces thèses modestes , récom- 
pensés uniquement par des médailles ou de simples mentions 
honorables, ont servi de piédestal à des monuments plus élevés , 
et sont devenus, par une habile transformation , de prôcieux trai- 
tés, de bons livres et d'excellents ouvrages ! Tout borné qu'il soit, 
notre but, si nous savons l'atteindre, est encore assez étendu. 
Sachons donc, chers Confrères , choisir un sujet assez restreint 
quant aux développements qu'il exigera ; suffisamment vaste , 
pour que les questions particulières qu'il renferme se rattachent 
aux principes généraux de l'art, de l'histoire , de la littérature et 
de la philosophie. Etudions, marquons dans ce sujet des points 
jusqu'alors inaperçus ; éclairons d'une lumière nouvelle ceux que 
nos devanciers ont déjà découverts ; marchons , à travers une 
discussion méthodique, à une conclusion nette et précise, qui 
grossisse , ne fût-ce que d'une obole , le trésor de la science. A ce 
compte , nous aurons accompli la mission à laquelle peut raison- 
nablement prétendre une Société départementale , et notre ambi- 
tion devra être légitimement satisfaite. 

Mais je me hâte de finir , chers Confrères, et de céder la parole 
à des voix plus autorisées que la mienne. Je suis plus avide et 
plus impatient que vous-mêmes encore, s'il est possible, d'écouter 
nos maîtres en l'art de penser, de parler et d'écrire. 



51 



CHAMPOLLION JEUNE 

PAR M. JULES DAVID, 
Président et membre fondateur ( Seetîoa de S^ontainefolca» ). 



Au moment où l'un des plus grands événements de ce siècle se 
prépare, où les eaux de la Méditerranée vont se confondre avec 
celles de la Mer-Rouge, il n'est pas indiiTérent de rappeler que 
c'est à deux français que l'Egypte devra, à la fois, et les preuves 
de son éclat primordial, eL les chances de sa prospérité future. 
Laissons à M. Ferdinand de Lesseps l'honneur d'achever son 
œuvre, avant de l'apprécier à sa haute valeur , et contentons-nous 
aujourd'hui d'examiner les travaux de son véritable prédécesseur, 
de l'initiateur patient et perspicace de cette célèbre contrée, du 
savant qui vint après le héros, de celui qui conquit des annales à 
l'histoire, comme Napoléon 4" avait conquis, trente ans plus tôt, 
une terre illustre à la France. 

Il est rare de rencontrer chez un philologue ce feu sacré qui 
enflamme l'imagination, cet esprit de divination qui ouvre de 
nouvelles et profondes perspectives à travers les âges, au delà 
des temps connus et des idées acquises. 11 en fut un, pourtant, 
qui, par une merveilleuse découverte, rendit aux ancêtres du 
monde leur part de jloire, contestée parfois, mystérieuse tou- 
jours, et qui réalisa le rêve historique que Bossuet avait fait ; 
est-il besoin de nommer Ghampollion jeune? Né à Figeac, dé- 
partement du Lot, le 24 décembre 4790, son origine n'en était 
pas moins du Dauphiné plutôt que du Quercy, car sa famille 
venait de Grenoble et devait y retourner. A l'époque de sa jeu- 
nesse, l'enseignement public n'était plus qu'une des épaves du 
naufrage révolutionnaire, et l'on ne rencontrait que bien diffici- 
lement l'instruction et surtout la science. Mais un père patient, 
éclairé, et un ecclésiastique dépossédé de sa chaire, firent peut-être 
plus vite et mieux la première éducation de Ghampollion que la 
banale épellation d'une école. Aussi, dès l'âge de neuf ans, quand 
il quitta Figeac pour Grenoble, connaissait-il les classiques grecs 



— 52 — 

et latins, et meublait-il sa mémoire des imaginations d'Homère 
et de Virgile, plutôt que de celles de Perrault et de Florian. 

On dirait qu'à la façon des grands hommes orientaux, il fut 
prédestiné à l'œuvre qui l'a immortalisé. Dès son jeune âge, en 
effet, il montra une rare aptitude aux recherches historiques, et 
une curiosité d'imagination qui aidait singulièrement sa mémoire. 
A mesure qu'il lisait dans Plutarque un règne de roi ou la vie 
d'un grand homme, il prenait un carton, dessinait à sa manière, 
et comme il se les figurait, les traits de celui dont les actes l'a- 
vaient frappé, et derrière ce portrait de fantaisie il inscrivait deux 
dates, celle de la naissance et celle de la mort. Ces cartons juvé- 
niles furent plus tard si nombreux et si bien classés qu'ils ser- 
virent com.me seules notes aux premières leçons, dans la chaire 
d'histoire, du professeur à la faculté de Grenoble. Ce charmant 
enfant, dont les récréations étaient des études, qui jouait avec la 
science jusqu'à ce qu'il la dominât, et qui, un jour, voyant pour la 
première fois des caractères chinois, les déchiffrait avec ardeur et 
prétendait, par leur moyen, parvenir à lire les hiéroglyphes, cet 
enfant si laborieux eut, du reste, le bonheur de rencontrer dans 
sa famille une affection profonde, un appui dévoué et un aide 
efficace dans le frère qui le précédait de dix ans dans la vie. Ce 
frère aine, déjà établi à Grenoble, possesseur d'une bibliothèque, 
mieux choisie que considérable, vivait sans cesse avec lui, l'aidait 
dans ses recherches, l'excitait dans ses travaux,, et s'efforçait de lui 
procurer tous les livres, tous les manuscrits, tous les textes dont il 
avait besoin. C'est ainsi qu'après avoir étudié à Paris de 1807 à 1809 
les langues orientales, et particulièrement le copte, Champollion 
jeune put achever et imprimer dans une ville de province les deux 
premiers volumes de son Egypte sons les Pharaons, ouvrage prodi- 
gieux pour l'âge de l'auteur, et dont Pontanes écrivait : « Ce livre, 
» si plein d'érudition, ne pourrait avoir aux yeux les plus prévenus, 
» qu'un seul défaut, l'âge de l'auteur ; mais on aime à se le rap- 
» peler pour trouver encore dans cette œuvre un mérite de plus. » 
Et Fontanes avait raison, car la partie géographique, seule pu- 
bliée, résume si bien les notions acquises, critique avec tant de 
sens les dénominations grecques et romaines , choisit ses sources 
coptes avec tant de sagacité, décrit si exactement les lieux, qu'elle 
a servi depuis un demi-siècle aux savants comme aux voyageurs, 
et que tous en ont répété les détails depuis Wilkinson et Lepsius 
jusqu'à MM. Ampère et Barthélémy Saint-Hilaire. 

Lorsqu'à l'âge de 19 ans, grâce à ses études déjà brillantes et 



— 33 — 

fructueuses , Champollion jeune fut nommé professeur-adjoint 
d histoire à la faculté de Grenoble, il trouva dans cette ville 
comme premier magistrat l'illustre Fourier, ce savant encyclo- 
pédique, tout enthousiasmé encore de son voyage en Egypte, pé- 
nétré de la grandeur des ruines qu'il venait de parcourir , ayant 
la conscience d'une civilisation primordiale qu'il avait devinée 
sans la connaître. Quels conseils une intelligence, si admirable- 
ment conformée, ne donna-t-elle pas à ce jeune professeur, qui 
avait si judicieusement choisi sa voie à travers les siècles! De 
quelles confidences le secrétaire perpétuel de l'Institut d'Egypte 
ne l'honora-t-il pas pour renforcer sa vocation littéraire? Quels 
matériaux ne lui confia-t-il pas pour éveiller sa pensée? Quel 
élan enfin n'imprima-t-il pas, par ses encouragements, par ses 
conversations, à cet esprit né chercheur, et qui ne pouvait se con- 
tenter ni d'une renommée banale, ni d'une gloire facile? Le sa- 
vant généralisateur avait deviné juste en comptant sur son pro- 
tégé ; et peut-être Fourier fut-il aussi pour quelque chose dans le 
choix définitif de la contrée dont Champollion jeune devait nous 
révéler les annales incomprises. 

En 1815, la faculté des lettres de Grenoble fut supprimée, et le 
jeune professeur d'histoire , loin de se plaindre de cette perte 
d'une fonction honorable, mais qui pour lui ne pouvait que le dis- 
traire de ses études spéciales, s'absorba tout entier dans son 
Egypte bien-aimée. Dès lors la carrière scientifique de Champol- 
lion était définitivement fixée, et elle fut suivie par lui avec cette 
résolution ferme, cette ardeur raisonnée, cette rare perspicacité, 
qui allaient le faire peu à peu pénétrer les arcanes les plus secrets 
de la nation la plus ignorée. Une de ses intuitions les plus sagaces 
fut de prévoir tout de suite que l'étude du copte, cette langue des 
descendants directs des peuples pharaoniques, devait être la route 
la plus sûre pour atteindre son but, et comme sa première étape; 
contrairement à Vossius et au père Hardoin, qui nièrent l'identité 
du copte et de l'ancien égyptien, Champollion l'affirma, s'y mit 
tout entier, et pour s'assurer des instruments d'exploration aussi 
exacts que surs, il refondit la grammaire de cet idiome, et en 
composa un dictionnaire, accessoires pleins d'intérêt et d'impor- 
tance dans son œuvre. Mais ne voulant pas, comme tant d'autres, 
borner à une syntaxe et à un lexique, le commencement de ses 
travaux , il entreprit en même temps le tableau général de 
l'Egypte, dont nous avons parlé, et dont malheureusement il n'a 
eu le temps de publier que la partie géographique. Puis, tout en 



— 54 — 

SB rendant un compte sévère des versions admises sur le grand 
peuple dont il voulait approfondir les destinées, tout en contrô- 
lant les récits sincères d'Hérodote avec les amplitications roma- 
nesques de Diodore de Sicile, le trait de lumière jeté par Clément 
d'Alexandrie sur les trois sortes d'écritures égyptiennes avec les 
critiques modernes, mais infécondes encore, des Deguignes et des 
S. -de Sacy, il ne manquait pas non plus d'aller en avant et de ré- 
pondre avec persévérance à son pressentiment de découverte. Lui 
aussi, il étudiait la célèbre pierre de Rosette, à l'inscription en 
trois caractères, le grec, l'hiéroglyphique, et le troisième indéchif- 
frable, et dont Thomas Young avait tenté des interprétations, 
reconnues tour à tour erronées ou douteuses. Lui aussi, il se 
trompa, se rectifia, fit plusieurs fois fausse route; et ce ne fut 
qu'après douze ans d'un travail assidu , réfléchi, comparatif et 
créateur à la fois, qu'il parvint en 1822 à cette vérité tant cher- 
chée, et qu'il en développa toutes les merveilles dans sa lettre à 
M. Dacier. 

La grande découverte âe Ghampollion jeune a été de discerner 
la composition mixte des inscriptions égyptiennes, et leur système 
graphique, combiné, comme leur système religieux, au moyen 
de la triade. Il existe, en effet, trois caractères différents et mé- 
langés dans l'écriture hiéroglyphique, le signe-figure, le signe- 
symbole, le signe-son ; ainsi, peindre un homme pour indiquer 
l'homme, c'est le signe figuratif; représenter un lion pour donner 
l'idée de la force, c'est le signe symbolique ; enfin former un trait 
pour rappeler un son de la langue parlée, c'est le signe phonétique. 
Que ce dernier, le seul employé par les autres nations, soit un 
progrès de l'esprit humain, cela ne fait aucun doute; mais que, 
par suite du respect des traditions, les deux premiers, qui sont les 
rudiments de l'autre, aient été conservés et gravés à toute époque 
sur les monuments religieux, et mêlés pour les légendes royales 
à cette écriture phonétique, dérivée des signes figuratifs, n'est-ce 
pas là le problème qui fut si longtemps insoluble, et que seul un 
savant inspiré pouvait deviner à force d'études et de méditations? 
Honneur donc à cette découverte, qui, une fois faite, permit à son 
auteur de reconnaître huit-cents figures dans l'écriture primitive, 
puis l'abréviation de ces figures dans l'écriture hiératique, enfin 
le mélange de ces figures abrégées avec des traits formant de 
véritables lettres dans l'écriture démotique. Cette dernière fut 
réservée tout d'abord pour les besoins ordinaires, contrats, lettres 
d'affaires, comptes de commerce, tandis que les premières plus 



— . 3 — 

picturales et plus nobles, restaient employées dans le style lapi- 
daire. Ainsi trois écritures, la première figurative, la seconde 
abréviatrice de la première, la troisième, abrégé encore de la se- 
conde, et procédant des deux autres en leur empruntant une figure 
comme valeur de lettre : cette combinaison logique, quoique en 
dehors des formes graphiques des autres nations, avait été cause 
des erreurs des premiers philologues, Champollion seul ne s'y 
trompa point. 

Une fois maître de cette découverte philologique, véritable 
lampe merveilleuse sous les rayons de laquelle il lira couramment 
dans les ténèbres de la tradition, il ne se croise pas les bras^ il ne 
se repose pas, comme tant d'autres, après son vaillant effort; bien 
au contraire, plein d'une ardeur nouvelle , tempérée par la plus 
sûre des critiques, il perfectionne tous les jours sa découverte, il 
accumule ses observations, il classe les huit-cents signes qu'il a 
reconnus, il forme son alphabet phonétique, et a bientôt épuisé 
tout ce que les musées de notre pays pouvaient offrir à sa péné- 
tration infatigable. Or, à cette époque, au refus du gouvernement 
français, le gouvernement sarde avait acquis de M. Drovetti, 
ancien consul général à Alexandrie, une collection inappréciable de 
restes égyptiens, cénotaphes, momies, statues, inscriptions, papy- 
rus. Quelle mine de découvertes pour Champollion, quelle heureuse 
préparation au voyage oriental qu'il méditait ! Il sollicita et obtint, 
en 1824, une mission en Italie, pour y continuer ses recherches 
et se dirigea tout d'abord sur Turin, sans négliger ni Rome, ni 
Naples ; car tous les pays civilisés et tous les gouvernements 
avaient été curieux de rassembler des débris d'une des civilisations 
primordiales, quoique chacun ne vit que des énigmes dans ses 
inscriptions et que des dessins bizarres dans ses écritures. Du 
reste, toutes ces études diverses, tous ces matériaux dispersés, 
toutes ces lectures disparates, ne furent réellement que les prolé- 
gomènes des démonstrations que Champollion se préparait à accu- 
muler en faveur de son système. Il lui fallait l'Orient, il lui fallait 
cette Egypte qu'il découvrit, ainsi que Colomb l'Amérique. Mais 
comme le hardi navigateur génois, il ne recueillit pas tout d'abord 
les sarcasmes des grands et le refus des princes; tout au contraire, 
on doit cette justice à Charles X et à son digne représentant, 
M. de Blacas, qu'ils acquirent, en 1826, sur ses instances, lacollec- 
tion Sait, et la convertirent en musée égyptien dont il fut nommé 
le conservateur; puis, qu'ils préparèrent et décrétèrent à son pro- 
fit, en 1828, une sorte de nouvelle expédition d'Egypte, véritable 



— 56 — 

corollaire ou plutôt couronnement de la première, au point de vue 
de la science. C'était là, en effet, que Champollion devait perfec- 
tionner son œuvre et préciser ses découvertes, et les lettres qu'il 
adressa à son frère, à Paris, pendant deux ans, au fur et à mesure 
de sa marche initiatrice, ont eu un tel retentissement et conser- 
vent une telle importance que nous croyons devoir en analyser les 
principaux faits, pour démontrer qu'elles sont le véritable et seul 
principe de ce que nous savons encore sur la patrie des Pharaons. 
Avant Champollion, l'antique Egypte était pour nous un sphynx, 
ses habitants ne nous apparaissaient que comme un peuple de 
statues, statues jadis animées sans doute, mais roides, compassées, 
aux gestes rectangulaires, à la démarche automatique; grâce à lui 
nous avons reconnu une grande nation dans les épitaphes de ces 
nécropoles creusées dans des montagnes, un grand art sous ces 
forêts de colonnes, un grand sens dans ses inscriptions naguère 
indéchiffrables, et toute une civilisation s'est dégagée peu à peu de 
l'inconnu : la langue découverte, le peuple fut retrouvé. - 

IL 

Champollion avait ce style ferme, sobre et net, qui est indispen- 
sable à ces penseurs qui vont de la réflexion à la découverte, de la 
méditation à la certitude. Rien d'orné, rien de trop; il grave sa 
pensée en résumant ses recherches, ou il avance vers les arcanes 
de la science de ce pas leste et vif qui caractérise les trouveurs. 
Ses premières lettres de Sicile sont d'une excellente et charmante 
érudition classique. Il regrette de ne pas voir les temples d'Agri- 
gente, et caractérise en quelques mots justes et sentis les côtes qu'il 
rase: c'est l'éducation classique se développant avec grâce et 
naturel, éducation préparatoire, si nécessaire pour comprendre le 
grand, et juger les aïeux par les fils, l'extrême antiquité par les 
civilisations moyennes. Mais le voilà qui aborde à Alexandrie, et 
son enthousiasme éclate avec la naïveté des grands esprits; il 
baise, en débarquant, le sol égyptien, ce sol de ses rêves comme 
de ses études, ce sol dont il pénétra les mystères, et dont il nous 
eut dévoilé l'histoire la plus immémoriale, s'il eut vécut la vie 
d'un de Sacy ou d'un Daunou. 

Dès Saïs, il est stupéfait de la grandeur égyptienne par l'aspect 
de ses nécropoles : ces bouches béantes et sombres du royaume 
des morts, ces ténèbres habitées par un i)Puple de momies, ces 
grottes immenses, et qui furent trop étroites encore pour loger 



— 57 — 

les nombreuses générations d'une race archiséculaire, ces mon- 
tagnes creusées en longueur et en largeur pour y faire tenir des 
millions de créatures, ces étages d'ossements, ces puits où l'on 
entassait le trop plein des cadavres; et parmi ces aspects terri- 
fiants, sous ces dômes noirs et étouffés, ces représentations de 
l'existence active et en plein air, ces scènes peintes de la vie 
rurale ou militaire, cette histoire écrite de tous ces mouvements 
dans cette immobilité; quel spectacle pour un savant enthou- 
siaste, qui, le premier, ne se contentait pas d'admirer des ta- 
bleaux, mais allait en lire les exergues et en surprendre les 
secrets ! Aussi, Champollion ne laisse-t-il rien sans l'étudier, et 
observe-t-il à la fois dans les grottes sépulcrales les traces des 
princes et celles des gens de métiers et d'arts, et découvre-t-il des 
peintures relatives à la vie civile et à la classe militaire. Rien de 
plus merveilleux, d'ailleurs, que ces hypogées qui contiennent 
des dessins de toutes les conditions humaines, preuves que l'art 
égyptien n'était pas si raide et sans mouvements que le prétend 
le commun des observateurs; tout au contraire, dans le portrait 
des guerriers, on rencontre des poses très- variées et comme un 
système de gymnastique militaire; puis des dessins zoologiques 
fort exacts et supérieurement exécutés, poissons, oiseaux, quadru- 
pèdes. Ces derniers arrivent même à une ressemblance si par- 
faite, que lorsqu'ils furent soumis à l'illustre Cuvier, notre grand 
naturaliste n'hésita pas un instant à inscrire sous l'image égyp- 
tienne le nom de chaque animal qu'elle représentait. Les diffé- 
rentes découvertes de Champollion à Saïs et à Beni-Hassan, 
révèlent déjà toute une civilisation. 

Plus loin, Champollion s'extasie devant les temples de Den- 
derah, en admire l'architecture, mais critique les bas-reliefs, art 
en décadence, la sculpture s'étant dégradée avant l'architecture 
sous Cléopâtre. A Thèbes, l'enthousiasme redouble, il restitue à 
Rhamsès-Meïamoun le tombeau prétendu d'Osymandyas; il cons- 
tate un édifice de l'Ethiopien Tharaca, un petit palais de Touth- 
mès III, enfin le colossal palais de Rhamsès-Meïamoun; puis les 
tombes, creusées au ciseau dans la montagne, des rois de Thèbes 
des xviii% xix*^ et xx^ dynasties. Le palais principal de Louqsor, 
aux deux obélisques de granit rose et aux quatre Colosses, c'est 
encore du Rhamsès; les autres parties sont de Mandouaï-Horus 
et Aménophis-Memnon, plus des additions de Sabacon; enfin, 
Karnac, le chef-d'œuvre de la contrée, a une salle de cent qua- 
rante colonnes, et contient des bas-reliefs représentant toutes les 



— 58 — 

victoires égyptiennes. Quant aux temples dlbsamboul, ils datent 
aussi du temps de Rhamsès-le-Grand, et leurs magnifiques co- 
losses sont des portraits du prince et de sa femme Nofré-Ari, sur- 
nommée Ahmosis (née de la Lune). 

Ce n'est pas de la présomption, c'est la confiance de la con- 
viction, c'est la certitude d'un travail approfondi, c'est ce senti- 
ment de force et de conscience qui s'exprime à la fin de la lettre 
que Ghampollion adresse à M. Dacier. D'un bras aussi intelligent 
qu'audacieux, il a soulevé le voile de l'Isis mystérieuse; mais la 
mort jalouse a bien vite séché cette main hardie qui s'apprêtait à 
dévoiler des secrets séculaires. Néanmoins, tant qu'il vit, il espère; 
il sent que, grâce à lui, les Egyptiens feront à l'avenir dans l'his- 
toire plus belle figure que par le passé. Il déduit du respect des 
femmes le degré de civilisation, en voyant la femme du gouver- 
neur des terres méridionales arrivant devant Pharaon après son 
mari, et avant les autres officiers de la province. Il découvre 
que Sésostris avait un lion apprivoisé, qui combattait avec lui, et 
que Rhamsès est un nom patronymique de Rha-msès (l'esprit du 
Soleil). On saisit à merveille la logique de ses déductions qui, de 
découvertes en découvertes, de comparaisons en comparaisons, 
restitue à la vérité son flambeau. Gomme il a voulu tout d'abord 
prendre une idée générale du pays et parcourir l'ensemble de ces 
textes de pierre qu'il va déchiffrer pour la première fois, il pousse 
jusqu'à la seconde cataracte, et énumère en passant les merveilles 
qu'il étudie. Il trouve le prototype de la colonne dorique dans le 
temple d'Amada, du temps de Moeris; il ne croit pas, lui, à l'im- 
mobilité de l'art égyptien ; il y discerne, au contraire, des diffé- 
rences sensibles, une apogée et une décadence. Mais voyez comme 
Ig, vérité a de peine à percer : M. Barthélémy Saint-Hilaire écrit 
encore en 1860 : L'art immobile des Egyptiens. Il constate aussi 
un temple élevé par l'Ethiopien Erkamen, après la conquête de 
Cambyse, et l'indépendance reconquise de la Nubie; ces Ethio- 
piens, ainsi que lesLagides, ont refait les monuments détruits par 
les Perses. G'est donc souvent une seconde édition de temples, 
moins celui d'Amada, qui est resté primitif et pur. 

Véritable voyageur scientifique , Ghampollion rectifie ses idées 
^ mesure qu'il avance , qu'il observe : il reconnaît la triade 
d'Ammon-Ra , de Mouth et de Kons , et sa manifestation sur la 
terre, par Ilorus, Isis et Malouli. Tous les autres dieux étaient 
des dieux intermédiaires, sorte de patrons de certains pays, adorés 
spécialement dans certaines villes, mais reconnus par toutes; et 



— 59 — 

cette mythologie ne s'est altérée ni modifiée depuis les temps les 
plus anciens Jusqu'à l'établissement du Christianisme en Egypte. 
A Silsilis, il constate que des montagnes de grès , profondément 
fouillées par les architectes égyptiens , l'ont été à partir d'Horus , 
le conquérant de l'Ethiopie , et que ce grès très-beau servit h 
élever le Rhamesseum et les autres palais de Rhamsès-le-Grand. 
Il critique le temple d'Edfou , du temps des Ptolémées, décadence 
de l'art, qui remplace par la profusion des ornements , la simpli- 
cité et la sobriété grandioses de l'architecture pharaonique. Du 
temple d'Edfou, passez au temple d'Esnèh , construit sous les em- 
pereurs romains, et qu'on croyait si ancien, et ce n'est plus qu'un 
papillotage insupportable , un bavardage de pierres insipide au 
lieu de l'éloquence antique. Il trouve enfin à Eléthya une nomen- 
clature des rois de la xviii^ dynastie sur un tombeau, qui confirme 
la science et peut servir de supplément à la table d'Abydos. 

De retour à Thèbes , il prouve de nouveau par les inscriptions 
qu'il traduit , que ce fut Aménophis-Memnon , de la xviu'' dynas- 
tie, qui a fait élever une partie des palais de Louqsor. Mais à 
Louqsor il y a deux régimes de palais, ceux d'Aménophi? et ceux 
de Rhamsès-le-Grand ; et voilà pourquoi ces deux constructions 
ïie sont pas au même alignement; excellente remarque , ainsi que 
celle relative aux inscriptions qui couvrent les obélisques : loin 
d'être , en effet , des mystères astrologiques ou religieux , les in- 
scriptions des obélisques ne sont, en réalité, que des dédicaces 
explicatives de l'objet des édifices. Partout, dans son exploration 
si intelligente , Ghampollion distingue parfaitement les âges d'ar- 
chitecture, reconnaît les restaurations , les apprécie et les classe ; 
c'est là de la véritable archéologie. Ainsi , outre les deux grands 
groupes de monuments d'Aménophis et de Rhamsès-le-Grand, il 
constate, à Thèbes, une porte refaite par l'éthiopien Sabacon, chef 
de la xxiv^ dynastie , et une autre restauration de Ptolémée-Phi- 
lopator. Se retrouver ainsi dans ces forêts de pierres , devenues 
confuses par le temps , inextricables pour une science vulgaire , 
est à la fois une preuve d'un grand sens et d'une étiidç métho- 
dique supérieure. 

Mais si les restes colossaux des palais pharaoniques sont sen- 
sibles aux yeux les plus ignorants , quelle autre série d'observa- 
tions et de réflexions n'offrent pas, à l'initié, les hypogées de Içi 
vallée de Biban-El-Moulouk ; là existent seize tombeaux qui con- 
tiennent, dans leur intérieur, tout un résumé de la philosophie 
égyptienne. C'est d'abord la destinée terrestre et ultérieure çly 



— 60 — 

roi-soleil , son passage dans le jour (sur la terre) , son coucher 
(sa mort), sa traversée dans les mondes fantastiques qui séparent 
les deux existences, le monde des peines et le monde des récom- 
penses, précédé du jugement des âmes; puis un enfer, avec le 
paradis sur l'autre face , enfer digne de Dante par la variété des 
supplices et leur rigueur symbolique: ici, des processions de corps 
sans tête; là, des files de pendus les pieds en l'air; plus loin, des 
vases oh brûlent éternellement des cœurs et des éventails , l'é- 
ventail est l'image du bonheur , ingénieux emblème sous un ciel 
de feu, dans un air embrasé. D'autre part, c'est le voyage céleste 
du Pharaon, dans une barque, sur l'éther, le fleuve céleste, divisé 
en autant de bassins qu'il y a d'heures du jour. Plus loin, la salle 
du jugement, avec Osiris pour président et 42 assesseurs , chacun 
répondant affirmativement ou négativement sur 42 vices, dont ils 
sont chargés de faire la recherche, l'instruction et le rapport. Puis 
des salles de symboles, d'astronomie, d'astrologie, do théologie 
et de mysticités. Il y a là une science que Ghampollion aurait 
complètement détaillée, si la mort ne l'avait arrêté brusquement. 

Partant ensuite de l'explication de ces sculptures poétiques, il 
rectifie l'opinion qu'on avait que les types figurés des peuples di- 
vers, dans les tombeaux , étaient ceux de nations vaincues ; ce 
ne sont que les divers habitants de la terre éclairée par le soleil , 
ce n'est que l'indication des quatre parties du monde d'après 
l'ethnographie égyptienne , consistant en l'Egypte , à elle seule 
partie du monde, séjour de la race par excellence; puis viennent 
l'asiatique, le nègre et l'européen, tous difTérenciés par la phy- 
sionomie. Ensuite il découvre, dans le tombeau de Rhamsès- 
Meïamoun, des salles ornées de sculptures industrielles, pour ainsi 
dire , l'une de l'art de l'ébénisterie , l'autre de la fabrication 
des armes , une autre des barques et canges royales , puis des 
produits des saisons, puis des joueurs de harpe. Ghampollion, 
riche de toute sa science , ne fait qu'esquisser tous ses aperçus 
si lucides, toutes ses présomptions si acceptables : c'est avec le 
Kasch sévère de l'égyptien qu'il écrit, plutôt qu'avec le Kalem 
fleuri de l'asiatique. 

Mais c'est surtout le Rhamesseum qui devient pour Gham- 
pollion le texte sculptural le plus fécond. Tl y voit l'histoire des 
conquêtes de Sésostris, et la preuve écrite de la grandeur de ses 
institutions; puis, la salle des panégyries, ces assemblées géné- 
rales des peuples égyptiens; puis, d'autres tableaux de victoires 
contre les tfchito (Bactricns); puis, des solennités religieuses' 



— 61 — 

pleines de promesses de prospérité, dons gracieux des dieux pro- 
tecteurs du héros; puis, l'investiture suprême par la faulx des 
batailles, l'arme invincible par excellence ; enfin, une galerie de 
portraits des vingt-trois fils du roi, tous pourvus d'une charge 
près de sa personne, porteurs d'éventails dans les cérémonies, 
commandants de troupes pendant la guerre. Ce fut le treizième, 
Ménéphtha, qui lui succéda. 

Après ces salles publiques, viennent les appartements parti- 
culiers, ornés de tableaux, où des Dieux inférieurs adorent Am- 
mon-Ra et lui recommandent leur chorRhamsès; enfin, la biblio- 
thèque indiquée par les portraits sculptés de Thoth à tête d'Ibis, 
l'inventeur de l'écriture, et de la déesse Saf, la dame des lettres, 
la Clémence Isaure des Égyptiens. 

Après le dépouillement du Rhamesseum, il passe au nord, au 
fond d'une vallée, où les restes d'un temple peu exploré l'amènent 
à reconnaître et à attester l'existence des ruines pharaoniques, 
avant Thoutmès III, et à établir les premiers princes de la 
xvni^ dynastie. C'est ainsi que par la comparaison des monu- 
ments, l'explication des sculptures et la lecture des hiéroglyphes, 
il en arrive à dévoiler le secret des temps, à discerner des régences, 
des règnes de princesses, et même, par certains martelages 
constatés, à caractériser les tentatives d'usurpation d'une sorte 
de maire des palais pharaoniques, tyran obscur, dont ses con- 
temporains ont cherché à effacer toute trace, et dont l'œil de la 
science pénètre et découvre l'infamie pour la faire maudire par 
l'histoire, à trente siècles de distance. 

'L'Aménophium, ce magnifique temple, qui n'est autre que le 
Memnonium des Grecs, est rendu à son véritable objet, et ses 
statues sont déclarées, non celles du dieu Memnon, mais celles 
du roi et de la reine. Il détruit aussi la croyance à un temple 
d'Isis, derrière l'Aménophium, et l'explique par le culte d'Hathôr 
et de Thmeï réunies, c'est-à-dire Vénus et Thémis. Enfin, il lave 
de l'accusation barbare de sacrifices humains les sculptures du 
temple le plus antique de Médinet-Habou, celui qui contient 
plusieurs représentations des victoires de Rhamsès-Meïamoun, 
vainqueur de tant de peuples du Nord et du midi, qu'on prétend 
reconnaître jusqu'à des Hindous dans la physionomie des prison- 
niers que le roi traîne derrière lui. C'est peut-être là, du reste, 
un des plus splendides monuments du beau siècle de l'art égyptien ; 
hauteur des colonnes, vaste étendue des salles, perfection des 
sculptures, grands tableaux de batailles, d'investitures et de piété, 



— 6î2 — 

éclat des peintures, richesse des ornements, vérité des types re- 
présentés, développement des inscriptions, tout concourt à faire 
de ces ruines le spécimen le plus grandiose de la plus gigantesque 
puissance. 

Ironique effet du temps ! Le peuple qui, peut-être, s'était le 
plus préoccupé de la postérité, qui, pour elle sans doute, avait 
écrit sur tous ses murs le nom de ses rois, le progrès de ses con- 
quêtes, le nombre de ses exploits, les attributs de ses dieux; qui 
avait reproduit à l'infini les images de ses chefs; qui les avait 
sculptés dans le marbre de ses temples, dans la pierre de ses 
palais; qui les avait expliqués par une écriture à la fois populaire 
et hiératique; le plus soigneux de sa renommée, le plus jaloux de 
sa prépotence, ce peuple fut ignoré par ses descendants immé- 
diats, calomnié par ceux -qui lui empruntaient sa civilisation et 
ses arts, et il fallut, après plus de quarante siècles, qu'un homme 
de science enthousiaste et d'esprit inventif retrouvât, sous les 
ruines de la nature et de la barbarie, les titres de sa gloire et les 
preuves de sa grandeur 1 La haine des vainqueurs, l'antagonisme 
des races firent plus encore;, il est vrai, que la marée montante 
des alluvions et les tempêtes répétées de sable. Ghampollion voit 
partout les traces de destructions systématiques et successives ; 
les Perses d'abord, les Arabes ensuite, s'épuisèrent à détruire, 
comme les Égyptiens à élever. Le fanatisme religieux rasa sans 
pitié, autour de Thèbes, la Thoph vénérée des prêtres et des rois, 
sur l'une et l'autre rive du Nil: ici, les temples des deux Rhamsès 
et le palais élégant de Kourna, attribué à Ménéphtha 1"; là, les 
gigantesques monuments de Karnac et de Louqsor, les chefs- 
d'œuvres d'un art et d'une civilisation qui précédèrent et dépas- 
sèrent un moment toutes les autres. Aussi, quelle dispersion sur 
le sol, que de bris de statues, que de morcellements de colonnes, 
que de martelages d'inscriptions, et quelle intelligence ne faut-il 
pas pour reconnaître et classer ces prodigieuses ruines! L'archéo- 
logie moderne y travaille depuis trente ans avec une ardeur crois- 
sante; mais aussi, la découverte d'un seul homme en avait dévoilé 
le mystère, et, en pénétrant le système des écritures hiérogli- 
phiquos, il avait trouvé le mot de l'énigme des siècles. 

Le sens poétique est indépendant du mode qu'on emploie dans 
l'expression de lu pensée : Bossuet est poëte dans ses sermons, 
Pourier dans ses dissertations scientifiques , Arago dans ses 
calculs, Ghampollion dans ses recherches. Si nous osions donc 
soumettre à l'analyse l'esprit de Ghampollion, il ne nous serait 



— 63 — 

pas difficile d'y rencontrer les plus hautes qualités : le sens poéti- 
que, source de l'inspiration, l'enthousiasme, ce feu sacré qui entre- 
tient la persévérance, la conscience, qui est la vertu du vrai savant, 
l'ordre , preuve d'une grande valeur intellectuelle , la foi dans 
l'ensemble de son œuvre, le doute dans le détail, en un mot tout 
ce qui constitue cette aptitude à la patience, qu'on a décoré d'un 
si beau nom, le génie. Mais le temps a manqué à Champollion 
pour son œuvre, et Dieu lui compta les jours, si la postérité ne lui 
compte pas la gloire. 

III. 

A son retour en France ses lettres d'Egypte, publiées dans le 
Moniteu7\ et dont nous avons cherché à donner une idée, avaient 
excité l'attention de toute l'Europe savante et provoqué l'intérêt 
de tous les esprits sérieux. L'académie des Inscriptions et Belles- 
lettres, qui, selon l'expression de son secrétaire perpétuel, M. Sil- 
vestre de Sacy, s'étonnait de ne point le compter encore dans ses rangs, 
le reçut membre le 7 mai 1830; et le gouvernement lui maintint 
la conservation du musée Égyptien, qu'il avait créé, pour ainsi 
dire, en le faisant acquérir, en le classant si intelligemment, et 
en le dotant d'une de ses pièces les plus belles et les plus curieuses, 
un sarcophage en basalte vert. Puis, malgré une révolution qui 
interrompit brusquement l'exécution de ses plans, sa découverte 
était si importante qu'elle résista aux préoccupations publiques, 
et fut adoptée par le gouvernement de Juillet. Champollion trouva 
dans le nouveau ministre de l'instruction publique un digne pro- 
tecteur et un sérieux appui, et c'est pour le premier denos égypto- 
logues que M. Guizot institua au Collège de France la chaire 
d'archéologie égyptienne. Malheureusement, c'en était déjà fait 
des forces et de la santé de notre grand découvreur ; son voyage 
si laborieux , ses travaux si répétés , ses longues stations sous un 
soleil de feu, les ardeurs de son cerveau, les préoccupations de 
son esprit avaient brûlé son sang et épuisé sa vie ; et comme 
Le Tasse au Capitole, Champollion n'apparut au Collège de France 
que pour y mourir. 

Ainsi s'éteignit à quarante-un ans, le 4 mars 1832, le corps 
épuisé, la tête pleine de projets et de pensées, celui qui venait de 
créer une nouvelle science historique, la lecture des hiéroglyphes. 
Il laisait une veuve désolée, une fille orpheline, une famille dans 
les larmes; car à sa science profonde il joignait le caractère le plus 



— 64 — 

affable et les vertus les plus douces. Son frère aîné lui survivait, 
dépositaire de ses œuvres, gardien de sa renommée, collaborateur 
de cœur et d'esprit à la fois, qui, avec une abnégation bien rare, 
s'était complètement dévoué à lui, et qui, malgré un précoce suc- 
cès, une médaille conquise à l'Académie des Inscriptions et Belles 
lettres, ne travaillait plus que pour son illustre cadet. Ce dernier 
l'eut associé à sa gloire, s'il eut vécu plus longtemps. Et néan- 
moins quelques savants égarés et quelques envieux de renommée 
l'attaquèrent; mais Dacier l'avait encouragé, Silvestre de Sacy 
prononça son éloge, Arago lui rendit Justice, l'explorateur anglais 
de Sait, d'abord son adversaire, finit par devenir son disciple, 
l'illustre allemand Niebuhr le glorifia, Letronne |Ie défendit, et 
J.-J. Ampère, avec ce style attrayant qu'on lui sait, ce don de plaire 
à chacun et de mettre à la portée de tous les recherches îles plus 
abstruses, écrivit sur lui cette belle page que nous ne (résistons 
pas au plaisir de répéter ici, quelque tort qu'elle puisse faire à nos 

appréciations sans autorité et sans nom : « Oui, la' lumière 

1) des hiéroglyphes, oui, la main inspirée deChampolIionaallumé 
» un flambeau dont l'éclat toujours plus vif, percera de ses rayons 
n la nuit séculaire d'oii ce flambeau a été tiré ! La gloire de 
» Champollion est déjà l'une des plus éminentes gloires de l'éru- 
» dition française ; elle grandira par tous les travaux que suscitera 
» la découverte de ce grand homme, et qui seront un hommage h 
» son génie. Aujourd'hui la méthode de Champollion a conquis 
)) le monde savant; l'Angleterre, l'Italie, l'Allemagne, TAmé- 
» rique, laproclament ; la France pourrait-elle ne pas l'honorer? Et 
I) la vraie manière de l'honorer, n'est-ce pas de la continuer ? 
» Par une inintelligence qui serait de l'injustice et de l'ingrati- 
1) tude, la France voudrait-elle nier un des plus beaux titres d'hon- 
» neur qu'elle ait reçu du siècle où nous vivons? Non, il n'en sera 
» point ainsi. Et si d'incroyables aberrations prétendaient faire 
1) rebrousser chemin à la science, découvrir ce qui a été trouvé, 
» chercher dans le pays des rêves ce que le génie a placé dans la 
» sphère des réalités, j'opposerais à cet aveuglement la voix de 
» l'Europe savante, l'autoriléde l'Académie des Inscriptions et les 
» travaux de plusieurs de ses membres. » 

Pourtant, par une fatalité déplorable, la fin hâtive de Cham- 
pollion, en laissant son œuvre incomplète, et son enseignement 
interrompu, sembla compromettre pour un temps sa mémorable 
découverte. Avant sa mi&sion en Egypte , il n'avait pas eu le 
temps de former des élèves, et ses collaborateurs français étaient 



— Go- 
des dessinateurs plutôt que des savants , sauf Nestor Lhôte et 
Charles Lenormant, trop jeunes, d'ailleurs, pour prétendre à lui 
succéder. Quant à la commission toscane, annexée à celle dont il 
était le chef, elle ne se composait comme érudits que d'un pré- 
somptueux, Rossellini, et d'un traître , Salvolini. Le présomp- 
tueux lit beaucoup de brait et assez peu de besogne ; le traître 
vola son maître au lit de mort, pour s'attribuer plus tard la 
science qu'il avait dérobée. Il fallut attendre le prussien Lepsius 
pour perfectionner le déchiffrement hiéroglyphique, et l'anglais 
Birch pour entreprendre la traduction des grandes inscriptions 
historiques. Puis , cette chaire d'archéologie , si longtemps va- 
cante, ne fut remplie après Ghampollion, que par un savant in- 
génieux et fécond, mais dont la spécialité philologique était le 
grec et non le copte, et dont les précédents travaux se rappor- 
taient aux traditions helléniques et non égyptiennes. Aussi, que 
fitLetronne? Il étudia l'Egypte par l'intermédiaire de ses plus 
illustres conquérants ; il élucida l'histoire des Lagides, restaura 
telles inscriptions, rectifia telles autres, et mit fin, avec sa clair- 
voyance et sa perspicacité ordinaires, à deux préjugés ridicules : 
l'âge fabuleux des zodiaques ramené au temps de la domination 
romaine, les causes toutes matérielles des sons que rendait la 
statue dite de Memnon, laquelle statue, on le sait maintenant, 
n'est point celle d'un dieu, mais celle d'un homme, et laquelle 
vibrait mais ne parlait pas. Tel fut l'enseignement du judi- 
cieux Letronne; c'était là dégager et préparer le terrain des 
égyptologues, mais non continuer directement Ghampollion. 

Qu'était devenue cette grammaire égyptienne, œuvre de pré- 
dilection de Ghampollion, qu'il s'était hâté d'achever à la fin de 
4831, et qu'il avait remise à son frère aîné quelques jours avant 
sa mort, en lui disant : « voici ma carte de visite à la postérité » ? 
On ne s'occupait donc plus d'hiéroglyphes? Si, on s'en occu- 
pait ; on les étudiait avec conscience , mais on les méditait 
dans l'ombre : les uns avec une ardeur qui bientôt devait se dé- 
tourner vers de plus neuves investigations, comme MM. de 
Saulcy et Brunet de Presle, les autres dans un but historique ou 
descriptif, comme MM. Ampère et Th. Devéria, d'autres enfin 
dans un but plus spécial, plus direct, et temporairement plus 
utile, comme MM. Aug. Mariette, Ghabas, de Horrack, Th. 
Henri Martin. Pour de tels élèves, si sérieux, si résolus, si ca- 
pables, il fallait un maître qui joignit une érudition étendue à 
une connaissance toute particulière de la grande découverte phi- 

3 



— 66 — 

lologique, l'autorité critique à la persévérance de travail, le goût 
à l'esprit, le style à la pensée. Ces hautes qualités M. de Rougé 
les possède, et nous n'avons pu qu'applaudir à sa nomination à la 
chaire de Ghampollion. On lui devait déjà une étude sur une stèle 
Egyptienne, œuvre de science si avancée, publication si impor- 
iante qu'elle suffit pour lui mériter un fauteuil à l'Institut ; puis 
des études sur le Rituel funéraire des anciens Egyptiens^ oti la nou- 
veauté des faits et l'intérêt de la dissertation dénonçaient un sa- 
vant capable de lutter avec la patience des allemands, la perspi- 
cacité des anglais, la fougue studieuse des italiens, et de main- 
tenir la France à la tête des nations qui s'adonnent à l'Egypto- 
logie; enfin des notions instructives, et des rapports que lui seul 
alors pouvait écrire. Aussi, lorsque le 19 avril 1860, il ouvrit son 
cours au Collège de France, une élite d'auditeurs, avides de renouer 
la chaîne des temps, afflua à sa première leçon. Il remplaçait di- 
rectement Charles Lenormant, homme d'un savoir incontestable, 
d'un talent aussi distingué que brillant, mais dont l'esprit ency- 
clopédique, avait trop erré de sujets en sujets, de connaissances 
en connaissances, d'opinions en opinions, et pour qui l'Egypte 
n'était qu'un épisode dans son existence scientifique, qu'un cha- 
pitre dans ses études générales. Contrairement à Charles Lenor- 
mant, M. de Rougé semble vouloir se renfermer dans l'Egypte, 
bien suffisante pour occuper et remplir toute une vie. Nous l'en 
félicitons sincèrement, comme aussi, après son excellent résumé 
des travaux de ses prédécesseurs et de l'importance de l'Egypto- 
logie, d'avoir renfermé son cours dans un cercle tout philologique. 
Qu'il fasse des élèves dans sa chaire et réserve pour le cabinet ses 
études approfondies et variées, desquelles nous pouvons espérer 
un jour une Chrestomathie égyptienne, et tout le monde continuera 
à l'applaudir. 

En résumé, que savions-nous sur l'antique Egypte il y a un 
siècle? Nous n'en connaissions que les apparences, et les conjec- 
tures grecques et romaines. La Bible ne nous offrait que quelques 
jalons pour nous aventurer dans ce désert des siècles. Selon n'en 
avait rapporté que des inspirations. Moïse que des anathèmes. Si 
Josèphey avait vécu, c'était chez des conquérants temporaires, les 
Hyksos; si Cambyse y avait passé, c'était pour y porter le ravage 
et la destruction ; si Alexandre y avait laissé une colonie, c'était 
pour la transformer en l'assimilant à l'esprit hellénique; si les 
Romains l'avaient conquise, il était trop tard pour l'étudier avec 
fruit et en pénétrer les secrets. Le consciencieux Hérodote en avait 



— 67 — 

raconté quelques traditions grandioses; le romanesque Diodore de 
Sicile quelques usages curieux; le sage Plutarque ne nous avait 
laissé que quelques détails sur sa Théodicée. Un seul homme du 
pays, un seul membre de ses collèges de prêtres, inquiets de leur 
destinée et jaloux de leur science, Manéthon, avait parlé, mais 
son œuvre perdue et que des extraits contradictoires nous ont à 
peine conservée, ne nous relate que des noms propres de rois, que 
des listes dynastiques. Telles sont les sources maigres et avares 
dont les historiens modernes devaient se contenter. Aussi, sauf 
Bossuet, qui pressentit sa grandeur et qui la prit comme type du 
gouvernement-modèle auquel il incitait le fils de Louis XIV, 
l'histoire de l'antique Egypte, répétée sans critique, présumée 
sans vérité, ou calomniée sans justice, fatigua les lecteurs et dé- 
couragea les écrivains. Voltaire s'en moqua avec grâce, mais sans 
bonne foi ; Volney n'y chercha qu'un texte à déclamations ; et les 
savants de cette mémorable expédition, conçue par un homme de 
génie et exécutée par des héros, nous laissèrent d'admirables des- 
sins de ruines, mais sans pouvoir ni en deviner les âges, ni en 
déterminer l'emploi, ni en déchiffrer les écritures sculpturales. 

Enfin Ghampollion vint, et cette étude des hiéroglyphes, qui 
avait provoqué tant de chimères, devint réelle et féconde. Il classa 
les temples de l'énigmatique contrée, leur restitua des dates cer- 
taines, expliqua leurs tableaux, lut les noms de leurs princes, 
rendit leur valeur aux listes de Manéthon, et pénétra les rites, 
les coutumes, les mœurs du grand peuple, dont les monuments 
sublimes protestaient contre l'oubli des siècles. Ce que la 
brièveté de sa vie empêcha Ghampollion d'amener à terme, car il 
avait tout projeté et tout entrepris , d'autres plus heureux le 
firent : Bunsen rendit à l'antique Egypte son rôle dans l'histoire 
du monde, Birch rendit sa gloire à Touthmès III, l'un de ses con- 
quérants, Wilkinson résuma ses mœurs, Brugsch reconstitua sa 
géographie, Leemans décrivit ses monuments, M. Brunet de 
Presle rectifia sa chronologie, M. Chabas retrouva sa morale, en 
nous traduisant des extraits du livre de préceptes dû à Phthah- 
Hotep, contemporain d'Abraham, M. de Rougé enfin retrouva sa 
poésie, en nous faisant connaître le poème de Pen-ta-our, qui chante 
les exploits de Rhamsès-le-Grand, le Sésostris classique. D'un 
autre côté les explorations et les fouilles se continuaient avec une 
ardeur et une sagacité croissante : outre celles de Lepsius et de 
Wyse, M. Aug. Mariette, qui resta tout d'abord quatre ans en 
Egypte, obtint à force de persévérance et de tact les résultats les 



- 68 — 

plus précieux : le déblayement du Sérapeum de Memphis qui nous 
confirma le culte d'Apis, celui du Sphinx-Colosse de Gisèh, qui 
n'est autre chose qu'un rocher taillé sur place, et qui date de cette 
quatrième dynastie à laquelle nous devons les Pyramides ; enfin 
l'emplacement reconnu d'Avaris, la dernière ville du Delta habitée 
par les pasteurs, et d'où Amosis de Thèbes les chassa pour tou- 
jours, en permettant ainsi à la XVUP dynastie, la plus célèbre 
peut-être, de poursuivre sans obstacles intérieurs ses glorieuses 
destinées. Certes, voilà d'excellents travaux, et il suffit de les pour- 
suivre avec zèle pour régénérer l'histoire égyptienne, et justifier 
une fois de plus le mot si juste et si vrai : Ex Oriente lux. 



— 69 — 



LE PIGNON DE SxilNTE-AUBIERGE, 

PAR M. VICTOR PLESSIER, 
Membre fondateur (Section de Coulommlcrs.) 



C'est SOUS ce nom que l'on désigne, à cause de sa forme, un 
immense bloc de grès qui se voit à Beautheil, dans l'arrondisse- 
ment de Coulommiers, entre l'Yères et l'Aubetin, sur le point 
culminant du plateau qui sépare ces deux rivières. 11 est à cent 
mètres environ de la digue du vaste étang des Rigauds et au 
sommet de celui de Pierrefitte. Sa hauteur est de 3 mètres 50 cen- 
timètres au-dessus du sol ; son épaisseur ne dépasse pas 30 cen- 
timètres. Large de 2 mètres 23 centimètres à sa base, il va s'étré- 
cissant peu à peu et se termine en pointe. Il fait face au soleil de 
dix heures et s'incline légèrement devant l'astre qui l'inonde de 
ses rayons. On remarque à 80 centimètres de terre sur la grande 
face exposée au sud-est, une rainure peu profonde de 3 centi- 
mètres de largeur qui s'étend horizontalement d'un bord à 
l'autre. 

Il n'est fait mention de ce monolithe ni dans l'histoire du dé- 
partement de Seine-et-Marne par le docteur Pascal, ni dans les 
essais historiques de M. Michelin. Le seul ouvrage, à ma con- 
naissance , où il en soit parlé , est l'intéressante histoire de 
l'abbaye de Faremoutiers, par M. Eugène de Resbecq, un des 
membres distingués de notre Société. « Il existe , dit-il, dans le 
champ de Pierrefitte, appartenant h M. le Vicomte Pinon, un 
espèce de menhir sur lequel on raconte une légende. » 

Cette pierre, dont la pose est antérieure à notre ère, appartient 
aux monuments primitifs. Elle est de celles que l'on appelle drui- 
diques. La caste sacrée de Gaule , dit M. Henri Martin, absorbée 
dans une sombre adoration de la nature, ne voulut pas d'autres 
temples que ses forêts saintes et ne marqua pas son passage sur 
la terre par la création d'une architecture religieuse. Ses cons- 
tructions ne sont que de simples pierres brutes, d'énormes blocs 
dressés et fichés en terre , isolément ou en longues avenues 



— 70 — 

{peulwen, menhir), rangés en cercle ou en ellipse [cromlech) , rap- 
prochés ou réunis par une ou plusieurs autres grandes pierres 
plates posées horizontalement [dolmen). Les menhirs , espèces 
d'obélisques grossiers, sont nommés dans nos campagnes pierres- 
fittes, pier?'es-lcvées, pierres- fichées, etc. 

Les preuves du caractère monumental de cette roche abondent. 
Plantée debout dans un terrain sans aspérité et mollement ondulé, 
elle se distingue par un cachet spécial et grandiose des pierres de 
la contrée que, dans leur état naturel, on trouve couchées et recou- 
vertes par la terre végétale. Ce contraste témoigne de l'interven- 
tion humaine. En un temps éloigné de notre civilisation, il fallut 
déployer beaucoup d'art et de force pour dresser sur sa tranche 
un bloc dont le poids, en y comprenant la partie enfoncée, ne 
peut être moindre de 30 mille kilogrammes. Aussi les voyageurs 
qui parcourent les chemins voisins du champ où il se fait remar- 
quer, sollicités par son aspect extraordinaire, s'en approchent, 
et plusieurs, s'en faisant un passeport pour la postérité, ont eu la 
patience d'y graver leurs noms. On m'a assuré qu'un certain 
nombre de personnes vont s'agenouiller devant ce monument et 
y récitent des prières. 

Une autre preuve, indépendante des conditions physiques du 
menhir, consiste dans le nom que lui a emprunté la contrée. La 
terre oii il se dresse, l'un des étangs qui l'avoisinent, les bois de 
chênes qui l'entourent, s'appellent le champ, l'étang et les bois de 
Pierrefitte (petra fixa), dénomination usitée dans nos campagnes, 
comme l'a constaté M. Henri Martin, pour la désignation des 
Menhirs. Il est donc vrai de dire que le doute n'est pas possible 
puisque la chose frappe notre vue, et le nom, qui la caractérise, 
nos oreilles. 

La légende fournit une nouvelle preuve, quoique sa tendance 
soit de rapporter au christianisme une œuvre qui l'a précédé. — 
Saintc-Flodobertc , ayant achevé sa chapelle d'Amillis, voulut 
offrir à sa sœur Sainte-Aubiergo qui construisait la sienne à 
Saint-Augustin une pierre propre à constituer l'un des pignons de 
l'édifice. Elle la lui portait sur l'épaule, lorsqu'à mi-chemin les 
deux sœurs se rencontrèrent. Gomme Sainte-Aubierge lui apprit 
qu'elle avait également terminé son oratoire, elle laissa tomber la 
pierre devenue inutile qui, do son propre poids, entra en terre et 
y demeura debout. Cette tradition, suivant l'usage , fait une large 
part au surnaturel. Ici le transport et l'érection de la roche sont le 
fait d'une religieuse qui la laisse tomber en chemin. Ailleurs, c'est 



— 71 — 

le travail d'une fée accompli dans des conditions analogues. Ailleurs 
encore c'est le diable qui, effrayé à la vue de la vierge, abandonne 
la pierre qu'il portait. Un digne ecclésiastique me faisait remar- 
quer que la légende est nécessairement apocryphe puisqu'elle pré- 
sente Sainte-Flodoberte et Sainte-Aubierge comme sœurs et con- 
temporaines, tandis qu'elles ont vécu à cent ans l'une de l'autre. 
Mais peut-être sous sa forme naïve et merveilleuse, est-elle plus 
près de la vérité qu'on n'est disposé h le croire. Je m'explique. 

Ces noms d'Aubierge et de Flodoberte , en même temps qu'ils 
désignent les deux saintes femmes , sont aussi les dénominations 
géographiques par lesquelles on indique les lieux de deux anti- 
ques pèlerinages à Saint-Augustin et à Amillis, comme les vieilles 
cartes de France en font foi. Là, sont des sources jouissant de la 
réputation de rendre la santé aux malades. A côté, s'élèvent des 
chapelles. Quelle est l'origine de ces noms? Sont-ils antérieurs à 
l'existence des saintes? Viennent-ils d'elles? Ou les ont-elles re- 
çus des institutions que leur piété sut détacher d'un ancien culte 
pour les ranger sous la protection de la religion chrétienne? 

Aubierge ou auberge se disait en celtique par deux mots : al 
berga ; l'un, article , l'autre, substantif, dont le sens pur de toute idée 
mercantile se traduit par le refuge, l'habitation, la maison. Rien 
déplus facile à suivre que la transformation d'al berga en auberge. 
Al a fait au par le changement si commun de i en u. Ber est une 
syllabe, qui s'est conservée intacte. Et la terminaison sonore ga 
s'est adoucie. Selon la loi générale de notre langue, on a laissé 
tomber l'a pour faire place à l'e muet. C'est ainsi qu'on a obtenu 
Auberge. Entre ce mot et Aubierge, toute la différence gît dans l'e, 
qui , absent dans auberge s'est introduit dans aubierge. Mais la 
même diversité se retrouve trop fréquemment dans des mots ayant 
un même radical pour s'y arrêter. Il suffit de citer miel et mé- 
lasse, bénéfice et bienfait. Il est si vrai qu'on ne doit attacher 
aucune importance à Vi que, quoique la prononciation la plus 
usitée maintenant soit Aubierge, on a dit autrefois, et on dit encore 
indifféremment Ethelberge et Aubierge , ainsi qu'on le voit dans 
V Histoire de l'abbaye de Faremo7i(ie?'s, par M. E. de Resbecq et 
V Histoire du département de Seine-et-Marne, par le docteur Pascal. 

Frodobert ou Frodoberg, Flobert ou Floberg, Flaubert et 
Flauberg font aussi les formes diverses d'un même mot (l). Les 
radicaux sont Fro et berg ; on a fait flo par la conversion usitée 

(1) Dictionnaire français de Trévoux au mol frodberf, et dict. latin v.flodobertus. 



— 72 — 

de r en /. La variante orthographique berg ou hert n'est sen- 
sible, dans la prononciation, qu'au féminin, bert faisant berte, 
et berg berge. Gomme déjà nous avons donné le sens de ce 
dernier monosyllabe, il ne nous reste plus, pour achever la tra- 
duction de Flodoberte, qu'à expliquer flod. Ce radical, sous ces 
diverses formes : froc, flot ou flod, signifie source. 

Aubierge désigne, d'une manière indéterminée, un refuge, une 
maison, et flod est un préfixe qui confère à floberte ou floberge le 
sens de refuge ou maison de la fontaine. Ce sont là, indubitable- 
ment, les noms d'une chose, d'un édifice. La fréquentation des 
sources engagea nos premiers pères à y établir un abri pour pro- 
téger les visiteurs contre les incommodités du temps. Mais com- 
ment ces noms devinrent-ils ceux de deux saintes femmes ? 

Les Gaulois adoraient les sources et les autres puissances de la 
nature, que le druidisme déifia. L'espérance de guérison qui con^ 
duit encore aujourd'hui de rares malades vers les eaux autrefois 
réputées salutaires, est un vestige de la superstition de nos aïeux. 
Le christianisme est contraire à ces croyances d'origine essentiel- 
lement panthéiste. Mais pour se propager, les théories les plus 
pures ont dû partout et toujours transiger avec les préjugés enra- 
cinés. La disparition de vieilles erreurs accréditées pendant de 
longs siècles, exige un grand progrès dans le développement des 
lumières et ne s'opère que par le renouvellement de plusieurs gé- 
nérations. Mais les âmes ferventes qui introduisirent et propa- 
gèrent en France la religion chrétienne, durent commencer par 
détrôner les faux dieux, en substituant les autels catholiques aux 
établissements du paganisme. Inspirées par un pieux zèle, deux 
femmes dévouées à Dieu parvinrent, sans doute, à renverser l'o- 
pinion qui attribuait la vertu imaginaire des deux sources à l'in- 
fluence des pratiques druidiques, et elles curent l'immense hon- 
neur de faire passer ces fontaines dans les possessions du christia- 
nisme. Faut-il donc s'étonner que l'Église reconnaissante d'une 
pareille œuvre et vraisemblablement des conversions opérées dans 
les populations d'alentour, ait voulu perpétuer le souvenir de ces 
faits glorieux en sanctiOant et les deux dignes femmes et le 
théâtre de leur illustration? Pourquoi se refuserait-on à admettre 
que, par un usage qui n'a pas encore complètement disparu de nos 
mœurs, les deux saintes soient connues sous le nom des lieux dont 
la chrétienté leur doit la conquête? (1). 

(1) On semble d'autant mieux autorisé à voir dan? Flobert un nom de lieu, qu'il 



— 73 — 

Ainsi interprétée, la légende dont notre pierre a fourni le sujet 
est en harmonie avec l'histoire, puisqu'elle assigne une origine 
commune et contemporaine à l'érection du menhir et aux pèleri- 
nages d'Amillis et de Saint-Augustin. L'établissement d'églises, 
de chapelles, de croix, dans les endroits consacrés au paganisme 
celtique, est un fait commun : « Sur les ruines du vieux monde 
payen, dit M. de Golombel, se sont épanouis de toutes parts, sous 
forme de pieuses fondations chrétiennes, les germes du monde 
nouveau. » 

Mais j'abandonne la légende pour entrer dans un autre ordre 
d'idées. Quelle est la situation géographique du menhir? Est-il pos- 
sible d'asseoir quelques conjectures sur les causes de son érection? 

Posé sur le faîte du plateau qui fait la séparation de l'Yères et 
de l'Aubetin, il marque le partage des eaux de la Brie, entre la 
Marne et la Seine, l'Yères se jetant immédiatement dans le 
fleuve, et l'Aubetin se perdant dans le Grand-Morin, tributaire de 
la Marne. Il occupe le centre même du plateau de la Brie, puis- 
qu'il se trouve à distance presqu'égale des deux grands cours d'eau 
qui la bordent, l'un au sud et l'autre au nord, et aussi à distance 
égale d'Alfort, qui est à la limite occidentale de cette ancienne 
province, et d'Allemand h l'orient sur le sommet de la colline for- 
mée par le terrain tertiaire, au pied de laquelle se développe la 
plaine basse et crayeuse de la Champagne. L'Yères, dont le versant 
septentrional est couronné par le menhir, fit la délimitation du 
territoire des Senons et de celui des Meldes, démarcation d'autant 
plus importante que ceux-là faisaient partie de la grande famille 
des Galls, qui occupèrent primitivement la Brie, et que ceux-ci 
appartenaient à la branche des Kimris qui n'y arrivèrent que cinq 
ou six siècles avant notre ère. Cependant, il ne me paraît pas qu'on 
doive en induire que ce monolithe ait jamais servi de limite. 

Mais en considérant attentivement le menhir, plusieurs corré- 
lations m'ont paru le rattacher à l'étang des Rigauds et à celui de 
Pierrefitte. 

La chaussée de ces étangs est revêtue d'un appareil en grès, de 
la même nature que ce monolithe. En mentionnant cette analogie, 
je ne me dissimule pas que, pouvant provenir uniquement des 
conditions minéralogiques de la contrée , elle serait sans valeur si 
elle était isolée. 

a ét(j employé dans ce sens, au siècle dernier, par un habitant de Couloramiers, 
qui ajoutait à son nom de famille le litre de marquis de Montflobert. 



— 74 — 

Mais, par une coïncidence très-digne d'attention , le pignon de 
Sainte-Aubierge occupe précisément le point où les axes longitu- 
dinaux des deux étangs viennent se couper à angle droit. L'axe 
de l'Etang des Rigauds, dont la nappe d'eau occupait le couron- 
nement du vallon, s'abaisse perpendiculairement sur les larges 
laces du menhir. Par contre , celui de l'étang de Pierrefltte , posé 
sur le versant septentrional, s'aligne avec le profil de la pierre. 
Sur la colline opposée fut un troisième étang , appelé l'Étang 
Neuf, d'une date relativement récente, comme l'indique son nom. 
Cette disposition géométrique de la roche, en harmonie avec les 
axes des deux étangs qui l'avoisinent, est-elle un accident fortuit? 
ou plutôt n'est-elle pas le résultat d'une savante combinaison? 

Ce menhir offre une autre particularité dont l'importance res- 
sort suffisamment de ce fait qu'on n'en connaît pas d'autre exemple. 
Je veux parler de la rainure horizontale , faite évidemment de 
main d'homme, allant d'un bord à l'autre sur la face qui regarde 
l'Étang des Rigauds. J'ai constaté, ^ l'aide d'un niveau, que la 
crête de la digue de cet étang surmonte de 0°" 80 la hauteur 
de cette marque. Or, la différence représente l'intervalle toujours 
réservé entre le niveau de la nappe d'eau et le sommet de la 
chaussée. N'est- on pas autorisé à en induire que cette ligne ré- 
sume les travaux de nivellement opérés pour l'établissement des 
étangs, et est le repère du déversoir réglementaire assurant l'éva- 
cuation du trop-plein de l'étang supérieur et l'alimentation de 
l'étang inférieur? Il n'y a pas d'autre explication possible de cette 
barre. 

L'inclinaison du menhir n'est pas non plus indifférente : cette 
inclinaison, déterminée par un Cl à-plomb, de 0'"55 pour toute 
la hauteur de la pierre, correspond au mouvement de retraite, 
autrement dire, à la pente du revêtement de la paroi intérieure 
des digues. 

A ces rapports, on peut encore ajouter qu'il est probable que la 
pierre de forme triangulaire a été choisie intentionnellement pour 
représenter la configuration superficielle de l'Étang des Rigauds , 
avec laquelle elle est d'une ressemblance remarquable. 

Un tel concours de circonstances n'est-il pas concluant? Toutes 
les indications qu'il était utile d'exposer au point central des tra- 
vaux pour. guider les constructeurs, no s'y trouveraient-elles ras- 
semblées que par l'effet du hasard? Identité de matière entre le 
monolithe et le revêtement des digues ! Concordance des faces et 
du profil de la pierre avec les axes des deux étangs! Correspon- 



— 75 — 

dance entre la rainure et le déversoir! Autre rapport, entre l'in- 
clinaison du monolittie et la pente intérieure des digues! Enfin, 
la forme de la pierre figurant la nappe d'eau de l'étang principal ! 
Je ne puis croire que toutes ces choses soient sans signification. 

Ici se présente une question archéologique : Est-il vraisem- 
blable que les étangs des Rigauds et de Pierrefitte soient, comme 
l'érection de la Pierre, un travail gaulois? Je n'ai pu me pro- 
curer aucun renseignement sur l'origine de la construction des 
étangs, dont l'historique est encore à faire, s'il n'a pas échappé à 
mes recherches. Loin de rien affirmer sur ce point obscur, je me 
borne à rappeler que les Gaulois, devenus sédentaires, se sont 
livrés à l'agriculture, ont fait usage de marne pour l'amende- 
ment des terres, ont élevé des villes et créé des fortifications. 
L'établissement d'une digue ne dépassait donc pas les limites de 
leur industrie. Il semble qu'ils aient dû s'adonner à l'éducation 
des poissons, dont ils faisaient une ample consommation, au 
rapport de Posidonius, qui s'assit souvent à leurs tables, de même 
qu'ils se livraient à l'élève du bétail. On peut croire aussi que la 
chose n'est pas moins ancienne que le mot : Etang se disait, en 
latin, stagmim, et en celte, sfanc, stancq. 

J'ai cru obéir aux incitations de notre Société en vous entretenant 
d'un antique monument, à peu près inconnu en dehors de la loca- 
lité qui le possède. Si incertaines que soient les conjectures que 
j'ai exposées, j'ai cru convenable de vous les soumettre : la multi- 
plicité des observations peut seule dévoiler la connaissance des 
faits que cachent, à nos yeux, les ténèbres des siècles anté-histo- 
riques . 



— 77 — 
ESSAI 

SUR L'HISTOIRE DE Lk MUSIQUE DES FRANCS 

(ÉPOQUE MÉROVINGIENNE). 

PAR M. TORCHET , 
Membre fondateur (Slectlon de Meaux). 



Dans quelques-unes de nos réunions intimes et particulières, 
j'ai eu l'honneur, Messieurs, d'entretenir plusieurs de nos col- 
lègues de la Section de Meaux, d'un sujet que l'on traite rare- 
ment dans les Sociétés archéologiques. Quoi de plus intéressant 
cependant, quand il s'agit de la recherche des origines, que de 
s'occuper de celle de l'art musical, cette langue divine des sons? 

Toutes les muses d'ailleurs ne sont-elles pas sœurs? 

Il n'y a dans les arts qu'une famille où tout se tient, où les con- 
trastes eux-mêmes se rapprochent par de mystérieuses relations 
dont l'œil clairvoyant trouve le fil. 

« La musique est une architecture de sons, et l'architecture une 
musique de pierres, » s'écriait Novalis, une des plus nobles intel- 
ligences que les temps modernes aient produites, et il ajoutait : 
M la sculpture est la l'orme fixe; la musique, la forme fluide. 
Entre la sculpture et la musique, entre la forme fixe et la forme 
fluide, la peinture sert de transition. » 

Il se peut que je me trompe; mais on ne saurait, à mon sens, 
rien écrire de si vrai, de si juste, de si définitif, sur la nature élé- 
mentaire des beaux-arts, sur cette consanguinité virtuelle qui les 
unit et les enchaîne. Plastique, musique et poésie; tels sont les 
éléments que des circonstances passagères seules divisent, et qui, 
tôt ou tard se rejoignent. 

Assurément, c'était un véritable Athénien celui qui prétendait 
qu'on ne devait jamais assister sans musique au spectacle d'un 
chef-d'œuvre de l'art plastique ; comme aussi, d'autre part, il 
fallait se garder d'entendre une symphonie, si ce n'était au sein 
d'une harmonieuse et royale architecture. 



— 78 — 

Je ne me le dissimule pas, Messieurs, elle est rude et difficile 
pour moi, qui dans le temple de la science, ne devrais être qu'un 
écouteur aux jiortes^ la tâche que j'ai entreprise de décrire l'histoire 
de la musique des races anciennes qui se sont agglomérées et fixées 
sur le sol que nous habitons. 

Déjà, dans une autre enceinte et à huis-clos, j'ai essayé de tracer 
successivement le tableau de la musique des Gaulois, des Gallo- 
Romains, des premiers chrétiens et des Francs, à, l'époque de 
leurs invasions. Mon intention aujourd'hui est de jeter un coup- 
d'œil rapide sur la situation de l'art musical pendant la période 
Mérovingienne. 

En continuant mon travail devant un auditoire tout à la fois 
aussi brillant et aussi gracieux, j'éprouve deux sentiments bien 
opposés. D'abord, celui bien naturel de mon insuffisance, puis, 
la conviction d'être utile en cherchant à élucider des faits qui 
ne sont point assez connus et à répandre dans l'art musical un 
peu de lumière historique, flambeau nécessaire pour en embras- 
ser l'ensemble. 

J'abrite ces timides et faibles essais littéraires sous mon pro- 
fond amour de l'art à la propagation duquel j'ai consacré mon 
existence, encouragé et enhardi d'ailleurs par l'ardente initiative 
de notre docte et dévoué président, qui a fait appel à la bonne 
volonté de tous et qui désire que chacun, dans la mesure de ses 
forces et de ses capacités, contribue au succès de l'œuvre entre- 
prise. 

Le cinquième siècle, Messieurs, est certainement remarquable 
parmi les autres siècles. Sa physionomie, sa couleur sont dis- 
tinctes. Son histoire est comme le dernier acte de ce drame inti- 
tulé : Décadence du monde Romain, dont les scènes se sont dé- 
roulées pendant plus de quatre cents ans et qui a pour dénoue- 
ment, l'an 476, la chute de l'empire d'Occident. 

Mais un fait que le génie de Leibnitz et que de nombreux tra- 
vaux historiques ont prouvé jusqu'à l'évidence : c'est qu'il n'y a 
jamais de solution de continuité dans la vie de l'humanité ! «Dieu, 
dit Ghâteaubriant, qui, d'une main abaissait l'Empire Romain, 
élevait de l'autre l'Empire Français. Augustule déposait le dia- 
dème l'an 476 de J.-G., et l'an 481, Glovis couronné de sa longue 
chevelure, régnait sur ses compagnons. » 

Le dernier des Romains avait été Aétius, vainqueur d'Attila et 
de ses hordes barbares. Après lui, les torrents que vit rouler l'Em- 
pire d'Occident étaient comme les fleuves qui, descendant des 



— 79 — 

Alpes et se dirigeant vers des mers opposées, avaient soudain, dé- 
tournant leurs cours, fondu ù flots communs sur celte riche et 
fertile contrée. Tout avait péri dans leurs dévastations et la fuite 
avait été le seul moyen de salut pour les artistes et les savants. 

Gonstantinople , Athènes, Alexandrie , leur avaient offert des 
asiles restés paisibles jusque-là. Heureusement pour l'humanité, 
ils avaient pu y reprendre en sécurité le cours de leurs travaux. 
Voilà ce qui nous explique la rapide décadence delà musique dans 
l'Occident à une époque oîi le même art était encore cultivé avec 
succès par les Grecs. 

Le plain-chant ecclésiastique, formé des débris de la musique 
grecque, dont on avait été obligé de simplifier le système pour 
l'accommoder aux besoins et à l'inexpérience des fidèles ; le plain- 
chant, cet assemblage d'antiques mélopées sans rythme, sans 
modulation et sans tonalité précise, le plain-chant enfin, dont 
l'altération devait donner plus tard le Jour à un art nouveau, comme 
les langues modernes naquirent de la corruption de la syntaxe 
latine et de l'instinct des peuples; le plain-chant formait toute la 
science musicale de nos pères à cette époque fatale où, la lu- 
mière intellectuelle se trouvant éteinte devant le souffle barbare, 
d'épaisses ténèbres paraissaient devoir envelopper pour longtemps 
l'Europe occidentale. 

N'oublions pas. Messieurs, que si un peu de vie artistique a pu 
se conserver au milieu du chaos qu'amena cette irruption des 
peuplades du Nord sur le Midi, c'est à l'Église que nous le 
devons. A cette époque, toutes les cathédrales avaient une école 
qu'on appelait école épiscopale. C'était une sorte de séminaire où 
les clercs étaient formés, sans qu'on empêchât les laïques de par- 
ticiper aux leçons qu'on y donnait. Là s'enseignait ce qu'on 
nommait les sept arts libéraux, c'est-à-dire la Grammaire, la Dia- 
lectique, la Rhétorique, la Géométrie, l'Astrologie, l'Arithmétique 
et la Musique. Nous verrons plus tard comment Charlemagne 
recueillera ces rares étincelles pour ranimer le foyer des beaux- 
arts, presque éteint dans ces siècles de douleur et de désolation. 

Clovis, le fier sycambre, le guerrier terrible qui, la framée à la 
main, abattait la tête de ses ennemis vaincus, et mutilait les monu- 
ments de la civilisation romaine, Clovis, ce type de l'héroïsme 
brutal, n'était cependant pas toujours insensible aux charmes que 
produisent les arts sur les cœurs les plus farouches. 

Vous vous rappelez la cérémonie de son baptême; c'était la 
veille de Noël de l'année 49G. 



— 80 — 

La solennité eut lieu à Reiras, et tout ce que la civilisation 
romaine fournissait encore de brillant fut déployé avec profusion 
pour orner le triomphe des évêques. Les rues étaient décorées de 
tapisseries; des voiles de diverses couleurs, tendus d'un toit à 
l'autre, interceptaient, comme aux jeux du cirque, l'éclat du 
jour; de joyeuses fanfares, de pieux cantiques retentissaient dans 
les airs. Le pavé était jonché de fleurs, et des parfums brûlaient 
en abondance. L'évêque de Reims marchait, en habit doré, à côté 
du roi de France, qu'il appelait son fils spirituel. 

« — Patron, lui dit celui-ci, émerveillé de tant de pompe, 
n'est-ce pas là ce royaume du ciel où tu as promis de me con- 
duire? » 

L'école romaine brillait, à cette époque, d'un assez vif éclat. 
Désireux d'égaler la magnificence de Théodoric, roi des Ostro- 
goths, Glovis le pria de lui envoyer un musicien qui sût parfai- 
tement chanter et jouer des instruments. C'est ainsi que le chantre 
Acorède, désigné par le savant et infortuné Boëce, vint à la cour 
de France. 

Sous la direction de ce maître habile, les prêtres et les chan- 
teurs de Clovis commencèrent à chanter plus agréablement et 
« ayant appris à jouer des instruments, ce grand monarque, dit 
Diipeyrat, s'en servit pour le service divin; ce qui a continué sous 
ses successeurs et jusqu'au déclin de sa lignée, que la musique a 
toujours été en usage à la cour de nos premiers rois. » Ainsi, nous 
trouvons dès le début de la monarchie française, un corps de mu- 
siciens régulièrement organisé, placé sous la direction d'un chef 
habile, possédant ses statuts, ses règlements, sa hiérarchie, et 
chargé de la double mission d'embellir de ses chants les solen- 
nités religieuses, et d'amuser les loisirs du roi et de ses courtisans. 

Les enfants de Glovis suivirent son exemple, et Thierry I", roi 
d'Austrasie, eut comme son père, des prêtres musiciens attachés 
à son service. Dans un voyage qu'il fit en Auvergne, accompagné 
de la reine, il découvrit le jeune Gall dans un monastère où l'on 
venait de toutes parts admirer sa belle voix. Quelques mois suffi- 
rent pour compléter l'éducation du jeune chanteur, et son début 
à la cour produisit un effet merveilleux. Gall fut dès lors dans les 
bonnes grâces du roi, et quelques années après, lorsque (Juin tien 
fat mort, Thierry nomma son protégé au siège épiscopal de Gler- 
mont. Il y est mort en 554, ses vertus le lirent canoniser et Saint- 
Gall est compté parmi les patrons des musiciens. 

Fortunat, tout h. la fois pontife et poète, chapelain de Sainte- 



— 81 — 

Radegonde, femme de Clolaire P% et auteur de plusieurs hymnes 
adoptées dans les offices, parmi lesquelles on cite le Vexilla régis 
prodeimt, nous parle avec détail des cérémonies de l'église de Paris 
dans un éloge qu'il fait de Saint-Germain et de son clergé. 

Déjà, à cette époque, les chants sacrés étaient accompagnés des 
flûtes, des trompettes et de plusieurs autres instruments, comme 
l'attestent les distiques que nous devons à la muse de cet évêque, 
l'un des meilleurs poètes de vi" siècle : 

Hinc puer exiguis attemperat organa cannis, 
Inde senex largam ructat ab ore tubam. 
Cymbalicœ voces calamis miscentur acutis, 
Disparibusque tropis fislula dulce .fonat, 
Tympana rnuca senum puerilis tibia mulcet 
Atque hominum reparant verba canora lyrarn. 

Grégoire de Tours rapporte un fait qui, dans ces temps bar- 
bares, semble empreint d'une couleur pittoresque. 

L'inhumation de la reine Glotilde, dit-il, se fît avec un chœur 
nombreux de psalmodistes, C'î<m îna^no^srt//e«//o, ses restes mor- 
tels furent transportés de Tours à Paris, et le convoi était accom- 
pagné de plusieurs prêtres qui chantaient par les chemins. 

La psalmodie formait donc à cette époque une des parties les 
plus importantes de l'office liturgique. La traduction des psaumes 
de l'hébreu en grec, et du grec en latin, a dû nécessairement faire 
subir à la mélodie des altérations inévitables. Il faut que ce chant 
antique ait une puissance bien merveilleuse pour avoir conservé, 
à travers cette transmission par les manuscrits et la tradition 
orale, des Juifs aux fidèles de l'Orient, de ceux-ci aux églises de 
Milan et de Rome, une telle beauté, une telle influence sur l'es- 
prit, le cœur et l'imagination. 

De nos jours encore, lorsque des psaumes sont bien chantés par 
le chœur et par le peuple, avec les ressources vocales d'une maî- 
trise bien dirigée, il en résulte l'effet le plus grandiose que la mu- 
sique puisse produire. Je regrette de ne pouvoir vous faire con- 
naître ici quelques-unes des nombreuses instructions prescrites 
par le manuscrit du monastère de Saint-Gall, relativement à la 
précision qu'on exigeait dans la psalmodie au ix* siècle : elles vous 
prouveraient que nos aïeux attachaient plus d'importance que nous 
à la bonne exécution de ces mélodies antiques. 

Si jamais vos loisirs vous permettent de voyager sur la ligne de 
l'Est, entre Paris et Strasbourg, lorsque vous serez arrivés au 

U 



— 82 — 

bourg de Chelles, arrêtez vos yeux sur la vaste plaine de verdure 
qui s'étend à gauche, vers l'antique villa des rois mérovingiens ; 
vos regards découvriront un petit monument de pierre, fragment 
d'une ancienne croix qui mérite de fixer l'attention des archéo- 
logues. Un savant mémoire lu, il y a quelques années, à la Sor- 
bonne, par l'auteur érudit de l'histoire de la ville de Meaux, récit 
que corrobore l'autorité de la tradition, en fait remonter la base à 
cette époque, berceau de notre histoire. 

Cette colonne rappelle un souvenir, celui deChilpéric I", assas- 
siné à cette place même en 584. Cet homme, espèce de Néron 
sauvage, fut cependant le premier prince Franc qui cultiva 
les lettres. C'était un composé bizarre de barbarie atroce et de 
civilisation corrompue et mal comprise. Il se piquait de savoir 
la musique aussi bien que la poésie. Mais sa Muse boiteuse blesse 
à la fois la mesure et l'harmonie. Il traita des questions de théolo- 
gie, rédigea sur la Trinité un ouvrage absurde, et composa des 
hymnes et des messes, dont la critique qu'en a faite Grégoire de 
Tours ne doit pas nous faire regretter la perte, nlia opuscula com- 
posuit, hymnos el missas quœ nullo modo recipi possunt. 

Vers ce temps, c'est-à-dire h la fin du vi'' siècle, Gontram , le 
meilleur des quatre fils de Lothaire I", rendait le dernier soupir. 
Il fut sans doute regretté de ses sujets, car il est connu dans l'his- 
toire, sous le nom du bon Gontram. Ce prince, mis par quelques 
auteurs au nombre des saints, était si passionné pour la musi- 
que qu'il ne pouvait prendre ses repas sans entendre exécuter, 
avec beaucoup de perfection , les psaumes et répons de l'office 
divin. 

Un séjour que Gontram, roi de Bourgogne, fit à Orléans, nous 
permet déjuger de son goût mélomane. 

« A son arrivée , dit le chroniqueur , une foule de peuple de 
toutes les races vient à sa rencontre avec des enseignes et des dra- 
peaux, en chantant ses louanges. Bientôt , sa faveur est grande 
auprès des habitants, car il va dans leurs maisons lorsqu'ils l'in- 
vitent, et accepte les repas qu'ils lui offrent. Il en reçoit beaucoup 
de présents, et sa bienfaisante libéralité les leur rend avec abon- 
dance. Grégoire , évoque de Tours, se trouvant à Orléans , Gon- 
tram se présente au logis. L'évêque se lève joyeux, va au-devant 
du roi, et après lui avoir fait l'oraison, lui présente les Eulogies 
de saint Martin , c'est-à-dire le pain bénit, Gontram entre avec 
bonté, boit un coup, invite l'évoque et ses prêtres à sa table, et 
s'en va joyeux. » 



— 83 — 

« Pour égayer le festin, ajoute Grégoire , le roi commanda que 
» je fisse chanter mon diacre qui, le jour précédent , avait chanté 
» les psaumes et répons à la Messe. Il voulut, de plus, que tous 
» les prêtres qui étaient présents , chantassent aussi devant lui , 
» selon l'ordre et le rang que je leur prescrirais. Tous ayant donc 
» été disposés par moi, chacun se mit à chanter, comme il put, 
« un répons. « 

Avec un goût aussi prononcé pour le chant, il est très-probable 
que ce roi musicien mêlait volontiers sa voix à celle de ses clercs. 
Je n'affirmerais même pas que le bon monarque n'ait souvent lui- 
même donné l'intonation ou dirigé l'exécution de cette société cho- 
rale de date peu récente. 

Clotaire II, orphelin à l'âge de six mois, fils d'une mère accusée 
et mal justifiée de la mort de son époux, possesseur peu assuré 
du plus petit royaume de France , envié et toujours attaqué par 
ses plus proches parents, devint roi par la méchanceté imprudente 
de sa tante Brunehaut, et réunit sous son sceptre toute la mo- 
narchie française. 

« Les Saxons s'étant révoltés, dit un chroniqueur, il les dompta 
si pleinement par les armes, qu'il fit périr tous les mâles de cette 
race, dont la taille surpassait la longueur de son épée. Il voulait 
que le souvenir toujours vivant de cette immortelle épée, étouffât 
l'audace de leurs enfants. 

Un chant de triomphe, en vers monorimes , destiné à célébrer 
cette victoire de Clotaire , nous a été conservé dans une vie de 
saint Faron , évêque de Meaux, attribué à Hildegaire , autre 
évêque de la même ville, sous Gharles-le-Ghauve. On y exalte la 
charité de saint Faron, qui sauva de la mort les députés vaincus. 
Il ne reste de ce chant que les deux couplets suivants, dont voici 
la traduction. 

I 

« Chantons Clotaire , le roi des Francs , qui alla combattre la 
» nation saxonne. Les députés saxons auraient été traités sévère- 
» ment, si Faron, de nation bourguignonne, n'eût intercédé pour 
» eux. 

Il 

» A l'arrivée des Ambassadeurs en France , où Faron était 



— 84 — 

» prince, Dieu leur inspira de passer par la ville de Meaux , pour 
» les sauver de la mort que leur roi leur préparait. » 

I 

De Clotaria est canere, rege Francorum, 

Qui ivit pugnare cum génie Snxonum 

Quuni graviter jirovenissct rnissis Saxo?mm 

Si non fuisset inclitus Faro de gente Burgundionum. 

II 

Quando veniunt in terram Francorum, 
Faro ubi erat princeps, missi Saxonum 
Lutinctu Dei transeunt per urbeni Meldorum, 
Ne interficiantur a rege Francorum. 

Sidoine-Apollinaire qui , dans une de ses lettres, reproduit les 
fragments de celte chanson , nous apprend qu'elle l'ut chantée à 
pleine voix, magna vociferatione, dans tout le royaume. 

Le biographe de samt Faron , parlant de cette bataille, atteste 
la même chose. On composa, sur cette victoire, dit-il , un chant 
populaire qui, à cause de sa rusticité, volait de bouche en bouche 
jusqu'au fond des campagnes, où tout le monde le chantait, même 
les femmes qui le disaient en formant des rondes et en battant 
des mains. 

En général, l'air de toute chanson avait, à cette époque, une 
affinité complète avec les hymnes religieux. C'étaient des mélodies 
prises du chant grégorien, auxquelles on adaptait des paroles en 
langue vulgaire. 

Dans les premiers temps de la conversion des Gaules , on eut 
soin d'opposer aux hymnes druidiques les invocations du nouveau 
culte. 

Redites avant ou après la bataille, celles-ci prenaient souvent le 
caractère des chansons militaires. Le Franc, converti, marchait 
contre les Sarrazins du Midi et contre les païens du Nord, en ré- 
pétant pour cris d'armes, un Alkluia, un A'ijrie eleison ou un 
Gloria in excelsis. 

Les plus hauts dignitaires de l'Église, souvent présents au mi- 
lieu des troupes, et quelquefois exerçant eux-mêmes le métier des 
armes, devaient naturellement encourager ces pieuses tendances, 
qui répondaient au caractère auguste dont ils étaient revêtus. 

Dagûbert naquit dilettante. Sans doute, vous n'attendez pas de 



— Hb — 

moi, Messieurs, que sur la foi de je ne sais quel historien, je vous 
donne de véridiques détails sur l'origine de cette ballade burlesque 
qui a transformé le premier ministre de Dagobert en valet de 
chambre toujours occupé à surveiller la garde-robe de son maître 
et h réparer le désordre de sa toilette , même dans les usages les 
plus familiers de la vie. Cette cantilène de carrefour, variée sur 
tous les tons et ajustée sur une fanfare de cors qui, probablement, 
a plus d'une fois lacéré votre nerf auditif , n'a que trop accrédité, 
sinon justifié, la maladresse de ce monarque Franc. 

Dagobert avait une immense renommée dans l'Occident. Sa 
cour fastueuse, les hommes illustres, comme saint Ouen et saint 
Éloi qu'il avait pour ministres, les abbayes qu'il fit construire, 
les lois Salique et Ripuaire qu'il lit rédiger, font, de son règne, la 
période la plus brillante de l'histoire des Neustriens. Les Francs 
semblaient avoir remplacé les Romains dans l'Occident; aucun 
peuple ne pouvait lutter de puissance et de gloire avec eux. 

Ce prince, dont Grégoire de Tours se dispense de nommer les 
maîtresses, parce que, dit-il, elles sont en trop grand nombre, 
savait merveilleusement allier la galanterie aux pratiques exté- 
rieures de la piété, 

A l'église, si je m'en rapporte h l'étymologie de son nom , qui , 
selon quelques auteurs , signifie chantre héroïque , il mariait ad- 
mirablement bien sa voix à celle des clercs et des prêtres; nul ne 
chantait avec plus de ferveur et de dévotion un verset ou un ré- 
pons de l'office. 

Dans son palais , où il avait conservé l'usage du triclinium 
romain, des bains parfumés et des moelleux tapis de l'Orient, il 
vivait couronné de fleurs au milieu des poètes et des parasites qui 
égayaient ses repas; nul ne le surpassait en amabilité auprès des 
dames ; aussi sa mollesse l'avait-elle fait surnommer le Salomon 
de la France. 

Un jour, il se rend à l'abbaye de Romilly pour y remplir ses 
devoirs religieux. Tout à coup, il entend sortir du sanctuaire une 
harmonie semblable au chœur des esprits célestes. Dagobert, h 
genoux et en prières , se lève ; il s'avance vers le lieu d'où s'é- 
chappe ce merveilleux concert. Un timbre ravissant, délicieux, a 
soudain frappé son oreille et fait tressaillir son cœur. Son ardente 
imagination transforme, poétise, embellit des formes les plus 
séduisantes l'âme d'où s'exhale une si tendre mélodie. Il voit l'a- 
nalogie la plus frappante entre deux beaux yeux noirs et deux 
tierces mineures tendrement soupirées par la virtuose dont le chant 



— 8G — 

suave vient de percer son cœur. Dagobert est ivre de bonheur. 

Après l'office, il sonne à la grille du monastère. Les deux bat- 
tants de la porte s'ouvrent devant Je roi des Francs. Paré de la 
longue chevelure qui distingue sa puissance , et revêtu d'un vête- 
ment d'écarlate que recouvre la pourpre consulaire qui lui a été 
envoyée de Gonstantinople , l'illustre monarque se présente à 
l'abbesse. Il passe en revue les recluses, et bientôt sa sympathie a 
reconnu celle dont les accents mélodieux ont fait vibrer les cordes 
de son cœur. 

Dagobert n'avait pas été l'objet d'une illusion. La beauté de 
Nantilde égalait ses talents et ses grâces. C'était le plus admirable 
ensemble de distinction et de poésie, que l'imagination puisse rêver. 

Protecteur des arts, le prince s'oppose à ce qu'un si riche trésor 
reste plus longtemps enfoui dans la solitude d'un cloître. Il a 
bientôt déclaré sa passion à la jeune professe. Nantilde, les yeux 
baissés, prononce à peine quelques mots confus; elle tremble , de 
grosses larmes roulent comme des perles brillantes le long de ses 
joues virginales. Elle éprouve des sentiments inconnus; une 
émotion nouvelle l'agile; Dagobert a îail miroiter à ses yeux 
l'éclat des diamants, le scintillement des pierreries ; il lui a offert 
son trône et sa main. C'en est fait ! la séduisante religieuse est 
vaincue; elle voit avec plaisir l'hymen qui va lui donner le titre 
de reine et, sans délai, elle sacrifie l'asile de l'innocence et de la 
prière à l'atmosphère embaumée de la cour ; elle consent à échan- 
ger le voile de la vierge contre les insignes de la royauté. 

Cependant une difficulté se présente. Dagobert était marié. No 
croyez pas, Messieurs, que cet obstacle puisse comprimer la 
passion du roi et éteindre la flamme qui le consume. Il est tout- 
puissant; il a toujours fermement tenu le sceptre royal. — Sa 
venue, dit Frédegaire , frappait de terreur les évêques et les 
grands. — Sa volonté saura bien rompre le lien qui l'unit à la 
reine Gomatrude. 

Son mariage est cassé, annulé, et de nouvelles noces sont cé- 
lébrées avec beaucoup de magnificence et d'appareil. Tous les 
Leudes de la Neustrie sont convoqués. Rangés en demi-cercle, ils 
tirent tous à la fois leurs épées , et les brandissant en l'air, pré- 
sentent leurs hommages à la nouvelle reine. 

Heureuse et fière de sa position, Nantilde devint encore plus 
belli! ; elle porta avec dignité le poids de la conronno; elle resta 
grande ri;iiie sans cesser d'être une musicienne émineiile, une 
virtuose de cette époque. 



— 87 — 

Admirez ici l'influence magique de la musique. Toute une 
population est en émoi. Les grands s'agitent, les prélats s'assem- 
blent; une jeune religieuse renonce aux vœux éternels qu'elle a 
prononcés aux pieds des autels; un roi devient parjure, il viole la 
loi de l'indissolubilité du mariage; et pourquoi tout ce mouve- 
ment, toute cette agitation? pour quelques sons plus ou moins 
mélodieux, pour quelques notes plus ou moins suaves échappées de 
la poitrine d'une jeune fille; — qui sait? peut-être pour un verset 
du magnificat^ soupiré sur un mode plus ou moins passionné. 

En vérité, on chercherait vainement dans l'histoire des arts un 
fait plus extraordinaire. Pour moi, je ne doute pas que cet épisode, 
traité par une plume habile, ne soit de nature à balancer le succès 
de la scène du couvent du Domino noi7\ 

Après cette digression que j'ai crue nécessaire pour vous faire 
apprécier le règne de Dagobert sous un point de vue différent de 
celui que nous offre la grotesque chanson qui a bercé notre en- 
fance, j'arrive tout naturellement et sans transition, à son mi- 
nistre Éloi. 

Saint Éloi, lui aussi, devait aimer les arts avec passion, car il 
nous reste de lui des chefs-d'œuvre en orfèvrerie qui excitent en- 
core aujourd'hui l'admiration des antiquaires. La vie du ce saint 
fait mention d'un chantre de Clotaire II, nommé Maurin, que les 
applaudissements de la Cour avaient rendu vain et pi^ésomptucux . 

Nous voici arrivés à la période des rois que l'histoire a flétris 
du nom de rois fainéants. Malgré leur faiblesse, et peut-être même 
à cause de cette faiblesse, ils excitent votre compassion. Pauvres 
rois! du bouclier sur lequel on les élevait jadis, onlesajctés dans 
un fourgon traîné par des bœufs; désormais, retenus dans le fond 
de leur palais transformé en monastère, ils sont là comme de 
pauvres fleurs privées d'air et des rayons du soleil. Vous les voyez 
pâles et tremblants, accablés qu'ils sont par le poids de la lourde 
couronne que leur a léguée Glovis. Enfants, ils montent sur le 
trône, et enfants ils en descendent dans la tombe. A les voir ainsi, 
il semble, hélas ! que le manteau bleu-saphir des Francs, qui 
couvre leurs épaules, doive bientôt leur servir de linceul. 

Thierry III fut l'un de ces princes infortunés. Le moine An- 
grade, dans la vie de saint Ansbert, rapporte que ce roi avait des 
chantres et des joueurs de toutes sortes d'instruments de musique. 
Leurs concerls ravissaient tellement le saint, alors chancelier de 
Thierry qu'il s'écriait, dans son enthousiasme religieux et mu- 
sical : 



— 88 — 

« mon Dieu, si vous donnez aux mortels une industrie ca- 
» pable d'élever ainsi nos âmes jusqu'à vous, que sera-ce d'en- 
» tendre dans le ciel le cantique éternel des anges et des saints? » 

Sous le règne de ces rois dégénérés, la musique qui, je dois le 
dire, a été surtout et presqu'exclusivement liturgique sous la pé- 
riode mérovingienne, la musique dut nécessairement s'engourdir 
dans la mollesse et l'oiseveté, car les arts reflètent exactement le 
milieu prédominant des mœurs d'une époque historique. Tantôt 
religieuse, guerrière, dramatique, l'expression musicale revêt, à 
chaque siècle, la forme, je dirais presque le costume de la société 
où elle se produit. C'est ainsi que l'archéologie de la musique doit 
devenir tôt ou tard l'auxiliaire de l'histoire générale. Mais bientôt 
les maires du palais s'emparaient du pouvoir qui allait les élever 
sur le trône, et on pressentait déjà dans Charles-Martel le digne 
précurseur de Charlemagne, le puissant monarque qui devait 
bientôt jeter les premières bases de l'université. 

Ce prince voulut que la musique fût enseignée dans les écoles 
qu'il avait établies, comme on le voit au livre I" des Capitulaires : 

Carolus constiluit in singulis monasteriis et episcopiis scholas esse, 
ubi ingenuoruin et servorum filii grammaticam , musicam et arithme- 
ticam docerentur. 

Charles établit dans chaque monastère et dans chaque ville 
épiscopale des écoles où l'on enseignait la grammaire, la musique 
et l'arithmétique aux enfants des hommes libres et des serfs. 

Puisse, Messieurs, cet article des Capitulaires, qui date de 800 
et qui, après plus de dix siècles, vient d'être remis en vigueur par 
S. Exe. le grand-maître de l'université, ne pas de nouveau rester 
lettre morte dans les archives du conseil impérial de l'instruction 
publique. 

La musique parle à l'âme, comme le dessin parle aux yeux et 
les langues à TespriL : ne scindons pas deschosessi bien faites pour 
se compléter par leur ensemble. Rien n'est isolé, tout s'enchaîne 
et s'unit dans la vaste synthèse des connaissances humaines. L'en- 
seignement de l'art musical mérite tout notre intérêt. C'est à nous 
à le relever à sa véritable hauteur, à la hauteur de renseignement 
scientifique. 



— 89 



DE PARIS k FONTAINEBLEAU, 

PAR M. LÉON ESCUDIEll, 
Membre fondateur (Section de Mcanx). 



I 

C'était autrefois à petites journées qu'on faisait le voyage de 
Paris à Fontainebleau, parfois le sac au dos, en touriste avide de 
souvenirs historiques, s'arrêtant à chaque village et à chaque 
bourgade, consultant sa mémoire et visitant les monuments qui 
s'alignent, comme des jalons, le long de la route menant de la 
capitale h cette résidence royale qu'un étranger appela avec raison 
un rendez-vous de châteaux. 

Nous avons changé tout cela; nous ne voyageons plus mainte- 
nant, nous arrivons. Entraînés par une chaudière quigaloppe sur 
des rainures, nous supprimons le temps et les distances ; mais 
combien d'intéressants souvenirs nous chassons ainsi de notre mé- 
moire! Ce qui était un plaisir est devenu une affaire, et les affaires 
s'accomodent médiocrement delà poésie des souvenirs. 

Vite, l'heure sonne, le monstre fait entendre sa bruyante respi- 
ration, impatient de remorquer la cargaison humaine qu'on attèle 
à sa suite. En route pour Fontainebleau! Le signal est donné, 
la machine s'ébranle, elle court, elle vole, elle nous emporte. Tout 
semble fuir sur son passage, les arbres et les maisons, les coteaux 
et les villages. 

Voici Gonflans, au confluent de la Seine et de la Marne, et son 
château que François de Harlay bâtit vers la fm du xvii'' siècle ; 
la populace déchaînée en 1831 le saccagea impitoyablement en 
haine du prélat qui l'occupait. Et voici Charenton-le-Pont, cette 
sentinelle avancée de Paris, qui a toujours jeté le cri d'alarme 
quand l'étranger a voulu s'approcher de la capitale et toujours en 
a arrêté la marche, ne fut-ce qu'un instant. C'est ici que la belle 



— 90 — 

Gabrielle reçut dans sa demeure, située alors à l'endroit même oh. 
se trouve aujourd'hui la mairie, son auguste et volage adorateur. 
Plus loin, c'est Maisons-Alfort, tout peuplé du souvenir de 
Diane de Poitiers, que nous retrouverons plus tard à Fontainebleau. 
Qui aurait pa prévoir qu'elle serait un jour habitée par Maxi- 
milien Robespierre! Plus loin encore c'est Ivry-sur-Seine, qui 
était déjà debout au ix" siècle, et qui garde encore intacte l'habi- 
tation dans laquelle mourut la femme de Philippe-Égalité. 

On s'arrête un instant: c'est déjà Villeneuve-Saint-Georges ; 
son nom est devenu une antiphrase : Villeneuve est un village qui 
remontealaplushautcantiquite.il fut rudement éprouvé pen- 
dant les luttes de la ligue. A Tendroit môme où la locomotive s'est 
arrêtée, était le pont que Turenne enleva au duc de Lorraine. 

En marche de nouveau ! Nous voyons derrière nous Crosnes, 
où naquit l'auteur des Épîtres et des Satires, de l'Art poétique et 
du Lutrin. 

Ce domaine qui disparaît à notre gauche est celui de Gros- 
Bois. Un Valois, digne aïeul de cette misérable intrigante qui se 
fit appeler comtesse de Lamothe, et qui doit sa triste célébrité à 
l'affaire du collier de la reine, en avait fait un atelier de faux- 
monnayeurs. Si nous pouvions nous arrêter, nous irions visiter ce 
joli manoir qu'on nomme le château de La Grange et dont la gra- 
cieuse Al""^ Favart fut priée de faire les honneurs, auprès de son 
illustre persécuteur le maréchal Maurice de Saxe, sans que la 
belle cantatrice consentit jamais à oublier son mari, le fondateur 
de rOpéra-Gomique , — le pauvre Favart qui l'adorait, et encore 
moins à trahir ses devoirs d'épouse. Mais la vapeur ne permet 
pas ces retours vers le passé. Elle nous entraîne. Laissons nos re- 
grets au château de La Grange, et traversons la vallée d'IIyères 
qui s'ouvre à nos pieds. 

Quels souvenirs à la fois terribles et intéressants n'éveille-t-clle 
pas, cette riante vallée? C'est ici où les guerres de la Fronde furent 
plus sanglantes et plus acharnées ; c'est ici qu'elles s'éteignirent 
après avoir si cruellement déchiré la France ; c'est dans la vallée 
d'IIyères que Turenne força le duc de Lorraine à livrer son pont 
de bateaux et à quitter le royaume avant que Condé pût venir à 
son secours. 

l'jicoro quelques inslanis d'arrêt, Nnus sommes à Montgeron, 



— Ul — 

le bourg tout émuillé do castcls et de manoirs. Le parc du dernier 
de ces châteaux touche à la Ibrôt de Senart, où la fille Poisson , 
qui devait changer son nom roturier contre celui de Le Normand 
d'Etiolés, et y ajouter plus tard le titre de marquise de Pompa- 
dour, sut attirer les regards de Louis XV. 

Étrange et fatal jeu de l'amour et du hasard ! Voilà une femme 
qui, née dans les rangs les plus obscurs, devint presque reine de 
France et plus que reine. Par contre, une autre femme, née riche 
et noble, mais qui, par une suite singulière d'événements, se croyait 
la fille d'un ouvrier, refusa d'épouser un patricien, un ambassa- 
deur, le général comte Dupont-Ghaumont, qu'elle aimait et dont 
elle était adorée, et mourut de douleur, si cruel était le sacrifice 
qu'elle s'imposa. On voit encore, non loin de l'obélisque de Se- 
nart, la tour qui perpétue le souvenir de la noble et infortunée 
Thérésia, et sur laquelle est incrusté son nom en lettres d'or. .. On 
sait comment mourut la Pompadour! 

Mais voici Brunoy, la halte oii les voyageurs d'autrefois pas- 
saient inévitablement la nuit avant de reprendre le chemin qui 
conduit h Fontainebleau. 

On ne saurait s'empêcher de ressentir un sentiment de tristesse 
et de patriotisme froissé, quand on songe que le titre de marquis 
de Brunoy fut conféré par décret de Louis XVIII au général duc 
de Wellington, après la bataille de Waterloo ! Par bonheur, le 
titre s'éteignit avec la vie du titulaire anglais. 

Un autre marquis de Brunoy, — un fou et un dissipateur, celui- 
Ici, — le célèbre Armand de Montmartel, qui entra dans le monde 
par une porte dorée en héritant de vingt millions, trouva le moyen 
de laisser plus de six millions de dettes, quand il mourut renfermé 
dans un cloitre sous le coup d'une lettre de cachet. Tout Brunoy 
fut en deuil : ce qui n'étonnera pas, si l'on sait qu'une seule pro- 
cession de la Fête-Dieu coûta à ce prodigue Épulon la somme de 
deux cent mille livres ! 

Talma , l'illustre comédien , lui aussi devait faire des folies à 
Brunoy, mais autrement modestes que celles d'Armand de Mont- 
martel. 11 y habitait la maison du complice d'Ankarstrœin, le 
meurtrier de Gustave III; devenu propriétaire d'un terrain, il 
y fît construire une villa charmante, puis il acheta le terrain 
vis-à-vis de l'autre côté delà rue, fit abattre la jolie maison de 
campagne fraîchement bâtie et la fit reconstruire sur le nouvel 
emplacement. 



. — 9i — 

Passons Bussy, et avant d'arrivor à Quincy, où l'on doit voir 
encore la maison , sinon le moulin de Michaud , le naïf hôte de 
Henri IV ; saluons Jarcy ou Gercy, où est la tombe de Lusignan , 
et qui était la demeure de Boïeldieu. C'est à Gercy qu'il écrivit la 
Dame Blanche^ œuvre acclamée pendant plus de mille représenta- 
tions, et toujours fraîche et jeune comme si elle datait de la veille ! 
On sait avec quel enthousiasme fut accueillie la partition que 
Boïeldieu apporta modestement, sous son bras, do Gercy à la salle 
Favart. On sait de quels applaudissements unanimes fut salué ce 
pas de géant fait dans l'art, cette orchestration tout à la ibis sa- 
vante et limpide qui se pose entre Mehul et Rossini , ce mouve- 
ment, cette vivacité musicale, ce souffle large et sonore qui 
traverse l'œuvre tout entière, cet écrin étincelant de joyaux 
mélodiques, cette soudure d'or, pour me servir de l'heureuse 
expression d'un critique, cette soudure d'or entre le passé et l'a- 
venir de rOpéra-Comique. 

On sait aussi avec quelle modestie et avec quelle délicatesse de 
sentiments, Boïeldieu accepta les manifestations de l'enthousiasme 
général et repoussa le parallèle que les partisans de l'ancien ré- 
gime musical firent en défaveur de Rossini. — « Quoi qu'on dise 
» ou que l'on fasse, répondit Boïeldieu, je ne prends des compli- 
» ments que l'on m'adresse que la part qui m(^ revient. On ne 
» peut toucher à celle que l'Europe a faite à Rossini, sans donner 
» une preuve d'ingratitude ou de mauvaise foi. » Voilà comme 
un esprit élevé et un caractère droit faisaient justice de ce trou- 
peau de flagorneurs qui ne trouvent d'autre moyen, pour exalter 
un homme de génie, qu'en cherchant à dénigrer ses émules ! 

Mais pendant que je m'arrêtais au souvenir de ce chef-d'œuvre 
de l'art musical, qu'on appelle la Dame Blanche, nous avons passé 
le village do Quincy, celui de Gombs-la- Ville avec son pont du 
Diable, et Lieusaint,où fut assassiné le Courrier de Lyon en 1796. 
Infortuné Lesurques, tu portas la tète sur l'échafaud , innocente 
victime d'une erreur judiciaire, et ton procès n'a pas encore été 
révisé!... qu'importe! ta mémoire est depuis longtemps réhabi- 
litée et ton nom s'accouple désormais à celui de Calas, martyr 
comme toi ! 

Nous franchissons le plateau de la Bric, nous passons la Seine 
sur un pont d'une hardiesse prodigieuse, et nous sommes à Mc- 
lun , la ville aux brillants souvenirs. Le train ne s'y arrête que 
trois minutes. Dérision! Mais l'imagination le dislance; elle ne 



— 93 — 

s'arrête pas une seconde, la iblle da logis ! Elle évoque , en quel- 
ques instants, toute l'histoire de l'ancienne ville d'Isis, de Melo- 
dunum, comme la nomme César dans ses Commentaires ; rappelle 
le siège qu'y établit Childéric et l'horrible carnage qu'il fit de la 
garnison de Gillon, le patrice romain; le combat à outrance, dit 
jugement de Dieu , soutenu sous Louis-le-Bègue , pour le pape 
Engelbert contre Contran, pour défendre la comtesse du Gàtinais, 
injustement accusée de meurtre et d'adultère; les ravages que les 
Normands firent de la ville dans la seconde moitié du neuvième 
siècle; le siège que Robert, fils d'Hugues Capet, vint y mettre à 
la dernière année du siècle suivant; les embellissements qu'il fit à 
Melun, sa résidence favorite et le lieu de sa mort; la guerre civile 
qui suivit ; l'avènement de Louis-le-Jeune ; l'académie qu'y fonda 
Abeilard; l'installation d'une cour de Justice sous Philippe-Au- 
guste; l'invasion des Anglais qui occupèrent la ville et y restèrent 
jusqu'à ce que Duguesclin vint les -en chasser; mais ils se vengèrent 
sur le prince de Barbazan et sur cinq ou six-cents des principaux 
habitants de la ville, qui furent vengés à leur tour par l'expulsion 
définitive des Anglais sous Charles VII... 

Mais avant même que la mémoire ait pu s'échelonner et rap- 
peler les prodiges de valeur de Henri IV, lors des guerres de la 
ligue, et les épreuves qu'eut à subir Melun, à l'époque de la 
Fronde, la locomotive a quitté Melun, a dépassé Bois-le-Roi 
qu'on voit h gauche, dominant la ligne ferrée, et voici qu'elle s'en- 
ferme dans les ombres de la forêt tant de fois séculaire. 

Nous sommes h Fontainebleau. 

Que nous reste-t-il de ce rapide parcours? De magnifiques points 
de vue si tôt disparus qu'aperçus, d'intéressants souvenirs si tôt 
effacés qu'éveillés pour faire place à d'autres souvenirs, refoulés à 
leur tour dès qu'un nouveau site, un château, un village se pré- 
sentaient et s'enfuyaient. 

Mais la station est de nature à nous indemniser de tout ce que 
la précipitation du voyage nous a fait regretter. 

Entrons au château. 

FONTAINEBLEAU. 

II 

Fontainebleau, le plus beau et le plus riche fleuron du diadème 



— 94 — 

de la France, toute notre histoire est gravée sur les pierres de ton 
magnifique palais dont chacune est un monument ! Le poète, 
l'artiste, le philosophe, Thomme d'état, l'écrivain, tous y trouvent 
à s'inspirer ou à méditer. But d'un incessant et éternel pèlerinage, 
on te cherche avec avidité, on te visite avec admiration, on te 
quitte avec le plus profond regret, le désir ardent d'y revenir au 
plus tôt, le cœur plein d'émotions, la mémoire pleine de souve- 
nirs ! 

Tout a retenti dans ton auguste enceinte : joyeux propos, aveux 
passionnés, mélodieux accords, chants d'amour, hymnes de vic- 
toire, cris de détresse, paroles d'adieu, sanglots déchirants, éclats 
de rire, longs gémissements. Tu as été tout à la fois fier donjon, 
palais de délices, séjour de rois, prison de pape, salle de confé- 
rences, rendez-vous de chasse, musée, boudoir, théâtre, tout! 

On averse bien des larmes entre tes murs, on y a versé du 
sang! 

Chaque dynastie et chaque roi y ont laissé leur trace, depuis 
Louis VII, qui datait une de ses chartes de Fontene-Bleaudi, 
nnno domini 1169, jusqu'à Napoléon qui data de Fontainebleau sa 
double abdication. La royauté et la beauté — cette royauté de la 
femme, — l'art et la poésie, la magniOcence et l'hospitalité, la 
gloire et l'amour, le mystère et la douleur, ont tous collaboré 
pour rendre imposante, splendidc et intéressante cette superbe 
résidence. 

Les souverains d'abord, — Philippe-Auguste en tête, qui l'habita 
longuement. Viennent ensuite, Louis IX, le monarque croisé, 
le saint roi qui vint y mériter le céleste bonheur en faisant celui 
de ses sujets sur la terre ; il y fit bâtir un hôpital. On le reconnaît 
bien là! Philippe-le-Bel qui y naquit et y mourut. Celui-là com- 
prenait tout autrement le triomphe de notre religion; il croyait 
l'exalter et l'assurer en persécutant les juifs et en faisant brûler 
les Templiers. Ses successeurs, qui, Charles VII notamment, 
ajoutèrent de nouvelles constructions au château favori de leurs 
augustes ancêtres. Louis XI qui n'y devait pas regretter son sé- 
jour du Plessis-lès-Tours et qui y ajouta une bibliothèque. 
Louis XII qui fit transporter à Blois tous les volumes que son 
prédécesseur avait choisis pour le palais de Fontainebleau, Blois 
étant devenu résidence royale et siège du gouvernement. Fran- 
çois I'"' qui y établit une bibliothèqur* enrichie de précieux ma- 
nuscrits et y appela les artistes dont il fut le Mécène et fanii ; 



— 95 — 

il y donna hospitalité à Charles-Quint en échange de la prison que 
l'Empereur lui avait donnée à Madrid. Henri II qui continua 
l'œuvre de son père et prodigua les peintures et les riches orne- 
mentations à la salle que la postérité a connue sous son nom. 
François II, qui fut baptisé dans la chapelle de Fontainebleau 
ainsi qu'Elizabeth de France devenue, plus tard, femme de Phi- 
lippe II et reine d'Espagne. Charles IX, qui marqua son séjour 
dans le château royal par une foule d'embellissements dus prin- 
cipalement au pinceau et au ciseau des meilleurs artistes. 
Henri III, son frère, roi de Pologne, qui lui succéda et qui na- 
quit à Fontainebleau ; Henri IV, qui oubliait les fatigues du camp 
aux pieds delà belle Gabrielle d'Estrées, et qui, plus tard, n'était 
l'énergique opposition de Sully, y eût épousé Henriette d'En- 
tragues pour se consoler delà mort de Gabrielle. Mais on sait que 
ce roi galant savait mener de front les affaires de la France et les 
siennes, la guerre et l'amour; il agrandit considérablement le 
domaine royal de Fontainebleau, en y ajoutant les constructions 
et la cour des offices et en y annexant la seigneurie du Mont- 
ceau. Pourquoi faut-il que l'arrestation et l'exécution du maré- 
chal de Biron viennent mettre une tache à la page de son séjour à 
Fontainebleau! Louis XIII qui, y naquit et fut baptisé dans cette 
chapelle que plus tard il devait décorer splendidement. Etant 
encore dauphin, il y lava pour la première fois les pieds aux 
pauvres, usant ainsi d'un privilège qui était réservé aux rois. 
Le château royal lui doit aussi le grand escalier de la cour du 
Cheval-Blanc. Louis XIV, qui devait y signer, hélas! la révoca- 
tion de l'édit de Nantes. Louis XV, qui épousa dans la chapelle 
du palais Marie Leczinska. Louis XVI, qui se borna à visiter 
Fontainebleau , sans montrer pour cette résidence royale la 
même prédilection que ses prédécesseurs. Napoléon I", qui y dé- 
pensa six millions ; qui y fit entendre pour la première fois le 
mot de divorce à Joséphine; qui y amena l'année suivante l'impé- 
ratrice Marie-Louise ; qui y signa le décret ordonnant de brûler 
toutes les marchandises anglaises ; qui y tint prisonnier le pape 
Pie VII, et qui, enfin, après avoir abdiqué en faveur de son fils 
et de sa femme régente, se résigna à l'abdication complète. Les 
adieux à la garde sont gravés dans tous les esprits. Un an plus tard, 
il passa en revue dans la même cour du Cheval-Blanc ces mômes 
débris de l'armée auxquels il avait fait de si touchants adieux. 
C'était la dernière fois qu'il devait revoir Fontainebleau. Son 
nouveau règne ne durera que cent jours ; son voyage ne s'arrêtera 



— 96 — 

que sur un rocher de l'Atlantique ! Louis XVIII, qui ne vint 
qu'une ibis à Fontainebleau pour le mariage de son neveu le duc 
de Berry ; Charles X qui y vint chasser tous les ans ; Louis-Phi- 
lippe qui fit faire des travaux importants et qui voulut qu'on y 
célébrât en 1837, le mariage de son fils, le duc d'Orléans, avec la 
princesse Hélène de Mecklembourg; il faillit y être victime de 
l'attentat deLecomte. Enfin, Napoléon III qui a tiré Fontainebleau 
de l'oubli dans lequel l'avait plongé la restauration. 
Voilà pour les monarques français. 

Et voici maintenant pour les augustes hôtes étrangers. 
î On y a vu Charles- Quint s'arrêter et traverser la France 
pour aller mettre à la raison les révoltés de Gand. Il fut reçu 
à la lisière de la forêt par une troupe de divinités champêtres 
et, arrivé à l'avenue qui porte le nom de Maintenon, il y trouva 
François I" qui lui donna l'accolade ; puis ce furent des fêtes 
splendides dgnt la duchesse d'Étampes faisait les honneurs. Dans 
un moment d'abandon, le roi qui causait avec la favorite s'adres- 
sant soudain à Charles-Quint lui dit : « Savez-vous ce qu'elle me 
conseille? De vous retenir prisonnier. 

1) — Si le conseil est bon, mon frère, il faut le suivre, répondit 
l'empereur en souriant. » 

Seulement, comme avant de se mettre à table, la duchesse pré- 
senta à l'auguste hôte de Fontainebleau une aiguière d'argent 
pour qu'il y trempât les doigts, Charles-Quint y laissa tomber, 
comme par mégarde une magnifique bague à laquelle brillait un 
diamant de valeur. « Je vois, dit-il , qu'elle veut changer de 
maître, » et il pria la duchesse de l'accepter en souvenir de lui. La 
favorite accepta et n'eut garde de renouveler à son royal amant le 
conseil qu'elle venait de lui donner. 

Qui sait, n'était cet acte de magnificence politiquç, ce que se- 
raient devenues les destinées de l'empire, voire celles de la 
France ! 

En 1064, Henriette de France, l'épouse de l'infortuné Charles I" 
d'Angleterre, vint habiter Fontainebleau, et le cardinal jMazarin 
n'était pas homme h rendre moins cruelle sa peine par un séjour 
plus confortable. 

Un demi-siècle plus tard, Charles Stuart, chassé de son royaume, 
trouva un refuge dans le château de Fontainebleau. 



— 97 — 

Dans l'intervalle, en 1637, Christine de Suède, qui avait ab- 
diqué trois ans auparavant, fut invitée par Louis XIV à résider à 
Fontainebleau. Elle devait ensanglanter ce château par l'assas- 
sinat de Monaldeschi. Il fut frappé à Textrémité de la galerie des 
Cerfs, qui était au rez-de-chaussée sous celle de Diane, et dont le 
nom lui venait d'une quantité considérable des plus grands bois 
de cerfs que Henri IV y avait fait placer avec symétrie. 

Le czar Pierre-le-Grand vint passer h. Fontainebleau , au mois 
de mai de l'année 1770. 

En 1808, Charles IV, roi d'Espagne, y fut détenu pendant 
vingt-quatre jours. 

Le Pontife Pie VII, enlevé du palais du Quirinal, trois ans au- 
paravant, arriva au château le 19 juin 1812, ne reçut la visite de 
l'Empereur qu'au mois de janvier suivant, et resta à Fontaine- 
bleau jusqu'au 24 juin 1814. 

Sous la Restauration, on vit dans cette résidence royale le duc 
de Glocester, le prince Frédéric-Auguste, qui devint après roi de 
Saxe, François I", roi des Deux-Siciles , son frère le prince de 
Salerne, Marie-Christine d'Espagne, etc. 

Les favorites , qui ont habité le palais de Fontainebleau , sont 
innombrables. Nous avons nommé la duchesse d'Etampes , Ga- 
brielle d'Estrées, Henriette d'Entragues. Ajoutons la comtesse 
de Chateaubriand, conviée à Fontainebleau lorsque François l", 
déclarant qu'une cour sans dames ressemblait à un printemps sans 
roses, invita toutes les jeunes châtelaines du temps aux fêtes de 
Fontainebleau; Diane de Poitiers, dont le souvenir est si perpétué 
dans ces royales résidences; Marie Touchet , la belle orléanaise 
qui voulut le cœur, non la puissance de son royal ami Charles IX, 
et qui le garda tant qu'il vécut; mademoiselle de La Vallière e/ 
iutti quanti. 

Quant aux artistes, le Primatice en tête; quant aux musiciens , 
à commencer par l'auteur du Devin du Village, qu'on joua à Fon- 
tainebleau; quant aux poètes et aux écrivains célèbres: il suffit de 
rappeler que ce château fut habité par François P', par Louis XIV 
et par Napoléon , pour comprendre qu'il serait aussi long que 

7 



— 98 — 

difficile d'énumérer toutes les étoiles de l'immense et lumineuse 
pleïade qui gravita, pendant trois périodes successives , autour de 
ces trois soleils. 

III 

Tout parle à l'imagination dans cet édifice splendide sur lequel 
chaque siècle a laissé son empreinte et chaque souverain son nom. 
Tout y réveille un souvenir, depuis l'armure de François P'' jus- 
qu'à la table sur laquelle Napoléon signa l'acte d'abdication ! Ici , 
les voûtes de ces salles retentirent des accords joyeux d'une fête 
éblouissante; là, de ces balcons, une cour brillante assista à des 
joutes et à des tournois; plus loin, dans ce pavillon, on tint la 
fameuse conférence à laquelle vinrent prendre place les plus sa- 
vants et les plus illustres représentants de l'Église romaine et de 
l'Église réformée ; plus loin encore , on vous montre le corridor 
où fut décidé le sort du malheureux maréchal de Biron qui, 
pressé pendant toute une journée de faire l'aveu des intrigues 
dont Henri IV s'occupait, et n'ayant rien voulu révéler, fut en- 
voyé à Paris, jugé sommairement, condamné et exécuté aux flam- 
beaux dans la cour de la Bastille. 

Ces chiffres entrelacés rappellent les amours de la belle Diane 
de Poitiers, dont l'irrésistible influence s'étendit du rogne de 
François I*"" à celui de Henri II , et qui contrebalança , sous le roi- 
chevalier, la puissance de la duchesse d'Étampes, opposant religion 
à religion, politique à politique. Elles personnifiaient même, dit 
un historien, deux doctrines artistiques et littéraires, car sur ce 
terrain aussi elles luttaient à armes égales , l'une plus jeune , 
l'autre plus séduisante; l'une encore aimée du roi régnant, l'autre 
déjà aimée de l'héritier présomptif; l'une dominant le père, l'autre 
gouvernant le fils. Xie Primatice et Jean Goujon nous ont laissé, 
tous deux , le portrait de cette fille du seigneur de Meudon, qui 
avait nom Anne de Pisseleu et qui fut, plus tard, la duchesse 
d'Etampes. L'un a immortalisé ses traits sur la toile, l'autre dans 
le marbre. 

Elle sut s'entourer de poètes et de savants. Elle protégea Rabe- 
lais, qu'elle fit nommer curé de Meudon, et Clément Marot, à qui 
elle fit traduire en vers les psaumes. Elle sut consoler François 1" 
de toutes les misères qu'il eut à subir et de tous les revers qu'es- 
suya le royaume ; le monarque oublia à ses pieds la défaite de 



— 99 — 

Pavie, ]a trahison du connétable , les ennuis de l'exil et de la 
captivité , les sacrifices que lui avait coulés sa rançon, tout, jus- 
qu'au départ de ses deux fils livrés à l'empereur Charles-Quint, à 
titre d'otages, pour l'exécution du traité de Madrid. 

Gomme sa fière rivale en puissance et en beauté , Diane de Poi- 
tiers, fille du seigneur de Saint- Yallier, posa devant le Primatice 
et devant Jean Goujon. Le marbre et la toile témoignent de la 
grâce naïve et de la beauté rayonnante d'une toute jeune femme , 
et cependant elle avait dix-neuf ans de plus que le prince qu'elle 
savait captiver. La liaison de François I" avec la duchesse d'É- 
tampes avait duré sans trouble pendant vingt-et-un ans. Henri II 
aima pendant trente ans la même femme , Diane de Poitiers , 
d'une passion sincère, d'une inaltérable tendresse. Ces deux favo- 
rites semblent démentir ces vers d'une adorable insouciance que 
François I" traça sur la vitre de la pointe diamantée de sa 
bague : 

(1 Souvent femme varie 
» Bien fol est qui s'y fie. » 

C'est au château de Fontainebleau que le passage, dans ce 
monde, des deux puissantes favorites se révèle d'une façon plus 
durable. Il est vrai qu'on pourrait d'ailleurs écrire l'histoire de 
Fontainebleau, rien qu'en écrivant la vie des royales favorites, de- 
puis Agnès Sorel, la poétique et chevaleresque amie de Charles VII , 
jusqu'à la frivole et énervante marquise de Pompadour, cette 
reine de boudoir, qui ne laissa derrière elle aucun regret. Cap 
Versailles ne date réellement par sa splendeur que de Louis XIV, 
tandis que Fontainebleau remonte jusqu'à Louis VII. Qu'on cal- 
cule le nombre de reines de la main gauche qui se sont succédées ! 
Et combien d'entr'elles ont eu assez de pouvoir, assez d'influence, 
sinon pour gouverner la France, du moins pour engager les rois 
qui en étaient épris à des actes qui, sans elles, n'eussent probable- 
ment pas été accomplis! Sans Agnès Sorel, sans son vigoureux ap- 
pel au patriotisme et à la chevalerie, Charles VII n'eutpoint quitté 
ses chasses et ses jardins et n'eut pas expulsé les anglais de son 
royaume; sans M°"= de Maintenon, Louis XIV n'eut peut-être pas 
eu la triste énergie de signer la révocation de l'Édit de Nantes 
qui causa tant de larmes et de sang à la France. Et nous ne pre- 
nons que les points presque les plus éloignés de l'histoire des favo- 
rites. Entre le 3 novembre 1437, jour de l'entrée solennelle de 



— 100 — 

Charles VII dans sa capitale, et le 22 octobre 1685, date de la si- 
gnature au château de Fontainebleau de la funeste révocation de 
l'Édit de Nantes, il y a près de deux siècles et demi ! 

Que d'artistes ont prêté leur concours à l'embellissement de 
cette résidence ! L'escalier dit du fer-à-cheval , dont la double 
rampe de degrés est l'œuvre de Lemercier. Les quatre anges en 
bronze de la chapelle de la Trinité et les statues de Gharlemagne 
et de Saint-Louis, sont de Germain Pilon. La galerie des fresques, 
aux sujets allégoriques , est due au pinceau délicat d'Ambroise 
Dubois; celles de la galerie de François I'', sont l'œuvre du Rosso 
et du Primatice. 

La salle du Trône est ornée d'un portrait de Louis XIII, par 
Philippe de Champagne. Les deux statues de la Force et de la 
Paix, qu'on admire à la salle des gardes, ont été sculptées par 
Francarville. L'énumération serait longue, des chefs-d'œuvre 
comme des souverains. 



IV 



Et quel jardin enchanté ! Le parterre fut dessiné par Le Nôtre. 
Quels délicieux ombrages dans le parc, traversé par un magnifique 
canal ! l'étang est un petit lac. 

Mais si intelligent, si habile que soit le travail de l'art, il est 
forcé de céder à l'œuvre bien autrement imposante de la nature. 
La forêt est là pour le constater. Le bourgeois de Paris ne connaît 
généralement l'opulente forêt de Fontainebleau que par les ta- 
bleaux et les études que messieurs les paysagistes envoient régu- 
lièrement, chaque année, au salon de l'exposition. D'habitude, 
ce sont les mêmes chênes, les mêmes motifs, les mêmes points de 
vue. Le paysage est, il faut l'avouer, singulièrement routinier. Il 
s'inspire quelque peu de Panurge. On ne dirait pas, à voir les toiles 
des artistes qui font le pèlerinage annuel de Fontainebleau, on ne 
dirait pas que cette forêt est si vaste, si riche, si accidentée. Et, 
cependant, la nature l'a généreusement douée. Le paysage abrupt 
et sauvage de Salvator Rosa y alterne avec le paysage majes- 
tueux et calme de Claude Lorrain. Brilly y donne la main au 
Poussin. Roches, ravins, plaines, vallées, arbres séculaires, 
sites pittoresques, clairières, sinuosités, lumière, ombre, mys- 
tère, tout s'y trouve. Un peut dire qu'ici la nature s'est faite 



— 101 — 

artiste, ou, comme dit Le Tasse en parlant des Jardins d'Ar- 
mide : a Elle imite, en jouant, sa propre imitatrice. » 

« L'imitatrice sua, scherzando, imita. » 

Quels plus agréables points de vue et quels sites plus pittores- 
ques, chacun dans son genre, que les Plâtrières, le mont d'Assy, le 
nid de l'Aigle, la vallée de la Sole, le rocher des Deux-Sœurs avec 
sa roche cristallisée, la gorge et le vallon d'Aprcmont, d'une pro- 
fondeur si mystérieuse? Et la caverne des Brigands, aujourd'hui 
si sûre; et l'Ermitage de Franchard, avec sa roche qui pleure, et 
la gorge du Houx, et la croix du Grand-veneur, avec sa sombre 
légende, qu'on dirait éclose dans la Forêt-Noire! 

Quelle est la forêt au monde qui réunisse la magnifique prome- 
nade de la Reine, le rocher d'Avon, la gorge aux Loups, la mare 
aux Évées, le rocher des Marsouins, celui des Écureuils, la grotte 
de Georgine, la roche de Léviathan et celle du Diable ? 

Non, jamais plus magnifique château ne fut enchâssé dans une 
plus riche parure naturelle! 

Et Napoléon I" avait bien raison de dire à Sainte-Hélène, en 
parlant de Fontainebleau : 

(( — Voilà la vraie demeure des rois, la maison des siècles; 
» peut-être n'est-ce pas rigoureusement un palais d'architecte, 
» mais c'est assurément un lieu d'habitation bien calculé et parfai- 
» tement convenable. C'est ce qu'il y a sans doute de plus com- 
» mode, de plus heureusement situé en Europe pour un souve- 

» rain Fontainebleau est en même temps la situation politique 

» et militaire la plus convenable. » 

Pourquoi maintenant cette forêt, qui ne mesure pas beaucoup 
moins de vingt mille hectares de superficie et près de cinquante 
kilomètres de pourtour — la distance qui est entre Paris et Fon- 
tainebleau! — pourquoi, dis-je, cette forêt était-elle dans l'ori- 
gine appelée la forêt de Bierre, ou Bierra?. On a prétendu, il est 
vrai, que Bierra était un guerrier normand, surnommé Côte-de- 
Fer, qui en 843 s'arrêta en cet endroit avec son corps d'armée, 
après y avoir commis d'effroyables ravages. Les anciens guerriers 
normands sont très-commodes pour les étymologistes. Il est moins 
commode, pour ces derniers, de fournir des preuves de leurs 
assertions le plus souvent hypothétiques. 

Mais je m'adresse ici à une réunion de savants et d'archéo- 



— 102 — 

logues. Je prends la liberté de poser la question au sujet du vieux 
nom de la forêt de Fontainebleau. Plus heureux que moi et plus 
à môme de la résoudre, ils seront assez aimables pour me rensei- 
gner, comme ils ont été assez indulgents pour m'écouter. 



— 103 — 



DE LA GMYURE, 

ÉCOLE DITE DE FONTAINEBLEAU (1), 

PAR M. II. GÂULTRON, 
Secrétaire et membre fondateur (Section de Fontaineblean ). 



Messieurs, 

Dans les chefs-d'œuvre de la gravure, il est une collection éparse 
connue sous le nom d'École dite de Fontainebleau. 

Cette collection est en partie le travail des maîtres peintres, 
sculpteurs, architectes, qui ont orné le château de Fontainebleau, 
et dont les disciples ont gardé et continué le caractère. 

Ces gravures offrent les plus grandes qualités souvent de style, 
toujours d'élévation dans la composition; elles sont la plupart au- 
jourd'hui le souvenir d'oeuvres disparues, telles que la galerie 
d'Ulysse, celle des Cerfs, le pavillon de Pomone, la chambre 
d'Alexandre et tant d'autres; les unes appartiennent à des graveurs 
connus par leurs noms et par leurs chiffres, les autres sont des 
pièces anonymes qui ne laissent aucun doute sur le genre, le goût 
de cette époque, et cataloguées sous ce titre. 

La Société d'archéologie, section de Fontainebleau, sur les ins- 
tances d'un de ses membres, a pensé qu'elle pouvait mettre res- 
pectueusement sous les yeux de Sa Majesté le projet de la 
conservation de cette précieuse collection, que. le château si riche 
en souvenirs historiques pourrait la recevoir et que les maîtres 
qui ont concouru aux splendeurs de cette demeure, à ses travaux 
perdus aujourd'hui, y trouveraient un refuge et une nouvelle illus- 
tration. 

A cet effet, elle a demandé l'appui de M. le ministre de la mai- 
son de l'Empereur, et s'autorisant des écrits des commentateurs 
des peintres-graveurs, elle a pris la liberté, dans un mémoire- 
appendice, de lui en montrer les indications déjà connues pour la 
forme. 

(1) Lu en Séance générale, à Fontainebleau, le 15 octobre 1865. 



— lOi — 

Les noms des italiens, Messieurs, qui ont décoré le château de 
Fontainebleau, sont la plupart fameux. Ils sont nombreux, aussi 
le temps ici ne nous permet pas d'en énumérer les titres. Les gra- 
veurs contemporains qui nousont conservé, parles estampes, leurs 
magnifiques travaux, et pour lesquels nous désirons aujourd'hui 
une conservation durable, sont aussi dignes de notre admiration. 
Mais à la suite des recherches que nous avons faites pour leur 
donner une conservation durable, il nous a semblé qu'il n'était pas 
sans intérêt d'y ajouter devant vous quelques mots, sans nuire 
toutefois à leur consécration. 

Tout en rendant justice à l'éclat que cette génération d'artistes 
en tous genres a montré, on a beaucoup exagéré les bienfaits de 
l'influence italienne sur les travaux de nos peintres et de nos 
sculpteurs ; on a oublié que le xvV siècle, chez nous, portait déjà 
l'empreinte de notre nationalité. 

Si la renaissance italienne est venue créer dans notre pays un 
art de tradition, un art renouvelé du paganisme, qui tranchait 
complètement avec le moyen-âge chrétien et gothique, et qui com- 
mença une phase nouvelle, l'art français, en perdant un moment 
son originalité pour obéir à l'impulsion des italiens, devait se con- 
tinuer et se reconnaître dans les Glouët et Jean Cousin. 

Les hommes qui apparurent ici et qui couvrirent nos murs, il 
faut le dire, n'appartiennent pas à la grande famille des maîtres. 
Us gardent sans doute quelque chose des traits disLinctifs de la 
race, une certaine noblesse naturelle, une véritable aisance dans 
les allures, et dans la physionomie du talent, mais cette aisance 
semble moins procéder d'un fond de vigueur morale que d'un 
contentement de soi-même ; cette expression de noblesse s'exagère 
trop et dégénère en ostentation. Chez elle, rien ne subsiste de la 
grâce persuasive, de la sérénité, pourrait-on dire, avec laquelle les 
artistes italiens de la belle époque, et Raphaël, mieux que tout 
autre, instruisaient la pensée et les yeux de la l'ouïe. 

A voir ces œuvres pompeusement futiles, ces œuvres composées 
au hasard de l'heure présente, on croirait que la peinture n'a 
d'autre principe que la fantaisie, d'autre lin que l'étalage de la fa- 
cilité, et que l'office du peintre est de nous montrer non pas ce 
qu'il a senti en face de la nature, mais ce qu'il lui aplû d'imaginer 
en dehors d'elle. Et cependant, malgré la manière conventionnelle, 
malgré les caractères outrés, les jactances fréquentes du style, les 
incorrections, les injures h la vérité, au goût, il est impossible de 
ne pas admettre l'abondance des idées pittoresques, de ne pas être 



— 105 — 

frappé de l'harmonie somptueuse et facile qui relie, les unes aux 
autres, les diverses parties de si grands travaux. Ces hommes mé- 
ritent donc qu'on honore en eux les derniers représentants, les der- 
nières gloires de l'art italien. 

Le Primatice entre tous est un grand talent, une intelligence 
puissante, c'est un artiste par l'abondance des idées, par la har- 
diesse de sa mise en œuvre, par l'habileté de sa pratique. Si l'on 
blâme l'excès de cette habileté, si le maître a mésusé des dons 
reçus, toujours est-il que ne cède pas qui veut à de pareils entraî- 
nements, et que pour dépenser avec cette prodigalité, il faut avant 
tout être en fonds de richesses. 

Mais en imposant le spectacle d'œuvres à la Michel-Ange, en 
faussant le goût de l'École française, ils ont dû devenir antipa- 
thiques aux inclinations, aux habitudes, au génie même de l'art 
national. Ils ont méprisé la manière un peu minutieuse, mais pro- 
fondément sincère, de nos vieux imagiers, le sentiment judicieux 
de nos vieux pourtraitistes, comme on les appelait, l'expres- 
sion d'exactitude qui caractérisait déjà l'art français, et qui, s'af- 
firmant de plus en plus, malgré leurs bruyants succès, devait dans 
le siècle suivant se formuler avec une autorité supérieure sous le 
pinceau de Lesueur et de Nicolas Poussin. 

On a donc exagéré cette influence ; en les appelant en France, on 
a eu le tort, ajouterai-je, de délaisser les gens dont les ayeux 
avaient, entr'autres œuvres méritoires, sculpté les figures des 
porches de la cathédrale de Chartres, peint les plus belles ver- 
rières que l'on connaisse aujourd'hui, enrichi de miniatures 
exquises les pages des chroniques et des missels. 

Oh sont, en effet, les signes évidents de progrès, les preuves de 
l'action salutaire exercée par eux, les trouve-t-on dans les pein- 
tures refroidies qui suivirent, de Toussaint Dubreuil, d'Amboise 
Dubois, de Fréminet? dans ces contrefaçons d'un art dont les 
qualités principales sont la verve et la facilité? Est-il juste de rap- 
porter aux maîtres de Fontainebleau les progrès qui s'accom- 
plirent plus tard? Ces progrès, au contraire, ne deviennent sérieux" 
qu'à partir du moment oii les peintres français répudient les 
exemples qu'on leur avait imposés d'abord. Les traces s'en arrêtent 
et ne se voient plus dans les travaux qui se sont succédés depuis 
le xvii'^ siècle jusqu'à nos jours. La manière italienne n'a pas, 
dans l'histoire de la peinture française, le caractère et les consé- 
quences d'une révolution, elle y fut unç exception. 

Nos peintres, quoi qu'en aient dit les descendants du Rosso et 



— i06 — 

du Primatice, sont de race libre, et s'il fallait leur assigner une 
origine, on la chercherait dansl'art des Van-Eyckctdes Memling. 

Dans le domaine de la statuaire et de Tarchitecture, il faut le 
reconnaître, l'influence italienne a été plus positive et plus heu- 
reuse. L'art national a gagné en correction, en élégance, par l'in- 
troduction des ordres antiques et du style italien dans les formes 
architectoniques. Les disciples sont devenus des maîtres, — tels 
Philibert de Lorme, Pierre Lescot, Jean Goujon. 

En restaurant leurs œuvres à peu près efTacées, notre pays rend 
à l'art un véritable hommage, et à ces étrangers qui ont illustré 
notre cité. Nous y ajoutons le désir d'en voir conserver les traces 
par le recueillement de leurs travaux gravés, mais aussi nous de- 
vons affirmer, à l'honneur du génie français, qu'ils n'ont eu chez 
nous qu'un glorieux et isolé passage ; néanmoins, la collection qui 
les rappelle et qui nous occupe doit présenter encore et toujours 
le plus grand intérêt. 



— 107 



ÉTUDE D'ARCHÉOLOGIE CYNÉGÉTIQUE. 



DES CAPITAINERIES DES CHASSES 

DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE, 

PAR M. DOMET, 
Membre fondateur (Section de Fontainebleau). 



Avant la révolution de 1789 , parmi les nombreuses charges, 
parfois au moins inutiles, qui, achetées à beaux deniers comptants, 
se transmettaient de père en fils comme un héritage, une des plus 
recherchées, des plus importantes, surtout dans les environs de 
Paris, était sans contredit celle de Capitaine des chasses. Le rôle 
de celui-ci, ses fonctions, ses privilèges sont à peu près ignorés 
de tout le monde aujourd'hui; le nom seul est resté dans la so- 
ciété actuelle, mais ne s'applique plus qu'à une charge de cour 
presque honorifique. Peut-être quelque chasseur, ami des choses 
du passé, nous pardonnera-t-il de faire revivre ces personnages 
d'autrefois, et de raconter ce que nous savons des Capitaineries 
établies dans les pays qui forment maintenant le département de 
Seine-et-Marne. 

Pour bien comprendre cette institution, il est utile de remonter 
plus haut que les temps qui l'on vu naître, et de passer rapide- 
ment en revue les principales ordonnances qui, dès le principe, 
ont régi la chasse en France. 

Les Romains pensaient que les animaux sauvages, n'ayant pas 
de maître, appartenaient au premier qui s'en emparait. La consé- 
quence de leur maxime , qu'ils importèrent avec eux dans les 
Gaules, était la faculté pour chacun de chasser en tous lieux, 
même sur le fond d'autrui. Ce principe est encore dominant dans 
beaucoup de pays du midi, notamment en Italie. 

Les chefs Francs étaient trop chasseurs, et par conséquent trop 
jaloux pour s'accommoder de cette sorte de communisme cynégé- 
tique. Cependant le gibier se rencontrait encore abondant dans le 



— 108 — 

pays qu'ils venaient de conquérir, et ils se bornèrent longtemps 
à interdire la chasse sur leurs domaines propres. 

Plus tard la féodalité s'établit, et la chasse devint, un droit 
féodal appartenant aux seuls seigneurs de fiefs. Un arrêt de 
Philippe-Auguste, du 1" mai 1:^10, le déclara personnel , et dé- 
fendit de le céder ou l'affermer. Un arrêt de Philippe-le-Long , de 
1318, interdit aux vilains de l'exercer, et les empêcha même de se 
servir de furons et rezeuls {rezeul, de reticulum, petit ret, bourse)^ 
quoique ce genre de chasse ait été flétri du nom de cuisinière par 
les anciens règlements. 

Cependant le pouvoir royal commençait à s'affermir en France, 
et cette longue lutte qui ne devait finir qu'à Louis XIV, se pour- 
suivait entre le souverain et ses vassaux. Un des droits les plus 
disputés était encore celui de la chasse. La maxime des Romains 
fut remise en honneur, avec un léger changement ; les légistes 
enseignaient: que les animaux sauvages, n'ayant point de maître, 
appartenaient non pas au premier qui s'en emparait, mais au roi; 
que le droit de les tuer et de se les approprier faisait partie des 
attributions de celui-ci, et que les seigneurs n'en jouissaient que 
comme simples concessionnaires. Conformément à ce principe, on 
inséra dans les ordonnances une clause qui permettait aux nobles 
de chasser sur leurs propres terres. Comme ce qu'on permet peut, 
le lendemain, être défendu, un roi se trouva, Louis XI, qui in- 
terdit la chasse à tous, nobles comme vilains, mais il rencontra 
une opposition désespérée, et dut, malgré le déploiement d'une 
sévérité inouie, renoncer à ce projet qui fut, suivant les chroni- 
queurs du temps, une des principales causes de la guerre du Bien 
public. 

François I" reprit l'œuvre de Louis XI d'une façon moins ra- 
dicale, mais plus durable; il ne s'appropria la chasse que sur cer- 
taines surfaces déterminées; pour la garder il commit des officiers 
appelés Capitaines des chasses du roi, d'où le nom de Capitainerie 
donné aux réserves royales. Cette spoliation du droit ancien des 
possesseurs de fiefs se reproduisit bientôt sur presque tous les 
points de la Franco, non-seulcmcnl an profit du souverain, mais 
aussi des princes apanagistes dans leurs domaines, et même de 
quelques gouverneurs de villes autour de leurs murailles. Seules 
les provinces du midi avaient été trop pénétrées par la civilisation 
romaine pour supporter patiemment un régime si contraire à 
leurs mœurs, cl la Guienne, la Gascogne, le Dauphiné, la Pro- 
vence et le Languedoc n'eurent jamais de Capitaineries; bien plus, 



— 109 — 

dans ce dernier pays, Louis XII dut, par des lettres-patentes, de 
octobre 1501, confirmées de règne en règne, permettre aux rotu- 
riers de chasser librement, sauf les grosses bêtes, lièvres, perdrix, 
faisans et hérons. 

Dans l'enceinte des Capitaineries on se borna d'abord à confis- 
quer le droit de chasse aux propriétaires, puis, petit à petit, on 
leur imposa, pour la conservation du gibier qu'ils ne devaient pas 
tuer, des mesures vexatoires, souvent même onéreuses. Nous 
allons en passer les principales en revue : Henri IV, par une or- 
donnance de juin 1601 , défendit de chasser le menu-gibier, à 
moins d'une lieue des réserves , et les sangliers , chevreuils, 
daims, lièvres et perdrix à moins de trois lieues ; puis, de mener 
dans l'étendue des Capitaineries, aucun chien qui ne fut en laisse 
ou qui n'eut un billet au cou, ou une jambe rompue; les chiens 
des bergers ne devaient être lâchés qu'au moment du besoin , 
pour la conduite des troupeaux. Une autre ordonnance de juillet 
1607, prohiba le port de toute arme à feu, pour quelque raison 
que ce fut, sous peine de dix livres d'amende. Louis XIV, par 
une ordonnance du 7 décembre 1660, défendit de laisser aucun 
échalas dans les vignes, une fois les feuilles tombées. Par une 
autre, en date du 9 août 1666, il enjoignit aux propriétaires et 
fermiers de ficher en terre cinq épines par arpent , dans les huit 
jours qui suivaient la récolte, à peine de dix livres d'amende par 
épine manquante. Les bergers étaient tenus, pour repiquer con- 
venablement celles qu'arracheraient leurs bestiaux , de ne jamais 
sortir sans s'être munis d'une cheville en fer. La même loi dé- 
fendit, à peine d'amende arbitraire, d'établir aucun mur ou fossé, 
aucune haie ou barrière sans permission expresse, de couper ou 
arracher les chaumes avant le 1" octobre ; de faire exploiter les 
taillis, couper, faucher ou arracher de l'herbe dans les champs 
avant le jour de. saint Jean-Baptiste. C'est à grand peine qu'on 
obtint, plus tard, la permission d'échardonner, après une visite 
du garde du canton. Un règlement du 17 octobre 1707 soumit à 
toutes ces prescriptions les parcs et jardins enclos de murs ; les 
Capitaines pouvaient se les faire ouvrir et y chasser quand bon 
leur semblait. Sous Louis XV, un arrêt du conseil du 6 sep- 
tembre 1735 ordonna que visite serait faite des chemins à con- 
server ; que les propriétaires ou fermiers seraient tenus de creu- 
ser, le long de ceux-ci, des fossés de trois pieds de largeur sur 
deux pieds de profondeur, en observant de cinquante toises en 
cinquante toises des passages de quatre pieds ; et de détruire et 



— 110 — 

labourer tous les autres. Le propriétaire , son fermier ou son ber- 
ger, purent seuls passer hors des routes ordinaires. 

Les délits de chasse étaient punis, dans l'étendue des Capitaine- 
ries, des mêmes peines que dans le domaine propre du roi. Fran- 
çois I" réunit ces dernières en un code complet, par son ordonnance 
de mars 1513 : les chasseurs ou receleurs de grosses bêtes étaient 
condamnés à une amende de deux cent cinquante livres tournois, 
— au fouet, et au bannissement à quinze lieues, pour la première 
récidive ; aux galères pour la deuxième; et à mort en cas dïnfrac- 
tion de bans. S'il ne s'agissait que de menu gibier, les délinquants 
étaient punis d'une amende de vingt livres ; puis du fouet, sous la 
custode jusqu'à effusion de sang; et du fouet suivi de bannisse- 
ment à quinze lieues, s'il y avait récidive. Toutefois il est à croire 
que ces prescriptions ne reçurent pas une application immédiate , 
et que, pendant quelques années encore, les peines continuèrent 
à être infligées au bon plaisir du magistrat, comme il en avait 
été jusque là, car un jugement de la Table de marbre de Paris, 
de mars 1517, condamna Robin Durandon, pour avoir chassé 
dans la forêt de Bierre, à faire amende honorable à genoux, en 
chemise, tête et pieds nus, avec une torche ardentée à la main, et 
à 40 livres d'amende. Quoi qu'il en soit le seul changement impor- 
tant qui survint dans cette pénalité, jusqu'à la révolution , n'eut 
lieu que sous Louis XIV qui, par sa célèbre ordonnance d'août 
1669, abolit absolument la peine de mort pour délit de chasse. 

Grâce à toutes ces mesures la chasse devait être fort belle dans 
les plaisirs du roi, comme on disait alors; mais celui-ci n'en pro- 
fitait que dans un petit nombre de Capitaineries dites royales et 
situées aux environs de Paris ; partout ailleurs, c'étaient les heu- 
reux Capitaines qui seuls en usaient, et même quelquefois abu- 
saient; s'il faut en croire mainte réclamation de ce temps-là. Tout 
chasseur comprendra combien devaient être nombreuses et pres- 
santes les sollicitations qui assiégeaint les souverains pour obtenir 
la création de nouvelles Capitaineries : favoris, grands seigneurs, 
princes du sang même, c'était à qui achèterait de ces charges qui 
conféraient, d'une manière absolue, la jouissance de réserves si 
étendues et si giboyeuses, tout en donnant en même temps une 
grande considération. Aussi les Capitaineries se multiplièrent à 
un tel point qu'au commencement du règne de Louis XIV il y 
en avait plus de cent en France. L'édit de mars 1515 décida en 
principe leur création ; mais ce ne fut qu'en 1334 que la première 
fut établie à Fontainebleau, au dire du père Dan. 



— m — 

Capitainerie de Fontainebleau. — Nous n'avons pu nous procurer 
cette ordonnance de François I"; mais il en existe une de 
Henri ÏI, du 10 janvier 1549, qui la reproduit exactement. Elle 
donne seulement l'énumération des principales localités qui sont 
comprises dans la Capitainerie, sans indiquer les limites de cette 
dernière; ce sont les buissons qui sont près de Moret, ceux de 
Barbeau et de Molesmes, du seigneur de Boulas, des dames de la 
Voye, du seigneur de la Vo de Malvoisines du commandeur de 
Beauvoir, du seigneur de Bouron, de Thousée, de la Ghenaye, 
Estrange-le-Beau et Bouvillon , ceux de Fretoiseau et du mo- 
nastère de Fontainebleau, les bois Boutez, celui du Milieux, celui 
de Lige, la Forêt de la Reine, les taillis du Tirant, Motz, Gomery 
et le buisson des Rougères. Le roi, quoique se réservant la chasse 
dans tous ces lieux, permet aux propriétaires gentilshommes d'y 
courre le lièvre et d'y voler la perdrix, en personne, sur leurs 
terres, hors des bois et buissons, et excepté toutefois dans les sa- 
blons de Moret, les plaines, vignes et sablons de Bouron, les 
plaines de Laque-Fontaine jusqu'à Melun et Ghavois, où toute 
chasse est absolument interdite, sous peine de 100 livres parisis 
d'amende et de confiscation des engins, chiens, etc. Il est dé- 
fendu, dans l'étendue de la Capitainerie à tout propriétaire de bois 
taillis de les couper au-dessous de huit ans ; François 1" exigeait 
qu'ils aient dix ans. Cette mesure, prise dans le principe pour 
créer des demeures au gibier, fut plus tard étendue à toute la 
France, par deux ordonnances de Charles IX, de septembre 1563 
et août 1573, dans l'intérêt de la conservation des bois qu'épui- 
saient des révolutions trop courtes. François P"", qui affectionnait 
particulièrement Fontainebleau , où il venait très-souvent , ne 
trouvant pas sa forêt de Bierre suffisamment gardée^ avait, par 
ordonnances d'avril 1532 et août 1534, créé, pour la surveiller 
spécialement, elle et ses dépendances, un Grand-maître des eaux 
et forêts qui s'appelait aussi le grand forestier ; cette fonction et 
la Capitainerie des chasses furent réunies à la charge de concierge 
du palais, beaucoup plus importante alors qu'elle ne le fut depuis. 
Le concierge s'appela bientôt gouverneur; la Grande -maîtrise, 
étendue à toute F Ile-de-France , fut transportée à Paris sous 
Henri IV, et remplacée à Fontainebleau par une maîtrise particu- 
lière pour le bailliage de Melun ; mais, malgré ces changements 
de noms, la même personne continua à être investie des trois 
places et l'était encore à la révolution. 

Jusqu'en 1538 les officiers forestiers connaissaient seuls des 



— 112 — 

faits de chasse ; ils se réunissaient de temps en temps en tribunal 
par devant lequel l'un d'eux et le procureur du roi poursuivaient 
les délinquants; par une déclaration du 12 décembre 1538, Fran- 
çois I" voulut leur enlever cette juridiction, pour la donner au 
prévôt des maréchaux ,' mais la maréchaussée prenait la loi îi la 
lettre et infligeait consciencieusement aux délinquants les peines 
encourues ; or, comme on a pu lo voir, elles étaient vraiment dra- 
coniennes, et il fallait user de grands ménagements dans leur ap- 
plication, aussi, devant la réprobation universelle, une ordon- 
nance d'avril 1345 rendit-elle aux forestiers le pouvoir déjuger les 
faits de chasse. Par déclaration du 20 janvier 1398, Henri IV le 
donna, dans l'étendue des Capitaineries, aux Capitaines et à leurs 
lieutenants, mais sans qu'ils puissent condamner à plus de qua- 
rante livres d'amende ; dans les causes plus importantes , les 
accusés devaient, après instruction sommaire, être renvoyés par- 
devant les maîtres particuliers. Deux ans après, une ordonnance de 
janvier 1600 supprima cette restriction pour les deux Capitaineries 
de Fontainebleau et Saint-Germain , lieux où le roi habitait le 
plus souvent, et donna l'instruction et le jugement de tous les 
procès de chasse aux officiers de robe longue, c'est-à-dire qui 
avaient pris leurs grades. On pouvait en appeler au Parlement des 
décisions de ce tribunal spécial ; presque tous les conseillers 
avaient des maisons de campagne aux environs de Paris, ils 
étaient donc frappés directement par les lois si dures des Capi- 
taineries, et ils en entravaient l'exécution, le plus possible, en 
acquittant tous les prévenus. Louis XIII , par une ordonnance du 
20 mai 1618, attribua alors au grand conseil l'appel des fails de 
chasse dans les Capitaineries du Louvre, de Saint-Germain, de 
Versailles et de Fontainebleau ; Messieurs du grand Conseil sui- 
vant les même errements, Louis XIV le donna au Conseil d'État 
pac une déclaration du 9 mai 1656. 

Le père Dan nous apprend que , vers la fin du règne de 
Louis XIII, le Capitaine des chasses avait sous ses ordres : un 
lieutenant à Fontainebleau et un autre au Chàtelet-en-Brie, dix 
gardes spéciaux pour la forêt et vingt pour les environs, dont la 
moitié était à cheval. Une déclaration royale du 16 décembre 1598 
leur avait accordé, à tous, l'exemption des tailles et impôts de la 
ville; d(; plus ils étaient chauffés : le Capitaine, tant en cette 
qualité qu'en celle de gouverneur de Fontainebleau, recevait 
soixante cordes de bois d'officier, c'est-à-dire ayant huit pieds de 
couche sur quatre de hauteur et quatre de longueur de bûches, 



— H.i ~ 

les lieutenants et lu premier des gardes avaient droit h dix cordes, 
et les autres gardes h trois; la plupart de ces prérogatives étaient 
loin d'être concédées à titre gratuit; les charges de capitaine, 
comme presque toutes les places en France depuis Henri II, 
étaient des offices vénaux; aussi, quand la célèbre ordonnance 
de 1669 eut détendu absolument toute délivrance de bois de chauf- 
fage, on dut rembourser la valeur de celui-ci aux officiers des 
chasses; des arrêts du conseil en fixèrent le prix général, par 
corde, du capital de six livres de rente. Le capitaine de Fontai- 
nebleau avait la jouissance de deux garennes, dans la forêt, afler- 
mées moyennant treize cents livres : celle de la Queue-de-Fontaine 
et celle de Grosbois ; il faisait de plus exploiter, h son profit, les 
taillis de cette dernière, et depuis l'achat effectué par Henri IV 
en 1609, ceux de la butte du Montceau; ces coupes rapportaient 
encore de six cents à sept cents livres par an. L'act ) de réforma- 
tion de la forêt de Bierre, de 1664, prescrivit la rachat de toutes 
ces prérogatives. 

En 1623 Louis XIII donna à son capitaine, qui était alors M. le 
baron de Persan, et aux successeurs de celui-ci, la maison ainsi 
qu(3 les revenus dépendant de la terre du Montceau. Louis XV y 
ajouta, par arrêt du conseil du 30 mai 1721 en faveur de M. de 
Montmorin Saint-Hérem, les cens, rentes, grains et argent, droits 
seigneuriaux et féodaux, et autres généralement quelconques de 
la seigneurie , le to^ut estimé environ sept cent quarante livres, à 
charge de payer aux Mathurins de Fontainebleau une rente an- 
nuelle de trois cent vingt livres douze sous six deniers, représen- 
tant la valeur des droits seigneuriaux qui leur avaient été aban- 
donnés en 1612, de trois muids et demi de blé et de deux poules 
qui leur avaient été accordés sur ce domaine en 1610. Le capi- 
taine prétendit que parmi les droits qui lui étaient concédés se 
trouvaient compris ceux de langayage des porcs, poids le roi, me- 
sure, roulage, minage du marché de Fontainebleau, ainsi que 
ceux de labellionage de ladite ville ; le contrôleur général du do- 
maine le lui contesta, et un procès eut lieu, sur lequel intervint 
le 28 novembre 1724 un arrêt du conseil qui, sans juger au fond, 
accorda à M. de Saint-Hérem et à ses successeurs ce qu'il récla- 
mait. 

Louis XIV payait au capitaine de Fontainebleau une pension 
de six mille livres ; elle fut réduite à trois mille à la mort de 
François-Gaspard de Montmorin, en 1701, puis reportée à six 
mille livres. Sous Louis XV, le capitaine se faisait donner, 

8 



— lu — 

sans aucun titre, un boisseau d'avoine par chaque tête de bétail 

qui allait en pâture dans laforôt; il exigeait aussi une somme 

d'argent des carriers qui travaillaient. 

M. Duvaucel, grand maître de l'Ile-de-France, chargé en 1750 

de la réformation de la forêt de Bierre, s'éleva avec force contre 
ces abus , mais rien ne prouve qu'il soit parvenu à les faire 
cesser. 

Il y avait beaucoup de vague dans renonciation primitive des 
limites de la Capitainerie de Fontainebleau; ce fut l'usage, à dé- 
faut de titre bien clair, qui les fixa pendant longtemps; les offi- 
ciers avaient pris l'habitude de défendre la chasse jusqu'à cer- 
taines limites, et personne ne réclamait contre une aussi ancienne 
coutume, mais il se trouva des capitaines qui négligèrent de faire 
garder la même étendue que leurs prédécesseurs, et quand on 
voulut revenir aux anciens errements , des contestations sur- 
girent; on dut marquer les circonscriptions par des bornes, de 
manière à ne plus laisser de doute. Il en fut ainsi pour la plupart 
des Capitaineries. Un édit de Louis XIV, en date de novembre 
1687, régla rigoureusement l'étendue de celle de Fontainebleau, 
et défendit absolument à tous seigneurs, gentilshommes, hauts- 
justiciers et autres, de quelque qualité et condition qu'ils fussent, 
de chasser ni faire chasser sur le territoire compris entre les li- 
mites suivantes : le ruisseau de Trois- Moulins de Melun à Fon- 
tenailles et à LaChapelle-Rablais, de La Chapelle, par les grands 
chemins, à Gurcy, à Forges et à Montereau-laut-Yonne, de là à 
Dormeil, Nanteau, Nonville, Grez, La Chapellc-la-Reine, Feuil- 
lard, Noisy et Milly, puis le ruisseau de l'École jusqu'à Pon- 
thierry, et la Seine jusqu'à Melun. Un arrêt du conseil du 9 no- 
vembre 1698 précisa encore plus ces limites; il indiqua qu'elles 
devaient passer, en partant de La Chapelle-RablaiSj par le Petit- 
Villeneuve, les Bordes, Villeneuve-le-Comte jusqu'à Gurcy, puis 
de Gurcy à Montigny, et le long des bois de Montigny et Gou- 
tençon par les grands chemins, jusqu'à Forges. Enfin un autre 
arrêt du conseil , du 20 décembre 1700, réduisit un peu cette 
étendue en rectifiant la ligne de La Ghapelle-Kablais à Forges, et 
en laissant Gurcy en dehors. La Capitainerie garda ces dernières 
limites jusqu'à la Révolution. 

On cite parmi les capitaines des chasses de Fontainebleau : 
MM. Daugas, de Miraumont, de Vitry, du Hallier, do Persan, 
Jean de Souvré marquis de Courtenvaux, qui avait la place en 
1634, Mich(;l Sublet marquis d'Heudicourt, qui troqua sa charge 



contre celle de grand loiiveLicr, en 1G55, avec François-Gaspard 
de Montmorin marquis de Saint-Hérem ; ces ibnctions restèrent 
dans la famille de Montmorin jusqu'à la Révolution : à François 
Gaspard succéda, en nOl, Charles François, puis à ce dernier, 
en 1722, Jean Baptiste, et enfin à Jean-Baptiste, Louis-Victoire 
Luce, qui fut massacré le 2 septembre 1792, à la prison de la 
Conciergerie. Saint-Simon parle quelque part dans ses mé- 
moires de Madame de Montmorin, la femme du premier capitaine 
des chasses de ce nom, et la tourne un peu en ridicule; il raconte, 
entr'autres choses, qu'elle avait grand'peur de l'orage, et qu'au 
premier coup de tonnerre elle faisait monter tous ses gens sur son 
lit, et se glissait bien vite dessous, espérant ainsi échapper à la 
foudre. Elle aimait à se baigner dans la Seine, à Valvins , et 
quand l'eau était trop froide, elle en faisait bouillir quantité et 
verser dans la rivière afin de réchauffer celle-ci. 

Capitainerie de Corbeil. — Après la capitainerie de Fontaine- 
bleau, la plus ancienne de Seine-et-Marne et probablement de 
toute la France, fut celle de Corbeil, fondée par lettres patentes 
du 10 février 1538. On en confia, dans le principe, la surveillance 
au gruyer de Senart et Rougeau , c'est-à-dire au forestier chargé 
de la direction des bois royaux de ces deux localités ; ce n'est 
qu'au commencement du règne de Louis XIV qu'un capitaine 
spécial fut institué. 

Aux dates près, les histoires de toutes les Capitaineries se res- 
semblent fort ; les limites ne furent pas tout d'abord indiquées 
beaucoup plus clairement à Corbeil qu'à Fontainebleau ; elles 
suivaient la Seine, disent les lettres patentes de fondation, des 
ponts de Melun à celui de Charenton, et devaient comprendre les 
lieux et endroits environnés des rivières de Seine et de Marne, 
puis aussi depuis Corbeil jusqu'à deux lieues tirant vers Fontai- 
nebleau et Montléry, ainsi que ladite étendue se pourrait le plus 
aisément prendre et régler. Gomme à Fontainebleau, il était dé- 
fendu aux propriétaires de bois taillis de les exploiter avant l'âge de 
dix ans. 

Henri II, par lettres patentes du 10 janvier 1349. confirma celles 
de son père ; mais il n'empêcha la chasse d'une manière absolue 
que sur le territoire compris entre la Seine et le grand chemin 
allant de Villeneuve-Saint-Georges à Melun ; partout ailleurs les 
propriétaires gentilshommes pouvaient courre le lièvre ou voler 
la perdrix, en personne, et hors des bois et buissons. Tout con- 
trevenant était puni d'une amende de cent livres parisis. L'âge 



— 110 ~ 

auquel les taillis des particuliers devraient être coupés fut abaissé 
de dix à huit ans ; les châtaigniers destinés à faire des cercles ne 
furent pas compris dans ces prescriptions. Une déclaration de 
Henri III, du 2 mai 1580, renouvela simplement les défenses ci- 
dessus. 

Henry IV, le 5 février 1599, exempta les officiers et gardes de 
la Capitainerie de Gorbeil du paiement de toutes tailles, comme il 
venait de le faire, l'année précédente, pour celle de Fontainebleau. 
Louis XIII confirma ces exemptions par lettres patentes du 12 dé- 
cembre ICI 3. 

Il n'y avait pas de résidence royale dans la Capitainerie de Gor- 
beil ; aussi les souverains y chassaient peu et elle fut toujours 
bien moins importante que sa voisine, de beaucoup la plus consi- 
dérable du département. Sous Louis XIII, en 1634, on n'y 
comptait que cinq gardes. Les officiers de robe longue n'y eurent 
l'instruction et le jugement de tous les procès qu'en décembre 1G62. 
Louis XIV diminua beaucoup son étendue par une déclaration du 
3 mai 1694 ; il lui donna pour limites, sur la rive droite de la 
Seine : la Marne, de Charenton au ruisseau de Morbras, ce dernier 
jusqu'à Sucy, puis une ligne passant par Boissy, Villecresne, 
Villemenu, Coulaville (pour Combs-la ville), IMoissy-Cramayel, 
Plessis-Picard, Pouilly-le-Fort et les portes de Melun, c'est-à- 
dire à peu près la grande route qui va de l'embouchure de la 
Marne à Brie-Comte-Robert et à Melun. Sur la rive gauche n'é- 
taient plus compris dans la Capitainerie que les territoires 
d'Essonne, de Saint-Jean-en-l'Isle et d'Evry-sur-Seine. Les sei- 
gneurs justiciers pouvaient chasser librement, en personne, dans 
l'étendue de leur haute justice, sauf dans les bois et buissons du 
Grand et Petit-Sénart et de Rougeau, et aussi entre la Seine, de- 
puis Villeneuve-Saint-Georges jusqu'au pont de Charenton, la 
Marne, le ruisseau de Morbras, Sucy, Boissy et Villeneuve, par 
les grands chemins. 

La grueric, puis Capitainerie de Gorbeil, appartint très-long- 
temps à divers membres de la famille de Neuville, seigneurs de 
Villeroy ; ils la possédaient en 1580 et en 1G9-4. 

Capitainerie de Livry et Bondij. Nous ne connaissons pas la date 
de la création de cette Capitainerie ; elle existait déjà depuis plu- 
sieurs années, quand Louis XIII, ayant appris qu'un cerf avait été 
tué dans la forêt de Livry, rappela, par une ordonnance du 
27 janvier 1619, que la chasse était «absolument défendue dans les 
bois de Groslay, Gouldray, Buisson-Saint-Martin, Buisson-Saint- 



_ 117 — 

Denis, Garenne-du-Tremblay, Bois-le-Vicomlc, Bousure, Ville- 
parisiSj Momy, Mullct, Glaye, Villevaiidé, Montjai, Saint-Martin, 
Ciiiâlis, Pomponne, Forêts, Brou, Bois-d'Tzanc, Montguichet, 
Avon, Montercau, Neuilly et les plaines enclavées trois lieues es 
environ. » 

Le règlement des tailles de janvier 1634 affranchit les olïïciers 
de tout impôt, et fixa le nombre des gardes à huit. 

Louis XIV, par une ordonnance du 22 mars 1659, confirma les 
défenses qu'avait éditées son père, puis, par une déclaration du 
31 octobre 1663, donna aux officiers de cette Capitainerie l'ins- 
truction et le Jugement des procès de chasse, en leur accordant de 
prononcer sans appel dans les affaires qui n'entraînaient pas une 
condamnation supérieure à quatre-vingts livres d'amende. 

Les trois Capitaineries de Livry, de Vincennes et du bois de 
Boulogne se touchaient vers Le Bourget, et des contestations s'é- 
levèrent entre les officiers au sujet des limites ; il intervint, le 
5 juillet 1682, un règlement qui déclarait neutre le terrain situé 
entre Le Bourget et la Marne, sur mille cinq cents pas de large. 
Une déclaration du 10 octobre 1700 arrêta définitivement les li- 
mites de la Capitainerie de Livry et Bondy : elles partaient de 
Lagny, suivaient la Marne jusqu'à Annet, un ruisseau traversant 
Claye, Gressy, Compans, l'étang de Thieux, Villeneuve-sous- 
Dammartin, puis une ligne passant par Mauregard, Louvres, 
Gonesse, Pont-lblon, Le Bourget, Drancy, Petit-Drancy, Bau- 
bigny, Noisy-le-Sec, Rosny, Péray, et enfin la Marne jusqu'à 
Lagny. 

Louis XV, par édit de Juin 1761, supprima la Capitainerie de 
Livry, réunit à celle de Vincennes à peu près la partie située en 
dehors du département actuel de Seine-et-Marne, et rendit sur le 
reste la chasse aux propriétaires des fiefs. 

Les seigneurs de Livry furent en possession presqu'exclusive 
de la Capitainerie de Livry et Bondy; pourtant, en 1639, c'était 
un sieur Dechampré-Ménardeau qui en était titulaire. 

Capitainerie de Montceaux et Varenne de Meaux. Elle en forma, 
dans le principe, deux bien distinctes; la date de leur création ne 
nous est pas connue, elles existaient en 163i, car le règlement du 
mois de janvier de cette année-là, qui exempte de toute taille les 
officiers des chasses de Livry et Bondy, accorde les m^êmes privi- 
lèges à ceux des Capitaineries de la Varenne de Meaux et de 
Montceaux. Il fixe le nombre des gardes à douze pour la première 
et à cinq pour la deuxième. 



- 118 - 

Une ordonnance du 20 octobre 1666 rappelle que les limites de 
cette dernière s'étendaient à deux lieues en tous sens, à compter 
du pied du château de Montceaux, et M. de Barillon, commissaire 
départi en la généralité de Paris, qui venait de terminer la rélbr- 
mation de la forêt de Bierre, fut chargé de les marquer sur les 
lieux. 

La célèbre ordonnance de 1669 donna l'instruction et le juge- 
ment des procès de chasse, sans distinction, aux officiers de robe 
longue de ces deux Capitaineries, comme elle le fit, du reste, pour 
toutes les autres oii une loi spéciale n'était pas encore intervenue. 

M. le marquis de Vitry, qui était titulaire de la Capitainerie de 
la Varenne de IMeaux, s'étant démis de sa charge, Louis XIV, par 
lettres de provision du 19 avril 1670, la donna à M. le duc de 
Gesvres, déjà capitaine de Montceaux. Un édit de septembre 1691 
réunit définitivement les deux Capitaineries, supprima le lieu- 
tenant et cinq gardes à pied de la Varenne de Meaux. 

Louis XIV rappela, le 18 octobre 1714, que cette dernière Capi- 
tainerie devait avoir cinq quarts de lieue en tous sens ; mais à la 
suite de diverses contestations, une déclaration royale du 24 jan- 
vier 1718 spécifia, pour la première fois, les limites des deux 
Capitaineries réunies : celle de Montceaux était comprise entre le 
chemin qui, depuis la Marne à Mareuil, conduit à la Grange- 
Dumont, et de là au grand chemin de Meaux à Crécy, ce grand 
chemin jusqu'au rû de Ségy ; le rû jusqu'au chemin de Meaux à 
Coulommiers, celui-ci passant par Sancy et Maisoncelles, jusqu'à 
une demi-lieue plus lom que ce village, une ligne allant gagner la 
chaussée de l'Étang-de-Saint-Denis, traversant Signy-Signets, la 
Marne au bac de Fay, et allant joindre le grand chemin de la 
Ferté-sous-Jouarrc à Lizy ; ce chemin jusqu'au pont de Lizy, la 
rivière de TOurcq, puis celle de la Marne jusqu'à Mareuil. La 
Capitainerie de la Varenne de Meaux était bornée par une ligne 
partant de la Marne au ruisseau ditBrasset de Saint-Faron, allant 
à'Crépy, puis revenant joindre la Marne au moulin de Poincy, par 
les hauteurs. 

A ces quatre Capitaineries existant dans le département de 
Seine-et-Marne, et qui en couvraient plus de la moitié, il faut 
ajouter celle de Nemours, une des douze de l'apanage du duc 
d'Orléans. Le seul privilège que conférait l'érection de ces derniers 
consistait en une permission de chasser sur les terres qui y étaient 
comprises, sans que le di'dil en lût cnlcvr' aux possesseurs des 
fiefs. Du resteja Capitiuurrjc de Nemours, dont IV'Ienduerut fixée 



— !11) — 

par un règlement du 15 septembre 1677, fut supprimée en même 
temps qu'un grand nombre d'autres, par déclaration du 12 oc- 
tobre 1699. 

Les Capitaineries étaient fort impopulaires en France. Ce qui 
excitait le plus de plaintes, ce n'était pas la confiscation du droit 
de chasse à la classe restreinte des possesseurs de fiefs : cela ne 
touchait pas beaucoup la masse de la population qui, dans aucun 
cas, ainsi que l'avons dit, ne jouissait de ce privilège; mais c'était 
l'énorme quantité de gibier que les capitaines entretenaient, au 
grand préjudice de l'agriculture. L'ordonnance de 1669 avait 
essayé de remédier à ce mal, au moins partiellement ; elle avait 
prescrit aux officiers des chasses, sous peine de 500 livres d'a- 
mende et de suspension, de faire fouiller et renverser tous les 
terriers, dans les forêts du roi. En cas d'inexécution de cet ordre 
les officiers des maîtrises devaient y pourvoir. Mais la chasse aux 
lapins a bien des attraits ! les capitaines étaient, d'ailleurs, des 
personnes de la première qualité aux volontés desquelles on ne 
s'opposait guère, et malgré les réclamations de tous paysans et 
forestiers, l'ordonnance resta lettre-morte. Plus tard, sous 
Louis XVI, un arrêt du Conseil du 6 janvier 1776 permet aux 
propriétaires de détruire eux-mêmes les lapins dans les bois d'une 
contenance inférieure à cent arpents, et partout ailleurs, même 
dans les bois du roi, après s'être muni d'un certificat de l'inten- 
dant constatant que des dommages avaient eu lieu ; le produit de 
la chasse devait être remis aux gardes de la Capitainerie. Mais 
tant de restrictions furent apportées à cette autorisation, il fallut 
remplir un tel nombre de formalités pour en jouir, que l'arrêt 
devint à peu près inapplicable. En 1789, le 21 mars, l'assemblée 
des trois ordres des bailliages de Melun et Moretcrut devoir 
adresser au roi un mémoire spécial pour demander la diminution 
des bêtes rousses et noires, ainsi que du menu gibier, et la des- 
truction totale des lapins. Le civisme était alors de mode, et le 
capitaine des chasses de Fontainebleau, M. de Montmorin, con- 
sentit à la proscription de cette vermine des bois, selon l'expres- 
sion pittoresque de M. le grand-maître Duvaucel. Une lettre, 
conservée aux archives du département, montre qu'il croyait 
agir avec une certaine grandeur d'âme : il était membre de l'as- 
semblée ; ses collègues, craignant qu'il ne vît une personnalité 
dans leur résolution, étaient fort embarrassés ; enfin, un jour, il 
s'absenta et aussitôt on rédigea et envoya, séance tenante, le mé- 
moire en question. A son retour, M. de Montmorin apprit ce qui 



— 120 — 

s'était passé; il écrivit à l'assemblée pour se plaindre qu'on Tait 
cru incapable de se sacrifier pour ses semblables : « Le titre qui a 
» pu m'adraettre ici, dit-il, est celui de citoyen, et je ne me ren- 
» drais pas digne de porter ce nom si l'intérêt personnel pouvait, 

)) un moment, m'aveugler sur le bonheur de tous Me per- 

» mettriez-vous de mettre sor.s Vos yeux un trait arrivé à un de 
» mes ancêtres? Un Montmorin, gouverneur d'Auvergne, reçut 
» l'ordre de Charles IX de faire exécuter le massacre delà Saint- 
» Barthélémy dans son gouvernement ; il répondit au roi : Sù^e, 
» j'aurais cru mal servir Votre Majesté de lui obéir ; elle a été trompée, 
» je suis prêt à donner ma tête, mais jamais je ne serai l'instrument 

» du malheur de mes concitoyens Il fut donc assez heureux, en 

)) exposant sa tête, de sauver ses concitoyens. Combien petit est 
)) mon sacrifice, en comparaison de celui qu'il a dû faire, et avec 
)) quel plaisir je ferai tous ceux qui pourront contribuer au 
» bonheur de nos concitoyens ! » 

La haine que l'on portait au système des Capitaineries avait en- 
core pour cause les nombreuses vexations, aggravées par les abus 
qui s'étaient introduits, que devaient supporter les propriétaires et 
leurs fermiers. Un mémoire, dressé en mars 1789 par le clergé 
des bailliages de Melun et Moret, pour être joint au cahier du 
député aux états généraux, reproduisit les griefs de tous ; il se 
trouve aux archives départementales, et nous en devons la con- 
naissance, ainsi que celle delà lettre de M. Montmorin que nous 
venons de citer, à l'obligeance gracieuse de M. Lemaire. Voici un 
extrait de cette pièce, rédigée par un sieur Gaucher, chapelain de 
la collégiale de Milly : « La Capitainerie de Fontainebleau, sans 
» parler des autres, est une cause de dépopulation ; toutes les 
)) paroisses qui se trouvent enclavées dans l'extension qu'on lui a 
» donnée, en fournissent une preuve évidente. Les remises mul- 
)) tipliécs établies dans toutes les paroisses, au milieu des terres 
» cultivées, et choisies de meilleure qualité, privent le cultivateur 
)) du fond que l'on n'a point payé. La construction et l'entretien 
» des murs et treillages ruinent les paroisses ; les frais en montent 
» dans certaines, telles que celle de Chailly et autres, de vingt à 
» soixante mille francs. Les habitants sont obligés de faire garder 
1) pour éloigner les fauves pendant la nuit; d'après calcul fait, les 
» gages qu'on donne à cffs gardes font un état do dix mille livres. 
» Les gardes enlèvent les épines dans les champs de leurs enne- 
» mis et leur dressent le lendemain dos procès-verbaux. Les 
» gardes se livrent d'ailleurs à d'aulrcs concussions. Hvemple : 



— 1:21 — 

)) les habitants du La Chapelle- Gauthier prirent des i'usils pour 
» accompagner le Saint-Sacrement, le jour de la Fête-Dieu ; ils 
» furent attaqués par les gardes, un d'eux a été assigné et con- 
» damné par le tribunal de la Capitainerie h dix écus d'amende. 
» Les officiers vendent le droit de chasse à diverses personnes, 
» sur des terres où, faute de chemins, le roi ne peut Jamais aller 
» chasser de Fontainebleau, savoir: Courance, Milly, Villecerf, 
» qui sont inabordables aux voitures et aux chevaux. » 

Les capitaineries disparurent sous le premier souffle révolu- 
tionnaire ; une loi du H août 1789, complétée par une autre du 
30 avril de Tannée suivante, les supprima, déclara que chacun 
avait le droit de chasser chez lui, et recommanda au roi de gra- 
cier ceux qui étaient aux galères, bannis ou en prison pour con- 
travention aux anciens règlements. Toute trace du passé ne fut 
cependant pas effacée . et un paragraphe de la nouvelle loi attri- 
bua exclusivement au souverain la chasse sur les enclaves parti- 
culières situées au milieu des forêts dont la jouissance lui était 
abandonnée. Les propriétaires des districts de Melun et de Ne- 
mours tirent une pétition h l'assemblée constituante contre cette 
restriction au droit commun, si récemment proclamé. Sur ces 
entrefaites Louis XVI ayant écrit à l'assemblée, Is 27 août 1790 : 
»> qu'il tenait surtout à ne jouir d'aucun plaisir qui pût être oné- 
» rcux à quelqu'un de ses sujets, » celle-ci, par un décret du 
14 septembre suivant, ne maintint les réserves précédentes que 
sur les propriétés enclavées dans un certain nombre de parcs à 
enclore de murs aux frais de la liste civile; encore la chasse n'é- 
tait-elle défendue aux possesseurs que les jours oii le roi pren- 
drait en personne cet exercice , ce qui devait être signifié la veille 
avant midi. C'était d'un excès tomber dans l'autre ; du moins 
c'est ce que pensa Louis XVI qui ne sanctionna pas le décret, et 
fît aussitôt vendre ses équipages. Il ne fut plus question des 
chasses de Sa Majesté. Plus tard, quand un sénatus-consulte du 
30 janvier 1810 désigna les forêts qui devaient faire partie de la 
dotation de la couronne, on se retrouva sous l'empire de la loi du 
3 avril, et les propriétaires des enclaves durent se résoudre à ne 
pas jouir de leur chasse. Des arrêts de la cour de cassation des 

2 juin 181-4 et 31 mai 1822 maintinrent cette jurisprudence, qui 
cessa' d'être appliquée en i830. La loi, encore en vigueur, du 

3 mai 1844 effaça enfin de nos codes ces restes d'une législation 
d'un autre âge, que bien peu de chasseurs de notre époque démo- 
cratique seraient, je crois, disposés à subir. 



LISTE DES PrBLICATIONS 

OFFERTES 
A LA SOCIÉTÉ DEPUIS L'IMPRESSION DU DERNIER BULLETIN. 



§ 1". Par le Ministère de l'Instruction publique: 

RcTiic des Sociétés savantes des départements (4^ série) ; Paris, Imprimerie im- 
périale ; mars 1865, mars 1866, 9 livraisons in-8". 

Diistribiition des récompenses accordées aux Sociétés savantes le 22 avril 1865, 
à la Sorbonne ; Paris, Imprimerie impériale, 1865, in-S". 

Rapport fait à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , au nom de la Com- 
mission des Antiquités de la France, par M. B. Hauréau (7 juillet 1855); Paris, 
in-4° . 

Projet de classification des poignards et épées en bronze; Paris, Didier, 186G, 
in-8° avec planches (Extrait de la Revue archéologique). — Tirage à part pour la 
Commission de la topographie des Gaules.) 

Projet de classification des haches celtiques, avec planches (Extrait de la Revue 
archéologique). 

Mémoires lus à la Sorbonne, dans les séances extraordinaires du Comité impérial 
des travaux historiques, en avril 186S. — Histoire, philologie et sciences mo- 
rales ; Archéologie. Paris, Imprimerie impériale, 2 vol. in-S" de 926 pages el 
401 pages, et planches. 

§ 2^ Par les Sociétés correspondantes : 

Bulictin de la Société académique de Brest; tome 111, 1862-1863. Brest, 1865, 

1 vol. in-S"; — tome IV (1" liv.) 1865, 200 pages in-S". 
niémoires de la Société Impériale des Antiquaires de France, pour 1864; Paris, 

Lahure, 1865, un volume in -8". 
Uiilletin de la Société Impériale des Antiquaires de France, 1865, 4 livraisons 

trimestrielles, in-8°. 
lUéiiioire» de la Société d'émulation du Doubs, pour 1864 ; Besançon, 1865, 

in-S". 
Annale.s de la Société historique et archéologique de Château-Thierry (Aisne) ; 

1" fascicule, 1864, in-8<» de 32 pages; — 2<= fascicule, 1865, in-S" de 70 pages. 
Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie; 1865, no^ 1, 2, 3, 4 (189 p.); 

Amiens, Lemer, in-S»; — 1866, n" 1, 46 pages iii-S". 
Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers (Hé- 

raiill); 2'^ livraison du tome III, 2^ série ; — 1865, in-8'' de 32 pages. 
Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers; 1"^' et 2* trimestres 

de 1865, iu-8» de 159 pages et 12 plauclies;— 3'' el 4= trimestre ISG.'), iii-S» de 

90 pages; — \'' trimestre 1866, de 43 jiage.s 



— Î2i — 

Compte-roniln des travaux de la Commission des monuments et documf.Mits iiislo- 
riques de la Gironde; 1862-1864. Paris, Didron, 1865, in-S" de 136 pages. 

Bnlletin du Comité archéologique deNoyon; 1863, une livraison, in-S". 

Hecacil de notices et mémoires de la Société Archéologique de la province de 
Constantine, 1864 etlSUo; Constantine, 2 volumes in-8o. 

Travaux de la Société d'Histoire et d'Archéologie de la Maurienne, à Saint-Jean 
de Maurienne; Chambéry, Puthod, 1865, in-S". 

Kcciieil des travaux de la Société liljre d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles- 
Lettres de l'Eure, années 1862-1863. Evreux, 1863, in-8° de 840 pages. 

Bulletin de la Société des Sciences de l'Yonne à Auxerre ; année 1865 ; l«r tri- 
mestre, sciences physiques et naturelles, 1 vol. in-8° de 283 — XXH^ pages et 
planches; 2'= trimestre. Sciences historiques, 1 volume in-8" de 273 — XLVIll pages 
et planches; 3^ trim., Sciences historiques et naturelles, 80 pages et planches. 

Annales de la Société musicale et littéraire de Meaux, l'Orphéon; Meaux, Co- 
chet, 1864, 1863, 1866, 4 fascicules, in-8". 

JMéuioIres de la Société des Antiquaires de Normandie; Caen, septembre 1865; 
3e volume de la 3^ série, tome XXIII; in-4° de 530 pages. 

Recueil des publications de la Société havraise d'études diverses, année 18G3 ; 
Le Havre, 1864, in-S" de 475 pages. 

Mémoires de l'Académie impériale des Sciences, Inscriplions et Belles-Lettres 
de To)ilouse; 6^^ série, tome 3 ; Toulouse, 1865 iu-S» de 540 pages. 

Bailcîlndela Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Poligny (Jura) ; 6" année 
1865, nos 8, 9 et 10, in-8.; 7*^ année 1866, nos {^ 2, 3, in-S". 

Uulietin du Comité flamand de France; tome HI, n°s 1 à 18, de janvier 1863 à 
décembre 1863, 17 cahiers in-B» ; tome l'\^, n" 1 (1" trimestre 1866, in-8o de 
48 pages. 

Annales du Comité flamand de France, tome VH, 1863-1864; Dunkerque, Bac- 
quet, in-S» de 466 pages et planches. 

Coniptc-rcndu des travaux de la Société du Berry, à Paris, 11^ année; Paris, 
Chaix, 1865, grand in-8o de 632 pages. 

niéiaoires de l'Académie impériale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Savoie; 
2c série, tomes Vil et "VIII; Chambéry, 18G4, 2 vol. in-S». 

Bulletin de la Société d'études d'Avallon; 7^ année, 1865; Avallon, Odobé, in-S" 
de 215 pages. 

Bulletin de la Société académique de Boulogne-sur-Mer, 1864-1865, 4 fascicules 
in-8"; 1866, n» 1 de 20 pages in-S". 

IMémoires de la Société archéologique d'Avesnes (Nord) ; tome II, Avesncs, Pou- 
let, 18GG, in-S» de V — 20 pages et planches. 

Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace; 
■IS6i-18G5, 2<= série, 2« liv. ; Strasbourg, in 4° et planches. 

Bulletin de la Société archéologique du Vcndomois, 4"= année, 'N'endùme, 1865, 
in-S» de 276 pages. 

.'saéuioircs de la Société impériale archéologique du midi de la France; tome 8 
(5"^ série), 1<^ et 8« liv.; Toulouse, 1866, in-4o de XI-65 pages. 

Bulletin de la Société prolectrice des animaux; Paris, lévrier 18U6, in-S" de 
32 ])ages. 

niéntoircN ri documents publiés par la Société Savoisienne d'Histoire cl d'Ar- 
ciiéolngic; lomelX; Chambéry, 1865, in-S» de 443 pages. 

Annales de la Société littéraire, scienlilique et artistique d'Ajit (Vauclii.-c; : 
2» année, 1864-()5 ; 1 fascicule de 128 p.Trcs iii-S". 



— 125 — 

MénioircH de la Société académique de Maine-et-Loiie, 17» volume; travaux di- 
vers; Angers, 18G5, in-8ode270 pages; 18<= volume; sciences physiques et natu- 
relles; 1865, in-8» de 203 pages. 

Hiillctiii de la Société archéologique et historiqiîc du Limousin; tome XV; Li- 
moges, 1865, in-8o de 96 pages. 

liCs registres consulaires de la ville de Limoges , publiés par la Société du Li- 
mousin ; 12 feuilles in-8° (à continuer). 

Bulletin de la Société d'Agriculture, Industrie, Sciences et Arts de la Lozère; 
Mende, janvier et février 1866, in-S" de 80 pages. 

Bulletin de l'Académie Delphinale, année 1865, 3^ série, 1er yqI. ; Grenoble, 
in-S» de XLiII-459 pages. 

Comptes-rendus et mémoires du Comité archéologique de Senlis, année 1865 ; 
Senlis, Duriez, in-S" de 75 et 300 pages. 

Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris (juillet-décembre 1865); Paris, 
in-8° de la page 481 à la page 775. 

Mémoires d'histoire naturelle; tome 2. — Catalogue des lépidoptères du dépar- 
ment de Saône-et-Loire, par M. Constant. (Publication de la Société Eduenne). 
Autun, 1866, grand in 8° de 368 pages. 

§ 3°. Par les sociétaires et par divers : 

Ktndc historique et paléographique du rouleau mortuaire de Guillaume des Barres, 

etc., par M. Eugène Grésy; 1865, in-folio avec planche. — Hommage de l'auteur. 
IVotice sur une inscription découverte dans le Novarrais, par M. Alfred Maury, de 

l'Institut. — Hommage de l'auteur [conservé à la section de Meaux.) 
Essai sur les sanctuaires primitifs, par M. Charles ïoubin, in-8" — Hommage de 

l'auteur {conservé à la section de Meaux). 
Mémoire sur les monuments primitifs, par M. Carro; in-S". — Hommage de l'auteur 

[conservé à la section de Meaux). 
I-e Culicc de Chelles, par M. Eugène Grésy, broch. in-8° et planches. — Hommage 

de l'auteur [conservé à la Section de Fontainebleau), 
Gerbes glanées, poésies par M. Julien Travers (de Caen) ; Bavius et Mévius ; 

vie de Richard Lenoir; biographie de Jean Simer; biographie de Louis Dubois; 

bréviaire de Huet; toast au banquet de Dives ; par M. Julien Travers. — Hom- 
mage de l'auteur [conservé à la section de Fontainebleau). 
Asphaltes etc., par M. Huguenet. — [Conservé à la section de Fontainebleau). 
JVotes sur les silex, et sur l'ancien hôtel de ville d'Amiens, par M. A. Dubois, chef 

de bureau à la mairie de cette ville; in-12. 
La I^igue, documents relatifs à la Picardie, d'après les registres de l'échevinage 

d'Amiens, par le même; 1859, in-8. 
Justice et bourreaux, à Amiens; XV" et XVl^ siècles; par le même; in-8° de 

32 pages. 
Ei'œuvro de Blasset, célèbre sculpteur Amiénois, par le même; 1862, in-8» de M2 

pages, portrait et autogr. — Hoimnage de l'auteur. 
Rechcrclies sur l'âge de pierre quaternaire dans les environs de Paris, suivies de 

quelques observations sur l'ancienneté de l'homme, par M. Anatole Roujou; Paris, 

1865, in-8<'de46 pages. — Hommage de l'auteur. 
Inventaire des archives anciennes de l'hotel-Dieu de Sens; in-4° de 17 pages à 

2 colonnes. 



— 126 — 

Hecuoil de Charles, el pièces relatives au prieuré Notre-Dame des Moulineaux et 

ù la chitellenie de Poigny, par M. Auguste Moulié, correspondant du ministère, 

secrétaire de la Société archéologique de Rambouillet; Paris, Didot, 1846, 

grand in-4°. 
Introduction au recueil précédent, par le même ; Paris, Didol, 1847, gr. in-4o de 

125 pages et pi. — Hommage de l'auteur. 
Kotîcc sur les comtes de Joigny, par M. l'abbé Carlier, président de la Société 

Archéologique de Sens; 18G4, in-S» de 23 p. — Uommcuje de l'auteur. 
E,e Gallicanisuio et l'Ultramoutanisme au raoyea-àge, par le même; Sens, 1864, 

in-8° de 23 p. — Hommage de l'auteur. 
De rArchitccturc en province, par M. Victor Calland, élève de l'Kcole des 

Beaux-Arts; Soissons, Arnoult fils, in-S" de 15 p. 
De l'Avcnîp du monde, par le même; Sens, Billot, 1842, in-8" de IG p. 
Congres du département de Seine-et-Marne, pour l'étude et l'application des 

questions sociales, par le même; projet et statuts; 18i8, in-8» de 11 p. 
Fondement de la science sociale, par le même; Paris, 1848, in-8" de 31 p. 
Revue du Socialisme chrétien, par le même ; 7 livraisons, de janvier à juillet 

1850, in-S" de 16 p. chacune. 
Palais de famille, projet d'un établissement social à Beausite, près Jouarre; pros- 
pectus in-4<'. 
ISupiiresMion des loyers par l'élévation des locataires au droit de propriété, par le 

même; Paris, Ledoyen, 1857, in-18 de G4 p. 
Régénération de la vie sociale par l'institution du palais de famille, par le 

même; 3^ édition,' Paris, 1858, in-18 de 64 p. 
l»e la Science sociale au point de vue catholique, réponse aux politiques du jour, 

par le même; Paris, Dubuisson, 1859, in-S" de 32 p. 
li'union sociale catholique, projet de compagnie générale de fondation des associa- 
tion civiles, industrielles, agricoles, etc. ; 18G0, 1/4 de feuille. 
Fondation d'un institut libre des hautes sciences sociales, etc. ; par une réunion 

de catholiques ; La Ferté-sous-Jouarre, 1862, in-S° de 16 p. 
Congrès international tenu à Bruxelles le 22 septembre 1862. Discours prononcé 

dans la section de législature comparée, par M. Victor Calland, ingénieur; in-4'' 
Fondation d'un établissement de retraite pour la vieillesse dans le département 

de Seine-et-Marne, par le même; Meaux, Cochet, in-S" de 15 p. 
l*ro|(osi(ion à JIM. les capitalistes, médecins, directeurs d'institutions et chefs 

d'industrie à Paris, par le même ; Meaux, in-4°. 

Hommage de il/™e veuve Calland, de Jouarre. 
Journal historique de Jean Patte, bourgeois d'Amiens (1587-1617), publié par 

M. J. Garnier, secrétaire-perpétuel de la Société des antiquaires de Picardie; 

Amiens, 1863, in-S» de 194 p. — Hommage de M. Garnier. 
La Catliédralc de Bourges, description historique et arciiéologique, par MM. le 

baron de Girardot et H. Durand; Moulins, Desroziers, 1849, in-12 de 238 p. 
Mystère des actes des apôtres, représenté à Bourges en avril 153G, publié 

d'après le manuscrit original, par M. le baron A. de Girardot, correspondant des 

comités historiques ; Paris, Didron, 1854, in-4°. 

»es Administrations départementales, électives et collectives, parle même; Paris 

Guillaumin, 1857, iii-8". 
Les Ministres de la République français", Roland et M™e Roland, par le même; 

Paris, Guillaumin, 18G0, in-8" de 2C7 p. 



— 1^7 — 

Rapport de M. Desplanque, archiviste de Lille, sur une communication de docu- 
ments faite à la commission historique du Nord, in-8" de 19 p. 

Hommage de M. le baron de Girardot. 

Catalugiic des Inscriptions du Musée gallo-romain de Sens, par M. G. Julliot 
secrétaire de la Société archéologique de Sens et conservateur du musée ; Sens, 
Ducliemin, in-8ode 40 p. — Offert par l'auteur. 

€an.<«crie sur Poinsinet, par M. G. Leroy; Fontainebleau, Bourges, 1866 
in-8» de 8 p. 

Antitgnités gallo-romaines delà place Notre-Dame de Melun, par M. G. Leroy; 
Meaux, 1866, in-80 et pi. — Offert par l'auteur. 

tes Maoïial)^, extrait d'une histoire de la poésie orientale, par M. Jules David 
(Extrait de l'annuaire de l'institut des provinces, pour 1865) ; Caen, Le Biauc- 
Hardel, 1864, in-8» de 28 p. 

Raynoiiarcl, sa vie et ses œuvres, par le même ; (Extrait des Mémoires de l'Aca- 
démie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen); Caen, 1865, in-8° de 46 p. 
— Hommage de l'auteur. 

Rapport au ministre sur les recherches archéologiques faites en 1865, à Gien-le- 
Vieux, par M. A. Bréan, membre correspondant; manuscrit avec plans et un 
album de photographies. — Hommage de l'auteur. 

Etude archéologique et historique sur l'Afrique française, par M. A. de Crozant- 
Bridier; Toulouse, 1865, in-8° de 16 p. — Hommage de l'auteur. 

Examen des avantages attachés à l'étude des langues classiques, par M. Siraudin, 
de la Société des Sciences et Belles-Lettres de Bayeux (Membre correspondant) ; 
Melun, 1850, in-8" de 32 p. — Hommage de l'auteur. 

Essai sur les croisements Ethniques, par M. J. A. N. Périer, médecin en chef de 
l'hôtel des Invalides (Membre correspondant); Paris, 1865, in-80 de 112 p. (Ex- 
trait du bulletin de la Société d'Anthropologie. — Hommage de l'auteur. 

Annuaire des Sociétés savantes de la France et de l'étranger, par M. le comte 
Achmet d'Héricourt ; 4 livraisons, in-80. — Acquisition de la Société. 

I¥ouvche méthode éclectique de sténographie, par M. Hippolyte Léchopié, 
(Membre correspondant) ; Paris, Rigaud, in-8" de 32 p. et pi. — Hommage de 
l'auteur. 

Rcelicrehes sur la maison où naquit Du Gange, à Amiens, par M. A. Dubois, 
membre correspondant; Amiens, in-80 de 8 p. (Extrait du bulletin de la Société 
des antiquaires de Picardie). — Hommage de l'auteur. 



— 129 — 
NOTE 

SUR UNE VILLA ANTIQUE PRÈS DE MELUN 

ET sua DES rOTIERS GALLO-P.OMAINS. 

f 

4 

PAU SI. G. LEROY, 
Membre fondateur (Section d© jlIcIuaB). 



Dans un agréable vallon situé à l'ouest de Melun coule un ruis- 
seau dont les eaux, après quelques détours, viennent se perdre 
dans la Seine au bas de la montagne du Mée. La principale des 
sources qui lui donne naissance s'appelle la Fontaine-la-Reine, nom 
qui, s'il faut croire certaine tradition populaire (1), tire son origine 
de la prédilection d'une reine capétienne pour ce site. Quoi qu'il en 
soit, l'existence de la Fontaine-la-Reine remonte à une haute anti- 
quité, et de tout temps l'aspect pittoresque de ce vallon et de ses 
coteaux fixa l'attention des populations locales. 

Sur le plateau qui domine la source, s'élevait, au commence- 
ment du siècle actuel, un monticule factice, formé de débris de 
murs écroulés, sur lequel croissaient à l'envi les épines et les 
ronces. Quelles avaient été cas constructions, et à quelle cause 
pouvait-on en 'attribuer la destruction? Nul ne pouvait le dire. Les 
habitants du Mée, des Fourneaux et de Saint-Barthélémy ne 
conservaient aucune tradition qui put servir à baser la moindre 
supposition. 

Il y a une trentaine d'années environ, un jardinier-maraîcher 
commença le défrichement du monticule dont les dernières ondu- 
lations finissaient à la Fontalne-la-Reine, et le mot de l'énigme 
devint moins obscur. Les fouilles auxquelles il procéda lui firent 



(1) Cette tradilinn subsiste chez tous les vieiHatds de la localité. Notre honoré 
confrère M. Labiche, qui a toujours habité le quartier Saint-Barthélémy, se rap- 
pelle l'avoir entendu raconter il y a une soixantaine d'années, par des personnes 
qui étaient alors extrêmement âgées. Je ne pense pas, malgré l'orthographe de cer- 
taines chartes du moyen-âge, que le surnom de cette source vienne de Raine, Rai- 
nette, Rana, petite grenouille terrestre. Du reste, la municipalité melunaise a suivi 
la tradition en adoptant le nom de Rue de la Foulaine-ia-Reine. 

9 



— 130 — 

découvrirent d'énormes pans de murs, de larges tuiles à rebords, 
une grande quantité de poteries et beaucoup de petits objets en fer, 
en bronze et en cuivre dont il ne fit aucun cas. Peut-être les ma- 
tières précieuses, s'il s'en rencontra, sont-elles venues s'engloutir 
dans le creuset des orfèvres de Melun. Ce qu'il prisa le plus, m'a- 
t-il dit, furent les pierres qui lui servirent à bâtir sa maison. 

Les choses étaient en cet état, lorsqu'il y a une dizaine d'années, 
un amateur distingué, M. Jacob Desmalters, dont le nom est ho- 
norablement connu dans l'industrie artistique, commença sur son 
terrain des travaux analogues à ceux de son voisin le maraîcher. 
A peine les terrassiers eurent-ils fait quelques déblais, que M. Ja- 
cob reconnut la nature de la ruine qu"il explorait. Le monticule 
de la Fontaine-la-Reine n'était rien moins que les restes d'une villa 
antique, dont la destruction fut consommée par les invasions du 
V^ siècle, ou peut-être, avec plus de vraisemblance, par les hordes 
normandes dans la période carlovingienne. 

En première ligne des charmes offerts par l'étude de l'antiquité, 
on doit placer les émotions d'une fouille. Quoi de plus attrayant, 
en effet, que d'interroger le sol sur l'histoire des siècles écoulés et 
de lui arracher ses secrets? Quelquefois, après avoir rêvé l'inconnu, 
après avoir goûté en expectative des joies indicibles, l'archéologue 
voit s'anéantir son rêve et s'effacer ses illusions. Mais aussi, lors- 
que par une bonne fortune, dont les exemples ne sont pas rares, 
il découvre une mine féconde, sa jouissance est grande et sa ré- 
compense bien douce. Alors, il n'est plus soumis aux caprices du 
hasard, il marche avec certitude, et, à l'exemple de ces géologues 
qui pressentent des eaux abondantes dans un endroit aride, il 
prévoit ce que l'outil de l'ouvrier va mettre au jour, et, s'il en était 
requis, il décrirait l'objet. C'est une fouille de cette nature que 
M. Jacob Desmalters a eu le bonheur de suivre, et dont il a bien 
voulu me raconter les péripéties. 

Il constata l'existence de murs occupant une étendue de plu- 
sieurs ares, d'un hypocauste régnant sou& la construction, de 
fourneaux et de vestiges de bains. L'intérieur des appartements 
était décoré do peintures murales variées dans chaque pièce. A en 
juger par ces apparences, c'était une habitation somptueuse et 
importante que celle qui s'élevait sur les hauteurs de la Fonlaine- 
la-Reine, au temps oii la Gaule était soumise h la domination 
Romaine. 

Les différents objets recueillis par M. Jacob sont des plus inté- 
ressants, et annoncent également le rang occupé dans l'ordre so- 



— m — 

cial par les possesseurs de cette demeure champêtre. On a pu les 
voir sous les vitrines de notre exposition des Beaux-Arts, aux 
mois de mai et juin -1864. Lé catalogue dressé à cette occa- 
sion, les a, le premier, signalé aux antiquaires et aux ama- 
teurs. C'est d'abord un dauphin en bronze d'un bon style et 
assez bien exécuté. Ses dimensions indiquent qu'il pouvait être 
fixé sur une porte ou servir à la décoration d'une salle de bains. 
Puis, viennent des bijoux antiques, émaillés en taille d'épargne, 
des fibules en cuivre et en bronze, et un petit nécessaire de toi- 
lette, qui prouve le raffinement des gallo-romains dans le soin de 
leurs personnes. La pince à épiler, la lame pour les ongles, le 
cure-dents, le cure-oreilles, couverts de ciselures, s'y trouvent 
réunis. C'est, à ma connaissance, le premier objet de cette nature 
qui ait été trouvé dans notre région. 

Avec ces spécimens de l'orféverie antique se trouvait une grande 
quantité de poteries de luxe, en terre dite de Samos, recouvertes 
d'un vernis éclatant et décorées de scènes de chasse, de nymphes, 
de génies, de rinceaux de feuillages et d'ornements courants d'un 
grand goût artistique. Il s'y rencontra aussi un vase en jade taillé 
à facettes, des poteries communes et des fragments de vases striés, 
en terre rougeâtre, imitation grossière des poteries de Samos. Ces 
vases, qu'on attribue aux premiers temps de la monarchie franque. 
peuvent fixer sur l'époque à laquelle fut détruite la villa de la 
Fontaine-la-Reine, destruction que des parties de murs calcinés 
font attribuer à un violent incendie. On peut croire que cette ha- 
bitation partagea le sort de Melodunum, lors des invasions nor- 
mandes, en 854, 888 et 909. 

Les poteries conservées par M. Jacob Desmalters ont en outre 
un autre intérêt. Les noms et les marques dont elles sont revêtues 
ont une importance qui n'échappe à personne. Des archéologues 
émérites, Gori dans son Recueil d'inscriptions et Dagin court dans 
son travail sur les Antiquités en terre cuite, nous apprennent que 
les lois de l'ancienne Rome contraignaient les artistes cérames à 
marquer leurs produits, pour en garantir la bonne exécution, et 
peut-être aussi pour en assurer le droit de reproduction. Ces lois 
furent observées dans la Gaule, du moins pour la poterie de luxe. 
Or, n'y a-t-il pas pour nous un charme puissant à relever, après 
un silence de plus de douze siècles, le nom des fabricants dont les 
œuvres étaient en usage dans nos localités? La curiosité ne doit 
pas servir de guide dans cette recherche; une plus haute pensée 
doit y présider. C'est une étincelle qu'il convient de faire jaillir du 



— 132 — 

milieu des ténèbres : et vous savez, Messieurs, que l'étincelle pro- 
duit le rayon et le rayon la lumière. 

Les potiers de l'antiquité avaient coutume d'abréger les mots de 
leurs légendes. Une grande diversité règne dans ces abréviations; 
cependant il en est plusieurs qu'on rencontre très-fréquemment et 
qui apparaissent toujours à peu près de la môme manière. Ainsi 
M ou MA placés à la suite d'un nom expriment Manu et suivant 
Brongniart Magnario (1) PIC, FictiUs, GP Curavit Facere et ou 
OP Officina. Nous avons ici de nombreux exemples de ce dernier 
cas : 

SEVRI 
. OFLICINIVA 
OFPRIMI 
OFRVFNI 

La première de ces marques nous montre l'P de l'abréviation 
Officina insérée dans la lettre 0, ce qui est assez rare (2). 

La deuxième offre à la fin les lettres VA accolées (3), abrévia- 
tion du prénom du tabricani. 

Les autres noms que j'ai relevés sur les poteries de la Pontaine- 
la-Reine sont les suivants : 

LOGIRNI 

FELIX 

OFVI .... (Le reste nous manque.) 

Peut-être est-ce Vidicvs, ViUanos, Viry, Virthus ou F/V/ï qui sont 
autant de noms de potiers gallo-romains, trouvés en diirérentes 
parties de la Prance. 

AEROF (Saxofœre officina?) 

AR . . . . (Arcanus, Ardici, Arici?) 

ORPia: (it)-Marcatùr, Mercator, Nestor, Pastor? 

. . lA (Maïa. Midia?) 

EN 

EVNV 
OPAO .... 

Il résulte de ce qui précède que quatorze fragments de poteries, 

(1) Traité des arts céramiques. 

(2) Ld typographie n'a pas permis de reproduire cotte particularité. Il aurait 
fallu un type spécial. 

(;5) Môme objcrvalion. 



— 133 — 

portant des noms de fabricants différents, ont été recueillis par 
M. Jacob Desmalters dans les fouilles qu'il a pratiquées h laFon- 
taine-la-Reine. Six de ces noms seulement sont complets ou peu- 
vent être restitués avec certitude ; les autres ne donnent lieu qu'à 
des conjectures. 

La plaine de la Varenne de Melun, où la ville s'étendit après le 
passage de César, et dans laquelle on rencontre de nombreux dé- 
bris céramiques, est loin de présenter autant de documents sur les 
potiers de l'époque ; bien peu d'ailleurs ont été constatés. 

Notre honoré confrère, M. le docteur Gillet, a soumis à nos 
séances deux anses d'amphores portant ces noms : 
GAPIIOF (Gapii Officina). 
SAXOFERRE (Officina). 

Un autre de nos confrères, M. Gabry, vient de gratifier le 
Musée de Melun d'une coupe en poterie de Samos, portant ce nom : 
FELIXF (ecit). 

Enfin, j'ai trouvé dans un terrain de la rue de Dammaric, le 
fond d'un vase sur lequel est gravé OFNI, probablement Officina 
Nimi, nom de potier qu'on rencontre dans plusieurs localités. 

Pour compléter cette nomenclature d'artistes céramiques, dont 
les produits subsistent dans le pays Melunais, il me reste à citer 
le nom de LIBERIVS gravé dans un vase en terre de Samos, 
trouvé à Vosves, commune de Dammarie-les-Lys. Le Musée de 
Melun, auquel il appartient, en doit la possession à la libéralité 
gracieuse de notre honoré confrère, M. Gabry. 

Les noms de potiers catalogués jusqu'à ce jour sont très-nom- 
breux. Plusieurs antiquaires se sont appliqués à les recueillir, et 
un d'entre eux, M. de Longpérier, membre de l'Institut, en a 
dressé une liste de plus de 3,000. Il n'est guère possible après une 
telle publicité, de pouvoir signaler des noms inédits, car les mêmes 
marques et noms de fabricants se retrouvent dans toutes les parties 
de la France. G'est ainsi que dans la nomenclature ci-dessus, les 
noms de SEVERVS, LIGINVS, PRIMVS et SAXOFERRE ont 
été constatés sur des poteries gallo-romaines du Bourbonnais (1). 
Quant aux autres, peut-être font-ils partie des listes de M. de 
Longpérier, qu'il ne m'a pas été possible de consulter. Si, par 
hasard, ils étaient nouveaux et particuliers à notre pays, je serais 
heureux de leur avoir consacré ce faible souvenir, et d'avoir pu 
les rattacher ainsi, à l'histoire de l'industrie manufacturière de 
Seine-et-Marne. 

(1) Tudûre. Figurines Gauloises. 



— 135 — 

COMPTE-RENDU DES TRiYAUX 

DE LA 

SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE, SCIENCES, LETTRES ET ARTS 

du département de Seine-et-Marne 

Pendant sa deuxième année d'existence, 

PAR M. TII. LIIUILLIER, 
fS^cci'ûtairc-géncral de la l§oeictc 



Mesdames, Messieurs et chers Confrères, 

Avant d'aborder le compte-rendu annuel des travaux de la So- 
ciété d'Archéologie, Sciences, Lettres et Arts de Seine-et-Marne, 
qu'il me soit permis de remercier mes confrères de la bienveillante 
sympathie dont ils viennent de me donner une nouvelle preuve. 
Nommé secrétaire-général pour la seconde fois, je m'efforcerai de 
justifier cette marque de confiance en continuant à travailler à la 
prospérité d'une Société capable maintenant de rendre des services 
et qui prend chaque jour de nouveaux développements. 

Notre association compte deux années d'existence, pendant les- 
quelles elle a obtenu — je ne dirai pas des succès, le mot se- 
rait trop prétentieux, — mais les encouragements les plus flatteurs. 
Je n'ai pas besoin de vous rappeler qu'en 1866, elle est du petit 
nombre de celles qui reçoivent des allocations du ministère de 
l'Instruction publique ; c'est un honneur que vous savez appré- 
cier. 

Depuis un an, elle a conquis 37 membres correspondants. Cin- 
quante-huit Sociétés savantes échangent avec nous leurs publica- 
tions, et plusieurs de ces appels de confraternité émanent des points 
extrêmes de l'empire : de Brest et de Toulouse, de Dunkerque et 
de Béziers, de Strasbourg et de ConsLantine... 

Trente nouveaux membres titulaires sont venus accroître la 
force des diverses sections. Nous avons éprouvé aussi, il est vrai, 
des pertes sensibles, pour lesquelles notre digne Président a voulu 
exprimer lui-même publiquement les regrets de tous. 

Peut-être, disons-le, serions-nous plus nombreux encore si le 



— 136 — 

titre de notre Société n'effrayait, bien à tort, des personnes ins- 
truites, qui se recommandent dans les lettres et dans les arts, mais 
trop modestes, et qui ne se croient aucune aptitude pour Tarchéo- 
logie. 

Le champ de l'archéologie pourtant est vaste, et parmi les 
sciences auxquelles l'isolement des petites localités permet de s'ap- 
pliquer, en est-il qui offre plus de facilités, plus de satisfactions 
légitimes; où les découvertes, oii les services soient plus à la por- 
tée de tous? 

Un de nos confrères l'a dit. Messieurs : a En archéologie, avec 
des notions élémentaires et un coup de pioche heureux, on peut 
prétendre à quelques-uns de ces succès de la presse et de l'opinion 
qu'ambitionnent longtemps les littérateurs et les artistes. » 

Cette science, compagne fidèle de l'histoire, cultivée avec ardeur, 
avec désintéressement, avec succès, s'est heureusement répandue; 
ses progrès ont été rapides, et elle est devenue une nécessité de 
notre époque. La tendance des études, la sévérité de la critique 
historique, veulent qu'on ne se contente plus d'ingénieuses conjec- 
tures, qu'on n'adopte plus sans examen la parole même des grands 
penseurs et des plus sérieux historiens ; il faut justifier ses idées, 
aujourd'hui, autrement que sur des récits; il faut s'appuyer de 
preuves puisées aux sources, connaître les monuments qui servent 
à contrôler le passé ei> contribuent à assigner aux faits leur véri- 
table caractère. 

Pour les membres qui n'écrivent point, — un rôle non moins 
actif leur est réservé dans les Sociétés archéologiques, et leur con- 
cours n'est pas moins précieux. 

Dès 1830, M. Guizot, dans une circulaire ministérielle, recom- 
mandait la création de sociétés savantes dans les provinces : « les 
(( monuments et les antiquités, disait-il, doivent être mis à l'abri 
« de la dégradation; il est bon qu'on le sache partout, et que d;ins 
(( les villages même on veille par amour de l'art à leur conserva- 
(( tion. » 

De nombreuses associations ont vu le jour depuis cette époque, 
et leurs efforts assurément ont rendu de véritables services; ces 
Sociétés ont signalé des antiquités inconnues, sauvé de précieuses 
ruines, contribué à la restauration de superbes édifices, agrandi 
le domaine de l'histoire et de la science; mais, hélas! que le bien 
marche lentement! et qu'il reste encore h faire pour répandre le 
goût du beau, pour l'aire respecter dans nos campagnes les an- 
tiquités et les monuments /)rtr amour de Vart!... 



— 137 — 

C'est là, en effet, Messieurs, un des résultats auxquels doivent 
tendre les institutions comme la nôtre. 11 leur appartient d'exhu- 
mer de l'oubli les vestiges du passé ; de sauver, de décrire, d'étu- 
dier les objets d'art ou les titres dispersés au souffle des événe- 
ments et qui sont trop souvent détruits par ignorance ; mais il 
faut aussi inspirer le respect de ces antiquités locales, et faire com- 
prendre, selon l'expression de S. Ex. M. Diiruy, « ce qu'il y a de 
(( religieux dans ce culte rendu par la science à la mémoire des 
« ancêtres. » Cette utile mission, la Société de Seine-et-Marne la 
remplit à chaque instant, grâce à ses nombreux représentants sur 
les divers points de la Brie, que leur goût, leur aptitude et leur 
devoir portent vers ce but. 

Si les cinq Sections ont payé largement, durant l'année qui vient 
de s'écouler, leur tribut, aux séances particulières et générales, 
par la lecture de mémoires importants, elles n'ont pas moins heu- 
reusement contribué à la conservation de monuments épigraphi- 
ques, d'objets curieux, de documents intéressants pour l'histoire 
locale, et — dans leur sphère modeste — pour la science et pour 
les arts. 

Le second volume du Bulletin de la Société, publié il y a quel- 
ques mois, atteste à la fois cette activité des Sections, la variété et 
— nous pouvons le dire — la solidité de leurs travaux. 

Nous allons passer rapidement en revue- la part que chacun à 
prise à l'œuvre commune, depuis notre précédent compte-renda. 

La Section de Coulommiers, dans ses séances trimestrielles, a 
entendu des lectures pleines d'intérêt, notamment de M. Anatole 
Dauvergne, président, et de AL Victor Plessier. 

L'ancienne Commanderie de Chevru, appartenant tour-à-tour 
aux Templiers et à l'Urdre de Malte, a fourni à M. Dauvergne le 
sujet d'une notice historique et archéologique marquée au coin 
d'une érudition curieuse et sûre. 

M. Plessier, après avoir exposé, dans sa SectionetàlaSorbonne 
en I860, des idées neuves sur la formation du plateau et des val- 
lées de la Brie, a décrit, dans deux éludes courtes mais très-subs- 
tantielles, les pierres celtiques de Saint-Brice, canton de Provins, 
et de l'étang de Maillard, près de Beautheil. 

Depuis, le même sociétaire a présenté une notice sur Bossuet, 
parrain dans l'église de Bannost. 

Plusieurs découvertes ont été signalées par MM. Dauvergne et 
Chemin; un obituaire de Saint-Barthélemy-en-Beaulicu, manus- 



— 138 — 

crit du XVI* siècle, a été communiqué par M. Flamand; des mé- 
dailles, une hache celtique, des matrices de monnaie romaine, un 
marbre tumulaire, etc., ont été offerts par MM. Teyssier des 
Farges, Plessier, le comte de Courcy et Cinot. 

A Fontainebleau^ o\i nous a réunis la séance générale d'octobre 
1865, les travaux de la Section présentent une agréable variété : à 
côté d'une remarquable étude de M. Jules David, président, sur la 
vie et les travaux du célèbre orientaliste Ghampollion le jeune, se 
placent des mémoires habilement traités par M. le docteur Tabou- 
ret sur Lavater, sur les mariages arabes et sur les cloches des en- 
virons de Fontainebleau ; — par M. Domet, sur les Capitaineries 
des Chasses ; — par M. Gaultron sur la gravure, au point de vue 
des œuvres de l'école dite de Fontainebleau. 

M. Maxime Beauvilliers, outre une étude bibliographique sur la 
Bible de l'humanité, de MicheleL, a fait un rapport détaillé sur la 
seconde excursion archéologique de la Société. 

Enfin, M. Etienne David nousconduit en Amérique, et raconte, 
dans un style vif et imagé, un bel épisode de la vie du général 
Paëz. 

Dans cette Section, comme à Melun, les séances sont mensuelles 
et elles se trouvent parfois remplies de communications orales 
qui provoquent, entre quelques membres, cet échange d'idées et 
de souvenirs, ces éclaircissements, si souvent utiles et profitables 
à l'instruction de tous. 

Nous arrivons à la Section de DJeaux, dont nous avons constaté 
déjà, il y a un an, la vie active et laborieuse. 

M. A.Carro, président, a lu à la séance générale de Provins un 
charmant travail intitulé : La Ferté-Milon et Racine; tout récem- 
ment, il a communiqué dans sa Section un mémoire sur l'institu- 
tion des Chevaliers de l'Arc; ces deux notices ont obtenu les 
honneurs de la Sorbonne, en 1860 et en 18G6. 

On doit encore à M. Carro, indépendamment d'une étude sur 
les Grottes dites des Fées à Crouy et à La Ferté-Gaucher, une 
notice sur quelques facéties artistiques du moyen-âge, le récit 
d'une visite aux ruines du château de Boissy et à l'église de Forfry 
et d'une autre excursion à Oissery, motivée par la découverte 
récente de sépultures du ni'= siècle au bord d'une ancienne voie 
romaine. 



— i39 — 

M. le docteur Le Roy a étudié avec beaucoup de soin des osse- 
ments fossiles trouvés dans une carrière de sable. 

La Section a entendu un rapport de M. de Golombel sur le 
projet d'établissement d'un Musée à Mcaux, et une monographie 
de la commune du Plessis-l'Evêque, pleine "de recherches sérieuses, 
par M. l'abbé Bécheret. 

M. le vicomte d'Amécourt a examiné, en numismate émérite, 
une médaille mérovingienne en or frappée à Lieusaint; M. de 
Ginoux. une monnaie de Sedan trouvée à Meaux, et M. Lefebvre- 
Thiébault de nombreux et très-curieux spécimens numismatiques. 
M. Lefebvre a fait aussi d'intéressantes communications au sujet 
de deux sceaux de la famille Cosset, et sur un vase en faïence aux 
armes de la fille du Régent, abbesse de Chelles. 

Une esquisse pittoresque de M. Léon Escudicr, intitulée : de 
Paris à Fontainebleau à vol d'oiseau, a été applaudie à la séance 
générale de Fontainebleau. 

Les sujets abordés par M. Torchet : l'histoire do la musique des 
Francs, la légende relative . au goût de Charlcmagne pour la 
musique, et la légende de Ste-Cécile, ont été traités avec un rare 
esprit d'investigation : vous entendrez tout à l'heare sa notice sur 
un concours musical au temps de Louis XIV et de Bossuet. 

Le savant historiographe du diocèse, M. J'abbé Denis, s'est 
occupé des anciennes peintures murales qui décoraient la chapelle 
du Chevet dans la cathédrale de Meaux : vous allez entendre éga- 
lement la lecture de ce travail. 

Enfin M. Tnbbé Petithomme a bien voulu se charger de rendre 
compte de la brochure de M. Plessier sur la formation du plaleau 
de la Brie. 

De nombreuses communications d'objets de curiosité ou d'an- 
tiquité ont encore été faites à la Section de Meaux par MM. 
Lefebvre, Demarsy, de Blavette, le docteur Le Roy, Lespermont 
et Muret, sociétaires; ainsi que par MM. Rondel, Carre, 
Desgeans, Plicque, Andrieux, Sterlin, Duvoir, André, Mavré, 
Moquet, Benoist, Houzelot et Haran, tous étrangers à la Société. 

Les travaux de la Section de Melun n'ont pas été moins abon- 
dants. 

AL Eugène Grésy qui alors, la présidait, a communiqué un 
mémoire sur le fief et hôtel Lecocq, à Melun, logis des ducs de 
Longueville, qu'il a lu aussi à la Sorbonne ; de savantes notices, 
accompagnées de dessins, sur les sculptures légendaires du portail 



— 140 — 

de St-Loup-de-Naud ; snr un rétable du XVIP siècle, sculpté par 
Jacques Ségogne, de Recloses ; sur des méreaux de l'abbaye de 
St-Père de Melun et du chcipître de Champeaux.Onlui doit égcde- 
inent un appendice à la biographie, déjà publiée dans les Archives 
de l'Ai't Français^ par M. Taillandier, l'un de nos membres corres- 
pondants, de Daniel Gittard, célèbre architecte du siècle de 
Louis XIV, originaire de Blandy. 

M. Louis Leguay a traité des monuments dits druidiques et des 
sépultures de Maintenon (Eure-et-Loir); il a lu à la séance publique 
de Provins ainsi qu'à la Sorbonne, une note sur une pierre à 
polir les silex, trouvée en septembre 1800 à la Varenne-SL-Hilaire, 
près Paris. 

M. Anatole Roujou a entretenu aussi la section de Melun, des 
silex taillés trouvés dans le diluvium des environs de la capitale. 

Nous avons tous gardé bon souvenir de la lecture qu'à faite à 
Provins M. Bréan, membre correspondant, sur les Gaulois primi- 
tifs; depuis, M. Brcan nous a gratifiés d'un remarquable rapport, 
accompagné de dessins, plans et photographies, offrant le résultat 
des fouilles archéologiques qu'il a opérées en J 865, aidé parle 
ministère de l'instruction publique, sur l'emplacement de Gien-le- 
Vieux (Loiret). 

M. Paul Quesvers a recherché l'étymologie du nom de Montereau. 

Des documents nouveaux ou peu connus ont permis à M. 
Lemaire de communiquer un ancien inventaire de la fabrique de 
Brie-Comte-Robert et de retracer la fondation des Célestins de 
Marcoussis. M. Lemaire a signalé la découverte, en novembre 
dernier, de deux cercueils de pierre, d'un anneau abbatial et de 
poteries du moyen-âge, à Melun, dans la cour d'honneur de la 
préfecture, ancien couvent de Bénédictins. 

Un autographe de St-Vincent-de-Paul, conservé à Brie-Comte- 
Robcrt, a fourni à M. Camille Bernardin, l'occasion d'une étude 
sur la confrérie de charité qui a existé dans cette ville, de 1631 à 
Ja Révolution. M. Bernardin a donné aussi une notice sur les 
foires de Brie-Comtc-Robert. 

M. Sollier a communiqué deux mémoires, l'un sur une lettre 
autographf;, écrite par Colbert à Mazarin dans des circonstances 
tout particulières; l'autre à propos de l'nncicn couvent de 
Moret et de la célèbre Mouresse de ce monastère, qui a toujours 
passé pour fille de Louis XIV ; ce dernier travail, plein de recher- 
ches et de détails curieux, a été lu récemment à la Sorbonne et a 
mérité à Fauteur les approbations les plus flatteuses. 



— 141 — 

M. G. Leroy, outre un excellent rapport sur les fouilles exé- 
cutées à Melun en 1865, s'est occupé des épidémies qui ont affligé 
cette localité à diverses époques ; il a restitué les détails d'une lete 
officielle sous Louis XV, les noms des potiers de Melodunum 
connus d'après les vases et les fragments de poteries recueillis 
tant au Musée départemental que par des amateurs ; il a esquissé 
une visite h Saint-Loup-de-Naud et retracé l'historique de la com- 
pagnie d'arquebusiers de Melun et le tableau de cette ville au 
temps d'Henri IV. Dans la séance générale de Fontainebleau, au 
mois d'octobre dernier, M. Leroy a fait une causerie biographique 
sur le littérateur Poinsinet, qui a été imprimée à part. 

M. Labiche a donné lecture d'une fantaisie mythologique sur le 
culte traditionnel d'Isis à Melun, et d'un certain nombre de fables 
et de poésies inédites, empreintes de naturel et d'élégance. 

Votre secrétaire général, Messieurs, a présenté à la Section de 
Melun, l'état du comté de Grécy-en-Brie au XVIP siècle, mettant 
en regard des charges qui pesaient sur ce domaine royal engagé, 
les droits seigneuriaux, les prérogatives et les revenus qui en 
constituaient alors toute l'importance. Jl a retracé l'érection de 
Fontainebleau en paroisse par Louis XIV, et essayé de raviver le 
souvenir d'une famille de peintres , valets de chambre du roi 
(Ambr-oise Dubois et ses fils). Une autre notice a été consacrée à 
la mémoire de l'abbé Seguy, académicien aujourd'hui peu tîonnu, 
mort chanoine de Meaux en 1761, et qui laissa sa modeste succes- 
sion à l'hôpital général de cette ville. 

En rendant compte de diverses publications offertes à la Société, 
votre secrétaire a dû s'attacher surtout à faire ressortir ce qui pré- 
sentait, pour notre pays, un intérêt particulier. 

Enfin, diverses communications d'objets antiques ou intéres- 
sants, de médailles, de sceaux, de poteries romaines ou gauloises, 
ont été faites à la Section de Melun par MM. Courtois, les 
docteurs Gillet etBallu, La Joye, Grésy, Latour, Leraaire, Sollier, 
Leroy, Gaucher et Laffiley. 

C'est à Provins que la Société s'est assemblée en séance générale 
au mois de mai 1865. Nos confrères n'ont pas oublié le discours 
prononcé dans la circonstance par M. le comte d'Harcourt qui 
avait pris pour sujet Hégésippe Moreau, le poète de la Voulzie; 
ni les lectures de M. Félix Bourquelot, sur le sentiment de la 
nature au moyen-âge^ de M. l'abbé Puyo sur les pierres druidi- 
ques branlantes, de M. Jules Michelin sur la tour du bourreau 



— 142 — 

de Provins, excellentes études dans des genres bien différents. 

Depuis, M. Félix Bourquelot a savamment traité des livres 
provinoises ou sous du sénat, qui eurent cours en Italie du XIP 
au XV° siècle. 

D'autres communications étaient soumises en même temps à 
cette Section par M. le marquis de Pontécoulant sur des recherches 
pratiquées sur une des buttes de Mirvault et dans les puits de 
Châteaubleau, par MAI. Teyssier des Farges et Burin; en- 
trautres objets mis au jour par la dernière de ces fouilles, nous 
avons cité déjà de nombreux moules monétaires gallo-romains. 

Grâce encore au concours éclairé et généreux de AI. Teyssier 
des Farges, de belles tombes seront prochainement relevées dans 
l'église de Pecy et préservées ainsi de la destruction. 

Enfin des monnaies, trouvées à Soignolles et à Vimpelles, ont 
été adressées à la Section de Provins par des personnes étrangères 
à la Société. 

Ce n'est pas tout. Alessieurs, que ce contingent de travaux des 
Sections; mais je ne vous redirai pas après M. G. Leroy, dont le 
rapport a été inséré au Bulletin, le résultat des fouilles archéolo- 
giques entreprises, l'été dernier, sur la place Notre-Dame de 
Alelun, à l'aide des subventions de la Commission de topographie 
des Gcfules, du Conseil municipal, de Al. le préfet, de la Section 
de Melun et aussi de quelques souscriptions particulières. Je 
dois cependant mentionner avec quel soin, avez quel zèle, cette 
laborieuse exploration a été dirigée et suivie par une commission, 
dont AI. Leroy, ses collègues lui rendent cette justice, était 
la cheville ouvrière : les fouilles ont coûté 800 fr., et elles ont 
été pendant deux mois un travail de tous les instants. 

D'importants fragments antiques précieusement recueillis : 
autels, cippcs, tombeaux, inscriptions, céramique, numisma- 
tique, enrichissent aujourd'hui le musée de Melun. 

Dans le cours de l'été dernier aussi, une seconde excursion à 
laquelle 40 sociétaires ont pris part, a été organisée dans l'arron- 
dissement de Meaux. 

En deux jours on a visité, un peu trop rapidement peut-être, 
Ferrières et son château princier, Lagny, Meaux, Quincy, Gouilly, 
Crécy, La Chapelle, Maisoncelles, Jouarre et sa crypte antique, 
puis Trilport. 

Notre confrère, M. Maxime Beauvilliers, dans son rapport lu iV 



— 143 — 

la section de Fontainebleau, s'est chargé de consigner tout l'intérêt 
de cette exploration artistique, de démontrer son utilité, ses résul- 
tats, et de dire avec quelle rare courtoisie la caravane a été 
accueillie sur son passage. 

Le programme de la Société ne s'étend pas seulement aux 
excursions scientifiques, aux fouilles archéologiques et à la publi- 
cation de son Bulletin : l'article 2 des statuts comprend encore 
l'ouverture de concours et la distribution de prix sur des 
sujets archéologiques ou historiques relatifs au pays que nous 
habitons. 

Déjà des médailles d'honneur ont été décernées en dSGo aux 
lauréats des premiers prix d'histoire de France, dans la classe 
la plus élevée des trois collèges de Melun, Meaux et Provins. 

Des récompenses seront également acquises aux personnes qui 
auront fourni les renseignements les plus utiles pour la rédac- 
tion d'un dictionnaire historique et archéologique de Seine-et- 
Marne. 

Mais jusque-là le vœu de nos statuts, sur ce point, ne se trou- 
vaitpas complètement rempli. Aujourd'hui, grâce à la libéralité 
d'un de nos honorables confrères, de M. le baron de Beauverger, 
député, la Société est en mesure d'ouvrir un véritable concours. 

L'auteur des meilleures « Recherches historiques sur l'agricul- 
ture et les conditions des populations rurales, dans les contrées 
correspondant au département de Seine-et-Marne, aux xvii" et 
xvni'^ siècles, » recevra une médaille d'or de 200 fr. dans la séance 
publique qui nous réunira à Melun, au mois de mai 1867. 

Enfin, Messieurs, puis-je passer sous silence les Conférences 
publiques du soir ? 

Sans prendre dans les Sections le patronage direct'de ces Con- 
férences, dont les bienfaits tendent à se répandre de toutes parts , 
la Société d'Archéologie a eu l'avantage de voir son Président , 
récemment nommé officier d'Académie , entreprendre à la fois 
durant l'hiver dernier , et partout avec un égal succès, des cau- 
series populaires sur l'Astronomie, dans les villes de Melun, de 
Meaux, de Fontainebleau et de Provins. 

Plusieurs de nos Confrères, bien inspirés, ont suivi l'impulsion 
donnée par M. le marquis de Pontécoulant; nous citerons dans 
cette ville de Meaux , M. Carro; à Fontainebleau , M. le docteur 
Tabouret; à Provins, M. le comte d'Harcourt; à Donnemarie, 



— IM — 

M. Delcttre; à Saints, MM. Chemin et Lefèvre; à La Ferté-Gau- 
cher, M. Plessier. Et partout, le choix des sujets, la manière dont 
ils ont été traités, ont justifié le succès des Conférences populaires, 
tout en faisant honneur aux personnes instruites qui y ont pris 
part. 

S'il est permis, en terminant, de jeter un coup-d'œil sur notre 
lendemain : 

Une troisième excursion archéologique se prépare dans l'ar- 
rondissement de Coulommiers; 

Un troisième Bulletin est sous presse, et quelques-unes des 
lectures que vous allez entendre seront les prémisses d'un qua- 
trième volume déjà riche de promesses. 

La Société se propose aussi de participer à l'Exposition univer- 
selle de 1867 et d'y apporter sa pierre à ce superbe édifice de 
l'histoire du travail. Pour y parvenir, les mesures préalables ont 
été prises et une commission, constituée dans ce but, étudiera en 
même temps l'ensemble de l'exposition aux divers points de vue 
scientifique, archéologique et artistique. 

Tel est, Messieurs, le résumé sommaire, incomplet malgré 
son étendue, de vos principaux travaux pendant une seule année. 

Permettez-moi d'espérer .que ce zèle, qui peut étonner, ne se 
démentira pas. Un petit nombre seulement d'entre nous ont pris 
jusqu'ici une part active aux travaux, aux lectures : chacun tiendra 
à honneur d'y concourir selon ses aptitudes. 

La scène sans doute est étroite pour les esprits supérieurs, 
poiir les hommes éminents qui nous honorent de leur confrater- 
nité ; mais, Ci'mme l'a dit M. le comte de Portails dans une disser- 
tation sur l'utilité des académies de province : «Tout ce qu'on 
fait pour la petite patrie, tourne au profit et à l'avantage de la 
grande. )> • 

Enfin, Messieurs, s'il nous ett indispensable pour continuer à 
progresser, de compter sur l'activité des sociétaires, nous n'avons 
pas moins besoin da la sympathie et du concours de tous nos 
concitoyens, des lumières de tous les hommes éclairés; leurs 
efforts en se joignant aux nôtres, augmenteront l'importance et 
l'intérêt des travaux des Sections. 

C'est ainsi que la Société ne cessera de mériter les approbations 
flatteuses qu'elle a obtenues, et les encouragements que lui a 
donnés en particulier M. le ministre de l'instruction publique. 

Déjà d'utiles communications ont été faites dans les Sections, 
par des personnes étrangères ù nos rangs ; on a offert à la Société 



— 145 — 

des objets antiques qui, naguère, eussent été brisés ou perdus par 
une ignorante insouciance ; on a signalé avec empressement des 
découvertes de quelque valeur; aujourd'hui encore, la présence 
dans cette enceinte d'un public nombreux et distingué, prouve 
qu'au detiors on n'est pas indifférent aux efforts de la Société 
Archéologique. Nous constatons avec bonheur ces témoignages 
d'intérêt qui méritent toute notre gratitude, parce que nous les 
considérons comme un véritable progrès accompli et qu'ils sont, 
— il faut le reconnaître, — autant de gages précieux pour 
l'avenir. 



10 



147 



POÉSIES 

PAR 31. LABICHE, 
Membre fondateur (Vlco-I»résidcnt de la Section de Mclun). 



LE MYOSOTIS . 

OU NE M'OUBLIEZ PAS. 
POÉSIE LÉGÈRE. 

Petite fleur, simple et modeste, 
Sois heureuse de ton destin: 
N'as-tu pas la couleur céleste 
De l'air azuré du matin? 
Quand d'un beau jour paraît l'aurore, 
Ne reçois-tu pas ses doux pleurs? 
Et le rayon, si frais encore, 
Qui vient ranimer tes couleurs? 

Quand le soleil, les vents, l'orage, 
Froissent l'espoir des laboureurs,. 
Petite, tu braves l'outrage 
Qui vient flétrir tes grandes sœurs. 
Lorsque tout dort dans la nuit sombre 
Et que rien n'en trouble le cours. 
Si le ver-luisant chasse l'ombre, 
C'est pour éclairer tes amours. 

Près de toi, quand sur la verdure 
Viennent soupirer deux amants, 
Tu peux entendre le mumure 
De leurs voix et de leurs serments: 
Petite fleur, reste muette. 
Si tu disais le nom si doux 



— 148 — 

Que redit ma bouche indiscrète, 
Tu me ferais trop de jaloux. 

L'oiseau frileux qui fuit la France, 
Le guerrier par le 1er atteint. 
Les amants qu'afflige l'absence. 
Et la vieillesse qui s'éteint. 
Tout dit ton nom sur cette terre; 
Nul ne s'en va, loin ou là-bas, 
Sans soupirer avec mystère 
Ces doux mots: ne m'oubliez pas. 



LA ROSE ET LA JEUNE FILLE. 

FABLE. 

J'attendais le rayon qui devait m'entr'ouvrir, 
Quand, ce matin, tombaient les larmes de l'aurore; 

Il a brillé ce soleil qui dévore, 
Et tu daignes, ce soir, à peine me cueillir! 
Un seul jour a suffi pour faner ma corolle 
Qui va se disperser par le souffle d'Éole. 
Mais à toi, jeune fille, il faut bien moins encor 
Pour flétrir tes beaux jours et désoler ta vie : 
Un seul mot prononcé par la haine ou l'envie, 

Fût-ce une calomnie. 
Et te voilà perdue! et ni le rang, ni l'or 
Ne peuvent t'abriter d'une pareille atteinte; 
Il te faut, avec l'air, en respirer la crainte. 
Contre la voix du mal Dieu même ne peut rien ; 
Elle est comme le flot qui monte et nous inonde. 
Fuis'donc, si tu le peux, et le bruit et le monde, 
De la réserve en tout adopte le lien ; 
Sois comme la rosée une amante de l'ombre, 
Si ta pudeur préfère au soleil un jour sombre, 

Enfant, tu t'en trouveras bien; 
Car, tu le vois, lien non t à peu de chose 
Le renom d'une femme et l'éclat d'une rose. 






BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ' 



SCIENCES. LETTRES ET ARTS 
nu DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MAIINE. 



A Meaux. chez liE Bl-OWMEIi, libraire de la Société. 



A Paris, chez Auguste AUBRY, 1(3, rue Dauphine. 



A Melun, chez M""' V" THUVIEN, libraire. 

A CouLOMMiERS, chc'z BRODARD, libraire. 

.\ Fontainebleau, chez LAGODRE, libraire. 

A Provins, chez LE HERICHÉ, iraprimour-libraire. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE 



SCIENCES, LETTRES ET ARTS 



DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE 



Fondée à MELUN, le 16 mai 1864 



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M EAUX 

TYPOGRAPHIE DE J. CARRO 

IMfSt?-»: F.UI8 nu BLXI.ETII\' UE I,» .«iOClÉTii 



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SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE 

SCIENCES, LETTRES ET ARTS 

DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE. 



PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ, 



SÉANCE GÉNÉRALE ET PUBLIQUE 

TENUE A MEAUX LE 21 MAI 1866. 



La Société d'Archéologie, Sciences, Lettres et Arts de Seine-et- 
Marne tient sa première réunion générale de l'année J866 le 
vingt-un mai, dans la ville de Meaux. 

Sont présents : MM. le marquis Ad. de Pontécoulant, prési- 
dent; Félix Bourquelot, vice-président sortant; A. Carro père, 
vice-président; Anatole Dauvergne, le vicomte de Ponton d'Amé- 
court, Félix Lajoye et le comte B. d'Harcourt, présidents de Sec- 
tions; Th. Lhuillier, secrétaire-général; Courtois, trésorier; Le- 
maire, archiviste ; Gauthion, vice-président de la Section de Fon- 
tainebleau ; l'abbé Denis, vice-président de la Section de A^Ieaux; 
le comte Eug. de Fontaine deResbecq, membre delà Commission 
du bulletin ; Eymard , membre de la Commission des finances ; 
de Colombel, délégué delà Section de Meaux; Maxime Beauvil- 
]iers, de Fontainebleau; l'abbé Bécheret, curé de Monthyon ; 
Jules Carro, de Meaux ; Paul Cère, de Lagny ; Amynthe Cinot, 
de Saint-Martin-lès-Voulangis ; Cochet, de Meaux ; Decœur, de 

1 



Lagny ; Charles Ficliot, de Melun ; de Ginoux, de Meaux ; 
Eug. Godin, de Melun ; Laurent-Thomas, de Saint-Germain- 
lès-Gouilly ; Latour, de Melun ; Le Blondel, de Meaux ; Louis 
Leguay, de Melun ; docteur Le Roy, de Meaux ; Léon Litzel- 
mann, de Fontainebleau ; Morlot, de Meaux; l'abbé Petithomme, 
curé de Villcnoy ; Victor Plessier, de La Ferté-Gaucher ; l'abbé 
Torchet, de Chelles ; Torchet, de Meaux ; Troublé, de Meaux, et 
autres qui ont omis de signer la feuille de présence. 

Ont exprimé leurs regrets de ne pouvoir assister à la séance : 
LL. EE. MM. Duruy, ministre de l'instruction publique, etDrouyn 
de Lhuys, ministre des affaires étrangères; M. le baron deLassus 
Saint-Geniès, préfet de Seine-et-Marne ; MM. le baron de Beau- 
verger et Josseau, députés ; Jules David, président de la Section 
de Fontainebleau, l'abbé Gillet, le comte Jules de Lasteyrie, 
Bourges, Bayard, G. Leroy, Sénèque et Sollier. 

L'ordre du jour divise la Séance en deux parties : séance admi- 
nistrative et lectures publiques. 

SÉANCE ADMINISTRATIVE : 

A une heure, les Sociétaires sont réunis dans la principale salle 
do la bibliothèque publique, h l'Hôtel-de- Ville. Après diverses 
communications par le Président de la Société, le Secrétaire-gé- 
néral rend compte du résultat des élections qui ont eu lieu les 
G et 7 mai 1866, pour le renouvellement du Bureau central ; il 
donne lecture de la protestation d'un membre de la Section de 
Meaux, contre de prétendues irrégularités commises lors de ces 
élections, protestation h laquelle se sont associés plusieurs autres 
membres de la môme Section. Il est également donné lecture de 
diverses pièces relatives à cet incident, notamment du procès-ver- 
bal des opérations qui ont eu lieu dans la Section de Meaux. A la 
suite de quelques explications, il est décidé, par acclamation, 
qu'aucun article du règlement n'ayant été violé, il n'y avait pas 
lieu à protestation, et il est passé à l'ordre du jour. 

M. Courtois, trésorier, a la parole pour rendre compte de l'état 
financier de la Société au 1" janvier 1866. On entend avec in- 
térêt la lecture du travail de M. Courtois ( voir ci-après), qui est 
approuvé; sur la proposition du Président, des remercîments 
sont unanimement votés au Trésorier, tant pour sa gestion intel- 
ligente que pour ses avances gratuites. 

Le Présidunt entretient lu Société du rapport do la commission 



— 3 — 

nommée à la dernicro séance du Comité central alin de déterminer 
les bases du concours ouvert pour iSQl, grâce à la munificence de 
M. le baron de Beauverger, député, membre de la Section de 
Melun, sur cette question : Recherches historiques sur l'agriculture 
et la condition des populations rurales dans les contrées correspondant 
au département de Seine-et-Marne, auxxYîi^ et xviii'' siècles. — Com- 
paraison avec répoque actuelle. 

Le programme de ce concours, dont les conditions générales 
sont d'ailleurs réglées par les statuts, est distribué aux membres 
présents. 

En raison de l'heure fixée pour la séance publique, la séance 
administrative, suspendue à deux heures, est reprise à cinq heures 
du soir. On entend alors un rapport de M. Félix Bourquelot, au 
nom d'une commission chargée d'examiner la demande de modi- 
fication de l'art. 80 du règlement de la Société. Après un débat, du- 
quel il ressort qu'il convient, avant de rien modifier aux statuts 
en assemblée générale, de consulter préalablement chaque Sec- 
tion, les opinions sont divisées lorsqu'il s'agit de décider si l'on 
prendra pour base de la majorité le nombre des membres qui 
auront exprimé un avis, ou le nombre des Sections elles-mêmes ; 
l'assemblée décide le renvoi à la commission et la question est 
ajournée. 

M. Félix Bourquelot qui, pour des raisons de santé, a décliné 
l'honneur de sa réélection aux fonctions de vice-président de la 
Société, est nommé, par acclamation, vice-président honoraire. 

Le Président de la Société fait ensuite observer que quatre 
membres seulement ayant obtenu la majorité des suffrages dans 
les Sections, pour la composition de la Commission du bulletin, 
lors de la dernière élection, et les votes s'étant divisés pour un der- 
nier membre à élire, il y a lieu de procéder en assemblée générale 
à la nomination de ce cinquième membre. M. le comte de Cir- 
court, de Fontainebleau, qui avait réuni le plus grand nombre 
de suffrages au premier tour, est élu par acclamation. Le Prési- 
dent propose à l'assemblée de laisser à l'avenir à chaque Section 
la nomination d'un membre pour la Commission du bulletin. 
Cette proposition est adoptée. 

Un amendement à l'art. 4" des statuts, proposé par plusieurs 
Sections, pour l'admission des dames s'occupant sérieusement des 
lettres, de sciences ou d'arts, et renvoyé par le Comité central à la 
décision de la Société, en assemblée générale, est mis en délibéra- 
tion. Après une discussion à laquelle prennent part MM. le docteur 



Le Roy, Torchet, l'abbé Petithomme, Plessier, Courtois, le vicomte 
d'Amécourt et quelques autres membres, l'assemblée décide qu'il 
y a lieu, non de modifier à cet égard, l'art l"des statuts, mais seu- 
lement d'interpréter l'expression hommes d'études. Par un vote au 
scrutin secret, la Société déclare que le sens le plus large doit être 
donné à ce mot, laissant, bien entendu, à chaque Section le soin 
déjuger de l'opportunité d'admission et d'apprécier les titres des 
dames, lors de la présentation des candidatures. | 

A six heures et demie, la séance est levée. 

SÉANCE PUBLIQUE : 

A deux heures, le grand salon de l'Hôtel-de-Ville, gracieuse- 
ment mis, par l'autorité municipale, à la disposition delà Société, 
est rempli d'invités parmi lesquels les dames sont en grand 
nombre. Le Bureau et les membres de la Société prennent leurs 
places sur une estrade disposée à cet effet. A côté de M. le mar- 
quis de Pontécoulant, Président, se trouve M. de Marcilly, sous- 
préfet de l'arrondissement de Meaux. 

La musique du régiment des Lanciers de la Garde, sous l'habile 
direction de M. Hippolyte Martin, annonce l'ouverture de la 
séance en exécutant un morceau d'Auber. 

Les membres nouvellement élus pour former le Bureau central 
de la Société, du mois de mai -18G6 au mois de mai 1867, sont ins- 
tallés dans l'ordre suivant : 

Président : M. le marquis Ad. de Pontécoulant ; 
Vice-président: M. A. Carro, père; 
Secrétaire-général : M. Th. Lhuillier ; 
Trésorier: M. Courtois; 
Archiviste: M. Lemaire. 

Membres de la Commission du Bulletin : 

MM. Brunet de Presle, de l'Institut; 
Le comte P. de Ghampagny ; 
Le comte Eug. de Fontaine de Resbecq ; 
Le vicomte de Ponton d'Amécourt. 

Membres de la Commission des Finances: 

MM. Eymard, 
Cautiiion, 
de Gorny 



M. Maxime Beanvilliurs, l'un des Secrétaires do la Section de 
Fontainebleau, adresse au Président les paroles suivantes, au sujet 
de la médaille d'or qu'ont voulu lui offrir les auditeurs de ses 
conférences pendant l'hiver dernier, ainsi qu'un grand nombre de 
Sociétaires : 

« Monsieur le Marquis, 

» En m'accordant pour un moment la parole, permettez-moi, 
dès l'ouverture de cette séance, de vous féliciter de votre réélec- 
tion. 

» Par la confirmation de vos pouvoirs, cher Président et ami, 
la Société d'Archéologie de Seine-et-Marne, a voulu vous donner 
une preuve toute particulière de son dévouement et de son affec- 
tion. 

» Aujourd'hui, vous allez recevoir, en séance solennelle, la mé- 
daille qui vous est offerte à titre de reconnaissance, tant par divers 
membres de la Société que vous avez si puissamment contribué à 
fonder et à consolider, que par les auditeurs des conférences gra- 
tuites, faites et multipliées par vous aux diverses extrémités du 
département. 

» Vous aviez cru devoir réserver à l'initiateur d'une souscription 
dont le succès a dépassé toutes ses espérances, la satisfaction de 
vous remettre lui-même cette médaille. 

» Laissez-moi, Monsieur le Marquis, décliner cet honneur. Je 
ne suis que l'un des producteurs et l'un des travailleurs les plus 
zélés de notre Compagnie. Il me manque, sinon l'âge, du moins 
l'autorité nécessaire en pareille circonstance. 

» Je prie donc, au nom de tous les souscripteurs, M. le Sous- 
préfet de l'arrondissement de Meaux de vous faire la remise de 
cette médaille qui rappellera les incontestables services rendus 
par vous à la science archéologique et à l'œuvre des conférences 
publiques. 

» Fidèle observateur des traditions de votre famille, vous aurez 
un souvenir de plus à inscrire dans les annales de votre vieille 
maison, qui a toujours tenu à honneur de se distinguer doublement 
par la plume et par l'épée. » 

En recevant des mains de M. le Sous-préfet la médaille qui lui 
est offerte, M. le Marquis de Pontécoulant a remercié à peu près 
en ces termes : 

(( Les expressions me font défaut pour vous dire les senti- 



ments de gratitudo que j'éprouve au témoignage d'intérêt que 
vous me présentez au nom de mes confrères et de mes auditeurs 
et qui gagne encore à m'être transmis par M. le Sous-préfet. 

» Mais je me demande ce que représente ce témoignage? Ce ne 
peut être un encouragement, à mon âge on n'en reçoit plus. Ce 
n'est pas non plus le prix de mon savoir, car je reconnais mon 
incapacité ; je ne puis donc voir, dans ce don, qu'une fleur que 
l'on veut bien placer par anticipation sur mon tombeau. Je vous 
avoue, Messieurs, que je suis fort heureux de ne pas laisser à mes 
héritiers, le soin de vous en remercier. » 

Puis il a prononcé le discours suivant : 

(( Permettez-moi , Messieurs, en ouvrant cette séance , de vous 
exprimer combien je suis fier, combien je me sens touché delà 
marque d'estime que vous voulez bien me donner en m'appelant, 
pour la seconde fois, h l'honneur de présider la Société d'Archéo- 
logie, Sciences, Lettres et Arts de Seine-et-Marne. 

» Je profite de cette occasion qui réunit des représentants de 
toutes les Sections, pour les prier d'offrir à mes confrères mes 
bien vifs remercîments. Le passé, Messieurs, répond de l'avenir : 
j'ai fait pour la Société et pour les Conférences tout ce que j'ai 
pu, et je n'ai qu'un regret, c'est celui de n'avoir pu faire davan- 
tage. 

» J'aurais dû, peut-être, avoir conscience de ma faiblesse et dé- 
cliner l'insigne honneur que vous me décernez aujourd'hui; s'il n'en 
a pas été ainsi, c'est que, je vous l'avoue. Messieurs, votre choix a 
été pour moi si flatteur que j'ai cédé, malgré la profonde conviction 
de mon insuffisance, à l'orgueil de vous diriger encore et de vous 
maintenir dans la voie que vous avez d('jà si dignement parcou- 
rue, espérant, en déployant le môme zèle et le même dévouement 
que pur le passé, me rendre digne de votre honorable confiance. 
Ce qui m'a encouragé dans cette détermination, c'est la pensée 
que vous aussi. Messieurs, quand vous avez daigné jeter, pour la 
seconde fois, les yeux siu^ moi et oublier en ma llivinu' le nom de 
tant d'hommes éruditsqui brillent dans vos rangs, que vous aussi, 
dis-je, avez dû croire que l'amour de la science et qu'un dévoue- 
ment sans borne àla prospérité de notre jeune association pouvaient 
tenir lieu de savoir. Telles sont, mes chers Confrères, les considé- 
i-ations qui m'ont encouragé à accepter l'honneur que vous voulez 
bien me faire; ce sont elles encore qui me soutiendront dans le 



cours de mes fonctions et qui, en me rappelant les conditions de 
votre confiance, me retraceront sans cesse l'étendue de mes 
devoirs. 

» Ces devoirs pourront parfois devenir difficiles, fatigants, pé- 
nibles même, mais veuillez en être persuadés, jamais votre Prési- 
dent ne faillira à leur exigence. Et d'ailleurs, pour m'aider à 
remplir les obligations qui me sont imposées, j'ai près de moi 
votre Comité central dont tous les membres sont connus de chacun 
de vous, par leur mérite éminent et par un zèle ardent et éprouvé. 

» Comptant donc sur le concours de leurs lumières et m'appuyant 
sur leur expérience et leurs conseils, je me sentirai plus fort pour 
la tâche qui m'est confiée. Assuré d'avance de votre indulgence 
et de vos amitiés, j'espère pouvoir atteindre avec vous le but si 
noble, si élevé, que vous avez eu en vue en fondant, il y a deux 
ans, la Société d'Archéologie, Sciences, Lettres et Arts du dépar- 
tement. 

» Puisque votre pensée, mes chers Confrères, se trouve reportée 
vers le principe et le but de notre association, permettez-moi de 
m'y arrêter un instant pour examiner et définir en quelques mots, 
en présence de ces honorables auditeurs qui ne les connaissent pas 
encore , la portée et l'utilité des travaux qui sont l'objet de vos 
études et de vos méditations. 

» Je ne m'arrêterai pas ici, croyez-le bien, à vous signaler les 
avantages sans nombre qui s'attachent à l'existence des associations 
scientifiques ou littéraires, car ces avantages ne sont contestés que 
par quelques esprits chagrins, qui n'aperçoivent jamais, même 
dans les beaux ouvrages de l'homme ou de la nature, que les 
taches, que les erreurs ou les imperfections, comme si l'imperfec- 
tion et l'erreur n'étaient pas inhérentes à tout ce qui est l'homme 
ou tient de l'homme. L'histoire des principaux corps savants et 
l'exposition des services qu'ils ont rendus, fourniraient une foule 
d'arguments à opposer à leurs détracteurs. Mais la meilleure 
réponse à faire à ceux qui nient le mouvement, c'est de marcher 
devant eux : c'est celle que, depuis des siècles, l'humanité fait à 
ceux qui contestent le progrès; c'est celle-là aussi, Messieurs, que 
vous préférez : c'est par vos travaux que vous répondez à ceux qui 
semblent douter de vos aptitudes. 

«D'ailleurs, en dehors de tous les arguments tirés de l'histoire 
des sciences, il est un fait bien remarquable, fait qui caractérise 
spécialement notre époque et qui conclut d'une manière décisive 
en faveur de ces institutions; c'est cette tendance d'association qui 



— 8 — 

éclate aujourd'hui chez tous les peuples civilisés, et qui se mani- 
feste aussi bien dans le domaine du travail matériel que dans celui 
du travail purement intellectuel. Partout, en effet, on voit s'élever 
de pareilles associations et leurs relations se multiplier en raison 
du progrès des sciences et des arts. Cette tendance ne serait- 
elle qu'une espèce de hasard, de caprice, un de ces phénomiènes 
passagers qui ne tiennent à rien, ni dans le passé, ni dans l'ave- 
nir, que la mode a fait naître et qui disparaissent avec elle? 
Je ne saurais admettre cette idée, et je crois au contraire que ce 
fait constitue un dss mouvements les plus rationels de l'activité 
humaine. 

» A mesure qu'une science va s'étendant, se divisant et se subdi- 
visant, il devient toujours plus difficile et bientôt même impossible 
pour l'individu d'embrasser, par sa seule intelligence, toutes ses 
ramifications. Alors, chacun de ses rameaux vigoureux devient 
l'objet de méditations particulières et d'études spéciales. Mais 
le besoin de réunion se fait sentir; le travail commun, le tra- 
vail social devient une nécessité pour refaire, pour reconstruire, 
en quelque sorte, le grand corps de la science, décomposé par 
l'analyse individuelle. C'est ainsi, qu'il me soit permis de faire ici 
ce rapprochement , que dans l'ordre scientifique et littéraire 
comme dans l'ordre industriel, les progrès même de la civilisa- 
tion, ramènent aujourd'hui l'humanité à cette loi conservatrice 
d'association, si puissante au moyen-âge et dont elle semblait s'être 
momentanément séparée. 

» Vous n'avez donc fait, mes chers Confrères, qu'obéir à un 
grand besoin de notre époque, quand vous avez résolu de mettre 
en commun vos efforts et vos lumières, de rapprocher vos intelli- 
gences et vos cœurs pour l'étude de ces lettres que vous aimez tous 
avec ardeur; de ces arts que la plupart d'entre vous pratiquent 
avec succès; de l'archéologie, cette belle et vaste science que vous 
cultivez avec tant d'intérêt. 

» Vous avez donc rendu, Messieurs, un service signalé au dé- 
partement, le jour où vous avez fait appel h tous ces hommes labo- 
rieux qui fouillent avec ardeur les décombres épars sur le sol, qui 
secouent la poussière des archives pour y rencontrer les traces du 
passé, pour en rechercher les débris et réédifier pour ainsi dire 
les monuments des temps qui ne sont plus, pour raviver de leur 
talent les souvenirs fastes ou néfastes des siècles qui nous ont pré- 
cédés 
» L'histoire, Messieurs, vous aura de grandes obligations, car 



— 9 — 

c'est surtout pour elle que vous travaillez, que vous recueillez, 
que vous préparez ces précieux matériaux qu'elle recevra de vos 
mains, contrôlés, éprouvés par une sage critique. Aussi, pour satis- 
faire à cette partie de votre mission, vous portez vos regards scru- 
tateurs surtout ce qui se rattache au passé si intéressant de notre 
département : histoire, coutumes, légendes, proverbes, poésie, chants, 
tableaux, monuments, inscriptions, tombeaux, etc. : tout est de votre 
domaine et subit vos investigations. 

» Mais ce qui vous distingue surtout, Messiours, des autres 
sociétés savantes et littéraires créées dans ce département, c'est 
votre ardeur à seconder, à encourager cette réaction moderne de 
respect et de vénération [;our ce qui vient de nos ancêtres, réaction 
généreuse qui fait honneur à l'esprit réparateur de notre époque, 
mais qu'il ne faut pas laisser livrée à elle-même, car elle a besoin 
d'être sans cesse éclairée et dirigée. 

» Ce respect des choses belles et saintes, que notre Société est 
appelée à inspirer, fera que l'on ne verra plus, comme nous en 
avons été souvent témoins, fouler aux pieds les restes d'un grand 
homme, ou briser, pour en faire des dalles, la pierre de son tom- 
beau. Eclairée par vos travaux, par vos instructions, par vos con- 
seils, la génération nouvelle, animée du véritable amour du pro- 
grès, jettera un regard en arrière. Elle comprendra que nos 
ancêtres ont fait de grandes et belles choses dont il importe de 
garder la mémoire. Elle comprendra également que tout ne doit 
pas tomber sous la pioche du démolisseur. Cette génération sen- 
tira qu'elle doit à un passé glorieux les mêmes respects qu'elle 
demandera un jour, du fond de son sépulcre, à ses arrière-neveux. 
Elle saura surtout que si c'est un devoir pour l'humanité d'élever 
de nouveaux temples, c'est un devoir également pour elle de sou- 
tenir ceux qui sont encore debout et d'en étayer les colonnes 
prêtes à s'écrouler. 

» Par votre aide, enfin, mes chers Confrères, l'esprit de nos 
campagnes se formera, se développera, s'agrandira en raison de 
l'estime que le peuple saura accorder et conserver pour ce qu'il y 
a de beau dans le passé, pour tout ce qui a distingué les nations 
précédemment établies sur le sol natal. 

» Vous aurez donc des droits à la reconnaissance du mora- 
liste comme à celle du savant. Et cette étude si consciencieuse 
de nos vieux temples, à laquelle vous vous livrez avec tant d'ar- 
deur, ne sera puS un moindre titre aux yeux du pays et surtout 
à ccQX des amis des arts, car l'art, dans le département de Seine- 



— 10 — 

et-Marne, est essentiellement religieux; ses plus beaux monu- 
ments sont l'expression d'une pensée pieuse, la matérialisation 
imposante d'une aspiration de l'homme vers la divinité; et, 
vous le savez, par le style comme par la pensée, l'art religieux 
sera toujours le type le plus noble et le plus pur de la véritable 
grandeur. 

» Ainsi donc : du point de vue artistique et monumental comme 
du point de vue historique, vos travaux sont avant tout la réalisa- 
tion d'une pensée morale et généreuse; puissent-ils devenir un 
jour un monument dont aient à s'enorgueillir la science et le pays! 

» Vous le voyez, chers Confrères, votre mission est grande et 
belle. En vous l'imposant, vous avez eu la conscience de vos forces 
et le sentiment du bien que vous êtes appelés à produire. De 
toutes parts ont éclaté les plus vives sympathies pour vos efforts. 
Vous voyez à chacune de nos réunions les hommes les plus émi- 
nents par leurs noms, par leur savoir, par leurs talents, par leur 
position, répondre avec empressement à votre appel et s'associer à 
vos travaux; qu'ils reçoivent les remercîments de la Société pour 
l'honneur qu'ils lui font de vouloir bien assister aujourd'hui à cette 
séance. 

» Vous avez décidé. Messieurs, qu'un Répertoire historique et 
archéologique du département serait dressé et rédigé par les soins 
de la Société. Pour obtenir sur chaque commune le plus de rensei- 
gnements possible, vous vous êtes adressés à différentes personnes 
et particulièrement à MM. les instituteurs, en leur faisant par- 
venir un questionnaire. Afin d'exciter leur zèle à y répondre, un 
membre de la Société a offert une médaille d'or et une de vermeil 
pour récompenser les auteurs des deux meilleurs travaux. Ces 
prix devaient être distribués dans cette séance, mais le petit nom- 
bre de questionnaires retournés jusqu'à présent force la Société à 
reculer d'une année le terme d'abord fixé. Voulant cependant re- 
connaître le zèle des premiers travailleurs, la Société, tout en 
réservant leurs droits au concours ouvert, croit devoir offrir 
une médaille d"encouragemont à MM. le corale de Lélourville, 
maire de Pontault; Giot, cultivateur à Chevry-Gossigny ; Droui- 
ncau, de Lizy-sur-Ourcq ; lladidcau, instituteur à Saint-Martin- 
en-Bierre; Lhioreau, instituteur à, Moisenay; Gouère, instituteur 
à Gretz ; Sarazin, instituteur au Plessis-'Placy; Dubois, insti- 
tuteur à Coulommes; Leclcre, instituteur à Augers; Boutillier, 
instituteur à Guérard; Flon, instituteur aux Chapelles-Bourbon, 
et Baussant, instituteur h La Chapelle-Iger. 



— 11 — 

» Au dehors, Messieurs, votre voix a été entendue, vos travaux, 
vos recherches ont eu du retentissement; déjà on vient de diffé- 
rents côtés vous signaler des épaves ignorées ou retrouvées. Ces 
témoignages d'intérêt, ce recours à votre savoir sont la meilleure 
preuve que vous avez été compris et que l'on a confiance en vos 
lumières. La Société doit et adresse des remercîments à toutes les 
personnes qui lui ont donné preuve de bon vouloir par lears inté- 
ressantes communications; la liste, en tête de laquelle figure 
M. le baron de Lassus St-Geniès, qui porte à la Société un vif in- 
térêt, serait trop longue à citer (1). 

» Votre début, Messieurs, est trop heureux, la route h parcourir 
est trop belle et votre dévouement trop réel, trop sincère, pour 
n'être pas certain des brillantes destinées que l'avenir réserve à 
notre jeune association. Mais n'oublions pas qu'en toute chose, ici- 
bas, le travail est la première, la plus rigoureuse condition de 
l'existence et du succès. Travaillons donc, et surtout ne remettons 
que le plus rarement possible au lendemain ce que nous voudrions 
faire aujourd'hui; songeons sans cesse que le temps et la mort 
nous talonnent. 

))Je suis fâché. Messieurs, de vous rappeler dans ce jour mémo- 
rable pour vous, des idées tristes, et de remplir ici l'emploi de cet 
esclave romain qui, accompagnant le char du triomphateur, lui 
criait de temps à autre : Souviens-toi que tu es homme! Mais c'est 
un devoir pour moi de vous signaler les pertes éprouvées par la 
Société. 

» La section de Coulommiers a fait une perte regrettable dans 
la personne de M. Montagne, membre de l'Institut, et dans celle 
de M. Mauger, juge de paix. 

» La mort est venue frapper à Fontainebleau, M. Colbrandt. 

» Meaux et Melun n'ont heureusement aucun membre à regretter. 

)) Mais de toutes nos sections la plus éprouvée est celle de Pro- 
vins, qui a perdu cinq de ses membres dans l'espace de six mois : 
M. Meunier, maire de Provins; M. Marin, architecte de la même 
ville; M. le comte de Saint-Chamans, M. Muret et M. V. Juin. 

» Je viens de vous rappeler les personnes qui ne sont plus, don- 
nons-leur un souvenir et un regret, car elles furent des premières 
à venir prendre place dans nos rangs. Plusieurs d'entre elles 
avaient promis, avaient annoncé des travaux à leurs Sections, et 



(1) Voir le compte-rendu des travaux, lu par le Secrétaire-général à la séance 
publique de Meaux, et inséré ci-après. 



— 12 — 

leurs papiers prouvent que leurs promesses n'étaient pas vaines; 
elles avaient déjà ensemencé le champ, elles se préparaient à en 
réunir les fruits quand la mort, cette moissonneuse aveugle, im- 
pitoyable, est venue enlever à la fois le laboureur et sa récolte. 

» Un de nos éminents confrères manque aujourd'hui au ren- 
dez-vous, c'est la première fois que nous nous trouvons privés 
de sa présence. Il avait trouvé, vous le savez, dans ses travaux 
scientifiques leurs récompenses naturelles : au dedans la paix de 
l'âme, au dehors la considération jointe à la renommée. Mais 
Dieu lui avait réservé une bien douloureuse épreuve, la mort 
d'un fils à peine âgé de dix-neuf ans, qui, pour la bonté, la mo- 
destie et le savoir, marchait à grands pas sur les traces de son 
père. Je crois devoir témoigner publiquement, au nom de la 
Société, à Monsieur Brunet de Presle, notre estimé confrère, la 
part que nous prenons tous à la perte qu'il vient d'éprouver, ainsi 
que nos vifs regrets au souvenir de cette jeune vie qui vient de 
s'éteindre tout h coup au milieu des plus belles espérances, sans 
avoir encore engagé le combat ni subi aucun mécompte. 

') Vous avez été étonnés sans doute, mes chers Confrères, de 
voir la seconde place du Bureau de la Société occupée aujourd'hui 
par une autre personne que celle que vous étiez habitués à y aper- 
cevoir depuis sa création. Notre honorable confrère M. Félix Bour- 
quelot, par des raisons de santé seulement, a refusé toute espèce 
de candidature. S'il abandonne les fonctions de la vice-présidence, 
M. Félix Bourquelot nous a promis du moins de nous continuer 
ses bienveillants conseils et de nous faire participer à ses précieux 
travaux. Nous avons respecté les désirs de notre confrère ; nous 
n'avons pas voulu que la santé de M. Bourquelot eût à souffrir des 
exigences de notre Société, car c'eût été faire un vol à la science 
qu'il sait enrichir chaque jour. Nous devons des remercîments à 
notre honorable Confrère pour les soins et tout le temps qu'il a 
consacrés à l'organisation de la Société dont il a été un des douze 
premiers créateurs, et pour tous les conseils dont il a constam- 
ment entouré votre Président. C'est une dette, Messieurs, que 
nous avons contractée envers M. Bourquelot, et comme les dettes 
de reconnaissance sont les plus sacrées, je demande que pour y 
satisfaire nous proclamions, séance tenante, M. Félix Bourquelot 
vice-président honoraire de la Société (1). 



(1) Cette nomination a été ralifiée par l'acclamation unanime do tous les membre? 
présents, à la séance administrative. 



— i3 — 

» Nos dettes et de reconnaissance et de souvenirs acquittées, je 
termine en vous disant : je compte sur vous, mes chers Confrères, 
et veuillez compter sur moi. Je suis trop fier de vos suffrages pour 
ne pas consacrer avec zèle et avec bonheur tout ce qu'il peut y 
avoir en moi de force et de dévouement, à la réalisation de nos 
communes espérances. Ma récompense sera bien douce si je puis 
dire en me joignant à vous, mes chers Confrères : Nous aussi, 
nous avons coopéré aux progrès des sciences, aux progrès des 
lettres et des arts; nous aussi avons été utiles à nos concitoyens, 
et nous aussi, nous avons contribué à la gloire du département.» 

Après ce discours couvert d'applaudissements, le Secrétaire- 
général rend compte des travaux de la Société pendant l'année 
1865-1866; en résumant l'œuvre commune, il démontre l'activité 
des Sections, activité féconde qui peut étonner chez quelques-unes, 
et qui pourtant, il faut l'espérer, ne se démentira pas dans l'a- 
venir. 

M. Lhuillier proclame aussi les noms des douze personnes étran- 
gères à la Société, qui ont fourni jusqu'à présent les renseigne- 
ments écrits les plus utiles sur diverses communes, en réponse 
au questionnaire répandu pour parvenir à la rédaction d'un Ré- 
pertoire historique et archéologique de Seine-et-Marne. Un Socié- 
taire ayant voulu, pour encourager ces communications, en dehors 
du concours ouvert pour le même objet jusqu'au mois de mai 1867, 
que des médailles de remercîment fussent décernées dès à présent 
aux douze auteurs de ces premiers renseignements, elles sont 
acquises h MM. le comte de Létourville, maire de Pontault ; 
Drouineau, propriétaire à Lizy ; Giot, cultivateur à Ghevry- 
Cossigny ; Gouère, instituteur à Gretz ; Lhioreau, instituteur à 
Moisenay; Radideau, instituteur à Saint-Martin-en-Bierre; Flon, 
instituteur aux Chapelles-Bourbon ; Boutillier, instituteur à 
Guérard ; Baussant, instituteur à La Chapelle-Iger ; Leclère, 
instituteur à Angers ; Sarazin, instituteur au Plessis-Placy, et 
Dubois, instituteur à Coulorames. 

Plusieurs médailles sont décernées immédiatement à celles de 
ces personjies qui assistent à la séance ; les autres seront remises 
par les soins des Présidents de Sections. 

M. Carro, vice-président de la Société, prononce quelques pa- 
roles pour encourager les communications archéologiques et pour 
démontrer tout l'intérêt que peuvent offrir parfois les plus mo- 
destes renseignements. Il cite, h ce propos, le précieux collier 



— \l _ 

antique, signalé par M. Plicque, maire de Vigncly, et qui, formé 
de simples fragments de coquillages, n'en excite pas moins en ce 
moment l'intérêt des plus savants archéologues. 

La parole est accordée ensuite à M. Max. Beauvilliers (de la 
Section de Fontainebleau), qui lit une notice sur des autographes 
de Henri IV et de Louis XIV, conservés aux archives de l'hôpital 
du Mont-Perreux à Fontainebleau ; il expose la cause première 
de la faveur dont jouît autrefois la famille de Béringhein, et re- 
lève, d'après l'un de ces autographes, une erreur reproduite dans 
diverses monographies, au sujet du fondateur de l'hôpital du 
Mont-Perreux. 

M. Garro, — au nom de M. Domet, membre de la Section de Fon- 
tainebleau, qui n'a pu se rendre à la réunion, — donne lecture 
d'un mémoire historique sur les Capitaineries des chasses. 

Dans une notice sur un Concours musical au xvii° siècle, 
M. Torchet, de Meaux, présente le résultat de curieuses re- 
cherches au sujet de deux maîtres de chapelle de cette ville, con- 
temporains de Louis XIV et de Bossuet. 

M. Victor Plessier (de la Section de Coulommiers), dans une 
étude archéologique, a fait connaître, avec les légendes qui s'y 
rattachent, une pierre celtique située près de Beautheil, et connue 
dans le pays sous le nom de Pignon de Saînte-Aubierge. 

Enfin, M. l'abbé Denis (de la Section de Meaux) rappelle 
d'intéressantes peintures décoratives, qui ornaient l'ancienne cha- 
pelle Notre-Dame-du-Chevet, dans la Cathédrale de Meaux, au- 
jourd'hui reconstruite. 

Avec ces lectures, vivement applaudies, a alterné l'excellente 
exécution de morceaux de musique qui n'ont pas peu contribué 
au charme de la séance. Un air varié de Bériot et un Concerto de 
Vieutemps ont été rendus avec un talent remarquable, sur le 
violon, par M. Lamoury. M. Perrier, ténor-solo de l'église Saint- 
Eustache de Paris, a délicieusement interprété deux mélodies de 
Quidant et de Gounod {Ma barque et le Vallon). Des artistes et 
amateurs émérites ont accompagné la 1'''= partie du Concerto en la 
mineur, de Hummel, pour piano, qui a été parfaitement exécutée 
par Mme Jules Garro. Enfin, un air varié, par un habile clari- 
nettiste des Lanciers de la Garde, M. Gibert, a fort agréablement 
terminé la série des lectures et des morceaux de musique. 

M. le président ayant exprimé les remercîments de la Société 
aux artistes et aux auditeurs, la Séance est levée à ciiKi heures. 



— 15 — 



COMITÉ CENTRAL. 



EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 16 AVRIL 1866. 
Présidence de M. BOURQUELOT, vice-président. 



La Commission nommée par le Comité central, pour étudier le 
meilleur mode à suivre dans la distribution des médailles d'encou- 
ragement à l'étude de l'Histoire nationale, s'est réunie, à une 
heure après midi, sous la présidence de M. Bourquelot. 

Étaient présents : 

MM. Bayard, Fournials, Hautôme, vicomte de Ponton d'Amé- 
court, Thibault; M. Brunet de Presle s'est excusé par une lettre 
de ne pouvoir pas assister à la séance. M. Lhuillier s'est égale- 
ment excusé. 

M. le Président donne lecture d'une lettre de M. Fournials, 
principal du collège de Melun, dans laquelle il demande que la 
médaille attribuée à chaque collège par la Société d'Archéologie, 
Sciences, Lettres et Arts, ne soit pas réservée pour le cours d'his- 
toire de la classe la plus avancée, mais qu'elle soit accordée au 
cours dans lequel les élèves se seront le plus distingués par leur 
zèle et leurs progrès. 

Après délibération, et considérant surtout qu'il serait assez 
difficile de comparer d'une manière exacte les résultats de cours 
dont les programmes ne sont pas les mêmes, et qui sont faits 
souvent par divers professeurs, la Commission est d'avis que 
la médaille, comme l'année dernière, soit décernée à l'élève qui 
aura obtenu le prix d'histoire dans la classe la plus avancée. 

M, le Président de la Société d'Archéologie ayant fait pressen- 
tir que les ressources pourraient ne pas permettre de continuer 
d'accorder tous les ans une médaille à chaque collège, exprime 
l'avis que la Société pourrait se borner à une seule médaille, 
donnée successivement à chacun d'eux; la Commission est una- 
nime pour prier M. le Président de prendre des mesures afin de 
continuer le don annuel d'une médaille par collège, dùt-on, par 
économie, substituer L; bronze à l'argent. 



— IG — 



PROCÈS-YERBAUX DES SECTIONS, 



SECTION DE CQULOMMIERS. 



SÉANCE DU 25 FÉVRIER 1866. 
Présidence de M. Anatole DAUVERGNE. 



L'an 1866, le dimanche 25 février, à deux heures et demie, la 
Section de Coulommiers de la Société archéogique de Seine-et- 
Marne, se réunit dans une des salles de l'Hôtel-de-ville, en con- 
formité de l'article 4 de son règlement, sous la présidence de 
M. Anatole Dauvergne. Sont présents : MM. Josseau, député; 
Despommiers, membre du conseil général; Ludovic de Maussion, 
maire de Coulommiers; Ad. Bayard, maire de Maisoncelles; 
Chemin, maire de Saints; le marquis de Varennes; Edmond 
Marc; Liénard, de Mortcerf ; V. Plessier, de La Ferté-Gaucher; 
Flamand, de Rebais; P. Lefèvre, des Aulnois; Fernand Ogier 
de Baulny, vice-secrétaire, qui tient la plume en l'absence de 
M. Adam, empêché pour cause de maladie. 

Après l'adoption du procès-verbal de la précédente séance, M. le 
président donne lecture de la correspondance. Deux membres de 
la Section donnent leur démission : M. Manger, juge de paix du 
canton de Coulommiers, se regardant comme un membre inutile; 
M. Mie, purement et simplement, sans indiquer la cause de sa 
démission. Ces deux démissions sont acceptées. — M. Leloup, de 
La Houssaye, adresse au président et aux membres de la Section 
une longue lettre pour réclamer contre un article des statuts que 
la Section n'a pas mission do modifier. 

M. le comte de Courcy, président de la Société d'agriculture et 
membre de la Section, on adressant ses excuses de ne pouvoir as- 
sister à la séance, a bien voulu joindre à sa lettre plusieurs mé- 
dailles et monnaies qui seront déposées au musée de l'arrondisse- 
ment : 1° Unécud'orde François 1", à la Salamandre; 2" un franc 



— 17 - 

d'argent de Henri III; 3" un gros sol parisis ; 4° un denier 
d'Edouard d'Angleterre, Givitas London; 5" un Gordien III en 
argent; 6° un beau bronze de Domitien; — ces deux dernières 
trouvées à Ostie, près de Rome. Les autres ont été rencontrées 
dans des démolitions à Nesles-la-Gilberde, près de Rozoy. M. le 
Président est invité à adresser à M. de Courcy l'expression de la 
gratitude de la Section , à l'occasion de cet envoi intéressant. 

M. V. Plessier dépose sur le bureau pour le musée de Goulom- 
miers : i° un fragment de flèche ou de couteau celtique en silex; 
2" une monnaie d'argent de Gordien III et deux moules en terre 
de pièces romaines, provenant des fouilles faites dans plusieurs 
puits de Châteaubleau, sous la direction de M. Burin, instituteur 
à Saint-Just, et aux frais de M. Teyssier des Farges, membre de 
la Société d'archéologie (section de Provins). Ces objets précieux 
intéressent vivement la Section, qui félicite M. V. Plessier d'a- 
voir bien voulu les lui faire connaître. 

M. le Président annonce que M. Teyssier des Farges est dans 
l'intention d'offrir à chaque Section de la Société d'archéologie 
un certain nombre de ces moules. Au mois de septembre 1866 
de nouvelles fouilles doivent être entreprises dans les puits de 
Châteaubleau en présence de plusieurs niembres de la Société 
d'archéologie, et il est permis d'espérer de nouvelles découvertes 
sur ce territoire déjà si fécond. 

M. Flamand, de Rebais, communique un manuscrit en par- 
chemin découvert dans la commune de Saint- Barthélémy- en 
Beaulieu. C'est un obituaire ou nécrologe datant de la fin du 
xvi^ siècle. Ce registre sera examiné par M. Anatole Dauvergne. 

Il est procédé à l'élection de deux membres présentés par 
MM. Despomraiers,le marquis de Varennes et Anatole Dauvergne : 
MM. Eugène Liénard, percepteur des contributions directes à 
Saint-Ouen, canton de Rebais, et Eugène Liébert, archiviste au 
château de La Grange-Bléneau, canton de Rozoy. Leur admission 
est prononcée à l'unanimité des membres présents , moins une 
voix. 

M. Brayer, instituteur communal à Boissy-le-Ghâtel , envoie à 
la Section pour la collection d'autographes de la Bibliothèque pu- 
blique de Goulommiers, un brevet sur parchemin donné à U7i (aille- 
basse de sa musique par Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV. 
Ce document est curieux à plus d'un titre. Des remercîments se- 
ront adressés à M. Brayer, qui se montre l'un de nos plus zélés 
correspondants. 

2 



— 18 — 

Dans l'une de ses dernières séances, plusieurs membres de la 
Section de Melun ont présenté , pour faire partie de la Société 
d'archéologie, des dames ayant acquis une certaine notoriété dans 
les sciences ou dans les arts. Après discussion, la proposition a 
été renvoyée au Comité central pour l'interprétation de l'article l*"" 
des statuts généraux, mais le Comité central n'avait pas cette com- 
pétence : la Section de Coulommiers consultée, repousse à l'una- 
nimité des membres présents la proposition qui lui est soumise. 

M. Victor Plessier lit une note intitulée : Bossue^ parrain d 
Bannost. Ce travail est renvoyé à la Commission du bulletin. 

Il est ensuite donné lecture de trois notices, ou plutôt de ré- 
ponses au questionnaire adressé à tous les instituteurs du dépar- 
tement, sur l'histoire des communes auxquelles ils sont attachés. 
MM. Boutillier , de Guérard ; Pion, des Chapelles-Bourbon, et 
Beaussant , de La Chapelle-Iger, ont produit des renseignements 
intéresssants qui apporteront un secours des plus utiles à la com- 
position du Dictionnaire historique et archéologique de notre dé- 
partement. La Section n'ayant, pour le présent, aucun moyen 
de récompenser le zèle de ces honorables correspondants , prie 
M. le Président de leur adresser des félicitations, avec mention 
spéciale du procès-verbal de la séance. 

M. le marquis de Varennes propose l'acquisition par la Section 
d'une carte de l'arrondissement de Coulommmiers (celle dite du 
dépôt de la Guerre), destinée à noter les objets d'art ou d'anti- 
quité découverts sur le territoire. En fixant ainsi et de la ma- 
nière la plus certaine les lieux , les circonstances particulières à 
chaque trouvaille , on éviterait bien des erreurs aux archéologues 
futurs , et l'on rendrait plus faciles les recherches de monuments 
appartenant à une même région. Une entière adhésion est donnée 
à cette proposition qui sera communiquée aux autres Sections de 
la Société d'archéologie. 

M. le Président fait remarquer qu'il n'a reçu aucun renseigne- 
ment à propos de la conservation d'une dalle tumulaire existant 
dans l'ancienne commanderie de Chevru. Il déplore la destruction 
des ruines de La Celle (Église du Prieuré) aujourd'hui définitive. 
On ne verra plus désormais qu'un monceau de décombres qui 
disparaîtra à son tour. Du fragment de tombe que plusieurs 
membres de la Section espéraient conserver , on a réclamé 
500 francs. La valeur vénale de cette pierre était de 15 francs 
tout au plus; il n'y avait point à insister, is'éanmoins, ce souvenir 
ne serj •pas tout à fuit perdu ; un estampage complet est déposé 



— 19 — 

au musée de Goulommiers , et il suffit ù l'étude de ce qui reste 
de l'inscription. 

En revanche, M. le Président se complaît à signaler h la Section 
un acte gracieux d'un membre de la section de Meaux, M. Cinot, 
propriétaire à Crécy. M. Cinot, voulant être agréable à la ville de 
Goulommiers^ a adressé à M. Anatole Dauvergne une dalle de 
marbre noir et de provenance inconnue, trouvée h Crécy, et sur 
laquelle on avait lu le nom de Longueville. Un estampage de 
l'inscription a démontré l'inexactitude de cette lecture. Il s'agit 
d'un chevalier de Longvillies de Poincy, dont la famille, origi- 
naire du Ponthieu, posséda la terre de Poincy. aux environs de 
Meaux. D'après les renseignements fournis à M. Anatole Dau- 
vergne par le savant historiographe du diocèse de Meaux, M. l'abbé 
Denis, plusieurs personnages du nom de Poincy ont figuré, au 
siècle dernier, parmi les chevaliers de Malte et les gouverneurs 
des possessions françaises aux Antilles et en Amérique ; l'une des 
femmes aurait .donné naissance à l'impératrice Marie-Françoise- 
Joséphine Tascher de la Pagerie, première femme de Napoléon P^ 
Le fait mérite d'être étudié. Ce marbre sera offert pour la collec- 
tion de l'hôtel de Gluny ; un estampage en restera déposé aux 
archives de la Section de Coulômmiers. 

La séance est levée à quatre heures et demie. 



SÉANCE DU LUNDI 7 MAI 1866. 
Présidence de M. Anatole DAUVERGNE. 

L'an 1866, le lundi 7 mai, à deux heures et demie, la Section de 
Coulômmiers de la Société d'Archéologie de Seine-et-Marne 
s'est réunie en l'une des salles de l'hôtel-de-ville, en conformité de 
l'article 4 du règlement de cette Section, sous la présidence de 
M. Anatole Dauvergne. Étaient présents : MM. Chemin, maire 
de Saints ; Edmond Marc, de Coulômmiers ; V. Plessier, de La 
Ferté-Gaucher ; Maricot, notaire à Rozoy , le docteur Ernest 
Delbet, de La Ferté-Gaucher; Fernand Ogier de Baulny, secré- 
taire-adjoint. S'étaient fait excuser : MM. Ludovic de Maussion, 
le comte Jules de Lasteyrie et Eugène Liébert. 

Le secrétaire-adjoint donne lecture à la Section, du procès- 



— 20 — 

verbal de la dernière séance, qui est adopté sans discussion, et de 
plusieurs lettres adressées à M. le Président : 

\° Par M. l'abbé Huguenot, curé de Voinsles, demandant que, 
lors de l'excursion prochaine de la Société, une visite soit faite 
aux églises de Rozoy, Voinsles, Nesles et Bernay. Renvoi de cette 
demande à la Commission spéciale chargée d'organiser cette pro- 
menade archéologique ; 

2" Par M. le comte Jules de Lasteyrie, insistant dans les termes 
les plus gracieux pour la Société, afin d'ofîrir la visite au château 
de la Grange et le déjeûner, demandant la permission, dans le 
cas où les membres de la Société ne déjeûneraient pas à la 
Grange, de les suivre où ils iraient pour passer quelque temps 
avec eux. Renvoi à la Commission de l'excursion, et vifs remer- 
cîments à M. de Lasteyrie; 

3° Par M. Adam, secrétaire-trésorier de la Section, annonçant 
que son état de maladie ne lui permet pas de continuer ses fonc- 
tions, avec prière de pourvoir à son remplacement. La Section 
demande à M. le Président de transmettre à AI. Adam, dont le 
dévouement est bien connu, l'expression de ses regrets et de ses 
sympathies. 

M. Plessier lit une note intitulée : Bossuet parrain de la grosse 
cloche de Saint-Martin-des-Champs et de celle de La Ferté-Gaucher 
(fragment de Souvenirs inédits de Bossuet dans les paroisses de la 
conférence de La Ferté-Gaucher). Ce travail consciencieux, que la 
Commission du bulletin devra apprécier, constate principalement 
les relations qui ont existé entre l'évoque de Meaux et la famille 
du chancelier Michel Letellier. M. Plessier termine ainsi sa 
notice : 

{( En présentant dans leur ordre chronologique les faits connus 
» de la liaison qui a existé entre les Letellier et Bossuet, notre 
» but a été d'abord de faire ressortir les changements survenus 
» dans leurs relations. Ensuite, nous avons espéré attacher i\ des 
» événements de localité l'importance qui leur appartient réelle- 
» ment, lorsqu'ils jettent quelque lumière sur une vie qui est du 
» domaine de l'histoire. 

» Les deux cloches n'existent plus : celle de La Ferté-Gaucher 
» a péri en 1734, d'un coup de foudre qui renversa le clocher; on 
» ignore quel a été le sort de celle de Saint-Martin, d 

M, Chemin lit ensuite une note sur les sépultures trouvées près 
du hameau d'Épieds, commune de Saints. Six squelettes ont été 
rencontrés dans lu tranchiM.' laite pour rétublii' lu chemin vicin.il 



— 21 — 

qui conduit d'Épieds au hameau des Courrois. Tous (étaient placés 
dans une môme direction, la tête regardant le levant, vers lequel 
sont tournés les pieds. L'état fruste des ossements, complètement 
desséchés, ne permet pas de croire à un cimetière improvisé, soit 
lors de l'invasion de 1814, soit pendant les guerres du xiv" et du 
xv*" siècles, dites des Lorrains. Mais aucun objet trouvé dans 
le sol n'autorisait à déterminer l'âge de ces sépultures. En 
fouillant, le 28 avril 1866, de concert avec M. Anatole Dauvergne, 
quelques parties inexplorées de la berge d'un champ de luzerne, 
M. Chemin a rencontré de nombreux fragments de tuiles plates 
et à rebords, de fabrication ancienne. Plus de doute, ces sépul- 
tures sont antiques. Le champ est situé sur le sommet du 
plateau, à trois cents mètres environ du chemin paré qui va 
de Chailly à Pommeuse. Mais quel était l'établissement, villa ou 
poste militaire, qui longeait presque la voie ancienne? C'est ce 
qu'il sera peut-être permis de connaître quand, à l'automne 
prochain , on pourra entreprendre des fouilles régulières. La 
Section félicite M. Chemin et demande le dépôt de sa note aux 
archives, en attendant qu'il puisse la compléter par de nouveaux 
renseignements. 

M. le Président fait un rapport verbal sur le Martyrologe ou 
Obituaire de la paroisse de Saint-Barthélemy-en-BeauIieu, pré- 
senté à la Section par M. Flamand, de Rebais. 

C'est un manuscrit, sur parchemin in-8°, contenant 90 feuillets, 
qui ne mentionne aucun acte antérieur à 1595 et s'arrête au com- 
mencement du xviii'^ siècle. Ce nécrologe, toujours intéressant 
pour l'histoire des communes, présente à la marge gauche, à côté 
des chiffres, tracés en vermillon de mauvaise qualité, des lettres 
majuscules ornées, dessinées à l'encre, qui semblent appartenir à 
une époque antérieure. Ces lettres, barbares comme celles des 
manuscrits des ix* et x'' siècles, sont remplies de figures gro- 
tesques, plus ou moins coiffées, la bouche ouverte, montrant les 
dents et tirant la langue. Il est prorbable que le calligraphe-dessi- 
nateur s'est inspiré de modèles plus anciens, qu'il a interprétés 
avec un sentiment personnel. 

MM. Ernest Delbet et Victor Plessier font remarquer que les 
Obituaires manuscrits peuvent provenir d'une fabrication spé- 
ciale, d'une industrie organisée pour fournir ces registres, en 
quelque sorte obligatoires. Leur similitude , malgré quelques 
variantes, autorise cette supposition; il est peu probable que 
chaque église ait possédé un calligraphe ecclésiastique ou laïque 



— 22 — 

capable d'exécutei' ce travail, qui n'est point dépourvu d'art. 

Cette hypothèse est confirmée par l'examen d'un registre de 
même nature, adressé par M. Carbonnier, ancien maire d'Aulnoy 
et membre de la Section, qui présente des chiffres semblables à 
ceux de l'Obituaire de Saint-Barthélémy. Les lettres majuscules 
sont plus simples dans le Martirologe de l'église parrochialle de 
Nostre-Dame d'Aulnoy^ au diocèse de Meaux. Également en par- 
chemin, il contient 44 feuillets de 0"3o de hauteur, et de 0" 23 en 
largeur. La plus amcienne mention porte la date de 1446; toutes 
celles qui y ont été inscrites au xvi" siècle sont de la même main, 
et le formulaire ne varie pas : 

« Nous ferons le service de feu Jehan qui a laissé à la 

» fabrique et marguilerie de céant solz de rente à prendre etc. 

)) à la charge que les marguiliers feront faire, direct célébrer, cha- 
)) cun an, en ladicte église une messe (basse ou haulte), et pour 
» offrir pain, vin, chandelle, pour le salut et remède de l'âme 
» dudict defPunct, etc. » 

Parmi les donateurs, on^ trouve : Bernard Dernier^ tabellion à 
Coulommiers, en 1447; Jehan Chabert , en 1519; Jean Bobé ^ 
marchand à Coulommiers, en 1333. 

Le résumé des revenus de l'église d'Aulnoy constate qu'elle 
possédait au milieu du siècle dernier : 1° 22 arpents 20 perches 
de terres labourables; 2° 6 arpents 2 perches de pré; 3° une 
masure, un jardin et une partie de pré ; 4" un muid plus un septier 
de froment ; et 3° 56 livres 18 sols de rente. 

M. Anatole Dauvergne présente à la Section : 1° trois monnaies 
romaines en potin offertes au musée de Coulommiers, par M. Fré- 
noy, instituteur communal à Neufmoutier ; 2° une carte de l'élec- 
tion de Coulommiers au xvni'^ siècle, donnée par M. Achille Viré, 
clerc d'avoué à Coulommiers. Un gisement considérable de mé- 
dailles, qu'on évalue à plus de quinze cents pièces, a été rencontré 
sur le territoire de la commune de Neufmoutier. Remercîments 
à M. Frénoy qui promet un envoi plus considérable de ces mon- 
naies; 

M. Dauvergne communique les plans, coupes et élévation 
de ranci(mne église priorale des Bénédictins de La Celle, exécutés 
ï)ar M. Achille Viré avec un dévouement des plus louables. Ce 
travail, composé de douze feuilles, devient précieux pour l'Iiistoire 
du monument, totalement détruit aujourd'hui. La Section prie 
AL le Président de féliciter vivement M. Viré pour cette très-inté- 
ressante communication. 



— sa- 
line commission chargée d'étudier le programme de l'excur- 
sion archéologique proposée pour le mois de juin prochain est 
nommée; elle se compose de MM. Victor Plessier , président, 
et le docteur Ernest Delbet, pour le canton de La Ferté-Gaucher; 
Flamand pour celui de Rebais ; Maricot et Liébert pour celui 
deRozoy, et pour la ville de Goulommiers , de MM. Anatole 
Dauvergne et Fernand Ogier de Baulny. 

Il est ensuite procédé à l'élection des membres du bureau central 
de la Société d'archéologie, ainsi qu'à l'élection des membres du 
bureau de la Section de Goulommiers, dont les résultats seront 
proclamés à la réunion générale qui se tiendra à Meaux, le 
21 mai 1866. 

La séance est levée à cinq heures un quart. 



SECTION DE FONTfllNEBLERU. 



SÉANGE DU 26 FEVRIER 1866. 
Présidence de M, Jules 1)A VI D. 

La séance est ouverte à 2 heures. 

Sont présents : 

MM. David, Multigné, Gillet, Beauvilliers, le comte d'Erceville, 
Marin-Darbel, Tabouret, Bourges et Ronsin. 

Le procès-verbal de la dernière séance est adopté sans observa- 
tion. 

M. le Président fait à l'assemblée plusieurs communications ; 

Il rappelle que dans la séance du 10 juin 1865, la Section de 
Fontainebleau, comme toutes les autres Sections, avait décidé qu'on 
ferait parvenir à MM. les curés et les instituteurs de l'arrondis- 
sement, un questionnaire archéologique pouvant les mettre à 
même de fournir des renseignements sur les richesses archéolo- 
giques que leur offriraient les différentes localités qu'ils habitent. 

Jusqu'ici aucune réponse n'est parvenue au bureau de la Section 
qui a lieu de s'en étonner; après examen, il est reconnu que le 
Gomité central ne s'étant point expliqué sur les moyens d'exécu- 
tion, et n'ayant pas dit à quelle source financière devaient iiicom- 



bep les frais d'impression de ce questionnaire archéologique, qu'il 
était nécessaire d'adresser à toutes nos communes, il en est ré- 
sulté que l'invitation du Comité central n'avait point eu de suite, 
et, par conséquent, était restée sans effet. 

Reste donc à prendre des informations nouvelles pour réaliser 
le projet relatif au dictionnaire archéologique du département (1). 

M. David donne lecture d'une lettre du Président de la 
Société et du Comité central, demandant l'avis des Sections, sur la 
possibilité d'admettre comme membres titulaires les dames qui sol- 
liciteront leur entrée dans la Société archéologique. Si les Sections 
répondent affirmativement, il serait important de modifier l'ar- 
ticle premier de nos statuts généraux qui, sans l'interdire absolu- 
ment, ne se prononce pas assez en faveur de cette admission. Dix 
signatures étant nécessaires pour apporter des modifications aux 
articles du règlement, la question est mise en délibération. 

M. le Président expose que les antécédents ne sont point à créer 
en pareille matière, que les Jeux floraux, la Société des Arcades 
de Rome, la Société philotechniquC;, comptent un grand nombre de 
dames dans leurs rangs. Il est vrai que dans ces Sociétés, les dames 
n'ont titre que de membres auditeurs et prennent quelquefois un 
nom d'homme, sous lequel elles sont inscrites au rôle des sociétaires; 
mais l'on peut, cependant, se départir de cette coutume, et 
d'ailleurs, ajoute M. David, ce détail, sur lequel nous ne sommes 
point appelés à nous prononcer, relève du mode administratif qui 
pourra être ultérieurement mis en œuvre. 

Le Président pense qu'admettre les dames dans nos assemblées 
est un heureux moyen de donner de la publicité à des ouvrages 
de mérite, qui trouveraient avec avantage leur insertion dans nos 
Bulletins semestriels. 

Cette exposition a rallié tous les avis de l'assemblée, qui a voté 
à la presque unanimité l'admission des dames dans le sein de notre 
Société Archéologique. 

La Section fera parvenir au Comité central les dix signatures 
nécessaires à la modification de l'article premier du règlement 
général. 

La parole est donnée à M. Beauvilliors qui lit la deuxième partie 
de son rapport sur l'excursion archéologique dans l'arrondisse- 

(1) La Section ignorait sans (Joule qu'an moment oii son Président réclamait, 
1200 exemplaires du questionnaire avaient été distribués depuis plusieurs mois, par 
les soins du Secrétaire général de la Société. 



— 25 — 

ment deMeaux. Ce récit, auquel M. Beauvilliers mAlc Thistoire 
et la chronique, offre un intérêt plus marqué qu'un simple contre- 
rendu ; dans chaque localité, il exhume les chartes, les coutumes, 
les épisodes qui se rattachent aux gloires de la contrée, leurs ri- 
chesses architecturales et artistiques sont exposées par une main 
habile, par un esprit dont la charmante érudition a mis tout à 
profit dans cette rapide excursion. 

Un des membres de l'assemblée, M. Ronsin, annonce qu'il 
se propose de soumettre à la Section dans la séance prochaine, 
une lettre autographe de Louis XIV. 

Il signale, dans une habitation de Fontainebleau, un petit 

monument archéologique décoré d'une fort belle salamandre, 

et demande qu'une commission soit nommée pour aller étudier 

sur place quelques précieuses œuvres d'art dans la ville de 

Fontainebleau. 

L'ordre du jour épuisé, la séance est levée à quatre heures. 



SÉANCE DU 26 MARS 1866. 
Présidence de M. Jules DA VID. 

M. le Président nomme une commission pour étudier les restes 
d'architecture qui se trouvent dans une ancienne maison de Fon- 
tainebleau. 

M. Lepage, avoué à Fontainebleau, est présenté comme membre 
titulaire. 

MM. Cauthion et Lepage mettent sous les yeux de l'assemblée 
une copie de documents originaux qui se trouvent classés aux 
archives de Melun et établissent d'une manière certaine la 
date à laquelle le bourg de Fontainebleau fut érigé en paroisse. 
Ces pièces sont au nombre de trois (J) : 1° Copie d'une informa- 
tion ou enquête de commodo et incommodo datée du 18 mars 1662 ; 
2° Procès-verbal où sont inscrites les délimitations devant cons- 
tituer la nouvelle paroisse; 3° Lettre de la main de Louis XIV 
du 18 novembre 1661, établissant pour le bourg de Fontainebleau 
le droit de se séparer de la commune d'Avon et de s'ériger en 

(i) Elles ont déjà tait l'objet d'une notice lue par le Secrétaire général à la 
séance publique de Provins et insérée au 2^ vol. du Bulletin; — 1805, p. d09. 



— 26 — 

paroisse. 6,000 livres prises sur le revenu de la ferme lui sont 
assurées pour les nouveaux besoins de la cure. 

M. Jacquemin demande la création d'un musée archéologique 
local. Une commission est nommée pour faire la recherche des 
richesses à l'aide desquelles on pourrait commencer la réalisation 
de ce projet. 

M. le Président rend compte de la dernière session du Comité 
central dans laquelle plusieurs affaires d'intérêt général ont été 
traitées ; 

La question de l'envoi du questionnaire aux instituteurs et aux 
curés dans le but des recherches archéologiques reste à l'ordre du 
jour. 

Indication de l'élection des bureaux respectifs des Sections ; — 
l'assemblée générale de Meauxest fixée au 21 mai. 



SÉANCE DU 30 AVRIL 1866. 
Présidence de M. Jules DA VID. 

Lettre de M. le M'^ de Pontécoulant, président de la Société, 
qui annonce la prorogation d'une année pour le concours ouvert 
pour le dictionnaire historique et archéologique. 

MM. le comte d'Armaillé, Dumesnil et Lepage présentés dans 
les séances précédentes sont admis membres titulaires. 

Offre faite par MM. Uumesnil et Leroy de deux notices; la pre- 
mière, sur la restauration intérieure de l'église de Nemours ; la 
seconde, Causerie sur Poinsinet. 

M. Beauvilliers, désigné comme rapporteur de la commission 
nommée pour les recherches archéologiques, s'excuse de ne pou- 
voir communiquer son travail, divers renseignements essentiels 
lui manquent el des indications nouvelles lui sont annoncées. 

Il est donné avis des élections prochaines pour le Comité central. 

M. le président donne lecture de la circulaire indiquant le plan 
de classement des œuvres caractérisant diverses époques de l'His- 
toire du travail que la commission impériale se propose d'adopter 
pour l'Exposition de 18()7. 

M. .Iules David termine sa lecture sur Champollion jeune, 
après l'avoir fait précéder d'un résumé oral de la vie, des études, 
des voyages et de l'immortelle découverte du grand égyptologue. 
Cette dernière partie de l'œuvre du Président ne peut paraître 
dans le Bulletin de la Société parce que, étant un aperçu de l'his- 



— 27 — 

toire et des mœurs de l'Egypte d'après Champollion, c'est plutôt 
une esquisse qu'un travail complet et que cet appendice doit être 
de la part de l'auteur l'occasion de nouvelles recherches. 



SÉANCE DU 28 MAI 1866. 
Présidence de M. Jules DA VLD. 

M. le Président fait part à l'assemblée des votes émis pour 
l'élection des membres du Comité central et de ceux émis pour 
l'élection des membres du bureau de la Section. Il communique 
une lettre de M. le M'' de Pontécoulant qui exprime à la Section ses 
remercîments pour l'unanimité des votes qui lui ont été accordés, 
et qui annonce que l'admission des femmes est désormais auto- 
risée au sein de la Société. — Rapports des commissions : la pre- 
mière, pour la création d'un musée archéologique; il est décidé 
qu'il sera demandé plus tard au conseil municipal un local appro- 
prié à cet effet. La deuxième, ayant pour objet une recherche 
archéologique dans la ville de Fontainebleau. 11 est convenu que 
MM. les membres de cette dernière commission se réuniront le 
lundi 4 Juin. 

M. Thibault, délégué près le Comité central, rend compte de la 
décision prise pour continuer le don annuel d'une médaille, par 
collège, à l'élève qui aura obtenu le prix d'histoire dans la classe 
la plus élevée; l'assemblée y Joint son adhésion, mais pour l'année 
courante; elle pense que cet encouragement de la Société ne peut 
devenir une fondation, se réserve de le juger à nouveau et même 
d'en ajourner l'emploi 

M. Beauvilliers, présent à la séance générale de Meaux, par un 
compte-rendu très-succint, fait connaître aux membres qui n'ont 
pu y assister tout l'intérêt de cette séance. 

Don de médailles par M. le docteur Le Boyer, de Misy. 



SEANCE DU 25 JUIN 1866. 
Présidence de M. Jules DA VI D. 

En réponse aux préoccupations de la Section relativement au 
questionnaire dont aucun exemplaire n'aété retourné au Président, 
M. le Président général annonce à la Section qu'il va le faire 
imprimer et distribuer à nouveau. Une commission sera nommée 
pour rendre compte des réponses et distribuer des récompenses. 



— 28 — 

Les médailles offertes à la Section seront soumises à l'examen de 
M. le vicomte de Ponton d'Amécourt, numismate distingué de la 
Société de Seine-et-Marne. 

M. Beauvilliers lit la première partie de son travail sur les curio- 
sités archéologiques renfermées dans plusieurs maisons de Fon- 
tainebleau. 

Il a signalé et décrit en détail les sculptures existant sur trois 
gresseries remarquables exposées dans le mur d'un bâtiment de 
l'habitation de M. Bordereau, rue des Sablons, n° M. Ces gres- 
series sont placées paralhMement à une hauteur égale. Chaque 
chapiteau formé par des cariatides ou génies ailés dont les queues 
se réunissent et se confondent pour figurer le croissant de Diane 
de Poitiers. Le soubassement du chapiteau de gauche est supporté 
par une tête de satyre barbu à oreilles pointues, le pendant figuré 
par une tête de femmo. TIno sorte d'écharpc est nouée au-dessus 
des oreilles. Suivant la loi des contrastes, les figurines surmontant 
la tête du satyre sont du sexe féminin, celles au-dessus de la tête 
de la nymphe sont du sexe masculin. . 

Au-dessus, encastrée dans la muraille, une salamandre aussi 
en gresserie, parfaitement conservée, diffère du type le plus fré- 
quemment adopté à Fontainebleau. — Au lieu de vomir des 
flammes au-dessus de sa tête, elle les lance sous son ventre. La 
vigueur de la sculpture et Tanatomie fermement prononcée 
de sa forme, les nervures profondément fouillées assignent une 
valeur artistique à cette salamandre. 

M. Beauvilliers n'a pas cherché à découvrir un sens caché à la 
position de cette sculpture, il a pensé que les artistes qui ont en- 
richi les palais de Ghambord et de Fontainebleau, ont surtoutobéi 
au caprice et à la fantaisie. 

La majorité de la commission a partagé l'avis de M. Beau- 
villiers: elle a pensé que ces morceaux ont été rapportés dans la 
maison de M. Bordereau par suitedo démolitions faites au château. 
Rien n'indique dans la construction de la maison ni dans les 
titres de propriété, que cette habitation ait eu jadis une destina- 
tion seigneuriale ou religieuse. 

Le rapporteur émet le vœu que les sculptures soient modelées 
en plâtre ou photographiées. L'assemblée vote l'envoi de ce rap- 
port au Comité central. 

M. Paul Domet commence la lecture d'un travail sur la forêt 
de Fontainebleau ; cette œuvre qui captive l'attention de l'assem- 
blée sera continuée. 



— 29 — 

SÉANCE DU 30 JUILLET 186G. 

Présidence de M. Jules DA VID. 

M. le comte d'Armaillé offre à la Société l'Histoire des poteries, 
faïences et porcelaines de M. Marryat, traduite de l'anglais par 
MM. d'Armaillé et Salvitat, préface de M. Riocreux, conserva- 
teur du Musée de Sèvres, 2 beaux vol. in-S", ornés de plus de 
600 gravures et monogrammes. 

MM. Bourges et Tabouret présentent, comme membre titu- 
laire, M. Peyre, ministre protestant à Fontainebleau, qui est 
admis à l'unanimité. 

M. Beauvilliers donne lecture de la deuxième partie de son 
rapport arcliéologique local. Il rend compte de la visite faite par 
la Commission dans la maison de M. Pauly, rue de France, 83, 
où elle a constaté des boiseries dans le goût Louis XV, ornés de 
camayeux, attributs, fleurs et oiseaux, œuvres dis élèves de Bou- 
cher qui peignit, au château, les peintures et décorations de la 
chambre, aujourd'hui, du conseil. Il cite l'ancien hôtel de la 
Coudre, aujourd'hui converti en brasserie, ancienne demeure du 
grand écuyer de France, de plusieurs amiraux, du grand faucon- 
nier, et réuni en 1791 au domaine de la Couronne. Il décrit la 
porte principale ornée de sculptures en gresserie ; la maison du 
sieur Ladmirault, située impasse d'Avon, qui possède, à l'inté- 
rieur, des rinceaux et des sculptures sur bois dans le style 
Louis XV. 

« Messieurs, dit le Président, vous venez d'approuver l'excel- 
» lent rapport de M. Maxime Beauvilliers, l'un de nos plus zélés 
» confrères. Vous vous souvenez aussi avec quel soin, avec quelle 
» conscience il vous a analysé, il y a un mois, la pièce principale 
» de nos explorations locales : les cariatides et la salamandre de 
» la rue des Sablons. 

» Cette salamandre est. en effet, travaillée avec un goût et 
» rendue avec une vigueur qui révèlent la main d'un artiste. 
n Quant aux cariatides, elles nous semblent d'un mérite différent. 
» Celle à figure masculine a de l'énergie, du caractère, un style 
» accentué; celle à figure de femme, au contraire, est un peu 
» molle, commune et sans originalité évidente. M. Beauvilliers 
» nous a paru un peu indulgent à ce sujet. 

» Vous avez écouté, aujourd'hui, avec non moins d'intérêt, son 
» appréciation de l'appartement Pompadour de M. Pauly, et ses 



— 30 — 

» recherches sur les traces encore existantes de quelques maisons 
» seigneuriales, dans notre ville si peu riche en antiquités. 

» 11 n'a rien laissé passer inaperçu, il n"a rien dédaigné. Mais 
» tous ces restes ont-ils une valeur réelle, en face de ce colossal 
» Musée que nous offre le Palais impérial de Fontainebleau, com- 
n posé de trois châteaux différents d'époque , de style et d'his- 
» toire? 

» Est-il permis de s'arrêter ici à quelques gresseries égarées en 
» ville et probablement détournées de leur centre somptueux? 
» Assurément non, au point de vue des touristes; mais l'archéo- 
» logue est plus curieux que le touriste, plus consciencieux sur 
» tout, et son devoir est de ne laisser rien oublier, de ne rien 
» négliger de ce qui peut fixer un point de l'histoire de l'art ou de 
» celle des empires. 

» C'est à ce titrs que je réclame de votre satisfaction, d'abord, 
)) un vote de remercîments pour le travail distingué de l'un de 
» vos secrétaires ; ensuite, l'expression de votre vote unanime, je 
» l'espère, pour que cette seconde partie, aussi bien rendue que 
» sagement pensée, soit recommandée, comme la première, au 
» Comité central, pour être insérée dans un prochain Bulletin de 
)) la Société d'Archéologie de Seine-et-Marne. 

» Je demanderai aussi, avant de finir, à M. Beauvilliers , de 
» mentionner, chez M, Pauly, la reproduction en plâtre de la 
)) belle madone, attribuée à Benvenuto Cellini. Cette madone est 
» la vraie Pan-Aya du culte grec, la toute-sainte, la Vierge au 
1) diadème, aux tresses somptueuses et h la robe brillante; elle est 
» riche dans ses atours, magnifique dans ses vêtements, et elle 
)) semblerait coquette, n'était sa dignité grave, sa grâce divine et 
» son amour maternel. Elle ne s'enquiert, en effet, ni de l'or qui 
I) l'entoure, ni des pierres précieuses qui la couvrent. Elle ne voit 
» que son bmnbino sacré, et songe plutôt au ciel qu'à la terre, h 
» l'apothéose qu'au Calvaire. » 

Il est décidé que cet intéressant rapport sera recommandé au 
Comité central pour être inséré dans le bulletin de la Société. 

M. Paul Domet continue la lecture de son travail sur la forêt 
de Fontainebleau. Il en raconte les origines, comme domaine royal. 
Selon lui, les premières acquisitions faites au pays de Bière pour 
les rois de France remontent à Robert le Pieux, et le domaine de 
Fontainebleau fut bientôt, à 2,000 arpents près, constitué comme 
il est de nos jours. Saint-Louis en aliéna une assez notable 
partie : près de 2,o00 arpents furent donnés par ce roi à l'abbaye 



— 31 — 

du Lys et surtout aux Trinitaires de Fontainebleau. La contenance 
de la forêt resta à peu près la même pendant bien longtemps. En 
1664, M. Barillon D'Amoncourt en fit, pour la première fois, 
une délimitation générale et un bornage. Louis XIV décida en 
principe et commença le rachat des terres concédées par Saint- 
Louis; mais ce n'est que sous Louis XV qu'elles furent toutes 
réunies au domaine ; le prince fit faire en 1750 par M. Duvaucel 
un nouveau bornage de la forêt et en fît lever un plan exact: la 
contenance fut trouvée de près de 33,000 arpents. 

A la révolution, le domaine s'accrut de divers bois appartenant 
à l'ancien clergé. Napoléon P'' fit quelques acquisitions, ainsi que 
Charles X et Louis Philippe, dès lors l'étendue n'a plus sensible- 
ment changé : elle est actuellement en chiffres ronds de 17,000 hec- 
tares. 

Il a été, après cette lecture, exprimé à M. Domet le désir de 
voir cet intéressant travail accueilli par le Bulletin de la Société, 
mais M. Domet, dont l'intention est d'en faire une publication 
particulière, a vivement remercié la Section. 



SECTION DE MEAUX. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1866. 
Présidence de M. CARRO père. 

Le Président dépose sur le bureau les objets suivants offerts à la 
Société : 

1° Un tronçon d'épée avec la poignée, trouvé dans un terrain 
à 200 mètres au nord de l'hospice de Meaux et donné par M. le 
docteur Houzelot. Cette épée dont la date a été d'abord controver- 
sée, a été rapprochée d'un fragment semblable trouvé dans la terre 
auprès d'Epernay, et se rapportant au siège de cette ville par 
Henri IV ; l'analogie est d'une parfaite évidence. L'épée de Meaux 
peut donc être considérée comme un témoin des guerres de la 
Ligue; 

2° Deux pièces de monnaie et un ornement indéterminé en 
bronze, provenant des sépultures Gallo-Romaines d'Oissery; 



— 32 — 

3° Un cachet ou sceau trouvé à Montceaux, dans la propriété de 
M. Mavré qui en avait déjà envoyé des empreintes; 

4° Des monnaies, étrangères pour la plupart, rencontrées dans 
le lit de la Marne à La Ferté-sous-Jouarre, et envoyées par 
M. l'ingénieur Moquet; 

5° L'empreinte sur papier, d'une belle pierre tumulaire de l'é- 
glise d'Oissery, prise avec beaucoup de soin par M. Benoist, 
instituteur de la commune. 

11 est donné lecture : d'une lettre de M. Numa Lafontaine, de 
Lagny, qui souscrit au nom de M""'' veuve Lafontaine et de ses 
fils, à la médaille offerte à M. de Pontécoulant, voulant ainsi, en 
mémoire du vénérable M. Lafontaine père, témoigner de l'affection 
qu'il portait à la Société d'Archéologie dont il était l'un des mem- 
bres fondateurs; 

D'une autre lettre de M. le comte de Jaucourt prenant part à la 
même souscription ; 

Et enfin, d'une lettre dans laquelle le secrétaire de la Société 
française de numismatique constate l'intérêt que lui a inspiré, 
ainsi qu'à d'autres archéologues, le cabinet de médailles et d'objets 
antiques de notre confrère M. Lefcbvre-Thiébault. 

On procède à la nomination d'une commission qui sera chargée 
de l'organisation de la séance publique que la Société tiendra à 
Meaux, le lundi 21 mai; cette commission se compose de MM. Le- 
febvre, Jules Carro, Torchet, Le Blondel, docteur Leroy, Morlot, 
Troublé, Plée et l'abbé Denis. 

L'assemblée entend ensuite la lecture : 

D'une curieuse notice de M. Torchet, sur un Concours musical 
au xviii'= siècle, sous Louis XIV et Bossuet, concours auquel 
prirent part deux maîtres de chapelle de la cathédrale de Meaux; 

De notes sur une excursion à Oissery, par M. Carro, président; 

Et des réponses au questionnaire, envoyées par M. Sarazin, ins- 
ti tuteur du Plessy-Placy, etM. Dubois, instituteur de Coulommes. 

Des remercîments sont unanimement votés aux personnes aux- 
quelles on doit les dons mentionnés précédemment, à colles qui 
ont fourni les intéressants documents contenus dans les réponses 
au questionnaire, ainsi qu'à MM. Ilaran et Delamarre fils, 
d'Oissery. 

L'assemblée s'associe à l'intérêt déjà témoigné par la Société 
d'agriculture au Concours d'orphéons qui aura lieu le 13 mai 
à Lagny, en votant ainsi que cette Société, une médaille de ver- 
meil qui sera attribuée à l'un des Orphéons de l'arrondissement. 



— 33 — 

SÉANCE DU 7 MAI 186G. 
Présidence de AI. CARRO père. 

Cette séance n'a pour objet que le vote relatif à l'élection du 
Comité central, élection dont le résultat général sera proclamé 
dans la séance publique du 21 mai. 



SÉANCE DU 9 MAT 1866. 
Présidence de M. CARRO père. 

La séance est employée au dépouillement des bulletins cachetés 
reçus dans le cours de la semaine, pour le renouvellement du 
bureau de la Section. Ce dépouillement a donné les résultats 
suivants : 

Président M. le V"' de Ponton d'Amécourt. 

Vice-président M. l'abbé Denis. 

Délégué - M. DE COLOMBEL. 

Secrétaire M. l'abbé Petithomme. 

Archiviste M. Lefebvre-Thiébault. 

Trésorier M. Le Blondel. 



SÉANCE DU 2 JUILLET 4866. 

Présidence de M. l'abbé DENIS, vice-président. 

M. de Pontécoulant, président de la Société, procède à l'instal- 
lation du bureau de la Section ; au regret de tous ses collègues, 
M. de Ponton d'Amécourt, nouveau président, retenu par une 
indisposition, ne peut assister h la séance. 

L'assemblée entend la lecture d'une lettre de M. le Surinten- 
dant des Beaux-Arts, relative aux objets d'antiquité à présenter 
pour l'Exposition universelle de 1867, et d'une lettre de M. Burdel,* 
de Lagny, accompagnant l'envoi de quelques médailles romaines 
de l'empire, trouvées à Neufmoutiers, canton de Rozoy. 

Des remercîments sont votés à M. Burdel. Il en est de même 
cl propos de la copie d'une inscription trouvée lors de la restaura- 
tion du pont de Chelles, copie transmise par M. Desgeans, 
conducteur des ponts et chaussées , ainsi que pour une médaille 

3 



— 34 — 

de Pic IX portant la date du 22 mars 1848, et une pièce d'ar- 
gent, de Louis XV, très-bien conservée, données par M. Lesper- 
mont. 

M. l'abbé Denis, vice-président, communique diverses pièces 
de monnaie, une petite cuiller à encens du xiv* siècle et un frag- 
ment de parchemin contenant un acte de i3oO, trouvés dans les 
combles de l'église de May, où ils avaient sans doute été caches 
dans les temps de troubles. 

M. Le Blondel présente de la part de M. Alphonse Langlois, de 
Saône-et-Loire , qui en fait hommage à la Société, deux volumes 
ayant pour titre : Études topographiques , historiques, hygiéniques, 
morales, sur le canton de Bourbon-Lancy. Des remercîments sont 
votés ù M. Langlois. 

L'assemblée entend avec intérêt un compte-rendu par M. l'abbé 
Petithomme, delà première journée de l'excursion archéologique 
dans l'arrondissement de Goulommiers. L'insertion complète de 
cette relation au registre des procès-verbaux est unanimement 
votée par les membres présents qui regrettent que M. Petithomme 
n'ait pu assister à la seconde journée. 

On entend encore une savante et très-complète notice historique 
et archéologique sur la commune de Germigny-sous-Goulombs, par 
M. l'abbé Bécheret, et le compte de gestion rendu, comme tréso- 
rier, par M. Le Blondel: ce compte est présenté avec une clarté 
qui vaut à M. Le Blondel les félicitations dé ses collègues. 



SÉANCE DU 6 AOUT 18G6. 

Présidence de M. l'abbé DENIS, vice-président. 

M. d'Amécourt, président, retenu par une indisposition, lait 
offrir à la Section, une gravure de 4728, représentant la façade, 
les autels latéraux et la principale entrée du chœur de la cathé- 
drale de Meaux. Il prie le vice-président de vouloir bien donner 
lecture d'une notice, accompagnée de dessins, sur une pierre 
lumulaire de l'église de Vinantes, du commencement du xiv'' siècle, 
par M. Ch. Marcilly. Cette lecture présente un haut intérêt his- 
tori([ue. L'auteur ayant rencontré sur cette pierre le nom de Raoul 
Maufillâtre, et l'indication suivante, xxxvii, terminaison d'une 
date, conclut après une discussion savante que Raoul Maulillâtre 



— 35 — 

de Vinantes, décédé l'an 1337, est l'un des derniers représentants 
de l'ancienne famille de ce nom qui a dû s'éteindre vers la (in du 
xiv*^ siècle; cette famille n'a aucun rapport avec les Malfilàtre 
de Normandie. 

M.Carro rend compte delà séance tenue à Paris le 2 août, par 
la commission nommée pour organiser l'exposition, en 1867, des 
œuvres caractérisant les diverses époques de l'histoire du travail. 
Il donne lecture d'une circulaire qui sera adressée aux princi- 
paux habitants de Seine-et-Marne, pour leur faire part de l'or- 
ganisation de cette exposition, avec prière d'indiquer à l'un des 
Présidents de Sections la nature des objets qu'ils seraient dans 
l'intention d'y faire figurer. 

M. l'abbé Bécheret continue et achève la lecture de sa notice 
historique et archéologique sur la commune de Germigny-sous- 
Goulombs. MM. Torchet et le docteur Leroy émettent l'avis qu'il 
soit fait par l'auteur un résumé de cette notice pour le bulletin. 

Une belle photographie de l'église de La Ghapelle-sur-Crécy est 
présentée au nom de M. le comte de Moustier, à qui des remercî- 
ments sont votés. Le secrétaire est chargé de lui en faire part. 

M. l'abbé Denis donne des notes détaillées sur des pièces de 
monnaies trouvées dans l'église de May-en-Multien. 

M. Ginot dépose sur le bureau deux planchettes en chêne 
peint, provenant d'un ancien couvent, et portant un mono- 
gramme qui doit dater du commencement du xviii'= siècle. 

Sont admis comme membres titulaires : 

MM. L. Vesseron, de Meaux; l'abbé Ravaux (Pierre-Joseph), 
professeur de sciences au petit Séminaire de Meaux ; Burdel, de 
Lagny; Thoumy, vérificateur en bâtiments à la La Ferté-sous- 
Jouarre, et Bourgoin Alphonse, de la même ville. 



SÉANGE DU 3 SEPTEMBRE 1866. 

Présidence de M. le vicomte de PONTON d'A3IÉ COURT. 

M. le vicomte de Ponton d'Amécourt, président, fait hommage 
à la Section de trois exemplaires de l'annuaire de la Société 
française de numismatique et d'archéologie; il ofi're aussi une 
Veue de la ville et vieulx marché de Meaux, par Ghastillon, de 1600 
à 1610. Gette gravure donne une idée complète de la ville à cette 



— 36 — 

époque, avec ses fortifications et la porte monumentale qui défen- 
dait l'entrée du Marché. 

M. Lefebvre - Thiébault communique une pièce de monnaie 
trouvée par M. Ghéron, iérblantier à Meaux, qui en fait don à la 
Société. C'est un blanc de Jean-sans-Peur , duc de Bourgogne, 
poignardé le 10 septembre 1419, à Montereau (Seine-et-Marne). 

Le secrétaire donne lecture d'une notice archéologique sur l'é- 
glise de Couilly et sur les anciens remparts de cette commune, 
par M. Quéru, instituteur. Des félicitations unanimes ont accueilli 
ce travail. 

La Société entend ensuite une première lecture d'un travail 
de M. le curé de Chelles, sur le trésor de son église. L'auteur 
fait une description scientifique des châsses qui sont au nombre 
de dix et donne des notes pleines d'intérêt sur les reliques : osse- 
ments, linges, authentiques et étiquettes an iennes. Ce chapitre 
,est terminé par une exposition pleine de détails utiles à connaître 
au sujet du calice de saint Éloi et des sandales dites de sainte 
Bathilde, qui sont conservées dans un coffret dépourvu d'au- 
thentique. 

Sur la demande de plusieurs membres de la Section, il est décidé 
qu'à l'avenir les réunions auront lieu tous les mois. 

M. Laurent (Léon-Anatole), conducteur des ponts et chaussées, 
est admis à l'unanimité comme membre titulaire ; — renvoi au 
Comité central. 

A l'issue de la séance, M. le Président a invité les membres 
présents à visiter les ateliers de peinture sur verre de M. Plée, 
leur collègue. Parmi les travaux en cours d'exécution, on a sur- 
tout remarqué une Verrière avec sujet, destinée à l'église de Fon- 
tenay-Trésigny. 



SÉANCE DU 1" OCTOBRE 18GC. 
Présidence de M. l'abbé DENIS, vice-président. 

M. l'abbé Denis ouvre la correspondance par une lettre de M. le 
vicomte de Ponton d'Amécourt, président, qui remercie M. Le- 
febvre de l'hommage de sa notice sur les méreaux de la ville de 
Meaux , et demande que cette notice soit envoyée à la commis- 
sion du bulletin. 



— '61 — 

M. le marquis de Pontécoulant, président général, communique 
deux circulaires relatives : l'une, au Congrès archéologique inter- 
national d'Anvers qui se tiendra l'an prochain; l'autre au Congrès 
archéologique de France qui aura lieu, à Nice, dans le courant de 
janvier. Il annonce aussi que la deuxième réunion générale de la 
Société, pour i8G6, aura lieu le dimanche 21 octobre, à Goulom- 
miers. 

Le Président de la Section nomme une commission chargée 
d'étudier les fouilles qu'il serait utile de faire sur le territoire de 
Meaux, dans l'intérêt de la science. Sont désignés pour en faire 
partie : MAI. Carro père, le docteur Le Roy, Lefebvre, Morlot 
et Laurent (Léon). 

M. l'abbé Torchet, curé de Chelles, fait hommage de la notice 
historique qu'il a publiée sur Luzancy. Il continue sa lecture 
sur les reliques de Chelles. Après la partie descriptive ou pure- 
ment archéologique qui avait fait l'olijet d'une première partie, 
lue à la séance précédente, il restait à envisager les reliques sous 
le rapport historique. L'auteur le fait dans son deuxième cha- 
pitre , en notant jusqu'aux moindres événements qui s'y rat- 
tachent , depuis la mort des personnages auxquels elles ont 
appartenu jusqu'à nos jours. 

Une trouvaille d'environ douze cents médailles et de divers ins- 
truments ayant été faite dernièrement à Guiry (Aisne), Al. Le- 
febvre, archiviste, vrai sauveteur d'antiquités, n'a pas manqué de 
s'y rendre; il a voulu recueillir quelques épaves de cette décou- 
verte, et cent soixante-quinze médailles romaines forment son bu- 
tin. Ce sont des petits bronzes et des cuivres purs. Le plus grand 
nombre , dit M. Lefebvre dans son rapport , appartiennent à 
Posthume qui se fit nommer Empereur par ses légions l'an 237 
de J.-C. Il signale une médaille très-rare de Lselien , un des 
lieutenants de Posthume, qui prit la pourpre à Alayence. Elle 
porte pour légende : Imp.C. Lœlianus aug. 

Vient ensuite la liste des tètes qui se trouvaient avec celles de 
Posthume; M. Lefebvre en compte treize. 

L'enfouissement de ces monnaies a dû avoir lieu vers l'an 270, 
sous Quintille, frère de Claude le Gothique, c'est-à-dire à l'époque 
connue sous le nom des Trente Tyrans, bien qu'en réalité il n'y en 
eût jamais que dix-neuf ou vingt. 

M. le docteur Le Roy dépose sur le bureau des ossements 
trouvés dans une carrière à Villenoy et lit une note à ce sujet. 
Ce sont des tibias de rongeurs, le radius d"un ruminant de la 



— 38 — 

taille et de la famille des chevreuils, un cubitus très-remarquable 
dont les apophyses énormes dénotent un animal analogue aux 
taureaux ou buffles de l'époque actuelle, mais plus grand et plus 
fort. Ces ossements qui gisaient dans le sous-sol du calcaire la- 
custre inférieur, remontent à une haute antiquité. 

Dix-sept moules de monnaies, en terre cuite, provenant des puits 
(inépuisables) do Ghuteaubleau , sont offerts à la Section par 
M. Teyssier des Parges; deux de ces moules renferment encore 
la pièce qui a été coulée. 

M. l'abbé Bécheret enrichit les archives d'une lettre autographe 
de Volncy, et de quatre lettres de M. de Monthyon, de la part de 
M. Gredelue, de Saint-Soupplets. On ne saurait trop recommander 
la recherche et la conservation de ces sortes de pièces. Combien 
de manuscrits qui sont détruits chaque jour, et qui, cependant, 
fourniraient des renseignements utiles pour redresser des erreurs 
ou confirmer l'histoire. — Remercîments à M. Gredelue. 

La prochaine séance est fixée au lundi 5 novembre. 



SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1866. 
Présidence de M. le vicomte de PONTON d'AMÉCOURT. 

Dès l'ouverture de la séance, l'attention des membres se porte 
sur un vieux cahier manuscrit, le plus ancien registre des actes de 
l'état civil de Villemareuil, communiqué par M. le baron d'Avène. 
On trouve dans ce registre, entre autres pièces intéressantes, 
l'acte du baptême de Marie-Marguerite de Lorraine, 8 août IGol, 
fille du duc d'Elbœuf, alors seigneur de Villemareuil, et les si- 
gnatures de plusieurs personnages de la famille. 

M. Gabriel Leroy, membre fondateur, secrétaire de la Section 
de Melun, l'ail don d'une brochure ayant pour titre : Le retour de 
Mars, comédie en un acte et en vers, 1746, par Sauvé de la Noue, 
poète dramatique né h Meaux. 

M. Andrieux, prolusseur au collège de Meaux, offre deux sta- 
tuettes en cuivre. 

La Société reçoit ensuite les communications suivantes : 

Par M. Lelcbvre-Tliiébault, d'une pièce d'or françaises de l'é- 
poque mérovingienne;, sur laquelh; on lit : Parmusciv. Arnoaldus ; 

Par le secrétaire, de trois monnaies romaines de l'empereur 
Gonst;iiilin-]e-Grand, .'{()(i à .'{.'{7. 



— 39 — 

M. Torchet, inspecteur des orphéons du département, donne 
lecture d'un travail sur l'Histoire de la musique des Francs, — 
époque Carlovingienne, VJI" siècle, Maires du Palais, Pépin-le-Bref. 

M. Bouvier, pasteur protestant de Meaux , présenté par 
MM. Le Blondol et Morlot, est admis eu qualité de membre ti- 
tulaire, par la Section ; son admission sera proposée au Comité 
central. 

Le Président exprime le désir de voir s'élever dans les villes ou 
villages de notre département les statues des principaux per- 
sonnages qui les ont illustrés; on pourrait au moins, ainsi qu'il 
est pratiqué dans beaucoup d'endroits, établir des inscriptions sur 
les maisons où ils ont vécu. Cette heureuse idée ne peut manquer 
de porter ses l'ruits. 



SECTION DE lYlELUN. 



SÉANCE DU DIMANCHE M MARS 1866. 
Présidence de M. GRÉ S Y. • 

La séance est ouverte à une heure. 

Sont présents : MM. Auberge, Ballu, Courtois, Desprez, 
comte d'Erceville, Eymard, Gaucher, docteur Gillet, Hautôme, 
Hérisé, Labiche, Leroy, Liabastrss, Latour, Lhuillier et Sollier. 

Le procès-verbal de la précédente séance est adopté. 

Dépouillemenl de la correspondance : M. le marquis de Béthisy 
exprime ses regrets de ne pouvoir assister à la séance. — Accus'; 
de réception du Bulletin par la Société des Antiquaires de Pi- 
cardie. — Hommage à la Société par M. Siraudin, membrecorres- 
pondant, d'une brochure intitulée : Examen des avantages attaches 
à r étude des langues classiques ; 1850, in-8° de 32 pages. 

Des demandes d'admission, comme membres titulaires, sont 
faites par M. Gassies, artiste peintre à Barbizon, présenté par 
MM. Courtois et Leroy, et par M. Dorlin, licencié ès-sciencfs, 
chef d^institution à Melun, présenté par MM. Courtois et Cotelle. 

Le Secrétaire signale à la Section les documents qui lui ont 
été adressés pour servir à la rédaction du Dictionnaire archéolo- 



— 40 — 

gique de Seine-et-Marne, par les personnes ci-après nommées : 
MM. Radideau, instituteur à Saint-Martin-en-Bierre, 
Giot, cultivateur à Ghevry-Gossigny, 
Le comte de Létourville, maire de Pontault, 
Lhioreau, instituteur à Moisenay, 
Gouôre, instituteur à Gretz, 

Des remercîments sont votés à ces correspondants, et leurs 
communications renvoyées à la commission du Dictionnaire. 

M. le Président annonce que, dans sa dernière séance tenue 
à Paris le 8 mars courant, le Gomité central de la Société a voté, 
aune grande majorité, le principe d'admission des dames, et ren- 
voyé à la prochaine Assemblée générale le vote de la modification 
qu'il convient d'apporter aux statuts, en vue de cette admission. 

M. Sollier donne une nouvelle lecture de sa Notice sur l'ancien 
couvent de Moret et la religieuse connue sous le nom de négresse de 
Aforet, notice qu'il se propose de lire aux réunions de la Sorbonne 
au mois d'avril prochain. 

Conformément aux instructions de S. E. le Ministre de l'Ins- 
truction publique, la Section, par un vote au bulletin secret et à 
l'unanimité de quinze voix, autorise la lecture en Sorbonne. 

M. G. Leroy lit un mémoire intitulé : Le Commerce et l'Indus- 
trie à Melun avant 1789. 

M. Labiche donne lecture d'une fable qui a pour titre : 
Le Chien de l'Aveugle^ et d'une poésie intitulée : Sur la liose. 

La séance est levée à trois heures. 



Nota. — H n'y a pas eu de séance au mois d'avril, eu raison de la réunion des 
Sociétés savantes à la Sorbonne, 



SÉANCE DU 5 MAI 18(56. 
Présidence de M. SCHREUDER, doyen d'dyc. 

La séance est ouverte à une heure. 

Sont présents : MM. BuUu , Gosteau , Cotolle , Courtois , 
Desprez, F]ymard , Fournials, marquis de Fraguicr, Fuser, 
Gaudard, Gillct, Ilautômc, Ilérisé, Labiche, Lalour, Lcmaire, 
Leroy, Lhuillier, de May, Poyez; Sertier et Sollier. 

Le procès-verbal de la précédente séance est adopté. 



— 41 — 

Le secrétaire donne lecture de ]a correspondance, comprenant 
notamment deux lettres de MM. Grcsy et H. Fréteau de Pény, 
par lesquelles ces Sociétaires font savoir qu'ils donnent leur 
démission : le premier de membre de la Société, et le second de 
vice-président de la Section de Melun. Il est également lu une 
lettre de M. E. Lefèvre, de Brie-Comte-Robert, qui s'excuse de 
ne pouvoir assister à la séance de ce jour, et une circulaire de la 
Société de l'Aveyron, relative à la publication de la correspon- 
dance 'inédite de Monteil, décédé à Gély, canton-sud de Melun, le 
20 février 1850. 

La démission de MM. Grésy et Héracle Fréteau de Pény donne 
lieu à des explications, à la suite desquelles la Section décide, à 
l'unanimité, qu'il sera écrit à ces honorables membres, pour les 
informer du regret que leur détermination fait éprouver à tous 
les Sociétaires présents. La Section de Melun ne saurait oublier 
qu'elle doit sa prospérité actuelle au dévouement et à l'érudition 
de ses anciens président et vice-président. Le secrétaire est chargé 
du soin de faire parvenir cette décision à MM. Grésy et Fréteau 
de Pény. 

Il est ensuite procédé : 

Premièrement, — au vote pour l'élection du Bureau de la 
Section pendant l'année 1866-1867. 

Deuxièmement, — et à deux autres votes sur la proposition 
d'admission de M. Gassies, artiste peintre à Barbizon, présenté 
par MM. Courtois et Leroy; et de M. Dorlin, chef d'institution, 
licenciées-sciences à Melun, présenté par MM. Courtois et Cotelle. 

Ces opérations donnent les résultats suivants : 

Renouvellem^t du Bureau. 

Votants, 23. — Majorité absolue : 12. 

Président : MM. Félix La Joye, 17 voix ; — Çirésy, 2; — Gillet, 
2 ; — De Bonneuil, 1 ; — De Champagny, 1 . * 

Vice- Président : MM. Labiche, 17 voix; — Latour, 2 ; —La Joye, 
2; — H. Fréteau de Pény, 1 ; — Lemaire, 1. 

Délégué au Comité central : MM. Poyez, 19 voix; — SoUier, 3; 
— De Bonneuil, 1. 

Secrétaire .• M. G. Leroy, 22 voix. 

Secrétaire-adjoint : M. Lhuillier, 22 voix. 

MM, La Joye, Labiche, Poyez, Leroy et Lhuillier ayant obtenu 
la mnjorito absolue des suffrages exprimés , sont proclamés 
membres du Bureau de la Section de Melun, pour l'année 1866- 
1867, dans l'ordre suivant : 



— 42 — 

Président : M. Félix Lajoye. 

Vice-Présidsnt ; M. Labiche. 

Délégué au Comité central : M. Poyez. 

Secrétaire : M- G. Leroy. 

Secrétaire-adjoint : M. Lhuillier. 

Admission de AL Gassies : VoLants, 19. — Majorité absolue, 
10. — Pour l'admission, 19. 

L'admission de M. Gassies sera soumise au Comité central. 

Admission de M. Dorlin : Votants, 19. — Majorité absolue, 10. 
— Pour l'admission, 19. 

L'admission de M. Dorlin sera également soumise au Comité 
central. 

Une demande d'admission est faite par M. Adrien Delacourtic, 
ancien avoué à Paris, membre du Conseil d'arrondissement de 
Melun, demeurant à La Planche, commune de Perthes; ses pré- 
sentateurs sont MM. l'abbé Delaforge et G. Leroy. La Section 
décide qu'il sera statué sur cette demande dans la prochaine 
séance, conformément au règlement. 

Il est ensuite donné lecture des travaux suivants .• 

Par M. Sollier : — L'Ancienne auberge de la Belle-Image, à 
Moret. 

Par M. Lemaire : — Notice historique et topo graphique sur V ab- 
baye de Barbeau. 

Et par M. Labiche : — Les deux Mariés, fable. 

Ces travaux, accueillis avec un vif intérêt, sont renvoyés au 
Comité central, pour être soumis à la Commission do lecture, et, 
s'il y a lien, insérés dans IcBulletin de la Société. 

Attendu la prochaine réunion générale, f[ui d«it êtn^ tenue à 
Moaux, la Section de Melun ne se réunira pas au mois de Juin. 

La séance est levée à quatre heures. 



SÉANCE DU 1"^ JUILLET 186(3. 
Prôsidmcc de M. LAJOYE. 

La séance est ouverte à une tiouro. 

Sont présents : MM. J^a.Joye, Courtois, DL'cuiirbi!, hurliii, 
Eyniard, Gillet, Labiche, Lemaire, Lhuillier et G. Leroy. 
M. La Joye prend la parole cl s'exprime en ces termes : 



— 43 — 

Messieurs, 
(( Permettez-moi de vous adresser tous mes remerciments de 
)) m'avoir nommé Président de Section dans notre Société d'Ar- 
n chéologie. Je ne puis me dissimuler que ce ne sont pas mes 
» mérites qui m'ont valu cette très-honorable distinction ; ce n'est 
» donc qu'à votre bienveillance que je dois cette haute fortune, je 
» n'en sens que davantage le prix. Mais pourquoi faut-il qu'au 
» milieu de mes joies viennent se mêler de cruels regrets? Pour- 
» quoi faut-il que je ne doive qu'à l'abstention de notre collègue, 
» M. Grésy, de me voir assis dans ce ftiuteuil? Hélas! Messieurs, 
» nous avons perdu un des plus beaux fleurons de notre couronne. 
» Espérons tous que nous verrons rentrer dans nos rangs ce 
» membre si distingué. 

» Veuillez agréer, de nouveau, l'hommage de ma reconnais- 
)) sance. » 

Le Secrétaire donne lecture du procès-verbal de la précédente 
séance, qui est adopté sans observation. 

Il procède ensuite au dépouillement de la correspondance : 
M. le marquis de Béthisy exprime ses regrets de ne pouvoir 
assister à la séance de ce jour, et M. le comte d'Erceville, membre 
de la Société, adresse une Note détaillée sur Vhistoinque et les anti- 
quités de la commune de Machault, qu'il habite et dont il est maire. 
Cette Note est renvoyée à la Commission du Dictionnaire archéo- 
logique, et des remerciments sont votés à M. le comte d'Erceville. 

Lecture est donnée de la circulaire relative au concours ouvert, 
par la Société, pour le prix de 200 francs, institué par M. le baron 
de Beauverger, en faveur de l'auteur du meilleur mémoire sur 
le sujet suivant : Recherches historiques sur V agricultur^e et la 
condition des populations rurales, dans les contrées correspondant au 
département de Seine-et-Marne, aux xvii'' et xyiii*^ siècles. — Compa- 
raison avec l'époque actuelle. Des exemplaires de cette circulaire 
sont remis aux membres présents, qui sont invités à prendre part 
à ce concours. 

Le scrutin ouvert pour l'admission, comme membre titulaire, de 
M. Adrien Delacourtie, ancien avoué à Paris, conseiller d'arron- 
dissement, demeurant au château de La Planche, commune do 
Perthes, dont les présentateurs sont MM. Delaforge et Leroy, 
donne le résultat suivant : 

Votants, 9. — Majorité absolue, 5. — Pour Tadmission, 9. 

L'admission de M. Delacourtie sera soumise au Comité central. 

Une demande d'admission, comme membre titulaire, est faite 



— 44 — 

par M. Kerckhoffs, professeur de langues vivantes au collège de 
Melun. Ses présentateurs sont MM. Fournials et Decourbe. Le 
vote sur cette demande aura lieu à la prochaine séance. 

M. Courtois présente un rapport sur Fétat des finances de la 
section.de Melun pendant l'exercice de 1865. 

Il résulte de ce rapport que les recettes se sont 
élevées à :216fr, » 

Et les dépenses h 208 50 

En sorte qu'il y a un excédant de recettes de . , 7 50 

Lequel figurera à l'actif du compte de 1866. 

Les conclusions du rapport de AL Courtois sont adoptées, et, h 
l'unanimité, des remercîments lui sont votés pour les soins et le 
dévouement qu'il apporte dans l'accomplissement de la mission 
dont il a bien voulu se charger. 

M. Lhuillier fait un compte-rendu de différents ouvrages offerts 
à la Société par des compagnies correspondantes, et d'une publi- 
cation récente de M. Liébert, membre titulaire de la Société 
de Seine-et-Marne, publication qui a pour titre : le ChôAeau de La 
Gram/e. 

M. Labiche lit deux fables intitulées : La Fleur cl l'Abeille, le 
Rossignol et l'Oiseleur. 

M. La Joye donne lecture d'une étude historique, statistique et 
topographique sur Le Châtelet-en-Brie. 

Toutes ces communications sont renvoyées au Comité central. 

Enfin M. G. Leroy, fait hommage à la Société et aux membres 
présents, des publications suivantes dont il est l'auteur : 

» liapports présentés ci la Société d'Archéologie de Seine-et-Marne, 
sur les fouilles exécutées sur la place Notre-Dame de Melun en 1865. 
Broch. in-8° de 30 pages avec planches; Meaux, imp. .1. Garro. 

» Causerie sur Poinsinet; mémoire lu à la séance générale de 
Fontainebleau en octobre 1865. Opuscule in-12 de 8 pages. Fon- 
tainebleau, imp. Bourges. 

1) IJ effroyable assassinat, commis à Sermaisc, commune de Dois-le- 
Roi, par la bande des Chauffeurs, en germinal an IV. Broch. iu-S" 
de 8 pages, Melun, imp. Hérisé. 

» Notice sur les épidémies qui ont sévi éi Melun Broch. in-8'' de 
24 pages, Melun, imp. Michelin. 

La séance est levée à 4 heures. 



— 45 — 

SÉANCE DU U AOUT 1860. 

Présidence de M. LAJOYE. 

La séance est ouverte à 3 heures. 

Sont présents MM. La Joye, Decourbe, Dorlin, Hérisé, Labiche, 
Lemaire, Lhuillier, Schreuder, Sollier et Leroy. 

Le procès- verbal de la séance précédente est adopté. 

Le Secrétaire donne lecture de la correspondance : 

M. Hennecart exprime ses regrets de ne pouvoir assiste'r à la 
séance de ce jour. Le secrétaire général du Congrès archéologique 
de France annonce que la 34" session de ce Congrès aura lieu l'hiver 
prochain à Nice, dans le courant de janvier, en même temps que 
la 5° session des Assises scientifiques de la Provence. M. Burin, 
membre de la Société, instituteur à Saint-Just, canton de Nangis, 
envoie à la Section de Melun, des moules ayant servi à la fabri- 
cation de médailles romaines, trouvés à Châteaubleau, dans des 
fouilles faites par les soins de M. Teyssier des Farges, membre de 
la Société. 

La Section de Melun exprime ses remercîments à MM. Teyssier 
des Farges et Burin; elle arrête, conformément au désir des do- 
nateurs, que ces moules seront déposés au musée. 

Il est également donné lecture d'une note adressée par M. Lhio- 
reau, instituteur à Moisenay, dans le but de compléter les rensei- 
gnements qu'il a déjà envoyés pour servir à la publication du 
Dictionnaire archéologique de Seine-et-Marne. La Section, remer- 
ciant de nouveau M. Lhioreau, renvoie sa seconde note à la 
commission du Dictionnaire. 

A ce sujet, M. le Président entre dans certains détails histori- 
ques et archéologiques sur la commune de Moisenay, voisine de 
celle qu'il habite, et qu'il connaît particulièrement. 

Il est ensuite procédé au vote sur l'admission de M. Kerckhoffs, 
professeur de langues vivantes au collège de Melun, dont les pré- 
sentateurs sont MM. Fournials et Decourbe. 

Ce scrutin donne les résultats suivants : 

Votants 10 ; — pour l'admission 10. 

M. Kerckhoffs ayant réuni l'unanimité des votes exprimés, son 
admission sera soumise au Comité central, conformément aux 
statuts. 

M. Leroy annonce que la commission nommée au sein de la 
Société, pour prendre part à l'organisation de l'exposition de 



— 46 — 

l'Histoire du Travail, à l'Exposition universelle de 1867, s'est 
réunie le 2 août courant. Il a été pris différentes mesures pré- 
paratoires en vue de' cette organisation. La Commission a égale- 
ment décidé qu'une demande serait faite à chacune des Sections 
pour contribuer, à raison d'un franc sur la part leur revenant 
dans la cotisation de chaque membre, aux frais que cette exposi- 
tion pourra entraîner. 

M. le Président, prenant en considération le nombre restreint des 
sociéiiaires présents à la séance de ce jour, plusieurs autres 
réunions coïncidant avec cette séance, propose de renvoyer le vote 
demandé à la plus prochaine réunion de la Section de Melun, où 
il espère qu'un plus grand nombre de sociétaires assisteront. La 
proposition est unanimement adoptée. 

Ensuite, M. le Président communique une note relative à la 
découverte d'un cercueil en plomb renfermant un squelette, sur 
l'emplacement de l'ancienne chapelle du château de La Borde, com- 
mune deChâtillon, canton du Châtelet. 

M. Labiche donne lecture d'une fable ayant pour titre : Le bû- 
chc?'on et les deux cognées. 

M. Leroy fait hommage à la Société et aux membres présents 
de deux brochures intitulées : Les arcJiers et les arquebusiers de 
Melmi, in-8° de 20 pages. Melun, imp. Michelin. — 3Ielun sous 
Henri IV, 1590-1610, in-8° de 30 pages. Melun, imp. Hérisé. 

Attendu l'heure avancée, les autres communications inscrites à 
l'ordre du jour sont renvoyées à la prochaine séance. 

Avant de se séparer, la Section décide qu'en raison des vacaaces 
et de l'absence d'un certain nombre de ses membres , elle ne se 
réunira pas au mois de septembre. 

La séance est levée à quatre heures et demie. 



SEANCE DU 7 OCTOBRE 1866. 
Présidence de M. LAJOYE. 

La séance est ouverte à 1 heure. 

Sont présents : MM. La Joye, Auberge, Ballu, Dardenne, Do- 
courbe, Eymard, Fontaine, Gaucher, Gaudard, Gillet, Kerkliolfs, 
Labiche, Latour, Lemaire, Lhuillier, Schreuder, Sertier, Sollier 
et Leroy. 



— 47 — 

Après lecture du procès-verbal de la précédente séance, ce prô- 
cès-verbal est adopté. 

Dépouillement de la correspondance : — MM. le marquis de 
Béthisy, Dorlin et Qucsvcrs expriment leurs regrets de ne pouvoir 
assister à la réunion de ce jour. — M. le marquis de Pontécoulant, 
président de la Société, annonce que l'Assemblée générale doit 
avoir lieu à Goulommiers , le 21 octobre courant. M. le comte 
d'Harcourt, président de la Section de Provins, annonce que cette 
Section a voté un franc sur la cotisation de chacun de ses membres, 
pour subvenir aux irais qu'entraînera la participation de la Société 
dans l'organisation de l'Exposition des œuvres caractérisant les 
différentes époques de l'Histoire du Travail, à Paris, en 1867. 
M. Garnier, membre de la Société, envoie la liste des objets qu'il 
se propose de faire figurer à cette exposition. — Indication des 
sujets mis au concours pour l'année 1867 , par la Société acadé- 
mique de Saint-Quentin. 

Après délibération , la Section de Melun vote à l'unanimité le 
prélèvement d'un franc sur la portion qui lui est attribuée dans 
la cotisation de chacun de ses membres , pour subvenir aux frais 
d'organisation de l'Exposition concernant l'Histoire du Travail, 
dont il vient d'être parlé. 

Il est ensuite donné lecture des travaux ci-après : 

Par M. Kerkhoffs, — Rapports entre les idées religieuses et l'art 
monumental ; 

Par M. Sùllier, — Notice sur la maladrerie de Moret; 

Par M. Lhuillier, — La nourrice de Louis XIV et le père nourri- 
cier de Louis XVI, esquisses biographiques ; 

Et par M. Gaucher, — Notes sur plusieurs objets antiques 
trouvés à Drachy , hameau dépendant autrefois de Nanteuil-sur- 
Marne. ' 

Ces mémoires sont renvoyés au Comité central. 

M. Lhuillier dépose sur le bureau : 

1° Une notice sur les jetons et méreaux inédits de la ville de 
Meaux, par M. Lefebvre, membre de la Société, qui en fait hom- 
mage à la Section de Melun. 

2° Un titre original de 1432, concernant l'église collégiale de La 
Chapelle-sur-Crécy , dans lequel il est fait mention de Denis de 
Chailly, bailli de Meaux et de Crécy. La Section, à laquelle ce 
titre est donné par M. Cinot, membre de la Société, décide qu'il 
sera- remis aux archives départementales, où sont conservées un 



— 48 — 

grand nombre de pièces originales du même temps ou de même 
nature. 

3° Le moulage en plâtre d'un médaillon antique, trouvé sur le 
bord de la voie Gallo-Romaine de Bibracte à Genabum. Cet objet 
qui est offert à la Société par M. Bréan, membre correspondant ;\ 
Gien, sera déposé au musée de Melun. 

Des remercîments sont adressés à MM. Lefebvre, Cinot et 
Bréan. 

M. G. Leroy dépose également sur le bureau : 
1° Une monnaie romaine remarquable par sa conservation et sa 
patine, à l'effigie de Julia Domna, femme de Septime-Sévère, 
morte en l'an 217. Cette monnaie a été trouvée à Machault, 
canton du Ghâtelet, au lieu dit le Camp de César^ par M. Richard, 
cultivateur, qui en a fait don au musée de Melun. 

20 Des moules en terre cuite pour la fabrication des monnaies, à 
l'effigie de Gordien, Philippe, Posthume, etc. trouvés à Ghâteau- 
bleau, canton de Nangls, et donnés à la Section de Melun par 
MM. Teyssier des Farges et Burin, ainsi qu'il a été annoncé à la 
précédente séance. 

3° Le croquis géométrique d'une cave du xiii'' siècle, située à 
Melun, rue du Pour, sous une maison qui vient d'être mise à l'ali- 
gnement, opération qui a fait perdre à la cave en question ses pro- 
portions et son caractère. M. Leroy explique que de semblables 
substructions, également remarquables et datant aussi des xii'^ et 
xiii'^ siècles, existent à Melun dans les rues des Nonettes, d'Abei- 
lard, de Saint-Aspais, de l'Hôtel-de-Ville, de la Juiverie, Neuve 
et du Presbytère. Les plus curieuses sont celles des maisons n° 14 
de la rue Saint-Aspais et n° 12 de la place de Pointe. Cette partie 
de la communication de M. Leroy est renvoyée à la Commission 
du Dictionnaire archéologique de Seine-et-Marne. , 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à trois heures. 



— 49 — 



SECTION DE PROVINS. 



SÉANCE DU 14 MAI i866. 

Présidence de M. Jules MICHELIN, vice-président. 

L'an mil huit cent soixante-six, le quatorze mai, à deux heures, 

La Société d'archéologie. Section de Provins, se réunit nu 

lieu ordinaire de ses séances, à l'Hôtel-de- Ville de Provins, sous 

la présidence de M. Jules Michelin, vice-président de la Section. 

Sont présents : MM. J. Michelin, Husson, E. Bourquelot, 

A. Arnoul, Moulenq, Le Hériché et A. Lenoir, secrétaire. 

M. le comte d'Harcourt, retenu par une indisposition, a 
informé par lettre M. le Vice-Président qu'il ne pourrait assister 
à la réunion. 

Le Secrétaire donne lecture du procès-verbal de la dernière 
séance. 

Il est ensuite procédé au dépouillement des votes adressés 
pour l'élection des membres devant composer en 1866-67 le 
bureau de la Section ; 
Ont pris part au vote : 

MM. Moulenq, Michelin, comte d'Harcourt, Husson, Puyo, 
Durvelle , P. Bourquelot, Fourtier, Bourgeat, Boby de La 
Chapelle, E. Bourquelot, Delettre, Chaubart, De Haut, Burin, 
Le Hériché, Blanc, Arnoul, Auguste Lenoir et Presles : — 20 
votants. 

Les voix se sont réparties comme il suit : 

Président, MM. le comte d'Harcourt, 19 voix. 

Brunet de Presle, 1 

Vice-Président, Jules Michelin, 19 

Délégué, Félix Bourquelot, 18 

Teyssier des Farges, 1 
Conservateur-archiviste, E. Bourquelot, 19 

Secrétaire-trésorier, Auguste Lenoir, 19 

MM. Jules Michelin et E. Bourquelot ont ensuite présenté une 
demande d'admission dans la Société d'archéologie, Section de 
Provins, formée par M. E. de Lépinois, auteur de plusieurs ou- 

4 



— 50 — 

vrages d'archéologie et conservateur des hypothèques à Glermont 
(Oise). 

La Section, consultée, a été d'avis à l'unanimité que cette 
admission l'ut prononcée par le Comité central de la Société. 

M. le Vice-Président a donné lecture d'une communication de 
M. Puyo, curé-doyen de Villiers-Saint-Georges, membre de la 
Section, relative aux antiquités récemment découvertes à Augers; 
puis il a donné la parole à M. Auguste Lenoir, qui a lu une 
notice sur Durand de Villegagnon, provinois. 

La séance est levée à 5 heures. 



SÉANCE DU 18 OCTOBRE 1866. 
Présidence de M. le comte B. d'HARCOURT. 

Sont présents : MM. d'Harcourt, Jules Michelin, Boby de La 
Chapelle, Brunet de Presle, Puyo et Aug. Lenoir, secrétaire. 

Le Secrétaire-trésorier présente la situation financière de la 
Section pour l'année 1863. Cette situation se résout par une encaisse 
de 52 francs, qui devra s'augmenter du quart des cotisations res- 
tant encore à toucher, soit pour 8 cotisations 24 francs, ce qui 
portera l'encaisse totale à 76 francs. 

Le compte du trésorier est adopté et joint au registre des déli- 
bérations. 

M. le Président donne lecture d'une lettre de M. le Secrétaire 
de la Commission pour l'Exposition universelle de 1867, et sou- 
met au vote des membres présents le prélèvement d'un franc sur la 
portion attribuée à la Section dans la cotisation annuelle de chaque 
membre pour 1866. Ce prélèvement a pour but la coopération de 
la Section dans les frais qu'entraînera, pour la Société, la réunion 
de curiosités archéologiques répandues dans le département et 
pouvant figurer à l'exposition des œuvres caractérisant les diverses 
"époques de l'Histoire du Travail. 

La proposition est adoptée à l'unanimité de tous les membres 
présents. 

M. le Président présente ensuite de M. Victor Arnoul, comme 
membre titulaire de la Section de Provins. 

Les Sociétaires proposent cette admission à l'adoption du Co- 
mité central. 

M. le comte d'Harcourt expose qu'on pourrait appliquer aux 



— ol — 

monuments do l'arrondissement de Provins une mesure qui, dans 
d'autres localités a donné de bons résultats. Cette mesure consiste- 
rait à placer sur les principaux monuments des plaques, où seraient 
gravées une date et une mention sommaire indiquant l'origine et 
la destination primitive de l'édifice. Ce serait une sorte d'instruc- 
tion primaire archéologique, à l'aide de laquelle on porterait à la 
connaissance de tous des notions claires et précises sur les monu- 
ments qui ne rappellent, chez le plus grand nombre, que des sou- 
venirs assez confus. Ces plaques pourraient aussi être regardées 
comme un porte-respect, et défendraient moralement les édifices 
contre les libertés que des voisins sont trop souvent disposés à 
prendre vis-à-vis des vieilles ruines. On les défendrait en même 
temps contre les erreurs et les hyperboles des cicérones, qui sont 
loin de puiser toujours à bonne source les récits et les descriptions 
qu'ils font aux voyageurs. 

Après une discussion à laquelle tous les membres présents 
prennent part, la mesure proposée par M. le comte d'Harcourt 
est adoptée en principe. 

Rien n'étant plus à l'ordre du jour, la séance est levée. 



TRAVAUX. 



DEUXIÈME COMPTE-KENDU ANNUEL DU TRÉSORIER 

PAR M. COURTOIS, 

Membre fondateur (Section de Mclan), Trésorier central de la Société. 



Messieurs et très-chers Confrères, 

Honoré de Balzac a dit quelque part : « L'avarice commence où 
)) la pauvreté cesse. » Si cela est vrai, rassurez-vous; ce n'est pas 
encore cette année que nous pourrons être atteints de ce vilain 
défaut, s'il a réellement pour cause unique h possession. Mais, à 
mon sens, le grand écrivain s'est trompé; son aphorisme paraît 
plus profond qu'il n'est juste, Dieu merci, car il ne peint qu'une 
exception, — les Harpagons; et malgré la forme rapide et incisive 
de sa sentence, elle porte à faux. Loin d'être l'avarice, l'ordre et 
l'économie sont presque des vertus, au moins des qualités, et sans 
leur pratique la pauvreté ne cesse guère ou revient bien vite ; c'est 
là une vérité presque banale. Et peut-être, Messieurs et honorés 
Confrères, trouverez -vous assez naturel que votre trésorier ne 
puisse prendre pour modèle cet homme de génie qui, dans un 
jour de bonne humeur, sans doute, et probablement pour résumer 
son système personnel d'économie fmancière, disait si plaisam- 
ment que s"il avait un sou à lui il le ferait encadrer. 

Cela dit, voyons, pour la seconde fois, quel est l'état de nos 
finances et tâchons de tirer de cet examen un profit pour l'ave- 
nir, en dépit du moraliste, comme d'aucuns nomment aujourd'hui 
l'illustre auteur de la Comédie humaine. 

C'est une tâche assez ingrate que celle qui consiste h. manier des 
chiffres, car les chiffres sont tellement ennuyeux qu'ils déteignent 
toujours un peu sur les doigts qui les touchent. Mais, vous le 
savez mieux que moi, Messieurs, il n'est pas donné à tout le 

monde d'aller à Gorinthe sur les ailes de la poésie ou par les 

sentiers plus ou moins pénétrables de l'archéologie : les Muses 
n'ont de sourires que pour leurs adorateurs; les sphinx de muettes 



— 54 — 

révélations que pour les pionniers de la science qui savent les in- 
terroger et leur arracher leurs secrets... 

Votre indulgence, Messieurs et honorés Confrères, m'est donc 
nécessaire plus qu'à tout autre, et j'ai le ferme espoir que vous 
voudrez bien me l'accorder. 

Ainsi que vous allez bientôt en être convaincus, ce n'était pas 
sans de justes appréhensions que, déjà l'an passé, je prêchais 
l'ordre et l'économie comme cela incombe rigoureusement à ma 
fonction, — j'allais dire à mon personnage; — car, s'il vous en 
souvient, notre premier exercice se soldait en prc'y/szon, non par un 
excédant de recettes, mais par un petit déficit qui s'est accru 
quelque peu, sans que cela ait pris une importance sérieuse. Ce 
petit déficit avait d'ailleurs son explication, son excuse même, 
— presque sa raison d'être, — dans la nécessité où nous avions été 
de faire supporter par la seule première année les frais d'organi- 
sation de notre Société, alors que, d'autre part, le nombre de nos 
sociétaires ne pouvait, au début, égaler celui que l'avenir devait 
légitimement nous promettre, et alors aussi qu'aucune allocation 
officielle n'avait même pu encore être sollicitée. 

Or, cette année-ci, c'est-à-dire durant l'exercice 1865, nous 
n'avons plus eu de frais de premier établissement, le nombre de 
nos adhérents a augmenté, — justifiant ainsi nos espérances, — 
et cependant, malgré ces circonstances favorables, au lieu de com- 
bler le déficit du premier exercice, nous l'avons élevé ! 

D'oîi cela provient-il? 

C'est ce que j'ai la mission de vous faire connaître, et pour vous 
fixer sur l'état véritable de nos finances d'une manière à la fois 
aussi complote et aussi succincte qu'il me paraît utile de le faire, 
permettez-moi, Messieurs et honorés Confrères, non de repro- 
duire simplement nos recettes et dépenses, jour par jour, dans un 
relevé où seraient confondus et noyés, pour ainsi dire, les résultats 
généraux et les causes, — qu'il importe surtout de connaître, — 
mais, en quelque sorte, de disséquer mon compte, — si vous voulez 
bien me passer la métaphore, — et de vous en soumettre la subs- 
tance. La seule balance de la situation à ce jour nous parlera déjà 
assez éloqucmment par elle-même, et nous n'aurons plus alors 
qu'à la commenter, — qu'à l'expliquer, — qu'à nous en souvenir 
surtout. 

situation de la cnisi^o ji eo Jour SI mal 1800. 

DÉPENSES. 

Lus dépenses effectives acquittées depuis le premier compte 



— 55 — 

jusqu'à ce jour pour différents exercices s'élèvent à la somme 
de 3,870 f. » 

RECETTES. 

Tandis que les recettes, effectives aussi, opérées 
sur les mêmes exercices depuis la même époque, ne 
s'élèvent qu'à 3,601 70 

D'où il résulte une avance de la part du trésorier 
central de. 268 30 



Somme absolument conforme à la balance de ses écritures. 

Cette première indication est déjà fort utile, je pense, puis- 
qu'elle donne un renseignement précieux : l'état de la caisse, — 
moyen de contrôle de tout compte et base de tout budget, — mais 
elle serait insuffisante à cause de son laconisme, et il me paraît 
nécessaire de vous présenter une situation raisonnée qui per- 
mettra d'apprécier facilement, je l'espère, les résultats de chaque 
exercice en particulier, en même temps qu'elle fera connaître la 
nature des dépenses auxquelles la Société a eu à faire face et les 
ressources dont elle a pu disposer pour y satisfaire jusqu'à due 
concurrence. Due concunrence, vous le comprenez. Messieurs et 
honorés Confrères, vous ferait suffisamment pressentir un déficit 
si je ne venais déjà de vous l'annoncer positivement; mais n'anti- 
cipons pas sur l'ordre de ce travail. 

Les dépenses faites postérieurement au premier compte, — et 
que je place ici les premières parce qu'elles sont supérieures 
aux recettes, — les dépenses, vous l'avez vu, se sont élevées jus- 
qu'à ce jour à 3,870 francs, et les recettes à*3,601 fr. 70 c. ; mais 
ce n'est pas assez de le dire, il faut le jjustifîer, et sans vouloir 
entrer ici dans des détails qui ne me paraissent pas indispensables, 
il est bon, je crois, de vous indiquer sommairement en quoi ont 
consisté ces dépenses et ces recettes. 

Indication soninialre des ISépcnscs. 

Elles se composent d'abord des frais d'impression du Bulletin 
de 1864, de factures payées à M™" Thuvien, libraire à Melun, et 
à MM. Massue, marchand de papier, et Berthault, imprimeur- 
graveur à Paris; de deux autres petites factures payées à des per- 
sonnes de Paris, enfin de reliquats de frais du premier exercice 
réclamés par les Sections de Goulommiers, Fontainebleau et 
Meaux, le tout applicable à l'exercice de 1864, et non payé lors 
du premier compte-rendu faute de production des factures jusque 



— 56 — 

là; ensemble l,428f.3o 

2° des frais du Bulletin de 1865, y compris dessins, 
gravure, etc., suivant état que j'ai l'honneur de vous 
mettre sous les yeux, ci 1,836 32 

3° de déboursés faits pour les séances générales 
de Provins et Fontainebleau, montant à 299 15 

4° des frais de correspondance pour 1865, qui se 
sont élevés, savoir : 

Ceux de M. le Secrétaire général, à 82 f. 05 1 

Et ceux de votre Trésorier central à 4 25 f °^'' ^^ ^^ 

5° de pareilles dépenses s'appliquant à 1866. . . 28 45 

6° de la faible somme de 36 fr. 43 qui, avec 
230 fr. figurant au premier compte-rendu comme dé- 
penses s'appliquant à 1865, a suffi à faire face aux 
frais de correspondance et autres de M. le Prési- 
dent, ci 36 43 

7° Enfin de pareilles dépenses à celles du n° 6 s'ap- 
pliquant à 1866 .^ 155 

Somme égale aux dépenses générales ci- dessus an- 
noncées, comme ayant été faites depuis le premier 
compte 3,870 » 

Indication sommaire des Roecttes. 

1° Balance du premier compte du Trésorier cen- 
tral 8i3f.^io 

2" Encaissement de 8 cotisations de l'exercice 1864 
sur les 16 qui restaient à recouvrer, savoir : 

Section de Goulommiers-, 4 \ 

— Fontainebleau, 2 > ensemble 8 à 12 f. 96 » 

— Molun, 2 ) 

3" Petit solde du compte de 1864 du Trésorier de 
Goulommiers 1 35 

4° Encaissement de 227 cotisations, à 9 fr. l'une, 
sur l'exercice de 1865, et dont .je donnerai plus loin 
le détail 2,043 » 

5° Recettes de 13 droits de diplômes ?i 6 fr., dont 
5 par le Trésorier central et 8 par M. le Trésorier de 
Provins 78 » 

6° Vente de 3 Bulletins par le Trésorier central. . 7 50 

A reporter 3,069 70 



— 57 — 

Report 3,069 70 

7° Allocation ministérielle pour 1863 3oO >• 

8° Versement de M. le Trésorier de Fontainebleau 

à compte sur le même exercice 182 » 

Somme égale au chiffre ci-dessus annoncé pour les 
recettes générales faites depuis le premier compte. 3,601 70 
. Les recettes et les dépenses ainsi connues, il me semble, pour être 
logique, qu'il y a lieu tout d'abord d'en extraire les éléments pro- 
pres à établir les résultats définitifs de notre premier exercice, — 
résultats que nous n'avions pu qu'entrevoir lors du premier compte, 
attendu que certaines recettes et dépenses restant alors à faire ne 
pouvaient être appréciées d'une manière défmitivc à cette époque, 
faute de documents précis. 

Apnrcnicnt do Texercicc fS04. 

Ainsi qu'on le voit dans mon premier compte-rendu (page 33 du 
Bulletin de la 2° année), le déficit prévu approximativement pour 
l'exercice 1864 devait être d'environ 123 fr. 60. Ce chiffre, par 
suite d'une petite erreur de 1 fr. produite dans la dernière sous- 
traction et passée inaperçue parce que, s'agissant de prévisions, 
il n'y avait pas le contrôle du fait, — ce chiffre doit être ramené 
à 124 f. 60 

Mais, les dépenses payées depuis cette époque — et 
qui soldent, je l'espère, le débit de cet exercice, — se 
sont élevées (voir le 4" art. des dépenses générales 
ci-dessus) à l,428f.33 

Et comme elles n'avaient été prévues 
provisoirement que pour 1,318 43 

Il est résulté de ce chef un excédant de 
dépenses de 109 90 

D'autre part, au disponible alors en 
caisse, et qui était de 843 fr. 83 (voir le 1" 
article des recettes ci-dessus), j'avais cru 
pouvoir ajouter l'encaissement probable de 
10 cotisations sur les 16 restant à recou- 
vrer de cet exercice. Or, il n'en est encore 
rentré que 8, ce qui fait, pour les deux 
cotisations non encaissées, un déficit sur 
les prévisions de. 24 » 

Et nous donne un mécompte de . . . 133 90 133 90 
qui, ajoutés au déficit prévu, élèvent le déficit défini- 
tif de 1864 à . . 258 50 



— 58 — 

En termes plus généraux, aux dépenses déjà acquittées lors du 
premier compte-rendu et qui se montaient à . . . 1,749 f. 15 

Moins le retranchement qui a été fait de la 
somme s'appliquant à l'exercice 1865, soit . . . 230 » 

Ce qui les réduisait en réalité pour 1864 à . . . 1,519 15 
Il y a lieu d'ajouter les dépenses payées depuis 
pour complément de cet exercice et portées ci-dessus 
pour 1,428 35 

Ce qui élève les dépenses de l'exercice 1864 à. . 2,947 50 

Tandis que, aux recettes qui s'élevaient h la même 
époque, à 2,593 f. » 

Il n'y a lieu d'ajouter que l'encaisse- 
ment de 8 cotisations à 12 fr. l'une, soit. 96 » 

Ce qui porte les recettes du même 

exercice à 2,689 » ci. 2,689 » 

Et donne bien un déficit semblable à celui sus- 



indiqué pour 1864 de 258 50 

Ce point ainsi acquis et contrôlé, voyons quelles sont, parmi les 
recettes et les dépenses générales, celles qui s'appliquent à l'exer- 
cice 1865, et quel est le résultat provisoire de cet exercice. 

EXERCICE 1865. 

DÉPENSES. 

Les dépenses s'appliquant à cet exercice sont : 

1° Les frais du deuxième Bulletin, imprimeur, graveur, etc., 
portés sous le n° 2 du chapitre intitulé : Indication sommaire des 
dcpenses, soit 1,836 f. 32 

2° Les frais des séances générales de Provins et ~ 
Fontainebleau 299 15 

3° Les frais de correspondance et autres de M. le 
Président, savoir : 

Ceux portés au premier compte, mais s'appliquant 
à 1865 230f. » 

Et le complément porté au présent 
compte, soit 36 43 

Ensemble 266 43 266 43 

4° Enfin, les frais de correspondance de M. le Se- 
crétaire général el du Trésorier central, soit. . . S6 30 
Ce qui porte les dépenses applicables à l'exercice 

1865 à 2,488 20 



— 39 — 

RECETTES. 

Les recettes, également applicables à l'exercice 1865, se compo- 
sent : 

1° De l'encaissement de 227 cotisations sur cet exercice, à 9 fr. 
l'une, déduction laite du quart alloué aux Sections, soit 2,043 f. » 
{Je donnerai plus loin le relevé par Section de ces encais- 
sements.) 

2° Du coût de 13 diplômes, à 6 fr 78 » 

3° Et de la vente de 3 Bulletins, à 2 fr. 50. . . . 7 50 

Ce qui porte le total des recettes applicables à 1865 
à f r 2,128 50 

BALANCE. 

Les dépenses de l'exercice 1865 étant de ... . 2,488 20 

Et les recettes seulement de 2,128 50 

Il en résulte que cet exercice se solde, quant à pré- 
sent, par un déficit de 359 70 

Pour abréger autant que cela est possible ce travail, forcément 
un peu long à cause de la nécessité — qui n'existait pas lors de 
mon premier compte-rendu — d'apurer notre premier exercice 
et de vous présenter séparément le résultat définitif de cet exercice 
(1864) et le résultat provisoire de 1865; pour abréger, dis-je, je 
supprime ici un tableau que j'avais dressé et dans lequel, — après 
avoir retiré des recettes et dépenses générales tout ce qui s'appli- 
quait aux exercices 1864 et 1866, — j'arrivais à donner, par ce 
simple procédé, la preuve absolue, incontestable^ de l'exactitude 
du compte ci-dessus pour l'exercice de 1865. 

Mais chacun pourra suppléer à l'absence de ce tableau en se re- 
portant aux chapitres intitulés : Indication sommaire des dépenses, — 
indication sommaire des recettes, — et en y voyant que les articles de 
recettes et dépenses relevés ci-dessus pour l'exercice 1865, sont 
bien les seuls articles qui ont dû être extraits de ces chapitres 
pour former le compte de cet exercice. 

Néanmoins, pour être aussi clair et aussi complet qu'il me semble 
qu'on puisse l'être lorsqu'il s'agit d'une comptabilité de la nature 
nécessairement un peu compliquée de la nôtre, — par suite de 
réparpillement obligé des éléments de cette comptabilité, — - il ne 
sera peut-être pas inutile de vous faire connaître le nombre de nos 
sociétaires pendant l'année 1865; le chiffre des encaissements 



— 60 — 



opérés sur cet exercice dans chacune des Sections; enfin, d'addi- 
tionner les déficits de nos deux premiers exercices et de vous indi- 
quer comment, d'après mes appréciations, ils pourront se modifier 
et s'atténuer. 

Ce qui va suivre étant comme le couronnement de ce qui précède, 
j'estime, dès lors, que ce ne sera pas la partie de mon travail qui 
offrira le moins d'intérêt, et je vous prie en conséquence, Mes- 
sieurs et honorés Confrères, de vouloir bien me continuer quelques 
instants encore votre bienveillante attention. 

Slclcvé eoniparatif du noiubre dos Slociétaircs en 1S04 et 1N05^ du 
chiffre do coti.^sitlons cucais>sces Ji ce jour dans chacune des tUce- 
lions, et de colles restant & rocouvrer. 



SECTIONS DE 



Goulommiers.. 

Aieaux 

Melun 

['"ontainebleau 
Provins 

Totaux.... 



en 1864 



37 
42 
80 
81 
23 



263 



BRE 


2 




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en 1865 


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44 


7 


48 


6 


82 


2 


81 





39 


16 


294 


31 



COTISATIONS 

DE 

l'exercice 1865 



en- 
caissées 

27 
42* 
71 
00 

27 



997 



à re- 
couvrer 



17 
6 
H 
21 
12 



67 



Observations 



*dont une par 

le trésorier 

central. 



11 résulte, comme on le voit, de cet état, que le nombre de nos 
sociétaires, qui était en 1804 do 263, s'est élevé en 1865 h 294, ce 
qui a donné une augmentation de 31 membres pour la deuxième 
année; et que, ainsi que cela est établi dans mon compte, 227 co- 
tisations de cet exercice ont été encaissées jusqu'à ce jour; il reste 
donc, pour compléter le chiffre de 294 membres, 67 cotisations ?i 
recevoir ou h passer en non-valeur. 67 cotisations en retard sur 
294 ! c'est beaucoup; la première année les encaissements s'étaient 



— 61 — 

mieux faits : 247 cotisations avaient été encaissées sur 263 au mo- 
ment du compte-rendu, et sur les d6 qui étaient restées en souf- 
france 8 ont été encaissées depuis. Nous verrons tout à l'heure 
quelle est la cause principale de cet arriéré, relativement impor- 
tant, de 67 cotisations sur notre deuxième exercice, et ce qu'il y 
a à en attendre. 

Ces renseignements. Messieurs et honorés Confrères, vous 
étaient, je crois, indispensables à connaître à plus d'un titre, et ils 
vont me servir à vous fixer d'une manière aussi approximative que 
possible sur le résultat final de nos deux premiers exercices. 

Résultats réunis des exercices 1S64 et 1965. 

On peut, je pense, regarder aujourd'hui comme n'étant plus 
susceptible de modifications — au moins de modifications sé- 
rieuses — le déficit de l'exercice 1864 qui, comme l'on s'en sou- 
vient, est de 258 f. 50 

En y ajoutant provisoirement, pour son chiff're ac- 
tuel, celui de 1865 susceptible, lui, de modifications, 
et qui est de 359 70 

On trouve que notre déficit à ce jour, bien et dû- 
ment établi, est de 6Ï8 20 

Mais, dès à présent, il est tardivement réclamé sur 
cet exercice : par M. Michelin, imprimeur, une note 
de 18f.50 

EtparM'^'^Thuvien, lithogr., unenote de 16 40 

Ensemble 34 90 ci. 34 90 

Ce qui, à supposer qu'il ne soit plus présenté aucun 
mémoire s'appliquant à 1865, élèvera le déficit des 
deux premiers excercices à 653 10 

Mais il semble 'que nous pouvons légitime- 
ment espérer recouvrer encore un certain nombre 
des cotisations arriérées de l'exercice 1865, et en les 
portant seulement à 27, à 9 fr. l'une, cela nous don- 
nera un chiffre de recettes nouvelles de 243 » 

Ce qui pourra réduire notre déficit à environ (1), . 410 10 



(1) Malheureusement quelques efforts qu'ait faits votre trésorier pour présenter un 

résultat à peu près définitif, surtout pour l'exercii^e 18Gi, et alors qu'il croyait y être 
arrivé, il a le regret d'annoncer que pendant l'impression du présent rapport, plu- 



— 62 — 

Ainsi, Messieurs et honorés Confrères, comme j'ai eu l'honneur 
de vous le dire en commençant, au lieu de combler le déficit de 
notre premier exercice nous l'avons augmenté, mais d'un chifTre 
heureusemeut peu important, en résumé; et au besoin, pour l'at- 
ténuer et môme pour l'efTacer presque entièrement, nous avons 
dès h. présent en caisse une recette nouvelle de 350 fr,, montant de 
l'allocation généreuse de S. Exe. M. le Ministre de l'Instruction 
publique. 

Voilà les faits; voyons maintenant les causes : 

Trois causes principales ont concouru à céer le déficit signalé : 

En première ligne, il faut placer les frais imprévus et relative- 
ment considérables de dessins et gravure pour le Bulletin de la 
seconde année. 

En second lieu, les frais également imprévus des deux séances 
générales de Provins et Fontainebleau en 1865, qui se sont élevés 
à près de 300 fr. — Pour ordre, celle de Melun, en 1864, n'avait 
rien coûté ou à peu près. 

Enfin, l'irrécouvrabilité presque certaine d'environ 40 cotisa- 
tions sur l'exercice de 1865, chiffre énorme comparé à celui de 
l'exercice 1864 qui n'a été en définitive que de 8 seulement. 

Cette importante non-valeur provient pour la moitié environ de la 
Section de Fontainebleau. C'est un gros mécompte qui devait être 
assez imprévu aussi, attendu que si nous n'avions rien fait pour 
attirer à nous ces membres déserteurs, nous avons tous la con- 
science d'avoir moins fait encore, — si cela est possible, — pour 
les éloigner. 

Et à cet égard, Messieurs et honorés Confrères, veuillez me per- 
mettre une réflexion qui a dû vous venir à l'esprit comme à moi, 
et cette réflexion est celle-ci : on se demande quelles ont bien pu 
être les bonnes raisons qu'ont dû avoir des gens sérieux entrés 
dans une société dont le programme leur était connu, pour n'y rester 
que ce que durent les roses? 

Certes, nul plus que moi ne respecte la liberté d'autrui, et je ne 
crois pas mériter d'être traité d'incendiaire en faisant cette ré- 
flexion. La question qui en résulte peut avoir son importance 
pour l'avenir, et le jour où l'on retouchera aux statuts, peut-être 
verra-t-on s'il n'est pas nécessaire d'imposer un minimum quel- 
sieurs réclamations tardives, montant à plus de 400 fr., lui ont éli laites; de 
sorte que notre déficit dépassera 800 fr. C'est beaucoup; espérons du moins que ce 
sera le dernier chiffre de notre mécompte. 



-■ G3 - 

conque de durée d'engagement? Des souscripteurs, qui ont brigué 
l'honneur de figurer sur nos premières listes, ont trouvé des pré- 
textes pour ne pas même payer leur première cotisation; de sorte 
qu'ils auront été sociétaires sans jamais avoir payé un centime. 
Gela n'est pas très-exemplaire, car le plus impérieux de tous les 
devoirs est de satisfaire à ses engagements. 

Quoi qu'il en soit, Messieurs et honorés Confrères, je crois être 
l'écho de vos sentiments en disant que, comme moi, vous regret- 
terez ceux qui nous abandonnent, moins pour le tort matériel 
qu'ils causent à la Société, que pour le tort moral que leur départ 
pouvait lui faire, — et que vous les regretterez surtout pour eux- 
mêmes. 

Ce petit devoir confraternel rempli, laissez-moi revenir, en ter- 
minant, aux considérations par lesquelles' j'ai commencé: 

En dépit de M. de Balzac, l'ordre et l'économie sont nécessaires 
dans toutes les conditions, et, dans notre situation présente, ils sont 
indispensables absolument ; aussi, pour mon compte, je vous prie 
de croire que je ne me départirai pas de ces principes salutaires. 

Le mal est heureusement insignifiant et il faut non-seulement 
nous appliquer à empêcher qu'il augmente, mais encore à le 
réparer. 

— « Ne pouvait-on le prévoir, le prévenir ? » diront d'aucuns. 
Gela était difficile, pour ne pas dire tout à fait impossible, avec 

notre mode de procéder. 

— « Au moins l'expérience nous profitera-t-elle ? 

Il faut l'espérer quoique, malgré l'expérience, on fasse encore 
chaque jour des écoles en toute matière. 

— H Mais ne pourrait-on, par un budget préparé à l'avance, 
régler nos recettes et nos dépenses? » 

C'est là où gît le mal, peut-être aussi le remède, — le poison et 
l'antidote. Pour les Recettes^ la difficulté est grande, car c'est 
l'imprévu presqu'absolu, puisqu'elles dépendent non-seulement 
du nombre fluctuatif des membres de la Société, mais encore de 
la rentrée des cotisations; cependant on pourrait peut-être essayer 
de résoudre cette première difficulté en exigeant rigoureusement, 
d'une part, conformément aux statuts, le versement de toute coti- 
sation due pour l'année commencée avant la démission; et d'autre 
part, en ne faisant pas de dépenses sérieuses avant l'entier encais- 
sement des cotisations. Mais ces mesures sont-elles possibles en 
pratique? Je n'oserais l'affirmer. 

Pour les Dépenses , la difficulté est peut-être moins grande : 



— 64 — 

réduire le plus possible les dépenses générales, et ne mettre à exé- 
cution tel ou tel projet qu'après s'être assuré à la fois et de la dé- 
pense qu'il doit entraîner pour la Société, et de l'état au moins 
probable de nos ressources. 

Gela est très-désirable, et d'ailleurs il faut de toute nécessité 
qu'il en soit ainsi : car aucune Société, aucun trésorier ne pour- 
raient continuer une existence ou des fonction^ alors que les 
budgets annuels se solderaient constamment par des déficits. 

(( Nous avons une Commission des finances, » dira-t-on? Oui, 
mais par suite de la forme fédérative de notre Société et du choix 
fait dans plusieurs arrondissements des membres de cette Com- 
mission, peut-elle, en pratique, fonctionner d'une manière utile? 
la meilleure réponse c'est qu'elle n'a pas fonctionné jusqu'ici, et 
fonctionnât-elle, qu'il est douteux qu'elle puisse faire mieux ou 
moins mal , si l'on veut, que ce qui a été fait. 

Le Président et le Trésorier sont donc, par la force des choses, 
— et encore le Trésorier très-secondairement, — amenés à avoir 
seuls la lourde responsabilité des finances. La sollicitude toujours 
si vive de notre aimé et honorable Président, son zèle véritable- 
ment infatigable pour les intérêts de la Société; et. Je crois pou- 
voir le dire, l'ordre et la vigilance de votre Trésorier central, et 
l'obligation pour lui d'aligner, comme on dit en matière de comp- 
tabilité, garantissent autant que possible la Société de tout mé- 
compte sérieux. 

Il va de soi que je tiens à la disposition de mes honorables col- 
lègues de la Commission des finances et de tous les membres de la 
Société, la justification de tous les articles de recettes et dépenses 
figurant au présent compte-rendu. 

Je vous devais. Messieurs et honorés Confrères, ces détails, — 
un peu longs peut-être, — non pour vous seuls, mais aussi pour 
la Société qui a bien voulu me confier l'honneur périlleux de 
veiller à sa prospérité financière, et j'aurai accompli l'une "des par- 
ties essentielles de ma tâche si j'ai réussi à porter la lumière dans 
vos esprits. 



— (io — 

ICONOGRAPHIE DE SAINT-LOUP 

EMPRUNTÉE PKINCIPALEMEiNT AUX MONUMENTS DE L'aKT LOCAL, 



PAU M. ELG. Cil ES Y, 



Ancien membre fondateur (SecJ5«n de i%il«>liiia). 



Saint Loup ou saint Leu {Lujms)T\é, suivant la légende, de race 
royale à Orléans, vers 573, fut élu archevêque de Sens en 609 et 
mourut en 623.Saiete se célèbre le ■l'^'' septembre, et sa translation 
le 23 avril. Son culte était très en honneur dans la Brie, et, pour 
preuve de cette popularité, nous nous contenterons de donner la 
liste des églises qui lui sont consacrées dans Seine-et-Marne. 
Bellot, Bransles, Chatenoy, Ghenoise, Gourquetaine, Grôpoil , 
Grisy-sur-Seine, Le Vaudoué, Luzancy, Neufmoutiers, prèsRozoy, 
Nonville, Planoy, Rouilly, Saint-Loup-de-Naud, SamoisetTigeaux 
l'invoquaient comme premier patron. 

A Melun, la riche corporation des bouchers s'était aussi rangée 
sous son patronage et c'était justice, puisque c'est dans cette ville 
que la légende place un de ses plus éclatants miracles. On voit 
encore dans l'église Saint- Aspais l'élégante chapelle et la splendide 
verrière que les bouchers firent élever en son honneur. Nous avons 
même la date de l'année à laquelle la corporation en fit les frais, par 
l'inscription placée à la naissance de l'ogive : ranMXV''XVII ay esté 
faicte {des) deniei^s de la côfrarie S. Loup. Au sommet de l'ogive 
brillent les insignes de l'état : un couperet, un couteau de boucher 
et le fusil à aiguiser. Au bas de la verrière, à droite, on remarque 
un élégant cartouche rehaussé d'arabesques où l'explication des trois 
scènes représentées se trouve ainsi résumée : Comment S. Loup 
fut consacré, puis fut chassé. Le panneau supérieur donne l'intronisa- 
tion de saint Loup. A genoux, les mains jointes, il vient de recevoir 
la croix primatiale à double trayerse , à laquelle lui donnait droit 
le titre de primat des Gaules; c'est le moment où les deux évèques 
qui l'assistent lui posent la mître sur la tête, en présence d'un car- 
dinal : sur le devant de la scène, dans les compartiments voisins, 
six diacres et sous-diacres en dalmaliquc l'ont l'oltice de clercs 



— 66 — 

servants et complètent le cérémonial en portant des chandeliers. 

D'après la légende dorée, « pour ce que saint Loup n'avait donné 
nul don à Parulf, sénéchal envoyé à Sens, celui-ci le diffama, si 
que le roi Glotaire l'envoya en exil. » Dans le panneau suivant, 
le prélat est accompagné d'un concours de peuple qui manifeste 
ses regrets, mais il jette son anneau épiscopal dans les fossés de 
la ville en déclarant qu'il ne reviendrait que quand on l'aurait 
retrouvé. En effet, peu de temps avant son retour, fut péché à 
Samois, près de Alelun , un barbeau dans le corps duquel fut 
trouvé l'anneau du Saint, anneau qu'on montre encore dans le tré- 
sor de la cathédrale. Papirius-Masson a même trouvé une autre 
version : ce ne serait, selon lui, que du règne de Louis VII qu'au- 
rait été péché le barbeau, et l'édification de l'abbaye de ce nom 
aurait été entreprise avec le prix de. la pierre précieuse. On raconte 
de S. Grat, treizième évêque de Ghâlons-sur-Saône, une légende 
absolument semblable : ayant été attardé pour dire sa messe, le 
saint prélat, dans son humilité, se crut indigne de continuer 
l'exercice du sacerdoce, il jeta donc son anneau pastoral dans la 
Saône et alla s'enfouir dans la retraite avec sa sainte mère ; il y 
avait sept ans qu'un pieux ecclésiastique leur apportait leur nour- 
riture quotidienne, lorsqu'un jour le fidèle serviteur acheta un 
poisson qui avait l'anneau pastoral de S. Grat dans le gosier. On 
répand la nouvelle de ce miracle dans la ville; aussitôt chacun 
s'émeut, la multitude se dirige vers la demeure du prélat, l'ar- 
rache de sa cellule et le ramène en triomphe à la cathédrale. 
M. Maury, dans ses études légendaires, cite plusieurs affabula- 
tions du môme genre : dans les récits arabes un poisson rapporta 
à Salomon un anneau magique qu'il avait perdu. Dans la légende 
écossaise sur la vie de saint Kentigern, une femme laissa tomber 
son anneau dans un fleuve pour justifier son innocence aux yeux 
de son époux jaloux et, par l'intercession du saint, un poisson le 
rapporta du fond des eaux. 

Mais revenons h notre vitrail de l'église Saint-Aspais. Au troi- 
sième panneau, S. Loup, précédé d'un clerc, qui porte la croix 
primatiale, s'avance sur le pont de Melun, étend sa main bénis- 
sante vers le château et arrête l'incendie qui allait le dévorer. Un 
détail curieux, c'est qu'on reconnaît dans le pinceau du peintre 
verrier l'intention de retracer notre château du moyen-âge, avec 
son donjon , ses tourelles, ses courtines et môme les contreforts 
de la double enceinte qui le protégeait contre les inondations de 
la Seine. 



— 67 — 

Quoique la légende de S. Loup n'ait rien de commun avec 
celle de saint Gilles, leur culte est presque toujours associé parce 
que leur fête tombe le même jour ; aussi le saint solitaire figure-t- 
il sur la verrière de Saint-Aspais et la biche qui est son attribut 
ordinaire forme pendant à l'autre extrémité du vitrail. 

Dans l'église de Grisy, près de Montereau, le rétable est occupé 
par une peinture du xvn^ siècle représentant S. Loup arrêtant 
l'incendie deMelun. 

Autrefois à Châlons-sur-Saône, c'était la coutume lors des incen- 
dies, de baigner le chef de S. Loup dans deux tonneaux de vin 
et d'eau qu'on jetait sur le feu. Après cette cérémonie, ceux qui 
apportaient la précieuse relique faisaient un tour en procession 
près du lieu embrasé, mais pendant tout le temps que la relique 
était absente de l'abbaye, il fallait qu'un des échevins y restât en 
otage. 

Dans sa Vie des Saints illustrée, un habile graveur de Louis XIV, 
Sébastien Leclercq, a représenté le même épisode de la vie de 
S. Loup. Aussi, lorsqu'après la séance générale tenue à Provins, 
plusieurs membres de notre Société proposèrent une excursion à 
l'église de Saint-Loup-de-Naud, j'avoue que l'espoir d'y découvrir 
le miracle de Melun exécuté par un tailleur de pierres vives du 
douzième siècle, avait pour moi un bien puissant attrait. Toutefois 
je n'avais pas oublié que deux de nos savants confrères, MM. Félix 
Bourquelot (1) et Pichot (2), avaient déjà (Jonné en grande partie 
l'explication des sculptures légendaires du portail ; après d'aussi 
habiles explorateurs, je ne pouvais donc compter que sur un gla- 
nage bien chétif. Le porche de S. Loup-de-Naud est aussi 
muet que la légende dorée sur l'anneau pastoral et l'incendie 
de Melun ; j'en dois conclure que ces épisodes de la vie du saint 
prélat sont des interpolations dans sa légende, qui pourraient bien 
ne dater que du xiv® ou du xv'' siècle. En compensation, l'archi- 
volte du portail de Saint-Loup-de-Naud nous offre vingt-six sujets 
de sa vie légendaire. Le plus excentrique et le plus original est 
évidemment celui qui représente un personnage à genoux affublé 
d'une cloche en guise de chemise ; l'anse et le cerveau de la 
cloche se détachent merveilleusement de ses parois et semblent 
former nimbe au-dessus de la tête du suppliant ; on y remarque 
encore, fixés, le marteau du timbre et la corde de rappel de 

(1) Bibliothèque de l'école des Charte?,, T. If, ?,'' livraison. 

(2) Les Monuments de Seine-et-Marne, p. 139. 



— H8 — 

l'horloge. On ne pouvait rendre d'une façon plus ingénieuse et 
plus conforme aux lois de l'acoustique le miracle d'une cloche 
qui change de son. 




Voici comment le rapporte la légende dorée : « Le roy dotai re 
« ouyt que les cloches de S. Etienne avoient merveilleuse doul- 
« ceur en leur son,*si envoya dire qu'elles fussent apportées 
« à Paris afin qu'il le ouyst sonner et il despleut au benoist sainct 
« Loup , et si comme ilz furent dehors de la cite ils perdirent la 
« doulceur de leur son et quand le roy ouyt, il commanda qu'elles 
« fussent restituées, et tantost que elles furent à sept lieues de la 
« ville ilz sonnèrent leur son arrière, ce sainct Loup alla à l'en- 
(( contre et reçut à grand honneur ce qu'il avoit perdu dolent. » 

Le nimbe bizarre dont la tête du personnage est décorée 
m'avait fait supposer d'abord que c'était le saint lui-même invo- 
quant la puissance divine pour obtenir ce phénomène d'acous- 
tique, mais je me range tout à fait de l'avis de notre savant 
confrère, M. le comte de Bonneuil (1) qui y reconnaît l'envoyé 
du roi Glotaire rapportant la cloche à Sens, en faisant en quelque 

(1) En 1850, flans un congrès de la Société française, M. le comte de Bonneuil a 
donné de vive vnix une notice sur le portail de Saint-Loiip-ile-Naud, et il est re- 
grettable que le Uultelin inoinancntal n'ait jm iiu'lmi faire simplement mention 
(no 3, XVI l» vol. p.. 160.) 



— 69 — 

sorte amende honorable pour le rapt commis par son maître. En 
effet, le personnage est à genoux dans une attitude qui exprime 
plutôt l'humiliation et l'affaissement, et ce qui est encore plus 
concluant, c'est qu'il est en costume séculier : avec les grègues 
collantes. 

L'exorcisme du démon que le saint tient emprisonné dans un 
vase à boire pendant toute une nuit, pour avoir voulu le tenter 
par la soif, donne une idée piquante des naïvetés superstitieuses de 
l'époque ; mais notre siècle est-il bien sûr d'être moins simple, 
et, par exemple, combien voyons-nous de pauvres d'esprit porter 
leur argent aux somnambules ? 

Parmi les sujets qui n'ont pas encore été expliqués, je crois 
pouvoir désigner avec une certaine assurance celui qui occupe le 
sommet de l'ogive : le saint voyageant à cheval se penche sur sa 
selle pour écouter les voix des anges qui chantent l'oraison domi- 
nicale (1); ceux-ci, portés sur un nuage, tiennent ensemble un 
philactère à la main comme des musiciens qui exécuteraient un 
motet. 

Pour ne pas troubler la symétrie architecturale, les comparti- 
ments sont, en général , divisés à peu près également et il en ré- 
sulte forcément une certaine obscurité dans les compositions. En 
effet, l'artiste a pu être quelquefois obligé de rejeter dans un com- 
partiment voisin les personnages qui concourent à une seule et 
même scène et la complètent ; ainsi , dans la délivrance des pri- 
sonniers liés et garottés, ils sont tenus en laisse par un geôlier qui 
occupe une case supérieure. Les portes de l'église Saint-Aignan 
d'Orléans s'ouvrent d'elles-mêmes à la prière du saint qui tombe à 
genoux dans une autre bande parallèle; le musicien qui joue de 
la viole me paraît fêter la réconciliation du roi Clotaire et de S. 
Loup qui occupent une division inférieure. A côté de deux femmes 
qui s'embrassent, figureraient les deux clercs qui les regardent avec 
des yeux de concupiscence, mais qui, par la prière du saint prélat, 
obtiennent de résister h la tentation. Du reste , le dessin que 
M. Fichot a donné de ce portail- dans ses JMonununts de Seine-et- 
Marne, est im chef-d'œuvre d'exactitude si consciencieuse que l'on 
peut y étudier tous les détails de la sculpture avec autant de con- 
fiance que sur le monument même. 

La représentation la plus capitale est celle qui figure debout et 
de grandeur naturelle sur le pilier d'estanfiche, le prélat, revêtu 

(1) Orationem dominicam nh angelis decantari audit (Acti SS. apud Boll). 



— 70 — 

de ses habits pontificaux, crosse et mitre, foulant aux pieds deux 
dragons qu'on chercherait vainement dans la légende ; évidemment 
c'est ici remblôme de ses victoires remportées sur le paganisme, 
car l'évangélisation paraît résumer la somme capitale de la vie de 
S. Loup, et il faut se rappeler que, dans la zoologie mystique, 
le dragon est la personnification du démon. Ne sont-ce pas les 
mêmes traditions qui ont fait représenter S. Loup foulant aux 
pieds un lion, conformément au passage de l'Écriturea conculcabis 
leonem et draconem » ? C'est ainsi que nous le voyons sur deux 
enseignes de pèlerinage en plomb provenant d'Esserant , près 
Sentis, et remontant au xv" siècle (1). Le prélat, revêtu delacha- 
sublc et la tète mitrée, tient à la main sa croix de primat des 
Gaules, mais à une seule traverse. A ses côtés sont h genoux deux 
petits pèlerins, probablement des enfants, car on invoquait spé- 
cialement S. Loup pour les convulsions, l'épilepsie, et la peur 
qui dispose souvent les enfants à ces deux terribles maladies. Il 
ne serait donc pas impossible que la crédulité naïve de nos mères 
ait attribué ce mérite à S. Loup sur la foi de son nom. Les 
évangiles des quenouilles allaient jusqu'à prétendre qu'il faut préa- 
lablement faire son offrande à S. Loup, si l'on veut manger 
impunément d'un animal étranglé par un loup; néanmoins, l'ex- 
plication que donne M. le président de la Société académique de 
Beauvais du lion de S. Leu d'Esserant , me semble bien ha- 
sardée ; M. Danjou le prend pour un rébus picard, la dégénéres- 
cence d'un loup {leu en patois), par allusion au nom du saint. 

Il existait autrefois à Vernelle, dans le canton de Brie-Gomte- 
Robcrt, une chapi'lle dédiée à S. Leu, où avaient lieu de nom- 
breux pèlerinages pour la guérison des convulsions des enfants. 
La tradition locale était que le saint archevêque de Sens, au retour 
de son exil en Etrurie, avait passé par Paris pour guérir le roi 
qui l'y avait mandé, et qu'en se dirigeant vers Sens le couvent de 
Vernelle était le premier endroit oii il s'était arrêté pour passer la 
nuit. Depuis ki réunion de ce prieuré ù Tabbayc d'Hivernaux, 
cette chapelle a été transférée dans Téglise d'Evry-les-Ghâteaux, 
où l'on conserve sur l'autel une statuette du saint pouvant remonter 
au XV" siècle, mais tellement fruste et mutilée qu'elleest dépourvue 
d'intérêt. Les pèlerinages s'y continuent encore de nos Jours et, 
selon une ancienne pratique, chaque mère qui vient invoquer le 

(1) V. CollectvM de plombs historiés trouvés dans lu Seine, par M. A. Forgeais. 
2« série, p. IRR. 



— 71 — 

saint ne manque pas de lui offrir un éohcveau de fi] qu'elle lui 
passe au cou . 

Enfin, la cathédrale de Sens garde dans son trésor un des types 
les plus précieux des peignes mérovingiens au vii° siècle. Ce 
peigne en ivoire est à deux fins , c'est-à-dire qu'un côté a de fortes 
dents pour démêler et l'autre de plus fines; c'est à peu près ce que 
notre docte correspondant, M. l'abbé Cochet, a observé dans les 
tombeaux mérovingiens .d'Envermeu, mais celui de Sens est orné 
d'une garniture de cuivre et rehaussé de deux lions affrontés qui 
s'élancent sur une tête de bouc et semblent révéler un sens moral 
sous leur signification symbolique. Une inscription du xiii* siècle 
porte : Pectensoncti Lupi, et témoigne de l'antiquité de la tradition 
qui attribue l'objet au saint évêque. On ajoute que le vénérable 
pontife s'en servait dans les ordinations, lorsqu'il consacrait à 
Dieu quelque représentant de cette race chevelue. Tout le monde 
sait qu'alors le signe de l'entrée dans l'église était la déposition de 
la chevelure : « comaque capiiis déposifâ monachus facius est » est-il 
dit de Gamardus, seigneur de Villy-sur-Yère qui, au vii^ siècle, 
se plaça, sous la conduite de S. Wandrille, dans le monastère 
de Fontenelle (1), et lorsqu'en 6-40, S. Eloi fut ordonné malgré lui, 
son illustre biographe a soin de l'appeler a invitum detonsum. » (2) 
Dans ces données, la relique, qui n'éveille aux yeux du vulgaire 
que l'idée d'un objet de toilette assez prosaïque, revêt réellement 
un caractère sacré et doit prend rang parmi les insignes de la 
prélature mérovingienne. « 

(1) Gallia Christiana, T. XII, p. 161. — La Normundie souterraine, par l'abbé 
Cochet, p. 255. 

(2) Vie de S. Eloi, par S. Ouen. 



— 73 — 

LES CLOCHES 

DE L'ARRONDISSEMENT DE FONTAINEBLEAU, 

PAU M. A. TABOURET, 
Membre fondateur (Section de Fontainebleau). 



Qui n'entend qu'une cloche, n'entend qu'un son; or, j"fii l'inten- 
tion de vous faire entendre le son de toutes les cloches de l'arron- 
dissement de Fontainebleau, ou plutôt de vous tracer l'historique 
de ces êtres, je dirais presque animés, qui sont les compagnes insé- 
parables de notre existence. 

Si par leur ding, ding, din, dong, comme le dit notre sublime 
chansonnier, les cloches aiment à fêter un baptême, elles ne refusent 
point de s'associer à notre deuil le jour où. le créateur a prononcé 
pour quelqu'un de nous l'arrêt qui le rappelle à lui ; elles s'attris- 
tent avec ceux qui restent, elles pleurent, elles se lamentent avec 
eux. 

Un de nos écrivains les plus harmonieux du siècle, Chateau- 
briand, n'a-t-il pas dit : les cloches sont des voix placées entre le 
ciel et la terre ? Si nos belles églises, nos immenses cathédrales 
attestent la vigueur du génie chrétien, les cloches, ces courriers 
célestes, sont destinées à le proclamer. Elles parlent au cœur de 
l'homme avec cette puissance magique dont l'écho sans cesse nous 
poursuit. Pour l'exilé sur la terre étrangère, c'est le clocher de 
son village qui vient le plus souvent se dresser dans le mirage des 
souvenirs de la patrie absente; c'est qu'aussi le clocher de son vil- 
lage lui rappelle les beaux jours de ses premières années, ses 
parents, ses amis, toutes ses joies perdues. Voix de la cité popu- 
leuse, leur son anime aussi la solitude de nos plus humbles cam- 
pagnes; elles régnent en un mot en souveraines sur tout l'empire 
du monde civilisé, car pendant qu'autrefois le beffroi de î'hôtel-de- 
ville de Paris retentissait pendant trois jours et trois nuits à la nais- 
sance du Dauphin de France, pendant qu'aujourd'hui les cloches 
de Notre-Dame, semêlantan bruit du canon, aflirment ladurée de 
la dynastie impériale, pendant que la cloche du Capitole par sef^ 



— 74 — 

longs mugissements annonce l'exaltation ou la mort du saint Pon- 
tife, la cloche du plus petit de nos hameaux prévient aussi qu'un 
bras de plus est donné h la terre, ou qu'un bras vient de lui être 
retiré. 

Les cloches sont habituellement lessymboles de paix et d'actions 
de grâce, mais malheureusement aussi elles ont servi de signal au 
fanatisme et aux cruautés : c'est au son des cloches de Palerme 
qu'en 1282 périssaient les Français le jour des Vêpres Siciliennes, 
c'est au son de la cloche de St-Germain l'Auxerrois que les massa- 
cres de la St-Barthélemy étaient annoncés à la cité parisienne. 
De nos jours elles sonnent parfois les révolutions et les incendies, 
hélas ! elles ne chôment pas souvent. 

J'aurais pu laisser parler les cloches elles-mêmes, car vous 
n'ignorez pas qu'elles parlent, qu'elles babillent volontiers; comme 
nous elles ont reçu le baptême, on a prononcé aussi pour elles le 
mot éphetà ( ouvre-toi ) et en leur accordant le droit de parler, on 
leur en a sans doute inspiré le désir. Cependant elles ont besoin 
d'un intermédiaire pour vous raconter aujourd'hui les fêtes qui 
ont présidé à leurs destinées. Elles m'ont chargé de ce soin dont 
je m'acquitte d'autant plus volontiers qu'il y a toujours eu entre 
les cloches et moi une parfaite harmonie. Je n'ose vous en dire la 
raison, la gravité d'une séance archéologique m'interdit cette petite 
excursion dans le domaine de ma personnalité : si je le faisais, vous 
me croiriez plus babillard que le plus échevelé des carillons. 

Lex cloches chez différents peuples. 

En vous parlant de mon amour pour les cloches, j'ai bien peur 
de faire mon procès, car l'auteur du traité des superstitions ( J. B. 
Thiers, curé de Vibraye) prononce formellement cet arrêt: la ca- 
naille aime le son des cloches. Et malheureusement, si nousconsul- 
tonsl'histoire, nous sommes forcés d'admettre cetteautrcconclusion: 
plus un peuple est policé, moins il aime le son des cloches. Les 
Grecs avaient peu ou point de cloches, les Romains ne connais- 
saient point les grosses cloches, les Italiens en général n'en ont 
que de fort petites; mais, par contre, les Allemands et les Flamands 
n'en ont que de très -grosses et en fort grand nombre. En Russie 
c'est un véritable luxe de cloches, et tout le monde a entendu parler 
de la fameuse cloche du Kremlin sous laquelle vingt personnes 
pouvaient tenir parfaitement fi l'aise. En France, ce paysde liberté, 
nous donnons asiliî h toutes les fantaisies du gennn 



— 7o — 

Un peiiplo, le peuple Chinois se signale, non par le volume exces- 
sif de ses cloches, mais par la prodigalité de ses clochettes; on 
pourrait avec difficulté compter le nombre de celles appendues 
aux tours polygonales d'un temple chinois. Cet excès ne prouve 
certes pas que le peuple Chinois soit un peuple grossier, mais il nous 
laisse à penser que, malgré la civilisation avancée qu'on invoque en 
faveur des Chinois, ce peuple est resté un peuple d'enfants. Le 
cadeau le plus apprécié que puisse faire chez nous une nourrice à 
son poupart est encore un petit chapeau chinois orné de mille clo- 
chettes. 

Chez les Arabes, ce peuple grave et silencieux, les cloches ont 
été absolument proscrites. La voix du muezzin est seule chargée 
d'appeler du haut du minaret les fidèles croyants à la prière. Le 
calme et le silence des villes orientales permettent seuls à leur in- 
vocation rhythmée de se faire entendre au loin à toutes les heures 
prescrites par le Koran. 

Effet des cloches chez les gem du monde. 

Dans le monde, les gens grossiers aiment à sonner les cloches, les 
fous sont fous de cloches, mais leur son importune les gens spiri- 
tuels, ils prétendent que cela leur casse la tête. Louis XV rési- 
dant à Choisy-le-Roi, dont il avait fait son habitation privilégiée, 
ordonna que dans la construction de la nouvelle Eglise, le clocher 
fût moins élevé que les combles afin de n'être point abasourdi par 
le son des cloches. Qui de nous n'a point tressailli une fois au 
moins au tintement métallique, inopportun, de la sonnette de la 
rue ? Plus d'un de nous a regretté qu'on ait mis fin à la dynastie 
des marteaux dont le son grave et prolongé, donne le temps à la 
réflexion, et, certes, est bien moins impératif que le son aigu de la 
sonnette qui semble vous dire qu'elle veut être obéie à l'instant. 
Aussi la sonnette pour nos usages domestiques est presque une 
invention récente. Elle devait naître sous le règne de celui qui 
disait: l'État c'est moi. Le duc de St-Simon prétend que ce petit 
tintinnabulum fut créé pour éviter à lafière madame de Maintenon 
de se déranger trop souvent, alors qu'elle n'était encore que dame 
de compagnie dans une opulente maison de Paris. 

Effet des cloches 5w?* les animaux. 

Les animaux eux-mêmes sont désagréablement irapn'ssionnés 



_ 76 — 

par le son des cloches. A part maître baudet qui chemine insou- 
ciant et rêveur avec une lourde clochette très-près de ses longues 
oreilles, à part la génisse qui reste indifférente au milieu du pâtu- 
rage au son argentin de sa clochette et de celles de ses compagnes, 
la plupart de nos animaux domestiques supportent impatiemment 
ce bruit douloureux à leur tympan: le chien mêle son hurlement 
lugubre au glas funéraire de la paroisse voisine, ainsi que le con- 
firme St-Amund, l'auteur de Moyse sauvé. 

Le clocheteur des trépassés, 

Sonnant de rue en rue, 

De frayeur rend les cœurs glacés, 

Bien que le corps en sue : 

Et mille chiens, oyant sa triste voix, 

Lui répondent à longs abois. 

Les oiseaux voyageurs fuient de toute la rapidité de leurs ailes les 
vibrations des cloches qui se font entendre sous eux au moment 
de leur passage : et si vous me permettiez de prendre un exemple 
qui sent un peu son bas lieu, je vous dirais que l'on raconte dans 
une chronique de la mère Michel, que son chat devint toi par la 
malice d'une voisine qui attacha un grelot au col de la pauvre bête. 

Cloches au moyen-âge. 

Dans le moyen-âge on chéinssait fort les cloches, nos églises ne 
se contentaient point d'une seule, il leur en fallait au moins deux; 
quelques églises abbatiales en comptaient jusqu'à sept : nombre 
très en honneur dès la plus haute antiquité, mais de plus consacré 
dans la religion de Moïse comme dans les rites du christianisme. 
Maintes bonnes âmes de cette époque envoyaient une partie de 
leur argenterie pour contribuer à la fonte des cloches, excès de dé- 
votion qui, au temps où nous sommes, trouverait très-peu d'imita- 
teurs. 

Au règne des sept cloches, M. l'abbé de St-Séverin se rendait à 
sa paroisse avec son vassal et deux serfs. Le premier tenait un 
beau faucon sur le poing, les deux autres menaient en laisse deux 
superbfîs lévriers. En ce temps là M. l'abbé marchait l'égal du 
grand seigneur. 

Au règne des sept cloches, messire Jehan et tous les clercs de la 
basoche, au son de toutes les cloches, se promenaient le dimanche 
dans les rues de Paris, en chantant les psaumes de David. En 



— 77 — 

certaines occasions Messieurs du Ghâtelet mêlaient au son des 
cloches le bruit de leur musique guerrière; musiciens et écoliers 
se groupaient ensemble, le jour de la monstre pour taire célébrer 
une messe solennelle à la cathédrale de Paris. Ce jour-là, bien cer- 
tainement, Quasimodo se tenait dans la tour du sud et ne manquait 
pas de donner à la maîtresse cloche ses plus étonnantes vibrations. 
A cet appel tous répondaient, car au moyen âge il existait entre les 
cloches et les hommes un lien religieux, politique et social. 

Un pouvait dire à cette époque que l'Église était un monument 
national. Dans ces jours de misère^ c'était le seul bâtiment dans 
lequel toutes les classes de la nation se trouvaient réunies ; le seul 
oii chaque homme oubliait son intériorité sociale relative, le seul 
bâtiment qui sous ses ombres majestueuses laissait entrevoir au 
cœur de l'homme le symbole de l'égalité. 

Aussi nos immenses cathédrales d'alors , ces édifices élevés 
à la foi religieuse, politique et sociale, semblent impérissables. 
Vainement la hache des révolutions, plus terrible que la fureur 
des guerres religieuses, s'est heurtée contre la cité du peuple. 
Les cathédrales ont résisté à tous ces outrages et leurs clochers 
nous répètent encore que la cité du peuple est la cité de Dieu. 
Nos tours gothiques, de leur sublime hauteur, jettent un défi 
au temps et à la main des hommes. L'Église était si bien alors 
la maison du peuple, que les jeux, les divertissements n'étaient 
point, à certains jours, proscrits de son enceinte. Le sacré s'y mê- 
lait parfois au profane. Ai-je besoin de vous rappeler la fête de 
l'âne, celle des fous, — qui ne furent interdites qu'à la fin du 
xv^ siècle ; le jeu de la pelotte ou du ballon, qui jusqu'en 1338 
faisait dans l'église même les délices du peuple et de messieurs 
les chanoines de la cathédrale d'Auxerre ? 

Autorité des cloches. 

En ce temps-là les cloches jouissaient de la plus grande autorité. 
Leur voix était écoutée avec le plus grand respect. Sous Louis VII 
voulait-on mettre fin à quelque perturbation publique, on sonnait 
les cloches et notamment la cloche du chœur de Notre-Dame, la 
cloche en colère {campana irata). Voulait-on tirer justice de quel- 
que méfait public, on faisait cesser tout service divin, mais ce qu'il 
y avait de plus sensible au cœur du peuple, c'est qu'on interdisait 
la sonnerie des cloches. Les seigneurs souverains enlevaient les 
cloches aux villes rebelles : c'est ainsi que vers 1530 les Bordelais, 



— 78 — 

les habitants de Montpellier, ceux de Marennes, lurent privés de 
leurs cloches pour avoir refusé de payer l'impôt de la gabelle. Heu- 
reux et soulagé d'un grand poids était le peuple quand enfin, le soir 
arrivé, il entendait le couvre-feu, 

La cloche de la Sorbonne 

Qui toujours à neuf heures sonne. (Villon) 

Origine des cloches. 

Les cloches datent de loin ; sans parler de Moïse, des Grecs et 
des Romains, arrivons de suite à l'an 604 oîi, de par le pape Sébas- 
tien, l'usage des cloches fut prescrit dans toutes les églises pour an- 
noncer le service divin. Elles avaient déjà une certaine importance, 
car si nous nous en rapportons au dire de plusieurs historiens qui 
racontent tous de la même façon la même anecdote, l'air "était si 
vivement ébranlé par les vibrations terribles des cloches de Sens, 
qu'elles mirent en fuite toute l'armée de Glotaire II. 

Au temps des premiers chrétiens, quand, pour fuir la persécution, 
le culte cherchait un asile dans les catacombes de Rome, ou quand 
au IP siècle il venait cacher la profondeur de ses mystères dans 
les premières cryptes de la Gaule, l'usage des cloches eût été un 
véritable danger. Les réunions se faisaient au moyen d'une trom- 
pette, dont les accents mystérieux étaient seuls connus des fidèles; 
plus tard on se servit d'une crécelle, qu'un cursor ou courrier fai- 
sait vivement tourner en passant devant chaque maison, ou bien 
d'un marteau frappant sur une plaque de bois comme cela se pra- 
tique encore pendant la semaine sainte aux offices des ténèbres. 

Origine du carillon. 

Il est à présumer que les premières cloches furent petites et ti- 
mides, car les premiers tintinnabula employés au service divin 
étaient tenus à la main par un moine ou par un clerc, qui les faisait 
tinter h. la porte du temple ou du haut d'une plate-forme. Mais 
elles ne tardèrent point à croître en force et en volume, et nous 
voyons le bon roi Robert qui aimait tant à faire des dons gracieux à 
ses églises, en donner une à Orléans, qui pesait 2,000 livres. Nous 
sommes encore loin du fameux bourdon de Notre-Dame dont Louis 
XIV et Marie-Thérèse furent parrains en 1GS4, et qui pesait 32 mil- 
liers de livres, sans le battant qui à lui seul pesait OGO livres. 

A l'époque du roi Robert, la cloche n'a qu'un son, qu'il soit bon 



— 79 — 

ou mauvais, peu importe, pourvu qu'il soit fort. Une cloche, deux 
cloches, sept cloches avaient un son quelconque dont la force cons- 
tatait seule la valeur. Vous comprenez qu'on ne put pas longtemps 
se contenter de cela, le goût vint en sonnant. On imagina donc de 
faire deux cloches d'une proportion d'alliage différente, de manière 
à produire deux intonations, l'une grave, l'autre aiguë. Dès lors 
l'harmonie dans la cloche fut créée. On ne s'arrêta pas à ce premier 
essai; on fondit bientôt pour le même édifice un plus grand nom- 
bre de cloches d'alliages variés, que l'on combina suivant une 
proportion arrêtée et que l'on disposa en table d'harmonie : nous 
possédions le carillon. 

On pourra désormais servir tout le monde à sa guise, et alors les 
gens d'esprit aimeront les cloches tout comme les autres : à votre 
tristesse on servira du faux bourdon, à la naissance de vos enfants, 
au mariage de votre fille, on vous offrira une très-jolie cantate, 
seulement il faudra dans ce cas mettre votre bourse en harmonie 
avec la sonate du carillon. Vous pourrez donc, à coup sûr, revêtir 
vos habits de fête ou de deuil, et suivant les modulations diffé- 
rentes de la cloche, prendre en sortant de chez vous l'air de 
figure qui conviendra à la circonstance. 

Le carillon est une très-jolie invention, et dès sa nais- 
sance il arriva à une perfection presque complète. Il consiste en 
une collection de cloches accordées de manière à former une échelle 
chromatique d'environ deux octaves ou même trois. On les accorde 
en limant les timbres, en les amincissant sur le tour. Ainsi dispo- 
sés, ces timbres sont mis en vibration au moyen de ressorts mus 
par un double clavier. Le premier de ces claviers servira à jouer 
les notes intermédiaires en frappant les touches avec le poing, 
tandis que l'autre clavier placé plus bas donnera les notes graves 
et se jouera avec les pieds. 

Je vous ai dit que le goût vint en sonnant, il vint également en 
carillonnant. On ne se contenta plus de ce premier carillon qui 
laissait une trop large part à la plus ou moins grande habileté de 
l'artiste carillonneur, on voulut un carillon qui fit entendre sous 
la main la moins expérimentée une multitude d'airs tout faits. 
Dans le nouveau carillon, les marteaux frappants sont mis en ac- 
tion par des pointes métalliques fixées à une roue, comme cela 
se passe dans une vielle ou un orgue de barbarie, et alors on put 
faire entendre tous les airs à la mode sur toutes les variations 
connues. 

Dans le clocher d'Anvers on voit un carillon qui se compose de 



— 80 — 

99 cloches; pourquoi pas 100? Messieurs les musiciens nous le 
diront. Le son de ces cloches de différentes grosseurs donne toutes 
les gammes à plusieurs octaves. La tour du Kremlin possédait, 
dit-on, avant son incendie, le carillon le plus formidable. Citons 
les carillons d'Amsterdam, de Mons, de Malines, de St-Omer et, 
pour mémoire, celui de la Samaritaine près du Pont-Neuf à Paris. 

Le carillon se permet un grand nombre de fantaisies qui n'iraient 
pas bien aux allures de nos grosses cloches; quelquefois, il chante 
sans retenue, il se croit tout permis, et souvent il a fallu mettre 
arrêt à sa verve qui s'égare volontiers dans les airs des plus nou- 
veaux comme des plus anciens opéras, sans tenir compte du lieu 
ni des circonstances. 

Ce môme mécanisme de la serinette fut adopté pour certaines 
horloges et chaque division de l'heure fut accompagnée d'un air de 
musique. De plus, on voulut y joindre un appareil scénique, ce qui 
donna naissance aux jacquemards, cette personnification du temps 
qui, avec son marteau, vient frapper l'airain sonore et nous annonce 
que « le temps passe et qu'il ne faut point laisser écouler sans pro- 
fit l'heure présente. » Dans quelques Jacquemards, chefs-d'œuvre 
de mécanique du moyen-âge, à l'heure de midi, Saint-Pierre avec 
tous les apôtres viennent processionnellement frapper douze fois le 
timbre de l'horloge, la Vierge se présente à son tour et sonne 
l'heure de l'Angélus. Dans le nord, cette petite représentation a son 
cercle d'habitués comme le canon du Palais-Royal à Paris. 

Les sonneurs de cloches. 

Autrefois, n'étnit pas qui voulait sonneur de cloches; dans les 
premiers temps de l'Eglise, il fallait certaine condition pour rem- 
plir cet emploi : n'être point souillé de péché. Ce soin était donc 
confié à des religieux, h un diacre, à un sous-diacre ou h une cor- 
poration de marguilliers. Cet office était complètement interdit 
aux femmes, — la raison en est simple, je pense, c'est que considé- 
rant leur force relative, on craignait de les fatiguer. Aujourd'hui 
tout le monde peut prétendre à l'honneur de sonner les cloches et 
personne n'ignore le dicton: 

a Pour être bon sonneur de cloches 
u 11 faut être bon videur de brocs. 

Plusieurs ordonnances réglaient les diverses manières de sonner 



— 81 — 

les cloches; sonner les cloches était souvent même une redevance, 
une servitude imposée. C'est ainsi que le curé de St-Remy, h 
Meaux, était dans l'obligation de venir en personne dans cer- 
taines occasions, sonner les cloches de la cathédrale de Meaux 
et témoigner ainsi la servilité de l'église St-Remy à la dite 
cathédrale. 

Pour parler des cloches, il faut les décrire; une description 
technique n'est point toujours chose amusante, mais ici je parle 
d'un objet connu de tous, et si vous voulez porter vos regards sur 
la clochette officielle de M. le président, vous pourrez facilement 
suivre sans grand ennui la description que je vais en faire. 

La cloche offre à considérer: 

1" La patte ou bord inférieur, ce bord qu'on amincit quand on 
veut la disposer pour les variations du carillon ; 

2° La panse, partie la plus épaisse, contre laquelle frappe le bat- 
tant; 

3'' Les saussures, partie moyenne, de forme cylindrique; 

4° La gorge ou la fourniture, passage entre les saussures et la 
panse ; 

5° Le vase, partie supérieure à peu près cylindrique, entre les 
saussures et le cerveau ; 

6° Le cerveau, calotte supérieure où le battant est suspendu ; 

1° Enfin le battant, en forme de poire alongée, terminé par un 
appendice ou poids destiné à lui donner la volée. 

La cloche par sa forme, dit l'auteur du Symbolisme des cloches, 
est une véritable merveille de l'art. Elle possède à la fois l;i 
pureté des lignes, la juste mesure des proportions, la précision 
des notes et la justesse des accords. En effet, cette forme elle-mêmtj 
est une particularité, constituant un type unique, différant à tous 
égards de toutes les formes connues, et qui n'a d'autre déno- 
mination que son type même: en forme de cloche. 

Fonte des cloches. 

Les cloches se fondent aujourd'hui dans des ateliers dont l'en- 
trée est généralement interdite au public. Autrefois c'était l'occa- 
sion d'une grande solennité. On procédait en plein jour à cette 
opération, que l'on pratiquait dans un fossé près de l'Eglise 
à laquelle la cloche était destinée. Une foule nombreuse faisait 
cercle autour des ouvriers de l'art; les moines étaient les fondeurs 
privilégiés de cette époque. Le nom du moine Tanchon est par- 

6 



— H"! — 

venu jusqu'à notre époque : il passait pour le plus habile fondeur 
de cloches. Plus près de nous on cite comme très-habile fondeur 
Jean Jouvente qui fondit, en iSTl, la cloche qui donna le signal 
de la St-Barthélemy. 

Au moment de la fonte d'une cloche, les poitrines des specta- 
teurs sont haletantes; la fonte va-t-elle réussir? sous quelle forme 
va sortir de sa chrysalide cet être si impatiemment attendu? Voilà 
les préoccupations de cette immense assemblée, muette tant elle est 
religieusement attentive. Si l'épreuve ne réussit pas, le désespoir 
pénètre dans tous les cœurs, le deuil est sur tous les visages, on 
présage quelque grand malheur, on se i;etire en silence; mais si 
l'épreuve est bonne, entendez les vivats, les cris de joie et d'en- 
thousiasme. 

Composition des cloches. 

Le bronze n'est pas la seule matière qui entre dans la composi- 
tion des cloches, les métaux les plus précieux, l'or, l'argent en 
font très souvent partie. En Russie, dans ce pays ami des cloches, 
un ancien usage est encore en pratique aujourd'hui. Quand on 
doit fondre une cloche, les habitants sont convoqués à l'œuvre 
sainte. Trois vases sont déposés près du lieu consacré et destinés 
à recevoir les offrandes en métaux de tous ceux qui veulent par- 
ticiper à la confection de la cloche. Personne ne manque guère 
à une convocation de cette nature ; les hommes, les femmes, les 
enfants viennent y jeter leurs bijoux, — bagues, colliers, brace- 
lets, — soit en or, soit en argent, soit en cuivre. Le zèle n'a beso'n 
que d'être ralenti, car il est rare que les offrandes volontaires ne 
dépassent point le poids désiré et l'on se trouve souvent dans 
l'obligation de faire de nombreuses restitutions. 

'Noms donnes aux cloches. 

Quand cette belle vierge sort de son creuset, elle porte pres- 
que toujours sa légende d'invocation, son nom et l'inscriplion du 
jour de sa naissance. Ce que je regrette c'est que belle comme 
elle est, on ne lui donne pas toujours un nom de femme, qui 
va si bien pourtant avec sa belle forme crinolinée, avec ses allures 
de fille de l'air qui peut faire entendre sa voix à 140 mètres di; 
hauteur. Aussi quelle surprise, queldésappoinlemontquandon vient 
à lire sur les restes de la superbe cloche de Moissac cette appel- 



— 8.'] — 

lation faite par elle-même : je me nomme Paul ( Paulus vocor) ! A la 
bonne heure, madame la cloche delà cathédrale de Paris, on vous 
nomme Jacqueline, c'est-à-dire la diligente, la bonne ménagère, 
toujours levée avant que le soleil ne vous surprenne. 

Ornements des cloches. 

Les cloches, ne vous en étonnez pas, les cloches suivent la mode; 
celles du XVIIP siècle sont entourées de fanfreluches, leur dur 
habit est orné de fleurs et de rinceaux, elles portent des sceaux, 
des armoiries, elles se font aussi coquettes qu'elles peuvent. 

Baptême des cloches. 

Avant que notre belle châtelaine quitte la terre et monte dans son 
sublime donjon, elle reçoit la consécration religieuse, on célèbr.' 
son baptême. La bénédiction des cloches est certainement fort an 
cienne, il faudrait, je crois, la faire remonter à la pr>^mière clochi- 
de nos églises. Cependant c'est seulement du pape Jean XIII (972 
que datent les édits qui en règlent le cérémonial. 

Le baptême des cloches ne fut pas toujours chose acceptée ; au 
plaid tenu par Charlemagne en mars 789, le grand roi siégeant 
comme chef de l'Eglise, comme évêque des évêques, défendit plu- 
sieurs superstitions, entre autres le baptême des cloches (H. A'Iar- 
tin). Il s'opposait à ce que l'on conférât à un vil métal un sacre- 
ment qui doit racheter tout être chrétien du péché originel. 

Toutefois, le parrain et la marraine choisis, on procède h la 
bénédiction. La cloche est suspendue à un échafaudage improvisé, 
l'église est parée comme au jour de ses plus belles solennités. Les 
armoiries des grands dignitaires du clergé décorent les piliers de la 
nef et du chœur, on ressuscite les écussons des hauts et puissants 
barons et chevaliers qui ont illustre la contrée. Les parois du temple 
sacré sont revêtues de leurs plus riches et de leurs plus brillantes 
tapisseries; c'est jour solennel. L'époque où pour cause d'utilité 
publique on est venu deshériter nos églises de leurs voix d'airain, 
est un jour de deuil encore présent aujourd'hui au souvenir du 
clergé de France, et la bénédiction d'une nouvelle cloche nous 
représente, en quelque sorte, le retour de l'en^mt prodigue qui 
vient frapper au seuil de la maison. 

La cloche est couronnée par un dais formé de dentelles du plus 
haut prix, qui retombent en magnifiques flots jusqu'au dessous 
du limbe et lui constituent une véritable robe de baptême; l'ar- 
chevêque impose ses mains sacrées sur le bronze, récite les prières 



— 84 — 

d'usage et de &es doigts enduits de l'huile sainte, trace plusieurs 
signes de croix en prononçant les noms que lui ont donné le par- 
rain et la marraine. Trois beaux rubans sont fixés au battant de 
la cloche, un pour le haut dignitaire officiant, les deux autres sont 
confiés aux mains du parrain et de la marraine. Ces rubans met- 
tent alternativement en mouvement le battant de la cloche et sont, 
pour ainsi dire, les traits d'union qui, parleur tintement distinctif, 
établissent un langage intime entre l'Eglise et la cloche répondant 
ainsi elle-même. Suivent les trois aspersions en dedans et en de- 
hors et le reste du cérémonial usité. 

Le choix du parrain et de la marraine est chose très-importante. 
Il faut des représentants dignes du glorieux enfant ; à ces filles 
de haut parage, il faut des têtes couronnées ou au moins des têtes 
ducales, c'est Louis XIV et Marie-Thérèse qui sont les parrain 
et marraine du bourdon de Notre-Dame, fondu en 1684. De nos 
jours, il faut l'avouer, elles sont descendues quelque peu de cette 
haute parenté; quelques préfets, quelques maires, quelques con- 
seillers municipaux participent à cet honneur. Malgré ce petit 
échec porté à leur amour-propre, elles n'en sonnent pas moins 
dans la circonstance à double carillon. 

J'ai dit en commençant que j'avais l'intention de vous faire en- 
tendre le son de toutes les cloches de l'arrondissement de Fontai- 
nebleau. Combien y en a t-il? Je vais vous le dire, — approximati- 
vement du moins. Il y a dans l'arrondissement de Fontainebleau 
sept cantons, autant qu'il y avait de cloches dans certaines abbayes 
du moyen-âge. Ces sept cantons comportent cent-trois communes: 
or, en mettant seulement une cloche dans chaque commune, c'est 
donc la description de cent-trois cloches que je vous dois. C'est 
beaucoup, et si j'étais homme de parole je vous paierais aujour- 
d'hui madette mtégralement. Mais, comme le dit le bon Virgile : 
haiidùjnara malt, miseris succwTere disco. Ce qui veut dire que cela 
vous fatiguerait, et moi également. Aussi je ne me propose aujour- 
d'hui de vous parler que des cloches du canton de Fontainebleau. 
Nous n'avons donc que six communes à parcourir, Fontainebleau, 
Avon,Samoreau, Vulaines, Samois et Bois-lc-Roi. Nous commen- 
cerons notre petite excursion par Fontainebleau ; à tout seigneur 
tout honneur. 

FO.\'TAII¥EBLE.4U. 

L'édification de l'église Saint -Louis par le roi Louis Xlfl 
marque une période entièrement nouvelle pour la ville de Fontai- 



— 85 — 

nebleau. Le simple rendez-vous de chasse de Louis-lc-Jeunc est 
devenu un magnifique chcâteau^; le clocher de l'église parois- 
siale a groupé autour de lui les rangs pressés d'une population 
industrieuse ; les modestes habitations des gardes-chasse ont fait 
place à des bâtiments réguliers, à des rues parfaitement alignées, 
en un mot Fontainebleau est devenu une des plus élégantes 
et plus jolies villes de la contrée. Ville au parfum aristocra- 
tique, séjour privilégié de la cour, rendez-vous des nobles étran- 
gers. 

Mais ne perdons point de vue notre clocher. Quel destin ont 
subi les cloches qui, les premières, glorifièrent l'église de Saint- 
Louis? Je ne vous en dirai rien, car dans les archives de la localité 
qu'il m'a été possible de consulter, je n'en ai rencontré aucune 
trace. Il faut que nous arrivions jusqu'au 26 octobre 1745 pour 
assister à la bénédiction des quatre nouvelles cloches auxquelles 
Louis XV et la reine voulurent bien donner leur nom. 

« Lazare- Joseph-Buisson, — dit le procès-verbal conservé h la 
« mairie, — étant curé de la paroisse royale de St-Louis de Fontai- 
« nebleau, Jean-Louis Marrier, lieutenant de la maîtrise des eaux 
« et forêts, Pierre-Nicolas Guyon, receveur de la capitationdu dit 
« Fontainebleau, Louis-Gratien Aubinaut, vitrier des bâtiments 
« du roi, étant marguilliers en charge de la dite paroisse ; 

« Gejourd'hui, mardi 26 octobrel745, ont été bénites dans la nef 
« les quatre cloches de la dite église par raessire Jean-Joseph 
(c Languet, archevêque de Sens. Les quatre cloches ont été nom- 
« mées : 

« La 1'° Louise-Marie, par le roy et la reyne présents, 

« La 2° Louise-Anne-Henriette, aussi par le roy avec Madame, 
<( présents. 

« La 3" Marie-Thérèse par monsieur le Dauphin et madame la 
« Dauphine, présents. 

« La ¥ Louise-Marie-Adélaïde , aussi par monsieur le Dauphin 
« avec madame Adélaïde, présents. 

Tous ont signé: 

Louis, 

Marie, 

Louis, 

Marie-Thérèse , 

' Henriette, Anne, 
et nous Joseph, archevêque de Sens, 

Marrier, Guyon, Aubinaut, Euisson, curé. 



— 86 — 

Que sont devenues ces belles cloches? Je dis belles, si je m'en 
rapporte à la haute parenté qui assista à leur entrée dans le monde. 
Ont-elles subi le sort des persécutions auxquelles les cloches elles- 
mêmes ont payé un large tribut? Il est probable que, comme un 
très-grand nombre de leurs compagnes, elles furent transformées 
en canons de bronze, alors que la patrie faisait canon de tout pour 
repousser l'invasion étrangère. Nous aurions peut-être pu le savoir, 
si nous avions eu à notre disposition un précieux document qu'on 
nous a dit avoir existé dans les archives de la préfecture et por- 
tant pour titre: Inventaire de la paroisse de Fontainebleau fait en 
1793. 

De nouvelles cloches vinrent occuper leur place au moment où 
nos églises furent rendues au culte religieux. Mais la même obscu- 
rité règne sur la période de temps qui s'écoula du Concordat jus- 
qu'en 1827, époque qui donna naissance aux trois Jolies cloches 
que nous possédons aujourd'hui, et dont voici la description. 

Au dessous du niveau de la panse, on lit surchacune d'elles en 
lettres majuscules ; Osinond, fondeur du roi, m'a faile à Paris pour 
l'exposition de 1827. 

La première de ces trois cloches, la plus forte, mesure 90 centi- 
mètres de diamètre ; elle porte sur le vase, au dessous de son cer- 
veau, une inscription tracée à l'anglaise ainsi conçue : « le 20 X'"'" 
1827 ¥ année du règne de Charles X. Charlotte-Marie-Thérèse 
a été baptisée, ayant le roi pour parrain et madame la Dauphine 
pour marraine, représentés par M. le comte et madame la com- 
tesse de Polignac. » 

Des ornements très- variés décorent la surface de cette première 
cloche; comme servant de trait à l'inscription dont nous venons 
de parler, se dessine un charmant cordon enguirlandé, interrompu 
par quatre embrasses pendantes et recevant dans la concavité de 
ses courbes des portraits alternés du parrain et de la marraine. 
Sur un des côtés de la surface comprenant les saussures et la gorge, 
on voit la vierge Marie couronnée d'un diadème et tenant sur les 
bras l'enfant Jésus : deux anges sont près d'elle. 

Sur l'autre côté se dresse un Christ en croix. Ces ornements 
sont en relief et quatre grandes iïeurs de lys occupent l'espace 
restant entre les deux tableaux religieux. En bas, au-dessus de la 
patte, règne un cordon ou cable circulaire. 

La deuxième cloche, d'un moindre diamètre, — 80 centimètres — 
porte pour inscription au-dessous de son cerveau: ((le 26 mars, 
moi, Julie-Nicole, ai eu pour marraine la Ville de Fontainebleau, 



— 87 — 

représentée par M. Charles-Nicolas, baron do FAriiiina, cciiycr, 
maire conservateur, chevalier de la Légion-d'honneur, et par 
madame Marie Julie. » 

Sous cette inscription une guirlande circule ornée de lys et riche- 
ment ouvragée. Sur les côtés de la cloche, un Christ est avec une 
Madeleine, accostée d'une femme à tête couronnée, et d'une seconde 
tête d'altesse royale. Deux grosses fleurs de lys complètent cette 
décoration du milieu. A l'opposé du Christ, la Vierge couronnée 
de fleurs do lys, entre deux vases de fleurs; un cordon de perles 
termine la basa de la cloche. 

Sur la troisième cloche, la plus petite, — 70 centimètres de dia- 
mètre, — nous lisons : (cmoi, Anne-Caroline, ai eu pour marraine 
la ville de Fontainebleau, représentée par Charles Le Dreux, pre- 
mier adjoint au maire, et par madame Lemoine, Anne-Caroline.» 

Un cordon de perles remplace la guirlande des deux premières 
cloches ; plus bas, un Christ accosté de deux écussons fleurdelysés; 
taisant face au Christ, la vierge Marie; un cordon de perles 
métalliques couronne la patte ou extrémité inférieure de la cloche. 

1827 est une date récente, et cependant aucune trace de procès- 
verbal de la bénédiction de ces trois cloches n'existe dans les 
archives de la paroisse. Les recherches faites par l'estimable 
M. l'abbé Boutroy n'ont pu me donner satisfaction à cet égard. 
Malheureusement cette lacune regrettable se renouvellera pour 
la plupart des cloches du canton dont nous nous occupons; 'elle 
est regrettable à tous égards, car sans ces documents , notre 
étude doit rester évidemment incomplète. Notre seule ressource 
est d'aborder résolument le clocher. Mais aborder une cloche, par- 
venir jusqu'à son cerveau pour en déchiffrer l'inscription est, 
!a plupart du temps, chose presque impossible. Tout au plus 
si, par suite de la disposition des lieux , il nous est permis d'ap- 
procher du bord inférieur de la cloche. Tenter une ascension 
au-delà et, comme me le conseillait certain sonneur émérite, mon- 
ter à cheval sur une première cloche pour lire l'inscription delà 
seconde, ne serait pas toujours considéré sans danger par un plus 
habile gymnasiarquo que moi. Que notre bon vouloir, tout im- 
puissant qu'il est, me serve d'excuse, si je ne dis que ce que je puis 
vuii'. 

ATOUÎ. 

En bonne justice, j'aurais dû commencer mes entretiens par la 



— 88 -- 

cloche d'Avon, car Avon fut le berceau de Fontainebleau jusqu'au 
milieu du xvii° siècle. Cette petite église avait ouvert son asile sacré 
aux premières populations qui vinrent se grouper autour du prieuré; 
Fontainebleau n'est en réalité qu'une émigration brillante d'Avon, 
mais qui, comme bien des filles de notre époque, est parvenue 
bientôt à éclipser sa mère. 

L'église d'Avon porte encore, dans presque tout son ensemble, 
les traces accusées de l'architecture romane. Si j'avais trouvé là 
par hasard une cloche d'une époque voisine du ix'= ou du x^ siècle, 
je n'en aurais point été étonné, je m'en serais réjoui ; mais non, 
celles qui auraient pu porter une pareille date ont été enlevées, 
détruites, que sais-je? Nous avons tant perdu de choses depuis 
quelque temps que chacun est maintenant préoccupé de rétablir 
l'inventaire du passé. 

Le clocher d'Avon n'a pas toujours été réduit à la seule cloche 
qu'il possède aujourd'hui ; la disposition des lieux indique 
clairement qu'il y avait là , dans les temps de la splendeur 
paroissiale d'Avon, trois cloches, peut-être quatre, parlant toutes 
ensemble , et il me semblait de la place où j'étais , ces jours 
derniers dans le clocher , apercevoir l'heureux carillonneur les 
mettant toutes quatre en joyeuse harmonie. L'unique cloche que 
je vois n'a probablement aucun souvenir de celles qui l'ont de- 
vancée, car l'inscription gravée autour de son cerveau porte : 
« fut donnée en 1611 par Louis de Bourbon XIII, roy de France 
et de Navarre, fils de Henri-le-Grand. » Au niveau des saus- 
sures se présente une croix à pied dont les ornements en rinceaux 
sont délicatement travaillés. L'inscription que je donne, je no la 
donne point complète, elle possède encore, sans doute, d'autres 
ornements, mais hélas ! malgré quelques essais de gymnastique, 
j'e n'ai pu me mettre directement en rapport avec elle. Heureux 
cependant, puisque j'ai pu surprendre un secret que beaucoup 
d'autres qu'elles cherchent à cacher, — la date de sa naissance. Il me 
restait un moyen, c'était d'aller arracher ces mystères aux archives 
municipales. Ici encore ce document nous a manqué. Une main 
curieuse, trop curieuse pour ne point lui donner une autre épi- 
Ihète, a déchiré et emporté le feuillet du IGll qui concerne la 
cloche de l'église d'Avon. Il faut donc nous contenter de ce que 
rapporte la tradition : son diamètre dépasse un mètre, elle pèse 
OjoOO livres; quand le son qu'elle projette dans les airs est distinc- 
tement entendu de l'endroit oîi nous sommes, il est d'un favo- 
r.ibl'! augure, il nous promet beau temps. Kilo nous l'envoie en 



— 89 — 

souvenir sans doute de ses anciennes relations de famille avec 
la ville de Fontainebleau. 

tSAMOHEAlC. 

La cloche de Samoreau, — l'unique cloche de cette commune a 
perdu tous ses papiers de famille. Ni les archives de la mairie, ni 
celles de la cure ne possèdent les titres de son passé, mais heureu- 
sement elle porte encore sur elle la date de sa noble antiquité. 

Son inscription en belles lettres gothiques nous dit : « L'an mille 
cinq cent, je fus faicte h Samoisseau, en Brie et je fus nommée 
Marie. » — Tout le pays sur la rive droite de la Seine faisait proba- 
blement à cette époque partie de la Brie —Au-dessous do l'inscrip- 
tion existent deux monogrammes : Jésus Christus ; Ave Maria. Elle 
n'a point d'autres décorations qu'une croix à pied sans ornement. 
Elle est modeste et coquette à la fois; son tintement argentin 
est frais et juvénile, on la dirait d'origine italienne. Son diamètre 
n'excède pas 65 centimètres. 

Le jour où elle a conquis sa place dans le monde des harmonies 
religieuses^ elle a sans doute été appelée à jouer un rôle plus 
^'b^illant que celui auquel elle est réduite aujourd'hui. La petite 
église de Samoreau, à la nef romane, était une dépendance de l'an- 
cienne abbaye de Samoreau, qui faisait autrefois partie du do- 
maine des religieux de Saint-Gerraain-des-Prés. Son clocher, 
vu du pont de Valvins, se détache admirablement au milieu d'un 
bouquet de verdure qui, par sa position pittoresque, nous offre 
l'aspect d'un oasis flottant dans une des courbes de la Seine. 

Un artiste de notre localité, M. Splindler , vient de faire don à 
cette modeste cure d'un tableau représentant Jésus-Christ remet- 
tant les clefs du paradis à saint Pierre, tableau que les amateurs 
sont venus plusieurs fois admirer à Fontainebleau dans l'atelier 
du maître. 

Le parrain et la marraine de la cloche ne nous sont point 
révélés, mais il est certain que cette charmante cloche fut assistée 
à son baptême par quelque grand seigneur du lieu , peut-être 
par Son Éminence le cardinal d'Amboise, peut-être même par 
Louis XII en personne. Ne lui faisons pas l'injure de croire qu'on 
avait dérogé à son égard aux coutumes si fort en usage à ces 
époques de royale mémoire. 



— 90 



vuLAfiXEg-sra-SESJïE. 



La commune de Vulaines possède une toute petite église qui 
possède une toute petite cloche ; l'une et l'autre sont très-intéres- 
santes. L'église était primitivement, à n'en pas douter, une cha- 
pelle de construction romane, dépendante d'un prieuré. Au temps 
des guerres de religion, elle fut en grande partie détruite, car la 
nef a subi des reconstructions qui appartiennent au commence- 
ment du xv° siècle. Les arceaux qui parcourent la voûte viennent 
au centre se terminer en cul-de-lampe^ portant un écusson chargé 
d'une croix à pied, de deux bâtons et de trois merlettes, 2 et 1. Le 
badigeon laissant peu distincts les ornements que je décris, je ne 
veux pas en garantir l'exactitude. 

Avant de monter au clocher , permettez-moi de signaler 
comme ornement de cette petite église une peinture sur bois qui 
a au moins quelque mérite de composition : dans une prairie, la 
Vierge assise porte sur ses genoux l'enfant Jésus, un autre enfant, 
saint Jean probablement, vient vers lui et cherche à l'amuser en 
lui présentant des fleurs des champs. Trois anges aux ailes dé- 
ployées prennent leurs ébats au milieu des herbages, un d'eux, 
plein de grâce, chevauche sur un mouton. Cette petite composition 
qui n'a point de signature, figure tout un panneau à la manière de 
Boucher. 

Nous avons dit que la cloche est fort petite, elle ne mesure 
guère que 55 centimètres. Sa surface nous montre une croix aux 
bras fleurdelysés, une troisième fleur de lys couronne le sommet 
de la croix. D'autres ornements doivent exister sur le côté 
opposé. Sa position ne nous permet ni de les découvrir , ni 
de lire complètement l'inscription; mais grâce à l'obligeance de 
M. le comte d'Ercevillc, maire de la commune, qui a bien voulu 
en relever la lettre au moment où la cloche fut descendue en 1849, 
nous possédons eji entier son état-civil. 

«En 1692, dit-elle elle-même, j'ai estébéniste par messire Claude 
Pierron, vicaire perpétuel de Saint-Étienne de Bourges, curé de 
Vulaines, et nommée Marguerite par messire Edouard do Pous- 
scmote de l'Estoilc, chevalier, sire et comte de Graville, baron 
d'tiéricy, conseiller du roy en ses conseils, président en sa cour 
des aides; la marraine dame Marguerite Martincau, épouse de 
messire Louis de la Grange-Trianon, seigneur de Nandy, ancien 
président des requcstes». Plus bas : «François Moreau m'a fait». 



— 91 — 

Un mot cffcicc «.... an do Viilaincs. Piurro Garnier, marguillicr.» 
Une seconde croix termine l'inscription. 

L'intérieur d'un clocher n'est point, en général, la partie la plus 
soignée d'une église, experto crede Roherto. L'édilité locale et spé- 
ciale n'y fait que de rares visites, les sonneurs n'ont pas tous le 
feu sacré de Quasimodo et ne surveillent point assez les accidents 
que doivent, à la longue, déterminer les vibrations répétées des 
cloches. Il en était ainsi au mois d'août 1849 pour la cloche de 
Vulaines, qui, par les soins vigilants de M. le comte d'Erceville, 
fut descendue le 6 août ; la charpente fut réparée, et le 29 du 
même mois la cloche alla reprendre possession de sa demeure 
aérienne. 

SAIIIOII>i. 

La commune de Samois, dont l'église romane, quant à sa con- 
struction primitive, vient d'être restaurée avec une si louable in- 
telligence par M. Mollet, curé de la paroisse, possède à elle 
seule trois cloches ; il paraît que c'est le moins qu'elle puisse avoir 
pour répondre, si ce n'est aux besoins du service, au moins aux 
goûts de la population qui est demeurée, à n'en pas douter, très- 
sensible aux vibrations de cette triple harmonie. 

La première de ces cloches date de l'époque de notre grande 
régénération sociale. Le 9 décembre 1789, elle prenait possession 
du clocher de Samois qu'elle n'a pas quitté depuis. Fille d'une 
époque qui fermait la barrière aux abus du privilège , elle n'a 
pas cependant subi le sort de beaucoup de ses voisines; et si, 
pour un temps donné, elle est restée muette pendant cette période 
où tout se taisait, oîi tout faisait silence pour écouter la voix tou- 
jours tumultueuse d'unesouveraineté nouvelle, — celle du peuple, — 
elle a, sitôt qu'elle a pu, repris la parole, et les jours de grande fête, 
de grand émoi ou de grands désastres elle lance, à cris répétés, 
les vibrations sonores de son fa naturel. Elle pèse, dit-on, sans 
son battant, 650 à 700 kilogrammes; nous avons trouvé dans les 
archives de la commune toutes les pièces qui établissent son 
identité. 

Marie, tel est le nom qui lui fut donné à son baptême, est 
parfaitement apparentée. Son parrain et sa marraine sont de qua- 
lité; c'est, d'un côté, messire Philippe Dufresne, aumônier du roi, 
ministre de la maison des chanoines réguliers de la Trinité de 
Fontainebleau; de l'autre, Marie-Anne Bobusse, veuve de messire 



— 92 — 

de Moransel , écuyer , ancien contrôleur des bâtiments du 
roi. 

Elle reçut le baptême des mains de messire Nègre, prieur-curé 
de Samois, au milieu d'une nombreuse assemblée dans laquelle 
figurèrent les desservants de toutes les paroisses environnantes : 
Messires Protat, curé d'Héricy, Jean-Baptiste Roux, prieur de 
Barbeau ; Vallin de Surge, curé de Sumoreau ; Dessepart, desser- 
vant d'Avon; Etienne Pastoris, prieur-curé de Saint-Ambroise 
de Melun; à ceux-ci étaient venus se joindre les autorités admi- 
nistratives, messire Oudot, procureur du roi, et d'autres fonction- 
naires éminents de la province. 

Elle est restée longtemps seule en sa vieille tour carrée, et très- 
tard elle dut subir le voisinage des deux sœurs cadettes. Ce fut 
seulement le 18 octobre 1857 qu'on échelonna sous elle les 
deux nouvelles arrivantes; je ne sais si cette manière de super- 
poser l'une sur l'autre les trois cloches , doit ou peut contribuer à 
l'harmonie de chacune d'elles, si le son de la cloche inférieure est 
renforcé, ou diminué, ou perverti parcelle qui la domine? — Ques- 
tion musicale sur laquelle je me déclare incompétent. 

Toutes deux arrivaient le même jour des ateliers de M. Le 
Gousset, fondeur à Metz. Toutes deux le même jour reçurent la 
bénédiction, à la fête de Saint-Luc. L'une donne le fa , l'autre 
le sol et elles sont parfaitement concordantes. Leur différence 
en poids est minime. La première, qui mesure un mètre cinq cen- 
timètres de diamètre, pèse 491 kilogrammes avec son battant. La 
seconde n'offre que 90 centimètres de diamètre et pèse seulement 
337 kilogrammes. Les noms des parrain et marraine ainsi qne la 
date du baptême sont inscrits à la base de leur cerveau ; sur le 
côté de l'une d'elles, la moins considérable, existe un bas-relief de 
12 à 15 centimètres de longueur artistement exécuté, qui repré- 
sente la Cène du Christ à la manière de Léonard de Vinci. Elle 
porte, sans doute, d'autres ornements, mais la position difficile, 
■ nécessaire pour s'en assurer, ne nous a point permis de le cons- 
tater. 

Ce qui particulièrement caractérise les nouvelles cloches de Sa- 
mois et leur donne une importante valeur locale, c'est que toutes 
deux furent fondues aux frais de quelques habitants du pays. La 
première a été payée des deniers de feu Laurent Jumeau, ancien 
passeur, marinier à Samois; trois personnes ont contribué h. la 
solde de la seconde, MM. Jacques-Abraham Brou, serrurier; Mi- 
chel Petit, vigneron, et Jacques Mollet, curé desservant de Samois. 



— 93 — 

A la vue de cette offrande qui, en général, ne sort pas 
du rang moyen de la société, ne vous semble-t-il pas que nous 
sommes revenus au temps de cette foi robuste où chacun portait 
ha pierre à la construction de l'édifice sacré? 

Si un simple ouvrier, le passeur Jumeau, a fait h lui seul les 
frais de Tune des deux cloches, un prince et une princesse ont 
voulu la baptiser. Les noms d'Anne et de Nicolas sont ceux donnés 
le jour du baptême par le prince et la princesse russes Trowbetzkoï, 
propriétaires du château de Belle-Fontaine^ voisin de Samois. 

L'autre cloche n'a point eu la faveur de se voir des princes pour 
parrain et marraine; Marie-Charlotte fut assistée pendant la pieuse 
cérémonie par la première autorité locale, M . Charles Fleury , maire 
de Samois, et par madame Florentine Brou, née Aliène. 

Le ministre du culte, fut par délégation de monseigneur l'évêque 
de Meaux, M. Charpentier, archiprêtre, chanoine honoraire et curé 
de Fontainebleau, auquel sont venus prêter leur concours MM. Ca- 
valier, GilletdeKervéguen, GlésetCahès, — des noms bien connus 
de nous. 

Cloche de Bois-le-Roi, cloche dévastée, portant les traces de la 
persécution ou, du moins, d'une émigration pendant laquelle elle 
aura beaucoup souffert, et aura été mise tellement à l'étroit dans 
sa cachette , qu'elle n'a pu être ramenée au grand jour en 
son entier. 

Ce n'est pas le seul exemple d'émigration, d'emprisonnement, 
que nous pourrions présenter ; une cloche d'un arrondisse- 
ment voisin a passé le temps de la Terreur sous les eaux de la 
Seine. Quand les temps plus heureux reparurent , ceux qui lui 
avaient choisi cet asile la ramenèrent en triomphe, mais elle 
avait tant souffert que sa voix, par suite d'une fêlure irréparable, 
n'a jamais reconquis la pureté de son timbre. 

La cloche de Bois-le-Roi a éprouvé sur sa patte, ou bord infé- 
rieur, plusieurs pertes de substance considérables; le large cordon 
qui couronne le limbe, sur lequel sans-doute étaient inscrits le 
nom du fondeur et le lieu de sa provenance, est presque totalement 
effacé; le Christ et la Vierge qui, de chaque côté, ornaient sa sur- 
face, ne présentent plus qu'un relief indistinct; à peine aperçoit-on 
les fleurs de lys qui enchatonnaient les bras et l'extrémité supé- 
rieure de la croix du Christ. 



— 94 — 

Aussi, n'est-ce pa sans hésitation que je donne comme lui appar- 
tenant l'extrait de baptême relevé dans les actes de la paroisse. 

(( Ce jourd'hui, 21 décembre 1790, la seconde cloche de cette 
église a été bénite par nous prêtre, curé de cette paroisse, et nom- 
mée Louise-Marie, parmessire Louis-Victor-HippolyteLuce, comte 
de Mont-morin, maire de Fontainebleau, maître particulier des 
eaux et forêts, colonel du régiment de Flandre etc. , et Louise- 
Angélique-Jean-BapListe Dezonance de Grigny, femme de François 
Menon, comte de Menon, maréchal des camps et armées du roi, 
commandant de l'ordre de Saint-Lazare, parrain et marraine ; les- 
quels n'ayant pu se trouver à la bénédiction de ladite cloche, ont 
été représentés par messire François-Pierre Gillet de La Renom- 
mière, chevalier de Saint-Louis, major d'infanterie, commandant 
en second de la garde nationale de Fontainebleau et lieutenant des 
chasses, qui a répondu au nom de messire de Mont-morin, et 
par M"^ Anne-Geneviôve-Pétronille de La Renommière, sa fille, 
qui a répondu au nom de madame de Menon. 

(( La dite bénédiction faite en présence du plus grand nombre des 
habitants de la paroisse et nommément de MM. Gaspard-François 
Gobaut , électeur ; Adrien-Claude Girardot, commandant de la 
garde nationale de ladite paroisse; Joseph Gonin, maire de cette 
paroisse; Sébastien Dagneau, marguillier ; Jean Varly, officier 
municipal; Augustin Lcfèvre, greffier de la municipalité, qui ont 
signé ainsi que M. et M"" de La Renommière , représentant M. lu 
parrain et M""" la marraine de ladite cloche, et MM. les curés de 
Chartrettes et de Samois. 

(( Signé : Gillet de La Renommière; Pétronille de La Renommière; 
Girardot; Gobaut; Gouin : CahouëL, curé de Chartrettes; Nègre, 
prieur de Samois, et Aide, curé de Bois-le-Roi. » 

Tels sont, messieurs, les renseignements que j'ai pu me pro- 
curer sur les cloches de Fontainebleau. Je ne suis pas le dernier 
h. m'apercevoir combien ils s'éloignent de la précision que réclame 
toute étude archéologique ; l'étude des cloches demande bien 
d'autres appréciations. Un intérêt plus précieux que celui que je 
vous ai exposé, consisLerail iï envisager les cloches au point de 
vue de leur métallurgie, de leur harmonie musicale. D'autres le 
feront mieux que Je ne pourrais le faire sans doute. Sachez-moi 
gré seulement aujourd'hui d'être monté aussi haut que j'ai 
pu monter. 



— 95 



NOTICE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE 

Sur d'anciennes peintures de la chapelle Notre-Dame-du-Chevet, dans la Cathédrale 

de Meaux, 

Découvertes en septembre 1863. 

PAR M. l'abbé F. -a. DENIS, 
Membre fondateur (Section de Kleaiix). 



Les travaux entrepris pour la restauration des chapelles absi- 
dales de notre cathédrale depuis le mois de juillet 1857, ont mis à 
jour d'anciennes peintures cachées sous un enduit de plâtre ou 
sous des boiseries. Déjà, le Journal de Seine-et-Marne a entretenu 
ses lecteurs du sujet de celles qui ornaient les deux chapelles 
du nord, et également, mais avec plus de détails, de celles des 
chapelles du midi (1). Quant à la chapelle centrale, autrement 
dite Notre-Dame-du-Chevet, nous ne voyons pas que les fresques 
dont elle était primitivement décorée, et qui n'ont été mises en 
lumière qu'en septembre 1863 , aient été signalées à l'attention 
publique. Je sais qu'elles ont excité* l'intérêt de plusieurs amateurs 
distingués ; mais jusqu'ici, elles n'ont pas été décrites. Elles le 
méritaient cependant. Une partie même eut dû être relevée et re- 
produite, sinon par la peinture au moins par un dessin quel- 
conque. Elles étaient plus anciennes que celles des autres cha- 
pelles, leur exécution avait été beaucoup mieux soignée, et enfin 
nous avons des renseignements précis sur leur époque. Les anna- 
listes Janvier et Rochard (2), dans leurs manuscrits, aussi bien 
que Dom Duplessis (3), dans son histoire imprimée, ont men- 
tionné ces fresques. L'ensemble des onze tableaux, ou environ, 
qu'elles comprenaient formait un tout complet, une sorte de gra- 
cieux poëme, destiné à rappeler les premiers traits, les premiers 
mystères de la vie de Marie. Il est vrai qu'une grande partie de 

(1) Voir l'article du n" du 3 août 1861, intitulé : Travaux de la Cathédrale. 
(2'> Claude Rochard, Mémoires 'sur l'Histoire et les antiquités de la ville de 
Meaux, tome 1. p. 53. 
(3) Uoin Toussaint Duplessis, Histoire de l'Église de Meaux, tome I, p. 303 



— OG — 

ce beau travail avait été profondément altérée. Toutefois, les mor- 
ceaux qui en étaient restés laissaient deviner ce qu'il devait être 
dans son état primitif, et même deux dessins pouvaient être étu- 
diés dans la plupart de leurs détails. Tout annonçait l'œuvre 
d'un artiste éminent de la fin du xv^ siècle. 

Il fallait se hâter, pour saisir l'ensemble de ces peintures et en 
étudier les parties encore conservées. Cachées sous de grandes 
boiseries, le défaut d'air avait maintenu les murailles dans un état 
constant d'humidité; mais bientôt la chaleur extérieure et la pous- 
sière allaient les envahir : puis le marteau en faisait disparaître 
la plus grande partie. 

La chapelle de la Sainte-Vierge forme le sommet du plan de la 
cathédrale et elle est nommée, pour cette raison, la chapelle du 
Chevet. Elle présente le même genre de construction et la même 
dimension que les autres chapelles, dont deux sont situées à sa 
droite et deux à sagauche; celles-ci, avec elle, constituent la grande 
abside du monument. On peut considérer chacune d'elles comme 
une petite abside, ou absidiole. Leur plan est très-simple : 
quatorze arcatures saillantes terminées en haut par une pointe 
ogivale se détachent sur le soubassement de la muraille et y 
régnent circulairement, suivant le dessin que présente la construc- 
tion ; elles sont réunies deux à deux entre huit colonnettcs assez 
grosses, qui profilent depuis le sol de la chapelle jusqu'au rond 
point de la voûte. C'est ainsi que ces arcades géminées corres- 
pondent aux doubles lancettes des cinq verrières et des deux 

fausses verrières qui les surmontent. Tout ce travail architec- 

* 

tural est de la fin du xiii" siècle ou du commencement du xiv** (1). 
La double arcade placée près de l'autel, du côté de l'épitre, avait 
été disposée pour servir de piscine. Elle offrait, il est vrai, la 
même construction que les autres : mais tout en conservant 
par devant la forme géminée, on avait creuse dans le mur une 
arcade unique qui présentait une certaine profondeur. Cette dis- 
position ménagée dans un but d'utilité était assez ingénieuse. 
Les arcades qui avoisinent l'autel de Saint-Eloi, près la petite 
porte, sont une imitation de ce genre de travail, avec cette dif- 
férence que la piscine est double. Plus tard , sans doute au 
xvii*^ siècle, lors de la première restauration des ornements de 



(1) Co ne fut que dans le courant du xiV siècle que les architectes donnèrent 
plus de pruibudeur à la chapelle qui formait le chevet des églises. Nous en avons 
un exemple à Nangis. 



— 1)7 — 

cette chapelle , on trouva que cette arcade intérieure était trop 
vaste ; elle fut réduite aux proportions d'une seule arcade exté- 
rieure, celle de droite (1); en même temps, le niveau du sol 
ayant été probablement exhaussé, la pierre qui servait d'appui et 
qui avait été creusée au milieu, en forme de vase quadrilobe, avec 
conduit pour l'écoulement des eaux, dut s'élever davantage. Il 
était facile de remarquer tout au bas de l'arcade en question, une 
rigole taillée dans une pierre ; cette rigole correspondait au con- 
duit dont nous parlons ; l'eau se perdait sous le dallage. 

Dans la double arcade qui suivait celle-ci, vers la gauche, au 
fond de îa chapelle, la colonnette du milieu avait disparu, aussi 
bien qu'un des côtés de l'ogive qui la surmontait. Dans quel but 
avait été opérée cette destruction, cette sorte de vandalisme, pour- 
rait-on dire ? Le voici : au siècle dernier , quand la chapelle reçut 
ces grandes boiseries de salon que nous avons vu régner jusqu'en 
1863, on avait pratiqué un escalier secret en forme d'échelle de 
moulin pour parvenir jusqu'à l'extrémité supérieure du rétable, 
c'est-à-dire jusqu'à la niche qui renfermait la chasse de Saint- 
Fiacre. Cette niche, très-élevée, servait, comme on a pu le remar- 
quer, de couronnement à tout cet édifice de boiseries. 

Il faut encore signaler la disparition de deux fûts ou colon- 
nettes à la deuxième arcade du côté nord. Les autres détails d'ar- 
chitecture de cette chapelle n'étaient point endommagés. Nous 
avons remarqué plusieurs chapiteaux dont la peinture était d'une 
conservation parfaite. 

Or les tableaux qui vont nous occuper, se suivaient en allant de 
gauche à droite sur la muraille semi-circulaire jusqu'à la piscine : 
il y avait probablement un sujet distinct pour chaque arcade qui 
était peinte de haut en bas. Les colonnettes et les ogives qu'elles 
supportaient étaient également décorées. Ainsi, les fûts étaient 
marqués d'un rouge foncé ; aux bases et aux chapiteaux on avait 
appliqué une dorure sur un fond de vermillon. Entre les ogives, 
sous le bizeau saillant du bas des fenêtres, étaient peintes des dra- 
peries fleuronnées. Cette sorte de dessin servait d'encadrement 
aux divers sujets, ainsi qu'une bordure de teinte un peu foncée 
qui figurait au bas des arcatures. Seule, la double arcade servant 
de piscine et qui^ comme nous l'avons dit, était placée, la seconde, 
du côté sud, ne portait la marque d'aucune couleur. 

(1) Ce changement tenait à la nouvelle rubrique adoptée depuis cette époque: 

e prêtre n'alla plus comme autreTois, après la cù.uuiunionj se laver les mains dans 
a piscine. 

7 



— 98 — 

De temps immémorial, ]e vocable principal de notre chapelle (J) 
était la Conception de la sainte Vierge ; aussi le sujet des compo- 
sitions est emprunté à la première partie de la vie de Marie. Oh 
était placé le sujet dominant, celui qui rappelait le mystère de la 
Conception? c'est ce qu'il a été difficile de découvrir, d'autant 
plus que les deux arcades du fond étaient entièrement effacées. 

La première arcade du côté septentrional de la chapelle laissait 
voir encore quelques traits d'un personnage que nous n'avons pu 
déterminer ; il portait un vêtement de couleur verte. Le sol sur 
lequel posaient ses pieds était formé par un grand nombre de pe- 
tits carrés inscrits dans un autre plus grand de même forme, mais 
d'une seule pièce. Au bas paraissait une légende, composée de 
deux vers en minuscules gothiques; il n'a été possible de lire que 
ces mots : 

Cy est.... de Joachim. 
Marie sa fille 

Peut-être le personnage en question était-il saint Joachim, père 
de la Sainte-Vierge. 

L'arcade suivante porte aussi la trace d'une légende, mais rien 
n'a pu être déchiffré. 

Dans la cinquième , figure un personnage portant un nimbe 
rouge : le fond du tableau est vert. 

La sixième était assez bien conservée ; l'archange Gabriel nimbé de 
rouge avec des ailes bleues, est à gauche et se présente à la Sainte 
Vierge qui est h droite. Celle-ci se tient à genoux dans une attitude 
d'étonnement; elle a le nimbe rouge et le manteau bleu. Entre 
les deux personnages s'élève en flottant une banderolle de couleur 
blanche, sur laquelle sont écrits ces mots : Ave Maria, Dniis tecum. 
Plus haut dans l'ogive do l'arcade, le soleil placé un peu à gauche 
étincelle de feux, au milieu d'un ciel rouge. 

Examinons présentement la dernière arcade, celle qui est à l'en- 
trée du côté sud de la chapelle. 

Quoique cette arcade soit encore conservée, puisqu'elle est 
placée au-dessous de la lausse fenêtre et qu'elle appartienne ?i la 
muraille qui n'était pas sujette à une reconstruction , néanmoins 

(1) C'était bien le titre de !a première chapellenie : il y avait encore deux autres 
bcinTices affectes à l'autiil di; celle chapelle : tous deux étaient sous le vocable de 
la décollation de Saint-Jean-Baptisto. 



— 99 — 

depuis deux ans et demi qu'elle a été découverte, les couleurs 
semblent avoir disparu ; c'est à peine si l'on peut encore recon- 
naître l'ensemble de la scène. Mais au moment de l'enlèvement 
des boiseries , il était bien facile d'en saisir presque tous les 
moindres détails. Nous nous plaisons h décrire ce tableau ; on 
comprendra plus loin qu'il mérite de l'intérêt à plus d'un titre : 
Il s'agit de l'Adoration des rois Mages : la sainte Vierge est 
assise sur un trône ; elle porte sur les épaules un ample manteau 
bleu avec des galons d'or et sur la tête une couronne nimbée. Sur le 
bras gauche elle tient l'enfant Jésus , également couronné et 
nimbé. Ici, le nimbe est crucifère; c'est l'attribut distinctif du 
Dieu-Rédempteur. Jésus plonge les deux mains dans un vase d'or 
à pied; ce vase a la forme d'un large calice ou ciboire orné, sur la 
coupe et sur le pied^, de longues saillies ou côtes perpendiculaires. 
Ce genre de décoration indique bien le style du xiv^ siècle. Les 
pièces d'or qui remplissent le vase sont placées sur champ. Le 
Mage qui offre ce présent est à genoux ; il a déposé sa couronne, 
il est revêtu d'un manteau rouge avec de larges bandes ou orfrois 
tissus d'or et sur lequel se jouent de gracieuses volutes ou enrou- 
lements plus ou moins fortement nuancés. 

Les deux autres Mages, debout à la droite du premier et plus 
jeunes que lui, sont d'une belle taille. Ils sont couverts de riches 
vêtements relevés par une ceinture ; leurs têtes portent des cou- 
ronnes de haute forme et pointues à leur extrémité supérieure ; à 
ces divers traits, on reconnaît des princes orientaux. Les vases 
qu'ils portent à la main sont fermés et de plus petite dimension 
que celui qui renferme l'offrande de l'or : cependant, ils sont de 
même style. Au fond du tableau apparaît la tête de différents per- 
sonnages ; ils prennent part à cette scène dont le dessin est si bien 
touché et dont l'ensemble est si gracieux. Des feuilles vertes de 
palmier sont jonchées sur le sol au pied des adorateurs. 

Le ton des couleurs, le mouvement donné aux principaux ac- 
teurs de cette scène, la dignité imprimée sur les traits de la sainte 
Vierge, la grâce et la joie qui respirent dans le Dieu-enfant, tout 
révèle le travail soigné en môme temps que la touche d'an artiste 
éminent. 

Mais c'est le portrait du premier Mage, de celui qui fait Tof- 
frande de l'or que l'artiste s'est appliqué à représenter ; c'est ce 
personnage qui semble avoir été l'objet d'une étude spéciale. Ce 
Mage est plus âgé que ses compagnons. Ses joues sont colorées, 
son œil bleu est à la fois doux et animé ; son front est entièrement 



_ 100 — 

chauve; ses traits sont empreints d'une grande finesse; il porte 
une longue barbe de couleur blonde ; c'est un peu le portrait de 
saint François de Sales, sauf que le front est moins élevé et^iuele 
menton est moins large ; toute cette figure d'un personnage qui 
agit et semble parler en même temps est vraiment bien touchée. 

Je ne crois pas me tromper en découvrant, dans ce premier 
Mage, l'évêque de Meaux (l-4o8-'1473), Jean du Drac qui fit exé- 
cuter les peintures de cette chapelle. Voici les motifs qui semblent 
autoriser cette opinion ; c'est d'abord le soin particulier avec 
lequel ce tableau a été exécuté. Si nous établissons une compa- 
raison entre celui-ci et tout ce qui nous a été conservé des autres, 
nous devons reconnaître que l'adoration des Mages présente 
une facture plus soignée ; l'attention de l'artiste s'est portée 
spécialement sur jle premier Mage et le vêtement qu'il porte est 
évidemment une chape d'église. De plus, l'emplacement adopté 
pour cette peinture qui se trouvait, la première à l'entrée de la 
chapelle, du côté droit, n'avait-il pas été choisi avec intention ? 
Car en observant l'ordre de la galerie, on remarque que ces 
tableaux se suivaient en commençant par la gauche ; c'était 
d'ailleurs l'ordre naturel. Or, ici se présente une inversion. 
L'arcade qui précède et dont nous n'avons pas encore parlé 
contient des armoiries et une légende, qui sont là comme une 
suite, comme une dépendance du tableau de l'Adoration des 
Mages et qui sont destinées à le compléter. Le premier Mage 
étant à genoux tourné vers l'orient, il en résulte que les armoi- 
ries qui figurent dans l'arcade suivante sont devant lui et à ses 
pieds et qu'elles servent à le désigner personnellement. Ce rap- 
prochement est d'une grande valeur ; c'est un indice qui fournit 
un degré puissant de présomption, nous pourrions dire de certi- 
tude en faveur de notre sentiment. Ces armoiries étaient écar- 
telées au premier et au quatrième des du Drac, d'or au dragon 
de sinople, au deuxième et troisième des vicomtes d'Aï ; on ne 
distinguait que la couleur de ce dernier écu; il est de sinople. 
Jacqueline ou Jacquette d'Aï, dernière héritière des vicomtes de 
ce nom était mère de l'évoque de Meaux. 

Une légende était placée au-dessus des armoiries, nous n'avons 
pu lire que le mot terra, à la fin d'une ligne et les mots per quem 
meruitau. commencement de la ligne suivante, tout le reste avait 
disparu. 

Jean Meunier, prédécesseur de Jean du Drac (14-47-1458), sur 
le siège de Meaux avait doté la cathédrale de riches tapisseries 



— 101 — 

de Flandre. Sur l'une des pièces était représenté le couronnement 
de la Vierge par Dieu le père et Dieu le fils , au milieu d'un 
groupe d'anges. Au bas, figurait le prélat à genoux et les mains 
jointes ; à ses pieds Técusson de ses armoiries. N'est -il pas per- 
mis de croire que du Drac ait voulu être représenté mais d'une 
façon plus discrète et plus délicate dans ces peintures dues à sa 
pieuse libéralité , ou mieux, n'est-ce pas là le caprice intéressé 
d'un artiste qui voulait laisser un hommage à l'évèque en perpé- 
tuant son souvenir ? Cette idée de représenter un donateur sous la 
transparence d'un personnage biblique qui offre des présents à 
Dieu, ne s'est-elle pas souvent rencontrée à l'époque dont nous 
parlons. Avouons qu'aucune scène de l'histoire évangéliquo ne 
pouvait se prêter plus heureusement à la flatterie ingénieuse du 
peintre. 

Il faut reconnaître qu'aucun autre de nos anciens prélats 
n'eut peut-être autant de droits que Jean du Drac à vivre dans la 
mémoire de la postérité; il compte parmi les bienfaiteurs insignes 
de notre belle cathédrale (1). Héritier de grands biens, entre 
autres de la seigneurie de Glaye dont il rebâtit le château, il s'ap- 
pliqua , comme ses prédécesseurs et dans des conditions plus 
larges, à réparer les désastres que la funeste invasion des Anglais 
avait causés à la cathédrale. On lui doit la restauration des piliers 
de la grande nef. Sur l'un de ces piliers sont sculptés deux dra- 
gons grimpants ; il fit poursuivre activement les travaux de la 
grande tour. Mais la chapelle du Chevet, Notre-Dame de la Con- 
ception fut l'objet privilégié de sa dévotion et de sa munificence. 
Un titre bénéficiai de chapelain fut fondé par lui pour y célé- 
brer la messe non pas tous les jours , comme le dit Dom du 
Plessis (2), mais tous les lundis de l'année : c'était pour le repos 
de son âme; il y fut inhumé suivant le désir exprimé dans son 
testament. 

Les travaux que l'on vient d'exécuter pour la reprise des fonda- 
tions de cette chapelle ont amené la découverte de trois tombes 
maçonnées; on a recueilli, auprès des squelettes, différents vases, 
tels qu'on en plaçait encore au xv'' siècle dans les cercueils ; ils 
étaient, suivant l'usage, remplis de charbons; mais aucun orne- 
ment, aucun attribut n'a pu faire distinguer le corps de l'évêquc 



(1) Voir Dûin du Plessis, Histoire de l'église de Mcaux. tome I. i 
l'Essai historique et archéologique sur Pecy, p. 93 et G4, 

(2) Voir l'endroit cité plus haut. 



— 102 — 

Jean du Drac. On n'a pas reconnu davantage celui d'un célèbre 
chanoine, Juste Tenelle, mort dans le siècle suivant. Montaigne, 
dans le Journal de son Voyage, raconte qu'en passant à Meaux, il 
visita ce personnage , l'un des plus savants hellénistes de son 
temps. Il avait été envoyé en Orient, par François I", et il en rap- 
porta un grand nombre de manuscrits grecs. 

On demandera peut-être à quelle époque furent endommagées 
ces riches peintures dont nous venons de parler? 

Les divers historiens de notre ville nous racontent que 
l'année 1562 , le 25 juin, la cathédrale fut pillée par les Réformés 
et livrée à une complète dévastation. Un grand nombre d'objets 
d'art et d'ornements précieux périrent dans le désastre ; il fallut 
plus d'un siècle pour en effacer les traces. 

En l'année 1661, Dominique de Ligny, évêque de Meaux s'oc- 
cupa de décorer la chapelle du Chevet (1); mais ce fut sous l'in- 
fluence des idées artistiques qui régnaient à cette époque. Le se- 
cret de la peinture cultivée au xv^ siècle, était perdu comme celui 
de l'architecture ogivale. Au reste, cette restauration paraît avoir 
été entreprise dans des proportions assez restreintes. Un tableau 
de l'Annonciation, copié de Stella (2), d'autres disent de Se- 
nelle (3), et que l'on conserve à la cathédrale, est signalé comme 
l'ornement principal qui figura dans la chapelle. Il était réservé 
au siècle suivant (1755), de lui donner une décoration plus com- 
plète et plus grandiose. Celle-ci, opérée à grands frais, devait en- 
core moins s'harmoniser avec le style de l'édifice. Le sol de la cha- 
pelle fut exhaussé; de grandes boiseries de salon couvrirent toutes 
les murailles jusqu'à la naissance des verrières, et un immense 
rétable se dressa en pyramide derrière l'autel (4). 11 fallait donc 
qu'une reconstruction de la chapelle fît tomber toutes ces boiseries 
et nous révélât, au moins durant quelque jours, des fragments de 
peintures si dignes d'intérêt. 



(1) Voir Dom du Plessis, Histoire de l'église de Meaux, tome 1. p. 305. 

(2) Idem, au même endroit. 

(3) Voir Rochard, Mémoires citô plus haut tome I. p. 68. 

(4) En Ijlàmant cette ornementation de la chapelle, exécutée, il y a un siècle, 
nous ne la considérons qu'au point de vue de l'architecture de notre cathédrale. Re- 
lativement à son époque, c'était une œuvre assez remarquable : elle avait l'avan- 
tage de s'accorder avec les autres décorations du même genre, alors multipliées 
dans cet édifice. La niclie, qui reniermait la belle statue de marbre d'une vîergo- 
mère dominait le maltre-autel de façon à être aperçue toute entière du fond de 
l'église. 



— 103 - 

Qu'il me soit permis, en finissant, de formuler une expression 
d'espérance. Déjà uîie intéressante restauration rend à nos cha- 
pelles absidales toute la beauté de l'architecture primitive, toute 
la perfection de ses détails. De riches et gracieuses verrières s'a- 
joutent à des travaux habilement conduits, 

Pourquoi la peinture ne viendrait-elle pas compléter cette sorte 
de résurrection? Pourquoi des fresques ne reproduiraient-elles 
pas, dans les nouvelles arcades, les traits historiques, les mystères 
qui" figuraient, si à propos, dans les anciennes. 

Tant de patientes recherches ont été faites de nos jours pour 
retrouver et reproduire les œuvres du moyen-âge ! Bien des fois 
déjà ont été signalées les formes diverses sous lesquelles plusieurs 
artistes anciens traduisaient les histoires sacrées. Le sujet des 
mystères de la Sainte Vierge 'est un de ceux qui furent le mieux 
étudié et le plus pieusement retracé au temps que nous rappelons. 
On le voyait sculpté aux portes des cathédrales, peint aux verrières 
des fenêtres, brodées sur les tapisseries et les ornements d'église 
avec les variantes que le génie, propre à chaque artiste, savait lui 
inspirer. 

Permettez-moi, Messieurs, d'ajouter encore un mot. Et si le 
vœu que j'émets parvient à se réaliser, il serait encore permis au 
généreux donateur de ces tableaux futurs, quand même il ne se- 
rait pas évêque de Meaux, de laisser reproduire son portrait sous 
la figure d'un Mage adorateur ou de tout autre personnage secon- 
daire soit de l'Ancien, soit du Nouveau Testament. 



NOTE SUPPLÉMENTAIRE 

Au Mémoire Historique et Archéologique sur les peintures de la chapelle Nolre- 
Dame-du-Chevet dans la Cathédrale de Meaux. 

Vous voudrez bien. Messieurs, me permettre d'ajouter un mot 
au mémoire qui vous a été communiqué à la séance du mois de 
février dernier. Depuis cette époque, me trouvant un jour à 
Paris, j'allai voir chez M. Gurmer, le célèbre libraire-éditeur de 
livres illustrés : Les Heures demaistre Etienne Chevallier^ qui sont 
en voie de publication. Rien de plus frais, de plus pur, de plus 
splendide que ces miniatures coloriées du xV-' siècle, qui sont 



— 104 — 

l'œuvre d'un grand artiste, d'un peintre français. Ces riches des- 
sins appartiennent à la même époque que les belles peintures 
que nous regrettons. Le sujet de l'Adoration des Mages, l'un de 
ceux qui ont paru, est d'une noble et magnifique conception. De 
nombreux personnages figurent dans cette scène et y sont grou- 
pés avec art. On est saisi à la fois et de l'éclat du coloris et du 
mouvement donné à chacun des personnages. Ici le principal 
adorateur, celui qui présente l'offrande de l'or n'est pas même 
transparent : c'est un grand seigneur magnifiquement habillé h 
la manière de son époque : vêtements courts et étroits. Ne devrait- 
on pas trouver dans ce fait une nouvelle preuve, propre à faire 
reconnaître l'évêque Jean du Drac dans les peintures de notre 
cathédrale. Mais alors se présente une autre question : à quel ar- 
tiste devons-nous attribuer ces peintures? Sur la fin du règne de 
Charles VII et au commencement de celui de Louis XI, il n'est 
possible de distinguer que quatre peintres dont les noms aient 
laissé quelque célébrité. Guillaume Jossequi travailla au Louvre; 
Nicolas Pion, à Saint-Germain-des-Prés ; Philippe de Foncières 
et Jehan Foucquet. Ce dernier, né à Tours, avait étudié à Rome 
dans sa jeunesse. Actif et laborieux, il put dans le cours d'une 
longue vie produire un grand nombre d'œuvres remarquables. 
Sonnom jusqu'à nos jours était à peine connu. C'est grâces à de 
patientes recherches que l'on a découvert qu'il était patronné par 
Etienne Chevalier, de Melun, trésorier général de France sous 
Charles VII et Louis XI et favori du premier de ces rois. Fouc- 
quet composa pour ce personnage le beau livre d'Heures que notre 
siècle devait voir publier. Louis XI le nomma son peintre en titre 
d'office. « Le premier, dit M. Ch. Louandre, auquel nous em- 
)) pruntons ces détails, il forma une véritable école, et en mou- 
» rant il laissa deux fils qui s'adonnèrent également à la pein- 
» ture. » 

C'est à Jehan Foucquet qu'il faut attribuer deux beaux tableaux 
placés autrefois derrière le chœur de l'église collégiale de Notre- 
Dame de Melun. Aucun doute ne peut s'élever désormais à ce 
sujet. Or, no serait-il pas permis d'attribuer à ce grand maître 
ou du moins à son école les fresques de la chapelle du chevet de 
notre cathédrale. Voilà l'hypothèse que je me permets do formuler , 
en désirant que le temps et les heureuses investigations laites par 
des hommes habiles lui donnent de la n'alité. 



— 105 — 

UNE FAMILLE DE PEINTRES DU ROI 

A FONTAINEBLEAU. 

LES DUBOIS (XVI% XVIP ET XVIIP SIÈCLES) 

PAR M. TH. LHUILLIER, 
Membre fondateur ( Section de llelun ) Secrétaire général. 



L 

Après les célébrités italiennes attirées chez nous sous le règne 
de François P'', et qui commencèrent la transformation du château 
de Fontainebleau ; après Léonard de Vinci , Andréa del Sarto, 
Serlio de Bologne, Le Rosso, Nicolo dell' Abbate, Le Primatice, 
une colonie de peintres français, admirateurs de cette belle époque, 
voulut aussi concourir à l'exécution de travaux si heureusement 
entrepris. Roger deRogery, Bunel, Jean de Brie, Blin de Fonte- 
nay, Martin Fréminet, Dubreuil, Lérambert, Toussaint Dumée, 
Vernausal, Maugras, s'y succédant presque tous de père en fils, 
avaient créé à Fontainebleau, du temps de Henri IV, une seconde 
époque de peinture toute dilférenLe, il est vrai, de la première et 
qui resta loin derrière elle. 

Tandis que Dubreuil et Fréminet se plaçaient à la tête de cette 
école française, Ambroise Dubois, suivi par Jean de Hoëy et Paul 
Bril, importait au milieu d'eux l'école flamande et dotait Fontaine- 
bleau de remarquables productions. 

Dubois, originaire d'Anvers, devint dans sa nouvelle patrie la 
tige d'une famille heureusement douée, chez laquelle les traditions 
d'honneur et de loyauté devaient marcher de pair avec les saines 
traditions artistiques; cette famille, alliée aux Fréminet, aux 
Dupont de Gompiègne, aiix Dupont de Vieaxpont, s'est perpétuée, 
et sa descendance, si nous sommes bien informés, n'est pas éteinte 
autour de nous (1). 

(1) Les principales alliances de la famille Dubois et son ancienneté à Fontaine- 
bleau se trouvent ronslatées dans une inscription tumulaire du cimetière de la pa- 
roisse, rapportée déjà par M. l'abbé Tisserand ; elle est ainsi conçue : « Ici, près de 



— 106 — 
IL 

La naissance d'Ambroi'se Dubois remonte à l'année 1543, puis- 
qu'il avait 23 ans, en 1368, lorsqu'il arriva h Paris. On ignore 
quel avait été son maître, mais déjà le jeune artiste possédait un 
véritable talent; un gracieux portrait de femme, dit-on, le fit 
apprécier en haut lieu et lui valut l'honneur de travailler au 
Louvre. 

Vers 1378, il épousa la fille d'un peintre médiocre, maintenant 
oublié, Charles de Maugras, également occupé lui-même tantôt 
aux travaux de Fontainebleau, tantôt à ceux du Louvre. 

Ce n'est que douze ans plus tard, vers 1390, que Henri IV ap- 
pela Ambroise Dubois h Fontainebleau (1). 

Le moment était favorable. Considérés et bien traités par le roi 
qui aimait leur caractère, les artistes le sont aussi au dehors ; ils 
s'identifient à cette somptueuse demeure que leur talent enrichit, 
ils s'y plaisent, et, renonçant à une vie en quelque sorte nomade, 
ils se fixent ici d'une manière définitive. La plupart d'entre eux 
avaient tout à gagner à se faire mieux connaître, dans cette exis- 
tence solitaire et laborieuse. Les familles distinguées de la ville 
les recherchent et s'honorent de les admettre dans leur société; 
les gens titrés, les officiers de la garde du roi, le prévôt de Fon- 
tainebleau les choisissent pour tenir leurs enfants sur les fonts de 
baptême; on donne de préférence h ces enfants les noms des maî- 
tres en vogue : Roger, Martin, Claude, Toussaint, Ambroise; 
puis, ces fils de famille s'unissent aux filles des peintres, des sculp- 
teurs, des architectes, des jardiniers-ingénieurs du roi. 

Leur bonne renommée les fait accueillir avec non moins de fa- 
veur dans les paroisses du voisinage ; les peintres et les tailleurs 



son père Antoine Dupont de Compiègne, de sa mère Louise Dubois de Fréminet, 
de son frère Henri Dupont de Compiès'ne, de sa sœur et de ses autres parents, re- 
pose le corps d'Af,4aé Dupont de Compiègne, noble rejeton d'une famille qui édifie 
notre ville depuis 350 ans par sa fidélité à Dieu et au roi. — Deion timere regern 
honorifxcnte. » 

Les Dubois se sont distingués par leur générosité envers l'Iiospice de Fontaine- 
bleau. En 1724, madame Jean Dubois, née Tiron, donnait 3,000 livres à cet éta- 
lilissement, et tout récemment encore, en 1839, madame de Lagorsse, née Dubois 
d'Arneuville, laissait 117,000 fr. pour fonder à l'hospice un service de maternité, 
à charge d'une pension vi.igère envers madame de Maugras. 

(1) Il fut installé dans U- pavillon situé à l'angle nord de la cour des cuisines, au 
deuxième étage. 



— 107 — 

d'images, — comme l'a remarqué M. l'abbé Tisserand (1), — 
ornent les petits châteaux, à temps perdu, ou décorent les églises 
de villages en dînant joyeusement avec le curé. 

C'est ainsi que le château de Fleury-en-Bierre, bâti par Pierre 
Lescot, fut enrichi de peintures du Primatice; que, plus tard, Fré- 
rainet exerça son pinceau à Saint-Ange, à Barbeau , et qu'Am= 
broise Dubois ébaucha dans la modeste église de Saint-Martin-en- 
Bierre des fresques aujourd'hui perdues par l'humidité et le 
mauvais état de l'édifice. 

En 1595, à la naissance de son fils Jean, Dubois prend sur les 
registres paroissiaux d'Avon la qualité de peinlre du ro«, et dans les 
années suivantes celles de 'peintre ordinaire et de maître peintre 
pour Sa Majesté en son château de Fontainebleau. 

En 1599 et 1600 c'est à Paris qu'il exerce son pinceau. 

« Grand travailleur, sans ambition et gagnant peu, » d'après les 
notes d'un de ses confrères, Ambroise obtint pourtant, en 1601, 
des lettres de naturalité avec le titre de valet de chambre du roi. 
Ce fut pour lui l'occasion de redoubler d'ardeur. Sa position s'était 
améliorée : on le traite alors de noble homme, et ses gages s'élè- 
vent à une centaine de livres tournois par année (2). 

Cinq ans plus tard, Marie de Médicis devait aussi se l'attacher 
plus particulièrement , car il prend la qualification de maître 
peintre pour la reine, et pendant la régence de cette princesse elle 
l'occupe au Luxembourg, ensuite au Louvre pour la décoration 
de la salle dite des sept cheminées ; puis, avec Bunel, Duméc et 
Gabriel Honnet, aux travaux de la petite galerie brûlée en 1660. 

Dubois revint mourir à Fontainebleau , où il se sentait plus à 
l'aise que dans la capitale. Il succomba à la tâche le 29 janvier 1614, 
au moment où son chevalet venait de recevoir une-troisième toile 
pour la chapelle haute. 11 avait 71 ans. On lui fit l'honneur de 
l'inhumer dans l'église paroissiale d'Avon (3), où sa tombe existe 
toujours au pied du sanctuaire, côté droit. 



(1) Auteur d'un bon travail .sur les curieux registres paroissiaux d'Avon et de 
Fontainebleau ("Bull, des Comités histor. 1834). 

(2) Les finances royales étaient en fort mauvais état. Fréminet, « premier peintre 
du roi, » ne recevait aussi que 100 livres tournois ; encore les Comptes des Bâti- 
ments royaux, fiour 1609, portent ils en regard de ce chiffre: « N'a pu être payé 
fdulte de fonds. » 

En revanche, on allait le nommer chevalier de Saint-Michel. 

Quelques aniiOes plus tard, les artistes furent mieux rétribués. 

(.3) Le château de Fontainebleau dépendait alors de la paroisse d'Avon. 



— 108 — 

Les écrivains, assez rares d'ailleurs, qui ont signalé cet artiste, 
ne sont pas d'accord sur la date de sa mort, que la pierre tumu- 
laire elle-même donne d'une manière inexacte. 

L'épitaphe, dont l'erreur s'explique sans doute par l'époque 
tardive de son érection, est ainsi conçue : 

Ci-gist. honorable, homme, feu Ambroise. 
Dubois, natif. d'Anvers, en Braban. 

vivant valet, de. chambre, et 
paintre. ordinaire, dv. Roy. Leqvel. 
est. deccédé. le XXVII""" décembre MVIXV. 
Priez. Diev. povr. son. âme. 

Les registres de l'état-civil d'Avon, qui ont levé le doute et per- 
mis de rectifier cette date fautive (1), témoignent aussi de la haute 
estime dont le peintre était entouré, en constatant qu'il fui tour à 
tour parrain d'une quinzaine d'enfants de 1596 h 1607. 

Sans approcher de la perfection des grands maîtres, Dubois et 
Fréminet dépassèrent tous leurs compagnons de travail et nul de 
leurs élèves ne songea à les échpser; leurs successeurs, au con- 
traire, selon de Piles, laissèrent tomber la peinture française dans 
un goût flide, qui dura jusqu'au moment où Blanchard et Vouet 
revinrent d'Italie. 

On a dit avec raison que Ambroise Dubois, appelé ici quelques 
années avant Fréminet, avait été le véritable fondateur de l'École 
de Fontainebleau, de cette école laborieuse où, durant une certaine 
période et non sans quelques succès, les leçons des maîtres italiens 
furent mises en pratique. Parmi ses élèves, ceux qui lui firent 
le plus d'honneur sont ses deux fils Jean et Louis, — son neveu 
Paul Dubois — Maugras, parent de sa femme, — et un flamand 



(1) A ce sujet, j'ai un fait rcgretlabie à signaler. J'avais pris note depuis plu- 
sieurs années de la véritable date du décos d'x\mb. Dubois, et passant récemment 
à Avon, je voulus contrôler mon renseignement à la mairie. Les registres étaient 
en meilleur état que je ne les avais vus autrefois : ils étaient reliés, — pas toujours, 
il est vrai, dans un ordri' parlait; mais, fatalement, le feuillet dont j'avais besoin, 
contenant des décès de 1613-1614, avait été coupé et enlevé! 

La mention du décès de Dubois, mailrc peintre de la reine, à la dale du 29 janv. 
1614, a été vue aussi et heureusement relevée, il y a une douzaine d'années, par 
M. l'abbé Tisserand. (Bull, des Comités histor. 1854). 

On a peine à concevoir ce? actes de vandalisme. 



— 109 — 

nommé Nivet. Antoine, son troisième fils (1), également peintre 
d'histoire, n'eut qu'un talent très-médiocre. 

Les œuvres d'Ambroise Dubois, autrefois nombreuses à Fon- 
tainebleau, sont devenues rares : ce qu'il en reste, pourtant, per- 
met d'apprécier sa couleur transparente, son dessin rond, mais 
bien accentué. Gomme tous les flamands du xvi'^ siècle , selon 
M. Ch. Blanc (2), dans son Histoire des Peintres, c'est un flamand 
croisé d'italien, d'une abondance de verve, d'une facilité pittoresque, 
qui laissent à désirer plus d'expression et de chaleur. Sa compo- 
sition est sage, mais dénuée de mouvement ; sa couleur pâle n'est 
pas toujours harmonieuse; ses figures ni longues ni courtes, n'ont 
ni le caractère de l'élégance ni celui de la force. Pourtant les con- 
naisseurs s'accordent à lui reconnaître une touche large et spiri- 
tuelle, et M. Blanc lui-même proclame que ses figures de femmes, 
peintes avec douceur et d'un ton efTumé, semblent annoncer 
Lesueur. 

La galerie de Diane, qui passait pour son chef-d'œuvre, a malheu- 
reusement été détruite depuis plus de 50 ans. A côté de sujets allé- 
goriques, peu édifiants sans doute, mais bien traités, qui célébraient 
les amours d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées sous les traits de 
Diane, se trouvaient 23 grands tableaux consacrés aux victoires du 
roi. En 1840, on est parvenu à en replacer des fragments dans la 
galerie des fresques, et en 1858 MM. Gatteaux et V. Baltard ont 
publié à grands frais une suite de gravures, imprimées en rouge, 
reproduisant sur les dessins de l'architecte Gh. Percier, l'œuvre 
capitale de Dubois (3). 

A l'extrémité de la célèbre galerie d'Ulysse, il avait peint la 
reddition d'Amiens en 1597 ; on lui devait plusieurs sujets tirés de 
l'histoire d'Adam et d'Eve, exécutés dans un appartement situé au 
rez-de-chaussée, sous celui de Monsieur. 

Lorsque, après la visite de don Pèdre de Tolède, ambassadeur 
d'Espagne, le Béarnais résolut de loger la divinité aussi dignement 
que les hommes^ Ambroise Dubois et Fréminet chargés de créer 
la chapelle de la Trinité, firent preuve d'un grand talent; aussi 
les mêmes artistes eurent-ils aussitôt, avec Paul Bril, la mission 



(1) Né à Fontainebleau le 5 décembre 1605. Son parrain fut Gracieux Jamin, 
concierge du château. 

(2) Hist. des peintres, école française ; appendice. Paris, veuve Renouard, in-f». 

(3) Galerie de In Reine, dite de Diane, à Fontainebleau, peinte par Ami). Dubois 
en iCm, sous Henri IV ; Paris, Gatteaux et Baltard, 1858, in-f». 



— MO — 

do décorer la salle dite des Nobles , chambre ovale où naquit 
Louis XIII. Si l'on se reporte à cette époque de dégénérescence 
pour les arts, on ne s'étonne guère de n'y point retrouver l'éclatant 
appareil, les grâces, l'élégance, le goût de la Renaissance; il ne 
faut pas s'étonner davantage si les peintres, au lieu do choisir les 
épisodes d'un poème d'Homère pour décorer le salon des Nobles, 
s'inspirent des aventures de Théagène et Ghariclée, roman que la 
traduction de Jacques Amyot avait seule pu mettre un instant à la 
mode. 

C'est également là que Dubois a peirït Louis XIII enfiint, à che- 
val sur un dauphin. 

Enfin, le maître peintre de la reine avait orné encore, avec un 
goût parfait, une volière construite au fond du jardin de l'Oran- 
gerie, qu'un incendie détruisit à la fm du xviii* siècle. 

On possède un portrait de Dubois ; d'après un usage ancien et 
presque constant, le peintre s'est représenté dans son quinzième 
tableau du salon des Nobles [Uiiion de Théagène et Chcmclée), au- 
jourd'hui transporté dans la salle dite de saint Louis; il est vêtu 
d'une robe rouge et placé entre Sully et le financier Zaraet. C'était 
selon la tradition, un homme de médiocre stature, vif, ardent 
laborieux ; son portrait nous l'offre tel : on reconnaît ce caractère 
à l'accentuation des traits, à l'expression de la physionomie; on 
devine les qualités du peintre dans cette tête de quasi-vieillard 
fièrement posée, à la barbe rousse, au regard pénétrant. 




Presque tout ce qu'il avait produit disparut peu à peu. A peine 



— 111 — 

retrouve-t-on de cet excellent artiste quelques peintures dans 
la chapelle haute de Saint-Saturnin, des fragments de l'histoire 
de Tancrède et de Clorinde, dans les anciens appartements du roi 
et de la reine, et une suite de tableaux restant des aventures de 
Théagène etChariclée, dont le Louvre conserve aussi un panneau : 
Chariclée subissant répreuve du feu. 

III. 

Ambroise Dubois avait eu cinq enfants, dont deux filles Elisa- 
beth et Marie (1). 

Dès le 15 mai 1596, on le voit marier sa fille aînée, à Fontaine- 
bleau (2). Jean, son premier fils, né et ondoyé le 10 janvier de 
l'année précédente, paraît n'avoir été baptisé que le 26 février 1604 
dans la chapelle royale; il eut pour parrain le peintre flamand 
Jean de Hoëy, ami de la famille et beau-père de Préminet. 

Il était jeune encore lorsque son père mourut, mais formé à 
bonne école, il faisait preuve déjà d'un talent distingué. 

Sa mère, qui avait conservé en survivance l'entretien des pein- 
tures d'Ambroise Dubois, abandonna cette charge à Jean Dubois, 
en 1615 , avec les 1,200 livres qu'elle rapportait. Celui-ci avait 
alors 20 ans; il épousa aussitôt Marie Outrebon, fille d'un jardi- 
nier valet de chambre du roi (3), et se mit au travail avec non 
moins de succès que d'ardeur. 

En 1635, Claude de Hoëy fils, qui avait l'entretien des pein- 



(1) Une tradition populaire qui, Jit-on, s'est perpétuée à Fontainebleau, attribue 
4 Amb. Dubois trois filles, qui seraient nées, auraient vécu et seraient mortes cé- 
libataires dans une petite rue, en face de la Cour des Offices. On aurait, en leur 
lionneur, donné à cette rue le nom des Trois-Pucel/es, changé en 1839 en celui de 
Montébello. Mais c'est évidemment là une tradition fort hasardée. 

Nous n'avons retrouvé la trace que de deux filles du peintre, lesquelles, étant les 
aînées, ne paraissent pas avoir vu le jour à Fontainebleau. Si elles y étaient nées, 
c'eût été, comme deux de leurs frères, au château, dans le pavillon de la Cour des 
Offices, où Ambroise Dubois avait son logement. 

Les registres paroissiaux prouvent d'ailleurs que la première se maria dès 159G. 

La qualification de demoiselle qu'on donnait alors aux personnes de qualité et 
qui leur est donnée dans des actes de baptême des 28 novembre, 21 avril 1(J2G, 
9 mars 1636, etc., aura aidé peut-être à la piquante explication du nom de la rue 
des Trois-Pucelles. 

Nous croyons qu'il en faut chercher une autre. 

(2) Reg. d'Avon. — M. l'abbé Tisserand; publications des Comités hist., 18')4. 

(3) Marié à Atine de Hoëy, lille de Jean, et tœur de Claude et de Fraugoise, 
femme de Fréminet. 



— il2 — 

tures et vieux tableaux des salles, galeries et cabinets de Fon- 
tainebleau , avec 1,200 livres d'appointements , se démit de 
ses fonctions; Louis XIII, pour récompenser le zèle de Jean 
Dubois, le gratifia par brevet du 26 décembre 1635, de l'emploi 
qui devenait ainsi vacant. Neuf ans plus tard, nous ne savons pour 
quelle cause, on lui enlève l'entretien de toutes les peintures qui ne 
sont pas dues à son père, et ses émoluments se trouvent réduits à 
1,000 livres (26 octobre 1644). Puis, le 14 juillet 1651, non-seu- 
lement, on rétablit l'état ancien des choses, mais encore Jean Du- 
bois, sur la démission de son frère Louis, est chargé d'entretenir 
les peintures de Préminet, dans la chapelle de la Trinité, avec 
200 livres de gages. Il est, en outre, pourvu de la conciergerie 
des écuries de la reine. 

Cet artiste termina sa carrière en 1679, sans avoir jamais quitté 
sa ville natale, et l'abbé Guilbert, dans sa Description de Fontaine- 
bleau, rend de lui cet honorable témoignage que Jean Dubois, aussi 
modeste qu'habile, se montra parfait imitateur de la probité et du 
pinceau de son père. 

Il avait décoré rappartement de la reine, mais on cite plutôt de 
lui, comme d'une composition parfaite, la Nativité dans la chapelle 
haute et une Descente de Croix sur l'autel de la chapelle de la 
Trinité. 

Dans la salle du Trône, Louis XIV lui avait fait remplacer le 
portrait de Louis XIII par Flore et Zéphyre, que l'Empire enleva 
pour faire place au portrait de Napoléon; sous la Restauration, on 
y mit Louis XV; enfin, Louis-Philippe eut l'heureuse idée d'y 
restituer l'œuvre de Philippe de Champagne. 

Jean Dubois a laissé deux fils, Jean et Louis, peintres du roi. 

IV. 

Le second fils d'Ambroise, Louis Dubois, après avoir été un 
de ses meilleurs élèves, se fit peu remarquer par ses productions. 
En 1644, on l'avait néanmoins chargé, comme nous l'avons dit, de 
l'entretien des œuvres de Fréminet; il était déjà qualifié alors de 
l)eintre valet de chambre de Sa Majesté. 

Au décès de Louis Fréminet fils, en 1651 (1), Louis Dubois 

(1) C'est à tort que M. Villot (notice sur les tableaux du Louvre), à qui nous^ 
empruntons quelques détails, dit que Fréminet fils était frère de mère de Louis 
Dubois. 



— 413 — 

ayant obtenu la pension de 2,000 livres dont ce dernier .jouissait, 
se démit, en faveur de son frère aîné, de l'entretien de la chapelle 
de la Trinité. 

Il est mort sans postérité quelques années après. 

Ses neveux Jean et Louis, puis ses petits-neveux, conservèrent les 
revenus et les titres de Louis Dubois jusqu'au milieu du xviii' siècle, 
tout en cumulant les fonctions que Arabroise avaient précédem- 
ment remplies. 

Je^n (2^ du nom) , né en 1640 (1) , valet de chambre du roi et 
concierge des écuries de la reine, figure sur l'état des officiers du 
château de Fontainebleau pour la survivance de l'entretien des 
peintures, et les Comptes des bâtiments pour 1673 font connaître 
les charges de son emploi, dont le traitement était réduit à 600 
livres : 

(( A Jehan Dubois, peintre, ayant le soin et nettoyement des 
» peintures, tant à fresques qu'à huisles, anciennes et modernes, 
)) des salles, galeries, etc., la somme de 600 livres pour ses ap- 
» pointemens de 1673, à la charge de rétablir ceux qui sont gastés, 
» nettoyer les bordures des tableaux et de fournir le bois, charbon 
» et fagots pour brûler esdittes salles, galeries, chambres, etc., 
» pour la conservation d'iceux... » 

Louis, né le 4 avril 1646 (2), se fit moins remarquer, mais il eut 
lui-même un fils que mit en relief une certaine habileté ; celui-ci, né 
en 1673, est mort peintre ordinaire du roi et concierge de la Cour 
des Fontaines le 12 avril 1702, laissant un héritier de son nom et 
de son talent. 

V. 

A l'époque des Dubois et à coté d'eux, florissaient à Fontaine- 
bleau plusieurs autres familles d'artistes, originaires de la localité. 

Sans qu'aucun membre de ces familles, peut-être, n'ait brillé du 
plus vif éclat, quelques-uns ont acquis un mérite relatif et joui 
d'une réputation honorable, dont le souvenir local, aussi bien que 
celui des Dubois, doit être soigneusement conservé. 

Gomme l'exprimait récemment M. Amédée Thierry (3) : «C'est 



(1) Baptisé seulement le 18 mai 1645 ; mort en 1694. 

(2) Baptisé le 16 au château; parrain, Louis Dubois, son oncle; marraine. Ga- 
brielle Tabouret, femme de Claude de Hoëy. Marié en 1671 à Xainte Jamiu. 

(3) Compte-rendu à la Sorbonne, 1864. 

8 



— Mi — 

» une des meilleures missions des Sociétés savantes de la province, 
» que de conserver le patriotisme des gloires locales et d'en raviver 
» le souvenir quand il menace de s'éteindre. » Nous savons tous 
que le nom des artistes de premier ordre ne s'efface pas ; c'est 
donc aux talents secondaires , dont la renommée est toute locale, 
qu'il nous faut d'abord songer. 

Ne dédaignons pas ces humbles réputations dans la carrière 
difficile des arts; loin de les repousser ne doit-on pas, au con- 
traire, publier ces exemples d'enfants de modeste condition, se 
complaisant dans la vue du beau, se formant le goût et l'esprit 
devant ces galeries superbes, alors en cours d'exécution ; quittant 
les jeux de leur âge pour aider les maîtres à broyer des couleurs ; 
puis, entraînés par un irrésistible courant, embrassant avec réso- 
lution cette rude carrière où les guidaient, en les encourageant, 
les Rosso, les Primatice, les Fréminet, dont ils devaient un jour, 
bien qu'à distance, continuer l'œuvre?... 

Mais nous ne pouvions songer à étendre davantage cette étude; 
laissons-en le soin à de plus habiles (1). 

La Section de Fontainebleau est nombreuse; nous y comptons de 
vrais amis des arts , habiles à bien dire ; ils aborderont, espérons-le, 
le sujet que nous n'avons fait qu'indiquer, et grâce à leur talent, 
la réputation des Dubois, des Voltigean, des Nivelon, des Bouzé, 
des Desbouts, des Jamin, des Lefèvre, sera mieux connue, appré- 
ciée, popularisée, et leur nom pour quelques-uns, peut-être, sauvé 
de l'oubli. 



(1) Cette notice a été lue à la séance publique de Fontainebleau, le 15 octobre 
18G5. 



Mo 



LES GROTTES DES FÉES 



LA FERTÉ-GAUGHER — GROUY-SUR-UURGQ 

PAR 31. A. CARRO, 

Membre fondateur (^ecîSom de Idéaux) Vice-Président de la Société. 



A quatre ou cinq kilomètres à l'orient de la jolie petite ville de 
La Ferté-Gaucher, sur le territoire de la commune de La Gha- 
pelle-Véronges, se trouve un vallon resserré, ombreux et solitaire, 
où coule le Grand-Morin, qui malgré son nom, tout relatif et 
nullement prétentieux, n'est guère là qu'un simple ruisseau. La 
rive droite du cours d'eau est dominée par le flanc boisé du 
coteau, que surmontent des bancs de rochers abrupts d'une cin- 
quantaine de mètres de hauteur. 

Ges rochers sont bien plus qu'un accident pittoresque dans un 
séduisant paysage ; ils ont une importance spéciale par leur noto- 
riété bien méritée. 

Dans leurs anfractuosités se trouvent quatre grottes , dont trois 
n'ont qu'une importance secondaire, mais une autre assez grande, 
et réceptacle fort habitable, a été réellement habitée. On l'appelle 
la Pierre, ou la Grotte aux Fées. 

Les documents qui se rattachent à cette dénomination et à la 
tradition qui la concerne, sont en général si peu répandus que j'ai 
pensé qu'il pourrait ne pas être sans quelque intérêt d'en faire le 
sujet d'une notice. 

Vous vous doutez bien qu'il ne s'agit pas ici de fées contempo- 
raines de Peau -d'âne et de Gendrillon , nous allons remonter 
beaucoup plus loin. Permettez-moi de vous conduire rapidement, 
par la pensée, au-delà de nos temps historiques. 

Nous ne limitons plus notre histoire nationale aux Druides ; on 
sait que leurs doctrines, et leur culte ne nous furent apportés de 
l'Asie occidentale que vers l'an 580 avant J.-G., par Esus, person- 
nage demi-historique, demi-légendaire, qui semble avoir, comme 
Mahomet, réuni les divers caractères de chef militaire et de légis- 
lateur politique et religieux. 



— Ht) — 

Or, avant l'invasion d'Esus et des Kimris, c'est le nom donné à 
ses compagnons, avant, par conséquent, l'introduction d'une doc- 
trine qui enseignait un Dieu suprême, souverain créateur de toutes 
choses, les populations qui habitaient déjà le sol sur lequel nous 
vivons aujourd'hui, adoraient les fleuves, les lacs, les fontaines, 
les pierres, les montagnes, les forêts (1), sans représentation ma- 
térielle toutefois de la divinité, sans idoles en un mot. Elles sym- 
bolisaient seulement ces objets par l'imagination, leur donnaient 
ainsi des formes humaines et vivantes, et celles de ces formes 
entre autres qui représentaient une essence féminine, ont trans- 
mis un souvenir jusqu'à nos temps : ce sont les Fées, qui, après 
avoir été des objets d'adoration pour nos pères, ont quelquefois 
efTrayé, mais souvent aussi amusé leurs petits-enfants. 

Le nom de fée ne remonte pas, il est vrai, à cette époque, il ne 
nous a pas été transmis d'une langue que nous ne connaissons 
plus, il est un peu plus moderne, nous y reviendrons. 

La notion des êtres fantastiques qu'il personnifie est, au reste, 
fort répandue sur toute l'étendue de la France et même de l'Eu- 
rope. Ainsi on compte quantité de localités où se irouveni la Pi'etTe 
aux Fées, la Grotte des Fées, la Combe c'est-à-dire la vallée des 
fées, etc., (2), ou des noms analogues suivant le patois ou suivant 
la langue. On a même applique improprement le nom de pierres 
des fées à quelques grossiers monuments primitifs, ouvrages de 
l'homme, et qui n'étaient que des sépultures, mais les grottes des 
fées proprement dites, sont des antres ou cavernes dans les ro- 
chers aux flancs de certains vallons. Telle est, nous venons de le 
voir, la pierre aux fées de la Ferté-Gaucher, telle est une autre 
qui, dans notre contrée aussi, avoisine la ville de Grouy-sur- 
Ourcq ; telle en est peut-être, une encore dans la vallée de Mcun, 
commune d'Achcres au sud de la forêt de Fontainebleau; telles 
sont, enfin sur des points forts distants, plusieurs grottes que j'ai 
visitées ou dont j'ai pu lire la description. 

La grotte de Crouy n'a pas conservé le caractère sauvage et 
mystérieux que l'on remarque à celle de La Ferté-Gaucher. Le 
vallon qui avoisine Crouy, couvert de bois autrefois, est dénudé 
maintenant; le roc est moins âpre et abrupt qu'aux rives du 
Grand-Morin, mais l'analogie n'en est pas moins évidente, indé- 
pendamment du nom transmis par la tradition. 



(1) Alfred Maury, Les Fées du moyen-âge, pafre 4. 

(2) Comba, locus déclivis in vullem désinem. Ducange. 



__ 117 — 

« Les antres furent les premier.^ temples » dit avec raison 
M. Gh. Toubin, auteur d'un remarquable £ssai sur les sanctuaires 
primitifs; là, en effet, séparé des objets extérieurs, plongé dans 
l'obscurité ou ne percevant qu'une lueur incertaine, l'homme si 
faible en face des roches gigantesques qui l'entouraient devait 
éprouver un sentiment de frayeur religieuse ou du moins de re- 
cueillement; il devait être atterré ou s'exalter, suivant ses disposi- 
tions ou les enseignements reçus. 

Le druidisme ne détruisit pas entièrement le premier culte de 
nos ancêtres, il se combina seulement avec lui. M. Maury dans 
sa savante étude intitulée : Les Fées du moyen-âge, en donne de 
nombreuses preuves. La divinité eut alors des prêtres et des prê- 
tresses. Les druides ne construisaient pas de temples, les bois 
leur en tenaient lieu', et surtout dans les bois beaucoup plus éten- 
dus alors sur notre territoire qu'aujourd'hui, les parties les plus 
sauvages, les plus empreintes d'un solennel isolement et par con- 
séquent les vallons et les rochers. C'était dans ces retraites 
sombres, dans ces bois sacrés que se tenaient leurs réunions et se 
célébraient leurs mystères. Plusieurs d'entre eux ainsi que des 
druidesses y faisaient leur constante demeure. 

Les druidesses furent naturellement les intermédiaires des divi- 
nités féminines, elles parlèrent en leur nom; en leur nom elles 
annoncèrent l'avenir, les destinées, fata, radical latin dont est 
venu d'abord le mot fafuœ, puis le nom de fée, remplaçant leur 
ancien nom de vala (d'oîi véléda, voluspa). 

Les vêtements des druides étaient blancs, et les druidesses 
étaient revêtues de robes blanches. Elles durent bien souvent dans 
l'ombre des forêts, dans l'obscurité des cavernes, s'offrir comme 
une apparition vaporeuse, aérienne, insaisissable; la divinité et la 
prêtresse durent se confondre dans l'imagination, et les fatidiques 
dames blanches devinrent les objets d'une vénération crain- 
tive. 

Les rapprochements que je pourrais faire ici entre les fées et les 
druidesses nous entraîneraient bien trop loin, on peut les suivre 
avec intérêt dans l'ouvrage que j'ai cité plus haut de notre honoré 
confrère M. Alfred Maury. 

Un jour vint où l'adversité atteignit les fées elles-mêmes, à la 
suite de l'invasion des Romains : Rome jalouse les proscrivit avec 
les druidesses. La persécution de Claude continuée par ses succes- 
seurs (période de 40 ans environ), pesa cruellement sur elles, et 
les grottes cachées au fond des sombres vallées servirent de re- 



— 118 — 

traite aux prêtresses, protégées encore par la crainte superstitieuse 
ou l'affection des populations. 

Lechritianisme vainqueur du druidisme amoindrit surtout l'au- 
torité morale des fées sans toutefois pouvoir en dissiper le souve- 
nir. Les chrétiens leur firent mauvaise réputation. Au lieu de 
l'épithète de 6o>ines qui était originairement leur titre attributif 
ord'maire, les Bonnes mères, les Bonnes dames (1), on vit figurer 
dans les récits, dans les légendes, les méchantes fées, les fées en- 
vieuses, les fées vindicatives; on les fit vieillir, on en fit des sor- 
cières. La dame blanche apparut encore, mnis le plus ordinaire- 
ment pour annoncer un malheur ou comme un signal de mort. 
C'est ainsi que les fées, sauf pourtant quelques figures gracieuses, 
Urgande, Viviane, Morgane, Urgèle, Melusine, etc., ont passé à 
travers tout le moyen-âge, figurant dans les fabliaux et les récits 
émouvants de la veillée, défrayant les poètes, les conteurs, et en- 
fin il faut bien le dire, les mères et les nourrices. Longtenips encore 
cependant on les prit au sérieux . on a célébré jusque dans le xvii" 
siècle à l'église de Poissy une messe pour préserver le pays de la 
colère des mauvaises fées, et des pièces du procès de Jeanne-d'Arc 
constatent que tous les ans le curé de Donremy allait chanter 
l'évangile près de l'arbre des fées, pour les chasser {^2). 

Des traces, sinon d'habitation, du moins de fréquentation et de 
séjour se remarquent fort bien dans la grotte de Crouy ; la roche 
étant peu résistante aux instruments tranchants, il semble qu'on a 
cherché à arrondir les voûtes ; on peut y distinguer môme des in- 
dices do nervures et d'ornementation. Est-ce le travail de quelque 
solitaire, ou le produit du loisir de quelque pâtre du xiii" siècle gar- 
dant ou censé garder son troupeau dans la vallée; ou bien encore 
n'aurait-on point établi ou tenté d'établir en ce lieu un oratoire, 
une sorte de petite chapelle pour le purifier et le sanctifier? Un 
exemple fort notable de ces sanctifications se trouve précisément 
dons le voisinage, c'est No(re-Dame-du-Ch:ne, ancien but d'un pè- 
lerinage qui y avait détermine la fondation d'un couvent. La sta- 
tuette de Notre-Dame consacrait au culte chrétien un de ces arbres 
auxquels jusqu'au temps deCharlemagne, suivant les capitulairos, 
un reste de super;;tition paycnne venait encor.> offrir des luminaires 
et apporter des offrandes. 

Nous ne sommes réduits ici qu'à des conjectures; mai^3 nous 



(1) Ali'. Maury^ Les Fc'es du Moijen-Ag", pp. 10 et 35. 
(2j 1(1., i^ -62. 



— 119 — 

savons avec certitude que la grotte de La Ferté-Gaucher a été ha- 
bitée, elle l'a surtout été de nos jours; cela remonte à trente et 
quelques années seulement, et déjà l'individu qui y fit sa demeure 
prend dans la contrée les proportions d'un personnage légendaire 
sous le nom de l'ermite de la grotte ; il est vrai que c'était un 
étranger, un Italien, et déplus un octogénaire. 

Au risque d'irrévérence envers la légende, je vais donner sur 
l'habitant quasi-mystérieux de la Pierre aux fées, quelques détails 
authentiques ; je les tiens de l'obligeance de notre confrère 
M. Plessier qui habite La Ferté-Gaucher, et en compagnie duquel 
j'ai visité la grotte. 

Michel Théard, né à Monclia, dans la république de Gènes, 
habita la grotte aux fées une dixaine d'années. Ce n'était point un 
ermite dans le sens religieux ordinairement reçu de ce mot, il 
était marié, il l'avait même été cinq fois. Il est vrai que s'étant 
marié pour la première fois à l'âge de cinquante ans, il n'avait 
épousé successivement que des femmes de plus en plus âgées qui 
n'avaient pu le suivre dans sa carrière de longévité. Lors de son 
dernier mariage il avait 78 ans. 

On ne sait pas bien par quelles circonstances il avait été amené 
à La Ferté-Gaucher où avait eu lieu son premier mariage, c'était 
sans doute à la suite de nos premières campagnes en Italie. Quoi 
qu'il en soit, il était resté, tant à La Ferté que dans le voisinage 
et notamment à La Chapelle- V oronges, travaillant comme simple 
journalier, se faisant aimer par son obligeance et la douceur de 
son caractère. 

"Il avait souvent fréquenté les bois et les champs avoisinant la 
Pierre aux fées, qui n'avait plus rien d'extraordinaire ni de redou- 
table pour lui, aussi obtint-il de s'y loger, sans doute par écono- 
mie de loyer. Quand l'âge ne lui permit plus de travailler bien 
fructueusement, il ne fut pas abandonné, nombre de gens des en- 
virons et même de la ville qui prenaient plaisir à le visiter, le se- 
couraient de leurs dons; il avait d'ailleurs une petite cloche qui 
lui servait à se rappeler à leur souvenir. Il mourut paisiblement 
dans sa grotte, le 20 août 1832, âgé de 85 ans. 

J'ajouterai ici l'indication d'un curieux rapprochement que m'a 
communiqué notre confrère le docteur Delbet, propriétaire de la 
grotte aux fées, qui a pendant plusieurs mois parcouru la Palestine ; 
c'est que la grotte de La Ferté-Gaucher présente une très-grande 
similitude d'aspect intérieur avec celle d'OdoUam oii se retira pen- 



— 120 — 

dant que] que temps David fuyant la colère de Saûl. Celle d'Odollam 
est seulement trois ou quatre fois plus grandr. 

Notre vieil ermite avait exécuté dans sa retraite solitaire quel- 
ques travaux de clôture et d'appropriation qui ont à peu près dis- 
paru depuis. On n'y voit plus qu'un petit fragment de mur, les 
parois cyclopéennes et tourmentées du roc, et l'ouverture par la- 
quelle, comme entourée d'un cadre sombre, apparaît mélancolique 
et presque solennelle encore la vallée qu'elle domine. A cela se 
,ioint le souvenir, distant déjà de plus de deux mille ans, des rites 
mystiques qu'elle a vu s'accomplir. 

Un dernier mot, à l'adresse de la légende. Michel Théard fut 
d'abord appelé le père Génois du nom de son pays; puis, par cor- 
ruption, il ne fut plus connu que sous le nom du père Chinois. Si 
mon humble notice ne survit pas, rien ne s'oppose à ce qu'il ne 
soit bientôt avéré comme tradition, qu'un habitant de la Chine 
était venu chercher une retraite dans les rochers du Grand- 
Morin. 



— 121 — 

L'ANCIENNE AUBEROE DE LA BELLE-IMAGE 

A MORET, 

PAR M. SOLLIER, 
Membre fondateur ( Section do Mclun ). 



La petite ville de Moret, dont l'origine remonte à une haute 
antiquité, est riche de souvenirs historiques. Ses anciens monu- 
ments, qui presque tous ne sont plus aujourd'hui que des ruines, 
sont néanmoins un précieux sujet d'études pour ceux qui s'occu- 
pent de recherches archéologiques. Dans les premiers siècles de la 
monarchie française, cette ville et les villages qui l'entourent ont 
dû à leur position topographique d'avoir été le théâtre de laits 
mémorables, et la guerre y a laissé, à plusieurs reprises, des 
marques de son funeste passage. A une époque plus rapprochée de 
la nôtre, l'inutilité de ses fortifications et, plus encore, la prospé- 
rité croissante de Fontainebleau diminuèrent son importance et 
la reléguèrent au second plan. Toutefois, elle ne tomba pas dans 
une complète obscurité : le voisinage de l'une des plus splendides 
résidences de nos souverains, la proximité de la belle foret de 
Bière et les sites charmants et pittoresques qui environnent la 
campagne de Moret, lui ont conservé jusqu'à nos jours la faveur 
d'être visitée par d'illustres personnages, parmi lesquels on compte 
des rois et des reines de France. 

L'histoire de cette petite ville ne serait donc pas sans intérêt, 
car le souvenir du passé est gravé, pour ainsi dire, sur chacun de 
ses vieux édifices et même sur quelques-unes de ses modestes 
habitations. 

Je n'ai pas l'intention d'entreprendre en ce moment cette his- 
toire. Ce serait un trop long travail pour qu'il me soit possible de 
le mener à bonne fin. Mais, comme les recherches auxquelles je 
me suis livré m'ont déjà fourni quelques renseignements utiles 
sur plusieurs des anciennes maisons de Moret , je vous deman- 
derai, au fur et à mesure que j'aurai pu les compléter, la permis- 
sion de vous les communiquer sous forme de petites mono- 
graphies. 

Celle que je viens vous présenter aujourd'hui a pour objet une 
maison située dans la principale rue de Moret, en face de l'iiôtel- 
de-ville. C'était, il y a quarante ans environ, une vieille auberge 



i-)o 

noire et enfumée qui avait pour enseigne une grossière peinture 
représentant la sainte Vierge, avec cette inscription : A la belle 
image. Je ne vous ferai pas la description de cette hôtellerie, qui a 
disparu pour faire place à une belle habitation bourgeoise et qui, 
d'ailleurs, ne mériterait pas de fixer l'attention , si elle n'avait eu 
l'honneur, à des époques et dans des circonstances bien différentes, 
d'abriter pendant la nuit deux hommes diversement illustres, tous 
deux bannis, tous deux revenant de l'exil : Voltaire, à son retour 
de Ferney, et Napoléon T", à son retour de l'île d'Elbe. 

Dans sa retraite de Ferney, Voltaire jouissait d'une immense 
célébrité. L'Europe était remplie de son nom et de ses écrits. 
Autour de lui, florissait une population de douze cents personnes 
qu'il avait attirées dans sa terre et qui le chérissaient en recon- 
naissance de ses bienfaits et de sa générosité. Placé au milieu d'un 
paysage majestueux et enchanteur, son château réunissait tous les 
avantages de la solitude et de la société, et il en avait fait, à pro- 
prement parler, lô centre du monde littéraire et du monde savant. 
Mais ni l'éclat de sa brillante renommée, ni les charmes de sa 
résidence, ni les agréments d'une existence paisible et animée tout 
à la fois ne suffisaient à remplir son cœur toujours avide de gloire, 
et ne pouvaient satisfaire l'activité juvénile qu'il avait conservée 
malgré son grand âge et ses infirmités. 

Le patriarche de Ferney voulait revoir Paris et, bien que l'ordre 
qui lui en interdisait le séjour n'eût pas été levé, il conçut le projet 
d'y revenir pour faire représenter sa tragédie d'Irène. 

Ce fut le 5 février 1778, au plus fort de l'hiver, que Voltaire, 
âgé de 84 ans, partit de Ferney en compagnie de son secrétaire 
Wagnière. 11 traversa Dijon , et arriva le 8 au soir , à Joigny, 
où il passa la nuit. Le 9, vers un lieu voisin de ceux qu'on 
appelle Le Colombier et Le Vaustin, sur le territoire de Varennes, 
à une lieue et demie de Moret, l'essieu de son carrosse se rompit. 11 
fallut envoyer chercher à laville les secours nécessaires pour le répa- 
rer. Heureusement, le marquis de Villette(l) était venu au-devant 
de Voltaire jusqu'à Moret etl'y attendait depuis la veille. A la nou- 
velle de l'accident, il va chercher l'illustre vieillard et l'amène dans 
son propre carrosse à l'auberge de la belle image. Il était alors 
cinq heures du soir. La population de Moret, avertie de son ar- 
rivée, se pressait a;!X abords de l'hôtellerie pour apercevoir les 
traits de l'auteur de le //mmc^t'. Le voyageur, souffrant et fatigué, 

(1) Voltaire considérait le marquis de Viiictte comme son tils. Il l'avait marié à 
IM"" d»i Varicourt, qu'il nommait te//e et bonne. 



— 123 — 

dut se soustraire à l'ovation villageoise, prélude de l'accueil en- 
thousiaste que lui réservait Paris. Il ne voulut recevoir personne, 
et il passa la soirée avec son secrétaire et le marquis de Villette(i). 
Quel fut le sujet de leur conversation ? Nul ne le sait. Mais il est 
probable que Voltaire, se rappelant les premières années de sa 
jeunesse, leur parla des voyages qu'il avait faits à Moret plus de 
soixante années auparavant, alors qu'il recevait, au château de 
Saint-Ange, la gracieuse hospitalité de M. de Gaumartin, marquis 
de Saint-Ange, comte de Moret et intendant des finances (2). Que 
d'événements depuis lors avaient rempli cette vie laborieuse et 
agitée! Que d'œuvres impérissables avaient suivi le célèbre poème 
épique composé par le jeune Arouet (3) sur les bords de la rivière 
d'Orvanne! Tous ces souvenirs, en reportant son esprit aux débuts 
de sa longue et orageuse carrière, n'ont-ils pas impressionné vive- 
ment le poète-philosophe; et, le lendemain, lorsqu'à neuf heures du 
matin, il quitta Moret, ne dut-il pas laisser tomber un regard d'adieu 
et de regret sur ce pays, qui avait été le témoin de ses plus pures 
inspirations poétiques et qu'il traversait pour la dernière fois? 

Ce serait sortir de mon sujet que de raconter la suite du voyage 
de Voltaire, son arrivée à Paris, l'ovation dont il fut l'objet de la 
part du peuple, de la cour et de l'Académie elle-même, et sa mort 
arrivée le 30 mai 1778. Qu'il me suffise d'avoir appelé l'attention 
sur la petite auberge qui avait abrité l'un des plus grands génies 
littéraires du dix-huitième siècle et oià, trente-sept ans plus tard, 
le plus grand génie guerrier des temps modernes vint chercher 
l'hospitalité. 

On sait que Napoléon partit de Vile d'Elbe sur le navire l'In- 
conskmt, le 26 février, à huit heures du soir; qu'il aborda au golfe 
Juan le 1" mars; qu'après avoir traversé Grenoble, Lyon et 
Auxerre , entraînant avec lui toutes les troupes échelonnées sur 
son passage ou envoyées pour le combattre , il arriva le 19 au soir à 
Moret avec un corps d'armée composé de quatre divisions ; qu'il y 

(1) Tous ces détails sont de la plus grande exactitude. Je les tiens de M. Che- 
vreauj vieillard instruit et intelligent, mort il y a quelques années, qui avait, à 
l'âge de dix ans assisté à l'arrivée de Voltaire à Moret. Sa mémoire était très-fidèle; 
car il se rappelait jusqu'aux noms des deux postillons jui conduisaient le carrosse 
du voyageur et qui s'appelaient Courcelle et Floucaud. 

(2) Voir la remarquable notice do M. Lljuillier sur le cbàleau de Saint-Ange, 
insérée dans le premier bulletin de la Société, page 203. 

(y) Arouet (François Marie), ajouta le nom de Voltaire à son nom de Cmiille au 
mois de novemi;re 171^. Il avait alors 2'i nnsetileini. 



— 124 — 

passa une partie de la nuit en attendant le retour des grand'gardes 
qui avaient été expédiées en éclaireurs pour sonder la forêt ; qu'il 
arriva le 20, à quatre heures du matin, à Fontainebleau et que le 
soir même, après une marche triomphale que la postérité regar- 
dera comme un des prodiges les plus étonnants de l'histoire, il fit 
son entrée dans la capitale du royaume, redevenue par sa seule 
présence la capitale de l'empire. 

A Moret, où il ne séjourna qu'environ six heures, l'Empereur 
vint s'intaller, avec son état-major, dans un corps de logis qui 
dépendait de l'ancienne auberge de la belle image , et il y occupa 
une modeste chambre, préparée à la hâte, dans laquelle il consacra 
plus de temps au travail qu'au sommeil, et qu'il quitta bien avant 
le jour. 

Cette chambre existe encore telle qu'elle était à cette époque. 
Les travaux de construction de la maison qui remplace aujourd'hui 
l'auberge, ne l'ont pas atteinte et le propriétaire, M. Clément, a 
conservé les objets dont Napoléon a fait usage , notamment un 
beau saladier en porcelaine qui, par une méprise du grand homme, 
a reçu, en cette nuit mémorable, une destination tout à fait étran- 
gère à ses ordinaires attributions. 

Il y a dix ans environ, M. Desmarets, maire de Moret, a fait 
placer au-dessous de l'unique fenêtre qui éclaire sur la grande rue 
la chambre où a couché l'Empereur, une plaque en marbre noir, 
sur laquelle est gravée en lettres d'or l'inscription suivante : 
« Napoléon I", au retour de l'île d'Elbe, a passé dans cette 
» chambre la nuit du 19 au 20 mars 1815. » 

Pour terminer l'historique de l'auberge de la belle image, j'ajou- 
terai que, lors de sa démolition, on a trouvé dans les terres que 
recouvrait le pavé de la cour , un certain nombre de monnaies 
romaines à l'effigie des empereurs Vespasien, Trajan et Marc- 
Aurèle. Je n'en concluerai pas que l'hôtellerie remontait au temps 
des Césars et des Antonins; je tiens à constater seulement que 
les Romains ont laissé sur son emplacement, comme en plusieurs 
autres endroits de la ville, des traces de leur passage. 

Je vous demande pardon de vous avoir entretenu d'un sujet de 
si peu d'importance. Mais, comme l'histoire locale me paraît avoir 
pour principal objet d'enregistrer les faits particuliers que dé- 
daigne l'histoire générale, j'ai pensé qu'il n'était pas sans quelque 
intérêt de conserver le souvenir du court séjour que firent à Moret 
Voltaire et Napoléon. 



PL.I 




JDevareime. 



DALLE FUNERAIRE A SAINT-LOUP-DE-NAUD. 



!2o 



UNE VISITE A SAINT-LOUP-DE-NAUD. 

PAR M. G. LEROY, 
Membre fondateur (Section de Meliin). 



Au lendemain de la séance générale de la Société d'Archéologie 
de Seine-et-Marne, tenue à Provins le 25 mai 1863, plusieurs 
Sociétaires, qui y avaient assisté, se dirigeaient vers Saint- Loup- 
de-Naud (1). Sous l'émotion que leur avaient inspirée les curio- 
sités archéologiques de l'ancienne capitale des comtes de Cham- 
pagne , ils pouvaient croire qu'ils étaient au terme de leurs 
admirations; il n'en était rien. L'édifice qu'ils se proposaient de 
visiter soutint aisément le rapprochement avec les monuments 
provinois qu'ils venaient de quitter. Favorablement disposés, 
d'ailleurs, par l'agrément des sites qu'ils traversèrent pédes- 
trement, pour se rendre de la station de Longaeville au lieu de 
leur excursion, ils ne purent retenir un cri d'enthousiasme, 
lorsque le portail de Saint-Loup apparut devant eux. Il n'y eut 
qu'une voix pour en proclamer' la beauté, pour en exalter le triple 
caractère, artistique, hiératique et mystique; pour en louer la 
conservation, fait rare dans notre pays, que tant de guerres ont 
dévasté. 

L'architecture intérieure de l'église répond au portail. Tout 
y est beau, complet et harmonieux. Le style du xi" siècle s'y 
montre dans son impostante sévérité, accolé au style plus élégant 
du siècle suivant, qui employa, concurremment et avec bonheur, 
le plein-cintre et l'ogive. 

La description de l'église de Saint- Loup demande une mono- 
graphie spéciale et de laborieuses études. Deux de nos confrères, 
MM. Félix Bourquelot et Fichot, ont abordé ce sujet et l'ont 
traité avec le talent et le savoir qui les caractérisent (2). Après 
avoir trouvé les historiens qui ne pouvaient lui faire défaut, ce 
monument ne saurait être privé, non plus, des réparations dont 

(1) C'étaient MM. Beauvilliers, Carro, Courtois, Grésy, Lhuillier et G. Leroy. 

(2) Notice sur l'ancien prieuré de Saint-Loup-de-Naud, avec pièces justificatives, 
par M. Félix Bourquelol ; Bibliothèque de l'école des Chartes. — Les Monuments 
de Seine-et-Marne, par MM. Fichot et Aufauvre. 



— mi — 

il a tant besoin, pour l'arracher à une ruine imminente. Si le 
portai], si l'extérieur tiennent les promesses de leur renommée ; 
si les troubles du moyen -âge ont épargné ce que les générations 
contemporaines des premiers Capétiens ont élevé, le temps, qui 
ne respecte rien, se montre plein de menaces. Une humidité cons- 
tante et un défaut presque absolu de réparations, mettent en péril 
la partie orientale de la construction. Les voûtes et les arcades 
sont étayées, en prévision d'une chute prochaine; le culte n'est 
plus exercé que dans les travées voisines du porche. Le bon aspect 
des murs extérieurs et du portail, la solidité du clocher roman et 
des absides trinitaires font naître des espérances qui s'éva- 
nouissent en franchissant le seuil. Un sentiment de tristesse 
succède à la satisfaction qui semblait réservée. Mais, en présence 
de ce délabrement, on aime à penser que l'Administration supé- 
rieure, qui déjà s'est chargée de la conservation du portail, en le 
classant parmi les monuments historiques, étendra sa sollicitude 
à l'église entière, qui la mérite au même titre. L'urgence de cette 
mesure est grande, si l'on veut éviter des ruines plus fâcheuses, 
qui pourraient être irrémédiables. 

Sous l'influence de ces réflexions, les Archéologues, qui visi- 
taient Saint-Loup, le 26 mai dernier, se dédommageaient, par 
l'examen des détails de l'édifice, de la privation d'un aspect d'en- 
semble plein de grandeur et d'harmonie, et de l'absence d'une 
élégante perspective rompue par des cloisons et des étais. Ils 
admiraient ici de charmantes colonnettes géminées du xn" siècle, 
supportant les voûtes de la salle des cathécumènes; plus loin, une 
délicate menuiserie, véritable dentelle, dont le coquet agencement 
le dispute au fini. Ils s'essayaient à déchiffrer le sens caché des 
sculptures, ou bien à lire les pierres funéraires dont le sol est 
parsemé. 

Au milieu de leurs recherches et de leurs attrayantes surprises, 
une pierre du dallage, placée dans le côté droit du transept, attira 
leur commune attention. Ce n'était pas la tombe d'un moine ou 
d'un prieur de Saint-Loup; encore moins celle d'un haut et 
puissant seigneur; elle ne présentait pas cette imagerie splendide 
qui excite, à bon droit, l'intérêt des amateurs. Aucun nom, 
aucune légende n'y étaient inscrits, mais trois signes y étaient 
gravés. Et il suffit de ces signes pour mériter à la modeste pierre 
l'attention recueillie de nos Archéologues, Quel était donc ce 
mystère, quels étaient ces caractères, ces hiéroglyphes, dont le 
mutisme avait tant d'éloquence ? 



!0 



-J.t 



Dans cette dalle , ornée d'une croix trilobée de la fin du 
XTi'' siècle, d'un marteau et d'une équerre, il était impossible de 
méconnaître la sépulture d'un architecte, d'un maître de l'œuvre 
ou appareilleur, — comme on voudra le qualifier, — qui concourut 
à la construction de l'église, et dont le nom, par un profond sen- 
timent d'humilité, s'est englouti, avec son talent, dans le silence 
de la tombe (i). Et, dès lors, comment rester impassible devant 
une si grande abnégation, que rehausse surtout l'importance de 
l'édifice oh elle se produit? Un religieux artiste du moyen-âge put 
seul accomplir ce sacrifice. Ce qui confirme cette opinion, ce sont 
les prescriptions de l'ordre de Saint-Benoist , auxquelles était 
soumis le prieuré de Saint-Loup. Le fondateur de cet ordre 
célèbre avait fait, de l'humilité, la première, et, pour ainsi dire, la 
seule recommandation de sa règle aux moines qui cultivaient les 
arts. — a S'il y a des artistes dans le monastère, avait-il dit, qu'en 
» toute humilité et révérence ils exercent leur art, si l'abbé le 
» permet. Que si quelqu'un d'eux s'enorgueillit pour la science de 
» son art, parce qu'il lui semble être de quelque utilité au monas- 
» tère, qu'il soit arraché à sa pratique, et qu'il n'y revienne qu'a- 
» près l'ordre de l'abbé. » 

Il semble qu'on ne pouvait exiger plus d'humilité et d'obéis- 
sance de la part de subordonnés; mais, chose remarquable, les 
disciples s'astreignirent plus rigoureusement encore aux instruc- 
tions du maître. La tombe de l'architecte de Saint-Loup en est un 
éclatant exemple. L'auteur d'une œuvre, qui est une étincelle de 
génie, ne réclama rien autre chose pour la décoration de sa sépul- 
ture, que la croix au pied de laquelle il cherchait ses inspirations, 
que le marteau et l'équerre qui lui servaient à les traduire. Son 
nom peut demeurer ignoré. Qu'ajouterait-il au monument où 
rayonne son talent, et qu'en résulterait-il de plus pour sa gloire ? 
Ce qui vaut mieux qu'un nom, c'est l'œuvre elle-même, et ici, elle 
subsiste intacte, pure, belle et grande, comme l'artiste la conçut, 
telle qu'il l'exécuta. Le mystère qui environne ce nom offre, au 
contraire, certain attrait qui pique la curiosité, intrigue et invite 
à pénétrer davantage dans la personnalité de celui qui le fait 
naître. L'imagination fait revivre le moine artiste, dont l'unique 



(1) Dans son Traité d'architecture monaâtique, M. Albert Lenoir cite l'exemple 
«l'une tombe sans légende, trouvée dans les catacombes de Rome, sur laquelle se 
trouvaient gravés un marteau, une équerre, un ciseau, etc. Il n'hésite pas a y 
reconnaître la sépulture d'un architecte. 



— 128 — 

préoccupation fat d'entrevoir un rayon de la véritable beauté, 
dont la pensée lut une contemplation, l'œuvre une formule de foi. 
Une pompeuse inscription n'aurait pas le pouvoir des signes que, 
dans sa modestie, et pour seule oraison funèbre, il fit graver sur 
sa dalle funéraire ! 



129 



COMPTE -RENDU 

Des dépenses occnsionnées par les fouille ; de la place Notre-Dame de Melun, 

PAR M. G. LEROY, 
Membre fondateur («îicction de Meliin). 



Messieurs, 

La Commission que vous avez nommée le 4 septembre 1864, 
pour diriger les fouilles de la place Notre-Dame, vous a rendu 
compte, par mon intermédiaire, des résultats archéologiques de sa 
mission, dans la séance du 9 juillet 1863 (1). Aujourd'hui, chargé 
par elle de l'honneur de vous entretenir de la situation financière 
de ses opérations, je viens m'acquitter de ce soin. 

Pour commencer les fouilles, votre Commission disposait d'une 
somme de 600 francs, fournie moitié par la Commission de la 
Topographie des Gaules, instituée près le Ministère de l'Instruc- 
tion publique , et moitié par le Conseil municipal de la ville de 
Melun en 1864. La difflculté des travaux ne tarda pas à absorber 
cette ressource; c'était avec le plus profond regret que votre com- 
mission se voyait forcée d'interrompre son entreprise, et cela au 
moment même où les découvertes de chaque jour devenaient des 
plus précieuses. Elle intéressa de nouveau à sa cause la Commis- 
sion delà Topographie des Gaules et le Conseil municipal de notre 
ville provoqua une souscription entre les membres de la Société, 
obtint une allocation de M. le PréleL, et vous voulûtes bien aussi 
accorder une pareille allocation sur les fonds réservés à la Section 
de Melun. Une nouvelle somme de 700 francs, ainsi réunie, per- 
mit de mener à bonne fin. des fouilles véritablement exception- 
nelles par les difficultés qu'elles présentaient et l'importance de 
leurs résultats. Les travaux , auxquels quatre ouvriers ont été 
occupés chaque jour, ont duré près de trois mois. lisent nécessité 



(1) Voir le Bulletin de la SociéU;, année 1868. 

9 



— 130 — 

l'emploi de la mine, l'intervention de charpentiers , de maçons et 
maintes fournitures d'un prix élevé. Mais je me hâte d'ajouter 
que les prévisions n'ont pas été dépassées, et que nos comptes pré- 
sentent un exédant actif. 

Notre honoré confrère, M. Latour, receveur municipal de la 
ville de Melun, a été constitué dépositaire d'une somme de 800 
francs composée : 

1° Des 300 francs accordés par MM. les Membres de 
la Commission de la Topographie des Gaules en 1864. . 300'' » 

2" De pareille somme votée par le Conseil municipal 
de Melun, dans la môme année 300 » 

3° De 100 francs votés par le même Conseil, le 13 juin 
dernier 100 » 

4° Et de semblable somme allouée le 24 juillet aussi 
dernier, par M. le Préfet de Seine-et-Marne. ... 100 » 

Ensemble 800 » 

M. LaLour a payé : 

Au sieur Mauraud , chargé des travaux de terrassement , de 
ceux de charpente et de dilférentes fournitures : 

Le 6 juillet, pour journées d'ouvriers, en deux man- 
dats 384^ 04 

Le même jour, pour poudre de mine 'J G5 

Le 8 , pour journées de charpentiers , réparations 

d'outils et fournitures 74 65 

Le 42 août, pour journées de terrassiers. . .' . . 293 12 

Et le même jour , pour fournitures diverses . . . 37 94 

Total égal 800 » 

Le compte de M. Latour se trouve ainsi complètement soldé, et 
nous n'avons plus qu'à remercier notre excellent confrère de son 
empressement à faciliter la tâche de la Commission. 

Notre autre confrère, M. Courtois, trésorier central de la So- 
ciété, n'a pas craint d'ajouter au labeur des nombreuses fonctions 
dont il est chargé, le surcroît d'un nouveau compte spécial aux 
Ibuilles. Avec sa bienveillance et son empressement habituels, il 
s'est fait aussi le trésorier de votre commission. 

Ses recettes, faites ou à laire, consistent dans : 

1" 100 francs alloués par la Section de Melun, le 9 juillet 



— 131 - 

dernier iOÙ^ » 

2° 200 francs accordés de nouveau par la Commission 
de ]a Topographie des Gaules. ........ 200 » 

3° Et semblable somme à laquelle s'est élevé le mon- 
tant de la souscription ouverte entre les membres de la 
Société . . • 200 .. 



Ensemble 500^ » 

M. Courtois a payé : 

1° Le 22 juillet pour fournitures diverses, 
photographies de l'aspect des fouilles, impres- 
sions de circulaires, affranchissements, répa- 
rations de poteries et gratifications aux ou- 
vriers 83^ 65 

2° Le 5 août, au sieur Mauraud, pour solde 
de journées et fournitures . 157 13 

3° Le 16 du même mois, au sieur Lucas, 
maître maçon, pour journées et fournitures . 45 » 

4° Le 25 septembre, à M. Louviot , pour 
photographie des principales antiquités. . . 30 » 

5" Et à M. Decourbe , pour dessins qui 
ont été gravés et figurent au Bulletin de 1865 40 » 

Total des dépenses 355^78 355^ 78 

Il restera donc disponible, sur la somme 
encaissée par M. Courtois 144^ 22 

Cette somme recevra la disposition que vous jugerez h propos. 

En terminant, permettez-moi, messieurs, de vous soumettre 
quelques réflexions. 

La conservation de nos antiquités est de la plus haute impor- 
tance. Il est urgent de les mettre à l'abri du contact du public et 
de leur épargner toute dégradation qui serait une perte irrémé- 
diable pour l'histoire et la science. Ce ne sont pas seulement des 
pierres qui sont réunies sous les galeries de l' Ho tel-de-ville, c'est 
une longue suite d'annales, c'est l'histoire, jusqu'alors inconnue 
de notre cité pendant les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne. 
Qu'on juge après cela du soin que leur conservation réclame ! La 
ville de Melun en doit être aussi fière que de ses vieilles traditions 
de gloire et de patriotisme. Or, une lettre effacée dans une inscrip- 
tion, la mutilation d'une sculpture peuvent altérer, détruire même 



— 132 — 

la preuve de faits et de déductions qui constituent ces annales et 
cette page historique. 

Je n'ai pas besoin d'insister davantage ; vous partagez, Mes- 
sieurs, toute ma conviction et. comme moi , vous reconnaissez 
qu'il est indispensable d'élever une légère barrière entre les dé- 
bris des édifices de Melodunum et le public du xix*' siècle , — 
public dont je ne voudrais pas mal parler , — mais qui, dans son 
indifférence ou dans sa légèreté, pourrait bien ne pas avoir pour 
ces contemporains d'un autre âge tout le respect auquel ils ont 
droit. Ai-je besoin d'ajouter que parmi lui sont les enfants, sou- 
vent portés au malin plaisir de détruire. 

Notre Société réunit, en un nombre qui l'honore, des membres 
du Conseil municipal de Melun. Leur concours a lieu de me ras- 
surer sur le sort de nos antiquités. Leur dévouement aux intérêts 
de la cité, leur patriotisme et leurs lumières me donnent le ferme 
espoir qu'ils voudront bien se faire, au sein du Conseil, les avocats 
de la conservation des souvenirs de Melodunum^ et qu'ils l'assure- 
ront en y associant tous leurs collègues. 

Après la lecture de ce rapport, la Section décide que « le reli- 
» quat actif qui s'y trouve constaté, restera déposé entre les mains 
» de M. Courtois, trésorier de la Société, pour recevoir la desti- 
» nation qui sera indiquée ultérieurement. Elle maniiéste le désir 
» que ce nouveau travail de M. Leroy, sur les fouilles de la place 
» Notre-Dame de Melun, figure au Bulletin et, à cet effet, elle en 
» ordonne le renvoi au Comité central. » 



— 133 - 

NOTICE SUR UN DOUBLE DENIER DE SEDAN, 

TROUVÉ DANS LES ENVIROiNS MEAUX, 

PAR M. DE GINOUX 
Membre fondateur ( Section de nieaux ). 



Des ouvriers employés à l'exploitation d'une sablonnière, ont 
trouvé, en décembre -1860, dans la Varenne de Meaux, une pièce 
de monnaie ancienne qui, bien qu'ayant au premier aspect, l'ap- 
parence de l'or, était, en réalité, de cuivre. Sa valeur intrinsèque 
est donc tout à fait nulle, mais il n'en est pas absolu ment de même 
de sa valeur historique. C'est du moins ce que font penser les 
détails qui suivent. 

Cette pièce qui est du module et de l'épaisseur d'une pièce de 
dix francs de notre monnaie d'or, et sur laquelle sont inscrits, 
au revers, les mots : (( double de Sedan, » est un double denier 
de la petite principauté indépendante qui a porté le nom de cette 
ville. On y voit en outre distinctement trois fleurs de lys héral- 
diques, une tour surmontée d'une autre fleur de lys de moindre 
dimension, et deux croissants. 

La face représente la tête d'un personnage que désigne claire- 
ment la légende suivante : 

F. M. D. L. TOVR. DVC- D. BOVILLOiN. 

Indication qu'on peut considérer comme très-précise, les La 
Tour d'Auvergne ayant été ducs de Bouillon et princes de Sedan. 

L'époque où la pièce dont il s'agit a été frappée, resterait incer- 
taine, aucun millésime n'y étant inscrit, si l'histoire ne suppléait 
à cette insuffisance et si elle n'enseignait qu'il a existé un duc de 
Bouillon du nom de Frédéric-Maurice. 

Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turennu, père de 
Frédéric-Maurice, avait acquis tout à la fois le duché de Bouillon 
et la principauté de Sedan par son mariage (1591) avec Charlotte 
de la Murck, lille de Henri Robert de la Marck, duc de Bouillon. 
Mais les titres que cette union lui avait conférés, et que le testa- 



— 134 — 

ment de la duchesse, morte en 1594, avait confirmés, ne devaient 
pas appartenir longtemps à sa famille. Frédéric-Maurice qui 
trempa dans la conjuration de Cinq-Mars, en fut puni, dès 1642, 
par la réunion à la France de la principauté dont la mort de son 
père l'avait investi en 1623. C'est donc entre cette mort du pre- 
mier prince de Sedan, de la maison de la Tour d'Auvergne, et la 
déchéance de son fils, c'est-à-dire entre 1623 et 1642, qu'il faut 
placer la date à laquelle fut frappée la pièce de monnaie qui nous 
occupe. 

Le châtiment infligé au duc de Bouillon n'eut pas du reste 
grande efficacité. On le voit en effet devenir bientôt l'âme du 
parti de la Fronde que le maréchal de Turenne, son frère, devait 
embrasser à son tour. 

La présence d'un double de Sedan dans un lieu voisin de Meaux, 
semble naturellement expliquée par les troubles auxquels le duc 
de Bouillon lut mêlé. Les Espagnols qui envahirent la France à 
l'appel des chefs de la Fronde, ravagèrent particulièrement le pays 
meldois, et il est permis de penser que la principauté de Sedan 
leur fournit son contingent de soldats. 

Quand au double lui-même, on peut le considérer comme un 
objet relativement assez rare, le duc de Bouillon Frédéric-Maurice 
n'ayant pu, en vingt ans au plus, en frapper qu'un nombre très- 
limité. Mais il est précieux à un autre titre encore. 

On sait que le droit de battre monnaie était un attribut essentiel 
et presqu'exclusif de la royauté. Los seigneurs féodaux, les arche- 
vêques, les évêques, les principaux barons, en fabriquèrent dans 
leurs terres au mojen-âge ; mais le pouvoir royal ayant absorbé 
peu à peu ces petites souverainetés, le droit de battre monnaie 
finit par se concentrer dans la main du chef de l'état. On peut 
donc admettre avec raison que la principauté de Sedan a fourni 
l'un des derniers exemples de l'exercice de ce privilège. 



— 136 — 



CONSTÂNTINOPLE , 

FRA(ÎMEKT D'UN JOUKNAL DE VOYAGE EN ITALIE, EN (il'.EGE 
ET EN TUUQUIE, EN 1861 (1), 

PAR M. FÉLIX nOLRQUELOT 
Membre foticlateur (Section de Provins). 



Samedi 24 rmtd. — Le Jour commence à paraître; notre navire à 
vapeur, le Phnse, quittant les Dardanelles, entre et s'avance fière- 
ment dans les eaux du Bosphore de Thrace. Nous voguons au 
milieu d'un long canal, limité à droite par la côte d'Asie, qui 
porte les mosquées, les habitations et le cimetière de Scutari, à 
gauche par la côte d'Europe, sur laquelle s'échelonnent en amphi- 
théâtre la ville de Constantinople proprement dite, et, au-delà du 
goMe étroit et profond de la Corne d'Or, les quartiers de Galata et 
de Péra. Une vapeur assez intense voile, dans les premiers mo- 
ments, quelques lignes du tableau mouvant qui s'offre à nos yeux; 
mais le soleil, en se levant dans un ciel d'azur, dissipe peu à peu 
la brume matinale et fait resplendir tous les objets d'un éclat in- 
fini. Des murailles garnies de tours crénelées, qui semblent sor- 
tir du sein des flot^ , des collines couvertes de maisons aux cou- 
leurs vives, aux fenêtres treillissées , de longues suites de palais ; 
des dômes resplendissants, des minarets dont les colonnes sveltes 
et gracieuses montent vers le ciel comme la prière du croyant, 
une multitude de jardins dont la verdure s'éparpille entre les 
murs et les toits, en formant les contrastes les plus inattendus, 
une incroyable variété de tons et d'aspects, un ensemble magni- 
fique et des détails enchanteurs, voilà ce qui m'a frappé dans un 
rapide coup d'œil jeté avec ime curiosité avide sur la ville des 
sultans. Que l'on ajoute les eaux transparentes et pailletées du 
Bosphore, les navires rangés comme une armée dans l'échancrure 
qui forme l'entrée de la Corne d'Or, les caïqs, bateaux longs, 
légers, élégants, qui passent avec la vitesse de l'oiseau, manœu- 

(1) D'autres fragments de ce voyage o.ii pnru dans les Nouvelles annales des 
votj(i<je% (septembre 1863), et dan.< les M é m •ires de la Société des antiquaires de 
France. 



— 136 — 

vrés par de robustes rameurs, une Inmicrc éclatante, un ciel du 
bleu le plus pur, et l'on comprendra le sentiment de plaisir et 
d'admiration que le voyageur éprouve quand il visite ces lieux 
pour la première fois : C'est comme un doux rêve. La baie de 
Naples, dont cependant l'efTet saisit si vivement l'imagination, 
doit, ce me semble, céder la palme de la beauté ; elle est, selon 
moi, acquise au Bosphore. 

Constantinople, la ville de Constantin, que les turcs appellent 
htamhoul ou Stamboul, par corruption des mots grecs zlç ttjv toXiv 
(à la ville), portait, comme on sait, primitivement le nom de By- 
sance. Fondée au vii'^ siècle avant J.-C, elle pnssa des mains des 
Grecs dans celles des Perses, auxquels les Grecs la reprirent. Après 
avoir été déclarée ville libre parles Romains, elle fut réduite par Ves- 
pasienà la condition de province romaine, et Constantin le Grand,' 
l'érigeant en capitale, la combla de faveurs et l'embellit, de somp- 
tueux éditices. Elle vit décliner sa prospérité sous le gouvernement 
des empereurs d'Orient ; conquise par les Croisés en 1203 et 1204, 
elle retomba, en 1261, au pouvoir de Michel VIII Paléologue, qui 
y rétablit le siège de l'empire grec. Enfin, en 1453, elle devint la 
proie des Turcs , commandés par le sultan Mahomet II, et depuis 
lors, elle sert de capitale à la monarchie Ottomane. 

Constantinople se compose de trois parties distinctes : 1° Stam- 
boul, sur un sol triangulaire, limité de deux côtés par les eaux 
du Bosphore et de la Corne d'Or, fermé du troisième par une 
muraille fortifiée, et contenant le palais du sérail, les mosquées 
de Sainte Sophie, d'Ahmed, de Nouri-Osmani, la Suleimanié, le 
Mohamadié, etc, les bazars, l'ancien hippodrome; — 2° sur la 
rive opposée de la Corne d'Or et au bor;l du Bosphore, les villes 
de Féru et de Galata, peuplées en partie d'Européens, les villages 
et les résidences impériales deTop-Hané, de Foundouklu , de 
Bechik-Tasch, d'Orta-Kcuï, ctc ; — 3" en Asie, sur la rive Orien- 
tale du Bosphore, la ville deScutari, qui occupe la base, les flancs 
et le sommet d'une colline assez proéminente. 

Nous voici au port! La douane visite nos elï'els, qu'une barque 
(le caïq ne convient pas pour de lourdes charges), transporte 
vers la côte d'Asie. C'est là, dans le quartier élevé et bien aéré de 
Baglar-Bachtchi, que nous devons trouver l'hospitalité dans une 
famille amie. Notre barque, après un assez long dctoui', qui lui 
permet d'éviter la violence des coûtants, nous dépose à l'échelle de 
Scu tari, espèce de plancher avancé, près duquel peuvent se ran- 
ger les embarcations. 



— 137 — 

Une vaste placo est ouverte devant nous. A gauche on remarqu(î 
un café, aux abords duquel de nombreux fumeurs, assis sur des 
bancs, hument tranquillement la vapeur odorante du tabac ; un 
peu au-delà, entre des touffes de verdure, se dresse le minaret, 
s'arrondissent la coupole et les dômes en plomb de la mosquée do 
Buyuk-Djumi ; au centre, s'élève une jolie fontaine de marbre 
blanc, peinte, dorée, ornée d'arabesques et d'inscriptions en re- 
lief, et couverte d'un toit en auvent. La place, qui sert de mar- 
ché, est pleine de monde ; des fruits et des légumes de toute sorte 
sont déposés sur le sol ou sur des étaux en bois. Une foule 
d'hommes aux costumes variés et pittoresques, des voitures ba- 
riolées de couleurs voyantes, des chevaux, des porteurs chargés 
de fardeaux, s'agitent autour des marchands; un murmure 
étrange sort des groupes. Co ne sont plus nos vêtements, nos 
mœurs, notre langage; la vie orientale apparaît dans toute son 
originalité. 

Le fils de nos hôtes, qui nous avait rejoints et accompagnés de- 
puis les Dardanelles, nous fît monter dans un talika (sorte de 
fiacre), qui devait nous conduire àBaglar-Bachtchi, tandis que les 
bagages, confiés à des portefaix ou hammals, partaient de leur côté. 
Notre talika, point en rouge, décoré de fleurs et d'ornements d'or, 
est surmonté d'un toit qu'encadre une petite tenture rouge. La 
caisse, dépourvue de portières, est presque complètement ouverte 
sur le devant et sur les côtés, et on entre avec assez de peine par 
une échancrure pratiquée entre les banquettes. Je ne raconterai 
point notre voyage à travers des chemins montueux et mal pavés; 
il suffit de dire qu'il se termina sans accident, sinon sans se- 
cousses, et qu'en arrivant, nous fûmes reçus avec beaucoup d'em- 
pressement et de grâce par les amis qui nous attendaient, 

La maison dans laquelle nous entrions peut servir de type aux 
habitations des gens aisés dans ce pays. Elle est construite en 
bois, et se compose d'un rez-de-chaussée et de deux étages. La plus 
grande partie du rez-de-chaussée est occupée par une vaste salle, 
qu'une cloison basse et percée de deux petites portes termine du 
côté de la rue, en formant vestibule. Un épais badigeon couvre les 
murs; une fontaine en marbreblanc se montre entre un double 
escalier orné de colonnes qui mène à fétage supérieur. Cet étage 
prolongé en appentis, est close par des vitrages qui s'ouvrent au 
besoin pour laisser arriver l'air {;ur qui circule ici en abondance, 
tandis qu'on se ;'r>rantit du soleil au moyen de volets. Une anti- 
chambre nue, un salon entouré de divans et de banquettes, deux 



— 138 — 

chambres sanscheminccs, une fontaine remplissent en entier cette 
partie de la maison. La disposition du second étage est à peu près ' 
la même. Il y a un jardin, mais petit et mal tenu. 

Après le repas, nous sommes allés nous promener hors de le 
ville. Des jardins et des villas bo-rdent les chemins. La végétation 
n'a plus la vigueur exhubérante qu'on admire à Messine et à 
Malte. Grâce à la position élevée, et au voisinage de la Mer-Noire, 
la chaleur est tempérée par une brise continuelle, et le ton de la 
verdure, l'aspect des arbres planlés sur les routes, rappellent 
presque nos contrées occidentales. Nous avons rencontré plusieurs 
grandes voitures ou arabas, dans lesquelles étaient entassées des 
femmes voilées, comme doivent l'être toutes les Mahométanes. 
Mais le diable ne perd pas grand'chose h ces précautions inventées 
par la jalousie masculine. Le voile est plus ou moins transparent, 
plus ou moins serré; d'ailleurs l'œil se voit, l'œil brille d'un éclat 
très-vif dans ce cadre de mousseline. Les voyageuses chantaient 
une cantilène assez monotone , que j'ai vainement cherché à 
retenir. 

Un marchand s'arrête devant nous; il dresse une petite table 
qu'il porte avec lui ; il étale avec prestesse une boutique à compar- 
timents, qui renferme des bombons et des conlitures; il nous vend 
moyennant quelques paras (três-faible monnaie) des morceaux 
blancs ou roses de Rahat Loucoumia, sorte de pâte parfumée et 
molle, composée de sucre et d'amidon, puis il continue sa 
marche. 

En rentrant à la maison, j'ai contemplé la vue qui de ses fenê- 
tres, s'offre aux regards ; elle est immense et magnifique. D'un 
côté, on découvre des campagnes verdoyantes, lamer de Marmara 
et les îles des Princes, qui ressemblent à de grands navires se 
reposant sur les flots ; de l'autre, l'œil parcourt Sculari dans tous 
ses détails, passe sur le Grand champ des morts, sur les belles 
eaux du Bosphore, et s'arrête avec admiration sur les lignes gra- 
cieusement indécises de Gonstantinople. 

Dmianche, 25 (loîit. — Ges dames sont allées chercher l'office 
divin dans la chapelle catholique de iScutari. J'ai traversé avec 
elles plusieurs rues, dont toutes les maisons présentent des espèces 
de miradores en saillie, disposés les uns au-dessus des autres, et 
produisant, sous leurs formes diverses, des effets très-originaux. 
La chapelle catholique n'a rien de remarquable. L'église armé- 
nienne grégorienne ou schismatique, qui s'élève à peu de distance, 
mérite d'avantage d'attirer l'attention. G'est un édifice assez élé- 



— 139 — 

gant, avec un vestibule et une net surmontée d'une petite coupole. 
Les hommes seuls peuvent pénétrer dans le temple proprement 
dit; les femmes se tiennent dans des tribunes. Les fidèles, pour 
la plupart, croient devoir, avant d'entrer dans la nef, se dépouiller 
de leurs souliers, et ils les déposent les uns sur les autres dans le 
vestibule où ils forment une assez étrange montagne. Quelques- 
uns sont assis les jambes croisées, à la façon orientale; d'autres 
s'agenouillent ; d'autres enfin restent debout. A certains moments 
de l'office, on baise la terre plusieurs fois. Près de l'entrée, 
dans un petit pavillon, orné d'une image de la vierge (la Pana- 
ghia, comme les grecs l'appellent) se vendent des cierges qu'un 
sacristain allume à mesure qu'ils ont été payés, et qu'il place 
devant la représentation sacrée ; cette pratique ne diffère pas de 
celle qui a lieu dans nos églises catholiques. J'ai suivi avec une 
curiosité attentive toutes les cérémonies de l'office; un voile tendu 
devant l'autel, en cache la plus grande partie. De temps en temps 
le voile est levé et l'on peut contempler le prêtre revêtu d'un 
brillant costume. Un chant d'une facture assez originale se fait 
entendre, accompagné à certains passages par une sorte de vielle. 
Une cour, un jardin planté d'arbres et quelques bâtiments forment 
l'entourage de l'église. L'office terminé, j'ai vu défiler les fidèles 
retournant à leurs demeures. Les Arméniennes, comme les femmes 
musulmanes ont le visage en partie couvert par le féredgé, sorte 
de manteau à capuchon, sans manches, en laine ou en soie, teint 
de couleurs plus ou moins voyantes, qui porte sur les épaules et 
dessine les formes du corps. 

Quelques lecteurs vont peut-être s'étonner. Quoi ! à Gonstanti- 
nople, chez les turcs, des églises chrétiennes et catholiques, oh 
l'on peut aller librement chanter et accomplir les devoirs du culte? 
— Sans doute, et chez nous, qui nous croyons si avancés, l'esprit 
de liberté n'a rien fait de plus. 

Dans la journée, nous nous sommes rendus au cimetière maho- 
métan, ou au Grand champ des morts de Scutari. En suivant pour 
y arriver la rue principale de Balglar-Bachtchi, on passe près d'une 
fontaine circulaire, qui dépend de la mosquée voisine. Un banc, 
abrité par les rebords avancés du toit, règne autour de l'édifice, 
et des tasses attachées aux pierres par des chaînettes, permettent 
aux fidèles de faire leurs ablutions et aux passants d'étancher leur 
soif. Un peu plus loin, s'élève un corps dj garde d'architecture 
classique, qui jure avec tout l'entourage; devant la porte sta- 
tionnent des soldats que le pantalon étroit et la redingotte bleu- 



— 140 — 

foncé dont on les afTiibli.', ivndent singulirToment mesquins et dis- 
gracieux. 

Le Grand champ des morts deScutari occupe un terrain inégal, 
de plus d'une lieue de longueur, coupé par plusieurs allées et om- 
bragé par un bois de cyprès. La renommée de ce cimetière est 
immense en orient; le rôle important qu'a joué la ville de Scutari 
dans le développement do l'islamisme, l'idée, assez répandue chez 
les turcs que leur nation sera un jour chassée d'Europe, lui donnent 
un caractère particulièrement respectable et l'ont fait choisir pour 
lieu de repos par une foule de grands personnages. Les cyprès 
peuplés de colombes, qui se dressent à peu de distance les uns des 
autres et balancent doucement dans les airs leurstiges vêtues d'un 
sombre feuillage, ont un aspect à la fois triste et imposant. Le 
système des monuments funéraires est fort simple et ne fournit 
guère à l'art l'occasion de se produire. Ils consistent pour la plu- 
part en tables de pierre ou de marbre plus ou moins inr'linées, et 
en colonnes surmontées de la figure d'un turban ou d'un fez. Des 
épitaphes, des versets du coran, des emblèmes, palmiers, rosiers, 
paniers pleins de fruits ou de fleurs, raisins, figues, grenades ou- 
vertes, sont gravés sur plusieurs monuments. Les tombes de 
femme se distinguent par la forme anguleuse et effilée de leur 
sommet. Quelques turbés aux arcades moresques, quelques sépul- 
cres de famille entourés de grilles dorées, sortent de la foule; un 
dôme, soutenu par six colonnes de marbre, abrite le cheval préféré 
du sultan Mahmoud. 

Aucun soin du reste ne préside à l'entretien et à la conservation 
des tombeaux; une partie d'entre eux est brisée, et les pierr. s jon- 
chent le sol sans que personne semble s'en inquiéter. On marche 
sans scrupule sur les sépultures, le pied s'enfonce parfois jusqu'aux 
cadavres mis à nu par des éboulements, et le cimetière sert au 
public de lieu de promenade et de récréation. Des cafés sont éta- 
blis jusque dans l'enceinte réservée aux morts, et les pierres des 
tombeaux y servent de bancs pour les fumeurs. Les choses se pas- 
sent de la même manière dans tous les cimetières musulmans. J'en 
exprimais un douloureux étonnement. Je comprends, disais-je, 
qu'on travaille, ([ii'un s(,' promène, qu'un s'amuse même au milieu 
(lu flomaiiic (le lii nmi'l : cela p(.'ut tenir à des idées philosophiqut.'S 
très-respectables, et no dénoter auciinc intention profanatrice. 
Mais il y a dans la disposition même des cimetières mahométans, 
dans le soin que l'on a d'y planter des arbres funèbres, dans l'habi- 
tude où l'on est de consacrer des monuments aux morts, une 



— iU — 

contradiclion Ilagranleavec la négligence et l'abandcn flans lesquels 
sont laissés les tombeaux. — On m'a répondu que cette négligence 
est un effet de l'indifférence générale des Orientaux, qui s'abstien- 
nent même de réparer leurs maisons croulantes, et de leurs idées 
sur la mort. Pour eux, le regret causé par le trépas de ceux qu'on 
a connus et aimés a une forme très-différente de celui que nous 
éprouvons. Les premiers cris poussés, les premiers devoirs rem- 
plis, tout est fini, et le mieux est d'oublier. 

Lundi 26 aoid, — Notre journée devait être consacrée à la visite 
des quartiers de Galata, de Péra et d'Orta-Keuï. Nous quittâmes la 
maison dans la matinée, et nous descendîmes vers la mer, en tra- 
versant Scutari et en passant par le quartier qu'habitent les bohé- 
miens ou tsingari. Ces pauvres gens, qui se distinguent par le ton 
olivâtre de leur teint et par l'extrême vivacité de leurs yeux, sont 
vêtus de la manière la plus misérable; on les voit, sur le devant de 
leurs portes ou dans l'intérieur des maisons largement ouvertes, 
travailler le fer ou tresser des paniers. Plus loin, sur notre route, 
des cris déchirants sortirent tout-à-coup d'une maison fermée avec 
le plus grand soin ; quelqu'un venait d'y mourir, et la douleur 
était bruyante. Une femme arriva, criant elle-même de toutes ses 
forces. La porte s'ouvrit pour la laisser entrer eL se referma aussi- 
tôt. Enfin, nous parvînmes à la place dont j'ai déjà parlé et nous 
gagnâmes l'embarcadère avec l'intention de prendre un des ba- 
teaux à vapeur-omnibus, qui font le trajet de Scutari à Stam- 
boul. 

Après que nous eûmes acquitté le prix du passage, on nous par- 
qua dans une petite salle grillée distincte de celle qui renfermait 
les femmes turques, et il fallut attendre dans ce triste réduit 
l'arrivée du pyroscaphe. Il vint enfin; on ouvrit la porte desortie, 
la foule se précipita sur le pont et chacun s'y casa comme il put. 
Il n'y a aucune distinction de places. Des bancs et de détestables 
tabourets s'offrent aux plus agiles ; les autres se tiennent debout , 
s'asseoient par terre, sur les auvents de la machine, sur les corda- 
ges, partout oïl ils le peuvent. Les femmes turques ont une chambre 
réservée, où elles s'entassent avec leurs enfants. Le navire part, 
chacun allume son chibouque ou sa cigarette, et, au bout de vingt 
minutes, nous entrons dans la Corne d'Or et l'on nous dépose sur 
le pont qui réunit Stamboul aux faubourgs de Galata et de Péra. 
Ce pont, construit sur bateaux, formé de planches mal jointes, 
présente deux élévations fort incommodes aux endroits où il a fallu 
réserver de hautes arches pour l'introduction des bâtiments dans 



— J42 — 

l'intérieur de la Gorne-d'Or. Ces parties peuvent au besoin se sé- 
parer de la masse et laisser aux navires un libre passage. La circu- 
lation sur le pont est des plus actives. Voyageurs et promeneurs à 
pied, à cheval ou à âne, en calèche ou en araba, hommes, femmes, 
porteurs de fardeaux, tous les costumes, toutes les religions, toutes 
les races, toutes les conditions sociales s'y rencontrent, s'y pressent 
et s'y bousculent. C'est un va-et-vient singulier, un bruit de pas 
sans relâche, un bourdonnement continuel de voix diverses ; on 
est tout h la fois étourdi et ébloui. 

Suivons du côté opposé à Stamboul l'espèce de trottoir réservé 
aux piétons, qu'une traverse de bois disposée sur toute la longueur 
du pont sépare de la voie dans laquelle se meuvent les voitures, 
les bêtes de somme et les autres gros animaux. Nous voici dans le 
faubourg de Galata, qui occupe sur la côte septentrionale de 
la Corne-d'Or une colline de forme conique. Du point où dé- 
bouche le pont, partent plusieurs rues, les unes suivant le rivage 
du Bosphore, les autres s'élevant vers Péra. Galata est le princi- 
pal séjour des Francs ; il a été, depuis l'an 1216, le siège d'une 
colonie de Génois presque indépendante, souvent redoutable aux 
empereurs, et qui ne perdit son individualité qu'après la conquête 
de Mahomet II. Là, se trouvent les comptoirs des plus riches né- 
gociants, les bureaux-des bateaux à vapeur, des messageries fran- 
çaises et du Lloyd autrichien, la douane, la police, etc. On y re 
marque l'église de Saint-Georges, de jolies fontaines turques, et 
la tour ronde bâtie au xin'' siècle par les Génois, qui porte le nom 
de Tour de Golata, et qui domine d'une façon très-pittoresque tous 
les édifices du faubourg. La partie inférieure et la grande rue 
montante de Galata, que bordent de nombreuses boutiques de 
fruitiers, de tailleurs et quelques cafés, ont presque autant d'ani- 
mation que le pont. Une multitude de gens affairés y afflue ; les 
porteurs de fardeaux se font faire place en poussant leur cri signi- 
ficatif : garda, garda! des marchands ambulants offrent de tous 
côtés aux passants de la limonade, des glaces ou doulourma,c[ sur- 
tout de l'eau fraîche, qui se vend ici comme une denrée rare. Les 
costumes de Toccident dominent sur ceux de l'orient; la forme des 
maisons, la disposition des boutiques, la langue dans laquelle sont 
écvxies les enseignes {à la ville de Troges, par exemple), les noms 
des marchands rappellent l'Europe, mais d'une manière presque 
toujours abâtardie. Le caractère national, qui, pour le voyageur, 
entoure d'un si vif intérêt le pays qu'il visite, a disparu, sans être 
remplacé par la propreté, par l'élégance de nos grandes villes. 



— 14;} — 

Le iaubourgde Galata, comme celui de Pcra, n'est qirun ramas- 
sis informe de toutes les nations. 

Péra, bâti sur les hauteurs qui dominent Foundouklu, Top- 
Hané et Galata, est séparé de ce dernier faubourg par une mu- 
raille percée de portes et ayant pour limites deux cimetières, 
le Grand et le Petit champ des morts. C'est un quartier en partie 
renouvelé, par suite de l'incendie effroyable de 1831 et de celui de 
1853 ; les rues ont sur celles de Stamboul l'avantage de porter des 
noms et d'être éclairées au gaz. L'ambassade de France, installée 
en vertu du traité qui fut conclu en 1535 entre le roi François I" 
et le Sultan, les ambassades d'Angleterre, de Russie, d'Autriche, 
et les autres légations étrangères, ont leurs sièges dans le fau- 
bourg de Péra ; elles y forment des espèces de gouvernements 
particuliers, avec des cours de justice et des institutions protec- 
trices pour les nationaux. Péra renferme en outre, les bureaux 
des consulats, la poste aux lettres, les théâtres, les principaux 
hôtels dans lesquels peuvent se loger les Européens, etc. On y 
prend d'assez bonnes glaces, soit dans les cafés, soit chez les con- 
fiseurs. 

Nous avons fait avec nos hôtes une visite dans une maison de 
Péra oîi l'on parlait grec et un peu italien. On nous y a offert, se- 
lon l'usage, des rafraîchissements consistant en confitures accom- 
pagnées d'eau fraîche. Le pot de confitures, les cuillers, les verres 
d'eau, sont disposés sur un plateau de grande dimension que le 
porteur présente successivement aux assistants, et chacun puise à 
son t(3ur une part de confitures. Nous sommes ensuite redescen- 
dus, en traversant Galata, au pont, où nous avons trouvé avec 
quelque peine, parmi les nombreux bâtiments qui font le service 
du Bosphore, celui qui pouvait nous transporter au village d"Orta- 
Keuï. La disposition est la même que celle du vapeur que nous 
avions pris le matin, sauf l'addition d'une tente grossière qui ne 
nous abrite du soleil qu'à la condition de nous étouffer. J'y re- 
trouve la cloison en planches percée de jalousies, qui protège les 
femmes turques et arméniennes et un public mélangé, dans lequel 
on remarque plusieurs officiers de l'armée du sultan, que la 
redingotte et le pantalon européens habillent décidément fort mal. 

Le nom d"Orta-Keuï, première station des bateaux à vapeur du 
Bosphore, veut dire village du milieu. Une mosquée nouvelle, qui 
ne manque pas d'élégance, forme le principal ornement du lieu. 
C'est à Orta-Keuï que devait s'élever un magnifique palais des- 
tiné à la sultane Faihmé, l'une des filles d-'Abdul-Medjid ; mais 



— 144 — 

l'édifice commencé a été abandonné iaute d'argent, et il n'en reste 
qu'un jardin, qui s'étend depuis la côte Jusque sur la hauteur qui la 
domine. Nous sommes entrés dans la maison, maintenant inhabi- 
tée, de nos hôtes, maison tout à jour, comme celle de Baglar- 
Bachcthi, entourée de terrasses et embellie de fontaines. On nous a 
introduits dans les jardins de Fathmé ; ils sont remarquables par 
des serres étendues et bien fournies, par de belles eaux, enfermées 
dans des bassins de marbre, par des arbres agréables et des fleurs 
brillantes, et, dans la partie élevée, par de frais ombrages et une 
admirable vue du Bosphore. 

Quand nous regagnâmes le quai d'Orta-Keuï , les .bateliers 
vinrent en foule nous offrir leurs services. Nous arrêtâmes im 
caïq à deux paires de rames et nous partîmes. J'ai déjà dit 
quelques mots de la rapidité de ces bateaux longs, légers, élé- 
gants, qui peuvent lutter avantageusement avec les gondoles de 
Venise. Il est nécessaire d'y entrer avec précaution et de s'y tenir 
presque sans mouvement, sous peine de chavirer. On s'assied au 
fond de la barque sur un coussin, les jambes allongées ou croisées, 
et l'on se fie à la vigueur et à l'habileté des caïqdgis, qui sont en 
réalité très-grandes. Le passage des bateaux à vapeur qui soulève 
de hautes vagues, imprime aux caïqs des mouvements violents et 
parfois dangereux. 

Nous avons abordé sur la côte d'Asie, h Beyler-Bey, village où 
se trouvent une mosquée et un grand palais en bois construit par 
Mahmoud II. Après avoir gravi, à pied, dans un chemin poudreux, 
bordé de deux hautes murailles, la montagne qui domine Beyler- 
Bey, nous avons eu la bonne fortune de rencontrer untalika, dont 
le cocher, moyennant cinq piastres (environ 15 sous), nous a ra- 
menés chez nous à la nuit tombante. 

Mardi, 27 septembre. — Le canon avait annoncé depuis le matin 
des régates qui devaient avoir lieu dans les eaux de Gadi-Keuï, 
village bâti sur la côte d'Asie, au point où la mer de Marmara, se 
rétrécissant, change son nom en celui de Bosphore. C'était une 
excellentf occasion pour faire connaissance avec les populations de 
l'Orient, et nos aimables hôtes voulurent nous conduire à Cadi- 
Keuï. Une voiture retenue d'avance vint vers midi, nous prendre 
à la maison. Rien de plus brillant, de plus gai que notre talika, 
peint en rouge de feu, et relevé de dessins dorés. Nous y entrâmes 
au nombre de quatre, et après avoir traversé la grande rue do 
Baglar-Bachtchi et le Grand champ des morts, nous gagnâmes le 
bord de la mer. Là, le chemin devint assez difficile. Il est bordé 



— 14o — 

d'un côté par une ligne de murailles; de l'autre, au contraire, il 
est tout à fait découvert, et, sur une longueur assez considérable, 
les eaux l'envahissent et le couvrent entièrement. Le cheval et la 
voiture qui nous portaient furent obligés de marcher pendant près 
de dix minutes dans la mer, dont les flots venaient battre les ro- 
chers entassés au pied du mur. Heureusement, un calme parfait 
régnait sur l'onde aplanie, et nous avions, pour nous donner con- 
fiance, la vue de plusieurs voitures qui faisaient devant nous sans 
accident un semblable trajet. Enfin nous parvînmes nous mêmes 
sur un sol plus élevé et à sec. A quelque distance de la route, sont 
établies dans l'eau des cabanes destinées aux bains de mer; on y 
parvient par de longues chaussées en planches plus ou moins mo- 
biles. En continuant notre chemin, nous rencontrâmes des bandes 
de Circassiens et de Circassiennes qui se rendaient à la fête; les 
hommes étaient reconnaissables à leurs longs bonnets feutrés. 

Le village de Gadi-Keuï (village du juge) a de très-nobles origi- 
nes. Il occupe l'emplacement de l'antique ville de Ghalcédoine, qui, 
dit-on, fut fondée plusieurs années avant Bysance. C'est là qu'eut 
lieu le fameux concile œcuménique qui condamna les doctrines 
d'Eutychès. Les turcs détruisirent Ghalcédoine de fond en comble. 
Mais Gadi-Keuï, dans l'agréable position qu'il occupe, avec son 
port, ses cafés au bord de la mer, ses élégantes villas, est encore 
un lieu plein d'attrait. Aujourd'hui, la place du village est animée 
par un grand concours d'étrangers et surtout d'Européens , de 
Grecs et d'Arméniens. Pour ces derniers, c'est la fête de la Vierge, 
les autres viennent jouir du spectacle recherché des régates. 

Les maisons de plaisance que possède Gadi-Keuï méritenE d'être 
signalées. Gelle de M. Ignace Gorpi, riche négociant auquel notre 
hôtesse nous a présentés, m'a paru surtout remarquable. Elle est 
précédée d'un petit jardin bien dessiné, et s'annonce par un porti- 
que à colonnes; on entre ensuite dans une immense salle, séparée 
par des vitraux d'un second salon qui a vue sur la mer. De ce côté 
s'étend un large balcon, d'ovi l'œil, après s'être promené sur d'au- 
tres jardins pleins de verdure, rencontre l'azur étincelant des flots 
et, dans le lointain, Stamboul, avec ses mosquées, le dôme et les 
minarets de Ste-Sophie. En ce moment, la mer est sillonnée par 
une multitude de barques, de caïqs, de bateaux à vapeur, de bâti- 
ments à voiles, qui sont venus pour assister ou pour prendre part 
à la lutte, et leur réunion ajoute à l'imposante grandeur du tableau 
le charme du mouvement et de la vie. 

Après avoir pris les rafraîchissements qui nous ont été offerts 

10 



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et fumé le tabac tin et doré qu'on nous a apporté dans des coupes 
persanes, nous avons quitté la compagnie pour nous diriger vers 
le point d'oîi l'on pouvait le mieux voir les régates. Le chemin 
contourne la montagne presque à pic que baigne la mer; il est 
abrité de place en place par d'énormes térébynthes. C'est là que se 
presse la foule des curieux; quelques talikas gravissent pénible- 
ment la côte ou stationnent sur le bord du chemin; chacun attend 
avec impatience le moment où les courses vont commencer. 

Ce moment est venu ; un grand mouvement se manifeste parmi 
les embarcations ; la musique militaire fait entendre ses fanfares 

joyeuses; on va partir, on part Mais, ô fortune contraire! Tout 

à coup, le vent se met à soufler avec violence, la mer grossit, la 
pluie tombe en abondance, dissipe les spectateurs et interrompt la 
course. Quant à nous, nous nous hâtons de regagner la maison 
hospitalière qui nous a déjà reçus. 

Quand cette pluie malencontreuse, gui avait mis fin à la fête, 
eut cessé, nous remontâmes en voiture et nous allâmes visiter l'é- 
glise inachevée et le palais que M. Brunnoni, archevêque catho- 
lique de Constantinople, a fait élever à Cadi-Keuï, au moyen des 
aumônes des fidèles. Ce sont de fort laides constructions , et l'on 
accuse le prélat d'avoir, en cette affaire, consulté plutôt ses intérêts 
personnels que ceux de la religion. Je me borne à mentionner la 
petite chapelle que l'on montre à Cadi-Keuï comme ayant fait par- 
tie de la basilique de Ste-Euphémie et servi aux séances du con- 
cile; cette tradition est tout à fait inacceptable. 

En route maintenant pour Phanar-Bachtchi, petit cap du voisi- 
nage, dont la disposition est fort pittoresque! Nous traversons une 
campagne d'un aspect singulier, des marais peuplés de hautes 
touffes de jonc, un long canal dans lequel pénètrent les eaux de la 
mer, et tout un pays tristement étrange où se montrent de loin en 
loin quelques pauvres maisons. Enfin, nous parvenons à la langue 
déterre étroite et allongée qui forme la pointe ou le cap de Phanar- 
Bachtchi. La voiture s'arrête et nous descendons près d'une plate- 
forme à laquelle conduisent de plusieurs côtés des escaliers de six 
à sept marches. Des platanes énormes croissent dans cette enceinte 
et l'abritent de leurs feuilles découpées. Un bassin carré est creusé 
au. centre et reçoit les eaux vives que lui verse par quatre goulots 
de bronze une petite fontaine en marbre. A côté s'élève un café. 
Cet ensemble est délicieux d'ombre, de fraîcheur et de poésie. 
C'est là que se donnent rendez- vous la plupart des gens venus à 
Phanar-Bachtchi pour y jouir dos plaisirs de la promenade. Les 



— 147 — 

uns se tiennent accroupis au bord du bassin, avec un contentement 
calme, qui n'a besoin que d'air pur, de soleil et de verdure; d'au- 
tres entourent de petites tables oîi on leur sert des rafraîchisse- 
ments. Les chevaux des voitures qui ont laissé leurs habitants sur 
la plage viennent se désaltérer successivement à la fontaine. A 
Tune des extrémités de la plate-forme, des bateleurs juifs font la 
parade, environnés d'un cercle de spectateurs qui les regardent et 
les écoutent avec une attention avide, peinte sur leurs visages. 
L'un des bateleurs est vieux et tient à la main un tambour de bas- 
que qu'il fait de temps en temps résonner; l'autre, tout jeune est 
armé d'une batte, dont il frappe son compagnon sur les joues et 
sur le dos. Je ne puis rien entendre au dialogue, mais je vois l'as- 
sistance rire aux éclats, comme chez nous, des coups de batte que 
reçoit le vieillard. 

Nous quittons la plate-forme, pour parcourir la plaine de Pha- 
nar-Bachtchi, et nous y trouvons des aspects qui se diversifient à 
mesure que nous avançons. Le cap, qui s'allonge, comme je l'ai dit, 
en une étroite langue de terre, porte à son extrémité un phare au- 
quel il doit son nom. Le sol uni, semé de gazon, offre en même 
temps sur trois côtés, la vue, toujours séduisante de la mer. En se 
plaçant près du phare, on découvre en face de soi l'entrée du Bos- 
phore de Thrace; un peu à droite, paraissent derrière le canal 
d'azur dont les eaux baignent leurs pieds, les merveilleuses collines 
sur lesquelles s'étend la ville de Stamboul; à gauche sont la mer 
de Marmara et les îles des Princes. La plaine est plantée de cyprès 
et de térébynthes, qui lui donnent de l'ombre, sans cacher tout-à- 
fait le ciel; les cyprès, aux troncs élancés, aussi droits, aussi hauts 
que des mâts de navires, aux touffes d'une couleur sombre ; les 
térébynthes, aux masses larges et puissantes, aux feuilles d'un ton 
clair et tendre, mélangent de la manière la plus harmonieuse leurs 
lignes et leur verdure. Vers le centre, s'élève un édicule sépulcral, 
un Coubé, dont les murs dorés par le temps, dont les coupoles 
arrondies se couronnent joyeusement de feuillage. Dans cet Eden, 
la foule prend ses ébats. De petites cuisines sont établies en plein 
air ; un brave homme fait tourner au-dessus d'un brasier pétillant 
une brochette en fer qui tient enfilés d'appétissants morceaux de 
mouton; c'est ce que l'on appelle kebab, mets très-friand et très 
prisé des Orientaux. Ici on se promène, là on se repose doucement 
sur l'herbe, on fait le kief, pour me servir d'une expression habi- 
tuelle en ce pays. Les Arméniens figurent en majorité à Phanar- 
Bachtchi ; la fête du jour est chez eux en grand honneur, et ils 



— U8 — 

cherchent à égayer leur loisir. Les femmes, vêtues de pantalons 
larges, couvertes du féredgé aux couleurs voyantes, des broderies 
d'or dans les cheveux, sont nonchalemment assises ou couchées 
sous les arbres. Des musiciens, jouant de la mandoline, du violon 
et de divers autres instruments, prennent place à côté des groupes 
et font entendre des airs du pays. 

L'originalité et le charme du spectacle qu'offrait en ce moment 
le cap de Phanar-Bachtchi a produit en moi une très-vive impres- 
sion. La nature et la vie orientale s'y présentaient ensemble dans 
leur plus doux éclat. Ces flots bleus et tranquilles, cette terre 
ombreuse, ces scènes de plaisir, d'une animation tempérée, cette 
harmonie errante formaient un ensemble si gracieux, si reposant 
que j'avais peine à m'en arracher : Il semblait qu'on respirait le 
bonheur. Enfin, nous rejoignîmes notre talika , arrêté près de la 
fontaine et nous nous remîmes en route pour Baglar-Bachtchi, où 
nous étions avant la tombée de la nuit. 

Jeudi 28 août. — Je n'ai rien dit encore des chiens, que l'on ren- 
contre à chaque pas dans les rues de Constantinople et de Scutari. 
Leur nombre est en effet très-considérable. Entourés d'une sorte 
de respect de la part des musulmans, ils vivent et dorment en 
public, sans attaquer les passants et sans que personne songe à les 
inquiéter. Les chiens de Constantinople et de Scutari, jaunes, 
noirs ou blancs, au poil raz, au naseau allongé, sont d'une laide 
apparence. Ils se repaissent d'ordures jetées ou laissées sur la voie 
publique, dont ils sont en quelque sorte les balayeurs. Au besoin, 
les mosquées et les dévots musulmans prennent soin de leur nour- 
riture. Devant beaucoup de maisons, il y a des vases plus ou moins 
élégants, que l'on tient remplis d'eau à leur intention. Ces pré- 
cautions, l'état de liberté dans lequel elle vit font que les cas de 
rage sont extrêmement rares dans la population canine. Ceux qui 
ont été observés en ces derniers temps, ont eu lieu dans les quar- 
tiers chrétiens, où l'on a beaucoup moins de soin des chiens que 
dans les quartiers musulmans. Lors de la guerre de Crimée, plu- 
sieurs de ces animaux ont été détruits à Galata et à Péra. 

Je suis allé visiter le cimetière arménien de Scutari. Il est situé 
dans la circonscription de Baglar-Bachichi. C'est un vaste terrain, 
en partie découvert, en partie abrité par des arbres. Les monu- 
ments funéraires s'y montrent beaucoup moins pressés que dans 
les cimetières turcs. La forme des tombes est très-simple. Elles 
consistent généralement en do grandes tables de pierre ou de 
marbre, posées à plat sur le sol, et portant quelques gravures ou 



— 149 — 

reliefs qui représentent les insignes ou les instruments de travail 
du défunt, et des inscriptions en langue arménienne, qui relatent 
son nom, la date de sa mort, etc. Les tombeaux les plus considé- 
rables et les plus ornés ont la iorme d"un grand cotfre avec des 
moulures. Chez les Arméniens, comme dans les cimetières musul- 
mans, des cafés sont installés au milieu des sépulcres. On s'assied, 
on se couche, on fume sur les mausolées; les chevaux paissent 
librement entre les tombes. Au moment oùje suis arrivé, on venait 
de terminer un enterrement; il y a\ait grand concours de monde. 
Les quatre papas qui avaient présidé à la cérémonie, après avoir 
ôté les insignes particuliers de leur ministère, se dirigèrent vers 
le café, et y prirent place sur une plate-forme qui y est attenante. 
Les assistants vinrent ensuite se ranger autour d'eux, on apporta 
des tchibouques et chacun se mit à fumer. 

Je renouvellerai, à propos du cimetière arménien de Scutari, 
une observation déjà émise plus haut : c'est que, dans l'empire 
Ottoman, dont les populations manifestent encore de temps en 
temps un extrême fanatisme, la liberté religieuse, quant à l'exer- 
cice des cultes étrangers, est légalement très-grande. A côté de 
la mosquée musulmane s'élèvent l'église grecque , la synagogue 
Israélite , l'église arménienne et l'église latine. Chaque religion 
a ses cérémonies publiques, son cimetière spécial, ses assemblées 
délibérantes, et se livre aux pratiques qu'elle préfère, sans que 
les musulmans ou l'administration paraissent y mettre des obs- 
tacles. 11 y a, au point de vue religieux deux sortes d'Arméniens : 
les Arméniens schi?matiques, qui refusent de croire à la double 
nature de Jésus-Christ, à la procession du Saint-Esprit ex paire ^ 
au purgatoire, à la suprématie de l'évêque de Rome, etc; les Ar- 
méniens unis ou catholiques, qui se reconnaissent dépendants du 
pape et dont les doctrines ne ditfèrent que par quelques détails 
de celles de l'église catholique. L'appel à la prière se fait pour 
les Arméniens par des espèces de hérauts, qui chantent le matin 
dans les rues un air doux, un peu plaintif et assez semblable à 
celui dont le muezzin se sert pour chanter Allah! du haut des 
minarets. Ce chant me réveille chaque jour en passant dans la 
grande rue de Baglar-Bachtchi. Le chanteur frappe de temps en 
temps le pavé avec un bâton armé de fer. 

Jeudi, 29 août. — Il s'agissait de faire connaissance avec les 
bazars de Constantinople, que les turcs appellent tsarsi ou tchar- 
chi. Le bazar , dans les villes d'Orient, est une espèce d'exposition 
permanente des denrées du pays et des produits des industries 



— loO — 

locales ; c'est un marché général, où se vendent des objets de 
toute sorte, depuis ceux dont la valeur est la moins élevée, 
jusqu'aux étoffes, aux bijoux, aux diamants les plus précieux. Des 
magasins ou khans particuliers sont seulement réservés à la vente 
en gros des marchandises venues des pays étrangers. Les bazars 
de Gonstantinople jouissent d'une renommée universelle, soit à 
cause de leur étendue, soit à raison des richesses qu'ils ren- 
ferment. Le grand bazar s'ouvre le matin vers neuf heures, et se 
ferme au moment du coucher du soleil. 

Le bateau à vapeur qui traverse le Bosphore nous a déposés 
sur le pont de Galata. Après nous être réunis à une dame qui 
s'était chargée de nous servir de guide, nous sommes entrés dans 
Stamboul par la porte de fer qui termine le pont de ce côté, et lais- 
sant à gauche la mosquée nouvelle ou Yéni-Djami , nous nous 
sommes engagés dans des rues montantes, irrégulières, mal pavées 
et encombrées de gens à pied, de chevaux, d'ânes et de voitures. 

Les charrettes ne sont guère employées ici au transport des far- 
deaux. Les objets les plus pesants sont transportés parles hommes 
ou par les bêtes de somme. Les hainmah ou portefaix sont ordi- 
nairement des turcs robustes et bien bâtis; leurs jambes nues 
laissent voir des muscles énormes. lisse servent, pour tenir les 
fardeaux en équilibre, d'un appareil fort ingénieux. C'est une sorte 
de boîte dont l'extrémité inférieure est beaucoup plus épaisse que 
la partie supérieure, et qui se place sur le dos, accrochée aux 
épaules par des courroies solides. Pour peu que le hammal se pen- 
che en avant, la surface de l'appareil devenant horizontale, il peut, 
sans fatigue manœuvrer les plus lourdes charges. Je suis disposée 
croire que cette méthode est plus avantageuse que colle des cro- 
chets verticaux dont usent nos portefaix. D'autres porteurs, réu- 
nis en troupes de deux, quatre, six, huit personnes, suspendent les 
objets à de longues perches qu'ils appuyent sur leurs épaules. Le 
bois, les pierres, les poutres, etc., sont attachés sur le dos des 
chevaux et des ânes, qui souvent les traînent ;\ travers les rues en 
mettant en [jéril la vie des passants. 

Nous voici arrivés au Khan des Egyptiens ou au bazar des 
drogues. C'est une longue galerie couverte et mal éclairée, dans 
laquelle sont réunies les couleurs, les matières appartenant à la 
chimie et à la pharmacie, les parfums, les objets servant à la cui- 
sine, les épiccs, etc. Les marchands sont accroupis dans leurs 
cases particulières entre les sacs et les paquets, et le public circule 
au milieu de la galerie, comme dans un passage. 



~ loi — 

En dehors du Khan des Egyptiens, dans la rue qui communique 
avec lui, se trouve un restaurant (qu'on me passe le mot), renommé 
pour la confection du kebab et où nous sommes entrés. Nous nous 
trouvons dans une petite salle voûtée en berceau et ornée de quel- 
ques arabesques ; la moitié de cette salle est occupée par un plan- 
cher élevé de deux ou trois pieds, et séparée de la rue par un 
grillage; dans la partie basse, réservée pour la cuisine et où tra- 
vaillent les cuisiniers, sont la cheminée, la tablette sur laquelle 
s'étale la pâte du pain et l'étalage de la boutique, avec le pot de 
basilic, qui forme l'ornement obligé d'une fenêtre en orient. Nous 
montons sur l'esplanade qui sert de salle à manger ; on nous 
apporte d'abord (nous étions six) plusieurs de ces détestables ta- 
bourets, si communs ici, dont le fond très-bas est dépassé par la 
saillie des montants, et un énorme plateau, qui prend lui-même 
place au milieu de nous sur un tabouret ; Puis on se met à fabri- 
quer le mets qui nous est destiné, c'est-à-dire le fameux kebab. 
Bientôt le plat tout brûlant est déposé sur le plateau que nous 
entourons. C'est un composé de petits morceaux de mouton em- 
brochés et cuits sur le gril, et de lames à demi grillées d'un pain 
azyme que la graisse ruisselante du mouton imbibe et colore. Des 
verdures d'oignon sont servies à part sur des soucoupes, et chacun 
est libre d'en assaisonner sa portion. Point d'assiettes, du reste, 
et, pour me servir d'une expression un peu triviale, on pêche au 
plat. Les verres sont rares ; l'eau, la seule boisson qui soit per- 
mise aux musulmans, se distribue dans une grande cruche d'étain, 
qui passe à la ronde. Comme chrétiens nous pûmes rougir notre 
eau avec du vin de Bordeaux que notre compagne avait eu l'atten- 
tion d'apporter. Le kebab fut mangé de bon appétit ; c'est un mets 
très-bon et très-friand. Mais les six portions qu'on nous avait 
préparées étaient beaucoup trop abondantes pour nos estomacs, et 
nous en laissâmes plus de la moitié au grand déplaisir des prépa- 
rateurs. — Ne l'avez-vous pas trouvé bon, nous disaient-ils tris- 
tement? — Nous les rassurâmes de notre mieux, et, ayant payé 
notre écot, nous sortîmes accompagnés de leurs salutations et de 
leurs souhaits. 

Après avoir traversé le khan des Persans, qui peut contenir un 
nombre considérable de marchands, nous avons pénétré dans l'une 
des mille galeries du grand bazar. La plupart d'entre elles sont 
surmontées de voûtes et éclairées par de petites fenêtres percées 
au sommet ; quelques-unes ont d'élégantes arcades, soutenues par 
des colonnes; il y a des fontaines pour les ablutions, et où l'on 



— do2 — 

peut se désaltérer. Les diverses parties du bazar appartiennent à 
des époques différentes et se distinguent par des caractères parti- 
culiers d'architecture. Les rues se multiplient à l'infini et forment 
un vaste labyrinthe oij, sans une grande habitude, on a peine h se 
retrouver. Dans les parties anciennes, les boutiques ne consistent 
guère qu'en une élévation en planches sur laquelle se tient le mar- 
chand, et en une série de rayons qui portent les marchandises. Sur 
certains points, des chambres intérieures communiquent avec la 
boutique et servent au dépôt des objets les plus précieux. Tels sont 
les magasins d'un marchand arménien, appelle Ludovic, auquel 
M. Théophile Gauthier a donné une certaine célébrité, en parlantde 
luidanssa remarquable description deConstantinople. Ludovic pos- 
sède en effet une belle collection de curiosités, et il les montre facile- 
ment ; mais son principal mérite m'a paru être de vendre beaucoup 
plus cher que les autres. Les diverses boutiques placées à une 
même hauteur, ne sont séparées les unes des autres que par une 
barrière très-peu apparente. Cependant, et quoique la réunion des 
articles semblables dans des quartiers particuliers doive faire naitre 
de continuelles occasions de rivalité, je n'ai vu aucune dispute, je 
n'ai entendu aucun mot désobligeant échangé entre les voisins, au 
moment où l'acheteur passait d'une boutique à une autre. Le mar- 
chand abandonné remettait tranquillement en ordre les objets qu'il 
avait étalés, et attendait qu'on revint à lui pour proposer un prix 
inférieur. Il faut dire que, depuis quelques années, l'habitude de 
surtaire s'est introduite dans le commerce turc ; pour ne point être 
trompé, il faut offrir au vendeur le tiers seulement du prix qu'il a 
demandé. Les boutiques du bazar et en général les boutiques tur- 
ques sont tenues par des hommes. La femme, ici, n'occupe aucune 
place ni dans la vie religieuse, ni dans la vie civile, elle est l'épouse 
et la mère de famille, voilà tout. Sa présence dans une boutique, 
le contact néce.-isaire qu'elle y aurait avec les hommes, répugnent 
à la rigidité musulmane. 

En parcourant les galeries anciennes du bazar par lesquelles 
notre tournée avait commencé, nous avions fait quelques acquisi- 
tions. Nous avions obtenu pour des prix peu élevés, des draps 
brodés, dont les dessins sont si originaux et si éclatants, des fichus 
de tête ou de cou {kalem/dars), qui sont peints à la main et dont le 
tissu est si moelleux et si léger, etc. Nous passâmes aux galeries 
modernes. Celles-ci sont disposées à l'Européenne et beaucoup plus 
commodes que les autres. Là se trouve une boutique, remplie de 
riches étoffes de soies, dans laquelle le sultan vient quelquefois 



— 153 — 

s'asseoir pendant le temps du Baïram; un canapé et quelques meu- 
bles y sont installés à demeure, attendant la présence du souverain. 
Le bazar des armes, qui occupe le centre du tsarsi est extrême- 
ment curieux; on doit s'abstenir d'y fumer. Lesjoaillierssont relé- 
gués dans de misérables boutiques, dont quelques-unes renferment 
d'immenses richesses. Les bijoux qui ne sont pas déposés dans des 
coffres sont étalés dans de petites cages de verre dont la transpa- 
rence permet à l'observateur de se faire une idée de l'état de l'art 
de la, joaillerie et de la bijouterie chez les Orientaux, 

Près du bazar, se voit la mosquée de Bajazet. Cet édifice, qui 
donne sur une vaste place, est réputé la plus élégante mosquée de 
Constantinople.il est flanqué de deux minarets à une seule galerie. 
Deux cours s'ouvrent à l'intérieur ; la seconde se recommande par 
une jolie fontaine et par un portique ogival en marbre blanc et 
rouge, que soutiennent des colonnes en marbre précieux, à chapi- 
teaux en ruche de miel. De beaux arbres ombragent cette cour; 
ils sont peuplés d'une multitude de pigeons, que l'on entretient au 
moyen d'une dotation spéciale, et qui descendent, dit la tradition, 
de deux ramiers que Bajazet donna à la mosquée après les avoir 
achetés d'un pauvre homme auquel il faisait l'aumône. 

Des alentours du Bajazidié, on aperçoit les bâtiments du Seras- 
kierat, ministère de la guerre, et la tour qui les surmonte; c'est le 
point le plus élevé de Constantinople. Deux portes donnent entrée 
dans la cour du Seraskierat: l'une du côté du nord, l'autre en face 
de la mosquée de Bajazet. Près de cette dernière, est ménagée une 
loge grillée dans laquelle se place le sultan pendant les fêtes qui 
terminent le Rhamazan. 

En repassant par une des rués qui avoisinent le bazar, nous 
avons eu la curiosité d'entrer dans une boutique où se fait ce qu'on 
nomme le Mouchalébi. C'est un composé de lait, de poitrine de 
poulet hachée et de sucre, que l'on saupoudre de canelle au moment 
de le manger. Le prix de cette friandise assez agréable est des plus 
minimes. 

Vendredi 30 août. — Constantinople a ses derviches tourneurs, 
Scutari, ses derviches hurleurs. Jongleurs ou illuminés, trompeurs 
ou convaincus, ces espèces de moines musulmans sont très-intéres- 
sants à observer. Par une disposition contraire à celles qui distin- 
guent les institutions religieuses des mahométans, les derviches 
permettent aux giaours de pénétrer dans leurs tékics et les laissent 
volontiers assister à leurs exercices, pourvu qu'ils aient soin de se 
déchausser. Les derviches hurleurs de Scutari sont visibles le 



— 154 — 

vendredi de chaque semaine. Je cherchai leur tékié ; mais de mau- 
vaises indications et mon ignorance de la langue turque m'empê- 
chèrent de le découvrir, ce que je regrettai vivement. 

Ayant manqué le spectacle des derviches hurleurs, je résolus de 
visiter mieux que je ne l'avais fait jusqu'alors quelques quartiers 
de Scu tari. Les fontaines sont ici très-nombreuses; elles varient 
de forme, de dimension et d'importance. Quelques-unes ne consis- 
tent qu'en de simples plaques de marbre blanc, encastrées dans 
les murs des maisons particulières, avec des inscriptions en relief 
et de petits robinets de cuivre; d'autres se distinguent par des 
colonnettes, des toits cannelés, des bassins et des arabesques ; 
d'autres enfin sont isolées et forment des monuments compliqués 
et élégants. L'activité des rues principales de Scu tari, surtout aux 
environs de la plage est toujours très-grande. J'ai revu la mosquée 
de Bujuk-Djami, devant laquelle plusieurs bons musulmans fai- 
saient leurs ablutions, et dont l'intérieur était occupé par d'autres 
fidèles en prières, et par des derviches couchés et endormis. A 
peu de distance s'élève la mosquée de la sultane Validé, avec deux 
minarets à double galerie, un portique ogival soutenu par des 
colonnes arrondies, et le tarbé ou tombeau de la fondatrice surmonté 
d'une grille de 1er en forme de dôme. 

Arrivé sur la grande place, je m'assis devant le café dont il a 
déjà été question et je demandai du café et un narghilé. En Orient, 
le café se prépare tout autrement que chez nous. Réduit en poudre 
impalpable, on le fait cuire en quelque sorte dans l'eau poussée 
jusqu'à l'ébulition, et on sert tout ensemble la liqueur et le marc 
dans une petite tasse en porcelaine, qui se porte sur un godet à 
pied en métal auquel on donne le nom de zarf. Il y a de ces 
godets en filigranes d'argent inscrusté d'or, mêlé de pierreries et 
de perles, dont le travail charmant fait honneur à l'industrie de 
ces contrées. Quant au narghilé, c'est une pipe perfectionnée, 
consistant en un vase en partie rempli d'eau, un fourneau à tabac 
qui communique avec l'eau par un tube de verre, et un long ser- 
penteau aboutissant à la partie vide du vase et terminé par un 
bouquin. Le tabac dont on se sert pour ces sortes de pipes, le 
lomfjc'ld , est l'objet d'une préparation particulière, et l'aspira- 
tion qu'en fait le fumeur, diifé rente de celle qui a lieu pour le 
tchibouk, ofl're quelque difficulté à un commençant. Mon inexpé- 
rience à cet égard et ma maladresse à tenir le zarf et à avaler un 
café bourbeux auquel je n'étais pas accoutumé devaient être assez 
ridicules. Chez nous, les habitués, tournés de mon côté, m'auraient 



1U u 
00 — 

considéré avec une curiosité étonnée et auraient au moins laissé 
éciiapper un sourire. Ici, le respect de la liberté que chacun veut 
pour soi et entend laisser aux autres est bien plus étendu. Six ou 
huit individus étaient installés autour de moi ; pas un ne se déran- 
gea, ne porta ses regards de mon côté et ne parut s'apercevoir de 
mon embarras. Un fait du même genre m'avait déjà frappé quelques 
jours auparavant. Nous étions, au nombre de trois ou quatre, dans 
une boutique de fruitier pour acheter du raisin; un musulman 
était assis sur les planches en bois de l'étalage et lisait le Koran. 
Notre arrivée ne lui fit pas faire un mouvement; il ne leva pas les 
yeux, il n'interrompit pas sa lecture. Quelque temps se passa 
pendant que nous arrêtions notre choix et que nous convenions du 
prix. Notre homme n'avait pas bougé ; ce fut seulement lorsque 
la lecture fut terminée qu'il posa avec calme son livre à côté de lui 
et qu'il parut rentrer dans les conditions ordinaires de la vie. 

Tandis qu'en observant je prenais lentement mon café, et que 
j'essayais de fumer le narghilé dont j'avais voulu prendre le plaisir, 
un mouvement inusité se manifesta sur la place. Les soldats du 
corps de garde s'agitaient; des chevaux préparés d'avance sem- 
blaient attendre, et des curieux en assez grand nombre se pres- 
saient du côté de la plage. Au bout de quelque temps, on vit 
arriver des navires à voiles, qui amenaient au port un bataillon de 
zouaves ottomans. Cette troupe, dont le costume est imité de celui 
de nos zouaves, se rangea sur la place, fut passée en revue par ses 
chefs, et se dirigea, musique en tête, vers sa caserne. Les soldats 
paraissaient embarrassés de leurs nouveaux uniformes; ils mar- 
chaient dans un ordre satisfaisant, mais ils tenaient fort mal leurs 
carabines. Les autres militaires qui portaient l'ancien costume, 
regardaient les nouveaux venus avec envie; ils annonçaient à ceux 
qui les voulaient écouter que, sous l'influence du nouveau sultan 
Abdul-Azis, toute l'armée turque allait quitter le pantalon et la 
redingote que Mahmoud avait adoptés comme un signe de la part 
prise par ses sujets aux bienfaits de la civilisation européenne. 

Cet Abdul-Azis, que nos journaux ont tant prôné, doit-il, comme 
on l'a cru dans les premiers temps de son règne, changer la face 
de l'empire Turc? D"après ce que j'ai vu et ce que j'ai entendu dire, 
il n'y a rien de s ,'mblable à espérer. Le nouveau souverain paraît 
plus disposé que son prédécesseur, Abdul-Medjid, à favoriser les 
vieilles routines, à maintenir les anciennes barrières. Quanta la 
durée même de la monarchie Ottomane, la guerre de Crimée l'a- 
t-elle assurée pour longtemps ? Je ne le crois pas. Il y a en Turquie 



— 156 — 

des éléments de dissolution qui n'ont pas cessé, qui necessent 
pas d'agir, et qui doivent fatalement lui donner le coup de la mort. 
Ceux qui rêvent la conservation de l'état de choses fondé par 
Mahomet IT, le soutiennent au moyen des arguments que 
voici : Au dehors, la plupart des puissances Européennes 
sont intéressées au maintien de l'empire Turc ; cet empire 
ue peut être partagé, parceque Gonstantinople est un point 
unique au monde, et que les gouvernements occidentaux ne con- 
sentiront jamais à ce qu'il reste aux mains de l'un d'entre-eux. — 
Au dedans, les chrétiens sont nombreux, il est vrai, plus nom- 
breux que les musulmans, mais très-divisés et leurs diverses frac- 
tions grecque, catholique, arméno-grégorienne , arméno-catho- 
lique, préfèrent les turcs aux dissidents. De plus les turcs font 
des progrès constants; ils sont lents, sans doute, mais ils sont 
réels. Le sort des chrétiens a été sensiblement amélioré, et, par 
l'exclusion du service militaire, il est devenu au point de vue des 
charges publiques, meilleur que celui des musulmans. D'autre 
part, les chrétiens sont entrés dans la vie politique et l'on peut 
citer parmi les hauts fonctionnaires : Callimaki , Vogoridès , 
Davoud-Oghlou, etc. Enfin le régime des impôts a été considéra- 
blement perfectionné. On n'exige plus d'un pacha, avant qu'il 
parte pour son gouvernement, le versement d'une somme des.inée 
à entrer dans le trésor, et dont le gouverneur se recouvre ensuite 
en pressurant ses administrés. L'impôt est perçu au nom de l'E- 
tat ; les pachas sont payés par l'Etat. Les douanes même ne sont 
plus affermées. Il faut aussi reconnaître que, pour récompenser les 
services rendus, les sultans montrent une générosité qui tend à 
multiplier ces services; elle est poussée, suivant quelques per- 
sonnes, jusqu'à la prodigalité. Voilà certes d'assez bonnes rai- 
sons; mais 

Samedi 31 août. — Le Bosphore, que l'on regarde comme ayant 
été ouvert par un tremblement de terre, ibrmie un canal dont la 
longueur est d'environ vingt-sept kilomètres, et dont la largeur 
varie de cent cinquante à trois cent mètres. Les sinuosités de 
ses rives sont disposées en une série de bassins dans lesquels le 
courant venant de la Mer-Noire fait des zig-zag très-prononcés. 
Des souvenirs mythologiques cl historiques s'atttachcnt au détroit 
du Bos;»hore. Son nom Bo/jç n^çoc, passage du Bœuf, vient, dit-on, 
de ce que la vache lole traversa h la nage. Ses eaux ont porté les 
vaisseaux des Argonautes, It.'s Hottes de Darius, des Turcs, des 
Croisés. 



— io7 — 

Je connaissais les rives du Bosphore qui s'étendent de la mer 
^8 Marmara à la Corne d'Or, d'un côté, et de l'autre, àScutari. 11 
merestait à visiter les côtes européenne et asiatiquejusqu'à l'entrée 
de la Mer-Noire, qui passent pour un des endroits les plus char- 
mants que l'on puisse admirer. Cette visite est très-facile, à l'aire, et 
■desbateaux à vapeur parcourent plusieurs fois par jour le canal, en 
s'arrêtant aux points les plus importants pour déposer ou prendre 
les voyageurs. Un caïq nous ayant transportés à bord de l'un de 
ces bâtiments, nous partîmes du j ont de Galata, par un temps 
magnifique, et nous pûmes contempler à loisir le panorama qui 
se déroulait successivement devant nos yeux. Je ne dirai que quelques 
mots de cette ravissante promenade. Depuis Top-Hané, oii l'on 
stationne en sortant de la Corne d'Or, jusqu'à l'entrée de la Mer- 
Noire, la rive européenne, formée d'un sol déclive et verdoyant, 
présente une suite variée et pittoresque de maisons aux vives cou- 
leurs, de cafés dont les terrasses s'avancent dans la mer, de 
palais élégants, de jardins, de kiosques, de places ombragées 
où se presse une foule bigarrée, d'anses heureusement découpées 
dans lesquelles s'abritent les navires, de cimetières avec leurs 
cyprès, etc. L'intérêt ne cesse pas pendant un seul instant, et 
après avoir vu, on voudrait arrêter le navire qui passe, pour voir 
plus longtemps encore. Voici la mosquée de Top-Hané; voici celle 
d'Orta-Keuï, avec ses deux minarets et sa jolie coupole; voici Ar- 
naout-Keuï, habité par des Grecs, Bebek, l'antique Ghelee, dont la 
disposition autour d'une baie arrondie a tant de prestige, Rou- 
meli-Hissar, château, tours et murailles à créneaux, bâtis par 
Mahomet II en 1-451 , Balta-Liman, Stenia, Therapia, où s'élèvent 
les maisons de campagne des ambassadeurs de France et d'Angle- 
terre, et enfm Bujuk-Déré, dont le quai est à certains jours un 
lieu de promenade très-fréquenté. 

C'est à peu de distance de Bujuk-Déré, au cap de Mézar, que le 
Bosphore se termine en un canal très-étroit, qui le fait communi- 
quer avec la Mer-Noire. Notre bâtiment change de direction, et 
bientôt nous nous trouvons à portée de la côte asiatique. Elle est 
moins peuplée que la côte européenne, mais elle a aussi des aspects 
pleins d'originalité et d'attrait. On y remarque le mont du Géant, 
la plus haute montagne de ces parages, un joli kiosque construit 
par le dernier sultan, la magnifique plaine de Beykoz, le vieux 
château d'Anatoli-Hissar, dont il ne reste que quelques tours à 
demi-ruinées, Chamlidgé, sur une pointe pittoresque du même 
nom, la belle prairie et le palais impérial des Eaux-Douces d'Asie, 



— 158 — 

Kandili, Kouléli et Beyler-Bey. Enfin nous arrivons à Scutari, 
enchantés de tant de merveilles. 

Dimanche i''^ septembre. — J'ai eu ce matin l'occasion d'observer 
dans tous leurs détails les cérémonies d'un enterrement arménien. 
Il s'agissait d'une jeune fille. On apporta la défunte sur un bran- 
ard où elle était couchée le visage découvert et paré d'ornements 
d'or. En avant du cortège, marchaient cinq ministres ou prêtres, 
ayant des vêtements noirs sur lesquels des croix blanches étaient 
tracées à l'endroit de la poitrine et des épaules, et des bonnets assez 
semblables aux toques de nos avocats. En même temps des ma- 
nœuvres étaient occupés à creuser une fosse, qui resta très peu 
profonde. Le corps fut laissé quelque temps de côté et un des 
assistants se mit à coudre autour de lui un linceul, en s'abritant 
derrière une espèce de voile rouge qui le dérobait en partie aux 
regards. Enfin, on prit le cadavre, on le plaça dans la fosse, dont 
la terre avait été préalablement bénie, et chacun des assistants se 
hâta de jeter sur lui un morceau de la terre environnante. Puis, 
les fossoyeurs achevèrent de remplir la fosse; on distribua des 
verres, de la liqueur alcoolique appelée raki et des bonbons, les 
prêtres dépouillèrent leurs ornements sacerdotaux et l'on se retira. 
Bientôt après l'assistance se trouva réunie presque en entier devant 
un café voisin, établi dans l'enceinte même du cimetière, un cercle 
fut formé, dans lequel figuraient le frère de la défunte, les prêtres 
et les invités ; on but et on fuma en commun; enfin, la foule se 
dispersa, et le cimetière reprit son silence et sa solitude. 

La chaleur diminue ; il est cinq heures. Partons pour chercher 
sur un sommet élevé une vue que l'on dit admirable. La montagne 
qu'il s'agit de franchir, et que l'on désigne sous le nom de Grand- 
Ghamlidgé, doit être la même que celle que MM. Joannect Isam- 
bert appellent mont BouUjourlou dans leur Itinéraire de l'Orient^ si 
utile aux voyageurs. Nous suivons, pour nous y rendre, la rue 
principale de Baglar-Bachtchi dans le sens opposé au Grand 
champ des morts, en laissant à gauche le cimetière arménien, et 
à droite un café ou casino, d'où s'échappe le bruit d'une musique 
joyeuse. Cette musique se fait entendre le dimanche pendant toute 
la journée; les airs qui se succèdent à peu d'intervalle viennent 
indubitablement d'Europe, et l'on peut, en les entendant, se figu- 
rer un de nos cafés-concerts. La musique, et ce genre de musique 
en particulier sont-ils donc une des voies par lesquelles lu civili- 
sation européenne doit s'introduire en Orient? 

Nous voici sur une grande route, bordée de villas, parmi les- 



— 159 — 

quelles on m'a montré celle de Véli-Pacha, l'ancien gouverneur de 
l'île de Crète, l'ambassadeur de la Porte à Paris. Cette suite 
d'habilations forme une partie du village de Topanel-Oghlou. On 
commence ensuite à monter par une pente douce, et après avoir 
côtoyé un cimetière musulman aussi négligé que les autres, on 
s'élève dans un chemin en zig-zag, pratiqué le plus agréablement 
du monde parmi les bosquets et les vignes. Cette pente est un^v^é- 
ritable jardin. Nous ne sommes pas les seuls du reste qui fassions 
l'ascencion du Chamlidgé. Outre les piétons, on rencontre des 
cavaliers, des promeneurs en voiture; les uns remplissant d'élé- 
gants et légers talikas, les autres sont entassés dans des arabas de 
forme archaïque. L'araba est d'ordinaire traîné par des bœufs; c'est 
une longue voiture (je pourrais dire un charriot) portée par des roues 
massives, couverte d'un toit en berceau, avec franges rouges à 
l'entour, enfin presque totalement ouverte au fond et sur les côtés. 
Les banquettes sont disposées dans le sens de la longueur. La sus- 
pension consiste en quatre pivots de bois établis sur un brancart, 
qui lui même repose sur le moyeu des roues. Les bœufs sont 
tenus en éveil par le mouvement d'une série de fils de laine sus- 
pendus au-dessus du cou par une tige de bois ou de fer recourbée 
en arrière, qui s'attache sur le sommet de la tête de l'animal. 
Des troupes de femmes sont accumulées dans les arabas qui 
passent près de nous ; on les voit s'agiter, on les entend chanter 
et rire, tandis que le char s'avance avec une lenteur magistrale, 
et il ne semble pas vraiment qu'elles se trouvent trop malheu- 
reuses de leur isolement et de leur servitude. En ce pays d'ail- 
leurs, on est très-souvent en fêtes ; les musulmans se reposent et 
s'amusent le vendredi, les chrétiens le dimanche. Ces jours-là, on 
fait des promenades aux environs de la ville ; on va se divertir, 
manger dans la campagne, sur l'herbe, dans les endroits les plus 
agréables et les plus pittoresques. Les habitudes des Orientaux à 
cet égard manifestent un sentiment vif des beautés de la nature; 
je l'avais déjà remarqué à Phanar-Bachtchi, je le constatai de 
nouveau au Grand-Chamlidgé. 

Au bout d'une assez longue marche, nous arrivâmes près d'un 
café construit sur une esplanade bien unie et ombragé d'arbres 
magnifiques. De ce point, où s'arrêtent nécessairement les voi- 
tures, on a déjà une perspective très-étendue et très-belle. Mais 
on gagne encore en montant davantage. Nous nous remîmes à 
marcher sur un terrain rocheux, abrupte, et où verdissent seule- 
ment quelques touffes massives de plantes odorantes et épineuses. 



— 160 — 

Au moment où nous atteignîmes le sommet de la montagne, sur 
lequel quelques bouquets de hêtres et de pins parasols dressent 
leurs vigoureuses silhouettes, le soleil se couchait, nous le 
voyions descendre lentement, rouge, large et majestueux, vers les 
hauteurs qui bornent l'horizon du coté de Gonstanlinople. C'était 
un spectacle d'une singulière magnificence. A notre droite, se 
découpaient le sol accidenté de la côte d'Asie, et pardessus tout, la 
cîme du mont Géant ; une suite de collines verdoyantes de l'as- 
pect le plus animé et le plus riant s'abaissait doucement vers les 
flots, et les eaux du Bosphore, colorées par les derniers feux du 
jour, circulaient, comme un grand fleuve, dans les profondeurs de 
la vallée ; en face de nous, paraissaient Gonstantinople, ses dômes, 
ses minarets, son port peuplé de mâts et dévoiles; à gauche enfin, 
s'étendait la mer de Marmara, entrecoupé par son gracieux archi- 
pel d'îles montueuses. 

Lundi, 2 septembre. — Pour un étranger, ignorant la langue 
usuelle, il est assez difficile de se diriger seul dans Stamboul. Il 
a affaire à un sol inégal, à un dédale infini de rues irrégulières 
qui se croisent dans tous les sens, et aucun écriteau, aucune déno- 
mination ne permettent de les reconnaître. Je m'adressai donc à 
un de pes guides, ordinairement Israélites, qui abondent à la tête 
du pont de Galata, et il se chargea de me donner les indications 
nécessaires pour retrouver les principaux monuments qui restent 
des temps antiques. Après avoir traversé le bazar, j'arrivai près 
d'une colonne de bronze qu'on nomme la colonne murée et qui 
est aujourd'hui enfermée dans les murs d'un jardin particulier. 
Elle a, dit-on, été apportée de Rome par Gonstanlin-le-Grand. La 
foudre a renversé la statue d'Apollon, qui surmontait son chapi- 
teau. Plus loin, je vis le turbé du suUan Mahmoud, édifice de 
style moderne, travaillé avec soin, et décoré de pilastres ioniques; 
il renferme à la l'ois les restes de Mahmoud, do la sultane Va- 
lidé, et ceux des enfants du Sultan. — Un peu plus loin encore, 
on me signala la citerne des mille colonnes, qui s'annonce aux alen- 
tours par plusieurs effondrements de voûtes, restés sans aucune 
réparation. Elle esta sec; des cordiers exercent leur industrie 
dans ses profondeurs, qu'éclairent avec peine quelques rayons de 
soleil. Les colonnes très-allongées sur lesquelles porte une série 
encore assez bien conservés d'arceaux en briques et en pierres, 
sont au nombre, non pas de mille, mais de deux cent vingt-quatre, 
ce qui est déjà considérable. Vers la base, il y a un renflement 
très-prononcé, dont la destination paraît être de diminuer pour 



— 161 — , 

l'œil l'effet désagréable que produit la maigreur des colonnes. 
Les chapiteaux en marbre sont assez grossièrement sculptés. 
Gonstantinople possède plusieurs autres citernes du même genre 
qui ont été construites par les Empereurs. 

De là, je me suis rendu à la place de VAi-meïdan (place des che- 
vaux), qui est l'ancien hippodrome de Bysance, et qui a conservé 
du passé divers monuments remarquables. L'hippodrome, fondit 
par Septime Sévère et terminé par Gonstantin-le-Grand, était 
divisé par un petit mur ou spina qui marquait l'axe du cir- 
que; des gradins le dominaient sur les grands côtés; il était en- 
touré dôcolonnes et orné de statues et de figures en marbre ou en 
bronze, parmi lesquelles on remarquait les fameux chevaux de 
Lisippe qui sont aujourd'hui à Saint-Marc de Venise. L'At- 
meïdan est une place assez régulière, en fonme de rectangle, 
dont un des grands côtés est limité par la grille qui ferme le jar- 
din de la mosquée d'Achmet. Les beaux arbres de ce jardin, les 
arceaux et les dômes de la mosquée donnent un grand charme 
à cette partie de la place. Un peu plus loin, dans un enfon- 
cement ombragé par un énorme platane, se tient un marché 
oîi la foule afflue; les dômes et les minarets de Sainte-Sophie 
dominent l'ensemble. Sur l'un des petits côtés se voient les restes 
d'une mosquée en ruines ; les autres côtés sont bornés par des 
maisons de médiocre apparence. La ligne médiane, celle de la 
Spina, est occupée par deux obélisques et une colonne de bronze. 
Le sol s'est considérablement exhaussé, et les bases des monu- 
ments, que l'on a déblayées depuis peu, se trouvent maintenant 
dans des espèces de puits qu'il a fallu entourer de grilles. 

L'obélisque de Constantin, qu'on appelle aussi la pyramide mu- 
rée, indiquait jadis la limite de l'hippodrome. Il est formé d'un 
assemblage de grandes pierres régulièrement taillées, qui reposent 
sur un piédestal 'de marbre. Ces pierres, autrefois revêtues de 
plaques de bronze qui ont complètement disparu, sont profondé- 
ment rongées par le temps et disjointes pour la plupart; la partie 
supérieure n'est plus d'aplomb et menace ruine. La tradition et 
une inscription grecque gravée sur le piédestal attribuent la répa- 
ration de ce monument à Constantin Porphyrogénète, dont le nom 
lui est resté. 

A quelque distance^ se voit une petite colonne en bronze connue 
sous le nom de colonne serpentine. Elle a la forme de trois serpents 
enroulés, dont les anneaux, d'un très-petit diamètre à la base, où 
leurs queues se dessinent, augmentent successivement de gros- 

11 



^ 162 — 

seur, puis finissent par diminuer. La partie supérieure, qui de- 
vait comprendre les têtes, est brisée, et la hauteur actuelle de la 
colonne n'est plus que de cinq mètres quarante-cinq centimètres. 
Elle repose sur un socle de granit, qui est enfoncé dans le sol à 
plus de deux mètres. Il n'y a pas longtemps que des travaux in- 
telligents ont dégagé la portion du monument enfouie dans la 
terre, et ont permis de l'étudier. 

La colonne serpentine est un des plus précieux restes de l'anti- 
quité que nous possédions. Placée primitivement |dans le temple 
de Delphes, elle y soutenait le trépied d'or consacré par les Grecs 
à Apollon après la bataille de Platée. Constantin-le-Grand la trans- 
porta dans l'hyppodrôme de Bysancc. Sur les orbes inférieurs 
formés par les serpents, on distingue encore l'inscription en carac- 
tères et en dialecte doriques que les Lacédémoniens y firent graver, 
et qui, conformément au récit de Thucydide, donne les noms des 
cités grecques dont les guerriers mirent en déroute l'armée de 
Mardonius. Des versions très -diverses ont été mises en avant 
pour expliquer la disparition de la partie supérieure de la colonne 
serpentine et la destruction des têtes des serpents. On raconte 
entre autres que Mahomet II, entrant vainqueur à Constanti- 
nople, et voulant donner une preuve de son adresse, coupa une 
des têtes avec sonépée; les deux autres auraient été détachées par 
des voleurs, mais beaucoup plus tard. 

L'obélisque de Théodose, monolithe en granit rose, dressé à 
environ cinquante mètres au nord de celui de Constantin, toujours 
sur la ligne de la Spina, est élevé d'une trentaine de mètres 
et s'appuie sur quatre socles ou pieds en bronze, qui reposent 
eux-mêmes sur un piédestal de marbre blanc. Des hiéroglyphes 
sont gravés sur les quatre laces du monument; le piédestal est 
orné de bas-reliefs, qui représentent l'empereur, sa cour, des am- 
bassadeurs étrangers qui viennent lui rendre hommage, des fêtes 
publiques, et les opérations au moyen desquelles l'obélisque a été 
élevé. Certains détails sont extrêmement curieux. Deux inscrip- 
tions se lisent sur les faces est et ouest, l'une en latin, l'autre en 
grec. Elles mentionnent toutes deux l'empereur Théodosc comme 
ayant ordonné, et Proclus comme ayant surveillé l'éreclion de 
l'obélisque. 

La mosquée de Sainte-Sophie est très-voisine de l'At-Meïdan. 
Je dirigeai mes pas vers cet édifice, qui, chacun le sait, est un 
des plus anciens monuments du Christianisme. Construite en 
825, par Constantin, en l'honneur de la sagesse divine, agrandie 



— 163 — 

par Constance, incendiée deux fois en 404 et en 532, elle flit rebâ- 
tie par Justinien avec la plus grande magnificence. Les meilleurs 
architectes du temps furent chargés de la direction des travaux ; 
on employa les marbres les plus précieux, les colonnes les plus 
belles qu'on pût trouver el qu'on enleva pour la plupart aux 
temples du paganisme ; la peinture, la dorure, l'art de la mo- 
saïque furent mis à contribution ; enfin, on accamula dans l'église 
nouvelle, les vases, les croix, les candélabres, pour lesquels furent 
prodigués l'or, l'argent, les diamants, les pierres dures et les 
perles. La basilique de Sainte-Sophie fut achevée en 548. Les 
Turcs maîtres de Constantinople, la convertirent en mosquée et 
l'augmentèrent successivement de quatre minarets et de plusieurs 
constructions qu'ils exécutèrent, soit pour l'appliquer au culte 
musulman, soit pour la consolider. 

Ces constructions empêchent de retrouver aujourd'hui du de- 
hors le plan primitif de la basilique de Sainte-Sophie, que nous 
connaissons par Procope, par Paul le Silentiaire et par un ano- 
nyme du xi^ siècle. Quatre minarets très-élevés, une coupole d'une 
grandeur extraordinaire (35 mètres de diamètre), entourée h sa 
base d'une couronne de fenêtres cintrées et soutenue par des murs 
aux assises alternativement blanches et roses, deux demi-cou- 
poles à l'orient et à l'occident, voilà les principales parties qui se 
distinguent au premier abord. On remarque en outre une belle 
porte, ornée de colonnes en marbre et en porphyre, d'autres 
portes plus ou moins soignées, des turbés, des bains, une fontaine 
pour les ablutions, dont la forme, l'ornementation et les dorures 
produisent un effet très-agréable. 

Il me restait à voir l'intérieur de Sainte-Sophie. Or, on sait que 
l'entrée des mosquées est interdite aux giaours, et qu'il faut pour 
l'obtenir un firman de Sultan qai se paie fort cher. Dans les hô- 
tels, les voyageurs se procurent assez aisément des permissions 
de ce genre, dont le prix, partagé entre un grand nombre de per- 
sonnes, finit par devenir fort minime. Mais l'étranger, logé chez 
des particuliers n'a pas les mêmes ressources ; il est obligé de 
faire diverses démarches, de s'adresser à l'ambassadeur de sa 
nation, et de supporter la totalité des droits. Je tenais fort à éviter 
tous ces ennuis. J'eus recours à mon guide juif, et je lui deman- 
dai si, moyennant une somme qui m'avait paru raisonnable, la 
visite de Sainte-Sophie ne me serait pas possible. Il me quitta 
pour s'en informer, et revint bientôt me dire que, pour la somme 
annoncée (15 francs ou 150 piastres), un de ses amis, ce jour-là 



— 164 — 

de service, se faisait fort de m'introduire dans la mosquée. Tout 
fut ainsi convenu, et, lorsque je me présentai, je ne rencontrai 
aucun obstacle; seulement, comme c'était le moment de la prière, 
je dus m'abstenir d'entrer dans la partie réservée aux dévotions 
des tidèles, et me contenter de tout voir par les galeries qui en- 
tourent le temple. 

Une rampe tournante en pente douce m'a conduit sous les 
voûtes de ces galeries ; au-dessous de moi, j'avais le sol de la 
mosquée, couvert de tapis et peuplé de dévots agenouillés; au- 
dessus, la grande coupole et les arcs au nombre de quatre sur les- 
quels elle repose, et presque au même niveau les deux demi-cou- 
poles orientale et occidentale. L'effet général est des plus sai- 
sissants. Grandeur des proportions, hardiesse, légèreté des voûtes 
et des arceaux, heureuse disposition des fenêtres et des colon- 
nades, tout concourt à former un ensemble qu'on ne retrouve pas 
ailleurs, et qui dépasse en beauté Saint-Pierre-de-Rome. Voici les 
principales dispositions : la basilique proprement dite, précédée 
par une cour rectangulaire à portiques dont il ne reste que des ves- 
tiges informes, et par un double vestibule, est divisée en trois 
parties : la nef, surmontée par la grande coupole et par les deux 
demi-coupoles, qui lui donnent une forme ovoïde, — et deux 
galeries latérales ou bas-côtés. Les arcs de la grande coupole sont 
soutenus par quatre énormes piliers ; au nord et au midi, l'espace 
est rempli par un mur percé de plusieurs étages de fenêtres et 
orné de colonnades ; au levant et au couchant, des hémisphères 
plus petits, viennent prénétrer les demi-coupoles. Trois absides 
s'ouvrent autour de l'hémicycle que recouvre la grande demi-cou- 
polo orientale. 

La basilique de Sainte-Sophie était toute revêtue de plaques de 
marbre précieux et de mosaïques qui représentaient des sujets re- 
ligieux et les figures de Justinien et de sa femme Théodora. Une 
grande inscription en lettres enclavées courait autour de la cou- 
pole et faisait connaître les noms des fondateurs. Les principes de 
la religion musulmane en matière d'images, ont obligé les sultans 
h cacher les magnificences de cette décoration ; on a recouvert les 
mosaïques d'un badigeon qui en laisse apercevoir seulement quel- 
ques traces. Les gardions recueillent les petits cubes de verre doré 
ou de marbre qui tombent des murailles ou des voûtes, ils aident 
même probablement au besoin à les faire tomber, et ils les mettent 
presque de force dans les mains des visiteurs, qui donnent de l'ar- 
gent en retour. D'immenses disques verts, portant des versets du 



— 165 — 

Koran, écrits en lettres d'or, sont pendus aux murailles. Les gale- 
ries supérieures, avec leurs colonnes en marbre vert, à chapiteaux 
blancs et noirs, avec leurs voûtes heureusement ordonnées, avec 
leurs fenêtres à plein cintre, ont un très-bel aspect. J'ai distingué 
sur le sol de la mosquée deux urnes colossales en albâtre, le mih- 
rab, indiquant la direction de la Mecque et qui ne se trouve pas 
au centre de l'édifice, la chaire élégamment découpée, dans la- 
quelle se fait tous les vendredis la lecture du Koran, et la loge du 
sultan, avec une grille en fer doré. 

En rentrant, après avoir vu aux alentours du palais de la 
Sublime-Porte les apprêts que l'on faisait pour la réception du 
vice^roi d'Egypte en ce moment à Gonstantinople, j'ai trouvé à la 
maison un médecin arménien dont les récits donnaient une idée 
intéressante de l'état actuel de la liberté religieuse en Turquie, 
(i Le patriarche arménien de Jérusalem vient de mourir, disait-il; 
or une constitution solennelle, un règlement adopté l'an dernier 
veut que, lors du décès d'un patriarche, le nouveau titulaire soit 
élu par des représentants des populations arméniennes de l'empire 
Ottoman, sur la présentation du clergé local. Cette fois le clergé 
de Jérusalem prétendait faire l'élection, et il avait pour cela de- 
mandé l'agrément du patriarche de Gonstantinople, qui n'avait pas 
manqué de consentir. Sur ce, grande émotion. Les Arméniens de 
Gonstantinople et des provinces se sont réunis au nombre de plu- 
sieurs mille personnes pour protester contre la violation de la 
loi. Le ministre de la police a cru devoir intervenir, et, ayant 
pénétré incognito dans la salle des délibérations, il a pris part au 
débat, et s'est trouvé interpellé assez vivement par un des princi- 
paux délégués. — Vous ne savez pas, s'écria alors le ministre, à 
qui vous vous adressez. — Je le sais, répondit son interlocuteur; 
je sais que vous êtes rauchir et ministre delà police; mais vous- 
même, savez-vous qui je suis? Je ne vois en rien à quel titre vous 
êtes ici. Nous délibérons d'affaires religieuses, auxquelles vous 
n'avez en rien à vous mêler. Moi, je représente mes co-réli- 
gionnaires, et j'agis ici en vertu de mon mandat et de mon droit. 
Le ministre a du céder; le patriarche a été obligé d'adhérer aux 
décisions de l'assemblée et d'approuver l'élection faite, autre- 
ment, il lui eût fallu donner sa démission. » 

Mardis 3 septembre. — Nous partons en voiture pour une excur- 
sion au petit Ghamlidgé. On suit d'abord la même route que pour 
aller au grand Ghamlidgé, puis on tourne à droite, et l'on monte 
par des chemins bordés de haies et d'arbres, sinueux, ombreux, 



— IC6 — 

variés, et qui laissent de temps en temps, par échappées, paraître 
les horizons bleus de la mer. Après une marche enchante- 
resse, on parvient à une esplanade, qui marque le point où s'ar- 
rêtent les voitures. C'est un lieu de rendez-vous, admirablement 
disposé pour la vue, et au milieu duquel s'élève un magnifique 
pin parasol. Au moment où nous arrivions, cinq ou six Turcs 
étaient occupés à faire leur prière; ils étaient rangés en ligne, 
les pieds déchaussés, sur un tapis tourné comms eux vers la 
Mecque. Mon attention tout entière se porta de leur côté : ils 
multipliaient leurs génuflexions, ils baisaient la terre, ils ac- 
complissaient les pratiques voulues avec une dignité, une placi- 
dité, une indifférence de ce qui se passait autour d'eux, un oubli 
des regards des autres qui me parurent à la fois touchants et 
admirables. Je ne pus m'empêcher de remarquer que ces 
hommes, dont nous traitons les croyances avec un si profond 
dédain, montrent dans la manifestation de leurs sentiments re- 
ligieux un sérieux, un air de conviction qui manquent à beaucoup 
de chrétiens. 

Il restait à faire une ascension assez rude pour parvenir au som- 
met du petit Ghamlidgé. A la différence de l'autre pointe mon- 
tueuse que j'avais visitée quelques jours auparavant, le Bosphore 
ne fait pas partie de la perspective que celle-ci présente; mais, du 
côté opposé, la vue, plus complète, est vraiment splendide. La 
mer de Marmara, les îles des Princes, les montagnes et les plaines 
d'Asie forment un tableau admirable, surtout au coucher du so- 
leil; étendue, lignes, couleur, tout y est. 

Mercredi^ 4 septembre. — Un caïq, dans lequel nous sommes 
montés, h défaut du bateau à vapeur déjà parti, nous a déposés à 
l'échelle de Top-Iiané. Top-Hané (maison du canon) tire son nom 
de la fonderie de canons et des établissements d'artillerie qui s'y 
trouvent. J'ai déjà signalé la mosquée de ce village; sa fontaine 
mérite une attention toute particulière. C'est un édifice quadran- 
gulaire, orné sur toutes ses faces d'inscriptions et d'arabesques, et 
qui peut passer pour une des plus gracieuses productions de l'art 
turc. 

De Top-Hané, nons nous sommes dirigés vers Péra, et particu- 
lièrement vers le quartier des postes étrangères. Ayant trouvé la 
poste française fermée, je m'adressai à la poste autrichienne pour 
aflVanchir des lettres et pour changer du papier-monnaie. Ce pa- 
pier remplace aujourd'hui presqu»,' exclusivement à Conslantinoplc 
les espèces métalliques. L'unité monétaire est la piastre, dont 



— 167 — 

la valeur, après avoir été de huit francs an xiv'= siècle, est 
descendue à quatre sous de notre monnaie ; la piastre se divise 
en 40 paras et même en une monnaie plus petite. La piastre est 
en argent. Au-dessus d'elle, il y a l'écu d'argent, ou Medjidieh 
(20 piastres), la demi-livre d'or, Ellilik (50 piastres) et la livre 
d'or, Juslik (100 piastres). Les espèces en papier s'appellent 
Caïmés. Il y a des caïmés de 10 piastres, de 20 piastres et au- 
dessus. La valeur du papier monnaie est très-inférieure à celle 
de la monnaie réelle. Ainsi, la piastre argent étant, comme je 
l'ai dit, à peu près égale à 4 sous, un caïmé de 20 piastres 
devrait équivaloir à 4 francs et il passe pour 2 francs seulement ou 
2 fr. 50 centimes. La piastre papier est donc d'environ 12 centimes; 
ce taux varie du reste d'un jour à l'autre. 

La création du papier monnaie, montre dans quel état déplo- 
rable se trouvent les finances de la Turquie. Cette pénurie du tré- 
sor est une des plaies les plus vives de l'empire Ottoman. Depuis 
plusieurs années, le gouvernement fait des efforts louables pour 
remettre de l'ordre dans les finances et pour rétablir l'équilibre 
entre les recettes et les dépenses. Jusqu'à présent, rien n'a réussi. 
L'impôt est loin de rendre ce qu'il devrait produire dans un état 
aussi vaste et aussi riche que la Turquie. La corruption infecte 
les services de l'Etat. Le gouvernement, pour répondre aux né- 
cessités journalières, se voit forcé de recourir à des emprunts rui- 
neux. Pendant que j'étais à Constantinople, il a fait un appel de 
numéraire, en donnant du papier pour de l'argent et en s'enga- 
geant à rembourser dans un certain nombre d'années les caïmés 
au taux de la piastre réelle. Mon hôte, qui croit à la durée de 
l'empire Ottoman a pris des titres de cet emprunt et m'engageait à 
suivre son exemple ; j'ai jugé prudent de m'abstenir. 

En parcourant de nouveau la grande rue de Péra, je l'ai trouvée 
moins déplaisante que lors de ma première visite. Elle manque de 
caractère, voilà son principal défaut. Les rues latérales ont des 
plaques sur lesquelles leurs noms sont inscrits, ce qui, ainsi qu'on 
l'a vu, n'existe pas à Stamboul. La grande rue de Péra mène à un 
cimetière musulman qu'on appelle le Petit champ des morts ^ ou 
simplement le petit champ. Il est, comme les autres, ombragé de 
cyprès, rempli de tombes plus ou moins en ruine, percé de 
quelques chemins que bordent des débris tumulaires, et il sert de 
lieu de promenade. Un café nommé Bella-vista, s'élève à son extré- 
mité. Ce qui le distingue, c'est sa situation. Etabli sur un grand 
espace de terrain qui s'étend de la Corne d'Or au sommet de la 



>» 168 — 

colline de Péra, il offre de ses parties élevées, un admirable spec- 
tacle. Le Bosphore, jusqu'aux Eaux douces d'Asie, Stamboul, ses 
onduleuses déclivités, sa verdure, ses édifices, se déroulent aux 
regards avec une variété d'aspects, une richesse de couleurs, qui 
jettent l'esprit dans l'enthousiasme. 

Sur le bateau à vapeur, encombré de monde, qui m'a ramené à 
Scutari, j'ai pu observer, avec soin, le costume des femmes 
turques, et il m'a paru peu gracieux. Les bottines jaunes des 
dames, leurs pantoufles traînantes, cachent le bas de la jambe et 
l'attache du pied, et donnent à la démarche un air, non-seulement 
de nonchalance, mais de gaucherie; le téredjé enveloppe leurs 
épaules et leurs corps, sans même indiquer les contours do la 
gorge et les lignes de la taille ; le voile blanc qui couvre leur tôle, 
supprime pour l'œil les trésors de la chevelure, et ne laisse voir 
que le nez et une partie des yeux. La jalousie des Ottomans a dis- 
posé les choses avec un art implacable, et l'on se demande 
qui pourrait devenir amoureux de leurs épouses sous les cou- 
vertures qu'ils ont inventées pour dissimuler les charmes fémi- 
nins. Il paraît, pourtant qu'à travers ces obstacles le cœur devine, 
et deviner est une grande chose dans les afïaires d'amour ; mais 
que d'erreurs et de déceptions? Gomme compensation, les belles 
musulmanes, au tsarsi, dans les promenades publiques, se décou- 
vrent, dit-on, assez volontiers et laissent voir bien des choses, 
sous prétexte que le vent, le mouvement ont dérangé leurféredgé; 
de plus, le voile qui encadre leur visage est souvent léger et 

presque transparent. En somme J'aime mieux le vêtement de 

nos parisiennes. 

Jeud)^ 5 septembre. — Nous sommes allés visiter avec nos hôtes 
une famille grecque dont l'habitation est située à peu de distance 
de la nôtre. Je n'ai pas besoin de dire que l'on nous a offert des 
confitures et du café ; c'est l'indispensable de la politesse orientale. 
J'ai retrouvé dans la maison où nous étions la disposition carac- 
téristique que j'ai précédemmiMit signalée : la substitution 
presque complète pour les salons et les chambres d'habitation des 
vitrages aux murailles. Le constructeur est obligé de réserver nu 
côté pour les coinmunications avec le reste de la maison ; mais il 
s'en tient là, et il use de tous les moyens, il profite do toutes les 
circonstances pour se mettre, autant que; possible, dans l'air et dans 
la lumière. Il pare, au moyen des volets, aux inconvénients do la 
chaleur; mais le soir, lorsqu'aïuivi; uni; douce fraîcheur, le divan 
se trouve, pour ainsi dire, au milieu de la campagne, on peut 



— 169 -- 

voir la nature sous tous ses aspects et dans toutes ses splendeurs. 
D'ici, particulièrement, le panorama est magnifique : Cadi-Kenï, 
Phanar-Bachtchi, la mer de Marmara et les îles des Princes, d'un 
côté, de l'autre les pointes du grand et du petit Gharalidgé , 
forment le paysage le plus grandiose et le plus heureusement ac- 
cidenté. Pour nous, les splendeurs du ciel s'ajoutent aux beautés 
de la terre et des flots ; le disque enflammé du soleil descend vers 
l'horizon et se cache derrière les montagnes lointaines, en laissant' 
de tous côtés les traces lumineuses et décroissantes de son pas- 
sage; l'air a une telle transparence, qu'éclairées par les reflets du 
soleil disparu, les lignes conservent toute leur pureté, les détails 
toute leur importance. Le ciel prend successivement et par gra- 
dations ménagées , des tons d'un rouge éblouissant , d'un rose 
tendre, des nuances Jaunâtres, violacées dont la variété, dont la 
finesse feraient le désespoir du peintre et du poète. Pour rendre 
de telles merveilles, nos moyens sont impuissants ; heureux ceux 
dont l'œil a pu les contempler ! 

L'instituteur des enfants du maître de la maison, M. Baphiadès 
a eu l'aimable pensée de me faire présent d'une sorte de calen- 
drier de sa façon, rédigé en langue grecque et imprimé à Constan- 
tinople. C'est un recueil intéressant, qui contient des détails très- 
divers, des poésies, une chronologie des sultans, des fragments 
d'histoire et d'économie, des correspondances entre le sultan So- 
liman, le roi François I" et le schah de Perse. L'ouvrage, intitulé 
Xçovoç, ^(jLspoXoytov Tou sSou? 186i2, est enrichi de plusieurs gravures sur 
bois, représentant des figures d'empereurs grecs et de sultans. 

Vendredi 6 septembre.— Il était plus de deux heures quand nous 
partîmes, ma femme et moi, pour les eaux douces d'Asie, dans un 
joli talika, rouge et doré, qu'on avait retenu pour nous moyen- 
nant 70 piastres. Nous avons passé, en sortant de Baglar-Bacthchi, 
à côté d'un cimetière juif, qui occupe le versant et le sommet de 
deux collines. Les tombes sont plates, sauf quelques unes, dont la 
dalle principale est surmontée d'une longue pierre hexagone* 
L'aspect de ce grand espace dépourvu de verdure, où les enfants 
d'Israël trouvent un abri tranquille, après les déboires de la vie, 
m'a vivement impressionné. Pour ceux qui ne savent pas que la 
liberté des cultes existe'en Turquie, il montre au moins qu'ici la 
mort assure le respect aux liommos, même quand ils n'ont pas 
pratiqué la religion de l'état. De là, nous sommes descendus au 
village de Beyler-Bey, par une pente longue et très-rapifle. L'a- 
rabadgi, dans les moments difficiles, quittait son siège placé très- 



— 170 — 

bas, et prenait le cheval parla bride, ou, de côte et à distance, par 
les rênes plus ou moins allongées. C'était un grec fort habile dans 
l'art de conduire. Après avoir traversé Beyler-Bey, nous nous 
sommes trouvés dans des campagnes agréablement accidentées et 
entrecoupées de charmantes villas. Parfois, le chemin passe au 
bord de la mer, et alors la vue, en s'étendant sur le côté Européen 
du Bosphore, rencontre des effets splendides. Mais presque ]a- 
■ mais on ne se trouve sur un sol uni et régulièrement aplati ; ce 
ne sont que rudes montées et rapides descentes. Dans les villages, 
le chemin qui les traverse est pavé, mais si mal pavé que, quoique 
la voiture soit bien suspendue, la caisse éprouve des cahots 
effroyables et semble à chaque instant prête à se briser. Plusieurs 
fois, ma tête brusquement soulevée a heurté les ais de notre plafond ; 
heureusement l'une et les autres ont résisté au choc. Dans beaucoup 
d'endroits, la route est tellement étroite, que deux voitures seraient 
incapables de passer de front. Malgré ces difficultés, le cocher fait 
courir vivement son cheval, descend d'un saut leste, quand il le 
faut, soutient au besoin la voiture avec la main, si elle penche 
trop de côté ou en avant, et quand on n'aurait pas les distractions 
que donnent la beauté de la nature et la variété des jardins et des 
habitations, on ne songerait pas à craindre de verser. A un en- 
droit que l'arabadgi a appelé Our-Bachtchi , on remarque une 
vaste esplanade, plantée de grands et beaux arbres, et qui sert, à 
juste titre, de lieu de promenade et de rendez-vous de plaisir. 

Nous avons traversé Kandili, long village où les aspérités de la 
route ont rendu plus violentes encore qu'auparavant les secousses 
dont nous étions victimes, et après avoir suivi pendant quelque 
temps la rive du Bosphore d'où l'on aperçoit sur la côte opposée 
le château-fort de Roumelie-Hissar, nous avons franchi sur un 
pont de bois le Gueuk-Sou, ou ruisseau céleste, dont les eaux se 
jettent près de là dans la mer, et nous sommes parvenus à la fa- 
meuse plaine des Eaux douces. Cette plaine est bornée d'un côté 
parles ilôts du Bosphore; du côté opposé, s'élève une ligne de 
collines assez arides; à gauche paraît le château d'Anatolic-Hissar; 
à droite la vue se porte sur le kiosque^ artistement disposé du 
sultan. Quelques arbres, malheureusement trop rares, jettent de 
l'ombre dans la prairie. 

C'était un vendredi, jour de fête musulmane et adopté pour les 
promenades élégantes dans ce lieu. Une longue suite de voitures, 
de toutes formes et de toutes couleurs, circulait lentement dans 
la plaine des Eaux douces. Les_femmes turques, dans leurs toi- 



— ni — 

Jettes les plus brillantes , enveloppées de fercdgés en soi(! aux 
nuances vives, parées de diamants, étalaient, aux regards le plus 
qu'elles pouvaient de leurs charmes. Les marchands de bonbons et 
de Rachat-Loucoum dressaient au milieu des groupes de curieux 
les petites tables rondes qu'ils portent toujours avec eux, tandis 
que les marchands d'eau fraîche promenaient, en criant , leurs 
cruches et le verre unique que remplissait, à chaque instant, la 
liqueur simple et bienfaisante que les Turcs aiment encore, quoi' 
qu'on en dise. Des troupes de musiciens s'efforçaient d'attirer la 
foule autour d'eux et de recueillir quelques paras. Les alentours 
du palais étaient particulièrement animés. 

Ce palais est un édifice quadrangulaire, dont la mer baigne un 
des côtés, et qu'entoure une grille fermée par des portes monu- 
mentales. Il ne manque pas d'élégance, mais il pêche par l'excès 
des ornements; pas une pierre ne paraît au dehors, qui ne soit 
découpée ou sculptée. Par un heureux hasard, le nouveau sultan, 
Abd-ul-Azis, était venu passer quelques heures dans son kiosque 
des Eaux douces. Nous le vîmes, assis près d'une fenêtre qui don- 
nait sur la plaine, regardant le spectacle qui s'étalait à ses pieds 
et causant avec ses familiers. Son visage paraissait beau et régu- 
lier ; on distinguait la barbe noire qui l'encadre et qu'il ne laisse 
croître que depuis qu'il est sur le trône. Soncaïq, très-svelte, em- 
belli d'ornements d'or et d'argent, stationnait devant la porte du 
palais qui donne sur la mer, tandis que les caïqs des grands qui 
l'accompagnaient, étaient mouillés à l'embouchure du Gueuk-Sou. 
Les caïcqdgis du prince, mêlés à la foule, se distinguaient par 
leurs costumes blancs et leurs belles chemises de soie. Du reste, 
la présence du sultan ne paraissait pas émouvoir les assistants ; 
chacun se promenait paisiblement sans paraître s'apercevoir qu'il 
était là. 

Beaucoup de femmes se tenaient assises ou plutôt accroupies 
près de la grille du palais, de façon à suivre le défilé des voitures; 
d'autres étaient réunies aux abords d'une fontaine voisine, dont 
les murailles et la toiture les abritaient du soleil. Quant à nous, 
nous parcourions la plaine, examinant avec des yeux curieux les 
types variés qui s'offraient à nous, lorsque des soldats, dans leur 
affreux costume européen bâtard, nous abordèrent, et, autant que 
nous pûmes comprendre, non par leui s mots turcs, mais par leurs 
gestes, ils nous enjoignirent de ne pas passer ensemble sur tels 
ou tels points de la promenade. En effet , la séparation des 
hommes et des femmes est devenue plus rigoureuse depuis l'avè- 



— 172 — 

nement du sultan actuel ; telle partie de la plaine était réservée 
aux dames, telle autre aux hommes , et les deux personnes de 
notre couple devaient prendre la route que son sexe marquait à 
chacune d'elles. Pour échapper à cette importune formalité , 
comme il ne nous restait plus rien à visiter, nous prîmes le parti 
de remonter dans notre voiture, d'où nous pouvions jouir, tant 
que nous voulions, de la vue générale de la plaine et des prome- 
neurs. La foule commençait à s'éclaircir; nous nous remimes en 
route et nous gagnâmes, à travers une campagne délicieuse, un 
autre lieu de promenade, désert ce jour là, qui porte le nom de : 
Les Grandes Eaux-douces. C'est encore une plaine, entourée de la 
manière la plus heureuse , que le voisinage du Gueuk-Sou , 
l'abondance des grands arbres , la vue du château d'Anatolie- 
Hissar, enfin la disposition du site nous font préférer aux Eaux- 
douces. 

Après une courte pause, nous nous engageâmes de nouveau dans 
le chemin que nous avions suivi le matin, et nous rencontrâmes 
sur ses bords un grand nombre de femmes en habits de fête, qui 
regardaient, assises et conversant les unes avec les autres, passer 
les promeneurs et les voitures ; à sept heures, nous étions rentrés 
dans la maison hospitalière de Bagiar-Bachtchi. 

Samedi, 7 septembre. — Le moment de quitter Constantinople 
pour continuer notre voyage approchait ; il fallait arrêter notre 
passage sur un bâtiment allant à Smyrne et remplir les formali- 
tés du passeport. Je ne donnerai pas le détail de mes ennuis ; je 
dirai seulement qu'à la police turque (iman odassi), on a refusé, 
sous prétexte de manque de monnaie, de recevoir mes caïmés, qui 
sont le papier légal, et que je n'ai pas trouvé au consulat de 
France toute l'obligeance et même toute l'urbanité qu'un français 
a droit d'attendre des agents de son pays. 

Les affaires terminées à Galata et à Péra, je me dirigeai vers 
Stamboul, avec l'intention de prendre connaissance des murailles 
fortifiées qui l'entourent. Eu partant du pont de Galata, et en 
suivant le rivage de la Gorne-d'Or, on trouve ces murailles éta- 
blies dans la môme direction, à quelque distance de la mer. 
Des maisons ont été bâties, des rues ont été disposées sur le sol 
inoccupé. En certains endroits, le mur, avec ses tours carrées, 
forme un des côtés de la rue ; ailleurs, il est enclavé dans les mai- 
sons et l'on ne peut voir que les créneaux au-dessus des toits ou 
des pans à demi-ruinés. On rencontre de ces habitations, qui 
sont placées, comme des nids sur le taîtc do la muraille; leurs 



— 173 — 

fenêtres vitrées et ornées de moucharabis, les plantes ver- 
doyantes qui les entourent, et retombent en longues guirlandes 
jusqu'au sol inférieur, offrent des échappées fraîches et pitto- 
resques au possible. A mesure que l'on s'éloigne du pont de 
Galata, les tours deviennent plus multipliées ; de place en place, 
la construction est uniquement en pierres, mais presque toujours 
elle est en pierres mêlées de briques. J'ai rencontré plusieurs 
portes ; Zindar-Kapou, Odoun-Kapou, Oun-Kapoussi, Djoubath- 
Kapou, léni-Kapou, etc. ; elles ne se distinguent par aucune 
particularité remarquable. 

En marchant ainsi au pied des murailles, j'avais d'abord tra- 
versé des marchés couverts où abondent les carpouses, des rues 
vivantes et très-fréquentées, où fonctionnent des marbriers en 
grand nombre, puis d'énormes chantiers de bois; j'avais passé 
le point où le pont de Mahmoud, aujourd'hui incendié, reliait 
jadis le Petit champ des morts de Galata à Stamboul ; enfin, fran- 
chissant le quartier du Phanar, j'avais atteint l'endroit où le mur 
quitte la ligne de la Corne-d'Or, pour aller joindre les rives de la 
mer de Marmara. Le quartier du Phanar, ainsi nommé, dit-on, 
parce qu'il fut fortifié à la lueur des flambeaux, est habité par les 
Grecs et renferme l'église patriarcale et plusieurs autreséglises du 
rite grec. La rue principale, mal pavée et presque déserte, est 
assez large et bordée de jolies maisons en pierre, de forme mau- 
resque. 

L'heure déjà avancée me força de quitter pour ce jour-là la 
visite des murailles de Stamboul. J'étais rentré à Baglar-Bacht- 
chi, il faisait nuit noire, lorsque tout à coup le canon gronde. 
Qu'annonce ce bruit sinistre? J'apprends que c'est un incendie. 
Le feu a pris à Beschik-Tacsh ; nous voyons de nos fenêtres, sur 
l'autre rive du Bosphore les rouges lueurs des flammes. A 
ceux qui n'ont été avertis ni par le son du canon ni par la vue de 
l'incendie, l'autorité musulmane envoie un autre appel ; des agents 
spéciaux sont chargés d'éveiller l'attention du public et de requé- 
rir les secours. L'un d'eux parcourt la grande rue de Baglar- 
Bachtchi ; de distance en distance, il frappe avec un bâton armé de 
fer les pierres du chemin, en criant d'une voix grave ces mots 
dont il traîne longuement la dernière syllabe : langhin- Var^ Bes- 
chick-Tasch! Notre émotion fut vive; on sait ce que sont les in- 
cendies dans une ville de bois comme Gonstantinople, et nos hôtes 
ont leur maison de ville à peu de distance des quartiers atteints. 
Heureusement, au bout de peu de temps, la lueur du feu a cessé 



— 174 — 

de briller, et nous apprenons que tout est fini ; une maison ou 
deux seulement ont péri. 

Dimanche, 8 septembre. — La promenade des Eaux-Douces 
d'Europe est avec celle des Eaux- Douces d'Asie, une des plus 
aimées de la société élégante de Constantinople. Elle a lieu le 
dimanche, mais elle ne dure que pendant une partie de l'année. 
Nous nous trouvions au jour consacré, et quoique la saison ne fût 
pas celle que choisit la foule, nous résolûmes de faire notre visite 
aux Eaux-Douces d'Europe. Un cafetier de Scutari, gros turc un 
peu lettré, que l'on décore à cause de cela du titre d'Effendi, et 
auquel nos hôtes avaient rendu quelques services, s'était chargé 
de nous arrêter d'avance un caïq à deux paires de rames. Nous 
trouvâmes en effet un caïq élégant et sculpté avec soin, qui nous 
attendait à l'échelle de Scutari ; il était gouverné par deux musul- 
mans de bonne mine, l'un jeune, l'autre vieux et à barbe blanche, 
qui savaient leur métier, sans posséder peut-être la vivacité et 
l'énergie ordinaire des caïqdgis. Pendant qu'ils se tenaient, les 
rames en main, sur le plancher qui doit les porter, nous nous 
installâmes, un de nos amis , ma femme et moi, dans l'espace 
étroit qui nous était réservé, et où nous nous rangeâmes de 
notre mieux, les jambes étendues et le dos appuyé sur les parois. 
Le soleil brillant et chaud, — soleil d'Orient bien caractérisé, — 
nous forçait de nous abriter sous un de ces parapluies blancs, 
dont on aime à se servir dans le pays. 

Nous traversâmes le Bosphore, et entrant dans la Corne-d'Or 
par une des arches du pont de Galata, nous avançâmes dans 
le canal de plus en plus étroit, ayant à notre gauche Stamboul et 
particulièrement le quartier du Phanar, et à droite Galata, Péra 
et le Grand champ des morts. Le second pont, dévoré par un in- 
cendie, n'existe plus qu'en partie. Après l'avoir franchi, on passe 
à côté du quartier des Juifs, de l'École de médecine, de l'Arsenal 
et du Kiosque impérial qui tient à cet établissement. La colline 
de Péra, du côté qui regarde la Corne-d'Or, est loin d'avoir un 
aspect aussi agréable que la côte où Stamboul est assis. On n'y 
rencontre presque plus de jardins, à cause de la cherté dos ter- 
rains, et, pour l'œil, ce n'est plus guère qu'une masse informe de 
toits aplatis. 

Le lit du canal se resserre; on voit les murs de Stamboul 
s'éloigner en tournant des bords de la mer et monter sui- la col- 
line; les arbres se multiplient entre les villas, et l'on Unit par 
arriver au point où le Barbizôs se jette dans la Corne-d'Or. C'est 



— 175 — 

là que, sur la droite, on distingue la jolie mosquée d'Eyoub, avec 
ses minarets élancés, son dôme de métal reluisant au soleil, ses 
petites coupoles et sa verdure merveilleusement entremêlées. 
L'ensemble est charmant. On pénètre dans la rivière, dont le lit 
est encore assez important, et la vallée commence à se dessiner, 
faiblement dominée par des hauteurs pelées et sans arbres. Des 
joncs d'un vert tendre parsèment le bord. La rivière devient 
de moins en moins large, et la plaine, s'étendant peu à peu, se 
peuple avec beaucoup d'agrément de grands saules et de magni- 
fiques térébynthes. Bientôt notre caïq est obligé de s'arrêter ; des 
soldats turcs s'occupent à faire et à défaire un pont de bateaux 
sur le Barbizès, et interceptent le passage. Nous abordons et nous 
continuons notre route, en suivant à pied la rive. Tout à coup, 
des clochettes retentissent; une caravane de chameaux qui était en 
repos se lève et se met lentement en marche. C'étaient les pre- 
miers chameaux que j'eusse vus en Orient. Un âne chemine en 
avant, portant avec une certaine dignité l'homme conducteur de 
la bande ; puis viennent sept chameaux attachés par une corde 
les uns aux autres ; un second âne ferme la marche. 

En avançant nous-mêmes dans la campagne que sillonne le 
Barbizès, nous percevons les variétés et comme les nuances d'un 
même paysage ; c'est toujours la plaine unie dont les ardeurs de 
l'été ont jauni l'herbe, les douces montagnes qui la séparent du 
ciel, la rivière ondulant en mille gracieux détours les saules, et les 
térébynthes, qui semblent disposés pour un paysage de conven- 
tion, et au-dessus de tout cela une mer d'azur, d'oti coulent des 
torrents d'une incomparable lumière. Ajoutez des ponts en bois, 
des compagnies de promeneurs mangeant à l'ombre ou jouant, 
courant et se poursuivant sur l'herbe, des petites cuisines établies 
dans le creux des arbres ou bâties en terre et dans lesquelles se 
fabriquent le kébab et le café, quelques marchands d'eau fraîche, 
et des débitants de Loucoum, portant leurs balances, leur petite 
table ronde et leurs bonbons en étalage, des bateleurs juifs par- 
venant avec leurs farces grossières, à attirer autour d'eux un 
cercle de curieux; ajoutez encore au bord de la rivière un 
kiosque impérial, aujourd'hui abandonné, mais dont les ponts, 
les édifices, les jardins s'harmonisent bien avec la nature envi- 
ronnante, et vous pourrez peut-être vous faire quelque idée de la 
délicieuse sensation que j'ai éprouvée en contemplant ces lieux 
enchanteurs. Avec presque rien, le tableau est rempli sans être 
confus ; on le voit, on en jouit, sans avoir la peine de le regarder, 



— 176 — 

il vous environne, il vous saisit doucement, comme un rêve de 
bonheur. En d'autres temps de l'année, la plaine des Eaux 
Douces est plus animée et plus bruyante; une foule variée s'y 
presse et s'y coudoie ; les caïqs couvrent la rivière, les talikas, 
les arabas traînés par des bœufs circulent ou attendent; les femmes 
émaillent la prairie des milles couleurs de leurs féredgés, et ce coin 
du monde devient un lieu de plaisir et de bruit. Je ne regrette pas 
de l'avoir vu dans son calme naturel. 

Nous visitâmes le palais du sultan. Les portes des cours et des 
jardins étaient ouvertes et nous pûmes nous y promener à notre 
aise. C'est, ou plutôt c'était, une très-agréable habitation. Des pa- 
villons h colonnes de marbre, à toitures moresques, sont disposés 
sur les bords du Barbizès; des cascades ont été ménagées dans un 
canal aujourd'hui presque sans eau, et où l'on ne peut plus que 
les imaginer; les jardins négligés abondent en verdure. Dans un 
espace découvert s'élève un grand kiosque arrondi ; en mettant 
l'œil dans les intervalles de l'étoffe qui sert seule à le fermer, on 
aperçoit les colonnes dorées de l'intérieur, les divans et les canapés 
oh le maître se reposait en fumant. Près de là sont dressées des 
tables de marbre sur lesquelles on a tracé en lettres d'or des ver- 
sets du Koran, pour la prière du sultan, une estrade demi-circu- 
laire à trois marches, qui lui servait à monter à cheval. De là, et 
des balcons du palais principal, la vue s'étend, en une longue allée 
d'eau et de verdure jusqu'au village des Eaux-Douces, dont les 
maisons blanches brillent dans le lointain sur le versant de la col- 
line opposée. 

Pendant la promenade, nos caïqgis étaient venus nous rejoin- 
dre; nous remontâmes en bateau, après qu'ils eurent pris le café 
et mangé des carpouses, et nous descendîmes la rivière, en passant 
près d'un autre palais impérial. La solitude était devenue presque 
complète, et nous distinguâmes seulement dans la plaine une autre 
compagnie de chameaux, les uns debout, les autres reposés sur leurs 
genoux. Le soleil se couchait, lorsque nous arrivâmes à la hauteur 
d'Eyoub et je pus admirer encore une fois, sous l'influence d'une 
autre lumière, l'heureuse disposition de ce lieu. A quelque dis- 
tance, sur un bateau, un musulman faisait sa prière: je le regardai 
avec la sympathie que j'avais ressentie déjà en semblable occasion. 
Quelle est cette prière, que disait dans son cœur le batelier soli- 
taire? Elle doit être simple et belle, elle doit exprimer avec force 
une idée profondément religieuse, puisqu'elle inspire à ceux qui 
la répètent un recueillement si absolu, puisqu'elle élève h une si 



~- 17; — 

noble hauteur Tesprit des petits comme celui des grands. Le voya- 
geur Pococke raconte qu'une dispute s'étant élevée entre les 
Maures qui étaient sur son navire, et leur chef s'étant aperçu 
qu'ils allaient en venir aux coups, il entonna une litanie mahomé- 
tanc à laquelle ils répondirent, et tout fut apaisé. (1) Chez les 
musulmans, aujourd'hui encore, les incrédules et les négligents 
font exception. 

Nous voici rentrés dans la Corne cVOr; le soleil, descendu der- 
rière l'horizon, n'a plus laissé dans le ciel qu'une lumière douce 
et légèrement dorée, sur laquelle les édifices et les arbres de Stam- 
boul forment une silhouette originale, tandis que, sur la rive 
opposée, les collines de Galata et de Péra en sont encore illumi- 
nées. Un aqueduc antique et à demi-ruiné, dont les arceaux 
dominent les maisons du Phanar, produit surtout un admirable 
effet. Du côté de Galata, dans la cour d'une caserne turque, nous 
voyons des soldats nègres, dansant éperdument au son continu du 
tambourin, et des rondes fantastiques se dessinent dans la pénom- 
bre, comme une protestation vivante de la gai té contre les exi- 
gences de la discipline. De nombreux caïqs filent dans le canal; 
ils ramènent dans leur quartier, fort considérable, des familles 
juives, qui se sont un instant mêlées aux plaisirs de la foule. J'ai 
pu observer en cette occasion l'habileté des caïqdgis, qui, dans 
une course à toutes rames, lancés les uns sur les autres, par- 
viennent à s'avertir, à se tourner et à s'éviter. On tremble, ils 
vont se couper en deux; le temps de lever les yeux, on les trouve 
rangés et passant tranquillement à côté les uns des autres. 

La nuit arrive, avec un rayon de lune qui l'éclairé faiblement. 
Nous franchissons le pont de Galata, et les courants nous, forcent 
à faire un détour considérable pour regagner l'échelle de Scutari. 
Les bateliers nous déposent sur la rive, contents de 50 piastres 
que nous leur donnons, au lieu de 40 qui étaient convenues. La 
montée jusqu'à Baglar-Bachtchi était assez difficile, dans les rues 
mal pavées, peuplées de chiens et dépourvues de tout éclairage. 
Heureusement nous rencontrons le cafetier Suleyman-Effendi à 
cheval, et cet honnête homme, qui nous attendait, voulut absolu- 
ment que nous prissions son talika pour retourner chez nous. 

Lundis 9 septembre. — Il me restait à voir plusieurs monuments 
de Stamboul, les colonnes de Alarcien et d'Arcadius, l'aqueduc de 
Valens, une partie des murailles, diverses mosquées, etc. Mais, 



(1) Description de l'Orient, T. IV, p. 218. 

12 



— ilH — 

dans le peu de temps dont Je pouvais disposer, m'était-il permis de 
prétendre à ne rien laisser inobservé'? Je résolus de parcourir 
la ville, en m'arrêtant à tous les points qui me sembleraient 
mériter quelque attention. 

Le premier édifice qui se présente à moi est la mosquée de la 
sultane Validé, ou Yéni-Djami, qui a été bâtie pour la mère du 
sultan Mahomet IV. Cette mosquée se distingue par deux mina- 
rets à trois galeries, un dôme flanqué de quatre demi-coupoles et 
de plusieurs petits dômes, et une double galerie extérieure à co- 
lonnes de marbre et à arceaux moresques. Un portique carré, in- 
terrompu par deux portes opposées, environne la cour. Sous les 
voûtes de ce portique, plusieurs familles ont établi leur domicile ; 
on y voit des lits, des couvertures entassées, des femmes cou- 
chées. Plus loin, une sorte d'assemblée solennelle paraît se tenir. 
Un vieux musulman, de belle et noble apparence, au visage doux 
et bienveillant, est assis à genoux et appuyé contre une colonne. 
Une douzaine de personnages l'entourent et s'asseyent comme lui; 
puis arrive un nouvel assistant, qui lui donne une double accolade. 
Alors, le vieillard prend la parole et prononce un long discours ; 
les autres parlent après lui chacun à leur tour. Qu'était-ce que 
cette assemblée et quels en étaient les membres? Je ne pus me 
livrer qu'à des conjectures. 

Autour de la mosquée de Yéni-Djami, est établi un marché oti 
règne une grande animation. On y voit étalés des assortiments 
nombreux de vêtements tout faits, les uns légers, les autres 
épais et fourrés, des pardessus, des objets de coutellerie, dont la 
plus grande partie m'a paru venir de France et d'Angleterre, des 
armes, des poignards damasquinés, de la feronnerie, des étoffes, 
du savon, etc. Parmi les boutiques de ce marché, il y a des bou- 
cheries, des rôtisseries oti opèrent des faiseurs de kébab, etc. 

En quittant ce quartier, je me suis dirigé vers le sérail (palais), 
qui occupe la rive la plus occidentale de Stamboul et l'emplace- 
ment de l'Acropole de l'antique Bysance. Construit par Maho- 
met II, affecté d'abord à la résidence des femmes des sultans 
morts, habité ensuite par les sultans eux-mêmes, qui laissèrent 
pour s'y installer l'Eski-Serail (aujourd'hui le Seras kiérat), le 
sérail a repris sa destination primitive, quand Abdul-Medjïd s'est 
transporté au palais de Dolma-Bachtchi. Il est entouré de toutes 
parts de murailles crénelées, et flanqué de tours, qui, du côté de 
la mer, se confondent avec les murs de la ville. Cette vaste en- 
ceinte présente à peu près la forme d'un œuf dont on aurait coupé 



- i7l) 



irrégulièrement une des extrémités ; l'autre extrémité est ce cap 
célèbre que l'on désigne sous le nom de Pointe-du-Sérail. Elle 
comprend une multitude de bâtiments, de portes, de cours, de 
jardins, une haute tour carrée, l'ancienne église de Sainte-Irène, 
bâtie par Constantin et transformée en arsenal, le palais propre- 
ment dit du sultan, les écuries, le pavillon des eunuques noirs, 
la caserne des bostandgis, les cuisines, avec leurs petits dômes 
surmontés de longues cheminées, de nombreux kiosques, entre 
autres ceux du harem, la colonne de Théodose, en granit noir, 
couronnée d'un chapiteau corinthien, la colonne de Gul-Hané, la 
porte Auguste ou Bab-Humaioun, en marbre blanc avec des co- 
lonnes de vert antique, la charmante fontaine d'Ahmet III, et 
quelques constructions faites lors de la guerre de Crimée. 

Je n'ai vu le sérail qu'en passant ; certaines parties sont ouvertes 
au public, dans d'autres on ne pénètre qu'avec un fîrman et d'autres 
sont tout à fait fermées. Les jardins, peuplés d'arbres séculaires 
(fui y croissent en liberté et y répand£nt un délicieux ombrage, 
ont un singulier attrait; les édifices, élevés sans ordre, n'offrent 
rien de bien remarquable que leurs couleurs variées et les gril- 
lages de leurs fenêtres. Mais la position est admirable, et elle 
montre une fois de plus chez le peuple Turc, l'instinct des beaux 
sites que j'avais déjà observé et qui avait frappé également 
M. de Lamartine. 

Après avoir passé près de Sainte-Sophie et traversé l'At-Meï- 
dan, dont les monuments demandent une longue étude, j'ai re- 
joint les murailles de Stamboul, dans lesquelles on retrouve en- 
core, mais plus rarement que sur les rives de la Corne-d'Or, la 
disposition des grandes pierres entremêlées de briques. Dans 
cette partie de la ville, que baigne la mer de Marmara, le mouve- 
ment ordinaire d'une grande capitale a tout à fait disparu. 
Quelques jardins, dont la verdure monte au-dessus de leur clô- 
ture, d'immenses terrains vagues, qui semblent avoir été dévas- 
tés par le feu, quelques pauvres habitations et une jolie petite 
mosquée, voilà ce que j'y ai rencontré. Les rues, au moment où 
je les parcourais, c'est-à-dire vers trois heures, étaient absolu- 
ment désertes ; on entendait dans les intérieurs quelques bruits 
d'enfants qui jouaient; mais à l'extérieur, rien ne paraissait. 
Point de boutiques, point d'ateliers de travail. Les femmes 
étaient enfermées, les hommes avaient quitté la maison. 

Mon retour ne s'est pas accompli sans difficulté. Après avoir 
une première fois perdu" mon chemin, j'étais parvenu à gagner 



— 180 — 

la belle mosquée Osmanié, puis celle de Bajazet et enfin le grand 
bazar. Mais là, dans le dédale des rues qui s'y croisent , mon 
embarras recommença. Je voulus interroger, en me servant tour à 
tour du grec, du français et de l'italien ; on ne m'entendit pas 
ou on eut l'air de ne pas m'entendre. Les derniers marchands 
auxquels je m'adressai parurent se méprendre sur le sens de mes 
questions et refusèrent durement de me répondre. La nuit appro- 
chait, ma perplexité devenait pénible. Enfin, par bonheur, en 
marchant au hasard, je me trouvai hors du tsarsi dans une rue 
que je connaissais, et je pus arriver au bateau à vapeur qui me 
ramena à Scutari. 

Mercredi, \i septembre. — C'était le jour fixé pour le départ; 
nous 'avons fait nos remercîments et nos adieux aux bons amis 
qui avaient exercé l'hospitalité envers nous avec tant de grâce, et 
un caïq nous a transportés, nous et nos bagages, de l'échelle 
de Scutari sur le pont de l'Europa, bâtiment à vapeur du Lloyd 
autrichien, en destination pour Smyrne. 

Nous voici en marche. Encore quelques regards sur cette con- 
trée qu'il faut quitter et que j'ai trop peu vue ! Une terre, cour- 
bée en un immense demi-cercle, se penche doucement vers les 
eaux azurées du Bosphore ; cette terre, qui porte la vieille By- 
sance, la ville des empereurs et des sultans, n'a point d'égale au 
monde pour la grandeur pittoresque, pour la brillante variété des 
tableaux offerts à ceux qui la contemplent. Soit qu'à la naissance 
du jour, elle sorte des vapeurs transparentes du matin, soit que 
le soir, le soleil la colore amoureusement de ses derniers feux, 
Constantinople est toujours belle et séduisante. On ne peut la voir 
sans être charmé. J'ai cherché à rendre de mon mieux l'impres- 
sion qu'elle a produite en moi au moment où, du haut du pont du 
Phase, je l'apercevais pour la première fois ; plume impuissante ! 
Je sens combien elle a trahi mes efforts. Que dirai-je aujourd'hui? 
Comment peindrai-je cette fois Constantinople? Vanter la magie 
des couleurs, dont l'éclat est à la fois si vif et si doux, la souplesse 
des lignes, le mélange heureux des arbres et des habitations, la 
disposition originale desédifîces, dômes étincelants, tours superbes, 
minarets élancés, le jeu harmonieux de la lumière et de l'ombre 
sur tous les objets, est-ce faire passer dans l'esprit des autres 
l'enthousiasme que ces merveilles inspirent quand on les voit? 
Ne vaut-il pas mieux se contenter des jouissances d'une admira- 
tion muette ! 

Cependant le navire s'éloigne, les objets diminuent et Cons- 



— 181 — 

tantinople s'efface peu à peu ; ce sont tour à tour de nouveaux 
aspects, de nouveaux tons, beaux et saisissants encore. Puis, tout 
se fond, et les minarets se distinguent seuls, laissant une ligne 
blanche dans la pénombre bleuâtre qui environne les rives du 
Bosphore. Enfin, on cesse de percevoir les lignes et les couleurs ; 

le soleil se couche dans les splendeurs de l'horizon Constan- 

tinople n'est plus pour moi qu'un souvenir. 



— 183 — 

LES SOCIÉTÉS PROVINCIALES 

DE BRIE ET DE CHAMPAGNE AU DIX -HUITIÈME SIÈCLE. 

PAR M. LE COMTE B. d'hARCOURT, 
Membre fondateur ( Section «le Provins. ) 



Messieurs, les Sociétés qui s'occupent, soit d'archéologie, soit 
de lettres, soit de sciences, ont, comme les individus, des devoirs 
vis-à-vis de leurs ascendants; et parmi ces devoirs vous trouverez 
peut-être qu'on doit ranger celui de mentionner quelquefois leur 
nom, d'évoquer leur souvenir, de rappeler leur existence. Les 
sociétés qui se fondent de nos jours ont quelque intérêt à jeter, de 
temps à autre, un regard sur les associations qui les ont pré- 
cédées, qui ont vécu et fonctionné dans la même région, à une 
autre époque. Mon désir est de vous parler un instant des sociétés 
provinciales de Brie et de Champagne, au xv!!!"" siècle. Je serai, 
sur ce sujet, aussi bref que je le pourrai; car je me ferais et vous 
me feriez un reproche d'employer, à vous parler des sociétaires 
d'autrefois, une partie notable du temps qui sera si utilement 
consacré à entendre les intéressants travaux des sociétaires d'au- 
jourd'hui. 

Il y a peu de chose à dire des sociétés champenoises, au com- 
mencement du xviii" siècle; soit que le mouvement de l'opinion 
publique ne se dirigeât pas de ce côté, soit que ses manifestations 
rencontrassent des obstacles, on n'aperçoit pas du tout, dans les 
premières années du xviii'' siècle, cette tendance à se réunir, à 
s'entretenir en commun des questions générales, qui devient si 
marquée un peu plus tard. La grande atïliire locale, qui passionna 
les esprits pendant cette première période, fut la querelle des vins 
de Champagne et des vins de Bourgogne. Ce débat, qui donna 
lieu à une polémique si vive, avait eu, à son origine, des propor- 
tions restreintes : Deux jeunes étudiants, originaires de la Bour- 
gogne, ayant à soutenir leur thèse devant la Faculté de médecine 
de Paris, embarrassés peut-être de choisir un sujbt, et ne se dou- 
tant pas de l'orage qu'ils allaient soulever, attribuèrent au vin de 
Champagne de graves défauts, au point de vue hygiénique. Suivant 
eux, ce vin attaquait les nerfs, donnait naissance aux affections 



— 184 — 

goutteuses, et c'était avec grande raison que Fagon, premier mé- 
decin de Louis XIV, lui en avait interdit l'usage. Cette thèse eut 
du retentissement et ne tarda pas à être connue à Reims, où elle 
produisit l'impression la plus lâcheuse. Plusieurs habitants de la 
ville s'associèrent pour relever le gant par une publication, qui 
eut lieu en 1700. 

Malheureusement, ils n'eurent point la sagesse de rester sur le 
terrain de la défense; ils prirent aigrement l'offensive, prodi- 
guèrent le mépris au vin de Bourgogne, et lui rendirent outrage 
pour outrage. Une étourderie déjeune homme mettait ainsi deux 
provinces aux prises. Les Bourguignons répliquèrent, et ne se 
firent pas faute d'employer des arguments blessants : a Le vin de 
Champagne, disaient-ils, est faible, mou, aqueux, et manque de 
cette qualité qu'on nomme générosité; il ne doit sa réputalion 
qu'aux m'nistres Letellier et Colbert, qui, ayant des propriétés 
près de Reims et voulant en accroître le revenu, avaient vanté 
outre mesure les produits qui en sortaient. » Les Champenois, 
dans un nouveau factum, soutinrent que ni Letellier, ni Colbert 
n'avaient jamais possédé de vignobles en Champagne; que la célé- 
brité de leurs crûs était bien antérieure à ces deux ministres; 
qu'à la vérité, les personnes qui accompagnaient Louis XIV à son 
sacre, ayant eu occasion de boire du vin des environs de Reims, 
en parlèrent plus tard avec éloge, et contribuèrent à en répandre 
le goût, mais que le vin de Champagne devait sa renommée à ses 
mérites, et non point à la faveur. 

Tout cela fut dit avec une extrême animation, en prose et en 
vers, en français et en latin. Pour assigner le rang des vins, on 
versa des flots d'encre. Les journaux de l'époque se posèrent en 
champions de l'un ou de l'autre des deux adversaires, et mirent h 
défendre leurs clients une ardeur qu'ils ne pouvaient déployer en 
d'autres matières. 

Imprimeurs et journalistes étaient astreints, par la législation 
du temps, à des règlements sévères; les peines corporelles, et 
même la pendaison, étaient prononcées contre ceux qui conlre- 
veuaient aux édits défendant de rien publier sans être spécialement 
autorisé à cet effet. Mais, quand les vins de Champagne et de 
Bourgogne étaient seuls en cause, on laissait une grande latitude 
aux écrivains, lesquels étaient charmés de trouver un sujet qui 
intéressait tout le monde et qui ne portait ombrage h personne. 

A mesure qu'on avance dans le xviii" siècle, la situation se pré- 
sente sous un nouvel aspect; les lois restent les mômes, mais elles 



— 185 — 

sont modifiées parles mœurs; les intérêts purement locaux ne 
prennent plus, dans les préoccupations de chacun, une place 
exclusive. Les réunions, les associations de toute sorte deviennent 
un des besoins de la province; elles s'établissent avec l'assenti- 
ment et le concours du gouvernement. Tout le monde était frappé 
des avantages que présentait la création, sur un grand nombre de 
points, de centres intellectuels oii l'on put échanger et mûrir ses 
idées, se connaître, s'encourager et s'éclairer mutuellement. On 
comprenait que faute de cette excitation salutaire, beaucoup de 
bons esprits restaient ignorés et inutiles, semblables à ces tisons 
épars dans un foyer, qui s'éteignent si on les laisse isolés, et qui 
projettent la chaleur et l'éclat si on les rapproche. 

Le laps de temps qui s'est écoulé de 1750 à 1789, est peut-être 
la période la plus brillante des sociétés provinciales. On y agitait les 
sujets les plus élevés et les plus délicats; ainsi, l'Académie de Ghâ- 
lons- sur-Marne, qui était une des plus marquantes, mettait au 
concours, ou faisait discuter dans son sein, les questions suivantes: 
Quel est le meilleur système d'éducation pour l'ensemble de la na- 
tion? — Quelles sont les lois pénales les plus efficaces pour conte- 
nir et réprimer le crime, en ménageant l'honneur et la liberté des 
citoyens? ~ Quels perfectionnements pouvaient être apportés au 
mode d'administration de la Champagne? — Quels seraient les 
moyens les plus propres à y créer de nouvelles routes, en amé- 
liorant la condition des travailleurs? — Un ingénieur des ponts 
et chaussées, M. Viallet, développait, devant ses collègues de 
l'Académie châlonnaise, un plan pour établir dans le royaume 
une seule mesure et un seul poids. — Un médecin distingué, le 
docteur Gellé, se livrait à des études comparatives pleines d'in- 
térêt, sur la proportion dans laquelle la population s'accroissait. 
On voit que l'Académie de Ghâlons ne craignait pas d'aborder les 
sujets les plus vastes et les plus variés. D'autres sociétés spécia- 
lisaient leurs efforts et s'occupaient, les unes de beaux-arts, les 
autres de sciences; à Reims, deux sociétés s'étaient fondées, vers 
1750. Jean Hélard était à la tête d'une Académie de peinture et de 
sculpture. Dans la même ville, une association, qui portait le nom 
de Société d'émulation, se réunissait au couvent des Augustins ; 
on y entendait, non-seulement des habitants de la localité, mais 
des savants venus du dehors. Le célèbre physicien Pilatre de 
Rosier et l'abbé Nollet, dont les leçons et les ouvrages scienti- 
fiques avaient alors une .grande réputation, y firent ce qu'on 
appellerait aujourd'hui des conférences. L'agriculture eut aussi sa 
part dans le mouvement qui portait les hommes du xviii'' siècle 



— 186 — 

à mettre leurs observations et leurs connaissances en commun, 
pour les rendre plus fécondes. Les comices agricoles ont com- 
mencé à fonctionner, dans la région qui nous entoure, dès 1761. 

C'est au commencement de cette année que se fonda une asso- 
ciation appelée Société royale d'agriculture, dont le ressort s'éten- 
dait sur toute la généralité de Paris; elle se divisa en sections, 
dont l'une comprenait la Brie et avait son siège à Meaux. On 
trouve, dans ses procès-verbaux, le reflet des discussions très- 
animées auxquelles l'état de l'agriculture et la législation des 
céréales donnèrent lieu à cette époque. Tout ce qui se rapportait 
aux conditions de production de la terre était alors l'objet d'une 
sorte d'enquête permanente. Le recueil des procès-verbaux dont 
je parle, contient un questionnaire en 54 articles, destiné à faire 
connaître la situation et les besoins de la population rurale. 

La Société royale d'agriculture ne se contentait pas de discuter; 
elle agissait et subventionnait. Des prix étaient donnés par elle à 
ceux qui obtenaient la récolte^ de froment la plus abondante, sur 
un terrain de cinq arpents, entièrement travaillé à la charrue; elle 
distribuait des semences, donnait de la publicité à tout ce qui pou- 
vait intéresser les habitants des campagnes, et cherchait à propa- 
ger les meilleures méthodes de culture, à l'aide d'encouragements 
pécuniaires qui représentaient une somme considérable. 

En dehors de ces associations, il y en avait encore d'autres dont 
l'importance était moindre et dont je ne parle pas, parce qu'il 
faudrait entrer dans des explications assez longues, pour montrer 
l(îs tendances qui se cachaient parfois sous des dénominations 
excentri(iues et sous des apparences un peu frivoles. Les limites 
de temps dans lesquelles je dois me renfermer, et que j'espère 
n'avoir pas dépassées, m'ont obligé à indiquer seulement les prin- 
cipales sociétés qui ont existé dans la Brie et dans la Champagne, 
au xviii" siècle. J'ai cru qu'une mention, môme sommaire et in- 
complète de ces so^iétés, ne serait pas jugée inopportune dans une 
réunion de personnes habitant le même sol, continuant la même 
œuvre, faisant des choses d'autrefois une de ses préoccupations 
principales, acceptant l'héritage de ses devanciers pour- le trans- 
mettn!, accru et amélioré, à ses successeurs. Il semble, en effet, 
qu'aux sociétés comme celle qui tient aujourd'hui sa séance à 
Coulommiers, on pourrait appliquer avec justesse cette pensée 
d'un ancien poète : « Tout ce qui prend ses racines dans le passé a 
pour feuillage l'avenir. » 



— 187 — 

UN CONCOURS MUSICAL AU XVIP SIÈCLE. 

DEUX MAITRES DE CHAPELLE DE L'ÉGLISE CATHÉDRALE DE MEAUX 

SOUS LOUIS XIV ET BOSSUET. 

PAR M. TORCIIET , 
Membre fondateur ( Section de Meaux ). 



Lorsqu'on lit les chroniques du temps de Louis XIV, on est 
surpris qu'elles ne le montrent pas comme un grand homme. Jamais 
prince, en effet, n'excita autant de haines jalouses; peu de rois 
eurent à lutter, au dehors, contre des ennemis aussi acharnés ; au 
dedans, contre tant d'erreurs et de préjugés. 

Et cependant, quel siècle plus glorieux étonnera les races fu- 
tures? Quel règne a répandu autour de lui une auréole plus lumi- 
neuse de gloire et de majesté? Paris est le centre des lettres : 
Racine, Molière, Bossuet, Fénelon, Mansard, Le Nôtre, semblent 
s'être donné rendez-vous, pour créer ce siècle grand, ce siècle 
illustre entre tous. 

La plus grande gloire de Louis XIV, sans contredit, c'est d'a- 
voir excité, dirigé le mouvement des arts, qui prirent un si grand 
essor sous son règne, et de s'être montré, à part quelques rares 
exceptions, généreux, prodigue même, envers les hommes d'élite 
qui les cultivaient. La musique et les musiciens furent surtout, de 
sa part, l'objet d'une protection spéciale. 

Transportez-vous, par la pensée, en l'année 1683. Déjà, à cette 
époque, un événement remarquable s'était accompli. Le premier 
parmi tous les rois, Louis XIV avait pris sous sa protection le 
spectacle nommé opéra, h la splendeur duquel devaient concourir 
tous les beaux-arts, mais seulement pour faire cortège à la mu- 
sique, qu'on entourait ainsi à son berceau de luxe et d'éclat, comme 
un enfant d'un sang royal. 

A cette époque, Lulli tenait en France le sceptre de l'art. 

Amené de Florence à Paris [;ar le chevalier de Guise, Lulli 
avait préludé à sa brillante carrière de compositeur dramatique, 
par un modeste emploi de marmiton, dans les cuisines de M'"" de 
Montpensier. Bientôt le Florentin a déserté les fourneaux; il s'est 



— 188 — 

élancé dans la grande bande des violons du roi, et c'est à lui qu'on 
s'adresse pour composer la musique des divertissements de la 
cour, divertissements où figuraient les plus grands personnages 
de France, et dans lesquels Louis XIV lui-même ne dédaignait 
pas de déployer les grâces de sa personne. 

Autour de Lulli, dominateur jaloux, on voyait un groupe assez 
nombreux de bons musiciens, que son humeur envieuse savait tenir 
à distance. 

C'était l'abbé Henry Dumont, sous-maître de chapelle du roi, 
excellent compositeur et organiste, qui, par un scrupule religieux, 
et pour obéir aux décisions du concile de Trente, refusa longtemps, 
malgré le désir de Louis XIV et les conseils de l'archevêque de 
Paris, Mgr de Harlay, d'ajouter à ses motets des accompagne- 
ments d'orchestre. Sa messe en plain-chant, si bien connue sous 
le nom de messe de Dumont, est encore, de nos jours, appréciée 
et entendue avec plaisir, au milieu des pompes du culte catho- 
lique. 

C'était Michel de Lalande, auteur de motets estimés, qui, refusé 
par Lulli comme violoniste, de dépit brisa son instrument et re- 
tourna à l'étude de la composition. 

C'étaient encore Guillaume Minoret, Marc-Antoine Charpentier, 
Loulié, professeur et théoricien, premier inventeur du métro- 
nome. Marchand, Couperin, et d'autres que je m'abstiens de 
nommer. 

Il n'est pas. Messieurs, que vous ne vous rappeliez ces vers de 
Boileau : 

Mùlii'u'e, avec Tartufe^ y doit jouer sou rôle; 

Kl Lambert, qui plus est, m'a douné sa parole. 

C'est tout dire, en un mot, et vous le connaissez. 

— Quoi ! Lambert? — Oui, Lambert : à demain. — C'est assez. 

Vous VOUS demandez quel était ce Lambert, dont le donneur de 
festins faisait en ti^cvoir la présence comme une bonne fortune, que 
n'égalait pas même celle de Molière? Lambert était le musicien 
par excellence, sous Louis XIII et sous Louis XIV. Il chantait, 
jouait du luLli, du Ihéorbe et du clavecin et, déplus, composait 
de fort jolis airs. Jamais artiste ne fut plus à la mode; de la place 
Royale à la rue Saint-Denis, dans les salons de la noblesse comme 
dans ceux delà finance et de la ])ourgcoisie, on se disputait la faveur 
de le posséder; il était l'âme des fêli.'S et dos réimions inlimos. 



— 189 — . 

Partout on l'invitait, mais ne l'obtenait pas qui voulait; le qui 
plus est des vers de Boileau en fournit la preuve. 

Quand La Fontaine veut donner une idée de la perlection du 
chant, dans sa fable le Lion, le Singe et les deux Anes, il dit : 
(( Vous surpassez Lambert. » 

Tel était ce Michel Lambert dont le nom, comme celui de Phi • 
lidor, fut porté par une famille nombreuse d'artistes. Parmi eux, 
je ne saurais ici passer sous silence Charles Lambert, professeur 
de piano au Conservatoire, dont le gendre, Théodore Labarre, 
peut compter parmi les illustrations musicales de notre époque, 
et dont la fille, Honorine Lambert, soutient encore aujourd'hui, 
dans notre ville de Meaux, l'honneur musical attaché à ce nom 
célèbre parmi les musiciens. 

Transportez- vous par la pensée, vous disais-je, à cette année 
digne d'être mentionnée dans les annales de la musique. Louis XTV 
proiite des loisirs que lui laissent ses gigantesques entreprises, 
ses travaux d'administration intérieure et les intrigues du palais, 
pour régénérer la musique de sa chapelle. 

Pour y parvenir plus promptement , les abbés Dumont et 

Robert, après avoir été récompensés de leurs services, sont mis 

à la retraite; et, malgré le préjugé de cette époque, qui réprouvait 

l'usage des violons dans les églises, l'orchestre est définitivement 

introduit dans la musique sacrée. 

Lulli, surintendant de la musique du roi, propose alors de par- 
tager le service de la chapelle par quartiers; lisait que l'ennui 
naquit un jour de l'uniformité : il veut que l'introduction d'un plus 
grand nombre de compositeurs donne plus de variété au genre de 
musique que la cour entendra dans le temple saint. 

Le roi décide donc qu'il soit ouvert un grand concours musical, 
auquel pourront prendre part tous les musiciens du royaume. 
Tous devront faire chanter des motets, pour que l'on puisse 
plus facilement juger quels sont ceux qui sont capables de pos- 
séder, non-seulement les deux nouvelles charges, mais encore les 
deux anciennes, remplies jusqu'à ce jour par les deux sous-maîtres 
de la chapelle royale, vieux et malades. 

Voilà, Messieurs, l'idée principe des concours, l'origine de ces 
tournois pacifiques qui, dans notre siècle, excitent une si puissante 
et si heureuse émulation parmi tous les artistes. 

De toutes parts on répondit à, l'appel du roi. Les direc- 
teurs des maîtrises, les chapelains des cathédrales se préparèrent 
à la lutte. Des artistes de premier ordre, des virtuoses distin- 



— m) — 

gués, des chanteurs émérites se disposèrent à entrer- dans la lice. 

Trente-six concurrents se présentèrent , parmi lesquels oj^ 
remarquait Lorenzani, Nivers, Fossard, Mignon, Dcsmarets, 
Lesueur. 

C'est que tous désiraient s'attacher au grand roi par le triple 
lien de l'intérêt^ de la reconnaissance et de leur propre gloire. 

Où, en effet, auraient-ils trouvé un patronage plus intelligent, 
plus généreux et plus noble? On auraient-ils rencontré un auditoire 
plus capable d'apprécier leurs talents que cette cour si brillante, 
si spirituelle, si passionnée pour tout ce qui était grand et beau? 

Aussi, la lutte fut vive et acharnée, le prix disputé avec 
ardeur. 

Parmi tous ceux qui s'étaient distingués le plus par leur mérite, 
huit musiciens avaient été surtout jugés dignes de la haute mission 
qui devait -leur être confiée. Louis XIV voulut, — usage qui se 
pratique encore de nos jours, pour le concours du prix de Rome, 
— qu'on enfermât ceux qui devaient entrer dans la lice, chacun 
séparément, pour composer la musique du psaume Beati quorum. 
Conformément à cet ordre, les huit concurrents furent gardés 
dans une maison, les portes closes, et traités pendant six jours 
aux dépens du roi, sans communiquer avec personne. Chacun 
travailla de son mieux sur le thème donné, et l'émulation fut telle 
qu'elle donna à leur œuvre, si l'on s'en rapporte au verdict du 
jury, uns parfaite égalité de mérite. 

Un semblable jugement vous étonne. Messieurs. Il prouve en 
effet, jusqu'à l'évidence, que les appréciations des jurés ne furent 
pas sérieuses; nous ne saurions admettre que huit compositions^ 
sur un même sujet, pussent présenter une entière similitude de 
valeur. 

Sur les huit rivaux, quatre candidats étaient principalement 
recommandés à la bienveillance de Louis XIV. 

Minoret avait un puissant protecteur dans l'archevêque de 
Reims, Charles-Maurice Letellier, premier pair ecclésiastique de 
• France, et maître de chapelle en titre du roi. 

De son côté, Luîli, tout puissant auprès de Louis XIV, recom- 
mandait fortement son élève Colasse. 

La musique du disciple ne faisait pas beaucoup d'honneur au 
maître, témoin cette épigramme faite sur un opéra dû à la colla- 
boration de Gampistron et Colasse : 

Entre Gampistron et Colasse, 
Grand débat s'émeat au Parnasse, 



— I!)l — 

Sur ce que l'opéra n'a pas un sort heureux. 
De son mauvais succès nul ne se croit coupable; 
L'un dit que la musique est plate et misérable. 
L'autre que la conduite et les vers sont affreux; 
Et le grand Apollon, toujours juge équitable, 
Trouve qu'ils ont raison tous deux. 

Un troisième prétendant à la place en litige mérite de fixer 
notre attention. C'est l'abbé Goupillet , le directeur de notre 
maîtrise, le maître de musique de l'église de Meaux. L'abbé Gou- 
pillet ne s'était pas encore fait connaître par quelque œuvre im- 
portante; jusqu'alors, il était resté inconnu. Toutefois, s'il n'était 
pas un musicien fort habile, du moins passa-t-il, dans cette cir- 
constance solennelle, pour un habile homme, car il parvint, à 
force de sollicitations et d'intrigues, à se faire un parti puissant à 
Versailles. Notre maître de chapelle, dont on ne saurait cependant 
contester le zèle intelligent, zèle qu'il déployait dans la majesté 
des offices de l'église épiscopale, se trouvait aidé et encouragé par 
Bossuet. 

Vous savez, Messieurs, que la manière de vivre du grand 
évêque de Meaux, dans sa famille et avec ses amis, était toujours 
noble et amicale ; toujours il recherchait les occasions de rendre 
service à ceux de ses gens qui lui étaient attachés. C'était à ses 
témoignages et à son crédit qu'un grand nombre d'entre eux 
étaient redevables des places honorables qu'ils remplissaient à 
Paris et à la cour. 

« On croit, disait le vertueux prélat, que je ne pense qu'à mes 
livres; voyez si ce que je viens de faire pour tel et tel n'est pas 
convenable. » Aussi, la reconnaissance se réunissait-elle à tous 
les sentiments d'estime et d'admiration qu'il commandait à ceux 
qui l'approchaient. 

Goupillet profita de cette bienveillance naturelle de son évêque, 
pour se faire appuyer par lui auprès de la Daupliine, dont il était 
le premier aumônier. Il était encore recommandé par l'abbé 
Robert, qui se retirait delà maîtrise de Paris, et qui avait supplié 
le roi de vouloir bien agréer son protégé. 

Lesueur , maître de musique de Notre - Dame de Rouen, 
figurait aussi parmi les concurrents à la place de maître de cha- 
pelle du roi. Musicien d'un génie fécond, nourri de fortes études, 
cet artiste réunissait toutes les conditions de mérite et de capacité 
désirable-. Mais comme il ne comptait, parmi les hommes in- 
fluents de l'époque, aucun personnage qui se chargeât d'appuyer 



— 192 — 

chaudement sa candidature, il avait désiré se faire connaître, 
avant d'aborder le concours, par une œuvre sérieuse et de haute 
portée. Il avait donc fait exécuter un de ses motets à la messe 
du roi : c'était le psaume lxx. 

Au septième verset, cadent à latere tuo (vos ennemis tomberont 
à votre gauche), Lesueur, pour se conformer au goût du temps, 
avait joué sur le mot cadent, en faisant descendre tour à tour 
chaque partie sur une roulade, qui se terminait au grave, afin 
d'imiter la chute d'un homme roulant du haut d'une montagne. 
Le roi el toute sa cour écoutaient le motet avec une grande 
attention, lorsqu'un plaisant, frappé de l'effet de cette combinaison 
musicale, s'écria : « En voilà un à bas^ qui ne se relèvera pas ! » 
Cette plaisanterie avait fait fortune, tout le monde avait ri aux 
éclats, et le roi avait partagé l'hilarité générale. 

Cependant Louis XIV se rappelant qu'il était dans le temple du 
seigneur avait réprimé cette saillie de gaité ; le motet continuait, 
le silence s'était rétabli. 

Au dixième verset Et flagellmn non appropinquabit (et le fouet 
ne vous atteindra pas). Lesueur qui ne s'était pas mis au-dessus 
de toutes les puérilités scholastiques, avait trouvé un nouvel effet 
au mot flagellmn (fouet), en imitant le bruit, long, aigu, sifflant 
des fouets et des disciplines. « Oh ! dit un autre plaisant^, depuis 
que ces gens-là se fouettent ils doivent être tout en sang.» Un 
rire homérique avait agité l'assemblée et le motet s'était trouvé 
étouffé sous une grêle de bons mots et d'épigrammes. Malgré 
son mérite éminent, Lesueur avait dû renoncer aux espérances 
qu'il avait conçues. Ses rêves d'avenir s'étaient évanouis sous 
d'inintelligents et vulgaires sarcasmes. 

Le service de la chapelle royale fut donc reparti entre Goupillet, 
Golasse, Minoret et Lalande, qui ne devait cette position qu'à son 
talent et à la haute opinion que Louis XIV en avait conçu. 

Le quartier de janvier avait été confié au maître de chapelle de 
notre cathédrale; celui d'avril à Lalande; celui de juillet à Colasse, 
et le quartier d'octobre était échu à Minoret. Mais le protégé de 
Bossuet se trouva fort embarrassé pour se maintenir dignement 
au poste qui lui avait été assigné ; car, il faut bien le dire, s'il 
l'avait brigué, c'était plutôt par vanité que par envie et espérance 
de l'obtenir, ses motets n'avaient pas toujours le bonheur de plaire 
aux oreilles des seigneurs et des dames de la cour. Toujours sa 
présence à la chapel'e était accueillie avec les préventions les 
plus hostiles. 



— 493 — 

Une certaine année, le quartier du pauvre musicien allait com- 
mencer. « En voilà pour trois mois de supplice, disait M. de 
Noailles, qui avait confié l'éducation musicale de ses filles à La- 
lande. » Vraiment, répondait la marquise de Nangis, le quartier 
de Goupillet devrait venir en carême ; le chapelain de l'église de 
Meaux infligerait une pénitence salutaire à nos oreilles. M. Bos- 
suet, ajoutait la maréchale d'Estrées a eu une malheureuse dis- 
traction, il a placé son protégé dans le sanctuaire et lui a donné 
le bâton de mesure ; mais c'était à la porte de l'église qu'il fallait 
laisser Goupillet en lui mettant un goupillon à la main. 

Telles étaient, Messieurs, les épithètespeu flatteuses qui accom- 
pagnaient l'arrivée de notre maître de chapelle à la cour de Versailles. 
Cependant le quartier de janvier s'ouvrit, et au lieu de lourdes 
et monotones mélodies auxquelles on s'attendait , on fut tout sur- 
pris d'entendre un motet plein d'éclat et de vigueur sur le psaume 
dominus regnavit, exsultet terra. Le roi était ravi, transporté, et tous 
les seigneurs de la cour, vrais moutons de Panurge, conformant 
leur physionomie sur celle du monarque, lui disaient du regard 
qu'ils éprouvaient une admiration au moins égale à la sienne. 

Contre l'attente générale, et en dépit des sarcasmes, Goupillet 
eut un vrai triomphe. Chacun manisfestait sa surprise et son 
étonnement. Larochefoucault rencontrant Bossuet dans une gale- 
rie de Versailles, lui dit : « Par Dieu. Monsieur, j'étais bien sûr 
que vous ne pouviez mettre la main sur un homme médiocre, et 
que le talent du directeur de votre maîtrise se révélerait tôt ou 
tard. » Bossuet s'inclina et passa sans mot dire. 

D'où venait donc ce changement, cette métamorphose subite 
dans l'appréciation du talent musical de l'abbé Goupillet ; c'est 
que notre musicien pour faire honneur à sa réputation et ne pas 
compromettre l'évêque de Meaux, à qui il était redevable de sa 
position, avait eu recours, moyennant finance, à Desmarets 
ieune artiste d'un mérite réel, mais pauvre et inconnu. Desma- 
rets composait la musique, et Goupillet la faisait exécuter, comme 
si lui-même fût l'auteur des mélodies qu'il achetait à un prix dé- 
battu à l'avance. 

C'est ainsi que Goupillet brilla pendant douze ans dans son 
emploi, et parvint à fermer la bouche à ses détracteurs. Mais à la 
fin, soit malice, soit besoin, Desmarets voyant le succès de ses 
compositions, révéla le secret et confia à plusieurs personnes le 
mystère du nouveau talent musical du maître de chapelle. 
Informé de cette supercherie, Louis XIV fit venir le protégé de 

13 



— 194 — 

Bossuet, et lui demanda si les motets qu'il faisait exécuter lui ap- 
partenaient : « Assurément, Sire, répondit le maître de chapelle, 
ils sont à moi, au même titre que les sermons de l'abbé Roquette 
sont à lui. 

On dit que l'abbé Roquette 
Prêche les sermons d'autrui, 
Moi qui sais qu'il les achète, 
Je soutiens qu'ils sont à lui. » 

Un sourire effleura les lèvres du monarque. — Et, dit le roi, 
avez-vous payé le prix convenu pour ces motets? — Sire, j'ai rem- 
pli mes engagements avec une scrupuleuse exactitude. 

Louis XIV indigné, fît défendre à Desmarets de paraître de- 
vant lui, et obligea Goupillet à donner sa démission. 

Pour achever l'histoire de notre maître de chapelle, il me reste 
à vous dire que le roi, en lui accordant sa retraite, ajouta un cano- 
nicat à un bénéfice dont il jouissait, de sorte que les dernières 
années de notre bon abbé s'écoulèrent fort paisiblement au milieu 
des douceurs d'une honnête aisance et des marques d'estime et 
d'affection de tous ses amis de la ville de Meaux. 

S'il est des artistes qui, comme l'abbé Goupillet, ne recherchent 
que le bruit et l'éclat; il en est d'autres aussi. Messieurs, dont la 
vie, fort occupée, s'écoule dans un tel calme, — dont, malgré le ta- 
lent, la personnalité s'efface derrière une sorte de renoncement si 
absolu à toute pensée d'ambition et de vanité, — que n'étaient leurs 
œuvres et les souvenirs qu'ils ont laissés , il serait impossible de 
reconstituer leur existence , de retrouver leur passage en ce 
monde. 

Tel fût le second maître de chapelle de la cathédrale de Meaux, 
dont il me reste à vous ^entretenir en peu de mots. 

Sébastien de Brossard, né en IGGO, fut d'abord prébende, dé- 
puté du grand chœur, et maître de chapelle de la cathédrale de 
Strasbourg. Je ne saurais vous nommer ni la ville, ni le collège 
où il fît ses études littéraires et musicales; mais le style de ses 
compositions nous porte à croire que ce fut à Paris, ou dans 
quelque ville de l'ancienne France, car son harmonie rappelle 
exactement celle des musiciens français de cette époque. 

Il est incontestable aussi que Brossard s'est rendu, jeune encore, 
en Alsace, car la facilité avec laquelle il écrivit et parla l'Alle- 
mand, prouve qu'il apprit cette langue de bonne heure. Il fut or- 
donné prêtre, aussitôt qu'il (;ut atteint l'ùge fixé par les canons. 



— 195 — 

Dès lors, il ne cessa de remplir, avec la plus scrupuleuse exac- 
titude, les nouveaux devoirs de sa profession. Sa conduite, comme 
homme, comme artiste, comme prêtre, fut toujours recomman- 
dable. 

En 1698, Brossard s'était déjà fait connaître par plusieurs com- 
positions, dans le style religieux, le seul qu'il ait jamais cultivé. 
Ces premiers travaux furent si bien accueillis à Strasbourg, et 
excitèrent, parmi le monde musical , une telle admiration , que 
la place de directeur de la chapelle de la cathédrale de Meaux étant 
devenue vacante, il y fut élu d'un commun avis. 

A l'époque où vivait Brossard, les livres intéressants et instruc- 
tifs sur la musique n'existaient nulle part en France. Il est le pre- 
mier musicien de mérite qui ait abordé l'étude de l'art, par ses 
trois principaux aspects : par la théorie des principes, par l'his- 
toire de ses transformations, par la biographie des artistes et des 
savants qui ont contribué à étendre la limite et la puissance de 
l'art musical. 

Sans méconnaître la valeur des nombreuses compositions reli- 
gieuses qui sont dues à la plume infatigable de Sébastien de Bros- 
sard, je dois reconnaître que c'est dans son Dictionnaire de 
musique qu'il a concentré tous ses efforts. 

La première édition de cet ouvrage, qui a paru en 1703, ren- 
ferme une dédicace, adressée à l'évêque de Meaux, à Bossuet. 
Bossuet, alors âgé de 75 ans, un an seulement avant sa mort, ne 
dédaignait pas d'accepter l'hommage du principal maître de mu- 
sique du diocèse qu'il administrait depuis vingt-deux ans. 

Cette adresse du grand chapelain de notre cathédrale à son 
évêque, nous prouve. Messieurs, que Bossuet n'était pas insen- 
sible aux charmes de la musique. Rien, dit Gicéron, n'est plus 
près de notre âme que la musique. Et quelle âme que celle de 
Bossuet ! Cette épître dédicatoire, dont la brièveté du temps qui 
m'est donné m'empêche de vous citer le texte, nous montre encore 
le zèle du grand évêque à s'acquitter, avec scrupule, de toutes ses 
fonctions épiscopales. 

(( Jamais, dit l'historien de sa vie, aucune affaire, de quelque 
nature qu'elle fût , jamais aucune considération de bienséance 
n'empêcha le vertueux prélat de se rendre à Meaux, aux approches 
des fêtes solennelles. Il ne crut pas même que ses fonctions de pre- 
mier aumônier de madame la Dauphine fussent une excuse suffi- 
sante, pour le dispenser d'une obligation qu'il regardait comme 
le premier de ses devoirs. » 



— 196 — 

(( Bossuet, ajoute-t-il, avait même rempli, avec une telle assi- 
duité, cette loi qu'il s'était faite, qu'après sa mort, le chapitre de 
sa cathédrale, dans un procès qu'il eut avec son neveu, au sujet 
des réparations de l'église, fit entrer les réparations des orne- 
ments dans l'état de ses réclamations. » 

Le chapitre représenta alors «que feu M. de Meaux avait usé 
les ornements les plus riches de son église, en officiant lui-même, 
aux dix-sept fêtes solennelles de chaque année, » et demandait, en 
conséquence, cinq mille livres d'indemnité. 

Brossard fut le premier en France qui, comme je vous l'ai dit, 
s'occupa de la littérature de la musique, et en fit une étude 
sérieuse et profonde. Jean-Jacques Rousseau qui a censuré, avec 
amertume, son travail, en a tiré tout ce qu'il dit sur la musique 
des anciens et celle du moyen-âge. 

A l'exemple des artistes savants, notre maître de chapelle n'a- 
vait d'autre richesse, d'autre capital que sa bibliothèque. Elle se 
composait de quantité d'ouvrages précieux sur la théorie, l'his- 
toire et la pratique de l'art musical. 

Elle renfermait une collection de manuscrits, d'œuvres im- 
portantes disséminées de toutes parts, que cinquante années de 
patientes recherches n'avaient pas encore rendue complète. Plus 
tard, il en fit don à Louis XIV qui, en l'acceptant, fit remettre à 
Brossard le brevet d'une pension de douze cents francs sur un bé- 
néfice, et lui en accorda un autre, de même somme, sur le trésor 
royal. 

Un repos de vingt-six années suivit la publication du Diction- 
naire de musique de Brossard; et, circonstance singulière, il pa- 
raît que dans ce long espace de temps, le maître de chapelle de 
notre cathédrale écrivit peu de musique pour l'église. Ce ne fut 
que peu de temps avant sa mort, et lorsqu'il touchait à sa 70° an- 
née, qu'il sembla se réveiller d'un long sommeil, par la publica- 
tion d'une brochure écrite à l'occasion du système de notation de 
Demotz. — Il mourut à Meaux, le 10 août 4730, et fut inhumé 
dans la cathédrale. 

Je regrette. Messieurs, de ne pouvoir vous donner lecture de 
son acte mortuaire. Ce document nous manque. Les registres de 
la paroisse de Saint-Étienne n'existent dans les archives de notre 
ville qu'à partir de 1737, tandis que ceux des autres paroisses 
datent du xvi" siècle. 

Vous pouvez voir sa pierre tumulairc: clic est placée dans la nef 
latérale de notre cathédrale, à gauche, vis-à-vis la chaire, entre le 



— 197 — 

premier et le second pilier. Elle porte cette simple inscription : 
Ci-gît Messire, Sébastien de Brossard, prêtre du diocèse du Mans, 
chanoine de cette église, décédé le 10 août 1730. 

En parcourant les œuvres diverses de la collection gigantesque 
que Brossard avait entreprise, et dont les matériaux gisent au- 
jourd'hui dans la poussière de la Bibliothèque Impériale, en me- 
surant d'un regard la richesse de ces débris précieux, on admire, 
comme le dit si bien l'illustre Halévy, dans la préface du Dic- 
tionnaire de musique de notre confrère M. Léon Escudier, on 
admire les transformations successives de l'art musical, de cet 
art toujours le même et pourtant toujours jeune, renaissant de 
lui-même à l'instant qu'il vieillit, qui descend jusqu'au peuple 
en restant un mystère: semblable à ces fleuves bienfaisants qui 
coulent à pleins bords, et dont on ignore les sources cachées ; de 
cet art qui éveille au fond de l'âme la prière pour la porter au 
ciel, et qui est, pour ceux qui le cultivent, un bonheur de plus 
dans les jours heureux, une consolation suprême dans la douleur. 



— 199 — 

LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE A MELUN 

AVANT 1789, 

PAR M. G. LEROY, 
Membre fondateur (!§ection de Melun). 



Antérieurement à la révolution, la ville de Melun n'avait 
qu'une importance commerciale et industrielle très-secondaire ; 
tout concourait cependant à lui assurer une prospérité qui lui fut 
toujours inconnue : entourée des plaines fertiles de la Brie, tra- 
versée par la Seine, voisine de forêts qui auraient pu alimenter 
les fourneaux de nombreuses usines, assise sur un sol qui offre 
des ressources à l'art céramique, tous ces dons semblent avoir été 
méconnus, ou s'ils ont été mis en œuvre, ce fut avec une telle ré- 
serve qu'il n'en reste, pour ainsi dire, aucun témoignage. 

L'industrie locale se bornait aux nécessités premières. En effet, 
les anciens terriers, sur lesquels figure la propriété foncière de 
notre cité, en montrent les possesseurs uniformément livrés à un 
commerce de détail ou è des travaux manuels sans importance. 

Différentes causes engendraient cet état de choses. La principale 
fut la protection insuffisante de l'autorité royale, détournée peut- 
être de ses desseins à ce sujet, par les luttes et les difficultés de 
toute nature qui s'opposèrent longtemps à l'affermissement de sa 
puissance. D'autre part, la condition même du régime féodal sur 
nos territoires, où se heurtaient les intérêts de la royauté, de la 
noblesse, du clergé et du peuple, constituait un obstacle dont le 
temps seul pouvait avoir raison. D'ailleurs, les possesseurs de fiefs, 
au cas 011 ils l'eussent voulu, manquaient des moyens propres à 
favoriser les transactions et la création d'établissements indus- 
triels. Quels eussent été les résultats de franchises accordées aux 
habitants d'une petite ville ou d'une seigneurie de village, par 
exemple, si les pays voisins restaient soumis à un asservissement 
complet? Là, où le commerce et l'industrie prirent le plus d'ex- 
tension, le sol appartenait à de grands feudataires, dont l'autorité 
réelle ou morale s'étendait au loin ; ou bien ce fut au sein de villes 
populeuses s'administrant elles-mêmes. Ce qui se passait, dès les 
premiers Capétiens, dans les vastes domaines des comtes de 



— 200 — 

Champagne et de Brie , et dans les villes de la Flandre en est une 
preuve manifeste. 

Melun n'était pas dans ces conditions. Ville du domaine royal, 
elle était absorbée par le voisinage de Paris et des autres cités im- 
portantes, également comprises dans l'apanage des rois de France. 
Vainement, le moyen-âge tenta d'y fonder quelques établisse- 
ments, des foires et des marchés , leur existence ne put résister 
aux difficultés qui surgirent autour d'eux. 

Aussi, en essayant de savoir ce que fut l'industrie Melunaise 
aux siècles écoulés, la tâche devient aussi modeste que le sujet 
lui-même. 

Dès le XI"" siècle, les marchands qui fréquentaient ordinaire- 
ment les marchés de Melun, étaient en butte à de nombreuses 
exactions. Les droits légitimement dus, les amendes encourues 
pour délits ou contraventions étaient perçus d'une manière inique 
et selon l'arbitraire de ceux qui exerçaient l'autorité. 11 ne fallut 
rien moins que l'intervention du roi de France pour mettre fin 
aux abus. Une charte accordée par Louis-le-Gros en 1178, fournit 
de précieux renseignements sur l'état du commerce en ces temps 
éloignés. Elle détermine les devoirs réciproques des acheteurs cl 
des vendeurs, le mode de régler leurs différends, les droits qu'ils 
devaient acquitter; enfin, elle atteste l'existence du fameux coche, 
ce primitif véhicule de nos ancêtres à jamais détrôné par la va- 
peur, et dont il ne reste plus qu'un vague souvenir. Voici la te- 
neur de ce document, que l'analyse pourrait dénaturer : (1). 



(1) Le texte original est ainsi conçu : 

In nomine sanctee et individuae Trinitatis, amen.Ludovicus, Dei gratia Francorum 
rex, providentes animœ nostraj saluti et subjcctorum nobis attendentes utilitatem, 
pravas consuetudines quœ Meledunij diebus nostris, per avariliaiii servientium nos- 
trorum nobis ignorantibus fuerant introductse duximus reprobandas. Recepto itaque 
hominum antiquorum juramento et testimonio, statuimus ne homines in clauso et 
foro Meleduni manenles extra clausum vel forum placilandum trahantur, sed ibi 
placitent et ibi bella consumment, etforifacta de LX solidis ad V solides et de V so- 
lidis ad XII denarios redigantur, et districtum majoris ad quatuor denarios. Si ta- 
men homines de clauso vel foro ad presens ioriiactum intercepti fuerinl, in die 
mercûti placitabunt et emendabunt sicut aiii homines de Castro vendentes acrumen 
in foro. Si in viga vendiderint, pro viga I denarium dabunt, quotquot oneris vigc 
fucrint parti cipes. Si vero in terra vendiderint, pro unoquoque acervo unam picta- 
vinam dabunt. Preco nullam vioienliam faciet venditoribus, sed ei semper aliquid 
dabitur secundum voluntatem venditoris. Venditori vigarum, absente emptore, et 
emptori absente vendilore, teloneum suum reddere licebit : Corpora hominum pro 



— 201 — 

» Au nom de la Sainte et indivisible Trinité, Amen. Louis, par 
» la grâce de Dieu, roi de France, voulant pourvoir à notre salut, 
» et au bien de nos sujets, nous avons cru devoir réprouver d'in- 
)) justes coutumes introduites à Melun, de notre temps et à notre 
» insu, par nos gens de justice. C'est pourquoi, ayant reçu le ser- 
» ment et le témoignag' d'hommes anciens, nous avons réglé que 
» les habitants du Clos et Marché de Melun ne soient point con- 
» traints de plaider hors desdits clos et marché, mais qu'ils y 
» plaident et vident leurs différents; que les amendes soient ré- 
)) duites de soixante sols à cinq sols, et de cinq sols à douze de- 
n niers, et l'honoraire du juge à quatre deniers. Si cependant 
» des habitants du Clos ou Marché étaient pris en flagrant délit 
» un jour de marché, ils seront traduits et jugés comme les habi- 



debito aliquo non capientur, nisi primo eis terra nostra vetita fuerit. Qui si post 
prohibitionem ex parte nostra factam in terra nostra inventi fuerint, capi eos licebit 
Baccus Meled'jni applicans pro rivagio I denarium tantum dabit et quotcumque mer- 
caturas déférât, nihil amplius capietur; et cochetus similiter I obolium. Mercatores 
euntes ad nundinas, dato pedagrio in eundo, infra quindecim redeuntes nihil dabunt. 
Sua autem soia manu poterit mercator probare quod infra quindecim redierit, si 
inde fuerit requisitus. Navis ducens mercenium per arcum pontis, quotquot fuerint 
mercenii participes, non dabit bonitatem ultra quinque solidos, et tantum semel in 
anno. Pro fructu vero vel pro alia mercantura consuetudinem debente nuUa bonitas 
prestabitur. Quid ad prepositum clamorem fecerit pro aliquo forifacto, si clamor re- 
ceperit emendationem ab eo de quo clamorem fecit, nuUam ipse clamator inde fa- 
ciet preposito emendationem. Nullus émet vinum Meleduni ad revendendum in eadem 
villa, nullus pisces Meleduni vel in totabauliva emel ad revendendum. Omnes mensurée 
Meleduni ad mensuram regiam formabuntur (1). Haec omnia ut perpetuam obtineant 
firmitatem, presens scriptum sigilli nostri auctoritate ac regii nominis caractère fe- 
cimus confîrmare. ActumParisiis, anno ab incarnatione Domini millésime centesimo 
.sepluagesimo octavo, astantibus in palatio nostro, quorum nomina supposita sunt et 
signa. Signum comitis Theobaldi, dapiferi nostri. Signum Guidonis, buticularii. 
Signum Raginaldi, camerarii. Signum Radulphi, constabularii. 

(Copie du xvi^ siècle. Archives municipales; Série DD.) 
Cette charte fut confirmée par différents rois, notamment par Louis Xll, en dé- 
cembre 1512. 



(1) Voici quelles étaient ces mesures et leur capacité: Meleduncm. — Modins bladi 
Paris valet I modium, III minellos, I boissellum Meleduni ; et de illis boissellis, IIIl faciunt 
minellum ; et XII sextaria faciunt modium Meleduni. 

Mûdius avene Paris valet I modium, I minellum, I boissellum meleduni; et de illis boissel- 
lis, septem faciuBt minellum; et XII sextaria avene faciunt modium ibi. 

Modius vini Meleduni valet XXI sextaria, III cbopinas Paris. 

« Des poids et mesures au xive siècle, » par M. E. Boutaric, Revue des Sociétés savantes. 
2e série. Tome 3. 1860, 1er semestre, page 328. 

Parmi les autres localité- des arrondissements de Melun et Fontainebleau qui avaient leurs 
mesures particulières, on peut citer Flagy, Lorrez-le-Bocage, Grèx, La Chapelle-la-Reine, 
Moret, Samoi», etc. 



— 202 — 

» tants du quartier du Château vendeurs de légumes au mar- 
)) ché. S'ils vendent en voiture, ils donneront un denier par voi- 
)) ture, quel que soit le nombre de ceux qui en auront fait le 
» chargement. S'ils vendent par terre, ils donneront une poitevine 
» (ou pi te) par tas. Le crieur ne fera pas violence au vendeur, 
» mais il sera toujours donné quelque chose selon la volonté du 
» vendeur. Le vendeur à la voiture, en l'absence de l'acheteur, ou 
» l'acheteur en l'absence du vendeur, pourra payer le droit. L'ar- 
» restation des débiteurs ne pourra avoir lieu, sans qu'auparavant 
» notre terre leur soit interdite. Si, après défense de notre part, 
» des délinquants sont trouvés sur notre terre, il sera permis de 
)) les arrêter. Le bateau qui amarrera à Melun au bord de la ri- 
» vière, ne donnera qu'un denier, et quelles que soient les mar- 
)) chandises qu'il porte, on ne prendra rien de plus. Le coche 
)> donnera aussi une obole. Les marchands qui iront aux foires 
» et qui auront acquitté le péage en allant , ne donneront rien 
» s'ils repassent dans les quinze jours. Le marchand pourra 
« prouver, simplement en levant la main, qu'il est revenu dans 
^» les quinze jours, s'il en est requis. Le bateau qui passera des 
)) marchandises sous le pont, quel que soit le nombre des expé- 
» diteurs, ne donnera pas plus de cinq sols, et seulement une fois 
» l'an. Quant aux fruits et autres marchandises sujettes à cou- 
)) tume, on ne payera rien. Si quelqu'un défère un délit au Pré- 
)) vôt, et qu'il obtienne ensuite satisfaction amiable de celui contre 
» qui il a réclamé, il n'aura pas à payer l'amende pour plainte 
n mal fondée. Nul n'achètera de vin à Melun pour le re - 
» vendre en la môme ville. Nul n'achètera de poisson à Melun ou 
n dans toute la banlieue pour le revendre. Les mesures de 
» Melun seront réglées sur la mesure du Roi. Afin de rendre 
1) stable à toujours ce que dessus, nous avons fait confirmer 
» la préeente charte de l'autorité do notre sceau et du signe 
» de notre nom royal. Fait à Paris, l'an de l'Incarnation du Sei- 
» gneur MCLXXVIll, en présence, dans notre palais, de ceux 
') dont les noms et les signatures sont ci-dessous. — Sceau du 
» comte Thibault, maître d'hôtel. S. de Guy, bouteiller. S. de 
» Regnault, chambellan. S. de Raoul, connétable. » 

Louis-le-Gros autorisa aussi les chanoines de la collégiale 
Notre-Dame de Melun à tenir dans la ville, quatre foires franches 
aux fôtes de la Vierge, 2 février, 25 mars, 45 août et 8 septembre 
de chaque année. II déTendit h ses officiers et sergents d'y faire 
aucun exploit de justice, ni d'y réclamer aucune prestation, re- 



— 203 — 

devance ou coutume (1). Dès lors, les chanoines n'avaient plus 
rien à envier aux moines de l'abbaye du Mont Saint- Père, qui, de- 
puis un temps immémorial, avait le monopole d'une foire ouverte 
au mois d'août dans le faubourg Saint-Barthélémy, foire très-fré- 
quentée, et dont ils tiraient grand profit (2). 

En accordant ces insignes privilèges, Louis VI était vivement 
pénétré du bien-être des habitants de ses domaines. Malheureu- 
sement, ses efforts, qui tendaient à convertir la royauté en une 
véritable magistrature publique devaient demeurer sans résultat. 

A la faveur des prérogatives qui venaient de lui être octroyées, 
le commerce de Melun se ranima. Sans dépasser la sphère mo- 
deste dans laquelle il gravitait, il put s'exercer avec sécurité et 
assurer à ceux qui s'y livraient une juste rémunération de leurs 
labeurs. Il n'en fut pas longtemps ainsi; l'ordre social était trop 
souvent ébranlé pour qu'un jour pût répondre de son lendemain. 
Sous les règnes qui suivirent, à peine peut-on citer le nom de 
quelques monarques sincèrement dévoués à la prospérité pu- 
blique. Un d'entre eux, qui s'y montra plus favorable, Charles IV, 
créa, en 1322, la foire de Blandy, se tenant le jour de Saint-Ma- 
thieu, 21 septembre, et fréquentée de nos jours encore par les 
marchands de la ville de Melun (3). Déjà Philippe-le-Long y 
avait permis l'établissement d'un marché le jeudi de chaque 
semaine (4). Ces institutions étaient dues au crédit des vicomtes 
de Melun, hôtes habituels du manoir de Blandy. 

Les guerres des xiv'' et xv*" siècles furent, pour notre pays, la 
cause des plus cruelles calamités qu'il ait jamais éprouvées. Les 
abus, les impôts onéreux, l'altération des monnaies, le pillage des 
gens de guerre furent autant de fléaux qui ruinèrent les popula- 
tions et tarirent ia source de leur industrie. L'ennemi mettait le 
comble à ces maux en élevant outre mesure les droits perçus dans 
les lieux soumis à son autorité. « C'est ainsi, rapporte Rouillard, 
» qu'en l'an 1339, alors que les Anglois et les Navarrois occu- 
» paient le château de Melun, de toutes marchandises qui pas- 
» soient sous la maîtresse arche du pont, on levoit d'excessifs et 



(1) Notes et documents recueillis au xviii'= siècle, par M. Gauthier, sur la collé- 
giale Notre-Dame de Melun (Archives municipales), — Histoire de N.-D., par 
M. Bernard de La Fortelle, page 6, — Rouillard, Histoire de Melun, pp. 286, 287. 

(2) Notes de M. Gauthier. ' 

(3) Histoire du ctiâleau et dU bourg de Blmdy-les-Tours, par M. Taillandier, 
un vol. in-S", 1854, page 34. 

(4) Histoire de Blandy, page 33. 



— 204 — 

» d'estranges subsides : savoir, dechaqne tonneau de vin six escus 
)) d'or, de chasque muid de bled deux escuz, de ce qu'ils appe- 
)) loient couple de foin huict escuz, d'un millier de co Itérez un 
» escu d'or, et des autres denrées mesme levée ou à l'équipol- 
» lence. (l) » On était loin, comme on voit, des cinq sols perçus 
en vertu de la charte de 1178. 

Le règne de Charles V mit trêve à l'épuisement général. Des 
règlements dus à ce prince remédièrent momentanément à ces 
maux, et le commerce fleurit jusqu'au jour oîi, sous Charles VI 
et Charles VII, il retomba dans un affreux marasme. De cette 
époque, date l'anéantissement complet des fameuses foires de 
Champagne et de Brie. La foire de Blandy, qui;, grâce à la pro- 
tection des seigneurs du lieu, avait pris une extension considé- 
rable, fut également interrompue. Les marchands n'osaient plus 
confier aux hasards et aux périls des grands chemins, leur fortune 
et leur existence. « Ce n'était partout, dit un chroniqueur con- 
temporain, que pilleries, voleries et meurtres. Les habitants des 
campagnes, complètement ruinées, ne fréquentaient plus les mar- 
chés. » Une ordonnance rendue par Charles VI, en 1392, pour le 
rétablissement de la foire de Blandy, confirme ce dire : « Par le 
» fait des guerres et mortalités qui depuis ont été partout nostre 
» royaume, mesmement environ ladite ville de Blandy, le peuple 
» et les marchands avoient délaissez de fréquenter icelle foire et 
» marché, tellement qu'ils en étoient et sont de tout adnihi- 
» lez. (2)» 

Les pertes occasionnées par des troubles aussi profonds sont 
longues à se réparer, quels que soient, d'ailleurs, les éléments na- 
turels de richesse et de bien-être d'un pays. Il peut subvenir 
promptement aux nécessités les plus impérieuses, mais les bases 
sur lesquelles s'appuient le commerce et l'industrie sont pour long- 
temps altérées. Les efforts de Louis XI, tendant à favoriser les 
transactions, à leur donner plus d'importance et à rétablir le crédit 
public, n'eurent que des résultats incomplets : au temps seul ap- 
partenait cette consécration. 

La foire du Mont-Saint-Père de Melun, qui avait cessé d'être 
fréquentée pendant les troubles, notamment à l'époque du siège 
de la ville en 1420, ne put jamais être rétablie, malgré les efforts 



{1} Histoire de la ville de Melun, par Sébastien Rouillard ; Paris^ un vol. in-4", 
1628, page 455. 
(2) Histoire de Blandy, page 202. 



— 205 — 

des religieux. Quant aux réunions commereiales des fêtes de la 
Vierge, elles étaient abolies depuis le rachat que Philippe-le-Bel 
en avait fait des chanoines de Notre-Dame, en l'an 1308 {i). 

La suppression de ces grands marchés, oii s'accomplissaient 
encore quelques transactions, eut un fâcheux contre-coup sur 
l'industrie locale. Si l'on consulte les doléances présentées par les 
habitants, à différentes époques, pour obtenir l'abaissement de la 
taille, on y lit uniformément : « Que le pays est pauvre; que le com- 
merce est nu] ; qu'il est ruiné de longue date par les guerres , les 
pillages des hommes d'armes, par les mauvaises années, et que 
chacun y est dans une profonde détresse (2). » — En tenant compte 
de l'exagération de ces plaintes, il demeure certain que la plupart 
d'entre elles étaient fondées. 

Les impressions personnelles de Claude Haton, qui certes n'écri- 
vait pas de parti pris, sont un tableau exact de la triste situation 
de la Brie durant le xvi^ siècle (3). On s'explique par son récit le 
découragement des populations et le délaissement du commerce et 
de rindustrie. 

Après avoir présenté en termes généraux ce que pouvait être 
l'état commercial de la ville de Melun au moyen-âge, je pas- 
serai aux détails que me fournissent les documents de nos ar- 
chives. 

Les rues de notre cité , aujourd'hui larges et belles, garnies de 
brillants magasins et de luxueuses boutiques , présentaient un 
autre aspect à quelques siècles de nous , et même à un intervalle 
moins éloigné. Sur l'emplacement des maisons à triple étage, qui 
font l'ornement de la voie publique, s'élevaient alors de chétives 
constructions en pans de bois, surmontées de pignons aigus et 
ouvrant sur la rue les fenêtres borgnes de leurs boutiques basses, 
étroites et obscures. Dans ces boutiques, dont des spécimens ont 
survécu jusqu'en ces derniers temps, trafiquaient les marchands 
du lieu. Le luxe y était inconnu, tout y respirait une simplicité 
primitive, et c'est à peine si, le soir venu, une chandelle fumeuse 
répandait sa lueur incertaine sur le comptoir de l'établissement. 

Veut-on savoir quels en étaient les possesseurs et quel genre de 



(1) Notes Gauthier. — Histoire de Notre-Dame de Melun, page 16. 

(2) Archives municipales de Melun. Pièces diverses, série CC. — Voir aussi les 
documents concernant les Elections. Archives départementales de Seine-et-Marne. 

(3) Mémoires de Claude Haton, curé du Mériot, près Provins, publiés par M. Félix 
Bourquelot, sous les auspices du ministère de l'instruction publique. 2 vol. in-4o. 



— 206 — 

commerce s'y pratiquait? Des terriers et d'anciens comptes vont 
nous l'apprendre (1): 

Nous sommes à la fin du xiv® siècle, sous le règne de Charles VI. 
Les possesseurs de la maison faisant le coing du Martroy et de la 
Grand'Rue, attenant le cimetière de l'Ostel-Dieu-Saint-Jacques, 
sont les hoirs feu Jehan Tuleu (2). A la suite, en remontant vers 
la porte tirant sur la Brie, vient la maison de Pierre Maillart le dra- 
pier. Chez lui, deux aulnes et demi de camelot, propres à vestir 
une servante, valent à raison de x sous l'aulne, xxv sols. Viennent 
les deux maisons et la granche de Jehan le Maignen , puis la de- 
meure de Hanri le chandelier, qui vend la livre de chandelle xii de- 
niers. Suit Robin Liboire, oillier, chez lequel la chopine d'huile 
vaut également xii deniers. En continuant, se trouvent la maison 
de VAsne Rayé^ appartenant à Pierre Lemaistre; celle de Philippe 
la Richère, l'ostel de Jehan Pichars, sergent; la maison du Gros- 
Towmois; la demeure d'Estienne Chiquausts, cousturier, qui prend 
pour façonner cotte, chaperon et chausses m sous, y compris le fil, 
etc. etc. Chez Drion Daniel, boucher, qui habite la Gerclerie, un 
collet de veau se paie xii deniers , un demi-quartier de mouton 
XVI deniers, et un porcel gras à faire lard xxvi sols parisis (3). 

Dans la grand'rue Saint-Aspais , sont des boutiques d'aussi 
mince apparence, où se fait un commerce également modeste, sous 
les enseignes du Cygne couronné^ du Prescheur, du Dieu d'Amour, 
du Griffon, du Gantelet, de /'A (9 /e, des Troys Pucelles, du Singe vo-t, 
des Marmousets, des Trois Piliers, etc. (4). 

D'autres rues possèdent aussi quelques boutiques , mais en 
moins grand nombre. La magistrature et la bourgeoisie habitent 
les ostels des rues Jehan Chastelain , de la Juiverie et de la Frap- 
perie (5). 

A l'encoignure de la rue Saint-Aspais et du Martroy , s'élèvent 



(1) Archives départementales de Seine-et-Marne, de l'Hôtel-de-Ville et de l'Hôtel- 
Dieu de Melun, etc. 

(2) Comptes dcrHôtel-Dieu Saint-Jacques de Melun, pour l'année 1389, série E, 
12. — Inventaire des titres, pièces et chartes de l'Ilùlel-Dieu de Melun, dressé par 
l'auteur, 1 vol. manuscrit de 100 pages. 1865. 

(3) Tous ces renseignements sont tirés du compte de 1389. Vide suprn. 

(4) Terriers de Carrois (vicomte de Melun) et de l'abbaye du Mont-Saint-Pùre. 
(Archives départementales de Seine-et-Marne). 

(5) En ces dernières années, on voyait encore dans ces rues de vieilles maisons, 
les plus importantes du vieux Melun, (pii ont disparu dans les alignements ou que 
les haljitudes moilerne» ont tout à fait trani'urmées. 



— 207 — 

les petites halles, dont la propriété appartient à l'abbé de Saint- 
Père, en vertu de privilèges remontant à l'an 1141, confirmés par 
lettres royales de février 1322. Les bouchers paient annuellement 
pour droit d'étal 40 livres (l). 

Les grandes halles, qui appartiennent au roi, sont à l'encoi- 
gnure de la rue Aulain, proche le Ghastelet; à certains jours, on 
y vend la chair, le poisson frais, la marée et autres denrées (2). 
Un demy baril de harengs salés vaut m francs iv sols, un chapon 
et deux poussins iv sols, etc. (3). 

En face les halles, la rue de la Pescherie est habitée par les 
pêcheurs et les potiers de terre. Aux maîtres pêcheurs de Melun 
appartient, en vertu d'une concession royale, le privilège de pêcher 
dans la rivière de Seine, depuis le lieu de la Pierre de Seine, près 
Montereau , jusqu'à celui appelé l'Ecole attenant Saint-Assise; 
mais ils doivent se rendre en personne, aux grands jours tenus à 
Fontainebleau par le maître particulier des eaux et forêts, pour 
lui payer x sols parisis (4). Par un contrat qui rappelle celui 
d'Esaii avec Jacob, l'abbé de Saint-Père, possesseur d'un droit de 
pêche sous le Pont-aux-Fruits, le cédait aux pêcheurs de Melun 
pour deux plats de poisson (5). 

Le four banal de la paroisse Saint-Aspais est également situé 
dans la grande rue, presque en face la rue aux Fromages ou du 
Sonneur. La cuisson d'une mine de blé coûte vi deniers (6). 

Après avoir dépassé la voûte du Ghastelet, et en s'engageant sur 
le Pont-aux-Fruits, se trouve, à droite, la poterne des Plastriers, 
donnant dans le quartier appelé Trou de Chiau, autrement dit 
Trou de Chaux. Là, existent plusieurs fours à cuire la pierre à 
chaux, et aussi loin que le regard peut s'étendre, on voit sur la 
rive droite de la Seine , en tirant vers Paris , nombre d'éta- 
blissements semblables qui écoulent leurs produits dans la capi- 
tale, 011 la chaux de Melun et des Fourneaux jouit d'une réputation 
méritée (7). Tous les marchés de construction passés à cette 



(1) Archives départementales. Fonds de Saint-Père. 

(2) Archives départementales. Domaine royal. 

(3) Compte de 1389. Hôtel-Dieu Saiut-Jacqnes. Vide supra. 

(4) Lettres patentes pour les maîtres-pêcheurs de Melun, antérieures au xiv^ siècle, 
confirmées par Henri IV le 7 septembre 1593, et par Louis XIV en décembre 1669. 
— (Archives municipales. Communautés d'arts et métiers. Série HH.) 

(5) Archives départementales. Fonds de Saint-Père. Inventaire des titres de l'abbaye. 

(6) Compte de 1389. 

(7) Ces fours ont été en activité jusqu'en ces derniers temps. L'exploitation de 



— 208 — 

époque, contiennent l'obligation pour le maître maçon de n'em- 
ployer que de la chaux de Melun (1). 

Les moulins faisant de blé farine, surchargeant autrefois les ar- 
ches du Pont-aux-Fruits, ont disparu depuis que l'abbé de Saint- 
Père les a cédés à Philippe-Auguste en 1210 (2). 

La paroisse Saint-Etienne, ce berceau de Melun, forme une 
cité particulière, distincte des autres parties de la ville. Elle pos- 
sède des fortifications qu'entoure la Seine, une collégiale, un 
Hôtel-Dieu, un prieuré, et à l'occident s'élève le château des rois 
de France sous les tours duquel tant de prouesses et de hauts faits 
se sont accomplis. Le four banal de la paroisse est placé dans 
la rue du Four ; il appartient à l'Hôtel-Dieu Saint-Nicolas qui en 
tire grand profit (3). Dans la grande rue^ s'exerce le commerce du 
quartier, commerce sans importance, adonné seulement aux prin- 
cipaux objets de consommation qui se vendent aux enseignes du 
Compas, du Pot d'œillet, etc. Près du Château sont les ostelleries 
du Lion-Ancré, de la Bastille, où s'arrêtent les voyageurs du 
coche (4). 

Sur la Seine, près du prieuré Saint-Sauveur, est le moulin de 
ce nom, servant au foulage des draps (5) ; non loin, existe la ruelle 
des Etuves, où des bains chauds sont préparés à toute heure du 
jour. Quatre moulins à farine, appartenant aux établissements 
religieux de la localité, encombrent le pont qui unit l'île Saint- 
Etienne à la paroisse Saint-Ambroise (6). 

L'industrie principale de cette dernière partie de la ville con- 
siste dans les tanneries de la rue de la Rose, à laquelle ce nom a 
été donné, par ironie sans doute, pour la mauvaise odeur qu'elle 
exhale en tout temps. Plusieurs hôtelleries et quelques boutiques 
complètent le commerce du quartier. Dans l'origine, avant la 
venue des Anglais, le prieur de Saint-Sauveur avait droit d'étal 

carrières de chaux est encore une industrie locale. (Voir ma notice : Recherches sur 
l'industrie des provinces. La chaux de Melun. M^ inédit.) 

(1) Les monuments de Seine-et-Marne, par MM. Aufauvre etFichot. 1 vol in-folio. 
Paris, 1858. Paj^'e 8. 

(2) Trésor des Chartes, par M. Teulet. Tome 1er, page 349. — Archives impé- 
riales, J. 158, (Melun 1, n" 2). 

(3) Archives de l'Hùtel-Dii-u de Melun. Fonds de Saint-Nicolas. 

(4) Anciens terriers de la collégiale Notre-Uarae. Arciiives de la préfecture de 
Seine-et-Marne. 

(5) Notes Gauthier. Prieuré de Saint-Sauveur de Melun. Archives municipales. 
(G) Topographie ancienne de la ville de Melun. Plans conservés auï archives mu- 
nicipales. 



— 209 — 

sur la place des Mailletz, au bout du PonL-aux-Monlins {\). 

Enfin, en citant les tanneries du pont d'Alemont, le moulin de 
Poignet, faisant de blé farine, les fours à tuiles et à chaux, et les 
nombreuses boulangeries du faubourg Saint-Liesne (2), on aura 
un aperçu de ce qu'étaient le commerce et l'industrie de Melun au 
moyen-âge. La ville possédant à peine trois mille habitants, les 
transactions devaient y être fort restreintes, car les relations 
commerciales, sauf l'exportation des cuirs et de la chaux, étaient 
entièrement locales. 

On serait dans une erreur étrange, en pensant que les mar- 
chands que nous avons entrevus exercent librement leur modeste 
négoce. Il n'en est rien. Les règlements et les ordonnances pres- 
crivent les droits et les devoirs de chacun, et malheur à celui qui 
s'en écarte, caria corporation rivale, scrupuleusement conserva- 
trice de ses privilèges, recourt volontiers à la justice pour les sau- 
vegarder. Le serrurier fabrique-t-il un clou, procès de la part des 
cloutiers ; le chapelier vend-il un bonnet, procès des bonnetiers, 
et de même entre les cordonniers et les savetiers, les bouchers et 
les charcutiers, les pâtissiers et les rôtisseurs, les barbiers chi- 
rurgiens et les simples barbiers, les apothicaires et les dro- 
guistes, etc. (3). 

Le roi, le vicomte de Melun, et d'autres seigneurs, sont pos- 
sesseurs de droits sur certaines corporations de la ville. Au roi et 
au vicomte, les boulangers, cuisant à l'intérieur des vieux murs, 
doivent six sols parisis, et un pain la veille de Toussaint ; les pâ- 
tissiers une poitevine ou un gâteau ; les cordonniers seize deniers 
parisis ; les merciers une redevance en nature ; les mégissiers ou 
corroyeurs deux lanières ; les tonneliers besongnant de leur métier 
sur le pavé de Melun, demi-corvée, et les bouchers neuf deniers. 
Il n'est jusqu'à un métier infâme qui ne soit lui-même taxé. Chaque 
fille d'amour, venant de nouveau à Melun, doit au vicomte quatre 
deniers parisis ou l'estendue. Enfin des droits de péage sont exi- 
gés sur toutes les marchandises qui passent dans la ville (4). 

(1) Notes Gauthier. Prieuré de Saint-Sauveur. 

(2) En 1356, il n'y avait pas moins de quatorze boulangers dans le faubourg 
Saint-Liesne. (Ordonnances des rois de France, tome IV, page 592). On doit croire 
qu'ils expédiaient leurs produits à Paris, comme un grand nombre de boulangers 
des environs de la capitale. Autrement, la population ne leur eût assuré qu'un 
faible débit. 

(3) Les archives du greffe du bailliage en fournissent la preuve. 

(4) Titres et pièces de la vicomte et du domaine de Melun. (Archives de la pré- 
fecture). 

14 



— 210 — 

Après cette visite dans les quartiers commerçants du vieux 
Melun, je reprendrai au point où je l'ai laissé, l'historique de 
l'industrie locale. 

Les anciennes administrations municipales ont souvent tenté 
d'encourager les transactions commerciales et de faciliter leur dé- 
veloppement. Pour atteindre ce but, elles mirent en œuvre leur 
crédit, et en des circonstances fréquentes, elles furent aux prises 
avec les officiers qui percevaient les droits de minage, jaugeage 
rouage, forage, tonlieu, étalonnage, banalité, coutumes, etc. La 
communauté des habitants ne craignit pas d'engager des procès 
onéreux, que les formes et les lenteurs de la procédure perpétuaient 
à loisir. 

L'ouverture d'un grand centre de réunion, pour raviver le com- 
merce de la ville, fut longtemps le désir de l'édilité. Mais, outre 
les temps peu favorables pour réussir dans ces projets, il fallait 
aussi compter avec les résistances des localités voisines, dotées de 
semblables institutions. Jusqu'à la fin du xvi^ siècle, Melun fut 
privé de cet avantage, et peut-être n'en dut-elle la possession ulté- 
rieure qu'à l'anarchie qui s'introduisit alors dans l'administration 
du royaume. 

En 1588, au plus fort de la Ligue, Melun, resté fidèle à 
Henri III, obtint de ce prince des lettres ainsi conçues, datées du 
mois de juillet et du 24 novembre (1). 

« En considération du fidèle debvoir rendu par les habitants de 
» Melun en la conservation et défense de la dicte ville contre ceux 
» qui, au préjudice de nostre autorité l'auroient peu de jours au- 
» paravant assiégée et tenté de la forcer et ester de nostre pou- 
» voir et obéissance, leur accordons une foire franche par chascun 
» an pour estre commune à toutes les paroisses indifl'éremment 
» tant de nostre dicte ville que faubourgs d'icelle, durant quatre 
» jours entiers, le premier d'iceux commençant le premier jour de 
n lundi eschéant immédiatement après le jour et feste de Tous- 
» sainctz, et finissant au vendredy ensuivant, pendant lesquelz 
» jours tous marchands et autres pourront trafficqucr, aller, sé- 
» journer et retourner, vendre, acheter, permuter et troquer li- 
» brement et franchement toutes sortes de marchandises et den- 
» rées non prohibées, etc. » 

La continuation des troubles et leur accroissement ne permirent 

(1) Archives municipales. Foires et Marchés. Série H. H. 



— 2H — 

pas aux Melunai3 de jouir de ces privilèges. On connaît les maux 
qui les accablèrent à l'occasion du retour des Ligueurs au cona- 
mencement de l'année 1389, et de la prise de la ville par Henri IV, 
en avril 1390. La paroisse Saint-Aspais, emportée d'assaut, fut 
mise à sac par les vainqueurs. Au mois de septembre suivant, les 
faubourgs furent incendiés et détruits de fond en comble (1). Le 
commerce, cruellement éprouvé, sortit difficilement de cette crise, 
malgré les ordonnances rendues par Henri IV, en faveur de plu- 
sieurs corporations de la ville et la sollicitude de son administra- 
tion pour les intérêts industriels. Ce fut seulement après la red- 
dition de la capitale et des principales villes des environs de Paris, 
que la population Melunaise put véritablement jouir de quelque 
repos et se livrer avec sécurité aux opérations du négoce. 

En 1397, des gentilshommes obtinrent l'autorisation de créer h. 
Melun une manufacture de verrerie, qui semble être restée à l'état 
de projet (2). Nulle part, dans les archives locales et dans les 
nombreux documents que j'ai compulsés, je n'ai trouvé trace de 
sa réalisation. L'établissement analogue, qui existait autrefois dans 
les bâtiments occupés par le magasin des fourrages militaires, 
remontait seulement aux premières années de la Révolution. 

Encouragés par les intentions royales, les habitants de Melun 
sollicitèrent la confirmation des franchises qu'ils devaient à la 
libéralité de Henri III, faveur qui leur fut accordée par lettres 
données à Fontainebleau au mois de novembre 1602, registrées 
en la cour des aydes le 27 octobre de l'année suivante (3) : 

« Pour la considération du voisinage de la ville et de nostre 
» chasteau et maison de Fontainebleau, y est-il dit, désirant à 
» ceste occasion voir la ville de Melun améliorée et accomodée de 
» marchandises, vivres et autres commodités pour l'usage de 
« nostre cour et ensuites fois pour s'en ayder ou prévaloir pendant 
» le passage fréquent, commun et ordinaire que nous faisons en 
» icelle, allant ou retournant de nostre dicte maison, soict au 
» séjour que nous faisons audict Fontainebleau ; estant pour ce 
a mesme subject raisonnable de remettre les habitants des dom- 
» mages et récompenser de ce qu'ils souffrent d'incommoditez de 



(1) Voir ma publication : Melun sous Henri IV 1590-1610. — .Melun, Imp. Hé- 
rhé, 1866; broch. in-g" de 30 pages. 

(2) Henri Martin, Histoire de France. — Bulletin des Comités historiques, pu- 
blié sous les auspices du .Ministère de l'instruction publique. 

(3) Archives municipales. Foires et Marchés, série H. H. 



— 212 — 

» nostre dicte cour, et ensuite pendant le séjour, notamment 
» depuis quelque temps, du logement du régiment de nos gardes, 
» nous, pour ces causes, leur octroyons, etc. » 

Il ressort de cet acte que la présence de la cour dans une loca- 
lité n'entraînait pas de grands avantages, puisque l'octroi d'un 
privilège devenait plus tard la compensation des inconvénients 
qui en résultaient. 

La nouvelle foire n'eut pas le succès qu'il était possible d'en espé- 
rer. Sa tenue coïncidait presque avec le 11 novembre, jour de 
Saint-Martin, qui est, dans nos environs, l'époque du paiement 
des fermages, des rentes, du renouvellement des baux, du louage 
des domestiques, et dès lors un jour généralement consacré aux 
transactions commerciales et agricoles. Cette circonstance semblait 
devoir contribuer à sa prospérité ; cependant il n'en fut pas ainsi. 
Des villes peu éloignées, de simples villages même, possédaient, 
de temps immémorial, des réunions analogues que les populations 
avaient l'habitude de fréquenter. Il est difficile de changer les 
usages profondément enracinés chez les habitants des campagnes. 
Aussi, la foire de Melun, désertée par les acheteurs, fut bientôt 
abandonnée par les vendeurs. Après avoir végété pendant quelques 
années, elle tomba tout à fait en désuétude. Vainement, à plu- 
sieurs époques, on tenta de la rétablir. Reconstituée de nos jours, 
sa plus grande importance consiste dans la vente des vins, qui ne 
donnaient lieu jadis qu'à des affaires restreintes. 

Au commencement du règne de Louis XIV, la ville de Melun 
était extrêmement affaiblie ; la peste et la lamine (1) l'avaient vi- 
sitée différentes fois, et son commerce était nul ; les troubles de 
la Fronde y avaient eu un douloureux retentissement dont le 
con Ire-coup se fît sentir durant de longues années. Les habitants 
se trouvaient dans l'impossibilité de subsister, et encore moins de 
subvenir aux contributions , tailles et charges qu'on exigeait 
d'eux. Ce fut dans ces circonstances que le maire, les échevins et 
les principaux citoyens représentèrent au roi (2) ; « que leur 
» ville est située en bon pays, sur la rivière de Seine; qu'es en- 
» virons sont plusieurs autres villes, boUrgs et villages fertiles et 
» abondants en grains, denrées et bestiaux ; et qu'il y a un pont 
» qui est le plus fréquent passage du pays, par lequel on com- 

(i) Voir ma notice intitulée : Les épidémies delaville de Melun. Broch. in-S" de 
24 pages. Melun, Michelin, 18G6. 

(2) Requête pour l'établissement d'un marché franc à Melun. Foires et Marchés. 
(Archives municipales, série II. H.) 



— 213 — 

» munique avec les villes et provinces circonvoisines. » — S'ap- 
puyant sur ces motifs, ils demandaient la création d'un marché 
franc pour faciliter le rétablissement du commerce. Leur démarche 
fut couronnée de succès. Dos lettres datées à Paris du mois de 
septembre 1655, signées Louis, et sur le reply de Guénégaud, 
portent ce qui suit (1) : — « Créons et érigeons en nostre dite 
» ville de Melun un marché franc tous les premiers jeudis de 
» chascun mois de l'année, pour y estre tenu, gardé et observé 
» perpétuellement et à toujours, auquel jour de marché nous 
» voulons que tous marchands français, étrangers et autres per- 
I) sonnes puissent aller, venir, séjourner, vendre, acheter, tro- 
» quer et échanger toutes marchandises licites et permises, bœufs, 
» moutons, porcs et autres bestiaux avec toutes franchises, pri- 
» viléges , exemptions généralement quelconques , dont ils 
» jouissent aux autres marchés-francs, etc. » 

En accordant ces franchises, le roi n'avait pas songé à son fer- 
mier des aides, dont les droits allaient éprouver un notable préju- 
dice. Le marché fut tenu quelques fois, est-il dit dans un mé- 
moire daté du 15 novembre 1690 (2). Mais les marchands forains, 
qui s'y trouvaient avec leurs bestiaux et marchandises, en furent 
détournés par cette seule raison que le préposé des aides préten- 
dait y percevoir les huitième et vingtième sols par livre. Le pro- 
cès qui s'en suivit ayant donné gain de cause au fermier, par arrêt 
du 16 août 1672, le marché fut délaissé. Aux symptômes de pros- 
périté qu'on signalait dans la ville, succédèrent le décourage- 
ment et la gêne. Des magasins se fermèrent, des maisons furent 
abandonnées et tombèrent en ruines, faute d'être habitées ou 
louées. Ces faits n'ont rien d'exagéré. Ils sont consignés dans le 
mémoire déjà cité, qui fut dressé pour obtenir l'exécution des 
franchises. — (c Le marché-franc subsistant, y est-il dit, c'est le 
» seul et unique moyen de restablir cette pauvre ville de Melun, 
» et de faire revenir les citoyens habiter ou louer leurs maisons, 
» et d'y rétablir le commerce, par le moïen duquel un chascun 
)) des pauvres habitants taschera de trouver sa subsistance et les 
» moyens de contribuer au soulagement du roy pour les affaires 
» de son estât. » 

La cause était défmitivement perdue. Les efforts des magistrats 
municipaux restèrent sans résultat. Il faudrait entrer dans de 

(1) Requête pour l'établissement d'un marché iranc à Melun. Foires et Marchés. 
(Archives municipales, série H. H.) 

(2) Archives municipales. Série H, H. Note écrite de la main de M. Guibert, 
échevin et notaire royal à Melun. 



— 214 — 

trop longs détails pour rappeler les débats qui eurent lieu à cette 
occasion et les difficultés qui se produisirent entre le lieutenant- 
général du bailliage et les officiers de l'hôtel-de-ville. Faut- il le dire, 
des intérêts personnels, auxquels on sacrifiait ceux des habitants, 
étaient en jeu. Si l'on doit croire le maire et les échevins, la tenue 
du marché rencontrait une si vive opposition de la part du lieu- 
tenant-général par le motif que ce magistrat craignait un notable 
préjudice « pour le grand commerce et négoce qu'il faisait de 
» grains, vins et autres marchandises. » C'est là tout le secret 
de l'affaire. 

Sous le règne presque séculaire de Louis XIV, les intérêts 
commerciaux furent-ils toujours protégés et encouragés? Devant 
des iaits de la nature de ceux qui précèdent, peut-être est-il per- 
mis d'en douter. On se confirme encore dans cette idée en scru- 
tant l'esprit et la lettre des instructions données par Golbert en 
1669, sur le fait de la confection des étoffes et de leur vente en 
détail. Il existe aux archives municipales de Melun un volumi- 
neux dossier concernant la mise en pratique de ces instructions, 
dossier dont l'étude engendre une douloureuse surprise (1). Les 
réclamations des intéressés, leurs protestations contre les exi- 
gences nouvelles, contre la surveillance vexatoire et abusive à 
laquelle ils étaient soumis, attestent le préjudice et les difficultés 
qu'elles leur causaient. Certes, les marchands de Melun sont 
gens pacifiques ; et quand on les voit protester avec véhémence 
contre les instructions du ministre, refuser les jurandes qu'on 
veut leur imposer ou ne les accepter que dans la crainte de 
perdre leurs maîtrises, évidemment on peut croire que les inté- 
rêts de leur modeste commerce se trouvaient gravement compro- 
mis. Les visites domiciliaires auxquels les drapiers furent sou- 
mis, la vérification obligée de leurs marchandises, le poinçonnage 
de chaque pièce d'étoffe à l'hôt'-l-de-ville — qualifié, pour ce motif, 
du nom de manufacture, — les nombreux arrêts, rendus à cette 
occasion, n'étaient-ce pas autant de sujets d'effroi pour les inof- 
fensifs négociants? Ces craintes étaient fondées. Un arrêt du 
Conseil d'État, du 24 décembre 1670, déterminait les pénalités 
encourues pour contraventions. (2) Un fabricant mettait-il à ses 
produits une trame de plus ou de moins, la pièce défectueuse, 
après avoir été attachée sous un écriteau racontant !o méfait aux 
passants, était coupée, déchirée, brûlée ou confisquée. Ceci était 



(1) Archives mrinicipalcs. — Usines et Manulactures, série H. H. 

(2) Arrcst du Conseil d'Es'al, qui ordonne des peines contre les marchands et 



— 215 — 

pour la première fois. En cas de récidive, le marchand montait en 
personne au pilori et prenait place à côté de l'étoffe incriminée. 
Voilà les faits qui justifient l'émotion des drapiers et des merciers 
melunais, émotion commune à tous leurs confrères du royaume. 
Gomme il était à peu près impossible d'exécuter à la lettre le 
règlement du ministre de Louis XIV, la crainte du pilori restait 
véritablement sérieuse. 

Il est encore d'autres causes qui s'opposaient à la prospérité du 
commerce. Je pourrais les citer, mais à quoi bon? Ne sait-on pas 
que les maîtrises constituaient un monopole étrangement exclu- 
sif; que la création de nouveaux offices, de tout nom, de tout 
genre, véritables sinécures ou taxes déguisées, affaiblissaient à 
l'infini les corporations d'arts et métiers qui, à leur tour, se dé- 
dommageaient sur leur clientèle? Tous ces faits sont de l'histoire, 
et en interrogeant le passé commercial de notre cité , il était diffi- 
cile de les laisser entièrement dans l'ombre. Il est vrai que si les 
règlements ministériels gênèrent plus d'une fois la liberté du 
commerce, l'élan qu'ils communiquèrent au travail et à la pro- 
duction compensèrent peut-être les fautes qu'il est possible de 
leur reprocher. Golbert, en voulant fonder l'industrie en France, 
oublia trop que les moyens d'y parvenir sont la protection et la 
liberté. 

De nouvelles tentatives furent faites au commencement du 
xvm^ siècle, pour raviver les affaires dans la ville de Melun. Les 
essais infructueux des officiers municipaux les avaient sans 
doute découragés, car cette fois, ce fut un seigneur des environs 
qui prit l'initiative. Des lettres-patentes données par le roi, à Ver- 
sailles, au mois de janvier 1701,àmessire Henri-Charles de Beau- 
manoir, marquis de Lavardin, lieutenant-général des armées de 
Sa Majesté, seigneur de Vaux-à-Pénil, de Saint-Liesne-lez-Melun 
et autres lieux, autorisèrent la création, au faubourg Saint-Liesne, 
de deux foires annuelles, les jours Saint-Jean-Baptiste et Saint- 
Martin d'hiver, et d'un marché-franc le dernier jeudi de chaque 
mois (1). Malheureusement, les mêmes difficultés qui s'étaient 
déjà produites s'opposèrent encore à la réussite de ce nouvel essai. 



ouvriers qui fabriquent et exposent en vente des marchandises défectueuses et non 
conformes aux règlemens, du 24 décembre 1670. — A Paris, chez F. Muguet, 
imprimeur du Roy, rue delà Harpe, à l'adoration des trois Roys, MDCLXXI. De 
l'exprès commandement de Sa Majesté. — (Archives municipales. Usines et Manu- 
factures, série H. H. 

(1) Archives départementales de Seine-et-Marne. Registres de l'Election; série C. 



— 216 — 

D'ailleurs, le marquis de Lavardin mourut sur ces entrefaites, et 
ses héritiers ne semblent pas avoir eu la même prédilection pour 
les habitants de son domaine. La Saint-Jean-Baptiste et la Saint- 
Martin restèrent ce qu'elles étaient de longue date, c'est-à-dire des 
réunions ou fêtes fréquentées par les habitants des campagnes, 
notamment par les domestiques qui s'y louaient pour les travaux 
des fermes. 

En compensation, il était d'au 1res lieux de réunion qui pre- 
naient plus d'extension. Les affaires y devenaient de plus en 
plus considérables. Je veux parler des marchés d'approvision- 
nement de la ville. De temps immémorial , ils se tenaient , 
comme aujourd'hui encore, les mercredi, vendredi et samedi de 
chaque semaine. Abondamment fournis de denrées apportées par 
les paysans des environs, il s'y faisait un grand trafic. 

Depuis l'abandon du marché du faubourg des Carmes, dans le 
cours du xv"" siècle, et avant 1737, époque de la création de la 
place Saint-Jean, le marché se tenait dans les rues du quartier 
Saint-Aspais. Le beurre, les œufs, la volaille se trouvaient dans 
la rue de Boissettes; la viande dans la rue du Miroir et du Son- 
neur; les légumes dans la rue de la Savaterie (Jacques Amyot) ; la 
marée dans la rue de la Frapperie (du Presbytère) ; et la lingerie, 
la quincaillerie et autres marchandises dans la rue aux Oignons 
(de l'hôtel-de- ville) (1). Si l'on se représente le peu de largeur 
des rues en ce temps, on jugera de l'encombrement et du dé- 
sordre qui devaient y régner les jours de marché. Cependant, per- 
sonne ne s'en plaignait; au contraire, à différentes reprises, après 
qu'il eut été transféré sur la place Saint-Jean, les habitants de- 
mandèrent et obtinrent le rétablissement de leur marché dans 
les rues, tel qu'il était autrefois. 

Pendant la durée éphémère des marchés-francs, la rue aux Oi- 
gnons servait d'étape aux vins. — 11 n'est pas de produit, dont, 
alors, la vente soulevait de plus vives contestations. Aux xiv'^ et 
xv'= siècles, les cabaretiers et les habitants se trouvaient aux prises 
avec les seigneurs qui jouissaient du droit di; forage, de courte- 
pinte, etc; plus tard, ce fut avec les commis des aides. Que de 
fois, l'élection de Melun fut saisie d'aflaires de cette nature! Tan- 
tôt c'étaient des luttes entre les commis et les habitants, des rixes 
oii le sang coulait; d'autres fois, c'étaient un échange de grosses 
injures, des accusations calomnieuses frappant tout le monde in- 
distinctement, jusqu'à des prêtres de campagne inculpés, bien à 

(l) Registres des délibérations municipales de Melim. xvii'^ ot xviii* siècles; série 
B. B. 



— 217 — 

tort, sans doute, de vendre vin à faux bouchon. Que de scènes ri- 
dicules ou burlesques s'en suivaient, témoin comme en 1695 
lorsque deux commis des aydes, pénétrant dans l'auditoire de l'É- 
lection de Melun, racontèrent l'aggression dont ils avaient été vic- 
times de la part d'un hôtelier de Saint-Liesne et de sa femme qui 
s'étaient rués sur eux à coups de pieds et à coups de poings « leur 
» avaient arraché leurs perruques, les avaient rompues en pièces 
» et jetées dans la rue, avec le registre portatif (1).» Que résulte- 
t-il de ces faits, sinon la preuve de l'élévation des droits et des en- 
traves apportées à la liberté du commerce. 

D'autres difficultés entre les corporations elles-mêmes se pro- 
duisaient jusque sur les places publiques, et cela au grand désa- 
vantage des consommateurs. Ainsi, les boulangers et les charcu- 
tiers de village, qui n'avaient pas satisfait aux règlements sur la 
maîtrise, ne pouvaient étaler dans les marchés des villes. Plusieurs 
fois, pour ce fait, le prévôt de Melun les menaça de saisir leurs 
marchandises. Il leur reconnaissait seulement le droit de vendre 
aux portes de la ville, mais sans pouvoir franchir l'enceinte for- 
tifiée. Les officiers municipaux protestaient, en alléguant notam- 
ment, comme ils le firent le 30 janvier 1672, que c'était aller contre 
la liberté publique et le soulagement de la garnison; que la con- 
currence des marchands forains produisait une diminution no- 
table sur les denrées, etc. (2). Le prévôt, sans tenir compte de ces 
dires philanthropiques passait outre et chassait les marchands. 
Ainsi le voulaient les ordonnances sur les maîtrises. Le droit de 
travailler et de contribuer au bien-être de son semblable, consti- 
tuait un privilège. — Le plus important des anciens marchés heb- 
domadaires de Melun, était le marché aux grains, se tenant le sa- 
medi sur la place du Martroy, dans la seigneurie des moines de 
Saint-Père. Au temps où la vente sur échantillon était inconnue, 
la place était toujours abondamment garnie. Les droits déminage 
et jaugeage constituaient un profit du Trésor royal. Les bénédic- 
tins de Saint-Père possédaient le tonlieu, c'est-à-dire le droit de 
place. A l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques appartenait le minage des 
grains mis en vente devant l'entrée de l'établissement (3). Aux 
jours de marché, on voyait circuler dans la foule un homme à 
mine sinistre , dont chacun s'écartait précipitamment. C'était 
l'exécuteur des sentences crimmelles du bailliage de Melun, qui 

(1) Archives départementales. Registres de l'Election, C. 123. 

(2) Archives municipales. Foires et marchés, série H. H. 

(3) Archives départementales de Seine-et-Marne. Fonds des Saint-Pères. — Ar- 
chives de l'Hôtel-Dieu de Melun. Fonds de Saint-Jacques. A. 10. 



— 218 — 

prélevait les droits attachés à son lugubre métier. Il prenait une 
cuillerée de menu grain sur le contenu de chaque sac. Mais la 
cuillère étant devenue démesurément grande, les contribuables 
réclamèrent, et, de là, plaid et procès au Présidial qui en régla les 
dimensions (1). 

On manque de renseignements exacts sur la quantité de blé 
figurant ordinairement au marché. On sait seulement que l'appro- 
visionnement actuel est inférieur à celui du temps passé, alors 
que les fermiers de la Brie se livraient exclusivement à la culture 
du blé , et qu'ils ignoraient la vente en poche. Et cependant , 
la production des céréales n'était pas aussi considérable qu'à pré- 
sent; car on ne saurait l'oublier, à cette époque de tailles, de taxes 
et de dons gratuits, le jour où le gouvernenient élevait l'impôt, 
la culture cessait dans les territoires de médiocre qualité (2). 

Malgré les obstacles qui pesaient sur le commerce au milieu du 
XVIII* siècle, les grands établissements industriels tendaient à se 
multiplier. Aux premières années du règne de Louis XVI, une fi- 
lature de coton fut fondée à Melun, dans une maison de la rue de 
l'Hôtel-de-Ville, et transférée presqu'aussitôt dans le faubourg 
Saint-Liesne, par un nommé Perrenod, d'origine suisse. Cet éta- 
blissement, modeste à son début, prit en peu de temps une cer- 
taine importance, sous la direction des sieurs Hurel et Beaufrère, 
qui succédèrent à Perrenod. 11 en fut de même d'une autre manu- 
facture, fondée en prairial an X, par le sieur de Surmont. En 
1817, ces deux établissements, qui auraient pu devenir d'un grand 
profit pour la ville, n'occupaient pas moins de cinq cent trente-trois 
ouvriers. Des circonstances particulières, qu'il ne m'appartient pas 
d'apprécier ici, en amenèrent la suppression vers 1830 (3). 

Déjà, plusieurs années avant, la manufacture de verrerie établie 
à Saint-Ambroise, et dans laquelle, sous le premier Empire, cent 
soixante-quinze personnes étaient employées, avait également pris 
fin. 

En 1769, une fonderie de suif, pour la fabrication de chandelles, 
qui existe encore aujourd'hui, avait été créée dans la paroisse 
Saint-Ambroise. 

Ces différents créations ou tentatives, émanant d'hommes com- 
pétents, sont une preuve des ressources particulières que notre 



(1) Archives municipales. Police et, règlements des marchés. 

(2) Mémoires sur la Généralité do Paris. 2 vol. in-4o. Manuscrits, donués au 
Musée de Melun, par M. Larné, ancien adjoint au maire de celle ville. 

(3) Archives municipales. II. II. 



— 219 — 

pays offrait à l'industrie manufacturière. Si la réussite leur lit 
défaut, c'est moins à l'élément local qu'on doit l'attribuer qu'aux 
lois et règlements anti-protectionistes au quels les nouveaux éta- 
blissements se trouvèrent soumis. 

Pour clore ce tableau du commerce et de l'industrie locale, avant 
la Révolution, j'emprunterai les citations suivantes au cahier de 
doléances, rédigé par les habitant'^, de Melun, en 1789 (1). Ce sera 
la conclusion du sujet que j'ai voulu traiter : 

« La communauté des habitants de Melun enjoint à son député 
de demander : 

(( Que pour la facilité du commerce, de province à province, il 
ne soit plus admis dans tout le royaume qu'un seul poids et qu'une 
seule mesure. 

« Que pour la liberté de ce même commerce, de quelque nature 
qu'il soit, les douanes intérieures soient reculées jusque sur les 
frontières. 

La facilité des communications aurait pu contribuer à la pros- 
périté commerciale. Malheureusement le pouvoir s'en montrant peu 
soucieux, apportait la même incurie dans la création des routes et 
dans leur entretien. Jusqu'au xviii'' siècle, les environs de Melun 
furent privés de chemins facilement carrossables (2). Le coche, 
mentionné dans la charte accordée par Louis-le-Gros en 1176, de- 
meura jusqu'à nos jours le véhicule le plus usité pour le transport 
des voyageurs et des marchandises. Sous Louis XV, il en passait 
six, à Melun, par semaine; un d'entre eux desservait spécialement 
cette ville, et les autres avaient pour destination Nogent-sur- 
Seine^ Sens, Montargis, Auxerre et Montereau. Le •coche de 
Melun, partant pour Paris le lundi et revenant le vendredi, ac- 
complissait la route en un jour en été, et en un jour et demi en 
hiver, si toutefois des accidents, assez fréquents, ne venaient pas 
s'y opposer. Les tarifs furent souvent modifiés. Avant 1642, le 
prix du transport de Melun à Paris était de dix sols pour l'aller 
et de vingt sols pour le retour (3). Comme toutes choses suscep- 
tibles de lucre, le coche constitua un monopole transmis à prix 
d'argent ou gracieusement. C'est ainsi que Louis XIII, Louis XIV 
et Louis XV investirent MM. de La Grange-Leroy, Fouquet et 
de Caumartin, de l'exploitation du coche de Melun, exploitation 



(1) Archives départementales. B. 136. 

(2) Registre des déli.jcratious municipales de Melun. xvii« et XYiii» siècle. 

(3) Idem. — Voir aussi la liasse intitulée: Coches d'eau. Série H. H. 



— 220 — 

qu'ils transmirent à des fermiers rançonnant à plaisir les voya- 
geurs et les marchandises. Il en résultait procès sur procès, sen- 
tences et arrêts, tournant presque toujours au préjudice des po- 
pulations (1), 

Le coche n'eût jamais de concurrence sérieuse ; le monopole et 
le mauvais état des chemins ne le permettaient pas. On en 
trouve la preuve dans une requête présentée au Conseil d'État, 
par les habitants de Melun, en 1701;, pour le maintien du passage, 
dans leur ville, des messageries de Fontainebleau à Paris, itiné- 
raire qui avait été abandonné par le défaut d'entretien de la route 
dans la plaine de Villeneuve. Ils demandaient aussi que le prix de 
trente-cinq sols pour chaque personne allant de Melun à Paris, et 
de quarante-cinq sols pour le retour, fut scrupuleusement ob- 
servé (2). 

La construction de la route de Paris à Lyon, par Melun, en 
1753, fut très-profitable au commerce de notre ville. Des hôtelle- 
ries s'ouvrirent de tous côtés, notamment sur la place du marché 
au blé, oh avaient lieu les relais, et leur prospérité s'augmenta 
dans la suite par la suppression du privilège des postes et des 
messageries. 

(( Que les privilèges des postes et messageries soient supprimés, 
de manière à ne plus gêner la liberté des routes et interdire aux 
citoyens les moyens de voiturer et voyager qu'il leur plaira choisir. 

« Que toutes les entraves qui s'opposent au progrès de l'in- 
dustrie, nuisent à la liberté des arts et métiers, et à celles du 
commerce, soient détruites. 

« Enfin, indépendamment de ces principaux objets, qui forment 
la matière des voeux et doléances de l'Assemblée de la ville de Melun, 
il en est de particuliers à chaque corps et corporation dont il serait 
à désirer que la Nation assemblée put s'occuper; car il n'est pres- 
que point de citoyen qui ne gémisse sous le poids des maux atta- 
chés à chaque lieu, à chaque état, à chaqup profession. » 

Tous ces vœux reçurent leur sanction. Et maintenant, le com- 
merce et l'industrie, sincèrement protégés, libres d'entraves, s'a- 
vancent sagement et résolument dans la voie de l'avenir, dans la 
voie du progrès ! 

(1) Archives départementales. Titres et pièces de la Vicomte de Melun. — Ar- 
chives municipales. Coche.i d'enu. si'rie H. H. 

(2) Registres des délibérations municipales. Série B. B. 



— 221 — 



NOTES SUR LES ANTIQUITÉS DE CHAMPDEUIL 



ET SUR 



UN SCEAU DU COMTE DE VARAX, 

SEIGNEUR UE NANTEUIL-SUR-MARNE AU XVH" SIÈCLE, 

Qui a servi pour la juridiction seigneuriale de Nanteuil jusqu'à la suppression de 

ces juridictions. 

PAR M. GAUCHER, 

Membre fondateur ( SectioM de Meaux, et momentanément de celle de Illelun.) 



M. Gaucher, membre fondateur de la Société d'archéologie, 
lettres, sciences et arts du département de Seine-et-Marne, rési- 
dant présentementà Champdeuil, a signalé à la Section de Melun : 

1° Quatre médaillons en marbre formant, à ce qu'il paraît, avec 
les huit que possède l'église Saint-Aspais de Melun, — deux au 
nouvel autel de la Vierge et les six autres à gauche de la porte de 
la sacristie, — la collection des apôtres qui décorait autrefois 
l'église de Champdeuil ; 

2° Au bas du chœur de cette église, une pierre tombale qui re- 
couvre la sépulture, en cet endroit, d'une dame du lieu ; 

3° Trois dalles, dont deux servent de margelle au puits de la 
maison d'école ; la troisième, brisée exprès, pave l'entrée d'une 
porte de cette maison. Une quatrième a dû exister. 

Ces dalles se trouvaient au pied d'une pyramide élevée, par les 
habitants, sur la place publique, lors de la première République; 
sur chacune d'elles, se lisent des paroles dictées par les idées 
exaltées de l'époque. 

4° Enfin, une pierre tombale, peut-être déjà connue, a été trou- 
vée il y a cinq ans environ, lors du déblai des restes de la chapelle 
de l'ancienne paroisse de Ghampigny-en-Brie. 

Elle rappelle une dame inhumée en cet e droit. 
. Brisée en quatre morceaux épars et laissée aux injures du temps, 



— 222 — 

cette pierre, sans aucun doute, va bientôt disparaître. Ne convien- 
drait-il pas de relever l'inscription qu'elle contient, et de la faire 
placer en un lieu convenable ? 



SCEAU DU COMTE DE VARAX. 




De gueule à la fasce d'or, accompagné de irais étoiles d'argent : 
deux en chef et une en pointe. 

En vous communiquant ce sceau sans légende, Messieurs, ma 
démarche serait, je crois, bien infructueuse si je ne venais en 
même temps vous donner la preuve de son authenticité. 

Avant qu'il me fût remis , j'avais déjà , lors de la recons- 
truction du mur latéral de face gauche de l'église de Nanteuil, 
en 1857, et après l'enlèvement des lambris du chœur, calqué, 
assez difficilement sur l'ancienne muraille à peine enduite, des 
armoiries peintes entre deux piliers au milieu d'une litre ou cein- 
ture funèbre. Ces armoiries que n'avait pu atteindre, en 1840, la 
brosse du badigeonneur, dans l'appropriation intérieure de l'é- 
difice, me donnèrent l'e-poir de reconnaître un jour le seignenr 
Patron ou Haut-Justicier, pour lequel l'église avait pris le deuil à 
son décès. 

Je crois devoir vous décrire ces armoiries qui ne diffèrent 
d'avec le sceau que par une palme entre la couronne et l'écu. 

Ecu, hauteur 21 ceniimètres largeur 17 eMo centimètres : 

Palmes vertes, nouées avec un cordon ou ?'uban rouge. 

Couronne d'or. 

Déjà aussi dans les milliers de titres que j'avais compulsés pour 
établir l'ancien ordre de choses relatif au petit bourg de Nan- 
teuil, j'avais trouvé une mention me faisant connaître qu'une 
apposition de scellés avait été faite le 12 mai 1772, « aux armes 
» de M" le comte do Varax, ancien seigneur dudit Nanteuil, 



— 223 — 

» pour le défaut du cachet aux armes de Monseigneur le duc de 
» Montmorency, seigneur actuel du lieu. » 

Les armoiries de l'église, le sceau et la mention qui précède, ne 
m'avaient encore indiqué positivement à quel seigneur de Nanteuil 
ces armes pouvaient appartenir. En toutes choses, et en archéologie 
surtout, il faut de la patience ; le temps permet tout. Une pièce, 
revêtue d'un sceau me fut remise un jour où je m'y attendais le 
moins, et en fin de cette pièce, je pus lire : 

(( Nous soussigné, François Royne, bailli de la chastellenie de 
» Nanteuil-sur-Marne, pour Monseig"^ le comte de Varax, sei- 
» gneur chastelain dud. lieu, certifions, etc., etc., — en foy de 
)) quoy nous avons signé et fait apposer le cachet des armes 
» dudit sei-ineur, ce septiesme jour de mai vj" quatre-vingt- 
» seize (1696). » 

Venaient ensuite la signature du bailli et le sceau en cire 
rouge dont l'empreinte entre parfaitement dans celui qui fait 
l'objet de ma communication. J'avais reconnu que ce cachet et 
les armoiries peintes sur les murs de l'église étaient sinon de 
Pierre Pérachon, tout au moins de Louis-Alexandre Pérachon, 
son fils, tous deux comtes de Varax, seigneurs de Nanteuil-sur- 
Marne dans la deuxième moitié du xvii^ siècle, comme on va le 
voir ci-après. 

Cette pièce est déposée aux archives municipales de Nan- 
teuil. 

liCs comtes de Varax, seigneurs de IVantenil. 

<( Le 29 aoust \ 670, M'^ Pierre Pérachon, seigneur de Sainct- 
)) Maurice et autres places, con*"" du Roi en ses conseilz et secré- 
» taire de Sa Majesté, maison et couronne de France et de ses 
» finances (en 1677, marquis de Varambon et de Treffort, comte de 
» Varax, puis, en 1681, baron de LoyeetdeChâtillon), acquiert la 
» terre et seigneurye de Nanteuil, seize sur la rivière de Marne, 
» de M''^ Léon Potier, duc de Gesvres, héritier par bénéfice d'in- 
» ventaire de deffunt M'''^ René Potier, pair de France, son père. » 
(Archives départementales de Seine-et-Marne, E. 796). 

a Le 31 mars 1689, M"' Louis-Alexandre Pérachon, comte de 
» Varax, marquis de Treffort, seigneur de Nanteuil-sur-Marne, 
» fils et héritier du précédent, rend foi et hommage aux adminis- 
» trateurs de l'Hôtel-Dieu Saint-Gervais de Soissons, à cause du 



— 224 — 

» droit de dîmes réservé dans la vente laite en 1600, de cette 
» seigneurie, par les administrateurs, à Louis Potier de Tresmes, 
» duc de Gesvres, père de René, précédemment dénommé. » 
(Archives dudit Hôtel-Dieu). 

Cette seigneurie appartint ensuite en descendance collatérale à 
la même famille jusqu'en 1766. 



— 225 



LA SUCCESSION DE L'ABBÉ SEGUY, 

PAR M. TH. LHUILLIER, 
Membre fondateur (Section de Alclun ), Secrétaire général. 



Joseph Seguy, l'un des quarante de l'Académie française au 
xviii^ siècle, bien que né dans la ville de Rodez n'est pas tout à 
fait étranger à notre pays. Il a été chanoine de la cathédrale de 
Meaux, et, comme son compatriote Alexis Monteil, c'est dans la 
Brie qu'il termina sa carrière. 

La communication de quelques documents inédits qui se rat- 
tachent à la mort et à la succession de cet académicien, n'est donc 
pas déplacée ici. 

Sans essayer de surfaire la réputation de l'abbé Seguy, on peut 
dire qu'il réussit dans la poésie et dans l'éloquence. Dès sa jeu- 
nesse, le poète remportait à diverses reprises les couronnes acadé- 
miques, en même temps que l'orateur sacré prêchait avec distinc- 
tion au milieu de la capitale et à la Cour (1). Dans ses panégyriques, 
dans l'Éloge de Louis XIV, dans les Oraisons funèbres de la reine 
de Sardaigne, du maréchal de Villars et du cardinal de Bissy, il 
faut reconnaître de la noblesse, de l'onction, du pathétique, joints à 
une grande pureté de style ; mais on y chercherait en vain ces su- 
blimes peintures, ces traits de génie, ces véritables beautés qu'on 
admire dans Massillon ou dans Bossuet. Un biographe a dit, avec 
raison, que Joseph Seguy était fait pour suivre les sentiers battus, 
et non pour se tracer une carrière nouvelle. 

Elu membre de l'Académie à trente-neuf ans (2), en remplace- 
ment de Jacques Adam (de Vendôme) oublié aujourd'hui, les 
épigrammes ne firent pas défaut au triomphe du jeune abbé, 



(1) Seguy avait prononcé, en 1729, le panégyrique de Saint-Louis, devant l'Aca- 
démie Française, et s'en était acquitté avec un talent si remarquable que cette 
compagnie avait demandé et obtenu pour lui du cardinal Fleury, alors premier mi- 
nistre, l'abbaye de Genlis, au diocèse de Noyon. — Lorsqu'il publia ses Panégyriques 
des Saints, en 1736, il se qualifia de prédicateur du Roy. 

(2) Son discours de réception et la réponse de l'abbé de Rothelin, directeur de 
l'Académie, prononcés le 15 mars 1730, se trouvent au 5» vol. du Recueil des Ha- 
rangues, etc., p. 182. 

15 



— 226 — 

presque inconnu la veille, que quelques amis officieux avaient 
pour ainsi dire obligé à faire les visites d'usage. On lui contesta 
même la paternité de son Panégyrique de Saint-Louis, qui fut at- 
tribué à tort à Lamotte ; Seguy se contenta, pour toute réponse, 
de produire, dans la suite, de nouveaux discours d'un mérite su- 
périeur au premier. Le triolet lancé par Piron, le lendemain de 
l'élection, est le seul quolibet dont on se souvienne : 



» Grâce à Monsieur l'abbé Segui,. 
Messieurs, vous revoilà quarante. 
On dit vous faites aussi 
Grâce à Monsieur l'abbé ^egui. 
Par la mort de je ne sais qui, 
Vous n'étiez plus que neuf et trente : 
Grâce à Monsieur l'abbé Segui, 
Messieurs, vous revoilà quarante. » 



Maintenant aussi, il faut l'avouer, le nom de Seguy, comme le 
nom d'Adam (de Vendôme), compte parmi ceux des immortels 
qu'on connaît le moins. 

Le digne ecclésiastique occupa pourtant pendant vingt-cinq ans 
le fauteuil de Racan», de La Bruyère et de l'abbé Fleury. Pendant 
quelque temps, il assista régulièrement aux séances et partagea 
avec zèle les travaux de l'Académie ; puis il vint dans la Brie, 
d'où il se contenta de surveiller la publication de ses ouvrages. 
A la mort du cardinal de Bissy, évêque de Meaux, qui l'avait 
attiré dans cette ville, Seguy prononça l'oraison funèbre du défunt, 
dans sa cathédrale, le 5 décembre 1737 ; il renonça aussitôt 
après à la prédication (1). 

C'était d'ailleurs un homme extrêmement modeste. Cherchant 
plus à se faire oublier du public qu'à briller, il était venu h Meaux 
cacher le peu de gloire qu'il avait acquis. Aussi y vécut-il retiré, 
dans la compagnie d'une de ses sœurs qui, restée célibataire, s'é- 
tait faite sa gouvernante (2). 

L'abbé Séguy ne possédait aucune fortune personnelle, toutefois 
l'abbaye de Sainte-Elisabeth de Genlis, qu'il tenait en commande 



(d) Préface des Sermons pour les principaux jours de carême; Paris, Prault, 
1744, in-12. 

(2) Ils habitaient ensemble une maison canoniale, rue Sainl-Maiir, qui provenait 
de M. Pastel et que le chapitre affermait moyennant 260 livres. Elle a été habitée 
successivement ensuite par MM. Collier de la Marlière, et Mannoury chanoines. 



— 227 — 

dans ]e diocèse de Noyon, certains droits sur le séminaire de 
Saint-Magloire (?) et les revenus de son canonicat, l'avaient mis 
au-dessus du besoin, et lui permettaient toujours de soulager dis- 
crètement quelque infortune autour de lui. 

Au mois de janvier 1761, voyant sa santé altérée, accablé de 
douleurs et d'infirmités, le digne chanoine fit son testament et y 
joignit des observations qui prouvent l'ordre et le soin qu'il appor- 
tait à régler ses affaires d'intérêt. Il mourut, en effet, le 18 mars 
suivant, à soixante-quatre ans, et on l'enterra dans la cathé- 
drale (1). 

Joseph Seguy, qui remplissait avec une édifiante assiduité ses 
devoirs de chanoine (2), passait à Meaux pour un homme simple, 
pieux et bienfaisant ; cette réputation ne devait pas se démentir. A 
l'ouverture de son testament olographe, déposé chez M'' Dela- 
granche, notaire à Meaux, on apprit que le défunt avait disposé 
de sa modeste succession en faveur des pauvres : l'hôpital de cette 
ville était institué son légataire universel. 

Les héritiers présomptifs, néanmoins, — deux frères et deux 
sœurs, — avaient dû être appelés : c'étaient Antoinette Seguy, do- 
miciliée à Meaux; Anne Seguy, qui habitait Rodez ; un frère, se- 
crétaire du maréchal de Broglie (3), et Namas Seguy, procureur 
domanial de S. A. S. le duc d'Orléans, à Aiguesperse. Tous étaient 
dans une certaine aisance ; le dernier seul souleva des difficultés 
pour l'exécution du testament, et ce ne fut pas avant l'année 
1766 (4) que l'hôpital de Meaux obtint la délivrance du legs fait 
à son profit. 

Ce legs, consistant en deniers comptants, produisit net une somme 
de cinq raille quatre-vingt-quatre livres, dix-neuf sols, neuf deniers. 

Avant de rapporter l'acte de baptême, le texte du testament et 
l'acte d'inhumation de l'abbé Seguy, ainsi qu'un résumé du compte 
rendu aux administrateurs de l'hôpital, en 1776 (5), ajoutons que 
sa succession à l'Académie française fut recueillie par un grand 
seigneur, le prince de Rohan-Guémenée, coadjuteur de Strasbourg, 



(1) Personne n'a cité cette tombe, en décrivant la Cathédrale de Meaux. 

(2) Voir le discours du duc de Nivernois, en réponse au duc de Rohan, pro- 
noncé à l'Académie Française, en 1761 (tome VI, p. 515 d\i Recueil des harangues). 

(3) Georges, sans doute, né à Rodez le 16 janvier 1688, qui était lié avec Jean- 
Baptiste Rousseau et qui donna en 1743 une édition de ses œuvres (Didot, 3 vol. in-4° 
et 4 vol. in-12.) 

(4) 21 avril 1766, sentence du bailliage de Meaux. 

(5) Archives de l'Hôpital Général de Meaux. 



— 228 — 

qui possédait dans la Brie les terres de Coupvray, Montry, Ma- 
gny-le-Hongre,etc.Commechanoine'deMeaux,i'abbéSeguyeutpour 
successeur M. de Villedon, et son bénéfice de Sainte-Elisabeth de 
Genlis passa aux mains de messire Henri-Ignace de Chaumont de 
La Galezière, lequel, contrairement à l'exemple de Namas Seguy, 
s'empressa de donner décharge des grosses réparations de son 
abbaye, qui pouvaient être mises à la charge de l'hôpital de 
Meaux. 

I 

naissance do l'abbé Seguy. 

Extrait des registres de la paroisse Notre-Dame de Rodez (ca- 
thédrale) ; registre n" 8; année 1697 (1). 

« Joseph Seguy, fils du sieur Pierre (marchand) et à demoiselle 
Anthoinette Drulhe, né le 19" mars, baptisé le21^ Parrain, Georges 
Drulhe, — marraine, Catherine Drulhe, présents comme dessus. » 

« Fontanon, vicaire. » 

II 

Testament olographe de l'abbé Seguy {déposé chez M" Delagrange, 
notaire à Meaux ^ le 19 mars 1761). 

« Voicy mon testament que je mets sous la protection de M. le 
Procureur Général du Parlement de Paris. 

« Je fais mon légataire universel l'Hôpital général de Meaux, et 
je fais M. Cannelle, procureur du Roy au Présidial dudit Meaux, 
mon exécuteur testamentaire, en chargeant ledit Hôpital général 
de Meaux de faire présent à mon dit sieur Cannelle, de la pendule 
de la chambre oti je couche, si ledit sieur parvient par tous ses 
soins, à faire exécuter mon présent testament dans toute sa teneur. 

« Item je prie ledit Hôpital général de AJeaux de laisser à ma sœur 
Antoinette Seguy, qui demeure avec moy, mon portrait, et du 
reste, je déclare devant Dieu que ledit hôpital ne peut, en qualité 
de mon légataire universel, rien prétendre sur les meubles de 
l'appartement de ma ditte sœur, lesquels appartiennent à elle ©n 



(1) Cet acte permet de rectifier les dates fautives indiquées dans toutes es ûio- 
graphies antérieures. 



— 229 — 

propre, en vertu de l'échange que je fis avec elle desdits meubles 
avec ceux qu'elle apporta de Sainte-Marie, sur lesquels je n'avois 
rien à prétendre, mais dont je me suis accomodé en conséquence 
de l'accord fait entre nous deux, dont elle a copie signée d'elle et 
de moy. Fait avec toute la réflexion dont je suis capable, lu et relu 
à Meaux, ce trois janvier mil sept cent soixante-un. 

(( (Signé) L'abbé Seguy. » 
III 

« Instruction au sujet de mon Testament, pour ceux qui pour- 
roient prétendre y avoir quelque intérest pour ou contre. Je laisse 
une succession qui ne peut consister qu'en meubles, m'étant fait 
un principe, depuis que je suis au-dessus de mes affaires, de ne 
me réserver qu'une certaine somme pour la dépense journalière 
de ma maison, somme qui était épuisée au bout de chaque trois 
mois et remplacée par une pareille, ce qui ne manque jamais, 
moyennant l'exactitude avec laquelle je suis payé tous les quartiers 
et les mesures que j'ai prises. 

« Je proteste devant Dieu que je ne dois rien à personne, hors 
au Chapitre (1), à qui il n'est pas possible à un chanoine de ne pas 
devoir, à moins qu'il n'ay fmy son année canoniale, et qu'il n'ait 
point d'absence à payer. Les dépenses trop considérables que j'ay 
faittes dans ma maison ont été payées à mesure, ainsy ni maçon 
ni menuisier, ni vitrier, ni tel ouvrier que ce soit, n'ont pas un sol 
à demander à ma succession. Tous les lambris et boiseries que j'ay 
fait faire dans ma maison, je les reconnois appartenir à la ditte mai- 
son, suivant qu'il est convenu entre le Chapitre et moy, en ce que 
ledit Chapitre a bien voulu m'accorder pour laditte maison. Mon 
successeur dans mon abbaye (2) n'aura rien à prétendre sur ma 
succession, vu que depuis trente ans et plus que je jouis de ce 
bénéfice, les religieux, toujours mes fermiers, se sont chargés, par 
tous les baux passés entre eux et moy, de toutes les réparations 
grosses et menues des fermes, de payer toutes les impositions 
actuelles et à venir, d'acquitter toutes les charges prévues et im- 
prévues, et de me payer tous les ans, par quartier, deux raille 
livres, même en cas de non-dépouillement de grains. Mon succes- 
seur ne voulant pas connaître tout cela, ne manquera pas de faire 

(1) Saint-Etienne de Meaux. 

(2) Sainte Elisabeth de (îenlis, Ordre de Prémontré réformé. 



— 230 — 

faire une saisie sur ma succession, mais ce sera à mon exécuteur 
testamentaire à mettre les religieux en cause et obtenir mainlevée 
de laditte saisie. Je le conjure, luy et tous les amis des pauvres, 
d'emploier leur zèle et leur crédit pour garantir ma ditte succession 
de toutte déprédation, en faveur des pauvres à qui elle est destinée. 
« Fait à Meaux, ce dix-huit février mil sept cent soixante-un. 

Signé : l'abbé Seguy. 

a A l'égard de mes meubles, mes domestiques sçavent que je n'ay 
en argenterie que six couverts, une cuillère à soupe et deux cuil- 
lères à ragoût ; ma sœur, quand je donne à manger, me prête les 
six siens, qu'elle fit faire longtemps avant qu'elle vint chez moy, 
et qu'elle fît marquer à ses armes ; n'ayant pas actuellement de 
garçon domestique, je ne dois que les gages de ma cuisinière qui 
est depuis environ sept à huit mois à mon service, sur le pied de 
vingt écus de gages, ceux de la femme de chambre de ma sœur ne 
me regardent point. J'ai neuf paires de draps de maître, environ 
huit ou neuf de domestique, cent soixante et quelques serviettes, 
et le linge de ma cuisine. A l'égard de mes autres meubles, comme 
ils sont en place, c'en est un mémoire qui se montre aux yeux. Je 
n'ay point fait de catalogue de mes livres. 

A l'égard de mes papiers (je ne parle pas de mes écrits) (1), 
qu'on ne soit pas surpris qu'il en manque plusieurs, ils ont été 

(1) La liste des écrits publiés par l'abbé Seguy, peut être dressée ainsi : 

1" Poésies, 2 vol. iii-12. 

2° Sermon prononcé aux nouveaux convertis, en 1732, in-8" (reproduit dans ses 
sermons pour les principaux jours de Carême. 

3° Panégyrique des Saints, 1734-1736, 2 vol. in-12. 

4° Oraison funèbre du maréchal de Villars, 1736, in-4''. 

5° Discours de réception à l'Académie Française, 1736, in-i". 

6" Discours académiques et poésies, La Haye, Néauhne, 1736, in-12. 

7° Oraison funèbre de.... Henry de Thiard de Bissy, cardinal et évêque de 
Meaux, prononcé dans l'église cathédrale de Meaux, le 5 décembre 1737; — Paris, 
Prault père, 1737, in-4». 

8" Sermons pour les principaux jours de carême ; Paris, Prault, 1744, in-12 
de 670 pages. 

9» Oraison funèbre d'Elisabeth de Lorraine, reine de Sardaigne, 1745, in-4°. 

lO» Nouvel essai de poésies sacrées; 1756, in-12. 

On lui attribue aussi, en collaboration 'avec l'abbé Trublet, la 2« édition de 
l'Introduction à la 'connaissance de l'esprit humain, de Vauvenargues ; Pari», 
Briasson, 1746-1747. — Barrois aine, 1781, 1 vol. in-12. 

Notre savant compatriote, le bibliographe Barbier (de Coulommiers), attribue encore 
à l'abbé Séguy, mais d'une façon douteuse, la traduction de deux livres de Saint- 
Augustin. 



— 231 — 

perdus dans mes divers déménagements par l'étourderie de gens 
que j'ay employez, car quel intérêt auraient-ils pu avoir de le faire 
par malice. 
A Meaux, les .jour et an que cy-devant. 

L'abbé Seguy. 

IV 

Décès de l'abbé I§iega7. 

{Extrait du registre des sépultures faites en l'église cathédrale de 
Meaux, année 1761.) 

Cejourd'huyjeudy dix-neuf mars 1761, par M*" Philippe Pidoux 
prêtre licencié en Théologie de la maison et Société Royalle de 
Navarre, Doyen et Chanoine de l'Église Cathédrale de Saint- 
Étienne de Meaux, député de Messieurs du Chapitre de la même 
Église, a été inhumé sur les six heures et demie du soir, dans la- 
ditte Église Cathédrale, dans le premier bas-côté du parvis des 
Lions, entre les deux premiers pilliers vis-à-vis la Chaire, le corps 
de Messire Joseph Seguy, prêtre du diocèse de Rhodez, abbé de 
Sainte-Elisabeth de Genlis, diocèse de Noyon, chanoine de laditte 
Église Cathédrale de Meaux, et l'un des Quarante de l'Académie 
françoise, décédé le jour d'hier sur les quatre heures et demie du 
soir, âgé de soixante-un ans (1), en présence de MM. Philippe- 
Louis Durel, conseiller du Roy, lieutenant particulier criminel 
aux baSge et siège présidial de Meaux, MM. Claude-Charles Ca- 
nelle, conseiller du Roy et son procureur auxdits baâge et siège 
présidial de Meaux, et encore en présence de M*'' Pierre-Ézéchiel 
Le Vasseur de Rocher, Jacques-Nicolas Desmiés, prêtres grands- 
chapelains, hauts- vicaires, M" François Scellier, prêtre, et Claude 
Denis Plaisir, clerc tonsuré, marguillers de laditt'.' Église Cathé- 
drale, témoins à ce requis, demeurans à Meaux, qui ont signé avec 
mondit sieur Pidoux, doyen. 

(Signé) Durel, Ganelle, Desmiés, Plaisir, Levasseur, Scellier, 
Levasseur et Pidoux, doyen. 



compte de la ^accession Meguy. 

Il résulte du compte rendu en 1766 aux administrateurs de l'hô- 
(1) C'est une erreur; le défunt avait 64 ans, moins up jour. 



— 232 — 

pital général de Meaux, que la succession de M. l'abbé Seguy, s'est 
liquidée comme il suit: 

ACTIF. 

1° Prix de la vente des meubles et effets mis sous les scellés h 
Meaux 6,033 liv. 14 s. 6 d. 

2° Prix de la vaisselle d'argent. . . . 

3° Billet Gherrier 

4° Billet de partition du Chapitre. . , 

S'* Montant de la vente des meubles trou- 
vés sous les scellés apposés au séminaire de 
Saint-Magloire, suivant procès-verbal du 
6 février 1762. . . . 1,208 1.10 s. 

6° Et de l'argenterie. 239 » 10 » 6d. 



369 


19 


» 


227 


10 


» 


100 


» 


)) 



1,448 liv. 6d. 1,448 n 6 d. 
Total de l'actif 8,179 liv. 4 s. 

PASSIF. 

Sur cette somme on a payé : 

A Meaux, 

Pour capitation, garde des scellés, frais 
de JLisiice et d'inhumation, frais de der- 
nière maladie, etc. . . 2,15() 1. 3 s. 9 d. 

Un an des gages de 
Marie-Louise Colnoy , 
domestique .... (30 » » 

Une tombe de mar- 
bre blanc (mémoire de 
.1. F. Tretté). ... 75 » » 





2,291 1. 8 s, 


, Od. 


AuséminairedeSainL- 






Magloire, 






Pour frais de Justice. 


.587 3 


6 d. 


Pour frais d'économat 






au compl.ibk; .... 


598 i 


» 


Total des dépenses. 


3,4761.11s. 


3d. 


Excéd i 


ant de raclii". 





1,476 11 3 d 



4,702 liv. 12 s. 9 d. 



— 233 — 

Report . . . 4,7021iv. 12 s. 9d. 



11 faut encore ajouter : les fruits et re- 
venus de l'abbaye de Genlis jusqu'au 18 
mars 1761, date du décès de l'abbé Se- 
guy 433 1.6 s. 7 d. 

Déduisant : les deux sols 
pour livre, attribués à l'é- 
conome . 43 1. 6 s. 7 d. 

Et pour 
les frais de 
saisies-ar- 
rêts entre 
les mains 
des fer- 
miers , . 7 13 » 



oOl. 17 s. 7d. 50 17 



Reste. . 382 1. 7 s. » 382 

Il est donc entré net dans la caisse de l'hô- 



pital général de Meaux 5,0841iv. 19 s. 9 d. 



235 



NOTES SUR LA FONDATION DES CÉLESTINS 

DE LA SAINTE -TRINITÉ DE MARCOUSSIS, 

PAR M. LEBIAIRE, 
Membre fondateur (Section de nielun.) 



L'établissement religieux dont je vais m'occuper n'a pas appar- 
tenu à notre département, c'est vrai ; mais comme il s'y rattache 
par ses possessions les plus considérables, j'ai pensé qu'il ne 
serait pas sans intérêt de rappeler l'érection d'un monastère doté 
d'une manière splendide, dès son origine, par une de ces familles 
qui avaient su conquérir une large place dans le pays et qui, 
encore aujourd'hui, peut être considérée à bon droit comme une 
des plus honorables de France, par ses vertus, sa piété éclairée 
et sa bienfaisance inépuisable connue de tous les malheureux. 

Je dois le dire, c'est cette dotation même, et surtout la descrip- 
tion des joyaux et des reliquaires donnés par les fondateurs, qui 
ont éveillé en moi le désir de les faire connaître, 

Marcoussis, où Jehan ;, seigneur du lieu et de Montagu ou 
Montaigu (hameau de la commune de Ghampbourcy, entre Saint- 
Germain et Poissy), édifia le monastère qu'il destinait aux Céles- 
tins, est un village de l'Ile-de-France. Il paraît avoir été fondé 
en l'an 661 par Saint- Wandrille, qui y fit bâtir une église. Un 
château-fort construit vers la fin du xiv^ siècle, existait à Mar- 
coussis ; il a été démoli en 1807, sans doute par les sieurs Joseph 
Boutron et Jean Donnât, qui s'en étaient rendus acquéreurs le 
28 prairial an VI. 

Ce château passait pour une des plus fortes places du royaume. 
L'entrée était couverte par un ouvrage avancé dans lequel on pé- 
nétrait par deux ponts-levis. Après avoir traversé une première 
cour on arrivait au château par un autre pont-levis jeté sur un 
fossé large de 20 mètres. La forme générale de l'édifice était celle 
d'un parallélogramme d'environ 55 mètres de longueur sur 30 de 
largeur, dont les angles et les côtés étaient défendus par dix tours 
de grandes dimensions, y compris celles qui flanquaient l'entrée 
formant donjon, et plus rapprochées entr'elles que les deux du 
côté opposé. (Planche II, fig. A). 



— 236 — 

Avant de parier des Célestins de Marcousis et de leur fonda- 
teur, qu'il me soit permis de dire quelques mots sur la création de 
l'ordre, qui du reste n'était qu'une branche de celui des Bernar- 
dins ou Bénédictins réformés. 

« Les Célestins ont pris leur nom du pape Gélestin V, qui avant 
» son avènement au siège pontifical, et connu alors sous le nom 
» de Pierre de Mouron, établit une congrégation de religieux ré- 
» formés de l'ordre de Saint-Bernard. Cette congrégation date de 
» l'an 1244 ; elle fut approuvée en 1264 par Urbain IV, et confir- 
» mée 10 ans après par Grégoire X, au deuxième concile général 
» de Lyon. D'Italie, les Célestins passèrent en France l'an 1300. 
» Le chef de l'ordre fut établi à Paris en 1318. Vingt-trois monas- 
» tères en dépendaient ; ils étaient gouvernés par un provincial 
» élu tous les trois ans, et qui avait titre et pouvoir de général. » 
(Dubreuil. Antiquités de Paris. 

Les Célestins de Paris furent fondés par Pierre Martel, bour- 
geois de cette ville ; ils jouissaient des mêmes droits et privi- 
lèges que les secrétaires du roi. L'origine de ces droits vient 
de ce que Robert de Jussi, reçu novice dans le monastère du 
Mont-de-Ghartres, et ayant quitté l'habit avant de faire profes- 
sion, s'attacha au service du roi Philippe de Valois, et fut du 
nombre des conseillers -secrétaires de ce prince. L'affection 
qu'il avait pour l'ordre le porta à proposer dans une assem- 
blée des secrétaires du roi d'ériger une confrérie dans l'église des 
Célestins de Paris. La proposition fut acceptée, et, pour donner 
moyen aux religieux de subsister parce qu'ils n'étaient pas riches 
en ce temps-là, ils leur accordèrent tous les mois, chacun 4 sols 
parisis sur l'émolument de la bourse. Depuis ce temps, Charles, 
dauphin de France, régent du royaume pendant la détention du 
roi Jean, son père, leur donna une bourse semblable à celle de 
chaque secrétaire du roi. {Histoire des ordres monastiques. — Tome 
VI, pages 189-190). 

Marcoussis est une commune de 1,350 habitants; elle fait par- 
tie de l'arrondissement de Rambouillet (Seine-et-Oise). — Le 
monastère établi en ce lieu doit sa fondation, ainsi que je l'ai dit 
plus haut, à Jehan de Montagu (1), vidame de Laon, seigneur de 
Montagu, près Poissy, de Marcoussis, du Bois-Malesherbes, de 
Tournenfuye, chevalier, chambellan du roi Charles V, souverain 

1) Ses armes sont : D'argent à la croix d'azi^r, cantûniiée de quatre aigles de 
sable. 



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— 2.37 -- 

maître de l'hôtel du roi Charles VI, et surintendant des finances 
du royaume. 

Jehan de Montagu fut aimé de ces deux souverains : le dernier 
lui donna les maisons de Massonvilliers et de Pranconville, près 
Chartres. Il acquit en 1390 le vidaraé de Laon, en échange de la 
terre de Ver, et fnt capitaine du château de la Bastille. Au mois 
de mai 1401, le roi lui fit don de l'hôtel de Chanteloup avec ses 
dépendances, pour l'unir à la châtellenie de Marcoussis qu'il avait 
acquise; c'est deux ans après qu'il le pourvut de la charge de 
souverain grand maître de son hôtel. 

A Jehan de Montagu succéda, comme dame de Marcoussis, 
Elisabeth, sa fille aînée, veuve de Jehan VI, comte de Roucy ; 
elle mourut en octobre 1429, à Lyon, d'où son corps fut porté 
aux Célestins fondés par son père. 

On voit ensuite, comme seigneur de Marcoussis, Jehan Mallet, 
cinquième du nom, sire, de Graville, fauconnier, panetier et 
maître des arbalétriers de France, qui eut pour deuxième femme 
Jacqueline de Montagu, veuve de Jehan de Craon, seigneur de 
Montbazon et de Moncontour en 1346. 

Une troisième fille de Jehan de Montagu, nommé Jehanne, 
épousa en 1417 Jacques de Bourbon, deuxième du nom, chevalier, 
baron de Thury, qui se destinait d'abord à l'état ecclésiastique et 
abandonna ensuite ses bénéfices. Il prit le parti de Charles de 
France, dauphin de Viennois, régent du royaume, qui lui don- 
nait 100 francs par mois pour être en sa compagnie. Jehanne de 
Montagu mourut à Valère en Touraine, dans le mois de sep- 
tembre 1420, âgée de vingt- trois ans; son corps fut aussi apporté 
à Marcoussis, oii il a été inhumé le J5 mars 1468. 

Les seigneuries de Montagu et de Marcoussis passèrent par 
alliance dans la famille de Balzac. 

Jehan de Montagu, ainsi qu'il le dit dans son acte de donation, 
était fils de Girard, seigneur du même lieu, secrétaire du roi, 
trésorier de ses chartes, et de Bicète de Cassinel, laquelle était 
vraisemblablement nièce de Ferry Cassinel, archevêque, duc de 
Reims, pair de France, seigneur de Marcoussis, par suite de 
l'échange qu'il avait fait avec le roi, de sa terre de Galargues, 
contre le châtel maison forte de Marcoussis et la maison de La 
Ronce, en la châtellenie de Montlhéry, par acte du 9 février 1386. 
Avant de fonder le monastère dont il s'agit, Jehan de Montagu 
achetait de Gontier Col, trésorier de France, pour les donner en 
toute propriété aux religieux qu'il patronnait, les seigneuries, 



— 238 — 

terres, prés, bois, étangs, cens, rentes, etc., d'Ozouer-le-Voulgis, 
de Garigny et de Retal, ainsi que les manoirs, granges, écuries et 
autres bâtiments en dépendant. 

Je n'ai pu découvrir de qui Gontier Col tenait les domaines 
achetés de lui par Jehan de Montagu, ni les noms de ses pré- 
décesseurs, à moins pourtant que le premier n'ait été aux 
droits de Jehan de L'Hôpital, seigneur de Montignon, àquiOzouer 
aurait appartenu. Celui-ci a été naturalisé par lettres du 26 
septembre 1349. Le régent du royaume, depuis Charles V, lui' 
avait donné au mois d'octobre 1348, en échange d'une rente de 
200 livres qu'il avait à prendre sur le trésor, la terre et seigneurie 
des Allueux en Palluel, mouvant du château de Crèvecœur-en- 
Brie. — (En 1416, un François de L'Hôpital était gouverneur de 
ce château). On croit savoir aussi qu'en 1206, dame Jude de 
Cresne devait être en possession de la terre d'Ozouer-le-Voulgis, 
dont elle détachait une pièce de bois contenant 439 arpents (185 
hectares 32 ares), pour la donner aux habitants, à la charge « de 
)) 4 deniers parisis de cens, réduits du denier parisis, et d'un 
» pain par chacun particulier habitant, feu et ménage, pour la 
» reconnaissance de leur droit d'usage, » suivant le titre-nouvel, 
qu'ils en ont fourni devant Sureau, notaire audit Ozouer, le 21 
juin 1S82, duquel il résulte que la communauté du lieu aurait été 
en possession de ces usages depuis trois ou quatre cents ans envi- 
ron ; (( confessent aussi lesdits habitants que de tout tems les 
» seigneurs Célestins, leurs officiers et justiciers audit Ozouer, 
» ont eu, et comme ils ont encore de présent, la connaissance de 
» toutes forfaitures, crimes et délits qui se sont commis et com- 
1) mettent es dits bois des usages par quelconques personnes et 
» pour quelque cas que ce soit. » 

Si tous, nous ne connaissons pas Ozouer-le-Voulgis et Rétal, 
au moins leurs noms ne nous sont pas étrangers. 

Ozouer dépendait delà province de l'Ile-de-France ; il resssor- 
tissait aux bailliage, présidial, grenier à sel et élection de Melun ; 
il dépendait du doyenné de Melun. D'après un pouillé du dio- 
cèse de Sens transcrit en 1717, le revenu de la cure d'Ozouer était 
de 900 livres, elle payait 49 livres de décimes ordinaires et 70 
livres de décimes extraordinaires; l'archevêque de Sens en était 
collatcur, la paroisse a pour patron Saint-Martin. 

Suivant une déclaration de M. François Marchand, curé du 
lieu, faite devant le directoire du district de Melun, le revenu de 
son bénéfice aurait été pour : le pnesbytère, cour et jardin, 100 li- 



— 239 — 

vres; dîmes des grains de toute nature, 4,500 livres; menues et 
vertes dîmes, agneaux, vin et filasse, 400 livres; 21 arpents de 
terre estimés devoir rapporter 918 livres 15 sous; autres revenus, 
745 livres ; soit au total 6,663 livres 15 sous, sur lesquels il y au- 
rait eu à déduire pour charges et frais de perception, 2,653 livres; 
mais, attendu que la déclaration du titulaire de ce bénéfice n'a pas 
été reconnue exacte dans toutes ses parties, l'administration, par 
son arrêté du 16 avril 1791, a fixé le revenu de la cure d'Ozouer à 
4,177 livres 2 sous; les charges à 738 livres au lieu de 2,653 livres, 
et le traitement à allouer à M. Marchand à 2,688 livres 11 sous 
3 deniers. 

Aujourd'hui, Ozouer-le-Voulgis est une commune de 835 habi- 
tants (recensement de 1866) ; cette commune fait partie du canton 
et de la justice de paix de Tournan, arrondissement de Melun.En 
1790, la population était de 750 âmes; elle a été en 1846, de 912. 

Si l'on s'en rapporte à Sébastien Rouillard, Ozouer viendrait du 
mot oratoire. Tout en n'admettant les étymologies qu'avec une 
grande réserve, je ne crois cependant pas inutile de citer notre 
vieux chroniqueur, qui, tout en remontant aux Romains, aux 
Grecs et souvent même par delà le déluge, n'est pas toujours à dé- 
daigner. Voici comment il s'exprime en son Histo're de Melun, 
§ 2'= de la page 376 : « Et d'autant qu'es mêmes archives (de l'ab- 
» baye du .Tard), en un aultre tiltre d'icelle année 1220, est faict 
1) récit de Hugues de Voulgis, chevalier, et de son oratoire, vul- 
)) gai rement nommé Osouër-le- Voulgis. le veux dire pour l'expli- 
» cation de ce mot Usouër, que c'est un terme corrompu, selon la 
» prononciation brioise, coustumière de mettre un S pour un R, 
» àl'opposite du prouerbe Eretriensiwn Rho\ et ainsi fault dire 
» Orouer, qui est la vieille diction traduicte du mot latin Ora- 
» torium, tourné par les modernes en Oratoire ; et en ce sens 
» OsoYER -LE- Voulgis veult signifier l'Orouer ou Oratoire du che- 
» valier et seigneur de Voulgis. » 

Le manoir ou hôtel seigneurial d'Ozouer, ainsi que les bâtiments 
de la ferme donnés aux Célestins de Marcoussis, enveloppaient en 
partie l'église paroissiale, ainsi qu'on le voit encore aujourd'hui. 

En ce qui concerne les droits politiques d'Ozôuer-le- Voulgis, il 
est à remarquer que les habitants n'auraient pas été représentés à 
la rédaction de la coutume de Melun en 1560. On ne trouve au 
procès- verbal que le nom de maître Guillaume Le Lièvre, leur 
curé, qui était là évidemment comme membre du Clergé, et non 
pour le Tiers-État. 



— i40 — 

Kn. IG14, lors de la convocation des États-Généraux du royaume 
sous Louis XIII, encore enfant, ces mêmes habitants comparais- 
saient à l'assemblée du bailliage de Melun, par leur syndic pour 
le Tiers; le curé s'y trouvait aussi. 

En 1789, l'assemblée tenue dans la paroisse, pour la nomination 
des députés qui devaient comparaître à l'assemblée générale des 
bailliages royaux de Melun et Moret, convoquée le 5 mars, élisait 
pour ses représentants, les sieurs Pierre Chevalier et Jean-Louis 
Belesme, tous deux vignerons à Ozouer. 

Garigny, situé sur le territoire de la même commune devait 
être un hameau avec manoir féodal, à environ 500 mètres de l'é- 
glise paroissiale. Les fondations de bâtiments que l'on rencontre 
encore en fouillant le terrain attestent suffisamment que cet en- 
droit a été habité; mais à quelle époque peut-on faire remonter sa 
destruction? il n'est pas facile de le dire, car rien dans nos anciens 
documents ne vient nous révéler le fait. Toutefois, il est certain 
que Garigny existait encore en 1406, puisque Jehan de Montagu 
en faisait don au monastère qu'il venait de fonder ; or, nous savons 
tous que, de 1420 à 1430, la Brie et le Gâtinais furent ravagés, 
saccagés et brûlés par les Anglais. On peut donc, sans crainte de 
trop se tromper, reporter à la fin de cette période décennale, la dis- 
parition du manoir de Garigny et des autres habitations dont il 
devait être accompagné. 

Quant à Retal, c'est un hameau de la commune de Liverdy, 
appartenant aussi au canton de Tournan. Il est situé à 2,700 
mètres en ligne droite d'Ozouer-le-Voulgis, dans la direction du 
N.-E. Sa population, en 1866, était de 88 habitants. 

Il y aurait encore beaucoup à dire, sans doute, sur le sujet que 
j'ai essayé d'esquisser, mais le temps et les moyens de recherches 
m'ayant fait défaut, je passerai de suite à l'acte d'acquisition des 
terres et seigneuries indiquées plus haut, et à la fondation du 
monastère de Marcoussis. 

Cependant, je demanderai encore la permission de faire une re- 
marqua avant d'aller plus loin : c'est que les 600 livres parisis de 
rente, dont nous allons voir doter ce monastère, formeraient aujour- 
d'hui une somme bien considérable, car en 1405, le marc d'or 
était évalué 68 livres 15 sous, et aujourd'hui il vaut en métal 
monnayé environ 734 francs , ce qui fait plus que décupler la 
somme. Si, en outre, on considère la valeur des terres aux deux 
époques, on trouvera une bien autre différence. En effet, Jehan de 
Montagu donnait au monastère qu'il fondait, sans y comprendre 



— ^4.1 — 

la valeur des édifices en construction, ni les bâtiments, maisons et 
manoirs de ses seigneuries, environ 930 arpents d'héritages prove- 
nant de la vente que venait de lui faire Gontier Col, moyennant 
6,200 écus d'or de 22 sous 6 deniers chacun. Porter la valeur de 
tous ces biens à un million de notre monnaie actuelle ne paraîtra 
sans doute pas exagéré (1), et comme lesjCélestins de Marcoussis 
ne devaient pas être plus de treize, le prieur compris, on voit que 
ces bons religieux pouvaient vivre sans préoccupation du lende- 
main, et que ceux qui, pour l'amour de Dieu, pouvaient faire un 
tel sacrifice devaient posséder une fortune véritablement colossale 
pour l'époque. 

(l) Les fermes d'Ozouer-le-Voulgis et de Rétal, terres^ prés et bois en dépendant, 
ainsi que le bois des Seigneurs, vendus les 18 avril et 20 août 1791, 28 juillet 1808 
et 10 décembre 1818, en exécution des lois sur les biens nationaux, ont rapporté à 
l'État plus de 375,000 fr. ce qui est déjà quelque chose; mais tout le monde sait 
que la vente de ces biens a été loin d'atteindre leur valeur réelle, et que depuis 
les époques que je viens de citer, les biens ruraux ont singulièrement augmenté de 
prix; ce qui, joint à la dépréciation des métaux, vient encore ajouter à mes appré- 
ciations. 



Vente par Gontier Col, trésorier de France, à Jehan, seigneur de Montagu, 
vidame de Loannais, de la seigneurie, château, tours, maisons, tille et terre 
d'Ozouer-le-Voclgis. 

A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, Guillaume, seigneur de Tignon- 
uille, chevalier, conseiller, chambellan du Roy nostre Sire, et garde de la prévôté 
de Paris, Salut. Sçauoir faisons que par deuant Jehan de La Motte, et Jehan Closier, 
clercs nolaires-jurés du Roy, nostre Seigneur, établi au Chastelet de Paris, fut pré- 
sent en sa personne honorable homme et saige maistre Gontier Col, trésorier de 
France, et afferma en bonne véritté en la présence desdicts notaires comme en ju- 
gement pardeuant nous, que de son conquest par luy faict il auoit, joissoit et paisi- 
blement, possédoit, et que à luy seul et pour le tout, et non à aultres, sans débats, 
contredicts ou empeschements aulcuns, compectoient et apartenoient, compectent et 
apartiennent les chastel, chaslellenie, maisons, tour, manoirs, hostels, reuenus, cens, 
rentes, prés, bois et aultres possessions qui s'ensuiuent : 

Et premièrement. Le cha.-tel, chasiellenie, tour, maisons, ville et seigneurie 
d'Ozouer-le-Vougis assis au pays de Brie, auquel chastel et chaslellenie sont et 
appartiennent les choses quy s'ensuiuent: C'est assauouir une maison assise auprès 
ladicte tour en laquelle demeure le fermier et y a bonne cave et bon four. 

Item. Une chambre assise deuant le puis estant en la cour dudict chastel. 

Item. Une bonne granche couuerte de thuile, à mectre et hesbergier deulx cens 
muidz de grain. 

Item. Au bout de ladicte grange par deuers l'esglise, a bonne maison couuerte 

16 



— 242 — 

de thuile, ea laquelle a deulx estables à niectre pourceaulx et deux géliniers très- 
beaulx. 

Ite77i. Au bout de ladicte granche à bonnes estables toutes neufues pour raectre 
chevaulx, dedans la basse-cour. 

liem. Hors la closture de ladicte basse-cour, à belles bergeries pour mectre grand' 
foison de besles à laine, à corne et demourance pour le fermier, couuerte de chaulmes. 

Item. Une maison ainsi comme elle se comporte, assise en ladicte ville d'Ozouër, 
qui est esclieuë au seigneur, en laquelle a très bel jardin garni d'harbres portans. 

Item. Cent et douze arpens de fleur de terre à fourment. 

Ite77i, Vingt arpens d'aultres terres ou enuiron, dont une partie est baillée à cens, 
et l'aultre non. 

Item. Onze arpens et demy de préz ou enuiron, dont une pièce est baillée au 
fermier, et l'autre est retenue pour les cheuaulx du seigneur. 
. Item. Le jour Sainct Remy, chacun an, enuiron 20 livres parisis de menus cens, 
portans lods, ventes, saisines, et amendes qui se perçoiuent aussi à l'huis de la tour. 

Item. Le jour de la Sainct Andry, enuiron seize sous ung denier-maille parisis 
de menus cens, portans lods, ventes, saisines et amendes qui se perçoiuent aussi à 
l'huis de ladicte tour. 

Item. Le lendemain de Noël, chascun doict rente, qui doibuent ledict cens, cinq 
gelines, quatre chappons et trois septiers d'avoine. 

Item. Les champarts de toutes les terres à champarts estantes autour des bois des 
Usaiges, ainsi comme on a accoustumé les cueillir. 

Item. Le jour de Nostre-Dame, en mars et le jeudy absolu, 4 sous ung denier 
tournois de menus cens. 

Item. Le jour de la Sainct Jehan-Baptiste, 18 sous 6 deniers parisis de menus 
cens. 

Item. Environ cent coruées que d'été que d'hiver, ou se le seigneur n'a à faire 
des personnes, chacune doibt 2 sous parisis pour la cornée. 

Item. Four banier en ladicte ville ou toutes les hostes dudict seigneur sont tenues 
de cuyre et payer 6 deniers parisis pour seplier, communs ans. 

Item. A ledict seigneur, en ladicte ville d'Ozouër et appartenances, toute justice 
haulte, moyenne et basse, aulne, mesure, eschantillon et voyrie. Et tout homme 
qui mène charrette on cheuaulx par les bleds ou hors la voye publique, doibt 
7 sous 6 deniers parisis d'amende au seigneur, pour chacune beste ; et est amoi- 
sonnée la justice, sans espaues ni forfaictures. 

Item. tJne place à molin à eaue, au dessus de la fontaine. 

Item. La rivière d'Hyères au lieudicl Préfontaine, laquelle appartient toute au 
seigneur et non à aultre, ni aultry n'y peult peschier. 

Item. La seigneurie, tiers et dangier de 365 arpents de bois en une pièce appelée 
les Bois des Usaires (usages) d'Ozouër, esquels bois à très bel meirien pour mai- 
sonner, et esquels aulcuns des hommes et hôstes du seigneur ont accoustumé d'auoir 
leur usaige pour eux chauffer et édiffier en la terre dudict seigneur et non ailleurs, 
et se aiilcuns dcsilicts usaigiers en couppoit ou l'aisoit coupper pour aullre cause 
ou vendoit aulcune pièce dudict bois, il forferoit son usaige et l'amenderoit à la 
voulenté du seigneur ; et se aulcnn aullre que desdicts usaigiers y estoit trouué 
couppant ou emporlant bois (juelqu'il soit esdits usaires, il forfaict la charrette et 
3heuaulx, les coiigiiées ou serpes et amende volontaire audict seigneur. 

Item. Y a et appartiennent les fiefs cy-après declairés que tiennent les personnes 
cy-après nommées : 

Et premièrement, Jacqueline, femme feu Liénart Lescuyer, tient un fief auquel 



— M'a — 

fief à vignes, terres, prés, censives et aultres choses, et le tient à présent Girardin 
de Luxembour, fauconnier, demeurant à Braye-Conte-Robert, à cause d'elle. 

Item. Les Loirs et ayans cau^es de feu messire Gilles Le Gallois en tiennent un 
fief, et le tient à présent Pierre de Beaumont, à cause de madame sa femme. 
Item, u'icelluy fiei sont tenus trois arrière-fiefs que tiennent personnes. 
Item. Simon Marin tient ung fief. 
Item. D'icelluy fief est tenu un arrière-fief. 
Item. Ledict Simon Morin tient ung aultre fief. 

Item. Messire Guillaume de Harcourt, tient ung fief, à cause de madame sa femme. 
Item. Madame jehanne de Marigny, dame du Puiset et d'Audrezel, tient ung fief. 
Item. Jehan Le Bougueneau, tient ung fief. 

Item. Simon Moreau, sergent à cheval au bailliage de Meleun, tient un fief que 
Agnès, femme de Simon Barneau souloit tenir. 
Item. Jehan de Villiers tient pareillement ung fief. 
Item. Gilet Poquet tient ung iief. 

Item. Jehanne de La Granche, jadis femme feu Jehan de la Granche, écuyer, 
tient un fief. 

Item, Deulx fiefs, qui estoient tenuz dudict Gilet Poquet, en arrière-fief d'Orouer, 
et à présent sont en plein fief pour certain conquest pieça faict par Jehan de L'Hos- 
pital et sa femme. 
Item. Maistre Jehan Audreguel tient ung fief. 
Item. Maistre Guy de Cosme, tient un fief. 

Item. Les hoirs ou ayans causes de feu messire Jehan Le Mercier, tiennent ung 
fief. 
Item. Les hoirs ou ayans causes de feu Denisol Langlois, tiennent ung fief. 
Item. Ledict maistre Guy de Cosme tient ung fief qui fust Jehan Le Fébure. 
Item Messire Jehan de Fèvre, chevalier, maistre d'Ostel de la Royne, tient un 
fief. 
Item. Les hoirs feu messire Jehan Le Viconte, chevalier, tiennent ung fief. 
Item. Madame Ysaheau La Girarde, dame de Garigny, tient ung fief. 
Tout ce qui dict est, tenu et mouvant en fief, du Roy notre sire, a une seule foy 
et horrfmaige, à cause de son chastel de Meleun. 

Item. Une pièce de bois assise près de ladicte ville d'Orouer, nommée les Bois 
du Brûlis, contenants huict vingts et dix arpens ou environ, tenant d'une part aux 
chanoines du Vivier en Brie, et d'autre part à Jehan de Gragy, et sont tous en 
coupe. 

Item. Une aultre pièce de bois, nommée les bois de Gragy, contenante quarante 
quatre arpens ou environ, tenant d'une part aux bois qui furent Liénard de Landes, 
et d'aultre part ausdicts bois, du Brûlis. 

Item. Deulx aultres pièces de bois contenante chascunes vingt-quatre arpens, et sont 
tous lesdicts bois en coupes et tenus des seigneurs ou seigneur qui se peut mouvoir. 
Item. S'ensuict la desclairation des bois de l'isle, assis près dudict lieu d'Orouer, 
contenaus six vingts et dix arpens ou environ, et sont en coupes. 

Item. A èsdicts bois de l'isle, justice moyenne et basse, et plusieurs nobles fiefs 
tenus à cause de la seigneurie desdicts bois desquels la desclairation est telle : 

Et premièrement. Messire Jehan de Montanglaust, tient son haut ostel de Vi- 
gnoUes, si comme il se comporte, ensemble les jarains et vignes, terres et aultres 
choses. 
Item. A auxdiots bois, justice moyenne et basse, jusqu'à 60 sols 1 denier. 
Item. Ledict chevalier tient ung aultre fief à cause desdicts bois, c'est asscavoir 



— 244 — 

sa basse maison que il a à VignoUes, appellée le bas Ostel , ensemble les vignes 
terres et aultres choses appartenantes à icelluy ostel. 
Item. Dudict fiefs sont tenuz sept arrière-fiefs. 

Item. La femme feu maistre Jehan Gouin, tient ung fief desdicts bois de l'isle, 
séant au Putoy. 

Item. Messire Loys de Villiers, seigneur de Neufmoustiers^ tient ung fief à La 
Chapelle-Houyes. 

Tout ce que dict est, tenu en fief à une seule foy et hommaige du Roy nostre 
Sire, à cause de son chastel de Tournan. 

Item. L'ostel, terre, s^eigneurie et appartenances de Retalles, assises en Brie, au- 
quel ostel et seigneurie appendent et appartiennent les héritaiges, reuenus et pos- 
cesbious cy-après déclairés. 

Et premièrement. Ung ostel ainsy comme il se comporte, clos de murs ou il y a 
plusieurs salles, chambres, four et aultres hébergemens. 

Item. Près d'icelluy ostel a bonne granche et estables couuertes de thuile. 

Item. Derrière ledict hostel et joignant des murs, quatre arpens de bois qui ont 
vingt aus. 

Item. Devers Liverdis à environ vingt arpents de bois appelés le Buisson Menes- 
sier, lesquels sont en coupe. 

Itein. Quatrevingt arpens de terres labourables appartenant audict hostel. 

Item. Cinq arpens de pré appartenans à iceluy hostel de Retalles. 

Item. Au plus près dudict hostel, à un pièce de bois contenant cinquante arpens 
qui furent Jehan de La Folie, tenant aux usaiges de Chastres, et sont tous bons à 
coupper. 

Item. Neuf solz parisis de menus cens appartenans audict hostel de Retalles; les- 
quels se payent chacun an le jour de la Sainct Rémy, portans lods, ventes, saisines 
et amandes. 

Item. Au près des murs dudict hostel a ung étang tout refait de neuf, contenant 
environ 4 arpens d'eau et est bien peuplé. 

Item. A audict lieu justice moyenne et basse. 

Item. S'ensuivent plusieurs fiefs appelés les fiefs de Combreux, appartenant audict 
lieu de Retalles. Et premièrement, y a dix arpents ou environ de bois qui sont en 
coupe, et sont vendus quatre escus l'arpent^ et sera la moitié de la vente et du paye- 
ment, passé à Noël prochainement venant. 

Item. Guillaume Le Harle, escuyer, tient ung fief à cause de Combreux. 

Item. Jehan Robin, demeurant audict Combreux, tient ung fief. 

Item. Guillaume Poulet, demeurant à Liverdis, tient ung fief. 

Item. Jehan Berthault, demeurant à Villegenard, en tient ung fief. 

Item. Jehan Le Vasseur, demeurant à Combreux, tient ung fief. 

Item. Pierre Héron, demeurant à Combreux, tient ung fief. 

Item. Denisot Le Roy, tient ung fief. 

Item. Les hoirs et ayans causes de feu Jehan de Henery en tiennent ung fief, et 
c'est a-sçavoir que le seigneur de Retalles est tenu de comparoir par procureur 
souffi:amment fondé, aux assises de Tournant, toutes fois que elles tiennent. 

Tout ce que dict est tenu et mouvant en fief du Roy nostre Sire, à cause de sou 
chastel de Tournant. 

Item. S'en suivent aultres bois joignant desdicts bois de Hetalles, appartenans à 
ce lieu, tous en une pièce contenante cent neuf arpens, que le seigneur de Retalles 
ja pièça, a acheptée de Guichart de La Folie, qui sont bons à coupper, tenuz en lief 
du seigneur de Raineuille. 



— 245 — 

Item. Au plus près d'icelle pièce, a une aullre pièce de buis conteuaate cinquante 
arpens, laquelle ledict seigneur ja pièça a acheplée de feu Liénart de Landres et de 
ses enfans, tenue en fief de madame Isabeau La Girrarde, dame de Garigny. 

Item. Une aultre pièce de bois appellée le bois des usaires (usages), contenante 
quatrevingt dix arpens que ledict seigneur à ja pièça acheptée dudict de Landres et 
ses enfans, tenue en fief des religieux Chartreux de Paris, à cause de leur justice de 
Soulère (Solers); et afferma (affirma) en outre ledict mai-tre Confier Col, que les 
héritaiges reuenus et pocessions dessus désignés n'étoient, ne (ni) ne sont obligés, 
affermés ne hypotecqués enuers quelconques personnes que ce soit ou peust estre. 

Lesqnieux seigneuries, terres, héritaiges, cens, reuenus et pocessions dessus dé- 
clairés, et généralement toutes les terres et aultres héritaiges, reuenus, cens, rentes, 
prés, bois, aulnois, fiefs et arrière-fiefs, appartenances et deppendances des lieux 
d'Orouër, de Relaies, en quelques lieux qu'ils soient scitués et assis sans aulcune 
chose en rescruer ou retenir. Icelluy maislre Gontier, de son bon gré et Youlenté, 
propre mouvement et certaine science, sans aulcune force; erreur contrainte ou dé- 
céuance, mais pour son cler et évident prouffit, et ces choses en mieux réformer, si 
comme il disoit, reconnut et confessa avoir vendu, quictté, cédé, transporté et dé- 
laissé, et par la teneur de ces présentes lettres, vend, quictte, cedde, transporte et 
délaisse dès maintenant à toujours, perpétuellement et héritablement sans intencion 
de jamais rappeler, ne uenir en contre, a promis, et encore promect garendir, 
déliurer et deffendre enuers et contre tous, de tous troubles, dettes et aultres obli- 
gations, hypothèques, seruitudes, dons, douaires, transports et contre-pièges, en- 
gagements et de tous aultres empeschemens quelconques, toutefois et quantes que 
mestier en sera, à noble et puissant seigneur, monseigneur Jehan, seigneur de 
Montagu, vidame de Lannois (Laonnais), cheualier, conseiller et souverain maistre 
d'hostel du Roy, nostre dict seigneur, achepteur pour luy, ses hoirs, et pour ceulx 
qui de luy auront cause au temps aduenir. Ceste vente faicte pour le prix et somme 
de 6,200 escus d'or de 22 sols 6 deniers tournois pièce, que ledict vendeur en confessa 
auoir eus et receus dudict achepteur, franc et quiclte, icelluy vendeur, et dont il 
se tient pour content et bien payez, et en quitta et quitte, clama bonnement, pure- 
ment et absolument à tousiours, sans rappel, ledict achepteur, ses hoirs et aians 
causes et tous aultres, à qui quittances en pouuoit appartenir. Et d'iceux héritaiges, 
reuenus et pocessions dessus desclairés, ainsi vendus comme dict est ; icelluy ven- 
deur se dessaisi et deuesti ès-mains desdicts notaires, comme en la nostre souue- 
raine, pour le Roy, nostre seigneur, en voulant et consentant que par le bail et 
ostancion de ces présentes lettres ledict achepteur ou son procureur pour lui, en 
feust et soit mis en pocessioo et saisine, foy, hommaige ou souffrance, par tout et 
où il appartiendra. Et d'abondant pour luy, démettre de la foy, hommaige, poces- 
sion et sa'sine, en quoy il étoit des choses dessus dictes, icelluy vendeur fit, or- 
donna, constitua el establit ses procureurs généraux, et certains messages spéciaux, 
Gilol de Pont-de-Pierre, Estienne de La Croix, Jehan de Sainct-Mesmes et Robin 
Auuré, et le porteur de ces présentes, et chacun de eux par soy et pour le tout; 
portant ces lecttres, ausquels il donna et octroya plain pouvoir, auctorité et mande- 
ment spécial de ce faire et tout ce que au cas appartiendra, promettant ledict ven- 
deur, par son serment, et par la foy de son corps pour ce baillée corporellement es 
mains desdicts notaires, la vente, quittance, transport et choses dessus dictes, à 
auoir agréables, et tenir fermes et stables à tousiours, sans aller faire dire ou venir 
en contre par luy, ne par aultre ouuertemeat ou eu appert par voye d'erreur, d'i- 
gnorance, art, engin, cautelle ou déceuame, ne par qnelqu'aultre voyes, causes ou 
raisons que ce soit ou peust estre. Et rendre ou payer à plain et sans plaid, tous 



— 246 — 

coux, fraix, mises^ dépens, dommaiges, journées et intérests qui faictz seroienl par 
deffaux de ce que dict est, non tenu en terme et non accomply. Obligeant quand 
ad ce ledict vendeur luy, tous ses biens et les biens de ses hoirs, meubles et im- 
meubles, présens et adueuir qu'il soumit à justicier, vendre, exploicter par nous, 
nos successeurs préuost de Paris et par toutes aultres justices et juridictions où ils 
seront et pourront estre trouués. Renonçant en ce faict expressément, icelluy ven- 
deur par sesdicls sermens es foy dessus dicts, à toutes exceptions de déception, à 
toutes barres, cautelles, cauillations, raisons, deffenses et oppositions à action ea 
faict, à condition sans cause ou de non juste et indue cause; à convention de lieu 
et de juge, à tout ayde de faict et de droit escript et non escript, canon et ciuil, à 
l'exception de ladicte somme de six mille deux cens escus d'or, non auoir eue et 
receue comme dict est, à la déception d'oultre la mbitié de juste prix; à tous pri- 
uiléges, grâces, respits, lecllres d'estat, dispensalions et absolutions quelconques 
données ou à donner, impestrées ou à impestrer de quelque prince ou prélat que ce 
soit où puisse être, et a tout ce généralement qui aider et valoir en pourroit à dire, 
venir ou opposer à ces lecttres, et les choses contenues en icelles, et au droict di- 
sant générale renonciation non valoir. En témoing de ce nous, à la relation des- 
dicts notaires, auous mis à ces lecttres le t^ceau de ladicte preuosté de Paris, qui 
furent passées et accordées doubles, l'an de grâce rail quatre cent cinq, le samedy 
sixiesme jour du mois de mars. Signé Closier et de La Mothe, auec paraphe. 

Collationné à l'original en parchemin ; ce fait, à l'instant rendu, par les con- 
seillers du Roy, notaires au chaslelet de Paris, soussignez; cejourd'hui dixième mars 
mil sept cent trente huit. Signé : Dulion et Lemoine. 

Fondation du monastère des Célestins de la Sainte-Trinité de Marcoussis, par 
Jehan, seigneur de Montagu et de Marcoussis, vidame de Laonnais, et Jac- 
queline DE La Grange, sa femme (1). 

A tous ceulx qui ces lettres verront, Guillaume, seigneur de Tignonuille, cheual- 
lier, conseiller, chambellan du Roy nostre Sire, et garde de la prevosté de Paris, 
Salut. Sauoir faisons que par deuant Jehan Closier et Andry Lépreux, clercs, no- 
taires du Roy, nostre Sire, au Chastelet de Paris, furent présens nobles et puis- 
santes personnes monseigneur Jehan, seigneur de Montagu et de Marcoussis, vidame 
de Laonnais, cheuallier, conseiller et souuerain maisire d'oslel du Roy, nostre dict 
seigneur, et madame Jacqueline de La Grange, sa femme, à laquelle ledict seigneur 
son mary donna et octroya, et elle print et receu en elle agréablement plain pouuoir, 
licence et auctorilé de faire, passer et accorder d'elle avecques liiy, ce que s'cnsuict : 
lesquels seigneur et dame meus de deuotion, considérans que le pellérinaige et les 
biens temporels et mondains de cette vie transitoire sont ordonnés de Dieu qui tous 
biens a prestes, rérnémorans et aussy considérans les très grands biens et honneurs 
que ils ont eus et receus du Roy Charles et de la royne Jehanne de Bourbon, der- 
nièrement trespassés, dont Dieu ayt les âmes ; du roy Charles, nostre seigneur, et 
de la royne Isabelle de Bauière, qui à présent sont, et de toute la très noble lignée 
et Maison do France, et en l'oniieur, loange et réuérance de Dieu le père, le fils et 
le Sainct-Esprit, ungDieu vraye et Samcte Trinité, et delà glorieuse vierge Marye, 
nostre dame, sa mère; de messieurs Sainct Jchan-Raptiste et éunngéliste, et de 
monsieur Sainct Jacques, grant et petit apostrcs, et de tous les benoists saiucts et 

i\) Une information de (îoninioili) et inconiinoflo sur cotli; tondation a eu lieu le jeudi 17 no- 
veiubru 1107, par Hugues Gunigant cl Nicolas Despre/., conniiis à cet ellet. 



— 247 ' 

sainctes de Paradis, et pour auoir messes, prières et aultres biens espirituels perpé- 
tuellement pour lesdicts roys Charles et la Royne derrenièrement trespassés ; pour 
le roy Charles, nostre Sire, leur fils, et pour ladicte Royne, qui à présent sont nos 
seigneur et dame; leurs enfans; les roys Loys de France et de Nauarre; M?'' le duc 
de Bourgogne, Ms^ le duc de Berry, Ms^ le duc d'Orléans, et pour tous nos aultres 
seigneurs et dames de France; pour le salut des âmes de leurs nobles personnages, 
Ms"" Girard, seigneur de Montagu, et de madame Bicete de Cassinel, sa femme, 
père et mère dudict messire Jehan, seigneur de Montagu ; de feu noble homme 
Mgr Etienne, seigneur de La Grange, et de madame Marie Dubois, sa femme, père 
et mère de ladicte madame Jacqueline ; pour icelluy seigneur de Montagu, grant 
maistre d'ostel du Roy, nostre dict seigneur; de ladicte madame Jacqueline, sa 
femme, et leurs enfans ; pour réuérens pères en Dieu, Ms' l'éveque de Chartres et 
Ms'' l'éveque de Poictiers, frères dudict seigneur, et pour tous les aultres frères 
et sœurs, parens et amis, prédécesseurs et successeurs ; et pour la très 
grant et singulière amour, deuocion et affection que lesdicts seigneur et 
dame au aient et ont enuers la saincte et dénote ordre de M' Sainct Benoist, 
selon les statuts de Ms': Sainct-Père Célestin, et en accroissement et aug- 
mentacion du seruice diuin, et affin que lesdicts roy Charles et la Royne derre- 
nièrement trespassés, le roy Charles, nostre sire, et la Royne qui à présent sont 
nos seigneur et dame, leurs enfants, lesdicts roys Loys et de Navarre, Ms'' le duc 
de Berry, Ms^ le duc d'Orléans, Ms"^ le duc de Bourgogne et nos aultres seigneurs 
et dames de France ; lesdicts Me's de Montagu et de Marcoussis, madame Jacqueline, 
sa femme; leurs enfans et leurs frères et tous leurs prédécesseurs et successeurs soient 
toujours plus accueillis et accompagnés et participans en toutes les messes, prières, 
oraisons et biens spirituels qui ont esté et seront faictes par les religieux dudict 
ordre, ont voulu, ordonné et disposé lesdicts seigneur et dame de Montagu et de 
Marcoussis, et par cest présentes veulent, ordonnent et disposent, a l'ayde de 
Dieu, ung monastère, esglise et habitacions conuenables pour ung couuent d'ung 
prieur et de douze relligieux dudict ordre des Célestins, esfrefaict, construict, eddiffié 
et estably à l'onneur et an tiltre de la benoiste et glorieuse Trinité, au lieu et place 
ja commencée et eddiffié audict lieu de Marcoussis, assis près du chastel et parc 
dudict lieu ; lequel lieu et place grant et souffisant, auecques les choses cy-après 
desclairées. Iceux seigneur et dame de Montagu et de Marcoussis pour ces causes 
ont donné, quicté, ceddé et transporté à tousiours, perpétuellement à Dieu, à 
Saincte Esglise, audict ordre, relligion, au prouincial d'icelle et aux prieur et frères 
qui seront mis et ordonnés par ledict ordre et relligion audict lieu, pour estre par 
iceulx relligieux et leurs successeurs, tenus, habités et possédés perpétuellement 
comme amortis, pour eulx demeurer, habiter et perpétue llement faire le seruice 
diuin. Et pour la sustencion d'iceulx prieur et douze relligieux, leurs oblats et ser- 
uiteurs et aultres personnes que Dieu y amènera, leur ont donné et donnent par 
ces présentes, à tousiours perpétuellement, iceulx seigneur et dame de Montagu et 
de Marcoussis, six cens liures parisis de rente annuelle et perpétuelle, toutes amor- 
ties du Roy, nostre dict seigneur, et de tous aultres seigneurs à qui ce pourroit 
toucher et appartenir en quelque manière que ce soit^ assis es lieux qui s'en- 
suiuent (1). C'est assauoir la tour, hostel, maisons, manoir d'Orouer-le-Bougj', de 
Gariguy et de Rétalles en Brie, auecques toutes les terres, prés, bois, viuiers, cens, 
rentes, fiefs, arrière-fiefs, issues, reuenus, seigneuries, héritages et possessions, et 
toutes les appartenances et appenddances d'iceulx lieux, plus à plein contenus et 

(i) Cet amortissement est du 16 juin 110", 



— 248 — 

desclairés es lecttre? et tiltres des acquisitions d'iceulx lieux, faictes par lesdicts 
seigneur et dame, lesquelles choses dessus dictes, lesdicts fondeurs ou baillé, donné 
et assis à ladicte fondation et relligieux en prix, -valleur et estimacion de deux cens 
et quatrevingt liures parisis de rente annuelle et perpétuelle en leur donnant 
et transportant toutes les issues et reuenus des choses dessus dictes echeues depuis 
l'acquisition d'icelles. 

Item. L'hostel, manoir, pressoir, maisons et habitacions auecques toutes les terres, 
prés, bois, vjgnes, cens, rentes, fiefs, arrière-fiefs, issues et reuenus, justices, sei- 
gneuries, héritaiges et possessions de Villesauuaige et de la ville de Saclais, en 
Beausse, auecques toutes les appartenances et appendances d'icelles villes, sans rien 
excepter, plus à plain desclairés es lecttres et tiltres des acquisions d'iceulx lieux, 
lesquels lieux baillés lesdicts fondeurs ont baillés et baillent à ladicte fondation et 
relligieux, en prix, valleur et estimacion de deulx cens quaraaie livres parisis de 
renie, et le surplus qui reste desdicts six cens liures parisis de rente, montant icelluy 
surplus quatrevingt liures parisis de rente, sera prins, baillé et assigné à ladicte 
fondation et relligieux es droicture et bois de Fouchainville, et es bois d'abondant 
et es aultres terres, bois, cens, rentes, héritaiges et possessions sans labour, que les- 
dicts fondeurs ont audict lien, au plus près de ladicte ville de Fouchainville qui 
seront desclairés plus à plain en l'assiette qui en sera faicte. Lesquelles six cens 
liures parisis de rente seront cueillies, leuées, receues, conuertis et employées es 
liures utenciles, et aultres utilités dudict monastère, par ledict provincial, leur pro- 
cureur des Célestins de Paris et leurs députés, selon leur ordonnance et discrétion, 
jusqu'à ce que lesdicts prieur et relligieux soient mis audict monastère pour faire 
l'office diuin. 

Item. Lesdicts fondeurs ont voulu et ordonné, veulent et ordonnent que ledict 
monastère, esglise, eddiffices et clostures d'icelluy soient faicts et parfaicts bien et 
pouffisamment, et selon qu'ils sont commencés, et que icelluy monastère soit bien 
et souffisamment libre de liures d'esglise et d'auctres liures de théologie et des 
saincts docteurs, conuenables audict ordre et soulfisamment garny de vestemens et 
ornemens, calices et joyaulx d'esglise, et aultres meubles nécessaires et utiles anx- 
dicts relligieux et monastère, et aux office d'icelluy, et tellement que bien et conue- 
nablement lesdicts relligieux puissent demeurer audict monastère, faire l'office diuin 
et garder leur relligion. Et pour ce desja, lesdicts fondeurs entre les aultres choses 
ont donné et donnent auxdits relligieux et fondation, une notable croix d'or, en 
laquelle sont les imaiges du Cruxifils, de Nostre-Dame et de Sainct Jehan ; une 
grant quantité de la vraie croix, une des espines de la saincte couronne de Nostre 
Seigneur Jésus-Christ; et en un grant pied d'argent porl.mt icellc, sont les imaiges 
prians desdicts fondeurs et deux angelos teaans un tableau auquel sont plusieurs 
sainctes relliques ; lesquelles relliques desdicts fondeurs affermèrent (affirmèrent) 
auoir eues et esté prinses en la présence dudict seigneur de Montagu et de Mar- 
coussis, des sainctes relliques de la saincte chapelle du palais du Roy, nostre sire; 
de laquelle croix tous les imaiges sont d'or, et en icelle a grant quantité de plusieurs 
diuerses pierres précieuses. 

Item. Ont donné et donnent, lesdicts fondeurs à iceulx relligieux et fondation, 
ung iraaige d'or de M'' Sainct Jehan-Baptiste tenant ung des dens dudict M' Sainct 
Jehan, que ledict M8' le duc de Berry a donné et affermé audict seigneur de Mar- 
coussis, auoir esté prins au chii f de Mf Sainct Jehan-Baptiste, eslaiiL en l'esglise 
de M"' Sainct Jehan d'Angéiy. 

Item. Ung aultrc imaige d'or de M^ Sainct Anininr. tçiKiiil un gr:int os du bras 
de M'' Sainct Antoine, que h'dict fondenr a ini pai- le moyen du J{oy, nostre dict 



— 249 — 

seigneur^ et estoit suuffisaînment informé que icelluy os feiist piéça donné par les 
relligieux de Sainct Antoine de Viennois à ung de W.M. les ducs de Bourbon, pour 
rémunération d'ung très grant seruice que il auoit faict auxdicts relligieux de Sainct 
Antoine de Viennois, et à leur esglise. Et parmy ce, lesdicts relligieux, prieur et 
couuent qui seront mis, rendus et ordonnés audict monastère et esglise dudict lieu 
de MarcouEsis et leurs successeurs, seront tenus de faire le seruice diuin de jour et 
de nuict, aux heures ad ce ordonnées et accoustumées,- et tel que à l'ordre et relli- 
gion desdicts célestins appartient à faire, et par chacun an, durans les vies d'iceulx 
fondeurs, seront tenus iceulx' relligieux et leurs successeurs, faire deulx seruices so- 
lempnels du Sainct Esprit, à tels jours comme iceulx fondeurs feurent n'^s, et après 
leurs trespassemens seront aussy tenus iceux relligieux et leurs successeurs, faire 
deulx aubis et anniuersaires solempnels chacun an, perpétuellement pour le salut 
des âmes des Roy, Royne, leurs enfans et seigneurs dessus nommées, et aultres 
seigneurs et dames de France, et desdicts fondeurs, messeigneurs les éuesques des- 
sus dicts, leurs frères, et de leursdicts feux pères et mères et aultres parens et amis, 
prédécesseurs et successeurs, à telles journées comme lesdicts fondeurs yront de vie 
à trespassement; et afin de, mémoire perpétuelle de toutes les choses dessus dictes, 
seront tenus iceulx relligieux et leurs successeurs de les escrire et enregistrer en 
ung liure de martirologe qui sera faict pour l'esglise et mouastère dudict lieu de 
Marcoussis, et promistrent lesdicts fondeurs et chacun de eulx par leurs successeurs 
et par la foy de son corps pour ce baillée corporellement es rnains desdites notaires, 
auoir agréables et tenu ferme et estables à tousiours, ceste présente fondation, dé- 
vocion et ordonnance, et toutes les choses en ces lecttres contenues et escriptes, 
sans'aller, venir, faire ou dire contre par voye d'erreur, d'ignorance, de décévance 
ne autrement, comment que ce soit ou peust estre, et rendre et payer à plain tous 
coust, mises, deppens et intérests qui faicts et soutenus seroient, en défauts de ce 
que dict est non accomply, obligeant quant ad ce, lesdicts fondeurs, tousle'irs biens et 
les biens de leurs hoirs, meubles et immeubles présens et avenir, que ils soubmistrent 
quant ad ce, à la juridiction et contraincte de la prevosté de Paris, et de toutes 
aultres justices soubs qui juridiction ils seront et pourront estre trouvés. Et renon- 
cèrent iceulx fondeurs, par leurs dicts sermens et foy, à toutes exceptions, décep- 
tions, oppositions, priuiléges, lecttres, impeltrations, dispensations, absolutions, rai- 
sons et défenses à action sans cause ou de non, juste et indue cause, et généralement 
à toutes aultres choses quelconques, qui tant de faict comme de droit de us, de 
coustumes ou aultrement aidier et valoir leur pourroient aduenir, faire ou dire 
contre ces lectres, et au droict disant générale renonciation non valoir ; en tesmoing 
de ce, nous à la relation desdicts notaires, auons mis le scel de la preuosté de Pa- 
ris, passées et accordées le vendredy vingtuniesme jour de may, l'an mil quatre 
cens et six. Signé : A. Lépreux, auec paraffe. Et sur le reply est escript : Veu le 
brief et arrest du passement de cest présentes lecttres qui de prime face apert estre 
signé des saings manuels de Andry Lépreux, notaire du Roy, nostre sire, au Chas- 
telet de Paris, et feu Jehan Closier, en son viuant aussy notaire dudict Chastelet; 
et après ce que paur Jehan du Conseil et de Jacques de Rouen, notaires aussy d'i- 
celluy Chastelet, nous a esté affermé les saings manuels suscripls audict brief estre 
les propres saings desdicts Andry et feu Jehan Closier, nous auons ordonné que les- 
dictes lecttres seront scellées du scel de la preuosté de Paris, nonobstant que ledict 
feu Closier soit allé de vie à trespassement auant le grossement d'icelles lecttres. 
Faict par maistre Pierre Leroy, lieutenant, le raardy vingtdeuixiesme jour d'apuril 
l'an mil quatre cent et dix. Signé : Doubsire, auec parafîe. 

CoUationné à l'original en parchemin : ce fait à l'instant rendu, par les cou- 



— 250 — 

seillers du Roy, notaires au Chàtelet de Paris, soussij-'-nés. Cejourd'liui dix^. mars 
1738. 

Signé : Dulion et;Lemoine. 

Nous venons de voir Jehan de Montagu recommander aux 
prières des religieux qu'il établissait sur ses domaines, le Roi de 
Navarre, les ducs de Bourgogne, de Berry et d'Orléans, ces der- 
niers, princes du sang, oncles du roi Charles VI. Voici comment 
ils l'en récompensèrent : le 7 août 1409, ils le firent arrêter par 
Pierre Des Essarts, prévôt de Paris, et lui firent trancher la tête 
le i7 du même mois. Son corps, attaché au gibet de Montfaucon, 
en fut retiré le 28 septembre 1412 et transporté au monastère 
qu'il avait commencé à faire édifier dès 1404, où il fut enterré 
avec honneur. (Toutes les histoires de France.) 



251 — 



ANTIQriTÉS LOCilLES. 

COMPTE-RENDU D'UNE EXPLORATION ARCHÉOLOGIQUE, DANS LA 
VILLE DE FONTAINEBLEAU, 

PAR M. MAXI3IE BEAUVILLIERS, 
Membre fondateur ( iSection de Fontainebleau ). 



« L'étude que nous avons l'honneur de vous communiquer, 
» Messieurs, a été provoquée par un de nos collègues, M. Ron- 
n sin. Sur sa proposition, une commission fut choisie dans le sein 
n de la Section de Fontainebleau, pour visiter plusieurs habitations 
» de la ville, signalées à l'attention de la Société. 

» Elle était composée de MM. J. David, président; Max. Beau- 
» villiers, rapporteur; Jacquemin, Ronsin et Gaultron. 

» A cette commission , s'étaient adjoints volontairement , 
» MM. Goldschmidt, Tabouret et Saint-Marcel. 

» C'est le résultat des diverses explorations de la commission, 
» que votre rapporteur vient vous faire connaître aujourd'hui. » 

§1". 
Maison de la rne des !S»abIons. 

Sur le derrière de cette maison, du côté du jardin, le long d'un 
grand bâtiment faisant retour sur l'habitation principale, l'on re- 
marque trois mascarons en gresserie sculptée, deux chapiteaux et 
une salamandre, encastrés dans le mur, rappelant par le faire et 
par le style, les œuvres des artistes qui concoururent à l'érection 
et à l'embellissement de la partie du palais de Fontainebleau, 
construite pendant la période de la Renaissance. 

Avant dépasser à l'examen et à la description détaillés des cha- 
piteaux et de la salamandre de la rue des Sablons, nous aborde- 
rons et nous essaierons de résoudre une question que se pose 
involontairement celui qui visite la maison de M. Bordereau. 

Ces sculptures ont-elles toujours fait partie de cette propriété, 
ou bien, ont-elles été rapportées et encastrées dans le mur? 

Plusieurs membres ont pensé que ces gresseries faisaient corps 



— 2o2 — 

avec le bâtiment, dont elles décorent la façade, et qu'elles lui 
avaient toujours appartenu. Ils se sont fondés pour appuyer cette 
opinion sur ce qu'à l'intérieur de la pièce, une porte, siîpprimée 
depuis, affecte la forme d'un plein cintre. 

Poursuivant plus avant leurs hypothèses, et examinant avec 
soin la disposition de la construction oblongue et étroite apparte- 
nant à M. Bordereau, ces mêmes membres se sont demandé si ce 
bâtiment n'aurait pas été jadis le promenoir couvert, le cloître en 
un mot, des religieux Trinitaires ou Mathurinsdo Fontainebleau. 

La majorité de votre commission ne l'a pas pensé. D'ailleurs, 
les religieux Trinitaires ou Mathurins de Fontainebleau, ainsi que 
votre rapporteur en a acquis la preuve, en consultant le P. Guil- 
bert et les autres annalistes, furent constamment logés dans les 
dépendances de la demeure royale. 

Par sa charte de juillet 1^39, datée de Fontainebleau, le saint 
roi Louis IX « donne en perpétuelle aumône » aux frères de 
l'ordre de la Sainte-Trinité et des captifs, « la maison et pour- 
pris » dépendant de son palais, dans lesquels demeurait son cha- 
pelain, (( pour bâtir et fonder en la même maison et pourpris, 
une chapelle en l'honneur de la Sainte-Trinité, un hôpital pour 
les pauvres malades qui y viendront, ou y seront apportés des 
lieux voisins déserts et arides, qui de circum adj àcentibus locis de- 
sertis et aridis confluant \ — et pour y bâtir des offices et autres 
logements à la communauté et aux religieux qui y demeureront 
pour y faire le service divin. » 

Plus tard, en 1529, François I" reprit aux Trinitaires les bâti- 
ments de leur couvent, pour créer la cour du Cheval-Blanc, le 
jardin des Pins, le Grand-Etang, la cour des Fontaines, les écu- 
ries de la Reine, le Mail, etc., etc. Il les établit alors dans un pa- 
villon du château, ayant vue sur les fossés. Les Trinitaires ont 
changé plusieurs fois de dénomination. Cet ordre fondé en H98, 
ne fut approuvé par le pape Innocent III qu'en 1209. Appelés 
d'abord Trinitaires, ces religieux furent longtemps désignés sous 
le nom de Frères-aux-Anes ; cette qualification, dit Mézeray, leur 
fut donnée, parce que suivant les statuts de leur ordre, ils devaient 
uniquement se servir de bêtes asines pour leurs montures. De- 
puis, on les a plus fréquemment nommés Mathurins, parce qu'à 
Paris ils étaient établis dans une chapelle consacrée à Saint-Ma- 
thurin, qu'on invoque pour la folie, attendu que matto en italien, 
signifie fou. (V. P. Guilbcrl, tome T", p. 51.) 

Enfin, en dernier lieu, Louis XIV relégua les Trinitaires (1660) 



— 253 — 

dans un bâtiment situé sur la rue des Bons- Enfants, toujours 
comme on le voit, à proximité de la demeure royale. 

Aucun doute n'est donc possible sur l'emplacement de l'an- 
cienne habitation des religieux de Fontainebleau qui fut constam- 
ment fixée, soit en dedans, soit près du palais du souverain, et 
non dans la rue des Sablons. 

Aussi, nous a-t-il semblé plus supposable que les pierres for- 
mant le plein cintre, avaient dû, ainsi que les trois mascarons, 
être rapportés après coup dans la rue des Sablons. 

Un moment , l'un de nous a cru que cette maison avait été 
jadis possédée par un jardinier du roi (Varin), et l'on se serait 
ainsi expliqué l'existence de cesgresseries qui lui auraient été concé- 
dées ou vendues par le domaine royal. L'examen des titres de pro- 
priété fait disparaître également cette supposition. La famille Va- 
rin descend bien du jardinier du roi, mais l'immeuble vendu à 
M. Bordereau est un propre de Mme veuve Varin, née Fricault, 
encore vivante, et provient des ancêtres de cette dame. 

Votre rapporteur, Messieurs, a profité de l'autorisation écrite 
qui lui avait été donnée par M. Bordereau, pour compulser les 
anciens titres relatifs à sa maison. Il s'est rendu dans les trois 
études de notaires de Fontainebleau, et là, il a acquis la preuve 
que le bâtiment faisant retour sur le jardin, est désigné sous le 
nom de bûcher ou d'écurie. Rien n'indique que cette construction 
ait eu autrefois un caractère religieux ou seigneurial. 

Enfin, pour la propriété antérieure, il est référé à un contrat 
passé devant M® Vergue, notaire à Paris, le 7 janvier i773. 

Toutes ces considérations réunies, semblent donc nous autoriser 
plutôt à croire que les deux chapiteaux, la salamandre et les 
pierres formant plein cintre, ont été rapportés dans la maison de 
la rue des Sablons, par suite de démolitions faites au palais de 
Fontainebleau. Quoiqu'il en soit, ces sculptures méritent une des- 
cription détaillée à laquelle nous allons procéder. 

Voici comment se présentent ces gresseries : — Elles sont pla- 
cées parallèlement, à une hauteur égale, et font face au couchant. 
Chaque chapiteau est formé par deux génies ailés, dont les queues 
se réunissent et se confondent, pour figurer le croissant de Diane 
de Poitiers, vu de face. Cette disposition symétrique assigne une 
date certaine à ces sculptures qui sont contemporaines du règne 
de Henri IL 

Le soubassement, en terme pratique le culot du chapiteau de 
gauche, est supporté par une tête de satyre barbu, à oreilles poin- 



— 254 — 

tues. Sur le culot de droite, formant pendant, est figurée une tête 
de femme dont le pur profil est découpé avec grâce. Une cravate 
ou sorte d'écharpe est nouée au-dessus de ses oreilles. 

Pour se conformer à la loi des contrastes — toujours si habile- 
ment observée dans les arts, — les figurines surmontant la tête 
du satyre barbu sont du sexe féminin, tandis que celles enlaçant 
la tête de la nymphe, sont du sexe masculin. 

A égale distance des deux chapiteaux, et au-dessus d'eux, se 
trouve pareillement encastrée dans le même mur, une très-belle 
salamandre en gresserie, parfaitement conservée. Cette salamandre 
diffère essentiellement du type le plus ordinairement adopté à 
Fontainebleau, tt en particulier de celle des bains. Elle est tour- 
née en sens contraire ; au lieu de vomir des flammes au-dessus de 
sa tête, elle les lance sous son ventre. Enfin, elle n'est pas entourée 
de deux cornes d'abondance, mais bien de deux cordons princiers, 
semblant indiquer, suivant la très-ingénieuse explication de 
M. Jacquemin, l'alliance de Charles d'Orléans, comte d'Angou- 
lême, avec Louise de Savoie, sa femme, mère de François P'. 

Enfin, la vigueur de la sculpture, l'anatomie fermement pronon- 
cée des formes, la netteté du dessin, les nervures profondément 
fouillées, assignent une véritable valeur artistique à cette sala- 
mandre, et révèlent la main d'un maître. 

La commission s'est demandé d'abord, si la position bizarre de 
cette salamandre n'avait pas sa raison d'être. En présence d'avis 
différents, votre rapporteur a dû non-seulement recueillir» ses 
souvenirs personnels, mais il a voulu revoir, il y a quelques jours, 
la galerie de François I" au palais de Fontainebleau, et consulter 
le doctus doctorum^ l'auteur le plus compétent en matière de bla- 
son, le savant P. Ménestrier. 

A Chambord, — cet Alhaml^ra français des bords de la Loire, 
improvisé d'un coup de baguette par François 1", et que nous 
avons visité en détail, — le plafond de la salle des gardes est formé 
de cinq cents caissons, renfermant autant de salamandres, toutes 
dans des positions différentes. 

Ici, à Fontainebleau, dans notre galerie de François I", règne 
également une infinie variété de salamandres, très-diversetnent 
disposées. Les unes sont accroupies, d'autres sont debout, comme 
des carpes sortant hors de l'eau. On courrait peut-être le risque 
de tomber dans la subtilité, en voulant expliquer systématique- 
ment chaque position, pour y découvrir un sens caché, et lui 
assigner une signification précise. 



— ÎJ55 — 

Pour notre part, nous inclinons h croire qu'en cela, le sculpteur 
a simplement obéi à sa fantaisie. Et quel art fut jamais plus fan- 
taisiste, plus capricieux et plus créateur que celui de la Renais- 
sance ! 

A l'appui de notre opinion, nous invoquerons au besoin l'auto- 
rité de l'auteur de la Méthode raisonnée du blason, le P. Ménes- 
trier. Dans ce livre, dédié aux trente-deux chanoines de l'église 
de Lyon, qu'il appelle la véritable pierre d3 touche du blason 
(d'après les lettres-patentes de nos rois et les bulles des papes, il 
fallait être gentilhomme pour faire partie du chapitre de Lyon) , 
— dans ce livre, disons-nous, le P. Ménestrier a essayé de traiter 
d'une manière géométrique pour ainsi dire, des usages et des 
règles suivis en matière de blason. 

A la fin de son travail, le plus complet en ce genre, le savant 
écrivain héraldique avoue avec la plus modeste et la plus noble 
franchise, que toutes les inventions de l'esprit humain et en par- 
ticulier celle du blason, infiniment casuelles par leur nature, sont 
encore plus dépendantes du caprice que d'un profond raisonnement. 

Après cet aveu, échappé à la plume du P. Ménestrier, il a sem- 
blé à votre rapporteur que toute explication prolongée serait 
superflue, et qu'il n'avait plus qu'à s'incliner et à rendre les 
armes. 

Avant de quitter l'habitation de M. Bordereau, la commission 
a remarqué dans une pièce abandonnée (le bûcher de la maison), 
un chapiteau en gresserie, style Louis XIII, d'un genre composite, 
et non sans mérite. 

Il ne reste plus. Messieurs, à votre rapporteur qu'à vous sou- 
mettre une proposition que vous aurez à examiner, et sur laquelle 
il appelle votre attention. 

La ville de Fontainebleau, étant destinée, dans un avenir plus 
ou moins éloigné, à être dotée d'un Musée municipal, ne serait-il 
pas convenable, utile même, dès à présent, de faire photographier 
les sculptures en question? La dépense, peu considérable d'ail- 
leurs, serait prélevée sur le quart des cotisations afférentes à la 
section de Fontainebleau. Nous pourrions ainsi réunir successive- 
ment dans un album toutes les curiosités de la ville. Notre Société 
qui recherche les débris du passé, qui remet en honneur tout ce 
qui a brillé, fera, nous l'espérons, bon accueil à notre proposition. 
Nous réservons pour la seconde partie de notre rapport, le récit 
delà continuation de cette excursion artistique dans les différents 
quartiers de la ville de Fontainebleau. 



— 256 — 

§ n- 

Maison do la rue de France, n» M3. 

L'accueil sympathique fait à la première partie du travail de 
votre rapporteur, l'a engagé à compléter la relation des visites 
effectuées par la commission dans les diverses habitations signalées 
à son examen. 

Nous continuerons cette revue rapide et sommaire, par la mai- 
son située rue de France, n° 83, appartenant à M. Alexandre 
Pauly, ancien architecte de la ville de Fontainebleau. Le rez- 
de-chaussée de la maison qu'il habite depuis plus de cinquante 
ans, mérite une mention toute particulière. Les pièces éclairées 
sur la rue de France, sont garnies de boiseries ornées de camaïeux, 
de fleurs, d'oiseaux et d'attributs variés. 

Ces peintures sur bois, d'un faire incontestablement adroit et 
facile, remontent, suivant M. Pauly, à l'époque de la création du 
magnifique appartement à pans coupés, connu dans le Château 
sous le nom de salon de famille ou de chambre du conseil des 
ministres. 

Boucher, — qui revit tout entier dans cette pirce, l'une des 
plus belles du palais, — a jeté sur ces boiseries toutes les mer- 
veilles et les mièvreries à la fois sentimentales et galantes de sa 
palette. Il est de tradition que les figures, les tableaux allégo- 
riques seulement, sont l'œuvre de Boucher; quant aux fleurs, 
aux encadrements des frises, ils furent exécutés par les nombreux 
élèves que le maître avait amenés à Fontainebleau. Ce sont, pa- 
raît-il, ces mêmes artistes, collaborateurs de Boucher, qui ont 
travaillé à la décoration intérieure de la maison de M. Pauly, 
dont la chambre à coucher est du plus pur style rococo, à ce 
point qu'en y entrant, on se croirait transporté à cent ans en ar- 
rière. 

L'alcôve, en boiserie peinte, avec ses deux petites portes de dé- 
gagement, décrit une courbe vraiment originale et des plus gra- 
cieusement ondulées. 

On remarque dans la salle à manger la figure historique de 
Lucrèce^ par le Guide. L'épouse de CoUaiin^ celle qui inspira une 
si vive passion à Sextus Tarquin, est représentée en pied. Debout, 
armée d'un poignard, elle est prête à se percer le sein. 

Plusieurs membres de la Section de Fontainebleau, peintres 
eux-mêmes, notre illustre et regretté Ilerraann Goldschmidt, et 



— 257 — 

MM. Saint-Marcel et Gaultron, dont la compétence ne saurait 
être mise en cloute, tout en appréciait les qualités picturales de 
Guido Rhéni, dit le Guide, pensent que d'inhabiles restaurations 
ont été faites sur ce tableau. Certaines parties sont d'une exécu- 
tion un peu lâchée, qui dénotent une des œuvres de la vieillesse 
du peintre. Elève des Carrache, le Guide a laissé un grand nombre 
de tableaux d'un pinceau léger et coulant, d'une touche gracieuse 
et spirituelle. Il excelle par la franchise des carnations, franchise 
telle qu'on croirait voir réellement le sang circuler. Le Guide alliait 
surtout la douceur à la force. Il mourut en 1641. Ses dernières 
productions, plus hâtives que soignées, se ressentent des agita- 
tions et du désordre de son existence. Joueur elfréné, il s'aban- 
donnait à tous les écarts et à toutes les négligences de l'improvi- 
sation. Aussi, les œuvres de la fin de sa vie sont-elles d'un mérite 
bien inférieur à celles de ses débuts. 

Le tableau de M. Pauly, vendu à la révolution de 93, provient 
du palais de Fontainebleau. Il a été gravé par Dupuis, et on peut 
voir cette gravure au cabinet des estampes de la Bibliothèque im- 
périale, à Paris. 

Grâce à un précieux album, possédé par M. Pauly, il a été ré- 
servé à votre Commission, de retrouver la reproduction par la gra- 
vure des cinquante-huit tableaux de la galerie d'Ulysse, ce(te mer- 
veille des merveilles de Fontainebleau, dit le père Dan, longue de 
quatre cents pieds, et retraçant toutes les aventures de l'époux 
de Pénélope. 

Un véhément écrivain, qui a longtemps habité Fontainebleau, 
dans ce style chaleureux — un peu haut en couleur — qui lui est 
propre, a flétri avec une juste indignation le vandalisme de 
Louis XV, qui, trouvant trop étroites les portes de la galerie 
d'Ulysse, détruisit impitoyablement les peintures du Primatice, 
pour livrer passage aux paniers de la marquise de Pompadour! 

Il faut lire dans un des témoins du temps, le comte Algarotti, 
le récit de cette dévastation inqualifiable du roi de France, qui 
excita un folle général dans l'Europe artiste et lettrée. 

« J'ai revu encore une fois, à Fontainebleau, dit Algarotti, les 
» admirables peintures du Primatice et de Nicolo. Elles avaient 
» encore la fraîcheur, le relief et la force de coloris qu'elles possé- 
» daient quand Vasari les décrivait; elles étaient toujours aussi 
» dignes d'être recouvertes de riches rideaux (cortinnagi), comme 
» le voulait Verdriani au siècle passé. 

» Les aventures d'Ulysse, racontées par Homère, étaient le 

17 



— 258 — 

» sujet de ces peintures. Je ne puis exprimer le plaisir quej'é- 
» prouvai à admirer cette poésie visible. Cependant, si j'eusse 
)) tardé de quelques heures, c'en était fait, et j'aurais à jamais à 
» en déplorer la perte. Les maçons étaient déjà sur le toit de la 
» galerie qu'ils démolissaient. 

» Les débris de la voûte du monument tombaient sur nos tôtes, 
» et il fallut supplier les ouvriers de suspendre un moment leur 
)) dévastation, pour nous procurer le plaisir de contempler une 
» dernière fois le chien fidèle, qui flatte et reconnaît son vieux 
» maître; de voir Ulysse, qui, ayant tendu son arc puissant, défie 
» les efféminés prétendants à la main de Pénélope, et tant d'autres 
» miracles si vrais de cette haute peinture, 

Antiphatem Scyllamque et cum cyclope Charybdim. 

» Encore, si l'on avait, ajoute Algarotti, chargé quelque artiste 
» habile de dessiner fidèlement et de graver ces peintures, avant 
» de les détruire! Mais, en France, personne n'a copié Primatice 
)) etNicolo! Ainsi, quelques jours avaient vu détruire à jamais 
» l'admirable travail, qui a coûté de si longues années à ces 
» grands peintres, émules d'Homère, et que François P'' avait 
» attirés d'Italie, pour illustrer son règne ! » 

Algarotti s'est heureusement trompé. Messieurs. L'œuvre des 
grands maîtres bolonais n'a pas disparu tout entière. Le burin 
l'a sauvée de l'oubli. Ce sont ces gravures qui ont passé sous les 
yeux de la Commission, dans le cabinet de M. Pauly, et qui lui 
ont procuré le plaisir indicible de reconstruire, par la pensée, 
l'épopée picturale du Primatice, et de contempler, durant une 
heure, les différents épisodes de l'Odyssée. 

Vous excuserez, Messieurs, cette courte digression; mais en 
traversant la ville de Fontainebleau, et en visitant les collections 
qu'elle renferme, il était difficile de ne pas saluer au passage 
notre admirable palais, et d'cnlr'ouvrir, de temps à autre, les 
portes de ses immenses et splcndides galeries. 

Entr'autres pièces intéressantes, la collection de M. Pauly ren- 
ferme encore des marbres, des bronzes, un atlas contenant les 
ruines de Pompeï, et le recueil des édifices anciens et modernes. 
— Dans l'intérêt de l'art, il serait vivement à désirer qu'on pût 
empêcher, un jour, la dispersion de ces objets, provenant pour 
la plupart du château, et qui auraient leur place marquée d'a- 
vance dans le musée municipal à créer à Fontainebleau. 



— 259 — • 

Cette exploration a permis à la Commission que vous avez 
choisie, Messieurs, de retrouver, dans la maison de M. Pauly, 
l'une des rares épreuves moulées de la belle Madone, attribuée à 
Benvenuto Cellini. L'original en bronze de ce chef-d'œuvre fut 
découvert, il y a seize an-, par M. Blouet, architecte en chef du 
palais de Fontainebleau, d'une façon singulière et bien inattenduti,. 
C'est à l'obligeance de notre confrère, M. Jacquemin , que nous 
devons la communication des détails intéressants qui vont suivre, 
et dont l'exactitude ne saurait être contestée. 

La Madone (particularité étrange et pourtant vraie, à constater 
dans les annales d'une société savante!) la Madone, disons-nous, 
servait de dalle dans une pièce du château, renfermant les ins- 
truments aratoires. Toute la partie en bas-relief était cachée et 
retournée en terre. Après avoir nettoyé le médaillon, on l'enleva, 
on le passa au sulfate de cuivre, et on reconnut l'œuvre attri- 
buée à Cellini. — M. Blouet en commanda trois épreuves. C'est 
l'un de ces plâtres, moulés par M. Jacquemin, artiste porcelainier, 
que la Commission a pu voir en parcourant la collection de 
M. Pauly. 

Hôtel de la Coudre. 

Une autre habitation avait été comprise parmi celles que devait 
visiter votre Commission ; c'est V Hôtel de la Coudre^ ainsi nommé 
parf^e qu'il y avait là, autrefois, une grande quantité de coudriers. 
Convertie aujourd'hui en brasserie , cette maison était jadis, 
suivant le père Dan, l'hôtel du grand écuyer de France, Ce logis 
consistait alors en une cour spacieuse, avec un grand clos ou 
verger, tenant au parc du château de Fontainebleau. 

L'hôtel de la Coudre, complètement transformé et singulière- 
ment déchu de sa splendeur première, offre actuellement un in- 
térêt assez médiocre, sous le rapport architectural. Il faut néan- 
moins citer une fenêtre bouchée, du côté du jardin, et dont le 
menuiserie est ornée de losanges et d'étoiles entaillés dans le bois. 

Enfin, la porte intérieure, ouvrant sur la grande cour, ne 
manque pas d'élégance et de caractère. Entourée de pilastres en 
grès, elle est surmontée d'un linteau en gresserie, sur lequel est 
gravé un blason, accompagné à droite et à gauche de deux ancres 
marines. Ici se pose une double question : Faut-il voir un cor- 
dage s'enroulant autour des ancres, ou bien un ;i9 barré, pareil à 
celui figurant l'anagramme de la famille d'Estrées? 



— 260 — 

Il y aurait matière à une dissertation assez intéressante, pour 
qui voudrait expliquer le sens de cette devise. Les anciens chro- 
niqueurs de Fontainebleau rapportent que l'hôtel de la Coudre 
fut successivement le logis du grand écuyer de France, la maison 
de plaisance d'un amiral, et qu'enfin, vers le milieu du xviii^ siècle, 
il était compris dans les dépendances de la vénerie du roi, et ser- 
vait d'habitation principale au grand fauconnier de la Couronne, 
qui continua d'y résider jurqu'en 4791. 

On peut donc se demander si c'est un membre de la famille 
d'Estrées, ou bien Henri IV, qui a fait graver ce chiffre. L'une et 
l'autre thèse semblent pouvoir se soutenir. 

Le logis de la Coudre a peut-être appartenu momentanément à 
la famille d'Estrées. Les ancres marines sculptées au linteau de 
la porte rendent assez plausible cette supposition, puisqu'il est 
constaté que l'hôtel de la Coudre fut, à un temps donné, la 
maison de plaisance d'un marin, et que, d'ailleurs, les d'Estrées 
comptent, dans leur maison, plusieurs amiraux distingués , sa 
voir : 

1° Jean, comte d'Estrées, fait vice-amiral en 1670, puis ma- 
réchal, qui s'illustra dans la marine, sous Louis .XIV, battit 
l'amiral hollandais Binkes, à Tabago, en 4677, et reprit cette île 
aux Hollandais ; 

2° Son fils, Victor-Marie d'Estrées, qui commanda les armées 
navales réunies de Louis XIV et de Philippe V, en 1703, et con- 
tribua puissamment à assurer la couronne d'Espagne au petit-fils 
du grand roi. 

Par le rapprochement des dates, cette seconde opinion a tout 
autant les apparences de la vraisemblance que la première, car 
c'est à la fin du xvi'' siècle et au commencement du xvii% que 
l'hôtel de la Coudre était la résidence affectée au grand écuyer de 
France et ce n'est qu'après être passé dans les mains d'un amiral, 
qu'il devint en dernier lieu , vers la deuxième moitié du 
xvnf siècle, une dépendance de la vénerie du roi et le séjour du 
grand fauconnier. 

En troisième lieu, sur la fin du xvi" siècle, l'hôtel de la Coudre 
ayant déjà fait partie du domaine royal, et ayant ét4 destiné alors 
à loger le grand écuyer, il se pourrait que Henri IV eût fait 
sculpter son chiffre ou celui de sa maîtresse (le même, suivant 
plusieurs auteurs d'une compétence irrécusable), qu'il a gravé 
ouvertement dans toutes ses résidences favorites et dans Ir-nrs 
annexes, à Saint-Germain, i\ Fontainebleau, au Louvre. 



— 261 — 

En effet, des écrivains distingués, des spécialistes, qui semblent 
avoir épuisé à fond cette matière, et que nous citerons plus loin, 
se sont demandé si 1'^ barré, au lieu d'être exclusivement le 
chiffre de la famille d'Estrées, n'avait pas aussi appartenu aux 
Bourbons de Navarre. 

En présence de trois hypothèses, pouvant donner lieu à des 
interprétations aussi variées que vraisemblables, votre rapporteur, 
Messieurs, a cru devoir se dispenser d'adopter une conclusion 
précise. Il laisse à ceux de nos confrères les plus doctes et les plus 
autorisés le choix d'une solution formelle, et le soin de trancher 
cette complexe et délicate question. Toutefois, il a tenu à vous 
indiquer les sources diverses auxquelles il a puisé, pour essayer 
d'étayer les diverses opinions qu'il soumet à votre appréciation, 

M. Labarte assure que 1'^ barré est la première lettre de la 
devise de la maison de Navarre : Spes. Il démontre, en outre, et 
fournit la preuve que, neuf ^ns avant la naissance de Gabrielle 
d'Estrées, Jeanne d"Albretet son fils, alors âgé de douze ans, pla- 
çaient déjà VS barré dans les jetons qu'ils faisaient frapper comme 
souverains de Navarre. D"où cette conséquence assez naturelle, 
que Henri IV, devenu roi de France, a pu conserver cette devise 
et la répéter sur les monuments royaux. 

Un autre écrivain, Etienne Tabourot, sieur des Accords, au 
chapitre de ses Bigarrures, intitulé les Rébus de Picardie, explique 
que VS fermé d'un trait signifiait : fermesse, vieux mot français 
synonyme de fermeté. 

La légende du jeton d'Anne d'Albret, donne beaucoup de vrai- 
semblance à l'explication de l'ingénieux écrivain. On sait de quelle 
fermeté fit toujours preuve la reine de Navarre, et il est tout na- 
turel que ses enfants aient conservé sa devise. 

IMaitiuu Laïuirault. 

Nous achèverons cette promenade à travers- les rues de Fontai- 
nebleau, par une petite station dans la maisun Lamirault, située 
impasse d'Avon. Cette propriété était occupée anciennement par 
un fonctionnaire du Palais. 

Les linteaux des deux portes extérieure et intérieure, sont sur- 
montés des deux initiales M et B ; sculptures sur bois de l'époque 
de Louis XIV, soleil placé au milieu d'un carquois : tels sont les 
ornements de la porte d'entrée. 

A l'intérieur, on distingue des panneaux en bois sculpté au-des- 



__ 262 — 

sus des portes et des cheminées. Les panneaux sont couverts de 
frises et de rinceaux. Deux surtout, ont une certaine valeur artis- 
tique. Sur i'un sont figurées deux syrènes pareilles au sphinx du 
tableau de Gustave Moreau. L'autre représente deux jolies têtes 
de femmes, terminées par des croupes de lionnes. Elles semblent 
supporter un grand vase, rempli de fleurs. 

En face, sont placés six panneaux sculptés, dont trois repré- 
sentent un flambeau soutenu par des rinceaux. Sur les trois autres, 
courent et s'enroulent gracieusement des guirlandes de fleurs en- 
rubannées. 

Un peu plus loin, on remarque un grand trumeau rectangulaire, 
couronné par une corniche très-finement sculptée; ce trumeau, 
entouré de fleurs délicatement fouillées, paraît avoir été enlevé 
d'une ancienne glace qu'il a dû primitivement encadrer. 

Tous ces ornements qui décèlent la légèreté de main d'un habile 
menuisier, d'un véritable sculpteur sur bois, ont été encastrés et 
rapportés dans les chambres de la maison Lamirault, et doivent 
provenir d'une résidence seigneuriale ou princière. 

En terminant, permettez-nous d'espérer que cette petite étude 
d'archéologie purement locale n'aura pas été sans quelque utilité, 
si notre exemple suscite des imitateurs dans les autres sections du 
département, et surtout si nous parvenons à éveiller l'intérêt des 
vrais amis de l'étude, par la mise en lumière de certaines œuvres 
d'art, peu connues jusqu'ici, et renfermées dans plusieurs maisons 
de Fontainebleau. 



— 263 — 



BOSSUET PARRAIN A BANNOST, 

( Fragments de souvenirs inédits de Bossuet dans les paroisses de la Conférence de 

La Ferté-Gaucher ), 

PAR M. VICTOR PLESSIER, 
Membre fondateur (Section do Conlommicrs.) 



Le grand évêque de Meaux, heureux d'avoir reçu l'abjuration 
d'un homme remarquable par ses connaissances anatomiques, 
voulut qu'il portât ses noms; comme le montre une attestation 
écrite et signée de sa main, sur le premier feuillet d'un exemplaire 
de son catéchisme, dont il lui fit présent : « M. Winslou, ayant 
» déjà le nom de Jacques, qui est l'un des miens, je lui ai donné, 
» en le confirmant, celui de Bénigne, que je porte aussi. Et je lui 
» ai donné ce témoignage le M octobre 1699. (Signé) Jacques- 
» Bénigne, évêque de Meaux. » — Un fait analogue s'était passé 
trois ans auparavant, dans un petit village du diocèse de Meaux, 
au milieu de circonstances bien autrement intéressantes. Bossuet 
ne s'y trouve pas en présence d'un personnage célèbre par son 
nom, sa fortune ou ses travaux. Sa sollicitude pastorale s'étendit 
sur une pauvre créature abandonnée de sa famille, dont l'origine 
est encore un mystère, et qui dut à la charité publique la conser- 
vation de ses jours. C'est une touchante histoire, que chacun peut 
lire sur le registre de baptêmes, mariages et sipultures de la com- 
mune de Bannost. 

« Ce quatorzième juin mille (sic) six cent quatre-vingt-seize, 
» monseigneur l'évêque de Meaux étant ici on visite, je lui pré- 
» sentay un enfant qu'on avait exposé, il y a deux ans, ou environ, 
)) pendant la méchante année, dans notre paroisse, à l'âge d'en- 
» viron cinq ans, en ayant sept (aujourd'hui). Après mondit 
» seigneur, le trouvant fort instruit, l'a coniSrmé et lui a donné 
» son nom de Bénigne, disant hautement qu'il le prenait pour 
» son tilleul ; je l'ai surnommé Hobat, d'un nom catalan qui veut 
» dire trouvé; en foy de quoi j'ai signé, avec M. Adrien de 



» — 264 — 

» Warel, diacre, de présent h Bannost, Jean Biffé, maître d'es- 
» cole, et M. Jacques Deshayes. prêtre- vicaire de Bannost. 

n ( Signé : ) de Warel, Biffé, Deshayes, prêtre, (et) Châ- 
» PERON DE Saint-André (celui-ci curé de Bannost). » 

A la marge de cet acte est Ime mention également authentique, 
qui relate plusieurs circonstances qui y avaient été omises ou n'y 
étaient indiquées que vaguement. 

(( On l'avait exposé le jour des Gendres mil six cent quatre- 
» vingt-quinze, et Charles Foucault l'a retiré chez lui jusqu'au 
» jour de l'Ascension 1696. Je l'ai pris dans ma maison. Il avait 
» quelque marque , qui m'a empêché de le baptiser , mais je ne 
» me souviens plus quelle elle était. 

» ( Signé : )Ghaperon de Saint-André, curé de Bannost. » 

Est-ce bien la méchante année, autrement dire la mauvaise ré- 
colte qui força les parents de cette pauvre petite créature à faire 
violence aux plus puissants liens de la nature pour se séparer si 
cruellement d'elle? A côté de cette hypothèse indiquée par le curé 
de Bannost, il s'en présente une autre plus vraisemblable. Aux 
cendres, la saison de la faim et du froid a fait place au travail ré- 
munérateur et à l'espérance de la prochaine moisson. Au lieu d'at- 
tribuer à la misère l'exposition de l'enfant, ne serait-il pas plus 
exact d'y voir un effet des persécutions, dont l'intolérance reli- 
gieuse affligea la France à la fin du dix-septième siècle? Un prêtre 
a pu juger convenable de couvrir d'un voile circonspect les maux 
nés des contraintes exercées contre les protestants pour les faire 
rentrer dans le giron de l'Eglise catholique. Les faits omis et les 
renseignements contenus dans l'acte insérés sur les registres de la 
paroisse de Bannost nous éclairent également. D'abord , l'enfant 
qui n'avait pas moins de cinq ans et huit mois lors de son exposi- 
tion, avec son intelligence précoce, devait connaître et dire son 
nom de famille. Cependant l'acte ne le mentionne pas. Si l'abbé 
l'eut demandé sans pouvoir l'obtenir, il n'eut pas manqué de cons- 
tater l'impuissance de ses investigations : un point aussi capital 
ne peut être l'objet d'un oubli. Ensuite, la marque qui ap[)arût 
comme un obstacle au baptême, devait servir à établir l'identité de 
l'enfant et permettre à ses parents de le réclamer. Elle a aussi 
une importance qu'on ne peut se dissimuler. Et le curé dit négli- 
gemment qu'il ne se souvient plus quelle elle était. Elle a donc 
été détruite. Tout indice d'origine a disparu; toute trace pouvant 



— 265 — 

conduire à la reconnaissance est effacée. C'est qu'à cette époque un 
Taux zèie n'iiésitait pas à sacrifier la famille à la religion. Enfin, 
par contre, le soin de noter que l'enfant avait accompli sa sep- 
tième année, n'est pas, comme on pourrait le croire à première 
vue, une mention indifférente. Par là, se trouve observée une con- 
dition de la validité des abjurations, selon la loi alors en vigueur. 
Nul doute qu'il ne soit dérisoire d'admettre que des enfants si 
jeunes sont aptes à faire choix d'une religion, à s'affranchir de 
l'autorité paternelle et à lui imposer des lois ; néanmoins, en 1682, 
il fut permis à ceux dont les parents n'étaient pas catholiques de 
changer de religion, de quitter leurs parents et d'exiger des pen- 
sions alimentaires, dès l'âge de sept ans. Personne n'ignore que 
la force armée, avec toutes ses violences et ses horreurs, fut em- 
ployée à la conversion des hérétiques. Le souvenir sanglant des 
dragonnades fait frémir. Il fallait mourir , fuir ou abjurer. Et, 
chose à peine croyable, la loi, élaborant un monstrueux système 
de persécutions, édictait des peines contre les fugitifs. 

Des esprits éminents ont pourtant applaudi à ces rigueurs qu'il 
eut été dangereux de critiquer ! Bossuet reconnaissait aux princes 
le droit de forcer leurs sujets errants au vrai culte par des lois pé- 
nales. Ce grand-théologien avouait qu'une telle doctrine devait passer 
pour constante dans l'Eglise qui, non seulement, avait suivi, mais 
encore demandé de semblables ordonnances. Il invoquait, comme 
des précédents, les cruautés dont furent victimes les Donatistes et 
les AlbigQois. Il proclamait, pour la pousser au plus loin, la doc- 
trine de la contrainte. Et spécialement, en ce qui concerne les en- 
fants de protestants, faute par leurs parents de les envoyer aux 
écoles catholiques , les seules restées ouvertes , il voulait qu'on 
cherchât les moyens de les leur ôter. Ce vœu qu'il exprimait dans 
une lettre du 15 juin 1698, devint l'une des dispositions impéra- 
tives de la loi du 13 décembre suivant. Sa logique inexorable ne 
fléchissait pas devant l'application dans son propre diocèse. Il 
mandait au comte de Pontchartrain que, de quatre demoiselles de 
Ghalendos, il était nécessaire de faire renfermer les deux cadettes, 
et voulait qu'on usât de la même sévérité à l'égard de deux demoi- 
selles de Neuville et de deux autres demoiselles de Maulien. 

On tomberait dans une criante injustice si, se détachant de l'es- 
prit du temps, on voulait apprécier la conduite de l'abbé de Saint- 
André, au point de vue du respect de la famille et de la liberté de 
conscience ou de la simple tolérance religieuse. Ces considérations 
n'avaient pas de prise sur lui. 11 partageait avec une sécurité 



— 266 — 

aveugle les opinions absolues de Bossuet et se faisait honneur de 
contribuer, dans la mesure de ses forces, à l'établissement de l'u- 
nité de culte. Il n'est donné qu'à peu d'hommes de s'élever au- 
dessus de leur siècle^ et de devancer le jugement de la postérité : 
Bossuet lui-même, avec tout son génie, n'a pas eu ce mérite. Ce 
qui s'est passé au sujet de l'enfant abandonné à Bannost se res- 
sent des préoccupations dominantes de l'époque. En lui donnant 
une place à son foyer et en lui procurant les choses nécessaires à 
la vie, le brave Foucault obéit aux inspirations de la charité hu- 
maine, sentiment admirable dans tous les pays et dans tous leâ 
temps. L'abbé de Saint-André a continué la bonne œuvre de son 
paroissien, mais avec la pensée d'opérer la conversion du pauvre 
enfant. Il a eu en vue le bien de l'âme, non moins que la protection 
du corps. Bossuet ne fut pas insensible non plus au malheur de la 
faible créature qu'il rangea parmi les fidèles et releva de la dégra- 
dation morale de l'exposition, en lui donnant son nom. Même 
ainsi vue, l'action de chacun est honorable. 

Il nous semble voir l'illustre prélat remplissant son sacré mi- 
nistère, revêtu de ses ornements pontificaux, assisté de son clergé 
et entouré cle la foule recueillie des fidèles, que l'étroite église de 
village a peine à contenir. Le pauvre enfant, guidé par le pieux 
curé, se prosterne à ses pieds. Foucault, mêlé à ses compatriotes, 
suit l'enfant des yeux et attend anxieusement ce qui doit arriver. 
L'évêque, ayant invoqué le Christ, étend sa main sur l'enfant, en 
signe de protection, et s'écrie à haute voix, de façon à être entendu 
de tous : « Qu'il soit mon filleul; je le nomme Bénigne! » puis il 
le confirme. Et le peuple édifié, explique la conduite de son émi- 
nent pasteur, par ces paroles du Fils de Marie : « Laissez venir à 
moi les petits enfants. » 

Qu'arriva-t-il de Bénigne Hobat? Après sa confirmation, on ne 
le voit plus figurer sur les registres de la paroisse de Bannost. La 
marque dont on le revêtit pour l'exposer, indique que la séparation, 
commandée par d'impérieuses circonstances, ne devait être que 
temporaire. Il est permis de penser qu'il rentra dans sa famille. 
L'abbé de Saint-André devint, sous l'épiscopat de Bossuet, prieur 
de Varreddes, près Meaux, et plus tard vicaire-général et archi- 
diacre de Brie. Il eut l'estime, la conQance et l'amitié de l'illustre 
évoque, l'assista dans la maladie qui termina ses jours, reçut ses 
derniers soupirs et eut le triste honneur de lui fermer les yeux. 
L'historien de Bossuet montre, au jour de sa mort, h côté de 
l'abbé do Saint-André, le savant Winslou, faisant l'ouverture de 



— 267 — 

son corps, pour connaître la nature du mal qui mit fin à sa glo- 
rieuse carrière. 

Le touchant épisode que je viens de faire connaître, accompli 
sans ostentation dans un petit village, oh il est demeuré inaperçu 
pendant près de deux siècles, suffirait à prouver que l'homme qui 
immortalisa, par son éloquence, les grands personnages dont il fit 
les oraisons funèbres, savait aussi compatir aux souffrances des 
plus humbles créatures et les entourer de son bienveillant patro- 
nage. Le génie serait incomplet s'il n'était soutenu et inspiré par 
le cœur. 



— 269 — 

NOTE 

SLTi DES SÉPULTURES TROUVÉES PRÈS UU HAMEAU D'EPfEDS, 

Commune de SAINTS, canton de Coulommiers, 

PAK M. CHEMIN, 
Membre fondateur (Section de Coulommiers). 



L'an dernier (1865), en faisant pratiquer une tranchée par les can- 
tonniers de la commune, sur le bord d'un champ de luzerne, pour 
rétablir le chemin qui va, du raidi au nord, d'Epieds au hameau 
des Courrois, la pioche des ouvriers rencontra à une profondeur 
de 40 centimètres au plus, cinq squelettes humains, dont trois 
regardaient le ciel et les deux autres étaient tournés vers le sol. 
Quelques débris de ruminants existaient encore dans la terre. 

L'état fruste des ossements complètement desséchés ne pou- 
vait faire croire à quelque cimetière improvisé, lors des guerres 
des XIV'' et xv'^ siècles, que nos campagnards les plus anciens 
désignent encore par les guerres des LorTuins ; pas davantage, il 
n'était possible d'admettre des inhumations isolées à l'époque de 
l'invasion de 1814. Mais à quel temps faire remonter ces sépul- 
tures, aucun témoignage ne venant à l'appui d'une hypothèse 
quelconque? 

D'ailleurs, j'étais pris au dépourvu; j'ignorais l'importance des 
plus petits détails dans ces sortes d'opérations, et nécessairement 
j'ai dû négliger l'observation et la conservation des débris, en ap- 
parence insignifiants, et qui. plus tard, deviennent des preuves 
pour la science. 

J'ai invité M. Anatole Dauvergne, notre Président de Section, 
à venir visiter le territoire et m'éclairer de son expérience pour de 
nouvelles recherches. Longtemps empêché par un état maladif et 
par la mauvaise saison, il a eu l'obligeance de se rendre à mon 
désir le samedi 28 avril 1866. 

Quelques coups de pioche nous firent d'abord découvrir, dans 
la berge occidentale du chemin, un nouveau squelette. — Les 
tibias et péronés avaient été détruits dans la première fouille, 
mais les deux fémurs complets et rattachés encore aux os iliaques, 
témoignaient suffisamment de la position occupée par le cadavre. 



— 270 — 

c'est-à-dire la tête regardant le levant vers lequel sont tournés 
les pieds. Les squelettes précédemment rencontrés avaient une 
direction identique, et ce seul fait prouve que nous n'étions pas 
en présence d'inhumations précipitées, mais d'un cimetière régu- 
lièrement disposé. — Toutefois, aucun objet ne venait révéler 
l'âge de ces sépultures. M. Anatole Dauvergne, remarquant dans 
la chaussée des morceaux de tuiles plates d'une forme vulgaire, et 
qui pouvaient provenir du hameau d'Epieds, distant de 230 mètres 
environ, insista pour connaître les fragments semblables rencon- 
trés lors de la première fouille. On creusa sous la berge et il re- 
connut immédiatement dans les débris exhumés des tuiles plates 
et à rebords de l'époque gallo-romaine et qu'il n'est besoin de 
décrire tant ils sont communs sur tout le sol de la France. 

Plus de doute désormais, ce dépôt funéraire est antérieur à l'in- 
vasion et au Moyen-âge, il est gallo-romain ou franc ; probable- 
ment du iv'' au vi^ siècles. 

Nos conjectures s'arrêtent là; et en vérité, il est difficile d'aller 
plus loin pour le moment. 

Renseigné sur la valeur de ce gisement, nous ne le perdrons 
pas de vue. Après le détrichement prochain du champ de luzerne 
qui recouvre ces alignements funéraires, nous ferons de nouvelles 
tranchées en diagonale qui nous perm.ettront d'en constater l'éten- 
due et de trouver peut-être les traces d'un établissement des con- 
quérants de la Gaule. Rien de plus probable en effet ; c'est ici le 
point culminant de tout le plateau entre les vallons du Morin et 
de l'Aubetin; à trois cents mètres environ passe le Chemin paré^ 
qui, après avoir traversé la route départementale n" 1, à la limite 
des communes de Saints, Mourouxet Goulommiers, se dirige vers 
Pommeuse. 

Un cimetière ne peut s'expliquer sans habitant^. Or, on peut 
conjecturer que sur ce point élevé, au milieu d'une vaste plaine, 
à quelques pas de la voie publique, existait une construction ; lar 
quelle? nous le saurons sans doute, — villa de plaisance ou poste 
d'observation correspondant à ceux des plateaux d'Aulnoy ou de 
Doue. 

11 y a quelques années, cet emplacement était recouvert par de 
vieux toquards qui ont sans doute protégé le sol. Il est évident 
qu'il n'a point été remué, et c'est ce qui nous donne l'espérance de 
pouvoir l'interroger avec la certitude d'y trouver la vérité. 



— UTI- 
LES RELIQUES 

DE L'ABBx\YE DE KOTRE-DAME DE CHELLES, 

PAR M. l'aBIîÉ TORCIIET, 
Membre fondateur ( Section de Meaux ). 



Le bourg de Ghelles est plein de souvenirs historiques; mais les 
pierres qui parlent, comme disent les Arabes du désert, ont été 
dispersées par la tempête du siècle dernier. 

Son palais royal, ses églises, ses chapelles, ses cloîtres, tout a 
disparu sous le marteau de la démolition. Il ne reste plus pierre 
sur pierre. L'archéologie n'a que des souvenirs à évoquer. 

Cependant, la religion a su sauver du désastre général un trésor, 
qui n'est peut-être pas moins précieux pour la science que pour la 
foi : les reliques de l'abbaye. 

Pendant la tourmente révolutionnaire, au moment du pillage 
du monastère, les habitants de Ghelles, ayant appris qu'on Jetait 
au vent leurs reliques sacrées, accoururent enfouie à l'église abba- 
tiale, réclamant à grands cris ces précieux objets, derniers restes 
du culte de leurs aïeux. 

Il fallut bien céder. En un instant, les coffrets, dépouillés de 
l'or, de l'argent, des pierreries, qui n'en étaient que les splendides 
accessoires, étaient chargés sur les épaules robustes de nos braves 
Ghellois. On les porta en triomphe, à travers les rues, comme au- 
trefois aux beaux jours de la procession de la fête, et on les dé- 
posa dans l'église paroissiale de Saint-André (1). 

Gette église, la seule qui nous reste, a servi tour à tour de 
grenier à foin et de club pour les assemblées républicaines. Il fut 
permis d'en renverser la croix et d'en briser les autels, mais 
malheur à qui eût osé porter une main sacrilège sur les châsses. 
La vindicte publique lui eût aussitôt infligé un juste châtiment. 

(l) Il y avait autrefois à Chellts trois églises principales : 1» Notre-Dame, à 
l'abbaye; 2° Saint-Andréj église paroissiale du pays; 3° Saint-Georges, divisée en 
deux parties : l'une, comprenant l'abside et le chœur, était réservée aux religieux 
bénédictins qui desservaient l'abbaye; et l'autre, comprenant la nef et les bas côtés, 
servait de paroisse aux officiers et domestiques du monastère. 



272 

C'est ainsi que Saint- André, autrefois l'humble vassale de 
Notre-Dame, s'enrichit des dépouilles opimes de son infortunée 
suzeraine. 

Un ancien inventaire des reliques de l'abbaye, tiré d'un plus 
ancien manuscrit de la maison, nous a conservé la nomenclature 
de tous les ossements et autres objets sacrés qui se trouvaient 
dans le trésor abbatial. On y compte plus de cent cinquante ar- 
ticles. 

Malheureusement, une grande partie de ces reliques avaient 
été profanées quand les pieux Ghellois vinrent en arrêter le pil- 
lage. 

Je ne parlerai que de celles qui nous sont restées, et que nous 

conservons dans onze reliquaires. 

Je partagerai mon travail en deux articles. Le premier sera 
consacré à la partie descriptive des châsses, telles qu'elles sont 
actuellement; la seconde à la partie historique qui se rattache au 
culte de ces reliques. 

I. Description des Chasses. 

iSaintc Bathildc. 

Le reliquaire de sainte Bathilde, autrefois le plus beau de tous 
par son travail, et le plus riche par sa matière, n'offre plus rien 
aujourd'hui d'intéressant, ni comme sculpture, ni comme anti- 
quité. 

C'est un coffre de bois doré, en forme de tombeau, avec quelques 
ornements d'une date toute récente. 

Il renferme une caisse de chêne, scellée du sceau de Mgr Allou, < 
qui en fit l'ouverture le 13 juillet 1853. On voit encore, dans un 
état parfait de conservation, les restes d'anciens cachets en cire 
rouge. Ils sont, les uns aux armes du monastère do Gh(^lles, et les 
autres aux armes de l'abbesse Louise-Adélaïde d'Orléans. 

Cette caisse contient : 

1° Le corps de sainte Bathildc, en sa plus grande partie. 

2° Une petite boîte scellée, dans laquelle se trouve un paquet 
considérable de soie couleur olive, et de linges que l'on peut con- 
sidérer comme le premier suaire de la sainte. On y voit, en effet,, 
sur un morceau d'étoffe, un parchemin portant ces mots, en vieux 
caractères : 

(( Suaire de saincte Baplhilde, royne de France^ fondatrice de Vah- 
» baye de Chelles. n 



— 273 — 

3" Un paquet de linge et d'étoffe, tombant en poussière par 
suite de vétusté, avec cette inscription sur parchemin, en écriture 
très-ancienne : 

« Hœc sunt linta in quibus fuit reconditum sanctissimum corpus Beatœ 

» Baptildis Reginœ cîim involutum anno Domini millesimo 

» Quingentesimo quadragesimo quarto, vicesimâ nona mensis Januarii. » 

4° Trois procès- verbaux : 

Le premier, assez grand de forme, porte, en latin, deux écri- 
tures différentes; il constate que le corps de sainte Bathilde a 
été transféré dans une nouvelle châsse, d'abord le 29 janvier 
de la susdite année 1544, sous le règne de François P"", et sous 
l'épiscopat du cardinal Jean du Bellay, évêque de Paris; et en- 
suite l'an '163o, le 30 janvier, par Jacques Gharton, grand péni- 
tencier de Paris, sous l'épiscopat de Jean-François de Gondy, 
archevêque de Paris. 

Le deuxième est un acte assez long, relatif à l'ouverture 
de cette même châsse, le 2 août 1731, par M. Daniel-Joseph de 
Gosnac, prêtre, docteur en théologie de la faculté de Paris, vicaire- 
général de Mgr de Vintimille, archevêque de Paris, en présence 
des religieux bénédictins et de toute la communauté, à l'effet d'en 
extraire une partie d'ossement, pour ]V[°"= Louise-Adélaïde d'Or- 
léans, abbesse de Ghelles, qui s'était alors retirée au prieuré de 
Tresnel, à Paris. 

Le troisième atteste la dernière ouverture qui en fut faite par 
Mgr Allou, évêque de Meaux, le 13 juillet 1833. 

L'ancien inventaire des reliques constatait que l'on conservait, 
de plus, dans le trésor, la crosse de sainte Bathilde et la verge 
miraculeuse dont elle se servit pour faire jaillir l'eau de la fon- 
taine de Ghelles. 

§iainte Bertille. 

Le reliquaire de sainte Bertille est, en tout, semblable à celui 
de sainte Bathilde. 

Il renferme également une caisse en chêne renversée sur le côté, 
et sur laquelle on voit les débris de mêmes cachets. 

Dans cette caisse se trouvent : 

1° Une étoffe de soie blanche enveloppant le chef de la sainte. 

2° Une étoffe de même couleur, avec une grande quantité d'os- 
sements de la môme sainte. 

18 



— 21i — 

3° Plusieurs linges, dont l'un renferme des étoffes de soie tom- 
bant en poussière, et qui paraissent avoir été le suaire de sainte 
Bertille ou avoir servi d'enveloppe à ses reliques. 

4° Deux authentiques : 

Le premier, marqué du sceau de l'abbaye et de celui de Louise- 
Adélaïde d'Orléans, fait mention de la translation du chef de 
sainte Bertille, d'un buste d'argent où il était, en un chef de ver- 
meil, le 18 novembre 1721, en présence de la princesse-abbesse, 
par dom Eloi Ledoux, prieur de Sainte-Croix. 

Le deuxième est une reconnaissance des dites reliques, par 
Mgr Allou, évêque de Meaux, le 13 juillet 1853. 

Saint Eloi et saint Cîenès. 

Les reliques de saint Eloi et de saint Genès sont enfermées 
dans une même châsse. C'est un gracieux édicule en bois argenté. 

Sur les deux faces de devant et de derrière, on voit deux niches 
cintrées, dans lesquelles sont deux petites statuettes de saintes, 
couvertes d'un voile. Sur les deux faces de côté, on voit également 
deux niches semblables aux précédentes, avec la statuette de saint 
Roch dans l'une, et dans l'autre celle de saint Louis, roi de 
France. Chacune de ces niches est surmontée d'un fronton cintré, 
aux armes de Louise-Adélaïde d'Orléans, et reposant sur deux co- 
lonnes d'ordre ionique. 

Le couvercle est en forme de toiture arrondie, surmonté d'une 
petite coupole, avec sa lanterne, et d'une croix. 

Ce reliquaire renferme : 

1° Un morceau d'étoffe contenant un nombre considérable d'os- 
sements, reconnus comme appartenant au corps de saint Genès, 
archevêque de Lyon et aumônier de sainte Balhildc. 

2° Un linge dans lequel est enveloppé un parchemin, avec ces 
mots en écriture assez ancienne : 

« C'est ici un linge que ton a tiré du reliquaire de saint Genès. » 

3° Quatre authentiques : 

Sur le premier on relate, en deux écritures différentes, deux 
translations des dites reliques : l'une en 1544, sous l'épiscopat de 
François du Bellay, évêque de Paris, et l'autre en 1621, par 
Philippe de Corpéan, évoque de Nantes, sous l'abbesse Marie de 
Lorraine. 

Le deuxième, en parchemin comme le premier, constate égale- 



— :^/o — 

ment deux autres translations en des châsses plus riches; l'une, 
au recto, est de 1665, l'autre, au verso, est de 1720. 

Le troisième, en papier, est du 12 juin 1855, par Mgr Allou, 
évêque de Meaux. 

Le quatrième, du 28 février 1857, par M. Josse, vicaire-général 
du diocèse. 

4° Le chef de saint Genès, quant à la partie supérieure du 
crâne. Il était autrefois renfermé dans un buste d'évêque, donné, 
en 1651, par sœur Marguerite Bazin. 

5° Le chef de saint Eloi, avec un parchemin sur lequel on lit : 

(( Hoc est caput sancti Eligii épiscopi Noviomensis. » 

Ce chef était également, avant la révolution, enfermé dans un 
buste d'argent, d'après l'attestation d'anciennes religieuses du mo- 
nastère, et comme le constate aussi l'histoire manuscrite de l'ab- 
baye de Chelles. 

Sainte Radegonde. 

Cette châsse est en forme de tombeau, de bois argenté. 

Sur les quatre faces sont sculptées douze statuettes de saintes, 
parmi lesquelles j'ai distingué sainte Catherine, avec sa roue, et 
sainte Bathilde instruisant sainte Radegonde. Elles sont placées 
dans des arcades cintrées, reposant sur des colonnes enrichies de 
différentes sculptures. 

La châsse renferme les ossements de sainte Radegonde, filleule 
de sainte Bathilde, comme le prouvent cinq authentiques contenus 
dans le reliquaire. 

Le premier est de 1544, le deuxième de 1621 et le troisième de 
1635, sous les épiscopats précités. Au verso de ce dernier se 
trouve le quatrième, qui est de 1720, sous M""" d'Orléans, à qui, 
sans doute, on doit le reliquaire, quoique, cependant, je n'aie pas 
remarqué ses armes. 

Enfin, le cinquième est du 12 juin 1855. 

s. jS. Florus, Fabricianus, Florentinns, martyrs. 

Ce reliquaire est semblable au précédent, les statuettes excep- 
tées, qui représentent des saints, parmi lesquels j'ai distingué 
saint André, avec sa croix, et saint Jean, tenant un calice sur- 
monté du serpent. 

Il renferme : 

1° Dans une petite boîte, trois ossements avec les étiquettes : 



— 276 — 

S. Florus, m. S. Fabricius, m. S. Florentinus, m., et un authen- 
tique en parchemin, daté du 20 décembre 1690. François Nicolini, 
archevêque de Rhodes et nonce près du roi de France, y cons- 
tate que ces reliques proviennent du cimetière Saint-Prétextat, à 
Rome. 

2° Un grand sac de soie rose, marqué des sceaux de l'abbaye et 
d'une abbesse de Chelles, portant l'inscription suivante sur un 
linge blanc : 

(( Reliques de plusieurs Saints. » 

Ces ossements ne sont pas accompagnés d'authentiques. Ils 
proviennent sans doute du trésor de l'abbaye, et ils auront été 
sauvés par les religieuses ou par les habitants de Chelles, au mo- 
ment du pillage. 

3° Une seconde boîte couverte, par-dessous^, en velours violet, 
et en drap d'argent sur les côtés. Elle est fermée, par-dessus, 
d'une glace, à travers laquelle on distingue deux étoffes. Sur la 
première on lit, en caractères anciens, ces mots : 

« Cest du manteau de Notre-Dame. » 
Et sur la seconde : 

(( Cfest la faille ISotre-Da^ne. » 
J'ai trouvé la première citation dans l'inventaire du trésor. 
4" Un linge blanc enveloppant un grand nombre d'ossements, 
avec l'inscription suivante : 

(( Reliques de divers saints dont on ne connaît pas le nom, et auxquelles 

» on a apposé le sceau épiscopal pour remplacer ceux de l'abbaye, 

» qui y étaient auparavant. )) 

Les sceaux, se trouvent sur la première enveloppe. 
6» Un procès-verbal de 1855. 

Saint Bénigne et saint Constance. 

Ce reliquaire n'offre rien d'intéressant par sa forme. Il ren- 
ferme les ossements de saint Bénigne et de saint Constance, 
martyrs, trouvés dans le cimetière Saint-Calépode, à Rome. 

Il contient trois authentiques : 

Le premier, en date du 5 septembre 1691, constate que ces os- 
sements ont été donnés à Jean Vivant, évoque in partibus de 
Parcs ; 



— 277 — 

Le second, en date du U iiovombro 17i8, est une note de M. As- 
seline, religieux bénédictin, curé de Saint-Georges, par laquelle 
ce dernier atteste avoir reçu ces reliques de la soeur du même 
prélat ; 

Le troisième est de 1835. 

Les reliques contenues dans ces deux dernières châsses ne sont 
mentionnées ni dans l'inventaire du trésor, ni dans l'histoire ma- 
nuscrite de l'abbaye. Je serais assez porté à croire qu'elles appar- 
tenaient à l'église Saint-Georges. 

(Saint Rocli. 

La châsse de saint Roch est en forme de petit tombeau, avec 
glaces. Elle est d'un style tout récent. 

Elle renferme un ossement du saint, avec deux authentiques : 

Le premier est de Mgr Sibour, archevêque de Paris, en date 
du 6 août 1830, 

Le second, de Mgr Allou, 23 juin 1851. 

Nous verrons, dans la partie historique, comment cette relique, 
dépouillée de son ancien authentique, a été apportée à Ghelles en 
l'année 1629. 

Chefs de sainte Bathilde et de sainte Bertille. 

Ces chefs ne sont que des imitations des anciens chefs de ver- 
meil, qui contenaient les têtes de sainte Bathilde et de sainte Ber- 
tille. 

Ils sont en bois doré, de date récente, et reposent sur d'anciens 
socles de bois noir. 

On voit, incrustés à l'intérieur de ces socles, des médaillons en 
cuivre repoussé, renfermant divers ossements de saints, avec des 
étiquettes très-anciennes. 

Ces ossements ont été extraits du trésor abbatial, mais ils sont 
dépourvus d'authentiques. 

Nous verrons, dans la partie historique de cette notice, com- 
ment ces médaillons remontent probablement à l'année 1687. 

Tous les renseignements qui précèdent ont été puisés aux ar- 
chives de l'évêché de Meaux, où se trouve une copie de tous 
les authentiques et des procès-verbaux sur l'état des rehques. 
Ces procès-verbaux constatent encore l'existence de deux autres 
reliquaires précieux : l'un contient une parcelle du bois de la vraie 
Croix, et l'autre deux parcelles des corps de saint Pierre et de 



— 278 — 

saint André. Ces reliques ne provenant pas du trésor de l'abbaye, 
je n'en dirai rien. 

liCS Sandales lîe'rholles. 

La description scientifique et l'époque de l'origine des sandales 
de Ghelles forment, assurément, la partie la plus embarrassante 
de ma tâche; mais, heureusement, elle m'a été bien simplifiée par 
la savante et consciencieuse dissertation qu'a faite, à ce sujet, 
l'un des plus éminents antiquaires du département, notre ancien 
collègue, M.Grésy, deMelun. [Revue archéologique ; — IS'' année). 

Je veux me borner à l'analyser en conservant, autant que pos- 
sible, ses propres expressions. 

Le petit coffret qui renferme les sandales était, autrefois, exposé 
à la vénération des fidèles, sur l'autel de Saint-Roch; mais, 
comme il ne contient aucun authentique, il a dû être enlevé. 

Ce reliquaire est en forme de pupitre. 

« Ses dimensions donnent 0,27 c. de longueur, sur 0,19 c. de 
largeur. Sa hauteur est de 0,06 c. à la face antérieure, et de 0,10 c. 
à la partie postérieure. Le couvercle à charnière présente, par 
conséquent, un plan incliné, garni d'un verre dormant, qui in- 
dique que sa destination était d'être placé sur un autel, et de faci- 
liter aux pèlerins la vue des reliques qu'il recouvre. 

» L