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Full text of "Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique"

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SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE NANTES 



BULLETIN 



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SOCIETE ARCHEOLOGIQUE 

DE MANTES 

ET DU DÉPARTEMENT DE LA LOIRE-INFÉRIEURE. 



TOME QUATORZIÈME. 

Année 1875. 



NANTES, 
IMPRIMERIE DE VINCENT FOREST k. EMILE GRIMAUD, 

PLACE DU COMMERCE, -&. 



1875. 



ÎHEGETTYCEMTER 
UBRMRy 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 

AU 1er JANVIER 1875. 



Président d'honneur. 

Monseigneur Fournie» (Félix) «, Evêqiie de Nantes, Comte romain. 

Bureau, élections du 1er décembre 1874. 

MM. Mabionneau (Charles), président. 
ViLLERS (Alfred) îft, vice-président. 
Maître (Léon) A, secrétaire- général. 
L'IsLE DD Dréneuf (Pilre de) , secrétaire du Comité. 
Lemaignen {U.enri) ^ secrétaire- adjoint, élu le 2 février 1875. 
Petit (Louis) , trésorier. 
Pbevel (Louis) , bibliothécaire-archiviste. 

Comité Central. 

MM. deWismes, de la Nicollière-Teijeiro, Meynier (l'abbé), Thenaisib, 
Cahodr (l'abbé), Van Iseghem, père. 

Membres titulaires (0» 

Bodrgerel (Gustave), architecte du département. 

Delamare (Frédéric- Arthur), professeur à l'École de Médecine de Nantes. 
Ddgast Watifeux (Charles) , homme de lettres. Président de la Commission 
de la Bibliothèque publique de Nantes. 



(<) Les membres fondateurs sont placés par ordre alphabétique, en tête 
des membres titulaires; ils furent admis le jour même de la fondation de la 
Société, le 9 août 1845. Les dates mises à la suite des autres membres, 
annoncent la date de leur réception. 



— 6 — 

FouLON-MÉNABD (Joseph-Marie-Esprit), docleur-médccin. 

FouBNiER (Félix) *, Évêque de Nantes. 

WÉNARD (Anthime), avocat. 

Nicollière-Teijeiro ( Stéphane de la ) , archiviste-historiographe de la 
ville de Nantes, inspecteur de la société française d'archéologie , etc. 

Van-Iseghem (Henri), architecte. 

De Bocqdel de Croix de Wismes (baron Jean-Baptiste-Héracle-Olivier). 

Verger (Constant), 19 janvier 1846. 

La Tour dd Tin Cbambly de la Charge (baron Gabriel de) , le 6 mars 
1846. 

Maquillé (comte de), 6 mai 1846. 

MoNTi DE Bezé (Alexandre de), 3 septembre 1846. 

Bbjarry (de), 15 mars 1847. 

Kersabiec (vicomte Édouard-Sioc'han de) , conseiller de Préfecture , îO 
avril 1847. 

Échappé (René), peintre-verrier, 5 janvier 1849. 

Petit (Louis), 1" juin 1849. 

Mahot, docteur-médecin, 4 février 1851. 

Parenteau (Fortuné), numismaliste , conservateur du Musée d'archéologie, 
3 septembre 1851. 

Blanchard -Merveau (Joseph-Vincent), avocat, 3 février 1852. 

AmzoN (Paul), docteur-médecin, 5 octobre 1852. 

Ducoudray-Bourgault, propriétaire, 7 décembre 1852. 

Blanchet, docteur-médecin, 7 février 1854. 

Lehoux , docteur-médecin, 7 février 1854. 

Le Moynedela Borderie (Arthur), ancien élève de l'Ecole des Chartes, 
correspondant du ministère de l'insiruclion publique , directeur de la 
Revue de Bretagne et de Fendée ^ 2 juin 1854. 

Perthdis-Laurent (Alexandre), numismaliste , 2 octobre 1855. 

BoiSMEN (Eugène), architecte diocésain , 6 mai 1856. 

Dbnys, peintre-verrier, 6 mai 1856. 

Dubois (l'abbé), chanoine honoraire, 3 juin 1856. 

Mabionneau (Charles), 3 juin 1856. 

Hyrvoix (Jean-Prosper), propriétaire , 1" juillet 1856. 

Bacqua (Auguste-Xavier), propriétaire, 4 novembre 1856. 

Cahour (l'obbé Abel), officier d'Académie, 5 avril 1859. 

Laurant (Auguste), propriétaire, 6 mars 1860. 

La Bretkschk (marquis de), propriétaire, 3 avril 1860. 

Ches.neau (Alfred), propriétaire, 6 novembre 186D. 



-^ 7 - 

Mabchegaï (Paul) *, correspondant de l'Institut, 8 janvier 1861. 

SouLLABD (Paul), 7 janvier 1862. 

BouGOUiN (Charles), 5 janvier 1864. 

Galles (René) ft, sous intendant militaire, ancien élève de l'Ecole 

polytechnique, 15 mars 1864. 
Lenoir (Léon), architecte, 19 avril 1864. 

Grimaud (Emile) , imprimeur, secrétaire de la Revue de Bretagne et de 
Fendée, 8 novembre 1864. 

Orieux (Eugène), agent-voyer en chef, 6 décembre 1864. 

Prevel (Louis), architecte , secrétaire de la commission de la Biblio- 
thèque publique de liantes , 7 mars 1865. 

La Ville de Ferroles des Dorides (baron Louis-Marie de) , propriétaire , 
16 janvier 1866. 

Heurtaux (Gustave), 6 mars 1866. 

Nau (Paul), architecte , 5 juin 1866. 

Lambilly (vicomte de), propriétaire, 5 juin 1866. 

Le Sant (Clément),archilecle, 3 juillet 1866. 

Villers ft, percepteur, 4 décembre 1866. 

Micolazo de Babmont, !j% , capitaine de frégate, inspecteur des lignes 
sémaphoriques , 5 février 1867. 

Couetodx, avocat, 12 mars 1867. 

Legendre, architecte , 12 mars 1867. 

Van Iseghem (Aristide), architecte , 12 mars 1867. 

La Tullatb (Alfred de), propriétaire, 5 novembre 1867. 

Van Iseghem (Henri), avocat, 7 janvier 1868. 

Hdnault (Victor-Alfred), commissaire-priseur, 7 juillet 1868. 

Clériceau (Constant), architecte, 15 décembre 1868. 

Weinier (l'abbé), vicaire à Chantenay, 4 mai 1869, 

Maître (Léoii)i archiviste du déparlement , 8 mars 1870. 

Halgan (Stéphane), propriétaire, 4 avril 1871. 

Gallard (l'abbé), 5 décembre 1871 . 

Textor de Ravisi (le baron) ft , ancien commandant de Karikal , mem- 
bre titulaire de l'alhénée oriental , de la société asiatique , percepteur i» 
Saint-Élienne-sur-Loire , 5 décembre 1871. 

Du Tertre de la Coudre (Augustin), avocat, 9 janvier 1872. 

Thenaisie (Charles), propriétaire, 4 juin 1872. 

Gaborit (l'abbé), directeur au petit séminaire, 4 juin 1872. 

BATHOiiis (Edouard), directeur de la Manufacture de vitraux du Carmel au 
Mans, 4 juin 1872. 



- 8 - 

Blanchard, percepteur h Herbignac, 2 juillet 1872. 

Massion (Gustave), nj^gociant, 29 octobre 1872. 

La LACRENCiE-FLEiiBr (Marie-Charles-Jules de) ft, 29 octobre 1872. 

L'ISLE DU Drénecf (Pitre de), 29 octobre 1872. 

Pot, 29 octobre 1872. 

Comte (Félix), 29 octobre 1872. 

Gantés (Fernand de), 14 janvier 1873. 

Hdette (René), 14 janvier 1873. 

Lafont (Georges-Joseph), architecte, 14 janvier 1873. 

Leroux (Benjamin), négociant, 14 janvier 1873. 

WoNTFORT (Jules), architecte, 14 janvier 1873. 

La Morandière (de) ft, 4 février 1873. 

Granges de Surgères (de), il mars 1873. 

Pocard-Kerviler (René), ingénieur des Ponls et chaussées, !«' juillet 

1873. 
Seidler (Charles), 1«>- juillet 1873. 
Lemaignen (Henri), avocat, 2 décembre 1873. 
Cornulier (Henri de), propriétaire , 2 décembre 1873. 
Bremohd d'Ars (Anatole de), 5 mai 1874. 
Langlois (Eugène), 5 mai 1874. 
PiCHELiN(Paul), avocat, 4 août 1874. 

Berthaut (l'abbé), curé de Basse-Goulaine , 3 novembre 1874. 
Baugé, 1" décembre 1874. 

Pendant l'impression de ce trimestre , ont été admis : 

MM. 

Mellinet (le général), G. C. «, 2 février 1875. 

Marchant-Dupplessis (Paul), licencié en droit , 2 février 1875. 

Laennec, docteur-médecin , professeur à l'école de médecine de Nantes, 
2 mars 1875. 

ViAUD (Louis), peintre, 2 mars 1875. 

Merland (C) >5< , docteur-médecin, 2 mars 1875. 

Blanchard, pharmacien, 2 mars 1875. 

Jamonnières (Arthur des), 16 mars 1875. 

Membres Correspondants. 

FiLLON (Benjamin), numismatiste à Fontenny (Veudée), 7 janvier 1851. 
Cahier (Auguste), a Douai, 7 juin 1853. 



- 9- 

Pebrault, à Clisson (Loire-Inférieure), 7 février 1854. 

SoLA^ND (Aimé de) , à Angers (Maine-el-Loire), 3 mai 1854. 

RuDBECK (le baron de), ancien secrétaire de la légation de Suède à Londres, 
6 février 1855. 

Cochet (l'abbé), correspondant de l'Inslilut, inspecteur des monuments de 
la Seine-Inférieure , à Dieppe , 2 octobre 1855. 

Coûtant (Lucien), 2 octobre 1855. 

Devers , peintre , 3 août 1858. 

Baudry (l'abbé Ferdinand), curé du Bernard (Vendée), 5 novembre 1861. 

De Bbéhier, à Josselin (Morbihan), 5 novembre 1861. 

MouGENOT (Léon), 13 janvier 1863. 

Bourgeois, professeur au collège de Pontlevoy, 5 janvier 1864. 

PiBRAC (le comte de), propriétaire à Orléans (Loiret), 19 avril 1864. 

Barthélémy (Anatole de), propriétaire à Paris , 7 juin 1864. 

Tremeau de Rochebrune (Alphonse), 20 décembre 1864. 

Tremeau de Rochebrune. 20 décembre 1864. 

Damour , correspondant de l'Institut , 6 novembre 1866. 

MoNTLEZDN (Jules-Frédéric), lieutenant au 135* de ligne, officier d'ordon- 
nance du général Pajol, 6 novembre 1866. 

Desmars (Joseph) , propriétaire à la Morinais, commune de Bains (llle-et- 
Vilaine), 3 décembre 1867. 

LuKis (Rév» William-Collings), 17 décembre 1867. 

GuiLLOTiN DE CoBSON (l'abbé), vicaire à la Noë-Blanche, par Bains (Ule-et- 
Vilaine), 24 juin 1865. 

Benoist (Alcide), docteur-médecin à SainlNazaire-sur-Loire, 29 décembre 
1868. 

Martin (de Guérande), lieutenant de vaisseau, 2 février 1869. 

Fornier (Gaston), 2 février 1869. 

Lavenot (l'abbé), vicaire à Quiberon (Morbihan), 5 décembre 1871. 

Ballereau (Léon), architecte à Luçon (Vendée), 9 janvier 1872. 

Blanchemain (Prosper), bibliothécaire honoraire du ministère de l'Intérieur, 
29 octobre 1872. 

WÉCHINEAU , architecte à Clisson (Loire-Inférieure), 2 décembre 1873. 
Rochebrune (Octave de) ft, graveur, archéologue, au château de Terre- 
Neuve, à Fontenay-Ie-Comte (Vendée), 2 mars 1875. 



EXTRAITS 



BES 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 



SÉANCE DU 5 JANVIER 1875. 
Présidence de M, Marionneau, président. 

Étaient présents : MM. Galles, Villers, Maître, Cahour, Parenteau, 
Beaugé, Kerviler, Thenaisie, de l'Isle du Dréneuf, Van Iseghem père, 
Boisraeu , de Bremond d'Ars, Soullard, de Wismes, Anizon, Langlois, de la 
Laurencie , Monlfort, Delamare, Gallard et du Tertre de la Couldre. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Galles, avant de quitter le fauteuil de la présidence, prononce les 
paroles suivantes : 

Messieurs, 

Trois années ont passé, pour moi rapides et charmantes, de- 
puis que vous m'avez appelé à ce fauteuil, et vous m'avez gra- 
cieusement entoui'é de si constantes sympathies, que je le quitterais 
aujourd'hui, je l'avoue, avec un pénible regret, si je ne le cédais 
au collègue préféré que, par un double vote justement opiniâtre, 
vous avez, pour ainsi dire, contraint à s'y asseoir. Si ma pensée, 
d'accord avec la vôtre, pouvait ici hbrement s'exprimer, j'appuie- 
rais bien davantage sur l'heureuse inspiration de votre choix ; 
mais je connais la courtoisie de mon aimable successeur, et, pour 
céder moi-même à un plaisir attrayant et facile, je ne veux pas 
lui imposer une tâche ingrate et malaisée. 

Le premier devoir du passé, c'est de faire prompte place à l'ave- 
nir; autrement, je voudrais aujourd'hui dérouler, devant vous, 



- 12 - 

la gerbe opulente que , pendant cette triple moisson , vos travaux 
ont formée. Tous les épis qui la composent sont de qualité choisie, 
nulle tige d'ivraie ne s'y mêle, et j'éprouve, en déposant mon 
mandai, une jouissance extrême l\ reconnaître combien vous avez 
généreusement comblé mes légitimes espérances. 

Pourquoi faut- il que la main qui retraça vos séances fécondes 
soit maintenant glacée, et que le jour où vos élections nouvelles 
remplaçaient votre secrétaire général précédât de si peu sa fin 
prématurée ! L'un des plus séduisants privilèges du travail, c'est 
de rapprocher les travailleurs, de les lier, rapidement d'abord, 
par l'estime, plus lentement ensuite par une véritable amitié: 
avec vous, j'ai subi celte influence heureuse, rendue plus active 
encore par le contact fréquent que vous m'aviez créé. Phelippes- 
Beaulieux fut un adepte infatigable de cette science de la biblio- 
graphie, qui, sous des apparences arides, voile d'intimes joies. 
Esprit judicieux et solide, il comprenait d'ailleurs cette recherche 
des livres comme l'entendent les sages ; et , selon le conseil de 
Barbier, préférant les bons à ceux qui ne sont remarquables que 
par leur rareté ou leur bizarrerie, il puisait une véritable doctrine 
dans les auteurs de tous les âges et communiquait à ceux qui le 
consultaient les indications les plus capables de les diriger dans 
leurs études. Sa mémoire prodigieuse le servait admirablement 
dans cette voie, et sa complaisance était inépuisable ; chacun de 
nous, bien souvent, avait recours h ce vivant palimpseste, où, par 
un privilège singulier, tout se superposait sans se confondre, et 
toujours on emportait le renseignement désiré. Cette disposition 
intellectuelle, à la -fois chercheuse et conservatrice, le rendait fort 
utile à notre compagnie, et le vide qu'il va laisser parmi nous sera 
considérable. 

Mais combien vos suffrages furent habiles dans le choix de son 
successeur ! Qui ne connaît cette pléiade brillante que l'école des 
Chartes disper.-:e peu à peu dans nos provinces, pour féconder les 
trésors de leurs archives? Et chacun de nous voit, depuis long- 
temps, dans Léon Maître, un disciple d'élite de cet institut fameux, 
un continuateur éminent des traditions bénédictines. 



— 13 — 

Conduite par de pareils, dignitaires , la Société d'archéologie 
peut se présenter, avec une vaillante confiance, au tournoi scien- 
tifique qui, dans cette grande cité, va marquer l'année nouvelle. 
Je tiens pour insigne honneur d'avoir contribué, grâce à vous, à 
l'appel adressé à la société française pour l'avancement des 
sciences; et vous avez appris, avec une satisfaction légitime, la 
décision prise, à l'unanimité, par cette compagnie célèbre qui, 
dans son dernier congrès , choisit Nantes pour ses prochaines 
assises. Les savants qui la composent vont répandre sur nous de 
précieuses clartés ; mais, si nous recevons beaucoup, je sais que 
nous donnerons quelque chose. En transportant, pour la première 
fois, leurs débats sur la terre de Bretagne, ils y trouveront, tou- 
jours fermes et pleins de vie, de grands principes et d'impéris- 
sables croyances. Au milieu de nos ruines féodales et guerrières, 
au travers des tombes mystérieuses de la nuit celtique, ils vont 
voir partout surgir, au pays des Namnètes, les basiliques pieuses 
qu'une semence céleste semble faire germer sur les pas du suc- 
cesseur de saint Clair ; et ces représentants autorisés de la science 
moderne, avec toutes ses audaces, se retireront utilement con- 
vaincus qu'en dépit d'une prédiction hâtive, ici du moins, ceci n'a 
pas tué cela. 

Je dois vous dire encore les progrès numériques de votre 
Société. Pour vingt-sept nouveaux collègues entrés parmi nous 
depuis trois ans , huit seulement se sont retirés ; la mort nous a 
frappés sept fois : nous étions 79, nous sommes 91. Parlerai- je 
de nos finances ? leur bonne gestion est affirmée par la résolution 
que vous venez de prendre de perpétuer le mandat de votre 
habile trésorier. Deux fois je me suis présenté au ministère de 
l'instruction publique pour obtenir des subsides ; votre renom- 
mée m'y a valu des accueils empressés, suivis des plus heureux 
effets. 

Messieurs, laissez-moi finir par une prière instante. En* ces 
temps agités de laborieuse renaissance, l'institution militaire, 
dont les fondations mêmes sont profondément remaniées, réclame 
le constant labeur de toutes les hiérarchies de l'armée ; eî, pour 



— 14 — 

un temps du moins, je ne pourrai plus user, que dans une trop 
sobre mesure, des plaisirs délicats qu'offraient, à mou esprit sou- 
vent fatigué, mes chères soirées oratoriennes. Puis, l'avenir du 
soldat est, plus que jamais, éphémère et mobile, et mes pénates 
sont abrités par une tente incertaine, hélas! mal affermie au 
granit d'Armor. Placé, dans votre mémoire, entre l'abbé Cahour 
et Charles 3Iarionneau, j'ai peur de n'y laisser qu'une trace effacée ; 
tenez-moi compte de ma bonne volonté, donnez-moi dans vos 
souvenirs une hospitalité généreuse. Je me souviendrai toujours; 
ne m'oubliez pas. 

Après ce discours, accueilli par les marques de la plus vive sympathie, 
M. Galles cède le fauteuil à M. Mariouneau , qui adresse à ses collègues 
cette allocution : 

Messieurs , 

Plus que personne ici , j'ai lieu d'être surpris de la distinction 
que vous avez bien voulu m'accorder. 

Aux termes de notre règlement, je n'avais point lieu de compter 
sur ma nomination, puisqu'il n'est pas, chez nous, de droit écrit 
qu'au renouvellement du bureau, le fauteuil présidentiel sera 
l'héritage direct de la vice-présidence; c'est, il est vrai, de droit 
coutumier, mais, dans la situation particulière où je me trouvais, 
je n'avais pas lieu de m'attendre à vos suffrages, car voilà 
dix mois que je n'ai pas assisté à vos réunions. Et , malgré les 
douloureux et légitimes motifs de mon éloignement, pouvais-je 
penser que vous me donneriez une part active dans votre Société, 
où l'assiduité est surtout une des qualités indispensables ? 

Vous avez fait mentir le proverbe ; vous ne m'avez pas donné 
tort quoique absent. Je n'étais pas à la peine , et vous me mettez 
à l'honneur ! 

Tout d'abord, j'ai dû considérer mou élection comme une 
erreur de vos sympathies et persister dans mon refus: votre 
insistance amicale et bienveillante a vaincu mon hésitation , et 
j'ose accepter la succession de mon très-honorable prédécesseur, 
qui dirigeait vos séances avec tant de distinction ot d'extrôma 



— 15 - 

courtoisie; mais, en l'acceptant, j'ai la confiance qu'il voudra bien 
me soutenir de l'appui de son profond savoir et de sa grande 
expérience. 

Les choix heureux que vous avez faits pour m'assister dans la 
direction des travaux de la Société me donnent encore du cou- 
rage ; car on marche toujours avec plus d'assurance quand on se 
sent bien entouré. 

J'ai donc l'espoir que nous maintiendrons le goût des études 
archéologiques et que nous propagerons le culte des souvenirs 
des vieux âges. 

Le culte des souvenirs , ah ! Messieurs , nous l'avons tous au 
fond du cœur ; n'est-il pas l'essence môme de notre Société et sa 
première raison d'être? Pour en donner une preuve immédiate, 
permettez-moi de jeter un regard sur les faits et les travaux que 
contiennent nos annales. 

C'est en 1845, le 9 août, que, la classe d'archéologie de l'Asso- 
ciation bretonne se trouvant à Nantes , M. le comte Aymar de 
Blois, qui présidait la session , émit le vœu qu'il se formât , pour 
le département de la Loire-Inférieure, une Société d'archéologie. 
Cette idée fut favorablement accueillie , et des adhésions nom- 
breuses vinrent donner naissance à notre Société. 

La première réunion remonte au 19 novembre 1845, d'abord 
à la préfecture, puis à la mairie, puis à l'école de la rue du Moulin, 
et enfin, le 6 janvier 1857, eut lieu l'inauguration de la salle où 
nous sommes aujourd'hui. 

Voilà donc déjà trente ans que notre compagnie étudie les 
antiques monuments du comté nantais, des marches de Bretagne 
et de celles du Poitou ; qu'elle découvre dans la poussière des 
tombes ou dans celle des archives les preuves des faits histo- 
riques négligés ou méconnus. 

Voilà déjà trente ans qu'elle poursuit ses recherches et qu'elle 
amasse des matériaux pour les travailleurs de l'avenir. 

Il ne nous appartient pas. Messieurs, de juger notre œuvre; 
mais nous devons avoir conscience du but utile que nous pour- 
suivons. Un temps viendra où chez nous se retrouveront^ eu 



— 16 — 

grande partie, les épaves du passé du pays des Narnnètes ; et 
alors, on nous tiendra compte de notre prévoyance à collec- 
tionner de simples fragments de bronze, de poteries ou d'ins- 
criptions lapidaires, et tant d'informes et peu séduisants débris ; 
car c'est avec ces rares éléments , joints à l'ensemble des objets 
recueillis sur toutes les parties du sol , que de nouveaux Cuvier 
reconstitueront des mondes disparus. Et puis, de ces travaux de 
l'archéologie, il se dégage une idée morale, que traduisait en un 
beau langage un des membres les plus distingués de l'épiscopat 
français, et que, j'ose croire, vous me saurez gré de reproduire : 

« Ce qui nous manque aujourd'hui, parmi tant d'autres choses, 
» c'est le respect de l'antiquité. Pour ma part, je ne connais pas 
» de plus grande marque d'infirmité d'esprit que de renfermer le 
» drame de l'histoire dans un petit cercle d'années et de ne rien 
» voir en dehors de cet horizon étroit. Un pareil dédain du passé 
» n'est propre qu'à nourrir l'orgueil, c'est-à-dire la moins excu- 
» sable et la plus stérile de toutes les passions. 

... Tous nous devons au passé la meilleure partie de nous- 
» mêmes, nous lui devons notre langue, notre patrie, nos mœurs 
» et nos croyances ; ce qui a marqué notre place dans l'histoire 
» et notre rang sur la scène du monde. Quels que soient nos 
» mérites propres, nous vivons du travail des générations qui 
» nous ont précédés, et c'est leur héritage qui fructifie dans nos 
') mains. A elles l'honneur d'avoir creusé péniblement les sillons 
rt où nous jetons, à notre tour, la semence de l'avenir. Car il 
» n'est pas de découverte qui n'ait été préparée par de longues 
» et patientes recherches ; pas de progrès dont les sueurs de nos 
» pères n'aient fécondé le germe ; pas d'institutions, ni d'oeuvres 
» puissantes, qui ne plongent leurs racines dans le sol de la tra- 
)> dition ; et, chaque fois qu'un siècle se lève à l'horizon, ce sont 
» les luQiières des âges précédents qui viennent former au-dessus 
» de son berceau l'étoile destinée à éclairer sa marche (*). » 



(») Discours de Wfc'' Freppel, à l'ouverlurc du Congrès arcbéulogique 
d'Angers i 19 juin 1871. 



— 17 — 

Messieurs, ces éloquentes paroles sont le plus grand éloge que 
l'on puisse faire de notre mission. — Ayons-les toujours pré- 
sentes à la mémoire, et nous nous mettrons facilement au-dessus 
de ces observations railleuses que souvent on nous adresse en 
nous voyant manifester tant d'entliousiasme à la découverte de 
fragments de silex taillés, de terre modelée ou de métal ouvragé. 
Reprenons donc avec confiance notre marche pour découvrir et 
conserver. 

Je parlais tout à Theure du culte des souvenirs , un pénible 
devoir m'y ramène. A ce bureau siégeait, il y a quelques jours 
encore, un des membres les plus zélés de notre Société; 
nos procès-verbaux en font foi. Notre excellent et digne col- 
lègue, M. Phelippes-Beaulieux, qui a retracé la physionomie de 
nos séances avec tant d'exactitude, qui, depuis trois ans, rem- 
plissait avec tant de conscience les fonctions de secrétaire 
général, vient de nous être enlevé par une mort foudroyante 
et bien prématurée. A mon retour, je croyais le revoir plein 
de vie au milieu de vous , et voilà que j'arrive pour vous trouver 
groupés autour de son cercueil. 

J'avais eu la bonne fortune de mettre en rapport Phelippes- 
Beaulieux avec l'un des érudits les plus distingués de la Gironde, 
M. Reinhold-Dezeimeris, le commentateur des œuvres de Pierre 
de Brach, de la Boëtie et de Michel de Montaigne. Entre l'auteur 
du discours De la renaissance des lettres à Bordeaux et celui de 
YÉtude biographique sur Mellin de Saint-Gelais, il s'était établi 
une de ces correspondances qui rappelaient le savoir et l'esprit 
des lettrés de ce XVI® siècle dont se nourrissaient, du reste, 
ces deux amis. C'était entre eux une sorte de tournoi littéraire. 
— Aussi ne saurais-je mieux faire apprécier Phelippes-Beaulieux, 
comme bibliophile et comme érudit, qu'en vous communiquant, 
tout à l'heure, la lettre que vient de m'écrire M. Dezeimeris. 

Maintenant, remettons-nous à l'œuvre avec une ardeur d'autant 
plus vive, qu'on nous annonce la tenue d'un grand congrès à 
Nantes. Des savants du plus haut mérite viendront prochaine- 
ment dans nos murs et nous ferons bénéficier du résultat de leurs 

1875 2 



- 48 - 

labeurs. Mais perineltoz-moi d'espérer, Messieurs, que notre 

Société prendra sa part, si modeste soit-elle, dans ces assises 

scientifiques. 

Kos maîtres, dans ces champs, ont cueilli bien des gerbes : 
Puissions-nous glaner un épi ! 

Tel est mon souhait de bienvenue. 

Après cette allocu'.ion, M. Marionneau communique la leltre suivante: 

« Il est difficile, quand on parle de quelqu'un que l'on n'a connu que 
ï> peu de temps el seulement par un échange de lettres, de donner 
» à ceux qui l'ont vu de près des aperçus plus précis que les leurs. 
» Je n'essaye donc pas, mon cher ami, de réunir ici les éléments 
» d'une notice complète qui ne serait qu'un à peu près ; je me 
» borne à vous fournir un de ces éléments, relatif aux circonstances et 
)) aux travaux qui nous ont rapprochés. 

» M. Phelippes-Beaulieux avait composé en 1853 et publié en 1861, 
» ûanslesAcles de la Société Académique ie Nantes, une notice surSaint- 
» Gelais. Ce travail, précis et bien rempli, était surtout le produit d'une 
» lecture assidue el curieuse des œuvres du poète. Lorsque je le lus, 
» sans connaître l'auteur en aucune façon, je jugeai que ce devait 
» être un homme essentiellement consciencieux, instruit et persévé- 
3> rant. Mes relations ultérieures n'ont point modifié cette impression 
7) première ; elles y ont seulement ajouté un sentiment de vive sympa- 
» thie pour le caractère privé du savant, 

» Bien que je n'eusse pas étudié Saint-Gelais ex professa, j'avais, 
» au cours de mes lectures, fciit quelques remarques sur ses poésies. 
» M. Phelippes-Beaulieux, lui, en avait fait l'objet d'un commentaire 
» suivi. La publication nouvelle préparée par M. Blanchemain fil partir 
» de Bordeaux et de Nantes ces noies diverses, et cette rencontre fut 
» l'origine de notre amitié. La composition de l'ouvrage, la correction 
» des épreuves, les suppressions, les errata, tout cela devint l'objet 
» d'une correspondance suivie où M. Phelippes-Beaulieux sut mettre 
» autant de grâce aimable que de solide savoir. 

» Peut-être les habitudes primitives de sa carrière d'érudit ne 
» l'avaieni-cUes pas assez accoutumé à ce qui est un des mérites de 
» l'érudition contemporaine, la brièveté dans l'exposition. Il était de 
» l'école des Ménage et des Spanheim, plutôt que de celle des Bois- 



- 19 — 

> sonnade. Très-français pourtant par l'esprit, et ayant, soit par iiatu- 
» rel , soit par étude , une tendance marquée à unir la grâce nnalicieuse 
)» et la bonhomie candide, il devait aimer La Fontaine comme on aime 
» un ami, comme on aime un des siens. 

» Je viens de parler de bonhomie. Vous savez que ce n'est pas sou- 
y> vent le partage de l'érudit, et que, si juste qu'il puisse être, on voit 
» surtout en lui, d'ordinaire, tenacem proposili virum. 

» Eh bien, il faut avoir vu M. Phelippes-Beaulieux en face de l'édi- 
» tion de Saint-Gelais, pour se faire une idée de son immense lon- 
» ganimité. La rédaction un peu trop ample de son commentaire 
» força souvent M. Blancliemain à y faire des retranchements, et 
» comme le temps manquait pour abréger seulement la rédaction , 
» les retranchements emportèrent mainte fois de petites trouvailles 
» intéressantes, auxquelles le chercheur avait consacré de laborieuses 
» recherches. J'ai connu ces petits désappointements, je les ai vus de 
» près ; mais jamais, chez M. Phelippes-Beaulieux, ils ne donnèrent 
» lieu à une récrimination. Ce stoïcisme littéraire, celte rare modes- 
y> lie, ont été poussés par lui, en cette circonstance, jusqu'à la hauteur 
» d'une vertu. Ce désintéressement était d'autant plus méritoire que 
» M. Phelippes-Beaulieux ne pouvait douter de la réelle valeur de 
y> son savoir. Son érudition dépassait notablement le niveau moyen, 
» et elle était établie sur des bases sérieuses. Il fut assez bon hellé- 
» niste pour entreprendre un travail d'ensemble sur V Anthologie 
» grecque, elles renvois de son commentaire sur Saint-Gelais mon- 
ï> Irent que , comme Sainte Beuve, il connaissait jusque dans le détail 
» ce recueil rempli de choses charmantes. Il lui est arrivé aussi 
» d'écrire des lettres en grec. Cela n'était point, sans doute, élégant 
» comme des billets d'Alciphron , mais l'excellent Coray se fût con- 
» tenté d'une pareille correspondance, et plus d'un professeur de 
» faculté eût hésité à y répondre courrier par courrier dans la 
» même langue. 

)) M. Phelippes-Beaulieux était, en un mot, un vrai lettré, un de 
» ceux dont le caractère rappelle invinciblement la qualification 
» latine des belles lettres, humaniores litterœ , les éludes qui élèvent 
7) l'esprit, et qui confirment les inslincls naturels de bienveillance et 
» de bonté. 

» Voilà, mon cher ami, comment je m'imagine notre ami, sans 
l'avoir jamais vu. 

» R. Dezeimeris. » 



— 20 — 

La justesse de ce portrait, peint avec beaucoup de finesse el d'esprit, dé- 
montre , une fois encore, la vérité des paroles de Biiflou : « Le style, c'est 
Thomme même. » 

Après l'installation du bureau, W. Kerviler est invité à donner lecture d'uu 
long mémoiie de W. Martin sur lus Roches à bassins de la presqu'île guéran- 
daise. 

Dans la première partie de son étude , M. Martin démontre que les ca- 
vités des rocbes granitiques des environs de Guérande ne peuvent être attri- 
buées à aucune cause dépendant de la nature de la pierre, et il établit le 
raèmc fait dans sa seconde partie pour les granits employés aux dolmens. 

La tradition populaire leur donne souvent une origine légendaire. Un exa- 
men plus approfondi de la forme de ces excavations fait connaître qu'elles 
ont été polies par le frottement de pierres arrondies. L'auteur en conclut que 
ces cavités servaient d'auges à broyer les grains et présume que leur date 
de formation est antérieure à l'érection des dolmens. 

M. Galles approuve el contîrme cette opinion par le récit d'un fait dont il 
a été témoin en fouillant un tumulusdu Morbihan sur l'une des dalles delà 
chambre funéraire. 11 observa des augeltes disposées sur la face extérieure 
tout entières enveloppées par la terre du lumulus, cequi montre évidemment 
qu'on s'était servi pour la construction de celte chambre de dalles sur les- 
quelles les augeltes se trouvaient d('jà pratiquées. 

M. de Wismes répond qu'il ne faudrait pas trop se hâter de généraliser les 
faits résultant de ces observations , el demande si ou est bien sûr que ces 
cavités aient été creusées avec des outils en pierre et non en métal et fait 
remarquer que la presqu'île guérandaise est assez pauvre en hachettes de 
pierre. Sur ce dernier point, M. Kerviler répond que les haches en pierre ne 
sont pas aussi rares qu'on le dit dans le pays guérandais, car il con- 
naît plusieurs collections qui tn contiennent un grand nombre el que dans 
tous les cas leur absence pourrait s'expliquer si l'on admet que la grande 
lutte des Venèles contre César a eu la presqu'île guérandaise pour théâtre. Il 
est en effet très-remarquable que tous les monuments mégaliihiques cltous 
les lumulus de celle contrée aient été tous violés sans exception à l'époque 
gallo-romaine, comme on l'a constaté encore récemment par les fouilles de 
Dissignac. Celte violation a naturellemi-nt entraîné la destruction des objets 
contenus dans les chambres sépulcrales. Dans le Morbihan, au contraire, tous 
les monuments fouillés par la Société polymathique contenaient leur mobi- 
lier complet. Cette remarque encore peu connue est, suivant M. Kerviler, un 
des arguments les plus sérieux qu'on puisse produire en faveur du système 
qui place la destruction de la puissance venéiique dans le pays guérandais. 

Après ces réllexions, M. Kerviler passe à la lecture de la 3" partie du mé- 
moire, que M. Martin a consacrée à l'examen d'uu monument spécial nommé 
la Pierre Blanche. Cet archéologue n'admet pas que tous les dolmens aient 



~ 21 - 

été des pierres ou autels à sacrifices, mais il croit qu'il a existé des monu- 
ments à peu près semblables qui avaient cette destination, et, comme preuve, 
il insiste sur la description do la pierre Blanche qu'il a trouvée à la Madeleine 
entre Guérandc et Sainl-Lyphard. Ce monument présente un caractère par- 
ticulier, dans ses dispositions principales, en ce qu'il a passé jusqu'ici pour un 
dolmen en partie détruit et que M. Martin croit voir dans l'inclinaison de la 
grande table un fait intentionnel. Il a relevé sur cette table des cupules et 
des augettes, arrangées de telle façon qu'il a cru voir dans ce monument le 
type de la piene à sacrifice. M. Martin en a relevé avec soin les dimen- 
sions. 

Cette idée nouvelle, fondée sur une observation particulière, ne pouvant 
acquérir d'autorité scientifique que lorsqu'elle sera confirmée par des re- 
marques analogues sur d'autres monuments de la presqu'île armoricaine, 
M. Martin se propose de continuer ses recherches et de présenter prochaine- 
ment un nouveau mémoire à l'appui de sa ibèse. 

M. le président donue ensuite lecture d'une notice consciencieuse de 
M. Thenaisie, relative à Moncontour et ses environs^ notice pleine de traits 
de mœurs et de descriptions très- attachantes. 

M. Kerviler offre ensuite à la Société, pour le musée, une épée en fer 
trouvée près du pont Morand dans l'Erdre, sur laquelle M. Parenteau croit 
reconnaître les caractères artistiques du XV" siècle. 

L'heure étant trop avancée pjur que l'ordre du jour fût épuisé, la séance 
est levée à 9 heures 1/2. 

Le Secrétaire général, 

L. MAITRE. 



SÉANCE DD 2 FÉVRIER 1875. 

Présidence de M. Marionneau. 

Étaient présents : MM. Villers, de Wismes, Petit, Van Iseghem père, de la 
Laurencie, Cahour, Pichelin, de Béjarry, du Tertre, Montfort, Parenteau, 
Thenaisie, Soullard, Perlhuis, de la Tullaie, Gallard, Kerviler, de l'Isle du 
Dféneuf, Beaugé, Lemeignen et Maître. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Le Président ouvre la séance par la lecture de deux circulaires ministé- 
rielles : l'une concernant la rédaction d'un annuaire des sociétés savantes, 
et l'autre la réunion annuelle des délégués des Sociétés de province, qui se 
lient à la Sorbonne. Quelques bulletins sont ensuite déposés sur le bureau 
et distribués à plusieurs membres, qui se chargent d'en rendre compte. 

Le scrutin, ouvert pour l'élection d'un secrétaire-adjoint, donne la majorité 
des suffrages à M. Lemeignen, avocat. 



— 22 — 

M. l'abbé Cahour est ensuite élu membro du Comité central. 

M. le général Mellinet et M. Paul Marchant-Dupplessis, récemment pré- 
senlés, sont admis comme membres titulaires de la Société archéologique. 

M. Parenleau commence la série des comanmications par la lecture de 
quelques passages d'une étude sur le lac de Paladru (Isère) , qui lui a été 
envoyée par le conservateur du musée archéologique de Lyon, en faisant 
remarquer les singulières analogies qui existent entre ce lac et celui de 
Grandiieu. De part et d'autre, les légendes sont identiques et les fouilles 
ont donné à peu près les mêmes résultais. Il ajoute qu'en vue du congrès 
scientifique, dont la session auia lieu à Nantes, au mois d'aofit 1875, il serait 
opportun de recommencer de nouvelles recherches dans le lac de Grandiieu, 
dès que les basses eaux le permettront. Ces conclusions sont adoptées par les 
assistants. 

Le même membre soumet à la Société plusieurs vases trouvés à Saffré et 
qui lui ont été remis par M. Leroux, avec une note descriptive dont il fait 
lecture, et termine en observant que ces objets sont parfaitement semblables 
à ceux qui ont été découverts a Rezé et à Saint-Médard-des-Prés, et auxquels 
on assigne une origine gallo-romaine. Des remerciements sont votés à 
M. Leroux. 

M. Perlhuis offre au musée la matrice du sceau qui a servi à sceller les 
vitrines de l'exposition de i872, et M. Jalabert envoie, par M. l'abbé Cahour, 
un vase dont il est difficile de préciser l'usage et la date. 

M. le Président prend ensuite la parole pour lire un document inédit sur 
Louis de Foix, célèbre ingénieur du XVI" siècle, et sur lequel, hors la notice 
publiée en 1864 par M. Tamizey de Larroqne, il existe très- peu de rensei- 
gnements. La pièce produite par M. Warionneau est extraite des archives 
municipales de Nantes et prouve que cet habile ingénieur avait été chargé 
d'étudier le dessèchement du lac de Grandiieu en 1.572. Malheureusement le 
rapport qu'il a dû faire sur sa mission n'est pas parvenu jusqu'à nous. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 heures 1/4. 

Le Secrétaire général, 

L. Maître. 



Séance du 2 mars 1875. 
Présidence de M. Marionneau. 

Étaient présents: MM. Prevel, de Béjarry, La Nicollière, Parenteau, 
Soullard, Huette, Gaborit, Perthuis, Grimaud , du Tertre de la Coudre, de 
la Laurencie , Van Iseghem père et Maître. 

Après le dépôt ordinaire des publications envoyées ii la Société depuis la 
séance précédente, le scrutin est ouvert successivement sur la présentation de 
MM. Lat-nnec, docteur-médecin, Viaud, peintre décorateur, Blanchard, phar- 



- 23 — 

raacien, Merland père, docteur-médecin, et de Rochebrune, graveur aqua- 
fortiste. Ces nouveaux membres sont tous admis. 

M. de Béjarry fait part aux assistants de plusieurs objets curieux qui 
viennent d'enrichir sa collection privée, ce sont: un mortier en bronze, 
trouvé dans les ruines de la Rochelourie, en la comnoune de Saint-Vincent 
de Puy-Maufray. (Vendée), et une aiguière en argent du XVII» siècle. 

Lecture est ensuite donnée par M. Maître d'une note rédigée par M. Ledous 
de Savenay sur une voie romaine qui paraît avoir été ignorée de M. Bizeul, 
et dont il a suivi les traces dans plusieurs villages des environs de Savenay. 
Suivant l'opinion de M. Ledoux, conforme aux présomptions de M. Kerviler, 
cette voie devait aboutir à la Loire près de Rohars et mettre ce dernier point 
en communication avec Blain. M. Prevel appuie ces conjectures en ajoutant 
que M. Bizeul avait soupçonné que le Chatellier près Savenay devait être sur 
le passage d'une voie romaine. 

M. Maître appelle l'attention de l'assistance sur deux articles insérés dans 
la Revue de Bretagne et de Fendée par M. Jégou de Lorient, qui, à propos 
des statuts de la confrérie de Saint-Nicolas de Guérande, dont il a publié le 
texte avec commentaires, a émis l'opinion que le culte de Saint-Nicolas lui 
paraissait avoir été importé en Bretagne et propagé parles Templiers. Suivant 
cet auteur, le nom de saint Nicolas serait si souvent mêlé au souvenir des 
Templiers et les chapelles du saint seraient si fréquemment placées dans le 
voisinage des templeiies, qu'il serait difficile d'y voir une coïncidence fortuite; 
mais M. Maitre objecte, dans ses observations, que M. Jégou aurait dû 
d'abord s'enquérir des lieux oii les Templiers résidaient; qu'il cite un trop 
peiit nombre de faits à l'appui de sa thèse, et fait remarquer qu'il existait 
très-peu de commandcries placées sous le vocable de Saint-Nicolas. M. Maître 
suit ainsi pas à pas i'argumcnlalion de M. Jégou; il démontre notamment 
en ce qui concerne Nantes qu'il n'y avait aucun trait de ressemblance entre 
la confrérie de Toussaints sur les Ponts et celle de Saint-Nicolas de Guérande, 
et que les présomptions établies sur certaines coutumes indiquées dans les 
statuts de cette confrérie ne sont pas assez solides pour étayer un système 
entièrement nouveau. 

Sans combattre d'une manière absolue l'opinion de M. Maitre, M, de la 
Nicollière croit, cependant, devoir faire remarquer que, pour ce qui concerne 
la ville de Nantes, l'église paroissiale de Saint-Nicolas était tout auprès de 
la chapelle des Templiers, située, comme chacun sait, dans la rue du 
Bois Torlu, sur le quai de la rivière d'Erdre, aujourd'hui quai Cassard. 

M. l'abbé Gallard lit ensuite quelques pages pour rappeler à l'assistance la 
mémoire de feu M. Flandrin, conseiller généra! de Saiot-Père-en-Relz, duquel 
le musée archéologique a reçu un don important de bronzes provenant d'un 
atelier de fondeur, et que le défunt a laissé quelques manuscrits intéressants 



— 24 — 

dont il espère avoir communicalion. En remerciant M. l'abbé Gallard des 
démarches qu'il a faites, M. le président le prie de renouveler se» Instances 
près des héritiers. 
L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 heures. 

Le Secrétaire général, 

Léon Maîtbe. , 

séance du 16 mabs 1875. 
Présidence de M. de Béjarry. 

Présents ; MM. deWismes, Prevel, de la ÎNicollière-Teijeiro, Maître, Mont- 
fort, Langlois, Merland, D' Foulon, de la Laurencie, Soullard, Ânizon, D"^ 
Le Houx, de l'isle, etc. 

M. le Président dépose sur le bureau les ouvrages suivants , offerts à la 
Société •• 

l» Catherine de Parthenay, par M. C. Merland. 

2° Cassiodore, — de l'âme, — traduction française de Stéphane de Rou- 
ville, petit volume in-18. 

30 Le 2« fascicule du tome I de la Société archéologique de Bordeaux 
(octobre 1874). 

40 Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, année 1874. N° 4. 

5" Bulletin d'archéologie chrétienne , de M. L.-B. de Bossi , — édition 
française, publiée par l'abbé Marsigny. (.*)" année. N° 4.) 

On procède ensuite au vole sur l'élection de M. Arthur des Jaraonnières, 
présenté par MM. de Wismes et de la Nicollière-Teijeiro. 

M. des Jamonnières est admis à l'unanimité. 

M. de la Kicollière donne lecture de fragments d'un journal de bord, trouvé 
dans des papiers de famille. Cette relation du commencement des massa- 
cres de Saint-Domingue a pour nous un intérêt tout particulier; la plupart 
des victimes de cette catastrophe appartenant à notre ville. 

M. Foulon nous communique ensuite une intéressante notice sur une 
tour trouvée aux environs de Pornichet et semblable à celles déjà décrites 
dans son travail sur les tours télégr^hiques. Cette détermination , dit-il , a 
été niée dans VJlmanach de C Archéologue français , de 1870 ( page 15.) 
L'article du contradicteur est plaisamment intitulé : « Les vieilles masses de 
moulins à vent métamorphosées en phares gallo-romains. » Les souches de 
moulins à vent et les vieilles tours en question sont , il est vrai , connues 
dans les campagnes sous le même nom de masses ; elles n'en diffèrent pas 
moins eslrêmement, surtout dans la construction intérieure. L'archéologue 
de Caen aurait pu s'en convaincre , s'il avait pris connaissance du premier 
travail publié dans nos annales sur ce sujet et des dessins qui y sont joints. 
au lieu de lire seulement le compte rendu de la Sorbonne de 1869. 



-25 - 

M. Foulon termine sa communicalion en nous annonçant que deux pro- 
chaines notes de lui auront pour objet : la première, un vrai puits dit funé- 
raire, en Escoublac; — la deuxième, la voie gallo-romaine qui, suivant le 
littoral guérandais, allait du lac de Tréhiguier sur la Vilaine, lequel existe 
encore, au lac de Saint-Brevin, depuis longtemps supprimé. 

M. de Wismes combat l'opinion de M. Foulon sur les tours h signaux : 
pour lui , ces tours ne sont ni télc^graphiques , ni gallo-romaines , rien dans 
leur construction n'attestant une date aussi reculée. Cependant la bizarrerie 
de leur disposition intérieure doit appeler les recherches des antiquaires sur 
leur destination. 

Enfin , M. de Wismes analyse, dans une charmante causerie, le premier 
volume des Annales de la Société archéologique de Bordeaux. 11 insiste sur 
le bon goût et la justesse de la définition donnée par celte Société à l'archéo- 
logie, et qui lui fait comprendre tous les objets d'arts antérieurs au X1X« 
siècle. 

Le deuxième article de ce volume est une notice de M. du Balen, sur les 
silex taillés trouvés dans les Landes. L'tutear se lance avec une grande har- 
diesse à suivre les pérégrinations de deux pi uplades d'hommes primitifs. Le 
moindre indice lui fournit des révélations sur la vie et les mœurs de ces âges 
sauvages. 

M. de Wismes demande à la Société de vouloir bien remettre à la pro- 
chaine séance la fin de ses notes critiques sur les Annales de la Société 
archéologique de Bordeaux. 

La séance est levée a neuf heures un quart. 

Le Secrétaire , 
P. DE L'IsLE du DBÉNEUF. 



NOTES CRITIQUES 



SUR 



LES ROCHERS ET LES DOLMENS A BASSINS 

OE LA PRESQU'ILE GUÉRANDAISE 



I 

Dans mes promenades archéologiques autour de Guérande , 
j'avais autrefois remarqué un certain nombre de rochers naturels 
présentant une série de trous ovales ou ronds , dus , à mon avis, 
à la main de Thomme; mais ma pensée, fixée sur un autre point, 
ne s'y arrêta pas davantage. Survinrent les moulins primitifs 
de M. le D'" Foulon ('), et l'attention des rares chercheurs du 
pays se porta immédiatement vers nos rochers. En quête de 
meules et à' ateliers de meules^ je trouvai des bassins et des 
augettes en si grand nombre qu'il était impossible de n'être pas 
vivement frappé de leur présence. Je résolus d'étudier attentive- 
ment ces singulières cavités et de noter avec précision tous les 
détails propres k me guider dans la voie que je poursuivais doré- 
navant. 

Ce sont les résultats de ces études et les réflexions qu'elles 
m'ont suggérées que je soumets à la critique des archéologues. 

(') Bull, de la Soc. Archéol. de ta Loire-Inf. 1^^ Trim. 1868. 



-SS- 



II 



Avant de commencerez travail, je dois dire un mot des ateliers 
préhistoriques découverts, étudiés et décrits par M. le D"" Foulon. 
— Des traces irréfutables d'une exploitation de meules à moudre 
les graines , existent sur un grand nombre de rochers graniti- 
ques et de la presqu'île guérandaise. — Elles se présentent sous 
forme de cylindres en relief qui, pour une cause quelconque , 
n'ont pas été détachés de la roche , et ailleurs sous forme de 
cavités cylindriques aussi , sorte de inouïes indiquant la place de 
meules enlevées. Dans ce dernier cas, je remarque que la cavité 
est toujours placée sur le bord du rocher, là où il présente une 
déclivité plus ou moins verticale , de façon qu'un tiers au moins 
delà surface enveloppante soit ù l'air libre, condition indispen- 
sable pour l'introduction de coins sous le bloc à détacher. La 
cavité ainsi placée ressemble grossièrement à un siège, aussi 
celles du rocher de la vallée du Griguenic sont-elles appelées 
« sièges des druides » et l'on ajoute aussitôt : « Voici l'autel à 
sacrifices. » — C'est un rocher à bassins voisin. — Tous les 
moules que j'ai vus, et je pourrais les compter par centaines ('), 
répondent à la description que je viens d'en donner. On doit donc 
rejeter comme moules d'anciennes meules les cavités cylindriques 
complètes placées au milieu et non sur le bord d'un rocher. 
Môme avec nos moyens actuels il serait impossible d'extraire du 
milieu d'un bloc de pierre, une meule dont la surface cylindri- 
que serait seule détachée , à moins d'enlever la matière environ- 
nante sur un grand espace , travail énorme aussi bien qu'absurde 
qui nous ramènerait aux cylindres en relief cités plus haut et qui 
ont été obtenus par un pareil procédé, quand la tête de granit s'y 
prêtait par ses petites dimensions. Impossible aussi de confondre 
la trace d'une meule enlevée avec les trous dont j'ai parlé en 



(») Rochers de Cramagiien, Clis, Cretneur, Lechet, Bas-Brévin , Trépié, 
Branlonnet, Quéniquen, etc., etc.. 



I 

— 29 — 

commençant, puisque ceux-ci sont, au contraire des premières, 
creusés à n'importe quel endroit du rocher. Je tenais à bien éta- 
blir ce point , parce qu'après la découverte de M. Foulon , il y a 
eu une tendance de l'esprit et des yeux à voir dans toutes les 
cavités circulaires de nos rochers , des restes de cette exploita- 
tion meulière. — Nous verrons, au paragraphe suivant, qu'il y a 
de nombreux traits caractéristiques , la forme entre autres , qui 
séparent les moules de meules des bassins et .augeltes de nos 
rochers. 

Rochers à bassins. 

ni 

Géologiquement la presqu'île guérandaise se compose de gra- 
nits, de gneiss , de micaschistes et de schistes siliceux sur les- 
quels , en plusieurs endroits, sont venus s'épancher de nouvelles 
coulées granitiques (*). 

Les granits dominent sur les hauteurs , et nous pouvons dire 
qu'ils forment presque exclusivement les nombreuses collines qui 
donnent au pays son relief accidenté et son aspect pittoresque. 
Les roches primitives de ces sommets, érosées à l'origine de 
leur formation , ont donné lieu aux granits sédimentaires et aux 
schisies cristallins qui les entourent et forment les plaines et les 
vallées de notre pays. 

La terre végétale est elle-même composée des produits de la 
désagrégation de ces diverses roches , auxquels , dans la suite 
des siècles, est venu se joindre la dépouille des végétaux, 
l'humus ou terreau. Ce dernier élément atteint sa limite extrême 
d'abondance dans la Brièrc , où il repose immédiatement sur le 
gneiss. 

Ni alluvions ni éboulements ne sont venus changer le relief du 
sol, et si M. Elie de Beaumont appelle la terre végétale « un 



(1) Un curieux exemple de ce fait géologique se voit dans une carrière 
abandoDuéc , au pied du moulin de Cramaguen. A. W. 



- 30 — 

monumont d'une haute antiquité et d'une permanence remarqua- 
ble »)('), nous sommes certainement en droit de citer notre 
presqu'île comme un des exemples les plus frappants de cet 
axiome géologique. Il est bien évident que nous ne parlons que 
de la partie continentale, les rivages de TOcéan ayant subi, au 
plus haut degré , les effets de l'érosion par les vagues , de l'enva- 
hissement par les sables et de l'empiétement sur la mer par 
l'industrie humaine. 

Sur nos collines , dans nos vallées, les monuments des hommes 
se montrent à nous à la même place et au même niveau qu'ils 
occupaient il y a des milliers d'années , et nos rochers de granit , 
grâce à leur dureté, sont aujourd'hui, aussi bien que le sol, ce 
qu'ils étaient en ces temps reculés. 

J'ai visité tous les sommets, tous les affleurements granitiques, 
et je n'en ai pas rencontré un seul qui ne fût couvert de bassins 
et à'augcttes , au point que souvent le rocher en était comme 
dentelé. Si la pierre est compacte, à grains fins , les cavités sont 
profondes , régulières , bien conservées ; si elle passe au gneis3 (=) 
les traces sont frustes , mais encore bien reconnaissables. 

Quelques affleurements oii la roche est un granit porphyroïde 
ou une pegmatile à grands cristaux de feldspath, ne portent 
aucune trace de trous. Au contact de l'eau et de l'air, ces roches 
se décomposent promptement ('). Devons-nous voir dans cette 
destruction naturelle la cause de la disparition des bassins et des 
augetlcsP — Je ne le crois pas et je présume que les ouvriers 
qui creusèrent nos granits rejetèrent la pegmatite comme im- 
propre au but qu'ils se proposaient. 

Je ne puis citer tous les rochers à bassins et à augcttcs de la 



(0 Leçons de géologie pratique professées au collège de France. T. I. — 
S"» Leçon, p. 140. 

(2) Le terrain de gneiss (terrain slralifié) se décompose beaucoup plus 
facilement que le granit. 

Manès — Slaiisiique géol. et indnst. du département de la 11"^- Vienne. 

(2) Expiic. de la carie géol. de France par Elle de Beaumont et Dufré- 
noy. ï. 1. Ch. 2. 



— 31 — 

presqu'île guérandaise. Les plus remarquables sont ceux de 
Cr^îmeur, de Clis, de Miroux, de Sandun, de Beaulieu, du 
Crupien , du Rohin , de Trépié, du Rochas , de Branlnnnet, etc.. 
etc.. Partout même assemblage de cavités de toutes dimensions. 
Quelques-unes sont fort grandes (l'^VO sur 1"40 et 0,^20 de 
creux), et d'autres très-petites (12 h 15 V" de diamètre) ; celles- 
là sont toujours elliptiques , à fond plat , avec rigole de déver- 
sement; celles-ci, hémisphériques, avec ou sans déversoir. 
J'appelle les premières, bassins , les secondes, augcttes. 

Souvent les bassins comme les augettes se déversent les uns 
dans les autres ; mais dans beaucoup de cas nous ne devons y voir 
qu'une dégradation due aux eaux des pluies, qui, en s'écoulant 
sur les surfaces convexes des rochers, ont usé plus ou moins 
profondément les murs de séparation des cavités ou élargi et 
creusé les premières rigoles. 

Voici quelques dimensions prises sur les lieux : 

Bassins Branlonnet l^SO sur i"^ 

— — 50 » 30 

— MoUe de Beaulieu CO » id — 20 de creux. 

— Miroux 1 10 » 65 et 40 — 
_ — 80 » GO » 30 — 

— — 70 » 60 » 20 — 

— IledeKerboup 1 50 » 1 10 » 25 — etc. 

Les augettes qui sont rondes varient de 60 à 12 7"^ de dia- 
mètre. 

Quelques têtes granitiques , quelques affleurements se voient 
sur le penchant des coteaux et au fond des vallées ; ils ont été , 
comme ceux des sommets, l'objet d'un minutieux examen. Aucun 
d'eux ne porte de traces de bassins et d'augetles. La roche se 
présente avec cet aspect mameloimé caractéristique du granit, et 
l'industrie primitive n'est pas venue la façonner comme sa voi- 
sine des hauts lieux (*). 



(') Il y a une exception. Un roclier en bran granit situé au fond de la 
vallée du Cardinal , non loin de la chapelle , offre sur une de ses têtes un 
bassin régulier, bien conservé, sans rigole d'écoulement. Est-il bien an- 
cien ? A. M. 



— 32 — 

Nous sommes donc amenés à la constatation de deux faits : 
présence de cavités elliptiques ou rondes sur les roctiers élevés : 
absence complète de ces cavités sur les rochers situés en bas 
lieux. 

Plus tard, en parcourant le Morbihan, j'ai pu faire les mêmes 
remarques sur les nombreux rochers à bassins que renferme ce 
département. Tous sont au sommet des collines et sur les liants 
plateaux. J'ai été heureux, en lisant le Guide des touristes et des 
archéologues dans le Morbihan^ par M. le D^ Fouquet (p. 10), de 
voir que mon observation avait déjà été faite par des archéologues, 
et que je pouvais, jusqu'ici du moins, compter sur des auxiliaires. 
Puissé-je, dans la suite de mon travail, trouver le même appui et 
la même conformité d'opinion. 

IV 

Je ne crois pas nécessaire d'insister sur les caractères qui 
différencient si profondément les bassins et augettcs des cavi- 
tés laissées par les meules. — Reste une objection à combattre : 
celle que vont me faire les archéologues, qui voient dans les exca- 
vations de nos rochers granitiques des effets naturels dus aux 
simples influences climatériques. — Je regrette de me trouver en 
désaccord avec des savants tels que M. Henri Martin (') et M. Ro- 
get de Belloguet, qui a, je crois, grand tort de passer sans s'ar- 
rêter à côté des rochers à bassins ('), dont il aurait pu tirer un 
grand profit pour sa thèse, d'ailleurs fort remarquable, sur les 
Ligures et les monuments pré-celtiques. — Je trouve encore un 
adversaire dans mon spirituel collègue, M. le D"^ Foulon, et je 
me demande s'il avait visité les roctiers de Mi roux et de Clis, quand 
il a qualitié de « trompeurs et de naturels les disques et plats 
qui couvrent par milliers la surface de nos granits bretons »(*). 



(») £tude d'archéologie celtique, p. 208, noie I. 

(2) FAhnogénie gauloise. — Génie gaulois, p. 514. 

(3) BuU, de la Soo. archéol. de la Loire' Inférieure^ 2" IriiUi 68, p. 118. 



- 33 - 

Je croirais plutôt que, cédant à l'entraînement de sa belle décou- 
verte des ateliers préhistoriques^ il a pris nos bassins pour des 
vides provenant de meules enlevées. — Heureusement que près 
du mal le docteur me donne aussitôt le remède ; c'est l'opinion 
tout à fait conforme à la mienne de deux illustres archéologues, 
MM. Trojon et de Gobineau ('). 

La géologie va nous prêter son concours et nous aider à 
résoudre plus complètement la question technique qui nous 
occupe. 

Les influences atmosphériques ne creusent pas les roches felds- 
pathiques et les granits ; elles leur donnent une structure mame- 
lonnée, arrondie (^) et d'autant plus régulière que la masse est plus 
compacte et plus dure. — Les calcaires offrent bien des perfora- 
tions cannelées ou en forme de petits puits à contours arrondis, 
mais pas les granits (^). — M. Charles des Mouhns, dans son étude 
sur le Nontronnais, qualifie de dômes les blocs granitiques qui 
couvrent la contrée ; « presque toujours, dit-il, ils offrent une 
forme sphérique et leurs angles sont constamment émoussés. » 
Plus loin, il ajoute : « Les blocs les plus rapprochés de la forme 
sphérique montrent évidemment des traces d'un déUtement con- 
centrique et parfois l'on voit encore auprès d'eux les écailles cur- 
vilignes qui s'en sont détachées (*). » 

J'ai fait des observations à peu près analogues en parcourant 
les montagnes granitiques de l'Auvergne, où des amas chaotiques 
de blocs détachés, ou sur le point de l'être, à formes toujours 
arrondies, font songer aux fameuses pierres branlantes, dont ils 
sont bien probablement l'origine {^). — Je ne puis m'empêcher de 



(1) Inégalité des races humaines. Passage cité par M. Foulon. 

(2) Explication de la carte géologique de France. T. I, ch. 2, p. 110. —•■ 
Ch. Lyell. Éléments de géologie. T. II, p. 434. 

(S) Arni Boue. — Guide du Géologue voyageur. T. I, p. 507. 

(*) Dissertation sur deux rocs branlants du Nontronnais^ p. 22, 23. 

(5) CeUe opinion est celle de MM. Elie de Beaumont et Dufrenoy, — Expli- 
cation de la Carte géologique de France (T. I, ch. 2), — et aussi celle de 
M. des Moulins, dans son ouvrage cité plus haut. 

1875 3 



- 34 - 

citer encore les paroles de rillustrc géologue anglais, sir Ch. 
Lyell, qui viennent confirmer, avec une autorité indiscutable, les 
opinions que je viens d'exprimer : « Ces pierres (les granits), 
d'abord anguleuses, acquièrent insensiblement une forme arron- 
die, par l'action de l'air et de l'eau, car leurs bords et leurs angles 
s'émoussent plus facilement que le milieu des faces. » Éléments 
de géologie. T. II, p. 435. 

Cette importante question des cavités de nos rochers de granit 
a été posée et discutée par Bl. le D"^ Fouquet dans son Guide du 
Morbihan. Il y résume, beaucoup mieux que je ne pourrais le 
faire, les opinions si diverses qui ont été émises sur les rochers à 
bassins, au point de vue exclusivement géologique. « Tout enfon- 
cement régulier ou irrégulier dans un granit ne peut être dû, 
pour ces archéologues, qu'à une cause de destruction ou d'accom- 
modation », écrit M. Fouquet (*). Nous acceptons cette conclusion 
avec sa signature collective ; tout en regrettant qu'un savant aussi 
compétent en pareille matière que l'auteur du Guide, ait cru 
devoir nous taire ses appréciations personnelles. 

Nous verrons au § VI que la tradition marche d'accord avec la 
géologie pour nous montrer dans les bassins et augettes de nos 
granits des œuvres exécutées par la main de l'homme. N'y a-t-il 
pas dans cette multiplicité vraiment prodigieuse d'ouvrages iden- 
tiques un fait digne d'attirer l'attention des archéologues et destiné 
à jeter un peu de clarté dans la nuit des études ethniques, ou du 
moins dans l'histoire de l'homme primitif en Europe ? 



On a beaucoup discuté sur le but des pierres à bassiiis , et 
l'opinion qu'elles auraient été des autels où l'on sacrifiait des 
victimes humaines a fait de nombreux prosélytes. Je ne sais 
pourquoi nous voulons ù toute force que nos aïeux aient passé 



(') Guide, p. 11. 



- 35 - 

leur vie à sacrifier leurs semblables. — A l'origine des études 
celtiques, on voyait des autels partout, dans les dolmens, opinion 
généralement abandonnée, dans les demi-dolmens ou lichavens , 
qui ne sont que des dolmens inachevés ou bouleversés (*), enfin 
dans tous les rochers à bassins. — Aujourd'hui, avec les progrès 
de l'Archéologie, nous pouvons dire que ces derniers monuments 
sont restés seuls sur la brèche et qu'il faut conséquemment mettre 
la plus grande circonspection dans le choix à faire des rochers- 
autels , dans l'impossibilité où l'on est de supposer que tous ont 
pu servir à un pareil usage, ce qui nous ramènerait, vu la multi- 
plicité des bassins, à cette exagération de sacrifices qui est en 
contradiction avec l'histoire. « Les sacrifices humains n'avaient 
lieu chez les Gaulois que dans les circonstances importantes », dit 
M. de Belloguet, dans sa belle étude sur le druidisme C^). — Je 
serais d'ailleurs porté à croire, avec M. H. Martin que les autels 
étaient des tables unies (^), sans perforations, et non ces rochers 
informes occupant- un espace souvent considérable , que nous 
voyons criblés de cavités de toute grandeur et de toute forme. 
Quel rapport peut avoir le bassin avec l'immolation d'une victime? 
A quoi est-il nécessaire? Il n'y en a pas un dans lequel un homme 
puisse être étendu, et nous savons par les écrivains anciens que 
les victimes étaient brûlées sur le bûcher, tuées à coups d'épées 
ou de flèches, quelquefois lapidées, pendues , mais non égorgées 
dans un bassin comme des animaux de boucherie. — Les rigoles 
de déversement ont pu être une des causes premières de l'erreur 
où l'on est tombé. On a voulu y voir le sang couler. A ceux qui 
croient nos cavités naturelles de nous exphquer cette rigole in- 
séparable de tout bassin! Les partisans des rochers-autels auraient 
été frappés d'une particularité , très-curieuse en effet , de nos 
bassins , et ils auraient senti que quelque chose devait s'écouler 
par la rigole. Ils ne se sont trompés que sur la substance. 



(1) C'esl aussi l'opinion de M. de Belloguet. — Génit Gaulois, p. 509. 

(2) Même ouvrage, p. 287. 

(3) Etudes d'arcli. ceU. p. 191. 



— 36 - 



VI 



Que va nous dire la légende ? Les traditions sont nom- 
breuses dans notre pays armoricain, où tout est resté immuable, 
les mœurs et les coutumes, la langue et les souvenirs , et si des 
faits sont tombés dans l'oubli, parla suite des temps, nous devons 
en retrouver la trace dans les noms particuliers attachés à chaque 
point de notre territoire , à chaque champ , à chaque rocher , à 
chaque monument. Quelquefois antiques, le plus souvent traduits 
en français, ces noms doivent être pour nous ce qu'ont été pour 
les égyptologues les inscriptions grecques gravées sur les monu- 
ments des Pharaons à côté des caractères hiéroglyphiques. — 
Mais en acceptant les légendes, vraies au fond , il faut cependant 
savoir rejeter sans crainte les détails et les incidents hyperboli- 
ques qui sont venus, de siècle en siècle, en passant de bouche en 
bouche, se greffer sur l'idée mère. — Les rochers à bassins , 
appelés en plusieurs endroits, rochers du sacrifice (*) , nous ap- 
prennent que le souvenir des horribles rites druidiques ne s'est 
pas perdu chez les fils des druides ; mais aussi que l'esprit 
humain , avec cette tendance à rattacher tout ce qui le frappe et 
qu'il ne peut expliquer à une cause merveilleuse ou terrible , n'a 
pas voulu chercher dans des explications vulgaires la raison d'être 
de ces monuments. Le préjugé du sacrifice humain est le plus 
général. — Il y en a d'autres qui se rattachent certainement aux 
légendes sacrées ou profanes du moyen âge , où les trous de nos 
rochers deviennent des empreint(îs de pas. — Des géants , des 
saints, des animaux fantastiques ont laissé là « les leux de leurs 
pieds » , comme disent les paysans. 

Un d'eux me disait, en me montrant une grande augette, que 
c'était la marmite du diable. — Je pourrais multiplier ces expli- 
cations légendaires de la présence des cavités creusées sur les 

(') J'ai déjîi parlé (§ 11) du rocher de Griguenic. Un des rochers de Cre- 
meur porte aussi ce nom. — A. M, 



~ 37 - 

granits, et toutes auraient ce point commun, qu'elles n'admettent 
jamais une cause naturelle. 

Nos paysans, qui sont la plus haute expression de la tradition 
naïve et sans commentaires, savent donc fort bien que leurs ro- 
chers h bassins ne sont pas l'œuvre de la nature , qu'ils ont été 
creusés par l'homme (nain ou géant, sorcier ou saint, peu im- 
porte), et qu'ils ont servi à un usage que dans leur demi-igno- 
rance ils ont fait sanguiHaire ou merveilleux. 

La légende, ainsi débarrassée des mille enveloppes qui la traves- 
tissent trop souvent , nous laissera en présence de deux faits : 

1° Nos pères les Gaulois ont sacrifié des victimes humaines; 

2» Les bassins des rochers granitiques sont dus à l'industrie 
de l'homme. 

Le premier nous est confirmé par tous les auteurs anciens , 
le second par la géologie et l'élude que nous avons faite , sur les 
lieux , des rochers à bassins. 

La tradition , l'histoire et la science se donnent ici la main 
pour nous conduire au même but. 

Nous dirons enfin que les bassins et augettes sont toujours 
creusés dans le granit. Les autres pierres n'en portent pas de 
traces. Pourquoi ? Les terrains calcaires couvrent les trois quarts 
de la France, et leur pâte, beaucoup plus tendre que celle des 
granits aurait dû les faire préférer à ceux-ci. Nous verrons que 
cette propriété du calcaire fut la cause qui le fit rejeter par ceux 
qui creusèrent nos rochers granitiques. 

VII 

Il est nécessaire, avant d'aborder l'examen des usages et de 
l'origine des bassins et augettes , que je combatte une opinion 
très-répandue et qui est en contradiction avec les conclusions 
auxquelles je dois arriver. Voici cette opinion : 

Beaucoup d'archéologues et des plus savants , voient dans 
toutes les cavités des rochers , plats, disques, augettes , bassins, 
sculptures , etc., la preuve de l'introduction du bronze chez 



— 38 — 

les populations primitives de nos contrées. Ils ne peuvent admettre 
la possibilité de telles œuvres avec le seul instrument de pierre, 
et tendent ainsi à resserrer dans un laps de temps relativement 
court les nombreux vestiges que nous ont laissés les civilisations 
si diverses qui ont occupé notre pays. Avec la pierre, barbarie; 
avec le bronze , civilisation et progrès. Le saut en serait brusque. 

Si l'archéologie était réduite aux rares reliques éparses sur le 
soi , elle serait une science bien hypothétique , c'est-à-dire inexacte 
et trompeuse; mais il est loin d'en être ainsi. 

Nous trouvons chez les peuples encore aujourd'hui en enfance, 
des foits positifs d'où nous pouvons conclure par analogie , et 
l'histoire des premiers âges de l'Europe peut se lire , à livre 
ouvert , dans les œuvres et les procédés des habitants actuels des 
îles du grand Océan. 

Si les métaux ont fait faire un pas immense à l'humanité, dans 
sa marche ascensionnelle vers le progrès , il faut cependant bien 
admettre que l'homme, pendant l'âge de la pierre n'est pas resté 
un sauvage et que son génie inventif a su tirer parti des grossiers 
instruments qu'il avait à sa disposition , pour s'élever à un cer- 
tain degré de civilisation. Les gigantesques statues de l'île de 
Pâques , immenses monolithes détachés des cratères des volcans, 
sculptés sur place et portés à des distances considérables (25 et 
30 milles) du lieu d'exploitation , sont-elles dues h des sauvages ? 
Les kanaques des îles de l'Océanie que les premiers navigateurs , 
les Gook , les Bougainville , ont trouvé munis d'admirables piro- 
gues de 30 mètres de long, sont-ils des sauvages? Leurs morat 
construits en pierre bien équarrics , ornés de statues de bois et de 
pierre, sont-ils l'œuvre de sauvages? Et cependant tous ces 
peuples étaient en plein âge de la pierre , jamais un instrument 
de métal n'avait pénétré chez eux. J'ai vécu pendant un an dans 
les îles de l'Océanie, à cet âge reculé de la pierre dont la seule 
pensée nous effraie quand nous le rapportons h notre pays, et je 
l'ai trouvé là-bas tellement supérieur aux grossiers vestiges qui 
y couvrent notre sol , que je n'ai nullement besoin du bronze pour 
m'cxpliquer la présence des bassins de nos rochers et des sculp- 



— 39 - 

tures de nos monuments mégalithiques. Des œuvres des kanaques 
je conclus à nos mégalithes ouvrés, non par analogie, mais à fortiori. 

Encore un mot. Dans la grotte des Eyzies, MM. Lartet et Ghristy 
ont trouvé des blocs de granit arrondis et portant à leur partie 
supérieure une cavité plus ou moins profonde. « Le trou est quel- 
quefois assez profond pour simuler un petit mortier. (*) » Nous 
sommes ici en plein âge du renne , en pleine époque de la pierre 
éclatée, et cependant nous y trouvons des représentations d'ani- 
maux et des sculptures qui , certes , sont plus inexplicables que 
les figures tracées sur la pierre des dolmens ou des rochers natu- 
rels. Ces découvertes qui se succèdent chaque jour, et qui vien- 
nent de donner au monde savant le beau renne de Thaïngen (') , 
sont la meilleure réponse à faire aux partisans du bronze. 

Ce point élucidé, j'entre avec moins d'appréhension dans le vif 
de la question. 

VIII 

' Devant le développement considérable des rochers à bassins et 
à augcUes, et rejetant l'hypothèse tout à fait inadmissible d'une 
origine religieuse, je cherchai dans les besoins journaliers de la 
vie des peuples ceux qui avaient pu donner lieu à cette singulière 
exploitation du granit. C'est une pierre bien dure à creuser, sur- 
tout avec des outils imparfaits, et il fallait que le besoin fût de 
première nécessité pour qu'on se résolût à l'attaquer d'une façon 
aussi générale. — Notons que partout le travail est identique, 
donc partout le but a été le même. — Quel pouvait-il être ? 

L'idée me vint qu'il devait se rapporter à l'alimentation, le 
premier et le plus impératif des besoins de l'homme. Des petites 
pierres rondes, ou arrondies et usées par un bout seulement, 
trouvées en grande quantité dans nos champs, me confirmèrent 
dans cette opinion. — La disposition des lieux, des analogies 
avec des faits postérieurs et acquis à la science, un spectacle 

(1) Caverne du Périgord , par MM. Lartet et Ghristy, p. 19. 

(2) Revue archéologique, Và^i m ^. 



~ 40 — 

auquel j'assistai comme à une vision du passé, ne laissèrent plus 
de doute dans mon esprit. — Je foulais aux pieds des villages, des 
centres d'habitation 'préhistoriques. — Les bassins et les augettes 
des granits étaient des ustensiles de ménage, des mortiers desti- 
nés à broyer les végétaux, graines et racines, dont se nourrissaient 
les populations primitives de nos contrées. 

Les augettes, à forme hémisphérique, servaient à moudre les 
graines ('). — Les mollettes en silex, en quartz, en granit, trouvées 
autour des rochers, ou disséminées dans les champs voisins, com- 
plétaient ces moulins primitifs (^). 

Les bassins elliptiques et à fond plat, servaient à battre les 
récoites, piler la lande, écraser les racines, broyer les tiges, les 
feuilles et les fruits de certains arbres, peut-être à préparer les 
boissons (') pour les besoins de la famille et la nourriture des ani- 
maux domestiques (*). — Des bâtons, des pilons en bois ou en 
pierres informes suffisaient pour cette besogne. 

Femmes et enfants venaient là, sur le rocher de granit, se 
livrer à leurs travaux Journaliers, pendant que les maris et les 
pères s'adonnaient à la pêche ou à- la chasse. Les petites augettes 
étaient aux enfants, les grandes à leurs mères. 

Aujourd'hui, et je l'ai vu bien des fois, l'on se sert encore des 



{}) 11 faut pour cet usage une pierre dure et grenue. Les meules à moudre 
le blé, qu'on trouve dans les Terramares, sont en granit des Alpes ou en 
trachyte. (De Rongemont, L'Age du bronze, p. 228.) 

En frovence, nous en trouvons en basalte et en porphyre. A. M. 

(-) Ce nom a déjà élé employé pour désigner des moulins antiques. 

Croyant les nôtres antérieurs h ceux-là, on me permettra de reprendre une 
expression qui seule peut rendre ma pensée. A. M. 

(3) La bière était fabriquée par les Égyptiens dès la plus haute antiquité. 
— A Rome, elle passait pour être d'origine gauloise ou ibérienne. (De Rou- 
gemont, p. 249.) 

L'hydromel est antérieur à la dispersion des Aryas. (Adolphe Pictet, t. II, 
p. 318, Ole.) 

(*) A l'âge de l'urus, dit M. de Rougcmont (p. 298), on possédait la plupart 
des animaux domestiques. On cultivait l'orge, on lissait le lin, olc. 

Nous louchons Hi aux confins de l'âge du renne, et suivant M. Troyon, 
aux premiers temps postdiluviens. 



— 41 — 

bassins t^out piler la lande, battre le lin et le chanvre, et, certains 
jours, vous pourriez voir nos mamelons granitiques couverts de 
femmes et d'enfants, tous occupés à différente besogne et offrant 
un fidèle tableau do ce qui s'y passait il y a des milliers d'années. 
— Dans les pays de granit, les coutumes sont impérissables, 
comme le roc lui-même. 

Le granit devenu nécessaire aux besoins de la vie, les huttes 
des habitants se dressèrent autour des buttes granitiques, et si 
depuis bien des siècles elles ont disparu sans laisser de traces, les 
rochers à bassins ont bravé les atteintes du temps et nous indi- 
quent aujourd'hui les lieux où s'élevaient ces centres d'habitation 
'préhistoriques. 

Pourquoi les bas rochers, ceux des vallées et des plaines n'ont- 
ils pas (ïaugettes ? — Pourquoi ce choix exclusif des hauteurs ? 
Par la même raison qui a fait choisir les hauts plateaux, les som- 
mets et les pics pour la construction des oppida gaulois, comme 
pour celle des châteaux féodaux et des villes fortes du moyen âge: 
la nécessité de voir au loin et de veiller plus facilement à sa sécu- 
rité. — Tous les sommets granitiques de la presqu'île guéran- 
daise, dont plusieurs ont disparu sous le marteau des carriers, 
se regardent les uns les autres, et nos hameaux primitifs, au 
moindre éveil, au moindre indice d'un danger, se communiquaient 
par les huées traditionnelles {') ou par des feux allumés (^) sur le 
plus haut point du rocher, la présence de l'ennemi commun. 



(1) Tout le monde connaît la célérité incroyable avec laquelle parvint dans 
toute la Gaule la nouvelle de la levée en masse dont les Carnutes donnèrent 
le signal (702 de Rome). 

La coutume des Gaulois de se communiquer les événements importants 
par des cris transmis de proche en proche à travers la campagne, se continua 
jusqu'au moyen âge. 

Manuscrit de Drugeac (Auvergne). Histoire de César. 

(2) J'ai vu, il y a deux ans, pendant que je faisais le blocus de Grand- 
Bassam (golfe de Guinée), la présence de mon navire, la nuit, signalée im- 
médiatement par des feux qui s'alhimaient de proche en proche, sur une dis- 
lance de plus de 20 milles. Les instincts et les procédés des peuples se 
conservent invariables, loin de la civilisation. 



^2 



IX 



L'usnge des moulins primitifs attenant au sol dut se continuer 
bien longtemps, et si nous trouvons dans nos pays, égarés dans 
les champs (*) ou renfermés dans les dolmens ('), des mortiers en 
granit, qui ne sont que des aiigettes détachées de la roche, il est 
à supposer que ces nouveaux ustensiles, exigeant un travail beau- 
coup plus considérable, furent, à l'origine, le lot de quelques-uns 
seulement, et que la masse des habitants dut se contenter du 
moulin banal. — Nous pourrions encore supposer, pour expliquer 
le petit nombre de mortiers trouvés, qu'ils furent l'objet d'échan- 
ges avec des pays voisins où manquaient les pierres propres à la 
mouture des graines, les pays de calcaire par exemple, et nos 
populations de la côte se seraient ainsi trouvées, dès l'origine, 
lancées dans la voie du commerce maritime, si favorable aux pro- 
grès des nations. 

Aux moulins à mollettes succédèrent les moulins à meules, 
et les meules, devenues le but d'une nouvelle industrie ('), furent 
transportées au loin comme l'avaient été les mortiers. — Leur dis- 
parition du pays est encore plus complète que celle de ces der- 
niers. — Si le sol de l'Armorique fournissait des objets d'exporta- 
tion, ses navires, au retour, lui apportaient des armes, des ins- 
truments, des produits étrangers, et de cet échange continuel 
naissait une civilisation qui devait se développer plus tard, au 
contact des navigateurs venus du fond de la Méditerranée. 



(•) J'en ai trouvé un dans le mur de retranchement de Pen-Cliâteau. Il 
avait cerlainemcnt été mis la par ceux qui construisirent l'oppidum. M. le 
D' Foulon en a entretenu la Société archéologique de Nantes. 

('-') Voir les travaux de M. de Closmadeucel d'un grand nombre d'archéo- 
logues bretons, 

( ') Ateliers préhistoriques de meules, par M. le D' Foulon. Bull, de ta 
Soc. archéol. de la Loire -Inférieure^ 2" trim. 1808. 



— 43 — 



Qui a creusé les rochers à bassins et à augeMes ? La réponse 
est difficile, sinon impossible. Toujours est -il que ces monuments 
nous reportent à un âge où l'homme n'avait à sa disposition que 
des outils bien rudimentaires, âge reculé de la pierre que nous ne 
pouvons attribuer aux Aryas-Celtes , descendus des plateaux de 
l'Asie centrale avec une civilisation relativement avancée et la con- 
naissance du bronze (*). — Nous verrons au chapitre suivant (les 
dolmens à bassins) que des faits nombreux, étudiés sur les lieux, 
dans notre pays guérandais, m'ont prouvé l'antériorité des bassins 
et augettes sur les dolmens et les menhirs, et cette seule observa- 
tion nous autorise à rejeter les premiers dans la nuit des temps 
préceltiques. Les traditions immémoriales de nos contrées parlent 
de Poulpiquets, de Krapados et de Kourigans, races de nains, occu- 
pant autrefois le sol breton, et leur attribuent unanimement et 
constamment l'édification des monuments mégalithiques. — On 
peut dire que le granit est lié, par la légende, à cette race 
de petits hommes. Devons-nous y voir des Galls, avec M. Am. 
Thierry (''), des Finnois, avec MM. de Gobineau et de Bonstet- 
ten (^), ou des Ligures, avec M. de Belloguet (^)? S'il fallait me pro- 
noncer, je pencherais vers les Ligures et j'attribuerais nos centres 
d'habitation préhistoriques, caractérisés par les rochers à bassins 
et à augettes^ à ces tribus à demi sauvages et disséminées sur le 
territoire de la Gaule, « qui n'avaient pour se défendre que des 
armes faites de pierres grossières ou même d'os, et qui succom- 
bèrent sous le bronze des Celtes, comme ceux-ci devaient tomber 
plus tard sous le fer mieux trempé des Romains » (='). 



(1) Voir les Àryas primitifs et les races Indo-Huropéennes, par M. Ad. 
Pictet. 

(2) Histoire des Gaulois. Introduction. 

(3) JEssais sur l'inégalité des races humaines. Essai sur les dolmens. 
(*) Ethnogénie gauloise. 

(5) Même ouvrage. Génie gaulois, p. 54. 



— 44 — 

La race des petits hommes bruns fut vaincue , mais elle sut 
imposer, grâce au nombre (*), ses mœurs et ses caractères physi- 
ques à la race conquérante des grands hommes blonds. 

Bory de Saint -Vincent ('), d'Omalius (^) et surtout M. le D"" Bo- 
dichon (*), pour la Bretagne, ont été frappés de la grande ressem- 
blance des Berbères avec une partie de la population des Gaules 
(sans toutefois arriver aux mômes conclusions sur la paternité de 
nos premiers ancêtres). — Dans la passion pour la mer de nos 
populations armoricaines, dans cette horrible coutume, encore 
peu éloignée de nous, de piller les navires à la côte, ne devons- 
nous pas reconnaître chez nos Bretons les descendants de ces Li- 
gures, que Strabon et Diodore de Sicile nous dépeignent comme 
de hardis marins et de redoutables pirates (^) ? 

Enfin , ne trouvons-nous pas h mettre d'accord la tradition 
avec Tethnologie, quand nous lisons, dans ces mômes auteurs, 
que « les Ligures étaient de petite taille et d'une complexion 
sèche mais nerveuse (*) ? » 

Ce n'est qu'avec la plus extrême réserve que je ferais le rappro- 
chement, tout au moins singulier, du nom de Ruscicn que porte 
un des rochers à bassins et à augeltes de la presqu'île guéran- 
daise , avec celui de Ruscinon une des villes des Ibéro-Ligures 
dans les Gaules. 

M. Am. Thierry fait remarquer la physionomie toute phéni- 
cienne de ce mot ('). J'insisterai d'autant moins que le rocher est 
i\ dis, où M. Muterse , de Guérande, a trouvé une inscription en 
caractères sidoniens ('). 



(') Voir dans les Mémoires de la Société ethnologique, t. I, la belle 
étude de M. W. F. Edwards sur Les caractères ■physiologiques des races hu- 
maines. 

(-) Dictionnaire d'hist. naturelle. 

(-) Les races humaines. 

(^) Etudes sur l'Algérie et f Afrique. 

(5) Slrabon, p. 13'J. Diod. de Sic, V-39. 

(«) Am. Thierry. Hist. des Gaulois. L. iv, Ch.I. 

(7) M. ouv. (p. 439 du Tome l). 

(«) Ce n'est qu'une des nombreuses et intéressantes découvertes dues à 
cet habile et infatigable chercheur. 



-^ 45 — 



XI 



Je m'arrête, car je ne voudrais pas dépasser les limites que je 
me suis tracées en commençant cette étude, et faire d'une simple 
question qui tient surtout h la géologie et à l'archéologie le sujet 
d'une discussion ethnologique. Qu'importe d'ailleurs ici que les 
habitants de nos centres préhistoriques aient été petits ou grands , 
bruns ou blonds, Africains ou Mongols? Des trous ronds ou ellip- 
tiques existent dans presque tous les rochers granitiques de notre 
presqu'île ; leur nombre est considérable et peut se chiffrer par 
milliers. Sont-ils dus à une détérioration de la roche par l'air? 
La géologie dit non et les rochers intacts des vallées font la môme 
réponse. — Sont-ils creusés par l'homme comme autels à 
sacrifices ? Leur nombre seul fait rejeter une pareille hypothèse. 
— N'ont- ils pas une analogie frappante avec les mortiers à 
mollettes postérieurs et leur usage , comme moulins , répondant 
à un besoin quotidien, ne concorde- t-il pas avec leur énorme 
extension ? 

Aux archéologues à répondre à ces deux dernières questions. 

J'ai donné les raisons qui me font voir dans nos rochers à 
bassins et h augettcs des moulins banals de villages préhistoriques, 
et si je n'ai pu convaincre tout le monde et extirper entièrement 
le préjugé du rocher à bassin-autel , j'espère du moins avoir 
porté à la connaissance des chercheurs et des archéologues un 
fait digne de leurs études. 

Dolmens à bassins. 

Quand il fallut bien renoncer à voir un autel dans chaque 
dolmen, quelques esprits, encore attachés à la vieille tradition 
des monuments druidiques , se rejetèrent sur les détails particu- 
lier de construction , et voulant bien accorder à l'archéologie 
l'usage funéraire de certains dolmens , lui refusèrent la générali- 
sation de cette coutume et créèrent une sorte de classification 
des monuments dolméniques, qui peut répondre à tous les 



- 46— 

goûts. On eut alors le dolmen-autel , le dolmen à bassins et le 
dolmen sépulcral. 

Le dolmen-autel à tables plates n'est qu'un dolmen privé de 
son lumulus , et M. L. Galles a trop bien traité cette question des 
monuments mégalithiques, pour qu'il me soit nécessaire d'insis- 
ter. Sa brochure (') me paraît être le dernier mot de l'archéologie 
relativement à l'usage de ces monuments. 

Je ne parlerai donc que du second, qui peut, en effet , donner 
lieu à erreur si la présence de ses bassins ne trouve pas une 
explication simple et naturelle, en dehors de toute idée d'holo- 
causte ou de sacrifice. 

Il existe des dolmens dont les tables , ou une des tables de la 
chambre, présentent extérieurement des bassins avec rigoles 
d'écoulement. On en cite même un ou deux dont la table serait 
percée de part en part (^). En somme, ces dolmens sont peu nom- 
breux en France , ils font une rare exception à la règle commune 
des dalles brutes et telles que la carrière les a fournies. Notre 
petit pays guérandais possède actuellement trois dolmens à 
bassins bien caractérisés (^}. Je ne doute pas qu'ils aient été beau- 
coup plus nombreux , et je dirai même qu'ils devaient être le cas 
général. J'en donnerai la raison plus loin en expliquant leur 
origine. 

Le premier est celui de Kcrouguet, entier, bien que priv de 
son tumulus, qui existait en partie il y a quelques années. 

Les deux autres sont ceux de Kerlo et de Keroiiguet [ou Ker- 
bour). Ils sont à moitié détruits. (Gomme masse des matériaux, 
le dolmen de Kerlo devait être un des plus beaux de la Bretagne.) 

Je pourrais encore citer celui du Cnipien , monument boule- 
versé dont les tables portent des traces très-frustes d'augettes. 

Je donne les dessins du dolmen de Kerouguet et de la table du 



(*) Deux mémoires sur les monuments de l'âge de la pierre. Vannes, 
imprimerie J.-M. Galles. 

(-') De Rougemonl. L'Aqe du bronze , p. 69. 

(^) Je m'élonne que M. Desmars, qui a visité en archéologue tout notre 
pays , n'ait pas été frappé de la présence des bassins sur ces trois dolmens. 
Son esprit ingénieux y eût trouvé matière à intéressante discussion. 




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Dolmen de Kerbourg, avec table à bassins 




Une table du Dolmen de Kerlo. 



— 47 — 

dolmen de Kerlo pour mieux faire comprendre ce que j'aurai à 
en dire. 

J'ai donc pu étudier sur les lieux ces raretés archéologiques et 
mon opinion n'a pas été longue à se former. La simple vue des 
monuments m'a donné le mot de l'énigme. Les bassins des tables 
sont en tout semblables à ceux des rochers attenant au sol ; sou- 
vent ils sont accompagnés sur la pierre détachée , comme sur le 
bloc naturel , d'augettes de différentes dimensions ; quelquefois 
les augettos sont seules , sans bassins; enfin , nous voyons des 
bassins situés tout 5 fait sur le bord de la table et même coupés 
par leur milieu. Où les constructeurs de dolmens prenaient-ils 
leurs matériaux ? Sur les rochers les plus voisins du lieu où ils 
élevaient le monument. Quand ceux-ci se trouvaient sur les 
sommets, j'ai dit qu'ils étaient couverts de bassins et d'augettes. 
Nos têtes granitiques trouées, détachées du sol , donnaient forcé- 
ment lieu à des tables à bassins , pour le plus grand embarras 
des archéologues futurs. Les belles masses , à forme arrondie , 
que nous présentent les mamelons granitiques, sont faciles à 
détacher en larges dalles , puisque souvent la nature à fait une 
partie de la besogne. Elles devaient être réservées pour les tables 
de recouvrement des chambres dolméniques; aussi trouvons- 
nous généralement les bassins sur les tables et non sur les sup- 
ports pour lesquels on employait des matériaux de moindre 
dimension. Pour les dolmens de Kerougiiet et de Kerlo , on ne 
peut douter que les tables aient appartenu aux parties supérieures 
et en plein air du rocher. Elles ont la forme convexe des granits 
qui ont subi l'influence des agents atmosphériques, la face infé- 
rieure est plane et leur épaisseur, au centre , égale leur largeur. 
Ce sont de véritables têtes détachées de la roche. 

Quant au dolmen bouleversé du Criipien, à augettes frustes , il 
est construit au sommet d'une colline couverte de rochers à 
bassins qui expliquent suffisamment les cavités de ses tables. Ici , 
nos constructeurs de dolmens sont pris en flagrant délit de super- 
cherie. Je regrette de n'avoir pu visiter les quelques dolmens à 
bassins qu'on signale en France , car, à coup sûr^ nous devons 
trouver dans les environs des rochers à bassins. 



— 48 — 

Continuons nos recherches à travers champs et voyons si des 
monuments mégahthiques autres que les dolmens présentent cette 
singulière disposition de cavités creusées dans leur masse. — 
Sur le chemin de Boul h Sannon , un menhir , appelé la pierre 
beurrée , a été renversé il y a une trentaine d'années par son 
propriétaire, qui flairait un trésor sous cette masse de 3 "^70 de 
long sur 2™90 de large et près de 1 " 50 d'épaisseur moyenne. — 
Ce menhir est criblé, sur une de ses faces , d'augettes identiques 
à celles de nos rochers. — L'autre face est grossièrement unie 
et sans aucune trace de cavités : c'est la face du déht. 

Dans le champ de Kerjacob, près Sandun , un bloc de granit 
de 3™ 30 de long sur 1™80 de large et 0™85 d'épaisseur nous 
indique un ancien menhir renversé par un chercheur de trésor , 
car des rejets de terre attestent encore aujourd'hui d'anciennes 
fouilles. — On voit près de l'extrémité, qui était en terre, ^ au- 
gettes bien conservées. — Les menhirs , comme les dolmens , 
étaient pris à nos rochers, et quand ceux-ci avaient des bassins 
ou des augettes, les mégalithes devenaient à bassins et à augettes. 
Personne, je le crois du moins, n'a eu l'idée d'admettre les men- 
hirs-autels. 

Qu'il en soit donc de même pour les dolmens-autels à bas- 
sins. — Si les faits que nous rapportons et qui ne sont que des 
notes prises sur des lieux d'observation , pouvaient amener ce 
résultat, nous aurions débarrassé la science des monuments mé- 
galithiques d'une des nombreuses entraves qui arrêtent son dé- 
veloppement, en égarant l'esprit des chercheurs, et servi à ra- 
mener cette intéressante question au seul et vrai côté sous lequel 
elle doit être examinée: le côté ethnologique. 

Les dolmens sont des tombeaux : voilà le point de départ 
de toute étude à venir. — Quelle race, la première, les a élevés ? 
Quels peuples s'en sont servis? Tels sont les seuls et difficiles 
problèmes posés aux archéologues par ces monuments de 
pierre. 

A. Martin. 

Toulon, décembre 1874. 



NOTE 



Sur quelques Vases gallo-roraxaiiis découverts à Saîlré , sur la rivière de l'Isac , 
à 80 mètres à TOuest du cliàteau de Saîiré. 



Au printemps dernier, des ouvriers étaient employés par l'ad- 
ministration à extraire du gravier dans une prairie située au sud 
du bourg de Saffré. Un jour que je me trouvais avec eux, ils me 
montrèrent un vase en terre sableuse, de couleur noire ou plutôt 
grise, de forme très-simple, qu'ils me dirent avoir découvert dans 
le gravier à environ 80 centimètres du niveau supérieur du soi. 
Cette trouvaille, bien que je n'eusse aucune indication sur l'origine 
et la provenance de ce vase, piqua vivement ma curiosité, parce 
que la profondeur à laquelle il était enfoui danslesoL l'absence de 
toute trace de travaux d'excavation dans cet endroit, l'originalité 
de sa forme, me firent croire qu'il devait remonter au moins à 
plusieurs centaines d'années. Je quittai les ouvriers en leur recom- 
mandant de mettre soigneusement de côté tout ce qui paraîtrait 
porter des vestiges de travail humain. 

Le lendemain ils me présentèrent à mon arrivée quelques débris 
de vases en terre rougeàtre en forme d'écuelles, et, quelques ins- 
tants après, en ma présence , l'un d'eux mit à découvert le bord 
d'une écuelle de petite dimension, intacte et reposant sur le fond. 
Je m'empressai de la retirer moi-môme avec précaution. Je m'in- 
téressais de plus en plus h ces découvertes, qui paraissaient se 
multiplier. 

Les jours suivants, ils découvrirent encore quelques vases en 
terre assez semblables aux premiers et entin quelques vases en 

1875 ' 4 



- 50 - 

verrc> Ceux-ci éUiienl tous brisés, à l'exception d'une petite coupe 
(le couleur vert-chur , d'un travail peu achevé mais portant quel- 
ques détails d'ornementation très-simple , tels que des rayures 
verticales sur le contour de la partie supérieure et de petites 
facettes sur la partie convexe; elle pouvait à peine tenir debout 
sur une surface plane. Un autr évase delà même couleur, dont je 
n'ai pu recueillir que quelques débris, parce que le reste avait 
disparu, consistait en une sorte de bouteille à anse, très-allongée 
et fort élégante. Le fond et la partie supérieure , au dire des ou- 
vriers, affectaient une forme bizarre et très-ornée. 

Je n'ai trouvé en verre blanc qu'une carafe ou ampoule à 
pause arrondie, à col allongé et quelques fragments portant des 
traces de dépressions, insuffisants du reste pour que l'on pût 
juger de la forme générale du vase auquel ils avaient dû appar- 
tenir. 

Celui des vases en terre qui me fut remis le dernier était une 
petite urne haute de 15 centimètres environ, de terre blanchâtre 
assez fine, recouverte d'une substance noire que l'eau dissolvait 
sans beaucoup de peine. Pour la forme elle ressemblait sensible- 
ment au vase de terre que nous appelons alcaraza. 

J'ai recueilli, en outre, un petit anneau en verre bleu, ayant 112 
à 15 centimètres de circonférence , et un morceau de fer com- 
plètement oxydé , ayant la forme d'un cône très-allongé. 

Il avait été également trouvé dans les mêmes jours une petite 
sphère pleine, percée au milieu, je crois, et qui fut emportée par 
celui qui l'avait trouvée. Pour m'en donner une idée , on me dit 
qu'elle ressemblait à un grain de très-gros chapelet. 

Un cantonnier m'a dit, depuis, avoir découvert l'année précé- 
dente une carafe mince, en verre blanc, semblable ù celle dont 
j'ai les débris , à plus de 30 mètres au nord de cet endroit. 

Je ne remarquai d'abord rien de particulier dans le terrain oii 
s'étaient rencontrés ces divers objets. Toutefois, quand le tra- 
vail fut abandonné , le dessèchement des terres me fit distinguer 
quatre brèches ou cavités dans la coupe verticale du gravier. La 
•Icrrc végétale qui les remplissait, ayant conservé son humidité, 




WmSif 








\ 




COUPE DU TERRÂIU. 




\\r\'TOw«*«\.v\\wv 



- 51 — 

{rancliait par son aspect sur io gravier eiivironnaiil et avait moins 
de consistance que le gravier lui-mèaic. Ces cavités étaient sépa- 
rées entre elles par un espace d'au moins 1 mètre 60 c; les 
deux premières du côté de l'est n'avaient pas une profondeur de 
plus de 0°\ 70 sur 0™, 50 à 0°", 60 de largeur ; la troisième était 
un peu plus large et un peu plus profonde; enfin la quatrième, 
c'est-ti-dire celle située au couchant, atteignait bien un rnètrc 
de profondeur et près d'un mètre de largeur. C'est, je crois , 
dans ces cavités qu'ont été découverts tous les vases , mais je 
n'en ai pas la certitude. 

Je conservai assez longtemps ces objets sans en connaître 
l'origine. L'idée me vint bien qu'ils pouvaient appartenir à 
l'époque gallo-romaine, mais comme je n'avais aucun livre pour 
m'éclairer et que je n'ai presque aucune connaissance en archéo- 
logie,' je ne pouvais appuyer mon hypothèse sur un raisonnement 
sérieux. 

Au mois de juillet, je profitai d'un voyage à Rennes pour visi- 
ter le musée d'archéologie , mais je n'y trouvai aucun vase qui 
par sa forme rappelât la forme des miens. 

Ce ne fut que plus tard qu'étant entré au musée d'archéologie 
de Nantes, je constatai avec une véritable joie la ressemblance 
parfaite d'un de mes vases avec un vase gallo-romain trouvé à 
Rezé. 

Je revins enchanté , et ce fut avec une sorte d'émotion que je 
retournai au heu de la découverte. Les pensées se pressaient dans 
mon esprit. J'avais joué tant de fois dans cette prairie et piétiné 
sans le savoir sur ces débris d'un autre âge , h cette époque de 
la vie où l'on ne prend souci ni du passé ni de l'avenir , où l'on 
ignore jusqu'au nom des Romains et des Gaulois ; ce sol avait vu 
naître et mourir tant de générations ! Ce soir-là, il me semblait 
que tout avait grandi autour de mol , et que les arbres , les vieux 
murs, le château , tout prenait un aspect mystérieux et une voix 
pour me rappeler le souvenir de ces peuples qui nous ont précé- 
dés et qui ne sont plus. 

Saffré, 15 décembre 1874. 

A. Leroux. 



— 52 — 

Au mois (le (U!'ceiiibrc dernier, M. A. Leroux vinl chez moi 
me communiquer le produit des fouilles de Salîré. Je lui fis mon 
compliment et l'engageai à rédiger la notice qui précède. — 
W. Leroux ne faisant point partie de la Société Archéologique, 
je me chargeai de le présenter, il y fut accueilli avec faveur, lut 
lui-même son mémoire, et la Société, dérogeant à ses habitudes 
en sa faveur, consentit à publier cette notice dans son Bullclin. 

Le vase trouvé à Rezé dans Tenclos de la Bouvardière , vase 
dont parle 31. Alcide Leroux, fut trouvé en 1857 en creusant une 
carrière, il était placé uu fond d'un puits, renfermait des cendres 
et était recouvert d'une tuile à rebord. C'est un grand bol en 
terre jaune avec couverte rouge , sur laquelle des patinettes ont 
été ménagées avant la cuisson. Il nous fut sénéreusement aban- 
donné par BI™'- Artaud, propriétaire à la Bouvardière, déposé 
au musée de l'Oratoire par nos soins et porté au Catalogue sous 
leNoOlo. 

Une particularité remarquable de cette sépulture, c'est que le 
puits funéraire de la Bouvardière, creusé en pleine roche , était 
d'abord percé droit jusqu'à 2 mètres 50 de profondeur, puis 
formait un angle, sorte de galerie, dans laquelle un homme ne 
pouvait s'introduire qu'en rampant, et reprenait ensuite une ligne 
droite jusqu'au fond. Il pouvait mesurer en profondeur G™ 50c. 
Ce ne pouvait être un puits à usage domestique, car il eût été 
impossible d'y puiser de l'eau. 

Nous croyons pouvoir attribuer les deux sépultures de Saffré 
et de Uezé au troisième siècle de notre ère. Mais nous ne 
croyons pas au puits funèbre de Saffré, vu son peu de profondeur; 
cette sépulture paraît vouloir se rapprocher des cimetières ordi- 
naires gallo-romains et offrir beaucoup d'analogies avec les 
sépultures de Saint-Médard-des-Prés (Fontcnay-lc-Comte) , de la 
Bernerie, près de Montaigu, et de Chavagne (Vendée). Tous ces 
cimetières sont remarquables par leur mobilier funèbre et en 
l)arliculier p;u' les nombreux vases en verre qui y ont été ren- 
contrés. 

r. Paiœwteau. 



DOCUMEÎÏÏS INÉDITS SUR LOUIS DE FOIX 



Louis dcFoix, ingénieur archilcclc français des plus éniinenls 
du XVP siècle , est resté dans un demi-jour historique bien 
approchant d'une profonde obscurité, malgré ses travaux remar- 
quables et la faveur , aussi haute que méritée , dont il était 
l'objet de la part des rois de France Charles IX, Henri ÎII, 
Henri IV et de Philippe H , roi d'Espagne. Si ce n'était le phare 
de la tour de Gordouan, que sa situation à l'embouchure de la 
Gironde et l'importance de sa construction mettent au premier 
rang des phares de l'Europe, le nom de Louis de Foix serait bien 
rarement prononcé ; on ne le trouve pas dans beaucoup de recueils 
biographiques, et ceux qui le citent ne le font que d'une manière 
très-incomplète. Enfin sa biographie n'existe pas. 

Cependant l'un des plus ardents travailleurs de la province , 
dont les recherches et les publications sont aussi nombreuses que 
pourvues d'un vif et sérieux intérêt, M. Tamizey de Larroque, a 
mis au jour , en 18G5, une notice sur Louis de Foix et la tour de 
Cordoumi , oi^i se rencontre à chaque page autant d'esprit que 
d'érudition. Néanmoins, comme je viens de le dire , l'histoire de 
cet éminent artiste étant encore à faire , je vais fournir à son 
futur biographe des documents inédits et qui prouveront qu'il est 
venu plusieurs fois à Nantes. 

C'est à la date de 1567 que se trouve dans les archives muni- 
cipales de cette ville la mention suivante : Marché à faire avec 



--, 54 - 

Varchilccle qu'on a fait venir pour l'œuvre des ponts (*). Quel était 
cet architecte venu de loin? La Bretagne possédait d'habiles 
hommes en l'art de haiir. Cet appel ne pouvait doue s'adresser 
qu'à une haute individualité , que recommandaient des travaux 
importants nouvellement exécutés ; et cependant le registre mu- 
nicipal est muet sur son nom. Mais il existe, sur des feuillets 
détachés du registre, un procès-verbal d'une délibération, datée 
du 25 mai 15G8, dont le texte permet de soupçonner davantage 
celui dont il s'agit. 

I/architectc du roy vient de Bayonnc pour les affaires du C'^ de 
lletz et sur les piliers et arches du pont de Pirmil. L'architecte se 
présenta au bureau de la ville, mais sur le procès-verbal de la 
délibération le nom se trouve en blanc. Heureusement que cette 
rédaction fournit des indications qui ne peuvent s'appliquer qu'à 
Louis de Foix. Les affaires du comte de Retz comprenaient le 
projet de dessèchement du lac de Grand-Lieu , comme rétablit 
le document que je transcris à la suite de ces réflexions et qui 
n'est rien moins que la prestation de serment de Louis de Foix , 
pour se rendre au dit lac deGiand-Lieu et faire un rapport déco 
qu'il jugera convenable pour l'écoulement des eaux. 

L'architecte du roy vient de Bayonnc. Ce membre de phrase est 
une nouvelle preuve qu'il ne peut être ici question que de Louis 
de Foix, qui, jusqu'en 1579, travaillait au Boucault de Bayonne, 
c'est-à-dire à l'entrée du port de cette ville ; travail important 
et qui offrait de grandes difficultés. De là l'explication bien natu- 
relle du choix de Henri III, contenu dans le deuxième document 
que je publie ici; document doublement intéressant, puisqu'il 
s'agit des fortifications importantes qui s'exécutaient alors et de 
V ingénieur fort expérimenté Loys de Foys. 

Ch. Marionneau. 



(') Invonlairc provisoire, p. 120. 



- 55 — 

Serment prêté par Louis de Foie, ingénieur du Roy, de se porter fidè- 
lement à la Visitation du lac de Grand-Lieu el de faire son rapport 
de ce qu'il jugera convenable pour V écoulement des eaux. 

Archives municipales de Nantes : Série Travaux publics (*). 

Claude Brossard, docteur aux droicts, conseiller du Roy, lieutenant 
et juge ordinaire de Nantes, Scavoir faisons que cejourdhui, sepliesme 
de may mil V cent soixante douze, a la requeste des parroissiens de la 
Chevrolliere, de Saint-Philbert de Grand Lieu et de plusieurs gentils 
hommes et autres subiects du comte de Rays, manans et habitans, 
près le lac de Grand Lieu et bras en deppendans, en ensuyvant mesmes 
la requeste par eulx cy devant présentée a Monseigneur le comte de 
Rays, ayant avec nous pour nostre adjoincl M^ Estienne Boylesve, notaire 
royal audict Nantes, avons prins el receu le serment de Loys de Foys, 
Ingénieur du Roy de soy porter fidellement a la Visitation et nyvellement 
dudict Lac et nous faire bon et loyai rapport de ce quil verra estre 
besoing et nécessaire destre faict pour levacuation et escoullement 
dudict Lac de Grand Lieu et des fraiz el impenses quil y conviendra 
faire. El a ceste fin se transporter sur, les lieux ce que celui de Foys 
auroit depuis faict et mys entre nos mains le rapport et description quil 
en a faict. 

De tout quoi avons faict nostre présent proces-verbal lequel avons 
signe et faict signer a nostre dicl adjoincl, 

Faict a Nantes par nous lieutenant susdict les jour el an que dessus. 
Brossard Boylesve 

Nre royal 
adjoincl. 

Lettres- patentes de Henri III sur l'achèvement des fortifications 

de la Ville neuve. 

Archives municipales de Nantes : Série Finances. Carton 
Devoirs communs. — Objets divers. 

De par le Roy 
Cher et bien amez, après vous avoyr cy-devant accorde pour six ans 
la continuation de la levée de cerleyn debvoir en nostre ville et fors 
bourgs de Nantes que le feu roy Charles, nostre Ires-cher seigneur et 
frère vous avoicl auparavant octroyer pour pareil temps de six ans pour 
le racquit de volz debles, nous aurions, par nos leclres palanles expé- 
diées depuys celles de ladicle continuation, déclare que nous voullions 
el entendions que vous continuassiez le paiement des V mille livres 
tournois que nostre feu seigneur et frère vous avoit chargez de payer 

(1) Travaux étrangers a la localité. — Grand-Lieu. 



- 56 — 

des deniers dudicl debvoyr pour employer a la conslruclion de la for- 
lilllicalion de la ville ncufve dudict Nantes. Lequel oeuvre ayant depuys 
este cesse nous avons entendu que vous navez paye auculne chose des 
dictes Y mille livres tournois durant cinq années dont la présente est 
la cinqiesme, et ce pandanl nostre dict feu seigneur et frère, ou nous, 
avons paye XIIJ cent XXXVI livres XIIJ sous X deniers tournois a 
aucuns particulliers pour plusieures terres prinses deux pour la dicte 
construction et fortiflication, et aux aultres constitue rantes, a raison du 
denier quinze, montant VI cent LU livres tournois. XIIIJ sous VIIJ de- 
niers tournois, qui se paient par chacun an, par le recepveur ordinaire 
de nostre domaine de Nantes, dont nous sommes encore a présent 
chargez envers les dicts particulliers au moien de quoy nous avons 
advise de faire employer les dicls deniers qui sont en voz mains pro- 
venans dudict debvoir a raison de V mille livres tournois, par chacun 
an à la continuation dudicl oeuvre et construction de ladicte ville neufve 
sil se trouve quelle se doibve faire et parachevée ainsi quelle est des- 
seignee et au rachapt et acquict desdictes rantes et payement des arré- 
rages dicelles, envoyant a ceste fin nos leclres patanles a nos amez et 
feaulx conselliers les trésoriers de France et généraux de nos finances 
en Bretaigne, auxquels nous commandons faire la veriflicalion de ce 
qui est par vous deu desdictes V mille livres tournois par an et faire 
mettre les deniers es mains du Recepveur gênerai de nos finances, a 
quoy vous satisferez incontinant. Nous avons par mesme moien donne 
charge a nostre cher et bien ame Loys de Foys, Ingénieur fort expé- 
rimente, qui a travaille a louvraige du boucault de Baionne, de se 
transporter audict Nantes, escripvanl a nostre ame et féal conseiller le 
sieur de Fontaines lun de nos lieulenans generaulx en Bretaigne, en 
labsence de nos amez et feaulx oncle et cousin les duc de Montpancier 
et prince de Bombes, lui faire voir le desseing et entreprinse de ladicte 
Ville neufve et ce qui en a este commance, atlin quil regarde et advise 
les moiens de la pouvoyr commodément continuer et parachever ou ce 
qui y sera nécessaire pour la seurete et pour le meilleur, et aussi quelle 
despense il y conviendroict faire, pour après nous en donner advis. El 
icelluy veu en ordonne ce que nous verrons en debvoir estrc faict pour 
le bien de nostre service et celluy de nostre dict ville de Nantes. 
Donne a Paris le XXV« jour dapvril 1582. 

Henry. 

Pinart. 

Au (/o.s est l'crit : A noz chers et bien amez les Maire, Eschevins, 
manans et habitans de nostre ville de Nantes. 

Scellé du petit sceau du Roi. 



NOTES SUR DEUX VOIES ROMAINES 



TRAVERSANT LA COMMUNE DE SAVENAY 



Assigner un terme aux recherciies historiques n'est pas possi- 
ble. Tous les jours nous voyons de nouvelles découvertes venir 
confirmer ou modifier les travaux des hommes les plus instruits 
qui se sont livrés h des études aussi étendues que conscien- 
cieuses. 

Parler des voies romaines après avoir lu les écrits si remar- 
quables de M. Bizeul, écrits où il a déployé sa vaste intelligence, 
semblerait une œuvre de présomption ; ce n'est donc qu'avec un 
sentiment de défiance qui, cependant, n'est pas dépourvu de cer- 
titude, que je me permets de décrire deux voies romaines qui 
existent sur le territoire de la commune de Savenay et qui, je 
crois, ont échappé à la sagacité de ce savant antiquaire. 

La première est celle qui venait de Vannes à Nantes. Le prési- 
dent de Robien l'avait entrevue entre la Roche-Bernard et Pont- 
château, vis-à-vis la forêt de la Bretéche. Il y a deux ou trois 
ans, une discussion qui s'éleva à la Société Polymatique de Van- 
nes, au sujet de l'emplacement de l'ancienne Durétie, me fournit 
l'occasion d'affirmer à l'un de ses membres qu'aucune voie 
romaine ne traversait le territoire de la commune de Savenay ; 
c'était une erreur. Quelque temps après, je me rappelai qu'un 
chemin partant de Savenay, se dirigeant vers Pontchûteau, portait 
le nom d'ancien chemin breton. Je pensai qu'il serait possible 
que je découvrisse des traces ou des vestiges qui me mettraient 
à même de trouver la solution de la discussion. En effet, l\ 500 



- 58 ~ 

mrlres do la ville de Savenay, dans un chemin d'intérêt commun, 
établi il y a une quinzaine d'années, j'aperçus dans les fossés 
quelques indices qui me firent soupçonner la vérité. Je poursuivis 
mes recherches: 500 mètres plus loin je trouvai des traces évi- 
dentes qui ne me laissèrent aucun doute. Là, les vestiges étaient 
très-apparents sur une longueur de 200 mètres. Ils se composent 
d'un cordon de petites pierres enfouies horizontalement, à une 
élévation d'un mètre du sol actuel dans l'un des fossés de la 
route, qui se continue sans interruption. Au dessus et au dessous 
de cette ligne, on remarque un terrain entièrement meuble sans 
aucun mélange de corps étrangers. La voie passe h 250 mètres du 
bourg de la Ghapelle-Launay, le laissant au nord. On retrouve 
encore quelques vestiges à cinq à six cents mètres de ce dernier 
point. En continuant, on en voit encore près de la maison de la 
Haie de Besné, située à 10 kilomètres de Savenay; mes recherches 
n'ont pas été poursuivies plus loin. La direction de cette voie, 
suivant le bas du coteau de Bretagne, me fait présumer qu'elle 
passait au bas de celui sur lequel s'élève Savenay. J'ai vainement 
cherché sa continuation dans la partie est, c'est-à-dire qui se di- 
rige vers Saint-Etienne-de-Mont-Luc, jusqu'à une distance de 
5 kilomètres, je n'ai pu trouver aucune trace ; mais je dois ajou- 
ter que la nature du sol, élevé et rocailleux, rend toutes recher- 
ches inutiles. Cependant je ne désespère pas d'en trouver des ves- 
tiges aux environs des ruines du château du Goût. 

On m'a dit, mais sans pouvoir me l'affirmer, que M. Phelippes- 
Heaulieux avait constaté l'existence de cette voie dans les com- 
munes de Saint-Étienne-de-Mont-Luc, Couëron et Sautron ; sa 
mort, survenue dans les temps, ma empêché d'obtenir de lui 
quelques renseignements à ce sujet. 

Sur une carte géographique (dont je ne me rappelle pas l'au- 
teur), je l'ai vue indiquée partant de Nantes et suivant la rouie 
actuelle de Nantes à Vannes. En présence des vestiges remarqués 
par moi, je crois qu'il y a une erreur manifeste. Du reste, cette 
indication n'a dû être faite que postérieurement à la mort de 
M. Bizeul, puisque cet antiquaire, dans sa notice sur les Namnèles, 



— 59 — 

insérée dans les annales delà Société archéologique, année 1800, 
dit positivement, page 157, que « deux seules voies sortaient de 
« Nantes sur la rive droite de la Loire : l'une se dirigeant, en 
» prolongeant cette rive, sur Julio-Magus, Angers, capitale des 
» Andegaves, l'autre venant de Blain. » Comme on le voit, il ne 
fait aucune mention de celle venant de Vannes. 

L'autre voie, qu'il me reste à décrire, est beaucoup plus appa- 
rente. Elle venait de Blain et aboutissait à la Loire, probablement 
à Rohars, en la commune de Bouée. Elle passe sur le territoire 
de Savenay, qu'elle traverse du nord au sud, à quatre kilomètres 
de la ville, près du village du Point du Jour, qu'elle laisse à iiOO 
mètres à l'est. 

Ce fut sur ce point que je la reconnus pour la première fois. 
Sa largeur est d'environ dix mètres. Une couche de terre d'une 
épaisseur de 33 centimètres la recouvre dans certains endroits. 
On la reconnaît à cette élévation. Je l'ai parcourue, dans la partie 
nord, sur une longueur de plus de cinq kilomètres, depuis le 
Point du Jour jusqu'à la Croix Michéon, dans la commune de Fay. 
Près de ce premier village, sur la lande, elle est parfaitement 
visible. Elle traverse la route de Nantes à Vannes, puis des pièces 
nouvellement défrichées, dépendantes de la propriété de M. 
Aguesse. Au sortir de ces terres, on la retrouve sur la lande de La 
Moëre; elle passe au nord du Mortier Canet, et de là, gagne des 
terres cultivées, situées dans la commune de Fay, pour traverser 
ensuite la route de Saint-Gildas-des-Bois au Temple, puis la 
commune de Bouvron, laissant la terre du Vercer à l'est, et de là 
se dirigeant sur Blain. 

Reprenant la voie au Point du Jour, je l'ai suivie dans la partie 
du sud. En quittant la lande, elle s'enfonce dans des terrains cul- 
tivés, mais au sortir de là, elle tombe sur un ancien chemin creux 
entre les villages du Droullais et de la Géraudais, où l'on remar- 
que des vestiges, sur une étendue d'environ 200 mètres, dans le 
fossé ouest, à un mètre au-dessus du sol. Elle traverse ensuite le 
hameau de la Paclais, puis des champs et vient aboutir sur le 
chemin de grande communication, n" 17, de Savenay à Saint- 



- 60 — 

Ktienne-de-Mont-Luc, sur les limites de la commune do Bouée. 
Ici se termine mes recherches ; cependant je me propose de les 
continuer, malgré les difficultés qui se présenteront ; quoique les 
terrains soient cultivés depuis des siècles, je ne désespère pas 
d'en retrouver encore quelques traces. 

M. Bizeul a-t-il connu l'existence de cette voie ? Je ne le pense 
pas. Si je consulte sa notice sur les Namnètes, je trouve que dans 
î'énumération des voies romaines qui aboutissaient h Blain, il en 
cite une, page 155, qui se dirigeait vers Saint-Nazaire. Plus loin, 
page 212, il indique qu'elle vient rejoindre la voie venant de 
Nantes, près le village du Gravier. Cette voie ne peut être la 
même que celle que je décris ; car je ne mets pas en doute que si 
M. Bizeul avait connu celte dernière, dans son ardeur chevaleres- 
que pour sa cité, il n'aurait pas oublié de la citer à l'appui de son 
opinion ; et il ne se serait pas contenté de dire, page 169, que 
« Blain étant placé à 7 lieues du fleuve, on peut fort bien dire 
» qu'il est sur la Loire «, il n'eût pas manqué d'ajouter qu'une 
voie romaine y conduisait. 

F. Ledoux. 



LETTRE A M. JÊGO[ 



SUR LE CULTE DE SAINT-NIGOLAS 



J'ai lu avec un intérêt réel le mémoire que vous avez rédigé 
sur l'origine et les usages de la confrérie de Saint- Nicolas de 
Guérande pour accompagner la publication de ses curieux statuts, 
et je vous félicite d'avoir deviné avec jutant de tact la portée 
historique de ce vieux document ('). Il serait à souhaiter que les 
pièces de celle nature fussent moins rares, car nous n'en possé- 
dons pas qui représentent avec autant de vérité la peinture des 
mœurs du moyen âge. 

Vous avez rattaché à votre sujet une grosse question : 
celle de la propagation du culte de saint Nicolas en Bretagne, 
sur laquelle vous essayez de jeter quelque lumière par des inter- 
prétations de noms et de faits qui donnent prise h bien dî's 
critiques. Votre argumentation s'appuie trop souvent sur des 
traditions ou des assertions qui faiblissent dès qu'on les rapproche 
des documents écrits, et, sur un point d'histoire aussi important, 
il serait nécessaire de ne rien avancer sans avoir consulté au 
moins les principales sources de renseignements. Il eût fallu non- 
seulement compulser les pouillés de tous les diocèses de Bre- 
tagne , mais encore les aveux rendus par les Templiers ou leurs 



(') Voir la Revue de Bretagne et de Fmdée , livraisons de jiiill l cl 
août 187i. 



\ 



— 6i ~ 

sLiccfisseurs aux rois de France, et comparer les statuts de Gué- 
rande avec les statuts de quelques autres confréries. 

Après avoir énuméré les rapports qui existaient entre les 
membres de la confrérie de Saint-Nicolas, vous vous demandez 
si Torigine de cette association ne pourrait pas se rattacher aux 
Templiers et passer pour contemporaine de leur établissement 
dans le pays de Guérande. C'est une hypothèse qu'on ne peut 
étayer d'aucun titre, à laquelle vous avez su donner une certaine 
vraisemblance par des rapprochements de noms parfois heureux, 
souvent forcés, mais contre laquelle on peut élever beaucoup 
d'objections. 

Vous avez constaté l'existence de chapelles dédiées à saint 
Nicolas, dans plusieurs paroisses où se trouvaient des templeries, 
et ce seul fait sufht pour vous entraîner à croire que ces reli- 
gieux ont été les propagateurs du culte de saint Nicolas en Bre- 
tagne. Cette coïncidence serait frappante si elle se répétait dans 
presque tous les lieux, mais vous n'avez pas réuni un assez grand 
nombre d'exemples pour emporter la conviction. Plusieurs des 
citations mêmes que vous faites sont contestables. Ainsi les Tem- 
pliers n'ont jamais eu de résidence dans la presqu'île de Rhuis 
et à Saint-Nicolas de Redon. 

C'est bien à tort que vous vous efforcez de découvrir le nom des 
Templiers ou le souvenir de leur passage, sous les noms du moulin 
dQ Nieol en Ploerdut, du Manoir-Rouge, des chapelles de Bon- 
Garant, de Bon-Secours, de Notre-Dame dcPenbé, de Notre- 
Dame de la Blanche, du quartier de Pontblanc, des villages de 
Château- Rouge et de Kervenanec, et des rochers de Kramaguen; 
les aveux ou déclarations de domaines vous auraient appris de 
suite quel fondement on peut établir sur des analogies aussi spé- 
cieuses. Tous ceux qui sont familiarisés avec les noms de lieux 
habités et la topographie de la France, savent trop combien ces 
noms sont jetés çà et là sans raison, pour en déduire aucune 
conséquence historique, encore moins pour y voir de nouvelles 
coïncidences entre le nom de saint Nicolas et celui des Tem- 
pliers. 



— 63 — 

Dans tout le diocèse de Nantes, vous ne pouvez ciler que 
l'église Saint-Nicolas de Nantes dans le voisinage d'une Icm- 
plcrie ; encore vous ferai-je remarquer qu'elle était dans le fief 
de l'évoque, tandis que je puis vous signaler six paroisses où les 
Templiers résidaient et où le culte de saint Nicolas n'avait pas de 
sanctuaire. Ce sont : Assérac, Clisson, Orvault, Saint-Herblon et 
le Temple. Si le culte de saint Nicolas avait été en honneur parmi 
les Hospitaliers du Temple, on trouverait quelques chapelles 
dont la fondation leur serait attribuée,, ou quelques-unes de leurs 
maisons placées sous le vocable de ce saint , or je n'ai pu en 
découvrir qu'une seule , celle de Saint-Nicolas des Biais. Les 
patrons connus des commanderies du diocèse de Nantes, sont 
sainte Catherine de Nantes, saint Léonard du Temple de Mau- 
pertuis, la Bladeleine du Temple de Clisson et saint Jean de Fau- 
^aret. Ailleurs on cite saint Georges.  

N'est-ce pas céder à une illusion que d'établir une similitude 
entre la protection que réclamaient de saint Nicolas les marins 
ou mariniers et le rôle ordinaire que remplissaient les Templiers, 
pour en induire un nouveau témoignage en faveur de votre opi- 
nion ? Leur mission a été toute différente. Pour ce qui regarde 
saint Nicolas, j'accorde qu'il a été le patron de beaucoup de cha- 
pelles fréquentées par les matelots, mais on connaît fort peu 
d'aumôneries qui aient été placées sous son invocation. Dans tout 
le diocèse de Nantes, je n'ai trouvé que celle de saint Nicolas de 
Machecoul. La plupart des asiles charitables étaient sous le patro- 
nage de saint Julien ou de Notre-Dame de Pitié. Cette dernière 
était la patronne des aumôneries du Bourg de Batz , du Croisic , 
de Piriac et de Nantes. 

Quant aux Templiers , il est possible qu'ils aient veillé à la 
sécurité des pèlerins sur les routes en y faisant la police , mais il 
est très-douteux qu'ils aient entretenu des aumôneries perma- 
nentes ailleurs qu'en Orient. 

Si les commanderies avaient été des maisons de charité, elles 
se seraient toutes établies sur le bord des grands chemins; 
or on en cite beaucoup qui étaient perdues au fond des terres , 



- 64 - 

dans des lieux peu accessibles. Celles des Biais , en Sainl-Pèrc- 
cn-Relz, et celle de Faugaret, en Assérac, ne pouvaient guère 
être utiles aux voyageurs.- 

Les raisons que vous invoquez ensuite pour parvenir à prouver 
que la confrérie de Saint-Nicolas de Guérande a pu être fondée 
par les Templiers ne résistent pas mieux à l'examen que vos sup- 
positions précédentes. Il n'y a aucune conséquence à tirer du 
rapprochement que vous faites entre les confréries de Guingarap, 
de ïoussaints de Nantes, et de Saint-Nicolas de Guérande, car 
lors même qu'il serait prouvé qu'elles ont eu toutes les trois des 
statuts identiques , il n'en résulterait pas nécessairement qu'elles 
auraient eu le mémo fondateur. Mais cette ressemblance n'a 
jamais existé. D'abord, ce ne sont pas les seules qui se soient 
recrutées dans tous les rangs de la société. La confrérie de Saint- 
Pierre et de Saint-Paul de Nantes , la plus ancienne de Nantes , 
se composait de gens appartenant à la noblesse, au clergé et au 
tiers-état. Ensuite, la confrérie de Toussaints différait essentiel- 
lement de celle de Guérande en ce qu'elle se composait de frères 
et de sœurs, et que son but était, non pas de venir en aide aux 
mariniers, mais uniquement de veiller au gouvernement de l'au- 
mônerie fondée par Charles de Blois, en 1302, pour recueillir les 
pèlerins de Saint- Jacques de Compostelle et ceux de Saint-Méen. 
Contrairement h ce que vous affirmez , il est bien reconnu , dans 
plusieurs lettres patentes, que Charles de Blois en est le fon- 
dateur. 

Quant aux caractères civils, militaires et religieux que vous 
avez cru remarquer dans les coutumes de la confrérie, il n'y 
faut pas voir la trace de l'influence des Templiers ; ce ne sont pas 
des particularités ù noter, mais des traits qu'on retrouve partout 
dans les habitudes du moyen âge. Dans beaucoup de paroisses, 
les habitants étaient familiarisés avec les exercices équestres, soit 
par la course à la quintaine, soit par le jeu du Cheval Malet. Si 
les femmes étaient exclues, elles l'étaient aussi dans bien d'autres 
confréries. 

L'obligation do se défendre mutuellement est comprise impli- 



- 65 — 

citement dans tous les statuts des confréries, puisque ces asso- 
ciations religieuses étaient aussi des sociétés de secours mutuels. 
Il ne faut pas parler davantage de la coutume de s'enivrer, qui 
aurait été traditionnelle dans la confrérie de Saint-Nicolas, ni 
prétendre que ce vice héréditaire aurait été contracté en corapa- 
pagnie des Templiers, car tout le monde sait que l'ivresse était 
chez nos pères regardée comme la sœur inséparable de la gaieté. 
Les compagnons des confréries imitaient les Gaulois du temps de 
César, et prenaient rarement des repas en commun sans s'enivrer 
et sans se battre. Dans tous les statuts des confréries , il y avait 
un article de répression formulé contre l'intempérance et les rixes 
qu'occasionnaient les festins. 

En résumé , il n'y a pas lieu de supposer que la confrérie de 
Saint-Nicolas de Guérande soit due à l'initiative des Templiers , 
ni que la dévotion à saint Nicolas ait été propagée par la milice du 
Temple plutôt que par tout autre ordre. Les coïncidences de 
noms ne sont pas assez nombreuses, les analogies assez transpa- 
rentes, les faits assez concordants pour qu'on puisse même 
établir une présomption en faveur de cette hypothèse. On peut 
tout aussi bien croire que le culte de saint Nicolas est antérieur h 
leur établissement dans le pays. Puisque le diocèse d'Angers, 
voisin du nôtre, possédait, dès le XI'' siècle, au moins deux 
églises, la collégiale de Craon et une abbaye à Angers sous le 
vocable de saint Nicolas , pourquoi n'admettrait-on pas que le 
culte de ce saint se serait répandu dans le diocèse de Nantes dès 
le commencement du XP siècle ? 

Si vous voulez bien continuer vos recherches, vous parvien- 
drez peut-être à dissiper tous les doutes. 

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma parfaite consi- 
dération, 

L. Maître, 

' Archiviste du département. 

Nantes, ce 18 octobre 1874. 



1875 



DOCUMENTS INÉDITS 



La lettre que nous transcrivons ici et que nous avons tout lieu de 
croire inédite , explique suffisamment quelle était la mission du comte 
de Romorantin, vers lequel avait été envoyé M. de Folleville. 

Jean de Folleville, chevalier de Saint-Michel, maréchal de camp, 
capitaine de 100 chevau-légers , était d'une famille de Normandie. 
Il avait été député de la noblesse aux États de RcTuen, en 1614 

La suscription de notre lettre est en quatre lignes. Les deux mots 
ving cing sont de la main du minisire Letellier. 



A Mons'^ de FoUeuille , 
Sergent de Bataille en mes 
armées , estant pour mon 
seruice en Normandie. 



Mons^' de FoUeuille, le nous auois donné charge en uous en- 
uoyant en Normandie de faire entendre au comte de Romoren- 
tin que mon intention estoit qu'jl acheuast la leuée qu'jl faict en 
la d' prouince pour la republicque de Uenize, dans le mois de 
feurier dernier, et parce que i'aprendz qu'jl n'y peut auoir satis- 
faict avant le ving cing™'^ du présent mois , ie uous faictz cette 
lettre par l'aduis de la Reyne régente Madame ma Mère pour 
uous dire que uous ayez en ce qui dépendra de uous  laisser 
acheuer la louée que faict le d' comte de Romorcntin sans le 
troubler ny empescher aucunement iusqu'au d ' lo ' xxb'^ du 
présent mois , et la présente n'estant pour aut*^ subiect ie prie 
Dieu qu'jl uous ayt Mons'' de FoUeuille en sa s'"^ garde. Ecrit a 
Paris le deux" jour de mars 1647. 

LOUIS. 

Le Tellier. 



HISTOIRE DE TIFFAUGES 



FAMILLE JOUSSEAUME DE LA BRETESCHE, SEIGNEURS DE TIFFAUGES 
PAR ACQUISITION. — 170M789. 



* 



II y eut une nouvejle adjudication du vicomte de Tiffauges, et 
par celle-ci, le 21 mars 1702, Esprit Jousseaume, marquis de la 
Bretesche, devint acquéreur délinitif de Tiffauges, à raison de 
141,000 livres et très-probablement d'énormes frais. Seigneur 
du Couboureau, Vermottes, etc., etc., etc., né en 1638, il était 
entré de bonne heure au service. Il obtint en 1674 la per- 
mission de lever un régiment de dragons auxquels il donna son 
nom, et se distingua au siège de Maëstrich, en se jetant avec un 
détachement de 150 dragons entre la place et un parti de 200 
chevaux ennemis qu'il mit en fuite. En 1678, étant renfermé dans 
Maëstrich, assiégé par le prince d'Orange, il eut, pendant un 
assaut, une jambe fracturée par un boulet de canon, et aurait 
été pris, si son frère Hubert, alors capitaine dans son régiment, 
ne l'eût enlevé du champ de bataille. Il fallut lui couper la jambe, 
ce qui ne l'empêcha pas de surprendre, quelque temps après, 
le 4 mai 1678, avec son régiment, la ville de Loos en Brabant, 
dont le roi lui donna le gouvernement, qu'il conserva jusqu'à la 
paix. Louis XIV fit frapper à cette occasion une médaille d'or, et 
la donna au marquis de la Bretesche ; l'on en trouve une explica- 
tion détaillée dans la collection des médailles de Louis XIV. L'on 
voit, d'un côté, la figure de Louis XIV avec la légende Ludovicics 



- 68 — 

magnus rex christianissimus, et de l'autre, la Victoire vole cou- 
verte du voile de la nuit tout parsemé d'étoiles et tient une cou- 
ronne murale. Dans Téloignement, on voit la ville de Loos et 
pour légende Vicloria pervigil Letvia noctu capta 1618 (*). 

Ce brave officier, dit M. Marchegay f), lieutenant général des 
armées du roi, gouverneur de Hambourg , dont la famille avait 
autrefois possédé La Forôt-sur-Sèvre, remplit envers le duc de 
Thouars ses devoirs de vassal, le 14 août 1704. Il avait épousé, 
le 20 février 1690, demoiselle Marie d'Abancourt de Gourcelles, 
et mourut sans postérité aux Sables-d'Olonne, où il commandait 
ainsi que sur les côtes du Poitou et d'Aunis. 

Louis Jousseaume, chevalier de la Bretesclie, 1707-1733, son 
frère et son héritier, devint par le fait vicomte de Tiffauges, sei- 
gneur du Couboureau, Permettes, etc. Il servit dans le régiment 
de son frère aîné, qui, voyant qu'il n'avait pas d'enfants, le fit se 
marier et lui légua toute sa fortune. Il épousa, le 24 avril 1691, 
Françoise-Charlotte Lemercier de l'Écluse, fille de N. et de Louise 
Bossis. Il mourut âgé de plus de quatre-vingts ans en 1733, lais- 
sant six enfants: 1° Esprit-Louis, marquis de la Brelcsche, colo- 
nel de cavalerie ; 2° Armand-Louis ; '^° Anne-Joseph, ss"" de Bois- 
roux, né en 1717, qui embrassa d'abord l'état ecclésiastique, 
qu'il quitta pour entrer au service, et fut capitaine de cavalerie, 
aide-de-camp du maréchal de Broglie; 4° Louise-Françoise, ma- 
riée le 8 février 1717 à Claude-Gilbert-Robert de Lézardière, 
ss' de la Salle, gouverneur des Sables ; 5° Catherine-Renée, ma- 
riée le 2 mars 1715 à Louis-François, comte de Chabat, cheV" 
ser du Chaigneau ; 6^ Esprit- Jeanne, mariée le 12 avril 1728 à 
Charles- Louis, de Pierre, cheV^ ss»^ de Vie. 

Esprit-Louis Jousseaume étant mort quelques mois après son 
père, ce fut Armand-Louis-Constantin, marquis de la Bretesche, 
qui, de 1733 à 1789, devint vicomte de Tiffauges, ss'' du Coubou- 
reau, de Vermettes, la Jaudonniôre, la Bisonnière, la Caillère, 
Pouillé, le Bûisroux, la Billerie, la Sicaudiôre, etc. Il fut cadet à 



(1) Beauchet-Fillcau. Dict. des familles du Poitou. 

(2) P. Marchegay. Recherches sur les seigneurs de Tiffauges, 



. — 69 - 

l'école d'artillerie de Strasbourg, entra dans les mousquetaires et 
assista à la paix de Philipsbourg. En 1734, il quitta le service et 
épousa, le 28 janvier 1735, demoiselle Marie-Henriette-Élisabeth 
du Boys de TAubray, fille de Louis-Anne, chev^ s^"^ de la Touche- 
Levrault, près Mareuil-sur-le-Lay. Il mourut le 7 janvier 1789, 
laissant pour enfants: 1° N., comte de la Bretesche, officier au 
régiment du roi, mort sans alliances, en Allemagne, durant la 
campagne de 1761; 2° Louis-Constantin; SoTancrède, mort jeune; 
4° N., mariée en 1776 à N. Gareau, ss^ de la Boissière, décédée 
l'année de son mariage; 5° Marie-Sophie- Joséphine, qui épousa 
Marie- François-Charles- Antoine de la Ville de Ferolle, chev^ ss'" 
des Dorides, et mourut le !«' septembre 1790 ; 6" Armande-Ca- 
therine-Louise, qui épousa Marie-Charles-Marc du Mauras, chev'^ 
ss"" de la Braisière, capitaine de vaisseau, et mourut en 1812 ; 
7« Louise-Françoise-Monique, qui se fit ursuline à Luçon, où elle 
mourut en 1779; 8° Aimée-Marie, qui épousa Marie- Auguste du 
Chaiîault. 

Louis-Constantin Jousseaume, l'aîné de ces huit enfants, a été, 
seulement du 7 janvier au 4 août 1789, le dernier des seigneurs 
et vicomtes féodaux. Marquis de la Bretesche, vicomte de Tif- 
fauges , baron de Sainte-Hermine , ss'' du Couboureau , de la 
Maillardière, etc., il naquit le 6 novembre 1746 et entra eu 1761 
au régiment du Roi-hifanterie , h l'âge de quatorze ans , et fit 
avec ce corps la campagne de 1762 en Allemagne , passa comme 
guidon dans les mousquetaires gris en 1770, et en 1774 il obtint 
un brevet de colonel à la suite, fut fait chevalier de Saint-Louis 
en 1779. En 1784, il était commandant du régiment provincial 
d'artillerie à Metz , et maréchal des camp et armées du roi en 
1788. Le 3 décembre 1772, il avait épousé Prudence-Antoinette- 
Louise Le Botleuc de Coëssal , fille de Michel , ss'" de Coëssal, et 
de dame Prudence-Thérèse de Santo-Domingo , dont il eut cinq 
enfants, dont nous verrons quelques-uns se produire dans le sou- 
lèvement de la Vendée et dans la suite de notre travail (*). 



(1) 11 faut se reporter au Dictionnaire des Familles de l'ancien Poitou, 
pour tous les détails relatifs à cette famille. 



-70-. 

Ici s'arrête la série des seigneurs de Tiffauges ; nous devons 
dire que nous avons presque complètement transcrit la brochure 
de BI. Blarchegay, ne pouvant faire autrement et changer un 
plan et des recherches si bien comprises, et classées avec un 
ordre que nous étions incapable d'établir, n'ayant pas à notre 
disposition les documents qu'il possédait et dont il a tiré meil- 
leur parti que, nous le répétons, du reste, nous aurions pu faire 
nous-môme (*). 



Epoque Révolutionnaire. 

Nous avons terminé , avec le dernier seigneur dont nous ve- 
nons de parler, la période féodale de Tiffauges; nous arrivons 
maintenant à une époque qui devrait être fertile en événements 
dans ce pays, dont nous essayons de faire connaître l'histoire. 
Plus que dans d'autres, cependant, les documents font défaut, 
et pourtant ce pays se trouve presque au centre du théâtre de la 
guerre et de la grande insurrection vendéenne. Quoi qu'il en 
soit , nous allons essayer de retracer ce que nous trouverons des 
événements qui se sont passés dans cette localité. Un journal 
laissé par un certain Augustin Guerry, de Tiffauges, acteur dans 
ce soulèvement, dont nous aurons occasion de nous servir sou- 
vent, pourra nous donner quelques détails et nous permettre de 
placer chronologiquement quelques faits plus ou moins impor- 
tants. 

Le premier fait que nous ayons à citer, c'est l'envoi que, le 
18 janvier 1790, fit Tiffauges, d'une adresse de félicitations, de 
remerciements et d'adhésion à l'Assemblée nationale consti- 
tuante, tout en faisant la demande d'être érigé en chef-lieu 



(1) Celle explicalion que nous donnons, doit être en quelque sorte, une 
justificalion pour des oublis que nous avons commis , en ne niellant pas 
entre e;uillemcls les passages que nous empruntons à M. Paul Marchegay, 
et qui nous obligeraient autrement à un errata beaucoup trop compliqué. 



- 71 - 

de district et siège de justice royale (*). Cette demande ne fut pas 
accordée, et la ville de Montaigu fut choisie pour chef-lieu du 
district de ce nom; Tiffauges resta simple commune. 

Vers la fin de la même année, le 14 juillet, eut heu l'installa- 
tion de la nouvelle municipahlé , et pour ce , la population de 
Tiffauges s'assembla après la messe sur la place de l'église Notre- 
Dame pour le serment. Toute l'assemblée vint en armes et tam- 
bour battant, à l'exception de deux personnes ; ayant prêté le 
serment, ils conduisirent le nouveau maire à la maison com- 
mune (-). 

Deux mois plus tard, le 30 septem-bre, en vertu d'un décret 
de l'Assemblée nationale du 16 août concernant l'organisation 
judiciaire, et sanctionné par le roi, le procureur-syndic de Mon- 
taigu enjoignait, par une circulaire adressée aux habitants de 
Tiffauges comme k tous ceux des autres localités , d'avoir à se 
trouver au chef-lieu du district le lundi 11 octobre, à dix heures 
du matin, pour, avec leurs coélecteurs, procéder à la nomination 
des juges du tribunal du district {^). 

A cette époque, si nous en jugeons d'après une lettre du pro- 
cureur-syndic de Montaigu à son collègue deClisson, par laquelle 
il lui faisait savoir que l'on reconnaissait depuis longtemps la 
nécessité d'une grande route de Ghsson à.Bressuire, l'état de 
la voirie vicinale n'était pas dans la splendeur où nous la verrons 
plus tard. En prenant connaissance des mémoires parus à cette 
époque et touchant cette question, nous voyons que M. de Mau- 
levrier désirait faire passer cette route par Geste , Saint-Macaire 
à Cholet et Maulevrier ; tout naturellement ce pétitionnaire prê- 
chait pour son saint et sa commodité particulière. Les mémoires 
opposés proposaient au contraire le passage par Gétigné, Bous- 



(1) Procès-verbal de l'Assemblée nationale constituante du 18 janvier 
1790. — K'' 177 du procès-verbal, t. xi, p. 6 de la collection. 

(2) Extrait du Journal d'Augustin Guerry , publié dans un recueil de 
pièces contre-révolutionnaires par M. Benjamin Fillon. 

(3) Correspondance de Goupilleau de Montaigu, appartenant à M. Dugast- 
Matifeux. 



— 72 - 

say, Tiffaugcs, Torfou, le Longeron, Evrunes, Mortagne et Châ- 
lillon; ajoutons, en passant, que ce dernier itinéraire était le plan 
adopté par le Conseil, et depuis, longtemps après ce débat, 
cette direction dernière a été adoptée. 

Vers le mois d'octobre de cette année , on mit à exécution à 
Tiffauges le décret qui ordonnait la prestation de serment aux 
curés, et on voulut le faire prêter aux prêtres de T.iffauges. Ce 
fut alors qu'on présenta au lieutenant-criminel de Poitiers une 
plainte dirigée contre MM. Guerry, le curé de Notre-Dame, et un 
monsieur Douillard. Celte plainte avait été portée par un sieur 
Thade-Heveren , ancien prêtre irlandais , auquel Monseigneur 
l'évêque de La Rochelle avait interdit le pouvoir de dire la 
messe, et toutes fonctions de vicariat à Tiffauges. M. Trastour , 
alors commissaire de la commune, avait écrit la dénonciation de 
la conduite de ce prêtre infâme et voulut en donner lecture , 
mais les citoyens Rigaudeau, Guillou et Thomas, curé de Saint- 
Nicolas de Tiffauges, s'y opposèrent ('). Trois lettres écrites 
par le syndic du district de Montaigu à BIM. Thomas , curé de 
Saint-Nicolas de Tiffauges, à l'administrateur de cette commune, 
et à M. Servanteau de l'Echasserie (*), nous font voir que ce 
prêtre était assez estimé dans cette ville par la plupart des gens 
tenant l'opinion avancée, et la preuve en est dans toutes les dé- 
marches faites pour lui venir en aide dans cette affaire , qui dut 
se terminer judiciairement (^). 



{') Extrait du Journal de A. Guerry. 

(') Charles-Marie-AugusUn-René Servanteau de l'Echasserie était un 
noble qui avait embrassé les principes de la Révolution, et qui avait été 
nommé inspecteur des gardes nationales du district de Clisson. Nous ver- 
rons même plus tard qu'il fut assassiné par les insurgés du 12 mars 1793. 
Ce titre de l'Echasserie lui venait de la propriété de ce nom, située dans la 
commune de la Bruflière, et appartenant de nos jours à iVl. Richard, ancien 
grand vicaire de l'évéché de Nantes, maintenant évêquc de Belley. 

(') Voir correspondance ms. de Goupilleau de Wonlaigu, collection de 
M. Dugast-Watifeux. 



— 73 -- 

Augustin Guerry (*) était parti pour Noirmoutier le 6 sep- 
tembre ; on ne dit pas pour quelle raison , mais peut-être ce 
voyage se rattachait-il déjà à un autre qu'il fit plus tard dans 
cette localité, où il fut fait prisonnier. Il ne revint à Tiffauges 
que le 21 novembre suivant , pour assister 5 une nouvelle assem- 
blée qui renouvela la municipalité. Il ne fut rédigé aucun 
procès-verbal de cette assemblée, et on accusa M. Jean-Charles 
Trastour, ancien notaire royal au Longeron et ancien procureur 
fiscal de Tiffauges , ainsi que le sieur Guerry, d'avoir réclamé 
contre cette inexactitude ; on présenta même une requête contre 
ce dernier au district de Montaigu , le 14 décembre de l'année 
1790 C). 

Le 11 juillet 1791, le sieur Charles Servanteau de l'Echasserie, 
dont nous avons déjà parlé, vint à Tiffauges précédé d'un tambour, 
avec trente à quarante hommes armés. Ils brisèrent à coups de 
hache les deux bancs seigneuriaux des églises paroissiales de 
Notre-Dame et de Saint-Nicolas de ladite ville, et les firent 
brûler, ainsi que le Pal public et les deux Mais des places 
Notre-Dame et Saint-Nicolas ('). 

Le 16 octobre 1791, on installa le curé de Tiffauges, le sieur 
Benestreau , qui se fit accompagner de soldats du régiment de 
Roussillon et de nationaux de Cholet. « On vient de m'annon- 
» cer qu'il y a eu du bruit hier à Tiffauges à l'instaîlation du 
» curé constitutionnel », écrivait J^.an-Victor Goupilleau à son 
frère, le 17 octobre 1791. « Je n'en connais pas les détails; au 
» premier courrier, je te marquerai si cela en vaut la peine. » 
Dans une seconde lettre du 21 octobre, il lui disait : « L'insur- 



(') René-AugusUn-Guy Guerry était sénéchal de Tiffauges lorsque la 
Révolution éclata. Ses relations de famille lui firent prendre en haine un 
état de choses qui, en fondant l'égalité, détruisait les distinctions des castes 
et supprimait les emplois privilégiés. Dès 1789 il fut signalé comme aristo- 
crate , mais il fut cependant élu maire de sa commune , mais aussi promp- 
tement remplacé. 

(2) Extrait du Journal de A. Guerry. 

(3) Ibidem, 



— 74' — 

» rection de Tiffaugcs n'a point eu de suites ; 18 à 5Î0 gardes 
» nationaux de Gholet s'y sont transportés avec quelques cava - 
» liers de Roussillon, et tout est dans l'ordre ('). » 

Le 2 avril 1792, jour de foire, des perturbateurs, voulant avoir 
des soldats à Tiiïauges , excitèrent des troubles. Le 16 , une 
soixantaine de soldats se disant volontaires nationaux y arri- 
vèrent, brisèrent les armoiries en bois sculpté du plafond de la 
nef de l'église Saint-Nicolas et celles en granit placées au portail 
de la cour du château du Gouboureau. Le 24 , ces soldats, avec 
le maire Ghupin, ceint de l'écharpe tricolore, entrèrent dans 
cette même église Saint-Nicolas, la dépouillèrent de tous ses 
ornements et emportèrent jusqu'aux battants des deux cloches , 
ainsi que les vases sacrés. Le sieur Guerry, comme ancien séné- 
chal, était nanti d'une clef du coffre de la fabrique; on ordonna 
aux soldats d'aller la lui demander ; ce fut sa femme qui la leur 
donna. On fouilla alors le coffre des archives de la fabrique, on 
emporta les papiers, les Uvres et 900 livres en argent qui y étaient 
déposés ; plus, 200 hvres destinées à fonder, d'après l'autorisa- 
tion du département, un atelier de charité (=*). 

Le 15 juillet, les patriotes de Tiffauges, ayant appelé à eux ceux 
de Gugand, du Longeron et de la Bruffière, à la tête desquels 
était le sieur de l'Echasserie, plantèrent sur la place un arbre de 
la liberté. Le 30 du même mois, ces mômes patriotes, armés et 
tambour battant, se rendirent à l'Echasserie, prendre le sieur 
Servanteau pour les accompagner l\ la Bruffière, où se rendirent 
ceux de Mortagne, de Gholet et d'ailleurs. Ils y plantèrent un 
arbre de la liberté, maltraitèrent quelques personnes ; on assure 
même qu'ils voulaient en tuer quelques-unes, lorsqu'un nommé 



(') Jean-Viclor Goupilleau, commissaire national du roi près le tribunal 
(In district de Montaigii, était le frère d'Armand Goupilleau , qui avait été 
membre de rAssembiée nationale constituante, faisant suite aux Etats 
généraux. Jean-Victor s'expatria dans la suites il alla se fixer à Auxerre, oii 
ses descendants existent encore aujourd'hui. 

(2) Extrait du Journal de Guerry. 



- 75 - 

Bélorde, commandant la garde nationale de Clisson, les en 
empêcha. 

Le 25 août, deux patriotes de ïiffauges, Rigaudeau et Guiliou, 
sortirent de cette localité se rendant à Gholet au club, dénoncer 
les châteaux d'Asson, du Couboureau et de l'Andebaudière. Le 
29, des nationaux, casernes à Torfou, se rendirent au nombre de 
sept à huit au château du Couboureau, et s'y firent servir à boire 
et à manger. 

Le 26 août, il se tint à Tiffauges une assemblée primaire pour 
l'élection des députés : plusieurs factieux s'y rendirent en armes 
et tirèrent même des coups de fusil pour empêcher d'en appro- 
cher ceux qu'ils ne désiraient point y voir ; aussi ne vinrent que 
ceux qui voulaient être nommés électeurs. Ce furent Chupin , 
Rigaudeau et Peroteau, qui allèrent ensuite à la Châtaigneraie 
nommer les députés. 

Le lundi 10 septembre, 40 à 50 nationaux de Cholet, avec 
deux canons, passèrent à Tiffauges, se rendant à la Rruffière, où 
une troupe de Mortagne , qui passa également à Tiffauges , ainsi 
qu'une autre des Herbiers furent les rejoindre. En s'en allant, ces 
nationaux de Cholet, s'arrêtèrent à la métairie du Bois-Potêt, 
chez un nommé Loiseau, ils lui mirent la baïonnette sur la poi- 
trine, insistant qu'il leur fît connaître où étaient les fusils, qu'ils 
prirent et emportèrent. Ils entrèrent chez un nommé Validon, à 
la Morinière, attachèrent ses trois filles ensemble et les emmenè- 
rent assez loin, en leur disant que si elles ne criaient pas Vive la 
Nation! ils les conduiraient avec leur frère prêtre dans les pri- 
sons de Nantes ; déconcertés par leur fermeté et leur obstination 
à ne point crier: Eh bien! criez vive quelque chose ! leur dirent- 
ils. Alors, elles répétèrent : Vive Jésus! Vive sa croix! Vive sa 
charité suprême ! Ils fouillèrent ensuite toute la maison de leur 
père, et ayant trouvé des lettres du frère prêtre détenu h 
Nantes, ils les emportèrent. 

A la Rruffière, ils allèrent à la cure, prirent toutes les volailles 
de la basse-cour, et volèrent les confitures et le vin de M™'^ Fou- 
ché, sœur de l'ancien curé David, et en firent autant dans d'au- 



— Vô- 
tres maisons. Deux fois, ils envoyèrent clierclier M. de l'Echas- 
serio, qui ne voulait pas aller avec eux, mais qui, cependant, 
finit par s'y rendre. Ils lui firent les plus durs reproches. « Com- 
» ment, lui dirent-ils, vous avez écrit, comme maire, que toute 
» la Bruffière était en combustion, que votre château était la 
» proie des flammes : vous nous avez envoyé la nuit dernièro 
» courrier sur courrier h Cholet, h Mortagne, aux Herbiers, pour 
» prévenir le désordre, et nous n'avons pas trouvé de quoi 
» fouetter un chat,- tout est aussi tranquille qu'on peut le dési- 
» rer, et, au bout de tout cela, rendus ici, nous ne vous y voyons 
» pas, nous n'avons pas trouvé de quoi boire et manger! quel 
» homme êtes -vous donc? Il faut payer cela. » On assure, en 
effet, qu'ils lui firent payer les frais du voyage. M. Benjamin 
Fillon prétend que ce passage du Journal de Guerry, est un 
indigne mensonge; que Servanteau avait non -seulement été me- 
nacé, mais que l'enquête faite à ce sujet prouve qu'on s'était livré 
à des voies de fait sur sa personne , et que Guerry fut même 
accusé d'être l'un des instigateurs. Il nous est difficile de donner 
notre avis dans cette circonstance, nous nous bornons simple- 
ment ù relater les faits. 

Après cette échauffourée, les troupes de Cholet et de Mortagne 
vinrent coucher à Tiffauges le soir du même jour. On vola, dans 
le mois d'octobre, une grande partie des vases de l'église Notre- 
Dame, au nombre desquels étaient ceux qu'on avait retirés de 
l'église Saint -Nicolas. On prétendit même que ce vol avait été 
commis par la municipalité, pour les faire porter au district et de 
là à la fonte. 

Le 25 novembre, il fallut renouveler la municipalité de Tif- 
fauges, qui s'était composée à son gré. A l'ouverture de la séance, 
Guillon, secrétaire de l'ancienne, observa qu'il fallait faire le ser- 
ment civique. Les citoyens répondirent qu'ils l'avaient déjà prêté 
plusieurs fois, et en dernier lieu, il y avait huit jours îi peine dans 
l'assemblée du canton, pour l'élection du juge de paix, et l'on 
convint unanimement que c'était inutile. On procéda de suite au 
scrutin, et comme le résultat était écrit sur le registre de l'an- 



- 77 — 

cienne municipalité, qui craignait sans doute qu'il eût été vu, les 
nommés Guillou et Rigaudeau arrachèrent ces registres des mains 
du secrétaire, et passèrent la nuit à rédiger un mémoire dans lequel 
ils inscrivirent , dit-on , mille invectives, particulièrement contre 
Guerry. Ils demandèrent l'annulalion des nominations, parce 
qu'on n'avait pas prêté le serment civique, ce qui leur fut accordé 
sans difficulté parle département. 

Ces élections ayant été annulées, il fut ordonné alors qu'il en 
serait créé une nouvelle à laquelle assisterait, comme commissaire, 
M. Goupilleau, qui avait été clerc du contrôleur des aides de 
Montaigu (*). Il vint à Tiffauges le dimanche 10 mars 1793, avec 
ses patentes. Tous les habitants s'y trouvèrent, décidés à persé- 
vérer dans les choix déjà faits , et nommèrent les mêmes indi- 
vidus. Mais avant de procéder à l'élection, le sieur Guillou apporta 
un décret, dont les dispositions assez obscures, paraissaient 
exiger que « les jurés en jugement » se fussent fait inscrire au- 
paravant. Gette loi, inconnue aux citoyens, les surprit fort, mais 
ils durent en passer par là. Cette affaire fit beaucoup de bruit, et 
il fut reconnu d'une manière évidente que Guerry et Guignard 
son ami avaient été les meneurs de la cabale, qui élut une muni- 
cipalité royaliste ; mais le lendemain 11 mars, le district annula 
cette délibération {^). 

Dès le 11 mars, dans les paroisses des Marches, le peuple se 
coalisa, il travailla toute la nuit à accroître son nombre, et le 
lendemain 12, ils se trouvèrent environ 7 à 800, assemblés avec 
des fusils, des fourches de fer, des faux emmanchées à l'envers, 
des bâtons, des broches, etc. 

Les municipaux de Tiffauges, qui avaient eu quelque avis de ce 
soulèvement, avaient envoyé à Gholet demander des secours. 
On leur répondit qu'on en avait besoin pour la ville ; qu'une cin- 
quantaine de dragons se trouvaient à Montfeucon « pour le tirage 

(*) 11 y a évidemment une erreur commise dans ce journal de Guerry; 
M. Goupilleau ne fut jamais clerc de contrôleur des aides, il avait été avant 
la révolution, sénéchal de Rocheservière. 

(') Journal de A. Guerry. 



- 78 " 

au sort », qu'on pouvait réclamer leur assistance pour le secours 
de Tiffauges. On alla vers ceux-ci, qui, informés du soulèvement 
général, retournèrent à Gholet. Les municipaux de Tiffauges, 
peu contents de ce refus, envoyèrent aux Herbiers, d'où la 
môme réponse leur fut rapportée; ils obtinrent enfin 24 hommes 
de Blortagne. 

Le matin du 12, Guillou, maire, revêtu de son écharpe, allait 
et venait par la ville, en criant : Citoyens^ aux armes ! la ville est 
en danger! les brigands doivent venir la piller dans ce jour! et 
il entrait dans chaque maison pour solliciter à prendre les armes. 

Il entra chez BL Guerry, criant comme un fou : Citoyen 
Guerry, aux armes, aux armes ! il le demanda à sa femme, qui 
lui répondit qu'il était sorti dès le malin, suivant son habitude. 
Il ajouta alors qu'elle répondrait de lui, car il était sûrement à 
la tête des brigands qui venaient brûler la ville. Madame, dit-il, 
où sont les armes qu'il a déclarées? W^^ Guerry lui répondit: 
Vous rendez bien peu de justice à mon 7nari ; voilà son fusil et 
son épée. Guillou prit le fusil, Auvinet et Gélot prirent les autres 
armes , qu'ils emportèrent. 

On faisait monter la garde au haut d'un jardin ayant vue sur 
le pont du ruisseau de la Crûme, sur le chemin de Montaigu 
et de la Bruffière. Les gens de la campagne arrivaient assez len- 
tement, les uns après les autres, par cette route. Guerry, dans 
son journal, raconte qu'il voyait leur arrivée de sa chambre, et 
que les habitants de Tiffauges étaient en face de l'armée campa- 
gnarde au bas de son jardin, descendant au pont. Le sieur Douet, 
commandant la troupe de Mortagne, qui était en tête de celle de 
la ville, cria aux campagnards: Messieurs, nous sommes tous 
Français et amis, ne nous ballons point, mettons bas les armes et 
embrassons-nous. En effet, la partie n'était pas égale; car sa 
troupe n'était que de 40 personnes, parce que la plupart des plus 
enragés de Tiff;mgcs s'étaient enfuis. On mit de part et d'autre 
bas les armes, et l'on s'embrassa. Les gens de Tiffauges restèrent 
en ville, et les campagnards restèrent dans leurs positions près 
d'une heure, sans remuer. Le fils d'un sacristain, nommé Louis 



- 79 - 

Guérin, les voyant comme « des termes » , alla se mettre à leur tête, 
et les fit entrer en ville, où ils se saisirent du commandant de 
Mortagne, et de vingt-trois des siens, qu'ils mirent en prison 
avec deux patriotes de Tiffauges, les seuls qu'ils purent attraper. 
Ils allèrent ensuite boire et manger, entrant de préférence chez 
les patriotes ; puis ils se saisirent de leurs prisonniers et les 
emmenèrent avec eux. 

Le surlendemain, 14 mars, on donna à Guerry le commande- 
ment de la ville-de Tiffauges et des troupes, et le sieur Guignard 
fut nommé sous-commandant. Guerry, investi du commandement, 
fit dire une messe basse dans l'église Notre-Dame, ù laquelle 
assistèrent plus de cinq à six cents hommes, qui avaient couché 
en ville. En sortant de la messe, il lit abattre l'arbre de la liberté 
aux cris de Vive le Boi! Cet arbre, peint aux trois couleurs, avait, 
dit-on, plus de cinquante pieds de haut. 

La majeure partie des patriotes de Tiffauges se trouvait 
dans des prisons malsaines. Après une décision du comité dont 
Guerry était le président, plusieurs donnèrent des cautions de 
leur bonne conduite, ce qui fit qu'on les relâcha et les empri- 
sonna chez eux, mais ils devaient se présenter deux fois par jour 
au comité. On décida, en outre, que le lieu des séances du comité 
serait dans la maison de M. Trastour, qui accepta la propo- 
sition. 

Le 20 mars, le camp situé à deux heues de Nantes, sur le che- 
min de Clisson, fît demander deux canons au comité de Tiffauges, 
qui les lui envoya aussitôt. Ce camp fut mis en totale déroute par 
400 ou 500 Nantais. Commandant et officiers ne s'y trouvaient 
pas; seul, un chirurgien de Tiffauges en tenait lieu (*). 

(1) Tous ces détails sont dans le Journal de Guerry, qu'on sait être une 
pièce contre-révolutionnaire, mais les documents nous ont manqué pour 
pouvoir rétablir ce qui pourrait être inexact. 

(A continuer.) 



EXTRAITS 



DES 



PUOCÉS-VERBAUX DES SÉANCES. 



SÉANCE DU 13 AVRIJi 1875. 

Présidence de M. Fillers , vice-président. 

Étaiont présents: MM. Galles, Van Iseghem père, des Jamonnières, de la 
Kicollière-Teijeiro, Anizon , l'abbé Caliour, Viau, Soulhart, Thenaisie, 
Blancbard,Parenteau, l'abbé Galard, de Wismes, Verger, Seidler, Foulon- 
Blénard, Petit et Prevel. 

En l'absence de tous les secrétaires, M. Prevel est appelé à en remplir 
les fonctions. 

Suivant l'ordre du jour, M. Kerviler devait faire une communication au 
sujet d'une villa gallo-romaine récemment découverte à Clis près Guérande? 
mais arrivant de Paris, ce jour même, et ne pouvant assister à la séance, il 
a consigné dans une lettre adressée à M. Petit, qui en donne lecture, un 
grand nombre de détails intéressants qui résument les principaux traits de 
son exploration. Il s'agit d'une villa importante avec grands murs de ter- 
rasses en petit appareil située à mi-coteau entre Clis et les maisons de 
Yosquet. M. Kerviler promet d'envoyer à la Société, sur ce sujet, une note 
plus détaillée accompagnée d'un plan des principales voies romaines bien 
reconnues de la région \ cette note trouvera place au bulletin de la Société. 

M. Kerviler exprime le vœu que des fonds soient mis à sa disposition en 
temps opportun, lorsque les récoltes seront coupées, pour achever les fouilles 
nécessaires a la détermination complète de cette villa, qui était, peut-être, 
celle du chef de la garnison cantonnée à Grannona in littore Saxonico. 
Celte demande, dont le principe est accueilli avec faveur, sera reproduite à 
l'époque utile, et la Société ne manquera pas d'y faire droit en tant que ses 
ressources le lui permettront. 

1875 6 



— 82 — 

M. Parenlcau prend ensuite la parole, et avant d'entamer le sujet princi- 
pal pour lequel il s'est fait inscrire à l'ordre du jour, il donne communication 
de planches gravées pour notre bulletin représentant divers objets présentés 
par M. Leroux, de Saffré, dans une séance précédente. 

Abordant enfin sou sujet principal, il nous fait connaître que M. Balle- 
reau, architecte à Luron, a, depuis sept années environ, formé une collection 
nombreuse: 390 exemplaires ou spécimens de haches celtiques recueillies 
sur un grand nombre de points du département de la Vendée, 150 points 
peut-être. Kon point haches celtiques riches et rares par la matière dont 
elles sont faites, servant d'ornements, d'emblèmes et d'amulettes, qu'on 
trouve dans les sépultures, mais au contraire, en pierre commune et dure 
de nos régions ayant évidemment servi d'outils primitifs aux sauvages habi- 
tants de ces contrées, outils abandonnés dès que parurent les métaux. Cette 
collection nombreuse, M. Ballereau s'en déferait volontiers, mais le musée 
archéologique de IVantes peut-il en faire l'acquisition? Telle est la commu- 
nication que nous fait M. Parenteau, avec l'intention de s'éclairer à ce sujet 
près des membres de la Société, les frais de cette acquisition possible 
incombant au musée et à sa charge. 

L'ordre du jour étant épuisé quant aux questions qui y étaient inscrites, 
M. le docteur Anizon demande la parole. Il communique un dessin fait par 
notre habile collègue M. Montfort, architecte, des ruines d'un vieux moulin 
situé en la commune de Bouguenais, sur une propriété de M. Thébaud, 
ancien tailleur; puis il donne lecture de quelques pages par lui écrites, en 
rappelant l'appréciation d'un archéologue qui cite un plan cadastral du 
XVIe siècle sur lequel sont représentées de semblables tonnelles, c'est- 
à-dire des moulins de même forme, sur les bords de la Vie. Le tout en 
réponse a une communication faite précédoipmenl par M. Foulon-Ménard 
de la découverte d'une tour située près d'Escoublac, qu'il rattache a son 
système de télégraphie gallo-romaine; réponse qui combat l'opinion de 
M. Foulon, mais que nous ne détaillerons pas, ces documents devant con- 
tribuer à la confection d'un travail que se propose de nous faire M. le docteur 
Anizon. 

A la suite de la discussion qui a lieu h ce sujet, M. Foulon-Ménard donne 
à la Société connaissance d'une lettre de M. Blanchard, d'Uerbignac, notre 
collègue. 11 nous entretient d'une voie romaine très-visible sur une grande 
partie de son parcours, venant du fond de la presqu'île guérandaisc, tra- 
versant du sud au nord toute la commune de Saint-Lyphard et une partie 
de celle d'Uerbignac, et coupée auprès de ce dernier bourg par la route 
départementale n° 9, voie qui pourrait bien disparaître, si M. le préfet de la 
Loire-Inférieure autorisait le tracé demandé par la commune d'Uerbignac, 
en opposition de celui projeté par les Ponts-et-Chaussécs. Le but de la 



— 83 — 

lettre de M. Blanchard serait, surtout, avons-nous cru voir, que M. Orieux, 
agent-voyer en chef et également notre collègue, eût connaissance de ce 
projet, afin de pouvoir veiller a la conservation de cette voie, dont les spé- 
cimens deviennent malheureusement de plus en plus rares dans nos 
contrées. 
L'ordre du jour épuisé, la séance est levée a 9 heures 1/4. 

Pour le secrétaire absent, 

Le bibliothécaire-archiviste , 
L. Prevel. 



Séance du 4 mai 1875. 
Présidence de M. Marionneau, président. 

Présents : MM. Marionneau, Prevel, de la INicollière-Teijeiro, Soulard, 
Maître, de Wismes, Parenteau, Blanchard, Baugé, Huelte, Merland, Dutertre 
de la Coudre, Lemeignen. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. le président a reçu pour la Société et dépose sur le bureau les ouvrages 
suivants : 

l" Revue des Sociétés savantes des déitartements, publiée sous les aus- 
pices du ministère de l'Instruction publique, — 5" série, tom. VII, mai- 
juin 1874^ — même série, tom. VIII, juillet-août 1874. — Paris, imprimerie 
nationale. 

20 Prospectus d'un nouveau journal qui paraît depuis le 8 avril 1875 sous 
le titre : Le musée archéologique, recueil illustré des monuments de l'anti- 
quité du moyen âge et de la Renaissance^ etc., publié sous la direction de 
M. Am. de Caix de Saint-Aymour. — Paris, Ernest-Leroux, éditeur. 

3° Bulletin de la société de statistique, lettres, sciences et arts, du 
déparlement des Deux-Sèvres, n^^ de janvier, février et mars 1875. 

4" Le cimetière de Caranda et la coexistence de l'usage des instruments 
de pierre avec ceux de bronze et de fer, jusqu'à l'époque mérovingienne, 
par M. G. Millescamps. — Extrait du Bulletin de la Société d'Anthropo- 
logie de Paris. — 8 juin 1874. 

5° Bulletin de la Société des sciences de l'Yonne, année 1874. 

La parole est donnée a M. le baron de Wismes, qui a bien voulu se 
charger de rendre compte du commencement de la société archéologique 
de Bordeaux. M. de Wismes continue l'analyse déjà commencée à la séance 
précédente, du bulletin de cette société. 

Fouilles opérées dans les dolmens de Sainte-Affrique. — Il ne faudrait 



— 84 — 

pas se figurer (iiie noire Bretagne a seule le monopole de ces monuments 
(l'une civilisation disparue. On comptait, en 1841, 130 dolmens dans le dé- 
partement de l'Aveyron. On en a découvert un bien plus grand nombre 
depuis celte époque. M. Lalanne, qui a dirigé ces fouilles avec WM. Terrasse 
et Gardaillac, conclut des observations qu'il a pu faire, que ces dolmens 
n'ont point d'orientation fixe. — Dans un tumulus, ces messieurs ont décou- 
vert, chose fort rare, des squelettes et débris humains. — M. de Wismes 
fait passer sous les yeux de la société, qui l'examine avec intérêt, une planche 
représentant un tibia humain percé par une flèche h pointe de silex. 

Travail sur un tombeau chrétien du Lot-et-Garonne. — Il s'agit ici de 
la description d'un très-beau sarcophage en marbre blanc. — On fait remar- 
quer a ce sujet qu'on ne trouve ces beaux tombeaux que dans le Midi. — 
Dans nos provinces, nous ne rencontrons jamais que des sarcophages en 
pierre ou en bois dépourvus le plus ordinairement d'ornements. 

Dans un article assez original sur les ciments romains qui fait suite au 
précédent, l'auteur, après avoir analysé savamment la composition de nos 
ciments actuels en les comparant a ceux de l'époque ancienne, conclut que 
nous taisons avec science des ciments qui sont loin de valoir les ciments 
autrefois usités chez les Romains, qui les fabriquaient sans se rendre un 
compte bien exact de leur composition. — Ainsi M. Jourdain faisait jadis 
de la prose sans le savoir. — Plût au ciel, pour les archéologues "a venir, que 
nous fussions moins savants chimistes et que notre mortier eût la perfection 
de celui qu'employaient nos devanciers. 

Un silos de Saint-Quentin de Brannes. — Chacun sait que ces sortes de 
magasins imaginés par les anciens pour soustraire leurs provisions a la 
voracité des bêtes sauvages, et aussi à la convoitise non moins rapace de 
leurs congénères, sont rares. — IN'ous en trouvons des échantillons dans 
notre pays, à Bcauvoir-sur-mer et dans les environs de Guérande. — Celui 
de Saint-Quentin de Brannes a la même forme, il est creusé dans une roche 
tendre et friable, d'une nature calcaire. 

Enfin, à propos d'un article sur un Hercule en bronze, petite statuette 
découverte en 1832, appartenant aujourd'hui au musée de Bordeaux et 
d'une rare perfection, comme chacun en a pu juger par un dessin qui ac- 
compagne le travail en question, M. de Wismes nous tient longtemps sous 
le charme d'une charmante causerie sur l'antiquité et le beau dans les 
arts. 

M. Parcnteau annonce qu'il a fait l'acquisition pour le musée et au prix 
de 400 francs d'une collection importante de haches celtiques appartenant 
à M. Ballcreau, La société ne peut être insensible à l'accroissement des 
richesses du musée d'archéologie et en prend occasion de remercier une 
fois de plus son toujours si zélé conservateur. 



- 85 - 

M. le président nous entretient ensuite des découvertes très-intéressantes 
qu'il a faites lui-môme dans l'église de Vertou. — Des démolitions, exigées 
par la reconstruction du chœur de celte église, ont mis à Jour des traces 
évidentes et palpables de l'incendie de la vieille église par les Kormands. 
On a trouvé parmi les décombres une grande quantité de fragments de 
briques gallo-romaines. Dans des couches moins anciennes, un tombeau a 
été découvert; un personnage y était couché. A la richesse des vêtements, 
dont certains débris pouvaient encore être disting^ués, tels que ganse en 
fil d'or, souliers, boucle en bronze, M. le président croit reconnaître quel- 
que ecclésiastique d'un rang élevé. — Du reste, et favorisé en cela par la 
bienveillance toute particulière de M. le curé de Vertou, il surveille avec 
soin les fouilles et s'engage à donner dans un travail postérieur un compte 
rendu exact de ce qu'il aura découvert. 

L'ordre du jour épuisé, la séance est levée à 9 heures 1/2. 

Pour le secrétaire général empêché : 
Le Secrétaire adjoint, 
Henri Lemeignen, avocat. 



SÉANCE DU 18 JUIN. 
Présidence de M. Marionneau. 

Etaient présents : IVIM. Petit, Merland père, Galles, Blanchard, Bremond 
d'Ars, Soulhart, de Wismes, Cahour, Ville rs, Thenaisie, Van Iseghem 
père, Lehoux, Duplessis, Dutertre et Maitre. 

M. le président dépose sur le bureau les bulletins de la société archéolo- 
gique du Vendômois, de la société de statistique des Deux-Sèvres, de la 
société des antiquaires de l'Ouest, de la société de statistique de Marseille, 
les lettres de Marie de Valois, publiées par M. Marchegay, le mémoire de 
M. Robert relatif à une médaille commémoralive du siège de Metz, en 1552, 
hommage de l'auteur, plus la Revue des sociétés savantes envoyée par le 
Ministère de l'Instruction publique. 

En annonçant cette dernière publication, M. le président fait remarquer 
qu'elle contient une analyse flatteuse des travaux de la société archéologi- 
que de Nantes et notamment une critique de M. le comte Clément de Ris 
relative aux études de M. de Kersabiec, sur la presqu'île guérandaise. A ce 
propos, M. l'abbé Cahour croit devoir s'élever contre les appréciations de 
M. Clément de Ris et demande que M. de Kersabiec soit invité à se défen- 
dre. M. Galles prend a son tour la parole pour affirmer, contrairement aux 



— 86 - 

asserlions de M. Clément de Ris, que les dolmens ont toujours été envelop- 
pés dans des tumulus et que ses contradicteurs n'ont jamais pu citer de 
preuves à l'appui de leur opinion. 

L'admission de M. de Gourcuff est mise aux voix et adoptée. 

M. Galles lit ensuite une notice dans laquelle il raconte les observations 
qu'il a faites sur la molle de Touvois et les renseignements qu'il a pu 
recueillir sur les fouilles anciennes. Il pense que ce tumulus funèbre n'a 
jamais renfermé de dolmen et cite comme spécimen analogue le tumulus 
de Barbechat. A l'appui de sa tbèse, M. Galles cite un passage de Joinville, 
duquel il ressort que les peuples de l'Asie Mineure avaient l'habitude d'en- 
sevelir leurs chefs défunts sous des éminences de terre. 

M. Marionncau, inscrit à l'ordre du jour pour une communication relative 
à une sépulture de l'église de Vcrtou, commence son récit par quelques 
considérations générales sur le style des tombeaux aux époques mérovin- 
giennes et carolingiennes. Il relate toutes les circonstances qui ont accom- 
pagné la découverte de Vertou, décrit la forme et les caractères du tombeau 
mis il jour et déclare qu'il est impossible d'y voir un monument antérieur 
au XIII" siècle. La boucle de la ceinture, le fil d'argent mêlé au tissu d'un 
morceau de ganse, lui font penser que les ossements trouvés sont ceux d'un 
personnage ecclésiastique important. 



La séance est levée à 9 heures. 



Le Secrétaire général, 
LÉON Maître. 



Séance du 6 juillet 1875. 
Présidence de M. 3Iarionncau. 

Présents : MM. Parentcau, Petit, de la Nicollière, Huette, Meynier, Vil- 
1ers, Seidler, Pot, Merland père, Thenaisie, Ilalgan, de Kersabiec, Duplessis, 
Van Iseghem père, Blanchard, Gallard, Montfort, SouUard, Anizon, Per- 
thuis. Van Iseghem fils, Gahour, des Jamonnières, et Maître. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Sont déposés sur le bureau les bulletins de la Société des Antiquaires de 
Picardie et de la Société archéologique du Finistère. 

Suivant l'ordre du jour, l'admission de M. Guyct, en qualité de membre 
résidant, est mise aux voix et adoptée. 

M. Sioc'han de Kersabiec, qui s'était fait inscrire pour répondre au juge- 
ment porté par M. Clément de Ris, sur ses études relatives à Vemporium 
de Corbilo , s'approche du bureau et donne lecture de la réplique qu'il a 



- 87 — 

rédigée. Il s'empare très-adroitemenl des propres expressions de son contra- 
dicteur et les retourne contre lui. M. Clément de Ris, qui lui reproche 
d'avoir argumenté non sur des faits et des découvertes mais sur des hypo- 
thèses, aurait dû prendre la peine d'analyser son mémoire complètement 
et de le comhattre par des raisons sérieuses au lieu de le condamner par 
un jugement non motivé. Il est trop facile de dire : Vous vous trompez et de 
se taire sur le pourquoi. Ses rares objections prouvent qu'il ne connaît pas 
la topographie de nos côtes. 

M. de Kersabiec est fier d'être en communauté d'opinion avec les an- 
ciens géographes et d'avoir conquis des adhérents parmi ses collègues. Il 
justifie ses théories en s'appuyant sur les recherches faites par MM. Ker- 
viler, Martin et Foulon, trois archéologues distingués, dont il invoque 
l'autorité et le savoir. 

M. Parenteau vient en aide aux observations de M. de Kersabiec , en 
rappelant qu'il a été trouvé a Saint-Nazaire une médaille gauloise d'un 
type phénicien. Ce témoignage, réuni à celui de l'ardoise phénicienne, dé- 
couverte dans les marais de Guérande, n'est pas sans valeur pour ceux qui 
placent Vemporium de Corbilo dans la presqu'île guérandaise. En résumé, 
l'assistance tombe d'accord pour reconnaître que M. Clément de Ris n'a pas 
rendu suffisamment justice à l'érudition de M. de Kersabiec et qu'il a traité 
trop légèrement un mémoire d'un mérite réel. 

M. de Kersabiec, après sa lecture, communique plusieurs celtœ- trouvés à 
Saint-Lyphard. 

M. Parenteau lit ensuite quelques fragments d'une brochure de M. Lukis, 
dont la traduction est due à l'obligeance de M. Seidler. Suivant l'opinion 
de cet archéologue, tous les dolmens auraient été recouverts d'un tertre 
dans leur état primitif. 

M. Parenteau annonce également a la Société qu'il a visité a Puy-Tru- 
meau (Vendée) un dolmen dont les supports étaient naturels, et demande 
que la singularité du fait soit consignée au procès-verbal. 

La séance est levée à 9 heures. 

Le Secrétaire général, 
LÉON Maître. 



Séance du 27 juillet 187.1. 

Présidence de 31. Fillers, vice-président. 

Présents : MW. Parenteau, de Wismcs, Van Iseghem père, delà TuUaie, 
Soulhart, Lemeignen, Merland père, Petit, de la INicollière, Gallard, Mont- 



— 88 - 

l'orl, Van Iscghem fils, Cabour, IluoUe, do Gourcuff, Le IIoux, Seidler et 
Maître. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Tlicnaisie étant absent, M. Parenteau lit en son nom une notice qu'il 
a rédigée sur deux tombcllcs du pays de Montrevaull, en Maine-et-Loire. 
Après avoir indiqué rapidement les premiers seigneurs et leur situation 
vis-a-vis des comtes nantais, l'auteur entre dans le détail des fouilles qui 
ont été pratiquées, par un paysan, dans la lombelle de saint Antoine, voi- 
sine de Saint-Pierre-de-Monlimart. Bien que l'entreprise n'ait été qu'ébau- 
cbée, M. Thenaisie a pu, dans la tranchée ouverte, se rendre compte de la 
marche qu'on avait suivie pour élever cet amas énorme de pierraille et 
de terre. Les gens de la contrée croient que la tombelle de saint Antoine 
renferme la sépulture d'un chef gaulois, nommé Dumnacus, qui aurait 
combattu contre César; il serait donc intéressant de rechercher jusqu'au 
bout ce qui a pu donner naissance a cette tradition. 

Dans le village du Pelit-Montrevault existe une autre tombelle, sur la- 
quelle on a bâti, au moyen âge, un château dont il reste quelques débris. 
La base se trouve située dans une grande excavation qui jadis a été faite 
pour en extraire du plomb, et tout près d'un grand souterrain, creusé dans 
le sol , qui a pu servir de chambre sépulcrale. M. Thenaisie n'a pas entendu 
dire qu'on ait rien trouvé de remarquable en cet endroit. 

M. de Wismes, suivant l'ordre du jour, a la parole pour rendre compte 
d'un voyage artistique et archéologique qu'il a fait récemment a Paris. Il 
commence par se déclarer admirateur passionné de la capitale de la 
France, qui, malgré ses détracteurs, est et restera la première ville du 
monde. Paris brille par tous les côtés qui frappent chez les autres peuples 
et pour les hommes de goût, il renferme des richesses artistiques qu'on 
chercherait vainement ailleurs; ses expositions permanentes d'objets d'art 
n'ont pas d'égales dans les autres pays du globe. 

Parmi les collections qui doivent intéresser ses auditeurs, B[. de Wismes 
cite le musée Carnavalet et le musée Lenoir. 

Le premier, situé dans le vieux (piartier du Marais, près la place Royale, 
occupe un hôtel construit par Jean Gougcon et augmenté par Mansard. 
Ses trois étages sont remplis d'objets de tous les âges, depuis l'époque 
préhistorique jusqu'au XIX« sic'cle. Pour les temps les plus reculés, c'est 
bien un musée parisien \ mais quand on arrive au Vl" siècle, l'œil ren- 
contre des curiosités appartenant à toutes les régions. Les spécimens les 
plus rares de la ferronnerie, du mobilier, de la vaisselle, des bijoux du 
moyen âge et de la Renaissance, et des temps plus modernes, y sont rassem- 
blés et classés ici dans un ordre parfait. La ville de Paris a réuni égale- 
ment les esquisses de toutes les commandes en peinture qu'elle a faites. 



- 89 - 

Ce sont de jolies réductions des tableaux qu'on voit dans les monuments de 
la capitale. 

Le musée Lenoir, qui est placé dans l'une des salles du Louvre, a été 
formé par les soins du dernier propriétaire du café de Foix, si célèbre aux 
galeries du Palais-Royal. C'est une splendide collection de bijoux, de taba- 
tières, de drageoirs, de bonbonnières et de miniatures, qui appartiennent a 
l'art du XVIIl" siècle en majorité. L'époque de la Renaissance cependant y 
est représentée par quelques objets. 

Après avoir passé en revue les principaux peintres en miniature, M. de 
Wismes s'arrête quelques instants sur l'exposition des œuvres de Corot, et 
résume, en quelques mots rapides, les impressions qu'il a ressenties en 
visitant le salon, et termine par quelques renseignements sur les ventes 
célèbres qui ont eu lieu pendant son séjour à Paris. Son récit, abondant, 
coloré, plein de traits originaux, soutenu par une science inépuisable , a 
captivé l'attention des assistants pendant plus d'une heure. 

La séance est levée à 9 heures. 

Le Secrétaire général , 
LÉON Maître. 



DOCUMENTS IXfÊDITS 



INSURRECTION DE SAINT-DOMINGUE 



1793 — 



Quatre pages t journal du lieutenant k nm le CHARLES, de Nantes. 



Le hasard a fait retrouver, sous les débris d'une malle pou- 
dreuse et vermoulue, perdue aux greniers, parmi ce que les 
commissaires-priseurs appellent les fatras^ jetés 

Dans les angles obscurs que les vieux recoins font, 

le journal de bord d'un officier de la marine marchande, du port 
de Nantes, présent à Saint-Domingue en 1793. 

Au milieu des observations nautiques scrupuleusement consi- 
gnées chaque jour, cet officier a mentionné les incidents dont il 
fut témoin et auxquels il prit part, dans une certaine mesure, 
pendant les mois d'avril et de juin 1793. Peut-être n'en existe-t-il 
pas d'autre relation, et quelque futur historien des troubles de 
Saint-Domingue trouvera-t~il dans ces notes, simplement écrites 
au courant de la plume, une remarque utile, une rectification, 
une donnée qu'il ne rencontrerait pas ailleurs. 

Chacun sait combien l'insurrection de Saint-Domingue fut 
fatale au commerce de Nantes. Dans cette île, en effet, se trou- 
vaient les principaux comptoirs de notre place, et les nombreux 
navires qu'elle expédiait alors étaient presque tous à destination 
du Cap-Français. Aussi, le commerce nantais, à son apogée au 



— 92 — 

siècle dernier, n'a-t-il fait que décroître, depuis la ruine de la 
colonie, sans qu'il soit possible de prévoir où il s'arrêtera dans 
cette voie malheureuse. 

Le décret de l'Assemblée nationale du 15 mai 1791, en admet- 
tant les gens de couleur h jouir des mômes droits que les colons, 
fit courir tous les mulâtres aux armes, pour entrer en possession 
de ces privilèges. Les nègres de plusieurs habitations se révoltè- 
rent, et se répandirent, comme des cannibales, dans les environs 
du Cap, brûlant les maisons, égorgeant les planteurs et leurs 
familles, s'abandonnant aux plus épouvantables excès. Le gou- 
verneur, après avoir réuni pour lutter, le peu d'hommes que lui 
offrait la colonie, dut céder devant le nombre. Le sang alors coula 
par torrents, et plus de 12,000 personnes furent massacrées en 
peu de jours. 

Les Nantais éprouvèrent une profonde douleur, à la nouvelle 
de ces horribles catastrophes, et expédièrent de nombreux 
secours en armes, vêtements, vivres, etc. Le gouvernement 
envoya des troupes, et en 179^2 nomma les commissaires Pol- 
verel et Sonthonax, qui, à peine arrivés à Saint-Domingue, à la 
suite d'un conflit d'autorité avec le général Galbaud, devinrent 
la cause de nouveaux massacres. C'est à cette dernière phase 
que se rapportent les faits inscrits sur les pages du journal de 
M. de la INicoUière. 

Le navire le Charles, armateur Le Monnier, capitaine Moisan 
aîné, monté de 19 hommes d'équipage et armé de deux canons, 
appareilla de Blindin, le 24 novembre 1792, pour Jérémie, où il 
arrivait le 4 janvier 1793. Le 2 avril, il quittait son mouillage pour 
la rade de Port-au-Prince, et y jelait l'ancre le 6, non loin du 
vaisseau X America, et de la frégate la Fine, dont le commandant 
fit venir le capitaine Moisan, auquel il défendit d'aller à terre ainsi 
qu'à tout son équipage (*). 



(•) 'V America fui pris par les Anglais, au combat du 13 prairial \ la Fine 
se perdit sur les côtes d'Amérique. 



— 93 — 

Du lundi 8 au mardi 9 avril 1793. 

« Les bâtiments de la rade se sont halles plus au large. Plusieurs 
fois nous avons fait des représentations pour aller à terre, il ne 
nous a pas été possible d'y descendre. 

« Le 9, le vaisseau a levé ses ancres, et est allé s'embosser par 
le travers du fort Saint-Clair. La Fine et la Capricieuse se sont 
embossées à l'entrée du port. Le vaisseau ayant hissé pavillon 
rouge ù son mât d'artimon, tous les navires du port sont venus 
mouiller en grande rade. 

12 avril. 

« Le vaisseau ainsi que les frégates commencèrent le feu sur 
la ville, à 9 heures 1/2 du matin ; les forts de terre ont riposté 
vigoureusement. A dix heures, les frégates cessèrent le feu, et 
envoyèrent leurs embarcations à bord du vaisseau. Celles-ci reve- 
nues, le bombardement a repris- Les forts lançaient aussi des 
bombes ; le vaisseau interrompit son tir à 4 heures 1/2, les coups 
de canons se sont ralentis de part et d'autre pour cesser à 
5 heures 'J/2. * 

« A six heures, l'armée commandée par M. la Salle, composée 
d'environ douze cents hommes blancs et mulâtres, s'est présen- 
tée sur le chemin de la Croix-des-Bouquets et a tiré sur la ville, 
qui lui répondit par une douzaine de boulets. L'armée s'est retirée 
sur l'habitation Bioton, et le reste de la journée s'est passé sans 
aucun bruit. 

« Le surlendemain 14, au soleil levant, les armées de terre ont 
engagé le combat, qui a duré jusqu'il neuf heures. Ace moment 
un accord fut conclu, les commissaires civils descendirent à 
terre, et les armées entrèrent dans le Port-au-Prince. 

« Les bâtiments marchands, invités à tirer pour saluer l'entrée 
des commissaires civils, reçurent l'ordre de revenir dans le port. 

« Le vaisseau et les frégates ont été atteints par plusieurs 
boulets. Le feu prit même à bord du premier, ce qui pendant un 



— 94 — 

peu de temps nuisit h son artillerie, mais il a été bientôt éteint. 
Les forts tiraient à boulets rouges. 

« Au fort Saint-Clair, une bombe, en éclatant au sortir du 
mortier, a tué plusieurs hommes. Les boulets de la rade ont 
fait beaucoup de dégâts à terre dans différents quartiers et tué 
une vingtaine de personnes, blancs et nègres. Le vaisseau a tiré 
1,800 coups, les frégates 1,200 chacune. 

« Le 15, le vaisseau VEole, monté par le contre-amiral de 
Sercey, mouilla au Port-au-Prince. Les commissaires civils firent 
arrêter beaucoup de personnes, embarquées ensuite à bord du 
Sainl-Ronorêj, de Nantes, capitaine Turbé. 

« Le 2 mai, le Charles, faisant partie d'un convoi escorté par 
ïEole, les frégates la Fine, ['Inconstante, la Précieuse, la Favo- 
rite, la flûte la Normande et le brick le Cerf, mit à la voile pour 
le Cap-Français, sur la rade duquel il mouilla le 9. 

« Les commissaires civils Polverel et Sonthonax sont arrivés 
au Cap le 9 juin 1793, et y trouvèrent M. Galbaud-Dufort , 
général, envoyé de France à Saint-Domingue. Ne pouvant s'en- 
tendre avec lui, ils l'ont cassé et embarqué avec sa famille sur la 
gabarre la Normande, prétendant qu'il ne pouvait être général à 
Saint-Domingue, où il avait des propriétés, ce qui, disaient-ils, 
était contraire aux décrets de l'Assemblée nationale. 

« Les vaisseaux, le Jupiter, commandant M. de Cambis, YEole, 
V America, quatre frégates, la flûte la Normande, la corvette la 
Favorite, étaient en rade du Cap. Souvent les matelots se querel- 
laient et se battaient avec les mulâtres ou les nègres, qui les pro- 
voquaient et les insultaient tous les jours. M. de Cambis défendit 
aux marins de sortir des cales, et enjoignit d'envoyer un officier 
dans chaque embarcation expédiée à terre. 

« Le 19, plusieurs officiers de l'Etat et du commerce étant 
réunis devant le café de la Nation, sept ou huit mulâtres armés 
passent au milieu d'eux, les poussant et coudoyant avec menace 
de leur brûler la cervelle. Une heure après, revenus en plus grand 
nombre, ils ont grièvement blessé un habitant d'un coup de 
sabre, et frappé à coups de bâton des matelots, dont deux ont été 
tués vers la rue de Saint-Pierre. 



- 95 — 

« Le 20, au matin, défense de communiquer avec la terre; 
M. Galbaud s'entendit avec les équipages des vaisseaux et fréga- 
tes afm d'enlever les commissaires, de les embarquer et de les 
expédier aussitôt pour France (*). 

« A midi 1/2 flamme d'ordre 'i bord du commandant, où l'on 
nous fit part de ce projet, et d'une lettre dans laquelle M. Gal- 
baud nous engageait à nous rendre, avec des armes, à bord du 
Jupiter^ pour descendre à terre quand le pavillon rouge serait 
hissé. Les vaisseaux étant embossés pour canonner la ville et de 
nombreuses embarcations sillonnant la rade. 

« A 4 heures, nous descendîmes à terre dans des acons (') et 
des chaloupes bien armés, M. Galbaud à notre tête. Nos marins 
ont entouré l'arsenal, gardé par des mulâtres, et se sont rendus 
de suite au gouvernement, essuyant des coups de fusils que les 
habitants liraient par les fenêtres. 

« Craignant cette attaque, les commissaires civils avaient fait 
ranger autour du gouvernement les dragons d'Orléans, les nègres 
et les mulâtres. L'engagement a été très-vif de part et d'autre. 
Les commissaires, après avoir élargi les nègres prisonniers, 
mesure impardonnable qui eut les conséquences les plus désas- 

(') Il s'agit ici de François-Tliomas Galbaud -Dufort, né à Nantes le 
25 septembre 1743, fils aîné de François-Philippe Galbaud-Dufort, con- 
seiller-maître à la cour des Comptes de Bretagne, et de dame Agnès du 
Breuil, son épouse, qui eurent de leur union quatre fils et six filles. 

Elève de l'école d'artillerie en 1760 \ — lieutenant en 1762 ^ — capitaine 
en 1772 5 — lieutenant-colonel en 1791^ —maréchal de camp en 1792 
(dernière promotion faite par le roi Louis XVI) ; — commandant de Ver- 
dun en 1792, sous les ordres de Dumouriez, M. Galbaud-Dufort prit part à 
la campagne de celte époque. Au commencement de l'année 1793, il fut 
nommé gouverneur de Saint-Domingue et mis à la tête d'une expédition 
ayant pour objet de faire rentrer la colonie sous la domination française. II 
échoua dans cette entreprise, comme plus tard le général Leclerc. 

Revenu en France en 1794, mis en non-activité et envoyé en Egypte 
en 1800, avec son grade de général de brigade par le premier consul, 
M. Dufort mourut de la peste au Caire, en 1801 ou 1802. 

Nous devons a l'obligeance de l'honorable général Mellinet ces rensei- 
gnements sur les deux frères Galbaud-Dufort. 

(-) Acons, sorte de chalans ou allèges, en usage aux colonies. 



— 96 - 

Ireuses, les avaient armi'îs pour leur défense ; le frère de M. Gal- 
baud ayant été pris, nos marins durent se retirer, en conduisant 
leurs prisonniers, dragons et mulâtres à bord des vaisseaux ('). Les 
mulâtres escortèrent alors les commissaires au haut du Gap. Les 



(1) Jcan-Baplisle-Rcné-Cësar Galbaud-Dufort , frère du précédent, naquit 
à Kanles, le 24 juin 1751. Aspirant de marine en 1766 ; — élève d'artillerie 
en 1768 5 — lieutenant en 1772 ^ — capitaine en 1784 ^ — adjudant-général 
en 1792, sous les ordres de son frère aîné à Saint-Domingue ; — replacé 
commv; chef de bataillon dans l'artillerie ; — mort colonel à Gênes en 1805. 

M. Galbaud-Dufort, tombé aux mains des commissaires, au lieu de reve- 
nir en France, fut jeté dans un cachot et subit pendant plus de deux ans 
une rude captivité. A la On de cette pénible détention, il parvint à faire 
remettre à M. Desagenaux, capitaine de frégate, officier distingué et des 
plus recommandablcs, une lettre par laquelle il l'informait de son malheu- 
reux sort. 

Ce dernier, désireux de soustraire un compatriote a la triste destinée qui 
l'attendait, se fit autoriser par le ministre a ramener M. Galbaud-Dufort, 
qui débarqua à Bordeaux au moment oh Polverel et Sonthonax retournaient 
au Cap, et échappa ainsi à une mort presque certaine. 

Voici la lettre écrite par M. Galbaud au commandant Desagenaux, et que 
son fils, chef du bureau de la comptabilité et du contentieux a la mairie, a 
bien voulu nous communiquer, ainsi que l'ordre d'embarquement. 

. Au Cap, le 22 mars 1795, l'an 3' D. L. R. 

« Citoyen, 

« Quoique je n'aie pas l'honneur d'être connu de vous, je suis Français. 
A ce titre, j'ai recours à vous pour me soustraire h l'oppression sous 
laquelle je gémis depuis près de vingt-deux mois. Les lois de noire com- 
mune patrie no permettent pas la barbarie que l'on exerce contre moi 
depuis l'instant de ma captivité. On m'a tenu attaché a une barre de fer 
pendant quatorze mois. De ces quatorze mois, j'en ai passé sept couché 
sur le pavé, dans un cachot malsain, croupissant dans la plus dégoûtante 
malpropreté, sans avoir une chemise a changer, parce que je ne pouvais 
recevoir aucun secours du dehors et que toute communication avec les 
hommes m'est absolument interdite. Je n'ai eu pour nourriture que du pain 
et de l'eau, à l'exception de ce que le geôlier m'a fourni, en me faisant 
payer les comestibles quatre fois au-dessus de leur valeur. Il ne s'est pas 
passé un seul jour, pendant tout ce temps-là, que je n'aie été insulté et 
outragé par des injures atroces, soit de la part du geôlier qui a précédé 
celui-ci, soit de la part des nègres. Le peu d'argent que j'avais pour ma 
nourriture a bientôt été dissipé, quoique je n'en aie fait usage que pour 
mon exact nécessaire, Depuis ce temps, je reçois des secours d'une dame 



— 97 — 

détenus embarquéssur le 6'G!iwf-i/o?2o/vi furent relâchés et prirent 
les armes avec nous. 

« Le 21 juin, au malin, les femmes et les enfants se sauvaient 
(le tous côtés dans les mornes ou îi bord des bâtiments. 



bienfaisante et de l'écrivain de la geôle, homme que ma reconnaissance 
m'oblige à regarder comme un dieu tutélaire. Mais je suis privé de toute 
communication avec cet honnête homme, quoiqu'il demeure à la geôle. 
Enfin il m'est interdit d'écrire à mes parents pour en obtenir des secours. 
Je suis marié, père de famille, et je n'ai pas la liberté d'écrire à mon 
épouse ! 11 y a plus -. le citoyen Laveaux est venu au Gap vers le mois de 
novembre de l'année dernière. J'étais aux fers ^ il m'a fallu huit jours 
entiers de sollicitations pour obtenir du geôlier qu'il me laissât rédiger une 
pétition pour être tiré des fers. Cliose étrange pour un Français, que l'on 
puisse interdire a un citoyen le droit de pétition ! Enfin le douze novembre, 
Laveaux m'a fait sortir des fers ;mais il a recommandé au geôlier que l'on 
me gardât toujours au secret, sans me laisser parler à personne, et il lui a 
expressément recommandé de ne point souffrir que je fasse aucun usage de 
l'écriture, de sorte que depuis vingt-deux mois on me prive de tous mes 
droits de citoyen, sans que la nécessité de s'assurer de ma personne puisse 
justifier celte sévérité. Car si malgré les précautions de Laveaux je parle à 
(juelqu'un, que sert de m'empècher d'écrire ? Et si l'objet de ses précau- 
tions est rempli, comme cela n'est malheureusement que trop vrai, c'est- 
ù-dirc, si je ne puis communiquer avec aucun de mes semblables, à quoi 
sert de m'interdire l'usage de l'écriture ? IS'est-ce pas visiblement pour 
m'ôter la seule ressource que l'étude et la méditation peuvent me fournir 
pour alléger mon infortune? Voila comme je suis traité, moi citoyen fran- 
çais, après quarante-cinq ans d'honneur et de probité, sans avoir été jugé, 
sans qu'il soit encore bien reconnu que j'aie commis un véritable crime. 

« Quel est-il ce crime qu'on me reproche ? C'est de n'avoir pas fléchi et 
rampé avec bassesse devant les commissaires civils ^ c'est d'avoir haute- 
ment blâmé la manière despotique dont ils gouvernaient la colonie ^ c'est 
d'avoir enfin conservé la dignité d'homme libre. Ils ne purent souffrir un 
citoyen assez audacieux pour examiner leur conduite tyranniipie. Je ne 
m'étais expliqué sur leur compte qu'en termes généraux et modérés ^ mais 
la tyrannie s'effarouche de tout : je n'ai jamais parlé d'eux que téte-à-tête 
avec deux personnes que j'ai su depuis être deux de leurs espions; je n'ai 
point parlé dans les cafés, dans les lieux publics, où je n'ai jamais mis le 
pied au Cap ; je n'ai point harangué la multitude ! Borné aux devoirs de 
ma place d'adjudant-général, je les ai remplis avec vigilance, exactitude, 
avec le zèle qu'inspire l'amour de la patrie. 

« Ayant été arrêté comme un criminel , et conduit à bord de la 
Normande pour êlrc traduit h la Convention nationale, sans avoir été 

1875 7 



- 98 - 

« A 9 heures, nos marins ont encore tenté de s'emparer du 
gouvernement. Ils ont été repoussés très-vivemeni, obligés d'tihan- 
donner leurs pièces de canon, et de se réfugier à l'arsenal, perdant 
beaucoup de monde. Le capitaine de la Concorde s'empara de la 



entendu , sans même que les commissaires civils articulassent contre 
moi aucun genre de reproche ni de délit, je me suis regardé comme 
opprimé injustement, comme banni de mon patrimoine sans juge- 
ment (je suis propriétaire-colon); j'ai usé de mon droit de résistance à 
l'oppression ; la fortune ne m'a point favorisé et je suis tombé au pouvoir 
des commissaires civils. Si j'avais réussi, j'ose croire que j'aurais bien 
mérité de la patrie; j'aurais empêché les commissaires civils de faire 
brûler la ville du Cap, de réduire a la mendicité cinquante mille familles 
de citoyens français ; j'aurais conservé à la métropole un commerce im- 
mense, produisant une circulation annuelle de près de cent millions, circula- 
lion qui contribuait à la prospérité de la France et fournissait à deux 
millions d'individus au moins les ressources nécessaires au soutien de leur 
famille, en favorisant tous les genres utiles d'industrie... Je le répète sans 
crainte, j'aurais bien mérité de ma patrie. 

« Mais je me suppose coupable : est-ce une raison pour que l'on me prive 
du bénéfice et de la protection de la loi avant mon jugement ? Tout homme 
accusé ne doit-il pas être présumé innocent jusqu'à sa sentence ? La société 
permet-elle de le traiter avec barbarie, de le soustraire pendant deux 
années à la vue de tous les hommes ? de lui ôter tous moyens de pourvoir 
à ses besoins, à ses intérêts, aux affaires de sa famille ? L'accusé en un mot 
doit-il souffrir, jusqu'à son jugement, d'autre peine que la simple déten- 
tion? INe lui est-il donc plus permis d'exercer ceux de ses droits naturels 
reconnus par la déclaration des droits de l'homme, qui ne sont pas incom- 
patibles avec la privation de sa liberté individuelle ? 

« Lavcaux, qui n'a point eu honte de ramper devant les commissaires 
civils, ne manquera pas de dire qu'il a été forcé a cette sévérité parce que 
mes écrits occasionnaient du trouble. Mais si cela est vrai, il faut le 
prouver. Il ne lui suffit pas d'articuler une accusation sans preuves; quand 
cette preuve sera acquise, je dois être puni ; mais il faut que cette punition 
soit la suite d'un jugement, et non pas de sa volonté capricieuse et tyran- 
nique. Les délits commis par la voie de l'écriture ne peuvent être rangés 
dans la classe des simples délits de police. Et quand même cela serait, il 
n'y a aucun jugement de police q\ii puisse inlliger une punition dont la 
durée est indéfinie. Enfin si je suis coupable, cela ne dispense point 
Laveaux, le principal agent des commissaires civils, de suivre les formes de 
la loi. Le prétexte du bien public est l'arme la plus dangereuse de la 
tyrannie; il ne sert (ju'à introduire l'espionnage et la délation, a se venger^ 
à persécuter ceux qui font ombrage au tyran et qui sont ordinairement les 



— 99 — 

poudrière placée sur un petit morne d'où il dirigeait un l'eu bien 
nourri sur les nègres. Les marins avaient placé des pièces dans 
les rues du Blarclié-aux-Blancs, des Capitaines, du Conseil, ainsi 
qu'au bord de la mer, et tiraient continuellement. 

cf A 9 heures du soir, le feu a été mis à deux maisons de la 
rue Saint- Pierre, et toute la nuit la fusillade continua. 

« Le samedi '255, les blancs se réfugièrent à bord des navires, 
avec ce qu'ils purent emporter, laissant leurs maisons et pro- 
priétés au pillage , l'artillerie ne cessant de se faire entendre. 
Les nègres et mulâtres incendièrent plusieurs quartiers de la ville. 
Nous reçûmes l'avis d'envoyer nos embarcations au Petit Garé- 
nage, afin de sauver les vivres des magasins de l'Etat. 

« La chaloupe du Climies partit sous mes ordres ; elle a rap- 
porté 10 barils de farine, un boucaut de biscuit, un dito de riz, 
plusieurs barriques de vin, une pièce de grelin, et autant de per- 
sonnes qu'elle pouvait en contenir. 

« Le 23, la ville étant complètement en feu et livrée au pillage, 
les bâtiments se trouvant encombrés et surchargés de monde, 
suivant l'ordre du commandant, le canot conduisit au Petit Caré- 
nage les nègres et négresses réfugiés à bord. 



meilleurs citoyens. Voila, Citoyen, ma position actuelle. Vous pouvez me 
rendre un signalé service, qui ne vous compromettra en rien. Ayez assez 
d'humanité pour demander à La veaux s'il veut profiter de votre retour en 
France pour m'y envoyer. Je vous engage ma parole d'honneur de me cons- 
tituer votre prisonnier? je vous promets, à mon arrivée en France, de ne 
pas faire un pas, une seule démarche sans votre consentement, jusqu'à ce 
que la Convention nationale ait ordonné de moi. Si Laveaux refuse, tout est 
fini ? si vous me refusez, c'est le coup de la mort. 

« CÉSAR Galbacd. » 

Lettre du général Laveaux au commandant Desagenaux : 

. 25 Nivôse an IV (15 janvier 170G). 

5 Je remets à ton bord le citoyen Galbaud, qui, depuis plus de 2 ans et 
demi est dans les prisons de la ville du Cap, par ordre de Polverel et de 
Sonthonax. Je n'ai d'autres preuves de sa détention que les copies collation- 
nées du registre du concierge, que je remets ci-inclus. Tu voudras bien le 
remettre aux autorités constituées du lieu ou tu débarqueras et instruire la 
Convention. » 



- 100 - 

« A 4 heures 1/i, les marins reruront l'ordre de rentrer à 
leurs bords respeclifs et d'onclouer leurs canons. Le commandant 
fit signal de se tenir prêt h appareiller, tout le bord de la mer 
paraissant en feu, jusqu'à la rue Saint-Pierre et du cote de 
l'église. 

« Pierre-Jeaiv de la Nicollière. » 

A la suite de divers incidents, qui ne méritent pas d'être rela- 
tés, le Charles, revenu heureusement en France sous l'escorte du 
Tigrcj commandé par le contre-amiral Vanstabel, du Jean-Bart, 
capitaine Pillet, des frégates VAstrée, la Sêmillanlc, VEmbuscade, 
etc., touchait l\ Brest et jetait l'ancre l\ Paimbœuf, le 30 juin 
1794. 

La famine pesait sur les départements, et la France avait les 
yeux sur ce convoi de 130 voiles chargé de subsistances impa- 
tiemment attendues. L'Angleterre convoitait celte riche proie, 
sortie le 16 avril 1794 (et non le 11, ainsi que le dit M. 0. Troude, 
Batailles navales de France) de la rade de Hampton, province de 
Norfolck, Etats-Unis. Ce fut pour en faciliter l'entrée à Brest que 
l'amiral Villaret- Joyeuse livra les sanglants combats des 10 et 
1.3 prairial, an II ('29 mai et 1" juin 1794), illustrés surtout par 
la lutte héroïque et fatale du vaisseau le Vengeur. 

S. N.-T. 



LE CHEF-D'ŒUVRE DES MAITRES-CHIRURGIENS 

DE NANTES EN 1568 

Notes lues au Conurès des Sociétés savantes à la Sorbonne le avril 1813, 

PAU S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEmO. 



Dans son édition des œuvres complètes d'Ambroisc Paré, pu- 
bliée en 1840, M. J.-J. Malgaigne a placé sous forme d'introduc- 
tion, une notice historique sur l'art de la chirurgie et les barbiers- 
chirurgiens de Paris, ainsi que des principales villes de France. 

Il ne s'agit donc pas de recommencer ce qui a été fait, et très- 
bien fait, mais simplement d'ajouter à ce travail une page en 
faveur de la ville de Nantes, qui ne s'y trouvt; pas citée. 

Le nom de Claude Viard, et non Viart, qui figure au bas de 
l'un de nos actes, nous semblait être celui d'un obscur et modeste 
chirurgien de province, mieux avisé et plus instruit que ses con- 
frères nantais, lorsqu'à la page CGXXVI de l'introduction de M. 
Malgaigne^ les lignes suivantes attirèrent notre attention. 

« Les documents de M. E. Béguin nous apprennent que le 
« père de Paré était coffretier ; qu'outre son fils Ambroise il en 
« avait un autre qui fut coffretier comme son père et qui s'établit 
« i\ Paris, rue de la Huchette ; et une fille qui épousa maître 
« Claude Viart, chirurgien à Paris. Mais il y a évidemment quel- 
« que chose d'incomplet dans cette énumération. A. Paré nous 
« apprend lui-même qu'il eut un autre frère, nommé Jehan Paré, 
« chirurgien à Vitré, en Bretagne. Peut-être ce frère était-il mort 
« longtemps avant les autres, ou bien, resté loin de Paris, était- 



— 102 — 

« il regardé comme perdu pour la famille. Une autre difficulté se 
« présente pour le mari de la sœur. Devaux a bien cité, dans son 
« Index funereus, Claude Viart, qu'il appelle môme un chirurgien 
(f distingué, et dont il fixe la mort au 19 septembre 1585; et le 
V môme nom se lit parmi les signataires des statuts latins publiés 
« par Quesnay ; mais dans un imprimé du XVP siècle, contenant 
« les conditions de la donation de Langlois, acceptée par le col- 
« lége de Saint-Come en 1574, je trouve Claude Viart inscrit, 
cf non point parmi les maîtres, mais pas môme encore parmi les 
« licenciés ; il n'était que bachelier en chirurgie. Dira-t-on que 
(f c'était son père? alors \ Index funereus aurait oublié son nom ; 
« et ce qui est plus grave , je ne vois pas le nom de Viart 
« parmi les chirurgiens qui examinèrent Mathieu de la Noue en 
« 1554. Enfin Paré, qui cite tant de chirurgiens dans ses ouvra- 
« ges, ne nomme qu'une seule fois Claude Viart dans un passage 
« ajouté en 1585 au chapitre 15 du livre des montres, et ne lui 
« donne aucun titre de parenté. « 

Malheureusement nous n'avons rien à ajouter à ces détails bio- 
graphiques trop incomplets. Claude Viard n'a point laissé d'autres 
traces de son passage é'i Nantes ; les registres de l'état civil sont 
muets II son égard, comme pour sa femme. Quelques mentions du 
nom de Viart dans les actes de la paroisse Saint-Saturnin en 
1530, 1551 et 1555, ne semblent pas une preuve suffisante de 
son origine nantaise, que sa requête au Parlement paraît du reste 
infirmer. 

A la suite de ces deux pièces, dont les originaux, par un heu- 
reux hasard, sont tombés entre nos mains, nous ajoutons un do- 
cument du XVIIP siècle, emprunté aux archives municipales, qui 
complète cette communication par un véritable trait de mœurs 
démontrant que la chirurgie et surtout les barbiers-chirurgiens 
avaient fait peu de progrès à Nantes. 

A Nosseigneurs de parlement, 

Supplie humblemenl Claude Viart, ung des maistres chirurgiens 
jurés en la ville de Nantes, comme par les privilèges de chirurgie, nul 



— 103 - 

ne puisse exercer ledit art que premièrement il n'oit esté examiné et 
fait chef d'œuvre d'icelluy, chose grandement à louer, et qui tourne au 
proffit du public. Ce néanmoins est avenu que depuis certaines années 
plusieurs ont esté receus maistres chirurgiens en la Ville et faubourgs 
dudit Nantes qui ne scavent lire ni escripre (qui dénotent asses les 
faveurs quils ont peu recepvoir, et des sinistres moyens quils ont peu 
usé pour leur réception). Et quant aucung chirurgien a emp'oyé son 
temps a l'estude des bonnes lettres aulx Universités fameuses et aussi 
a exercer ledit art tant aulx Villes qu'aulx guerres ou la pratique est 
apprise, désirant s'abituer en ladite ville, et se submeltre à l'examen 
et a faire chef d'œuvre de chirurgie, qui est de faire anathomie public- 
que d'ung corps humain, il estreiectté par lesdists maistres, lesquels 
veuillent contraindre lesdils pretendans eslre reccu a forger et faire 
lancettes, pour tout chef d'œuvre (qui est une chose ridicule), estimant 
que nul n'est digne de l'exercice d'iceluy art s'il ne scait forger, qui 
n'est chose propre ni nécessaire audit estât ; et ne veulîent aultre 
forme d'examen comme ilz ont fait aparoir audit supliant qu'ils ont 
reffusé à la dispute et a faire analhomie publicque pour son chef d'œu- 
vre, auquel jamais, enchères que par toute voie de justice il les ayt 
contrainlz, n'ont voulu comparoir, ains luy ont fait plusieurs longueurs 
et traverses, tellement qu'il a esté contraint les poursuivir en justice, et 
a obtenu arrêt de la court donné à son proffit contre lesdits maistres 
chirurgiens. Or par ces longueurs et traverses quils font, joinct aussi 
par les menées et intelligences qu'ilz ont assemblement monopoles : 
sont causes de reculler plusieurs jeunes hommes de bon sens scavoir 
et expérience qui délibèrent s'abiluer audit Nantes, chose proffitable 
au public. Ce considéré : 

Vous plaise ordonner que ceulx qui exercent ledit art de chirurgie, 
sans avoir esté examinés et faicl chef d'œuvre d'iceluy, ayent a cesser 
dudit exercice jusques a ce quilz ayent esté examinés et avoir faict chef 
d'œuvre d'iceluy art. Et que a Fadvenir tous ceulx qui prétendront estre 
receus audit estât soinl examinés publiquement par les maistres chirur- 
giens jurés dudit Nantes, en présence des docteursen médecine (ausquelz 
commandement soit faict y assister, sur peine d'encourir telle amende 
qu'il vous plaira ordonner), et facent pour chef d'œuvre anathomie pu- 
blicque d'ung corps humain et sur iceluy estre examiné, anéanlissantla 
forgerie de lancettes, a laquelle ilz veulîent contraindre les pretendans 
estre receus. Delfendanl au prevost dudit Nantes et a son lieutenant, 



- lOi — 

conservateurs des privilèges el a tous aultres iuges de ne permettre 
qu'aucuns puisse estre admis et receu audit estai, que premièrement 
ilz naient esté CNaminés et avoir faict, pour chef d'œuvre, analhomie 
publicque. 
Et ferez justice. 

Signé : C. Viard. Savary. 

Soit monstre au procureur général du roy. Faict en parlement le 
XXVi^ septembre. 1568. 

Me Pierre de la Chapelle, conseiller commis pour ouyr sur le con- 
tenu en la présente requeste, M^* Jan Dupont et Pinnard, 
medicins, et JuUian de Colles, Jan Le Maire el Cornille de la Clôture, 
chirurgiens, pour ce faict, et le tout rapporté en ladite court estre 
ordonné ainsi que de raison. Faict en parlement le XXX^ septembre 

1568. 

Nous requérons que auchung ne puisse estre déclaré maislre de chi- 

rurgye, que premièrement il ne soyl examiné suivant les reglemens 

donnez en semblable cas. Et quant à ce que prétend le supliant faire 

rejecter en faisant ledit examen le premier qui sera faict sur la façon 

d'une lancette, les maistres jurez de chirurgye et deux médecins qu'il 

plaira à la court ordonner sur ce ouy, nous consenlyrons et requererons 

ce que de raison. 

Signé : J. Gourreau. 

Nous soussignés medicins el chirurgiens à Rennes, certifions a qu'il 
appartiendra que après avoir veu certains mandement de la Cour de 
Parlement de ce pais, el la requeste présentée en icelle par Claude 
Viard, l'un des maistres chirurgiens de Nantes, en dalle du XXVIII" de 
septembre dernier, et communicquée à Messieurs les gens du roy, 
signée à la fin d'icelle Gourreau. Par laquelle il supplye la Court ordon- 
ner que aucun ne puisse exercer l'art de chirurgie, sans premier avoir 
esté examiné el faict analomie d'un corps humain ; oultre qu'il leur 
plaise anéantir la forgerie de lancettes et qu'au lieu d'icelle tous pre- 
lendans audit estai soient tenuz après un examen faicl faire anatomie 
publicque d'un corps humain pour chef d'œuvre. El que ceux qui exer- 
cent sans avoir esté examinez et faicl chef d'œuvre d'iceluy art quils 
aient a cesser jusqu'à ce quils aient faicl leur devoir afin d'observer 
toute bonne police : 



— 105 — 

Nous semble que ladite requeste est juste et raisonnable, attendu 
que ledit suppliant ne requiert chose qui ne redonde au bien publicq 
et enseigne les moiens d'obvier et reiecter les sinistres moiens des- 
quelx les maistres chirurgiens et barbiers pourroient user à la récep- 
tion des pretendans, et chasser les ignorans barbiers ou cirurgiens 
des bonnes villes ; celui qui prétendra estre receu chirurgien doit eslre 
enquis par les maistres jurez en la présence des medicins conneus et 
receus ; sur l'Anatomie universelle ou particulière, et la faire, si requis 
en est, en particulier ou en public, sur la cognoissance pronosticque 
curalion des ulcères, plaies, aposlemes, fractures, dislocations, extirpa- 
lions de membres, sur la connoessance et application des medicamens, 
sur la façon et application des bendes, ligatures et choses semblables 
nécessaires a la cirurgie, etc., doit faire ouverture de veine, artère, 
aposteme, ou semblable opération manuelle devant lesdits maistres si 
requis en est; non à s'occuper et distraire a la fabrication d'une lan- 
cette, d'un rasoir ou aultres ferremens, qui se doivent faire par les mais- 
tres forgerons, de la façon et manière que devisera le docte chirurgien. 
Et si aucuns se sont d'eulx mesmes avancés de faire la chirurgie sans 
examen et chef d'œuvre, doivent estre suspendus de l'exercice de l'art 
tant ancienne et excellente qui a pour son subiect le corps humain. 

Et est ce qui nous semble. En tesmoin de quoy, avons cy mis 
nozseigns; le cinqiesme jour d'octobre l'an mil cinq cens soixante- 
huit. 

Signé : Du Pont. M. Deval. J.-N. Decottes. Lemayre. 

CORNILLE DE LA ClOUTURE. 

Soit monstre au procureur général du roy, faict en parlement le cin- 
quiesme octobre 1568, 

Veu l'advys des médecins et chirurgiens qui ont signé cy dessus, 
nous n'empeschons que faisant l'examen de chirurgye l'on regiecte 
l'examen qui faisoyt de la façon d'une lancette. Et au surplus requérons 
les statuts et reglemens sur l'examen desdils maistres chirurgiens 
estres gardez, et que auchun ne soyt receu pour eslre maistre chirur- 
gien que premyerement ne soyt sufisamment et deument examiné pour 
obvier aulx abus et inconveniens qui souvent aryvenl par la faulte et 
ignorance de ceulx qui se meslent de la vacqualion de chirurgie sans 
quilz soyent scavans en leur profession ny expérimentez. 

Signé : J. Gourreau. 



- 106 — 

L'an mil sept cent trenle-huit, le dix- septième du mois d'aoust, 
environ les huit à neuf heures du matin, nous Julien Taillé, commis- 
saire de police de la ville et comté de Nantes, sur le réquisitoire des 
sieurs Simon Bcsson, dit de Beaulieu, et Bessaignel, maîlres-chirur- 
giens et commis par le corps et communauté des autres maîtres-chirur- 
giens de ladite ville, pour veiller et soutenir les droits de ladite com- 
munauté , crainte d'ahus, de compagnie sommes transporté jusqu'au 
faubourg de S*- Jacques près Pirmil. Lcsdits sieurs ont été fort surpris 
de voir, dans un par à bas, une enseigne d'un bassin de cuivre jaune, 
comme un maître chirurgien ou privilégié d'icelle communauté. Ont 
entré, également que nous commissaire susdit, en ce dit endroit, et 
ont demandé, à ce dit particulier qui estoit à razer un autre particu- 
lier, son nom et quel privilège il avoit ainsi de travailler et d'avoir à sa 
porte une enseigne d'un bassin de cuivre jaune comme les maîtres- 
chirurgiens. Ce dit particulier leur a répondu qu'il se nommoit Lignau, 
et qu'il falloit bien qu'il eust gagné sa vie. Alors lesdits sieurs nous ont 
fait remarquer qu'il y avoit sur une table, six vieux rasoirs, une vieille 
paire de ciseaux, une pierre sur un morceau de bois, un bassin de 
feiance, etun petit bassin de cuivre jaune qui estoit susp'endu dehors 
pour servir d'enseigne ; ce qu'ils ont saisi, emporté elle tout déposé 
au greffe de la justice. 

De tout quoy avons rédigé le présent procès-verbal, lesdits jour et 
an, pour valoir et servir ainsi que de raison. Et ont lesdits sieurs 
dénommés ci-dessus, signé ledit procès-verbal, joinlement avec nous, 
commissaire susdit. 

Signé : Besson de Beaulieu. II. Bessaignet. Julien Caillé, com- 
missaire de police. Déposé ce jour au grelfe. — Arch. municip., série 
H H. Corporations d'arts et métiers. 



QUELQUES MOTS 



SUR 



LES TONNELLES, TOLRNELLES, ETC. 

A PROPOS d'une ruine SITUÉE EN LA COMMUNE DE BOUGUENAIS 

(loire-inférieure). 



Vendredi dernier, neuf avril, accompagné de notre collègue 
M. Montlbrt , je suis allé visiter les ruines d'une tour, jadis cylin- 
drique , située près le village des Couëts. 

Ces restes représentent la moitié occidentale d'une construc- 
tion , divisée parallèlement à son axe en deux parties h peu près 
égales , et offrant à Tintérieur la forme en bouteille si bien dé- 
crite par notre spirituel collègue , M. le D"" Foulon , et regardée 
par lui comme un caractère distinctif de tours à signaux gallo- 
romaines." 

Les dessins que je fais passer sous vos yeux représentent les 
divers aspects de cette construction. Ils sont dus au crayon de 
M. J. Montfort. 

Voici la description succincte de ces restes : La moitié orien- 
tale, écroulée depuis la fm du dernier siècle, forme un mon- 
ceau de décombres du sein desquelles surgissent, en grand 
nombre, des ronces et auires arbustes sauvages. Le monticule 
qu'elles forment est incliné irrégulièrement du sud au nord. 

L'édifice mesure : 

i° En hauteur : 

Depuis le niveau du sol normal jusqu'au sommet du demi- 
cylindre. . . 4^40 ; 

Du point culminant des décombres 3 « 

2° En largeur : 



- 108 — 

Du bord frangé d'un parement extérieur à l'autre. 3 16; 

Voici maintenant les dimensions exactes de la cavité : 

Au sommet des décombres et en largeur 1"^68 ; 

A 1 mètre 35<^ au-dessus de ces décombres 1 16 ; 

A 2 mètres 70 ; 

A 3 mètres , c'est-à-dire au sommet 50 ; 

L'épaisseur de la maçonnerie suit une progression en sens in- 
verse des dimensions de la cavité, elle mesure : 

Au niveau des délivres O'^SO ; 

A 1 mètre 35*^ plus haut 1 » 

A 2 mètres 1 22 ; 

x\u sommet du cône tronqué 1 30. 

A ces détails, purement géométriques, je dois ajouter que la 
maçonnerie est formée presque uniquement de pierres schisteuses 
plates ; que le mortier qui les unit se compose de chaux et de 
sable semblable à celui que l'on emploie journellement dans les 
conslruclions actuelles du pays. 

Permettez-moi de vous lire une note que m'a remise , sur ce 
point, M. Jules Monlfort : 

.... (< Les matériaux composant cette ruine , sont des moel- 
« ions , schisteux pour la plupart , mélangés avec quelques 
(' pierres granitiques; l'appareil, formant portion de voûte à 
« double couibure, terminé au sommet par un anneau cylin- 
« drique , n'est pas normal h la courbe , mais disposé par assises 
« sensiblement horizontales. Pas de pierres de taille , pas de 
« briques , dans le corps de la maçonnerie ni en parement. 

« L'échantillon de mortier, que vous pourrez montrer h nos 
u collègues, leur prouvera, par sa composition môme, que 
« cette construction ne peut remonter h l'époque romaine ni 
« gallo-romaine. 

» Ce débris se prêterait îi merveille â la restauration d'un 
moulin du XVIlI" siècle, restauration que je dessinerai pro- 
ie chainement et que je regrettle de ne pouvoir — faute de temps 
« — joindre au croquis que je vous adresse. » 

Telle est la note technique de M. J. Montfort. Pour cet archi- 



Ruine près les Coiiets (Loire Inférieure j 



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Elévation à l'Est 







Plan 



tires : Plan au so))iinel 
e noire : Plan à la hase 



Echelle de 0™02 pour 1 mètre 



— 109 — 

tecte distingué, comme pour moi, la ruine demi-c>lindrique du 
Rocher, si semblable , quant à sa disposition intérieure, aux 
constructions dont M. Foulon a reproduit le dessin, dans notre 
bulletin de 1869 , est un reste de moulin ù pivot. 

Mais, dira notre collègue, sur quelles preuves appuyez-vous 
cette affirmation ? 

Voici ma réponse : 

1° Parmi les titres de la belle propriété qui entoure celle 
ruine , il existe un bail qui porte la date de 1737, si j'ai bonne 
mémoire, bail relatif au moulin du Hocher (c'est le nom du 
moulin moderne construit tout auprès de cette masse ^ et qui 
semble avoir eu pour destination de remplacer l'ancien moulin 
de même nom). 

2" Un archéologue distingué de Fonlenay a vu, sur les bords 
de la Vie, une construction de ce genre , signalée par des archéo- 
logues comme une ancienne tour à signaux, mais qui, sur un 
plan du XVP siècle , se trouve représentée avec les signes carac- 
téristiques d'un véritable moulin tournant et virant. 

Voici le texte môme de la leltre où ces détails sont consignés : 

... « L'hypothèse des phares ou tours à signaux est de pure 
« imagination. Pas un mot, pas un texte, pas un nom de tène- 
« ment qui le prouve , qui même puisse le faire supposer. Les 
« preuves tirées de la forme de l'édifice, de sa solidité, etc., 
« sont forcées ou fausses. » 

Au contraire, on pourrait citer: « 1« Une foule de titres où 
« les tonnelles étaient appelées moulins , moulincttes ; par 
« exemple , le tènement de la tonnelle ou du moulin ; 

« 2*^ Le nom de tonnelles conservé au fût de moulins actuels ; 

« 3° Des images d'anciens moulins à vent, fort différents des 
« moulins d'aujourd'hui , démontrent à la vue la raison de la 
« forme et de l'épaisseur de nos fameuses tonnelles. 

« Celle preuve, la plus importante assurément et la plus 
« péremptoire, m'a été fournie par la découverte que j'ai faite, 
« à la Bibliothèque nationale, d'un plan cadastral du XVI*^ siècle, 
« plan sur parchemin et long d'environ 'J mètres. 



— 110 — 

« Ce plan, dont M. le baron de Wismes a eu connais- 
« sance, est un projet de canalisation de la Vie, dressé par un 
« architecte florentin, par l'ordre de Pliilippe de Chabot, sei- 
« gneur d'Apremont , au moment oii, au comble de la faveur et 
« de la fortune, qu'allaient bientôt lui faire perdre l'excès môme 
« de son orgueil et les intrigues de la reine-mère, Louise de 
« Savoie, il faisait bâtir, par le susdit architecte, son beau 
« château d'Apremont, qui dresse encore, au-dessus de ses 
« ruines, deux belles tours de la Uenaissance. 

« Le favori de François P'' , voulait que les bateaux pussent 
« aborder au -pied de son manoir. Sa disgrâce empêcha le projet 
(f d'être mis â exécution. Mais ce premier essai de levée de plan 
« est très-précieux et très-intéressant â étudier. 

« Le Florentin y représente très-exaclement et géomélrique- 
« ment , les bourgs, maisons , châteaux situés le long de la Vie, 
« et c'est là que nous voyons nos tonnelles telles qu'elles étaient, 
« c'est-à-dire en moulins. » 

Et de fait « les anciens moulins avaient tout le système de 
« meules dans une chambrette en bois , montée sur une maçon- 
« nerie et reposant sur un solide pivot central. La tonnelle avait 
« pour but d'élever l'appareil pour permettre le jeu des ailes et 
« donner meilleure prise au vent : la solidité de la maçonnerie 
« était exigée par la masse à supporter ; le vide intérieur était la 
« place du pivot , et peut-être aussi permettait de recevoir la 
(t farine dans des sacs , comme cela se passe dans nos minoteries 
« modernes... 

« LeplanduXVP siècle dont je parle, contient plus de vingt 
« spécimens de semblables moulins; et l'un de ces moulins 
« correspond à une tonnelle qui existe encore au bord de la 
« Vie, près de Romangué, et dans laquelle nos archéologues, 
« qui ne savent pas cela, voient toujours un phare. 

" De plus, une gravure de la section des Estampes à la Biblio- 
(' Ihèque nationale, montre de semblables moulins établis sur 
« les anciennes l'ortifications de Cahors.... » 

Vous me pardonnerez , Messieurs, la longueur de ces citations 



-' 111 - 

en faveur de ieur importance au point de vue delà question des 
tonnelles , et du jour qu'elles jettent sur le caractère véritable de 
la construction dont je fais passer le dessin sous vos yeux ('). 

Vous connaissez, de longue date, les idées ingénieuses de 
notre collègue M. le docteur Foulon au sujet de la télégraphie 
gallo-romaine; et, s'il en eût été besoin , la lecture du procès- 
verbal que vous venez d'entendre serait venue les rappeler 
à votre souvenir. Mais les constructions connues sous le nom de 
tonnelles, moulins cassés, masses, etc., et si bien étudiées par 
lui , sont-elles réellement , comme il le pense , les restes d'an- 
ciennes tours à signaux? La question est au moins fort douteuse. 

Que les anciens aient eu des moyens pour se communiquer à 
distance les renseignements qu'il leur était utile de transmettre 
ou de recevoir, c'est un fait incontestable que nous avons appris 
dès nos humanités. 

Personne de nous, par exemple, n'a perdu le souvenir des 
voiles — blanches ou noires — qui devaient annoncer à Egée 
le retour de son fils ; ni les feux allumés sur le mont Ida et 
répétés de montagnes à montagnes pour apprendre à Giylemnestre 
la prise de Troie (Eschyle) \ ni la proposition , faite par un 
Sydonien au grand Alexandre d'établir, dans le vaste empire 
qu'il créait , des signaux qui eussent fait parvenir, en cinq jours, 
des extrémités de l'Inde à Pella sa capitale, les nouvelles de ses 
conquêtes; ni les signaux qui apportaient à Tibère, dans son 
île de Caprée , les nouvelles de Rome et des autres parties de 
l'empire, ni ces constructions entourées de palissades repré- 
sentées sur la colonne trajane et considérées comme des appa- 
reils à signaux. 

Mais que cela prouve-t-il, quant à la destination des tours 
cylindriques, désignées, dans le langage vulgaire, sous le nom 
de masses, de moulins cassés, etc., et, par les archéologues 
sous le nom de tonnelles? Rien, assurément, ou fort peu de 

(1) La simililude de la forme de celte construction et de celle de la 
petite IJelle-Isle, reproduite p. 104 du Bulletin de 1860, tome IX, nous 
dispense de donner ici plusieurs dessins. 



— 112 — 

chosi;. En vain les caraclères tirés du site sur lequel elles sont 
établies, de la forme intérieure en voûte allongée ou conique, 
etc., sont-ils invoqués comme l'indice d'une destination télégra- 
|)liique chez les Romains; on peut, répondre qu'il n'y a rien 
dans ces dispositions, ni même dans le caractère de la maçon- 
nerie, qui prouve cette destination ni cette antiquité. 

Vous venez d'entendre la lecture de la note technique dans 
laquelle M. Montfort apprécie la nature de cette construction , si 
semblable d'ailleurs à toutes celles qui se trouvent décrites et 
dessinées dans notre bulletin. Vous avez pu voir que, aux yeux 
de cet habile architecte, il n'y a rien dans le monument qui res- 
semble à une construction, soit romaine, soit gallo-romaine. 
C'est là , pour tout homme non prévenu , une présomption peu 
favorable à l'opinion qui croit y voir une tour à signaux. 

Voilà pour l'âge de la construction et pour sa nature. 

Apprécions maintenant — avec impartialité — la valeur des 
autres arguments que l'on invoque. 

Et d'abord , h site culminant de ces ruines est-il un argument 
sérieux ? Nous ne le croyons pas. 

A nos yeux, en effet, l'élévation du site ne prouve absolument 
ri(Mi contre l'opinion qui ne voit dans ces tonnelles que, les restes 
de moulins abandonnés. N'est-ce pas, en effet, sur les points les 
plus (' culminants « d'une région , que ce genre de construction 
e£t préférablement établi , afin de donner plus de prise à l'action 
du vent qui doit les faire mouvoir? Que, de la tour du Tréveday, 
l'observateur « plane sur un horizon qui , du côté de la terre , 
'< a plus de quatre lieues de rayon et plus de dix lieues du 
(' côté maritime » (mémoire de M. le D'" Foulon) , cela prouve 
simplement .pie l'assiette en a été choisie avec intelligence ; de 
même que, dans les environs de Tréveday, h 300 mètres environ, 
il y ait « des masures pleines de tuiles, de tessons, de ciment 
« gallo-romain » (Id.), cela indique, pour tout esprit non pré- 
venu , que des habitations gallo-romaines ont existé dans ce lieu, 
mais n'autorise pas à conclure qu'il y ait eu là une tour à 
signaux. 

Comme argument à l'appui de sa thèse, notre savant et spiri- 



— 113 — 

tuel collègue signale la forme intérieure de cette tour, qu'il 
compare, avec quelque justesse, à la bouteille champenoise. 

Pour nous, celte forme conviendrait également et h la ma- 
nœuvre de signaux et au support des meules d'un moulin à 
pivot central. 

Or, entre deux hypothèses qui ne peuvent présenter aucune 
démonstration complète , celle qui s'appuie sur la tradition pos- 
sède en sa faveur une grande présomption de vérité ; car les 
traditions répandues sur une grande échelle ont une incontes- 
table valeur , quelles que soient, du reste, les variantes de 
détail que le temps et les générations puissent y avoir apportées, 
et tel est précisément le cas de ces masses cylindriques que le 
peuple de nos campagnes appelle encore moulins cassés. Cette 
tradition a d'autant plus de valeur, dans le cas qui nous occupe , 
qu'elle est plus générale et que nous trouvons dans la forme 
de certains moulins actuels du centre de la France et surtout 
dans la description de certains moulins du siècle dernier, une 
analogie de disposition intérieure avec les tonnelles du Poitou et 
les constructions similaires de la Loire-Inférieure, étudiées par 
notre collègue. A l'appui de cette remarque, je citerai : 1° les 
restes du moulin à vent dont je vous présente le dessin ; 2° les 
faits cités dans la lettre dont je viens de donner lecture; 3° la 
description suivante , que je trouve dans l'encyclopédie du 
XVIIP siècle, art. moulin, page 416, édition de 1778: 

Dans certains moulins , « la machine entière est soutenue par 
» un arbre mobile perpendiculaire à l'horizon , sur un appui ou 
» pied, et peut tourner sur ce pied d'un côté ou d'un autre , 
» selon le besoin. » 

La disposition intérieure du moulin des Gouëts ne se prêterait- 
elle pas admirablement à un semblable usage? Et si elle ressem- 
ble à celle des tonnelles de certains archéologues, n'y a-t-il pas 
une grave présomption que ces tonnelles sont de vrais fûts de 
moulins ? 

Mais, dira notre ingénieux collègue, pourquoi ces construc- 
tions sont-elles plus épaisses à leur partie supérieure que dans le 
reste de leur étendue ? 

1875 8 



~ 114 — 

Voici notre réponse : Nous voyons, dans cette disposition 
architecturale , rapplication du svslèine en voûte destiné à pro- 
curer une solidité plus grande à la base de sustentation sur la- 
quelle l'appareil complet du moulin devait reposer et dans laquelle 
il devait trouver une résistance suffisante ; et si les moulins à 
vent du centre de la France , placés dans une cliambrette et repo- 
sant sur une base très-étroite à section soit conique soit sphéri- 
que et maintenus par un simple pivot sur lequel tourne l'appa- 
reil entier, trouvent dans cette disposition une solidité suffisante, 
il n'en est plus ainsi dans nos contrées maritimes , où la violence 
du vent et la fréquence des tempêtes exigent une base plus solide 
et conséquemment une surface de contact plus étendue. 

C'est pour un motif analogue que les piles de nos ponts s'élar- 
gissent à mesure qu'elles approchent de la naissance des arches 
et que les piliers de nos basiliques affectent la môme disposition 
au moment où ils s'épanouissent en ogives pour soutenir, à une 
merveilleuse hauteur, les élégantes mais pesantes travées. 

Toutefois, Messieurs, quelque intéressante que soit la question 
qui nous occupe, je ne dois point abuser de votre bienveillante 
attention , et je m'arrête. 

Mais que conclure de la discussion à laquelle je viens de me 
livrer devant vous? Que les tonnelles de nos contrées, signalées 
par des archéologues éminents comme les restes d'anciennes 
tours à signaux, sont toutes des fûts de moulins abandonnés ? 

Je n'irai point jusque-là ; mais je crois pouvoir soutenir et 
avoir complètement démontré : 

1° Que rien, dans la disposition de ces édifices, ne prouve 
qu'ils aient eu pour destination de porter des signaux gallo- 
romains, ni même qu'ils remontent à une époque aussi reculée ; 
2" Qu'ils seraient parfaitement disposés pour servir de base à 
des mouhns à vent , tournant et virant sur pivot 5 

S"* Que plusieurs d'entre eux, sinon tous, ont eu réellement 
cette destination. 

Nantes, le 13 avril 1875. 

D"* Anizon. 



NOTE SUR ni VILLA GALLO-ROMAIl 

RÉCEMMENT DÉCOUVERTE A CLIS , PRÈS GCÉRANDE, ET SUR LES 
ÉTABLISSEMENTS GALLO-ROMAINS DE CETTE CONTRÉE. 



Messieurs , 

Averti par M. Muterse, de Guérande, au commencement du 
mois d'avril, qu'un maraîcher venait de découvrir en défonçant 
son verger, de nombreuses substructions qui paraissaient indi- 
quer les débris d'une villa gallo-romaine , je profitai d'une 
tournée de service à laTurballe, pour visiter en détail les lieux 
de la découverte avec l'infatigable archéologue qui m'avait 
annoncé la bonne nouvelle. Nul, mieux quel. Muterse, ne 
connaît la topographie celtique, gauloise et gallo-romaine de 
toute la presqu'île guérandaise, et c'est lui qui a donné le goût 
de celte étude à son neveu , M. A. Martin , l'un des plus ardents 
au travail parmi nos nouveaux confrères. Avec ses notes et avec 
celles de M. le docteur Foulon , convenablement discutées , on 
pourrait retracer tous les établissements antiques si nombreux 
dans la presqu'île : et c'est ce que je tenterai avec eux quelque 
jour, puisque les hasards de la vie administrative m'ont confiné 
dans celte presqu'île si intéressante. Aujourd'hui je ne veux vous 
entretenir que des traces dernièrement rencontrées et des modi- 
fications qu'une étude plus approfondie m'a conduit à apporter 
pour ce qui concerne la région de Guérande , h la carte du réseau 



— H6 - 

des voies romaines en Armorique, que j'ai publiée, en 1873, 
dans les Mémoires de V Association Bretonne. 

A peu près exactement {\ mi- coteau de la pente assez rapide 
qui descend du village de dis aux salines des Maisons-Brûlées et 
de Griguenic, se trouve uncliemin horizontal qui longe la colline. 
Ce chemin est limité au nord par une magnifique muraille gallo- 
romaine en petit appareil régulier, de deux mètres environ de 
hauteur sur près de cent mètres de longueur, avec deux arrache- 
ments de larges contreforts de ^"50 d'épaisseur, qui passent 
sous le chemin. C'est la muraille gallo-romaine intacte la plus 
importante que j'aie rencontrée dans nos pays, et déjf» plusieurs 
archéologues, frappés de sa remarquable conservation, en avaient 
signalé l'existence, mais sans lui assigner d'usage déterminé ; elle 
était connue de MM. Foulon, Muterse, Desmars, Martin, de tous 
ceux qui ont exploré cette région , et l'on se demandait si elle 
n'avait pas servi de muraille fortifiée 5 fantique Grannona in 
liltore saxonico, signalée comme cantonnement de la première 
cohorte de la nouvelle Armorique, par iaiSotitia dignitatum. On 
sait que plusieurs champs, au pied de la colline, sont littérale- 
ment rougis par des débris de briques romaines ; qu'une hutte 
de douaniers, au bord de la route salicole , est entièrement 
construite avec des tuiles à rebords , et que les subslructions 
d'une villa ont été déjà rencontrées dans un des champs les plus 
voisins des salines. Enfin , c'est dans les murs du vieux manoir 
de Griguenic, à quelques pas de 15, que se trouvent incrustés 
les petits fragments de bas- reliefs en marbre si artistiques et si 
délicats, qui ont soulevé déjà plusieurs discussions dans vos 
séances. Il y a donc en ce point tout un concours de faits posi- 
tifs tendant à faire reconnaître une sérieuse occupation gallo- 
romaine, et il pouvait y avoir quelque apparence de raison à 
soutenir que la forte muraille du chemin à mi-coteau était un 
mur de défense; mais il me paraît bien démontré aujourd'hui 
que ce n'était que le mur de soutènement , luxueusement cons- 
truit d'une terrasse qui limitait les jardins d'une villa importante, 
peut-être de la résidence du chef de la première cohorte saxonne. 



— 417 - 

Cette muraille, en effet, supporte encore aujourd'hui une ter- 
rasse à très-faible pente qui constitue le jardin du maraîcher 
inventeur des substructions. Or, le sol de ce jardin, sur deux 
hectares environ , est jonché de briques romaines , et depuis 
plus de cinq ou six ans , le propriétaire prétend rencontrer des 
substructions dans tous les sens en défonçant ses carrés. Ce 
qu'il y a de certain, c'est que, indépendamment de ces briques et 
des fragments d'enduits rouges et verts en ciment stuqué qu'il 
nous a présentés, il a déblayé pour nous les dernières substruc- 
tions découvertes qu'il n'avait pas encore démolies, mais seule- 
ment recouvertes de terre. A 60 mètres environ de la muraille 
de la terrasse précédente , nous avons rencontré un mur de 
fondation parallèle à cette muraille, et s'étendant encore sur 
près de cinquante mètres de longueur. Au centre, nous avons 
déblayé une autre substruction en demi-cercle venant s'appuyer 
sur la première et mesurant 6 mètres de diamètre extérieur. En 
dedans de ce demi-cercle, il y avait un amoncellement de frag- 
ments de briques à rebords , de débris de ciment et de stuc , de 
poteries noires et rouges, mais sans aucun caractère particulier. 
Cette pièce en demi-cercle se retrouve dans presque toutes les 
villas ççallo-romaines dont on a retrouvé les substructions en Bre- 
tagnc. A gauche et parallèlement au mur sur lequel elle s'appuie, 
nous avons rencontré un second mur à 80 centimètres de dis- 
tance du premier, disposé de manière à former un petit couloir 
dans lequel on a relevé de nombreux fragments d'enduit stuqué 
rouge et vert. Ce couloir, ù 20 mètres de distance du demi-cercle, 
se retournait à angle droit et en avant , comme pour former une 
aile, et nous n'avons pu le suivre plus loin. 

Plusieurs paysans qui assistaient à ces fouilles , malheureuse- 
ment trop incomplètes , nous ont assuré que dans les jardins 
contigus, on rencontre des substructions analogues, et qu'eux- 
mêmes en ont démolies un grand nombre depuis plusieurs années 
pour les besoins de leurs exploitations. 

En résumé, il y a là incontestablement les débris d'une villa 
importante dont une fouille suivie et complète , aidée sur place 



— 418 — 

de tous les renseignements que pourraient fournir les maraîchers 
voisins, donnerait le plan et la distribution ; mais un pareil travail 
n'est pas à la portée de la bourse d'un simple mortel , et les 
résultats qu'on est en droit d'espérer méritent que la Société 
Archéologique fasse un léger sacrifice en vue de les obtenir : ce 
n'est, du reste, qu'après la récolte, qu'il sera possible de 
songer à pratiquer de nouvelles fouilles en ce point. 

Il serait d'autant plus important de pouvoir reconnaître avec 
précision cet établissement que toutes les probabilités tendent ù 
y placer la principale station gallo-romaine de la presqu'île gué- 
randaise. J'ai marqué par des points rouges , sur une carte jointe 
à cette note , tous les lieux où des objets de provenance gallo- 
romaine ont été rencontrés dans la région. On remarquera qu'ils 
se concentrent tout particulièrement aux abords de Clis : je signa- 
lerai spécialement h votre attention les deux camps romains G 
et G', que m'a signalés M. Muterse et qui ne sont guère contes- 
tables. Le premier domine la fameuse redoute gauloise des 
Grands-Fossés , figurée en violet, qui coupait d'un bout à l'autre 
l'isthme séparant le traict de Mesquer et les étangs de Pompas de 
la Grande-Brière , isolant ainsi complètement la presqu'île gué- 
randaise. Le second est situé dans un lieu appelé Boule ou Poul , 
au centre du grand promontoire de Piriac : après la conquête, 
il commandait tout le pays. Enfin, personne n'ignore l'impor- 
tance des lignes défensives de Penchâteau, signalées, pour la 
première fois, par M. le docteur Foulon, et que j'ai visitées 
dernièrement avec lui; elles méritent un examen détaillé, appuyé 
par des plans et des coupes exacts que je ne suis pas en étal de 
livrer aujourd'hui et sont adossées h un tumulus dont il serait 
fort curieux de connaître l'intérieur; il est même très-probable 
qu'un camp romain étendit , après la conquête , sa plate-forme 
prétorienne au pied même de ce tumulus. M. le docteur Foulon 
a l'intention de le fouiller quelque jour, et nous en profiterons 
pour adresser à la Société Archéologique une étude complète sur 
ce promontoire curieux qu'alors l'eau entourait de toutes parts : 
car il est bien certain , qu'à l'époque gallo-romaine, le Groisic, 



- 119 — 

Batz et le Pouligiien , n'étaient pas réunis au continent et que la 
plus grande partie des salines n'existait pas. Les apports de sable 
depuis les temps historiques , ont seuls fermé , dans les deux 
sens, ce qu'on appelle aujourd'hui le traict du Groisic. 

Quoi qu'il en soit , les traces d'une occupation romaine très- 
sérieuse se retrouvent à tout instant dans la contrée , et j'ai 
figuré en rouge plein, sur mon extrait de carte, les voies 
romaines dont je crois pouvoir affirmer à peu près positivement 
l'existence; en rouge pointillé celles au sujet desquelles je n'ai 
encore que des probabilités. Les deux points importants de la 
côte guérandaise étaient , vers la fin de la période romaine , sur 
l'Océan , dis et Lérat petit port voisin de Piriac ; et sur la Loire , 
Méan ou Saint-Nazaire , si , comme tout paraît l'indiquer, on 
doit placer à l'embouchure du Brivet ou de la Brière, le Brivates 
portus de Ptolémée (*). 

Il est, du reste, intéressant de remarquer combien dans un 
pays dont presque toutes les appellations de lieux sont celtiques, 
gauloises ou bretonnes, il y a des noms, indices presque certains 
du passage des Romains ou de très- anciennes voies. Je ne parle 
pas seulement des noms de champs ou de landes, que je relèverai 
quelque jour exactement sur les matrices cadastrales , je ne fais 
allusion ici qu'aux noms de hameaux , de villages ou de métai- 
ries relevés dans le dictionnaire topographique de M. Pinson. 
Voici par exemple : 

En Saint-Nazaire : le Grand-Chemin , Henleix-Pommerais , 
Heinleix-Rohan, Pont-Avé, Pont-Brien, Pont-d'Y, la voie 
romaine , etc., sans mentionner le grand et le petit Gavid , qu'un 
archéologue fantaisiste veut faire dériver du verbe latin gaudere. 
— En Donges : la Chaussée de Nion , de Martigné , Vieux-Pont, 



(1) Un crâne que j'ai recueilli à 7 mètres de profondeur dans les vases 
déblayées pour le nouveau bassin de Saint-Nazaire , a été examiné avec la 
plus grande attention par le célèbre anthropologiste M. Broca, qui a, sans 
hésitation, affirmé qu'il appartenait a un individu de l'âge de la pierre 
polie. Ce crâne devient un des monuments les plus anciens de notre histoire 
départementale. 



— 420 — 

Pont-Tollol, la Rue Bily, etc. — En Montoir : les Ferrières, 
Pont-d'Abon , Pont-Charreau , la Rue , la Rue Creuse , la Rue 
Praud , etc. 

En Guérande : le Grand-Chemin, le Bout de la Rue, le Pavé- 
de-Beaulieu , etc. — En Saint-André : le Châtelier, la Chaussée , 
le Pont Prin , la Rue Jean , etc. 

En Herbignac : le Haut-Pavé , Pont-d'Orzon. — En Assérac : 
Pont-d'Armes. — En Saint-Liphard : le Grand-Chemin , Kertrait , 
Pont-Pihain , le Pont d'Os. 

En Savenay : la Rue de Moëre. — En Boue : le Châtelier, le 
Gué, le Haut-Chemin. — En Campbon : le Châtelier, la Chaussée, 
le Grand-Pas , la Haie-Mériais^ les Haies , la Hayée, Pont-Guérin, 
Pont-d'Indèvre. — En la Chapelle-Launay : la Haie-David, la 
Haie-de-Maure, Pontreau, la Rue d'Appée, la Voie ferrée. — En 
Lavau : la Chaussée, la Haie-de-Lavau, le Haut-Chemin , la Rue 
Brien , etc. — En Prinquiau : le Châtelier, la Ferrière , le Grand- 
Chemin , la Haie-de-Besné , la Haie-Ferrière , la Haie-Sèche , le 
Pas-de- l'Aulne. 

En Pontchâteau : Le Gué , la Haie-d'App.ée, le Pas-Hamon. — 
En Besné : la Chaussée , le moulin du Temple , le Pas-Michaud. 
— En Crossac : la Chaussée , le Gué , la Haie. — En Sainte- 
Reine : le Pas-de-la-Lande , la Poterie , etc. 

En Saint-Gildas-des-Bois : la Chaussée, le Gué-aux-Biches , le 
Pont Noë, la Rue Grégoire. — En Missillac : le Gué-de-laSurbi- 
nais, laHaic-Dro, la Haie-Eder, le Pas-Rivière, laTemplerie, 

En donnant celte rapide nomenclature, je ne veux pas dire 
qu'il faille assurer que des voies romaines aient passé par tous ces 
points, mais de très-vieux chemins assurément, et vous savez 
que les archéologues les plus compétents ont déjà remarqué bien 
souvent que tous les noms que je viens de citer se retrouvent 
constamment sur le parcours de voies romaines incontestables. 
Le nom de la Chaussée est en particulier caractéristique. 

Ce qu'il faut conclure de tout ceci , c'est que toute cette région 
n'a pas encore été suffisamment explorée, ou du moins que ceux 



— 121 — 

qui l'ont parcourue et qui la connaissent ont trop gardé pour eux 
leurs trésors d'observation. Si je vous notais, sur cet extrait de 
carte, tous les lieux où l'on peut constater des monuments mé- 
galithiques d'une parfaite authenticité , vous seriez encore plus 
frappés de ce que j'avance ; mais je ne veux pas aujourd'hui trop 
surcharger cette note et je termine en vous promettant que, si 
votre bienveillante attention m'encourage , je ne tarderai pas h 
parcourir avec vous , d'une façon plus précise et plus détaillée, le 
programme sommaire de recherches dont je viens de vous tracer 
une esquisse. 

Reké Kërviler. 



DE LA MOTTE DE TOUVOIS 

DE CELLE DE PORNIG 

et d'une leçon d' archéologie mégalithique donnée par le sire de Joinville en 1252. 



Pendant deux mois, je viens de parcourir, pas à pas, toutes 
les parties du département de la Loire-Inférieure. Si , dès le 
début de cette tournée , mon titre de membre de votre compa- 
gnie n'avait appelé mon attention sur les monuments anciens 
que je rencontrais sur ma route, j'y aurais été entraîné par les 
causeries fécondes d'iui de mes compagnons , M. de Kersabiec , 
que je regrette tant de ne plus voir apporter, ici, les précieuses 
richesses de sa consciencieuse érudition. Avec quel charme 
n'ai- je pas visité, près d'un si bon guide, le pays guérandais , 
ce théâtre changé des scènes reculées de notre histoire ! Je vou- 
drais avoir le loisir de réclamer un jour, de votre inépuisable 
indulgence , licence de vous confier, au point de vue de nos 
chères études, les impressions de mon voyage; mais, d'inexo- 
rables devoirs vont, pour un temps, m'entraîner loin de vous : 
aujourd'hui , je me hâte d'attirer votre sérieux examen sur deux 
points que je tiens h recommander aux heureux antiquaires à 
qui la liberté d'une vie indépendante, jointe ù une science plus 
certaine, permettrait des travaux sûrement fertiles pour nos 
annales. Aux sociétés savantes qui font de l'archéologie, la 
fouille et la recherche offrent un bien autre intérêt que l'écrit ; 



— 424 — 

la plume, pour elles, est, selon moi, l'instrumont précieux 
mais secondaire; c'est la pioche et la drague qui les illustrent et 
les font vivre. 

Non loin de ce lac de Grandlieu , dont d'impatientes épaves 
vous invitent h sonder les mystères , se trouve , vers le sud , le 
gros bourg de Toiivois. J'avais été prévenu qu'une butte existait 
en ce lieu, faite, certainement, de main d'homme, et je l'eus 
bientôt découverte, mais tapie dans un bas-fond, près de 
l'église , au milieu d'un vert courlis. Ce n'est pas \h l'habitude 
des tumulus armoricains, qui cherchent les sommets, les vastes 
horizons, comme pour se montrer sans cesse aux peuples d'alen- 
tour. Un peu déconcerté par ce premier caractère , je voulus voir 
pourtant ; ce monticule est fort singulier. Sa forme est exactement 
celle d'un segment de sphère ; cette ligure ne saurait avoir été 
acquise du talus naturel des matériaux employés, et les construc- 
teurs ont dû prendre un soin attentif, pour lui donner cette 
géométrique apparence. 

Je n'ai pu, qu'à la longueur de mon pas, en mesurer les 
dimensions ; je lui trouve, environ, cent vingt mètres de tour, 
huit de hauteur, ce qui lui donne un volume de 4,850 mètres 
cubes. Il est couvert de gazon , surmonté d'une couronne 
d'arbres. L'ayant escaladé, je reconnus qu'une fouille y avait été 
pratiquée, en une grande entaille, du côté opposé à la route; 
mais cette fouille est incomplète , ne descendant pas assez bas, 
et ne pénétrant pas assez loin ; il faudrait la continuer ; elle 
montre, cependant, que cette butte est totalement faite en terre, 
ce qui la dilïérencie décidément des tumulus mégalithiques. 

Peu à peu, les habitants (les distractions à Touvois ne parais- 
sant pas fréquentes), se réunissaient autour de moi, me regardant 
compter mes pas et circuler sur mon tertre. J'interrogeai : cela 
se nommait « la Motte. » Et la prairie? « laprée de la Motte. »> 
Qu'était-ce? « un tombeau, bien sûr; on le disait, du moins, » et 
même le forgeron, avec l'autorité de la science, prononça le mot 
de tumulus. Il appartient au neveu du maire , et quand , autre- 
fois , on l'avait fouillé , on y trouva , disent les gens , beaucoup 



— 125 — 

d'or, mais en pièces fort drôles et qui étaient triangulaires; 
cela ne m'étonna point, et si une forme, plus que celle-là, se 
fût éloignée de la ronde, on me l'eût, sans doute, indiquée ; fi des 
écus roulants ! il fallait avant tout de l'extraordinaire : ces mé- 
dailles, aux trois angles bien pointus, auraient dû faire pour- 
tant monnaie bien commode en poche. Mais on me signala une 
femme qui servait , au temps des fouilles , chez l'heureux pro- 
priétaire de cette mine opulente, et, comme elle demeurait tout 
près, j'eus bientôt des renseignements, moins brillants, mais 
plus solides. 

On a fouillé la motte de Touvois, il n'y a pas plus de vingt- 
cinq ans, vers 1850, et on n'y a trouvé, absolument, que quel- 
ques 03 et les fragments d'un vieux pot , lequel était tout rond , 
ne plus ne moins que les pots de nos jours. Riais je persiste dans 
mon indication , l'exploration n'est pas faite , elle est curieuse , 
je vous engage h la terminer ; cela vous sera facile et un jour 
suffirait , la besogne étant fort avancée. 

11 est, en effet, certain qu'il existe, même en nos contrées, 
des tumulus sans dolmen intérieur, et qui, sans doute, appar- 
tiennent à un autre âge. Leur étude n'en n'est pas moins intéres- 
sante, bien au contraire. Je me souviens de Barbechat, et delà 
petite fête archéologique à laquelle, dès mon arrivée parmi vous, 
me convia M. Parenteau, quand il en fit l'intéressante étude. 
Même dans le Morbihan , où les dolmens fourmillent , M. le 
docteur Fouquet signalait en 1867, dans une note insérée au 
bulletin de la société polyraathique , des tumulus , sans dolmen , 
sur la lande de Lanveaux , à Plumergat , à Belle- Vue en Sarzeau , 
à Belle-Ile et ailleurs. Ce savant insistait pour que les archéolo- 
gues portassent leur attention sur ces buttes factices; le conseil 
est bon pour nous maintenant , comme alors pour nos confrères. 

Pour moi, j'avoue mon faible, j'ai ma routine, et ma vieille 
habitude; mes préférences sont connues pour l'antique sillon 
qu'ont tracé chez nous les « remueurs de pierres ». Aussi, 
laissez-moi, de Touvois, vous conduire en lieu mégalithique. 
Mais je veux vous signaler, au passage, un manoir, îi l'hospitalité 



- 426 — 

charmante , où nous fûmes accueillis à l'autre bout des futaies : 
le Bois-Chevalier ; il a toute une histoire , et fort grand air 
d'antique race. Je vous dirai quelque jour sa légende ; quant 5 
présent, je vous confie, tout bas, que c'est un château enchanté, 
il s'y fait des miracles ; et, le vendredi , sans transgresser la loi, 
tous les poissons du lac, par sortilège insigne, s'y transforment 
en grande venaison , hautes victuailles et gibiers fins. 

Biais j'entends là-bas poluflosboyer la mer océane , la mer de 
Pornic aux élégantes plages -, elle est un peu bien jaunie par la 
Loire , qui , après avoir empâté les grandes brières bretonnes , 
va faire des siennes vers le midi vendéen ; mais c'est Armor enfin, 
il m'eût fort élonné qu'aucun dolmen n'émergeât de ses falaises. 
Voyez, là-haut, ce moulin , tendant son aile à la brise; il do- 
mine, et c'est son métier, tout le pays et les côtes ; du pied l'on 
voit la vaste baie , Noirmoutiers se soudant au rivage , Beauvoir 
et Bouin , la Bernerie qui s'ensable, la plage du port aux Golhs , 
la pointe de Saint-Gildas; d'autre part un vaste horizon de terre. 
C'est bien ainsi que nos rudes ancêtres aimaient à placer leurs 
tombeaux. Cependant, c'est encore là , me dit-on, le moulin de 
la moUe\ mais cette motte est rocailleuse, aride et sans verdure. 
Les morts de l'âge de pierre ne font pas pousser le gazon. Vous 
savez les beaux dolmens, aux longues allées couvertes, qui sur- 
montent le sommet occidental de cette triple colline. Il n'y a plus 
là rien à faire, qu'à regarder, c'est quelque chose; mais, à l'est du 
mouUn, il est une autre tombelle, symétrique de la première et 
qui n'a pas dit son secret. A peine un chercheur timide a sondé 
ses pierrailles, mais assez cependant pour qu'en dérangeant quel- 
ques fagots, j'aie vu poindre le dos blanchi d'un vénérable dolmen 
qui, dans la fleur de sa virginité antique, attend votre visite, 
vos pieux larcins et vos comptes rendus. Il n'en coûtera qu'une 
faible dépense ; la découverte est certaine , l'intérêt n'est pas 
douteux. 

Enfin, il ne serait pas impossible que le mamelon central, 
celui même qui porte le moulin , ne fût aussi un tumulus. Mais 
j'ai peur du faiseur de boulange, qui crierait qu'on va jeter bas 



- 127 — 

son usine; on dit chez moi d'un homme peu chanceux: Skocl eo 
bel gant ar miliner, « le meunier lui a jeté un sort. » 

Les tumulus de Sainte-Marie doivent , tout à fait , être rangés 
parmi ceux de la seconde des trois classes que j'ai établies dans 
un mémoire publié fi Alger, en 1869, et dont les types sont, en 
Bretagne, Kergounfals et Kercado, c'est-à-dire des tumulus 
très-bas, recouvrant à peine de vastes dolmens à galerie; les 
Anglais disent « large barrows ». 

Quant aux grands tumulus, dont le type est ïhumiac ou Saint- 
Michel {hi(jh barrows) et aux tumulus allongés [long barroîvs) 
dont j'ai fourni deux exemples par mes fouilles du M;mé-Lù et du 
Moustoir, monuments fort singuliers en ce qu'ils recouvrent, non 
plus seulement; un tombeau, mais tout le théâtre d'une scène 
de funérailles , je crois pouvoir affirmer qu'il n'en existe aucun 
dans ce département-ci. 

Le mont Saint-Michel de Carnac est formé de quarante mille 
mètres-cubes de pierres entassées; dans le Blané-Lù, vous savez 
que j'ai rencontré un débris de squelette brûlé , près d'un autre 
qui ne l'avait pas été , puis des ossements de chevaux. 

Souvent, j'avais songé l\ ces énormes amoncellements de 
pierres, au temps qu'il avait fallu pour les former, puisa ces sque- 
lettes , réunis, et pourtant dans des conditions si différentes. 
Ces données étranges évoquaient pour moi Shakespeare et ces 
vers d'Hamlet : 

Noîo pile yoitr diist , etc. 

« Maintenant, enterrez à la fois, les vivants et les morts; 
» élevez sur eux une montagne qui dépasse l'antique Pélion. » 

Un jour que je me laissais aller au charme des récits du bon 
sire de Joinville , contant son maître et son ami « à Monseigneur 
le roi Louis X , qui est héritier de son nom » , j'y trouvai les 
hgnes suivantes ; elles m'ont bien fort frappé , laissez-moi vous 
les dire. On est à Césarée , Philippe de Toucy vient d'arriver et 
de se mettre aux gages du roi , on devise entre chevaliers, et le 
nouveau venu dit l'histoire de ses voyages ; il vient de Constan- 



— 128 — 

tinople et il ;i visité, en Asie, un pays singulier, celui des 
Commains. 

« Encore nous conta une grant merveille qu'il vit tandis que il 
» estoit en luur ost : que uns riches chevaliers estoit mors , et 
» li avoil Ton fait une arant fosse et larçe enterre, et Tavoit l'on 
» assis moût noblement et parei en une chaere ; et li mist l'on 
» avec li le meillour cheval que il eust et le meillour sergent tout 
)' vif. Li serjans, avant que il fust mis en la fosse avec son signour, 
» il print congié au roy des Commains et ans autre riche signour ; 
» et au penre cong-é que il fesoit à ans, il li metoient en son 
» escharpe grant foison d'or et d'argent et li disoient : « Quant 
» je venrai en l'autre siècle , si me rendras ce que je te bail. » 
» Et il disoit : « Si feroi-je bien volentiers. » Li grans roys des 
» Commains li bailla unes lettres qui aloient h lour premier roy, 
» que il li mandoit que cil preudom avoit moût bien vescu , que 
» il l'avoit moût bien servi , et que il le guerredonnast son ser- 
» vise. Quant ce fu fait , il le mislrenl en la fosse avec son 
» signour et avec le cheval, tout vif-, et puis lancièrent, sus le 
» pertuis de la fosse , planches bien chevillies , et touz li os 
» courut h pierres et à terres ; et avant que ils dormissent, orent 
» il fait , en remcmbrance de cens que il avoient enterrei , une 
» grant mnnlaingne sur aus. (') » 

Que l'on veuille bien relire ma description du Mané-Lù , com- 
binée avec celle de Saint-Michel et l'on ne saurait, je crois, 
manquer de partager ma surprise en retrouvant mes hypothèses 
dans le récit, que j'ignorais alors , de l'historien de saint Louis. 

Vous pardonnerez, à un intendant militaire, d'imaginer qu'il 
ne serait peut-être pas impossible , grâce à la donnée de Join- 
ville, de passer, en nombrant les pierres du tumulus célèbre , la 
revue d'effectif àii l'armée de Carnac , d'en faire, comme on 
disait autrefois, la monstre, en comptant ses soldats. En tenant 
compte de ce qu'un homme pourrait entasser de pierres en un 
jour, j'ai calculé qu'il faudrait un corps de quatorze mille 



{}) Histoire de saint Louis, par Jean, sire de Jolnville, texte original, 
rétabli par M. Kalalis de Wailly. 



_ 129 - 

hommes , travaillant depuis le matin , pour dresser la tombelle 
« avant que ils dormissent. » 

Mais qu'était-ce que ces Commains dont parle Philippe de 
Toucy? Il prévient que ce peuple habitait en Asie et qu'il était 
allié à l'empereur de Constantinople contre Vatace, alors empe- 
reur des Grecs. Or je trouve, dans Slrabon , deux Commana,- 
l'une aujourd'hui Tokat, était placée dans la partie méridionale 
du Pont, non loin d'his; l'autre, maintenant El Bostan, était 
une ville de Gappadoce, sur le Sarus, affluent du Mêlas; elle 
était, dit le célèbre géographe grec, régie par un prêtre sou- 
verain qui demeurait dans un temple desservi par six mille 
prêtres inférieurs; la divinité de ce temple était Ma, dieu de la 
guerre (*). 

C'est ainsi que, par analyse, en procédant du connu, l'étude 
des monuments mégalithiques semble donner accès dans les 
temps préhistoriques ; mais c'est une route obscure et qu'il faut 
suivre avec prudence. On doit prendre garde, surtout, de 
mettre sa propre pensée à la place de l'enseignement certain des 
faits constatés, et ne jamais oublier, dans cette recherche 
comme dans celles de toutes les sciences humaines, cette 
maxime d'Origène : 

« L'esprit humain cherche la vérité , comme l'œil cherche la 
» lumière; mais pas plus que l'œil ne produit la lumière, l'esprit 
» ne produit la vérité. » 

"^ René Galles. 



(') Dictionnaire de Bouillet. 



4875 



OBSERVATIONS 



EN REPONSE A UN ARTICLE DE M. LE C^e L. CLÉMENT DE RIS 

SUR CORBILON 



Je dois à la bonne confraternité de M. Marionneau, président 
de la Société archéologique de Nantes, d'avoir lu dans le numéro 
de septembre-octobre 1874 , de la Revue des sociétés savantes (*), 
l'article consacré par M. le comte L. Clément de Ris au Bulletin 
de la Société d'archéologie nantaise f ). J'y ai vu qu'on y rendait 
justice en général à nos recherches nombreuses, « dont la plupart 
sont résumées dans un remarquable esprit critique » , j'y ai vu 
aussi qu'on m'y traitait sévèrement et sommairement; voici ma 
note: 

« Les géographes du XVIP et duXVIIP siècle, Adrien de Valois 
et d'Anville, Walknaër de notre temps, plaçaient h Gouëron, près 
Nantes, Yemporium de CorUlOj dont parle Strabon et sur lequel 
César garde le silence. Cette question a préoccupé de nouveau les 
érudits contemporains, M. Bizeul notamment , qui ont tour à 
tour proposé soit Donges, soit Corsept, soit Saint-Nazaire, sans 
apporter autre chose que des conjectures à l'appui de leurs asser- 



(1) Tome VIII, cinquième série. 

(2) Dix livraisons formant les volumes VIII, IX et X de 18G8 à 1871. 



- 432 — 

lions ('). M. le vicomte Sioc'han de Kcrsabiec reprend de nouveau 
l'étude de la question, et, h l'aide d'arguments parfois bien étran- 
gers au sujet et plus nombreux que concluants, indique un petit 
village, Bèlon, situé entre Saint-Nazaire, Escoublac et Batz, 
comme l'emplacement de Corbilo. Je ne suivrai pas M. de Kersa- 
biec dans les détours de son argumentation. Quelques fouilles 
opérées t'i Bèlon et couronnées de succès, la découverte d'un pan 
de mur, d'une substruction quelconque, vaudrait mieux pour la 
soutenir que de nombreuses pages de digressions. Ces découvertes 
restent encore à faire, et l'assertion de M. deKersabiec, comme 
celles de ses devanciers, ne repose jusqu'ù présent que sur des 
hypothèses. » 

Je remercie M. le comte Clément de Ris de ce qu'il veut bien 
me renvoyer en compagnie de mes « devanciers » ; je pourrais 
en effet me consoler de son verdict avec Adrien de Valois, d'An- 
ville et les autres, mais... je n'en sens pas le besoin ; présentement 
son appréciation est sans valeur à mes yeux. M. le comte Clément 
de Ris, en effet , n'a pas lu attentivement l'ouvrage dont il parle, 
et n'a point suffisamment étudié la question qu'il expose. Sans 
doute, M. Clément de Ris écrit que mes arguments lui semblent 
parfois « bien étrangers au sujet et plus nombreux que con- 
cluants », mais il n'indique ni quels sont ces arguments ni en quoi 
ils ne concluent pas. Il est vrai que M. le comte Clément de Ris 
ne veut pas me suivre « dans les détours de mon argumentation », 
et je suis assez galant homme pour ne pas l'y entraîner malgré 
lui: je sais ce que je dois aux nécessités de notre époque et aux 
progrès réalisés. Autrefois les critiques n'éprouvaient ni ces 



(1) Adrien de Valois, d'Anville et l'abbé Travers ont en effet placé Cor- 
bclon à Coucron ^ mais il n'en est lias ainsi de Jf'alknaër, qui, critiquant 
cette opinion par les raisons qui m'ont conduit à la répudier, a savoir, parce 
que Couëron « est trop enfoncé dans les terres cl non \\ rcniboucbure de 
la Loire », propose de placer Corbelon à Corsept. Si Boycr indique Montoir, 
M. Bizeul risque Blain; pas un ërudit que je sacbe n'a parlé de Donges ou 
de Saiiit-Nazairo, par ou l'on voit que M. Clément de Ris n'a pas très-bien 
lu ce qu'il semble analyser. 



— 433 — 
craintes ni ces hâtes: on avait la patience de lire et au besoin de 
relire les arguments, de les faire connaître, de les examiner, de 
les discuter, de les disjoindre ou de les rapprocher; si l'un isolé 
donnait peu ou point de lumière, placé près d'un autre il en 
offrait davantage et l'on arrivait ainsi après une étude sérieuse à 
rendre un jugement équitable. C'est ce que j'avais eu la naïveté 
de demander: « Je n'ambitionnerais, di?ais-je, qu'une chose: 
qu'on voulût bien étudier encore cette question après moi , exa- 
miner et discuter mes preuves avec la bonne foi et la simplicité 
que j'ai mises l\ les exposer (*). » Je n'ai point, on le voit, obtenu 
ce minimum. Néanmoins la note de M. le comte Clément de 
Ris à mon endroit manque de gravité, car je ne suppose pas 
qu'il ait voulu m'exécuter devant son public sans qu'on m'enten- 
dît, et cependant n'est-ce pas à cela qu'il arrive? Il ne donne pas 
même le titre exact de mon opuscule {^), il n'en présente pas le 
moindre semblant d'analyse, et il se sert envers moi d'un mot 
malheureux pour ne pas dire plus, du mot « assertion », qui ten- 
drait à faire croire que tout mon travail repose sur des affirmations 
dénuées de preuves. 

« Pour moi, avais -je dit, Cor-Bêlon n'est pas seulement une 
ville, mais tout un petit État commercial , une colonie dans le 
sens le plus large, et dès lors, pour bien étudier et rester fidèle à 
mon titre, j'ai dû et je dois examiner non pas un point unique 
mais tous ceux qui, sur cette côte et dans la péninsule guérandaise, 
me parlent des Samnites, des Phéniciens, des Phocéens, des Ve- 
nètes, des Romains, enfin des Bretons, peuples qui se sont succédé 
dans la Bôlonie ou Cor-Belon, y ont laissé leurs empreintes; agir 
autrement eût été non-seulement amoindrir la question , mais 
l'anéantir (^). » 

(1) Corbilon. P. 173 et dernière. 

(2) Études archéologiques. — Corbilon, Samnites, Fenètes , Namnètes, 
Bretons de la Loire. 

Ce titre prouve tout d'abord que yétudie et n'affirme pas, en second lieu 
que mes études n'ont pas pour unique objet Corbilon. 

(3) Cette déclaration que les débris qu'a pu laisser Corbilon de son exis- 
tence doivent être cherchés, non pas seulement sur les quelques mètres 



- 134 — 

Cette manière d'envisagor le problème, qui explique et légitime 
à mes yeux toutes mes digressions, pouvait paraître mauvaise ; 
M. Clément de Ris eût été dans son droit de le penser et de le 
dire, après discussion toutefois, puisqu'il fait profession de cri- 
tique, mais il n'agit pas ainsi. Qui donc après l'avoir lu serait 
tenté de perdre son temps à me suivre dans les « détours » de 
« digressions » sans nombre, ne reposant que sur des « arguments 
étrangers et non concluants », amas « d'hypothèses » se résu- 
mant en n assertions » pures et simples? Quand je discute un 
auteur je le cite, quand je le juge, je motive mon jugement. 
M. le comte Clément de Ris ne me cite pas, ne m'analyse pas, ne 
me discute pas, mais il me juge sans motiver son jugement, qui 
par suite ne vaut pas; donc mon travail, tout hypothétique et 
conjectural qu'il soit en partie, je le reconnais volontiers et je l'ai 
toujours reconnu , reste entier et d'ailleurs soumis comme par le 
passé à la critique compétente. 

Je pourrais en demeurer là , mais j'ai dit que M. le comte Clé- 
ment de Ris me paraissait n'avoir point suffisamment étudié la 
question sur laquelle il parle : je le prouve. Voici en effet ce qu'il 
écrit sur le fond même du sujet: 

« Il est bien difficile d'admettre que Corbilo occupât l'empla- 
cement du Bôlon actuel en songeant à sa situation sur une côte 
entièrement découverte, sur un rivage en pleine mer et sans 
aucune défense, et en se rappelant le soin avec lequel les popu- 
lations gauloises abritaient leurs ports assez loin de l'embouchure 
des fleuves, les défendant contre une surprise par les derniers 
promontoires des cours d'eau et par la distance même qui les sé- 
parait de la pleine mer. » 

Que M. le comte Clément de Ris me permette de le lui dire , 
j'éprouve un réel embarras en présence de ses assertions. 

carrés qu'occupe le Bèlon d'aujourd'hui, mais sur toute cette côte qui cerne 
les marais de Guérandc et dans ce marais, répond à ce que me fait dire M. 
Clément de Ris, d'après qui, « j'indique un petit village, Bèlon, comme l'em- 
placement de Corbilo n. Par ailleurs, pourquoi Corbilo, quand les géogra- 
phes anciens, Pytliéas et Slrahon , disent Corhilôn ou Corhêlùn ? 



- 135 — 

Quand je me suis permis des hypothèses , des conjectures , des 
conclusions, j'ai toujours cherché à les appuyer de textes que j'ai 
toujours soumis loyalement au lecteur, ne demandant pas à être 
cru sur parole; sur quoi s'appuie M. Clément de Ris pour moti- 
ver son opinion? Ce n'est ni sur la topographie ni sur des textes. 
Assurément M. Clément de Ris ne connaît pas notre côte bre- 
tonne de Saint- Nazaire au Croisic, lorsqu'il en fait « une côte 
entièrement découverte, un rivage en pleine mer et sans aucune 
défense » ; s'il en est de plus découpée, on peut dire cependant 
qu'elle offre de nombreuses proéminences, des caps, des rochers, 
des bas-fonds et des îlots , actuellement soudés ensemble par les 
sables, qui formaient alors ces défenses et ces abris qu'il réclame, 
et que les Gaulois surent trouver et utiliser. Pour moi , Bêlon n'est 
pas sur un rivage en pleine mer, mais bien dans l'embouchure de 
la Loire telle que nous l'indiquent nos cartes géographiques, mais 
en fût-il autrement , les textes les plus connus iraient à ren- 
contre de ce que pense M. Clément de Ris. Que dit en effet César, 
décrivant précisément la côte qui nous occupe? Eh! mon Dieu! 
que les Gaulois- Venètes tenaient presque tous les ports des rivages 
de la mer en ces contrées , tene^it omnes fereportus orœ maritimœ 
regionum earum (*). Presque tous : donc des peuplades gauloises 
autres que les Venètes avaient aussi des ports sur les côtes de 
l'Océan. César ne dit-il pas encore que, pour atteindre les Venètes, 
il lui fallut descendre la Loire et en sortir, puisqu'il dut opérer 
in vastissimo cUque apertissimo Oceano (^)? par où l'on voit que ces 
ports gaulois, abrités par les îles et les bas-fonds, faisaient face à 
la pleine mer et n'étaient pas « assez loin de l'embouchure du 
fleuve ». Et puis, que nous importe ici ce système des ports gau- 
lois? Fût-il aussi bien établi qu'il l'est peu, que prouverait-il 
contre Cor-Bêlon, emporium phénicien, puis phocéen et non gau- 
lois, placé par Pylhéas super ou suprà Ligerim? absolument 
rien. Il faudrait au moins que M. Clément de Ris prouvât que cet 



(1) César. Be Bello gallico, lib. III. 

(2) César. De Bello gallico, lib. III. 



— 136 — 

cmporium, détruit au temps de César, ne fut pas phénicien ou 
pliocéen et que la situation indiquée par moi sur ce golfe de la 
Loire maritime ne répond pas, ou est contraire à celle indiquée 
par le géographe. M. Clément de Ris ne tente aucune de ces 
preuves. 

Tout cela c'est fort bien , me dira-t-on , mais « quelques fouilles 
opérées à Bêlon et couronnées de succès, la découverte d'un pan 
de mur, d'une substruction quelconque, vaudrait mieux pour 
soutenir votre argumentation que de nombreuses pages de digres- 
sions ». Eh ! sans doute, mais est-ce bien sérieux? tout le monde 
n'a pas un pan de mur phénicien remontant à deux mille ans et 
plus sous la main ; pour tenter de l'obtenir il faut faire des fouilles, 
ce qui est très-souhaitable, mais qui les fera? qui les paiera? 
31. Clément de Ris? la Société archéologique? le département? 
l'État? et si personne ne veut faire ces frais, et ils ne seraient pas 
minces, voilà donc une question de géographie ancienne à laquelle 
il serait interdit de toucher? et puis pour faire des fouilles, encore 
faut-il savoir sur quel terrain opérer; j'ai indiqué ce terrain. Par 
ailleurs , je n'ai pas été sans parler des nombreux débris du 
passé qui jonchent tout ce pays : pierres levées , analogues 
à celles que Strabon a signalées comme étant des temples 
d'Hercule Tjrien, rochers sacrés portant l'empreinte du travail de 
l'homme (*), retranchements gaulois, « substructions », «pans 
de murs », traditions persistantes: est-ce ma faute si M. le comte 
Clément de Ris oublie d'en parler à ses lecteurs; cet oubli n'ef- 
face point ce que j'ai écrit ; il n'efface pas non plus les textes nom- 
breux que j'ai donnés, dont on ne dit mot, mais qui n'en ont pas 
moins leur valeur. Enfin soyons justes ; au train dont nous allons 
à quoi nous serviraient des substructions ou un pan de mur , si 
dans ce pan de mur ne se trouvait fixée une inscription nous 
disant: « Ici est Corbilon. » 

Je ne pouvais que signaler ce champ d'explorations; d'autres, 



(') Il est bien évident que je n'affirme pas que je n'aie pu me tromper en 
quelques détails de mes observations. 



— 137 — 

moins prévenus que M. le comte Clément de Ris, ont bien voulu y 
descendre après moi et l'ont étudié avec fruit: dans sa séance du 
7 juillet 1874, la Société archéologique de Nantes a entendu le 
rapport d'un de ses membres, M. le lieutenant de vaisseau Blartin, 
mettant sous ses yeux une inscription phénicienne sur un schiste 
ardoisier trouvée dans le marais de Guérande par un paludier en 
relevant le talus d'un ancien étier. A la première inspection , 
M. Martin avait bien cru reconnaître le caractère phénicien de ces 
signes, mais, pour « ne pas s'avancer témérairement en pareille 
matière », il les soumit d'abord à un savant hébraïste de Versailles, 
M. le chanoine Bertrand, que certains petits traits horizontaux 
étonnèrent un peu , puis à l'un des princes de la science, à M. de 
Saulcy, qui reconnut de suite des caractères sidoniens. « M. de 
Saulcy crut pouvoir assurer que ce sont des caractères cursifs , 
uniques au monde en tant qu'inscriptions lapidaires... L'ardoise a 
été taillée exprès, car elle est polie du côté de l'inscription et elle 
ne provient pas du pays. » C'est là, ajoute M. le lieutenant Martin, 
qui accepte ainsi , sinon toutes mes inductions ou mes conjectures, 
au moins l'idée qui a présidée à mon travail et un peu mes 
conclusions, « c'est là un témoin irrécusable de la présence des 
Phéniciens dans nos contrées avant l'occupation romaine, un jalon 
pour l'histoire du fameux emporium de Gorbilo, signalé par 
Pylhéas et par Strabou » (*). 

Ce n'est pas tout ; le même M. Blartin expose que, « dans les 
mêmes marais, au bas de Clis, se trouve enfoui un navire antique 
qui doit avoir une trentaine de mètres : un paludier exécutant ses 
travaux d'entretien a été gêné par des morceaux de bois et en a 
arraché trois qui sont trois courbes de navire ; deux ont été 
brûlés, mais le troisième a été sauvé, et il sert de linteau à une des 
cabanes du marais ; il est très-curieux au point de vue de l'archi- 
tecture navale, parce qu'il prouve que le navire était à clins, mode 
de construction qui n'est plus usité ». M. Martin ajoute qu'il a 



(') Bulletin de la Société archéologique de Nantes, t. XIII, années 1873-74, 
p. 160. 



— 138 — 

vu h Binrseilic les débris d'une galère phénicienne en cèdre, mais 
ici le bois est du chêne. Un des membres de l'assemblée, M. Petit, 
ayant fait cette remarque que les bateaux chalands^ bateaux plats 
de la Loire, sont tous ii clins et que les blins^ petites embarcations 
de Montoir près Saint-Nazaire, sont encore construites à clins, 
M. Martin répond « qu'il est facile de reconnaître, à la vue de la 
courbe extraite du navire enfoui dans les salines de Guérandc 
depuis plus d'un millier d'années, que c'est certainement un ba- 
teau de mer à quille, destiné à tenir contre les gros temps » (*). 
Il faut avouer que M. Martin, lieutenant de vaisseau, homme du 
métier, s'exprimant ainsi , parle bien de façon h m'assurer dans 
mes conjectures, et que mes hypothèses prennent corps, non- 
seulement en ce qui regarde la colonisation phénicienne et Cor- 
bôlon , dans ce golfe de la Loire maritime, mais encore sur la 
campagne de César contre la flotte venète, qui de tout temps fré- 
quenta cette baie , que j'appellerai illustre. 

Plus M. Martin avance dans ses fouilles et dans ses études, plus 
il affirme les idées que j'ai exposées. Dans son intéressant Mémoire 
sur les inscriptions antiques du Blé^iiscoul et de plusieurs monu- 
ments mégalithiques du pays de Guérande, il s'exprime ainsi: 
« Pour des indifférents, quels sont les divers signes des trois pages 
du Méniscoul? des croix, des trèfles, des rosaces, des cupules; je 
ne parle pas de quelques caractères indéchiffrables. 

» Or, nous sommes en pays celtique, visité à de très-anciennes 
époques par les civilisateurs de l'Orient, Égyptiens d'abord, Phé- 
niciens plus tard , et par Égyptiens j'entends des peuples Egyp- 
sies, Allophyles, Pélasges, Phérésiens, Lybiens, Atlantes peut-être. 
Je crois qu'un linguiste trouverait dans les bizarres noms de 
notre pays une riche moisson sémétique et égyptienne. Quant 
aux Phéniciens , une petite ardoise suffirait pour prouver leur 
présence dans les environs guérandais , si Vétain de Viriac et 

(') César, parlant des vaisseaux vcnètos, dit: « Ces vaisseaux avaient le 
fond plus plat que les nôtres, et étaient par conséquent moins incommodés 
des bas-fonds et du reflux, ils étaient plus propres h résister aux tempêtes; 
tous étaient de bois de chêne... » De Bello gallico, lib. III. 



- 439 - 

de Penestin n'était pas le gage assuré de leur antique séjour, 
et la raison ^êlre de Corbilo, le grand emporium tm tw mxaijM. » 
Ce n'est pas moi qiri souligne énergiquement ces mots caracté- 
ristiques ('). 

Quand j'aurai ajouté que M. l'ingénieur Pocard-Kerviler, un 
autre explorateur assidu du pays guérandais , croit lui aussi ù la 
présence de l'armée de César sur ces côtes et à ses déprédations 
dans les sépultures gauloises , entre autres dans le dolmen de 
Dissignac, « après la défaite de la flotte des Venètes dans la baie 
du Croisic (') , j'aurai peut-être fait comprendre à M. le comte 
Clément de Ris que mes hypothèses et mes conjectures ne sont 
pas sans avoir pour elles l'appui de travailleurs sérieux et 
maîtres de leur sujet. 

Un jour, je reçus la visite d'un ingénieur en chef chargé d'un 
travail important pour la navigation de la Loire , M. l'ingénieur 
Partiot ; il avait bien voulu me suivre dans mes digressions et il 
y avait trouvé cette assertion, que la Loire formait jadis, dans la 
Brière , un golfe intérieur qui avait son exutoire par les marais 
de Pompas et le traict de Mesquer, de telle sorte que le fleuve 
faisait à son embouchure un delta , et il venait m'assurer qu'après 



(1) Bulletin de la Société archéologique de Nantes, tome XIII, année 1874, 
p. 151-152. 

Que veut dire ce mot MéniscoulP ne serait-ce pas meii pierre et scoul 
identique au school anglais, école*, la pierre de l'école, ou la pierre-école? 

M. Parenteau possède dans sa belle collection trois statères d'or, qui sont 
des monnaies mixtes rappelant une monnaie d'Emporiao (Espagne). Ces 
statères auraient été, selon lui, frappés dans le style armoricain pour les 
besoins du commerce gaulois avec le grand emporium delà Loire, Corbêlon. 
L'une provient de Saint-lNazaire ^ l'autre, qui appartient aux Namnèles, a 
été trouvée à Doué, en Maine-et-Loire 5 la troisième vient de Josselin. Ces 
monnaies ne prouvent rien et ne peuvent rien prouver pour la situation de 
Corbêlon sur tel point plutôt que sur tel autre, puisque l'argent circule, 
mais il confirme ce que Pythéas nous dit de l'importance commerciale de 
Corbêlon, importance commerciale qui aurait exigé des peuplades limi- 
tropbes l'emploi d'un métal aussi précieux qu'est l'or. 

(2) Bulletin de la Société Archéologique, t. XII, année 1873, p. 191 . 



— 140 — 

avoir vu les lieux, il acceptait cette donnée très-volontiers. — 
Cette proposition que j'avance d'un delta à l'embouchure de la 
Loire , me semblait assez impurlante pour être notée , au besoin 
disculée , M. Clément de Ris n'en parle pas. 

Aujourd'hui encore , l'honorable ancien président de la Société 
Archéologique de Nantes, M. l'intendant militaire Galles, si 
connu par ses travaux archéologiques et ses découvertes dans 
les dolmens du Morbihan, n'est-il pas frappé de ce texte que j'ai 
donné et que je transcris de nouveau ici, parce qu'il est très- 
important pour la géographie ancienne de nos côtes , texte 
d'Ermold le Noir, faisant de l'archéologie au IX'^ siècle, qui place 
si carrément la capitale des anciens Venètes, Wenedia, dans les 
marais de Guérande (Wen-ran), qu'il faut, pour passer outre sans 
s'y arrêter, montrer peu de souci de la science qu'on professe. 

£sturbs fixa maris, Ligeris quo fluminis uiida 
j^quor arat latè ingredi turque rapax : 
Veneda oui nornen Galli dixêre priores , 
Pisce repleta , salis est quoque dives ope : 
Sœpiùs infestans Brittoniim hanc turba nocentûm 
Fisitat et belli munera more vehit (i). 

M. Clément de Ris aurait pu rappeler ce texte , le contrôler, 
le discuter, donner son avis ainsi que sur tous ceux qui le pré- 
cèdent et le suivent, textes qui établissent, d'une façon si certaine, 
le caractère parfaitement vénétique de Guérande et de ses envi- 
rons , qu'il me paraît difficile que la carte des Gaules ne soit un 
jour modifiée en ce sens. 

Quoi qu'il en soit, cette bonne chance de voir tant de per- 
sonnes distinguées s'occuper du même travail qui m'a occupé 
moi -môme , et arriver l\ le corroborer dans ses parties essen- 
tielles , est bien de nature à me rassurer sur l'avenir ; mes 
conclusions en sont très- affermies. 

M. Clément de Ris s'occupe, en finissant, d'un autre travail 
que j'ai publié sous ce titre : Le Gibet de la Trémissinière, il le 

(1) Ermoldi Nigelli, etc., lib. III, vers 251 et suivants. 



- 441 — 

trouve préférable ;\ celui de Bêlon , mais il fait une réserve , rela- 
livement à l'étymoîogie que j'ai risquée du iiom de Tour Meschi- 
nièrc. J'ai supposé que le mot meschinière pouvait être une 
corruption de mesche-ignée et que la tour meschinière, identique 
à celle de Petite-Belle-isle , était jadis un fanal , une station télé- 
graphique h feu. M. Clément de Ris, qui parait adopter toutes ces 
télégraphies, « doute que ses collègues de la section d'histoire et 
de philologie acceptent cette étymologie , qu'il leur laisse le soin 
de discuter ». Eh! mon Dieu! que ces messieurs ne prennent 
pas cette peine ; j'abandonne parfaitement la mesche ignée et 
avec elle la tour J» feu , le fanal et tout le système télégraphique 
« carolingien » ou autre au moyen de ces tours, en qui j'incline 
à ne voir, avec beaucoup de mes collègues de la Société Archéo- 
logique de Nantes, que de simples masses, le nom leur en est 
resté, ou bases en maçonnerie de prosaïques moulins ù vent, 
et que M. Petit dit être les ruines de moulins Turquois. 

Un dernier mot: M. le comte Clément de Ris, s'adressant à la 
Société Archéologique de Nantes, se résume en un conseil : « Ne 
prétendons pas, dit-il, élever nos hypothèses à l'état de vérité 
démontrée », à quoi je réponds : Ce conseil est fort sage et de si 
naïve vérité , qu'il me semble en vouloir dire plus qu'il ne dit. Si 
M. Clément de Ris me l'envoie, je lui réponds que je ne l'accepte 
pas, parce qu'il se trompe d'adresse ; s'il l'offre à la Société , 
j'estime qu'elle n'en a que faire. Je ne bornerai jamais, quant à 
moi, mon rôle ni celui des sociétés savantes de province au 
modeste emploi de chercheurs pour autrui , et tout en recon- 
naissant à la critique sérieuse tous ses droits, je leur réserve, 
ainsi qu'à moi, la liberté du travail et le pouvoir de conclure... 

Je conclus : 

Si rien dans la note de M. le comte L. Clément de Ris n'in- 
firme ce que j'ai dit de la situation du Corbêlon de Pylhéas et 
de Strabon dans le golfe de la Loire maritime , et si par 
ailleurs les monuments et les textes que j'ai produits, et toutes 



— 142 — 

les découvertes de mes collègues de la Société Archéologique de 
la Loire-Inférieure sur la côte et dans 16 marais de Guérandc , arri- 
vent à prouver qu'il y eut, sur les bords de ce marais et dans les 
em'iïonsdaBesîon^uïï établissement phénicien important, et dans 
la suite toute une population vénétique puis gallo-romaine qui a 
laissé de son activité des traces nombreuses, je ne vois pas 
pourquoi mes conclusions premières s'effaceraient devant les 
négations dénuées de preuves ou les doutes, par trop sommaires, 
de mon contradicteur. 
Les probabihtés restent de mon côté. 

Nantes, juillet 1875. 

V'^ SlOC'lIAN DE KeRSABIEC. 



MONTREVAULT 



TOIBEILES DE SAUT - AITOIIfE ET BU PETIT 1I!TREWDIT 



Montrevault, petite ville pittoresquement située sur un mame- 
lon qu'entoure en partie la rivière d'Èvre, est un chef-lieu de 
canton du département de Maine-et-Loire. Jusque vers la moi- 
tié du XP siècle, l'histoire garde le silence sur cette localité ; aussi 
ne faut-il pas ajouter foi à certains écrivains qui ont avancé, sans 
preuve, que Montrevault avait été la capitale des Manges. Une 
charte de 1056, découverte par dom Martenne , nous apprend 
qu'Emma de Montrevault, femme de Raoul de Beaumont, donna 
une partie de la terre de Montrevault à l'abbaye de Saint-Serge. 
Mais Foulques-Nerra , comte d'Anjou, qui était un grand bâtis- 
seur, s'étant , ensuite, emparé de cette terre, ne manqua pas d'y 
faire construire un château qui prit le nom de Mons rehellis. Il 
inféoda ce château â l'un de ses chevaliers, chargé de le défendre 
contre les attaques du comte de Nantes, dont il limitait les fron- 
tières. Par cette même Emma, la seigneurie de Montrevault passa 
aux vicomtes du Mans, mais les religieux de Saint-Serge en con- 
servèrent la mouvance. Plus tard , la maison de Clisson, qui avait 
des possessions voisines de Montrevault, devint maîtresse de ce 
domaine féodal. Vers la fin du XIV^ siècle, dans la guerre qu'il 
faisait au duc de Bretagne, Olivier de Clisson se servit du château 
bâti par Foulques-Nerra , pour préparer d'heureuses expéditions 
militaires. Enfin, en 1392, le château fut pris par les troupes du 



— \u — 

duc de Bretagne. Les Turpin-Grissé devinrent ensuite seigneurs 
de Montrcvault. 

A une petite distance de la ville, sur la commune de Saint- 
Pierrc-Maulimart [à malo marte)^ existe une tombelle remarquable 
par sa circonférence et son élévation ; on la nomme la butte Saint- 
Antoine, parce qu'il y avait une chapelle dédiée à ce saint dans 
le champ où se trouve la tombelle. Cette année, un paysan, pro- 
priétaire de ce tombeau antique, a conçu l'idée de traverser par 
une tranchée cette énorme masse de terre et de pierraille, au 
milieu de laquelle, d'après une tradition, se trouve une chambre 
sépulcrale, dans laquelle un illustre chef gaulois s'est fait inhumer 
à côté de ses trésors. 

Les dépenses cl les difficultés de cette opération eurent bientôt 
prouvé au paysan qu'un travail aussi gigantesque n'était pas pra- 
ticable. Il avait renoncé à son entreprise, quand un soldat du 
génie en congé temporaire, lui conseilla de pratiquer une galerie 
souterraine, se dirigeant en droite ligne vers le caveau qu'il voulait 
atteindre. Cette ibis le procédé était praticable, mais il fallait une 
grande quantité de bois pour étager solidement la galerie et éviter 
des éboulements qui eussent été très-dangereux pour les travail- 
leurs. Ce qui fit qu'après avoir creusé jusqu'à huit mètres de pro- 
fondeur, le paysan suspendit ses travaux , offrant , à qui voulait 
l'entreprendre, la continuation de la fouille, se réservant seulement 
la moitié de la trouvaille, si l'on en découvrait une. Les choses 
en sont là aujourd'hui. 

La tranchée qu'on a faite à la butte Saint- Antoine, m'a révélé, 
par l'arrangement des matériaux , comment cette tombelle a été 
élevée. D'abord on a dû construire la chambre sépulcrale, puis 
décrire autour un cercle pour marquer l'extrême limite de la 
base du tumulus. Ensuite, à l'aide de hottes on a jeté de la terre 
autour en se retirant peu à peu jusqu'au centre. Les terres 
ainsi amoncelées, ont atteint la hauteur que nous voyons aujour- 
d'hui. Cette tombelle, sur laquelle on a planté une vigne, était 
autrefois entourée d'une douve. Peut-être au moyen âge fut-elle 
fortifiée ? 



— 145 — 

Le paysan qui a entrepris de faire fouiller la tombelle de Saint- 
Antoine, m'a dit tenir d'un savant, dont il ne m'a pas donné le 
nom , que le vaillant chef gaulois mis dans ce tombeau s'appelait 
Dumnacus. Cette idée du paysan m'a paru d'abord incroyable ; 
Mais, après avoir lu ce que César raconie de ce chef, dans ses 
commentaires, on trouve cette histoire moins invraisemblable. 
Dumnacus, dit le conquérant romain , après avoir levé l'étendard 
de la révolte, attaqua audacicusementles Romains. Puis, craignant 
d'être enveloppé par des forces bien supérieures aux siennes, il 
chercha à franchir la Loire, pour rentrer dans son pays. Mais 
Fabius, l'un des lieutenants de César, s'était, déjà, avec de nom- 
breuses troupes, emparé du pont sur lequel Dumnacus était obhgé 
de passer. Dans cette extrémité, les Andegaves et leur chef, vou- 
lant vendre chèrement leur vie, combattirent en désespérés, lais-^ 
sant douze mille hommes sur le champ de bataille. Dumnacus avec 
quelques soldats parvint ù s'échapper. Mais, poursuivi jusque dans 
le pays chartrain, on dit qu'il fut tué. César n'affirmant pas que 
Dumnacus perdit la vie, on peut supposer qu'il parvint jusque 
dans le Bas-Anjou, et se réfugia jusqu'ù sa mort dans le pays 
des Mauges, contrée couverte de forêts et coupée par de profonds 
ravins. Ce serait une chose bien curieuse si, en fouillant ce tumu- 
lus, on trouvait des objets prouvant que là repose la cendre du 
premier Angevin dont parle l'histoire en louant ses talents mili- 
taires. En tous cas, la postérité doit de la reconnaissance à cet 
homme généreux, qui n'a pas craint d'exposer sa vie pour rendre 
à son pays la liberté! 

Dans le champ où est située la tombelle qui nous occupe, se 
trouvait, à l'ouest, la chapcUo de Saint-Antoine, dont on a achevé 
de faire disparaître depuis peu les derniers vestiges. La tombelle 
et les terrains environnants étant livrés actuellement à l'agricul- 
ture, un paysan, qui a défriché ce sol pierreux, m'a dit qu'au 
nord il y avait un amas de pierres calcinées par le feu, au milieu 
desquelles se trouvait beaucoup de cendres et des débris d'osse-, 
ments humains carbonisés. Au midi de la loinbclle, on a décou- 
vert l'existence de toinbeaux renfermant des squehiltes et conte- 

1875 10 



- 146 ~ 

nant des vases en poterie. De ces diverses découvertes , on 
pourrait conclure qu'il y eut un temps où, au nord de ce champ, 
on incinérait les païens , et qu'au raidi (les chrétiens n'ayant 
jamais brûlé leurs morts), on les mettait dans des tombeaux. 

A un kilomètre de la butte Saint-Antoine, dans le village du 
petit Montrevault, existe une autre tombelle sur laquelle on a bâti 
au moyen âge un château-fort, dont on voit encore quelques 
débris. Cette tombelle, d'après Touchard-Lafosse, a une circon- 
férence à la base d'environ cent cinquante toises et une hauteur 
de soixante pieds. La base de celte tombelle au nord se trouve 
située dans une grande excavation qui jadis a été faite pour en 
extraire du plomb. De ce côté, au-dessous des terres rapportées, 
se trouve un grand souterrain creusé dans le sol, qui a servi 
peut-être autrefois de chambre sépulcrale. Ce souterrain, dans 
lequel j'ai pénétré, a une voûte naturelle assez élevée. Des par- 
ties s'étant détachées de la voûte à plusieurs reprises, ont donné 
au sol un exhaussement qu'il est facile de constater. Un peu avant 
la grande révolution, le hasard fit découvrir ce souterrain. Voici 
à quelle occasion. Des chasseurs, voulant prendre un lapin qui 
s'était réfugié dans un trou qu'ils supposaient peu profond, furent 
très-surpris, en bêchant, de voir s'ouvrir devant eux un vaste 
souterrain. Je n'ai point entendu dire qu'il ait été trouvé en ce 
lieu rien de remarquable. Cette tombelle est livrée h l'agriculture, 
et comme celle de Saint- Antoine, dans la belle saison, les rameaux 
de la vigne la font toute verdoyante. 

Charles Thenaisie. 



FOUILLES DU LAC DE GRAND -LIEU 



LES UCS DE PÂUDRD ET DE MD-LIEU 



Au mois de mai dernier, M. Ernest Chantre, l'un de nos plus 
habiles archéologues, voulul bien m'adresser une curieuse bro- 
chure intitulée : Les Palafittes ou constructions lacustres du lac de 
Paladru, station des Grands-Roseaux, près Voiron (Isère), et 
un curieux album in-f», renfermant, l'un le compte rendu des 
fouilles exécutées dans le lac en 1869, et l'autre, la reproduction 
des objets provenant des fouilles. Je lus avec le plus vif intérêt ce 
procès-verbal fidèle, et m'empressai de me faire porter à l'ordre 
du jour de la Société archéologique de Nantes, désireux que 
j'étais de faire un rapport sur ces fouilles, le lac de Paladru 
offrant avec notre lac de Grand-Lieu une analogie singulière. 

Tout le monde connaît la légende de saint Martin de Vertou, 
sa mission infructueuse près de la ville d'Herbadilla, et la catas- 
trophe qui en fut la suite. Nouvelle Goitiorrhe, la cité impudique, 
sourde à la voix de l'apôtre, disparut sous les eaux, au VP siècle 
de notre ère. 

Le lac de Paladru possède une légende identique. « On 
croyait voir au fond du lac les ruines d'une ville très-ancienne, 
détruite par la vengeance divine. » Cette légende a été répétée par 



- 148 — 

tous los ailleurs qui se sont occupés de cette contrée, de H 61 
à 1860 ; presque tous, surtout ceux de notre siècle, l'ont consi- 
dérée comme une fable inadmissible, et cependant personne n'a 
songé h en chercher une véritable explication. 

Suivant la légende, « la ville maudite du lac de Paladru s'appe- 
lait Ars , et les habitants furent punis pour avoir persécuté les 
religieux de la chartreuse voisine, Sylve-Bénite. » 

Cette croyance populaire, très-répandue du reste, ne pouvait 
pas rester plus longtemps inexpliquée à notre époque, où les, 
recherches de nos origines nationales , encouragées de toute 
part, se poursuivent avec une rapidité si prodigieuse. 

Il était réservé à M. G. Vallier d'élucider la question : il est 
arrivé, en effet, h prouver, après quelques investigations faites en 
1864 et 1865, que «l'origine de la ville d'Ars se liait à la présence 
des pilotis, et que ceux-ci devaient appartenir à des constiuc- 
tions analogues à celles dont on retrouve tant de débris dans les 
lacs de la Suisse et de la Savoie. » 

Ainsi, on le voit, les lacs de Paladru et de Grand-Lieu sont 
frères; les villes d'Herbadilla et d'Ars sont sœurs, et leurs 
légendes offrent une grande similitude. A cette occasion, je dois 
dire que je n'ai jamais cru à la morahté des habitations lacustres, 
ces phalanstères du passé. Réunissez sur un radeau immobile 
quelques milliers d'individus des deux sexes ; prodiguez-leur une 
nourriture abondante en gibier et en poisson ; de cette immobi- 
lité et de cette promiscuité il naîtra un état de choses qui se tra- 
duira par la vierge aux phallus enfouie sous le porche de l'église 
de Uezé, ou par la Vénus impudique en plomb, que j« viens 
d'être assez heureux , grâce h l'obligeanle intervention de 
BI. Orieux, de faire entrer au Musée de Nantes. L'éloquence de 
saint Martin de Vertou viendra échouer contre cette luxui'c , et le 
feu du ciel et les eaux du lac auront fort à faire pour lessiver 
cette haute immoralité. 

On m'a adressé un reproche, que je n'accepte pas: c'est de vou- 
oir détruire la légende d'Herbadilla et le miracle de saint Martin 
de Vertou. Loin de là ; j'ai la conviction que les fouilles que 



— 149 — 

nous allons faire dans le lac de Grand-Lieu, entre les pilotis, que 
les pêcheurs du lac connaissent tous, et dont ils se chauffent 
depuis d(!S siècles, viendront confirmer nos légendes ; la vérité 
religieuse et la vérité historique se tendront la main, en s'éclai- 
rant l'une par l'autre. Seulement, je crains bien que les phalans- 
tères lacustres du passé ne jettent un triste reflet sur les pha- 
lanstères terrestres de l'avenir, si fort préconisés par nos réfor- 
mateurs modernes, et sur la foçade desquels il est convenu qu'on 
gravera la fameuse devise de l'abbaye de Thélème : 

« Fay ce que vouldras. » 

Depuis des siècles , les pilotis du lac de Grand-Lieu servent à 
chauffer les pêcheurs, qui les arrachent avec ardeur, en évitant 
d'y déchirer leurs filets. Les pirogues sortent du lac et sur 
ses bords se délitent au soleil. Les haches celtiques en pierre 
et en bronze se rencontrent sur ses rives; voire même la splen- 
dide épée de bronze de Saint-Philbert, que nous connaissons, oX 
regrettons tous de ne pas voir en notre Musée. 

Saint-x\ignan nous a donné, il y a une vingtaine d'années, 
cent cinquante deniers consulaires en argent, deux admirables 
bracelets d'or et une fibule d'or de style étrusque , conservée 
dans ma collection. Je ne parle que pour mémoire des tiers de sous 
d'or de Déas et de Vassay. Nous trouverons, entre les pilotis qui 
soutenaient Herbadilla, une céramique gallo-romaine et des monu- 
ments païens, obscènes peut-être! Tant mieux, car la légende 
d'Herbadilla sortira de nos fouilles démontrée , et la mission de 
saint Martin de Vertou justifiée ! 

Fouiller le lac de Grand- Lieu a toujours été mon rêve depuis 
plusieurs années. Déj;\ en 1868, nous obtînmes de M. le cornte 
de Juigné , propriétaire du lac , l'autorisation de commencer les 
fouilles à nos frais, les objets d'art découverts devant être déposés 
au Blusée de Nantes. J'ai la lettre sous les yeux en écrivant ces 
quelques lignes ; il est difficile d'être plus bienveillant que ne le fut 
en cette circonstance M. le comte de Juigné. Des fonds nous furent 



— 150 — 

accordés pour ces fouilles par notre ami M. Anatole de Barthé- 
lémy, secrétaire de la commission de la carte des Gaules. Tout était 
prêt, et les fouilles allaient commencer, lorsque arrivèrent l'inva- 
sion prussienne et nos désastres; tout fut enrayé, et les fonds 
avancés furent rendus ! Espérons qu'avec les beaux jours, il nous 
sera donné de pouvoir reprendre nos pacifiques recherches ; 
puissent-elles être fructueuses et nous faire oublier la politique et 
ses tristes préoccupations ! 

Nantes, 1875. 

F. Parenteau. 



HISTOIRE DE TIFFAUGES 



Au mois d'avril, dans les premiers jours, Guerry, chargé d'une 
mission, partit pour 111b de Noirmoutier, muni de toutes les 
pièces nécessaires (*). On lui donna, en outre, deux proclama- 
tions ou lettres adressées aux commandants des ports d'Angle- 
terre et aux autorités Espagnoles, auxquelles il s'était chargé de 
les remettre en mains propres f). Après s'être délivré à lui- 
même un laisser-pgsser ('), il partit le 8 avril et arriva le 11 à 
Noirmoutier, au milieu des troupes de son parent , le cheva- 
lier Guerry de la Forlinière, qui s'était emparé de cette île 
le 16 mars précédent. Les vents contraires l'empêchèrent de 
s'embarquer, et dans peu de temps son projet ne fut plus un 
secret pour ceux qui l'entouraient. Il était encore à Noirmoutier 
lorsque le général Beysser y entra le 80 et le fit prisonnier. On le 
conduisit à Machecoul et de là à Nantes, le 7 mai au soir, avec 
les dames de Tinguy, de Rorthais, ïaconnet, Imhert de la Ter- 
rière, deux demoiselles Bevier, une religieuse, MM. de Rorthays, 
de Ghasteigner et plusieurs autres personnes arrêtées en divers 
lieux. 

Guerry fut écroué aux Saintes -Claires, en vertu de l'ordre sui- 
vant du comité central : 



(1) Voir, aux pièces juslificalives, le n" 13. 

(2) Ibid., no 14. 

(3) Ibid.,n° 15. 



- 152 - 

« Le concierge de la maison d'arrêt des Saintes- Glaires rece- 
vra les nommés Bernard Fontenay... Pierre-Augustin Guerry, 
tous venant de Maciiecoul et envoyés à Nantes par le général 
Beysser, et dont le concierge fera la garde. Au comité central, le 
7 mai 1793, l'an II de la république. Signé: Bougon, Beaufran- 

CHET, DOUILLARD, PlERRE GrELIER ('). » 

Guerry avait alors 58 ans. Son procès traîna en longueur, et 
il espérait être acquitté comme plusieurs autres des individus 
amenés à Nantes avec lui. Mais à Noirmoutier, les citoyens Pierre 
Pineau et Viaud- la-Rivière, officiers municipaux, ayant été char- 
gés par le général Esprit Baudry et la municipalité, de faire des 
perquisitions au domicile qu'il y avait occupé, se saisirent d'une 
boîte qui contenait un journal de ce qui s'était passé à Tiffauges, 
depuis 1789 jusqu'au 12 mars 1793; d'un autre journal relatant 
les faits, depuis le 12 mars 1793 jusqu'au 30 du même mois, des 
détails sur le combat du château de l'Oye ; le passe-port des chefs 
des armées d'Anjou et de Poitou, ainsi que les deux commissions 
dont nous avons parlé, plus, le passe-port, qu'en sa qualité de 
membre du comité de TilTauges, il s'était délivré à lui-même. 
Cette découverte fut immédiatement communiquée à Goupilleau, 
de Montaigu, par le général Esprit Baudry. 

Guerry, h cette fatale nouvelle, de la découverte de ses papiers, 
tenta de s'évader ; et voici ce que l'on écrivait encore h cette 
occasion à Goupilleau de Montaigu : « Guerry de Tiffauges a 
o fait un essai pour sortir des Saintes-Claires, où il était détenu, 
» par le moyen de ses draps, et en voulant passer par une 
» fenêtre. Il s'est brisé un bras, et on l'a transporté au Bouffay. 
» Il a été bien mal ; mais on croit qu'il n'en mourra pas. Il pré- 
» fère apparemment la guillotine. Je ne conçois pas pourquoi 
» on ne s'occupe pas de suite ù:-. son procès.... » 

Du Bouffay, Guerry fut transporté à l'IIôtel-Dieu, et là, il fut 



(') Greffe un Tribunal civil de Nantes. — Regiftre d'écrou de la maison 
d'arrêt des Saintes-Claires, p. 20. 



- 153 — 

plus heureux qu'aux Saintes-Claires, car il parvint à s'échapper. Il 
y eut même à cette occasion une instruction judiciaire, dans 
laquelle furent impliqués le chirurgien Bacqua et l'économe de 
l'hôpital, l'hydrographe René Levêque et Françoise Blonset, sa 
femme, parente de Guerry ; mais ils furent tous acquiltés, faute do 
preuves suffisantes. Si le malheur qui lui était arrivé aux Saintes- 
Claires lui avait été Î3on à quelque chose, ce ne fut pas pour 
longtemps; car ce plénipotentiaire vendéen , s'étant après sa fuite 
réfugié à Tiffauges, pour y achever sa guérison, lut surpris 
dans sa retraite par une colonne de troupes républicaines qui 
s'était portée h l'improviste de ce côté, et percé de coups de 
baïonnettes, en représailles de l'assassinat commis précédem- 
ment sur Servaateau de l'Echasserie, à la Bruffière. 

Malgré sa position, Tiffauges n'a jamais été un point bien im- 
portant pendant les guerres de la Vendée; il n'en est question que 
fortuitement, comme d'un lieu de passage et de ralliement, tantôt 
pour les troupes vendéennes, tantôt pour les républicains. C'est 
ainsi que nous voyons, quand les armées de Mayence furent en- 
voyées en Vendée, les généraux Rossignol et Canclaux donner 
l'ordre à des délachements de ces armées, de se rendre le i^ sep- 
tembre 1793 à Saint-Fulgent, puis le 14 aux Herbiers, de là à 
Tiffauges, qu'il fallait traverser pour se retrouver le 16 à Morta- 
gne. De môme lorsque l'armée de Charette fuyait l'armée de 
Mayence après avoir été repoussée de Logé, nous la voyons, 
essayant de tenir tête, à Saint-Georges, sans pouvoir y réussir, 
se replier à Montaigu, d'où, toujours repoussée par Beysser, elle 
dut se réfugier par la fuite à Giisson et à Tiffauges, où arrivait ù 
son secours l'armée catholique forte de 20,000, sous la conduite 
des généraux d'Elbée, Bonchamp et de Lescure. 

C'était le moment où eut lieu cette grande bataille de Torfou, 
si riche en faits de guerre, si fatale aux républicains, et la cause 
de ce beau dévouement de Chevardin au pont de Boussais. Cette 
bataille et cet épisode sont trop connus pour que nous venions 
les retracer encore, mais nous disons que ces faits doivent être 
rappelés ici à cause de la proximité des lieux où ils s'effectuèrent. 



— 154 — 

Dftpuis ces événements, jusqu'à la fin de l'année, il n'est ques- 
tion de ïiffaugf's que dans un rapport du représentant du peuple 
Carrier, de si sanglante mémoire, sur les différentes missions qui 
lui ont été déléguées 5 ra{)port imprimé par ordre de la Conven- 
tion nationale ('). 

ïiffauges reparaît comme poste d'une division que comman- 
dait très-probablement le général Gordelier, h l'époque où le 
général Turreau, l'auteur des Colonnes infernales, comman- 
dait en chef; nous le voyons par des lettres où il en est question, 
et par d'autres datées de ce lieu. 

En réponse ù une lettre du général en chef Turreau, faisant 
connaître qu'il n'était pas sans inquiétude sur le compte des 
généraux Gordelier et Crouzat , le général .Moulin écrivait 
de Gholet qu'il partageait cette inquiétude ; que non-seule- 
ment ils ne paraissaient point aux postes de Tiffauges, mais qu'il 
n'avait pu par aucune patrouille ou découverte, apprendre où ils 
s'étaient retirés. Malgré cette lettre, cependant, Turreau annon- 
çait au comité de salut public que Gordelier était à la poursuite 
de Gharette, avec le général Duquesnoy. Cette correspondance 
nous dit quelle était la position du pays; les endroits les plus 
rapprochés étaient garnis de postes républicains, comme à Tif- 
fauges, Gholet, Chambretaud, et tous ces postes étaient conti- 
nuellement harcelés ; plus de grandes batailles, mais des escar- 
mouches continuelles. 

Mais Gordelier n'était pas perdu; nous le voyons par une 
lettre en date du 6, qu'il adresse \x Turreau: 

« En arrivant à Titïauges, dit -il, je m'empresse de te rendre 
u compte de ce qui s'est passé dans ma division depuis le pre- 
» mier de ce mois. J'attendais toujours ta réponse ù ma dernière, 
») avant de commencer mon mouvement, mais ton silence, joint 
» au peu de renseignements que j'avais sur la position actuelle 
» de l'ennemi, m'a déterminé à partir de Montrevault pour me 
M rendre à Tiffauges, en passant par Geste et Montfaucon. 

(') Verger. Archives curieuses^ etc. T. II, p. 72. 



~ 155 — 

» J'ai ponctuellement exécuté tes ordres, de purger par le fer 
» et lo feu tous les endroits que j'ai rencontrés sur ma route, car 
» indépendamment que tout brûle encore , j'ai fait passer par 
» derrière la haie environ 600 particuliers des deux sexes, 
» etc. (*). » 

Le général Gordelier était donc le commandant de Tiffauges, 
chef d'une division ; nous l'apprenons par cette lettre et par d'au- 
tres, et par l'une du 7 février, qu'il adresse au même général 
Turreau, et dans laquelle il lui dit qu'il n'a pu porter secours 
au général Moulin, à cause du peu de cartouches qu'il avait, et 
qui devait à peine suffire aux 600 hommes qu'il avait trouvés 
à Tiffauges ; que cependant, vu les inquiétudes de Moulin, il 
projette d'aller à son secours et d'y revenir, pour prendre ensuite 
de nouvelles déterminations , d'après les renseignements qu'il se 
sera procurés. Il l'avertit aussi qu'il attend Flavigny avec six 
cents hommes de Saint-Florent, mais que la moitié de sa troupe, 
effrayée des cris séditieux de l'ennemi, n'a pas encore paru à 
Tiffauges. 

Nous trouvons encore mention de Tiffauges dans une lettre 
de l'adjudant général Dusirat au général en chef, datée du 5 
avril 1794, de Saint-Christophe, où il dit que la cavalerie qui 
venait le rejoindre, en passant au pont de Tiffauges, l'a trouvé 
en feu , . l'a éteint , et que les brigands s'étaient échappés. 
Mais, ces lettres épuisées , il n'est plus question de cette localité 
jusqu'à la fin de la guerre. 

Depuis ce temps, jusque vers 1830, nous ne trouvons rien 
qui puisse nous intéresser sur Tiffauges. Cette période, depuis 
l'empire jusqu'à 1828, même à l'époque de 1815, ne nous offre 
pas le plus petit événement dont nous puissions vous entretenir. 
Notons en passant, cependant, qu'en 1828, la duchesse de 
Berry se promenait en souveraine chérie des habitants de ces 



(1) Faire passer par derrière ta haie était une expression de l'argot em- 
ployé alors, qui signifiait : égorger, massacrer. 



— 156 — 

contrées que nous avons décrites. « Le 6 juillet de cette même 
année, dit M.de Wismos, cette princesse, passant dans les envi- 
rons de ïiffauges, eut l'intention de les visiter. A cette annonce, 
le marquis de la Brelèche , ancien soldat et officier des armées 
catholiques, ne pouvait rester inaperçu; aussi s'empressa-t-il de 
préparer à celle princesse une réception qui fut digne d'elle et 
qui sut se faire remarquer parmi tant d'autres, qui lui furent 
faites sur ce sol hospitalier. Le marquis de la Dretêctie eut 
riieureuse idée de réunir sous les armes 2,000 Vendéens de la 
division de Montffiucon , qu'il avait commandée autrefois. Ilies 
avait fait camper sous des tentes dans une do ses grandes prai- 
ries du Gourboureau, où il avait fait établir un simulacre de 
camp. Dans une tente plus splendidement installée que les autres, 
il avait fait servir un déjeuner à la princesse, qui, pendant ce 
temps, put assister au défilé de ces troupes , dont elle put en- 
tendre les cris de bonheur et d'enthousiasme ('). » 

Cependant, si près d'une fêle , nous approchions d'une époque 
où quelques troubles soulevèrent encore ce pays, qui avait tant 
besoin de repos , de tranquillité en même temps que de travail, 
pour se relever un peu de ses ruines trop nombreuses. En 1832, 
il y eut en effet quelques troubles dans la Vendée, mais ce n'était 
plus l'ancienne guerre, et à Tiffauges on ne trouve rien qui 
puisse être d'un grand intérêt ; ce n'étaient que des faits 
isolés qui se présentaient , sans grande importance. Nous 
en trouvons quelques exemples dans des lettres. Ainsi le 26 
janvier 1832, on écrit de Cholet qu'un M. Ilumeau , gendre de 
M. Guilbaud , notaire et maire de la commune do Mai , étant ù la 
chasse près de Jallais , fut rencontré par cinq chouans, qui tirè- 
rent sur lui quatre coups de fusils, et, l'ajant a[iproché, lui enlevè- 
rent son arme {"). On apprenait encore que des chouans s'étaient 
présentés chez le maire d'Amailloux, avaient brûlé le drapeau 
tricolore, qui flottait ù la porte de la mairie, avaient pris son 



(1) Baron de Wismes. — Fendée pittoresque. 

(2) Le Breton. Journal du 28 janvier 1832. 



— 157 — 

écharpc et l'avaient emportée dans une gibecière , qui en conte- 
nait beaucoup d'autres ; puis s'étaient ensuite rendus chez le 
percepteur de Secondigny et avaient enlevé de sa caisse une 
somme de 6,000 francs. C'est ainsi qu'ils visitaient les maisons , 
pillaient partout cl emportaient les armes qu'ils pouvaient 
trouver. 

Mais le parti patriote ne se faisait pas non plus oublier, nous en 
avons des preuves dans le seul événement dont nous ayons eu con- 
naissance par une lettre que M. de la Bretêche écrivait au journal 
Y Ami de la Charte , comme rectification de faits que ce journal 
avait racontés et dont voici le contenu : 

« Quoiqu'il ne soit guère dans mes goûts d'occuper le public 
« de moi, ayant su que vous aviez entretenu vos lecteurs de ce 
« qui s'est passé à mon domicile du Gourboureau, dans la soirée 
« du 22 janvier dernier, je crois devoir vous adresser quelques 
« détails qui serviront de complément et de suite à ceux que 
« vous avez déjà publiés. 

« Il n'est que trop vrai que quelques militaires de la garnison 
« de Tiffauges, sans aucune provocation de ma part , et sans 
(' aucun motif plausible, sont venus de neuf à dix heures du 
cf soir, tirer des coups de fusil sur les habitants du Gourboureau ; 

« notamment sur mon salon, oii j'étais avec ma famille Dès 

« le lendemain, j'en ai écrit à M. le lieutenant-général Dumous- 
« îier, et j'ai fait des rapports semblables à toutes les autorités 
(f judiciaires, civiles et militaires de mon arrondissement, pensant 
« qu'il importait trop à la tranquillité publique qu'un tel fait 
« fût connu et promptement réprimé pour que je gardasse le 
« silence. Je dois le dire , j'ai trouvé partout sollicitude et indi- 
c< gnation ; n'étant détenteur ni de dépôt d'armes ni de poudre, 
« (comme je l'ai déclaré à M. le lieutenant-général Dumoustier 
« en réponse à sa lettre, par l'organe de M. le capitaine de 
« gendarmerie Bourgeois.) J'ai désiré vivement , sollicité et 
« obtenu qu'on fît des enquêtes : la justice est venue sur les 
« lieux , elle a entendu de nombreux témoms, et instruit main- 
« tenant l'affaire, qui sera dévolue aux tribunaux. 



— 158 — 

« De son côté, M. le général Dumoustier s'est empressé 
« d'envoyer ici M. le capitaine Bourgeois, qui s'est acquitté de 
a sa mission avec zèle : il s'est assuré de la gravité du délit , de 
a la modération impassible que moi et les miens avons montrée 
« pendant cette aggression inouïe, et enfin de la véracité des 
« faits. Il a fait saisir et conduire dans les prisons de Nantes 
« un sous-officier désigné (mais non par moi), comme l'auteur 
« du délit , etc. ('). 

Voilà tout ce que nous pouvons dire sur Tiffauges ; si nous 
avons donné si peu de chose, c'est que les documents ne sont 
pas nombreux, surtout pour les temps modernes. Tiffauges n'est 
plus qu'un petit bourg, dépendant du canton de Mortagne et de 
l'arrondissement de Fontenay. De ses murailles, il ne reste rien; 
son château n'est plus qu'une ruine, qui compte maintenant 
parmi les antiquités du pays, avec l'église Saint-Nicolas, retirée 
du culte et servant aux usages d'un particulier. La vieille église 
Notre-Dame est remplacée par une église moderne, pastiche 
médiocre des anciennes constructions du quatorzième siècle, et 
qui ne se distingue en rien des autres églises neuves de notre 
époque. Enfin, Tiffauges, qui, dans les temps anciens, comptait 
au nombre des villes qui avaient une origine remarquable et inté- 
ressante, n'est plus rien, n'est visité actuellement que pour ses 
ruines et ses sites, h la vérité fort remarquables. 

Enfin, nous nous trouverons heureux et récompensé de nos 
nombreuses recherches, si cet assai peut intéresser les personnes 
qui pourront en prendre connaissance. 



(•) Le marqais de la Bretôche, auteur de cette lettre, est mort a Nantes 
le 12 septembre 1839, et ses restes inhumés au cbaieau du Couihoureau. 



— 159 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

Nous terminons notre histoire de Tiffaii2;GS en réunissant 
plusieurs documents auxquels nous renvoyons dans le texte, 
comme pièces justificatives, nous n'osons dire des preuves, car 
ce serait parler un peu haut, et le nombre des pièces est trop 
restreint pour mériter ce titre. Les numéros que portent ces 
pièces permeKent facilement , en lisant le texte, de s'y reporter. 
Elles ne sont pas toutes inédites, mais beaucoup sont peu ou point 
connues, les ouvrages dans lesquels elles ont été publiées n'étant 
pas dans le domaine public, et l^ cause de cela en partie ignorés. 

N° 1 . — Observations sur le droit de retour ou viage. 

L'ordre de succession adopté par les vicomtes de Thouars est 
indiqué de la manière la plus précise dans le plus ancien monu- 
ment écrit de la législation poitevine, la coutume, rédigée à 
Parthenay en 1417. Il s'appliquait aux seigneuries de Thouars, 
Parthenay, Bressuire et Mauléon, et était désigné sous le nom de 
retour. Les frères du vicomte qui régnaient successivement après 
la mort du titulaire, n'étaient, pour ainsi dire, qu'usufruitiers. 
A la mort du dernier d'entre eux, le fils aîné du premier entrait 
en possession de l'héritage entier de so.i père , dont il n'avait 
recueilli qu'une portion au moment du décès. Lors de l'ouverture 
de la succession, le frère aîné prenait les fiefs et hommages de la 
terre, les choses nobles du vicomte, et faisait à ses frères et aux 
enfants du défunt, par égale portion entre eux, tme provision 
des deux neuvièmes de la succession. Il n'en était pas ainsi pour 
les meubles ; ils étaient dévolus de suite aux enfants. 

Duchesne, dans son Histoire de la maison de Chasteigner, 
parle de ce droit, qu'il nomme retour ou viage, et dit qu'il fut 
aboli en 1514, au moment de la révision de la Coutume du 
Poitou, Les coutumiers n'en font plus mention, eu effet, à partir 



— 160 — 

de celte époque. Il donne, en cuire, les pièces d'un procès inter- 
venu , au sujet de ce droit , entre les membres de la famille de 
Vivonne. 

Dans la période comprise entre les années 876 et 1896, le 
droit de viage ne paraît avoir été exercé que par huit seigneurs 
de la maison de Thouars : Raoul 1", Geoffroi 111, Hugues I", 
Raimond P% Aimery VIII, Renaud P'', Savari IV et Hugues II. 
Les chartes et les documents que nous citons à Tappui de leur 
règne ne peuvent laisser aucun doute dans l'esprit. Il est bien 
certain que chacun d'eux a occupé le trône vicomlal de l'aîné 
par son frère, avant les enfants de celui-ci. 

Ce mode de succession paraît avoir été régulièrement suivi par 
les Thouars. Un seul vicomte, Aimery V, fils de Geoffroi III, fait 
exception à la règle. La date et la cause de sa mort étant connues 
d'une manière certaine, nous avons dû le placer avant son oncle 
Aimery VI (suivant deux historiens, il fut tué en 1127 par les 
membres de sa famille). Il est évident qu' Aimery V était un 
usurpateur, qui a régné quatre ans au détriment de son oncle. Il 
a fallu un meurtre pour remettre le vicomte, spolié, en possession 
de ses droits. 

Dans sa sénéalocic de la famille de Thouars, le P. Anselme n'a 
pas tenu compte de cet usage, dont il ne se doutait pas. Son 
travail se ressent fortement de cette négligence. Les nombreuses 
erreurs qu'il contient ne tiennent pourtant pas toutes à cette 
cause; elles sont dues aussi à!a manière dont on écrivait l'histoire 
h l'époque où il vivait. Les historiens venus après lui ont copié 
servilement, sans remonter aux sources. Dans ces dernières 
années, MM. delà Fontenellc et Beauchct-Filleau, sont cependant 
sortis de l'ornière, et ont tracé une route nouvelle que nous avons 
suivie, en modilianl et complétant leurs travaux à l'aide de 
documents nouveaux d'une importance et d'une vérité incontes- 
tables. 

Le dépouillement du Chartrier de Thouars, dont M. le duc de 
la Trémoille et M. Paul Marchegay s'occupent depuis plusieurs 
années, révélera très-certainement qui^lques personnages inconnus 



— 161 — 

qu'il faudra ajouter à la lislo déjà si longue. Elle est, pour le 
moment, aussi complète et aussi régulière que possible; nous ne 
l'avons arrêtée qu'après l'examen le plus minutieux des pièces 
qui sont passées sous nos yeux. 

M. Bélisaire Ledain , membre de la Société des Antiquaires de 
l'Ouest, a reconnu le droit de viage pour les seigneurs de 
Parthonay et de Bressuire, dont il vient de faire l'histoire ('). 

Voici l'article de l'ancienne Coutume du Poitou dont nous 
venons de parler : 

« L'autre gouvernement dudit pays est entre les riviers de la 
Sayvre, qui passe à Morlaigne, et la Dyve qui passe à Moncontour, 
c'est assavoir la ville et chastellenie et vicomte de Thouars, la 
terre, de Mauléon et le fief l'Evesque, assavoir est, qu'il est de 
ladite vicomte de Thouars et terres de Mauléon , entre les dites 
rivières, avecquc la terre du fief-franc, lesqueles terres et choses 
dessus-dites entre les deux rivières , sont toutes d'un gouverne- 
ment; et ouquel païs et lieux d'entre les dites deux rivières de la 
Sayvre et de la Dyve, en succession directe, le fils aisné, s'il n'y 
a qu'eiiffans masles, prand le tout des biens immeubles, nobles 
de la dite succession, et s'il y a fille, une ou plusieurs, l'héritier 
principal prendra les troys quars avecque le principal chastel ou 
hostel , ou autre qu'il eslira avec ses clôtures comme dessus, et 
les filles de leur droit prandront l'autre quart, et s'en pourront 
appléger ou complaindre de leur quart comme feroit l'aisné de 
sa part, et s'il n'y a que une fille, aussi bien aura elle tout icelluy 
quart. 

« Et s'il y a frères puinez, tout comme l'aisné frère principal 
vivra, ses ditz frères puisnez ne prandront riens en la dicte suc- 
cession directe, mais le principal héritier est tenu de leur faire 
provision, laquelle provision est de neuf parties, et se divisent la 
dite provision de neuf parties les deux esgaulements entre les dits 
puisnez ; et s'il n'y avoit que ung seul puisnez, si aura il toute 
la dite provision de neuf deux ; et pevent les dits puisnez con- 



(') M. Hugues Irnborl. — Uistoire de Thouars. 

1875 M 



— 162 — 

traindre leur frère aisné à luy bailler la dite provision à part et à 
divis, et aussi les puet il contraindre à la prendre à part et à divis. 

» Item, on dit païs d'entre les dits deux rivières de la Sayvre 
et de la Djve, si le frère qui est héritier principal va de vie à 
trespassement par avant ses frères puisnez por oresque celui frère 
aisné, héritier principal, de l'ainé enffans de luy et de mariage, 
iceulx enffanls ne succéderont point pour lors à leur dit père 
sinon es meubles. 

» Et en cas sus dit viendra la dite succession des choses nobles 
que avoit tenu le dit frère aisné, leur père, au premier frère 
puisné, lequel entrera es fiefs et hommages de la terre et les 
recepvera et fera tant à ses frères puisnez, si aucuns en y a, que 
aux enffans de son dit frère aisné, provision comme dessus est 
dit, c'est assavoir de neuf parties les deux. 

» Et laquelle provision se divisera entre les dits frères puisnez 
et les enfants dudit frère aisné esgalement autant à l'un que à 
l'autre, per capita, tant au regard des frères puisnez que chacun 
des enffans du dit frère aisné, soient les dits enffans filz ou 
filles. 

» Et s'il n'y a aucun frère puisné et n'y eust que ung filz ou 
fille du dit frère aisné, il ou elle aura toute la provision, aussi 
bien comme s'il y avoit frères puisnez de son dit père, car cela 
ne vient pas par manière de succession, mais par manière de 
provision, et est la dite provision de neuf deux, c'est assavoir que, 
si la terre vault neuf cents livres de rente, il y aura deux cens 
livres de rente et de plus plus (ît de moins moins. 

» Et, si le dit second frère puisné qui a receuilly la terre après 
la mort de son frère aisné, va de vie \x trespassement, de laissez 
héritiers de sa char, ses dits héritiers n'y auroient riens, ne pro- 
visions ne autre chose, entre les dites riviers de la Sayvre et de 
la Dyve, et viendra toute la dite terre au frère tiers né, sauf la 
dite provision qui ont les dilz enffans de l'aisné frère et autres 
frères puisnez leurs oncles s'aucuns en y a ; et semblablement, 
après la mort du tiers frère recueille la dite succession, le quart 
frère et en semblable forme. 



V _ 163 — 

» La dite (erre viendra aiiisy de frère ù frère, tout comme il 
y aura de frères, et sera faicte la provision sus dite, par la ma- 
nière que dit est, et n'auront rien en la dite terre les enffans de 
l'aisnc frère tant comme il y ait frère puisné, sinon la dicte pro- 
vision comme dit est. 

» Mais amprès la mort du dernier frère puisné, toute la terre 
d'icelle succession reviendra de plain droit aux enffaus du frère 
aisné, ou qui les représente , et cela est appelé retour, lesquels 
enffans du frère aisné auront la dite terre par succession de leur 
père, par la mort de leur oncle, et en icelle succéderont comme 
 en la succession directe, c'est assavoir que Taisné masle aura 
l'hostel principal ou et autre hostel qu'il eslira pour son droit 
d'aisneage et les troys quars de toute la terre, et les fdies auront 
l'autre quart, et n'y auroit rien les enffans de tous les frères 
puisnez ne par provision ne autrement. 

» Et s'il, le second ou le tiers frère, va de vie h trespassement, 
par advant leur frère aisné, leurs enffans n'y auront rien ne 
provision ne autre chose , et viendra la terre au quart frère , s'il 
y est et amprès au quart frère, s'il y est , et sinon la terre de- 
mora et reviendra toute aux enffans de Taisné , sauf le quart qui 
appartient aux sœurs si elles y sont comme dit est 

') Et finist cestuy petit livre ou traité sur plusieurs usaiges, 
coustumes situées es gouvernement du païs du Poitou , compillé 
et dilligemment visité , leu , corrigé et bien advisé par honorables 
hommes et saiges maistres Jehan de Chambestie , baillif de Gus- 
tine , Jehan de la Chaussée , Loysel Moyson , Robert Tulaut , 
Pierre Roygne, Jacquet Boutin , tous jurez et advocatx , lesquels 
plusieurs foiz et à grant diligence se sont por ce assemblez en la 
ville de Parthenay en l'an mil un cent xviî. » 

(Bibli. nat. raanus. supp. français, n° 441. — Copie delà 
bibl. de Poitiers.) 



— 164 — 



N° 2. 



A tous ceaus qui cestes présentes lettres verront e orront ge 
Aymeris Viscons de Tliouars et Margarilesafame , saluz, en nostre 
Seignour. Saclient tous que, corne nous traytenum et accordesum 
le mariage de Durant Gendrea de la Cheze le Viconte e de Denise 
nostre norric, domeiscile, nous par le concoil de bone gent, o 
l'assentement e o la volonté de Regnaudin et Savary frère à mey 
Aymeri visconte de Thouars dessusdict, francheimes , aquitames 
et délivrâmes le dessusdit Durant et la dessusdicte Denise et 
ceaux qui causent liaurent d'aux lour meson es toute lour appar- 
tenances au dessusdit Durant et Denise c a ceaus qui cause liau- 
rent d'eux si corne dessus est noraé e spécifié. A uns espérons 
dorer ou cinc soûls de cens rendens à nous Aymeri visconte 
desusdit , ou a nostre commandement d'au dessus dit Durant e 
Denise ou de ceaus qui cause ourent d'aux cliascun an en la 
veille de là Penthecoste ou sept jours d'empres de totes costu- 
mes. C'est asseveir : de biens de tayllées , de vendes, de parages, 
de amendes , sauves nos grosses amendes et nostre aute seignorie 
de eschugaites et de toz servitudes a seignour e de touz autres 
divers qui a nous pourrient ou dcvrienl venir ou appartenir, sauve 
les cens seguz si aucun en y a. E faisons encore assaveir que 
nous avons donné livré et olreyé au dessusdit Durant et Denise 
a ceaus qui cause liaurent d'aux lour usage e lour chauffage en 
nez boys d'anviront la Cheze, ceu est assaveir en curciz e en 
courable , de tous boes quanque que il seit e mayrea à faire e a 
édifier meson ou faire cloison de cortillage e a toutes autres 
chouses nécessaires san mostrée de nous ne de nous gens. E 
parceu que nous voluns que toutes les chouses que sunt desus 
nomées e spécifiées seint fermes e estables e valables durable- 
ment , nous en bavons doné au desus-diz Durant et Denise et a 
ceaus qui cause auront d'aux cestes présentes letres seallées de 
nous seaz en teslimoine de vérité. Ge fut fait l'an de l'incarnacion 
Jhesu-Christ , mil dous cens cinquante e un. • 

Les droits de chauffage énurnérés dans cette charte furent, le 



— 165 — 

20 mars 1342, donnés par Aymcrl Gendrca. clerc de la Chese, en 
pure et perpétuel donesium e sans espérance de gemes révoquer 
en aumoyne e por le saluz de Vasmc^ au monter e au prioulé de 
Saynt Nkholas de la Chese (*). 

N'^ 3. — Lettre des principaux seigneurs de Poitou ^ par 
laquelle ils s'accordent avec Alphonse^ comte de Poitiers^ 
sur le droit de rachat à merci des fiefs relevant soij, du 
comte ^ soit des vassaux^ Van 1269 (^). 

A touz ceus qui ces letres verront : Savaris vicoens (^) de 
Thoarz, valez, Guionnet fuiz (*), Aymeri jadis viconte de Thoarz, 
Hugues Larcevêque sire de Partenay et de Vovent , Morise de 
Belle-Ville sires do la Garnache et de Montasne, Geffroi de Lere- 
gnen sires de Jarnac et de Ghateîachart (*), Sabran Gliabot sires 
de Rochecervière, Guille de Piquegni, Gui de Chemiilé seigneur 



(1) Les vicomtes de Thouars ont employé dans leurs chartes la langue 
vulgaire bien anlérieuremenl à la date de cette pièce. On peut citer entre 
autres, une k'ttre de Gui, de juin l'2G9,dont l'original se trouve aux Archi- 
ves nationales , J. 190. n" 56. Aimery lui-même avait renoncé a l'usage 
exclusif du latin. La charte que nous donnons est de l'année 1251, et le 
plus ancien exemple que nous connaissions. Elle a été conservée par un 
vidimus du 20 mars 1342. Toutefois son antiquité seule nous a engagé à la 
transcrire ci-dessus. (Note de M. Marchegay.) 

{') Thibaudeau, dans son Histoire du Poitou (t. 3, p. 193) , s'étonne 
que le P. Anselme ait daté ce traité de 1269 : le P. Anselme , s'il eût encore 
été de ce monde, aurait pu s'étonner aussi de la date de 1267 qu'il lui 
donne, et tous deux auraient eu raison. En effet, il y a deux actes diffé- 
rents : Thibaudeau l'ignorait et voilà d'oii vient son erreur. Le premier est 
l'ordonnance d'Alphonse, qui date du mois de mai 1267, c'est celui dont 
parle Thibaudeau \ le second est l'acte d'adhésion des principaux seigneurs 
de la province, qui date du mois de mai 1269 \ c'est celui dont il est ques- 
tion dans le P. Anselme et que nous rapportons textuellement. 

(3) Vicecomes. Vicoens. Vicomte. 

(^) Filius, fins, fils. 

Ô) Nous croyons que c'est Châtellorault ; on lit aussi dans le continua- 
teur de l'histoire de France de Ve'.y-Villarct : Ghateîachart, pour Glmiel- 
lerault. 



— 166 — 

de Mortaigne à ce atornc de par li, Geffroi de Chanceroi, Thié- 
baut de Biaumont sires de Bercocre, saluz en uostre Seigneur. 
Saciient tous cil qui sont et qui avenir sont, que très haut et 
nostre très chiers sires Aufons, fuiz de roi de France, coens de 
Poitiers et de Tholose , esgarde et consivre nostre porfit et le 
commun porfit de sa conté de Poitiers, et espécialement du 
viconté de Thoarz et de la terre de moi Hugues Larcevêque 
devant dit , et des autres terres qui sont en la dite comté en sa 
seignôrie et en son destroit, es que les esloient li rachat à merci, 
voillanz et désiranz porveoir à la pes et à l'alegement de ses 
feaus., en meur conseil et deliberacion , à nostre requeste et de 
nostre volenté et de nostre octroi et de plusors autres qui a cest 
acort furent et soustroierent , des diz rachat a merci , a ordené 
en ceste manière , c'est^assavoir : que quand cil mourra qui du 
conte de Poitiers ou des Barons, ou des Vavassours , tendra son 
fié que nostre sires 11 coens ou al (*) de cil tendra por 'se tenir 
le fié en sa main par un e par jour tout aussint que cil que morz 
sera le peust tenir et esplaitier, c'est assaveoir : issues de blez, 
de vins , de deniers , de rachaz, de cens doubles , sinsint com li 
héritiers le lever; et de fours de moulins, de fenis (") de chevaus 
de servise, et de toutes autres issues qui à léritier devroient 
avenir, et ce cisin estoit que en celui fié, dont li rachar seroit 
escheuz , avoit gariment ou douaire, ne courroit aussint ou (^) 
poiement de l'ennée com feroit li demaines, exectez les viez 
douaires dont li rachaz auroit esté fuiz autrefoiz en celle manière 
qui l'assure passer li héritiers du fié seroit tenuz à rendre la vail- 
lance du noviau doyaire a cela qui li auroit. En ceste chose la 
seignorie qui liendroit ne porroit bois vendre, ne estans peschier, 
ne viviers, ne garenne chacier. De rechief li sires du fié ne 
pourroit refuser le fi de celui qui morz seroit , ou le neveu , ou 
celui qui héritiers devroit estre ou successeur emprès la mort 



(') Alius, al, ou. 

(-) Filiius, fenis , fumier. 

(•'') Ad, on, au. 



— 167 - 

qu'il ne le receust en sa foi et en son homage , en cèle manière 
qu'il ne le porroit refuser par meneur (*) aage ne son testeur que 
li pères ou la mère ou ii lignages, ou Ji ;uni li auroicnt baillé 
léaument (^). Mes li sires du fié qui exploiteroit porroit mètre 
son comancleraent en un maneirs (') ou en un des mesons, ou 
en une des granges, por recevoir la rente et les issues de l'année ; 
et l'année passée la meson retorneroit arrières à léritiers non 
empiries par son jet ou par son défaut. De rechief la dame ou la 
famé qui son doiare atendroit , ne li héritier ne seroient pas 
resmus des mesons de l'année que li sires tendroit fers sou 
rachaz; toutes voies est assavoir que s'il avoit forteresse ou fié , 
cil qui la forteresse seroiî ne la porroit veer (*) à son (seigneur) 
par dessus por le besoing de la terre ; mes le besoing passé il la 
li doit rendre non empirée par son défaut. Encores est assavoir 
que sil il n'avoit en ce fié point de domaine fors que bois, la 
value du bois seroit esmée (') par quatre prodeshomes , deus de 
la partie à celi qui le rachat devroit recevoir, et deus de la partie 
à celi qui le devroit faire, la tierce partie del'estimacion prendroit 
li sires por son rachat , et encores porroit noutre sires li coens 
devant diz, prendre les chasliaus et les forteresces , et retenir à 
soi , es cas où \\ le puest (") faire par droit ou par coutume , ou 
par convenance. De rechief, il est assavoir que se aucuns i avoit 
qui tenist de seigneur et ne tenist de domoine sepou non, il 
poieroit autant come vaudroit la levée du meilleur rierefié Q qui 
seroit en celés termes , encores est assavoir que se en celui fié 
n'avoit que gaigneuries , li sires prendroit aulele (^) partie come 
la terre porroit estre baillée , et se il avenoit que il i eust deus 



(') Minor, meneur, moindre. 

(2) Legaliter, léaument, loyalement. 

(3) Manere, maner, manoir. 

(4) Vetare , veer, refuser, ôter. 

(5) ^stimare, csmer, estimer. 

(6) Potest, puest, peut. 
C) Arrière-ficf. 

(8) Ad talls , au tel, pareil. 



- 168 - 

cuoillelles en ccle année, li sire ne porroit lever que l'une, et 
cest eslablissement esl entenduz des rachnz qui estoient ù merci, 
car cil qui sont aboni (*) deraorent en leur estât , et li homes 
qui dévoient tailles par raison de rachat , ou de morte-main n'en 
rendront désoremais nulle tailliée et est assaveoir que il est dit 
et ordené par la volenlé nostre seigneur le conte devant dit , et 
de nostre acort , et de nostre otroi, et à nostre rcqueste ; que se 
il i a aucun des sondez au devant dit nostre seieneur le conte 
sans meen , qui ne se sont accordé ou no se voudront accordera 
caste ordenance desus dite, que ils d'îmorent en la première 
condicion et costume du rachaz ù merci , si come ils i estoient 
ainz le tens de cest oïdenonce. Et toutes ces choses si, com elles 
desus escrites et devises , nous avons otroié et promis por nous 
por nos hairs f ) por nos successeurs et por noz songiez à tenir 
et à garder par durablement , sans venir encontre par nous ne 
par autres tems qui à venir sont. En tesmoing de laquelle chose, 
nous avons ces présentes lètres confermées par la mise de nos 
seaus : sauf en autres choses le droit nostre seigneur le conte 
devant nommé et le nostre et sauf tout autrui droit. Ce lu fit e 
dressé en l'an nostre seigneur mil diffus cenz sessanté et neuf ou 
mois de moi ('). 

N** 4. — Extraict des venditions faites par Messieurs les 

Vidasmes de Chartres en leur terre et baronnie de Tif- 

fauges. 

Premierèmeist. 

20 feb. 1554. — A esté vendu ù Anthoine Jousseaume escuicr 
s^"^ du Couboureau , pour la somme de six cent quatre vingt trois 
livres quinze sols tournois , les moullins l\ eau de Ginbin. Ensem- 
ble deux pièces de pré contenant deux journaux tenant à la 
rivière de Sayvre. Plus trois sepliers six boisseaux froment et un 
minot seigle deubz sur la meslairie de la Boussard ; plus douze 

(1) Bornés, évalués, fixés, abonnaro. 

(2) Uores, hairs, héritiers, enfants. 

(3) Copie communiquée par M. Dugasl-RIatifcux. 



— 169 — 

sols ot six livres de cire deubz sur son logis , sis à Tiffauges. Le 
contract en date du xx febvrier 1554. 

19 ï'ih. 1554. — A esté vendu à Julien GirauUpour la somme 
de iiijxx * , deux septiers de seigle de rentes deubz h Tiffauges 
sur le port de la Court. Le contract en date du xix febvrier 1554. 

19 feb. 1554. — A esté vendu par hypothèque a Pierre Peigné 
pour la somme de II*^ xx * dix huit livres quinze sols constituez 
sur cinq journaux de pré sis sur le moulin de la Roche , o la 
grâce de quatre ans. Le contract en date du xix febvrier 1554. 

19 feb. 1554. — A esté vendu ù Thomas Garreau pour la 
somme de Cxxx * deux septiers de seigle sur le tennement de la 
Pailletière et quarante sols sur le dit village. Le contract en date 
du xix febvrier 1554. 

19 feb. 1554. — A esté vendu à Jacques Chappcau pour la 
somme de deux cens hvres , le bordage de Buignon. Le contract 
du xix feb. 1554. 

27 juin 1556. — A esté vendu par hypothèque ù messire 
Jacques Ragot, pour la somme de vjxx ^ dix livres de rentes 
constituez sur trois septiers de seigle et deux chappons deubz sur 
les quatre moullins o la grâce de cinq ans. Lu contract du xxvij 
juing 1556. 

29 juing 1556. — A esté vendu 5 Jacques et André les moul- 
lins pour la somme de Cxv * quarante sols de cens deubz sur la 
terre de la Turmelière , et vingt cinq sols de rente deubz sur la 
Gondouinière, et quatorze boisseaux de seigle deubz sur le vil- 
lage de la Turmelière avec quatre troudes de paille, et a esté 
retenu de ce que dessus pour reconnaissance de fief. Le contract 
est du xxix juing 1556. 

28 juin 1556. — A esté vendu à Jehan Barbot, Blichel Pignot 
et Jehan Nau , pour Ja somme de xxx * xvij» et vij*^, neuf bois- 
seaux de seigle sur le village de la Courbière. Le contract en date 
du xxviij juing 1556. 

Dernier juin 1556. — A esté vendu à Morice Gardan pour la 
somme de vc * quarante et une livres treize solz quatre deniers 
de rentes hypothequaires constituez sur la moitié du village du 



— i70 — 

Rocredy o la grâce de cinq ans , le contract en date du dernier 
jour de >uing 1556. 

28 juing 1556. — A esté vendu par hypollicque aud. Carreau 
por la somme de ij"^ 1 ^ vingt livres seize sols huict deniers cons- 
tituez sur la moitié du viilaae de la Petite Fontaine, o la arâce de 
cinq ans. Le contract est du xxviij juing 1556. 

29 juin 1556. — A esté vendu par hypothèque h Pierre Ogereau, 
pour la somme de Gv * huict livres quinze solz de renies assignez 
sur deux septiers de seigle et huict boisseaux avoyne o la grâce 
de cinq ans. Le contract du xxix juing 1556. 

A esté vendu à Mathurin Poirier par hypothèque , pour la 
somme de 1 ^ quatre livres trois solz quatni deniers tournois 
constituez sur vingt boisseaux de seigle deubz sur la Papaudière. 
la grâce de cinq ans. 

28 juin 1556. — A esté vendu à Macé Griffon pour la somme 
de xxxiiij ' v *'. dix boisseaux de seigle deubz sur le village de 
Laugeru. Le contract du xxviij juing 1556. 

28 juin 1556. — A esté vendu à messire Michel Berthaudais 
pour la somme de l* quatorze boisseaux de seigle deubz de rente 
sur le village de l'Erdillère. Le contract du xxviij juing 1556. 

26 juin 1556. — A esté vendu à Francoys Allard pour la 
somme de iij'^ ^ trois septiers douze boisseaux de seigle de rente 
deubz sur le village de l'Evrardière du Grotay, plus cinquante 
solz sur la mcstairie de l'Evrardière et vingt solz sur les meslai- 
ries et cinq solz vj deniers de taille et douze deniers h la notre 
Dame de mars. Le contract en date du xxvj juing 1556. 

A esté vendu ù M. Francoys Le Moyne pour la somme de 
llll'^iiijxxv ^ x*' la moitié de la rente de vingt boisseaux sur la 
mestairie de la Bobinière et une mine sur la Féraudière et une 
mine sur l'Ivranière. Le contract est du dix™*^ feb. 1556. 

20 février 1556. — A esté vendu à messire François Le Moyne 
por la somme de ij*^liiij ^ l'amortissement de quatre vingt trois 
livres six solz huict deniers constituez sur la mestairie de la 

grande Bastardière et des par lequel contract apprest 

que monsieur a reçu les deniers , lequel contract qui est daté du 
XX febvrier 1556. 



— 471 — 

10 feb. 1S56. — A esté vendu à M. René Rousselot por la 
somme de vj^ ^ la mestairie du Chastelier, le contract en date du 
X febvrier 1556. 

11 febvrier 1556. — A esté vendu à Pierre Poquet et autres 
pour la somme de iiij^ ^ quatre septiers de seigle et trois septiers 
de froment , prins de six septiers seigle et quatre septiers fro- 
ment deubz sur le raoullin de la Roche, Le contract du xj feb- 
vrier 1556. 

12 février 1556. — A esté vendu à Pierre Poquet et autres 
por la somme de ij'^'' deux septiers de seigle prins en six septiers 
et ung septier froment prins en quatre septiers et un cent d'an- 
guilles deubz sur le moullin de la Roche. Le contract du xij 
febvrier 1556. 

11 février 1556. — A esté vendu à Guillaume Bigaud por la 
somme de mille livres les mouUins de la Groussière : réservé le 
droit de Vérolie (*). Le contract en date xj febvrier 1556. 

10 février 1556. — A esté vendu h Mathurin Fellonneau 
por la somme de liij ^ ij* vj ^ *, huict boisseaux de seigle deubz 
sur le village de Linier et quatre boisseaux sur la Rousselière et 
six boisseaux sur l'Espoivrière. — Le contract est du x febvrier 
1556. 

10 febvrier 1556. — A esté vendu à messire René Fellonneau 
por la somme ij'^xij ^ xvj solz , trois septiers de froment deubz 
sur la mestairie du Gourbirbier et quatre boisseaux sur la Cour- 
barbier et une mine sur l'Andouynière, le contract en date du x 
febvrier 1556. 

10 febvrier 1556. — A esté vendu à Francoys Pillot escuier 
s"" de la Guyonnière por la somme de xlvj ^ xvij» vj ^K trois 
septiers de seigle sur la terre des Baraudières , le contract du 
X febvrier 1556. 

11 febvrier 1556. — A esté vendu à Guillaume Bégaud et 
autres por la somme de i'fl ^ vingt livres seize solz huict deniers 



(») Droit qui obligeait les vassaux a venir moudre au moulin banal. 



- 172 ~ 

de rente constituez sur le pré de la Grassière. la grâce de dix 
ans prochains , le contract du xj febvrier 1556. 

14 febvrier 155G. — A esté ascenséà Guillaume Saudelais por 
la somme de vingt solz trois septérées sis au lief de la Pellouaiîle. 
— Le contract du xiiij febvrier 1556. 

10 febvrier 1556. — A esté vendu à Jehan Gaultier por la 
somme de Gf neuf boisseaux seigle deubz sur la mostairie de la 
Chaise et neuf boisseaux sur la Grabellière et cinq boisseaux sur 
la Basonnière et cinq boisseaux sur la Roullière et cinq boisseaux 
sur la Rousselière. Le contract est du x febvrier 1556. 

A esté vendu ti Mathurin Chauvière et autres por la somme de 
ij^V* quatre septiers de seigle sur le village de la Comté plus dix- 
huit boisseaux sur le village de la Fontaine. Le contract en date 
du dixiesme febvrier 1556. 

10 février 1556. — A esté vendu ii Pierre et Jehan les Mes- 
chinaud por la somme de xxxix^ quaranle-sept solz dix deniers 
de rente constituez sur quatre boisseaux de seigle et trente deux 
solz six deniers et deux fais de paille deubz sur la Morinière. Le 
contract est du x febvrier 1556. 

12 février 1556. — A esté vendu h Jacques Morillon por la 
somme de xxx^ cinq boisseaux sur le village de la Guionnière et 
cinq boisseaux sur le village des Guernaux. Le contract en date 
du xij febvrier 1556. 

11 février 1556. — A esté vendu à René et Jehan les Rro- 
chardz, por la somme de vjxx^ deux septiers, un boisseau seigle 
de rente sur le village des Noiies. Le contract en date du xj feb- 
vrier 1556. 

9 février 1556. — A esté vendu àM"" Vincent de l'Aunay por 
la somme vc^ la grâce de la moitié de la Ménardière. Le contract 
en date du neufviesme febvrier 1556. 

9 février 1557. — A esté vendu h Jehan Menanteau , por la 
somme de viijc'' la moitié de la mestayrie de la Sauvagère. Le 
contract en date du ix febvrier 1556. 

9 février 1556. — A esté vendu h Messire Michel Bretaudeau, 
por la somme de l'' sept boisseaux de seigle sur le village de la 



— 173 — 

Ménardière et huict boisseaux sur le village de la Gourbellièrc. Le 
contract en date du ix febvrier 1556. 

Item, à Maurice Garreau, por la soramo de iiij^^xxv" la moitié de 
la mestajric de la Grinelière. Le contract eu date du onze feb- 
vrier 1556. 

12 Février 1556. — Item à Francoys-du-Noyer, por la somme 
de vxxxij/', iijs vj*^- l'enclosture du fief des Treilles sis h Beaurc- 
paire. Le contract est du douze febvrier 1556. 

14 février 1556. — Item, h Maurice Saîau , por la soUinie de 
xxx'^ huict boisseaux de froment deubz sur les Moullins du 
Rocher. Le contract en date du xiiij febvrier 1556. 

14 décembre 1557. — Item à Maurice Salau, por la somme 
de ij^lxxv" cinq septiers seigle , douze boisseaux de grosse 
avoyne et vij autres boisseaux avoyne, sur le village de la Bour- 
douilière , deux ehappons et deux gellines. Le contract est du 
xiiij décembre 1557. 

Item, à Anthoine Jousseaume por la somme do v^l" la grâce de 
retirer les moullins de Soulsans et autres choses conclues, par le 
contract du xxix juin 1556. 

14 décembre 1557. — Item à Pierre Pellet escuier, por la 
somme de !x^ un septier mine avoyne deubz sur le village de la 
Geffray'e. Le contract est du quatorzième décembre 1557. 

6 apvril 1559. — Kern h Maurice Salau por la somme de ij'^l" 
le logis sis en Gesliné avec les complanlz. Le contiact est du 
vj apvi'il 1559. 

Item à Francoys Payneau , por la somme de quarante livres 
douze boisseaux froment sur une pièce de la Lande appelée le 
Tillay. 

Toutes lesquelles venditions cy-dessus ont esté faites aupara- 
vant Fan 1560 comme il est justifie par les dates. 

Et depuis ledict an 1560 auquel a commencé la saisie de Mon- 
seigneur le duc de Touars, pair de France, les domaines et mes- 
tayries cy-après déclarés ont été vendus et aliénez de ladicte 
terre et seigneurie de Tiffauges. 

Et premièrement 1571. — La mestayrie de la Pépinière de la 



— 174 - 

paroisse du Longeron, vendue par Messire Jehan de Ferrières ou 
son procureur au sieur de Chambrelte dict Messire Francoys 
Goullart par contract de l'an 1371 pour la somme de sept ou huit 
mille livres ; ladicte mestayrie estoit affermée cinquante-quatre 
charges de bled sans autres redevances. 

1571. — Item, la moitié de la mestayrie des Petites-Fontaines 
dans la paroisse de la Bruffière (*) fust vendue par noble Claude 
Méante s'' d'Estambé et de la Grossière et W René Saudollet, 
receveur dud. Tiffauges, en vertu de procuration dudit sieur 
Vidasme à Jehan Baudry et Jehan Ouvrard, laboureurs, por la 
somme de mil cinquante livres par contract du xvj juing 1571, 
qui est notifié au greffe de Thouars le vij aoust audit an par 
Goullard, greffier. 

1571. — Item, la moitié du Recredy en ladite parroisse de la 
Brufiière vendue par lesdits procureurs à Blathurin Meschinaud 
et Mathurin des Fontaines por la somme xv<=F le quatorziesme 
jour de juing en l'an 1570, notifiée comme dessus le vij aoust 
audit an. 

1571. — Item, la moitié du Plessis-Ouvrard en lad. parroisse 
de la Bruffière à Jehan et Mathurin les Ouvrardz et à Pierre Rous- 
seau, por la somme de xvij<=^ receu les contraclz et notifiez 
comme dessus. 

1571. — Rem, la moitié des Grandes-Fontaines sis en lad. 
paroisse îi René Ogereau de S'-Symphorien por la somme de 
xvj^" lesdictz contractz passez par Barbarin et Gaborit lesdifs 
jours et an que dessus. 

Item, la mestayrie de la Roussinière a esté vendue à Léon de 
Callinaud sieur d'Andillon-la-BIarie, pour la somme de mil ou 
douze cens escuz par le sieur Vidasme, le contract a esté tou- 
jours tenu secret. Et pour raison de l'exhibition d'icelluy y a 



(*) Petilcs-Fontaincs et plus bas Grandes-Fonlaincs, ainsi que la mes- 
tairie du Recredy, font actuellement partie de la commune de la Bruffière, 
canton de Monlaigu (Vendée). 



- 175 — 

procès pendant par appel h la cour de Thouars dès l'an 
mil v^xxiiij. 

Item, la Pagerie (') en la paroisse du Longeron vendue à 
flp Gabriel Brelet, comme il vivait greffier de la Baronnie de 

ïiffauges por la somme de ladicte mestayric affermer 

vingt-trois charges de bled et autres menus debvoirs. • 

1578. — Item. Le seigneur Baron de Tiffau^es estoit fondé de 
prendre et lever ung droit du dix"^*^ en la paroisse de la Bruf- 
fière, duquel Maurice Garreau auroit jouy par plusieurs années 
à tête de ferme ; fut appelé à compter aux requestes du palais à 
Paris, où il fut condempné par sentence qui fut confirmée par 
arrest en exécution duque Madame la Vidasme,en qualité de 
procuratrice, fit transaction contenant transport dudit droit de 
dixme pour la somme de mil escuz, led. coniract est de l'an 
mil v'^lxxviij, moitié de laquelle somme esloit por la composition 
des arrérages du passé et l'autre moitié pour les fonds et droictz 
de propriété dudit dixicsme. 

1571. — Item, la mestayrie du Gaullois, en la paroisse de 
Longeron, a esté aliennée en lad. année 1571 et pevoit valoir de 
ferme dix-sept septiers et autres mesmes redevances. 

Item, les moullins des Esres vallans vingt-trois septiers de bled 
et plusieurs autres mesmes debvoirs. 

Item, François Goullart, sieur des Chambrelles et de Tonnera, 
a acquis de Guillaume Barbarin, escuier, sieur du Bois et de la 
Vergne, seig"' de Chabannais et de Gonfolens et Jehan Letourneur 
escuier, sieur de la Baussonniôre, comme procureur de messire 
Jehan de Perrière Vidasme de Chartres, seig"^ de Tiffauges, deux 
septiers six boisseaux de seigle, un septier froment, quarante- 
cinq solz un denier et seize chappons, le tout rente-noble et 
féodallc qui estoit deus à la seigneurie de Tiffauges, tant sur la 
seigneurie de Ghambrette, que sur les villages de Grand-Douais, 



(1) La Pagerie est maintenant dans la commune de Saint-Aubin-des- 
Ormeaux, canton de Mortagne (Vendée). 



— 176 — 

la Faucherie (*), La Coustablière, Languinaudièro, la Brélaudicre, 

la Cruspillière, le village de la Tour-de-Nct et sur les Fossés 

por la somme de trois cens livres. 

A Mathurin des Fontaine, laboureur, demeurant à la Petile- 
Pennerais, paroisse de la Bruffièrc, un pré contenant cinq jour- 
naux, sis près le mouliiii Gharbonneau , por la somme de trois 
cens livres. 

A Mathurin Chupin, laboureur, demeurant i\ la Bari (?), paroisse 
de Torfou, un seplior mine de seigle qui estoient aussy deubz de 
rente foncière sur le moullin de la Moulinette , sur lesd. lieux 
de la Bourie, sur le village de l'Evraliière, paroisse de la Romagne, 
por la somme de quatre-vingt-dix livres. 

A Anthoine Hamelin, marchand, demeurant au bourg du Lon- 
geron, un septier treize boisseaux seigle de pareille rente sur 
Basse Jonchères, Moinelerie et Gourbillels, la Pouponnière et 
Haute Jonchère, le tout sur la paroisse de Torfou, sur la Goullée- 
Naudin, la prison Fonteneau en renclavc du Longeron, por la 
somme de cent dix livres. 

Lesquelles portions et parcelles de rentes chacun des acqué- 
reurs susdits rendra foy et hommage et droit de rachapt de Tiffau- 
ges à mutation de vassal, et quant aud. Goullart n'en fera hom- 
mage parliculicr, ains remploiera tenir soubz les autres hommages 
qu'il doibt ci lad. seigneurie audiet droit de rachapt, et quant aux 
autres en feront hommages nouveaux mcsme lad. Desfontaines 
par raison d'un pré par contract passé soubz la cour dud. Tiffau- 
ges et Bcaurepaire, le xviij may 1577, signé Griffon et Fradin, 
insinué à Thouars le xxix septembre 1572. 



(1) Lo Grand-Douel, la Fauclicric, maintenant, commune des Landes- 
Génusson. 



{A continuer.) 



EXTRAITS 



DES 



PROCÉS-VERBAUX DES SÉANCES. 



SÉANCE DTJ 16 NOVEMBRE 1875. 

Présidence de M. Marionneau. 

Présents : MM. Petit, de la INicollière, Blanchard, Gahour, Foulon, Soul- 
lard, de Gourcuff, Perthuis, Monlfort et Maître. 

Sont déposés sur le bureau les ouvrages suivants : 

Guide du voyageur à travers les monuments du Morbihan j en anglais, 
par M. Lukis. 

Choix de documents inédits sur l'Aunis et la Saintonge, par M. Mar- 
cliegay. 

Bulletin d'archéologie chrétienne de M. le G"" de Rossi, édition française, 
G"" année, n° 2, 1875. 

Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest. 

Notice sur Frédéric Caillaud, par M. de Girardot. 

Bulletin de la Société polymathique du Morbihan. 

Catalogue de l'exposition préhistorique, ouverte à Nantes à l'occasion 
du Congres scientifique le 19 août 1875^ l^e, î"^" et 3™*= édition. 

M. de risle du Dréneuf ayant envoyé sa démisson de secrétaire du comité, 
l'assistance nomme au scrutin M. Blancliard pour le remplacer dans ses 
fonctions. 

L'admission de M. Auguste Bossis est également soumise au scrutin et 
agréée par la Société. 

M. Foulon prend ensuite la parole, pour rendre compte à l'assemblée de 
la provenance de quelques débris qu'il a déposés sur le bureau : 
• — M. Lemaître, propriétaire à Pornichet, en faisant creuser un puits dans 
un terrain non bâti, situé au N.-O. du village, a trouvé dans une couche de 
terre végétale, sous 2m 50 d'alluvion, des fragments de vases, ornés de 

1875 12 



178 — 

dessins (Hi relief, qu'il vent bien commiiniiiuer à la Sociélé. Leur origine 
gallo-romaine paraît indubitable, et leurs caractères les rattachent à la 
céramique toscane. 

A ce propos, M. Foulon fait remarquer, d'après la superposition des cou- 
ches de terrain, que l'anse de Pornichet à du êlre dans les premiers siècles 
de notre ère, l'ouverture d'un golfe considérable et d'un port commode. Il 
ajoute (jue le Pornichet actuel ne lui paraît pas établi sur son emplacement 
primitif, que les premières habitations ont été plutôt bâties sur le terrain 
acheté par M. Lemaîlre. Les vases trouvés par ce propriétaire semblent 
appuyer ses conjectures. 

M. Foulon, qui connaît parfaitement la topographie de la presqu'île gué- 
randaise, profile de cette communication pour faire quelques rapproche- 
ments avec d'autres localités qui lui paraissent avoir subi le même dépla- 
cement. Saille, par exemple, ne doit être qu'une colonie venue du village de 
Kerbrenezay. Il annonce en terminant qu'il espère fouiller, en 1876, à Pain- 
château, un tumulus qui lui semble promettre d'intéressantes découvertes. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 heures. 

Ze Secrétaire-général, 
LÉON Maître. 



Séance du 6 décembre 
Présidence de M. Marîonneau, 

Présents : MM. Cahour, Parenteau, Orieux, Blanchard, Boismen, Villers, 
Monlfort, Soullard, Seidler, Thenaisie, de Wismes, Lehoux, Galles, Gallard, 
Foulon, Bossis et Maître. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

La Revue des Sociétés savantes des départements, 6o série, l. 1, mars a 
juin, est déposée sur le bureau. 

L'admission de M. des Grottes, comme membre résidant, est mise aux 
voix et agréée par la Société. 

M. Babinet de Rencogne, président de la Société archéologique de la 
Charente, et M. Biais, secrétaire de la même Société, sont également reçus 
comme membres correspondants. 

M. l'abbé Cahour soumet ensuite h l'examen de l'assistance, de la part 
de M. des Grottes, un vase gallo-romain et un creuset trouvés dans le voi- 
sinage de l'hôtel de Bretagne, parmi les terrains qui sont remués pour 
l'ouverture de la rue de Strasbourg, et donne l'espérance que ces objets 
seront rerais prochainement au musée archéologique par leur proprié- 
taire. 



- 179 — 

Le même membre communique un bois à. deux branches, trouvé dans 
l'Erdre, près du pont du chemin de fer de Châteaubriant. Cet objet, dété- 
rioré par son séjour prolongé sous les eaux, et percé de quelques trous de 
chevilles , est regardé par les uns comme une proue de bateau et par les 
autres comme le reste d'une chèvre à démonter les roues de voilure. 

M. Parentcau prend la parole pour communiquer au nom de M. Orieus, 
agcut-voyer en chef du département, une statuette de Vénus en plomb, 
trouvée au village des Grez, commune de Sion, dans les déblais de l'ouver- 
ture d'un chemin vicinal, près d'un grand nombre de cercueils en calcaire 
coquillier. Il fait remarquer que celte staluetle, curieuse a divers titres, est 
un spécimen indubitable de l'art gallo-romain, et qu'il faut la ranger 
parmi les divinités obscènes. M. Orieux ajoute que dans le même village, 
les ouvriers ont mis au jour beaucoup de médailles romaines. 

M. le baron de Wismes, chargé par la Société archéologique de fouiller 
l'un des tumulus du moulin de la Motte, situé près Pornic, d'après les in- 
dications de M. Galles, bon expert en celte matière, annonce qu'il ne lui est 
pas possible de fournir un rapport écrit avant le mois de mars, et se con- 
tente de narrer, sous forme de causerie, tous les incidents qui sont survenus 
dans ses différentes fouilles, les complaisances du propriétaire, les inter- 
pellations du niieunier et des curieux, ses surprises, ses alternatives d'espoir 
et de découragement. Il signale notamment l'intérêt des silex, des poteries 
et des débris de squelettes qui ont été trouvés, et décrit la forme du monu- 
ment. 

M. Galles, se faisant l'interprète de la plupart des auditeurs, dit qu'il 
regrette de ne point voir exposés sur le bureau les objets les plus curieux 
de cette fouille, et demande que l'assislance soit mise à môme de les tou- 
cher et de les examiner à loisir. 

M. Parenteau, conservateur du Muséej répond qu'il a cru devoir s'em- 
parer des objets avant la remise officielle, pour mieux les protéger contre 
toute lésion, et qu'il n'est pas d'avis que des débris aussi fragiles soient 
retirés de leurs vilrines. Après une discussion de quelques instants, M. le pré- 
sident, résumant les observations échangées, dit que la Société archéologique 
était seule propriétaire des objets trouvés dans le tumulus de Pornic, qu'elle 
consent à en faire don au Musée départemental, suivant sa promesse, et 
demande à M. le conservateur d'ouvrir les vitrines à la fin de la séance, 
pour satisfaire le légitime désir des assistants. 

A la fin de la séance, M. de Wismes soumel a ses auditeurs plusieurs 
dessins représentant le tumulus sous ses différentes faces et la physionomie 
des principaux objets découverts. 

A 9 heures 1/2 l'assislance se sépare. 

Le Sécréta ire-géniral, 

LÉON Maître. 



SUR LA 

SÉRE DES MONUMENTS EN PIERRE BRllTE 

Qui sont communément appelés Cromlechs en Angleterre, Dolmens en France, 
et que l'on démontre ici être les chambres sépulcrales d'anciens tumulus 

PAR 

W. C. LUKIS, M. A., F.S.A., 

Membre delà Société royale des Antiquaires du Nord, à Copenhague; 
Membre correspondant de la Société Polymathique du Morbihan; de la Société 

Archéologique de Nantes 
et de la Société de Climatologie algérienne, etc., etc. — (Ripon , 1875.) 

Tradcit par m. Ch. Seidler. 



AVANT-PROPOS. 

Le premier des trois articles publiés ici parut le 13 août 1874, 
dans Nature (*), et il était entendu, avec le rédacteur, que ce journal 
donnerait -ensuite les deux autres parties de cette brochure. Mais 
dans une lettre dotée du 16 janvier 1875, M. Keltie écrivit pour 
le rédacteur, que celui-ci avait été « obligé, bien à regret, de 
» remettre si longtemps les deux autres articles, qu'il n'était plus 
» possible de les publier comme la continuation du premier, et 
» comme il n'espérait plus pouvoir le faire d'ici longtemps , il 
» regrettait beaucoup d'être contraint de les supprimer. » J'étais 
libre, disait-il, de publier le tout dans n'importe quel journal. Je 
donne cette explication, croyant qu'il est nécessaire d'expliquer la 
publication d'une série d'articles en forme de brochure dont le 
premier a déjà paru dans un ouvrage périodique. 

Si j'avais cru le sujet de peu d'importance, ou d'un intérêt pas- 
sager, je me serais soumis à l'arrêt du rédacteur de Nature, qui 

(•) Nature est un journal hebdomadaire, publié à Londres. 



— 182 - 

a mis (le côté la plus grande partie de mon ouvrage, pour faire 
place h d'autres sujets présentant plus d'intérêt général aux 
lecteurs de sa publication. Convaincu, comme je le suis, qu'il est 
absolument nécessaire de démontrer aux archéologues la vraie 
signitication de ces théories obscures, qui, présentées sous une 
forme attrayante, et basées sur ce que Ton dit être des faits, sont 
offertes avec confiance comme apport à la littérature scien- 
tifique, je ne crois pas devoir cacher mes opinions. Je ne me 
présente pas comme l'ennemi d'aucun théoricien, mais simple- 
ment comme l'ami de ceux qui croient que le but principal des 
écrivains scientifiques devraitêtre : 1° d'acquérir une parfaite con- 
naissance de la vérité touchant le sujet de leur étude ; 2° la pro- 
pagation de cette vérité, une fois trouvée. 

J'ai choisi la forme de brochure, parce que je ne voulais pas 
courir une seconde fois le risque de voir mes articles supprimés, 
même lorsqu'ils avaient été acceptés comme convenant aux pages 
d'un journal scientifique. 

Mon désir est de donner, d'une manière aussi brève que le 
sujet le comporte, le résultat de mes investigations dans la nature 
et dans l'origine de ces monuments en pierre brute communé- 
ment appelés Cromlechs ou Dolmens, qui existent encore ou 
desquels nous possédons des descriptions authentiques. En pour- 
suivant ce but, j'aurai à faire des commentaires sur les écrits 
d'autres archéologues ou soi-disant archéologues louchant à ce 
sujet. Je serai forcé de signaler beaucoup de raisonnements 
pou profonds et beaucoup de négligences de descriptions, qui, 
joints ;i une connaissance imparfaite ou à une véritable ignorance 
de plusieurs des monuments les plus importants, font croire aux 
observateurs pratiques de ces monuments que le but de ces écri- 
vains n'est pas de se soumettre à la science dans sa pureté et sai 
simplicité^ mais plutôt d'énoncer des théories bizarres. 

La maxime fondamentale de tout chercheur scientifique est 
trop souvent perdue de vue, savoir : que l'esprit populaire doit F 
être préparé graduellement pour l'admission des grandes véritésJ 
scicnlifiques, et non pas que ces vérités soient faussées et vernies,! 



- 183 - 

jusqu'à ce que, par un procédé de dénudation et de redressage, 
elles puissent être présentées sous une forme agréable, mais 
fausse. De cette manière, l'ignorance ou le préjugé n'est pas trou- 
blé par ceux qui, tout en faisant profession d'enseigner la vérité, 
nourrissent ses plus grands ennemis. 

Trois erreurs existent concernant les monuments en pierre 
brute en question, et je me propose de les exposer. 

1° L'assertion que ces monuments appelés cromlechs ou dol- 
mens, qui sont maintenant en partie et en fort peu de cas tota- 
lement découverts, étaient construits ainsi avec intention dès leur 
origine. 

2° L'assertion qu'il y ait une classe spécifique de monuments 
auxquels des écrivains modernes ont donné le titre de « demi- 
dolmens , « dolmens trépieds » ou « dolmens sans butte » 
« earth-fast. » 

3° La croyance de l'existence de cromlechs ou chambres dé- 
couvertes sur le sommet de buttes artificielles. 

En procédant à réfuter les assertions mises en avant pour ap- 
puyer ces théories erronées, je serai guidé par mon expérience 
pratique, le résultat de plusieurs années d'études sous l'ombre de 
quelques-uns des principaux monuments européens et algériens. 
Je les ai soigneusement mesurés, et j'en ai levé les plans, accom- 
pagné de quelques archéologues instruits et bien connus dont 
l'aide et le iuoeraent m'ont été très-utiles. 

Mon but unique, en publiant cette brochure, est d'enseigner 
à ceux qui étudient ce que je sais moi-même, et de provoquer la 
critique de ceux qui sont plus instruits que moi. 

W. G. LuKis. 

fi^ath Restory, Ripon. 



184 — 



ARTICLE I. 



Le but de cet article et des deux autres qui le suivent est de 
réfuter deux ou trois opinions soutenues par quelques-uns des 
principaux antiquaires cont'^mporains, concernant la construction, 
la destination et aussi l'antiquité de ces monuments, et de mon- 
trer que, malgré tous les avantages donnés par la multiplicité des 
sociétés archéologiques, la publication de leurs journaux, et la 
bien plus grande facilité des voyages, on trouve encore des ar- 
chéologues distingués, dans cette partie de la science, mainte- 
nant aveuglément les mômes opinions que les antiquaires des 
siècles passés. 

Il existe un contraste très-remarquable entre le progrès fait 
dans l'étude des tumulus sans chambre et dans celle des tumulus 
à chambre. 11 y a une connaissance plus profonde des premiers ; 
non-seulement parce que les derniers sont beaucoup plus diffi- 
ciles à comprendre, mais parce que leur étude demande des con- 
naissances qui ne sont pas possédées par tout investigateur, 
lequel doit avoir une longue connaissance de ces monuments, être 
assez habile dans l'art du dessin et de l'arpentage pour lever des 
plans exacts, des sections et des élévations; il doit être aussi 
observateur scrupuleux et sans préjugés et doit avoir le loisir de 
dévouer son intelligence ù l'examen de ces monuments. Un exa- 
men précipité est toujours fatal à l'acquisition d'une parfaite con- 
naissance et sert à induire les autres en erreur; malheureuse- 
ment, je crois que c'est trop souvent l'habitude, et que l'igno- 
rance en est le résultat. 

La première des opinions erronées sur laquelle j'attirerai l'at- 
tention est : que plusieurs des cromlechs ou dolmens (pour 
employer les termes le plus souvent usités), c'est-à-dire les 
monuments en pierre brute qui, dans les îles Britanniques et sur 
le continent, sont en partie et dans quelques cas entièrement à 
découvert, ne furent jamais autrement ; c'est-à-dire que, quoi- 
qu'ils soient maintenant on partie délabrés, ils ont été construits 



— 185 — 

pour être à découvert. Ceux qui maintiennent cette opinion savent 
que d'autres constructions de forme analogue sont ensevelies ou 
enveloppées dans des tumulus, ce qui les rend invisibles à l'exté- 
rieur ; mais ils ne veulent pas croire que celles qui sont décou- 
vertes aient jamais été couvertes. 

Tant que ces auteurs se contentent de déclarer simplement leur 
croyance, leur position n'est pas attaquable ; mais quand ils 
montrent les monuments qui, disent-ils, prouvent leur discussion, 
le cas est changé. Les spécimens sont ouverts à l'inspection et 
à l'examen de tout le monde et la justesse de leurs descriptions 
peut être contrôlée. Ceci a été fait, et il en est résulté que des 
inexactitudes sans nombre ont été trouvées dans les publications 
et dans les plans. Par conséquent, les conclusions qui en ont été 
déduites sont déclarées dans les pages suivantes être erronées. 

II suffira de le démontrer dans quelques-uns des monuments 
connus sur lesquels l'attention a été appelée, et comme aucun au- 
teur n'a traité le sujet d'une manière plus compréhensible que 
M. Fergusson, ni n'a été aussi méthodique dans l'arrangement et la 
classification des monuments , on fera souvent mention de son 
nouvel ouvrage (*) dans le cours des remarques suivantes. M. Fer- 
gusson convient qu'il a recueilli beaucoup d'informations dans les 
publications d'autres antiquaires. Il est établi que je ne pose pas 
les preuves positives de l'existence première des tertres complets, 
je ne dis pas non plus qu'il y ait aucune tradition à cet effet; mais 
je dis que, quand les monuments découverts sont comparés à 
ceux qui sont complètement ensevelis, et avec les cas très-nom- 
breux oîi les traces certaines de tertres existent encore, il est juste 
et légitime de conclure que ces soi disant monuments apparents 
(free-standing) f ) étaient des constructions de la même classe que 
les autres, et qu'ils sont seulement dans un état plus avancé de 
dégradation maintenant. 

(') ce Rude Stones Monuments lu ail counlries, their âges and uses. » 1872. 

(2) La définilioa de ces monuments est : Jes dolmens qui n'ont jamais 
été ensevelis sous des tertres, et autour desquels il n'existe aucune trace de 
tumulus. 



— 186 — 

Je vais plus loin, et je dis qu'il y a si piai d'exemples où les 
trace s de tertres n'existent plus, que mon raisonnement en devient 
par conséquent plus fort. Est-ce que les défenseurs de cette théo- 
rie ont jamais essayé de résumer soigneasement tous les exenj- 
ples de dénudation complète^ Il a été dit par l'auteur de « Rude 
Stone Monuments in ail countries «, page 44 : « On pourrait énu- 
mérer probablement au moins cent dolmens dans les îles Britan- 
niques qui n'ont maintenant aucune trace de ces enveloppes. » Il y a 
dans cette déclaration une assurance qui réclame une recherche 
minutieuse, et j'ose dire, pour commencer, qu'elle n'est pas juste, 
car l'on sait bien que les traces de tertres dans quelques cas 
n'existant plus, 'sont rapportées par des traditions dont on n'a au- 
cune raison de douter. Immédiatement après, on cite comme un 
de ces infaillibles spécimens un monument bien connu, Cf'lui de 
Kit's Gotty House, près d'Âylesford dans le comte de Kent, et 
l'on fait la remarque qu'il « est maintenant exactement à la même 
place que quand Stukeley le vil en 1815 et en fit le dessin ; 
qu'il n'y avait alors aucune tradition d'un tertre le couvrant 
jadis » et « nous n'en pouvons trouver maintenant aucune trace. » 
Mais lorsque nous arrivons à la page 116, où l'on fait encore men- 
tion du monument, nous trouvons écrit : « Si nous pouvons en 
croire le dessin de Stukeley, c'était un dolmen extérieur se tenant 
ù l'extrémité d'un tumulus long et bas. » « Le tuniulus a été ni- 
velé depuis par la charrue. » « Je suis porté ^i croire le dessin. » H 
n'y a, il est vrai, aucune tradition tendant h démontrer que le tu- 
mulus le couvrait; mais comment peut-on ajouter foi h l'exacti- 
tude du dessin et dire que le tumulus a été nivelé par la charrue, 
quand, à la page 44, on explique qu'il n'a jamais existé? Cela n'est 
pas compréhensible. Ainsi, d'après Stukeley, non-seulement il y 
avait les traces du tumulus dans son temps, mais on pouvait dé- 
terminer sa forme, et la chambre était située h l'une de ses extré- 
mités. Ceci s'accorde admirablement avec la construction de plu- 
sieurs autres longs tumulus où l'on voit la chambre en partie ou 
presque entièrement enveloppée. Ce monument ne devrait donc 
pas être mis au nombre des cent exemples évidents. 



~ 187 — 

Pentre-Ifan, dans le Pembrokeshire, est cité aussi par le même 
auteur comme un autre spécimen remarquable soutenant sa théo- 
rie. 1! en fait la description d'une manière très-brève et très-insuf- 
fisante dans les pages 168 et 169 et le compare à ceux qui étaient 
« couverts, ou étaient destinés à être couverts par des tertres. » 
Il y a, croit-il, une grande différence entre le monument de Pentre- 
Ifan et ceux-ci, car il admet que ces derniers sont des chambres 
sépulcrales ensevelies, tandis que le premier n'a jamais pu être 
élevé pour être caché et que, « de plus, les supports ne forment et 
n'ont jamais pu former une chambre. La terre serait entrée de 
tous côtés, etc. » Il y aurait sans doute dans ceci beaucoup en fa- 
veur de la théorie, si l'on pouvait affirmer que le monument est 
maintenant dans le même état où il a toujours été; mais on sait 
qu'il n'en est certainement pas ainii. Il en existe heureusement une 
description, écrite par Owen, il y a plus de deux cents ans; il y en 
a aussi une autre de Fenton, qui décrivit le monument comme il 
était de son temps, c'est-ù-dire il y a environ soixante-dix à quatre- 
vingts ans. Nous apprenons de ceux-ci que l'aspect du monu- 
ment était tout à fait différent de ce qu'il est aujourd'hui. Il y 
avait alors huit ou neuf pierres debout sous la grande pierre de 
table, maintenant il n'y en a plus que trois ; puis il y avait autour 
les traces d'un cercle de pierre de cinquante pieds de diamètre, 
qui n'existe plus; et, d'après feule Révérend H. Longueville Jones, 
il y avait, lorsqu'il le vit, les traces du tumulus original. Deux 
ou au plus trois des huit à neuf pierres verticales soutenaient 
la pierre de table, ce qui permit de déplacer celles qui ne la tou- 
chaient pas. Ainsi , 'voici donc un autre monument qui devrait 
être exclu des cent spécimens. 

Si l'on examine avec attention le monument de Plas-Newydd, 
qui fait aussi partie des cent spécimens, l'on trouvera les traces 
d'un cercle de pierres ainsi que celles d'un tumulus. 

Il ne serait pas nécessaire d'entrer dans tous ces détails, si 
M. Fergusson ne faisait pas souvent l'assertion qu'aucune trace du 
tumulus ne peut être « découverte maintenant, ni autour des 
pierres, ni dans les environs », déclaration qu'il exprime de di- 



— 188 — 

verses manières, et par laquelle il établit qu'aucun tumulus n'a 
jamais existé; et si ce n'était l'argument que cette croyance sou- 
tient, argument qui, je crois, combat fortement l'idée que tous 
ces monuments étaient destinés à des tombeaux. 

Avant de passer aux monuments des autres pays, il serait bon de 
démontrer l'erreur d'une personne qui, avec tout le désir de faire 
avancer la science archéologique, a été égarée par la classificatmn 
adoptée par M. Fergusson. Il ne sera pas mal h propos de le faire 
ici, parce que les vues que j'ai souvent exprimées ont été atta- 
quées (') par ce jeune antiquaire de Cornwall, qui a été emporté 
par son zèle. 

Dans le but d'appuyer la théorie des dolmens apparents, ildonne 
la description de Lanyon-Quoit, un dolmen dans la commune de 
Madran en Cornwall, lequel, croit-il, en est la preuve complète, 
opinion partagée par M. Fergusson, page 163. Mais le capi- 
taine de l'artillerie royale, Olivier ('), a démontré d'une manière 
convaincante que le monument n'est plus maintenant comme il 
était ; qu'il a été rebâti et que la position des supports a été chan- 
gée; que ceux-ci étaient primitivement de grosses pierres plates 
(de quatre pieds de largeur sur un pied six pouces d'épaisseur), 
et non de minces piliers; que, tandis que maintenant il n'y a plus 
que trois pierres plates, autrefois, du temps de M. Borlase l'aîné, 
il y en avait quatre; que deux autres sont couchées à tiMTe près 
d'elles, lesquelles, il est juste de le conclure, étaient autrefois les 
pierres verticales formant les murs de la chambre, et que le 
monument se tient autant sons que sur un long tertre, qui, selon 
toute apparence, ajoute-t-il, a été un long tumulus. Il devrait 
être aussi, par conséquent, rayé de la liste. 

Arthur's Quoit en Gower, d'après M. Fergusson, fut probable- 
ment toujours un « dolmen apparent » ; mais sir Gardner Wil- 
kinson (ArchîEologia Gambrensis, 1870) et leRev.E. L. Barnwell 
(Notes on some South Wales cromlechs, page 18) expriment une 



(<) Nature, vol. vin, page 202. 
(2) Nature, vol. vni, page 344. 



— 189 — 

opinion contraire. Le premier croit qu'il a été couvert d'un tumu- 
lus, et le dernier écrit : « Il reste encore des charretées de pierres 
qui ont été si peu dérangées de leurs positions, que leur contour 
est encore celui du turnulus existant autrefois. » On peut donc 
encore rayer celui-ci de la liste. 

Borlase l'aîné décrit avec beaucoup d'exactitude tous les mo- 
numents découverts, les plus remarquables, existant de son temps 
dans le Gornwall, et parle toujours des traces de leurs turnulus ; il 
cite entre autres Mulfra-Quoit, enseveli dans les restes d'un tertre 
de pierres ; le cromlech de Bosporthenis, autrefois enseveli dans 
un tertre de pierres et de terre, et le cromlech de Zennor, au- 
trefois caché dans un tumulus de pierres. 

D'après Norden , qui décrivit en 1610 le cromlech de Trevelhy, 
il « se tenait sur une petite colline dans un champ (*). » La 
chambre de Bas-Lanyon fut découverte en 1790 dans un remblai 
de terre et de pierres; il n'en existe maintenant qu'une pierre de- 
bout et la pierre de table tombée. Le cromlech de Pawton est en- 
core en partie « enterré dans le tumulus qui autrefois le cou- 
vrait sans doute entièrement. » (Nœuia Cornubige, page 82). Le 
cromlech de Ghywoone ou Ghun était dans un tumulus de trente- 
deux pieds de diamètre (idem, pages 56 et 58), et l'auteur de ce 
livre dit qu'il ressemble tellement à un dolmen à Moytura en Ir- 
lande, et à un autre à Halskolv en Scandinavie, que le dessin d'un 
de ces monuments pourrait se prendre pour ceux des deux autres. 
Ceci est la répétition de la remarque faite par M. Fergusson (^) : le 
monument, « h Ilaiskov, ressemble tant au dolmen et au cercle re- 
présentés par la gravure n" 61 que l'un pourrait se prendre pour 
l'autre. » 

La théorie des « dolmens apparents » n'est nullement soutenue 
par les monuments des îles de la Manche et des Sorlingucs, ni en- 
core par ceux de l'île de fllan, de sorte que l'étendue des îles Britan - 

(1) Pour la description et les dessins, voir Kaenia Coinubioc, par W. Cope- 
and Borlase. 
(-) Rude Slones Monuments, pages 304 et 305. 



— 190 - 

niques, dans laquelle on dcvrail Irouver les cent spécimens, est 
très-réln'icie. L'Anglelerre, le pays de Galles, l'Ecosse (*) et l'Ir- 
lande contiennent un grand nombre de monuments en pi(!rres 
brutt'S, et leur étendue est assez grande pour en produire autant 
que le suppose M. Fergusson. Biais ce serait uue tache diliicile, je 
dirai même impossible, de les éuumérer et de donner le chiffre 
voulu. 

J'ai examiné en Algérie le groupe de monuments connus sous 
le nom de Beni-Mcssous ou de El-Kalaa, et j'ai levé le plan de plu- 
sieurs d'entre eux. Us sont tous construits de la même façon et 
sont tout simplement des tombeaux (cisls) sans galeries, ayant en 
moyenne une dimension intérieure de sept pieds sur deux pieds six 
pouces. Ces cists sont orientés de l'est i\ l'ouest, avec de légères mo- 
difications, et sont construits avec des pierres de la localité, tufa et 
pierre de pouddingue, non taillées. Les tertres, qui en quelque 
cas sont restés intacts, sont petits et construits de pierres, et les 
• chambres, qui sont visibles, sont dans de différents degrés de dé- 
gradation et de dénudation , les traces des tumulus étant nette- 
ment indiquées par la quantité de pierres qui les entourent. 
L'endroit a servi pendant des années comme une carrière com- 
mode aux moines trappistes de Staouëli et aux colons français qui 
se sont établis à Guyot-Ville et à Cheragas. Sans un décret du 
gouvernement, tous ces monuments eussent été détruits pour 
être employés comme matériaux de bâtisse. Quand ils furent 
découverts, on dit qu'il y en avait une centaine; mais maintenant 
il n'en reste que trente. Us sont dispersés sur une étendue de 
quelques hectares, sans aucune régularité et devaient présenter, 
à l'époque de leur construction, un remarquable ensemble de 
tertres de pierres. Feu M. Berbrugger, qui était inspecteur géné- 
ral des monuments historiques en Algérie, fut le premier à les 
faire connaître, il y a environ trente-sept ans. Le docteur Berthe- 



(') H Fcigus'-son dit, à la pugo '240 : « hv$ doluii iis npparenls sont 
rares el placés à dislancc les uns des autres, cinq à hx pour loul un pays », ce 
qui CD diminue encore l'élcndue. 



rand, socrétairo actuel de la sociclé d'acclimatalion algérienne, eu 
a donné une description dans une brochure publiée par cette so- 
ciélé. En 1859, M. A. -H. ilhind adressa à la société dos antiquaires 
de Londres un article sur ces monuments, qui a été publié dans 
ArcliiBologia , vol. xxxviii. M. René Galles ('), l'explorateur 
bien connu des dolmens bretons, a écrit aussi sur eux; et feu 
M. J. Flower, qui visita Tendroit en 18G8, a fait une compilation 
des brochures précédentes qu'il a lue au congrès international de 
TArchéologie, tenu h Norwich pendant la même année. Tous ces 
écrivains ont classé ces monuments comme des tombeaux cou- 
verts et découverts, avançant, sinon faisant la preuve, que ces 
derniers n'ont jainais été couverts, c'est-?i-dire qu'ils sont des 
« dolmens apparents »>. M. Fergusson a suivi leurs traces et a 
adopté leur système de classification; mais une inspection soi- 
gneuse de chaque monument découvert prouvera d'une manière 
convaincante que les amas de pierres qui les entourent témoignent 
fortement contre cette théorie. 

Quand, cependant, BI. Fergusson attire l'attention sur les mo- 
numents du continent, l'étonnement augmente à voir les inexacti- 
tudes manifestes et les assertions contradictoires, et l'on est surpris 
que plusieurs monuments bien connus soient mis en avtnt pour 
soutenir une théorie qui est condamnée par leurs points les plus 
saillants. Il y en a deux dans le sud de la Bretagne, qui ont été 
décrits par lui comme appartenant à la classe des dolmens décou- 
verts : Bol-ar-Marchand, à Locmariaker, et Courconno^ dans la 
commune de Plouharnel. Il dit du dernier : « II n'a certainement 
jamais été couvert » (page 343). Ceci est une déclaration claire 
et positive; pourtant, quelques pages plus loin (page 363), il 



{}) Depuis quo M. R. Gdilcs a public sa description, je cois qu'il a 
chaiig« d'opinion au sujet de leur couslruclion. En revenant (l'Algérie en 
1872, j'ai passé par Nanle»; à cette époque, il était présidiint di; la société 
d'archéologie de celle villes et j'ai lu en su présence un rapport .sur la cons* 
truclion des monuments algériens, et, à la fin, il a fait quelques observations 
acceptant mes vues. 



- 192 — 

écrit sur ce point avec doute sinon d'une manière contradictoire : 
« C'est un magnifique cist muré avec des pierres brutes et qui fe- 
» rait une chambre de tumulus, s'il en avait été couvert, quoiqu'il 
» ne soit pas du tout prouvé que ce spécimen ait été construit avec 
;) l'intention de le couvrir de celte façon. » Il écrit du premier : 
« C'est le plus intéressant sinon le plus beau des dolmens appa- 
ru rents en France : la grande pierre, comme celles de presque 
») tous les dolmens de cette classe, se tient sur trois points, leurs 
» architectes ayant appris de bonne heure combien il était diffî- 
» cile de les faire reposer sur plus. De sorte qu'à moins qu'ils ne 
» bâtissent un mur pour empêcher d'entrer la terre dont le tu- 
» mulus était fait, ils les posaient ordinairement sur trois points 
» comme celui de Gaslle Wellan. » 

La question se présente cependant sous un autre aspect quand ces 
monuments ont été examinés avec attention, et quand on a connu 
les modifications qu'ils ont dû subir des mains des habitants pendant 
ces dernières années. De cette façon, nous trouvons que le grand 
dolmen de Courconno est maintenant dans un état bien déférent 
de ce qu'il était en 1847, quand il fut dessiné et décrit parCayot- 
Delandre, l'historien du Morbihan, et qu'il a été encore amoindri 
depuis«1854de ses anciennes proportions, qui étaient énormes. Ce 
n'était pas alors qu'un cist de grandeur gigantesque, mais une 
énorme chambre à laquelle était joint un long corridor ou passage 
dont on donnait les dimensions ; il y avait aussi les traces du 
tumulus qui le couvrait, dont quelques-unes existent encore. 

La môme chose peut être dite du grand dolmen de Dol-ar- 
Marchand, qui ne ressemble pas du tout à la description donnée 
par M. Fergusson. La chambre possède aussi un long corridor 
couvert, dont il ne fait pas mention ; celui-ci, ainsi que la 
chambre, est enseveli à une profondeur de plusieurs pieds dans 
les restes d'un tumulus circulaire que l'on peut mesurer; des murs 
réguliers remplissent les interstices des côtés de la chambre et 
du corridor couvert, dans l'intention expresse d'empêcher la 
terre d'y entrer. Tous ces points sont incontestables. Donc ces 
monuments ne soutiennent pas la théorie de ÛL Fergusson. 



— 193 — 

Il y a d'autres exemples bien connus de monuments à demi 
couverts, en France, au sujet desquels on pourrait écrire beau- 
coup pour infirmer la théorie des « dolmens apparents ». Ce que 
l'on vient de dire servira à démontrer sur quelles bases faibles et 
insoutenables elle se tient. 

Les défenseurs les plus connus de celte théorie supposent 
qu'elle est appuyée le plus fortement par un singulier monument à 
Saint-Germain-sur-Vienne, près de Confolens, et que M. Fergusson 
croit avoir été construit aussi récemment que le XI^ ou XII® siècle 
de l'ère chrétienne. Il a été considéré comme ayant une telle im- 
portance qu'il a été gravé et imprimé en or sur le couvert du livre 
dont j'ai fait si souvent mention. Il ne serait pas alors juste de le 
laisser de côté. Le monument est, à la vérité, remarquable et mé- 
rite une étude sérieuse sur les lieux mêmes. A cause de sa situa- 
tion peu accessible et qui nécessite un voyage pénible, peu 
d'archéologues ont eu le courage d'entreprendre le voyage, et fort 
peu d'Anglais l'ont vu. On me dit, lorsque j'y étais, qu'aucun tou- 
riste ne l'avait visité depuis dix ans. Au premier moment, on est 
saisi d'étonnement, mais, après l'avoir étudié, son histoire très- 
simple se déroule d'une manière convaincante et détruit tout à 
fait les conclusions de M. Fergusson. C'est un ancien tombeau 
qui a été modifié et approprié à un autre usage plusieurs siècles 
après sa construction. La pierre de table reste seule du monument 
primitif, et il y a des dessins taillés sur sa surface intérieure qui 
dénotent son âge et son usage. Ces dessins, pour les énumérer briè- 
vement, consistent en une hache en pierre attachée à son manche 
qui a une bride pour le poignet ou garde, comme celles qui sont 
représentées dans les sculptures du Morbihan ; et une seconde 
hache sans manche ; on ne peut pas se tromper sur l'histoire 
 qu'elles démontrent. M. Fergusson dit de cette construction : « Le 
» monument, cependant, qui peut jeter la plus grande lumière sur 
» leur âge est le dolmen de Saint-Germain-sur-Vienne, près deCon- 
» folens en Poitou. » La pierre de table repose sur quatre colonnes 
de « dessins gothiques » et « l'intérêt qu'ils inspirent provient de 
» ce que leur style d'ornementation appartient sans aucun doute 

1875 13 



— 494 - 

» au douzième siècle environ, certaineineul pas plus tut. Afin 
» d'expliquer une anomalie aussi malencontreuse, il a été supposé 
» par quelques personnes que le reste des pierres brutes a été dé- 
» truit au douzième siècle, et qu'on ne laissa que les frêles piliers 
i) que nous voyons aujourd'hui. Si c'était ainsi, cela ne change- 
n rait nullement l'argument qui en est tiré. Si l'on a pu trouver 
» au douzième siècle des hommes qui ont pris la peine et ont 
j» couru le risque énorme de faire un tel travail, leur respect 
» pour le monument a dû être égal à celui de ceux qui l'ont 
» érigé » (page 336). M. Fergusson, dans sa description du mo- 
nument, a fait une omission des plus importantes et a exclu de 
sa narration des faits qui sont donnés dans les livres (*) où il a pris 
son information. S'il en avait fait mention, ses lecteurs auraient 
pu juger eux-mêmes si son argument est bon. Voici les faits : une 
petite chapelle absidale, de douze mètres de longueur sur cinq de 
largeur, de la même date probablement que les colonnes qui sou- 
tiennent maintenant la pierre, enfermait le monument ; les murs, 
d'une maçonnerie très -grossière, étaient visibles en 1826 à fleur 
de terre et l'entouraient ; la terre, sous la pierre de table, avait 
été creusée avec le dessein de gagner de la hauteur pour les co- 
lonnes ; quatre marches descendaient de la porte de l'ouest jus- 
qu'au sol de la chapelle ; et la pierre oblongue représentée dans 
le plan est la dalle de l'autel chrétien. Tous ces faits tendent for- 
tement à établir la conviction qu'on enleva, au douzième siècle, 
les pierres brutes primitives qui soutenaient la pierre de table, et 
qu'on rait une à une les colonnes à leur place sans toucher 5 
la pierre de table et sans changer son élévation première. Sans 
doute la chose était difficile, mais elle n'était pas dangereuse. 
Toutes les colonnes varient de dimensions et de hauteur pour sa- 
tisfaire aux inégalités de la pierre brute de table, leurs bases m 
sontpas au même niveau^ et leurs chapiteaux ne sont pas en ligne 



(•) u Mi'mioîrcs de la Société Royale des Antiquaires de France, » vol. 
VII, pp. 3y-43. Paris, 1826, 
Michon-b « Slalislique de la Charecle, >* etc. 



- 195 — 

Tun avec l'autre. Tous ces faits impo'rlants appuient l'opinion 
que le terrain n'avait pas été préparé d'avance et que les colonnes 
n'avaient pas été placées pour soutenir une lourde pierre de table, 
pesant environ vingt tonnes, qu'on aurait été obligé de hisser et 
de placer sur les colonnes. Le motif qui fit convertir un ancien 
monument en un autre usage, n'est pas difficile h imaginer. Le con- 
cile de Nantes, au septième siècle, signale la vénération supers- 
titieuse qu'avaient, pour les monuments du pays, des populations 
à moitié païennes; et nous pouvons aisément croire que cette 
superstition est demeurée dans les endroits éloignés des villes 
plusieurs siècles plus tard. A la vérité, elle existe encore en 
partie dans l'esprit des Bretons d'aujourd'hui. Ainsi, au lieu de 
détruire tous ces monuments, ils les ont sculptés et y ont érigé 
les emblèmes du christianisme, afin d'élever leurs pensées à un 
culte plus noble. Ainsi, dans ce cas, nous pouvons nous imaginer 
que l'immense pierre couvrant Je tombeau d'un héros de tradi- 
tion a été convertie en un baldaquin brut pour l'autel chrétien. 
Cette supposition au moins s'accorde mieux avec tous les détails 
du monument, et est plus raisonnable que celle qui est suggérée 
dans « Rude Stone Monuments in ail coun tries. » Le monument 
u'est pas une « malencontreuse anomalie », il n'est pas non plus 
un « dolmen apparent » dans le sens avancé par l'auteur de 
cet ouvrage. J'ai insisté longtemps sur ce monument, h cause des 
remarques de M. Fergusson : « Il semble capable de jeter la plus 
grande lumière sur l'âge » de ces monuments ; et que quelques 
personnes seraient disposées à expliquer une « anomalie aussi 
malencontreuse » en disant que c'est un ancien monument qui 
a été modifié au douzième siècle. J'ai montré que, lorsque 
tous les faits qui s'y rattachent, et qui sont connus et publiés, 
sont mis en avant, il n'y a rien qui nous empêche d'adopter celle 
idée, et rien dans le monument pour nous surprendre. La seule 
chose qui surprend l'étudiant archéologue, c'est que beaucoup do 
choses qui devraient être dites ont été omises par l'auteur de 
(( lUidc Stone Monuments ». Il est fort à regretter que les comptes 
rendus publiés aient été privés de détails qui auraient aidé l'étu- 



— 196 — 

diant à obtenir une impression exacte d'une construction aussi 
remarquable, et qu'un très-grand doute ait été jeté sur la seule 
explication satisfaisante qui se serait présentée à l'observateur 
sans préjugés. Si c'eût été la première fois que, dans ce livre, 'on 
fît omission des points importants des anciens monuments, l'ar- 
gument de M. Fergusson en faveur de leur date comparativement 
récente aurait été moins attaquable ; mais, comme je l'ai démontré 
et le démontrerai encore, la même chose arrive dans plusieurs 
cas, et les points qui auraient pu jeter de la lumière sur leur 
construction, leur usage et leur âge, ne sont pas mentionnés par 
lui. Je ne puis m'empêcher de dire que le progrès de la science 
n'est que retardé par une publication qui porte les traces de tant 
de négligences et de connaissances imparfaites. Cet auteur devrait 
savoir qu'une chambre de pierres brutes avec corridor, tous deux 
ensevelis à une profondeur de trois pieds sous un tumulus circu- 
laire, ne peut en aucun cas être appelé un « dolmen apparent»; 
cependant, dans le cas de Dol-ar-Marchand, ces points sont ab- 
solument ignorés. On doit avoir fort peu de connaissance des mo- 
numents de la classe ci-dessus mentionnée, quand de tels points 
n'attirent pas l'attention d'une personne qui prétend les connaître 
à fond. 

La théorie des dolmens apparents, ayant été adoptée, deman- 
dait plus de confirmation que ne pouvait en donner l'apparence 
extérieure des monuments, et ses défenseurs l'ont crue fortement 
soutenue par « l'impossibilité de rendre compte de la dispa- 
rition des tumulus ». Dans plusieurs cas, M. Fergusson a suivi les 
traces du baron Bonstetten (*), dont la justesse d'observation ne 
semble pas être grande, et il a adopté son langage. Le baron dit 
que la Bretagne et le déparlement du Lot sont des pays à « dol- 
mens apparents par excellence »; il veut dire, comme il le montre 
plus loin, des dolmens qui sont maintenant comme ils l'ont tou- 
jours été. Cette observation prouve qu'il n'a dû leur donner qu'un 
examen très-superficiel. Voici son objection à la théorie du tu- 

(') Essai sur les dolmens. Genève, 1865. 



- 497 — 

mulus : « Les dolmens se rencontrent le plus souvent dans les lan- 
» des incultes et impropres au défrichement par la nature même 
» du sol. D'ailleurs on ne se bornerait pas, dans un but de nivel- 
«'lement, à enlever le tumulus, mais on détruirait encore le 
D dolmen. Ses pierres seraient utilisées ou on les enfouirait 
» assez profondément en terre pour qu'elles ne heurtent pas le 
» soc de la charrue. » (Pages 7,8.) 

Il applique cette objection aux monuments de la Bretagne et 
du Lot; mais quels sont les véritables faits? Mettant de côté le point 
indiscutable qu'un nombre insignifiant ne porte plus de traces du 
tumulus primitif, beaucoup d'entre eux, même le plus grand nom- 
bre, ne sont pas éloignés des habitations, et, quoiqu'ils puissent 
être placés sur une terre inculte, ils sont entourés de terres cul- 
tivées, closes par des murs de pierres sèches. De plus, un grand 
nombre de tumulus à dolmens ont été détruits et les matériaux 
utilisés de mémoire d'homme. D'autres ont été en partie empor- 
tés et les dolmens réduits en ruines; dans quelques castrés-com- 
muns, on a creusé de profondes fosses et les blocs gênants y ont 
été enfouis. Celte œuvre de destruction, qui continue encore mal- 
gré la défense du gouvernement français et les menaces de peines 
légales, existe depuis des siècles. Dans les exemples où les mo- 
numents découverts sont loin des habitations et sur des terres 
qui semblent être maintenant impropres à la culture, est-il impos- 
sible de s'imaginer un état de chose différent pendant les siècles et 
les dizaines de siècles passés? Est-ce que ces sites n'ont pas pu 
être occupés, et est-ce que les peuplades de ces localités, poussées 
par le besoin de matériaux, n'ont pas pu se rendre au tumulus 
pour en prendre? Et ne devait-on. pas calculer l'effet désintégrant 
des éléments sur les tertres? En tous cas, avant que l'on puisse faire 
la preuve que les monuments découverts de la nature en question 
sont dans des situations où il est impossible de se rendre compte 
de la disparition des tumulus, on devrait les examiner avec atten- 
tion pour s'assurer s'il n'en reste pas les traces. Je fais cette re- 
marque à cause des descriptions extraordinairement inexactes et 
des observations néghgentes qui ont été trouvées dans les ouvrages 



— 198 — 

publiés où l'on parlo de ces monuments et où l'on met en avant 
la théorie des « dolmens apparents ». Est-ce que ces auteurs n'au- 
raient pas dû acquérir la connaissance des laits ci-dessus mention- 
nés, qui les auraient fait hésiter avant de classer ces monuments 
d'après leur aspect présent sans soigneusement tenir compte de 
toutes les circonstances possibles de l'histoire passée des localités 
dans lesquelles ils sont situés? 

Un autre écrivain du continent (') est tombé dans les mômes 
erreurs, par la mauvaise habitude de suivre les traces d'autres 
auteurs et de ne voir qu'avec les yeux d'aulrui. M. da Costa, 
suivant l'exemple du baron Bonstetten, a classé ces monuments 
en « dolmins apparentes », en « dolmins occultos » et en « dolmins 
construidos sobre um monticulo artificial ». Je protesterai plus 
tard avec force contre cette dernière assertion. 

Il en résulte que le point essentiel , en traitant de ces mo- 
numents, est de décrire avec exactitude et de ne faire aucune 
omission des choses qui peuvent être raisonnablement sup- 
posées touchant ces constructions. Souvent d'importantes omis- 
sions sont faites, non intenlionnellemeni, mais parce que l'édu- 
cation archéologique des écrivains n'a pas été suffisante, et qu'ils 
ont eu peu d'expérience. On luit beaucoup de mal à la vérité scien- 
tifique lorsque l'on met en avant, pour soutenir une théorie, des 
exemples qui la combattent au contraire. Ceux de nos ancêtres 
qui étaient antiquaires, peu expérimentés par rapport h ces mo- 
numents et qui avaient très-peu d'occasions pour les comparer à 
d'autres dans les localités éloignées, prirent les marques désinté- 
grantes du temps sur la pierre- table pour de petits canaux 
creusés artificiellement, appelèrent ces constructions les autels 
des druides, et inventèrent d'horribles contes sur les sacrifices 
humams. Assurément, si l'on admet qu'ils étaient des « dol- 
mens apparents » qui n'ont jamais été couverts de tumu- 
lus, leurs vues n'étaient pas si erronées, et l'on pourrait même 



(1) Dcsciipcao (le alguus Dolmins ou Anliis de rorUigal, por F. A. Pe- 
reira il a Costa.— Lisboa J8t)8. 



— 199 -^ 

croire que quelques-uns rie ces monuments étaient des autels de 
sacrifice. Il serait alors dilTicile de prouver que c'était des tom- 
beaux. La différence entre eux (surtout ceux qu'un auteur décrit 
commtî ressemblant à « un tabouret de trois pieds » et qu'un 
autre appelle « dolmens trépieds ») et ceux qui sont soigneuse- 
ment couverts et où l'on a empêché la terre d'entrer dans leurs 
chambres, au moyen de murs de pierres sèches, est vraiment si 
grande et si frappante, que ceux' qui sont découverts n'auraient 
pas pu être déclarés avec certitude avoir été des tombeaux. 
Il y a des preuves abondantes montrant à quoi servaient ceux qui 
étaient couverts , et guère plus qu'une hypothèse touchant les 
autres. 

ARTICLE II. 

Dans l'article précédent, une erreur fondamentale touchant la 
construction de ces monuments est démontrée et réfutée par un 
examen des exemples spécifiés parles défenseurs de la théorie des 
« dolmens apparents » comme soutenant leurs systèmes. 

Je me propose maintenant d'examiner une autre idée concer- 
nant leur construction, et qui a encore moins de preuves que les 
précédentes; cette vue erronée, qui provient des auteurs français, 
â été adoptée par quelques-uns des antiquaires anglais les plus 
distingués, sans en soupçonner la fausseté. 

Les Français ont donné le nom de « demi-dolmen » et feu M. du 
Noyer, d'Irlande, celui de « dolmen primitif » (primary) ou 
« cromlechs sans butte » à une classe de monuments que, malgré 
leurs assertions contraires, je démontrerai n'être que des cham- 
bres en ruines qui ont été ensevelies sous des tumulus. Il est 
essentiel aujourd'hui de réfuter ces deux erreurs et une troisième 
sur laquelle j'attirerai l'attention de mes lecteurs dans le prochain 
article, parce que des conclusions étonnantes ont été basées sur 
elles, et que l'auteur de « Rude Stone Monuments in ail countries » 
a essayé de prouver que ces monuments appartiennent aune épo- 
que comparativement récente, et qu'ils on été construits pendant 
une période historique. 



— 200 — 

Ce n'est qu'en pesant soigneusement les preuves d'où partent 
ces conclusions que leur force apparente peut être établie comme 
n'étant que de la véritable faiblesse et qu'elles-mêmes ne sont que 
chimériques et illusoires. Pour que des conclusions soient accep- 
tables, il faut qu'elles soient basées sur des faits et non sur des 
choses qui sont d'abord supposées^ puis affirmées dans le langage 
le plus positif comme étant des faits. J'ai montré, dans le premier 
article, comment cette mauvaise habitude de quelques auteurs a 
été le moyen d'en tromper d'autres, et je vais montrer maintenant 
qu'une autre classe idéale de monuments a été inventée et a été dé- 
clarée d'un accent d'autorité être véritable, et malheureusement 
cette théorie a été presque généralement acceptée. 

Ces monuments sont décrits par M. du Noyer comme étant ceux 
dont « un côté de la pierre de table est presque toujours à terre, 
l'autre étant soutenu par un pilier ou bloc de pierre (*). » Il a 
adopté le mot primitif (primary), « non, comme il le dit, dans un 
» sens chronologique^ mais d'après la théorie du développement 
» progressif des constructions , d'où l'on conclut naturellement 
» que, plus Iti monument est simple, plus son âge est grand. »1I 
dit, à la page 44 : « Si nous n'avions qu'un exemple de ce que 
» j'appelle « cromleac primitif » ou « cromleac sans butte », ce 
» serait beaucoup hasarder d'en former une théorie; mais, quand 
» nous avons plusieurs monuments de cette classe, il ne faut qu'un 
» peu de réflexion et d'imagination pourvoir que nous avons de- 
» vaut nous une classe parfaite en elle-même. Je l'affirme, ayant 
a confiance que dans les exemples que j'ai cités il n'y a point 
» la moindre preuve de la supposition qu'awczm d'entre eux (=*) 
» fut construit d'abord ; d'après la façon de ce que nous pouvons 
» appeler le cromleac normal ; au contraire il est très-évident qu'ils 
» sont maintenant aussi perfectionnés qu'on en avait l'intention. » 
Après avoir fait mention du monument de Bonninglon Mains^ dans 
le Mid'-Lothian (Ecosse), il dit : «Ce monument n'a jamais eu d'au- 

(») Kilkenny archeological Society journal, 3"^ séries. Vol. I, page 400. 
{-) Les italiques sont les miens. 



— 201 - 

tre forme que celle qu'il a aujourd'hui, et n'est pas un cromleac 
en ruines, comme on l'a supposé. » Il est surprenant qu'on nous 
tienne un langage aussi énergique, quand on réfléchit que les 
« demi-dolmens » sont des monuments d'origine française et que 
si les esprits anglais n'avaient pas été poussés à en recevoir l'idée, 
ils n'auraient pas pu les distinguer de chambres en ruines. Ceux 
qui écrivent d'une manière si positive n'ont pu avoir que peu d'oc- 
casions de comparer les monuments d'un pays avec ceux d'un 
autre, ou ils sont incapables d'apprécier leurs points analogues. 
Les défenseurs de cette théorie semblent avoir examiné très-su- 
perficiellement les monuments de leurs localités et ont donné en- 
suite libre cours h leur imagination. Les premiers auteurs français 
écrivant sur les antiquités de leur pays, ont été les premiers à le 
faire ET ont inventé la classe « demi-dolmen ». Nos antiquaires 
ont emprunté cette idée, l'ont acceptée comme vraie et ont em- 
ployé la même désignation ou l'ont changée en u dolmen pri- 
mitif (primary) » ou « sans butte ». 

Il est assez curieux d'observer que les défenseurs de cette théo- 
rie omettent, dans tous les cas, de faire mention des traces du tu- 
mulus. Ils ne font jamais allusion à ce point, et il semble avoir 
échappé tout à fait à leur observation, ou n'être jamais entré dans 
leurs têtes. Cependant, comme les « demi-dolmens » eurent leur 
origine sur le continent, je puis garantir comme un fait certain, 
que les traces, dans quelques cas très-considérables, du tumulus 
enveloppant existent encore, et ceci est une des grandes et nom- 
breuses preuves de la fausseté de la théorie. Car ces traces sug- 
gèrent l'idée de l'existence antérieure d'un tertre complet, et c'est 
un fait indiscutable, qu'aucun « demi-dolmen » n'a jamais été 
trouvé dans un tumulus ouvert pour la première fois. Je montrerai 
cependant tout à l'heure que la France ne possède aucun monu- 
ment d'une classe aussi distincte, quoique M. Fergusson, égaré 
par les écrivains français, dise (page 344) que c'est « une espèce 
de dolmen très-commune » dans ce pays. Il dit en plus : « Ceux 
d'Irlande et du pays de Galles semblent n'être que des « demi-dol- 
mens.... », et je les regarde comme étant probablement des exem- 



— 202 — 

pies très-inodernes de celle classe de monumenls. Un examen 
minutieux de quelques-uns des monumenls irlandais énumérés par 
M. du Noyer servira à démontrer ce que je veux dire, en disant 
qu'on devrait tenir compte de toutes les circonstances, avant de 
classer des monuments d'après leur aspect présent. 

Le premier, celui de Kells dans le comté de Meath en Irlande, 
ne ressemble en aucune manière à un ancien monument, et je 
doute fort qu'il en ait jamais été un. C'est un grand bloc en pierre, 
qui repose d'un côté sur unepelile pierre de surface, libre. Il a été 
découvert il y a environ cent vingt ans, lorsqu'on fit l'avenue du 
château du marquis de [leadfort et qu'on nivela la terre qui le ca- 
diait. D'autres blocs en pierre furent aussi trouvés, et ils 
furent probablement placés comme ils le sont maintenant par 
les ouvriers occupés à cet ouvrage. Lorsque l'on considère le 
temps et les circonstances dans lesquels la découverte fut faite, 
il est étrange que ces pierres soient transformées en un ancien 
monument cent vingt ans plus tard, et placées sur une liste de 
classe spécifiée. Quand M. du Noyer le vit, il fut tellement frappé 
de son caractère anormal, qu'il le décrivit comme un « crom- 
lech abandonné et pas terminé. » En y pensant un peu plus, il 
fut convaincu que c'était « un des exemples les plus intéressants 
d'une classe de ruines qui jusqu'ici n'a pas été reconnue », et il le 
place alors ù la tôle de ses illustrations de « cromlechs sansbutte». 
On ne nous dit pas qu'on y trouva des os ni des reliques d'aucune 
nature près ou autour des pierres. Si cependant nous le supposons 
être un tombeau, et que les os aient été entièrement détruits, le 
fait qu'on l'a trouvé caché sous terre le défend lortement contre 
la théorie « demi-dolmen » ou « sans butte ». 

Un autre exemple de cette classe supposée qui se trouve à 
Mount Venus dans le comté de Dublin, est décrit comme un 
« véritable ciomlech primitif, et un des plus beaux types que 
nous possédions en Irlande ». N'importe qui regardera le dessin 
de M. du Noyer, verra des pierres ressemblant à des supports 
couchés à terre, montrant immédiatement que c'est une chambre 
en ruines du type normal. Une de ces pierres semble être fixée 



— 203 — 

dans une position verticale et semble avoir été une des pierres 
murales de la chambre. 

Cet auteur et M. E. A. Conwell ont décrit (') un monument 
près de Rathkenny House di.ms le comté de Mealh, sur lequel se 
trouvent des inscriptions et des dessins curieux. 11 se compose 
d'une grande pierre plate de dix pieds dix pouces de hauteur sur 
huit pieds six pouces de largeur, et de trois pieds d'épaisseur; il 
a une de ses extrémités à terre et l'autre est appuyée conlre une 
pierre verticale. Ces messieurs pensent que cela peut être un mo- 
nument parfait d'un type inconnu et qui n'a pas été décrit jusqu'ici. 
Le champ porte le nom du « petit Cairn des noisetiers », ou du 
n petit Cairn de Finn-Mac Cumhaill », nom que Ton donnait au- 
trefois au monument lui-même. Est-ce que le nom n'implique pas 
que c'était autrefois une chambred«ns un « cairn »? Et n'en peut- 
on pas conclure avec raison que c'est un monument en ruines, 
surtout lorsqu'on est informé que le travail de destruction a été 
commencé et qu'un autre monument (non décrit) dans un champ 
voisin a été détruit, et que celui qui reste avait élé condamné au 
même sort? 

Il y avait autrefois î\ Ballylowra une construction, décrite (*} 
par le Rev. J. Graves, à propos de laquelle M. du Noyer doutait 
« que cela eût jamais été un vrai cromlech du type normal » ; il 
écrit : « Il n'est pas du tout certain, quoiqu'il ne soit pas impos- 
» sible qu'il en fût ainsi »,et cependant il dit : « Il faut le classer 
parmi les « cromlechs sans butte ». J'ose dire que ce n'est pas 
une manière très-satisfaisante de grouper des types, car, d'a- 
bord, on jette un doute sur sa vraie construction, et ensuite on 
fait l'assertion de la classe à laquelle on dit qu'il appartient. On 
ne peut s'empêcher de trouver, par rapport à ces types, que 
dans des localités où les habitants ont continué, pendant des an- 
nées, l'œuvre de destruction que les circonstances seules leur ont 
fait cesser, il n'est pas juste de mettre beaucoup de confiance dans 
l'aspect des monuments qui restent, et bien loin d'être juste de 

(1) Proceedings of llie Royal Irish Acadetny. Vol. IX, page 54t. 

(2) Kilkenoy Archeological Sociely Journal, vol. I, page 130. 



— 204 — 

conclure qu'ils sont d'anciens typos. Ces monuments irlandais 
ne soutiennent donc pas la théorie « demi-dolmen » ou « sans- 
butte ». 

Pas un seul exemple de cette classe n'a été trouvé en Portugal, 
elle ne paraît pas exister en Danemark, ni en Angleterre, m en 
Ecosse, ni dans les îles de la Manche, ni dans les Sorlingues, ni 
dans l'île de Man. D'après le Rev. E. L. Barnwell, qui est un ob- 
servateur très-minutieux, on ne la trouve pas dans le pays de 
Galles, et il nous dit que la chambre à moitié ruinée sur Saint- 
David's Head, qui est « un bon exemple de ce que quelques per- 
» sonnes appelleraient une des variétés du cromlech », montre 
les points caractéristiques du type normal ; et il y a évidence 
réelle de la chambre et du tumulus. Il ne nous reste donc que le 
territoire français, et ce sera un gain considérable pour la science 
de prouver que là aussi il n'y a aucune base pour la théorie 
« demi- dolmen ». 

Les définitions extrêmement variées et contraires données par 
les écrivains anciens et récents de cette classe supposée, sont 
en elles-mêmes suffisantes pour jeter du doute sur leur exis- 
tence, même s'il n'y avait pas de l'évidence positive pour la 
réfuter. Mahé (') la définit comme une pierre plate dont l'une 
des extrémités repose sur deux piliers , comme un dolmen , et 
l'autre est placée à terre; l'usage en est inconnu. De Frémin- 
villef) décrivit un monument à Saint-Yvi, dans le Fmistère, qu'il 
appelle « un dolmen incliné » dans un état de meilleure conser- 
vation que tous les autres du département. Il croyait que les dol- 
mens étaient des autels à sacrifice, et que le dolmen incliné n'était 
qu'un exemple d'une forme différente et moins commune. Voici 
la définition de Gayot-Dclandre : « Un monument de la môme 
» nature que le dolmen, mais composé ôe deux pierres seulement^ 
» dont l'une est verticale et dont une des extrémités de l'autre 
» repose sur la première, l'autre est à terre. 11 considère le dolmen 



(*) Antiquités du Morbihan. 
(2) Antiquités de la Bretagne. 



— 205 - 

» comme un autel, mais n'assigne aucun usage au demi-dolmen.» 
La définition de M. du Noyer ressemble h cette dernière. Lorsque 
l'on compare les descriptions des monuments avec les monuments 
eux-mêmes, il est facile de s'apercevoir qu'ils s'entendent fort 
peu avec leurs définitions, car dans plusieurs cas, la pierre incli- 
née, aulieude reposer sur le pilier vertical, se soutient contre /wé; 
dans d'autres cas, elle repose sur ou contre deux ou trois piliers 
au lieu d'un; ensuite, on ne fait pas mention, comme je l'ai déjà 
dit, des restes du tumiUus, qui est un point si caractéristique de 
presque toutes ces constructions en ruines, ni de la galerie ou 
corridor couvert^ qui est trouvé si fréquemment en rapport avec 
eux. Ces deux points, qui ne devraient pas être négligés, sont suf- 
fisants en eux-mêmes pour détruire entièrement la théorie. Le tu- 
mulus empêche de croire à Vautel et au dolmen découvert, et le 
corridor témoigne de l'existence d'un tumulus, et démontre 
l'usage pour lequel ces monuments furent érigés. 

Je crois que quelques-uns des écrivains français emploient le 
terme demi-dolmen, non pour désigner un type distinct, mais 
parce qu'ils savent que leurs lecteurs comprendront qu'ils ne 
parlent que d'une pierre plate inchnée. M. Brouillet a décrit un 
monument à la Plaine, près d'Arton, et l'appelle dolmen et aussi 
« dolmen incliné ». Il dit que c'est un dolmen, parce qu'il est 
construit de trois pierres verticales (formant les trois côtés d'une 
chambre) sous une pierre de table, et qui sont à moitié ensevelies 
sous un tumulus ; et c'est un <f demi-dolmen » parce que le 
support occidental ne soutient qu'une partie de la pierre de table, 
qui s'incline beaucoup à l'est et dont l'autre extrémité repose sur 
la terre formant le tumulus. 

Cayot-Delandre (*) (page 175) fait mention d'un « demi-dol- 
men » au sud de Grach, duquel il dit que la pierre de table est 
soutenue par un pilier, et qu'un cromlech (cercle de pierres) 
composé de dix pierres, le touche à l'ouest. C'est, en réalité, une 
chambre circulaire en ruines à Kerzuc, dont j'ai levé le plan et 

(0 Epoques aûtéhisloriques du Poitou (page 97). 



— 20G — 

qui, à l'origine, était couverte d'un toit de pierres dépassant un 
peu les murs, et formant une voûte en forme de ruche; on 
y entre par un corridor placé au côté sud-sud-est. Ce qu'il ap- 
pelle le « demi-dolmen » n'est qu'une des grandes pierres formant la 
voûte, qui a été déplacée d'un côté ; le tout est enseveli dans les 
restes d'un tumulus rond. Lorsque j'y étais, le propriétaire y avait 
fait faire récemment des fouilles, et sa vraie forme était devenue 
évidente. Le même auteur désigne comme « demi-dolmen » un 
autre monument en ruines placé près du premier, dans un pré 
appelé Parc- Lan. 

Mahé parle de ces deux monuments comme étant près de la 
chapelle de Saint-Sauveur, ù l'est d'Erdeven. Il écrit : « Deux bar- 
» rows, dont l'un peut avoir six et l'autre sept pieds de hauteur. 
» Chacun de ces monticules porte un « demi-dolmen », etc. » 
Je les ai explorés tous deux en 1866, et j'ai trouvé qu'ils étaient 
de véritables chambres sépulcrales av(>c des galeries ou corridors 
du type normal. Depuis que Mahé a écrit, le tumulus de l'un d'eux 
a été presque entièrement détruit, et il n'est pas nécessaire d'ajou- 
ter que, dans les deux cas, on trouva les chambres érigées au 
niveau de la terre. 

Si l'on additionne le nombre des monuments de pierres brutes 
français de la classe considérée dans ces pages, et qui ont été 
mentionnés par les historiens et d'autres personnes ; puis, si l'on 
note les « demi-dolmens », voici le résultat : Mahé énumère 
quatre-vingt-quinze monummiS(\i\ns\G déparlement du Morbihan^ 
dont sept sont appelés par lui « demi-dolmens»; mais cinq d'entre 
eux sont indiscutablement des dolmens en ruines^ et il n'a pas vu 
les deux autres ; tout ce qu'il sait sur eux, c'est qu'ils sont dans 
l'île de Croix. Le f< demi-dolmen » de Mahé (Rude Stone Monu- 
ments in ail countries, page â45), ne peut pas être conipris 
dans cette classe, parce que ce n'est pas un monument « demi- 
dolmen », d'après Mahé lui-même, qui parle de deux constructions 
curieuses qui se ressemblent en quelques points, et dont il n'a 
vu qu'une ; l'autre, il ne la connaît que de réputation. Il dessi- 
nait mal et semble avoir fait une esquisse de mémoire de celle 



— 207 — 

qu'il vit à Augan, près de P!oërm(^l (prigo 15^2); il n'en dotino 
cependant aucune description détaillée, de sorte qu'il est impos- 
sible de dire si elle s'accorde avec le dessin. 

L'autre monument, celui dont on lui avait parlé (page 124), est 
supposé être à Pleucadeuc, et il dit qu'il a un caractère si distinct 
qu'd mérite une désignation spéciale : « Tout fait croire », ajoute- 
t-il, « que c'est un tombeau « ; ceci est dit par un de ceux qui 
croient le plus fermement aux « demi-dolmens )),sur lesquels 
il avait d'abord écrit : « Leur destination est inconnue ». M. Fer- 
gusson a été égaré par un auteur (') qui prétend avoir reproduit 
le dessin de Mahé, lequel, il faut le regretter, a été imprimé dans 
les pages de « Rude Stones Monuments in ail counlries ». Dans 
la page suivante, M. Fergnsson donne deux autres monuments de 
la classe supposée, le premier est près de Poitiers^ l'autre à Ker~ 
landj près de Carnac. M. E. Breton dit du premier : v II arrive 
» fréquemment que de vrais dolmens, ayant été à moitié détruits, 
» présentent l'apparence de dolmens inclinés » ; s'accordant 
ainsi avec M. Prosper Mérimée, qui le décrit (^) comme un dolmen 
en ruines; et cependant M. Fcrgusson. le donne comme un 
exemple typique, en faisant la remarque qu' « ordinau^ment les 
» demi-dolmens ressemblent plus à celui de Poitiers, où la 
» pierre repose d'un côté sur un remblai, ou sur du terrain en 
» pente » (page 345). 

Le dessin de l'autre monument de Kerland a été tiré de 
l'ouvrage de M. Gailhabaud^ et le représente aussi mal qu'il est 
possible de le faire,- il a égaré M. Fergnsson, qui écrit : « En dé- 
» pit de la stupéfaction que cette idée causerait à beaucoup de 
» personnes, je ne puis m'empêcher de croire que cela a tou- 
« jours été un monument chrétien. Je ne puis concevoir pour 
» quel motif un chrélieu érigerait uae croix sur un monument 
» païen, si c'en est un. » Cette idée est aussi imaginaire que la 



(') a L'archilecliire uncienno el moderne », par Jules Gailliabnud. Los 
nolices sur les monuments celtiques, dans cet ouvrage, sont dues a M. E. 
Breton, membre de la Société des Antiquaires de France. 

(') « Notes d'un voyage dans l'ouest de la France. » 



— 208 — 

théorie demi-dolmen. On a érigé une croix sur la pierre de table, 
dans les temps modernes, et cela semble avoir suggéré l'idée qui 
est mainienant exprimée ici. Lorsque ce monument était dans un 
étal de meilleure conservation qu'il ne l'est maintenant (si toutefois 
il existe encore, ce qui est douteux) son plan original était bien appa- 
rent. Lorsque j'en ai levé le plan pour la première fois, en 1 854, une 
partie du corridor qui y conduisait existait encore, et la pierre de 
tableelle-mêmen'élaitpasaussi inclinée qu'elle l'est devenue depuis, 
quand on creusa une carrière h ses pieds. La pierre qui est repré- 
sentée dans le dessin (frontispice et 5 la page 346) comme étant 
entre le monument et l'église de Garnac, est près du monument 
et est à angles droits aux supports; c'est une des pierres murales 
de la chambre, et la croix, qui est dessinée comme se tenant droit, 
penche considérablement vers l'est, ayant peu à peu suivi la môme 
direction que la pierre tombante. Les deux illustrations ne sou- 
tiennent donc pas du tout la théorie. 

Cayot-Delandre, qui a encore écrit d'après sa connaissance per- 
sonnelle, fait mention de cent quarante-sept monuments dans le 
Morbihan, et quatre d'entre eux seulement sont appelés « demi- 
dolmens « ; mais j'ai des preuves positives qu'entre ceux-ci deux 
sont des dolmens en ruines ; il ne donne aucune description des 
deux autres. Il dit aussi qiie Mahé se trompe en supposant que 
trois monuments sur Mané-er-Kloh, Locoal-Mendon, étaient des 
« demi-dolmens ». 

De Fréminville ne fait mention que d'un seul « dolmen incliné » 
dans le Fmistère, dont j'ai déjà parlé, et ne parle d'aucun dans 
les Côtes-du-INord. — Si nous allons au midi, c'est la même his- 
toire. M. Urouillet énumère onze monuments, et il en appelle 
deux des « demi-dolmens »; mais il est bien évident, d'après 
sa description, que ce sont des dolmens en ruines, autrefois ense- 
velis sous des tumulus. Il y a vingt-quatre dolmens dans le dé- 
partement du Cantal et aucun « demi-dolmen » parmi eux. Où 
sont donc alors les nombreux spécimens de cette série trouvés 
en France? J'ai montré qu'aucun n'existe, ni au nord ni au 
sud, malgré la déclaration que « c'est une forme de dolmen très- 



— :209 — 

commune » dans ce pays. J'ai montré aussi que ceux que l'on a 
déclaré être des spécimens typiques en Irlande, ne soutiennent 
pas la théorie, lorsqu'on en fait l'examen. D'après un observa- 
teur minutieux, le pays de Galles n'en possède pas un seul, et, 
autant que je puis l'affirmer, ni l'Angleterre, ni l'Ecosse, ni la 
Scandinavie. Ainsi, c'est un gain pour la science que de s'être 
débarrassée d'une classe idéale. 

ARTICLE III. 

La troisième erreur fondamentale que je voudrais réfuter, est 
celle qui concerne la formation d'une autre classe idéale dans la- 
quelle on n'ignore pas le tumulus, mais, dans ce cas, la chambre, 
au lieu d'y avoir été ensevelie, est supposée avoir toujours été vi- 
sible et avoir été érigée sur le tumulus. M. Fergusson écrit (page 
335) : « Cette espèce, autant que je puis croire, n'existe pas en 
» Bretagne, quoique d'un autre côté elle soit très-fréquente dans 
» le sud de la France. S'ils sont du même âge que les monuments 
» analogues en Scandinavie et en Irlande, ils doivent être d'une 
» date comparativement récente». Les descriptions inexactes de 
divers auteurs et leurs connaissances imparfaites des tumulus à 
chambre ont été la cause de cette idée, et ces écrivains doivent 
en supporter le blâme ; les monuments eux-mêmes en sont tout à 
fait innocents ; que ces descriptions soient examinées scrupuleu- 
sement, et qu'elles soient comparées avec les types spécifiés, et 
leur fausseté sera manifeste. 

M. Fergusson ne sait pas apparemment ce qui a été dit de 
quelques-uns des monuments bretons : « Je ne puis croire que 
» des mausolées comme ceux de Kerbistoret, en Plœmeur, de 
» Runédaol,en Belle-Ile, et du milieu des alignements d'Erdeven, 
» qui sont placés sur des tumulus, fussent eux-mêmes surmontés 
» de tumulus » (*). On crut que cela était une réponse suffisante 



(1) Des monuments celtiques, etc., dans le Mûibihan,par le docteur A. 
Fouquet, page 8. Article adressé aux membres de la section archéologique 
du congrès breton, tenu à Vannes en 1853. 

1875 14 



— 210 — 

à M. Louis Galles, de Vannes, qui soulient que tous les monu- 
menls découverts maintenant ('îaienl autrefois cachés sous des 
tumulus. J'ai examiné le premier et le dernier de ces spécimens 
et j'en ai levé les plans-, ils sont assurément des dolmens érigés 
sur le niveau de la terre, et ils sont encore h moitié ensevelis 
sous leurs tertres. Le second de ces exemples n'existe plus et 
môme avait été détruit, je crois, plusieurs années avant que le 
docteur Fouquet eût écrit. Gayot-Delandre (page 369) décrit un 
dolmen, v placé sur une petite butte arliticielle d'un mètre de 
» hauteur, dont le sommet aujourd'hui atteint presque la partie 
» inférieure de la table » . L'expression « sur une bulle artilicielle » 
n'est simplement que le fait du langage inexact de l'auteur, et 
n'implique pas que la chambre a été érigée plus haut que le niveau 
de la terre. L'élévation présente du tumulus le dénote clairement. 
Il décrit de même les monuments de Kerbisloret, dont parle M. 
Fouquet dans l'extrait donné plus haut, et fait d'étranges bévues 
concernant leur construction. Son inexactitude est encore démon- 
trée par sa description des avenues de pierres d'Erdeven, lesquelles, 
dit-il, dans le milieu de leur plan, côtoient la base d'un tertre 
artificiel de huit à dix mètres de hauteur, au sommet duquel sont 
les ruines de deux dolmens; le fait est que c'est un grand monticule 
naturel sur lequel il y a plusieurs autres monuments que ceux dont 
il fait mention. 

Comme on doit le penser, le baron Bonstetten croit à cette 
dernière classe, et fait usage de l'expression « dolmen cons- 
truit sur un tumulus » (page 21), mais ne donne aucun exemple 
français. 

M. Brouillet, parlant de deux monuments près d'Arton, dit : 
« Chacun de ces dolmens semble s'élever sur une espèce de 
» motte formée par des pierres et de la terre amoncelées en rond 
» autour de leurs supports. L'élévation réelle au dessus du niveau 
» du champ peut donc être de un mètre quatre-vingts centi- 
» mètres h deux mètres » (page 100). Il estcliiir, ici aussi, que 
les chambres sont érigées sur le niveau de la terre et qu'elles 
semblent seulement être élevées sur des monticules. 



— 211 — 

L'habitude de décrire inexactement des monuments semble 
avoir été prise par d'autres écrivains du continent. Môme un 
antiquaire aussi distingué que M. Worsaae (') s'}' est adonné, ce 
qui a été le moyen d'égarer d'autres personnes. N'importe quel ar- 
chéologue connaissant la vraie constiuclion destumulus à chambre, 
s'apercevra de suite que l'expression n'est qu'un lapsus linguœ^ et 
que Ton ne prétend pas à une difîérence du type normal. Cepen- 
dant elle a été suffisante pour soutenir une idée formée d'avance. 
Il écrit : « Les monuments importants et très-anciens qui sont or- 
»> dinairement appelés « cromlechs » en Angleterre, « steingra- 
» ber » et souvent « urgraber » (anciens tombeaux) ou « hunen- 
» graber » (tombeaux de géants) en Allemagne, sont de petites 
» élévations entourées de pierres verticales, et sur le haut des- 
» quelles sont érigées des chambres formées de grandes pierres 
» placées les unes sur les autres. Ils existent encore en Dane- 
» mark en nombre considérable » . Et encore : « Les chambres 
» en pierres érigées sur le sommet de ces monticules sont for- 
» mées..., etc. » Comme il dit que les monticules sont très-peu 
élevés, il n'y a aucun doute que ces chambres soient construites 
sur le niveau de la terre. Ceci est expliqué clairement à la page 80 : 
« La hauteur ordinaire des supports de pierres est de six à huit 
» pieds » ; et à la page 81 : « Un grand nombre de ces chambres 
» ont été ouvertes et fouillées. Elles sont donc trouvées souvent 
» découvertes, quoiqu'elles fussent sans doute primitivement cou- 
» vertes de terre, mais seulement de manière à laisser visible une 
» partie des pierres formant le toit ». Ce qu'il veut expliquer est 
que plusieurs de ces chambres entièrement ou à moitié ensevelies 
ont été explorées par les chercheurs de trésors et par d'autres 
personnes qui les ont fouillées ; et qu'elles ont reçu le nom de 
« cromlechs » en Angleterre, d' « urgraber » et d' « hunengra- 
ber » en Scandinavie, etc. Elles ont encore autour d'elles les 
restes de tumulus avec leurs cercles de pierres verticales au-des- 
sus desquels on les voit. M. Fergusson regrette (page 176) que 
le livre de Sjoborg ait paru « avant que le dessin et l'art de gra- 



(^) Primeval antiquilies of Deninark (Ediiion anglaise), page 78. 



— 212 — 

» ver eussent atteint le degré de précision et de clarté qui les ca- 
» ractérisent maintenant. En conséquence du manque de cette 
» dernière qualité, nous ne pouvons pas toujours être sûrs de 
» notre terrain en basant un argument sur ces dessins ». Ses des- 
sins sont assurément bien mauvais, et cependant nous pouvons 
en extraire cette vérité: que cette théorie des dolmens extérieurs, 
placés sur le sommet d'un monticule, n'en reçoit aucun appui, 
quoique M. Fergusson croie le contraire et qu'il raisonne avec ar- 
deur pour prouver qu'un tumulus à chambre, à Lethra (page 282), 
était le tombeau du roi Hildebrand, et en donne l'esquisse de 
Sjoborg. Si l'on donnait les mesures et les sections de ce tumulus 
et de sa chambre, on verrait clairement que la chambre a été 
érigée sur le niveau de la terre. M. Fergusson ajoute encore qu'il 
y a un monument analogue dans le Wiltsliire et il l'y compare : 
« Tous deux sont de longs tumulus h chambres, tous les deux ont 
» des dolmens extérieurs sur leurs sommets, et tous les deux contieu- 
» nent des objets en silex » . Gomme j'étais présent lorsque feu le doc- 
teur Thurnara fouilla ce monument, je puis tiffirmer positivement 
que la chambre est érigée sur le niveau de la terre et qu'elle a 
un corridor ou galerie couverte qui y conduit, ce que le tombeau 
de Lethra ne semble pas posséder. Le docteur Thurnam n'est pas 
responsable de l'erreur grave qui place la chambre de West- 
Kennet sur le sommet d'un tumulus. Le monticule, qui est encore 
de dimensions considérables, couvre la chambre et son corridor 
au niveau des pierres qui forment le toit, et il y a toutes les rai- 
sons pour croire que primitivement il les couvrait et les cachait 
entièrement. 

J'ai montré plus haut qu'il n'y a aucun exemple de cette classe 
idéale en Bretagne et en Poitou, et je prouverai maintenant qu'il 
n'y en a pas dans le sud de la France. M. Fergusson, en poursui- 
vant sa théorie des « dolmens apparents », fait connaître h ses 
lecteurs le « dolmen de Bousquet » dans l'Aveyron, lequel, croit- 
il, donne de la force à son argument : « La question, heureuse- 
» ment, n'a pas besoin d'être défendue comme en Irlande ; en 
» Danemark et surtout en France, nous avons de nombreux 



— 213 — 

» exemples de dolmens sur le sommet detumulus». Il reproduit 
le dessin de M. Gartailhac de l'exemple spécifié, qui montre une 
chambre sur le haut d'une élévation considérable avec des côtés 
très à pic. C'est un dessin fort inexact. Le tumulus n'a que qua- 
rante pieds de diamètre et quatre à cinq pieds de hauteur ; ainsi 
les supports de la pierre de table reposent sur le niveau de la 
terre comme tous les monuments que j'ai vus éparpillés sur cette 
grande plaine calcaire dont Sauclières (où est le dolmen) forme 
la partie orientale. M. Fergusson a donc été trompé par un dessin 
inexact de ce monument, aussi bien que par une mauvaise des- 
cription. Plusieurs des monuments de cette plaine ont été fouillés 
par les abbés Gérés et Marcorelles,deRodez,et ils m'ont dit verba- 
lement et par lettre qu'ils ne connaissaient aucun monument, dans 
le département, qui fût un dolmen érigé sur un tumulus. Ces 
deux prêtres sont des antiquaires bien connus et des explorateurs 
de tumulus zélés, et c'est le dernier qui fouilla pour la première 
fois, en partie seulement, le dolmen de Bousquet, en 186-2. Il fut 
de nouveau examiné par M. Cartailhac dix ans plus tard. Comme 
on trouva dans la chambre des ossements d'adultes et ceux d'un 
enfant, l'idée de M. Fergusson, que ce n'était qu'un tombeau si- 
mulé, a été détruite. 

M. Copeland Borlase {Nœnia Cormibiœ^ page 15) est allé cher- 
cher sa connaissance de ces constructions aux mêmes sources 
inexactes et répète ce qu'elles ont dit, que les monuments de la 
troisième classe sont construits de la même façon que ceux qui 
sont couverts, mais furent érigés sur le tombeau : « Ce n'étaient 

» que des cénotaphes, etc Craig-Madden, dans le Stir- 

» lingshire (Ecosse) et plusieurs des cromlechs brutes, en Irlande, 
» sont des types de cette classe autant que le sont les types 
» plus connus en Danemark^ en Norwége et à Sauclières, en 
» France, où les kists se trouvent sur le sommet des tumulus. Il 
»> n'y a plus de ces types en Cornwall ». Comme M. Fergus- 
son, M. Borlase a été trompé par les inexactitudes des écrivains 
du continent. 

M. da Costa, adoptant la classification du baron Bonstelten, 



— 214 - 

accepte aussi la classe, laquelle, dit-il, est communément appelée 
en Portugal Mamunhas, et où les chambres sont construites sur 
un tertre artificiel et sont ainsi distinguées des antas ou dolmens 
découverts, érigés sur le niveau du sol. Les deux types qu'il 
cite lui ont été fournis, cependant , par M. Schiappa ; aussi il ne 
les décrit pas d'après sa connaissance personnelle. 

Il a été dit (Rude Stone Monuments, pages 400, 401) que la 
classe (' avec le dolmen extérieur sur le sommet, semble être très- 
» fréquente en Algérie, même presque typique dans ce pays. C'est 
» presque identique avec ceux de VAvcyron ou avec les spécimens 
» Scandinaves ».0n donne, à la page 400, un« plan et l'élévation 
d'un tumulus africain, d'après Féraud » ; mais l'auteur confesse 
avoir « changé un peu » le dessin de Féraud^ pour mettre « un 
peu plus d'harmonie » entre le plan et V élévation. Comme j'ai 
démontré que la classe supposée n'existe pas dans le département 
de l'Aveyron et eu Scandinavie, il n'est pas nécessaire de faire 
de remarques sur un monument qui a été ainsi traité. Il suffit de 
dire qu'il m'a été assuré, en Algérie, par le docteur E. Bertherand, 
qu3 la construction des tumulus à chambres des plus grands 
groupes de Constantine s'accorde en tout avec celle du groupe 
d'El-Kalaa, et je puis facilement comprendre qu'un observateur 
négligent et mauvais dessinateur pouvait donner une tout autre 
forme aux monuments qu'il avait sous les yeux. Aux personnes 
sans expérience, le groupe d'El-Kalaa donnera un exemple des 
trois classes condamnées. Ces monuments sont tous érigés sur le 
niveau de la terre ; il n'y en a pas un qui repose sur le sommet 
d'un tertre, et plusieurs ont été fouillés par le docteur Bertherand 
et ses amis, qui y trouvèrent des restes humains. 

Le Rev. E. L. Barnwcll a été trompé aussi par les écrivains 
français, danois et autres, et il écrit : « On ne peut nier qu'il n'y ait 
une variété de dolmens qui, au premier moment, peut présenter 
une difficulté », et il se réfère alors au livre de M. Fergusson, 
dans lequel on parle du monument de Bousquet : « Us ont une 
» fausse analogie avec un type algérien » et ne sont « pas seulement 
» trouvés au sud de la France, car on les rencontre en Norwége 



— 215 — 

» et dans les Sorlingues, si l'on peut croire le dessin de Bor- 
» lase, qui représente un cairn en pierres avec un kist sur le 
» sommet. » 

J'ose dire que, dans les articles précédents, aucune de mes cri- 
tiques sur ces trois classes idéales n'a été forcée. J'ai examiné moi- 
môme et j'ai levé les plans du plus grand nombre, et je puis alors en 
parler avec confiance. Si j'ai fait quelques erreurs dans ce que 
j'ai dit et dans les descriptions que j'ai données, je serai très-re- 
connaissant à celui qui me les montrera et les corrigera. Je ne 
désire pas maintenir avec entêtement une position fausse. Mais je 
dis et je veux le dire aussi fortement que je le puis, que des mé- 
prises des plus extraordinaires ont été publiées, des erreurs des 
plus inexplicables ont été soutenues comme vérités absolues et les 
conclusions les plus plausibles ont été adoptées. Le titre de ces 
articles montre la forte conviction où je suis que les monuments 
de pierres brutes dont je viens de parler appartiennent à une classe 
seulement , fi celle des tumulus i^î chambres, c'est-à-dire que les 
dolmens découverts ne sont que les nojaux de tumulus à chambres 
en ruines et que les dolmens extérieurs élevés sur les sommets 
des tumulus n'existent dans aucune partie de l'Europe, ni dans 
l'Afrique septentrionale. J'ai montré que les dolmens découverts 
dans le sens le plus strict du mot, existent à peine, comparés au 
nombre de ceux à moitié couverts, où l'on trouve encore des 
traces distinctes des tumulus les enveloppant jadis, et j'ai appuyé 
ma théorie sur une analyse critique des exposés des auteurs et 
sur une comparaison soigneuse de ces exposés avec les monu- 
ments spécifiés dans les îles Britanniques, en France, en Scandi- 
navie, en Portugal et en Algérie. J'ai démontré comment ces er- 
reurs ont pris naissance et ce qui a aidé à les perpétuer. Je vou- 
drais que mes observations poussassent les jeunes archéologues à 
étudier ces monuments intéressants et instructifs, d'une manière 
vraiment scientifique et méthodique, et k ne pas ajouter foi aux 
descriptions déjà publiées. Je ne leur demande pas même de 
croire implicitement mes assertions. Ce que je désire ardemment, 
c'est que mes assertions soient mises à l'épreuve par une inspec- 



— 216 — 

lion minutieuse et exempte de préjugés des spécimens spéci- 
fiés. Tôt ou tard, j'en suis assuré, mes vues seront confirmées et 
établies. 

Où trouve-t-on alors les bases de l'idée que ces monuments 
proviennent pour la plupart d'une période historique et qu'ils ont 
continué d'être érigés pendant l'ère chrétienne, jusqu'à ce que 
l'usage cesse avec cette unique anomalie rebâtie près de Gonfo- 
lens?Iln'yen a aucune, et ceux qui persistent à la maintenir 
montrent une incompétence remarquable à élucider le sujet des 
monuments de pierres brutes, et de la répugnance à regarder en 
face une évidence en contradiction « avec une théorie agréable ». 
Toute l'évidence à laquelle on peut ajouter foi contredit cette idée, 
car elle indique, à ne pas s'y méprendre, un seul type normal, 
c'est-à-dire un dolmen couvert, ou barrow à chambre. La chambre 
varie de plan presque indéfiniment , quoiqu'il existe quelques formes 
persistantes que l'on trouve dans toutes les parties du monde. Il 
y a d'autres formes, qui sont apparemment locales et sont dues 
aux circonstances et aux besoins des constructeurs primitifs. 

CONCLUSION. 

J'ajouterai quelques mots aux articles précédents. Les anti- 
quaires sont maintenant d'accord que les cromlechs ou dolmens 
sont sans contredit des chambres sépulcrales et non des autels 
pour sacrifier des êtres humains ; et que les tumulus qui les ca- 
chaient autrefois, et dont plusieurs contiennent des chambres 
analogues, ne sont que des tertres funéraires. La tradition an- 
cienne et moderne de tous les pays se rapportant à eux leur as- 
signe les titres de « graves, ancient graves, steingraber, hunen- 
graber, bé, tombeaux, etc., » de sorte qu'on ne peut employer 
aucun fort argument en faveur de n'importe quelle théorie où ce 
fait important n'est pas reconnu. Les choses qu'on trouva dans les 
chambres de barrows européens quand ils ont été fouillés pour la 
première fois, je parle de ceux dont on ne connaissait pas l'exis- 
tence avant l'exploration de leurs tumulus, ont toujours démontré 



-^ 217 - 

un âge de pierre. Dans quelques cas, ces chambres ne sont que des 
« cists » ; dans d'autres, elles sont accompagnées de corridors ; 
dans les deux cas, l'évidence donnée par leur contenu démontre 
qu'elles ont été érigées avant qu'on n'employât les métaux. On n'a 
jamais trouvé de traces de métal dans les chambres jusqu'alors 
inconnues et intactes. Il est pourtant vrai que l'on a trouvé du 
métal dans quelques barrows à chambres. J'en ai trouvé moi- 
même dans les îles de la Manche et en Bretagne. Et cependant, je 
dis sans hésiter que les chambres où ceci a eu lieu appartiennent 
assurément à l'âge de pierre, et la présence du métal peut être 
expliquée d'une manière satisfaisante. Leurs corridors restèrent 
très-longtemps ouverts, invitant les personnes à y entrer, et il est 
probable que les Romains y entrèrent et peut-être les pillèrent. 
J'ai trouvé plusieurs fois des fragments d'amphores et de vases 
samiens, et aussi des médailles, avec des antiquités de date an- 
térieure aux Romains. La présence de ces objets romains ne 
prouve pas plus que les chambres qui les contenaient ne sont pas 
d'une plus haute antiquité que la découverte d'une fourchette géor- 
gienne à deux fourchons sur un pavé de mosaïque, prouverait que 
la villa n'est pas romaine et ne peut pas être plus ancienne que le 
règne de Georges IL 

Les sculptures grossières sur les monuments bretons repré- 
sentent souvent la hache en pierre avec ou sans manche, et jamais 
une arme de métal. 

Je fais ces observations, parce que le but de quelques écrivains 
d'aujourd'hui est de chercher â prouver par un certain raisonne- 
ment que ces chambres de pierres brutes cachées ou non cachées 
sous des tumulus n'appartiennent pas à l'âge préhistorique. Un 
écrivain surtout commence par jeter des doutes sur les trois pé- 
riodes de pierre, de bronze et de fer, et cherche ensuite h prou- 
ver que ces constructions « furent érigées en général par des 
û races à moitié civilisées après avoir été en contact avec les Ro- 
» mains, et que la plupart peuvent être considérées comme ap- 
» partenant aux dix premiers siècles de l'ère chrétienne. » (Rude 
Stone Monuments in ail countries. Introductory, page 27). L'ar- 



— 218 - 

gument est que « si l'on peut prouver que quelques-unes d'entre 
» elles appartiennent au dixième siècle, les premiers ne remontent 
» pas beaucoup avant l'ère chrétienne ». Cette preuve manque 
cependant : pas un seul spécimen n'a été démontré comme apparte- 
nant aux temps chrétiens. J'ai réfuté la supposition sans bases que 
l'origine du monument près de Confolens date du dixième ou dou- 
zième siècle ; par conséquent il ne soutient en aucune manière sa 
théorie. J'ai montré que le « dolmen trépied » n'existe pas, 
comme il le suppose, comme un monument d'une classe distincte 
et moderne. J'ai montré que les soi-disant « demi -dolmens » 
sont simplement les ruines de chambres autrefois couvertes et que 
les « tumulus couronnés par des dolmens » sont une idée fan- 
tasque et qu'ils n'ont aucun rapport avec les topes boudhistes ou 
faux tombeaux. 

L'on pourrait dire : « L'évidence tirée de ces constructions 
» n'est pas aussi favorable que nous le pensions à l'argument de 
» leur âge historique ; mais il y a des témoignages écrits qu'il 
» n'est pas si facile de réfuter. Les annales irlandaises disent beau- 
» coup, non-seulement sur leur usage, mais aussi sur la période 
» de leur construction en Irlande. » Je dirai donc quelques mots 
sur ce point. D'abord ces annales sont fort légendaires, et leur 
chronologie est admise comme étant très-inexacte^ môme par 
ceux qui y croient le plus. Ensuite, elles n'aident pas à décou- 
vrir l'âge des monuments irlandais les plus imposants, lors- 
qu'elles sont lues par ceux qui raisonnent sans parti pris. Exami- 
nons cette partie des annales où l'on décrit la bataille de Moytura 
méridionale, qui peut ou ne peut pas être une fable. Un incident 
de la bataille, d'après les conclusions de Sir W. Wilde , « vaut 
» la peine d'être raconté (page 178), comme démontrant la rna- 
» nière dont les monuments confirment l'histoire ». 

« Le combat dura quatre jours. Au second jour, le roi Eochy 
» se retira près d'un puits pour s'y rafraîchir par un bain ; il y 
» fut attaqué par trois de ses ennemis ; mais son fidèle serviteur le 
» secourut, celui-ci mourut peu après de ses blessures et fut en- 
» terré avec beaucoup d'honneurs dans un tumulus (cairn) près 



— 219 — 

» de 15. » Il paraît qu'an tumulus existe là (ce n'est pas le seul 
de cette classe, ni le seul monument sur ce champ de bataille 
supposé) et porte le nom de « cairn d'un seul homme » (cairn of 
the one man). Sir W. Wilde, de l'Académie royale d'Irlande, 
fouilla ce tumulus et trouva une urne dans la chambre. Cette dé- 
couverte est considérée par M. Fergusson comme étant très-satis- 
faisante et plus « chanceuse qu'on ne pouvait raisonnablement 
s'y attendre ». On ne nous dit pas si l'on y trouva des restes hu- 
mains, on nous laisse imaginer qu'un homme et non une femme 
y était trouvé, et qu'une urne démontre qu'une personne seule y 
avait été ensevelie. L'urne dont il nous donne le dessin (page 
179) n'est qu'un ustensile pour contenir des aliments^ et non une 
urne cinéraire, et aurait pu appartenir tout autant à une femme 
ou h un enfant qu'à un homme. Sir W. Wilde et M. Fergusson 
considèrent cependant que cette découverte confirme l'histoire 
de la mort du serviteur royal et de son enterrement dans le 
cairn, et soutient la supposition que tous les monuments de cette 
locaUté sont les tombeaux de ceux qui périrent dans cette san- 
glante bataille. Ils ne font aucune attention à une autre explication 
de ces monuments, que je crois être bien meilleure que la précé- 
dente : à savoir, que ces tombeaux appartenaient à des familles 
habitant paisiblement pendant des générations cette localité et 
qui enterraient leurs morts d'après la manière de leurs pères. Us 
doivent donc supposer que tous ceux qui furent ensevelis dans 
ces tombeaux étaient des guerriers tués pendant le combat et 
qu'ils ne contiennent par conséquent aucun reste de femmes ou 
d'enfants. Jusqu'à ce qu'on ait éclairci d'une manière satisfaisante 
cette objection à leurs suppositions et à leurs conclusions, il est 
tout à fait inutile de mettre en avant les annales irlandaises et la 
découverte d'une urne comme soutenant la date moderne des 
monuments de Moytura méridionale. On peut en dire autant des 
monuments de Moytura septentrionale. 

Ces observations sont faites pour prémunir ceux qui étudient 
l'archéologie contre l'argument trompeur et non satisfaisant de 
l'ouvrage auquel on a fait si souvent allusion, et qui a été cité plu- 



- 220 — 

sieurs fois dans les pages précédentes, argument que j'ai démontré 
être basé sur une explication fausse de la construction d'une cer- 
taine classe de monuments en pierres brutes. On essaie, dans la 
suite de cet ouvrage, de prouver que l'argument est appuyé par 
la comparaison avec la série des monuments qui ont des 
supporis de pierres ou piliers verticaux, érigés seuls ou groupés 
en cercles ou en avenues. Il ne sera pas plus difficile de démon- 
trer erronées les conclusions qui en ont été déduites , et je me 
propose de le faire dans une seconde brochure. 



DOCUMENTS INÉDITS 



JACQUES CASSARD 



SA NAISSANCE — SA FAMILLE 



NOTES GÉNÉALOGIQUES 



In tenui labor. 

Un nom dont les Nantais doivent être fiers, que les marins ne 
prononcent qu'avec orgueil et respect, un nom qu'entoure la 
double auréole de la gloire et du malheur, c'est celui de Gas- 
sard, l'émule de Jean Bart, l'ami de Duguay-Trouin, qui le pla- 
çait au premier rang des illustrations de son époque, si belle et si 
féconde en vaillants hommes de mer. 

Et pourtant, tous les articles biographiques publiés jusqu'à ce 
jour sont erronés, et plus ou moins incomplets à l'égard de sa 
famille. 

Greslan, auteur de l'article Nantes dans le Dictionnaire des 
GaM^e^ d'Expilly ; Turpin, Fastes de la marine française; Ri- 
cher. Vie du capitaine Cassard ; Eyriès, Biographie universelle; 
M. P. Levot, Biographie bretonne, disent, avec plusieurs autres, 
que Cassard naquit en 1672, et le font mourir en 1740 à l'âge de 
soixante-huit ans. 

Armand Guéraud, Revue des provinces de l'Ouest, 1856, p. 
132, publie, comme étant l'acte de baptême de Jacques, celui de 



— 222 — 

son frère aîné, né en 1669 et mort à l'âge de 5 ans. Nous-même, 
enfin, reproduisant cette date, d'après lui, écrivions dans le 
Livre Doré de V Hôtel- de-Ville de Nantes^ 1873, t. I, p. 334 : 
« C'est à tort que M. de Gourcy, Armoriai de Bretagne, a donné 
notre célèbre marin (né le 24 septembre 1669) comme issu de 
la famille du maire Paul Gassard du Broussay, dont il eût été la 
plus belle illustration, mais avec laquelle il n'a rien de commun 
que le nom. » 

Alors, nous étions loin de mettre en doute l'authenticité de 
cette dernière date, et de penser même qu'il pourrait y avoir 
quelque chose à ajouter aux publications faites sur notre compa- 
triote. Gependant, nous avions patiemment feuilleté les registres 
des anciennes paroisses, afin d'établir l'état-civil des Maires de 
Nantes ; l'idée nous vint d'entreprendre le même travail au sujet 
de l'intrépide capitaine des vaisseaux du roi, parti du rang de 
simple novice, pour arriver si brillamment à ce haut grade et à 
une notoriété européenne. C'est donc avec plaisir qu:? nous 
l'avons accompli, surtout en présence des détails inconiius et 
nouveaux qu'il nous a été donné de recueillir et des rectifications 
qu'il nous est permis de produire. 

Cassard naquit en 1679 et mourut en 1740, dans sa soixante 
et unième année. 

Tout jeune encore, presque enfant , il sut se distinguer, et nul 
mieux que lui peut-être ne put s'appliquer cette noble maxime 
du grand poète : ^ 

Aux âmes bien nées 
La valeur n'attend pas le nombre des années. 

A l'âge de 17 ans, sa magnifique conduite au siège de Car- 
thagène, lui valut les plus chaleureux éloges de M. de Pointis, 
et à 18 ans, fait extraordinaire, il commande un navire en 
course, quand les jeunes gens ses contemporains débutent h 
peine dans la carrière de la marine ('). 

(») Cassard partage avec le grand Duquesne Thonneur d'avoir exercé le 
comraaudemont de capitaine à l'âge de dix-huit ans. 



— 223 — 

Cette grande jeunesse est même, croyons-nous, la cause de 
l'erreur des biographes. Alors, ainsi que chacun le sait, la ma- 
jorité était fixée à 25 ans. Les maîtres de navires, comme s'appe- 
laient les capitaines, ne se faisaient guère recevoir avant trente 
ans et plus, le contraire était l'exception. Quelque insolite et illé- 
gal que cela paraisse aujourd'hui, Gassard dut se vieillir dans sa 
déclaration au commissaire de la marine, et le rôle d'armement 
altéré a consacré l'erreur. 

En 1700, il prend le commandement du Laurier j armé par 
son beau-frère Drouard, et le rôle, dont voici l'extrait, accuse 
25 ans, bien qu'il n'en eût que 20. Tout ce qui concerne Gas- 
sard, doit nous intéresser ; cette pièce est la seule et unique que 
possèdent sur lui les archives de la marine du port de Nantes, et 
par conséquent ne peut pas être omise. 

« Le Laurier^ de cent tonneaux, six canons, appartenant au 
sieur Jean Drouard, capitaine Jacques Gassard, fils de Guillaume, 
de Saint-Nicolas, 25 ans. 

» Je soussigné, Jacques Gassard, du lieu de Nantes, capitaine 
du navire le Laurier de Nantes, déclare que M. Hocquart, com- 
missaire du département de Nantes, m'a remis les douze mathelots 
et deux mousses dénommés au présent rôle, pour le voyage que 
je dois faire à la Martinique et aux autres isles, dont je promets 
lui rendre bon et fidèle compte, Dieu aidant, dans les derniers 
jours du mois de mars mil sept cent un, qui est le terme du 
congé qui m'a été accordé. 

» Je promets de plus de ne recevoir aucune personne dans mon 
bord que les dénommez audit rôle ; et à faute de tout ce que 
dessus, je me soumets de payer l'homme de confiance qui me 
sera donné dans les lieux où je me pourrai trouver passé ledit 
terme ; je m'y oblige par la soumission que j'en ai signée et re- 
tenue pour la porter avec moi, ainsi que la somme de (blanc), et 
à telle autre peine qu'il a plu ou qu'il plaira à Sa Majesté d'im- 
poser contre ceux qui manqueront à se rendre dans les ports 
dans les termes de leur congé, ou qui souffrent dans leurs bâti- 



— 224 — 

ments des gens non portés dans leurs rôles. Le tout à mes frais 
et dépenls et de ceux des bâtiment, marchandises et équipage. 

» Fait à Nantes, ce jour 31« Rlay, mil sept cents (*)• » 




Cassard, avouant 25 ans en 1700, nous renvoie à 1675, année 
de la naissance de sa sœur Isabelle, le 2 octobre. Une autre 
Isabelle étant née le 2 février 1674, il y a impossibilité absolue de 
lui accorder ces 25 ans. Tant qu'à l'année 1672, la naissance de 
Pierre Cassard, le 1 7 mars, démontre également l'impossibilité de 
fixer à cette époque la venue au monde du brave corsaire. Mais 
si nous réfléchissons qu'en 1698, il accusa 25 ans, comme en 
1700, ceci reporte naturellement à 1672 date fautive indiquée par 
les biographes. 

M. A. Guéraud, qui a laissé des notes nombreuses ainsi que 
d'importants travaux, a été facilement abusé par la conformité 



(1) Jdm. de la Marme-, Inscript. mar. ; Registre 4 des rôles d'équip. 
1699-1700 p. 182. — Outre le capitaine, les 12 matelots, les 1 mousses, il 
y avait 2 passagers, en tout 17 personnes. Les marchandises inscrites en 
marge se con:y)osaientde : 



60 barils de bœuf. 

7 tonneaux de vin. 
22 barils de farine. 
i2 barils de lard. 

1 muid de sel. 
10 milliers d'ardoises. 

5 tonneaux de charboD. 



100 chaises de paille. 
48 quinlaux fer œuvré. 
6 barriques marchandises sè- 
ches. 
10 barriques eau-de-vie. 
150 pots de terre. 
20 barils beurre. 



- 225 — 

du prénom, en publiant l'acte de 1669, et n'a pas cru devoir 
pousser plus loin ses recherches. 

Nous n'avons rien négligé pour établir d'une façon sûre et ré- 
gulière l'état-civil de Cassard, et donner un aperçu généalogique 
de sa famille. Si nous avons omis quelques noms, c'est parce 
que nous avons laissé de côté ce qui ne nous semblait pas suffi- 
samment prouvé, afin d'éviter de tomber dans de nouvelles er- 
reurs. 

Les premières traces de la famille Cassard, se rencontrent sur 
la paroisse de Saint -Nicolas, dans le quartier de la Fosse, spécia- 
lement affecté au commerce. 

Guillaume Cassard et Guillemette Jue, paroissiens de Saint- 
Nicolas, reçurent la bénédiction nuptiale en 1595 ('). 

Cette mention très-succincte, comme toutes celles du même 
temps, n'indique pas l'état qu'exerçait Guillaume. Il eut trois en- 
fants : 1° André; ^° Jacques; 3° une fille nommé Jeanne, bap- 
tisée le 24 juin 1604. 

I. — André Cassard, « maislre gabàrrier »,sans doute comme 
son père, épousa Jeanne Viollet, de laquelle il eut au moins 
douze enfants : 

1° Jacques Cassard, baptisé le 15 septembre 16ii3, dont son 
oncle Jacques fut parrain ; 2« Jeanne, baptisée le 2 avril 1625, 
parrain Thomas Jue, sieur de la Vigne; 3" Marguerite, baptisée 
le 27 octobre 1626; 4« Charles, baptisé le 11 août 1628; 5° 
Guyonne, baptisée le 3 août 1630 ; 6° Mathurin, baptisé le 14 
juillet 1631 ; 7° Jean, baptisé le 6 octobre 1632, marraine Jeanne 
Heurtin, femme de Jacques Cassard; 8° André, baptisé le 1" jan- 
vier 1635; 9-^ Jean, baptisé le 22 juin 1636 ; 10" André, baptisé 
le 16 mai 1638 ; 11'^ Renée, baptisée le 24 mai 1639 ; 12° Pierre, 
baptisé le 22 mars 1642. 



(1) Pour éviter les répélilioos, nous dirons que tous les actes, sans indi- 
cation de paroisse, sont extraits des registres de Sainl-Kicolus de Kantcs. 

1875 *5 



— 2-2G — 

Ceux-ci forinèrciil la branche aînée, à laquelle pourraient se 
rattacher les personnes du nom de Gassard qui tiendraient à 
honneur d'appartenir à la famille obscure mais honnête et hono- 
rable de l'illustre corsaire. 

Parmi ces huit garçons, nous citerons particulièrement Char- 
les Gassard, qui épousa Etiennette Litoust, laquelle le rendit père 
de : 

1" Julienne, baptisée le 2 mai 1657 ; 

2° André Gassard, baptisé le 2 juillet 1658 ; 

3» et 4° François et Jean, jumeaux, baptisés le 20 avril 1661 ; 

5® Nicolas Gassard, baptisé le 26 août 1662. Il embrassa l'état 
ecclésiastique, fut reçu docteur en théologie, professeur à l'Uni- 
versité de Nantes, devint recteur de la paroisse de Saint-Laurent, 
de 1715 l\ 1727, et adopta avec ardeur les nouvelles doctrines 
du jansénisme. 

L'abbé Travers (*), le cite plusieurs fois en parlant des orageux 
débats que soulevèrent les appelants de la bulle Unigenitus^ qui 
condamnait les propositions de Jansenius. 

« Le jour de Noël 1727, dit-il, M. Gassard, curé de Saint- 
Laurent, et M. de Tanouarn, curé de Saint-Denis, partirent pour 
leur exil à Saint-Michel-en-l'Herm, diocèse deLuçon. M. de Saint- 
Laurent fut accusé d'avoir annoncé le jubilé, dont on avait affecté 
de ne point lui envoyer la bulle et le mandement, ni de l'afficher 
dans son église, quoiqu'on les eût envoyés et affichés dans toutes 
les autres églises, et M. de Saint-Denis fut accusé faussement de 
l'avoir fait arracher. La constitution Ihiigenilus, dont ils étaient 
appelants, fut la seule et véritable cause de leur disgrâce. M. Gas- 
sard fut envoyé, quelques temps après, à Saint-Maixent, en 
Poitou, où il mourut l'an 1732. » 

Le Supplément aux nouvelles ecclésiastiques j 1735, p. 4, con- 
tient l'indication suivante : « Le Père Gassard de l'Oratoire, ses 



(') Uisloirc des Evoques de Nanlcs, l. lit, p. 448, 44'j, 455, 450 cl 
480. 



-■ 227 — 

trois frères bénédictins et sa sœur, neveux et nièce du curé de 
Saint-Laurent de Nantes, grands dévots du diacre Paris. » 

6° Charles, baptisé le 2 août 1664 ; 

7° Elisabeth, baptisée le 20 février 1666 ; 

S>^ François Gassard, baptisé le 11 mars 1667, parrain Fran- 
çois Litoust, prêtre de chœur de Saint-Nicolas, marraine Made- 
leine Litoust, femme de Louis Ghiron, marchand. Devenu procu- 
reur au Parlement de Bretagne, il épousa Françoise Guillebaud, 
dont il eut : 1° Maître François-Marie Gassard, aussi procureur 
au Parlement de Bretagne, marié à Sainte-Groix, le 16 janvier 
1741, avec demoiselle Marie-Thérèse Thomas; 2° Elisabeth 
Gassard, femme du sieur René Diart de la Clabe, qu'elle rendit 
père de demoiselle Renée Diart. Gette dernière demeurant près 
des Minimes, paroisse deSaint-Glément, reconnut le 16 août 1745, 
relever du fief de l'évêque « pour une maison située à la Fosse 
de Nantes, rue des Barils, à elle échue par partage fait entre 
sa dite mère et feu M'' François Gassard, vivant, procureur à la 
cour, frère et sœur, héritiers pour chacun une moitié de V. et 
D. Messire Nicolas Gassard, vivant, docteur en théologie de 
l'Université de Nantes et recteur de Saint-Laurent (*). » 

9° Jean Gassard, baptisé le 23 septembre 1668 ; 

10% 11*' Gharles et Joseph, jumeaux, baptisés le 5 mars 1672, 
« nays de ce jour, fils de deffunct honorable homme Gharles 
Gassard, vivant marchand poelier, en la rue de la Gasserie, et 
d'Etiennette Litoust sa veuve. » 

Nous ne poursuivrons pas davantage la suite des générations 
collatérales, qui n'offrent du reste qu'un intérêt des plus secon- 
daires. Le nom de Gassard est fort commun à Nantes, et nous 
éviterons ainsi de commettre quelque confusion. 

Maintenant, il faut revenir au second fils de Guillaume Gassard 
et de Guillemette Jue. 



(*) Arch. départ., Aveux de la Fusse, rendus à l'éuèquc do Nantes, 



— 228 — 

II. — Jacques Gassard, le second fils de Guillaume et de Guille- 
mette Jue, reçut le baptême le % mars 1600. Il épousa Jeanne 
Heurtin, qui le rendit père de : 

1° Jacques, baptisé le 23 avril 1630, tenu sur les fonts par 
Guillemine Jue, son aïeule ^ 

2" Jean, baptisé le 26 juillet 1631 ; 

3° Jeanne, baptisée le 30 janvier 1627. Elle épousa Jean Beden, 
maître arrimeur, dont elle devint veuve. Sa sépulture eut lieu le 
14 octobre 1678, en présence de sa sœur Andrée et de Jeanne 
Drouard, femme d'honorable homme Guillaume Gassard, son 
frère ('). 

4® Julien, baptisé le 20 mai 1628, tenu sur les fonts par 
Julien Drouard; 

5° Andrée, baptisée le 14 juin 1634. Elle eut pour parrain son 



(1) Les Statuts et règlements des Corps d'Arts et Métiers de la ville et 
faiixbourgs de Nantes, volume in-4o, publié par Gérard Meliier, chez N. 
Verger, 1 723, ne contiennent pas le moindre détail sur les maîtres arrimeurs. 
Celte corporation, jadis très-imporlanle, n'a laissé aucune trace à Nantes, 
tandis qu'au Havre elle figure encore en tête des divers corps d'étals qui 
envoient un délégué au conseil des prud'hommes. Le nom indique suffi- 
samment le travail auquel ils se livraient en arrimant la cargaison dans la 
cale des navires. 

Les maîtres arrimeurs possédaient des statuts et des règlements spéciaux. 
Un arrêt du Parlement de Bretagne du 21 mars 1587, fixait à sept sols le 
prix qu'ils touchaient par tonneau de vin, d'eau de-vie ou de sucre. Des 
leUres patentes, notamment de 1607, 1C71, 1G87, déterminaient leur salaire, 
par tonneau de marchandises arrimé dans les navires et barques, du Rocher 
de l'Hermitage a Paimbœuf it Saint-Nazaire, sur l'avis du prévôt de la ville 
de Nantes. {Adui. de la marine. Lettres de la Cour, 22 octobre 1736.) 

Un édit de Louis XIV, en date à Marly de mai 1710, érige en titre d'office 
l'emploi d'arrimeur au port de Nantes, en voici les principaux passages: 

« .... Nous avons par le présent édit perpétuel et irrévocable, créé el 
érigé, créons et érigeons en titres d'offices formés, des offices de jurés arri- 
meurs dans ledit port de mer de notre ville de Nantes et coinlé nantois, en 
tel nombre que nous jugerons à propos d'en établir, lesquels à l'exclusion de 
tous autres feront l'arrimage ou chargement de toutes les marchandises de 
quelque nature qu'elles soient, même de victuailles qui seront embarquées 
dans tous les vaisseaux, barques, chaloupes et autres bâliments, sans aucun 
excepter, soit pour aller de port en port, ou chez l'étranger ou dans les 



m 



— 229 — 

oncle, André Cassard, maître gabarrier, et épousa François Sele- 
zier, gabarrier('). Elle fut inhumée, le 2 août 1680, h l'âge de 
46 ans et non de 48, ainsi que le porte l'acte de sépulture. 

6<^ Marguerite, baptisée le 19 septembre 1636 ; 

7° Guillaume, qui suit; 

8° Françoise, baptisée le 27 octobre 1640. 

III. — Guillaume G'issard, baptisé le 17 octobre 1638, eut pour 
parrain Guillaume Heurtin, probablement son oncle et pour 
marraine Jeanne Pellerin, femme d'honorable homme René 
Bernier. 



voyages de long cours, comme dans les îles françaises, colonies, pêches et 
tous autres voyages tels qu'ils peuvent être. Lesquelles marchandises ils 
arrangeront dans l'ordre qu'elles devront être mises pour leur conservation ? 
feront lesdils officiers toutes les mêmes et semblables fonctions que font les 
particuliers qui jusqu'à présent ont fait lesdils arrimages dans ledit port de 
Nantes et le comté nanlois. Et pour leur donner moyen de faire lesdites fonc- 
tions avec exactitude, et au soulagement de nos sujets. Nous leur avons at- 
tribué et attribuons des g^ges sur le pied du denier vingt de la finance 
qu'ils nous payeront pour racqui>ilion desdits offices, dont les deux tiers 
leur tiendront lieu de gages, et l'autre tiers sera réputé augmentation de 
gages. Le fond desquels gages et augmentation de gages sera fait dans les 
états de nos finances, à commencer du premier du présent mois, pour leur 
être payé annuellement, sur leur simple quittance, par les trésoriers géné- 
raux de la marine, entre les mains desquels le montant en sera remis par 
les payeurs qui en seront chargés, en rapportant pour la première fois seu- 
lement copie du présent édit, de leur quittance de finances et de leurs provi- 
sions, qui seront expédiées en notre grande Chancellerie, signées de notre 
main et contresignées par le secrétaire d'Etat ayant le département de la 
marine. Leur attribuons aussi dix sols par tonneau de toutes les marchan- 
dises, de quelque nature qu'elles soient, dont ils feront l'arrimage ou le char- 
gement sur les vaisseaux, chaloupes et autres bâtiments pontés, et huit sols 
par tonneau pour celles qui seront arrimées et chargées sur les autres vais- 
seaux et bâtiments. Lesquels droits seront perçus à commencer du jour de 
l'enregistrement du présent édit en notre Parlement de Bretagne. Défendons 
à tous particuliers, manœuvres et autres, de s"in)miscer a l'avenir, de faire 
les arrimages nonobstant toutes lettres palentes et concessions, sous peine de 
mille livres d'amende, etc. » Edils, Déclarations et Arrêts, t. VU, 1707- 
1710. 

(1) Dès 1507, un Jehan Selezier possédait un clos de vigne près l'Asne- 
rie, sur la Fosse. Arch. Municip. Titres du Sanitat. 



- 230 — 

Plusieurs des biographes de son fils le disent capitaine de 
vaisseau au commerce. Dans les actes nombreux de l'état-civil 
que nous avons relevés et dans lesquels il figure à divers titres, 
jamais il ne prend cette qualité, mais celle de marchand à la 
Fosse, c'est-à-dire négociant-armateur, qui est employée dans son 
acte de décès. Il était d'usage alors d'embarquer les fils de négo- 
ciants, ou les jeunes gens destinés au commerce, afin de les pré- 
parer par la marine et les voyages dans les pays étrangers à bien 
diriger leurs comptoirs. Souvent môme, les chefs de nos maisons 
commerciales, reçus capitaines, commandaient leurs propres navi- 
res. Les rôles d'armement de l'administration de la marine offrent 
fréquemment cette annotation : « capitaine et propriétaire. » Il 
n'est donc pas impossible que Guillaume Cassard^ fils, neveu et 
beau-frère de maîtres gabarriers, ait navigué comme capitaine, 
seulement nous n'avons pu en acquérir la preuve, et nous mainte- 
nons la qualité de marchand ou négociant-armateur. 

Quoi qu'il en soit, Guillaume, âgé de 26 ans, épousa, le 24 sep- 
tembre 1664, dans la chapelle du Sanitat (l'hôpital de Nantes), 
Jeanne Drouard, née le 7 juillet 1639, fille de Julien Drouard et 
de Catherine Giraud. Les familles se connaissaient de longue date, 
et des relations d'amitié et de voisinage existaient entre elles, car 
Julien Drouard avait été, nous l'avons dit, le parrain de Julien 
Cassard, frère aîné de Guillaume. 

Treize enfants, au moins, cinq garçons et huit filles, furent les 
gages de cette heureuse union. De ce nombre, six seulement 
survécurent à l'incroyable fatalité qui semblait les frapper dès 
leur jeune âge. 

l" Jeanne Cassard, fille d'honorables personnes Guillaume 
Cassard et Jeanne Drouard, reçut le baptême le 20 septembre 
1665. Elle eut pour marraine honnête femme Jeanne Blanchard, 
veuve de défunt honorable homme Pierre Drouard, vivant maître 
arrimeur, son aïeule. 

Le 13 janvier 1693, honorable homme Pierre Mézard, mar- 
chand à la Fosse, fils de feu Jean Mézard, sieur de la 



- 231 -~ 

Barberie (*), également marchand, et ancien consul de la compa- 
gnie de la Gontractation en 1685, conduisait à l'autel la sœur 
aînée de Gassard. 

Pierre Mézard, fils de marchand, marchand lui-même, était 
capitaine au commerce. En 1696, il commandait depuis plusieurs 
années le Dauphin de Cayenne, armateur Jean Drouard, son 
beau-frère, dont il va être question. Ge navire, de 150 tonneaux, 
16 canons et 81 hommes d'équipage, était armé en guerre et 
marchandises, suivant commission de monseigneur l'amiral, du 
11 septembre 1696. En 1697, il commanda VAnge Gardien. De 
1699 à 1704, il monta la Prouic/ewce, de 140 tonneaux et 6 canons, 
armée d'abord par J. Drouard, ensuite par Le Roy et consors. 
Au retour de Saint-Domingue, ce navire fut pris à la côte d'Es- 
pagne, et le beau-frère de Gassard, prisonnier des Anglais pendant 
un an, ne revint à Nantes que le 19 juin 1705. 

Le capitaine Mézard périt en 1706, âgé de 46 ans, dans le 
naufrage de la Bonne-Garde^ qu'il commandait. Sa veuve lui sur- 
vécut vingt ans. Elle reçut la sépulture dans le chapitreau de 
Saint-Nicolas au mois d'août 1726. De leur union naquirent trois 
fils , morts jeunes. 

A. François Mézard, baptisé le 24 octobre 1694; 

B. Pierre Mézard, baptisé le 27 mars 1697, 
mort à l'âge de 13 ans, le 18 février 1710 ; 

G. Jacques Mézard, baptisé le 18 janvier 1704, 
« né de ce jour, fils de Pierre Mézard, mar- 
chand absent, et de Jeanne Gassard sa 
femme. Fut parrain Jacques Gassard, mar- 
chand, oncle de l'enfant, et marraine Guionne 



(1) La Barberie, à l'entrée de la roule de Rennes, est aujourd'hui la mai- 
son de campr.gne du Grand-Séminaire. Jean Biéz;ird, né le 26 novembre 
1626, était, fils d'honorables personnes Jacques Mézard et Jeanne Four- 
nier. 



— 232 — 

Mézard, non mariée, tanle du baptisé, de- 
meurant à la Fosse, soussignés ('). Il mourut 
le lendemain de sa naissance. 

2° Marguerite Cassard, née le 7 septembre 1667, baptisée le 
11, épousa son cousin germain Jean Drouard, marchand h la 
Fosse. Elle mourut dans sa 81« année, le 2:2 janvier 1748 . 

Outre les navires commandés par P. Mézard, le Dauphin de 
Caijenne et la Providence^ il possédait encore, d'après les livres 
d'armements, le LaMner^, 1698; la Trompeuse^ 1699; le Dmc 
de Bretagne^ 1704, ce qui indique une belle position. De plus, la 
barque longue, Notre-Dame-de-Bon-Secours^ de six tonneaux de 
port, deux pierriers, 26 hommes d'équipage, partait pour la 
course contre les ennemis de l'Etat, le 31 mars 1694, et reve- 
nait le 31 janvier 1695, sans que nous sachions si Jean Drouard 
eut à s'applaudir des succès de son léger corsaire. 

De leur mariage naquirent au moins quatorze enfants. 

A. Jean Drouard, baptisé le lendemain de sa 
naissance, 21 mai 1695 ; tenu sur les fonts 
par Pierre Drouard, son aïeul paternel, et 
par honnête femme Jeanne Drouard, veuve 
Cassard, son aïeule maternelle. 

B. Marguerite Drouard , baptisée le 21 mars 
1696. 

Le 27 mai 1720, vénérable et discret mes- 
sire Nicolas Cassard, recteur de Saint-Lau- 
rent, bénit, dans la chapelle de Saint-Gabriel, 
au manoir du Bois-de-la-ïouche, l'union 
de noble homme Pierre Drouct, fils majeur 
de feu Jean Drouet, vivant notaire, et de de- 
moiselle Michelle Moisan, natif de Frossay, 



(') Nous reproduisons cet acte, parce qu'il indique la présence à Nantes 
de Jacques, et qu'il donne le titre de marchand à deux capitaines au long 
coure. 



— 233 — 

avec demoiselle Marguerite Drouard. Parmi 
les témoins figure René de Montaudouin, 
cousin de la mariée ('). 
Pierre Drouet avait été reçu capitaine au long 
cours, suivant ses lettres de l'amirauté de 
Nantes, le 17 juin 1717, à Tàge de 38 ans. 
Marguerite mourut veuve, le 16 janvier 1755, 
laissant de son mariage : 

A. Jacques Drouet, né le 26 août 1726, 
baptisé le lendemain. D'après la ma- 
tricule des capitaines et officiers de 
la marine, 1742-1745,il figure comme 
aide-pilote sur le navire de Nantes 
le Duc de Villerotj^ en 1746. En 
1748, il sortit des prisons d'Angle- 
terre après avoir été pris sur le 
Mercure. 

B. François Drouet, né le 22 avril 1731, 
marchand à la Fosse, consul en 
1770, juge en 1785, et député du 
commerce de Nantes. 

c. Marguerite Drouet, née le 15 octo- 
bre 1735. 

D. Jeanne -Françoise Drouet, née le 19 
mai 1737 , baptisée le lendemain. 
Elle épousa Maurice Terrien, capi- 
taine au long cours et mourut âgée 
de 32 ans, le 15 mars 1768. 

(») Le manoir du Bois-de-la-Touche, maison de campagne de l'évêque 
de Nantes, puis monastère des religieuses de Sainte-Catiierine, ou 
Catherinettes et séminaire des Irlandais, appartient aujourd'hui à M. Th. 
Dobrée, qui y a fait construire un magnifique spécimen des habitations du 
XIII» siècle. La salle dans laquelle mourut le duc Jean V, le 28 août 1442, 
existe encore dans le vieux corps de bâtiment situé en face des constructions 
nouvelles. 



— 234 — 

C. Jeanne Drouard, née le 30 juillet 1697, dé- 
cédée le 13 mai 1699. 

D. Isabelle Drouard, née le 10 août 1698, bap- 
tisée le 13 octobre. Elle eut pour parrain 
« honnesle garçon Jacques Gassard », son 
oncle, et pour marraine Isabelle Gassard, sœur 
du parrain. L'acte porte la signature large 
et hardie du jeune homme, qui dénote sa 
rare intrépidité et son énergie. 

Isabelle épousa , le 16 novembre 1722, à la 
chapelle de Saint-Julien de la Bourse, entre 
six et sept heures du soir, noble homme 
Jean Darrèche, marchand h la Fosse, natif 
de Gibour, diocèse de Bayonne, fils de défunt 
Jean Darrèche et de demoiselle Marie d'Irri- 
goyen. 

Ils eurent pour enfants : 

A. Jean Darrèche, né le 18 août 1725 ; 
13. Jean, né le 24 novembre 1726, mort 

le 25 mars 1727 ; 
c. Jean, né le 9 septembre 1728, mort 

le 12 juillet 1731; 

D. Jean, né le 5 octobre 1729; 

E. Elisabeth, née le 4 avril 1731, elle 
eut pour marraine Elisabeth Gassard, 
sa tante ; 

F. Jacques Darrèche, né le 27 juin 
1732, négociant-armateur. Il épousa, 
le 27 juillet 1767, Ilélène-Perrine 
Le Gouais, veuve de M. Florent de la 
Ville de Férolles , qui mourut le 6 
juin 1790. M. Darrèche mourut le 
l^"^ brumaire an XIII (23 octobre 
1804), ayant eu de sou mariage : 



— 235 — 

a. Pierre- JacquesDarrèche, 
né le 13 juiu 1769, qui 
fit une croisière sur le 
corsaire de Nantes Vln- 
trépide, comme pilotin 
en 1797, et mourut le 16 
février 1807 sans avoir 
été marié. 

h. Hélène-Françoise Darrè- 
che, née le 2 juillet 1775, 
mariée en 1''^^ noces à 
M. Julien Gaborit, et en 
1"^^^ à M. Etienne Ter- 
trin, chef de bureau de la 
mairie ; décédée le 30 
décembre 1859, âgée de 
84 ans. 

E. Jeanne Drouard, baptisée le 29 juin 1699. 
Elle épousa, le 29 juin 1732,honorable homme 
Martin-Michel-Gorneille Wlieghe, né à Os- 
tende, interprète des langues étrangères, 
qu'elle rendit père de i 

A. Jean-Martin WUeghe, baptisé le 11 
janvier 1733 ; 

B. Jean-Baptiste, né le 2 mai 1734, 
baptisé le 4, ayant pour parrain Guil- 
laume Wlieghe, son cousin, inter- 
prète, et pour marraine Marguerite 
Cassard, femme de Jean Drouard, 
son aïeule; 

c. Jeanne-Marthe, baptisée le 13 no- 
vembre 1735 ; son parrain fut noble 
homme Pierre Drouet , sa marraine 
Marthe Braheix, épouse du sieur 
Wlieghe ; 



— 236 - 

D. Martin, baptisé le 20 juin 1737 ; 

E. Jacques, baptisé le 20 janvier 1739, 
né la veille, parrain René Drouard, 
oncle , marraine Renée Gassard , 
grande tante ; 

F. Perrine, baptisée le 8 février 1740 ; 

G. François, né le 19 février 1741 ; 
H. Elisabeth, baptisée le 23 juin 1744, 

eut pour parrain son frère Jean ; 
I. Françoise, baptisée le 5 octobre 
1745, eut pour marraine sa sœur 
Jeanne. 

F. Françoise, née en 1702, morte âgée de 2 
ans, le 13 juillet 1704. 

G. Jacques, baptisé le 1" mars 1704, né la 
veille, eut pour parrain Pierre Gassard, son 
oncle, et pour marraine sa sœur Madeleine 
Drouard^ dont nous n'avons pu trouver l'acte 
de naissance. 

H. François, né le 9 août 1705. 

I. Anne, née en 1706, décédée le 20 septembre 
1710, âgée de quatre ans. 

J. Jean-Baptiste, né en 1707 ou 1708, négo- 
ciant, inhumé à l'âge d'environ 49 ans, le 31 
janvier 1758. 

K. Jeanne, née le 17 août 1709. 

L. François, né le 4 janvier 1711. 

M. Renée, née le 6 novembre 1713. 

3" Jacques Gassard, troisième enfant de Guillaume et de Jeanne 
Drouard, naquit le 24 septembre 1G69, cinquième anniversaire 
du mariage de ses parents. Il mourut le 10 décembre 1674, 
âgé de cinq ans. G'est son acte de baptême que M. Guéraud a 
publié comme étant celui de l'illustre corsaire. 



— 237 — 

4" Pierre Cassard, né le 17 mars 1672, mort le 2 décembre 
1674, à l'âge de deux ans et neuf mois. 

5" Isabelle, née le 26 février 1674, décédée le i^' juillet de la 
même année. 

6° Isabelle, née le 2 octobre 1675. En 1698, elle tint sur les 
fonts de baptême, avec son frère Jacques, sa nièce Isabelle 
Drouard. Elle vivait encore en 1731, époque à laquelle elle fut 
marraine de sa nièce Elisabeth Darrèche. 

7° Jacques Cassard, né le 6 janvier 1678, décédé à l'âge de 
huit mois, le 2 septembre suivant. 

8° Jacques Cassard, qui fait l'objet de celte notice et viendra 
après ses frères et sœurs. 

9» Marie, née le 29 juin 1682, décédé le 13 octobre 1742 à 
l'âge de 60 ans, et non de 50 environ, ainsi que le porte l'acte 
dé sa sépulture. 

10" Renée, née le 28 mai 1684, marraine de son pelit-neveu 
Jacques Wlieghe, le 20 juin 1739. 

11° Françoise, née le 27 mars 1688, morte le 17 mars 1691, 
âgée de 2 ans 11 mois. 

12° Anne, née le 27 mai 1690, tenue sur les fonts par son frèie 
Jacques et sa sœur Isabelle, décédée le 2 janvier 1694, à l'âge de 
trois ans. 

13° Pierre, né le 11 octobre 1692, baptisé le 14, parrain de son 
neveu Jacques Drouard, en 1704. {V. la note à la fin de Varlïde.) 

Guillaume fut enlevé à sa famille dans la force de l'âge \ son 
fils n'avait pas encore quatorze ans lorsqu'il le perdit. 

Voici son acte de sépulture : « Le huit mai 1693, inhumé à 
Saint-Nicolas, le corps de défunt honorable homme Guillaume 
Cassard, âgé de cinquante-cinq ans, vivantmarchand, en présence 
de son gendre et autres parents. Signé : J. Cassard ; Pierre 
Mézard. » 

Tant qu'à Jeanne Drouard, elle vécut assez pour applaudir aux 
brillants débuts du jeune marin. Son cœur de mère dut battre 
d'un légitime orgueil lorsqu'elle apprit que le roi Louis XIV, ajant 
fait demander l'intrépide corsaire pour le complimenter, l'avait 



— 238 — 

nommé capitaine de frégate, en lui confiant le Jersey^ sur lequel 
il partit de Dunkerque, pour s'illustrer encore contre les Anglais. 
Elle mourut âgée de soixante-sept ans, le 3 janvier 1706, dans 
sa demeure, au bas de la Fosse, et fut inhumée le lendemain à 
Saint-Nicolas. 

IV. — Jacques Gassard fut le huitième enfant de Guillaume et 
de Jeanne Drouard. Son acte de baptême est ainsi conçu : 

« Le second jour d'octobre, mil six cent soixante et dix-neuf, a 
» esté baptisé dans l'église de Saint-Nicolas de Nantes, par 
» moy vicaire d'icclle soussigné, Jacques, nay du dernier jour de 
» septembre dernier, du matin, fils d'honorable homme Guillaume 
» Gassard, marchand, et d'honorable femme Jeanne Drouard, sa 
» femme. A esté par rein maistre Jacques Ferré, greffier des Ré- 
» gaires dudit Nantes, et marreine honorable femme Martine Binet, 
» femme d'honorable homme Pierre Drouard, marchand, tous 
» demeurants à la Fosse, de cette parroisse, fors ledit sieur 
» Ferré, qui demeure en la Grande-Rue, parroisse de Saint- 
» Denys, tous soussignés : 

» Signé : Martine Binet du Porlcau ; Ferré ; G. Gassard ; P. 
» Drouard ; Jan Binet ; J. Le Bordays, vicaire. « Reg. de 1679, 
fol. 103, verso. 

Il paraît étrange qu'un semblable oubli ait si longtemps plané 
sur cette date, et que, loin de se dissiper, l'erreur au contraire se 
soit propagée. Aussi craignions-nous quelque mécompte, malgré 
notre attention, nos recherches soutenues et l'authenticité irrécu- 
sable de nos documenls. Geux-ci étaient-ils complets?... Dans 
l'intervalle de 1669 à 1672 et de 1672 à 1674, Jeanne Drouard 
n'avait-elle pas mis au monde, hors de la paroisse de Saint-Ni- 
colas, un fils du nom de Jacques ?... 

Mais l'acte de décès de l'illustre marin, mort, comme l'on sait, 
détenu au château de Ham, lève tous les doutes et se trouve 
parfaitement d'accord avec l'acte de naissance. Nous le reprodui- 
sons également dans son entier. 



- 239 — 
« DÉPARTEMENT DE LA SOMME. 

Mairie de la ville de Ham. 
Arrondissement de Péronne, 

Extrait du registre des actes de décès de la paroisse Saint-Martin 
de Ham, pour l'année 1740. 

» Le vingt-deux janvier de la présente année mil sept cent qua- 

» rante, le corps de Messire Gassard, capitaine des vaisseaux 

» du roi, chevalier de Saint-Louis, décédé hyer au château de cette 
» ville et paroisse, y étant détenu par ordre du roi, âgé d'envi- 
» ron soixante ans, après avoir reçu tous les sacrements de l'E- 
» giise, a été inhumé par nous curé soussigné, dans l'église, en 
» présence de M.Dutillet, aide-major, et commandant des ville 
» et château, chevalier de Saint-Louis, demeurant en la paroisse 
» de cette ville soussigné, et du sieur Blonsch, lieutenant en la 
» compagnie d'Usar en garnison en ce château, demeurant en 
« cette paroisse. Fait double, le jour et an que dessus. Signé : 
» Dutillet ; Blonsch ; Laugeois ; Delobertie, vicaire. 

» Pour copie conforme, à Hum, le 9 septembre 1874, 

» Le maire, Maurel. » 

Maintenant une dernière question. 

Où se trouvait la maison dans laquelle Cassard vit le jour? 

Ce logis, situé « au bas de la Fosse, sur le devant d'icelle, con- 
sistant en une chambre basse, deux chambres hautes et grenier 
au dessus », n'existe plus depuis longtemps. Il est donc fort diffi- 
cile d'en préciser l'emplacement. 

Néanmoins ce modeste édifice appartenait h l'histoire de Nan- 
tes, bien plus par l'illustration de celui qui y naquit qu'en raison 
du droit seigneurial auquel était tenu son propriétaire. En effet, les 
Cassard devaient fournir pour le tir de la quintaine de l'évêque, 
seigneur haut justicier du fief de la Fosse, l'écusson planté au mi- 
lieu de la Loire, les lances avec leur fer, une barque et vingt ra- 
meurs pour conduire les nouveaux mariés, qui devaient payer 
chacun quatre deniers, et en plus présenter un saumon fi-ais ù 



— 240 — 

l'évêque. Ceux qui ne voulaient pas se donner en spectacle, ou 
faire rire à leurs dépens, encouraient une amende de soixante 
sols. 

Voici le texte de l'aveu rendu en 1670 par Guillaume Cassard ; 
cette pièce inédite trouve naturellement ici sa place. 

« Sachent tous presantz et advenir, que ce jour premier de 
mars mil six cens soixante-dix, avant midy, par devant nous no- 
taires royaulx de la cour de Nantes, soussignez, a comparu le 
sieur Guillaume Cassard, marchand, demeurant à la Fosse de 
Nantes, paroisse de Saint-Nicolas, lequel cognoist et confesse 
estre estager et subjet d'Illustrissime et Révérendissime Gilles de 
la Baume le Blanc, par la grâce de Dieu et du Saint Siège aposto- 
lique, évesque de Nantes, et de luy tenir et relever prochement à 
simple obéissance pour toutes rantes charges et debvoirs, scavoir 
est : un corps de logis sittué au bas de ladite Fosse, sur le de- 
vant d'icelle, dans lequel il est demeurant, consistant en une 
chambre bosse, deux chambres hautes et grenier au-dessus, cou- 
vert de pierre d'ardoise, bourné d'un costé aux héritiers du feu 
sieur des Chaumières (*), bout venelle entre deux, d'autre costé 
et d'un bout le pavé conduisant au bas de ladite Fosse, et d'autre 
bout le logis appartenant à la veuve Baron, Pierre Lemerle et sa 
sœur ('). 

» Lequel logis luy serait echeu delà succession de deffunt Jac- 
ques Cassard, son père, qui l'aurait acquis judicièrement en la 
juridiction des reguaires des héritiers bénéficiers de delïunt Yves 
Pelletier. Plus une neufiesme partie, indivise avec le surplus ap- 



(1) L'aveu ronJu, le 30 juillet iC83, par le sieur Urbain Triberge et fils, 
aux droits des liérilicrs du feu sieur de Chaumières Boux, porte : « maison 
bournée vers la barrière du Sanitat, et autre lo^is appartenant aux liériliers 
du feu sieur de la Pinsonnière Fournier, d'autre vers la porte Saint-lNicolas, 
autre logis appartenant b Guillaume Cassard ; d'un bout parle devant ladite 
rue et pavé conduisant de ladite barrière du Sanitat i>la porte Saiut-ÎNicoîas. 

('-) L'aveu de la veuve Baron porte : bourné d'un costé Guillaume Cas- 
sard, d'autre costé Yves Pelletier, derrière logis aux héritiers du sieur des 
Chaumières Boux. 



— 241 — 

partenant à ses consors hfîritiers de deffunt Guillaume Heurtin, son 
oncle, d'un corps de logis, sittué en ladite Fosse, où il seroit dé- 
ceddé, bourné d'un costé logis appartenant à Michel Heurtin et 
Jeanne Cassard femme du sieur Bedué, d'autre costé le chemin 
qui conduit de ladite Fosse au bois de la Tousche, d'un bout par 
le devant ladite rue et pavé de ladite Fosse, et d'autre bout à 
Marguerite Missand. « 

« Recognoissant que sondit seigneur, à cause de sadite juridic- 
tion des reguaires de Nantes, a droit de haute, moyenne et basse 
justice, droits delodz et ventes, rachaptz, sous rachaptz, espaves, 
gallois, déshérences, successions de bâtards, droit de quintaine 
pour être couru sur la rivière de Loire parles nouveaux mariés de 
ladite Fosse et Bignon Lestard, et tous autres droits de grande 
seigneurie et supérieure juridiction. Lequel présent adveu ledit 
Cassard donne à sondit seigneur pour vray et absolu, sauf à y 
augmenter ou diminuer lorsqu'il luy viendra en cognoissance y 
avoir obmis quelque chose ou fait quelque erreur. Et pour icelluy 
présenter à sondit seigneur a nommé et constitué pour son pro- 
cureur général et spécial M" ...., o tout pouvoir, promis, juré, 
obligé, renoncé, jugé et condampné. 

» Fait h ladite Fosse, au tablier de Tallendeau,run desdits no- 
taires, lesdits jour et an. 

Signé : Gassabd. Garreau, notaire royal. Tallendeau, 
notaire royal. » 

Deux feuilles en parchemin. Au dos est écrit : «Doit l'écusson pour 
la quintaine, les lances avec leur fer, la barque et 20 rameurs 
pour conduire ladite barque (*). 

Si nous pouvions hasarder une conjecture, nous dirions que la 
maison de Guillaume Cassard se trouvait entre le Sanitat et la 
rue de la Verrerie actuelle, près de cette dernière. 



(*) Arch. Départ. Aveux rendue à l'évêque de Nantes. Registre fcss'j. 
1875 16 



- 242 — 

Vingt pages, pour démontrer que Gassard naquit en 1679, au 
lieu de 167-2 ou 1669, c'est beaucoup trop, pourront dire nos lec- 
teurs, trois ou quatre suffisaient amplement à l'exposé de cet 
infiniment petit problème. Les pièces publiées nous serviront 
d'excuse, et surtout la nécessité d'établir sur preuves sérieuses 
que les écrivains connus et consciencieux que nous réfutons 
avaient pu se tromper. 

Nantes a donné le nom de Gassard à un quai, placé sa statue 
au dessus du péristyle de la Bourse; mais, parmi ses historiens et 
ses chroniqueurs, bien peu ont parlé de lui. Travers ne le nomme 
pas, Mellinetlui consacre à peine cinq lignes!... 

Désireux de réparer cet oubli immérité, nous posons ici, sur 
notre brave et malheureux compatriote, le premier jalon d'une 
étude biographique pour laquelle nous avons déjà réuni d'impor- 
tants documents. Il semble convenable, du reste, que Nantes 
sache au moins la date exacte de la naissance de l'un de ses 
plus illustres enfants, et puisse avoir quelques notions sur sa fa- 
mille. 

Au temps où vivait Gassard, les grades ou les emplois de la 
marine étaient uniquement attribués à la noblesse, qui ne souffrait 
aucun partage. G'est donc le grandir encore, s'il est possible, 
que de montrer l'humble condition de laquelle il est sorti pour 
s'élever aussi haut, par son brillant courage, son mérite essen- 
tiellement supérieur, ses qualités éminentes de marin habile et 
distingué. 

S. DE LA NiCOLLIÈRE-TeIJEIRO. 



— Cette étude était sous presse lorsqu'il nous a été permis de 
prendre connaissance, aux archives du Ministère de la Marine à 
Paris, d'un dossier intitulé: Gassard, Marine, 12 septembre 1760. 
Voici l'une des deux pièces qu'il contient : 

« Le sieur Gassard, officier de la marine marchande, navigue 
depuis seize ans. 11 a fait quatre campagnes pour le service de 



— 243 — 

S. M. Il était embarqué sur la frégate la Blonde, en qualité de 
second, dans l'expédition du sieur ïhurot, sur la côte d'Irlande, 
et il a perdu un œil dans le combat qu'a soutenu ledit sieur 
Thurot. Il avait àé]h reçu deux blessures dans un combat sur la 
frégate la Therpsicore. Il est neveu du feu sieur Cassard, capi- 
taine de vaisseau, dont la mémoire est en recommandation dans 
la marine. Il demande, en considération des services de son 
oncle, de ceux qu'il a rendus lui-même et de ses blessures, à 
entrer dans le corps de la marine. Mais, comme l'intention de 
S. M. n'est pas dans ce moment d'augmenter le nombre des offi- 
ciers, on propose à S. M. de lui accorder une pension de 400 
livres, sur les invalides de la marine, que la médiocrité de sa 
fortune lui rend nécessaire pour continuer le service. » 
Cette pièce porte en annotation : « Bon, 1^^ septembre 1760. » 
La seconde est une copie de la lettre du 12 septembre, par 
laquelle M. Berryer, ministre de la marine, informe le sieur 
Cassard de l'obtension de sa pension. 

Pour se dire le neveu du capitaine de vaisseau et porter son 
nom, l'officier dont il s'agit devait être le fils de Pierre Cassard, 
le seul frère du marin qui ait vécu, et sur le compte duquel nous 
n'avons jusqu'à présent rencontré aucun détail. 

Richer, dans sa Vie de Cassard déjà citée, écrit, page 1, que 

Guillaume « laissa un fils et quatre fiiles; l'aînée épousa 

M. Drouard, négociant à Nantes, les trois autres restèrent filles. » 

Son assertion peut donc être ainsi rectifiée. 

Guillaume laissa sept enfants, deux garçons et cinq filles : 

Jacques, le célèbre corsaire ; Pierre, qui eut un fils, officier dans 

la marine marchande, existant en décembre 1774, époque à 

laquelle il touchait encore sa pension, et très-probablement 

décédé sans alliance. Les deux filles aînées, Jeanne et Marguerite, 

se marièrent; les trois autres, Isabelle, Marie et Renée, moururent 

célibataires. 



UN CHAPITRE 

DE L HISTOIRE DE SAIOT-NAZAIRE 

DU XVe AU XVIIIe SIÈCLE 



Messieurs, 

J'ai eu, il y a quelque temps, !a bonne fortune de rencontrer 
dans les archives de la paroisse de Saint-Nazaire, gracieusement 
mises h ma disposition par M. le curé, un grand nombre de do- 
cuments anciens, intéressant l'histoire de la presqu'île guéran- 
daise : sur la demande de plusieurs de mes amis, j'en ai envoyé 
quelques-uns à la Revue de Bretagne et de Vendée^ quelques 
autres au Courrier de Saint-Nazaire ; mais les plus importants 
sont restés dans mon portefeuille, parce que leur valeur m'auto- 
risait h vous demander de les insérer dans vos publications; c'est 
pourquoi j'ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt pour vous de re- 
prendre tous ces documents dans un travail d'ensemble, d'autant 
plus que les pièces envoyées au Courrier de Saint-Nazaire 
peuvent être considérées comme à très-peu près inédites, ce jour- 
nal ne tirant qu'à un petit nombre d'exemplaires et sa collection 
n'existant, à ma connaissance, dans aucun dépôt public. Quant 
à celles de la Revue de Bretagne^ leur publication a suscité des 
remarques fort intéressantes de plusieurs érudits, et j'ai pu en 
profiter non-seulement pour rétablir leur texte beaucoup plus 
exactement, mais aussi pour restituer à plus d'une un état civil 
défectueux, en sorte qu'ici seulement elles se présenteront revêtues 
de leurs caractères d'authenticité les plus complets. 



— 246 - 

Si donc vous voulez bien me le permettre, je vais vous dérou- 
ler le chapitre le plus intéressant de mon chartrier : celui qui ra- 
conte les luttes opiniâtres soutenues contre Guérande par Saint- 
Nazaire et les autres cités de la presqu'île, qu'on prétendait forcer 
à contribuer, malgré la volonté expresse des ducs ou des rois, 
aux réparations et à Tentrelien des fortifications de l'ancienne 
ville épiscopale. Le premier document que j'aurai l'honneur de 
vous citer remonte au milieu du XV^ siècle et ce fut le duc Pierre, 
mari de la vénérable Françoise d'Amboise, qui apposa sa signa- 
ture au bas du parchemin conservé par le bureau de nos mar- 
guilliers; mais la lutte prit surtout un caractère aigu dans le cou- 
rant du XVII^ siècle, et c'est pour cette époque en particulier que 
j'aurai à vous signaler les pièces les plus nombreuses et les plus 
importantes. J'entre sans plus tarder au cœur de mon sujet. 



LES ESPAGNOLS A SAINT-NAZAIRE EN 1879. 

Une situation topographique exceptionnelle afait de tout temps 
de Saint-Nazaire la véritable clef de la rivière de la Loire, et c'est 
pour cela qu'elle porte aujourd'hui au dessus d'une galère à 
toutes voiles une clef dans ses armes ; mais en raison même de 
cette situation, la cité se trouva fréquemment sujette, au moyen 
âge, aux incursions répétées, soit des pirates, soit des flottes 
ennemies de la Bretagne ou de la France. 

Plusieurs fois ravagée par les Normands 5 l'époque des inva- 
sions Scandinaves, elle dut subir pendant les guerres intermi- 
nables de la féodalité, les menaces et les descentes à main 
armée des Espagnols et des Anglais, comme elle les subit encore 
plus tard sous Louis XllI, sous Louis XIV, sous Louis XV et 
sous le premier empire, et comme elle les subira sans doute dans 
l'avenir, puisque la frégate prussienne Aiigusia a bien pu mouil- 
ler toute une journée en vue de ses batteries pendant la funeste 
campagne de 1870. 



— 247 — 

Une vieille chronique rimée que nous ont conservée les béné- 
dictins, raconte en particulier avec de grands détails l'insuccès 
de la flotte espagnole devant Saint-Nazaire en 1379, peu après la 
levée du siège de Guérande, tenté en vain par Glisson, qui guer- 
royait pour le roi Charles contre le duc de Bretagne. Ce vieux 
français a dans sa naïveté une saveur fort piquante : 

Cliczon estoit de l'autre part 
Qui regardoit et main et tard 
Comme Bretagne peust avoir 
Pour les levées en recevoir ^ 
Il couroit par boays et par lande \ 
Moult dolent estoit de Guerrande 
Qui estoit ja hors de sa main. 
Et contre lui et soir et main, 
Baaz, Saint-Wezaire, l'isle Rancoët 
Et tout le pais à l'endroit 
Au duc s'estoint tretouz randuz 
Ils faisoint très-bien leur deubz... 



Pendant cela vindrent galées (galères) 
En moult grand nombre appareillées 
De par le roi gaigner Bretaigne 5 
Estoient trelous venu d'Espaigne^ 
Lors Cliczon à Nantes estoit 
Et assemblée de gens faisoit 
Pour Guerrande alerdestrure 
Qu'à lui obéir n'avoit cure 5 
Et jura un fort serement 
Qu'il la deslruiroyt vroyment 
Pour ce qu'el ne se vouloit randre 
A Nantes fist engins descendre... 



Et pour plus de sûreté, la flotte espagnole, qui avait abordé au 
Croisic, reçut Tordre du roi d'aller mettre le siège devant Gué- 
rande, où le connétable devait bientôt rejoindre ses soldats. Le 
duc de Bretagne était à Vannes lorsqu'il apprit cette nouvelle : 

Le duc à Vennes lors estoit 
Qui Guerrandois bien confortoit 
Et leur mandoit de jour en jour 
Comme bon prince et bon seignour 
Que de certain les secourroil 
Dedans trois jours ou il mourroit... 



- 248 - 

Sur cet avis, le siège fut aussitôt levé; mais 

Les Espaigneuh n'osèrent pas 
Descendre à Saille ne a Baaz 
Ains alèrent à Sainct-Kczaire ^ 
Trop plains esloient de vaine gloire. 
La trouvèrent, comme que fust, 
Le capitaine Jehan d'Ust (*), 
Qui leur offrit grantz courtoisies 
En faiz d'armes de toutes guises. 
Le fort avoit envitaillé 
Et moult très-bien embataillé 
Pour le recepvre à lie chère ; 
Et si avoit mis la bannière 
Du duc en hauU sur le chastel. 
L'estat dedans estoit moult bel ; 
Car cannons et artillerie 
Bonnes gens d'armes Iretous de trie 
Qui estoient aspres et délivres 
Avoit dedans et assez vivres, 
L'Amiraut lors va envoler _ 
Jusqu'au chasteau un escuier 
Pour suplier a Jehan d'Ust 
Courtoisement que il li pleust 
Retenir la ceul escuier 
Et aux galées envoler 
Un gentilhomme parler à li ; 
Jehan de rien n'en a failli ; 
Ains envoya jusqu' es galées 
Du chasteau Jehan de Ilenlées {-), 

L'écuyer espagnol n'était rien moins qu'un espion de l'amiral, 
et Jehan d'Ust s'en était aperçu ; mais comme il ne craignait 
rien, il renvoya très -courtoisement cette sorte d'otage, au retour 
de Henlées, qui revint sans avoir rien conclu, et l'écuyer re- 
tourna faire son rapport, qui lit perdre l'envie aux Espagnols 
d'attaquer Saint-Nazaire ; 



(') Le manoir d'Ust était situé prés de Snint-Aïulié-des-Eaiix. La famille d'Ust était en 
grande considération à la cour des ducs, cl nous publierons phis lard un certain nombre 
de documents qui la concernent. 

(') On dit aujourd'hui Henleix; c'est un nom breton dont le radical indique presque 
certainement le passage d'une voie romaine. La famille de Ilenleiv, dont le manoir était 
situé prés du phare actuel du Commerce était la plus puissante de la paroisse, comme 
celle d'Ust à Saint-André. Nous aurons aussi occasion de publier des documents inté- 
ressants sur le fief de Henleiv et sur ses possesseurs. 



— 249 — 

... Il sot bien dire l'ordennance 
Du fort et toute la deffence, 
Et dit bien que viande preste 
K'estoit pas de prendre tel beste^ 
Comme dedans estoit enclose : 
Ce luy sembloit diverse chose. 
Tantost que l'amiraut ouït 
Ce que l'escuier li ot dit, 
Les gallées o leurs pannons 
Fist esloigner pour les canons : 
Et envoya jusques à Nantes 
Deux des galées les plus parentes 
Pour montrer qu'ils estoint venuz i 
Si estoint ils pouvres et nuz 
Chetiffs et las et affamez 
Et n'estoint pas de tous armez... (i). 

Cependant trois cents Espagnols s'étant hasardés à faire une 
descente, Guillaume du Ghastel h la tête de seize Bretons seule- 
ment marcha contre eux, en tua plusieurs et mit le reste en fuite. 
Les fuyards portèrent l'alarme dans toute la flotte, ce qui obligea 
l'amiral de remettre à la voiie et d'aller tenter fortune ailleurs. 
Il vogua du côté de Rhuys, ajoute Dom Lobineau, qui a minutieu- 
sement analysé la vieille chronique, et il lit débarquer cinquante- 
cinq hommes ; mais Jean de Malestroit, avec environ dix lances, 
ne leur donna pas le temps de faire beaucoup de désordre ; 
« il en tua trente- trois et fit les autres prisonniers. Après un 
second échec, les Espagnols n'osèrent plus faire de descentes en 
Bretagne et s'en retournèrent chargés de confusion f ). » 

II 

PIERRE II ET ANNE DE BRETAGNE. 

Pour se défendre ainsi contre les attaques venues de la mer, 
les habitants de Saint- Nazaire étaient oblisés de faire constam- 



(*) Voyez les preuves de VHisloire de Bretagne de Dom Lobineau et le supplément à 
la chronique de Du Guesclin, par Cuvelier, aux Documents incdlls sur l'Histoire de France 
(II, 524-535.) — Celle chronique rimée porte pour lilre : C'est le liorc du bon Jehan duc 
de Brelaigne. Les deux leçons de Dom Lobineau et de la collection des Doc. inéd. ne 
différent guère que par l'orthographe. Nous les avons confondues. 

(S) Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, I. 426. 



— 250 — 

ment le guet sur la côte, d'armer des archers, d'entretenir les 
murailles et les engins de guerre du château, en un mot de sup- 
porter des charges extraordinaires qui contribuaient h la défense 
générale du pays. Or, Guérande était la plus forte place de toute 
la presqu'île ; et à ce titre les Guérandais avaient depuis long- 
temps obtenu des ducs le concours de toutes les cités voisines à 
la construction et à la réparation de leurs murailles, au curage de 
leurs douves et à toutes les dépenses concernant leurs fortifica- 
tions. Saint-Nazaire, qui devait se défendre de ses propres de- 
niers, trouva bientôt ce concours très-onéreux ; et en récom- 
pense de tous les sacrifices faits par ses habitants pour protéger 
l'entrée de la rivière, des privilèges leur furent successivement 
octroyés, parmi lesquels les principaux furent l'exemption de la 
contribution aux réparations des murailles de Guérande et celle 
du droit général sur les vins pour leur entrée dans la province, 
droit connu sous le nom de devoir de billot. Mais les chartes 
octroyées par les ducs et par les rois pour consacrer et maintenir 
ces privilèges, n'étaient pas toujours respectées par les fermiers 
d'impôts à leur entrée en charge ; et lorsque ces privilèges 
avaient été suspendus provisoirement dans des circonstances 
très-particulières et pour des cas spéciaux, les fermiers ou rece- 
veurs n'avaient garde de se rappeler ensuite les concessions pri- 
mitives; de là une foule de procès en abus de pouvoir et des 
instances perpétuelles pour obtenir de l'autorité ducale ou royale, 
la confirmation des lettres de décharge. 

Voici d'abord une charte du duc Pierre II, écrite en caractères 
gothiques sur parchemin et datée du 24 novembre 1454. C'est la 
première que nous ayons retrouvée, mais non pas la première 
octroyée par les ducs, soit par Pierre lui-même, soit par ses pré- 
décesseurs, ainsi que le constate l'un des considérants de la 
maintenue du privilège. 

Nous avons complété, pour sa plus facile intelligence, les abré- 
viations nombreuses que présentent presque tous les mots, et qui 
en rendent la lecture assez pénible pour ceux qui ne sont pas 
initiés aux mystères des chancelleries duXV^ siècle ; mais l'ortho- 
graphe des mots entiers a été scrupuleusement respectée. 



— 251 — 

« Pierre, par la grâce de Dieu, duc de Bretaigne, comte de 
Montfort et de Richemont, à noz sén(éch)aulx, alloez, p(ré)vost 
et procure(ur) de Nantes, noz capp(itai)ne, sén(éch)al, alloé et 
p(ro)cure(ur) de Guérande, receve(ur) et miseur de den(iers) 
ordonnez à Ja répa(ra)t(i)on dudit lieu et h ch(ac)un de vous, 
salut. — Receu avo(n)s la snppIical(i)on et humble requeste à 
nous f(ai)te de la p(ar)t de nos pau(v)res hom(m)es et subjez les 
habilans de la p(a)roesse de Sainct-Nczere, expos(an)s q(ue) 
néantm(oin)s q(u'i)lz ne soient aucu(n)em(en)t subgez à la g(a)rde 
et repa(ra)t(i)on de n(ot)re d(ite) ville de Guérande, et q(ue) es 
temps de guerre ne aultrement ilz n'ayent jamais eu recueill ne 
eu refuge à icelle, — comb(ie)n q(ue) p(ar) aucun temps, po(u)r 
les émine(n)s p(ér)ilz de guerre qui estoi(e)nt pour lors pour la 
urgente nécessité de répa(ra)l(i)on qui estoit à faire, par n(otjre 
ordon(nan)ce et command(ement), ils avoient contribuez à la 
d(ite) repa(ra)t(i)on et avoient obtenu de nos pfréjdécessefurjs 
Ifettjre de non pfréjjudfijce et de non l'atftrijbuez à consé- 
quence ne cofnjtinuatfijon sur eulx^ — et mesm(es) q(ue) p(ar) 
nos ordon(nan)ces les(dits) supplians font souventes fois le guey 
à costé de la mer po(ur) g(a)rder la descente des Angloys noz 
anciens ennemis, — et aussi q(ue) (pour) résister à le(urs) inva- 
s(ions), p(ar) nosd(ites) ordon(nan)ces nosd(its) suppli<'i(n)s ont la 
ch(a)rge de mett(re) en npp(a)r(e)ill d'armes six arch(e)rs en 
lad(ite) p(ar)roesse, et d'abondant sont contrains à e(u)lx mett(re) 
en app(a)r(e)ill d'armes po(ur) résister à nosd(it)s ancie(n)s enemis; 
— de p(rése)nt, vous, nosd(its) cnpp(itai)ne, receve(ur) etmise(ur) 
des deD(iers) ordonnez à la répa(ra)l(i)on de n(ot)re d(ite) ville, 
voulez et efforcez les contraindre et compeller à paier soubz 
umbre et coule(ur) de la répa(ra)t(i)on d'icelle, le nû(m)b(re) de 
quarante livres monn(ayées) p(ar) ch(ac)un an, quell(es) chos(es) 
le(ur)s sont de grant ch(a)rge, préiudice et d(om)aige, — et 
qfuej ohslant les ch(a)rges et chfacjunes des(su)sd(iles), 7nieulx 
le(ur) vauldrùit laisser lad(ile) pfarjoese et s'en aller ailleurs 
vivre^ qfueJ demourer subgez et con(triJbulifs àlad[ile) répa{ra)- 
tion, — nous supplians sur ce le(ur) pourvcoir de convenable 



— 252 — 

remède, très-humblement le requérant. — Po(ur) ce est-il q(ue) 
Nous^ lesd(ites) choses considérées, ne voula(n)t contraindre 
nosd(its) subgets à la con(tri)bul{i)on perpétuelle de la répa(ra)- 
t(i)on de n(ot)re d(ile) ville ; — considéré mesm(e) q(ue) en 
temps de guerre, ils n'y ont nul reffuge àe(u)lxne à leurs h(ie)ns, 
ne la con(tri)but(i)on que ce temps passez ilz y ont f(ai)te le(ur) 
est(re) tirée h conséquence, ainçois les enfranchir et descharger; 

— Et mesm{e) à la requeste de n{ot)re très chère et très amée 
seur et compaigne la duchesse qui de ce nous a supplié et requis^ 

— de l'avis et délibérat(i)on de n(ot)re conseil, — en déclerant 
sur ce n(ot)re intention, la descharge de n(ot)re conscience et 
po(ur) autr(e)s caus(e)s à ce nous mouvans ; avoiis ordonné et 
ordon(n)ons par ces p(rése)ntes q(ue) nosd(its) supplians ne paient 
ne ne cont(ri)buent doresnavant à la d(it)e répa(ra)t(i)on, en 
aucu(n)e mani(èr)e ; et les enfranchissons et quittons p(ar) ces- 
di(tes) p(rése)ntes, en deffendant et deffendons à nosd(its) cap- 
p(itain)e, receve(ur), p(ro)cure(ur), contrerolle(ur) et mise(ur), 
p(rése)nt et avenir des den(iers) ordonnez h la répa(ra)tion de 
n(ot)re d(ite) ville dud(it) lieu de Guérande et à ch(ac)un en 
son temps de non les y contraind(r)e ne compeller et de non 
aucu(n)e chose le(ur) en dema(n)der ne faire paier au temps 
avenir, quelq(ue) chose qu'ils en ayent paie es temps passé ou 
q(ue) à telle cause ilz aient été estaillez ou imposez. — Et si 
aucune chose en doivent, le le(ur) avons remis et quitté, remet- 
tons el quittons p(ar) ces p(rése)ntes en pitié et en aumosne, en 
vous mandant et mandons, et à ch(ac)un de vous, de ceste 
n(ot)re p(rése)nte grâce, et du contenu et elTect de ces p(rése)ntes 
q(ue) vous facié souffrir et laissié jouir et user nosd(ils) supplians 
plainem(en)t et paisiblem(en)t, cessans touz empeschem(en)s à 
ce contraires. — Car ainsi le voulons et nous plaist, nonobstant 
q(ue)lq(ue)conq(ue)s l(ett)res impétrées données ou à donner, 
quelles si aucunes sont, cassons et annulions et voulons est(re) 
de nul effect à ce contraires ou dérogatoires. — Donné en n(ot)re 
ville de Vannes, le xxviij*^ jour de novembre, l'an mil quatre 
c(ent) cinquante-quatre. — [ajouté] — Et voulions que plaine foy 



— 253 — 

soit adjoustée aux vidimus d'icelles soubz scel autantique comme 
au p(rése)nt original donné comme dessus. — Pierre ^. — Par 
le duc, de son commande(me)nt, — E. de Boitiés('). » 

Ces lettres sont caractéristiques. Elles nous montrent Saint- 
Nazaire en lutte ouverte avec Guérande, et obérée à ce point par 
sa propre défense que s'il fallait encore être « contributif » à 
quarante livres monnayées pour la réparation des fortifications 
de l'ancienne cité épiscopale, mieux vaudrait aux paroissiens de 
Saint-Nazaire quitter leur sol natal et s'en aller vivre ailleurs. 
Grâce à la bienveillante intervention de la bonne et sainte du- 
chesse Françoise d'Amboise, de vénérable mémoire, ils obtinrent 
enfin gain de cause. Mais hélas ! ce ne fut pas pour longue durée. 
Quarante ans ne s'étaient pas encore écoulés que les Guérandais 
leur enjoignirent de venir « bêcher es douves » de leurs rem- 
parts. Il fallut des lettres formelles de la jeune duchesse Anne, 
bientôt fiancée à Maximilien d'Autriche, pour les délivrer de celte 
obsession. 

« Anne, par la grâce de Dieu, duchesse de Bretaigne, com- 
tesse de Montfort, de Richemont, d'Estampes et de Vertus, à 
tous ceulx qui ces p(rése)ntes l(ett)res verront, salut. — De la 
part de noz subgectz les parroessiens manans et habitans de la 
p(a)roisse de Saint-Nazaire, nous a esté humblement remonstré 
que dès le xxiiij*^ jour de novembre l'an que dit fut mil iiij*^ cin- 
quante et quatre, feu n(ot)re très cher et très amé fr<ère) et oncle 
le duc Pierre, que Dieu absoulle, par ses l(elt)res et mandem(en)s 
patens et pour les causes y contenues, franchist et exempta nos- 
d(its) subgectz de toute contribution et ordonn(en)ce qui par noz 
capitaine et officiers de Guerrande eust peu pour le temps lors 
avenir avoir esté faicte sur nosd(it)s subgectz pour la répa(ra)cion 



(1) Ce de Boitiés est très-probablement l'un des ancêtres de M. de 
Bouëtiez de Kerorguen, Tavocat lorientais, auteur des Recherches sur les 
États de Bretagne (Paris, Dumoulin, 1875,2 vol.in-8°), dont les archives de 
famille remontent jusqu'à un secrétaire du duc François II. 



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et empareraent (*) de n(ot)re dite ville, ainsi que apert par ung 
vidimus dudit mandem('(n)t fait par n(ot)re court de Guerrande 
le vingt et deu(xièm)e jour d'avril de l'an cinquante huict, passé 
dev(anl)..., et scellé du seau des actes de n(ot)re d(!te) court, 
duquel vidimus nosdictz subgectz ont aparu a suffire, — et que, 
de la dicte franchise nosd(ictz) subjetz depuis ledit temps ont 
toujours jouy jusques apuis naguères que noz capitaine et officiers 
dudit lieu de Guerrande les ont voulu contraindre à venir répa- 
rer les fousses et les douves de n(ot)re d(it)e ville, et contribuer 
aux mises de la réparacion d'icelle, quelle chose leur ceré ù grand 
préjudice et domaige, — obstant mesmes les grandes pilleries et 
oppressions qu'ilz ont eu et soustenu durant ceste dernière guerre, 
par les Aulonnayes (^) qui vindrent par mer h l'entrée de la rivière 
de Loire, et aussy les grandes charges qu'ilz ont p(rése)ntement 
à porter, tant à la soulde de leurs francs archers que au(tr)cs 
subcides, — nous suplians qu'il nous plaise sur ce leur pourveoir 
de remède convenable, humblement nous le requérant. — • Pour 
QUOI, NOUS, les dictes choses considérées, vouliant ensui(v)r(e) 
le bon voulloir et intention de n(ot)re dit oncle, et pour autres 
causes à ce nous mouvans, avons aujourd'huy par délibéra(ti)on 
de n(ot)re conseil, confirmé, loué et aprouvé, confirmons louons 
etaprouvons ladite franchise; voulions et voulions qu'ilz en jouis- 
sent plainement et paisiblement au désir d'icelle, et de ce voul- 
ions que nosdictz subgectz puissent jouir et leurs successeurs 
après eux, chacun en son temps. — Gy donnons en mandement 
à noz capitaine, séneschal, alloué, lieuten(ant), procureur, con- 
troUeur, receveur et (mi)seur de notre dite ville de Guerrande de 
présent, à ceulx qui pour le temps avenir le seront et h chacun 
en droit soi, si comme l\ lui apartiendra, de cette présente fran- 
chise faire souffrir, jouir et user nosd(ils) subgectz ainsi qu'ilz 

(') Nous avions lu par erreur empavemenl, lorsque nous publiâmes celte 
charte dans la Jievue de Bretagne. Ce mot n'existe pas dans le vocabulaire 
de l'époque. 11 faut lire emparement,ce qui constitue un sens tout différent, 
car il s'agit non pas ùp, pavés, mais d'additions aux remparts. 

(2) Peut-être les habitants d'Olonne, près les Sables d'Olonne (Vendée). 



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ont par cy devant fait au moien de la d(ite) franchise de n(ot)re 
d(it) oncle, sans les contraindre et compeller d'aller ne envoier à 
la d(it)e réparacion ne y contribuer en mise ne aucune manière. 

— Cy gardez que en ce n'ait faulte, — car c'est notre plaisir, — et 
voulions que au vidimus de ces p(rése)ntes retenu soubz scel des 
actes de n(ot)re conseil ou de nos cours, plaine foi soit ajouslée 
comme à ce p(rése)nt. — Donné en n(ot)re ville de Rennes, le 
xxviij''^ jour de Janvier l'an mil iiijc iiijxx neuff (1489). — Anise, 

— Parla duchesse, de son commandement. — G. Richart. » 

Il est à remarquer que ce document, daté du 28 janvier 1489, 
doit être effectivement, d'après la supputation chronologique 
actuelle, reporté à l'année 1490. En effet, on ne commençait 
alors l'année qu'à la solennité de Pâques, qui n'arriva que deux 
mois plus tard. Ces lettres d'Anne de Rretagne étaient très-expli- 
cites; néanmoins elles ne calmèrent pas l'insatiable avidité des 
Guérandais, qui taxèrent de nouveau les gens de Saint-Nazaire 
l'année suivante. On eut de nouveau recours 5 la duchesse; mais 
il paraît que le curage des douves guérandaises était devenu une 
îifîaire de sécurité publique pour toute la presqu'île, car cette 
fois les prétentions de l'antique cité furent admises, mais pour ce 
cas particulier seulement et « sans tirer à conséquence ». Les 
nouvelles lettres de la duchesse Anne sont curieuses en ce sens 
qu'elles nous ont amené à la recherche de la solution d'un problème 
de chancellerie assez inattendu, que nous exposerons après les 
avoir reproduites : 

« Maximilian et Anne, par la grâce de Dieu roy et royne des 
Romains, ducs de Rretaigne, etc. A tous ceulx qui ces p(rése)ntes 
l(ett)res verront, salut. — De la part de nos subgectz les paroes- 
siens contributifs à fouaige de la paroesse de Sainct-Nazaire, 
nous a esté remonstré que autreffois, par nos prédécesseurs, ils 
ont esté franchiz et exemptez d'aller bêcher es douves de n(ot)re 
ville de Guerrande, et que dempuis avons confirmé la d(ite) fran- 
chisse ; et néantm{oin)s n(ot)re capitaine de Guerrande veult et 
s'efforce les contraindre à bêcher esd(ites) douves, qui lc(ur) 



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tourneroit à très grant préjudice et domaige. — Nous supliant 
qu'il nous plaise sur ce leur po(ur)voir de remède convenable, 
très humblement nous le requérant. — Pour qiioy^ nous^ les 
d(iles) choses considérées, voullant nosd(its) subgectz maintenir 
et entretenir en leurs libériez et franchises, et pour autres causes 
à ce nous mouvans, voulions et ordonnons par ces p(rése)iites 
que, quelque contrainte qui soit ou puisse estre faicte à nos d(its) 
subgects d'aller à la d(it)e bêche, soit po(ur) ce p(rése)nl affaire 
seullement, sans ce que en l'avenir il leur puisse porter aucun 
préjudice, ne que n(ot)re d(it) capitaine ne autres le puissent 
attirer à aucune conséquence. Et po(ur) valloir à nosd(its) sub- 
jectz le(ur)s avons baillé ce par nos p(rése)nles l(ell)res. — Car 
c'est n(ol)re plaisir. — Donné en n(ol)re ville de Rennes soubz 
les seign et scel de nous. — Anne — le xix'^ jour de avril l'an 
rail iiij c iiijxx (1480). — Par la royne, en son conseil — 
G. Richart. » 

Le problème consiste dans la recherche de la date exacte de 
cette pièce, qui est parfaitement authentique et ne permet pas de 
lire autre chose que mil iiij cent iiij vingt. Elle doit cependant 
dater, d'après notre supputation chronologique actuelle, de 1491. 
En effet, on sait, d'après des documents irrécusables, qu'Anne de 
Bretagne, née à Nantes le 25 janvier 1477 (style actuel), ne de- 
vint duchesse qu'à la mort de son père, le duc François II, le 9 
septembre 1488. Elle fut ensuite fiancée à Maximilien d'Autriche 
qu'elle épousa par procureur à Rennes le 19 décembre 1490, et 
son mariage définitif avec le roi de France, Charles VIII, fut 
célébré le 6 décembre 1491. Par conséquent, le document qui 
précède ne peut absolument trouver place qu'entre ces deux 
dernières dates; et puisqu'il est du 19 avril, Pâques se trouvant 
en 1491 le 5 avril, il ne peut être daté d'après la manière dont 
nous supputons le temps aujourd'hui que du 5 avril 1491. 

Voici comment M. Arthur de la Borderie, à qui nous avons 
soumis le problème, nous explique très-judicieusement l'erreur du 
secrétaire de la chancellerie ducale. La charte avait été rédigée 
très-peu de temps avant Pâques, probablement dans les derniers 



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jours du mois de mars, car on remarque deux encres très-diffé- 
rentes, l'une très-noire et l'autre presque blanche dans son expé- 
dition. Or, l'encre noire qui forme le corps de la pièce avait laissé 
en blanc la date du mois et n'avait écrit pour l'année que mil 
iiij c iiijxx, parce que, Pâques étant proche, on ne savait pas 
encore s'il faudrait ajouter dix ou wize. Au moment de sceller la 
pièce, le secrétaire de la chancellerie, G. Richart, la signa, rem- 
plit le blanc de la date du mois, ajouta le visa des mots interli- 
gnés, en un mot paracheva la pièce, mais il ne remarqua pas que 
le millésime de l'année était incomplet et le laissa tel quel. Cet 
oubli est d'autant plus curieux à noter qu'un grand nombre de 
documents officiels qui se réfèrent à notre charte et que nous 
aurons h citer plus tard lui donnent tous la date de 1480. On 
s'est borné à la copier servilement, sans s'apercevoir qu'Anne 
de Bretagne n'était pas duchesse à cette époque. 

III 

LOUIS XII ET HENRI IV. 

Les missives d'Anne de Bretagne ne furent bientôt plus suffi- 
santes. Vers l'année 1507, maître Antoine Force, fermier des 
impôts ordonnés pour les réparations des murailles de Guérande, 
intenta un interminable procès à Jehan Halgan et à plusieurs 
autres habitants de Saint-Nozaire, qui se retranchaient derrière 
leur privilège. On remonta jusqu'au roi Louis XII, second mari 
de la duchesse Anne ; et le Père du peuple^ pendant un voyage à 
Nantes en 1507, coupa court à toutes ces difficultés en les ren- 
voyant en dernier ressort devant le sénéchal de Guérande, par 
les lettres suivantes, qui présentent un fort curieux tableau de la 
procédure de cette époque: 

« LOYS PAR LA GRACE DE DiEU, ROY DE F