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Full text of "Bulletin Société Agricole, Scientifique et Litteraire des Pyrenees-Orientales"

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SOCIÉTÉ 

AGRICOLE, SCIENTIFIQUE 

ET LITTÉRAIRE 

DES PYRÉNÉES-OllIENTALES. 



DOCZIKMB VOLUME. 




PEï^^MGNAN, 

IMPRIMERIE DE J.-B. ALZINE, 
Rue des Trois-Rois, I. 

ISGO. 



^ 






^ ^ 



SOCIETE DES PYRENEES-ORIENTALES. 



XII. 



La Société n'entend approuver ni improuver les opinions 
émises dans les travaux qu'elle publie : elles appartiennent à 
leurs auteurs qui en sont seuls garants. 



Les lettres, mémoires, etc., etc., doivent être adressés (franc 
de port) à M. Louis Fabre, Secrétaire de la Société, rue 
Traversière-de-l'Ange, 4; et les objets d'histoire naturelle à 
M. CoMPANYO, Conservateur du Cabinet, place Laborie, 5, à 
Perpignan. 




SOCIÉTÉ 



AGRICOLE, SCIENTIFIQUE 

ET LITTÉRAIRE 

DES PYRÉNÉES-OIUENTALES. 



Uf0.ati2±iu'^ ■r<DXJHU'£^ 



Faisons tous nos efforts pour qa'oa puisse 
(lire un jour : Il y eut à Perpignan une société 
d'Iiomnies à intentions généreuses, dont les 
travaux furent utiles à leur pays. 

( Jaubert de Réart, I" BulleliD, p. i. ) 




PERPIGNAN, 

IMPRIMERIE DE J.-B. ALZINE, 
Rue des Trois-Rois, \ . 

I S60. 






4â^^ 



SOCIETE 

AGRICOLE, SCIENTIFIQUE a LITTÉIUIliE 



DES PYRENEES-ORIENTALES. 



COMPOSITION DU BUREAU TOUR LES ANNÉES 



1859. 

Président: M. LLOUBES (Augcste), 
îj>, b;in(|ui«r, aiuit'ii maire de la 
ville, membre du Conseil-Général 
d'Agriculture et du Conseil-Géné- 
ral du département. 

yice-Pré^ideiit : ÎM. Companvo, père, 
docteur-médecin, conservateur du 
Cabinet dMiistoire naturelle. 

SecTélaire : RI. Fabre (Louis) , pro- 
fesseur de troisième et de commerce 
au Collège. 

yke-Secrétaire : M. Alaot, secrétaire 
de rinspecteur d'Académie. 

Trésorier : M. Siau (Antoine), négo- 
ciant. 

Archiviste : i\I. SiiivEX (Joseph) éco- 
nome des Hospices. 



1860. 

Président : M. LLODBES (Aususte), 
'^ . banquier, ancien maire de la 
ville, membre du Conseil-Général 
d'Agriculture et du Conseil-Géné- 
ral du département. 

Vice-Président : M. Companyo , père, 
docteur-médecin, conservateur du 
Cabinet d'bistoire naturelle. 

Secrétaire: M. Fabrk (Louis) , pro- 
fesseur de troisième et de commerce 
au Collège. 

Vice-Secrétaire : M. Alart, secrétaire 
de l'Inspecteur d'Académie. 

Trésorier: M. Siau (Antoine), négo- 
ciant. 

Arcliivisle : M. l'abbé Delhoste , vi- 
caire à la Cathédrale. 



C0.M1TE DE REDACTION 



1859. 

M. l'abbe I'incs, chanoine, supérieur 
du Graml-Séininuire. 

M. l'abbé IJensa, chanoine honoraire, 
prof, de philosophie et de théologie 
au Grand-Séminaire de Perpignan. 



1860. 

RI. l'abbé Fines, chanoine, supérieur 
dn Grand-Séminaire. 

RI. l'abbé Bensa, chanoine honoraire, 
prof, de philosophie et do Ihéidogie 
au Grand-Séminaire de Perpignan. 



SÉANCE PUBLIQUE DU l^-" AOUT 1858. 



PRESIDENCE DE M. AUGUSTE LLOUBES. 



La Société a tenu le 1" août sa séance annuelle pour 
la distribution des primes accordées sur les fonds du 
département, pour l'amélioration de l'espèce bovine, et 
elle a distribué dans celle même séance divers encoura- 
gements. La chaleur proverbiale du mois d'août n'avait 
pas empêché un auditoire nombreux de venir assister à 
cette fête modeste, qui a toujours le privilège d'intéresser 
vivement. 

La musique des élèves des Frères de la Doctrine 
Chrétienne s'est fait entendre, à plusieurs reprises, avec 
beaucoup de succès. 

Les autorités du département et de la commune étaient 
représentées, et siégeaient avec les membres du bureau. 

M. Auguste Lloubes, président, a ouvert la séance par 
l'allocution suivante : 

« Messieurs, 

« C'est avec juste raison que notre époque peut s'enor- 
gueillir des ctlorts qu'elle lait, sous rius[)iralion d'un 
gouvernement éclairé, pour faire pénétrer le progrès dans 



IX 

toutes les industries qui sont du domaine de l'activité 
humaine. De quelque côté (juc nous tournions nos re- 
gards, nous trouvons l'initiative gouvernementale ou 
l'initiative individuelle se posant le proMème du mieux, 
et poursuivant sa mission avec une loi et une énergie 
sans précédents. 

Pour ne parler que de ce qui rentre plus spécialement 
dans notre sujet, nous vous dirons avec quelle persévé- 
rance on poursuit les progrès agricoles, et avec quel 
soin tout particulier on organise les moyens de les pro- 
voquer dans les Concours régionaux, dont l'efiicacité est 
reconnue; et l'heureuse pensée à qui nous les devons, 
a, tout à la fois, rendu hommage au caractère français', 
si avide de luttes intellectuelles et de distinctions hono- 
rifiques, et fourni à l'agriculture un U vier des plus puis- 
sants pour obtenir les améliorations qu'elle appelle de 
tous ses vœux. 

« Dans ces luttes pacifiques, où les concurrents n'ap- 
portent que des dévouements, le succès du but proposé 
ne peut être douteux; et à côté du bien agricole qui en 
résulte, il en est un tout aussi grand, celui que retirent 
toujours de leur communication des hommes mis en 
contact et obligés de se connaître et de s'apprécier. 

« La Société des Pyrénées -Orientales a compris, dès 
le début, toute l'importance des Concours; et, dès ipie la 
région à laciuelle elle a été rattaclK'o a été définitivement 
fixée, elle s'est empressée de demander à Son Excellence 
Monsieur le Ministre de TAgricuIture do vouloir biin 
désigner Perpignan pour la tenue, en l<S()t2, du Concours 
régional du Sud-Est, (jui com|)rend onze départements. 
Son Excellence vient de nous faire connaître que cet acte 



X 

(le justice distribulive aura lieu. Les afjriculleurs en 
seront prévenus en temps opportun; et comme la lutte 
sera grandiose, ce sera au département à se tenir à la 
hauteur de sa réputation. Ce ne sera pas aux tours de 
force qu'il faudra viser, mais aux améliorations que la 
pratique peut accepter facilement ; ce ne sera pas aux 
races d'animaux les plus en renom ailleurs qu'il faudra 
s'adresser toul d'aboid, il conviendra de procéder par tâ- 
tonnements et de ne présenter avec un brevet de naturali- 
sation que les races éprouvées pendant deux ans au moins 
par le climat, la prédominence de la chaleur ou de l'hu- 
midité dans l'atmosphère, exerçant une influence décisive 
sur les caractères particuliers à chaque espèce. Qu'il 
nous soit permis de dire, à cette occasion, que le pro- 
grès le moins contestable, est celui qui consiste à obtenir 
des espèces indigènes les types les plus parfaits: on peut 
alors essayer avec fruit des races nouvelles, et arriver par 
voie de comparaison à faire des choix judicieux. 

« La Société des Pyrénées-Orientales, en demandant 
un Concours, a rempli une partie de la tâche qu'elle s'est 
imposée, et dont depuis vingt-cinq ans elle poursuit 
l'accomplissement avec une union qui fait sa force et 
que n'ont pu ébranler les dissentiments politiques, qui 
n'ont jamais franchi le seuil de cette enceinte, où elle 
délibère dejjuis un quart de siècle. C'est fière de ses 
intentions, qu'elle s'adresse à ses concitoyens, pour leur 
demander de la seconder; c'est (ière des adhésions 
qu'elle reçoit, qu'elle fait appel à toutes les intelligences 
et qu'elle est heureuse de les admettre dans son sein. 
La publication de ses travaux annuels, en mettant en 
relief l'aptitude de ses membres, la fait connaître au- 



XI 

dehors, et lui vaut l'échange empressé des Bulletins des 
Sociétés françaises et étrangères. 

« Elle poursuit lentement, mais d'une manière sûre, 
la mise on lumière des diverses richesses de notre beau 
département. Des commissions qui ont eu pour organe un 
rapporteur aussi dévoué que consciencieux, ont publié la 
statistique des cultures niaraichères et de l'éducation des 
abeilles; elles vont entreprendre prochainement le grand 
travail de la statistique des éducations bovine, ovine et 
[torcine. 

« La Société a procédé avec une extrême réserve k 
l'égard de toute innovation. Elle a eu à se prémunir 
contre l'esprit de système d'une part, et d'autre part 
contre l'enthousiasme qui entoure d'ordinaire ce qui est 
nouveau. Avant de détendre la cause du sorgo, elle a 
voulu connaître cet enfant du tropique dont on racontait 
tant de merveilles, et la notice publiée par un de ses 
membres, a démontré que l'on exagérait les qualités 
d'une plante qui restera cependant une bonne acquisition 
pour l'agriculture. Avant de se prononcer j)our aucun des 
systèmes inventés pour le battage des céréales, elle a 
attendu que l'expérience en eût été faite d'une manière 
répétée; et si elle encourage des essais utiles, son juge- 
ment reste en suspens, la j)ratique étant loin davoir dit 
son dernier mot. Avant de roc^omniander une méthode 
pour le traitement de la ntaladie de la vigne, elle a 
attendu qu'une commission d'hommes compétents, prise 
dans son sein, eût, dans un rapport lucide, constaté que 
les viticulteurs reconnaissaient le soufre comme le meil- 
leur curalif, et son enq)loi préventif, préconisé par 
M. Lallorguc , comme le plus cllicace. 



XII 

« Si, par nuire organe, elle invoque son passé, ce n'est 
point pour on tirer vanité, car elle croit n'avoir rempli 
qu'un devoir; mais c'est alin (rappeler sur ses actes le 
jugement des hommes impartiaux. 

« Il nous est dillicile dans cette circonstance, qui ne 
se produit qu'une Ibis l'an , dussions-nous nous faire 
accuser de monotonie, de ne pas parler de l'oïdium 
dans un déparlement dont la vigne couvre un quart de 
la surface arable. 

« I.a Providence, dans ses impénétrables desseins, nous 
a envoyé une abondante récolte de raisins : est-ce le pré- 
lude d'un décroissement marqué de la mucédinée? C'est 
l'opinion de beaucoup d'agronomes. Deux soufrages pré- 
ventifs ont généralement suffi pour préserver le raisin de 
toute infection; et comme tout se lie dans l'enchaînement 
des faits heureux, on a beaucoiq) soufré parce qu'il y avait 
beaucoup de raisins, et il se récoltera beaucoup de raisins 
parce qu'on a beaucoup soufré. Vienne maintenant une 
protection douanière ardemment réclamée par tout ce 
qui produit, et l'aisance disparue des campagnes y re- 
viendra petit à petit, car- le vide qui s'est fait ne peut 
être comblé de sitôt. 

« Il convient de dire que la calamité qui s'est abattue 
sur les vignobles de France, a éveillé toutes les sympa- 
thies de ceux qui pensent ou qui ont le droit d'agir. Les 
droits d'entrée sur le soufre ont été réduits; la science 
a, dans ses laboratoires, analysé ce précieux minéral, et 
elle vient de doter la société d'une découverte du plus 
haut intérêt. M. Chansel, professeur à la Faculté des 
Sciences de Montpellier, est arrivé, à force d'observa- 
tions, à inventer un instrument, aussi simple que précis, 



XIII 

pour connaitJT la nature, la qualité et la vertu du soufre. 
La tromperie ne sera plus possible avec cet indicateur, 
dont le prix est fort modique. 

« La vigne n'4 pas été seule à annoncer d'abondants 
produits, les arbres Iruitiers ploient sous leur riche fardeau, 
et la locomotive impatiente, dont l'écho nous apporte les 
sifflets, attend chaque jour pour l'emporter dans son vol 
rai)ide le charyemcnl que les maraîchers lui confient. 
Les bienfaits de l'ouverture de la voie ferrée ne seront 
guère sensibles que dans un an. 

« C'est aux cultivateurs , maintenant , à étudier le 
goût des consommateurs du dehors, à cueillir les fruits 
h la main, à ne planter que de bonnes et belles espèces, 
et à choisir ()arnii celles-ci les plus hâtives. Un mauvais 
arbre demande autant de place et de soins que s'il était 
bon. Le jardinage proprement dit aura aussi une très- 
large part dans l'exportation: nous savons que nos ma- 
raîch(M's apprécient toute l'importance des semis hâtifs 
et des abris contre l'impétuosité des vents, et que leur 
intelligence des cultures les mettra à même d'obtenir 
une grande précocité dans leurs produits. Dans certains 
cas, le bas prix du tiansport des fumiers par chemin 
de fer, pourra leur permettre de s'en procurer à Nar- 
bonne. 

« Entrevoyons donc des jours plus riants en présence 
de ces indications d'abondance, qui semblent annoncer le 
terme procl^in d'une crise mystérieuse de la végétation 
tout entière, et admirons la main de Dieu, qui nous pose 
ces allernativos d'heur et de malheur, comme un frein 
pour nous faire rentrer dans la voie de la sagesse dès 
que nous voudrions nous en écarter. » 



XIV 

M. Companyo père a lu ensuite un mémoire sur l'in- 
dustrie séiicicole. Il a développé avec méthode les pro- 
ijrès de la maladie (|ui sévit si cruellement sur ll'espèce 
bombycine. 11 a lait ressortir rim[)ort^nce relative du 
succès obtenu par M. A de Gonsalvo, d'Estagel, dans 
son élève de vers à soie. 

M. Tastu-Jaubert, dans deux rapports élégamment écrits, 
a exposé les perfectionnements apportés par M. Raymond 
Bert, dans la fabrication du chocolat, et l'invention de 
MM. Rouflia frères, pour donner au papier à cigarettes 
un parfum aussi agréable que salutaire. 

M. Alart a lu des fragments d'une notice sur les ancien- 
nes concessions de vacants, en Roussillon, au ix^ siècle. 
Cette esquisse, qui a fait ressortir une fois de plus l'éru- 
dition de M. Alart, a été écoutée avec un intérêt soutenu. 

M. l'abbé Delhoste a exposé, dans un langage simple 
et élégant, l'état de la récolte des céréales pour l'année 
1858. Ses documents, puisés à bonne source, établissent 
que l'on n'a pas h redouter que le blé vienne à faire défaut 
a la consommation. 

M. Tastu-Jaubert a repris la parole pour rappeler que 
le jeune Isidore Borrell persévérait dans la voie qui doit 
faire de lui, un jour, un sculpteur qui honorera son pays, 
et il a demandé pour lui un rappel de médaille. 

M. Crova a lu, au nom d'une commission dont il était 
l'organe, un rapport détaillé sur le rouleau perfectionné 



XV 



de M. V.lallonguc. Cet inslrument, qui fonctionnaii pour 
la première fois, constitue un progrès, et paraît appei,> 
a rendre des services aux agriculteurs qui pourront en 
faire l'acquisition pour le hattage des céréales. L'asso- 
ciation pourra, du reste, alléger les charges qu'impose 
toujours la pro.uiérc mise de fonds pour l'achat d'une 
machine, et l'emploi pourra alors s'en populariser. 

La Société a reconnu qu'elle devait récompenser Mon- 
sieur Vilallongue de son heureux perfectionnement Elle 
lui a accordé une médaille d'argent, grand module. 

Elle a voulu aussi récompenser MM. de Gonsalvo Bert 
et Rouilla frères : elle a remis à chacun d'eux une mé- 
daille de bronze. 

M Isidore Borrell a été aussi l'objet d'une distinction 
en obtenant un rappel de médaille. 

La distribution des primes a immédiatement suivi et la 
somme de 1.980 francs a été répartie entre les éleveurs 
du département qui ont été reconnus les plus dignes lors 
du concours de 18o7. 



ITl 



SÉANCE PUBLIQUE DU 51 JUILLET 1859. 



PRÉSIDENCE DE M. AUGUSTE LLOUBES. 



Comme d'Iiabitiule, la Société a tenu sa séance publique 
annuelle, le dernier dimanche de juillet, pour la distribu- 
tion des primes et autres récompenses accordées par le 
Gouvernement et par la Société elle-même. M. le Préfet, 
absent de Perpignan , était représenté par M. de Çagar- 
riga, secrétaire-général de la Préfecture, qui occupait 
une des places d'honneur près de M. le Président, ainsi 
que M. Saisset, adjoint à M. le Maire de Perpignan, 
et la séance s'est ouverte à deux heures de l'après-midi, 
devant un auditoire nombreux. 

Dans un discours plein d'idées élevées et dans un lan- 
gage que tout l'auditoire a compris, M. le Président a, 
successivement, passé en revue toutes les questions 
agricoles, industrielles et économiques, qui peuvent in- 
téresser l'opinion publique du département. 

M. le Président s'est exprimé ainsi : 

« Messieurs, 
frNous vous annoncions il y a un an, avec un véritable 
bonheur, que Son Excellence Monsieur le Ministre de 
I Agriculture, avait, sur notre demande, promis au dé- 



XVII 



parlement la tenue du Concours régional pour 1862 : 
sa promesse s'est réalisée. Les prétendants ii la prime 
d'honneur pourront faire parvenir, au plus tard le l^r 
mars 1861 , leur demande a la Préfecture. Les fermes 
qui concourent sont examinées un an à l'avance. Nous 
espérons que , comme dans les autres départements , les 
concurrents seront nombreux. La variété et l'importance 
de nos cultures ouvrent les portes des concours à beau- 
coup d'agriculteurs. Le but de l'institution est d'encou- 
rager ceux qui font beaucoup avec peu et qui le font bien, 
l'amendement des terres, leur bon état, l'entretien d'un 
cheptel au-dessus des besoins de la ferme, l'extension 
des cultures fourragères, la tenue d'une comptabilité 
quelconque qui permette au cultivateur de se rendre 
compte, l'introduction d'animaux perfectionnés, l'adop- 
tion d'instruments nouveaux reconnus utiles, la bonne 
confection des fumiers, sont les éléments principaux qui 
fixent l'attention du Jury. 

« C'est une grande récompense que la prime d'hon- 
neur; nous sommes certain qu'elle sera brillamment 
disputée. Mais avant cette é|»0(pie, le département ne 
doit pas s'elVacer aussi complètement qu'il l'a fait pour 
ses produits au Concours de Carcassonne. Les blés, les 
vins, les huiles, les laines, les soies, le miel, y auraient 
occupé une place d'honneur, nous pouvons le dire, nous 
étions du Jury. A Montpellier donc en 1860 , pour 
prendre la revanche. Il est juste de dire toutefois que 
certains de nos éleveurs ont brillé d'un éclat qui se sou- 
tiendra nous l'espérons; ils feront revivre la vieille répu- 
tation du Roussillon, où venaient s'approvisionner, il y 
a un siècle, tous ceux qui, en France et jusqu'au fond 

b 



xvm 



de TEurope , voiilaieiit obtenir la race luériiic pure |)(>ur 
raniélioratioii des espèces ovines indigènes. C'est du 
Roussillon (jue sont sortis les premiers béliers cl brebis 
mérinos qui ont produit ces belles laines du nord , qui 
n'auront bientôt plus de rivales, grâces à Tiiabileté des 
cultivateurs. 

« Nous savons que Ion se plaint généralement de lin- 
succès de l'éducation des animaux de l'espèce ovine, que 
l'on prétend ne garder que pour le fumier qu'ils produi- 
sent. Mais est-il bien démontré que cette éducation soit 
faite comme il convient? Pour élever des animaux do- 
mestiques, il faut les avoir étudiés, connaître leurs mœurs 
et leurs maladies et les causes qui les produisent. Com- 
bien de propriétaires ont-ils fait cette élude et où leurs 
bergers ont ils pu la faire? Des préjugés, voila leur guide 
principal ; aussi avons-nous beaucoup de gardiens de trou- 
peaux et peu de bergers. Sans avoir la sotte prétention de 
nous ériger en professeur, nous croyons pouvoir signaler 
deux des défauts principaux de notre éducation : sans 
aborder la question capitale de l'amélioration , l'insulli- 
sance de nourriture, une stabulation vicieuse qui, dans un 
pays très-chaud, prive d'air des animaux que la nature a 
garantis du froid et les fait croupir sur leurs fumiers. 
Cette question nous amènerait trop loin, si nous voulions 
la développer. La Société s'emparant des idées du Gou- 
vernement qui, dans les faits agricoles, veut que les 
récompenses arrivent partout où elles sont méritées, a 
découvert un bon paysan qui dans sa modeste position 
fait bien , et elle va le récompenser. 11 a introduit et 
multiplié la race barbarine. Elle a ses dél'auts et ses 
qualités, mais les dernières l'emportent sur les premiers. 



Elle esl très-tV'coiule. Les agneaux, jdmeaiix toujours, se 
vendent 7 francs en naissant, !20 francs à deux mois et 
demi, 00 francs à un an, et a cet âge, la boucherie les 
immole comme moulons; c'est deux tiers d'avance sur 
les autres races, dont les moulons ne sont faits qu'à l'âge 
de trois ans, et valent alors 40 francs au plus. Nous 
croyons que les agriculteurs feront bien d'étudier cette 
espèce, sans négliger cependant celles que nous con- 
naissons, et dont nous devons viser a présenter on 1862 
des types parfaits. 

« La Société fera lous ses efforls pour qu'il soit joint 
au Concours régional un Concours de l'espèce chevaline 
et une exposition de l'industrie ; elle promet dès ce mo- 
ment une exposition maraîchère et florale , et elle espère 
d'avance être secondée dans ses bonnes intentions. 
Nous avons une grande réputation au-dehors, il convient 
de la justilier. Au point de vue agricole, on jugera de 
nos eflbrls par les diflicultés que nous avons à vaincre, 
et dont certaines nous sont communes avec d'autres 
contrées. 

« Parmi celles-ci , la maladie des vers à soie et celle de 
la vigne causent un véritable dommage aux agriculteurs, 
donnnage qui s'accroit delà sécheresse, des intenqjéries, du 
bas prix des denrées, des mal-façons de la main-d'œuvre, 
réunion de fléaux qui font de l'agriculture, la plus précaire 
des professions. Dans un pays d'organisation rationnelle 
comme le nôtre, on doit s'attendre à une protection des 
plus ellicaces. L'Klal nous l'accorde, il faut la demander 
aux autres pouvoirs publics. L'agitation provoquée à l'oc- 
casion du déficit successif de plusieurs récoltes de blé, a 
fait craindre un instant que ceux (|iii voulaient le triom- 



XX 

plie (l"une théorie, ne l'emportassent sur la niasse des 
producteurs, qui voulaient conjurer une ruine. Mais le 
Gouvernement, voulant de bonne Coi être éclairé, les 
efforts des conseils généraux, des sociétés d'agriculture, 
d'Iionimes considéraliles, leur iiersévérance, les })rotes- 
tations venues de tous les points de l'Empire, ont fait que 
cette grave question a été examinée sous son véritable jour; 
l'échelle mobile a été maintenue en principe; l'agriculture 
a été sauvée d'un désastre, grâces en soient rendues à tous 
ceux qui y ont contribué. 

« Tout n'est pas fait cependant , si le blé national est 
protégé contre le blé étranger; il faut aussi qu'il soit 
protégé contre la mauvaise farine nationale, qui trouve 
d'autant plus de débit dans la boulangerie qu'elle est 
vendue à crédit. C'est d'une police vigilante que l'agri- 
culture attend celte protection : elle l'attend d'elle aussi 
pour toutes les sophistications qui lui causent un préju- 
dice des plus sérieux, telles que celles des soufres, des 
huiles et des vins. Les charges augmentant, le revenu 
doit les suivre, sans cela l'on avancerait au rebours. 

«Comme nous le disions il y a un instant, le déficit 
des soies compte au nombre des perles de l'agriculture : 
les mûriers et les vers a la fois sont malades. L'arbre 
esl atteint comme la vigne; mais le ver? Depuis que la 
science a trouvé le moyen d'agglomérer dans un même 
local des masses énormes de vers, il s'est déclaré des 
maladies qui ne sévissaient pas. La réunion sur un point 
d'un trop grand nombre d'individus de la même es- 
pèce, semble être contre les vœux de la nature; aussi 
les petites éducations réussissenl-elles généralement. Un 
rafiporl à ce sujet va dans un instant jeter du jour sur 



XXI 



celle queslion si intéressanlc. S'il y a eu des mécomples 
pour nos sériciculleurs, ils leur s'ont communs avec tous 
ceux de la France, et le déparlement n'en est pas moins 
aussi propice qu'autrefois a l'éducation de l'espèce bom- 
bycine. 

« L'énumération des pertes comprend encore malheu- 
reusement la vigne: une lueur d'espoir avait brillé l'an 
dernier ; elle s'est évanouie celle année. Ce sont les 
viticulteurs les plus confiants qui sont atteints. Croyant 
à la cessation de l'oïdium, ils n'ont pas soufré préventi- 
vement, et le mal, rebelle à leurs efforts tardifs, a sévi. 
Cette circonstance prouve une fois de plus l'excellence 
du système de M. Lafforgue. On ne peut pas se rendre un 
compte bien exact de l'effet du soufre sur la vigne alors 
qu'on n'y voit aucune trace d'oïdium; mais on ne peut 
contester qu'il ne prédispose les raisins à n'être pas ma- 
lades. Quant à nous, nous croyons à plus que cela, nous 
croyons qu'il détruit l'oïdium qui existe en germe, pour 
n'éclater que lorsque l'état de l'atmosplière lui convient, 
de même que les mauvaises graines qui sont dans le sol 
ne germent que lorsque le moment opportun est venu. 
Il nous semble que pbysiologiquemcnl l'oïdium n'est pas 
suflîsamnienl étudié. C'est, d'après nos observations, 
une végétation parasite du printemps. Elle est commune 
à bon nombre de végétaux; tant qu'on la remarquera sur 
eux dès le mois de mars, la vigne ne sera pas guérie. 
Aussi pensons-nous que ce n'est que pendant le prin- 
temps qu'il faut soufrer les ceps , en commençant de 
bonne beure. Si l'on songe qu'à la Saint-Jean, fin du 
printemps, le bien et le mal sont faits, on reconnaîtra 
que notre observation a quel(|ue fondement. I,es viti- 



XXII 

culleuis expériinenlés seront de notre avis, nous n'en 
doutons pas; ils penseront aussi, comme nous, que le 
soufre doit être employé sans mélange. 

« Qu'il nous soit permis avant de terminer, d'ap{)eler 
votre attention sur une date que nous ne itouvons pas 
laisser passer inaperçue. C'est le 7 novembre 1059 que 
le Roussillon l'ut réuni détinitivement à la France, à la 
première des nations. Cet anniversaire, deux fois cente- 
naire, va sonner dans peu de temps; nous sommes certain 
que comme nous vous le saluerez du fond du cœur, et 
que vous accorderez un souvenir à ceux de nos ancêtres 
qui ont coopéré à ce grand acte. » 

Dans un premier rapport sur l'éducation des vers à soie 
dans k dqxniemcnt en 1859, la commission, dont M. Siau 
s'est fait l'organe , a constaté qu'une amélioration notable 
avait eu lieu, et elle a pu se convaincre que les petites 
éducations ont les plus grandes chances de succès. C'est 
un fait acquis depuis longtemps, et confirmé de nouveau, 
cette année, par les détails que fournit M. Siau sur les 
éducations de MM. Lopez et Trilla, d'Ille; Llopet, de 
Serdinya, et Ange Delpech, de Millas. 

M. Siau a lu un autre rapport sur la fabrication d'ou- 
vrages en bois dans les ateliers de M. Hippolyte Servole, 
situés au faubourg des Tanneries. Les détails intéressants 
sur la vie artistique de M. Servole et sur les divers objets 
qu'il labri([ue, ont été écoutés avec la plus vive attention; 
on comprend qu'avec un maître de ce mérite, et sous 
son habile et patiente direction, les apprentis apprennent 
vite, et la Société n'a pas hésité à leur témoigner sa 



XXIIl 

sollicitude, comme elle le l'era pour (rautres iiultislries 
épjalemeiit mérilautcs, qui exisleul dans la ville de Per- 
pignan. 

La question de la culture horticole a donné lieu à un 
troisième rapport de M. Siau, qui a commencé par signaler 
l'importance, de plus en plus grande, (jue prend la culture 
de nos jardins et celle des artichauts, principalement de 
la variété dite blanche ou des quatre saisons , dont le pro- 
duit s'est élevé à des proportions considérables, depuis 
la lin de septembre jusqu'au 20 mai dernier. 11 injporlait 
de connaître et de récompenser ceux qui , par leurs soins 
intelligents, ont le plus contribué à propager cette culture 
dans notre pays; et il résulte de l'enquête faite par la So- 
ciété, que celte culture, entreprise sur une vaste étendue, 
dès 1818, par Jean Piquet, aujourd'hui décédé, reçut, peu 
d'années après, de plus grands développements par les 
soins d'Antoine Coll, Ignace Figuères et Jean Tarrissou. 
Des récompenses avaient été votées par la Société pour 
consacrer le souvenir des services rendus au Uoussillon 
par ces trois anciens jardiniers. Depuis lors, d'importantes 
améliorations ont eu lieu dans la culture forcée; mais elle 
est encore trop peu étendue dans les diverses parties de 
notre département, où elle pourrait être développée à bien 
peu de frais, favorisée, comme elle l'est, par notre beau 
climat, par nos canaux d'arrosage, et surtout par notre 
position lopographique. Comme preuve de ce que nous 
pouvons espérer dans ce genre, M. Siau cite les noms de 
ceux de nos conqiatriotes qui avaient fourni leurs produits 
pour lexposilion horticole de Carcassoime, et (pii ont 
éh- iiigés dignes de récompenses. IMiisit^irs do nos jar- 



XXIV 

diniers préparent aussi leurs produits pour notre concours 
régional de 18G2, qui pourra largement récompenser tous 
les méritants. 

M. Siau fiiit ensuite connaître le mérite d'une variété 
de fraisier qui avait été également exposée au concours 
de Carcassonne, et que M. Philippe Massot a obtenue par 
riijbridalion du fraisier sauvage de rAlbère,et des grosses 
fraises de Paris, que M. Routfia avait le premier intro- 
duites parmi nous. M. Massot a donné une grande exten- 
sion à cette culture et à celle des asperges de Hollande 
et d'Allemagne, que M. Hippolyte Picas a indroduites 
dans le département. 

M. le Rapporteur fait connaître également l'importance 
de la culture d'asperges deHoUande, pratiquée par M. Jean 
Roquefort, qui avait déjà fourni, pour l'exposition de Car- 
cassonne, des asperges classées au premier rang par le 
Jury. M. Roquefort se recommande à d'autres titres, et 
M. Siau rappelle qu'il a, l'un des premiers, introduit la 
culture des micocouliers dans notre plaine. M. Massot 
s'est aussi fait remarquer par les perfectionnements qu'il 
a apportés à l'industrie des manches de fouet, qui occupe 
environ loO ouvriers dans le département, et fournit par 
an 22.000 douzaines de manches de fouet, d'une valeur 
totale de 200.000 francs. 

M. Siau présente encore une notice sur l'élève de la 
race harbarine, qui offre, sur les brebis ordinaires, des 
avantages qui ont paru évidents à la Société, et ont fait 
accorder au sieur Castres, dit Général, domicilié à Saint- 
Féliu-d'Avail , une médaille de bronze et une prime pour 
la propagation de cette espèce. 



XXV 

M. Siau leniiine ses lectures en faisant connaître les 
quatre niaitres-valets , dont les noms seront donnés plus 
loin, et qui ont mérité des récompenses pour leur conduite, 
lem-s travaux intelligents et la durée de leurs services dans 
les exploitations rin-ales. 

Après les lectures de M. Siau, M. l'ahbé Delliostc a 
transporté l'auditoire dans un de ces jardins, où la main 
prévoyante du Créateiu- a réuni les plus beaux et les 
meilleurs fruits de la terre, — nous étions toujours en 
Roussillon, cela va sans dire, ~- a l'ombre, ou plutôt 
en face d'innombrables pècbers, dont les fruits savoureux 
sont l'ornement de nos tables, après l'avoir été de nos 
jardins, lis sont, en outre, une source de richesse pour 
nos cultivateurs; c'est, du moins, ce que M. Dellioste 
voulait établir, et ses bonnes raisons ont dû convaincre 
tout le monde. Les 120 variétés de pêchers cultivées 
dans notre département, donnent, dans les années ordi- 
naires, un revenu considérable, qu'il importe de ne pas 
laisser diminuer, et qu'il sera possible d'accroître encore. 
C'est, surtout, en envisageant la question à ce dernier 
point de vue, que M. Dellioste indique les espèces de 
pêchers les plus productives et les pins favorables à 
l'exportation, et par conséquent les plus utiles a notre 
département. De bons conseils sont donnés ensuite sur 
la culture du pêcher et sur les moyens de le [)réserver 
des ravages des insectes, et surtout de la fourmi, (jui 
est son ennemi le plus acharne. Malheureusement, l'avenir 
et la prospérité de cette culture sont un peu compromis 
par la délicatesse de l'arbre lui-même, ou plutôt par sa 
vieillesse précoce, « car le pi'cher ne vit guère que l'es- 



XXVI 

« pace de douze à quinze ans, el encore ne donne-t-il , 
« vers la lin de sa vie végétative, que des fruits petits, 
« malades et peu nombreux. » 

M. Crova nous a ensuite transportés au milieu de l'é- 
poque anté-historique, dans une notice sur les ossements 
fossiles Ironirs clans les havaiix de la nouvelle route de 
grande comniunication de Perpignan à Canct. Les ter- 
rains dont ces travaux ont mis en évidence la structure, 
font partie du bassin tertiaire de Perpignan, qui se 
continue vers Cabestany jusqu'aux environs d'Argelès, 
se rattache aux dépôts tertiaires marins de Banyuls-dels- 
Aspres, Thuir, Nelfiach, Estagel, dont il n'est peut-être 
pas rigoureusement contemporain, et parait s'étendre, 
vers le nord, jusqu'aux dépôts secondaires qui com- 
mencent à paraître îi Opoul et au-delà de Vingrau. Des 
ravinements creusés par les eaux, à une époque reculée, 
y ont formé la dépression dans laquelle sont plantés leg 
jardins de Saint-Jacques, et y- ont fortement accusé un 
talus qui s'étend de Perpignan au voisinage de Canct, par 
Castell-lîossello. La nouvelle roule est tracée le long de 
ce talus, sur un terrain dont la structure est composée 
d'alternances d'argile et de sables marneux. Au-dessus, 
se trouve un terrain toul-à-fail récent, où l'on découvre 
une assez grande quantité d'ossements se rapportant aux 
espèces actuelles et associés à des fragments de poterie 
et de débris de l'industrie humaine. M. Crova laisse à 
l'archéologie toute cette partie du terrain qui ne se rat- 
tache qu'à l'histoire de l'homme; il cherche beaucoup 
plus bas les traces des êtres qui vécurent les premiers 
sur les bords de la Tet. Ses recherches ont déjà produit 



XXVll 



(l'iieuieux résultats, que notre incompétence nous permet 
tout au plus (le constater ici; encore nous mettrons-nous 
respectueusement à couvert sous la décision d'une des 
autorités scientifiques les mieux établies de la Faculté 
de Montpellier. 

Les débris organisés contenus dans les argiles et les 
sables fossilifères de notre gisement, consistent principa- 
lement en ossements de mammifères, parmi lesquels les 
pachydermes sont surtout abondants. Parmi les genres 
déterminés jusqu'à présent par M. Gervais, se trouvent 
un rhinocéros, un antilope, un é(piidé du genre hippa- 
ryon, d'une espèce qui était complètement inconnue des 
savants, et que M. (Servais a appelé hipparyon crassiim; 
enfin, de petits fragments de bois de dicotylédones par- 
faitement pélriliés. Tous ces débris appartiennent aux 
terrains tertiaires, probablement au miocène. De nou- 
velles fouilles se feront dans ces lieux, que le monde 
scientifique de la France méridionale étudie avec le plus 
vif intérêt, et fourniront sans doute des faits importants 
et nouveaux pour l'histoire géologique de notre dépar- 
tement. 

Les fouilles de M. Alart ne s'opèrent pas aussi pro- 
fondément dans la terre, et ses études ne s'étendent pas 
si loin dans la nuit des tenqjs. Il s'arrête à la première 
moitié du xv siècle, et jette un coup-d'œil sur la cou- 
che la plus superficielle du sol roussillonnais. Que s'y 
passait-il h cette épocjue? Les rhinocéros et les antilopes 
avaient disparu depuis nombre de siècles sous d'épaisses 
couches de sable et d'argile, et c'étaient de bonnes gens, 
des hommes créés, comme nous tous, à l'image de Dieu, 



xxvm 



qui vivaient alors près de la Tet et sur nos montagnes. 
Mais il y avait entre ces manans ronssillonnais, liommes 
propres, solins et amansats, asservis à mille redevances 
et servitudes, et le pages de nos jours, toute la dislance 
qui sépare le serl' de l'honmie franc et libre; et cette dif- 
férence, quelque ijrande qu'elle fût, finit par disparaître en 
Roussillon pondant les cinquante années qui précédèrent 
l'occupation française de Louis XI. Ce résultat ne s'obtint 
néanmoins qu'après un long siècle de guerres, de pillages, 
de famines, de pestes et de calamités de toute espèce, 
qui réduisirent de moitié la population rurale de ce pays, 
rendirent les manses inhabitables, et en imposèrent l'af- 
franchissement complet, comme le seul moyen qui pût 
conserver aux seigneurs les revenus de leurs possessions. 
Telles furent, selon M. Alart, les causes et les circons- 
tances qui transformèrent en Roussillon les conditions de 
la propriété foncière, et rendirent nos i)ropriétés territo- 
riales ce qu'elles étaient en 89 , ou à peu près ce qu'elles 
sont de nos jours. Pour faire voir l'importance de cette 
révolution, dont il fallait aussi explicpier les causes, 
M. Alart a été obligé de montrer la misérable condition 
des anciens tenanciers ronssillonnais et les terribles 
épreuves qu'ils durent subir pour être affranchis , et 
c'étaient nécessairement des couleurs sombres et sévères 
qui formaient le fond de ce tableau. 

L'auditoire a été ramené à des scènes plus riantes; 
mais nous n'avions pas quitté les champs, et la Muse 
se tenait encore au village , pour une fête , dont le Père 
Vanière a fait les premiers frais, et que M. Fabre a tra- 
duite en vers français. Le Mariage de la Villageoise est 



XX l\ 



un des plus gracieux épisodes du Prœdium rusticum. 
Le poète de Béziers aimait beaucoup les travaux de la 
campagne; mais il était presque impossible qu'un auteur 
qui connaissait à merveille les poètes anciens, ne laissât 
pas percer quelques réminiscences païennes dans un 
poème que l'on peut dire uniquement inspiré par les 
Géorgiques de Virgile. Noire conq)atriote s'est attaché à 
atténuer autant que possible toutes ces réminiscences, 
qu'il ne dépendait pas de lui de faire disparaître entiè- 
rement. Cependant la traduction est aussi fidèle qu'une 
traduction peut l'être : elle ajoute quelques traits gra- 
cieux, en atténue d'autres d'un goùi assez équivoque, 
et ces modilîcations paraissent heureuses, celles-ci entre 
autres : 

Elle, les yeux baissés, des fleurs à la ceinture, 
Marche tiniidenient , gênée en sa parure. 

Les fleurs à la ceinture, (pii ne sont pas dans le texte 
latin, ne nous déplaisent pas, et la fiancée gênée en sa 
parure, remplace avantageusement le 

Novis sudore madct stib vestibiis, 

du P. Vanière. Les divers incidents de la fête sont ainsi 
passés en revue, sans oublier quelques gens mal appris 
qui toujours, on le sait, 

Sont prêts à s'égayer sur le sort des maris, 

et le tableau du repas final retentit d'une franche gaité, 
qui contribue au bon effet de l'ensemble. 



xxx 



La séance a élé termine''»' par la lecture de (iuel«iiies 
bonnes stances de M. Sirven, qui les appelle son dernier 
amour. Ne vous effarouchez pas. 11 ne s'agit pas de ces 
amours de cœur ou de tète , qui forment , dit-on , le 
roman de la vie de jeune homme, mais dont on poursuit 
vainement les feuilles volantes, lorsque tous les cha- 
pitres sont lus. M. Sirven chante aujourd'hui son pays, 
son dernier amour, sentiment vreux comme le monde, 
mais toujours nouveau; c'est le Dulcrs reminisrÂtnr Ar- 
gos, qui renaît chez Gnillem de Cabestany, 

On II remembre, doussa terra e 'l pais. 

Notre chevalier troubadour du xiic siècle n'avait pas 
lu Virgile, mais le naturel retrouve partout et dans tous 
les temps les mêmes expressions pour chanter les mêmes 
sentiments, et M. Sirven, qui, depuis bien longtemps, 
aime son doux pays, retrouve aujourd'hui ses inspira- 
lions premières, car 07i revient toujours à ses premièi'es 
amours. 



Immédiatement après ces lectures , M. le Président a 
distribué les médailles, primes et récompenses accordées 
par le Ministère de l'Agriculture, par le Conseil-Général 
et par la Société des Pyrénées-Orientales. 

ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

M. Llopet, de Serdinya, médaille de bronze, grand mo- 
dule; -MM. Lopez et ïrilla, d'Ille, médaille de bronze; 
— M. Ange Delpech, de Millas, médaille de bronze. 



XXXI 



lABRICATIOîS n'oUVKAGES EN BOIS. 

Médaille de bronze, grand module, à M. Hippolyte Ser- 
vole; — mention honorable et prime a ses trois apprentis, 
Maurice Durand, François Pierson et Jacques Basia, 

CULTURES IIOlVnCOLES. 

Médaille d'argent à M^I. Antoine Coll, Ignace Figuères 
et Jean Tarrissou; — médaille de bronze à M. Etienne 
Gaillard, dit Estcve, d'Olette; — mentions honorables à 
MM. Louis Ribes, Jean Coll, François Taillade; — men- 
tion honorable et prime à MM. Joseph Noguès et Jacques 
Hadie. 

CULTURES HORTICOLES ET DES MICOCOULIERS. 

Médaille de bronze, grand module, à M. Philippe 
Massot; — médaille de bronze à M. Jean Roquefort. 

AMÉLIORATION DE LA RACE OVINE. 

Médaille de bronze et prime à M. Castres, dit Généra) , 
de Saint-Féliu-d'Avail. 

SERVICES RURAUX. 

Mention honorable et primo à MM. Fionaventure Bonis, 
dit l'alun, premier maitre-valel, depuis trente-cimi ans, 
au service de M'"e Rambaud, h Pia; — Michel Hibeil. 
premier maitre-valet, depuis trente-deux ans, au J7'/.v- 
Lederc, près d'Argelès , chez Mn^e Miquel de Riu ; — 



\X\\l 

Fran(,'ois Biô, premier niaitre-valel , depuis vingt-neiif 
ans, à la métairie dite de Mallolcs , chez M. P"^ Saisset; 
— Matthieu Carbasse, premier niaitrc-valet, depuis viugl- 
neuf ans, à la métairie de las Llobères, chez M. Joseph 
Jaunie. 



ÉPIGRAPHIH HOIJSSILLONNATSE. 

Par M. Lovis »b Bonkefot, Membre résidanl. 



PKEMIEK ARRONDISSEMENT. — SUITE. 

(Voir les 10- et H- Bulletins.) 



CLAYRA. 

142. —Porte de l'église. 1279. 

t : ANNO : DOMIM : MILLESSI fsic) 
MO : DVSSENTESIMO fsicj : SEPTVA 
GESIMO : NOÎVO : QVINTO j IDV 
S IVNII : OfMIT l>OMI.NA EU 
MENGARDIS CONDAM VXO 
R i RAYMVNDf lAVBEini : 
f>f: CLAYRANO : CVIVS AN 
IMA REQVIESCAT : L\ PACI' : 
DIC : l'ATER NOSTER PRO ME : 

I^a première syllabe du mot iavberti est douteuse. 
U3. —Porte du cimetière. 1344. 

ANNO : DOMIM : M : CCC : XL : ifir : 

QVAUTO : DIE : NOVEMBRfS : 

OBIIT : PETRVS ■ MARTINI \ 

" TV : yvi : ME : LEGIS :'dic : PRO : 

ANIMA : MEA : SI : TIBI : Pl.ACET : 

fATER : NOSTER : 



Sui la |iicii'.', I ('iiilaplic et racclamalioii sont |»la((''cs 
en regard , et sé|iaréos |)ar la Itraiiclic supériciiro d'ime 
croix llcurddisée. Au-dessous, deux écussons stMnl)Ial)les 
à celui de l'ordre de la Merci, (|ui porlail de gueules à la 
croix d'argent, coupé d'Aragon. Pierre Marti lui donc 
uienilire religieux (Ui Iaï(|ue de l'ordre. Est-ce de lui ijuc 
fait mention Ribera, sous la date de 1525, avec le titre 
de Seigneur d'Aldea près d'Amposta? {Nucstra Sei'iora 
lie la Merced, centur. i-^, page 40o). 

144. — Cimetière. 1246. 

: t : VII : ÎT : MADII j AN'N 
: xFl : M : CC : XL : 

• • • • 'm 

VI : nOMO : QVI : ME : LEGIS 
CINIS : ES : ET : IN : CIXEREM : REVBRTEIl 
IS : VIDES .; ME : QVOD j SVM : ERIS : QVOD : 
ES : FVI : DIC : PATER : NOSTER : IN : REMISSI 
ONEM •: ANIME : MEE : PAC • l^EMTENCIAM : 
ORIIT : l'ETRVS : RI j REMVNTERII i : f : 

Formes inusitées : les N armées dune traverse hori- 
zontale et semblables a nos h , le b différant k peine du. 
K par une légère inflexion de la panse inférieure vers le bas 
de la liaste , des p cl des r a panse ouverte dans le liant 
connue la branche supérieure du k, des o à panses distinc- 
tes ou reliées seulement par le bas. On en jugera par le 
fac-similé des trois mots anno • obiit • petuvs. 

'HHHO.omT.KTF^. 

143. — Cimetière. 1572. 

LO SEYOR : EN : GVlLIiEM : CAP 
DEVILA : DE : CLAYRA 
: FE : AQVESTA : CAPEL 
A : LAV : M : CGC : lAXIl : 



Au-ilessns de rinscri|»lion, los armes parlantes du Ton- 
dateur, divisées en deux écussons, l'un au buste de lenime 
(cap), l'autre au château sommé de trois tours (vila). 

1/t6.— Cloches. 1528. 

Sur la plus grande (diamètre : lf",04.— Sol.) : 

f : mm : DOMIM : M : CGC : \\ : vfll : 

i : XPE : Fir,[ : DEt : VIV( : MISERERE : NOBIS : AMEN : 

Sur l'autre (diamètre 0m,9o. — Si bémol.) : 

t kmo : DOMIM : M : CCG : XX : VÎlI : 
t MEiMEM : SAXCTAM : SPONTANEAM : IIONOREM : 
DEO : ET : PATRIE : LIBERATIONEM : 

Reste à déchiffrer le nom du fondeur inscrit en légende, 
autour d'une petite cloche, dans un médaillon circulaire; 
je l'ahaudonne à des yeux meilleurs ou plus exercés! 
L'épaisseur relative de ces deux cloches est à noter : la 
première est en quinze bords, la seconde en douze bords 
et demi, et cependant elles sont jumelles, tout le dit, 
même abstraction faite de la date. 

niAS-ROVIRA. 

147. —Au-dessus de la porte. 1195. 

ANNOJ M : G : \C : III : XPI INGARNAGIOMS 

^" :^^: UltlS : OlllIT : BERENfiARivs : pRroR : 

SANGTI : PETRI : DE j VIEARIO : 
OR AT ME : FRATRES 



Ce marbre a été tiré du prieuré de Saint-Pierrc-dii- 
Vilar dont on voit encore la chapelle à un kilomètre 
environ du Mas-Kovira. L'inscription court sur le cadre 
autour d'un personnage en bas-relief couvert d'un vête- 
ment qui s'arrête à mi-jambe. Les sept premiers mots 
sont cbamplevés, le reste est gravé en creux. C'est le 
plus ancien document qui nous soit parvenu sin- le petit 
prieuré de Saint-Pierre dont nos archives constatent la 
décadence dès le xiii^ siècle , et la réunion h la cure de 
Clayra vers le milieu du xir^ siècle. En 1552 on trouve 
un Guillaume de Pia qualifié de Prinr seu Hector ecdesie 
sandi Vinmitii de CUnjrano, en 1 i08 Guillaume Brenach 
presbitcr, oblinens prioratus parrorJnalis ecdesie sancli 
Vincemii; et d'une date à l'autre, et postérieurement, 
c'est toujours ' Prior de Clayrano , ou Prior sandi 
Vincentii, lorsque le titre du prieuré est exprimé, jamais 
Prior de Yilari. 



FSPIRA-DE-L'AGLY. 

148.— Cimetière. 1280. 

: i ANNO : DOMINl | M \ CC : LXX : Vllll : lit : NO 
: MARCII : OBIIT : DOMINA : BF.RNARDA : VXOR : GAV 
r-ELMI : i\II[.ITIS : Dr: : VILLALONGÂ : QVI : TVMV 
LVM : CE:RNIS : CVR : NON : MORTALIA j SPERNIS : 
TALI •: NAMQUn: j DOMO : CLAVDITVR : OMNIS : HOMO 
Dir. : PATER •: NOSTRR : PRO [ ANIMA : MEA i AMEN 

Sur les bandes verticales de la bordure , deux étoiles 
à huit rais, deux écussons chevronnés, une main bénis- 
sante, un feuillage enroulé. Voir, pour la date, l'obser- 
vation faite au n" 104. 



5 
Î49.— Cimetière. 1280. 

f i ANNO : DOMINl [ M : CC 

LX .; Ûl : VI : YDVS : lANVARII 

OlilIT : lOlIANNES : NAÏALIS : Dl- 

l'EariMANO : CVIVS .; ANIMA : HK 

QVIliSCAT : I.N : PASCI- fsicj : CVlVS 

COIU'VS : FVJT : TUANSLATV.M 

AN.NO : DOMIM : M : ce : LXXX : V! 

• • • • rÀJlî)- 

lui : KL KOVEMBUIS l'OST : TESTVM • OMNIVM • 

SANCTOKVM QVI : I\IE : LEGIT : l'ATEK : NOSTEK : 1)IC.\T. 

Je ne crois pas qu'on puisse lire autre chose que 
i»0ST l'ESTVSi OMMVM SANCTOiiVM (l.ms les quatre mots 
ainsi abrégés et disposés sur le marbre : 

l»OS : Fi' ST. 



01 V • SC09 



Mais alors comment expliquer la contradiction dans 
les termes que présente cette leçon : le -i des calendes 
de novembre (:20 octobre) rty/>V6- la Toussaint (jcr novem- 
bre)? Par une distraction du lapicide qui lui a lait subs- 
tituer le nom des calendes à celui des nones, iÎL à nn, 
c'est-à-dire le t2î) octobre au 2 novembre. 

Cette formule surérogatoire ne serait donc, à mon 
sens^ qu'une reclilication telle quelle du faux quantième 
m Kl. Au reste l'inspection seule de la dernière ligne 
prouve que le post feskun omnium sanctomm napparte- 
nait pas à la rédaction primitive. Régulièrement ces mots 
ne jtouvaient y trouver assez, de place qu'au.v dépens de 
la |»nère linale qui me Icr/it, etc. Pour ne rien sacrifier 
il a fallu écrire le supplément inattendu en petits carac- 
tères, sur double ligne, et recourir, quant au reste, à 
toutes les ressources de la brachygraphie. 



La bonhire de celle inscription est ornée de leuillages 
courants et de quatre écussons chargés d'une coquille. 
Il faut appliquer à la première date, celle de la mort de 
Jean Nadal, la règle établie au n*^" lOi, et lire 1264. 

doO. — Cimetière. 1516. 

ANNO : DOMINl : M : CGC : fl : VII : ID-J : Al'llILlS 

OBIIT : VENERABILIS : DOMIINVS • ARNALDVS : CAYOTI : DEI : 

GRATIA 
PRIOR : HVIVS : MONASTERll : i'RO QVO : ET : SE : ET : 

SVIS I PETRVS : PEREGRI 
NI : RECTOR : ECCr.ESlE : SANCTI •' NATSARll : INSTITV 

• * • • • 

Il : ANNIVERSARIVM | QVORVM : ANIME : REQVIESCANT : 
IN PAGE : AMEN : f TRANSLATIO : DICTl : DOMINl : ARNALDI : 
FVIT : FACTA : ANNO : DOMINl : M : CGC : \\ ' \TI 

• • • « • * • 

KL : FEBRVARII j DIC : PRO EIS : PATER • NOSTER : ET : 
AVE : MARIA : 

Sur la bordure, des feuillages enroulés; à chaque 
angle, un écusson chargé d'un loup (?). Voir j)Our la 
date de la translation la remarque faite au n» lOi. 

Un parchemin des archives du Domaine nous a con- 
servé l'acte de l'élection d'Arnaud Canyot, à la date du 
1i des calendes de février 4279 (19 janvier 4280). Voici 
la substance de cette pièce : L'évêque diocésain, Bernard 
de Sala, se rendit au monastère, accompagné de deux 
chanoines, fondés de pouvoirs du chapitre d'Elnc; la 
communauté désigna de son côté trois de ses membres, 
et les cinq élus, après délibération, proclamèrent Arnaud 
Canyot, dont le choix fut approuvé par l'évêque. 

Deux mots sur l'origine du prieuré d'Espira-de-l'Agly. 
Les titres 578, 587 et 589 de VApcndix au Marca 
Uispanica nous apprennent : 1". Que le o des ides de 



juin 117)0, (Idalgar, L'vè((uc d Kliic , consacra l'église 
d'Es|)ira, nouvellement construite, sous le vocable de 
Notre-Dame; !2" Que le 5 des ides de novembre WôA, 
l'abhé de Sainl-Michel-de-Cuxa et ses moines cédèrent 
à l'évèque Udalgar, déjà nommé, et au chapitre d'Elne, 
l'église d'Espira , en échange de celle de Saint-Vincent 
de Ria; o^ Que le 8 des calendes de janvier 1156, le 
même évê(|ue fonda, pour desservir l'église d'Espira, un 
chapitre assujetti à la règle de saint Augustin, el qu'il 
plaça la communauté naissante sous la direction de 
Pierre Arnaud, chanoine d'Elne, avec le litre de prieur. 
Oans ce dernier acte est établie pour l'avenir la l'orme 
d'élection ci-dessus. Vers la lin du xiv'^' siècle (G octobre 
1581), le chapitre d'Espira l'ut transféré à l'église de la 
Réal à Perpignan : toutefois le prieuré fut maintenu 
comme prieuré détaché, après cette translation. 

Je signale, en passant, à l'attention des archéologues 
la curieuse église d'Espira; ses murs épais revêtus de 
marbre de la base au faite; ses absides jumelles, obstruées 
maintenant par une tribune ; sa porte digne sœur de celle 
de Cornclla-de-Coullent beaucoup plus coinuie et seule 
citée, à cause du voisinage de rélaldissemenl thermal de 
Vcrucl. Le plein cintre règne partout jusqu'à la voùle 
(|ui est ogivale, ainsi que le clocher. 

151. — Cimetière, xiv^ siècle. 

: BOFAT : FVSTER •' DLl : BAYXAS : :f : : 

Sur la traverse d'une croix tréllée, on marbre blanc. 
Ce débris, qui voyage d'une tombe à l'autre, périra 
infailliblement, si on ne prend pas la précaution de l'en- 
castrer dans le mur d'enceinte du cimetière, à coté d(>s 
inscriptions précédentes. 



NOTRE-DAME-DK-rElXE. 

152. — Citerne. 1414. 

A IHS : XPS 

: LAY : MCCCCXIIll : FOV 

FEYTA : LA CISTliRNNA (tkj 

: PER MA : DEN BERNAT : AN(J1. 

ES PEYRER : DE PERPENYA 

AM LAVMOYNE : DE LA 

BONA : GENT : 

En deux pièces superposées, celle de dessus formant 
corniche ; l'acclamation est gravée dans un cavet. Sur la 
pièce inférieure , le reste de l'inscription d'abord , en 
gothique carrée h pointes lancéolées, comme aux n°^ 36 
et 54; au-dessous un losange en relief retenu par des 
griffes sur ses quatre faces et chargé d'une truelle, attri- 
but de profession. La gravure fait honneur au ciseau de 
Bernard Angles. 

On doit la conservation de ce monument à M. Jaubert 
de Passa qui l'ayant trouvé hors de place et menacé de 
destruction, le fit apporter chez lui à Perpignan jusqu'à 
l'entier achèvement des réparations entreprises à la 
citerne. Il a été réintégré par les soins de M. L. Jusl, 
dont on connaît le zèle pour nos ermitages. 

BAIXAt». 

i53. — Ancien hôpital. 1557. 

ANNO • DOMINI • M C(!c . XXX VII • FO • HEDIFICAT 
LO ESPITAL • PEU W ERMEiNGAV PARAYKE DE 
PERPENYA FIL DEN • ERMENGAV • SA ENTRAS • DE 
BAYXAS • AB Mil LITS • DE • DRAPS TOT FATT 



9 

ASSA • l'ROPI • MKSSIO • A • HONOR ■ I)K • !NOSTRE 
SENYOR ■ DEV • IHESV XPIST • E • DE • LA • VERGE 
MARIE • MARE • SVA • EN • QVE • ELS • l'OBRES • SIEN 
RECVLITS E • ALHARGATS ■ PER • TOTS • TEMPS • AL 
DIT ESPITAL AB LOS VIII LITS • DE DRAP 

DEV • TENIR TOSTEMPS LA • CUMVMTAT DE 

BAYXAS COM ES • PER EN lOIIAN RAS 

DE • BAYXAS AYSO • FO FAYCT 

Celte inscription et les deux suivantes {n^^ 154 et loo) 
ont été prises dans un ancien recueil auquel j'ai déjà 
fait quelques emprunts. C'est assez dire que les marbres 
sont perdus, ou que du moins je les ai vainement récla- 
més sur les lieux pour collationner et compléter la leçon. 

iM. — Église. 1210. 

ANNO DOMINl MCCX- IDVS APRILIS 

HIC lAGET BERNARDVS PVBENS 

LOCO lACET 

1S5. — Église (?). 1505. 

A DEL MES DE IVNY I-50 3 EN ESSENT CONSULS 

GREGORI II ROG MAIOR DE DIES Y MIQVEL LLIMOS Y ANTICU 

COLELL Y II ORRES lOUAN PRATS Y ANTONI GVIRART 

AU TOT 1.0 GONSELL. 

MILLAS. 

156.^ Église. 

On conservait dans la sacristie de l'église de .Millas 
'inr armoire dont l'intérieur (fond, côtés, ciel el vaiilaux) 



10 

('lait couvorl d'anciennes peintures. Au tond Dieu le liis, 
assis, bénissant de la main droite, tel en un mot qu'il 
est partout représenté; sur le vantail de droite, le mys- 
tère de l'Annonciation avec ces mots : ecce ancilla 
DOMIM. Mes souvenirs ne vont pas au-delà. C'est bien 
peu sans doute, mais rien ne pouvait me faire prévoir, 
la dernière fois que j'ai vu ce joli meuble, (lu'il passerait 
à l'improviste dans l'atelier d'un brocanteur, et me lais- 
serait le regret de n'avoir pas arrêté par écrit des notes 
précises en tenq)S opportun. L'armoire de Millas brossée, 
lavée, rafraîchie, orne déjà sans doute le cabinet d'un 
heureux amateur qui l'a payée à chers deniers. Loin de 
moi la pensée de provoquer le bruit ou ce qn'on ne 
manquerait pas d'appeler du scandale, autour de ce fait 
sans remède ; mais il a eu ses précédents, cl l'on a jugé 
qu'il valait mieux se taire : le silence indélini deviendrait 
complicité. Bornons-là ces réflexions; aussi bien seront- 
elles autant de coups d'épées dans l'eau. 

S'il faut en croire la rumeur publique, une autre inscrip- 
tion nous échappe non loin de Millas. Elle fut découverte, 
dans les derniers mois de 1858, au milieu des travaux 
de terrassement entrepris à Force-Réal, pour agrandir la 
plate-forme de l'ermitage , et disparut la nuit suivante 
sans qu'il ait été possible d'en retrouver la trace. Cet 
enlèvement réveilla le souvenir d'une tradition séculaire 
de trésor enfoui sous les ruines de l'ancien château dont 
les restes sont encore debout. On se raconte même 
tout bas les mystérieux détails de séances nocturnes de 
magnétisme et de baguette divinatoire tenues auprès de 
la chapelle. Les Esprits n'ont |)as donné des nouvelles de 
la pierre ; quant aux révélations quil leur a plu de faire 
sur l'existence et le gîte du trésor, elles ne sont pas de 
mon sujet. Le public attend avec impatience une double 
notice religieuse et monumentale sur la chapelle et le châ- 
teau de Forco-Kéal , tpi'oii dit être sous presse. 



11 



COIUIKRA-D'AMOIVT. 

J57. — Vieille église de Saint-Pierre, xiv^ siècle. 

lOIlANNKS : RES 

: ECCLESIE : SANCTI : PETRI : DE CORBARIA 

Au-dessus, le délunt en habits d'olliciant. 

158. —Vieille église de Saint-Pierre. 1541. 

LO RETAVLA SE l'OSA 
A X DE DESEMRRE 

Peint en rouge sur le tympan de la porte. On cherche 
vainement le retable à l'intérieur de Tédilice, tout y est 
dévasté; les murailles ont perdu même partie de leur 
revêtement de calcaire rouge : la voûte se crevasse et 
n'abrite plus que deux tombes récentes. 

159. —Cloche de l'église paroissiale. 1585. 

AVE MARIA GRATIA l'LENA DUMfiXVS TIXVM. ^585. 

160. — Puits du château, xv siècle. 

HONORAT DOMS. 

J'hésite à croire que cette pierre ait toujours appartenu 
à la margelle du puits dont elle lait partie. Au reste, le 
nom d'un mendtre de la famille d'Oms ne peut causer ici 
de surprise. Le château de Corbéra, avec ses déj)endances, 
lïil apporté dans cette maison par Huguetle de Ça 
(iarriga (voir n" 180) qui donna sa uiaiu à IVrnanl, 
(lualrième du nom, d'après une généalogie tenue |)om 
aiillienlicpie. 



12 



On Iroiivf au inèiue lieu , depuis quatre ans , l'inscrip- 
lion des coknllivs et celle de Jean Blaitcha , déjà rap- 
portées ci-dessus lU"* 32 et 55). 



conni-UA-Di-r-MiG, ou, lf.s coutals. 

161. — Puits coininunal. xi»-" siècle. 





























DEI : ET SAiNCTI PE 

RVS : GAETERII 

OUE SVA 

EORVM 

REME 















D'après les souvenirs d'un vieillard de Corbéra, ce 
marbre est descendu de l'église abandonnée de Saint- 
Pierre dont il vient d'être question (no 1Î)(S). J'accepte 
ce témoignage d'autant plus volontiers que le parement 
intérieur du vieil édifice a été souvent mis à contribution, 
que notre fragment n'est pas à sa place, et qu'il me 
semble appartenir à l'inscription commémorativc d'une 
consécration. Serait-ce en effet trop accorder aux con- 
jectures que de compléter ainsi la formule : Anno incar- 

nationh dominicœ consacrata fuit hœc ccclesia in 

honoreni dei et sancti VEtri ? L'identité d'âge entre 

le monument et l'écriture fournit un dernier motif de 
probaiiiiité. En groupant plusieurs rectangles , dont un 
seul représente ce qui existe, j'ai voulu, s'il se pouvait, 
rendre sensible l'idée que je me fais de l'inscription 
entière. Elle était gravée sur le mur et conviait plusieurs 



pièces de rapparcil. I.(^ trat,niient sauvé serait une de ces 
pièces, i)artie aliqtioto de l'ensemble. L'examen le plus at- 
tentilnem'y a fait reconnaître aucune trace de mutilation. 

s.\i\t-fI':lii'-I)'amo\t. 

162.— Église. Table d'autel. 
€amos, Jardin de Maria, p. 5i5. 

L'église de Saint-Féliu-d'Amont est dédiée à Notre- 
Dame de la Salvetat, appelée aussi Notre-Dame des Lettres 
(Nostra-Senj/ora de las Lleiras) à cause de quebpies noms 
propres gravés sur la table du maitre-autel , entremêlés 
de monogrammes, croix et autres signes. On pressent 
une légende; je la copie dans l'bistorien des sanctuaires 
de Notre-Dame en Catalogne, Fra Narciso Camos. « Le 
« ciel opère une grande merveille sur la table de l'autel 
« de cette Vierge sainte. On y voit api)arailre, pendant 
« la nnit de l'Annonciation, des lettres gravées comme 
« avec la pointe d'une aiguille, à peine visibles d'abord, 
« se formant peu h peu et s'approlbndissant jusqu'à ce 
« (pi'elles soient parvenues à leur entier développement ; 
« dilliciles à lire néann)oins, car il y en a d'iiébraicpies, 
« de grecques et de latines, les unes petites et les autres 
« plus grandes. Dans le nombre on distingue quebpies 
« noms comme Salamo, Bcrlo ci Albckik, et çà et là des 
« croix entremêlées. Kntr'autres singularités qui accom- 
« pagnent ce prodige, on a observé que les lettres appa- 
« raissent au nombre de trois, de cinq, ou de sept, 
« suivant les années, et que ce dernier nombre est tou- 
rt jours le signe d'une récolle abondante. Ces lettres sont 
« répandues sur toute la surface de l'autel, et dans cer- 
« taines parties on reconnaît qu'elles ont été elfacées; 
« rien de plus naturel d'ailleurs, car s'il en était autre- 
« ment, la table serait pleine depuis longtemps, tandis 



1* 

« que, au oontraire, il reste toujours un espace vide. La 
« nuit (le rAnnoncialion ,. un grand concours de peuple 
« se presse et veille dans Téglise, louant Dieu et sa 
« saiute Mère. » (Camos. Loc. Cit.) 

Telle est la légende qui avait cours il y a plus de deux 
siècles. Canios n'invente pas; pieux visiteur, il observe, 
il interroge, il prend des notes pour son Jardin de Maria, 
et ce qui peut être aujourd'hui contrôlé dans cet ouvrage 
est d'une si scrupuleuse exactitude qu'on s'en rapporte 
pleinement à la bonne foi de ses récits. Mais laissons le 
merveilleux et venons à la réalité, c'est-'a-dire aux noms 
propres gravés sur l'autel. On y lit encore bien clairement : 

IVLIA • SALAMON • ALBARICVS • 

Du BERTO cité par Camos on distingue les trois dernières 

lettres. A part quelques syllabes isolées, tout le reste est 

confus, et la lecture en pourrait être facilement contestée. 

Le bon chroniqueur ne se doutait pas que ces caractères 

mystérieux avaient été tracés de main d'homme par des 

pèlerins qui l'avaient précédé de plusieurs siècles au 

sanctuaire vénéré de Notre-Dame de la Salvctat. Suivant 

un usage qui remonte bien haut dans l'antiquité, ils 

avaient laissé le témoignage de leur pieuse visite, mais 

la tradition de cet usage s'était perdue. « On sait, dit 

« M. Edmond Le Blant, qu'en visitant un lieu, un mo- 

« numeut célèbre ou vénéré, les païens y laissaient 

« souvent la trace écrite de leur passage. Ces actes 

« d'adoration ou de visite, ces proscynèmes, comme ils 

« se nomment eux-mêmes, se retrouvent particulièrement 

« en Egypte, sur les pyramides, sur le colosse de Mennion 

« et dans les syringes de Thèbes. Aux premiers siècles 

« de l'Église, les pèlerins chrétiens, continuant l'usage 

« antique, ont gravé sur des monuments sacrés leurs 

« noms, et, parfois aussi, quelques lignes empreintes 

« d'un pieux respect. La chapelle centrale du cimetière 



15 

« de Saint-Callislo, réceminenl découvcrle par le savant 
« M. (le Ilossi , pi'éseiito plus de trois cents inscriptions 
« ainsi gravées [)ar les visiteurs. La Gaule me parait 
« apporter de même plus dune preuve de l'antiquité des 
« pèlerinages. » (Inscripl. chrét. de la Gaule, tome I, 
p. i85. ) 

Les proscynèmes de Saint-Féliu seront sans doute une 
des preuves apportées par M. Edmond Le Blant, mais 
seulement pour établir la perpétuité de l'usage après les 
temps qu'il étudie. Son cadre n'embrasse que les sept 
premiers siècles , et je ne crois pas que nos signatures 
atteignent la limite la plus rapprochée de cette période. 
Il n'est et ne peut être ici cpieslion que des trois mots 
intégralement conservés. J'ai dit qu'un grand nombre 
d'autres laissaient apercevoir leur silhouette incertaine , 
et ce ne sont pas les moins anciens. Les sigles, les 
monogrammes, les croix sont entassés sur les bords; ils 
devieniient très-rares au contraire vers le milieu de la 
table, où l'ardoise, en s'efléuillant, a perdu la bonne part 
de ses plus vieux souvenirs. Nous aurons le dernier mot 
sur l'autel de Saint-Féliu dans le deuxième volume de 
rexcellcnl ouvrage déjà cité. Mais sans attendre l'opinion 
du savant épigraphiste sur l'âge approximatif de nos pros- 
cynèmes, nous [)ouvons d'avance les ranger parmi nos 
inscriptions les plus intéressantes. A ce titre ils se 
recommandent d'eux-mêmes à la sollicitude de MM. les 
Curés qui se succéderont à la desservance de la succursale. 

163.— Église. Chapellede Notre-Dame du Rosaire. 1585. 

: vin : YDVS : IV MI : AN NO : NA 
TIVITATIS : UOMIM : M : CGC : LXXX : V : OBI 
ir : VENIlUABILIS : IJERTKANDVS 
. iOUDANl : I-ILIVS : liOMORABI 

LIS : DOMINI : GVILLl-LMt : KUIDAM : CVIVS 
ANIMA : REQVlliSCAl : IN PACI' : AMEN 



Gothique carrée. Je signale ce ^'eiire d'écriture chaqu.- 
fois qu'il se présente au xiv« siècle , où , chez nous , il 
fait encore exception. La borilare est ornée de guirlandes 
et de quatre écussons, l'un, celui de l'angle supérieur à 
gauche, carré, posé sur pointe et adiré; les autres, de 
forme ordinaire, chargés de trois fasces. 

164. -Église. Dalmatiquc. \oM. 

On trouve dans le modeste mobilier de l'église de 
Saint-Féliu-d'Aniont, deux dalmatiques en soie rouge, 
relevée de quelques broderies. Sur le devant est la date 

ANY iUbi. 

Derrière, en haut, saint Gaudéric à mi-corps, barbu, 
nimbé, un épi de blé dans la main droite et le pouce de 
la main gauche engagé dans la ceinture, simple courroie 
d'où pend une aumonière. Il est enfermé dans un mé- 
daillon circulaire, parsemé d'étoiles dans le champ. En 
bas, une bordure assez large en festons de bon goût ait 
centre desquels, l'inscription suivante : 

SANTE • GAV 

DEiur.E . oITa 

ajoutons pko nobis sommairement représenté par la barre 
horizontale jetée au-dessus du dernier mot. L'extrémité 
des épaulières porte également des broderies. Une frange 
en soie jaune et rouge suit les bords du vêtement. 

465. — Église. Chape. 1552. 

Avec romemenl qui précède est conservée une chape 
en velours rouge à grandes fleurs, vulgairement connu 
sous le nom de velours d'Utrecht. Les broderies y sont 
plus riches que celles de la dalmatique. ['ne bande à fond 
bleu, relevée de jolis dessins en soie jaune, descend per- 



pendiculairenient des deux côtés en guise d'orfroi. Le 
chaperon est d"une seule pièce d'épaisse broderie : sous 
un édicule assez lourd soutenu par deux colonnes massi- 
ves, saint Gaudéric en pied, nimbé, une poignée d'épis 
dans la main droite, et s'appuyant de la gauche sur une 
fourche à trois branches. Le champ est parsemé d'étoiles 
et de rinceaux. Au-dossous du chaperon, vers le bas de 
la chape, au milieu d'un cadre rectangulaire : 

SANCTK : GVALDli 

HICE : (tUA PR 

NOBIS • AN Y lS.i2 

Chape et dalmatiques appartenaient, dit-on, jadis a I;i 
sacristie de Saint-Martin-de-Canigô, d'où elles passèrent 
à celle de Saint-Félin, après la sécularisation du monas- 
tère, vers la lin du siècle dernier. L'image représentée sur 
l'une et l'autre confirme cette tradition, moderne d'ailleurs 
et dont on trouverait peut-être encore quelque témoin 
vivant. On sait que les reliques du saint laboureur, dépo- 
sées aujourd'hui dans une chapelle de la cathédrale à 
Perpignan, étaient honorées et conservées de temps im- 
mémorial à Saint-Martin. On recourait h leur intercession, 
comme ou le l'ait encore, contre le lléau des sécheresses 
brûlantes qui désolent trop souvent nos plaines. La châsse 
descendait alors processionnellement, portée par les moi- 
nes, jusqu'à Perpignan et même jusqu'à la mer. (Voir 
pour les détails les Mémoires de la communauté de Saint- 
Jean de Perpignan.) 

Ififi. — Église. Mur do l'ouest. xii« siècle. 

: XVI .; I IVMI : 
(ujirr : uwrRK 

I)V |{ 

Il : 

9 



18 

L'église de Saint-Kéliu-d'Ainonl lui longlem[)S desservie 
par des religieux de la congrégation de Sainl-Iluf, sous 
la direction diin prieur. Les fastes de la communauté ne 
vont pas, à ma connaissance, plus haut que les premières 
années du xiii" siècle, mais l'origine est plus ancienne. 
Notre inscrii>lion qui remonte certainement aux premières 
années du xiF, est peut-être l'épitaplie dun prieur. La 
position délavorable de la pierre jointe à son étal de 
dégradation , m'ont empêché de déterminer ce (ju'il y a 
de vrai dans cette hypothèse. Elle se trouve au ras du sol 
et le salpêtre la ronge ; il est à désirer qu'on l'encastre 
quelques pieds plus haut perpendiculairement au même 
gîte, il n'y aurait pas déplacement pour ainsi dire; d'ail- 
leurs les motifs très-sérieux qui s'opposent, en thèse 
générale, au déplacement des mouunents épigraphiques, 
ne peuvent prévaloir contre le principe de conservation. 



SAINT-FELIU -D'A VA LL . 

167.— Église. Autel de Notre-Dame du Rosaire. 1 318 (?). 

t ANNO : DOMINI : M : CGC : Xvfl : KL : FEBROARII : OBIIT 
FELIX : GIL\BERTI : SACRISTA : CONDAM : ISTIVS : 
ECCLESIE : QVI : INSTITVIT : SACERDOTEM : ET ANNIVERSA 
RIVM : IN : ISTA : ECCLESIA : ET : EODEM : ANNO : OBIIT : 
GVILLELMVS : GILABERTI : FRATER : EIVS : 

Grâce h sa position derrière les gradins de l'autel, ce 
marbre est sans blessure. D'après les observations ci- 
dessus (nos 101 et lOi), il faut lire à la date, ou 1501, 
le 17 des calendes de février, ou 1318, le jour des calen- 
des de février. 



19 



ir.K 







LE SOLER 


s. - 


- Kglise. l 


554. 


PERE ftlIQVELL 


FABRE 


j. . 

1 


A ■ DEL • MES 


DE 


• IVLIOL • 


Voli'i 


r.E 


■ COMENSA 




L.\ 


• PRESENT 


ESGLE 


SIA 


• I POSA 


LA PRI 


MERA • PETRA 





Je transcris ces lignes dans l'ordre qu'elles ont sim" la 
pierre. A ne consulter que le sens et la syntaxe, la pre- 
mière devrait être la dernière. Elle a été gravée, en 
dehors du clininp, sur la bordure supérieure, et peut-être 
avec iutenliou, pour altirer le premier regard du lecteur. 
L'écriture est la majuscule romaine, généralement em- 
ployée dans nos inscriptions du xvF siècle. 

Le sanctuaire de l'église du Soler est surmonté d'une 
coupole. L'édilice, malgré ses étroites dimensions, ne lut 
constiuit que peu à peu. L'n marhre errant et voué à 
une destruction prochaine, témoigne de travaux entrepris 
au xviiie siècle. 11 est cal(]ué sur le précédent , moins 
l'irrégularité signalée : 

ALS ^5 7BRE 

1703 GOMENCA 

LA PRESENT • CAPE 

LLA ANTON • VALS • V PO 

SA L\ PRIMERA PEDRA • L(» 

REVERENT • RERNAT QVES , 



PÉSILLA-DE-LA-RI\ IJERK. 

i69. — Église. Cloche. 1571. 

t SANCTVS DEVS SANXTVS FORTIS SANCTVS ET IMMORTALiS 
MISERLIΠNoms. ANNO DOMINI Si CCC LX'xi. 

Ce n'est pas une cloche du xiv^ siècle qui dirige les 
pas de l'archéologue vers Pésilla-de-la-Rivière. Tout le 
monde connaît le monument gallo-romain communément 
appelé Aulcl de Diane; il a été souvent décrit et je ne 
fais que le rappeler. Les projets d'agrandissement de 
l'église, projets encore entravés, mais trop sérieux pour 
être abandonnés, permettent d'espérer d'intéressantes 
découvertes. 

TUUIR. 

170. — Statue de la Vierge, xii^ siècle. 
Camos, Jardin de Maria, p. 345. 

MATER DEI. 

En relief sur le socle d'une statue de la Vierge. Cette 
statue est en plomb et haute de cinquante centimètres. 
La Vierge est assise, tenant sur ses genoux l'enfant Jésus. 
La main droite a été coupée, nous saurons bientôt à 
quelles fins; Camos qui l'avait vue avant cette mutilation, 
dit qu'elle reposait a plat sur le genou ; la main gauche 
se rapproche de la même position. La tête est ornée 
d'une couronne fermée, sommée d'une boule et relevée 
de crochets et de perles : il s'en échappe un voile qui 
encadre la figure et descend jusqu'aux épaules où il 
s'arrondit en forme de guimpe. L'enfant divin , assis sur 
les genoux de sa mère, se présente de face, la main 
droite élevée , la paume tournée en dehors et marquée 



21 

du styginale , si luulefois il ne l'aiit pas attribuer à un 
accident la dépression du métal et le petit trou qu'on y 
remarque. Sa main gaucho tient un livre appuyé contre 
le genou, ses pieds sont nus. Il est vêtu d'une tunicpie 
€t d'un manteau; comme sa mère, il |)orle une couronne. 
La Vierge est assise dans un Ouiteuil en hois où l'on 
découvre encore quel([ues peintures, vers la partie supé- 
rieure, seule visible depuis que le- siège a été encastré 
dans un grand piédestal assez moderne qui a doublé la 
hauteur de l'ensemble. 

J"ai décrit la statue dans sa sim|)licité native, telle 
qu'on la vit longtenq)S exposée à la vénération des fidèles, 
c'est-à-dire, dépouillée des étoffes dont elle est mainte- 
nant couverte. Sous ces vêtements qui descendent jusqu'à 
la base du socle moderne, la Vierge parait être debout, 
et [)roportionnellement de haute taille. On n'aperçoit plus 
que sa tête, et, au-dessous, dans la perpendiculaire, la 
tête de l'enfant qui se fait jour à travers une ouverture 
de la robe de sa mère. Tous les deux ]»ortent, |)ar dessus 
leur couronne de |)lomb , une couronne dargont , royale 
pour l'enfant, rayonnante pour la mère. La main droite 
enlevée à la Vierge a été soudée à un avant-bras d'argent 
que l'on a fixé, dans le bois du siège, à la hauteur con- 
venable pour produire l'illusion. Les doigts ont été repliés 
et tiennent un sceptre. 

Les artistes du moyen-âge n'auraient certainement pas 
traité avec autant de soin les draperies des statues si 
nombreuses de la Vierge qui sortirent de leiu's mains, 
du xir- au xvie siècle ; ils ne les auraient pas relevées 
d'or, de couleurs et d'incrustrations si Tusage <ralors eut 
été de cacher sous d'inutiles étoffes leurs plus délicates 
sculptures. On aurait donc tort de croire que cet usage 
soit fort ancien, mais il serait dillicile de déterminer où, 
comment et à quelle (''|io(]ue il prit naissance. Après avoir 
lu Camos, on reste persuadé (jue, de son temps encore, 



•>0 



il était peu répandu. Cet auteur a décrit plus do cenl 
cinquante statues, et pour douze ou quinze, au plus, son 
dernier coup de pinceau est celui-ci : Adonuinla con 
difercntes mantos, ou bien : Tiene vestidos diferentes con 
que la vislcn y adornan. Or, l'exactitude minutieuse qu'il 
apporte dans ces descriptions ne laisse pas supposer que 
cette particularité ait échappé, ou n'ait pas eu de valeur 
à ses yeux; et l'induction tirée de son silence peut être 
regardée comme rigoureuse. 

Genre espagnol! disons-nous : les touristes l'ont dit, 
et nous le répétons après eux. Va pour le genre espagnol! 
mais n'allons pas croire que l'imitation soit restée circons- 
crite à notre province. On lit dans un rapport de M. de 
Caumonl à la Société Française d'Archéologie, qu'il dirige 
et préside si habilement : « La Vierge-Noire-de-Notre- 
« Dame est couverte de vêtements, comme la plupart 
« des madones. » {Bull, momim. xx. 120.) La madone 
dont parle M. de Caumont est celle de Dijon ; la mode 
aurait donc fait bien du chemin de proche en proche. 
Est-ce par forme de protestation contre le genre espagnol, 
qu'on a chassé de la niche centrale du joli retable de 
Notre-Danie-de-la-Malgrana, à Saint-Jean de Perpignan, 
l'ancienne statue de la Vierge? 11 aurait sulli de lui enle- 
ver ses vêtements d'emprunt. La statue qui l'a remplacée 
a le défaut capital de n'être pas en harmonie avec les 
peintures du xvic siècle qui l'entourent. 

La Vierge de Thuir est connue sous le nom de Notre- 
Dame-de-la- Victoire , et ce nom lui vient de loin , s'il 
faut en croire les récits de nos pères. Charlcmagne, 
prêt à marcher contre les Sarrasins , avait placé la sainte 
image au milieu de son armée. En présence de l'ennemi, 
sur les hauteurs de Passa , les Francs , brûlés par une 
soif ardente, laissent tomber leurs armes. Charles, plein 
de confiance en la patronne qu'il s'est choisie, l'invoque, 
et, plongeant son épée dans le sable d'un torrent dessé- 



23 

ché, en lait jaillii' une source alxindante. Les soldais 
épuisés se désallèrcnt, volent ii l'ennenii et le refoulent 
au-delà des monts. Le monarque victorieux fonda sur le 
lieu témoin du prodige une abbaye qu'on ap[)cla Moneslir- 
del-Camp. Mais Cliarlemagne ne fut pas toujours là pour 
défendre nos frontières; Finlidèlc porta de nouveau le 
fer et la flannnc dans ces clianq)s témoins de sa défaite. 
Notre-I)anie-de-Ia-Victoire fut alors soustraite à leurs 
profanations, et sa trace resta longtemps perdue. Un 
berger, à la reclierche d'une brebis égarée, retrouva la 
statuette dans un bois épais qui couvrait la place où 
s'élève aujourd"liui Tliuir. On bàtil une cbapelle en mé- 
moire de celle invenlion, et peu à peu les babitauls de 
Tliuir, alors distant d'un millier de pas, vinrent grouper 
leurs babilations autour du sanctuaire. 

Le respect dû à cette légende n'a pas étouffé tous les 
doutes. On avait lu dans la cbronique d'Adon, qu'en 
772 « le glorieux roi Cliarles détruisit cbez les Saxons 
« le temple d'Adermensul, et que là, son armée souf- 
« frant d'inie soif cruelle, tout-à-coup, en plein jour, 
« du milieu d'un torrent , jaillirent des eaux abondantes 
« où se désaltérèrent lioinmes et chevaux. » (llislor. drs 
(iaulcs, V. Ô18.) Et tandis que les annales dcFulde, la 
cbronique d'Hennan et autres attestaient le même fait en 
termes presque identiques, Tauleur du Plùlomcna s'en 
emparait à son tour pour le transporter au centre de 
la Seittimanic. Est-ce en Allemagne, est-ce à Carcassonne, 
est-ce au pied des Pyrénées qu'il faut placer le renou- 
vellement du prodige dTloreb? On se demande en outre 
si, malgré les allirmations de Toniicb, Pujades et bien 
d'autres, il n'est pas permis de croire que Cliarlemagne 
n"a jamais visilé nos contrées (voirie Publicalctir, 1805, 
p. 12 I. Quant à l'origine du Moncstir-del-Canq), elle est 
plus moderne : l'occasion d'en dire un mol va se pré- 
senter dans les numéros suivants. 



■2'i 



Revenons a noire statue. A [jarl la imililalion déjà 
signalée, elle est dans un bon état de conservation. Sa 
couleur la place parmi les statues que l'on appelle Vierges 
noires; mais il n'en a pas été toujours de même. On 
aperçoit encore des restes de pointure sur les ligures et 
sur les mains, et des traces de dorure sur les draperies. 
Quel est son âge? Un archéologue espagnol, iM. le duc 
de Solferino, la croit du viiie ou du ix^' siècle; se trou- 
vant à Thuir, il y a quelques années, il y développa cette 
opinion devant quelques habitants de la localité. Ses 
arguments n"ont laissé d'autre souvenir que la conviction 
des auditeurs; j'ai pu voir seidement le Tort joli dessin 
de la Vierge en bois du château de Centellas qu'il envoya 
plus tard à l'appui de sa thèse orale. Mais a-t-on bien 
compris la pensée de cet archéologue? La figure calme 
et régulière de notre Vierge , le naturel des poses , le 
mouvement des draperies, tout annonce la bonne époque 
de la fin du xii^ siècle ou des premières années du xiii^. 
L'inscription mater dei, dont voici le fac-similé, ne 
contredit pas cette date. 




On ne l'a pas gravée après coup ; elle est en relief, 
elle est sortie du moule avec le socle qui la porte, en 
même temps que la statue qui fait corps avec le socle. 

Les statues en métal sont rares dans nos pays; Camos 
n'en cite que deux, celle de Thuir et une autre qui est 
en cuivre. 

171. — Église, xiiie siècle. 
: + : ANNO : DO.M. . . . • M : Cf, : LXXX. . I : XI : K 
LS : OCTOBIUS : VLIEK 



25 

: PKi ^1 : 

CEiiM s['i:i; 

Nis : T viin 

vu : OM i NOS 

TEU : r... : ANI j Kl i 

Les lacunes de cette inscription, à partir du milieu de 
la troisième ligne, peuvent être facilement restituées au 
moyen de la formule si connue : Qui iumuhim cernis, etc. 

CAMIXAS. 

172. — Porte de l'église, xii*^ siècle. 
VIII .; w : MAI .; oiiiii ; t.\iL\ 

MATI:R : PETRI •: DE j 
CAMEIJS : 

Au-dessous, une croix inscrite dans un cercle. 

i 73. — Cimetière. 1302. 

Au milieu du cimetière de Camélas, contigu à l'église, 
s'élève une croix en fer à branches égales formées d'en- 
roulements légers, et montée sur une ham|)e octogone 
de di.v-huil millimètres d'épaisseur. Sa hauteur au-dessus 
de la pierre cylindrique qui lui sert de base est de deux 
mètres. Sur une plaque du même métal, large de huit 
centimètres, haute de cinq, et soudée à moitié hampe, 
est buriné le nom du donateur avec la date : 

MOSSEN lOAN • PERE CI 
G VET FEV • FEK 
li)92. 

Jean-Pierre Ciguct, natif de Camélas et prêtre bénéd- 
cier de Saiiil-Jean de Per(>ignaii , avait été inlenlit à la 



2(> 

suite triinc rixe accompagnée de ineiiiUe. Il se relira 
dans sa laniille el denienra suspens toulo sa vie, quoirpie 
la victime l'eût justilié, avant de mourir, en s'avouanl 
coupable de provocation. Il tant lire ce détail biographi- 
que dans les mémoires naïfs qu'écrivait, il y a plus de 
deux siècles, Mossen Honorât Cuiro, prêtre et natif aussi 
de Camélas. On y trouve l'éloge de Pierre Ciguet comme 
peintre et comme calligraplie; je cite ce dernier Irait 
textuellement parce qu'il est très-court : « Foncli moll 
« bon scriva, o ténia inolt bona pluma, del cpial da 

« teslimoni lo llibre dels baulismes era landie i)intor, 

« testimoni la figura de un Christo de pinsell ab iNostra- 
« Senyora y sant Jolian, loqual esta devant la porta de 
« la iglesia. » 

174. — Cloche, xv" siècle. 

t XT'S RE\ VENU IN PAGE DEVS HOMO l-ACTVS EST. AVE MARIA 
i llTs AVrEM TRANSIENS TER MEIUVM ll.t.ORVM IBAT 

FOR<^)UES. 

17o. — Porte de l'église. lo42. 

f ANNO : DOMINl : M : CGC : XLII : NONS : NOVEMURIS : 
OBIIT : DOMINVS : GVILf.ELMVS : GER || ARDI • EliDOMADARlVS : 
DE : FVRGHIS || QUI : INSTITVIT : ANNIVERSARIVM : V fquinque) \ 
SOLIDORYM : DIE : OBITVS : SVI : ifi : PRO MIS II SIS : ET : U : 
PAVrERlDYS : i (c.hrhli) ■ IN PANE 1| FRACTO 

Sous une ogive trilobée que couronne un fronton garni 
de feuilles rampantes, le défunt, gravé au trait, revêtu 
d'ornements sacerdotaux, la tète nue, les mains jointes. 
Aux deux angles d'en haut, dans le champ, écussons 
chargés d'un lion. L'épitaphe part du bas de la bordure 
à gauche, fait le tour, et rentre dans le chanij) au mol 



FHACTo, placé iiiiniécliatemenl au-dessous de la date- 
Deux autres mots gravés auprès de la tête du défunt sont 
a peu près mutilés; fun d'eux pourrait être cleuici. 

176. — Église. Cloche. Ii55. 
iils xfs \'i:mt in v\œ i)i:vs iiomo i-agtvs est 

SANCTE MARTINE OllA TRO NOBIS LANY Mir.CCCGXXXVFV FET 

rOXTELLA. 

177. — Ancien cimetière. xiiF siècle. 

HOC lACI'T IN TVMM.d liiaiNAIlDVS IVNGE 

SEr T : SVrERiS : 

.... ; !■ ESTIÎSA : 

Kt deux autres lignes, où l'on ne distingue plus (pie 
des lettres isolées. 

478. — Ancien ciFuetière. xiiF siècle. 

Deux autres pierres tuniulaires ne portent nue le nom 
du défunt. L'une existe encore : 

IIIG lACET GVlLf.ELMVS GVINARUI. 

L'autre est perdue ou recouverte par le nouveau crépi 
jeté sur l'extérieur de l'église. La voici d'après un estam- 
page pris il y a quelijues années, et qui me laisse des 
doutes sur le dernier mot : 

IlIC lASCET (fie) ARNAVDVS DVOATA 

179. — Tour-des- Vents. 

Pnblicaleur. 18Ô5. N-^ 49. 

Au territoire de Pontella, près la métairie de SaiiU- 
Nicolas, lieu dit Tour-dcs-Vods , M. Jauberl de Réart 



■2H 

découvrit, en 1855, des substiuctions aiiliqiies. Le sol 
légèrement louillé à l'aide d'un bàlon, rendit au jour 
quelques débris de poterie rouge^ et, parmi eux, le fond 
d'un vase avec celle eslampille : 

CN • ;î:f- ■ ( CNetHs JEUus ) 

Le numéro du journal où ce cachet de potier lut publié 
porte JEi au lieu de ^el. La variante ^el m'est fournie par 
une copie faite au moment de la découverte, et, dit-on, 
de la main de M. Jauberl de Réart lui-même, jei serait 
donc une faute d'impression. Je n'ai j)u découvrir ce 
qu'est devenu le vase. 

Sur un autre fragment était le premier mot d'une 
seconde estampille : 



OF • {Oflicina.J 



La Tour-des- Vents est retombée à tort dans l'oubli 
depuis 1855; je n'ai pas appris qu'on y ail tenté de 
nouvelles fouilles. 

moivestir-di:l-camp. 

180. — Église. 1505. 

: ANISO 1 DOMINF : M : CC : XC ; H • XI : [J[> (sic) \ MARCll j 
OBIIT : DOMINA j BEATRIX • DE • TAVTAVLLO : FILIA : CONDAM | 
GVILLELMI I DE : SARAGVOSSA MILITIS. 

: ANNO : DOMINI : M : CGC : il : xll : iJf. (sic) : MAUCII : 
OBIIT : DOMINA : SIBIF.IA : DE : ATCIAO : FIIJA : CONDAM = 
GVILLELMI : DE : SARAGVOSSA • MILITIS : 

Entre ces deux épitaphes <|ui occupent les bordures 
horizontales, un bas-relief représente Jésus-Christ sur la 
croix , entre sa mère cl saint Jean. On remarquera l'abré- 
viation lïïï, pour calendas, deux fois répétée si clairement 



21) 

(\\\"i[ ny a pas à st^ Diépiviulre. Je ut: lai rtMUîonlivt.' imlh^ 
autre pari. Les dates doivent être lues 1295 et 1307), 
suivant la règle posée au n" lOi. Nous dirons un mot 
tout à l'heure (n" 183), de la famille Saragossa. 

On a vu in" 170) (jnelle origine VKcanijilc des qiic- 
iinuiUcs donnait au Monestir-del-Camp. Il y a beaucoup 
à décompter de cette glorieuse antiquité. Les cendres du 
grand Uoi étaient depuis longtemps refroidies, lorsque 
révèque d'Elne, Artal II, fonda la communauté del Camp 
et la mit sous la direction d'un de ses chanoines, avec le 
titre de prieur, vers la lin du xi'" siècle. Il est vrai de dire 
que l'église était déjà construite et qu'elle avait été donnée 
à l'évêque par Raymond-Guillaume de Rocaberli. Ce 
prieuré fut sécularisé, avec tous les monastères de la 
règle de saint Augustin dans le lloussillon et la Cerdagne, 
par huile de Clément Mil donnée aux calendes daoùt 
1a92, à la prière de Philippe 11, roi d'Espagne. 11 fut 
H'gi depuis lors par des prieurs séculiers dont le dernier, 
Antoine de Lante-la-Rovère , prit possession de la com- 
mende, le l*^'" juillet 1789. « Il n'en reste plus aujour- 
« d'hui , disait le docteur Carrère à la lin du dernier 
« siècle, que le titre prieural, (}ui est en commende, et 
« rapporte 3.000 livres; et celui d'un cure ou vicaire 
« perpétuel avec le titre de chanoine, qui jouit d'environ 
« 1.200 livres. L'église subsiste encore avec quelques 
« portions des bâtiments qui servent aux fermiers. » 
La porte en marbre blanc, à double archivolte, est dans 
un bon état de conservation. Les chapiteaux de ses 
colonnes sont curieux ; le baron Taylor en a donné le 
dessin dans son grand ouvrage. 

181. Cloître. 1307. 

ANNO : DDMIM : m : cjc : \ii : 
AC.TA : F\[;UVNt : lll.C : 



30 

L'a linâi »'t tnoitié de lu i[\n le pirrèile soiii à iieiiic 
tracés à la poiiiio. Pourquoi ces lettres iuaclievées? (Jiii 
arrêta le ciseau i)rêt l\ graver le nom ^lu Prieur sous le- 
quel lut élevé le cloître ou le nom du maître-d'œuvres qui 
le construisit? Ces questions ont été posées, discutées, 
mais non résolues : je ne me charge point d'éclaircir le 
mystère, si mystère il y a. 

Le cloître du Monestir-del-Camp, le plus petit des cloî- 
tres qui nous restent, est un quadrilatère irrégulier. On y 
compte vingt-sept arcades, portées sur des colonnettes 
simples, et maintenues aux quatre angles par des piles 
carrées. Le dessin de l'arcade est un tribobe ogival 
renfermé dans une plus grande ogive. Nous devons la 
conservation de ce monument aux soins intelligents du 
propriétaire, M. Jaubert de Passa, trop tôt enlevé à son 
pays et à la science. D'autres mains l'eussent probable- 
ment laissé tomber de lui-même en ruines; les arcades 
poussaient au vide sous le poids de Tappentis qui couvre 
les galeries; il était urgent de les relever. On souleva 
l'appentis, et sans déposer une seule pierre, le frêle 
appui fut remis en son aplomb. Cette opération délicate 
a parfaitement réussi. 

182. — Cloître. HOH. 

DE VILLA r.ONGA liEKTRANDVM ; 
PETRA SIGILLAT ,• OSSA LAPIS 
RETINET ; SPIRITVS ALTA PETIT 
MILITAT IN CELiS ; QVI MILE 
S ; IN GRUE REFVLSIT -, 
CVI CORVS ANGELICVS (iA 
VDET ADESSE COMES . • lîll 
CESSIT ID9 IVNII ; SVIi MILLE 
nVCENTIS AÎNNIS xT»l ; SVNT 

on 

llll INOE MINVS -, 



31 

Nous n'avons pas lronv('' et nons no Iroiivcrons pas de 
ïnarhrc aussi barharonitMU gravé (celui de l*ia, n" 155 
n'est rien auprès). Il se dislingue en outre par le genre 
de récriture qui est la minuscule des manuscrits de 
réj)0(pie; on y retrouve cei»endant I'e oncial, et une seule 
majuscule n placée en tète. Le type de la ponctuation a 
été pris à la même source ; c'est le point, simple ou 
double, mais toujours accompagné de la virgule, sauf à 
la septième ligne où l'on trouve les trois points posés 
en triangle. Le lapicide improvisé, qui fait ici son appren- 
tissage, n'avait jamais écrit que sur le vélin. Dans une 
transcription dont il existe plusieurs copies, l'abréviation 
IN de la dixième ligne a été rendue par infua; j'aime 
mieux inde. Le sens est peut-être plus clair avec infrà, 
mais la leçon n'est pas régulière. On pourrait ajouter que 
la i»ros()(lie s'accommode mieux de ind!\ si les règles de 
la quanlité avaient quelque chose à voir dans la "poésie 
du xiF siècle, témoin ici même idus et junii, qui font 
tache après les deux premiers distiques. 

185. — Cloilre. 1269. 

; t : ANNO : DOMIiM : M : cc : LX \ Vlli : XIH : KLS : FE 

BROARII : OBIIT j DOMINA : BERENGVAIUA : DE SARA " 

r.OSSA : CViVS : IN HOC TVMVLO \ l'EUSISTV 

NT : OSSA : SEPVLTA : QVI TVMVLVM CERNIS 

i CVR NON MORTALIA Sl'ERNIS : MVNDO 

NE CREDAS : QVIA NESCIS QVANDO RECEDAS : 

ROGVO (sic) : DIC PATER NOSTER j PRO ANIMA ME\ : 

Le 8 des calendes de juillet 1200, une autre Réren- 
gère de Saragossa, veuve de Guillaume (celui de l'ins- 
cription 180 sans doute), fait aveu de féaulé à IJernard 
Ids d'Ainaud Berlrand de Corbéra, pour les (iefs qu'elle 
possèdi' aux tcrroiis de Saini-l>ierre de Corlu-ra ei d,. 



•y} 

Saint-Julien de Vallventosa. Le 29 janvier 1412, le 
seigneur de Corbéra . dame Iluguèle de Ça Garriga , 
appelle à reconnaissance féodale, i)Our les mêmes liefs, 
Jacques de Saragossa, domicilié à Millas, descendant de 
(iuillaume. On retrouve ainsi très-souvent cette famille 
dans nos vieilles écritures pendant quatre siècles. Citons 
un dernier trait de ses annales : En i52i, P>ançois de 
Saragossa donna un rare exemple de fidélité, au milieu 
des trahisons qui souillèrent cette époque, et précipitèrent 
la chute de la dynastie Mayorquine. Cwouverneur du châ- 
teau majeur de Perpignan , il n'en rendit les clefs que 
sur un ordre écrit de la main du roi Jacques déjà dépos- 
sédé par Pierre IV d'Aragon , et prisonnier de ce prince 
à Elne. 

Voir pour la date de cette inscription l'observation 

faite au n» 104. 

184. — Cloître. 1006. 
: t : ANNO : DOMIM : M : JcG : VI : VÎll : kls : MAY : 
l'ETr.VS : lOllANMS : BAIVLVS : DE PACIANO : TRANSLA 
TAVIT : OSSA : MARIE : TAI.AVIS : CONDAM = DE 
I.VPIANO : AVIE : SVE : ITEM : OSSA : ARNAF.DI : TALAVIS : 
SAnUSTE : ['ACIAM : EIIJI \ DICTE : MARIE : QVI : 
INSTITVERVNT : HVIC : MONASTERIO : \II \ 
SOLIDOS : BARCIIINONENSES : ET : M i DENARIOS \ l'RO 

ANM VERSA RUS ; SVIS j 

En 1310, on trouve un membre de cette famille, Jean 
Tallavis, nommé Bailli de Passa par Renaud de Martigny, 
administrateur perpétuel du prieuré. 

18o. — Cloître. 1311. 

ANNO i DOMIM ; .M \ CXT. : \l : xîll • k.M.S : IWIl \ OBIIT 
tiVlLEELMVS : TEVI.JCII : DE VILLA j MVLACIIA \ QVI : MIGRAV 



33 

IT : DIK : ASCKNSIOMS : HOMINI : QVI : TVMVLVM : CKUNIS 

GVR : NON •: MORTALIA : SPERNIS : IVIVNDO : NF. • CRK 

DAS : QVIA i MiSCiS : QVANDO | RECEDAS 

ROGO : DIC I PATER f NOSTER \ PRO : ANIMA : MEA 

ROGO : DIC : ET : AVE : 

MARIA ' f 

186. —Cloître. 1525. 

ANNO : DOMINI = M : CGC : llll : il NNS 

AVGVSTI : OBIIT : DOMINA : AVDA 

VXOR : RAYMVNDI : FABRE : DE \ bWA \ 

QVI : TVMVLVM [ CERMS : CVR : NO 

N I MORTALIA | SPERNIS : MVNDO 

NE ;• CREDAS : QVIA NESCIS j Q 

VANDO : RECEDAS : ROGO | DIC 

: PAI'ER : NOSTEIl : PRO j AMM 

A : MEA I DJSENDO (sic) ] SIC \ AVE j 

MVRIA 



ANNO •; DOMINI i M : CCC : XXIII : 

in : KÀLS : NOVEMBRIS : OBIIT | PETRVS : DE 

BVLA : CANONICVS ; QVI 

TVMVLVM : CERNIS : CVR 

NON : MORTALIA j SPERNIS 

MVNDO : NE : CREDAS | QVI 

A -: NESCIS : QVANDO : RE 

CEDAS : ROGO : DIC : PATE 

h : NOSTER : i>RO : ANIMA : 

MEA : 



34 

Ces deux épifaplu's ne sont pas sur le marbre , comme 
dans la copie, a la suite l'une «le l'autre , mais en regard 
et séparées par une moulure. 

On est étonné de ne trouver au cloitre du Monestir 
aucune tombe de prieur. Avaient-ils leurs caveaux dans 
l'église? Il n'y en reste pas plus de traces que dans le 
cloitre. 



ORTAFA 



iSl. — Église. XF siècle (?). 



PETRVS : 

AMELI .; S\Π

RDOS : PRESHITERI : 

AD ECLESIAM IIONO 

RE SANCTE EVGENIE 



Je me suis trouvé assez embarrassé pour classer chro- 
nologiquement cette inscription. Les fautes de syntaxe 
m'ont déterminé pour le xi« siècle , autant que l'écriture, 
dont voici un spécimen : 

P ETRV S 



Il faut y joindre un e cursif et le c carré, quoique cette 
dernière forme persiste chez nous jusqu'aux premières 
années du xiiiR siècle, et soit par conséquent très-peu 
caractéristique, prise isolément. 

Quant à la syntaxe , je ne trouve pas après le xi^ siècle 
une série de solécismes comme celle-ci : Sacerdos près- 
bit eri ad ecclesiam honore. 



35 



SAiivT-PArr. 

188. — Porte de l'église. 1507. 

ANNO : DOMINI j M : CGC : VII : III : ID9 : DI'Œi^lHUIS : 0BIIT|( 
DOMINVS : lOlIANrqES : NDEDES : HECTOR : ECLESIE : SAXCTl || 
PAVLI : CVIVS : AMMA : EIVS (sic) : REQVIESCAT : IN : 
PAGE : AMEN : DICATIS : PATER • NOSTER || PLA^GITE : QVI 
CVPITIS : MORTEM : VITARE : SEVERAM : QVOD : SVM : VOS : 
ERITIS II QVIPPE : VOS j ESTIS : ERAM f TV : QVI TRANSIS : 
UOMINVM : ROGARE : MEMENTO || PRO ME : QVI : lACEO : 
TVMVLATVS : IN HOC : MONVMENTO : AGITE : PENITENCIAM 

SbUs le point de vue paléographiciue, cette inscription 
est une variété , à cause du grand nombre de petites 
lettres gravées en interligne. On n'y en compte pas moins 
de quatre-vingt-sept, et la plupart ne sont pas abrévia- 
tives. Il n'y a pas de règle uniforme pour la lecture des 
mots, dont la moitié est ainsi superposée à l'autre moitié. 
DCTS (décatis), j,^^^,'^ (plangite), [J;J[{ frogare), par exem- 
ple, doivent être lus dans un autre ordre que J'^^, (erilis), 
^P^j (affile), j>Y (cujus), et des uns comme des autres 
se distingue [\]j,^jq (mémento). 

189. — Porte de l'église. 1515. 

ANNO I DOMINI | M | C(T, f \lîl | il | ID9 | MADII 
FVIT 1 INCI:P TA | ECrÊSIA I SANGTI 

Ï^ETRI APOSTOIJ I 

Deux cercles concentriques, sonnnés d'une petite croii 
au pied liclié, prenneul toute la hauteur de la pierre 
entre les bordures, de sorlc (pie les trois lignes de Fins- 



36 

criplion sonl coupées au milieu , la première par la petite 
croix, les deux autres par la circonférence du grand 
cercle. Du centre de cette roue symbolique, dont le sens 
m'échappe, partent des rayons (jui s'arrêtent à la circon- 
férence du petit cercle. Est-il besoin d'ajouter que très- 
positivement ce n'est pas un cadran solaire, comme je 
l'ai entendu soutenir? 

190. — Cloche. 1348. 

LANY MIL CCCCC XXXXVIIt . SANCTE PAVLE ORA PRO NOBIS 

Le cinquième c pourrait bien être une l, ce qui chan- 
gerait la date de 1548 en 1498. Je n'ai pas vu la cloche 
d'assez près pour éclaircir ce doute. 

Sur une autre plus grande, mais plus moderne, on lit 
ces deux vers connus : 

t L.VVDO DEVM VERVM TLEBEM VOCO CONGREGO CLERVM 
DEFVNCTOS PLORO PESTEM FVGO PESTA DECORO. 

suivis de l'acclamation : sancte pavle or\ pro nobi<; 

NOTRE-DAME DE LA VALL. 

191. — Oratoire de Sainte-Anne. 1485. 

LANY MIL CCCC 
Lxxxm A Xllt 

DE MARS FOC CO 
MENSAT LORATORF. 

On rencontre l'oratoire de Sainte-Anne à un kilomètre 
environ de Caudiès , au bas du plateau sur lequel s'élève 
l'église de Notre-Dame de La Vall , dont il est fait men- 
tion dans la bulle de Serge IV constitutive du monastère 
de Saint-Paul-de-Fcnollet , en 1011 : Et ccdesium sandœ 
Alariœ de l'aile. Notie-Dame de La Vall n'est plus qu'im 
ermitage. 



DEUXIEME ARRONDISSEMENT. 



ci:ret. 

192. —Église, petite porte. 11284. 

: ANNO : DOMIM : M : CC : LXXXllII : I (?) : AVG 
VSTI (?) : OBIIT j DOMINA \ UERENGARIA : DE : VALCROSA : V 
XOR j RAIMVNDI j TRILES : MILITIS : DE ; CERETO : CVIVS | 
ANIMA : REQVIESCAT : IN ; PAGE : SEPE : RECO 
RDERIS : BONE : FRATER : QVOD : MORIERIS : CVM 
TE RES : PVLCRA ] RLANDIIVR : GERNE • SEPV 

LCRA 

Au-dessous une croix patlée , au pied fiché , accom- 
pagnée de deux écussons chargés aussi d'une croix. 

193. — Église, près de la grande porte. 1521. 

ANNO : DOMIM ■ M : CGC : XXÎ : V : ID9 : APRILIS : OBIIT : BER 
NARDVS : SALINI (?) : DE : CERETO : ITEM : XH | KLS : 
AVGVSTI : ANNO : DOMINI : M : CCG : IIH : OBIIT : DOMI 
NA : SAVRINA • VXOR : EIVS : QVORVM (?) : ANIME : PER j 

PEI : MISERICORDIAM 
REQVIESCANT : IN | PAGE j AMEN | 

194. — Eglise , grande porte. 1598. 

LANY : DE NOSTRE : SEVOR : M 
CCG : lAXXXVIIl : FO KEYTA 

AQESTV : poi;rM.I'U\ : 



3S 

Porte à quade archivoltes soutenues par des colonnes, 
seul ornement des parois verticales. C'est, avec le clocher, 
tout ce qui reste de l'aucieuue église; mais en la respec- 
tant on l'a écrasée sous une grande niche à plein cintre 
et fronton brisé, type du style architeclonique à l'époque 
de la reconstruction. 

195. —Cloches. 1488. 

MENTEM SANCTAM SPONTANEAM IIU.NOKEM DEO ET PATRIE 
LIBERATIONEM • LANV MIL CCCC LXXXVIII. 

Sur une autre plus petite. 

t IHS X?S ME FECrr lOIIA GIL LAY M CCCC LXXXVIII. 

Nous connaissons dçjà Johan Gil (o» 59); nous trou- 
verons bientôt la génération antérieure de cette famille 
de fondeurs. 



TALLET. 

196. — Église. 123-1 

OBIIT : BERiNAJlDVS : 
TEXTORII : VJIII • 
là : APRILIS : ANNO. • X 
m i ce i XLIIII : 
VII : iTl : MAI : ANrSÔ : X : 
M : ce : L : IIII : OBlil : SE 
BILLA : VXOK : EIVS : 



D après une copie Ugurée qui ma élc c(»mmunique(' 
par M. Alart. 



39 
SAINT-JEAN-PLA-DE-CORTS. 

197. — Église. 1225. 

t ANNO : M | CC : XXV : VII iTÎ. WMUS : F VIT IK 
ANSLATATA llIC : SAVRINA • VT AiNIMA 
EIVS REQVIESCAT IN PAGE : 

Au-dessus, à l'intérieuf du cadre, daus l'augle de 
droite, une main bénissante, et dans Pangle de gauche, 
une main portant un encensoir. 

198. — Cloches. 

i SANCTA BARBERA ORA PRO NOBIS ; SAN lOAN BATISTA TOMLS 

J'ignore la signification des cinq dernières lettres. Les 
caractères de cette inscription sont semblables a ceux 
du bourdon de Saint-Jean de Perpignan, fondu en 1418 
(no 56). 

Sur une autre , aussi sans date , mais plus ancienne, 
de forme très-évasée, sans aucun ornement : 

f MENTEM : SANTAM (sic) \ SPONTANEAM : HONHOREM {sicj [ 
DEO : ET : PATRIE : UBERACTONEM (sic) 

Une autre cloche, du xv^ siècle, et du poids d'envi- 
ron cent kilogrammes, se voyait encore, il y a dix ans, 
dans un grenier à foin de l'ancien château du lieu. On 
y lisait : 

XPS REX VENIT IN PAGE DEVS IIOIMO FACTVS EST 
LE VOLO. 

199. —Église, a côté de la porte. 1220 (?). 
Baron Taylor, Vo;/. Pittorcs., planches. 



40 
• ANNO : \PI i MILLi:siMO : CC j VICiKSIMO \ SECVNOO 
: IDVS : NOVI'VIBRIS : OBMT : IM'TUVS : DE CASLLMS 

• • • • • 

QVi SVl NEPOTIS ARTE I VCET lUC TVMVLATVS : 
HIC SEMPEIt IKETVS : OFICIO l'KESBIÏEUATVS 

En chef, à l'angle de droite, une main bénissante; 
au milieu , une croix grecque au pied (iché , accostée de 
deux chandeliers. Une guirlande de feuillages encadre 
ces ornements et l'inscription. Le sens de la quatrième 
ligne a besoin de commentaire. En prose on aurait écrit 
simplement : Listituit presbitemm pcrpetuum , formule 
ordinaire de la fondation d'un obit, telle que nous la 
trouvons a chaque pas (voir n^s 90, 101, 106, 109, etc.). 

200. —Cloche. 1436. 

t PATER EST PAX FILIVS EST VITA SVIKITVS SANCTVS EST 
REMEDIVM MAESTRES YPOLIT GIL E lACME GIL ME FECERVNT 
LANY MIL- CCCC- XXXVI- 

Diamètre de la cloche : l'»,02. J'ai signalé déjà cette 
autre génération de la famille Gil (voir n^ 193). 

201. —Maison Vilar, auge du puits. 1547. 

: VIR : CIRGVMSPECTVS PRO : 

VIDENGIE : HONORABILIS : BERNARDVS : lORDAM | 
QVONDAM : BAIVLVS : HVIVS : L0CI : lACET : 
me : QVI : OBIIT : X : DIE : IVLII : ANNO : 
DOMINI : M i CGC : XLVII : GVIVS : ANIMA ; REQVI 
ESCAT : IN : PAGE : AMEN ; 

Sarcophage converti en auge auprès du puits de la 
maison Vilar. L'inscription est accompagnée de deux 
écussons à trois fasces ondées, armes parlantes des 



Jorda , par allusion au lUuive célèlue de la Palesiiric (|uc 
nous appelons aussi Jorda dans noire langue calalaiie. 
L'inscription est en creux, les écussons et la bordure 
de feuillages courants, qui encadre l'ensemble, sont champ- 
levés. Le sarcophage n'a qu'un mètre de long sur largeur 
et hauteur proportionnelles. Ces dimensions paraissent 
avoir été généralement adoptées chez nous, au xiv^ siè- 
cle, si nous en jugeons par les modèles qui sont restés. 
Ils ne recevaient que la charpente osseuse du défunt après 
qu'on avait laissé aux chairs le temps de se consumer 
dans la terre. On m'a signalé dernièrement un sarcophage 
semblable dans la banlieue de Perpignan : c'est la tombe 
de Pons des Barres enlevée au couvent de la Merci de- 
puis 89. J'en ai donné ci-dessus (n» 73) l'inscription 
très-inlidèle, d'après une ancienne copie. Je corrigerai 
plus tard cette leçon , mais dès h présent je demande 
asile dans notre musée pour un monument qui en est 
digne, et que le propriétaire échangerait volontiers, je 
n'en doute pas, contre une auge de même capacité. 

SAINT-MARTIX-DE-FEXOLLAR. 

!202. Église. Pointures murales, xu'-' siècle. 

L'église de Saint-Martin-de-Fenollar forme deux pa- 
rallélogrammes rectangles, d'inégale grandeur. Le plus 
|ietit, qui était autrefois l'abside, a ô"','22 de longueur 
et !2"\4o de largeur; il est couvert par une voûte en 
berceau qui prend naissance à 2"i,0ij au-dessus du sol. 
Le développement du chevet, de la voûte et des parois 
latérales ofl're une surface de 5i mètres carrés, ornée 
aux qiiatre cinquièmes de ces peintures murales du 
moyen-âge dont le Poitou garde la plus belle page :t 
Saint-S;i\in. Klles ont soulVerl du temps et de la main 
des hommes surtout, mais il en reste assez pour faire 
bien com|)rendre l'ensemltle de la composition. 



i2 

La représenlaliuii de Dieu le lils, avec son corlége 
ordmaire, occupe un gros tiers de la voûte : il est assis 
au milieu d'une auréole ellipti([ue , la têle couronnée du 
nimbe crucifère, les pieds nus, bénissant de la main 
droite et tenant la main gauche appuyée sur un livre que 
porte le genou. Les quatre évangélistes raccompagnent; 
saint Matthieu, saint Marc et saint Luc tiennent dans 
leurs bras l'animal qui les symbolise. Chacun d'eux est 
en outre appelé par son nom dans une inscription de 
quatre vers écrite sur les deux plus longues bandes du 
cadre rectangulaire qui embrasse tout le sujet. Voici ce 
que j'en ai su lire : 

MATEVS NATVM DE YIUGINI' l'RI'DIGAT AGNVM 

MARCVS AVREM PER DESERTA AM 

VERBO PETITA SuVNCTVS (?) lOANNES 

US AJEDICVS LVCAS TENET ORE VIVEINT. . . (?) 

Avec ces autres fragments disposés en cette forme sur 
la ligne du petit axe de l'auréole : 



D 




C 




E 




A 


' 


X 

T 




T 




R 




E 




A 




T 







PE 




V 




CT 




I 




vs 




N 




■s 




'^ 




TA 




S 



A droite et à gauche de ce tableau central, dans l'es- 
pace compris entre les longs côtés du cadre et la ligne 
de naissance de la voûte, sont assis quatorze personnages 
couverts d'amples vêtements et les yeux tournés en haut, 
vers limage du Sauveur. De la main gauche ils tiennent 
élevée une coupe a pied, ou calice, et de la main droite 
uiie sorte de violon à trois cordes percé de deux ouïes : 
leur coiffure est un bonnet cylindrique, terminé quelque- 



43 

fuis par iiii cùue applali el ressemljlaiil alors à une 
mitre. 

Sur la paroi verticale, du côté de l'évangile, au-dessous 
de deux arcades surbaissées, la mort de la sainte Vierge (?) 
et celle de saint Joseph (?). La peinture est très-altérée. 
Du côté de ré[)ître, les rois mages conduits par l'étoile, 
et quelques lambeaux d'inscription qui laissent deviner 
ce texte connu : vklhnus stellam eius in ORiEN/e, et 
\Enimus cvm Mvner/Bvs adorxRE Dominum ( Office de 
l'Epiphanie). 

On entrait jadis dans l'église par une porte au midi 
de la nef; mais on a trouvé plus à propos de murer 
celte porte, de transporter l'autel a l'ouest et d'ouvrir 
le fond de l'abside. Le pire inconvénient de cette combi- 
naison, çst d'avoir détruit la moitié des peintures du 
cbevet. Nous y trouvons encore, au-dessus de la porte, 
la sainte Vierge assise dans une auréole eu losange , les 
luains élevées, la tète couverte de la coiffure cylindrique 
signalée plus liant. Immédiatement au-dessous venaient 
se rejoindre en s'abaissant vers la pointe inférieure du lo- 
sange, i)lus basse ipie leur niveau, les personnages peints 
sup les bandes latérales de la voûte; on ou distingue 
encore deux au retour d'équerre, de chaque côté de la 
porte. Dans le bas était l'adoration de& bergers, feisant 
suite à l'adoration des mages. 

Dans un pays plus jaloux (jue le nôtre de ses monu- 
ments, les peintures de Saint-Martin-de-Fenollar seraient 
déjà calquées, dessinées, gravées. iNous nous contentons 
de savoir qu'elles existent et nous ne paraissons pas nous 
soucier de l'apiirendrc aux autres. Il est encore temps 
de réparer cette négligence, mais il faut se bâter, n'at- 
tendons |)as qu'un épais badigeon, cm tout autre agent 
destructeur, nous en aient ôté les moyens. 

L'église de Saint-Martin-de-Fenollar est a|>pelée La 
Mulnil. L'origine de ce nom a été l'objet de vives dis- 



4'i 

eussions dans les colonnes du Publicateur de 1852. Cette 
polémique ne touche en rien à mon sujet. 

LA CIXS/V. 

203. — Église. 1292. 

t -; TKliCIO i DtClMU : I(LS : MAKCI 

I •: ANNU : DOMIM \ M i CC : NONAGK 

SIMO i PHI^IO : OlilIT : PONCIVS : OK 

CAPITE I AIAGNO : DOMICEIXVS : 

: DOMINVS : CASTRI : DE j CLVSA : 

: ROGO : TE : VT : ORES : DEVM : PRO : ME : 

• • • • • 

Le cadre est orné de croix à douze pointes pommelées. 

L'église de La Clusa a trois nefs terminées par des 
absides en hémicycle. x\ l'extérieur on ne voit qu'un 
chevet plat , percé de trois petites fenêtres ; il est cons- 
truit sur la ligne du mur d'enceinte du vieux château a 
l'est, et c'est peut-être uniquement à cette circonstance 
qu'il doit sa forme droite, comme plus favorable au 
système de défense. Le château de La Clusa fut un des 
points militaires les plus anciens de nos comtés ; nous 
n'avons pas, dans ce département, de ruines aussi 
imposantes par leur étendue. 

ARGELÈS. 

204. —Église. Fonts baptismaux xiiF siècle. 

MAGISTER : GVILLELMVS : ÎMARCIII \ HE 
VOLONO : .ME : FECIT : 

• • • 

La cuve baptismale, où se lit cette inscription, res- 
semble beaucoup h un grand bénitier. Son réservoir hé- 
misphérique est creusé dans une table polygonale qui 



engendre par-dessous une pyramide renversée du tnènie 
nombre de côtés. Ainsi laite, elle ne pouvait se tenir 
debout sans un appui étranger; on l'a scellée dans le 
mur auprès de la porte de l'église. Sa date nous est 
donnée par l'inscription qui est du xiii« siècle. Guillem 
March a signé son œuvre en caractères si élégants et si 
purs qu'on aimerait à retrouver-son nom sur un monu- 
ment plus digne de lui. 

205. — Cloche. 1470. 

IJTS • ML:MF:M SâNCTAM SPONTANt'AM IIONOREM DKO l-T l'ATI'.IK 
MBERACIONEM • LANY M CCCC • LXX TE DEVM LAVDAAIVS 

Sur une autre cloche, de plus fort diamètre, ancienne 
aussi , mais sans date : 

LAVnO DEVM VERVM l'I.EREM VOCO CDNCRK^O (ÏÏ.FRVM 
ni'FVNCTOS PLORO 

ERMITAGE DE SAI\TE-MA(.OELAI\'E. 

206. — Église, derrière l'autel, liii. 

AGI lAV NANTONI MELER 
QVI PASSA DAQVESTA VIDA • A ■ 
VI • DE GFNER LANY MIL • CCCC • 
XXXX II II 

Sainle-Magdeiaine , ou, comme on rappelle |)lus eoni- 
muiiémenl aujourd'hui, Notre-l)ame-de-Vie, est un lieu 
de pèlerinage situé dans le territoire d'Argelès, an sud- 
ouest et à demi-lieue de ce village. 

207. — Sacristie, xiir siècle. 

Sous le lavoir de la sacristie de Sahite-Magdelaine a 
élé mis pour évier un marbre qui n'avait |>as été destiné 



16 

sans doule à cet usage, quoique sa forme s'y prèle on 
ne peut mieux. La salutation angélique y est gravée, 
-partie dans le fond de la cuvette, partie sur le cadre, 
en écriture des premières années du xiiF siècle, ati 
plus tard. Au milieu du fond, une croix latine, accom- 
pagnée, vers les angles, de quatre croix plus petites, 
à branches égales , inscrites dans un cercle ; aux quatre 
coins du cadre, des croix semblables. A quoi servait 
autrefois ce marbre? On ne le sait pas; la génération 
vivante l'a toujours vu , on croit l'avoir toujours vu sous 
le robinet de la fontaine. 

COLLIOITRE. 

208. — Église. XI ve siècle. 

A XIII ANTONI 

PRKGA : DEVS : PEU i KL : 

Première et dernière ligne d'une inscription funéraire 
placée à la plus haute marche du maître-autel, et s'effa- 
çant peu a peu sous le frottement des pieds; on n'y 
lit plus rien avec confiance dans les lignes intermédiaires. 

209. ÉgHse, ancienne sacristie, xiv^ siècle. 

...Mi CGC : OBIlî : DOMINVS : GVILLELMVS : GAVSELMI. . 

REQVIESCAT : IN PAGE DICATIS : PATER : NOSTEIl : 

Entre ces deux lignes, gravées sur les tranches hori- 
zontales du cadre, un bas-relief représente Jésus-Christ 
en croix, la sainte Vierge et saint Jean, sous des arcades 
trilobées. 

210. — Église du couvent. 1451 . 

AGI • 1\V r.O HONORABLE • EN • lOHAX ■ CASSES • MERCADER 

DE • PERPENYA 



M 
LO • QVAL • MOlU • CONSDL \ V Dl' . AGOST- ANY ■ M CCCC, • SI 

iNCANTA IIV 

(Irande dalle de 2"',r)() de long el 0"',i)0 de large. On 
la coupée en deux, au tiers environ de sa longueur; le 
plus petit fragment est resté dans l'église du couvent ; 
l'autre couvre au cimetière une tombe assez récente. 
L'inscription, en gothique carrée, haute et serrée, fait 
le tour de la pierre; aux quatre angles, un écusson ren- 
fermant une 11 dont la haste est prolongée au-dessus de 
la panse, et croisée; dans le champ, deux groupes de 
quatre maisons placées en quinconce, armes parlantes de 
Cases. 

On trouve mémoire de la mort de Jean Cases dans le 
cartulaire municipal de Perpignan, appelé livre des 
Ordinations, à la date du 25 octobre 1 iol : « Corn nos 
« altres Frances Andreu, Frances Castello, Thomas 
« Monner e Johan Barrau , consols lany présent elets 
« de la vila de Perpinya, ensemps ab lo honorable en 
« Johan Cases , après de sa electio mort, etc. » {Ordin. i, 
558 yo). Pierre Vedrinyans paraît à sa place dans le 
même registre , en qualité de troisième consul , le 9 
décembre suivant. 

MADALOTII. 

21 1 . — Lieu dit le cimeiière. 

P. Puiggari, Piddicalexir , 1852, n» i2. — Henri, Guide 
en Roussillon, page L^i2. — De Gazanyola, llist. du 
Ronssillon, page 25. 

VAFP l'M 1 V se L I K 
l'M- 

M. p. Puiggari a donné l'explicatiim suivante de cés: 
sigles : 



48 

H xxlerius liacciis , pruefedus vraesidii , yiomimentum 
M lussil, \ivus, sihi condi, loco intersepto Et EMunito. 

« Valôi'ius Flaccus, commandant de la forteresse, s'est 
« fait construire , de son vivant, ce tombeau dont la 
« place a été circonscrite et défendue par un mur. » 

Cette interprétation fut publiée, en 1832, sous la pro- 
tection d'un si quid novisti melius, auquel personne 
encore ne s'est chargé de répondre. Les variantes que 
l'on a proposées n'offrent rien de sérieux ; elles ne chan- 
gent ni le sens ni le style du premier thème , et l'énigme 
reste entière. Quelques personnes ont suspecté l'authen- 
ticité de l'inscription elle-même, d'après de vagues don- 
nées, et probablement sans l'avoir vue. Les amateurs qui 
voudraient éclaircir leurs doutes a cet égard, trouveront 
le monument à 800 mètres environ, nord-est, de la 
(our de Madeloth , entre le -puig de Tallaferro et le coll 
de MoUô, sur un étroit plateau que les gens du pays 
appellent lo sementcri. Ces indications ne les dispense- 
ront pas de jirendre un guide pour s'éviter des recher- 
ches pénibles et peut-être sans résultat. 

Les rares habitants de ces coteaux solitaires connais- 
saient depuis bien longtemps la pierre écrite; dans leurs 
idées , elle couvrait ou indiquait le gîte d'un trésor ca- 
ché, mais après avoir inutilement bouleversé le sol à 
plusieurs reprises, ils ne faisaient plus cas du signe 
menteur. En 1825 des bergers, encore abusés par la 
vieille tradition, entreprirent de nouvelles fouilles avec 
une ardeur qui les trahit. M. Pi, de Cosprons, proprié- 
taire du terrain où se poursuivaient les recherches, vint 
les interrompre en se rendant sur les lieux. Il y trouva 
nos sigles gravés sur une grande dalle de pierre schis- 
teuse dont il avait ignoré jusqu'alors l'existence. Près 
d'elle gisaient deux autres dalles de même longueur, 
mais plus étroites, qu'on lui dit avoir été posées autre- 
fois de champ et recouvertes par la plus grande. M. Pi 



i9 



remarqua en outre qu'à six pieds environ à l'entour de 
oes dalles, perçaient les fondations d'une enceinte con- 
tinue. C'est de ces circonstances, et du voisinage de 
((uelques ruines appelées lo Castellet, (pie i\I. Puîgj^ari 
conclut à la signification des quatre derniers sigles : 
loeo intersepto et cmuuito. 



TATSO. 

212. - Porte de l'église, xiiie siècle. 

...KALElNDAS MADI! OBIIT BERENGARIVS TACITONIS. 
■ . FAMA VIR[ FLORET ET MILITAT EIVS HONORI. 
. . ATQVE NESCIT CVM MORIENTE MORI 



D'après une copie de la main de M. P. Puiogari Je 
n'ai pas su retrouver cette inscription. " 

LA ROC A. 

215. — Porte de l'église. 

: INTVS : CLAVSVRAM : IIVIVS 
TVMVLI : ATQVE : STRVCTVRAM 
TRANSLATA SVi\T CORPORA BERNARDI 
COREDI ET VXORIS ET OMNIS GENERIS EFVS 
ET : BARTOLOMEf : GRAMATICI : ET : VX 

Au-dessous un espace égal pour cinq autres lignes qui 
n ont jamais été remplies. 

214. —Cloches. 1407. 1426. 1459. 

_ANG^;LE DOMINI PENTESON QVI CORPVS DOMIiM NOSTRI 
IHV XPr IN MONVMENTO CVSTODISTI 

CVSTODI NOS Ali OMNI ADVERSITATE ET FVIGVRF IT 
TEMPESTATE :- P t X .;. U f N M,AN MIL CCGC ' VII ' 

4 



50 

Celte cloche a 0"\97 de dianièlre, el donne le la. Les 
sigles p • X • D • N • sii,Mii(ienl : pax Christi Donthu 
nostri. Je trouve cette lormule sur uue autre cloche plus 
moderne. Angcle Penteson pouiTait se rendre par : Ange 
de la douleur, ou Ange du deuil, du mot grec ttcvÔ/oo, 
je pleure, je suis dans le deuil. 

XPS : VINCIT : xFs : lŒGNAT : XPS : IMI'KUAT : XPS ; NOS : 
DEFENDÂT : |1 LANY : MIL : CCCC : XXVI : MAESTRE ; POLIT : 
GIL : ME : FEV | 

Hippolyte Gil est sans doute celui qui a fondu la clo- - 
che du Volo en compagnie de son parent et associé 
Jacques (voir n» 200). 

t liiS : MENTEM : SANCTAM : SPONTANEAM * HONOREM : 
DEO : ET PATUI || f ANNO : DOMINl : M : CCCC : XXXIX : 
X'PS REX VENU IN PAGE DEVS HOMO 

Les deux formules sont incomplètes faute d'espace. 

VILALLONGA-DELS-MOM'S. 

215. —Église. Cloches. 1410. 

XPS VINCIT XPS REGNAT X?S IMPEKAT XPS AB OMNI MALO 
NOS DEFENDAT AMEN • M • CCCC • X • 

MENTEM SANCTAM SPONTANEAM nONOREM DEO ET PATRIE 
LIBERACIONEM • M • CCCC • X • 

LE VILAR DE VILALLOIVGA-IJELS-MOIVTS. 

216. — Porte de l'église. 1245. 

: XV : KL : SEPTEMBRIS : AN NO i 

: DOMINI i M • CC : XL : III : omiT 

: RAIMVNDVS DE : ORVLO i PREPOSITVS 



51 

« Des prud'hommes ruraux, dont les noms sont restés 
« dans l'oubli, élevèrent jadis non loin de Villclongue- 
« dels-Monls, et à la [)artie dite aujourdiiui le Mlar, 
« une église qu'ils dédièrent à la sainte Vierge. Des 
« chanoines réguliers de Saint-Augustin l'iu-eiil appelés 
« dans cette solitude et y fondèrent un monastère dont 
« le chef porta le titre de Prévôt. Cette colonie monasli- 
« que était déjà établie le 10 des calendes de novembre 
« de l'an 1H7, époque ou Adroer et Vera, son épouse, 
« donnèrent à la prévôté du Vilar, un champ au territoire 
« de Villelongue, lieu dit Puig Cabell ou Calbcll, con- 
« frontanl d'un côté avec le torrent dcls Serrait lus. » 
(Renard de Saint-Malo, Pablical.., 1855, n" !2'2. ) 

L'église du Vilar fut consacrée, le 17 des calendes 
d'avril H42, par LMalgar, évèque d'Elne, qui la plaça 
sous la dépendance du monastère de Notre-Dame-de- 
Llado , dans le diocèse de Girone , en la retenant foute- 
fois sous sa juridiction. 

De nos jours, l'abolition des droits féodaux avait telle- 
ment réduit les revenus de la Prévôté du Vilar, que 
l'impôt et les frais d'entretien ou de culture absorbaient en 
entier le revenu du seul ténement rural dont elle eut 
conservé la propriété. Pour en linir avec cet état de 
choses, le prieur de l'église séculière et collégiale de 
Notre-Dame-de-Llado, dûment autorisé, vendit, le 50 
juillet 1X02, au prix de 4.000 francs, la montagne dite 
du Vilar, avec l'église, dont on a fait une bergerie. 

217. —Porte de l'église. 12o0. 

invs ocroBRis anno domim m d; 

L : OBIIT •: EUCSFADIS : DE : FVRCIS 
218. — Porte de l'église. 1262. 

V lltVS AVGVSTI ANNU 



noviNi M r.c ■ i.x fi ■ oriit • 

PETRVS : GHRAVni • DK VHA^ 
RI 

MONTESQUIU. 

219. — Enclos devant l'église. 1298. 

ANNO : DOMINI \ M : CC : XC : VIII : QVINTO : IDV 

S : JNOVF.MBRIS : OBIT (sic) [ DO.MINVS | GVILLELMVS : lOERII = CAP 

ELLANVS : DE | MOMESQViVO : QVI : DIMISIT : V 

NAM i LAMPADEM : SEMPER : ARDENTEM : ET : VNVM : TORTI 

CIVM : CEREVM : SEMPER : AD : ELEVANDVM • CORPVS : 

XPI : IN : ECCLESIA : SANCTI : SATVRMM j PRO : QVIBVS ■ OBLI 

GAVrr : DVAS : CLAVSAS : AFRONTAT : CVM : ORT 

• ■ • • • 

: ECCLESIE : ALIA • CVM : F : CELERA : ET : lACES (sic) ', 
HIC : CVM i OMNI I SVO : GENERE : HOMO : QVID : ASPICIS ; 
QVOD i ES I FVI : QVOD : SVM : ERIS : MEMENTO | MEI f 
E D I G A S : l (?) PAT NOST 

Sur la bande verticale du cadre, à droite, sont dispo- 
sées, quatre par quatre, douze petites croix. Le g du 
mol GENERE (9e ligne) est minuscule. La dernière ligne 
est gravée sur le cadre ; elle m'a paru de la même main 
que le corps de l'épitaphe ; et comme les deux premiers 
mots appartiennent au catalan, je dois modifler l'opinion 
inexacte émise aux n°^ 21 et M sur l'introduction de 
cette langue dans nos monuments épigraphiques. La re- 
marque laite au n" 72 tombe donc aussi d'elle-même. 

L'épitaphe de G. Joer est protégée par une grande 
arcade ogivale que soutiennent quatre colonnes, au- 
dessus d'une fosse profonde. Les tombeaux-arcades 
étaient nombreux , mais presque tous ont disparu parce 
qu'ils gênaient les abords des églises où l'on avait l'ha- 



53 

bitude de les placer. Parmi ceux qui resleul encore, 
deux ou trois à peine ont conservé l'inscription funé- 
raire. La cupidité n'a pas été toujours étrangère à cette 
destruction. 



220. — Cimetière. xiiF siècle. 



VI • IDVS APRrUS OBIIT PETRVS BERGOIONI 



ET • NATI 



SVI 



lACET HIC 




] 



ARTE 



: 



PETRI 



SEPVLTVS 



:] 



Voilà bien exactement l'inscription , moins la fornie 
de l'écriture. Point de millésime : on en remarque lab- 
sence parce que les deux petits cadres de la seconde 
ligne, qui lui avaient été réservés, sont restés vides; 
mais on est encore j)lus frappé de la ressemblance des 
caractères avec ceux de ré[)itaplie de Pierre (Gasoils, au 
Vole (no 199). S'ils étaient mobiles, on pourrait sans 
inconvénient les transposer d'une inscription à l'autre, 
et la subslitulion ne se trahirait que i)ar une légère iné- 
galité de liaiiteur. La croix et les chandeliers que l'on 
voit sur le marbre de Montesipiieu sont la copie eu grand 
de la croix et des chandeliers du Volo. Je trouve xm 
dernier trait d'air de famille dans le mot arte, formule 
nouvelle dans iu)tre épigraphie. Je suis très-porté à croire 
que le fils de Pierre Rergonyos était le neveu de 
Pierre Casells. Les deux tcunbeaux furent élevés par ses 
soins, ou construits de sa propre main, suivant la signi- 
fication que Ion attache au mol arte; mais dans le pre-' 



mier cas, c'est au mémo la|»ici(lc ([uil s"csl adressé pour 
j^raver les deux éiutaphes. 

221. — Cimetière. lo!24. J574. 

mm DOMINI M CGC XXlill 
QVAIITO là SliPTI-MBRIS 
VllNALlWS GVILt.lXMI DE MONTES 
yVIVO FtClT ISTVD PlTAi'ILVM KT lA 
CET HIC iVlVTER SVA CVM GENERE SVO. 

PiTAFiLVM ne se trouve ni dans Calepin ni dans Du 
Cange. .N'est-ce pas epitaimiivm que l'on a voulu mettre, 
en le prenant dans le sens de tombeau? Orelli propose la 
même acception pour ce mot. (Inscr. Rom., n^ 4318.) 

Sur la bordure inférieure : 

: AiNNO i\l CCC LXXIUI MOU! : EN : FEll (Vj : VALS : NET : 
1)I:N I AKNAV : GMI.LEiM : E FE : PINTvR : LO : CAP : DE : 
LAGLESA 

Quoique l'on ait gravé ces deux inscriptions sur le 
même marbre, elles sont entièrement distinctes, et la 
seconde est en réalité de cinquante ans moins vieille 
que la première. Il ne reste plus trace, dans Téglise, des 
peintures dues à la libéralité de Ferrer Valls; de la porte 
à l'abside règne la blanche uniformité du lait de chaux. 



SA INT-GE1VIS-1)ES-1 OINTAINES. 

-±±■1. - Eglise. Linteau de la porte. 1020. 

(iallia christ. , t. VI, col. IlOo. — liulld. de lu Soc. 
(les Vijr. -Orient. , I. VIII, p. 272 et pi. 7^. ~- linllrfiii 
ivoniiDi. , I. 22. 



55 

t ANNO VIDIiSIMO (sic) QVARTO Rl'ENNANTt: ROTIŒKTU lŒGi: 
AMMFLMVS GRATIV DEI AltA {$icj 

ISTA OPERA FIl'RI iVSSlT IN ONORE (sicj SANCTf GENESII 
r.EîSOBlI QVE fsicj VOCANT FÛNTANAS 

Le linteau de l'église de Saint-Gcnis est un monolithe 
(le 2"!, 20 de longueur, sur 0'", 70 de largeur moyenne. 
La différence de hauteur entre les deux extrémités de la 
pierre est très-siMisiMe à I'umI; mais on rencontre à 
chaque pas tant d'exemples de l'iiulifférence des artistes 
de celte époque pour la symétrie de certains détails, 
(ju'on ne s'en étonne plus. Notre quadrilatère irrégulier 
n'en est pas moins couvert d'intéressantes sculptures. 
.\u centre, Dieu le lils, assis, harhu, pieds nus, couronné 
du nimhe crucil'ère, bénissant de la main droite et la 
main gauche ajjpuyée sur un livre fermé, que soutient 
le genou. L'auréole perlée qui l'environne est formée par 
deux cferdes inégaux, (\m se coupent et sont raccordés 
aux points d'intersection par une touffe de feuillage; deux 
anges agenouillés la soulicMinenl. L'alphu et ïom(''g<r n'y 
sont point oubliés. Une guirlande de feuillages courants 
encadre tout le sujet. Innnédiatement au-dessous de la 
bordure supériouio, l'inscription, sur deux lignes, inter- 
rom|uies au milieu par le grand cercle de l'auréole, (jui 
louche h cette bordure. Elle est gravée en creux; tout 
le reste est en relief plat de réj)oque. 

La vingt-quatrième année du règne de Robert, dale de 
noire monument, est conq)rise entre le 24 octobre 101',) 
ot pareil (piantièine de 1020, en prenant la manière la 
|)lus commune de compter les années du règne de ce 
|)rincc, qui les fait partir de son accession au trône, 
(iuillaume, premier du nom dans la série des abbés de 
Sainl-(îenis, dressée par le GaUia , n'est connu par 
aucun autre docnineii( ipio riuscriplion du linleau de 
son église. 



5f. 

L'abbaye bënédicline de SaiiU-Genis-des-Koiilaines, à 
laquelle le village de ce nom doit son origine, parait 
avoir été fondée au commencement du ix^ siècle. Les 
Normands la ruinèrent dans le siècle suivant; mais elle 
se releva bientôt après sous le gouvernement et avec l'aide 
de Gausfred I*% comte de Roussillon. Réunie a l'obédience 
de Montserrat par le pape Jules II , en 1507, elle fut régie 
depuis cette époque par des abbés triennaux, conformé- 
ment à la règle de Valladolid. (Gall. christ.) 

J'ai déjà publié cette inscription et quelques autres de 
Saint-Genis, dans le tome Ville du Bulletin : je puiserai 
sans scrupule dans ce travail. Les leçons reennante et 
ROTBERTO out été notées comme mauvaises ; j'ai donc à 
les justifier, puisque j'ai cru qu'elles pouvaient être main- 
tenues. Le trait lié à la haste du premier e de reennante, 
entre la barre supérieure et celle du milieu, n'est' pas un 
G conjoint, mais un trait général d'abréviation. On le 
trouve lié dans le même mot, à I'a, où il représente Tin 
qui doit suivre, et tenant la place de plusieurs lettres 
dans deux autres mots : gratia, sancti, comme on peut 
s'en assurer par les fac-similé suivants de nennajite et 
gratia. 

©R'/DEl 

Sans doute ce trait général pourrait aussi bien repré-. 
senter le g que I'e , mais le doublement de I'n m'a sem- 
blé appeler le doublement de I'e, plutôt qu'une nouvelle 
consonne. Quant au t de rotreuto, je l'avais écrit sans 
bésitation , parce que le signe d'abréviation lié au pre- 
miei o est identique à celui qui demande le t àejitssU. 



SI 

223. — Porte de l'église. 1271. 

: ANNO XPl : MILLESIMO DVCEMESI 
MO : SEPTVAGESIMO = PRIMO : V : 

• • • • 

KLS : DECEMHRIS : DOMINA DVLCIA DE MONTE 
RVBEO : IN HOC FVIT : TVMVLO TVMVLATA : DIC . 
PATER : NOSTER : PRO ANIMA SVA : FAC BENE DVM 

• • • 

VIVIS POST MORTEM VIVEHE SI VIS : 

224. — Porte de l'église. 4507. 

ANNO DOMINI : M : CCC : SEPTIMO : SEXTO : IDVS : APRILI 
OBIT fsicj I FRATEU : MICHAEI, : SACRISTA : SANCTI | GENESII 

Moitié au-dessus, moitié au-dessous d'un bas-relief qui 
représente Jésus-Christ sur la croix, entre sa mère et saint 
Jean. Le bas-relief a beaucoup souflérl; l'inscription 
très-peu. 

225. — Porte de l'église. 1307. 

ANNO DOMINI \ M \ CGC : \îl : VI : IDi) j IVMI : OHIIT : 
FR.VTER : \\ BERENGAKIVS DE PVLCUO VESPERE CAMEIIARIVS 
ISTIYS LUCI : ET DOMINA MA || THIA EIVSUEM IIVMILIS 
SOBOR : QVORVM ANIME REQVIESCANT || IN PAGE : AMEN j 
QVOD ES FVI : QVOD SVM ERIS VIGILA NE DE || VORERIS : 
QVI ST4TIS CORAM PROFERANTES MORTIS AD IIORAM : 
IBI II TIS ABSQVE MORA : NESGITIS QVA TAMEN HORA | 
SIC EGO II NESGIVI : NISI QVANDO RAPTVS ABIVI | SEL» 
ANNIVERSARIVM STATVI : 

226. — Porte de l'église, xiv*^ siècle. 

RAIMVNUVS DE POLEESTBIS 

(JVO 



58 

Le reslo do I inscription a été enlevé proprement au 
ciseau par (luelciuc désœuvré. Un bas-reliei', (pie l'on a 
respecté, représente le défunt couché, tête nue, les mains 
croisées sur le ventre. Deux personnages se tiennent 
debout, l'un a la tète, l'autre aux pieds du lit funéraire ; 
ils portent une crosse, et l'un d'eux bénit de la main 
droite. 

Auprès de ce marbre est une autre image en bas-relief; 
l'inscription est fruste. 

227.— Église. Chapelle de Notre-Dame de Monlserrat. 
xine siècle. 

Bullet. de la Soc. des Pyr. -Orient., t. VIII, p. 275.— 
BiUlet. monum. , t. XXII. 

Nous venons de voir comment le ciseau de nos sculp- 
teurs du xie siècle traitait sur le marbre la représen- 
tation du Christ glorifié; voici le même sujet, confié, 
deux siècles et demi environ plus tard, à la palette d'un 
peintre qui nous a dit son nom. Ce tableau, caché dans 
le fond du transept méridional, est un devant d'autel. 
11 a l'",6o de longueur et On\78 de hauteur, le cadre 
non com])ris. 

Au milieu. Dieu le fils, assis, barbu, la tète ornée du 
nimbe crucifère, la main droite élevée, bénissante, la 
main gauche appuyée sur un livre, où l'on voit écrit : 

EGO SUM 
I>VX MVN 
1)1 : 

Sous ses pieds nus, des croissants et des. (lualrefeuilles 
d'or, cernés d'un rayonnement blanchâtre, nagent dans 
un fond d'azur, comme des astres au ciel : S\d) jiedibus 
cju.s... (iiiasi cu'lttiii- (ExOde). L'auréole eHi|tlique et dorée 
(pii renvironne cssl brodée de petites perles en relief du 
même ('mail, cl d<' cabochons plus gros, allernalivemenl 



53 

rougos el bleus. Le fond du nimlte, aussi dor, est ic- 
haussé de perles et de rinceaux linemenl dessinés. L'au- 
réole est cantonnée du tétraniorphe, l'ange et les trois 
animaux syml)oli(|ues sont nind)és, et chacun d'eux porte 
sur un larnbcl le nom de l'évangélisle (pi'il représente. 

A droite et à gauche [)araissent les douze apôtres, six 
de chaque côté , disposés trois par trois, sur deux rangs 
parallèles, debout, nimbés, les pieds nus. Tous sont 
uominativement désignés, à l'exception de saint l'ierre, 
qu'on distingue à l'attribut de la clef à double panneton. 

Vient enfin la signature de l'artiste , écrite sur un étroit 
ruban qui traverse horizontalement le tableau , à droite el 
a gauche de l'auréole, sous les pieds des apôtres du rang 
siq)érieur : 

MAGISTKR ALEXANDEU : ISTA OPF.RA FF.CIT . 

Peut-être un ruban parallèle, placé dans le bas, sous 
les apôtres du second rang , donnait-il la date précise de 
l'œuvre; mais l'humidité salpétreuse du sol n'a laissé d'un 
bout à l'autre ni peinture, ni toile, ni bois, sur une lar- 
geur de cifiq à six centimètres. 

D'autres sujets recouvraient les faces latérales de l'autel. 
Du côté de l'évangile, tout est détruit; le panneau, corres- 
pondant, du côté de l'épitre, est en fort mauvais état. On 
y distingue ce|iendant saint Genis décapité : comme notre 
saint Denis, il marche portant sa tête dans ses mains. Un 
grand nombre d'exemples paraissent démontrer (]ue l'ico-; 
nographie du moyen-âge avait ainsi (consacré le symbo- 
lisme de la décollation. On lit dans un coin de la toile : 

s GKNESIVS : 

A droite, un ange descend du ciel, tendant vers le saint 
un objet i palme ou couronne) ipie la confusion de cette 
partie du tableau rend méconnaissable. Trois guerriers, 
velus du hauberl et chaperon de mailles, considèrent le 



f.O 



prodige avec un étoniieineiil inèlé de crainle. Ce sont 
les bourreaux : deux d'entre eux tiennent à la main 
1 epée nue et sanglante. 

J'ai dit ailleurs, et je crois encore, que ces peintures 
datent de la lin du xiii^ siècle ou des premières années 
du XIV. Cependant , je ne dois pas taire qu'un homme 
connu par un grand nombre de mémoires sur diverses 
branches de l'archéologie, M. de Barthélémy, membre de 
plusieurs sociétés savantes, les a jugées beaucoup plus 
anciennes (BuUet. mon., t. 22). Les connaisseurs appré- 
cieront. Je verrais sans regret mon opinion condamnée 
par eux, et l'importance du tableau de Saint-Genis accrue 
par cela même. 

228. — Église. Crosse d'abbé, xiiie siècle. 

Quelques années après la révolution, lorsque l'église 
de Saint-Genis fut rendue au culte, on trouva, derrière 
le maitre-autel. parmi des décombres de tout espèce en- 
tassés dans l'abside, une volute de crosse abbatiale, seul 
débris du genre sauvé des ruines de nos monastères. 
Cette volute, en cuivre doré, date du xiiF siècle. On peut 
en voir le dessin dans les mémoires de notre société 
(t. VIII, pi. 2j. Elle est figurée par un serpent couvert 
d'écaillés, a la croupe hérissée de crochets, se repliant 
en orbe vers lui-même et broutant le feuillage. Dans la 
courbe gracieuse qu'il décrit, au milieu d'un quatrefeuilles 
perlé, se tient l'agneau divin triomphant, la tète tournée 
vers la croix , qu'il semble soutenir de sa jand)C gauche 
repliée. Sur la banderole qui Hotte attachée à la hampe 
«le la croix, sont burinés ces mots : 

AGNVS 

I) !• I • 

La douille où s"eminauchait le bâton de la. crosse , a 
conservé la couleur rou£;eàlre du métal, la trace des 



61 

morsures de la lierre ol les irons où passaient les tèles 
des goupilles. Une gaine dorée et sculptée recouvrait 
cette partie de la volute et formait le ummuI. 

220. ~ Cloître. H97. 

Gallia christ., t. VI, col. IlO-'i. —Snr. ries Pi/r.-Or., 
t. VIIl, p. 27r> et pi. 2. 



VER\X FACVNDVS 
FONS MANANS:FL0 
S RVBICVNDVS 



HOSPES lOCViND 
VS i MISERORVM 
PASCVA FVNDVS 



FRVCTV FEGVN 
DVS NVLLl PROBI 
TATE SECVNDVS 



PRE MVNDIS • MVN 
DVS F VIT : A BRAS 
ISTE RAIMVNDVS 



QVEM PIA LVX MAR 
TIS • DEGASEPTIMA 
DVXIT IN ASTRIS 



QVATVOR EXEM 
TIS ANNIS DE MI 
LLE DVCENTIS 



Telle est la disi)Osition de ces vers sur le marbre; un 
cordon perlé trace les lignes de séparation. L'élégance 
des caractères et la fermeté de la gravure font de cette 
inscription un contraste frappant avec celle du Monestir- 
del-Camp (ci-dessus, n" 182), plus vieille de dix mois à 
peine, et pourtant si barbare. 

Au quatrième vers, le Gallia écrit PREMV^D[ en un 
seul mot, au lieu de pre (prœ) mvndis; la phrase n'a pas 
de sens avec cette variante. La gloire de l'abbé Raymond 
est tout entière dans son épitaphe; on le trouve à peine 
mentionné par le Gallia en MSi^ et 1187. Le millésime 
de sa mort est 1107, d'après la règle posée au n" lOi. 



250.— Cloître. 12Ô4. 

Gall. christ. , t. VI , col. HOfi. - 1MI . dr la Snr. ries 
Pyr.-Or.. t. VIII, p, 278. 



62 

ABBAS GAVSIBERTVS (sic) lACET HIC BONVS ET BENE CERTVS 

i\10RIBVS ORNATVS • POLLESTRIS IN OPIDO NATVS 

VITA FVIT CVIVS ORBIS SALVS ET DECVS IIVIVS : 

DANUO GAVDEBAT • PROPRIVM SIBI NON RETINEBAT : 

SET DABAT ABSQVE MORA MISERIS SVA QVALIBET IIORA 

MORIBVS HORNAVIT (sic) SOCIOS QVOS SEMPER AMAVIT (?). 

ET MVNDÂNORVM CREVIT PRO POSSE BONORVM • 

ANNIS TERDENIS OGTO MINVS ORDINE PLENIS j 

DVX FVIT ECCLESIE : COMPLENS DOCVMENTA SOPHIE : 

ANNO MILLENO : BIS : G : TER : X : BISQVE SECVNDO : 

EIVS NOVEMBRIS • IHI • KALD MORS DATA RIEMBRIS : 

QVESVMVS XPE TECVM CONGAVDEAT ISTE : 

QVOD VT CONCEDAT : PATER NOSTER QVISLIBET DICAT : 

QVOD ES FVI QVOD SVM ERIS : VIGILA NE DEVORERIS : 

Dans le cours de leurs immenses travaux, les Béné- 
dictins, ne pouvant tout voir par eux-mêmes, durent 
accepter souvent de confiance et les yeux fermés, les 
documents qui leur étaient fournis, et souvent aussi, 
chez leurs correspondants, la science fut au-dessous du 
zèle. Ici, par exemple, leurs confrères de Saint-Genis, 
plus fervents cénobites qu'habiles paléographes, ont dé- 
naturé le sens du quatrième vers, en substituant qvando 
à DANDO. Au même vers et au douzième, ils ont remplacé 
par des points des mots très-lisibles encore aujourd'hui. 



'TlR lu S (proprium sihi). [jj^ (j 



(fjuœsunms 0) . 



Mais on ne s'explique pas comment les savants auteurs 
n'ont donné au bisqve secvndo (10'' vers) que la moitié 
de sa valeur, ce qui les a conduits à fixer les vingt-deux 
années de l'abbaliat de Gaushert entre 1210 et 1252, 
tandis qu'elles devraient être comptées de 1212 à 1254. 



63 

J'ai mis lo signe du cloute après le deriiiec mot du 
sixième vers, parce que la leçon amavit n'est j)as n'gu- 
lière. A la rigueur, c'est annavit qu'il l'audrail lire. La 
prétendue M n'est qu'une n double, identique à celle du mol 
ANNO dans une inscription d'Elne de la nit'me (''pO(|ui' 
(no402): 

Mil . mo. 

C'est probablement une erreur du lapicide ; n»ais elle 
importe peu : le sens de la phrase demande amavit, et 
l'on peut s'y tenir. 

Les vers un à sept de notre inscription sont placés sur 
la pierre en regard des vers huit à quatorze et séparés 
seulement par une moulure verticale. Les deux vers écrits 
sur chaipu; ligne ne se suivent pas, coninu; dans l'inscrp- 
tion grecque du reliquaire de saint Jean-I^itiste (n" 15): 
c'est un livre ouvert dont il faut lire la première page 
avant la seconde. 

251. — Cloître. 1281. 

Gallia christ., t. VI, col. 1106. 

ANNO • DOMINI • M • CC • LXXI • PR[T)IF. • CALKNDAS 
IVNII • OBIIT • DOMNVS • SAPTE • DE • POLMiSTRlS • ARHAS 
IIVIVS LOCI QVI REXIT HANC ■ ECCLESIAM XXIX 
ANNIS • ET • ADQMSIVIT ■ CASTRVM • DE • lîRVI.I.tANO 
DE ■ MARI ■ DECIMAM • l'ISClVM • HONOREM RERNARni 
OLIBE • DE • VILLALONGA • CONDAMINAM • PETRI DE 
TACIONE • MANSVM • ET HONOREM ERMEîNGAVDI • DE 
INSVLA • CAMPOS • DE • GRADV • DE VLMO • DE 
VERNADELI.A • DE LORTALI • DE • MOF.INO POMd.S DE 
ARGLEERIIS ET ISTIVS • MONASTERII liEPARAVlT 



64 
COOPERVIT ECCLESrAM • CONSTRVXIT . DO!\IVM NOVA M '• 
SVPRA BVATVM STABILIVIT CVILIBET MONACHORVM - 
QVATVOR OVA . OMNIBVS • DIEBVS • MERCVRU ET • 
VENERIS ET SVVM ANNIVERSARIVM • ET PATRIS ET 
MATRIS • ET FRATRIS SVI AVBERTI BAIVLI DE 
ROCA CVIVS AVXILIO CASTRVM DE • BRVLLIANO 
FVIT EMPTVM ANNO • CHRISTI • M CC LXXXl • 
MENSE OCTOBRI • TRANSLATVS EST • SVB • HAC ■ PETRA • 
QVEM • CHRISTVS • TRAXIT • AD ETHERA ■ ORATE PRO • EO 

Je copie cette inscription dans le Gallia, ne pouvant 
mieux faire. On voit dans le mur du cloître, auprès des 
inscriptions précédentes, les traces du descellement de 
deux pierres; l'une de ces pierres devait être l'épitaphe 
de Sapte de PoUestres. C'est du reste la place que 
les Bénédictins lui assignent : Hoc ipsius epitaphium in 
datistro ad ingressum ecdesiœ legitnr. On la retrouverait 
sans doute en retournant les seuils et les linteaux des 
ouvertures modernes, qui ont défiguré l'ancien cloître. 
Le château de Brulla, dont -il est parlé, fut acheté en 
1269 a Pons Hugues, comte d'Ampurias, au prix de 
10.000 sols melgoriens. 

252. — Cloître. 1507. 

Gallia christ., t. VI, col. 1106. — BnU. de la Soc. 
des Pi/r.-Or. , t. VIII , p. 280. 

V • IDVS OCTOBRIS • ANiNO ■ DOMINI M • CLC • SEPTIMO 
OBIIT • FRATER GVILLELMVS • DE ABBATIA IIVIVS 
MONASTERII ABBAS CVIVS ANIMA REQVIE 
SCAT IN PAGE CVIVS CORPVS RECONDITVM EST IN HAC TV.MRV 



65 

Sur le devant cl"un sarcophage de nièiiie dimension à 
peu près que ceux de Bernard Jorda et de Pons des Bar- 
res, signalés ci-dessus (n" 201). Cette tombe n'a pas été 
violée ; on ne peut la déplacer ni mémo on soulever le 
couvercle, sans étançoniier solidcnionl un arc de la voûte 
du cloilrc, qui sappuio sur la lace encastrée dans la 
muraille. 

Avec une bonne copie de cette inscription sous les 
yeux, les Bénédictins n'auraient pas créé un abbé de 
Saint-Genis imaginaire: Ji. de Abbaiia, disent-ils, haiid 
almndè innolcsrit quam ex epitaphio, et ils rapportent à 
la suite l'épitapbe de Guillaume. Le g est pourtant à (leur 
de coin sur la pierre, et le doute impossible. Il faut donc 
rayer de la liste du Gallici ce faux Bernard, et lui subs- 
tituer Guillaunu' II, désigné comme son prédécesseur 
dans le même ouvrage, avec cette courte notice : (hdl- 
lelnms II reperihir Ahbas S. Gmesii amiis 1283, 129i, 
94, 98, i 502 et 1505. (Loc. cit.) 

255. — Cloches, xv siècle. 

liuUet. de la Soc. des Ihjr.-Or., t. VIII, p. 280. 

Sur la plus grande : 

f QVI StNE PECCATO : VI'STRVM : EST : Piii:\IVM : LAPIDEM : 

MITAT (sic) \ 
FOV FET EN LAN Y : M : CCCGLI i,).riAT : PER LA GRACIA : 

DE DEY : FUA : BERNAT : PVGOL 
TE DEVM LAVDAMVS • 

Quatre médaillons: lïïs. Erre Ifomn , la sainte Vierge 
portant Tenfant Jésus, saint iMichel cond)attant le (h-agoii. 
Sur le cerveau de la plus petite : 

DICOR MARIA MEVM NOMEN VIR(ilNE\.M 



66 

Sans date, mais autant que je puis en juger, un peu 
plus vieille que la précédente. 

254. — Territoire de Saint-Genis. 
Publicateur, -1853, n» 8. 



PREPi 



Marque de potier sur une petite lampe en terre cuite, 
trouvée à Saint-Genis, dans une propriété de M. Bosch. 
Le même territoire a fourni plusieurs specirnm de briques 
a estampille , qui ont été perdues , et grand nombre de 
médailles consulaires et impériales. 



Erratum I page 32. — Une erreur typographique a fait rapporter à 
l'an ^524, au lieu de -1344, la date bien connue de la 
chute de la dynastie niajorquine. 



GEOGRAPHIE lllSTORIQDE DES PYREIES-ORIEÏÏAIES, 

Par M. Il» Alart, membre résidant. 



PERIODE GALLO-ROMAINE. 
Populalions itrimitives. 

Les premières populations des pays qui forment aujour- 
d'hui la France el rEspai,Mie appartenaient sans doute à 
une même i'amille. iMais, dès que les premières lueurs 
de l'histoire permettent de distinguer un peu leur physio- 
nomie et leur caractère, on reconnaît en elles certaines 
différences de langage, de mœurs et d'institutions, qui 
en forment deux peuples distincts : le premier, établi au 
sud des Pyrénées, s'appelle le peuple lbi:re; l'autre prend 
le nom de peuple Celle ou Gall, sans que leur limite com- 
mune ait été en aucun temps exactement déterminée. 

La masse inq)Osante des Pyrénées attira de bonne heure 
l'attention des anciens historiens, qui se figurèrent que 
cette barrière avait élerncllement séparé les peuples Gau- 
lois de ceux de l'Ibérie. Pour Polybe, Diodore de Sicile, 
Tite-Live, Strabon et Ptolémée, celte limite naturelle a 
été unanimement considérée comme une limite ethno- 
graphique ou politique; et, pour tous ces auteurs, le pavs 
au nord des Pyrénées s'appelait la Cellique , habitée par 
les Celles ou Galls, et tout ce qui est au midi appartenait 
à VIbérie. Cependant celte erreur avait été reconnue, dès 
l'anticpiité, par Jules César, et cet auteur, qui était en 
mesure de connaître la vérité à cet égard, n'a pas hésité à 
rattacher les peuples aquitains à la race Ibérienne. Mais, 



G8 

c'est surtout pour la j»artie oiientale des Pyrénées, que 
cette erreur est maniieste. I/histoire démontre que cette 
partie de la chaîne n'a jamais réellement séparé les popu- 
lations qui en occupent les deux versants. Les peuples du 
Roussillon et du Confient ont toujours reconnu des frères 
d'une même famille dans ceux de la Cerdagne et de la 
Catalogne; les montagnes n'ont été pour eux qu'un moyen 
de communication ou plutôt le boulevart d'une nationalité 
comnmne, et c'est seulement du jour où Louis XIV a dit : 
// n'y a plus de Pyrénées, qu'elles se sont dressées comme 
une barrière définitive pour séparer deux peuples cons- 
tamment unis jusqu'alors. 

On ne saurait donc entendre que dans un certain sens 
les noms de Celtes ou de Gaulois, appliqués par beaucoup 
d'auteurs anciens aux premières populations des pays qui 
forment les Pyrénées-Orientales. 11 existe, en effet, 
même pour les temps les plus reculés, des indications 
importantes et précises sur l'origine des premiers habi- 
tants du Roussillon, et tout démontre qu'ils appartenaient, 
comme les Aquitains, à l'ancienne race des Ibères. 
Le Périple de Scylax, dont les témoignages se rappor- 
tent aux premiers temps de l'histoire occidentale (vers 
le VI® siècle avant notre ère), nous apprend que toute 
la côte, « depuis la limite des Ibères jusqu'au fleuve du 
«Rhône, était alors habitée par un mélange de peuples 
« Lighyens et Ibères ' ; » et Skymnos de Chio nous repré- 
sente ce même pays comme occupé par les Lighyens *. 

1 Airo âî iSr'ipoyj v/o-j-y.'. hlyjiç, y.OLi iSyips; a'.yâSz:;, 
(jteyp! -TTOraiJiou Pooavoj. Ex reriplo Scy lacis , p. 3. 
2 ETtoc lêyjpeç 

....Eiretra Trapa9a)àTTiO£ xarco 

ripcoro fxev EfXTropiov, Vô^n ^î èvj-îp'x. 

Skïm. de Ciiio, Offris dtscrifl. v. 100, 101, ^05. 



69 

On sait, d'autre part, que ces Lùjhyens ou Liguriens étaient 
un [ieuple d'origine ibérienne, que les migrations des Celtes 
e!i Espagne avaient déterminé à s'épancher dans les Gaules 
par les poits des Pyrénées '. 11 est donc bien certain <]ue le 
fond des populations primitives de l'ancienne Narbonnaise 
appartenait à la race qui avait peuplé l'Espagne, et formait 
un mélange d'Ibèrea et de IJyhyes, au milieu desquels 
vivaient aussi quelques tribus d'origine celtique. Yoila le 
témoignage de l'histoire, et tous les faits que l'on peut 
observer encore aujourd'hui ne font que le confirmer. 

Qu'était-ce donc que ce peuple Ibrro - Ligurien de 
l'ancien Roussillon, et à^iucls traits peut-on reconnaître 
encore sa parentti av(!c les Ibères-Wascons des Pyrénées 
occidentales? Depuis près de trois mille ans, il s'est passé 
trop d'événements dans ce pays, pour que les traits phy- 
siologiques, les monuments, les mœurs, le caractère et 
les institutions des populations, dont les éléments remon- 
tent peut-être à l'époque la plus reculée, puissent être, 
aujourd'hui, facilement reconnus, et en assez grand 
nombre, pour permettre de décider si le peuple rous- 
sillonnais, tel que nous le voyons, se rattache aux popu- 
lations ibérienncs, plutôt qu'à celles de la Gaule. Il y a 
place sans doute pour des systèmes bien opposés dans ce 
vague mélange de débris du passé; mais il y a un guide 
certain qui peut diriger les recherches "au milieu des difli- 
cultés et des incertitudes : c'est la linguistique. Car il existe 
encore aujourd'hui des témoignages certains de l'occupa- 
tion de notre pays par la race des Ibères, dans les noms 
de quelques cours d"eau, de montagnes et de quebjues 
villages , qu'on ne peut expliquer par la langue d'aucun 
des peuples que l'histoire signale en Roussillon depuis 
le VIO siècle avant notre ère; et ces dénouiinations ne 
sauraient dès lors appartenir qu'à des popuiaticms anté- 
rieures a l'époque historique proprement dite. 

' be ta ':ilM/{ia(inii Caulniie. fd , par 'W (iirauil. 



Ou a diversement apprécié la valeur des iulerprélalions 
étymologiques, et, depuis longtemps, on a essayé d'expli- 
quer, d"uno manière habile et savante, par les langues 
orienlales ou par celles de l'antiquité classique, beaucoup 
de noms du Roussillon dont le sens est encore inconnu. 
Mais tout ce qu'on peut conclure de ces tentatives plus 
ou moins heureuses, c'est, qu'en pareille matière, on ne 
saurait procéder avec trop de précautions. Cependant, 
quand on voit un grand nombre de ces noms rationnel- 
lement expliqués par l'histoire, la grammaire et l'archéo- 
logie, au moyen de la langue cmmara, qui présente tous 
les caractères d'une haute antiquité, et qui est encore 
parlée par un peuple que toutes les traditions rattachent 
à l'ancienne famille ibérienne établie sur toute la ligne des 
Pyrénées; peut-on s'empêcher de rapporter à ce même 
peuple, ou du moins à une de ses branches, les anciennes 
populations du Roussillon qui parlaient évidemment ce 
même idiome, puisqu'on en roconnait encore quelques 
débris dans les noms des lieux qu'elles avaient habités? 
N'est-il pas rationnel d'appliquer alors les principes de 
l'étymologie et d'en accepter les conséquences, et peut- 
on rejeter ce moyen scientifique de porler un peu de clarté 
dans la nuit des siècles passés? Les travaux de G. de 
Humboldt et de Fauriel ont déjà montré quel secours on 
pent espérer de l'étude de la langue des anciens Was- 
cons, pour les origines espagnoles, françaises et même 
italiennes. En ce qui concerne le Roussillon, on peut 
ciler les anciens noms de quelques-uns de nos villages, 
tels que Llar, Bffs^>(Baho), Astovere (Astoher), Uech, 
IJr, i^pm (Aspira), JUberri et bien d'autres, qui s ex- 
pliquent sans diffîculté par la langue basque actuelle'. 

< Os ronsidérations se trouvent déjà émises, on pnrtic, dans notre 
mémoire sur la Géographie hislor. du Confient (Bull, de la Snr. des ryr.-Or.. 
X,p.67). Onsait.iuc!aInn{;Mebasqucn'a|)as de mots commcnrant pr 
la lettre n , et, s'ils cmprnnteni des termes élranijers où celte eonsonnp 



71 

11 ne laul point s'attendre d'ailleurs à ce que celle langue, 
qui n'est qu'un débris d'ui» dialecte ibérien , puisse nous 
donner aujourd'hui l'explication de tous les noms laissés 
en Roussillon par ces ])opulations primitives. Les anciens 
Ibères formaient une famille de peuples, ayant chacun leur 
langue particulière, avec des niols et des cxmstructions qui 
pouvaient souvent être étrangers à d'autres tribus, quels 
que fussent d'ailleurs les rapports et la parenté de ces 
dialectes et de ces peuples entre eux. Il existe, en effet, 
sur beaucoup de points du Roussillon, des noms qui ne 
s'expliquent ni par le basque ni par les langues sémitiques 
ou indo-germaniques ' , et on est fondé à les considérer 
comme des débris de l'idiome, éteint depuis longtemps, 
des peuplades Ibères qui occupèrent notre pays dans les 
siècles les plus reculés. 

se trouve être la première, les Basques la font toujours précéder des voyelles 
A ou E. CVst ainsi qu'ils emploient, sons les formes arriu, arrat , les mots 
que nous prononçons W« et rat. On trouve des traces de celte particularité 
dans les noms de Ria, Ro, Raluir, Raiieu, etc., qui, dans les plus anciens 
documents, se trouvent toujours écrits Arùa, Arro, Anahur, Ardeu. 11 y a 
en outre bien des noms, latins ou romans, en apparence, qui se rattache'nt 
peut-être à l'ancienne langue des Ibères, tel est celui à'IUe, que les tabel- 
lions du moyen-âge s'empressèrent de latiniser sous la forme hmda , de 
même qu'ils rendaient celui de Canamals par Canibus malis. Cependant la 
situation de la ville d'Ille n'a aucun rapport avec ce que nous appelons 
une lie, et ne reirouve-t-ou pas ce nom sur plusieurs points du départe- 
ment? près du Perthus (las Illas), en Vallespir (Sainte-Colombe de las 
//'as;, au-dessus de .loch fSa-hilla), et dans vingt autres endroits, où il ne 
peut être question d';/M, ni même de ruisseaux pour les former ? Knfin, 
lorsque le nom d'Ille se montre pour la première fois, dans une cliarle 
latine du u'^ siècle f Marca , n» 23), ce n'est pas sous la forme Imula, 
mais sous celle d'l7a, qui a un sens bien caraclérisé dans la langue basque 
et tout-à-fait différent de celui que lui donneraient les idiomes latins. 
' Tels sont les noms de Xarel. Bul, Volo. etc., qui sont trop fréquemment 

employésdansnosdénominalions territoriales pour n'avoirpasété appliqués, 
dans l'origine, à certaines cultures ou à des accidents de terrain, etc. Volo a le 
sens certain du mot catalan riba, celui de Buta semble se rapporter à un cours 
d'eau ; mais on ne sait, ou du moins je ne sais, n quelle langue les rattacher. 



72 

yiieiclucs noms roussilloniiais conservent aussi des tra- 
ces de la langue celtique, entre autres Kexans (Caixas, 
Quexans, Mar-quexanes), Pcnn (Pena), Qticr, et bien 
d'autres que l'on signalerait dans notre département. 

Ainsi donc , bien que les secours de la linguistique 
soient encore insullisants dans bien des cas, ces expli- 
cations sont cependant assez nombreuses et assez satis- 
faisantes pour faire admettre que les premiers habitants 
du Roussillon parlaient un dialecte ibérien mélangé de 
mots celtiques; et, dans son ensemble, cet idiome devait 
avoir de grands rapports avec la langue euscuura, dont 
les populations basques se servent encore de nos jours. 
Il est donc constant que les premiers peuples de notre 
pays (Sordes ou Cérétans) appartenaient à la famille ibé- 
rienne. Leurs descendants ont formé, de tout temps, le 
fond de la population des Pyrénées-Orientales; car les 
autres peuples, Phéniciens, Massaliotes, Piomains, Wisi- 
goths, Arabes et Francs, qui ont successivement par- 
couru ce pays, ont pu y établir des colonies, le dominer 
et y marquer leur influence d'une manière plus ou moins 
profonde; ils ont pu, comme le (iront les Romains et les 
Wisigotlis, modifier les mœurs, le caractère et les condi- 
tions de la race primitive; mais ils n'ont pu la détruire 
ni la chasser, ni par conséquent la remplacer. Il n'en 
faut pas moins examiner les circonstances particulières 
de ces dominations étrangères, ou les relations qui s'éta- 
blirent entre elles et les peuples de cette contrée , et 
tâcher de connaître la part qu'il faut attribuer à chacune 
d'elles dans l'histoire de notre géographie. 

Pbénlrlens. 

Les navigateurs de Tyr qui, vers le x*^ siècle avant 
notre ère, parcoururent tous les rivages de la Méditer- 
ranée, ont laissé, dans l'histoire et les traditions de la 



73 

plupart des nations occidentales , des influences reli- 
i^ieuses et commerciales, dont le souvenir n'est pas en- 
tièrement effacé. Il n'y a aucun intérêt à contester ces 
faits généraux, que la critique d'Heeren a historiquement 
démontrés, mais on ne peut non plus les admettre sans 
preuves en ce qui concerne le Roussillon , ni surtout leur 
donner une importance et des proportions que rien ne 
semble justifier; car il est certain que les historiens et 
les géographes anciens n'ont laissé aucune indication 
particulière sur le commerce ou les établissements des 
Phéniciens dans notre pays. Ce silence ne prouve rien 
sans doute en faveur de ces établissements; mais on ne 
peut non plus s'en appuyer pour les rejeter d'une manière 
absolue. 11 ne fait que laisser le champ libre aux conjec- 
tures et aux preuves étymologiques ou autres que les 
savants modernes auraient pu présenter. Il s'agit donc 
d'apprécier la valeur des conjectures émises à ce sujet 
dans ces dernières années. 

C'est surtout M. Puiggari qui a mis en avant les in- 
fluences phéniciennes à propos du Roussillon. Sur de 
simples données étymologiques, savamment étudiées et sou- 
tenues par d'habiles explications, il en était veiui à admettre 
connue histoii'c positive la fondation de litiscino, d'Illi- 
beris et de Caucoliberi par des colons phéniciens. Divers 
lieux du voisinage, tels que licrcal et MadaloUt, auraient 
eu la même origine. M. Puiggari suivait ensuite les traces 
des Phéniciens dans le haut Vallespir, où il retrouvait ce 
nom de Madalolli. 11 ne signalait rien dans le reste du 
Roussillon. Il indicpiait (puîlqucs dénominations sémiti- 
ques dans le haut Conflent, et, comme couronnement de 
son système, il trouvait une véritable colonie de Cretois 
ou de Phéniciens, dans la Cerdagne, où les racines pu- 
niques se nxultreraient à profusion. Eu effet, M. Puiggari 
en cite un grand nombre, qu'il explique avec le concours 
de Rocliart, dont la science n'est pas plus contestable que 



74 

riiabileté de notre archéologue '. Mais, tout en admettanl 
que les noms de CaucoUheri, l'r, UUberis, etc., puissent 
s'interpréter d'une manière savante, sinon certaine et 
décisive, par les langues sémiti(|ues, on n'expli(iue pas 
cependant comment ces dénominations, dont on com- 
prendrait à la rigueur la présence sur les côtes roussil- 
lonuaises, qui ont pu être visitées par les Phéniciens, 
disparaissent presque complètement à mesure que l'on 
s'avance dans l'intérieur du pays, pour reparaître, toul- 
à-coup, en Cerdagne, dans des proportions extraordinaires. 
C'est une bizarrerie dont on ne rend compte que par de 
pures suppositions. Il j a, au contraire, une explication 
bien naturelle, si l'on prend pour guide la langue de 
l'ancien peu[)le que l'histoire signale réellement dans ces 
régions; car la langue basque explique presque tous les 
noms que M. Puiggari interprète par l'hébreu, ceux de 
la côte, comme ceux des montagnes, et on rattache ainsi 
les premiers aux seconds, par beaucoup d'autres noms 
laissés par l'ancien peuple ibère, dans l'espace intermé- 
diaire qui reste en blanc sur la carte étymologique de 
M. Puiggari. Son opinion se trouve d'ailleurs formelle- 
ment détruite par le témoignage de l'histoire. En effet, 
outre le silence des auteurs anciens, qui n'ont jamais 
signalé dans les parages roussillonnais la présence des ncls 
de Tvr ou de Sidon, nous avons déjà cité les géographes 
de l'antiquité d'après lesquels les côtes de la Narbonnaise 
lurent peuplées par les Ibères. Quant au peuple cérétan, 
nous avons le témoignage d'Aviénus (Ceretes, gens est 
Iberiim) et celui de Strabon, qui dit en propres termes : 
«On trouve, au milieu des Pyrénées, de belles vallées, 
« occupées, en partie, par les Cerrelans, }ienple ibérien. » 
(Liv. IV.) 

Il faut donc rejeter, jusqu'à preuve nouvelle , toute 

« Publkateur, année II, 2. 3. — IV, 25. 26. 'lO— V, 24. Stalittique 
Pi/renc«»7ie de M. Du Mége. 



influoDce phénicienne en Roussillon, et attendre que les 
progrès de la linguistique et l'étude des anciens idiomes 
ibéricns nous révèlent le sens de quelques dénominations 
primitives de ce pays, qui résistent encore à toute inter- 
prétation par la langue eiiscuara actuelle. 

Circcs-Hassalfolc». 

Les Grecs succédèrent aux Phéniciens dans les mers 
occidentales, qui, dès le viF siècle avant J.-C, lurent 
presque uniquement parcourues par les Rhodiens, et plus 
tard par les Massaliotes. Ici, les données de l'histoire sont 
moins vagues : elles indiquent positivement les colonies 
grecques de Rliocla (Roses) et d'Emportés (Castellô) au 
sud des Pyrénées; Lcucas , AgafJié-Ti/ché (Agde), etc., 
dans la Narhonnaise. Quant à la côte roussillonnaise 
proprement dite, il est probable qu'elle fut explorée, 
pour la première fois, par les navigateurs grecs, à qui 
nous devons quelques-uns de nos anciens noms géogra- 
phiques, ou du moins la forme sous laijuolle ils nous ont 
été transmis. I)'ai)rès une ancienne tradition ' , les Massa- 
liotes auraient fait jadis un grand commerce et entretenu 
d'importantes relations avec le Port de Pyrhie, et on ne 
peut nier que leur influence n'ait dû s'étendre au loin 
dans l'intérieur même du pays. Mais on tomberait encore 
ici dans le domaine des chimères et des conjectures 
si on voulait faire l'application de ces données générales 
à des faits particuliers. On ne trouverait pas aujour- 
d'hui dans notre département un seul nom géographique 
qui |)uisse être attribué avec certitude à la langue de 
Massalic; et ceux mêmes que les auteurs grecs onl cités 
ne se sont pas conservés sous la forme helléni(iue. Ainsi, 
tandis (pi'en dehors du Roussillon et presque sur ses limi- 
tes, on trouve encore aujourd'hui les noms grecs à^Ag(h\ 

' FesTts AviENUs, Ora marilima. 



Leiicate , Roses et Emportes , nous n'avons pas conservé 
la l'orme grecque Sordi/.('/ie pour l'ancien lleuve de l'étang 
de Salses, ni même le nom grec AWphroditc au Port des 
Pyrénées connu maintenant sous le nom latin de la 
divinité de ces montagnes. Quant aux noms de liiar, 
de Boïiskino, Polillc et autres de la même côte, où l'on a 
cru trouver une étymologie ou du moins une tournure 
grecque, nous ne voyons rien qui puisse affaiblir nos 
doutes dans les explications fournies à cet égard. En sorte 
que s'il y avait une conclusion h tirer de cette absence 
complète de noms grecs sur la côte et dans l'intérieur 
du Pioussillon , on comprend qu'elle ne serait guère plus 
favorable au système des influences helléniques qu'à celui 
des établissements phéniciens'. 

> Ou ue peut cependant mettre en doute le passage des Grecs sur nos 
cfttes, leur étalilisseinent au voisinage des Pyrénées et leur infleoce sur la 
civilisation première des habitants de nos contrées, qui ont pu leur emprun- 
ter, tout comme aux l'iiéniciens, des expressions et des idées commerciales 
et religieuses, dont notre histoire et le catalan lui-même fournisseul des 
preuves suffisantes; car il faut s'attendre à trouver des analogies de mots 
là où il a pu V avoir importation d'idées ou d'objets matériels : alors la 
vraisemblance morale vient s'ajouter à la vraisemblance philologique. 
!\lais il est une classe de mots dont il faut exclure tout élément sémitique 
ou iiellénique, tant qu'il n'est pas historiquement prouvé, tels sont les 
nujus de rivières, de montagnes et en général les noms de lieux; car c'est 
pour désigner des localités d'un pays qu'on emprunte le moins volontiers 
à un idiome étranger, et il est certain que les établissements des Grecs, la 
conquête des Romains, et, plus tard, celle des Wisigolhs, ont laissé sub- 
sister dans notre pays un grand nombre de noms ibériens et celtiques 
antérieurs a ces peuples. Il peut donc exister dans notre langue vulgaire 
bien des locutions laissées par les Grecs qui fréquentèrent ilos parages; 
mais il ne reste, aujourd'hui, en lîoussillon aucune trace des noms grecs 
que l'histoire avait transmis; et cette disparition, (|ue nous croyons complète, 
doit réduire à des proportions insignifiantes, la <|itistion des origine» 
ou des influences greccpies dans ce pays. 



i / 



Romainiit. 



L'an 058 de Rome (H8 avant J.-C), les Romains 
envoyèrent une colonie à Narbonne, et, à partir de cette 
époque, toute la province, qui porta désormais le nom 
de cette ville, passa sous leur domination. Ils régnè- 
rent dès lors en maîtres dans notre pays, jusqu'à la ruine 
de l'Empire d'Occident et h rétablissement desWisigoths 
dans les provinces de l'Espagne et de la Gaule méridio- 
nale. Il ne faut donc pas voir ici des influences épliémè- 
res ou fabuleuses comme celles des Phéniciens, ou de 
simples relations commerciales, comme celles des Grecs 
de Massalie. C'est la domination d'un peuple qui s'est 
établi en maître dans le Roussillon , y a fondé des colo- 
nies, des villes et des villages, construit ou réparé des 
routes, des temples et des monuments de toute sorte, et 
y a régné pendant cinq siècles au moins, par les armes, 
les lois, les mœurs, les institutions, la religion, la langue, 
les lettres et l'action irrésistible d'une civilisation beau- 
coup plus avancée que celle des anciens Ibères. Aussi, 
c'est Rome, l'ancienne Rome, qui se montre partout dans 
le passé du Roussillon et dansle peuple qui l'habite encore. 
Le catalan qu'on y parle aujourd'hui, n'est, pour ainsi 
dire, que le latin privé de ses terminaisons; nos lois, 
jusqu'à l'épotiue moderne, sont presque exclusivement 
romaines; des traits de mœurs et les traditions popu- 
laires nous montrent Rome à chaque pas parmi nous, 
et une infinité de lieuv portent dans les débris de leurs 
monuments, dans les médailles qu'on y découvre et jus- 
que dans leurs noms actuels, des preuves irrécusables 
de la domination romaine. 

Ce n'est [loint d'ailleurs, comme on pourrait se le figu- 
rer, siu' nos rivages seulement ou sur le parcours de l'an- 
cienne voie romaine, mais encore sur les points les plus 



78 



reculés de nos montagnes , que ces décou vertes se font 
et se feraient, pour ainsi dire, tous les jours. Comment 
s'en étonner? Dès le premier siècle de notre ère, une 
colonie romaine était fondée à l'extrémité de notre pro- 
vince, au cœur du pays des Cerretans, dans la ville qui 
porte encore aujourd'hui le nom de Livia. Les Latins 
qui s'y étaient établis avaient dû nécessairement relier 
cette position à la colonie de Ruscino et à la ville à'IHi- 
beris, et ce ne pouvait être qu'au moyen d'une voie qui 
suivait le cours de la Tet. Des témoignages certains et 
des débris encore conservés, prouvent en effet qu'il y a 
eu, dans cette direction, une voie importante qui |)artait 
à'IUiberis pour aboutir a Livia, et tout indique que sa 
création remonte au moins à l'époque romaine'. Notre 
province fut donc parcourue dans toute son étendue, par 
le peuple dont le souvenir remplit toutes les pages de nos 
annales; et n'est-il pas évident que, pendant une domi- 
nation de plusieurs siècles, l'inlluence romaine a dû s'é- 
tendre, non-seulement sur le parcours de cette route, 
mais encore sur les points les plus reculés des vallées 
qui viennent y aboutir? On ne saurait dire assurément que 
les Romains se soient établis sur tous les lieux habitables 
de notre département, ni qu'ils en aient chassé ou exter- 
miné les populations indigènes. L'histoire et la raison 
démentiraient hautement de pareilles assertions. Tout ce 
qu'on peut conclure des considérations qui précèdent, 
c'est que tous les points de notre pays ont été connus et 
parcourus par les Romains, qui ont pu, par conséquent, s'y 
établir, se mêler aux populations primitives, et par suite 
y laisser des traces de leur passage ou de leur séjour. 
On comprend dès lors quelles proportions atteindrait 

1 Nous auroas l'occasion de faire un jour riiistoirc de ce grand chemin; 
pour le moment, nous nous bornerons à renvoyer à ce que nous en avons 
dit dans un mémoire sur la Géographie hist. du Conflcnl (Bull, de la Soc. 
des Pyr.-Oi., X, p. 70). 



rélude de nos antiquités romaines, si on voulait les 
rechercher sur tous les points oîi il peut en exister encore 
des débris. Il n'y a pas de localité qui ne puisse en fournir 
d'une manière ou d'autre, et l'on est pres(|ue tenté de sou- 
rire en voyant les exclamations de certains archéologues, 
qui sont tout surpris de découvrir, sur le territoire de nos 
villages, des médailles ou des constructions appartenant à 
un peuple qui a occupé ce pays pendant plus de cinq cents 
ans, et Ta si bien occu|)é que, dès le premier siècle de l'ère 
chrétienne, Pline disait qu'il ressemblait plutôt à l'Italie 
qu'à une Province (liv. III, c. 3). 

Il est évident qu'il y aurait d'intéressantes recherches à 
faire à ce sujet, et des études suivies jetteraient des lumières 
précieuses sur l'histoire de la domination romaine dans ce 
pays. On parviendrait sans doute, par ce moyen, à marquer 
pour notre département certaines régions ou zones dans 
lesquelles l'inlluence romaine serait mieux constatée que 
dans d'autres, et l'on ne peut méconnaître l'utilité et l'impor- 
tance de pareilles recherches, quelles qu'en soient d'ailleurs 
l'immensité et les dillicullés. !Mais il est certain , qu"à part les 
données générales que nous venons d'indiquer, les anciens 
ne nous ont laissé aucun témoignage particulier qui puisse 
guider les explorateurs; de sorte qu'au lieu d'émettre des 
conjectures plus ou moins fondées à ce sujet, nous nous 
bornerons à reconnaître et à préciser la ])lace exacte du 
petit nombre de noms transmis par les anciens et que l'on 
peut inscrire avec certitude sur une carte de l'ancien Rous- 
sillon, vers le iv^ siècle de l'ère chrétienne. Les inscriptions 
romaines et les travaux des savants modernes n'ont ajouté 
que des indications assez vagues et souvent inexactes, des 
conjectures et surtout beaucoup de dilBcultés aux rares 
témoignages des anciens géographes, et nous ne pourrions 
nous livrer qu'avec une extrême réserve à l'examen de nos 
antiquités et a la discussion dos preuves, des explications 
et des travaux, dont elles ont é(<' l'ol>j«'t panni nous. 



80 

HontagneH» Caps et Fleaves. 

MONTAGNES. 

La chaîne de montagnes qui sépare le bassin de l'Lbre 
de ceux de la Garonne, de l'Aude, de la Tet et du Tech, 
portail sous les lloniains le nom de Vijrénées , et celte 
dénomination générale s'appliquait, alors comme aujour- 
d'hui , non pas aux rameaux qui s'en détachent et la sui- 
vent quelquefois parallèlement, tels que les montagnes de 
Toses, de Pug-mal, de Madrés ou du Canig(j, mais à la 
chaîne principale, dont la ligne continue, malgré de fortes 
dépressions, sépare presque partout le versant espagnol 
du versant roussillonnais. Quelques auteurs catalans, ou 
français, guidés par des préoccupations politiques tout- 
à-fail étrangères à l'histoire et 'a la géographie, ont voulu 
voir la ligne principale des Pyrénées, tantôt dans les 
Corbières, ce qui n'a pas besoin de réfutation; tantôt dans 
les serres de Toses, qui renferment des sommités fort éle- 
vées et forment, au sud de la Cerdagne, une saillie bien 
plus imposante que celle du plateau de la Perxa. Mais 
cette opinion est formellement détruite par le témoignage 
de Pline, qui déclare que les rivières d'illibéris, de Rus- 
cino et de l'Aude prennent leur source dans les Pyrénées * . 
Il est donc évident que ce nom de Pyrénées s'appliquait, 
alors comme aujourd'hui, à la chaine qui entre dans notre 
département au col de Puy-Morens, se dirige vers le Cap- 
cir, descend ensuite au midi , dans la direction de Nuria, 
et se prolonge, par les montagnes de Rojâ et de VAlhera, 
jusqu'au cap de Creus. 

' Flumen Atai r PvrciisDo Rubrensein laciim penneans (lib. 5, c. A). 



SI 

Il faul observer aussi, relalivenieiil au nom de ces 
montagnes, que Polyhe et Tite-Live sont les seuls autours 
anciens qui en parlent une fois au pluriel (rà njpr;va?a 

opr,, Pyrenœi montes'). 

CAPS DES PYllÉNÉES. 

La description de la côte maritime du Roussillon est 
fort incomplète dans les auteurs anciens; mais elle ne peut 
offrir de dilïicultés que dans la partie comprise entre 
l'embouchure du Tech et celle de la Muga. On sait qu'il 
existe, entre ces deux lleuves, une côte sourcilleuse qui 
s'avance en pointe vers le sud-est, en décrivant une ligne 
semée de promontoires, entre lesquels se dessinent de 
petites anses et des ports plus ou moins importants. 
TPous ces accidents sont produits par dos rameaux que 
la chaîne des Pyrénées projette dans tous les sens avant 
de disparaître dans la mer, et plusieurs d'entre eux se 
prolongent encore par des masses rocheuses, dont la 
tête se montre au-dessus des flots et forme des écueils à 
une petite distance de la côte. Mais ces sinuosités n'ont 
pas été décrites avec beaucoup de détails par les anciens, 
et l'on ne s'est guère attaché, dans les temps moder- 
nes, à chercher ce qu'il peut y avoir d'exact dans ces 
descriptions, pour fixer les points auxquels ces indica- 
tions pourraient se rapporter encore aujourd'hui. Voici 
donc le relevé de cette partie de la côte, avec le petit 
nombre de données que les auteurs anciens fournissent 
-^ ce sujet. 

A partir de la ville de Rhodn, que tout le monde s'ac- 

• Partout ailleurs, ces deux écrivains, ainsi que Strabon , Ptolénire, 
Mêla , Ccsar, Sallustc, Dion Cassius, Pline et Aviénus, en parlent au sin- 
gulier; Pijrene, le mont Pyréne ou Pijrenée. Celle observation peut avoir sou 
importance, i-t nous y reviendrons ailleurs. 

6 



corde à trouver dans celle de Roses et qui est, par consé- 
quent, un point l)ien détorniiné, Polybe, Stralion et Pomp. 
Mêla signalent divers promontoires, qu'ils appellent le^ 
caps (les Pijvénées (axpa rr,; Il-jprrj-nç , Pyrcnœi, promun- 
toria). On trouve, eu effet, en parlant de Roses, les pointes 
du château de la Trinité et del Falcô, les caps d'en Orfeo, 
de Cadaquers, de Crcus, de Calaprona, de Lladô, de Port 
bô , et, sur le territoire français, les caps de CandcU, de 
Peiirc file, de Redcris, de VAbelle, de Ltcslrell et de Biar. 
Les anciens ne les ont ni comptés ni nommés; mais il faut 
admettre qu'ils en ont signalé deux au moins. Le premier, et 
le plus important, est celui que Tite-Live ajipelle Promnn- 
torium Pi/rcncs, lorsqu'il dit, qu'en l'an 218 av. J.-C, 
P. Cornélius Scipion traversa le golfe (jaulois , fit le lonr 
du Promontoire de Pyrène, et alla débarquer ses troupes 
à Emportes*. Ce promontoire ne peut être que la pointe 
extrême du cap dit aujourd'hui de Crcus; car il n'existe, 
sur tout ce littoral, aucun autre point saillant dont le par- 
cours mérite de figurer dans une narration hislori([ue. 
C'est-là que nous retrouverons ce rocher qui s'élève si haut 
(ou s'avance si loin dans la mer), et que Mêla dit très-rap- 
proché de Cervera, en le signalant au navigateur comme 
point de repaire entre la limite des Gaules et l'embouchure 
du Thicis. Pour Mêla, la limite des Gaules est à Cervaria. 
Le rocher ou promontoire en question se trouve donc plus 
au sud, et cette situation convient parfaitement au cap de 
Creus, qui est justement fins rapproché de Cervaria que 
du tleuve Thicis, qui se jette dans la mer à VO. de Roses*. 

1 Deindè Pyrenes circutnvectus prointintorium, Emporiis, urbe Grsera, 
rDpias exposait (lib. 26, c. -19). 

- « Cervaria lociis, finis Gallia»... A Cervaria pro\ima rst rupcs quœ iii 
aUuin Pyrcnxiim oxtnidil. Di'iii Thicis liunu'n » (lib. 2, c. G). 

On corrigerait volontiers ce passage, en mettant quam au lieu de qua; 
celte correction, qui rendrait le sens plus clair, n'a «railleurs aucune im- 
portance an point de vue de la géographie. 



( 



83 

C'est le cap principal de toute cette côte, celui que Pline 
se contente d'a|)peler « le promontoire, au-delà duquel se 
«trouve Vénus Pijrént'cnne^. » 

Vient ensuite le lieu Cervariu, dont le nom se conserve 
encore aujourd'hui dans celui de Cervera. En suivant la côte, 
on trouve le cap sur lc(juel était bâti le temple d'Aphrodite. 
Strahon semble l'appeler une l'ois VAplirodision; mais il 
est douteux que ce lïït-là le nom propre de ce promon- 
toire. Le même auteur l'appelle, dans un autre endroit, 
le cap Aphrodision de Pyrène, et Ptolémée le nomme, à 
plus juste raison sans doute , le Promontoire de Pyrcne, 
sur lequel est bâti le Temple Aphrodisien {Ptol., lib. II). 
Il est bien évident que nous ignorons le nom propre que 
ce promontoire portait dans les temps anciens; il n'est 
déterminé i)our nous que par le temple qui le surmontait. 
C'est donc à ce monument seul qu'il faut appliquer le nom 
à' Aphrodision, temple ou hieron Aphrodisien, fanum 
Veneris, et Venus Pyrenœa , que lui donnent les géogra- 
phes anciens. C'est ce temple qui avait jeté un certain 
éclat sur le Port de Vénus et sur son Promontoire , qui 
était peu important par lui-même, et n'aurait sans doute 
jamais été mentionné sans cette particularité. 

Pomponius Mêla ayant placé le Porlus Veneris dans 
les Gaules, dont il fixe la limite à Cervaria, on ne peut 
songer à chercher ce port au sud de Cervera, ni le pla- 
cer sur la côte française dans un lieu plus convenable 
que celui qui s'appeljc encore aujourd'hui Port-Vendres. 
«Ce nom, dérivé de Porlus Veneris, donne une sin- 
« gulière force à l'opinion que nous soutenons. En effet , 
« il est aussi probable (jue l'on a désigné ce port par le 
« nom de la déesse dont le temple avait été élevé dans 
« le voisinage, qu'il le serait pou (pi'on lui eût imposé 

' Pyrciidîi inonlcs tli^panias (iallinsqiie (lislfrininanl, ■promuntoriis in 
duo ilivuisa maria |>iojectis.. . riuinon Ticliis. Al) ro l'yieiuva Vomis in 
laloif yiramantorii altcio xi. m (lil), .3, <•. .>, lieacriplion de riCspagne). 



84 

« un pareil nom , si cel édifice eût été construit dans un 
«endroit éloigné de sept à huit lieues'. » 

D'après toutes ces considérations, nous placerons 1'^- 
phrodision sur le cap Biar, qui forme un des points les 
plus remarquables de cette côte, au sud de Port-Vendres. 
Il est vrai qu'aucune découverte de ruines romaines n'est 
venue signaler jusqu'ici, sur ce point ou ailleurs, la place 
du Temple d'Aphrodite; mais les raisons énoncées ci- 
dessus peuvent tenir lieu de preuves matérielles. Quoi qu'il 
en soit, les anciens noms des deux pmmontoires pyrénéens 
dont nous avons essayé de déterminer la position, demeu- 
rent inconnus, et le nom (VAphrudisium ne peut s'appli- 
quer à aucun d'eux, puisqu'il appartenait seulement au 
monument élevé près du port de Pyrène à la divinité de 
ces montagnes. 



COTE ROUSSIIXONNAFSE — FLEUVES. 

Feslus Aviénus est le seul écrivain de l'antiquité qui nous 
ail laissé une description de la côte maritime du Roussillon, 
description bien incomplète sans doute , mais fort impor- 
tante, si l'on lient compte du temps auquel se rapportent 
ces renseignements, puisés, selon toute probabilité, aux 
écrits des navigateurs de Massalie, qui parcouraient les 
côtes de la Celtique et de l'Ibérie vers le v^ siècle avant 
l'ère chrétienne. Le poëme des Ora maritima se rattache 
donc aux premiers temps de l'histoire et de la géographie. 

Après avoir suivi les côtes de Barcelone et du pays des 
Cérètes (Ampourdan), le poète géographe arrive aux Pro- 
montoires de Pyrène, et continue ainsi sa description : 

« A partir de ce point, s'étendait le peuple Sordus, vivant 
« dans des repaires d'un accès diflicile, depuis l'endroit où 
« les sommets de Pyrène couverte de pins... plongent dans 

> De 6\Z4'Sï0i.*, Hist. du floi(,«,i., p. 58. 



85 

« les flots de la mer. Dans les confins du rivage Sordicène 
«avait existé, à ce qu'on dit, la riche cité de Pyrène... 
« Après le mont Pyrénéen, s'étendent les sables du littoral 
« Ci/nétiqiie, que sillonne la rivière Roschinus; c'est-là, 
« comme nous l'avons dit , le sol de la Terre Sordicène. 
« Vient ensuite un étang et un marais d'une vaste étendue, 
« que les habitants appellent Sordicène. De ce même étang 
fl coule la rivière Sordus, entraînant quelque fois avec elle 
« les eaux agitées de ce vaste golfe, dont les bords sont 
« tellement étendus et ouverts que la fureur des vents y 
« pénètre et en soulève les vagues ' . » 

La description d'Aviénus s'applique parfaitement à l'état 
actuel de la côte roussillonnaise, et l'on n'a pas même 
besoin, pour la suivre, de prendre en considération, comme 
l'a fait M. do fiazanyola-, les diangomonts que ces lieux 
ont pu éprouver dans un intervalle de plus de vingt siècles. 
11 n'y a donc qu'à expliquer et compléter cette relation 

' Gens est Iberuni. Sordus \nie dt>ni(|uc 
Populus agcbat intcr avios lucos; 
Ac pertiuentes usque ad interius mare, 
Qua pinifcrla; stant Pvreiia; vcriices 
liitcr ferarum lustra <K'cuba[ntium] 
Et arva late et guifjitera ponli preinit. 
In Sordiceiii cespilis confinio 
Quoiidaiii l'yreiiiC civitas dilis laris 
Stelisse fertur : hicquc Massaliœ incolœ 
Negotiorum sa;pè versabant virps. 

Post Pijrenœum jiigum 

Jaccnt arenœ liltoris Cynedci, 
Kasquc lato sulcat amnis Roschinus. 
Hoc SordiceiKP , ut dWiimis, globœ solnin est. 
Stagnum bic palusiiue : qiiippe diffusé patet, 
Lt iucolœ istam Sordiccn oognominant; 
Pra^terque vasli (fur(;itis crepulas aquas 
(Nani propler aniplum niaryiuis lanoe ambiluin 
Ventis tumescit sœpe perccUcntibus) 

Stagno bocabipsn.Çordiuamnisi'ftIuil. (Oramarit., v.S.V2à 599.) 
- niil. du Rnuss , p. 5. 



se 

par les autres iiulicalioiis que rournisseiil les auteur* 
anciens. 

A partir des Prumontoires des Pyrénées, la côte roussil- 
lonnaise se dirige vers le nord et prend une ligne presque 
régulièrement droite, jusqu'aux rochers du promontoire 
de Lcucas. Elle oH're partout une plage sablonneuse, dont 
une partie au moins, celle qui s'étend entre l'embouchure 
du Tech et celle de l'Agli, portait, dès les temps les plus 
reculés, le nom de côte Kynctique, ou terre de Kynet ou 
di Kyn ' . 

La côte Cynétique donnait passage à trois cours d'eau 
importants, que les auteurs anciens décoraient déjà du 
nom de fleuves et dont nous allons nous occuper. 

Par une singularité fort bizarre , aucun des historiens 

* Ce nom a la terminaison ordinaire de l'adjectif helléuiquc, et si le 
radical se rattachait à la langue grecque, il pourrait dériver du nom 
X"J(a)V , XUVO^ (cLien), dont tout le monde saisira le rapport avec le 
nom latin du village de Canet, qui se présente un des premiers da-us ces 
parages. On pourrait en conclure que le nom de ce village remonte au 
nïoins à l'époque des Rhodiens on des Grecs de Massalie, et les Romains, 
venus ensuite, n'auraient fait que le traduire dans leur propre langue, 
comme ils l'ont pratiqué pour le Port de l'Aphrodision, dont la traduction 
latine Porlus Veneris, s'est seule conservée dans le nom actuel de Port- 
Vendrcs. L'analogie est frappante, mais on ne saurait Pacceptcr; car un 
examen attentif prouve que l'adjectif X'JVnrtXOÇ dériverait très-irrégu- 
lièrcnieut du substantif XUCOV. Ou ne peut donc attribuer en ceci, aus 
navigateurs grecs, autre chose que la terminaison tXOÇ, qu'ils auront 
donnée au nom indigène kyn ou Kijnet, dont le sens nous est inconnu, 
et qu'ils avaient sans doute trouvé en usage, parmi les habitants de la cote, 
comme nom propre et primitif de ce pays. Ce sont les seules conjectures 
raisonnables à émettre sur ce point, et si l'on voulait à toute force admettre 
une influence phénicienne quelconque sur ce littoral , on comprendrait que 
le peuple de Tyr ou de Carthage eût appelé Rous-Ktjno (Capitale du pays de 
JiynJ , la ville la plus imporlaule de celte contrée; car le mot Kûs , Rôs , 
nom, signifie (été, chef, capitale, dans toutes les langues sémitiques. C'est 
une conjecture qui en vaut peut-être bien d'autres ; mais ce ne sera jamais 
qu'une conjecture. 



87 

OU géographes anciens n'a mentionné les trois Ueuves 
roiissillonnais. Cliacun s'est borne à n'en citer que deux, 
et bien qu'ils l'aient l'ait eu termes assez différents, il se 
trouve cependant qu'ils nous ont transmis, en définitive, 
le nom primitif et original de chacun de nos cours d'eau. 

Le premier, en partant des Pyrénées, est appelé : le 
fleuve Uebernis, par Polybe; — Ilijbirrhis, par Slrabon; 
— Illérios et IlUberis, par les manuscrits de Ptolémée; — 
Tichis ou ThicU, par Mêla; — Tccum ou Tichis, par Pline. 
C'est aujourd'hui le Tech. 

Le second est appelé: Roskynon, par Polybe; — Rouski- 
nmi, par Strabon; — Houskynon, par le même (éd. de Casau- 
bon); — Rouskio)!, par Ptolémée; — Roschinm, par Aviénus; 
— Telis, par Mêla (pour Tetis). C'est aujourd'hui Fut Tet. 

Le troisième est mentionné 'par Pline seulement, qui 
l'a nonuiié : Vernodubrum. C'est aujourd'hui VAgli. 

Les géographes grecs qui ont parlé des /leaves d'Illibéris 
et de Rriscino ignoraient les noms que leur donnaient les 
habitants du pays. Ils se sont contentés de les appeler du 
nom des villes qui étaient près de leur embouchure, et 
dont ils baignaient les murs. Il y a donc apparence que 
si ces fleuves ont, en eflet, jjorté dans l'antiquité les noms 
de fleuves d'Illibéris et de Ruscino, ce sont les villes qui 
ont donné leur nom aux fleuves, et non pas les fleuves 
aux Yilles*. 

' Un seul écrivain, j'i notre connaissance, a étc d'un avis contraire. 
M. 'i'astii { yotice sur Perpignan, n" I) a cru trouver pour le mot Rouskino 
une ctymologic grecque (cour» vagabond, impétueux), qui, en effet, convien- 
drait avec plus (K' raison à un (ietivc qu'à une ville. !\Iais cette élyniologie 
ne peut s\ippli(|ucr régulièrement au mot Kino ou même hyno, couinie ou 
le trouve écrit quelquefois. Elle est donc loin d'être convaincante; et, 
d'un autre coté, serait-elle admissible pour /tousAiiio , qu'elle ne pourrait 
l'être pour lllibcris; car ce dernier nom a une étymologie certaine, se ratta- 
chant à l'ancienne langue des populations ibériennes, avec le sens de Yillc- 
youvelte, qui convient parfaitement à un centre de population plus moderne 
peut-être que Houikino, et ne saurait dans aucun cas s'appli(|uer à un fleuve. 



88 

Le fleuve qui passait à lilibéris porte aiijourd'ljui le 
nom (le TtxJi. Les documents diplomatiques les plus an- 
ciens l'appellent /lumcii Tcdius ou TItecus (8o5), Tecus 
(878), /lumen Thcci ou Tixsl (968), et nous en concluons 
que son nom véritable est celui de Tichis ou de Teciim 
(au radical Tech) que lui donnent Mêla et Pline. 

Le fleuve (]ni passait h Roushinn s'appelle dans les 
anciens documents: //(/i'/»/>i- Tt-t/a (8o0j , Tencilmn, Tedo 
(855), Tede (950), (7erf937), Tête (810). Il porte aujour- 
d'hui le nom de La Tel, qui se trouve déjà , muni de l'ar- 
ticle et sous la même forme, dans une charte de l'an 966. 
C'est le fJnmn) Telis de Mêla ; car, mali^ré les remanpies 
grammaticales de M. Puiggari, il semble dillicile de voir 
autre chose qu'une faute de copiste dans la leçon Telis 
du géographe latin '. En sorte que le nom de La Tet, qui 
se conserve encore aujourd'hui, remonte aux premiers 
peuples du Roussillon. 

Ce fait esl certain pour lilibéris, et tout porte à croire qu'il en est de même 
pour Uousliino. En outre, Polybo, Strahon et Ptolémée déclarent que chacun 
des duu\ fleuves avait près de son cnilmucliure une inllc qui fartait le mCme 
nom. r..e premier de ces écrivains fournit nionie nn ar(|uni('iit dicisif à cet 
égard, car il :ie se borne pas à mentionner les deux fleuvcii d' lilibéris et de 
Rouskino, et il parle dans la même phrase du fleuve de iVurfroiid, qui ne peut 
s'entendre que de VAlax. Or tout le momie sait rorijjine du nom de Xar- 
bona, qui s'appliijuait, non pas au fleuve do l'Aude, mais à la colonie fondée 
dans son voisinage, l'an I I.S av. J.-C. 

Il faut donc regarder comme un fait inconteslahle Tignoranre ou le silence 
des écrivains grecs relativement au nom propre des fleuves du Uoussillon. 
Ils se sont bornés à leur donner celui des villes dont ils arrosaient le terri- 
toire, et ce sont les écrivains de Rome qui nous en ont lransn)is les noms 
primitifs, 

' • Le nom de Tkelis, a dit M Puiggari ('Sûtices sur F.tue). n'est autre chose 
qu'un arrhaïsme; car les anciens, au rapport de Vanon, permutant / en /, 
disaient précisément Thelis pour Thelis, en parlant toutefois de la déesse et 
non de notre rivière. » I\I. Puiggari a dit ailleurs (Ituncinn. Public , II, 2): 
" Telis, au lieu de Telis, ne peut être qu'une de ces nombreuses fautes de 
copiste, avec lesquelles l'ouvrage de Pomponius Mêla nous esl parvenu. " 



89 

Le troisième fleuve roussillonnais est formé de la réu- 
nion (le trois anUients presciiie égaux, portant tous des 
noms qui remontent à une haute antiquité. Le premier, 
sur la rive droite, qui porte, depuis le xiv^ siècle au 
moins, le nom d'Adcsi;/, est appelé flnmen de Adadig 
dans une charte du ô des cal. de juillet II 42 (Cari, du 
Temple, fol. 78, r")- Le second alllucnt, (pii est le plus 
important, porte déjà le nom de jhinuni AquUimim en 
961 (Marca, n" 96). Le troisième aifluenl, sur la rive 
gauche, appelé aujourd'hui Verdoblc, porte le nom de 
Verndoble dans une charte de l'an 1558 (Reg. I de la 
Proc. real , fol. Mo, et V, fol. 151), et rien n'empêche 
d'y retrouver le Vernodubrunt de Pline. Cet afllucnt est le 
plus rapproché de la côte, et il n'est pas étonnant qu'à 
une époque où les Ron)ains ne connaissaient peut-être 
que très-imparfaitement le' pays dit aujourd'hui de Fo- 
nollet, ils aient donné au fleuve qui l'arrose le nom d'un 
de ses principaux afllucnts. On voit cependant que, dès le 
xe siècle, le fleuve portait le nom à'Aquilimim dans sa 
partie inférieure, comme près de sa source au xii*'', et 
ce nom se montre dès l'an 1278 sous la forme actuelle 
de l'Agli*. On trouve un lieu de Moule AUjlino, dans le 
pays de Fonollel, mentionné en 12H^. 

Enfin, Aviénus a signalé sur la côte roussiilonnaise 
un quatrième cours d'eau, Sordus amnis, que beaucoup 
d'écrivains modernes ont confondu avec l'Agli. La des- 
cription d'Aviénus ne [)ermet |)as la moindre confusion 
à cet égard , puis(iue , à la suite du (kuve Roschinus, qui 
ne peut être que la Tet, il cite encore dans le pays do 

' Monastcriuin S. Pniili, super ripas /i^iii/i'iii (Riillt- île Tan 1120. — 
BaLUZE, Bulles, n" lo. — llisl. de Languedoc, to. 11, prouv. 582). 

2 Pro|iricU'S à Sainl-Ilippohle , arf ripam de l'Agli .. in flumine de l'Agli 
(Cart. du Temple, fol. 88 r"). 

3 Ibid, fol. 16. 



00 

peuple Sonle, uu étang e)Uourê de marais, que les habi- 
tants appellent Sordikcnc, et c'est de ce même étang que 
sortaient les eaux de la rivière Sordus. On ne peut recon- 
naître ici que l'étang mentionné également par Polybe, 
Strahon et Mêla, et appelé aujourd'hui étang de Salscs, 
dans lequel se jettent, en eflet, deux véritables cours 
d'eau, aux(iuels la dénomination d'amnis peut parfaite- 
ment convenir '. 

Il Caut donc voir dans notre Fo7it Estramcr, celle fon- 
taine de Salses signalée par Desclot comme limite du Rous- 
sillon; c'est le fom Salsulœ de Mêla, la rivière Sordus 
d'Aviénus, et rien n'empêche d'appliquer à notre littoral 
actuel la description que les Grecs de Massalie en faisaient 
il y a plus de deux mille ans^ 

' Pour que la rivière Socrfia d'Aviénus fût l'Agli , il faudrait adineUrc 
(|iic, celte rivière se jetait ancicniicineiit dans Tétang de Salses. C'est une 
opinion (|ue rien ne justifie, car l'histoire n'a mentionne aucun fait qui 
j)nissc s'y rapporter; la disposition topographique du pays s'y oppose, et 
M. de Gazanyola a prouvé historiquement l'impossibilité du passage de 
l'Agli dans tout autre lit que celui qu'il a de nos jours. Aucun géographe 
ancien n'a fait mention de l'Agli à l'exception de Pline. Aviénus a donc 
pu le passer sous silence, comme il Pavait fait pour le Tech. Il s'est borné 
à signaler sur ce littoral cette source merveilleuse et abondante, cette 
fontaine de Salsulœ, mentionnée par Mêla , et qui mêle ses eaux avec celles 
de la mer dans Pétang de Salses. 

2 II y a i|uelqucs observations importantes à faire sur les noms primitifs des 
rivières et des cours d'eau du lloussillon. On peut remarquer, qu'à Peï- 
ccplion de ceux qui appartiennent évidemment à la langue et à la période 
latine, ils sont presque tous monosyllabiques, et qu'ils se retrouventsouvcnt 
sous des formes identiques sur les deux versants des Pyrénées orientales. 
Ainsi les anciens nomment déjà, au nord et au sud de ces montagnes, les 
fleuves Tichus ou Tecus , et on y retrouve le Teser du moyen-àge, la Ter de 
nos jours, dont l'analogie avec la Tel ne peut échapper à personne. Il en 
est de même de la rivière Sordus, qui semble se retrouver dans le nom de 
certains cours d'eau mentionnés dans des documents d'une date asse:: 
ancienne, et dans (|uelques ravins connus encore aujourd'hui dans notre 
plaine et jusque sur les lianes du Canigd, sous le nom de correchs d'ayijues 
sourdes. Le mot sorrc ou sourre, dont nous ignorons Porigine, mais qui a 



91 

Quel était le nom propre du pays dont nous venons de 
parcourir le rivage? Nul ne le sait. Tout porte à croire, 
cependant, qu'au vp siècle av. J.-C. les habitants dési- 
gnaient sous le nom de terre de Cynel ou de Kyn, la partie 
du rivage comprise entre les embouchures du Tech et de 
l'Agli, sans que l'on puisse déterminer si cette dénomi- 
nation s'appli(iuait à la côte seulement ou à l'intérieur du 
pays. Quant aux écrivains grecs ou latins, ils ne l'ont 
désigné que par le nom qu'ils donnaient aux populations 
de la côte, qu'ils appelaient Sordoncs. Ils connaissaient 
donc, depuis le vF siècle av. J.-C. jusqu'au ii^ de notre 
ère, sous les noms de reyio, ou même ora Sordomim, 
tout le littoral qui s'étend des caps des Pyrénées jusqu'à 
la fontaine de Salses. Ce nom fut-il maintenu dans la 
suite, et à cpielle époque celui de Pagus Huscinonensis lui 
fut-il substitué? Les anciens auteurs sont complètement 

tant d'analogie avec le nom «le la fontaine de Salses et de l'ancien peuple 
de notre littoral, s'eniploie aujourd'hui en Kousstlion pour désigner le sa<i/e 
ou gravier déposé par les torrents et les rivières. Dans le patois de Béziers, 
sourro signifie eau trouble et bourbeuse. Le mot sorde désignait, peut-être, 
«hez les peuplades primitives de nos Pyrénées, une eau trouble et limoneuse, 
stagnante ou sauniàtre, et correspondait an mot Vassa, qui désigne 
aujourd'iuii des cours d'eau de celte nature .'i l'rades, à l'erpignan, .i Tatzo, 
à Cornella-del-Vercol , dans la Salanca,etc. Nous ferons même observer 
que la Vossa de Perpignan est appelée flumeii Vasse Stremere dans un acte 
de l'an 1309 {IK'ij). de Perp., liasse 2'i , n" 23). L'on sait (|uc l'ancienne 
rivière Sordus, le fons Salsulœ, porte aujourd'hui le nom de Font Eslramer. 
Tont le monde aussi sera frappe de l'analogie (|ui existe entre le nom de 
la iTvière Adasig et i^'lni d'/:(/«x, Alace, Atax, anciennes dénominations de 
la rivière d'iarfe, et celni i'Adesate, porté au ix* siècle par le bourg d'jlxo/, 
dans le pays de Fonoiiet. lùifin, on trouve dans une rliarle de l'an 808 
un rivulo \'erucdupi:i (il faudrait lire peut-être VernaduiiliJ dans les montagnes 
du Termenès ou du Pierre-pertusès, où le Vernodubrum des anciens prenait 
aussi sa source. Ces derniers noms, qui semblent de la même famille, in- 
dit|uerai<'nt peut-être, pour les populalions primitives de iaiioien pa>s de 
Fonoiiet, une origine distincte de celle des anciens habitants du Roussillon 
proprement ditetdelaCerdagne, où les noms prnnitifs sont presque toujours 
monosyllabiques, et semblent se rallacher à un idiome diffen'ut. 



92 

muets k cet égard. Il n'existe donc aucun témoignage 
qui puisse autoriser à faire remonter cette dénomination 
a l'époque romaine, et il est certain que le nom de Pagus 
Rusci)ionensis, ou plutôt de Comilatm Rossolionoisis, se 
trouve écrit, pour la première fois, dans une charte re- 
cueillie par M. Fossa, qui l'attribue à l'an 801 '. Ce ne 
serait donc que sur de simples conjectures qu'on pourrait 
inscrire le nom de Pagus Ruscinonensis , à la place de 
celui de Regio Sordomim, sur une carte historique de la 
Gaule antérieure au viF siècle de notre ère. 

IVoms de Peuples et Limites. 

Nous laissons de côté les Miromandui, les Taleli, les 
Perpinianœi et autres peuples fantastiques, établis, avec 
plus ou moins de crédit et de raison, par divers écrivains 
modernes, dans l'ancien pays de Roussillon. Les médailles, 
les inscriptions et les auteurs anciens n'apprennent abso- 
lument rien à cet égard , et il est certain que les seuls 
peuples mentionnés par les écrits de l'antiquité classique, 
qui peuvent être réellement placés dans ce pays, sont les 
Cerelani et les Sordones. 

SORDO>JES. 

Comme nous l'avons vu, Aviénus, dont le témoignage 
se rapporte au moins au vi^ siècle avant J.-C, place le 
peuple Sorde sur la côte qui s'étend des Pyrénées à l'étang 
de Salses. Il appelle cette côte, Sordicène, et nous apprend 
que les habitants donnaient ce même nom à l'étang et aux 
marais qui livraient passage à la rivière Sordus. 

Cet état de choses n'avait pas changé au siècle d'Au- 
guste ou de Claude, et Pomponius Mêla, décrivant les 

• Docum. inédits sur l'IIisl. de l-'rance, extraits de la Dililiolh. Roy. et des 
Arcb. el des Uihiioth. des Départ., lo. III. 



I 



93 

côtes de la Narbonnaise dans un ordre diamétralement 
opposé à celui d'Aviénus, arrive h la fontaine de Salses 
(liv. Il, c. 5), où commonçaif, d'après lui, la région des 
Sonlones*, dont il parcourt la côte maritime jusqu'au lieu 
de Ccrvaria, limite des Gaules, et sans doute aussi du 
peuple en (piestion. Enfin, un demi-siècle après, Pline- 
l'Ancien, décrivant à son tour la Province Narbonnaise, 
y inscrit quelques noms qu'il semble emprunter à une 
table géograpliique, et en se dirigeant des Pyrénées vers 
Narbonne, il place a la région des Sordones^ sur la côte, 
« et celle des Consuarani ^ dans l'intérieur. y) Voilà les seuls 

' Il V a Sordomtm dans les tnciliciirs manusi-rils de Mêla , et cVst la leçon 
qu'à choisio le ileinierelsavaiitécliteui- ( Tzscnicii, Ed. de Mêla, t II, p.-îOG, — 
VVai.ckenaèh, Géographie des Gaules, In. Il, part. II, c. A ). Le mot Sordones 
est une nouvelle forme latine du mot .Sordi d'Aviénus; mais il désigne 
évidemment le même peuple. 

2 In oru regio Sardonum, inlusqut Consuaranorum (liv. III, cli. .'5). Tous 
les éditeurs de Pline se sont obstinés à écrire Sardonum au lieu du Sordonum 
que portent les meilleurs manuscrits , ainsi que Tavoue le P. liurJuuiu ; 
aussi les critiques les plus savants u'ont-ils pas hésité à considérer la leçon 
Sardonum comme une erreur, soil qu'elle provienne de Pline lui-même, 
soit (|u'il faille ratlrilnier aux copistes de ses manuscrits. Quoi (|u'il en 
soit, tous identilient ce peuple avec celui des Sordones mentionné par iMéla. 

3 (À's Conswrani (jui' l'iine a mentionnés en deii'; mots, à la suite des 
Sordones , ont donné lieu à divers systèmes qui ont lour-à-tour promené ce 
peuple depuis les teries dites aujourd'hui du Conllent, jusqu'aux rives de 
lu Garonne. M. de Marca a dislin{jué les Consuarani des Consoranni , en 
|)laçant les premiers dans le Conllenl et le (^apeir, les seconds sur la rive 
droite du haut cours de la Garonne. Dom de Vie, Demi Vaisséte, MM. Henry; 
Puigdari, de Gazanyola et hien d'autres, ont adopté cette opinion , rejetée 
par d'Anville, et acceptée, sous certaines réserves, par M. Walclieiiaér. Par 
des raisons que personne n'a sérieusement combattues, d'Anville, a place 
les Consuarani et les Consoranni dans le pays appelé plus tard le Couserans, 
et tout-à-fait en dehors des Pyrénées- Orienlales. Quant à !\I. de Marca, il 
s'est hoiiié , pour toutes raisons, à citer le passajje de Pline, Doni Vaissète 
et tous les auteurs venus à la suite ont adopté l'opinion de Marca sans autre 
examen , et tous ces écrivains se sont ainsi bornes à sappuver sur l'opinion 
de leurs devanciers, ^ans y ajouter aucune preuve ou considération nouvelle. 



94 

Icmoigiiages que raiiliqiiilé nous ail transmis sur le peuple 
de notre littoral. Polybe et Strabon ajoutent que ce pays 
était i)euplé par des Celtes, par des iianhiis selon Tite- 
Live, et Plolémée étend les Vohqucs Arckominucs jus(pi"aux 
Pyrénées : ce qui veut dire, tout simplement, qu'aux yeux 

Od se retrouve donc en face de Pline lui-incnie, et il ])eut être bon d'exa- 
miner si son témoijjiiage n'a pas iHc iiitcr|)rcté iliine nianiiTe, arbitraire et 
i)ar suite erronée. IMinc nomme tout simplement, parmi les peuples de la 
Narbonnaise, « les Sardanes sur la cote, et les Consuarani dans l'intérieur. » 
Mais (jnel est le sens du mot initis? Demandons-le a Pline lui-même. 
Le procédé de cet auteur, dons ses descriptions géograpbiqnes, consiste à 
inscrire d'abord les noms des villes qu'il Ironve sur le bord de la mer, pour 
donner ensuite ceux de l'inti'ricur des terres. C'est ainsi (|u'après avoir décrit 
les cotes de l'Espagne eitérieure, il place, à l'inlèrieur , \os Ausetani, les 
Lacetani, les Cerrelani et les Vascons: « Post eos... intus receJcntes radiée 
« Pvrena?i, Ausetani , Lacetani, etc. In ora autem colonia liareino. » (Uisl. 
Nat., III, 4. ) De même pour la Narbonnaise, dont l'intérieur, était occupé 
par les TricoUi, les Vocontii, les Segovellavni , les Allobroges , etc. « Ei inliis 
(I Tricolloiuin , Vocontiorum et Segovellaunoruni : mox Allobrojjuni. At 
«in ora Massilia, etc. » fibid., III, S.) Tous ces peuples étaient considé- 
rablement éloignés du rivage; mais, comme on le voit, ce sont toujours 
les mêmes expressions qui reviennent (in ora, intits), et tout ce qu'on peut 
logiquement inférer du langage de Pline sur le point que nous examinons, 
c'est (|ue, vers les Pvréiiées, la limite de la Narbonnaise était occupée, aux 
deux extrémités, par les SordoHfs à l'est et par les Constiarani à l'ouest, sans 
que !e géograpbe ait fixé le point qui aurait pu leur servir de limite coui- 
luunc, ni mentionné aucun autre peuple dans l'espace qui pouvait les séparer. 
llcsU' à savoir si, en portant au cours de la Garonne les limites de la 
Narbonnaise, nous demeurons dans les données géograpbiques de Pline. 
Or, cet auteur se borne à indiquer les monts Gebenna connue une des limites 
de cette province, dans laquelle il place d'ailleurs les Tolosani sur les confins 
de l'Aquitaine : « A rcliquù vero Galliâ latere septenitrionali montibus 
Il Gebenna cl Juia... In mediterraneo coloniœ : Arelate Sextanorum ,... 
« Tolosani Tcclosaçium , Aquitania; coulermini. » (Ibid., III, îi. ) — H n'y a 
donc rien, dans ce (|uc nous avançons, qui ne soit pleinement d'accord 
avec le dire de cet écrivain, et, si ces raisons sont logi(|uenieiit déduites, 
il en résulle que le peuple Consuaran doit être dérinitivement fixé sur la 
rive droite de la Ilaule-tiaroiine, et qu'on ne saurait s'appuyer sur le 
témoignage de Pline pour le placer dans le Coiillent ou dans toute autre 
partie du département des l'yrénées-Orientales. 



95 

(le ces écrivains, les villes d'Illibéris et de Riiscino se 
trouvaient comprises dans le pays qu'ils appelaient (hiule 
ou (\'llique\ 

< Il ii'csl plus (nipstion du peuple Sorde après le premier siècle de l'ère 
cliréliennc, cl celle ilisparilioii du nom d'un peuple, qui n'a laissé aucune 
trace dans le pays qu'il a occu|>é, fait iiailre des doules assez lé(;iliine!, sur 
la justesse de celte dénomination. On observe , en effet, qu'en général , les 
noms des peuples gaulois de la période romaine se sont conservés pendant 
tout le moyen-àjjc, et souvent jusqu'à nos jours, et l'on s'e\plii|ue dilfici- 
'eiiienl (|ue des noms nationaux aient fini par disparaître, lorsque les 
l)euples qui les portaient n'ont pas été complètement détruits. On remarque, 
au contraire, que les noms qui lombenl ainsi en oulili, sont souvent des 
dénominations arbitraires on purement scientifiques, qui n'ont jamais été 
adoptées par les peuples auxquels on les appliquait. N'y a-t-il pas aujour- 
d'hui, sur divers points des côtes d'Afrique et d'Amérique, des noms de 
peuple imposés par le caprice des navigateurs et dont les populations ne se 
doutent même pas? Pourquoi u'cn serait-il pas de uiéiiie des Sort/es .i* 

Les premiers navigateurs grecs qui parcoururent les côtes de notre terre 
de Kyn , y trouvèrent un peuple dont le nom jiroprc leur était inconnu. 
Ils remurquètcnt surtout, dans ces parages, un phénomène naturel qu'ils 
entourèrent de prodiges et de merveilles. L'imagination grecque accumula les 
fictions sur celle fontaine de Salses, qui surgissait à l'entrée du Houssillon. 
Ce nétaieul que contes et récits surlcslagunesqui l'entouraient, les iles ilot- 
tautcs qui la dérobaient quelquefois aux regards des curieux, et les poissons 
fossiles que le trident frappait dans les cavités de ses champs suspendus. 
Les indigènes lui donnaient le nom de Sorde, ainsi (|u'aux marais qui l'avoi- 
sincnt. C'en fut assez pour les navigateurs de Massalie. Ils donnèrent à 
toute celte cote et à ses liabilants le nom de cette source, dont la description 
tient plus de place que tout le reste du pays dans les ouvrages des géographes 
anciens. Les voyageurs modernes n'ont pas procédé autrement, pour beau- 
coup de pays et de peui)les découverts dans les deux derniers siècles. 

Les terminaisons mêmes (cespcs SordiccHM.f, gleba Sordiccno , stagnuni 
Sordifoi) qui sont celles de l'adjectif hellénique, trahi.ssent l'origine et 
l'histoire de ce nom, et tout concourt à prouver (jue son emploi remanie 
au moins à l'époque des Grecs de Massalie. Mêla et Pline rempruntèrent 
aux écrits des géographes qui les avaient précédés ; mais rien n'indique 
que les habitants l'aient adopté, car, si c'ertt été leur nom propre, ils l'au- 
raient conservé,.! la place de celui de pays de liuscino. appli(|ue depuis plus 
de onze siècles au pays dont on attribue le rivage aux anciens Sordes. 

L'opinion qui ferait veuir ce nom d'une colonie do Sardaignc ne pourrait 
s'appuyer que sur la leçon de» manuscrits de Pline, qui écrivent Snrdnnfx 



96 



CER RETANS. 



Il est facile de reconuaitre le peuple cérélan dans ces 
Cérèles et Acrocêi'èles qui , au v^ siècle av. J.-C. , étendaient 
leurs tribus jusqu'aux ctablissemenls d'Empories(AviENUS, 
Ora mar., v. ooO) '. Ils occupaient alors toute la ligne des 
Pyrénées orientales, depuis le Sègre jusqu'à la mer, et 
s'étendaient, au pied de ces montagnes, dans les pays 
appelés aujourd'hui de Berga, de Vich et de Résalu. 
Il n'y a aucune difllcullé à admettre une communauté 
d'origine pour toutes les populations du versant méri- 
dional des Pyrénées, dans les limites que nous venons 
d'indiquer, et il n'y avait-là que des peuples d'origine céré- 
tane ou ibérienne, comme le dit Aviénus, d'après les écrits 
des navigateurs de Massalie. Quant au versant septen- 
trional, correspondant au Roussillon , nous avons le 
témoignage de Slrabon , qui trouvait le versant espagnol 
des Pyrénées beaucoup plus boisé que celui de la Celtique. 

le nom (|no les autres écriv;iins antéjicurs écrivent Sordones et Sorrfi. Ce 
systétne doit sécrouli'r et dis|)arailrc avec, cette fausse leçon. Nous rejetons 
également rétymologic qui ferait dériver ce mot d'une colonie de Tyr, 
parce qu'une pareille orijjiiic ne peut s'appuyer directement sur aucun 
témoijjnajje positif de l'histoire, et surtout parce que la racine phénicienne 
Tsor ou Tzour, qui est, en effet, le véritahle nom de Tyr, n'aurait jamais 
pu produire le dérive Sori par les règles et les procédés connus des langues 
sémitiques. Le témoifpiajjc des auteurs anciens subsiste donc tout entier. 
D'après eus , le peuple appelé Sorde était d'origine celtibérienne , et c'est 
seulement dans les débris des anciennes langues ibères et celtiipies qu'il 
feindrait chercher l'origine de son nom. 

' Quelques éditions donnent Aucocereles, au lieu d'icroecreles, qui signifie 
en grec Cerélesdc-la-mnnlagne. C'est sans doute sous ce nom que les connais- 
saient les habitants d'Empories; et comme Aviénus adopte ordinairement, 
pour les noms de lieu.x , les traductions et les terminaisons des écrivain» 
grecs (|u'il avait consultés, nous ne voyons aucune raison pour conserver 
la le^-ou iueneerelcs, qui n'est probablement qu'une erreur de copiste. 



!)7 



« Cepentlani, ajoulait-il, il y a au milieu des Pyrénées des 
«vallons pariaitfiinent habitables, qui sont peuplés de 
« Cerretans-Ibéiiens '. » J)ans la pensée de Slrabon, ces 
magnifiques vallons, (pii contrastaient avec les terres 
généralement dénudées du reste de la Gaule , au milieu 
desquelles ils laisaient exception, ne pouvaient être 
compris que sur le versant septentrional , et ne devaient 
s'entendre que des hautes vallées de l'Aude, de la Tet et 
du Tech, qui, pendant des siècles, ont eu, en effet, des 
souverains communs avec la Cerdagne, et bien distincts 
de ceux qui dominaient sur le littoral roussillonnais '. 

Quant aux Atacini, que l'on s'accorde à placer vers 
la partie supérieure du cours de l'Aude, ce n'est pas un 
nom de peuple proprement dit, c'est une manière de dési- 
gner les populations (pii habitaient sur les bords de cette 
rivière, connue on appelait .Surt/es ceux qui se trouvaient 
aux environs de la rivière Sonie. Dans tous les cas, cette 
dénomination ne pouvait s'appliquer qu'à une partie infi- 
niment réduite de notre province, et nous nous croyons 
fondé à conclure que le peuple Cérélau est le seul qui 

A:jrr/ç ok rr,ç nupriv/jç to ^h Ior;p£xov -jrXs-jpov , 
£^SvjSpo-j ro «5£ KeXtïxov liùfrj. 'Vol S\ ixigoi. iurj-yi, 

Ksppy/rxJo':, to '::\(o-j ro~i lSoptxo~j (p-j).o-j. I.il, |||. 

- La question de l'ori(;iiiL' roivlaiif îles anciens liabitanls Ju Confient ne 
présente aucune diliiiiilté. Quant à celle des |)i)|Uilatioiis ilii liant Valles|)ii-, 
nous avons les noms, cucoïc couscivés, de Ccrel et Saint-l.anrent-de-Ci^ii/rtiis. 
On a dit, il est vrai, dans l'annuaire de^Sô^l : « 0» présume que ee viliajje 
« lut une lolonie de vassaux cerdaf;nais, transférés des sonnnités de la l'erche, 
« on iNotre-Daine de Vallespir avait prieuré et hospice, n C'est une simple 
conjecture. On trouve déjà, dans un acte du 18 août l59'i , Franeois Itru- 
dada, rectoT Eccksie Sancii- Lamcncii de Serdanis (Arcli. de r!!o|). de IVrp , 
plech ô!(, n" '< ) , et on ne peut voir dans celte dénomination, comme dans 
celle de Cèrel, que des souvenirs de l'ancien peuple Ctrélati que Strabon 
sii;i\alait déjà dans ictle valliT. 



98 

ait été désigné par les anciens, comme ayant réellement 
occupé les pays du département actuel des Pyrénées- 
Orientales. Dès les temps les plus reculés, il en avait 
peuplé les hautes vallées que ses descendants occupent 
encore aujourd'hui sous le même nom. Nous n'insisterons 
pas davantage sur ce point. 

E^îiuiteN nutnrolloM. 

!.os limites naturelles de la France et de l'Espagne sont 
aussi anciennes que le monde, et, s'il n'y avait à décider 
qu'une simple question de géographie physique, la discus- 
sion ne serait ni longue ni difficile. Mais la limite naturelle 
des Pyrénées a-t-elle été reconnue comme limite politique 
dans les temps qui ont précédé la visite des Grecs ou la 
domination de Rome? On peut en douter. Rien ne prouve 
que cette limite ait été reconnue, durant cette période, par 
les peuples qu'elle concernait, et l'histoire nous montre, 
au contraire, des populations de race identique, établies 
sur les deux versants des Pyrénées orientales. Ces mon- 
tagnes ne furent jamais une barrière pour les populations 
ibériennes, qui ne purent, en aucun temps, les accepter 
comme les bornes de leurs établissements. Ne voyons- 
nous pas, en effet, pendant tout le moyen-âge, les Comtes 
de la Marche hispanique, à cheval, pour ainsi dire, sur 
ces montagnes et réunissant sous un sceptre commun les 
pays qu'elles semblent séparer? Le Roussillon proprement 
dit, soumis aux Comtes d'Empories; le haut Vallespir, à 
ceux de Bésalu; tandis que les Comtes souverains de 
Cerdagne, établis aux sources du Sègre, du Llobrégat et 
du Ter, de la Tet, de l'Adesig, de l'Aude et même de 
l'Ariége, dominaient sur les pays de Berga et de Ribas, 
comme sur le Confient et le Capcir. Voilà les choses telles 
que les a comprises le génie des populations de notre 
ancien pays. Et ces faits parlent assez par eux-mêmes. Ils 



99 

ne se seraient jamais produits, sans les causes que nous 
avons indiquées, et qui seules ont pu les faire durer presque 
jusqu'à nos jours. Il n'y avait donc aucune différence d'ori- 
gine entre les Ibères de la Catalogne ou du Roussiilon, et 
la limite des Pyrénées ne fut jamais pour eu.v ipi'une 
fiction de la politique ou de la littérature. 

liiniïtes lii«s(ori<|neM. 

Cependant, lorsque les contrées occidentales commen- 
cèrent à être mieux connues, les historiens et les géographes 
ne tardèrent pas à y reconnaître deux races distinctes, quoi- 
que confondues sans doute à leur point de contact, qui ne 
fut jamais bien déterminé. lisse bornèrent donc à diviser le 
terriloiie occupé par ces deux nationalités en deux contrées 
distinctes, celle du nord, dont ils firent la Gaule Transal- 
pine, et celle du midi, qui forme l'Espagne ou Ibérie. La 
limite des deux races ne pouvant être déterminée, on leur 
imposa celle des Pyrénées, qui furent censées séparer 
désormais la Celtique de l'Ibérie , sans tenir compte des 
Ibères qu'on laissait au nord de la chaîne, ou des peu- 
plades celtiques qui vivaient encore au milieu des Ibères, 
comme l'ont reconnu César et Strabon. 

La limite des Pyrénées eut donc une existence histo- 
rique dont il faut tenir compte, et c'est à ce point de vue 
que nous allons nous en occuper, en ce qui concerne la 
partie orientale. 

L'historien Polybo en parle le premier, à propos de la 
seconde guerre punique; mais ce n'est guère à ses yeux 
qu'une simple htnrilre naturelle, qui s'étend depuis la 
Méditerranée jusqu'à la mer extérieure*. 

ll-jpyjvatojv opôiv, a. Starîivei xotra to cjve^^cç àiro -f/; 
iS-noaç xix: Kr/TO-jç. Pmvn., lib III. 3.«i n 39 



too 

Strabon, Mêla, IMine , donnonl eiisuile la chaine des 
Pyrénées comme la limite de la Gaule et de l'Espagne, et 
Silius Italicus y a trouvé matière à trois vers excellents, 
où il consacre un mensonge historique, en désignant les 
Pyrénées comme la limite cterneUc des Celtes et des Ibères, 
qui ne l'ont respectée en aucun temps : 

Pvrenc ccls;i nimbosi veiticis arce 

Divises CcUis latè prospectât Iberos, 

Atiriie nnterna tenet inajjnis divortia triris. (l.ib. III, 'H" cts.].) 

Nous l'avons déjà dit, la limite des Gaules et de llltérie 
suivait anciennement la chaîne des Pyrénées. Elle est fa- 
cile à suivre sur toute sa longueur, et c'est seulement à 
l'extrémité orientale et au voisinage de la mer Méditer- 
ranée que commencent les incertitudes ou les variantes ; 
car les auteurs anciens indiquent, pour la limite extrême 
sur la Méditerranée, deux lieux différents qu'il inqiorte 
de reconnaître exactement. 

Strabon signale le désaccord qui existait déjà sur ce 
point parmi les écrivains de son temps i où yap oaoXoyî'rcci). 
On désignait alors deux endroits pour cette limite , et il 
parait se ranger à l'opinion qui la mettait au Temple 
d'Aphrodite, correspondant au cap Biar ; Ptolémée adoptr 
aussi cette limite , sans faire mention d'aucune autre. 

Selon d'autres écrivains, dont Strabon rapporte l'opi- 
nion, la limite des Gaules se trouvait lixée aux Trophées 
de Pompée, situés sur la route qui conduisait d'Italie en 
Espagne. C'est l'opinion que Pline a adoptée, et il dit, 
à deux reprises différentes, que les Trophées de Pompée 
étaient situés sur les limites (fines) de l'Espagne ultérieure' . 
Enlin, Mêla ne parle point des Trophées de Pompée; 
mais il se sert de la même expression que Pline; il 

' Tioph.Tis suis quic slaliiebal in PynMi.rn .. ad fines lliapanitr iiltoriuris 
(Hist. Vur, liv. III, 5 et VII, 2(i.) 



e 



101 

indique le lieu de Cervaria comme la limite de la Gaule 
(finis Galliœ), et nous espérons prouver plus loin que ce 
lieu, facile à reconnaître encore aujourd'hui, correspond 
exactement à celui qu'indiquent Pline et Strabon, sous le 
nom de Trophées de Pompée. Le cap de V Aphrodision et 
Cervaria sont les seuls points signalés ponr notre limite; 
mais on ne peut hésiter h adopter le second. Les Trophées 
de Pompée ou l'anse de Cervern, voilà donc le lien que 
les Romains avaient adopté pour la limite de la Gaule et 
de rihérie; c'est celui qui, de tout temps, a borné le 
territoire de Banyuls-sur-Mer, et qui sépare encore au- 
jourd'hui la France de l'Espagne. 

■^Imites et di«'i«iuu^ g>arlâculierc« «Iok itciipleM 
de l'anvie» KoufthiEEuit. 

Nous avons dû nous borner à indiquer la limite poli- 
tique (dans le sens historique du mot^ de l'ancienne Gaule 
et de ribérie : à ce point de vue, il y a des données assez 
précises, qu'il n'était pas inutile de reconnaître. Quant aux 
limites ethnographiques des Golls et des Ibères, ce serait 
peine perdue que d'en rechercher le moindre indice dans 
la province roussiilonnaise. Il ne serait guère plus utile de 
chercher les limites géographicpies des anciens Cerétans 
et des Sordes, ou des autres peuples de la même famille 
qui ont pu s'établir, sous divers noms, dans ce pays; car 
tout le monde sait que les peuplades, plus ou moins 
indépendantes, fixées dans nos vallées, étaient souvent 
désunies par la passion ou par des intérêts, dont il se- 
rait impossible de suivre les vicissitudes. Tout porte donc 
à croire qu'au voisinage des Pyrénées, par un phénomène 
encore saillant de nos jours, les mœurs étrangères et indi- 
gènes se confondaient et se mêlaient comme les races. 
Nous avons vu, il est vrai, certaines caries d'amateurs, 
qui placent chacun de nos |ieuples dans des espaces bien 



10-2 

déterminés, couverts de noms de villes et de villages, et 
M. Henry', entre autres, a suivi de point en j)oint, avec 
toute la précision de la topographie moderne et sans autre 
guide que son imagination, les prétendues limites des 
Sordes, des Consuarans et des Indigètes, qu'il avait jugé 
à propos d'établir dans l'ancien Roussillou. Ce sont des 
tours de force que nous n'avons pas le courage de tenter. 
Les auteurs anciens n'ont absolument rien dit à ce sujet; 
ils n'ont indiqué nulle part les limites des Sordes et des 
Cérétans, en admettant qu'il en existât entre eux, ni 
celles qui pouvaient les séparer des autres peuples établis 
sur les bords de l'Aude. On ne saurait donc trouver mau- 
vais que nous laissions cette question dans la profonde 
obscurité qui peut seule la caractériser, et que nous 
nous arrêtions aux limites que l'histoire elle-même s'est 
imposées. 

Lorsque l'ancien Roussillon passa sous la domination 
de Rome, il ne pouvait exister que des divisions essen- 
tiellement variables entre les peuples qui l'occupaient; 
car les races étaient confondues, et leurs intérêts poli- 
tiques variaient incessamment. Les limites politiques ou 
géographiques n'ont pas grande valeur dans l'état de bar- 
barie; il n'y a de divisions réelles et nettes que celles 
qui répondent aux besoins d'un service civil, judiciaire, 
censitaire ou religieux, et ces divisions lixes ne purent 
être créées dans ce pays qu'à l'époque où Rome fonda son 
administration provinciale avec des pouvoirs circonscrits. 
Malheureusement nous ignorons complètement ce qui put 
être fait à cet égard dans l'ancien pays de Ruscino, 
pendant toute la durée de l'Empire Romain; et cette ville 
n'ayant pas joui du titre de cité, tout semblerait indiquer 
que, sous le rapport administratif, l'ancien Roussillon fut 
une simple dépendance de la cité de Narbonne. 

' lltfl de RvusM.. lo II, p. ()06. 



103 

Le titre de cile seul ne nous apprendrait rien d'ailleurs 
sur les limites politiques que nous .cherchons; car la 
cité romaine était morcelée d'une foule d'enclaves, sans 
territoires (ixes. C'était l'idée de propriété qui dominait 
dans le système municipal de Rome , et nous voyons des 
cités posséder des domaines fort éloignés de leurs murs. 
Leur territoire ne fut irrévocablement limité, dans les 
Gaules , qu'à l'époque où les villes devinrent le centre de 
la surveillance épiscopale et de l'administration ecclésias- 
tique. Enfin , on n'est point assuré de la transmission 
exacte du territoire des cités à l'autorité épiscopale du 
ixc siècle, et nous avons, en Lombardie, trois anciennes 
cités romaines, qui n'ont formé que deux diocèses*. Quant 
au diocèse d'Elne, les premiers titres certains que nous 
possédions sur son étendue ne remontent qu'au ix'' siècle, 
et pendant les trois cents ans qui ont précédé ces docu- 
ments, sommes-nous sûrs qu'il n'y ait eu aucun rema- 
niement, aucun changement, aucune suppression? Ainsi 
donc, en résumé, y aurait-il eu au iv<^ siècle une ville du 
Roussillon portant le titre de cilé^, qu'il serait encore 
téméraire de décider que son territoire soit exactement 
représenté par celui de l'ancien diocèse d'Elne; à plus 
forte raison serait-il difficile d'affirmer que ce territoire 
représentât l'étendue et les divisions des anciennes po- 
pulations de Sordes ou Cérétans qui avaient occupé ce 
pays. 

Il est cependant une ancienne division romaine qui a 
pu subsister presque intacte, en raison même de son peu 
d'importance; c'est celle des cités en pagi. Le pagus était 

' Emile Desjardins, AUsia. ^8o8. 

^ f-e diocèse d'EInc ne fut érige que dans le cours du vi' siècle , et la 
date seule de ccUe fondation, dont les causes sont d'ailleurs inconnues, 
prouve que, dans l'époque antérieure , aucune vilU du Uoussillon n'avait 
^lé décorée du nom do cilé. 



104 

uno osi>»'C(' (le caiilcui, ayant sous l'Enipin; Romain ', ses 
magistrats connus sous les noms de pirfds (»u (■((iles du 
Pagtfs, investis d'attributions clairement délinies par le 
code théodosien. Le pagus n'a guère varié d'étendue pen- 
dant le moyen-âge; nous le retrouvons, avec ses anciennes 
limites, jusqu'au xviic siècle, dans nos anciennes Vigucrics 
administratives et surtout dans les Viran'ats ou Drccntats 
de l'ancien diocèse d'Elne, petites métropoles paroissiales, 
reste de ces vicariati ou divisions baptismales des pre- 
miers temps-, qui représentaient assez exactement les 
anciens /)rtr/^ des cites. C'est donc le payiis romain qui a 
subsisté et qui pourrait se retrouver en principe dans les 
vicariats, et non la cité dans le diocèse. 

Les pagi du territoire actuel des Pyrénées-Orientales, 
sont connus, dès le ix^ siècle, sous les dénominations 
suivantes : 

1° Le pagus IJvieusis'', partie de la Cerdagne et du pays 
de Livia, aux sources du Sègre, dans l'ancien diocèse 
d'Urgel ; 

2» Le pagïis Redensis* ou fit'f/dt'jm^ (Razès), s'étendanl 
jusqu'aux sources de l'Aude, comprenait le pays connu, 
plus tard, sous le nom de Capcir, qui fit d'abord partie 
du diocèse de Narbonne; 

' Au temps de César, les Gaulois habitaient de grands villages ou de» 
cités fortiRées. Le territoire de ces habitations agglomérées formait une 
division géographique, (jue les Romains ont conservée, en donnant à 
roiu'ii'ii nom gaulois une désinence latine (pagus). 

- On sait que le baptême, dans la primitive organisation de l'Eglise, 
ne pouvait être administre que par les archiprêtres ayant sous leurs ordres 
plusieurs paroisses. 

■' Ou trouve le suhurbium Liviense , dans une iliaile de Tan S78. 
fllarca, Il . ) 

"* l.e pagus Reddensis est connu des Tan 7SS. (Gallia Christiana, tonu- 
VI, page 2.) 



lor. 

5" Le pagu^- Ffiioliclousis'-^ ou Fonalii'leiists, bassin su- 
périeur (le 1 Agli, était aussi compris dans l'ancien diocèse 
(le Narbonne ; 

io Le pagm Confliicntis ou Conflmnlanus, bassin supé- 
rieur de la Tel ; 

5° Lepagiis ou vallis Asperiij s'étendait dans les bassins 
supérieurs du Tech, du Réard et du Boules; 

6° Le pagus Ruscinonensis ou Rossolionemù, comprenait 
toute la plaine ou partie inférieure de nos trois cours d'eau, 
entre les Corbières, la mer et l'Albèra. 

Ces trois derniers pays formaient l'ancien diocèse d'Elne. 

Rien n'empêche de croire ([ue ces divisions territoriales 
existaient d(''jà sous l'Empire liomain; mais nous sommes 
loin de prétendre qu'elles eussent dès lors les mêmes 
noms et les mêmes limites, et surtout nous nous gar- 
derions bien de les inscrire sur une carte historique de la 
Gaule romaine. Si nous les indiquons ici , ce n'est que 
pour prémunir, dès ce moment, contre l'erreur trop sou- 
vent admise, que l'étendue de ces divers pays n'aurait 
jamais varié, et qu'elle était, dès le ix^ siècle, telle qu'on 
la voyait encore en 17S0. Il est bien vrai cpie les limites 
du diocèse d'Elnc n'ont i)oint varié pendant cette période, 
et, par conséquent, la frontière de la Cerdagne et du pays 
de Fonollet a dû rester la même a l'égard du Confient et (lu 
Roussillon. Quant h l'étendue du Confient et du Vallespir, 
elle a subi, dans le cours des siècles, des variations qui 
ne semblent pas avoir été sullisamment étudiées jusqu'ici 
et sur les({uelles les documents historiques peuvent seuls 
jeter quelques lumières. Cette question, qui est une des 
plus importantes de la géographie historique de l'ancien 
Roussillon, fera l'objet d'une dissertalion particulière. 

• On Iroiivc Ir pagus FeimUlus di-s Tan S'ri. (Histoire de l.augucdoc , 
tome I", |iiciiv. ,Sf>. ) 



106 



Villen, Por(«i, CliAt«auK et Mutr««i lleum. du Uous- 
«lllon cités par les auteiirn anciens. 

RDSCINO (CASTELL-ROSSELLÛ). 

Si l'on admettait le système de M. Puiggari sur les 
établissements des Phéniciens, la fondation de Ruscino 
remonterait au moins au xi^ siècle avant notre ère, à 
l'époque où le commerce de Tyr semble avoir pris la plus 
grande extension dans la partie occidentale de la Médi- 
terranée'. Malheureusement, comme nous l'avons déjà 
dit, l'histoire ne nous apprend absolument rien sur les 
prétendus établissements phéniciens de l'ancien Hous- 
sillon. Les géographes grecs, Skymnos et Skylax, gardent 
le silence le plus complet sur la ville de Ruscino; seur 
lement, Aviénus ayant mentionné le fleuve Roschnim, 
qui, selon tout apparence, ne devait ce nom qu'à la 
ville dont il baignait les murs, on peut en conclure que 
Ruscino existait déjà vers le vi^ siècle avant Botre ère. 
Ce nom se montre, pour la première fois, dans le récit 
(les événements de la seconde guerre punique , l'an 218 
avant Jésus-Christ. Suivant Tite-Live (hb. XXI, c. 20), 
pendant qu'Annibal se disposait à franchir les Pyrénées, 
les ambassadeurs romains, chargés de lui susciter des 
ennemis sur sa route , ayant échoué dans leurs négocia- 
tions avec les Espagnols, passèrent dans la Gaule , et se 
présentèrent à Ruscinon devant les Gaulois, qui, suivant 
leur usage, étaient venus tout armés à l'assemblée. On 
sait quels éclats de rire et quels murmures d'indignation 
éclatèrent parmi les jeunes guerriers, lorsque les députés 
leur proposèrent d'attirer la guerre sur leur pays, pour 
l'empêcher de passer eu Italie, et pour servir la querelle 
de Rome contre ses ennemis. Toutes les sollicitations 

' Ruxr.inn, par ^I. Piiiffgari, dans le Pubikaleur, II' aiinéf, n"'5, 'i el '6. 



107 

furent inutiles, et Annibal vint camper suiis les tiiurs 
d'Illiheiis (EInej, après avoir opéré sans dilficulfé le pas- 
sage des Pyrénées. Cependant, la crainte de la servitude 
avait fait prendre les armes à plusieurs peuplades de la 
Gaule, qui se rendirent à Ruscinon, et Annibal, qui 
craignait plus de perdre un temps précieux que de com- 
battre de tels ennemis, envoya aux cliels une députation, 
pour leur demander un entretien. Ses démarches eurent 
un plein succès. « Après ces négociations, les petits rois 
<f de ces contrées vinrent dresser leurs lentes [très d'Illi- 
« béris et entrèrent sans crainte dans celles des Cartha- 
« ginois. Des présents achevèrent de les gagner, et ils 
« laissèrent l'armée traverser tranquillement leur pays, le 
« long des murs de Ruscinon. » (Tite-Live, 1. XXI, c. 24.) 

Nous n'avons pas d'autres détails sur la ville de Rasciiio 
pendant la période qui précéda la con(iuète romaine; mais 
certaines circonstances du récit de Tite-Live, telles que la 
réimion des chefs du pays, et l'arrivée des ambassadeurs 
de Rome à Ruscinon, démontrent l'importance de cette 
ville à cette époque , et le rôle qu'elle joue à cette oc- 
casion, lui assigne évidemment le titre de capitale du 
pays. 

L'antique importance de l'oppidum de Rmcino et, sans 
doute aussi, sa situation topographique, le tirent choisir 
comme centre des établissements et de l'administration des 
Romains dans ce pays, lorsqu'il passa sous leur domination 
(118 av. J.-C). Polybe, Strabon, Ptolémée et Tite-Live 
lui conservent alors le litre de ttoAjç ou d'oppidum; 
Mêla y ajoute celui de Colonie, et Pline, qui écrivait son 
Histoire Naturelle peu de temps après l'avènement de 
Vespasien, se contente de l'appeler Ruscino Latinoruni 
(lib. III, c. 4). On a cru voir une dill'érence notable, et 
même une contradiction, entre le titre de Colonie et la 
jouissance du Droit de Latinité mentionnée par Pline. 
Cependant, le droit de cité romaine et de latinité était 



108 

venu dans la Narbonnaise par les colonies, el l'on sait (|ue 
les colonies fondées j)ar les Romains étaient composées, 
tantôt de cives romani, militaires ou non, tantôt de Latins, 
tantôt d'autres races d'hommes'. Or, dans ces cas divers, 
les colons communiquaient à leur patrie nouvelle les qua- 
lités juridi(|ues qu'ils apportaient de leur patrie ancienne. 
Il n'y a donc aucune contradiction dans le dire des deux 
géographes romains, et l'on comprend que la Colonie de 
Ruscino ait pu se composer de Latins, jouissant, à ce titre, 
du Jus Laiii qui laissait aux cités leur libre autonomie, 
avec la faculté d'y renoncer pour prendre la loi romaine 
elle-même ^ Quant à l'autonomie des villes latines, elle 
avait pour base une constitution civile et communale ana- 
logue a la constitution romaine. C'est tout ce que nous 
pouvons en dire ici, le sol de Ruscino n'ayant encore 
fourni aucune inscription qui puisse donner le moindre 
éclaircissement sur ses magistratures et leur exercice, 
sur son culte religieux, ou sur ses pratiques civiles. 

Un silence profond se fait, à partir de celle époque, 
dans les annales de notre ville, dont le nom ne figure 
plus que sur les Itinéraires romains. Les Notices Impé- 
riales du ye siècle n'en font aucune mention; le récit de 
l'expédition de Wamba garde le même silence, et les 
documents de la période Wisigothique, qui citent encore 
son nom, le présentent sous la forme corrompue, qui 
devait prévaloir ]»endant le moyen-âge, el se conserve 
encore aujourd'hui dans le nom de la province''. En 801, 

' lllud aj|iUibant((lit (|uelqiie part Tilc-Live), utrimi lalinain an civinm 
roiiiauoruin deduti placcrcl, postrciiio lalinam potiiis coloiiiam dcducendam 
Patres censucruiit. 

- C'est re (|iic nous apprend Cicéron , pro Balbo , § 8. 

'^ Le géographe anonyme de Ravenne, qui l'appelle nuscinone, au iiv. V, 
scct. 3, l'appclh; liuscilonc , au Iiv. IV, sert. 8. La division des diocèses 
\Yisigolhi(|ues Tappcllp nnsinola , sans doute pour Rosilona. (Uist. rer. 
Franc, lo. Il . p 719.) 



109 

le roi l.ouis, lils de Cliaileinagne, s'etablil avec un corps 
d'armée à Ruscellio', pour y attendre l'issue du siège de 
Barcelone, et une charte de l'an 8J6 prescrit le dépôt d'un 
décret impérial à Ro.sciliona-. A partir de cette époque, 
on ne trouve plus, à la place de l'ancien o})pi<hmi (pii a 
transmis son nom à la province , qu'un simple castcllum 
ou castrum Rossilionis, autour duquel se groupèrent 
quehpies manses chétives; et le donjon de ce manoir 
féodal se voit encore à trois-quarls d'heure environ à 
l'est de Perpignan. Il ressort, évidemment, des textes 
que nous venons de relater, que la ville de Uiisrino a 
subsisté sans interruption jusqu'aux premières années du 
ixe siècle; son importance seule a dû varier et décroître 
longtemps avant Tépoque carlovingienne, et l'on peut 
admettre, pour cette ville, une décadence rapide, qui 
commença peut-être avant la chute de rEmi)ire Uomain. 
Pourquoi Ruscino lut-elle délaissée, et comment Kliberis 
parvint-elle à lui ravir son importance et son titre de 
capitale du pays? Rien ne le dit et nul ne le sait. On a 
supposé diverses catastrophes, dont il n'est question nulle 
part dans les auteurs contemporains, et nous ne voulons 
rien ajouter aux conjectures assez nombreuses qui ont 
été laites à ce sujet, et que rien n'est venu confirmer 
jus(pi'ici. Rornons-nons à jeter un coup-d'œil sur les lieux 
où quehpu'S débris iiisigniliants marquent encore la place 
de Ruscino. 

Sur la rive droite de la Tel, et i)arallèlement au cours 
de cette rivière, s'élève un rideau de collines qui courent 
de l'ouest à l'est, depuis Perpignan jusqu'aux environs de 
(lanet, et lorment l'extrémité dun plateau assez uni, qui 

' Uiiam ({uidi'in Kiiscelliuiii ipse ^t-rinanoiis secuin rttmuii. \ita l.uduvici 
va imjHrat., aiiclore Astroiiom. \ô. 

'^ l.iuiin iii Narboiia , iilteiuiii in t'.iircassoiia , Icitiimi mi lldsciliona , 
<|uai'lmn iii l'jii|Miiiis. . . liabni |)r,iH(|)imiis ( Hai.dz. Capititlar.. loiuo 1 , 



no 

s'étend jusqu'au Réard. Quelques ravinements, creusés 
par les pluies, ont déchiré, de distance en dislance, la 
face septentrionale de ce talus, qui forme ainsi une suite 
de mamelons, d'une défense facile et d'une bonne expo- 
sition pour l'assiette d'une cité. La ville de Ruscino 
occupait la croupe d'un de ces coteaux, qui s'élève entre 
deux ravinements ouverts à l'est et à l'ouest, et se ter- 
mine brusquement, au nord, par une pente rapide. Le 
ravinement de l'ouest est moins profond que celui de l'est, 
qui se développe sur deux cotés de l'ancien oppidum, et 
se rapproche du premier ravin , à son origine ; il semble 
même lui avoir été uni, à une certaine époque, par un 
fossé ouvert par la main des hommes, pour compléter 
l'isolement de la ville, au milieu du plateau qui l'entoure 
de trois côtés. 

Le sol de Ruscino s'avance donc du sud au nord-est, 
dans la direction de la Tet et en s'exhaussant légèrement, 
de sorte que la partie la plus élevée se trouve au point 
occupé aujourd'hui par l'église et la tour de l'ancien 
château. L'espace ainsi circonscrit est depuis longtemps 
livré à la culture; mais le sol n'en est pas parfaitement uni. 
Il est même facile d'y reconnaître, outre le premier fossé 
déjà mentionné, deux autres dépressions, qui vont aussi 
d'un ravin à l'autre, et sont, peut-être, les seules preuves 
encore existantes des décroissances successives de Rus- 
cino, qui rétrécissait son enceinte à mesure que son im- 
portance diminuait, et finit par se trouver acculée au nord, 
dans l'espace, de plus en plus étroit, d'un manoir féodal. 

« Que nous reste-t-il de l'antique splendeur de cette 
« cité? Ses dernières ruines même achèvent de dispa- 
« raître; car la tour est du moyen-âge. Des vestiges de 
« constructions, des débris de poterie, des médailles... 
« voilà à peu près tous les souvenirs que son sol ofTre, 
« parfois, sous le fer qui le sillonne ou qui le creuse'. » 

' PoiGGAKi. Publicateur, année ^855, n° 4. 



Itl 

Les découvertes faites jusqu'à ce jour, n'auraieiii dimi- 
nué en rien les regrets que M. Puiggari exprimait en 1833; 
mais on peut répéter, avec M. Henry, que tous ces ter- 
rains sont encore vierges d'explorations régulières et 
suivies : et des richesses archéologiques reposent sans 
contredit sous la terre qui couvre les restes de Ruscino. 



n.MBKRIS — nELE?(\ (ELSE.) 



L'origine d'illlberis ne serait guère moins ancienne 
que celle de Ruscino, si l'on s'en rapportait à l'opinion 
de M. Puiggari, qui n'hésite pas à voir un nom phéni- 
cien dans Illibcris [Ili et Beris, pour berithj, et, dans notre 
antique cité, une des nombreuses fondations du peuple de 
Tyr (Mot ires sur Elue). Nous avons déjà exposé les raisons 
qui s'opposent à l'adoption de ce système, et Voppidum 
à'Jlliberis demeure, pour nous, une fondation ibérienne, 
plus moderne peut-être que celle de Ruscino, si toutefois 
son nom do ville-nouvelle (IlU-hcni, en hngue euscuara) 
doit s'entendre de son origine, par rapport à sa rivale des 
bords de la Tet. 

Le nom à'Illiberis se trouve, pour la première fois, dans 
Tite-Live, qui rapporte qu'Annibal campa sous ses murs, 
après avoir passé les Pyrénées, 218 ans av. J.C. C'était 
sans doute alors cette ville opulente, dont le souvenir se 
conservait encore trois siècles plus tard. Sous la domi- 
nation romaine, Polybe, Strabon et Ptolémée semblent 
lui donner encore une certaine imjjortance et la mettre 
sur la même ligne que Ruscino. Cependant, dès l'époque 
d'Auguste, Mêla n'en parle que comme d'une petite bour- 
gade, qui ne conservait qu'un faible vestige de sa splen- 
deur et de son opulence passées'. Pline s'exprime à peu 

' Colonia Ruscino: viens Eliberri, iiiagnic (|Uonilaiii urbis ol ina(;norum 
opiim tenue vcsligium (Pomp. Mêla, liv. II. c.^i). Oppida : Iliiberis, inagu.'P 
^uondnni urbis tenue veslif^ium; Ruscino Laiinorum (PuNE, III, 4V 



112 

près il»' iiième. Bien des conjeclures ont été faites pour 
expliquer cette décadence , et l'on a inviginé des catas- 
iroplies sur lesquelles les auteurs anciens ne fournissent 
aucune indication. Toutes les suppositions sont possibles 
à cet égard; mais on n'en ignore pas moins aujourd hui 
les causes, les circonstances et la date de cette déca- 
dence, qui ne fit sans doute qu'empirer sous la domina- 
lion des Romains, dont les faveurs se reportaient natu- 
rellement sur leur flahlissement de Ruscino. lUibcris, 
traversée par la voie romaine qui conduisait de Narhonne à 
Barcelone, figure encore dans la Table dite de Peutinger 
(vers l'an 2ob), sous son nom ibérien (llliberre) qui dis- 
parait complètement, depuis cette époque, pour faire place 
à celui d'Iklena, syncopé par la suite en llcliia ou Elna. 
« Nous ne pouvons déterminer au juste le temps, l'occa- 
« sion ni l'auteur de ce changement. On peut bien croire 
« toutefois que c'est au grand Constantin ou à quelqu'un 
« de ses fils qu'il faut l'attribuer. Constantin , plein de 
« vénération pour sa mère Hélène, en avait donné le nom 
« a plusieurs villes et mémo à une province entière de 
« l'Orient. R est vraisemblable que, pour que l'Occident 
« ne restât point privé de la même distinction , Ribéris fut 
« rétabli sous le nom de Caslnim Jleloiœ ' . » C'est ainsi 
(prelle est désignée par P^utrope et par saint Jérôme; 
Aurelius-Victor et Raul Orose (Hàl. liv. VU, !2o) lui 
conservent le titre d'oppidum. 

« Un événement tragique donna, en ooO, une triste 
« célébrité au Château d'Hélène. Constans l^'- (Flav. M. 
« Constans) , empereur romain, troisième fils de Cons- 
« tantin , poursuivi depuis Autun par des émissaires du 
« traître Magnence, usurpateur de ses États, fut atteint 
« el assassiné, dans ce château, par Caïson, le chef de 
« ces émissaires , tandis qu'il allait chercher un port en 

' l'uir.cARi, Solices sur Elue, ii° 2. 



\\:\ 



« Espagne, pour s'y eiiibarquor '. On nionlre dans le cloitrc 
« d'Elne un fragment de pierre , d'environ lo pouces sur 
« 12, où se trouve sculpté le monogramme grec de J.-C, 
« et que la tradition donne pour un reste du sarcopha-^è 
« de Constant. Quelque bien fondée que paraisse cette tra- 
ce dition, on ne peut se défendre cependant de quelque 
« doute, quand on voit tant de sarcophages de l'époque, 
« présenter le même monogramme et le même genre d'or- 
« nements que ces débris -. » Le Caslrum llclcnœ semlile 
avoir remplacé, depuis cette époque, la ville de Ruscino 
dans les faveurs de l'administration impériale, et avoir 
atteint un degré d'importance extraordinaire \ H est 
certain (pie Kuscino s'efface désormais devant sa rivale 
triomphante. L'histoire, il est vrai, ne fait mention ni 
de l'une ni de l'autre dans le siècle suivant; mais les 

' Idi.(ius, fas/fs, -F.utio,.e.- Sex. Aurel. Victor, £p,7ome. - Paul 
Oros. Ihst. Vil. 25. - Ilicionymi Presbyteri CAromc. - Zozin..., etc. 

2 PcGGARf, mi. sur Elne. Nous ne savons ce qui faisait paraître si Lien 
fondée a M. Puipjari une tradition qu'il finissait par rejeter. M. de Gaza- 
nyola {llist. du Roms., p. ^9) n'éprouve pas le moindre doute au sujet 
du lombeau de Constans ; le docteur Carrère en avait fait autant et 
M. Mérimée ajoute, pour son propre compte : Ce sont des traditions' que 
je respecte. .. On ne saurait mieux dire assurément, dit l'auteur de VÉm 
« grapliie Roussillonnaise{noi{ |);car il serait malaisé de s'inscrire en fan, 
.contre la léffende , et non moins ardu, sans doute, de la défendre 
• par de bons arguments , s'il y avait controverse : In dubiis liberta» . 
M. Henry n'bésite pas i, la rejeter : .. Le silence de Marca , au sujet de ce 
' lombeau, prouve que, de son temps, cette tradition n'avait pas encore 
" pris naissance, ou que, si elle existait déjà, il n'en faisait aucun cas „_ 
Hisl. de RoussiU . to. I , p. 37. - Le silence de Boscb nous parait encore 
plus décisif en pareille matière 

M)n lit dans tous les manuscrits d'Ammien Marcellin : . In Narbonensi 
. Elusa,etNarbona,etTolosa,principatuinurbiumlcn.Mil ,._I,|, \V ^ o' 
Comme la ville d'£/,„a (Kause) était en Novempopulanie et non jJns la 
Narbonnaise, Lacarre [llist. Gall. sub Prœfectis PralorH. p. 20) propose de 
l.re CAusa, et cette leçon, qui n'est guère satisfaisante, pourrait être avan- 
tageusement remplacée par celle .ÏEUna, si l'on n'était presque certain 
qu Aminun Marcellin a pu commettre une erreur «rossiere. 



iir> 

coDJcctinos viennent encore suppléer à ce silence, el, 
depuis M. de Marca, tous nos historiens ont répété que 
la ville (rilélène, comme celle de Rnscino, lut javagée, 
en -408, par les Vandales, accon)pagiiés des Mains el 
des Suèves, qui ne se sont peut-être jamais montrés 
dans cette partie des Pyrénées, et linalement, en 41 i, 
par les Wisigotlis, qui vinrent, en effet, s'établir dans 
ces contrées, pour en restaurer les villes, et non pour les 
détruire. Toujours est-il que l'histoire n'a parlé ni dEIne 
ni de Ruscino, à propos des liarhares germains et des 
ravages qu'on leur attribue dans ce pays. Elle nous 
apprend, au contraire, que la ville (ÏUt'IoKi , qui n'avait 
pas encore de siège épiscopal sous Ilonorius', jouit du 
titre de cité dans le siècle suivant, et possédait un évéque 
en 571*, sous la domination des "NVisigoths. On semble 
donc autorisé à reléguer dans la région des fables toutes 
ces destructions, dont nous sommes loin assurément de 
contester la possibilité, mais qu'il est, pour le moins, 
inutile d'imaginer, lorsque l'histoire n'en a rien dit, et 
qu'elle peut se passer de ce genre d'explications. Tenons 
seulement pour certain (\\vHdcna, restaurée dans les 
premières années du iv-' siècle, prit de rapides accrois- 
sements et une importance, qu'elle conserva sans inter- 
ruption jusqu'à l'époque où elle devint le siège épiscopal 
de notre diocèse. Les destinées d'Elne chrétienne sont 
étrangères h la période que nous embrassons dans cette 
partie de notre travail. 

Les débris de l'antiquité sont presque aussi rares h 
Elne qu'à Château-Roussillon , et l'on peut à peine citer 
quelques pans de mur d'origine douteuse, des médailles 
de toutes les époques, quelques fragments de poterie 
sans importance, el deux ou trois sarcophages conservés 

' ynlkia Galliarum suh Ronorio. KdiH. Sirniiiiid. 
2 JoiiANNis Bici.AH. Chronic, aniiooTI. 



117 

(lans la ville ou ;hi\ environs. Les temples el autres 
monuments publics de l'antique Illibéris, occupaient sans 
doute l'acropole, ou partie haute de la ville, sur laquelle 
s'élève aujourd'hui léylise-mère du Houssillon, et il y a 
lieu de croire que la reconstruction de cette basilique 
amena la ruine complète des derniers débris des anciens 
monuments païens qui pouvaient encore subsister au xi<= 
siècle. 

■S.\l,SlJL.î; (SALSES.J 

Au siècle d'Auguste, Mêla (II, 5) cite la source salée de 
Salsulœ (Salsuhv fons), à l'entrée du pays des Sordons'. 
Une population assez importante s'était sans doute grou- 
pée aux environs, on ne sait depuis quelle époque, sur le 
passage de la voie romaine, qui compte Salsidas parmi ses 
stations, àôO milles de Narbonne. Ce même nom reparait 
au moyen-âge-, pour désigner la ville de Salses qui, selon 
toute apparence, occupe la même place que le lieu de Sal- 
sidœ de l'Itinéraire romain. Des débris d'antiquités y ont 
été signalés à diverses époques, et il s'est fait, il y a deux 
ans, près de la Fant-Damc, une découverte importante de 
médailles consulaires, ce qui semble rapporter ce d('pôt 
à l'époque qui suivit immédiatement la conquête de ce 
pays par les Romains. 

' Salses Dguie dus k- xil' sièclo coniiiu- la ilcriiifro ('011111111110 du [{ous- 
sillon, sur la limite du Narbonais. Terra nostra à Saisis usqtté ad Uertusam 
osl-il dit dans le Traité de Paix et Triîve de 1)73 {.Uarca. n" 506). 
Dcsclot rite la font de Salses coiiiiiic rcxtrOnic limite du lloussillon , ;iu 
Xin" siècle. ( El rey dix : «Si nos podem tant cavalcar.... que pas.«ada 
<( liagain ta font de Salses , nos farcm lai ardit que non \iu lloncli loiniis 
• lia pus beil. — E llavors, hagueien pensaineiit quel rey volia anar a ia 
« ciutat de Narbona. • Cronica del rtij En Père, capitol 154. ) 

- F.c nom de Saisines, qui se trouve dans l'acte de consirration de l'éfflj-e 
de Salses (Worca , n" 5o2) n\st sans doute qu'une erreur de lecture pour 
Saisule*. Cette ville est communément appelée Salsas , pcndaul tout le 
moyen-à(;e, et ce nom {villa Salsas) se trouve déjà dans une < liarie de l'aii 
1)51 [Callia ' tirialiana, i«. VI, p. ',2'i). 



IfC 



COMBUSTA. 



Entre Salsulœ et Ruscino, et probahlenieiit dans le 
voisinage de Saint-Pierre del Vilar, se trouvait le lieu 
dit Combusta, dont on ne connaît ni l'origine ni lim- 
portance. On ne sait pas même si c'était un lieu habité. 
La dissertation sur la voie romaine fournira quelcpies 
développements à ce sujet. Combusta se montre, pour 
la première fois, dans V Itinéraire romain dit iVAntonin, 
et, pour la dernière, dans le géographe anonyme de Ra- 
venne, qui avait copié ce nom dans quelque document 
routier, et le rangea, sans façon, ainsi que Pyremum, 
parmi les cité^ de la Septimanie (lib. V, sectio 3). 

AD STABUr.UM. 

Nous n'en dirons guère plus ici sur le trop fameux 
Stabulum, dont on avait voulu faire la ville du Volo, et 
qui, selon toute apparence, n'était qu'une simple etché- 
live étable , bonne à citer pour préciser les distances 
d'une carte routière, mais sans importance aucune pour 
la géographie historique. Ce nom ne se trouve que sur 
une des rédactions de V Itinéraire dit d'Antonin, et M. de 
Gazanjola le place entre le Tech et Illibéris, presque sous 
les murs de cette ville (Hist. du Rouss., p. 57). 

AD CKNTENAUIUM -AD CKNirRIOM-S. 

La Table romaine dite de Pealimicr cite également, 
sous le nom de Ad Ccnlenarium, entre Illibéris et les 
Pyrénées, un lieu qui correspond, par sa position, à celui 
que y Itinéraire appelle Ad Cenluriones. Il ne peut y avoir 
la moindre dilficulté à cet égard; il n'en est pas de 
même de la situation de ce gîte, qu'il sera impossible de 
retrouver, tant que les lieux par lesquels passait notre 
voie romaine n'auront pas été reconnus d'une manière 



117 

précise et certaine. Tout ce que l'on peut dire, dans 
l'état actuel de cette question et dans le système que nous 
avons cru devoir adopter, c'est que le lieu dit Ad Cente- 
narium, se trouvait entre le Tech et les Pyrénées, aux 
environs d'Argelès ou de Tatzo. Quant au lieu lui-même, 
on suppose, avec quelque raison, que c'était un poste 
militaire, commandé par un centeniei' ou centurion. Mais 
ce renseignement n'apprend rien de certain sur l'impor- 
tance de cette station, qui a bien pu se composer d'une 
simple demeure isolée, construite sur le bord de la route. 

CAUCOi,ini:Hi (couioire). 

Le nom de Caucoliberi a trop de rapports avec celui 
à'Illibciis pour échapper à l'attention de M. Puiggari, qui 
a fait appel à toutes les ressources de l'érudition pour 
trouver encore ici une fondation phénicienne, antérieure, 
peut-être, à celles d'Illibéris et de Ruscino. L'opulence et 
les richesses d'Illiben'ft, tant vantées par Mêla, n'auraient 
pas eu d'autre débouché. Nous sommes loin d'accep- 
ter l'origine phénicienne de CaxcoUbcri ; mais rien 
n'empêche d'y voir, en effet, l'ancien port de la ville 
d'Illibéris, et peut-être même cett€ cité de Pyrène, fré- 
quentée par les négociants de Massalie quelques siècles 
avant l'ère chrétienne'. Tnc IVc des Saints, recueillie par 
les Kollandistes, y place le martyre d'un saint Vincent, 
vers l'an 506; mais le nom de Caucholiberi se montre, 
pour la première fois, dans le géographe anonyme de 
Ravenne (lib. IV, sectio 8), dont les renseignements se 
rapportent, en général, h l'époque de Théodoric le Crand. 

En 672, le Castnim Caucoliberi est compté parmi les 
châteaux Pyrénéens dans lesquels s'étaient retranchés les 
partisans du duc Paul , révolté contre le Roi de Tolède. 
Canrolihcri fut soumis par les troupes de Wamba, et ses 
défenseins, parmi lesquels on compte LeolVed el Giiidri- 

' FisTts AviEsus, Ora mautxma , vers 258 elsq. 



120 

<,'ild, y ruient faits prisonniers, ainsi que leurs épouses 
(Ilislor. Wambœ, régis Tolelani , auclore Do. Juliano 
Toletan;r Scdis Arcliiepisc). Le nom de Cancoliberi ne 
reparaît pas ensuite avant la lin du x^ siècle (Matra, 128). 
On n'a signalé juscju'ici, à Collioure, aucun débris de 
constructions romaines, bien qu'on y ail recueilli des mé- 
dailles de toutes les époques et quelques amphores anti- 
ques, ce qui semble indiquer que cette ville n'a jamais 
eu, dans les temps anciens, l'importance qu'elle acquit 
aux xive et xv«" siècles. 

PORTOS vkm;kis (port-venvres). 

Le Portus Veneris, qui devait son nom au Temple de 
Vénus, élevé sur un des promontoires du voisinage, ne se 
trouve mentioné que dans la Géographie de Pomp. Mêla'; 
car la Pyrauxa Venus de Pline (III, 5) ne peut s'entendre 
que du temple de la déesse. 11 n'y reste, d'ailleurs, aucune 
trace du temple ni d'aucun autre monument qui rappelle 
l'antiquité, et la correspondance seule des noms et des 
positions peut faire retrouver aujourd'hui le Porhis ]'eneris 
dans notre Port-Vendres , qui ne ligure dans aucun* de 
nos documents antérieurs au testament de Jacques*le- 
Conquérant, de l'an 1272 (D'Aciiéry, Spicileg., III, 675). 

* Tùm inter Pyrenaei promuntoria Portus Veneris insi(;nis fano (liv. 
II, c. 5). 

2 On a cité un dcinuinent de l'iiii t <09 {Uist. de Languedoc, t. II , pr. 350)., 
où il est dit : A yizza usquc ad Portum Veneris. Mais ce Porlus Veneris, au 
liru de désigner notre Port- Vend res, s'applique à Porto-Vencre, sur la cote 
de Gênes. Un passage d"nn autre traité de l'an -1 153 , qui n'est, pour ainsi 
dire, que le renouvellement du premier, rend toute confusion impossible. 
On y lit: Quod ullus homo Januensis qui habilet a l'orlu Veneris usque aii 
l'orlwm MonacHvi non donel in Tortosa ultum usalirum (Arcli. rcal de Barcc- 
loiia, perff. ir 206. l'iiblié par lioffaruil ). 11 était temps de relever celle 
erreur adoplee par tous nos historiens : elle n'a pas grande importance au 
point de vue de la géographie, mais elle a donné lieu aux plus singu- 
lières asserliuiis sur notre ancien droit commercial et sur la prélenduc 
suprématie des Comtes de Toulouse sur l'ancien lloussilion 



\2[ 



CIÎIIVAIUA (CERVERAJ.-nWl'llJEX VOMVFAl MAGNI-PYRENiEDM 
ET SUMMUM PYRENEUM. 

Le lieu de Cervaria, correspondant à l'anse actuelle 
de Cervera, est aussi mentionné par Ponip. Mêla, qui ne 
nous apprend rien sur son importance, et se l)orne à le 
désigner comme le point extrême de la limite des Gaules 
(finis Galliœ). C'est donc en ce lieu, ou dans le voisi- 
nage, que se trouvaient les Trophées de Pompée, men- 
tionnés par Pline et par Dion Cassius, et placés, par 
Stral)on, à la limite des Gaules et de l'Ibérie, près de la 
voie (pii conduisait do rilalie en Espagne. Ces désigna- 
tions ne peuvent, à notre avis, convenir qu'au lieu appelé 
Summum Pyrœneiim, ou simplement Pyrcnœum, par les 
Tables itinéraires de Rome; mais les notions des lieux 
parcourus par notre ancienne voie n'ont pas encore ac- 
quis un caractère de certitude sullisant, pour permettre 
de mieux préciser celui des passages de nos Pyrénées 
qui correspond à cette station de la voie romaine. 

GASIIÎUM VUr/rURARIA ( CASTEU. D'OLTnF.n.iJ. 

Le Casirum VnlUiraria remonte incontestablement jus- 
qu'à l'époque romaine, bien qu'il n'en soit question qu'en 
67ii, dans le récit de Julien de Tolède, qui com[)te cette 
forteresse parmi les cliâteaux des Pyrénées qui essayèrent 
de résister aux armes de Wamba. llne charte de l'an 981, 
l'appelle Castrum Vullrarium (Marcn, l'20), et, pendant 
les trois siècles suivants, il ligure sous les noms de Vul- 
Iraria, Vollurariinn , Vullreria , l'Hraria (Marra, 251, 
320, ÔGO, 575, /m. — Spicikg., III, 598), et Ollreyra\ 
parmi les principales lértés féodales de l'Albèra. C'est 
raiicicn château ruiné iVOltrera, construit sur un rocher 

' lî.icinj.irius de Ollrcyra (l'.arlul. du Temple, fol. H")}. 



120 

qui domine le vallon de Monlhiam, au-dessus de la Pava. 
«Le Cashum VallHrariurn , dont le nom parait bien 
« indiqm-r lOrigine, est une véritable aire de vautours, 
« où Ion ne pénètre qu'après avoir disputé, pour ainsi 
« dire, le passage, sur les aiguilles d'une roche abrupte 
« et glissante ; et on arrive à la partie la plus élevée , à 
« travers les décombres des nmrs, des voûtes, des cré- 
« noaux abattus et des casemates écroulées.» — Jalbert 
DE Réart, le Vallon de Monlbram. 

CASTRUM CLAUSUliAS (LA CLVSA). 

Dans le jugement promulgué contre les complices du 
duc Paul , on semble comprendre, sous le nom de Claii- 
siiras, tous les châteaux de la ligne des Pyrénées orien- 
tales. Cependant, le rédacteur de ce jugement, qui est le 
même que l'auteur de V Histoire du roi Wamba , applique 
le nom de Castrum Clausurns à un château particulier, 
dont il parle en ces termes , sous l'année 672 : « Une 
«irruption fut faite dans le château que l'on appelle 
« Clausuras, par un corps de troupes détaché en avant, 
« sous la conduite de deux Ducs. On y fit prisonniers, 
« Ranosind et Hildegis, avec un grand nombre de rebelles, 
« qui s'étaient chargés de défendre ce château. On les 
« conduisit tous au Roi, les mains liées derrière le dos.» 
Les forces dirigées contre cette forteresse, montrent 
assez son importance, et font comprendre, sans le justifier, 
l'arrogant défi que le rebelle Paul , s'intitulant Roi d'O- 
rient , adressait au Roi de Tolède : Descende usque ad 
Clausuras; nnm ibi invenics Oppopumbeum (jrandem, etc. 
Le nom de Claiisuras' se transforme ensuite en celui de 

' [,c concile célébré ;i Tolède en OOî , prit des dispositions ri(;ourciisfs 
contre les Juifs, en exceptant , toutefois, cfii\ rpii étaient établis en <lc(;;w 
des Pyrénées : • lllis lantumdcni llcbrœis ad pr.Tsens rescrvatis , <|ni 
« Gallia? provinci.T, videlicel iotra clausuras nnscnulur habilalores eiis- 



121 

Clusas\ et définitiveinenl eu celui de La Clusa'^ , qu'il 
porte encore aujourd'hui. Selon M. Henry (Le Guide en 
Roussillon, p. 172) les anciens comprenaient sous le nom 
de Claiisuras les deux cliâteauv qui se voient encore, l'un 
au village dit La Clma haute, l'autre sur la rive gauche du 
ravin qui descend de Bellegarde. Cependant, malgré la 
forme plurielle du nom de Clausuras, les termes employés 
par Julien de Tolède (Caslrum quod vocatur Clausuras) 
ne permettent d'y voir qu'une seule forteresse, corres- 
pondant au château dont l'église porte encore cette ins- 
cription : A7/7. Kls. marcii anno Do. M.CC.XC.I. obiil 
Poncius de Capite Magno domicellus, Dominus Castri de 
Clusa. «Le château de La Clusa, dit M. de Bonnofoy, fut 
un des points militaires les plus anciens de nos comtés; 
nous n'avons pas, dans ce département, de ruines aussi 
importantes par leur étendue. » — Epigraphie Rou^sil- 
lonnaise, n" 205. 



" tere, vi'I aJ ducatiim rojjioiiis i|)sius peiliiiiTC. — Cullecl. )lajc. Concil. 
« Hisfi., p. 755. 1) (/éditeur des Coiunles s'est iiiiajjiné (|ue , dès cotte épo- 
que, les Juifs <le la Septiinanic étuienl parques dans des vallons fermés, 
qu'il lui a plii d'appeler clausuras. « Inlia clausuras , dit-il en mite, in 
• vallibus montibus circumscptis. » Nous croyons qu'il s'agit ici de notre 
forteresse, el qu'il faut lire ultra au lieu de inira, e'ost-à-dire, en-deçà des 
Pyrénées et du château des clausures, ou au-delà, par rap|)orl aux l'èics du 
Concile île Tolède. Cette expression revient .souvent, à propos de celte 
forleressc. «El ttllrà Clusa, in coniitatu Inipurilanensium , « est-il dit 
dans \mu charte de l'an 889 (D'.Vcuer. Spicil , VIII , p. ôo i ) , el en 916. 
l'Evèque d'iihie, donne à son l'église ses possessions dira Clusas Spaniœ 
(il/orca, n» 65). 

' Dans une charte de l'an 844 : < Ecclesia Sci Martini ad ipsas Kelo- 
nicas, in via qu;c diseurrit ad ipsas Clusas. — BAluzr.. ,ly);it'ii(/. ad Capilitl.. 
col. li'.S . 

'- Ce nom se trouve déjà en 889. Il réparait an Mi*^ sieile,-- mansos (|ui 
sunl ad Clusam , en ! |.î4 , Carlul. du Temple . fol. 45 ; — Pctrus de Clusa, 
en H7t», Ibid., p. 118, 97, Ml. etc ; IVmsus .le '7hs.i , en 1288. 
mitl. dt Langued . preuves 



Iâ4 

SORDOINIA. 

Julien de Tolède nous a transmis, sur notre idéographie du 
vn« siècle , un dernier témoignage , dont la valeur sendde 
avoir été assez mal comprise jusqu'ici. Il s'agit de la Claur- 
suraSordonia. L'opinion émise, à ce sujet, par M. deMarca, 
a été répétée par tous nos historiens, et elle est aujourd'Imi 
tellement accréditée, qu'il sera nécessaire, pour la réfuter, 
de citer en entier et d'examiner en détail le texte qui a 
donné lieu à ces fausses interprétations. 

En 672 , le duc Paul , révolté contre Wamha , roi de 
Tolède, se fortifie dans Narhonne, capitale de la pro- 
vince qu'il venait de soulever. Le Roi Wamha marche 
contre le rehelle, et part de Gérone, après avoir divisé 
sou armée en diverses colonnes, pour attaquer les châ- 
teaux qui défendaient la ligne des Pyrénées. Julien de 
Tolède continue ainsi son récit : «Il attaqua et soumit, 
« par une admirahle faveur de la victoire, les châteaux 
« Pyrénéens que l'on appelle Caiicoliberi, Vultnraria, et 
« le Caslnim Lybiœ, dans lesquels il trouva beaucoup 
« d'or et d'argent, qu'il abandonna à ses nombreuses 
« troupes, comme leur part de butin. En outre, une irnip- 
« Huit fut faite daus le château que l'on appelle Clansiiras 
« (La Clusa), par un corps de troupes, détaché en avant, 
« sous la conduite de deux Ducs. On y fit prisonniers, 
« Ranosind et Hildigise, avec un certain nombre de re- 
« belles, (pii s'étaient charges de défendre ce chàleau; 
« on les conduisit au Roi , les mains liées derrière le dos. 
« Cependant, Wittimir, un des conjurés, qui s'était établi 
« et fortifié dam Sordonia, prit la fuite, aussitôt qu'il eut 
« appris l'invasion de nos soldats, et se rendit à Narbonne, 
« pour apporter à Paidus la nouvelle de ce grand désastre^.» 

' Castraque Pyiciia,Mca, (iii.-c vocanliir Caiicolihcri, Vulluraria cl Caslrutii 
[,ibyic, iniiahili victoriiP Iriuinplio ccpit ali|H(! |)crd()imiit, multiiin in liis 
laslrisauri ai{;ei)tii|iic invciiicns.quotl copiosiscxi-rcilibus in prirtlain rcssit. 



125 

Julien (le Tolède écrit avec une em[)liaso (juil serait 
dillicile de recommander, an point de vue du goût et du 
style; mais son récit, si l'on ne tient compte que des faits, 
renferme des détails de la plus rigoureuse exactitude, et il 
n'y a pas une seule expression contestable, au point de vue 
de l'histoire et de la topographie, dans le passage que nous 
venons de citer. Mais, qu'était-ce que celle Sordonia où Wit- 
timir exerçait son pouvoir (constihilm), et dans laquelle il 
s'était fortilié (se clmiscrat)? lous les auteurs, depuis M. de 
Marca, en ont fait une tour, qu'ils ont transportée à la 
Torre Cerdana, dont les débris insigniliants se voyaient 
encore, il y a quelques années, près de la Tour-de-Carol '. 

Nain in Castriiin quod vocaliir Clausuras, uiissis aiilo si- exort-ilibus , |ii.'i' 
Duet's duos irruptio fada est. Ulii quoqiie Raiiosindus el liildifjisus ciini 
celero aoiiiinc in'rfiJoiiiin , (|ui ad dcffiisioiieni Caslri ipsius ciiiilliNei-aill , 
capiiiiitur; <iii'(|iic deviiutis posi lorgiim maniLiis l'riiuipi pivpsi'iitiUilur. 
Vvittimirns lanier», unus ex conjnralis, qui se in Sordoniam conslilutus ctau- 
scral, nostros irriipissi.' porsentions, slatim aiifii(;il; et lanla; cladis nuntiuni 
l'aulo iii Narbonaiii pcrlatmiis ai'ccssil. IHhI. Wambœ, régis Tolelani, auclorn 
Juliaiio, ïoleta». Archicp. ( Iix vcleri codiee ftls. cœnobii iMoissiacensis. ) 

' l.i'S ('■rrivaiiis qui ont transporté Sordonia ;i la Torre Ccrdaua, ont accepté 
celle identifiialioii connue un fait ac(|uis et ne pouvant soulever aucune 
diflieulté. Ils se sont abstenus de donner la moindre raison à l'appui de 
leur opinion , et on ne pourrait leur en supposer d'antre que ranalojjie 
apparente qu'il y aurait entre les deus noms. Mais rette analogie ne nous 
frappe en aucune manière, et l'on ne peut que trouver une dilferencc 
coniplèle entre les deux noms, si on les evamine de plus près. Celui de la 
Torre Cerdana ne se montre (|ue dans des documents assez niodeines; il 
s'explique parfaitement pa/ la silualion même de celle forteresse eu pleine 
Cerdaijne, et, si cette tour existait déjà à l'époque romaine (ce que nous 
ignorons coniplétenieut j, on peut bien admettre (ju'elle portail dej.i le nom 
»|u"elle avait dans les deruiers temps de son existence. Or, n'ya-l-il pas une 
différence complète cuire les noms égalemenl anciens des Sorrfotif.« et des Cere- 
lani ou '.'irnMiii, appelés Kentlani par Strabon , le premier ijui en ail fail 
menlionV Observons même que Julien de Tolède, le seul (|ui ail parle de 
Sordonia, a établi une différence encore plus marquée entre ce nom et celui 
de Cerdana. en donnant à ce dernier la forme 'irrilaiiia (C.asirum Liby<r, QUod 
est '.irri/aiii<i' capui ). L'assimilation des deux forteresses est donc toul-à-fait 
aiLitraire. ijuant aux noms, puis(|u'ils sont on ne peiil plus iliflérenls. 



12i 

On comprend sans peine que les complices de Paul se 
soient fortifiés sur toute la ligne des Pyrénées, de manière 
à fermer tous les passages qui donnaient accès dans la 
Septimanie ou Gaule Gothique ; et le Castrum de Livia , 
qui ouvre le port ou passage dit aujourd'hui de la Perxa, 
devait nécessairement être compris, comme il le fut en 
effet, dans cette ligne de défense. Il n'en était pas de 
même de la tour de Carol, située à une très-petite dis- 
tance de la ville de l.ivia, pour fermer les communications 
entre la Cerdagne et le diocèse de Toulouse qui dépen- 
dait alors du royaume des Francs, et devait, par consé- 
quent, rester tout-a-fait en dehors des opérations militaires 
d'une guerre civile entre les Wisigoths de l'Espagne et 
ceux de la Septimanie. Nous voyons, en effet, les troupes 
qui avaient opéré dans la Cerdagne, se diriger de Livia 
sur le port de la Perxa, pour rejoindre l'armée principale 
dans la plaine du Roussillon, sans se préoccuper autre- 
ment de la forteresse Sordonia, ni profiter du passage que la 
défection de Wittimir leur ouvrait vers le pays de l'Ariége, 
où les soldats de Wamba n'avaient rien h faire. La position 
de la Tour de Carol aurait donc été, dans cette occasion, 
un j)f)int de défense parfaitement inutile, et, en admettant 
que Wittimir eût eu l'idée de s'y fortifier, on ne saurait, 
vraiment, lui faire un grand crime de l'avoir abandonné. 

La marche des faits s'oppose donc à ce que l'on mette 
Sordonia dans le voisinage de Livia; le sens du récit 
de l'expédition de Wamba s'y prête encore moins. 
L'Archevêque Julien était contemporain des événements 
qu'il raconte; il puisait à des documents, pour ainsi dire, 
officiels, et ce qu'il dit de la prise des châteaux pyrénéens 
est extrait du jugement même des complices de Paul. 
En voilà certes plus qu'il n'en faut pour ne pas faire 
dire à cet écrivain de véritables impossibilités. Il raconte 
que Wamba, sortant de Gérone, fait attaquer les forte- 
resses des Pyrénées par divers corps de son armée, qui 



\'2[ 



s'emparent de Caucoliberi , tle Vulluraria (Oltrera), du 
Caslrum Libyœ et de Clausuras (La Clusai, dont les 
défenseurs sont faits prisonniers et amenés au Roi. C'est 
alors que Wiltimir, qui s'était foitilîé dans Sordonia, 
s'enfuit vers Narhonne, «pour apporter à Paul la nou- 
« velle d'un si grand désastre. » Mais, d'après le texte de 
Julien , la nouvelle que Wittimir voulait apprendre à Paul 
ne pouvait être que la prise {irniptio) des châteaux de 
l'Albèra {noslros irrupisse perseiilicns , statim aufiigit, 
taïUœ dadis meiithim peiiaturus); car l'historien n'applique 
ce mot qu'à la prise du château de Clausuras : « Castra 
« Pyrenteica... ecpit atque perdomuit... in Castrum quod 
'< vocatur Clausuras, per Duces duos irniplio facta est. » 
Or, si Wittimir eût été posté à la Tour Cerdane , il lui 
fallait au moins deux jours pour être informé de ce qui 
se passait h La Clusa ; il ne fallait guère moins de temps 
pour transmettre une nouvelle de la Tour Cerdane à 
Narhonne, tandis qu'on a pu, de tout temps, apprendre 
en un jour à Narhonne ce qui se passait à l'extrémité 
orientale des Pyrénées. On a donc fait dire à Julien de 
Tolède, que Wittimir avait quitté son poste de Sordonia 
et s'était dirigé vers Narhonne , pour porter h son sou- 
verain une nouvelle, que celui-ci devait savoir depuis 
quatre jours. 11 n'y a aucune raison de prêter à l'un des 
complices de Paul cette mission ridicule et parfaitement 
inutile, et nous couclurons naturellement, de tout ceci 
que Sordonia ne pouvait être ni la Torre Cei'dane ni 
aucun autre lieu situé dans la partie occidentale de notre 
département. 

M. Walckenaér qui, à ce qu'il semble, n'avait jamais 
entendu parler de la Cerdague ' ni de sa Tour, avait eu 

' Nous croyons devoir, ^m snji-l de M. de \\ alcki'iuui , citer tcxtuclic- 
meiil une note dont la nu-ditalion peut olrc de q(iel(|ue titililé aux érudits 
qui décrivent niagistralenicnt les pays qu'ils n'ont jamais mis: h l.e district 
Jis Sdrdones subsista jusqu'à la lin du xv'' siècle. Je trouve dans le procès- 



128 

le bon esprit de no s'en ra|)[)orter qiraii témoignage de 
Julien de Tolède, pour retrouver la position de Sordonia. 
En conséquence, il plaçait, entre Chnisiivas et Narbonne, 
le château Sordonia, qui, suivant lui, pourrait bien être 
Sournia , dans le pays de Fonollet. Il existe, en effet, 
une grande similitude entre ces deux noms; mais la situa- 
tion de Sournia ne parait pas complètement en rapport 
avec les circonstances relatées par Julien de Tolède. 

Tout ce qui semble résulter du récit de cet écrivain , 
et ce qui parait complètement admissible , c'est que le 
rebelle Paul, en se retrancliant dans Narbonne, avait bien 
pu distribuer ses principaux complices dans les châteaux 
des Pyrénées, qui formaient ainsi la première ligne de 
défense, derrière laquelle il avait pu en établir une se- 
conde, en fortifiant quelques châteaux situés entre les 
Pyrénées et Narbonne. L'extrémité orientale des Cor- 
bières, qui formait la frontière des anciens Sordcs, a été 
de tout temps la limite reconnue du Roussillon et du 
Narbonnais, et quoique le château de Salses, qui est 
censé la défendre aujourd'hui, soit de construction assez 
moderne, les forteresses ne manquaient pas sur cette 
frontière dans les temps anciens. On voit aujourd'hui, 
au M.-O., et à une faible distance d'Opol, un vaste co- 
teau, tout couvert de ruines d'anciennes fortifications, 

verbal manuscrit des Ktals-Géncriiux tenus soiis Cliarles VIII, en l'i83 
(Bibliolli. du Roi, collection Dupuy, n" 521, fol. 17), la Lungue-d'' Oc et 
les provinces adjacentes désignées ainsi : « Quinla fuit portionum Lingua 
Il Occitana , cum suis senescalliis , ci(|ue adliarcntes fucrunt Delfinatua 
a l'rovincia , Ruscilio et Sardinia. » Sardinia est évideiiinient une faute de 
copiste et est mis pour Sardnnia ou Sordonia. » (Géogr. ancienne des Gaules, 
par le baron Waixkenauii, t. II , part. Il, ch. 4. ) iM. de \\ aickenaer savait, 
comnie tout le monde, que le mot Sordonia se trouve une seule et unique fois 
dans uu écrivain du vii'^ siècle; mais il aurait ctc bien surpris d''apprendrc 
que le nom de Ceriinnia, (|iii n"a rien de commun avec Sordonia, se trouve 
dans des milliers de titres de toutes les époques, pour désigner un pays, 
connu de iio<s jours, comme dans tous les temps, sous le nom dcCerdagne. 



uilgairenienl appelées le château d'Opol. C'était au xiir 
sièle le Puig deSnlvalerra, anciennement ^)\^e\éCaslaH de 
Oped. Le roi Jacqucs-le-Conqiiérant y fonda une basfida 
ou pahlacion, qui obtinl, par un privilège des ides de mai 
1246, l'usage de la coutume caite de Perpignan. Le nom 
de Caslarl prouve qu'il y avait eu déjà, en ce lieu, une 
ancienne forteresse, que le Roi d'Aragon voulait seule- 
ment rétablir et agrandir, pour la défense du Houssillon '. 
Au-dessous d"Opol, et dans un lieu beaucoup plus rap- 
proché du village de Salses, se trouvent encore les ruines 
du CasteU-VeU, qui servit aussi \\ défendre la frontière 
du Roussillon, jusqu'aux premières années du xvi^ 
siècle où l'on construisit le château actuel de Salses. 
Le Castell-Vcll remonte à une haute auticpiité : ce nom se 
montre déjà au xiiF siècle*, à une époque où le manoir 

' (1 Coiisideraiitfis lioiioroiii el ulilitatcin toliiis IJnssilioiiis in construc- 
(I cione sive forliilicia l'iulii ijiii oiini vocaliatur Caslarl de Oped , l't nui 
Il modo (lii'ilur Sa/va(crra; volentcs eciani ut in diclo Podio Salvaterrc sit 
Il habilalonim coi)ia... roncpdiiniis lioniinibiis de Opedo et de Pcrollons, 
Il oinnibiisi|ui' aliis populatoiibus dicti Podii SalvatiTic , elc. « Reg. I de la 
Procwacio Real, fol. 88, publié par M. J. Massol-Reynier, tes Coultimes 
de Perpignan, p. (i'i, Moiitptdlicr, 1858. « Afcoiituiné, dit, à son tour, 
M. Puijgaii, à rciicoutier dos méprises de toute espèee dans les rubrii|ues, 
les copies, les sommaires de diverses arrliivcs, je connais, depuis longtemps, 
la nécessité de compulser les originaux, (anl qu'il est possible... Ainsi ai-je 
appris coinbien Puignau s'est grossièrement trompé, en disant ([ue le elià- 
teau d'Opol s'appelait anciennement Castar de Oped, lorsqu'il aurait dû 
lire Casilar de Oppl fCasIlar, comme Calllar, dans le Cooflenl, signifiait 
rliàteau. Voir DucangeJ. Mais, quelques choquantes q\ie soient ces erreui's, 
elles se répéteront encore, et peut-être éternellement, comme tant d'autres. » 
Le Publicateur, du 21 juillet 1852. —Comme on l'a vu, M. Alassot a 
reproduit le lexle de Puignau, qui nous parait être le seul bon, quoi qu'en 
ait dit M. Puiggari ; car le lieu d'Opol s'appelait encore au mi' siècle 
Oped ou Opid. dérivé d'Oppidum, et ou peut lire, dans une pièce du l-S des 
calendes de décembre 125o, les confrontations de quebjucs propriétés situées 
à Bonpas et confrontées, du midi, in limore qui fuit Claie de Opidn, ab oicidcn(e 
in honore qui fuil llaijmundi de Claira de Opido (Cari, du Temple, fol. 2GG). 

'^ f.a plus ancienne uuntion que nous en connaissions, se trouve dans 



féodal de Salses est appelé simplement le château. Nous 
ii^norons (railleurs à quelle époque la dénomination , 
relativement moderne de Caslell vell l'ut mise en usage. 
On ne sait pas davantage le nom primitif de cette forte- 
resse, qui devait remonter au moins à l'époque romaine. 
Mais, s'il est jjrouvé que Sordonia ne peut être la Torre 
Cerdana , la logique des faits et le sens de l'histoire 
amènent irrésistiblement à conclure que la Clausura 
Sordonia du vue siècle devait se trouver entre les Pyré- 
nées et Narbonne, dans le voisinage de Salses et proba- 
blement sur la place même de l'ancien château d'Opol, 
dont l'antiquité se trouve sullisamment démontrée par 
son ancien nom de Outlar de Oped (ou i'Oppulum) , 
ou de la forteresse non moins ancienne de CastellvelL 
On comprend ainsi que le rebelle Wittimir apprenne le 
premier la prise des châteaux de l'Albèra, et qu'il s'en- 
fuie aussitôt pour porter la nouvelle de ce désastre à 
Narbonne. Kn un mot, cette opinion est la seule qui 
s'accorde avec toutes les circonstances du fait raconté 
par Julien, la seule qui puisse les expliquer et les faire 
admettre raisonnablement. Il ne lui manque qu'une con- 
firmation , que la connaissance de l'ancien nom de la 
forteresse de Castellvell pourrait sans doute lui donner. 
Mais, à défaut de ce témoignage qu'il faut désormais 
renoncer à découvrir, n'avons-nous pas un fait dont 
l'importance ne peut être méconnue? C'est le voisinage 
même de cette rivière Sordus , qui donna son nom à 
l'étang qui la reçoit, à la côte qui l'avoisine, ainsi qu'au 

un acte du 5 des ides d'août 122J (Arcli. de l'Hôp. de Perp., liasse 27, 
11» 73), à propos d'une propriété située à Labcja, dans la Salanca, et con- 
frontant à meridie in honore d'En Casleluel. Ce n'est, il est vrai, qu'un nom 
d'iioinuie; mais cbacun sait, qu'à cette époque, le nom de la plupart de 
nos villajjes, n'est souvent connu (]iie |)ar les individus qui le portaient et 
q\ii en étaient originaires. Le nom de CasUllvell (Castro veleri ) se trouve, 
d'ailleurs, dès l'an I 15!), dans nos do»iimcnts, mais c'est pour désigner 
une famille catalane qui n'avait rien de commun avec notre Castell velt. 



1-29 

peuple qui Ihabitait. Pourquoi ne l'aurait-elle pas douiK' 
également à une forteresse construite sur la montagne 
d'où elle jaillit, et n'aurait-on pas appelé Sordonia , la 
dausura qui fermait, pour ainsi dire, l'entrée de cette 
source et du pays des Surdons? 

JULIA LIBYCA (UHIA). 

Pline ' ayant divisé les Ccrrctani en Juliani et en Amjus- 
lani , M. de Marca s'est cru autorisé à dire que ces peu- 
ples jouissaient du droit latin, qui leur aurait été octroyé 
par Jules-César ^ Celte explication peut être admise, en 
partie; mais la ville de ixdia Libijca se trouve mentionnée 
seulement dans la (ico(jrap}iic de Plolémée, qui se borne 
à la citer comme la viUo des Corilans (lih. II, cap. 6). 
Elle tombe ensuite dans l'oubli pendant plusieurs siècles, 
à moins d'y voir cette cité des Liviani ^ , où Sidonius 
Apollinaris fut exilé, vers l'an 47G. 

Sous la domination des Wisigollis, le Castrum Lihyœ 
était encore la capitale de la Cerdagne, défendue, en G72, 
contre les troupes du Roi Wamba, par un évéque du nom 
de Jacinthus, et par Araugiscle, deux des cbampions du 
duc Paul*. Un autre ambitieux, du nom d'Abu-Nessa, 
s'y défendit aussi, mais sans plus de succès, contre Abd- 
er-Rabman, wali d'Espagne; et un cbronicpieur contem- 

1 Cerrelani qui Juliani cognominanfur, cl (jui Aupiisbui (Pline, III, 5). 
'^Juliani suut vclercs Ccrclani (jui Lalii jure potiebantur, teste codcm 

Pliiilo. Istud vero asseculi beneficio Julii Cicsaris, uiide coruni oppidum 
Julia Livia dictuin ( ilaïxa hispnnicaj. 

2 Sidon. Apoiliuaris écrivait vers l'an 47C: " Duui nie teiuiit iiiclusuni 
« inora mienium LiviauoruMi (cujus incomuio<li lineni post opern Clirisli tibi 
« debco),niin valebal curis aniinus a'jjer saltiiu saltuatim Iradeiida jiereur- 
• rere, » lib. VIII, lipist . III, Leuni. — Ce Léon était de Narboniie et secrétaire 
d'Euric. Selon >|uel<|ues éditeurs, la ville désignée dans ce passage serait 
le lieu de f.iviana de la Table de l'eutinger, entre Carcassonne et Narbonue. 

* Casiruin l-iby;e, <|uod est l'.irritania.' oaput... (|uem lacintlius Episropus 
cuni Araiigisclo.. post jus l'anli peilidi viiulicdbanl. Jui. Ilisl.rtg. Hdmft.) 

9 



130 

porain', se contente de désigner cette ville par le titre 
A' Oppidum Cen-iUniensc. A pnrlir du ix" siècle, elle n'est 
plus connue que sous le nom de Livia% cpf elle porte encore 
de nos jours; mais il parait que la ville actuelle de Llivia 
estmoderno, elTantiqueLiV^ym existait à une petite distance 
au N.-O., sur la colline où se voient encore les restes des 
mursdont elle était entourée (IIemiy, Guide m Ronss.,1oo}. 
Nous n'avons pas besoin d'ajouter que la ville de Libyen 
n'était pas comprise dans les Gaules; c'est aujourd'hui une 
ville espagnole, qui se trouve enclavée dans le territoire du 
département des Pyrénées-Orientales, et c'est pour cela , 
seulement, que nous avons cru devoir en parler. 

t Neinpe ubi in Corritancnsc oppidum repcritur vallatus, obsidione 
oppressus, etc. {Clironic. Isidori Episcopi Pacensis.) 

2 Livia,cn8l9(Marca,J) — En85G,parrochiaquajdicilurLivia(/6.,-l'l). 

—En 876, in suburbio Liviense(l6., 41). 



Nous venons de passer en revue tous les noms géographiques 
cités dans les auteurs de l'antiquité, et qui peuvent être inscrits, 
avec certitude, sur une carte historique du pays des Pyrénées- 
Orientales, sous la domination romaine. Ces noms laissent entre 
eux des vides immenses, que l'élude de nos antiquités permettrait 
de remplir, jusqu'à un certain point; mais nous n'avons pas voulu 
faire ici une statistique monumentale, et le titre même de notre 
travail ne nous permettait pas de faire autre chose que ce (jue nous 
avons fait. Ce n'est pas que nous ne comprenions l'utilité d'un 
répertoire archéologique; malheureusement, lorsqu'il s'est agi de 
convertir en faits de géographie positive, pour notre déparlement, 
les indications fournies par les médailles, les inscriptions, les 
étymologies et les débris de constructions romaines, nous avons 
rencontré des difficultés, qui n'arrêteront pas tout le monde, sans 
doute, mais que nous n'avons jias cru pouvoir aborder. Car la 
topogra]tliie historique veut autre chose que des conjectures, des 
probabilités et des points d'interrogation; et il nous semble impos- 
sible d'inscrire, sur une carte historique du Roussillon romain, 
autre chose que les noms transmis par les documents de l'histoire 
elle-même, ou par les inscriptions contemporaines. 



l.'il 



LA VOIE ROMAINE DE L'ANCIEN KOUSSILLOiN . 

Par M. B. Al>ABV, niciiibre résidant. 



Nous aurons encore à ronibattre, au sujet de notre voie romaine, 
comme nous avons dû le faire pour certaines questions de notre 
topographie ancienne, les opinions d'hommes éminents, qui ont 
pu se trom|)er quelquefois, mais qui n'en duivcnl pas moins être 
considérés comme les véritables loiidateurs de l'archéologie rous- 
sillonnaise. Les Fossa, les Sainl-Malo et les Puiggari ne sont pas 
sans doute, en tout et toujours, des oracles infaillibles; cependant, 
ce n'est pas sans éprouver de pénibles regrets, que nous nous 
voyons obligé d'abandonner, pour une question particulière, des 
guides que nous voudrions toujours suivre, et dont on ne saurait 
trop écouter les leçons. Mais l'arcliéologie ne se fonde (las sur la 
tradition : ce sont ici les découvertes et les faits qui décident les 
convictions, et nous pouvons conserver religieusement le souvenir 
des maîtres, sans oublier que nous ne devons jamais les honorer 
aux dépens de ce que nous croyons être la vérité. 



Il a pu exister plusieurs routes romaines dans le pays 
de Ruscino, pour aller de Narbonne en Espagne; mais 
les auteurs anciens n'ont parlé que d'une seule, et leurs 
témoignages, qui sont, d'ailleurs, peu explicites et en fort 
petit nombre , peuvent se résumer en quelques lignes. 
Les monuments archélogiques découverts jusqu'ici dans 
le département, sont aussi fort rares et d'un faible se- 
cours, pour la question dont il s'agit. 



132 



C'est avec ce petit nombre de documents incomplets, 
souvent incertains et diversement inlorprélés, que les 
savants modernes ont essayé de retrouver la voie romaine 
qui traversait le Roussillon. Mais les opinions émises à 
ce sujet sont aussi nombreuses que contradictoires; car 
certains auteurs ont vu deux voies là où d'autres n'en 
ont admis qu'une seule, et il n'existe pas moins de dix 
systèmes, souvent entièrement dillércnts, sur la direction 
de notre roule, et la situation des diverses stations signa- 
lées par les textes anciens. 

On ne saurait, d'ailleurs, traiter aujourd'hui les questions 
qui se rattachent à cette partie de la Voie AurcUa , sans 
examiner les travaux des écrivains qui s'en sont occupés; 
et il importe de se tracer d'avance un plan pour la dis- 
cussion de ces matières difficiles, afln d'éviter, autant 
que possible, la confusion. Nous procéderons par ordre 
chronologique, et nous commencerons par citer les textes 
anciens, dont nous tàclierons de faire comprendre le sens 
et la portée. La discussion des opinions émises jusqu'ici, 
indiquera les preuves de toute nature sur lesquelles on les 
a appuyées, et donnera l'occasion d'en apprécier la valeur 
et le caractère. Nous développerons, cnlin, le système qui 
nous paraîtra le mieux s'accorder avec les témoignages 
authentiques des auteurs anciens, et avec les preuves 
fournies ii ce sujet par la géographie, l'histoire et l'ar- 
chéologie, en y ajoutant le petit nombre de preuves nou- 
velles et de considérations particulières, qui nous auront 
semblé venir à leur appui. 

11 y aura peu de découvertes archéologiques a signaler 
dans notre travail ; car il ne faut pas se dissimuler que, 
sous ce rapport, la question de notre voie romaine est une 
question à peine entamée, et le sol du Roussillon n'a 
pas encore été soumis a des explorations archéologiques 
dont la science puisse tirer quelque profit. Nous ne sau- 
rions, dès lors, avoir d'autre but que d'arriver, par l'in- 



i:i3 



lerprétalion riguiireiise des textes anciens, à |)lacer quel- 
ques jalons et à indiquer la direclion de l'ancienne voie 
dans notre pays; et, si ce résultat se trouvait définiti- 
vement acquis, il serait facile d'en coni|)rendre linipor- 
tancc , j)ar le simple exposé liist()ri(}uc des systèmes 
contradictoires émis jusqu'ici à ce sujet. 



lïfat ilc la <iiiio.<)«tGan «io no(r<^ voE(> romalno, 

en fiSôi^ 

Malgré la diversité des interprétations , il n'y avait eu 
qu'un système longtemps adopté sur la voie romaine 
que les savants modernes traçaient à travers le Hous- 
sillon, dans une direction qui, au fond, restait toujours 
la même, entre Salses et le Pertlius, lorsque M. Jacques 
de Sainl-Malo |)ul)lia ses Éludes sur la ]'oie Ilomaiuc, 
conduisant de Aarhunne en lhcric\ Notre archéologue 
envisageait la (picstion sous un point de vue entièrement 
nouveau; il admettait deux voies, au lieu d'une, et leur 
assignait des stations presque toutes différentes de celles 
qu'on avait signalées jusqu'alors. « il se trouvera ])eut- 
« être des juges sévères, ajoutait M. de Sainl-31aIo, qui 
« repousseroJit mes études, parce qu'ils ne verront que 
« des conjeclures dans tout ce qui a rapport, soU à la 
« direction que j'attribue à la voie romaine, soit à la 
« position des dites. Mais les écrivains qui m'ont j)récédé 
X dans cette carrière, n'ont pas agi dilTéremment. La 
« raison en est simple : c'est qu'il n'y avait pas d'autre 
« moyen pour parvenir au but qu'ils s'étaient proposé; 
« l)uisque l'objet qu'ils voulaient faire connaître avait 
« totalement disparu » — Annuaire de i85i , p. 23!2. 

' Dans VAnmtaite des l'yrénées-Oïknlala , pour 1851. |raf;e i\)l e^ 
suiv.iiiU--. 



134 

Nous ne saurions assurément nous ranger, à aucun 
litre, parmi les juges sévères dont |)arle M, de Sainl- 
Malo ; mais il est permis de regretter qu'un critique aussi 
éminent n'ait pas vu d'autres moyens que dos conjectures, 
pour résoudre la question (jui nous occupe. Même, en 
admettant que la route romaine du Koussillon soit aujour- 
d'hui complètement détruite, la saine critique pourrait 
toujours s'en tenir aux témoignages des auteurs anciens. 
INous sonnnes convaincu qu'on peut encore arriver au but 
autrement que par dos hypothèses et des conjectures, et 
le moyen consiste dans l'interprétation exacte et rigou- 
reuse des anciens documents, dont il faut reconnaire le 
sens et la valeur, avant de songer a les mettre en œuvre. 
Par là, seulement, on peut espérer de savoir sur cette 
question ce qu'il est possihlc d'oi stivoir (lujovfd'hni, au 
lieu d'aboutir à de simples conjectures, plus ou moins vrai- 
semblables , ou de procéder à la reconstruction exacte et 
complète d'un monument qui aurait totalement disparu. 

Cependant, à Tépoque même où 1\I. de Saint-Malo 
semblait considérer le problème de celte Voie comme une 
question à peu près insoluble, il n'y avait plus qu'un pas 
à faire, selon nous, pour arriver à la solution définitive; 
et, ce pas, c'est M. de Gazanyola qui l'a fait. Son système 
n'était pas tout-à-fait inconnu à M. de Saint-Malo, qui 
semble y faire allusion , en parlant « des personnes qui 
« établissent la station Sunwmm Pyrenœum, à l'extré- 
« mité méridionale du col de Banyuls, et Ce)iturio7ies, en 
« vue de la tour de Madalolh'. » Il attendait, en consé- 
quence, « qu'on signalât cotte intéressante localité d'une 
« manière plus précise, et qu'on administrât des preuves 
« propres à transformer, en propositions incontestables, 
« les assertions relatives à la position des deux station* 
« ci-dessus mentionnées ^ » 

I Ànnuairt de IS54, \yi^<t 225. 
■^ Ibid., |);ii|« 22 i. 



135 

M. de Gazanyola répondit à cet appol, et son svslèuie 
se trouve exposé dans son Histoire du Roussillon , qui 
n'a paru qu'en 1857. Au lieu de chercher des preuves 
nouvelles, qu'il ne dépendait pas de lui do découvrir, il 
a cherché à comprendre celles qui avaient été fournies 
avant lui ; il a cherché surtout à pénétrer, sans parti pris, 
le vérilahle sens des textes où il est question de notre voie 
romaine ; et, c'est en partant de ce principe, en s'appuyant 
toujours sur les laits historiques et sur les monuments 
antiques découverts dans notre pays, qu"il est parvenu à 
retrouver la direction de la voie romaine, depuis son 
entrée dans le pays des Sordons jusqu'à son passage 
en Espagne. Les preuves données par M. de Gazanyola, 
ne sont pas toujours décisives, et celles qu'il emprunte à 
nos inscriptions romaines et qu"il a d'ailleurs longuement 
et savamment développées, sont, à notre avis, parfaitement 
inutiles pour le hut qu'il se proposait. Néanmoins, son 
système est excellent dans son ensemble; il est appuyé 
d'arguments sérieux et qui nous paraissent sans réplique. 
Aussi ne pouvons-nous que ladopter en principe, en lais- 
sant de côté les considérations qui paraissent étrangères 
à ce sujet, et en le fortifiant des preuves nouvelles que 
nos recherches et l'étude particulière de cette question 
auront pu nous fournir. 

On a fait depuis bien longtemps déjà Ihistoire des 
grands chemins de Rome, et les érudits modernes ne 
nous ont rien laissé ignorer de ce qui concerne l'origine 
de nos voies romaines, les noms qu'elles portaient, les 
règles et les usages suivis dans leur direction et leurs 
dimensions, et les matériaux employés pour leur cons- 
truction. Ce sont des détails importants, sans doute, pour 
d'autres chemins; mais nous n'en voyons pas lulilité 
pour ré'tiide de la voie qui traversait notre pays. Nous 
laisserons également de côté, pour le moment, tous les 
monuments archéologiques, signales en Houssillon, d'au- 



I3C 

Uinl plus que peisoniie n"a pu citer jusqu'ici, dans ce 
pays, le moindre Iragmenl de clieniin qui puisse être 
attribué d'une manière incontestable à une voie romaine; 
et ce genre de prétendues preuves n'a peut-être servi qu'à 
induire en erreur la plupart de nos devanciers. Nous 
admettrons donc, en attendant mieux, comme le disait 
M. de Saint-Malo en 1834, la destruction complète de 
notre ancienne voie; et même, sans ciiercber s'il a existé 
une ou plusieurs voies dans notre pays, nous nous bor- 
nerons à reconnaître la direction de la route, ou, s'il y a 
lieu, des deux routes, mentionnées par les auteurs dont 
les écrits sont parvenus jusqu'à nous, en étudiant les 
textes et les faits dans l'ordre chronologique où ils se 
sont produits, pour eu interpréter le sens d'une manière 
rigoureuse. 

Voici donc l'histoire de notre voie romaine, d'après 
les témoignages authentiques. 



l'.ASSAGP. D'AiSrSitJAL. 

« Le premier fait historique nous indiquant une route 
« à travers le Roussillon pour aller d'Espagne dans les 
« Gaules, est le passage d'Annibal, qui eut lieu 217 ans 
« avant J.-C. (Tite-Live, XXI, 2i). Ce grand capitaine, 
« après avoir franchi les Pyrénées, camjjo ail oppidum 
<( illibcrim. Quelques peuplades gauloises se réunissent à 
« Ruscino, sans doute, parce que ces deux villes étaient 
« situées sur le chemin que Ton suivait alors; et la posi- 
« tion du (Carthaginois, dont le principal objet, pendant 
« qu'il traitait avec les Gaulois (réunis à Ruscino), devait 
« être de couvrir ses communications avec l'Espagne, 
<( dénote assez que la route qu'il avait suivie, pour venir 
« à llli/ii'iis ne devait pas s'éloigner de la côte. » //t.sV. 



137 

du RuiLssillua, page 45. - On ne peul quapitlaudir aux 
explications de M. de (lazanolya, en observant, toutefois. 
que les historiens de la seconde guerre puni(jue, l'olybe 
et Tite-Live, ne font mention d'aucune route, à propos 
du passage des Pyrénées par le général carthaginois. 

TlÎMOIfiNAGF. I>E l'OI.YP.r. 

Après cet événement , nous trouvons un témoignage 
précieux de riiislorien Polybe, qui mourut au plus tard 
1 an lli avant Jésus-Christ, trois ou quatre ans après la 
conquête de la Karbonnaise par les Romains. Voici les 
termes mêmes de ce passage , qui est de nature à jeter 
un jour essentiel sur la question qui nous occupe : 

Atto ^è TO-j Io-/)0o; e?ç Karcopuo-J , yCk'.O'. ahj klay.oi'.oi:; 
{gtcxSiok;). Kjl' py^v vjvvjBvj èm tyjv TO\i Po'îavovj è>.6S'xrjVJ, 

csrjTi'j.î'MTy.'. y.y.TCi oraSiO-jç ox-o> Si(X Pco^uaicov eTrtfxs/ôo^. 
POLYB. Jfisl. m, ,y9. 

«De l'Èbre à Emporks, il y a 1.600 stades, et, de 
« là, jusqu'au passage du Rhône, il y en a tout autant; 
« car tout ce trajet se trouve maiiilownl mesuré et soi- 
« giicusement marqué de huit en huil stades par les Ro- 
« mains. » 

Les bornes milliaires qui avaient permis aux Romains 
de mesurer la dislance entre le Rhône et Empories, 
n'avaient pu être établies (]ue sur un chemin antérieur à 
leur conquête, et (pii était sans doute l'œuvre des (iau- 
lois. Il importe peu de savoir si cette route |)rimitive 
était comparable, pour la construction ou les dimensions, 
aux voies que les Romains établissaient, dès cette époque, 
dans d'autres pays; mais on voit que le parcours en 
était marqué, avce le jilus f/rand soin, par des bornes 
placées à "200 milles les unes des autres; et cette régu- 
larité des mesures, ('tablies par les Romains, et relevées 



I3S 

dune luauièio si précise par Polybe , prouve que cette 
route n'oirrail alors (ju'uiie seule voie dans tout son par- 
cours, do même que sa direction par Kmpories montre 
qu'elle ne devait guère s'écarter du voisinage de la mer. 
« A cette époque lUihcris et liuscino étaient les seules 
« ou du moins les principales villes du iloussillon. La 
« civilisation du pays avait commencé sur les côtes : 
« c'était donc là qu'on avait eu plutôt senti le besoin 
«d'une route, et qu'on avait eu plutôt les moyens de 
«l'entreprendre. Tout, en un mot, doit nous faire pré- 
« sumcr que le chemin dont parle Polybc était celui 
« qu'avait suivi Annibal, et qu'il passait par liuscino et 
« Illiberis, traversant les montagnes dans le voisinage 
« de la mer ', » pour aboutir à Empories. 

TFMOIONAGl': Dh: SIRABON. 

Le témoignage que nous fournit le géographe Strabon, 
au premier siècle de notre ère, n'est pas moins précieux, 
et il s'accorde parfaitement avec celui de Polybe. 

Ev-b; (5e TO-j iÇripoq iJ-î'ypi Fluor/Vr/; -/.a: tcov Uoix'Kri'.'o-j 
oiMoS-n'J-oiTO^-j , ypAo: x-X'. îcc/.y.ô-i'.O'. — Msra^ù è\ tcov to-j 
lo^/jpoç fxrpoTcov, xa: twv axpœv Tv,q ri'JCrlv/yÇ, £cp ô)V 
lèp-jvy.'. Tût a:jyf)ri'j.y.rc/. to'j ïlo^uLirr/'o-j, irptoTV) Tapaxcov 
laxi iroXtç. Stuar., lib. IIL 

«Il y a, dit-il, de TÈbre jusqu'à Pyrènc et aux 
« Trophées de Pompée l.COO (stades)... Knire lesembou- 
« chures de l'iUire et les extrémités de Pyrène où sont 
« construits les Trophées de Pompée, la première ville 
« que l'on trouve est Taracon (Tarragone). » Strabon 
continue ensuite la description de la cale et arrive à 
Kmpnrion. « C'est une fondation des Massaliotes , à 
« 400 stades de Pyrènc et des limites de rihérie et de 

' Uid. ihi rummllon, ji.ir VI. do (Jnz.iuyol.n , |i. 'i 'i. 



130 
« la Cellique (o-jov ■:irrjay.'.<jyj'h\Q-jq, èUyo'i rrlç I\jorivr,q 

« Ks/rixYjv). Toute cette région est bonne, et elle a des 
« ports excellents ; c'est là que se trouve Rliodopè 

« (Roses) Une portion du pays qui appartient aux 

K Emporitains, dans l'intérieur des terres, est assez 
«fertile, le reste ne produit que du sparthutn , espèce 
« de jonc qui se plail dans les marais , et qui n'est pas 
<( d'un grand usage : le terrain qui le produit porte le 
« nom de champ Joitncaire (xa).o\t7! âi lo-jyy xpio-j 77-â:ov). 
« D'autres, enfin, habitent aux extrémités de Pyrène, jus- 
« qu'aux Trophées de Pompée, par où l'on passe pour 
« aller de l'Italie dans l'Ibérie dite extérieure, ou plutôt 
« dans la Bétiquc. Tivîç SI xa: -wv rri; U-jprrrr,^ ôcxpcov 
« vêacvra; pî'xP' '^'^'■' ^■'^^''l'^^'^^^'J '^'^^ noy.Trr/oj , (5: " wv 
« (3aâ:Coj<7!v £:'ç -riv e;co xa).0"Jfji.£vr/V loz/ptav ex tô; 
'< IraVaç. » Strab. , lib. III. 

Pour Strabon, comme pour Polybc, la situation de 
l'embouchure de l'Èbre est déterminée par la distance 
qui la sépare des extrémités des Pyrénées '. Il mesure 
de même la position de la ville d'Enipon'cs , qui se trouve 

' u lui IraJuisaiil par sommc/s des Viirénées k's mots (jiie tous los traduc- 
teurs ont, ce me semble, rendus avec plus de liilélité par ceux-ci, l'exlré- 
milé des Pyrénées ou ai\Ucs C(]nivalcnts , M. de Marca change un passage 
clair, et (jui iiidi(|uait fort bien la direction de la route et la situation 
des tropiiées, en un autre qui n'indique plus rien ; et supposant, gratui- 
tement, que la voie romaine passait au Pertlius, comme y passe la route 
actuelle, il place les trophées vers ce point.» De G.\zan\oi.a , llisl. du 
Aou$si(/on, page AdS. — Dans la traduction latine deSlrabon, (lasaubou 
rend ainsi ce passage : Quidam el exlrema l'ijrenes accotmU , tisqiie ad 
lro})hcra l'ompeii. 11 est certain que, dans Strabon, le mot OCXpOV est pres- 
que toujours employé dans le sens de cap ou promontoire , celui qui est ii 
rouest de Massalie n'est pas désigné aulromenl, iT\ OLy.rj7.'i Z^j^îyvhi 
(lib. IV), cl, dans le passage en (jueslion , les c.rftv'miVi.s (/<• Vijrine ne 
psuTunt s'enlïudre quv des Promontoires des Pyrénées. 



140 

à ilX) staïk's de la limite commune des Gaules el de 
l'Ibérie, ou des Trophées de Pomi)ée qui sont à l'extré- 
mité des Pyrénées, sur le passage de la route. Dans toute 
cette description, Strabon ne perd pas de vue, un seul 
instant, la côte qn'i! suit, de[»uis l'embouchure de l'Kbre 
jusqu'aux i)romontoircs des ISrénées. Il la suit de nou- 
veau, mais dans un sens Oj)posé, à partir de la limite des 
Gaules où il a trouvé la route d'Italie, car il continue ainsi, 
immédiatement après : « Cette route est parfois très- 
'< proche de la mer' ; d'autres ibis elle s'en éloigne, surtout 
« dans les régions de l'ouest. A partir des trophées de 
« Pompée, elle se dirige sur Taracon (Tarragona), en 
« passant par le champ Joncaire, Bellerôn * et le champ 
« Marathoninm (Fonollères), ainsi appelé en langue la- 
« tine, à cause du maralhon (fenouil) qu'il produit en 
« abondance. De Taracon , la route se dirige sur Dcriossa 
« (Tortosa), après avoir passé l'Kbre, etc. » (Strab., 
lib. III.) 

Comme on le voit, les mesures de Slrabon sont celles 
de Polybe; les chiffres peuvent varier, mais les jalons 
(l'embouchure de l'Èbre et Kmpories) sont les mômes, 
et, pour ces deux auteurs, le seul moyen de mesurer 
cette distance, consiste toujours à suivre la côte mari- 
tinje, entre l'Èbre el l'extrémité orientale des Pyrénées, 

- In aiirimi liadiicUiir a In iîsTTSpCOVCOV an lien <lc BeTTcjDWV, 
mais oc lien est anssi inconnn sous le premier nom (jnc sous le scconil. 
(la$aul)i>n inclincruil à penser ij ne le ïielleron de Stialion pourrait ëlre le 
lieu (le Sfceiras (le Vllinèraue J'Antoniii, en ndmettanl, Lien entendu, 
une errenr chez Tnn ou chez l'autre de ces auteurs. La corruption du 
texte de Slrabon parait é\ii!enlp, niais |)<'ul-(?lre, an li, ii de i.£Xcppa)V, 
faudrait-il lire h^p-TTOOcJOV, ou tout au plus FîCCOVOa, Germida , (|ui 
se trouve (également sur le parcours de la \"ie romaine, entre les Pyrénées 
et Tariajjonr , d'après YUinnaire. 



dans l:i dircclioii de l:i loiile i\un l'olyi)(3 si^'iialait déjà 
sur celte lip,'ric, et ijiie Sliahou retrouve, en eUel, sur la 
limite des (juules et de l'il^érie. Or, cette route, selon 
Strabon, suivait presque toujours le hord de la nier, et, 
si elle s'en écailail (|ii(!l(|uerois, c'élail seulement dans 
lus parties occidentales, cl après ([u'elle avait dépassé 
l'Èbre. Klle côtoyait donc la mer au |)assaf,'e des Pyrénées; 
elle en était encore i)ien [)rès, lors(|u'elle traversait le 
champ Juncoire, puiscpie Strabon (b'sij^ne, sous ce nom, 
la côte basse et marécageuse (jiii entoure Empories. 11 
n'y a donc rien, dans cette description, (|ui ne soit en 
rapport avec le lémoij,'na}^e de l'olsbe, et il est inipos- 
sil)i(; de clierclier ailb'urs (ju'</« hoid de la mer, a l'ex- 
Irémilé des Pyrénéens, et sur la limite des (jaules et de 
ribéric , C(;s ti'ophécs de Pompée pur oii passait la route 
qui conduisait de l'Italie en EspiKjne. 

Le langage de Strabon devient encore plus ex|dicile, 
lorsqu'il décrit la Gaule Narbonnaise. « Le rivatje de la 
«Celtique s'étend, dit-il, depuis le Var jusqu'à Yliiéron 
« d'Aphrodite Pyrénéenne, qui est la limite de ce pays 
« et de ribérie. D'autres , au contraire, fixent la limite 
« de l'Ihérie et de la Celtique à l'endroit où sont les Iro- 
« phécs de Pompée. Il y a 05 milles de là à Narbonne. « 

Evt£ÎjÔ£v < du \ar) f/jv ow y) Trxoa/t'a TTy.oy.re'-Jsi jJn'ypt 
T'j\J '.'.yrj T^ç Ilvv/ivoc^aç A'^coO!t//î, y.y/ rrrjzrt ^ eW:v 
ooîov Tau—/;; n -^Traoy/aç za; rr,: 1o//0:-/.ys ' ^^îo: oï rov 
TOTTOv ij M Ion ra IlofATre'o'j rpfjTry.'.y., ooio-j iCViOraç 
a7vo'i>a'.voj'3! y.y t.'^ç Kî/rîzr,; îct: o v/Jij e:ç >aj;ooi)va 
fxi'My ly. Stuau., lib. IV. 

Strabon veut donner, dans ce passage, la mesure de 
la côte niariliine des (iaules, comprise entre I Italie et 
l'Espagne. Il part, évidemment, des deux points extrê- 
mes situés sur le bord de la nier, soit rcndjoucbure 
du Var et le Tew}il<' d' .{phradili' Pyrénéenne, qui étaient 



les deux limites de la ('<Ue luarilime des (laides. Il roniai- 
que, il est vrai, (jiie la limite n'était pas bien établie du 
côté des Pyrénées, puisque certains auteurs la portaient 
au-delà du Temple d'Aplivodile, à l'endroit où sont les 
Trophées de Pompée. Mais, pour que Strabon tint compte 
de cette seconde opinion, dans le calcul qu'il avait en vue, 
il fallait bien que le point des trophées de Pompée, lût 
également situé sur le bord de la mer; car, si on voulait 
aujourd'hui mesurer l'étendue du littoral français, com- 
pris entre Cette, par exemple, et la frontière espagnole, 
on s'arrêterait évidemment à Ccrvera; peut-être irait-on, 
par erreur, jus(|u'au Ca]> de Creus, mais personne, à coup 
sûr, ne s'aviserait d'aller prendre sa mesure au Perlhus ou 
à Puig-Cerda. Il faut bien croire que les anciens n'étaient 
pas plus arriérés que nous à cet égard. 

Si nous lisions aujourd'hui, dans une géographie du 
Roussillon : « C'est le phare du Cap Biar qui forme la 
« limite de la France et de l'Espagne; d'autres, au con- 
« traire, fixent la limite à l'anse de Cerbéra, » nous nous 
bornerions à dire que la seconde opinion est la seule vraie. 
Mais si l'on écrivait, que, « pour quelques-uns, cette limite 
« est fixée à Vansc de Cerhéra, tandis que d'autres veulent 
« la mettre au fort de Bellegarde , » il serait permis de 
dire que ces deux opinions sont également fondées, en 
ajoutant, toutefois, qu'il est au moins inutile, pour ne pas 
dire plus, de donner, comme différentes, deux opinions qui 
s'accordent parfaitement. Or, nous nous demandons s'il est 
permis de prêter à Strabon une phrase équivalente; car 
on ne lui fait pas dire autre chose, lors(|u'on admet que 
les trophées de Pompée pouvaient se trouver au passage 
actuel du Perthus. Il nous semble que Strabon mérite 
d'autres égards, et si, dans le calcul qu'il faisait, cet 
auteur cite, comme également respectables, deux opinions 
dillérentes relatives à la limite de la côte des Gaules du 
côté des Pyrénées, il fallait bien que les deux points qu'on 



lui signalait comme limite iusseiil situés sur la côte cl dam 
in mê)iic direction; car, s'il se fût açji des limites intérieures, 
on aurait pu lui citer cent endroits dillerents, au lieu de 
deux, pour former la limite entre la Gaule et l'Ibérie. 

On ne saurait donc trouver un sens raisonnable dans 
le passage de Strahon cité plus haut, qu'en plaçant les 
trophées de Pompée sur le bord de la mer, à l'exlrémilé 
de la côte des Gaules. Kn sorte, qu'en admettant que le 
temple de Vénus correspond à notre Port-]'emlres , et la 
position des trophées de Pomper au lieu actuel de Cervera, 
situé un peu plus au sud et toujours sur la côte, le pas- 
sage de Strabon reviendrait à ceci : « La côte de la Cel- 
« tique s'étend jusqu'au Temple de Vénus (Port-Yendres), 
«qui est la limite de la Gaule et' de l'Espagne (selon 
« Strabon, Ptolémée, etc.); d'autres, au contraire, fixent 
« cette limite (un peu plus au sud), à l'endroit oii sont 
« les trophées de Pompée , par où passe la route qui 
« conduit de la Gaule en Espagne. » Ceci est parlaitement 
clair, et il résulte évidemment du langage de Strabon, 
que les trophées de Pompée , au lieu de se trouver au 
Perlhus, à plus de quatre lieues dans l'intérieur des 
terres, devaient, au contraire, être situés, au voisinage 
de la mer, un peu plus au sud que le Temple de Vémis, 
sur la route qui conduit des Gaitles en Jbcrie. 

C'est donc dans les environs de Cervera qu'il faut cher- 
cher les trophées. Nous ignorons pourquoi Pomponius 
Mêla n'a fait aucune mention de ce monument ; mais, pour 
lui, Cervera est encore le finis (jaUiiv, et son opinion, 
conforme à celle de ces écrivains dont parle Strabon, vient 
corroborer le langage du géographe d'Amasic, et la tra- 
duction que nous en avons donnée. Cette interprétation 
n'est d'ailleurs rien moins ipie nouvolle. En érudit du 
xvi'' siècle, qui n'avait aucune notion sur la to|)ographie 
et sur les routes du Roussillon moderne; mais qui, en 
retour, avait le mérite do bien conquendre ses auteins 



anciens, Abraliain Oilhélius avait déjà reconnu que \o 
passage de Strabon ne pouvait pas se conij)rendre autre- 
ment. Il plaçait par conséquent les trophées de Pompée, 
ainsi que la route des Gaules en Ibérie, près du cap des 
Pyrénées'. Ce cpii prouve, une fois de plus, (}ue, si nos 
savants avaient voulu interpréter les textes anciens d'après 
ce qu'ils disent réellement, sans trop se préoccuper de 
l'état du Roussillon au xyii^ siècle ou de nos jours, 
bien des erreurs auraient été évitées. 



Itinéraires Romains. 

TABLE DITI' DE PEUTINGER. 

Après Strabon, les historiens et géographes anciens, 
Pomponius Mêla, IMine et Ptolémée, ne fournissent au- 
cun renseignement sur la route qui traversait notre pays. 
Toutefois, M. de (îazanyola fait remarquer (pic ces auteurs 
n'ont mentionné, dans cette contrée, que des villes ou des 
lieux, tels que Salsiilœ, Ruscino, lUiheris, PoHus Veneris, 
Cervariu, qui, selon toutes les probabilités, devaient se 
trouver sur cette route ou dans son voisinage. Cela ferait 
supposer qu'en décrivant le pays des Sordons, ces écri- 
vains avaient sous les yeux une de ces Tables géogra- 
phiques qui, dès l'époque d'Auguste, représentaient, avec 
la configuration alors acceptée, les portions du monde qui 
étaient connues. Telle était cette sorte de Mappemonde, 
ou Orhis pictus, qu'Agrippa, gendre d'Auguste, fit peindre 
dans un portique. Pour en rendre l'usage plus facile, on 
les allongea en les déprimant, de telle sorte que la confi- 
guration des terres était considérablement changée; mais 

' Carie de l'Espagne ancienne. Orlliéliiis a place li's Iropliécs de l'oiiiptc 
au pronionloirn do Curvera. » De la quai npinio nos te altra prova siiio la 
< allegacirt, sens rcslar al(jim V('sti(;i , • ,i rjil (tosch. Tilots, clr., p. 121. 



1 45 

des lignes iracées sur la carte, infliquaienl la route qu'il 
fallait suivre d'un lieu à un autre, avec le nombre des 
milles (|ui les séparaient. Outre les grands chemins, ces 
tables (kssinéc.s (dcpidœ, comme les appelle Vcgèce), insé- 
raient le nom des diverses provinces, les montagnes, le 
cours des rivières et les mers voisines. Notre Table dite de 
Pcutmger, est du nombre de ces documents routiers. 
L'exemplaire manuscrit qui avait apppartenu au praticien 
Conrad Peutinger, fut publié, en 1755, par Sclieyb, qui 
l'attribuait à tort au règne de Théodose II. La copie 
actuellement existante parait avoir été faite, en I2G5, 
par un moine de Colmar, et Mannert a presque démontré 
que l'origine de cette carte remonte au temps de l'empe- 
reur Sévère (ou à l'an 2ô0 de J.-C). Dans tous les cas, 
sa date se trouve déhnitivement fixée entre les années 
222 et 270. Il est probable qu'il y en eut plusieurs édi- 
tions antérieures à la chute de l'Empire Romain, et bien 
que le texte en soit fort corrompu , il est facile à rectifier 
pour la partie qui concerne notre pays. C'est là, d'ailleurs, 
un point peu essentiel. Mais, ce qu'il importe de faire re- 
marquer, pour la question qui nous occupe, c'est que ce 
document, parfaitement authentique, n'offre qu'une seule 
roule traversant le Roussillon pour alliM* des Caules en 
Espagne. On y trouve les indications suivantes : 

Ex Tabida Peulingcriana. 

Bclerris \.\ I . 

Narbonc 

VI. 

Uiiscinonp VII. 

iUibeire \II. 

\J Ceiitcnariuni \ . 

Il) Siiiniiii) l'vroiico Mil 

Declana.....' Mil. 

Juiu-aria [ 

Ouehpies lacunes et des erreurs évidentes rendent ce 

10 



146 

dncument incertain, pour la nirsure des distances; mais 
il est û'nnc parfaite exactitude, pour les noms des stations 
et la dirocli(ni de la route. Il se trouve ainsi complètement 
d'accord avec les témoignages de Polybe el de Strabon qui, 
d"après nos inductions, faisaient aussi passer cette voie 
uniijuc sur le bord de la mer, en parlant de Narbonne, 
dans la direction (de Uuscino, d'Illibcris, et) d'Empories. 
Les positions de Dechina et Juncaria sont sans doute les 
mêmes que celles de Deciana et luncaria , placées par 
Ptolémée (lib. II, cap. 6) chez les Indigètes, aux environs 
(VEmpories. 

Il n'existe donc aucune contradiction, aucune diffé- 
rence , dans les divers textes examinés jusqu'ici. On 
voit, au contraire, un accord frappant dans tous ces 
témoignages d'époques diflérentes, qui s'expliquent et se 
complètent les uns par les autres, et prouvent que tous 
ces auteurs et ces documents n'ont réellement parlé, pour 
notre pays, que d'une seule voie, dont la direction générale 
se trouve déjà suflisamraent déterminée. 

ITINlh^MRFS niTS D'ANTONIN. 

Vient enfin le document connu sous le nom à' Itinéraires 
d'Antonin, que tous nos archéologues ont pris pour point 
de départ, dans leurs travaux sur la voie romaine du Rous- 
sillon, et qui a été la source de presque toutes les opinions 
erronées que nous aurons h discuter. Il importe donc , 
avant tout, de se rendre bien compte de la nature et de 
l'époque de ce document, dont l'authenticité ne saurait 
être contestée, mais dont on ne peut faire usage sans en 
avoir bien déterminé le sens et le caractère. 

On n'a pas été toujours d'accord sur l'époque à laquelle 
il faut attribuer cet ouvrage, tel (jue nous l'avons. Les 
différents manuscrits nomment comme auteur ou protec- 
teur de l'entreprise, les uns .Iules César, les autres Cara- 



calla, d'aiilrt's cnlni TIk'mkIoso', el porsoniio ne puurrail 
aujourdluii raltrihiier avec cerlitiule au prince Aiiîonin, 
(ioiil il porte le nom, car on y trouve plusieurs endroits 
qui ne furent connus que sous ses successeurs. Cepen- 
dant, tout le monde peut y reconnaître un de ces itinéraires 
décrits (annotata) dont parle Végèce, qui ne contenaient 
que les noms des lieux et des stations, avec la distance de 
l'un à Taulre; el son examen lait voir qu'il est tiré d'an- 
ciens et de nouveaux tableaux de roule, dont on avait 
successivement publié de nouvelles éditions, toutes anté- 
rieures à Théodose. Ce sont de longues listes de noms de 
lieux, aeco!!tpagnés de c'iilîres indiquant leurs distances 
respectives; et, dans l'opinion généralement admise par 
les critiques de nos jours, ce document représente la 
géographie du règne de Dioclétien. Il serait donc, sous 
sa forme actuelle, postérieur a la Table dite de Pculinger. 
Voilà ce que l'on sait sur l'époque de la composition de 
l'ouvrage dit Itinéraires d'Autoitin. 

Quant à l'usage auquel il était destiné, personne n'a 
pu le déterminer. Les matériaux primitifs qui servirent 
à le composer avaient certainement ce qu'on appellerait 
aujourd'hui un caractère oUlciel; car on peut admettre, sons 
dillicullé, que l'administration rouiaine possédait, pour 
son service , des Tableaux complets de toutes les voies de 
l'Empire, indiipiant non-seulement les cités, villes, bourgs 
et villages qu'elles traversaient , mais encore les relais de 
poste, les camits et postes militaires, hôtelleries, granges, 
fermes et mansions isolées, avec les lleuves, rivières, 
canaux, ponts, bacs, défdés et autres accidents de ter- 
rain qui se trouvaient sur le [larcours des routes, et nu'me 
certains points qui n'étaient nianpiés que jtar de simples 
borni'S ou mesures itinéraires, l'n simple coup-d'o^il jeté 
sur nos IliïX'ndrrs dits d' Aiitnnlii, pr(»nve qiic ccl ouvrage 



• Srii 1 n.i\ , Mtalia, i-li' 



148 

n'est pas un de ces tableaux coniplcb, mais un recueil 
d'extraits pris sur des tableaux de cette espèce, car on 
y trouve des noms tels que Stabuhm , Iforrea, Fines ^ 
Prœlorium, Cenlurioncs, Vigesinmm et d'autres, que les 
auteurs de ces extraits prenaient ou omettaient arltitrai- 
renicnl, on plutôt dans des vues et pour des objets diffé- 
rents qui nous sont aujourd'hui inconnus. Il faut bien se 
garder surtout de croire, comme on l'a fait trop souvent, 
que ces extraits, tels que nous les avons, n'eussent pour 
but que d'indiquer les diverses stations ou relais de poste 
établis sur les routes romaines. On sait en effet que, dans 
tous les chemins bien administrés, les relais de {)OSte ne 
peuvent être de quelque utilité, qu'à la condition d'être 
établis d'une manière uniforme et à des distances à peu 
près égales. On voit même que, dès le temps de Polybe, 
les Romains avaient mesuré, peut-être dans ce but, tout le 
parcours de la roule (\m conduisait des Gaules en Ibérie, 
et en avaient marqué les distances avec le plus grand 
soin, au moyen de bornes placées de huit en huit stades. 
On rcmanjue au contraire, sous ce rapport, une dispro- 
portion effrayante dans les ïtincraircs d'Anlonin tels que 
nous les avons, puisque les distances qui séparent les 
diverses stations, offrent des différences allant souvent de 
quatre jusqu'à cinquante milles. Ces distances n'avaient 
donc pas pour but l'indication des relais de [loste, et ces 
notes étaient évidemment destinées à un autre usage, que 
personne n'a pu déterminer jusqu'ici. 

Enfin, il est assez naturel de conclure de tout ce qui 
précède, que deux ou plusieurs auteurs d'extraits de ce 
genre pouvaient relever ou omettre, dans la description 
d'une même route dont ils avaient la Table complète sous 
les yeux, les lieux ou les distances (pii leur convenaient le 
mieux, et citer par hasard les mêmes noms ou en prendre 
d'autres, dans des vues et pour des destinations différentes. 
Il pouvait donc leur arriver do citer, pour un même tron- 



!i9 

çon de roule, des noms lout-à-lail dilVérenls, sans qu'on 
puisse être autorisé à conclure pour cela (}u'ils eussent 
suivi des directions difiërenles. 

Tel est le caractère qu'il faut attribuer aux Itinéraires 
dits d'Àntonin, pour en avoir une saine intelligence et en 
faire une juste application. C'est ainsi que nous expli- 
querons la partie qm se ra|)porte h l'ancienne voie du 
Koussillon, cl cet examen fera mieux comprendre les con- 
sidérations qui précèdent et pourra au besoin les juslilier. 

Il y a précisément dans les Itinéraires d'Antonin deux 
rédactions différentes, pour la route comprise entre Nar- 
bonne et Tarragone. 

La première, (jui se trouve dans la description de la 
route â'Arelatc à Castulone (Cazlona), contient les indica- 
tions suivantes, entre Narbonne et Barcelone : 

Narbonem 

Ad Vi(jesiiniiiii !\I. P. XX. 

Coinlidsluni XIV. 

niiscinniieni VI. 

.\il Ci'iitiiriolu's XX. 

Siiiniiunii Pyroiiacum V. 

Jiincariain XVI. 

Ciiinaiiiaiii \V. 

.\(Hias Voconias XXIIII. 

Sccerras .XV. 

Pra'torium XV. 

Barcinoncm XVII. 

La seconde, qui comprend la route de NarlnvDtr à 
Lcr/io 17/ Gcmina (Léon), conq)rend les noms sui- 
vants : 

Narboncm 

Saisulas M P. X.\X. 

Ad Stalmluin XLVIll. 

Ad Pyrciia;\iin XVI. 

Juncariam XVI. 

(îeriiiidain XXVII. 

Rarciiioncm LXVI 



Il est cerlaiu t|tie le calcul des dislaiicos n'ollrc pas 
un i'(>siilt;it seiiiI)la!»lo dans ces deux rédactions, puisque 
la proniicre coniplc 5.") milles, et la seconde îli, entre 
Narbonue et les Pyrénées, tandis que la première porte 
encore J02 milles, et la seconde 109, entre les Pyrénées 
et Barcelone. H faut donc reconnaître qu'il y a des inexac- 
titudes, et même des erreurs manilesles, dans ces calculs : 
tout le monde est d'accord sur ce point. Mais ce qu'il y 
a d'évident aussi, c'est que ces variantes ne proviennent 
pas d'une différence de direction. En effet, outre qu'on 
ne comprendrait guère pounjuoi les Pioniains parlant de 
Narbouiie jiour Caslvhnia, auraient suivi une autre route 
que celle (jui allait à Lcijio Vil, puisque, dans tous les cas, 
ils devaient passer par Barcelone et Tarrmjone, il est clair 
que, dans l'hypothèse de l'existence des deux routes, le 
point où elles auraient été le plus écartées l'une de l'autre 
se serait trouvé au passage des Pyrénées. 

M. de Saint-Malo avait aduiis, d'après les deux rédac- 
tions des Itiniraires , l'existence de deux routes entrant 
en Ibérie, l'une h Pyremcuni {soii le Perthus), l'autre à 
StunDium Pyrenœuin (à l'est du Perthus, au Coll de ta 
Carkissei-a ) , et se joignant à Jn/iairia , [)our aboutir 
ensemble à Géroue; et, dans cette hypothèse, la |)remière 
aurait dû prendre une direction à peu près semblable 
à celle de la route actuelle. Or, étant donné un point 
quelcon(|ue de cette ligne occidentale (soit Juacaria, à 
MS milles au sud de la crête des Pyrénées i, il est maté- 
rielle, ment impossible d'en faire partir ime seconde route, 
qui offre précisément la même distance , pour aboutir à 
un autre passage plus oriental des Pyrénées, tel que le 
coll de la Carhassera ou celui de Banyuls. (J)mment se 
fait-il alors ((ue les deux rédactions des Jlitiéraires comp- 
tent également 16 milles, entre Pyrenœum ou Sumiuuni 
Pyrenœum el Jtincaria? Les deux rédactions présentent, 
il est vrai, pour tout le parcours entre .hnicaria et Bar- 



<:.i 



celoni', iiiu' (Jiiréreiice de 7 milles, que nous n'avons pas 
à exi)li(|uer, niais elles sont parlailemenl d'accord pour le 
trajet entre Jinican'a et les Pyrénées, juste à l'endroit où 
elles auraient dû réellement présenter une différence, si 
les (ieux tronçons de route eussent traversé les montagnes 
dans deux endroits assez écartés l'un de l'autre, pour se 
joindre ensuite au lieu dit Juiiain'a. D'après l'état des lieux, 
cette harmonie de dûlWes, enlve Juncaria et les Pyrénées, 
n'a pu se produire que dans le cas d'une seule route. 

Mais, o!)jecte-t-on encore, s'il n'y avait qu'une seule 
voie à travers le Houssillon, comment se fail-il que, dans 
lesy///(c/y^m'iia première rédaction présente '2,'') milles entre 
la station des Pyrénées et celle de Sdlsulœ, tandis que la 
seconde en compte 64 entre ces deux mêmes stations? 
La réponse est facile. Kn ell'et, tout le monde est d'accord, 
ceux qui admettent une seule voie, comme ceux qui en 
admellenl deux, pour reconnaître que la notation de la 
seconde rédaction est erronée et complètement inadmis- 
sible. Mais, du moment où il y a une correction à faire 
dans le texte de Vllinéraire, rien n'empêche de réduire 
les Ci milles de la deuxième rédaction à 24 ou même à 
25, et de la rendre ainsi enlièrement conforme, comme 
elle l'était sans doute dans le texte original, ii la première 
rédaction , (jui compte en effet 25 milles entre Salsulœ 
et Pi/renœum * . 

' « l-st-il |)rol)al)lc (|Uf lis ({oiiuiiis , si ecoiioriics du U'iraiii (|u"ils 
ronsacraienl à leurs voies militaires, ayant déjà de Satsulœ a Jnnctniit une 
roule passant par Ittisciiw et lUiheih , 1rs deiu villes les plos cimsiilcraMes 
du pays, en aient eoiisliiiit nue autre peu distante de rancieiine, lieau(ii\i|i 
pins l(in)|iic et ne passant point par ces villes? Une seule roniniiiniealion 
dans ei'Ite partie, entre les den\ royaumes, a toujours paru siillisante dans 
Jcs temps modernes, où le mouvement comniereial est eertuinemcnt plus 
fort (|u il ne fui jamais sous la domination romaine, l'ourquoi , sur un 
simple énoncé tie Vllinéraire, admettrions-nous une seconde route, dont on 
ne trouve aucunes traces sur le terrain, auiuns indices dans les chartes du 
ni"y. u ,i;;. III dans les traditions locales, cl ijui parait avoir été inconnue 



• 52 

(I osl donc bion démonlré (jue les inexacliludcs ou les 
erreurs de chiffres signalées dans les itinéraires romains 
de notre voie, ne peuvent provenir que de l'inadvertance 
des rédacteurs ou des copistes de ces documents; de 
sorte qu'en disposant typographiquemcnt , les uns à la 
suite des autres et à leurs positions respectives, les noms 
fournis par la Table et les Itinéraires, on aurait, pour 
l'espace compris entre Narbonne et Gérone, le tableau 
suivant : 

iNaibdiif . 

Ad Vi|;csiiniiiii. 

Salsulas. 

C.omhiistaiii. 

Kusciiioiie. 

lirbcrre. 

Ad Stal)iiliiiii. 

Ad CeutiiriinH's. 

In Sununo l'yreiiico. 

Ik'claiia. 

Juiicaria. 

Cinnaiiia. 

(iLTllIldii. 

Ainias Vdconias. 



On aurait ainsi rétabli, pour la partie de la roule ro- 
maine qui traversait le Roussillon, une table, incomplète 
sans doute, mais assez approchante du document primitif 
où puisèrent les auteurs des divers extraits qui nous res- 
tent aujourd'hui. Il est d'ailleurs inutile d'insister, pour 
faire voir combien ce document, ainsi rétabli, se trouve en 
accord parfait avec les données de Polybe et de Strabon. 
Il ne s'accorde pas moins avec les documents qui nous 
restent encore k examiner. 

à tous les auteurs antérioiiis à la chute de rEinpire d'Occident? Tous les 
lieux mentionnés par ces écrivains se tinurent en effet sur Paulre. » 
Di: Gazanviii.a, llisl . du Roussill , |). 5.'» 



153 



FaiïM lilKforSiiuoK. 



« L'an 550 de notre ère, l'eiiipereur Constant, fuyant 
«vers l'Espagne, iut atteint et massacré à EIne. Mais 
» ce prince ne pouvait fuir avec rapidité qu'en suivant la 
» voie militaire. Elue devait donc alors être située sur 
« cette voie ' . » 

Vers la fin du même siècle, saint Paulin écrit à son 
ami Sévérus, pour l'engager à venir le voir à Barcelone, 
et il ne parle (|ue d'une seule voie pour aller de Narbonne 
en Espagne : « Tarn brcvis enim et f'acilis est via, ut nec 
« in Pi/renœo ardua sit; qui Narbonmsi ad Hispanias 
« agger, nomen magis (|uàm jugum, horrendus inter- 
« jacet. » Epist. VII. 

Nous trouvons ensuite un témoignage dont personne 
jus(iu'ici n'a fait mention, pour la question qui nous 
occupe, et qui cependant ne man([ue pas d'importance. 
Nous voulons parler du cosmogra|)he anoni/me de Ra- 
vonic, (jui écrivait, selon toute présonij.tion, au ix^ siècle. 
Les matériaux dont il s'est servi senddeut avoir été réunis 
|>our représenter la géographie politicpie des premières 
années du vP siècle (règne du grand Théodoric); mais 
connue ils proviennent eux-mêmes de sources beaucoup 
|)lus anciennes et empruntées directement h une table 
analogue, sinon idenli(pie, à notre Table de IVutinger, 
on peut en faire usage pour compléter certains points 
obscurs de cette carte. M. Alfred Jacobs s'en est servi, de 
nos jours, pour rétablir des voies romaines dont les an- 
ciens lliiicraircs n'ont |>as même fait mention. L'Ano- 

' !>i. (i\/.\N\oi.\, llisl. du Roussill.. |i. 'ili 



toi 

iiMiu' [)arle on deux ciiJroils du pays qui {'onuc aujour- 
d'hui le Roussillon; il ineiilionne (au liv. IV, sed. S), 
entre autres lieux : 

« Beleroris, Narhono , Ruscilone, Carcnsona, Cau- 
« choliheri, » 
et au livre V, scct. ô : 

« NarJjone, Combusta, Huscinone,... Pyreneum. » 

Les noms de Conibusla et Ruscinone se trouvent déjà dans 
les Itinéruires d'Aitlonin. Quant à celui de CauchoUbcri, 
qui se montre ici pour la première fois, il s'ai>plique à une 
localiî(; qui se trouvait nécessairement sur le parcours de 
notre voie romaine, dans la direction ([ue lui assignent 
Polybe et Strabon; et rien n'empêche de croire que V Ano- 
nyme l'aura pris, de même que Combusta et Ruscinoiie, 
dans un de ces itinéraires complets, où la Table et les Iti- 
néraires d'Auto)iiii avaient également emprunté leurs 
indications. 

Nous n'avons pu songer un seul instant, dans la dis- 
cussion qui précède, à prétendre qu'il n"y eût pas, dans 
nos montagnes et dans notre pays, d'autres [>assages jtra- 
ticables pour des voies [tuhliques, pendant la période 
romaine. Mais ces chemins, quelle que fût d'ailleurs leur 
importance, n'ont jamais été mentionnés par les géogra- 
phes ni les itinéraires anciens, et nous n'avons eu d'autre 
but que de rechercher la direction de la seule route qui 
soit indiquée par les anciens auteurs et par les faits his- 
toriques. On ne saurait même douter que, pendant les 
cinq cents ans de la domination de Rome dans notre 
pays, la civilisation et l'administration romaines, en s'é- 
tendant loin du rivage de la mer et dans toutes les parties 
du lloussilion, n'aient établi des communications directes 
à travers tous les passages des Pyrénées. Mais rien ne doit 
faire supposer que cette diflusion administrative ait pu faire 
abandonner l'ancienne voie qui traversait nos montagnes. 
On no connaissait pas, à celle époque, le besoin de créer 



(le iiouvcllos roules, dans le seul but déuiblir des coiii- 
inuiiicalions plus riipides. Eu outre, pendant toute cette 
période et longtemps après, Hnscino , Elue, CulUoure , 
Emporics , les principales villes et les seules qui soient 
citées dans celte région, se trouvaient toutes sur la voie 
primitive; et, comme les routes ne sccn'aientalorset n'exis- 
taient que pour le service et les intérêts des villes les plus 
inqjortantes par leur richesse et leur population, il est 
évident (ju'il n'y eut aucune raison de modifier la direc- 
tion de l'ancienne route dont nous venons de parcourir 
les annales. Nous sommes donc convaincu (pie, pendant 
la domination romaine, et même sous radministralion des 
Wisigotlis, le principal chemin pratiipié entre (îérone, 
Ruscino et Narhonne, était celui qu'avait suivi Annibal. 
Tout ceci, d'ailleurs, se trouve justilié par un |>assage 
de Julien de Toh'de. M. de Gazanyola ayant cilé tout de 
travers et d'une manière fort inexacte le texte de cet 
historien, il sera nécessaire de rétablir les laits, pour en 
faire mieux ressortir l'importance. 

En l'an 672, Paulus, duc de la Narhonnaise, lit révolter 
cette province contre Wamba, roi des Wisigotlis, et une 
partie de la Tarraconaisc ne tarda pas à se joindre aux 
rebelles. Wamba accourut en toute hâte, il soumit Bar- 
celone, d'où il se dirigea sur Gérone, et c'est probable- 
ment dans cette ville qu'il prit ses dernières dispositions 
[tour attaquer les n^belles, dont la première ligne de dé- 
lerise s'étendait le long de la chaîne des Pyrénées, depuis 
la Cerdagne jus(prà la mer. 

Wamba divisa son armée en trois colonnes, « voulant, 
« dit Julien de Tolède, que la première se dirigeât sur 
« Casiriiin Lihi/a' , qui est la capitale de la Cerdagne; la 
« seconde devait gagner le centre des Pyrén<'es par la cité 
« iVAu.^oïKi (Vieil), tandis que la Iroisième s'avancerait 
« iHir ht roic inihlicjw,, près <h> nvof/e de la mer. — Ees 
« corps d'armée ainsi dis|i(»S('s sempariMil des chiUirnir 



156 



« clés Pyrénées ([ue loii appelle Caïuvlilicn', VuUuniria , 
« et (lu Cadnim Libyœ. Deux Ducs, envoyés en éclai- 
« reurs, surprennent le château appelé Clausuras, et, 
« après avoir franchi les I\vrénées, Wamba descend dans 
« la plaine (du Roussillon), où il ne séjourne que deux 
«jours pour rallier tous les corps de son armée'. Il se 
« dirige ensuite sur Narbonne, et lors(iue le rebelle Paul 
« eut été soumis, le Roi victorieux prit encore deux jours 
« de repos à Helma , d'où il rentra en Espagne-. » 

Ce passage appartient à un historien contemporain de 
ces événements, et tout le monde sera frap[)é de son 
accord parfait avec les témoignages déjà rapportés. 

Wamba part de Gérone, par où passait aussi la voie 
des itinéraires d'Anlonin. Le principal corps d'armée se 
dirige de là vers le Roussillon, par la voie publique, 



* Il (Wamba) clcctis Ducibiis, in Ircs liirnias cxcrritiim dividil : ila ut 
uiia pars ad Castrum Libyœ, «niod est Cirritaiiiaa caput, pcrleiidcrt-t ; 
soi-iii;da pcr Aiisonciiscin civilaU'iii ['yrcnx'i inedia pcterel; tiTtia per viam 
j)ubUcan juxla ora manlima. jji-adorctur. Ijiso laiiicn reli{;iosi!s Princeps... 
suhscqucbatur .. Gcninda subjicitur... ligressus post \y.vv. l'rinccps de Gc- 
runda civitato, beIiij;fiosis incuisibus gradiens, ad Pyr.oiiaM montis ju{;a 
pervenil. Tbi diiobiis diebus cr.orcitu lepausato, per 1res dies, ul dictiim 
est, tiinnas exercilus Pyreiicci montis dorsa ordiiiavit, Castra(|ue PyrciKTira, 
(jua; vocaiilur Cauroliberi, Viilluraria et Castniiii Liby:p mirabili viotori:c 
trioinpbo repil, etc. Pr.Tdictonini castroiuiu siibjii{;ato e\crcitu, in plana 
post traiisitum Pyrena>i montis descendens, duobus tantîim dicbus cxcr- 
citiiin in iiniini coiijjrejfaUirus expectat.» llist. Wamba', reyis Tulelaiii, auci. 
Julianoarcbiep. — Le teUedo Julien deTolèJe n'est pas un modèle de pureté, 
peut-être y a-l-il quel(|ues transpositions dans ce passage, qu'il serait con- 
venable de rétablir comme il suit: « Gerunda siibjicilnr... ubi duobus 
diebus exercitu rcpausato, per (rcs, ut dictnm est, turmas exercitum ordi- 
navit, beiliijerosisquo incursibus gradiens, ad Pyrenœi montis juja pervenit, 
castraque, etc. u Cette restitution n'a d'ailleurs aucune importance pour la 
question de la voie romaine i|ui s'agite ici. 

- Ipse quoquc llelenam pervcniens , duorum ibi dierum immoratione 
delentuscst. Sicque ex inde profeitus, secundis polilus sunessibus llispa- 
niam rediit. Ibidem. 



IÔ7 

près du rivage de la mer, route déjà citée par Polybc et 
Strabon , dans la direction d' Emportes et des anciens 
tropliécs de Pompée. Il s'empare tout d'abord de Cau- 
coliberi, qui se trouvait en effet sur le parcours de cette 
voie, et deux Ducs, détachés du corps principal, vont 
surprendre les châteaux (VOUrera cl des Clausiires, qui 
se trouvent dans cette même région, mais un peu écartés 
sur la gauche. Julien de Tolède n'entre dans aucun détail 
sur les opérations de la seconde colonne, qui pénétra sans 
doute en Houssillon, en remontant la vallée de Tlipoll, 
par Campredon et le haut Vallespir. Mais il est bicii évi- 
dent qu'on ne saurait attribuer la [)rise du château des 
Clausures à un corps d'armée jjarti de Gérone, dans la 
direction de Vich ; et la surprise de ce château , comme 
celle (V Vitrera, fut opérée, c'est Julien lui-même qui le 
dit, par deux Ducs détachés en éclaireurs de la colonne 
principale, (}ui s'était avancée vers Collioure par la voie 
pxddique, près du rivage de la mer. Waniha dut reprendre 
le même chemin , lorsqu'il partit iVlIelena pour rentrer 
en Espagne. 

Ce passage est le dernier où il soit fait mention de 
notre voie romaine, mais il est on ne peut plus explicite, 
et, h notre avis, il clôt définitivement la question. Il s'ac- 
corde complètement avec tous les témoignages fournis à 
ce sujet par les historiens et géographes de ranticjuité, 
depuis l'an 121 av. J.-C. jus([u'à l'an 072 de notre ère, 
et il prouve jus(iu'à la dernière évidence (pie la seidc 
route mentionnée dans notre pays, pendant toute cette 
période, partait de Narbonne, en passant par Salses, 
Ruscino (Castell-Ilossello), Elue, Collioure, Empories et 
Géroïie; et c'est seulement dans cette direction ipfil 
faudrait aujourd'hui chercher les débris qui peuvent en 
subsister. 



158 



Ti'avau!K cl SywtèiueM moileriieM l'dafirw 
A la Voie nomaino. 

Pendant tout le moyen-âge, les chartes et documents 
iliplomatiqiies ' parlent souvent de vieux chernhis dans 

' Quelques auteurs out rorisidérc comme des souvenirs de notre ani-ieuiie 
voie romaine, les nienlions de voies francesqucs que Ion Irouvc assez souvent 
dans nos vieilles chartes. On sait que Cliarleinajjne prit, en effet, des mesures 
pour entretenir des communications avec toutes les parties de son vaste em- 
pire. K Mais ces routes , dit M. de Saint-Malo, loin d'avoir été nouvellement 
11 construites, irétaient que des voies romaines, sans doute dégradées. On 
" trouve, entre Ruscino et Elue, les vestiges d'un grand chemin, vnlgai- 
i( rement appelé la carrera de Carlos Magno , c'est-à-dire la voie de Cliarle- 
(1 magne, dénomination qui annonce la grande route officielle choisie pur 

I cet empereur pour aller en Espagne, dont il prescrivit la conservation, 

II ainsi que l'entretien, et sur laqiielli' furent exclusivement placés les relais 
Il à l'usage des courriers ou des grands personnages, voyageant pour le 
(I service du Roi ou par ses ordres. Telles sont mes idées relativement à ce 
n grand chemin. ■ Jacques de Saint-Mm.o , .hinuaire de 183'», page 211. 
Ces idées, nous les partageons, bien i]u'il soit difficile d'établir liislori- 
quement Tintervention de Gharlemagne dans les travau\ d'entretien des 
chemins roussiilonnais , et surtout, sans attacher la moindre importance, 
pour le fait de notre roule, à la dénomination de carrera de Carlos Magno , 
qui nous parait d'origine romanesque et assez moderne. M. de Gazanyola 
(page oO ) dit aussi, sans citer aucune autorité que Gharlemagne fit, sans 
doule, réparer notre ancien chemin, indisjiensuble jKiur ronminniquer avec 
ses conquêtes au-delà des Pyrénées. Quant aux l'oies francesqucs de l'ancien 
Koussillon, elles feront l'objet d'un travail particulier, et, pour le moment, 
nous nous contenterons d'en signaler trois dans notre département: 
La première, partant d'Elne, dans la direction d'Ortafa, passait entre 
Bruilla et Saint-Jeau-!a-Cella , et se continuait vers Passa. Elle est men- 
tionnée dés l'an 801 (via publica que dicitur Francisco, — Docum. iiiéd. 
sur l'Hisl. de France, to. III ) , et le Carlulaire du Temple en parle encore 
en 1 1/(5 (in camino Franceschi,—tol. 158), et en I ICI {in via Francescha. 
— fol. I"j7). — La seconde, mentionnée déj l'an 851, sous le nom de slratii 
Francisco, qu'elle conservait encore au x' siècle, s'appelle ensuite la strada 
ou via Cnnflenlana. Elle partait d'Elue et se diri(;eait vers la Cerdagnc , eu 
remontant le cours de la Tet. — La troisième partait également d'Elue, et se 
dirigeait vers les l'yrénée;, eu suivant la vallée de l.a Itoca. V.Wv est cm-ote 



diverses partios du [«oussilloii. Mais ces ciieinins, qui 
pouvniont (Mit anciens relativement à d'antres voies de 
comniiinicalioi!, n'ont aucun rapport, soit par leur direc- 
tion, soit par leur importance, avec la voie de Tépoque 
roinaine, et l'on peut être certain qu'avant le xv<^ siècle, 
personne, dans notre pays, n'avait songé à s'occuper de 
l'ancienne voie qui l'avait traversé. Il est même fort dou- 
teux qu'il s'en fût conservé à cette épocjue le moindre 
souvenir. Les Itinéraires dits d'Anton in portèrent l'atten- 
tion de ce côté. Jean Moles de Margaril, évéque d'Elne et 
puis de Gérone, décédé en ilGI, écrivit le premier, dans 
son ouvrage historique intitulé Paratipomenon Ilispaniœ, 
que Perpignan était la station du nom de Stalmlinu, |)lacée 
sur V Itinéraire entre Sal.sulœ et Vtjrenœum '. Mais Margarit 
ne tient aucun compte des distances; il n'en parle même 
pas, et son opinion, déjà critiquée par Louis JS'onius, écri- 
vain érudit et sensé, n'en lut pas moins répétée par notre 
chroniqueur Bosch, à une époque où il sullisait, pour le 
succès des écrivains, de flatter la vanité des grands, des 
peuples et des villes''. L'o[)inion de Margaril est au- 
dessous de toute discussion, et nous aurions pu nous 
dispenser de la mentionner, si elle n'avait été le point de 
départ de |)lusieurs systèmes erronés »iue nous aurons ii 
discuter. 

niLMilioiinéc J.iMs un artiMlu 2() avril I '(07 (in ilinore Vrancisco, — Tliolosa, 
iinlairc). Il y aurait «rautrcs iiuIiiMlioiis à foiiniir a ce sujtt, mais (m voil 
iiuo, soit par leur noiribn-, suit par lc!:r diri'clioii , nos voies Frnncesques 
ne peuvent avoir rien de foilimun avec l'uniijiio voie romaine, signalée 
dans notre pavs par lis auteurs anrieiis. 

' Noli-e elironiijueur Biiseh dit { |>a(;e 583) an sujet de l'erpijnan : 
<i Mires Jonan sa finidariu v i.mn , so ts lo llisbe de Geronn ( iii l'aralipo. 
« llispnn., lili. I. c. I. - I'ujad.s, li!i 2, c l'i), île aijuell polilc al 
■I quai \nloni en io Itinrrari annniena xlahuhim. " 

5 V. f'i i.;i;mii, /.(• /»ij6/ic(i/tf«r, 2' octolire 18^.'. 



KiO 



SYSTÈME DE î\Ik' DE MARCV. 



M. de Marca est le premier écrivain qui ait fait briller 
le ilambcau de la critique sur l'histoire du Roussillon,^t 
qui se soit occupe, dans l'intérêt de la vérité, de notre 
voie romaine et de nos antiquités. Mais l'on n'ignore pas 
que les premiers essais en tout genre sont toujours im- 
parfaits, et l'on est forcé de reconnaître que, malgré la 
supériorité que lui donnaient sa vaste érudition et la 
connaissance profonde de nos antiquités, son article des 
voies romaines offre des traces nombreuses d'imper- 
fection ' . 

En partant de Narbonne , Ms'' de Marca établit la sta- 
tion Vicesimnm ou Vigesinmm aux Cabanes de Fitou ; 
de là il arrive à Salses (Salsnlœ) et gagne Uivesaltes, 
où il place la station Combusta , par la raison qu'on y 
passe rXgli sur un pont qui peut avoir succédé à une 
construction romaine. Il conduit ensuite la route jusqu'à 
l'extrémité méridionale du Pont de la Pierre, d'où il la 
détourne vers l'orient pour gagner liuscino. Il place la 
station ad Stabulum au Boulon , établit celle de Ccntu- 
riones à Céret, et dirige enfin sa route par Maurellas et 
La Clusa, en la conduisant jusqu'au Perthus qu'il croit 
être le Summum Pyrenœum^ . 

Mgr de Marca ne s'est pas beaucoup préoccupé des 
deux rédactions des Itimraircs qui ne peuvent, selon 
lui, se rapporter (ju'à une seule et même route; il ne 
tient à peu près aucun compte de la Table de Peulinger, 
et ne fait aucune mention de la station Illibere. Quant 

' Jacques DE Saint-Malo, Examen do divers systèmes publics jusqu'à ce 
jour sur une des uoics romaines conduisant de yarbnnne en Ibérie ( dans Le 
Pttbticaleur du 2!) septciiibn; 1852). 

^ Marca hispanica. 



ir.( 

aux questions do distance, il s"esl Ixiriu' à dire que la 
deuxième rédaction des Ilùiéraires est très-1'autive, sous 
ce rapport; et, d'accord avec Nouius, il propose de 
lire 28 milles, au lieu de 18, entre Salsulœ et Stabulum. 
Mais c'est par là surtout que son système ne saurait se 
soutenir, et M. de Saint-Malo a fait remarquer que, pour 
les distances, le savant Prélat se trouve en perpétuel 
désaccord avec les Itinéraires^. 

Dans notre conviction, le système de Ms^ de Marca 
est complètement erroné ; mais, comme il a eu de nom- 
breux partisans, il importe de rechercher et de faire voir 
les causes de son erreur. M. de Marca n'avait pas cherché, 
d'ailleurs, a étayer son système par des preuves archéo- 
logiques ; il ne s'était attaché qu'à retrouver la situation 
des trophées de Pompée, qui, selon Strabon , marquaient 
l'extrémité de la voie romaine à sa sortie de la (laule. 
Tous les autres points, tels (jue Viijesitnuin , Stabulum, 
Centnriones , ne sont établis que sur de faibles ressem- 
blances de noms; et l'auteur semble s'être laissé guider 
uniquement par l'importance des villes et des routes du 
Roussillon au xvii'' siècle, pour retrouver les stations et 
la direction de la route romaine. Connue on le voit, le 
tort de M. de Marca a été de considérer comme reconnus 
et incontestés, des lieux et des faits qu'il s'agissait de 
découvrir et de déterminer. 

Enlln , M. de Marca semble avoir été surtout frappé de 

' Kii effet, il y a 3 milles de trop entre Narbnnne et liV/csimum , 2 mil- 
les de moins entre Vigesimum et Combitsta, 2 milles de trop entre Cnmbusta 
et nuscino , 5 milles de trop entre liuscino et C.enluriones , et A milles de 
trop entre cette dernière station et .Summum l'ijrenœum. « V.h sorte ijue, 
pour adopter Topinion du M. de Marea , il fandrait snpposer que les din- 
tanr.es énoncées |iar Vltinéraire sont toutes fauti\es. Personne n'osera 
accueillir une pareille supposition , car alors on se priverait irrévorahle- 
ment du seul |;uidc <|ui reste pour déterminer la position des lieux par où 
passait la voie romaine conduisant de îNarbonne en Ibérie. » JACQrRs de 
Saut-Mai-o, le l'ublical., loco rilat. 

11 



162 

ce fait, qu'à son époque et depuis des siècles, le passage 
le plus commode et le plus fréquenté, pour pénétrer en 
Catalogne, était celui du Pertlius. D'autres passages, tels 
que celui de Banyuls et celui do la Massane, étaient aussi 
pratiqués au xviF siècle, mais ils avaient bien moins d'im- 
portance que celui du Pertlius. Depuis longtemps, les 
villes d'Elne et de Ruscino avaient vu leur opulence et 
leurs habitants passer à Perpignan; et, de l'autre côté des 
Pyrénées, l'antique et célèbre cité d'Empories, réduite a 
la petite ville de Castellô, n'offrait plus (pie des ruines 
insignifiantes. Le mouvement et la vie s'étaient retirés, 
des bords de la mer vers l'intérieur du pays, à Perpignan, 
à Péralada et Figuères; la route jjublique les avait suivis, 
et, depuis des siècles, presque tout le transit, entre la ca- 
pitale du Pioussillon et les villes de Gérone et de Barce- 
lone, s'effectuait par la route directe du col de Panissars. 
L'histoire ancienne de notre pays était loin d'être encore 
approfondie ; et bien des savants du xvii^ siècle jugeaient 
et expliquaient les choses du passé par celles de leur 
temps, sans songer que les conditions imposées à la 
circulation publique par le commerce, les besoins admi- 
nistratifs et la civilisation de la période romaine, diffé- 
raient essentiellement de celles qui existaient en Rous- 
sillon, lorsque cette province fut réunie à la France. 

A cette première source d'erreurs s'en joignit une autre, 
c'était la ressemblance fortuite et peu étudiée, que l'on 
trouvait entre certains noms de lieux situés sur la route 
de Panissars et ceux des itinéraires romains. La route de 
Narbonne à Figuères présentait les noms de Salses , le 
Boulon, le Pertlius , la Junqurra, qui avaient quelques 
rapports avec ceux de Salsuhv , Stalndum, (Porlus) ad 
Summum Pyrenœum et Juncaria des Itinéraires anciens. 
Malheureusement, la position des villes précitées, à l'ex- 
ception de celle de Salses, ne correspondait en rien avec 
les anciennes distances. On fil doue faire à la route 



163 

romaine des dclours que rien n'indique, que rien ne peut 
autoriser, et comme on trouvait quelque ressemblance 
entre le nom de Ccnlurioncs et celui de Cérct , on n'hé- 
sita pas à liiire remonter la route, par la rive gauclie du 
Tech, depuis le Volo jusqu'au pont de Céret, pour 
redescendre ensuite, par la rive droite, jusqu'à la route 
actuelle du Perthus. Ces circuits étaient encore loin de 
suirire. Il fallut torturer les textes; on supposa des erreurs 
de toute nature i)0ur faire accorder le dire des lUnéraircs 
avec le système de M. de Marca, et comme, malgré tous 
ces moyens, on n'arrivait pas à tout expliquer, on finit par 
déplacer le lieu actuel de la Jonqucra, que l'on fit des- 
cendre de quelques lieues vers le sud, le long de la Muga, 
pour lui trouver une place un peu [)lus en rapport avec 
celle que les itinéraires romains assignent à Jiincaria. 

L'assimilation du Boulon, de Cérel, du Perthus et de la 
Jonquèru, avec Stabulum, Cenluriones, Summum Pyre- 
nœum elJuncaria, est insoutenable, si l'on ne tient compte 
que des distances : elle l'est bien davantage si l'on examine 
de plus près les noms des lieux en question '. 

* « F.e nom du Iloulou , a dit M. Piiijfgari, est étranger à la langue et 
« à rortli()(;ra|)hc du pays; tous les actes antérieurs à la réunion du 
<\ Roussillou à la I''rancc ne donnent à ee village que sa véritalile déiio- 
ininatinn del Volo (de Volonn en latin), et ce nom n'a aueun rapport 
« avec celui de Stabulum , qui a pu produire uniquement etlable, en eata- 
!• lan, comme en vieux français. i> Le Publical., Il, 40. — Les rliarles 
nous indiquent des Volos en plusieurs endroits; entre CHstell-15n.<iseIlo et 
Canet , à Saint-lVliu-d'Ainont, à Néfiach , à llle , à Vinça, à Finestret, 
h En, dans l'ancienne Viguerie de Oauiprodon, et, pour ainsi dire, dans 
le territoire de presque toutes nos communes. I\l. Piiiggari croyait que ce 
mot généri(|ue sigiiilic bornes. C'est une (qjiuion ijue nous ne saurions 
partager, et il existe des preuves certaines qu'au moyen-âge , ce mot, dont 
la racine nonsest d'ailleurs inconnue, était toujours eni|)Iové en luiussillon 
pour désigner une cfile rapide , ou la pente (|ui sépare hrnsqncmeut deux 
étages de plaine. C'est ee que nous appelons vulgairement une riba. Quant 
au village niomc du Yoto , sa situation .'i la descente rapide qui conduit au 
Tecli , justilie |).irfaiti"iuent sa dénoniiiialion. 



16* 

Le lieu du Volo se trouve déjà nommé Volono et Volou, 
dans une pièce de l'an 076 ' , et dans tous les anciens 
documents; ot ce nom , qu'il devrait porter (Micore aujour- 
d'hui, n"a et ne peut avoir aucun rapport avec celui de 
Stabuluin, dont Torigine purement latine, le sens bien 
connu , ainsi que la transformation dans le catalan et les 
langues modernes, ne peuvent donner lieu à aucune 
confusion. 

L'assimilation de Centuriones et de Céret ne peut s'o- 
pérer que par un excès de bonne volonté, qu'il suffit 
d'exprimer pour en faire justice. 

Quant au Perllius, voici ce que nous dit Ms"" de Marca : 
« Au moyen-àge, on appelait ports les passages qui se 
« trouvent dans nos montagnes. Or, l'endroit par où la 
« voie romaine traversait les Pyrénées conserve encore 
« aujourd'hui la terminaison latine, et s'appelle Perllius 
« (Porlus), remplacé dans l'Itinéraire d'Antonin par les 
« mots ad Summion Pi/renœum*. » 

Il est certain que, depuis fort longtemps, les habitants 
des deux versants pyrénéens appellent ports les divers 
passages de nos montagnes, et les noms de Perthus , 
Port de la Perche, Porta, etc., n'ont pas d'autre origine. 
Est-ce une raison pour chercher au Perthus le Pyrenœum 
des anciens? Les mots Pijrenœum. ou Summum Pyrenœum 
sont applicables à un passage quelconque de la chaîne 
des Pyrénées. Quant a celui de Porlus, c'est M. de Marca 
qui a jugé à propos de l'ajouter aux textes anciens, et 
on ne le trouve en réalité ni dans les historiens, ni dans 
les géographes, ni dans les itinéraires. 

La ressemblance est frappante entre Juncaria et la Jon- 
qnèra, mais il est impossible de faire accorder la situation 
de ce village avec les distances données par les itinéraires, 

' D'AcREBï, Spkileij., U<. III, ji:i{je 70"i. 
- .W«i(U liispan. , i-. II. 



Ifiô 

même en adoptant le système du passage de la voie ro- 
maine i)ar le col de Panissars. Ilien ne prouve, d'ailleurs, 
que le nom de Juncaria, dans les itinéraires, s'applicpie 
précisément à une ville; et cette dénomination, dont le 
sens est bien clair et connu, peut s'entendre d'une plaine 
ou d'un lieu quelcon(jue planté de joncs. Or, Strabon nous 
apprend, (ju'au sortir des Pyrénées, la voie romaine par- 
courait une plaine couverte déjoues, que cet auteur lui-mê- 
me appelle de sa dénomination latine io-jyyx^j'.o-j -ttcoiov '. 

Le Juiicarid des Itinéraires n'est donc pas applicable 
seulement au village actuel de la Jonquère; il peut éga- 
lement s'entendre, comme celui de Fonnllhrs, de divers 
lieux situés de l'autre côté des Pyrénées, et surtout de la 
plaine marécageuse que Strabon signale, sous le nom de 
Juncariiim, au voisinage d'Empories. 

Ainsi donc, en résumé, le système qui ferait passer la 
voie ancienne par le col du Perîbus, ne peut s'accorder 
ni avec les témoignages des auteurs anciens, ni avec les 
distances des itinéraires; et les ressemblances de noms 
sur lesquelles on voudrait l'ajjpuyer, sont entièrement 
tausses ou arbitrairement interprétées, et ne peuvent 
oflVir, dans aucun cas, des preuves décisives. 

L'opinion de ^L de ^larca, tout inexacte qu'elle était, 
fut religieusement suivie par Pom Vaisskte ( flisloirc de 
Laiif)., to. V). DoM BoiiQUET n'a point dédaigné de l'a- 

' La rduU' traversait «le iiioiiU', dniis le reste île l'l']s(jajj:iie , diverses 
plaines couvertes (le certaines plantes i|iii leur iloimaieiit leur nom. SliaLmi 
trouve ainsi , sur le parcours du l'aneieniie voie, le champ Juncaire , le 
TTêôîOv 2-T7ao-ratc:ov, »l le 7rc(5;ov MapaOcovo; i|ui produisait du 
marathon en abondanee. Ce dernier nom se traduirait en lalin par Firiii- 
culariiim , et eu catalan par Fonotlh-es ou t'nmllar. Celte «lénnminatinii 
s'applique à diverses localités de la Calal<>(;ne et du lionssillon ; telles 
sont Fonollcl qui a donné son nom à une partie de l'anrien diocèse d'AIel, 
le lieu de Fonollar, sur la route actuelle du Perthus , cl bien d'autres. On 
citerait de m^me plusieurs localités du nom de Jonqu--fes, en (Catalogne, eu 
Houssillon et en l,ani;ucdoe. 



I6r) 

dopter, pour éclaircir l'itinéraire d'Anloniii, (lu'il rapporte 
dans le Recueil des Ilistoriots de France. Mais ces savants 
ne fournissent aucune nouvelle preuve, en faveur du 
système qu'ils ont embrassé. 

Wesseling a pris le même guide, avec lequel il diffère 
néanmoins au sujet de la station Vicjesimvm, qu'il place 
à Sigean. Cette rectilication n'est pas heureuse; car, de 
Narbonne à Vigcsimum , comme l'indique ce nom, on 
comptait 20 milles, tandis que de Narbonne à Sigean, on 
trouve 10.400 toises, valant un peu plus de 15 milles. 

« DA?iviLLE a également suivi M. de Marca, dont il a 
cru devoir modifier l'opinion sur deux points seulement. 
Le premier, c'est Combusta, station qu'il reconnaît mal 
placée à Rivesaltes, et qu'il propose de chercher sur un 
point qui s'accorde mieux avec les distances respectives 
de Vigesimum et de Ruscino. En cela, sa remarque est 
parfaitement juste. Mais Banville aurait dû s'apercevoir 
que la station nommée ad Viijcsimmn, n'était pas mieux 
placée aux Cabanes de Fitou. Il veut, en second lieu, 
qu'on cherche la station de Centuriones , près du vcdlon 
qui mène à Bellegarde*. Ces deux rectifications, par la 

' .M. Henry déclare, dans son Ilisloire de rtuusillloH (to. I, p. xxv), que 
« Lnccrletum esl le lien désifjné par Danville pour la station ad l'.enlenarium.» 
Ailleurs, il convient (|ue le lieu de Locertelum lui était lout-ii-fail inconnu 
avant que M. de Saint-Malo lui etU si{jnalé le document du ix* siècle où il 
en esl fait mention, et qui avait été [)nblié dans le recueil de Marca ; nénn- 
moins, il afiirme fllisl. de Rouss., lo. 1, p. '«-iO) que « de Céret, la voie ro- 
'I mainc devaitaller joindre la montée de I.a Clusa etse rendreau IVrlhus par 
" Locerletum et Maurellas,» ce qui fixerait la position de ce lieu au-dessous 
de Cérct, sur la rive droite du Tccli. Il esl permis de penser, après ces avons, 
que Topinion de M. Henry ne pouvait pas élre trop bien assise à cet éyard. 
La charte de Pan 8Ô5 (Marca, 8) nomme, en effet, parmi les confronts du 
territoire de Céret, à l'est, la viUa quœ vocalur Locericlum ; mais ce lieu se 
trouvait sur la rive gauche du. Tech, entre Céret et Vivers, au voisinaijc de 
.Saint-l■\■^réol.^'ous y trouvons, en effet, une pièce de terre ainsi dési(;née dans 
»n acte de vente du IG aoi'it f Ô73 ; < l'^sl aulem infra terminos (^astri de Viva- 
■ riis, loco vocale lesCosles deLaserlet >< (Ar.de lUop.de l'erp., jil. \2, n" 23). 



un 

manière vague dont elles sont proposées, n'aplanissent 
aucune dillicullé, et laissent, par conséquent, les curieux 
dans la même incertitude, dans la même ignorance. 

« Don François Douca, chanoine de la cathédrale de 
Gérone (Martires de Gcvona), n'a lait que répéter l'opi- 
nion de M. de Marca , sans entrer dans la moindre dis- 
cussion. Il élahlit, cependant, la station Vigesimum à 
Leucate, à 18.000 toises (25 milles) de Narhonne, an lieu 
de 20 qu'il en faudrait, d'a|)rès les anciens itinéraires'. » 

SYSTÉMI-: DE M. DK WALCKENAl'Il. 

Nous devrions ici, pour suivre l'ordre chronologique, 
examiner les travaux des archéologues roussillonnais qui 
se sont occupés de notre voie romaine. Malheureusement, 
leurs écrits ne paraissent pas, jusqu'ici du moins, avoir 
dépassé les limites du département; et l'ouvrage le plus 
important qui ait été publié de nos jours, sur l'ancienne 
géographie des Gaules, celui de M. de Walckenaër, semble 
avoir été privé de ces matériaux, désormais indispensables 
pour traiter ces questions. Son travail n'est qu'un reflet de 
l'opinion de Marca et de Danville, et nous allons nous en 

occuper, pour terminer l'examen des systèmes des écrivains 
qui ont étudié notre pays et nos antiquités, sans avoir eu 
l'avantage de les voir de près; nous passerons ensuite aux 
savants qui sont allés au cœur de la ipiestioii et l'ont 
étudiée sur les lieux mêmes, en s'entouranl de tous les 
secours que peut fournir la connaissance exacte des lieux, 
de leur histoire et de leurs monuments. 

M. de Walckenaër a émis quelques opinions nouvelles 
sur notre géographie ancienne-, mais l'ensemble de s(m 
travail dénote, chez cet auteur, une médiocre connaissance 

' Jacqoks de Sum-M\i.o, le l'ublicalcur du 20 s»i>U'iiibic IS32. 

- Géographie ancienne des Gaules, \n\v !.■ l)nion de Walclimnir, toinc |, 
2, .") l'I C; lu il, |i,irt. U rli . ', ; t,i. ||| , pnfj. ÔO . 12!» <•[ sirivanlps 



168 

de riiisloire el de la topoj^iapliie du Koussilloii. 11 n'a point 
fait, d'ailleurs, une étude spéciale de la question de notre 
voie romaine, et les renseignements qu'on trouve, à ce 
sujet, dans son ouvrage, semblent fort incomplets, confus, 
et même contradictoires. 

M. de Walckenacr a lixé la position de Ruscino à 
Caslell-Roussillon, d'où il conduit la route justiu'à ////- 
bcris, qu'il place à Elne ou Ehieija (p. 105). Voici son 
itinéraire comjjlet, dont nous supprimons seulement les 
indications des distances : 

Ad Vigesimum .... l'ont de 'Iroillo, pri-s ri'laiij; de la l'aluie. 

Salsulis Fort Salas (lisez Saisis). 

Combusla 5.000 loises un sud de Salas. 

Ruscinone Caslcl-luiussilldii. 

Ad Slabulum . , |^^ appelle Saiul-.Marlin, passade de ta Tech, 

Ad Cenlurioncs. ^ ^^^.^ ,^ p^,^,^,,^ ^,,,.^,^|. ,,^ ,^, ..i^.j-...^ 

Ad Centenarium , 

Ad l'yreneum . . . . Château du ïù-art. 

A'UKimo Vyrenwo . ■ . Bellejjardo et riicluse, soinmel des l'yiéiiéts. 

Juncaria I.a JoiKjuii're. 

Enlin, dans une table particulière (p. 255), pour le 
premier segment de la carte théodosienne, il maintient 
au château du Réart le Sumimim Pyrmœum, confondu , 
dit-il, avec ad Pi/iraœHm; Dedana est placé h l'Ecluse, et 
Juncaria à Jonqn'ùrc. 

Nous ne parlerons pas des noms mal écrits, tels que 
la Tech, Elneya ou Alnéya, Salas et son fort; mais, 
en ce qui lient à la question même, il serait inutile d'in- 
sister pour montrer que ce système renferme de graves 
erreurs. Bornons-nous à ra[)peler (pie le château du Réart 
est à trois lieues au nord de la chapelle de Saint-Martin, 
el que La Clusa est sur le versant nord des Pyrénées, et 
non pas sur le versant sud. La connaissance des lieux 
dont il s'agit, et le simple énoncé de ce système, sulliseiit 
pour le réfuter. Observons aussi que ce qu'il peut y avoir 
de bon se trouve déjà chez Dan ville. Les erreurs de M. de 



Walfkonaéi', telles que la position de Pyreuœitiituu château 
(lu Uéart, et celle de Dedana à l'Écluse, n'a|)[»arlien- 
nc'iit qu'à lui. Quant aux |M)sitions(|u'il assiii;no à Combusta 
et à CoUuriones, ollcs se trouvent déjà chez M. Henry, à 
qui M. de Walckcnaer les a sans doute enipruntées. 

!• CRI VAINS IJOUSSII.I.ONNAIS. 

Il existe un manuscrit de Tan 1774, intitulé : Description 
histortque et yroijraphiqtœ de la province du Houssillon , 
dont l'auteur a suivi exactement les indications de M. de 
Marca, relativement à la voie romaine. Il observe, d'ail- 
leurs, (|u'il existait encore en Roussillon qudques vestiges 
de l(( voie militaire pour la marche des troupes, et il ajoute 
qu'au xvn« siècle, on voyait sur cette route, entre Cerct et 
Maurcllas , des restes de chaussée et des endroits pavés. 
Enfin, pour expliquer la seconde rédaction de l'Itinéraire 
d'Antonin, il prétend « iprapparemment, en ce tenq)S-là, 
« lorsijue le Tech était i-uéalde, on allait di'oit de Rusci- 
« noue au Boulon (ad Slabidum) , et on laissait, comme 
« aujourd'hui, le long détour de la ville de Céret. w De 
pareils arguments sont bien moins des secours que des 
embarras, (^est le jugement que Ton peut aussi porter sur 
les indications de Carrère ( Joseph-Uarlliélemi-Franrois), 
(pii s'est aussi occupé de la voie romaine, dans sa Des- 
cription de la Province de Roussillon 1 1788) , et n'a fait 
que reproduire l'opinion de M. de Marca, excepté pour 
la station Combusta. « On voit encore, dil-il, derrière La 
« Tour-bas-Elue, et entre Céret et Maurellas, des vestiges 
« de la voie militaire pour la marche des troupes romaines; 
« des restes de chaussées et des endroits pavés avec de 
« grandes pierres, donnent une idée de la beauté de ce 
« clicinin. .\ous en trouvons l'itinéraire dans Tite-Live et 
« Slraban, il connuenvait ii Sidsiilas (Salses); il allait en- 
« suite ad Vondjustain, (pie li's uus croient être Hivesaltes, 



170 

« les autres Tora, viUaije dont il ne reste aucun veslige; 
« ad Ruscinonem (Châtcau-Roiissillon), ajjrès avoir passé 
« la rivière de la Tel sur un pont que l'on croit avoir été 
« dans le même endroit où est celui de Perpignan ; ad 
« Slabulum (le Volo); ad Centurionem (Céret), où l'on 
« passait le Tech, sur un pont dont on voit des vestiges 
« au-dessus de celui ([ui existe aujourd'hui ; ad Pyrenœum; 
« c'est le lieu où est aujourd'hui le cul de Pertus, etc., » 
(p. 4 et 5). 

On remarquera avec quelle assurance on débitait toutes 
ces assertions plus que contestables, et il était temps que 
la critique moderne vint en démontrer la fausseté. 

SYSTEM t: Dlî M. HENRY. 

Dès son arrivée dans le département des Pyrénées- 
Orientales, M. Henry s'empressa de diriger ses recherches 
sur la route de Rome en Espagne a travers le Roussiilon , 
et il développa son opinion à ce sujet, dans un mémoire 
de 51 pages, intitulé : Recherches sur la Voie de Rome en 
Espagne à travers le Roussiilon ' . 

La nouvelle opinion se rattachait aux données générales 
du système de M. de Marca et de ses imitateurs, que nous 
venons de passer en revue, et il n'y avait de réellement 
nouveau, dans le système de M. Henry, que la fixation de 
la station ad Centuriones , qu'il plaçait a l'église de Saint- 
Martin-de-Fonollar. Quant à la position de Tora, qu'il croyait 
signaler pour la première fois , elle était déjà .connue et 
adoptée par quelques érudits, à l'époque de Carrère (1788). 

Après être parti de Narbonne et avoir iwé la station 
Vigesimmn aux Cabanes de la Palme (a 20 milles romains 
de Narbonne), M. Henry place Comlmsta sur la rive gau- 
che de l'Agli, à la chapelle de Saint-Martin-de-Tora (à 

• IVrpijjiian, chez TasUi, [htc et lils, iinpiiiiniirs, I820. 



171 

14 milles romains des Cabanes de la l*almc), el se dirige 
ensuite sur le po)if de (a Pierre, pour aller h lînsn'rio. 11 
rejette complètement la 'Dthlc de Peutinger, et au lieu de 
passer à lUibcris, il dirige la voie prétorienne de Kuscino 
par Cabestany, jusqu'au-dessus du contluent de la rivière 
de PoUestres et du llcart, où il joint la route actuelle d'Es- 
pagne, qui le conduit au Volo (ail Slabuluml. 11 y passe le 
Tech et parvient à la chapelle de Saint-Martin-de-Fonollar, 
où il place Cnituriones (p. 17), après avoir parcouru 1 9.308 
pas romains. Enfin, il compte, de cette chapelle au Perthns 
(Summum Pyrenœum), la même distance que celle qui est 
indiciuée dans l'Itinéraire d'Antonin. 

On peut remarquer que c'est, en général, la seule iden- 
dité des distances (|ui guide M. Henry dans ses opérations, 
et décide pour lui la fixation des diverses stations. 11 se 
borne à corriger en 28 milles les i8 qui, selon l'itinéraire, 
séparaient .S'rt/^'w/fC de Stabuliira. Il tâche, en outre, de 
consolider son système par des considérations archéolo- 
giques qui, fussent-elles exactement fondées et convena- 
blement interprétées, ne prouveraient absolument rien 
pour la solution du problème de notre voie romaine. 

Ce système fut vivement cond)attu par M. Jacques de 
Sainl-Malo '. Notre savant archéologue trouva, d'après les 
calculs auxquels il s'était livré lui-même , un excédant 
de 5 milles romains dans le chiflre donné par M. Henry, 
puisque en partant du premier torrent au midi du village 
de la Palme, en ajtpréciant, autant (pie possible, les sinuo- 
sités de la roule juscpià Salses, et en allant ensuite en 
droite ligne à St-Martin-de-Tora, il trouve 15.171) toises 
entre les deux points extrêmes, au lieu de 11). 950, données 
par M. Henry. De même, il constate une dilférence de 
1.000 toises en plus, dans le |)arcours de la route de Rus- 
cino au Volo, etune dillérence de 2 uiilles en moins, dans 
la dislance totale de Kuscino à Saint-.Martin-de-Eonollar. 

' l.e l'ublicaleur, l" aniu'o, ii" riC 



lT-2 



M. Henn iien reproiluisit pas moins son système en 
185i, dans son Uistoire de Roiisxillon. 11 y persista, huit 
ans plus tard, dans son Guide en Roussillon (18U), où 
il maintint, pour toutes les stations de l'Itinéraire, la 
position qu'il leur avait assignée en 1820. Son assurance 
ne parait avoir été troublée que relativement à la station 
ad Stabidam , pour laquelle il se contente de mettre en 
avant l'opinion do :Marca, tout en ayant l'air de la rejel^er. 
Il avait été lui-même plus affirmatif, h cet égard, en 1854. 
Il répondit, cependant, aux observations de M. de Saint- 
iMalo; mais, pour ce qui tient aux distances, il en prit 
facilement son parti, en déclarant (pie, de (pieique ma- 
nière qu'on s'y prit, il était impossible de faire accorder 
les chiffres des itinéraires avec les distances et les posi- 
tions des lieux sur lesquels on les avait rapportés jus- 
qu'alors. On lui avait également objecté que les lieux 
nouveaux, qu'il iudi(piait pour les stations romaines, 
n'avaient été signalés par aucun monument archéolo- 
gique, ni par aucun souvenir qui put se rattacher à 
l'époque romaine. M. Henry eut le malheur de découvrir 
sur les points exigés, des ruines et des débris, qu'il 
n'hésitait pas :i faire remonter jusqu'à l'époque voulue : 
ce qui ne fil que le confirmer dans l'opinion qu'il avait 
émise d'abord. Nous n'entrerons pas dans la discussion 
de ce genre de preuves; car ces ruines seraient romaines, 
qu'elles ne prouveraient absolument rien, telles qu'elles 
sont, pour la question qu'il y avait a déterminer. 

Les critiques de M. Jacq. de Saint-Malo eurent encore 
un autre résultat sur M. Henry, et lui firent imaginer une 
nouvelle solution pour une des dillicidtés de l'Itinéraire. 
Il contin\ia à ne tenir à peu près aucun compte des indi- 
cations de la Table de Peutinger; mais la seconde rédac- 
tion de l'Itinéraire d'Antonin , qui ne pouvait concorder 
avec son propre système, lui fit chercher une seconde 
voie, (pii se détachait de la première au jtont delà Tet, 



17S 

pour passer de là au pont de ia Vasse, oX siircessivoineui 
à Villa (iodonim, Tidiigcs, Canohes, Pontclla, Trullas et 
Tresserre, pour rejoindre la route à'IUibcris à Slaindum 
(au Volo) '. 

M. Flenry parvint ainsi, sans fournir, il est vrai, la 
moindre preuve, à se rendre compte des 5î) milles, et 
non des 48, comptés entre Salsiiliv ciStalnilum. Il n'y a 
qu'à promener un compas sur une carte, pour trouver des 
solutions pareilles et obtenir les distances proposées. 

SYSTÈ.M1-; Di: M. JACQtîES Dl' SAIM-MALO. 

Après de profondes études sur la question qui nous 
occupe, M. Jacques de Saint-Malo publia le résultat de 
ses rechercbes dans VAiurudire pour les Pipritrcs-Orien- 
talcs , de iSÔâ. Son opinion différait essentiellement de 
toutes celles qui s'étaient produites jusqu'alors, et s'ap- 
puyait sur des considérations et des preuves savamment 
exposées: c'était le produit d'un travail prodi£,neux dont 
l'analyse la plus détaillée donnerait dillicilement une idée 
surtisante. 

Partant de cette donnée, que les Itinéraires d'Antonin 
renferment, en effet, deux rédactions différentes de la 
route qui traversait le Roussillon, pour aller de Narbonne 
en Ibérie, M. de S'-Malo s'était, pour ainsi dire, unique- 
ment attaché à expliquer ces deux rédactions, en néijli- 
geant presque entièrement les autres témoignages des 
historiens et des géographes anciens. 

II reconnaissait sans diUiculté que, du tenqis d'Annibal, 
il y avait une roule pour voyager, depuis l'Kspagne, à tra- 
vers les Pyrénées, jusqu'aux Alpes. « Plus tard, ajoute-t-il, 
« après la complète de la (laule Braccala par les Romains, 
n Domitius (rt'ji(d>arbus lit construire un grand chemin qui 
« traversait entièrement la nouvelle province. Prnt-rirc 

' lli\l. de RousiiUon . lo I. p ','<(). 



174 

« même que cette nouvelle voie n'était qu'une amélioration 
« apportée à la route primitive, en lui donnant sur certains 
« points, sur certaines localités, une direction nouvelle. » 
En conséquence de cette hypothèse, M. de Saint-Malo 
pensait, qu'à l'exception d'une partie du chemin, en 
sortant de Narhonne, rien n'était commun entre les deux 
embranchements, pas même le point par lequel ils en- 
traient dans le pays des Sordons, ni celui par où ils 
débouchaient en Ibérie. C'étaient donc deux routes 
distinctes, ayant chacune des stations i)articulières, au 
moins depuis Viçicsimum, où elles se séparent, 'jusqu'à 
Juncaria, où elles aboutissent également, pour se diriger 
ensuite à travers la Péninsule Hispanique. 

M. de Saint-Malo ne s'est pas occupé de celle de ces 
deux branches qui, dans son hypothèse, passait par 
Salsulœ, Saint-Saturnin, Pia et Ronpas, pour aboutir à 
Ruscino, et allait ensuite directement sur le passage 
actuel du Perthus (Pi/renœum). Sa dissertation avait 
principalement pour objet la branche qui, suivant lui, 
passait par Ruscino et Illiberis , et qu'il considérait 
comme la route primitive. Voici les résultats auxquels 
il était arrivé. 

M. de Saint-Malo fait commencer la bifurcation des 
deux routes depuis Vigesimum, qu'il place à la Palme; il 
contourne l'étang de ce nom, en se dirigeant en droite 
ligne vers Leucate. H s'avance entre l'étang de Salses 
et la mer, passe le Grau, et établit la station Combusla 
au lieu appelé Tottr ou la Tour sur l'Agli, « qui, à cette 
« époque , et même plusieurs siècles après , au lieu de 
« se perdre dans la mer, se dégorgeait dans l'étang de 
« Salses. » La roule arrive ensuite à Ruscino, en passant 
par Mulationes (Mudagons), dont le nom semble indiquer 
une niulalion, ou maison de poste. A partir de Ruscino, 
le chemin suivait la carrera de Carlos Magno, dans la 
direction df Cabestany et de Salellas, jusqu'aux environs 



17.-) 

du Mas Rocabruna, cl arrivait à 'lésa. « Au-delà de ce 
« lieu, la voie romaine fournit do nouveau deux branches: 
« l'une conduisait à Cduroliberi et Porhis Venen's, à tra- 
« vers les territoires de Mossellos, S'-Cyprien, La ïour- 
« l)as-Elne et Argelès; l'autre, se dirii^cait sur Illiberis, 
<( en passant par Cornelia-del-Vercui '. » Celle-ci, qui, 
selon notre auteur, serait celle de VJtmérairc, s'en va, 
par un chemin bien connu, (Vfllibcris à ïatzo-d'Amont, 
« Tacio, dans les plus anciens documents du moyen-âge, 
« corru{)tion iiicoiilrslable du mol latin Slatio, désignant 
«un j)oiut d"itniéraire, et par conséquent le voisinage 
« d'une ancienne voie publique. » De Tatzo, le chemin 
parvenait sans difliculté ii la vallée de Saint-Martin, en 
passant par la Pave » Pansa, dans les monuments du 
« moyen-àge. La dénomination de ce hameau et sa posi- 
« lion sembleraient indiquer un lieu de repos, établi pour 
« les voyageurs, sur la route que parcvurut un corps d'ar- 
« mée du roi Wamba^. » Le hameau de La Vall serait la 
station ad Ccnturiones. Le chemin se perd, à quelque 
distance de là; mais l'inspection des lieux porte M. de 
Saint-Malo à croire que la voie romaine remontait le 
vallon de la rivière de la Massane, et parvenait au coll de 
la Carbassem, à l'est du Roc vulgairement appelé dels 
quatre Termens. Ce passage se trouvant élevé de 500 
mètres de i»lns que celui du Perfhus, explique, suivant 
notre ariticiuaire, pourquoi les Homains, reconnaissant la 
différence d'élévation de ces deux débouchés, voulurent 
la constater, sans doute, en appelant simplement Pi/re- 
nœum la première station (le lY^rthus), et Summum 

' M. ilf Sainl-M.ilo adiiieUiiit (loin- l'cxislrnre de trois tcmU-s , partant 
toutes d'Llliic, pour fraucliir les Tyrénéos, Tmiio au IVrllius, l'.itilrr au coll 
dt la Carbassna , ri la troisii'inc par le IkuiI di' la uki-, <ii ii;i~saiil par 
Arpelcs. 

2 (h) a VII ((up, pour s'emparer de Caiicoliberi et d't)ltréra , ce eurp- 
d'ariili'e par -"iirul (o eiiii- yM'ujiK ijw suivait /.• hnnl ,lr In mer. 



176 

Pyrenœnm le second de ces passages. C'est donc dans le 
voisinage du coll de la Carhassera qu'il faudrait clierclier la 
station 5»mm»m Pyrenœum, «lieu complètement inconnu 
« de nos jours. » Knlin, après être sorties de la Gaule, les 
deux voies aboutissaient h un nu'nie point, c'est-à-dire à la 
station nommée Juncaria, située à IG milles romains de 
l'une et l'autre stations pyrénéennes. Une pareille situa- 
lion ne pouvant convenir au village actuel de la Junquèra, 
M. de Saint-Malo propose de chercher ladite station vers 
les parties basses de l'ancien pays des Indigètes, où 
était jadis le champ Juncaire. 

Nous n'entrerons ni dans la discussion des distances don- 
nées par M. de S'-Malo entre les diverses stations, ni dans 
l'examen des correcfionsqu'il proposede faire aux nombres 
fournis parles Itinéraires dits d'Antonin. On ne peut que 
s'incliner devant l'exactitude de ses chiffres, comme 
devant la justesse de ses observations scientifiques et 
géographiques , la profondeur et la variété de son éru- 
dition. On ne pouvait moins attendre d'un savant aussi 
versé que M. de Saint-Malo dans la connaissance du 
Roussillon et des documents de son histoire. Ce serait, 
d'ailleurs, nous écarter de notre sujet, que de relever, 
dans sa dissertation , un très-petit nombre d'assertions ou 
même de simples expressions, jus(|u'à un certain point 
contestables, échappées dans l'ardeur de la discussion, et 
dont M. de Saint-Malo lui-même aurait, sans nul doute, 
modifié la portée ou atténué les conséquences. Telle est 
rimpression générale qui résulte, pour nous, de l'étude 
de ce mémoire : mais les observations historiques ou ar- 
chéologiques dont il est enrichi , quels (pie soient d'ail- 
leurs leur mérite intrinsèque et leur importance pour 
l'étude de nos antiquités, ne fournissent aucun argument 
décisif en faveur du système, adopté par M. de Saint- 
Malo, sur la direction présumée de la voie romaine en 
Roussillon. 



Tout ce syslème n'a pas irantrc raison d'ètro que la 
double rédaction des Itinéraires d'Antonin, sur laquelle 
nous nous sommes dt^à expliqué. M. de Saint-, ^laio 
s'appuie, en outre, sur la distinction qu'il établit entre 
le Pyrenœum de la première rédaction et le Summum 
Pi/renœxm de la seconde : ce dernier aurait désigné le 
coll de la Carbassera , qui se trouve en ell'et beaucouj» 
plus élevé que le passage du Pertlius. Cette observation 
paraît justiliée par l'état des lieux; mais nous ne pouvons 
l'accepter, car, des l'époque romaine, il y avait sans 
doute des noms particuliers pour cbacun des passages 
des Pyrénées, et il est permis de penser que ces déno- 
minations ne se basaient pas sur l'altitude conq)arative 
des cols il francliir. Tout semble prouver, au contraire, 
que les mots Pyrenœum et Siunmiim Pyrenœum dési- 
gnent un seul et même lieu, dont le nom jiropre nous 
est inconnu; et ce lieu ne peut être que le point fulmi- 
nant de la route, au passage de la cbaine des Pyrénées'. 

Nous avons prouvé d'ailleurs que, dans les deux rédac- 
tions, la distance de 16 milles qui sépare Juncaria de 
Pyrenœum, aussi bien que de Summum Pyrcmvum, ne 
pouvait exister, et ne se comprend, qu'en admettant l'exis- 
tence d'une seule voie. Nous sommes donc fondé à 

' l']ii voici une preuve convaiiiranle , cnipruiilée .lU pnrcours de la voie 
rjiiialiail (l\lj/urica à Durdigala. Nous y trouvons eneore un point (lésij;né 
aussi sons le nom de Summum Pyrenœum, dont le sens est <rautunt plus 
frappant qu'il n'y a i]u'une seule rédaction, pour cette voie, dans les lliiiè- 
raires d'Anlonin. On y lit : 

Pampiloneni M. P. VIII. 

Turissain M. l'. Wll. 

Summum l'yrcnrrnin I\I. P. Wlll. 

Imuin l'yremeuni M. l'. V. 

Carasam M. P. Ml. 

Il est l)ien évident (ju'iri r/fiiiiHi l'ijieiKium désigne lu pied de la monta- 
gne , laiidii (|ne le iummum l'yrtmrnm doit seiiteudre de son sommet , de 
mc^me (|iie liiir la route roussillniuiaisc. 

1-' 



178 

conclure que les auteurs de ces deux rédactions, comme 
celui de la Table de Peutinger, ont suivi une seule et 
même voie, et qu'il ne faut voir qu'un seul et même 
lieu dans celui qu'ils désignent sous les noms de Pyre- 
nœuni et Summum Pyrenœum. 

Les autres considérations archéologiques données par 
M. de Saint-Malo à rapi)ui de son système , ne présen- 
tent aucune preuve décisive relativement à l'existence 
des deux routes '. 

* Il V a cependant une indication dont il faut tenir compte. Il existe en 
effet, sur la rive droite de l'Agli , entre Clayra et Torreilles, un lieu de 
Mudagons, anciennement ,U«/aJioiics, qui, selon notre auteur, serait le 
nom encore conserve d'une mulatio, ou relais de poste, de l'ancienne route 
romaine. Nous it;norons quelle est l'origine précise de cette dénomination, 
et nous sommes loin de contester le sens qu'on lui atlrilnie , ni son rap- 
port avec l'existence d'une ancienne roule. Nous ferons seulement obser- 
ver que ce nom se retrouve, prcsqu'idciilique, (Mudaxos, Mudassos, campus 
du Muiationibtis) aux conflns de Canohcs et d'Aurils (De SAiNT-MiLO, 
Publicaleur, V^ année , n° 56 ). Un acte de vente du 5 février 1461 , men- 
tionne encore une vigne au territoire de Canolies, au lieu dit de Mudasos, 
confrontant avec une autre garrigue dite de Mndasns (Bern. Fuster, notaire). 
Dans une autre vente du 5 des ides de février ^1275, il s'agit d'un cliamp 
au territoire de Corncilla-de-la-Uivière , au lieu dit ad Mugadas (Hop. de 
Perp. , p(«c/i44, n" 3 ) ; et dans une reconnaissance du 7 des calen. de 
février ^297, il est question d'une pièce de terre au territoire d'Espira-dc- 
Conflent, au lieu dit ta Mudada. Comme il parait assez difGcilc de ratta- 
cher toutes ces dénominations à des relais de grandes routes, il est permis 
de penser que leur origine est peut-être différente de celle qu'indiquait 
M. de Saint-Malo. Dans tous les cas, ce nom seul ne saurait autoriser 
l'existence d'une route qu'aucun autre monument n'indique, et que plu- 
sieurs contredisent formellement. — 11 en est de même du lieu de Casa 
Stationi, qui semble en effet indiquer une ancienne station. Mais il est 
trcs-difflcile d'en déterminer la situation, d'après les termes d'un document 
de l'an 854 , le seul qui en ait parlé ; d'autant plus que ce lieu est appelé 
ad Casa Slalioni, dans l'édition de Baluzc (Append. ad CapiluL, col. 15 62)^ 
et arf Casas Tationi , dans celle du Callia christiana ( tonio VI, page 410 ). 
Cette dernière le(;on assimilerait ce vitlar à celui de Tatzo d'avail; et la 
situation de ce lieu , quelle qu'en fût l'origine, n'aurait rien que de Irès- 
favurablc au système que nous avons cru devoir adopter. 



179 

M. Pniggari no semble pas s'être occupé d'éludcs 
parliculières sur la question de notre voie romaine, et 
qucicpies-unes de ses assertions prouvent qu'à cet égard, 
il s'en tenait au système de M. de Saint-Malo ' , dont le 
principal mérite, à nos yeux, est d'avoir prouvé que 
celte voie pouvait traverser les Pyrénées, par un passage 
plus oriental et plus rapproché de la mer que celui du 
Perlhus. 



Tels étaient, jus(iuc dans ces dernières années, les tra- 
vaux et les interprétations auxquels avaient donné lieu les 
témoignages des auteurs anciens, relativement à l'an- 
cienne voie romaine du Roussillon. Tous ces systèmes 
n'avaient fait que multiplier les dinicultés et les incerti- 
tudes, lorsque M. de Gazanyola ramena la question sur 
son véritable terrain, et donna une solution qui, sans 
être complète, doit être le point de départ de la vérité. 
C'est l'opinion que nous avons adoptée, parce qu'elle est 
uniquement ibndée sur l'interprétation naturelle et histo- 
rique des textes anciens. iMais, si nous avons dû nous 
séparer, sur cette question, des opinions émises par des 
savants distingués, dont nous apprécierons toujours, 
comme ils le méritent, les services rendus aux éludes 
historiques, ce n'a été qu'après avoir étudié leurs sys- 
tèmes et examiné leurs arguments avec la plus sérieuse 
attention. M. de Saint-Malo s'était trompé par un excès 

' le rublicattur, du 2't octobre 185.". — Il parait que M. Al. du î\IiW 
avait (li'j.'i cx|irimo son opinion sur IVxistencL' de nus deux rtuiles , dans 
des IMéinoirt's adressés à l'Académie des Belles-Leltres de riiislitiit, en 
1823. Nous n'avons pu nous procurer son travail : mais il est fort singu- 
lier que , dans la note qui nous fournit ce ronsoij'nonienl (llisluire de 
Languedoc, édit. nouvelle, Toulouse, IS'iO, to. I"", p. 138), M. du Mé(jc 
ait attribué a M. rui|;gari les articles et la dissertation de M. Jarq. de 
Snint-Malo, insérés dans le l'ubticaleur de 1852 et dans V Annuaire de 1834. 



180 

(réi'iulilioi), s'il est permis de le dire ; quaiil à MM. Henry, 
Walckcnaër, Dom Vaissète, elc, ils n'avaient lait que 
s'égarer sur les traces de M. de Marca : trompés le plus 
souvent, les uns et les autres, par des ressemblances 
de noms légèrement observées et trop facilement ad- 
mises, ou par des débris plus ou moins authentiques 
d'anciennes voies ou de monuments, qui, malgré leur 
antiquité, ne peuvent absolument rien prouver, relati- 
vement au parcours de notre voie romaine. Ils étaient 
surtout trompés par cette fausse idée, que les nécessités 
administratives du Roussillon et les conditions d'exis- 
tence des voies de communication étaient, à l'époque 
romaine, telles qu'on les voyait encore au xviie siècle 
ou de nos jours. 

Nous croyons avoir prouvé que tous ces systèmes sont 
également inadmissibles; celui de M. de Gazanyola est le 
seul qui soit conforme au sens des anciens documents, 
les seuls que l'on puisse invoquer en pareille matière. 
C'est ce que nous achèverons d'établir, en appliquant h 
l'état actuel des lieux les témoignages de l'antiquité, et 
en développant les preuves fournies par les recherches et 
les découvertes modernes, à l'appui du système que nous 
avons adopté. 

Des sucRiaro» roaia>»îes par Ick Miittérnit'^fa 
t'Oiâtniats rclutitu à notre Voie. 

Tous les renseignements fournis sur notre voie romaine 
par les auteurs a.iciens, ne pouvant se rapporter qu'à une 
seule voie, il semble assez naturel de croire que ces docu- 
ments devraient se trouver parfaitement d'accord sur les 
chiffres des distances, comptés entre les diverses stations. 
11 n'en est pas tout-à-fait ainsi. Ces distances ne sont 
marquées que sur la Table dite de Prutinr/er et sur les 
deux rédactions des Itinrraircs dits dÀntonin, et l'examen 



I 



181 

(le ces Irois docuinents constate seulement, entre eux, 
les ressemblances suivantes : 

i" Les deux rédactions des Ilinrrairrs sont unanimes 
pour compter IB milles entre Juncaiia et Pyronvum ou 
Summum Pyrenœum. La Table com[tte 8 milles entre 
Summum Pyrenœum et Juncaria, en mettant, à -4 milles 
de l'un et de l'autre, la station intermédiaire de Dedana. 
Mais ces derniers chilfres sont évidemment erronés, et 
l'on peut, sans hésiter, corriger les deux nondjres un en 
VIII, ou l'un des deux en xii; ce qui donne les xvi milles 
Iburnis par les Itinéraires; 

2<^ La première rédaction de VIfinéraire et la Table 
s'accordent à com[)ler o milles entre Summum Pyrmœum 
et Cenluriones , ou Centcnarium (selon la Table); 

3° La première rédaction de \ Itinéraire compte G mil- 
les entre liuscinone et Combusta. La Table présente aussi 
le nombre 6 entre liuscinone et la première station qui 
venait à la suite, en se dirigeant sur Narbonne; et, bien 
que le nom de cette station soit omis, on ne saurait 
hésiter à restituer ici le nom de Combusta. 

On constate, au contraire, les différences suivantes : 
1" Entre Rnscinone et Cenluriones, la première rédac- 
tion des Itinéraires compte 20 milles, tandis que la Table 
n'en donne que 10, entre liuscinone et Centcnarium ; 

2" Entre Salsula' et Stabulum , la seconde rédaction 
des Itinéraires devrait compter 19 milles, pour être d'ac- 
cord avec les chiffres de la première rédaction , tandis 
qu'elle en porte 48, c'est-à-dire 20 milles de trop. 

Cette seconde différence est tellement dispro|)(»rtinnnée, 
que, pour trouver l'explication des i8 milles, il iaudrait , 
non-seulement diriger la voie de Salses jus(|n'an I^miIuis, 
mais encore lui supposer des contours extriiordinaires à 
droite et a gauche, à moins de la faire revenir plusieurs 
fois sur elle-même. C'est um' erreur évidente, reconmie 



i82 

par tous ceux qui se sont occupés de noire voie', et l'on 
peut, sans aucune dilïiculté, corriger le nombre xlviii 
en XVIII, ou même en xviiii milles, si l'on veut que 
celte rcdaclion de Vllinêraire soit tout-à-lait d'accord 
avec la première. 

On ne saurait donc avoir une confiance absolue dans 
nos trois documents routiers, tels que nous les avons, 
pour ce qui concerne les nombres comptés entre les 
diverses stations. Nous ne cbercberons i)as d'où peu- 
vent provenir ces variantes, et bien moins encore quels 
sont les chiffres qu'il foudrait adopter comme définitifs. 
Mais il est bien évident que la seule différence réellement 
constatée dans nos deux itinéraires (celle de 1 mille de 
moins entre Ruscinon et Ccnturiones) , n'est pas assez 
importante pour faire croire qu'elle puisse provenir de ce 
que les rédacteurs de ces documents auraient suivi deux 
-routes distinctes entre les deux stations mentionnées, 
puis(jue ces trois itinéraires eux-mêmes prouvent qu'ils 
avaient tous suivi la même route, en donnant les mêmes 
nombres entre Combusta et Ruscino, Centiiriones et Sum- 
mum Pyrenœum,ce dernier point eiJuncarin . Nous sommes 
donc parfaitement d'accord avec tous les témoignages des 
auteurs anciens relatifs à notre voie romaine, en concluant 
que les indications des trois itinéraires, comme celles de 
Polybe, de Strabon et de Julien de Tolède, se rapportent 
a une seule et même route, allant de Narbonne à Barce- 
lone, en passant par Salscs, Ruscii)o, UUbcris, Canco- 
lihcri, les environs d'Enqiories et Gerone; et nous pou- 
vons combiner, dans le tableau suivant, tous les noms et 
les chiffres fournis par les trois itinéraires, pour la partie 
de cette route qui concerne l'ancien lloussillon. 

1 F.ouis Noniiis (Nouez) et M. Ilcnry , réduisent les 48 milles à 38 ; 
M. Je Maica, à 28; M. de Saint-Malo propose aussi diverses corrections. 



183 



NOMS DES STATIONS 

fournis 
par les trois ilinéraires. 



Narbona 



Vigcsiinuni. 



NOMrtnE HE MILLES FOURNIS PAR 



La Table 

do 
l'eutinKcr. 



La première 

réilaction 

(le ritiniîrairc 

d'Aiitonin. 



20 



.La deuxième 

rédaction 

de riliiidraire 

d'Antonin. 



30 



Salsulic , 



14 



Coinbusta . 



Ruscinone. 



48 






lllibcris. 



Stabuluni 



12 



20 



Ccnlurioncs ou Cenlena- 
riiiin 



1G 



Pyrenîciim ou Suunmiin 
Pyreiioeum; 



Dec la 11 



Jiiiicaria . 



) * 

, I (ïiO 



u 



<6 



184 

La concordance des nombres fournis entre certaines 
stations, dans la Table et les Itinéraires, ])rouve que ces 
documents ont fait usage d'une mesure identique, et le mille 
romain, qu'ils ont employé, a une valeur de d.-i85 mè- 
tres, selon Topinion généralement admise. C/est d'ailleurs, 
une question qu'il importe peu d'élucider ici; car nous 
serions fort embarrassé, s'il fallait ai)pliquer aujourd'liui, 
sur le terrain , les données des itinéraires de l'époque 
impériale, et justifier l'emploi exact et rigoureux des 
1.48o mètres du mille romain, pour retrouver la position 
j)récise des stations de notre voie. Sur quoi se baserait- 
on? Quel serait le point de départ de ces mesures, et 
comment pourrait-on en contrôler l'application? ^iotre 
ancienne voie est aujourd'hui entièrement détruite, et, 
tout au plus, peut-on conjecturer qu'il en existe de rares 
fragments, à quelques mètres au-dessous du sol actuel, 
dans la partie de la Salanque comprise entre le cours 
de l'Agli et celui de la Tel. Des fouilles dilliciles et bien 
incertaines pourraient seules les faire découvrir. Quant 
aux débris signalés dans le voisinage de Saint-Cyprien, ils 
ne paraissent pas plus authentiques que ceux de l'ancien 
chemin de Maurellas. On n'en indique point ailleurs, qui 
puissent être admis d'une manière incontestable comme 
des restes de notre voie romaine , et il nous en coiile peu 
d'avouer que nous n'en avons {»u découvrir le moindre 
indice. Dans un pareil état de choses, la connaissance 
rigoureusement exacte de la valeur du mille romain ne 
serait pas d'une grande utilité, et la recherche des distances 
réelles qui séparaient les stations anciennes, devient ex- 
trêmement diilicile. Si on voulait, par exemple, opérer 
entre deux stations bien reconnues (Rusciiiu et llliheris), 
et séparées par une dislance de 7 milles, selon les itiné- 
raires, on ne connaîtrait d'une manière précise ni le point 
de départ, ni celui où il faudrait s'arrêter, dans l'une ou 
l'autre de ces localités. Suivrait-on une ligne rigoureu- 



IÎS5 

seinenl dioile, ou s'eiigagerait-oii clans tous les coiilours 
(les clu'inins, plus ou moins anciens, qui conduisent encore 
aujourd'hui d'Elne à Castell-Rossollo? Les objections et 
les (liinrultés sont encore plus nombreuses pour les 
autres stations, surtout pour celles où les mouvements 
du terrain augmentent nécessairement les sinuosités d'une 
mute quelconcpie; et l'on ne saurait quel compte tenir 
des pentes qui seraient inévitables dans nos calculs, et 
qui pouvaient être moins sensibles autrefois, à cause des 
ponts ou des terrassements qui ont [ni exister, et dispa- 
raître depuis bien des siècles. 

Ainsi donc , tant (pie des découvertes archéologiques 
n'auront pas lait reconnaître, d'une manière complète et 
certaine, le parcours exact de l'ancienne voie romaine en 
Iloussillon, on ne peut songer à déterminer d'une manière 
précise la valeur du mille employé dans les anciens Iliué- 
raires, ni désigner les lieux où il faudrait placer les sta- 
tions mentionnées. Tous les calculs ne pourraient donner 
que des résultats aitproximalifs, et n'aboutiraient (ju'a 
(les données générales, dont il faut bien se contenter en 
cemomen'i, si l'on ne veut pas s'égarer dans le champ des 
conjectures et s'exposer à voir renversé, par une décou- 
verte imprévue, un édifice (\u\ ne pourrait être bâti aujour- 
d'hui que sur de pures su[)|»ositions. C'est un écueil que 
nous lâcherons d'éviter, et au lieu de tracer, pour le plan 
topographique de notre ancienne voie, une ligne d'un 
parcours bien déterminé, avec des chill'res et des noms 
bien certains, correspondant aux évaluations et aux sta- 
tions des anciens itinéraii'es , nous nous bornerons à 
applicpier sur le terrain même, autant (|ue possible, les 
indications fournies par les auteurs anciens, et que nous 
avons tâché d'interpréter, en prouvant que le petit nom- 
bre d'indications modernes recueillies jusipi'ii ce jour, 
conlirmenl toutes nos explications, et jiislilienl les seules 
consé(piences (jue nous prétendions en tirer. 



186 



Parcours «lo la %'olc Komainc, tic Gerutula 
à Karlionnc. 

Sans piélendre, en (jnoi (|ue ce soit, contester la pos- 
sibilité de Texistence de plnsieurs routes en Roussillon, 
pendant la période romaine, nous croyons avoir établi 
que les documents anciens n'en ont jamais mentionné 
qu'une seule, qui allait d'Emporics^ au filiône (Polybe), 
on suivant la côte autaut que possible. Elle entrait dans 
la Gaule aux Tropliées de Pompée, situés an voisinafje de 
la mer, selon Strabon, et traversait le Roussillon, en 
passant par llUbcris, Huscino et Salsulœ, selon les Ili- 
ncmires. 

En partant de ces données, dont nous venons de 
démontrer l'exactitude , nous allons suivre sur les lieux 
mêmes le parcours de notre route. 

En partant de Gerunda vers Narbonne, la voie publique 
se dirigeait vers la côte marilimc, et arrivait à Emportes. 
Les llinéruires ne nomment pas cette ville, et, bien que 

' Tout en aJmettatit que les tcmni[;nages de Tantiquité, recueillis jus- 
(|u'ici sur celte question, ne se rapportent qu'à une seule et même route, 
on se demande, il est vrai, pourquoi certaines villes, telles ({u'/iiît/jotcs, 
ne se trouvent pas même nommées dans les Itinéraires romains. Ces omis- 
sions sont faites pour surprendre; mais il ne faut pas oublier que les 
auteurs de ces documents, composés dans un but qui demeure encore 
inconnu, ne se proposaient nullement de nommer les villes plus ou moins 
importantes qnc traversaient les voies romaines; el, pour ne parler qucdu 
Roussillon, nous voyons que la ville à'iUiberis est omise par les deux 
rédactions des Ilintraires, celle de Huscino est également passée sous silence 
parla 2"^ rédaction. D'autres villes, bien plus importantes, se trouvent 
aussi omises dans ces documents, (|ui sont remplis de noms vagues, tels 
que fines , désignant de simples liiuilcs, ou Vigesimum , qui n'était ni une 
ville ni un hameau , mais une simple borne marquant le vimjlicme mille à 
partir de Narbonne. Le silence de ces documents ne saurait donc affaiblir, 
en quoi que ce soit, la valeur du témoignage de l'olybe. 



187 

leur silence ne prouve iien contre le témoignage lonnei 
de Polybe, on peut admettre que, sans arriver à lùiipo- 
rics, la route de l'époque impériale laissait cette ville un 
peu à l'est, et traversait en droite ligne la plaine basse 
et marécageuse, qui l'entoure à l'ouest et au nord, et 
qui, dans Strabon, jjorte le nom de Champ Juncaire. 
Les trois itinéraires signalent précisément une station du 
nom de Jnnraria, dont la position, d'après le chillVe des 
lUncraircs (à IG milles des Pyrénées), correspond sans 
difficulté à un point quelconque du ttccJiov lo-j-y-yaoïov, 
La voie se dirigeait ensuite vers les Trophées de Pompée, 
situés sur la côte, au sud du Temple d'Aphrodite et sur 
la limite des Gaules et de l'Ibcrie, position qui ne peut 
convenir qu'au lieu de Cervaria , ou aux environs de 
l'anse actuelle de Cervera. Pour arriver en ce lieu, en 
partant de Juncaria , la route devait nécessairement 
Irancbir une cliaine de montagnes qui se détaclie des 
Pyrénées, entn; le col de Iktiii/ids et ta Massana, et se 
prolonge justju'au cap de Creus. Rien n"indi(pie aujour- 
d'bui l'endroit où s'elfectuait ce passage; car la station 
intermédiaire de Declana, citée par la Table de Peutinger 
entre Juncaria et Summum Pijrenœum (et corrigée en 
Deriana par les éditeurs modernes), pourrait corres- 
pondre au lieu actuel de Dcijiù, selon M. de Saint-Malo, 
ou à celui de Llaiiçà (Lanciuna) sur mer, selon d'autres. 
Nous n'avons pas à nous prononcer entre ces deux opi- 
nions, qui se fondent uniquement sur l'analogie que ces 
noms offrent entre eux. Cc[)en(lant, c'est de là (pie dé- 
pend la connaissance du lieu dit l'i/reiia'utii ou SuniDiutu 
Pijrcnœiim, qui correspondrait aux environs du col de 
Banyuls si la route devait venir de Del fia, tandis qu'en 
partant de LIança, et en suivant la côte, il faudrait le 
clierciier vers le col qui débouche sur lîanyuls, entre 
la tour de (Jucr-l(oi(j et Ccroaria , (jui était la limite 
des (iaulcs, selon Mêla. C'est là que se trouvaient les 



ISS 



Trophées de Pompée. On ignore d'ailleurs eu quoi con- 
sistait ce monument, et l'on sait que, du temps de la 
République Romaine, on entendait par trophées de sim- 
ples poteaux auxquels étaient suspendues les armes prises 
à l'ennoiiii, telles que casques, cuirasses et boucliers. 
Pline ajoute que, dans le monument élevé en ces lieux 
sous le nom de trophées, Pompée « s'était borné à 
« constater la soumission qu'il avait obtenue de 876 
«villes, depuis les Alpes jnscju'aux frontières de VE&- 
« pagne lllérieure; » et Dion Cassius ^iiv. XLl) ajoute que 
Jules César passa aussi par le Pyrenœum, à son retour 
de Tarragone, « mais il n'y éleva pas de trophées, parce 
« qu'il se rappela que Pompée avait été repris a ce sujet; 
« il se borna donc à dresser un aulel (ô'coy.ov) de pierres 
« taillées içEcrrfTr/i, non loin des trophées de son rival. » 
Personne, jusqu'ici, n"a pu indiquer, d'une manière cer- 
taine , la place exacte ou le moindre débris de ces deux 
monuments. 

Quoi qu'il en soit, en parlant des Trophées de Pompée, 
la route devait remonter la côte, dans la direction du 
Temple d'Aphrodite et du Port de Vénus, pour aboutir 
à Caucolil)cri iCollionre). Ces deux noms ne se trouvent 
sur aucun itinéraire romain , mais l'anonyme de Ravenne 
nomme Caucoiilyeri parmi les cités de la Septimanie, au 
même titre que Comimsta et Pyrenœum, qui, selon toute 
apparence, n'étaient pas même des lieux babités. On est 
donc fondé à croire qu'en ceci, ce géographe se bornait 
à transcrire ces noms tels qu'il les trouvait dans les 
documents routiers; d'autant plus que, d'après les récits 
de Julien de Tolède, nous voyons, celle des colonnes de 
Wamba qui avait suivi la voie publique, le long de la mer, 
arriver tout d'abord au Casfrum Cnncoliberi, et s'en em- 
parer après être partie de Geninda. C'est exactement le 
chemin (pie nous venons de parcourir. Notre voie parve- 
nait ensuite à lUibcrre, selon la Table de Peutinger, puis 



\H9 

à Ruscinonc, selon cft iiiôine document, d'accord, on coci, 
avec la première rédaction des Itinéraires dits d'Anfonin. 

Kntrc Rnscinonc, dont la situation est bien déterni inéo, 
et le passage des Pi/rrixrs^ qu'il est encore impossible de 
désigner d'une manière précise, nous n'avons eu d'autre 
guide que les témoignages des auteurs anciens; car on 
ne peut faire aucun usage des inscriptions de Théza ou de 
Saint-André, des médailles ou autres monuments antiques 
découverts jusqu'ici, dans la région que nous venons de 
parcourir. Ces monuments n'ont aucun rapport avec une 
voie publique, et ne peuvent rien prouver dans cette 
question. On ne signale, d'ailleurs, ni là, ni sur aucun 
autre point du Roussillon, aucun vestige certain d'une 
voie romaine. Tout ce que l'oi» peut considérer, comme 
définitivement établi, se borne donc à la direction générale 
de la route, telle que nous venons de l'indiquer, et aux 
deu.\ stations bien reconnues de RHsci)to et d'Illihrris 

Entre celte dernière et celle de Summum Pi/renœum, 
les documents routiers signalent encore la station dite 
Ad Stabulum , qui, d'après les nombres de la deuxième 
rédaction des Itinéraires d'Antonin , comparés à ceux de 
la première, devait se trouver h 1 mille d'Illilx'ris, vers 
le passage du Tech. Il serait bien dillicile, et, dans tous 
les cas, fort peu important, de rechercher aujourd'hui la 
situation de cette ctable , prise connue jalon d'une nota- 
tion d'itinéraire, dans un but qui demeure inconnu; et il 
est bien certain que la connaissance de ce lieu ne serait 
d'aucun intérêt, sous aucun autre rapport. Il en est de 
même du poste dit Ad Ccntcnarium ou Ad Centvriones , 
qui, d'après nos calculs, se trouverait à 12 milles de 
Stabulum et à 5 milles de Pyrenœum : ce qui se rappor- 
terait à peu près au territoire de Collioure'. 

* Quelques mois d'uiio note, Iriinsporlés, par' tniMir, dans le texie de la 
p. ■Il î), foraient considérer comme nous appartenant, une opinion que nous 
siiminc-i loin d^irccplci', nu iiiji'l ilo Iii Mliiatinn du liin dit ail rtnliiriniif\ 



190 

11 y a moins d'incertitudes pour la partie de la route 
qui reste à parcourir, entre Rnscino et la limite du pays 
des Sordons. 11 est vrai, que plusieurs auteurs, comme 
on l'a vu, ayant considéré comme des ruines romaines 
quelques débris d'anciens ponts, qui se voient encore à 
Perpignan et à lîivesaites, en ont conclu que la voie romai- 
ne, au sortir de Ruscino, se dirigeait vers le pont de Per- 
pignan, pour y passer la ïet, et aller de là vers Rivesaltes 
et Salses. Mais on est loin d'avoir reconnu une cons- 
truction romaine dans le pont dont une partie existe 
encore à Perpignan; et, l'importance de cette ville ne 
datant tout au plus que du xiF siècle, rien ne peut au- 
toriser à y faire passer la voie romaine qui conduisait de 
Narbonne à Ruscino. Lesvlisiances marquées sur les Iti- 
néraires s'y opposent; la construction d'un pont comme 
celui de la Pierre n'offrait pas plus de dilîlcultés à Castell- 
Rossellô qu'à Perpignan, et tous les témoignages con- 
courent à prouver que la voie romaine allait directement 
de Ruscino vers Salsidœ, à travers la Salanca. Il existe 
des preuves certaines à cet égard. Pour aller directement 
de Ruscino à Saisniœ , la route passait nécessairement 
entre le village actuel de Bonpas et Saint-Sauveur-de- 
Canomals. « De là, elle se dirigeait vers le pont Traucat, 
« épithète indice d'une grande vétusté , qu'il portait dt\jà 
« en 1569, époque où le chemin qui venait y aboutir, en 
«partant de Pia, était appelé indifféremment cami del 
« Pont tramât ou de la Caussade, en langue vulgaire, 
« ou (kdciata, en latin, dont la signification prouve assez 
« qu'une chaussée avait passé sur ce pont. De là, cette 
« chaussée pénétrait dans le territoire de Pia, traversant un 
« terrain boisé, appelé la Femna morla , jusqu'aux ruines 
« d'un pont dit de Pacals. C'est du moins ce que parait 
« prouver un acte du 6 juin 1413 *. » Après le passage de 

* De Gazanyola, llisl. du fioiiss., p. 55 et '6'i. Nous ne roniiaissons Tarie 



101 

la rivière de l'Agli, la roule se dirigeait, entre Saint- 
Pierre-(/e/-r«7rtr et Clayra, à travers une plaine caillou- 
teuse, aujourd'hui i>lanlcc en vignes, et atteignait le lieu 
de Sidsithr. Les souvenirs de Tancienne chaussée ahon- 
dent dans tout ce parcours. 

Dès l'an H39, nous trouvons mention de deux vignes 
situées au territoire de Canonials , au lieu dit Cal- 
çada * . 

Selon M. de Sainl-Malo, un acte du mois de juin 120.S 
signale, dans la Salanca, « un vieux chemin, auquel on 
« donne le nom de Calciala, mot dont on se servait dans 
« la basse latinité pour désigner une chaussée ou, pour 
« parler plus clair, un chemin ferré, d'où l'on peut con- 
« dure qu'un chemin conservant encore quelques vestiges 
« propres à caractériser une voie romaine, ou du moins 
« suivant le gisement d'une de ces anciennes voies, exis- 
« tait au commencement du xiiF siècle dans ces localités.» 
Anmudre de 1851 , p. 2!2!2. 

Le mot de Slrada n'est pas moins significatif, et Ton 
trouve, dans un acte du ô des cal. de mars li260, une 
propriété des Templiers, située au territoire de Salses, 

de I'(I5 qiio par la meiilioii qu'en fait M. de Gazanyola , i|iii a In l'acals 
au lieu de l'cracals. Celle erreur s'explique assez, pour ceux ([ui oui (jnelque 
liabiluJe des abrévialions palco{;rapliic|ues de l"écriture roussillounaise au 
XV'' siècle; mais la correclioii que nous proposons est pleinement justifiée 
par la situation do la villa du Veracals, près de l'Agli, au voisinage iVorlo- 
lanes. Ou lit, en effet, dans une donation deTaniSlil : <• Dono... alodem... 
<i queni liaLeo in ("-oniitaln lîossilionense.. . in villa qua; dicilur l'elra- 
<. Caice, vel iu suos terniiiios, id est, casas, cm tes, et liortos, et liortalibus, 
(1 et ipse ferragiualc , el ipse canipns qui liiiitur in ipso ciniiterio Saucti- 
SaUiriiiiii, et terras, etc. » Marca, n» 9G. 

' Ce document, |)orté anciennement au n" (iô de la liasse 27 des arclii- 
ves de rilopital de l'erpi(;nau, n'existe plus aujourdluii. Il est ainsi noté, 
ilaiis la Itubrique générale et au registre intitulé ntau de Or : .. Veuda de dos 
« vinyas siluadas... en la adjacoulia de S'-Salvador île la vila i|ues noniena 
« Cananials, en li> llorli an'imeuat Cattada , auv I 151». » 



19^ 

au lieu dit c Ik Slnidu, conlVonlaiit au uiidi avec Ir 
chemin qui va à Salses*. 

Enfin, nous trouvons encore un souvenir de raucienne 
voie ou cliaussée, dans un acte de 1517, portant vente 
d'un champ situé au territoire de Clayra, au lieu dit la 
Caxssaila, coni'rontanl avec le chemin qui va de Clayra à 
Sainl-Pierre-del-Vilar-, et avec un mitre rhcmin qui va vers 
la rivière {de l'Agli), et appelé lo Pas de l'Ayr/uc, à l'endroit, 
sans doute, où l'on passait anciennement ce cours d'eau. 

Toutes ces preuves sont plus que sullisantes pour éta- 
blir d'une manière incontestable la direction que nous 
attribuons à la voie romaine, dans la section comprise 
entre Ruscino elSalsulœ. La route sortait ensuite du pays 
des Surdons, et arrivait à Narbonne, située à 50 milles 
de Salsuhr. Les Itinéraires ne signalent dans cet inter- 
valle qu'un seul point désigné seulement par le nom du 
Vingtième milliaire (ad Vigesiimnn), qui s'y trouvait placé. 

' <i lil Jirla picia lerre est iii adjacciicia Soi Steiiliani de Saisis in Ic.io 
<i vocalo o /o S/rrtdrt , ot affrontât ab oriente in tencncia Arnaldi de Na 

• Guila , a meridie in \ia qne vadit a Saisis, a circio in tencncia G. l'ortcl 
t et aliorum , ab at|uilon(' in terra .loiianni» dcri Pons et aliorum. n Cari. 
duTemple, fol. 5G v". 

2 ('.ottc |)ro])riété pnnrrail être rcconnne anjoiirii lini , aussi crovons- 
oous utile d^en iniliijner les ronfr<uit;itions uun aniuleurs (|ui seraient tentes 
de retioiiver en<x)re, <i c|iii'l(|iies mi'lres sans doiile an-dessons du sol actuel, 
des débris de notre Tnic romaine. 

K Ego Joannus (".abaner, parator ville l'erpiniani... veiido liorior. l'ian- 
n cisen Pinrarl... (juriidani eairi|)uni e\ . M. partibns rlausnin... siluni in 

• lenninis loci de Clayrano, loeo voeuto la Caiissada, eontinenteili in se. v. 
K ayminatas terre vel rirea, coiifiontatnin ab uno laterc ciiin itinere suu 

• via publiea i|na lendidit de dicto loeo île Clavraiio ad Seum Pelrnui, ab 

• alla parte euin leii'' lieiedis Joannis \ il[ J, ab alia parte cnni len-' 
« hereduin Jucobi Vesti, ai* alia parte cum ten^ Joannis Bagcl dirti loei de 
t Clavrano, et ab alia parle euin (juadain via qua tenditnr ad ripparinni 
« appellatain lo pas ileta taygua (sic), precio .ri. libr. nionete Pei|)iniani , 
« etc., acla Pcrpiniani die prima augusti M.D.^TIl. Francise. Masdainonl 
f notarius. » Arrh. de l'IIop. de Per|)i(}n,in , pareil, n" 8, liasse -î!*. 



Que celle borne fùl dans un lien halùlé, ou dans un lieu 
désert comme nous serions porté à le croire , rien ne 
i'indi(|ne aujourd'hui. Mais personne n'admettra (pie U' 
pays compris entre Narbonne et Salsulœ n'offrît aucun 
centre de population, au second siècle de notre ère; et 
cette manière vague d'indi(pier la position de cette sta- 
tion, prouve combien nous ignorons encore dans quel but, 
et sur quelles données, étaient composés les Itinéraires 
romains qui nous restent aujourd'hui. 

Il y en a une preuve plus frapjiante encore dans la 
station dite ad Combusla , qui se trouvait entre SulsaUr 
et Ruscino , à 4 milles de la première ville, et à 6 de la 
seconde, dans la plaine qui s'étend au nord du Mas- 
Rovira, et à la droite de la route qui va de Perpignan ii 
Salses. On ne s'explique guère aujourd'hui que ces lieux 
aient pu être habités dans les anciens temps; mais rien 
n'indique, non plus, que le lieu dit.lr/ Combusfa lût une 
ville ni un centre d'habitation quclconipie. Peut-être, tout 
ce quartier était-il tout sim|»lement couvert de bruyères, 
que l'on bridait de temps en temps, comme cela se pra- 
tique encore anjouririiui, pour les besoins de la cnltuie, 
sur divers points du département connus sous le nom de 
cretnats ou cremadelh (brûlés, embrasés), pure traduction 
catalane des Combusta romains. Or, il existe encore au- 
jourd'hui un chemin qui part de Salses, en se dirigeant 
vers le Mas-Uovira et Sainl-lMerre-del-Vilar; et la partie 
comprise au nord du Mas-Uovira s'appelle Canii dd Pov 
creniat (chemin du Puits brûlé)'. Nous ignorons l'origine 
de celte dénomination, mais nous ne pouvons y voir (pi'un 
dernier vestige de l'ancien Conibinila , dont la position 
corres[)ond exaclemenl a celte |>artie du chemin, de 
même que le mot catalan crcinal est la simple tiaduclion 
du latin combiishi . 



' (W'il le nom ((lie ci^ cliomiii porli' <'iii'ori" sur ic |il.iii ratlastr.il. 

13 



i9i 



Conclusion. 



La discussion ([ui précède indique assez quels sont les 
points de la question de notre voie romaine, que nous 
considérons comme définitivement ac(|uis. Tels sont la 
situation des stations de Salsuhv, de RiisriDo et (Vlllibm's, 
le passage de la voie à une petite distance à l'est de la 
chapelle actuelle de Saint-Piorre-f/fV-TV/ar, et la direc- 
tion générale de la route, le long de la côte, en parlant 
d'Elne vers Cervaria. 

Mais l'œuvre de l'archéologie est loin d'être terminée, 
puisqu'il reste encore a découvrir la situation exacte des 
stations dites Ad Comhtisln, Ad Slabnlum, Ad Centc- 
narhim et Ad Summum Pyrenœum, ainsi que la ligne 
précise et autrement importante , suivie par la voie 
romaine, depuis son arrivée dans le pays des Sordons 
jusqu'à son entrée en Ibérie. 

En se tondant sur de simples présomptions, il serait 
possible de tracer, sur une carte du département des Pyré- 
nées-Orientales, une ligne qui serait censée représenter, 
tant bien que mal, le parcours de la Voie Domilia. 
D'autres l'ont lait, ou le feront sans doute. Quant h nous, 
si nous avions cette mission , nous marquerions la voie 
par une teinte tellement décolorée, qu'elle serait à peu 
près invisible à l'œil nu. On pourrait, tout au plus, en 
suivre la direction générale, par les points d'interrogation 
qui l'accompagneraient des deux côtés, depuis Salsulcc 
jusqu'au Pyrenœum. Encore cette insaisissable repré- 
sentation nous semblerait-elle bien inutile, et capable de 
nous causer, h l'avenir, des embarras ou des regrets que 
nous avons voulu nous éviter, en nous abstenant de 
joindre une carte à notre travail. 



195 



ÉPHÉMÉRIDES 
Dp l'IIi^ilal Sainl-Jeaii et de l'Hospice de la Miséricorde 

DE TERFIGMABT. 

Par M. «iOSEPH SlHVE»', ini'Mibie n'sidanl. 



AVANT-PROPOS. 

Il i)araitrail (|U(' IHôpilal civil de Perpii^nan, à l'époque 
lie sa loiulalion, aurait reçu le nom de Saiul-Blaise, d"une 
coiilréne qui y existait (liasse 1, n" li); mais, lorsque 
divers hôpitaux furent créés dans cette ville (i)resque 
chaque corps de métier avait le sien), l'Hcipital Saint- 
Biaise dut perdre son nom primitif, et être appelé, comme 
de nos jours, llô|)ital Saint-Jean, du nom de l'église contre 
laquelle il était hàti. Cette opinion ne nra pas paru dénuée 
de fondement , et je Tai adoptée , en attendant que des 
faits authentiques viennent la détruire. 

La confrérie Saint-Hlaise s'étaignit vers le commen- 
cement du xvie siècle, et fut remplacée par celle de la 
Sainte-Croix, à laquelle Léon X accorda un privilège apos- 
tolique (liasse J, n"52). Cette dernière disparut dans la 
tourmente révolutionnaire. 

Les Chartres de Cirard II, dernier comte du Roussillon, 
de rinfant I). Jacques et de Jacipies I'^, dit le Conquérant, 
que je publie, jetteront un grand jour sur l'histoire de 
rno|»ilnl Saint-Jean. Celle de (iirard, lils du premier lit de 
Causfrel III, comte du Roussillon, fera connaître les nom- 
hreux privilèges dont jouissait alors la maison hospitalière. 



196 

Bien qu'accordés niovennanl (inaiico, ils iiélaieiit pas 
moins précieux, ne (levnicnt pas moins être considérés 
comme un grand hienl'ail, à la suilc de la guerre de 
famille qui avait ravagé le Roussilion, sans même avoir 
respecté ni églises ni monastères, après que Ganslret 
eut répudié sa première femme ' , malgré les excommu- 
nications lancées contre lui par les deux Souverains- 
Pontifes, Eugène H et Adrien IV. 

Lorsque Perpignan eut une charte municipale (119G), 
les Consuls créés par elle devinrent les patrons-nés de 
l'Hôpital Saint-Jean , comme l'étaient avant cette époque 
les Bons hommes ou les Notables de la ville : une foule de 
documents historiques le constatent. Ce patronage des 
Consuls s'est conservé sans interruption jusqu'en 1789, 
où un nouvel ordre de choses a brisé des liens que le 
temps avait respectés, et qui paraissaient indissolubles. 

Ainsi, Jacques ï<'^ en vendant à son (ils, D. Jacques, 
le patronal qu'il prétendait lui appartenir sur les biens et 
les revenus de l'établissement des pauvres, fit un acte 
arbitraire; mais, quelques années après, mieux éclairé, 
et à la suite sans doute d'une supplique des Consuls, h 
laquelle durent se joindre les prières de FÉvèque d'Elne, 
ce monarque rendit la somme de 10.000 sols melgoriens 
que son lils avait reçue des frères hospitaliers. 

Il est fâcheux que la charte de D. Jacques, dégradée 
dans plusieurs de ses parties, n'ait pas pu être copiée 
en entier. 

Les fragments que je publie de l'édit du mois d'avril 
1686, relatif à l'établissement d'un hospice ou hôpital 
général des pauvres, et union de cet hôpital h la Misé- 
ricorde, feront connaître les peines sévères qu'encou- 
raient les individus qui étaient trouvés mendiant dans 
les rues de notre ville et dans la province du Roussilion, 

' Ermt'ii(;ai-Ji' Trcncavcl , iiilc ilii Vicotnle de BoziiTï. 



1;>7 

comme aussi, les amendes inlligées à ceux qui faisaient 
i'aumône i)uljliquenieiit. 

Louis XFY, en ordonnant la séquesiralion des pauvres 
à la Miséiicorde, rendit un service signalé à notre pro- 
vince, qui servait de refuge, comme aujourd'hui, ii un 
trop grand nombre de vagabonds, de gens sans aveu, 
(pie nous envoyaient la Catalogne et le Languedoc, et 
dont redit nous débarrassa complètement. 

Pour soutenir cette union, le Roi ordonna la levée 
d'une imposition extraordinaire de 1.000 livres, pendant 
six années, sur les habitants de la province, tant sécu- 
liers qu'ecclésiastiques; il établit à toujours celle de 2 
deniers sur chaque livre de viande, soit bœuf, mouton, 
veau ou cochon, qui se débitait, et celle de 2 deniers 
par livre de tout ce qui était vendu à l'encan public dans 
la ville de Perpignan et dans la i)rovince, meubles ou 
immeubles, etc.; enfin, il lit don en (;iveur de l'hôpital 
général de tous droits d'amortissements à lui dus pour 
les acquisitions, fondations, legs faits et à faire à celte 
maison, jusqu'à concurrence de la somme de cent mille 
francs. De plus, il ordonna l'établissement d'ateliers de 
différents métiers, pour occuper les pauvres, et prescrivit 
les punitions corporeiios que ceux-ci devaient subir, le 
cas échéant. 

Malheureusement, cette maison éprouva vers l'an 1759 
des pertes considérables, qui mirent les administrateurs 
dans la rigoureuse nécessité de renvoyer les mendiants, 
faute de pouvoir les nourrir et les vêtir'. 

Avant de terminer, je dois relever une erreur impor- 
tante, qui s'est glissée dans mes Éphémérides, 11^ Bul- 
letin, page 515, année 12a0, au lieu de: M^' Ilrançier 
de Pi'viUos , évèquc d'KInc , lisez : J/"" licrnard de Bergo , 
évêque d'Elue. 

' \'nyp7. ma linliro sur lr<; llnipn .■> , l(V RiiIIpIiii ilr l:i Sociélé. 



li»S 



SUPPLÉMENT. 



(Voir [laye Ô09 et suivantes du •!-)* Bulletin de la Société 
des l'vrénés-Orien taies. 



I!278. — Dona Raimonde Matheii, de Cornella-dol- 
Vercol, par son testament du 15 des cal. de noveinbi'e 
(Guillaume Adémar, notaire), lègue à Bernard-Martin, 
son (ils illégitime, un patus situé à Cornella; à ses fils 
légitimes et à ses neveux, elle fait des legs particuliers; 
et elle institue l'Hôpital Saint-Jean son héritier, eu ré- 
mission de ses péchés (liasse 3o, n" 59 ). 

1290. — Licence accordée par l'Official de la Cort ec- 
clésiastique de la ville de Perpignan, avec la licence du 
Capitoul de l'Évéché d'Elne, qui permet à Guillaume 
Tolza, fabricant de draps, d'entrer en religion, bien qu'il 
soit marié , et qui reconnnande à la femme de ce dernier 
de vivre chastement.- — 4 des cal. de mai, Pierre Pages, 
notaire (liasse 1, n» 2). 

1297. — Charte de Jacques I^r, roi de Majorque, comte 
du Pioussillon , du 6 octobre, permettant de construire, 
à Cornella-dcl-Vercol, un ruisseau connu sous le nom 
A'agouilk capdal, pour arroser les terres appartenant à 
l'Hôpital (liasse 50, n» 5). 

1350. — Nomination de Guillaume Albert, homme de 
Dieu, à la charge de Bailli de Cornella-del-Vercol, pour 
deux années, faile par le Prieur de l'Hôpital. — Pierre 
Montaigut, notaire (liasse 50, n" 11). 

1545. — Rémission de deux meurtres, par Dona Maria, 
reine d'Aragon , moyennant la fondation de messes , de 
rentes en faveur des enfants des victimes, etc. Les cou- 
l)abli>s étaient au service de Donzetls ou Chevaliers (liasse 
4, n" 15). 



199 

1568. — Acte de pardon accordé par Pierre Jalabert, 
de Sainl-Félicu-d'Avall, à Jean-IMcrre Moner, à l'occa- 
sion de coiii)s qu'il a reçus de ce dernier. — Notaire : 
Jean Bigorda (liasse ii, n" 40). 

1595. — Guillaume Gorricli, jardinier, fait don à l'Hô- 
pital de la somme de i.OOO fr.— Acte reçu par François 
Duran, notaire (Livre des Bienfaiteurs, fol. 8). 

1407. — Nicolas Jalabert, maître apothicaire, lègue à 
l'Hôpital 1.000 florins d'or; il lègue une pareille somme 
à Vaumônc commune. — Testament reçu par Guillaume 
Coma, notaire (Livre des Bienf., fol. 9). 

1408. — Privilège de Martin, roi d'Aragon, en date du 
27 n)ars, accordant aux hospitaliers et à l'aumônier de 
l'Hôpital S'-Jean et de Vaumùne commune, la faculté de 
conserver leurs emplois pendant sept ans, si les seigneurs 
Consuls et le Conseil-Général de la ville de Perpignan le 
jugent convenable (Livre Vert mineur, fol. 555-568). 

La restriction qu'on remarque à ce privilège, prouve 
(jue l'autorité municipale avait alors la haute main sur les 
établissements hospitaliers et de bienfaisance, et que le 
Monarque tenait à res[)ecter et à maintenir ces préroga- 
tives, basées sur la constitution de la ville. 

T>ien que je n'aie pas pu vérifier, faute de documents 
authentiques, si les Consuls et le Conseil-Général sanc- 
tionnèrent ce privilège , en tout contraire aux usages 
établis, je pense que jusqu'en 1716, les jiospitaliers ont 
été extraits au sort, comme par le passé, à la maison 
consulaire, après deux ans d'exercice, sans pouvoir èlre 
réélus. (Voyez Livre Vert mineur, fol. 92.) 

1515. — Jean Valenti, marchand, lègue à l'llôj)ital une 
rente annuelle de 6 francs, pour ètn* eni|iloyèe à l'achat 
d'étonès devant servir à la confection de bonnets et coilfes 
pour les femmes malades.— Testament reçu par Jean Mas, 
notaire (Livre des Hicnf., fol. I i). 



2(>0 

l.jr>0. — I). Ik'rnard Xanxo, chevalier, lèi;ue à lllûpilal 
une renie annuelle do 60 l'i-., pour être employée en aciial 
de linge. — Testament reçu par François Masdemont, 
notaire {Livres de la FunI, fol. 48 et des Bienf., fol. loj. 

loô^. — Antoine Devi, de Perpii,man, lègue à l'Hôpital 
une redevance à' un dounj dhuile d'olives, ou !20 litres, 
mesure nouvelle. — Testament reçu par François Masde- 
mont, notaire (Livre des Bienf., É'ol. 13). 

'Ioo8. — Guillaume Puig, prêtre, lègue k l'Hôpital une 
rente annuelle de 20 francs, qui doit servir à acheter des 
poules pour le régal des malades. — Testament reçu par 
Antoine iMasdemont, notaire (Livre des Bienf., fol. \1\. 

Ioi)8.--Jean Sahater fait don à l'Hôpital d'une grande 
quantité de linge cl d'une rente annuelle de oO francs. 
Il fonde, à porpéluité , l'entrelien d'un lit, ne devant 
servir i|ue pour les prêtres malades , à la charge par les 
liospilaliers de faire célébrer, tous les ans, un anniver- 
saire pour lui et ses parents. — Acte reçu par V^'^ Fabre, 
notaire (Livre des Bienf., fol. 19). 

16ii. — Dominique Pujadas, apothicaire, lègue à l'Hôpital 
toutes les drogues existant dans sa boutique au moment de 
sa mort. — Testament reçu par Guilhol y Marur, notaire 
(Livre de.s Bienf., fol. 52). 

1632. — Dame Guiomar-Llot, laisse tous ses biens aux 
religieux de Saint-Dominique, à condition qu'ils établiront, 
à Piigarda, une maison de leur Ordre et un professeur de 
philosophie. En cas de non exécution de ses volontés, 
elle nomn)e ses héritiers l'Hôpital Saint-Jean et l'Hospice 
de la Miséricorde. — Testament reçu par Arles et Carrère, 
notaire (Livre des Bienf., fol. 55). 

Les religieux se mirent en possession desdits biens; mais 
longtemps après, comme ils n'exécutaient pas les intentions 
de la testatrice, les deux Maisons les actionnèrent et les fnent 
condamutM- par arrêt du 29 jan\ier 17 i2. Ces biens furent 
vendus et le prix i)artagé entre l'Hôpital et la Miséricorde. 



201 

I<»91. M. cU' Cliiiiièiies, culoiii'l du Ro\al Roussilluri, 
ilouiio à rilospice de la Miséricorde la somme de 1 .700 fr. 
( Livre, des Bicnf., fol. 2i. 

1697. — Raphaël Solanllong, prèlre, curé de Caldégas, 
fait donation à l'Hospice de la Miséricorde de ses droits 
sur une somme de '2.000 francs, montant d'une indem- 
nité due par le (jouvernement, qui s'était emparé d'une 
de ses propriétés, nécessaire à la construction du fort de 
Bellegarde; il lui donne, en outre, les pensions et intérêts 
échus et à échoir de cette dette. — Acte reçu par Jacques 
Estève, notaire, le 12 juin (lettre N, n» 1; Liv. des Bienf., 
fol. 5). 

l"-5.- Jean Gispert, aumônier de l'hôpital, chanoine 
de la cathédrale et grand pénitencier, fait don à cette maison 
de la somme de 40G francs, qu'il lui avait prêtée; de plus, 
il déclare qu"il ne veut retirer aucun honoraire pour ses 
fonctions iraumonier iy^' Rnjisb-e des DdibcnUians , fol. 
lo9 et 17o; Livre des flienf., fol. iô). 

1768. — L'art. 20 de l'édit du Roi de l'année 1686, 
obligeait les maîtres chirurgiens de la ville de Perpignan 
à faire gratuitement le service à l'Hospice de la Miséri- 
corde, y compris la rasurc et la coupe des cheveux des 
pauvres; il leur était enjoint d'envoyer, à leur place, des 
élèves, qui, après six ans d'exercice dans cette maison, 
passaient maîtres à leur tour. 

En 1768, les maîtres chirurgiens cherchèrent à se 
soustraire à ce service. 

Plainte est portée contre eux par la Commission admi- 
nistrative devant le Conseil Souverain du Roussillon, qui, 
par son arrêt du 2i mars 1768, ordonne aux maitres 
chirurgiens, aux termes de l'art. 20 de l'édit précité, 
de fournir un ou deux élèves ou coiiquignons cajjahles et 
agréables ii la Connnission, pour ser\ir graluilement dans 
ledit hospice, en tout ce (pii concerne leur état ou obli- 
gation; et ce, incessammeni, sans délai aucun, si mieux 



202 

iiailueul les uiailres chirurgiens servir eux-mêmes gra- 
tuiteuient ledit hospice, a tour de rôle, le tout sous peine 
de 100 Ir. d'amende au profit des pauvres, non commi- 
natoire, mais exécutable à chaque contravention. 

Les maîtres chirurgiens se soumirent à cet ordre for- 
mel (liasse P, m' 21). 

1772. — M'ne la marquise d'Aguillar, lègue à l'Hôpital 
la somme de 400 francs (Livre des Bienf., fol. 56). 

i779._Aux termes de l'édit du Roi du 10 mars 1776, 
qui défend d'inhumer dans les églises, l'Hospice de la 
Miséricorde ouvre un cimetière à côté de la chapelle, qui 
est béni par M. Bastide, prêtre, aumônier de la Maison, 
le 24 mai 1779, avec la permission de M. Hyacinthe 
Girbau , chanoine , vicaire-général du diocèse d'Elne 
(liasse P, n" 4). 

Le décret du 25 prairial an XII a régularisé le service 
des inhumations. 

1781._M'"e ïabarié, veuve de feu Tabarié, marchand, 
fait don h rnô[)ital de la somme de 1.500 francs, le 14 
octobre 17.S1 ; elle désire que la somme de 1.200 francs 
serve pour les besoins de la maison, et qu'avec celle de 
oOO francs on achète un ornement d'étoffe en or, fond 
rouge, qui se trouvait en pièces à la sacristie, et dont elle- 
même avait fait présent. 

La Commission administrative, touchée de la plus juste 
reconnaissance, délibère (jue cette personne charitable 
serait mise au rang des bienfaiteurs de l'Hôpital, et qu'on 
lui rendrait les mêmes honneurs qu'aux directeurs et admi- 
nistrateurs, le cas échéant (3^ Reg. des Délib., fol. 149; 
Livre des liienf., fol. 60). 

1790. — M. et M^'' Bonaure, donnent un dais pour le 
service de la chapelle de l'Hôpital (Liv. des Bienf., fol. 69). 

1791. — M. Bessière, prêtre, aumônier de l'Hôpital, 
fait, en le ([uitlaut, don et remise, le 26 juin 1791, de 



la suiiiiin' tlo r'A)0 lï'., qui lui était due pour ses liuiioraircs. 
IiulépcMulanniienl du zèle et de l'exactitude qu'il a>ait ap- 
portés dans l'exercice de ses fonctions, l'Hôpital lui était 
encore redeval)le de plusieurs aumônes particulières qu'il 
avait faites, et qui, d'après le dépouillement, s'élèvent à 
52ofr. [l'-Rerj. desDclih., fol. 73; Livre des Tiienf., fol. 69). 

1806. ^M. François Durand, banquier, fait une aumône 
de 200 fr., le 19 juin , à l'occasion de l'admission à l'Hô- 
pital d'un pauvre estropié (Livre des Bicnf., fol. 75). 

1810. — M. Jean Salvan, prêtre, ancien économe de 
l'Hôpital, par son testament ologra[)lic du l^r mai (Jaume, 
notaire), lègue à cet établissement la somme de 1 .000 fr., 
pour être employée en achat de draps de lit et de chemises 
à l'usage des malades (Livre des Jiienf., fol. 78). 

1817. — M. Sauveur Jaume, notaire, par son testament 
du l'"'" janvier, lègue la sounne de 600 fr., à partager entre 
l'Hôpital et l'Hospice de la IMiséricordc (Idem, fol. 79). 

1818. — M. François lionafos, médecin en chef des 
Hospices, depuis le 1 février 1779, décédé le l^ juillet 
1818, recommande à ses héritiers de remettre à l'Hôpital, 
après son décès, la somme de'iOOfr., destinée à l'établis- 
sement d'une orangerie dans le jardin de la maison (Livre 
des Bienf., fol. 81). 

1820.— Un bienfaiteur, (pii désire rester inconnu, fait 
don, le 19 novembre, de la somme de 500 fr., pour être 
employée ii l'achat de lits en fer, à l'usage des pauvres 
de l'Hospice de la Miséricorde (Liire des Bienf., fol. 82). 

1821.— M. Jacci- Vassal, administrateur, et M'^^^Vassal- 
Frigola, son épouse, font, le 20 mars, don aux Hospices 
d'une reconnaissance de liquidation de la somme de 1.000 
francs, avec un coupon d'intérêts de 2,') francs, à l'échéance 
du 22 mars de la même année (Livre des Bienf., fol. 82). 

1826. — M. François de Llaro-Cellés, administrateur, 
après avoir constamment donné des preuves de zèle pour 
les hospices, el leur avoir riiidii, par ses lumières et son 



201 

travail iiifaliguable, de très-grands services, recommande 
à sa famille, avant son décès, snrvenn le 10 aont 18!27, 
une aumône en leur faveur de la somme de 500 francs 
(Livre des Bienf., fol. 90 j. 

1850. — M. l'abbé Eyclienne, chanoine, grand péniten- 
cier, fait l'aumône de 500 fr., destinés aux réparations 
urgentes à faire aux bâtiments ruraux des hospices (Livre 
des Bien f., fol. 92). 

185i. — M. Siau, docteur-médecin, par son testament 
olographe du 50 avril, lègue la somme de 1.200 francs, 
à partager entre l'Hôpital et l'Hospice de la Miséricorde 
(Livre des Bienf., fol. 96). 

1854. — M. l'abbé Vialar, chanoine, curé de La Real, 
fait don à l'Hôpital, le 19 septembre, pour une personne 
qui veut rester inconnue, de la somme de 1.000 francs 
(Livre des Bienf., fol. 95). 

1855. — M. Puiggari, économe de l'Hôpilal, verse à la 
caisse des Hospices, pour une |)ersonne qui désire rester 
inconnue, la somme de 1 .000 francs, destinée à la Misé- 
ricorde (Livre des Bienf., fol. 90). 

1856. — M. l'abbé Raymond, par son testament du 12 
février, lègue la somme de 6.207 fr. 50c , à [)artager entre 
l'Hôpital et la Miséricorde (Livre des Bienf., fol. 96). 

1841. — M. François Durand, administrateur, fait l'au- 
mône de 400 fr., destinée à l'achat de linge pour le service 
de l'Hospice de la Miséricorde (Livre des Bienf., fol. 97). 

1846. — M. Miciiel Brugtière, avoué, verse à la caisse des 
hospices, au nom de M"'c Eulaiie Raymond, veuve Anglada, 
la somme de 1 .000 fr., léguée à l'Hospice de la Miséricorde, 
par testament myslique du 19 mars 1859 (Idem, fol. 99). 

1848. — M. Lucia-Garau, propriétaire, fait don de 1 .200f., 
à partager entre l'Hôpilal et la .Miséricorde (Id., fol. 100). 

1849. — M. Louis de Ronnefoy, administrateur, fait l'au- 
mône de 200 fr., à partager entre l'Hôpital et l'Hospice de 
la Miséricorde (Livre des Bienf., fol. iOL. 



20i 



CHARTE DE GIKARD II, DERNIER COMTE 
DU UOLSSILLON. 

Iii Dei nomiiie . Notuiii sil cuiicUs preseiitibii.s (!t l'ului-is i|iio(i 
ego Girardus Cornes Rossilionis, per me et per oinnem posleri- 
taleni iiosinim, doiio et laudo atque concedo Domino Deo et 
Ospil;ili de Sco loliaiino d(> IVrpiniano, et omnibus paiiperilms 
eiiisdciii Ospilalis jiresenlihiis et l'utiiris et tilii Kaiimiiido de 
Garridz, (jiii hoc accipis pei' predicttim Ospitale, omnem illmn 
honorem quem /lodie liabei prediclus Ospitale in aiacentin S' 
lohannis l'erpiniani, et toliim ijuantum adqiiire (sic) poterit vel 
poteril luibere ah ac die in anlea infra villa Perpiniani d extra 
in cunclis jocis, ad iilililatem hiiius domus predicte de Ospitale; 
Et ad hiic dono prediclo Ospifali et paiiperibiis eius licenciam 
emeudi et captandi vcl qui cis dure voliicril de feuodis vel de alodiis 
in predicta villa Perpiniani velin cunclis aliis locis. Et adhuc dono 
predicto Osi)ilali ut bestie eius habeant pascua in omnem lerram . 
ita ut non laciant talam, et si facercnt falam' emendenf illani 
consilio boiiuruni hominuni, et non laciant uUum usaiicum de 
pascuis nec de omnibus adquisitis vel adquirendis ab ac die in aniea; 
sed sit liberum et franchum de predicto Hospilali totum quantum 
adquircre poterit in perpetuum. El ultra hoc toluni, accipio predicto 
Ospitale et omnes res eius présentes et futuras in mea custodia 
et in mea delFensione et in mea baiulia et in mea manutenentia 
semper ad lumoriMii Dei cl prcdirli Ospilalis et omnium pauperum 
preseuciiim et l'ulurorum. El propter hoc donum prediclum . et 
hanc laudacionem . et concessionem predictam, quam feci Deo et 
predicto Ospilali, habui et recepi ego Cwirardus prediclus de ele- 
mosinis predirti Ospilalis de manibus liamundi de Garridz c.soj. 
Malgur. Et est iiiaMifeslum. Si (|uis cdutra hor venire lejilaueril 
agcre non valeal (juod requiref . scd in diiplo ( iinip(in;il, cl pusca 
(lefje poslea) firnium cl stabiie permaneal onini (cniporc . Acluni 
est hoc . nj . nonas. lanuarii . anno incarnarionis Domiiii . m r. 
Lx- vij. régnante Lodoico rege. Sigfnnm Girardi Gomilis Rossi- 
lionensis qui anc carlam donacionis laudacionis et concessionis 
ficri iussi firmnvi laudavi el (estes firmare rogavi. Sig-j-nuni Arnaldi 



s 



20G 

RadiiUi. Siiijiuini Siciiliimi SmIhus. Sit;f mini Ptnicii Calo. Si|ï-|-mini 
Bernardi Ksiiologali. Si;j:fiiiiiii Ualiiiacii île Ciiiiriil/. Siii-j-miin l!i>- 
reni^arii de (larrid/,. Sigfiumi Honiardi do Sro Lanrencio. 

Nicholaus Leuila qui hoc scripsit rogatus alqiie iussus sub dio 
ot anno quo supra :, fAirh. ilr l'Hôp. de Prip., liasse 2^, n" i.) 

Ce texte a été suivi par une copie de l'an 1309, contenue au n* 5. — I.e n* 6, qui a été 
suivi par Marca , parait aussi ancien que le n" 4. — Les mots soulignés manquent ou offrent 
quelques variantes dan? le n* ij. 



CHARTE DE DON JACQUES. 

Noverint univers! quod Nds Infaiis Jacobiis, lllnsfris Heg:is 
Aragonum filius, héros Maiorieanini et M(iiilis]ielii Hossilioiiis 
Cerilanie et Confluentis, jier nos et noslros daiiius liceiiliain et 
plénum posse vobis, fratri Petro Pagesii Comendatori hospitali 
pauperuni de Perpiniano cl aliis universis fratribusdicli hospitalis, 
quod vendalis, bladiim el besliariuiii et oninia alla Itona iiiobilia 
dicti Hospitalis us(|ue ad eompleiiienluni Quiudecini niiiiuiu soli- 
dorum Malgur. illa videlicet que modo habelis, deduclis inde om- 
nibus necessariis vestris et dicli hospitalis usque ad festum Sri 
Johannis Junii proxime venturum. FA si prerinm quod inde habe- 
hilis non sulïieiet ad suiiimani dieloniin qiiiiideciiii miliuin soli- 
dorum , Concedimus vobis quod vendatis cui et quibus volueritis 
tôt el tanta de bonis iiimobilibus dicli hospitalis, scilicet, domos, 
ortos, eampos et vineas, quod preciiim eorum siiiïiciat ad comple- 
menlum dicte qiiaiililatis pecunie siniul cuin jirecio quod liabebitis 
de bonis mobilibus supradictis. Volentes quod venditiones omnium 
predictormn t'acialis cum consilio et voluntale Guillemi Carbo et 
Pétri Rubei Judicis Perpiniani. Nos enim promitinius per nos cl 
noslros [ ] l'acte fuerint in omnibus et por 

omnia observare el lacère observari sine impedimento c[ 

]ius persone. Kt l'aciemus emplores 
tenere el habere omnia supradicta imiicrpel 1 

Perpiniano • \'° Idus oclobr. anno Doniini. mccLx- Sexto. 

Sieffnnni Infantis Jacobi Illustris Régis Aragoniim filii lieredis 
Maioric. Monlpelii Rossilioiiis Cerilanie et Conlluenlis. 

Testes sunt R. de Urgio. Gaucerandus de Vrgio. 

(1. (le Gaslio novo. II. de Ganejo. Ii. de Giiardia. 



207 

Sigfnnni l'eliidcflapclladosqiii mandadodjcli Doniini Int'antis 
hor scrihi ferit ol clausit loco die et anno prefixis. (Lianse 9, 
n° 24. ) 

CHARTE DE JACQUES 1", DIT LE CONQUÉRANT. 

Noverint iiiiivcrsi qnod ciini NosJacobus Dei g:racia Kcx Aragon. 
Maiorir. ol Valcnric ('onifs Harcliiiioiif o\ rriiclli cl Doiiiiims 
Moiifpf'lii veiididissc'imis liilaiili Jacobo tilio nosti'o, jus patronatus 
rpiod habobamus in Hospitale pauperiim Perpiniani, pro Decem 
Miilia sol. Malg. et ipso filins nosfer postea vendidissel bonores 
el possessioncs ipsius bdspitalis pro ipsis (b'ccni niillia sol. Maltr. 
et niinc nobis daliini sit iiilclliiii ipiod de jure dictani vendicioneui 
lacère non poleranuisetquodoccasione dicte vendicionis facle de 
bonis dicii bos|iilalis por diclum iiosiruui filiiini, ut est dicluni, 
nuilti'iin idem liospilale dani[»uilicalus esl: Idcirco voicnles dictos 
denarios in comoduni ejusdeni bospitalis restiUiere, Recognosci- 
mus et confiteniur debere vobis, Coniendatori el fratribus bospi- 
talis predicii , Dtvom Miilia sol. Mali:, (jui' (piidein assignanuis 
vobis liabciula el percipieuda in reddilibns cl exilibiis iioslris Cau- 
chiliberi. Mandantes Martine dcl Trillaf bajulo nostro Perpiniani 
et Caucliiliberi, (|uod de rcddilibus el exilibus prediclis donel et 
solvat dicta dcceni niillia sol. Malg. lia qnod ca Iradal Dalmacio de 
Villarasa et G. Garboni de Perpiniauo, ut de ipsis euiaiit bonores 
et possessiones ad opus bospitalis predicii. Dat. in Monteplo. Idus 
octobr. anno domini . m • r?c • Lxx- Secundo. (Liasse 2, n"> 25.) 

EXTRAITS DE L'ÉDIT DE LOUIS XIV, 

POUa l'établissement d'un hôpital général en la ville de PERPIGNAN, 
ET liMON DUDIT HÔPITAL A CELUI DE LA MISÉRICORDE. 

XXII.— Faisons très-expresses inbibitions et défenses ù toutes 
jiersonnes el de tous sexes, lieux el âges, de quelque qualité el 
naissance, et on quelque étal cpi'ils puissent être, valides ou inva- 
lides, malades nu convalescents, curables ou incurables, do 
maiulier dans la ville el diocèse de Per|)ignan et pays de Rous- 
sillon, ni dans les églises ou aii\ [lorlos d'icelles, aux portes des 
maisons, ni dans les rues, publiquemenl ni en secret, de jour 
'Ml d(> iiiiil . -v.iii» aucune excepliim des rètes ^olennollcs, Pardons 



2()s 

ou Jubilés, ni assemblées, foires ou niaicbés, pour (luelqu'uiilre 
cause que ce soit, à peine du l'ouel, conire les contrevenants pour 
la première fois, et pour la seconde fois des galères conire les 
hommes et garçons, et du banissemenl conire les femmes et (illes. 

XXIII. -Faisons inliibilions et défenses à lonles personnes, de 
quebpie qualité et condition ([u'ils soient, de donner l'aumône ma- 
nuellement aux mendiants dans les rues et lieux ci-dessus, non- 
obstant tout motif de compassion, nécessité |iressanle ou autre 
prétexte que ce puisse élre, à {u'ine de cent sol.s iramende, ajtpli- 
cables au prolil dudit Hôpital cl Maison de la Miséricorde, au paye- 
ment de laquelle ils seront contraints et sans dépôts, en vertu des 
ordonnances des administrateurs, sur le rapport de leurs officiers. 

XXIV. — Défendons pareillement aux propriétaires et locataires 
des maisons et à tous autres, de loger, retirer, ni retenir chez eux, 
après la publication des présentes, les pauvres qui sont ou seronl 
mendiants, à peine de cent livres d'amende pour la première fois. 
de trois cents livres pour la seconde, et de plus grande en cas de 
récidive, le tout applicable au profil des pauvres dudit Hôpital 
Général et Maison de la Miséricorde, pour raison de quoy les pro- 
priétaires, locataires et autres, pourront être contraints par saisie 
de leurs biens, et emprisonnement de leurs personnes en vertu des 
présentes, et des ordonnances desdits administrateurs. 

XXV.— Pourront lesdits intendants, administrateurs et syndics, 
employer telles personnes qu'ils aviseront, pour arrèloi-el conduire 
audit Hôpital les pauvres mendiants (jui se trouveront dans ladite 
villeet diocèse, pour être ceux dudit diocèse enfermés audit Hôj»ital 
Général, et les autres remis entre les mains des juges ordinaires 
pour être châtiés conformément à l'article XXll des présentes. 

XXVI. — Faisons très-expresses inhibitions et défenses à tous les 
habitants de ladite ville, de (pu'hiue (pialité et condition qu'ils 
soient et à tous autres, de donner le moindre empêchement à ceux 
qui seront préposés pour chasser lesdits mendiants et vagabonds. 
et pour la capture d'iceux; et nous voulons que ceux qui seronl 
assez téméraires pour molester lesdits préposés ou pour les mal- 
traiter, soient condamnés à des peines et des châtiments sévères 
par ledit Conseil supérieur de Houssillon. 



209 



DES FIÈVRES DE MARAIS, 

Par M. P.>tV.-F. AltBBRCiB, Docteur en Méilociiii; , Aiicioii Mcdecin 

priiu'i()al des atiiii'L's t't l'ii cLof di' l'llr>j)iliil militaire de lîoiie 

(Algérie), Officier de la Lcg.-d'FIonn., membre résidant. 



INTRODUCTION. 

J'ai divisé mon travail en deux parties, et chacune de 
ces parties offre un intérêt tout spécial. 

Dans la première partie, après (juelques considérations 
essentielles sur l'éiiidémie qui a régné à Bône (Algérie) 
pendant l'année 1S")5, j'ai fait l'exposé des observations 
pratiques des nosologistes sur les lièvres de rnarais, et, 
en particulier, de ma méthode de traitement. 

La deuxième partie démontre le parallèle différentiel 
de trois méthodes de traitement qui ont été employées 
à l'hôpital militaire durant cette épidémie. 

Je terminerai ce travail par plusieurs observations de 
fièvres pernicieuses très-graves, recueillies dans mon ser- 
vice et traitées par le sulfate de ([uinine h haute dose. 

L'analogie frappante que j'ai reconnue entre l'intoxi- 
cation paludéenne de Bône et celle qui s'est montrée dans 
nos contrées pyrénéennes, princi|)alement à Salses, mais 
a un degré moindre d'intensité, m'a engagé à publier ce 
liavail. 

Je le soumets donc aujourd'hui, dans une pensée hu- 
manitaire et comme enfant du Hoiissillon , à la Société 
Agricole, Scientiliipie et Littéraire des Pyrénées-Orien- 
tales, heureux si l'étude que j'ai laite des fièvres de marais, 
peut être nu jour utile à mes chers compatriotes. 

14 



'210 



PREMIÈRE PARTIE. 



Lisez, comparez, jugez... 

Nous étions arrivés à la fin du mois d'octobre, l'état 
sanitaire s'était maintenu jusqu'alors dans des conditions 
très-avantageuses; le nombre des malades à l'hôpital de 
Bône se trouvait au-dessous de la moyenne de celui des 
bonnes années; les diverses affections n'avaient présenté 
que le caractère de gravité afférent à chacune d'elles; 
nous étions heureux de voir disparaître la saison que 
paraissent affectionner les épidémies; chacun de nous 
formait ses petits projets ; moi-même, je songeais h aller 
en France pour soigner ma santé, sensiblement altérée 
par l'épidémie de l8o2, lorsque, tout-a-coup, les malades 
augmentèrent progressivement, et les entrées à l'hôpital 
se montrèrent très-fréquentes. Ainsi, les malades, qui 
étaient au nombre de 255 au commencement du mois de 
novembre, ont présenté une marclie rapide et ascension- 
nelle pendant tout le mois, et, à la fin du mois, le chilfre 
des malades s'était élevé a 575, soit en plus 5120. 

Cette aggravation spontanée dans l'état sanitaire, qui 
revêtit immédiatement le caractère épidémicpie, se déve- 
loppa sous l'inlluence active de l'intoxication paludéenne, 
vivement ranimée et répandue dans l'air par les chaleurs 
persistantes et le siroco , qui a soufflé avec violence pen- 
dant les premiers jours du mois de novembre. 

Alors, de reprendre son poste, de faire appel au dé- 
vouement et de faire face à l'épidémie, chacun de nous 
s'occupa. 



211 

Jamais épidémie n'a présenté un caractère plus franc, 
plus vif et aussi tranché. Les lièvres se sont généralisées 
l)eaucoup plus rai»i(lenient que l'année dernière, et les 
personnes qui n'avaient pas été atlcinles en J8o2 ont été 
comprises parmi celles qui ont été malades en 1855. Elle 
s'est répandue indistinctement dans tontes les classes de 
la sociélé, aussi bien chez les riches que chez les pauvres; 
les militaires de tous les grades et de toutes les positions, 
de même que toutes les administrations ont pris une part 
active et très-prompte à sa brusque apparition. Le pauvre, 
épuisé par l'épidémie de l'année dernière, qui l'avait laissé 
débilité et sans ressources, a fourni une plus grande pro- 
portion à celle de cette année; aussi, la plupart des cas 
pernicieux dont nous avons eu à déplorer la mort, ont-ils 
été observés chez lui. Ils exprimaient, à nos yeux, des 
sentiments de la plus grande misère, et nous répétaient 
que la douleur morale était encore plus forte que les vives 
soulfrances que nous découvrions chez eux. ils soulfraient 
moralement , parce qu'ils ne pouvaient plus acheter du 
sulfate de quinine, étant sans ressources, et, cependant, ils 
disaient avoir plus besoin de ce médicament que de pain. 
Ils étaient sincères dans leurs besoins comme dans leurs 
douleurs: le sulfate de quinine était devenu une denrée 
de première nécessité, le viatique général. Cette position, 
si digne d'exciter le plus vif intérêt, fut comnmniquée au 
(Conseil d'hygiène et de salubrité, dont j'avais l'honneur 
de faire partie, et, dans la séance du 25 novembre 185"), 
il émit uiuuiimement le vœu que le pharmacien de l'hôpital 
civil lut autorisé à délivrer des médicaments, aux prix de 
revient, aux familles gênées, et gratuitement aux indigents. 
Ce v(eu fut accepté par l'autorité civile; et, par un senti- 
ment (jui l'honore, elle lit connaître j)ubliquemeiil les 
heures de distributions aux habitants de iJône. A cet ellet, 
la pharmacie de l'hôpital civil est restée ouverte, le malin, 
de six heures et demie à onze heures; l'après-niidi, de une 



21-2 

heure à cinq heures; le soir, de sept heures à dix heures. 
Ainsi, le sulfate de quinine était payé, oO^ le gramme; les 
potions, indistinctement, 40^; les purgatifs et médicaments 
externes, ^O^. Cette mesure fut accueillie partout avec 
satisfaction et reconnaissance, et les ftimilles |)urcnt ainsi 
ménager leur entrée à Ihôpital. Elle a donc été d'un très- 
grand bienfait. 

Les pluies torrentielles que nous avons supportées de- 
puis le 19 novembre jusqu'à la fin du mois, ont considé- 
rablement augmenté et aggravé les pyrexies, qui n'ont pris 
le caractère pernicieux cpic par l'inlluence du froid humide, 
occasionné et entretenu par la durée de ces mêmes pluies. 
Si le nombre des malades a augmenté par cette même 
cause très-puissante, ce n'est pas par suite d'une nouvelle 
intoxication, qui n'était plus possible, la plaine se trouvant 
submergée; mais bien en privant la peau de ses moyens 
d'élimination naturels, et en décidant la période d'incu- 
bation. C'est mon opinion bien intime. Plusieurs personnes 
demeurent étonnées, en voyant les fièvres se produire après 
des pluies aussi abondantes, lorsque les médecins eux- 
mêmes leur avaient assuré que les pluies seules pouvaient 
arrêter les progrès de la maladie et empêcher l'influence 
pathogénifère des marais. Il est, en effet, certain que les 
nouvelles intoxications ne peuvent plus avoir lieu, lorsque 
le marais qui fournit le foyer de pestilence se trouve entiè- 
rememt submergé; mais les personnes qui avaient été sa- 
turées de ce principe marémalique avant les pluies, doivent 
fournir prise a l'épidémie, et c'est précisément chez elles 
que le froid humide a agi assez directement pour produire 
la manifestation de cette pyrexie, en les privant des moyens 
éliminateurs accomplis par la peau. Le froid, en pareille 
circonstance, renferme le principe fébrifère dans l'orga- 
nisme , et pour me servir de l'expression d'une de nos 
célébrités médicales d'Afrique : il enferme le loup dans la 
bergerie. 



2n 

L'aulorilé militaire, si pleine de sollicitude pour la santé 
dn soldat, a bien voidii soustraire presque toute la gar- 
nison à linlluence morbide des marais avant les chaleurs 
accablantes qui ont eu lien cette année. Celte mesure 
liygiénique a empêcbé, évidemment, la manifestation de 
plusieurs allections, et, partant, conservé la santé des 
troupes de la garnison. 

La marclie de cette épidémie a été si prompte, qu'il 
est permis de poser en certitude , d'après la proportion 
des malades de la population civile, comparativement aux 
malades militaires, (pic si la garnison avait présenté le 
même efl'octit' (pie Tannée précédente; si les huit cents 
détenus politiques s'étaient trouvés encore à la Casbah; 
si, enlin, les femmes et enfants des colonies diverses 
avaient été reçus à l'hôpital, comme par le passé, il est 
certain, dis-je, que le nombre des malades à l'hôpital 
aurait été plus considérable (jue celui de J<Soi2. 

Cette nouvelle épidémie, qui a été si brusque dans son 
apparition , doit faire regretter que les travaux d'assai- 
nissement, qui avaient été proposés par la Commission 
nommée par M. le Gouverneur-Général, et dont j'avais 
riionneur de faire partie, n'aient [)as été exécutés entre 
les deux épidémies, d'autant que le Gouvernement avait 
daigné les accueillir favorablement. Aujourd'hui, tout 
le monde est convaincu que c'est dans la petite plaine, 
où git le foyer des épidémies qui désolent la po|)ulation. 
C'est donc vers ce point (jne les travaux d'assainissement 
doivent d'abord être dirigés; car ce foyer de pestilence 
est d'autant |)lus dangereux , qu'il existe aux portes 
de la ville de IWne. La Commission a, d'ailleurs, ap- 
jielé l'attention du GouverneuKMit sur ce point le plus 
im|)ortant , et lui a |)roposé les moyens de le faire dis- 
paraître, (^es moyens sont toujours, à mon avis, les 
meilleurs k employer pour l'assainissement de la petite 
plaine; en efl'et, eux seuls peuvent rendre les cultures 



214 

possibles et profitables. Je veux parler du dessëcheniciit 
complet. 

Je constate avec plaisir qu'un commencement d'exé- 
cution a eu lieu dans les travaux d'assainissement de la 
petite plaine de Bône; je l'orme des vœux pour que ces 
travaux soient continués sans relâche jusqu'à parfait 
achèvement. 

L'endémo-épidémie de 18o5 a obéi aux mêmes lois et 
présenté les mêmes caractères que celle de l'année pré- 
cédente, et il est fort remarquable de constater que son 
apparition correspond à l'époque de la plus grande inva- 
sion de l'épidémie de 1852. 

Ces fièvres ont offert à l'étude, dès le principe, le plus 
grand intérêt; et c'est parce que l'bistoire de ces affec- 
tions est encore un des points les plus obscurs de la 
médecine, ainsi que M. Maillot le dit à la préface de son 
livre des fièvres intermittentes publié en 185G, que le 
médecin, et surtout le médecin militaire d'Afrique, doit 
lui consacrer toute son attention ; d'autant mieux qu'on 
est bien loin d'avoir dit le dernier mot sur les lièvres de 
marais. 

Les différents types ont été observés dans la durée de 
ces fièvres : elles ont été continues à leur début, rémit- 
tentes dans le cours de la pyrexie, et, enfin, elles sont 
devenues franchement intermittentes. Ce sont les fièvres 
intermittentes à type quotidien surtout, et à type tierce, 
qui ont succédé à la continuité, sans tenir compte de 
la rémittence, qui a été rarement observée; et encore, 
quand cette forme a eu lieu, s'est-elle toujours montrée 
avec des paroxysmes irréguliers. L'intoxication palu- 
déenne, dans les manifestations morbides et diverses, 
a donné naissance à ces différents types, suivant l'in- 
tensité pathogénétiqne , et, à cet effet, je suis assez 
disposé à partager l'opinion de M. Boudin , qui attribue 
à ces manifestations pathologiques les types intermittent, 



215 

réiniltont et contiiui, suivant le degré d'intoxication saturé 
par Torganisnio. 

Cette intoxication , parvenue à son plus haut degré 
d'intensité dans le cours de l'épidémie, a fortement 
ébranlé les organes digestifs, pectoraux et cérébraux, qui 
sont devenus, alors, le siège des phénomèmes locaux les 
plus graves. Les caractères pernicieux, qui ont pris nais- 
sance dans ce haut degré d'intoxication, et qui ont réagi, 
soit sur le centre nerveux, soit sur la muqueuse intes- 
tinale, ont développé les formes délirante, tétanique, 
épileptique, comateuse, algide, cholérique. 

Dans l'histoire de ces lièvres de marais, le traitement 
est, sans contredit, le point le plus important; aussi, lui 
ai-je accordé mon observation la plus consciencieuse. 
J'ai suivi et comparé les divers modes de traitements 
employés par les médecins préposés a l'étude de ces 
maladies; et l'expérience comparative entre ces divers 
traitements et la médication que je mets en usage , peut 
seule fournir à des personnes compétentes un jugement 
propre a rechercher la meilleure méthode de traitement. 

On sait que la médication à apporter aux lièvres de 
marais, mieux appelées fièvres à quinquina, se compose 
de deux ordres de moyens : les indirects , qu'on peui 
qualilicr aussi de médication adjuvante, et les directs, 
qui renferment les fébrifuges proprement dits et le ipiin- 
(piina en tète. 

Les médecins, généralement, pensent qu'il est utile de 
se servir de la médication adjuvante au début, pendant ou 
après une atteinte de lièvre. Les médications en usage 
sont les vomitifs, les purgatifs et les émissions sanguines. 

Les émissions sanguines, autrefois très-répandues, et 
même, au début de l'occupation, exclusivement employées, 
sont maintenant presque abandonnées. Seules, elles n'ar- 
rêtent point les accès; elles les allongent, multiplient 
les récidives, retardent les convalescences, favorisent le 



2t6 

développement de la chloranémie, et n'enlèvent nullement 
les congestions viscérales, contre lesquelles elles ont été 
instituées. Elles ont été accusées d'avoir, pour une longue 
part, contribué à la iiiortalilé (pii a frappé l'armée au début 
de l'occupation. On s'en sert encore (juchpielois, soit en 
ville, soit à l'hôpital, contre les congestions de l'encéphale 
ou de l'abdomen, qui se produisent avec les accès; mais 
comme le sulfate de quinine est administré, alors, h des 
doses élevées, en même tenq)s qu'on tire du sang, il est 
assez difTicile de faire aux saignées la part qui leur revient 
dans la terminaison heureuse ou funeste de la maladie. 
On peut seulement remarquer, ce qui d'ailleurs a déjà été 
signalé, que les personnes qui les ont subies deviennent 
plus facilement anémiques et restent plus longtemps 
faibles. 

Je viens aux purgatifs proscrits par lîestaurand, bien 
qu'il attribuât la fièvre à la bile, par iMonginot, Morton, 
Sydénham et Torti. Les purgatifs se glissent maintenant 
dans la thérajjeutique, et toujours à l'abri du sulfate de 
quinine. Ils espèrent, couverts qu'ils sont par ce sel, 
usurper de nouveau place et rang dans la thérapeutique 
des fièvres de marais. Quelques-uns les prescrivent, 
seulement, quand il y a indication. Les indications sont 
la constipation, l'enduit épais blanc et jaune do la langue, 
les coliques ou la diarrhée. D'autres les administrent d'une 
manière générale, intercalés entre deux doses de sulfate 
de quinine. Ceux-ci ne disent point quel est leur but; ils 
purgent, parce qu'ils ont envie de purger et de jtouvoir dire : 
prenez ma méthode pour vous guérir, c'est la meilleure. 
Aucune idée ni fait sérieux et digne d'examen n'a été mis 
en avant pour justifier cette manière générale de les admi- 
nistrer. Je ne jjense pas qu'on ait envie de revenir, soit 
à la bile, soit au suc pancréaticpie trop acide, soit aux 
saburres, ni au ferment fébrile, enveloppé dans n'im[)orte 
quelle sécrétion. 



217 

Ces idées, oulrc qu'elles ont fait leur temps, sont 
dénuées de tout lait bien constant sur lequel elles puis- 
sent se baser; mais si elles ne produisent pas, ce que 
je crains pour ma part, des récidives plus rapprocliées et 
une augmentation dans la dépense du sull'ate de quinine, 
on peut, à bon droit, leur faire le reproche qui leur 
avait été déjà adressé par Restaurand, ïorti et après eux 
M. Littré, c'est de refiroduire avec presque autant de 
certitude la lièvre, que le sulfate de quinine la guérit. 

Sydéisuam, ajoute « qu'il n'a jamais retiré d'autre 
« bénélice de la purgation, que de rendre la maladie 
« plus opiniâtre. » 

ÏORTi, dit « que les [)urgatifs sont aussi pernicieux 
« que les cbanq)ignons vénéneux. » 

Restalrand, raconte « que, quand on donne un jjur- 
« gatif a un convalescent de fièvre intermittente, il réci- 
« dive le jour même où il prend son purgatif. » 

MoNCiNOT, déclare « que les purgatifs anéantissent les 
« forces, détruisent la tonicité de l'estomac et des antres 
« parties, et |)rovo(pieril une formation ])ermanente d'Im- 
« mciu's dépravi'es; c'est pour(|uoi, dit-il, les lièvres sont 
« plus souvent entretenues que supprimées par eux; tandis 
« que si on se sert de quincpiina ou du sulfate de quinine, 
« en une seule dose, il dé'truit souvent les accidents re- 
« doulables engendrés par les purgatifs. » 

.Mouton, assure <( qu'il a vu les lièvres tierces, par 
« l'inlhience des purgatifs et des saignées, se changer 
« en lièvre hémilrili'e oU quarte, avec hydro|)isie, com- 
« plicpii'c d'autres sympt()mes graves. Il ap|)elle celte 
« méthode pratique (initia cl in fclij' praxis). » 

11 ajoute, plus bas, « que les évacuations, en tourmen- 
« tant inuliiemeiit la nature, retardent la guérison et n'ont 
« d'autre avanlage que de nécessiter, pour la suppression 



218 
« de la lièvre, une qiianlilé plus considérable d'antidote 
« ou de quinquina.» Ces passages sont extraits du Cliap. 
IV, du le»- Livre de Torti, Thcrapeuticœ spccialis ad Fcbres 
periodicas peniiciosas. 

Dans le Chap. IX du premier Livre, également de Torti, 
Svdénham professe «que les purgatifs, et encore moins 
«les évacuations sanguines, ne doivent être employés 
« dans le but de rendre plus efficace l'administration du 
« sulfate de quinine; car, alors, l'un et l'autre, en atl'ai- 
« blissant l'organisme, rendent plus restreintes et plus 
« promptes les récidives. » 

Il ajoute, plus bas, « que si quelquefois on donne des 
« purgatifs pour guérir les obstructions, ou bien pour 
« évacuer les humeurs viciées des premières voies, ou 
« bien , ce qui est plus digne d'attention , si dans une 
« constitution épidémiipie on saigne , il arrive que la 
«maladie traîne pendant longlenq)S, et que, pendant 
« ce temps, les malades sont e.xposés à mille symptômes 
« les plus dangereux. » 

Voilà, certes, de bien grands observateurs, qui con- 
damnent et les purgatifs et les saignées, administrés d'une 
manière générale. 
Reste a examiner les vomitifs. 
Si la lièvre produit rarement la diarrhée, elle a peu 
d'accès sans vomissements au début; presque toujours 
ils se produisent dans le frisson. Un grand nombre de 
récidives sont annoncées dans leur retour, par des nau- 
sées et des vomissements; la bile est rejetée en abon- 
dance, surtout dans les tenq)S froids et dans les lemi)S 
humides. 11 n'est pas rare d'entendre dire aux malades, 
qu'ils ont vomi deux, trois et même quatre litres de bile. 
Les vomissements bilieux sont un des phénomènes les 
plus fréquents de l'intoxication paludéenne, (pii suit la 
lièvre, presque comme l'ondjre suit le soleil. 



219 

Ces faits, qui ont frappe les observateurs de tous les 
tenî|)S, ont servi de base aux théories les plus ancien- 
neinont connues, et on |)eut dire les plus ré()andues, sur 
les causes prochaines des lièvres et à leur traitement. 

Outre la fréquence et la constance de ce phénomène, 
il est bien reconnu qu'en Europe, un grand nombre de 
lièvres d'accès sont sup|)rin)ées avec autant de prompti- 
tude et de sûreté par les vomitifs que par le quin(iuina 
ou par le sulfate de quinine. 

Devant l'indication que semble fournir la nature, 
devant les faits d'Europe et ceux qui ont été obtenus 
à Bône à une époque antérieure, où les vomitifs, entre 
les mains de MM. AVorins et Houdin, ont procuré de 
nombreuses guérisons, je n'ai pas hésité à employer cette 
médication. 

Renonçant aux émissions sanguines et aux purgatifs 
d'une manière presque absolue, j'ai prescrit l'ipéca-stibié 
à presijue tous les malades de la |)remière division et 
antres ([ue j'ai traités durant l'épidémie, soit dans les 
atteintes jjrimitives, soit dans les récidives. Presque 
toujours j'ai attendu l'apyrexie dans les fièvres intermit- 
tentes, sauf quelques cas à accès prolongés et dans les 
atteintes de début, qui sont continues [iour la plupart. 
Le vouiitif a été pris à l'entrée h riiôpital. Je n"ai, dans 
aucun cas, observé les accidents qui l'ont fait rejeter 
par quelques médecins, à savoir : la transformation des 
accès bénins en accès cholériformes, les congestions 
cérébrales, ainsi que les hémorrhagies : pendant les vo- 
missements, la céphalalgie est quelquefois augmentée; 
mais lors(|u'ils sont terminés, elle est toujours amendée, 
le mouvement fébrile diminue ou cesse fort souvent, et 
c'est, s(tus ce ra|)port, un des moyens les jdus sûrs d'en 
raccourcir la durée dans les alleinles continues. Il est, 
en outre, un autre symptôme que le vomitif amende 
très-rapideuient, c'est l'oppression (|ui résulte de la con- 



220 

gestion du foie et de la rate, de l'estomac et de ralllux 
de la bile dans ce dernier organe. 

Très-souvent, les malades se plaignent (|u'ils étouffent, 
et (lu'iis ont la pdilrine serrée, comme dans nn élan. 
Quand on leur reconnnande de poser la main sur l'en- 
droit malade, ils la mettent à l'estomac. Ce resserrement 
et rétouHement qui en est la conséquence, m'ont semblé 
le résultat de l'obstacle (pie les douleurs, développées par 
la congeslion dans le Ibio, la rate et l'estomac, opposent 
îi l'abaissement du diapbragme. Tous ces accidents tlispa- 
raissent, comme par enchantement, sous l'influence des 
vomitifs, .l'ai recherché, aussi, si l'évacuation de la bile, 
au début des atteintes, pouvait éconcuniser la dépense du 
sulfate de quinine et allonger l'intervalle des récidives. 
Je pense qu'un tel bénélice peut être obtenu par les vo- 
mitifs; mais les faits sont trop peu nombreux, pour qu'ils 
puissent forcer l'évidence. Je n'ai cependant administré 
pas pi us de deux grammes de sidiate de quinine en moyenne; 
tandis (pie la consonunation de ce sel, tant à B(jne qu'ail- 
leurs, est généralement i)lus élevée. 

Quant à ce qui concerne l'administration du sulfate de 
quinine, si, dans les accès de fièvre bénigne j'en ai réduit 
la quantité, dans les cas pernicieux je Fai élevée à des 
doses bien plus considérables (]ue celles auxquelles on 
est habitué de le donner. Dans un grand nondjre d'accès 
pernicieux comateux très-graves, un d'entre eux, si grave 
qu'il y avait râle trachéal et écume à la bouche et aux 
narines, j'ai donné juscpi'à 7 grammes '/., de ce sel dans 
(rente heures. Un succès complet a été la suite de ma 
hardiesse. 

J'ai essayé de prévenir les récidives, non en continuant 
le sulfate de quinine, mais en le donnant à l'époque pnv 
sumée de la récidive. J'ai réussi sur moi-même, d'abord, 
et ensuite sur plusieurs de mes malades. Je crois celte 
méthode préférable à celle qui laisse revenir les accès. 



221 

Celle-ci, par le fait de la faiblesse et de l'usure (|ue produit 
le retoiu' do la fièvre, dispose à de nouvelles atteintes. 

Cette méthode de traitement si avantai^euse, et qui a 
été consacrée par rex|)érience de tous les temps, m'a 
rendu les plus i^rands services durant le cours de ré|)i- 
démie, et je la recouiniande expressément aux praticiens 
sérieux et impartiaux, cpii, après essais consciencieux, se 
rappelleront ma recommandation, que j'appuie sur l'opi- 
nion de Pringle, qui s'exprime ainsi, dans le Cliap. IV, 
sur les Fièvres des Marais et des Camps , page 88 : 

« J'ai observé que les vomitifs étaient encore jilus elfi- 
« caccs dans les pays nuirécageux (pie dans les camps; 
« et ils le sont à tel point (pie , lorsque la bile a été 
« totalement évacuée par un vomitif (émétique), ce remède 
« emporte la fièvre souvent en même temps. L'ipécacuana 
« seul ne pr(»duit pas cet effet. IWon plus, ie lui en ai vu 
« produire un tout autre contraire, en rendant les paro- 
« xysmes suivants plus longs et plus violents que le pré- 
ce cèdent, soit qu'il agisse faiblement et qu'il introduise 
« dans le sang plus d'humeurs putrides qu'il ne peut en 
a évacuer des premières voi(^s, soit que cela provienne 
« dune autre cause. J'y joins ordinairement, pour cette 
« raison, 2 grains de tartre slibié. » 



DErXIÈMK PARTIR. 



Pour aider l'action du quin(piina, faut-il purger, saigner 
ou faire vomir? 

Quelle est l'influence relative de ces médications sur la 
mortalité et la consommation du sulfate de (luinine? 



222 

Telles sont les questions que je me suis faites au début 
de l'épidémie. 

Aussilùl (juc l'épidémie a été constatée, j'ai l'ait trois 
divisions, et les entrées réparties, tour-à-tour, dans 
chacune d'elles, pendant cinq jours, leur ont assuré 
une part à peu près égale dans le nombre et l'intensité 
des cas. 

TRAITEMENT DE LA TROISIÈME DIVISION. 

Le médecin qui dirigeait la troisième division a em- 
ployé le sullate de quinine et les émissions sanguines. 
Selon lui, elles servaient à combattre les congestions de 
rencé[diale et des viscères abdominaux, cl devaient pré- 
céder l'emploi du quinquina: la violence de la fièvre, et 
elle était jugée telle par la force et la fréquence du pouls 
ou la prolongation de l'appareil fébrile; la céphalalgie, 
le délire ou le coma imminent; les douleurs à l'épigastre 
ou dans les hypocondres, en fournissaient les indications. 

Administré, alors, après les émissions sanguines faites 
s'il y avait indication , le sulfate de quinine dans les cas 
ordinaires était prescrit et pris à la dose de Os', 8 par 
jour, dans le cours des visites, jusqu'au jour où la lièvre 
était coupée. 

Le même traitement était appliqué aux accès perni- 
cieux, mais avec élévation dans la dose du sulfate de 
quinine, portée, alors, a 2 ou 3 grammes dans les vingt- 
quatre heures. Dans les accès comateux, souvent la sai- 
gnée du bras à précédé le sulftRe de quinine. 

Du 1" novembre 1853 au 28 février I85i : 

Mortalité absolue • . ■ 52 ; 

Mortalité relative aux entrées Vi;; 

Sullate de quinine. Consommation totale 3.090g', 1; 

Sulfate de quinine. Consommatiou moyenne par ma- 
lade traité 3g^39. 



223 

MKDICATION DE LA DEUXIÈME DIVISION. 

Le traitement du médecin chargé de la deuxième divi- 
sion se compose de 5g'',2 de sulfate de quinine, en 
quatre doses de Os"", 8 chaque et ])rescrit entre chaque 
visite du matin et du soir. Entre la troisième et la qua- 
tiième dose, c'est-à-dire, le matin du troisième jour du 
traitement, il intercalle io grammes de sulfate de magné- 
sie, et, le soir, fait prendre la quatrième dose de sulfate 
de quinine après la purgation. Si la lièvre persiste après 
la purgation et le traitement, il continue le sulfate de 
quinine à 0s'",8, pris, chaque jour, le matin, jusqu'à ce 
que tout l'appareil féhrile soit éteint. 

Le traitement des accès pernicieux ne diffère qu'en ce 
que le sulfate de quinine est associé à l'éther dans le cas 
de coma et est élevé à la dose de 2 ou 5 grannnes. Dans 
les cas très-graves, la quinine est administrée sans désem- 
parer; et quand le danger est moindre, il attend une ré- 
mission, qu'il croit très-importante au succès du fébrifuge. 
Jamais, quelle que fût la gravité des accès, il n'a dépassé 
3 grammes en vingt-quatre heures. Il emploie, concur- 
remment avec le sulfate de quinine, dans les accès coma- 
teux, les révulsifs, et réserve le prurgatif pour l'époque où 
tout péril a disparu. 

Du /" novemhre 1853 au 28 février J85i : 

Mortalité ;iitsoliie 43; 

Mortalité relative aux entrées i/,.; 

Sulfate (le iiuinine. Consommation totale 4.6-i7g'',4; 

Sulfate (le (piininc. Consommation moyenne jiar ma- 

laile traité Ss^TO. 

MÉIIICATION DE LA PREMIÈRE DIVISION. 

Dans la première division , dont je me suis réservé la 

direction, le vomitif a toujours |)récédé l'administration 

du sulfate de (piinine. Ce sel , prescrit à la dose iVuii 

ijrnmmc, n'était administré (ju'une heure après (jue tout 



•224 

vomissement avait cessé. Il était ré|tétt'' , à la même 
dose, une ou deux fois, le lendemain ou le surlendemain 
du jour ou le vomitif a été pris. Ordinairement, deux 
doses ont sudi , et il a été toujours supprimé , dès que 
la fièvre était coupée. 

Aussitôt qu'un accès pernicieux était reconnu, je pres- 
crivais 2 grammes de sulfate de quinine éthéré, dose que 
je faisais répéter une ou deux fois dans les vingt-quatre 
heures, a dos distances plus ou moins rapprochées, sui- 
vant la gravité des cas, de manière à en i>orter la quantité 
juscju'à o , 6 et même 7 grammes dans les vingl-ijuatre 
heures. Ces doses ont réussi dans des cas qui avaient 
paru désespérés aux médecins qui suivaient ma visite. 
Dans les cas de coma, j'ai toujours eu recours aux vési- 
catoires et aux sinapismes, étendus sur de larges surfaces. 

Du h' novembre IS58 an 28 février J85i : 

Morlalilé aljsuhie ^50; 

Mortalité relalive aux entrées '/29J 

Sulfate de quinine. Consoiiniiation totale 2.116g'',3; 

Sulfate (le ijuiiiino. Consommation moyenne par ma- 
lade traité ". is^il . 

Rapprochons maintenant les mortalités, les consomma- 
tions de sulfate de (piinine et les médications. 



DÉSIGNATION 


MORTALITÉ 


des 


^-^-.— ^— — — -. 


DIVISIONS. 


ABSOLl'E. 


RELATIVE. 


5' 


52 


Vi- . 


2e 


43 


V2r. 


|r. 


30 


'/20 



CONSOMMATION 

moyenue du 
suUate de quinine. 



MEDICATION 
AUXILIAIRE. 



5e\ ôO 
SB'', 70 



2f ',-',{ 



Emissions sanguines. 
Purgatifs. 
Vomilifs. 



go; 



De ce rapprochement, il est facile de conclure (pie les 
môdicitions iiulirech^s, (Mriployôcs roncurroiiimciit avec 
la iiiédicalion s[tt''oili(pio ou directe dans les lièvres inter- 
niiltenles, inlUient sur leurs terminaisons, et que leurs 
l)ons ou mauvais efïets ne sont ni masqués ni annulés 
par la niédication spécifuiue ; 

Que les émissions sanguines sont évidemment nuisi- 
bles; 

Que la médication purgative est d'une efticacitc moin- 
dre que la médication vomitive; 

Que la in(''(lioation vomitive donne une mortalité moin- 
dre et réduit la dépense du suH'ato de quinine; 

Que les doses du sulfate de quinine doivent être élevées 
au début, pour supprimer promptemenl la lièvre; 

Ei, enfin, que la dose de 5 grammes en vingt-quatre 
beures, à laquelle on s'arrête généralement dans les accès 
pernicieux, peut être portée très-utilement h 6 grammes, 
c'est-à-dire au double dans le même espace de temps. 

Ce sont les faits que je viens d'exposer et les conclu- 
sions (\ne j'en ai tirées, (jui m'ont déterminé à laire choix 
de cette épigrajihe... 

Lisez, comparez, jugez... 



Ci-après , les tableaux des divers mouvements tles 
malades traités à riwtpital militaire de Bône, durant 
rendi'uio-épidémie de l<So5, et ([ui ont été établis avec 
la plus rigoureuse exactitude. 



15 



220 



MOUVEMENT DES MALADES PENDANT 



Du l''' Novembre 185S 




lÉPIDÉMIE DE BONE. 



Bi t^ Février 1854. 



237 



3-^ DIVISION. 



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230 



COMPARAISON DES MORTALITÉS. 



NUMÉROS 


NOMBRE 
de 


MORTALITÉ 


des 


malades 


" 


" '" " ~^ 


DIVISIONS. 


traités. 


ABSOLUE. 


U E L A T I V E. 


^'■8 Division 


875 


30 


\ sur 29,46. 


2' Division 


-1.094 


-53 


\ sur 25,4^.. 


3* Division 


9ii 


%2 


1 sur 17,51. 












2.880 


425 





•j;;i 



OBSERVATIONS 
DE FIÈVRES PERNICIEUSES TRÈS-GRAVES, 

TRAITÉES PAn LE SULFATE DE QUININE A HAUTE DOSE. 



t'o OnsERVATioN. — Fièvre pernicieuse comateuse très-grave , râle trachéal. 
Sulfate (le quinine : 7 grammes G décigrammcs en vingt-six heures. — 
Gucrison. 

Dezulier (Jean), appartenant au T^c B'^" de Chasseurs 
à pied, nti le 10 septiMnl)ro 18'2i, à Thicrs (Piiy-de-Dome), 
onlrt' d'urgence à 1 hôpital militaire de Bùne, le ôl déceni- 
hre 1855, à midi. 

Ce malade, tpii, au dire de ses camarades, était depuis 
huit jours environ atteint de récidive d'accès de fièvre, 
qu'il dissimulait soigneusement au médecin de son corps, 
se trouvait à son entrée dans l'état suivant, ipii durait, 
assurc'-l-ou, depuis huit heures du matin. 

Coma très-animé, intelligence complètement suspendue, 
œil éteint et terne, Irismus de la mâchoire, raideur des 
membres, algidilé générale, respiration anxieuse, pouls 
irès-iréquent , (ililonne, presque insensible, peau très- 
sèche. 

Prescription par le médecin de garde d'une potion 
anti-spasmodique, contenant deux grannnes de sulfate 
de (juinine, que l'on fait dilHcileuient avaler au malade 
par cuillen'cs; moyens de calorilicatiiui ordinaires, tels que 
cruchons d'eau chaude et sinapismes comme révtdsifs. 

A deux heures du soir, au momenl de la contre-visite, 
cet état s'est encore aggravé ; le pouls est resté presque 



232 

insensible, la peau loiijuiirs froide esJ devenue visqueuse, 
le Irisnuis et la raideur des membres ont augmenté; bien 
jdus, il s'y est joint un râle trachéal, qu'on entend à grande 
distance; la bouche et les narines sont constamment cou- 
vertes d'une écume qui se renouvelle sans cesse. 

En i)résence d'un étal si grave, et qu'on peut consi- 
dérer comme désespéré, Monsieur le Médecin en Chef 
])rescrit une seconde potion anti-spasmodique, contenant 
!2 grammes de sulfate de quinine, à prendre eu deux fois, 
;i une heure d'intervalle, et comme adjuvante; dans le cas 
où elle ne pourrait pas être absorbée, un lavement conte- 
nant 2 grammes de sulfate de quinine. Les sinapismes sont 
renouvelés aux cuisses, des vésicatoires camphrés sont 
appliqués aux jambes, et des frictions avec le vinaigre rubé- 
fiant sont faites sur tout le corps. 

A six heures du soir, l'état du malade n'a pas changé. 
A dix heures, le pouls semble un peu relevé, le corps tout 
entier est baigné de sueur. 

A dix heures du niatin,le1'î'' janvier, le malade est assis 
sur son lit, manifestant son étonncment de se trouver à 
l'hôpital, et répondant avec intelligence aux questions (jui 
lui sont adressées. Il ne reste qu'un peu d'aluiiblissemenl 
et de courbature. 

A liuit heures du malin, il est prescrit 16 décigrammes 
de sulfate de quinine, à prendre en deux fois. 

A partir de ce moment, le mieux jjersiste; et depuis 
longtemps le malade aurait pu quitter l'hôpital, sans 
quelques douleurs arthritiques, antérieures à son entrée. 

Eu résumé, ce malade, du 51 décembre, à raidi, au 
1er janvier 1851, à deux heures après-midi, c'est-à-dire 
en vingt-six heures, ce malade, dis- je, a pris avec 
bénéfice évident 7 grammes G décigrammes de sulfate 
(le quinine, et ce succès inespéré, obtenu par de hautes 
doses de ce sel, s'est plusieurs fois renouvelé dans la 
yîéme salle. 



233 



Orne OnsEHVATiox. — Ficvrc pprniciciisc romaleiisp jjrave. Sulfatf de quinine : 
8 grammes en trente heures. Guérison. 

Saiinte-Barke, appartenant au train tlos équipages 
militaires, né à Sellièros (Jura), le 7 novembre 1850, 
atteint de récidive de lièvre depuis deux jours, apporté 
d'urgence a l'hôpital le 29 décembre 1855, à dix heures 
du matin. 

Ce malade, (pii offre quelque analogie avec le précédent, 
était dans un état de coma complet, rintelligence était 
totalement suspendue, tous les sens abolis, Irismus de 
la mâchoire, peau froide et sèche, commencement de 
rigidité des membres, pouls complètement insensible a 
la radiale des deux côtés, faible et vite, parfois iuter- 
niillent au [tli du bras. 

Le médecin de garde prescrit 2 grammes de sulfate de 
quinine, avec addition de 15 gouttes de teinture d'opium, 
des sinapismcs sont appliqués aux jambes. 

A deux heures du soir, lors de la contre-visite, pas de 
changement dans les symptômes déjà indiqués. Le malade 
semble éviter instinctivement de s'appuyer sur la région 
cervicale; de temps en temps il y porte la main, comme 
si ce point était le siège de vives douleurs. (Ce symptôme 
s'est renouvelé chez plusieurs de nos malades. ) Il est 
administré en deux fois, ii ime heure d'intervalle, une 
potion anti-spasmodique contenant 2 grannnes de sulfate 
de quinine. Les sinapismes sont renouvelés aux cuisses, 
deux vésicatoires cam|dirés sont ap[)li(pu''S aux jambes, 
et des frictions rubéOaiites faites sur tout le corps. Cet 
état persiste dans la soirée. 

Le 30, à la visite du matin, la position du malade ne 
fait ([ue s'aggraver, et les signes de conqiression cérébrale 
ont augmenlé; la contraction esl plus générale, les dents, 
forteuienl serrées, permettent dillicilemenl d'introduire le 
litpiide dans la bouche, et jiresque imnièdalement il est 



■231 

rejeté; la respiralioii est embarrassée; le pouls se seul à 
peine à la saiguée; sueur visqueuse sur tout le corps. 

On essaie de lui faire prendre une troisième potion 
anti-spasmodiqne, avec 2 grammes de suHalo de quinine, 
en lui en administrant une cuillerée a Louche toutes les 
cinq minutes. 

A deux heures du soir, relâchement général des mem- 
bres; de temps en temps, le malade pousse des cris, en 
portant ses mains sur les vésicatoires; le pouls est plus 
sensible, il a repris un peu de largeur à la saignée, le 
corps est en moiteur. Il y a évidemment un commence- 
ment d'amélioration. Lavement de sulfate de quinine, 
2 grammes. 

Le ôl, à huit heures du matin, le malade est radica- 
lement guéri; il sourit agréablement a tout le monde, 
accuse un grand bien-être et de plus un appétit très-vif; 
néanmoins la diète est maintenue, sauf un peu de lait 
sucré. 

Dès le lendemain, le>- janvier 185i, le malade demande 
la sortie; et, sur ses instances réitérées, après constatation 
de son parfait rétablissement, il quitte l'hôpital le i jan- 
vier, au soir, sept jours après son entrée. Sa santé ne 
s'est pas dérangée depuis , ainsi que nous avons pu le 
reconnaître. 



5"" ÛBSEnvATioN. — Fièvre pernicieuse cliolériquc {;ravc , voinisseinenU 

et lioijuels persistants. Sulfate de quinine : G grammes 

en vingt-quatre licures. Guérison. 

M. NoiROT, lieutenant au 08'"c de Ligne, né a Nancy 
(Meurthe), âgé de vingt-neuf ans, d'une bonne consti- 
tution, entré à Thôpital militaire de Bône, le M décembre 
18o5, a huit heures du soir. 

Cet officier, qui se trouvait avec son bataillon au camp 
de Fée-Kl-Semiâ , sur le bord de la Seybouse, à onze 



235 

lieues de Bône, avait déjà eu plusieurs atteintes de fièvre, 
qu'il avait supprimées par le suliate de quinine. Depuis 
six jours, une nouvelle recliute avait eu lieu, et la violence 
des accès ne faisant qu'ani^nnenter, malgré le snllate de 
quinine, il se (it transporter à riiôpilal. Il était, à son 
entrée, dans l'état suivant: coma, intelligence suspendue 
depuis quelques heures, diflicile à réveiller et disparais- 
sant de suite, algidité générale, petitesse et fré([uence 
de pouls, vomissements de bile presque continuels et 
souvent par régurgitation , hoquet persistant , très- 
sonore. 

Le médecin de garde fait réchauffer le malade par les 
moyens ordinaires, lui fait appliquer des sinapismes aux 
jambes, et lui administre 2 gr. de sulfate de quinine, 
dans une potion opiacée. 

Le 5, à la visite du matin, l'état du malade ne s'est 
pas modifié; il faut beaucoup d'insistance pour réveiller 
son intelligence, encore ses réponses sont-elles diOuses; 
la peau est même froide, mais le pouls ne s'est pas relevé; 
le hoquet et les vomissements bilieux persistent. Une partie 
de la quinine de la veille ayant été rendue, M. le Médecin 
en Chef fait préalablement administrer une potion opiacée 
à 20 gouttes, et, une heure après, l'estomac paraissant 
dans le repos, 2 grammes de sulfate de quinine, également 
opiacés, qui sont gardés. Le luxiuet, (|ui n'a pas disparu, 
est combattu avec avantage par l'eau de seltz aromatisée 
et sucrée. 

A huit heures du soir, le pouls s'est relevé, et le malade 
semble se rattacher à la vie extérieure, mais le hoipiet 
et les vomissements reparaissent; on recourt de nou- 
veau à l'eau de seltz aromatisée et sucrée, qui réussit plus 
lentement. 

Le 6, à la visite du malin, le malade se trouve frès- 
bien; l'intelligence est itarl'aite; il ne reste cpie de la 
courbature et la surdité produite [>ar le médicament; la 



236 

convalescence est, loutclois, un peu plus lente que chez 
les njalades précédents. 

Cet officier, à part une légère rechute de fièvre, sur- 
venue le "li décemhre, et racilcmonl arrêtée, a joui d'une 
très-bonne santé et a \ni s'embarquer le lo janvier pour 
se rendre en France. 



4""' OnsErivATiON. — Tièvrc pernicieuse comateuse liés-prave. Sulfale 
Je (juii)iiic : 10 grammes en viii(;t-(jualre heures. Guérison. 

M. BuQUET, sous-lieutenant au 6(S"ie do Ligne, né à 
Dieuze (Meurthe), le 7 nov. 1820, transporté à l'hôpital 
de iîône, le 17 février 1854, à huit heures du soir. 

Cet officier était depuis huit jours atteint de fièvre, 
qu'il cond)altait par des pilules de sulfate de quinine. 
Etant sorli le 17 au soir, malgré quelques légers frissons, 
il tombe subitement, comme foudroyé, dans la rue, et est 
envoyé à l'hôpital, sous la prévention d'une congestion 
cérébrale. Le coma était complet, et la vie ne se mani- 
festait que par une respiration difficile et un pouls lili- 
forme et presque insensible. 

Le médecin de garde s'étant fait rendre compte avec 
soin, par des tiers, des circonstances qui avaient précédé 
cet accident, s'occui)a de réchauffer le malade, lui appliqua 
des sinapisnies promenés sur tous les membres, et lui fit 
prendre une potion anli-spasmodique, contenante grammes 
de sulfate de quinine. 

Le 18, à la visite, coma presque carotiqiie, perte com- 
plète de l'inlclligence, trismus de la mâchoire, agitation 
l)ernianente des membres supérieurs, avec frémissement 
des doigts, pouls fréquent et petit. 

Deuxième potion de sulfate de quinine de 2 grammes, 
éthérée et opiacée à 10 gouttes, qui est donnée par cuil- 
lerées, et (pie le malade rejette en grande partie ; lavement 
suppléinenlairc de sulfate de (juinine de deux grammes; 



237 

sinapismes aux cuisses, deux vésicatoires camphrés aux 
janîl)es et friclious ruhéliautes. 

A la contre-visite de trois heures, la peau s'est un peu 
réchauffée, le pouls a repris un peu d'ampleur; mais l'in- 
telligence est encore engourdie, ([iioi(|ue l'œil soit un peu 
moins terne. Quand on interroge le malade, il send)le 
affecté par le son de la voix, mais il ne parait pas en 
comprendre la valeur. 

Une troisième potion de sulfate de quinine de 2 gr., 
également élhérée et opiacée , est administrée , mais 
énergi(piement repoussée par le malade, qui parait avoir 
conscience de son amertume. Une partie, cependant, a 
été absorbée; et, pour suppléer à son insullisance, il est 
donné un lavement de 2 grammes de sulfate de quinine. 

A six heures du soir, l'intelligence se réveille; le ma- 
lade ne répond pas encore aux <pieslions que lui adresse 
un ami , mais il témoigne, par l'expression de son regard, 
qu'il le comprend. 

Le 19, au matin, le malade est complètement rétabli, 
l'intelligence est intacte, mais il ne reste aucun souvenir 
de ce qui est arrivé les jours précédents; c'est, comme 
le dit cet OlUcier, une lacune dans sa vie. !1 exprime déjà 
le désir de sortir prochainement , pour reprendre son 
service. 

5"* Observation. — Ficvrc pcrnicieusfi comali-iisc Irès-gravi'. 

Camiuelli, Gaspard, né à Malte (possessions anglaises), 
âgé de cinquante ans, arrivé depuis trois ans en Afrique, 
où il exerce la profession de jardinier, atteint depuis deux 
mois de nombreuses récidives de lièvre, révélant en gé- 
néral le ty|)e tierce, entre à l'Iuipital militaire" de [>(ine, le 
février ISoi, à deux heures de I a|très-midi. (lonstitulion 
très-forte et vigoureuse. 

D'après les renseignements obtenus, ce malade avaient 



238 

(III violenl accès lie fièvre la veille de son entrée k l'iiô- 
jiital. I.ors de la conlre-visite , il présente la physionomie 
d'un accès de fièvre pernicieux a son début : intelligence 
déjà chancelante; il l'aut renouveler chaque question au 
malade pour en obtenir une réponse, qui est assez claire 
du reste, mais débitée d'un Ion sec, tranchant et vibrant; 
tendance à la stupeur; o'il terne, ne reprenant de l'éner- 
gie que sous rinlltience d'une stimulation extérieure vive; 
les mains se portent constamment à la nuque, pour sou- 
tenir la tète, où résident quelques douleurs sourdes; peau 
froide et sèche; pouls petit et fréquent (H2 pulsations 
environ). Il est prescrit une potion anti-spasmodique , 
contenant 2 grammes de sulfate de quinine, à prendre 
en deux doses, à une heure dintervalle. 

A huit heures du soir, le malade, visité par le médecin 
de garde, est dans un état de coma plus avancé; la ten- 
dance a la somnolence est plus grande; les réponses sont 
moins faciles, moins claires; l'expression du visage est 
plus hébétée; il y a déjà un peu de raideur dans la mâ- 
choire ; la peau est cependant moins froide. Potion anti- 
spasmodique avec sulfate de quinine; deux grammes en 
deux doses et à deux heures d'intervalle. 

Le 7, à huit heures du matin, il y a un mieux sensible; 
l'œil et la physionomie ont repris de l'intelligence; la peau 
est fraîche, le pouls est moins fréquent et plus développé, 
mais il y a un peu de raideur dans les membres supérieurs. 
Sulfate de quinine : 8 décigrammes a neuf heures, et 8 
décigrammes à midi. 

A la conlre-visite, loin de s'améliorer, l'état du malade 
est moins bien que le malin ; les douleurs à la nuque ont 
reparu, les mains s'y portent constamment; les réponses 
sont sèches, un peu égarées; la peau est fraîche, mais 
le pouls compte encore lOi pulsations. Potion anti-spas- 
modique contenant 2 grammes de sulfate de quinine, à 
prendre en deux fois, à quatre heures d'intervalle. 



239 

Le 8, à la visite du lualiu, raïuélioiation est fran- 
chement accusée : l'expression du visage esl plus libre, 
plus franche; l'œil esl plus ouvert; la eéphalalgie a tota- 
lement cessé; les membres ont repris leur sou[desse; la 
parole est facile; il existe 6i pulsations h la minute; le ma- 
lade accuse par une mimique énergique un très-vif appétit. 
Riz au gras, limonade gonmieuse, potion gommeuse. 

A partir de ce moment, la convalescence s'établit et 
marche à grands pas, sans qu'aucun accident vienne l'en- 
traver. Le mauvais temps peut seul retenir à l'hôpital le 
malade, qui sort parfaitement guéri, le 10 février. 

ginc Obsi:iivation. — Fièvre pcrniciousc lomatpuse lrrs-f[tavc. 

Barelli, François, coraillenr napolitain, constitution 
forte, âgé de soixante-huit ans, atteint de fièvre perni- 
cieuse comateuse très-grave, entré a l'hôpital le 8 août 
1834, décédé le 9, à trois heures du soir. 

Ce malade nous est apporté à Thôpilal, vers huit heures 
du matin, dans un état de corna très-profond, par des 
personnes qui ne peuvent nous donner aucun rensei- 
gnement sur les antécédents de sa maladie et de Barelli 
lui-même. Nous ne pouvons donc rien savoir. Nous cons- 
tatons : abolition complète des facultés intellectuelles; 
renversement de la léle en arrière, avec raideur du cou 
et des membres; les yeux déprimés et enfoncés dans les 
cavités orbitaircs; le pouls irrégulier, dur, fréquent àl20; 
respiration sterloreuse abdominale avec immobilité des 
côtes; peau cuivrée; sueurs visqueuses. Après plusieurs 
interpellations, nous réveillons pour un instant son in- 
telligence, et, par le geste, nous parvenons h lui faire 
tirer la langue, qui est un peu sèche et un peu rouge. 

Nous prescrivons immédiatement, tigrannnes de sulfate 
de quinine et des révidsifs (Miergigues, deux larges sina- 
pismes. Une partie du sulfate de quinine est rejelée, ainsi 



240 

que la tisane de tilleul, la déglutition étant embarrassée. 
Vers trois heures, même état : potion anti-spasmodique 
avec 2 grammes de sulfate de quinine; lavement avec 'i 
autres grammes; vésicatoires sur les mollets; frictions 
avec le vinaigre rubéliant sur le corps. Le malade témoi- 
gne de la sensibilité pendant les frictions, et aussi par la 
douleur des vésicatoires. 

Neuf heures du soir, le sulfate de quinine n'a plus été 
rendu , le malade est toujours plongé dans un coma 
profond; Taspect des yeux est terne, pouls à 155, irré- 
gulier, danger imminent. 

9 août, la nuit a été tranquille, point de selles ni de 
vomissements. Le matin , il y a une légère amélioration : 
l'intelligence semble revenir, les yeux sont moins ternes, 
moins enfoncés, le râle trachéal a disparu; mais la res- 
piration est toujours abdominale et les côtes immobiles , 
le pouls est à 120, moins sûr, plus régulier, la peau perd 
de sa teinte cuivrée et la chaleur est naturelle, point de 
raideur dans les membres, la déglutition est plus facile, 
langue humide et rosée. En un mot, il y a une rémission 
sensible, qui donne un bon espoir, pourvu qu'un nouvel 
accès ne vienne pas aggraver cet état encore si grave. 

Nous continuons la potion anti-spasmodique, avec 2 S'- 
de sulfate de ipiinine, et on entretient les vésicatoires; 
à midi, encore 1 granmie de sulfate de quinine. 

A deux heures et demie, nouvel accès. Barelli vient 
d'être pris de frissons; abolition complète de l'intelligence, 
déviation des commissures de la bouche, avec écume, 
enfoncement plus profond des yeux, râle trachéal, res- 
piration entièrement mécanique par le soulèvement du 
diaphragme, pouls très-irrégulier, petit, fréquent, con- 
traction des membres, teinte fauve foncée de la peau, 
avec sueurs viscpieuses, extrémités froides, déglutition 
impossible, urines involontaires, mort imminente. 
A trois heures, mort dans la période du frisson. 



•2 VI 
AUTOPSIE. 

Cavité crânienne : Injection considérable des vaisseaux 
cérébraux, sérosité trouble dans l'arachnoïde et les ventri- 
cules, très-abondante, léger épaississen)ent et teinte opa- 
line des enveloppes; la substance cérébrale offre plus de 
consistance avec un sablé rouge très-prononcé. 

Cavité titoracique : Ilien de particulier, si ce n'est une 
certaine quantité de sérosité citrine (60 grammes) dans le 
péricarde. 

Cavité abdominale: Présence de la bile dans l'estomac, 
et l'intestin grêle, avec injection rouge peu prononcé dans 
ce dernier; le foie est un peu plus volumineux et la vési- 
cule remplie d'une bile épaisse et noire ; la rate, de volume 
normal, a perdu toute consistance et se réduit en bouillie; 
la muqueuse vésicale offre aussi la teinte ictérique de l'in- 
testin. Rien de particulier dans les reins. 

"'■«' Oiisr.iiVATiû:i. — Fii'vie rémiUonle Lilieiise , .i doiiMp paroxysme- 

le scplicmo accès est pernicicii'i. Sulfate de quinine : •J.ÔK'' 20. 

Guérison. 

Mademoiselle D. F., âgée de trente-six ans, tempérament 
lympbatico- nerveux, sujette aux lièvres, sans altération 
organique, habitant Bône depuis trois ans, lut prise, dans 
l'après-midi du i'ô août 185i, d'un ujalaise général, avec 
douleurs anthralgiques, frissons, vomissements, cépha- 
lalgie, s'irradiant jusqu'à la région occipito-cervicale. Klle 
combattit cet état, comme il lui était déjà arrivé plusieurs 
fois, par une dose de 5 décigr. de sulfate de (piinine, et 
le soir, se croyant mieux, elle alla au bal ; mais, peu après, 
grande faiblesse, vertiges, sueurs froides, qui la forcent à 
se remettre au lit; insomnie, agitation. 

Le l(> août, malgré deux doses de sulfate de quinine 
de 5 décigrainmes chaijue, jtrises l'une le matin, l'autre 
le soir, il y eut deux accès : l'un à une heure de l'après- 

16 



242 

midi, avec céphalalgie intolérable, vomissements verdàtres, 
frissons suivis de sueur; le deuxième, dans la nuit du 16 
au 17, à une heure du matin, avec insomnie, anxiété 
générale, vomissements d'un jaune foncé, urines noires 
et brillantes, crampes dans les mollets. 

Le il au malin, encore o dccigrammes de sulfate de 
quinine; mais, comme la veille et à la même heure, il y 
eut un paroxysme dans la journée avec les mêmes symp- 
tômes. Vers huit heures du soir, appelé près de la mala- 
de, je la trouvai dans l'état suivant : abattement extrême, 
face pâle et altérée, les sclérotiques d'un jaune citron, voix 
afl'aiblie, vomissements répétés, verdàtres, urines noires 
et difficiles. 

Les antécédents bien établis, je prescris 1 gramme de 
sulfate de ijuinine, pour prévenir l'accès qui devait arriver 
après minuit; un autre gramme, à prendre le fendemain 
matin, à huit heures; limonade gazeuse. 

18 août. Le matin, il y a eu de l'amélioration; le paro- 
xysme de la nuit a été plus bénin, sans crampes ni douleurs 
anthralgiques. En ce moment, la parole est plus libre, la 
soif moins intense, les vomissements moins abondants, 
toujours verdàtres, et les urines presque noires. Je pres- 
cris : limonade gazeuse à la glace, sulfate de quinine, 8 
décigrammes, à dix heures du matin, et 8, à neuf heures 
du soir. Le paroxysme du jour fut presque nul, et la ma- 
lade, se croyant guérie, ne prit la seconde dose que pour 
obéir à son médecin. 

19 août. A une heure du matin, je fus appelé eu toute 
hâte près de ma malade, et la trouvai dans un état très- 
alarmant. Vn nouveau paroxysme, c'était leseplihne, venait 
de débuter d'une manière inquiétante, par des frissons, 
perte de connaissance, yeux ternes, éteints, face déco- 
lorée, froide, avec trismus, la tête renversée en arrière, 
hoquet sourd et persistant, les bras fortement contrac- 
tures; une sueur froide et visqueuse couvrait le corps. 



2i:\ 

J'ajipliquai iinmédiateineni des révulsifs énergiques, 
tViclions avec le vinaigre rubéfiant, cruchons d'eau l)ouil- 
lanle aux pieds, deux vésicatoires camphrés. En même 
temps, ])otion éthérée et opiacée, avec 2sr de sulfate de 
quinine, à prendre en deux fois, dans une heure; lave- 
ment avec 2 autres grammes de sulfate de quinine. 

Huit heures. A la suite de cette puissante médication, 
il y eut une détente sensible, l'intelligence reparaît par 
intervalles, la contraction des membres se dissipe. 

Restait h prévenir le paroxysme de la journée, cpii pou- 
vait devenir falal. Je lis prendre immédiatement 2 s'" de 
sulfate de quinine en lavement, et une potion de 8 déci- 
grammes pour dix heures. 

Le paroxysme ne se montre pas; nous constatons une 
amélioration progressive , le coma se dissipe, avec le tris- 
mus et la contraction des membres; la parole, quoique 
faible, redevient naturelle. 

A quatre heures du soir, la malade, en me voyant, me 
dit, qu'elle vient de se réveiller d'un profond sommeil. 
Il ne lui reste qu'un léger ho((uet, jjour lequel je prescris 
de la glace arrosée du jus de citron. 

A 10 heures du soir, le hoquet a disparu. J'ordonne 
encore 8 décigranmies de sulfate de quinine, pour pré- 
venir l'accès de la nuit. 

20 août. Le i)aroxysme de la nuit ne se manifeste que 
par une certaine agitation, avec insomnie. Du reste, la 
malade va très-bien. 

Dès ce moment, tout accès disparaît; plus de cépha- 
lalgie, plus de douleurs dans les mend)res, rien (ju'une 
certaine lassitude, et bientôt les urines, de bourbeuses 
rodevienueut lim|)ides. 

21 août. La malade va de mieux en mieux, l'appétit 
se fait sentir, tout traitement est suspendu ; et, après 
une courte convalescence, il y eut un prom|)t retour à 
la .«^aulé. 



244 
RÉFLEXIONS. 

Cette dernière observation, surtout, vient de démontrer 
à la dernière évidence cette grande tolérance du tube 
digestif pour le sulfate de quinine dans les fièvres palu- 
déennes, même dans le cas où la membrane muqueuse 
est violemment surexcitée. Ce fait, qui est encore en 
opposition avec quelques tbéories médicales, doit aujour- 
d'hui être adopté, puisque la médication par le sulfate de 
quinine à haute dose dans les fièvres très-graves et per- 
nicieuses vient d'être sanctionnée par l'expérience... 

Cette tolérance du tube digestif pour le sulfate de qui- 
nine, se reproduit également pour la potion ipéca-stibiée; 
ainsi , dans les fièvres intermittentes chez lesquelles ou 
observe les mêmes phénomènes que dans les inflamma- 
tions aiguës de l'estomac : acération, rougeur des bords 
de la langue, enduit muqueux ou bilieux, ou bien acidulé, 
vomissements, douleurs à l'épigastre, etc., etc., tous ces 
symptômes disparaissent, comme par enchantement, sous 
l'influence de la médication vomitive qui précède toujours 
la médication spécifique dans les fièvres de marais, sous 
les conditions que j'ai indiquées dans la première partie. 

J'ai tellement confiance dans les caractères que je viens 
de tracer, que je n'hésite pas à rappeler l'opinion de M . Bailly 
sur l'aspect de la langue dans les fièvres intermittentes : 
« La couleur de la langue, dit-il, est si peu importante dans 
(< ces maladies, qu'en général les médecins italiens la con- 
« sultcnt rarement, au moins à Rome, où je les ai suivies 
« plus qu'ailleurs; et quand ils la faisaient tirer aux malades, 
« lorsque j'étais présent a leurs visites, c'était plutôt parce 
« qu'ils connaissaient ma curiosité h cet égard , que pour 
f( former leur opinion. » 

Cette opinion de M. Bailly a été rapportée par M. le J)'^ 
Maillot dans son traité des Fihrcs inlerniit lentes, p. 22. 



2i5 



DES RACES PERFECTIONNÉES 

DAIHS LE DÉPARTEMENT DES PYRÉNÉES -ORlEiNTALES, 

l'ar M, ia.*i,K«iVK. membre résidant. 



Invité par Monsieur le Président de la Société Agricole 
et Scientifique, à présenter un résumé sur les avantages que 
les races perfectionnées peuvent offrir aux agriculteurs de 
notre département, nous avons hésité un instant à nous 
rendre à cette invitation, comptant encore peu sur notre 
expérience. Cependant, le désir de nous rendre utile eu 
soulevant une question tant de fois controversée, et qui 
dans le nord, l'ouest et l'intérieur de la France trouve un 
commoncement de solution, ce désir nous a fait vaincre 
toute répugnance, heureux s'il nous était donné de con- 
courir pour une petite part à l'action du progrès agricole 
dans notre pays. 

Notre examen portera d'ahord sur l'espèce bovine, et 
dans cette espèce surtout sur la race durham, qui 'est 
le vrai type des races pertoctionnées. Nous dirons aussi, 
avant de linir, quel(pjes mots sur l'amélioration dont est 
suscej)lihle notre race de Cerdagne. 

La race de Durham tire son origiue des bords de la 
rivière Tces, qui sépare en Angleterre les comtés d'Vorck 
et de Durham. Les Anglais, nos maiires en agricullure, 
travaillent depuis plus d'un siècle à améliorer celte race' 
Ils ont commencé, dit-on, par la croiser primitivement 
avec des sujets de la race hollamlaise. Lorsqu'ils ont ainsi 
ol)lonM. après bien des essais et des tâtonnements, le type 



246 

de la bête de boucherie , qui était le but qu'ils se propo- 
saient, ils ont abandonné le croisement de cette nouvelle 
race, dite de Bxirham. améliorée, avec toute autre race, 
comptant avec raison que rélevai^e in-aiid-in ou dans et 
dans, c'est-à-dire la reproduction par des mâles et lemelles 
améliorés, appartenant à la même famille, serait le vrai 
moyen de conserver, de fixer le nouveau type et les nom- 
breuses qualités de cette race améliorée. 

Tous les agriculteurs qui suivent le progrès agricole, 
savent que le bœuf durliam est le modèle de la bête de • 
boucherie; et de tous les animaux des races bovines, il 
est celui qui par l'harmonie de ses formes et sa préco- 
cité approche le plus de la perfection , s'il n'est permis 
de dire qu'il est la perfection même. Sa tète est petite, 
ses yeux grands, doux et |)lacés à fleur de tète, ses 
cornes minces, sa peau fine, son cou court et grêle, 
sa poitrine profonde, large et projetée en avant, ses 
jambes courtes, fines et écartées, son ossature légère, 
ses muscles parfaitement développés, la ligne du dos 
droite comme une llèclie. Chez cet animal, le train pos- 
térieur est remarquablement développé , les hanches 
sont larges et longues, la cuisse descend perpendicu- 
lairement sur le jarret, la queue est mince et attachée 
bas, le corps est cylindri(iue, on pourrait même dire 
cubique chez les meilleurs sujets de l'espèce. 

Par cette description il est facile de se rendre compte 
que dans cette race les améliorateurs ont cherché à aug- 
menter, autant que possible, l'assimilation de la nourri- 
ture consommée, en donnant au sujet une poitrine large 
et profonde, c'est-à-dire de larges poumons. Ils ont encore 
cherché à augmenter les morceaux de viande de première 
qualité qui se trouvent dans le train postérieur, à diminuer 
relativement ceux de seconde et surtout de troisième qm- 
lité ; enfin, à réduire tout ce qui n'est pas viande ou graisse, 
comme la tête, les cornes, les os, les jand)cs, le cuir, etc. 



247 

Quoicjuc le liurhain soil la biHe de boucherie par excel- 
lence, un grand nombre de lemelles de cette race se l'ont 
encore distinguer par leurs qualités lactil'ères: il n'est pas 
rare de trouver des vaches qui donnent depuis 12 jusqu'à 
20 litres de lait par jour. Quant au travail, il n'en faut point 
demander à des animaux chez les(iuels on a nMluit autant 
qu'on l'a pu les parties du corps susceptibles de le fournir. 
Le bœuf durham se fait remarquer encore autant par 
sa précocité que par la lacilité avec laquelle il prend la 
graisse; et chose étonnante, il s'accommode de tous les 
climats. On a beau le dépayser, l'exporter d'Angleterre en 
France, en Amérique, en Australie : partout il prospère 
connue si on l'avait façonné exprès pour sa nouvelle patrie. 
Telles sont les qualités que possèdent les sujets de cette 
magnilique race de durham, qui rend déjà de si grands 
services dans une bonne partie de la Fiance. Ces qualités 
sont devenues tellement inhérentes à cette race, par l'é- 
levage aussi intelligent que constant des améliorateurs, 
que le pioduit du premier croisement d'un taureau durham 
avec une vache de race quelconque perd déjà le cachet 
de la mère, tandis qu'il acquiert celui du jjère, dont il 
hérite surtout les belles formes et une propension très- 
marquée à prendre la graisse. Un autre fait digne de 
remarque et déjà sanctionné par l'expérience, est que 
les produits du premier croisement et nième du second, 
tout en acquérant une partie des qualités du père, con- 
servent beaucou[i de propension au travail, si la vache- 
mère appartient à une race qui possède cette qualité. 

Y a-t-il en France, dans notre espèce bovine, une race 
qui corresponde à celle de durham en Angleterre? iNous 
possédons bien les races llamande, colentine, dont les 
vaches se font remarquer, les unes par la (]uanlité, les 
autres par la <pialilé beurrière de leur lait; nous possé- 
dons aussi les races aubrac, nantaise, gasconne et autres, 
excellentes pour le travail ; nous possédons bien encore 



248 

les races charolaise , garonnaise , couiloise , qui ont une 
propension à prendre la graisse i)lus nianiuéo que nos 
autres races; mais nous u"aYons pas une race qui, comme 
celle de durham en Angleterre , vienne mieux et beau- 
coup plutôt que toutes les autres eu aide aux besoins 
impérieux et tous les jours croissants de la consommation. 
Pourquoi, dans les fermes tlorissantes de France, qui 
peuvent bien nourrir et amener avec prolit des bœufs 
gras sur les marchés, l'agriculteur attendrait-il davantage 
a se servir d'une race qui, quoique étrangère à son pays, 
lui payerait plus cher la nourriture qu'il distribue à son 
bétail? L'agriculteur ne doit certes jamais perdre de vue 
que chez un animal quelconque l'assimilation de la nour- 
riture est toujours en raison du développement des pou- 
mons. Or nos bœufs français pèchent surtout par le res- 
serrement de la poitrine, qui se développe au contraire 
d'une manière brillante chez le durham. On trouve encore 
certains preneurs qui, sous le prétexte d'un patriotisme 
vrai en apparence, mais bien faux en réalité, conseillent 
d'améliorer par sélection notre race charolaise par exem- 
ple, qui Unira, disent-ils, par réunir les mêmes qualités 
qui distinguent la race durham. Ces messieurs ignorent 
sans doute que les Anglais sont à Tœuvrc depuis le 
commencement du siècle dernier pour façonner la race de 
durham qui déjà, avant son amélioration, était supérieure 
à notre race charolaise actuelle. Pourquoi voudrions-nous 
donc retarder l'amélioration de nos races de boucherie 
par la sélection, lorsque nous [»ouvons immédiatement les 
améliorer par le sinq)le croisement? Les Anglais, qui se 
distinguent surtout par leur patriotisme, n'ont certes pas 
hésité, pour améliorer leur race durham primitive, à la 
croiser avec la race hollandaise étrangère a leur pays. 
N'hésitons donc plus nous-mêmes à nous servir d'une 
race anglaise pour améliorer nos races indigènes de bou- 
cherie. Les agriciUteurs de l'Américpie, de l'Australie, de 



249 

la Russie, etc., iifi balancent ])oint à aller en Angleterre 
chercher à des prix l'abulcux des ly[)es de celle belle 
race, dans le but d'améliorer leurs propres troupeaux 
par le croisemenl. Ils ne craignent point de faire l'aire à 
ces animaux des voyages longs, pénibles et coûteux; et 
nous autres agriculteurs français, qui avons un Couver- 
nenient qui, dans sa sollicitude pour ragricullure, lait 
élever des troupeaux de celle belle race dans les vache- 
ries imi-'ériales, dans le seul but de nous procurer des 
types remarquables et à des prix relativement modérés, 
nous négligerions tous ces avanlases? 

l.a hunière, sur ce point, commence a se montrer: 
espérons qu'elle deviendra à mesure plus éclatante. 

Les bœufs de nos meilleures races indigènes sont excep- 
tionnellement bons à 5 ans, o ans '/ai pour la boucherie. 
Ce n'est qu'à force de soins et par une nourriture excessi- 
vement riche, abondante, recherchée et dispendieuse qu'on 
fait quelques exceptions, tandis que le durham, lui, pos- 
sédant une poitrine beaucoup plus large et plus profonde 
que les bœufs de nos meilleures races, s'assimilant beau- 
coup mieux la nourriture qu'il reçoit, arrive nalur(>llement, 
sans soins jiarticuliers, par le l'ail même de ses (jualilés, à 
un état d'embonpoint supérieur, et cela à l'âge de 50 mois 
et même de 24. Nous pouvons appuyer ce que nous avan- 
çons sur des laits déjà acquis dans noire dé|)artcmenl; nous 
[)Ouvonsnous-m('me montrer des animaux de celle race p.ure 
et même des croisés '' j sang (pii, grâce à une nourriture 
abondante et appropriée, sont à l'âge de neuf mois, un 
an, vingt mois, dans un état d'embonpoint fort raison- 
nable, (pie n'atteignent point les animaux gras de ciii<| et 
six ans cpiou amène sur le maich('' de noire chef-lieu. 
Il est facile aux personnes cpii douteraieiil du fait, de 
sacrilier quehpies heures pour venir s'en convaincre. 

Nous avons été plus loin : ayant dans noire exploitation 
des sujets de la race indigène bazadaise, race qui n'est 



250 

certes pas a dédaigner pour la boucherie, cl des sujets 
7a sang dnrham cliarolais, nous avons voulu nous donner 
la satisl'action de faire avec un sujet niàle de chacune de 
ces races un essai coniparalif, qui a commencé le 1^'' 
décembrel8o8, et a duré jusqu'au ler juin 1859. Le jeune 
veau bazadais né chez nous le 21 avrd 18o8, avait été 
parfaitement allaité par sa mère et de plus nourri a pro- 
fusion jusqu'au l^''' décembre. Aussi se trouvait-il en bon 
état, mais il n'avait pu déjà alors acquérir l'embonpoint 
des veaux durham ses voisins , qui étaient à la même 
ration. Le jeune durham cliarolais né le lo avril 1858, 
nous arriva avec sa mère du département de la Loire a 
la lin de décembre dans un état vraiment pitoyable (la 
sécheresse ayant fait manquer les fourrages dans ce dé- 
partement). Le l'^'" décembre, le sujet bazadais qui se 
trouvait en bon état, et le sujet durham charolais qui 
était excessivement maigre furent attachés à la même 
mangeoire, seuls, côte à côte, mais de manière a ce que 
le plus fort ne put prendre la nourriture au plus faible. 
Ils reçurent pendant décembre, janvier et février la même 
ration, qui se composait d'un peu de luzerne, beaucoup 
de turneps et une petite quantité de farine d'orge. Ces 
trois mois écoukîs, le sujet croisé durham avait grandi 
comme le bazadais, avec la différence que l'embonpoint 
de ce dernier était resté stationnaire, tandis que celui du 
croisé durham avait beaucoup augmenté. La différence 
fut bien plus sensible pendant les trois mois qui suivirent. 
En mars, les doux animaux reçurent encore la même ra- 
tion, la betterave avait remplacé le turneps. Au commence- 
ment d'avril les deux jeunes veaux grandissaient beaucoup, 
mais le bazadais perdait de son embonpoint et le durham 
charolais gagnait encore. Nous nous décidâmes alors à 
faire augmenlcr la ration du bazadais, (lui eut de la peine 
à se maintenir jusqu'à la lin en assez bon étal, pendant 
que le durham charolais, avec son ancienne ration, en- 



25f 

graissait toujours. Les deux sujets ont été [)résenlés au 
concours tic Carcassonne, où il était facile de reconnaître 
coinl)ien le croisé durham remportait sur le bazadais. 
L'essai a été, ce nous semble, assez concluant; il l'eût été 
bien davantage, si le ler décembre les jeunes sujets avaient 
été tous les deux en aussi bon état l'un que l'autre. 

Traitons maintenant la questioii sous un autre point 
de vue. Faut-il, pour améliorer nos races françaises, 
leur infuser a toutes le sang durbam? Nous ne le pen- 
sons pas. La race durham a aussi ses exigences. Si elle 
a des qualités très-marquées, telles que sa grande pré- 
cocité, son extrême propension à engraisser, etc., elle 
possède aussi les défauts de ces mêmes qualités. Si elle 
est excessivement précoce, ce n'est qu'à la condition de 
recevoir déjà dans son jeune âge une nourriture abon- 
dante et appropriée, qui permette un pronq)t développe- 
ment, rsous entendons par nourriture appropriée, celle 
qu'appète surtout le durham , et qui se compose de 
fourrages verts et de fourrages racines, comme trèfles, 
maïs, esparcette, turneps, betteraves, et non des fari- 
neux, ce (pie l'on croit généralement. (On ne se sert de 
ces derniers que pour (pielques sujets hors ligne, qui 
par leurs qualités extraordinaires peuvent servir à l'amé- 
lioration de la race.) Or, nous ne croyons pas qu'il soit 
encore permis dans la généralité des fermes du Midi de 
la France , de distribuer aux jeunes sujets de l'espèce 
bovine une nourriture abondante et même appro[)riée; 
donc le durham ne convient point dans ces fermes, et 
l'on aurait grand tort de l'y introduire, parce qu'au lieu 
du bénélice qu'il [U'ocin*e, lorsqu'il est placé au milieu de 
raliondanco, il constituerait en perle ragriculloiu' (|ui 
voudrait l'élever dans de mauvaises conditions. 

Telles contrées sont susceptibles d'élever avec profit 
le durham et ses croisements, comme la Normandie, le 
Cbarolais, la Vendée, les bords de la Cîaronne, etc.; 



252 

telles autres doivent encore y renoncer, comme la Gas- 
cogne, l'Auvergne, et pour parler de notre pays même, 
la Cordagne. Les ressources l'ourragères sont trop res- 
treintes dans ces dernières contrées, pour qu'on pense à 
y introduire des races perfectionnées pour la boucherie. 

Mais, pourquoi bannirions-nous le croisement durham 
de notre beau Roussillon? Est-ce ((ue les ressources 
fourragères maniiuent dans la Salanqne et dans une 
grande partie du Riverai? Non seulement ces ressources 
sont abondantes, mais elles sont encore apjjropriées aux 
besoins de cette race anglaise. Nous pouvons donner 
aux sujets de l'espèce bovine du mais en vert depuis le 
commencement de juillet jusqu'à la mi-octobre, des tur- 
neps ou betteraves depuis la mi-octobre jusqu'à la tin 
d'avril; les fourrages verts ne manquent certes pas en 
mai; et s'il fallait encore du vert pour le mois de juin, 
ne pouvons-nous point réserver une prairie naturelle ou 
la deuxième coupe d'une prairie artilicielle en esparcette 
pour la faire consommer à cette époque? 

Quoique le fourrage soit abondant et varié dans notre 
pays, il faut avouer que la majorité des agriculteurs s'en 
servent mal. Les uns vendent une grande partie de leur 
meilleur foin, réservant pour l'élevage et l'amélioration 
de leurs animaux une pitance quelquefois assez abondante 
comme volume, mais bien pauvre en principes nutritifs; 
d'autres sont enchantés de nourrir six tètes de gros bétail 
au lieu de quatre, par exemple, ne se doutant seulement 
pas que les quatre tètes coiisonnnant la ration médiocre 
pour six et suftisante pour quatre, donneraient plus de 
travail, ou plus de lait, on plus de viande, et plus de 
fumier. Ceci est cependant facile à comprendre. Chaque 
animal a besoin, rien que pour vivre, d'une certaine 
quantité d'aliments, qui compose la ration d'entretien; 
le surplus de cette nourriture essentielle à la vie forme 
la ration de produit, c'est-à-dire le travail, le lait, la 



■Jôi 

viande. Si iiik' (-(M'iniiic (juanlité do iioiirrilnrc ('huit 
doniH'O, on venl nourrir six ti-ies au lieu de quatre, les 
<leux rations d'enlrolien (|uil faudra do j)lus pour les six 
et qui chez elles seront entièrenient perdues, deviendront 
rations de produit chez les quatre, et rapporteront alors 
plus de travail, ou plus de lait, ou plus de viande. Un 
autre avantage qu'il ne faut pas négliger, c'est qu'avec 
un nonihre d'animaux moindre on expose un jjIus faible 
capital et on court moins de risques pour la mortalité. 

Nous dirons maintenant aux agriculteurs qui gardent 
leur meilleur i'ourrage et en (piantilé suffisante pour bien 
nourrir les animaux de leur exploitation : Pourquoi con- 
tinuer à garder et à entretenir une race fran(,"aise pure, 
quelle qu'elle soit, lorsque par le simple elTet du croise- 
ment avec le durliam vous pouvez beaucoup augmenter 
vos profils? Craignez-vous d'être trompés? Envoyez une 
ou deux vaches au taureau pur sang de cette race ; 
faites un essai , et nous somnies persuadé que vous ne 
voudrez plus ensuite pour vos vaches que le taureau 
durham. Certains éleveurs se contenteront de dire (ju'ils 
no veulent pas de cette race pure ; qu'elle ne réussirait 
pas dans leurs fermes. Comment savent-ils qu"avec la 
bonne nourriture dont ils disposent, le durham ne réus- 
sira pas chez eux? L'ont-ils essayé? Les faits acquis en 
agriculture, doivent passer avant tout raisonnement. 
Quant aux agriculteurs qui n'osent pas faire des essais 
chez eux et acquérir de rex|)érience à leurs dépens, ils 
peuvent parfaitement aller étudier et s'instruire chez ceux 
qui les ont devancés. Nous l'avons fait nous-mèrae, et 
nous sommes certes bien loin de nous en repenlir et de 
regretter le temps que nous y avons consacré. 

Qu'il nous soit permis de dire (piehpies mots sur les 
races laitières. Nous n'en avons ancMine dans notre pays, 
et le Midi ne compte guère, se distinguant |)ai' celte qua- 
lité, qu'une race des Pyrénées dite de Lourdes, et la 



254 

race Bordelaise, qui s'est Ibrniée par le mélange du sang 
breton au sang hollandais , et nirnie au sang suisse chez 
bon nombre de sujets. Cette branche de l'industrie agri- 
cole n'est exploitée de nos côtés que par quelques vachers, 
qui, les uns, n'ayant que de faibles ressources, choisis- 
sent indifféremment parmi les sujets de toutes les races 
qui leur sont amenées sur nos marchés; d'autres, plus 
aisés, achettent ordinairement des sujets de races suisses. 
Quelques-unes de ces dernières races se font remarquer 
par un rendement en lait considérable; mais elles sont 
très-exigeantes sous le rapport de la nourriture; et, à 
part la race de Schwitz, qui a une peau linc, des os assez 
minces, et qui rend à proportion de la ration ([u'elle 
consomme, elles doivent être bannies de nos élables, 
pour faire place a ces jolies petites bretonnes, qui, avec 
les femelles de la belle race anglaise d'Ayr, sont celles qui 
rendent le meilleur lait et en plus grande quantité, tou- 
jours proportionnellement à la ration qu'elles reçoivent. 

11 ne faut point parler d'amélioration aux vachers qui, 
tous les ans, vident et renouvellent leur étable. Pour les 
autres , la race bretonne elle-même est excellente. On a 
essayé de l'améliorer encore en la croisant avec la race d'Ayr . 
Les agriculteurs qui ont tenté ce croisement disent en avoir 
été satisfaits; quant au croisement de nos races françaises 
avec le taureau sch\vitz, qui avait eu de la vogue pendant 
quelque temps, il commence a être abandonné. 

Passons maintenant aux races de travail. En parlant du 
croisement durham,nous avons dit qu'il ne convenait point 
dans certaines contrées, parmi lescpiellcs nous avons cité 
la Cerdagne. Si nous devons viser à améliorer nos races 
élevées pour la boucherie et celles destinées à la production 
du lait, nous ne devons certes pas négliger l'amélioration 
de nos races de travail. Le bœuf de Cerdagne est incontes- 
tablement un de ceux qui se font le plus remarquer par sa 
légèreté et la résistance au travail ; mais il est défectueux 



!;,>,) 



en certaines parties de son corps susceptibles dT-tre cor- 
rigées, et cette aniélioralion, an lien de faire perdre à cet 
animal la qualité qui le dislingue à un si haut degré, la 
rendrait encore chez lui plus forte et plus apparente. 

Quelques défauts sont inhérents à la race de Cerdagne, 
et ils se trouvent plus ou moins prononc(''s chez tous les 
sujets. Ainsi, la tète est longue et un peu busquée, le 
dos ensellé, la côte un peu plate, les hanches étroites, 
la croupe avalée , la (pieue attachée très-haut. Celte 
défectuosité du train postérieur fait que les aplombs des 
jambes de derrière laissent beaucoup ;i désirer. Pour 
corriger cette mauvaise conformation, l;iut-il améliorer 
cette race par sélection? Choisir quelques sujets exempts 
de ces défauts dominants et les accoupler entre eux? 
ISous serions de cet avis, si nous n'étions certain que, 
pour former une telle famille améliorée et amélioratrice, 
les sujets manquent complètement. A quelle race re- 
courir alors pour corriger les défauts de la race de 
Cerdagne, sans faire perdre à cette dernière les qualités, 
le cachet, la robe, les habitudes (pii la distinguent? Après 
avoir bien cherché, nous n'en trouvons qu'une, qui, à 
notre point de vue, réunisse les conditions nécessaires: 
c'est la race aubrac. Le bœuf aubrac est un très-bon bœuf 
de travail; il est léger et fort ; il est élevé dans les mêmes 
conditions de sol, de nourriture, de climat, que le bœuf 
de Cerdagne. Il a aussi le uK'me pelage on bien à peu 
près; mais il a la lète courte, large et carrée; le dos 
droit , la côte assez arrondie , chez lui le train posté- 
rieur, sans être aussi large que chez le bœuf d'engrais, 
l'est assez cependant pour que les jambes qui le portent 
aient de bons aplondis; la (jueue n"esl allacliée ni trop 
bas ni trop haut. D'après cela le sang-aubrac est, ce nous 
semble, celui qui pourrait le mieux se fondre dans le sang 
«les sujets de la race de Cerdagne, qui avec lann-lioralion 
<le lein's formes accpicrraient de nouveaux mérites, seraient 



-2bC> 



encore plus recherchés par nos voisins de l'Ariége, et 
porteraient par conséquent plus de profit aux éleveurs. 
Quant à la manière de s'y prendre pour opérer ce croi- 
sement, elle esttrès-lacile. On n'a qu'à bannir complètement 
les taureaux de Cerdagne des troupeaux qu'on se propose 
d'améliorer, et se procurer avec la valeur de ceux-là, jointe 
à une somme peu considérable, des reproducteurs aubrac. 
Ce serait alors le cas de faire l'élevage in-und-in, c'est- 
à-dire par sélection. Au lieu de bistourner les taureaux 
aubrac qui auraient fait une ou deux montes, comme c'est 
Ihabitude pour les taureaux de Cerdagne , on devrait les 
garder jus(iu'à l'âge de six , sept et même huit ans. Nous 
connaissons des exploitations qui possèdent des taureaux 
âf^és de dix ans, qui sont aussi proliliques et donnent des 
produits (jui ne le cèdent en rien à leurs aînés. Ces tau- 
reaux aubrac, pouvant ainsi saillir leurs propres filles, 
avanceraient énormément par le second croisement du 
même individu l'amélioration ([u'on s'était proposée. Pour 
porter les agriculteurs de la Cerdagne à faire ce croisement, 
il sullirait de quelques sacrifices de la part de l'xVdminis- 
tralion départementale. Quatre ou cinq jeunes taureaux, 
bien choisis sur les montagnes d'Aubrac, et mis en vente aux 
enchères dans la Cerdagne, obtiendraient, et d'autres que 
nous en sont convaincus, une moj ennede prix supérieure au 
prix d'achat; et lorsque le premier pas vers l'amélioration 
serait fait, les éleveurs de ce pays, cpii sont intelligents et 
ont un coup-d'œil fort juste, continueraient et consom- 
meraient de leur propre mouvement l'œuvre commencée. 
11 ne faudrait pas oublier de récompenser par des primes 
raisonnables, de 80 à 200 francs chacune, les éleveurs qui 
présenteraient à la commission départementale les taureaux 
et les génisses les mieux conformés, appartenant à la race 
de Cerdagne, améliorre par le sang atihrac. Nous sommes 
persuadé qu'en employant de pareils moyens, peu d'agri- 
culteurs de la Cerdagne résisteraient à l'impulsion donnée. 



257 



HArPORT SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE 

DU DÉPARTEMENT 

DES PYRÉNÉES-ORIENTALES EN 1859, 

l'ar M. A» SlAli, Trc'soiier do la Société. 



Messieurs, 

Vous avez eu a cœur de prouver, celte année encore, que 
l'industrie séricicole faisait l'objet de vos préoccupations. 

La commission que vous avez nommée dans la séance 
du 25 mai dernier, com|)osée de ilM. Companyo père, 
Auge, Roltin et Antoine Siau, désireuse de reiiiplir sa 
mission, a commencé le l'^'^juin ses visites, ayant pour but 
de rechercher, dans les éducations de vers à soie, ce qui 
avait clé nuisible ou avantageux. Nous procédions, par là, 
à l'enquête que sollicite M. le Préfet, en consécpience de 
la demande faite par Son Excellence M. le Ministre de 
l'Agriculture. 

Nous visitâmes d'abord la magnanerie de M. Sabatier, 
au domaine de Jau, situé entre Cases-dc-Pène et Kstagcl. 
Nous (brons avec regret, que cet éducateur intelligent, 
qui avait toujours eu des succès encourageants, même 
depuis l'épidémie, n'a eu cette année que le tiers de la 
récolte. 

En 1857, — 1.250 grammes, lui fournirent 2.110 kilogrammes. 
Fn 1858, — 1.250 "" id. — 1.850 iil. 

En 1859, — 1.250 id. — 000 id. 

Il se procure, chaque auiiée, la graine chez les petits 
éducateurs de Sainte-AnVi(p)e (Aveyron). 

17 



258 

Nous attribuons le faible résultat de cette année à la 
température, très-variable, d'abord bumide, et orageuse 
ensuite, sous lintluence du vent marin, très-nuisible aux 
éducations à proximité de la mer, à la feuille du mûrier, 
gelée lors de la première pousse; la seconde n'était pas 
assez nourrie lors de la période de la -¥ mue à la montée. 

I.a muscardine avait atteint un certain nombre de vers, 
d'autres étaient ijras, fondus et faibles. 

Nous jugeons la feuille généralement malade; elle subit 
encore comme la vigne et une infinité de plantes et d'arbres, 
les fâcheuses conséquences d'un principe délétère, sur la 
nature duquel nous ne pouvons porter un jugement cer- 
tain. 11 parait évident que les maladies destructives des 
récoltes des vers à soie, ont pour origine la muscardine. 
L'invasion du botryiis basiana se présente sous des for- 
mes souvent bien différentes; mais c'est presque toujours 
cette végétation qui entraiue la perte des chand)rées. 
Quant aux vers à soie qui n'atteignent pas leur complet 
développement, on peut attribuer ce résultat à la mau- 
vaise qualité de la feuille. En effet, les vers qui l'ont 
consommée tout-à-fait mauvaise sont très-petits, tandis 
que ceux qui ont été nourris de feuille meilleure acquiè- 
rent plus de développement. C'est encore a ce fait 
qu'on doit attribuer la dégénérescence de l'œuf du ver 
à soie, observée par les savants et les éducateurs. 

Le nombre des mûriers, dans le domaine de Jau, est 
de 4.000. 

Nous avons visité, à Estagel, l'éducation de M. Ange 
de Gonsalvo, qui eut, l'année dernière, une assez bonne 
récolte. 100 grammes de graine lui fournirent 142 kilo- 
grammes de cocons, tandis que cette année 100 grammes 
de graine n'ont produit que 50 kilogrammes de co- 
cons. 

Les soins convenables ont été donnés a cette éducation. 
La graine était de race d'AndrinopIe. File lui a été envoyée 



•259 

par une nuiison de France, dont il a cru devoir nous taire 
le nom. Les vers étaient au i" âge. iNous en avons oliservé 
d'inégaux et qui étaient restés très-faibles. La température 
avait été la même que chez M. Sabatier, et la première 
feuille attaquée par le froid. 

Une bien petite éducation avait réussi à Estagel; une 
jeune personne l'avait dirigée. Marguerite Forner, avec 
a grammes de graine, avait eu 5 kilogrammes de cocons. 
Ils sont de race d'Andrinople; la qualité est aussi belle 
que celle de sina. 

M. Bartlie, régisseur du domaine de M. le marquis de 
Fiinestous, distribuait annuellement aux petits éducateurs 
de La To^r-de-France ^.oOO grammes de graine. L'on ne 
recueillit. Tannée dernière, que 850 kilogr. de cocons. 
M. Harthe , découragé, n'avait mis en incubation, pour 
sa propre éducation, que 100 grammes de graine d'Alais, 
et 250 grammes de la graine de ses cocons de 1858, 
race des Cévenncs. 

Le produit n'a été que de 90 kilogr. et les cocons de 
mauvaise qualité. 

La première feuille avait souffert de la gelée. 

Parmi les vers, les uns étaient atteints de la muscai- 
dine, d'autres étaient faibles et d'autres courts. Ces 
maladies s'étaient montrées à tous les âges, et principa- 
lement de la ¥ mue à la montée. 

Le nombre des mûriers cultivés à La Tour s'élève à 
li.O(»0, savoir: 

Dans les propriétés de M. do fiinosloiis. . 0.000; 

Dans celles de M. Tiilla 1.500; 

Chez divers 3.500. 

Deux autres éducations avaient ('té faites à La Tour, 
avec !25 grammes de graine : l'une par M. Kiie Coronat, 
qui n'a pas eu de succès; l'autre par M"" .Iulia, qui a eu 
un tiers de récolle. 



260 

Nous allons vous entretenir de noire seconde course, 
faite dans la journée du 9 juin. Si la première a été signa- 
lée par de mauvaises réussites, celle-ci a été marquée par 
plusieurs résultats bien favorables. 

Nous nous arrêtons à Saint-Féliu-d'Amonl, pour visiter 
deux petites éducations : celle de M. Joseph Torrent, 
qui avec 48 grammes de graine, a obtenu 51 kilogr. de 
cocons, et celle de M. Paul Miffre, qui avec 18 grammes 
de graine, a recueilli 129 kilogrammes de cocons. 

Des fourmis avaient dévoré une petite partie de jeunes 
vers. 

N'ous n'avons pas reconnu la moindre trace de maladie. 
Les soins les plus attentifs avaient été donnés à ces édu- 
cations. 

Les graines avaient été fournies par M. Alberny, rue 
de la Cathédrale, à Carcassonne, et l'on nous a dit 
qu'elles provenaient de la maison Y<' Nicod fils, d'An- 
nonav. Sur l'une des boites était écrit : Smyrne. 

Nous avons compté, dans les deux communes de Saint- 
Féliu, environ oOO mûriers. La feuille n'avait pas été 
attaquée par le froid ; elle paraissait saine. 

L'éducation de M. Joseph Capdelaire, qui avait parfai- 
tement réussi l'année dernière , à Millas , n'a fourni , 
cette année, avec TiO grammes de graine, que 10 kilo- 
grammes de cocons. Il est vrai que la plus grande partie 
(le la graine avait été brûlée, ayant été soumise, pour 
l'éclosion, à une température trop élevée. 

Pour les petites éducations, on a l'habitude, dans nos 
campagnes, de placer les graines dans un petit compar- 
timent qui est derrière le four, et que Ton nomme la 
(jlorietle; système vicieux, qui ne peut produire que de 
déplorables résultats. L'œuf du ver a soie, soumis à une 
chaleur trop forte, et surtout privé d'éléments humides, 
altère l'embryon et ne lui procure qu'im avenir rachi- 
',i(pic. 



2GI 

L'autre éducation de Millas a été heureuse; elle a reçu 
les soins de la femme Deipech. 

25 i,M-aniines de graine de M. Alberny, de Carcassonne , 
ont Ibinni i^ kilogrammes de cocons. — 25 grammes de 
graine de ses cocons de 1858, ont produit 17 kilogr. 

La commune de Millas possède 600 mûriers. 

Nous avons visité, avec intérêt, à Ille, l'éducation 
dirigée i»ar M. Lopez. 

M. Trilla avait fourni les fouilles, et la graine avait 
été envoyée par M. Alberny. 

L'éducation a reçu les soins ordinaires, mais dans des 
circonstances parliculières, que nous ferons connaître. 

L'éclosion a eu lieu derrière le four; la chaleur ordi- 
naire y est de 18 à 22 degrés. Les vers ont été [icrtés, 
après l'éclosion , dans un coujpartiment contigu, où la 
température était de 16 degrés, et, dans la soirée, on les 
a placés dans les trois appartements consacrés à l'éduca- 
tion , où la teujpérature était de 12 à 14 degrés. 

Nous observerons que, pendant les trois premiers jours 
seulement, de la cendre chaude y fut placée, et que les 
rayons du soleil ne pénétraient dans ces appartements 
que durant trois heures de la journée. 

La température a été très-variable pendant l'éducation : 
chaleur au\ deux premières mues; humidité prolongée et 
temps orageux pendant les deux autres. Néanmoins, les 
vers se sont développés avec vigueur, et, chose digue de 
remanpie, un grand nombre de sujets , posés, faute de 
place, sur les briques du sol de ces appartements sont 
montés sur les bruyères, avec la même force que ceux 
établis sur les clayons élevés. 

Nous observerons, en outre, que nous avons vu, en- 
dehors des fenêtres, un certain nombre de cocons atta- 
chés aux coulrevents. Les vers étaient sortis, pendant 
que ces croisées restaient ouvertes pour l'aération d» s 
salles. 



262 

Il n'existait pas de trace de maladie; les cocons étaient 
beaux, réguliers, race Tranche de Valence iKspagne). 

MM. Lopez et Trilla avaient mis en incubation 75 gr. 
de graine, qui ont produit 150 kilogrammes de cocons. 

Il existe 600 mûriers dans la commune d'Ille; M. Trilla 
en possède 200. 

Nous devons vous entretenir de l'éducation de M'"^ Auge, 
à Perpignan, que les ravages de l'épidémie n'ont jamais 
découragée, et qui fait preuve de connaissances spéciales 
très-étendues. Cette année, elle avait mis en incubation 
25 grammes de graine, qu'elle avait récoltée l'année der- 
nière, et qui avait bien léussi; 18 grammes de graine, 
race d'Andrinoi)le , qui a donné des résultats inférieurs. 
Ces 45 grammes de graine ont produit 59 kilogrammes 
de cocons. 

Vous n'ignorez pas, Messieurs, que M""^ Auge est très- 
utile aux petits éducateurs pour l'achat de leurs cocons; 
elle pourra rendre, en 1860, un service signalé à tous 
ceux qui se livreront à l'industrie séricicole dans le dé- 
partement, parce qu'elle a eu le soin, après l'achat des 
cocons, de réserver pour la graine ceux recueillis dans 
les magnaneries exemptes de maladies. Ils donnent déjà 
de très-beaux papillons, (jui fournissent de la graine de 
belle espérance. 

]\Ime Auge a également à sa disposition la majeure 
partie des cocons de M. Llopet, de Serdinya. Notre ho- 
norable vice-président, M. Companyo, nous communiqua, 
sur l'éducation de M. Llopet de l'année dernière, des détails 
intéressants. En efiét, M. Llopet avait eu l'idée de placer, 
quelques jours après leur éclosion , une certaine quantité 
de vers sur les mûriers de sa pépinière. Ces vers, expo- 
sés aux intemj)éries , avaient grandi et fait les cocons 
sur l'arbre. 

Cette année, M. Llopet a renouvelé cet essai; mais il 
a été infructueux, h cause des pluies constantes du mois 



263 

(le mai. Il avait mis en incubation (>5c'',50 de graines, 
jtrovenant de son éducation de 1858; il en a relire ICK) 
kilogrammes de cocons, tous de belle qualité. 

Plusieurs d'entre vous ont pu apprécier, sur un rameau 
du lavandula sla'clias , les beaux résultats de cette édu- 
cation. 

Le lavandula slœchas remplace avantageusement, dans 
cette contrée, la bruyère et les cistes. 

La magnanerie est exposée au sud , abritée contre le 
vent marin. Cette exposition est très-favorable. 

Aucun caractère de maladie ne s'est présenté dans le 
cours de l'éducation. Les vers avaient opén'' la montée 
le vingt-buitième jour, avec une vigueur supérieure "a 
celle de l'année dernière : l'incubation (ut, a cette épo- 
que, de 100 grammes de graine (races de Brousse et de 
Smyrne) qu'il avait reçue par l'entremise de son frère, 
receveur des Contributions indirectes à Aubenas. 

Le temps a été très-variable pendant la dernière édu- 
cation. La pluie a duré vingt jours consécutifs; le tonnerre 
a grondé avec force, le premier jour de la montée. 

A Saint-Laurent-de-Cerdans, à Elno, Torreilles, Prades, 
Calllar et Molitg, les magnaneries ont donné de faibles 
résultats. 

Pour abréger cette lecture, je passe sous silence les 
noms des autres éducateurs. 

Toutes les graines mises en incubation, en 1859, dans 
le département, s'élèvent à 2.800 granunes; elles n'avaienl 
pas été examinées par MM. Jouve, Cbavaud et C'^, à Ca- 
vaillon. Leur produit a été de 1.500 kilogr. de cocons 
seulement; en en portant le priv à 7 francs, cours actuel, 
nous trouvons une valeur do 10.500 francs. Ce cliilfre 
est bien réduit. Avant l'épidémie, ou niellait en éclosiou, 
dans le déparlement, 000 onces, soit 15.000 granunes de 
graine. La production moyenne étant de âO Uilogrammes 
par '25giammcs, les magnaneries produisaient 18.000 Uil. 



264 

de cocons, et le prix moyen étant de 4 fr. par kilogramme^ 
la valeur était de 72.000 francs. 

Les heureux résultais de certaines éducations de cette 
année, sont d'un fiivorable augure pour 1860. Donnons des 
encouragements, comme nous le fîmes l'année dernière; 
alors les petites éducations se multiplieront, ayant plus 
de chances de réussite avec les graines produites des 
magnaneries exemj)tes de maladies, et nous augmente- 
rons le bien-être de plusieurs familles. 

Le département renferme 40.000 mûriers, tous répan- 
dus dans des contrées favorables à l'éducation. Si les 
feuilles en étaient utilisées dans des magnaneries, qui 
fourniraient une valeur de ^iO.OOO francs, elles ser- 
viraient à mettre en incubation 50.000 gram. de graine. 

Voici les données sur lesquelles se fonde ce résultat : 

La feuille de 20 mûriers, de venue ordinaire, est né- 
cessaire pour 2o grammes de graine, qui produisent, en 
temps ordinaire , 50 kilogrammes de cocons; les 50.000 
grammes produiraient GO. 000 kilogrammes de cocons, 
et en portant le prix seulement à 4 francs, nous arrivons 
à la valeur de 240.000 francs. 

Les points les plus favorables à l'éducation sont: ceux 
connus sous la dénomination d'Aspres, les environs de 
Perpignan , tous les villages des bords de l'Agly jusqu'à 
Caudiès, ceux des bords de la Tet jusqu'aux environs 
d'Olette, les vallées des Albères, du Tech, et celles de 
Coustouges et celles de La Manère. 

M. Jaubert de Passa introduisit en Roussillon, il y a 
environ cinquante ans, la bonne culture des mûriers, leurs 
diverses variétés et la taille, ainsi qu'elle est pratiquée dans 
les Cévennes; il lit de grands sacriliccs pour donner de 
l'extension à l'éducation des vers ii soie; l'im des premiers 
il établit des magnaneries vastes et bien aérées. 

l'iusieurs races de vers à soie sont élevées dans les 
Pvrénées-Oricnlales. 



265 

La race-andrinople ,Ȉ cocons blancs, introduite par 
Mme Auge, qui l'avait reçue de M"'e \o Kicod, d'Anno- 
nay , est remarquable par la grosseur des cocons et la 
linesse de la soie; mais elle ne réussit qu'exceptionnel- 
lement. 

La race de Lombardie, à cocons jaune-paille , de di- 
verses nuances, gros et de belle forme, soie line et qui 
se fde bien, plus robuste que la première. 

La race-sina, à cocons blancs, reçue, en 18Ô4, par 
M. Corbière-Vilallongue, de M. Camille Beauvais; elle 
s'est propagée à cause de la bonté de la soie et de sa 
blanclieui- argentine. 

La race de Brousse, h cocons jaunes, élevée avec suc- 
cès en Algérie; la couleur se rapporte à celle de Chine, 
mais la l'orme du cocon diiïènî un peu. La soie est moins 
line, mais elle est très-résistante, et se dévide bien. 

La race des Cévennes, introduite par M. Brosson, à 
cocon paille, assez uni, gros, se dévidant facilement, 
soie forte; ver robuste. 

Une autre race a été obtomîc dans le département, par 
des graines reçues du Piémont; le cocon est moins gros, 
bien fiiit et d'un jaune peu foncé. 

La race-espagnole, appelée vulgairement Espagnolet, 
dont la graine fut apportée de Valence (Espagiîe), par 
Mme Auge, en !8i7. Le cocon en est jaune-i)aille, uni, 
bien fait; les vers robustes et montant bien. Ils ont gé- 
néralement bien réussi, pendant l'éducalion de 1859; 
néanmoins cette race est sujette à la dégénérescence, 
connue l'indiquent ses cocons à soie verdàtre. 

Il serait à supposer que les vers qui la produisent sont 
atteints de maladie, ayant éprouvé une altération dans le 
système digestif, par rinliltralion d"une matière verte, 
produite par la fouille mangée et qui n"a pas été digérée. 
Ce pliéuoniènc accidentel se trouve dans toutes les édu- 
cations (le \m\). 



2f)6 

Ce fait doit attirer l'attention ;, il n'a pu être éclairti 
d'une manière précise. L'accouplement des vers atteints 
de cette alFeofion facile a reconnaître, produit une géné- 
ration qui doit être élevée à part. 

Les cocons qui restent purs de race sont bien faits; 
la soie en est bonne et d'un dévidage facile. 

On a observé (jue la constance de la couleur verte, 
persiste dans les produits futurs, et que les cocons de- 
viennent une bourre informe et sans aggrégation des fds 
qui la composent. 

Nous terminons en vous signalant ceux des éducateurs 
que nous jugeons dignes d'encouragements : 

MM. Llopet, à Serdinya; 
Lopez et Trilla, à lUe; 

Mme Auge , à Perpignan ; 

MM. Ange Delpecb, à Millas; 

Joseph Torrent, à Saint-Féliu-d'Amont; 
Paul Milfre, à Saint-Féliu-d'Amont. 



26': 



RAPPORT DE M. ANTOINE SIAU, 

SUR LES PRODUITS ENVOYÉS 

PAR LA SOCIÉTÉ AU CONCOIRS DE CARCASSONNE, EN MAI 1839, 
ET SUR LA CULTURE DES ARTICHAUTS. 



Messieurs , 

La Société d'Agriculture de l'Aude ayant témoigné le 
désir de voir figurer au Concours horticole de Carcassonne 
les produits de nos jardins, notre Société nomma une 
commission, composée de MM. François Astors, Sauveur 
Dadins, l'abbé Delhoste et Antoine Siau. Je lus chargé 
de faire la livraison, et de fournir, au besoin, les indi- 
cations sur la culture des produits envoyés. 

Kn voici la note : 

Diverses variétés de patates, fournies et la plupart 
créées par notre collègue, M. Jean Eychenne, et par 
M. Saturnin LIanta, propriétaire à La-Tour-bas-Elne , 
auxquels nous devons l'introduction et la propagation 
de ce tubercule dans le départ(Mnent. 

Trois variétés d'asperges. Celles dites de Hollande et 
d'Allemagne, introduites, en iSoO, par notre collègue, 
M. Hippolyte Picas, étaient remarquables par leur gros- 
seur. Les deux bottes fournies par M. Jean nocpicfort, 
lurent reconnues supérieures ;i celles des exposants de 
l'Aude, (lu Vaucluse et de la Haute-Garonne. 

Quatre variétés de cerises, arrangées avec goût dans 
des boites, attiraient l'allenlion par leurs brillantes cou- 
leurs et leur grosseur. Parmi elles se trouvait la variété 
dite (le SaiiU-Ceorge, que produisent on abondance, vers 
la lin (le mars, les montagnes de Cciel. 



268 

Plusieurs boites, coiilen:int diverses variétés de fraises» 
disposées avec art par M'^c Darche, se distinguaient par 
leur beauté et leur parfum , entre autres les belles fraises 
dites anglaises, propagées par notre collègue, M. Roulïia, 
et la variété obtenue par M. Pbili|)pe Massot par l'hybri- 
dation de la Duchesse de liHchingam et la fraise sauvage 
des Albères, dont la plante est aussi [)récieuse par sa 
fécondité que par la bonté du fruit, qui s'étend jusqu'à 
la saison rigoureuse de l'hiver. 

A cet envoi étaient joints des petits-pois, des fèves 
dites iVEspagnc, dont nous avons les primeurs en plein 
vent au mois de mars, et des haricots verts. 

Nous mentionnerons nos quatre variétés d'artichauts, 
dont plusieurs pieds, avec leurs fruits nombreux, étaient 
dans des pots. 

Une grande extension a été donnée à la culture de 
cette plante aux environs de Perpignan. 

Les excellentes qualités de nos produits maraîchers se 
font apprécier et s'expliquent par la nature du terrain 
d'alluvion et par l'arrosage : les eaux qui viennent de la 
rivière de la Basse, saturées par les matières que con- 
tiennent les égouts de la ville et des faubourgs, sont 
entraînées dans les canaux et fécondent ainsi tous les 
jardins. 

Nous parlerons d'abord de la variété d'artichaut blanc, 
dite des (ptatre-saisons : cette variété est la plus cultivée 
à cause de sa précocité ; le premier montant poite, en 
octobre , de cinq à six fruits , les autres se succèdent 
jusqu'à la fin de mai. La feuille est plus faible dans cette 
variété que dans les autres. 

Pendant la période de fructification des huit derniers 
mois, cette variété a fourni dans la banlieue de Perpignan, 
environ 3.500.000 douzaines d'artichauts, au prix moyen 
de 25 centimes la douzaine, soi! la valeur de 875.000 
francs. 



2G9 

Le prix île la douzaine varie de ;') à 7o cenlimes, et 
mcnic à 1 franc. 

Le prix de 5 (,'enliuics est celui (ju'ou |iaie en mai, les 
autres variétés fournissant alors abondamment leurs fruits, 
et en février le prix est de 73 centimes à 1 franc. 

Le fruit dos qnatre-saisons est moyen, d'un vert clair; 
il prend la teinte violacée aux chaleurs du printemps. 

L'artichaut dit de mai est le plus beau, le mieux 
pommé et le meilleur; il parait du 13 avril à la fin de mai. 
La feuille est plus large que celle des autres espèces. 

Pour augmenter la grosseur du fruit, nos jardiniers 
mettent en croix, vers l'extrémité de la tige, deux che- 
villes en bois, huit à dix jours avant de cueillir le fruit, 
en ayant soin de le couvrir des quatre feuilles qui l'en- 
vironnent, et ils l'attachent ensuite. Le fruit devient plus 
gros et pins tendre; il est d'un vert pâle. 

La variété connue sous le nom de movrrou de haddl 
(museau de veau), iVuctilie en février jusqu'au 13 mai. 
Le fruit est violet; la tête et le bas sont plus aplatis que 
dans la variété des quatre-saisons. Ce produit est hybride 
de la morisque. 

La mon'f^qiir est la moins cultivée; elle donne ses fruits 
du 13 avril à la lin de juin. La nuance violacée est plus 
foncée que celle du miiseaii de veau. La feuille est plus 
nourrie que celle de la variété précédente. 

La valeur moyenne des trois deinièrcs variétés est 
d'environ 180.00() francs, soit 1.200.000 douzaines à 13 
cenlimes. 

Les pieds d'artichauts exposés avaient été fournis par 
les sieurs Joseph Nogués, Jean Coll et Louis Ribes. 

<\tllure. — Nos jardiniers ont le soin de choisir, pour 
la re|»roduction de la plante des (lunhr-saisons, les pieds 
i\\\\ ont porte'; les plus beaux fruits et ceux [)ourvus de six 
feuilles, produisant des fruits itrécoces. 

Après la fructification, la plante est divisée en aulaiii 



270 

de tronçons munis do racines qu'il y a de branches à 
fruits; on les plante en lignes et a dislance de 50 centi- 
mètres. Cette distance permet, lorsque le froid est rigou- 
reux, de prendre la terre intermédiaire pour chausser les 
pieds , après y avoir placé du fumier et de la litière. Au 
milieu des deux lignes, et dans la direction du midi , on 
sème des fèves. 

Nos jardiniers ont renoncé, depuis trois ou quatre ans, 
à renouveler la plante d'artichaut par œilletons ; ils ont 
reconnu que les fruits avaient dégénéré, comme ils ont pu 
constater l'immense avantage obtenu en renouvelant la 
plante, chaque année, par tronçons, i>arce qu'alors elle 
conserve toutes ses propriétés. 

A l'époque où la division de la plante n'était pas prati- 
quée , on ne détachait les œilletons qu'a la quatrième ou 
sixième année. C'était au mois d'octobre ou à La Tous- 
saint, et le fruit paraissait en mars , lorsque la saison était 
favorable, et finissait à la fin de mai. Il n'y avait, par- 
conséquent que trois mois de fructification, lorsqu'elle est 
actuellement de huit mois dans la variété des qualrc-sat- 
sons , et que le fruit se présente a une époque où la na- 
ture est avare de ses dons. 

L'idée de diviser la plante par tronçons enracinés , la 
pensée de la renouveler après qu'elle a fourni les fruits, 
et la connaissance des avantages de culture de la variété 
des quatrc-saison.% furent donc un bienfait pour le Kous- 
sillon; car, jusqu'en 1816, ces avantages étaient ignorés, 
puisque cette variété n'était pas cultivée alors avec plus 
d'étendue que les antres. 

A l'occasion des récompenses que la commission crut 
de son devoir de proposer à la SocifUé, en faveur de ceux 
qui avaient fourni leurs produits pour le Concours de 
Carcassonne, nous jugeâmes utile de faire une enquête 
auprès des plus anciens jardiniers, afin de mettre au jour 



271 

les noms (le ceux qui avaient amélioré ou propagé la cul- 
ture (les artichauts. 

Voici le résultat de nos investigations : 

En 1818, Jean Picpict, décédé, avait déjà reconnu les 
avantages de l'artichaut des quatre-saisons et le cultivait 
de préférence. 

En 1822 et i82ô, Antoine Coll divisait déjà les plantes; 
il les cultivait sur une vaste échelle et de prélérence la 
variété des quatre-saisons. 

En 1826, Joseph Baratte, décédé, cultivait environ 
iO.OOO pieds d'artichauts. La variété des quatre-saisons 
était, à cette époque, peu abondante. 

En 1820, au mois de novembre, les jardins de Saint- 
Jacques, les seuls qui existassent dans la banlieue de 
Perpignan, finent ravagés par une inondation; à quelques 
jours de-là, ils turent détruits par un froid rigoureux. 
Quatre carrés d'artichauts des ^y/fz/rc-srt/.so/^.s furent abrités, 
dans le jardin de Coll, par des broussailles que les eaux 
avaient entraînées lors de l'inondation. M. Coll eu venditles 
produits, depuis 1850 jusqu'en 1855, de 1 à 4 francs la 
douzaine, il ciait alors fermier de M. Amanrich. En (juit- 
tant ce jardin, il consacra uue grande étendue du terrain 
qu'il venait d'acquérir sur la route de Saint-Estève, à 
la culture de l'artichaut des quatre-saisons. 

En 1820, Ignace Figuères était aussi fermier de mon- 
sieur Amauricli , et son jardin voisin de celui de Coll. 
Il se livrait aux mêmes cultures; mais il ne sut pas 
tirer aussi bon parti de ses artichauts préservés .\ il les 
vendit, en grande partie, à 5 francs le pied. Plus tard, 
il donua à cette culture une plus grande oxlension , et 
l'améliora, par des soins intelligenis, dans le jardin dont 
il devint propriétaire, situé aussi sur la route de Saint- 
Eslève. 

Vers la même époque, Jean Tarrissou, qui se distin- 
guait également par son intelligence horticole, avait reconnu 



'21-2 

le mérite de la culUn-e des artichauts, et lui donna un 
1,'rand dévolopi)enient, d'abord dans le jardin de M. Moral, 
dont il était fermier, ensuite dans les deux jardins silués 
dans les bas-fonds de Saint-Jacques, dont il avait fait 
l'acquisition. 

Pour consacrer le souvenir des services rendus à l'hor- 
licullure par ces trois jardiniers, la commission vous pro- 
pose de leur décerner une médaille d'argent. 

Nos cultures potagères et fruitières ont fait de grands 
progrès dans ces derniers temps : nous pomrions citer, 
en assez bon nombre, les noms de ceux qui les ont ob- 
tenus; mais nous nous bornerons aujourd'hui à désigner 
ceux qui, en fournissant quelques produits pour le Concours 
de Carcassonne, nous ont mis à même de rendre service 
au département, en faisant reconnaître leur supériorité sur 
les produits similaires du Midi. En effet, le Jury, nous 
tenant compte de notre bonne volonté dans celle modeste 
exhibition , décerna à la Société une médaille d'argent. 

Nous vous proposons, en conséquence, des encoura- 
gements en faveur de MM. Etienne Gadlard, dit Estève, 
d'Olette; Jean CoU; Louis Ribes; Philippe Massot; RouHia; 
Jean Roquefort; Joseph Noguès; Jean Radie. 

Nous ne saurions terminer notre rapport sans fournir 
notre tribut de reconnaissance à la commission horticole 
de Carcassonne, pour l'accueil bienveillant et amical qu'elle 
nous fit, et sans la féliciter, ici , comme nous l'avons fait 
ailleurs, au sujet des ornements du terrain consacré à 
l'exposition: les dispositions prises, "a cet égard, répon- 
daient pleinement ii toutes les exigences de l'art et aux 
convenances particulières des produits exposés. 



fâmmm mm\m des pïhé.^eks-oriextales , 

Par M. .^i.AKT. iiK'iubrc résidant. 



PÉRIODE WISIGOTIIIQUE. 

4I« — 911. 

Les Wisigoihs ayant [)assé lo Rhône, sous la conduite 
d'Ataulfe, Fan il!2 de J.-C, entrèrent, en automne de la 
même année, dans la cité de Narbonne, d'où ils s'éten- 
dirent rapidement dans la Gaule Méridionale et dans la 
Tarraconuaise. La domination romaine ne conserva plus 
désormais qu'un semblant d'empire dans toutes ces con- 
trées. Néanmoins, on ne peut considérer l'établissement 
des Wisigotbs comme déliniliC, dans la Narbonnaise et le 
pays de Ruscino, avant l'année 162, où la cité de Narbonne 
fut livrée au roi Théodoric par le comte gaulois .Vgrippinus, 
qui remplissait un odice important dans cette ville, peut- 
être celui de Pirsiiloil de la prcmii'rc Xarbonnaiw^ 

Le Roussillon lut, sans contredit, un des pays où les 
Wisigoths s'établirent en plus grand nombre, comme l'ex- 
plique sa situation entre Toulouse, Narbonne et Barcelone 
qui lurent tom-à-tour la capitale du royaume jusqu'à ce que 
le roi .Vllianagiido eut transféré le siège de la monarchie à 
Tolède, vers le milieu du vi^ siècle. Plus tard, les ravages 
et les persécutions des Arabes, conquérants de l'Espagne, 
refoulèrent vers les Pyrénées des bandes nombreuses de 
Gotbs, qui s'établirent naturellement dans les vallées du 

' M.iliiis, c.lironic. :iil aiin. 'iC>i. — l-]i) l" i , IWrvirnif fut soiiinisi' put- 
Finie, cl SiiliiiiiiK \|)()lliLi.iiis fui envoyé en i'\il dans la ville <Ies l.iviani 
(Mipiun Liviniinrum, lil). VU), lipisl. 5). On rniil (|ue c'est la ville de Livia, 
co(|ui |irouveiait iiiie la Cerdagno était déjà eoniiirise, à celte époque, naiiiii 
les dé|ienilaiues du royaiiine des Wisigollis. 

J8 



27 î 

Tech et de la Tel et dans la Cerdagne. Les avantages el la 
sécurité que ces pays devaient oflïir aux familles rélngiées, 
sont assez indiqués par Tinimense quantité de noms go- 
thiques (pii se trouvent dans les actes du diocèse d'Elne 
au ixc siècle. Nous expliquerons, par la suite, quelle fut 
la position de ces réfugiés espagnols, vis-à-vis des Romains 
ou des autres Wisigoths anciennement établis en Kous- 
sillon; car il existe encore assez de docunienls explicites 
pour retracer l'état social de ces populations après l'ex- 
pulsion des Arabes au-delà des Pyrénées. Il n'en est pas 
tout-à-iait de même en ce qui concerne la situation des 
Wisigoths primitivement établis dans la Narbonnaise, au 
milieu des anciens Romains. Cependant, on sait vague- 
ment que les Wisigoths s'approprièrent les deux tiers des 
terres cultivées dans la portion de la Gaule qui leur fut 
cédée en -412 (Code wisigollt.), sans pouvoir bien dire 
comment doit être entendu ce partage. 11 est probable qu'il 
ne s'agissait pas des deux tiers du sol cédé pris en masse, 
mais des deux tiers d'un nombre déterminé de propriétés 
particulières, sur chacune desquelles on avait assigné, à 
chacun des conquérants, une part, ou, comme on disait, 
un sort. 11 s'ensuivrait de là que les terres des classes 
opulentes ou riches furent seules soumises à cette dure 
loi de la conquête*. 

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, on voit chez les Wisigoths, 
un grand empressement à s'approprier de leur mieux la 
culture et les lumières des Romains, tout en persistant 
à s'en distinguer par des mœurs simples et austères. Ils 
n'avaient dabord été gouvernés que i)ar des usages tra- 
ditionnels. Le roi Euric leur donna, le premier, des lois 
écrites, qui furent comme le germe du code méthodique 
et complet, auquel travaillèrent, après lui, la plupart de 
ses successeurs, et si connu sous le nom de Code des 

' Faurifl , Ilislnire de la Gaule méridinnaU , viv. 



)\'isi(/ollis. Mais la [)lii|)arl de ces lois sont une iniilaliou 
expresse, qneiquclbis la simple lranscri|)tion des lois ro- 
maines, et on ne s'explique guère, en les lisant, comment 
les Wisigolhs ont pu exercer sur l'ancien Uoussillon une 
influence plus puissante penl-êlre que celle des Romains. 
En efTet, il est hors de doute, que si ce pays doit à Rome 
le fonds primitif de ses lois, de son administration, de 
son idiome et de sa civilisation, il doit aux \N'isigotlis 
toutes les idées et les institutions germaniques qui sont 
venues s'y ajouter ou qui les ont modifiées; et ces mêmes 
Golhs, qui ont laissé leur nom à la Catalogne, ont éga- 
lement marqué d'une empreinte profonde et durable la 
plupart des institutions, la langue, les monuments, le 
caractère, la religion et les mœurs des anciennes popu- 
lations ronssillonnaises. 

Nous n'avons pas h apprécier ici cette influence à un 
autre point do vue que celui de la géographie historique; 
mais nous devons rappeler que les goilts hien connus des 
Wisigoths pour les irrigations, rindustrie pastorale et les 
travaux de l'agriculture, se sont entretenus et développés 
à un degré remarquable parmi les habitants cUi Roussiilon. 



Pendant toute la durée de la domination ^visig(!tlii(ple, 
de l'an 412 à 7J1, l'ancienne province, appeh'e par les 
Romains la Vrcmiire Narhonnaisc, et dans laquelle se 
trouvait conq)ris le pays de Ruscino, n'est plus connue 
(]ue sons les noms de Scplimania et Gaule des Goths, dans 
les écrivains de la Gaule franke; Province ou Gouverncmml 
(ducatus) des Gaidcs, chez les écrivains de l'Espagne. 

Le nom de Septiiiudiin dériverait, selon quchpics-uns, 
(les sepl cités conqirises, sous les Romains, dans la 
Première Narbounaise; selon d'autres, il viendrait des 
colons de la Septième Légion, établie, à la même é[>oque, 
dans la province de Narbftiine. Quoi (pi'il cii soii. ro nom. 



qui se monlie pour la pieuiuTc l'ois en 473 ' , sp trouve 
IJi-esque seul usité dans les quatre siècles suivants. Mais 
il ne parait pas que les Wisigoths l'aient employé. Pour 
eux, toute la région dont Nari)onne était le cliel-lieu poli- 
tique et religieux, s'appelait la Province des Gothsfdans la 
Gaide^), ou la Province Gaidoise au-delà de CUmsuras'. 

Tout ce pays formait un Gouvernement (ducatiis), confié 
à un général (diix), cl subdivisé en cités, administrées, 
chacune par un Comte. Les comtes Avisigolhs portaient 
aussi le titre de Jinjes, et avaient sous leur dépendance 
des Vicarii (Viguiers), qui les représentaient dans les 
diverses subdivisions des comtés. 

Il ne s'est conservé, en Roussillon, aucun nom, aucun 
souvenir qui puisse se rattacher a cette administration de 
l'époque uisigolhique, et l'on ne sait si le pays de Ruscino 
formait dès lors un comté particulier, ou si c'était une sim- 
ple dépendance du gouvernement {dticatus) de Narbonne. 
Les documents et les auteurs contemporains n'indiquent 
rien a cet égard; et bien que la Cerdagne eût alors une capi- 
t(de{capuf)\ il est fort douteux que la résidence du principal 
administrateur wisigotli en Roussillon ait joui du même 
titre. On ne saurait, dans tous les cas, en quel lieu établir 
cette résidence. En effet, ce pays portait sans doute alors le 
nom de paçins Ilnscinonensis; la ville de liuscino existait 
toujours, comme l'indique la géographie de l'Anonyme de 
Ravenne, et comme le prouve bien mieux encore le texte 

< Vel Gnthis crcdilo, <|ui fîcpcnnmcrn etiam Scpliinaiiiaiii suimi fustidiunt. 
(Sidonius Apollinaris. Kpist . , lih III , I • Avito.J 

2L'cv^qiio UulRaran érril, vers Tan 610, au sujot (IcmIpiix vil lajjos situés 
iuix l'iivirons de Bé/.iers : <> De loc.i unde inliiiiaslis, JuLiiiiauo vel CoriU'- 
liano, qua; in provincia Golhorum noscitur Uomiia Uruiii{;ildis possidere...» 
Kfial. ad lipiscopum Francorum. 

^ Ik-bi-œi, (lui Galliw prfivinciir, viddicel utha Clttitsuras, niisrunlur Iialii- 
lalorcsexistcrc. {Concile de JoUde, de l'an 60-i.) 

* Cnslrum I.ibv.T, ([und est Cirnlanioc capu». (Julien de Tolède, f)72.) 



277 

de la division des diocèses wisigotliiqiies ' , dans lequel 
notre ancien oppidum est évidemment désigné sous le 
nom de Bosinola, corruption de Rosilona. Mais il n'en est 
lait aucune mention dans le récit des événements histo- 
riques, tandis qu'il est plusieurs l'ois question de la ville et 
de révèché à'Hcleiia, à partir de 571 . Le roi Wamha s'ar- 
rêta dans cette dernière cité à son retour de l'expédition 
contre le rebelle Paul , et c'est de là qu'il renvoya ses 
divers corjjs de trou[)es, avant de rentrer en Espagne. 
Ces faits et l'existence même du siège épiscopal d'KIne 
prouvent assez qu'à cette époque, cette ville devait avoir 
beaucoup plus d'importance que Ruscino, et c'est !à, 
sans doute, ce qui la tit choisir pour l'établissement de 
l'évêché. D'un autre côté, Ruscino existant toujours, et 
les événements des règnes de Charlemagne et de Louis- 
le-Uébonnaire la désignant, sans contredit, comme le 
chef-lieu i)olitique du pays de Roussillon, il est naturel de 
penser qu'il en avait été de même sous la domination des 
Wisigoths. Voilà les faits, et il serait dilïicile de s'en 
autoriser |)our attribuer le titre de capitale du Roussillon 
à Elue plutôt qu'à Ruscino, pendant toute cette période. 
Les documents de cette époque citent encore, en Rous- 
sillon ou dans le voisinage, les châteaux pyrénéens de Cau- 
choUbcri (Collioure), de Vulturaria (OItrérat, de Clnusuras 
(La Clusa), celui de Libiju , capitale de la Cerdarjne, et, 
enlin, la Clausura Sordonia, dont il a été déjà longuement 
question dans la période gallo-romaine. Il faut y ajouter le 
lieu cVAngera, qui, sous les Wisigoths, marquait l'extrême 
limite du diocèse d'KIne, au couchant. Malheureusement, 
ces limites sont fort incertaines , et nous avons déjà 

' Caicnsniia hicc ti'iip.il: do Moiik- Riif.» usi|ni' .\ii|[('irini, de Aiigosa usniie 
Montana, l'.lna liœc loiieal : de Ainjcra iimjiic ttosiiinlain. de l.aliTosa nsqiio 
Lainusain. Uivisio Lpiscopaluum provinciœ \arbonensis , dum Gothis fiarcbat. 
(llist. m. Ki'diic , 11, 719.) l.cs liiniti-s |iartiuulii>rvs du diocèse do INarbonnc 
DP sont pas indiquiTs dans celte di\i!;i()n. 



278 

exprimé ailleurs ' notre opinion à ce snjel. Les qualre 
noms cités dans le texte semblent se rapporter aux quatre 
j)oints cardinaux, mais ils sont extrêmement corrompus, 
et celui de l'est, Rosinola, est le seul dans lequel on puisse 
reconnaître avec certitude le nom de Rusitona. Celui du 
sud, Lamum, semble une coi'ru|)tion de Lauuiga, et mieux 
Sambuga ou Sainbuca , ancien nom de la rivière de la 
Muga qui forme, en effet, la limite de l'ancien diocèse 
d'Elne, vers le haut Yallespir. Le nom de Lalcrosa cor- 
respond, au nord, à un point de la frontière du Narbon- 
nais qu'il nous est impossible de déterminer. Quant à 
celui d'Anr/era, au couchant, nous avions indiqué le lieu 
d'Ânyer, qui se montre sous les formes iVAgnera, Angerro 
eiAnger, dans les anciens documents; mais la situation 
de ce village ne correspond pas exactement aux limites 
connues du diocèse d'Elne, dans les siècles suivants. On 
peut donc admettre encore ici une forte altération du 
texte; et il n'y a plus dans toute cette région, que le lieu 
des Angles, en Capcir, qui ait pu marquer à cette époque 
la limite des anciens diocèses d'Elne et de Carcassonne, 
et dont le nom ait quehpie similitude, si foible qu'elle 
soit, avec VAngera de la nomenclature wisigothique. 



Nous venons de signaler tous les noms géographiques 
du Roussillon, qui nous ont été transmis par les docu- 
ments de la période Avisigolliique ; mais on en trouve 
encore quelques autres qui se montrent seulement dans 
les siècles suivants, et qui pourraient remonter à la même 
époque. 

Villa Godorlm. — Il a existé au sud-ouest et à une très- 
petite distance de Perpignan, une ville dont il ne reste 

1 Géographie historique du Confient, dans le X^ Bulletin de la Société dis 
Pyrénées-Orientales, p. 9'i. 



279 

plus aujouicrhui que le nom, conservé dans le quartier de 
Mallolcs, centre d'une population encore importante au 
x.iii« siècle, et connue primitivement sous le nom de villa 
Godorum, ou Godore. M. Puiggari a lu villa Gothorum 
L'd Malleolas, dans un acte de l'an 1)29 (Public, HT, 1). 
Ce nom est toujours accompagné de celui de Malleolas, 
qui en usurpe ensuite entièrement la place, vers la fin du 
xie siècle, selon M. Henry (IlisL de lîouss.,- to. I, p. 4o7). 
C'est ce nom de villa Gotliorum, ou plutôt villa Godorum, 
écrit aussi Godore, Godoro et Godor', qui peut seul faire 
altriliuer à ce village une origine vvisigothique; car les 
noms gotliiquos des anciens habitants de Malloles , cités 
par M. Puiggari, se retrouvent à tous les siècles, dans la 
moindre commune du Roussillon; etf d'un autre côté, 
les monuments archéologiques qui, selon certaines tradi- 
tions, provenaient de Malloles, ne peuvent, dans aucun 
cas, se rapporter avec certitude à l'époque de la domi- 
nation des Wisigoths. M. Henry n'en a pas moins conjec- 
turé que « les |)laids des anciens Comtes Colhs, et peut- 
<( être aussi des premiers Comtes Franks du Roussillon, 
« se tenaient près de ce bourg, » cl il cite un contrat 
de vente d'un terrain , situé au territoire de la villa Godo- 
rum, et confrontant avec le Campus Madii. Nous trou- 
vons, en effet, en 1565, une pièce de terre «al terme 
« de Maloles, al loc appelai Camp de Maijg-.» Mais rien 
n'indiipie, chez les Wisigoths, ces assemblées nationales 
des peuplades germaniques, où chaque homme libre avait 
son avis et son vole sur les affaires de tous. Les assem- 

ï Nous retrouvons ciicon-, en 12G5 cl en I2G0 (Liber feuil , A, fol. ) 17 
et Cari, lin Temple, fol. 268) un Chevalier du nom iVArnald de Godor. 

2 On acte île 1250 place , dans In ;i«roissc de Perpignan . une partie «lu 
Camfus de Vadio (Cari. <!n Temple, fol. 76); or il y avait, en J2'.8, 
un en tain )fni, on Wrtj, liabitant de Malloles (libi Petro Madin de MalleolU. 
—Archives «le l'Il.'.pilal «le l'erpigiiau, liasse 53, n° 152), et le campns de 
Vfirfi» di'vait l'Ire iiuelqn'nue d<' ses propric^lés. 



ê 



280 

Liées dites champ de mars ou de mai. leur élaienl tcuil- 
à-fait inconnues, cl le passage le plus explicite (pic nous 
connaissions sur les réunions publiques des Wisigolhs, ne 
peut guère s'entendre que d'une réunion des notables d'une 
ville et de sa banlieue, sans rapport d'aucune sorte avec les 
assemblées du champ de mai'. On ne saurait donc voir 
un souvenir des Wisigoths dans le Champ de Mai de 
Malloles; nous en trouverions plutôt dans le nom même 
de ce village, qui pourrait dériver de mallmn, et l'on sait 
que le mallum publicum des documents roussillonnais 
du ixe siècle répond exactement au conventus pnhlicus du 
code vvisigotliique. l'n fait plus significatif encore, c'est 
que Tan l!2il et le 5 des ides de mars, il se tint à Mal- 
loles une assemblés solennelle, où un édit de paix et trêve 
rendu en 1228 par Jacques-le-Conquérant, fut proclamé 
par son lieutenant, a ce délégué pour le Roussillon et la 
Cerdagne, en présence des Prélats, Châtelains et Cheva- 
liers du pays qui le ratifièrent, au nombre de quarante-trois 
(D'Achery, Spicileg., III, p. 598). Le choix du village de 
Malloles pouvait, dans cette circonstance, se rattacher 
à d'anciens souvenirs , dont on ne saurait méconnaître 
l'importance pour la question de l'origine de la villa 
Godorum. 

La Sayonia. — Peut-être aussi faut-il considérer comme 
un souvenir de quelque centre administratif de l'époque 
wisigolhique, une dénomination que portait autrefois le. 
territoire du village de Serdinya. Ce lieu est appelé ÀVyon- 
danianum, Secundianum , Segdanianum ^ , et Secdenya 
ou Scr/denya, dans les anciens documents. C'était une 
seigneurie royale, dont le ressort s'étendait sur les h' 

' Caballos vel aiiitnuliu crrantia lioeat occiiparc, ila iil (|iii iiivciiciit 
<Icniinliel aut Episoo|)o, aiitCoiniti, ant Judici, aul SL'ni<)ril)US loci , aut 
etiain in convenlu publico vicinorum. Qiiod si non tteiiunliavcril , furis 
damnum Labcbit. (Cad. Wisigolli., lib. VIII, Ut. V, 1. 6.) 

2 Marca, 87, L'o, 165 , 387 et /(39. 



28 1 

de Serdinya, Flassîi, Juncel, La iîardia, Mirles el Mari- 
nyans', formant ce ([n'on appelait le fenitoirc de Ui 
Saijunia ou Sujoiiid. Ce nom était encore en usage au 
xvii" siècle. Nul doute qu'il ne dérive de la langue et de 
la législation des Wisigotlis, chez lesquels, comme on le 
sait, les Juges avaient sous leurs ordres des agents appelés 
Saiones, qui ressemblaient beaucoup aux modernes algua- 
sils. Eu outre, les seigneurs goths levaient souvent des 
hommes armés pour la défense de leur personne et de 
leurs biens, et ces satellites portaient le nom de Sayones 
(Cod. Leg. Wisig. I. Y., t. III). 

Il est probable (jue les noms portés aujourd'hui par 
la majeure |)artie des villages des Pyrénées -Orientales, 
remontent à l'époque romaine. Les Wisigotlis, venus à 
la suite, n'ont pu, malgré leur séjour de trois cents ans 
dans ce pays, laisser des noms qu'à des hameaux de faible 
importance, à de petites fermes, ou à quelques fonds de 
terre qui ont conservé les noms de leurs anciens pro- 
priétaires. Nous ne sommes pas éloigné de croire que les 
noms des deux villages dits aujourd'hui Aytua et Guixà, 
dans le Confient, se rattachent ainsi à des souvenirs 
vvisigothiques. Le premier, autrefois appelé Huyteza, 
se montre sous les formes de villa Vliiksano, en I0I7 
(Marca, 175), villare de Ociesano, en 1084 (Ibid., 29o), 
el Ifoj/tesanum, en I2G5 (Liber feudonim. A, fol. Go). 
Le second s'appelle aussi Vilcsanu, Giiissano (Marca, 164 
et 185), alox (iuiraiii , (Lih. fend., A, fol. 65); et on ne 
peut méconnaître le rapport qui existe entre ces diverses 
formes et celles que présente le nom gothique de WUiza, 
écrit aussi VViteda, VVeleda, Cruiliza, Guilza , etc., un 
des plus conmiuns j)armi les habitants de cette province 
aux i\'' et x"^ siècles. 



' F.a ^a^oiitn dt la terre de Conflenl comprend aussi lo lion <io llardol , e\\ 
{~>0i (Ubcr (end., C. fol. :jO),rl celui <le Sanrra. en ITiCi (iHd.. fol. 80). 



282 
DOMINATION ARABE. 

919— 950. 

Les Arabes, conduits par Taiik-ben-Zéyad, débarquèrent 
en Espagne au commencement de l'an 7H , et s'emparèrent 
de toute la Péninsule jusqu'aux Pyrénées. L'historien No- 
wairi raconte même que, dès Tan 712, ^loussa-ben-Nossaïr 
■passa ces montagnes et se répandit dans le pays d'Afrandj 
(la Gaule); et il scn)blc résulter d'une conversation que l'on 
prête a Moussa, que les Septimaniens ou Gallo-Wisigotlis 
lui auraient opposé une certaine résistance. Mais, selon 
toute apparence, ses incursions dans les Gaules durent se 
borner à quelques courses de reconnaissance dans les pays 
qui iorment aujourd'hui le Roussillon . On ignore, d'ailleurs, 
quelles turent les destinées de l'ancienne Seplimanie, dans 
rintervalle qui s'écoula depuis l'arrivée des Arabes en 
Espagne jusqu'à l'année de ia prise de Narbonne (710). 
Ce pays forma sans doute un petit état particulier sous 
le gouvernement de quelque seigneur \Yisigolh ou gallo- 
romain, et devint alors un des principaux refuges de la 
population vvisigothe ou espagnole qui fuyait devant l'in- 
vasion des Musulmans. Mais il élail hors d'état de s'appar- 
tenir a lui-même, et l'émir El-lIaùr-ben-Abd-er-Rahman-el- 
Tzakefy y porta ses aimes en 719. Il franchit les monts 
Al-Bortât, s'empara de Narbonne, dont il fit le chef-lieu 
de la domination arabe en-deça des Pyrénées, et répandit 
la terreur jus<pi'aux pays (ju'arrose le fleuve damna'. 
La conquête n'était point, d'ailleurs, définitivement orga- 
nisée, et le vainqueur s'était borné à assurer l'occupation 
militaire du pays par une garnison placée à Narbonne. 

' Coiuiuisto la ciudad de Naibona, y cinio y soiii/.{;o lodas sus comarcns. 
(Condo, lo. I, cap. 20.) 



283 

Tel est le récit des historiens arrhes au sujet de la prise 
de cette cité, rapportée à Tan 721 et attrihnée au wali 
EI-Samali-ben-Abd-el-Mélek par la plupart des chroniqueurs 
chrétiens. Quoi qu'il en soit, il n"y a guère lieu de douter 
que, depuis l'an 725 au moins, la Seplimanie n'ait été 
régulièrement constituée en province arabe, et gouvernée 
selon les lois communes de la conquête musulmane. Cet 
étal de choses se maintint, malgré diverses vicissitudes 
de revers et de succès, jusqu'à l'époque de l'attaque de 
Narbonne par Charles-Martel (757). Le vainqueur d'Ahd- 
er-Hahman trouva naturellement des alliés dans tous les 
chréliens des environs de Narbonne; les montagnes des 
ports orientaux se couvrirent de soldats qui s'emparèrent 
des passages et interceptèrent toute communication entre 
la garnison de Xarbonne et les Arabes d'Espagne. 

Il devint, dès lors, de jour en jour plus ditlkile de 
maintenir la conquête arabe' au nord de Narbonne; mais 
il est hors de doute que la domination musulmane fut ré- 
tablie en Roussillon et qu'elle s'y maintint, à titre d'occu- 
pation armée, jusqu'en 750. 

La ville de Narbonne, bloquée par les troupes frankes 
de Pé[)in et par les Goths révoltés de la Septimanie, lut le 
dernier refuge des Arabes de cette frontière. Les commu- 
nications étaient interrompues entre elle et l'Espagne, et 
Soulevmau-ben-Cliebab(|ui marchait à son secours, en 756, 
fut arrêté aux passages des l'vrénêes et périt avec presque 
toute son armée. Cette perte était dilllcile à réparer. Ce- 
pendant, les Arabes de Narbonne, bien qu'abandonnés à 
eux-mêmes, ne succombèrent que par la trahison. Les 
chrétiens de cette cité |iartageaient avec les nuisulmans la 
défense de la place, lis eurent des intelligences avec les 
assiégeants et s'engagèrent à leur livrer la ville, à la con- 

' Fm- caila diu mas dificil la cmprcsa de manlcner la roiit|iiisla «le a(|iiella 
tierra , que en rano se cansa quien (rabaja contra los elornos decretoi. 
(('.onde, I ,20.) 



281 

dilioii iiu'oii leur laisserait la libre jouissance de leurs -pro- 
pres lois', cl probablement aussi d'autres privilèges moins 
ordinaires que celui-là ^75'Jj. Les Sarrasins Curent aussitôt 
chassés de toide ht GoUiie-, c'est-a-dire de tout le pays 
entre Narbonne et les Pyrénées. Il y a même lieu de croire 
que les Franks pénétrèrent alors jusqu'à Gérone. Mais ce 
ne fut qu'un succès éphémère, et le jioussillon seul resta 
soumis aux rois frani\S à partir de celte époque. 

« Les Arabes , dit .M. de Gazanyola , ne doivent avoir 
laissé dans le Roussillon, d'autres traces de leurs fréquents 
passages et de leur court séjour, que la dévastation des cam- 
pagnes, l'incendie des édihces et la destruction des villes; 
nous ne saurions donc leur attribuer aucune inlluence heu- 
reuse sur notre civilisation. » (Hist. du liuussiU., p. 80.) 
Ce jugement, que tout confirme d'ailleurs, nous dispensera 
d'entrer dans de longs détails sur le système administratif 
appliqué par les Arabes dans les pays (pi'ils avaient conquis. 
L'Espagne, qui n'était alors qu'une dépendance de l'Afri- 
que, conserva la division en cinq provinces établie par les 
Wisigolhs. La Septimanie forma la sixième, et chacune 
d'elles eut son ivali particulier, revêtu du pouvoir civil et 
du pouvoir militaire, et ayant sous ses ordres des gou- 
verneurs locaux, établis dans les villes ou bourgades sous 
le nom de caïds. Le Mali de ^'arbonne était appelé Régent 
par les Goths habitants du pays. 

Il est probable que la population musulmane, en ce qui 
concerne l'ancien diocèse d'Kbu', se réduisit à la garnison 
laissée dans celle ville et dans les châteaux les plus inqjor- 
tants. Les conquérants de la Septimanie sont toujours 
appelés ^'armsms par les documents chrétiens de cette épo- 
que. Quant aux anciens habitants, tous, Romains ou Wisi- 

' Dnloqiic sairameiilo Golliis. . iil. . . (n'iniiltcicnl cos lejem suam habcre. 
(Annal. Moissiac, an. 7o9.) 

2 Pi|)|)iniis... Naibiinain obliiiuit; cxpiilsisiiue do lolà GotldA lioiiiiiiilnij 
illis, rlirislianos lie servirio SarraceiKiiimi liberavit. (Annal. Melens.J 



2s:. 

i,'olhs, se (loniièiTiil le nom île (iolhs el se direiil eoiii- 
miinément Chrétiens pour se distinguer des Arabes. Toute 
ville soumise payait un tribut de guerre annuel (kitaradj), 
qui variait du dixième au cinquième du revenu des terres 
et des immeubles. L'exercice de la religion chrétienne était 
libre dans l'intérieur des églises. Les lois anciennes du pays 
étaient maintenues, et elles étaient appliquées par des 
olliciers choisis entre les liabilaiits. (le point im[)ortant 
est aussi l'un des mieux constatés*. 

Dénomin.vtioas géographiques. — Les Arabes don- 
naient le nom de Grande Terre aux pays situés au nord 
de l'Espagne, et, au besoin, à toute la Gaule le nom de 
Frandjal : aussi appelaient-ils indistinctement /•rrt?îf(/' ou 
Efrandj, tous les habitants de la Septimanie. C'est le nom 
(Gens Francornni) que leur appliquent aussi les chrétiens 
espagnols du viii^ siècle, qui donnent encore alors à la 
Septimanie le nom de Gaidc Xai'bonnaise (Isidore, Ro- 
deric, etc.). Quant aux écrivains franks, ils désignent ce 
pays sous le nom de (ïolltic (75T-7o!2). 

Les Arabes ne connaissent la chaîne des Pyrénées que 
sous le nom de monts el-Baskens (des Vascons), a l'occi- 
dent, et monts al-Bortàt (des ports ou passages), dans la 
[)artie orientale. Leurs géographes- ne citent que les noms 
des villes û'Elcna et Cancoliberi dans l'ancien Roussillon; 
la ville de la Porte ou du Passage (Médinel-el-Bâb) , dans 
les montagnes, la même qu'Isidore de Réja appelle Ccrri- 
tancnsc oppidum{Q\\ 751), ne peut s'entendre que de Livia. 

Il existe, en outre, un document imporlant pour la géo- 

' Muljjrc ors (jaranlies, le l{oii<sillon ni- ;)nsso(lc aujourd'hui aucun 
mnnuinent dont la conslruclion puisse l'Iie aUrilxicc avec cerliludc à ceUe 
t'|)0(|Ui'. G l'st >|up, pendant plus de ciii(|uaMle ans après la rnnijiièle de 
l'ipiu, l'o pnvs eul encore à suhir «les invasiiins leiribles ; voilà pourtpioi. 
clans le ix' siècle, il csl dit si sutiveul t|ue les l'ayriis nul ravajje ol détruit 
les ofîlises, el ipie lis Aliliès ont tiré leuis celluKs (x trcmi vastilale. 

- Coude, lili. I , cap. Tû . 



2H6 

graphie d(» ceiti' périodo , dans une enqurte testimoniale 
faite en 879, pour rétablir des litres perdus. Les témoins 
y déposent que certains individus avaient vendu (vers l'an 
841) aux moines d'Exalada, le villar Pauliannm ou Polia- 
ntun, dont ils avaient hérité de leurs pères et grands-pères, 
flls de Mascaran, qui le possédait ' sous le riyne d'Anmar, 
lorsque Ihin-Aumar rétjissail Aarbonnc. l)om Vaissète et 
M. de Gazanyola n'ont vu ici qu'un acte l'ait sous le règne 
d'Omar II, mort le 10 février 720. On sait, en effet, que les 
historiens arabes rapportent à Tan 7 1 9 la prise de Narbonne, 
fixée à l'an 721 par tous les chroniqueurs chrétiens. 'Mais 
l'administration arabenepouvaitpas, dès l'an 7 19, être aussi 
bien établie à Narbonne que le donnerait à entendre le do- 
cument en question. Nous le rapporterions plutôt à l'an 754. 
A cette époque, un certain Amer-boi-Amrou, s'étant révolté 
contre le vvali d'Espagne, s'empara de tous les pays au nord 
de l'Èbre, et donna le gouvernement de Saragosse à son fils 
Wahib. Il avait pu de même donner celui de Narbonne à 
im autre de ses fils, ce qui expliquerait la formule : Aumar 
(Amer) régnant, le fils d' Aumar régissant Narbonne. Mais 
nous attachons peu d'importance à cette question de date; 
il nous sullit que ce document se rapporte à l'époque de 
la domination arabe en Roussillon : ce qui ne saurait être 
mis en doute. Or, nous croyons avoir prouvé ailleurs* que 
le villar Polianum ou Pauliamim du viii'^ siècle, n'est autre 
que le lieu de Folianum ou Fauliamim, aujourd'hui appelé 
Fulhà, dans le Confient. Il en résulte que, |)endant l'occu- 
pation arabe, les limites de la INarbonnaise comprenaient 
tout le bassin de la Tet; et, comme les Arabes et les^Visi- 
goths, leurs prédécesseurs, n'avaient rien innové à cet égard, 
on doit considérer cette limite comme la seule qui ait été 
reconnue pour cette province sous la domination romaine. 

' lit tcuiierunt ad proprium tempore qno rognavit Aiiinar, Ibinauniar 
rcjjenlc Nurbona. (Marca, 40.) 

2 Journal des Pyrénées-Oritntates , 16, 20, 23 et 27 octobre ^SSS. 



28-; 



LE MARIAGE DE LA VILLAGEOISE, 

ÉPISODE 

TRADUIT DU PR.€DWM RUSTICUM DU P. VANIKRE, 

Par JM. li. FAnnK, rrdfissfur an Ckilléçe de PiTpii;nan, 
Secri'Uive de la Société. 



La fille du villa£;c est à peine nubile, 
Qu'on la voit s'empresser et devenir utile. 
De sa robuste mère imilant les travaux, 
Elle aime à manier la serpe et les râteaux. 
Ni la pourpre ni l'or n'entrent dans sa parure; 
Point (le cheveux d'emprunt... C'est la simple nature, 
Sans les dons de Saha, ni de riches atours. 
Comme elle est femme enfin, à l'âge des amours, 
Elle veut plaire aussi, mais sans art; une rose 
Qu'elle cueille en un champ, qui sur son sein repose. 
Est, aux jours l'ériés, son plus bel ornement. 
Auprès d'un clair ruisst?au, qui coule lentement, 
On la voit ajuster sans fard, sans artifice, 
De ses brillants cheveux le modeste édifice, 
Qu'embellit de son front la naïve pudeur. 
Ce n'est point en beauté, c'est en force, en valeur. 
Qu'elle veut exceller et vaineri' ses compagnes; 
El bienlùt, ces trésors, qu'admirent les campagnes, 
Des jeunes villageois attirant tous les yenx, 
Lui donnent un époux riche et laborieux. 

De l'hvflien, en effet, quand la puissanle flamme. 
Soudain d'un chaste amour vient surprendre son âme, 
Pour l'enginrer, enfin, dans des liens charmants, 
Dès laube matinale on voit les deux amants. 



'288 

li'àgc à peu près égal cl d'égale tendresse, 
Accourir dans les champs, transportés d'allégresse. 
Cherchant à se parler, ou, tandis que leurs mains 
Du cep avec ardeur détachent les raisins, 
Ou ([uand l'épi doré tombe sous la faucille. 
La première au travail, la rude jeune fille 
Guide les moissonneurs, qu'animent ses discours, 
Et, malgré leurs efforts, les devance toujours. 
C'est ainsi qu'elle veut plaire à celui qu'elle aime. 
De ses tendres regards la poursuivant lui-même, 
11 s'applaudit tout bas d'en être devancé. 
Tantôt, d'un ton qu'il feint de rendre courroucé, 
Il se plaint des épis, que sur la terre on laisse. 
C'est afin qu'à sa voix, sa vaillante maîtresse. 
Tourne soudain vers lui ses yeux avec son cœur. 
Aux heures du repos, quand chaque moissonneur 
S'abandonne au sommeil sur l'herbe douce et tendre, 
Que font nos deux amants? Il faudrait les entendre. 
Engagés dans le cours d'un aimable entrelien. 
Parler de leurs projets, des soins qu'exige un bien. 
Des moyens de tenir, de régler un ménage, 
De ne point dissiper même un faible héritage. 

Pour nos deux jeunes gens, enfin, brille le jour. 
Où leurs parents, instruits, charmés de leur amour. 
Les croyant dignes, lui, de la vaillante fille, 
La fille du garçon, consultent la famille. 
Et bientôt un contrat, qu'on signe avec transport. 
Des jeunes fiancés fixe à jamais le sort. 
Pour l'hymen, cependant, tout s'agite et s'apprête : 
Des villages voisins accourent à la fête, 
Oncles, cousins, amis, laboureurs, pastoureaux. 
Apportant aux futurs de rustiques cadeaux. 

Du jour tant désiré on voit paraître l'aube : 
Le prêtre impatient, revêtu de son aube. 
Accuse leur lenteur, debout près de l'autel. 
Tandis que tous les deux, sur le seuil paternel, 



289 

Se prosternent aux pieds des auteurs de leur vie. 

De ce pieux respect, émus, VAme ravie. 

Ceux-ci, levant vers Dieu, leurs âmes et leurs mains, 

Conjurent de roncort le Père dos humains 

De l'aire à cos iMilanls une. htMirciisc existence, 

Qui soit de leurs vcriiis la digne récompense. 

On pari... Un rulian liieu, de rose nuancé, 

Orne le feutre gris du jeune fiancé; 

Elle, les yeux baissés, des fleurs à la ceinture, 

Marche timidement, gênée en sa parure. 

On arrive à l'aiilel, on se met à genoux: 

Le prèlre bénissant les deux nouveaux époux. 

Unit, enfin, leurs mains, par le soleil hâlées, 

Et que n'a pu blanchir l'eau pure des vallées. 

Quand ils ont bien promis de s'aimer devant Dieu, 

Les flûtes, les hautbois, la jeunesse du lieu, 

Les ramènent en corps : ses compagnes, l'épouse, 

Les garçons, le mari. Sur la verte pelouse, 

Suivant un vieil usage, en nos climats transmis. 

Ils font asseoir le couple, étourdi de leurs cris, 

Sous un orme toufl"u, dont l'immense feuillage. 

Depuis plus de reni ans protège le village. 

Aux regards de \i\ foule, en cercle se pressant, 

L'épouse étend la main, et verse en rougissant, 

Quehiues grains de blé pur sur la tète inclinée 

De son heureux époux, (|ui, ITune fascinée. 

Lui répète tout bas les plus tendres aveux. 

Puis, timide el tremblante, elle exprime des vœux 

Pour la prospèi'ilé du nouveau mariage, 

Et rajiporte un gâteau, symbole du ménage. 

Parmi la foule, alors, queliiues gens mal appris. 

Sont prêts à s'égayer sur le sort des maris , 

Si l'époux, prudemment, avec (|ueli|ue monnaie, 

Ne romprinu' snuilain leur audace eiïréiu'e. 

Qui cède t(iiit-;'i-|';iii -i (pieliiues brocs de vin. 

Mais sur table servi déjà fume un festin. 
Que n'nni point enrichi les marchés de la ville, 

19 



290 

Sompluciix, lontefois, siicculeiil el facile: 

Pour la première l'aini, un mouton, un chevreau, 

Sont, en effet, venus, chacun de son troupeau. 

La fermière d'ailleurs, pour cette circonstance, 

Réserva des poulets "gras, de helle apparence; 

Des chapons bien nourris; de superbes canards, 

Dont l'aspect aussitôt attire les regards; 

Et pour rendre complet ce festin délectable, 

Vers la tin du repas paraissent sur la table. 

Des figues, des gâteaux, un fromage mollet, 

Des châtaignes, des noix et quantité de lait. 

Ces mets ex(|uis, le vin qu'on verse avec largesse, 

Tous seuls n'excitent pas la commune allégresse; 

Ce sont des quolibets, des chansons, des bons mots, 

Des rires éclatants, des verres et des pots, 

Que l'on casse à dessein, des vers que l'on déclame, 

En l'honneur de Monsieur el surtout de Madame. 

Puis, la nappe enlevée, on joue, on court au bal: 

Ce sont de nouveaux cris, un joyeux bacchanal. 

Qui troublent le sommeil de tout le voisinage. 

Le récit qu'on en fait de village en village. 

Occupe les esprits, qui, pendant plusieurs jours, 

A la veillée, aux champs, n'ont pas d'autres discours. 

On souhaite aux époux une longue existence, 

El d'enfants dignes d'eux une heureuse abondance. 



»®®B^r— 



2'Jl 



L'AUTISTE RECONNAISSANT, 

ANECDOTE HISTORIQUE, 

Par M. I.ovi« Faobe, Professeur au Collège de Perpignan, 
Secrétaire de la Société. 



Ce que Paris nomme Champs-Elysées, 
N'est pas toujours peuplé de hienheureu'x. 
A rencontrer les preuves sont aisées. 
Heureusement, quelque cœur généreux 
S'y trouve encor. Voici ce que naguère 
Dans un journal je lus aux laits divers: 

Un beau Monsieur, son épouse et sa mère, 
Se promenaient sous les ombrages verts 
Que de ses eaux alimente la Seine. 
IJe tous côtés il portait son regard, 
Quand il découvre une bien triste scène: 
C'est. un pauvre homme, ou plutôt un vieillard. 
Propre et pourtant annoncanl l'indigence. 
Un violon, qu'avec peine il raclait, 
•îetait au vent, implorant l'assistance, 
Ite maigres sons ipie pas un n'écoulait. 
A cet aspect, se creusant la mémoire, 
Le beau Monsieur y cherche un souvenir- 
Puis, tout-à-coup : C'est à ne p;,s y croire! 
Uxclame-f-il; et, sans plus rélléchir. 
Il court au vieux : Ecco mi, mon cher Maître! 
rtil-il d'abord , c'est moi, c'est Borsari ! 
Ail, .lacomo! Pourrais-tu méconnaître 
Celui qui lut Ion élève chéri. 
Qui lient de toi savoir, gloire, richesse? 



il 



20-2 

Premier Dassu délia Scale, à Milan, 
J'y fais fureur, el la ville ne cesse 
■pe m'aiiplatidir, d'exalter mon talenl, 
Et me voici maiiitenanl en vacances! 
— Je me souviens, lui répond l'indigent; 
Tu n'as donc pas trompé mes espérances, 
Cher Borsari! Des bra\ûs, de l'argent 
IHeuvenl sur toi!... Cela seul me console 
De tous les maux que j'ai vus m'assaillir. 
— Toi, dont jadis le talent lit Ecole, 
Cher Maestro! Peut-on sauï- tressaillir 
Te voir ainsi prostituer la gloire? 
A cet état comment es-tu réduit? 

Cher Borsari! c'est une triste histoire : 

Vers l'Orient, par un démon conduit. 
J'ai parcouru la Grèce et les Cyclades, 
Accompagné d'un essaim de chanteurs; 
Mais la plupart, bientùl morts ou malades. 
Me laissent là , quoique mes débiteurs. 
Dès cet instant, j'entrevis la misère; 
Car, je trouvai, pauvre impressario, 
Ma caisse, hélas! chaque jour plus légère, 
Pour solde, enfin, n'offrir rien qu'un zéro. 
Je revenais; le vaisseau lit naufrage; 
J'eus à courir mille el mille dangers; 
Mais, Dieu m'aidant, je gagnai le rivage, 
Avec, je crois, cinq ou six passagers. 
N'ayant en tout conservé (|ue ma vie. 
Le même jour, par un destin fatal, 
Je suis saisi d'une paralysie. 
Qui me retient six mois à l'hôpital. 
J'étais guéri; du moins je croyais l'être, 
Lorsque je fus amené dans Paris 
Par un Français qui m'avait eu pour maître. 
Mais de mon sort qui ne serait surpris? 
Mon protecteur, au bout d'une semaine. 
Meurt et me laisse à mon malheur livré. 
Que devenir? Avec bien de la peine 



Va bien dos pas, j'ôliiis ciiliii enli'ô 
Dans un Ihéâlro, où j'avais de quoi vivre. 
Jp respirais et je crus un momeiH 
Que le malheur cessait de me rf; 

Mais vain i'S|ii)ir! Une imit ijur ^m. ,, !it, 
Après souper, je regagnais ma chambre, 
Le mal aflrcux que j'avais cru chasser 
Me ressaisit, m'enchaîne chaque membre. 
A mon Ihéàlre il faillit renoncer; 
Et depuis lors en proie à la misère. 
Toutes les fois que mon infirmité 
Me le permet, ce qui n'arrive guère, 
Je viens ici, par la faim excité, 
Gonime lu vois, niendiei' à la ronde. — 
L'Elève ému fouille dans son gousset; 
N'y troKv.uil pas une somme assez ronde: 
— Maiire, dil-il, peux-tu de ton archet 
Accompagner l'air de la calomnie? 
— Tant bien que mal; mais je puis le tenter. 
— Courage donc! Le Dieu de riiarmonie. 
J'en ai l'espoir, voudra nous assister. — 
Et le Dasso, d'une voix éclatante, 
Acceninée et d'un timbre enchanteur, 
Atla(|U(i l'air. Chaque note vibrante 
Fait accourir maint et maint auditeur. 
Auloiir de lui |,i foule croit, s'amasse, 
Tous les cafés son! soudain désertés; 
(loupé, calèche, enliii loul ce (|ui passe 
S'arrête là... Séduits et transportés. 
De beaux Messieurs en descendent sans cesse. 
A cet aspect, le vieillard (oui ému 
A retrouvé sa première soujdesse; 
A ses trente ans il se croit revenu. 
Son violon, sous l'archet électrique. 
Rend de^ accords à pénétrer les conirs. 
Charmant duo, que rendent plus magique 
D'un blond soleil les mobiles lueurs. 
Qui, rayonnant à travers le feuillage. 



29i 

Sur ce taldcau, transportent tous les sens 

Aux lionls (lu Tibro, liarnioiiioux rivair»'. 

Où tout t'st beau, soleil, vfi'diiro et chants. 

Ils ont cessé... L'auililoire immobile 

Écoute oncor. Il éclate à la lin, 

El ses bravos vont émouvoir la ville. 

Notre Basso se découvre et soudain 

Dans son chapeau lait la quête à la ronde 

r/était à voir! Dans sa bourse ([ii'il tient 

lïhacun choisit. Bref, parmi tant de monde, 

Pas un, je crois, de donner ne s'abstient, 

Aux mains de tous l'argent, l'or étincelle ; 

Beaux empereurs, républiques et rois 

Dans le chapeau s'entassent pèle-mèle; 

Notre chanteur les en lire à la fois. 

Alors plus lier (|u'un Manpiis ou qu'un Comte, 

11 court au Maître et les lui donne tous. 

— Tiens, lui dit-il, ce n'est là qu'un à-compte; 

En attendant viens dîner avec nous! 



295 



LE DERNIER AMOUR , 

Par j\]. ilOSEPH ISlRTIill, membre résidant. 



L'amour, ce séduisant mirage, 

Qui nous berce aux jours du printemps, 

Lorsque arrive l'hiver de l'âge. 

S'envole sur l'aile du temps; 

Le souvenir de la chaumière 

Où nous avons reçu le jour. 

Survit, jusqu'à l'heure dernière. 

Aux charmes du premier amour. 

Chacun , aux lieux de sa naissance , 
Trouve dos siles enchanteurs; 
Méry célèhre la Provence, 
Pétrarque, l'Italie en lleurs; 
A tous les pays, je préfère 
Le Roussillon, ce beau séjour; 
C'est celui de ma bonne mère; 
11 sera mon dernier amour. 

Roussillon, terre chérie! 
Ta mer, les monts, ton ciel d'azur. 
Ta plaine richcnieul lleurie. 
Ton climat si doux et si pur; 
Oui, tout en toi provoque, insiiire 
Les chants joyeux du troubadour: 
Tu reçus mon premier sourire. 
Tu seras mon dernier amour! 



LISTE DES MEMBRES 



COMPOSANT 



LA SOCIETE AGRICOLE. SCIEMIFIQUE ET LITTEHIIRE 

DES PYRÉIVÊE8-ORIE!VTAIiES. 



Hemltrcis lionoruircs. 

1835. M. Mathieu, C. ^, membre de VInsfitut. 

1836. M. GuizoT, C. ^, membre de V Académie française. 

Uembree* résidants. 

1854. M. Abblard, professeur à l'École-Normalc. 
1853. M. Alart, secrétaire de rinspertion Académique. 
1833. M. Alzine, imprimeur-libraire (/'')'. 

1857. M. A.MADIS, professeur au Collège. 

1853. M. Argiot (Jacques), homme de lettres. 

1855. M. AsTOR, professeur au Collège. 
1857. M. AsTORS (François), propriétaire. 

1859. M. Auberge (François), médecin principal en retraite. 

1853. M. AuDUSso.N (Olivier), propriétaire. 

1838. M. AuGÉ, *, capitaine d'artillerie en retraite. 

1854. M. AussEL, professeur au Collège. 
1846. M. AzÉMAR, propriétaire. 

1836. M. Bach, ^ , colonel d'artillerie en retraite. 
1857. M. Harberet, inspecteur d'Académie. 
1833. M. Batlle, négociant (F). 

1855. M. Bédos, avocat. 

1833. M. Béguin, directeur de l'École-Normale (F). 

' Les roBdateurt de la Société sont désignés par la lettre F, qui est  la suite de leur nom 



2;>8 

J8Ô8. M. Bensa, clianoine honoraire, pt-ofesseur de |.|,ilo.op|,io 
el (le (héologie au Grand-Séminaire. 

1853. M. Bertkand-Balanda, propriétaire. 

1857. M. BOCA.MY, docteur-médecin. 

1853. M. BoNAFos, docteur-médecin. 

1847. M. BoNNEFOY (de), propriétaire. 

1856. M. Boix, maître en pharmacie. 

1855. M. BoucABEiLLE, aumônier de l'École-Normale. 

1835. M. Bouis, ex-professeur de chimie. 

1830. M. Bjiesson, propriétaire. 

1833. M. Gaffe, architecte de la ville de Perpignan (F). 

1855. M. Galvet, agronome. 

1857. M. Cayrol, employé des Gontributions indirectes. 

1848. M. Ghapé, lithographe. 

1835. M. Gompanvo père, docfenr-médeciji. 

1853. M. Gompanyo fils, docleiir-médecin. 

1854. M. GoNTE (Félix), propriétaire. 

1840. M. GosTA (Léon de), chef de Division -, la Préfecture. 

1847. M. GuiLLÉ, directeur de la Ferme-École. 

1853. M. Badins (Sauveur), propriétaire. 

1855. M. Delhoste, vicaire de la Gathédrale. 

1848. M. Després (Antoine), propriétaire. 

1854. M. Durand (Justin), «, banquier, député au Gornc. 

Législatif. 
1850. M. Escallar (d'), propriétaire. 
1841. M. Eychenne aîné, propriétaire. 

1849. M. Fabre, proiesseur au Gollége. 
1833. M. Fauvelle, sondeur (F). 
1857. M. Ferrer (Léon), pharmacien. 

1854. M. Fines, chanoine titulaire du diocèse, supérieur du 

Grand-Séminaire. 
1857. M. Flotte (de), directeur du Haras. 
1853. M. Garrette, banquier. 
18i8. M. GouELL, docteur-médecin. 



299 

1859. M. Granier de Gassagnac, chanoine honoraire, priacii<al 

du Gollég;e de Perpignan. 
•1854. M. Jaume (Amédée), notaire. 
1854. M. Jouy-d'Arnaud, ^, maire de Perpignan. 
1850. M. Labau, propriétaire. 
1836. M. Lacombe Saint-Michel, propriétaire. 
1854. M. Lacroix (Ferdinand), avocat. 
1854. M. Lafabrègue, juge. 
1850. M. Lamer (Jules de), propriétaire. 
1859. M. Lassus Saest- Génies (le liaron de), *;, préfet du 

département des Pyrénées-Orientales. 
1841. M. Lazerme (Charles), propriétaire. 
1853. M. Llobkt (Joseph), propriétaire. 

1834. M. Lloubes (Auguste), ^, banquier. 

1853. M. Lloubes (Jean-Jacques), ^, banquier. 

1854. M. LuTRAND, professeur au Collège. 

1835. M. Massot (Paul), docteur-médecin. 
1853. M. Massot (Aimé), docteur-médecin. 
1841. M. Mattes, inspecteur des Ecoles primaires. 

1846. M. Méric (François), homme de lettres. 

1847. M. Morer, archiviste du département. 
1853. M. MuxART (Auguste), avocat. 

1835. M. Passama, docteur-médecin. 

1858. M. Philip, chanoine titulaire du diocèse. 

1836. M. PicAS aîné, avocat. 

1857. M. Retoès-Audusson, propriétaire. 

1853. M. Rires, directeur de l'Ecole primaire supérieure. 
1853. M. RoBiLLARD (de), G. ^, colonel commandant la place 
de Perpignan. 

1853. M. Robin aine, pépiniériste. 

1855. M. RocA (RigobiTl), chanoine honuraire, iiumùnier du 

Collège. 

1858. M. RouFFiA (Joseph), instituteur. 

1854. M. Saint-Victor (de), propriétaire. 



300 

1859. M. Saignes (Justin), litliogniphe. 

1853. M. Saléta, ^, capitaine de cavalerie en retraite. 

1854. M. Sai'vy (Joseph), ncirociant. 
1853. M. SiAU (Antoine), propriétaire. 

1833. M. SiRVEN, économe des Hospices de Perpignan (F). 
185i. M. Talayrach (Joseph), avocat. 

1855. M. Tarrès, docteur-médecin. 

1834. M. Tastu-Jaubert, avocat. 

18(iO. M. Tastu (Antoine), ingénieur ordinaire des Ponts-et- 
Ghaussées. 

1856. M. Vallarino (Jean), négociant. 
1841. M. ViLALLONGUE (Sylvestrc), négociant. 

Membres résidants n'babitant pas Perpignan. 

1857. M. Arago (Antoine), maire d'Estagel. 
1856. M. Barrére, propriétaire, à Bages. 

1858. M. Besombes (Joseph), négociant, à Saint-Laurent-de-la- 

Sa la n que. 

1859. M. Camps, curé, à Candies (canton de Mont-Louis). 

1856. M. Carbonell, propriétaire, à Pé/.illa-de-la-Rivière. 
1853. M. Casamajor, curé, à Canaveilles. 

1857. M. Conte (Joseph), propriétaire, à Estagel. 
1859. M. CouRTAis (Pierre), instituteur, à Port-Vendres. 
1859. M. Déperaud (Jean-Pierre-Marie), 0. ^V , capitaine de 

cavalerie en retraite, à Caudiès (canton de Saint-Paul). 
1853. M. Durand (Laurent), propriétaire, à Saint-Nazaire. 
1853. M. Durand (Jacques), propriétaire, à Saint-Nazaire. 

1856. M. Duverney, propriétaire, à Espira-dc-PAgly. 

1846. M. GiNESTOUs (Marquis de), propriétaire, à Caladroy. 

1847. M. GiRVÈs (Sauveur), propriétaire, à Vinça. 

1857. M. Guisonier-Passama, propriétaire, à Pia. 
1857. M. Malé, vétérinaire à la Ferme-École. 

1856. M. Malègue, propriétaire, à Pézilla-de-la-Rivière. 



301 

\^'û. M. .M.AïuA (Jean), |iro|irié(;iire, à Tluiir. 
1858. M. Makiano (Coiishmlin), |iropri.'l;iire, à Peyreslorles. 
1858. M. Marquy fils, ijépiniérislc, à Ule. 
1858. M. NoGuÈs, juge de paix, à Olelte. 
1858. M. Pla, juge de paix, à Sainl-Paul. 
1858. M. Saillens, notaire, à Vinça. 

1858. M. ToLRA DE Boudas (Joseph), prêlre, professeur de 
rhétorique au Petit-Séminaire de Prades. 

La Société est divisée en quatre Sections. 

U^ Section.— Agriculture, sous-section d'Horticulture. 
2">e Section. — Sciences physiques et naturelles. 
Sn-e Section. — Belles-Lettres et Archéologie. 
4™e Section. — Industrie, Commerce et Beaux-Arts. 



Membres eorrcspontlantM. 

1830. M""' Lafabrégie, naturaliste, à Lyon. 

1839. M-ne Tastu (Amable), à Paris. 

1839. M'-" ViEN (Céleste), à Paris. 

1840. M™« Faure (Anaïs), née Biu, à Limoux. 
1842. M'i" Favifr (Eulalie), à Marseille. 

1833. .M. Armon VILLE, secrétaire du Conservatoire des Arts et 
Métiers, à Paris. 

— M. Arvers, -ijv, ancien pharmacien militaire, à Perpignan. 

— M. Bastard, docl.-médecin, à Châlonnes (Maine-et-Loire). 

— M. Roi'RKK, géologue, à Paris. 

— M. CuAi'SAL, prêtre, à 111e (Pyrénées-Orientales). 

— M. Christol (Jul. de), professeur d'histoire naturelle, à 

Montpellier. 

— M. Des Moulins (Charles), membre de plusieurs sociétés 

.savantes, à Lanqnais. 



302 

1833. M. Denis de Saint-Antoine, ijrésiilenl des relations inté- 

rieures do la Société de CiviUsatmi, à Paris. 
M. DiAs DE Morales, ancien député aux Corli's,àMarseille. 

— M. Ferrus, ancien principal du Collège de Perpignan (F). 

— M. Fraisse, de Perpignan, direct, des postes, à Cette (F). 

— M. GoiJGET, chirurgien-major au 47» de Ligne. 

— M. Ivan (Michel), docteur-médecin, à Digne. 

— M. JuLiA, de Perpignan, profess. de langues, à Alger (F). 

— M. Marcel de Serres, prof, de géologie, à Montpellier. 

— M. SiAU, de Perpignan, ingénieur en chef des Ponts-et- 

Chaussées en retraite, à Bordeaux. 

— M. TouRNAL, géologue, à Narbonne. 

— M. Vène, ingénieur des mines, à Toulouse. 

1834. M. BoiSGiRAUD, professeur de chimie, à Toulouse. 

— M. César-Moreau , directeur fondateur de la Société fran- 

çaise de Statistique, à Paris. 

— M. Gros, avocat, à Carcassonne. 

— M. Delestre, président de VAthénée Impérial, à Paris. 

— M. DupuY, *, colonel d'état-major on retraite, à Toulouse. 
M. Godde de Liancourt, président de la Société universelle 

de Civilisation, à Paris. 

— M. IzERN , de Perpignan , membre de plusieurs sociétés 

savantes , à Paris. 

— M. PcjADE, *, docteur-médecin, à Âmélie-les-Bains. 

— M. Poulain, chirurgien en chef. 

— M. Salin, contrôleur do la monnaie des médailles, à Paris. 

— M. Xatart, pharmacien, ;\ Prals-de-Mollo. 

1835. M. ÂRAGO (Etienne), de Perpignan, homme de lettres. 

— M. Chenu, chirurgien-major au 12« Chasseurs. 

— M. Combes, docteur-médecin, à Toulouse. 

— M. Enselv, docteur-médecin, à Castolnaudary. 

— M. Gallay, * , do Perpignan , professeur de cor à VÉcole 

Impériale de Musique, à Paris. 

— M. Gallv-Cazalat, professeur de physique, h Versailles. 



303 

18*35. M. GuiNARD ;iîiié, pliorniai-ioii, h liordeaux. 

— M. GiiiTER, d»^ Perpignan , ancien notaire. 

— M. GuvoT DE Fére , secrélairo perpétuel de la Société 

d'Eneouragetnent, à Paris. 

— M. Itier, naturaliste, directeur des douanes, à Montpellier. 

— M. Lecoq, professeur de botanique, à Glei'raont-Ferrand. 

— M. Leucotte, capitaine d'état-major, à Paris. 

— M. Maurin (Antoine), de Perpii^nan, litho^fi'ajdie, à Paris. 

— M. Maurin (Laurent), de Perpignan, lilliograplie, à Paris. 

— M. Michel, capitaine au 17e je Ligne. 

— M. RiGAUD (Esprit), de Perpignan, avocat à la Cour de 

Cassation, à Paris. 

— M. RiBEs, de Perpignan, professeur à la Faculté de Méde- 

cine de Montpellier. 

— M. Sarrus, doyen de la Faculté desSciences de Strasbourg. 
1836. M. Aleron, naturaliste, à Perpignan. 

— M. Breghotdu Lut, conseiller à la Cour Impériale deLyon, 

membre de V Académie Impériale de la même ville. 

— M. Cachelièvue, ingénieur des mines. 

— M. Calmètes, *, de Perpignan, conseiller à la Cour de 

Cassation , à Paris. 

— M. Chevrolat (Auguste), membre de la Société Entomo- 

logique de France, à Paris. 

— M. CoRNUo, cliirurgien-major au 85« de Ligne. 

— M. Delocre, docteur-médecin, à Lyon. 

— M. Denizart-Hurtzel , propriétaire, à Lille. 

— M. Duffourc, *, colonel du génie. 

— M. JuLiA, de Perpignan, capitaine d'artillerie, -h Alger. 

— M. Lacroix, ifi?. de Perpign;ni, oonseillor à la Cour Im- 

périale do Moiilpellier. 

— M. Llanta, de Perpignan, lithographe, à Paris. 

— M. Merch, trésorier de la Société Linéenne de Lvon. 

— M. MuLZANT, professeur d'entomologie au Lycée et à la 

Faculté des Sciences de Lvdii. 



304 

1830. M. Parés (Théodore), 0. Si; , de Perpignan, ancien pro- 
cureur-général, à Montpellier. 

— M. Pkuicaud, bibliothécaire de la ville de Lyon, membre 

de Y Académie Impériale de la même ville. 

— M. RouFFiA (Côme), maître de pension, à Millas. 

— M. Thurbert, ingénieur des mines. 

— M. Walter, ingénieur civil, professeur à VÉcole des Arts 

et Mamifartiires, à Paris. 

1837. M. Barrau, homme de lettres, à Toulouse. 

— M. BoLUix, de Perpignan, capitaine de frégate, à Toulon. 

— M. Jasmin, homme de lettres, à Agen. 

— M. Mercadier aîné, lithographe, à Toulouse. 

— M. Reboul, homme de lettres, à Nîmes. 

1838. M. Bonafos, docteur-médecin, à Sigean. 

— M. DuROSOY, inspecteur des mines. 

— M. DuviGNAU, homme de lettres, à Agen. 

— M. Grenier, docteur-médecin, professeur d'histoire natu- 

relle, à Besançon. 

— M. Vaillant, dessinateur, attaché au Muséum d'Histoire 

naturelle, à Paris. 

1839. M. Brochier, capitaine du génie, à Paris. 

— M. Cadilhac (Désiré), à Puisségur, près Béziers. 

— M. CouBART d'Aulnay, membre de Y Athénée des Arts, à 

Paris. 

— M. Du Mége (Alexandre), secrétaire-général de la Société 

Archéologique du Midi, h Toulouse. 

— M. MiCHAUT, naturaliste, capitaine au 10« de Ligne. 

— M. Terrevert, naturaliste, à Lyon. 

1840. M. Arago (Alfred), sous-inspecteur des Beaux-Arts, à 

Paris. 

— M. JouLiA (Henri), maître de pension. 

— M. Monzic-Lasserue, doct. -médecin, à Ceux (Dordogne). 

1841. M. François, ingénieur des mines. 

— M. Fontan, docteur-médecin. 



305 

1841. M. Moquin-Tandon, naluralisle, à Toiilouso. 

— M. Vienne, bibliothécaire de la ville de Toulon. 

1842. M. Benêt de Peratjd, docteur-médecin, à Paris. 

— M. Gellé, professeur h l'École Vétérinaire de Toulouse. 

— M. Godard, naturaliste, capitaine adjudant-major au 67^ 

de Ligne. 

— M. L.\UGiER, attaché à l'Observatoire de Paris. 

— M. Petit, directeur de l'Observatoire de Toulouse. 

— M. PoNCY, ouvrier maçon, homme de lettres, à Toulon. 

— M. Selva (Prosper), *, de Perpignan, capitaine de 

vaisseau, à Paris. 

1843. M. D'Ombre-Firmas, d'Alais. 

— M. Pagès-Roudière, docteur-médecin, à Perpignan. 

— M. PA.SSAMA, ih, de Perpignan, capitaine de frégate. 

— M. Massot-Retoier, *, de Perpignan, procureur-général 

à la Cour Impériale de Rouen. 

— M. SoLLiERS (Félix), homme de lettres, à Paris. 

'1844. M. Rouis fils, de Perpignan, professeur de rliimie , à 
Paris. 

— M. Didier (Petit), de Lyon. 

— M. Perev (Alexis), professeur de mathématiques, à Dijon. 

— M. Robinet, membre de V Académie Impériale de Médecine. 

1847. M. Ivat, avocat à la Cour Impériale de Paris. 

— M. Renard de Saint-Malo, de Perpignan, avocat à la 

Cour de Cassation, à Paris. 

1848. M. Laurence, principal du Collège, à Mont-de-Marsan. 

— M. Lefranc, homme de lettres, à Paris. 

— M. Perris (Kdouard), naturaliste, à Mont-de-Marsan. 

— M. Reboud, docteur-médecin, aide-major (Algérie). 

1849. M. AuTiiEMAN, économe des hospices, à Lisle-sur-Sor^ne 

(Var). 

— M. CAucnois-FERR.vND, officier d'état-major. 

— M. Pietta (Lucien), à Montesquieu, près Toulouse. 

— M. Tastu (Emile), de Perpignan, avocat, h Montpellier. 

20 



300 

1851. M. Gaubill, cuiiitaine en reliaile. 

1853. M. Collet, professeur au Collège de Caslelnaadary. 

— M. Fauke, docteur-médecin, en Algérie. 

— M. Maniel (Jacques), de Perpignan, iugénieur en chef 

des chemins de fer du Nord. 

1854. M. Bataille, procureur impérial, à Limoux. 

— M. Bonnet (Edmond), ingénieur civil. 

— M. Carvallo (Jules), ingénieur civil, membre fondateur 

de Ylnstitiit arcliéokgique et historique du Limousin. 

— M. Denjean, professeur au Collège de Lodève. 

— M. Maurice, agent-voyer en chef du département de Loir- 

et-Cher. 

— M. Thevenin, procureur impérial, à Auch. 

1855. M. Barthélémy (de), ancien conseiller de préfecture. 

— M. Barthélémy (A'« de), sous-préfet, à Béfort. 

— M. Calisti, inspecteur d'Académie, à Foix. 

— M. CoRTiE, professeur au Collège de Castelnaudarj-. 

— M. Chaurand de Malarce, homme de lettres, à Blois. 

— M. Crova père, professeur éniérite, à Perpignan. 

— M. Crova lils, professeur de chimie et de physique, à 

Metz. 

— M. GuiGON, professeur de mathématiques, à Baslia. 
M. Jubinal, ancien inspecteur d'Académie. 

— M. Paris (Louis). 

— M. SouBEYRAN (Paul de), préfet, à Blois. 

— M. Soultrait (Georges de), ancien sous-préfet, à Castel- 

Sarrasin. 

1856. M. Mercader (Ernest), docteur-médecin, à La Magistral 

(Tarn-et-Garonne). 

1857. M. Soubeyr^vn (Léon), pharmacien, à Paris. 

1858. M. Caralp (Raymond), directeur des cultures du péni- 

tencier de Marseille. 

— M. Ghambeu (l'abbé). 

— M. LouRDOUix (Paul de), à Paris. 



307 

1859. M. Dabaux, prélet, à Carcassonne. 

— M. Dardé, avoué, à Carcassonne. 

— M. Denille, directeur de la Ferme-École de l'Aude. 

— M. Desalle, agent-voyer en chef du départem' de l'Aude. 

— M. Courrier de Fraissé, à Cabardès (Aude). 

— M. Guilhaume, ingénieur en chef des chemins de fer de 

Toulon à Marseille. 

— M. GuiTER, lieutenant d'infanterie, en Afrique. 

— M. JoNQUET, docteur-médecin, aide-major au 2« régiment 

du Génie, à Montpellier. 

— M. Lespiau (Henri), •$(, docteur-médecin, aide-major 

militaire de première classe. 

— M. Maraval, vice-président de la Société d'Agriculture de 

l'Aude. 

— M. Mares (Henri), membre de la Société d'Agrix^ulture de 

l'Hérault. 

— M. Pellet (Pierre), naturaliste, à Béziers. 

— M. Portal de Moux, propriétaire, à Carcassonne. 

— M. Rendu (Victor), inspecteur-général de l'Agriculture. 

— M. Roques-Salvaza, député de l'Aude. 

— M. Salaman, notaire, à Carcassonne. 

— M. Talrich (Jules), artiste préparateur d'analomie en 

cire, à Paris. 

— M. Valayer, propriétaire, à Avignon. 

1860. M. Aragon (Victor), i^, président de chambre à la Cour 

Impériale de Montpellier. 



CorreitpontlaniN étrangfcrs. 

1833. M. RiBELL, *, docteur-médecin, à Barcelone. 

— M. Llobet, géologue, à Barcelone. 

— M. Ladron de Guerrera, chanoine et curé d" Retirn, ;i 

Madrid. 



:'.o6 

iaijû. .M. LOUKNZO DE lÎKllKCILLA, ll(illinit> (Ic It'llies, il MliJliil. 

— }i\. Francisco Vkka, liouinio de lellrcs, ;i Madrid. 

— M. AcEVEDO, hoiiinie do lettres, à Madrid. 

M. LoRENZo Abat, homme de lellrcs, à Madrid. 

— M. Mahiano de Sans, naturalisle, à Barcelone. 

— M. Rouiu, professeur de chimie, à Barcelone. 

— M. Garnier, membre do l'Université, à Madrid. 
M. Raull, avocat, à Barcelone. 

— M. Bastuc, censeur royal, à Barcelone. 

1842. M. Luis Balagué, membre de la Société Philomuthique , 
à Barcelone. 

1847. M. le marquis de Belpuig, duc de Savella, à Palma (Iles 

Baléares). 

— M. Jo.\cHiM Maria Bover de Bossello, à l'aima (lies 

Baléares). 

— M. Nicolas Brozedo y Zafortera , à Palma ( lies Ba- 

léares). 

— M. Jules de Gabarrus, consul de France, à Palma (Iles 

Baléares). 

— M. Basilio Sebastiaî<o Castellano, bibliothécaire de la 

Bibliothèque Royale, à Madrid. 

— M. Luis Maria Ramires Las Gazas Deza, président do 

Y Académie des Sciences , Arts et Belles - Lettres , ;. 
Cordoue. 

— M. Modesto La Fuente, homme de lettres, à Madrid. 

— M. Isidore Chaussât, homme de lettres, à Barcelone. 

1848. M. Martinez (Ant.), à Palma (Iles Baléares). 

— M. Medel (Raymond), à Palma (lies Baléares). 

1849. M. Faces de Roma, inspecteur-général d'agriculture dans 

la province de Gironc. 

1851. M. Vidal, professeur d'histoire naturelle à TUnivcrsité 

de Valence. 

1852. M. Macdonald, président de Y Académie britannique, à 

Londies. 



309 

1852. M. le comte de Mélano, secrélaire-perpétuel de V Acadé- 

mie britannique, à Londres. 

1853. M. Rel'me (Auguste de), capitaine d'artillerie en Belgique, 

membre de V Académie britaimique. 

— M. Fadeuille (de), nunnhre de Y Académie britannique. 

— M. RuBio Y Ors , prolesseur de littérature espagnole à 

l'Université de Castille, à Valladolid. 

— M. Florencio Janer y Graells , homme de lettres , à 

Madrid. 

— M. Juan Trujillo del Parraso, homme de lettres, à 

Madrid. 

— M. Gens (Eugène), prolesseur d'iiisloire à l'Athénée royal 

d'Anvers.' 

— M. le vicomte de Kerckove-Varent, président de YAca- 

démie d'Archéologie de Belgique, grand'croix et com- 
mandeur (le |iliisieurs ordres. 

— M. le vicomte Ki'géne de Kerckove-Varent lils, chargé 

d'affaires de l'Empereur de Turquie près le Gouver- 
nement belge. 

— M. Alexandre Schaepkem, peintre de paysages, profes- 

seur de peinture, à Maëstridi. 

— M. Léonard de Cuvper, statuaire, à Anvers. 

— M. Nicolas Van-der-Heyden, généalogiste, à Anvers. 

— M. Raphaël Atienza, marquis de Salvatiera, à Ronda. 

— M. Thomas Aquilo , professeur universitaire , à Palma 

(Iles Baléares). 
1859. M. AleXjVxdre Schaepkens, direct, de l'École des Beaux- 
Arts, chevalier de la Couronne de Ciiène, à Maëstrick. 

UembrcK résida iitN dérodôM depuis la itulUicalioii 
du dvrnitM* Bulic(iii. 

.loNUiET, natiiralislf, ;'i Vcrnel-les-lîiiinN. 
M0UAT-Ev, iir(iliri<'laii'i', à l!ah(i. 



310 



SoclétéH correspondantes. 

(Acadimie des Sciences el Belles-Let 1res. \ 

Aisne ]^ ■ , ■ , Saml-Quenlm. 

\Comice Agricole. ) 

Alpes (Basses-) Société d'Agriculture. Digne. 

(Société Scientilique et du Commerce. ) 
Aube > iTroyes. 
{sociéléd'Agric, Arts et Belles-Lettres.' 

I Société d'Agriculture. CarcaSsonne. 

\comice Agricole. Limoux. 

Aude Isociélé des Arts et Sciences. Carcassonne. 

1 Comice Agricole de l'arrondissement de 

\ flarbonne. Nai'bonne. 

Ariége Société Agricole et Littéraire. Foix. 

Aveyrou Société d'Agriculture. Rodes. 

(Société d'Horticulture. 

[société de Statisliqut 

„ , 1 ni. 1 Académie des Sciences. /Marspillp 

Bouches-du-Rhone .< . /Marseille. 

jsociété de Pharmacie. \ 

Revue Jlorticole des Bouches-du-Rhône. j 
^ (rédacteur.) 

Drôme Société d'Agriculture. Valence. 

Société Yétérinaire des départements du\ 

Calvados et de la lilanche. I 

, , ,, >Bayeux. 
Société d'.\griculture, Sciences et ikUes-i 

Lettres. j 

Calvados isociété d'Agriculture et du Commerce. \ 

\Académie des Sciences, Arts et BellesACaen. 

Lettres. j 

Société Académique , Agricole , Indus- 
trielle et d'Instruction. Falaise. 



311 

Cantal Propagateur Agricole M, eic.jrédacteur). Aurillac. 

Charente Société d'Agriculture, Arts et Commerce. Angoulènic. 

/Société des Sciences, Arts et llelles- 
Charente-Inférieure.' Lettres. Rochefort. 

{Athénée de la Charente-Inférieure. Beauvais. 

Cher Société Agricole du Cher. Bourges. 

(Académie Impériale des Sciences et Arts. 



Cote-d'Or . 



Société d'IIorticultnre et d'Arboriculture 



Dijon. 



Doubs 



Besançon. 



Société des Sciences Naturelles et Ar- 
chéologiques. Guéret. 

(Société d'Émulation . 
KSociélé d'Agriculture. 

Drônie Société de Statistique , des Arts et des 

Sciences. Valence. 

Eure Société libre d'Agriculture, Sciences, 

Arts et Belles-Lettres. Évreux. 



Gard. 



Nîmes. 



Garonne (Haute-) 



(Académie des Sciences, etc. 
^Société d'Agriculture. 

Académie des Jeux-Ploreaux. 

Académie des Sciences et Belles-Lettres. 

Société Archéologique du Midi. 

Société d'Agriculture. 

Journal d'Agriculture jiratique et rf'K-\Toulouse. 
cnnomie rurale pour le .1/irfi de lai 
France, publié par les Sociétés d'A-} 
griculture de la Haute-Garonne et de | 
firiégc. 



Gers, 



Société Agricole. 

Reuue Agricole el Horticole (rcdaclenr) 



nr)j 



Auch. 



312 

! Académie Impériale des Sciences, BeUes-\ 
Lettres et Arts. 
Sociité Linnéenne. 
. ■:..•.. ■ ,. /Bordeaus. 

Socielt d llorlicullurc. 
Société d'Agriculture. 
\Société de Médecine. 



Société Archéologique. 

^Société d''Agriculture. [Montpellier. 



louttcit^ i* .11/1 ((/UiKt; c. V'^ 

Hérault ■{ . , , .,.,•! 1 \ 

iLe Messager agricole du Mtdi (rsdacleur). ' 

\Sociéié Archéologique. Béziers. 

Indre Société d'Agriculture. Chdteauroux. 

ladre-et-Loire Société Médicale. Tours. 

i Société d'.igricutlurc. 
Académie Delphinale. 
Société de Statistique des Sciences «a-f ^ ■ ■ 
turelles. 
Sud-Est. Journal agricole et horticole] 
\ (rédacteur). 

Jura Société d'Émulation. Lons-le-Saulnier. 

Landes.. Société d' Agriculture. Mont-de- Marsan. 

Loir-et-Cher Société d'' Agriculture. Blois. 

Loire Société d'Agriculture. Mont-Brison. 

Loire (Haute-) Société des Sciences et d'.igriculture. Le Puy. 

Loire-Inférieure.... Académie. Nantes. 

Loiret Société d'Horticulture. Orléans. 

Lot Société Agricole et hidustrielle. Cahors. 

Lot-et-Garonne. . . . Société d'Agriculture et Arts. Agen. 

Lozère. , . , , . Société Agricole, Scientif. et Littéraire. Mende. 



313 



Maine-et-Loire. 



! Société d' Agriculture , Sciences et 
Arts. 
Société Industrielle. 
Société Académique. 



Manche Société Académique. 

Marae. . 



(Académie Impériale. 
{Société d'Agriculture. 



Meurlhe. 



(Société des Sciences, Lettres et Arts. 
Société Centrale d'Agriculture. 



i 



,. ,, (Société d'Histoire Naturelle. 

Moselis ] 

[Académie Impériale. 



Angers. 

Cherbourg. 
Châlons. 

Nancy. 

Metz. 
Valencieunes. 



Nord. 



Société d'Agriculture. 

Société d'Agriculture, Sciences et Arts. Douai. 

Société d'Émulation. Cambrai 

Académie yalionalc Agricole, Manufac- 
turière, etc. 

Société des Sciences , de V Agriculture 

et des Arts. \Lillc. 

Comice Agricole. 

Comice Agricole de l'arrondissement de 
Lille. 



Oise Société d'Agriculture 



Pas-de-Calais. 



Compiègne. 

Académie des Sciences. \ 

Société Centrale d'Agriculture du /•as-5.\rras. 

de-Calais. 1 

Société des Sciences et Iklles- Lettres. \ 
ISociélé d'Agriculture de l' arrondisse- Soulof^nc. 



\ ment de Boulogne. 

Rhin (Haut-) ^Société d' Agriculture. 

{société Industrielle. 



Colmar. 
Mulhouse. 



314 

i Académie des Sciences. 
Société des Sciences l'hjsiques , .V«f«- 
,„,^,„o relies, d\igricuUure et d' Industrie }^L^on. 

I Société Impériale d'Agriculture et d'nor- 
\ liculture pralique. 

Sarlhe Société d'Agriculture , Sciences, Com- 
merce et Arts. Le Mans. 

Académie y'alionale Agricole, }Ianufac- 

turière et Commerciale, 
icadémie des Arts. 
Société Centrale d'Agriculture. 
Société pour l' Itutruetion élémentaire. 
Société de Statistique universelle. 
Société d'Encouragement p. C Industrie. 
Cercle Agricole. 

\société de la Morale chrétienne. 
Annales administratives et scientifiques 

d'Agriculture française. 
Cercle Historique. 
Institut Impérial de France. 
Société Protectrice des Animaux. 
Tribune des Linguistes, Philosophie des 

Langues. 
L^ Appiculteur , Journal des Cultivate^irs 

d'Abeilles (riidacteur). 
Moniteur des Comices et des Cultivateurs 

(rédacteur). 
I Cercle de laPresse sci(;n(t^<jitc[iédacteui) ■ 
^la Revue d'Économie rurale (rédacteur). 



Seine. 



jParis. 



Seine- Inférieure. 



I Société des Sciences, Arts et BellesA 
. .} Lettres. ? Rouen- 

Société d'Horticulture. 



315 

! Société libre d'Émulatiun et de Com-\ 
merce. YRoaen. 

Société Centrale d'Agriculture. 1 

Société Uùvraise d Eluden diverses. Le Havre. 
Cercle pratique d'Horticulture et de 
V Botanique. 
Seine-et-Marne Société d'Agricult., Sciences et Morale, ftlelun. 

I Institut National Agronomique. \ 

Société des Sciences Morales, des terres Wersailles. 
et des Arts. ' 

(Société d'Agriculture et du Commerce.) 

Sèvres (Deux-) ) iNiort. 

\Société de Statistique. ' 

Î Société des .antiquaires de Picardie. \ 

Société d'Agriculture. >Aniiens. 

Société d'Horticulture. > 

Tarn Société Littéraire et Scientifique. Castres. 

! Société des Sciences. 
Société d' Agriculture et du Commerce. 
Société Scientifique et Arcliéologique. Dragtiignan. 
Bulletin trimestriel du Comice Agricole 
de l'arrondissement de Toulon. Toulon. 

Vancluse Société d'Agriculture et d'Horticulture. Avignon. 

Vienne Société d'Agriculture Poitiers. 

i Société d' Agriculture , des Sciences et\ 

Arts. ! Limoges. 

L'Agriculteur du Centre. ' 

Vosges Société d'Émulation. Epinal. 

Yonne Société Archéologigue. Sens. 



(Toulon. 

e.) 



Algérie RuUetin de la Société d'Àgriculturt d'Alger. 



31<) 



Sorlctés Étrangères. 



Aiiyli-terrc Àcadtmie Brilanniqué. Londres. 

Itfigique Société Archéologique de Bruxelles. Bruxelles. 

ICI Propagadnr de la l.iberlud. Barcelone. 



Espagne 

Uo Granja fRevista) . Figuèns. 

Hollande Académie Royale des Sciences. Anistordam. 

fortugal 0. Archiva Rural. Jornal de Agricul- 

tura, Arles et Seiencias (rédacteur). Lisbonne. 

R"ssie Société Impériale d'Agriculture. Moscou. 



FIN. 



:)!' 



TABLE DES MATIÈRES. 



Pages. 

Séanre publique du I" août 1838 ix 

Séance pul>li({ue du 51 juillet 1859 xvi 

Epigrapliie roussillonnaisc (Suite), par M. de Bonnefoy < 

Géographie historique des Pyrénées-Orientales, par M. Alart 67 

Période gallo-romaine 67 

Montagnes , caps et fleuves 80 

Noms do peuples et limites 92 

Péiioile u isigothiquf 273 

Doniinaliou arabe 282 

La voie romaine de Pancien Roussillon, par M. Alart iôi 

Ephéniérides de PHopital Saint-Jean et de l'Hospice de la Miséri- 
corde de Perpignan , par M. Sirveii 195 

Des fièvres de marais, par M. Auberge 209 

Des rai'cs perfectionnées dans le département des Pyrénées-Orien- 
tales , par M. iMalègue 245 

{{apport sur l'industrie sériciole du département des Pyrénées- 
Orientales en 1859, par M. Siau 257 

Rapport sur ii's inoduits cnvovés par la Société au Concours de 
Carcassoniic , en mai -(859 , et sur la culture des artichauts, par 

M. Siau 267 



318 

Le Mariage de la Villajjeoisc , épisode traduit du Prœdium Ruslicum Page> 

du P. Vanicre , par M. Faire 287 

L'artiste reconnaissant, anecdote historique, par M. Fabre 29^ 

Le Dernier amour, par M. Sirven 29d 

Liste des Membres composant la Société 297 

Liste des Sociétés correspondantes 340 



FIN DE L\ TABLE. 








i 



r" 



SOOIÉTÉ 



AGRICOLE, SCIENTIFIÔlE 

ET LITTÉRAIRE 

I 

DES PYRÉNÉES-ORIENTALES. 



TBElZlKnB VOIilinB. 




PERPIGNAN. 

IMPRIMERIE J)E.I.-Ji. M./.INE. 

Rue (les Trois-Uois, I . 



/cSY> 



M^f. 2 



V ■ - -' 



p ^ 



SOCIETE DES PYUENEES-OUIENTALES. 



XIII. 



La Sociélé ireulond approuver ni improuvor les opinions 
éniisos dans les travanx (jn'ellc pulilie : elles appartiennent à 
leurs auteurs qui en sont seuls garants. 



Les lettres, mémoires, etc., etc., doivent être adressés (franc 
de port) à M. Louis FAuaf;, Secrétaire de la Société, rue 
Traversière-de-l'Ange, 4; et les olijels d'histoire naturelle à 
M. CoMPANvo, Conservateur du Cabinet, place Laborie, 5, à 
Perpignan. 






APICOLE, SCIENTIFIODE 



ET LITTÉRAIRE 



DES PYRÉNÉES-ORIENTALES. 



TREIZIEME VOLUME. 



l'aisons tous nos cll'orls pour qu'an jiuissc 
i!irfi un jour : Il y fui il Perpignan une socirl.'- 
d'hommi's à hiienlions géni-reuses, dont les 
travaux lurent utiles à leur pays. 

(JAiiiEnr HE Réart, I" Bulletin, p. 4 ) 




PERPIGNA.N. 

IMPRIMERIE DE J. B. AL2INE , RUE DES TROIS-ROIS, I. 



iHo:t. 



.^^.V;#f 



GCCÎIÉTS 
AGRICOLE, SCIENTIFIQUE 8: LITTÉRAIRE 

DES rYni:\ÉES-onii:i\TALES. 



COMPOSITION DU BUREAU POUR LES ANNEES 



1861. 1862. 

Président : M. I.I.ULBI'S (Aicistk), rnsidenl : M. LLOUlil'S (Aigiste), 
ifif, banquier, ancien maire delà ;!^, l)an(|ni(T, ancien maire de la 
\ille, membre dn (Innsfil-fiénérai ville, membre dn (!!onseil-(ii'ni'ral 
d'Auricnllure et dn (lonscil-déné- d' \i;rioiillnre et du Conseil-Géné- 
ral du dé|)ar(emenl. rai du département. 

Vice-I'rrsideiit : M. Compa>\(), |ière, lice-Z'n-'sii/eii/ .- M. Companyo, père, 

doelenr-médeein, (•nnser\alenr du diirtiiir-méilecin, ronservnleur du 

Cabinet d'iiisloire nainrdie. Cabir.et d'iiislnire naturelle. 

Sccrctaire ■ M. Fabiik ( l.nuis ), ]iro- Sccrélaire : M. Fabhe (Louis), pro- 
fesseur de Iroisièmc et de commerce fesseurde lroisi(?mcetde commerce 
au Collège. au Collège, 

Vicc-Secrtldire : M. Aiaut, arrliivisle Virc-Scrilairc : M. Ai.aiit, arcliivislc 

du département. du deparlement. 

Tr.sorier : M.Siai (Antoine), négo- Trisniier : M. Siai (Antoine), négo- 
ciant, ciant. 

Archivisie : M. l'abbé DiirinsTi , vi- Arcliivifle : M. l'abbé Deliioste, vi- 
caire à la eatbédrale. caire à la cathédrale. 



COMITE DE REDACTION : 

1861. 1862. 

M. l'ablié FiNFS, cii.inoine, supérieur 1\I. l'abbé 1"im s, cIkiikmeic, supérieur 

du (irand-Si'minaire. du (Jrand-Séniinaire. 

M l'abbé |{|;\SA, clianoine honoraire, 'S], l'abbé Iîknsa, chanoine lionorairp, 

pidf. de pliiloMiphie et de lliécilugie prof, de philosophie et de llieolugiu 

au firand-Séniinaire de Perpignan. au tîrand-Séminaire de Perpignan. 



Wmm DKS TUAVAUX DE LA SOCIÉTÉ, 

DEPUIS LE MOIS b'OCTOHRE IS59 JL'SOIAI ôl DÉCEMBRE iSf.2, 

l'ai M. FABRE, scrnUiiin-. 



Avant riiislitiilioii des concours rcgionnnx , ninliirô 
les nonild'Ciix et rapides uioumis do coniiininication , 
les difl'érentes provinces dont se compose aiijoiird'liiii la 
France, étaient en (iiichpic snrie ('trangèrcs les unes 
aux autres, surtout sous le rap|)ort des i)ro(luclions 
agricoles. La plupart des hahitanls dune contrée étaient 
bien loin de connaître toutes les ressources des contrées 
voisines. Quehpics-uns niènie ignoraient les richesses 
de leur propre pays. Tout est bien changé depuis (pie 
cluuiue région, chaiiue déparlenient di' lenipire français, 
peut exposer aux regards de toute la Fiance, et pour 
ainsi dire du inonde entier, tout ce qu'il recèle dans 
son sein. 

Depuis la publication de noire douzième bulletin, uni! 
de ces utiles et iin|torlantes solennités a eu lieu à l'erpi- 
gnan. Toute la région dont lait partie notre beau dé|iar- 
teinenl a 6u'' invitée ii prendre [)arl a celte exposition 
des produits de l'agriculture, des arts et de rindiistrie. 
On s'est rendu de tous C(">tés ii cet a|)pel. On a admiré, 
dans le local de la llalle-au-Blé, une inlinité de cliefs- 
d'd'uvre de peinture et de sculpture (pic possède notre 
(b'partement , et dont la plupart ('taient ignorés et en 
(pielijue s(»rle enfouis. On a admiré, près de la porte 
Notre-Dame, notre Palais de l'Industrie, et nos produits 
indigènes rivalisant a\ec les produits étrangers, Tempor- 



tant mémo quoI(|iiet'(tis sur eii\ ; mais, ce (jiii surtout a 
excité la siirprisi' cl l'ontliousinsme des visiteurs eiiaii- 
gei'S, c'est notre nia!^nili(iue pioincnade des platanes, 
ces arbres géants, dont la cime se perd dans les nues, 
c'est ce dôme de verdure, iuterce|»iant les rayons du 
soleil, et figurant aux regards étonnés la voûte d'une 
immense et majestueuse l)asili(iue; ce sont ces longues 
files d'animaux utiles, amenés de nos trois arrondisse- 
ments, et surpassant |>ar leur nomhre, (pnMtpiefois par 
leur taille el leur beauté, eeii\ cpi'on avait vu figurer 
dans les expositions voisines. Kiilin, ec (pii a mis le 
comble ;i radiiiiralion des élrangers, ce sont ces nom- 
breux, ces incomi)aral)les écliantillons de nos produits 
maraiebcrs, qui dt'sormais assurent à notre dé|)artement 
le nom de .Ictrdin de la France. Kt , cependant, il faut 
bien l'avouer, tous nos liorticniteurs n'ont pas, en cette 
circonstance, déployé le même /Me. Un grand nombre 
n"onl pas répondu ii linviialiim (|ui leur a été adressée. 
Esp(''rons que celle pri'miéi(> liMe régionale aura déjà éveillé 
l'émulation des plus indillérents; (|ue pas un ne man- 
quera au rende/.-vous (jui leur est assigné dans dix ans, 
cl (pTcn 18Tti, la l'rance el l'I^u'opc entière apprécieront, 
comme il le mérite, noire beau Uotissillon. 

A|)rcs avoir consacre ces (picbpies lignes à notre 
concours régional, el avant d(> donner un aperçu des 
travaux agricoles, scientiliciues et lilti'raires que renlérme 
ce bulletin, nous paycMuns, comme d'ordinaire, le juste 
tribut de nos regrcls ii la im-mniic des mcndircs dont la 
Société déplore la perle toute récenle. Kll<' s'est vu en- 
lever, depuis l(S,')î>, .M. I.acombe .Saint-.Micbcl , ancien 
maire de Perpignan, dont le noble caractère riMulil, dans 
(les circonstances difiiciles, iremiiieMls ser\i((s ii la ciié-; 
M. IlippiiJUc l'iias, iiieinbre de l'Assemblée Coustiluanle 
en 18i<S, avocat d'élite, (pie regi'cttei'out longtemps, avec 
nous, le barreau de l'erpignan , et tous nos concitovens 



sans exception; M. Taslu-Jauhert, avocat, qui, pendant 
qiiel(]iios années, a ieni|)li les fonctions (rarchiviste de la 
Société; et, enfin, M. Emile Tastu-Collet, archéologue 
distingué, à qui une mort inalteudiie n"a pas donné le 
temps de mettre la dernière main aux nombreux cl inté- 
ressants mémoires qu'il se proposait de publier. 

Comme précédemment, nous diviserons notre compte- 
rendu en trois parties, suivant les dillérentes qualilicalions 
'de la Société. 

AGKICULTURE. 

Dans la séance du 12 Octobre, M. Companyo, père, 
docteur-médecin , a pris la parole , et s'est exprimé en 
ces termes : 

«Le déparlemcnl des Pyrénées-Orientales, avec sa 
douce température , serait propre à faire les essais 
d'acclimatation d'un grand nombre de plantes exotiques 
qu'on lente vainement de faire venir ailleurs. Les oran- 
gers et les citroniers y frucliliaiil en |)leine terre d'une 
manière admirable; les palmiers et les dattiers s'élevant 
à [)lusieurs mètres, donnant tous les ans des lleurs, 
nouant leurs fruits; les agaves formant des bordures sur 
nos propriétés, on s'étonne que l'on n'ait pas demandé, 
pour notre contrée, l'établissement d'un jardin d'essai et 
d'acclimatation. 

« 11 y a peu d'années, M. le Ministre de l'Intérieur, 
envoya à Perpignan diverses graines de la Chine, pour 
en essayer la culture. Plusieurs légumineuses réussirent 
parfaitement; des plantes textiles se tirent admirer par 
leur belle venue. 

« Parmi ces graines se trouvaionl dos semences de 
deux arbres de haute futaie. Un catalpa, l)icn diiïérent 
de celui que nous possédions déjà depuis longtemps, 
s'est développé d'une manière admirable. Il a aujour- 



d'iiiii sept ans. Il s'élève à II mètres, et donne depuis 
trois ans de belles lleurs et des siliqiies de 40 centimètres 
de longueur. 

« L'arbre h suif, semé en même temps , a o mètres 
de liant, et depuis trois ans aussi est couvert do lleurs 
au i)riutemps, et de graines qui viennent en parl'aite 
maturité au mois de septembre. Tout cela en pleine terre, 
tandis qu'à Paris, avec tous les avantages d'une serre 
cliaude, on u"a pu obtenir qu'un arbuste de 30 centi- 
mètres de hauteur. 

« M. Testory, pharmacien, mettant à i)ro(it cette année 
quehjues graines trouvées dans de la gomme arabitpie, 
qu'il avait reçue, les sema en avril dernier dans son 
jardin, l^n superbe pied de canne à sucre est né de ce 
semis, et s'est développé admirahlemont. De sa racine 
geiiouiilée et fdireuse, s'élèvent trois tiges, qui ont 
atteint o"\80 de hauteur. Elles ont, à un mètre du sol, 
15 centimètres de circonférence. Ces trois tiges ne sont 
pas entièrement rondes; elles sont un peu aplaties et 
garnies d'une inlinité d'arliculnlions ou n(rMids Irès-rap- 
prochés. Les feuilles sont engainantes ei de la lougiu^ur 
d'un mètre; elles sont pendantes et rudes sur les bords, 
avec une nervure longitudinale moyenne. Si la tempéra- 
ture de cet automne se maintient douce, cette graminée 
pourra fleurir, car on voit déjà paraître des lleuis au 
sommet de la llèche cpii porte ordinairement la ]);iuicule. 

« Toutes ces heureuses réussites font regretliM' ([u'on ne 
porte pas plus d'intérêt ;i un département <|iii pourrait 
rendre de très-grands services comme jardin d'acclima- 
tation. » 

Dans la même séance, M. le Président donne lecture 
d'une lettre, où M. Higail, résidant à la forge de Sorède, 
nous communiipie un nouveau remède de son inxcniion 
contre la maladie de l;i vigne, (|ui n'est autre chose ([ne 
de la clianx vi\e et de la pondre de charbon. Il a, dit-il, 



10 

flixoniposc la cliaiix avec de loaii , et il en a as|)ergc le 
fruit, (|iril a couvert ensuite de ladite poudre, qui s'y 
est fort appliipiée. I.e résullat a été merveilleux : pas un 
raisin ainsi traité n'a péri. M. Rigail espère (juc l'année 
prochaine les propriétaires de vignes nieltronl en prati- 
que ce nouveau procédé. 

M. (lonte, d'Kstagel, présente (pielques observations 
sur le soufrage, dont il a lait, avec le plus grand succès, 
de nombreuses expériences dans ses propriétés. Le sou- 
fre, selon lui, s'indltre surtout dans les jeunes pousses. 
Quant an garou , dont (pii'I(|ues propriétaires ont j)ai!é 
connue |)()uvant reuiplacçr le sout'ie pour détruire Voi- 
diuin, M. Conte l'a aussi reconnu, ce prétendu remède 
ne produit aucun elfet. 

Sf'finre (lu 2o Janricr 1860. — M. Sian, chargé de 
rendre compte de tieux numéros du iîullclin mensuel 
de la Société d'Agriculture de Caen (août et septend)re 
■l8o9), y remanpie une devise prise dans la tradudiou 
fran(.'aise des Aphorismes catalans de M. Fages de lloma : 
(Jui veut que son rhai)ip se )vp(ise, rn cidlurc siiil peu de 
chose, et donnée pour épigraphe à un mémoire couronné, 
se rattachant à une question agricole. 

M. Siau ajoute (]ue iM. Barry, mend)re de celte Société, 
chargé de rendre compte de notre dernier l^ulletin, l'a 
signah' avec bienveiilnnce, dans la séance du i juin IHoS). 

Dans la séance du 25 Avril 1S()(), M. Siau lit une 
notice extraite du Monilcur universel du 18 avril 1800, 
commençant par ces mois : « Dans la deniière séance de 
la Société impériale et centrale d'Agriculture, une inté- 
ressante connnunication a été l'ait(> j)ar M. André Leroy, 
d'Angers, sur un nouveau procédt' de bouturage de la 
vigne, qui parait avoir été mis en pratlipie, pour la pre- 
mière l'ois, par un vigneron des environs de Samnur. Ce 



11 

procL'ilo consisle à enlever coniplétemenl l'écorce ii la 
base des crosselles, sur une longueur de 20 à 50 cenli- 
nù'lres, selon la distance des yeux ou la dimension des 
mérythaUes, etc. » 

A. la lecture de cette notice, M. Siau ajoiile : « (le mode 
de bouturage est depuis longtemps connu dans notre 
département. Il a été particulièrement mis en prali(|ue 
par des viticulteurs d'Kstagel. 

« M. Philippe Boluix, juge au tribunal de Perpignan, a 
essavé ce bouturage, il y a cinq ans, et les résultats ont 
été entièrement eonrormes à ceux (pie signale M. l.eroy. 

« M. Sylvestre Vilallongue a enjployé ce même procédé 
en décembre dernier, sur une |)lanlation de (pialre hec- 
tares de vigne. Il se propose de soumettre cette expé- 
rience h l'examen d'une commissi(m nommée par notre 
Société. » 

Communication : 1" D'une lettre [lar laipielle M. Péri- 
dier, de S:iiiii-Laurent-de-la-Salanque, adresse à M. le 
Président de la Société (piehiues échantillons de vin de 
la plaine, avec prière de les soumettre à l'appréciation 
de la Société. Ces échantillons sont envoyés à une com- 
mission composée de .MM. Carlioneil et Reynès-Audusson. 

2° D'une lettre de M. le Préfet, annonc^anl cpie l'adresse 
présentée par la Société Agricole, Scientiliipie et l.itti'- 
raire des Pyrénées-Orientales, à l'occasion du programme 
impérial du 5 janvier dernier, a élé mise sous les yeux de 
S. M. rKm|)ereur, (pii en a pris connaissance avec intérêt. 

5" D'une lettre de M. L Coule, d'Kstagel, conçue en 
CCS ternies: « .l'iii riionuciu' de \oiis envoyer une notice 
sur la maladie de la vigne. Si vous y trouvez tpielipie 
chose de bon, <lonne/.-lui de la puhlicilé, en la soumet- 
tant à un contrôle sévère, et après l'avoir dégagée de tout 
ce qui vous paraîtra détéctncux dans la l'orme. Quanl au 
fond, je 11' revendique, comme le produit d'expériences 
soiivciil r('nouv('l(''(\s. » 



12 

Séance du 30 Mai i860. — Coinniunicalion d'une lettre, 
par laquelle M. le Préfet du département nous annonce un 
diplôme destiné h la Société Agricole, Scientifique et Litté- 
raire des Pyrénées-Orientales, cpii a obtenu une médaille 
d'arijent au concours de botani(pie et d'horticulture de 
Moiit|)ellier, en I.S()0, pour patates conservées, et belle 
collection de i'ruils et légumes. 

Autre lettre de M. le Préfet, conçue en ces termes: 
« M. le Président, par suite d'un envoi (]ue S. Ex. M. le 
.Ministre de l'Agriculture m'a fait en 1857, de semences 
de riz sec de la Cliine, et des instructions que je vous ai 
adressées à la même époque, vous avez fait distribuer 
ces graines à des agriculteurs, pour qu'elles servent à 
des essais de culture et d'alimentation. 

« Bien que ces premières expériences n'aient point de 
résultats concluants, les personnes (pii ont l)ien voulu s'en 
charger ont récollé des produits, cl doivent encore sans 
doute en avoir à leur disposition. S. Kxc. me charge de 
leur en faire demander quelques échantillons, que je vous 
prie de vouloir bien me faire parvenir le plus tôt possible.» 

Séance du il Juillet IS60. — Lettre de M. Jean Valla- 
rino, cadet, qui nous adresse ses observations sur une 
notice de M. Conte, propriétaire h Estagel, traitant du 
soufrage de la vigne, et insérée dans le journal de notre 
département, no 29. 

Notice de M. Pioulfia, membre correspondant et chef 
d'institution à Millas, sur la maladie qui attacjue cl dé- 
truit la récolte du blé, quand on s'y attend le moins, et 
sur les moyens d'y remédier. 

Autre lettre du même, accompagnant l'envoi d'un 
ouvrage, d"ont il est l'auteur, intitulé : Cours ou Leçons 
d' Agriadlnrc à rusage des cli'ves les jilus avancés des écoles 
primaires. M. Rouilla prie en même temps la Société de 
soumettre ce livre à une commission choisie dans son sein. 



13 

Séance publique du 29 Juillcl 1860. — Dans un premier 
rap|»orl sur riiuluslrie séricicole, M Siau rend compte de 
réducation des vers à soie eu 18G0. 

La Société des Pvréuées-Urientales, voulant, dans un 
but d'intérêt public, mettre en relief les produits de nos 
jardius et de nos ruches, en avait réuni quelques-uns 
qu'elle avait adressés au Concours régional de Tllérault. 
M. Siau rappelle qu'ils ont été jugés digues de deux 
médailles d'argent, dont riionncur revient nalurellemeut 
aux persoimes qui avaient fourni l'envoi. 

Dans un troisième rapport, M. Siau entretient ses audi- 
teurs des miels du Roussillon envoyés au Concours de 
Monti'ellier. En éuumérant ces produits, M. le rapporteur 
a ap|)elé ratlentiuu sur divers producteurs qui se distiu- 
aient a d'autres titres. 



o 



Séance du 19 Décembre 1860. — M. Companyo, père, 
vice-président, ouvre la séance par la lecture d'un rap|)nrt 
sur une certaine quantité de plantes de la (^liine qui ont 
été cultivées en 1800 au jardin d'essai de notre pépinière, 
et qui, malgré la température exceptionnelle de l'été der- 
nier dans le Roussillon, ont donné d'assez beaux résultats 
pour faire espérer de les acclimater dans noire départe- 
ment, où elles seraient d'un grand secours pour les usages 
domestiijues, ainsi que pour la nourriture de la volaille 
et des bestiaux. 

M. Companyo fait aussi mention de la canne à sucre, 
qui a pris en hauteur et en grosseur un développement 
aucpiel ou était loin de s'attendre, nuùs la graine nu pas 
mûri; aussi, M. Companyo pense-t-il que celle piaule ne 
douiieraii jamais parmi nous de bons résultats, el qu'il faut 
renoncer a l'y cultiver, si ce n'est par [)ur agrément. 

Séance du 16 Janvier 1861 . — M. le Président donne avis 
à la Société de la remise (pii lui a été faite par M. le Préfet 



14 

de 25 pieds ilo Itamhou, envoyés de la pépinière ceiiUale 
du Gouvernement à Aliter, par ordre de S. M. l'Empereur. 
Ces pieds ont été disliihués à divers membres de la So- 
ciété, et aux |)épiniéiistes de la ville, parliculièrement ii 
MM. Tlnjiiii, tVéres. chargés d'en surveilliT la cnllnre. 

Séance du 6 .)f(irs 1861. — M. Siau lit nii mémoire, où 
il engage nos aihoriculteurs à pratiquer la taille du pèclier. 
Cette opération, ajoute-l-il, commence à être bien conçue; 
mais elle déviait élre propagée dans nos jardins, où la 
culture de cet arbre est très-élendue. 

M. Siau présente ensuite quelques observations sur nos 
éducations de vers à soie pendant l'année dernière. 

M. le Secrétaire donne lecture d'un mémoire composi' 
par M. Paulin Tesiory, pharmacien, mendu'c résidant, 
sur racclimalalion des piaules exoli(iues dans notre dépar- 
tement. 

Séance du 47 Avril 1861. — M. Siau communique à la 
Société une notice sur nos vignobles et sur leur exlen- 
sion, depuis l'an 1800 jusqu'à nos jours. 

M. le Président engage tous les mendjres de la Société 
à propager autant que possible le soufrage dans notre 
département. «C'est, dit-il, le seul remède qui jusqu'au- 
jourd'hui ail été reconnu vraiment eflicace contre l'o/Y/ù/)», 
et celte maladie n'est [)as sur le point de disparaître. » 

Séance du 8 Mal 1861 . — M. Companyo, père, lil une 
note sur la fécondation artilicielle du palmier en Egypte, 
où cet arbre, très-abondant et très-fertile, est une des 
richesses de ce pays. 

Séance du 26 .Juin 1861. --}\. Siau lil \\\\ rapport sur 
les éducations des vers à soie dans notre département 
en 1861. 



Séance du 11 .lailhi /,S'6/.--I.ellro do M. Midiol (intn, 
deCalllar, qui annonce à la Société qu'il élève celle année 
quatre onces de i^raines de vers à soie : loul lui lail espérer 
une hi'illanle réussite. Il ajoute qu'il l'ail tous ses ellorls 
pour propager parmi ses concitoyens celle belle industrie, 
en leur exposant les avanla-^es qui pourraient en résulter. 

M. le Président, a|irès celte lecture, déclare (pie les 
graines de vers à soie, viMidues par M. Trilla à des habi- 
tants du département de rilérault, sont les seules qui y 
aient réussi, el il signale la fraude qu'on a laite, en 
vendant, comme produit de notre département, des grai- 
nes qui lui sont étrangères. 

Sihtnrc dn 4 Dccoubre ISGL- M. le Président com- 
munique à la Société une lettre de M. le Préfet <\\i 
département, coïK'ue en ces termes : 

'( Le sieur Rouilla, instituteur à Millas, expose, dans un 
mémoire que j'ai l'honneur de vous transmettre, l'utilité 
(ju'il y aurait pour le département de renouveler sur une 
partie du littoral les essais de culture de colon qui furent 
tentés avec quelques succès à une époque déjà éloignée, 
.l'appelle votre attention el celle de la Société Agricole 
sui' cette question importante, et vous prie de me faire 
connaître quelle suite il aura paru utile de lui donner. » 

A la lettre de .M. le l'réfet esl joint le mémoire de 
M. Roullia. 

M. le Président, après avoir donné lecture de ces deux 
pièces, rappelle qu'on essaya, en ellet, sous le premier 
enq)ire, do cultiver le coton dans les environs do Perpi- 
gnan. Il ajoute que ces tentatives furent loin de donner 
les résultais qu'on en attendait. Toutefois, pnur n'pondre 
aux désirs de M. le Préfet, la Société nomme, alin de 
s'occu|>er de la iiroposilion de M. Ronllia, une connnis- 
sion compos('o de MM. ('.onq)anvn, père, Sian et Victor 
Rallie, maire de Cabestanx. 



16 

Séance du 15 Janvier 'fS62. — Sur la proposition de 
M. le Président, la Société décide qu'a l'occasion du 
Concours régional, elle décernera des récompenses aux 
serviteurs ruraux les plus méritants. 

Séance du 23 Avril 1862. — M. le Président comnmnique 
la liste des personnes qui se sont présentées afin d'obte- 
nir des récompenses pour services ruraux. Les plus mé- 
ritants, d'après l'avis unanime de la Société, sont: 

1'^ Hohor, Isidore, depuis soixante-dix ans au service 
de M. Fabre, ju'opriétaire, domicilié à Saborre; 

2» Haynal, Jean, depuis cinquante-sept ans au service 
de iM. de Selva; 

5'^ Bacliès, François, berger, depuis (piarante-neui" ans 
au service de M. Keste, Josepb, maire de la commune 
de L'A Ibère; 

4o Large, Pierre, berger, depuis quarante-quatre ans au 
service de M. Jonquères, François, propriétaire, domi- 
cilié à Vilellongue-de-la-Salanque; 

5° lîoscb, André, depuis vingt-sept ans au service de 
M. Bonalbs, d'Ille; 

6° Polmade, François, depuis vingt-quatre ans au ser- 
vice de M. Numa Lloubes, dans son domaine de Bagës; 

7° Malis, Jacques, depuis vingt-quatre ans au service 
de M. Assisclc Jonquères, maire de Cornoilla-del-Yercol ; 

8" Brousse , François , depuis vingt ans au service de 
M. Passama, docteur en médecine. 

Séance du U Juin 4862. — M. le Président fait part à 
la Société d'une lettre, dans laquelle M. Becb, propriétaire, 
à Argelès-sur-Mer, expose les lieuroux résultats obtenus 
sur un terrain inculte par une plantation de micocouliers. 
11 espère que la publication de ce fait contribuera à jeter 
quelque clarté sur les moyens à prendre, pour augmenter 
dans notre département le revenu des terres. 



SCIENCES, ARTS ET INDUSTRIE. 

Séance du 30 Movembre 18o9. — Coiniminicatioii d'une 
lellrc (le M. Fossaty, annonçaiil (lu'il a iiili'odiiit des 
amélioralions iiiiporlanles dans la ral)i'iealiûii du olioculat, 
01 inventé une spécialité qu'il nomme chocolat analeptique 
et rafraîchissant, composé de cacao et de pistaches, par 
des procédés (jui lui sont propres, «puisqu'il est, dit-il, 
le seul qui le lal)ii(pie en France.» Il prie, en même 
temps, la Société de nonnner une commission pour exa- 
miner et apprécier ses produits. La Société, se rendant 
au\ vo'ux de M. Fossaty, nomme pour faire l'essai de son 
chocolat, une commission composée de MM. Siau, l'ahhé 
Delhoste, Boix et Vilallongue. 

Séance du 2/ Décembre 1859. — M. (^ourtais, instituteur 
communal à Port-Vendres, ouvre cette séance par la lec- 
ture de quelques passages d'un mémoire sur ras|)hodèle 
(liasliila rcgiii'i, dont il est parvenu à extraire une suhs- 
tance alimentaire, d'excellent vinaigre, et même du sucre 
de bonne qualité. 

A M. Courtais succède M. Boi.x, pharmacien, rappor- 
teur de la commission chargée de se rendre à rétablis- 
sement de M. Fossaty, pour assister à la fabrication de 
ses chocolats et porter sur eux un jugement. 

M. Boix, après avoir rendu com[)l(' du procédé ingé- 
• nieux de M. Fossaty et de la supériorité de ses produits, 
termine par ces mots : « En signalant à votre attention 
les chocolats de M. Fossaty, nous ne faisons que rap- 
peler le succès qu'il obtint a rexposilion universelle de 
\Soo. Une médaille de deuxième classe lui fut accor- 
dée pour ses chocolats si bien préparés et parfaitement 
broyés. » 

2 



18 

Séance du 25 Janvier 1860. — M. Tabbé Fines, ren- 
dant compte d'un volume de l'Académie des Sciences 
de Toulouse, cinquième série, tome troisième, y signale 
entre autres notices étrangères à noire déparlement, un 
mémoire de M. Filhol, inlilulé : Recherches sur l'alcaliniU 
des eaux sulfureuses des Pijrénées-Orientcdes. 

Séance du 50 Mai hS60.—yi. le Président communique 
à la Sociclé : 1° Une lettre de M. le Directeur de la 
Topographie des Gaules. Cetle missive est conçue en ces 
termes: «S. Exe. M. le Minisire de rinstriiction publique 
a communiqué à la connnission de la Topograjjbie des 
Gaules le mémoire de M. K. Alarl sur la géographie histo- 
rique des Pyrénées-Orientales. La connnission examinera 
ce travail avec intérêt. H vous prie de remercier de son 
utile concours la Société Agricole, Scientifique et Litté- 
raire, dont vous êtes le président, Le travail de M. Alart 
a paru à la ibis sérieux et original à deux des membres 
de la commission qui ont pu y jeter les yeux. La commis- 
sion ne doute pas qu'il ne réponde à son attente et ne 
lui donne la solution des dilïicultés que soulève la géo- 
graphie ancienne des Pyrénées-Orientales. » 

!2" Un mémoire sur le croup, présenté par M. Julien 
Bonafos, docteur-médecin, àSainl-Laurent-de-la-Salanque, 
mend)re correspondant. 

Séance du 16 Janvier 1861. — M. Companyo, père, 
donne lecture de deux lettres qu'il a reçues de son (ils, 
M. le docteur Louis Conq)anyo, attaché, en (pialitc de 
médecin, à la compagnie maritime de l'isthme de Suez, 
et qui renferment d'intéressants détails sur cette con- 
trée et sur les travaux qu'on y exécute. 

Séance du 8 mai 1861 . —M. .louane, boulanger, à Per- 
pignan, ayant présenté à l'appréciation de la Société un 



19 

pétrin lionl il est riiiveulcur, M. le Président désigne, 
pour examiner cet objet, une commission composée de 
Àl.M. lioix, Siau et Coinpanyo, père. 

Il désigne ensuite une autre commission, composée 
de M.M. Carbonoil, Conto et Passama, chargée d'examiner 
un soulllet pour le soufrage de la vigne, de rinvention de 
M. Amiel, d'Estagel. 

Séance du 26 Juin 4861. — M. le Président, commu- 
nique à la Société : 1° Une lettre, où M. le I)'' Auberge, 
médecin principal, oflicier de la Légion-d'IIonnour et 
mend)re résidant de la Société, lui adresse un exemplaire 
de son ouvrage intitulé : Ifi/drûlogie médicale de l'Ela- 
blisscmcnt de La Presle, et lui en ollVe la dédicace, ce 
que la Société accepte avec reconnaissance. 

2'J Un mémoire sur les moyens (rempéclier les inon- 
dations, et, en même temps, de canaliser les llenves et 
rivières, par M. Fraisse, de Perpignan, mendjre corres- 
pondant de la Société. Une commission , composée de 
MM. Bacli, Caiî'e et de Lamer, est chargée d'examiner 
ce mémoire. 

o" Une lettre, dans laquelle M. Leyméric, professeur 
de géologie a la Faculté de Toulouse, nous adresse une 
lu'ochure intitulée : Xotice géologique sur Amélie-les-Bains, 
et nous témoigne le désir de voir insérer, dans notre pro- 
chain bulletin, ce travail, d'un intérêt local pour notre 
déparlement. 

M. Companyo, père, donne lecture d'une lettre qu'il 
a reçue de M. Noguès, professeur d'histoire naturelle au 
Collège de Sorèze et membre eorrespondant de notre 
Société. Le but de cette missive est d'annoncer la com- 
position de la carte géologlipie des Pyrénées-Orientales, 
que M. Noguès a entreprise, de concert avec M. d'Ar- 
chias, professeur de paléontologie. 

M. Boix, rapporteur de la comndssion chargée d"exa- 



20 

miner et d'apprécier le pétrin mécanique, inventé par 
M. ,louane, boulanger, l'ait part à la Société des ohser- 
vations qui ont été faites sur celte machine. « De tels 
résultats, dit-il en terminant, devraient appeler l'atten- 
tion des boulangers, et les porter a ado|)ter ce nouveau 
pétrin. Voire commission vous |)ropose, .Messieurs, d'en- 
courager de pareils essais, et de lénioigiier à M. Jouane 
votre satisCaclion pour l'heureuse invention qu'il vous a 
présentée. » Les conclusions de ^I. lîoi.v sont adoptées 
par la Société. 

Séance du 47 Juillet ISGL — Par sa lettre, datée de 
Cases-de-Pène, du lc> juillet 18(>l, M. Carboneil annonce 
à M. le Président qu'il a essayé le soulllot inventé pour 
le soufrage de la vigne par M. Amiel , d'Kstagel. Il fait 
connaître les inconvénients de celle nouvelle macliine, et 
engage M. le Président à prendre l'avis de -AI.M. Juslin 
Durand et Passania, qui en ont fait usage, a(in de voir 
s'ils signaleront les mêmes inconvénients, quand on s'en 
sert une journée entière. 

Séance publique du 28 Juillet ISUI. — M. Chape a lu 
une notice sur les travaux et les succès en sculpture de 
notre compalriote Oliva, et a parlé des progrès rapides 
du jeune Borreil, qui, marchant sur les traces de M. Oliva, 
fera un jour, comme lui, honneur à notre département. 

Séance du 9 Octobre tS6L — M. Companyo, père, com- 
munique à la Société un mémoire, où M. Noguès, profes- 
seur d'histoire naturelle, donne d'intéressants détails sur 
les découvertes géologiques qu'il a faites dans les terrains 
des vallées du Tech et de la Tel. 

Séance du i Décembre IHGI. — M. Companyo, père, 
offre à la Société , et dépose sur le bureau, le premier 



& 



21 

voliinic do son onvr.igc, intilnlé : lUstnire- nalnreUc du 
département des Pyrénées-Orientales. La Société vote des 
remerciments à >l. Companyo, avec insertion au procès- 
verbal. 

Séance du II Juin ^802. — M. André Crova, notre 
compatriote , actuolloment professeur de pliysi(|uc au 
Lycée impérial de Metz, a lait hommage à notre Société, 
dont il est nicndtre correspondant, des thèses qu'il a 
présentées à la l'acuité de Montpellier, pour obtenir le 
grade de docleur-ès-sciences. M. le Président, à qui ce 
travail a été adressé, en tait pari à la Société, et propose 
d'écrire à M. Crova une lettre de remercîment, ce qui 
est adopté. 



LITTÉRATURE, HISTOIRE, ANTIQUITES. 

Séance du 20 Novembre 4859.— }il. le Ministre de l'Ins- 
truction pnbli(pie et des Cultes avait adressé une circulaire 
aux Sociétés savantes de tous les départements, sur le 
projet de publication d'un Dictionnaire géographique de 
la France ancienne et moderne. 

M. Alart, chargé par notre Société de rendre compte 
du rapport que M. le Ministre nous a depuis envoyé sur le 
plan de cet ouvrage, analyse verbalement ce document, 
et expose quelles sont les intentions de Son Excellence,, 
qui, |)our bien l'aire coiiiprendre rajiplicalion des jjrin- 
ci|)es sur lesipiels doit reposer ce Dictionnaire, joint à 
son envoi ipielipu^s exi^nples tirés du Dictionnaire yro- 
(jrapltique du dcpartrmeid de la Manche. M. Alart, qui 
les a pris pour modèles, donne lecltn-e de deux articles 
(pi'il a rédigés sur la localité de Nidoléras, commune d(> 
Tresserre, canton de Tlmir, cl sur la ((unniune de Cort- 
savi, canton d'.\rl(>s. Il ajdulc ipn'. vu le tem|is et les 



oo 



recherches qu'a exigés la composition de ces deux arti- 
cles, la vie entière d'un homme, qui n'iiiirait pas d'autre 
occupation, ne sulTirait [)as, selon lui, pour remplir en- 
tièrement les intentions do M. le Minisire, en ce qui 
concerne le seul département des Pyrénées-Orientales; 
et il pense que ce travail ne peut être hien l'ait que par 
plusieurs personnes dévouées, qui y consacreraient tout 
leur temps. 

Séance du 21 Décembre /Sô'.9.--M. Alart lit un mé- 
moire sur l'emploi des canons au mv" siècle. 

M. Amadis, une dissertation sur les causes qui ont 
contribué à la décadence de la langue et de la poésie 
catalanes. 

Séance du 2-') Janvier /S6'fl. — M. l'ahbé Fines, rendant 
compte d'un volume des Mémoires de r.\cadémie des 
Sciences de Toulouse, cinquième série, tome troisième, 
V signale un essai sur l'ancienne constitution municipale 
de la ville de Perpignan. 

Séance du ii Mars 1860.— M. Alart signale dans le 
rapport fait à l'Académie des Inscriptions et Helles-Lettres, 
au nom de la Commission des Antiquités de la France, 
par M. Léon Piénier, le compte-rendu d'un mémoire de 
M. Fejosne sur la géographie ancienne du Uoussillon, 
, qui a valu une mention honorable à cet ancien profes- 
seur d'histoire du Collège de Perpignan. M. Alart, (pii 
a fait des études approfondies sur l'histoire et la géogra- 
phie de notre pays, combat, en même temps, quchpies 
erreurs émises par l'auteur du compte-rendu, et cite, à 
cet elVet, (iiiehjues passages d'un mémoire qu'il a com- 
pose lui-même sur le même sujet. 

Séance du 25 Avril 1860. — Au sujet <l'une (euvre de 



23 

saint Yves de Chartres, ^I. Emile Tastii a adressf' à la 
Société, dont il l;iil partie, une note ainsi conçue: 
« Tous les éditeurs, tous les hioj^raplies de ce saint, ont 
vivement regretté un traité pieux sur les paroles de 
N. S. Jésus-Clirisl en croix, dont on ne connaissait 
qu'un exemplaire en Ani^leterre, (pril avait été impos- 
sible de copier. J'ai trouvé ce traité dans la BibliotluMp.ie 
de Pcrpii^nan. (/est le |)reniier du n" 10 des nianuseiils. 
J'avais commencé à le transcrire pour l'éditer; la mala- 
die a arrêté ce dessein sans retour. Ma copie est courte 
et informe. Telle qu'elle est, je l'idfre à la Société. » 

j\'ota. M. Emile Tastu est décédé peu de temps après 
cette communication. 

Séance du 50 Mai 1860. — Lecture d'une lettre de 
M. Bach, colonel d'artillerie en retraite, meiid)re rési- 
dant de la Société. Il lui adresse de la part de M. Comes, 
juge d'instruction, à Céret, des objets de cuivre et de 
bronze, trouvés dans une de ses jjropriélés, à une cer- 
taine profondeur au-dessous du sol, le tout acconq)agné 
d'une nptice sur l'origine de ces objets. Une commis- 
sion, com[)osée de MM. Companyo, père, Alart, l'abbé 
lîober et de Ronnefoy, est chargée dexamiuer IVnvoi, 
ainsi que la notice de M. Comes, el de faire un rapport 
à ce sujet. 

Lettre de M. Cuiier, de Saiul-Eaurent-de-la-Salanque, 
lieutenant, en exploration scientifique en Tmiisie. Il nous 
annonce qu'il a fait une anq)le moisson archéologiipic 
dans CCS contrées, et sm-tout parmi les ruines de Car- 
tilage. Il nous destine, dit-il, (piehjues objets curieux, (pril 
nous adressera par la première occasion , et il propose 
uiT-uie de faire de nouvelles fouilles au nom de la Société 
des Pyrénées-Orieulab^s. A celte lettre est joint un num(''ro 
de la (iiizrllr 'le Tunis, où il est ipu^stiou du résultat des 
recherches de \\. Guiler. Renvoyc' ii M. Alart, pour preu- 



2i 

die connaissance de ces docnnienls el répondre à 
M. Gniler. 

Séance piibli(jin' iln 29 Juillet /S6'0.— M. Alarl a lu un 
travail liistoriiiiie intilulé; Un Médecin public à Coliioure 
en 4372. 

M. Fabre a clôturé la séance, par la lecture d'une pièce 

de vers intilulce : ï.es Grues d'Jbicus. 

Séance du 7 Novembre 4860. —M. Alart a lu un rapport 
sur un ouvrage de M. Radicau, capilaiiic du génie, ayant 
pour tilre : Monographie du chàleau de Salses. 

M. Alart annonce ensuite (pi'il prépare un travail liis- 
toricjue sur la pointure cl sur les peintres roussillonnais 
des xiv*' et xv siècles. Il ajoute que, d'après des inlbr- 
niations (piii considère comme certaines, on aurait 
découvert, dans ces derniers temps, divers débris du 
mausolée de la famille seigneuriale de Mosset, construit 
au \vi'' siècle dans la chapelle de Corhiacli. Il demande 
que la Société délègue un de ses membres ou une com- 
mission chargée de reconnaître quelle [leiit (ire la valeur 
histoiicpie ou arlisti(iue des objets découverts, el il désire 
que des mesures soient prises pour en assurer la conseï'- 
vation. 

La Société charge M. Alarl de se transporter ;i (^or- 
biach, et de (aire un rapport sur la découverte qu'il 
vient de signaler. 

Séance du 4!J Décembre 48(10. — M. le Président com- 
muniipie à la Société une lettre par laquelle M. le Préfet 
du département nous adresse i)lusieurs objets que lui a 
envoyés, potir la Société .Agricole, Scienlilique et Litté- 
raire des Pyrénées-Orientales, M. Guiter, lieutenant, a 
Alger, el cpii proviennent de son voyage dans la Px'gence 
de Tunis. Ces objets sont soiniiis par la Société à l'exa- 



25 

men d'une commission, composée de MM. Ratheau, Alart, 
l'abbé Fines, de Bonnefoy et Companyo, père. 

Séaure du G Mars fSG I . — M. l'abbé Fines, charp;é par 
la commission ci-dessus de rendre compU» de l'exanien 
aïKiuel elle s'est livrée sur trente-trois médailles envoyées 
par M. Ciuilcr, les a distribuées par ordre clironologicine, 
et en a l'ail ainsi le classement : nne médaille africaine, 
et trente-deux impéiiahis. ('elles-ci, certaines ou incer- 
taines, se divisent en médailles du Haut et du Has-Kmpire. 

Les impériales certaines sont au nondire de vingt-deux: 
dix du Ilaut-Kmpire et douze de l'Empire d'Orient. 

Les dix premières offrent une Otacélia, nn Valérien, 
nn dallien, un Maxence, nn Licinius, trois types de 
(Constantin fp', et deux de Constantin-le-Jeune. 

Les douze médailles du Has-Fmpire contiennent sept 
Constance, un Gralien et quatre Théodose. 

Restent dix médailles mal conservées, dont les légendes 
sont méconnaissables, et c'est pour cette raison que M. le 
rapporteur les a appelées inrcriaines. 

Après la lecture de ce rapport, la Société décide ([iie 
ces médailles seront déposées au Musée de Perpignan , 
et qu'une copie du travail de M. l'abbé Fines sera envoyée 
il M. (luiter, à qui des remercimenls sont votés. 

M. Ratheau coinmuiiiiiue ensuite à !a Société, nn tra- 
vail des plus intéressants sur les Alalai/as, ou tours de 
signaux , que l'on rencontre sur divers points de notre 
département. 

Séance du 11 Avril ISCI . — M. Alart donne lecture d'une 
note sur la maison de la Main-dr-rrr, et sur la lamille 
\anxo, de l'er|)iguan. Ce travail a, depuis, été inséré 
dans le Journal des Pyrénées-Orientales . 

Séance du S Mai fSGI.—},]. le Président lit une Ictlre 



26 

(le M. Roiillia, clicrd'iiislitulion, à Millos, qui nous adresse 
une iiK-daille arabe, trouvée dans le sal)le dn ravin appelé 
la Boule, au territoire de celte commune. Cet objet a été 
déposé au Musée de Perpignan. 

Dans une notice inlilulée : Ancienne église rie Corhiarh, 
el insérée dans noire dixième bidielin, |)aii;e 117, M. Alart 
avait parié d'un niagnili(pie mausolée, cpie le seigneur de 
Mosset avait fait construire en 1549. Ce monument étant 
aujourd'bui entièrement détruit, M. Alarl avait rapporté 
Tacle qui en fait connailn^ rordonnanee. Il a reçu <lepuis 
de M. Malles, inspecteur des écoles primaires, le résultai 
de certaines rechercbes, (jui viennent à ra|)pui de ce 
qu'il avait dit d'abord, et il en fait part à son tour à la^ 
Société. 

Séance publique du 28 Juillet hSOL—M. l'abbé Dellioste 
a initié le public aux cérémonies usitées pendant le xv^ 
siècle pour une procession en l'Iionneur de saint Gaudé- 
ri(]ue. 

M. Alart a raconté toutes les péripéties de la construc- 
tion de notre église de Saint-Jean, (]ui n'a pas duré moins 
de cent (piaranle-cin(] ans, el (pii parait avoir eu lieu avec 
les deniers de la bourgeoisie, donnés volontairement. 

M. Cambouliu a donné la biograpbie du savant béné- 
dictin Dom Rrial, notre con)pati'iole. 

M. François M<''ric a lu un apologue en vers, intitulé: 
Le Laurier et l'Olivier; 

M. Jacques .Vrgiot, une traduction en vers français des 
Deux Rais du bon Horace, 

Et M. Fabre, secrétaire de la Société, une pièce de 
vers, intitulée : Pitié pour les Animaux. 

Séance du IS Décembre iSGI . — M. le Président présente 
il l'appi'obalion de la Société, les sujets littéraires, |)Our 
les(juels , à l'occasion du Concours régional , des prix 



•27 

sei'ont dcceniés aux personnes qui les auroul le mieux 
traités. Ces sujets sont : 

l'5 L'éloge, en vers alexandrins, de M. le maréchal de 
Mailly, ancien lieutenant-général du Roussillon et com- 
mandant en chef de cette |irovince; 

!2" Une poésie légère, traitant des monuments et des 
sites pittoresques du département des Pyrénées-Orien- 
tales. 

Séance du 25 Avril 18G2. — Après la lecture des litres 
et épigraphes des compositions littéraires présentées au 
concours, la Société choisit six de ses membres, qui, 
conjointement avec les membres du bureau, doivent ju- 
ger du mérite de chacune d'elles, et désigner celles qui 
seront couronnées. Les six membres élus sont : M>L de 
Bonnefoy, labbé Fines, lîarberet, Amadis, Alart et Pierre 
Batlie. 

La commission ci-dessus, a[)rès s'être réunie plusieurs 
fois et s'être livrée à un consciencieux examen des pièces 
de vers envoyées au concours, a chargé un de ses mem- 
bres de présenter l'expression de son jugement, ce (pi'il 
a (ait en ces termes : 

« Les habitants des Pyrénées-Orientales se souviendront 
toujours avec reconnaissance de l'administration toute 
paternelle du maréchal de Mailly. Ils n'oublieront point 
tout ce qu'il lit, dans nos contrées, pour l'agricidture , 
le coujuiercc, les sciences et les arts. Aussi, la ville de 
Perpignan n'a-l-elle laissé échapper aucune occasion de 
célébrer les vertus héroïques de son bienfaiteur. 

« La Société Agricole, Scientiri(]uc et Littéraire des 
Pyrénées-Orientales a donc cru ajouter un nouvel éclat à 
la létc du Concours régional, en mettant aussi au concours: 
!« l'éloge poéti(|ue de M. le maréchal de Mailly; 2" une 
descrijjtion, en vers légers, des monuments et des sites 
pittoresques du département des Pyrénées-Orientales. 



«Cet nppel a été entendu. Six pièces de vers ont été 
présentées au concours, sous les titres suivants : 

«Noi. — Eloge du maréchal de Maiily, lieutenant- 
général du Uoussillon et commandant en chef de cette 
province , avec cette épigraphe : 

On lient èlre liéros s;iiis r;iv;ignr la terre. 

(lion.EAU.) 

«N"2. — Éloge (d'après le programme) du maréchal 
de France, comte de Maiily d'Harconrt, chargé, en (]ua- 
lité do I.ieutenant-Général, sous Louis XV, du coiniiian- 
dement en chef de l'ancieime province du Roussillon, 
avec celte épigraphe : 

iJouverneur bienfaisanl, il n'eut point d'antre envie 
Que de plaire à son roi, de servir sa patrie. 
Il vrcnt en liôros, il mourni on martyr! 
Jetons un cri de gloire, exhalons un soui)ir! 

« N° 5. — Ode au maréchal de Maiily, par un lious- 
sillonnais du xim^ siècle, reconnaissant, avec cette 
épigraphe : 

Le confiiiérant est craint, le sa^e est oslinié; 
Mais le bieniaileur charme, et lui seul est aimé. 

(Voltaire.) 

«Cette ode est précédée d un prologue intitulé : lloui- 
magc à Messieurs les Memhres de la Société Agricole, 
Scientilique et Littéraire des Pyrénées-Orientales. 

« N» 4. — Lnc pièce de vers, intitulée : Mon Roussillon, 
avec cette épigraphe : 

Salve, innçjna parens friicjum, sahiniiii Iclliis 

Maijna vinim 

(Virgile.) 



29 

«No o. — Deux pièces de vers, inliliilées: la première, 
Le Canigou; la seconde, Une Fêle dans les Pyrénées, 
avec celle épigraphe : 

Je vais jiisi|ii"ui'i je puis. 

«N" 6. — Une pièce de vers, iiUiliilée : Silcs et Monu- 
menls des Pyrénées-Orientales, avec celle épigraphe : 

El dulces rcminiscilui' Argos.. . . 

(Virgile.) 

« Les ailleurs des pièces N" 1 el N" 2 oui perdu de 
vue cpie cï'lail [)riuci|)aienicnt l'éloge de M. le maréchal 
de Maiily, comme Gouverneur du Roussilion, qui avail été 
mis au concours, el ils se sonl surtout étendus sur les 
i)alaiiles auxquelles il avail pris part. Toutelbis, la pièce 
iS» J s'élant un peu plus a|tprochée du programme, a été 
jugée digne <rune médaille d'argent, (pii a été décernée 
il Tauteur, M. Mercadier. 

«Quant à la pièce N" ô, dont le mérite réel a été 
reconnu, l'auteur n'a pas prétend» concourir, attendu 
(pi'une ode ne lemplissait i)as les conditions proposées, 
et il s'est contenté de faire hommage de son reuvre à la 
Société, dont il l'ait pailie. 

«La pièce N^' 4, intitulée: Mon RonssilUni , annonce 
une plume exercée et un talent vraiment poétique, el 
remplit, autant que le comportait la vaste étendue du 
sujet, les intentions de la Société. Aussi, sa commission 
n'a-l-elle pas hésité à décerner a l'auteur, M. François 
Méric, une médaille de vermeil. 

« La pièce N" o, s'élant entièrement écartée du pro- 
gramme, el la pièce N" (3, n'ayant l'ait, pour ainsi dire, 
([u'elUeurer le sujet, la commission n'a pas cru devoir 
les admettre ii concourir. Nous aimons, cependant, ii 
reconnaître que toutes les pièces envoyées au concours 



30 

renrermeiil des vers lieiireiix , el quelques détails pleins 
d'intérêt. » 

Les billets cachetés, renlermant les pièces non cou- 
ronnées, ont été brûlés, selon l'usage, sans avoir été 
ouverts. 

Séance du 7/ Juin I8()2. — M. le Président commu- 
nique à la Société : 

J" Une pièce de vers catalans, avec la traduction en 
prose française , adressée aux poètes de la Provence , 
par M. Damaso Calvet de Badaillès, membre correspon- 
dant de notre Société, et habitant la Prusse-Ilhénane; 

!2" Une lettre de M. Piatheau, capitaine du génie, et 
mend)re de notre Société. Cette missive a pour objet, 
une note sur cinti jetons trouvés auprès de Fort-les- 
liains, vers la tin du mois d'avril 186^. M. Piatheau, 
après en avoir donné une description détaillée, ajoute 
qu'il pense, sans pouvoir l'allirmer, que le métal est de 
l'argent. 



31 



CONCOURS RÉGIONAL 

DE PEIIPIGNAN, 

ET EXPOSITIONS AMEXKES , EN 1862. 



RÉGION SUD. 



JURY DU COXGOLT.S Ill^GIONAL. 
M. le Prélcf dos Pyrénées-Ocieiilales, président d'Iionnctir. 

I" SECTION, CHARGÉE D'APPRÉCIER LES ANIMAUX. 

M. Rendu, inspecleur-général de rugriciillure, premier vice- 
président du jury, président de la section. 

!"= Sous-Sedion, pour juger les animaux de l'espèce bovine. 

MM. Jules Buisson, à la Bastide-d'Anjou (Aude). 
De Labaume. à Mnios (fiard). 
Vialla, à Monipellier (lléranll). 
Baudement, membre de la Société impériale et centrale 

d'agriculture de France. 
Bertrand Balanda, à Perpignan (Pyrénées-Orientales). 

^"-' Sous-Sedion, pour juger les animaux des espèces ovine 
et porcine, et les animaux de basse-cour. 

MM. Jules r.igézy, à Montpellier (Hérault). 
Rolland, à Nimcs (Gard). 
Falcon, à Pampelonne (Var). 
De Bovis, à la Tour-d'Aigues (Vaucluso). 
Maill'redy, au Mas-de-Vèrc (Bouclies-du-ilhùne). 



32 

r SECTION, CHARGÉE D'APPRÉCIER LES INSTRUMENTS ET LES 
PRODUITS AGRICOLES. 

M. Lloiibes, deiixiônie vice-piésideiit du jury, président de la 
seclion. 

/re Soits-Seclion , pour pujer les instnimeiits d'extérieur 
de ferme. 

MM. Portai de Moux, à Carcassonne (Audej. 

De Bec, direcleur de la ferme-école de la Monlaurone 

(Bouches-du-niiùne). 
D'- Goiirier, à Fraisse-Cabardès (Aude). 
DulTaud, ingénieur en chef des ponls-el-chaussées. 

S« Sous-Section , pour juger les insiruments d'intérieur 
de ferme. 

MM. De Gasparin, à Orange (Vaucluse). 

Denille, directeur de la lérnie-école de Besplas (Aude). 
Ile (".asijuel, directeur de la terme-école de Saignes (Var). 
Guillaume, ingénieur à Marseille (Bouclies-du-Kliùne). 

3e Sous-Sedion , pour juger tes produits agricoles. 

MM. PcUicot, àTonlon (Var). 

Valayer, au Blanc, prés Avignon (Vaucluse). 
Paul Gère, à Lamalou (Hérault). 
Rougemont, à Marseille (Bouches-du-Bhùne). 
ConUe de Pierlas, à Nice (Alpes-Maritimes). 

COMMISSARIAT. 

M. Rendu, inspecteur-général de l'agriculture, commissaire- 
ijénéral. 



33 



RAPPOUT 

s un 

LA PRIME D'HONNEUR 

DES PYRÉNÉES-ORIENTALES, 

Pdf M. llKXni DO.\IOIi, secri'tnlre et ra|>{i<>i'li'iir 
lie la Coiiimissioii ilf \ isllc. 

(Expost'' In 011 Srnnce |iiilili que. ) 



M ESSIEU us, 

La pari consi(iéial)le ([ui apparlieiitlra aux commissions 
de la prime. d'Iiuuiiour dans les progrès de notre ai^ri- 
culliuv, (ail encourir à ceux qu'elles désiguenl pour leurs 
iiiterprèles, des responsabililés de plus d'une sorte. Com- 
bien ces responsabilités ne s'aggravenl-elles pas, quand 
on doit parler au nom des juges les |»lus autorisés de 
celle région, devant les auteurs des grandes opérations 
cultmales qu'elle présente, et ([uand on succède dans 
un tel r(ile, non-seulement à l'un des maîtres parmi les 
maîtres, mais à (luebpi'iin (Imil les discours charmants 
renq)lisscnl encore vos souvenirs! Je ne viens donc pas, 
sans une crainte sincère, vous retracer l'examen de la 

3 



34 

commission qui visitait rannt'e dcrnièro, in-esquo à pareil 
jour, les domaines concurrents, et justilicr ses décisionsC. 
J'ai dû ce dillicile mandat à une hienveillaiice extrême, 
que je voudrais justilier; mais je sens qu'il me faudra 
toute la vôtre encore pour ne pas paraître au-dessous 
des devoirs qu'il impose. 

Le département des Pyrénées-Orientales est un des 
joyaux de cette llégion Sud , où il y a de si belles par- 
ties, et qui, jusque dans ses aridités, est marquée d"un 
si grand caractère. On Tembrasse presque tout entier 
d'un regard, et vous avez admiré rampliitliéàlre magni- 
fique qu'il présente. La vaste plaine qu il olTre aux yeux, 
encadrée dans les lignes grandioses de ses montagnes, 
étageanl les riches teintes de sa végétation, c'est ce 
Roussillou, où l'art cultural de la vieille Espagne a créé 
un de ses réseaux d'irrigation les plus parfaits. Au-delà 
de celte plaine célèbre, derrière les contre-forts qui l'en- 
tourent, deux vallées étroites et prolongées forment à 

(1) Celle cninniission, formée sous la iirésidcnec tle M. V. Renol', 
insiiect.-jjéiiéral (rauriciilluie , avait élé coin|)oséc par M. le .Miiiislre, de 
MM. De I.abxume, président de rhaiiibre a la cour inipcriale de Nimcs, 
propriélaire-agriculleur (hiiis le lianl ; 
De Bovis, propriélaire-ajjiiiiilleur dans Vaucluse; 
De r.ASQtET, propriélaire-dirceleur de lu fei nie-école du Var; 
IMAiiinEDV, propriétaire, lauréat de la prime dlionueur des lîouclies- 

du-lUiône, en ISlil ; 
J. FikGÉ/.ï, maire de Alontpellier, proiir.-atjricnlteur, dans 1 Hérault; 
De l'iEiiLAS, propriétaire-agriculteur à Nice; 

Doclcur GoliKlEli, proprietaiic, lauie;it de la prime d'I.onucur do 
l'Aude, en IS.oO. 
La commission sVsl réunie, h l>e,pii;nan, le 20 mai I8til; elle a conli- 
m.e jus-iu^au 8 juin ses opcralions, dont le rapport a de eonlié au secré- 
taire, M. Henri DoMOl.. , ,, , 
Le jurv régional, assemblé, le !) mai IS(;2, sous la présidence de M. I. 
SaU.es, préfet des Pyréuées-Orienlales , a adopté à runauimilé les termes 
cl les propositions «le ce rapport. 



35 



I<^iir cMiémilé, rinlércssaiilo coiitroe do pâturages e( do 
k'Iail (lui s'est appelée la Terdagne. 

A pari la Cenlagiie, il y a peu de place pour l'agri- 
ciiluire dans ces vallées. Leurs (x'iites rajtides el resser- 
rées ne comportent guère (pie la culture à bras (riiomnies. 
l-a vigne et l'olivier aussi liant (pie possible, le mico- 
coulier, le châtaignier, ce sont leurs produits principaux. 
Même, là où s'oflVaient des plans plus larges, il n'v a 
guère (]iie la produclion pastorale (pii ait pu s'étendre 



avec avantage. 



La plaine est un de ces lieux privilégiés où tout semble 
préparé jiar la nature pour sourire aux besoins des hom- 
mes. C'est une vaste alluvion, déposée au pied des mon- 
tagnes à mesure du ravinement de leurs pentes, et (pii 
incline doucement vers la mer. Des terres mélangées des 
plus fertiles éléments, une grande surface accessible au 
meilleur arrosage, un climat (pii permet jus(]u'à trois 
récolles par an , les parties les moins bien partagées 
pouvant prodniie nos vins les plus gcméreiix, telles en 
sont les conditions iieureuses, et Tagriculture les y trouve 
presque en charpie lieu. 

Cette plaine n'est pas sans laisser voir dans son exploi- 
tation des divisions générales en ra|)port avec les dispo- 
sitions naturelles ou la composition de ses terrains. C'est 
ainsi (pic les trois rivières [irincipales du département v 
ont tracé comme trois larges bandes juxtaposées, dans 
chacune desquelles une nature d'exploitation parait pré- 
dominer particulièrement. Au nord, le long de la chaîne 
des Corbières, les matériaux déposés par les eaux de 
l'Agly, terres calcaires, pierreuses, laites pour la vigne, 
et qui I ortenl en effet les crus sans rivaux de Hivesakes! 
Au-dessous, les sédiments de la Tel, mieux composés 
pour la culture arable, et où l'arrosage répand de toute 
l»arl ses bienfaits. Plus bas, sous le prolil majestueux des 
Albèros, les dep(jis plus sableux du Teeh , bien connus 



36 

autrelois pour stériles sous la déiiouiinaliou iVaspres. Il 
V a, on outre, soil au devant de ces parties, (pic l'on 
pourrait appeler anciennes, soit au bas des vallées, 
soit le long de la nier ou dans les replis nombreux de 
la surface, des alluvions plus modernes, les .saUiiiques, 
les terrc-cerls, qui doivent, à rexcellcnce de leur mé- 
lange , à leur iraiclieur constante , aux proportions 
parfaites quehiuefois de rinliltration saline , d'être un 
des limons les plus riches soumis nulle part ii l'imlustrie 
agricole. 

Mais, quand on regarde de près, tous ces accidents se 
reproduisent à chaque pas, et la culture n'a pas de can- 
tonnements absolus; les terres, sans être identiques, ne 
peuvent s'utiliser que de la même manière ou par des 
soins semblables. Les exploitations qui ont jtris part au 
concours, se trouvent pres(|ue toutes dans celte |)artie 
centrale, qu'on pourrait appeler la région de l'arrosage; 
une seule est en dehors, presque sur le terrain des 
aspres. Ensemble, néanmoins, elles représentent bien 
ragricullure du Roussillon ; et, a tout prendre, elles au- 
raient fait |»asser suus vos yeux celle du département 
tout entier, si les prairies et les élevages de la Cerdagne 
avaient pris part au concours. 

Neuf personnes de ce beau pays avaient demandé à 
disputer la prime d'honneur ou les récompenses spé- 
ciales qu'il vous est donné de distribuer. — Xw dernier 
moment, deux ont manqué : l'une, des Mazos, dans 
rarrondissemenl de Prades, parce (jne les procédés de 
détail qu'elle annonçait, ne suflisaienl [tas pour la main- 
tenir dans le concours; l'autre, de Millas, parce qu"en 
ne se trouvant i»as présente au moment de la visite, et 
en ne laissant personne à sa place |)0ur conduire la 
commission, elle a dû être regardée comme se retirant 
d'elle-même. 



37 

Les sept concuiTtMils (|ui sont entrés en lice, sont: 

MM. ,1. Hiirrère, pour ses cxploilalioiis do Bnges et de Moiilescol; 

G. Caillé, de Perpignan, pour son exploitation de Germain- 
ville; 

L. Durand, de v^ainl-Nazaire, pour son exploitalion de Sainte- 
Croix; 

Ilénaut, du Solcr, pour son exploilalion du Mas-d'Rule; 

V. Malègue, pour son exploilalion de Pézilla-de-la-Hivirre; 

Prax, coniniissioiinaire, à Perpignan, pour son exi)loilidioii 
de Saiulc-Eugrnie-du-Soici'; 

Sauvy, ancien négocianl , pour son exploitation du Mas- 
Sauvv, à Villnu(Mive-(l('-l;i-rialio. 

On lait de ragriciillnre depuis longtemps, et en France 
pres(iiie tout le monde en fait; mais l'agriculture raisonnée, 
devenue une induslrie (pii se gouverne par des prinei|)es, 
est une chose moderne vers laquelle on ne va (pie timi- 
dement. On passe par pliisieiu's phases avant de prendre 
loiil-a-lait les voies utiles. D'ahord, on surveille son do- 
maine; on le suit de plus piès (ju^nulrefois, on conseille, 
on dirige ceux qui le cultivent. A la phase densuile, on 
le fait valoir soi-même; ou le répare, on essaye d'autres 
assolements, d'autres cullin-es, le plus grand pas est lait. 
Vient la phase dernière, oii \'nu |trali(pie \\ lond le mé' 
lier, où Ton manie le sol comme le mamiraclurier ses 
matières, où l'on sait comme lui sonder les débouchés, 
l)ro|)ortiouuer lai lion, où l'on tire de ce sol, comme 
lui de sa lahrique. toulc la rcmuuéralion nécessaire. 
Dans les exploitations (pii ont piis part au concours, 
vous allez retrouver, sous des mesur.es variées, toutes 
ces situations dilVérentes. 

SAlNTK-ELr.ÉNlE-DU-SOLER. 

A la phase du didiul apparlicnt le domaine de Saiiile- 
Kugénit'-(lu-S(dcr. Ou \ voit uiic agrimllnri' lout-ii-lait 
coinnicMcanlc, mais qui a loi|| lieu de grandir. 



SAlNTE-CnOlX. 

On mot le pied sur mi ipnaiii où les clicniins du pro- 
i,Mès sont (léjii tracés, (piand on entre che/ M. Laïuont 
Durand, à Sainte-Croix. Ce domaine demandait des amé- 
liorations considéraliles : on y en fiiit depuis dix années, 
et tout n'est pas fini. II reste surtout a élever d'une 
manière uniforme le niveau de la eulturo. M. Laurent 
Durand est un propriétaire aclif. Sorti des débuts, cpii 
sont toujours les moments riules pour le cullivatcur, et 
(]ue la commission se plait à louer clie/. lui, on ne sau- 
rait douter ([u'il n'avance désormais dans les juarKincs 
Iructueuses '''. 

LE MAS-SAUVY. 

C'est plus utilement que M. Sanvy a traité le domaine 
qn'il s'est formé aulour de Villeneuve-de-la-rîalio , toutes 
conditions naturelles égales d'ailleurs. Ce domaine a 180 
hectares, qui se présentent en trois grands lots, assez 
distants, quoique régis d'un centre d'exploilalion unicpie. 
11 n"a pas fallu moins de vingt-cin(| années et plus 
de trente actes d'accpiisition ou (rechange, pour arriver 
à le grouper de celle manière encore imiiarfaile. 

Le'.Mas-Sauvy porte à juste lilre le nom de son jiro- 
priétaire; car, indépendamment de celle constitution ma- 
térielle, celui-ci y a presque tout créé: l'Iiabilation et les 
bàliments (jui s'y trouvenl , la verdure qu'on y voit, le re- 
venu (piil donne, on pourrait dire l'eau même qui y coule. 

15ien employer son terrain suivant sa deslinalion natu- 
relle, i)artout où c'était innnédialement possible; là où on 
n'aurait pas pu l'utiliser, le rendre i)ropre à l'être, telle 

(l'i l'arrni lis (iihi:i|ms :irl,cvry. I;i (■(Hiiiiiis-ioii n icir.uijiu' |virliriiiic- 
rciiu'iit l'iilucuvoir ii iiiiuiliins, cl.iiili <iaiis mic |):iliiri', et lornir \u\r mie 
iij;(.lu .i llciir (lo li'tie, (|iii iililisc d'iiiii- inniiii'ir lios-luuiciisf une failjle 
sourcf «lu .IdinaiiH'. Culle ii|;nlc, iMi l)ii(|iics <-iiiuiil.cs, ;i ÔU'" de loii|;m-iir, 
sur 20'' ilf laiiji'ii;-, l'I uni' |)icirii:ulciii' ili' 10' . 



39 

a été iusiiuici rieuvrc de .M. Saiivy. Il avait des collines 
argilo-sableiises Irès-sèclies, et des fonds de terre forte 
ou des alUivions salines perdnes par les eaux stai^tiantes. 
Les fonds, assainis, arrosés par de belles eaux artésiennes, 
nous ont laissé voir des céréales qui étaient de premier 
ordre sur beaucoup de points; (pii le deviendront partout 
à vue d'oeil, dès (pie de bons princi[)es agricoles préside- 
ront avec suite ii Icui' exploitation : personne n'est plus 
près que M. Sauvy et ses (ils de connaître et de pratiipier 
ces principes ''' Ouant à l'utilisation des parties sèches, 
elle est conqilèle dès maintenant. M. Sauvy les a exploi- 
tées par la vigne, et par une belle olivette, dont la taille 
contraste heureusement avec les mutilations (jue l'on voit 
ailleurs. Le vignoble présenle un total de 76 hectares, et 
le choix du cépage (larrct, (((rinj/diiii et nuilaro), ainsi 
(jne l'état parlait de fumure et d'entretien, le feraient 
remar(|uer partout. Liant acceptés les systèmes de j)lanta- 
liou en carré et de culture au fourcat, on doit tout y louer. 
11 s'y ajoute un ensemble su|)érieur de fabrication vinaire^ 
une belle usine dans le système Desionne pour la distil- 
lation du vin et du marc, une suite de cuves pour l'extrac- 
tion du tai'tre. C'était une imluslrie complète, faite pour 
embrasser une production bien supérieure à celle du domai- 
ne, et a laquelle M. Sauvy, quand le prix du vin décourageait 
les cultivateurs, avait demamlé le bénélice d'une grande 
masse de matière consommable ou propre a l'engrais. 

il a semblé ;i la commission (|ue les travaux de cet 
agriculteur recevraient {\ue distinction parfaitement justi- 
liée, si vous atlacliie/. une de vos récompenses marquantes 
à cet ensemble viticole, ipii en est jusiprici le coté saillant. 

(1) M. Si\iiv\ ;i cicc ^liiisi iiii Mils (Il Ihhi l'inl il ixiiloilalioii, (iO lifi'lares 
ili' I ilidiiK, lit (II' |ii;\iiic niiliiii lli', l(i (K' lii/i'i'iio, '( lie \i\ plus (loiissanli; 
iiilliiii' MKiiaicliiTc l'I fiiiiliiTi'. Il ciUirlii'iil im clK-pli'l (If (iO IcU'S do 100 
Kildjjioiiiiiu's , |iarriii Icscuiclics un lroii|i(Mti i|iii |iii'M'nlait ili' lii's-lu'llrs 
l)rfl)is iiM'ies. 



\0 

Il va auprès du Mas-Sauvy une œuvre agricole inachevée 
encore, quoique entreprise il y a quinze ans et continuée 
depuis, malgré tous les insuccès premiers et toutes les 
(lillkullés : c'est le dessèclicmenl et le dessalement de 
l'étang de Villeneuve. La commission a regretté de ne 
pas rencontrer dans le concours ce grand travail, dû à 
M. Azema, ancien consul d'Espagne a Perpignan. Klle 
l'a vu, parce que, avec le dévouement au progrès de cette 
Région, qui vous est connu de longue date, et avec la 
bonté attentive qu'il prodigue à ceux (juil conduit, Mon- 
sieur rinspecteur-Général a désiré qu'elle connût tout ce 
qui était de nature à fixer ses appréciations. Elle eût aimé 
a vous en retracer les détails, (pii semblent marqués, dans 
leur conception et dans leur exécution, du génie agricole 
des anciens Maures d'Espagne. Elle n'a pu qu'aller rendre 
hommage a l'homme que la rare constance de. sa volonté 
autant (pie l'audace de son intelligence, ont conduit à 
cette entreprise; elle a cru remplir encore sa mission, 
et obéir aux sentiments du jury lui-même. 

LE MAS-D'eULE. 

C'est encore d'avoir pré|)aré sa |)ropriété pour une 
exjdoitation vigoureuse, qui lait le mérite de M. llénaut, 
au Mas-d'Eule. 

Le Mas-d'Eule est entre Thuir et le Soler, dans une 
plaine que les eaux sillonnent en tout sens, et ;i beau- 
coup de parties de laquelle elles ont été longtemps fatales. 
M. llénaul possède ce domaine depuis sept années. C'était 
une sorte d'Ilot de gravier et de terre sèche inarrosables, 
entouré d'un marécage mal herbage, où le pâturage était 
nuisible et où les animaux ne s'aventuraient jias toujours 
sans danger. Assécher à fond toutes les parties noyées, 
et ramener leurs eaux par des contre|)enles pour l'arro- 
sage des parties sèches, voilà le travail que ce cultivateur 
a accompli; et ce travail est aussi remar(pial)le par l'énergie 



41 

qiip pnr los soins de l'oxôciilinn. Ce qu'il y a eu de fossés 
ouverts, de uiveileuieiils de détail, de redressements de 
pièces, est considérable: par exemple, une tranchée de 
700 mètres de long, sur 4 mètres de large et 1 mètre Vî 
de profondeur, 1.100 mètres de fossés profonds, 5.000 
mètres de fossés moyens, une longueur non moins consi- 
(l(''ral)le de drains transversaux. Ce (ju'il y a de résultats, 
n"a pas de proftorlions moins ini|)ortantes : 2o hectares, 
qui étaient d'une production détestable, |)our ne pas dire 
nuih', sont devenus des terres de première (pialité; 
lai'rosage s'étend aux soixante hectares du domaine, 
taudis (pi'il ne s'ap|»li(|uail (prà treize; on ne trouvait 
{pi'avec |)eine !2.G00 Ir. de ferme, on en a trouvé G. 000, 
et ce n'est pas tout ce que vaut désormais le bien. 

La culture ne répond pas encore à ces opérations par- 
fiiites, mais elle est en chemin d'atteindre îi leur niveau. 
M. llénaul a (railleurs une inclination, avec la(iuelle, dans 
une propri(''lé comme celle-là, il deviendra forcément un 
agriculteur avancé : il aime le bon bétail. Le Mas-d'Eule 
entrelient à cette heure près de deux tiers de tête par 
hectare, déliassant chacune iOO kilos. On y demande le 
travail ;i des bêtes (pi'on prépare pour la boiu'herie. On 
a de doubles attelages, ne faisant (|ue moitié journée; 
rengraissemenl dure juste le temps des labours; le bétail 
de trait est ainsi en même temps bétail de rente. (>elui 
{\u'\ a vu la commission, justifiait pleinement la valeur 
de ce système, transiiion ingénieuse entre les habitudes 
ordinaires et une spi'cialisation plus couqtlèle. Le trou- 
peau, formé de 200 tètes, était un spécimen j)récieux de 
ce qu'on peut obtenir avec la race des Corbières associée 
aux métis-mérinos, au moyen d'une sélection intelligente 
et d'une alimentation bi(Mi (Mileudue. 

Ou reconnaît dans les travaux du Mas-il'I^ule, l'iulluence 
d'un voisinage dont je vais avoir ;i vous entretenir bientôt : 
imitation ou conseil, ils n'ont |>as moins un grand mérite. 



V2 

La coiniiiission vous demandera de les mettre au n)ême 
rail}; dans leur genre, (|ue ceux du Mas-Sauvy dans le leur, 
el de les récomi)enser de même. 

l'exploitation de m. MALfcGUE A l'ÉZILLA- 
DE-LA-UIVlkUF.. 

M. Vincent Malègue ouvre, dans le concours, la série 
des exploitations gouvernées par la science, ou d(uil les 
prali(]ues, au moins, sont du domaine de cet art relati- 
vement moderne, (pii enseigne a traiter le sol avec les 
méthodes ou les forces capables de lui l'aire rendre toute 
la production relativement possible. Le nom deM.Malègue 
n'est pas nouveau pour la Région. C'est celui d'un éleveur 
déjà chargé de couronnes. L'éleveur est greffe chez lui sur 
nn cultivateur très-zéb' et plein de connaissances, (^ui trou- 
vera certainement les derniers succès, cpiand il s'attachera 
à un domaine mieux constitué et de plus de ressources. 

M. Malègue, sur 56 hectares, n'en a (pie 20 arables**'; 
l»our près des deux tiers, il n'est que rermier, et tontes 
les parties : terres, bàlimeiils, habitation, sont morcelées, 
très-distantes entre elles, très-impropres à une exploitation 
d'ensemble. On ne sent pas moins ciiez lui des ell'orts 
sérieux pour conjurer ces mauvaises conditions. Il a un 
assolement raisonné (pii donne les quatre sixièmes de son 
cadre aux fourrages, cl il vise ;i une soli(laril('' étroite de 
toutes les cultures. On voit surtout (juehpie chose de tres- 
saillant, c'est le nombreux bétail sur leipiel son exploi- 
tation repose, et les vues particulières dans lesquelles ce 
bétail est entretenu. On y trouve l'équivalent de iO tètes 
de 100 kilos<-', soit ÔOOi^ (1 tète "., i par hectare arable, et 
270'^ ou deux tiers de tète toutes terres conqu'ises, et cette 

(I) Il a l'ii (iiilro : vij;iifS, 22 licilaics ; iili\icis, (i lieclarrs. 
(1)8 chevaux , ."2 lid'iils, vailles ou eli-ves; if rosti- en porcs mi iT|irc- 
!ciilc [laf (Iciu mois tic iioiifriluie d'un Inuipcau de 180 Ictcs. 



i3 

grande (iiiaiitilé do chair vivante est produite, élevée, 
cntrelenue tout entière pour la boucherie. Xon-seulenient 
une telle proportion, mais une spécialisation si accusée du 
bétail, la commission ne les a pas rencontrées ailleurs. 

Faire ou pré|)arer de la viande, et le plus de viande 
possible par tète entretenue, pour avoir beaucoup d'en- 
grais au |)lus bas prix possible, c'est le but très-raisonné, 
très-suivi (pie s'est proposé M. Malèguc. Un esprit éco- 
nomiste aussi éclairé, (pi'un sens agricole droit, lui ont 
(ail penser ipie lorsipTon avait les lécondes alluvions du 
Roussillon el les eau\ (jui les arrosent, à côté de la Pro- 
vence et du Languedoc, où le bétail ne peut être qu'ex- 
ceplionnel, tandis (pic la richesse de leurs habitants et 
l'extension de leurs grandes villes les rendent le lieu 
(ruiie consommation sans cesse accrue, produire de la 
viande serait une grande source de prolits. Il a i'ornié et 
peuplé ses écuries dans cette vue. (l'est elle (pii a fait 
de lui un éleveur tout d'abord. Les Durbains, les Cha- 
rolais purs el croisés, les belles tètes porcines (pi'il pré- 
sente chaque année aux concours de la Région, en sont 
les produits cherchés avec patience, contrôlés par une 
(•oinptalHlit('' exacte, et dont r(>Ievag(> a lonrni d(''j;i plus 
d'un sujet aux c(dtivateiirs environnants, (/est aux Jurys 
des animaux ;i dire à M. .Malèguo s'il est dans une voie 
utile ipiant ii la nature el ;> la réussite de ses croisenuMits; 
mais il y est certainement (piant an but final. 

D'aillem's, rien n'est négligé pour faire remplir à ce 
Ix'tail le rôle (ju'en attend M. Malègue. Il a créé une 
distdlerie pour en ajouter les résidus ii ses moyens de 
nourriture; il vend le parcours de ses iierbes non faii- 
cliables pour se |)r()curer des fourrages supplémentaires; 
il ne craint pas d'acheter le double de la paille (pi'il |)ro- 
duil; le S(d et la |)enle de ses écuries, tout mal disposés 
qu'ils étaient à l'origine, ont été cond'inès pour (pie les 
litières s'imbibassent bien; les [)urins excédant sont re- 



44 

ciiftillis, on en arrose le fumier, et ce fumier, bien tassé, 
liioii pn'sorvé do l'enn dos loiis, est trnit('' aussi l)i(Mi qu'un 
fiiuiiei' à découvert peut Tètre. 

.Malgré tout cela, la culture a des progrès à faire encore 
chez M. Malègue. Il en est beaucoup des bons principes 
d'agriculture, comme des bonnes intentions : on les a, on 
ne s'en sert pas toujours au mieux, et d'assez habiles 
eux-mêmes. \ côté de très-beaux blés, la commission a 
été surjjrise, par exemple, que les fourrages laissassent 
à désirer. Mais il n'y a (|ue six ans (pic M. Malègue cul- 
tive. On peut dire que ce (pi'il a fait (h'jii est un bon gage. 
On le dirait avec d'autant plus de plaisir, (pie cet agri- 
culteur est venu demaiuler ainsi ;i l'industrie rude et peu 
prisée des champs, nue profession suivie, à l'âge où ordi- 
nairement on s'en éloigne pour la vie des villes ou pour 
les carrières en vue; (piil n'a pris et ne prend encore (pie 
dans ses épargnes seules le moyen d'élever son indusirie, 
et (pu', d'année eu année, il l'élève d'une manière sensible. 
En attendant (pie de meilleures conditions agraires et plus 
de temps permettent à M. Malègue d'atteindre à des succès 
plus complets, la conmiission vous priera d'attacher une 
de vos récompenses à cette proportion si remai(piable du 
bétail, qui est jusqu'ici le fait le mieux réussi de l'exploi- 
tation de Pezilla, et (pii montre, à tout le |)ays d'arrosage 
du Iioiissillon , le chemin , nouveau pour lui , d'un des 
larges débouchés réservés à la production. 

LES EXPLOITATIONS DE M. J. IJ.VlUUaiE, A ItAGES 
ET A MONTESCOT. 

Kn agriculture, comme en l(uit , on voudrait être à 
même de distribuer autrement qu'on ne les trouve les 
situations respectives ou les aptitudes. On formerait des 
exploitations bieii iemar(piables , ii donner ainsi aux uns 
ce (]u'onl les auti'es! Si les piiiici|(es d'agronomie sur 
Ies(iuels M. .Malègue se guide avaient été le partage de 



45 

M. iiarièie, peu (rd-iivres iigiicules iipproclieraifiil de la 
sienne dans la lléi^ion loiil entière. i*oin'(juoi l'aiit-il, 
messieurs, que, depuis noire visite, la mort ait frappé 
M. Barrère, et que nos paroles et vos distinctions vien- 
nent a\ijourd'liui raviver l'adlielion d'une lamille, (juand 
nous nvions été si heureux do |)enser (pi'elles en feraient 
la joie. M. Barrère était un de la foule, né au pauvre foyer 
d'un laljoureur, et tout ce pays, en (]uel(|U(ï sorte, a suivi 
ses funérailles. I.e premier inai'istral de ce département 
les a conduites lui-in('mc. Animé d'un rare sentiment de 
sa mission, et nous associant à sa démarche, avec une 
délicatesse dont le souvenir nous sera précieux , il a 
exprimé, au hoid de cette tombe trop tôt ouverte, les 
sympathies et les regrets publics. Il ne nous reste mal- 
heureusement (pi'ii faire connaitre à cpiel degré, de si uni- 
versels et si hauts lémoij^uaj^es étaient léi^ilimcs : laissez- 
nous vous en entretenu' avec (juelque développement. 

C'est sous (les proportions peu habituelles dans le 
Roussillon, (pie se présentent les exploitations de M. ,1. 
Barrère. Il ne s'agit pas moins que de 077 hectares de 
surface, et l'agriculture y est une industrie véritable; car 
plus des deux tiers de cette étendue S(jnt tenus à ferme. 
On est en face d'un capital d'exploitation de 155.000 fr., 
de 25.000 fr. de travaux fonciers, d'inventaires (jui se 
soldent par des Avoir de 400, -ioO.OOO fr., entièrement 
produits par l'agriculture, et ces résultats matériels ne 
sont rien auprès des résultats moraux : cette situation, 
digne d'envie, a eu les plus humbles commencements; 
le travail seul l'a créée; le travail, lécondé par toutes les 
vertus de famille, au sein de la plus intéressante famille 
(pii lui Pi jamais dû rexistencc et le succès. 

Les parents de M. Ilarrère, cultivateurs aisés pour le 
tem|)S, avaient émigré à la Révolution. Son père fut 
ramené à Bages pres(pie enfant, en 170:2, par sa mère, 
devenue veuve. A eux deux, ils ne possédaient qu'un 



46 

(loiil)le écii (rKspai^iie, et ils ne l'ont jain;iis (l(''|ieiist'. 
Le jeune homme lïit six ans journalier ou laboureur à 
gages. Après ce temps il osa alVei'mer (luehpies terres, 
])uis un petit domaine, puis un autre. H était redevenu 
un cultivateur aisé, lorsque l'indemnité lui rendit le petit 
[Kitrimoine de sa famille. 

(Test cet héritage de vaillants labeurs (jut; M. Jacques 
Harrère a élevé au point que je viens de dire. Son père 
le lui remit il y a vingt-(iuatre ans, ayant perdu sa femme 
et ne se sentant plus le courage de continuer sans elle le 
|)atient exhaussement de sa condition. M. Ikurère recul 
;iiusi ralfermc de !200 hectares, en deux domaines, dont 
le bail devait courir encore (juatre années; quelques pro- 
priétés détachées, un capital d'exploitation de 55.000 fr., 
sous charge d'en payer l'intérêt, et 8.000 fr. de la fortune 
de sa mère, il (Mait marié; mais l'apport de sa femme 
n'ajoutait en (|uelque sorte lien à ces ressources. 

Hages et Montescol se louchent. Leurs territoires se 
Irouvenl à l'evlréinilé inférieure des .\spres, hors de la 
contrée d'arrosage. Ce sont des collines siliceuses au 
sommet, marneuses dans leurs pentes, el entre les ver- 
sants des(iuelles s'étendent des fonds limoneux. On y 
voit encore maintenant l'ancienne culture biennale, avec 
jachère morte; il y a vingt-quatre ans, elle y était générale 
et absolue. En dehors de médiocres prairies et de quel- 
ques rares sainfoins et luzernes qu'on ne défrichait jamais 
pour ainsi dire, on n'y eût pas conq)ris, on n'y eût i)as 
permis d'autre rotation. Celle-là était imposée par les 
baux; on les faisait biennaux à cause d'elle, pour elle, 
el ils la rendaient inlransgressible en aucun cas. 

La première et la capitale opération de M. Barrère a 
été de sortir de cette vieille rotation. Il en suivit les erre- 
ments quatre années : mais ce temps lui suHit j)our se 
convaincre (pi'en dehors du strict salaire du travail, ils 
ne laissent presque rien de quitte; que le courage el les 



|iriv;ilions y ('■laicnl loiil ; (iiic l;i rf'imiiiéralioii y reslitit 
bien au-dessous dos elVorls, parce que nulle combinaison 
n'y avait place. Avant (]ue les baux de son père ne fus- 
sent expirés, il s'était refait ((tut un autr<' jilau, et ce plan 
c'était tout uuiuienl de sui»slitu<'r la culture par les four- 
rages il la culture par jachère morte. I.e sens prali(pu^ tout 
seul lui avait donné comme l'intuition même de ce (pTen- 
seignail alors la science. Les luzernes, les sainfoins, tout 
au |)lus connus autour de lui comme fourrages, la vesce 
elle-même, il se mit à les établir sur ses terres en fonde- 
ment de rotation. 

La fortune de M. Harrère date de cette conception 
féconde, comme la richesse agricole de noire pays en est 
venue; mais aussi il i'aut voir connue il sut la suivre. C'est 
pres(pie par ccutaiues de francs par hectare, au lieu de 
centaines de centimes, que les produits annuels se sont 
produits chez lui dès ce moment '*'; combien ne s'en 



(I) i\l. HaniTC, qui o vôiifio sa rarriJ'i'o ajjiicoli' ;iii (Titcriiiiii iriiiic 
c()iii|)lal)ilil(' raison lire, a r.ilriiK'' ']\w, J.iiis 1rs liaiix de liuil ans, le liavail 
le |i!iis assidu l'I le plus diiIdiiiu' ir- lirait de la nilalioii Ijiciiiiale avec 
jachère iniirlo , Irais payés, (jik' '2 fiaiics de net aiiinielleineiit par lieclaie. 
.fo reproduis ici ee ealeal eoinine un doeunienl eurieo\ d'iiisloiie de l'éco- 
noiiiie ruiale, autant ijue eonirne un ensei|jnenient piéeicux. 

Calcul compare de la ciilliire d'un hectare de terre par assolement biennal, avec 
jachère morte et par asiolemenl alterne avec sainfoin, dans un bail de huit 
années, sur des terres de Iroisiéme classe. 



ASSOLEMENT TAU JACIIEUL MOUTE. 

PRODUIT. 

1.3 hectolitres de bli' 

\'2 c]iiiulau\ métriques de paille. 



IRAIS. 
,'i labours 




SU' .. 


2 licctol. de ffonienl p. semence.. 
S,'irclaj;e 


7 511 


Moisson 




'211 » 


Transport des gerbes 

Baltatre 




il .. 
13 » 




par ... . 




^'ulliplié 


dC9 50 
A 



Pour ipialre aiuiées (>"8 

i lahouis p. i annexes de fourrages. 'Ai 

Seinenrc de fourrage AH 

h'iMiiure pour les A ans KiO 

A annres de fermage à 40 fr 'iiO 



TllT.M. . 



15;)8 



26 



Multiplié par. . . 


281! 
A 


» 


gc dos 2 années. 


HAA 
«0 


H 


ToT.a 

EllAls 


1254 
1238 





P.ir année. 



Reste net 16 

o 



48 

seraioiil |i.is l(Mius à ce succès! Lui ii'\ voii i|uiiii siimii- 
laiil el un moyen. Entre|)rises, bénélices, progrès, il a 
tout accru depuis parallèlement : il n'avait encore été que 
cultivateur; désormais, il sait (pie Tagriculture aussi est 
une industrie. 

Kpuisor cette première idée, c'est d'ahord son occu- 
pation. Une lois certain de ce qu'elle vaut, il en demande 
les avantages à l'étendue; en quelques années, il ajoute, 
par afferme, j)Ius de 200 hectares arables aux 200 hectares 
qu'il exploitait déjà. Après, c'est aux travaux fonciers qu'il 
s'adresse. Eu j)ossession de faire des avances au sol, il s'y 
crée les conditions physiijues fructueuses. Ici, c'est l'irri- 
gation qu'il se procure : à Bages, il fora successivement 
six puits artésiens, el il venait d'en forer un septième à 
Monlescol. Ailleurs, c'est l'assainissement qu'il poursuit: 
les meilleurs fonds de ce territoire sont des limons salins, 
qui couqjorleut l'exploitation la plus énergicjue quand leur 
sol est aéré par une culture profonde ou assaini par de bons 
drainages, mais qui n'olfrent, autrement, que des sols per- 
fides pour le cultivateur, comme tous les terrains mouillés 
ou inféconds connue les salobres. M. Barrère n'a pas creusé 
moins de 16.000 mètres courants de fossés d'écoulement; 



ASSOLEMENT DE SAINFOIN. 



FRAIS. 



!? Uilionrs pirparaloires 4S' 

5 liL'Ctol. de Siimfuin par hectare. 50 

Frais de coupe, pour 3 ans, à 1 fr. 21 
Fenaisons et transports , à 9 fr. 

par an 27 

\ labours pour le Uf (H 

3 — ■ pour avoines 'lli 

5 labours l'our le blé So 

— de l'avoine 22 

Du fourraite di'robj 2i 

Sarclage de la derhii>re année de 

blé :! 

Moisson des trois années liO 

Transport des jrerbes 20 

l;alta-e 54 

Fumure 100 

Fermage 320 



1046 "5 



PROOl'lT. 
339 qx niétrii|ue5 de fourrage jiar 

an, à 3 Ir. 50 c 340' » 

20 hectolitres de froment 400 « 

25 hectolitres d'avoine 250 » 

Valeur d'un fourrage fiO » 

10 hectolitres de froment 320 » 

Paille, en calculant comme dans 

l'assolement biennal 104 » 

4 regains et sainfoins 00 » 

ToT,\L 1540 .. 

Fu.M» à déduire. 1040 75 



I 



Par an . 



Reste net 493 25 

(il -. 



4 y 



il ;i praliqué le drainage régiilicM- de quinze hectares, se 
servant de pierres, malgré leur haut |)ri\-, quand les tuyaux 
étaifMit inconnus; il allait en drainer dix autres, de concert 
avec un de ses bailleurs. Kniiu, une autre de ses opéra- 
tions radicales, comme celle du début, et qui en renou- 
velait déjà les succès, venait d'être ouverte par M. Uarrùre 
dans ces dernières années. Il avait cru que des terres 
réputées mauvaises, (|ui portaient des vignes vigoureuses 
quand on les avait défoncées, traitées de nirme pour les 
céréales et pour les autres cultures, donneraient des ré- 
sultats semblables. Il avait essayé, avait réussi; s'était lait 
aussitôt du déibncement.nne base d'assolement nouvelle; 
s'était construit une déibnceuse à douze bœufs, assuré 
d'un grand domaine de plus : en qiKiUe années, il avait 
l»u étendre à 200 hectares rapjiiication de celte féconde 
vue, et là-où l'on avait peine aiq)aravant à récolter l'avoine 
qu'on semait, il obtenait deux froments de suite, rendant 
au-delà de 22 hectolitres à l'hectare en moyenne W, 

Je ne puis montrer ici que, par les sommets, le dévelop- 
pement (le cette agriculture intelligente, active et si résolue. 
Si j'entrais dans le détail, vous verriez ces grandes (lualités 
mieux en jeu, et elles prendraient comme un prix parti- 
culier de ce qu'à certains égards elles suppléaient en quel- 
que sorte aux vraies connaissances pratiques. M les pro- 
cédés, ni les règles de la culture, en eflèt, n'étaient 
encore chez M. Barrère au niveau de ces aptitudes ai^ri- 
coles et de cet ensemble imposant d'industrie. Ainsi, 
pas un tubercule; on tenait pom- une fumure conq)lète 
20.000 kilos par hectare; il n'y a pas une seule place à 
luuner, et ce sont des litières plus ou moins parfaitement 
consommées qu'on porte aux champs, plus souvent qu'un 

(I) 1.0 d..|„„cem..„t ot. lui.,nénR. n\.n cU.h. pas la cause uni.,,,.. F,, 
.ndauifeam au. s.lices d.. la surfa.e u,,.- ..ouoiie .1,, ,ous-sol , il ,„-,ulni«a,t 
.M, .uarua^. parfaile.uc-ul p.uporl,o.,„o, ,,u, expli,,ue oe succès de cé,éal..s 
sans ruiDicr sui- des leires luules ci-ues. 

4 



50 

fiiiiiier fait; les céréales occupent encore moitié des terres 
arables'"; le froment succède au fronieiU sur les mêmes 
terres, malgré les grandes diiïérences constatées aux 
rendements îles secondes années; le hctail de toute sorte 
n'est pas nourri de l'açon à répondre, dans toute la mesure 
utile, à quelle que soit des tins (ju'on lui demande. 
A côté de ces manpies d'une éducation culturale encore 
incomplète, les ofiérations les plus heureusement conçues 
et traitées. Un des derniers travaux exécutés, nolammenl, 
constituait un exenq)le nouveau autant ([u'utile poui' ce 
pa\s. Au-delà de Monlescot, sur la droite de la roule 
d'Èlne, nous avons vu un tènement de treize hectares, 
chargé de magniliques moissons dans une moitié, olVrant 
le meilleur labour dans l'autre, auprès de grands es[)aces 
ingrats qui l'avoisinent. Une profonde ceinture de foss(''S 
entourait ce tènement; sur sa partie non couverte on 
achevait un drainage par tuyaux, qui s'étend au tiers de 
sa surface totale; tout-a-fait au sommet, jaillissait l'eau 
d'un puits artésien. Celte grande pièce était hier à peine 
sans ctdlure, ou a\i moins sans production. Ues eaux 
douces (pii viennent des pentes voisines la noyaient, et, 
en se saturant de sel dans leur rencontre avec les inlil- 
tralions marines, elles en faisaient un grand salobre, où 
l'on s'épuisait sans profit à pratiquer de forts labours, 
les épandagcs de sable ou de balle de blé, tous les vains 
])allialifs ordinaires. M. liarrère était las de ces moyens 
onéreux ou insignifiants; il en voulait de délinitifs; il a 
montré où il fallait les prendre. Ces fossés profonds sont 
pour arrêter les eaux salines dans la couche sableuse 
même ([ui les conduit; ce drainage pour devenir maître 
des eaux douces qui s"y mêlaient; le puits artésien va 

(I) Voici la irpaililion des cuiliiros : lerios uiablos, 2j8 iii'cl.; piuiiii'S 
naliin-llcs, 71 lied.; vignes, G7 liect.; olivelles, 2."i liicl. — Sur les leiies 
araliles : céréales, 20/ 'lO; luzernes ou sainfoins, 8/'t0 ; founagos à moulons, 
VZ-iO; plantes sarclées ou racines, l.4ll; jaelicres, ■'(/■'lO. Tolal, lOZ-îO. 



51 

clierclier cos eaux ii leur source [tour les taire servir à 
fertiliser la surface qu'elles slérilisaieul. Il s'était assuré 
ainsi à jamais, dans cette i>rande pièce, les avantaiços 
de ces heureuses tcircs de Salan(iue, où réiéuient salin 
n'existe que pour apitorlcr une fertilité nierveilleuso, [)arce 
que toute la partie nuisible en est retirée. 

Vous voyez ce qu'était le cultivateur en M. J. IJarrère, 
Ce qu'a été le ciief de famille agricole frapi)e encore davan- 
tai^e. Des beaux enfants ipii lui étaient nés, il avait su 
en laire des auxiliaires précieux. A tous il a fait donner 
l'éducation libérale, puis il les a ramenés tous au foyer 
pour y |)rendre successivement leur rôle. Après leurs 
années de collège , les fds sont revenus à leur rang 
dans les travaux du pèi'C , y ap[)ortant leurs idées plus 
jeunes et leurs connaissances, qui en agrandissaient 
l'horizon. Les Hlles aidaient leur mère dans les soins de 
ce lourd ménage ou dans les latigues des champs; avec 
une grande supériorité, une d'elles tenait la comptabilité 
en partie double et très-détaillée de ces vastes entrepiises, 
et c'est de ces sœurs modèles (|ue l'illustre Olivier de 
Serres aurait écrit, comme de l'épouse qu'il souhaitait îi 
son ménager, « que si une telle lui est donnée de Dieu, 
se pourra dire heureux et se vanter d'avoir rencontré un 
bon trésor. » 

Tout respirait ralfcction nuituelle, sous la solidarité la 
plus intime, dans cet intéiieur (jui montrait, à un rare 
degré, que ce n'est pas de sortir de sa condition qui élève, 
mais d'y rester en s'élevant soi-même; et celte industrie 
culturale si dévelop[»ée après des commencements si hum- 
bles, qui devait ce développement tout entier au seul 
mérite de riioinme, y prenait aux regards une valeur 
plus grande encore. La commission n'a autant sonhaité 
nulle part i|ue tout se rencontrât |)our appeler la Prime 
d'honneur; c'est avec le plus unanime regret (ju'elle n'a 
pu vou> proposer de décerner lii ce grand prix. Mais la 



se 

Prime d'honneur a pour bnt denseigner, et ici il s'en fau- 
drait trop (jne l'enseignement l'ùl siillisanl. Il y a mallieu- 
reuseincnl si loin, dans noire pays, de l'agricuhnre de 
tout le monde à ragricniiure normale, que Ton ne voit 
qne trop ce contraste d'œiivres agricoles l)ien an-dessns 
des l)al)ilii(les ordinaires et pourlanl loin du bien, et que 
tant de qualités de tout ordre, si lrap|)anles dans les exploi- 
tations de M. Barrère, peuvent ainsi se rencontrer avec une 
inqjerl'ection sensible dans l'ai't d'appli(pier à la culture 
tontes les forces voulues pour obtenir tout rellet utile. 

Mais si toute la série des progrès n'a pas été |)arconrue 
par M. Barrère, ceux qu'il avait laits le placent bien haut. 
C'est le rang le plus voisin de la Prime d'honneur que la 
connnission vous prie de lui assigner dans le concours. 
On ne voyait chez lui, ni le bétail soigné du Mas-d'Eule, 
ni la belle exploilalion viiicole du Mas-Sauvy, ni les prin- 
cipes agricoles de Pézilla : quelle diiïérence, toutefois, 
dans le chemin parcouru, et où des résultats relatifs pa- 
reils se sont-ils montrés? Après le mérite de présenter une 
exploilalion parlaile, en sait-on de plus grand que d'être 
remonté ainsi de soi-même, sans connaissances ac(piises, 
sans comparaisons exlériem'es, du plus bas niveau de la 
pratique culturale au plus fécondes notions; de la pure 
jachère morte aux alternances fourragères, aux grands 
travaux fonciers, aux labours profonds, et de l'avoir fait 
avec tant de hardiesse et d'ampleur? Les opérations spé- 
ciales abondent à Bages ou à Montescot, pour y attacher 
une récompense. On peut choisir siu'lout ce vaste dessa- 
lement de salobre, si bien en rapport avec les besoins de 
toute une partie de la Hégion, si empreint aussi de ce 
sens des grandes opérations, qui fut le caractère agricole 
de M. Barrère; mais ce n'est pas un détail seulement de 
cette belle carrière, c'est elle-mênie tout entière iju'il faut 
marquer de distinction. La récompense que vous décer- 
nerez à M. Barrère, faites-là assez marquante et excep- 



53 



tinnnolle pour (|ir;i vùir dos enseignements de la Prime 
d'honneur, elle signale à la Hégion , comme de grands 
modèles, ce beau patrimoine formé de rien dans la cul- 
ture et par la culture seide, toutes les meillem-es, toutes 
les plus lecondes vertus de nos classes rurales, résumées 
dans la vie et dans le succès de ce laboureur, et surtout le 
grand exemple qu'il a donné de l'élévation d'une famille 
an sein de sa condition même, par le travail cl |.;ii l'jn- 
telligence. 

GERMAIN VILLE. 

Je disais à propos du Mas-d'Enle, (pie ses travaux 
rcmanpiahlcs devaienl (|uekpie chose à un voisinage dont 
j'aurais à vous parler avec détail. Ce voisinage, c'est Ger- 
mainville, la ferme-école des Pvrénées-Orientales. Il n'a 
pas été précieux |)onr M. llénaul seulement; la conimis- 
sion espèi'c qu'il va mériter à vos yeux d"éire érigé en 
modèle pour le déparlemenl tout entier. Sa supériorité 
s'exprime en peu de mois: on y voit plus considcrahles, 
plus complètes, pins achevées que chez aucun concurrent,' 
ces réparations foncières (pii se sont rencontrées chez plu- 
sieurs, et (|ui send)lent l'onivre première de presque tous 
les cultivateurs de ce pays; il présente, en outre, ce que 
vous n'avez trouvé encore nulle pari ; un bel étal de cul- 
ture el de production, régnant de la manière la plus égale 
dans toutes les parties d'ini grand domaine. 

Germainville est une des ariciennes propriétés de ce 
pays. Le canal espagnol , qu'on appelle le nuisscau de 
Perpi;/ii(m, passe lout auprès, et il jouit d'une de ces 
chartes de plein arrosage signées par les Rois d'.VragonO. 
Il ap|)artient, connne le Mas-d'Kule, à ces tènements qui 
s'étendent entre Thuir et le Soler, el qui sont en (piehpie 

(I) <VUl- dnrlo, ,1e Ii2'., |k.i1,. .onoosHon .loa,, paur farmage en 
tnlier rie liniles Us terres qui peuvent l'être. 



54 

sorte, la uMc de la plaine de Perpignan. Il a 120 licctares. Il 
l'orme, le long de la roule de Thiiir, une sorte de grand 
rectangle, dont un des côtes, en se relevant, sert de boid 
à cet ancien marécage où vous avez vu les dessèchements 
de M. Hénaut, et dont l'autre côté est une partie de ce 
marécage même. 

Il n'y a rien comme le bien pour jiaraitre avoir existé 
toujours. Dans un domaine où tout montre l'ellet de soins 
suivis et d'une culture exacte, où tout est bien disposé, 
bien tenu, bien fait, il ne semble pas que tout ail pu 
("'tre autrement; on cberclie le mieux (pii pourrait s'y voir 
plutôt qu'un mauvais étal disparu. 11 faut un elï'orl d'esprit 
pour se figurer l'état que présentait ricrmainville il y a 
dix-huit ans, quand M. Cuillé en devint acquéreur. C'était 
l'abandon même, (.es torrents voisins débordaient sur sa 
surface comme dans un lit réservé ii leur trop plein; les 
terres (ju'ils ne noyaient pas, ils les couvraient de graviers 
et de cailloux; ils les avaient ravinées, dénivelées entiè- 
rement, et l'on eût en vain essayé d'y chercher avec 
quelque fruit les bénéfices du plein arrosage an(iucl il 
avait droit. Dans les meilleures pièces d'aujourd'hui, il 
n'y avait (pie joncs, eaux stagnantes, pacages mouvants 
et malsains comme ceux du Mas-d'Eule. Un chill're (igure 
bien cette situation , cpi'on ne peut que mal décrire : les 
1 00 hectares de terre qui formaient alors le domaine, s'aiïei- 
maient net /jo fr. par hectare, ce qui ne faisait pas beaucoup 
plus du doid)le de rim]tôt et des taxes d'arrosage. 

M. Cuillé prit un an pour étudier son domaine; après 
quoi il renvoya le fermier et se mit à l'œuvre. Voici 
rapidement ce qu'il a fait. 

La reconstitution matérielle s'imposait d'abord, et elle 
présentait divers degrés de travaux. Avant tout, il fallait 
isoler la propriété des eaux (|ui l'envahissaient; il fallait, 
ensuite, assainir ii fond chaque pièce, et assurer l'écou- 
lement des inigations; en dernier lien, il fallait rétablir 



,Ti> 



|i!iil(ml les niveaux, I;i pciiU', cl épierrer les cliamps. 
Une Irancliéo (jni t'iiiome snns inlorriiptioii la projjriété 
entière, tel a clé le picniicr oiivrai,'e. Ce sont près de 
deux lieues (le vastes ibssés''', dont plus de moitié n'a pas 
moins de (piatre mètres de liautcur sur trois de plafond. 
Après cet énoruie travail, on a dû creuser dans le talweg 
des terres, sur l.aOO mètres de développement, un grand 
lit de (piatre mètres de large, où vont aboutir toutes les 
eaux des drains et toutes celles d'arrosage. Vous recon- 
naissez là le modèle, et une partie de ce ipie vous avez 
loué et encouragé au Mas-d'Kule. M. Ilénaut, clleclive- 
nient, a fait à moitié trais 700 mètres de ce grand travail 
(pii longe sa propriété. D'mi autre côté, toutes les pièces 
du domaine étaient remaniées, nivelées à nouveau, sil- 
lonnées de pierrées profondes, (pii les drainaient tout en 
d(''l)layant leur surface. 

Ouinze années ont été nécessaires pour mener à lin 
ces opérations, dont chacune à elle seule est un travail 
considc'rahle. Aujourd'hui tout cela est achevé justprau 
dernier détail, porte ses fruits et montre une exécution 
supérieure. Le domaine oUVe dans toutes ses parties des 
|)lans parfaits, (jue Tirrigalion aliciut partout sans ellbrts, 
où pourraient manœuvrer avec tout le profit désirable les 
instruments les plus délicats de la mécanique agricole, si 
bien (ju'avec ses terres aduiirablemeut unies, ses canaux 
soigneusement tenus, ses belles eaux, ses avenues om- 
bragées, ses chemins bien ouverts, ses grands rideaux 
d'arbres cl riiori/A)n maguiliipie cpii renviroiiiic, (i(Miiiaiii- 
ville semblerait un vaste jardin, plutôt (pi'nne exploitation 
agricole , ii (pii ne sauiait pas v(»ir dans ces soins et ce 
Uni lannonce et la souice même dune production hors 



ligne. 



C'est la cultin'e, en elfel, qui pare Germainxillc Ce 
(Iniii.iinc pr('S('nl;nt deux imlures de terrains. I ne |i;irli(\ 

(Ij S. 0(10 mc'ii's (II' ilcvolnii|i(imiil. 



56 

la iDoindre^'^ était ari^ilo-sableusc, passant sur (|iielqiies 
points à une alliivion prolondo ; dans le reste, la silice 
seule existait, [irésenlant |)art"ois un gravier pur. Somme 
toute, c'était un tènemenl médiocre. H iallait les grands 
travaux (juo vous venez de voir, pour met Ire le meilleur en 
état (le produire, et Ton n'aurait lire une rémunération 
sérieuse d'aucune partie sans les délbncements , les en- 
grais, de bonnes rotations, l'arrosage, en un mot sans 
les plus judicieuses règles de l'agronomie. Distribuer la 
production entre ces divers teriains, c'(''lail la pierre de 
touche : on y a pleinement réussi, (^e qui est caillouteux, 
sans liaison, impropre à tenir l'engrais, se desséchant vile, 
on l'a donné à la vigne; M. Cuillé en a ajouté 7û hectares 
aux 8 hectares (pi'il trouva [)lantcs. Le surplus ap|)arlicnt 
à la culture arable , et deux assolements , deux modes 
d'exploilalion se le parlagent , associés chacun à une 
forte proportion de luzerne et de sair)ioin hors sole. Dans 
les parties perméables, où la chaleur pénètre vile, on la 
végétation est ra|)ide, l'assolement biennal du Uoussillon : 
piailles sarclées et blé, avec ciilluies dérobées, rendu 
coiiiplétement inliMisiC |iar ÔO.tJOO kilos de fumier par 
hectare appli(piés aux |tlanles sarclées. Dans les terrains 
consistaiils, profonds, frais par eux-mêmes, un assolement 
(piiiu|uennal qu'ouvrent des récolles sarclées bien fumées, 
et (pii fait alterner rigoureusemeni les fourrages verts avec 
les céréales. C'est le seul assolenuMif normal ipi'il ail élé 
donné à la commission de renconlrer en dehors de celle 
culture biennale sans repos que les conditions naturelles 
permeltent ici, et, parmi les rotations faites pour exploiter 
la fertilité tout en l'accroissant sans cesse, c'est une de 
celles (pii seraient le plus propre îi développer la prodiic- 
lion dans les riches limons el dans les puissanls lenc.- 
vci-ls si répandus en Uoussillon'-'. 

(1) Ai) hcrlarfs uiivirun. 

(2) l'rciriitTu année, févcrollos sur ilcloiioiiiiciil, luiin.'i's ;i 'l'i.OOO kilnsi' 



57 

Dans le détail, loul répond a la justesse de ces règles, 
et témoigne de leiii" application suivie, f.a commission 
n'a vu que des labours parfaits et des récoltes complètes. 
Sauf une prairie naturelle usée, qui est h détruire tout 
entière, elle n'a rien trouvé qui fùl fail)l(^ ,Ie n'en exce|)te 
pas les vignes, qiioi(pio les anciennes dussent être déjà 
renouvelées ou greffées, si les prix actuels du vin n'expli- 
quaient pas qu'on les ait maintenues. Les céréales surtout 
sont remarquables, oiïrant la plus vigoureuse végétation, 
aibnirablement égales, |)résagoant de très-liauts rendo- 
nienls. Dos lupins (|u'()n allait faucher lors de notre visiie, 
des farouches (jui l'avaient été le malin, 10 hectaies de 
luzerne à l'arrosage après la coupe et dans une terre 
très-médiocre, les pommes de terre, une grande pièce 
de betteraves, du mais-fourrage, un sainfoin de Tannée, 
des terres qu'on jtréparait pour le maïs en grain et le 
petit millet, tout cela appelait l'éloge d'une manière ab- 
solue, el la commission éprouve d'autant plus de satis- 
faction à le dire, (pie tout cela lui a été montré tel que 
(•ha(iue jour le présente, sans apprêt aucun, connue si 
ses nuMnbres n'étaient pas des juges dis|)osant du prix 
le [)lus envié. Tout cela se résume à son tour par ce 
chill're, (jue l'hectare, qui donnait une moyenne de 5o fr. 
net, en donne à présent une de plus de l.'iO fr. 

Du reste, si l'on regarde au bétail et au fimiicr, c'esl- 
ii-dirc à ce qui assure à Texploilalion son mouvement et 
ses forces, on s'explique cet état remaripiable du liavail 
et des récoltes. Germainville enirelient une pojudarion 
animale do (]0 têtes, représentant chacune 120 kilos de 
poids vif par hectare arable "*. (-e nombreux bétail est 

iliinii'ini', l>li' avec trMlc ; Iroisii-iiio, liMli'; (jnalrii'iiic, avoine; cinquifiiu', 
li)iii'ra(ji's de |ii'ii)l('in|i$ (orge el vescos). 

(I) 12 rlu'vaiix iiii juments, 12 bœuls ilo tia\ail, 10 vaclies, ." lanivanx, 
!)()() iDoiitons, la Iruics, 2 venais, de 80 à 100 poieelots. [^e troiiiieaii 
passe i'élc à la ilionlajjiie [niiir éviter le sanj; de lale. 



58 

remar(|iinhlc pros(inp à tons (^ijards. Los donzp Itœiil's de 
travail, (rès-vii(<»iii(Mi\, tii's-l)oaiix, (|iiol(|iios-uiis de |tie- 
mier choix, appartiiMincnl aux races de l'Ariége et du 
Roiissilloi), croisées entre elles, cl la iiliipail sont r)és 
et élevés sur le domaine. M. (Iniilc ne veut ce|)cndanl 
pas s'en tenir h ce croisement. Lors de la visite de la 
comnnssion, il venait de renouveler tonte sa vacherie en 
hiMes de Scliwit/. d"une rare perfection. Il était allé les 
choisir Idi-iuème sur les lieux. Il allcnd des n'-sultats 
su|)érieurs du mélaiii>c des sangs schwit/ et mijanais, et 
la commission ne l'a pas vu sans satisfaction entrer dans 
celte voie, cpii lui |)arail approprit'e au pays. I,a seule 
critique à faire, porte sur le troupeau, non (pi'on ne le 
trouve pas, comme îoiil le reste, irréprochable d'enlre- 
lien, de tenue et donnant une laine très-line, mais parce 
que M. (luillé ne le reijarde pas encore des mêmes yeux 
dilliciles (\uo son hétail bovine. .\vec ces yeux-là, il le 
voudrait plus rapproche du type de boucherie, auipiel il 
l'aul venir, bon gré mal gré, pour avoir du bénélice. Son 
espèce porcine est dans ces principes: on ne pouvait faire 
de meilleurs choix ici que les hampshire et berkshire (|ui 
le composent. Somme toute, on est autorisé îi dire, (pi'à 
côté de ses travaux hors ligue et de ses récoltes parfaites, 
ce domaine possède encore un magniM(|ue bétail. 

Ce bétail ne fait (pie très-accessoirement de la viande. 
.\ tout ce <pii peut devenir béie de trait, Germainville 
demande smtout du travail et du fiinder''', el il excelle 
dans son fumier comme dans les autres choses. Il a, pour 
le préparer, un em|)lacement exprès et établi dans les prin- 
cipes modernes : un hangar soigneusement muré de trois 
côtés, el n'ayaiil , d(> laulrc, (pie le jour indispensable. 
Il présente deux cases, don! le phm incline vers un réser- 
voir commun, et entre les(|iielles un lond)ereau peut se 
placer. On slralillc successivement dans ces cases les 

(I) l^es vai'lics iiiciinjs sont aUeléus j».)iir los U'avaiu faciles. 



59 



litières de toute provenance, augmentées des vidanges de 
la maison, et l'on arrose les tas avec le jus (pi'ils rendent, 
étendu d'une dissolution de sulHite de l'or"). On a ainsi 
un fumier normal, au(|uel il ne manquerait que de rece- 
voir tous les pin-ins des écuries pour être dans le rapport 
le plus complet, le plus IVuclueux, avec le bétail entretenu 
et la nourriture consonnnée. 

Vous connaîtrez toute l'exploitation de y\. Cuillé, quand 
j'aurai dit que les bâtiments ipii la desservent, répondent à 
ses autres parties. Ils forment, avec la maison (niahilalion, 
un enseudtle bien à portée de tout le domaine, ouvert sur 
une large avenue, où tous les cliemins s'endjranclient, 
orné de beaux jardins fruitiers. Quoi(pie construits ou 
augmentés successivement , ils ont été commodément 
disjtosés, sans place perdue et sans dépense inutile. Les 
écuries des bêtes de travail, déjà aueiennes, n'olfrent pas 
les détails perfectionnés (pii deviennent habituels mainte- 
nant; du moins sont-elles spacieuses, bien aérées et stric- 
tement alfectées chacune à une catégorie d"animau\ ; 
j'ajouterai, d"aillein's, (pie la supc-riorilé de ces animaux 
détournait lolalement de voir (piil y manquât (piehpie 
chose. La bergerie, en tout cas, plus récemment faite, 
est un établissement complet, en tout ce qui le regarde, 
et presipie modèle. La porcherie, qu'on venait d'achever 
I année dernière, remplit aussi toutes les exigences, pré- 
sentant sous un même toit une suite de loges disposées 
des deux côtés d'un corridor, avec cour pour chacune , 
préau commun, bassin d'eau, sa cuisine spéciale, ses 
magasins et ses logements à elle. Les chais, les caves à 
tubercules, les greniers ;i blé, les logements du person- 
nel, forment le reste de ces bâtiments, où l"on doit dire 
que tout ce (jui est nécessaire existe dans les conditions 
convenables. 

Voilà connnent tout se soulienl el se [iroduit récipro- 

(I) llaiis la |)ro|iMilion ,lr I l.il,, p,,- |00 lidcs J".,)!!. 



60 

qnement dans l'exploitation do Germainvillo. Quolquo chose 
V reste îi voir : c"esl la terme-école, qui date de la l'onda- 
tion de ce genre d'établissements en I<Si9. M. Cuillé avait 
fait alors la pins considérable de ses grandes Irancliées de 
préservation, commencé l'utilisation des parties marécageu- 
ses, jdanté vingt hectares de vignes, (piadrnplé les prairies 
nrlidcielles, tripit' les bâtiments, établi les beaux jardins 
iriiitiers et maraîchers qui ornent aujounrbui ce domaine : 
la l'erme-école lui fut conliée comme au propriétaire (|ui 
déjà annonçait devoir enseigner le pays. Il fut choisi entre 
douze concurrents; vous voyez qu'il a su justilier cette 
préférence, et combien peu il avait besoin que la ferme- 
école IVil placée chez lui, |)our se trouver à la tète des 
agricultein-s de ce département. Du reste, si l'on croyait 
encore que ces établissements fussent une grande res- 
source pour leurs possesseurs, on serait bien contredit à 
r.ermainville. Peu de fermes-écoles, certainement, jouis- 
sent de la robuste |)opulatiou d'adultes (pi'il a été donné 
à la commission d'y trouver, et il ne faut pas moins de 
treize ouvriers étrangers par jour, pendant tonte l'année, 
pour sullire aux travaux, sans compter (piatre chefs d'em- 
ploi à gages, outre ceux qui sont rétribués par l'Etat '". 
La vérité, c'est que les fermes-écoles imposent de grandes 
obligations, et qu'elles apportent à l'exploitation plus de 
didicullés qu'on ne le pense. Klles n'y apportent pas les 
méthodes dans tous les cas, l'art cullural, et l'on ne peut 
méconnaître non \)\ns qu'il ne soit d'un grand prix pour 
un département, ipie le lieu qu'il a choisi pour son ensei- 
gnement agricole, se fasse distinguer comme le lieu de 
l'exploitation la meilleure. La commission place bien hau- 
tement la ferme-école de (lermainville parmi celles qui ont 
des mérites supérieurs. Kn tout ce qui se rapporte îi ses 
élèves, régnent ces mêmes soins exacts, complets, qui 
caractérisent tout le reste. La connnission a vu les jeunes 

(1) Le clief d'attelage, le chef Je ciiIIimp. le vaclier, le l)erger-i»iielicr. 



61 

gens de troisième année manier très-bien la faux; l'aire 
un cvcollont labour; il lui a |)aru qu'ils élaicul lorMH's au 
mieux [)Our porter ulilcuieiil dans les diverses parties de 
ce pays, la bonne eiillure {pii s'opère sous leurs yeux, 

Jai dit à ipiel i)onit de [trodiu-lion avait été élevé ce 
domaine. En finissant, je dois ajouter deux clioses: — La 
première, c'est (|u'on ne saurait imputer cette grande 
production à aucune dé|)ense excessive. Les énormes 
travaux l'onciers de Ciermainville et son beau cbeplel, ne 
(ont pas monter ;i plus de '200.000 Ir. son prix de revient 
actuel. Une comptabilité ininterrompue depuis une longue 
période et pari'ailement régulière, montre que, dans le 
détail, l'ordre et l'intelligence des ouvrages ont joué bien 
plus le rôle que l'argent O, et vous savez maintenant si 
le ca|)ilal engagé est placé avec avantage. — L'aulrecbose 
qu'il faut mettre en relief, c'est le caractère particidier 
qu'a l'agriculture de ce domaine. On trouve à Germain- 
ville l'agriculture du pays pure et simple, et en qin^lque 
sorte l'ien (pi'elle. Sauf la rotation (prm(puMinale appli- 
quée à ses It'rres-verls, rien ne s'y voit ou ne s'y tait (pie 
dans le pays on ne connaisse ou l'on ne lasse. Kaire mieux 
que tout le monde ce que tout le monde l'ait, on y a 
surtout ce but; on place avant tout l'art cultural à mettre 
des soins extrêmes dans les pratiipies courantes. Aussi, 
n'y trouve-t-ou pas un instrument [(erléetionné, ni aucune 
entre|)rise dillérente des entreprises ordinaires, et jamais 
tourteau, guano, ou le moindre engrais connuercial n'y 
a été employé à (pioi que ce soit. 

Très-certainement, c'est une grande (pialité, dans nue 
exploitation, (pie de |)résenter le maximum de la produc- 
tion dans les praticpies vulgaires, et de montrer ainsi la 
grande puissance (pi'ont des soins attentifs appliqués ii tout 
piMir raugmentaiion des rendements. Knniéme temps c'est, 

(I) l'ar oiiMuple, c'est avec des clianiics iiii'oii ;i loil les (jrjiuls fusses. 
Les atletagcs soutevaicnt ta (erre; les boiiimes iravaieiil iiuà Joblavcr. 



ti-2 

sans conlrodit, un cùlé laiblc II ne serait qiio sii|K'rlUi de 
démontrer que ce domaine, n)is aujourd'hui dans un état 
d'exploitation si fructueux, gagnerait cei>eiidanl ëenucoup 
à ne pas dédaigner les puissantes forces (pie les engrais 
pulvéridenls procurent, et à sortir de roulillage médiocre 
(lu pays, pour prendre les instruments mieux combinés qui 
sinqdilienl le travail tout en le rendant meilleur; je suis 
presque confus de dire que les charrues Domhasie même 
sont exclues de (iermainville, comme de tout le Rous- 
sillon. Toutefois, on n'élève pas sans timidité, vis-à-vis 
de M. Cuillé, ces réserves commandées par ragronomie. 
Il a sextuplé sa renie en délinitive, porté de o.oOO fr. à 
près de 20.000 fr. son revenu moyen; il a eu plus de 
50.000 fr. de (piitle ces années dernières, .\voir obtenu 
cela avec les pralicpies de tout le monde, donne une 
autorité faite pour retenir la critique, et explique qu'on 
aarde les voies battues sans se tourmenter du mieux. Mais, 
d'un autre côté, quel prix ne doit-on pas reconnaître a ce 
caractère de fini dans les conditions ordinaires, qui est 
celui de l'agricidture de C.ermainville. Que de richesses 
nouvelles, et que de populations élevées, si seulement, ce 
caractère devenait commun ! Certes, on aime à attacher la 
Prime d'honneur à ces agriculures d'éclat, qui saisissent 
par leurs procédés autant que par leurs effets; mais un 
travail excellent et une production pleine, réalisés dans 
toutes les parties à la fois dun domaine à cultures variées 
en se tenant dans les conditions usuelles , c'est quelque 
chose de non moins fécond pour ne pas paraître aussi bril- 
lant, et de non moins rare, quoique ce semble facile. C'est 
le plus parfait modèle aussi, le modèle qui est dans la juste 
proportion des choses. Les instructions mêmes qui sont ici 
la loi du jury, avaient en vue des exploitations comme celle 
de M. Cuille, quand elles donnaient celte délinition si bien 
mesurée du lain-éal de la Prime d'honneur : « Tu domaine 
sagement dirigé, et soumis a une culture en rapport par- 



€3 

lait avec les circonslances locales, liicn i(''i^l('e dans ses 
(Icpenses, produclive dans ses résultais, dont l'exemple 
puisse être sûrement invoqué. » 

Vous sanclionneiez donc, messieurs, le jiigemcnlde la 
commission, rnanimement. comme elle, vous décernerez 
la l^iime d'honneur an domaine l'erme-école de (iermain- 
ville. Comme elle, aussi, vous n)arquerez de la plus liante 
lie vosdistinctions spéciales, les i^rands exemples ai;iic(des 
de Hages, en attribuant la grande médaille d'or aux ing(''- 
iiieux et puissants dessalements de salobres qu'avait laits 
M. J. Harrère. Nous vous demandons d'accorder, en outre, 
une médaille d'or à l'ensemble vilicole de M. Saiivv; une 
autre, à M. Ilénaul, pour ses travaux de dessèchement et 
d'irrigation combinés; une troisième, à .M. V. Malègne, 
pour la proportion exceptionnelle du bétail dans sa |)etile 
et jeune exploitation. 

Il n'y aura pas une partie du département (pii ne soit 
enseignée par ces récompenses, et elles ne montreront 
à son agriculture que les routes on elle peut utilement 
s'engager. D'antres avantages s'y attacheront encore. Les 
travaux (|u'elles vont signaler appartiennent à cette agro- 
nomie désormais commandée par les choses, qui ne vent 
plus mesurer les eiïorts que sur les besoins sans cesse 
augmentés, et qui se (le :i l'apidication de forces t(»nj(Hirs 
plus grandes au sol pour en obtenir toute la rémunération 
légitime. l]tt temps a existé où l'on vivait chez soi et sur 
soi. Les bornes de son propre pays lormaienl pour le » iilii- 
vatenr presijue celles du monde. C'était produire sans 
issue que de produire beaucoup. L'agriculture était deve- 
nue naturellement cette inerte jouissance de la terre, re- 
cherchée pour la sécurité de la lortune ac{inise, mais oîi 
l'on eût cr.i perdu ou jeté en prodigue t(.iit capital qu'on 
y eût employé. On est sorti désormais de ces données 
stériles, comme des anciennes voies sociales d'où elles 
dérivaient. L'entière liberté de la vie. rabaissement de 



64 

toute frontière, luiiiversalité et l'instantanéité des rap- 
ports et (les échanges, impriment |)arlonl un mouvement 
rapide qui généralise le bien-être, qui en élève le niveau à 
toute heure, (pii l'ail une ohligaliou rigoureuse de l'élever 
sans cesse : produire aclivemenl, produire de plus en plus, 
c'est la loi nécessaire. Nous ne sommes ici (|u'à cause de 
cette loi. A cause d'elle a été entreprise celte révision 
mémorable de notre législation économique, poursuivie 
avec une supériorité si soutenue et un si prolbud sentiment 
de sa fécondité par le Ministre de qui nos opérations res- 
sorlenl; à cause d'elle, il allait lui-même, l'autre jour, 
remettre aux concurrents de Poissy les grands prix qui 
s'y décernent, et leur parler le langage élevé que dictent 
les vues d'Élal, ap|)uyées sur la science et le bien public-. 
Si dans ces dispositions, qui n'ont que trop lardé, il 
est un service considérable entre ceux que les Concours 
Régionaux sont appelés à rendre, c'est de faire oublier 
déliuilivemenl les vieilles opinions, (|ui ne voyaient dans 
l'agriculture qu'un état sacrilié, où il y avait d'autant 
])lus de mérite à se tenir, qu'il ne laissait pas de fortune 
à faire. Comme les lauréats des années précédentes, les 
lauréats d'aujourd'hui nous aideront dans cette tâche. Au 
déparlemenl qui les présente, et dans lequel la nature a 
réuni toute la fertilité des alluvions, tonte la puissance du 
climat méridional,;! toute la fraîcheur de l'arrosage, à celle 
Jléiiion Sud qui recèle encore tant de richesses latentes 
sous ses grandes richesses visibles, a notre pays tout entier, 
qu'attend une ère agricole nouvelle, ils feront voir ce que 
de judicieuses et de généreuses avances peuvent pom- la 
production; ils apprendront ce que procurera de richesse 
et d'élévation de la vie, l'agriculture devenue une profes- 
sion véritable; ils diront une fois de plus que, !ors(pi'on 
décerne de hautes distinctions à des cultivateurs d'élile, 
ce ne sont pas des vertus résignées et obscures qu'on 
récompense, mais une grande industrie que l'on relève. 



DISTRIBUTION DES PRIX ET MEDAILLES. 



COMMISSION CENTRALE. 

Président M. le Préfet. 

Vice-Présidents.... M. le Maire de Perpignan. 
M. le premier Adjoint. 
M. Saisset, deuxième Adjoint. 
Secrétaire-Général. . M. Lloiibes ( Aui^'^iiste ) , président de la 
Société Agricole, Scienlilique et Littéraire des Pyrénées- 
Orientales. 

MM. les Présidents, Vice-Présidents et Secrétaires des diver.ses 
Commissions spéciales. 



PREMIERE DIVISION. 

Prime d'Honneur pour l'exploitation du département des 
Pyrénées-Orientales la mieux dirigée, et qui a réalisé les amé- 
liorations les plus utiles et les plus propres à être olTertes 
comme exemple. 

Une coupe d'argent et une somme de cinq mille francs, à M. Ger- 
main Cuillé, directeur de la Ferme-École de Liermainville, à 
Perpignan. 

Récompense aux agents de l'exploitation qui a obtenu 
la prime d'honneur. 

Une médaille d'argent et 100 l'r., à M. Boy. 



Idem 


et 100 


ù M. Aymar. 


Idem 


et 100 


à M. Gantier. 


Lue médaille de bronze et 50 


à M. Solère. 


Idem 


et 50 


à M. Pomeroly. 


Idem 


et 50 


à M. Madern. 


Idem 


et 35 


à M. Amalrich. 


Idem 


et 15 


à M. Bignals. 



66 

Médailles proposées pour des améliorations agricoles 

spéciales. 

Grande médaille d'or, à M. Barrère (Jacques), à Bages. 

Médaille d'or, à M. Sauvy-Vilar, à Perpignan. 

Id. à M. Malègue, à Pézilla-de-la-Rivière. 
Id. à M. llainaut, au Scier. 

DEUXIÈME DIVISION.— ANIMAUX REPRODUCTEURS. 

FREMIÈHC CI.ASSE. — ESPÈCE BOVINE. 

PREMIÈRE CATÉGORIE.— RACES FRANÇAISES PURE3. 

Mâles. 
Première Section. 

^e>- i„ix. — Une inéJaille d'or et 600 fr., à M. Marion île Gaja , h Gaja-la- 

Selve. 
2e pris. —Une médaille d'argent et oOO fr., à M. Bncb, à iMonti)elIier. 
5e prix. — Une médaille de bronze et 400 fr., à M. Jumas, à Uzès (Gard). 
4e niix.- Une médaille de bronze et 500 fr., à M. Bazille, à Moulpellier. 

Deuxième Section. 

^er prix. — Une médaille d'or et 600 fr., à M. Bazille, précité. 

2= prix. — Une médaille d'arjjent et 500 fr., à M. Marion de Gaja, précité. 

5e pris. — Une médaille de bronze et -iOO Fr., ii M. Bocb, précite. 

4e pris.— Une mcd. de bronze et 500 fr., à M. Latapie, à Castelnaudary. 

Femelles. 
Première Section. 

^er prix. — Une médaille d'or et 500 fr., à M. Faral, h Alzonne. 

2* prix. - Une médaille d'argent et 200 fr., à M. Marion de Gaja, précité. 

5e prix. -Une médaille de bronze et I iiO fr., à M. de Selva, à Perpignan. 

Deuxième Section. 

.,.r prix. - Une médaille d'or et 400 fr., à M. Vincent Malègue, précité. 
2<- prix.— Une médaille d'argent et 500 fr., à M. Tarai, précité. 
y prix. —Une médaille de bronze et 200 fr., à M. Latapie, précité. 



67 

Troisième Section. 

^"■'■ prix. --Une inédailli; d'or et 400 fr., à iM. Lourdon, à Montpellier. 
2« prix. — Une médaille d'argent et 300 fr., à M. Mourgues, à Montpellier. 
3'' prix. — L'ne médaille de bronze et 200 fr., à M. Bazille, jirccilc. 
A^ prix. — Une médaille de bronze et liiO fr., à M. Marion de Gaja, ■précité. 

DEUXIÈME CATÉGORIE. — RACE DURHAM PURE. 

Mâles. 
Première Section. 

l'oint de prix. 

Deuxième Section. 

l'oint de premier prix. 

2» prix. —Une médailL' d'aiMcnt el "iOD (r., ;i M. Malèguc, 'précité. 

Femelles. 
Première Section. 

Point de prix. 

Deuxième Section. 

Point de premier prix. 

2'' prix. — Une médaille d'ar(yrnt et 300 fr., à i\I. Sabatier d'I'lspeyran , 
à Saiiit-Ciilles. 

Troisième Section. 

l'oint de prix. 

TROISILME catégorie. — R.4.CES ÉTRANGÈRES PURES DIVERSES. 

Mâles. 
Première Section. 

1"^ prix. — Supprimé. ' • 

DiMixièmo Section. 

Point do prix. 



68 

Fejnelles. 
Première Section. 

Point de pris. 

Deuxième Section. 

Point de premier prix, 

2» prix. — Une médaille d'argent et 500 fr., à M. Causse, à Sommières. 

Troisième Section. 

^e'■ prix. — Une médaille d'or et 400 fr., à RI. Destrcmx de Saint-Cbrislol, 

à Alais. 
2e prix. — Une médaille d'argent et 500 fr., à M. Causse, précUii. 
3* prix. — One médaille de bron/.e et 200 fr., à M. Mourgues, précité. 

QUATRIÈJIE CATÉGORIE. — CROISEMENTS DURHAM. 

Mâles. 
Première Section. 



Point de prix. 
Point de Prix. 



Deuxième Section, 



Femelles. 
Première Section. 

Point de premier prix. 

2« prix. — Une médaille d'argent et 200 fr., à M. Destrcmx deSaint-Cbristoi, 
précilé. 

Deuxième Section, 

Point de premier prix. 

2* prix. — Une médaille d'argent et 300 fr., a RI. Malègue, précité. 

Troisième Section, 

Point de premier prix. 

2' prix. — Une médaille d'argent et 300 fr., à M. le duc de Filz-Janies, 
à Saint-Gilles. 



6 y 

CINQUIÈME CATÉGORIE. — CROISEMENTS DIVERS. 

Mâles. 
Première Section. 

Point (le prix. 

Deuxième Section. 

Point de prix. 

Femelles. 
Première Section. 

Point de premier prix. 
2' prix. — Supprimé. 

Deuxième Section. 

^" prix, — Une médaille d'or et 200 fr., à M. Sabatier, précité. 

Troisième Section. 

•I'''' prix. — Supprimé. 

Oe prix. — Une nicdaillc d'ar{;cnl et 200 fr., à M. Numa Rives, à Cuxac- 

Ca bardés. 
5' prix. — Une médaille de brome et 1 aO fr., à M. Latapic, précité. 



DEUXIÈME CLASSE. ^ESPÈCE OVINE. 

PREMIÈRE CATÉGORIE.— U.\Ci:S MÉRINOS ET MÉTIS-MÉRINOS. 

Mâles. 

^-■r prix. —Une médaille d'or cl 500 fr., h M. Courier, à Fraisse-Cabardès. 
2"^ prix. —Une médaille d'aryrnl et 250 fr., à M. de Cassai(;neau de Brasse, 

h I.imonx. 
5e prix.- Une médaille de bronze et 200 fr., à M. Louis de Fournas , 

à Carcassonne. 
/,c prix. — Une médaille de bronze et ITo fr., à M. Cnillé, précité, 
fi' prix. — Une médaille de bronze et l.'iOfr., h ^\. Marion de Gaja, pre'ciVe. 
fjc prix. — Une médaille de bronze et 125 fr., à M. Siurolcs, à Pczilla-de- 

la-Riïiére. 



70 

7c prix. — Inc mcJaille de bronze et \ 10 fr., à M. Auriol, à Canet. 
ge j)ii\. — Duc mcilaillc de bronze et 100 fr., à M. Angles, à Sigean. 
ge prix. — Pne imilaille de bronze et 80 fr., à M. Briizy, à Perpignan. 

Femelles. 

1er prix. _ Une médaille d'or et 500 fr , à M. Cuillc, ■précité. 

2" prix. — Une médaille d'argent et 2o0 fr., à M. de Cassaigneau de Brasse, 

précilê. 
3e prix. — Une midaillo de bronr.e et 200 fr., à M. llainaiit, jirétilé. 
4« prix. — Une médaille de bronze cl l7o fr., à iM. Tapié-Mengau, à Salles 

(.\iide). 
5» prix. — Une médaille de bronze et ^50 fr., à M. Mortagc, à Pézilla-de- 

la-Rivière. 
G« prix. - Une médaille de bronze cl I2j fr., à M. Lades Goût, à Carcas- 

sonne. 
7= prix. — Une médaille de bronze et 1 10 fr, à M. Foixnnnet, à Alénya. 
ge pri^_ —Une médaille Je bronze et 100 fr , à M. Piijas, à Argelés sur-M. 

DEUXIÈME CATÉGORIE. — RACE BARRARINE. 

Mâles. 

|rr prix. — Une médaille d'or et 200 fr., à M. le duc de Fi(z-,Iames, })rfVi7c'. 
oe prix. — Une médaille d'argent et 150 fr., à M. Castres, à Sainl-Kéliu- 

d'Avall. 
5« prix.- Dne médaille de bronze et 100 fr., à M. André Tenipier, à 

Ainiargues (Gard). 

Femelles. 

I«r prix.— Une médaille d'or et 200 fr., ;i M. André Tcmpicr, prm/é. 
2^ prix. — Une médaille d'ar|;en tel I jO rr.,à M. le dnc de Filz-Jamcs, ptci/t. 

TROISIÈME CATÉGORIE. — RACE A LAINE COMMUNE. 

Mâles. 

Point de prix. 

Femelles. 

I "prix. —Une médaille d'or el 500 fr, à M. deCassaigncau délirasse, preci/i;. 



71 

2' prii. — Une médaille d'arijcut el 200 fr., à M. de MarlriD-Uonos, à 

Narboniie. 
3<- j)iis. — Une médaille de bronze et loO fr., à M. Siurolcs, précité. 

QUATRIÈME CATÉGORIE.— RACES ÉTRANGÈRES DIVERSES. 

Mâles. 

^ir|„.i^._Unc iiK'daille d'or cl 500 fr., à M. Louis Fabre, à Saiiit-Privat 

(Vaucluse). 
2'' i)rix. — Due médaille d'argent et 200 fr., .'i M. L* de Fournas, précité. 

Femelles. 

I" prix. — Duc médaille d'or et ÔOO fr., à M. Louis Fabre, précité. 
CINQUIÈME CATÉGORIE. — CROISEMENTS DIVERS. 

Mâles. 

.jfipri>t. — Une médaille d'or et 500 fr., .'i M. Louis Fabre, précité. 
2" prix. — Une médaille d'argent et 200 fr., à M. Sarda, h Lésignan (Aude). 
5e prix. — Une médaille de bronze el loO fr., à M. Barrère, précité. 
Une mention bonorable, à M. le duc de Fitz-Fames, précité. 

Femelles. 

I" prix. — Une médaille d'or et ÔOO fr., à M. Louis Fabre, précité. 

2' prix. — Une médaille d'argent et 200 fr., à M. le duc de Filz-James, 

précité. 
î)e prix. — Une médaille de bronze et 1 .'iO fr., à M. André Tempier, précité. 
A' prix. — Une médaille de bronze et 100 fr., à M. Barrère, précité. 
Une mention bonorable, à M. Ïapié-Mengau, précité. 



TROISIEME CLASSE. ESPECE PORCINE. 

PREMIÈRE CATÉGORIE. — RACES INDIGÈNES PURES. 

Mâles. 

l'oint (Ir piix. 

Femelles. 

l'oint de premier pris. 



72 1 

2' prix. — Une nicJaille d'arj;cnl et 150 fr., à M. Coloinbics, à Pézilla-de- 

la-Rivière. 
Dne mention honorable, à M. Malègue, précité. | 

DEUXIÈME CATÉGOniE. — RACES ÉTRANGÈRES. 

Mâles. 



•("prix. — Une médaille d'or et 2o0 fr., à M. de IMartrin-Donos, jirécité. 

2' prix. — Une niéilaillc d'argent et 200 fr., à M. Maiègne, jtrécilé. 

3' prix. — Une médaille de bronze et lîiO fr., à M. de Cassaigncau de Brasse, 

précité. 
A^ prix. — Une médaille de bronze et 100 fr., à M. Marion de Gaja, précité. 

Femelles. 

■1"' prix. — Une mcd;iille d"or et 200 fr., h iM. Malègue, précité. 

2"^ prix. — Une médaille d'argent et 150 fr., à M. Marion de Gaja, précité. 

5* prix. — Une médaille de bronze et 100 fr., à M. Sanvy, précité. 

■'i' prix. — Une médaille de bronze et 80 fr., à M. de Cassaignean de Hrasse, 

précité. 
S"" prix.— Une médaille de bronze et 70 fr., à M. Cnillé, précité. 

TROISIÈME CATÉGORIE.— CROISEMENTS ENTRE RACES FRANÇAISES 
ET RACES ÉTRANGÈRES. 

Mâles. 

Point de prix. 

Femelles. 

Point de premier prix. 

2" prix.— Une médaille d'argent et 100 fr., à M. Wali'gne, précité. 



QUATRIÈME CLASSE. ANIMAUX DE BASSE-COUR. 

Une médaille d'argent et 100 fr., à M. r,aies, ;i Millas. 

Une médaille d'argent et 100 fr., ;i M. Clialcrie, à Marseille. 

Une médaille de bronze et 20 fr., à .M. Pages, à Saint-Génis. 

Une niéilaille de bronze et 20 fr., à M. Guillanme Sabalier, à Montpellier. 

Une médaille de bnime et 20 fr., à M. Baillo, à Thuir. 



I 



73 

IVECOMPEÎ^Sî:.S aux serviteurs R13R\\3X. 



Une somme de 100 fr. et une méduillc d'argent, au sieur Chavannac, 

emplové chez M. Marion de Gaja. 
Une somme de 80 fr. et une médaille d'argent, au sieur Romeu, employé 

chez M. Malègue. 
Une somme de 70 fr. et une médaille d'argent, au sieur Tailleur, employé 

chez M. le duc de Filz-Jamcs. 
Une somme de 60 fr. et une médaille d'argent, au sieur Bonifacc, employé 

chez M. Gaston Baziile. 
Une somme de "jO fi'. et une médaille do bronze, au sieur Daniel Michelin, 

employé chez M. Dcstremx. 
Une somme de 23 fr. et une médaille de bronze, au sieur Hilles Louis, 

employé chez M. Gouricr. 
Cno somme de 2.j fr. et une médaille de bronze, au sieur Esraré, employé 

chez M. IMartrin-Donos. 
Une somme de 25 fr. et une médaille de bronze, au sieur Alcngrv, employé 

chez M. Tapié-Mengau. 
Une somme de 2o fr. et une médaille de bronze, au sieur Casiex, employé 

chez M. Sarda. 
Une somme de 23 fr. et une médaille de bronze, à M"' Catherine Gilles, 

employée chez M. Gazes. 

INSTRUMENTS ET MACHINES AGRICOLES. 



PREMIERE SECTION. 

Inslrunienls et Machines à l'usage de l'Induslrie agricole, appartenant 
à des exposants de la Région. 

Preniièi-e Sous-Section. — Travaux d'extérieur. 
Charrues. 

Rappel de médaille d'or, à M. .\uguste Estrade, à Canobès. 



74 

Point de deuxième prix. 

3' prix.— Une médaille de bronze, à M. Court, à Perpignan. 

Mention honorable, à M. Séguy, à Tliézan (llcraultl. 

Charrues sous-sol. 

H;ippel de médaille d'or, à M. Auguste Kstrade, pncilé. 

2' prix.— Une médaille de bronze, à M. Fulcrand, à Montpellier. 

Mention honorable, à M. Desiremx de Saint-Christol, firécilé. 

Herses. 

Rappel de médaille d'or, ;i M. Auguste Estrade, jtrniié. 
2« prix. — Une médaille de bronze, à M. Fulcrand, précité. 
Rappel de médaille de bronze, à M. Vincent Malègue, précilé. 

Rouleaux. 
Rappel de médaille d'or, à M. Auguste Kstrade, précilé. 

Scarificateurs et Extirpateurs. 

Point de premier prix. 

2' prix. — Une médaille de bronze, à M. Fulcrand, précilé. 

Mention honorable, à M. de Chefdebien, à Narbonne. 

Butteurs. 

Prix uni(|uc.— (j'ne médaille de bronze, à M. Fulcrand, précité. 
Mention honorable, à I\I. Malègue, précilé. 

Machines à faucher les praiiies naturelles ou artificielles. 

l'oint de prix. 

Râteaux à cheval. 

Rappel de médaille d'or, à M. Auguste Estrade, précilé. 

Véhicules destinés aux transports ruraux. 

Rappel do médaille de bronze, à M. Rernard, à Montpellier. 
Mention honorable, à .M. Sarda, h Ralio. 

Harnais propres aux usages agricoles. 
Point de prix. 



75 
Collections d'instruments à main. 

Point de premier prix. 

2* prix. — Une médaille de bronze, à M. Fulcrand, précité. 

Menlion honorable, à M. Pierre Eslirach, à RivcsaKes. 

Araires vigneronnes. 

I*^'' prix. — Cnc médaille d'or, à I\I. Vincent Mali'gne, firécilé. 

2» pii\.— Une médaille d'aqjent, à M. Paul Coste, à Saint-Gilles (Gard). 

3» prix.— Une médaille de bronze, à M. Fulcrand, précité. 

Mention honorable, à M. Peyre, à Conques (Aude). 

Extirpateui's. 
Une médaille de bronze, à M. Carcassonne, à Perpignan. 

Instruments pour tailler la vigne. 

Une médaille d'argent, à M. Sagan, à Perpignan. 

na|)pt'l de médaille d'argent, à M. Fulcrand, précité. 

Une médaille de bronze, à M. Pierre Fstirach, précité. 

Mention honorable, à M. Barrant, à Cassagnes (Pyrcnces-Oricntales). 



Deuxiômc Sous-Section. — Travaux d'intérieur. 
Malaxeurs. 

l'oint de piemier prix. 

2'' prix.- Une médaille de bronze, ,i M. Pinsard, h Montrcdon (Aude). 

Machines à vapeur, mobiles, applicables à la machine à battre, 
ou à tout autre usage agricole. 

f' prix.— Une médaille d'or, à M. Frézonis, à Mars-Saiiit-Pnolle (.\ude) 

Machines à battre, mobiles, rendant le grain tout nettoyé, 
propre à être conduit au marche. 

Point de premier prix. 

Point de deuxième prix. 

."'• prix.— Une médaille de bronze, à M. Soubielle, il Formiguèrcs. 



76 

Cribles et Trieurs, 

H«' prix.— Dne médaille d'argent, à M. Prax, à Perpignan. 
2' prix.— Dne médaille de bronze, à !\F. Fourment, à Ille. 
Dne médaille de bronze, à M. Soulé, h Perpignan. 

Hache- Paille. 
Point de premier prix. 
Point de deuxième prix. 
Mention honorable, à M. Puig, à Perpignan. 

Pressoirs à vin, mobiles. 

Une médaille d'or, à M. Macabies, à Perpignan. 
Une médaille de bronze, à M. Estirach, précilé. 

Pressoirs à vin, fixes. 
Une médaille d'or, à M. Tarbouriech, à Pézénas. 

Tonnellerie. 

Une médaille de bronze, à M. Alazet, à Saint-Laurent-de-la-Salanque. 
Une médaille de bronze, à M. Sauvy-Vilar, précité. 

Pompes mobiles. 
Rappel de médaille d'or, à MM. Fafcur, à Carcassonne. 

Pompes fixes. 
Une médaille d'argent, à MM. Fafenr, précilés. 

Appareils à soufrer la vigne. 

Une niéd.iille do bronze, à M. Faurie, à Narbonnc. 
Happel de médaille de bronze, à M. Granal, à Béziers. 

Pressoir à cire. 

Une médaille de bronze, à M. Anrcill, ,'i Vinra. 



77 
DEUXIÈME SECTION. 

Iiislruiuenls el Macliines à l'usage de l'induslrie agricole, apparleiianl 
à des exposants étrangers à la région. 

Première Sous-Section. — Travaux d'extérieur. 
Herses. 

Rappel de imiJuille (rainent, à M. Pellier jeuno, à Paris. 

Dutteurs. 

Prix unique.— Une médaille de bronze, à M. Yeillon, à Matlia (Ciiar.-Inf.). 

Machines à faucher les prairies nalurelks ou arlijicieUes. 

I""pri\.— Une niédailio d'or, à M. Peltier jeune, prédit:. 

2" prix. — Une médaille d'argent, » MM. Clubb et Schuiitb, à Paris. 

Machines à faner. 

••"■prix. — Une médaille d'or, à M. Peltier jeune, précité. 

2^ prix. — Une médaille d'argent, à iMM. l^liibb et Scbuiith, précilcs. 

Râteaux à cheval. 

J'"" prix. —Une médaille d'argent, à M. Peltier jeune, précité. 

2" prix. — Uue médaille de bronze, à iMM. Clubb el Scbniitb, précités. 

Machines à moissonner. 

•I*' prix. —Une médaille d'or, à M. Peltier jeune, précité. 

Pompes à purin. 
C'' prix.- Une médaille d'argent, à M. Peltier jeune, précité. 

Ruches. 

Ua])pel de médaille d'argent, à iM. Haniet, à Paris. 

Vigneronnes. 

^'"■p^ix. — Une médaille d'or, à M. Peltier jeune, précité. 
2' piix— Une médaille d'argent, à .M. Veillon, précité. 



78 

Extirpateurs. 
Une médaille de bronze, à M. PelLior jeune, pncilé. 



INSTRl^MENTS îsON PREVUS tM PROGU\MME. 

Lne médaille d'argent, ;i M. l'iiisard, précité, pour ciment. 

Une médaille d'argent, à M. Féline, ii Allègre (Gard), pour un sporomètre. 

Une médaille de bronze, à M. LIanta, à l,a Tour-bas-I^inc (Pyrénées- 
Orientales), pour une presse à foin. 

Une médaille de bronze, à iM.M. Fafeur, précités, pour une boite à clapet 
et robinet. 

Une médaille de bronze, à M. llolland, à Corneilla-de-la-llivière (Pyrénées- 
Orientales), pour fers il cbeval. 

Une médaille de bronze, à iM. Badimon, à Marmaude (Lot-et-Garonne), 
pour fouloir-égrappoir. 

Une médaille de bronze, à M. Vigouroux, à Nimes (Gard), pour robinets. 

lîappel de médaille d'or, à M. Pellier jeune, précité, pour un liaclie-paille. 

Rappel de médaille d'or, à M. Pialoux, à Agen (Lot-et-Garonne), pour 
macliine à battie. 

Rappel de médaille d'or, à M. l'ialoux, précité, pour tarare. 

Rappel de médaille d'or, à M. Pinet fils, à Abilly ( Indre-et-Loire) , pour 
manège sans courroies. 

Une médaille d'or, à M. Grenier, à Toulouse, pour pompes mobiles. 

Rappel de médaille d'argent, à M. Caroiis, à Toulouse, pour égrainoir a mais. 

Rappel de médaille d'argent, à M. Gasquet, à Castres, pour trieur. 

Rappel de médaille d'argent, à M. Vermorel, à Villefranebe (Rbône), pour 
un tarare. 

Une médaille d'argent, ii M. Caroiis, précité, pour manège. 

Une médaille d'argent, à .MM. Massonnct, iNassivet et C'", à Nantes, pour 
cbarrie-paille secoueur. 

Une médaille d'argent, à M. Pinel fils, précité, pour égraineuse à trèfle. 

Rappel de médaille de bronze , à M.M. Massounet, Nassivct et C'"", précités, 
pour un tarare débourrcur. 

Une médaille de bronze, à M. Dubois, à Paris, pour un porte-bonleilles. 

Une médaille de bronze, ;i M. VeiUoii, précité, pour une bonde de tonneau. 

lions DU Co.NCouiis.-- M. Passedoit, à Saunuir (Maine-et-Loire), pour une 
umcliine ii vapeur, arrivée trop tard. 



79 
PRODUITS AGRICOLES. 

MÉDAILLE d'or, 

A MM. Gclabcrt et Casteillo, fi Kivesaltes, pour leur vin muscat vieux. 
Siugla, à Uivesaltfs, pour sou vin roinje ordinaire de 1801. 

MÉDAILLE d'argent, 

A Jl.M. Laurent lUirunJ, a Saint-Nazaire ( l'yiént-cs-Orienlalcs) , pour une 
loison du laine. 

Guérin Cliallit'r, à Florenzac (Hérault), pour huile d'olives. 

Louis Fabre, prccilé, pour rensemble de sa colleclion. 

Gervais,à MoutpclliiT, pour ["acclimatation de Truites de lue et 
Saumon. 

Gourier, précilé, pour l'ensemble de son exposition. 

Malègue, précilCj pour Teusenible de sa collection. 

Médecin, à Menton (Alpes-Maritimes), pour l'enscnible de ses essences. 

l'bilippe Massot, à l'erpiguau, pour ses nianclies de fouet en mico- 
coulier. 



MÉDAILLE DE BRONZE 



5 

re . 



A MM. Carboiiell, à Lr ( i'yrénécs-Orientales) , pour ses pommes de ten 
Caries, à Perpitjnan, pour souches greffées, d'un à deux ans. 
Christol, à Béziers, pour engrais indigène. 

Dauder,à Vernet-les-lJains(l'yrén.-Ui'ienlales), pour son miel et cire. 
Durand, à Perpignan, pour ses lièges. 

De Gonsalvo, à Kslagel (Pyrénées-Orientales), pour huile d'olives. 
Labrousse, à Nyer (l'yrénées-Urienlales), pour miel et cire. 
De l.ourdoueix, h Montalba (Pyrénées-Orientales), pour ses rouleaux 

de cercles de châtaignier. 
Pujol, à Fourques (Pyrénées-Orientales), pour ses planches de liège. 
Thomas, à lîivcsaltcs, pour ses cristaux de marc. 
Tapié-Mengau, pricité, pour ses toisons mérinos. 
Trilha, à La Tour-de-France (Pyrénées-Orientales) , pour ses cocons 

et ^uies. 

La Commission décerne une Mention honorable à la Société 
Agricok", Sciontilitiue et Litléi'aire ilos Pyrénées-Orientales, pour 
l'ensemble de son exposition. 



80 
VINS, etc. 

MÉDAILLE d'argent, 

A M.M. Sévorin Bassal, à Hivesaltes, pour son vin rougo de -1861. 

Henri Duverney, à Perpignan , ponr son vin rouge de commerce 

de 1861. 
M. Jancr, à Perpignan, pour sou vin rouge de commerce de 1861. 
Souvras-Territ, à Perpignan, pour son vin rouge froid de <86l. 
bélieu, à Port-Vendres, pour son vin rouge doux de l8o9. 
Bonaventure Ueig, à Port-Vendres, pour son vin rouge doux de 1859. 
Av-DiHiias, à Hivesaltes, pourson vin de gi'enaclie de <86l . 
Lacrouiolte-BeHonet fils, à Fronligiian ( Hérault ), pour ses vins 

blancs muscat. 
Bouaventure Keig, précité , pour son vin rouge, façon l'orlo vieux. 
Lloubes père, à Perpignan, pour son vin blanc de ^858. 
Carbonnell, à Cases-de-Péne, pour son vin de malvoisie vieux et 

son vin de macabeu vieux. 
Auguste Lloubes, à Perpignan, pour son vin de malvoisie de 18o7. 
François Pi, à Port-Vendres, pour ses vins de Cosperons de 1837 

et 1842. 
Bonet, a Baiiynl-s-dels-Aspres, pour sou vin rancio, de 40 ans. 
La Société lioussillonnaise, à Bivesaltes, ^our sou vin de grenache 

muté de 1858. 
Auguste Lloubes, précité, pour ses vinaigres de 1850 et 185". 
Auguste Lloubes, précité, pour son eau-de-vie de muscat de ^850. 
Guérin-Cbailier, précité, pour son eau-de-vie de vin. 
Carbonell, précité, pour son ratafia de Cosperons. 
Blanc-Nover et C'", à Perpignan, pour aiiiselte de Bordeaux et 

menlbe glaciale. 

MÉDAILLE DE BRONZE, 

A MM. Laurent Calmont, à Opoul (Pyrénées-Orientales), pour son vin ronge 
de commerce de 1 80 1 . 

Pla, à Saint-l'aul-de-Fenouillet (Pyrénécs-Oricnlulcs), pour son vin 
rouge de commerce de 18GI • 

Paul Coronat, à La Tour-dc-Fiance , pour son vin rouge de com- 
merce de I 861 ■ 



81 

A MM. Caries, prédit, pour son Tin rouge de 1858. 

Marlimort, à Rasijjuéres (INrénces-Orientalcs), pour son vin rouge 

de commerce de I8GI . 
Roca, à Perpignan, pour son vin ronge de )86). 
Bélieu, prccité, pour son vin, façon l'orlo. 
Numa Moubes, à Perpignan, pour son vin blanc de ^8o2. 
La Sociélé Roussillonnaise do Uivesalles, pour son vin de inacabcu 

de I8GI. 
Gauze, à Rivesaltes, pour son vin de Tokay de tSiiT. 
Panis-Bobé, à Port-Vcndres, pour son vin rancio de 12 ans. 
Adamoli, à Perpignan, pour son vin rouge d'aranion de I8GI. 
Anbiiul, à Sallèles (Auiie), pour son vinaigre de 22 ans. 
Bertrand aîné, à Béziers, pour son vinaigre de madère de 1849. 
(îélabert et Casteillo, précités, pour leur eau-de-vie de muscat. 
Robelin, à Salses, pour son eau-de-vie de vin. 
Calvet, à Cauobès, pour son esprit 5/6 de marc. 
Villacè(jne père el fils aiué , à Peyrcslortes (Pyrénées-Orientales), 

pour esprit 3/G ( le goiU de vin ). 
Lavaysse, à Giguac (Hérault), pour son cura(,'ao. 
Forl-Despax et Darot, à Toulouse, pour leurs liqueurs. 



CONCOURS DES ANIMAUX DE LA RACE CHEVALINE, 
ET DES ANIMAUX GRAS ET DE TRAVAIL. 

PREMIÈRE CLASSE. — ANIMAUX DE LA RACE CHEVALINE. 

PREMIÈRE SECTION. — JLMENTS POULINIÈRES. 

Une prime de 120 fr., à M. de Selva , à Perpignan, pour la jument Biche, 

âgée de 9 ans. 
Une prime de 120 fr., à M. Duvernev, à Perpignan, pour la jument Belle, 

âgée de 13 ans. 
Une prime de 120 fr., à M. Biaise Fontaneill, à Pézilla-de-la-Rivicre, pour 

la jument Cocotle, âgée de 13 ans. 
Lue prime de 120 fr., à M. Justin Durand, :i Perpignan , pour la jument 

Cocotte, Agée de \0 ans. 

6 



82 

Une prime tle 100 fr., à M. Dtiveniey, précité, pour la jument idolpha, 

dgce de -'( ans. 
Une prime (le 100 fr., à M. Joué, ;i Vilk-longuc-Jc-la-Salanque, pour la 

jument Obtissanle, âgée du G ans. 
Une prime de 100 fr., à M. Jean Durcassy, à Villelon(;ue-de-la-Salanque, 

(loiir la jument Belle, âgée de ^0 ans. 
Une prime de 100 fr., à iM. Jérôme Llobet, à Saint-Féliu-d'.Vvall, pour la 

jument Anglaise, àjjéc de ■'( ans. 
Une prime de 100 fr., ;i iM. Jean Baptiste Hcnric, il Saint-Eslèvc, pour la 

jument lirunelle, âgée de 'i ans. 
Une prime de 100 fr., à M. ,\ndré Uoger, ;i Saint-Laurent-dc-la-Salanque, 

pour la jument Belle, âgée de '6 ans. 
Une prime de 72 fr., à M. de Stlva, précité, pour la jument Biche, 12 ans. 
Une prime de 72 fr., à M. François Sibieude, i Corneilla-de-la-RivJcro , 

pour la jument Charmante, âgée de G ans. 
Une prime de 72 fr., h I\l. Jauberl , à Llupia , pour la jument Moutarde, 

âgée de 8 ans. 
Une prime de 72 fr., à M. Marcel Ducassy, à Villelongue-de-la-Salanque, 

pour la jument Belle, âgée de 4 ans. 
Une prime de 72 fr., à M. Jacques Durand, à Hivesaltcs, pour la jument 

Belle, âgée de G ans. 
Une prime de 72 fr., à M. Joseph l'rax , il Perpignan, pour la jument 

Gestation, âgée de ^2 ans. 
Une prime de 72 fr., ii M. iîonct-Desmazes, à Sainl-f.aurent-de-la-Salanque, 

pour la jument Biclie, âgée de 7 ans. 
Une prime de 72 fr., à .M. Saturnin Dadies , à Perpignan , pour la jument 

Belle, âgée de 13 ans. 
Une prime de 72 fr., il M. Prax, précité, pour la jument l'élisse, 8 ans. 
Une prime de 72 fr., ;i M. Jean Baillo, à Thuir, pour la jument Stella, 

âgée de 10 ans. 

DEUXIÈME SECTION. — POULAINS, POULICHES ET CHEVAUX 
OU JUMENTS DE SERVICE. 

Pouliches de 3 ans. 

Inc prime de 200 fr., à M. Berlrand-Ualanda , à Perpignan, pour la 
ponliclic Belle, 



83 

Une [iriine de ISO fr., .i M. Joseph Cavaillt-, à Saiiit-Jcan-Pla-de-Coils, 

pour la |Hiiili(lio Sorma. 
Une [irimc de iliO fr., à M. Jean Miffre, à Pi'zilla-de-la-Iiivii're , pour la 

poulielic yanquine. 
Une prime do l.'iO fr., à M Jean Montai, au Soler, pour la ])Oulicbc Aa/es«e. 
Une prime de 100 fr., ;i M. l'erier, à lialio, pour la pouliclie Obcissanle. 
Une prime de 100 fr., ;i M. de C.iiefdebien , à l'erpignan , pour la puulicbc 

biche. 

Pouliches de S an.i. 

Une prime de liO fr., à M. Jean Miffre, précilé, pour la poiilielie Belle. 
Une prime de ÏJO fr., à .M. l'onlaneill, précilé, pour la pouliihc Licite. 
Une prime de oO fr., à M. Jnsliii Durand, précilé, pour la pouliche Palmyre. 
Une prime de JiO fr., à M. Jules Parcs, à l'erpi|;nan, i-our la pouliche Belle. 
Une |)rime de 2o fr., à M. François Baillo, à Ihuir. \ 
Une prune de So Ir., a !\l. .Jean BailIo, a Ihuir. ; 

Poulains et Pouliches d'un an. 

• 

Une médaille d'argent, à M. Ducassy, précilé, pour le poulain Diaz. 

Une médaille d'argent, à M. Joseph Denamiel , à Millas, pour la pouliche 

.)liss Sophiii. 
Une médaille de bronze, à i\I. Ducassy, précilé, poui' la pouliche Itéussile. 
Une médaille de bionze, à M. Raphaël Joué, à Villelongue-de-la-Salamiue, 

pour le poulain Obéissanl. 
Une médaille de bronze, à M. Bonavcnturc Camps, à La Tour-bas-Elne, 

pour le poulain Kalés. 
Une médaille de bronze, à i\l. Brogard , à Mine, pour la pouliche Scapine. 
Une médaille de bronze, à M. Jean Baillo, précilé , pour la pouliche liijou. 
Une médaille de bronze, ii M. Duverney, précité , pour la pouliche YaiiAi'ii. 

Poulains de S ans. 

Une médaille d'argent, à M. Jean-Baptiste Henric, j)rtci/f , pour le poulain 

Sankin. 
Une médaille d'argent, à M. Sébc, à l'erpignan, pour le poulain .VaiiAiii. 
Une médaille de bronze, à .M. (juiler, à S'-llippolyle, pour le poulain Itlond. 
Une méilaille Je bronze, à M. (iuiler, précilc, |iour le poulain linrdol. 
l'nc médaille de bronze, à M. l.-lt. I.abau, à llle, pour le poulain liijou. 



84 

UnB nu'iliiille de bronze, à M. Charles Lazeniic, à Perpignan, pour le 

poulain Zesmer. 
Une médaille de bronze, à M. Corne Modal, à Corncilla-de-Ia-Rivièrc, pour 

le poulain Lionel. 

Poulains castrés, de 3 ans. 

Une médaille d'argent, à M. Jules de Lamcr, a Perpignan, pour le poulain 

Front in. 
Une médaille d'argent, à M. François Baillo, pn'ci/f, pour le poulain Ltger. 

Chevaux et Juments de service, de 4 à 5 ans. 

Une médaille d'argenf, à M. Fontaneill, précité, pour la jument GringaUttt, 

A ans. 
Une médaille d'argent, à I\l. Cii. Lazcrmc , prédit , pour la jument Kalése , 

A ans. 
Une médaille d'argent, à M. de Chefdebien , précité , pour le cheval Coco, 

4 ans. 
Une mcddille d'argent, à M. de La Busta, à Alénya, pour le cheval yerveux, 

a ans. 
Une médaille de bronze, à M. Charles Lazerme, précité, pour le cheval Grin- 
galet, 4 ans. 
Une médaille de bronze, à M. Fontaneill, précité, pour la jument Lise, 

o ans. 
Une médaille de bronze, à M. de La Busta, précité, pour le cheval Piron , 

o ans. 
Une médaille de bronze, à .M. Charles Lazerme, précité , pour la jument 

Mauresque, A ans. 
Une médaille de bronze, à M. Dispan , à Palau-del-Vidrc , pour la jument 

Marquise, A ans. 
Uue médaille de bronze, à M. Sanyas-Siuroles , à Saint-Laurent-de-la- 

Salanque, pour sa jument de A ans. 
Une médaille de bronze, à M. James Jaume , a Perpignan , pour la jument 

Biclie, A ans. 
Uue médaille de bronze à M. Jacques Falgucre, h Palau-del-Vidrc, pour la 

jument Belle, A ans. 



85 

DEDZiÈmE CLASSE. ANIMAUX GKAS ET DE TltAVAIL. 

PREMIÈRE SECTION. — ANIMAUX DE TRAVAIL. 

Première Catégorie. — Espèce Bovine. 

• •^■■piix. — Une mi'd.iille d'or, à M. Cliailos Héiingo, à rerpijjiiaii. 
2* pri\. — Une médaille d'argrnt, a i\I. Ilainaut, au Soler. 
Alciilioci lionoiable, avec niudaillL' de bionzi', à M. Soler, à Alénya. 

liK'ni Idcni a M. Foixonnet, .î Perpignan. 

Deuxième Catégorie. — Mides et Mulets. 

("■inlï.— Une nn'ilaiile d"or, à M. Sauvy, à l'erpi|;nan. 
2' i)i'ix.— Une nu'daillc d'ai|;iMil, à M. niiiand, à Saint-Nazaire. 
.Mention honorable, a^c iiudaillf de Ijron/.e, à .M. Guichet, ;i \'i!!i!ongue- 
dels-Monts. 

Troisième Catégorie. — .incs et Anesses. 

l'fprix. — Une nu-ilaille il'arjîent, à !M. Sédes, à Pia. 
2« prix. — Une médaille d'argent de 2" classe, à M. Modal, ,i Thnir. 
Alentioii honorable, avec médaille de bronze, .i M. Uacoinbc Saint-Michel, 
il SaJses. 

DEUXIÈME .SECTION. — ANIMAUX GRAS. 

Première Catégorie. — Espèce Bovine. 
Première Seclion. — Uœuts gras. 

I>' prix.— Une médaille d'or et 100 fr., à M. Galle, à Thuir. 
Point de deuxième prix ni de mentions honorables. 

Deuxième Section. — Bandes de Liieuls. 

point de prix. 

Troisième Section. — Vaches. 

I" prix. — Une médaille d'or et 100 fr., à M. losepli Anf-ladc, ;i Ihéza. 
2e prix. — Une médaille d'argenl el .jO fr., ii M. Joseph Giiilard, à Palalda 
Point de mentions boiuiiables. 

Onalrième Seclion. -- Bandes de Vaches. 

Point de prix. 



86 
Cinquième Section. — Bandes de Veaux, 

jer |,riv.— Un.' MR'Jaille d'arj^eiit et jO fr., à M. Ilainaul, au Solcr. 
l'oint de ilcinionu' [)ii\ ni de mentions honorables. 

Deuxième Catégorie. — Espèce Ovine. 
Première Section. — Moutons de 24 mois au plus. 

.jc>pii,._Une médaille d'or et 100 fr., .'i M. Itarrl're fils, à Dagcs. 
2' prix.— Une nicdaille d'argent et 50 fr,, à M. Mir, h Formiguèr.s. 

Deuxième Section.— Moulons âgés de plus do 2i mois. 

jerj,ri^._L'ne médaille d'arj;cnl et 50 fr., h M. VA. Foixonnet, h Perpignan. 
Point de deuxième prix ni de mentions honorai)les. 

Troisième Section. — Brebis. 

.|er |,ri,._ Une médaille d'argent et )00 fr., h M. Ilainant, au Sider. 

2» prix. — Une médaille d'argent cl i)0 fr., à M. Mare Conte, h .Vrgelès- 

sur-Mcr. 
Point de mentions lionorablcs. 

Quatrième Section. — Agneaux de lait. 

^e.v |„.i,i._Une médaille d'argent et 50 fr., h M. lîarri le lils, à Bages. 
2e prix. — Une médaille d'argent de 2' elassc et ."0 fr., à M. Jae.]. Pujas, 

à Argelès-sur-Mer. 
Point de mentions honorables. 



La Commission a vu avec regret que M. Vincent Malègne, un 
de ses membres, (pii avait exposé une génisse croisée Durham, 
ainsi qu'une vache Durham garonnaise, par une délicatesse exa- 
gérée, a rel'usé toute participation au concours. La Commission 
se fait un devoir de déclarer, à l'honneur de M. Maiègue, dont 
elle n'a pu vaincre la résistance, <|ue les deux sujets qu'il a pré- 
sentés, et qui viennent d'être désignés, ont mérité d'être classés 
comme premier prix, chacun dans sa section. 



87 
PRODUITS INDUSTRIELS ET MANUFACTURÉS, 

PREMIÉRR CATÉGORIE. 

MédaUle d'or, 

A MM. Iliillzer, Ouriaii, Jacoiny et C'", à lîia llanls-l'otirneaux. 
James •fiuiinc, ,i IV'rpiij'iiaii. l'ouïes: Ilaiih-Fouriuaux. 

Médaille de vermeil, 
A M. Tons, à Corlsavy. Vers de forge. 

Médaille d'argent, 

A MM. Tciiituriei' cl C"^, a MniitjjailLiid. Minerai de cuivre- 
Usine Sainte-Mario, à La Nouvilli'. Smifies. 

Médaille de bronze, 

A MM. Dubois, Anloiiii', h Arlcs-siir-Tcch. t'ers de forge. 
Saules, à Saint-réliii-d'Avall. Soufres. 
Piax, Joseph, à l'crpijpian. Soufres. 
Marty-l'arazols, à Narboiiiie. Soufres (avec ineiilion). 

Mention honorable, 
A MM. Plas, frères, ii Hiresaltes. Soufres. 

Razouls et C'*"; à F.,a Nouvelle. Soufres. 
Lasserrc, [.oui.';, à Narbonne. Sel marin. 

DEUXIÈME CATÉGORIE. 

Médaille d'argent, 
A MM. Diircniie, à Soniinevairc. Fontes d'ornement. (Rappel.) 
(îodiii-Lomaire, à Guise, l'onles d'ornement. (Rappel.) 
Nel, Pliilippo, à Marseille, liaignoircs. (I{ap])el.) 
lldciuard .Moural, à rerpi(;iian. llijoulerie. 
Vidal iMentor, .i Mèze. Outils de vilicnlture. 
Dubois, l'ierre, ii Arles-sur-Terli. l'ers de forge . 

Médaille de bronze, 
A MM. Berdaguer, Jaeijues, à ['rades. Couteaux de fantaisie. 
Sajfaii, Alexandre, à l»erpi|;nan. Outils. 
Roslin, à l'erpijjnan. Cisailles four la vigne. 



88 

A "\IM. Lueran, .Tosppli, à l*crpi)|ii;in. Couteaux 
Sales, à Perpifjiian. Couteaux. 
Hnca, à llle. Couteaux. 
Guchens, à Perpijjnan. Bijouterie. 
Vidal et Lemircliand, n l'erpignan. Cuvette en fonte de fer. 

Mention honorable, 

A MiM. Bordaguer, fils, ;i l'rades. Couteaux catalam. 
Courtes, fils, h Pézenas. Lanttrne. 
James, à Per|)i{;i)aii. Vonderie en cuivre. 
Pélissier, à Hivesalles. Ciseaux ])our tailler la vigne. 
Dorcl, à Perpignan. Outil pour rabattre les faux: 
Sales, Pierre, à Perpignan. Serrurerie. 

TROISIÈME CATÉGOHIE. 

Médaille d'or, 
A M">° veuve Du Oueylar, à Marseille. Verreries. (Ilappel.) 

Médaille d'argent, 
A AIM. Geste, à Toulouse. Vitraux. (Rappel.) 

Maiivernay, à Saint-Galniicr. Vitraux. (Kappel.) 

Brunet, à Montpellier. Vitraux d'église. (Kappcl.) 

Saint- Victor (d'André) à S'-Vielor-des-Oules. Ilriques réfractaires. 

Oliva, Guillaume, à Saillagouse. Poteries. 

Couissinier, à Marseille. Ilriques et Carrelages. (Rajipel.) 

Médaille de bronze, 
A MM. Boisset-Faucber, à Anduze. Cases pour jardins. 
Uibère, fils, à Thuir. Cruches. 
RIagnaii, Maliliieu, à Perpignan. Brigues. 
Savaglio et Molo, ;i Perpignan. Otijets en élain. 

Mention honorable, 

A MM. Astaing, Jean, à Perpignan. Cruelles et Vases. 

Astaing, liayniond, à Perpignan. Cruelles et Vases. 
Baillaiid, à Perpignan. Terre cuite; Ciment. 
Sabarllii'S, à Tluiir. l'olerics. 
Vicens, s Tluiir. Poteries. 



89 

QUATRIÈME CATÉGORIE. 

Médaille d'or, 

A M. riiili|iot, :i l'ft'pijiian. Marbres. 

Médaille d'argent, 

A MM. Ik'vcl, rrédc'i'ic, ;i Tri'bcs. Carreaux vilrés. 

Magnaii, Valeiitiii, ii Porplgiian. l'tacayes ; Bois. 
Aulet, à Thuir. Marbres. 

Médaille de bronze, 

A MM. (îiiiiaïul, fils, aillé, à TrMjcs. ilarrelages. (Rappel.) 
(ùiirautl, Aiitoiiio, à Trùhcs. i:arrelaijes. (Rappel.) 
Maillard, à l*rats-dc-Moll6. Marbres. 
Uaynaud, père et fils, à Alet. Meules à aiguiser. 
Alary elJaiiel, à Perpignan. Marbres. (Rappel.) 
Dehnas, à Perpignan. ISois de conslrnction. 

MciiHiiii hiiiinrahli', 

A MM. Caillens, à f.e.Mjuerdc. l'iùtres. 

(iuiraud-l^vard, à Trébes. Carrelayes. 

Haxès, à Montbolo. l'hilres. ' 

Guiry, à Bouleterni'ie. Marbres. 

l.lorel, à Revnès. Pldlrcs. 

Maidat cl Aiidonncl, à Candies, /(ois de consiruclion. 

Vilasèque, à Reynés. Plàlres. 

Ablanl, ;i Perpignan Marbres; Terre cuite. 

Hoyer, à Perpignan. .Marbres. 

Kleinliolt, à iMarseille. l'ians en relief. 

Ho(ineforl, Jacques, à Perpignan. Lambris d'assemblatje. 

llouvicre-Cabane, à Mnies. Pierres de taille. 

Sarda, à Balio. l-^scalier à vis. 

CINQUIÈME CATKGOUIE. 

Médaille de bronze, 

A MM. Aziberl, (ils, à (îruissan. Cordages. 

MolliMi, (iaspard, ii Marseille. Hameçons. 
Kiben. fils. !i 'Jriii<san. Cordages. 



90 

Mention honorable, 

A MM. Carbonnell, Paul, h Géret. Cordages. 
Cassagnères, à Céiet. Fils de pfche. 

Ulaiic, Honoré, .i SaiiU-Laurcnl-de-hi-Salaniine. Engins de pèche. 
Blanc-, Henri, à Saint-Liiircnt-ile-la-Salanqnc. Engins de p^cfte. 
Calvi't, Josfii>!>, à Saint -Laurenl-de-la-Sal. Modèle de Trois-MAls. 
Noé, Joseph, à Coilioure. Modih de Trois-)Iàts. 

SIXIÈME CATÉGOUIK. 

Médaille d'argent, 

A MM. Bernard, lils, à Sainl-l,aiirent-dc-Cerdans. Clnits. (Uappel.) 
(îranal, à Bézlers. Instnanenls de soufrage. (Rappel.) 
Géiis, h l'erpiijnan. Machine à tarauder et à visser les chaussures. 
VelmorcI, à Vilkfranche. Tarare. (Rappel.) 

Médaille de bronze, 
A MM. Delor, César, à Grand-Gallar|;ues. Oulils de tonnellerie. (Rappel.) 
Robert, père et fils, à Montpellier. Soufllcls de [nrges. (Rappel.) 
Delor, aine, à Gallargues. Outils de lonncUerie. (Rappel) 
BiebnycU, à Quillan. Chemin de fer aérien. 
Castany, à Perpignan. Pom)>e n double effet. 
Glaiisel et G'', à Sauve. Fourches. 
Jambon, à Sauve. Alambics. 
Jouane, à Perpignan. Pétrin mécanique. 
Amans, à Narbonne. yivean volant. 

Mention honorable, 

A MM. Basas, h Saint-l.aureiit-de-la-Salan(ine. Oulils de menuiserie. 
Caulet, à Montpellier. Coupe-papier. 
I.amolc, à Sournia. Vans en osier. 
Malbcc, à Réziers. Soufflets pour soufrer. 
Bouquet, h Montpellier, Muchine à cintrer les brancards. 
Colomer, à Odeillo. Oulils de menuiserie. 
DeviUe, à Lalour. Oulils de menuiserie. 
Vidal-Delos, à Couslouges. Piège à loup. 
Court, Adolphe, à Perpignan. Soufjlel de forge, 
Pallarés, Ange, i Boulelcrnère. MouUm à main. 



91 

A MM. (Unies, Mirlu'l, à Pnmcl. }lndrle de jiressoir. 
Dourclie, il Marseille. Scie pour le sucre. 
Labiirllie, à Moiil-de-Marsaii. Pompe à soiilirer. 
(.assallc, à Sainl-Lauronl-de-la-Salanque. Hache en (er. 
I.ouison, à Toulouse. Yori« à main. 
Massiiies, h Canes. Chauffe lils. 
Plas, Jean, à Kivesaltes. OtUils de menuiserie. 

SEPTIÈME CATÉGORIE. 

Médaille d'argent, 

A MM. Crova et Deihauinau, à Perpignan. Pile cleclriquc. (Rappel.) 
Pierron, .'i Marseille. Inslriimenls de pesage. (Rappel.) 
Ahadic, à Perpignan, llnrlaije. 
Cantagrel, à Montpellier. Cosmo/jraphe. 

Médaille de hronz-e. 
A M. Vila, à Perpignan. Cadran solaire. 

Mention honorable, 

\ MM. l'Ia-i, à Uivesalles. Compas à ruie points. 

Gaulas, l'rançois, à Perpignan. Cadran régulateur. 
Gauilron, à Perpignan. Ilchappemenls. 

HUITFKMK CATÉGORIE. 

Médaille d'or, 
A M. Baudassc-Gazottes, h Montpellier. Cordes de boyaux. (Rappel ) 

Médaille de vermeil, 
A MM. Maury et Dumas, à Ninies. Pianos; Clavier-régulateur. (Rappel.) 

Médaille d'argent, 

A MM l'iiiiet, I.iieien, ;'i Paris, l'ianns. ^Rappel.) 

Médaille de bronze. 

.\ MM. Rrisillacli, à Perpignan, liistraments de musique. 
Toron, à Perpignan, Instruments de musique. 



92 

NEUVIÈME CATÉGORIE. 
Médaille d'or, 
A M. Canquoin, à Marseille. Cliromngraphies. (lîappel.) 

Médaille d'argent, 
A MM. Arles, à Monlpcllii-T. Éliquelles pour jardina. (Uappi-l.) 
Hngiict-Molinc, à IMontpcllier. Photographies- (Huppel.) 
Cliapé, à l'crpigiiaii. Lithographies. 

Médaille de bronze, 
A M"' Antoinette Tasui, à rorpiijnaii. Imprimés: Affiches. 
MM. Bataille, à Perpitiiian. l'holographies : Paysages. 
Cointc-Firiniii, ii Carcassoiiiie. Portraits-cartes. 
Deplaye-JuUieii ctC'e, au Vitjan. Pierres lilhogrophiques. 

Mention honorable, 
A MM. Dessoris, à Per|)i<;nan. Cartes à jouer (catalanes). 

Hoiicoules, il l'erpijjnan. Édition d'une carte du département. 
Tiiniiiiier, à Moiitiiollier. Panneaux armoriés. 
Murer, à l'erpigiiau. Casiiuier compteur. 
Rayiiauii, à Saiiit-llillaire. Tableauj: grapliiques. 
Tranloul, à 'l'oulousc. Photographies. 

DIZIÈME CATÉGORIE. 

Médaille d'or, 

A M.M. Paiilet, cousins, .'i S;jint-\n(lié-(lc-San(joins. Eau-t-de-Vies. (liappcl ) 
Veraii're, à Anianc. Peaux et Tiges pour chaussures. (Rappel.) 
Lloinbanl, Jacipics, .'i Perpi;;nan. Cuirs tannés. 

Médaille de vermeil, 

A M. BarJou, Pierre, à Perpignan. Papier-Job. 

Médaille d'argent, 

A MM. Vidal, Joseph, à Perpi|;naii. Cuirs tannés. 

Banlou, Joseph, à lVrpi(jMi:in, papier-cigarettles. 

Noèll, Honoré, ;i Perpi(;nan. Teintures. 

Ronffia, frères, h Perpignan. Papier Impétial li fumer. 

Brousse, Kdoiiard, à Perpignan. Papier c. fumer cgtindriijue. 



93 

Médaille de brome. 

A MiM. Clii'islol, :i Bi'/.iers. ICmjrais. (Rappel.) 

Milliaiid, jcmic, à Marsfille. Savon blanc. (Rappel.) 

Capdellayro, Xavier, à Saiiil-l'eliii-ir.Vvall. Savons. 

Escoffct, à Céi'et. Eau de fleurs d'oranger. 

Izarn, Denis, à Perpijjnan. Cuir tanm'. 

Rlir, Jac(|iies, à Pc'r[>ij;iian. Teintures de peaux. 

Baffait, à l'erpignaii. Veau lannt. 

Robert, aillé, à Perpignan. Cuirs tannés. 

'riiiliaud, à Montpellier. Cuirs et Peaux. 

Vila, i>ouis, à Perpignan. Chandelles épurées. 

Garrigues, Jacques, à llle. Peaux ouvrées. 

Douis, Edouard, h Perpignan. Produits pharmaceutiques. 

Xalart, à Perpignan. Produits de pliarmacie vétérinaire. 

Peeli, à Saint-l'aul. Pipes et Cannes artistiques. (Rappel.) 

Robert, frères, à Perpignan. Cuirs tannés. 

Ribére, fièrcs, à Perpignan. Cuirs tannés. 

Gaston, à Rivesalles. Mastic pour tonneaux. 

Basset, Bernard, à Kspéraza. Peaux ouvrées. 

lionboninie, à Perpignan. Peaux de chèvres. 

F^abatliie, à .Montpellier. Papiers ii fumer. (Rappel.) 

Pislre, Jacq., à Narbonne. S«6«/ance pour bonifier les vins. (Rappel.) 

Suquet et C'^, à Cl.rniont-i'ilérauit. Engrais. (Rappel.) 

Mention honorable, 

A MM. Ilelloc, à Perpignan. Cuirs tannés. 

Biavy clSieard, à Bé/.icrs. Produits pharmaceutiques. 

Casicii, à Perpignan. Cuirs tonnés. 

Grosso, ;i Perpignan. Cwirs tannés. 

Joullié, À Aniane. Cuirs tannés. 

Justafré, à Céret. Cuirs tannés. 

RIarly, llls, à llle. Huiles pour fabriques. 

Ro.i.'.aud, à Saint-Paul. Cuir. 

Sicarl, à Narbonnc. Torches tn cire. 

Trinqnier el Baduel, h I-odève. Peaux préparées. 

Gravas, à llle. Cuirs tannés. 

Campanand, u Perpignan. Cierget. 



94 

A MM. firaïul, à t'rades. Laines (iUes. 

PoiH-i't, ;i Perpijjnaii. Encre à écrire. 

Vilar, à Giiiet. Pipes en racine de bruyère. 

Barraii, à Casteliiauilai y. Engrais. 

Saj;nls cl O, à Banytils-sur-Mcr. Écorces à lan. 

Mosselmaii. Enr/rais. 

Reissac, à Marseille. Pouilre insedicide. 

KcjToier, fri-res, à Ilia. Engrais. 

Carbasse, l.ooii, à Perpignan. Panneau.v en papiers peints. 

Ferian, fièios, à .Aryelcs-sui-IMcr. Cuirs. 

Havnal, à Narboiine. Pains de verdet. 

ONZIÈME CATÉGORIE. 

Horf! (joncours. —Distinction particulière. 
Administralion de la (îuciTe. liiscuil pour l'armée el la marine. 

Médaille d'or, 
A MM. Brunet, à Marseille. Semoules de blé. (Rappel.) 

Rciiiaiid, Chappar et G'**, à Marseille. Liquturs. (Rappel.) 
Rouqncllc, père et fils, à Brasse. Farines. (Rappel. ) 

Médaille de vermeil, 

A MM. Gros, Jérôme, à Perpignan. Chocolats. 

iNomdcdeu-Durand, à Gollioure. Conserves d'anchois. 
Prax, aine, à Perpignan. Fruits glacés et confits. 

Médaille d'argent, 

A MM. Blanc-Noyer et 0% à Perpignan. Liqueurs. (Rappel.) 

Médecin, à Menton. Fleurs d'oranger ; Essences. (Rappel.) 
Gély, à Garcassonne. Liqueurs; Fruits conjUs. (Rappel.) 
Portes Fabre, à Garcassonne. Liqueurs cl Sirops. (Rappel.) 
André et Josepli Nicolan, à Perpignan. CImolals. 
Teslorv, Eugène, à Perpignan. Liqueurs et Sirops. 
Fossaly, à Perpignan. Chocolats. 

Médaille de bronze, 

A MM. Fort-Paulin et G'S à Toulouse. Liqueurs. (Rappel.) 
Lavaysse, à (iignac. Liqueurs. (Rappel.) 



95 

A M!\t. Sauniade, frères, h Montpellier. Dragées; Uoiibons. (Rappel.) 
Bonzom, Clément, à Perpignan. Biire de BavUre. 
Caloiii, à Collioure. Conserves d'anchois. 
Labrousse, à Thorent. Miels. 
Alicbcl et Viguier, à Cavaillon. Saucissons. 
Pagès-Réallon, ;i l'erpignan. Chocolats. 
Salomon, à Avignon. Liqueurs. 
Vivant, à Perpignan. Confiserie. 
Banyuls, fi'ères, à Collionre. Anchois. 
Pourtet, aine, à Perpignan. Confitures; biscuils. 
Gonrce. (ils, à Arles-sur-Tecli. Chocolat. 

Mention honorable, 

A M.M. Arlus, Pierre, à Perpignan. Vins fins. 
Talavignes, à Sigean. Sel. 
Itarllielemy, à Montpellier. Fruits imités. 
Bonzom, Clément, à Perpignan, lins et Eau-de-Vie. 
Pains-Holié, à Port-Vendres. \in. 
Brousse, Baptiste, à Perpignan. Liqueurs. 
Caillens, à Saint- Paul. .Iliel. 
Cornet, à Perpignan. Chocolat. 
Vignoles, à Perpignan, l'aim à cacheter (couleurs). 
fialangau, à .Monlferrer. Trii/'/es conservées. 
Guinard, Jean, ii Rivesaltes. Vins imités. 
I.ainolc, à Perpignan. Sirop de punch. 
Ouillant, à Amélie-les-Bains. Chocolat. 
Pernod, à Lunel. Absinllus. 
Raynalt, à Oponl. Vin. 

RonJony, fils, à Prats-de-Moll6. Chocolat; Ruches à double couvert. 
Salières et Carbon, à Carcassone. Liqueurs. 
'J'alayracli, à Baixas. Viiit. 
Areens, à Sainl-Paul. lilanquelle. 
Bane!, à Peipignan. lin ordinaire. 
Basso, à 'l'bnès. Miel. 
Royer, à Perpignan. Pièce montée. 
ColonJre, à 'J'bnir. Sirops. 
l'illols, il Nvcr. Miel et Ctn. 



9G 

A MM. Galau frères el Ducros, ;i Celte. Vermulhs. 
Morens, à Osséja. Chocolat. 
Pui(j, à Céret. Eicre allemande. 
Rière, à Collioure. Barils pour anchois. 
Rius, à Marseille. Kxtrails concentrés. 
Coulzach, à TrouUlas. Vins. 
Fnurès, ii La Grasse. Blanquette mousseuse. 
Kaiix minérales de Vergés (Gard). 
Eaux iniiiérales de Campagne (Aude), 
liailloc, à Neffiacli. Eau-de-Vie de mûres. 
Iinberl-Poitevin, à Lunel. Yermutk. 
IJaurens. Eau-de-Vie. 
Pages, Aiiloiiie, à Perpignan. Punch. 

Hors concours, 
A MM. iiesombes-Parès, frères, à Saint-Laurenl-de-la-Salanque. \ins. 
Decose, à Liinoux. Yins. 
De Llobet, à Perpignan. Vins. 
Noé, Michel, à Collioure. Vins. 

DOUZIÈME CATÉGORIE. 

Médaille d'or, 

A MM. Boudet, à Uzès. Soies grèges. (Rappel.) 

Nourrigat, à Lunel. Soie; Cocons. (Rappel.) 

Médaille d'argent, 
A MM.Pinel, à Quillan. Laines filées. (Rappel.) 

Vézian-Lombard, à Limoux. Draps. (Rappel.) 
Bertrand, Martin, à Mont-Louis. Bonneterie. 
Cavailhé et C'=, à Rives. Draps. (Rappel.) 

Médaille de bronze. 

A MM. Conort, h Perjiignan. Sacs de chasse. 
Laeaze, à Saint-l'aul, Ficelles. 
Uarric, Jacques, à llle. Veaux ouvrées. 

Mention honorable, 
A MM. Alouges, à Collioure. Cabas pour moulin à huile. 
Beix, à Toulouse. Tissus. 



97 

A MM. IJobel, à nie. SitarUrie. 

Mir, à Perpi(;iiaii. Objets en sparterie. 
Yila, à Prals-Jc-Mollo. Bonnets catatans. 
I.iioosk', à l'orplniKiii. Couvertures en fit. 
Mccli, h rcrpi(;iKiii. Cabas en simrterie. 

TRKIZIÈ.ME CATKGOaiK. 

Médaille i'anjent, 

A M.M. Carpeniras, fils, à Marseille. Rois et Marbres peints. (Rappel ) 
Lapère, à Marseille, '"liiis et Soies. (Kappel.) 
Huillac, .i Mézcs. Cliaire à prfclier (Ilappel.) 
Hoii|;iii)l, cadet, ,'i .Saint-l'aul. Ebaiicliuns : Bimbeloterie. 
MercaiJer, à IVrpij;naii. Hittard. 
Set vole, à Perpignan. Olijets tournes. 

Médaille de hronz-e, 

A MM. Carcassoiiiic, (ils, à l'erpi(;iiaii. Fantaisies tournées. 
Guelieiis, Joseph, à l'erpij;iiaii. Siéyes ; Fauteuils. 
I.aijiic, il Perpignan. Sièges: Fauteuils. 
Lcncou, à Perpignan. Dorures. 
PoiiipiJur, à Perpignan. Bois et .]larbres peints. 
Taliés, ;i Perpignan. Meubles (avec mention). 
Tiran, Noël, à Marseille. Lettres peintes. 
Aspar, Michel, à Perpignan. Meubles. 

Mention honorable, 

A MM. Aller, à Toiilonse. Chaises fliors région). 
Gdii'uuJ-Fulcran, à Lodève. /'ri«-flieu. 
Mai lin, à Ginoles. Buis tourné. 
Magnan, à Perpignan. Buffet en ckéne. 
Combes, à Millas. Cage. 
Serre, à Perpignan. Cartonnage. 
Michel, à Perpignan. Tabouret invacitlable. 
Non, Julien, à Caslell. l'.orbeillis. 
■Son, Michel, à Verncl. /'ailiers. 
liailletlo, Pierre, à Perpignan. Tableau en paille. 
Granier de C.assagnae. à Perpignan. Objets divers. 



98 

QUATORZIÈME CATÉGOKIi;. 

Médaille d'argent, 

A JMM. Mercier, à Toulouse. Voilures légères, (ilappcl.) 
Joseph Caseneuve, (ils, ;i Toiiloiisp. Voilures. 

Médaille de bronze, 
A MM. Taui-inya, à Per|)it;nan. Voilures (avec menlliui). 

Babflnau, à Cliàlcaiibriand. Colliers ù ressort (hors région). 
Uespaul, à Ulelte. Gourdes. -^ j/y^ / 

Mention honorable, 
A MM. Azaïs, à Perpignan. Collier. 

Pujol, il Perpignan. Coffres de voyage. 
Mourat, à Perpignan. Boile modèle. 



,.),;i 



QUINZIÈME CATÉGORIE. 

Médaille d'argent, 
A MM. Marly, père, à llle. Chapeaux de feutre. 
Derroja, Uose, à Perpignan. Broderies. 

Médaille de bronze, 

A MM. De Capot, à Perpignan. Douions. 

Il 
Coste, Ois, à Sainl-l.aureut-(le-Ccrdans. Alpagalei.^ 

Sidobre, aine, à Perpignan. Saboh. 'j"i";i' 

Sidobre, jennc, à Perpignan. Sabols. •^"'' ''''H' 

Vie, à Perpignan. Chapeaux de feuire. ,, 

Vila, à Perpignan. Chaussures. 

Rey, Marie, à Perpignan. Broderies en nr. 

Mention honorable, 

A M.M. Bailly, à Prades. Espardilles. 

Daraillé, ii Perpignan, l'ormes pour chaussures. ■ ù ,«'nliii. 

Veuve Béuézecli, a Celle. Fleurs en coquillages. 

Cartade, à Perpignan. Souliers de chasse. 

Cros, à Carcassonne. fleurs en pastdlage. 

Julien, à lii'ziers. Ouvrages en cheveu.e. 

Laur.nt, Hélène, à Perpignan. Denleties. 

Mac, Jenny, à Perpignan. Travail d'aiguille. 



■) inc / 



A MM. Mcifieii, pi-i'c, i PtM*[)igiiaii. Dents arlifmcUea. 

Julia (pour \oi''), i Collioiir.'. Vicelks. 

Poix, à Milliis. T/ssaj'; t'n /î<. ■ f 

Salèlos, à Saiiil-F,aiireiil-tlu-Is-SaIan(|UP. 5afco/s. 

Taillolc, l'YIicitr, à Perpignan, «oies an crocheU<p>ti,\ .](.\i,q U A 

Tlimihfil, Y.vUur, ;, Pcrpijrnan. L'rorferiM ; Tapisserie. 

Wor.nsn', A-lolpl,., ;. l'crp.j.nan. IHmn.ls. .,nn-Ju.U.ùl .i/, A 

Xrllic, aiiu', à Perpijjiian . Ciiiffiinr-. 

liary, à Porpigiiaii. ruraplui.s et VmbicUes. „}| .(/:]/ y 

Coslc, pi-rc, à l'eipignaii. Soii/iei* awc s«nic/te de chanvre. 

Danoy, Thérùsc, à Sainl-Laiirfnt-de-Ia-Salai)(|ue..WM«>;.;o i 

Marr.'ioii, à l'cTpijrnaii. IWjins.cs. ■ ,."... 

PéroM.U', I.ouis.s à Saint-L.HMi-nl-.l,-la-Sdlj,i.,„e. Ouhutte,. 

Salas, lîosalif, à ||lc. Deiilelles. ,(j 

Vidal, Jiis.'pliiiie, à Perpignan. lienldUs. ,:; 

Talli's, jiMinc, .1 l'crpi|nian. f.asiiuctles. j; 

CosU", à IVrplifiian. Iiolles vernies. , il 

Bos, André, à l.aroque. Dais sc«//)/i'. nhùlf. 

liila, Félii-e, à liivesaltes. Cuiissin à dentelle. 

lîordeau (vouve), à Perpignan. Dentelles. 

Bournel, Jean, à Quillan. Sahols. j,,^^,^ ,/j^ ^ 

Bruyas, Hose, à Perpignan. Chapeaiu de paille. i],„„y 

Carbon, à Amélie. Oiivi(i(jes en cluveui-. a 

Cartier, à lispéraza. Iientelles. ., 

Castel, Pierre, à Perpignan. Ouvrages en cheveti.i\ i 

De.sjuseur, i Lvon. Vindeties dur. j 

Dirae, à Celle Oiioraijis en cheveux. ,1 

l'orgas, à lilne. Ouvrages eu cheveux. 

Ccorge, a Toulouse. Dentier. 

firavas, ;i llle. -rH/rs tannes. 

f.aporle, Lonis, à Perpignan. Ouvrages en cheveuxyi à ,e-jd 

ÎMarligncdes, à Sainl-Paiil. Toile impcrnvnblc. 

Mernu, Jean, à l'erpignan. liais faf,-(,nnc. 

Pons. Joaeliim, à Saint-I.anienl. LspardiU.es. 

Snubiié, à l'erpignan. Huis Orodi'. 

'Iliezon, frères, à liivesalles. i:hausi.ures. 



100 
SEIZIÈME CATÉGORIE. 

Médaille d'or, 

A M. Massot, Philippe, à Perpignan. Manches de fonds. 

Médaille de vermeil, 
A AI. Pujol, Joseph, à Fourques. Liège et Bouchons, 

Médaille d'argent, 
A M. Piickroil-Davey-Chanii, à Marseille. Mèches de sOretè. (Rappel.) 

Médaille de bronze, 
A MM. Bosch, à Perpignan. Boiichous. 

Llinas-Diirand, à Argelès-sur-Mer. Manches de fouels. 

Falgiières-Badie, ii Sorède. Manches de fuuels. 

Latitic, à Perpignan. Charredes. 

Fabre, à Peyrestorles. Charrue-vigneronne. 

De Lourdoueix, à Perpignan, Cercles en chùtaignier. (Rappel.) 

Delclos, à Veriu'l-ies-Bains. Cercles en chùlaignier. 

Keig, Biinavenlure, à Porl-Vendres. Futailles. 

Panis-Bohé, à Port-Vendres. Fulailles. 

Marlrou, à Lens. Planteur pour la vigne. 

Compristo et Galibern, à Collioure. Lièges ouvris. 

Mention honorable, 
A MM. Âlazet, à Saint-Laurenl-de-la-Salantjue. Barils. 
Ausell, il Cérel. Manches de fouels. 
Bonel, Jean, à Perpignan. Tonneaux. 
Bonnet, Joseph, à Perpignan. Tonneaux. 
CoDle de Boiicl, à Perpignan. Cercles en chdtaignier. 
Darne, à Laro({uc. Cercles en châtaignier. 
Dauzon, Sauveur, ii Collioure. Barils. 

Lstève, il Saiul-Laurcnt-dc-la-Salantjue. Bondes pour futailles. 
Grill, il iMaureillas. Bouchons. 
Laverny, ii Vives. Bouclions. 
Libes, à Perpignan. Tonneau^;, 
[libère, Joseph, il Cérel. Douelles et Cercles 
Marsal, h VerHet-les-Bains. Cercles. 
Gaspard, Bernard, à Montpellier. Outils agricoles. 
Konnet, François, il Avignon. Outils agricoles. 
Destaville, Joseph, ;i Perpignan. Barils. 
Marienac, Jean, ii Perpignan. Harili. 
Vie, à Rivesahes. Barils. 



101 
BEAUX-ARTS. 

Médaille d'or, 

A MM.Oliva, à Paris. 

Pcrot, à Nimes, (Kappcl.) 
Michel, à Montpellier. (Rappel.) 

Médaille de vermeil, 
A M. Miinch, armurier Jii 2"'" rôginicnt du Gonit-, à Monlpellior. 

Médaille d'urgent, 

A MM. Gardot, peintre, à Perpi(;iian. 
L'Eglise de Cornclla-ilcI-Vercdi. 
Trinquet, à Ninics. 
Frère Samuel, à Biv.iers. 
Pngeiis, Eu{;rnc, à Perpignan. 
Rocamir, à Toulouse. 
Rigaiid et G'", ;i Toulouse. 
Glaize, à Montpellier (Uappel.) 
Gaubcrt à Narbonne. (Rappel.) 
Vignol, à Perpignan. 

Médaille de bronze, 

A MM. Alary et Janel, à Perpignan. 
Bernier, à Saint-Paul. 
Canavy, à Cassette (Allier). 
Cessou, Victor, à Prades. 
Champagne, .i.Carrassonuu. 
li'alibé Coste, à Perpignan. 
Dou/.il, à Ninies. 
L'Eglise de Collioure. 
L'Eglise de Font-Romeu. 
L'Église de l'alau-del-Vidro. 
L'Eglise de Seidinva. 
Farrail, à i'erpignan. 
Fraissc (Mademoiselle), ^ Cetlr. 



102 

K MM. Fn-ie lÎMipére, h l'erpignai». 
Frère Alliaiiaso, .î Passy. 
Frère Pclcfjrini, à Lîastia. 
Garbel, à Toulouse. 
Mercuriol, ii Marseille. 

Pech, Médéric, à Saiul-Paul. < ^,u,.r■ - 

Ralheau (Madame), à Amélic-les-Bains. 
Raynal, Simon, à lialio. 

Mention Imnoruble, ,bnuU .U / 

A iMM. Boyer, à Perijifjuaii. 
Billot. 

BoUiua, il Perpignan. l'I^ / 

Baronnié, à Toulouse. 
Cases, il IMillas. 
Davan. 

I/Kglise de Camélas. 
L'Kglise de Neffiarh. 
LM''{;lise de l'orniigueres. 
i;f:glisc de Vernet-les-Bains. 
L'Kglise d'Ui'. 
l/liglised'llle. 

l/i:glise de Saiiil-Jacques (Pcri.iguan) . 
Gilbert. 

Ilugoniot, il Peri)ignan. -'^I' ' 

Lasserre, a Perpignan. 

Romain l.acomlc Saint-Michel, à Perpignan. 
Noell, Jean, à Arles. 
Rojas, à Carrassonne. 

Tous les exposants amateurs et M. Guiniuil, conservulcur ilii 
Musée, ont été mis hors Concours. La Commission leur a volé 
des remcrcimenls. 



103 
HISTOIRE NATURELLE ET PALÉONTOLOGIE. 

Médaille d'or, 

A M^F. Le doc tour Coinpanvo, (|iii a préseiiti-, clans deux (fraudes vitrines, 
le tracé des vallées du Tocli et de la Tet, avec les érlianlillons de 
roches, minerais, sables et eaux minérales de tons les affluents, 
pour servir à i'ctude de la géologie et de l'Iiydrograpliie des deus 
plus grandes vallées du (lé|)artement des l'vrénées-Orienlales. 
Le doiieur i'aul Massot, pour sa riclic collection de co(|uilles fossiles 
du département. 

Méddille de vermeil, 

A MAI. Le docteur l'endiinal, maire de l'ort-Vendrcs, pour sa collection 
de roches et minerais de l'Albére, et pour sa belle collection de 
CO(|uillages exoli(|ue?, de polypieis. 
Fouzau, commandant à Collioure, pour sa belle collection d'in- 
sectes et de coquillages divers. 

Médaille d'argent, 

A MM. Aulet, lîonaventure, pour les marbres de Castelnou et de Sainte- 
Colombe, dont re\|)l(iilalioM, en activité depuis plusieurs mois, 
occupe déjà une eiM(|uantaine d'ouvriers, et parait destinée à 
donner de tris-baiis résultats. 

Non, Michel, à Vcrnet-les-lfaius. Collection de coléoptères et de 
lépidoptères du département. 

.\spar, à Perpignan. Colieiliou de uiammireres et d'oiseaux du 
département. 

Médaille de bronze, 

A .M.M. Jacomv, liémv, .'i l'rades. Minerais de fer, de cuivre, de pierres 
aciéreuses l't de talc. 
Soumains, A/.édérac, à Saliorre. Miiu'iais de fer spathique, oligisle, 

brun raiboiialé, manganésifèrc. 
l'ous, il l>(Htsavv. Minerais de fer de Batère. 
Dubois, Antoine, à Arles-sur-Teeh. Minerais de fer de liatère. 
Douzats, idiarmaeien aiile-major à l'ilopilal d'Amélie-les-Bains. 
Ileibicr des pl.iiites fourragères du départ, des Pyrén. -Orientales. 



loi 

A M.M. Couly, Ycliiriiiaiic tu |iiiMiiifi- au 10* Chasscurâ. Ht-rbier des piaules 
foiiri'a(;cros du (lé|)a(lcnieiil de l'Aude. 

Jouriinii. Ili'rbii'i' ilc l'IU'iault. 

.laubcrtde-l'assa, Adol|)lu". lù-iiantillons de tous les bois du dépar- 
tement des Pvrciu'es Orientales. 

Bardoii, Pierre. Collections <le fossiles de Gri|;non et d'oiseaux. 

Delcros, Gaston, à Céret. Marbres blancs du Mas-Carol. 

Mention honorable, 
A MM. FJoret, André, .'i Reyni'S. Pierre ;i plâtre (jris et blanc, 

J. Vilar, à Céret. Pierre à plâtre blanc, carrière de Qninta. 
Forfjo, curé ii Opoul. Collection de cotjuilles fossiles d'Opoul. 
Goucbat, .luseph. Collection de coquillages fossiles de Neffiach. 
Clianibo, .Joseph, à Millas. Collection de coijuillages et osscnieni» 

fossiles de Millas. 
Calnict, Benjamin, à Perpignan. Collection de coquillages de la 

Nouvelle-Calédonie. 
Moulines, Louis, à Serres (Aude). l'ierrcs a repasser, 
l'onclieret, ;i Puiverl (Aude). Gypse blanc, carrière du Col-del-Trill. 
Garonne, h l.unel (Hérault). Divers oiseaux em|iaillés, placés sur 

un chêne rustique en carton pilé. 

Mentions honorables, hors Concours, pour leurs Eaux 
Minérales , 
A MM. Bouis. (Bains Bouis à Olettc). Kaus sulfureuses et Eau» désullurées 
naturelles, employées isolément dans des j;aleries dislincles. 
Gaillarde, Cyprieii. Eaux sulfureuses (rOlelte (Graus). 
De Massia. Ivdouard Eaux sulfureuses de Molitg. 
De Lacvivier. Eaux sulfureuses et alcalines de Vernel. 
Mercailer, pi-re. F'iaux thermales sulfureuses de Vernet. 
Escanvé, Bose. b!aux sulfureuses et alcalines de Nossa. 
Baron Cabot. Eaux lhern)ales de l,a Preste. 
Batheau. Eaux sulfureuses d'Amélic-les-Bains. 
Ilennabessière. Eaux sulfureuses d'Amélie-les-Bains. 
l'ujade. Eaux sulfureuses d'Amélic-les-Bains. 

Massot, Joseph. Eaux alcalines, |;a/.euses, ferrugineuses du Boulou. 
Olivier. Eaux minérales de Collioure. 
Marlin lils. E.iu< minérales de Ginoles-Ics-Bains (Aude). 



103 



LISTE DES EXPOSANTS AU CONCOURS HORTICOLE 
ET MARAICHER, 

QUI ONT OBTENU DES RÉCOMPENSES. 

Médaille d'or, 
A MM. Robin, frères, pépiniéristes, à Perpignan. 

Médaille de vermeil, 

A MM. Bcliou, Henri, propriétaire, à l'ort-Vendres. 
Manjiii, père et (ils, pépiniéristes, à llie. 

Médaille d'argent (grand module), 

A MM. Doperraud, officier de la r.égion-d'IIonnenr, propriétaire, a Candies. 
Aieron, Josepli, jardinier-fleuriste, à IVrpijjnan. 

Médaille d'argent, 

A MM. liychenne, Laurent, propriétaire, à l'erpignan. 

Astors, Franeois, id. jj 

Adanioly, Alexis, id. i,|_ 

De Guardia, Etienne, id. id. 

Testory, Paulin, i,|. j,|. 

Taillade, François, jardinier, i,|. 

Taillade, Joseph, iJ. jj. 

Médaille de brome (grand module), 

A MM.Coll, Antoine, propriétaire, à l',rpi|;nan. 

De Oonzalvo, Ange, propriétaire, à Ksiagel. 

Hoiiuefort, Jean, propriétaire, à Perpignan. 

Unn-Poutoii, premier inaitre-vaiet de M. Deperraud , à Candies 

ruiisonnier-Passania, propriil.iire, à l'ia. 

Course, Jean, propriétaire et fal.riiant de ehocolat, à Arles. 

iielieu, IMiilippc, propriétaire, à IVrpigiian. 

Hassou, Joseph, agent de change, id. 

Fabrc, Michel, horticulteur, jd. 



106 

Médaille de bi'nnze, 

A M.\I. (larcassoiiiie, Cliarlcs. propiiélairi', ,'i Pcrpigiian. 
Vidal, liDi ticiillcui', i(l. 

Poui'Iet, J(i8(.'|)ii, Lnrlicultour, id. 

Dauder, Julie, iiropiiétaiie, iil. 

Uartlic, Abdon, jaidiiiii'r, à l'alalda. 
Cazcs, jardiiiitT, à IV'i[)i|;nan (jardin Mcspliés}. 
Milliaud, ni'gocianl, id. 
Sagau, laillaiidier, id. 
Desscje, marcrhal-ferraiit, à Catllar. 
ÎMoniiier (veuve), propriétaire, à Per|>ifinan. 
Pierson, Joscpli, propriétaire, id. 

Ifaiate, Louis, jardinier, id. 

.Mir, Louis, jardinier, iil. 

Ribes, Louis, jardinier, id. 

rs'oguès, Josepli, jardinier, iil. 

Gndaiil, Pierre, (ils, jaidiiiiei-, id. 

Primes en argent, 

A MM.Hibes, Fran<;ois, jardinier. 

.Simon, .Jean, id. 

Conor, Antoine, id. 

Sainte, Pierre, id. 

Taslu, Joseph, id. 

'l'astu, Marcel, id. 

(îodaiil, Pierre, id. 

(iélis, Michel, id. 

Cainy, Pierre, id. 

Delhoste, Fran(;ois, id. 

Margouet, Laurent, id. 

Jourda, Jacques, id. 

Helinas, iil. 

Idre, Michel, id. 

Barandc, Philippe, i<l. 

lîurate, Trançois, id. 

Noguès, Joseph, id . 
Pëjoan, Jean, cantonnier. 



107 
INDUSTRIE HORTICOLE 



il 



Mention honorable, 

A MM. Mcsplios, Josepli, propiiil.iito. n I'erpi(;ii.ui. 

Monnier, Pierre, vanhier, jd. 

Marlrc, l'iorre, vannier, iil. 

Iloiu'l, l'](lni()n(l, ciiiplûu', iJ. 

Périco, Fraiirois, liorliculleiir, id. 

Blanir, liortirtilteiir, i,|. 

Bardoii, Pierre, liorliciillenr, id. 

I^aboissiorc, liorliçiilteur, id. 

rjopet, propriétaire, à Serdiiiya. 

Trapé, (x'piniérisle, ;i Elue 

Janer, propriétaire, à Perpijjnaii. 

Briiézet, Jacques, martbaiid de (|r.iins, à Per|ii{;nan. 

Marty, Jacques, pépiniériste, ;i lllr. 
'■' ' ""Estampe, Jarcines, jardinier de .M. Brcssoii, h Ptrpijfnnn!'' '^ ' 

Dadies, Saturnin, fermier au Mns-Béarii, id. 

Carlionnell, propriétaire, à Cr. 

Salles, coulidier, à Perpignan. 

Philippe, jardinier à Careassonne. 

Rouffia, Amédée, propriétaire, à Pcrpijjiian. 

Tarissou, Raphaël, jardinier, id. 

Rotisseict, André, propriétaire, id. 

,•1 (■■,l 
SERVICES RURAUX 

RÉCOMPENSKS PAR L.V SOCIKTi:: AGRICOLE, SCIENTIFIQUE 
ET LITTÉRAIRE DES PYRIÎNÉES-ORIENTALES. 



Primes en artjent, 

A MM. Boher, Isidore, h Sal.orre 70 ans de services. 100 fr. 

Uaynal, Jean, ciiez M. Cli. de Selva, 

'' l'Tpidnan lu . . . id 70 

Barhès, rran<;ois, à l'Albère 50 . . . id CO 



108 

A MM. Liirgé , Pierre , à Villolonguo-ili-la- 

Salanque 44 ans de services. 60 fr. 

Pointis, Minbel. à Tliuir 30 . . . id 30 

Bosch, Amlrù, à llle 27 . . . id 45 

Polinade, Pierre, à Bagis 24 . . . id 45 

Malis, Jacques, à Comella-dcl-Vcrcol. 2'( . . . id 40 

Brousse, François, chez M. Passaina, 

à Perfiigiian 20 ... id 50 



PRIX DE POESIE, 

PROPOSÉS P.\R LA SOCIÉTÉ AGRICOLE, SCIENTIFIQUE 
ET LITTÉRAIRE DES PYRÉNÉES-ORIENTALES. 

Médaille de vermeil, 

\ M. iMcric, François, auteur delà |iièce de vers intilulée Mon Roussillon, 
avec celle épigraphe : Salve, magna farens fnujum, salmnia itllus, magna 
virum (Virgile). 

Médaille d'argent, 

A M. Meroadier, aulcur de l'éloge du Maukciul DE Maillï, Lieulenanl- 
Général du lloussilioii et Coiniiiauduiit en Chef de celte Province, avec 
cette épigraphe : On peul Hre héros sans ravager la terre (Boileau). 

Certifié : 
Le Secrétaire-Général du Concours, 
A. LLOUBES. 

Perpignan, le 15 mai 1862. 



103 



SÉANCE PUBLIQUE DU 29 JUILLET 1860. 



PRESIDENCE DE M. AUGUSTE LLOUBES. 



La Société Agricole, Scienlilique et Littéraire des 
Pyrénées-Orientales, a tenu sa séance publique annuelle, 
le dernier dimanche de juillet, sous la présidence de 
M. Auguste Lloubes. Les places d'honneur étaient occu- 
pées, au bureau, par MM. Gay du Palland, secrétaire- 
général de la l'rétéclnre, et Augustin Saisset, adjoint au 
maire de Perpignan. M. Hornet, vicaire-général du Diocèse, 
et diverses notabilités de l'armée, de la magistrature et 
des administrations civiles avaient bien voulu répondre 
à l'invitation de la Société, et donner un témoignage 
public de sympathie aux modestes ouvriers de Tagri- 
cullure et de l'industrie rurale, dont l'Etat, le Départe- 
ment et la Société devaient récompenser le mérite et 
les services. 

Les colons romains tenaient pour principe que la civi- 
lisation commence par l'agriculture, qui peut seule main- 
tenir le bien-élre des peuples. C'est le principe proclamé 
dans tous les temps, par les hommes les plus dévoués 
au bien public, et la Société des Pyrénées-Orientales est 
pleinement convaincue que c'est surtout par ses res- 
souices agricoles que notre département pourra bientôt 
jusiilier l'immeuse faveur du concours régional, (pii lui 
a été accordé pour 1<S()'2, et se mettre au premier rang, 
dans notre région, par l'imiiorlance de ses produits, et 
par les progrès utiles accomplis parmi nous dans cette 
branche de la richesse nationale. Une occasion favorable 



990 

va doue s'offrir à nos compalrioles, (|iii n'oiil eu jusqu'ici 
d'autre lort , (|ue de se tenir à l'écart, et de laisser ii(i|i 
souvent usurper le mérite et le bénéliee de leurs travaux. 
I/lieure est venue de réclamer pour chacun le mérite de 
ses teuvres, et depuis trop longtemps nous avons vu des 
industriels plus habiles ou [dus osés l'aire leur gerbe à 
nos dépens, et récolter ce que les autres avaient semé. 
La Société ne négligera rien pour seconder de tous ses 
efforts une o'uvi'c si importante pour notre département, 
et ses senlimenls à cet égard ont trouvé un digne inter- 
prèle dans riionorable Président qui dirige ses Iravau.U 
Tous nos compatriotes entendront l'appel sympathique 
qu'il a fait à leur industrie, à leur travail, à l'amour qu'ils 
portent à leur |)ays. Ils tiendront compte de ses utiles 
indications, et auront à cœur de réaliser les sages prévi- 
sions que M. Lloubes n'hésite pas à formuler, dès aujour- 
d'hui, siu' le résultai <le notre prochain concours régional. 
■:: \oici le discours de Monsieur le Président : 

« MESSIELIIS, ' iiifiiTc; 

-"'«L'importance des concours n'gionaux est tellement 
évidente, qu'elle n'a plus besoin d'être démontrée. L'Em- 
pereur a voulu, jiar cette utile institution, que la France 
agricole se connût elle-même, qu'elle se perfectionnât 
par la puissance irrésistible de l'émulation. Pour ceux 
qui suivent attentivement ces fêles de l'agriculture, il 
est certain que le but de l'Empereur sera alteint/it «ticb 
J^>«.-L'heure approche où notre départ(;mcnl devra prou- 
ver à la région dont il dépend, (pie lui aussi a progressé; . 
que ses procédés sont en rapport avec les perfectionue- 
nienls modernes, et qu'il pratique ce grand axiome de 
!a bonne culture: donner au sol ce qui lui convient. Ses 
irrigations, étendues à d'immenses surfaces, sous un soleil 
ardent, ses |)rairies, ses bois d'oliviers, de micocouliers, 
de chihie.s-liége, ses 60.001) hectares de vigne, seront-là 



111 

pour le prouver. Mais, pour (|ue celle preuve soil lai le ^ 
elle ne doit pas resler dans le domaine de la stalisli(|ue; 
il laut. (|ue les l'enncs inscriles avant le Ici- ,,,3,.^ j,*^(]| 
pour la prime d"ljonneur, soient nonilMeuses; il faut (]u'en 
18C2 les produits e.xpose:s soient nombreuv; il litiii, enlin, 
qu^„ dans les Pyrénées-Orientales, tout le njonde fasse 
preuve de bonne volonté, pour mettre le département en 
relie!'. Il n"a point à redouter ses concurrents; il peut 
les surpasser par rexhibilion des produits de son sol. 
Les autres concours de la région, plus imporlanls par 
leur position plus centrale, pèchent par l'ensemble de 
leurs produits, (pii, jusqu'ici, ont été faiblement repré- 
sentés. Hennissons le type de tous nos vins, de nos 
huiles, de nos graines de toute sorte, de nos laines, de 
nos miels, de nos essences forestières, de nos cultures 
arhustives et maraîchères, et nous atteindrons à un 
ensend)le de ricbesse auipiel on ne croira qu'après l'avoir 
vu; car on se dispose à venir nous visiler, à cause de la 
haute idée qu'on se fait de notre pays. 
t;T« Nous savons que la machinerie agricole laisse à dési- 
rer. Sans adopter tout ce qui parait de nouveau, on peut 
rechercher, comme éminemment utiles, certaines machi- 
nes à battre, les râteaux à cheval, les tarares dcbourreurs, 
les scarilicatems, les charrues vigneronnes, fouilleuses, 
défonceuses, les pressoirs à vin, toutes choses (pii ont 
fait leurs preuves dans la culture du Midi. 

«Quant aux espèces animales, nous espérons obtenir 
que la race chevaline et ses dérivés soient admis au 
concours. Ce nest pas un jjays qui a tant lait pour être 
doté d'un Ih.ras, qui doit cacher ses succès éclatants 
dans ce genre d'élevage appelé à tant d'avenir. On peut 
donc se préparer pour cette éventualité. 

«l/cspèce bovine, connue l'ont ])rouvé les nombreux 
el légitimes succès d'un de nos collè-iu's, est en voie 
d'amélioration au point de vue de la boucherie; mai^ h> 



1J-2 

bœuf est le plus précieux inslrument de liavail que la 
Providence ait donné à l'homme; il faut donc le perfec- 
tionner pour l'attelage, et le vouer à la boucherie lorsque 
l'âge rend ses services onéreux. Nous croyons qu'un bon 
choix des types du Riverai et de la Cerdagne, peut dé- 
montrer au concours, que nous avons dans notre race 
indigène, l'espèce à double lin que l'agriculture recherche 
avant tout. Nous devons travailler a la perfectionner par 
elle-même, car elle supporte la chaleur, et c'est une 
précieuse qualité. 

« L'espèce ovine, cette caisse d'épargne du petit culti- 
vateur, ne rend pas les services pour lesquels elle a été 
créée. Les nouvelles dispositions douanières adoptées par 
le Gouvernement, que Ton prend par erreur pour du 
libre-échange, doivent forcément amener l'agriculteur à 
entrer résolument dans la voie de l'amélioration de ces 
précieux animaux. Ils sont utiles par leur viande, leur 
laine et leur fumier. Si on remédie a leur tardivité d'en- 
graissement, leur laine a moins d'importance; si ses prix 
doivent se réduire, la [terte est moins sensible et sera 
compensée. Nous ne parlerons pas du mérinos pur-sang, 
dont le type disparait devant les difiîcultés du parcours, 
et surtout devant de mauvais procédés d'élevage; mais, 
nous aurons en vue les métis, et surtout le mouton à 
laine commune, le plus robuste de tous. Si on rachète 
par le mélange du sang south-dovvn anglais, sa lenteur à 
s'engraisser; si l'on gagne, comme c'est possible, au 
moins deux ans, on entre dans la voie de la vraie culture 
améliorante, on double les forces productives de celte 
branche de l'industrie agricole, on double ses profils et 
l'on diminue les mauvaises chances. Nous ferons (ous 
nos elforts pour que des croisements avec des soulh- 
dovvn soient tentés; nous les signalons, en attendant, à 
ratlention des hommes qui s'occupent de ces questions 
et qui se préparent pour le concours. 



113 

« Il est une branche accessoire pour ce pays de l'in- 
dustrie agricole, qui pcul figurer avec succès, comme le 
démontrent des l'ails récents. Alors (pie bien des gens 
pensaient, à tort, que notre climat n'était |)as propice à 
l'élève des vers-à-soie, nos éducations ont été les plus 
i)elles de la France : ou est venu de tous les points 
taire de la graine. C'est à la lois un signe de la régéné- 
ration de ce précieux insecte, et une preuve de l'aptitude 
des lieux où il a été élevé. Ne cessons pas de planter des 
mûriers, sur la montagne surtout, et ne, répudions pas 
une industrie (]ui lait la lorlune de contrées déshéritées 
par la nature; ipii n'exige [)as de capitaux, et donne ses 
produits dans quarante jours. 

«La Société a promis, pour 1862, une exposition 
d'horticulture. Elle sait que le concours des amis des 
(leurs, si nombreux et si zélés, ne lui fera pas défaut; 
mais, pour que l'exhibition que le département doit taire 
dans celte occasion soit complète, il nous semble que nous 
devons provoquer une exposition de l'industrie, limitée aux 
produits de notre pays, et une exposition des beaux-arts, 
dans laquelle serait comprise une ex|)ositioii religieuse. La 
piété de nos aïeux a conservé beaucoup d'objets précieux 
au point de vue de l'art et de l'histoire; la génération 
actuelle ne peut que gagner à les connaître. Les concours 
régionaux, tels que les centres où ils se tiennent les pra- 
tiquent, sont devenus dans leur ensemble un étalage de 
joyaux. Pour(pioi cacherions-nous les nôtres? Si notre 
département est petit en surface, il est aussi grand que 
tout autre par tout ce qui distingue riiomme ! Concer- 
tons-nous pour le prouver. C'est de longue main que ce 
concert patriotique doit avoir lieu. C'est pour l'établir 
que nous avons fatigué quelipies instants votre attention. 
Nous serons heureux si, dans deux ans, nous pouvons 
dire : Nous avons conquis notre rang dans la Région du 
Sud-Est. » 

8 



114 

RÉCOMPENSES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ. 

ÉDUCATION DES VERS-A-SOIE. 

Médaille de bronze. 
M. Rertrand, Joseph, qui dirige réducation de M. Sabatier, à Jau. 
M"« Berland, Marie, idem, idem. 

AGRICULTURE. 

Médaille de bronze. 
MM. Berland, Joseph, au domaine de Jau. 

Macai'i, Éloi, propriétaire, à Vinça. 
M"« Motas, propriétaire, à Perpignan. 
MM. Fontaneil, propriétaire, ù Vingrau. 

Calmon-Langoustet, propriétaire, à Opoul. 

Estirac, Nicolas, propriétaire, à Opoul. 

Fillol, Pierre, propriétaire, à Nyer. 

Cazes, Joseph, jardinier, à Perpignan. 

Ribes, Louis, jardinier, à Perpignan. 

Taillade, François, jardinier, à Perpignan. 

Mention honorable. 
MM. Margaill, Paul, propriétaire, à 111e. 

De Compte, Xavier, propriétaire, à Vinça. 

Ulme, Jean, propriétaire, à Thuès. 

Noguès, propriétaire, à Estagel. 

Rigole, propriétaire, à Llo. 

Batlle, dit Bardou, propriétaire, à Banyuls-sur-Mer. 

Delhosle (ancien jardin Capot), à Perpignan. 

Taillade, Joseph, jardinier, à Perpignan. 

Baratte, Louis, jardinier, à Perpignan. 

Noguès, Joseph, jardinier, à Perpignan. 

Delmas (jardin Carrette), jardinier, à Perpignan. 

Tastu, Joseph, jardinier, à Perpignan. 

Conte, Joseph, jardinier, à Perpignan. 

INDUSTRIE. 

Médaille de bronze. 
MM. Fossaty, tahricaiit do chocolat, h. Perpignan. 
Peus, Joseph, briquetier, à Perpignan. 



115 



SK.4N(:K PCBLIOUIl 1)1 -28 JlJlLLrr 1861. 

PRÉSIDENCE DE M. AUGUSTE LLOUBES. 

La Société a tenu sa séance annuelle; les principales 
autorités et un public nombreux y assistaient. 

Le Cercle Sainle-Cécile, a l'ail entendre plusieurs mor- 
ceaux qui ont été fort applaudis, et a donné le signal 
de l'ouverture de la séance. 

Monsieur Lloubes, président, a prononcé l'allocution 
suivante : 

te Messieurs, 

« L'agriculture française est placée, depuis un an, dans 
une situation toute nouvelle : des dispositions législatives 
récentes, ont complété les mesures qui a|)pellenl les 
produits étrangers à lui faire concurrence. Comment la 
soutiendra-t-elle? C'est ce que nous allons examiner 
sommairement. Les grandes divisions de la production 
française, sont: pour le iNord , la betterave, donnant le 
sucre et l'alcool, les plantes oléagineuses ou textiles, 
les céréales, l'élève du bétail; pour le Midi, la vigne, 
l'olivier, les céréales, l'élève de l'espèce ovine. 

«L'agriculture du Nord, entourée de fabriques, peu- 
plées de nombreux ouvriers, mani|)ulant même plusieurs 
de ses produits, sera peu sensible aux dis[)ositions nou- 
velles; celle du Midi, placée dans des condilit)ns in\ erses, 
devra réellement lutter. Grevée de charges, qui n'ont pas 
d'analogues h l'étranger, impôt direct, centimes commu- 
naux, départementaux, coalition tacite de la main d'œuvre, 
elle doit se pn'seul(>r résolument devant ses adversaires. 



ut; 

Le fera-t-elle? pourquoi en douter! Que lui faut-il pour 
cela? le courage, l'intelligence? elle les a; la volonté? 
elle doit lui venir: il faut en prendre son parti. Les me- 
sures dont nous nous occupons émanent de la grande 
pensée qui a voulu réduire le prix de toutes les subs- 
tances indispensables à la vie, et qui, pour atteindre ce 
résultat, a rompu avec les idées du passé. On le sait: 
les actions des sociétés, comme celles des individus, 
subissent la pression de la nécessité. A une époque oîi 
les produits du sol étaient relativement rémunérateurs, 
l'agriculteur pouvait n'employer que certains procédés 
simples de culture; il faut, maintenant, que le prix de 
vente de ses produits sera moindre, qu'il use de tous 
les procédés que l'expérience et la science mettent à sa 
disposition : c'est seulement ainsi qu'il soutiendra la 
concurrence étrangère avec avantage. 

« Pour nous, l'élève du bétail se présente en première 
ligne, comme devant aider puissamment à atteindre le 
but proposé. Nous produisons beaucoup de fourrage; 
mais nous en exportons beaucoup. Sans renoncer à un 
débouché lucratif, augmentons la surface des prairies, 
et surtout cultivons les racines, car nous ne les cultivons 
pas. Plus de bétail donnera plus de fumier; et moins de 
terres emblavées, mais bien fumées, donneront plus de 
blé : nous arriverons à avoir moins de terre à labourer; 
elle sera mieux retournée et plus fertile. Le prix anormal 
du vin, sert de prétexte aux exigences de la main d'œuvre; 
elle est surtout impérieuse au moment de la moisson. 

« Les concours régionaux ont fait connaître d'excel- 
lentes moissonneuses, d'excellentes batteuses à vapeur; 
il faut recourir à l'emploi de ces utiles instruments. Ln 
désir (juc nous avions exprimé, il y a cinq ans, s'est 
réalisé : des associations de propriétaires ont acquis des 
batteuses avec locomobile, et les louent aux particuliers. 
Ce perfectionnement devient par là accessible ii toutes les 



117 

fortunes : en économisant l'argent et le temps, qui est de 
l'argent, il contribue à réduire le prix de revient du blé. 
Que l'on seconde les importateurs de batteuses; que l'on 
renonce à ces procédés primitifs, qui, en éternisant une 
opération défectueuse, faisaient perdre beaucoup de temps 
à une é|)oque où il est précieux, et l'on verra bientôt lin- 
trodudion de moissonneuses pour être louées au public. 
Les faucbeuses suivront, et nous jouirons des meilleurs 
instruments pour exécuter trois des grandes opérations 
de l'agriculture, dette circonstance produira de grands 
résultats; car elle aura, |)Our conséquence forcée, l'adop- 
tion (1(! tous les outils perfectionnés que la culture du 
Midi peut s'a|)proprier. Il n'y a pas de petite exploitation .. 
(jui ne puisse proliler de ces améliorations, et faire mieux 
qu'elle ne fait. Nous comptons beaucoup sur le concours 
(le 1802, pour vidgariser l'emploi de l'outillage nouveau. 
Appelé à le faire fonctionner, à .Marseille , nous pouvons 
affirmer ce (ju'il vaut. Nous sci'ions incom|»let, si nous ne 
disions pas ipie la vigne, malgré le haut prix de ses pro- 
duits, doit éveiller toute la sollicitude de l'agriculteur. 

« On supporte facilement dans ce momenl-ci les frais 
nombreux (pi'elle occasionne; mais, que le prix du vin 
vienne ;i baisser, el l'on en trouvera le poids lourd. 

« Nous sommes malbeureusement menacés de soufrer 
longlenq)s. Il faut donc viser à produire abondamment 
el à bas prix; les façons à donner au sol seront pour 
beaucoup dans ce résultat. Nous ne saurions tro|> recom- 
mander, pour le second el le troisième labour, la boue à 
(•lieval (le .M. de .Moux, (bM'.arcassonne. (îet instrument est 
inconnu ici; son adoption rendra de véritables services. 
Ne perdons jias du reste de vue, que la France se couvre 
de vignes! Nous dépasserions les limites de la discnUion, 
si nous insistions davantage sur un sujet <pii ('(unporlerait 
de grands (l(''vel(tppem('iits; mais, nous dirons que le seul 
moven de soutenir la concurrence étrangère, se résume à 



lis 

ceci : augmenter les produits d'une surface donnée, et 
les obtenir plus écouoini(|nouiont (|ue |)ar le passé. 

f( 11 ne faut pas, cependant, s'exagérer les conséquences 
de l'introduction étrangère. Les pays d'Europe, parfaite- 
ment renseignés, par les moyens rapides de communi- 
cation, du besoin que nous éprouvons de telle denrée, 
nous la vendront ce qu'elle vaudra clicz nous, et nulle- 
ment ce qu'elle devrait valoir prise cliez eux; ils ne le 
feraient pas (pie les importateurs se cbargeraient de ce 
soin : le temps de la naïveté est passé. En somme, per- 
fectionnons nos cultiu-es, et saisissons, pour cela, l'occa- 
sion (pje nous offrira le concours de 1862. Que tout le 
— monde se dise : c'est un point d'honneur pour le dt'par- 
tement de le rendre brillant; chacun doit y contribuer 
dans la limite dt ses forces. Ces solennités sont déjà 
passées dans nos mœurs, et nous n'insisterons pas; de 
prochaines annonces feront connaître au pul)lic les par- 
ties diverses du concours. Pour celle qui relève directe- 
ment de nous, l'horticulture, nous allons en préparer les 
éléments dès à présent. Nous dirons à nos iiiaraichers, 
(jue c'est la région entière (|ui concourra. Ils doivent 
s'elforcer d'être supérieurs en tout. Ea Provence et 
même le Gard produisent certains légumes un mois 
avant nous; nous ne le croyons pas cependant. Il ne 
sullit pas d'être fiers de notre soleil, (pie la Providence a 
fait; lâchons de l'être des produits hàtil's (jue nous obtien- 
drons par son inlluence bienfaisante, parce que ce sera 
notre œuvre. Nous lirons un très-grand parti de la cha- 
leur et de l'eau ; nous pouvons inonder la France de 
l'abondance de nos produits; mais l'abondance ne fait 
pas la précocité. Le prolongement du chemin de 1er sur 
l'Espagne, va nous obliger sous peu à forcer certaines 
cuiliMcs, non pas par des procédés coûteux, mais par 
l'application de moyeps connus et peu dispendieux. 

« Tout se perfectionne autour de nous; on court vers 



119 

un mieux dont la limite se recule sans cesse : soyons 
aussi intrépides que tous les autres pour chercher èi l'attein- 
dre; dans une société qui marcIie toujours, marchons! 
mais d'un pas que la prudence dirige. Notre passé rép(md 
de l'avenir, et nous s(unnK's convaincu (jue ce départe- 
ment, s'il le veut, dominera la situation agricole que les 
circonstances lui ont laite. » 

RÉCOMPENSES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ. 

ÉDUCATION DES VERS-A-SOIE. 

Médaille li'arijent. 

M. S. Trilla, à Latour, pour services rendus à la sériciculture 

par la production de bonnes graines de vers-à-soie. 

Médaille de bronze. 

M""" Julia, à Latour, jioiir sa l)oniie réussite dans l'éducation des 

vers-à-soie. 
M. Labrousse, Jacques, pour le zèle avec lequel il a [iropagé 
l'éducation des vers-à-soie. 

Mention honorable. 
M"'' Cussol, à Laloiir, pour sa bonne réussite dans l'éducation 
des vers-à-soie. 

INDUSTRIE. 

Médaille de bronze. 

M. Jouaiie, boulanger, à Perpignan, pour son pétrin mécanique 
perlectionné. 

SERVICES RURAUX. 

Prime en argent. 
M. .Macabios, valet de fci'iue de|)uis iO ans chez le uièuie maître. 

AI'ICULTlîRE. 

Prime en argent. 

M. Millarl, à Saint-1'aul-de-Fenouillel . pour services rendus à 

l'apiculture. 
.M. lilaiiipiier, à Saint-Paul-do-Fenouillcl, idem, idem. 

Quarante-une primes ont été, en outre, distribuées à l'espèce 
bovine, sur les fonds votés par le département et sur ceux qui 
ont été accdidés par M. le Ministre de l'Agriculture. 



120 



RAPPORT 

SUR L'EXPOSITION FLORALE ET MARAÎCHÈRE 
DU COiNCOURS RÉGIONAL DE PERPIGNAN 

{m 4862), 

Par iM. l'iiMn' DELHOSTE, socrétn'uv de la ('.oinuiission 



A l'extrémilé de la belle promenade des Platanes, 
s'étalaient, sous un dôme maynilique de verdure, les 
produits les plus riches et les plus variés de nos parterres 
et de nos jardins. Sept cent cincpiante vases d'orangers 
ou de citronniers, presque tous très-forts et d'une; belle 
végétation; des collections d'arbres verts, d'arbustes rares, 
de plantes d'agrément, aux formes et aux couleurs les 
plus distinguées, et de plantes maraîchères, ou même 
de quelques fruits hâtifs, ornaient le jardin improvisé, 
en quelques jours, par les soins de M. Louis Robin, au 
rond-point qui précède l'allée des Soupirs, et tout autour, 
sur un os[)ace de plus de quatre mille mètres carrés. Sur 
le gazon, délicieux de fraîcheur, étaient jetés, çà et là, des 
groupes de rhododendrum, d'azalées, de camélias, de 
pelargonium à grande fleur , de géranium zonale , de 
verveines, de pélunies simples et doubles, de cinéraires, 
de mimulus, de pensées, de calcéolaires, de chrysan- 
thèmes, de delpliinium , et d'autres plantes ou arbustes 
couverts de fleurs. 

Au milieu du rond-point, brillaient, entourés d'une 
sémillante ceinture de cinéraires aux riches couleurs. 



121 

soixante variétés de conifères résineux, cèdres, arauca- 
ria, etc.; tout autour de la pelouse, des corbeilles de 
rhododendruni, d'azaléa indica, de camélias, et d'arbustes 
très-variés, exposés par les i'rères Hobiii, pé|)iniéristes. 

Sur un des côtés de la pelouse, brillait un beau massif 
de M. Henri liélieu, propriétaire, à Port-Vendres, com- 
posé de rhododendruni, d'azalées, de rosiers, pivoines 
bégonias, chrysanthèmes, pétunies, hybiscus, œillets de 
Chine, palmiers, dracœnas, philodendron, yuccas, licus 
elastica, sempervivum, crategus, etc. 

M. François Astors étalait, dans un groupe délicieux 
de fraichour, la plus belle collection de pelargonium à 
grande ileur et à cinq macules, de beaux fuchsias, des 
delphiuium de semis, des orangers, des arbustes divers, 
et quehpies autres |)lantes méritantes. 

M. Philippe Hélieu, de Perpignan, avait aussi exposé 
une collection nombreuse et variée de camélias, d'oran- 
gers et d'azalées. 

A côté de la porte d'entrée, sur une platebande de |)lus 
de sept mètres de longueur, MM. Marqui , i)ère et (ils, 
avaient ex|)osé une riche collection d'orangers, composée 
de 118 sujets et otTrani 80 variétés du |)lus grand mérite; 
leiu's groupes, de pelargdniuin variés, à grandes (leurs et 
a cinq macules, de géranium zonale, de pclunies siuq)les 
et doidjjes, de fuchsias, métrosidéros, minudus, ver- 
veines, etc., n'étaient pas moins remar(piables. 

M. Joseph Alerou, horticulteur, avait aussi présenté, 
dans trois corbeilles distinctes, une très-belle collection 
de verveines à grande Heur ou à coloris nouveau, des 
pensées anglaises, pétunies, cinéraires, et de forts pieds 
d'orangers, couverts de lleurs et de fruits. 

M. Oeperreaud, propriétaire à Caudiès, ollicier de la 
Légion-d'Monnein', avait fait transporter, non sans peine, 
(piel(|uos arbres bien venus, dont la taille, parfaileiiicut 
conduite, avait attiré l'allention des hommes çonq)élenls; 



122 



des pyramides, contre-espaliers et pommiers à cordon, 
de forts pieds de rosiers, des cerisiers, une belle collec- 
tion de tulipes en (leur. 

M. Stéphane Bédos exposait aussi un très-beau groupe 
de verveines nouvelles, à grandes fleurs et riches coloris, 
de pensées et d'hélioiro|)es. 

Lue jolie corbeille de pelargonium à grandes fleurs, 
de verveines et de calcéolaires, de M. Adamoly, ifatlirail 
pas moins les regards. 

Quelques verveines, pétunies doubles, un deutzia gracilis 
d'un blanc de neige, de iM. l'abbé Delhoste, liguraient assez 
bien au milieu des richesses de la flore roussillounaise. 

Une nombreuse collection de Iruils du genre cihus, 
de rosiers, un pied d'ananas avec fruit, un bouquet de 
plantes légumineuses, des orangers, pétunies, etc., de 
M. Adrien Fabre, attiraient surtout Tattenlion des visiteurs. 

Les cinéraires, quarantains d'Erfurl, et de belles plantes 
aquatiques, de M. Amédée Jaunie, formaient un groupe 
des plus remarquables. 

M. Pierre Garrette, banquier, avait exposé de nombreux 
et forts pieds d'orangers, des pensées très-belles, des 
géranium zonale et à grandes fleurs, des canna indica, 
calladium , fougères, bégonias à reflets pourpres et 



argentés. 



M. Etienne de Guardia, avait exposé de très-beaux 
boutiuets et corbeilles de fleurs naturelles coupées. 

Les citronniers et les camélias de M. Gourse, pro|trié- 
taire à Arles, étaient les plus beaux de l'exposition. 

Ou remarcpiail encore les pensées, héliotropes, citron- 
niers, orangers, chinois, de M. l'abbé Harjau; la corbeille 
de verveines, héliotropes et pensées, de M. Antoine Coll; 
les géranium zonale et les nombreuses plantes grasses, de 
M. Pierre Rardou; les collections d'orangers, citronniers, 
couverts de fruits, et les plantes diverses, des demoiselles 
Oauder; les magnifiques chinois, les orangers et autres 



I2:i 



plantes, de M. Joseph Pourtet; les nonihreiix pieds d'o- 
rangers, avec fruit, de M. Pierre Pierson ; la grande collec- 
tion d'orangers, citronniers, cédrats, pommiers d'Adam, 
Saint-.lérome, etc., de M. Pierre lîassou; les niagnili(pies 
citronniers de M. Jean Hlanic ; les beaux vases d'oran- 
gers de MM. Périco, Laboissière et M'"e veuve Monnier, 
donnaient encore un nouveau lustre aux allées sinueuses 
de ce jardin improvisé. 

Moins poétiques et brillantes étaient les allées du jardin 
niaralclier, trop peti étendu, vu l'importance de nos pro- 
duits. Cinq grandes plates-bandes étaient plantées en arti- 
chauts d'une belle venue, en tomates et aubergines hâtives, 
en haricots, fraisiers, choux, carottes, navels, courges, 
melons, concond)res, laitues variées, etc. Parmi les expo- 
sants, on distinguait, particulièrement et très-avantageu- 
sement, les frères François et Joseph Taillade, jardiniers, 
pour leurs tomates, aubergines, courges, melons, figues 
et pèches précoces: la maturité de ces deux derniers fruits 
était déjà assez avancée. On distinguait, ensuite, I.ouis 
Baratte, pour ses haricots vtM'ts et ses pieds d'artichauts 
de Mai; Joseph Noguès, pour ses artichauts et ses beaux 
choux [tommes, d"(m développement extraordinaire; Pierre 
(Iddall, Louis Mir, iiaymond Sagan, Louis Uibes, Pierre 
Sainte, Joseph Tastii, Marcel Taslii, Jean Simon, Michel 
Ciélis, pour haricots hâtifs, choux blancs, choux pomuH'S, 
laitues, artichauts blancs remontants et artichauts de Mai. 
— Pierre Cam\ , l-'rauçois Delhoste, Laurent Margouet, 
Jaccjues Jourda, Michel Idre, FMiilippe Uarande, Jacipies 
IJelmas, Franç(»is Haratle, François et .Mexandre Piibes 
l't Jean Fort, avaient aussi exposé de beaux et bons 
produits de leurs jardins. 

Sur des étagères, s'étalaient des IVuils ei des h'gumes, 
tant de saison, tpie conservés; des haricots verts, de Louis 
Haralle; des pommes de terre, deJaccpies Meliiias, de 
Pierre Sainle et de François Taillaile; des patates |Kirfaile- 



121 

ment conservées, des frères Ribes (François et Alexandre); 
des courges, de Lonis Baratte et de Pierre Godall; des 
asperges, de M. Jean Roquefort, propriétaire, de Pierre 
Sainte , jardinier, et de M. Janer, qui avait également 
présenté une nond)reuse collection de |)ommes et de poires 
conservées, deux grosses branches de cerisier, couvertes 
de fruits niùrs, des graines d'as|)erges de Hollande, cl de 
liaricots variés. M. Laurent Eycbenne avait exposé une 
belle i)ranche de pistachier chargée de pistaches; ses 
patates et celles de Jean Carcassonne, méritent d'être 
signalées pour leur grosseur et leur parfaite conservation. 
MM. Marcjui, |)ère et fils, présenlaient une inagnilicpie et 
complète collection de fruits d'orangerie, tels que cédrats, 
citrons, bigarradicrs, oranges, pommes d'Adam, merveille 
d'Espagne, etc., des poires conservées et autres fruits. 
Antoine Conor et M"^^ veuve Monnier, avaient exposé des 
l)oires doyenné d'hiver, et M'"*" Elorens, nue belle corbeille 
de pommes variées. 

Tel était l'ensenible de celte exposition ilorale et maraî- 
chère de notre concours régional, un des plus beaux, sans 
contredit, de toute la région. La vue et l'odorat étaient 
également llallés dans ce jardin verdoyant et ombragé, où 
l'on n'avait guère :i regretter (pie l'absence forcée des 
beaux (cillelsile M. Nicolas Pourlel et de M. l'abbé Barjau, 
dont la lloraison n'avait pas commencé encore. 



125 



UNE PROCESSION AU XV« SIÈCLE, 

Par M. labhé DELHOSTE , membre résidant. 



De tout temps, nos pères se sont disiingués par leur 
piété el leur confiance envers les saints. Les diverses 
corporations établies parmi eux, avaient, chacune, leur 
patron , qu'elles vénéraient et fêtaient soleunellement 
dans certaines circonstances. Je signalerai une seule de 
ces corporations, celle des cultivateurs et des hommes 
attachés aux travaux de la terre, qui invoquait spéciale- 
ment saint Gaudéric, et avait recours à son intercession 
dans les temps de sécheresse persistante ou à l'époque 
des inondations. II ne sera, peut-être, pas inopportun, 
dans une réunion de ce genre, de décrire une procession 
solennelle, célébrée en 1 iTO, en l'honneur de ce saint, 
pour obtenir le bienfait de la pluie; car, si nous aimons 
à reconnaître le concours bienveillant el empressé des 
autorités de cette ville el de ce département, nous ne 
devons pas moins tenir à cœur de payer un tribut de 
louanges à Celui qui, du haut des régions célestes, veille 
sur nos vergers et nos moissons. J'emprunte le récit, 
qui va suivre, aux mémoires conservés dans les archives 
de notre église cathédrale, mémoires qui relatent plu- 
sieurs autres processions générales de saint Gamléric, 
faites a\ -c une solennité et un concours dont il est 
dillicile de nous faire une idée , en ces jours de proi^rès 
matériel, mais aussi d'aflaiblissement du sens relii-ieux 
Le Gouverneur et les Cousuls de Perpi-nan, ainsi que 
ceux des principales villes du Conllent et du Roussillon 



\-2(j 



avant lait la deiiiauile ollicielle de la procession de saint 
Gaudéric à l'autorité diocésaine et au révérend Abbé de 
Saint-Martin-du-Canigou, celui-ci dut ijuitter son monas- 
tère et se mettre en marche, avec les saintes relicjues, 
dès le troisième ou le quatrième jour du mois de mai 
de l'an mil quatre cent soixante-dix. Quoique l'historien 
ne désigne pas les paroisses qui Orent partie de la pro- 
cession, il est plus que probable que toutes celles dont 
elle traversa le territoire s'empressèrent d'y prendre part. 
Villelrauche , Prades, Viuça, Ille , ïhuir, et les villages 
situés à proximité de ces villes, durent grossir les rangs 
des pieux pèlerins. Ce fut le lundi, 7 mai, veille de la 
fête de l'apparition de l'archange saint Michel, que le 
chapitre et la communauté des prêtres de Saint-Jean, 
avec tout le clergé des autres i)aroisses de la ville, les 
divers ordres religieux et un concours immense de lidè- 
les, sortirent, processionnellement, par la porte del Torô, 
qui était à l'extrémité de la rue actuelle de l'Ange, et se 
dirigèrent , en passant par les Qualre-Cazals, vers le lieu 
dit Pont-yoUy pour recevoir solennellement le corps de 
saint (iaudéric. Après le chant du répons Sande Gaude- 
rice, un chanoine et un bénéficier de Saint-Jean, portè- 
rent la châsse de saint Gaudéric, et la procession se mit 
en marche, entrant par la porte Saint-Martin, et allant, 
directement, h l'église Sainl-Jean. Il était, alors, quatre 
heures du soir, et la sainte relique ayant été placée sur 
le maître-autel , la cérémonie fut terminée , aussitôt, par 
la bénédiction, afin de donner aux pèlerins le repos qui 
devait leur être nécessaire, après une longue marche. 

l.e lendemain, mardi, jour de Saint-Michel, et le mer- 
credi , 8 et 9 mai , il y eut encore procession générale 
dans les rues de la ville, où l'on porta, avec les reliques 
de saint Gaudéric, celles de saint Julien et de sainte 
Baselice de La Héal, et de saint Hunoral del Canne. On 
se rendit à la Tel, où les saintes reliques fureiii déposées, 



I 



127 

jusqu'à les mettre (juelques instants en contact avec l'eau, 
afin, sans doute, (rol)tonir plus lacilomenl, par cet acte 
de foi naïve, le bienfait de la pluie. Cette circonstance 
de l'immersion des relicpies a été renouvelée, depuis, 
toutes les fois qu'a ou lieu une procession semblable. 
Mais, malgré la foi vive et les prières ferventes des bons 
Koussillonnais, le ciel demeurait fermé, et la pluie tardait 
à venir. 

Aussi, dès le jeudi, iO du mois, entre quatre et cinq 
heures du matin, la procession, i)lus nond)reuse que 
jamais, se mit en marche vers la mer, lonireant la Tet, 
par le chemin de Vilellongue et de Sainte-Marie. Kiie lit 
une station sur le rivage de la mer, où les saintes reli- 
ques furent encore mises en contact avec l'eau, et on 
repartit immédiatement pour Sainte-Marie, où une messe 
solennelle fut célébrée par le seigneur Abbé de Saint- 
Martin. Un religieux franciscain, le père liroqueta, l'ut 
chargé d'haranguer la nombreuse assemblée, et de faire 
le panégyrique de saint Gaudéric. Ce ne fut qu'à l'issue 
de la messe que l'on put se reposer et prendre cpielque 
nourriture. Quatre Consuls de Perpignan, se trouvaient, 
en ce moment, à Sainte-Marie, c'étaient: Pierre Aubry, 
second consul; Pallors, mercader, troisième consul; 
Georges Sestero, mercader, quatrième consul, et Sancho, 
tisserand, cinquième consul de la ville. Beaucoup d'ho- 
norés bourgeois et mercaders, et une foule de paroisses, 
faisaient partie de la procession, qui ne comptait pas 
moins de vingt mille personnes. 

Tant de foi et de persévérance durent toucher le cœur 
de Dieu; les prières ferventes et multipliées de la foule 
recueillie, furent couronnées d'un plein succès. Dès le 
soir de ce jour, et tout le lendemain, sans aucun doute, 
une pluie abondante dut humecter la terre aride et rendre 
la vie aux campagnes désolées par une sécheresse trop 
prolongée. 



128 

Ce ne tut que le samedi, 12 mai, à six heures du matiu, 
que les dévols pèlerins de saint Gaudéric reprirent joyeu- 
sement et avec action de grâces le chemin du monastère 
de Saint-Martin, pour y réintégrer les précieuses reliques. 
La procession, composée comme précédemment, sortit de 
l'église Saint-Jean, faisant retentir les airs d'hymnes et 
de cantiques, et ne s'arrêta qu'au pont de Saint-Gély ou 
d'eti Panistrar. — Deux chanoines et deux bénéiiciers, 
revêtus de dalmatiques, portèrent le saint corps, et le 
remirent entre les mains de l'Abbé de Sainl-Marlin; et, 
après avoir pris congé de lui, la |)rocession reprit, avec 
ordre , le chemin de Saint-Jean , tandis que les pèlerins 
prirent la voie de Thuir, et poursuivirent leur route jus- 
qu'au monastère, où fut déposé le saint corps. 



IJ9 



FIN DU mnum aux éphé^erides 

De rilôpilal Saint-Jean et de l'Hospice de la Miséricorde 

DE PERPIGNAN, 

Par M. JosiEPH SiBTEW» meinbrt- résidant. 



« On garde le souvenir des actes d'IiCToîsme. 
et l'on doit se souvenir des exemples de charité. » 
D. (Journal général de l'Instruclion publi- 
que du 7 mai iS59.) 



Mon inlenlion avait été d'arrêter mes éphémérides à 
l'année 1850; mais divers doemnents que j'ai découverts 
et dont j'ai reconnu l'importance, m'ont décidé à en 
poursuivre la publication jusqu'en 1865. Ainsi, le supplé- 
ment que je donne aujourd'hui complétera la série des 
notes historiques que m'ont fournies les archives de 
l'Hôpital Saint-Jean et de Notre-Dame-de-Miséricorde. 
Je désire être à mémo, plus tard, de publier d'autres 
faits se rattachant à ces maisons hospitalières. 

Je vais faire connaître maintenant l'origine de l'union 
des Léproseries de l'ancienne province du Roussillon à 
riiôpital Saint-Jean. 

Le 10 avril 1G96, M. De Trobat, premier président du 
conseil souverain, et M. François Desprès, docteur en 
théologie, chanoine d'Elue, oiricial et vicaire-général du 
diocèse (ce dernier au nom de l'évéque), touchés de la 
triste position dans laquelle se trouvaient rHôjiital Saint- 
Jean et Notre-l)auie-de-Miséricorde, résolurent de pro- 
poser au roi d'y réunir, par égales portions, les revenus 

9 



130 

des Léproseries de Saint-Jean-de-Jérusalem et du Mont- 
Carmel, au nombre de vingt-deux, existant dans la pro- 
vince; mais, après avoir examiné sérieusement cette 
affaire et fait la part des difticultés qui se présentaient 
et qu'ils n'avaient point prévues, ils se convainquirent 
que le partage de ces revenus serait d'un faible secours 
pour cbacune des deux maisons. Jis adressèrent le résul- 
tat de leurs investigations au Conseil d'État, qui, par son 
édit du 20 juillet 1690, réunit déliuitivement les revenus 
des Léproseries à l'Hôpital Saint-Jean , moins celles 
d'Arles, le Boulou, Vinça et les Bains d'Arles''*. A cette 
époque, on voulait également réunir une partie des reve- 
nus des Hôpitaux de la province à Notre-Dame-de-Misé- 
ricorde ; mais on dut y renoncer, à cause de l'opposition 
que firent les administrateurs de ces établissements. 

En publiant le montant des revenus de chacune des 
Léproseries, ainsi que le tableau des Hôpitaux qui, à la 
lin du xviF siècle, existaient dans le Roussillon, j'ai 
cru faire un travail utile et de quelque valeur aux yeux 
des hommes qui s'occupent d'archéologie et d'histoire 
locale , attendu que les documents qui ont servi à l'éta- 
blir sont complètement inédits. 

Ces maisons hospitalières, fondées par la piété de nos 
pères, au retour des croisades, sont dignes de la protec- 
tion des hommes qu'animent la charité chrétienne et le 
désir d'être réellement utiles à l'indigence. Lorsque des 
hivers rigoureux ou des épidémies viennent fondre à 
l'improviste sur les populations nécessiteuses, le bien 
qu'elles font est très-grand. Ce bien d'ailleurs se continue 
tous les jours, du l^'' janvier au 51 décembre, et cela 
depuis des siècles, grâce au zèle d'une administration 
consciencieuse et éclairée , et aux soins vigilants , au 



(I) Louis Xl\ l'orroliiira ci't t'dil par lellres patentes du mois d'octobre 



131 

dévouement évangélique des l)oniies Sœurs que la pro- 
vidence a placées au chevet du lit du malade pour hâter 
sa guérison ou pour l'aider à faire une fin chrétienne. 
Économe des Hospices civils de Perpignan, je suis à 
même d'apprécier tous les bienfaits que ces maisons 
répandent sur la classe pauvre, dans la limite de leurs 
ressources. 

On ne saurait trop le répéter, ces établissements ne 
sont jamais assez riches, car, plus la somme de leurs 
revenus grossit, plus ils peuvent augmenter le nombre 
des malades et des orphelins qu'ils secourent journelle- 
ment. J'ajouterai qu'ils ne sont jamais riches; cette der- 
nière qualification ne peut raisonnablement s'appliquer 
que lorsque le superflu dépasse le nécessaire; ce qui 
n'existe ni pour l'Hôpital Saint-Jean ni pour l'Hospice de 
la Miséricorde, ni pour aucun établissement de ce genre 
existant dans les Pyrénées-Orientales. 

La charité, celte fille du ciel, est descendue sur la 
terre pour tendre la main h toutes les infortunes, pour 
cicatriser toutes les plaies*^'; mais il faut que les hommes 
de bien secondent ses vues et l'aident dans son labeur ; 
et de même qu'elle ouvre sans cesse le trésor inépuisable 
de ses grâces, de même les heureux du siècle ne sau- 
raient rester sourds à son généreux appel. 

Toutes les garanties désirables sont données aux bien- 
faiteurs, par les lois et les décrets qui régissent l'assis- 
tance publique; la comptabilité financière des Hospices 
est soumise, selon son importance, aux investigations de 
la Cour des Comptes ou du Conseil de Préfecture ; les 

(I) • r,c premiiT doruntpnt relatif à ri-l.iblissemcnt d'aumôiips rt'ijiilières, 
faiU's aux iii(Jij;i'nts, csl une loi de Coiislanlin, de raïuiée 315; et oii lit au 
cliM|)i(rc III lie la vit; Je sainte Fabiola, écrite par saint Jéi'ôme, que cette 
gr.iiKle cl illiislrc iriiilioiic (it élever à Home , avant la fin du tv' siècle, le 
|)reiuier hôpital i]ue les peuples anciens aient jamais vu. » (Voyage aux 
Antilles, loniu II, pa(;u 1 12, por M. Granicr do Cassagnac.) 



13-2 

fonds provenant des dons et legs placés en rentes snr 
l'État, sous la surveillance de l'autorité supérieure, gros- 
sissent annuellement le patrimoine des pauvres et servent 
de fondement a l'asile élevé par la charité à la douleur 
et à l'infortune. 

NOMS DES LÉPROSERIES QUI, EN 1696, AYANT VERSÉ LE CAPITAL 

DE LEURS REVENUS A l'hÛPITAL SAINT-JEAN , 
ONT ACQUIS LE DROIT d'y ENVOYER LEURS MALADES INDIGENTS. 



Perpiîînan 

Villelonguc-de-la- Sa- 

j lanqui' 

Toneilles 

Sainle-Marie-la-Mer.. 
Saint - l.aureiil-(ie-la' 

Salamiue 

Saint-Hyiipolite 

niaira 

Pia 

Baixasf'l) 

TrouiUas 

Sainl-.Iean-Pla-de-Cors 
Banyuls-dels-Aspres. 

Palau-del-Viilre 

Argelè5-sur-Mer 

Saint-Cyprien 

Millas 

Saint-Ki-liu-d'Avall . . 

|La Perche 

Arles 

Le lioulou 

Les Dains-d' Arles. 
Vinça 

Totaux w. 

(Liasse E, n' 2) 



REVENUS 

en 

argent. 



U fr. 

10 fr. 

ii fr. 

3f]-. 



55 fr. 
18 fr. 

2fr. 

» 
(Ufr. 15 s. 4d. 
40 fr. 
8fr. 6s. 8d. 

4fr. 
H fr. 
70 fr. 

33 fr. 



REVENUS 

en liliî. 

( Charges 
de 10 dou- 
bles décal.) 



353 Ir. 02s. 



i; 

12 

1 



30 rh. 



REVENUS 

en hlé. 

(Mesures 

ou douilles 

diScalitr 



5 ortçe. 

6 tilc^ 



21/2 blé. 



7 blé. 



2l/2lih'. 



Léproseries qui n'ont 

pas été réunies 
ï rilopital Saint-Jean 



23d.d, 



Francs. 



07 f. 10s, 
15 fr. 

W 

•17 fr. 



159 f. 10s, 



Blé 



1 charge 
1 charge 



2 cliarges. 



(I) l.:i Lt'prosiM'ii' lie nai\;is fut foiidi'C cii IÔ57, par R. lùiMr.Nr.M', paretir 
lie Pi'ri)i|;iiaii, pour rcalrctieu de huit pauvres malades. (M. <le lioiuiefo;, 
M'' bulletin de la Soeiélc des l'yrénées-Orieiitalcs.) 



13.1 

ÉTAT DES REVENUS ET DES CHARGES DES IIOPrTAUX DE CHARITÉ 
DE LA PROVINCE DU ROUSSILLON, EXISTANT EN IGOO. 



NOMS 

(les fomiminfis 
possiHIant 

DES lliiPITAUX. 



REVENUS. '■ DEPENSES. 

I 



IMisi'ricorde 

(Perpignan.) 



Hôpital Sainl-Jean 
(Perpignan.) 



nie. 



Colilouie 



Millas. 



Tliuir 



Ci'rcl . 



Arles . 



8..i53fr.l8s. 13.024fr 



12.336 fr. 



3.600 fr. 



318 fi-. 



.130 fr. 



•1511 fr. 450 fl' 



15.016 fr. 



3.464 fr. 



318 fr. 



530 fr. 



2!)2 fr. 



300 fr. 



292 fr. 



300 fr. 



PraliHlc-Mollo... 200 Ir. iuOfr. 



OBSERVATIONS. 



Le déficit annuel de 4.570 fr. 2 s 

est couvert par les cliarili'S et le re-' 
traiiobeinent dos dépenses i|ui ne 
sout pas alisolunicnt nécessaires. { 

I 
Les dépenses de cet Hrtpital excè- 
dent les revenus de 2 (!S0 fr. ; l'on y 
{supplée par les charités et l'économie 
/des administrateurs dans la régie des 
[ revenus. j 

[ Les revenus de cet Hôpital sont 
Idestinés à y traiter les malades de la 
'ville et des lieux circonvoisins, et ce 
yiui reste est employé à former des. 
iportions de pain, vin et viande, quij 
isont distribuées à des pauvres inva- 
1 lides de la ville. 1 



[ Les Consuls sont administrateurs 
\de ce revenu, iiu'ils distribuent aux 
^pauvres malades de la ville, à qui on 
/donne de la viande pour le bouillon. 
I et les médicaments nécessaires. 1 

l Cet IMpital à un bureau d'admi- 
)nistration qui eu «mploie les revenus 
(au soulagement des pauvres du lieu, 
Jet le receveur, qui en est chargé, 
'rend conipleau bureau annuellement. 

l II y a ;'i Thuir une maison oii l'on' 
Vrt'i.'oit les pauvres du lieu, et où l'on' 
Jdoniic .asile aux passants; les Consuls' 
'Jlont fournir, dans le cours de l'année, 
/de la viande aux familles les plus 
( nécessiteuses. 

/ Cet Hôpital est destiné aux iiauvres 
\de la ville; il renferme un quartier 
■.pour b'S pauvres et un autre quartier 
/pour les p.issants ;'i qui l'on donue 
iriiospilalité. 

Il.es Consnis sont directeurs de cet 
Hôpital, dont le revenu est employé^ 
à la subsistance des pauvres de laj 
ville. j 

i Ce revenu sert :'i traiter les uiala- 
mcs du lieu cl n'est pas sulllsant pour 
/secourir Ions ceux qui se présentent.] 



' 



NOMS 

(les communes 

possédant 

DES IlnrlTAUX. 



Elne. 



Bonleternère . 

Le Boulon. . . . 



Prades . 



Vinça . 



Marquixanes. 



Codalet. 



REVENIS. 



550 fr. 



29fr. Ts. 8d. 



37 fr. 10 s. 



745 fr. 



300 fr. 



112 fr. 



58 fr. 



1^4 



DEPENSES. 



700 fr. 



OBSERVATIONS. 



On supplée 3 ce f|ui manque ;i la 
,'somnie de 550 fr. p:ir les charités et 
/l'économie des administrateurs. 



\ Ce petit revenu est distribué an- 

29fr. 7s. 8d. \nnellemcnt aux pauvres du lieu par 

(un administrateur. I 



37 fr. 10 s 



745 (r. 



300 fr. 



112 fr. 



58 fr. 



.) 



Même observation. 



Les revenus de cet Hôpital sont 
lemployés à l'entretien des pauvres 
«malades, et lorsqu'ils ne suflisent 
ipas, on fait des quêtes dans la ville 
'pour y suppléer. 1 



\ 

' I,a somme de 300 fr. n'étant pas 
VsnOisante pour l'entretien d'nn llopi- 
"tal. on la distribue annuellement aux 
Jpauvres les plus nécessiteux quisonl^ 
(en grand nombre à Vinça. 

Ine maison sert d'Hôpital , et les 
revenus ne sont jamais suffisants 
pour l'entretien des pauvres. 

.,.„veur. sous la direction du 
i des Consuls, fournit la sub- 

{sistance et la viande aux pauvres 

/malades. 



! 

( L'n receve 
^Curé et des 



( Liasse E, n" 2.) 



NOTES HISTORIQUES. 

Deux nol)les dames, Marie d'Ille, en 1224, et A va Je 
FenoiuUel, veuve du vicomte de Castelnau , en 1267, 
entrèrent dans l'ordre des religieuses du Saint-Sépulcre, 
et se vouèrent au soulagement des malades, après avoir 
richement doté l'Hôpital d'ille. On voit encore leurs 
tombeaux dans la chapelle de l'IIÔpitai. {Annuaire du 
département, 1854.) . 

Le plus ancien document oii il est tpiestion de 1 Hôpi- 
tal d'ille, est de l'année 1218. La date de sa fondation 
est inconnue. (Archives de cet Hôpital.) 



13.-, 



Aux calendes de décembre 1292, (hnllaume de Pwg 
Dorfila fait entre les mains des prud'liommes deCollioure 
don des locaux, des fondations, au profit des pauvres de 
l'Hôpital de cette ville, qui est sous la direction d'un 
commandeur assisté d'un chapelain. (Cartulairc de Col- 
lioure; Saint-Malo, Publicateur, 0^ année, n" 4.) 

Le 6 des calendes d'avril 1293, Jacques 1er, roi de 
Majorque, approuve les libéralités de Ptiir/ Dorfila en 
faveur de l'Hôpital de Collioure. (Idem; idmi.) 

L'Hôpital de Vinça est fondé en 1550, par /m?i Quinla, 
prêtre, qui lui consacre sa maison et le dote de tout ce 
qu'il possède. 

Les frères et sœurs, sous la direction d'un comman- 
deur, qui desservaient l'Hôpital Saint-Jean, portaient 
cousue sur leur tunique, une croix octogone dans le 
genre de celle de Saint-Jean-de-Jérusalcm , mais rouge 
et bleue et pied fiché. Jusqu'au 24 avril 1424, des reli- 
gieuses furent employées au service des femmes malades. 
Après cette époque, les consuls, à la suite d'événements 
dont il est inutile de parler, les remplacèrent par des 
servantes, sous la direction d'une gouvernante, et une 
nouvelle organisation eut lieu. Ces servantes, chargées 
de soigner les malades femmes et les enfants-trouvés 
des deux sexes, exercèrent lein-s fonctions jusqu'en 1770, 
où six soMMs de la congrégation du Saint-Sacrement pri- 
rent leur i)lace. (Archives de l'Hôpiial Saint-Jean. "i 

Anciennement, notre ville avait, indépendamment de 
divers petits Hôpitaux entretenus aux frais des corps de 
métiers, V Aumône commune, qui a été remplacée, (le nos 
jours, par le Bamm de Bienfaisance; l'Hôpital des tisse- 
rands, fondé en lit]!), le plus important de tous, était 
situé à la paroisse Saiut-Jacques, rue d'en Calcc'^''; l'Hôpi- 

(I) « L;i r<)i|)i)r;ili..ii des lissiTaiids cLiit |>iiissaiitc ii IVT|)i|jiian. t;ile 
rifcvait des l.'|;s ; s' imposa il ; payait rliiTrim-iit .■^.•s pi ivilr|.fs au liso ; delc- 



136 

tal Saint-Guillaume et Sainte-Madeleine, fondé par une 
corporation religieuse , existait dans le local même où 
l'on a placé le Dépôt de Charité. 

Les Hôpitaux civils existant dans notre département, 
en 1865, sont au nombre de onze, savoir : ii Perpignan, 
Klne, Millas, Céret, Collioure, Arles, Prats-de-Mollô, 
Saint-Laurent-de-Cerdans, Prades, Ille et Vinça. 

Celui de Collioure ne reçoit point de malades; on se 
borne a donner des secours à domicile ; il a le caractère 
d'un Bureau de lii en [aisance. 

L'Hôpital de Saint-Laurent-de-Cerdans (jui n'existait 
plus, a été créé de nouveau, en I800, grâce a l'héritage 
légué par les demoiselles Cramadells , pour la fondation 
de cette bonne œuvre. 

M. Bernola, de Sainte-Léocadie, a légué, en 1842, a 
l'Hôpital de Prades, une propriété estimée 40.000 fr. 

Un Hôpital existait très-anciennement près du Pont de 
pierre de Perpignan, sur la Tel. Pierre H, roi d'Aiagon, 
en M97, accorda certains avantages aux hospitaliers 
chargés de l'entretien dudil pont. Il existait encore en 

1500. 

Villa Godorum ou Mailloles, a la banlieue de Perpi- 
gnan , possédait aussi un Hôpital, puisque le ''28 avril 
1565, l'oflicial de l'évêque d'Llnc > faisait une visite par 
ordre du prélat. 



W'iO, — Etienne de Correyo donne à l'Hôpital une 
maison située dans Per|)ignan. — Guillaume Palagri , 
notaire. (Liasse 51, n" 11.) 

1205.— Bernard Calva donne à l'Hôpital une pièce de 

[[liait aiipii'S (lu roi ses fniidés de pouvoirs ; s'asscnil)l:iil iMi son liolcl , dit 
du conseil , au chanii) de rames , où elle possédait une lialle aux draps, ou 
niai;as)u, appelée Lusa de la (iimda. » (M. de Saiul-iMali), licclierdns sur le 
cuinmeirc lli)u>silliinnais. ) 



137 

terre située au territoire de Sainle-Marie-de- (y'/^re/a. 
( Liasse ôi, n» 28. ) 

1210. — Pierre H, roi d'Aragon, donne à l'Hôpital 
deux métairies, l'une près de celle d'Alherl Gasc, aujour- 
d'hui lo Mas dels pobrcs: l'autre près des murailles de 
Perpignan. Il conlirme de nouveau toutes les grâces et 
privilèges accordés par les comtes du Koussillon; met de 
nouveau rH()|)ital sous sa protection royale, et déclare 
avoir reçu des frères hospitaliers, gratuitement, 10.000 
livres harcelonnaises pour le soutien de son armée contre 
les vSarrasins. — Charte donnée a Salses. (Liasse 2, 
no 18.) 

1216. — Pierre Torderas de Vilanova donne tous ses 
biens à l'Hôpital. — Acte reçu par André Livita, notaire. 
( Liasse o i, n" 2^.) 

1222. — Piaymond et Guillaume Albert cèdent à l'Hôpi- 
tal tous les droits et actions qu'ils ont sur deux métairies 
situées au territoire de Cornella-del-Vercol. — Acte reçu 
par Pierre de Bajoles, notaire. (Liasse 54, n" 2i.) 

1255.- — Pierre Pages se lait religieux hospitalier, et 
donne tous les biens (pi'il posède îi Cornelia-del-Vercol, 
à l'Hôpital. — Acte reçu par Pierre del Riu , notaire. 
(Liasse 54, n» 27.) 

12i7. — Bulle du pape Innocent IV, qui met l'Hôpital 
sous la protection du Saint-Siège, et rexcnq)te de la dime 
du carnclagc relativement a ses trou()eaux. — Donné à 
Lyon, aux calendes du mois de mars, de son pontificat 
le quatrième. (Liasse I, u° 54.) 

l2o5. — Pierre Albert donne à l'Hôpital une maison 
(pi'il possède à (lornclla-del-Vercol. — Acte reçu par 
(iuillaume Pons, notaire, i Liasse 5i, n" 5i.) 

1200. — Bernard Bosch lait don à l'Hôpital d'une 
niélairie située au territoire de Cornella-del-Yercol. — 
Acte reçu [lar Arnaud Miro, notaire. (Liasse 54, n» 50.) 

I2!>S. Itcriiaid AiIkisc;!. i\v Sitiiil-Martin-de-Soreda, 



13R 

donne tous ses biens à l'Hôpital. — Acte reçu par Pierre 
de Vernet, notaire. ( Liasse 54, n» 4. ) 

1312. — Matthieu Massine, de Montesquieu, donne 
tous ses biens a l'Hôpital. — Acte reçu par Guillaume 
Raduif, notaire. (Liasse 54, n" 56.) 

1565. — Pierre Fabre , marchand pareur, institue 
l'Hôpital son héritier universel. — Testament reçu par 
Guillaume Manci, notaire. (Liasse 53, n" 12.) 

158o. — Marie Vilanova, épouse de Guillaume Vilanova, 
habitant à Orle, donne tous ses biens à l'Hôpital. — 
Acte reçu par Pierre Armany, notaire. ( Liasse 54, n» 55.) 

i59o. — Honoré Jaubert, banquier à Perpignan, subs- 
titue l'Hôpital et la Pieuse Aumône à ses enfants, s'ils 
meurent sans postérité. — Testament reçu par Pierre 
Descamps, notaire. (Liasse 5o, no 72. ) 

1455. — Jean Vola, bourgeois de Perpignan, lègue 
l'usnlruit de ses biens à son épouse, et institue ses héri- 
tiers, par égales portions, l'Hôpital, la Pieuse Aumône et 
la Marguillerie de Saint-Jean. — Testament reçu par 
Antoine Paracols, notaire. (Liasse 55, n° 65. Livre des 
Bienf., fol. 10.) 

1444. — Agnès Cauzit, épouse de Guillaume Cauzil, 
pelletier de Perpignan, institue l'Hôpital et la Marguille- 
rie de NoIre-Dame-du-Pont, ses héritiers par indivis. — 
Testament reçu par Jean Vilarnau, notaire. (Liasse 55, 
no 67. Livre des Bienf., fol. H.) 

1462. — Guillaume Fabre, pareur de Perpignan, lègue 
à rHô|)ital un jardin au territoire de Saint-Jean , con- 
frontant avec la Basse. — Testament reçu Bernard Catorra, 
notaire. (Liasse 55, no 11. iJvre des Bienf., fol. 12.) 

1472. — Jean Caliose lègue 200 fr. à l'Hôpital, qui 
doivent être employés à fairii venir l'eau a la fontaine de 
l'établissement. — Testament reçu par Jean Bolil, notaire. 
(Liasse 55, no 59. Livre de Bienf., fol. 12.) 

1500. — Guillaume Thio , lègue îi l'Hôpital une rente 



139 



annuelle de 56 fr. qui devra être emiiloyée à l'achat de 
la collation de Noël, à servir, tous les ans, aux malades 
de rilôpilal. (Livre de la Font, fol. 273 et des Bienf., 

fol. 15.) 

j 507. — Pancrace Salvatat, bourgeois, lègue a l'Hô- 
pital les terres (lu'il possède au territoire de Mossellos, 
Vilaraza et Cornella-del-Vercol. — Testament reçu par 
François Masdemont, notaire. (Liasse 55, n» 8. Livre 
des Bienf., fol. 15.) 

1511. — Le révérend Bernard Boixa, prêtre bénéficier 
de Saint-Jean, fait don de tous ses biens a rilôjjilal. 
— Acte reçu par Pierre Vilarnau, notaire. (Liasse 54 n" 
5. Livre des Bienf., fol. 15,) 

1514.- Hugues Tardieu, mercader, lègue à l'Hôpital 
un clan au Marché-neuf de Perpignan, et 200 fr. pour 
être placés en rente constituée, qui serviront pour l'en- 
tretien du linge de l'établissement.— Testament reçu par 
Jean Mas, notaire. (Livre de la Font, fol. 211 et des 

Bienf., fol. L4.) 

1515.- Lettres patentes du l^'- juillet i)orlant qu'au 
cas de remboursement des rentes constituées appartenant 
à l'Hôpital et à raumo»e rommune, placées sur particuliers, 
les Seigneurs Consuls en retireraient le capital au prolit 
de la communauté, ceux-ci devraient répondre de l'inté- 
rêt, afin que, par ce moyen, les rentes de ces deux 
Etablissements subsistassent a toujours. (Carton 0. 2.) 

1 550. — Antoine Péris, notaire à Perpignan, institue 
l'Hôpital son héritier universel. — Testament reçu par 
Pierre Fabre, notaire. (Liasse 55 n^ 52. Livre des Bienf., 
fol. 17.) 

1558.- (iuillaume l/nii, prêtre bénélicior de Sainl- 
Jcan, lègue à l'llô|)iial une rente annuelle d'un dourg 
d'huile d'olives (20 litres, mesure nouvelle).— Testament 
reçu par Vincent Cahell , notaire. (Livre des Bienf., 
fol. 17.) 



140 

1340. — Gaspard Rovira, notaire, institue l'Hôpital son 
héritier universel. — Testament reçu par Pierre Fabre, 
notaire. (Livre major, fol. 290 et des liienf., fol. 17.) 

1o4o. — Jean Ferrando, crieur public, natif de Castille, 
lègue à l'Hôpital trois maisons qu'il possède rue de la 
Loge, à Perpignan. — Testament reçu par Antoine Fita , 
notaire. {Livre de la Font, fol. 212 et des Jiienf., fol. 18.) 

1546. — Honoré Marti, mercader, substitue l'Hôpital 
à un enfant illégitime qu'il avait institué son héritier, 
pour la moitié de ses biens. — Testament reçu par Michel 
Joli, notaire. (Livre des Bienf., fol. 18.) 

1551. — Demoiselle Anne Medine donne à l'Hôpital 
tous ses biens, meubles et immeubles. — Acte reçu par 
Pierre Fabre, notaire. (Livre major, fol. 210 et des 
Bienf., fol. 19.) 

1351. — François Pimente de Palencia, lègue à l'Hôpital 
180 ducats d'or. — Testament reçu par Estève, notaire. 
{Livre major, fol. 501 et des Bienf., fol. 19.) 

1591. — François Alzine, lègue 200 fr. à l'Hôpital, 
qui devront servir à acheter des matelas, couvertures et 
linge. — Testament reçu par Joli, notaire. (Livre des 
Bienf., fol. 23.) 

1395. — Don Galcerande Vilanova, Chevalier, lègue à 
l'Hôpital 1 .000 fr. pour être placés h rente constituée et 
dont l'intérêt devra servir à acheter du linge a l'usage des 
malades. — Testament reçu par Joli, notaire. (Idem, fol. 23.) 

1598. — Barthélémy Marça, maître tanneur, lègue tous 
ses biens à l'Hôpital. Cette succession était assez impor- 
tante, puisque les propriétés léguées, sises aux territoires de 
Torreilles, Sainl-Genis et Bompas, rapportaient 800 fr. de 
revenu. — Testament reçu par Honufre Sabater, notaire. 
{Livre de la Font , fol. 572 et 16 et Livre des Bienf., fol. 26.) 

1599. — Madone Marja de Bernardin Cantayre, donne 
tous ses biens à l'Hôpital.— Acte reçu par Honufre Saba- 
ter, notaire. (Livre des Bienf., fol. 27.) 



141 

1601. — Ange Cardone, lègue à l'Hôpital, première- 
ment 100 l'v. en compensation de ce qu'il aurait pu 
oublier lorsqu'il avait l'administration de ses biens; 
secondement, doux renies constituées, l'une de 25 fr. et 
l'autre de 15 IV., h la charge par l'Hôpital d'employer 
ces pensions a l'entretien d'un lit. — Acte, reçu par Guil- 
laume Doménech, notaire. (Livre major, fol. 460 et des 
Bienf., fol. 27. ) 

1605. — ^Baudire Corratger, mercader, institue l'Hô- 
pital son héritier universel. Les biens que l'établissement 
possède a Tliéza proviennent de celte succession. — Tes- 
tament reçu par Jean Roig, notaire. (Livre major, fol. 
140 et des Bienf., fol. 28.) 

1616. — Jean Grimau, prêtre, lègue à l'Hôpital une 
rente annuelle de 84 fr. destinée a l'entretien du linge 
qu'il a donné a cette maison. — Testament reçu par Pierre 
Carbonell, notaire. (Livre des Bienf., fol. 29.) 

1623. —Elisabeth Malpas, de Claira , orpheline auto- 
risée par Catherine Malpas, veuve en secondes noces, 
se donne, elle et tous ses biens à l'Hôpital. — Acte reçu 
par Honufre Sabater, notaire. {Idem, n» 50.) 

1628. — Magnifique Jérôme Soler, lègue a ITIôpilal 
dix charges de blé ou vingt hectolitres mesure nouvelle. 
— Testament reçu par Damien Vinyes, notaire. (Idem, 
fol. 50.) 

Le même défend expressément h ses héritiers de ne 
jamais rien aliéner volontairement, et dans le cas con- 
traire, il autorise l'Hôpital à revendiquer a son profil les 
propriétés aliénées. — (Même Testament.) 

1657. — Le révérend Bernard Ribes, prêtre, résidant 
à Céret, institue rilôi)ital son héritier universel. Celte 
succession était assez importante. — Testament reçu par 
Jérôme Vinyes, notaire. (Liasses 53 et 43, Livre des 
Bienf., fol. 51.) 

1646. — Dame Anne Fabre, substitue à ses enfants 



les Pères de la compagnie de Jésus, et ordonne à son 
héritier de compter 400 fr. à l'Hôpital pour être placés 
à rente constituée et l'intérêt de cette somme devra 
servir à l'entretien du linge et des pauvres de cet éta- 
blissement. (Livre des Bienf., fol. od. ) 

1652. — Dame Guimar Llot, lègue à la Miséricorde , 
diverses terres à Kigarda. — Testament reçu par Arles et 
Carrère, notaire, le 27 juin. (Idem, fol. 1.) 

16o4. — François Biossa, d'Arles, fait donation de 
tous ses biens à l'Hôpital, sous la condition qu'on l'en- 
tretiendra sa vie durant, en santé comme en maladie, 
dans la maison hospitalière. — Acte reçu par Thomas 
Ferriol, notaire. (Idem, fol. 54.) 

1662. — Don Augustin Masco, lègue a la Miséricorde 
un héritage à Bompas et à Saint-Génis-des-Tanières. 
— Testament reçu par Debadie, notaire, le 16 août. 
(Idem, fol. 1.) 

1671. — Don François de Caramany, lègue 200 fr. à 
l'Hôpital et enjoint à son héritier de fonder et d'établir 
un lit dans cette maison, avec paillasse, matelas, draps, 
couvertures, chemise et bonnet de nuit, pour un malade. 
Il prie le Préfet du collège de Perpignan, de veiller à 
l'exécution de celte fondation, et à faire changer les 
draps, chemise et bonnet de nuit chaque quinze jours 
en hiver et chaque huit jours en été. — Testament reçu par 
Rovira, notaire. (Idem, fol. o5. ) 

En 1717, M. de Boisambert, héritier de M. De Cara- 
many, Gt faire un lit complet conformément à la fonda- 
tion. (!'='■ Registre des délibérations, fol. 58.) 

En 1720, le même pria le bureau de vouloir bien 
estimer ce que pourrait valoir l'entretien de ce lit. Les 
Commissaires du bureau l'ayant estimé 20 fr. tous les 
ans, M. de Boisambert compta premièrement la somme 
de 272 fr. pour les arrérages, et celle de 400 fr. pour 
l'acquit du capital, moyennant quoi il fut libéré de son 



143 

obligation, (l^r Registre de< délibérations, loi. 118 cl 
120. Livre des Bieiif., fol. oo.) 

1674. — Ignace de Toros, Américain, malade à l'Hô- 
pital, lui lègue tous les biens qu'il possède dans son 
pays. — Acte reçu par Mie el Rovira, notaire. (Lias.se 
3o, no oo. Livre des Bienf , fol. oG.) 

1G8G. -Dona Madeleine de Çagarriga et Esprer, lègue 
à l'Hôpital une pension de 15 fr. qui doit servir pour le 
régal des malades. — Testament reçu par Joseph Ferriol, 
notaire. (Livre des Bienf., fol. 37.) 

1G9I. — Jacques I.leuriale, lègue à la Miséricorde deux 
champs et un pré à Pézilla-de-la-Hivière. — Testament reçu 
par Marti, notaire, le 25 juillet. (Idem, fol 2.) 

1692. — Madame la Baronne de Monclar, lègue 800 fr. 
à la Miséricorde. (Idem, fol. 2.) 

169G. — Monseigneur Jean Hervieu Basan de Flamen- 
ville, évêque d'Elne, fait plusieurs dons à l'Hôpital et 
s'oblige à payer fîO fr. tous les ans pour la célébration 
d'une messe à la chapelle de celte Maison. (Idem, 
fol. 58.) 

1701. ^Madame Catherine de Trobat , épouse de 
M. Raymond de Trobat, premier président et intendant 
du Roussillon, lègue à la Miséricorde la somme de 500 fr. 
(Idem, fol. 5.) 

1715. — Madame de Breuil, lègue 400 fr. à la Miséri- 
corde. (Idem, fol. 5. ) 

1719. — M. Jean Privât, directeur et trésorier, lègue 
à la Miséricorde la somme de 1.000 fr. (Idem, fol. 5.) 

1720. — M. François Després, chanoine de la Cathé- 
drale , vicaire-général , verse par anticipation à la caisse 
de rilôpital un legs de 2.200 fr. (Livre des Bienf., 
fol. 42.) 

1720. — M. de Momfort, du Vivier, lègue à l'Hôpital 
1.000 fr. qui ont été versés à la caisse, par M. de 
Lan sac. (Idem, fol. 12.) 



144 

1721. — Madame Louise D'ardena, lègue 1.080 Ir. à 
l'Hôpital. (Livre des Ilienf., fol. 42.) 

1721. — M. Michel de Vilar, président et intendant du 
bureau, fait à la Miséricorde l'aumône de 300 fr. (Idem, 
fol. 5.) 

1725. — M. Legras, intendant de la province, accorde 
sa protection spéciale a l'Hôpital. Entr'autres bienliiits, 
il ordonne au bureau de Notre-Dame de Miséricorde de 
payer a l'Hôpital la somme de 5 sols au 25^ pour chaque 
journée de malade indistinctement qu'on y envoie. Ce 
secours se portait à 1 .200 fr. environ. (Livre des déli- 
bérations, fol. 177 et 178 et des Bienf., fol. -45.) 

1727. — M. de Boisambert, fait à la Miséricorde l'au- 
mône de 175 fr. (Livide des Bienf., fol. 4.) 

1728. — M. Claude Duclos de Momignière, employé 
aux vivres de l'armée , institue l'Hôpital son héritier 
universel. — Testament reçu par Coll, notaire. (Idem, 
fol. 45.) 

1755. — M. Pierre Calmon, prêtre bénéficier de Saint- 
Jean, aumônier de la Miséricorde, l'institue son héritier. 
■ — Testament reçu par Jaume, notaire, le 10 juin. (Idem, 
fol. 4.) 

1759. — M. Jacques Sarlabous , prêtre, procureur 
syndic de l'Hôpital, institue celte maison son héritier 
universel. — Testament reçu par Joseph Costa, notaire. 

Le même avait déjà fait donation à l'Hôpital de plu- 
sieurs capitaux de rentes constituées s'élevant à un total 
de 4.000 fr. — Acte reçu par Albafouille, notaire, le 27 
juin 1750. (Idem, fol. 45.) 

1740. — La compagnie des gardes de M. le Maréchal 
de Noailles fait souvent des aumônes considérables à 
l'Hôpital, par mains du notaire greffier de la capitainerie. 
(Idem, fol. 46.) 

1745. — M. Jacques de Lacombe, lieutenant do roi à 
Perpignan, lègue 400 Ir. à la Miséricorde. (Idem, fol. 4.) 



145 

1749. — M. François Garrigue, notaire à Perpignan, 
institue l'Hôpital son liéritier universel. — Testament reçu 
par lionnel, notaire. (Livre des Bienf., Col. 48.) 

1750. — M. Després, procureur-général, lègue à 
l'Hôpital la somme de 2.750 Ir. (Idem, loi. 50.) 

1750. — M. Marron, prêtre, docteur on théologie, 
curé de Néfiach. lait don de la somme de 1.000 fr. Le 
même fait un legs en laveur aussi de l'Hôpital de 2.000 fr. 
(Idem, loi. 51 .) 

1752. — M. Pierre Roudel, marchand à Thuir, lègue 
500 fr. a la Miséricorde.— Testament reçu par M" Gralfan, 
notaire, le 15 janvier. (Idem, fol. A.) 

1754. — M. Claude Duclos de Monsignière, lègue 
1.100 fr. a la Miséricorde. (Idem, fol. i.) 

175i. — M. Antoine Marron, curé de Néfiach , fait à 
la Miséricorde l'aumône de 2.2i0 fr. (Idem, fol. i.) 

1759. — M. Dominique Marti , curé à Caldéguas en 
Cerdagne, lègue à la Miséricorde la somme de 800 fr. 
(Idem, fol. 5.) 

1759. — M. le Comte de Montégut, fait don a l'Hô- 
pital de 2.000 fr. (Idem, fol. 51.) 

1760. — M. de Champselles , major du régiment de 
Noailles, lègue \ MO fr. à l'Hôpital. (Idem, fol. 52.) 

1700. — M. .Jean-Baptiste Lantourne, chanoine d'Elue, 
lègue à la Misécorde la somme de 500 fr. (Idem-, fol. 5.) 

1761. — M. de Redon, commandant de la citadelle de 
Perpignan , fait un don de 400 fr. à l'Hôpital , auquel il 
lègue'ô.OOO fr. (Idem, fol. 52.) 

1762. — Don François de Caliors, grand prieur de 
Catalogne, fait l'aumône de 150 fr à la Miséricorde. 
(Idem, fol. 5.) 

1762. — M. Joseph Serra, chanoine, grand-archidiacre, 
lègue à rilôpilal la somme de 5.000 fr. (Idem, fol. 52.) 

I7()ô. — Mademoiselle Rose Do et Palegri, lègue 
1.000 fr. à la .Miséricorde. (Idem, fol. 5.) 

10 



146 

1765. —Mademoiselle Brouset, fait l'aumône de 200 fr. 
à la Miséricorde. (Livre des liicnf., fol. 5.) 

17(55. _]\I. de Redon, commandant de la citadelle de 
Perpignan, donne des sommes considérables, pendant sa 
vie, a la Miséricorde, et par Testament du 29 septembre 
reçu par Diego, notaire, il lègue a cette maison la somme 
de 3.000 fr. (hkm, fol. 6.) 

17(3r,._M. de Buonin-Segui, major du régiment royal 
italien , lègue a la Miséricorde la somme de 400 fr. 
(Jdcm, fol. 6.) 

1767. —M. Bernard Sabaly, chanoine de la cathédrale, 
donne à l'Hôpital la somme de 4.500 fr. (Idem, fol. 55.) 

J7G8. — Madame la Comtesse d'Albarel fait l'aumône 
de 100 fr. à la Miséricorde. (Idem, n^ 6.) 

1768, — M. François Brouset, mercader, et directeur 
du bureau, lègue 600 fr. à la Miséricorde. (Idem, fol. 6.) 

1770.— M. Pierre Matthieu, marchand, et directeur 
du bureau, lègue 600 fr. à la Miséricorde. (Idem, fol. 7.) 

1772. — Doua Jeanne de Marguarit, marquise d'Aguilar, 
lègue 1 .000 fr. à la Miséricorde. {Idem, fol. 7.) 

1772._M. Daniac, curé à Sainl-Estève, lègue 600 fr. 
a la Miséricorde. {Idem, fol. 7.) 

1775.— M. Matthieu Garrigua, prêtre, prieur d'Espira 
en Gonflent , lègue à l'Hôpital la somme de 1 .000 fr. 
{Idem, fol. 56.) 

1774.— M. le marquis d'Aguilar, fait l'aumône de 
560 fr. a la Miséricorde. [Idem, fol. 8.) 

1775.— M. le comte de Ros, donne en différentes 
fois 68ifr., et paye, par anticipation, un legs de 5.000 fr. 
Le même a fait, dans le temps, uu grand nombre de 
dons, soit pour la décoration de la chapelle, soit pour le 
soulagement des pauvres de l'Hôpital. [Idem, fol. 55.) 

1775. _l)on Jean de Guanter, fait don à l'Hôpital de 
la somme de 500 fr. {Idem, fol. 56.) 

1777. — Don Dominique de Marguarit, comte de 



147 

Momégul, (loiiiie durant sa vie des sommes considérables 
à la Miséricorde. {Livre des liicnf., Col. 8.) 

-1780. — M. Jean Donal , mercader el directeur du 
bureau, cède à la Miséricorde son intérêt sur la ferme 
du droit roycd. Cet intérêt a produit 2.004 fr. {Idem, 
fol. 9. ) 

1780. — Don Louis de Boisainbert , fait des dons 
considérables, pendant sa vie, a la Miséricorde, et lègue 
000 fr. à celte maison. {Idem, fol. 9.) 

1780. — Emmanuel Ribes, mercader, lègue 1.000 fr. 
à la Miséricorde. [Idem, fol. 9.) 

1781. — M. Jean Mouran et Mademoiselle Catherine 
Mouran, sa lille, font a l'Hôpital, l'aumône de 600 fr. 
{Idem, fol. 59.) 

1782. — M. Thomas Diego, notaire, fait en deux fois 
l'aumône de 400 fr. à l'Hôpilal. [Idem, fol. 00.) 

1782. — M. Jean Serra, chanoine de la cathédrale, et 
archidiacre du Vallespir, lègue 2.000 fr. à THôpital. — 
Testament rc(,'u par Serra, notaire. {Idem, fol. 01.) 

d782. — M. Michel Scrradell, directeur du bureau, 
lègue 1.200 fr. à la Miséricorde. {Idem, fol. 10.) 

1782. — Madame Elisabeth Llombart-Augé, institue 
ses héritiers l'Hôpital Saint-Jean et la Miséricorde. — 
Testament reçu par Mundi , notaire , le 24 novembre. 
{Idem, fol. 10.) 

1785. — M. Michel Navarre, curé des Masos , en 
Conlïenl, lègue 600 fr. a la Miséricorde. {Idem, 
fol. 10. ) 

1783. — M. Pierre-Jean de Melit, major de la place à 
Villerranche , lègue 800 fr. à la Miséricorde. {Idem, 
fol. 10.) 

178i. — Madame Raphaële Ferrussola-Barréra, institue 
la Miséricorde son héritier. — Testament reçu par Jaunie, 
notaire, le 11 février. {Uej/istre des délibérations de 1785 
et 178i et Livre des liieiif., fol. 10.) 



148 

1781. — M. Hyaciiillie Girbau, chanoine d'Elne, lègue 
300 tV. à la Miséricorde. (Liire des Jiicnf., fol. 10.) 

1785. — M. de (lagarriguu Ksprer, fait l'auniône de 
500 fr. h la Miséricorde. (Idan, fol. 10.) 

1785.- — M. Raymond de Sainl-Sauveur , intendant de 
la province, fait divers dons en plusieurs occasions à la 
Miséricorde. {Idem, fol. 11.) 

1786. — Don François-Xavier de Tort de Calio, direc- 
teur du bureau, lègue oOO fr. à la Miséricorde. — Tes- 
tament reçu par Serra, notaire. (Idem, fol. 14.) 

1786. — Madame Balanda-Pélissier fait à l'Hôpital 
l'aumône de 500 fr. pour le repos de l'âme de feu 
M. Pélissier, son père. {Idem, fol. 65.) 

1786. — M. Jean-Baptiste-Gaudérique-Josepli Després, 
ancien capitaine au régiment de Vermandois, lègue 500 fr. 
à l'Hôpital. {Idem, fol. 65.) 

1787. — Doua Monique -Marie- Angélique -Madeleine 
Forcade, marquise de Montferrer, veuve de Don François 
de Banvuls, marquis de Montferrer, lègue 200 fr. h 
l'Hôpitaf. {Idem, fol. 65.) 

1788. — M. Antoine Celles, chanoine d'Elne, lègue à 
la Miséricorde la somme de 600 fr. — Testament reçu 
par Me Mundi, notaire. {Idem, fol. 15.) 

1788. — M. de Lucia, avocat-général au conseil 
souverain du Boussillon , lègue à la Miséricorde la 
somme de 500 fr. — Codicile retenu par M^ Jaunie, notaire. 

1788. — Madame de Lucia de Garau, sa veuve et 
M. de Lucia, son fds aîné, héritier, ajoutent à la somme 
de 500 fr., celle de 200 fr. {Idem, fol. 16.) 

1789. — Madame Anne Mouran-Do, lègue à la Miséri- 
corde la somme de 2.000 fr., et pareille somme à 
riiôpiial. — Testament reçu par M^ Conte, notaire. 
{Idem, fol. 18.) 

178!). — M. Grégoire Gironne, marchand, lègue 1 .000 fr. 
à rilôpital. {Idem, fol. 66.) 



I 



149 

1789. — M. Michel Moliiis, décédé à Marseille, lègue 
à rilô|)ilal la somme de 1.200 fr. [Livre des Bicnj.^ 
fol. 07.) 

nUO. — M. Jean de Ribes, directeur de la monnaie 
de ]*er|)ignan, Hiit plusieurs dons à la Miséricorde, s'éle- 
vant ensemble à 5. loi) IV. [Idem, loi. 1<S. ) 

1790. — M. le chevalier d'Ortalla, par toslament mys- 
tique du 20 juin, lègue à l'Hôpital la somme de 400 Ir. 
Ce legs a été payé en assignats le 17 juillet 1792. 
[Idem, toi. 70.) 

1790. — M. Rarisin, prêtre ;i la cathédrale, lait l'aunnuie 
de 000 fr. à la Miséricorde, le 22 mars. [Idem, M. 19.) 

1790. — Madame Geneviève de Champeron-Després, 
lègue à la Miséricorde la somme de aOO l'r. — Tcslamenl 
reçu par M« Jaume, notaire. [Idem, fol. 19.) 

1790. — M. François Durand, h l'occasion du décès 
de Madame son épouse, fait l'aumône de loO fr. à la 
Miséricorde. [Idem, fol. 19.) 

1791. — M. Coder, {irêlre , lègue à la Miséricorde la 
somme de 500 fr. [Idem, fol. 19.) 

1791.^ — Madame Claire Rochadcl, lègue à la Miséri- 
corde la somme de 000 fr. {Idon, fol. 19.) 

Celte sonnne a été payée en assignats. 

17i)l. — Madame Thérèse Renaud , lègue 1.000 Ir. à 
la Miséricorde. [Idem, fol. 20.) 

Celte somme a été payée en assignats. 

1792. — Un bient'aileur inconnu envoie à la Miséri- 
corde la somme de 700 Ir. en assignats. [Idem, fol. 20.) 

179Ô. — M. Després, lègue la somme de 500 fr. à la 
Miséricorde. Ce legs est payé en assignats. — Testament 
reçu par M"' Jaume, notaire. (Idem, M. 20.') 

1797). — Doux bienfaiteurs inconiuis on voient ;i la 
Miséricorde, l'ini ÔOO fr. on numérairç cl l'autre 000 fr. 
en assignais. [Idetii, fol. 20.) 

1795. — Dame Ceneviève-llélène de Champeron, éi)Ousc 



150 

(le M. Élionne-François Dosprcs, conseiller lionorairc, 
lègue riOO ir. à rilôpital. [Livre des Bienf., fol. (ia. ) 

1796. — M. Jean-Jacques Puiggari, ordonnateur des 
hospices, fait l'aumône de ooG iV. 50 cent, en assignats, 
à l'Hôpital. [Idem, fol. 71.) 

1800. — M. Vigo fait don à l'Hôpital d'une sonune de 
l.8!2o fr. 75. cent., donl 5!25 Ir. 75 cent, en assignats. 
{Idem, fol. 72.) 

iSOO. — M. Bonaventnre Frigola fait don à l'Hôpital 
de la somme de 500 fr. et par son testament An 2() 
nivôse en XH (M^ Jaunie, notaire), il lègue la sonnno 
de (500 fr. h partager entre l'Hôpital et la Miséricorde. 
[Idem, fol. Tl.) 

1<S05. — M. le chanoine Laboissière et M. LIobct font 
ensemble une aumône de 1.200 1V. a l'Hôpital. [Idem, 
fol. 72.) 

1808. — Deux bienfaiteurs, désirant rester incoinius, 
font ensemble l'aumône de 1.958 fr. 20 cent, à l'Hô- 
pital. [Idem, fol. 74.) 

1810. — ^M. Jean Salvan , prêtre, ancien économe de 
rilôpiial , par son testament olographe du 1*^' mai, 
lègue à cette maison hospitalière la somme de 1.000 fr. 
pour être employée en achat de draps de lit et de che- 
mises pour le service des malades civils. [Idem, fol. 78.) 

1816. — M. de Villicrs du Terrage, [)réfel du dépar- 
lement, fait l'aumône, le iavril, de la somme de; 100 Ir. 
aux Hospices, ;i loccasion d'une dalle que la commis- 
sion administrative lui avait fournie pour le tombeau de 
sa mie. [Idem, fol. 78.) 

1816. — M. r.affard, avocat, fait l'aumône de 600 fr. 
à partager entre lîh'jjiilal et la .Misi'ricordc. [Idem, 
fol. 78.') 

1817. — M. .Vntoine Jauhert , prêtre, principal ûi\ 
collège de Perpignan, par son testament mystique, en 
date du 18 septembre, reçu par M" Ferriol Tardieu, 



151 

notaire, lègue 400 IV. , à pnrtager entre l'Hôpital et la 
Miscricortlc. {Livre des Bi'cnf., l'ol. 82.) 

J<SI9. — M. Raymond Izaiire, pnUre, aiimonicr du 
collège de Per|)ignan , lègue aux pauvres des deux Hos- 
pices la somme de 500 Ir. — Testament reçu par 
M'' Doménecli, notaire. {Idem, foi. 85.) 

1822. —Madame de Lucia de Garau recommande 
(ju'après son décès il soit fait une aumône à la Miséri- 
corde de la somme de 000 Ir. Ses intentions ont été 
exécutées, le 2 mars. {Idem, fol. 84.) 

1822.— Madame veuve Honal'os, née Siau, fait à Vl\ù- 
[tilal raumône de 500 fr. {Idem, fol. 84.) 

1822.— Mademoiselle Christine Delmas fait l'aumône 
de oOO fr. , dont 200 fr. applicables h la Miséricorde et 
500 à rilôpilal. {Idem, fol. 8i.) 

1825. — ^M. Thomas Saleta-Xammar lègue la somme 
de 1.200 fr. à partager entre Tiiôpilal et la Miséricorde. 
— Testament reçu par Me Serra, notaire. {Idem, fol. 8(5.) 

1825. — Madame Méric, née Delmas, fait aux Hospices 
l'aumône de 500 fr. {Idem., fol. 87.) 

I82(). — M. drégoire (lironne lègue la somme de 
i.OOO fr. à partager entre l'Hô|)ital et la Miséricorde, 
qui doit être em()loyée en achat de linge. — Testament 
reçu par Me Serra, notaire. {Idem, fol. 88.) 

182(5. — M. .Méric, Jean, négociant, lègue la sonniie 
de oOO fr., à partager entre l'Hôpital et la Miséricorde. 
— Testament reçu par M^ Ferriol Tardieu, notaire. 
{Idem, fol. 89.) 

1828. — Un bienfaiteur (jui désire rester inconnu, 
charge M. Joseph Picas, administraleiw, de verser ii la 
caisse des Hospices l'aumône qu'il fait à rHôpii;iI et à 
la Miséricorde de la somme de 1.000 Ir. (Idem, fol. t)0.j 

1828. — Un bienfaiteur, (jui désire rester inconnu, 
charge M. Sylvestre Vihdlongue, administrateur, de verser 
à la caisse des Hospices, l'auuKuie (pi'il lait ;i l'Hôpital 



152 

el à la Miséricorde, de la somme de 500 fr. (Livre 
des Bienf., loi. 00. j 

1851. — M. Lassus, propriétaire à l^erpitçnan, l'ail aux 
Hospices l'aumône de 500 fr. {Idem, loi. 02.) 

1851. — Madame d'Ax, née Saunliac, lait aux Hospices 
l'aïuiKuie de (ioO fr. {Idem, fol. 02.) 

1852. — Mademoiselle Catherine Mouran lègue aux 
Hospices la somme de 400 Ir. {Idem, loi. 92.) 

1855. — M. Charles Massot, juge au tribunal civil, 
lègue aux Hospices la somme de 400 Ir. ildcm, loi. 05.) 

1855.^ — M. le chanoine Després lait une aumône à la 
Miséricorde de la somme de 500 Ir. {Idem, fol. 95.) 

1855. —Madame Gisperl, veuve Truillés, fait aux 
Hospices l'aumône de 600 fr. (Idem, fol. 95.) 

1855. — M. François Jaunie lègue, par testament, aux 
Hospices la somme de 800 fr. {Idem, fol. 95.) 

1855.— M. Garau, avoué, fait l'aumône aux Hospices 
de la somme de 500 fr. {Idoii, fol. 95.) 

1855. —M. d'Anglada-d'Oms, fait l'aumône de 200 fr. 
à l'Hôpital. (M'm,Vol. 0().) 

1850. — M. Jean-Baptiste Hrial, prêtre, lègue à l'Hô- 
pital la somme de 1.250 fr., par son testament du 7 
mai 1828, somme qui a été versée à la Caisse des Hos- 
pices le 20 octobre. {Idem, fol. 96.) 

1856. — -M. Puiggari, économe, verse à la caisse des 
Hos[)ices, pour une personne ipii désirait rester inconnue, 
la somme de 700 fr., à partager entre l'Hôpital el la 
Miséricorde. {Idem, fol. 96.) 

1856.— M. Nogués, Joseph, propriétaire, par tcsta- 
menl olographe du 17 mai, lègue à la Miséricorde la 
somme de 500 fr. {Idem, loi. 96.) 

1859. —M. darau, prêtre, par son testamenl du 19 
mai 1829, lègue à la Miséricorde la somme de 500 fr., 
somme versée à la caisse des Hospices le 11 mai 
{Idem, fol, 97.) 



153 

1S42. — M. Aniédéc de Lanier, i»ro|)riélaire, lait laii- 
inône aux Hospices de la somme de 500 fr. [Livre des 
Bieiif., fol. 98.) 

iHi'-l. — M. Philippe Berge, par son testamenl mys- 
licpie du i mars, lègue à l'Ilôpilal la somme de 500 fr. 
{Jdem, fol. 08.) 

1844. — Madame Jean-François, de iN'arbonne, donne 
au.\ Hospices la somme de 400 fr., qui doit être employée 
en achat de linge. [Idem, fol. 98.) 

1844. — iM. Lassus, pro|»ri(Uaire à Perpignan, fait 
l'aumône aux Hospices de la somme de 500 fr. ipii doit 
être employée en achat de linge. {Idem, fol. 5)8.) 

18i(). — M. François Parés, administrateur, a versé à 
la caisse des Hospices, le 28 décembre, au nom de Marie 
Cassin, l'aumône de 1 .0i)0 fr.; (ÎOO fr. pour la Miséricorde 
et 400 fr. pour l'Hôpital. [Idem, fol. 99.) 

1847. — Madame Hose d'Orlada , veuve de Flotte, par 
mains de M. d'Ortalla de Perpignan , lait l'aumône de 
450 fr., pour être employée à la partie du service de la 
Miséricorde qui est le jilus en soullrance. (/r/rv/^ fol. 99.) 

18i7. — M. Côme Ricard, pr()|)riélaire à Perpignan, fait 
l'aumône de i.'iOO fr., à partager entre llb'tpital et la 
Miséricorde; somme versée à la caisse des Hospices le 
"■l'y novembre. [Idem, fol. 100.) 

I8i8. — Madame Thomase Frigola, veuve Carcassonue, 
l'ail, au nom de la demoiselle Hose Frigola, rauiiKuie de 
500 fr. à l'Hôpital. {Jdoii, fol. 100.) 

1850. — M. De Tovar, consul g(''iieial (l'Kspagne à 
Perpignan, a fait diverses aumônes à THôpital Saint-Jean, 
de Tanuee 1817 à rmmée 1850, s'élevanl ensemble ;i la 
somme de uOO fr [Idem, fol. 99, 100, 101 /i 

1851. - La salle de dissection de lllôpilal est cuns- 
iriiitc. (Carton ï.) 

1851.— M. Jean Terrais lègue la somme de 1 .80ti fr., 
a partager entre rHô|)ii:d ei l;i Miséricorde. Celle somme 



154 

a été versée à la caisse des Hospices le 6 décembre. — 
Teslainenl du G juillet 1847. [Livre des Bienf., loi. 102.) 

18r)2. — M. GalTanl, propriétaire, t':iit Tauniôue aux 
Hospices, le 14 décembre, de -10.517 kilogr. de i)onimes 
de terre. [Idem, fol. 102.) 

1833.— Quiuze garçons de la Miséricorde sont envoyés, 
le l^'' janvier, à l'orplielinat de Misserghin (Afrique), à la 
suite d'un traité conclu entre la commission administra- 
tive et le P. Abram, directeur de l'orpbelinat. (Carton S.) 

18o3. — La commission administrative décide qu'à 
compter du 1'^"' août 18ri5, les malades indigents (pii 
mourront à rilôpilai, seront inbumés avec cercueil. 
(Carton C. o.) 

JSoi. — La commission rédige, le 2()mars, un nouveau 
règlement applicable a rilojjital et a la Miséricorde, qui 
est approuvé par M. le Préfet, le 7 avril même année. 

1854. — Pendant les mois d'août et septembre, le 
choléra-morbus sévit à rH()|)ilal : 47 personnes y sont 
frappées de mort. (Carton C. 5.) 

1854. ~ M. Dariste, sénateur, inspecteur-général des 
préfectures et Monseigneur Cerbet, évéque de Perpignan, 
visitent l'Hôpital et la Miséricorde. 

1834. — M. Sébastien Padret , propriétaire, fait à 
THôpilal l'aumône de 800 fr. [Idem. fol. 105.) 

1X54. —M. Conte Miffre, par son testament du 12 
décend)re 18i8, lègue à rilô|)ilal la somme de 500 fr. 
(pii a été versée à la caisse des Hospices, le 10 juillet. 
[,ldem, fol. 103.) 

I,S54. — >I. Philip, cbanoine, verse à la caisse des Hos- 
pices, le 7 juillet, au nom de M. Jaubert Campagne , 
avocat, la somme de 500 fr. . aumône faite à rilôpital. 
[ïdem, fol. 103.) 

1X54. _ Mademoiselle Callierinc Hlancbard , [)ar son 
testament du 30 août, lègue à la Miséricorde la somme 
de 300 fr. [Idem, fol. 103.) 



155 

1854. — M. Emmanuel lioiial'os, docteur-médecin, an 
nom de son père, Kmnianuel lionafos, ancien médecin 
en chef de l'Hôpital, verse à la caisse des llos|)iccs 
l'aumône de 2,500 fr., an profit de cet établissement. 
{Livre des Bicuf., fol. 105.) 

1855. — Madame Lalabrèçjne, née Janliert Cam|)a- 
gne, verse à la caisse des Jfospices, au nom de sa 
mère, dame Thérèse Cabaner, la somme de 600 IV. , à 
partager entre l'Hôpital et la Miséricorde. {Idem, 
loi. 105.) 

1855. — Madame Marie Auberge, née Courret, verse 
à la caisse des Hospices Taumône de 2,000 IV., qui est 
convertie en rentes sur l'Étal, avec la condition expresse 
que le revenu de cette somme sera annuellement, et h 
perpétuité, remis aux aumôniers qui se succéderont à 
1 Hôpital, pour être par eux distribué, et sans en ren- 
dre compte, aux malades sorlanls selon leurs besoins; 
(pie, sur ce revenu, il sera prélevé 2 IV. 25 cent., à 
partir du jour de son décès, arrivé le 10 aoiit 1850, qui 
serviront à célébrer annuellement une messe basse pour 
le repos de l'àme de cette bienihilrice. dans la chapelle 
de l'établissement. {Idem, fol. lOi. i 

1856. — La chapelle du Christ de l'Hôpital est recons- 
truite, grâce aux dons <le divers bienfaiteurs. Li; 25 
décembre, .Monseigneur l'Evèqne de Perpignan la bénit, 
ainsi cpie les statues du maitre-aulel , et donne la con- 
lirmalion ii des malades. In public nombreux assiste à 
cette cérémonie religieuse, 'après hupiclle .M^'' (ierbel 
visite les salles et adresse, aux nombreux malades 
(priïlles contiennent, des paroles de consolation et 
d espérance, avec cette bont('' (pii le caractérise. 

1856. — M. le baron Guiraud de Sainl-Marsal (Uay- 
mond-Marc-.\ntoine), cobmel «lu gi'uie en retraite, 
ancien maire de Perpigu;iM, iHhiiiiiisiiiitcur des hospices, 
commandeur de l'ordre impérial do la Légion-dllonneur, 



156 

par son testanienl olographe, en «laie ilu 51 décembre, 
déposé cliez M<^Bolaix, notaire, lègue la somme de 
600 Ir. , (piiltc de tous droits généralement quelconijues, 
à partager entre l'Hôpital et la Miséricorde. {Livre des 

/i/c;(/'./lbl IOj.) 

1^57. _ ]\i. Parcs, François, avocat, administrateur 
des hospices, décédé le lô décembre, i)ar son leslamenl 
olographe, en date du 4 décembre 18o2, déposé chez 
McAmouroux, notaire, lègue la somme de 1.000 fr., 
(piitte de tous droits généralement quelconques, à par- 
tager entre rilôpital et la Miséricorde, avec la recom- 
mandation expresse qu'il devra être célébré a perpétuité 
UD service funèbre pour le repos de son âme, le jour 
anniversaire de son décès, 15 décembre, alternativement 
dans l'un et dans l'autre de ces deux établissements 
hospitaliers. [Idem, fol. 105.) 

-j^58. — Un bienfaiteur, qui désire rester inconnu, 
fait l'aumône à la Miséricorde, le 15 avril, des étolfes 
nécessaires pour habiller les enfants, hlles et garçons, 
pendant la saison d'été. Ces étoffes sont estimées a 
608 fr. 40 cent. [Idem, io\. 106.) 

1859. _ M. Sylvestre Vilallongue père, ancien négo- 
ciant , ancien administrateur des Hospices, se trouvant à 
son lit de mort, et ayant manifesté verbalement l'inten- 
tion qu'une somme de 1.000 fr. fût remise, après son 
décès, à la Miséricorde, à titre d'aumône, sans désigna- 
tion d'emploi, M. Sylvestre Vilallongue lils, administra- 
teur, s'est fait un pieux devoir de verser, au nom de sa 
famille, cette somme à la caisse hospitalière, le 50 
novembre. {lO.cm, fol. 100.) 

Monseigneur l'Kvèqne de l>erpignan bénit, le 6 juillet, 
l'Oratoire de la Vierge el le Calvaire, élevés aux frais de 
deux bienfaiteurs dans le jardin de l'Hôpital, au milieu 
d'un concours nombreux de lidèles; el par ordonnance 
du 12 du même mois. Monseigneur accorde iO jours 



157 

d'indulgence à gagner clia(|ue fois que l'on priera soit 
au Calvaire, soit devant l'Oraloirc de la Vierge. 

18()0. — M. Joseph I.lobel et ses frères, propriétaires 
à Perpignan, versent, le i\ juillet, à la caisse des 
Hospices, au nom de M. Charles LIobet, leur oncle, la 
somme de I.OOO fr., à titre d'aumône, à partager entre 
rilôpilal et la Miséricorde. {Livre des Bioif., fol. 106.) 

18(51. — M. Boluix, Jean, propriétaire, a fait l'au- 
mône k la Miséricorde de la somme de oO fr. 

1801. — M. Henri Carcassonne, notaire, a fait l'au- 
mône à l'Hôpital de la somme de 125 fr.Toc, pour hono- 
raires d'un acte reçu par lui , le 20 août. (Idem, fol. 100. ) 

hSO-i. — ^ La Loge de V l'niun de Perpignan fait l'au- 
mône aux Hospices de la somme de oOO fr. , provenant 
d'une quête. [Idem, fol. iOO.) 

1802. — M. Auguste Bardou , négociant, a donné, 
pendant sa vie, à la chapelle de l'Hôpital, un Christ et 
une statue; il a fait peindre le plafond et les murs du 
sanctuaire a ses frais; et, avant de mourir, il a recom- 
mandé à sa mère d'offrir, on son nom, à cette cha[)elle, 
un ostensoir en vermeil avec sa niche dorée. Madame 
veuve Bardou, née Pradal , s'est fait un devoir d'exécuter 
les pieuses volontés de son lils. Ces divers dons s'élèvent 
ensemble h la somme de 2.900 fr. {Idem, fol. 107.) 

1802. — Les dames Viader, de Rovira, de Lacroix et 
de Çagarriga versent, le 10 août, a la caisse des Hos- 
pices, à litre d'aumône, au nom de Mademoiselle Josè- 
phe de Lucia, la somme de oOO fr. {Idem, fol. 107.) 

180)5. — ■ Madame Anne Antoinette d'Oms, veuve de 
M. Adrien d'Anglade, décédée à Pézilla-de-la-Rivière, le 
8 janvier, par ses testaments mystiques des 2i juillet 
18.')7 et 17 octobre 1801 , déposés chez M'^ Anioiiroux, 
notaire, à l'erpignan, lègue à rilos|)ice des malades, 
Iloiu'lid Siii)U-.fean, toutes les |)r(»priélés rurales (prelle 
possède dans l'étendue du territoire de Torreilles, canton 



158 

de Rivesaltcs, ainsi qu'une bâtisse servant do bergerie 
et (le i^renier à foin qu'elle possède dans la même com- 
mune; et toutes les valeurs mobilières, qui dépendront 
de sa succession , consistant en capitaux de rentes sur 
divers Etats, actions et obligations sur les chemins de 
ter ou sur d'autres compagnies de finance, de commerce 
ou d'industrie , actes d'obligation poiu- cause de prêt ou 
de prix de vente, billets et lettres de change, bons sur 
le trésor, et toutes autres de la même nature, ainsi que 
tous intérêts se rapportant auxdits titres, qui pourraient 
être dus à l'époque de son décès. 

Elle lègue, en outre, à l'Hospice delà Miséricorde, une 
somme de 800 tr. qui devra être allectée en achat de linge. 

Malgré les charges imposées par la testatrice à l'Hô- 
pital Saint-Jean, cette succession peut être placée au 
rang des plus importantes que la maison hospitalière 
ait reçues depuis sa fondation. [Livre des Bienf., fol. 107.) 

18(35. — Mademoiselle Françoise Gorry a recommandé 
a son frère, M. Eugène Gorry, de faire en son nom, 
après son décès, l'aumône de 100 fr. a l'Hospice de la 
Miséricorde. 

Cette somme a été versée a la caisse hospitalière, le 
14 février. [Idem, toi. 108.) 

'J865. — M. Bernard Âuriol , banquier, ancien admi- 
nistrateur des Hospices, décédé le 17 avril, par son 
testament olographe en date du 4 octobre 1857, déposé 
chez Me Boluix, notaire, lègue la somme de 800 fr., h 
partager entre l'Hôpital Saint-Jean et l'Hospice de la 
Miséricorde. 

M. Prosper Auriol, son lils, en sa qualité d'héritier 
préciputaire, s'est chargé de verser la somme de 800 fr. 
dans la caisse des Hospices et de payer les droits de 
mutation de ce legs. {Idem, fol. 108.) 



159 



LES RUINES DE CABIIENE, 

AVEC PLAN A L 'APPUI , 

Tar iM. A. BATMt.*r,c-ni,it;,ine, .■lu.f.l,, (i,;„i,., h Am,.|i,.-|,.s-B;,i„s 
iiu'iiibi'e iL'sidanl. 



Kntro les deux (orroiits de La Manéra et de Serra- 
loni^a, existe une loni^ne arête de séparation {sierra en 
espagnol, serra en catalan), qni donne son non. an 
village de Serralonga, dont l'église remonte, dit-on, an 
coniniencenient du onzième siècle (1018). 

L'arrte se termine vers le sud, à 6 kilomètres de 
î^erralonga, par des masses granitiques élevées à 1500 
mètres environ au-dessus du niveau de la mer. On peut 
y arriver de Serralonga en suivant la crête, ou bien de 
La Manera, par une marche d'une heure et demie duis 
les doux cas. Dans le second, partant du village on 
suit d abord le sentier qui conduit au col de las i<«/- 
gueres; puis, tournant brusiiuement à gauche, on ga"ne 
en montant, d'abord le Mas-lidladou , et ensuite\^-o| 
du même nom; là on revient à droite, suivant un petit 
sentier à peme tracé dans le rocher, au milieu d'une 
vegetalion rabougrie, le(iuel conduit par une ponte assez 
|ai<lo a 1 extrémité sud de laréte, sur dos roches dont 
le nom de tabrenç indi.pie assez rinaccessihiliié pour 
d autres que les chèvres ou d'agiles montagnards 



160 



Donnons d'abord un aperçu topographiquc des lieux. 
Trois pics ou sommets dislincls terminent la serra (Voir 
le pian). Le plus élevé est celui (pii est à l'exlrémilé sud : 
il se compose d'une arête de roches granitiques de 15 
mètres de largeur au plus, sur environ 60 mètres de 
longueur. De toutes parts les roches descendent à pic, 
et l'on ne peut l'aborder que par une ascension dillicile 
opérée du côté sud. 

La seconde élévation, située à 100 mètres environ de 
la première, dont elle est séparée par une gorge pro- 
londe (Voir le profil général), est encore exclusivement 
composée d'une masse granitique affectant une forme 
conique , dont le sommet est 20 ou 2o mètres plus bas 
que le précédent : elle est, en outre, d'un accès plus 
facile, quoique présentant encore certaines parties in- 
franchissables. 

Enfin, la troisième offre un cône assez régulier, dont 
la pointe , distante de la précédente de 1 50 mètres en- 
viron, est beaucoup moins élevée , et accessible de toutes ^ 

parts. 

Notre premier soin , en arrivant sur la hauteur prin- 
cipale, fut de prendre une idée sommaire des vieux 
débris que nous voulions explorer, et nous reconnûmes : 
1" que les ruines du point sur lequel nous étions avaient 
incontestablement appartenu à une ancienne forteresse 
féodale; 2° que sur la seconde hauteur était une tour 
avec une première enceinte; 5» enfin, qu'une seconde 
tour existait sur la troisième pointe. 

[Nous allons successivement décrire ces anciennes 
constructions, et les restaurer autant du moins que nous 
le permettra ce qui en subsiste encore. 

Château de Cabrem proprement dit. — L'enceinte 
principale s'élevait sur la i)lateforme allongée de la.inelle 
nous avons déjà parlé, et l'occupait entièrement. Klle 
était formée de murailles de i'n,50«^ d'épaisseur, de la 



161 

hauleur desquelles on ne peut juger aujourd'hui parce 
qu'elles sont en partie renversées; mais il est probable 
qu'elle n'était pas considérable, car on était suflisam- 
nient garanti contre l'escalade par des escarpements de 
20 à iO mètres de hauteur. A l'extrémité nord s'élevait 
le donjon , de forme rectangulaire , ayant extérieurement 
48 mètres de longueur sur II mètres de largeur, avec 
des murailles de 2'",50c d'épaisseur. A l'intérieur, il se 
composait d'une salle unique, couverte d'une voûte en 
jdein cintre de 6'", 40'' de portée et de 8 mètres de hau- 
leur sous clef. Sur la voûte était [)robablcnienl une 
plateforme. 

Au milieu de l'enceinte sont les ruines d'une petite 
chapelle qui, d'après d'anciennes cartes, était autrefois 
dédiée à Saint-iMichel. Sa forme est celle de presque 
toutes les chapelles de la montagne, à savoir une nef 
rectangulaire, ayant extérieurement 5 mètres sur 4 mè- 
tres, terminée par une abside demi-circulaire. 

A l'extrémité sud, on voit encore la porte de l'enceinte 
de laquelle partaient des escaliers descendant a une 
plateforme naturelle, située à un niveau inférieur de 15 
ou 18 mètres. Ils ne sont plus aujourd'hui indiqués que 
par quelques marches et par les traces des murs |)ercés 
de portes qui les barraient de distance en distance. 

Le constructeur a prolilé de cette plateforme inférieure, 
entourée au sud et a l'est par des précipices infranchis- 
sables , et à peine accessible par les pentes très-raides 
qui se trouvent à l'ouest, pour créer une première en- 
ceinte, à l'angle est de la(]uelle se trouvaient les com- 
muns du château. Les murailles qui renferment ont 
1"',50'^ d'épaisseur. C'est dans la partie ouest que s'ou- 
vre la porte d'entrée qui, aujourd'hui encore, donne 
seule accès dans ces ruines. Elle a !2 mètres de largein-; 
une vomU; en arc de cercle la recouvre. Ni fossés ni 
ponl-levis ne la précèdent; elle est au niveau du sol; 

11 



t62 

on n'a même pas pris la précaution d'y placer une herse. 
Le mode de fermeture était des plus primitifs : les bat- 
tants étaient maintenus fermés par deux barres de bois 
engagées horizontalement dans la maçonnerie. 

Il est probable que la partie supérieure des murailles 
était garnie d'un simple chemin des rondes avec un pa- 
rapet a hauteur d'appui de 40 à 50 centimètres d'épais- 
seur. Du reste, il n'existe aucune trace ni de créneaux 
ni d'archères, et l'on ne s'est nullement préoccupé du 
llanquement, c'est-à-dire de la nécessité de battre le 
pied des murailles : on comptait évidemment plus sur 
la force naturelle de la position que sur l'appui de 
l'art. 

Si l'on fait attention à la simplicité de ces moyens de 
défense; si l'on tient compte de la forme carrée du 
donjon , de la part si faible attribuée au logement, c'est- 
à-dire au confortable de la vie ; si l'on étudie en outre 
ces vieilles murailles aux parements réguliers formés de 
moellons d'assise en pierres granitiques rectangulaires; 
si l'on tient compte en outre du choix de la position , 
on ne peut douter que ce castel ne date des premiers 
âges de la féodalité, c'est-à-dire du xi^ siècle. Le petit 
nombre de documents historiques que j'ai pu recueillir, 
et que je dois presque tous à l'obligeance de M. Alart, 
archiviste du déparlement, ne contredisent pas une 
opinion basée d'abord exclusivement sur des données 
archéologiques. 

La première charte connue qui fasse mention du 
château de Cabrenç est de M4I (Marca, o99). En i207, le 
sire Guillem-Ugo de Serralonga , avant de partir pour la 
Terre-Sainte, fait son testament : on y lit la mention 
d'un don fait par lui ad ccclesiam de Cabrencio; on y 
signale en outre le (ief de Cabrenç comme étant sous la 
déiK-ndance féodale du vicomte de Caslelnou, et comme 
avant lui-même sous sa mouvance les (iefs de l'alalda et 



163 

de MoiUalba. On peut sciileincnl en conclure que le 
château n'est pas postérieur au xiF siècle. 

Il se pourrait bien d'ailleurs que, dans certains cas, 
il Y ait eu confusion entre le château de Serralonifa et 
celui de Cabrcnç; un instant même j'avais cru à une 
identité complète, i^râces à l'inutilité de mes recherches 
à Serralonga et dans les environs, pour retrouver d'an- 
ciennes constructions. Dans le village lui-même, il n'y a 
rien absolument qui puisse faire admettre l'existence 
d'un château , et , chose assez curieuse , on ne voit 
même dans ce centre d'habitation, qui est très-ancien, 
aucune trace d'enceinte défensive. 

Au sud et à quelques centaines de mètres de distance, 
sur un petit mamelon isolé, très-inférieur au village, 
existent bien les ruines d'un ancien château; mais, en 
les examinant, j'y ai reconnu les marques distinctives 
d'une construction du xvi^ siècle, et l'on dit encore 
dans le pays que c'était une maison de campagne des 
comtes de Ros. Je n'ai pu reconnaître sous ces ruines 
aucune substruction antérieure. 

Mais cette idée de ne faire qu'un château de ceux de 
Serralonga et de Cabrenç, a dû céder devant une distinc- 
tion positive faite entre les deux dans une charte de 
1277. Seulement, où était ce château de Serralonga? 

Quant à la chapelle Saint-Michel, il est probable 
({u'elle est de la même époque que le château. 

Tour 11° 4 . — Pour gagner le col de séparation entre 
le château et la tour n*^ 1, et arriver à cette dernière, 
le seul chemin praticable est de reprendre le sentier sur 
le tianc ouest de la montagne. On peut, à la rigueur, 
suivre les pentes de rocher qui partent du donjon ; la 
voie est sans doute plus directe, mais elle est dangereuse 
et praticable seulement |)our les gens habitués à la mon- 
tagne. 

Cette seconde construclion se compose, ainsi que 



164 

nous l'avons déjà dit, d'une tour centrale élevée au 
point culminant du roclier, et d'une enceinte en maçon- 
nerie qui se développe au sud, à l'est et au nord, mais 
que l'on a juij[é inutile du côté de l'ouest à cause de la 
hauteur et de la raideur de l'escarpement. 

Parlons d'abord de l'enceinte extérieure. Elle est for- 
mée par un mur de 1 mètre d'épaisseur; on ne peut se 
rendre compte aujourd'hui de sa hauteur. Il est percé 
de créneaux alternativement ouverts à deux hauteurs 
différentes, ahn de laisser mieux voir le terrain. Celte 
disposition se retrouve dans plusieurs anciens châteaux , 
et notamment dans celui de Cortsavy. Ils ont la forme 
des créneaux actuels, mais sont très-rapj)rochés les uns 
des autres. La porte regarde le sud, c'est-à-dire l'ancien 
château que nous venons de quitter : le mode de ferme- 
ture est le même que celui de la forteresse. Du reste, 
ou n'entrevoit aucune préoccupation de llanqucment, 
pour ce point faible, autre que celui des créneaux; 
seulement un second mur, parallèle à celui dans lequel 
est percée la porte, existe à 12 mètres en arrière et 
forme une seconde enceinte, motivée sulfisamment et 
par la présence de la porte , et par l'accessibilité plus 
facile de ce côté. 

La tour présente à l'extérieur la forme d'un prisme 
octogonal très-irrégulier. Elle est isolée sur un massif 
de rochers , remplacé vers le nord et vers l'ouest par 
un mur de soutènement à parois très-inclinées, suivant 
à peu près la forme de la tour, et dont la hauteur varie 
entre 2 et 4 mètres. La porte qui est sur la grande face, 
au sud-est, est à l"',60c au-dessus de l'assise de rocher, 
et connue celui-ci est déjà presque à pic sur une hauteur 
égale, on ne pouvait pénétrer qu'au moyen d'une 
échelle. Eu l'escaladant, on pénètre dans une clunnbre 
carrée de 4n\20'" de côté, qui était éclairée par une 
pelile feiièlro d'architecture romane. Du reste, la tour, 



165 

dont les parties supérieures sont effondrées, ne s'élève 
plus aujourd'hui qu'à 5 ou 6 mètres au-dessus du rocher; 
les voûtes n'existent plus, leurs débris couvrent le sol 
intérieur, et il est impossible de rien présumer sur ce 
qui existait autrefois sans faire des fouilles que je ne 
pouvais entreprendre. 

Je me contenterai de faire remarquer d'abord combien 
il y a peu de vide dans cette immense maçonnerie, puis 
ensuite la disposition de ce vide (Voir le i)lan ci-aiiucxé). 
Au lieu d'fMre au milieu de la tour, il est reculé vers le 
sud-ouest, laissant ainsi une épaisseur qui atteint jus- 
qu'à 5 mètres du côté du nord-est. Nous reviendrons 
tout à l'heure sur cette disposition. 

Quel fut le but de cette seconde construction? I.a tour 
et son enceinte furent-elles une annexe du château 
principal? La même bannière llotlait-elle sur les deux 
donjons? La réponse à ces questions n'est pas douteuse. 
L'histoire d'abord ne signale aucun autre lief rival et 
voisin de celui de Cabrcnç; ensuite la preuve la plus 
concluante de leur réunion, est dans rim|)Ossiblité pour 
le petit castel de vivre en ennemi à côté de son puis- 
sant voisin. Ce dernier devait être d'ailleurs bien insuf- 
fisant, bien petit pour les seigneurs de Serralonga, et il 
est tout simple qu'ils aient fait bâtir une annexe pour 
suppléer à ce cpii leur manquait et à ce qu'ils ne pou- 
vaient trouver sur la plateforme supérieure. Le système 
de construction riudi{]ue bien clairement : c'est du côte 
du château principal (pie sont tournées toutes les parties 
faibles de l'ouvrage secondaire , c'est-à-dire les entrées. 
En outre, c'est vers ce point (pie la tour a ses épais- 
seurs de maçonnerie les moins considérables , taudis (|ue 
l'on renforce énormément la seule partie accessible 
opposée au château. Il n'y a pas danger, en effet, qu'une 
attaque eu r('glc se fasse contre le côté sud; mais, 
comme l'on |ieut craindre que l'on n'y tente (pielque 



166 

surprise nocturne, à cause des portes, on redouble 
l'enceinte. 

Toutefois, la communication entre les deux châteaux 
était bien difficile, et peut-être serait-ce le cas de croire 
à quelque passage souterrain allant de l'un à l'autre, 
passage dissimulé avec tant de soin, ou tellement ruiné 
vers ses débouchés, qu'on ne pourrait aujourd'hui le 
retrouver. Le souvenir, au reste , n'en est pas absolu- 
ment éteint dans la mémoire des habitants. Une légende 
qui existe dans le pays, la seule qu'on ait pu me racon- 
ter, parle de souterrains allant du château à l'extérieur. 
Suivant elle : « Il était autrefois (style de conte et de 
légende) un duc de Cabrenç, que ses cruautés et ses 
rapines avaient fait détester de tout le pays. Suivant 
l'usage , un pacte existait entre lui et le démon , grâces 
auquel il avait pu construire un souterrain allant de son 
château à Barcelone. Maintes fois, a la lin d'un repas, 
manquant de quelque plat, il envoyait son écuyer par le 
souterrain, et en quelques minutes celui-ci était de re- 
tour, rapportant le plat demandé ». Supposons que le 
souterrain aille seulement au second castel; que celui-ci 
renferme les provisions de bouche, et voilà la légende 
parfaitement expliquée. Qui sait si, en faisant des fouilles 
dans la tour n» 1, on ne trouverait pas d'abord un étage 
inférieur, chose fort probable, parce qu'il en existe dans 
beaucoup d'autres tours, et puis à la suite un souter- 
rain de connnunication. 

D'après une autre version , cette tour, au lieu de ren- 
fermer les provisions du château, servait de prison. 
Rien n'empêche de croire à cette double destination, 
dont la seconde surtout me semble très-probable. 

Cherchons à déterminer, maintenant, l'épocpie de la 
construction de ce second ouvrage. Les maçonneries de 
la tour ont beaucoup d'analogie avec celles du château 
principal , mais elles sont moins soignées ; les assises 



167 

des parements sont moins régulières , les pierres moins 
bien taillées. Cette (JifFérenee est plus sensible encore 
dans Tenceinte extérieure ; elle indique évidemment une 
construction postérieure h celle du cbàteau, mais ai)par- 
tenant toujours à l'époque romane : la forme de la 
petite fenêtre, placée au-dessus de la porte de la tour, 
en fait foi. Qui sait s'il ne faut pas voir dans cet ouvrage 
l'accomplissement de l'engagement que prenait, en 1277, 
Bernard-L'go de Serralonga de redire de novo , réédilicr, 
une tour et une foriitudo dans le lieu de Serralonga , 
soit que l'on ait ici confondu Serralonga et Cabrenç , 
soit que Bernard-Ugo ait préféré faire tourner l'exécution 
de sa promesse au profit du château de Cabrenç. On 
retrouve bien dans ces constructions la tour, et les murs 
qui l'environnent représentent la fortitudo. 

Cette date de la fin du xiiF siècle s'accorde, du reste, 
avec les inductions archéologiques que nous tirions tout 
à l'heure de la forme extérieure du monument; car, on a 
déjà remarqué bien souvent que les formes romanes se 
prolongèrent plus longtemps dans le Roussillon que dans 
le centre de la France, surtout pour des constructions 
aussi reculées dans la montagne, et l'on s'en servait 
encore au xiue siècle, bien que le gothique eût alors 
prévalu dans les contrées plus septentrionales. 

Tour »o 3. — Enfin, il nous reste à étudier une troi- 
sième construction, la tour n» 2. Nous avons déjà dit 
(pi'elle occupait le sommet d'un monticule naturel (pii 
domine le col Balladou à l'ouest d'une part, et, de l'au- 
tre, l'arête descendant à Serralonga vers le nord. Vue 
du côté du sud, c'est-à-dire de la tour n» I, la tour 
n« 2 a l'air d'être rectangulaire; mais, en s'en appro- 
chant davantage, on y reconnaît six faces irrégulière- 
ment disposées. L'intérieur est un lectangle de iu',20^ 
sur oni,70'' (Voyez les plan, coupe et élévation ). Il y a 
trois étages, plus une plateforme supérieure. I.e rez-de- 



168 

chaussée a moins de hauteur que les deux autres étages. 
Au-dessus de chacun d'eux est une voûte ogivale qui 
supporte l'étage supérieur; la forme de l'ogive, assez 
peu élancée, répond à la période moyenne de l'art 

ogival. 

La voûte supérieure , qui est en partie détruite , avait 
une épaisseur que j'évalue a 1 mètre environ , n'ayant 
pu la mesurer directement. Les voûtes intermédiaires 
n'ont que 50 centimètres à la clef. 

Le rez-de-chaussée n'est plus élevé au-dessus du sol 
comme dans la tour précédente ; on y entre de plein- 
pied par une porte percée dans la face qui regarde le 
sud-est, porte large de in',20'"' et haute de 2m,20''; un 
arc de cercle très-surbaissé, en forme le linteau. Les 
communications d'un étage a l'autre sont organisées en 
vue d'une défense intérieure, et rendues, par conséquent, 
aussi difliciles que possible. Un escalier de 70 centimè- 
tres de largeur, a marches très-élevées, est ménagé au- 
dessus de la porte dans l'épaisseur du mur. Son palier 
de départ est a 2"\80c au-dessus du sol ; on ne pouvait 
donc y arriver que par une échelle que l'on retirait à 
l'occasion. 

Au premier étage était évidemment le logement de la 
garnison. On voit encore dans celte pièce les restes d'une 
cheminée, dont le vaste manteau est assez bien conservé. 
Elle est placée dans le mur opposé h la porte; le tuyau 
s'élevait dans l'épaisseur du mur; il est aujourd'hui 
obstrué par les décombres. 

La communication entre le premier et le deuxième 
étage se fait absolument de la mêuie manière qu'entre le 
rez-de-chaussée et le premier. 11 en est de même pour 
arriver à la plateforme : seulement je n'ai pas marqué ce 
dernier escalier sur la coupe. J'ai déjà dit que la plate- 
forme était en partie détruite ; on ne peut donc allirmcr 
qu'elle fût entourée d'un mur d'appui : mais cette pré- 



169 

caution me semble absolimient nécessaire à 15 ou 16 
mètres de hauteur au-dessus du sol, et avec les vents 
violents qui régnent dans le pays. Aussi l'ai-je indique 
sur mon dessin. 

Le rez-de-chaussée prend jour par la porte : (juand 
elle était fermée, il devait y régner une assez grande 
obscurité. Une fenêtre, située à hauteur d'appui, éclaire 
le premier étage, la chambre habitée. iMais le second, 
qui servait probablement de magasin et de passage pour 
monter à la i)lateformc, ne voit le jour que par deux 
créneaux inutiles d'ailleurs à la défense. On renianjue 
encore une ouverture plus petite, située au-dessus de la 
porte d'entrée, sous l'arcature qui recouvre l'escalier, 
dans la partie peu épaisse du mur. Elle a évidemment le 
double but d'éclairer cet escalier, et surtout (raccnblcr 
de i)rojectiles les ennemis qui tenteraient d'enfoncer la 
porte. 

La défense de la tour est au reste toute passive; ni 
créneaux, ni archères. Une attaque en règle n'était guère 
à craindre en ce point; dans une attaque de vive force, 
on ne pouvait essayer ni de ruiner des murs aussi é[)ais, 
ni d'escalader une hauteur de 16 mètres d'escarpe. 11 
fallait donc, de toute nécessité, s'attaquera la jiorle (]ni 
avait le même genre de fermeture que celle in(li<piée 
p(»ur la porte du vieux château, c'esl-à-diie deux traver- 
ses horizontales, opération pendant laquelle les défen- 
seurs (le la plateforme et ceux du premier étage pouvaient 
accabler les assaillants de projectiles de toutes sortes. 

Si, malgré ces dilférenles [»récaulions, la porte était 
enfouci'c, l'ennemi i)énétrait dans le rez-de-chaussée; 
mais il ne pouvait arriver au |)reniier, et il restai! soumis 
aux coups (lu défenseur, raecablaiil de projecliles par 
uii mâchicoulis ménagé à la voùle onivale contre l'esca- 
lier. Il lui était donc dilUcile de se maintenir dans cette 
position. 



170 



Ajoutons , pour en finir avec la défense de cet ouvrage, 
qu'au pied de la tour régnait une petite plateforme de 
3m,50c de largeur environ , dominant le sol environnant 
de près de l"',50c, et enceinte d'un fossé qui pouvait 
avoir 4 mètres de largeur en haut. Escarpe, contrescarpe, 
fossé, tout est tellement ruiné qu'il est difficile de se 
faire une idée exacte du prolil. Ce que l'on peut affirmer, 
c'est que cette première enceinte , remplaçant des lices 
en bois difficiles a établir sur le roc, était peu impor- 
tante. Pour l'escarpe et la contrescarpe, on s'était con- 
tenté d"une maçonnerie de pierres sèches; leurs talus 
étaient doux et la profondeur du fossé, que l'on ne peut 
guère évaluer aujourd'hui, devait être très-faible. 

Celte tour est d'une époque évidemment postérieure à 
celle où furent construits les deux ouvrages dont nous 
avons parlé d'abord. La forme ogivale des voûtes suffirait 
seule pour l'indiquer. Ainsi que nous le disions tout à 
l'heure, ce ne fut guère qu'au xW siècle qu'elle pénétra 
dans ces parties reculées du Roussillon. Ce serait au 
plus tôt donc a celte date, qu'il faudrait faire remonter 
la construction de la tour qui nous occupe. Un autre 
indice, plaidant en faveur de cette opinion, est dans le 
mode de parement employé. Il est beaucoup moins soigné 
que dans les deux ouvrages précédents, pour lescpiels 
l'ouvrage est uniforme et ressemble h un mur de jjierres 
de taille, pour les parements. Dans la tour n" % la 
pierre de taille a été économisée; on n'en a mis qu'aux 
angles et aux entourages des portes et fenêtres. Pour le 
reste, on s'est contenté de moellons plus petits et taillés 
moins régulièrement. C'est un style de décadence, riche 
encore, mais toutefois inférieur aux précédents. Cette 
gradation est en parfait accord avec les différentes {)hases 
par lesquelles passe la féodalité. Riche d'abord et toute 
puissante, elle développe tout le luxe possible dans des 
constructions qui font en même temps son honneur et 



17t 

sa force. Mais dans sa lutte contre l'antoritc royale, elle 
|)enl successivement du terrain; sa fortune, sa puissance 
vont en diminuant du xiiie au xv^ siècle, et cette déca- 
dence se fait sentir progressivement dans les construc- 
tions qu'elle élève. 

Mais revenons à notre tour, que des considérations 
générales nous ont fait un instant abandonner. Pourquoi 
avoir élevé ce monument, alors qu"il en existait déjà 
deux autres si rapprochés? La réponse a cette question 
ne me send)le pas douteuse. Le château et la première 
tour sont des monuments punMnent militaires, dcsliués 
au Seigneur, à ses hommes d'armes, à ses richesses., 
à ses prisonniers : leur faible capacité suilit à peine à 
tous ces besoins. Il en est cependant un autre à salis- 
laire , et d'autant plus impérieux que la puissance du 
haut baron est plus menacée : c'est celui d'être prévenu 
des mouvements ennemis , et d'en prévenir les châteaux 
voisins. On aurait pu, a la rigueur, organiser ce service 
spécial sur le donjon du château ou sur la première tour; 
mais tous les deux étaient nécessaires h la défense, et la 
lour n" 2 fut construite dans ce but. Tout vient Tindi- 
(pier : son organisation défensive est faible, toute passive, 
et destinée a une très-petite garnison; sa hauteur est 
considérable , et elle découvre beaucoup mieux le village 
de Serralonga et les plateaux intermédiaires cpie les deux 
autres ouvrages, dont elle dépend d'ailleurs évidemment, 
car ici encore la porte et le côté faible des maçonneries, 
se trouvent dirigés vers la tour n" 1, tandis que l'on a 
renforcé la partie opj)osée. 



172 



NOTE SUR UN PHÉNOMÈNE D'OrTIQUIÎ 

OBSERVÉ AU SOMMET DU CANIGOU , 

Par M. At Ratheau , capitaine, chef du Génie, à Âmélie-les-Bains, 

membre résidant. 



La plupart des louristes qui tentent l'ascension du 
Canigou , cherchent h se trouver au sommet au moment 
du lever du soleil, afin de jouir d'ahord de ce spectacle 
imposant, et puis aussi parce que souvent, à cette heure 
matinale, l'atmosphère n'est pas encore ohscurcie par 
les vaj)eurs que développe la chaleur solaire : on distin- 
gue donc mieux dans le lointain. 

Sans doute le lever du soleil est un magnifique coup- 
d'œil ; mais est-ce la seule chose a voir quand on s'élève 
ainsi au-dessus des régions habitées? Sont-ce bien le 
ciel et sa transparence, ses couleurs vertes et roses, 
l'éclat des premiers rayons solaires, émergeant du sein 
de la Méditerranée, qui attirent l'homme sur ces cimes 
perdues? Ce spectacle et la vue du contraste qui existe 
entre les sommets déjà dorés par une lumière éblouis- 
sante et l'ombre dans laquelle sont plongées les vallées, 
sont faits sans contredit pour être admirés; mais ils 
sont tellement brillants, qu'au bout de peu d'instants 
l'œil fatigué cherche à se soustraire à leur clarté. Alors, 
se portant vers le côté opposé, il aperçoit la camj)agne 
magnifiquement éclairée; les moindres détails se dessi- 
nent avec une admirable précision, et bientôt le touriste, 
emporté par l'intérêt que lui (irésente celle terre (pi'il 
habite, ravi de la ncttelé du coup-d'œil et d'une luuiière 
qu'il supporte cependant sans fatigue, oublie toutes les 
splendeurs du ciel. 

C'est qu'en effet, pour bien voir un paysage, il faut 



173 

avoir le soleil derrière soi; sinon sa luniiôre éclalante 
aveugle el plonge les objets dans un brouillard lumineux 
au milieu duquel ils vous écliappent. 

Or, lorsque l'on est au sommet du Canigou, la vue 
est bornée au nord, à Touest et au sud-ouest, par une 
série de montagnes; rien ne l'arrête au contraire vers 
le département de l'Hérault, vers une partie de celui 
de l'Aude, vers la plaine du Roussillon el celle de 
l'Ampourdan , c'est-à-dire dans les directions du nord- 
est, de l'est et du sud-est, contrées qui seront mieux 
éclairées pour l'observateur le soir que le matin. 

C'est en suivant cet ordre d'idées, que je m'arrangeai 
pour atteindre le but tant désiré , entre trois et quatre 
heures de l'après-midi. Le temps d'abord très-clair com- 
mença à s'obscurcir pendant notre séjour au pic; les 
nuages se formaient peu à peu , et rampant au-dessous 
de nous, le long des lianes de la montagne, ils mena- 
çaient de nous entourer complètement. Un d'eux surtout 
se rapprochait davantage; il s'élevait dans cette ravine 
profonde qui, partant de la pointe Est du pic , est l'ori- 
gine du torrent descendant à Taurinya et à Saint-Michel- 
de-Cuxa ; la neige, qui rem|)lit toujours le fond de 
celle crevasse, lui communiquait sa blancheur. 

Nous suivions avec intérêt sa marche menaçante, 
lorsqu'un phénomène inattendu se présenta à nos re- 
gards : nos corps , situés entre le soleil et le nuage , 
projetaient sur celui-ci des ombres d'autant plus tran- 
chées , que l'écran sur lequel elles étaient reçues , otfrail 
une surface plus blanche et plus éclatante. Nos silhouet- 
Ics nous scudilaient donc ressortir en noir sur un fond 
lumineux; mais ce qu'il y avait de curieux, de magiiiue, 
on peut le dire, c'est qu'au-delà de celte zone lumineuse 
de très-peu d'étendue, se déroulait un magnili(pie aro-en- 
ciel , eiilourant l'image ou ombre du s[)eclat<'ur comme 
une vérilablc auréole. Son arc mesurait environ 270" 



174 

et n'était arrêté à droite et à gauche que par Tombre 
portée de la montagne , sur laquelle l'image venait aussi 
reposer. Nous étions cinq personnes réunies au pic, et 
toutes cinq nous pûmes jouir, pendant plus d'un quart 
d'heure, d'un spectacle que nos deux guides n'avaient 
jamais aperçu, dont ils n'avaient même jamais entendu 
parler. Il n'est pas inutile d'ajouter que si chacun 
apercevait distinctement sur le nuage les ombres de 
ses voisins, la sienne seule était, pour lui, nimbée des 
couleurs du spectre. 

Il est impossible de décrire l'espèce de ravissement 
dans lequel nous plongea ce spectacle vraiment féerique, 
qui finit par absorber notre attention aux dépens même 
du panorama que nous étions venus chercher si haut. 
Son explication n'offre, du reste, aucune dilficulté, et 
elle est absolument semblable a celle de l'arc-en-ciel 
ordinaire : l'œil, sommet d'un cône dont la base était 
l'arc-en-ciel dessiné à la surface du nuage, percevait les 
différents rayons de la lumière décomposée par les vési- 
cules globuleuses, lesquelles, suivant leur position, 
émettaient, a partir de l'intérieur, des rayons successi- 
vement rouges , orangés , jaunes , verts , bleus , indigo 
et violets. La seule différence avec le phénomène habi- 
tuel, provenait de ce que l'observateur étant très-rappro- 
ché du nuage formant écran , son ombre s'y projetait 
d'une manière distincte, et, en même temps, le rayon 
de l'arc-en-ciel qui l'entourait, devenait très-petit. 

D'après ce que nous venons de dire, il faut, pour jouir 
de ce spectacle, que le soleil brille , qu'il y ail des nua- 
ges en dessous du pic, et enfin que l'observateur soit 
juste entre le soleil et ces nuages. La réunion de ce 
concours de circonstances sera évidemment très-rare; 
mais nous la souhaitons à tous les touristes, qui rappor- 
teront alors de leur ascension un souvenir qui ne 
s'effacera jamais. 



17^ 



niËIIOIRESi 

POUR SERVIR A UNE DESCRIPTION GÉOLOGIQUE 

DU DÉPARTEMENT DES PYRÉNÉES-ORIENTALES. 



I. 

NOTICE GÉOLOGIQUE SUR LES ALBÈRES, 



Je sciences 



Par r,I. A. F. MOOCKS, liMiicié es-sciences, professeur do 

pliysiqiies et naliirelles i Feeole de Soièze , membre de la Soeiélé jjiolo- 
giiliie de Franee , associé correspondant de TAcadémie Impériale des 
sciences de Toulouse, de la Société Impériale d'Ajjricullure , d'Histoire 
Naturelle et des Arts utiles de la ville de Lyon , de la Société Linnéenne 
de Bordeaux, etc., etc. 



Albères. — Les Albèi-es forment un chaînon allonijé 
qui s'étend du col du Perthus a la mer. A son extrémité 
orientale, la petite chaîne montagneuse se termine par 
des escarpements profonds et des caps aigus cpii baignent 
leurs pieds dans la Méditerranée. La mer, à ses heures 
de fureur et de colère, vient éteindre son ressentiment 
sur ces grèves schisteuses ou granitiques dont les anfrac- 
tuosités recèlent des baies tranquilles et peu profondes 
de ce côté, comme pour faire place, entre ses plis, aux 
poi)ulations actives qui Tliabitent, et leur donner accès 
à la mer; la chaîne albérienne se déjelte, se découpe en 
anses étroites et en falaises accidentées. 

Du nord au sud, elle s'étend depuis les premières 
rampes moniagneuses que l'on gravil près d'Argelès-sur- 



176 



Mer, jusqu'au petit golfe de Roses, en Espagne. La 
région occidentale des Albères ne présente point, du 
nord au sud, un développement aussi considéralile que 
la partie de la chaîne qui se limite a la mer. Les divers 
massifs pyrénéens se rattachant au Canigou, et qui acci- 
dentent si étrangement le paysage aux environs de Cérel 
et d'Arles , se soudent aux Albères dans cette portion 
du chaînon. Les rampes rapides et grandement inclinées 
se succèdent du Boulon au Porthus; mais, à partir de la 
Junquère (Espagne), elles perdent rapidement de leur 
inclinaison : la pente générale du terrain va en dimi- 
nuant jusqu'à la plaine de Figuères. 

Cependant, sur le versant espagnol, se montrent les 
escarpements les plus abruptes et les plus sauvages, et 
si le voyageur ne doit ni les tourner ni les franchir, 
c'est que la grande route est tracée dans une dépression 
naturelle du sol , sur les dernières ondulations du col 
du Perthus. 

En suivant la route de la Junquère h Figuères, l'ob- 
servateur voit a sa gauche les roches albériennes prendre 
des formes pittoresques; tantôt elles affectent l'aspect 
de murs bizarrement démantelés; tantôt elles se dessi- 
nent au lointain comme une suite d'immenses châteaux- 
forts, ruinés par le temps 



A l'ouest du col du Perlhus se développent les massifs 
montagneux de Riunoguès, de Maureillas , de Céret et 
d'Arles, qui vont, en se ramifiant, se rattacher au 
Canigou, qui les a très-sensiblement influencés en pre- 
nant son relief actuel. 

La région montagneuse de la haute vallée du Tech, 
si agreste , si verte et si fraîche , que de hautes monta- 
gnes abritent contre les vents violents qui lourmenlent 
la plaine, prend, d'une manière grossière pourtant, une 



177 

loi 11113 courlio, doiil le Tech suit un des diamètres, à 
parlir de la Preste à Palalda. 

Au sud de cette petite et pittoresque région pyré- 
néenne, se montrent les montagnes de Coustouges; celles 
de La Manère, de Cam|)redon et de San-Juan, avec leurs 
granités variés , leur terrain de transition et leurs grès 
rougeâtres, triasiques ou lionillers et crétacés. 

Au nord, s'élèvent en pyramides aiguës, les massifs 
de Cortsavy et de Moniholô qui forment, dans cette al- 
pestre contrée, les rampes limites du Canigou 

La petite chaîne des Albères se dirige ouest, un peu 
nord, est un peu sud, ou sensiblement 0. oO" JN.-E. 
30° S. Elle est formée d'un axe granitique, dont le 
soulèvement a relevé et déjelé les couches paléozoïques 
(|ui s'ap|)uient avec des inclinaisons diverses sur ses 
deux versants '''. 

La forme générale des Albères est celle d'un cône 
surbaissé, dont les faces latérales sont fortement inclinées 
sur l'axe du solide, et comme écrasées; en sorte que la 
base, au lieu d'être un cercle, a |)ris la configuration 
d'une elli|)se fort allongée dont le grand axe, ou le plus 
grand diamètre , se dirige de l'est un peu nord à l'ouest 
un peu sud. Chaque petit massif du chaînon , pris en 
particulier, alfecte bien la forme conique; mais l'ensem- 
ble de la chaîne présente une ligure plus compliquée. 

La chaîne des Albères est fracturée et déchirée par 
des fentes transversales où se montrent de petits vallons 
charmants, qui sont autant de riches et frais vergers. 
Des ravins rapides descendent en limpides cascades, des 

(I) .Pai i-ccomiii (|tie les principales crêtes ou aréles des Albères, avaient 
les (liieelioiis siiivaiiles : 1° crête, du Pertlius a Harasens, 0. 50" N. -!•!., 
SU" S ; 2" (lu iioril du bois de llaoaseus, idem; 5° créle à l'est de eeil,' ci, 
direction O.-!].; 'c cnUe du pic de Salfare à les l'ils, 0. GO" N.-E. tiO" S.; 
o" ciéle de lu tiiui' de Cnroch, O.-K. 

19 



178 

hauteurs où ils naissent, pour aller se jeter, ceux du 
versant septentrional, dans le Tech ou la mer, tandis 
que ceux du versant opposé vont porter leurs eaux ii la 
Mouga. Ces petites vallées transversales, sont fortement 
encaissées h leur origine; le ravin qui en parcourt l'axe 
y trouve juste la place pour étaler ses eaux. Puis, elles 
vont en s'évasant a mesure qu'elles s'éloignent des som- 
mités montagneuses ; en sorte qu'on pourrait les com- 
parer à la section horizontale d'un immense entonnoir 
couché, dont la houche ou la grande ouverture évasée 
regarderait le Tech, tandis que le tube ou la petite 
ouverture serait appuyée contre les rampes albériennes. 

Les petites vallées transversales, sur le versant français 
comme sur le versant espagnol , sont sensiblement per- 
pendiculaires à la direction générale du chaînon; en 
négligeant les mille sinuosités qui les accidentent, elles 
se dirigent du sud au nord. 

La série secondaire manque complètement dans les 
Albères (^*. Je n'y ai point observé aucun membre des 
terrains triasiques, jurassiques ou crétacés. 

Dans les vallées du Tech et de la Mouga, les terrains 
tertiaires les plus récents s'a[)puient sur les premières 
strates schisteuses de la chaîne; on les voit surtout bien 
à découvert a Nidolères, Banyuls-dels-Aspres, le Bou- 
lon, Vilellongue-dels-Monts, etc., partout on le sol a 
été profondément raviné. Dans la vallée de la ÎMouga, en 
Es[)agne, se montrent aussi les couches fossilifères de 
Nidolères, de Nelïiach. iMais tous les étages tertiaires, 
situés à un niveau inférieur a ces dépôts subapennins ou 
posl|tyrénéens, manquent complètement dans les vallées 
du Houssillon. On n'y trouve rien que l'on puisse assi- 

(I) Je 110 ranjje pi)iiit dans les Ailii'i'os, les lii'piMs secoiidalii s d'Ainclii'- 
les-lJains, do La iMani'i'o , do ('(lustoiigos <'l du lias'iii siipt'i-ioîir do la 
Miuii'.a ; les AIIhmos , |ioiii' nous, s'iMoi'.doiit du cid du l'ciiliin à la 
Mi'dilcnanoo. 



179 

miler aux couches éocéniques el miocéniques de l'Aude, 
delà Provence, etc.; pour trouver, dans le pouitour 
méditerranéen, des sédiments tertiaires l'ranclicment 
contemporains de ceux des Pyrénées-Orientales, il faut 
aller jusqu'en Italie, aux pieds des Apennins. Cependant, 
on connaît dans l'Hérault , dans la Provence et dans la 
vallée du Rhône, des dépôts que l'on rapporte générale- 
ment à l'époque suhapennine. Los mouvements du sol, 
lents ou hrusipies, qui ont l'ail émerger les dé[)ôts de 
l'ancien pliocène, ont affecté, d'une manière sensible, le 
chaînon des Albères. On reconnaît h sa base des traces 
évidentes de ce mouvement. Cette dislocation a produit 
cette ride de collines sableuses ou argileuses, qui longe 
les deux rives du Tech, en s'éievant jusqu'à la hauteur 
de Vilellonguc-dels-Monts. Ces collines, allongées par 
leurs caractères lithologi(iues et orogra|)hiques, se dé- 
tachent parfaitement de la partie centrale de la chaîne, 
plus vieille (ju'elles. L'effort intérieur, qui s'est propagé 
le long de la Méditerranée, avec des intensités variables, 
selon les résistances des couches qui le transmettaient, 
s'est en partie amorti contre les roches solides el com- 
pactes qui forment la base des Albères déjà montueuses 
à cette époque 

Constitution géologique. — Les terrains de transition 
ou paléozoïques et les roches azoïques, sont les seuls 
dépôts slratiliés (jui se montrent sur les hauteurs des 
Albères. Ces divers dépôts ont été soulevés par la dislo- 
cation du sol, qui adonné une première forme au chaînon. 
Ce sont des gneiss, des micaschistes, des schistes ou 
pli\llades aux couleurs vertes ou bleues, el des calcaires 
cristallins. On y trouve, associés à ces roches ou au 
granilo , de la tourmaline cristallisée, des crisi;uix de 
feldspath, des grenats , de^ lames de mica, du (|uarlz 
hyalin , du quartz compacte el des njinéraux métallifères. 



180 

Pour étudier, daus un ordre régulier et rapide, la cons- 
titution géognostique du chaînon des Albères, suivons 
les diverses couches slratifiées qui se montrent à décou- 
vert a sa base, jusqu'au granité qui les a soulevées. 

L'observateur qui pénètre |)Our la première fois dans 
les petites vallées transversales des Albères, est frappé 
de l'ordre qui règne dans la disposition de ces couches, 
dans la symétrie de leurs plans. Aux dilférentes vallées, 
les mêmes dépôts se retrouvent, presque à la même 
hauteur, avec des caractères identiques de composition 
chimique et de relations stratigraphiques. Chacune d'elles 
représente en raccourci, comme en miniature, la struc- 
ture générale du chainon; de sorte que l'étude complète 
d'une petite vallée fait connaitre la constitution de 
l'ensemble. 

A l'aspect de ces masses rocheuses aux lignes brisées, 
si fièrement accusées, on dirait que tout est confusion; 
cependant, c'est la que l'œil du géologue signale 
l'harmonie et l'ordre le plus constant. Ces troubles ap- 
parents dérivent des lois que la nature a inscrites dans 
ses œuvres en caractères immenses. 

Transportons-nous d'abord dans la petite vallée de La 
Roque-d'Albères, au centre du chainon; pénétrons dans 
ces gorges étroites et |)rofondes comme des abimes 
creusés dans la roche vive, flemontons le cours de la 
rivière qui passe à l'ouest, au pied de la colline qui 
porte la tour , l'ancien chàteau-fort et le village de La 
Roque. 

Ce village est bâti entre deux hautes collines diluvien- 
nes, formées d'argiles compactes, plastiques à teintes 
jaunâtres, couronnées par des dépôts de cailloux quart- 
zeux ou graniti(]ues, descendus des parties élevées des 
Albères. L'une de ces deux collines, la plus occidentale, 
porte une grandi; portion du village; celle qui se déve- 
loppe au sud et à l'orient , beaucoup plus élevée, pré- 



181 

sente, sur sa liaiiteur, une surface sensiblemenl lioii- 
zontalc, ou peu inclinée, où se trouvent de riches 
jardins Iruitiors. 

[.es dépots détritiques, diluviens on glacières, se mon- 
trent partout, recouvrant les sciiistes anciens, dans ces 
vallées si intéressantes et si peu connues des géologues. 

Kn sortant du village pour se diriger vers le sud , la 
première roche que l'on trouve en place, est le schiste 
de transition , qui se montre dans toutes les dépressions 
du sol et dans tous les points assez profondément ravi- 
nés pour mettre la roche à découvert. 

Ce schiste ancien, bleuâtre ou verdàtre, par ses tein- 
tes obscures, tranche comme une ombre portée sur le 
fond de ce paysage éblouissant de lumière et de verdure. 
La roche se nuance parfois de couleurs rougcâlres ou 
ocreuses, qui dénotent la présence du fer et des pyrites 
en décomposition. Sur les tranches des anieurements, le 
schiste prend une texture compacte; il s'imprègne d'élé- 
ments qnarizeux qui augmentent la dureté et fa solidité 
de la roche. 

Ces couches de sciiistes ne se divisent pas très-aisé- 
ment en feuillets; la division de ces plaijues tégulaires , 
si bien apparentes ailleurs, dans d'autres dépôts schis- 
teux, est masquée ici, soit par des contournements ou 
des plissements qui affectent profondément les couches, 
en leur imprimant des caractères extérieurs parliculiers, 
soit par des décompositions sur place de la roche schis- 
teuse. 

Au point que nous venons de signaler, le schiste de 
transition plonge de 60" vers le X. iO" E. On le retrouve 
conservant ces mêmes caractères stratigraphiques dans 
les parties inférieures de tous les ravins profonds (pii 
avoisinent La Roque. Que l'observateur se rende au 
bois de M. Malsach, ou au-delà de la métairie de 
M. Bertrand, etc., partout le schiste lui ajqiaraitra com- 



182 

me formant la couche supérieure dos terrains anciens 
dans cette partie des Albères. Kn remontant le cours de 
la rivière de La Uo(|ue, on voit le schiste alllourer par- 
tout jusqu'à la hauteur de la Font de l'aram. Au gouflre 
du findl (terme du pays), la gorge, déjà fortement 
encaissée en sortant du village, devient, par des escar- 
pements schisteux, impraticable à tous piétons autres 
que les hardis hahitanis du pays. Il faut alors (juiltcr le 
lit du ravin pour les petits sentiers escarpés qui courent 
en zigzag sur les deux rives; un pont, aussi simple que 
pittoresque, les réunit au-dessus du gouffre du Tinell; 
deux longues poutres, jetées sur un mur naturel que 
prétendent soutenir deux assises parallèles de j)ierres 
cimentées, réunissent les deux bords opposés de la 

rivière. 

Mais l'art qu'aurait-il à faire ici? La nature a tout mis 
en oeuvre pour imprimer à ces lieux une physionomie 
de grandeur et de solitude qui porte l'esprit à la médi- 
tation. Les âmes qui aiment à s'isoler, à vivre en elles, 
qu'elles aillent habiter ces retraites si vertes et si soli- 
taires des Albères ! On va souvent chercher en Suisse 
des sites charniants, gracieux ou coquets; les amants 
de la belle nature, les artistes, les poètes, les naturalis- 
tes, trouveraient ami)lcnient à moissonner dans nos 
belles montagnes, moins bruyantes que les grands foyers 
de réunion du centre de la chaîne des Pyrénées. 

J'ai revu , après une absence de seize années, ces 
charmants vallons des Albères; enfant de ces monts, je 
leur rends aujourd'hui un juste tribut d'admiration et 
d'amour lilial! 

Au gouffre du Tinell, le schiste s'incline un peu moins 
qu'à la sortie du village de La Roque ; il plonge vers le 
N.-E. avec une déclinaison d'environ iu"; il est recou- 
vert par de puissants dépôts détritiques, formés de cail- 



loiix (Je {,'i;iiiilc, gneiss, (inarlz, schistes, mais siiriuut, 
granité et gneiss. 

I/arrangement de ces caillonx indicpie qu'ils se sont 
déposes en dehors d'une eau tran{|uille. Ils sont placés 
sans ordre, sans stratillcation les uns par rapport aux 
autres; les gros sont mélangés avec les petits, lis sont 
légèrement arrondis, leurs angles un peu émoussés. Mais 
à leur forme, on voit fpi'ils n'ont pas été long-temps 
roulés. Ce sont des dépôts plutôt glacières (jue diluviens. 

.Jusqu'à ce que de nouvelles études aient décidé de 
leur origine, et pour ne rien préjuger, j'ap|)ellerai dépots 
détn'liqiics ces masses de cailloux et de déhris de roches 
qui recouvrent les schistes et les micaschistes dans les 
petites vallées transversales des Alhères. 

Sur la rive gauche de la rivière (de La Roque), ces 
dé|)ôls atteignent une épaisseur considérable; une petite 
conduite d'eau, qui les coupe vers leur hase, permet de 
les suivre sur une longueur (|ui laisse ai)ercevoir les 
divers accidents de la roche. A leur surface, ils sont 
colorés en rouge ocreux })ar un sable ferrugineux; par- 
tout on voit suinter, h travers ces couches, des eaux 
minérales acidulés avec des principes ferrés. 

La rivière a enlevé , dénudé ces puissants dépôts dé- 
lriti(]ues; elle a usé, limé, corrodé le schiste, rompu 
et emporté les solides barrages qu'il formait ; par son 
poids, elle a miné la roche solide et creusé dans sa 
masse une cavité arrondie comme une cuve (de là, le 
nom de tinell, tina ; tonneau, cuve). 

Lors(|ue les eaux gonllent le torrent, les blocs de gra- 
nité descendent des hauteurs de la montagne , violem- 
ment poussés j)ar les eaux; ils ne s'arrêlenl, dans le lit 
de la rivière, ([ue lorsipie la pente devient moins rapide. 
Telle est l'origine de ces lourdes massesde granité, dont le 
volume arigmenlc à mesure que l'on s'élève, et que l'on 
voit dans toutes les gorges étroites des Albèrcs. 



184 

Le schiste paléozoïqiie, d'un gris bleuâtre en masse, 
donne, par la trituration, une poudre grise, qui, à une 
forte loupe, laisse apercevoir des cristaux blanchâtres, 
agglomérés au milieu d'une poussière grisâtre. Os 
grains de quartz sont beaucoup |»ius apparents lorsqu'on 
a traité le schiste pulvérisé |)ar l'eau régale, et qu'on a 
desséché le résidu solide; j'en ai isolé d'assez gros pour 
rayer le verre. 

La liqueur llltrée précipite abondamment en bleu de 
Prusse par le ierro-cyanure de potassium ; par la potasse 
ou l'oxyde d'ammonium, elle donne un précipité rougeàtre 
de sesquioxyde de fer. 

Quand tout le 1er a été précipita;, la liqueur Idtrée se 
trouble par l'acide sulfurique, et laisse, après im re[)OS 
de quelques heures, un dépôt blanc ; la même liqueur 
précipite en noir par le sulfure d'ammonium (sulphydrate 
d'ammoniaque). 

Le schiste paléozoique des Albèrcs, outre la silice et 
l'alumine combinées qui forment la base essentielle de 
celte roche , renferme aussi de la silice libre , du Ter et 
des traces de plomb probablement à l'état de sulfure. 
Mais dans réchanliilon que j'ai soumis à l'analyse, même 
a la loupe, je n'ai distingué aucun vestige de galène en 
liberté; à peine y ai-je aperçu quelques cristaux micros- 
copiques de pyrite de fer. Je n'y ai trouvé, non plus, 
aucune trace d'êtres organisés 

A la hauteur de la source minérale acidulo-ferrugi- 
neuse, connue dans le pays sous le nom de Font de 
l'arani ('', commencent à si; montrer les roches azoiques 
stratifiées. Les micaschistes resserrent, de [ilus en plus, 

(I) Ce qui si(;iiilie l'oiitaini' lie riii\ic. Celle source, foiliMneiit iliai|;ée 
de principes leniigiiieut , (loiiiio un dé[)ol rougc-ocieux, (jin' les Iiai>ilai.ls 
(lu pavs (loiveiil avoir \iy\^ pnur ilii cuivre faram). 



18,-) 

le lit delà rivière, entre leurs masses solides, coinnie dans 
un élau; la gorge va se rétrécissant; les deux rives escar- 
pées semblent vouloir se toucher comme pour se réunir 
encore une fois, malgré le soulèveuient qui les a sépa- 
rées. I.e |)aysage devient de plus eu plus sévère; en 
s'élevant, la solitude se fait autour do soi; les bruits de 
la plaine, les sons du village n'arrivent plus à l'oreille; 
seul le choc de l'onde contre le rocher, ou son heurte- 
nienl contre elle-même, lrou])leut le calme imposant de 
celte sévère, mais charmante Thébaïde. Parfois, pourtant, 
le marlin-pècheur (rt/(7Y/o ispida , \àu.), le merle des 
rochers {tnrdiis saxatilis, Lath.), la grive {lurdus musi- 
CHs, Lin.), le bécasseau coconrli [Iringua suharcuala, 
Tcm.), le roitelet (regulus cristatus, Lath.), marient, à 
celle de l'onde, leur voix aiguë ou harmonieuse. La 
soiH'ce de Vamni sourd au pied d'un escarpement verti- 
cal, constitué par un épais dépôt détritique, qui repose 
sur le micaschiste. L'eau minérale arrive à l'extérieur par 
une galerie profonde, (jui parait être une ancienne re- 
cherche de mine; du reste, on trouve, sur |)Iusieurs 
points de la vallée, au contact du schiste ou du mica- 
schiste et des roches granitiques, des traces d'anciennes 
exploitations métallifères. Ces cavités souterraines, que 
l'imagination a |)euplées et poétisées, jjassent, auprès de 
vieilles feunnes du pays, pour le séjour des fées malfai- 
santes I ciicitidada-'i). 

La légende locale raconte des récits merveilleux , (jui 
paraissent autant d'exagérations [>oéti(|ues de l'histoire 
métallurgi(iue de celte région. Dans ces fées, qui vivent 
sous terre, ne reconnait-on pas un peuple de mineurs, 
peut-être étrangers à la contrée? 

La première roche az<tïque stratifiée qui se montre à 
découvert, à la fontaine de Vinaui, recouvrant imuK'dia- 
tement le schiste, est une espèce de gneiss ou d"hyalo- 
micle essentiellement composé de ([uailz et ;1(' mica. 



18fi 



A la loupe , on distingue très-bien le (juarlz en gros 
grains agglutinés ou en cristaux à angles émoussés, avec 
l'éclat de la silice cristallisée et demi-transparenle. Cette 
roche, grossièrement pulvérisée, donne une poudre qui 
parait, à la loujie, comme un beau sable blanc quart- 
zeux. Un ciment ordinairement rougeàtre unit les élé- 
ments qui la constituent; à peine on y distingue des 
traces de felspath. 

Le mica est blanc, d'un aspect argentin, en petites 
lamelles nacrées ; mais il est peu abondant. A la simple 
vue, la roche, lorsqu'on l'entaille au vif, brille d'un 
certain éclat, que l'on serait tenté d'attribuer aux lames 
de mica. Mais un examen attentif, à l'aide d'un instru- 
ment grossissant, montre que ces rellets lumineux sont 
dus surtout aux facettes cristallines du quartz. 

Sur certains points, l'élément ferrugineux domine; 
alors la roche prend une teinte ocreuse ou rougeàtre qui 
indique sulïisamment une modilication dans sa composi- 
tion. Parfois elle passe à un gneiss; mais jamais, cepen- 
dant, elle n'affecte franchement la forme et la structure 
de cette dernière roche granitique. 

A l'aide d'une bonne loupe montée, j'y ai distingué, 
parfaitement, des cristaux très-petits, groupés, d'un vert 
très-franc, que j'ai cru devoir rai)porter à rémeraude(?). 
J'y ai encore vu des cristaux noirs, excessivement petits, 
dont je n'ai pu déterminer l'espèce minérale. 

Avant d'arriver a la hauteur de la fontaine, dite de 
Las Ballayras , la roche quartzeuse que je viens de 
décrire passe à un micaschiste, incliné comme elle vers 
le A. ()0o E. 

Cette dernière roche est fossile, feuilletée, un peu 
friable à la surface; les petites tablettes qui résultent de 
sa division, se brisent facilement lorsqu'on les presse 
entre les doigts , en les faisant porter à faux sur l'un de 
ces organes, et en ap{iuyanl sim' l'cxln'mité opposée. 



187 

Sa couleur générale est le hianc gris, mélangé de 
teintes jaunâtres ou vcrdàtres. Par ses fissures, posté- 
rieurement à son dépôt, a pénétré un principe lérrugi- 
ncux (pii colore quci(pies-uns de ses points d'une ma- 
nière jiius vive. A la loupe se montrent le (piartz et le 
mica, presque avec tous les caractères de la roche pré- 
cédente, qui, du reste, ne diffère de ce micaschiste que 
par le manque de fissililé. 

En attaquant, par l'acide nitrique à froid, le mica- 
schiste grossièrement pulvérisé, on constate une légère 
effervescence. En examinant le phénomène à la loupe, 
on reconnaît que l'attaque nitricjue n"a lieu que sur les 
points colorés en rouge |)ar la présence du iér, qui se 
trouve donc h l'état de carbonate dans cette roche. 

La dissolution acide précipite en hieu par le ferro- 
cyanure de potassium; à chaud, la réaction, sans déga- 
gement de vapeurs rulilantes, est bien autrement active 
qu'à la température ordinaire, et le précipité produit par 
le prussiate jaune de potasse, Irès-volumineu.x. 

Les schistes et les micaschistes, |)ar leur déc()nq)()si- 
tion et leur mélange avec les détritus des matières orga- 
nicpies, donnent un sol actif, à pentes inclinées, où 
croissent et se développent rapidement des essences très- 
variées, le châtaignier, le micocoulier, le chêne-liége, etc. 

L'observateur qui [)art de la plaine pour s'élever vers 
les sommités des Albères, passe à travers |)lusieurs 
zones végétales bien distinctes. Uans les parties les plus 
basses et les plus chaudes des vallées de La lîoipie, 
Sorède, Argelès-sur-Mer, etc., se montrent les oliviers 
au téuillage jiâle; puis, mi peu plus haut, les châtaigniers 
et les micocouliers aux liges élancées; ensuite vieniienl 
les chénes-liéges, les chènes-verts; enlin, les hêtres qui 
vivent dans les forêts des régions élevées et froides du 
chaînon. 

A partir de la hautetir de Las ndllai/nis, juscprà la 



188 

prise d'eau (|iii alinienle les moulins do La Uoque, ou 
voit constamment allleurer le micaschiste ou le gneiss. 

Ce gneiss, qui a une tendance à se diviser en gros 
feuillets ou en tables épaisses, par ses brisures ou par 
les dislocations de ses plans, forme h la prise d'eau 
même des escarpements rapides et pittoresques. Sur la 
rive gauche de la rivière s'élèvent des masses gneissiques 
passant à un granité stratifié, dont les pentes verticales 
montrent les précipices connus dans le pays sous le 
nom d'Esanraitcas. 

Le torrent, encaissé entre ces roches et celles iden- 
tiques qui se dressent sur la rive droite, pour fermer 
les rampes de la Sparmguera , semble seul conmiander 
dans ces lieux abruptes. Au milieu de cette nature sau- 
vage, sa voix domine toute autre voix. 

Et c'est pourtant sur ces cflVayants précipices, sur les 
lianes escarpés de ces gorges profondes et étroites , que 
sont indistinctement tracés les sentiers glissants où les 
intrépides habitants des Albères marchent avec la même 
assurance qu'un voyageur sur une large route horizontale ! 

A partir de là, la gorge se resserre brusquement; les 
deux rives opposées se touchent presque ; à peine une 
distance de quelques mètres sépare leurs bases. On 
est en plein dans la montagne; le cours du ravin ne 
peut être plus longtemps remonté; on le voit tomber, de 
cascade en cascade, en étalant ses eaux en blanches 
gerbes juscpi'aux environs de liocabclla. 

Le gneiss ou granité stratifié que je viens de signaler, 
est fortement disloqué ; l'ensemble des couches incline 
vers le nord; (|uelques-une^ sont verticales, d'autres ont 
été renversées et se montrent avec une inclinaison 
anormale vers le sud. 

Sur certains points, le gneiss passe au micaschiste 
comme on l'observe en grimpant vers les hauteurs de la 
métairie de la Spimvguira. 



189 

On distingue parfailemenl, même à Tœil nu, les 
divers minéraux qui constituent cette roche granitique. 
Le mica , disposé en rangées sensiblement parallèles, est 
noir ou gris-noiràtre; [)arlois il prend des reflets d'un 
vert très-pâle. 

Le (juartz s'y montre avec son aspect vitreux et trans- 
lucide ; il est relativement peu abondant. Le (eldspath 
ortliose est le minéral dominant; il prend, en général, 
la structure lamelleuse. Ses lames nacrées, blanches 
ou légèrement colorées en jaune-terne, paraissent à la 
loupe comme nn groupement de petits cristaux. 

Lorsqu'on veut atteindre la hauteur de la Sparraguera, 
il faut monter à pic le talus de la montagne, à travers 
les bois et les houx (ilex (((juifolium) ou du chêne-vert. 
Après une courte , mais pénible ascension , on arrive à 
un étroit sentier, tracé sur le liane de la montagne. 

C'est au milieu de cette alpestre voie qu'allleure un 
gneiss qui passe, par l'altération de ses éléments, à une 
pegmatilé grossière. Le quartz y est devenu opaque, le 
feldspath blanc, d'un éclat mat et sans struct(u-e lamel- 
leuse bien distincte. En suivant le petit sentier qui court 
parallèlement à la rivière sur la rive droite , on atteint 
bientôt un granité porphyroïde qui s'est soulevé à tra- 
vers le micaschiste et le gneiss. Par son épanchement, il 
a dérangé la direction primitive de leurs couches, qui 
plongent d'environ (jo^ vers le S.-U., tandis que leur 
plongement normal est vers le N. ou le N.-E. Ce gra- 
nité olîre une structure toute particulière ; certaines 
parties de sa masse sont constituées par un granité à 
petits grains avec mica noir, l'eldspatii iamelleux, blanc, 
gris et quartz vitreux semi-transparent. Mais à côté 
de ces éléments, assez linemenl divisés, se montrent 
do gros cristaux d'orthose, diiii blanc-jaunàtrc ou 
d'un gris très-mat, enclavi's au sein de la pâte grani- 
toïde. 



190 

A la loupe, on y reconnaît des cristaux excessivement 
petits, de diverses substances niétailiiëres. 

En suivant le granité porphyroïde, on constate qu'il 
passe à une véritable leptynite, dont les lames de mica, 
d'un gris-verdàlre ou d'un gris-noir, sjnt nombreuses et 
bien apparentes à l'œil nu. Le l'eldspatli , élément domi- 
nant, y prend la forme de petits grains jaunâtres; le 
quartz, peu abondant, s'y présente avec son aspect semi- 
transparent comme dans le granité. 

La leptynite et le granité porphyroïde, se sont épan- 
cbés entre des couches de gneiss et de micaschiste 
qu'ils ont disloqué. La montagne de la Sparraguera est 
formée par ce micaschiste très-bien stratifié, incliné 
vers le S.-O., en faisant un angle d'environ iio°. Sur 
certains points, il devient noirâtre et fortement micacé; 
sur d'autres, il est décomposé à la surface et à une 
certaine profondeur, en un sable ferrugineux; en certains 
endroits, on le voit passer au gneiss. 

Lorsqu'on s'élève vers le point culminant de la mon- 
tagne, on ne tarde pas à trouver un granité a petits 
grains, qui forme la crête ou l'axe de la petite chaîne 
des Âlbères. C'est le soulèvement de celte roche qui a 
donné sa principale forme au chaînon. 

Toutes les petites vallées de fracture de la chaîne des 
Albères, présentent la même composition que celle de 
La Ho(iue , puisque les mêmes couches passent de l'une 
a l'autre en s'intléchissant vers les parties déclives et se 
relevant vers les sommités. On peut s'en assurer en 
examinant les rocbes qui allleurent dans les vallons de 
Saint-Martin, de Montes(|uiu, de Vilellongue-dels-Monls, 
de Sorède, d'Argelès, de Collioure, etc. 

Lorsque des hauteurs de la Sparraguera, l'observateur 
descend, en côtoyant la montagne, dans le vallon de 
Sorède, son regard est bientôt arrêté sur une crêlo 
blanche, saillante, sur la colline qui la porte, comme la 



191 

nageoire dorsale d'un poisson. C'est une ride épineuse 
de quartz blanc-Iailen.v, prescpie vcrlicaie ou très- inclinée 
vers le N.-E. d'au moins 80°. 

Le fond blanc de ce quarlz coin|)acto, est légèrement 
maculé de pelitcs taches d'oxyde de for. 

Lorsqu'on remonte la rivière de Sorède, les mémos 
accidents pittoresques du sol, que nous avons signalés 
dans le vallon de La Roque, se reproduisent presque 
aux mômes hauteurs. Le fond du paysage est le même; 
cependant, les décorations étranges (pie la nature a mises 
en œuvre, changent do forme en gardant leur physiono- 
mie minérale. On retrouve ici les mômes roches avec les 
mêmes inclinaisons, les mômes inflexions, les mômes 
caractères stratigra|)hiques. • 

La nature, si variée dans ses moyens, a, dans ce val- 
lon, donné au paysage quelque chose de moins frais, de 
plus tourmenté qu'à la petite vallée de La Roque- 
d'Albères. Nous retrouvons bien ici, à la vérité, les mê- 
mes lignes de roches qui se profiloni sur les doux rives 
de la gorge, mais les rampes sont plus abruptes, et la 
montagne se dresse devant soi |>lus bruscpiomont. 

En outre, un nouvel élément minéral apparaît. Au 
four à chaux de Sorède, près du pont des forges, se 
montre, à mi-hauteur de rescarj)oment de la rive droite, 
une couche pou épaisse d'un calcaire cristallin (jui |)arait 
l)longer vers l'est. Ce noyau calcaire sendjie s'être déposé 
dans quehpie dépression ou dans quelque poche de 
schiste, de micaschiste ou do gneiss. C'est probable- 
ment un fragment de la couche calcaire qui se montre à 
Prats-(lo-Moll(J, Cérot, etc., et qui forme une l)aiide, 
souvent iii'orroni|)ue, sur le versant septentrional des 
Pyrénées-Orientales. 

Le calcaire cristallin de Sorède, exploité comme pierre 
;i cImux (carrière de Jean Estève'i, d'un blanc ou blanc- 
blouàtro, s(> |)résonlo sous la formo (\(> inmes rhondioï- 



192 

dales superposées. Sur certains points, surtout vers les 
bords de la couche, il se clive en gros cristaux. 

Attaqué en roche par l'acide nitrique, il fait à peine 
effervescence; trituré, il donne une poudre blanche qui 
se laisse vivement attaquer par les acides avec un abon- 
dant dégagement d'acide carbonique. 

Ce calcaire présente une particularité remarquable : 
à son contact avec la roche encaissante, il se recouvre 
de minces lames cristallines, bleuâtres, nacrées de felds- 
path. 

Lorsque de la carrière de Jean Eslève on se dirige 
vers le nord-est, par le petit sentier qui conduit a 
Sorède par la métairie de Coudulès, on voit bientôt 
apparaître les schistes de transition à teintes bleuâtres 
ou ferrugineuses. Ils plongent, comme ceux de La 
Roque, vers le N,-E. en faisant avec l'horizon un angle 
d'environ 80 à 80". 

Si, à partir de là, on suit les premières rampes de la 
montagne, à la hauteur de la métairie Llinas, on ren- 
contre les roches granitiques, les gneiss, les micaschis- 
tes. De là on descend dans le vallon d'Argelès-sur-Mer, 
où se montrent les puissants dépôts diluviens de la 
plaine, (jui recouvrent aussi, dans les parties élevées 
du bassin inférieur du Tech, les roches anciennes des 
Albères. 

D'Argelès-sur-Mer à Port-Vendres , la route marche 
parallèlement à la mer. Le paysage s'est transformé; 
les décorations du tableau ont changé; ce ne sont plus 
ces massifs d'arbres verdoyants jetés sur les lianes des 
gorges profondes (jui encadrent la scène. Ici la Méditer- 
ranée fond son azur avec l'azur du ciel du Koussillon ; 
elle ondule , dans l'espace qu'embrasse le regard , ses 
draperies bleues, ornées de franges de blanche écume. 
D'un côté, donnant asile à des vignes vigoureuses, des 
coteaux de schistes ou de phyllades contournés, plissés, 



193 

comme écrasés par des pressions latérales; de l'autre, 
la mer qui brise ses vagues contre la falaise qui porte le 
chemin. Dans les plis étroits et tranquilles de ces escar- 
pements, où vivent les moules (mylilus edulis) et les 
oursins (echinus lividus), se montrent seuls quelques 
rares bateaux de pêche, jetés sur le sable ou se balan- 
çant sous la protection de leur ancre. 

Sur ces falaises, on coupe aussi des tranches puis- 
santes de micaschistes à larges lames de mica , parfois 
à cristaux de grenat opaques et violacés. La tourmaline 
noire, en longues aiguilles cristallines ou en cristaux 
cylindriques ou polygonaux prismatiques, s'y trouve en- 
clavée dans de gros fragments de quartz. Dans toutes 
ces roches anciennes, se présentent de gros cristaux 
d'orlhose jaunâtres et a l'aspect nacré. Ainsi donc, 
entre les schistes, les micaschistes, le gneiss et les 
granités divers qui constituent essentiellement le chaînon 
des Albères, on trouve de nondjreux minéraux acci- 
dentels soit en fdons ou en veines, comme les oxydes 
et les sulfures de fer, le sulfure de plomb, la galène 
argentifère, etc., soit en cristaux isolés comme le gre- 
nat, le mica, le feldspath, la tourmaline, etc. 

A^jù du chaînon des Albères. — « Différentes circons- 
tances me font présumer, dit Dufrénoy, que le dernier 
surgissement du groupe du Canigou, est plus moderne 
que celui du reste de la chaîne : la principale consiste 
dans le relèvement des terrains tertiaires les plus récents 
vers les cimes du Canigou. Ainsi à Nelliach, à Banyuls- 
dels-Aspres, villages situés dans la vallée de la Tet et 
du Tech, au nord du Canigou, M. Reboul a indiqué, 
depuis longtemps, que les marnes argileuses, qui con- 
tiennent des fossiles analogues aux terrains subapennius, 
sont en couches fortement inclinées. 

« .\u sud du Canigou, dos terrains à lignitos égale- 
ment irès-modernes, qui forment une petite bande dans 

13. 



194 

la Cnrdagne, depuis Llivia jusqu'à la hauteur de la Seu- 
d'Urgel , y sout en couclies relevées d'environ 00° vers 
le N. 20'^ 0. Les terrains tertiaires, situés sur les deux 
versants de cette montagne, ont donc été fortement 
dérangés, tandis que sur toute la longueur de la chaîne 
des Pyrénées, les terrains tertiaires se sont déposés 
horizontalement au pied de la vaste falaise, formée par 
cette même chaîne. La direction des couches tertiaires 
de la Cerdagne, E. 20" N.-O. 20° S., est à peu près la 
même que celle que le soulèvement des ophites a im- 
primé à ces mêmes terrains dans la Catalogne, dans la 
Navarre et la Chalosse. Cette direction, (pii correspond 
à celle indiquée par M. Élie de lîeaumonl pour la chaîne 
principale des Alpes et les chaînes les plus récentes de 
la Provence, me conduit à supposer que c'est à cette 
même époque que le massif du Canigou a pris son 
relief actuel; la direction générale de ses crêtes, 
celles des vallées de la Tet, du Tech et de la Sègre, 
qui en sont la conséquence , s'accordent avec cette sup- 
position. 

« Plusieurs vallées, qui sillonnent le pied du Canigou, 
sont très-profondes. La petite vallée qui prend naissance 
au-dessous de Corlsavy et se jette dans le Tech, près 
d'Arles, présente un escarpement à pic de plusieurs 
centaines de mètres; cette circonstance, jointe k la po- 
sition des lambeaux de calcaire de transition qui forment, 
par leur ensemble, une ceinture discontinue sur les 
ilancs du Canigou , ne peut s'expliquer qu'en admet- 
tant que ce groupe de montagnes a été soulevé d'un 
seul jet au milieu des terrains de transition qui avaient 
alors un relief peu prononcé, et qui étaient recouverts, 
en ditTérents points, par des dépôts très-mod(M-nes; 
cependant, comme les lambeaux de terrains modernes 
n'ont jamais été continus, |»uisqu'ils sont en partie 
marins et en partie d'eau douce, il est certain que le 



195 

sol sur lequel a surgi le Canigou , était déjà montueux à 
une époque antérieure <^>. » 

Les Alhères, qui se ratlaclient au Canigou par les 
massil's montagneux de Maureiilas, de Céret et d'Arles, 
ont été fortement inlluencées par la dislocation du sol , 
qui a lait surgir ce groupe de montagnes. Mais un seul 
mouvement du sol n'a pas donné au chaînon albérien 
son relief actuel ; il n'a pris la configuration , la forme 
que nous lui voyons aujourd'hui , qu'à la suite de quel- 
ques révolutions dont il porte l'empreinte évidente et 
bien sensible. 

Les savants auteurs de la carte géologique de la France, 
attribuent au soulèvement de la chaîne principale des 
Alpes, le sui'gissement du mont Canigou avec ses formes 
actuelles. Mais avant ce grand cataclysme de la nature, 
cette montagne, presque la plus élevée de la chaîne 
orientale des Pyrénées, présentait une certaine élévation, 
ainsi que le chaînon des Albères qui en dépend. 

Les schistes , les micaschistes et les roches granitiques 
stratifiées des Albères, sont fortement relevés; parfois 
ils atteignent à la verticale et même sont renversés. 
Ils alîectent les mêmes caractères que les roches 
identiques qui se montrent au pied du Canigou ; leur 
orientation les fait ranger dans les terrains de tran- 
sition. 

A l'inspection des Albères et du massif du Canigou, 
le géologue retrouve partout des traces incontestables des 
systèmes du Morbihan , du Westmoreland et du Hunds- 
rùek, etc., qui ont relevé les divers membres de la série 
azoïque et paléozoïque dans les i\vrénées-Orientales. 

Les couches anciennes qui composent les Albères, pa- 
raissent donc avoir pris, à cette époque primaire, leurs 

(I) MM. niifi-t'iioy pi l'.lic Je Bramnoiil : Mimnires pour stivir à une 
descriplion géalogiqut de la France , loiiie II, pujCB 42(3-428. 



196 

inflexions primordiales, quoiqu'elles doivent leur relief 
actuel à des mouvements beaucoup plus récents. 

Dans les dépressions les plus profondes des vallées 
transversales, dans les concavités ouvertes entre les plis 
des roches, nulle part, dans les parties élevées du 
chaînon des Âlbères, on ne trouve aujourd'hui aucunes 
traces des dépôts subapeunius des vallées du Tech et de 
la Tet. Ces dépôts marins ne pénètrent pas dans les 
petites vallées transversales, qui étaient donc déjà fer- 
mées ou ouvertes en partie ; ils ne s'élèvent jamais à 
des hauteurs un peu considérables; dans la vallée du 
Tech , ils n'arrivent pas à Maureillas , et à peine attei- 
gnent-ils les premières collines de Vilellongue-dels-Monts. 

Cette observation a un grand poids dans la question 
qui nous occupe; elle prouve clairement que le relief 
des Albères était assez montueux pour s'élever au-dessus 
des eaux , lorsque les dépôts subapennins ou pliocènes 
se sont formés sur les schistes paléozoïques de la vallée 
du Tech, déjà relevés par des dislocations antérieures. 

Dans les parties élevées des vallées transversales, on 
aperçoit partout de puissants dépôts diluviens, horizon- 
taux ou très-peu inclinés , qui descendent dans la plaine 
où ils forment ces immenses couches caillouteuses de la 
période quaternaire ou diluvienne, si prononcées dans 
la plaine de Rivesaltes et de Perpignan. Dans les parties 
élevées, ces dépôts reposent sur les schistes ou les au- 
tres roches de transition, ou sur les roches granitiques, 
sans que l'on trouve enire les deux systèmes de couches 
aucune trace, aucun vestige des marnes et des grès 
fossilifères de la partie déclive de la vallée du Tech. 

Toute la série secondaire manque complètement dans 
les Albères, du Perthus à la Méditerranée. Durant toute 
cette longue période géologique, la chaîne, constamment 
émergée, a formé une Ile au soin de la mer. D'un côté, 
ses pieds schisteux étaient battus par la vague de la mer, 



197 

qui occupait une portion de la plaine actuelle de Figuèrcs; 
sur le versant septentrional, par la mer du Roussillon, qui, 
par quelque canal étroit, a pénétré, à une certaine épo- 
que, jusqu'aux environs d'Amélie-les-Bains pour y dépo- 
ser les sédiments secondaires que l'on y a signahîs. 

Ainsi, toutes les observations portent à croire, que le 
sol d'une partie du Roussillon a été émergé et immer- 
gé plusieurs fois. L'absence de couches stratifiées plus 
récentes que le terrain silurien ou dévonien , autres que 
celles de l'ancien pliocène, permet cette conclusion. 

On constate, cependant, ainsi que nous l'avons déjà 
dit, dans le département des Pyrénées-Orientales, quel- 
ques lambeaux du terrain secondaire, mais en dehors 
du chaînon albérien. Les dépôts crétacés de la vallée de 
l'Agly commencent à se montrer vers Peyrestortes , 
Baixas, pour se développer vers Vingrau, Estagel , 
iMaury et Saint-Paul-de-Fenouillet. Dans la vallée du 
Tech , des couches h cyclolithes elliptica, rhymkonella 
difîormis, à hippurites, etc., se montrent à Amélie, 
Coustouges, La Manère., etc. 

Pendant que ces dépôts marins se formaient sous les 
eaux, une grande partie du bassin inférieur du Tech 
était assez élevée pour être complètement émergée. Ce 
n'est qu'une dislocation postérieure qui a permis à la 
mer d'occuper, par un affaissement du niveau du sol, 
les vallées du Roussillon pour déposer les couches de 
l'ancien pliocène. Ces couches ne se montrent guère au- 
delà du Roulou; si elles se sont déposées sur d'autres 
points du cours supérieur du Tech, elles ont été facile- 
ment dénudées, après leur relèvement, lors des grandes 
débâcles qui ont porté les dépôts quaternaires ou dilu- 
viens dans les trois grandes vallées des Pyrénées- 
Orientales. 

(( La plaine du Roussillon, dit Uehoul , située comme 
un golfe entre deux arêtes de montagnes (pii jettent des 



198 

promontoires dans la mer, est bien évidemment formée 
de inalériiuix de comblement, descendus des Pyrénées, 
par les trois issues des vallées du Tech, de la Tet et de 
TAgly. Les accroissements que ces trois torrents ont pu 
ajouter a ce terrain de transport, depuis la date des 
descriptions géographiques de Slrabon et de Pomponins- 
Méla, ne sauraient être évalués même à la centième 
partie de son étendue totale '''. » 

L'examen des faits précédents nous conduit à admettre, 
que le chaînon des Âlbères avait un relief assez prononcé 
dès le commencement de la période secondaire ou dès 
la lin de la période primaire : les premiers soulèvements 
qui l'ont aiïecté remontent à la période paléozoïque ou 
de transition. Mais ces dislocations anciennes ne lui ont 
point donné sa forme et sa hauteur actuelles. Du Perthus 
k la Méditerranée, dans l'axe du chaînon, on ne trouve 
aucun dépôt secondaire; tandis qu'au pied du Canigou, 
aux environs d'Amélie se montre un lambeau crétacé, 
ce qui conflrme et prouve clairement, ce que nous 
avons déjà dit, que le chaînon albérien, tel que nous 
l'avons limité, a été émergé pendant une partie de la 
période paléozoïque et pendant toute la longue période 
secondaire. 

Lorsqu'on étudie attentivement, la boussole à la main, 
le terrain tertiaire supérieur de la vallée du Tech ou 
de la Tet, on s'aperçoit que l'inclinaison générale des 
couches a lieu vers le N. ou le N.-E., parfois vers le 
N.-O.; de manière que les tranches ou les tètes de cou- 
ches regardent le Canigou et les Albères. C'est là une 
preuve que ces massifs montagneux ont contribué au 
relèvement de l'ancien pliocène. Par conséquent, il a 
fallu que les Albères se relèvent pour produire cet effet 
sur les couches de leur base. 

(1) Rcboul. Géologie de la période quaternaire. 



190 

La longue file de collines pliocènes qui borde les deux 
rives du Tech , s'élève, sur la rive droite du torrent, 
assez haut sur le pied du chainon, en suivant sa direc- 
tion et son inclinaison, quoique à slralificalion très- 
discordante. De tous ces faits, et d'autres qui seront 
exposés ailleurs ('*, il faut conclure que le relief ac- 
tuel du chainon des Albères, a été produit par la disloca- 
tion qui a soulevé et dérangé les couches marines de 
l'ancien pliocène a la base des Pyrénées-Orientales et au 
pied des Apennins. Tout le monde sait que M. Élie de 
Beaumont attribue ce mouvement du sol au surgisse- 
ment de la chaîne principale des Alpes. 

Outre ces soulèvements, qui ont imprimé les grands 
traits du tableau, on reconnaît dans les Albères de 
petites lignes de dislocation qui ont incliné certaines 
couches vers le S.-O. Ces dislocations restreintes n'ont 
pas induencé l'ensemble de la chaîne. 

l ne étude attentive des crêtes saillantes et des lignes 
de dislocation du Roussillon , montre à l'observateur la 
complication de plusieurs soulèvements. Chacun de ces 
mouvements du sol, lents ou rapides, ont fourni un 
trait, une ombre, un accident au tableau pittoresque 
que la nature s'est complue à dérouler à nos yeux dans 
cette belle et fertile province. 

Les massifs montagneux des vallées du Tech et de la 
Tet, ont reçu quelques-unes de leurs formes à chacun 
des divers soulèveu)ents qui ont imprimé leurs caractères 
aux Pyrénées. Mais c'est la dislocation qui a fait émerger 
les dépôts sélurieus et dévoniens, qui a relevé les .\lbères, 
qui depuis lors sont restées constamment émergées. 
Cependant, parmi tous ces mouvements qui ont exercé 
leur terrible iniluence sur le sol de la vallée du Tech, 



(I) Dans lo texte de la Carte [jéolo(;ii]iie du dopatlemont des l'yréiu'es- 
Orienlali's. 



200 

c'est le soulèvement désigné par M. Élie de Beaumont, 
sous le nom de système des Pyrénées, qui s'est, peut- 
être, le moins fait sentir dans le chaînon des Albères 
et au pied du Canigou. 

En résumé, les Albères ont pris un relief montueux 
assez prononcé dès la période paléozoïque; mais c'est la 
dislocation de la chaîne principale des Alpes, qui a 
relevé les dépôts subapennins, qui a donné au chaînon 
toutes ses formes actuelles. 

Sorèze, ce 10 novembre 1861. 



201 



CHRONIQUE PEKPIGNANAISE, 

Par M. Joseph EMWAWlJEli Sibvew, nicmbrc (le plusieurs 
Sociétés académiques. 



Philippe III, que le Duc d'Ossone appelait plaisamment 
le grand tambour de la monarchie espagnole, mourut, a 
Madrid, le 15 mars 1621, a l'âge de quarante-trois ans. 

Ce prince fut victime de l'étiquette. Étant au conseil, 
il se plaignit de la vapeur d'un brasier, qui l'incommodait 
d'autant plus qu'il relevait d'une grande maladie. L'ofilcier 
chargé du soin d'entretenir le feu étant absent, personne 
n'osa remplir cet emploi; et celte délicatesse mal entendue 
coûta la vie au monarque. 

Le 5 mai de la même année , les Consuls de la ville 
de Perpignan firent publier cette nouvelle au son des 
tambours et des trompettes, par des crieurs habillés de 
noir, accompagnés des confréries à cheval et des corps 
de métiers. Les boutiquiers durent fermer leurs boutiques 
pendant neuf jours, sous peine d'amende et de prison; 
tous les travaux furent suspendus. Le deuil eut lieu chez 
le sieur Antoine Séragut, bourgeois honoré, alors premier 
consul. On ordonna une neu vaine; tout le temps qu'elle 
dura, les cloches des couvents et des églises de la ville 
attristèrent les habitants par leur tintement lugubre; la nuit 
même, la nuit ne mettait point une tn've à ce lamenlable 
carillon; plusieurs Bourgeois en devinrent sourds, si jen 



202 



crois la chronique Et les confréries, celle de Saint- 
Georges en têle<'', se rendirent trois fois le jour, le matin, 
h midi et le soir, chez le sieur Antoine Séragut, pour lui 
adresser des compliments de condoléance : quelles péni- 
bles charges ces messieurs avaicnl-là!... 

Le i2, les Consuls, dans leur costume de rigueur, se 
transportèrent à Saint-Jean , où ils avaient tout fait pré- 
parer pour la célébration des oraisons funèbres du Roi. 
Mais celle cérémonie fut renvoyée à un autre jour; voici 
à quelle occasion : Don Christoval y Traginé, gouverneur 
de Perpignan, arriva dans l'église après les Consuls, 
escorté des officiers de la garnison et précédé de deux 
massiers... Qu'on juge de l'effet que produisit celle inno- 
vation sur l'esprit des Consuls jaloux de leurs prérogatives, 
puisque de temps immémorial à eux seuls appartenait la 
distinction des masses!.... Ils restèrent pétrifiés, ni plus 
ni moins, que des zooUlhcs... Je vous le demande, pou- 
vaient-ils, en conscience, laisser s'établir un pareil précé- 
dent? C'eût été en quelque sorte abdiquer, et ces messieurs 
en étaient incapables. En conséquence, après être revenus 
de leur étonnemenl, ils prolestèrent avec énergie : chacun 
de part et d'autre soutint ses droits; on dit même qu'il y 
eut des épées, des poignards tirés et prêts a frapper; que 
des perruques furent arrachées, foulées aux pieds, et que 
des personnes Irès-respeclables reçurent l'alfront le plus 
sanglant... Je ne garantis pas la dernière assertion, tout 
en affirmant que celte scène causa un grand scandale, à 
la suite duquel les Consuls, violets de colère, plantèrent 
là le Gouverneur; quittèrent brusquement l'église; le peuple 
les imita, et il lit bien. 



(1) I.a Confiéric <lc S,iint-G(Kir(jt's fui inslitiu'c ;i Pcr|iignnn , le 5 aoi'it 
•1562, et ses statuts furent lioinol(){;ués |)ar le Vicc-lloi de Catalogne, le 4 
mai ISC.j. l'aile s'éteignit en ■J6o2. 



203 

En (lépil (le la protestation des Consuls, Don Christoval 
y Traginé invita les prêtres de la cathédrale à commencer 
les prières pour le repos de l'âme de Philippe; tous refu- 
sèrent d'obtempérer h ses ordres, et, même en sa pré- 
sence, le catal'al(|ue, qui avait été élevé aux frais de la 
ville, fut entièrement défait par injonction de l'Evèque. 

Ne pouvant vaincre la résistance qu'on lui opposait, le 
Gouverneur, penaud, se retira avec ceux de sa suite, non 
sans pester contre Tévènemcnt malencontreux; mais il ne 
se tint pas pour battu, car il était tenace le vieux Castillan. 
Le lendemain, précédé des deux massiers de sa fabrique, 
il se rendit au couvent des Grands-Auguslins, où il fit dire 
une messe à la chapelle de Noire- Dame-des-Grâces. 

Le 17, les Consuls célébrèrent h Saint-Jean les hon- 
neurs finièbres du feu Roi avec une"i)ompe extraordinaire. 
L'Illustrissime évêqiie Onuphre de liéarl''), dit rollicc. Le 
calafalijue, entouré de deux cent cinquante ilambcaux de 
cire blanche, était décoré de riches coussins, sur lesquels 
reposaient un sceptre, une couronne royale et une croix; 
l'église, éclairée par six mille cierges, était tapissée d'une 
tenture noire, parsemée de larmes d'argent; cinquante 
Iam[)es funéraires, à trois becs, étaient suspendues à la 
voûte en ogives; la vaste nef et les chapelles latérales ne 
purent pas contenir le nombre des Perpignanais accourus 
à la cérémonie, non, sans doute, pour bénir la mémoire 



(I) « Onupiire de I^i-art, no à Pcrinipiaii, île riiniioralilr f.iiiiillc de néart, 
« ctiiil clianiiiiH! de Iiarculoiie , siirciMa à Fraii(;ois, et prit posscssidii de 
(I l'Ilvéclic d Lille, par |)rneiireiir, le A tnai l."J9i). l-c IG aoiU , il fut re(;ii 
(I à l'eriiij'iiaii. Le IG avril 1008, il fut transféré au siège de Vie; en IGI2, 
« à celui de Ciirone, (pi'il ocoin)a jusi]u"au 10 janvier liîJO. Il rciiniira 
« alors !i celte di(;i)ité, et vint se retirer à l*erpi{;nan, où la mort le frappa, 
Il le 2G odobre IG22. » 

(Calalogiu des Évfques d'I-Ane, par 1^. I'iii(;(;ari. ) 



204 

de Philippe III (voyez l'histoire de sa vie); mais pour 
prouver au Gouverneur récalcitrant, qu'il ne lui était pas 
permis de molester en vain les magistrats de son choix. 
Cette injure faite aux droits du peuple dans la personne 
des Consuls, reçut, vingt et une années plus tard, une 
satisfaction éclatante; car la ville ouvrit ses portes à 
Louis XIII , et se donna à jamais à la France avec la 
province du Roussillon. 



205 



SPIIRAGISTIQUE ROUSSILLONNAISE. 



ICONOGRAPHIE DE CERTAINS SCEAUX 

AUTREFOIS EN USAGE DANS LES COMTÉS DE ROUSSILLON 
ET DE CERDAGNE, 

Par II. E. DK FoucHiEB, Capitaine au 25ine de Ligne, 
membre do la Société des Antiquaires de l'Ouest. 



AVANT-PROPOS. 

Étranger au Roussillon , et uaturellenient peu instruit 
de son histoire, je n'ai pu donner à cette étude archéo- 
logique tous les développements qu'un pareil sujet semble 
devoir comporter. Est-ce à dire que, profitant d'un loisir 
de garnison, j'aie jamais conçu la pensée d'écrire une 
histoire complète de la sigillation proprement dite, en 
détaillant minutieusement les diverses dénominations des 
sceaux et leur emploi, et venant répéter ici ce que nous 
enseigne le moindre traité de paléographie? — Évidem- 
ment, non <''. 

Ces pages, faible écho de quelques anciens souvenirs, 
« iragments eux-mêmes recueillis dans les débris des 

(I) Un de mes collègues de l'armée m'avait précédé dans l'étude des 
antiquités de ce pavs (M. Colsou, capitaine au li"'""-', Reihvrcbes sur les 
Monnaies, etc., 1851). J'ai voulu niardier sur ses traces, eu étudiant 
la sphraiiisliiiue roussillonuaise, sujet enlirrcniiMil neuf, dont la révélation 
appartenait, sans doute, à une plume plus aulurisée que la uneinie. 



206 

« archives roiissillonnaises, » se borneront h présenter, 
sous la forme d'un simple catalogue : 

1° Les sceaux du Clergé : comprenant ceux des évo- 
ques, des abbayes, des oflicialilcs, des simples prêtres, 
et, généralement, tout ceux qui se rattachent à l'état 
ecclésiastique ; 

2° Les sceaux des Laïques : comprenant ceux des 
souverains, des villes, des seigneurs, des diverses cours 
de justice, oflices civils ou militaires, tous ceux, enûn, 
qui émanent des administrations laïques. 

L'étude des sceaux marchant de pair avec celle des 
chartes auxquelles ils sont attachés, c'est une véritable 
bonne fortune pour l'historien qui consulte ces dernières, 
de les retrouver encore munies de cet appendice complé- 
mentaire destiné a assurer leur authenticité. Par malheur, 
une bien faible partie des sceaux autrefois en usage dans 
les comtés de Roussillon et de Cerdagne, a échappé à la 
destruction, et l'examen des monuments les plus inté- 
ressants qui aient survécu, ne présente guère à l'étude 
générale de la sphragistique d'aperçus nouveaux (*). 

Suivant les traités de diplomatique et de paléographie, 
l'usage des sceaux, d'abord restreint aux souverains et a 
quelques grands feudataires, ne commença a se vulgariser 
que dans le courant du douzième siècle parmi les mem- 
bres du clergé et de la noblesse. Dans les provinces du 
Midi, particulièrement, il n'était nullement d'absolue né- 
cessité que les chartes fussent scellées pour que l'on crût 
à leur authenticité. Si donc, l'omission volontaire de cette 

(t) MM. li. Mail, arcliiviste dos Pyrénées-Orientales, et L. de Bonnefoy, 
arclii'oloi;iu' perpi-nanais, m'ont lourni de nombreuses ronmuinicaliuns, 
avec une bienveillance sans égale. Je leur adresse de vifs remerciements. 



' 207 

formalité est remarquée presque constamment , jusque 
vers le quatorzième siècle, on ne devra pas s'étonnçr du 
petit nombre de sceaux roussillonnais remontant à des 
époques plus reculées. 

Depuis le règne de Charlemagne, le Roussillon fut 
gouverné d'abord par des Comtes amovibles, dont le 
pouvoir, essentiellement subalterne et temporaire, n'a 
laissé qu'une bien faible trace dans l'bistoire. Le très- 
petit nombre de chartes qui concernent ces seigneurs est 
totalement dé[)onrvu de sceau, dont il n'est fait, d'ailleurs, 
aucune mention dans les copies venues jusqu'à nous ^'>. 

A ces Comtes amovibles, succédèrent des Comtes héré- 
ditaires. L'examen des chartes données par ces derniers, 
constate également l'absence complète de sigillalion. C'est 
donc par suite d'une erreur inexplicable, que l'auteur de 
VAnnuaire de la Noblesse, signalant les armoiries attri- 
buées au comte Gérard par le peintre de la salle des 
croisades, a Versailles, a pu dire: « Gérard, comte de 
« Roussillon, se distingua au siège d'Antioche, et entra 
« l'un des premiers dans la ville sainte; son sceau repro- 
« duit par Dom Vaissète, dans Y Histoire du Languedoc, 
« représente : Deux fermaux rais en pal <-'. » 

Est-il besoin de rappeler ici que le sceau reproduit par 
Dom Vaissète, est celui du comte Sanche d'Aragon (L. I), 
vivant en t22G, cent trente ans après la première croi- 
sade, et non celui du comte Gérard, mort en lllôi^J? 

(t) Marca Hispanica. Appendice. 

(2) Borel d'Aulerive. Annuaire de la A'obksse, J8ii. 

(3) Est-on bien eerlain du reste de l'aiillionlicité de ce sceau à deux 
faces, isolé de la charte à laiinolle il a élu suspendu? Si, d'un cùlé, se 
présente un guerrier à cheval . portant à sou luns l'écu d'Aragon, entouré 



208 

Les chartes relatives aux intérêts religieux du diocèse 
d'Elne, conservées dans divers dépôts depuis le neuvième 
siècle, font également voir que, jusqu'au treizième, la 
sigillation était encore inusitée en Uoussillon , même 
parmi les ecclésiastiques du rang le plus élevé <^^ 

11 paraît donc très-croyable, et l'on pourrait même 
affirmer, qu'avant la première réunion du Roussillon au 
roi Alphonse, en 1172, aucun acte émanant du pouvoir 
civil, de l'autorité religieuse ou de simples particuliers, 
n'a été scellé dans les Comtés. 

Cependant, on doit croire, qu'en Roussillon, comme 
ailleurs, le haut clergé précéda le mouvement général, 
et que lès Évêques adoptèrent les premiers cet usage, 
tellement répandu plus lard dans cette province, qu'au 
dix-septième siècle, par exemple, il était peu de per- 
sonnes qui ne possédassent un cachet particulier, et qui 
ne se crussent obligées d'apposer leur signe ou marque 
aux moindres actes dans lesquels elles venaient figurer. 

d'une légende au nom du comte Sanche ; de l'autre , je vois un chevalier 
portant un bouclier chargé de deu\ fermaux mis en pal, entouré d'une 
légende beaucoup trop incomplète pour être expliquée. Dans ces deux 
empreintes si ditTérentes , dont l'une sert à l'autre de contre-sceau , je 
serais assez disposé à reconnaître deux sceaux distincts, appartenant à 
deux seigneurs dill'érents, (jui n'auraient pas trouvé de meilleur moyen 
pour valider une charte, peul-ètre relative à leurs intérêts communs; 
car, rien ne peut m'expli(juer dans quel but, Sanche d'Aragon, aurait, 
seul de sa Camille, employé un tel contre-sceau, 
(t) Marca Hispanica. Appendice, XXVI, XXXVIII , LXX , CGCLI. 



209 



PREMIERE PARTIE. 



Slceaux du Clergé, 

I. — Le premier sceau dont la date soit bien connue 
(Cl. 1), est celui de Bernard de Berga, évêque d'Elne. 
Il pend à une charte en parchemin, datée du 8 des cal, 
d'août 12 ii, par la(iuclle ledit Évêque accorde quarante 
jours d'indulgence aux iidèles qui contribueront, par 
leurs aumônes, à la construction de l'hôpital d'Ille et de 
son église. Ce sceau, de forme ovale, en cire blanche, 
avec contre-sceau au revers, est long de 0"i,0o, large 
de 0"i,05; la partie antérieure, qui a reçu l'empreinte en 
cire brunâtre, représente l'Évéque debout, coiffé de la 
mitre, tenant la crosse d^ns la main gauche, et donnant 
la bénédiction de la main droite. La légende, en capitales 
romaines, mêlées de gothiques, porte : f S. B: DEl : 
GRACLV : IIELNENSIS : EPISCOPI O. 

« La conservation du contre-sceau a été un peu com- 
'< promise par l'usage auquel cette pièce a été longtemps 
'< destinée; car le Frère quêteur, porteur de cette mis- 
« sive, était obligé de la présenter à toutes les personnes 
« dont il sollicitait les secours. Tel qu'il est, on y distingue 
« encore, au milieu d'un cercle de 0"i,OI8 de diamètre, 
« deux têtes nimbées, qui sont celles des patronnes d'Elue, 
« comme on le voit par la légende qui se lii autour : f S. 
« EVLALIA... 1VLL\. » L'écrivain roussillonnais*^ auquel 

(1) Archives de l'Hôpital d'Ille. 

(-2) B. Alart. Les Patronnes d'Elue, 1857. 

U 



210 

on doit la découverte de ce monument sigillograpliique, 
et dont j'emprunte ici les expressions, a cru remarquer 
entre le sceau et le contre-sceau des diflerences de date 
bien tranchées. « Les caractères de l'inscription du sceau, 
« dit-il , ont bien la forme généralement adoptée dans 
« noire pays pendant le treizième siècle, tandis que ceux 
« du contre-sceau, notamment la lettre V, semblent se 
«rapporter à une époque beaucoup plus ancienne....» 
Suivant une conjecture de cet auteur, le contre-sceau de 
la charte d'Ille, serait le type du sceau primitif de l'Église 
d'Ehie attaché à tous les documents diplomatiques éma- 
nés de la cathédrale, et ne variant jamais, tandis que le 
sceau particulier aurait été renouvelé à chaque élection 
d'évèque. Le petit nombre de sceaux de cette époque que 
j'ai pu comparer, ne me permet pas de trancher catégo- 
riquement la question abordée par iM. Alart, dans un but 
purement historique d'ailleurs. Je ferai observer, toutefois, 
que dans certains sceaux du treizième siècle et du qua- 
torzième même, on rencontre souvent la lettre V écrite 
en capitale romaine, notaniment,en 1228, sur un sceau de 
l'Archevêque de Narbonne, reproduit par Dom Vaissète, 
et dont la légende est ainsi conçue : S. PETRL NARBO- 
NENSIS.ARCIIIEPISCOPI-, et au contre-sceau .-;- S. I VST. 
S. PASTOR. L'analogie qui existe entre ces deux sceaux 
et leurs contre-sceaux, me porte à croire qu'ils sont tous 
quatre bien contemporains, émanant du même burin peut- 
être <*>. Je pense que ce sceau et son contre-sceau doivent 

(4) Dom Vaissète. Histoire du Languedoc, tom. V. Sceau de Pierre 
dWincliiis, 1228, arclievèque de Narijonno (Cl. 2). Voir aussi les sceaux 
de Raymond de l<'a!gar, évèque de Toulouse, 1249; de Bernard d'imbert, 
abbé de La Grasse, 1254; d'Arnaud, évèque de Nîmes, 122G, etc., etc. 

Du reste , les évè(|ues ont eu souvent des contre-sceaux relatifs aux 
patrons de leurs églises, ou tirés de l'bisloire de ces églises. Suivant 
Jl. de \VailIy, les bustes de saint Paslor et de saint Just se voient sur 
les contre-sceaux de plusieurs Archevêques de Narbonne. Le nom de 



211 

remonter à l'année 1250, époque de l'élection de l'évêque 
Bernard. 

L'Hospice Saint-Jean de Perpignan, possède une charte 
du même évéque, portant la date des cal. de mars 1250; 
mais le sceau est perdu (*>. 

II. — Un sceau conservé à l'Hospice Saint-Jean <->, et 
suspendu à une charte du 4 des calendes de mai 1290, 
donnée par la Cour Ecclésiastique de Perpignan , avec 
licence du Chapitre d'Elne , sede vacante, au sujet de 
l'entrée en religion de Guillaume Tolza, marchand de 
drap, est, sans contredit, le plus précieux monument 
de la collection roussillonnaise(CI. 3). La charte, curieuse 
en ses détails (^>, se termine ainsi : Ad habendam aucto- 
ritatem, fidem et finnitatem omnium predictorum, sigillum 
officialatûs nostri Perpiniani pendens presentibus dnrimus 
apponendum Cette formule, dans laquelle parait le mot 
officialatits pour officialis, est très-rare, suivant M. Natalis 
de Wailly, qui n'en a cité qu'un seul exemple , celui du 
sceau de rOllicialité de Nantes'^'. Le sceau, en cire jaune, 
de forme ronde, au diamètre de 0'",04, représente un 
personnage , la tète découverte , assis sur un fauteuil à 
doubles colonnes, et tenant entre ses mains un objet qui 

saint Trophiine se retrouve sur plusieurs contre-sceaux des Archevêques 
d'Arles. Le contre-sceau de Guillaume, évr'que de Carcassonne, représente 
les bustes de saint Nazaire et de saint Celse, avec la légende : NAZARIVS • 
CELSVS. La croix paraît sur plusieurs contre-sceaux des Évèques d'Or- 
léans. Les contre-sceaux des Archevêques de Paris, montrent, quelque- 
fois, l'image de la sainte Vierge ; ceux de l'Évêque de Poitiers, le buste 
de saint Pierre. 

(1) Arch. de l'Hosp. Saint-Jean. Liasse 1, n» 1. 

(2) Idem. Liasse I, u» 2. 

(3) Le Juge ecclésiastique , en consentant à l'entrée en religion dudit 
Tolza, oblige la femme de ce dernier, à vivre honnêtement et chastement. 

(^4) Natalis de Wailly. Éléments de Paléograpliie, tom. II. 



212 

parait être un livre. A droite de ce personnage, on voit 
une crosse, posée en pal, un peu au-dessoiis d'une étoile 
h huit rayons, armoiries du Chapitre d"l":iue; à gauche, 
on lit l'inscription suivante, eu lettres capitales romaines, 
mêlées de gothiques, disposées sur quatre lignes, dans 
le champ même du sceau : ITE | IVD [ ICA | TE. La 
légende, aussi en capitales mixtes, porte : f Sigilliim 
OFFICl... PerPINiani PRO DomiNO EPiscopO ELeNensi. 
La forme des lettres et les abréviations dont il est fait 
usage, jointes à la naïveté de la gravure, permettent 
d'assigner à ce type une date beaucoup plus ancienne 
que celle de la charte qui a reçu son empreinte ; il faut 
remonter au moins jusqu'aux dernières années du dou- 
zième siècle pour trouver des types analogues. 

Ce sceau, qui sert en 4290, diffère de ceux employés 
dans les siècles postérieurs par l'Ofïicial de Perpignan , 
en ce qu'il ne désigne nullement l'Évéque au nom duquel 
la justice était rendue. Cela tient, sans doute, à ce qu'en 
cette année 1290, le 4 des calendes de mai, le siège 
épiscopal était vacant <". Or, comme il n'est pas présu- 
mable que la cour ecclésiastique prit le soin de faire 
graver un type spécial à chaque vacance d'évèque, je 
n'hésite pas à admettre que celui dont on s'est servi en 
cette occasion, ait dû être habituellement alfecté pendant 
un certain temps a la sigillation des chartes données par 
rOflicial de Perpignan , sede Pastore carente. 

Il n'est point indifférent de rechercher quel peut être 
le personnage gravé sur ce sceau. M. de Wailly prétend 
n'avoir jamais vu de sceau où la hgure de l'ofiicial fût 
représentée. Il cite, pourtant, celui de l'OHicialité de 

(1) C'est par erreur que M. Puigg^n, dans son Catalogue des Evêques 
d'Elne, dit le siège épiscopa! occupé, dès 1289, par révéque Raymond 
de Costa, malgré l'assertion contraire exprimée, en 1833, par M. Jacq. 
de Saint-Walo. 



213 

Lyon, en I28i, (|ui représentait un prêtre debout, tenant 
un livie. Mais, dans l'exemple ci-contre, le personnage 
tenar)t un livre et entouré des attributs de l'évèipie, alors 
que le siège épiscopal est vacant, ne peut être autrement 
considéré que comme la figure sjndiolique du prêtre qui 
rendait la justice. 

III. — L'original d'une sentence arbitrale, prononcée 
entre la cure de Malloles et l'dospice Saint-Jean, à la 
date du 8 des ides de mars 1295, indique Ibrmellement 
que celte charte a été revêtue du sceau de chacune des 
administrations intéressées. Ces deux sceaux sont perdus; 
il ne reste que les attaches, qui sont en fil'^--'. 

IV. — Une lettre adressée, en 1315, à la Reine de Ma- 
jorque, par le Prieur des Carmes, porte les traces d'un 
sceau suspendu par une lanière en parchemin f^). 

V. — Le sceau de Bérenger lîatlle, évêque d'Elue (Cl. 4), 
est suspendu a une charte du 8 des ides de juin 1521 <*), 
en vertu de laquelle les revenus des bénéfices vacants de 
l'église Saint-Jean de Perpignan, doivent être consacrés 
à la construction d'une nouvelle église du même nom, à 
côté de l'ancienne. 11 parait remonter à l'époque de 
l'élection de cet évêcpie, en 1517. Sa forme est ogivale 
(0'",0Go sur 0'",055); le moule, en cire brune, est re- 
couvert, à la partie antérieure, d'une plaque en cire 
rouge, qui montre l'évêque mitre, debout sur un socle, 

(1) Arcli. IIosp. Saiiil-Jeaii. Liasso II, no 27. 

(2) Raymond Guillein, sacristain d'Elno, scelle de son propre sceau, 
suspendu à une lanière de soie jaune et rouge, un acte du 3 des ides de 
mai 1303. Le sceau indinué dans l'acte est perdu. (Arcli. Saint-Jean.) 

(3) .\rcli. Pyrén.-Orient. 

(4) Arcli. Hosp. Saint-Jean. Liasse I , n" 5. 



214 

la crosse dans la main gauche, et la main droite levée, 
donnant la hénédiction. Ce sceau, fort déléiioré, brisé en 
plusieurs endroits, laisse pourtant lire la légende en c;ipi- 
tales gothiques : S. BerengaRii : BAYULI : PHOVIDEiNClA: 
DIVINÂ : EI>NENS1S : EPiscopI. Il n'y a pas de contre- 
sceau et rien ne vient ici rappeler les patronnes du diocèse. 

VI. — Ce débris de sceau, dont j'ai tenté de rétablir la 
forme primitive (Cl. o), est attaché à une charte, adressée 
la veille des ides de décembre 1552, par Arnaud Tcrrena, 
sacristain, Arnaud Vivers, chanoine olhcial (de Perpignan 
sans doute?) et Pierre Johan, ollicial d'Elue, vicairos-géné- 
raux pour l'évèque Gui Terrena, absent, à tous les curés 
du diocèse, dans le but d'exciter leurs paroissiens à faire 
l'aumône pour l'œuvre de la construction de l'église Saint- 
Jean*'). Autant qu'on en peut juger par ce fragment, le 
contour de ce sceau a dû affecter la forme rare de l'octo- 
gone, et avoir environ Om,Oi de diamètre. Le champ a dû 
être occupé par l'efligie des saintes Eulalie et Julie, pa- 
tronnes d'Elne, debout sous un portique, et tenant cha- 
cune une palme dans la main. La légende, en cajjitales 

gothiques, ne montre plus que: VM : DNI :G 

que j'interprète par : SigillVM : DNI : Guidonis... Il n'y a 
pas apparence de contre-sceau. 

VIL— Gui Terrena, appelé aussi Gui de Perpignan, du 
nom de sa ville natale. Le sceau de cet Évéque d'Elne 
(Cl. G), pend à trois chartes de l'Hospice Saint-Jean. 
Par l'une d'elles, datée du 15 mai 1555, Gui renouvelle 
le décret rendu par son prédécesseur, le 8 des ides de 
juin 1521, pour subvenir a la construction de la nouvelle 
église, à Perpignan ^^K Ce sceau, d'une exécution remar- 

(1) Arcli. Hosp. Saint-Jean. Liasse I, n» 6. 

(2) Idem. Liasse I , no 7 . 



215 

(|uable et d'une conservation parfaite, est ovale (0"i,07, 
sur O'n,0o), en cire brune, recouverte de cire rouge, 
comme les précédents. Il représente l'évèque debout, 
revelu des babils poulilicaux, coid'é d'une milre à Corme 
basse, tenant la crosse dans la main gaucbe et bénissant 
de la droite; sur la poitrine repose une étoile à buit 
rayons, dans laquelle je n'bésite pas à reconnaître le 
symbole béraldique du Cbapilre d'Elne. La ligure de T.ui, 
encadrée dans une sorte de porli(iue bysantin, est llan- 
quée, à bauleur de la ceinture, de deux écussons : celui 
(le droite, portant trois pals, représente, je crois, les 
armoiries du Roussillon , ou plutôt celles des Rois de 
Majonpie, comme suzerains de ce comté (^); celui de 
gauclic, est : parti, au premier, à deux lézards, posés 
en pal, l'un sur l'autre, et, au deuxième, à un lion ram- 
pant, armoiries personnelles à l'évèque. Au dernier siècle, 
Fossa, dans son mémoire pour l'Ordre des Avocats (-), 
prétendait qu'on voyait autrefois dans l'église des Carmes 
d'Avignon, les armoiries de Gui Terrena, et il les blazonne 
en ces termes : « de... à une bande de... cbargée de trois 
« lézards, accostée de trois étoiles de... en cbef, et de 
« deux croissants en pointe. » Dans la première moitié 
du «piatorzième siècle, les règles héraldiques n'étaient 
pas tellement fixées, que l'on puisse s'étonner de cette 
variante de l'écusson du mrme personnage. Une légende 
en capitales gotbicpies entoure le sceau; on y lit: S : 
I RATRIS : GVIDOMS : DVINA: PROVIDENCIA : EPIS- 
COPI : ELNENSIS. Il n'y a pas de contre-sceau, et, cbose 
remaniuable, dans le sceau d'un évéqne (pii devait (jucl- 
quos années plus tard instituer une fête particulière en 
riionneur des saintes Euialie et Julie, il n'existe aucune 

(1) Vdir a la douxième piirlie, à l'article : Armoiries du Comté de 
lloiissillon, no I. 

(2) l'ossa. Mémoire pintr l'Ordre des Avocats, p. 423. 



216 

trace de l'effigie des deux patronnes. Cette particularité 
vient confirmer, du reste, l'opinion généralement reçue, 
que jusqu'au (juatorzième siècle, l'image des évoques 
parut seule sur leurs sceaux personnels, tandis que les 
sceaux émanant de l'adminislration diocésaine portaient, 
le plus souvent, le signe dislinclil' des églises*'*. 

Les Archives des Notaires du Koussillon'^', vaste nécro- 
pole où moisissent d'innombrables documents historiques, 
pour la plupart inédits, contiennent une certaine (luanlilé 
de pièces originales, revêtues des sceaux de divers mem- 
bres du clergé catalan. C'est dans ce dépôt que j'ai décou- 
vert la plus grande partie de ceux qui vont être décrits. 
Presque tous les actes scellés qui s'y trouvent, et dont 
le plus ancien remonte seulement h l'année iôo5, sont 
en papier, écrit d'un seul côté, et signés le plus souvent. 
Seulement, à l'encontre des documents de même sorte, 
venus des diverses provinces de France, et qui se trou- 
vent dans le même dépôt, les sceaux, au lieu d'être 
appliqués à la fin de l'acte, du même côté que l'écriture, 
le sont au verso; et cette manière de sceller s'y nMicontre 
d'une façon si constante, jusqu'au seizième siècle, que 
je ne puis y voir (]ue la conséquence d'un usage parti- 
culier a la principauté de Catalogne, lequel aurait cessé 
depuis la première occupation française. 

Au quatorzième siècle, le papier est généralement re- 
vêtu d'une couche de cire très-mince, de couleur diverse, 

(t) Voir ci-dessus, la note de la page 210. 

(2) Rrnferniées longtemps dans les combles du Tribunal do Conuiierce 
de Perpignan, ces archives, qui se composaient de plus de lO.OUO regis- 
tres de toutes dimensions, giMiûralcnient en mauvais état, réclamaient les 
soins d'un conservateur intelligent, capable au moins d'en dresser le 
catalogue. Ce vœu, exprimé à plusieurs reprises par queUpies Iloussil- 
lonnais crudits vient d'être exaucé ; car \m arrêté récent du Ministre de 
l'intérieur a prescrit leur translation aux archives départementales , dû 
toute la sollicitude du savant archiviste leur est assurée. 



217 

mais, selon toute appareiico, soumise à certaines règles, 
sur laquelle a été appliqué directement le sceau matrice; 
puis, sans doute, dans le but de donner un peu de con- 
siiuance à l'emprcinle ainsi obtenue, un petit morceau 
de papier a été apposé sur la cire encore cliaude, de 
manière à lui éviter tout frottement extérieur. Je cliei:elie 
en vain une autre explication à l'adjonction de ce papier, 
qui, outre l'altération forcée du type, devait avoir l'in- 
convénient de dérober aux regards le sceau, dont on ne 
pouvait |)lus dès lors vérilier l'autluMilicité. Il est résulté 
de cet usage ipie très peu de sceaux, dont il a été pos- 
sible de soulever le masque de papier, se sont montrés 
décliilfrables, et (pie j'ai dû en négliger un très-grand 
nombre. 

Cet usage cessa en Roussillon dès les premières années 
du quinzième siècle, et non pas au seizième, comme 
rindi(pient tous les traités de paléographie. Il fut rem- 
placé par l'application du type de métal sur un petit 
morceau de papier placé alors entre lui et la cire chaude. 
On trouve un exemple de cette dernière manière de sceller 
dès l'année lôTi, dans le sceau du Bailli de Perpignan. 

Vni. — Une lettre du 16 août 15G0, adressée aux exé- 
cuteurs testamentaires de Guillaume d'Aragall, damoiseau, 
par frère Arnald , Abbé de Saint-Génis-des-Foiitaines, 
vicaire-général pour Pierre de l.a Planella, évèciue d'Elue, 
porte un sceau ogival en cire rouge (Cl. 7), de Oi",07o 
sur 0'",053, d'une assez bonne conservation, et qui se 
distingue entre tous par la simplicité de la gravure O. 
Un porlicpie, formé de deux pilastres, réunis |)ar un 
arceau en plein cintre, surmonté d'un pignon triangu- 
laire, encadre une ligure velue d'une longue rol)e, debout 
sur un écusson indéchidVable, et sans aucun attribut de 

( I ) AitIi. (1i'< XiitaiiTS. 



218 

nature à faire connaître sa personnalité. La tête, en appa- 
rence découverte, ne semble pas celle d'un évèijuc; mais 
aussi, d'un autre côté, l'absence de l'auréole, (jui d'ordi- 
naire entoure la tète des saints, ne permet pas d'allirmer 
que ce soit l'image d'une des patronnes du diocèse. 

Oans le doute, je préfère m'abstenir. La légende, illisi- 
ble, ne peut éclairer la question. 

Vin bis. — Cette image informe se trouve au dos d'un 
acte du 15 mai 1572, relatif à la location de plusieurs 
pièces de terre sises à Thuir, donné par Arnald d'Oms, 
vicaire-général de Pierre de Cima, évèque d'Elue (Cl. 8). 

On y distingue, avec un peu de bonne volonté, l'elligie 
des deux patronnes d'Elne, occupant le milieu du sceau, 
et surmontant un écusson, ijrobablenient aux armoiries de 
l'évêque. Cette empreinte est la première (a ma connais- 
sance du moins) qui affecte cette disposition, imitée, 
pendant plus d'un siècle, par les successeurs de Pierre 
de Cima. Elle est ovale, d'une longueur présumée de 
0^,07 sur 0m,0i5. La légende est totalement effacée ('>. 

ÏX. — Le 2 décembre 1572, Pierre Bou, bachelier ès-lois, 
chanoine de l'église collégiale de Saint-Jean de Perjjignan 
et officiai de la môme ville, mettant en possession d'un 
héritage, Sclarmonde, femme de Bernard Angles, se sert 
d'un sceau ogival (0m,06 sur 0"',055) en cire verte, sur 
lequel on distingue une partie de l'effigie du patron de 
ladite église, entourée d'une légende illisible (Cl. 9). Bien 
n'indique le nom de l'évoque vivant h cette époijue, Pierre 
de Cima, cité plus haut (-*. 

X. — Pierre, abbé de Sainte-Marie d'Arles, donnant le 
15 mai 1574, procuration à Pierre Boig et Raymond 

(I) Arcli. dos Notaires. (2) hlnn. 



&19 



Pastor, chanoines d'EInc , pour recevoir de Pons de 

Coloriiinos, bénélicier de ladite église, un bénéfice que 

ce denn'er voulait permuter avec le Curé de l'église des 

Bains-d'Arles, a employé un sceau ogival en cire rouge 

(Om,045 sur 0'»,05), représentant un moine debout, la 

léte nue et rasée, suivant la coutume des ordres religieux, 

vu de |»rofil et tenant entre ses deux mains un livre! 

Derrière la tête du moine, à la partie sénestre du sceau, 

se trouve un écusson indécliidVable. I.a partie supérieure 

est occupée par trois sortes de clochetons en ogive, celui 

du milieu surmonté d'une croix. Une légende, en capitales 

.gothiques, mêlées d'onciales, en partie détruite, porte: 

S: .... Ali.... VL : MON : OKD : C... cl probablement: 

Sigillum : ABbaiis : sanctc marie :arV[.arum :MO\asterii : 

OUDinis : Climiacensis. (CI. 10.) 

Je ne puis dire si ce sceau fut particulier à l'abbé Pierre, 
ou bien, comme cela s'est rencontré ailleurs, s'il a été 
commun à divers abbés ('l 

XI.— Raymond de Las Escalas, évèque d'FJne. Le 12 
mars 1578, année de sa consécration, ce Prélat accorda 
des indulgences à ceux qui contribueraient par leurs lar- 
gesses a la construction de l'église Saint-Jean <-). A la 
charte de concession, est suspendu, par une tresse de 
soie rouge, im sceau ogival, extrêmement mutilé, long 
deO'",07 et large de 0"\0i5, du.juel on ne distingue plus 
qu'une faible partie de la légende : ..VM : PiAYMVM)I : 
DE... PISCOP... en capitales gothiques, attenant à quel- 
que fragment de portique gothique assez finement dessine. 
Toute la |)artie centrale a disparu (Cl. 1 1). J'ai pu suppléer 
à sa description et reconstruire le sceau dans ce (pril a de 
plus important, par l'adjonction d'un autre débris, émané 

(1) AitIi. (Ips NoIaiiTs. 

("2) Arcli. IIns|i. Saint-Jean. Liasse I. 



220 

du même type, et trouvé sur un acte en papier, du 50 
octobre 1378, dans les archives des notaires. A l'aide 
de ce fragment, j'ai pu me convaincre de la présence des 
deux patronnes d'Elne, au centre d'une niclic à pilastres 
gothiques, au-dessous de laquelle ligure un écusson chargé 
d'une échelle en pal , armoiries parlantes de Raynioiid de 
Escalis. En pointe de sceau , sous l'écusson , la légende 
montre le mot DIVINA en capitales gothiques. Il n'y a 
point de contre-sceau, et je dirai, une fois pour toutes, 
qu'à l'exception de celui de Bernard de Borga, il ne s'en 
est trouvé aucun dans toute la collection. 

L'évêque Raymond a aussi scellé une ordonnance, en' 
date du 15 octobre 1582, devant affecter quelques revenus 
à l'œuvre de Saint-Jean. Le sceau, appliqué sur un mor- 
ceau de papier, pendait à une lanière de parchemin; il 
est complètement détrui