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BIBLIOTHEQUE CANADIENNE 




COLLECTION JACQUES CARTIER 



Droits reserves, Canada 1913 
par Librairie Beauchemin Limitee, Montreal 



Olivers i fa s 
BIBLIOTHECA 




N. 805 B. 



CHANSONS 

POPULAIRES DU CANADA 



CHANSONS 
POPULAIRES DU CANADA 

RECUEILLIES ET PUBLIEES AVEC ANNOTATIONS, ETC. 

PAR 

ERNEST GAGNON 



Membre de 1 Academie de Musique de Quebec ; membre correspondant de la 
Societe des compositeurs de musique de Paris, etc. 



CINQUIEME EDITION 

(conforme a 1 edition de 1880) 




MONTREAL 

LIBRAIRIE BEAUCHEMIN, LIMITEE 

79, rue S -Jacques 
1913 




AUX LECTEURS 



A 1 occasion du troisieme centenaire de la fondation de 
Quebec - - berceau de la nation canadienne - - nous donnons 
cette cinquieme edition de 1 etude sur les chants populaires 
du Canada publiee par M. Ernest Gagnon en 1865, - - etude 
qui n a nullement perdu de son actualite, et est considered 
avec raison comme une ceuvre nationale ayant sa place au 
foyer de toutes nos families. 

Nous avons demande a M. Gagnon s il desirait revoir son 
travail et y faire quelques retouches. II nous a repondu que 
le mieux est parfois 1 ennemi du bien et qu il preferait ne pas 
meme relire son ouvrage. Nous lui avons aussi demande 
de nous envoyer sa photographic pour etre reproduite aux 
premieres pages de cette nouvelle edition. 

Bien volontiers, nous ecrivit-il, je me rends a votre 
desir ; mais je dois vous faire observer que j avais a peine 
trente ans lorsque j ai donne la premiere edition des Chansons 
populates d^^ Canada, et que la photographic ci-jointe est 
celle d un quasi-septuagenaire. Si, apres cela, vous jugez 
bon de m installer en premiere page dans votre nouvelle 
edition, je vous laisse toute la responsabilite de cet ana- 
chronisme . 

M. Antoine Gerin-Lajoie, de regrettee memoire, disait un 
jour que s il etait condamne a 1 exil, et qu en partant on ne 
lui permit d emporter avec lui qu un seul livre, c est sur 
le volume de chansons populaires de M. Ernest Gagnon que 
son choix tomberait. Mieux que tout autre, disait-il, ce 
volume me rappellerait la patrie absente . Le public, nous 
en sommes certains, nous saura gre de donner aujourd hui 
cette nouvelle edition d un ouvrage qui n est plus en librairie, 
et qui est - - on 1 a dit bien avant nous - - comme un miroir 
ou se reflete avec fidelite la physionomie bien caracteristique 
et bien vivante de nos bonnes populations franco-cana- 
diennes. LES EDITEURS 



AUX LECTEURS 



A 1 occasion du troisieme centenaire de la fondation de 
Quebec - - berceau de la nation canadienne - - nous donnons 
cette cinquieme edition de 1 etude sur les chants populaires 
du Canada publiee par M. Ernest Gagnon en 1865, - - etude 
qui n a nullement perdu de son actualite, et est consideree 
avec raison comme une oeuvre nationale ayant sa place au 
foyer de toutes nos families. 

Nous avons demande a M. Gagnon s il desirait revoir son 
travail et y faire quelques retouches. II nous a repondu que 
le mieux est parfois 1 ennemi du bien et qu il preferait ne pas 
meme relire son ouvrage. Nous lui avons aussi demande 
de nous envoyer sa photographic pour etre reproduite aux 
premieres pages de cette nouvelle edition. 

Bien volontiers, nous ecrivit-il, je me rends a votre 
desir ; mais je dois vous faire observer que j avais a peine 
trente ans lorsque j ai donne la premiere edition des Chansons 
populaires du Canada, et que la photographic ci-jointe est 
celle d un quasi-septuagenaire. Si, apres cela, vous jugez 
bon de m installer en premiere page dans votre nouvelle 
edition, je vous laisse toute la responsabilite de cet ana- 
chronisme . 

M. Antoine Gerin-Lajoie, de regrettee memoire, disait un 
jour que s il etait condamne a 1 exil, et qu en partant on ne 
lui permit d emporter avec lui qu un seul livre, c est sur 
le volume de chansons populaires de M. Ernest Gagnon que 
son choix tomberait. Mieux que tout autre, disait-il, ce 
volume me rappellerait la patrie absente . Le public, nous 
en sommes certains, nous saura gre de donner aujourd hui 
cette nouvelle edition d un ouvrage qui n est plus en librairie, 
et qui est - - on 1 a dit bien avant nous - - comme un miroir 
ou se reflete avec fidelite la physionomie bien caracteristique 
et bien vivante de nos bonnes populations franco-cana- 
diennes. LES EDITEURS 



INTRODUCTION. 




E nombre de nos chansons populaires est incalculable. 
Ce volume en contient juste cent, que j ai choisies 
parmi les plus connues et parmi celles qui offrent 
un type particulier. 
Les premiers chants que le petit Canadien entend au 
berceau, sont, presque toujours, a part les improvisations, 
des chansons qui nous viennent de France, comme : 

C est la poulette grise, 
Qui pond dans 1 eglise ; 
Elle va pondre un p tit coco, 
Pour le p tit qui va faire dodo. 

Simultanement, et avant meme qu il puisse aller a 1 e 
glise, il entend des cantiques, puis des psaumes, des hym- 
nes et en general des chants de la grande melopee gregorienne. 

Plus tard il connaitra les innombrables chansons qui se 
chantent dans sa paroisse ; et lorsque, le soir, apres une 
chaude journee d ete, il reviendra se reposer de son travail, 
balance par le mouvement de sa charrette aux hautes ri- 
delles, et mollement couche sur un moelleux et odorant 
voyage de foin, on 1 entendra murmurer d une voix monotone 
mais douce, quelques-uns de ces mots, de ces noms si chers 
qui rappellent 1 ancienne mere-patrie ; ou bien, sur les cages 
ou dans le canot, il chantera la belle Franfoise ou la com- 
plainte d un malheureux voyageur noye dans les rapides, 
ou encore le beau Kyrie que chantent a 1 eglise ceux qui lui 



l6 PREFACE 

sont chers et qui sont restes dans la paroisse natale, sur 
le bien paternel. 

Un ecrivain frangais qui s est occupe de nos chants cana- 
diens, ecrivait naguere que souvent une chanson est un mo 
nument plus solide que les monuments de bronze ou de granit. 
On y rencontre parfois des couplets ou meme un seul mot 
qui vous reportent a des siecles en arriere, comme, par exemple, 
la ronde II n y a qu un seul Dieu , traduction litterale 
d une des series chretiennes substitutes aux series druidiques, 
et 1 expression la Guignolee, dont 1 origine indubitable est 
le chant ou le cri druidique : au gui I an neuf ! Ce qui est 
certain, c est que les chansons ont cette faculte, que n ont 
pas les obelisques, d aller s asseoir au foyer de toutes les 
families, de suivre le missionnaire ou le pionnier dans la 
foret, de rappeler un evenement a mille lieues de 1 endroit 
ou il s est passe, et sur plusieurs points a la fois. 

Les menhirs, les dolmens et les cromlechs, que Ton rencontre 
a chaque pas dans certaines parties de la Bretagne, ne sont 
des monuments que pour les Bretons ou ceux qui vont les 
voir en Bretagne, tandis que des chants qui ont avec ces 
monuments communaute d origine sont chantes partout ou 
se trouvent des descendants de Kimris ou de Gaulois : a 
Chartres, a Pekin, a Alger et j usque dans le pays des Al- 
gonquins. 

Avant d entrer dans plus de details au sujet de nos chants 
populaires, citons quelques verbiages d enfants, quelques-uns 
de ces petits riens qui se repetent de generation en generation, 
et qui, presque tous, nous viennent de France (i) : 

- Ventre de son, - - estomac d grue, - - falle de pigeon, - 
menton fourchu, - bee d argent, - - nez cancan, joue 
bouillie, - - joue rotie, - - p tit ceil, - - grot ceil, - - soucillon, 
soucillette, cogne, cogne, cogne la mailloche ! 

- Celui-la (le pouce) a etc a la chasse ; celui-la (V index) 

(1) Voir les Chants et Chansons populaires des provinces de I Ouest, par M. J. Bujeaud, 
et les Chants et Chansons populaires du Cambresis, par MM. Durieux et Bruyelle. 



PREFACE 17 

1 a tue ; celui-la (le majeur) Fa plume ; celui-la (1 annulaire) 
1 a fait cuire, et celui-la (1 auriculaire) 1 a tout mange, tout 
mange, tout mange ! 

Monte echelle ! monte-la ! monte echelle ! monte- 
la ! - - p tit trou, -- casse-cou. - - Qu est-ce qu i y a dedans ? 

- D l or et d l argent, - - Qui est-ce qui 1 a mis ? - - Pere et 
mere. - - Qui est-ce qui 1 otera ? - - Frere et sceur. - - Tourne, 
tourne, tourne, mon petit baril : celui qui rira le premier 
aura un petit soufflet ! 

- P tit couteau d or et d argent, ta mere t appelle, va- 
t en! 

Une pomme, deux pommes, trois pommes, quatre 
pommes, cinq pommes, six pommes, sept pommes, huit pom 
mes, pommes neuf ! - - J m en defends ! 

Riche, pauvre, coquin, voleur, riche, pauvre, coquin, 
voleur, riche... (ceci est une sorte d horoscope qui se tire 
sur les boutons de 1 habit). 

II est midi. Qui-c qui 1 a dit ? - - C est la souris. 
Ou est-elle ? - - Dans la chapelle. - - Que fait-elle ? - - De la 
dentelle. - - Pour qui ? - - Pour ces demoiselles. - - Combien 
la vend-elle ? - Trois quarts de sel. 

Un i, un ;, 
Ma tante Michel ; 
Un i un um, 
Cagi, cajum : 
Ton pied bourdon, 
Jose Simon ; 
Griffor, pandor, 
Ton nez dehors ! 

Un bon nombre de nos chansons populaires se chantent 
encore, avec plus ou moins de modifications et de variant es, 
dans les provinces de France (i) : 

(1) Plusieurs de nos chansons se chantent en France avec des variantes lascives 
que nous ne connaissons pas en Canada. De la il suit evidemment qu il a du se faire 
ici un travail d expurgation a une date quelconque, ou peut-etre insensiblement. 
Or, ceux qui connaissent 1 histoire des premiers temps de la colonie, alors que Ton 
ne permettait qu a des homines exemplaires d emigrer au Canada, et que, suivant les 
chroniques du temps, ceux dont la vertu etait un peu douteuse semblaient se purifier 

2 805 B 



1 8 PREFACE 

Denier e chez nous ya-t-un etang, - - La fille du roi d Espa- 
gne. - - C est dans Paris ya-t-une brune, Entre Paris et 
Saint-Denis, se chantent dans les departements de 1 Ouest. 

Cecilia et Isabeau s y promene, - - se chantent en Cham 
pagne. 

Gai, Ion, la, gai le rosier, - - se chante dans la Saintonge 
et le Bas-Poitou. 

Mon plre a fait bdtir maison, - - se chante dans la Sain 
tonge et 1 Aunis. 

J ai cueilli la belle rose, - - se chante (toujours avec varian- 
tes) dans 1 Angoumois, le Cambresis, 1 Artois et le Nivernais. 

Au bois du rossignolet, - - se chante en Franche-Comte et 
aussi en Suisse. 

Mon pere avait un beau champ de pois, - - se chante dans 
le Cambresis, la Saintonge, 1 Aunis et 1 Angoumois. Les 
airs ne ressemblent pas aux notres. 

Hier sur le pont d Avignon, - - se chante dans le sud-est de 
la France, et aussi dans le canton de Vaud, en Suisse. 

Une perdriole, - - se chante dans le Cambresis. 

J ai tant danse, j ai tant saute, -- se chante dans le Cambre 
sis et le Poitou. 

Et moi je m enfuyais, - - se chante dans la Vendee et dans 
le Cambresis. 

Dans ma main droite je tiens rosier, - - se chante dans 1 An 
goumois, le Poitou, la Saintonge et 1 Aunis. 

J ai tant d enfants d marier / - - se chante dans le nord et 
1 ouest de la France. 

Ah f qui marierons-nous ? se chante dans le Cambresis. 

Un jour I envie m a pris de deserter de France, se chante 
dans 1 Angoumois. 

Dans Paris ya-t-une brune plus belle que le jour, - se 

par la traversee ; alors que toute la colonie naissante ressemblait a une vaste commu- 
naute religieuse, et que les missions huronnes rappelaient les ages de foi de la primitive 
figlise, ceux-la, clis-je, comprendront facilement qu a cette epoque, on n aurait 
jamais ose chanter clevant ses freres des couplets obscenes, et que le peuple a pu, de 
lui-meme, introduire dans certain es chansons les variantes qui nous sont restees et 
qui les degagerent de toute immoralite. 



PREFACE 19 

chante dans le midi, en langue provencale. (Voir les Chants 
populaires et historiques de la Provence, par M. D. Arbaud, 
p. 133, vol. i.) On chante aussi cette chanson en langue 
fran?aise, dans les departements de 1 ouest. 

Par derriere chez ma tante ya-t-un arbre plante, - - se chante 
dans la Saintonge, 1 Angoumois, 1 Aunis et le Poitou, en 
frangais et en patois. Les airs sont tout differents du notre. 

J ai trop grand peur des loups, - - se chante dans le Poitou, 
et sur le meme air qu en Canada. 

Je n ai pas de barbe au menton, - - se chante a La Rochelle 
et dans le Bas-Poitou. 

En plant ma quenouille, - - se chante, avec un refrain diffe 
rent du notre, dans la Saintonge et 1 Aunis. 

Bonhomme, bonhomme, - - se chante dans le Cambresis. 

Qui veut manger du lievre, - - se chante dans le Poitou et 
1 Angoumois. 

A part les couplets ou il est question d un habitant et 
d un colporteur, la chanson : Je voudrais bien me marier, 
mais j ai grand peur de me tromper nous vient de France. 
On la chante en Saintonge encore aujourd hui. 

C est Pinson avec Cendrouille, - - se chante dans le Cam 
bresis. 

Par den i ere chez ma tante lui ya-t-un pommier doux, - - se 
chante en Franche-Comte sur un air tout different du notre. 

A Saint-Malo beau port de mer, - - se chante en Bretagne. 

Quand j etais de chez mon pere, jeune fille a marier, se 
chante dans le Nivernais. 

Au jar din de mon pere un or anger lui ya, - - se chante en 
Normandie. 

La Bibournoise, - - nous vient du Dauphine, du moins elle 
s y chante encore. 

Si tu te mets anguille, est une legende bien connue en 
France ; c est elle qui a inspire a Mistral le delicieux chant 
de Magali, dans son poeme de Mireio poe me ecrit en langue 
provengale, comme chacun sait. 



20 PREFACE 

Quand j etais chez mon pere, - - la legende de la jeune fille 
qui rencontre trois cavaliers barons - - se chante dans 
toutes les parties de la France, mais avec des refrains et 
sur des airs que nous ne connaissons pas ici. 

Enfin, la Claire Fontaine, notre chanson populaire par 
excellence, a une communaute d origine avec la plupart des 
habitants du Canada : elle vient de Normandie ! 

Cette nomenclature, quoique fort incomplete, est deja 
trop longue. Je ne dirai qu un mot ici de nos chansons 
de composition canadienne. On aurait tort de faire fi de 
tout ce qui n est pas poesie dans ces chants ; a vrai dire la 
poesie proprement dite en est le plus souvent absente ; on 
n y rencontre pas de ces images gracieuses que Ton remarque 
dans la chanson populaire fran9aise, comme : 

La plus jeune se reveille : 

Ma soeur, voila le jour ! 

Non, ce n est qu une etoile 
Qui veille nos amours !... 

Mais il y a dans les chants canadiens des formes de Ian- 
gage, des tours particuliers, des observations, des traits de 
moeurs et de caractere qui ne manquent pas de piquant et qui 
ont apres tout leur merite. 

II n entre pas dans le plan de cet ouvrage d apprecier la 
forme poetique de nos chants populaires. Je me contenterai 
d indiquer ici la regie principale et presque unique a laquelle 
les poetes rustiques veulent bien s astreindre. Cette regie, 
c est V assonance, qu un auteur fransais, M. Raynouard, a de- 
finie : la correspondance imparfaite et approximative du 
son final du dernier mot du vers avec le meme son du vers 
qui precede ou qui suit, comme on appelle rime la correspon 
dance parfaite du son identique final de deux vers formant 
distique . 

La longueur du vers populaire est souvent de quatorze 
syllabes ou meme davantage. Chaque fois alors que la rime 
est masculine (car les rimes parfaites s y rencontrent quel- 



PREFACE 21 

quefois) la cesure est invariablement feminine, ou, plus exacte- 
ment, sourde. Conformement a 1 usage, ces sortes de vers 
ont etc, dans ce recueil, brises a la cesure ; ainsi les deux vers : 

Par derrier chez mon pere lui ya-t-un bois jolt ; 
Le rossignol y chante et le jour et la nuit, 

ont 6te Merits sur quatre lignes : 

Par derrier chez mon pere 

Lui ya-t-un bois joli ; 

Le rossignol y chante 

Et le jour et la nuit, etc., etc. 

Pour ce qui est de la doctrine musicale qui decoule des ensei- 
gnements importants qu offrent les melodies populaires, 
j ai traite tout particulierement ce sujet dans les annotations 
qui precedent chacune des chansons recueillies, et surtout 
dans les remarques generates de la fin de ce volume. 

II est a peine besoin de dire que ce livre, quant a la partie 
notee, n est pas du tout mon ceuvre. C est 1 ceuvre de ce 
compositeur insaisissable qu on appelle le peuple, et mon 
unique preoccupation, en recueillant les chants que contient 
ce volume, a ete de les rendre tels que des personnes du 
peuple, ou du moins des personnes non versees dans 1 art 
musical, me les ont chantes. 

Avant d entrer en matiere, et pour 1 intelligence de ce 
que j aurai a dire au lecteur, on me permettra de rappeler 
ici un fait extremement remarquable de 1 histoire de la 
musique. Je laisse parler le regrette directeur du conser 
vatoire de Bruxelles, 1 artiste qui, pendant de long.ues annees, 
porta le sceptre de la science musicale dans 1 Europe et dans 
le monde : 

... II me reste a parler, dit M. Fetis (i), d une audacieuse innovation qui 
opera tout a coup, vers la meme epoque, (la fin du XVI e siecle) une transforma 
tion complete de la tonalite, je veux dire de 1 art tout en tier. Les regies de 
l harmonie,depuis le quatorzieme siecle jusqu a la fin du seizieme, avaient pros- 

(1) Resum.6 philosophique de 1 histoire de la musique, p. CCXX et suivantes. 



22 PREFACE 

crit toute relation de la note superieure du premier demi ton (fa] avec 1 inferieure 
du second (si)... Le resultat immediat de cette prohibition etait qu il ne p ouvait 
y avoir de note sensible reelle dans la musique, consequemment, que la tonalite de 
la musique actuelle ne pouvait exister. Car remarquez qu il n yade note sensible 
que parce qu il y a repulsion harmonique entre la quatrieme note et la septieme ; 
repulsion qui conduit 1 une a descendre, 1 autre a monter, en sorte que la note 
sensible n aurait pu naitre de la seule melodic... Eh bien ! ce que la doctrine 
avait condamne, ce que les siecles (les siecles !) avaient proscrit, un homme osa 
le faire un jour. Guide par son instinct, il cut plus de confiance dans ce qu il 
lui conseillait que dans les regies, et malgre les cris d epouvante de tout un peuple 
de musicians, il osa mettre en rapport la quatrieme note de la gamme, la cin- 
quieme et la septieme. Par ce seul fait il crea les dissonances naturelles de 
1 harmonie, une tonalite nouvelle, le genre de musique qu on appelle chromatique, 
et consequemment, la modulation. 

Que de choses produites par une seule agregation harmonique ! L auteur 
de cette merveilleuse decouverte est... Monteverde... Lui-meme s attribue 
1 invention du genre module, anime, expressif, dans la preface d un de ses ouvra- 
ges. C est qu en effet I accent passionne n existe et ne peut exister que dans la 
note sensible, et que celle-ci ne peut naitre que de son rapport avec le quatrieme 
et le cinquieme degre de la gamme ; c est que toute note mise en rapport har 
monique de quarte majeure avec une autre, determine la sensation d un ton 
nouveau, sans qu il soit necessaire de faire entendre une tonique ou de faire un 
acte de cadence, et que par cette faculte de la quarte majeure de creer immedia- 
tement une note sensible, la modulation, c est-a-dire la succession necessaire 
des tons differents, devient facile. Admirable coincidence de deux idees fecon- 
des ! Le drame musical prend naissance ; mais le drame vit d emotions, et 
la tonalite du plain-chant, grave, severe et calme, ne saurait lui fournir d accents 
passionnes, car l harrnonie de cette tonalite ne renferme pas les elements de la 
transition. Alors le besoin inspire le genie, et tout ce qui peut donner la vie 
a la musique du drame est cree d un seul coup. Grandes et rapides furent les 
consequences de cette belle decouverte, car, dans la premiere moitie du XVII 6 
siecle, 1 expression dramatique de la nvusique etait deja parvenue a des effets 
d une puissance remarquable. 

... Monteverde, qui avait fort bien aperju les resultats de son heureuse te- 
merite, sous le rapport de 1 expression dramatique, n en vit pas les consequences 
a 1 egard de la tonalite. Attaque avec violence par quelques zeles partisans 
de 1 ancienne doctrine, particulierement par Artusi, il ne comprit pas plus que 
ses adversaires qu il venait d aneantir les tons (modes) du chant ecclesiastique 
dans la musique mondaine. On peut se convaincre, par la lecture de quelques- 
unes des prefaces de ses ouvrages, qu il n avait pas porte ses vues sur cet impor 
tant objet. II n est pas moins certain, cependant, qu apres que l harmonie 
des dissonances de septieme, de neuvieme, et celles qui en derivent, se fut 
introduite dans la musique de chambre et de theatre, il n y eut plus de premier, 
de second, de troisieme mode, d authentique ni de plagal, dans la musique : il y 
eut un mode majeur et un mode mineur ; en un mot la tonalite ancienne disparut 
et la moderne fut creee . 





?3<^1 



CHANSONS POPULAIRES 



DU 



CANADA 



A LA CLAIRE FONTAINE 

EPUIS le petit enfant de sept ans jusqu au vieillard 
aux cheveux blancs, tout le monde, en Canada, 
salt et chante la Claire Fontaine. On n est pas 
Canadien sans cela. La melodic de cette chan 
son est fort elementaire et offre pen d interet 
au musicien ; neanmoins, a cause de sa grande 
popularite, on 1 a prise souvent pour theme d airs de danse 
et meme de fantaisies de concert. J ai entendu un pianiste 
etranger, dans un concert donne a Quebec, faire des arpeges 
pendant un bon quart d heure sous pretexte de claire fon- 
taine. On chante en France, en Normandie, une chanson 




24 CHANSONS POPULAIRES 

dont les paroles sont, a peu de chose pres, les memes que 
celles de notre Claire Fontaine, mais 1 air en est tout dif 
ferent. 




A la clai - re fon-tai - ne M en al-lant pro - me-ner, 



J Jp J I f p J 



J ai trou-v 1 eau si bel - le Que je m y suis bai-gne. 



Lui ya long - temps que je t aime, Jy.mais, je ne t oublierai. 

VARIANTE : 







Ma mie, ya long- 



A la claire fontaine 

M en allant promener, 

J ai trouve 1 eau si belle 

Que je m y suis baigne. 

I/ui ya longtemps que je t aime, 
Jamais je ne t oublierai. 



J ai trouve 1 eau si belle 
Que je m y suis baigne ; 
Sous les feuilles d un chene 
Je me suis fait secher. 
Lui ya longtemps, etc. 



Sous les feuilles d un chene 
Je me suis fait secher ; 
Sur la plus haute branche 
Le rossignol chantait. 
Lui ya longtemps, etc. 



DU CANADA 25 



Sur la plus haute branche 
Le rossignol chantait. 
Chante, rossignol, chante, 
Toi qui as le coeur gai. 
Lui ya longtemps, etc. 

Chante, rossignol, chante, 
Toi qui as le coeur gai ; 
Tu as le coeur a rire, 
Moi je l ai-t-a pleurer. 
Lui ya longtemps, etc. 

Tu as le coeur a rire, 
Moi je l ai-t-a pleurer : 
J ai perdu ma maitresse 
Sans 1 avoir merite. 

ya longtemps, etc. 



J ai perdu ma maitresse 
Sans 1 avoir merite, 
Pour un bouquet de roses 
Que je lui refusai. 

Lui ya longtemps, etc. 

Pour un bouquet de roses 
Que je lui refusai. 
Je voudrais que la rose 
Fut encore au rosier. 
Lui ya longtemps, etc. 

Je voudrais que la rose 
Fut encore au rosier, 
Et moi et ma maitresse 
Dans les mem s amities. 

VARIANTS : 

Et que le rosier meme 

Fut a la mer jete. 

Lui ya longtemps que je t aime, 
Jamais je ne t oublierai. 



PAR DERRIER CHEZ MON PERE 
VIVE LA CANADIENNE 

La melodic de cette chanson ainsi que celle de la Claire 
Fontaine, nous tiennent lieu d air national, en attendant 
mieux. Les paroles de Par derrier chez mon pere se chantent 
encore en France, en Franche-Comte, mais avec de notables 
differences et sur un petit air fort ecourte (dix mesures) 
qui ne ressemble pas du tout au notre. II est inutile de dire 
que les paroles de Vive la Canadienne, qui se chantent egale- 
ment sur 1 air qui va suivre, sont de composition comparative- 
ment recente, et qu elles ne nous viennent pas de France ; 
mais je dois faire remarquer que le premier couplet de cette 
chanson est le seul qui soit generalement connu. Ce n est 
pas sans peine que j ai pu me procurer les autres, qui, comme 
on le verra, laissent beaucoup a desirer sous le rapport du 
sentiment poetique. 



Voix seule d abord, puts la reprise en ckceur. 

f . .-. 



J J 











Par derrier chez mon pe - re, Vo - le, mon coeur, 



9 x 



j f Irj f J 



vo- le. Par derrier chez mon pe - re, Lui ya - t-un pommier 
FIN. i Voix seide, puis la reprise en chcRur. 






doux. 



Lui ya - t-un pommier doux, doux, doux, Lui 



ya - t-un pom - mier doux. D. C. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 2J 

Par derrier chez mon pere, 

Vole, mon coeur, vole, 

Par derrier chez mon pere 

Lui ya-t-un pommier doux, 

L,ui ya-t-un pommier doux, doux, doux. 

I,ui ya-t-un pommier doux. 

lyes feuilles en sont vertes, 

Vole, mon coeur, vole, 

I/es feuilles en sont vertes 

Et le fruit en est doux. 

Et le fruit en est doux, doux, doux. 

Et le fruit en est doux. 

Trois filles d un prince, 

Vole, mon co3ur, vole, 

Trois filles d un prince 

Sont endormies dessous. 

Sont endormies dessous, doux, doux. 

Sont endormies dessous. 

I,a plus jeun se reveille, 
Vole, mon coeur, vole, 
La plus jeun se reveille : 

- Ma soeur, voila le jour. 

Ma soeur, voila le jour, doux, doux. 
Ma sceur, voila le jour. 

- Non, ce n est qu une etoile, 
Vole, mon coeur, vole, 

Non, ce n est qu une etoile 
Qu eclaire nos amours. 
Qu eclaire nos amours, doux, doux. 
Qu eclaire nos amours. 

Nos amants sont en guerre, 

Vole, mon coeur, vole, 

Nos amants sont en guerre : 

Us combattent pour nous. 

Us combattent pour nous, doux, doux. 

Us combattent pour nous. 



28 CHANSONS POPULAIRES 

S ils gagnent la bataille, 

Vole, mon crieur, vole, 

S ils gagnent la bataille 

Us auront nos amours. 

Us auront nos amours, doux, doux. 

Us auront nos amours. 

Qu ils perdent ou qu ils gagnent, 
Vole, mon cceur, vole, 
Qu ils perdent ou qu ils gagnent, 
Us les auront toujours. 

Vive la Canadienne, 

Vole, mon cceur, vole, 

Vive la Canadienne 

Et ses jolis yeux doux. 

Et ses jolis yeux doux, doux, doux, 

Et ses jolis yeux doux. 

Nous la menons aux noces, 
Vole, mon coeur, vole, 
Nous la menons aux noces 
Dans tout ses beaux atours. 
Dans tous etc. 

La, nous jasons sans gene, 
Vole, mon coeur, vole, 
I/a, nous jasons sans gene ; 
Nous nous amusons tous, 
Nous nous etc. 

Nous faisons bonne chere, 
Vole, mon coeur, vole, 
Nous faisons bonne chere 
Et nous avons bon gout. 
Et nous avons, etc. 

On danse avec nos blondes, 

Vole, mon cceur, vole, 

On danse avec nos blondes ; 



DU CANADA 2Q 



Nous changeons tour a tour. 
Nous changeons, etc. 

On passe la carafe, 
Vole, mon coeur, vole, 
On passe la carafe ; 
Nous buvons tous un coup. 
Nous buvons etc. 

Mais le bonheur augmente, 
Vole, mon coeur, vole, 
Mais le bonheur augmente 
Quand nous sommes tous souls. 
Quand nous sommes etc. 

Alors toute la terre 
Vole, mon cceur, vole, 
Alors toute la terre 
Nous appartient en tout ! 
Nous appartient etc. 

Nous nous levons de table, 
Vole, mon coeur, vole, 
Nous nous levons de table 
Le coeur en amadou. 
L,e creur etc. 

Nous finissons par mettre, 
Vole, mon creur, vole, 
Nous finissons par mettre 
Tout sens dessus dessous. 
Tout sens dessus etc. 

Ainsi le temps se passe, 
Vole, mon coeur, vole, 
Ainsi le temps se passe : 
II est vraiment bien doux ! 



C EST LA BELLE FRANgOISE 

J ai souvent entendu chanter cette chanson, dans le dis 
trict des Trois-Rivieres, avec la variante de la troisieme 
mesure que Ton verra ci-dessous. Tous nos habitants de 
la campagne chantent Qui veut s y marier avec les notes 
si b, fa, sous les mots Qui veut, et non pas si b, sol, comme 
on chante quelquefois a la ville. Cette derniere maniere 
de chanter fait perdre a la melodic beaucoup de son caractre 
et de son originalite. 



VARIANTE: | f ^ f 



la bel-le Fran- 







t 



E 



C est la bel-le Fran - ijoise, Ion, gai, C est la bel-le Fran- 



J 



F f Cl f j 



- se Qui veut s y ma - ri - er, ma lu - ron, lu - ret - tc, 



j. 



J 



Qui veut s y ma - ri - er, ma lu ron, lu - re 



C est la belle Francoise, Ion, gai, 

C est la belle Francoise 
Qui veut s y marier, ma luron, lurette, 
Qui veut s y marier, ma luron, lure. 

Son amant va la voire, Ion, gai. 

Son amant va la voire 

Bien tard, apres souper, ma luron, lurette, 

Bien tard, apres souper, ma luron, lure. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 3! 

II la trouva seulette, Ion, gai, 

II la trouva seulette 

Sur son lit, qui pleurait, ma luron, lurette, 

Sur son lit, qui pleurait, ma luron, lure. 

- Ah ! qu a vous done, la belle, Ion, gai, 
Ah ! qu a vous done, la belle, 

Qu a vous a taut pleurer ? ma luron, lurette, 
Qu a vous a tant pleurer ? ma luron, lure. 

- On m a dit, hier au soire, Ion, gai, 
On m a dit, hier au soire 

Qu a la guerr vous alliez, ma luron, lurette, 
Qu a la guerr vous alliez, ma luron, lure. 

- Ceux qui vous 1 ont dit, belle, Ion, gai, 
Ceux qui vous 1 ont dit, belle, 

Ont dit la verite, ma luron, lurette, 
Ont dit la verite, ma luron, lure. 

Venez m y reconduire, Ion, gai, 

Venez m y reconduire 

Jusqu au pied du rocher, ma luron, lurette, 

Jusqu au pied du rocher, ma luron, lure. 

Adieu, belle Fran9oise, Ion, gai. 
Adieu, belle Francoise ! 
Je vous epouserai, ma luron, lurette, 
Je vous epouserai, ma luron, lure. 

Au retour de la guerre, Ion, gai. 
Au retour de la guerre, 
Si j y suis respecte, ma luron, lurette, 
Si j y suis respecte, ma luron, lure. 



C EST LA BELLE FRANQOISE 

(Autre air}. 

Cette autre maniere de chanter la Belle Framboise nous 
vient sans doute des gens d en has : il ne fut jamais venu 
a 1 idee des habitants des rives du lac Saint-Pierre, par exem- 
ple, d introduire le mot loup-marin dans ces couplets. 
Connue de tout le monde dans les paroisses du bas du fleuve, 
la Belle Franpoise au blanc loup-marin n est pas tout-a-fait 
ignoree dans les autres parties du pays : je 1 ai entendu chanter 
tout recemment par un Montrealais. 



i 



t T r t I r 



C est la bel le Fran coi se, blanc, 







i 



^E 



blanc loup-ma - rin, C est la bel - le Fran - 90! - se, 



g I r P 



blanc, blanc loup-ma - rin, Qui veut s y ma - ri - er, 



xi n. i 


1 


J 1 J 


j 




in\ w *. 







* j 


r 


V> ^ * 






u 


blan loup - ma 

-A -9 h i 


rin, ma Ion 


la, Qui 

K 


veut s y 
<a 


j-r j* Pi 




P 


J. 


13*. ff J J J 


n P 






I q j * a * \ m 


i j 





r 1 




m m 




| 1 


ma - n er, 
ptf tf 


blanc loup 


ma - 


rin chan - 






Cf) tf --J ^ 





C EST LA BELLE FRANCO ISE 

i 

(Autre air, recueilli par M. I abbe C. H. Laverdi&e). 

Les quatre premieres mesures de 1 air que voici sont abso- 
lument les memes que les quatre dernieres d une des variantes 
de Sur le pont d Avignon, que Ton verra plus loin. II y 
a evidemment reminiscence dans 1 une ou 1 autre de ces 
melodies ; ce dont, au reste, je ne fais crime a personne. 
II est plus d une partition celebre dont il ne resterait que 
fort peu de chose si toutes les reminiscences en etaient re- 
tranchees. 



C est la bel - le Fran - ?oi-se, Ion gai, c est la bel - le Fran- 



zc 


r - 


f 


f . 


f 


r 


m 




f 


r w 


f 


* 



- se Qui veut se ma - ri er, ma don - dai - ne Qui 



f 



t El r- 



r ir| 



veut se ma - ri er, ma don - de. 



805 B 



EN ROULANT MA BOULE 

Cette chanson du Canard blanc se chante en France, dans 
1 ouest, sur un air qui ressemble un peu a tous les differents 
airs sur lesquels nous la chantons ici, et avec ce refrain que 
nous adaptons, nous, a une autre chanson : Je suis brune, 
gaillarde brune, je suis brune gaillar dement. On la chante 
egalement, en France, avec les refrains suivants : 

Je me nomme Divertissant, 
C est moi qui divertis les filles, 
Je me nomme Divertissant. 

Toujours ma boule va roulant, 
Toujours ma boul va rouT, va roule, 
Toujours ma boule va roulant. 

C est le vent qui va fretillant, 
C est le vent qui va, qui fretille, 
C est le vent qui va fretillant. 

Passons la lande gaillardement, etc. 
J aimons bien les cotillons rouges, etc. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



35 



Voix settle, puis la reprise en chceur. 



* 



J. 



4-J T J" J^3f 



^ 



^ 



En rou-lant ma bou - le rou-lant, En rou-lant ma 
FIN. ) Voix seule, reprise en chceur. 



P= 



^Ss^ 



bou - le. Der rier, chez nous, ya t-un e - tang, 

Voix seule. 







En roulant ma bou le. Trois beaux canards s en 



^Mr^-^j g f P- 



vont baignant, rou 



li roulant, ma boule roulant. 



Derrier chez nous, ya-t-un etang, 

En roulant ina boule, 
Trois beaux canards s en vont baignant, 
Rouli, roulant, ma boule roulant. 
En roulant ma boule roulant, 

En roulant ma boule. 

Trois beaux canards s en vont baignant, 

En roulant ma boule. 
Le fils du roi s en va chassant, 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 

En roulant, etc. 

Le fils du roi s en va chassant, 

En roulant ma boule, 
Avec son grand fusil d argent, 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 

En roulant, etc. 

Avec son grand fusil d argent, 

En roulant ma boule. 
Visa le noir, tua le blanc, 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 

En roulant, etc. 



36 CHANSONS POPULAIRES 

Visa le noir, tua le blanc, 
En roulant ma boule. 

O fils du roi, tu es mediant ! 

Rouli, roulant, ma boule roulant, 
En roulant, etc. 

O fils du roi, tu es mechant ! 

En roulant ma boule. 
D avoir tue mon canard blanc, 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 

En roulant, etc. 

D avoir tue mon canard blanc, 

En roulant ma boule. 
Par dessous 1 aile il perd son sang, 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 
En roulant, etc. 

Par dessous 1 aile il perd son sang, 

En roulant ma boule. 
Par les yeux lui sort nt des diamante, 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 
En roulant, etc. 

Par les yeux lui sort nt des diamante, 

En roulant ma boule. 
Et par le bee 1 or et 1 argent, 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 
En roulant, etc. 

Et par le bee 1 or et 1 argent, 

En roulant ma boule. 
Toutes ses plum s s en vont au vent, 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 
En roulant, etc. 

Toutes ses plum s s en vont au vent, 

En roulant ma boule. 
Trois dam s s en vont les ramassant, 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 
En roulant, etc. 



DU CANADA 37 



Trois dam s s en vont les ramassant, 

En roulant ma boule. 
C est pour en faire un lit de camp, 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 

En roulant, etc. 

C est pour en faire un lit de camp, 

En roulant ma boule. 
Pour y coucher tous les passants. 
Rouli, roulant, ma boule roulant, 

En roulant ma boule roulant, 

En roulant ma boule. 



DESCENDEZ A L OMBRE 

Voici, au point de vue musical, un vrai type de chanson 
de filasse normande. Les airs sur lesquels se chantent les 
chansons de filasse, dit M. Eugene de Beaurepaire (La poesie 
populaireenNormandie), ajoutentsingulierement aleur charme 
et a leur etrangete. Presque aucun ne s arrete sur la to- 
nique. La plus grande partie appartient a un systeme 
musical different de celui que nous suivons aujourd hui . 



fof J /q 




T - 


k | 




^ 
rf 


HN 



Des - cen 



dez a 1 om bre, ma jo - lie 



J I Tj i j j 



blon - de, Des - cen dez a 1 om bre d un 

FIN. 



I J I J 



bois 



Der- rier chez nous ya- 



f J 



J- 1 j 



t-un e - tang, Der rier chez nous ya - t-un e- 






J I J II 



tang. Trois beaux ca nards s en vont bai gnant. D. C. 



DESCENDEZ A L OMBRE 

(Autre air). 

J ai aussi entendu chanter Descendez d I ombre de la ma- 
niere qui va suivre par un habitant de Berthier (en haut). 
Les rythmes brises abondent dans la chanson populaire , 
a dit M. Wekerlin ; la chanson que void, entre cent autres, 
offre un exemple de cette particularite. 






s 



Der rier chez nous ya t-un e tang, Der- 



J 



I* C C 



rier chez nous ya t-un e tang. Trois 



^ 







beaux ca - nards s en vont bai-gnant. Des - cen - dez a 



j t } \tf J i a J ^-J^-^ 

I om - bre, ma blon - de, Des - cen - dez a 



y j j j i i^^ 



I om-bre d un bois. 

(Pour les autres paroles, voir En roulant ma bottle.) 



LEVE TON PIED 

La melodie que voici est une melodic hors la loi ! . . . 
II m eut ete facile de corriger la contravention flagrante 
de son rythme, dans la derniere phrase melodique (avant 
la reprise), en ajoutant simplement une mesure a celle-ci ; 
mais alors 1 air n eut plus ete ce qu il est reelleme.nt, et il 
eut incontestablement perdu de son originalite. Au reste, 
pour cette chanson comme pour toutes les autres de ce re- 
cueil, je ne suis qu un simple rapporteur, et je tromperais 
le lecteur et ferais une ceuvre bien inintelligente si je donnais 
les airs de nos chansons populaires autrement que ne les 
chant ent le peuple et les personnes qui n ont pas etudie la 
musique. Mais ce n est pas le rythme seul qui off re des 
etrangetes dans cette melodie ; le mode presente aussi des 
bizarreries a celui qui, ne connaissant que la musique mo- 
derne, chercherait a I assimiler au mode mineur de cette 
tonalite. 



Voix seule, puts la reprise en chceur. 



* 


/I " 1 








j 






j 


p 


j 


. , 


t&\ a n . 






F- 


2 


P 







j 





* 


J 


Lev 


ton pied le 

FIN. 


ger ber - ge - re, 
Fozx sewfc, / reprise 

\ d = ~ f^ 


Lev ton 
en chceur. 


gj 





H 









s 


5 


E 





f 


-tH 



pied \ - ge - re - ment. 



rier chez nous, ya- t-un e- 

Voix seule. 



tang, Lev ton pied le - ge - re - ment. Trois beaux ca- 



-sy - i> tr- f 

nards s en vont bai - gnant, le - ge - re - ment. 

(Pour les autres paroles, voir En roulant ma boule). 



J AIM RAI TENDREMENT CES AMANTS 
CONSTANTS 

Ce quatrieme refrain de Derrier chez nous ya-t-un eiang 
se chante dans la paroisse de Chambly. II est probablement 
connu dans beaucoup d autres localites. 



I f E f. Ill C 6 



g^- 



Der rier chez nous ya-t-un e tang, Der- 



&** i i j i ri 



rier chez nous ya-t-un e - tang. 



Trois 



C I c f. r 



4 



beaux ca-nards s en vont bai - gnant. J ai - me - rai ja- 



J J 



E 



mais ces a mants vo - la - ges, J aim -rai ten - dre- 



I 



f p 

s" 



ment ces a - mants constants. 

(Pour les autres paroles, voir En roulant ma boule). 



Y LA L BON VENT 

L honorable Sir George E. Cartier, de qui je tiens cette 
chanson si originale et si jolie, m a dit 1 avoir ent en du chan 
ter par des hommes de cages de 1 Ottaoua. L air est tres 
probablement de composition canadienne, ainsi que les paroles 
du refrain. 



Chcew. 



=f=*=3 : 







V li 1 bon vent, v la 1 jo - li vent, v la 1 bon vent, ma 



P^ 



& 



mie m ap-pel-le, Via 1 bon vent, v la 1 jo - li vent, 

FIN. ^ 



m 



v la 1 bon vent, ma mie m attend. Der - her chez nous ya- 



J J I J 1 



- r 



P 



t-un 6 - tang, Der - rier chez nous ya t-un e - tang, Trois 



it 



$ 



J I J 1 



=s 

beaux canards s en vont baignant. D. C. 

(Pour les autres paroles, voir En roulant ma boule). 



C EST L VENT FRIVOLANT 

Cette chanson se chante dans le comte de Rimouski. 
Elle n est pas connue dans les autres parties du pays, mais 
elle a toutes les qualites necessaires pour se repandre et se 
populariser bien vite. M. J. C. Tache, qui me 1 a fait con- 
naitre, 1 a aussi chantee, en ma presence, devant quelques 
canotiers du Saguenay, qui en raffolaient et qui la propageront 
sans doute dans cette partie du pays. 



Votx settle. 



7^ 


x 


s> I s r 


j 1 r* * 


4\M^ 


J 4 a c 


= j 1 



Chceur. 



C est 1 vent, c est 1 vent 
FIN. *, 






fri vo lant. 
Voiy, seule, puis la 



C est 1 vent, c est 1 vent fri - vo-lant. Der rier chez nous ya- 
repnse en chcnir. 



t 



tl 



t-un e - tang, c est 1 vent, c est 1 vent, fri vo - lant. 
Voix seule. 



m 






C 



m 



Trois beaux ca - nards s en vont bai gnant, c est 





J- 



1 vent qui vo - Je, qui fri - vo - le. D. C. 
(Pour les autres paroles, voir En roulant ma boule). 



SUIVONS LE VENT 

Les couplets Derrier chez nous ya-t-un etang, etc., se chan- 
tent avec sept refrains differents : En roulant ma boule, - 
Descendez a I ombre, - - Leve ton pied, - J aim rai tendre- 
ment, Vld I bon vent, - - C est I vent frivolant et Suivons le 
vent. On chante dans la cote de Beaupre : 

Derrier chez nous ya-t-un etang, 
Et la rivier passe au mitan... 

L expression mitan (milieu) est, parait-il, fort usitee 
dans les paroisses de la cote de Beaupre, de 1 ile d Orleans 
et de la cote du Sud. 






j J 1 



Der - rier chez nous ya-t-un e - tang, Suivons le 






m 



vent, gai-gai - ment. Trois beaux ca nards s en vont bai- 






gnant, Tout le long de la n vie - re, Sui vons le 






; 



vent mon com pe - re, Sui-vons le 



vent, gai - gat- 






= 



ment. 
(Pour les autres couplets, voir En roulant ma boule). 



A SAINT-MALO, BEAU PORT DE HER 

L air sur lequel nous chantons la chanson que voici, n est 
pas connu aujourd hui en France, que je sache. En Bre- 
tagne, ou les paroles de cette chanson se sont conservees, 
on chante : 

A Nant s, a Nant s sont arrives 

Trois beaux navir s charges de bled, etc. 

Je connais deux variantes (quant aux paroles) de cette 
chanson, telle que conservee en France, mais dans ni 1 une 
ni Fautre il n est question de Saint-Malo. 









n 




j- 


n 






r" 


i n- - 


j 


3S 




vf 


J 


1 J J 




J 


J 


J 


J- 


* 


J 


















port de mer, Trois gros navir s sont ar - ri - ves, Nous i- 






rons sur 1 eau nous y prom pro - me - ner, Nous 



^ 



rons jou - er dans 



1 i le. 



A Saint-Malo, beau port de mer, (bis) 

Trois gros navir s sont arrives, 

Nous irons sur 1 eau, 

Nous y prom promener, 

Nous irons jouer dans 1 ile. 

Trois gros navir s sont arrives, (bis) 



46 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Charges d avoin , charges de bled. 
Nous irons sur 1 eau, etc. 

Charges d avoin , charges de bled, (bis) 
Trois dam s s en vont les marchander 
Nous irons sur 1 eau, etc. 

Trois dam s s en vont les marchander. (bis) 

- Marchand, marchand, combien ton bled ? 

Nous irons sur 1 eau, etc. 

Marchand, marchand, combien ton bled ? (bis) 

- Trois francs 1 avoin , six francs le bled. 

Nous irons sur 1 eau, etc. 

Trois francs 1 avoin , six francs le bled, (bis) 

- C est ben trop cher d un bonn moitie. 

Nous irons sur 1 eau, etc. 

C est ben trop cher d un bonn moitie. (bis) 
Montez, Mesdam s, vous le verrez. 
Nous irons sur 1 eau, etc. 

Montez, Mesdam s, vous le verrez. (bis) 

- Marchand, tu n vendras pas ton bled. 
Nous irons sur 1 eau, etc. 

Marchand, tu n vendras pas ton bled, (bis) 

- Si je 1 vends pas, je 1 donnerai. 

Nous irons sur 1 eau, etc. 

Si je 1 vends pas, je 1 donnerai. (bis) 

- A c prix-la, on va s arranger. 

Nous irons sur 1 eau 
Nous y prom promener. 
Nous irons jouer dans 1 ile. 



DANS LES PRISONS DE NANTES 

La musique comme les paroles de cette chanson en font 
une des plus jolies du repertoire de nos chanteurs popu- 
laires. Nos bateliers et voyageurs canadiens la chantent 
sur deux airs egalement beaux. Le premier qui est trans- 
crit ci-dessous se chante surtout en canot : chaque coup 
d aviron marque le premier temps de chaque mesure. Le 
mouvement du second est plutot celui de la rame : c est 
un air de chaloupe. Cette chanson parait etre complete- 
ment ignoree en France. M. Hubert LaRue, dans son in- 
teressante etude litteraire sur nos chansons populaires cana- 
diennes, fait remarquer que quelques marins chantent au- 
jourd hui : Dans les prisons de Londres au lieu de, Dans 
les prisons de Nantes . C est tout naturel. Pour peu qu un 
voyageur ait vu du pays, il a rencontre des Anglais, des Irian- 
dais, des Ecossais, qui lui ont parle de Londres, d Edimbourg, 
de Cork ou de Dublin, mais de Nantes, jamais ! II s imagine 
alors que Nantes est une corruption du mot Londres , 
et il chante Londres . Cependant, dans nos campagnes, 
ou beaucoup d habitants n ont pas plus entendu parler de 
Londres que de Nantes, on chante toujours : Dans les prisons 
de Nantes . 



CHANSONS POPULAIRES 



BE 



Dans les prisons de Nan - tes, Dans les prisons de 



m 



^ 



Nan-tes Lui ya-t-un pri sonnier, gai, fa - lu - ron fa - lu- 



^ 



r- 



V- 



r r 
VMx- 



ret - te, Lui ya-t-un pri - sonnier, gai, fa - lu - ron don- 



de. 



AUTRE VERSION. 



f 



Dans les prisons de Nan - tes, Dans les prisons de 



; i .; 



^R= 



Nan-tes, Lui ya-t-uu pri-son-nier, gai, faluron don dai-ne, 



^ 



f 



Lui ya-t-un pri - sonnier, gai, fa-lu-ron don - de. 

Dans les prisons de Nantes (bis) 

Lui ya-t-un prisonnier, gai, faluron, falurette, 

Lui ya-t-un prisonnier, gai, faluron, donde. 

Que personn ne va voir (bis) 

Que la fill du geolier, gai, faluron, falurette, 

Que la fill du geolier, gai, faluron, donde. 

Elle lui porte a boire, (bis) 

A boire et a manger, gai, faluron, falurette, 

A boire et a manger, gai, faluron, donde. 

Un jour il lui demande : (bis) 

- Qu est-c que Ton dit de moue ? gai, faluron, falurette, 
Qu est-c que Ton dit de moue ? gai, faluron, donde. 



bruit court dans la ville (bis) 



DU CANADA 49 

Que demain vous mourrez, gai, faluron, falurette, 
Que demain vous mourrez, gai, faluron, donde. 

- Puisqu il faut que je meure, (bis) 
Ah ! deliez-moi les pieds, gai, faluron, falurette, 
Ah ! deliez-moi les pieds, gai, faluron, donde. 

La fille encore jeunette (bis) 

Lui a lache les pieds, gai, faluron, falurette, 

Lui a lache les pieds, gai, faluron, donde. 

Le gar9on fort alerte, (bis) 

A la mer s est jete, gai, faluron, falurette. 

A la mer s est jete, gai, faluron, donde. 

De la premiere plonge, (bis) 

Au fond il a etc, gai, faluron, falurette, 

Au fond il a ete, gai, faluron, donde. 

De la seconde plonge, (bis) 

La mer a traverse, gai, faluron, falurette, 

La mer a traverse, gai, faluron, donde. 

Quaiid il fut sur ces cotes, (bis) 

II se mit a chanter, gai, faluron, falurette, 

II se mit a chanter, gai, faluron, donde. 

Que Dieu beniss les filles, (bis) 

Surtout cell du geolier, gai, faluron, falurette, 

Surtout cell du geolier, gai, faluron, donde. 

Si je retourne a Nantes, (bis) 

Oui, je 1 epouserai ! gai, faluron, falurette, 

Oui, je 1 epouserai ! gai, faluron, donde . 



805 B 



DANS LES PRISONS DE NANTES 

(Autre air). 

Pour rendre la melodic qui va suivre selon les regies de 
la composition, il cut fallu ecrire apres la troisieme mesure : 



/I " 


_ . . 


_ ... . _ ... , 


i* r 


DCS 4 


i r 3 


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r 


V \) 4 


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B ^ J 


| i 


J 

A* J" 


vl * 

..Nan - tes, 

f } is ? 


^ 1^ 

Lui ya - t-un 


pri - son- 

f ~T * 




J 


E ^^ 1 


^ V ^ = 



nier, fa - lu - ron don dai - ne, 



Lui ya- t-un. 



De cette fagon la melodic eut forme douze mesures bien 
comptees, et la note do, qui se chant e sur la premiere syl- 
labe du mot prisonnier, eut arrive juste sur le temps fort 
de la sixieme et de la dixieme mesure, comme le rythme 
1 exige. Mais, encore une fois, je note ces chansons telles 
qu on me les chante, et pas autrement. Au reste, la me 
sure, telle qu ecrite ci-dessous, indique parfaitement a quels 
endroits de la melodie le batelier donne de la rame, - - ce qu il 
fait sans se preoccuper le moins du monde des temps forts 
et des temps faibles. 



Lentement. 



/I " -4 


s _T r 




- I 




DtS 1 


J, * r j 


r 


V 


* r 


1IJ * 


* , ir 





u ^ 


T 




*vl V 






Dans les prisons de 


Nantes, 


Dans les 


prisons de 


P 










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I L 




i 


t/ " 
Nan-tes, Lui ya-t-un pri 


- sonnier, 


fa - lu - ron, dondai- 






















COS I* I 


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ne, Lui ya-t-un prison - nier, ia - lu - ron don - de. 



CECILIA 

Cecilia est connue en France, notamment en Champagne. 
La variante champenoise (car il y a toujours des variant es 
dans les chansons populaires) differe tres peu de la notre, 
sous le rapport des paroles comme sous celui de la mu- 
sique. 









Mon per n a - vait fil - le que moi, Mon per n a- 



J J 



j. J J Ju J 






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vait fil-le que moi, En-cor sur la mer il m en - voie ; sautez mi- 



J ; J J ; I _ - r N- 



gnonne, Ce- ci - li - a. Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! Ce - ci - li- 



a ! ah ! ah ! Ce-ci - li - a. 



Mon per n avait fille que moi, (bis) 
Encor sur la mer il m envoie. 

Sautez, mignonne, Cecilia, 

Ah ! ah ! Cecilia, (bis) 

Encor sur la mer il m envoie. (bis) 
I^e marinier qui m y menait 
Sautez, mignonne, etc. 



Le marinier qui m y menait, (bis) 
II devint amoureux de moi, 
Sautez, mignonne, etc. 



52 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

II devint amoureux de moi. (bis) 

- Ma mignonnette, embrassez-moi. 

Sautez, mignonne, etc. 

Ma mignonnette, embrassez-moi. (bis) 

- Nenni, Monsieur, je n oserais. 

Sautez, mignonne, etc. 

Nenni, Monsieur, je n oserais, (bis) 
Car si mon papa le savait, 
Sautez, mignonne, etc. 

Car si mon papa le savait, (bis) 
Fille battue ce serait moi. 
Sautez, mignonne, etc. 

Fille battue ce serait moi. (bis) 
Voulez-vous bell qui lui dirait ? 
Sautez, mignonne, etc. 

Voulez-vous bell qui lui dirait ? (bis) 

- Ce serait les oiseaux des bois. 

Sautez, mignonne, etc. 

Ce serait les oiseaux des bois. (bis) 

- Les oiseaux des bois parlent-ils ? 

Sautez, mignonne, etc. 

Les oiseaux des bois parlent-ils ? (bis) 

- Us parl nt frangais, latin aussi. 

Sautez, mignonne, etc. 

Us parl nt frangais, latin aussi. (bis) 
Helas ! que le monde est malin... 
Sautez, mignonne, etc. 

Helas ! que le monde est malin. (bis) 
D apprendre aux oiseaux le latin. 

Sautez, mignonne, Cecilia. 

Ah ! ah ! Cecilia ! (bis) 



ET MO I JE M EN PASSE ! 

Voici une vraie perle, - - une des plus jolies melodies que 
Ton puisse entendre. J engage les musicians a 1 examiner 
attentivement : ils y decouvriront des beautes rythmiques 
et une phraseologie que, malheureusement, on ne rencontre 
plus nulle part. Elle se chante avec une infinite de variantes, 
entre lesquelles il m a fallu choisir. Dans la chanson po- 
pulaire, il y a presque toujours autant de variantes que de 
gosiers ; seulement, d ordinaire, ces petits changements n al- 
terent pas le caractere general de la melodic. 






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Mon 



per n avait til - le que moi, Mon per n avait 



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fil - le que moi, En - cor sur la mer il m envoie, 



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Mon cceur est en a - ge. Tant d amans qui se font 1 amour. 






Et moi je m en pas - se ! 



54 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Variante recueillie sur la cote de Beaupre : 









Mon per n a - vait fil le que moi, Mon 



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per n a - vait fil - le que moi : En cor sur la mer 



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il m en - voie : Mon cceur est en 



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Tant d amants qui se font 1 a - mour... Et moi, je m en 






pas - - se ! 



MON, TON, TON, TURLUTAINE 

M. Clement Cazeau, un de ces anciens Canadiens dont 
le type devient de plus en plus rare de nos jours, et qui, 
avec bien d autres usages aimables et touchantes de la vieille 
France, a conserve 1 habitude de chanter les chansons qui 
nous viennent de nos grands-grands-peres, m a chante 

et repete un grand nombre de fois la melodic que voici, 
et toujours absolument telle que je Fai notee. Cependant, 
comme je craignais que Ton vint a suspecter la fidelite de 
mon oreille, j ai voulu, avant que de 1 ecrire defmitivement 
pour 1 impression, me la faire chanter de nouveau ; et, 
muni cette fois d un instrument de musique, j ai pu consta- 
ter avec certitude que mon oreille ne m avait pas trompe. 
Maintenant, qu un musicien essaie de chanter cette me- 
lodie, la note fa naturel lui paraitra excessivement dure ; 
mais qu il entende chanter cette meme melodic par un hom- 
me du peuple ou par tout autre qui n ait pas donne dans 
le dilettantisme, le fa naturel ne le choquera plus. D ou 
vient cela ? - - C est que le musicien, a cause meme de 1 e- 
ducation de son oreille, ne peut, sans un veritable effort - 
effort desagreable - - ne pas faire de note sensible, tandis 
que rhomme du peuple, lui, peut chanter un intervalle de 
seconde majeure entre le septieme et le huitieme degre de 
la gamme sans le moindre effort, et que souvent meme il 
lui serait difficile de faire autrement. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



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il m envoie. 

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tur - lu taine 


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J 





Mon ton ton tur - lu tai ne. 

(Pour les autres couplets, voir Cecilia.) 

Ce qui precede etait ecrit lorsque je recus de M. le bi- 
bliothecaire de 1 universite Laval la version que Ton va 
voir ci-apres, qui est a peu pres celle que j ai toujours entendue 
dans mon enfance, et dans laquelle on trouvera encore le 
fa naturel. Voici, m ecrit M. 1 abbe Laverdiere, comment 
un de nos engages me chante Mon pere n avait... : 






Mon per n avait fil - le que moi, Mon per n a - vait fil- 



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le que moi ; En - cor sur la mer il m envoie. Mon ton ton tri- 



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taine, oh ! gai, mon ton ton tn tai - - ne. 



ISABEAU S Y PROMENE 

On remarquera que les passages les plus beaux de cette 
delicieuse melodic sont precisement ceux dans lesquels elle 
rompt ouvertement avec le mode mineur pour mettre en 
lumiere les notes caracteristiques du mode que, dans 1 an- 
cienne tonalite, on appelait premier plagal . C est peut- 
etre ici le lieu de dire que si la decouverte de Claude Monte- 
verde a ete un immense progres, a cause des ressources 
infinies qu offre 1 harmonie dissonante et les modulations 
qui en decoulent, d un autre cote, on ne peut nier que, du 
meme coup, de grandes beautes ont ete perdues pour 1 art 
musical par la necessite qui s en est suivie de bannir de la 
musique tout autre mode que nos modes majeur et mineur, 
qui seuls posse-dent la note sensible, sans laquelle l harmonie 
dissonante ne peut pas exister. Un amateur de chansons 
populaires m a fait tenir une version d Isabeau dans laquelle 
tous les fa sont naturels. Cette chanson se chante en Cham 
pagne, sur un air qui, au point de vue du rythme, a des res- 
semblances frappantes avec le notre. 



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son jar-din, Sur le 


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son jar-din, Sur le 

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bord de 1 eau, Sur le bord du vaisseau. 



58 CHANSONS POPULAIRES 

Isabeau s y promene 

I/e long de son jar din. 

L,e long de son jardin 
Sur le bord de 1 ile, 

I<e long de son jardin 
Sur le bord de 1 eau, 
Sur le bord du vaisseau. 

Elle fit un rencontre 
De trente matelots. 
De trente matelots 
Sur le bord de 1 ile, etc. 

Le plus jeune des trente, 
II se mit a chanter. 
II se mit a chanter 
Sur le bord de 1 ile, etc. 

- I/a chanson que tu chantes, 
Je voudrais la savoir. 

Je voudrais la savoir 
Sur le bord de 1 ile, etc. 

- Embarque dans ma barque, 
Je te la chanterai. 

Je te la chanterai 

Sur le bord de 1 ile, etc. 

Quand ell fut dans la barque, 
Ell se mit a pleurer. 
Ell se mit a pleurer 
Sur le bord de 1 ile, etc. 

- Qu avez-vous done la belle, 
Qu a-vous a tant pleurer ? 
Qu a-vous a tant pleurer 

Sur le bord de 1 ile, etc. 

- Je pleur mon anneau d ore, 
Dans l eau-z-il est tombe. 



DU CANADA 59 



Dans l eau-z-il est tombe 
Sur le bord de I ile, etc. 

Ne pleurez point la belle, 
Je vous le plongerai. 
Je vous le plongerai 
Sur le bord de I ile, etc. 

De la premiere plonge 
II n a rien ramene. 
II n a rien ramene 

Sur le bord de I ile, etc. 

De la seconde plonge 
L anneau-z-a voltige. 
I/anneau-z-a voltige 
Sur le bord de I ile, etc. 

De la troisieme plonge 

Le galant s est noye. 

Le galant s est noye 
Sur le bord de Tile, 

Le galant s est noye 
Sur le bord de 1 eau, 
Sur le bord du vaisseau. 



GAI LON LA, GAI LE ROSIER 

La presence de ces vers : 

II est dans la Hollande, 
Les Hollandais 1 on.t pris... 

dans les couplets qui vont suivre, indique clairement qu ils 
nous viennent d Europe. Us se chantent effectivement en 
France, dans la Saint onge et le Bas-Poitou. Les Canadiens 
n ont jamais ete en guerre avec les Hollandais, et c est a 
peine si, dans les premiers temps de la colonie, les habitants 
de la Nouvelle-Hollande ont eu quelques rares relations 
avec nos missionnaires et nos negociants du Canada. J ai 
souvent entendu chanter ainsi les deux vers que je viens 
de citer : 

II est dans la Hollande 
L,es Irlandais 1 ont pris... 





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nuit. 


Gai Ion la, gai le ro 


sier du jo - li 




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mois de mai. 



Par derrier chez ma tante 
i ya-t-un bois joli ; 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 6l 

Le rossignol y chante 
Et le jour et la nuit. 

Gai Ion la, gai le rosier 

Du joli mois de mai. 

Le rossignol y chante 
Et le jour et la nuit. 
II chante pour ces belles 
Oui n ont pas de mari. 
Gai Ion la, etc. 

II chante pour ces belles 
Qui n ont pas de mari. 
II ne chant pas pour moi 
Car j en ai-t-un joli. 
Gai Ion la, etc. 

II ne chant pas pour moi 
Car j en ai-t-un joli. 
II n est point dans la danse, 
II est bien loin d ici. 
Gai Ion la, etc. 

II n est point dans la danse, 
II est bien loin d ici ; 
II est dans la Hollande : 
Les Hollandais 1 ont pris. 
Gai Ion la, etc. 

II est dans la Hollande : 
Les Hollandais 1 ont pris. 

- Que donneriez-vous, belle, 
Oui 1 amen rait ici ? 

Gai Ion la, etc. 

Que donneriez-vous, belle, 
Qui 1 amen rait ici ? 

- Je donnerais Versailles, 
Paris et Saint-Denis 

Gai Ion la, etc. 



62 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Je donnerais Versailles, 
Paris et Saint-Denis, 
Et la claire fontaine 
De mon jar din joli. 

Gai Ion la, gai le rosier 

Du joli mois de mai. 



AURAI-JE NANETTE ? 

Ce refrain et cet air si gracieux, - - paroles et musique, 
- sont assez peu connus aujourd hui. Je les ai appris, 
tout dernierement, d une vieille bonne d enfants. 



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Par der - rier chez mon per Lui ya - t-un 



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bois jo li ; Le ros - si - gnol y chante Et 



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le jour et la nuit. Au - rai je Na - nett > Je 



crois que non. Au - rai - je Na - net- te * Je crois que 



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oui. 



(Pour les autres paroles, voir Gai Ion la, gai le rosier.) 



AU JARDIN DE MON PERE UN GRANGER LUI YA 

Le marche de Lava dont il est parle dans cette chanson, 
n est autre chose que le marche de Laval, ville francaise 
du departement de Mayenne. De Laval on a fait Lava pour 
la rime. T ai entendu chanter a Quebec : 

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Au msrche ou tout va, limouza... 

Ces couplets se chantent encore en Normandie, le plus 
souvent en chceur, et sur un air de litanies du chant gre- 
gorien. Le refrain normand ne ressemble pas du tout au 
notre. 

On remarquera que le refrain joue un grand role dans 
cette chanson. C est la un des traits caracteristiques de 
la chanson normande. Dans les campagnes de 1 Avran- 
chin, dit M. Eugene de Beaurepaire, elles accompagnent 
(les chansons) les travaux de la moisson et surtout la cueiliette 
du chanvre... En ecoutant le soir ces poesies singulieres... 
on se croirait volontiers reporte a des epoques fort anciennes. 
Deux lignes au plus composent le couplet. Le refrain est 
vraiment la partie la plus importante ; il supplee a la pauvrete 
ou a 1 absence de la rime, et c est lui qui donne toujours 
lieu aux fantaisies vocales les plus compliquees . 

Le jeune homme qui figure dans ces couplets a evidemment 
recu de bien mauvais exemples de son avocat de pere. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 





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Au jar - din de mon pe - re Un o - ran - ger lui 






ya, li - mou - za , Qu est si charge d o ran ges 



c E I r. 



Qu on croit qu il en rom - pra, limou - za. J ai - me, j aime oh ! 



J 



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gai, gai, gai, j ai le coeur san gai, J en- ten - dis ctian- 






ter, dan - ser les mou - tons, les mou-tons, don - de, dou, 



J 



dou, les mou-tons, les mou - tons, les mou-tons, les mou- 



r, 



tons, les moutons, don - de, dou, dou, les moutons, les mou- 






c f. i r 



tons, les mou-tons, les mou - tons, les mou - tons, don- 



de. 



Au jar din de mon pere 

Un oranger lui ya, limouza, 

Qu est si charge d oranges 

Qu on croit qu il en rompra, limouza, 

J aime, j aime, oh ! gai, gai, gai, 

J ai le coeur san gai ; 

J entendis chanter, danser 

I/es moutons, les moutons, donde ; 



805 B 



66 CHANSONS POPULAIRES 

Dou, dou, les moutons, les moutons, i ,, . . 

Les moutons, les moutons, les moutons, don de. 

Qu est si charge d oranges 
Qu on croit qu il en rompra, limouza. 
Je demande a mon pere 
Quand c qu on les cueillera, limouza. 
J aime, j aime, etc. 

Je demande a mon pere 
Quand c qu on les cueillera, limouza. 
Mon per me fait reponse : 
Quand ton ami viendra, limouza. 
J aime, j aime, etc. 

Mon per me fait reponse : 
Quand ton ami viendra, limouza. 
Les oranges sont mures, 
Mon ami ne vient pas, limouza. 
J aime, j aime, etc. 

Les oranges sont mures, 
Mon ami ne vient pas, limouza. 
J ai pris une echelette, 
Mon panier dans mon bras, limouza. 
J aime, j aime, etc. 

J ai pris une echelette, 
Mon panier dans mon bras, limouza ; 
Je cueillis les plus mures, 
Laissai les vertes la, limouza. 
J aime, j aime, etc. 

J ai cueilli les plus mures, 
Laissai les vertes la, limouza. 
M en vais au marche vendre, 
Au marche de Lava, limouza. 
J aime, j aime, etc. 

M en vais au marche vendre, 
Au marche de Lava, limouza. 



DU CANADA 67 

Dans mon chemin rencontre 

Le fils d un avocat, limouza. 

J aime, j aime, etc. 

Dans mon chemin rencontre 
Le fils d un avocat, limouza ; 
M en prend une douzaine, 
Ne me les paya pas, limouza. 
J aime, j aime, etc. 

M en prend une douzaine, 
Ne me les paya pas, limouza. 

- Ah ! monsieur, mes oranges ! 
Vous n me les payez pas ! limouza. 

J aime, j aime, etc. 

Ah ! monsieur, mes oranges ! 
Vous n me les payez pas ! limouza. 

- Passez de chez mon pere, 
II vous les paiera, limouza. 
J aime, j aime, oh ! gai, gai, gai, 
J ai le coeur san gai ; 
J entendis chanter, danser 

Les moutons, les moutons, don de : 
Dou, dou, les moutons, les moutons, | ,, . . 

moutons, les moutons, les moutons don de. \ 



J AI TANT DANSE, J AI TANT SAUTE 

Une variante de cette chanson se chante dans le Cam- 
bresis, en France. On en chante aussi une autre dans le 
Bas-Poitou : Le Cordonnier de Nantes. Le refrain de notre 
version canadienne est d une gentillesse, d une legerete char- 
mantes. 



Voix seule. 



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J ai tant dan-se, j ai tant sau - te, Dansons ma her- 






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gere, oh ! gai. J en ai de - cousu mon soulier, a 

V 01% seule, puis la repnse en chceur. 



SI K w -K -I _ - F _- -- - j --*i W 

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1 om - bre. Dan-sons ma her - ger jo - li - ment, que 



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le plancher en rom - pe f 



J ai tant danse, j ai tant saute, 
Dansons ma bergere, oh ! gai, 
J en ai decousu mon soulier. 

A 1 ombre, 

Dansons ma berger joliment, 
Que le plancher en rompe ! 

J en ai decousu mon soulier, 
Dansons ma bergere, oh ! gai. 
J ai te trouver le cordonnier. 
A 1 ombre, etc. 



J ai te trouver le cordonnier, 
Dansons ma bergere, oh ! gai. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 69 

Beau cordonnier, beau cordonnier, 
A 1 ombre, etc. 

Beau cordonnier, beau cordonnier, 
Dansons ma bergere, oh ! gai. 
Veux-tu racc moder mon soulier ? 
A 1 ombre, etc. 

Veux-tu racc moder mon soulier ? 
Dansons ma bergere, oh ! gai. 
Je te donn rai un sou marque. 
A 1 ombre, etc. 

Je te donn rai un sou marque, 
Dansons ma bergere, oh ! gai. 

- De sous marques j en ai-z-assez. 

A 1 ombre, etc. 

De sous marques j en ai-z-assez, 
Dansons ma bergere, oh ! gai. 
Faut aller trouver le cure, 
A 1 ombre, etc. 

Faut aller trouver le cure, 
Dansons ma bergere, oh ! gai, 
Pour dans un mois nous marier. 
A 1 ombre, etc. 

Pour dans un mois nous marier, 
Dansons ma bergere, oh ! gai. 

- Nenni, un mois n est pas assez, 

A 1 ombre, etc. 

Nenni, un mois n est pas assez, 
Dansons, ma bergere, oh ! gai. 
Faut m attendre encore une annee 

A 1 ombre, 

Dansons ma berger joliment, 
Que le plancher en rompe ! 



DIGUE DINDAINE 

Ne dirait-on pas que cette melodic d une si delicate beaute 
se termine sur la dominante tout expres pour imiter le son 
continu du petit bourdon de la musette, qui fait encore enten 
dre sa note dominante alors que le musicien a fini d executer 
son air ? Cette chanson, aussi belle comme poesie que com- 
me musique, nous vient de la France, ou elle n est pas non 
plus tout a fait oubliee. L air sur lequel M. Wekerlin (colla- 
borateur de M. Champfleury,) 1 a notee, dans les Chansons 
populaires des provinces de France, est fort joli, mais res- 
semble peu au notre ; quant aux paroles, publiees dans le 
meme ouvrage, et qui se chantent dans le Nivernais, elles 
sont loin d etre aussi poetiques que celles de notre version 
canadienne. Comme dans notre chanson, il s agit, dans la 
version francaise, d une petite fille encore jeunette qui 
part pour garder son troupeau et qui oublie son dejeuner. 
Un valet de chez son pere va le lui porter et la trouve tout 
attristee de la dispersion des interessants quadrupedes commis 
a sa garde ; le galant valet embouche alors un instrument 
champetre et fait revenir comme par enchantement le trou 
peau au pied de la bergere. Mais ici commence la bifurcation : 
le troupeau de la chanson francaise n est pas compose de 
moutons mais bien de prosai ques enfants de la race porcine.., 
lesquels se mettent, eux aussi, a danser, mais sans se ienir 
par la patte, - - ce qui est beaucoup moins elegant. 

I n y avait qu la grand trui -caude 
Qui ne voulait pas danser, 

ajoute la chanson francaise ; mais le chef de la bande vient 
la prendre par 1 oreille et lui dit : 

Commere, il nous faut danser !... 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 71 

acte d une autocratic revoltante, en opposition directe avec 
les immortels pnncipes de 89, comme diraient certains grands 
journaux de Paris, et qui dut soulever une bien grande in 
dignation parmi toute la gent soyeuse.... ce que, cependant, 
la chanson ne dit point. 



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Quand j etais de chez mon pere, digue dindaine, 
Jeune fille a marier, digue dinde, 
Jeune fille a marier, (bis) 

II m envoie de sur ces plaines, digue dindaine, 
Pourre les moutons garder, digue dinde. 
Pourre les moutons garder. (bis) 



Moi qu etai -t-encore jeunette, digue dindaine, 
J oubliai mon dejeuner, digue dinde. 
J oubliai mon dejeuner, (bis) 



Un valet de chez mon pere, digue dindaine, 
Est venu me 1 apporter, digue dinde. 
Est venu me 1 apporter. (bis) 



72 CHANSONS POPULAIRES 

- Tenez, petite brunette, digue dindaine, 
Voila votre dejeuner, digue dindaine. 
Voila votre dejeuner, (bis) 



- Que voulez-vous que j en fasse, digue dindaine, 
Mes moutons sont egares ! digue dinde. 
Mes moutons sont egares ! (bis) 



- Que donneriez-vous la belle, digue dindaine, 
Qui vous les ramenerait ? digue dinde. 
Qui vous les ramenerait ? (bis) 



- Ne vous mettez point-z-en peine, digue dindaine, 
Je saurai bien vous payer, digue dinde. 
Je saurai bien vous payer, (bis) 

II a pris son tirelire, digue dindaine, 
II se mit a turluter, digue dinde. 
II se mit a turluter. (bis) 



Au son de son tirelire, digue dindaine, 
Les moutons s sont assembles, digue dinde. 
Les moutons s sont assembles, (bis) 

Us se sont pris par la patte, digue dindaine, 
Et se sont mis a danser, digue dinde. 
Et se sont mis a danser. (bis) 

T n y-avait qu un vieill grand -mere, digue dindaine, 
Qui ne voulait pas danser, digue dinde. 
Qui ne voulait pas danser. (bis) 

- Oh ! qu a vous, ma vieill grand -mere, digue dindaine, 
Qu avez-vous a. tant pleurer ? digue dinde. 
Qu avez-vous a tant pleurer ? (bis) 



DU CANADA 73 

- Je pleure ton vieux grand-pere, digue dindaine, 
Que les loups ont etr angle ! digue dinde. 
Que les loups ont etrangle ! (bis) 

Us 1 ont traine dans la plaine, digue dindaine, 
Et les os lui ont croque, digue dinde. 
Et les os lui ont croque. (bis) 



MON CRI CRA, TIR LA LIRETTE 

Un ancien missionnaire, M. 1 abbe Severe Dumoulin, a 
entendu chanter ce joyeux refrain par des canotiers ca- 
nadiens de la Riviere-Rouge. M. 1 abbe P. Pouliot, qui 
1 a appris de M. Dumoulin lui-meme, 1 a chant e a M. 1 abbe 
J. Auclair de qui je 1 ai recueilli. II n est pas sans interet 
de constater comment la chanson de pauvres canotiers perdus 
dans un pays lointain et demi-sauvage, est venue se placer 
a la page soixante-quatorzieme de ce volume. 






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c (\ r g ETC p r 



Par derrier chez ma tan- te un o- ran - ger Jui ya 



r c g 



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Qu est si char - g d o - ran-ges qu on croit qu il en rom - pra, 



& 



c j 1 P TTfi 



Mon cri era, tir la li - ret - te. Mon en era, tir la li- ra. 
(Pour les autres paroles, voir Au jardin de man p$re un oranger lui ya.) 



MON BEAU RUBAN GRIS 

On a vu plus haut que notre chanson Cecilia se chante 
encore en France. Dans la version francaise se trouvent 
les couplets suivants : 

Que disent les oiseaux des bois ? - - Que les femmes ne 
valent rien, - - Et les hommes encor bien moins. - - Pour les 
fill s, ils en dis nt du bien . 

Chose assez singuliere, je retrouve a peu pres ces memes 
couplets dans Mon beau ruban gris. Dans 1 une et dans 
1 autre chanson les hommes sont assez mal menes ; mais 
on aura beau faire, la raison du plus fort sera toujours la 
meilleure. 






c . 



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Ce sont les da 



mes 



de Pa - ris, Ce 



& i -on -i J i p t\ r P 



sont les 



da mes de Pa ris Qui font blan 



r P I E i r s I c c c I r & i 



chi - re leurs lo - gis, Mon beau ru-ban gris, mon beau ru-ban 



m 



m 



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gns. Mon beau ru - ban jaun , Mon jo - h gris - jaun , Mon 



i r 



gris jo - li, Mon beau ru - ban gns. 



Ce sont les dames de Paris (bis) 
Qui font blanchire leurs logis, 



76 CHANSONS POPULAIRES 

Mon beau ruban gris. (bis) 
Mon beau ruban jaune, 
Mon joli gris- jaune, 
Mon gris joli, 
Mon beau ruban gris. 



Qui font blanchire leurs logis, (bis) 
Depuis la table jusqu au lit, 
Mon beau ruban gris, etc. 

Depuis la table jusqu au lit, (bis) 
Depuis le lit jusqu au chassis, 
Mon beau ruban gris, etc. 

Depuis le lit jusqu au chassis, (bis) 
Depuis 1 chassis jusqu au jardin, 
Mon beau ruban fin, etc. 

Depuis 1 chassis jusqu au jardin, (bis) 
Dans ce jardin lui ya-t-un puits 
Mon beau ruban gris, etc. 

Dans ce jardin lui ya-t-un puits, (bis) 
Yousque les oiseaux font leurs nids, 
Mon beau ruban gris, etc. 

Yousque les oiseaux font leurs nids. (bis) 
La caille et aussi la perdrix. 
Mon beau ruban gris, etc. 

La caille et aussi la perdrix, (bis) 
La caille dit en son latin, 
Mon beau ruban fin, etc. 

La caille dit en son latin (bis) 
Que les homines ne sont point fins, 
Mon beau ruban fin, etc. 



DU CANADA 77 



Que les hommes ne sont point fins, (bis) 

Mais contr les femm s, ell ne dit rien, 

Mon beau ruban fin. (bis) 

Mon beau ruban jaune, 

Mon joli gris-jaune, 

Mon gris joli, 

Mon beau ruban gris. 



MON BEAU RUBAN GRIS 

(Autre air recueilli par M. I abbe P. Lagace). 

Cette douce melodic dont les notes, presque toutes de va- 
leurs egales, roulant constamment dans un mode antique, 
est bien un type de ces chansons populaires dont J.-J. Rous 
seau a dit : ... Les airs ne sont pas piquants, mais ils ont 
je ne sais quoi d antique et de doux qui touche a la longue... 
Ils sont simples, na ifs, souvent tristes ; ils plaisent pour- 
tant . La phrase melodique qui commence avec les mots : 
Ah ! mon beau ruban jaune, etc. ne devrait commencer, 
regulierement, qu une mesure plus tard. Cependant, cette 
espece d enjambement est loin d etre de"nuee de charmes. 






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Ce sont les da - mes de Pa - ris, Ce sont les 



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da - mes de Pa ris Qui font blan - chi - re leurs lo- 



<ji r P f M-- i r r p i c g-^^1^4 



gis, Mon beau ru - ban gris. Ah ! mon beau ru-ban jaune, Mon 



S 



jo - ti gris jau-ne, mon gns, Mon beau m - ban jau-ne jo - H. 



VA, VA, VA, P TIT BONNET, GRAND BONNET 

La monotonie qui caracterise presque toujours la melodic 
populaire n est due ici qu a la repetition frequent e des memes 
intonations. Rythme leger bien qu a 1 allure un peu rus- 
tique. 

On chante dans 1 ouest de la France (Saintonge et Aunis) 
la chanson Mon pere aussi m a mariee (voir plus loin En filant 
ma quenouille) sur notre air de Va, va, va, p tit bonnet, grand 
bonnet. 



Voix settle, puis la reprise en chceur. 






Va, va, va, p tit bon net, grand bon - net, 

FIN Voix seule, la reprise 



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i, va, va, p tit bon 
en chasur. 



net tout rond. Mon pere a fait ba 



tir maison, Va, va, va, p tit bon net tout rond. L a 



di c en 


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c. c. c. 


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tait batir a trois pignons, p tit bon net, grand bonnet, p tit bon- 

J. l f. C II 



net tout rood. D. C. 



Mon pere a fait batir maison, 
Va, va, va, p tit bonnet tout rond. 
I/a fait batir a trois pignons, 

P tit bonnet, grand bonnet, 

P tit bonnet tout rond. 
Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet, 
Va, va, va, p tit bonnet tout rond. 



8o CHANSONS POPULAIRES 

I/a fait batir a trois pignons. 
Va, va, va, p tit bonnet tout rond. 
Sont trois charpentiers qui la font, 
P tit bonnet, grand bonnet, etc. 



Sont trois charpentiers qui la font, 
Va, va, va, p tit bonnet tout rond. 
Le plus jeune c est mon mignon, 
P tit bonnet, grand bonnet, etc. 

Le plus jeune c est mon mignon, 
Va, va, va, p tit bonnet tout rond. 

- Ou apportes-tu dans ton jupon ? 

P tit bonnet, grand bonnet, etc. 

Qu apportes-tu dans ton jupon ? 
Va, va, va, p tit bonnet tout rond. 

- C est un pate de trois pigeons, 

P tit bonnet, grand bonnet, etc. 

C est un pate de trois pigeons, 
Va, va, va, p tit bonnet tout rond. 

- Asseyons-nous et le mangeons, 

P tit bonnet, grand bonnet, etc. 

Asseyons-nous et le mangeons, 
Va, va, va, p tit bonnet tout rond. 
En s asseyant il fit un bond, 

P tit bonnet, grand bonnet, etc. 

En s asseyant il fit un bond, 

Va, va, va, p tit bonnet tout rond, 

Qui fit trembler mer et poissons, 

P tit bonnet, grand bonnet, etc. 

Qui fit trembler mer et poissons, 
Va, va, va, p tit bonnet tout rond, 



DU CANADA 8l 



Et les cailloux qui sont au fond, 
P tit bonnet, grand bonnet, 
P tit bonnet tout rond. 
Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet, 
Va, va, va, p tit bonnet tout rond. 



805 B 



FRINGUE, FRINGUE SUR L AVIRON 

Nous avons, a dit Dubois, (grammairien du seizieme siecle,) 
un nombre infini d interjections qui se trouvent dans les 
chansons populaires, comme lirompha, dada, etc. 

II ne faut pas croire, cependant, que tous ces mots et 
locutions de refrains soient autant & interjections a peu pres 
inexplicables. Dans Fringue, fringue sur I aviron, les mots : 

Tortille morfil, 
Arrangeur de faucilles 
Tribouille marteau... 

ont un sens rel, facile a saisir, et qui est celui-ci : 

Arrangeur de faucilles, fais tordre le morfil de ta lame ; 

frappe ta lame de ton marteau . 

On sait qu on appelle morfil ces parties d acier presque im- 

perceptibles qui restent au tranchant d une lame que Ton 

vient de passer sur la meule. 



pui 



Vttx. settle, puts It. reprise en ch&w. 



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Frin-gue, frin - gue sur la n - vie - re, 

FIN. -i Voix 



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Fringue, frin - gue, sur I a - vi ron. Mon pere a 
/ reprise en chceur. 



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I 



fait ba - tir mai - son, 
Vow seule. 



Frin-gue, frin-gue sur I a- vi- 



ron 



L a fait ba - tir a trois pi - gnons, Tor- 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



c n E ti c 



rrt u c c 



til - le mor - fil, Ar-ran geur de fau - cil-les, Tri - bouille mar- 



. r M r E 



teau, Bon - soir lu - tin ! 
(Pour les autres paroles, voir Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet.) 



GENTICORUM 

Ce curieux refrain etait autrefois en grande vogue au 
college Joliette. II est connu, du reste, dans toutes les parties 
du pays. 



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f 1 1 c t r i J- 



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Mon pere a fait ba tir maison, Vu- ge var- ge 



c r i n 



g 



var- gen-ton, L a fait ba - tir a trois pignons Sur le 



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F 



bri, sur le bnn, sur le sin - tou n, sur le 



cu - lo - rum, sur le sin - to - rum, Gen - n- co- rum sur 






ge - lo-rum, mi - ron flon flon sur la vert bat - te n 



f f. | f. 






Viv 1 a-mourette en var- gen- ton, .ma hi - ron ma lu - re. 
(Pour les autres paroles, voir Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet.) 



FRIT A L HUILE 

Voici encore un refrain d origine frangaise. Cela ressort, 
d abord, de ce qu il est connu par tout le pays, puis et surtout 
de ce qu il y est question de friturc a I huile. Nos huiles 
de marsouin, de foies de morues et de petrol e n ont pas encore 
eu 1 honneur d un chapitre dans la Cuisiniere canadienne, 
et pour ce qui est de I huile d olive, que nous importons de 
1 etranger, on sait qu elle ne parait jamais sur nos tables 
que froide et comme assaisonnement, et que le peuple en 
fait rarement usage. II n en est pas de meme en France, 
surtout dans le midi, ou I huile d olive joue un role consi 
derable dans la cuisine du peuple. 



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I hui-le, L a fait t 

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a- tir a trois pi- 


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n- tai- ne, fn- 


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ton, fri-ton, poe - loi 

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i, Ah ! ah ! ah 


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I hui- le, frit au 










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beurre et a I o - gnon. 
(Pour les autres paroles, voir Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet.} 



C EST DANS LA VILLE DE BYTOWN 

II y a de cela deja bien des annees, par une delicieuse ma 
tinee de juillet, un jeune homme avec qui je suis intime- 
ment lie, partait de la ville des Trois- Rivieres pour se rendre 
a sa paroisse natale, la Riviere-du-Loup, en haut. Le jeune 
homme etait musicien, et, comme il n avail que dix-sept 
ans, il devait naturellement se croire tres fort dans son art. 
Chemin faisant, voila que son cocher, emu sans doute par 
les beautes du soleil levant, et stimule aussi, peut-etre, par 
le chant des coqs et le belement des genisses, se met a entonner : 
C est dans la ville de Bytown avec un accent rustique des 
plus prononces. Grand plaisir chez notre artiste en herbe, 
qui, en vrai musicien de notre siecle, cherche aussitot a har- 
moniser la melodie, dans son esprit, a mesure qu elle sort du 
rude gosier de son compagnon. Mais voila notre jeune ami 
tout decontenance !... Impossible d harmoniser cela ! II a 
beau solliciter toutes les formules harmoniques, toutes les 
modulations a lui connues... impossible d arriver a rien ! 

De la leigon toute pratique que donnait a notre ami son 
brave compagnon de route, il ressortait clairement ce prin- 
cipe : qu il peut exister une musique reposant sur d autres 
lois que sur celles qui regissent la tonalite qui nous est fami- 
liere. Mais il ne tira pas cette conclusion tout d abord- 
Assurement il fut frappe de 1 etrangete de la melodie qu il en- 
tendait, mais ce qui lui parut infiniment plus etrange encore, 
ce fut de se voir, lui, mis a qui a par un pauvre cocher ! 

Les airs populaires... dit M. Wekerlin, offrent quelquefois de veritables diffi- 
cultes d harmonisation, etant faits completement en dehors des vues d un accom- 
pagnement, et contraires souvent a nos lois harmoniques sur les modulations. 
Quelques-unes de nos chansons populaires datent d une epoque assez reculee, 
cela est incontestable ; plusieurs d entre elles, celles ou la note sensible n existe 
pas, par example, remontent au moins a I50o,puisque ce n estque tout au com 
mencement de 1600 que Monteverde trouva 1 accord de septieme de dominante. 
Or, cet accord de septieme determina reellement le sentiment de la note sensible, 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 87 

c est-a-dire le demi-ton qui pr6cede la tonique. Meme sans ce trait caracteris- 
tique, beaucoup de chansons populaires font constater 1 anciennete de leur 
origine, rien que par leur allure methodique, leur similitude avec le chant 
gregorien . 



Je ne partage pas entierement la maniere de voir du dis 
tingue composileur dont je viens de citer les paroles, et je ne 
serais pas pret a croire, comme lui, a 1 anciennete d une melo- 
die uniquement parce qu elle se rapproche de la tonalite gre- 
gorienne. Cette tonalite n a jamais eu acces au theatre, 
et rharmonie dissonante 1 a chassee completement des salons, 
c est vrai ; mais dans certaines campagnes (je parle des cam- 
pagnes du Canada), surtout dans celles ou il n y a ni orgue, 
ni harmonium dans les eglises, et ou Ton n entend jamais 
d autres instruments que le violon, elle regne encore en sou- 
veraine ; c est dans cette langue musicale que les chanteurs 
populaires improvisent et composent. II est possible que la 
melodie de C est dans la ville de Bytown, qui appartient au 
premier mode authentique de la tonalite ancienne, soit de 
composition fort anterieure a celle des paroles qui 1 accom- 
pagnent, mais il est aussi fort possible que paroles et musique 
aient ete composees en meme temps : ce qui alors ne pourrait 
remonter bien haut. 

On a fait un grand nombre de chansons ou figure la ville 
de Bytown (aujourd hui Ottaoua). M. LaRue, dans son 
etude sur nos chansons populaires, en a cite une tres remar- 
quable dont je regrette de ne pas connaitre 1 air. Bytown 
a ete longtemps le poste avance de la civilisation dans la 
belle vallee de 1 Ottaoua, le dernier souvenir qu emportaient 
les voyageurs forestiers dans leurs lointaines excursions au 
dela des iles Calumet et Allumettes. 



88 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



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C est dans la vill" de Bail - ton - ne, La ious - que 



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r J I g- g f; g 



j ai te faire un tour ; 



La fous-que ya des jo- lies 



-g f I. f: 



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fil - les, Qui sont par-fait et gen - till , Mais yen a- 



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fan que, par sus tout, Z-on dit que j y fais 1 a - mour. 



J* rt .M .1 I r p- p I j e p 



Mais yen a 
I 



fan que, par-sus tout, Z-on dit 



y P- J J 



^=^ 



que j y fais 1 a 



mour. 



C est dans la vill de Bailtonne 
La iousque j ai te faire un tour ; 
L,a iousque ya des jolies filles 
Qui sont parfait et gentilles, 
Mais yen a-t-an que, par sus tout, 
Z-on dit que j y fais 1 amour. 



QUAND J ETAIS CHEZ MON PERE 

II y a tout lieu de croire que ces couplets sont fort an- 
ciens, si, comme je le pense, le mot baron y est employe 
pour exprimer, au generique, un grand seigneur : 



Mon petit coeur en gage 
N est pas pour un baron. 



Par ici-t-il y passe 
Trois cavaliers barons. 



Chaque fois, dit M. Arbaud, que nos chants parlent d un 
homme noble, puissant, ils 1 appellent un baron, c est-a-dire, 
un homme par excellence, comme le bar germanique dont il 
derive. Et ne croyez pas qu ils prennent ce mot dans son 
acceptation feodale ; non, car ils le donnent aux saints : 

Lou baroun sant Alexi se voou pas maridar... 
ils le donnent aux plus hauts personnages : 

Aperaquit passavo - - los fiou d un rei baroun... 

Mais quand la hierarchie feodale constitute eut rejete presque 
au dernier rang ce titre de baron, il perdit naturellement 
sa valeur superlative... (Chants populaires de la Provence, 
page XVI de la preface.) 

Cette chanson, a laquelle on attribue une origine normande, 
se chante dans toutes les parties de la France, mais avec des 



9 CHANSONS POPULAIRES 

refrains et sur des airs que nous ne connaissons pas ici, 
sauf le refrain et 1 air de Vive Napoleon ! que Ton verra plus 
loin. 

On chante dans le comte de Maskinonge : 



a Quebec : 



...M envoi t-a la fontaine 
Pour pecher du poisson... 



...M envoi -t-a la fontaine 
Pour retnplir mon cruchoa... 



et en France : 

...J allais a la fontaine 
Pour cueillir du cresson... 

J ai recueilli cette melodic de la bouche d une femme 
qui me 1 a repetee un grand nombre de fois, et toujours telle 
que notee ci-dessous, avec tous les mi et les fa naturels. 



A b * r\ P j 




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Quand j e - tais chez mon 
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Quand j e-tais chez mon 

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pe - re, Pe - tite et jeun e 
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;, dondai- ne, don. 
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3t d ^ 3 fl 



Pe tite et jeune e- tions. don dai - ne. 

Quand j etais chez mon pere (bis) 

Petite et jeune etions, (ou : Petite Jeanneton,) 

Dondaine, don, 
Petite et jeune etions, 

Dondaine. 



DU CANADA 91 



M envoi -t-a la fontaine (bis) 
Pour pecher du poisson, 
Dondaine, don, etc. 



I,a fontaine est profonde, (bis!) 
J me suis coulee au fond, 
Dondaine, don, etc. 



Par ici-t-il y passe (bis) 

Trois cavaliers barons, 

Dondaine, don, etc. 

- Que donneriez-vous, belle, (bis) 
Qui vous tir rait du fond ? 
Dondaine, don, etc. 



Tirez, tirez, dit-elle, (bis) 
Apres ca, nous verrons... 
Dondaine, don, etc. 

Ouand la bell fut tiree, (bis) 
S en fut a la maison, 
Dondaine, don, etc. 



S assit sur la fenetre, (bis) 
Compose une chanson, 
Dondaine, don, etc. 

- Ce n est pas e.a, la belle, (bis) 
Que nous vous demandons, 
Dondaine, don, etc. 



C est votre coeur en gage, (bis) 
Savoir si nous 1 aurons, 
Dondaine, don, etc. 



Q2 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

- Mon petit cceur en gage, (bis) 
N est pas pour un baron, 
Dondaine, don, etc. 

Ma mere me le garde (bis) 
Pour mon joli mignon, 

Dondaine, don, 
Pour mon joli mignon, 

Dondaine. 



LA BIBOURNOISE 

Get etrange refrain nous vient de nos ancetres de la vieille 
France. Notre variante differe assez peu de celle qui se 
chante encore aujourd hui dans le Dauphine, mais les airs 
ne se ressemblent pas. La Bibour noise etait, il y a vingt ans, 
une des chansons favorites des eleves du petit-seminaire de 
Quebec. J ai sou vent entendu dire que deux Anglais ne 
peuvent deboucher de concert une bouteille de champagne 
sans chanter God save the Queen!... je crois qu il etait ega- 
lement autrefois impossible a deux eleves du petit-seminaire 
de Quebec de se rencontrer en vacances sans chanter la 
Bibournoise ! 



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Quand j e - tais chez mon pe - re, Pe - ti - te Jeanne- 



J. 









ton, la glin, glan, glon, M en - voi -t-a la fon - tai - ne Pour 



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em - plir mon cm - chon, La Bi-bour - noi - se, Sont-c des 



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pois, des pois, des fev s, des fev s et d l o - gnon ? 



j ; i 



; i 



pas de la glin gan glon ? Bon, bon, bon, bon, bon, 



^=^ 






bon, Da - ril - Ion, da - ril - Ion, da - ril 



Ion, Oh ! 



94 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



j ; ; ; 1 1- t ; 






la gar - ga- ran - on bi - hour- noi - se, bon, bon, 



JJ J J JJIJ: 



3 



iaisons le saut de la gar- ga - ran^on bibour noi - se. 
(Pour les autres paroles, voir Quand j ttais chez mon pere.) 



VIVE NAPOLEON! 

Comment, dit M. LaRue, passer sous silence cette chanson 
si belle, avec son air plein d entrain, et que sait par cceur 
tout Canadien qui, une fois dans sa vie seulement, a pris une 
rame ou un aviron. 

Le refrain de cette chanson indiquerait une origine mo- 
derne ; mais il a te change. Autrefois on chantait Vive 
le roi, vive le roi ! (Le Foyer Canadien, p. 355 - - anne> 
1863.) 

On chante cette chanson dans 1 Aunis, en France, avec 
le refrain Vive Napoleon ! que nous connaissons si bien ici, 
et sur un air presque semblable au notre. Au lieu de Vive 
le roi I on y dit : Vive la loi ! En Angoumois et en Poitou, 
on chantait, sous le premier empire : A bas les royalistes, 
vive Napoleon ! 

Nos habitants disent toujours : Vive le roi de la reine ! 
et evitent ainsi 1 hiatus que commettent les citadins en disant : 
le roi et la reine . 







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Quand j e-tais 


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pe - re, Gai, vi - ve le 


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j e-tais chez mon pe - re, Gai, vi - ve "le 



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roi !... 



Pe - ti - te Jean - ne - ton, vi - ve le 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



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roi de la rei - 


ne. Pe ti - te 


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Jeamne ton, 


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Vi- ve Na po - 16 - on ! 
(Pour les autres paroles, voir Quand j etais chez man pere.) 



SI TU TE METS ANGUILLE - UN CANADIEN 

ERRANT 

Cette douce cantilena est connue de tout le monde, en 
Canada. Les couplets : Si tu te mets anguille, etc., ne sont 
que des fragments assez alteres de la chanson : J ai fait 
une mattresse, que Ton verra plus loin. Le dernier vers : 

Je me donn rai a toi puisque tu m aimes tant ! 

devrait etre separe des vers qui precedent par plusieurs cou 
plets. C est simplement parce que ces couplets ont ete oublies 
que cette chanson, si poetique d ailleurs, se termine si sotte- 
ment. II ne fut jamais venu a 1 esprit de nos braves habitants, 
qui n ont jamais mis le pied au theatre, de fabriquer ce de 
nouement a la Favorite. 

Mais cette ancienne poesie est presqu entierement oubliee 
aujourd hui. Elle a cede la place a quelques strophes com- 
posees, en 1842, par un etudiant du college de Nicolet, 
qui devait, plus tard, devenir un de nos litterateurs les plus 
distingues. Le Canadien errant de M. A. Gerin-Lajoie, com 
pose precisement au debut des dures annees d exil des re- 
voltes de 1837 et 1838, alors que tant d honnetes families 
pleuraient 1 absence de pauvres Canadiens, bannis de leurs 
foyers , devint, en quelques mois seulement, extremement 
populaire. 

Les melodies du peuple possedent cette qualite si rare 
d unir a beaucoup de simplicite une expression veritable. 
D ordinaire un compositeur n est simple qu a la condition 
d etre vide et plat. Aussi est-il plus difficile qu on ne le 
croit generalement de composer une melodic d une veritable 
beaute et qui puisse se vulgariser parmi le peuple. Chateau 
briand avait si bien compris cela que, comme 1 auteur du 
Canadien errant, il avait voulu choisir parmi des chansons po- 

7 805 B 



9 8 



CHANSONS POPULAIRES 



pulaires (celles de 1 Auvergne, si je ne me trompe,) les airs 
de ses chants du Dernier Abencerage. 

Les couplets de M. Lajoie, grace a leur merit e et a leur 
actualite, mais grace aussi a la vieille melodie sur laquelle 
ils se chant ent, sont connus aujourd hui partout ou il y a 
des Canadiens f ratals. Que 1 auteur penetre dans la foret, 
qu il y rencontre quelques-uns de ces defricheurs dont il a 
si bien su peindre 1 existence et les rudes mais nobles tra- 
vaux ; qu il parcoure les villes du Haut-Canada et meme cer- 
taines villes americaines voisines de nos frontieres, il les 
entendra chanter partout. II n est pas jusqu aux echos 
des Montagnes-Rocheuses et des rives du lac Ouinipeg qui 
n aient repete cette touchante poesie. Mgr Faraud, vicaire 
apostolique d Attabaska et du territoire de la riviere McKen- 
zie, m a dit avoir entendu chanter Un Canadien errant dans 
les plus lointaines missions du Nord-Ouest. 



^ 



^m 



^ 



Par derrier chez ma tante II lui ya - t-un e- 



j/ .M/JJ-I j ;i J. \t tf\ f 



tang, Par derrier chez ma tante . II lui ya t-un e- 



J. 






tang, Je me met- trai an - guille, Anguil- le dans I e- 



_f- 

l 



tang, Je me met - trai an - guille, Anguil - le dans 1 c 






tang. 



Par derrier chez ma tante 1 
II lui ya-t-un etang... | 



. . 



DU CANADA 99 



Je me mettrai anguiilc, L . . 
Anguille dans 1 etang. j 



(bis) 



- Si tu te niets anguiile, 
Anguille dans 1 etang, 

Je me mettrai pecheur : ) ., 

(ois) 
Jet aurai en pechant. 



- Si tu te mets pecheur 1 ., . , 
Pour m avoir en pechant, j 
Je me mettrai allouette, 1 , . , 
Allouette dans les champs. I ^ 



- Si tu te mets allouette, | , . , 
Allouette dans les champs, j 
Je me mettrai chasseur : I ., . . 

Ir)iSl 

Je t aurai en chassant. 



Si tu te mets chasseur I ,. . , 
Pour m avoir en chassant, | 
Je me mettrai nonnette I 
Nonnett dans un convent, j 



Si tu te mets nonnette | ., . 
Nonnett dans un couvent. | 
Je me mettrai precheur : | . 
Je t aurai en prechant. I 



- Si tu te mets precheur 1 .... 

( / it s ) 
Pour m avoir en prechant, j 

Je me donn rai a toi I , . 

Puisque tu m aimes tant ! 



Un canadien errant, 

, (bis) 

Banni de ses foyers, 



Parcourait en pleurant 
Des pays etrangers. 



(bis) 




IOO CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Un jour, triste et pensif, 
Assis au bord des 
Au courant fugitif 



Assis au bord des flots, 



II adressa ces mots : 



Si tu vois mon pays, 1 ., . . 
Mon pays malheureux, j 

Va, dis a mes amis ) ,, . . 

i (bis) 
Que je me souviens d eux. J 

O jours si pleins d appas, ) ., . , 
Vous etes disparus... | 

Et ma patrie, helas ! | ,, . . 
Je ne la verrai plus ! I 



Non, mais en expirant, | ., . , 

O mon cher Canada ! ) 

Mon regard languissant 1 ., . . 

i V ^^/ 

Vers toi se portera ... 



UNE PERDRIOLE 

Le lecteur n a pas besoin d etre averti que ceci est une 
chanson pour endormir les enfants. Apres le dixieme cou 
plet rien n empeche d en improviser d autres et de se rendre 
ainsi jusqu au trente-unieme jour de mai. Si apres cela 1 enfant 
ne dort pas, il est inutile de songer aux prises de laudanum 
ou aux gouttes de Tresor des nourrices, rien n y fera. 

On chante aussi cette chanson en France. (Voir les Chants 
et chansons populaires du Cambresis, recueillis et annotes par 
MM. A. Durieux et A. Bruyelle, page 125). 



Premier couplet. 



j : i J J 1 N 






Le pre-mier jour de mai que barrai- je a ma 



^ 



E 







mie ? Le premier jour de mai que barrai-je a 



3 



ma 









mie 5 U - ne per - dri o 



le, Qui vient, qui 



-f^r -A 1 


3 


1 




1 "1 - 


^ 1 P 


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va, qi 

a i i K 


11 


VO 




J 

le, 


-0 J J * 
U - ne perdri - 

FIN. 


o le, Qui 


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TO * * 




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^~ 


N=J 


1 M II 





vo - le dans ces bois. 



IO2 



CHANSONS POPULAIRES 



VARIANTE . 



* 



5 



^ 



Le premier jour de mai, Que dcmn rai-je 



4^ J I J_J- I J=^f^ 



S 



Etc. 



a ma mie 



e. 



Deuxi&me couplet. 

On repete la premiere partie (lettre A), mais on dit : 
Le second jour de mai que barrai-je a ma mie ? et on 
ajoute : 




Deux tour - te rel les, 

puis on reprend : Une perdriole, etc., au signe. / 



Troisieme couplet. 

Reprise de la premiere partie (lettre A) avec les paroles : 
Le troisieme jour de mai que barrai-je a ma mie ? aprds 
quoi on chant e : 



Trois rats des bois. 
Puis on recapitule les deuxieme et premier couplets : 

Deux tourterelles, 
Une perdriole, etc. 

On continue ainsi en disant successivement : le quatrieme t 
le cinquieme, le sixieme, le septieme jour de mai, etc., et 
apres chaque couplet nouveau on recapitule tous les couplets 
qui precedent, depuis le dernier chante jusqu au premier. 



DU CANADA 



103 



Quatribme couplet. 




Quatr ca - nards vo lant en 1 ai - re, 



Trois rats des bois, 
Deux tourterelles, 
Une perdriole, etc. 



Cinquieme couplet. 









Cinq la pins grat - tant la 



ter 



Quatr canards volant en 1 aire, 
Trois rats des bois, 
Deux tourterelles, 
Une perdriole, etc. 



Sixieme couplet. 



i 



Six chiens cou 



rant 



Cinq lapins grattant la terre, 
Quati canards volant en 1 aire, 
Trois rats des bois, 
Deux tourterelles, 
Une perdriole, etc. 



re. 



Septieme couplet. 



r \1 M 



Sept vach s a 



lait. 



104 CHANSONS POPULAIRES 

Six chiens courant, 

Cinq lapins grattant la terre, 

Quatr canards volant en 1 aire, 

Trois rats des bois, 

Deux tourterelles, 

Une perdriole, etc. 



Huitieme couplet. 






Huit mou - tons a vec leur lai - ne. 

Sept vach s a lait, 

Six chiens courant, 

Cinp lapins grattant la terre, 

Quatr canards volant en 1 aire, 

Trois rats des bois, 

Deux tourterelles, 

Une perdriole, etc. 



Neuvieme couplet. 



f * 


11 Pi 








A m 


r J 






E 


\A\ r 


J M 


f 




J 


V\J T 


* 


r 







Neuf cbe - vaux a vec leurs sel les, 

Huit moutons avec leur laine, 

Sept vach s a lait, 

Six chiens courant, 

Cinq lapins grattant la terre, 

Quatr canards volant en 1 aire, 

Trois rats des bois, 

Deux tourterelles, 

Une perdriole, etc. 



E= 



DU CANADA 105 

Dixieme couplet. 



Dix veaux bien gras. 

Neux chevaux avec leurs selles, 

Huit inoutons avec leur laine, 

Sept vach s a lait, 

Six chiens courant, 

Cinq lapins grattant la terre, 

Ouatr canards volant en 1 aire, 

Trois rats des bois, 

Deux tourterelles, 

Une perdriole, 

Qui vient, qui va, qui vole, 

Une perdriole, 

Qui vole dans ces bois. 



J AI CUEILLI LA BELLE ROSE 

Se chante en France (toujours avec variantes) dans 1 An- 
goumois, le Cambresis et 1 Artois. 

M. Chamfleury cite le refrain suivant comme se chantant 
dans le Nivernais : 

Tes rubans barivolants, 

Belle rose, 

Tes rubans barivolants, 
Belle rose au rosier blanc. 

Ce refrain ressemble trop a celui de notre chanson : J ai 
cueilli la belle rose pour qu ils n aient pas tous deux une origine 
commune. 



I r 







J ai cueil - li 



la 



bel - le ro- - se, 



< . r 



j i r i r r i r i r r i f r 



J ai cueil li la bel - le ro- se Qui pen- 



r r i r r i r 



r 



dait au ro - sier blanc, La bel- le ro- - se, 



r r I r r i f r i r r i r F f . i J. ; 



Qui pen dait au ro-sier blanC, La bel - le ros du 



f 






ro - sier blanc. 



J ai cueilli la belle rose (bis) 
Oui pendait au rosier blanc, 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA IO7 

La belle rose, 
Qui pendait au rosier blanc, 
La belle ros du rosier blanc. 



Je 1 ai cueilli feuille a feuille, (bis) 
Mis dans mon tablier blanc, 

La belle rose, 

Mis dans mon tablier blanc, 
La belle ros du rosier blanc. 

Je 1 ai porte chez mon pere, (bis) 
Entre Paris et Rouen, 

La belle rose, 
Entre Paris et Rouen, 
La belle ros du rosier blanc. 

Je n ai pas trouve personne... (bis) 
Que le rossignol chantant, 

La belle rose, 
Que le rossignol chantant, 
La belle ros du rosier blanc. 

Qui me dit dans son langage : (bis) 
- Mari -toi, car il est temps, 

La belle rose, 
Mari -toi, car il est temps, 
La belle ros du rosier blanc. 

Comment veux-tu que j m y marie ? (6s) 
Mon pere en est pas content, 

La belle rose, 

Mon pere en est pas content, 
La belle ros du rosier blanc. 

Ni mon pere, ni ma mere, (bis) 
Ni aucun de mes parents, 

La belle rose, 
Ni aucun de mes parents, 
La belle ros du rosier blanc. 



IO8 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Je m en irai en service, (bis) 
En service pour un an, 

La belle rose, 
En service pour un an, 
La belle ros du rosier blanc. 

- Combien gagnez-vous, la belle, (bis) 
Combien gagnez-vous par an ? 

La belle rose, 

Combien gagnez-vous par an ? 
La belle ros du rosier blanc. 

Je gagne bien cinq cents livres, (bis) 
Cinq cents livr s en argent blanc, 

La belle rose, 

Cinq cents livr s en argent blanc, 
La belle ros du rosier blanc. 

Venez avec nous, la belle, (bis) 
Nous vous en donn rons six cents, 

La belle rose, 

Nous vous en donn rons six cents, 
La belle ros du rosier blanc. 



AH 1 QUI ME PASSERA LE BOIS ?... 

J etais en partie de peche au lac Saint-Pierre lorsque 
j entendis pour la premiere fois cette remarquable melodic 
que chantait un homme de la campagne en battant la mesure 
avec son aviron. Je fus tellement frappe de 1 etrangete de 
ce chant que j insistai pour qu il me le repetat plusieurs fois. 
Le pauvre homme ne pouvait s imaginer ce que je pouvais 
trouver de si beau dans sa chanson, et ce ne fut pas sans un 
peu de defiance qu il consentit a me la redire. Je crois 1 avoir 
notee exactement comme il me la chantait. II me semble, 
cependant, qu il ne faisait pas la note fa tout a fait naturelle 
dans la premiere phrase : Ah ! qui me passer a le bois ?... mais 
il ne faisait certainement pas le fa diese non plus. Je lui 
chantai moi-meme la melodic, lentement, avec le fa diese : 
il hocha la tete en faisant signe que non ; je la repetai alors 
avec le fa naturel, et, cette fois, il parut content. 

La phraseologie tout inusitee de cette melodic indique 
clairement qu elle doit etre fort ancienne. Inutile de dire 
qu il ne faut pas songer a lui aj outer un accompagnement. 
Elle appartient a une tonalite dans laquelle pas un des maitres 
de 1 art moderne n a ecrit, et qui, a parler franchement, nous 
est a peu pres inconnue; or, on sait que 1 harmonie, telle que 
nous 1 entendons aujourd hui, est incompatible avec tout 
ce qui n est pas tonalite europeenne moderne ; que ce n est 
qu en assimilant les modes antiques a nos modes majeur et 
mineur, c est-a-dire en faisant disparaitre des premiers ce 
qu ils ont de caracteristique que 1 usage de notre harmonic 
dissonante devient possible. D ailleurs, est-il bien sur qu un 
grand nombre de nos melodies populaires ne soient pas incom- 
patibles avec toute harmonic, meme purement consonnante ? 
Pour ma part, je le crois, bien que je sache que beaucoup de 
musiciens pensent le contraire. C est le propre des musiciens 



HO CHANSONS POPULAIRES 

de ces derniers siecles, comme 1 a si bien fait remarquer 
M. Fetis, de ne pouvoir s imaginer une musique quelconque 
sans harmonic. C est qu en effet, la tonalite qui nous est 
familiere, avec ses modes a note sensible exclusifs, etant es- 
sentiellement harmonique, on a peine a comprendre qu il 
puisse en etre autrement d une autre tonalite. Si 1 histoire 
n etait pas la pour nous le dire, on ne voudrait pas croire qu il 
fut un temps ou Ton faisait de belle, d admirable musique 
sans le secours de l harmonie ; que les premieres notions de 
cette science etaient inconnues en Italie jusqu a ce qu elles 
y fussent apportees par les peuplades barbares du nord de 
1 Europe qui envahirent tant de fois la peninsule dans les 
premiers siecles de 1 ere chretienne. 

Pour ce qui est de la melodic qui nous occupe, en par- 
ticulier, on peut sans doute lui ajuster un accompagnement 
quelconque, mais non sans lui faire perdre de 1 allure, du 
caractere qui lui est propre ; allure et caractere que les vir- 
tuoses campagnards savent si bien lui donner. 

J ignore si la melodic de Ah ! qui me passer a le bois ? est 
connue en France ; je sais seulement qu on y chante encore 
quelques fragments des paroles que Ton va voir ci-apres. 



11 J J J J f 



Ah ! qui me pas - se ra le bois, Moi qui suis si pe- 

; J j n 



ti te ? Ce se- ra monsieur que voi - la : N a - t-il pas bonne 



j 1 1 J J- 



mi ne ? la Somm s-nous au mi lieu du bois ? 



J * ~~" 



Somm s-nous a la n - ve ? 



DU CANADA III 



Ah ! qui me passera le bois, 
Moi qui suis si petite ? 
Ce sera monsieur que voila : 
N a-t-il pas bonne mine ? la ! 
Somm s-nous au milieu du bois ? 
Somm s-nous a la rive ? 

Ce sera monsieur que voila : 
N a-t-il pas bonne mine ? 
Quand nous fum s au milieu du bois 
II se mit a courire, la ! 
Somm s-nous au milieu, etc. 

Quand nous fum s au milieu du bois, 
II se mit a courire. 

- Oh ! qu a -vous done, mon bon monsieur, 
Qu a -vous a tant courire, la ! 

Somm s nous au milieu, etc. 

Oh ! qu a -vous done, mon bon monsieur, 
Qu a -vous a tant courire ? 

- J en tends venir des loups, la-bas, 
Qui nous suiv a la rive, la ! 
Somm s-nous au milieu, etc. 

J entends venir des loups, la-bas, 
Qui nous suiv a la rive. 
Quand ils eur nt traverse le bois 
La bell se mit a rire, la ! 
Somm s-nous au milieu, etc. 

Quand ils eur nt traverse le bois 
L,a bell se mit a rire. 

- Bell qu avez-vous, bell qu avez-vous, 
Qu avez-vous a tant rire ? la ! 
Somm s-nous au milieu, etc. 

Bell qu avez-vous, bell qu avez-vous, 

Qu avez-vous a tant rire ? 

Je ris de toi, je ris de moi, 



112 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

De ta poltronnerie, la ! 
Somm s-nous au milieu, etc. 

Je ris de toi, je ris de moi, 

De ta poltronnerie ; 

D avoir pris les perdrix du bois 

Pour des loups en furie, la ! 

Somm s-nous au milieu du bois ? 

Somm s-nous a la rive ? 



SUR LE PONT D AVIGNON 

Le celebre pont de 1 ancienne capitale du Comtat d Avi 
gnon a ete constmit vers le onzieme siecle. 

M. 1 abbe J. Lebourdais m a dit avoir chante la chanson 
qui va suivre en traversant ce pont fameux, au grand eton- 
nement de ses conrpagnons de voyage, qui ne pouvaient com- 
prendre comment une pareille vieillerie avait pu se conserver 
en Canada. 

On chante dans le district des Trois- Rivieres : 




Sur le pont d A- vi - gnon, Sur le pont d A - v\- 






gnon Trois da-mes, etc. 



Mais la version donnee ci-apres est peut-etre plus repandue. 

Les paroles que Ton va lire out ete recueillies a la Riviere- 
du-Loup, comte de Maskinonge. Je donne les derniers cou 
plets pour ce qu ils valent. 



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le pont d A 
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i mes s y pro- 

805 B 



ii4 

i 



CHANSONS POPULAIRES 



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me nent, ma don - dai- ne, Trois da - mes s y 






me - nent, ma don de. 



pro- 



Sur le pont d Avignon, (bis) 
Trois dames s y promenent, 

Ma dondaine, 
Trois dames s y promenent, 

Ma donde. 

Tout s trois s y promenant (bis} 
Laissent tomber leurs peignes, 
Ma dondaine, etc. 

Trois Allemands passant (bis) 
Ont ramasse les peignes, 
Ma dondaine, etc. 

- Allemands, Allemands, (bis) 
Ah ! rendez-moi mon peigne. 

Ma dondaine, etc. 

- Ton peign tu n auras pas (bis) 
Ou tu n ai paye mes peines, 
Ma dondaine, etc. 

- Ouel pa-ye-ment veux-tu ? (bis) 

- Un cheveu de toi, belle, 

Ma dondaine, etc. 

- Prends-un, prends en deux, (bis) 
Prends-en trois a ton aise, 

Ma dondaine, etc. 

Mais ne t en vante pas : (bis) 
Tout gargon qui se vante, 
Ma dondaine, etc. 



DU CANADA 

On les estime pas, (bis) 
Car ils ont femme en France, 
Ma dondaine, etc. 

Et des petits enfants (bis) 
Qui vont battre a la grange, 

Ma dondaine, 
Qui vont battre a la grange, 

Ma donde. 



115 



HIER SUR LE PONT D AVIGNON 

Cette charmante melodic, avec son rythme partie binaire 
partie ternaire, mais toujours gracieux, est moins connue 
que la melodic qui precede. La poesie non moins charmante 
qui 1 accompagne se chante encore aujourd hui, du moins 
en partie, dans le canton de Vaud, en Suisse. 



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Hi - er, sur le pont d Avignon, Hi - er, sur le pont 



d A-vi - gnon, J ai oui chan - ter la bel- le, Ion la, J ai 



t 



oui chan - ter la bel- 
VARIANTE : 



: f f j / 



oui chan-ter la bel - le, Ion la, J ai 



oui chan-ter la 



bel - le. 



Hier, sur le pont d Avignon (bis) 
J ai ou i chanter la belle, 

Lon la, 
J ai ou i chanter la belle. 

Elle chantait d un ton si doux : (bis) 
Comme une demoiselle, 
I,on la, etc. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 117 

Cue le fils du roi 1 entendit (bis) 
Du logis de son pere. 
L,on la, etc. 

II appela ses serviteurs, (bis) 
Valets et chambrieres. 
la, etc. 



- a que 1 on bride mon cheval (bis) 
Et lui mette sa selle. 

Lon la, etc. 

- Monsieur, ou voulez-vous aller ? (bis) 
Ce n est qu une bergere. 

Lon la, etc. 

- Bergere ou non je veux la voir, (bis) 
Ou que mon cheval creve, 

Lon la, 
Ou que mon cheval creve. 



SUR LE PONT D AVIGNON TOUT LE MONDE Y 

PASSE 

Void une troisieme chanson ou figure le pont d Avignon. 
J ignore si tout le departement de Vaucluse pourrait en 
fournir autant. C est possible cependant. car les habitants 
de cette partie de la France sont de grands chanteurs. Leur 
gout musical tout a fait remarquable est du en partie, sans 
doute, a 1 enseignement de 1 ecole de musique creee par les 
papes d Avignon. Le passage de la cour romaine se fait 
sentir encore aujourd hui dans tout ce pays qui avoisine le 
mont Ventoux et le Luberon, et que traversent le Rhone 
et la Durance. 

Cette ronde m a etc chantee par M. LaRue. 



















A. " 


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Sur le pont d A. - vi - gnon, tout le moade y pas - se, 



FIN. 



Sur le pool d A - vi - gnon, tout ie inonde y pas - se. 



fe 



Les messieurs font comm ci, Les da - mes font comin 



D. C. 



Sur le pont d Avignon 



(bis) 



Tout le monne y passe. 
Les messieurs font comm ci, (on ote son chapeau) 
dames font comm ga. (on fait la reverence] 



DANS LES CHANTIERS NOUS HIVERNERONS 

M. J. C. Tache, dans sa belle etude de moeurs canadiennes 
intitulee : Forestiers et Voyageurs, n a pas oublie de faire une 
mention speciale de cette chanson par excellence de tout 
forestier canadien. Je cite : 

... A Fheure con venue du lendemain, nous vlmes arriver 
nos jeunes compagnons de route. Us venaient, piquant au 
plus court, a travers la neige des champs, montes sur leurs 
raquettes. Us chantaient, sur un air aussi degage que leur 
allure de voltige, le gai refrain des bucherons canadiens : 

Voici 1 hiver arrive, 

Les rivieres sont gelees, 

C est le temps d aller au bois 

Manger du lard et des pois ! 
Dans les chantiers nous hivernerons ! 
Dans les chantiers nous hivernerons ! 

Je serais bien empeche, ami lecteur, de vous donner les 
autres couplets de cette chanson, attendu que, sauf ce prelude 
oblige,., tout le reste s improvise pour repondre aux besoins 
des circonstances. 

II est cependant une stance qu on chante presque tou jours 
pour cloture de la saison des chantiers ; mais celle-ci sur un 
ton quelque peu ennuye, avec une apparence affectee de fa 
tigue ; la voici : 



Quand a vient sur le printemps, 
Chacun craint le mauvais temps ; 
On est fatigue du pain, 
Pour du lard on n en a point. 

Dans les chantiers, ah ! n hivernerons plus ! 

Dans les chantiers, ah ! n hivernerons plus ! 



120 



CHANSONS POPULAIRES 



Le mot chantier, continue M. Tache, a diverses accep- 
tions : c est ainsi qu il signifie quelquefois 1 ensernble d un 
etablissement, ou 1 industrie ou 1 exploitation des bois elle- 
meme ; quelquefois le logement des ouvriers. C est de cette 
derniere acception que les anglais font usage dans le mot 
shanty (corruption de chantier) par lequel ils designent une 
hutte de colon . (Soirees Canadiennes, - - deuxieme annee, 
p. 24.) 

Les couplets qui suivent m ont ete chantes par M. Louis 
Blondin, de la Baie du Febvre. 



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1 



Voi ci 1 hi - ver ar - n - - ve, Les ri - vie - res 



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sont ge lees. C est le temps d al ier aux bois 



^ r i ) j i m j i j m 



Man - ger du lard et des pois ! Dans les chan- 



3E 



m 



tiers nous hi - ver- ne rons ! Dans les chan- tiers nous hi- 



ver - ne - rons ! 



Voici 1 hiver arrive, 
I<es rivieres sont gelees ; 
C est le temps d aller au bois 
Manger du lard et des pois. 

Dans les chantiers nous hivernerons ! 

Dans les chantiers nous hivernerons ! 



DU CANADA 121 

Pauv voyageur que t as d la misere ! 
Souvent tu couches par terre ; 
A la pluie, au mauvais temps, 
A la rigueur de tous les temps ! 
Dans les chantiers, etc. 

Quand tu arriv a Quebec, 
Souvent tu fais un gros bee. 
Tu vas trouver ton bourgeois 
Qu est la assis a son comptoi . 
Dans les chantiers, etc. 

- Je voudrais etre paye 
Pour le temps que j ai donne. 
Quand I bourgeois est en banqu route, 
II te renvoi manger des croutes. 
Dans les chantiers, etc. 

Quand tu retourn chez ton pere, 
Aussi pour revoir ta mere ; 
L,e bonhomme est a la porte, 
La bonn femme fait la gargotte. 
Dans les chantiers, etc. 

- Ah ! bonjour done, mon cher enfant ! 

Nous apport -tu ben d l argent ? 

Que 1 diable emport les chantiers ! 

Jamais d ma vie j y r tournerai ! 
Dans les chantiers, ah ! n hivernons plus! 
Dans les chantiers, ah ! n hivernons plus ! 

Ces couplets sont parfaits comme peinture de moeurs. 
En void un autre qui a bien son merite. II y est question 
d un bourgeois qui paie son monde en marchandises, comme cela 
d ailleurs se fait tres sou vent. L expression on se trouve 
clair veut dire ici qu il ne reste plus rien au credit clu tra- 
vailleur : 



122 



CHANSONS POPULA1RES 



Monsieur Dufroi c est un bon. bourgeois, 
Mais il n nous dorm pas grand mormaie. 
On travail ben tout 1 hiver ; 
Au printemps on se trouv clair ! 
Dans les chantiers, etc. 

Enfin voici trois autres couplets dont la forme differe un 
peu d avec celle des couplets precedents. La melodic, neces- 
sairement, s en trouve legerement affectee. 



J J 



A By town c est un jo - li place Oti il 






s ra- mass ben d la crasse ; Ou ya des jo - lies 



j. 



les Et aus - si des }o lis gar- cons. Dans 






1* 1* 



les chan - tiers nous hi ver - ne rons ! 



A Bytown c est un. joli place 

Ou il s ramass* ben d la crasse ; 

Ou ya des joli s filles 

Et aussi de jolis gargons. 

Dans les chantiers nous hivernerons ! 



Nous avons saute le I/ong-Sault, 

Nous 1 avons saute tout d un morceau ! 

Ah ! que 1 hiver est longue ! 

Dans les chantiers nous hivernerons ! 

Dans les chantiers nous hivernerons ! 



DU CANADA 123 



Via 1 automne qu est arrive. 
Tous les voyageurs vont monter. 
Nous n irons plus voir nos blondes, 
Dans les chantiers nous hivernerons ! 
Dans les chantiers nous hivernerons ! 



PETIT JEAN 

On ne saurait chanter ses malheurs plus gaiment que 
le pauvre petit Jean de ces couplets. L anomalie qu offre 
cette musique si allegre ajustee a des couplets si larmoyants, 
n a pas echappe a nos chanteurs campagnards, qui ajoutent 
encore au contraste en donnant a leurs voix certaines infle 
xions comiques qui se refusent a toute notation, et que j ai 
indiquees par des traits. 

On remarquera que cette melodic, dont 1 allure est toute 
tranche, toute naturelle, meme pour des oreilles accoutu- 
mees a la musique de Rossini, n appartient cependant ni 
au mode majeur ni au mode mineur. Je 1 ai traitee comme 
appartenant au premier mode de la tonalite ancienne, et 
voila pourquoi je n ai arme la clef que d un seul bemol. Si 
simple qu elle soit, cette petite melodic offre tine preuve frap- 
pante de ce fait important sur lequel j ai deja attire 1 attention 
du lecteur : qu il n est rien d irrationnel dans 1 existence de 
modes autres que cenx dans lesquels ecrivent tous les compo- 
siteurs de nos jours. 



Quand j e - tais chez mon pe - re, Lil, li li 



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n a ma - ri - er. . . 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 125 

Quand j etais chez mon pere, 
LU, li li HI, li li til, HI, HI, li, 
Quand j etais chez mon pere, 
Garcon a marier ; 
Garden a marie r-er-er, 
Garcon a marier... 

Je n avais rien a faire, 

Lil, H, li, etc. 
Je n avais rien a faire 
Ou une femme a chercher. (tei } 

A present j en ai-t-une 

Lil, li li, etc. 
A present j en ai-t-une 
Oui me fait enrager. (ter) 

Ell m envoi -t-a 1 ouvrage 

Lil, H li, etc. 

Ell m envoi -t-a 1 ouvrage 
Sans boir ni sans manger, (ter) 

Ouand je reviens d l ouvrage, 

Lil, H, H, etc. 

Quand je reviens d l ouvrage, 
Tout mouille, tout glace... (ter) 

Je m asseois sur la porte, 

Lil, li li, etc. 

Je m asseois sur la porte 
Comme un pauvre etranger. (ter) 

- Rentre, petit Jean, rentre, 
Lil, li H, etc. 

Rentre, petit Jean, rentre, 
Rentre te recha.uffer ! (ter) 

Soupe, petit Jean, soupe, 
Lil, li li, etc. 



126 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Soupe, petit Jean, soupe ! 
Pour moi j ai bien soupe. (ter) 

J ai mange deux oies grasses, 

Lil, li li, etc. 

J ai mange deux oies grasses 
Et trois pigeons lardes. (ter\ 

Les os sont sous la table, 

Lil, li li, etc. 
Les os sont sous la table, 
Si ty veux les ronger. (ter) 

P tit Jean baisse la tete, 

Lil, li li, etc. 
P tit Jean baisse la tete 
Et se met a brailler. (ter) 

Braille, petit Jean, braille ! 
Lil, li li lil, li li lil, HI, lil, li, 
Braille, petit Jean, braille, 
Et moi je vais chanter ! 
Et moi je vais chanter-er-er. 
Et moi je vais chanter ! 



AU BO IS DU ROSSIGNOLET 

Je n ai pas etc pen surpris d entendre chanter cette chanson 
par madame S***, de Saint-Andre (comte de Kamouraska). 
Je ne 1 avals jamais entendue auparavant et ne la connaissais 
que pour 1 avoir vue dans un recueil francais. Les paroles 
sont les memes, a tres peu de chose pres, que celles de la 
version francaise, et bien que notre air ait une allure plus 
campagnarde, il ressemble cependant beaucoup a 1 air note 
dans les Chansons populaires des provinces de France, ouvrage 
public par MM. Champfleury et Wekerlin. 

Cette chanson est franc-comtoise. 

Les paysans franc-comtois, dit M. Champfleury, chantent 
toujours a 1 unisson. Ils ne se doutent pas de 1 harmonie 
et n ont pas le plus leger sentiment de la tierce ni de la basse ; 
mais ou le paysan deploie de 1 art, c est dans certains points 
d orgue qui ressemblent a la toilette des farauds du village. 
Les femmes nasillent d une voix trainante, avec des chevrote- 
ments qui servent de fioriture... 

Mon ami Max Buchon, eleve a 1 ecole d Auerbach, le 
romancier allemand, introduisit a son exemple des chansons 
populaires dans ses romans. Au bois rossignolet parut (sans 
musique) dans une de ses scenes de la Franche-Comte. Une 
dame de Neufchatel, en lisant cette chanson, se rappela 1 avoir 
entendue dans sa jeunesse. Et Neufchatel est au revers 
du Jura. La chanson avait grimpe et descendu la chaine 
de montagnes ... 

Si ces pages viennent a tomber sous les yeux de M. Champ 
fleury, il verra que la chanson franc-comtoise, qu il sait deja 
avoir grimpe sur les montagnes, a su aussi traverser les mers. 



128 



CHANSONS POPULAIRES 



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M en al- lant pro-me ner (re le re le) Le 






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long du grand che- min (re- lin re- lin) Le long du grand che- 









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Je me suis en- dor - mi (re - li re li) A 



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1 om (re- lorn re- lorn)- bre sous (re - lou re - lou) - z- un 



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pin (re-lin re-Iin) Au bois du ros - si-gno let (re- let re-let) Au 



bois du ros-si-gno - let. 

M en allant promener (rele rele) 

Le long du grand chemin (relin relin) 

Le long du grand chemin, 

Je me suis endormi (reli reli) 

A l om-(relom relom)-bre, sous (relou relou)-z-un pin (relin relin). 

Au bois du rossignolet (relet relet) 

Au bois du rossignolet. 

Je me suis endormi (reli reli ) 

A 1 ombre, sous un pin (relin relin) 

A 1 ombre, sous un pin. 

Je me suis reveille (rele rele), 

Le pin (relin relin) etait (relait relait) fleuri (reli reli). 

Au bois du rossignolet (relet relet) 

Au bois du rossignolet. 

Je me suis reveille (rele rele), 
Le pin etait fleuri (reli reli) 
Le pin etait fleuri. 



DU CANADA 

Ah ! j ai pris mon couteau (relo relo), 

La bran-(relan relan)-che j ai (rele rele )coupee (rele rele), 

Au bois du rossignolet (relet relet) 

Au bois du rossignolet. 

Ah ! j ai pris mon couteau (relo relo), 

La branche j ai coupee (rele rele) 

La branche j ai coupee ; 

Je m en fis un flutiau (relo relo), 

Un fla-(rela rela)-geolet (relet relet) aussi (reli reli). 

Au bois du rossignolet (relet relet) 

Au bois du rossignolet. 

Je m en fis un flutiau (relo relo), 

Un flageolet aussi (reli reli) 

Un flageolet aussi ; 

M en allant en chantant (relan relan) 

Le long (relon relon) du grand (relan relan) chemin (relin relin) 

Au bois du rossignolet (relet relet) 

Au bois tlu rossignolet. 

M en allant en chantant (relan relan) 
Le long du grand chemin (relin relin) 
Le long du grand chemin. 

- Ah ! savez-vous, messieurs (releu releu), 

Ce que (rele rele) ma flu-(relu relu)-te a dit (reli reli) ? 
Au bois du rossignolet (relet relet) 
Au bois du rossignolet. 

Ah ! savez-vous, messieurs, (releu releu) 
Ce que ma flfite a dit (reli reli) 
Ce que ma flute a dit ? 

- Ah ! qu il est doux d aimer (rele rele) 

La fi-(reli reli) -11 de son (relon relon) voisin (relin relin) ! 
Au bois du rossignolet (relet relet) 
Au bois du rossignolet. 

Ah ! qu il est doux d aimer (rele rele) 

La fill de son voisin (relin relin) 

9 "05 B 



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I3O CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

La fill de son voisin ! 

Quand on 1 a vu le soi-(rela rela)-r 

On la (rela rela )voit le (rele rele) matin (relin relin). 

Au bois du rossignolet (relet relet) 

Au bois du rossignolet. 



FENDEZ LE BO IS, CHAUFFEZ LE FOUR 

Beaumarchais a dit quelque part : Ce qui ne vaut pas 
la peine d etre dit on le chante . Assurement les couplets 
qui suivent justifient parfaitement cet axiome ; cependant, 
la petite melodic qui les accompagne est si delicate, si belle, 
qu elle leur prete une certaine poesie. Je me souviens que 
lorsque, tout enfant, j entendais chanter ces deux vers, par 
une pure et douce voix de femme : 

Tons mes parents venaient m y voir ; 
Celui que j ainie lie vient pas... 

j eprouvais un sentiment de melancolie d un charme inde- 
finissable. Taut il est vrai que le vers le plus ordinaire 
peut faire jaillir les larmes lorsqu il est ennobli par une 
melodic distinguee ou meme par les simples accents d une 
triste et naive cantilene populaire. 

Des variantes de cette chanson se chantent dans le Cam- 
bresis, la Saintonge, 1 Aunis et 1 Angoumois. Les airs ne 
ressemblent pas aux notres. 










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Der - rier chez nous 



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champ de pois, 



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Derrier chez nous. ya champ de pois: J en cueil-lis deux, j en 



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man - geai trois. Fen-dez le bois, chauf- fez le four, 



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Reprise dc la dcrniere 
artie d volmite. 



Dormez la belle, il n est point jour. 



132 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Derrier cliez nous, ya champ de pois : (bis) 
J en cueillis deux, j en mangeai trois. 
Fendez le bois, chauffez le four, 
Dormez la belle, il n est point jour. 

J en cueillis deux, j en mangeai trois ; (bis) 
J en fus malade, au lit, trois mois. 
Fendez le bois, etc. 

J en fus malade, au lit, trois mois ; (bis) 
Tous mes parents venaient m y voir. 
Fendez le Vjois, etc. 

Tous mes parents venaient m y voir ; (bis) 
Celui que j aime ne vient pas. 
Fendez le bois, etc. 

Celui que j aime ne vient pas... (bis) 
Je 1 apercois venir la-bas. 
Fendez le bois, chauffez le four, 
Dormez la belle, il n est point jour. 



MON PERE AVAIT UN BEAU CHAMP DE POIS 

(Air recueilli par M. I abbe C. H. Laverdiere). 

Void encore un type de melodic populaire. Je ne la con- 
naissais pas avant qu elle me fut passee par M. Laverdiere, 
mais en jetant les yeux sur cette.musique je me suis aussitot 
rappele les chants monotones et melancoliques, meme dans leur 
gaite, d une bonne vieille femme, que je voyais sou vent dans 
mon enfance, et qui, du matin au soir, faisait tourner son 
rouet en fredonnant a demi-voix les chansons du temps passe. 

Cette melodic a etc recueillie dans la cote de Beaupre. 



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Mon per a - vait un beau champ de pois, 



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Doux, venez vous promm ner a-vec moi. J en cueilla deux, j en 



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man - gis trois. D ou ve - nez - vous, bel - le ? 









Doux, ve-nez-vous promm ner ; D ou ve- nez-vous, bel - le ? 






Doux, ve-nez-vous promm ner a - vec moi. 



Mon pere avait un beau champ de pois. 
Doux, venez vous promm ner avec moi. 



134 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

J en cueilla deux, j en mangis trois. 

D ou venez-vous, belle ? 

Doux, venez vous promm ner ; 

D ou venez-vous, belle ? 
Doux, venez vous promm ner avec moi. 

(Pour les autres paroles, voir Fendez le bois, chauffez le four.) 



BAL CHEZ BOULE 

M. Ph. Aubert de Gaspe m a dit que ces couplets sont 
probablement originaires de Saint Francois ou de Saint- 
Pierre de la Riviere du Sud. Voici, au reste, 1 anecdote a 
1 occasion de laquelle ils furent composes, telle que racontee 
par M. de Gaspe dans Les Anciens Canadiens : 

... Ceci me rappelle 1 aventure d un pauvre diable d amoureux qui avait 
mene sa belle a un bal, sans Stre invites ; ils furent, quoique survenants, recus 
avec politesse : mais le jeune homme cut la maladresse de faire tomber en 
dansant la fille de la maison, ce qui fut accueilli aux grands eclats de rire de 
toute la societe ; mais le pere de la jeune fille, un psu brutal de son metier, 
et indigne de 1 affront qu elle avait re9ue, ne fit iii un ni deux ; il prit mon 
Jose Blais par les epaules et le jeta a la porte ; il fit ensuite des excuses a la 
belle, et ne voulut pas la laisser partir . 

L expression : soulier fran$ais que le lecteur rencontrera 
dans ces couplets, est encore generalement usitee a la cam- 
pagne pour designer une chaussure a forme europeenne, et 
par opposition avec le nom de soulier sauvage donne a une 
chaussure en cuir ordinaire affectant la forme des souliers 
de caribou fabriques par les sauvagesses. Le mot francais 
est ici synonyme d europeen ; c est assez dire que cette 
expression remonte aux temps deja eloignes ou notre seul com 
merce avec 1 Angleterre consistait dans 1 echange de coups 
de canon. 



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chez Bou le, Mais il n i ra per - sonn que 



136 CHANSONS POPULAIRES 



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ceux qui sav nt dan ser, Vp - gue, ma - ri - nier 



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vo - gue, Vo - gue beau ma- n nier. 

Dimanche, apres les vepr s, } r aura bal chez Boule ; 
Mais il n ira personn que ceux qui sav nt danser. 

Vogue marinier, vogue, 

Vogue, beau marinier. 

Mais il n ira personn que ceux qui sav nt danser. 
Jose Blais, comrn les autr s, voulut itou yaller. 
Vogue, etc. 

Jose Blais, comm les autr s, voulut itou yaller. 
- Non, lui dit sa maitress , t iras quand 1 train s ra fe. 
Vogue, etc. 

Non, lui dit sa maitress , t iras quand 1 train s ra fe. 
II s en fut a 1 etabl ses animaux soigner. 
Vogue, etc. 

II s en fut a 1 etabl ses animaux soigner ; 
Prit Barrett par la corne et Rougett par le pied. 
Vogue, etc. 

Prit Barrett par la corne et Rougett par le pied ; 
II saute a 1 ecuri pour les chevaux gratter. 
Vogue, etc. 

II saute a 1 ecuri pour les chevaux gratter ; 
Se sauve a la maison quand ils fur nt etrilles. 
Vogue, etc. 

Se sauve a la maison quand ils fur nt etrilles ; 
Mit sa bell veste rouge et son capot barre. 
Vogue, etc. 



DU CANADA 137 

Mit sa bell veste rouge et son capot barre ; 
Mit son beau fichu noir et ses souliers frances. 
Vogue, etc. 

Mit son beau fichu noir et ses souliers frances, 
S en va chercher Lisett quand il fut ben greye. 
Vogue, etc. 

S en va chercher Lisett quand il fut ben greye. 
On le mit a la port pour apprendre a danser. 
Vogue, etc. 

On le mit a la port pour apprendre a danser, 
Mais on garda Lisett , qui s est ben consolee. 

Vogue marinier, vogue, 

Vogue, beau marinier. 



C EST DANS LA VILLE DE ROUEN 

M. de Gaspe a imite le rythme et la forme de ces couplets 
dans la ronde de lutins qu il fait chanter au jovial Jose, dans 
Les Anciens Canadiens : 



C est notre terre d Orleans (bis) 
Qu est le pays des beaux enfants, 

Toure-loure ; 
Dansons a 1 entour, 

Toure-loure ; 
Dansons a 1 entour. 

Venez-y tous en survenants, (bis) 
Sorciers, lezards, crapauds, serpents, 

Toure-loure ; 
Dansons a 1 entour, 

Toure-loure ; 
Dansons a 1 entour. 

Yenez-y tous en survenants, (bis) 
Impies, athees et mecreants, 

Toure-loure ; 
Dansons a 1 entour, 

Toure-loure ; 
Dansons a 1 entour . 



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vil - le de Rouen, Us ont f ait un pa - te si grand, L en- 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 139 



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tour tour lou - re, Dansons a Ten - tour, tour lour, 



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Dan - sons a 1 en - tou - re. 

C est dans la ville de Rouen, (bis) 
Us ont fait un pate si grand, 

L entour tourloure, 
Dansons a 1 entour, tourlour, 

Dansons a 1 entoure. 

Us ont fait un pate si grand, (bis) 
Qu ils ont trouve un homm dedans. 

L entour tourloure, 

Dansons a 1 entour, etc. 

Qu ils ont trouve un homm dedans, (bi-s) 
Us ont trouve encor ben plus, 

L entour tourloure, 

Dansons a 1 entour, etc. 

Us ont trouve encor ben plus : (bis) 
Us ont trouve un chat poilu ! 

L entour tourloure, 
Dansons a 1 entour, tourlour, 

Dansons a 1 entoure. 



MARIANNE S EN VA-T-AU MOULIN 

Cette chanson est tres connue en France cm on la chante 
avec nombre de variantes, de meme qu en Canada. Dans 
les versions francaises se trouve le mot : Martin auquel 
nous avons substitue : Catin . On y trouve aussi la locu 
tion : Elle monte sur son ane , au lieu de : A cheval sur 
son ane . Le fait est que nos campagnards ne savent pas 
parler pertinemment des anes, qu ils ne connaissent, pour 
la plupart, que par tradition. On sait que les anes n ont 
jamais pu se propager en Canada ; ce qui, comme le disait 
naguere un grave professeur d histoire, est assez consolant, 
apres tout. 



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Ma - ri - ann s en va- t au mou - lin, Ma- 






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ri- ann s en va - t-au mou - lin, C est pour y fair mou- 



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dre son grain, C est pour y fair mou- dre son grain, 



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S en al- lant au mou 



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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 141 

Mariann s en va-t-au moulin, (bis) 

C est pour y fair moudre son grain ; (bis) 

A cheval sur son ane, 
Ma p tit mamzeir Marianne, 
A cheval sur son ane Catin, 

S en allant au moulin. 



Le meunier, qui la voit venir, (bis) 
S empresse aussitot de lui dire : 
- Attachez-donc votre ane, 
Ma p tit mamzell Marianne, 
Attachez done votre ane Catin, 
Par derrier le moulin. 



Pendant que le moulin marchait, (bis) 
Le loup tout a 1 entour rodait. (bis) 

Le loup a mange 1 ane, 
Ma p tit mamzeir Marianne, 
Le loup a mange 1 ane Catin, 

Par derrier le moulin. 



Mariann se mit a pleurer. (bis) 
Cent ecus d or lui a donnes (bis) 

Pour acheter un ane, 
Ma p tit mamzeir Marianne, 
Pour acheter un ane, Catin, 

En r venant du moulin. 



Son pere qui la voit venir (bis) 
Ne put s empecher de lui dire : (bis) 

- Qu avez-vous fait d votre ane, 
Ma p tit mamzeir Marianne. 
Ou avez-vous fait d votre ane Catin, 
En allant au moulin ? 



- C est aujourd hui la Saint-Michel, (bis) 
Que tous les an s changent de poil. (bis) 



142 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

J vous ramen le meme ane, 
Ma p tit mamzeir Marianne, 
J vous ramen le meme ane, Catin, 
Qui m porta au moulin. 



TENAOUICHE TENAGA, OUICH KA ! 

Si j etais de la force de M. Ernest Renan, je decouvrirais 
sans doute un sens profond dans les mots : Tenaouiche, tenaga, 
ouictika ! qui composent le refrain de ces couplets, et j en 
tirerais des consequences d une belle perfidie entouree de 
miel, aux acclamations des badauds emerveilles de ma science 
profonde. Mais comme je suis loin d etre d une pareille 
force, j avouerai tout bonnement que je n entends rien a ce 
baragouin. 

Au reste, ces mots etranges ne sont, probablement, que 
de limitation de sauvage, comme savent en faire tous les 
jeunes enfants, et comme j en ai entendu faire souvent moi- 
meme par mes petits camarades, lorsque, imitant 1 homme 
des bois dans son commerce avec les blancs, ils se vendaient 
gravement entre eux le fruit de leur derniere chasse : dix 
mille peaux de castors, cent mille orignaux, cinq cents mille 
caribous, represented par des jointees de noisettes, de bluets 
ou de cerises a grappes. 

La deuxieme version de cette chanson, que Ton verra plus 
loin, est a mon sens, tres interessante. Ce n est rien autre 
chose qu une variante canadienne de Malbrough. Le te- 
naouiche et les vieux sauvages sont places la pour la couleur 
locale. 



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CHANSONS POPULAIRES 



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ouich te - na - ga, Te - na - ouich te - na 

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C etait un vieux sauvage 
Tout noir, tout barbouilla, 

Ouich ka ! 

Avec sa vieill couverte 
Et son sac a tabac. 

Ouich ka ! 

Ah ! ah ! tenaouich tenaga, 
Tenaouich tenaga, ouich ka ! 

Avec sa vieill couverte 
Et son sac a tabac. 

Ouich ka ! 

- Ton camarade est more, 
Est mort et enterra. 

Ouich ka ! 

Ah ! ah ! tenaouich tenaga, 
Tenaouich tenaga, ouich ka ! 

Ton camarade est more, 
Est mort et enterra. 

Ouich ka ! 

C est quatre vieux sauvages 
Oui port nt les coins du drap. 

Ouich ka ! 

Ah ! ah ! tenaouich tenaga, 
Tenaouich tenega, ouich ka ! 

C est quatre vieux sauvages, 
Oui port nt les coins du drap, 
Ouich ka ! 



DU CANADA 145 

Et deux vieill s sauvagesses 
Qui chant nt le libera. 

Ouich ka ! 

Ah ! ah ! tenaouich tenaga, 
Tenaouich tenega, ouich ka ! 

AUTRE VERSION recueillie par M. J. A. Malouin : 

Mon mari est en guerre, 
Ne salt s il reviendra 

Ouich ka ! 

Ell monta dans sa chambre, 
Si haut qu ell put, monta 

Ouich ka ! 

Ah ! ah ! tenaouich tenaga, 
Tenaouich tenaga, ouich ka ! 

Regard par la fenetre 
Pour voir son beau pagea. 

- Ah ! dis-moi done beau page, 
Quell nouvelle apporta ? 

- L,es nouvell s que j apporte 
Tes doux yeux pleurera. 

Ton mari il est mort, 
Et mort et enterra ! 

II fut porte en terre 
Par quatre-z-officias. 

Trois, quatre vieux sauvages 
Portaient les coins du drap. 

Et deux vieilles sauvagesses 
Chantaient le libera. 



10 



805 B 



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LA FILLE DU ROI D ESPAGNE 

Si, au lieu de La fille du roi d Espagne , la chanson disait : 
La fille des empereurs d Autriche , on pourrait peut-etre 
y voir une allusion a 1 adresse de la reine Marie Antoinette, 
qui, dans son jardin du Petit Trianon, a Versailles, se livrait 
a des habitudes de fermiere. Mais les paysans ne savent pas 
faire de ces malices-la. 

La musique 1 emporte de beaucoup sur les paroles, dans 
cette chanson. Confessons toutefois que ces couplets ou 
il est dit que la fille d un roi veut app^endre a battre la 
lessive , sont d une naivete qui fait sourire mais qui ne 
cheque pas. Au reste, pour quiconque connait le peuple a 
fond, cette maniere de faire parler une princesse comme une 
paysanne n offre rien d etrange. II est plus d ane naivete 
de ce genre dans les contes populaires : dans cek i de Jean 
I Sot, par exemple, ou le heros dit a son fils : 

Tu vas aller chez le roi ; tu lui diras : Bonjour monsieur 
le roi. Papa vous fait bien ses compliments ; il demande si 
vous voudriez lui preter votre demi-minot ! 

M. J. Bujeaud, dans ses Chants et Chansons des provinces 
de I Quest, donne une version de cette chanson dans laqueile 
la fille du roi d Espagne casse d abord son badras (battoir), 
puis laisse tomber son anneau a la mer. Le reste de la chan 
son est comme notre version d Isabea^t s y promene. L air 
donne par M. Bujeaud ne ressemble pas au notre. Une autre 
version de cette chanson, donnee par M. de Beaurepaire 
(C est sur le pont de Nantes], se chante avec le refrain que nous 
connaissons ici : Vogue, beau marinier. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



147 



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La fill du roi d Es - pa 



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ma - ri-mer, vo - - gue ! Veut apprendre un me - tier, 



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Vo - gue, ma- ri - nier ! Veut apprendre un me- 



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tier. Vo - gue, ma - ri - nier ! 

La fill du roi d Espagne, 
Vogue, marinier, vogue ! 
Veut apprendre un metier, 

Vogue, marinier ! 
Veut apprendre un metier. 

Vogue, marinier ! 

A battre la lessive, 
Vogue, marinier, vogue ! 
La battre et la couler, 

Vogue, marinier ! 
La battre et la couler. 

Vogue, marinier ! 



AH ! SI MON MOINE VOULAIT DANSER ! 

Le mot moine n est guere connu dans son acception 
ordinaire par nos habitants de la campagne qui ne donnent 
ce nom qu au petit jouet de bois appele en France : toupie 
d Allemagne . 

Moine est aussi le nom d un meuble de bois, inconnu dans 
ce pays, dans lequel on suspend un rechaud rempli de braise 
et dont on se sert pour bassiner le lit. Ce meuble est quelque- 
fois forme d un cylindre de bois, creuse et double en tole, 
dans lequel on introduit un fer chaud. 

Le proverbe : Faute d un moine I abbaye ne manque pas, 
veut dire que 1 absence d une personne attendue ne doit pas 
empecher une partie de plaisir d avoir lieu ou une affaire 
de se conclure. On sait que cet autre proverbe : L habit 
ne fait pas le moine, signifie qu il ne faut pas juger des gens 
par Fapparence ; qu un vetement pauvre est souvent porte 
par un homme de merite. 



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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 149 



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7 



n entends pas la dan - - se ; Tu n entends pas mon mou- 

<!, J j i J* j* 



lin, Ion, la, Tu n entends pas mon mou - lin mar-cher. 

Ah ! si mon moine voulait danser ! (bis) 
Un capuchon je lui donnere (rais) (bis) 

Danse, mon moin , danse ! 

Tu n entends pas la danse, 
Tu n entends pas mon moulin, Ion, la, 
Tu n entends pas mon moulin marcher. 

All ! si mon moine voulait danser ! (bis) 
Un ceinturon je lui donnerais ! (bis) 
Danse, etc. 

Ah ! si mon moine voulait danser ! (bis) 
Un chapelet, je lui donnerais. (bis) 
Danse, etc. 

Ah ! si mon moine voulait danser ! (bis) 
Un froc de bur je lui donnerais. (bis) 
Danse, etc. 

Ah ! si mon moine voulait danser ! (bis) 
Un beau psautier je lui donnerais. (bis) 
Danse, etc. 

S il n avait fait vreu de pauvrete ! (bis) 
Bien d autres chos je lui donnerais. (bis) 

Danse, mon moin , danse ! 

Tu n entends pas la danse, 
Tu n entends pas mon moulin, Ion, la, 
Tu n entends pas mon moulin marcher. 



LE JUIF-ERRANT 

Cette belle complainte du Juif-Errant se chante sur un 
air qui n a pas la prevention d en faire oublier les paroles, 
mais qui, a la longue, et surtout lorsqu on 1 entend chan 
ter par des gens du peuple, finit par toucher. Cette triste 
mais belle allegoric est en grande partie oubliee aujourd hui, 
meme dans nos campagnes. 



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Est - il rien sur la ter- re Qui soit plus sur- pre- 



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nant Que la gran - -de mi - se - re Du pauvre Juif - Er- 







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rant ? Que son sort mal- heu - reux Pa - rait triste et fa- 

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cheux ! 



Est-il rien sur la terre 
Qui soit plus surprenant 
Que la grande misere 
Du pauvre Juif-Errant ? 
Que son sort malheureux 
Parait triste et facheux ! 

Un jour pres de la ville 
De Bruxell s, en Brabant, 
Des bourgeois fort dociles 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

L/accoster en passant : 
Jamais ils n avai nt vu 
Un homme si barbu ! 



Son habit, tout difforme 
Et tres-mal arrange, 
Leur fit croir que cet homme 
Etait fort etranger ; 
Portant comme ouvrier, 
D vant lui un tablier. 

On lui dit : Bon jour maitre, 
De grace accordez-nous 
L,a satisfaction d etre 
Un moment avec vous ; 
Ne nous refusez pas, 
Tardez un peu vos pas. 

- Messieurs, je vous proteste 
Que j ai bien du malheur : 
Jamais je ne m arrete 

Ni ici, ni ailleurs ; 

Par beau ou mauvais temps 

Je marche incessamment. 

- Entrez dans cette auberge, 
Venerable vieillard ; 

D un pot de biere fraiche 
Vous prendrez votre part ; 
Nous vous regalerons 
Le mieux que nous pourrons. 

- J acceptrais de boire 
Deux coups avecque vous, 
Mais je ne puis m asseoire : 
Je dois rester debout. 

Je suis en verite 
Confus de vos bontes. 



152 CHANSONS POPULAIRES 

- Ah ! de savoir votre age 
Nous serions fort curieux ; 
A voir votre visage, 
Vous paraissez bien vieux ; 
Vous avez bien cent ans, 
Vous montrez bien autant. 



- La vieillesse me gene ; 
J ai bien dix-huit cents ans. 
Chose sure et certaine, 

Je passe encore douze ans : 
J avais douze ans passe 
Quand Jesus-Christ est ne. 

- N etes-vous point cet homme 
De qui Ton parle tant ? 

Que 1 Ecriture nomine 
Isa c, le Juif-Errant ? 
De grace, dites-nous, 
Si c est surement vous. 

- Isaac Laquedemme 
Pour nom me fut donne ; 
Ne a Jerusalemme, 
Ville bien renommee. 
Oui, c est moi, mes enfants, 
Qui suis le Juif-Errant ! 

Juste ciel, que rna ronde 
Est penible pour moi ! 
Je fais le tour du monde 
Pour la cinquieme fois ! 
Chacun meurt a son tour, 
Et moi je vis toujours ! 



Je traverse les merres, 
Les rivier s, les ruisseaux, 
forets, les deserres, 



DU CANADA 153 

Les montagn s, les coteaux, 
Les plaines, les vallons : 
Tous chemins me sont bons. 



J ai vu dedans 1 Europe 
Ainsi que dans 1 Asie, 
Des bataill s et des chocques 
Qui coutai nt bien des vies : 
Je les ai traverses 
Sans y etre blesse. 

J ai vu dans 1 Amerique, 

C est une verite, 

Ainsi que datis 1 Afrique 

Grande mortalite : 

La mort ne me peut rien, 

Je m en apersois bien. 

Je n ai point de ressource 

En maison ni en bien ; 

J ai cinq sous dans ma bourse, 

Voila tout mon moyen ; 

En tous lieux, en tous temps 

J en ai toujours autant. 

- Nous pensions comme un songe 
Le recit de vos maux ; 
Nous traitions de mensonges 
Tous vos plus grands travaux : 
Aujourd hui nous voyons 
Que nous nous meprenions. 

Vous etiez done coupable 
De quelque grand peche 
Pour que Dieu tout aimable 
Vous ait tant afflige ? 
Dites-nous 1 occasion 
De cette punition. 



154 CHANSONS POPULAIRES 

- C est ma cruelle audace 
Qui cause mon malheur ; 
Si mon crime s efface, 
J aurai bien du bonheur : 
J ai traite mon Sauveur 
Avec trop de rigueur. 



Sur le mont du Caivaire 
Jesus portait sa croix ; 
II me dit, debonnaire, 
Passant devant chez moi : 
Veux-tu bien, mon ami, 
Que je repose ici ? 



Moi, brutal et rebelle, 
Je lui dis sans raison : 
Otes-toi, criminelle, 
De devant ma maison ; 
Avance et marche done, 
Car tu me f ais affront ! 



Jesus, la bonte meme, 
Me dit en soupirant : 
Tu marcheras toi-meme 
Pendant plus de mille ans ! 
Le dernier jugement 
Finira ton tourment . 



De chez moi, a 1 heur mme, 
Je sortis bien chagrin ; 
Avec douleur extreme 
Je me mis en chemin. 
De ce jour-la je suis 
En marche jour et nuit. 



DU CANADA 155 

Messieurs, le temps me presse ; 
Adieu la compagnie ; 
Grace a votr politesse ! 
Je vous en remercie : 
Je suis trop tourmente 
Quand je suis arrete. 



J AI FAIT UNE MAITRESSE 

On aimera a lire ici tine notice de M. LaRue sur cette 
charmante poesie populaire : 

Dans la Revue Contemporaine de 1863, (31 octobre,) on peut lire une savante 
critique par M. Adrien Donnodevie, des ceuvres en langue prove^ale du celebre 
poete Mistral. M. Donnodevie nous donne la traduction fran9aise d un des 
chants du jeune poete, pour lequel le savant critique ne saurait trouver trop 
d eloges. Laissons-le parler lui-meme. 

... Le troisieme chant nous fait assister a une assemblee joyeuse et ba,billarde 
i) de jeunes filles reunies au mas de Micocoules, et occupees a depouiller des 
cocons ; elles parlent de leursamours.de leurs projets; elles font des chateaux... 
en Provence, rappellent les beaux souvenirs du pays. Taven, la sorciere, ra- 
conte la curieuse legende du patre de Luberon ; plus espiegle que les autres, 
Norade decouvre a demi le secret de Mireille ; celle-ci rougit, mais s en defend, 
et dit que plutot que d avoir un mari, elle aimerait mieux se faire nonne dans 
un couvent : Oh ! oh ! s ecrient les jeunes filles, c est comme Magali, Magali 
qui echappa a I amour par mille subterfuges, qui se faisait pam.pre, oiseau qui 
vole, rayon qui brille, et qui pourtant, tomba amoureuse a son tour . Et 
sur les instances de ses compagnes, Nore, la belle chanteuse, se met a dire 
la ravissante aubade de Magali. Cette chanson est-elle 1 ceuvre propre du 
i) poete, ou en a-t-il trouve 1 idee et quelques fragments dans la memoire po- 
pulaire, et l a-t-il tres habilement arrange ? c est ce que nous ne pouvons 
decider .... 

Or, c est ce qu il est tres facile de decider : il sufnt pour cela, de mettre 
en regard quelques strophes de la chanson provencale avec quelques couplets 
d une de nos chansons populaires canadiennes . (Foyer Canadien, annee 1865, 
p. 72.) 

Voici une traduction de l aubade de Mireio du poete 
Mistral : 

O Magali ! ma tant aimee Mets la tete a ta fenetre Ecoute un peu cette 
aubade de tambourins et de violons Le ciel est la-haut plein d etoiles Le 
vent est tombe Mais les etoiles paliront en te voyant. 

Pas plus que du murmure des branches De ton aubade je me soucie 

- Mais je m en vais dans la mer blonde Me faire anguille du rocher. 

O Magali ! si tu te fais Le poisson de 1 onde Moi, le pe cheur je me ferai, 

- Je te pgcherai. 

Oh ! mais si tu te fais pecheur Quand tu jetteras tes filets Je me ferai 
1 oiseau qui vole Je m envolerai dans les landes. 

O Magali, si tu te fais 1 oiseau de 1 air Je me ferai, moi, le chasseur. 
Je te chasserai. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 157 

Aux perdreaux aux bees fins, Si tu viens tendre tes lacets, Je me 
feral 1 herbe fleurie, Et me cacherai dans les pres vastes. 

O Magali ! si tu te fais La marguerite, Je me ferai, moi, 1 eau limpide, 

- Je te rafraichirai. 

Si tu te fais 1 onde limpide, -- Je me ferai, moi, le grand nuage, Et 
promptement je m en irai ainsi En Amerique, la-bas, bien loin. 

O Magali ! si tu t en vas Aux lointaines Indes, Je me ferai, moi, 
le vent de mer, -- Je te porterai. 

Si tu te fais le vent marin, -- Je fuirai d un autre cote, -- Je me ferai 
1 echappee ardente Du grand soleil qui fond la glace. 

O Magali ! si tu te fais -- Le rayon du soleil, - - Je me ferai, moi, le 
vert lezard, Je te boirai. 

Si tu te rends la salamandre Qui se cache dans le hallier, Je me ren- 
drai la lune blanche qui, dans la nuit, -- Eclaire les sorciers. 

O Magali ! si tu te fais Lune sereine, Je me ferai, moi, belle brume, 

- Je t envelopperai. 

Va, poursuivant, cours, cours, - - Jamais tu ne m atteindras, - - Moi 
de 1 ecorce d un grand chene Je me vetirai dans la foret sombre. 

O Magali ! si tu te fais L arbre des mornes, Je me ferai, moi, la touffe 
de lierre, -- Je t embrasserai. 

Si tu veux m embrasser, Tu ne saisiras qu un vieux chene... Je me ferai 
blunche nonnette Du monastere du grand Saint-Blaise. 

O Magali ! si tu te fais Nonnette blanche, Moi, pretre a confesse, - 
Je t entendrai... 

Si du couvent tu passes les portes, Tu trouveras toutes les nonnes 
Autour de moi, errantes, Car en suaire tu me verras. 

O Magali ! si tu te fais La pauvre morte, Adoncques je me ferai la terre : 
La, je t aurai ! 

A present, je commence enfin a croire Que tu ne me paries pas en 
riant : Voici mon annelet de verre Pour souvenir, beau jouvenceau. 

O Magali ! tu me fais du bien... Mais, des qu elles font vu, O Magali ! 
vois les etoiles Comme elles ont pali ! 

La delicieuse musique que Gounod a ecrite sur cette don- 
nee de Mistral, est bien connue a Quebec. 

On chante en France, dans le Bourbonnais, une version 
de cette chanson qui differe a peine de notre version canadien- 
ne, quant aux paroles. II me semble evident que notre air 
n est pas 1 air primitif, car le rythme de la poesie ne se plie 
que difficilement a celui de la melodic ; de la ces syllabes 
ajoutees : Si tu te mets docteure... Je me metterai secure , 
etc. Je ne connais pas 1 air de la version bourbonnaise. 



158 



CHANSONS POPULAIRES 



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J ai fait u ne mai - tres se, ya pas long- 



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temps, J ai fait u - ne mai tres se, ya pas long- 



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temps : J i - rai la voir di - man - che, di- 



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manch j i rai ; Je fe - rai la de - man - de 



ma bien ai - mee. 

J ai fait une maitresse, ya pas longtemps. (bis) 
J irai la voir dimanche, dimanch j irai ; 
Je ferai la demande a ma bien-aimee. 

Ah ! si tu viens dimanche, j n y serai pas ; (bis) 
Je me metterai biche dans un beau champ ; 
De moi tu n auras pas de contentement. 

Ah ! si tu te mets biche dans un beau champ, (bis) 
Je me mettrai chasseure, j irai chasser ; 
Je chasserai la biche ma bien-aimee. 

Si tu te mets chasseure pour me chasser, (bis) 
Je me metterai carpe, dans un etang : 
De moi tu n auras pas de contentement. 

Ah ! si tu te mets carpe dans un etang, (bis) 
Je me mettrai pecheure pour te pecher : 
Je pecherai la carpe, ma bien-aimee. 

Si tu te mets pecheure pour me pecher, (bis) 
Je me mettrai malade dans un lit blanc : 
De moi tu n auras pas de contentement. 



DU CANADA 159 

Si tu te mets malade dans un lit blanc, (bis) 
Je me mettrai docteure pour te soigner : 
Je soignerai la belle, ma bien-aimee. 

Si tu te mets docteure pour me soigner, (bis) 
Je me metterai soeure dans un couvent, 
De moi tu n auras pas de contentement. 

Ah ! si tu te mets soeure dans un couvent, (bis) 
Je me mettrai precheure ; j irai precher ; 
Je precherai le coeur de ma bien-aimee. 

Si tu te mets precheure pour me precher, (bis) 
Je me mettrai soleille, au firmament : 
De moi tu n auras pas de contentement. 

Si tu te mets soleille au firmament, (bis) 
Je me mettrai nuage pour te cacher : 
Je cacherai la belle, ma bien-aimee. 

Si tu te mets nuage pour me cacher, (bis) 
Je me mettrai saint Pierre, au paradis : 
Je n ouvrirai la porte qu a mes bons amis. 



LE P TIT BOIS D L AIL 

Le beau chanteiix qui a fait la chanson du P tit bois d l ail 
a evidemment voulu la mener sur 1 air de J ai fait une mai- 
tresse, mais il lui aura etc plus facile de changer un peu la 
forme de la strophe, des le premier couplet ; de la alteration 
dans la melodic. 

Les paroles de cette chanson sont tout a fait couleur locale, 
et, partant, elles sont precieuses a recueillir. 

Le petit bois de Fail est le nom d une concession de la 
paroisse du Cap-Sante. C est la qu est ne notre artiste- 
peintre M. le chevalier Falardeau. 




Qui veut sa voir la lis - te des i - vrogn" 




a pr - sent ? 



C est dans le P tit bois d Ail - le 




f I 



Yen a-t-un re - gi - ment ; 



Et raoi, le 




ca - pi - taine, Et Fran - <;ois, le Gros, mar - chand ; 









douard y porte 



en - sei - gne, Au bout du re - gi- 



ment. 



Qui veut savoir la liste 
Des ivrogn a. present ? 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA l6l 

C est dans le P tit bois dTAille 

Yen a-t-un regiment ; 

Et moi le capitaine, 

Et Francois le Gros, marchand ; 

Edouard y porte enseigne 

Au bout du regiment. 

Par un dimanche au soir 
M en allant promener, 
Et moi et puis Fra^ois, 
Tous deux de compagnee, 
Chez le bonhotnm Gauthier 
Nous avons te veiller ; 
Je vais vous raconter 
Le tour qui m est arrive. 

J y allumai ma pipe 
Comm c etait la fa^on, 
Disant quelques paroles 
Aux gens de la maison. 
Je dis a Delima : 

- Me permettriez-vous 
De m eloigner des autres 
Pour m approcher de vous ? 

- Ah ! oui, vraiment, dit-elle, 
Avec un grand plaisir. 

Tu es venu ce soir 

C est seul ment pour en rire : 

Tu es trop infidele 

Pour me parler d amour ; 

T as ta p tit Jeremie 

Que tu aimes toujours. 

Revenons au bonhomme 
Qu est dans son lit couche, 
Criant a haute voix : 
-- Lima, va te coucher ! 
Les gens de la campagne, 
Des ville et des faubourgs, 

805 B 



l62 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Retirez-vous d icite 

Car il fait bientot jour ! 

J n attends pas qu on me 1 dise 

Pour la seconde fois, 

Et je dis a Francois : 

T en viens-tu quand et moi (avec moi) ? 

Bonsoir ma Delima, 

Je file mon chemin ! 

Je m en allais nu-tete, 

Mon chapeau a la main. 

Va t en faire tes plaintes 
A monsieur le cure ; 
Dis-lui que sa paroisse 
Est tout bouleversee ; 
Dis-lui que sa paroisse 
Est sens dessus dessous, 
Que dans le P tit bois d Aille 
On n y voit qu des gens souls. 

On dit que je suis fier, 

Ivrogne et paresseux. 

Du vin dans ma bouteille 

J en ai ben quand je veux ; 

On ne voit point de graisse 

Figer sur mon capot ; 

II est toujours ben net-te 

Quoiqu il ne soit pas beau. 



ET MOI JE M ENFOUIYAIS 

Cette chanson, dont la morale profonde n echappera a 
personne, se chante en France, dans la Vendee et dans le 
Cambresis. Voir les Chants et Chansons de M. Bujeaud, 
page 50 (Le peureux), et 1 ouvrage deja cite de MM. Durieux 
et Bruyelle, page 202 (Les rewords). 

J ai recueilli cet air dans le comte de Kamouraska. 



J f\f t 



En pas - sant pres d un rnou - Iin, Que le mou- 



^ 



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3 



Iin mar - chait, Que le mou - Iin mar - chait, Et dans son 



rf.b 1 J" / f := w = \ J" f i" T ;" * i -J 1 r r S 131 ? 

Y * ^ [? ^ E ^ i J E M 1 ? 



jo - li chant di - sait : Ke- ti- ke- ti- ke tac, Ke-ti- ke- ti- ke- 



t J J J hpj_ J | J f. g ^ 



tac ; Moi je croy - ais qu il di - sait : Attrappe, attrappe, at- 



3 



P 



r- 



trappe ! attrappe, attrappe, at - trappe ! Et moi je m en - foui- 



foui... Et moi je m en - foui 

En passant pres d un moulin, 
Que le moulin marchait, (bis) 
Et dans son joli chant disait : 
Ketiketiketac, ketiketiketac ; 
Moi je croyais qu il disait : 



yais. 



164 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Attrappe, attrappe, attrappe ! attrappe, attrappe, attrappe ! 
Et moi je m enfoui-foui... 
Et moi je m enfouiyais. 

En passant pres d un prairie, 

Oue les faucheurs fauchaient, (bis) 

Et dans leur joli chant disaient : 

Ah ! 1 beau faucheur ! ah ! 1 beau faucheur ! 

Moi je croyais qu ils disaient : 

Ah ! v la 1 voleur ! ah ! via 1 voleur ! 

Et moi je m enfoui-foui... 

Et moi je m enfouiyais. 

En passant pres d une eglise, 
Que les chantres chantaient, (bis) 
Et dans leur joli chant disaient : 
Alleluia ! Alleluia ! 
Moi je croyais qu ils disaient : 
Ah ! le voila ! ah ! le voila ! 
Et moi je m enfoui-foui... 
Et moi je m enfouiyais. 

En passant pres d un poulailler, 
Que les poules chantaient, (bis) 
Et dans leur joli chant disaient : 
Coucouricou, coucouricou ; 
Moi je croyais qu ell s disaient : 
Coupons-y 1 cou ! coupons-y 1 cou ! 
Et moi je m enfoui-foui... 
Et moi je m enfouiyais. 



DANS MA MAIN DROITE JE TIENS ROSIER 

Les danses rondes tenaient autrefois une place conside 
rable dans les amusements populaires. Voici comment s exe 
cute celle dont la musique est notee ci-dessous : 

Les jeunes gens se tiennent tous par la main, formant 
un cercle, et se mettent a tourner autour du centre ; seuls 
les vieux parents font tapisserie et veillent au decorum. 
Le plus vieux ou le meilleur chanteur de la bande entonne 
alors : 

Dans ina main droite je tiens rosier... 

les autres danseurs chantent aussi avec lui, ad libitum, mais 
en laissant toujours dominer la voix du soliste obligate. 
Au second couplet le chanteur fait passer au milieu du rond 
le jeune garcon ou la jeune fille qu il tient de sa main droite, 
en disant : 

Entrez en danse joli rosier... 
puis, si les danseurs sont tous de la famille, il ajoute : 

Et embrassez, manon Ion la, 
Et embrassez qui vous plaira... 

mais s il y a des etrangers dans la danse, - - des etranges, 
comme on dit dans certaines localites, - on dit presque 
toujours : 

Et saluez, manon Ion la, 
Et sqluez qui vous plaira. 

Les danseurs s arretent alors, puis,. 1 embrassade ou le salut 
fait, on se met a tourner de nouveau ; celui qui etait au 
centre de la chaine passe a la gauche du chanteur, qui fait 
faire la meme ceremonie a son nouveau voisin de droite ; 



i66 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



et ainsi de suite jusqu a ce que chaque danseur et chaque 
danseuse ait ainsi indique aux yeux de tous 1 objet de sa 
predilection. 

Cette ronde est connue en France, clans 1 Angoumois, le 
Poitou, le Saintonge et 1 Aunis. 



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Dans ma main droite je tiens rosier, (bis) 
Qui fleurira, manon Ion la, 
Qui fleurira au mois de mai. 

Entrez en danse, joli rosier ! (bis) 
Et embrassez (saluez) manon Ion la, 
Et embrassez (saluez) qui vous plaira. 



J AI TANT D ENFANTS A MARIER ! 

Cette jolie ronde se chante dans le nord et 1 ouest de la 
France. Elle s execute de la meme maniere que la prece- 
dente ; seulement, lorsque le chanteur dit : 

Faites le pot a deux anses ; 
Regardez comme Ton danse... 

celui ou celle qui se trouve au centre de la chaine leve les 
coudes et se met les poings sur les cotes. 





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ment pou-voir en ma - n - er tant. 

J ai tant d enfants a marier ! 
J ai tant d enfants a marier ! 
Grand Dieu ! je n sais comment 
Pouvoir en marier tant. 

Mademoiselle, on parle a vous ; 
On dit que vous aimez beaucoup. 
Si c est vrai que vous aimez, 
Entrez dans la danse, entrez ! 



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i68 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



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Faites le pot a deux anses ; 
Regardez comme Ton danse ; 
Fermez la bouche ; ouvrez les yeux ; 
Saluez qui vous plaira mieux. 



AH! QUI MARIERONS-NOUS ! 

Ici deux des danseurs passent au milieu du rond et se 
font mutuellement saluts et reverences. Cette ronde est fort 
gracieuse, comme danse et comme musique. On la chante 
en France, dans le Cambresis. 



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m ai - me... Oui j ai me- rai qut m ai- me ra. 



Ah ! qui marierons-nous ? (bis) 

Mademoisell , ce sera vous, 

Par 1 assemble d amour. 

Oui j aimerai qui m airn... qui rn aime. 

Oui j aimerai qui m aimera. 

L,ui donn rons pour epoux ? (bis) 
Mon doux monsieur, ce sera vous, 
Par 1 assemble d amour. 
Oui j aimerai, etc. 

Amour, saluez-vous ! (bis) 
Saluez-vous cinq ou six coups, 



I7O CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Par I assemble d amour. 
Oui j aimerai, etc. 

Amours, retirez-vous ! (bis) 

Retirez-vous chacun chez vous, 

Par 1 assemble d amour. 

Oui j aimerai qui m aim... qui m aime... 

Oui j aimerai qui m aimera. 



J AI TROUVE LE NIQUE DE LIEVRE 

Encore une ancienne ronde. Elle se danse comme Dans 
ma main droite je tiens rosier ; la seule difference est qu aux 



mots : 



Sautons ! 
Dansons !.... 



chacun saute a qui mieux mieux. 

Cette ronde a ete plaisamment parodiee dans une tragedie- 
bouffe intitulee : Le Defricheur de langues, dirigee centre les 
ecrivains de La Ruche litter air e, et dont on a attribue avec 
raison la paternite a MM. J. C. Tache et F. A. H. LaRue. 
Le docteur Wells a aussi contribue a cette satire ; il en a 
ecrit un vers, et ce n est pas le moins bon de la piece. 



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J ai trouve le nique du lievre, 
Mais le lievr n y etait pas : 



172 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

L,e matin, quand il se leve, 
II emport le lit, les draps. 

vSautons ! 

Dansons ! 

Bell bergere, entrez en danse : 
Saluez qui vous plaira ! 



EN REVENANT DE LA JOLIE ROCHELLE 

Vrai melodic populaire, monotone, un pen triste dans 
sa joyeusete et son allure antique. 

Cette chanson est sans doute d origine francaise. Je la 
note ici avec la pensee qu elle eveillera peut-etre un doux 
souvenir dans le cceur de quelque cousin d outre-mer. 

Quel est 1 homme eclaire, a dit M. Scudo, quel est L artiste devenu celebre 
qui ne se rappelle la simple histoire, 1 image naive ou la melodic rustique qui 
ont charme son enfance et dont 1 impression lui est restee inefl a^able, malgre 
tout ce que son gout a pu lui dire depuis contre ces begayements de la muse 
populaire ?. Tel grand compositeur qui remplit le monde du bruit de ses 
chefs-d oeuvre ne peut s empecher de rever et de s attendrir en ecoutant le 
refrain plaintif qui lui apporte un souvenir du pays qui 1 a vu naftre . 



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me ! 



En revenant de la joli Rochelle, (bis) 
J ai rencontre trois jolies demoiselles. 
La voila ma mi qu mon coeur aime tant ! 
I/a voila ma mi qu mon cceur aime ! 

J ai rencontre trois jolies demoiselles ; (bis) 
J ai point choisi, mais j ai pris la plus belle. 
La voila ma mie, etc. 



174 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

J ai point choisi, mais j ai pris la plus belle ; (bis) 
J l y fis monter derrier moi, sur ma selle. 
La voila ma mie, etc. 

J l y fis monter derrier moi, sur ma selle ; (bis) 
J y fis cent lieues sans parler avec elle. 
La voila ma mie, etc. 

J y fis cent lieues sans parler avec elle ; (bis) 
Au bout des cent lieues, ell me d mandit a boire. 
La voila ma mie, etc. 

Au bout des cent lieues, elle me d mandit a boire ; (bis) 
Je 1 ai menee aupres d une fontaine. 
La voila ma mie, etc. 

Je 1 ai menee aupres d une fontaine ; (bis) 
Quand ell fut la, ell ne voulut point boire. 
La voila ma mie, etc. 

Quand ell fut la, ell ne voulut point boire ; (bis) 
Je 1 ai menee au logis de son pere. 
La voila ma mie, etc. 

Je 1 ai menee au logis de son pere ; (bis) 
Quand ell fut la, ell buvait a pleins verres ; 
La voila ma mie, etc. 

Quand ell fut la, ell buvait a pleins verres ; (bis) 
A la sante de son pere et sa mere. 
La voila ma mie, etc. 

A la sante de son pere et sa mere ; (bis) 
A la sante de ses sceurs et ses freres. 
La voila ma mie, etc. 

A la sante de ses soeurs et ses freres ; (bis) 
A la sante d celui que son coeur aime. 
La voila ma mi qu mon coeur aime tant, 
La voila ma mi qu mon coeur aime ! 



MARIANSON, DAME JOLIE 

La complainte de Marianson doit etre fort ancienne. 
On y respire le moyen-age a pleins poumons... - - non pas 
le moyen-age dans ce qu il a de bon, mais dans ses faiblesses, 
et tel qu on a presque toujours le soin de le representer. 

Que le mal, qui est de tous les siecles, ait existe, dans le 
moyen-age, chez ces peuples de 1 Europe nouvellement con- 
quis a la foi et a peine sortis du paganisme et de la barbarie, 
nul ne songe a le nier. Mais il y a cette difference entre le 
mal de ces temps-la et le mal d aujourd hui que celui-ci est 
organise, qu il s etale au grand jour, qu il se glorifie lui-meme, 
qu il appelle heroisme, vertu, justice, 1 assassinat, la spoliation, 
1 injustice ; qu il nie 1 autorite divine ; que, par la bouche 
de ses societes secretes, il proclame ce principe : que la paix 
de I dme reside dans la negation de Dieu ; tandis que celui-la 
n est qu une defaillance passagere, souvent tres grave et 
tres blamable sans doute, mais qui rougit d elle-meme, ne 
cherche pas a se propager, et a laquelle survit toujours 
la foi. 

Au moyen-age, 1 action du christianisme s exercait sur une 
societe qui, je le repete, sortait de la barbarie. Ce que ces 
siecles ont produit de bon venait surtout du christianisme ; 
ce qu ils ont produit de mauvais venait surtout de la barba 
rie ; mais 1 organisation sociale creee par 1 Eglise, avec ses mille 
moyens de proteger les faibles, avec ses corporations et ses 
confreries, etait reellement admirable, et conduisait les peu 
ples de 1 Europe et la societe chretienne en general au plus 
grand bonheur terrestre qui se puisse imaginer. Le jour 
ou Ton consentira a retourner aux corporations du moyen- 
age, la question ouvriere sera resolue. 

Tout cela n empeche pas que le mari de Marianson, dame 
jolie, ait fait un bien mauvais coup ; mais il en a deja de- 
mande pardon... Le recit cependant eut ete plus complet 



176 



CHANSONS POPULAIRES 



et la couleur de 1 epoque mieux gardee si la complainte en 
eut fait un frere de la Merci, se vouant volontairement a 1 es- 
clavage pour expier son crime. 



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- Marianson, dame jolie, 
Ou est alle votre mari ? 



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Mon mari est alle-z-en guerre, 



Ah ! je ne sais s il reviendra. 

- Marianson, dame jolie, 
Pretez-moi vos anneaux dores. 



(bis) 



(bis) 



- Us sont dans 1 coffre, au pied du lit ; 
Ah ! prends les clefs et va les qu ri . 



- Bel orfevrier, bel orfevrier, 
Faites-moi des anneaux dores. 



(bis) 



Qu ils soy-ent faits aussi parfaits, 
Comm les ceuz de Marianson. 

Quand il a eu ses trois anneaux, 
Sur son cheval est embarque. 



(bis) 



(bis) 



(bis) 



Le premier qu il a rencontre, 
C etait 1 mari d Marianson. 



(bis) 



DU CANADA 177 

- Ah ! bonjour done, franc cavalier ; 



Quell nouvelT m as-tu apportee ? 

- Ah! des nouvell s je n en ai pas, . ., 
Que les ceuz de Marianson. 

- Marianson, dame jolie, 
Ell m a ete fidele assez. 

- Oui, je le crois, je le decrois : , ., . 
Voila les anneaux de ses doigts. 

Tu as menti ! franc cavalier : , 

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Ma temme m est ndele assez . 

Sa femm qu etait sur les remparts, , , . 
Et qui le voit venir la-bas : 

- II est malade ou bien fache, . . 
C est une chos bien assuree. 

Ah ! marnan, montre-lui son fils : . . 
a lui rejouira 1 esprit. 

- Ah ! tiens, mon fils, voila ton fils. , ., . 
Quel nom donn ras-tu a ton fils ? 

A 1 enfant ie donn rai un nom, 

A 1 1 ( IS ) 

A la mere, un mauvais renom. 

A pris 1 enfant par le maillot, . . 
Trois fois par terre il 1 a jete. 

Marianson, par les cheveux, )/,.> 
A son cheval l a-t-attachee. j 

II a marche trois jours, trois nuits, . ,, . 
Sans regarder par derrier lui. 

Au bout des trois jours et trois nuits, 
A regarde par derriere lui. 

.12 805 B 



178 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

- Marianson, dame jolie, 



Ou sont les anneaux de tes doigts ? I 

Us sont dans 1 coffre, au pied du lit ; ) . 

/ (bis) 
Ah ! prends les clefs et va les qu ri. 

II n eut pas fait trois tours de clef, I ., . 
Ses trois anneaux d or a trouves. j 

- Marianson, dame jolie, I ... . 
Quel bon chirurgien vous faut-il ? J 

- Le bon chirurgien qu il me faut, 



C est un bon drap pour m ensev lir. 



- Marianson, dame jolie, 
Votre mort m est-elle pardonnee ? 



(bis) 



- Oui ma mort vous est pardonnee.! .... 

i tots) 
Non pas la cell du nouveau-ne... 



ADAM ET EVE 

Une des strophes de cette complainte, celle ou un Re- 
dempteur est promis a nos premiers parents, rappelle la 
belle et pieuse legende du Crane d Adam ou du Calvaire : 

... Les soldats, en plantant la croix dans le sol, 1 ont disposee de sorte que 
le divin crucifie tourne le dos a Jerusalem, et etend ses bras vers les regions de 
1 occident. Le Soleil de la verite se couche sur la ville deicide, et se 16ve en 
meme temps sur la nouvelle Jerusalem, sur Rome, cette fiere cite, qui a la 
conscience de son eternite, mais qui ignore encore qu elle ne sera eternelle 
que par la Croix. 

L arbre du salut, en plongeant dans la terre, a rencontr6 une tombe ; et 
cette tombe est celle du premier homme. Le sang redempteur coulant le long 
du bois sacre descend sur un crane desseche ; et ce crane est celui d Adam, 
le grand coupable dont le crime a rendu n6cessaire une telle expiation. La 
misericorde du Fils de Dieu vient planter sur ces ossements endormis depuis 
tant de siScles le trophee du pardon, pour la honte de Satan, qui voulut un 
jour faire tourner la creation de rhomme a la confusion du Createur. La 
colline sur laquelle s eleve 1 etendard de notre salut s appelait le Calvaire, nom 
qui signifie un Crane humain ; et la tradition de Jerusalem porte que c est en 
ce lieu que fut enseveli le pere des homines et le premier pecheur. Les saints 
Docteurs des premiers siecles ont conserve a 1 Iiglise la memoire d un fait si frap- 
pant ; saint Basile, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint fipiphane, 
saint Jerome, joignent leur temoignage a celui d Origene si voisin des lieux ; 
et les traditions de 1 iconographie chretienne s unissant a celles de la piete, 
on a de bonne heure adopte la coutume de placer, en m6moire de ce grand fait, 
un crane humain au pied de 1 image du Sauveur en croix . (Dom Gueranger, 
Annie liturgique, cinquieme section, page 541.) 

Voici les quelques lignes que M. Champfleury consacre 
a la complainte d Adam et Eve dans ses Chansons populaires 
les provinces de France : 

Dans un jardin convert de fleurs est une complainte qu une dame a entendu 
chanter a un pauvre dans les environs de Montpellier. C est la complainte 
dans toute sa naivete, avec ses mots touchants, avec sa musique douce et plain 
tive, avec ses puerilites, avec ses beaux vers quelquefois, a-vec sa poesie, quoi 
qu en disent les poetes . 

M. Champfleury ne donne, dans son ouvrage, que les quatre 
premiers des vingt-trois couplets que Ton va voir ci-dessous. 
La melodic recueillie par M. Wekerlin et publiee dans le 



i8o 



CHANSONS POPULAIRES 



meme ouvrage, est semblable, presque note pour note, a celle 
que Ton chante en Canada. 



Dans un jar - din couvert de fleurs, Plein de, dou- 







ceurs, Dieu ere a 1 homme a son i - ma- ge. Ce beau 



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jour - tait la preuve et le vrai ga - ge De son a- 



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Dans uu jardin couvert de fleurs, 

Plein de douceurs, 
Dieu crea 1 homme a son image. 

Ce beau sejour 
Stait la preuve et le vrai gage 

De son amour. 

Adam etait assis tout seul 

Sous un tilleul, 
Stant couche sur 1 herbe tendre, 

Tranquillement, 
Un doux sommeil vint le surprendre 

Dans ce moment. 



Pendant qu il dort, son Createur 

Et son Auteur 
Lui enl va doucement un cote 

De son cote ; 
En forma un charmante femme 

Rare en beaute. 



DU CANADA l8l 



Adam la voyant, s ecria : 

Ah ! la voila ! 
Ah ! la voila celle que j aime, 

L os de mes os ; 
Donnez-moi-la, bonte supreme, 

Pour mon repos. 

Adam, pere du genre humain, 

Prit par la main 
Eve, cette charmante belle, 

Sa tendre epouse, 
Devant Dieu se jette avec elle 

A deux genoux. 

Dieu benit ce couple charmant 

Dans le moment. 
Un berceau tissu de verdure 

Fut leur logis ; 
De fleurs j aime la bigarrure 

De leur tapis. 

Dieu prit Adam et le conduit 

Aupres d un fruit, 
Lui disant : Mon fils, prend bien garde 

Ne touche pas 
A ce beau fruit que tu regardes, 

Grains le trepas. 

De ce lieu je te fais le roi, 

Tout est a toi. 
Mais souviens-toi de ma defense 

A 1 avenir, 
Et respect 1 arbre de science, 

D peur de mourir. 

Adam prit Eve et lui montra 

Cet arbre-la ; 
I/ui disant : Mon epous cherie, 

Garde-toi bien 
De le toucher, je t en supplie, 

Pour notre bien. 



1 82 CHANSONS POPULAIRES 

Ev s etant ecarte un jour, 

Dans un detour, 
Le serpent rencontra la belle 

Et lui parla. 
Le discours qu il eut avec elle 

Cher nous couta. 

- Salut a la divinite ! 

Rare beaute, 
Perle sans prix, vivante image 

Du souverain, 
L ornement, le plus bel ouvrage 

De ce jar din. 

Je te ferai part d un secret 

Dans ce bosquet : 
J ai acquis de la connaissance 

De ce beau fruit ; 
Viens done, tu sauras la science 

Qu il en produit. 

Mange ce fruit delicieux, 

Ouvre les yeux ! 
La friande cueillit la pomme : 

Elle en mangea ; 
Elle en porta a son cher homme 

Qui s affligea. 

- Ah ! malheureuse, d ou viens-tu ? 

Je suis perdu ! 
Quel est ce fruit ? ou done est 1 arbre ? 

Montre-le moi !... 
Mon cceur devient froid comme marbre 

Dis-moi pourquoi ! 

- Adam, Adam, entends ma voix, 

Sors de ce bois ! 
Dis-moi done pourquoi tu te caches ; 

Quelle raison... 
Et ne crois-tu pas que je sache 

Ta trahison ? 



DU CANADA 183 



- Mon Createur, j ai reconnu 

Que j etais nu ; 
Mais mon Auteur, mon divin Maitre, 

En verite, 
J ai honte de faire connaitre 

Ma nudite. 

- Approche-toi, monstre infernal, 

Auteur du mal. 
Si tu as detruit 1 innocence, 

Dis-moi pourquoi !... 
Je vais prononcer la sentence : 

Ecoute-moi ! 

T as servi d organe au demon : 

Point de pardon ! 
La terre pour ta nourriture 

Tu mangeras ; 
I/homme, dans sa juste colere, 

T ecrasera. 

Tu n as pas ecoute ma loi, 

Femme, pourquoi ? 
Mene une vie penitente ; 

Dans ma rigueur, 
Tu souffriras, lorsqu t enfant , 
De grand douleurs. 

Adam, tu mangeras ton pain 

Avec chagrin. 
Va cultiver la terre ingrate ; 

Sors de ce lieu ! 
Et n attends plus que je te flatte : 

Je suis ton Dieu . 

Je te fais mes derniers adieux 

I/es larm s aux yeux, 
Jardin charmant, heureux parterre !.. 

Quel triste sort ! 
Je m en vais cultiver la terre 

Jusqu a la mort ! 



184 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Un ange vint le consoler 

Et lui parler, 
Lui annongant que le Messie 

Viendrait un jour 
Naitre de la Vierge Marie, 

Pour leur amour. 

Enfin le temps si desire 

Est arrive. 
Dieu touche de notre misere, 

Envoie son Fils. 
Et voila le fruit salutaire 

Qu il a promis. 



UN JOUR L ENVF M A PRIS DE DESERTER DE 

FRANCE 

Une fort belle chanson ; tres ancienne, tres militaire, et 
partant toute fran^aise. 



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Un jour 1 envi m a pris 



(bis) 



De deserter de France. 

Dans mon chemin j ai rencontre 

Ma charmante beaute ; 

Je me suis arrete : 

C etait pour lui parler. 



Je vois venir, la-bas, 
Ah ! cinq ou six gendarmes. 
J ai mis mon habit bas, 
Mon sabre-z-a la main ; 
Je me suis battu la 
Comme un vaillant soldat. 



(bis) 



1 86 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

lye premier que je tuai, 



Ce fut mon capitaine. ( * 
Mon capitaine est mort, 
Et je m en souci fort ; 
II est mort en ce jour : 
Demain sera mon tour. 



Us m ont pris, ils m emmenent, . ., . . 

C est a la citadelle. 

Mon proces fut juge 

Par quatre grenadiers : 

C est d etre fusille 

Ou bien d etre tranche ! 



- Tirez-moi droit au cceur 
Ou bien dans la cervelle. 
Celui qui m aimera, 
Droit au cceur tirera, 
Pour me faire mourir 
Sans me fair trop souffrir. 



Ils 1 ont pris, ils I emmenent, , . 

C est a la Place d Armes. ( 

Lui ont bande les yeux 

Avec un mouchoir blanc... 

Je me suis eerie : 

La belle est sans amant !... 



DANS PARIS YA-T-UNE BRUNE PLUS BELLE 

QUE LE JOUR 

Cette jolie legende se chante dans le midi de la France, 
en patois provengal. (Voir les Chants populaires et histo- 
riques de la Provence, recueillis et annotes par M. D. Arbaud, 
page 133. vol. i.) On la chante aussi en langue frangaise 
dans les departements de Fouest. Dans les versions donnees 
par M. Bujeaud (La vielle d argent) et par M. Arbaud (Liseto), 
les ravisseurs ne se font pas cavaliers mais mendiants, et aussi 
un peu troubadours, car ils jouent d une vielle d argent ou 
d une mole endoree. Le tout se termine avec 1 enlevement. 
Le charmant couplet que nous chantons ici : 

Si vous m aviez mariee 
A 1 age de quinze ans, etc. 

fait defaut dans les deux versions frangaises. 

Notre air canadien, un des plus beaux et des plus carac- 
teristiques de ce recueil, I emporte aussi de beaucoup sur 
ceux de ces deux versions. II appartient au premier mode 
authentique de la tonalite ancienne, ce qui n ote rien a 
son merite. 



. 1 






Dans Pa - ris, ya- t-u-ne bru-ne Plus bell que le 






!^ 



jour ; Sont trois bourgeois de la vil - le Qui lui font I a- 



l88 



CHANSONS POPULAIRES 



J J J I j 



5 



mour, Qui lui font 1 a-mour, la lu - ret te, Qui lui 



J 



font 1 a - mour. 

Dans Paris ya-t-une brune 

Plus bell que le jour ; 

Sont trois bourgeois de la ville, 

Qui lui font 1 amour, 

Qui lui font 1 amour, la lurette, 

Qui lui font 1 amour. 



Sont trois bourgeois de la ville 
Qui lui font 1 amour. 
Us se disaient 1 un a 1 autre : 
Comment 1 aurions-nous ? 
Comment, etc. 

Us se disaient 1 un a 1 autre : 
Comment 1 aurions-nous ? 
Le plus jeun se mit a dire : 
Moi je sais le tour. 
Moi je sais, etc. 

Le plus jeun se mit a dire : 
Moi je sais le tour : 
Je me f rai faire une selle 
Avec tous ses atours. 
Avec, etc. 



Je me f rai faire une selle 
Avec tous ses atours : 
Et j irai de ville en ville 
Toujours a son nom. 
Toujours, etc. 



DU CANADA 189 

Et j irai de ville en. ville 
Tou jours a son nom. 

- Enseignez-moi done, mesdaraes, 
Le chemin des grands. 
lye chemin, etc. 



- Enseignez-moi done, mesdames, 
Le chemin des grands. 
Allez, allez done, ma fille, 
A ce pauvre passant. 
A ce pauvre, etc. 

Allez, allez done, ma fille, 
A ce pauvre passant ; 
Allez jusqu a la barriere : 
Revenez-vous-en . 
Revenez, etc. 

Allez jusqu a la barriere : 
Revenez-vous-en. 
L,a fille etait jeunette, 
Elle a te plus avant. 
Elle a te, etc. 

La fille tte etait jeunette, 
Elle a te plus avant ; 
Le galant qu est fort adroitte 
Lui a donne la main. 
Lui a donne, etc. 

Le galant qu est fort adroitte 
Lui a donne la main ; 
II la prit et il 1 emmene 
Sur son cheval blanc. 
Sur son cheval, etc. 

II la prit et il I emmene 
Sur son cheval blanc ; 



19 CHANSONS POPULAIRES 

Le cheval blanc qui les mene 
Va plus raid que le vent. 
Va plus raide, etc. 

lye cheval blanc qui les mene 
Va plus raid que le vent. 

- Adieu pere et adieu mere, 
Adieu tons mes parents ! 

Adieu, etc. 

Adieu pere et adieu mere, 
Adieu tous mes parents ! 
Si vous m aviez mariee 
A 1 age de quinze ans... 
A l age, etc. 

Si vous- m aviez mariee 
A l age de quinze ans, 
Je ne s rais point dans la ville 
Avec tous ces brigands. 
Avec tous, etc. 

Je ne s rais point dans la ville 
Avec tous ces brigands... 

- Je n suis point brigand, la belle, 
Je suis votre amant. 

Je suis, etc. 

Je n suis point brigand, la belle, 
Je suis votre amant. 
Versez, versez, dans mon verre, 
Dans mon verr , du vin. 
Dans mon verre, etc. 

Versez, versez, dans mon verre, 
Dans mon verr , du vin. 
A la sante de la belle 
Et de son amant. 
Et de son, etc. 



DU CANADA 

A la sante de la belle 

Et de son amant ; 

A son pere et a sa mere 

Et a tous ses parents. 

Et a tous ses parents, la lurette. 

Et a tous ses parents. 



PAR DERRIERE CHEZ MA XANTE YA-T-UN 

ARBRE PLANTE 

J avoue que j ai eu quelque mal a saisir le rythme et 
le mode de cette melodic etrange, promenee par une voix 
nasillarde et saccadee sur les degres vermoulus de 1 an 
tique echelle gregorienne. Grace a 1 inter valle de seconde 
majeure descendante, entre si et la, quatorzieme mesure, 
la melodic qui deja n appartenait pas au mode mineur, a 
cause de 1 absence de note sensible, s en eloigne encore da- 
vantage. Mais voici une nouvelle etrangete. Le musicien 
remarquera que la note fa est alteree par un diese, dans la 
onzieme mesure. II y a ici modulation ; ou plutot, pour 
parler le vieil langage d autrefois, il y a muance, c est-a-dire 
transposition passagere d un mode a un autre. Cette me 
lodic appartient done au premier mode authentique (premier 
ton), avec muance dans le quatrieme mode authentique ou 
dans le quatrieme mode plagal (septieme ou huitieme ton). 

Ces couplets se chantant dans le Saintonge, 1 Angoumois, 
1 Aunis et le Poitou, en frangais et en patois. Les airs 
francais sont differents du notre. 









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Par der - rier chez ma tant Ya - t-un ar- 



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bre plan - te ; Dans la plus hau - te branch Trois 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



193 



J | J] J | J. 



pi geons sont bran - ches. 



Vi - ve le ro sier 



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( y j J 

Du jo 


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i J: J 

sis de mai. 



Par derrier chez ma tante 
Ya-t-un arbre plante ; 
Dans la plus haute branche 
Trois pigeons sont branches. 

Vive le rosier 
Du joli mois de mai. 

Dans la plus haute branche 
Trois pigeons sont branches ; 
Ce sont trois demoiselles 
Qui leur port nt a manger, 
Vive le rosier, etc. 

Ce sont trois demoiselles 
Qui leur port nt a manger ; 
Un leur porte du seigle, 
L autre, du bled pile. 
Vive le rosier, etc. 

Un leur porte du seigle, 
L autre, du bled pile ; 
L autre leur porte a boire 
Dans un bassin dore. 
Vive le rosier, etc. 

L autre leur porte a boire 
Dans un bassin dore. 
Le roi, par la fenetre, 
Les regardait passer. 
Vive le rosier, etc. 

Le roi, par la fenetre, 
Les regardait passer : 



805 B 



194 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

- Ou vont-ell s, ces trois dames ? 
Ou vont-ell s s promener ? 

Vive le rosier, etc. 

Ou vont-ell s, ces trois dames ? 
Ou vont-ell s s promener ? 

- Nous ne somm s point des dames, 
Somm s fill s a marier. 

Vive le rosier, etc. 

Nous ne somm s point des dames, 
Somm s fill s a marier. 
Le roi prit la plus jeune, 
Dans la dans 1 a menee. 
Vive le rosier, etc. 

Le roi prit la plus jeune, 
Dans la dans 1 a menee ; 
A chaque tour de danse 
II voulait 1 embrasser. 
Vive le rosier, etc. 

A chaque tour de danse 
II voulait 1 embrasser : 

- Allez, allez, beau prince, 
Allez plus loin chercher. 

Vive le rosier 
Du joli mois de mai. 



J AI TROP GRAND PEUR DES LOUPS 

Ce refrain et cette melodie s adaptent a plusieurs autres 
chansons. C est la un genre de transposition assez a la 
mode a la campagne : ainsi on entend souvent chanter A 
la claire fontaine sur 1 air et avec le refrain de Gai Ion la, 
gai le rosier... etc., etc. J ai trop grand peur des loups est 
une chanson bien connue dans les environs de Quebec. On 
la chante aussi dans le Poitou, en France. L air poitevin 
est le meme que le notre. 



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M en re - ve - nant de la Ven - dee, 



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2 r. 











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M en re - ve-nant de la Ven - dee, Dans mon chemin j ai 



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ren - con - tre"... Vous m a - mu - sez tou - jours ; 



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J 



Jamais je m en i - - rai chez nous: J ai trop grand peur 



idta 



des loups. 

M en revenant de la Vendee, (bis) 
Dans mon chemin j ai rencontre... 

Vous m amusez tou jours ; 
Jamais je m en irai chez nous : 

J ai trop grand peur des loups. 



196 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Dans mou chemin j ai rencontre, (bis) 
Trois cavaliers fort bien montes. 
Vous m amusez, etc. 

Trois cavaliers fort bien montes, (bis) 
Deux a cheval et 1 autre a pied. 
Vous m amusez, etc. 

Deux a cheval et 1 autre a pied ; (bis) 
Celui d a pied m a demande... 
Vous m amusez, etc. 

Celui d a pied m a demande : (bis) 

- Ou irons-nous ce soir coucher ? 

Vous m amusez, etc. 

Ou irons-nous ce soir coucher ? (bis) 

- Chez nous, monsieur, si vous voulez 

Vous m amusez, etc. 

- Chez nous, monsieur, si vous voulez ; (bis) 
Vous y trouv rez un bon souper. 

Vous m amusez, etc. 

Vous y trouv rez un bon souper, (bis) 
Et de bons lits pour vous coucher. 
Vous m amusez, etc. 

Et de bons lits pour vous coucher. (bis) 
Ives cavaliers ont accepte. 

Vous m amusez toujours ; 
Jamais je m en irai chez nous : 

J ai trop grand peur des loups. 



J AI VU LE LOUP, LE R NARD PASSER 

Ce refrain est connu par tout le pays. II doit etre con- 
se"quemment d une certaine anciennete. Comme le precedent, 
on 1 ajuste sou vent a d autres couplets. 



t. 



4 Li 



J ai vu le loup, le r nard et le lie 1 - vre, 

FIN. 



J ai vu le loup, le r nard pas - ser. M en re- ve- nant de 



f 



la Yen - dee, J ai vu le loup, le r nard pas - ser. 



J 



E c r c. tt 



Dans mon che-min j ai rencon - tre.... J ai vu le loup, le 



r nard pas - ser. 



(Pour les autres paroles, voir J ai trap grand peur des loups). 



JE LE MENE BIEN MON DEVIDOI ! 

Lord Dalhousie, qui gouverna le Canada de 1820 a 1828, 
passait d ordinaire les etes a Sorel, d ou il faisait de frequen- 
tes excursions, en chaloupe, dans le pays environnant. Son 
elegante embarcation etait montee par des bateliers portant 
un joli costume, la plupart anciens voyageurs du Nord- 
Ouest, rompus au metier, et, de plus, excellents chan- 
teurs. 

M. G**, du comte de Maskinonge, de qui j ai recueilli 
Je le mene bien mon devidoi , me dit 1 avoir entendu chan 
ter, par ces bateliers, un jour que le gouverneur et son joyeux 
entourage remontaient une des rivieres qui se jettent dans 
le lac Saint-Pierre. II me semble, me dit-il, voir encore 
leurs fines rames peintes en rouge s abaisser et se relever en 
cadence, et entendre leurs voix sonores : 



Je le mene bien ; 
Je le mene droit ; 
Je le mene bien 
Mon devidoi ! . . . 



Voix seule, reprise en chceur. 



^ 



m 



Mon per n a - vait fil - le que moi, Je le me ne 

Voix seule. 



^ 



^ 







^ 



bien mon de- vi - doi ! En - cor sur la mer il m en- 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Voix seule, reprise en chceur. 



199 






voi , Moi-z-et moi ! Je le me- ne bien ; Je le me - ne 



droit ! Je le me-ne bien Mon de - vi - doi ! 
(Pour les autres couplets, voir Ctcilia.) 



M EN REVENANT DE SAINT-ANDRE 

Cette melodic appartient au premier mode authentique 
de la tonalite ancienne, et n est pas en mi mineur comme 
on pourrait le supposer tout d abord. En effet, la note do 
qui descend au si, dans la dixieme mesure, etant diese, il 
y a intervalle de ton entier entre les deux notes ; or, dans 
la gamme descendante du mode mineur, il ne doit y avoir 
qu un intervalle de demi-ton entre le sixieme et le cinquieme 
degre. 

Mais la finale de ce premier mode authentique devrait 
etre re ; ici elle est mi P - - La melodic, le mode, si on 1 aime 
mieux, est en effet hausse d un ton ; mais c est la une simple 
transposition, comme j en ai deja fait souvent dans ce travail, 
et que les musiciens comprendront aisement. Ils compren- 
dront aussi que la clef, qui ne serait armee que d un seul 
diese si la melodie etait en mi mineur, doit etre ici armee 
de deux dieses, pour mettre les differents degres du mode 
antique dans une position analogue a celle qu ils occupe- 
raient s ils etaient places un ton plus has, - - a leur place 
naturelle, - - et sans aucun signe d alteration a la clef. 



fit 



M en re - ve - nant de Saint- An dre, J ai vu le 



/ 



loup, le r nard pas - ser, Dans mon che - min j ai ren - con- 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



201 



t tl^ 



tr6... Ou, ouah ! Son p tit pe - - ta - pe, J ai vu le 



f 



c 



> 



loup, le r nard, le lie - vie, J ai vu le loup, le r nard pas- 



ser. 



(Pour les autres paroles, voir J ai trop grand peur des loups.) 



C EST DANS PARIS YA-T-UNE BRUNE 



II s agit d une pauvre fille prise de vanite ($a se rencon 
tre), et qui va se confier a un apothicaire dont les prescriptions 
ne manquent pas de perfidie. 

La melodic est bien ; la forme des vers, passable ; la morale, 
excellente. 

Ces couplets se chantent dans 1 ouest de la France. L air 
francais differe completement du notre, mais les paroles 
off rent a peine quelques legeres variantes. L expression 
matin jour se trouve aussi dans la version fran9aise. 



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C est dans Pa - - ris 



ya- t-u ne brun 



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Qui est plus bel - le que le jour. Mais elle a- 



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tre aus - si bell que sa mai - tres - se 



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Mais ell n a pu. 

C est dans Paris ya-t-une brune 
Qui est plus belle que le jour. 
Mais elle avait une servante 
Qu aurait, qu aurait voulu 



(bis) 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 2O3 

litre aussi bell que sa maitresse : 
Mais ell n a pu. 

Ell s en va chez 1 apothicaire : 1 ,,. 

- Combien vendez-vous votre fard ? J 

- Nous le vendons par demi-onces : 
C est deux, c est deux ecus. 

- Pesez-moi-z-en un demi-once : 

Voila 1 ecu. 

Ouand vous serez pour vous farder, ] 

} (its) 
rrenez bien garde de vous mirer... 

Vous eteindrez votre chandelle... 
Barbouil... barbouillez-vous ; 
Le lendemain vous serez belle 
Comme le jour. 

Le lendemain, au matin jour, 1 ,, . . 
La belle a mis ses beaux atours ; j 
Elle a mis son beau jupon vert, 
Son blanc, son blanc mantelet, 
Pour aller faire un tour en ville, 
S y promener. 

Dans son chemin, a rencontre ) ,, . . 
Son joli tendre cavalier. j 

- Ou allez-vous, blanche coquette, 
Tout noir tout barbouillee ? 
Vous avez la figur plus noire 

Que la ch minee ! 

Ell s en r tourne a 1 apothicaire : 

*,r J 

Monsieur, que m avez-vous vendu 

- Je vous ai vendu du cirage 
Pour vos, pour vos souliers : 
Q appartient pas une servante 

De se farder. 



VARIANTS : 

Je vous ai vendu, blanche coquette, 
Du noir, du noir a fumee : 
appartient pas une servante 
De se farder. 



PAPILLON TU ES VOLAGE 

Ce dialogue de deux amants qui se boudent ne manque 
pas de piquant. II y a beaucoup de froideur dans ce Mon 
sieur, ce Mademoiselle... Le beau role, reste evidemment a 
la jeune fille. Son apostrophe au papillon est tout a fait 
charmante. 



J ir r. e i g c 



f 



Pa - pil - Ion, tu es vo - la- ge ! Tu res - semble a mon a- 



J 



r 



r f 

mant. L amour est un ba-di - na- ge, L amour est un pas - se- 



J 






temps ; Quand j ai mon a - mant J ai le coeur con - tent. 

Papillon, tu es volage ! 
Tu ressemble a mon amant. 
Iv amour est un badinage, 
L amour est un passe-temps ; 

Quand j ai mon amant 

J ai le coeur content. 

Croyez-vous, mademoiselle, 
Que je viens ici pour vous ? 
J en ai d autre , a ma demande, 
Qui sont plus belles que vous. 

Croyez-moi, mam zelle, 

Je me ris de vous. 

- Monsieur, pour d ingratitude, 
Votre coeur n en manque pas : 
Vous avez sou vent 1 habitude, 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 2O5 

Bien souvent changer d appas. 
Croyez-moi, monsieur, 
N y revenez pas. 

- Croyez-vous, mademoiselle, 
Que je pens de revenir ? 
J estim mieux vider bouteille 
Avec un de mes amis. 

Adieu mes amours ! 

Adieu mes plaisirs ! 

Si Tamour avait des ailes 
Comme toi, beau papillon, 
II irait de ville en ville 
Pour rejoindre mon amant, 

Lui faire assavoir 

De mes compliments. 



NOUS ETIONS TROIS CAPITAINES 

Une des chansons favorites des eleves du college de Ni- 
colet, -- du moins, autrefois. Elle n etait jamais oubliee dans 
les jours de liesse, mais surtout au retour des longues prome 
nades du jeudi. 

Pourquoi ces couplets si gais se chantent-ils dans le mode 
mineur ? Dans tous les pays, a dit Chateaubriand, le chant 
naturel de I homme est triste, lors meme qu il exprime le 
bonheur. Notre cceur est un instrument incomplet, une 
lyre ou il manque des cordes, et ou nous sommes forces de 
rendre les accents de la joie sur le ton consacre aux soupirs . 



Les reprises en chaur. 



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guer - re re - ve - nant, Bra - ve, bra 



ve, 



gucr - re re - ve - nant Bra- ve - ment. 

Nous etions trois capitaines (bis) 
De la guerre revenant, 

Brave, brave, 
De la guerre revenant 

Bravement. 

Nous entram s dans une auberge : (bis) 
Hotesse, as-tu du vin blanc ? 



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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 207 

Brave, brave, 

Hotesse, as-tu du vin blanc ? 
Bravement. 

Oui, vraiment, nous dit 1 hotesse ; (bis) 
J en ai du rouge et du blanc, 

Brave, brave, 
J en ai du rouge et du blanc, 

Bravement. 

Hotes , tire-nous chopine, (bis) 
Chopinette de vin blanc, 

Brave, brave, 
Chopinette de vin blanc, 

Bravement. 

Quand la chopine fut bue, (bis) 
Nous tiram s trois ecus blancs, 

Brave, brave, 
Nous tiram s trois ecus blancs, 

Bravement. 

- Grand merci ! nous dit 1 hotesse, (bis) 
Revenez-y done souvent, 

Brave, brave, 
Revenez-y done souvent, 

Bravement. 



JE N AI PAS DE BARBE AU MENTON, MAIS IL 

M EN VIENT 

Si 1 heroine de ces couplets se montre bien irreverencieuse 
envers son pere, la melodic sur laquelle se chante sa rebellion 
n est pas moins irreverencieuse envers les regies de 1 art 
musical. 

II est vraiment curieux pour un musicien d entendre chan 
ter avec tant d aisance et de naturel, par des voix campa- 
gnardes, ces melodies qui s eloignent tant des regies etablies. 
J ai vu dernierement un musicien (un musicien avance) aux 
prises avec quelques melodies populaires aussi caracteristiques 
que celle-ci, et qu il se faisait fort d harmoniser sans bron- 
cher. II en faisait de belles !... De guerre lasse, et pour 
se consoler de son impuissance, il se leva du clavier en disant 
avec un beau dedain : c est du plain chant ! 

Plusieurs variantes de cette chanson se chantent a la 
Rochelle et dans le Bas-Poitou. 







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Mon pere a fait ba - - tir mai - son, Mon pere a 



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vient. 

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Je n ai pas de barbe au men ton Mais il m en vient. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 2OQ 

Mon pere a fait batir maison ; (bis) 
L a fait batir su 1 bout d nn pont. 

Le beau temps s en va, 

Le mauvais revient ; 
Je n ai pas de barbe au menton 

Mais il m en vient. 



L a fait batir su 1 bout d un pont. (bis) 
- Mon pere faites-moi-z-un don. 
Le beau temps s en va, etc. 



Mon pere faites-moi-z-un don ; (bis) 
Donnez-moi done votre maison. 
Le beau temps s en va, etc. 



Donnez-moi done votre maison. (bis) 

- Ma fille, promettez-moi done... 

Le beau temps s en va, etc. 



Ma fille promettez-moi done (bis) 
De n jamais aimer les garsons. 
Le beau temps s en va, etc. 



De n jamais aimer les gar?ons. (bis) 
- J estim rais mieux que la maison... 
Le beau temps s en va, etc. 



J estim rais mieux que la maison (bis) 
Serait en cendre et en charbons. 
Le beau temps s en va, etc. 



Serait en cendre et en charbons, (bis) 
Et vous mon per sur le pignon. 
Le beau temps s en va, etc. 
14 805 B 



2IO CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Et vous mon per sur le pignon : (bis) 
Vous vous chaufferiez les talons. 

l,e beau temps s en va, 

Le mauvais revient ; 
Je n ai pas de barbe au menton 

Mais il m en vient. 



JE N AI PAS DE BARBE AU MENTON 

(Autre air). 

On chante aussi Je n ai pas de barbe au tnenton sur 1 air 
note ci-dessous et qui n est autre que 1 air not page 84, 
mais un peu raccourci. 



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Mon pere a fait ba - tir maison, Je n ai pas de barbe 



C 6 r U E B t C I C & J 



au men-ton, L a fait ba - tir su 1 bout d un pont Le beau 



temps s en va, Le mau 



vais re - vient. Je n ai pas de barbe 



au men - ton Mais il m en vient. 



J AI PERDU MON AMANT 

Deux sortes de rythme nous sorit familiers ; Tun appele 
poetique, qui se combine avec la mesure ; 1 autre appele 
prosa ique ou oratoire, qui n est entrave par aucune mesure 
et qui est le rythme propre du plain-chant. J examinerai 
plus loin, avec le lecteur, le caractere particulier de ces deux 
especes de rythme. En attendant, que Ton veuille bien 
remarquer ici que le rythme de la melodic notee ci-apres 
se refuse completement aux exigences d une mesure uni- 
forme, et que quelquefois meme il semble vouloir s affranchir 
de toute mesure pour se rapprocher du rythme oratoire. 

J ai recueilli cette chanson dans le comte de Maskinonge, 
et ne 1 ai entendu chanter nulle part ailleurs. 

J ai sou vent remarque que les melodies du peuple qui of- 
frent le plus de contradictions avec les lois etablies, sont 
d ordinaire les moins universellement connues, surtout dans 
les villes. Elles semblent s etre retirees dans les bas-fonds 
populaires, si je puis m exprimer ainsi, - - la ou Fart moderne 
ne peut avoir que difficilement acces. 





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J ai per - du mon a - mant Et je m en sou - ci 


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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



213 



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deuil- le D un ha- bit de sa- - 

Tf-ft ^ J 1 :h 


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tin ; Je 


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ver - se 


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rai des lar mes de 



vn. 



J ai perdu mon amant 
Et je m en souci guere ; 
Le regret que j en ai 
Sera bientot passe. 
Je porterai le deuille 
D un habit de satin : 
Je verserai des larmes 
De vin. 



Amant, que j t ai done fait 
Qui puiss tant te deplaire ? 
Est-c que j tai pas aime 
Comm tu 1 as merite ? 
Je t ai aime, je t aime, 
Je t aimerai toujours. 
Pour toi mon coeur soupire 
Toujours. 



La maison de chez nous 
C est un lieu solitaire : 
On n y voit pas souvent 
Divertir ses amants. 
Pour des amants qu on aime, 
Qu on aim si tendrement, 
On aimerait les voire 
Souvent. 



- Si j etais hirondelle, 
Vers toi, bell demoiselle, 
Par derrier ces rochers 



214 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

J irais prendr ma voice. 
Sur votre main, la belle, 
J irais me reposer, 
Pour raconter la peine 
Que j ai. 



VOICI LE TEMPS ET LA SAISON 

J ai chante cette melodie a un citadin, qui 1 a trouvee tres 
monotone et tres laide. Monotone, oui ; laide, cela depend. 

Cette melodie (qui appartient au second mode du plain- 
chant) est de celles qui n ont de beaut e que dans la bouche 
des gens de la campagne. II y a quelque chose de triste 
et de doux dans la voix des campagnards qui donne un 
charme tout particulier a ces airs monotones dans lesquels 
semble se refleter toute leur existence. II en est des voix 
des habitants de la campagne comme de leurs yeux. Leurs 
regards, accoutumes a embrasser 1 horizon immense et des 
scenes uniformes, ont une quietude, un calme, une mono- 
tonie si Ton veut, que Ton ne rencontre jamais chez les ha 
bitants des villes. 



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temps et la sai - - son Ah ! vrai, que les jour- 



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ne s sont Ion - - gues, Ah ! vrai, que les jour-ne s sont 






Ion - - gues ! 

Voici le temps et la saison (bis) 

Ah I vrai, que les journees sont longues ! (bis) 

Les amoureux ont bien le temps (bis) 
D s en aller voir leurs jolies blondes, (bis) 



2l6 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Et moi qui suis dans les prisons, (bis) 
Je ne peux aller voir la mienne. (bis) 

Ma mignonne a de blonds cheveux, (bis) 
Qui lui vont jusqu a la ceinture. (bis) 

Mon amant, il n est pas ici : (bis) 
II est la-bas, dans ce navire. (bis) 

- La belle, le connaissez-vous (bis) 
Par son beau chant et son beau rire ? (bis) 

La belle, voulez-vous yaller ? (bis) 
Je vais aller vous y conduire. (bis) 

La belle a eu le pied leger, (bis) 
Dans le navir s est embarquee. (bis) 

Quand ils fur nt a cent lieues sur mer, (bis) 
Une tempet s est elevee. (bis) 

Le navire a coule au fond ; (bis) 
Le beau avec sa mie. (bis) 

Le contre-maitre s est sauve (bis) 
Dedans sa chaloupe jolie. (bis) 



PETIT ROCHER DE LA HAUTE MONTAGNE 

La complainte que Ton va lire a ete" composee dans des 
circonstances vraiment extraordinaires qui meritent d etre 
connues du lecteur. On me saura gre de reproduire ici la 
belle narration qu a faite M. J. C. Tach des evenements qui 
ont precede et accompagne la mort du vaillant coureur de 
bois, heros et auteur de ces couplets. 

En remontant la grande riviere des Outaouais, on ne manque pas de s arreter 
au Petit rocher de la haute montagne qui est au milieu du portage des Sept-chutes, 
en has de 1 Ile du Grand calumet : c est la qu est la fosse de Cadieux dont 
tout le monde a entendu parler. 

Chaque fois que les canots de la compagnie passent au Petit Rocher, un 
vieux voyageur raconte aux jeunes gens 1 histoire de Cadieux ; les anciens voya- 
geurs qui 1 ont deja entendu raconter aiment toujours a 1 entendre, quand ils 
ne la redisent pas eux-memes. Cette fois-la, ce fut le vieux Morache, un ancien 
guide, qui nous deroula le r6cit des aventures de Cadieux. 

Cadieux 6tait un voyageur-interprete marie a une Algonquine : il passait d or- 
dinaire 1 hiver a la chasse, et l 6te il traitait avec les sauvages, pour le compte 
des marchands. C etait au temps des dernieres expeditions des Iroquois : 
Cadieux avait passe la saison de chasse au portage des Sept-Chutes ou il etait 
cabane avec quelques autres families : on etait au mois de mai, et Cadieux 
attendait des sauvages de 1 Ile et des Courte-Oreille (i), qui devaient descendre 
en mSme temps que lui jusqu a Montreal avec des pelleteries. 

La plus grandje tranquillite regnait dans les cabanes du Petit-Rocher, lorsqu un 
bon jour un jeune sauvage, qui etait alle roder autour des rapides et en bas du 
portage, arriva toutessouffle au milieu des families dispersees autour des cabanes, 
en criant : Nattaoue ! Nattaoue ! Les Iroquois ! Les Iroquois ! 

En effet un parti de guerre iroquois 6ta.it, en ce moment, a environ une lieue 
en bas du portage des Sept-Chutes : ils savaient que c etait le temps ou les 
canots descendaient la Grande-riviere venant des pays de chasse, et ils voulaient 
faire coup. 

II n y avait qu un seul moyen d echapper, c etait de tenter de sauter les rapides, 
chose a peu pres inoui e ; car, comme le disait le vieux Morache, ils ne sont 
pas drus les canots qui sautent les Sept-chutes ! 

Mais ce n etait pas tout cependant, il fallait encore que quelqu un restat 
sur place pour operer une diversion, attirer les Iroquois dans le bois et les 
empecher ainsi, une fois engages dans le portage, de connaitre ce qui etait arrive. 
Pour qui sait ce que c etait que les Iroquois dans ce temps-la, il sera facile de 
comprendre que, sans pareil stratageme, 1 examen des traces toutes fraiches 
Iaiss6es par les families les cut fait de suite partager en deux bandes, dont 1 une 
cut remonte et 1 autre descendu la riviere, a la poursuite des fugitifs. 

(1) Outaouais. 



2l8 CHANSONS POPULAIRES 

Cadieux, comme le plus capable et le plus entendu de tous, se chargea de 
la perilleuse mais genereuse mission, prenant avec lui un jeune Algonquia 
dans le courage et la fidelite duquel il avait une parfaite confiance. Leur but 
atteint, Cadieux et son compagnon se proposaient de prendre le chemin le plus 
sur pour rejoindre leurs gens, qui devaient envoyer a leur rencontre en cas d un 
trop long retard. 

On leva les cabanes : une fois les preparatifs faits, Cadieux et son jeune 
compagnon arm.es de leurs fusils, haches et couteaux, munis de quelques provi 
sions, partirent pour aller au-devant des Iroquois. II etait convenu que les 
canots laisseraient le couvert de la rive et se lanceraient dans les rapides, ds 
qu on aurait entendu le rapport d un ou plusieurs coups de fusils dans la direc 
tion du portage, 

Une heure ne s etait pas ecoulee qu un coup de fusil retentit, suivi bientot 
d un autre, puis de plusieurs. Pendant cette lutte, au bruit des detonations, 
les canots, engages dans les terribles courants, bondissaient, au milieu des 
bouillons et de 1 ecume, plongeaient et se relevaient sur la crete des vagues qui 
les emportaient dans leur course. Les habiles canotiers, femmes et hommes, 
aux deux bouts de chaque canot, regularisaient leurs mouvements, evitaient 
les pointes acerees des rochers, et tenaient, avec leurs avirons, ces freles cassots 
d fcorce dans les filets d eau propices, indiques par 1 etat de la surface des ondes 
et la forme des courants. 

On s etait, en partant, recommande a la bonne sainte Anne et on priait 
de coeur tout le temps. 

- Je n ai rien vu dans les Sept-Chutes, disait dans la suite la femme de Ca 
dieux, qui etait une pieuse femme, je n ai rien vu qu une Grande Dame Blanche 
qui voltigeait devant les canots et nous montrait la route ! 

Les canots furent sauves et rendus en peu de jours hors del atteinte des enne- 
mis au Lac-des-Deux-Montagnes. Mais que faisaient Cadieux et son sauvage 
pendant tout ce temps, et que devinrent-ils ? Voici ce qui s etait passe, comme 
on 1 a su plus tard de quelques Iroquois et des gens envoyes au-devant du brave 
interprete. 

Cadieux avait d abord laisse les Iroquois s engager dans le portage. Apres 
avoir choisi 1 endroit le plus favorable pour les tenir hors de la vue de la riviere, 
il s etait place en embuscade a petite portee du sentier, bien cache dans d epaisses 
broussailles : il avait de meme embusque son sauvage a quelques arpents 
plus haut, pour faire croire a la presence de plusieurs partis une fois 1 affaire 
en train. 

Cadieux laissa passer les eclaireurs iroquois, qui furetaient de Pceil les bords 
du sentier, et les premiers guerriers porteurs des canots, jusqu a ce que, les 
ennemis ayant atteint 1 endroit occupe par le jeune Algonquin, il entendit le 
coup de feu de celui-ci et le cri d un ennemi atteint. 

Les Iroquois ainsi subitement attaques bondirent de surprise et firent halte 
a 1 instant ; mais avant meme que les porteurs ne se fussent delivres de leurs 
charges, un second coup de fusil, tire par Cadieux au milieu du convoi, abattit 
un second geurrier. 

II est probable que Cadieux avait donne rendez-vous a son sauvage dans 
une espece de petite savane peu eloigne du portage ; car c est vers cet endroit 
que tous deux se dirigerent, en faisant avec succes le coup de feu a 1 abri des 
taillis. 



DU CANADA 2IQ 

Les avantages avec lesquels les deux braves faisaient la guerre a leurs nom- 
breux ennemis n empechdrent pas, Dependant, le jeune algonquin de tomber 
sous leurs coups : II ne rejoignit pas Cadieux au lieu du rendez-vous ; mais il 
vendit cherement sa vie. 

Pendant trois jours les Iroquois battirent la foret pour retrouver les traces 
des families, ne s imaginant pas meme qu ils eussent pu entreprendre la descente 
des rapides ; pendant trois jours aussi, ils traquerent le brave voyageur dans 
les bois. Trois jours et trois nuits qui furent sans sommeil et sans repos pour 
le malheureux Cadieux ! Au bout de ce temps les envahisseurs, desesperant 
de rejoindre les families et de se rendre mattre de leur imprenable adversaire, 
convaincus du reste qu ils etaient frustres du fruit de leur expedition, remi- 
rent leurs canots a 1 eau pour redescendre la Grande-riviere. 

Plusieurs jours s etaient ecoules depuis le depart des families du Petit- 
rocher, on avait eu connaissance du retour des Iroquois, et Cadieux n etait 
pas encore arrive : trois hommes partirent done, pour aller a la rencontre de 
1 interprete et de son compagnon. Ces trois voyageurs remonterent 1 Outaouais 
jusqu au Portage-du-fort sans trouver de traces de quoi que ce fut ; la ils com- 
mencerent a observer les marques du passage des Iroquois et plus haut des 
signes qu ils reconnurent comme indiquant que leur ami avait sejourne dans 
le voisinage. 

Quand, arrives au portage des Sept-chutes, ils trouverent un petit abri construit 
de branches qui paraissait avoir etc abandonne : ils resolurent de pousser un peu 
plus loin leurs recherches, pensant que Cadieux et son camarade avaient peut- 
etre etc obliges de remonter la riviere, pour prendre refuge chez les sauvages 
de Tile. 

Deux jours plus tard, c etait le treizieme depuis la separation de Cadieux 
et des families, ils revinrent sur leurs pas apres avoir consulte des sauvages 
qu ils rencontrerent, certains que leurs deux amis etaient rendus au Lac-des- 
Deux-Montagnes ou morts. 

En repassant de nouveau pres du Petit-rocher, ils ape^urent de loin, sur le 
bord du sentier du portage, a cote de la petite loge qu ils avaient cru abandonn6e 
quelques jours auparavant, une croix de bois dont ils s approcheSrent avec un 
respect mele d un etonnement etrange. 

La croix etait plantee a la tete d une fosse, a peine creusee dans le sol, et 
dans cette fosse gisait le corps encore frais de Cadieux, a denai enseveli dans 
des branches vertes. Les mains du mort etaient jointes sur sa poi trine, sur 
laquelle reposait un large feuillet d ecorce de bouleau couvert d ecriture. 

Les voyageurs prirent cette ecorce qui devait leur reveler le mystere de la 
mort de leur ami et leur en expliquer les circonstances extraordinaires ; celui 
d entre eux qui savait lire lut les ecritures confiees a ce papier des bois et les 
relut plusieurs fois, en face du cadavre a peine refroidi du brave Cadieux. 

De tout ce qu ils voyaient et de ce qui etait ecrit sur cette ecorce, les voyageurs 
conclurent que le pauvre Cadieux, le cerveau epuise par la fatigue, les veilles, 
1 inquietude et les privations, avait fini, comme c est presque toujours le cas 
dans ces circonstances, par errer a 1 aventure jusqu a ce qu il fut revenu a 1 en- 
droit meme d oii il etait parti : qu une fois la il avait vecu saws dessein (i), 

(1) Sans dessein est la traduction d une expression sauvage qui veut dire : sans 
plan arretfe, sans souci, sans soin, sans but particulier, sans signification connue. 



22O CHANSONS POPULAIRES 

selon 1 expression du vieux Morache, pendant quelques jours, se nourrissant 
de fruits et d un peu de chasse, sans faire de feu dans sa petite loge de crainte 
des Iroquois, allant s affaiblissant de jour en jour : que lors de leur passage dans 
ce lieu, deux jours auparavant, il les avait reconnus, apres examen ; mais que 
1 emotion de la joie avait produit sur lui un choc tel qu il resta sans parole et 
sans mouvement : qu apres leur depart, enfin, ayant perdu tout espoir, se sen- 
tant pres de mourir et retrouvant un peu de forces dans ces moments solennels, 
il avait, aprds avoir 6crit ses derniers adieux au monde des vivants, fait les 
preparatifs de sa sepulture, mis sa croix sur sa tombe, s etait place dans sa fosse 
et avait amonce!6, de son mieux sur lui, ces branches dont son corps etait re- 
couvert, pour attendre ainsi dans la pridre la mort, qu il comprenait ne pas devoir 
tarder a venir. 

Cadieux 6tait voyageur, poete et guerrier ; ce qu il avait ecrit, sur 1 ecorce 
dont il est parle, etait son chant de mort. Avant de se coucher dans cette 
froide tombe du portage des Sept-chutes, I imagination de celui qui avait 
tant vecu avec la nature s etait exaltee, et, comme il avait coutume de 
composer des chansons de voyageur, il avait ecrit sur ce feuillet des bois son der 
nier chant (i). 

II s adresse d abord, dans cette complainte de la mort, aux etres qui 1 en- 
tourent pour leur annoncer sa fin prochaine et ses regrets de quitter la vie ; 
puis il parle de ses souffrances, des inquietudes qu il eprouve pour les families 
qu il reunit ensemble, dans sa sollicitude, sous le nom collectif d amis. II 
parle de ses terribles apprehensions a la vue de la fumee d un campement prds 
de sa loge, de son trop grand contentement de reconnaitre des visages fran9ais, 
de son impuissance a. les appeler et a s elancer vers eux, de leur depart sans 
s tre apercu de sa presence, et de sa desolation. 

Cadieux voit un loup et un corbeau venir flairer son corps malade ; par un 
retour de gaiete de chasseur et d orgueil de guerrier des forets, il menace, 1 un 
de son fusil et dit a 1 autre d aller se repaitre des corps des Iroquois qu il 
a tues. 

II charge ensuite le rossignol, compagnon de ses nuits sans sommeil, d aller 
porter ses adieux a sa femme et a ses enfants qu il a tant aimes ; enfin, comme 
un bon chretien qu il est, il se remet entre les mains de son Createur et se re- 
commande a la protection de Marie. 

Des voyageurs ont pretend u que Cadieux ne savait pas ecrire, et que le 
fait de ce chant ecrit sur de 1 ecorce ne pouvait etre, par consequent, que le 
resultat d un miracle ; mais Cadieux, sans etre instruit, savait ecrire comme 
tous les interpretes de ce temps-la. Tou jours est-il que la chose a ete vue comme 
elle est racontee. 

Les trois Canadiens pleurerent en lisant sur 1 ecorce ce chant de mort du 
brave Cadieux. Us consoliderent la croix de bois, remplirent la fosse qui con- 
tenait les restes de cet homme fort, eleverent un tertre sur cette tombe solitaire 
et prierent pour le repos de Tame de leur ami. 

L 6corce sur laquelle etait ecrite la complainte de Cadieux fut apportee au 
poste du Lac : les voyageurs adapterent un air approprie a ce chant si caracte- 

(1) On 6crit sur l 6corce de bouleau, aprfis avoir enleve quelques feuillets interieurs, 
au moyen d une pointe ou stylet quelconque d os ou de metal. 



DU CANADA 



22 1 



ristique de la rude vie de chasseur et de guerrier des bois, si etonnant par les 
idees et si digne de rcmarque a cause des circonstances de sa composition (i). 

M. Houde, ancien depute, qui a longtemps voyage sur 
1 Ottaoua, et qui a passe, lui-meme, plus de cent fois au 
tombeau de Cadieux, m a chante la premiere version de 
1 air note ci-apres. La seconde version m a ete chantee par 
un voyageur de Sorel. 



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Pe M ro - cher de la hau te mon - ta gne, 



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Ah ! doux e chos, en - tendez mes sou - pirs ; 



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En lan-guis - sant je vais bien - tot mou - rir ! 
AUTRE VERSION : 






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Ah . doux e - chos, en - tendez mes sou pirs ; 



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En languis - sant je vais bien tot mou - rir ! 

(1) Je connais un des descendants du heros de cette histoire, le pere Andr Cadieux, 
vieillard de 71 ans, qui reside sur les bords du lac Huron. * Cadieux, m a-t-il dit, 
ctait le grand pdre de mon grand pere ! (Note de M. Tache.) 



222 CHANSONS POPULAIRES 

Petit rocher de la haute montagne, 
Je viens finir ici cette campagne ! 
Ah ! doux echos, entendez mes soupirs ; 
En languissant je vais bientot mourir ! 

Petits oiseaux, vos douces harmonies, 
Quand vous chantez, me r attach a la vie : 
Ah ! si j avais des ailes comme vous, 
Je s rais heureux avant qu il fut deux jours ! 

Seul en ces bois, que j ai eu de soucis ! 
Pensant toujours a mes si chers amis, 
Je demandais : Helas ! sont-ils noyes ? 
L,es Iroquois les auraient-ils tues ? 

Un de ces jours que, m etant eloigne, 

En revenant je vis une fumee ; 

Je me suis dit : Ah ! grand Dieu qu est ceci ? 

Les Iroquois m ont-ils pris mon logis ? 

Je me suis mis un peu a 1 ambassade, 
Ann de voir si c etait embuscade ; 
Alors je vis trois visages fran9ais !... 
M ont mis le cceur d une trop grande joie ! 

Mes genoux plient, ma faible voix s arrete, 
Je tombe... Helas ! a partir ils s appretent : 
Je reste seul... Pas un qui me console, 
Quand la mort vient par un si grand desole ! 

Un loup hurlant vint pres de ma cabane 
Voir si mon feu n avait plus de boucane ; 
Je lui ai dit : Retire-toi d ici ; 
Car, par ma foi, je perc rai ton habit ! 

Un noir corbeau, volant a 1 aventure, 
Vient se percher tout pres de ma toiture : 
Je lui ai dit : Mangeur de chair humaine, 
Va-t en chercher autre viande que mienne. 



DU CANADA 223 

Va-t en la-bas, dans ces bois et marais, 
Tu trouveras plusieurs corps iroquois ; 
Tu trouveras des chairs, aussi des os ; 
Va-t en plus loin, laisse-moi en repos ! 

Rossignolet va dire a ma maitresse (i) 
A mes enfants qu un adieu je leur laisse ; 
Que j ai garde mon amour et ma foi, 
Et desormais faut renoncer a moi ! 

C est done ici que le mond m abandonne !.... 
Mais j ai secours en vous Sauveur des hommes ! 
Tres-Sainte Vierge, ah ! m abandonnez pas, 
Permettez-moi d mourir entre vos bras ! 

(1) Ce mot, dans nos honnetes chansons, veut toujours dire cpouse ou fiancee. 
(Note de M. Tach6.) 



C ETAIT UNE FREGATE 

M. Joseph Lavigne, de Sorel, m a chante cette jolie chanson, 
qui n est qu une variante embellie d Isabeau s y promdne, 
quant aux paroles. 









C e - tait u - - ne fre - ga - te, Mon jo li 



J J 



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coeur de ro - se, Dans la mer a tou- che, Jo- If cceur 



/ J j j 



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d un ro-sier. 



Jo 



li coeur d un ro 



Jo - - li coeur d un ro - sier. 



sier, 



C etait une fregate, 
Mon joli cceur de rose, 
Dans la mer a louche, 
Joli coeur d un rosier, (ter) 



Yavait un demoiselle, 

Mon joli cceur de rose, 

Su 1 bord d la mer pleure (rait), 

Joli cceur d un rosier, (ter) 

- Dites-moi done, la belle, 
Mon joli cceur de rose, 
Qu a vous a tant pleurer ? 
Joli cceur d un rosier, (ter) 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 225 

- Je pleur mon anneau d ore, 
Mon joli coeur de rose, 
Dans la mer est tombe. 
Joli coeur d un rosier, (ter) 

- Que donneriez-vous, belle, 
Mon joli coeur de rose, 
Qu irait vous le chercher ? 
Joli coeur d un rosier, (ter) 

- Je suis trop pauvre fille, 
Mon joli coeur de rose, 

Je ne puis rien donner, 
Joli coeur de rosier, (ter) 

Qu mon cceur en mariage, 
Mon joli cceur de rose, 
Pour mon anneau dore, 
Joli cceur d un rosier, (ter) 

Le galant se depouille, 
Mon joli cceur de rose : 
Dans la mer s est jete, 
Joli cceur d un rosier, (ter) 

De la premiere plonge, 
Mon joli cceur de rose, 
I/anneau d or a touche, 
Joli cceur d un rosier, (ter) 

De la seconde plonge, 
Mon joli cceur de rose, 
I/anneau d or a sonne, 
Joli coeur d un rosier, (ter) 

De la troisieme plonge, 
Mon joli cceur de rose, 
L,e galant s est noye... 
Joli cceur d un rosier, (ter) 
15 805 B 



226 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

II allait a la d rive, 
Mon joli coeur de rose, 
Comme un poisson dore, 
Joli coeur d un rosier, (ter) 

Son per, sur la fenetre, 
Mon joli coeur de rose, 
Le regardait d river, 
Joli coeur d un rosier, (ter) 

- Faut-il, pour une fille, 
Mon joli coeur de rose, 
Que mon fils soit noye !... 
Joli coeur d un rosier, (ter) 



JE ME SUIS MIS AU RANG D AIMER 

Entendez-vous les dole"ances de cet amoureux qui se plaint 
des cruaute"s de sa belle, lui qui ne I avail pas minte ? Attendez 
un peu... le voila deja console : 

Partons, aliens, chers camarades ; 
Partons, aliens vider bouteille ! 
Allons y boir de ce bon vin 
Qui met 1 amour en tete... 

Qui ne reconnait ici un caracthe qui appartient a tous les 
temps, a tous les pays et a toutes les conditions ? 

Est-ce bien le roi Le"on ou Napoleon qu il faut dire, 
dans le dernier de ces couplets ? C est la une grave question 
que je laisse aux savants de d6cider. 



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Je me suis mis au rang d ai mer 



J. J 



Qu un seul fois dans ma vi - e ; Mais a prd- 



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D avoir fait u - ne fo- 



JIJJ 



J I J J 



H - e D a - voir ai - - me si ten - dre - ment ; 



^ 



3 



Mais a pre - sent je m en re - pens. 



228 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Je me suis mis au rang d aimer 
Qu un seul fois dans ma vie ; 
Mais a present je reconnais 
D avoir fait une folie 
D avoir aime si tendrement ; 
Mais a present je m en repens. 

Rossignolet du bois joli, 
Emport -moi-t-une lettre. 
Emport moi-la, oh ! je t en prie, 
A mon aimable maitresse ! 
Emport -moi-la, oui, sans mentir, 
A 1 arrive du bois joli. 

Si la bell" s informe de moi, 
De moi fais-lui reponse : 
Tu lui diras qu j suis-t-embarque 
Pour naviguer sur 1 onde : 
EH m a tant fait de cruautes, 
Moi qui nl avais pas merite. 

Partons, aliens, chers camarades ; 

Partons, allons vider bouteille ! 

Aliens y boir de ce bon vin, 

Qui met 1" amour en tete. 

A la sante du roi Leon ! 

I/anne qui vient nous reviendrons ! 



/ 



EN FILANT MA QUENOUILLE 

On chante aussi ces couplets sur les airs et avec les refrains 
de J ai vu le loup, le r nard passer, de J ai trop grand peur 
des loups et de M en revenant de Saint- Andre. En France 
comme ici, on chante ces couplets avec differents refrains, 
suivant les localites. Une version avec le refrain: Ah! 
voyez quelles hardes que fail s y chante sur Fair de Va, 
va, va, p tit bonnet tout rond que nous chantons en Canada. 



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Mon pere aus - si m a ma - ri - - e , 



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Gai Ion la, je m en vais rou - ler ; Un in - ci - vil il 



m a don - ne. Je me rou - le, je me rou - le ; 



Gai Ion la, je m en vais xou - ler En fi - lant ma que- 



nouil - le. 



Mon pere aussi m a mariee, 
Gai Ion la, je m en vais rouler ; 
Un incivil il m a donne. 

Je me roule, je me roule ; 
Gai Ion la, je m en vais rouler 

En filant ma quenouille. 



230 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Un incivil il m a donne, 
Gai Ion la, je m en vais rouler, 
Qui n a ni maille, ni denier. 
Je me roule, etc. 

Qui n a ni maille, ni denier, 
Gai Ion la, je m en vais rouler, 
Qu un vieux baton de vert pommier. 
Je me roule, etc. 

Qu un vieux baton de vert pommier, 
Gai Ion la, je m en vais rouler, 
Avec quoi m en bat les cotes. 
Je me roule, etc. 

Avec quoi m en bat les cotes, 
Gai Ion la, je m en vais rouler. 
- Si vous m battez je m en irai ! 
Je me roule, etc. 

Si vous m battez je m en irai, 
Gai Ion la, je m en vais rouler ; 
Je m en irai au bois jouer. 
Je me roule, etc. 

Je m en irai au bois jouer, 
Gai Ion la, je m en vais rouler, 
Le jeu de carte , aussi de des. 

Je me roule, je me roule ; 
Gai Ion la, je m en vais rouler 

En filant ma quenouille. 



AH ! JE M EN VAIS ENTRER EN DANSE 

La ronde que Ton va lire est supposee etre chantee par 
une jeune fille. Mais si le centre de la chaine est occupe 
par un gar9on, on fait quelques changements dans les paroles ; 
ainsi, au lieu de : Ce beau monsieur, on dit : Cett demoiselle, 
etc. On change aussi, dans ce cas, deux vers du troisime 
couplet : au lieu de : 



on dit : 



En vous faisant la reverence : 

- Ca vous plairait-il de m aimer ?... 

- Presentez-moi votre main blanche, 
Avecque moi venez danser. 



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Ah-! je m en 


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vais en - trer en 


dan - se : C est pour 












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un a mant cher-cher. Je me .re - 


tourn , je me re- 

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vir , J en n ai pas trou - ve de mon gre. Ah 

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! je ne puis, gai, 
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gai, Ah ! je ne puis m en al - ler. 

Ah ! je m en vais entrer en danse : 

C est pour un amant chercher. 

Je me retourn , je me revire ; 

J en n ai pas trouve de mon gre. 
Ah ! je ne puis gai, gai, 
Ah ! je ne puis m en aller. 



232 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Je me retourn , je me revire ; 
J en n ai pas trouve de mon gre. 
Ah ! j en vois un de bonne mine : 
Je vais aller le demander. 
Ah ! je ne puis, etc. 

Ah ! j en vois un de bonne mine : 
Je vais aller le demander. 

- En vous faisant la reverence : 
Ca vous plairait-il de m aimer ? 

Ah ! je ne puis, etc. 

En vous faisant la reverence : 
Ca vous plairait-il de m aimer ? 
Ah ! je vois bien par votre mine 
Que c est bien moi que vous aimez. 
Ah ! je ne puis, gai, gai, 
Ah ! je ne puis m en aller. 

Ou bien, si la danseuse n est pas agreee : 

- En vous faisant la reverence : 
Ca vous plairait-il de m aimer ? 
Ah ! regardez ce beau monsieur : 
II n a pas daigne me saluer ! 

Ah ! je ne puis, etc. 

Ah ! regardez ce beau monsieur : 
II n a pas daigne me saluer ! 
Je le vois bien a votre mine : 
Ce n est pas moi que vous aimez. 
Ah ! je ne puis, etc. 

Je le vois bien a votre mine : 
Ce n est pas moi que vous aimez. 
Ah ! retournez a votre place : 
Un autre amant je vais chercher. 
Ah ! je ne puis, gai, gai, 
Ah ! je ne puis m en aller. 



C EST LA PLUS BELLE DE CEANS 

L expression : de ceans est vraiment trop recherchee pour 
ne pas etre plus ou moins travestie par les chanteurs popu- 
laires. En general, on dit : 

C est la plus belle dc Sion, 
C est par la main nous la tenons... 



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C est la plus bel - le de ce - ans, C est la plus 



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bel- le de ce - ans, C est par la main je vous la 



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prends, C est par la main je vous la prends. Ell va 



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pas - ser par der - rie - re, Ram nez vos mou - tons, ber- 



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ge - re ; Ra-me-nez, ram nez, ra- me- nez, bel- le, Ra- me- nez 



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vos mou - tons des champs. 

AUTRE VERSION : 



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C est la plus bel - le de ce - ans, C est la plus 



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.bel - le de ce ans, Par la main je vous la 



234 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



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prends, Par la main je 



vous 



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prends. 



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Ell va pas - ser par der - rier - re, Ra - me - nez 



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vos moutons her - ge - re ; Ra-menez, ra- me- nez, ra- me- nez, 









bel - le, Ra-me-nez vos moutons des champs. 

C est la plus belle de ceans, (bis) 

C est par la main je vous la prends. (bis) 

Ell" va passer par derriere, 

Ram nez vos moutons, bergere ; 

Ramenez, ram nez, ramenez, belle, 

Ramenez vos moutons des champs. 



C EST LE BON VIN QUI DANSE 

Toutes ces rondes nous viennent de France. Celle-ci, 
ou il est question de vin et de raisin, laisse deviner facile- 
ment son origine etrangere. II n en serait pas ainsi s il n y 
etait question que de vin seulement. Nos paysans ne font 
pas usage de vin, il est vrai, mais comme, dans les chansons 
qui nous viennent de France, ce mot vin revient trs souvent, 
ils 1 emploient, a leur tour, dans les chansons qu ils composent 
eux-memes ; ainsi, il y a dans Le p tit bois d l ail : 

Du vin dans ma bouteille 
J en ai ben quand je veux... 

mais ils n emploient ce mot que comme terme generique 
et plus poetique pour indiquer toute espece de liqueur forte. 

La melodie de cette ronde est tres bien. Ces deux parties 
alternantes, dont 1 une grave et 1 autre elevee, rappellent 
la formule psalmodique du huitieme ton , bien connue 
de tous nos chantres d eglise, et indiquee GG dans les ves- 
p&raux en usage dans la province. 



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Ce n est point du rai - - sin pour t - ri, 



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C est le bon vin qui dan 



se ! 



C est le bon 



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vin qui danse i - - ci, C est le bon vin qui 



dan - - se. 



236 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Ce n est point du raisin pourri, 
C est le bon vin qui danse ! 
C est le bon vin qui danse ici, 
C est le bon vin qui danse. 

Pass par ici-t-et moi par la, 
Ce n est point de mes amourettes ? 
Ce n est point de mes amourett ici, 
Ce n est point de mes amourettes. 



J ENTENDS LE MOULIN TIQUE, TIQUE, TAQUE 

Celui qui occupe le milieu du rond a un bandeau sur 
les yeux. Les danseurs qui forment la chaine tournent 
autour de lui en chantant, jusqu a ce qu il lui plaise de 
f rapper le plancher d un baton qu il tient a la main. Chacun 
s arrete alors, et il leve aussitot son baton, de I extremit6 
duquel il touche le danseur ou la danseuse vis-a-vis de qui 
il se trouve. S il peut nommer la personne qu il a ainsi 
touchee, celle-ci le delivre de son bandeau et vient prendre 
sa place ; sinon, la chaine recommence a tourner et il lui 
faut, de son cote, recommencer 1 epreuve. 

II est aussi une autre maniere d executer cette ronde. 
On dispose autour de la chambre un nombre de sieges egal 
a celui des danseurs, moins un ; celui qui tient le milieu 
du rond n a pas alors de bandeau ; lorsqu il frappe le plancher 
de son baton, chacun court vite s asseoir, et celui qui n a 
pas ete assez vif pour se pourvoir d un siege paie un gage. 



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J en-tends le mou - lin, ti - que, ti que, ta - que, 

FIN. 




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J entend le mou- lin ta - que. Ti- que ; ti-que, ta- que, 



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Ti-que, ti-que, ta-que, Ti-que, ti-que, ta- que, ta - que - t6. D. C. 



238 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



On adapte aussi a cette melodie les paroles de Mon 
a fait bdtir maison : 



J en - tends le mou - lin, 



ti- que, ti- que, ta- que, 
FIN. 









J entends le mou- lin, ta- que - te. Mon pere a fait ba- 



J- 



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j 



tir mai - son, J en - tends le mou- lin ta - que, 



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L a iait ba - tir a trois pignons, Ti-que, ta-que, ti- que, 



D. c. 



ta - que. 



SUR LE PONT DE NANTES 

Je demandais a une vieille femme de la campagne, qui 
me chantait cette ronde : Est-ce bien saluez qui vous 
plaira ou embrassez qui vous plaira que vous dites dans 
vos reunions ? 

Faut croire, me r6pondit-elle, qu on disait embrassez dans 
Tancien temps, puisqu on chante quelquefois comme cela ; 
mais, lorsqu on chante pour danser, on dit toujours saluez. 
J suis pourtant plus jeune, et cependant je n ai jamais vu 
faire autrement que le salut dans les danses rondes . 

A la ville, ou ces rondes e"taient dansees autrefois, on etait 
souvent moms scrupuleux ; mais alors on etait mal note, 
et on s exposait a faire jaser sur son compte. 

Le plus souvent, ces rondes ne sont dansees que par les 
petits enfants, ou ne sont que simplement chanties. Qui 
de nous n a pas etc" berce" au chant de J ai tant d enfants a 
marier, - - Ah ! qui marierons-nous ? - - C est le ban vin qui 
danse, - - C est la plus belle de ceans, etc... ? 

M. Charles Nisard a dit, en parlant des rondes en ge 
neral : II ne faut pas en dire trop de mal ; elles nous ont 
endormis au berceau ; elles ont amuse notre adolescence. 
Chantees sous les yeux d un pere ou d une mere en 1 hon- 
neur de quelque joyeux anniversaire, elles se rattachent 
aux souvenirs de famille les plus doux et a la fois les plus 
respectables. Arrives a 1 age mur, nous ne pouvons plus 
les entendre ni meme les lire sans emotions . (Hist, des 
livres populaires ou de la litterature du colportage, p. 300, 
t. 2d.) 



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Sur le pont de Nan - - te& Ma - ri - on, 



240 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



J 



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Ma - ri - on dan - - se... De sur le pont qu i ya la- 



J i I J; 



J 



has, Ma - ri - on, Ma - ri - on dan - se - 

Sur le pont de Nantes 
Marion, Marion danse... 
De sur le pont qu i ya la-bas 
Marion, Marion dansera. 

Bergere, entrez en danse ! 
Marion, Marion danse... 
Et saluez qui vous plaira, 
Marion, Marion dansera. 



ra. 



BONHOMME, BONHOMME, QUE SAIS-TU DONG 

FAIRE ? 

Cette ronde est tres bruyante. Lorsque le chanteur dit : 

Sais-tu bien jouer 

Du genoux par terre ? 

Chacun doit f rapper le plancher du genou jusqu a ce 
qu on reprenne : 

Ah ! ah ! ah ! 

Du genoux par terre ! 

Puis, apres le genou, vient le coude par terre, l 6paule 
par terre, le front par terre, etc. 

Quelquefois on se contente d executer une pantomine un 
peu plus facile, comme d imiter le joueur de flute, (sais-tu 
bien jouer de la mistanflute ?) le joueur de tambour, etc. 

Une variante de cette ronde se chante dans le Cambresis, 
en France. L air ressemble au notre, mais il s arrete avec 
la douzieme mesure. Notre version est plus complete et 
assure" ment plus jolie. 







Bon homme, bon - horn - me, que sais - tu done 



^ 



fai - re ? Sais-tu bien jou - er 



Du genoux par 






j 



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ter - re ! Ter - re, ter - re, ter- re, 



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Du ge - noux par 
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242 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



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ter - re, Ah ! ah ! ah ! 



ter re ! 



Du ge-noux par 



Bonhomme, bouhomme, 
Que sais-tu done faire ? 
Sais-tu bien jouer 
Du genoux par terre ? 
Terre, terre, terre, 
Du genoux par terre, 
Ah ! ah ! ah ! 
Du genoux par terre ! 



- 






QUI VEUT MANGER DU LIEVRE 

Je ne connais rien pour guerir de la dyspepsie ou du 
spleen anglais comme de courir le lievre. On fait asseoir 
deux personnes sur deux chaises placees 1 une vis-a-vis de 
1 autre et separees par une distance de quelques pieds. 
Debout, les mains sur les dossiers des criaises, se tiennent 
deux jeunes gens, representant un chasseur et un lievre, 
qui n attendent que le signal convenu pour courir Tun 
apres 1 autre. Quelqu un de la compagnie se met alors a 
chanter : 

Qui veut manger du lievre 
N a qu a courir apres. 

Celui qui fait le chasseur bondit a la premiere note et se 
met a la poursuite du lievre, qui se sauve de son mieux en 
tournant autour des deux chaises. II est permis de changer 
brusquement le sens de la course, de tourner subitement 
a droite apres avoir couru a gauche, mais ni 1 un ni 1 autre 
des coureurs n a droit de passer entre les deux chaises. 

Lorsque le chanteur dit : Accorde, accorde ! cela equivaut 
a un armistice : les coureurs doivent s arreter aussitot, et 
s appuyer les mains sur les dossiers des chaises, - - chacun 
la sienne, - jusqu a ce que le couplet qui commence par 
ces mots soit termine et qu on en ait commence un autre. 
Or, comme ces couplets se chantent sans ordre regulier, 
on comprend que le chanteur a ici les prerogatives d un pre 
sident d assemblee legislative, et qu il peut souvent favo- 
riser la partie pour laquelle il a le plus de sympathie ; ainsi, 
il peut fort bien, lorsqu il voit le chasseur sur le point d at- 
teindre sa proie, chanter aussitot : Accorde, accorde ! pour 
favoriser celle-ci. 

Un des refrains de cette ronde a evidemment quelque lien 



244 



CHANSONS POPULAIRES 



de parente avec ce refrain de La petite Linglre, que Ton chante 
en France, dans le Poitou et 1 Angoumois : 



A-t-on jamais vu 

Coudre, aussi m nu coudre ? 

A-t-on jamais vu 

Coudre si menu ? 



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Qui veut man - ger du lievr N a qu a cou- 



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rir a - pres. Coure a pres ton lievr , La - bas, dans 



Refrain. 



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ces fo rets. La belle, en vous ai - mant, Per - drai- 



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je mes pei- nes ? Moi qui vous ai- me tant, Per- drai- 



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AUTRE REFRAIN : 



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C est mon - a - mi que je veux, Cou - rons 



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tous en - sem-ble ; C est mon a - - mi que je veux, 



Cou - rons tous les deux. 



DU CANADA 



245 



AUTRE REFRAIN : 



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A t-on ja - mais 




vu Cou-rir 


si me nu ? 



Qui veut manger du lievre 

N a qu a courir apres... 

Coure apres ton lievre, 

La-bas, dans ces forets. 
La belle, en vous aimant, 
Perdrai-je mes peines ? 
Moi qui vous aime tant, 
Perdrai-je mon temps ? 

Attrappe, attrappe, attrappe ! 
Attrappe si tu peux ! 
Si tu n attrappes pas 
Ton lievr gagn ra le bois. 
I/a belle, en vous aimant, etc. 

Accorde, accorde, accorde ! 

Accorde sur le champ ! 

Si tu n accordes pas 

Ton lievr gagn ra le bois. 
La belle, en vous aimant, 
Perdrai-je mes peines ? 
Moi qui vous aime tant, 
Perdrai-je mon temps ? 



AUTRE REFRAIN : 

C est mon ami que je veux; 
Courons tous ensemble ; 
C est mon ami que je veux, 
Courons tous les deux. 



246 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

AUTRE REFRAIN : 

A-t-on jamais vu 
Courir, tant courire ? 
A-t-on jamais vu 
Courir si menu ? 



JAMAIS JE NOURRIRAI DE GEAI 

J ai fait dernier ement un sejour a la campagne que j ai 
bien allonge de pres d une semaine, uniquement pour faire 
chanter les anciens voyageurs, les jeunes filles et les vieilles 
femmes. Ah ! me disait une de ces femmes, si vous pou- 
viez rester ici encore quelques jours : j ai une de mes brus 
qui demeure a Saint-B*** et qui doit venir nous voir diman- 
che qui vient... a, c est une belle chanteuse ! 

J attendis la belle chanteuse : une grosse joufHue qui lou- 
chait d un osil ; - - fort bonne femme d ailleurs, et qui, d une 
voix nasillarde et sur un ton excessivement eleve, me chanta 
des romances de la ville, dont je n ai que faire, en pronongant 
les e muets en a, et les r a 1 anglaise. 

Un autre me dit : Tenez, si vous voulez avoir de jolies 
chansons, allez voir P tit-Jose-Baptiste : c est lui qui en 
sait ! 

Ce n etait pas la premiere fois que j entendais parler de 
P tit-Jose-Baptiste comme d un chanteur emerite; je resolus 
de me rendre chez lui, quoiqu il demeurat a une bonne dis 
tance. J etais sur d une ample moisson : je bourrai mon 
carton d un papier sillonne de portees, tout pret a recevoir 
et a conserver pour les siecles futurs le repertoire si varie 
et si vante du celebre chanteur. J arrive ... Renommee ! 
c est bien la un de tes coups !... Mon homme ne savait rien, 
absolument rien... que quelques fragments tronques, informes, 
de cantiques et de psaumes, quelques refrains ecornes de 
chansons. II me recut tres poliment et s excusa de ne pou- 
voir me rendre service. Mais, ajouta-t-il, si vous voulez 
entendre de belles chansons, - - des vraies belles, - - vous 
n avez qu a aller chez mon oncle Pierrot-Paul- Ant oine, 
a trois lieues d ici : il peut vous en chanter pendant huit 
jours ! 



248 



CHANSONS POPULAIRES 



Mais s il y a quelqu ennui a recueillir les poesies et les 
chants du peuple, il y a aussi des jouissances veritables 
pour faire compensation. Et parmi ces jouissances, il en 
est peu que je goute autant que celle d entendre prononcer 
le nom d une ville, d une place forte, d un port de mer du 
beau pays de France par ces bons paysans canadiens, qui 
chantent encore, souvent sans y penser, le doux pays ou 
leurs peres vecurent, travaillerent et aimerent, fideles a 
Dieu, a leur roi et a leur patrie. 

Le Canada ne manque pas d attraits pour le visiteur 
Stranger ; mais je ne crois pas que rien ne soit plus propre 
a impressionner delicieusement le voyageur francais, qu une 
de ces joyeuses scenes de la vie de nos campagnes, une eplu- 
chette de bled-d Inde, par exemple, ou il entendrait chanter : 
Sur le pont d Avignon, - - Dans les prisons de Nantes, - 
M en revenant de la jolie Rochelle, C est dans la ville de 
Rouen, - - A Saint-Malo, beau port de mer ; ou bien encore 
ce couplet de la chanson qui va suivre : 



Je m en irai dedans Paris 
Pour fonder une ecole ; 
Toutes les dames de Paris 
Viendront a mon ecole... etc. 



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Mon geai a pris son vol, oh ! gai. Ja - mais je nour - ri- 



DU CANADA 249 

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rai de geai, De geai ja - mais je nour - ri - rai. 

J ai bien nourri le geai sept ans 
Dedans ma cage ronde ; 
Au bout de la septieme annee 
Mon geai a pris son vol, oh ! gai. 

Jamais je nourrirai de geai, 

De geai jamais je nourrirai. 

Au bout de la septieme annee 
Mon geai a pris son vole. 

- Reviens mon geai, mon joli geai, 
Dedans ma cage ronde, oh ! gai. 

Jamais je nourrirai, etc. 

Reviens mon geai, mon joli geai, 
Dedans ma cage ronde ; 
Mon petit geai me fit reponse : 
Je veux faire le drole, oh ! gai, 
Jamais je nourrirai, etc. 

Mon petit geai me fit reponse : 

- Je veux faire le drole. 
Je m en irai dedans Paris 
Pour fonder une ecole, oh ! gai. 

Jamais je nourrirai, etc. 

Je m en irai dedans Paris 
Pour fonder une ecole. 
Toutes les dames de Paris 
Viendront a mon ecole, oh ! gai 
Jamais je nourrirai, etc. 

Toutes les dames de Paris 
Viendront a mon ecole. 
Je choisirai la plus jolie, 
Je renverrai les autr s, oh ! gai. 

Jamais je nourrirai de geai, 

De geai jamais je nourrirai. 



JAMAIS JE NOURRIRAI DE GEAI 

(Autre air.} 

L air qui precede a ete recueilli dans le district des Trois- 
Rivieres ; celui-ci m a ete chante par un ancien habitant de 
1 Ile d Orleans. L in version toute gracieuse du refrain : 

Jamais je nourrirai de geai, 
De geai jamais je nourrirai... 

pourrait prouver, au besoin, que cette forme de langage, 
dont les poetes ont tant use et abuse, n est pas une de ces 
beautes de convention auxquelles chacun de nous paie 
tous les jours, sans s en douter, un tribut d admiration 
factice. L inversion seule peut, bien reellement, donner une 
couleur poetique a une phrase qui, sans elle, en serait denuee- 
Mais les poetes, a mon avis, usent un peu largement de la 
recette ; aujourd hui, la lecture d une piece de vers est souvent 
un veritable travail de construction. 



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rai de geai, De geai ja - mais je nour - ri - rai. 



LA GUIGNOLEE 

Ce chant de la Guignolee, si remarquable a cause de 1 an- 
tiquite de son origine, a eu le privilege d occuper 1 attention 
de plusieurs de nos meilleurs ecrivains canadiens. L hono 
rable monsieur P. J. O. Chauveau y a consacre quelques 
lignes dans une des charmantes petites revues de son 
Journal de V Instruction Publique, et monsieur J. C. Tache, 
dans les Soirees Canadiennes, en a fait 1 objet d une notice 
interessante que je reproduis ici : 

Ce mot La Ignolee, dit M. Tache, designe a la fois une 
coutume et une chanson : apportees de France par nos an- 
cetres, elles sont aujourd hui presqu entierement tombees 
dans 1 oubli. 

Cette coutume consistait a faire par les maisons, la 
veille du jour de Fan, une quete pour les pauvres (dans 
quelques endroits on recueillait de la cire pour les cierges 
des autels) en chantant un refrain qui variait selon les loca- 
lites, refrain dans lequel entrait le mot La Ignolee, Guillonee, 
la Guillona, Aguilanleu, suivant les dialectes des di verses 
provinces de France ou cette coutume s etait conservee des 
anciennes moeurs gauloises. 

M. Ampere, rapporteur du Comite de la langue, de I his- 
toire et des arts de la France, etc., a dit au sujet de cette chan 
son : Un refrain, peut-etre la seule trace de souvenirs qui 
remontent a 1 epoque druidique . 

II ne peut y avoir de doute sur le fait que cette coutume 
et ce refrain aient pour origine premiere la cueillette du gui, 
sur les chenes des forets sacrees, et le cri de rejouissance 
que poussaient les pretres de la Gaule druidique : Au gui 
I an neuf, quand la plante benie tombait sous la faucille 
d or des Druides. 

Dans nos campagnes, c etait toujours une quete pour les 



252 CHANSONS POPULAIRES 

pauvres qu on faisait, dans laquelle la piece de choix etait 
un morceau de 1 echine du pore, avec la queue y tenant, 
qu on appelait I echignee ou la chignee. Les enfants criaient 
a 1 avance en precedant le cortege : la Ignolee qui vient ! 
On preparait alors sur une table une collation pour ceux 
qui voulaient en profiter et les dons pour les pauvres. 

Les Ignoleux, arrives a une maison, battaient devant la 
porte, avec de longs batons, la mesure en chantant : jamais 
ils ne penetraient dans le logis avant que le maitre et la mai- 
tresse de la maison, ou leurs representants, ne vinssent en 
grande ce"re"monie leur ouvrir la porte et les inviter a entrer. 
On prenait quelque chose, on recevait les dons dans une 
poche qu on allait vider ensuite dans une voiture qui suivait 
la troupe ; puis on s acheminait vers une autre maison, 
escort^ de tous les enfants et de tous les chiens du voisinage, 
tant la joie etait grande... et generale ! 

Voici la chanson de La Ignolee, telle qu on la chantait 
encore en Canada, il y a quelques annees, dans les paroisses 
du Bas du Fleuve : 

Bonjour le maitre et la maitresse 

Et tous les gens de la maison. 

Nous avons fait une promesse 

De v nir vous voir une fois 1 an. 

Un fois 1 an... Ce n est pas grand chose 

Qu un petit morceau de chignee. 

Un petit morceau de chignee, 

Si vous voulez. 
Si vous voulez rien nous donner, 

Dites-nous le. 

Nous prendrons la fille ainee, 
Nous y ferons chauffer les pieds ! 
La Ignolee ! I/a Ignoloche ! 
Pour mettre du lard dans ma poche ! 

Nous ne demandons pas grand chose 
Pour 1 arrivee. 



DU CANADA 253 

M Vingt-cinq ou trent pieds de chignee 
Si vous voulez. 

Nous sommes cinq ou six bons droles, 
Et si notre chant n vous plait pas 
Nous ferons du feu dans les bois, 

Etant a 1 ombre ; 
On entendra chanter 1 coucou 

Et la coulombe ! 

Le christianisme avail accepte la coutume druidique la 
sanctifiant par la charite, comme il avail laisse subsister 
les menhirs en les couronnant d une croix. II est probable 
que ces vers etranges : 

Nous prendrons la fille ainee, 

Nous y ferons chauffer les pieds ! 

sont un reste d allusions aux sacrifices humains de 1 ancien 
culte gaulois. Cela rappelle le chant de Velleda, dans les 
Martyrs de Chateaubriand : - Teutates veut du sang... 
au premier jour du siecle... il a parle dans le chene des 
Druides ! (Soirees Canadiennes, - - annee 1863.) 

L air sur lequel se chantent ces fragments consiste en 
quelques phrases musicales sur lesquelles la poesie s ajuste 
tant bien que mal, tantot sur 1 une, tantot sur 1 autre de ces 
phrases, sans ordre regulier. 

Cette coutume traditionnelle de courir la Ignolee, si bien 
decrite par M. Tache, finit par perdre beaucoup de son 
caractere. II y a une vingtaine d annees, le maire de Mont 
real donnait a des jeunes gens, la veille du jour de 1 an, 
des per mis de courir la Ignolee, sans lesquels on s exposait 
a avoir affaire a la police. Cette mesure de precaution 
n empechait cependant pas toujours les desordres : lorsque, 
par exemple, deux Guignolees se rencontraient, pour peu 
qu on se fut grise en chemin, il y avait bataille, et les vain- 
queurs grossissaient leurs tresors du butin des vaincus. 



254 



CHANSONS POPULAIRES 



M. Adelard Boucher, m ecrivait de Montreal, 1 an dernier : 
... Je suis loin d oublier la Ignolee, qui se prononce ici, 
universellement, Guignolee. Malheureusement, toutes mes 
demarches, jusqu a present, n ont abouti a rien d utile. Tout 
le monde sait les premiers vers, rien de plus. L usage s en 
passe a Montreal comme a Quebec. Jadis ce chant etait 
suivi de quetes en faveur des pauvres de la localite serenadee. 
Aujourd hui les artistes chanteurs se constituent eux-memes 
les pauvres, et transforment en copieuses libations les aumo- 
nes qu ils reussissent encore a prelever de leurs dupes. Ce 
secret devoile a refroidi, comme vous pouvez bien le penser, 
les sympathies des cceurs charitables, et, aujourd hui, artistes 
et pauvres exploitent avec un mince succes La Guignolee . 
En attendant le texte fidele de ce chant remarquable, en 
voici, de memoire, a peu pres la substance : 

Solo. 



n 




8 va. 



FINE. 



3 



*- 









//// Tutti Vocijerando. 
Solo. 




D.C. 



En France, dans le Vendomois, tous les enfants courent 
les rues, le premier jour de 1 an, et disent a ceux qu ils ren- 
contrent : Donnez-moi ma gui-l an-neu . Dans le Maine, 
le peuple court aussi les rues, la nuit qui precede le premier 
jour de 1 an, chante des chansons aux portes des particu- 
liers, et les termine par demander quelque chose pour la 
gui-l an-neu . (C. LEBER, Collection de pieces relatives d 
I histoire de France, p. 37, t. III.) 

On aimera sans doute a connaitre une Guignolee francaise, 



DU CANADA 255 

et on lira avec interet 1 article et la chanson qui suivent, tires 
d un almanach publi6 a Paris (L Illustration, annee 1855) : 

LA GUILLANNEE. 

La guillannee, gui, I an neou ! gui ! 1 an neuf ! se fait 
de la maniere suivante dans les contrees meridionales. Le 
31 decembre au soir, des groupes d enfants, de jeunes gens, 
de mendiants, vont, a la lueur d un flambeau, de porte en 
porte, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, queter 
un present en 1 honneur de Fan nouveau, en entonnant des 
complaintes ou des legendes en mauvais franais, nnissant 
toutes par ces mots ou par des equivalents : donnez-nous 
la guillannee ! 

Les presents qui leur sont accordes consistent quelquefois 
en monnaie, le plus souvent en provisions de bouche, fruits, 
viande de pore, etc. 

Voici une des legendes chantees par les queteurs : 

Le fils du roi s en va chasser (bis) 
Dans la foret d Hongrie ; 
Ah ! donnez-nous la guillannee, 
Monseigneur, je vous prie ! 

Ayant chasse et rechasse, (bis) 
II n a pas fait grand prie ; 
Ah ! donnez-nous, etc. 

a II n a trouve qu un nid d oiseau, (bis) 
Qui s appelle la Trie. 
Ah ! donnez-nous, etc. 

De cinq qu il y a, prend le plus beau, (bis) 
Et le porte a sa mie. 
Ah ! donnez-nous, etc. 

v. Qui 1 a garde pendant sept ans (bis) 

Dedans une gabie, 

a Ah ! donnez-nous, etc. 



256 CHANSONS POPULAIRES 

Pendant sept ans qu il y est reste, (bis) 
Menant bien triste vie. 
Ah ! donnez-nous, etc. 

Va, retourne, petit oiseau, (bis) 
Va, retourne a ta mie. 
Ah ! donnez-nous, etc. 

Ainsi que lui, ne reviens pas (bis) 
Dedans cette gabie. 
Ah ! donnez-nous la guillannee, 
Monseigneur, je vous prie ! 

Tous les auteurs francais que j ai pu consulter sur la 
matiere s accordent a donner une origine gauloise a la cou- 
tume et aux chansons designees a la fois par ce mot de Gui- 
gnolee ou Guillannee. Aujourd hui encore, dans Fancienne 
province du Perche, d ou sont venus les ancetres d un grand 
nombre de families canadiennes, on appelle les presents 
du jour de Fan : les eguilas, or la coutume druidique etant 
de distribuer le gui de I an neuf par formes d 6trennes, au 
commencement de 1 annee , il est evident que de la vient 
ce nom de eguilas (ou eguilables, comme on dit a Chartres,) 
donne aux cadeaux du nouvel an. 

Le gui est une plante parasite qui nait sur le chene, sur 
le pommier, sur le prunier, sur 1 acacia d Amerique, sur 
le hetre, sur 1 yeuse, sur le chataigner et sur plusieurs autres 
arbres. L histoire de la puissance mysterieuse de cette 
plante est racontee en detail dans VEdda des Scandinaves, 
le livre qui contient le plus de renseignements sur le culte 
druidique. 

On sait que, environ six cents ans avant Jesus-Christ, 
les Cimbres ou Kimris, qui habitaient la Crimee, firent erup 
tion sur 1 Europe septentrionale et occidentale et s etablirent 
successivement dans les divers pays compris entre la Scan- 
dinavie, les Alpes et les Pyrenees. Ce furent ces peuples 
qui apporterent le druidisme dans la Gaule. II parait que 



DU CANADA 257 

1 olympe des Cimbres, comme 1 olympe des Grecs et des 
Remains contenait une societe a mceurs joliment douteuses. 
Quoi qu il en soit, une nuit, Balder, qui etait le soleil, ni 
plus ni moins, eut un songe qui lui annoncait que sa vie 
etait en danger. II raconte son fait aux autres dieux, qui 
font avec Balder alliance offensive et defensive. 

Une vraie brave femme de deesse qui avait nom Frea, 
mariee a un dieu nomme Odin, fit faire serment au feu, a 
1 eau, au vent et a tout ce qui constitue les regnes animal, 
vegetal et mineral de ne pas faire une egratignure au susdit 
Balder. Cela etant, tous les dieux faisaient un amusement, 
dans leurs grandes assemblies, de lancer toute espece de 
projectiles au fortune Balder que rien ne pouvait blesser 
et qui prenait un singulier plaisir a cet amusement d un 
nouveau genre. Malheureusement, il y avait de par 1 olympe 
un vilain garnement, fourbe, hypocrite et envieux, au de- 
meurant assez joli gargon, que ce jeu-la n amusait pas ; il 
s appelait Loke. Deguise en vieille femme, il se rend au 
palais de Frea. La deesse un peu curieuse et unpeuparleuse, 
lui demande si elle sait ce qui occupe le plus le conseil des 
dieux. - - Les dieux, repond la vieille, jettent des -traits et 
des pierres a Balder. - - Et ni les armes de metal ni les armes 
de bois ne peu vent lui etre mortelles, ajoute Frea, car j ai 
leur serment. - Quoi ! dit la vieille, est-ce que toutes les 
choses qui existent vous ont fait le meme serment ? Oui, 
replique Frea, excepte pourtant un petit arbuste qui croit 
au cot6 occidental du Valhalla (palais d Odin), et qu on nomme 
Mistil Teinn (gui), a qui je n ai pas voulu demander de ser 
ment parce qu il m a paru trop jeune et trop faible... La vieil 
le en savait assez. Loke reprenant sa forme naturelle s en 
va vite arracher 1 arbuste par la racine et s en revient de 
Fair le plus innocent du monde prendre sa place au milieu 
des dieux. Or, parmi ces dieux, il en etait un nomme 
Hoder qui etait aveugle. Loke s approche de lui et lui 
dit : - - Pourquoi ne lancez-vous pas aussi quelques traits 

I/ 805 B 



258 CHANSONS POPULAIRES 

a Balder ? Prenez ceci et faites comme les autres ; je vais 
vous indiquer ou il se trouve . Hoder ayant done pris le 
gui, et Loke lui dirigeant la main, il le lan?a a Balder, 
qui en fut perce de part en part, et tomba sans vie ; et Ton 
n avait jamais vu parmi les dieux ni parmi les hommes un 
crime plus atroce que celui-la ... 

La fable de Balder (le Belen des Gaulois) dit M. B. Clavel, 
explique le motif de cette recherche solennelle du gui du 
chene. On comprend qu elle avait pour objet de priver 
le dieu mauvais, qui representait chez nos peres le Loke 
des Scandinaves, des moyens de tuer Belen (le soleil) . 

De nos jours encore, continue M. Clavel, il s est conserv6 dans quelques 
lieux du voisinage de Bordeaux des vestiges de cette coutume druidique (la 
recherche du gui) : des jeunes gens bizarrement vetus vont en troupe, le premier 
Janvier, couper des branches de chne, dont ils tressent des couronnes, et 
reviennent entonner des chansons qu ils appellent guilanus. II en est de mfime 
parmi les peuples du Holstein, en Allemagne, qui appellent le gui marentaken, 
rameau des spectres. Les jeunes y vont, au commencement de 1 annee, frap- 
per les portes et les fenetres des maisons en criant : Guthyl ! (gui) . HistoirA 
des Gaules, p. 18.) 

Le grand sacrifice du gui de 1 an neuf se faisait avec beaucoup de cere 
monies pres de Chartres, le sixieme jour de la lune, qui etait le commencement 
de 1 annee des Gaulois, suivant leur maniere de compter par les nuits, ad viscum 
druidce clamare solebant, dit Pline . (C. Leber, ouvrage deja cite, p. 21, t. III.) 

De toutes ces traditions nous n avons importe, en Canada, 
que la mascarade du i er Janvier et le chant de la Guignolee ; 
mais dans plusieurs pays d Europe, le gui ou rameau des 
spectres est encore un objet de veneration auquel on attribue 
une grande puissance. (Voir Mallet, Introduction d I histoire 
du Danemark, t. I. Henry, Histoire d 1 Angleterre, t. I, 
etc., etc.) 

II est une autre coutume, autrefois en grand usage en 
Canada, a laquelle on attribue egalement une origine pa ienne, 
et que Ton aurait christianisee comme la Guignolee : c est 
celle des feux de la Saint- Jean... Tombee aujourd hui dans 
1 oubli, cette coutume subsistait encore au commencement 
de ce siecle dans certains pays de 1 Europe (en Irlande, en 
France, en Espagne) de meme qu en Canada. 



DU CANADA 259 

Les feux de la Saint-Jean paraissent remonter a une 
epoque plus eloignee que 1 etablissement du christianisme ; 
ils peuvent etre consideres comme un reste de 1 ancienne 
superstition et de la veneration que les Celtes avaient pour 
le feu, qui purifie tout, qui echauffe et consume tout. Les 
paiiens 1 adoraient comme la source premiere de la vie et du 
mouvement de 1 univers, le symbole visible de la divinite. 
On allumait ces feux en rejouissance de 1 arrivee du soleil 
au solstice d ete qui commence les longs jours (fin de juin) (i). 

On lit dans la vie de saint Eloi (mort en 659), que ce 
fervent apotre travailla avec ardeur a deraciner les nom- 
breuses superstitions qui regnaient a cette epoque dans 
1 esprit des populations du nord de la France, comme de 
danser et chanter a la fete du 24 juin, de faire sauter les 
femmes malades par-dessus des charbons allumes la veille, 
pour obtenir une heureuse delivrance . 

Dans le Plaid du concile de Lestines ou Leptines, qui 
s assembla en 742, d apres le desir de Karloman, due des 
Franais, on remarque un catalogue des superstitions paiennes 
alors en usage, entr autres celle du feu de Nodfir, au mois 
de juin, allume en frottant Tun centre 1 autre des morceaux 
de bois, pour faire des feux de joie en 1 honneur des dieux 
et des deesses ; 1 attouchement des flammes ou de la fumee 
attirant de pretendues benedictions . 

Le meilleur moyen de couper court a ce reste de paganisme 
etait de transformer cette fete de la superstition en une fete 
chretienne, et c est ce que Ton fit. 

M. LaRue a bien voulu me passer la petite note suivante 
touchant la ceremonie du dernier feu de la Saint- Jean dans 
sa paroisse natale : 

II y a cinquante-cinq ou cinquante-six ans que le dernier 
feu de joie de la Saint-Jean a eu lieu a Saint-Jean de 1 Ile 
d Orleans (2). C etait la grande fete de 1 Ile ; le feu se faisait 
la veille de la fete et etait precede du salut. Les habitants 

(1) Diet, de Becherelle, au mot feu. 

(2) Ceci etait ecrit en 1865, date de la premiere edition de cet ouvrage. 



260 



CHANSONS POPULAIRES 



des paroisses voisines s y rendaient en foule, tous a cheval. 
Avant ce temps, les femmes s y rendaient aussi, et a cheval, 
en trousse. Le bois du bucher consistait en eclats de cedre, 
toujours fournis par le meme, Laurent Fortier, dont les 
enfants vivent encore a Saint-Jean. Le cure benissait d a- 
bord le bucher, puis battait du briquet et y mettait le feu. 
Les desordres sans nombre qui accompagnaient la ceremonie 
1 ont fait abolir . 

Ainsi la Guignolee et les feux de la Saint- Jean rappellent 
deux ceremonies du culte que les Druides rendaient au 
soleil. L une avait lieu au solstice d hiver et 1 autre au sol 
stice d ete. 

La premiere version de la Guignolee, que Ton va voir, 
a ete recueillie dans le comte de Berthier, et la seconde 
dans les cantons de 1 Est. 



A Solo, reprise en chceur. 



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Ronjour le maitre et la mai - tres - se Et tout le 

Solo, reprise en chceur. 






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mond de la mai - son. Pour le der - nier jour de 1 an- 

C So/o, reprise 



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ne - e La I - gno - le vous nous de - vez. 
en chceur. 



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lez den nous don - ner, di - tes-nous le 



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D So/o, reprise en chceur. 



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On lui fe - - ra fair bon- ne che - re, On lui fe- 

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ra chauffer les pieds. 



DU CANADA 



26l 



A Bon jour le maitre et la maitresse 
Et tout le mond de la maison. 



(bis) 



B Pour le dernier jour de 1 annee 
La Ignole vous nous devez. 



(bis) 



C Si vous voulez rien nous donner. 

Dites-nous le-e 
On emmenera seulement 

La fille ainee. 



(bis) 



D On lui fera fair bonne chere, 
On lui fera chauffer les pieds. 



(fits) 



C On vous demande seulement 
Une chignee 

De vingt a trente pieds de long 
Si vous voulez-e. 



(bis) 



D La Ignole , la Ignoloche, 

Mettez du lard dedans ma poche ! 



(fit s) 



C Quand nous fum s au milieu du bois, 

Nous fum s a 1 ombre ; 
J entendais chanter le coucou 
Et la coulombe. 



(bis) 



A Rossignolet du vert bocage, 
Rossignolet du bois joli. 



(bis) 



B Eh ! va-t-en dire a ma maitresse 
Que je meurs pour ses beaux yeux. 



(bis) 



C Toute fill qui n a pas d amant, 

Comment vit-elle ? 
Ell vit toujours en soupirant, 
Et toujours veille. 



(bis) 



262 



CHANSONS POPULAIRES 



AUTRE VERSION : 

(Recueillie par M. le docteur J. A. LeBlanc). 



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Bon - jour le maitre et la mai - tres - se 



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Et tous les gens de la mai - son. Nous a - vons 



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pris u - - ne cou - - tu - me De v nir vous voir u- 






ne fois 1 an. 



U - ne fois 1 an... C est pas grand 





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morceau de chi - gn6 Si vous vou - lez - - e. 

Bonjour le maitre et la maitresse 
Et tous les gens de la maison. 
Nous avons pris une coutume 
De v nir nous voir une fois 1 an. 



Une fois 1 an... C est pas grand chos ... 

Pour I arrivee, 
Qu un petit morceau de chignee, 

Si vous voulez-e. 



L,a guignole, la guignoloche, 
Mettez du lard dans ma poche 
Et du fromage sur mon pain ; 



DU CANADA 263 



Je reviendrai 1 anne qui vient. 
Si vous voulez rien nous donner, 

Dites-nous le-e ; 
Nous prenderons la fille ainee, 

Si vous voulez-e. 

Nous lui ferons fair bonne chere, 
Nous lui ferons chauffer les pieds. 



MALBROUGH S EN VA-T-EN GUERRE 

John Churchill, due de Marlborough, naquit le 24 juin 
1650, a Ashe, dans le comte de Devou, Angleterre. Habile 
diplomate, il fut le plus grand capitaine de son siecle, et 
se battit au Maroc, en Angleterre, en Irlande, en Allemagne 
et dans les Pays-Bas sans jamais eprouver une defaite se- 
rieuse. II servit pendant environ cinq annees dans 1 ar- 
mee francaise, et sut meriter les eloges de Louis XIV et de 
Turenne. 

La muse populaire a fait du due de Marlborough un type 
legendaire qu elle a chante a sa facon et dans lequel il est 
difficile de reconnaitre le heros de Walcour et de Malplaquet. 
En depit des chansons et d une tradition fantaisiste, Marl- 
borough ne mourut pas sur le champ de bataille. II fut 
frappe d apoplexie le 8 juin 1716, alors qu il etait devenu 
generalissime du roi George I d Angleterre. II perdit presque 
entierement la raison et languit dans ce triste etat jusqu a 
sa mort arrivee le 17 juin 1722. 



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Mai - brough s en va - t-ei, guer - re, Mi 



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ton, mi - ron ton, mi - ron - tai - - ne, Mai- 



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brough s en va- t-en guer - je, Ne sait quand 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 265 

M FIN. 





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i J i r MI r 



re - vien - dra. Ne salt quand re - vien - dra, 



-c i f . ir c ir 



Ne salt quand re - vien - dra. D. C. 

Malbrough s en va-t-en guerre, 
Mironton, mironton, mirontaine, 
Malbrough s en va-t-en guerre, 
Ne sait quand reviendra. (ter) 

II reviendra-z-a Paques, 
Mironton, etc. 

II reviendra-z-a Paques, 

Ou a la Trinite. (ter) 

La Trinite se passe, 
Mironton, etc. 
La Trinite se passe, 
Malbrough ne revient pas. (ter) 

Madame a sa tour monte, 

Mironton, etc. 

Madame a sa tour monte, 

Si haut qu ell peut monter. (ter) 

Elle apercoit son page, 
Mironton, etc. 
Elle aper9oit son page 
Tout de noir habille. (ter) 

- Beau page, ah ! mon beau page, 
Mironton, etc. 

Beau page, ah ! mon beau page, 
Quell nouvelle apportez ? (ter) 

Aux nouvell s que j apporte, 
Mironton, etc. 



266 CHANSONS POPULAIRES 

Aux nouvell s que j apporte 

Vos beaux yeux vont pleurer. (ter) 

Quittez vos habits roses, 
Mironton, etc. 
Quittez vos habits roses 
Et vos satins broches. (ter) 

Monsieur Malbrough est more, 
Mironton, etc. 

Monsieur Malbrough est more, 
Est mort et enterre. (ter) 

J l ai vu porter en terre, 
Mironton, etc. 
J l ai vu porter en terre 
Par quatre-z-officiers. (ter) 

L/un portait sa cuirasse, 
Mironton, etc. 
I/un portait sa cuirasse, 
L/autre son bouclier. (ter) 

L/un portait son grand sabre, 
Mironton, etc. 

L/un portait son grand sabre, 
L/autre ne portait rien. (ter) 

A 1 entour de sa tombe, 
Mironton, etc. 
A 1 entour de sa tombe 
Romarins Ton planta. (ter) 

Sur la plus haute branche, 
Mironton, etc. 
Sur la plus haute branche 
Le rossignol chanta. (ter) 



On vit voler son 
Mironton, etc. 



DU CANADA 267 



On vit voler son atne, 

A travers des lauriers. (ter} 

Chacun mit pied a. terre, 
Mironton, etc. 
Chacun mit pied a terre 
Et puis se releva. (ter) 

Pour chanter les victoires, 
Mironton, etc. 
Pour chanter les victoires 
Que Malbrough remporta. (ter) 

La ceremoni faite, 

Mironton, etc. 

La ceremoni faite 

Chacun s en fut s coucher. (ter) 

J n en dis pas davantage, 
Mironton, mironton, mirontaine, 
J n en dis pas davantage 
Car en voila-z-assez. 



SAINTE MARGUERITE-PINPANIPOLE 

II est singulier de voir comme les paroles les plus insi- 
gnifiantes, accolees a quelques pauvres notes de musique, 
peuvent se repeter de pays en pays et de siecle en siecle. 
Je lisais, il y a quelques jours, que, dans le Berry, en France, 
on chante une berceuse dont les mots sont : 

Dodo, her line ! 

Sainte Catherine, 
Endormez ma p tite enfant 
Jusqu a 1 age de quiiize ans ! 
Quand quinze ans seront sonnes, 
II faudra la marier . 

Au moment ou je lisais ces lignes, ici, a Quebec, a mille 
lieues de la France, j entendais une bonne d enfants, qui 
chantait, dans une chambre voisine : 



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de quinze ans ! Quand elle au - ra quinze ans pas - se, 



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Qui vien - dra de Ro - me. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



269 



Sainte Marguerite, 
Veillez ma petite ! 
Endormez ma p tite enfant 
Jusqu a 1 age de quinze ans ! 
Quand elle aura quinze ans passe, 
II faudra la marier, 
Avec un p tit bonhomme 
Qui viendra de Rome. 



Pinpanipole qui rencontre les gens du Roy , nous vient 
aussi de France, tres probablement, et je serais curieux de 
savoir s il s y est conserve, ou s il a emigre corps et biens 
pour venir amuser les petits Canadiens au berceau. On 
chante cette melodie, qui n est pas sans quelque merite, en 
frappant successivement, du bout du doigt, les cinq doigts 
tendus d un petit enfant a qui on fait ouvrir la main. Lorsque, 
a la fin du couplet, on dit : dehors ! dehors ! dehors ! on fait 
disparaitre un des doigts de 1 enfant sous sa main, en faisant 
mine de le devorer, - - ce qui, d ordinaire fait rire le bambin 
aux eclats ; - - puis on recommence le meme petit jeu sur 
les quatre doigts qui restent ; et ainsi de suite, en faisant 
disparaitre un doigt a la fin de chaque repetition du couplet. 



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Pin - pa - ni - - po - - le, un jour du temps pas- 



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5, Passant par la vil - le, rencontr" les gens du Roy. Beau pigeon 



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d or, les gens des al - lu - - met - tes, Beau pi - geon 



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d or, le p tit co - chon de - - hors ! 



270 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Pinpanipole, un jour du temps passe, 
Passant par la ville, rencontre les gens du Roy, 
Beau pigeon d or, les gens des allumettes, 
Beau pigeon d or, le p tit cochon dehors ! 
Parle. Dehors ! dehors ! dehors ! 



PIPANDOR A LA BALANCE 

Pipandor d la Balance est le pendant de Pinpanipole, et 
1 accessoire du meme jeu d enfant. 

Ce n est pas sans un vif interet que j ai retrouve, dans 
le recueil public par M. Bujeaud : les Chants et Chansons 
populates des provinces de I Quest, et dans celui de MM. Du- 
rieux et Bruyelle : les Chants et Chansons populaires du 
Cambresis, quelques-uns des verbiages d enfants que tous 
les petits Canadiens repetent dans leurs jeux, sur les genoux 
de leurs meres, le long des grands chemins ou sur les banes 
de 1 ^cole. Quel plaisir d apprendre que Pipandor d la 
Balance, - Monte echelle ! Monte-Id ! et Petit couteait d or 
et d argent sont sur les levres de tous nos petits cousins 
d outre-mer ! En presence d une telle decouverte, je me 
demande si c est le Canada qui est reste frangais ou si c est 
la France qui est devenue canadienne ! et je serais presque 
tente" de m ecrier, en parodiant ce brave Marseillais qui n a 
peut-etre jamais existe : Si la France avait un Quebec, ce 
serait un petit Canada ! 



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qu toi-z-et- moi-z-en Fran - ce ? Pour - quoi y es - tti mis? 






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272 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



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Pipandor a la Balance, 

N y a-t-il qu toi-z-et moi-z-en France ? 

Pourquoi y es-tu mis ? 

Pour manger de la bouillie ! 

(Pipandor, chapeau d epinette ! 

|Pipandor, mets ton nez dehors ! 

VARIANTS : 

jPipandor, tambourez mesdames, 
[Pipandor, mets ton nez dehors ! 



LA POULETTE GRISE 

Et jusqu a la Poulette grise que Ton chante encore 
en France comme ici, en depit de 1 eloquente tirade de 
M. LaRue ! (Voir Foyer Canadien, annee 1863.) 

On chante aussi en France ce couplet qui accompagne 
toujours le jeu de societe que tout le monde connait : 

II est passe par ici 

Le furet des bois, mesdames, 

II est passe par ici 

Le furet du bois joli ! 

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Nous autres, Canadiens, qui avons conserve des idees plus 

monarchiques, nous chantons : 

II est passe par ici 

Le clairon du roi, mesdames, 

II est passe par ici 

Le clairon du roi joli ! 

A cheval, sur la queue d un orignal, - - un autre chant tres 
populaire et plein de souvenirs de la France, est une 
sorte de psalmodie, plutot parlee que chantee, que Ton debite 
en faisant sauter un enfant sur ses genoux : 

A cheval, a cheval, 

Sur la queue d un orignal. 

A Rouen, a Rouen, 

Sur la queue d un p tit ch val blanc. 

A Paris, a Paris, 

Sur la queue d une p tite souris. 

A Versailles, a Versailles, 

Sur la queue d une grand vache caille. 

18 805 B 



274 



CHANSONS POPULAIRES 



On comprend, dit M. LaRue/que le rythme et la tournure 
de cette chanson sont propres a exciter la verve des nourrices. 
Aussi une bonne de Quebec a-t-elle cru devoir aj outer : 

A Quebec, a Quebec, 

Sur la queue d une belette ! !... 



Je lui en laisse la responsabilite . 



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Do di - che, do - do. 



C est la poulette grise 
Qui pond dans 1 eglise, 
Ell va pondre un beau p tit coco 
Pour son p tit qui va fair dodiche, 
Ell va pondre un beau p tit coco 
Pour son p tit qui va fair dodo. 
Dodiche, dodo. 

C est la poulette blanche 
Qui pond dans les branches, 
EH va pondre, etc. 



DU CANADA 275 

C est la poulette noire 
Qui pond dans 1 armoire, 
Ell va pondre, etc. 

C est la poulette verte 

Qui pond dans les couvertes, 

EH va pondre, etc. 

C est la poulette brune, 
Qui pond dans la lune, 
EH va pondre, etc. 

C est la poulette Jaime 
Qui pond dans les aulnes, 
Ell va pondre un beau coco 
Pour son p tit qui va fair dodiche, 
Ell va pondre un beau p tit coco 
Pour son p tit qui va faire dodo. 
Dodiche, dodo. 



D OU VIENS-TU, BERGERE 

Le noel que Ton va lire n est jamais chante a 1 eglise (il 
a pu 1 etre autrefois) ; mais il est bien connu dans les fa 
milies. Les petits enfants aiment son joli air, simple et 
doux. Le D ou viens-tu ? et le Qu as-tu vu, bergere ? de 
chaque couplet, interesse leur imagination, qui s exalte au 
recit de ce Dieu qu adorent les grands parents comme les 
petits enfants, ce Dieu qui a tout fait, tout : le beau ciel 
etoile, le grand fleuve et la haute montagne couverte de 
neige, et qui cependant veut naitre pour nous dans une 
etable ! Le breuf, dont, ordinairement, ils n osent pas trop 
approcher, et 1 ane, qu ils ne connaissent que de nom, sont 
deux personnages qui, a leurs yeux, embellissent singuliere- 
ment le tableau... 

Un ecrivain qui n etait malheureusement pas catholique, 
M. Michelet, a ecrit ces lignes delicieuses a propos des noels 
populaires : 

... II y avait alors dans 1 Eglise un merveilleux genie 
dramatique, plein de hardiesse et de bonhomie, souvent em- 
preint d une puerilite touchante... Elle (1 Eglise), quelque- 
fois aussi, se faisait petite ; la grande, la docte, I eternelle, 
elle begayait avec son enfant ; elle lui traduisait 1 ineffable 
en pueriles legendes . 



D ou viens - tu. her - ge - re, D ou viens - tu ? 



Je viens de 1 e - - ta - ble, De m y pro-me - ner ; 



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J ai vu un mi - ra cle Ce soir ar - ri - ve. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 277 

- D oii viens-tu, bergere, 
D ou viens-tu ? 

- Je viens de 1 etable, 
De m y promener ; 
J ai vu un miracle 

Ce soir arrive. 

Qu as-tu vu, bergere, 
Qu as-tu vu ? 

- J ai vu dans la creche 
Un petit enfant 

Sur la paille fraiche 
Mis bien tendrement. 

- Rien de plus, bergere, 
Rien de plus ? 

- Saint Marie, sa mere, 
Qui lui fait boir du lait, 
Saint Joseph, son pere, 
Qui tremble de froid. 

- Rien de plus, bergere, 
Rien de plus ? 

- Ya le boeuf et 1 ane 
Qui sont par devant, 
Avec leur haleine 
Rechauffent 1 enfant. 

- Rien de plus, bergere, 
Rien de plus ? 

- Ya trois petits anges 
Descendus du ciel 
Chantant les louanges 
Du Pere eternel. 



JE NE VEUX PAS D UN HABITANT 

Nous n appeloDs habitant, en Canada, que celui qui possede 
une terre a la campagne et qui la cultive lui-meme. Les ou- 
vriers et les journaliers qui demeurent a la campagne ne 
sont pas des habitants, pas plus que les residants des villes. 
L origine de cette distinction remonte, sans aucun doute, 
aux premiers temps de la colonie. La societe canadienne 
d alors se composait, a part les ecclesiastiques, de trois classes 
d hommes : les soldats, les commerfants et les agriculteurs. 
Les premiers n etaient ici, pour la plupart, que temporaire- 
ment, tandis que les agriculteurs, en s emparant du sol 
meme du pays, s y fixaient d une maniere irrevocable, et 
devaient etre seuls considered comme les veritables habitants 
de la colonie. 

On m a chante cette melodic tantot avec le sol dieze, tantot 
avec le sol naturel. 

A part les couplets ou il est question d un habitant et 
d un colporteur, toute cette chanson nous vient de France. 
On en chante encore une variante aujourd hui en Saintonge. 



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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 279 

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sont si mal-hon - ne - tes ! Ma lu - ron, ma lu - re. 

Je voudrais bien me marier, (bis) 

Mais j ai grand peur de me tromper : (bis) 

Ils sont si malhonnetes ! 

Ma luron, ma lurette, 

Us sont si malhonnetes ! 

Ma luron, ma lure. 

Je ne veux pas d un habitant : (bis) 
II faut toujours aller au champ, (bis) 

Et rouler la charrette, 

Ma luron, etc. 

Je ne veux pas d un laboureux : (bis) 
II faut toujours toucher les boeufs (bis) 

Et manier la curette, 

Ma luron, etc. 

Je ne veux pas d un colporteur, (bis) 
Rarement ils se font honneur (bis) 

En portant la cassette, 

Ma luron, etc. 

Pour un notair , je n en veux pas, (bis) 
Car ils passent trop de contrats. (bis) 

Ils embrass nt les fillettes, 

Ma luron, etc. 

Je ne veux pas d un medecin : (bis) 
Ils ont toujours pillul s en main, (bis) 

Des pris s et des lancettes, 

Ma luron, etc. 

Je ne veux pas d un avocat, (bis) 
Car ils aiment trop les ducats, (bis) 

Ils trompent les fillettes, 

Ma luron, etc. 



280 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Je voudrais bien d un officier : (bis) 
Je marcherais a pas carres (bis) 
Dans ma joli chambrette, 
Ma luron, ma lurette, 
Dans ma joli chambrette, 
Ma luron, ma lure. 



JACQUOT HUGUES 

Jacquot Hugues n est pas un etre fictif ; il a bien reelle- 
ment existe, et vecu de longues annees dans le comte de 
Rimouski, ou il est mort, il y a une vingtaine d annees, sans 
laisser de posterite. 

II est bon de savoir que c etait un etre bien original que 
ce Jacquot Hugues. II etait grand de taille, et, quoique 
Fran$ais de naissance, on 1 appelait le Sauvage, a cause 
sans doute de son teint tres basane, mais aussi a cause de 
ses allures excentriques et de sa coutume de porter des mi- 
tasses, avec ornements en babiche. 

II lui arriva un jour de s emparer d une baleine. Apres 
qu il 1 eut de pecee et qu il en eut extrait 1 huile et la graisse, 
ses voisins s en vinrent chez lui pour se partager le residu, 
les cretons, comme cela etait d usage ; mais voila mon Jacquot 
Hugues qui ne veut pas donner mais vendre ses cretons, 
et qui se met en frais de peser sa marchandise avec une romaine. 
C en etait bien assez pour se faire chanter ; neanmoins la 
verve des rimeurs de 1 endroit se contint pour le moment ; 
mais lorsque, a quelque temps de la, on entendit dire que 
Jacques Hugues, le Sauvage, le vendeux de cretons, faisait 
des demarches pour se faire elire membre du parlement, toute 
digue fut rompue, et les couplets que Ton va lire volerent 
de bouche en bouche, si bien que je les ai entendu chanter 
a plus de cent lieues de 1 endroit ou ils furent composes. 



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CHANSONS POPULAIRES 



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mai - - ne ! 



Dans 1 comte de Rimouski, 
A 1 election nouvelle, 
Jacquot Hug s s est presente : 
II sentait la baleine ! 
II avait pour reconfort 
Tous les cretons de son bord. 
Romaine, romaine, romaine!... 

Quand il etait cantinier, 

II vendait de 1 eau forte ; 

II savait la baptiser 

Sans demander main-forte : 

C est P tit Paul qui charriait 1 eau, 

Madam rincait le tonneau... 

A force, a force, a force ! 



II ne se souvenait plus 

De ses mitass a franges ; 

II eut donne ses ecus 

Pour entrer dans la chambre. 

C est c qu on n aurait jamais vu : 

Un Sauvage d etre elu ! 

Peau noire, peau noire, peau noire ! 

En s en revenant chez lui, 
II faisait la grimace ; 
Le mond s est bien aper9U 
Qu il avait le coaur flasque. 
II dit qu il a vendu, 



DU CANADA 283 



Mais a present n en vend plus. 
Attrape, attrape, attrape ! 

Qu en a compose la chanson, 
C est un gar9on de gloire ; 
II ne vous dit pas son nom : 
a vous reste a savoire. 
II esper que ses amis 
Chanteront tous avec lui : 
Romaine, sauvage, peau noire 



FRANCOIS MARCOTTE 

On a vu, dans les couplets qui precedent, une mordante 
satire centre les petits moyens mis en jeu par un homme 
preoccupe de faire sa fortune rapidement. Voici une autre 
satire, non moins mordante, dont les garcons qui se vantent 
de faire tourner la tete a toutes les filles pourront tirer leur 
profit. 

Cette chanson est tout a fait dans le genie canadien. 
Frangois Marcotte, qui : 

... s en va promptement 

Atteler sa jument 

Chez son oncle Paul Abelle, 

est bien un vrai type de faraud campagnard. 

C est une coutume commune aux poetes rustiques de la 
France et du Canada de se consacrer a eux-memes le der 
nier ou les derniers couplets de leurs chansons. Presque 
toutes nos chansons d elections, de meme que les com- 
plaintes composees a 1 occasion d un malheur arrive a une 
famille ou a une paroisse, fmissent par le couplet sacra- 
mentel : 

Qu en a compose la chanson, etc. 
Qui a compose cette complainte, etc. 

On doit d autant plus volontiers pardonner cette petite 
faiblesse aux poetes populaires que Ton est accoutume a 
voir des poetes d un ordre plus eleve parler d eux-memes, 
se decrire, se vanter, se biographier d un bout a 1 autre de 
leurs ceuvres. 

L air de cette chanson n a rien d original et n est pas 
canadien. C est, je crois, une ancienne melodie anglaise. 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



285 



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C est Francois Mar - cott Qui s ha - bil - le bew 



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fil - le qu il lui faut. 



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t6s A la com - pa - gne ! Mar - cott fit un belle en- 



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C est Frangois Marcotte 

Qui s habille ben propre, 

Pour aller en promenade ; 

C est a Deschambault, 

Chez monsieur Boudrault : 

C est une fille qu il lui faut. 

Bonjour madam Boudrault, - 

En faisant le faraud, 

Faisant des politesses, - 

Des civilites 

A la compagnee ! 

Marcotte fit un belle entree ! 



286 CHANSONS POPULAIRES 

Quand il fut entre, 

II s agit de parler 

Des affair s de consequence : 

De sa bien aimee 

II s est approche : 

C etait pour la demander. 

- Je suis bien presse, 
Je veux me marier, 

Je crains de vous surprendre ; 

Vous excuserez 

La brutalite 

D l abord de mon arrivee. 

- Vous et s tout excuse, 
Vous pouvez continuer ; 
Revenez plusieurs voyages : 
Pour vous marier, 

II faut esperer (attendre) 
Que mon per soit arrive. 
Marcotte s est retire, 
Pensant bien qu il 1 aurait 
Dans un second voyage ; 
Ne s imaginant pas 
Qu en faisant tout cela, 
Ell voulait le planter la. 

L/automne est revenu. 
Boudrault ne revient plus, 
Marcotte est d un bord et d l autre 
C est pour s informer, 
De tous les cotes, 
Si Boudrault est arrive. 
S en va a Deschambault, 
Rencontr monsieur Boudrault 
Et fait sa connaissance : 

- Veuillez bien m excuser, 
C est pour vous demander 
Votre fille a marier. 

- Parlez-moi, mon ami, 
Tout vous est permis : 



DU CANADA 287 

Vous avez tant d avantages ! 
Vous avez de 1 esprit, 
Sans dompter 1 indtistrie : 
Vous et s homme de genie. 
Puis on m a raconte 
Que vous vous vantiez 
Que vous auriez bien ma fille ; 
Pour vous recompense!, 
Nous allons vous donner 
Une pell bien amanchee. 

Revenons a Marcotte 

II a pris sa capote ; 

II a 1 air tout imbecile : 

Son casque rabattu, 

II a 1 air tout bourru : 

Marcott ne se r connait plus. 

II s en va promptement 

Atteler sa jument 

Chez son oncle Paul Abelle, 

En disant : Sapre gai ! 

Je suis effarouche 

De la pell qu ils m ont donnee ! 

I/auteur de la chanson, 

C est un grand garcon 

Revenant d un long voyage ; 

Etant arrete 

Se fair faire a diner 

Chez des gens qu il connaissait : 

Etant apres diner, 

II entend raconter 

L/aventur de Marcotte ; 

J vous dis en verite, 

Qu il aurait merite 

Un chanson mieux composee. 

Je vais vous le nommer : 
C est Hyacinth Denis, 
Qui n a plus d avantages. 



288 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

II est expose 

Au meme danger 

Quand il va se promener. 

Un jour passant par la, 

Pensant a tout cela, 

Je chantais, en en moi-meme : 

Arriv ra que pourra ! 

I/a pell nous servira 

Pour enterrer 1 mardi gras . 



C EST PINSON AVEC CENDROUILLE 

Cette chanson n est pas tant une chanson comique qu une 
chanson d enfants, ou la chatte, le gros rat avec son violon, 
etc., ne figurent que pour tenir en eveil 1 esprit d un petit 
tapageur en attendant que le sommeil vienne fermer ses 
paupieres. II ne faut pas, dit avec justesse M. Champ- 
fleury, demander aux nourrices qui composent ces chansons, 
autre chose que ce qu elles peuvent donner ; ... dans 1 amour 
qu elles portent aux enfants, elles trouvent de singulieres 
associations de mots... qui frappent le nouveau-ne et savent 
endormir ses souffrances . 

Ces couplets se chantent en France, dans le Cambresis, 
sur un air tout different du notre. 



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C est Pinson avec Cendrouille 
Qui voudraient se marier ; 



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2QO CHANSONS POPULAIRES 

Us voudraient faire des noces, 
Mais n ont pas de quoi manger. 

Gai Ion la 

Tire la lirette, 

Des trompettes 

II yen aura. 

Us voudraient faire des noces, 
Mais n ont pas de quoi manger. 
Us voient venir un gros chien, 
Dans sa gueule apporte un pain. 
Gai Ion la, etc. 

Us voient venir un gros chien, 
Dans sa gueule apporte un pain. 
De pain nous en avons bien, 
De viand nous n en avons point. 
Gai Ion la, etc. 

De pain nous en avons bien, 
De viand nous n en avons point. 
Us voient venir un corbeau, 
Dans son bee est un gigot. 
Gai Ion la, etc. 

Us voient venir un corbeau, 
Dans son bee est un gigot. 
De viand nous en avons bien, 
De vin nous n en avons point. 
Gai Ion la, etc. 

De viand nous en avons bien, 
De vin nous n en avons point. 
Us voient venir un lapin, 
Sur son dos, un tonn 1 de vin. 
Gai Ion la, etc. 

Us voient venir un lapin, 
Sur son dos un tonn de vin. 



DU CANADA 2QI 



De vin nous en avons bien, 
De danseus s n en avons point. 
Gai Ion la, etc. 

De vin nous en avons bien, 
De danseus s n en avons point. 
Us voient venir un voisin, 
Une fille a chaque main. 
Gai Ion la, etc. 

Us voient venir un voisin, 
Une fille a chaque main. 
Des danseus s en avons bien, 
De violon n en avons point. 
Gai Ion la, etc. 

Des danseus s en avons bien, 
De violon n en avons point. 
Us voient venir un gros rat, 
Un violon dessous son bras. 
Gai Ion la, etc. 

Us voient venir un gros rat, 
Un violon dessous son bras. 

- Entrez monsieur 1 Arrive : 
Notre chatte est au grenier. 
Gai Ion la, etc. 

Entrez, monsieur 1 Arrive : 
Notre chatte est au grenier. 
La chatte entendit cela, 
A saute dessus le rat. 
Gai Ion la, etc. 

La chatte entendit cela, 
A saute dessus le rat. 
Le rat s est mis a crier : 
Voila mon violon casse ! 
Gai Ion la, etc. 



2Q2 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Le rat s est mis a crier : 
Voila mon violon casse ! 
Quand j irai en compagn.ee, 
Un coup d eau d vi je prendrai. 
Gai Ion la, etc. 

Quand j irai en compagnee, 
Un coup d eau d vi je prendrai. 
J n en donn rai pas a cell -la 
Qui m a casse les deux bras. 

Gai Ion la, 

Tire la lirette, 

Des trompettes 

II y en aura. 



A LA CLAIRE FONTAINE 

(Air recueilli par M. I abbe Marquis). 

Le lecteur a deja pu observer que, dans des chants qui 
semblent d abord appartenir au mode mineur, le chanteur 
populaire fait tout a coup apparaitre une seconde majeure 
entre le septieme et le huitieme degre de la gamme, de- 
truisant ainsi la note sensible, et placant la melodic dans 
le premier ou le second mode de la tonalite ancienne. Or, 
ce qui arrive pour le mode mineur arrive aussi pour le mode 
majeur. Ainsi, dans la melodic de la Claire Fontaine, que 
Ton va voir ci-apres, et qui semble d abord appartenir exclu- 
sivement au mode majeur, la note fa apparaissant naturelle, 
dans la dixieme et dans la quatorzieme mesure, la sensible 
disparait par la meme, et le huitieme mode de la tonalite 
ancienne se trouve parfaitement accuse. 

On dirait, quelquefois, que le peuple a horreur de la note 
sensible. Cela tient a des causes toutes naturelles que des 
musicistes distingues de ce siecle ont etudiees et expliquees 
d une maniere irrefutable. (Voir les Remarques generates, 
a la fin de ce volume.) 

J ai deja dit que ces infractions aux regies de 1 art mo- 
derne n indiquent pas toujours 1 anciennete d une melodie. 
Souvent il arrive qu une chanson de la ville, toute fraiche 
composee, vieillit tout a coup de plusieurs siecles, grace aux 
alterations qu elle subit en passant par des gosiers cam- 
pagnards. Chacun connait cet air d un vaudeville intitule : 
Les Canotiers de la Seine : 



5 



s 



Mes-dam s, sa- vez vous c qu il faut Pour e - tre 



( 



J 



etc , 



ca no tie - - re ? 



294 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 



Eh ! bien, voici comment j ai entendu chanter ce meme 
air par une jeune fille de 1 Ile-Verte, (comte de Temiscouata) : 



3E 







m 



l) 



> r M r 



J 



etc. 



Ceux de mes lecteurs qui ont visite la capitale de la France 
se rappellent sans doute avoir vu, sur la place des Victoires, 
une statue equestre de Louis XIV, representant le monarque 
avec un lambeau de vetement sur le corps, et des sandales 
aux pieds. C est un anachronisme de ce genre que faisait, 
bien a son insu, ma jeune chanteuse de 1 Ile-Verte, en de- 
pouillant de sa note sensible la melodic toute moderne du 
vaudeville francais. 



W^ 







la clai - re fon - - tai - ne M en 



n^. i ^ j i 



j i j -r 



al - lant pro - me - ner 



J ai trou ve 1 eau si 



^m 



be) - le Oue 



je m y suis bai - gne. Lui 



5 



5 



ya long - temps que je 



t ai - me, 



J J I J 



mais je ne t ou - blie 



rai. 



ja- 



PERRETTE EST BIEN MALADE - CHEZ MON 
PERE YA TROIS FILLES 

La chanson de Perrette etant chantee dans toutes nos 
campagnes, et par les gens du peuple, j ai cru devoir lui 
donner place ici, mais j avoue que sa musique, aussi re- 
marquable par sa distinction que par son caractere antique, 
semble accuser une origine peu populaire. Paroles et mu 
sique sont peut-etre nees au milieu de ces pres fleuris qu ar- 
rose la Seine , dans Lutece la chantante elle-meme, alors 
que 1 ecole litteraire dite sentimentale peuplait le Louvre et 
Versailles de bergers et de bergeres. 

Dans tous les cas, les couplets de Perrette est bien malade, 
de meme que ceux de Chez mon per ya trois filles, qui semblent 
en etre une variante plus populaire, ne sont certainement 
pas canadiens. Les mots : aubade, musette, et tambour sont 
la pour le prouver (i). 

Chez mon -phe ya trois filles se chante sur la premiere 
partie (andante) de 1 air note ci-apres. Cette variante m a 

(1) II est important de remarqucr que le peuple, en Canada, ne fait pas usage d ins- 
truments & sons fixes, tels que la vieille et les differentes sortes de musettes ou corne- 
muses : le biniou, le bay-pipe, etc ; que le violon est le seul instrument dont se servent 
nos virtuoses campagnards ; et que, consfequemment, on ne saurait attribuer aux exi 
gences d instruments a sons fixes le fait que nos chants populaires appartiennent presque 
exclusivement au genre diatonique. 

Le tambour, dont nos paysans ne font pas non plus usage, 6tait autrefois un instru 
ment tres en vogue en Canada, avant 1 arrivie des blancs. On le regardait presque 
comme qvelque chose de sacr6, parce que les jongleurs s en servaient toujoi rs dans 
les chants qui accompagnaient leurs magies. C est si bien le cas que les premiers 
missionnaires de la Nouvelle-France ne considcraient un sauvage bien convert! que 
lorsque celui-ci avait brise son tambour. Le Frere Gabriel Sagard dit, en parlant 
d une coutume montagnaise : ... Je m oubliais de parler des violons ou instruments 
musicaux aux sons desquels, & des chansons ries deux chantres, tout le branle alloit 
& se remuoit a la cadence ; c estoient une grande escaille de tortue & une facon de 
tambour de la grandeur d un tambour de basque, compose d un cercle large de trois 
ou quatre doigts, & de deux peaux roidemeiit estendues de part & d autre, dans quoy 
estoient des graines de bled d lade, ou petits caillous pour f aire plus de bruit : le dia- 
mettre des plus grands tambours est de deux palmes ou environ, ils le nomment en 
Montagnais Chichigouan ; ils ne le battent pas comme on fait par deca : mais ils le 
tournent & remuent, pour faire bruire les caillous qui sont dedans, & en frappent la 
terre, tantost du bord, tantost quasi du plat, pendant que tout le monde danse. 

Voyla tout ce qui est des instruments musicaux du pays . 

Sagard. Histoire du Canada, page 474, Paris, 1636. 



296 



CHANSONS POPULAIRES 



ete chantee par une jeune fille du nom de Farly, de Saint- 
Barthelemy, comte de Berthier. 



Andante. 



r- c r 



Per - rette est bien 



ma 



la - de. Tra la 



j-J ; J n i r r r r 



la la la la Tra la la la la la, Per - rette est bie,n ma- 

FIN 



rr r if if p r= r u r j 



la - de, En danger de mou- nr, En danger de mou nr. 
^ Presto. 



j. i j ; 



v 



Son a mi la va voi - - re, Tra la la 



1 S }: 


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1 J 1 


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la la la la, 



Son a 



mi 



va 



; i J M 



voi - - re : Te lai - ra - tu mou - rir ? Be - zin- 



zi be - zin - zon Be- zin - zon be- zin- zain Te lai ra- 






tu mou nr, Te lai ra - tu mou - rir ? 

Andante. 

Perrette est bien malade, 
Tra la la la la la 
Tra la la la la la, 
Perrette est bien malade, 
En danger de mourir. (bis) 



D. C. 



DU CANADA 297 



Presto. 

Son ami la va voire, 
Tra la la la la la la, 
Son ami la va voire : 

- Te lai ra-tu mourir ? 
Bezinzi bezinzon, 
Bezinzon bezinzaine, 

Te lai ra-tu mourir ? (bis) 

Andante. 

- Non, non, repondit-elle, 
Tra la la, etc. 

Non, non, repondit-elle, 

Je ne veux pas mourir. (bis) 

Presto. 

Qu on m apporte ma flute, 
Tra la la la la la la, 
Qu on m apporte ma flute 
Et mon tambour joli. 
Bezinzi, bezinzon, etc. 

Andante. 

Pour jouer une aubade, 
Tra la la la la la 
Tra la la la la la 
Pour jouer une aubade 
Et chasser les soucis. (bis) 



Chez mon per ya trois filles, 

Les voici, les voila, 

Tra la la tra la la, 

Chez mon per ya trois filles, 

Tout s trois a marier. (bis) 

Mais yen a deux qui chantent, 
Les voici, les voila, etc., 
Mais yen a deux qui chantent 
Et 1 autre qui gemit. (bis) 



298 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Pourquoi gemir, la belle ? 
La voici, la voila, etc., 
Pourquoi gemir, la belle : 
Nous sornm s tous rejouis ! (bis) 

Chantez, chantez la belle, 
La voici, la voila, etc., 
Chantez, chantez, la belle, 
Nous chanterons aussi. (bis) 

Qu on m apporte ma musette, 
La voici, la voila, etc., 
Qu on m apporte ma musette 
Et mon tambour joli ! (bis) 

Que je jou des aubades, 
Les voici, les voila, etc., 
Que je jou des aubades 
Aux enfants sans souci. (bis) 

Les enfants sans souci, me dit-elle, 
Les voici, les voila, etc. 
Les enfants sans souci, me dit-elle, 
Us sont bien loin d ici. (bis) 

Us sont a la caserne, 
Les voici, les voila, etc., 
Us sont a la caserne, 
Apres se divertir. (bis) 

Us boivent pots et pintes. 
Les voici, les voila, 
Tra la la tra la la, 
Us boivent pots et pintes, 
Vidant les verr s aussi. (bis) 



A LA SANTE DE CES JEUNES MARIES 

Quel est I homme ayant tant soil peu de monde qui oserait 
parler malheur, deception, tombeau, au milieu d un repas 
de noces ? Dans de telles circonstances, au contraire, chacun 
affecte une joie sans melange, et ne parle que felicite supreme 
et bonheur sans fin. Et pour tant la crainte est dans tous 
les coeurs. Ici-bas : 

... jamais entiere allegresse : 
L ame y souffre de ses plaisirs, 
Les cris de joie ont leur tristesse, 
Et les voluptes leurs soupirs. 

La crainte est de toutes les fetes ; 
Jamais un jour calme et serein 
Du choc tenebreux des tempetes 
N a garanti le lendemain ... 

Ce mysterieux lendemain , on n ose pas le regarder en 
face, on s efforce de n y pas songer. Plus courageux que 
nous, et, avouons-le aussi, la conscience plus tranquille, 
1 homme des champs ne craint pas d en rappeler le souvenir, 
meme au milieu de ses fetes. Au lieu de se dorloter molle- 
ment dans la jouissance du present, au lieu de s ecrier inutile- 
men t, comme Lamartine : 

Ne pourrons-nous jamais sur 1 ocean des ages 
Jeter 1 ancre un seul jour ? 

il regarde 1 avenir avec calme, tache de mettre a profit 
1 experience du passe, et se raffermit dans le sentier du devoir. 
Les couplets que Ton va lire prouvent, une fois de plus, 
la verite de cette assertion des freres Grimm : que les chansons 
du peuple ne savent jamais mentir. 



300 



CHANSONS POPULAIRES 



j j n 



Sur vo tre bon - te 



Ah ! 





1 j. 


1 J 1- 


1 J J 


j J J 



me re - po 



se. Puis - que vous vou- 






lez 



Tous i 



ci que j o 






se 



^ 



^^ 



Vous chan - ter u 



ne chan son, 



Don - nez 



^ 



^=^ 



vo-tre at - - ten - ti 



on. 



Sur votre bonte 

Ah ! je me repose. 

Puisque vous voulez 

Tous ici que j ose 

Vous chanter une chanson, 

Donnez votre attention. 

Je ne parle pas 

Ici du breuvage, 

Ni de ce rep as, 

Mais du mariage ; 

Je ne parle maintenant 

Que de ces jeunes amants. 



Vous avez dit : out, 

Mot tres-agreable ; 

Mais il est aussi 

Souvent regrettable, 

Et jusque dans le tombeau 

On se repent de ce mot. 



DU CANADA 301 

Messieurs, jusqu ici, 

Jusqu a vos oreilles, 

Je puis bien parler 

De tous ceux et celles 

Qui se prennent sans s aimer 

Et meur nt sans se regretter. 

Vous, jeunes amants, 
Qui cherchez des belles, 
Veillez sagement, 
Soyez-leur fideles, 
Car vous pourriez etre enfin 
Accables de grand chagrin. 

Pour vous conserver 
Beaux jours et bon role, 
Vous d vez repeter 
Souvent ces paroles : 
Dieu veuille que je sois doux 
A cell dont je suis 1 epoux ! 

Tu ne dois aimer 

Que ta chere femme, 

Que Dieu t a donnee 

Pour fideT compagne ; 

Tu dois toujours eviter 

Cell qui pourrait te charmer. 

Vous vous et s aimes, 
Aimez-vous encore ! 
Vous serez charmes 
De revoir 1 accor e 
Regner dans votre maison 
Avec la paix et 1 union. 

Jeun femme, ecoutez ! 

Vous ferez de meme ; 

De Dieu suppliez 

I/a bonte supreme 

Qu il vous benisse tous deux 

Et vous donne des jours heureux. 



302 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Messieurs, c est assez 
Sur le mariage ; 
Daignez me verser 
De ce doux breuvage : 
Que je boive a la sante 
De ces jeunes maries. 



DANS TOUS LES CANTONS 

(Paroles recueillies par M. J. A. Malouin}. 

L auteur de ces couplets, apres avoir enumere les vicissitu 
des du menage, nous apprend que lui en a etc exempt, 
qu il est tombe sur un bon gibier . Cela prouve deux 
choses : i que les femmes peuvent etre bonnes quelquefois 
(elles le sont meme tres souvent) ; 2 que les poetes de tous 
les calibres ne peuvent que difficilement se taire sur leurs 
avantages. 

Cette chanson, au reste, est, dans son genre, un petit 
chef-d ceuvre. La morale en est toute pratique : savoir bien 
choisir son gibier . 



r ir c g i E p c. 



Dans tous les can - tons Ya des fill s et des gar- 














cons Qui veul nt se ma - ri - - er, C est la pu - re ve - ri- 






r > -M t 







te. Les gar-^ons vont les voir, Le plus sou - vent le 



soir ; Les fill s se re - jou - iss nt Quand ell s voi nt leurs a- 



f r |i J f . p ir f I f. f. f . 



f f 



mis ; 



Ell s se dis nt en sou riant : Le voi- la mon a- 



>.b 



^=RZ 



mant 



CHANSONS POPULAIRES 

Dans tons les cantons 
Ya des fill s et des gar9ons 
Qui veul nt se marier, 
C est la pure verite. 
L,es gat9ons vont les voir 
Le plus souvent le soir ; 
Les fill s se rejouissent 
Quand ell s voi nt leurs amis ; 
Ell s se dis nt en souriant : 
I/e voila mon amant ! 

Jeunes fill s, ecoutez, 

Qui voulez-vous marier : 

Votre engagement 

Vous causera du tourment. 

Vous prenez un etat 

De pein s et d embarras ; 

Bien souvent du chagrin, 

Sans en connaitr la fin, 

Qui vous f ra regretter 

La maison qu vous quittez. 

Etant mariee, 

II faut tout abandonner, 

Tous les agreements 

D etre avec les jeunes gens. 

Eaut rester au logis 

Pour plaire a son mari ; 

Vous etes mariee 

Par votr propr volonte ; 

Vous avez pris mari, 

C est pour lui obeir. 

S il est complaisant, 

Vous aurez de I agrement ; 

Mais s il est jaloux, 

Vous n en aurez pas beaucoup. 

Combien y en a-t-il 

De ces mediants maris, 

Que tout leur interet 



DU CANADA 305 

C est d aller au cabaret, 
Pour y passer leur temps 
A boir tout leur argent ! 

Le soir arrive, 

Us revienn nt a leur logis 

Tout en furibons 

Et menant le carillon ; 

Disant d un air fache : 

Donne moi a souper ! 

w Promptement fais mon lit, 

Car j ai besoin d dormir ! 

Comment pouvoir cherir 

Un si brutal mari ? 

Vous, a la maison, 

Ni pain, ni lard, ni poisson, 

N ayant pas le sou 

Et souvent manquant de tout... 

Et vos petits enfants 

Qui vous diront : Maman, 

Donnez-nous done du pain, 

Car nous mourons de f aim ! 

Helas, quel creve-cceur 

Vous f ra verser des pleurs ! 

Mais comme cela 

Tous les hommes ne sont pas : 

Car tous ces defauts, 

Pour un seul, ce serait trop ! 

Yen a, assurement, 

Qui sont plus complaisants : 

Us aim nt leurs compagnees 

Puisqu ils les ont epousees, 

Us veul nt les soulager : 

C est pour se faire aimer. 

Mais si les maris 
Ne sont pas tous garantis, 
C est qu il yen a trop 
De ces femm s qu ont des defauts... 
20 805 B 



306 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

De ces humeurs marabouts, 
Que rien n est a leur gout ; 
Quand on veut leur parler 
Dans un coin s en vont bouder. 
Comment n pas faire courroux 
Avec un tel hibou ? 

La semaine, au logis, 
Ell s ont 1 air tout etourdies ; 
Mai peignees, mal chaussees, 
Et souvent mal arrangees. 
I/e dimanche arrive, 
Vous les voyez frisees, 
Que tout s leurs qualites 
N est qu pour la vanite. 
Ell s n ont aucun souci 
Pour 1 affair du logis. 

Qu en a compose la chanson 
C est un vieillard de ce canton 
Qui n a pas regrette 
L,e jour qu il s est marie. 
II a pris un gibier 
Qu il a su conserver ; 
Elle a des qualites 
Qu il n a point publiees : 
Que chacun fass comm moi, 
Qu il chante ce qu il sait ! 



CELLE QUE MON COEUR AIME 

On chante, en France, les couplets suivants, qui ont avec 
notre chanson Celle que mon cceur aime un lien de parent e" 
non equivoque : 

Nous etions dix fill s dans un pre, 
Tout s les dix a marier. 
Y avait Dine, y avait Chine, 
Y avait Claudine et Martine, 

Ah ! ah ! 

Cath rinette et Cath rina, 
Y avait la belle Suzon, 
La duchess de Montbazon, 
Y avait Madeleine, 
Y avait la du Maine. 

I/e fils du roi vint a passer, 
I/fils du roi vint a passer ; 
Salua Dine, etc., etc., etc. 
Embrassa la du Maine. 

A toutes il fit un cadeau, 
A tout s il fit un cadeau. 
Bague a Dine, etc., etc., etc. 
Diamants a la du Maine. 

Puis il leur offrit a coucher, 
II leur offrit a coucher. 
Faille a Dine, etc., etc., etc. 
Beau lit a la du Maine. 

Puis toutes il les renvoya, 
Chassa Dine, chassa Chine. 
Chassa Claudine et Martine, 

Ah! ah! 

Cath rinette et Cath rina, 
Chassa la belle Suzon, 



308 



CHANSONS POPULAIRES 



L,a duchess de Montbazon, 

Chassa Madeleine, 

Et garda la du Maine. 

Evidemment cette version n est pas de source populaire. 
Mais il est possible qu il existe, ou du moins qu il ait existe, 
en France, une chanson populaire a peu pres semblable a 
notre version canadienne, et qu elle ait servi de theme aux 
couplets que Ton vient de lire. 



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Dans mon che - min j ai 



ren - con- 



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Dans mon che - min j ai 



ren - con- 



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tre, 



Ren - con - tre Mi - ne, ren con - tre 



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Fi - ne, Ren - con-tre Jac- que... Jac- que - li - ne, 



Tra la la la la la la la, Ren - con - tre 



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Ger - mi net - te, Cell qui vend des cho - pi- 



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net - tes > J ai ren- con - tre ma rei 



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Cel - le que mon coeur ai 



me. 



DU CANADA 309 

Dans mon chemin j ai rencontre : (bis) 

Rencontre Mine, rencontre Fine, 

Rencontre Jacque... Jacqueline, 

Tra la la la la la la la, 

Rencontre Germinette, 

Cell qui vend des chopinettes, 

J ai rencontre ma reine, 

Celle que mon coeur aime. 

Je les ai tout tout fait entrer : (bis) 

Fait entrer Mine, fait entrer Fine, 

Fait entrer Jacque... Jacqueline, 

Tra la la, etc. 

Fait entrer Germinette, 

Cell qui vend des chopinettes, 

J ai fait entrer ma reine, 

Celle que mon cceur aime. 

Je les ai tout tout fait asseoir : (bis) 
Un chaise a Mine, un chaise a Fine, 
Un chaise a Jacque... Jacqueline, 
Tra la la, etc. 
Un chaise a Germinette, 
Cell qui vend des chopinettes, 
Un beau fauteuil a ma reine, 
Celle que mon cceur aime. 

Je les ai tout tout fait manger : (bis) 
Patate a Mine, patate a Fine, 
Patate a Jacque... Jacqueline, 
Tra la la, etc. 
Patate a Germinette, 
Cell qui vend des chopinettes, 
Un bon chapon a ma reine, 
Celle que mon cceur aime. 

Je les ai tout tout fait coucher : (bis) 
Paillasse a Mine, paillasse a Fine, 
Paillasse a Jacque... Jacqueline. 
Tra la la, etc. 



3IO CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Paillasse a Germinette, 
Cell qui vend des chopinettes, 
Un beau lit d plume a ma reine, 
Celle que mon coeur aime. 

Je les ai tout tout renvoyees : (bis) 
Renvoye Mine, renvoye Fine, 
Renvoye Jacque... Jacqueline, 
Tra la la la la la la la, 
Renvoye Germinette, 
Celle qui vend des chopinettes, 
Mais j ai garde ma reine, , 
Celle que mon coeur aime ! 



ENTRE PARIS JET SAINT-DENIS 

Voici une princesse, fille d un roi de France, qui se fait 
bel et bien couper 1 herbe sous le pied par une savante , 
physicienne et botaniste. C est la un eloquent plaidoyer 
en faveur de 1 usage, etabli depuis quelques annees, de 
donner des prix de chimie, de physique et de botanique 
de nos pensionnats de jeunes filles. 

Une variante de cette jolie chanson se chante aussi en 
France. (Voir les Chants et Chansons de M. Bujeaud, page 
203, vol. I.) J ai recueilli ces couplets a Sainte-Louise, dis 
trict de Montmagny. 









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sent. Sur la feuil - le ron... don don don, Sur la jo - li 



^ 



li feuil - le 



ron 



de. 



Entre Paris et Saint-Denis 
II s eleve une danse ; 
Toutes les dames de la ville 
Sont alentour qui dansent. 
Sur la feuille ron... don don, don, 
Sur la joli , joli feuille ronde. 



312 CHANSONS POPULAIRES 

Toutes les dames de la ville 
Sont alentour qui dansent... 
II n y a que la fill du roi 
D un cote qui regarde. 
Sur la feuille, etc. 

II n y a que la fill du roi 
D un cote qui regarde. 
Ell voit venir son messager, 
Son messager de Nantes. 
Sur la feuille, etc. 

EH voit venir son messager, 
Son messager de Nantes. 

- Beau messager, beau messager, 
Quell s nouvell s ya a Nantes ? 

Sur la feuille, etc. 

Beau messager, beau messager, 
Quell s nouvell s ya a Nantes ? 

Les nouvell s que j ai apportees : 
Que votre amant vous mande... 

Sur la feuille, etc. 

Les nouvell s que j ai apportees : 
Que votre amant vous mande 
Que vous fassiez choix d un amant, 
Pour lui a une amante. 
Sur la feuille, etc. 

Que vous fassiez choix d un amant, 
Pour lui a une amante. 

Est-elle plus belle que moi ? 
Est-elle plus savante ? 

Sur la feuille, etc. 

Est-elle plus belle que moi ? 
Est-elle plus savante ? 

- EH n est pas plus belle que toi, 
Mais elle est plus savante. 

Sur la feuille, etc. 



DU CANADA 313 



Ell n est pas plus belle que toi, 
Mais elle est plus savante : 
Ell fait neiger, ell fait greler, 
Ell fait le vent qui vente. 
Sur la feuille, etc. 

Ell fait neiger, ell fait greler, 
Ell fait le vent qui vente ; 
Ell fait reluire le soleil 
A minuit, dans sa chambre. 
Sur la feuille, etc. 

Ell fait reluire le soleil 

A minuit, dans sa chambre ; 

EH fait pousser le romarin 

Sur le bord de la Manche. 

Sur la feuille ron... don don don. 

Sur la joli , joli feuille ronde. 



IL N Y A QU UN SEUL DIEU 

Je connais depuis bien longtemps cette ancienne ronde 
que Ton pourrait parfaitement appeler une ronde religieuse. 
L execution en est tres simple : 

Les danseurs se comptent d abord a haute voix, de fagon 
a ce que chacun d eux se trouve etre designe par un nombre 
pair ou impair. Le chant commence ensuite et la chaine 
se met a tourner. On tourne ainsi constamment, tantot a 
droite, tantot a gauche ; mais quand les chanteurs en sont 
au sixieme couplet, et chaque fois que ce sixieme couplet 
se repete, tout le monde s arrete, et, pendant que Ton chante : 
Six urnes placees, remplies, les danseurs designes par un 
nombre pair se tournent, d abord a droite, puis a gauche, 
et font a leurs voisins de profonds saluts. Ceux que designe 
un nombre impair font la meme ce remonie en sens inverse : 
le tout avec la gravite d une ceremonie religieuse. Puis 
lorsque Ton chante : A Cana, en Galilee, les danseurs recom- 
mencent a tourner. 

Tout cela n est guere dans le gout des jansenistes. Tandis 
que ceux-ci, sous pretexte de respect, bannissent Dieu de 
tout ce qui n est pas le ciel ou le sanctuaire, les catholiques 
veritables ont le bon sens de parler de Dieu partout, meme 
dans leurs amusements. On a remarque des longtemps, 
dit d une maniere charmante M. de Sainte-Beuve, cette gaiete 
particuliere aux peuples catholiques ; ce sont des enfants qui, 
sur le giron de leur mere, lui font toutes sortes de niches 
et prennent leurs aises . 

Cette ronde est la traduction a peu pres litterale d une 
des Imitations des Series druidiques que composerent les 
missionnaires qui etablirent le christianisme dans les Gau- 
les. On s en convaincra par cette citation partielle de deux 
chants publics par M. de Villemarque (Barzas-Breiz, pages 
1-28) : 



CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 315 

CHANT DRUIDIQTJE 

Le druide. 

Tout beau, enfant blanc du druide ; 
Reponds-moi, tout beau, que veux-tu ? 
Que je chanterai-je ? 

L enfant. 

- Chante-moi la serie du nombre un, 

Jusqu a ce que je 1 apprenne aujourd hui. 

Le druide. 

Pas de serie pour le nombre un : 
La necessite unique ; 
Le trepas pere de la douleur ; 
Rien avant, rien de plus... 



L enfant. 
La serie du nombre deux ? 

La serie du nombre douze ? 

Le druide. 
II y a douze mois et douze signes ; 

Onze belek armes.. 
Dix vaisseaux ennemis... 
Neuf petites mains blanches... 
Huit vents... 
Sept soleils... 

Six petits enfants de cire... 
Cinq zones autour de la terre... 
Quatre pier res a aiguiser... 
Trois parties du monde... 



3l6 CHANSONS POPULAIRES 

Deux boeufs... 

La necessite unique, le trepas... 



CHANT CHRETIEN 



- Die mihi quid unus ? 
Unus est Deus 

Qui regnat in ccelis. 

- Die mihi quid duo ? 



- Die mihi quid duodecim ? 

- Duodecim apostoli ; 
Undecim stellse 

A Josepho visse ; 
Decem mandata Dei ; 
Novem angelorum chori ; 
Octo beatitudines ; 
Septem sacramenta ; 

Sex hydriae 

Positse 

In coena Galilese ; 
Quinque libris Moysis : 
Quatuor evangelistse 
Tres sunt patriarchse : 
Duo testamenta ; 
Unus est Deus. 



DU CANADA 



317 



FIN: 





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r r c t -. 




- i 


a - 


* 


f 



II n y a qu un seul Dieu. II n y a qu un seul Dieu. 

II n ya qu un seul Dieu, 
II n ya qu un seul Dieu. 



; i 



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Dis - moi pour - quoi deux, Dis - moi pour - quoi deux. 

A 

r " i * ~TF 

D. c. 



II y a deux Tes - ta- merits. 

Dis-moi pourquoi deux, (bis) 

- II y a deux Testaments, 
II n ya qu un seul Dieu. (bis) 



J J. 


f . f r p 


, f ^j- 


Dis 

1 - 


=t=-E P \f & 

- moi pour - quoi trois, Dis - moi 

f 1 f f f -f 


1 \- I- 
pour - quoi trois 

8 a la lettre A 









II ya trois grands pa - tri - arch s. 

Dis-moi pourquoi trois. (bis) 

- II y a trois grands patriarches, 
II y a deux Testaments, 
II n ya qu un seul Dieu. (bis) 



J J I f r r c c i r r r 11 



Dis - moi pour - quoi quatr , Dis- moi pour - quoi quatre. 

C 

a la lettre B. 







II ya quatre e - van - ge - list s. 



CHANSONS POPULAIRES 



Dis-moi pourquoi quatre. (bis) 
- II ya quatre evangelistes, 
II ya trois grands patriarches, 
II y a deux Testaments, 
II n ya qu un seul Dieu. (bis) 



7T f* h 1 P 1* f 


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Dis - moi pour - quoi cinq, 


u 5 . 

Dis * moi 
n H 


f- 1 

pour - quoi 
a la lettre C 


H 

cinq. 


fe \> \f -? \y y 


-6 Ml 



II ya cinq livr s de Mo - Ise. 

Dis-moi pourquoi cinq, (bis) 
- II ya cinq livr s de Mo ise, 
II ya quatre evangelistes, 
II ya trois grands patriarches, 
II y a deux Testaments, 
II n ya qu un seul Dieu. (bis) 



i 



J" i r r r c pi r r 



Dis - moi pour - quoi six, Dis- moi pour - quoi six. 
E Lento e religioso. i tempo. 



f EE F^ 



- Six urn s pla cees, rem - plies, A Ca- 

I a la le.ttre D. 



na, en Ga li - lee. 

Dis-moi pourquoi six. (bis) 

Six urn s placees, remplies, 

A Cana, en Galilee, 

II ya cinq livr s de Mo ise, 

II ya quatre evangelistes, 

II ya trois grands patriarches, 



DU CANADA 



319 



II y a deux Testaments, 
II n ya qu un seul Dieu. (bis) 



; 



r r, r, I r r r 



Dis - moi pour - quoi sept, Dis - moi pour - quoi sept 



i 



r, i t 



f I) a la lettre E. 



II y a sept sa - ere - ments 

Dis-moi pourquoi sept, (bis) 
- II y a sept sacrements, 
Six urn s placees, remplies, 
A Cana, en Galilee, 
II ya cinq livr s de Mo ise, 
II ya quatre evangelistes, 
II ya trois grands patriarches, 
II y a deux Testaments, 
II n ya qu un seul Dieu. (bis) 



A I s f* 1 





f r 






t 


p a n 


Dis - moi pour - 
_p 1 


1 7 4, 
quoi huit, Dis - moi 

* f i r H 


1 
pour-quoi huit 

a la IpttrA P 


11 ya 


huit 


v 

be - 


a - 


-^ 1 H 
ti - tud s. 





Dis-moi pourquoi huit. (bis) 

II ya huit beatitudes, 

II y a sept sacrements, 

Six urn s placees, remplies, 

A Cana, en Galilee, 

II ya cinq livr s de Mo ise, 

II ya quatre evangelistes, 

II ya trois grands patriarches, 

II y a deux Testaments, 

II n ya qu un seul Dieu. (bis) 



320 



CHANSONS POPULAIRES 



~f\ ^~ I s 


P f * r* P "f 


* - 


Dis - moi 

L r r 


pour - quoi neuf, Dis- moi pour - qi 
lr P f 7 P H> i 


loi neuf. 
tre Q. 


y & & 

-I] y 


f- Tj ^ e. p (Ja la let 
a neuf choeurs des ang s. 



Dis-moi pourquoi neuf. (bis) 

- II y a neuf chceurs des anges, 
II ya huit beatitudes, 
II y a sept sacrements, 
Six urn s placees, remplies, 
A Cana, en Galilee, 
II ya cinq livr s de Mo ise, 
II ya quatre evangelistes, 
II ya trois grands patriarches, 
II y a deux Testaments, 
II n ya qu un seul Dieu. (bis) 






Dis- moi pour - quoi dix, Dis- moi pour - quoi dix 
I 



^ M I 



a la lettre H. 



II 



ya 



dix com - man - de - merits. 



Dis-moi pourquoi dix. (bis) 

- II ya dix commandements, 
II y a neuf choaurs des anges, 
II ya huit beatitudes, 
II y a sept sacrements, 
Six urn s placees, remplies, 
A Cana, en Galilee, 
II ya cinq livr s de Moi se, 
II ya quatre evangelistes, 
II ya trois grands patriarches, 
II y a deux Testaments, 
II n ya qu un seul Dieu. 



DU CANADA 



321 



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onz 


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cents mill vjerg 


a la let 

s. 


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Dis-moi pourquoi onze. (bis) 

- II y a onz cents mill vierges, 
II ya dix commandements, 
II y a neuf choeurs des anges, 
II ya huit beatitudes, 
II y a sept sacrements, 
Six urn s placees, remplies. 
A Cana, en Galilee. 
II ya cinq livr s de Moi se, 
II ya quatre evangelistes, 
II ya trois grands patriarches. 
II y a deux Testaments, 
II n ya qu un seul Dieu. (bis) 



? 







Pp^ 



21 



Dis - moi pour - quoi douz , Dis - moi pour- quoi douze. 



ia iettre 



II y 



a les douze a- potr s. 



Dis-moi pourquoi douze. (bis) 

- II y a les douze apotres, 
II y a onz cents mill vierges, 
II ya dix commandements, 
II y a neuf choaurs des anges, 
II ya huit beatitudes, 
II y a sept sacrements, 
Six urn s placees, remplies, 
A Cana, en Galilee, 
II ya cinq livr s de Moi se, 



805 B 



322 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

II ya quatre evangelistes, 
II ya trois grands patriarches, 
II y a deux Testaments, 
II n ya qu un seul Dieu. (bis) 




REMARQUES GENERALES 

ES diff Brents intervalles de 1 echelle des sons forment 
ce que Ton pourrait appeler le corps de la musique ; 
le rythme en est Fame. 

De 1 union de ces deux elements nait la melodie. 

La melodie est une suite de sons formant un chant com 
prehensible a 1 oreille (i), suite de sons necessairement 
traversee par le rythme et recevant de lui un caractere. 

L harmonie, qui repose sur la simultaneity des sons, n est 
pas un element essentiel de la musique, du moins de toute 
musique, comme 1 echelle des sons et comme le rythme. 
L homme de la campagne qui fait entendre sa voix soli 
taire au milieu des champs, fait de la musique, mais pas 
d harmonie. 

Ainsi done : 

Echelle des sons, - - corps de la musique ; 

Rythme, - - ame de la musique ; 

Melodie, - - corps et ame, echelle et rythme reunis ; 

Harmonic, accessoire non oblige de la melodie, du 
moins dans nos chants populaires. 

Pour bien comprendre ce que sont nos chants populaires, 
examinons-les dans leurs modes - - echelles des sons - - et 
dans leur rythme. Examinons aussi jusqu a quel point ils 
sont susceptibles de s unir avec 1 harmonic. Get examen 
nous permettra de porter un jugement plus eclaire sur 1 es- 
the"tique de cette musique du peuple. 

(1) Scudo. Tout le monde connalt la fameuse definition de saint Jean de Damas : 
la melodie est une suite de sons qui s appellent. Pour ces seuls mots : qui s appellent, 
disait Choron, saint Jean Damascene meritait bien d etre canonise ! 



324 CHANSONS POPULAIRES 

ECHELLE DES SONS 

Dans son acception generale, le son, suivant Boece, est 
un battement d air continue jusques au sens de 1 ouye sans 
interruption aucune . 

Les milliers de bruits qui remplissent la nature n ont pas 
tous le caractere musical. Pour qu un son porte le caractere 
musical, il faut qu on puisse lui assigner une place dans une 
echelle ou serie de sons quelconque de maniere que 1 oreille 
ne le confonde pas avec un son plus grave ou plus aigu. 

L immense echelle des sons musicaux, depuis le plus grave 
jusqu au plus eleve que Foreille puisse entendre, se divise 
naturellement par intervalles que, dans le systeme musical 
qui nous est familier, nous appelons octave (i). 

Les sons compris entre les notes extremes d une octave, 
se divisent de differentes manieres, et par leur succession 
du plus grave au plus aigu, ou vice versa, constituent ce qu on 
appelle gamme. 

Le mode determine Fordre de succession des notes de la 
gamme ou d une serie de sons quelconque (2). 

II faut bien se garder de croire que nos deux gammes 
du mode majeur et du mode mineur soient les seules accep- 
tables pour 1 oreille de l homme. A part toutes les preuves 
du contraire qui ont deja ete donnees dans ce volume, et 
toutes celles que nous fournit 1 histoire, il en est une excellente 
qui reside dans ce fait : que les Arabes, les Indiens, et les 
peuples orientaux, en general, ne connaissent point notre 
maniere de diviser 1 octave. 

Dans les series de sons des divers systemes de musique 
en usage chez ces peuples, les intervalles sont quelquefois 

(1) Get intervalle qui consonne si parfaitement a 1 oreille, est aussi admirable d ordre 
et de proportion dans ses causes que dans ses effets. Que Ton fasse entendre un son 
donnant 200 vibrations par seconde, le premier son identique & 1 aigu donnera 400 vi 
brations, le second 800, et ainsi de suite. 

(2) Chez les anciens Grecs, 1 echelle etait divisee par series de quatre notes appelees 
tetracordes. Lorsque saint Ambroise limita a une octave 1 etendue de chacun des quatre 
modes du chant ambrosien, 1 unite artiflcielle du tetracorde, dans 1 echelle des sons, 
disparut peu a peu pour faire place a 1 unite naturelle de 1 octave. 



DU CANADA 325 

plus petits et quelquefois plus grands que les plus petits 
ou les plus grands intervalles de nos gammes maj cures et 
mineures. 

Chez les Hindous, 1 octave, divisee en vingt-deux parties, 
presente, dans ses subdivisions, les plus grandes etrangetes. 
II n est pas un seul de leurs six modes principaux (ragas) 
qui corresponde en tous points soit avec les modes de notre 
plain-chant soit avec nos deux modes majeur et mineur. 

La division de 1 octave chez les Arabes constitue une 
echelle de sons non moins etrange pour nous que celle des 
Hindous. Cette echelle... si naturelle a 1 oreille des habi 
tants d une grande partie de 1 Afrique et de 1 Asie, est divisee 
par tiers de tons, de telle sorte qu au lieu de renfermer treize 
sons dans 1 etendue de 1 octave, elle en admet dix-huit... 
Semblable au systeme de tonalite des Hindous, sous le rapport 
de la variete, celui des Arabes est de nature a faire com- 
prendre jusqu ou peut aller la difference d organisation mu- 
sicale entre les peuples divers. Les douze modes de ce sys 
teme se divisent chacun en treize gammes ou circulations. 
Toutes ces circulations repondent a notre gamme de la, 
mais dans un ordre de succession tel que les notes interme- 
diaires entre la et son octave superieure se presentent tour 
a tour dans un etat d alteration qui result e de la division 
de 1 echelle par tiers de ton, a 1 exception de la quarte supe 
rieure (re), qui est immuable, comme les deux notes des ex- 
tremites de la gamme (i) . 

II est certain que si nous entendions la musique qui repose 
sur de pareilles echelles de sons, nous la trouverions detes 
table, et cela parce que 1 education de notre oreille nous porte 
a repousser de semblables divisions de 1 octave. Rien n est 
plus difficile, dit M. Fetis, que de former une idee juste d une 
musique dont les elements sont absolument differents de 
ceux qui servent la base a la musique qu on a entendue pen 
dant toute sa vie : les musiciens les plus instruits ont beau- 

(1) F6tis. Resume philosophique de I histoire de la Musique, pajjesLXXVIII et LXXIX. 



326 CHANSONS POPULAIRES 

coup de peine a se defendre en pareil cas des prejuges de 
leur oreille. Un exemple prouvera ce que j avance. 

M. Villoteau, ancien artiste de 1 Opera, etait du nombre 
des savants qui suivirent le general Bonaparte dans F ex 
pedition d Egypte. Sa destination etait de recueillir des 
renseignements sur la musique des divers peuples de 1 Orient 
qui habitent cette contree. Des son arrivee au Caire, il prit 
un maitre de musique arabe, qui, suivant la coutume de ces 
musiciens, faisait consister ses lecons a chanter des airs 
que son eleve devait retenir : car, dans ce pays, 1 artiste le 
plus habile est celui qui sait de routine le plus grand nombre 
de ces airs. M. Villoteau, qui se proposait de rassembler 
beaucoup de melodies originales du pays ou il se trouvait, 
se mit a ecrire sous la dictee de son maitre ; et remarquant, 
pendant qu il notait sa musique, que 1 instituteur detonnait 
de temps en temps, il eut soin de corriger toutes les fautes 
qui lui semblaient etre faites par celui-ci. Son travail ter- 
mine, il voulut chanter 1 air qu on venait de lui enseigner, 
mais 1 Arabe 1 arreta des les premieres phrases en lui disant 
qu il chantait faux. La-dessus, grande discussion entre le 
disciple et le maitre, chacun assurant que ses intonations 
sont inattaquables, et ne pouvant entendre 1 autre sans 
se boucher les oreilles. A la fin, M. Villoteau imagina qu il 
pouvait y avoir dans cette dispute quelque cause singuliere 
qui meritait d etre examinee ; il se fit apporter un Eoud, espece 
de luth dont le manche est divise suivant les regies de 1 echelle 
musicale des Arabes ; 1 inspection de cet instrument lui fit 
decouvrir, a sa grande surprise, que les elements de la mu 
sique qu il savait et de celle qu il voulait apprendre etaient 
absolument differents. Les inter valles de sons ne se ressem- 
blaient pas, et 1 education du musicien fran$ais le rendait 
aussi inhabile a saisir ceux des chants de 1 Arabic qu a 
les executer. Le temps, une patience a toute epreuve, et 
des exercices multiplies finirent par modifier les dispositions 
de son organe musical, et le rendre apte a comprendre ces 



DU CANADA 327 

gammes etranges qui avaient d abord blesse son oreille . 

Les Egyptiens n aiment pas notre musique, dit M. Villo- 
teau, et trouvent la leur delicieuse . 

On me pardonnera d insister autant sur toutes ces etran- 
getes orientales. II est bon que ces faits soient plus connus 
qu ils ne le sont : il est tant de gens qui s imaginent que la 
musique a du toujours etre, en tous temps et en tous lieux, 
ce qu elle est dans II Trovatore... et qu elle ne sortira jamais 
de la ! Ces considerations, d ailleurs, sont de nature a nous 
faire sortir un peu du cercle d idees dans lequel on est accou- 
tume de tourner sans cesse ; elles aident a se detacher un 
moment de theories trop exclusives, quoique bonnes en elles- 
memes, a placer 1 esprit dans cette independance qu il lui 
faut de toute ncessite pour juger sainement d une tonalite, 
d une langue musicale etrangere. 

Notre musique, que Ton pourrait appeler europeenne > 
est nee, comme Ton sait, des chants d eglise du moyen-age, 
lesquels sont issus eux-memes de la musique de la Grece 
antique. 

Je fais grace au lecteur de 1 histoire de notre chelle mu 
sicale, et en particulier des faits qui se rattachent a son 
origine grecque. Pour peu qu on ait feuillete de livres, on 
a si souvent rencontre sur sa route les Pelages et les Hel 
lenes qu il est peu de lecteurs qui ne se soient ecrie^s bien des 
fois : 

Qui nous delivrera des Grecs et des Remains ! 

ou tout au moins des premiers ! Cependant, vers 1 an 338 
avant notre ere, il s opera, dans le systeme musical des Grecs, 
une transformation si feconde en enseignements qu elle doit 
etre rappelee ici. 

Jusqu a cette epoque, le seul genre generalement connu 
en Grece etait le genre diatonique, dont 1 intervalle caracte- 
ristique est le ton entier. Mais les rapports des Grecs, et 



328 CHANSONS POPULAIRES 

tout specialement des loniens, avec les peuples de 1 Orient 
devenant de plus en plus frequents, leur musique prit un 
caractere mou et sensuel qu elle n avait jamais eu jusqu a- 
lors, et le genre appele chromatique, dont 1 intervalle caracte- 
ristique est le demi-ton, commenca a devenir en usage (i). 

II ne faut pas croire que ces deux faits : les relations plus 
frequentes des Grecs avec les peuples effemines et sensuels 
de 1 Orient et 1 apparition du genre chromatique parmi eux, 
soient deux choses independantes 1 une de 1 autre, n ayant 
aucune relation entre elles, et qu elles ne se soient produites 
en meme temps que par une coincidence tout accidentelle. 
Non, les differents genres, comme le dit parfaitement 
M. Vincent, ont un caractere moral particulier : le genre dia- 
tonique est male et austere ; le chromatique a quelque chose 
de tendre et de melancolique ; enfin Fenharmonique est doux 
quoique excitant . D ou il suit qu une societe a mceurs 
severes chantera dans une tonalite dont 1 echelle sera for- 
mee de grands intervalles, comme dans le genre diatoni- 
que, - - tonalite dans laquelle ne chantera jamais une societe 
dissolue et affolee de plaisirs. 

Chaque systeme musical, dit M. d Ortigue, a son echelle 
particuliere, ou les sons sont divises selon la constitution 
de ce meme systeme. L echelle est en quelque sorte 1 alpha- 
bet propre a chaque idiome musical, c est-a-dire a chaque 
tonalite. Les intervalles sont plus ou moins distants les uns 
des autres, et ils revetent entre eux des proprietes, des affinites 
differentes selon les divers modes propres a la tonalite a la 
quelle appartient 1 echelle, en sorte que dans chaque tonalite 
on doit distinguer, en premier lieu, 1 echelle generale des 
sons et en second lieu les echelles particulieres des divers 
modes, c est-a-dire la gamme et ses modifications, telles que 
la gamme majeure et mineure dans notre tonalite. Les Orien- 

(1) Plus tard, environ 200 ans avant Jesus-Christ, on vit apparaitre ou reapparaitre 
un troisieme genre appe!6 enharmonique, dont 1 intervalle caracteristique est le quart 
de ton. 



DU CANADA 329 

taux divisent leurs echelles par tiers et quarts de tons, la 
notre est divisee par demi-tons, celle du plain-chant fondee 
sur 1 ordre diatonique precede par tons entiers, sauf les 
deux demi-tons inherents d ailleurs a 1 ordre diatonique et 
le demi-ton accidentel. Plus les mceurs sont effeminees chez 
un peuple, plus son echelle musicale affecte de petits intervalles 
rapproches ; plus, au contraire, un peuple est grave, plus il 
est attache aux doctrines religieuses, et plus son echelle tend 
d multiplier les grands intervalles. Ceci soit dit pour protester 
contre 1 opinion de Rousseau et plusieurs autres theoriciens, 
a savoir que la coordination des intervalles dont se compose 
toute 1 echelle musicale est le produit d une deliberation, 
d un choix, d un calcul. Les echelles musicales ne sont pas 
le fait des hommes, pas plus que les alphabets, pas plus que 
les langues. Elles sont le produit spontane de mille causes, 
de mille circonstances de climat, de langage, d aptitudes, etc. 
Ce que les hommes y ont mis, ils 1 ont mis par instinct, mais 
ils n y ont rien mis deliberement. C est I osuvre de tous, 
ce n est 1 oeuvre de personne en particulier ; c est 1 expression 
de la civilisation (i) . 

Et que Ton ne s etonne pas que ces di verses divisions de 
1 echelle, que j ai appelees le corps de la musique, aient tant 
d influence sur la partie metaphysique de Fart. Dieu en 
creant l homme esprit et matiere 1 a voulu ainsi ; et si le but 
principal de 1 art doit etre immateriel, il n en est pas moins 
vrai que les formes materielles sont indispensables et qu elles 
jouent un tres grand role dans tous les arts. C est que, 
dans les relations de l homme avec son semblable ou avec 
la societe, il lui faut frapper aux organes du corps pour arriver 
a Tame. Notre Seigneur Jesus-Christ lui-meme a rendu un 
eclatant hommage a cette loi de 1 eternelle sagesse. Rien 
de sensible, dit saint Jean-Chrysostome, ne nous a ete donne 
par Jesus-Christ, mais tout sous des apparences sensibles. 

(1) Joseph d Ortigue. Diclionnaire liturgique historique et theorique de plain-chant 
et de musique religieuse au moyen-age et dans les temps modernes. 



33O CHANSONS POPULAIRES 

Ainsi, dans le bapteme, c est par 1 eau qui tombe sous les 
sens que la grace invisible est accordee, c est-a-dire notre 
regeneration, notre renouvellement, operation toute intel 
ligible. Si tu n avais point de corps, tu aurais regu ces 
dons tels qu ils sont, tu les aurais regus incorporels, 
mais ton ame est jointe a un corps, et c est par rinterme- 
diaire des objets sensibles qu ils sont presentes a son intelli 
gence. 

Nos chants populaires appartiennent le plus souvent, quant 
a 1 echelle des sons, a la tonalite gregorienne. Les exemples 
de ce fait qu on a pu voir dans ce volume ne sont pas des 
exemples isoles. On peut affirmer que les melodies qui n ont 
jamais penetre dans les villes, - - et elles sont extremement 
nombreuses, appartiennent presque toujours a 1 ordre 
diatonique, et que tres souvent elles sont meme entierement 
conformes aux lois modales du chant gregorien. Ce fait 
etant connu, un homme, qui, du reste, ne connaitrait rien 
du Canada, pourrait dire avec certitude, de 1 avis de M. Vin 
cent, de M. d Ortigue et de tous les theoriciens, que, du 
moins dans une certaine mesure (car il y aurait encore le 
rythme a examiner), le peuple de nos campagnes canadiennes 
est un peuple a mceurs simples, honnete et religieux (i). 

On a pu voir que, dans un bon nombre de nos melodies 
populaires, les modes gregoriens, avec leurs echelles speciales, 

(1) Platon, ainsi que les philosophes les plus celdbres de la Chine, considerait 
la simplicite des moeurs et le calme des passions comme le fondement le plus solide 
du maintien de la constitution et de la tranquillity d un royaume ou d une r6publique. 
Or, il est de certains systemes de tonalit6 dans la musique qui ont un caractere calme 
et religieux, et qui donnent naissance a des melodies douces et dcpouillees de passion, 
comme il en est qui ont pour resultat necessaire 1 expression vive et passionn^e. A 
1 audition de la musique d un peuple, il est done facile de juger de son 6tat moral, de 
ses passions, de ses dispositions a un etat tranquille ou revolutionnaire, et enfln de la 
purete de ses mceurs ou de ses penchants a la mollesse. Quoi qu on fasse, on ne donnera 
jamais un caractere veritablement religieux a la musique sans la tonalite austere 
et sans 1 harmonie consonnante du plain-chant ; il n y aura d expression passionnee 
et dramatique possible qu avec une tonalit6 susceptible de beaucoup de modulations, 
comme celle de la musique moderne : enfin, il n y aura d accents langoureux, tendres, 
mous, efftaiines, qu avec une echelle divis6e en petits intervalles, comme les gammes 
des habitants de la Perse et de 1" Arable... L inspection de la musique d un peuple 
peut done donner une idee assez juste de son 6tat moral, et Platon et les philosophes 
chinois n ont pas 6te a cet 6gard dans une erreur aussi grande qu on pourrait le 
croire . (Fetis, Risumt, p. LI II.) 



DTJ CANADA 331 

leurs notes a proprietes et affinites particulieres sont par- 
faitement accuses. II est d autres melodies populaires qui 
portent aussi le cachet antique, mais qui affectent la plus 
parfaite independance a 1 endroit des formes modales. Melo 
dies charmantes dans leur etrangete, j allais dire leur sauva- 
gerie, elles off rent le plus sou vent un melange du premier 
mode gregorien et du mode majeur, et elles se promenent 
ainsi, sur un rythme tantot binaire tantot ternaire, jusqu a 
ce qu il leur plaise de s arreter sur un intervalle dont I o- 
reille est tout etonnee, intervalle irrationnel suivant toutes 
nos lois, et pourtant d une reelle beaute. 

Ces melodies sont precieuses a recueillir. D une valeur 
incontestable, malgre leur bizarrerie, elles temoignent qu en 
dehors de nos lois anciennes et modernes, il y a encore un 
vaste champ pour la musique de 1 avenir. 

On a souvent dit que 1 echelle du chant gregorien n etait 
qu un reste de barbaric, le debris d un systeme de pure con 
vention. Ces idees, il est vrai, n ont plus cours parmi les 
musiciens instruits, mais comme elles sont profondement 
enracinees chez d autres, et que ces derniers sont, apres tout, 
le plus grand nombre, elles sont encore tres discutees. Or, 
entre musiciens qui ne s accordent pas, il n y a souvent d autre 
argument possible que 1 echange de coups de poings, argu 
ment qui, curnme 1 a dit quelque part un spirituel ecrivain, 
ne se trouve pas dans la grammaire des grammaires. 

Mais de pareils temoignages d amitie ne resolvent rien. 
Si on voulait nous en croire on soumettrait tout simple- 
ment la question a un arbitre, et cet arbitre, on le devine, 
ce serait le peuple. J ai d ordinaire peu de confiance en 
ses jugements, mais le cas est exceptionnel. 

Assurement on ne pourrait accuser le peuple de partia- 
Iit6 : il n entend rien a nos discussions ; il fait sa prose ou 
ses vers sans le savoir, comme le bonhomme Jourdain. 
Ecoutons-le chanter, c est la vraie nature prise sur le fait. 

Le peuple chante dans les vieux modes gregoriens, non 



33 2 CHANSONS POPULAIRES 

pas parce qu il suit une note ecrite qui le veut ainsi : il 
ne comprend rien ni aux notes, ni a aucun systeme mu 
sical, - mais parce qu il obeit a son insu a un ordre de 
choses superieur, venant de Dieu et du rapport qui existe 
entre les choses visibles et les choses invisibles. II subit 
1 action de tout ce qui Fentoure, et il trouve naturellement 
1 expression de ses sentiments, de 1 etat de son esprit et de 
son cceur, sans aucun calcul, sans aucune idee precongue 
de theorie ou de systeme. La musique, a dit Leibnitz, est 
un calcul secret que Tame fait a son insu . 

Et notez qu on ne peut attribuer a Femploi d instruments 
a sons fixes une education de 1 oreille pretendue defectueuse, 
et que Ton ne saurait appeler la tonalite de nos chants popu- 
laires la tonalite des cornemuses, comme ecrivait quelque part 
madame George Sand. J ai deja dit que les paysans cana- 
diens ne font usage d aucun autre instrument que du petit 
violon. 

II nous est arrive, il y a quelques annees, ecrivait M. d Or- 
tigue, de parcourir pendant 1 automne les campagnes avoi- 
sinant la montagne du Luberon, pour y faire la chasse, 
non au gibier, mais aux melodies anciennes. Quand nous 
entendions une chanson, un cantique, une complainte, ou 
bien un air de fifre qui nous plaisait par sa singularite et 
son tour naif, nous allions interroger le paysan, la paysanne 
ou le berger qui 1 executaient, et si nous ne pouvions le trans- 
crire au moment meme, nous annoncions notre visite pour 
le soir a la veillee dans la grange. Reunis autour d une 
table, les femmes cousant et filant, les hommes lisant, chan- 
tant ou fumant, ces braves gens nous repetaient la me- 
lodie du matin, et quand nous en avions bien saisi les intona 
tions et le rythme, ce qui (pour le rythme principalement) 
n etait pas toujours facile ; quand nous avions tenu compte 
des di verses variantes que plusieurs d entre eux proposaient, 
nous ecrivions le chant sous la dictee d un seul, au grand 
etonnement de I assemblee qui ne pouvait concevoir comment, 



DU CANADA 333 

au moyen de certains signes, on put fixer les sons. Mais 
ils etaient bien obliges de se rendre quand nous leur chan- 
tions a notre tour la melodic et les paroles sans faire une 
faute. D ordinaire ces bons paysans nous disaient : Tel 
cantique a deux airs, 1 ancien et le nouveau. Lequel vou- 
lez-vous ? Nous les leur faisions chanter tous les deux, 
mais nous donnions presque toujours la preference a 1 air 
ancien. Effectivement, disaient-ils, 1 ancien est beaucoup 
plus beau, et il est fort remarquable c\u ils traduisaient le 
plus souvent I air moderne dans leur vieille tonalite favorite, en 
supprimant presque partout la note sensible . 

Ce que M. d Ortigue vient de nous raconter m est arrive 
cent fois a moi-meme ; les memes observations qu il a faites 
en France, je les ai faites en Canada, et si ce n etait quelques 
petits details de mise en scene qui nous sont etrangers, 
(comme les reunions dans une grange), on pourrait croire 
que le savant musiciste a fait sa chasse aux melodies sur les 
bords du Saint-Laurent tout aussi bien que dans le voisi- 
nage du comtat Venaissin. Mais je reviens a notre arbitrage, 
et je conclus que si, tres souvent, le plus souvent peut-etre, 
le peuple suit d instinct les lois des diverses echelles modales 
du plain-chant, il est impossible que ces lois soient purement 
conventionnelles, et il est evident au contraire qu elles ema- 
nent de la nature meme des choses et de leur principe divin. 

RYTHME 

Le rythme, c est le mouvement qui traverse necessaire- 
ment la melodie et lui donne un caractere (i) . 

Dans nos chants populaires, le rythme est souvent me- 
sure ; quelquefois il Test a peine, et si, non sans difficulte, 
on peut lui reconnaitre une mesure, celle-ci passe du mou 
vement binaire au mouvement ternaire, et vice versa, puis 
disparait, puis reparait encore, sans pour cela que le rythme 
cesse un instant d exister. 

(1) Scudo. 



334 CHANSONS POPULAIRES 

Que, dans notre musique artistique, on fasse durer un 
simple silence un temps de plus ou un temps de moins que 
ne le veut la mesure, 1 oreille en est plus choquee qu a 1 au 
dition d une fausse note. Dans nos melodies populaires, 
au contraire, des mesures tronquees ou allongees laissent 
1 oreille egalement satisfaite. 

Le rythme de nos melodies populaires (je parle surtout 
des melodies qui ne sont chantees qu a la campagne) ap- 
partient done a la fois au rythme non mesur du plain-chant 
et au rythme mesure de la musique moderne. Pour le 
rythme du plain-chant comme pour ces echelles modales, 
messieurs les musiciens avances professent le plus superbe 
dedain. Eh ! ne voyez-vous pas, me disait Fun d eux, 
que si les vieux moines du moyen-age ne mesuraient pas leur 
musique c est qu ils ne connaissaient pas mieux ? Je suis 
d avis, moi, que 1 on devrait arranger tout le chant grego- 
rien a deux, a trois et a quatre temps... ce serait un progres ! 

En verite, on abuse etrangement de ce mot progres . 

Et d abord on connaissait tres bien la mesure au moyen- 
age. Avant meme le moyen-age, saint Ambroise connaissait 
le rythme poetique, et on possede aujourd hui des documents 
etablissant d une maniere irrecusable qu aux neuvieme et 
dixieme siecles, il existait, concurremment avec le plain-chant, 
une musique mesuree, populaire, essentiellement differente 
du chant de 1 eglise (i). 

Si done on connaissait la mesure au moyen-age, et que, 
ndanmoins, le chant-plain etait toujours conserve dans 1 e 
glise, on ne saurait dire qu on ne faisait pas autrement 
par ignorance ; il faut reconnaitre au contraire que ce chant 
non mesure a sa raison d etre, son expression propre. Et, 
apparemment, cette expression particuliere convient singulie- 
rement au sentiment religieux, puisque, pendant des siecles, 
le plain-chant au rythme non-mesure regna en souverain dans 
le sanctuaire, et que, de 1 avis de tout juge eclaire, la musique 

(1) Voir le Rtsumt de M. Fetis, pages CLXXII et suivantes. 



DU CANADA 335 

mesuree, n a jamais pu s elever jusqu a lui dans le domaine 
de Fart religieux. 

II y a dans toute musique un rythme independant de 
la mesure, puisque toute musique repose sur le son, et que 
pour tout son il y a deux peYiodes, la periode qui correspond 
a Y arsis et celle qui correspond a la thesis, celle de Felan et 
celle de la chute, celle de 1 aspiration et celle de F expiration, 
celle de la systole et celle de la diastole. 

Etendues jusqu a une certaine serie de sons que la voix 
parcourt avec diverses inflexions, ondulations et cadences, 
ces periodes produisent comme un flux et reflux sonores, et 
determinent un certain parallelisme que Fon designe precise- 
ment par le nom de periodes. 

Or, voila en quoi consiste le principe vivant et fecond 
de la musique : c est le jet, c est le souffle, c est Fame. Et 
comme ce mouvement est intelligent et libre en lui-meme, 
comme il n est pas limite, circonscrit dans son essor par 
certaines divisions materielles du temps, qui sont autant de 
manifestations d un ordre borne et fini, il s ensuit que le 
plain-chant, seul, fonde sur une mesure abstraite, absolue, 
fait naitre, par consequent, sur chaque intervalle, Fidee 
du repos, comme il la fait naitre d un autre cote par Funite 
de ton, en vertu de laquelle chaque intervalle ne se resout 
pas sur un autre, n est pas appellatif d un autre et est a lui- 
meme son complement. 

Dans la musique proprement dite... le rythme se combine 
tantot avec la mesure, tantot contraste avec Funiformite 
invariable de celle-ci par la liberte de ses allures, tantot 
la contrarie en introduisant momentanement une mesure 
binaire dans une mesure ternaire, et reciproquement, tantot 
enfin 1 enveloppe dans la largeur de ses periodes et lui com 
munique plus particulierement son principe intelligent. 
C est ce qui fait aussi la beaute et Fame de la musique, 
bien que Fexpression qui en resulte soit moins pure et 
moins elevee que celle du plain-chant qui, par la nature de 



33^ CHANSONS POPULAIRES 

sa constitution, s inter dit toute manifestation de 1 ordre 
fini (i) . 

On a compare avec raison le rythme du plain-chant au verbe 
de la langue hebraique. Le verbe hebreux ne sait pas expri- 
mer, comme le verbe de nos langues modernes, les nombreuses 
et subtiles modifications de 1 espace et de la duree. Sans 
temps present, souvent meme il exprime au passe ce qui 
doit arriver dans 1 avenir (2). 

C est le langage par excellence des prophetes, de ces inspires 
du Dieu eternel devant qui tout est toujours present, 1 avenir 
comme le passe. 

Comment ne pas etre frappe de la similitude de caractere 
qui existe entre le verbe hebreu et le rythme du plain-chant : 
caractere intangible, mystique, illimite ; et comment, d un 
autre cote, ne pas etre frappe de la ressemblance que Ton 
remarque entre les temps varies et precis du verbe de nos 
langues modernes et les modifications de temps limitees, 
precises, circonscrites de la musique mesuree ? 

Ecoutons les admirables choses que nous dit M. d Ortigue 
a ce sujet. 

... Ainsi que la langue, la musique de chaque nation 
presente deux elements distincts, correspondant a ce qui, 
dans le langage des theologiens, est appele V ceil de la chair 
et V ceil de la contemplation (3) ; deux elements, 1 un desquels 
predomine selon que la tradition du peche originel s est plus 
ou moins conservee dans cette meme nation. 

Pour ce qui est du langage, si nous prenons par exemple 
la langue hebraique, que la plupart des savants considerent 
comme la fille ainee de la langue mere, nous verrons, par 1 ana- 

(1) J. d Ortigue Dictionnaire, col. 1323. 

(2) Us onl perce mes mains et mes pieds, Us ont compte tous mes os... 

Ils ont partage mes habits et ils ont fete ma robe au sort . (Ps. XXI, v. 18 et 19.) 
i II a pris veritablement nos langueurs, il s est charge lui-meme de nos douleurs. 

Et nous I avons considirc comme un lepreux, comme un homme frappe de Dieu et 

humilid. 

II a tie perct des plaies pour nos iniquites, il a ete brist pour nos crimes . (Isa ie, 

ch. LIII, v. 4 et 5 ) 

(3) Universitt catholique, 2 e liv., p. 215. 



DU CANADA 337 

lyse des elements intimes de ses parties du discours, qu elle se 
prete merveilleusement a 1 expression du sentiment contem- 
platif et a 1 idee de rinfini. Nos lecteurs n ont pas besoin 
que nous leur apprenions que 1 element le plus fondamental 
du langage, le verbe, n a pas chez les Hebreux, de temps pour 
exprimer le present ; que leurs deux temps uniques sont de 
veritables aoristes ou temps indetermines, flottant sans cesse 
entre le passe, le present et le futur : cela etant parfaitement 
en harmonic avec le caractere d une poesie tout inspiree, ou 
tout est prophetique, ou tout se rattache a 1 eternite ; que 
Ton voit sou vent dans les passages poetiques, surtout chez 
les prophetes, alterner les deux temps de la conjugaison he- 
braiique, de maniere que, dans le meme verset, le premier 
hemistiche raconte au passe ce que le second exprime au futur; 
ainsi, que ce qui est d abord presente comme fait accompli, 
se trouve en suite prolonge en quelque sorte et embrasse 
la duree tout entiere : langage surprenant, mais qui convient 
aux interpretes de Celui devant lequel le passe et 1 avenir se 
confondent dans un present eternel (i). ... Quant a toutes 
ces formes, (le -proverbe, la vision, la parabole, V allegoric et le 
parallelisme) , elles concourent, avec 1 aspiration, qui est 1 e 
lement divin de 1 esprit, a rendre la langue hebrai que et gene- 
ralement les langues semitiques propres, dans leur ton, leur 
esprit et leur caractere, a 1 expression de la revelation sacree, 
de la prophetic divine et de la contemplation de 1 unite infinie. 
Et c est ce qui fait dire a Herder que la langue hebraique 
est pleine de I haleine de I dme ; qu elle ne resonne pas comme 
la langue grecque, mais qu elle respire, qu elle vit ; que c eta.it 
I esprit de Dieu qui parlait en elle, le souffle du Tout-Puissant 

(1) Universili catholique, 3 e liv., p. 287. Frederic Schlegel dit a ce sujet : t Tout 
leur sentiment et toute leur existence (des Hebreux) se rattachaient moins au present 
qu au passe, qu & 1 avenir surtout ; et le passe des Hebreux n etait point, comme celui 
des autres peuples, de simples traditions, des souvenirs poetiques, mais le grave sanc- 
tuaire de leur divine constitution et de 1 alliance eternelle. L id^e de 1 eternite n etait 
point separee chez eux de la vie active et de ses rapports, comme dans la philosophic 
isolee des Grecs, meditant solitairement ; au contraire, elle etait etroitement liee a la 
vie, au passe merveilleux du peuple elu, et aux pompes plus magniflques encore de son 
mysterieux avenir . (Hist, de la lilterature, t. I p. 192, traduction de M.W. Duckett.) 
22 805 B 



CHANSONS POPULAIRES 

qui I animait (i). Elle se prete peu a 1 expression des mo 
difications de la duree et de 1 espace ; c est pourquoi, en pre 
mier lieu, elle ne mesure pas les syllabes comme le grec et 
le latin ; elles ne les compte pas comme les langues modernes ; 
c est pourquoi, en second lieu, riche en verbes et en substan- 
tifs derives des verbes, elle est tres pauvre en adjectifs qui 
correspondent aux qualites et proprietes des etres (2) . Enfin, 
selon la remarque de F. Schlegel, de toutes les formes d art 
terrestre, on ne trouve guere dans les Saintes Ecritures de 
1 Ancien Testament que celles qui peuvent exist er dans un 
ordre des choses purement spirituel. On ne saurait y decou- 
vrir d exposition dramatique, ni d images epiques particu- 
lieres, pas plus que des exercices d art oratoire ou des com- 
binaisons scientifiques ; car, ajoute le meme auteur, les formes 
grammaticales sont 1 ouvrage de la raison. Au contraire, 
les figures et les tropes sont les elements de I imagination ; 
or, ces formes, tres propres a peindre 1 etat d illumination 
celeste, appartiennent specialement a la langue des H- 
breux (3). 

Ainsi done, permanence, expression illimitee, infinie, sym- 
bolique, aspiration vers Dieu, accent spirituel, enthousiasme, 
parole triomphante, etc., etc., tel est le caractere dominant, le 
ton, le mode particulier de la poesie et du langage de la Bible. 

Maintenant, comparez a cette langue certaine langue 
du Nord, par exemple, dans laquelle le caractere oppose se 
sera developpe aux depens de celui que nous avons essaye 
d analyser ; langue presque impuissante a exprimer par le 
verbe la plenitude de 1 etre, de la vie et de 1 action, mais tres 
propre, par la multiplicite des temps, par 1 abondance des 
substantifs, par la richesse des synonymes, a representer 
toutes les modifications de 1 espace et de la duree ; langue 
qui se prete bien plus a la lutte des sentiments, aux conflits 

(1) Universitd catholique, 3 e Hv., p. 287. 

(2) Idem. 

(3) V. \ Hisloirf de la Wttrature de F. Schlegel, t. I, pp. 180-221. 



DU CANADA 339 

des passions qui sont du domaine du drame, qu aux sublimes 
Elevations, aux Elans divins de 1 ode ; chez laquelle 1 aspira 
tion, 1 element spirituel seront remplaces par une structure 
tout artificielle, par 1 accent terrestre et sensuel, et par cette 
foule d images voluptueuses qui peignent avec les couleurs 
les plus vives, les nuances les plus dedicates, tous les accidents 
et toutes les vicissitudes de la vie positive, au cercle de la 
quelle elle semble exclusivement bornee ; comparez, disons- 
nous, a la langue hebraique une langue d un semblable carac- 
tere, et vous comprendrez aisement que le peuple qui a parle 
la premiere a du retenir, dans un ensemble a peu pres com- 
plet, les traditions touchant 1 ordre de la revelation, de la 
grace et de la rehabilitation ; tandis que celui qui parle la 
seconde doit vivre dans Foubli de la noblesse originaire et 
de la haute destination de Fhomme, sous 1 empire de ses 
penchants et livre a toutes les jouissances du sensualisme. 

II en est de meme des divers systemes de musique, des 
differentes tonalites que nous avons nommes idiomes ou dia- 
lectes musicaux. A en juger du moins par les deux systemes 
a notre usage, la tonalite du plain-chant et la tonalite de la 
musique moderne, les uns sont au point de vue de la con 
templation, les autres au point de vue de la chair. Les pre 
miers, par leurs elements constitutifs, se pretent merveilleu- 
sement a 1 expression des sentiments divins ; les seconds se 
rapportent de la meme maniere, et presque exclusivement, 
a 1 expression des passions terrestres. II y a done une certaine 
affinite entre les elements constitutifs des diverses tonalites. 
et des diverses langues et les notions morales propres au 
peuple auquel ces langues et ces tonalites sont familieres... 

Sous le christianisme, la musique se detache de la parole 
et vit de sa force propre. C est dans un sol nouveau et 
fecond que la plante puise la seve necessaire pour se develop- 
per dans son energie essentielle. Neanmoins, le plain-chant 
a retenu 1 idee antique de 1 alliance de la musique et de la 



34 CHANSONS POPULAIRES 

parole, car il n est, dans la pratique, que la recitation natu- 
relle et melodique, accentuee et rythmee des textes sacres. 
Mais considere plus profondement, il est une tonalite dont 
la constitution donne lieu a la production de ces elements 
qui, dans le langage et particulierement dans la langue he- 
bra ique, expriment 1 etre dans la plenitude de sa puissance 
illimitee, dans sa permanence et sa stabilite. Get element 
est celui du repos. Fonde sur une echelle de sons situes a 
des intervalles distants les uns des autres et d une perception 
nette et facile, echelle qui, par 1 interposition de ces memes 
intervalles successivement pris pour point de depart de 
huit gammes diverses, engendre huit modes de caracteres 
differents, le plain-chant precede de telle sorte que la gravite 
se mele a la liberte de Failure et a la souplesse du rythme, 
et que son mouvement, c est-a-dire le mode de succession 
qui lui est commun avec les arts de la parole, se combine chez 
lui avec 1 idee du repos et avec 1 image du calme. 

Bien que melodique dans son institution, le plain-chant, 
considere dans sa constitution tonale, ne repugne nullement 
a 1 harmonie ; et c est par 1 element de la consonnance que 
cette expression du repos se traduit harmoniquement. Car 
la consonnance est un accord qui ne se resout sur aucun autre, 
qui n est point, pour me servir d une expression consacree, 
appellatif d un autre accord, et qui ne laisse rien a desirer 
dans la plenitude de sa resonnance. 

Cette tonalite du plain-chant n est pas, au point de vue 
de 1 art, aussi sterile que le supposent certains esprits de- 
daigneux, puisqu elle a donne naissance a la tonalite mo- 
derne. La formation de cette derniere a ete, en effet, un 
veritable enfantement. Elle est nee de 1 effort, de la crise 
des deux elements extremes de la tonalite du plain-chant, 
c est-a-dire de 1 union violente de deux intervalles de 1 echelle 
que la theorie avait declares inalliables et entre lesquels elle 
avait prononce un divorce eternel. Au point de vue de 1 art 
seul, on ne peut contester que la formation de la tonalite 



DU CANADA 341 

moderne ne soit un progres immense. Sur quel Element repose 
cette derniere ? Sur la dissonance, sur la modulation, sur 
la transition, comme dit 1 ecole, qui expriment la division, 
la variete, le conflit ; qui se pretent a 1 expression de tous les 
etats de Tame, aux mille modifications des sentiments et des 
passions de la lutte desquels nait 1 action dramatique. Et 
cela est si vrai, que 1 invention du drame musical, dans les 
temps modernes, date de la creation de 1 harmonie dissonante 
naturelle (i), c est-a-dire de 1 origine de notre tonalite. Mais 
qui ne sent que, dans une langue musicale ainsi constitute, 
la modulation, cet element qui exprime toutes les modifications 
de Tame humaine, ne peut etre separee de la MESURE, qui 
exprime les modifications de la duree, non plus que des 
images de 1 instrumentation, de ces effets et de ces contrastes 
de sonorite qui expriment les modifications de 1 espace ? 
Qui ne sent que le genre que nous venons de caracteriser 
est la musique au point de vue des sens et de la chair, celle 
qui derive de 1 element humain, de la dissonance, tandis que 
celle qui a pour principe 1 element du repos et de la consonnan- 
ce ne connait ni modulation, ni mesure, ni artifice d instru- 
mentation, ni nuance d execution materielle ? Dans cette 
derniere, le temps ne se divise et ne s apprecie que d une ma- 
niere egale, abstraite et absolue (2). C est le symbole, 1 aspi- 
ration, 1 intuition, la contemplation, la vision de 1 infini, qui 
embrassent la duree et 1 espace tout entiers ; c est, en un mot, 
la musique plane, le plain-chant. Cette musique, et celle 
composee d apres la tonalite des modes ecclesiastiques, se 
rapportent done a un ordre surnaturel, a un monde supe- 
rieur. Elle est la depositaire du principe qui correspond 
a 1 ceil de la contemplation ou de la grace . C est par un 
sentiment de cette verite que les Italiens appellent la mu 
sique de Palestrina : Musica dell altro mondo, la seconde mu 
sique sacree, par opposition a la musique moderne. 



(1) F6tis. Resumt, pp. CCXVII CCXXII. 

(2) F6tis. R6sume,p. CLXXVI. 



34 2 CHANSONS POPULAIRES 

Ces deux elements si distincts, le principe divin ou le 
repos et la consonnance, le principe terrestre et sensuel, 
la dissonance et 1 accent, predominent, 1 un, dans le systeme 
de chant consacre au service divin, 1 autre, dans Tart que 
nous destinons a chanter nos passions terrestres (i) . 

Revenons maintenant au rythme populaire dont la dernieTe 
partie de cette citation nous a un peu eloignes. 

Dans nos chants populaires, le caractere personnel, le moi 
humain trouve son expression dans le rythme mesure. Mais, 
meme lorsqu il ne chanteque sesjoies, sespeines, ou dessujets 
d amour, d aventures, de combats, etc., le paysan, le colon 
ou le voyageur canadien entend toujours la grande voix de 
Dieu dans les champs qu il cultive, dans la solitude des bois, 
sur le fleuve geant ou sur les lacs immenses ; les plus belles 
fetes auxquelles il lui est donne d assister sont toujours les 
fetes de 1 eglise ; son ame, peccable sans doute, ne connait 
pas la hideuse incredulite ; un sentiment religieux accom- 
pagne toutes ses actions, parle a sa conscience ; il pense a 
Dieu dans les jeux de la veillee comme dans le travail ; la 
priere entre un peu dans toutes ses actions. De la, dans 
ses chansons, Tinfini, le permanent, a cote du fmi, du pas- 
sager ; de la le rythme majestueux, insaisissable du plain- 
chant a cote du rythme tangible, mesure de la musique 
moderne. 

Encore un mot avant d abandonner ce sujet. 

Si j avais le droit de donner des conseils au lecteur, je 
lui dirais de lire et de relire les articles sur le rythme publics 
par madame Marie Gjertz, dans le Croise, (premiere annee) 
ainsi que tout son opuscule intitule : La musique au point 
de vue moral et religieux. Dans ces ecrits, tout, pour ainsi 
dire, serait a citer ; mais je trouve, dans un autre de ses 
ouvrages, un court passage qui est comme le resume de 

(1) J. d Ortigue. Universite catholique, 1836. L article d ou est tiree cette citation 
est reproduit en entier dans 1 interessant petit volume de M. d Ortigue intitule : La 
musique d I Eglise, Paris, Didier et Cie., 1861. 



DU CANADA 343 

toute sa pensee sur le rythme : je ne saurais vraiment mieux 

terminer cet article qu en le mettant sous les yeux du lecteur : 



L autre soir Brigitte 6tait au piano, nous ravissant par une 
de ces inspirations qui livrent son ame. Ce soir-la, elle 
aimait ; chaque son, chaque phrase trouvaient un echo dans 
mon coeur. 

J etais plac6 pres de la pendule. Le mouvement du ba- 
lancier coupant en meme temps les phrases musicales et les 
battements de mon cceur m irritaient les nerfs. 

J allais changer de place quand, tout a coup, une pensee 
me frappe : ce qui est ordre dans la musique serait desordre 
dans une machine ; ce qui est conservation dans une machine 
serait destruction dans la musique ; en d autres termes, 1 ordre 
de la matiere brise Fame, 1 ordre de Fame brise la matiere... 
II y a done deux sortes d ordre, un spirituel, un materiel ; 
Fun n existant que dans la liberte, Fautre n existant que dans 
la servitude... 

Des que je fus seule avec Brigitte, je lui ns part de ma 
pensee. Elle me repondit tres simplement que, si elle m avait 
su embarrassee de cette question, elle m en aurait donne la 
solution par le rythme et la mesure. La mesure brise le 
rythme, le rythme brise la mesure, et cependant Fun et Fau 
tre ont le meme caractere fondamental ; la difference est 
dans la forme et dans les proportions. Le rythme, dans son 
vol le plus audacieux, ne sort jamais du caractere de la me 
sure ; mais sa forme, qui est celle des affections de Fame, 
a besoin de liberte ; tandis que la forme de la mesure, qui 
est propre a la matiere inanimee, repousse la liberte : la 
machine ne respire pas. Appliquez cette loi a la societe, 
mon cher docteur, et vous avez la lumiere . 

HARMONIE 

Tous ceux de nos chants populaires qui appartiennent 
exclusivement au mode majeur ou au mode mineur peu- 



344 CHANSONS POPULAIRES 

vent, indubitablement, etre accompagnes avec toutes les 
ressources de 1 harmonie moderne. Quant a ceux qui ap- 
partiennent aux modes antiques, ceux dans lesquels il n y 
a pas de note sensible, Us se refusent naturellement a 1 har- 
monie dissonante qui a pour principe et pour base la note 
sensible mise en rapport avec la sous-dominante. 

Mais ces derniers chants peuvent-ils toujours recevoir une 
harmonie, meme purement consonnante ? Plusieurs artistes 
de merit e en ont fait 1 essai en ma presence, et ni eux ni moi 
n en avons ete satisfaits. 

D ordinaire, les musiciens qui veulent harmoniser de telles 
melodies les faconnent un peu a la moderne, redressent 
un tour de phrase par ci, introduisant une note sensible par 
la. C est une facon tout a fait leste de se tirer d embarras, 
et il n est pas necessaire d etre ne malin pour pouvoir en 
faire autant. II est bien entendu que lorsque je parle d har- 
moniser ces chants ou n apparait point de note sensible, il 
n entre pas dans ma pens6e d alterer la melodic en aucune 
maniere. 

De ce que plusieurs musiciens ont echoue dans leur tenta 
tive d y aj outer un accompagnement, devons-nous conclure 
que ces chants depourvus de note sensible sont inharmoniques 
de leur nature ? Cette raison ne serait certainement pas 
sumsante. Les musiciens d aujourd hui connaissent fort peu 
le genie de la tonalite ancienne a laquelle ces chants appar- 
tiennent, la plupart n ayant jamais dechiffre une seule page 
de contre-point du moyen-age ou meme de la renaissance. 
Or il est impossible d accompagner comme il convient les me 
lodies des compositeurs qui precederent immediatement ou 
qui furent les contemporains d Orlando Lasso, d Allegri ou 
de Palestrina, par exemple, sans avoir longtemps, bien long- 
temps etudie le contre-point dont ils faisaient usage. La 
phraseologie de ces melodies est toute differente de celle de 
nos melodies modernes (i), et une des plus grandes difficultes, 

(1) J assistais en 1858, Rome, i une messe solennelle cdlebree dans la Chapelle 



DU CANADA 345 

sinon la plus grande, qui s offrirait a 1 accompagnateur mo- 
derne, serait de discerner, dans ces melodies, les notes de 
passage des notes qui doivent faire partie integrante d un 
accord ; puis de decider a quel accord faire rapporter telle 
ou telle note de passage qui, prise isolement, ne doit avoir 
aucun lien de parente avec 1 accord qui se fait entendre avec 
elle. Ainsi, par exemple, dans notre musique moderne, il 
est certaines parties de la melodic que Ton n accompagne pas 
en faisant un accord pour chaque note ; il est certaines suites 
de notes, certains tours melodiques, qui ne sont harmonises 
que par un seul accord et qui ne recoivent tel ou tel accord 
qu en raison d une phrase qui precede ou en vue d une 
resolution pressentie. On comprend que, pour harmoniser 
ces notes de passage, il faut posse"der a fond le genie de 
notre tonalite ; il faut que cette tonalite soit, en quelque 
sorte, notre langue maternelle. Or, possedons nous assez 
bien la tonalite ancienne pour donner a de telles notes de 
passage 1 harmonic qui leur convient ? J en doute ; et, 
pour ce qui me concerne, je le dis franchement : non (i). 

Qui sait si ces melodies populaires qui n appartiennent ni 
a notre mode majeur ni a notre mode mineur n etaient pas 
autrefois susceptibles d une harmonic vraiment rationnelle : 
la diaphonie, harmonic devenue impossible aujourd hui, a 
cause de 1 education de notre oreille ?... 

On sait que, vers le commencement du dixieme siecle, le 
moine Hucbald de Saint-Amand recommandait les suites 
de quart es et de quintes comme produisant une suave har 
monic. Ces suites de quart es et de quintes, qui nous pa- 
raissent aujourd hui si barbares, n avaient, au temps de 

Sixtine. On y chantait de la musique du 15 e ou du 16 e siecle. C tait la premiere fois 
qu il m etait donn6 d entendre de telle musique, et j avoue que je la trouvai fort 
Strange. Au moment oil je croyais tenir une phrase elle diparaissait dans une fuite 
(fuga) qui me semblait insolite : impossible de prdvoir une resolution, de Her deux phra 
ses ensemble. II y avait peut-etre de grandes beaut^s dans cette musique, mais 
cette tonalit^ m etait etrangere ; j entendais ces sons comme j aurais entendu de 
1 Hebreu sans y rien comprendre. 

(1) Voyez 1 opinion de I abb6 Leboeuf sur la competence des musiciens en fait de 
musique ancienne : Dictionnaire de M. J. d Ortigue, col. 888. 



CHANSONS POPULAIRES 

Hucbald, rien que de tres conforme a 1 instinct musical de 
1 epoque. Ce fait qui nous parait si etrange, est du a 1 educa- 
tion de 1 oreille. Voici 1 explication toute lumineuse qu en 
donne M. de Coussemaker : 

Quand nous entendons une quinte, dit-il, cet intervalle 
harmonique repr^sente a notre oreille un accord parfait, 
car bien que la tierce ne soit pas exprimee, on la sous-entend 
comme si elle existait. II en resulte que, en entendant deux 
ou plusieurs quintes de suite, c est comme si nous entendions 
deux ou plusieurs accords parfaits successifs ; ce qui blesse 
notre oreille, qui ne souffre pas le passage aussi brusque d un 
ton a un autre. II n en etait pas ainsi au moyen-age, ou 
1 harmonie moderne n existait pas : une quinte ne representait 
pas un accord parfait ; cet accord etait alors inconnu. La 
partie constitutive de 1 accord parfait, la tierce, non seulement 
n etait pas admise, mais encore etait consideree comme dis 
sonance. La quinte, au temps de Hucbald, etait moins un 
accord qu un seul et meme son. Les suites de quintes, de 
quartes et d octaves produisaient sur 1 oreille des musiciens 
du moyen-age 1 effet que produit sur la notre le jeu de mix 
ture de 1 orgue, c est-a-dire un effet vague, Strange, inde- 
finissable, mais nullement desagreable et barbare (i) . 

Mais cette question d harmonie nous entrainerait trop 
loin. Au reste elle n appartient pas rigoureusement a notre 
sujet, puisque rharmonie n est pas et n a jamais ete le fait 
du peuple. Disons cependant, en terminant, que I harmonie 
ne doit etre ajoutee aux chants populaires qu avec beaucoup 
de tact et de gout ; que tres souvent, elle en gene 1 allure et 
le rythme, quand elle n en detruit pas completement la mo- 
dalite ; et que, dans les conditions actuelles de la science, 
il vaut mieux, le plus souvent, qu elle ne paraisse pas du tout. 

* 
* * 

Dans toutes les remarques qui precedent, on a pu voir 

(1) Coussemaker. Hist, de I Harmonie au moyen-Age. 



DU CANADA 347 

que je n ai pas term plus de compte qu il ne faut des idees 
qui ont generalement cours parmi nous et des lois de notre 
musique moderne. La raison en est simple : ayant a exa 
miner, dans nos chants populaires, une musique reellement 
d un autre age, je serais arrive infailliblement aux conclusions 
les plus fausses si j avais envisage ce sujet au point de vue 
de 1 art moderne. Une cause d erreurs malheureusement 
trop commune dans les arts, a dit un ecrivain francais, est la 
prevention de soumettre, a toute force, les monuments d une 
epoque reculee aux regies des epoques recent es, et de com- 
promettre ainsi la surete du coup d ceil retrospectif par la 
retroactivit6 des jugements ... La pente a 1 anachronisme, 
a dit aussi M. Vitet, 1 application involontaire de nos idees, 
de nos habitudes, a la recherche des choses d un autre temps, 
est une des grandes sources d erreurs en archeologie . 

De tout ce qui a ete dit dans ces Remarques, comme aussi 
dans quelques-unes des Annotations qui les precedent, on 
a deja pu tirer et nous tirerons les conclusions suivantes : 

i Que la tonalite gregorienne, avec ses echelles modales 
et son rythme propres, n est pas un reste de barbaric et 
d ignorance, mais une des formes infinies de 1 art, forme 
parfaitement rationnelle et eminemment propre a 1 expression 
de sentiments religieux. 

2 Que le peuple de nos campagnes, dont les chants se 
rapprochent tant de cette tonalite, est bien encore le digne 
descendant de ces vaillants et pieux enfants de la Bretagne, 
du Perche et de la Normandie, qui, le fusil d une main, 
et de 1 autre tenant la charrue, commencerent, avec tant 
de courage, les premiers e"tablissements de la Nouvelle-France. 



TABLE 



PAGE 

Aux Lecteurs 13 

Introduction 15 

Adam et Eve 179 

Ah ! je m en vais entrer en danse 231 

Ah ! qui marierons-nous ? 169 

Ah ! qui me passera le bois ? 109 

Ah ! si mon moine voulait danser! 148 

A la claire f ontaine . 23 et 293 

A la sante de ces jeunes maries 299 

A Saint Malo, beau port de mer 45 

Au bois du rossignolet 127 

Au jardin de mon pere 64 

Aurai-je Nanette ? 63 

Bal chez Boule 135 

Bonhomme, bonhomme 241 

Cecilia 51 

Celle que mon cceur aime 307 

C est dans la ville de Bytown 86 

C est dans la ville de Rouen 138 

C est dans Paris ya-t-une brune 202 

C est la belle Frangoise 30, 32 et 33 

C est la plus belle de ceans 233 

C est la poulette grise 261 

C est le bon vin qui danse 235 

C est 1 vent frivolant 43 

C est Pinson avec Cendrouille 289 

C etait une fregate 224 

Chez mon pere ya trois filles 295 

Dans les chantiers nous hivernerons 119 

Dans les prisons de Nantes . ." 47 et 50 

Dans ma main droite je tiens rosier 165 

Dans Paris ya-t-une brune 186 

Dans tous les cantons 303 



35O CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 

Descendez a 1 ombre 38 et 39 

Digue dindaine 70 

D ou viens-tu, bergere ? 276 

En filant ma quenouille 229 

En revenant de la jolie Rochelle 163 

En roulant ma boule 34 

Entre Paris et Saint-Denis 311 

Et moi je m enfouiyais 163 

Et moi je m en passe 53 

Fendez le bois, chauffez le four 131 

Fra^ois Marcotte 284 

. Fringue, fringue 82 

Frit a 1 huile 85 

Gai Ion la, gai le rosier 60 

Genticorum 84 

Hier sur le pont d Avignon 116 

II n y a qu un seul Dieu 314 

Isabeau s y promene 57 

Jacquot Hugues 281 

J ai cueilli la belle rose 106 

J ai fait une maitresse 156 

J aimerai tendrement 41 

J ai perdu mon amant 212 

J ai tant danse, j ai tant saute ! 68 

J ai tant d enfants a marier ! 167 

J ai trop grand peur des loups ! 195 

J ai trouve le nique de lievre 171 

J ai vu le loup, le renard passer 197 

Jamais je nourrirai de geai 47 et 50 

Je le mene bien mon devidoi ! 198 

Je me suis mis au rang d aimer 227 

Je n ai pas de barbe au menton . 208 et 211 

Je ne veux pas d un habitant 278 

J entends le moulin, tique, tique, taque 237 

La bibournoise 93 

La fille du roi d Espagne 146 

La guignolee 251 

La poulette grise 273 

Le juif errant 150 

Le p tit bois d l ail 160 

Leve ton pied 4 

Malbrough 264 

Marianne s en va-t-au moulin 140 

Marianson, dame jolie 165 



TABLE 351 

M en revenant de Saint- Andre 200 

Mon beau ruban gris 75 et 78 

Mon cri era, tire la lirette 74 

Mon pere avait un beau champ de pois 133 

Mon ton ton turlutaine 55 

Nous etions trois capitaines 206 

Papillon tu es volage 204 

Par derrier chez ma tante ya-t-un arbre plante 192 

Par derrier chez mon pere 26 

Perrette est bien malade 295 

Petit rocher de la haute montagne 217 

Pinpanipole 258 

Pipandor a la balance 271 

P tit Jean 124 

Quand j etais chez mon pere 89 

Qui veut manger du lievre 243 

Sainte Marguerite 268 

Si tu te mets anguille 97 

Suivons le vent 44 

Sur le pont d Avignon 113 et 118 

Sur le pont de Nantes 239 

Tenaouiche tenaga ouicheka ! 143 

Un Canadien errant 97 

Une perdriole 101 

Un jour 1 envie m a pris de deserter de France 185 

Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet 79 

Vive la Canadienne ! 26 

Vive Napoleon ! 95 

Via 1 bon vent ! 42 

Voici le temps et la saison 215 

Remarques generates 323 

Table 349 



L_a Bibliotheque The Library 

Universite d Ottawa University of Ottawa 

Echance Date Due 




FEB021986 OS 



UUl j \ 






82 



NOV 191985 



12JUIL.19W 
NOV. 1991 



03ft 



MAR20HG0 



18 



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X^rs- 

2 H M^ffs 1990 




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ACC# 1166770 



ERNE CHANSONS PCP 




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