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BIBLIOTHEQUE CANADIENNE
COLLECTION JACQUES CARTIER
Droits reserves, Canada 1913
par Librairie Beauchemin Limitee, Montreal
Olivers i fa s
BIBLIOTHECA
N. 805 B.
CHANSONS
POPULAIRES DU CANADA
CHANSONS
POPULAIRES DU CANADA
RECUEILLIES ET PUBLIEES AVEC ANNOTATIONS, ETC.
PAR
ERNEST GAGNON
Membre de 1 Academie de Musique de Quebec ; membre correspondant de la
Societe des compositeurs de musique de Paris, etc.
CINQUIEME EDITION
(conforme a 1 edition de 1880)
MONTREAL
LIBRAIRIE BEAUCHEMIN, LIMITEE
79, rue S -Jacques
1913
AUX LECTEURS
A 1 occasion du troisieme centenaire de la fondation de
Quebec - - berceau de la nation canadienne - - nous donnons
cette cinquieme edition de 1 etude sur les chants populaires
du Canada publiee par M. Ernest Gagnon en 1865, - - etude
qui n a nullement perdu de son actualite, et est considered
avec raison comme une ceuvre nationale ayant sa place au
foyer de toutes nos families.
Nous avons demande a M. Gagnon s il desirait revoir son
travail et y faire quelques retouches. II nous a repondu que
le mieux est parfois 1 ennemi du bien et qu il preferait ne pas
meme relire son ouvrage. Nous lui avons aussi demande
de nous envoyer sa photographic pour etre reproduite aux
premieres pages de cette nouvelle edition.
Bien volontiers, nous ecrivit-il, je me rends a votre
desir ; mais je dois vous faire observer que j avais a peine
trente ans lorsque j ai donne la premiere edition des Chansons
populates d^^ Canada, et que la photographic ci-jointe est
celle d un quasi-septuagenaire. Si, apres cela, vous jugez
bon de m installer en premiere page dans votre nouvelle
edition, je vous laisse toute la responsabilite de cet ana-
chronisme .
M. Antoine Gerin-Lajoie, de regrettee memoire, disait un
jour que s il etait condamne a 1 exil, et qu en partant on ne
lui permit d emporter avec lui qu un seul livre, c est sur
le volume de chansons populaires de M. Ernest Gagnon que
son choix tomberait. Mieux que tout autre, disait-il, ce
volume me rappellerait la patrie absente . Le public, nous
en sommes certains, nous saura gre de donner aujourd hui
cette nouvelle edition d un ouvrage qui n est plus en librairie,
et qui est - - on 1 a dit bien avant nous - - comme un miroir
ou se reflete avec fidelite la physionomie bien caracteristique
et bien vivante de nos bonnes populations franco-cana-
diennes. LES EDITEURS
AUX LECTEURS
A 1 occasion du troisieme centenaire de la fondation de
Quebec - - berceau de la nation canadienne - - nous donnons
cette cinquieme edition de 1 etude sur les chants populaires
du Canada publiee par M. Ernest Gagnon en 1865, - - etude
qui n a nullement perdu de son actualite, et est consideree
avec raison comme une oeuvre nationale ayant sa place au
foyer de toutes nos families.
Nous avons demande a M. Gagnon s il desirait revoir son
travail et y faire quelques retouches. II nous a repondu que
le mieux est parfois 1 ennemi du bien et qu il preferait ne pas
meme relire son ouvrage. Nous lui avons aussi demande
de nous envoyer sa photographic pour etre reproduite aux
premieres pages de cette nouvelle edition.
Bien volontiers, nous ecrivit-il, je me rends a votre
desir ; mais je dois vous faire observer que j avais a peine
trente ans lorsque j ai donne la premiere edition des Chansons
populaires du Canada, et que la photographic ci-jointe est
celle d un quasi-septuagenaire. Si, apres cela, vous jugez
bon de m installer en premiere page dans votre nouvelle
edition, je vous laisse toute la responsabilite de cet ana-
chronisme .
M. Antoine Gerin-Lajoie, de regrettee memoire, disait un
jour que s il etait condamne a 1 exil, et qu en partant on ne
lui permit d emporter avec lui qu un seul livre, c est sur
le volume de chansons populaires de M. Ernest Gagnon que
son choix tomberait. Mieux que tout autre, disait-il, ce
volume me rappellerait la patrie absente . Le public, nous
en sommes certains, nous saura gre de donner aujourd hui
cette nouvelle edition d un ouvrage qui n est plus en librairie,
et qui est - - on 1 a dit bien avant nous - - comme un miroir
ou se reflete avec fidelite la physionomie bien caracteristique
et bien vivante de nos bonnes populations franco-cana-
diennes. LES EDITEURS
INTRODUCTION.
E nombre de nos chansons populaires est incalculable.
Ce volume en contient juste cent, que j ai choisies
parmi les plus connues et parmi celles qui offrent
un type particulier.
Les premiers chants que le petit Canadien entend au
berceau, sont, presque toujours, a part les improvisations,
des chansons qui nous viennent de France, comme :
C est la poulette grise,
Qui pond dans 1 eglise ;
Elle va pondre un p tit coco,
Pour le p tit qui va faire dodo.
Simultanement, et avant meme qu il puisse aller a 1 e
glise, il entend des cantiques, puis des psaumes, des hym-
nes et en general des chants de la grande melopee gregorienne.
Plus tard il connaitra les innombrables chansons qui se
chantent dans sa paroisse ; et lorsque, le soir, apres une
chaude journee d ete, il reviendra se reposer de son travail,
balance par le mouvement de sa charrette aux hautes ri-
delles, et mollement couche sur un moelleux et odorant
voyage de foin, on 1 entendra murmurer d une voix monotone
mais douce, quelques-uns de ces mots, de ces noms si chers
qui rappellent 1 ancienne mere-patrie ; ou bien, sur les cages
ou dans le canot, il chantera la belle Franfoise ou la com-
plainte d un malheureux voyageur noye dans les rapides,
ou encore le beau Kyrie que chantent a 1 eglise ceux qui lui
l6 PREFACE
sont chers et qui sont restes dans la paroisse natale, sur
le bien paternel.
Un ecrivain frangais qui s est occupe de nos chants cana-
diens, ecrivait naguere que souvent une chanson est un mo
nument plus solide que les monuments de bronze ou de granit.
On y rencontre parfois des couplets ou meme un seul mot
qui vous reportent a des siecles en arriere, comme, par exemple,
la ronde II n y a qu un seul Dieu , traduction litterale
d une des series chretiennes substitutes aux series druidiques,
et 1 expression la Guignolee, dont 1 origine indubitable est
le chant ou le cri druidique : au gui I an neuf ! Ce qui est
certain, c est que les chansons ont cette faculte, que n ont
pas les obelisques, d aller s asseoir au foyer de toutes les
families, de suivre le missionnaire ou le pionnier dans la
foret, de rappeler un evenement a mille lieues de 1 endroit
ou il s est passe, et sur plusieurs points a la fois.
Les menhirs, les dolmens et les cromlechs, que Ton rencontre
a chaque pas dans certaines parties de la Bretagne, ne sont
des monuments que pour les Bretons ou ceux qui vont les
voir en Bretagne, tandis que des chants qui ont avec ces
monuments communaute d origine sont chantes partout ou
se trouvent des descendants de Kimris ou de Gaulois : a
Chartres, a Pekin, a Alger et j usque dans le pays des Al-
gonquins.
Avant d entrer dans plus de details au sujet de nos chants
populaires, citons quelques verbiages d enfants, quelques-uns
de ces petits riens qui se repetent de generation en generation,
et qui, presque tous, nous viennent de France (i) :
- Ventre de son, - - estomac d grue, - - falle de pigeon, -
menton fourchu, - bee d argent, - - nez cancan, joue
bouillie, - - joue rotie, - - p tit ceil, - - grot ceil, - - soucillon,
soucillette, cogne, cogne, cogne la mailloche !
- Celui-la (le pouce) a etc a la chasse ; celui-la (V index)
(1) Voir les Chants et Chansons populaires des provinces de I Ouest, par M. J. Bujeaud,
et les Chants et Chansons populaires du Cambresis, par MM. Durieux et Bruyelle.
PREFACE 17
1 a tue ; celui-la (le majeur) Fa plume ; celui-la (1 annulaire)
1 a fait cuire, et celui-la (1 auriculaire) 1 a tout mange, tout
mange, tout mange !
Monte echelle ! monte-la ! monte echelle ! monte-
la ! - - p tit trou, -- casse-cou. - - Qu est-ce qu i y a dedans ?
- D l or et d l argent, - - Qui est-ce qui 1 a mis ? - - Pere et
mere. - - Qui est-ce qui 1 otera ? - - Frere et sceur. - - Tourne,
tourne, tourne, mon petit baril : celui qui rira le premier
aura un petit soufflet !
- P tit couteau d or et d argent, ta mere t appelle, va-
t en!
Une pomme, deux pommes, trois pommes, quatre
pommes, cinq pommes, six pommes, sept pommes, huit pom
mes, pommes neuf ! - - J m en defends !
Riche, pauvre, coquin, voleur, riche, pauvre, coquin,
voleur, riche... (ceci est une sorte d horoscope qui se tire
sur les boutons de 1 habit).
II est midi. Qui-c qui 1 a dit ? - - C est la souris.
Ou est-elle ? - - Dans la chapelle. - - Que fait-elle ? - - De la
dentelle. - - Pour qui ? - - Pour ces demoiselles. - - Combien
la vend-elle ? - Trois quarts de sel.
Un i, un ;,
Ma tante Michel ;
Un i un um,
Cagi, cajum :
Ton pied bourdon,
Jose Simon ;
Griffor, pandor,
Ton nez dehors !
Un bon nombre de nos chansons populaires se chantent
encore, avec plus ou moins de modifications et de variant es,
dans les provinces de France (i) :
(1) Plusieurs de nos chansons se chantent en France avec des variantes lascives
que nous ne connaissons pas en Canada. De la il suit evidemment qu il a du se faire
ici un travail d expurgation a une date quelconque, ou peut-etre insensiblement.
Or, ceux qui connaissent 1 histoire des premiers temps de la colonie, alors que Ton
ne permettait qu a des homines exemplaires d emigrer au Canada, et que, suivant les
chroniques du temps, ceux dont la vertu etait un peu douteuse semblaient se purifier
2 805 B
1 8 PREFACE
Denier e chez nous ya-t-un etang, - - La fille du roi d Espa-
gne. - - C est dans Paris ya-t-une brune, Entre Paris et
Saint-Denis, se chantent dans les departements de 1 Ouest.
Cecilia et Isabeau s y promene, - - se chantent en Cham
pagne.
Gai, Ion, la, gai le rosier, - - se chante dans la Saintonge
et le Bas-Poitou.
Mon plre a fait bdtir maison, - - se chante dans la Sain
tonge et 1 Aunis.
J ai cueilli la belle rose, - - se chante (toujours avec varian-
tes) dans 1 Angoumois, le Cambresis, 1 Artois et le Nivernais.
Au bois du rossignolet, - - se chante en Franche-Comte et
aussi en Suisse.
Mon pere avait un beau champ de pois, - - se chante dans
le Cambresis, la Saintonge, 1 Aunis et 1 Angoumois. Les
airs ne ressemblent pas aux notres.
Hier sur le pont d Avignon, - - se chante dans le sud-est de
la France, et aussi dans le canton de Vaud, en Suisse.
Une perdriole, - - se chante dans le Cambresis.
J ai tant danse, j ai tant saute, -- se chante dans le Cambre
sis et le Poitou.
Et moi je m enfuyais, - - se chante dans la Vendee et dans
le Cambresis.
Dans ma main droite je tiens rosier, - - se chante dans 1 An
goumois, le Poitou, la Saintonge et 1 Aunis.
J ai tant d enfants d marier / - - se chante dans le nord et
1 ouest de la France.
Ah f qui marierons-nous ? se chante dans le Cambresis.
Un jour I envie m a pris de deserter de France, se chante
dans 1 Angoumois.
Dans Paris ya-t-une brune plus belle que le jour, - se
par la traversee ; alors que toute la colonie naissante ressemblait a une vaste commu-
naute religieuse, et que les missions huronnes rappelaient les ages de foi de la primitive
figlise, ceux-la, clis-je, comprendront facilement qu a cette epoque, on n aurait
jamais ose chanter clevant ses freres des couplets obscenes, et que le peuple a pu, de
lui-meme, introduire dans certain es chansons les variantes qui nous sont restees et
qui les degagerent de toute immoralite.
PREFACE 19
chante dans le midi, en langue provencale. (Voir les Chants
populaires et historiques de la Provence, par M. D. Arbaud,
p. 133, vol. i.) On chante aussi cette chanson en langue
fran?aise, dans les departements de 1 ouest.
Par derriere chez ma tante ya-t-un arbre plante, - - se chante
dans la Saintonge, 1 Angoumois, 1 Aunis et le Poitou, en
frangais et en patois. Les airs sont tout differents du notre.
J ai trop grand peur des loups, - - se chante dans le Poitou,
et sur le meme air qu en Canada.
Je n ai pas de barbe au menton, - - se chante a La Rochelle
et dans le Bas-Poitou.
En plant ma quenouille, - - se chante, avec un refrain diffe
rent du notre, dans la Saintonge et 1 Aunis.
Bonhomme, bonhomme, - - se chante dans le Cambresis.
Qui veut manger du lievre, - - se chante dans le Poitou et
1 Angoumois.
A part les couplets ou il est question d un habitant et
d un colporteur, la chanson : Je voudrais bien me marier,
mais j ai grand peur de me tromper nous vient de France.
On la chante en Saintonge encore aujourd hui.
C est Pinson avec Cendrouille, - - se chante dans le Cam
bresis.
Par den i ere chez ma tante lui ya-t-un pommier doux, - - se
chante en Franche-Comte sur un air tout different du notre.
A Saint-Malo beau port de mer, - - se chante en Bretagne.
Quand j etais de chez mon pere, jeune fille a marier, se
chante dans le Nivernais.
Au jar din de mon pere un or anger lui ya, - - se chante en
Normandie.
La Bibournoise, - - nous vient du Dauphine, du moins elle
s y chante encore.
Si tu te mets anguille, est une legende bien connue en
France ; c est elle qui a inspire a Mistral le delicieux chant
de Magali, dans son poeme de Mireio poe me ecrit en langue
provengale, comme chacun sait.
20 PREFACE
Quand j etais chez mon pere, - - la legende de la jeune fille
qui rencontre trois cavaliers barons - - se chante dans
toutes les parties de la France, mais avec des refrains et
sur des airs que nous ne connaissons pas ici.
Enfin, la Claire Fontaine, notre chanson populaire par
excellence, a une communaute d origine avec la plupart des
habitants du Canada : elle vient de Normandie !
Cette nomenclature, quoique fort incomplete, est deja
trop longue. Je ne dirai qu un mot ici de nos chansons
de composition canadienne. On aurait tort de faire fi de
tout ce qui n est pas poesie dans ces chants ; a vrai dire la
poesie proprement dite en est le plus souvent absente ; on
n y rencontre pas de ces images gracieuses que Ton remarque
dans la chanson populaire fran9aise, comme :
La plus jeune se reveille :
Ma soeur, voila le jour !
Non, ce n est qu une etoile
Qui veille nos amours !...
Mais il y a dans les chants canadiens des formes de Ian-
gage, des tours particuliers, des observations, des traits de
moeurs et de caractere qui ne manquent pas de piquant et qui
ont apres tout leur merite.
II n entre pas dans le plan de cet ouvrage d apprecier la
forme poetique de nos chants populaires. Je me contenterai
d indiquer ici la regie principale et presque unique a laquelle
les poetes rustiques veulent bien s astreindre. Cette regie,
c est V assonance, qu un auteur fransais, M. Raynouard, a de-
finie : la correspondance imparfaite et approximative du
son final du dernier mot du vers avec le meme son du vers
qui precede ou qui suit, comme on appelle rime la correspon
dance parfaite du son identique final de deux vers formant
distique .
La longueur du vers populaire est souvent de quatorze
syllabes ou meme davantage. Chaque fois alors que la rime
est masculine (car les rimes parfaites s y rencontrent quel-
PREFACE 21
quefois) la cesure est invariablement feminine, ou, plus exacte-
ment, sourde. Conformement a 1 usage, ces sortes de vers
ont etc, dans ce recueil, brises a la cesure ; ainsi les deux vers :
Par derrier chez mon pere lui ya-t-un bois jolt ;
Le rossignol y chante et le jour et la nuit,
ont 6te Merits sur quatre lignes :
Par derrier chez mon pere
Lui ya-t-un bois joli ;
Le rossignol y chante
Et le jour et la nuit, etc., etc.
Pour ce qui est de la doctrine musicale qui decoule des ensei-
gnements importants qu offrent les melodies populaires,
j ai traite tout particulierement ce sujet dans les annotations
qui precedent chacune des chansons recueillies, et surtout
dans les remarques generates de la fin de ce volume.
II est a peine besoin de dire que ce livre, quant a la partie
notee, n est pas du tout mon ceuvre. C est 1 ceuvre de ce
compositeur insaisissable qu on appelle le peuple, et mon
unique preoccupation, en recueillant les chants que contient
ce volume, a ete de les rendre tels que des personnes du
peuple, ou du moins des personnes non versees dans 1 art
musical, me les ont chantes.
Avant d entrer en matiere, et pour 1 intelligence de ce
que j aurai a dire au lecteur, on me permettra de rappeler
ici un fait extremement remarquable de 1 histoire de la
musique. Je laisse parler le regrette directeur du conser
vatoire de Bruxelles, 1 artiste qui, pendant de long.ues annees,
porta le sceptre de la science musicale dans 1 Europe et dans
le monde :
... II me reste a parler, dit M. Fetis (i), d une audacieuse innovation qui
opera tout a coup, vers la meme epoque, (la fin du XVI e siecle) une transforma
tion complete de la tonalite, je veux dire de 1 art tout en tier. Les regies de
l harmonie,depuis le quatorzieme siecle jusqu a la fin du seizieme, avaient pros-
(1) Resum.6 philosophique de 1 histoire de la musique, p. CCXX et suivantes.
22 PREFACE
crit toute relation de la note superieure du premier demi ton (fa] avec 1 inferieure
du second (si)... Le resultat immediat de cette prohibition etait qu il ne p ouvait
y avoir de note sensible reelle dans la musique, consequemment, que la tonalite de
la musique actuelle ne pouvait exister. Car remarquez qu il n yade note sensible
que parce qu il y a repulsion harmonique entre la quatrieme note et la septieme ;
repulsion qui conduit 1 une a descendre, 1 autre a monter, en sorte que la note
sensible n aurait pu naitre de la seule melodic... Eh bien ! ce que la doctrine
avait condamne, ce que les siecles (les siecles !) avaient proscrit, un homme osa
le faire un jour. Guide par son instinct, il cut plus de confiance dans ce qu il
lui conseillait que dans les regies, et malgre les cris d epouvante de tout un peuple
de musicians, il osa mettre en rapport la quatrieme note de la gamme, la cin-
quieme et la septieme. Par ce seul fait il crea les dissonances naturelles de
1 harmonie, une tonalite nouvelle, le genre de musique qu on appelle chromatique,
et consequemment, la modulation.
Que de choses produites par une seule agregation harmonique ! L auteur
de cette merveilleuse decouverte est... Monteverde... Lui-meme s attribue
1 invention du genre module, anime, expressif, dans la preface d un de ses ouvra-
ges. C est qu en effet I accent passionne n existe et ne peut exister que dans la
note sensible, et que celle-ci ne peut naitre que de son rapport avec le quatrieme
et le cinquieme degre de la gamme ; c est que toute note mise en rapport har
monique de quarte majeure avec une autre, determine la sensation d un ton
nouveau, sans qu il soit necessaire de faire entendre une tonique ou de faire un
acte de cadence, et que par cette faculte de la quarte majeure de creer immedia-
tement une note sensible, la modulation, c est-a-dire la succession necessaire
des tons differents, devient facile. Admirable coincidence de deux idees fecon-
des ! Le drame musical prend naissance ; mais le drame vit d emotions, et
la tonalite du plain-chant, grave, severe et calme, ne saurait lui fournir d accents
passionnes, car l harrnonie de cette tonalite ne renferme pas les elements de la
transition. Alors le besoin inspire le genie, et tout ce qui peut donner la vie
a la musique du drame est cree d un seul coup. Grandes et rapides furent les
consequences de cette belle decouverte, car, dans la premiere moitie du XVII 6
siecle, 1 expression dramatique de la nvusique etait deja parvenue a des effets
d une puissance remarquable.
... Monteverde, qui avait fort bien aperju les resultats de son heureuse te-
merite, sous le rapport de 1 expression dramatique, n en vit pas les consequences
a 1 egard de la tonalite. Attaque avec violence par quelques zeles partisans
de 1 ancienne doctrine, particulierement par Artusi, il ne comprit pas plus que
ses adversaires qu il venait d aneantir les tons (modes) du chant ecclesiastique
dans la musique mondaine. On peut se convaincre, par la lecture de quelques-
unes des prefaces de ses ouvrages, qu il n avait pas porte ses vues sur cet impor
tant objet. II n est pas moins certain, cependant, qu apres que l harmonie
des dissonances de septieme, de neuvieme, et celles qui en derivent, se fut
introduite dans la musique de chambre et de theatre, il n y eut plus de premier,
de second, de troisieme mode, d authentique ni de plagal, dans la musique : il y
eut un mode majeur et un mode mineur ; en un mot la tonalite ancienne disparut
et la moderne fut creee .
?3<^1
CHANSONS POPULAIRES
DU
CANADA
A LA CLAIRE FONTAINE
EPUIS le petit enfant de sept ans jusqu au vieillard
aux cheveux blancs, tout le monde, en Canada,
salt et chante la Claire Fontaine. On n est pas
Canadien sans cela. La melodic de cette chan
son est fort elementaire et offre pen d interet
au musicien ; neanmoins, a cause de sa grande
popularite, on 1 a prise souvent pour theme d airs de danse
et meme de fantaisies de concert. J ai entendu un pianiste
etranger, dans un concert donne a Quebec, faire des arpeges
pendant un bon quart d heure sous pretexte de claire fon-
taine. On chante en France, en Normandie, une chanson
24 CHANSONS POPULAIRES
dont les paroles sont, a peu de chose pres, les memes que
celles de notre Claire Fontaine, mais 1 air en est tout dif
ferent.
A la clai - re fon-tai - ne M en al-lant pro - me-ner,
J Jp J I f p J
J ai trou-v 1 eau si bel - le Que je m y suis bai-gne.
Lui ya long - temps que je t aime, Jy.mais, je ne t oublierai.
VARIANTE :
Ma mie, ya long-
A la claire fontaine
M en allant promener,
J ai trouve 1 eau si belle
Que je m y suis baigne.
I/ui ya longtemps que je t aime,
Jamais je ne t oublierai.
J ai trouve 1 eau si belle
Que je m y suis baigne ;
Sous les feuilles d un chene
Je me suis fait secher.
Lui ya longtemps, etc.
Sous les feuilles d un chene
Je me suis fait secher ;
Sur la plus haute branche
Le rossignol chantait.
Lui ya longtemps, etc.
DU CANADA 25
Sur la plus haute branche
Le rossignol chantait.
Chante, rossignol, chante,
Toi qui as le coeur gai.
Lui ya longtemps, etc.
Chante, rossignol, chante,
Toi qui as le coeur gai ;
Tu as le coeur a rire,
Moi je l ai-t-a pleurer.
Lui ya longtemps, etc.
Tu as le coeur a rire,
Moi je l ai-t-a pleurer :
J ai perdu ma maitresse
Sans 1 avoir merite.
ya longtemps, etc.
J ai perdu ma maitresse
Sans 1 avoir merite,
Pour un bouquet de roses
Que je lui refusai.
Lui ya longtemps, etc.
Pour un bouquet de roses
Que je lui refusai.
Je voudrais que la rose
Fut encore au rosier.
Lui ya longtemps, etc.
Je voudrais que la rose
Fut encore au rosier,
Et moi et ma maitresse
Dans les mem s amities.
VARIANTS :
Et que le rosier meme
Fut a la mer jete.
Lui ya longtemps que je t aime,
Jamais je ne t oublierai.
PAR DERRIER CHEZ MON PERE
VIVE LA CANADIENNE
La melodic de cette chanson ainsi que celle de la Claire
Fontaine, nous tiennent lieu d air national, en attendant
mieux. Les paroles de Par derrier chez mon pere se chantent
encore en France, en Franche-Comte, mais avec de notables
differences et sur un petit air fort ecourte (dix mesures)
qui ne ressemble pas du tout au notre. II est inutile de dire
que les paroles de Vive la Canadienne, qui se chantent egale-
ment sur 1 air qui va suivre, sont de composition comparative-
ment recente, et qu elles ne nous viennent pas de France ;
mais je dois faire remarquer que le premier couplet de cette
chanson est le seul qui soit generalement connu. Ce n est
pas sans peine que j ai pu me procurer les autres, qui, comme
on le verra, laissent beaucoup a desirer sous le rapport du
sentiment poetique.
Voix seule d abord, puts la reprise en ckceur.
f . .-.
J J
Par derrier chez mon pe - re, Vo - le, mon coeur,
9 x
j f Irj f J
vo- le. Par derrier chez mon pe - re, Lui ya - t-un pommier
FIN. i Voix seide, puis la reprise en chcRur.
doux.
Lui ya - t-un pommier doux, doux, doux, Lui
ya - t-un pom - mier doux. D. C.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 2J
Par derrier chez mon pere,
Vole, mon coeur, vole,
Par derrier chez mon pere
Lui ya-t-un pommier doux,
L,ui ya-t-un pommier doux, doux, doux.
I,ui ya-t-un pommier doux.
lyes feuilles en sont vertes,
Vole, mon coeur, vole,
I/es feuilles en sont vertes
Et le fruit en est doux.
Et le fruit en est doux, doux, doux.
Et le fruit en est doux.
Trois filles d un prince,
Vole, mon co3ur, vole,
Trois filles d un prince
Sont endormies dessous.
Sont endormies dessous, doux, doux.
Sont endormies dessous.
I,a plus jeun se reveille,
Vole, mon coeur, vole,
La plus jeun se reveille :
- Ma soeur, voila le jour.
Ma soeur, voila le jour, doux, doux.
Ma sceur, voila le jour.
- Non, ce n est qu une etoile,
Vole, mon coeur, vole,
Non, ce n est qu une etoile
Qu eclaire nos amours.
Qu eclaire nos amours, doux, doux.
Qu eclaire nos amours.
Nos amants sont en guerre,
Vole, mon coeur, vole,
Nos amants sont en guerre :
Us combattent pour nous.
Us combattent pour nous, doux, doux.
Us combattent pour nous.
28 CHANSONS POPULAIRES
S ils gagnent la bataille,
Vole, mon crieur, vole,
S ils gagnent la bataille
Us auront nos amours.
Us auront nos amours, doux, doux.
Us auront nos amours.
Qu ils perdent ou qu ils gagnent,
Vole, mon cceur, vole,
Qu ils perdent ou qu ils gagnent,
Us les auront toujours.
Vive la Canadienne,
Vole, mon cceur, vole,
Vive la Canadienne
Et ses jolis yeux doux.
Et ses jolis yeux doux, doux, doux,
Et ses jolis yeux doux.
Nous la menons aux noces,
Vole, mon coeur, vole,
Nous la menons aux noces
Dans tout ses beaux atours.
Dans tous etc.
La, nous jasons sans gene,
Vole, mon coeur, vole,
I/a, nous jasons sans gene ;
Nous nous amusons tous,
Nous nous etc.
Nous faisons bonne chere,
Vole, mon coeur, vole,
Nous faisons bonne chere
Et nous avons bon gout.
Et nous avons, etc.
On danse avec nos blondes,
Vole, mon cceur, vole,
On danse avec nos blondes ;
DU CANADA 2Q
Nous changeons tour a tour.
Nous changeons, etc.
On passe la carafe,
Vole, mon coeur, vole,
On passe la carafe ;
Nous buvons tous un coup.
Nous buvons etc.
Mais le bonheur augmente,
Vole, mon coeur, vole,
Mais le bonheur augmente
Quand nous sommes tous souls.
Quand nous sommes etc.
Alors toute la terre
Vole, mon cceur, vole,
Alors toute la terre
Nous appartient en tout !
Nous appartient etc.
Nous nous levons de table,
Vole, mon coeur, vole,
Nous nous levons de table
Le coeur en amadou.
L,e creur etc.
Nous finissons par mettre,
Vole, mon creur, vole,
Nous finissons par mettre
Tout sens dessus dessous.
Tout sens dessus etc.
Ainsi le temps se passe,
Vole, mon coeur, vole,
Ainsi le temps se passe :
II est vraiment bien doux !
C EST LA BELLE FRANgOISE
J ai souvent entendu chanter cette chanson, dans le dis
trict des Trois-Rivieres, avec la variante de la troisieme
mesure que Ton verra ci-dessous. Tous nos habitants de
la campagne chantent Qui veut s y marier avec les notes
si b, fa, sous les mots Qui veut, et non pas si b, sol, comme
on chante quelquefois a la ville. Cette derniere maniere
de chanter fait perdre a la melodic beaucoup de son caractre
et de son originalite.
VARIANTE: | f ^ f
la bel-le Fran-
t
E
C est la bel-le Fran - ijoise, Ion, gai, C est la bel-le Fran-
J
F f Cl f j
- se Qui veut s y ma - ri - er, ma lu - ron, lu - ret - tc,
j.
J
Qui veut s y ma - ri - er, ma lu ron, lu - re
C est la belle Francoise, Ion, gai,
C est la belle Francoise
Qui veut s y marier, ma luron, lurette,
Qui veut s y marier, ma luron, lure.
Son amant va la voire, Ion, gai.
Son amant va la voire
Bien tard, apres souper, ma luron, lurette,
Bien tard, apres souper, ma luron, lure.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 3!
II la trouva seulette, Ion, gai,
II la trouva seulette
Sur son lit, qui pleurait, ma luron, lurette,
Sur son lit, qui pleurait, ma luron, lure.
- Ah ! qu a vous done, la belle, Ion, gai,
Ah ! qu a vous done, la belle,
Qu a vous a taut pleurer ? ma luron, lurette,
Qu a vous a tant pleurer ? ma luron, lure.
- On m a dit, hier au soire, Ion, gai,
On m a dit, hier au soire
Qu a la guerr vous alliez, ma luron, lurette,
Qu a la guerr vous alliez, ma luron, lure.
- Ceux qui vous 1 ont dit, belle, Ion, gai,
Ceux qui vous 1 ont dit, belle,
Ont dit la verite, ma luron, lurette,
Ont dit la verite, ma luron, lure.
Venez m y reconduire, Ion, gai,
Venez m y reconduire
Jusqu au pied du rocher, ma luron, lurette,
Jusqu au pied du rocher, ma luron, lure.
Adieu, belle Fran9oise, Ion, gai.
Adieu, belle Francoise !
Je vous epouserai, ma luron, lurette,
Je vous epouserai, ma luron, lure.
Au retour de la guerre, Ion, gai.
Au retour de la guerre,
Si j y suis respecte, ma luron, lurette,
Si j y suis respecte, ma luron, lure.
C EST LA BELLE FRANQOISE
(Autre air}.
Cette autre maniere de chanter la Belle Framboise nous
vient sans doute des gens d en has : il ne fut jamais venu
a 1 idee des habitants des rives du lac Saint-Pierre, par exem-
ple, d introduire le mot loup-marin dans ces couplets.
Connue de tout le monde dans les paroisses du bas du fleuve,
la Belle Franpoise au blanc loup-marin n est pas tout-a-fait
ignoree dans les autres parties du pays : je 1 ai entendu chanter
tout recemment par un Montrealais.
i
t T r t I r
C est la bel le Fran coi se, blanc,
i
^E
blanc loup-ma - rin, C est la bel - le Fran - 90! - se,
g I r P
blanc, blanc loup-ma - rin, Qui veut s y ma - ri - er,
xi n. i
1
J 1 J
j
in\ w *.
* j
r
V> ^ *
u
blan loup - ma
-A -9 h i
rin, ma Ion
la, Qui
K
veut s y
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j-r j* Pi
P
J.
13*. ff J J J
n P
I q j * a * \ m
i j
r 1
m m
| 1
ma - n er,
ptf tf
blanc loup
ma -
rin chan -
Cf) tf --J ^
C EST LA BELLE FRANCO ISE
i
(Autre air, recueilli par M. I abbe C. H. Laverdi&e).
Les quatre premieres mesures de 1 air que voici sont abso-
lument les memes que les quatre dernieres d une des variantes
de Sur le pont d Avignon, que Ton verra plus loin. II y
a evidemment reminiscence dans 1 une ou 1 autre de ces
melodies ; ce dont, au reste, je ne fais crime a personne.
II est plus d une partition celebre dont il ne resterait que
fort peu de chose si toutes les reminiscences en etaient re-
tranchees.
C est la bel - le Fran - ?oi-se, Ion gai, c est la bel - le Fran-
zc
r -
f
f .
f
r
m
f
r w
f
*
- se Qui veut se ma - ri er, ma don - dai - ne Qui
f
t El r-
r ir|
veut se ma - ri er, ma don - de.
805 B
EN ROULANT MA BOULE
Cette chanson du Canard blanc se chante en France, dans
1 ouest, sur un air qui ressemble un peu a tous les differents
airs sur lesquels nous la chantons ici, et avec ce refrain que
nous adaptons, nous, a une autre chanson : Je suis brune,
gaillarde brune, je suis brune gaillar dement. On la chante
egalement, en France, avec les refrains suivants :
Je me nomme Divertissant,
C est moi qui divertis les filles,
Je me nomme Divertissant.
Toujours ma boule va roulant,
Toujours ma boul va rouT, va roule,
Toujours ma boule va roulant.
C est le vent qui va fretillant,
C est le vent qui va, qui fretille,
C est le vent qui va fretillant.
Passons la lande gaillardement, etc.
J aimons bien les cotillons rouges, etc.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
35
Voix settle, puis la reprise en chceur.
*
J.
4-J T J" J^3f
^
^
En rou-lant ma bou - le rou-lant, En rou-lant ma
FIN. ) Voix seule, reprise en chceur.
P=
^Ss^
bou - le. Der rier, chez nous, ya t-un e - tang,
Voix seule.
En roulant ma bou le. Trois beaux canards s en
^Mr^-^j g f P-
vont baignant, rou
li roulant, ma boule roulant.
Derrier chez nous, ya-t-un etang,
En roulant ina boule,
Trois beaux canards s en vont baignant,
Rouli, roulant, ma boule roulant.
En roulant ma boule roulant,
En roulant ma boule.
Trois beaux canards s en vont baignant,
En roulant ma boule.
Le fils du roi s en va chassant,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
Le fils du roi s en va chassant,
En roulant ma boule,
Avec son grand fusil d argent,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
Avec son grand fusil d argent,
En roulant ma boule.
Visa le noir, tua le blanc,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
36 CHANSONS POPULAIRES
Visa le noir, tua le blanc,
En roulant ma boule.
O fils du roi, tu es mediant !
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
O fils du roi, tu es mechant !
En roulant ma boule.
D avoir tue mon canard blanc,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
D avoir tue mon canard blanc,
En roulant ma boule.
Par dessous 1 aile il perd son sang,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
Par dessous 1 aile il perd son sang,
En roulant ma boule.
Par les yeux lui sort nt des diamante,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
Par les yeux lui sort nt des diamante,
En roulant ma boule.
Et par le bee 1 or et 1 argent,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
Et par le bee 1 or et 1 argent,
En roulant ma boule.
Toutes ses plum s s en vont au vent,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
Toutes ses plum s s en vont au vent,
En roulant ma boule.
Trois dam s s en vont les ramassant,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
DU CANADA 37
Trois dam s s en vont les ramassant,
En roulant ma boule.
C est pour en faire un lit de camp,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
C est pour en faire un lit de camp,
En roulant ma boule.
Pour y coucher tous les passants.
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant ma boule roulant,
En roulant ma boule.
DESCENDEZ A L OMBRE
Voici, au point de vue musical, un vrai type de chanson
de filasse normande. Les airs sur lesquels se chantent les
chansons de filasse, dit M. Eugene de Beaurepaire (La poesie
populaireenNormandie), ajoutentsingulierement aleur charme
et a leur etrangete. Presque aucun ne s arrete sur la to-
nique. La plus grande partie appartient a un systeme
musical different de celui que nous suivons aujourd hui .
fof J /q
T -
k |
^
rf
HN
Des - cen
dez a 1 om bre, ma jo - lie
J I Tj i j j
blon - de, Des - cen dez a 1 om bre d un
FIN.
I J I J
bois
Der- rier chez nous ya-
f J
J- 1 j
t-un e - tang, Der rier chez nous ya - t-un e-
J I J II
tang. Trois beaux ca nards s en vont bai gnant. D. C.
DESCENDEZ A L OMBRE
(Autre air).
J ai aussi entendu chanter Descendez d I ombre de la ma-
niere qui va suivre par un habitant de Berthier (en haut).
Les rythmes brises abondent dans la chanson populaire ,
a dit M. Wekerlin ; la chanson que void, entre cent autres,
offre un exemple de cette particularite.
s
Der rier chez nous ya t-un e tang, Der-
J
I* C C
rier chez nous ya t-un e tang. Trois
^
beaux ca - nards s en vont bai-gnant. Des - cen - dez a
j t } \tf J i a J ^-J^-^
I om - bre, ma blon - de, Des - cen - dez a
y j j j i i^^
I om-bre d un bois.
(Pour les autres paroles, voir En roulant ma bottle.)
LEVE TON PIED
La melodie que voici est une melodic hors la loi ! . . .
II m eut ete facile de corriger la contravention flagrante
de son rythme, dans la derniere phrase melodique (avant
la reprise), en ajoutant simplement une mesure a celle-ci ;
mais alors 1 air n eut plus ete ce qu il est reelleme.nt, et il
eut incontestablement perdu de son originalite. Au reste,
pour cette chanson comme pour toutes les autres de ce re-
cueil, je ne suis qu un simple rapporteur, et je tromperais
le lecteur et ferais une ceuvre bien inintelligente si je donnais
les airs de nos chansons populaires autrement que ne les
chant ent le peuple et les personnes qui n ont pas etudie la
musique. Mais ce n est pas le rythme seul qui off re des
etrangetes dans cette melodie ; le mode presente aussi des
bizarreries a celui qui, ne connaissant que la musique mo-
derne, chercherait a I assimiler au mode mineur de cette
tonalite.
Voix seule, puts la reprise en chceur.
*
/I " 1
j
j
p
j
. ,
t&\ a n .
F-
2
P
j
*
J
Lev
ton pied le
FIN.
ger ber - ge - re,
Fozx sewfc, / reprise
\ d = ~ f^
Lev ton
en chceur.
gj
H
s
5
E
f
-tH
pied \ - ge - re - ment.
rier chez nous, ya- t-un e-
Voix seule.
tang, Lev ton pied le - ge - re - ment. Trois beaux ca-
-sy - i> tr- f
nards s en vont bai - gnant, le - ge - re - ment.
(Pour les autres paroles, voir En roulant ma boule).
J AIM RAI TENDREMENT CES AMANTS
CONSTANTS
Ce quatrieme refrain de Derrier chez nous ya-t-un eiang
se chante dans la paroisse de Chambly. II est probablement
connu dans beaucoup d autres localites.
I f E f. Ill C 6
g^-
Der rier chez nous ya-t-un e tang, Der-
&** i i j i ri
rier chez nous ya-t-un e - tang.
Trois
C I c f. r
4
beaux ca-nards s en vont bai - gnant. J ai - me - rai ja-
J J
E
mais ces a mants vo - la - ges, J aim -rai ten - dre-
I
f p
s"
ment ces a - mants constants.
(Pour les autres paroles, voir En roulant ma boule).
Y LA L BON VENT
L honorable Sir George E. Cartier, de qui je tiens cette
chanson si originale et si jolie, m a dit 1 avoir ent en du chan
ter par des hommes de cages de 1 Ottaoua. L air est tres
probablement de composition canadienne, ainsi que les paroles
du refrain.
Chcew.
=f=*=3 :
V li 1 bon vent, v la 1 jo - li vent, v la 1 bon vent, ma
P^
&
mie m ap-pel-le, Via 1 bon vent, v la 1 jo - li vent,
FIN. ^
m
v la 1 bon vent, ma mie m attend. Der - her chez nous ya-
J J I J 1
- r
P
t-un 6 - tang, Der - rier chez nous ya t-un e - tang, Trois
it
$
J I J 1
=s
beaux canards s en vont baignant. D. C.
(Pour les autres paroles, voir En roulant ma boule).
C EST L VENT FRIVOLANT
Cette chanson se chante dans le comte de Rimouski.
Elle n est pas connue dans les autres parties du pays, mais
elle a toutes les qualites necessaires pour se repandre et se
populariser bien vite. M. J. C. Tache, qui me 1 a fait con-
naitre, 1 a aussi chantee, en ma presence, devant quelques
canotiers du Saguenay, qui en raffolaient et qui la propageront
sans doute dans cette partie du pays.
Votx settle.
7^
x
s> I s r
j 1 r* *
4\M^
J 4 a c
= j 1
Chceur.
C est 1 vent, c est 1 vent
FIN. *,
fri vo lant.
Voiy, seule, puis la
C est 1 vent, c est 1 vent fri - vo-lant. Der rier chez nous ya-
repnse en chcnir.
t
tl
t-un e - tang, c est 1 vent, c est 1 vent, fri vo - lant.
Voix seule.
m
C
m
Trois beaux ca - nards s en vont bai gnant, c est
J-
1 vent qui vo - Je, qui fri - vo - le. D. C.
(Pour les autres paroles, voir En roulant ma boule).
SUIVONS LE VENT
Les couplets Derrier chez nous ya-t-un etang, etc., se chan-
tent avec sept refrains differents : En roulant ma boule, -
Descendez a I ombre, - - Leve ton pied, - J aim rai tendre-
ment, Vld I bon vent, - - C est I vent frivolant et Suivons le
vent. On chante dans la cote de Beaupre :
Derrier chez nous ya-t-un etang,
Et la rivier passe au mitan...
L expression mitan (milieu) est, parait-il, fort usitee
dans les paroisses de la cote de Beaupre, de 1 ile d Orleans
et de la cote du Sud.
j J 1
Der - rier chez nous ya-t-un e - tang, Suivons le
m
vent, gai-gai - ment. Trois beaux ca nards s en vont bai-
gnant, Tout le long de la n vie - re, Sui vons le
;
vent mon com pe - re, Sui-vons le
vent, gai - gat-
=
ment.
(Pour les autres couplets, voir En roulant ma boule).
A SAINT-MALO, BEAU PORT DE HER
L air sur lequel nous chantons la chanson que voici, n est
pas connu aujourd hui en France, que je sache. En Bre-
tagne, ou les paroles de cette chanson se sont conservees,
on chante :
A Nant s, a Nant s sont arrives
Trois beaux navir s charges de bled, etc.
Je connais deux variantes (quant aux paroles) de cette
chanson, telle que conservee en France, mais dans ni 1 une
ni Fautre il n est question de Saint-Malo.
n
j-
n
r"
i n- -
j
3S
vf
J
1 J J
J
J
J
J-
*
J
port de mer, Trois gros navir s sont ar - ri - ves, Nous i-
rons sur 1 eau nous y prom pro - me - ner, Nous
^
rons jou - er dans
1 i le.
A Saint-Malo, beau port de mer, (bis)
Trois gros navir s sont arrives,
Nous irons sur 1 eau,
Nous y prom promener,
Nous irons jouer dans 1 ile.
Trois gros navir s sont arrives, (bis)
46 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Charges d avoin , charges de bled.
Nous irons sur 1 eau, etc.
Charges d avoin , charges de bled, (bis)
Trois dam s s en vont les marchander
Nous irons sur 1 eau, etc.
Trois dam s s en vont les marchander. (bis)
- Marchand, marchand, combien ton bled ?
Nous irons sur 1 eau, etc.
Marchand, marchand, combien ton bled ? (bis)
- Trois francs 1 avoin , six francs le bled.
Nous irons sur 1 eau, etc.
Trois francs 1 avoin , six francs le bled, (bis)
- C est ben trop cher d un bonn moitie.
Nous irons sur 1 eau, etc.
C est ben trop cher d un bonn moitie. (bis)
Montez, Mesdam s, vous le verrez.
Nous irons sur 1 eau, etc.
Montez, Mesdam s, vous le verrez. (bis)
- Marchand, tu n vendras pas ton bled.
Nous irons sur 1 eau, etc.
Marchand, tu n vendras pas ton bled, (bis)
- Si je 1 vends pas, je 1 donnerai.
Nous irons sur 1 eau, etc.
Si je 1 vends pas, je 1 donnerai. (bis)
- A c prix-la, on va s arranger.
Nous irons sur 1 eau
Nous y prom promener.
Nous irons jouer dans 1 ile.
DANS LES PRISONS DE NANTES
La musique comme les paroles de cette chanson en font
une des plus jolies du repertoire de nos chanteurs popu-
laires. Nos bateliers et voyageurs canadiens la chantent
sur deux airs egalement beaux. Le premier qui est trans-
crit ci-dessous se chante surtout en canot : chaque coup
d aviron marque le premier temps de chaque mesure. Le
mouvement du second est plutot celui de la rame : c est
un air de chaloupe. Cette chanson parait etre complete-
ment ignoree en France. M. Hubert LaRue, dans son in-
teressante etude litteraire sur nos chansons populaires cana-
diennes, fait remarquer que quelques marins chantent au-
jourd hui : Dans les prisons de Londres au lieu de, Dans
les prisons de Nantes . C est tout naturel. Pour peu qu un
voyageur ait vu du pays, il a rencontre des Anglais, des Irian-
dais, des Ecossais, qui lui ont parle de Londres, d Edimbourg,
de Cork ou de Dublin, mais de Nantes, jamais ! II s imagine
alors que Nantes est une corruption du mot Londres ,
et il chante Londres . Cependant, dans nos campagnes,
ou beaucoup d habitants n ont pas plus entendu parler de
Londres que de Nantes, on chante toujours : Dans les prisons
de Nantes .
CHANSONS POPULAIRES
BE
Dans les prisons de Nan - tes, Dans les prisons de
m
^
Nan-tes Lui ya-t-un pri sonnier, gai, fa - lu - ron fa - lu-
^
r-
V-
r r
VMx-
ret - te, Lui ya-t-un pri - sonnier, gai, fa - lu - ron don-
de.
AUTRE VERSION.
f
Dans les prisons de Nan - tes, Dans les prisons de
; i .;
^R=
Nan-tes, Lui ya-t-uu pri-son-nier, gai, faluron don dai-ne,
^
f
Lui ya-t-un pri - sonnier, gai, fa-lu-ron don - de.
Dans les prisons de Nantes (bis)
Lui ya-t-un prisonnier, gai, faluron, falurette,
Lui ya-t-un prisonnier, gai, faluron, donde.
Que personn ne va voir (bis)
Que la fill du geolier, gai, faluron, falurette,
Que la fill du geolier, gai, faluron, donde.
Elle lui porte a boire, (bis)
A boire et a manger, gai, faluron, falurette,
A boire et a manger, gai, faluron, donde.
Un jour il lui demande : (bis)
- Qu est-c que Ton dit de moue ? gai, faluron, falurette,
Qu est-c que Ton dit de moue ? gai, faluron, donde.
bruit court dans la ville (bis)
DU CANADA 49
Que demain vous mourrez, gai, faluron, falurette,
Que demain vous mourrez, gai, faluron, donde.
- Puisqu il faut que je meure, (bis)
Ah ! deliez-moi les pieds, gai, faluron, falurette,
Ah ! deliez-moi les pieds, gai, faluron, donde.
La fille encore jeunette (bis)
Lui a lache les pieds, gai, faluron, falurette,
Lui a lache les pieds, gai, faluron, donde.
Le gar9on fort alerte, (bis)
A la mer s est jete, gai, faluron, falurette.
A la mer s est jete, gai, faluron, donde.
De la premiere plonge, (bis)
Au fond il a etc, gai, faluron, falurette,
Au fond il a ete, gai, faluron, donde.
De la seconde plonge, (bis)
La mer a traverse, gai, faluron, falurette,
La mer a traverse, gai, faluron, donde.
Quaiid il fut sur ces cotes, (bis)
II se mit a chanter, gai, faluron, falurette,
II se mit a chanter, gai, faluron, donde.
Que Dieu beniss les filles, (bis)
Surtout cell du geolier, gai, faluron, falurette,
Surtout cell du geolier, gai, faluron, donde.
Si je retourne a Nantes, (bis)
Oui, je 1 epouserai ! gai, faluron, falurette,
Oui, je 1 epouserai ! gai, faluron, donde .
805 B
DANS LES PRISONS DE NANTES
(Autre air).
Pour rendre la melodic qui va suivre selon les regies de
la composition, il cut fallu ecrire apres la troisieme mesure :
/I "
_ . .
_ ... . _ ... ,
i* r
DCS 4
i r 3
T j j r
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B ^ J
| i
J
A* J"
vl *
..Nan - tes,
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^ 1^
Lui ya - t-un
pri - son-
f ~T *
J
E ^^ 1
^ V ^ =
nier, fa - lu - ron don dai - ne,
Lui ya- t-un.
De cette fagon la melodic eut forme douze mesures bien
comptees, et la note do, qui se chant e sur la premiere syl-
labe du mot prisonnier, eut arrive juste sur le temps fort
de la sixieme et de la dixieme mesure, comme le rythme
1 exige. Mais, encore une fois, je note ces chansons telles
qu on me les chante, et pas autrement. Au reste, la me
sure, telle qu ecrite ci-dessous, indique parfaitement a quels
endroits de la melodie le batelier donne de la rame, - - ce qu il
fait sans se preoccuper le moins du monde des temps forts
et des temps faibles.
Lentement.
/I " -4
s _T r
- I
DtS 1
J, * r j
r
V
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1IJ *
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T
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Dans les prisons de
Nantes,
Dans les
prisons de
P
A " it
r^ P
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H r r H*
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J (S
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IK L/ r r
* a ,.
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stz LJ
I L
i
t/ "
Nan-tes, Lui ya-t-un pri
- sonnier,
fa - lu - ron, dondai-
COS I* I
j ~, C -I 1
jf
V fit
ne, Lui ya-t-un prison - nier, ia - lu - ron don - de.
CECILIA
Cecilia est connue en France, notamment en Champagne.
La variante champenoise (car il y a toujours des variant es
dans les chansons populaires) differe tres peu de la notre,
sous le rapport des paroles comme sous celui de la mu-
sique.
Mon per n a - vait fil - le que moi, Mon per n a-
J J
j. J J Ju J
r
r
vait fil-le que moi, En-cor sur la mer il m en - voie ; sautez mi-
J ; J J ; I _ - r N-
gnonne, Ce- ci - li - a. Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! Ce - ci - li-
a ! ah ! ah ! Ce-ci - li - a.
Mon per n avait fille que moi, (bis)
Encor sur la mer il m envoie.
Sautez, mignonne, Cecilia,
Ah ! ah ! Cecilia, (bis)
Encor sur la mer il m envoie. (bis)
I^e marinier qui m y menait
Sautez, mignonne, etc.
Le marinier qui m y menait, (bis)
II devint amoureux de moi,
Sautez, mignonne, etc.
52 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
II devint amoureux de moi. (bis)
- Ma mignonnette, embrassez-moi.
Sautez, mignonne, etc.
Ma mignonnette, embrassez-moi. (bis)
- Nenni, Monsieur, je n oserais.
Sautez, mignonne, etc.
Nenni, Monsieur, je n oserais, (bis)
Car si mon papa le savait,
Sautez, mignonne, etc.
Car si mon papa le savait, (bis)
Fille battue ce serait moi.
Sautez, mignonne, etc.
Fille battue ce serait moi. (bis)
Voulez-vous bell qui lui dirait ?
Sautez, mignonne, etc.
Voulez-vous bell qui lui dirait ? (bis)
- Ce serait les oiseaux des bois.
Sautez, mignonne, etc.
Ce serait les oiseaux des bois. (bis)
- Les oiseaux des bois parlent-ils ?
Sautez, mignonne, etc.
Les oiseaux des bois parlent-ils ? (bis)
- Us parl nt frangais, latin aussi.
Sautez, mignonne, etc.
Us parl nt frangais, latin aussi. (bis)
Helas ! que le monde est malin...
Sautez, mignonne, etc.
Helas ! que le monde est malin. (bis)
D apprendre aux oiseaux le latin.
Sautez, mignonne, Cecilia.
Ah ! ah ! Cecilia ! (bis)
ET MO I JE M EN PASSE !
Voici une vraie perle, - - une des plus jolies melodies que
Ton puisse entendre. J engage les musicians a 1 examiner
attentivement : ils y decouvriront des beautes rythmiques
et une phraseologie que, malheureusement, on ne rencontre
plus nulle part. Elle se chante avec une infinite de variantes,
entre lesquelles il m a fallu choisir. Dans la chanson po-
pulaire, il y a presque toujours autant de variantes que de
gosiers ; seulement, d ordinaire, ces petits changements n al-
terent pas le caractere general de la melodic.
^^
A:
-f\ *_
?
5
Mon
per n avait til - le que moi, Mon per n avait
^
fil - le que moi, En - cor sur la mer il m envoie,
- E
-i|C
Mon cceur est en a - ge. Tant d amans qui se font 1 amour.
Et moi je m en pas - se !
54 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Variante recueillie sur la cote de Beaupre :
Mon per n a - vait fil le que moi, Mon
r t r
per n a - vait fil - le que moi : En cor sur la mer
~3
r r I r
il m en - voie : Mon cceur est en
r c r p J 1 i j
i r J J
Tant d amants qui se font 1 a - mour... Et moi, je m en
pas - - se !
MON, TON, TON, TURLUTAINE
M. Clement Cazeau, un de ces anciens Canadiens dont
le type devient de plus en plus rare de nos jours, et qui,
avec bien d autres usages aimables et touchantes de la vieille
France, a conserve 1 habitude de chanter les chansons qui
nous viennent de nos grands-grands-peres, m a chante
et repete un grand nombre de fois la melodic que voici,
et toujours absolument telle que je Fai notee. Cependant,
comme je craignais que Ton vint a suspecter la fidelite de
mon oreille, j ai voulu, avant que de 1 ecrire defmitivement
pour 1 impression, me la faire chanter de nouveau ; et,
muni cette fois d un instrument de musique, j ai pu consta-
ter avec certitude que mon oreille ne m avait pas trompe.
Maintenant, qu un musicien essaie de chanter cette me-
lodie, la note fa naturel lui paraitra excessivement dure ;
mais qu il entende chanter cette meme melodic par un hom-
me du peuple ou par tout autre qui n ait pas donne dans
le dilettantisme, le fa naturel ne le choquera plus. D ou
vient cela ? - - C est que le musicien, a cause meme de 1 e-
ducation de son oreille, ne peut, sans un veritable effort -
effort desagreable - - ne pas faire de note sensible, tandis
que rhomme du peuple, lui, peut chanter un intervalle de
seconde majeure entre le septieme et le huitieme degre de
la gamme sans le moindre effort, et que souvent meme il
lui serait difficile de faire autrement.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
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(Pour les autres couplets, voir Cecilia.)
Ce qui precede etait ecrit lorsque je recus de M. le bi-
bliothecaire de 1 universite Laval la version que Ton va
voir ci-apres, qui est a peu pres celle que j ai toujours entendue
dans mon enfance, et dans laquelle on trouvera encore le
fa naturel. Voici, m ecrit M. 1 abbe Laverdiere, comment
un de nos engages me chante Mon pere n avait... :
Mon per n avait fil - le que moi, Mon per n a - vait fil-
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le que moi ; En - cor sur la mer il m envoie. Mon ton ton tri-
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taine, oh ! gai, mon ton ton tn tai - - ne.
ISABEAU S Y PROMENE
On remarquera que les passages les plus beaux de cette
delicieuse melodic sont precisement ceux dans lesquels elle
rompt ouvertement avec le mode mineur pour mettre en
lumiere les notes caracteristiques du mode que, dans 1 an-
cienne tonalite, on appelait premier plagal . C est peut-
etre ici le lieu de dire que si la decouverte de Claude Monte-
verde a ete un immense progres, a cause des ressources
infinies qu offre 1 harmonie dissonante et les modulations
qui en decoulent, d un autre cote, on ne peut nier que, du
meme coup, de grandes beautes ont ete perdues pour 1 art
musical par la necessite qui s en est suivie de bannir de la
musique tout autre mode que nos modes majeur et mineur,
qui seuls posse-dent la note sensible, sans laquelle l harmonie
dissonante ne peut pas exister. Un amateur de chansons
populaires m a fait tenir une version d Isabeau dans laquelle
tous les fa sont naturels. Cette chanson se chante en Cham
pagne, sur un air qui, au point de vue du rythme, a des res-
semblances frappantes avec le notre.
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bord de 1 eau, Sur le bord du vaisseau.
58 CHANSONS POPULAIRES
Isabeau s y promene
I/e long de son jar din.
L,e long de son jardin
Sur le bord de 1 ile,
I<e long de son jardin
Sur le bord de 1 eau,
Sur le bord du vaisseau.
Elle fit un rencontre
De trente matelots.
De trente matelots
Sur le bord de 1 ile, etc.
Le plus jeune des trente,
II se mit a chanter.
II se mit a chanter
Sur le bord de 1 ile, etc.
- I/a chanson que tu chantes,
Je voudrais la savoir.
Je voudrais la savoir
Sur le bord de 1 ile, etc.
- Embarque dans ma barque,
Je te la chanterai.
Je te la chanterai
Sur le bord de 1 ile, etc.
Quand ell fut dans la barque,
Ell se mit a pleurer.
Ell se mit a pleurer
Sur le bord de 1 ile, etc.
- Qu avez-vous done la belle,
Qu a-vous a tant pleurer ?
Qu a-vous a tant pleurer
Sur le bord de 1 ile, etc.
- Je pleur mon anneau d ore,
Dans l eau-z-il est tombe.
DU CANADA 59
Dans l eau-z-il est tombe
Sur le bord de I ile, etc.
Ne pleurez point la belle,
Je vous le plongerai.
Je vous le plongerai
Sur le bord de I ile, etc.
De la premiere plonge
II n a rien ramene.
II n a rien ramene
Sur le bord de I ile, etc.
De la seconde plonge
L anneau-z-a voltige.
I/anneau-z-a voltige
Sur le bord de I ile, etc.
De la troisieme plonge
Le galant s est noye.
Le galant s est noye
Sur le bord de Tile,
Le galant s est noye
Sur le bord de 1 eau,
Sur le bord du vaisseau.
GAI LON LA, GAI LE ROSIER
La presence de ces vers :
II est dans la Hollande,
Les Hollandais 1 on.t pris...
dans les couplets qui vont suivre, indique clairement qu ils
nous viennent d Europe. Us se chantent effectivement en
France, dans la Saint onge et le Bas-Poitou. Les Canadiens
n ont jamais ete en guerre avec les Hollandais, et c est a
peine si, dans les premiers temps de la colonie, les habitants
de la Nouvelle-Hollande ont eu quelques rares relations
avec nos missionnaires et nos negociants du Canada. J ai
souvent entendu chanter ainsi les deux vers que je viens
de citer :
II est dans la Hollande
L,es Irlandais 1 ont pris...
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mois de mai.
Par derrier chez ma tante
i ya-t-un bois joli ;
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 6l
Le rossignol y chante
Et le jour et la nuit.
Gai Ion la, gai le rosier
Du joli mois de mai.
Le rossignol y chante
Et le jour et la nuit.
II chante pour ces belles
Oui n ont pas de mari.
Gai Ion la, etc.
II chante pour ces belles
Qui n ont pas de mari.
II ne chant pas pour moi
Car j en ai-t-un joli.
Gai Ion la, etc.
II ne chant pas pour moi
Car j en ai-t-un joli.
II n est point dans la danse,
II est bien loin d ici.
Gai Ion la, etc.
II n est point dans la danse,
II est bien loin d ici ;
II est dans la Hollande :
Les Hollandais 1 ont pris.
Gai Ion la, etc.
II est dans la Hollande :
Les Hollandais 1 ont pris.
- Que donneriez-vous, belle,
Oui 1 amen rait ici ?
Gai Ion la, etc.
Que donneriez-vous, belle,
Qui 1 amen rait ici ?
- Je donnerais Versailles,
Paris et Saint-Denis
Gai Ion la, etc.
62 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Je donnerais Versailles,
Paris et Saint-Denis,
Et la claire fontaine
De mon jar din joli.
Gai Ion la, gai le rosier
Du joli mois de mai.
AURAI-JE NANETTE ?
Ce refrain et cet air si gracieux, - - paroles et musique,
- sont assez peu connus aujourd hui. Je les ai appris,
tout dernierement, d une vieille bonne d enfants.
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Par der - rier chez mon per Lui ya - t-un
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bois jo li ; Le ros - si - gnol y chante Et
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le jour et la nuit. Au - rai je Na - nett > Je
crois que non. Au - rai - je Na - net- te * Je crois que
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oui.
(Pour les autres paroles, voir Gai Ion la, gai le rosier.)
AU JARDIN DE MON PERE UN GRANGER LUI YA
Le marche de Lava dont il est parle dans cette chanson,
n est autre chose que le marche de Laval, ville francaise
du departement de Mayenne. De Laval on a fait Lava pour
la rime. T ai entendu chanter a Quebec :
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Au msrche ou tout va, limouza...
Ces couplets se chantent encore en Normandie, le plus
souvent en chceur, et sur un air de litanies du chant gre-
gorien. Le refrain normand ne ressemble pas du tout au
notre.
On remarquera que le refrain joue un grand role dans
cette chanson. C est la un des traits caracteristiques de
la chanson normande. Dans les campagnes de 1 Avran-
chin, dit M. Eugene de Beaurepaire, elles accompagnent
(les chansons) les travaux de la moisson et surtout la cueiliette
du chanvre... En ecoutant le soir ces poesies singulieres...
on se croirait volontiers reporte a des epoques fort anciennes.
Deux lignes au plus composent le couplet. Le refrain est
vraiment la partie la plus importante ; il supplee a la pauvrete
ou a 1 absence de la rime, et c est lui qui donne toujours
lieu aux fantaisies vocales les plus compliquees .
Le jeune homme qui figure dans ces couplets a evidemment
recu de bien mauvais exemples de son avocat de pere.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
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Au jar - din de mon pe - re Un o - ran - ger lui
ya, li - mou - za , Qu est si charge d o ran ges
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Qu on croit qu il en rom - pra, limou - za. J ai - me, j aime oh !
J
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gai, gai, gai, j ai le coeur san gai, J en- ten - dis ctian-
ter, dan - ser les mou - tons, les mou-tons, don - de, dou,
J
dou, les mou-tons, les mou - tons, les mou-tons, les mou-
r,
tons, les moutons, don - de, dou, dou, les moutons, les mou-
c f. i r
tons, les mou-tons, les mou - tons, les mou - tons, don-
de.
Au jar din de mon pere
Un oranger lui ya, limouza,
Qu est si charge d oranges
Qu on croit qu il en rompra, limouza,
J aime, j aime, oh ! gai, gai, gai,
J ai le coeur san gai ;
J entendis chanter, danser
I/es moutons, les moutons, donde ;
805 B
66 CHANSONS POPULAIRES
Dou, dou, les moutons, les moutons, i ,, . .
Les moutons, les moutons, les moutons, don de.
Qu est si charge d oranges
Qu on croit qu il en rompra, limouza.
Je demande a mon pere
Quand c qu on les cueillera, limouza.
J aime, j aime, etc.
Je demande a mon pere
Quand c qu on les cueillera, limouza.
Mon per me fait reponse :
Quand ton ami viendra, limouza.
J aime, j aime, etc.
Mon per me fait reponse :
Quand ton ami viendra, limouza.
Les oranges sont mures,
Mon ami ne vient pas, limouza.
J aime, j aime, etc.
Les oranges sont mures,
Mon ami ne vient pas, limouza.
J ai pris une echelette,
Mon panier dans mon bras, limouza.
J aime, j aime, etc.
J ai pris une echelette,
Mon panier dans mon bras, limouza ;
Je cueillis les plus mures,
Laissai les vertes la, limouza.
J aime, j aime, etc.
J ai cueilli les plus mures,
Laissai les vertes la, limouza.
M en vais au marche vendre,
Au marche de Lava, limouza.
J aime, j aime, etc.
M en vais au marche vendre,
Au marche de Lava, limouza.
DU CANADA 67
Dans mon chemin rencontre
Le fils d un avocat, limouza.
J aime, j aime, etc.
Dans mon chemin rencontre
Le fils d un avocat, limouza ;
M en prend une douzaine,
Ne me les paya pas, limouza.
J aime, j aime, etc.
M en prend une douzaine,
Ne me les paya pas, limouza.
- Ah ! monsieur, mes oranges !
Vous n me les payez pas ! limouza.
J aime, j aime, etc.
Ah ! monsieur, mes oranges !
Vous n me les payez pas ! limouza.
- Passez de chez mon pere,
II vous les paiera, limouza.
J aime, j aime, oh ! gai, gai, gai,
J ai le coeur san gai ;
J entendis chanter, danser
Les moutons, les moutons, don de :
Dou, dou, les moutons, les moutons, | ,, . .
moutons, les moutons, les moutons don de. \
J AI TANT DANSE, J AI TANT SAUTE
Une variante de cette chanson se chante dans le Cam-
bresis, en France. On en chante aussi une autre dans le
Bas-Poitou : Le Cordonnier de Nantes. Le refrain de notre
version canadienne est d une gentillesse, d une legerete char-
mantes.
Voix seule.
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J ai tant dan-se, j ai tant sau - te, Dansons ma her-
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gere, oh ! gai. J en ai de - cousu mon soulier, a
V 01% seule, puis la repnse en chceur.
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1 om - bre. Dan-sons ma her - ger jo - li - ment, que
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le plancher en rom - pe f
J ai tant danse, j ai tant saute,
Dansons ma bergere, oh ! gai,
J en ai decousu mon soulier.
A 1 ombre,
Dansons ma berger joliment,
Que le plancher en rompe !
J en ai decousu mon soulier,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
J ai te trouver le cordonnier.
A 1 ombre, etc.
J ai te trouver le cordonnier,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 69
Beau cordonnier, beau cordonnier,
A 1 ombre, etc.
Beau cordonnier, beau cordonnier,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
Veux-tu racc moder mon soulier ?
A 1 ombre, etc.
Veux-tu racc moder mon soulier ?
Dansons ma bergere, oh ! gai.
Je te donn rai un sou marque.
A 1 ombre, etc.
Je te donn rai un sou marque,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
- De sous marques j en ai-z-assez.
A 1 ombre, etc.
De sous marques j en ai-z-assez,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
Faut aller trouver le cure,
A 1 ombre, etc.
Faut aller trouver le cure,
Dansons ma bergere, oh ! gai,
Pour dans un mois nous marier.
A 1 ombre, etc.
Pour dans un mois nous marier,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
- Nenni, un mois n est pas assez,
A 1 ombre, etc.
Nenni, un mois n est pas assez,
Dansons, ma bergere, oh ! gai.
Faut m attendre encore une annee
A 1 ombre,
Dansons ma berger joliment,
Que le plancher en rompe !
DIGUE DINDAINE
Ne dirait-on pas que cette melodic d une si delicate beaute
se termine sur la dominante tout expres pour imiter le son
continu du petit bourdon de la musette, qui fait encore enten
dre sa note dominante alors que le musicien a fini d executer
son air ? Cette chanson, aussi belle comme poesie que com-
me musique, nous vient de la France, ou elle n est pas non
plus tout a fait oubliee. L air sur lequel M. Wekerlin (colla-
borateur de M. Champfleury,) 1 a notee, dans les Chansons
populaires des provinces de France, est fort joli, mais res-
semble peu au notre ; quant aux paroles, publiees dans le
meme ouvrage, et qui se chantent dans le Nivernais, elles
sont loin d etre aussi poetiques que celles de notre version
canadienne. Comme dans notre chanson, il s agit, dans la
version francaise, d une petite fille encore jeunette qui
part pour garder son troupeau et qui oublie son dejeuner.
Un valet de chez son pere va le lui porter et la trouve tout
attristee de la dispersion des interessants quadrupedes commis
a sa garde ; le galant valet embouche alors un instrument
champetre et fait revenir comme par enchantement le trou
peau au pied de la bergere. Mais ici commence la bifurcation :
le troupeau de la chanson francaise n est pas compose de
moutons mais bien de prosai ques enfants de la race porcine..,
lesquels se mettent, eux aussi, a danser, mais sans se ienir
par la patte, - - ce qui est beaucoup moins elegant.
I n y avait qu la grand trui -caude
Qui ne voulait pas danser,
ajoute la chanson francaise ; mais le chef de la bande vient
la prendre par 1 oreille et lui dit :
Commere, il nous faut danser !...
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 71
acte d une autocratic revoltante, en opposition directe avec
les immortels pnncipes de 89, comme diraient certains grands
journaux de Paris, et qui dut soulever une bien grande in
dignation parmi toute la gent soyeuse.... ce que, cependant,
la chanson ne dit point.
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Quand j etais de chez mon pere, digue dindaine,
Jeune fille a marier, digue dinde,
Jeune fille a marier, (bis)
II m envoie de sur ces plaines, digue dindaine,
Pourre les moutons garder, digue dinde.
Pourre les moutons garder. (bis)
Moi qu etai -t-encore jeunette, digue dindaine,
J oubliai mon dejeuner, digue dinde.
J oubliai mon dejeuner, (bis)
Un valet de chez mon pere, digue dindaine,
Est venu me 1 apporter, digue dinde.
Est venu me 1 apporter. (bis)
72 CHANSONS POPULAIRES
- Tenez, petite brunette, digue dindaine,
Voila votre dejeuner, digue dindaine.
Voila votre dejeuner, (bis)
- Que voulez-vous que j en fasse, digue dindaine,
Mes moutons sont egares ! digue dinde.
Mes moutons sont egares ! (bis)
- Que donneriez-vous la belle, digue dindaine,
Qui vous les ramenerait ? digue dinde.
Qui vous les ramenerait ? (bis)
- Ne vous mettez point-z-en peine, digue dindaine,
Je saurai bien vous payer, digue dinde.
Je saurai bien vous payer, (bis)
II a pris son tirelire, digue dindaine,
II se mit a turluter, digue dinde.
II se mit a turluter. (bis)
Au son de son tirelire, digue dindaine,
Les moutons s sont assembles, digue dinde.
Les moutons s sont assembles, (bis)
Us se sont pris par la patte, digue dindaine,
Et se sont mis a danser, digue dinde.
Et se sont mis a danser. (bis)
T n y-avait qu un vieill grand -mere, digue dindaine,
Qui ne voulait pas danser, digue dinde.
Qui ne voulait pas danser. (bis)
- Oh ! qu a vous, ma vieill grand -mere, digue dindaine,
Qu avez-vous a. tant pleurer ? digue dinde.
Qu avez-vous a tant pleurer ? (bis)
DU CANADA 73
- Je pleure ton vieux grand-pere, digue dindaine,
Que les loups ont etr angle ! digue dinde.
Que les loups ont etrangle ! (bis)
Us 1 ont traine dans la plaine, digue dindaine,
Et les os lui ont croque, digue dinde.
Et les os lui ont croque. (bis)
MON CRI CRA, TIR LA LIRETTE
Un ancien missionnaire, M. 1 abbe Severe Dumoulin, a
entendu chanter ce joyeux refrain par des canotiers ca-
nadiens de la Riviere-Rouge. M. 1 abbe P. Pouliot, qui
1 a appris de M. Dumoulin lui-meme, 1 a chant e a M. 1 abbe
J. Auclair de qui je 1 ai recueilli. II n est pas sans interet
de constater comment la chanson de pauvres canotiers perdus
dans un pays lointain et demi-sauvage, est venue se placer
a la page soixante-quatorzieme de ce volume.
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Par derrier chez ma tan- te un o- ran - ger Jui ya
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Qu est si char - g d o - ran-ges qu on croit qu il en rom - pra,
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Mon cri era, tir la li - ret - te. Mon en era, tir la li- ra.
(Pour les autres paroles, voir Au jardin de man p$re un oranger lui ya.)
MON BEAU RUBAN GRIS
On a vu plus haut que notre chanson Cecilia se chante
encore en France. Dans la version francaise se trouvent
les couplets suivants :
Que disent les oiseaux des bois ? - - Que les femmes ne
valent rien, - - Et les hommes encor bien moins. - - Pour les
fill s, ils en dis nt du bien .
Chose assez singuliere, je retrouve a peu pres ces memes
couplets dans Mon beau ruban gris. Dans 1 une et dans
1 autre chanson les hommes sont assez mal menes ; mais
on aura beau faire, la raison du plus fort sera toujours la
meilleure.
c .
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Ce sont les da
mes
de Pa - ris, Ce
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sont les
da mes de Pa ris Qui font blan
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chi - re leurs lo - gis, Mon beau ru-ban gris, mon beau ru-ban
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m
E
gns. Mon beau ru - ban jaun , Mon jo - h gris - jaun , Mon
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gris jo - li, Mon beau ru - ban gns.
Ce sont les dames de Paris (bis)
Qui font blanchire leurs logis,
76 CHANSONS POPULAIRES
Mon beau ruban gris. (bis)
Mon beau ruban jaune,
Mon joli gris- jaune,
Mon gris joli,
Mon beau ruban gris.
Qui font blanchire leurs logis, (bis)
Depuis la table jusqu au lit,
Mon beau ruban gris, etc.
Depuis la table jusqu au lit, (bis)
Depuis le lit jusqu au chassis,
Mon beau ruban gris, etc.
Depuis le lit jusqu au chassis, (bis)
Depuis 1 chassis jusqu au jardin,
Mon beau ruban fin, etc.
Depuis 1 chassis jusqu au jardin, (bis)
Dans ce jardin lui ya-t-un puits
Mon beau ruban gris, etc.
Dans ce jardin lui ya-t-un puits, (bis)
Yousque les oiseaux font leurs nids,
Mon beau ruban gris, etc.
Yousque les oiseaux font leurs nids. (bis)
La caille et aussi la perdrix.
Mon beau ruban gris, etc.
La caille et aussi la perdrix, (bis)
La caille dit en son latin,
Mon beau ruban fin, etc.
La caille dit en son latin (bis)
Que les homines ne sont point fins,
Mon beau ruban fin, etc.
DU CANADA 77
Que les hommes ne sont point fins, (bis)
Mais contr les femm s, ell ne dit rien,
Mon beau ruban fin. (bis)
Mon beau ruban jaune,
Mon joli gris-jaune,
Mon gris joli,
Mon beau ruban gris.
MON BEAU RUBAN GRIS
(Autre air recueilli par M. I abbe P. Lagace).
Cette douce melodic dont les notes, presque toutes de va-
leurs egales, roulant constamment dans un mode antique,
est bien un type de ces chansons populaires dont J.-J. Rous
seau a dit : ... Les airs ne sont pas piquants, mais ils ont
je ne sais quoi d antique et de doux qui touche a la longue...
Ils sont simples, na ifs, souvent tristes ; ils plaisent pour-
tant . La phrase melodique qui commence avec les mots :
Ah ! mon beau ruban jaune, etc. ne devrait commencer,
regulierement, qu une mesure plus tard. Cependant, cette
espece d enjambement est loin d etre de"nuee de charmes.
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Ce sont les da - mes de Pa - ris, Ce sont les
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da - mes de Pa ris Qui font blan - chi - re leurs lo-
<ji r P f M-- i r r p i c g-^^1^4
gis, Mon beau ru - ban gris. Ah ! mon beau ru-ban jaune, Mon
S
jo - ti gris jau-ne, mon gns, Mon beau m - ban jau-ne jo - H.
VA, VA, VA, P TIT BONNET, GRAND BONNET
La monotonie qui caracterise presque toujours la melodic
populaire n est due ici qu a la repetition frequent e des memes
intonations. Rythme leger bien qu a 1 allure un peu rus-
tique.
On chante dans 1 ouest de la France (Saintonge et Aunis)
la chanson Mon pere aussi m a mariee (voir plus loin En filant
ma quenouille) sur notre air de Va, va, va, p tit bonnet, grand
bonnet.
Voix settle, puis la reprise en chceur.
Va, va, va, p tit bon net, grand bon - net,
FIN Voix seule, la reprise
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i, va, va, p tit bon
en chasur.
net tout rond. Mon pere a fait ba
tir maison, Va, va, va, p tit bon net tout rond. L a
di c en
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c. c. c.
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tait batir a trois pignons, p tit bon net, grand bonnet, p tit bon-
J. l f. C II
net tout rood. D. C.
Mon pere a fait batir maison,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
I/a fait batir a trois pignons,
P tit bonnet, grand bonnet,
P tit bonnet tout rond.
Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
8o CHANSONS POPULAIRES
I/a fait batir a trois pignons.
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
Sont trois charpentiers qui la font,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
Sont trois charpentiers qui la font,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
Le plus jeune c est mon mignon,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
Le plus jeune c est mon mignon,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
- Ou apportes-tu dans ton jupon ?
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
Qu apportes-tu dans ton jupon ?
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
- C est un pate de trois pigeons,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
C est un pate de trois pigeons,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
- Asseyons-nous et le mangeons,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
Asseyons-nous et le mangeons,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
En s asseyant il fit un bond,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
En s asseyant il fit un bond,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond,
Qui fit trembler mer et poissons,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
Qui fit trembler mer et poissons,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond,
DU CANADA 8l
Et les cailloux qui sont au fond,
P tit bonnet, grand bonnet,
P tit bonnet tout rond.
Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
805 B
FRINGUE, FRINGUE SUR L AVIRON
Nous avons, a dit Dubois, (grammairien du seizieme siecle,)
un nombre infini d interjections qui se trouvent dans les
chansons populaires, comme lirompha, dada, etc.
II ne faut pas croire, cependant, que tous ces mots et
locutions de refrains soient autant & interjections a peu pres
inexplicables. Dans Fringue, fringue sur I aviron, les mots :
Tortille morfil,
Arrangeur de faucilles
Tribouille marteau...
ont un sens rel, facile a saisir, et qui est celui-ci :
Arrangeur de faucilles, fais tordre le morfil de ta lame ;
frappe ta lame de ton marteau .
On sait qu on appelle morfil ces parties d acier presque im-
perceptibles qui restent au tranchant d une lame que Ton
vient de passer sur la meule.
pui
Vttx. settle, puts It. reprise en ch&w.
m j i j j i J J J N m
i
*Ei
Frin-gue, frin - gue sur la n - vie - re,
FIN. -i Voix
/M ; i
^
Fringue, frin - gue, sur I a - vi ron. Mon pere a
/ reprise en chceur.
!
^
fe
I
fait ba - tir mai - son,
Vow seule.
Frin-gue, frin-gue sur I a- vi-
ron
L a fait ba - tir a trois pi - gnons, Tor-
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
c n E ti c
rrt u c c
til - le mor - fil, Ar-ran geur de fau - cil-les, Tri - bouille mar-
. r M r E
teau, Bon - soir lu - tin !
(Pour les autres paroles, voir Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet.)
GENTICORUM
Ce curieux refrain etait autrefois en grande vogue au
college Joliette. II est connu, du reste, dans toutes les parties
du pays.
J
f 1 1 c t r i J-
m
Mon pere a fait ba tir maison, Vu- ge var- ge
c r i n
g
var- gen-ton, L a fait ba - tir a trois pignons Sur le
/
F
bri, sur le bnn, sur le sin - tou n, sur le
cu - lo - rum, sur le sin - to - rum, Gen - n- co- rum sur
ge - lo-rum, mi - ron flon flon sur la vert bat - te n
f f. | f.
Viv 1 a-mourette en var- gen- ton, .ma hi - ron ma lu - re.
(Pour les autres paroles, voir Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet.)
FRIT A L HUILE
Voici encore un refrain d origine frangaise. Cela ressort,
d abord, de ce qu il est connu par tout le pays, puis et surtout
de ce qu il y est question de friturc a I huile. Nos huiles
de marsouin, de foies de morues et de petrol e n ont pas encore
eu 1 honneur d un chapitre dans la Cuisiniere canadienne,
et pour ce qui est de I huile d olive, que nous importons de
1 etranger, on sait qu elle ne parait jamais sur nos tables
que froide et comme assaisonnement, et que le peuple en
fait rarement usage. II n en est pas de meme en France,
surtout dans le midi, ou I huile d olive joue un role consi
derable dans la cuisine du peuple.
*SP p. J
js a m
r-x. i
J | *. a m
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Mon pere a
35 f* P -1 1 v P i* ?
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iait ba- tir mai -
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son , A h
! ah ! ah frit a
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gf r p r pr i
I hui-le, L a fait t
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a- tir a trois pi-
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gnons, F
n- tai- ne, fn-
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ton, fri-ton, poe - loi
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i, Ah ! ah ! ah
frit a
I hui- le, frit au
iw * y j j ^
f*- r
beurre et a I o - gnon.
(Pour les autres paroles, voir Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet.}
C EST DANS LA VILLE DE BYTOWN
II y a de cela deja bien des annees, par une delicieuse ma
tinee de juillet, un jeune homme avec qui je suis intime-
ment lie, partait de la ville des Trois- Rivieres pour se rendre
a sa paroisse natale, la Riviere-du-Loup, en haut. Le jeune
homme etait musicien, et, comme il n avail que dix-sept
ans, il devait naturellement se croire tres fort dans son art.
Chemin faisant, voila que son cocher, emu sans doute par
les beautes du soleil levant, et stimule aussi, peut-etre, par
le chant des coqs et le belement des genisses, se met a entonner :
C est dans la ville de Bytown avec un accent rustique des
plus prononces. Grand plaisir chez notre artiste en herbe,
qui, en vrai musicien de notre siecle, cherche aussitot a har-
moniser la melodie, dans son esprit, a mesure qu elle sort du
rude gosier de son compagnon. Mais voila notre jeune ami
tout decontenance !... Impossible d harmoniser cela ! II a
beau solliciter toutes les formules harmoniques, toutes les
modulations a lui connues... impossible d arriver a rien !
De la leigon toute pratique que donnait a notre ami son
brave compagnon de route, il ressortait clairement ce prin-
cipe : qu il peut exister une musique reposant sur d autres
lois que sur celles qui regissent la tonalite qui nous est fami-
liere. Mais il ne tira pas cette conclusion tout d abord-
Assurement il fut frappe de 1 etrangete de la melodie qu il en-
tendait, mais ce qui lui parut infiniment plus etrange encore,
ce fut de se voir, lui, mis a qui a par un pauvre cocher !
Les airs populaires... dit M. Wekerlin, offrent quelquefois de veritables diffi-
cultes d harmonisation, etant faits completement en dehors des vues d un accom-
pagnement, et contraires souvent a nos lois harmoniques sur les modulations.
Quelques-unes de nos chansons populaires datent d une epoque assez reculee,
cela est incontestable ; plusieurs d entre elles, celles ou la note sensible n existe
pas, par example, remontent au moins a I50o,puisque ce n estque tout au com
mencement de 1600 que Monteverde trouva 1 accord de septieme de dominante.
Or, cet accord de septieme determina reellement le sentiment de la note sensible,
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 87
c est-a-dire le demi-ton qui pr6cede la tonique. Meme sans ce trait caracteris-
tique, beaucoup de chansons populaires font constater 1 anciennete de leur
origine, rien que par leur allure methodique, leur similitude avec le chant
gregorien .
Je ne partage pas entierement la maniere de voir du dis
tingue composileur dont je viens de citer les paroles, et je ne
serais pas pret a croire, comme lui, a 1 anciennete d une melo-
die uniquement parce qu elle se rapproche de la tonalite gre-
gorienne. Cette tonalite n a jamais eu acces au theatre,
et rharmonie dissonante 1 a chassee completement des salons,
c est vrai ; mais dans certaines campagnes (je parle des cam-
pagnes du Canada), surtout dans celles ou il n y a ni orgue,
ni harmonium dans les eglises, et ou Ton n entend jamais
d autres instruments que le violon, elle regne encore en sou-
veraine ; c est dans cette langue musicale que les chanteurs
populaires improvisent et composent. II est possible que la
melodie de C est dans la ville de Bytown, qui appartient au
premier mode authentique de la tonalite ancienne, soit de
composition fort anterieure a celle des paroles qui 1 accom-
pagnent, mais il est aussi fort possible que paroles et musique
aient ete composees en meme temps : ce qui alors ne pourrait
remonter bien haut.
On a fait un grand nombre de chansons ou figure la ville
de Bytown (aujourd hui Ottaoua). M. LaRue, dans son
etude sur nos chansons populaires, en a cite une tres remar-
quable dont je regrette de ne pas connaitre 1 air. Bytown
a ete longtemps le poste avance de la civilisation dans la
belle vallee de 1 Ottaoua, le dernier souvenir qu emportaient
les voyageurs forestiers dans leurs lointaines excursions au
dela des iles Calumet et Allumettes.
88
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Jl
r
E
C est dans la vill" de Bail - ton - ne, La ious - que
i
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r J I g- g f; g
j ai te faire un tour ;
La fous-que ya des jo- lies
-g f I. f:
C f.
4
fil - les, Qui sont par-fait et gen - till , Mais yen a-
p | J
J-
fan que, par sus tout, Z-on dit que j y fais 1 a - mour.
J* rt .M .1 I r p- p I j e p
Mais yen a
I
fan que, par-sus tout, Z-on dit
y P- J J
^=^
que j y fais 1 a
mour.
C est dans la vill de Bailtonne
La iousque j ai te faire un tour ;
L,a iousque ya des jolies filles
Qui sont parfait et gentilles,
Mais yen a-t-an que, par sus tout,
Z-on dit que j y fais 1 amour.
QUAND J ETAIS CHEZ MON PERE
II y a tout lieu de croire que ces couplets sont fort an-
ciens, si, comme je le pense, le mot baron y est employe
pour exprimer, au generique, un grand seigneur :
Mon petit coeur en gage
N est pas pour un baron.
Par ici-t-il y passe
Trois cavaliers barons.
Chaque fois, dit M. Arbaud, que nos chants parlent d un
homme noble, puissant, ils 1 appellent un baron, c est-a-dire,
un homme par excellence, comme le bar germanique dont il
derive. Et ne croyez pas qu ils prennent ce mot dans son
acceptation feodale ; non, car ils le donnent aux saints :
Lou baroun sant Alexi se voou pas maridar...
ils le donnent aux plus hauts personnages :
Aperaquit passavo - - los fiou d un rei baroun...
Mais quand la hierarchie feodale constitute eut rejete presque
au dernier rang ce titre de baron, il perdit naturellement
sa valeur superlative... (Chants populaires de la Provence,
page XVI de la preface.)
Cette chanson, a laquelle on attribue une origine normande,
se chante dans toutes les parties de la France, mais avec des
9 CHANSONS POPULAIRES
refrains et sur des airs que nous ne connaissons pas ici,
sauf le refrain et 1 air de Vive Napoleon ! que Ton verra plus
loin.
On chante dans le comte de Maskinonge :
a Quebec :
...M envoi t-a la fontaine
Pour pecher du poisson...
...M envoi -t-a la fontaine
Pour retnplir mon cruchoa...
et en France :
...J allais a la fontaine
Pour cueillir du cresson...
J ai recueilli cette melodic de la bouche d une femme
qui me 1 a repetee un grand nombre de fois, et toujours telle
que notee ci-dessous, avec tous les mi et les fa naturels.
A b * r\ P j
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Quand j e - tais chez mon
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pe - re,
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Quand j e-tais chez mon
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pe - re, Pe - tite et jeun e
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A v- k. J & J *
tion
;, dondai- ne, don.
2 | ft .=
W^ J" / / J ^-^-i.
*
3t d ^ 3 fl
Pe tite et jeune e- tions. don dai - ne.
Quand j etais chez mon pere (bis)
Petite et jeune etions, (ou : Petite Jeanneton,)
Dondaine, don,
Petite et jeune etions,
Dondaine.
DU CANADA 91
M envoi -t-a la fontaine (bis)
Pour pecher du poisson,
Dondaine, don, etc.
I,a fontaine est profonde, (bis!)
J me suis coulee au fond,
Dondaine, don, etc.
Par ici-t-il y passe (bis)
Trois cavaliers barons,
Dondaine, don, etc.
- Que donneriez-vous, belle, (bis)
Qui vous tir rait du fond ?
Dondaine, don, etc.
Tirez, tirez, dit-elle, (bis)
Apres ca, nous verrons...
Dondaine, don, etc.
Ouand la bell fut tiree, (bis)
S en fut a la maison,
Dondaine, don, etc.
S assit sur la fenetre, (bis)
Compose une chanson,
Dondaine, don, etc.
- Ce n est pas e.a, la belle, (bis)
Que nous vous demandons,
Dondaine, don, etc.
C est votre coeur en gage, (bis)
Savoir si nous 1 aurons,
Dondaine, don, etc.
Q2 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
- Mon petit cceur en gage, (bis)
N est pas pour un baron,
Dondaine, don, etc.
Ma mere me le garde (bis)
Pour mon joli mignon,
Dondaine, don,
Pour mon joli mignon,
Dondaine.
LA BIBOURNOISE
Get etrange refrain nous vient de nos ancetres de la vieille
France. Notre variante differe assez peu de celle qui se
chante encore aujourd hui dans le Dauphine, mais les airs
ne se ressemblent pas. La Bibour noise etait, il y a vingt ans,
une des chansons favorites des eleves du petit-seminaire de
Quebec. J ai sou vent entendu dire que deux Anglais ne
peuvent deboucher de concert une bouteille de champagne
sans chanter God save the Queen!... je crois qu il etait ega-
lement autrefois impossible a deux eleves du petit-seminaire
de Quebec de se rencontrer en vacances sans chanter la
Bibournoise !
j j J- |J J--..J-
j
. f
Quand j e - tais chez mon pe - re, Pe - ti - te Jeanne-
J.
ton, la glin, glan, glon, M en - voi -t-a la fon - tai - ne Pour
-Hi r
%^E
7
j i J t f
J
;
em - plir mon cm - chon, La Bi-bour - noi - se, Sont-c des
E
^
pois, des pois, des fev s, des fev s et d l o - gnon ?
j ; i
; i
pas de la glin gan glon ? Bon, bon, bon, bon, bon,
^=^
bon, Da - ril - Ion, da - ril - Ion, da - ril
Ion, Oh !
94
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
j ; ; ; 1 1- t ;
la gar - ga- ran - on bi - hour- noi - se, bon, bon,
JJ J J JJIJ:
3
iaisons le saut de la gar- ga - ran^on bibour noi - se.
(Pour les autres paroles, voir Quand j ttais chez mon pere.)
VIVE NAPOLEON!
Comment, dit M. LaRue, passer sous silence cette chanson
si belle, avec son air plein d entrain, et que sait par cceur
tout Canadien qui, une fois dans sa vie seulement, a pris une
rame ou un aviron.
Le refrain de cette chanson indiquerait une origine mo-
derne ; mais il a te change. Autrefois on chantait Vive
le roi, vive le roi ! (Le Foyer Canadien, p. 355 - - anne>
1863.)
On chante cette chanson dans 1 Aunis, en France, avec
le refrain Vive Napoleon ! que nous connaissons si bien ici,
et sur un air presque semblable au notre. Au lieu de Vive
le roi I on y dit : Vive la loi ! En Angoumois et en Poitou,
on chantait, sous le premier empire : A bas les royalistes,
vive Napoleon !
Nos habitants disent toujours : Vive le roi de la reine !
et evitent ainsi 1 hiatus que commettent les citadins en disant :
le roi et la reine .
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Quand j e-tais
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j e-tais chez mon pe - re, Gai, vi - ve "le
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Pe - ti - te Jean - ne - ton, vi - ve le
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
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roi de la rei -
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Jeamne ton,
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Vi- ve Na po - 16 - on !
(Pour les autres paroles, voir Quand j etais chez man pere.)
SI TU TE METS ANGUILLE - UN CANADIEN
ERRANT
Cette douce cantilena est connue de tout le monde, en
Canada. Les couplets : Si tu te mets anguille, etc., ne sont
que des fragments assez alteres de la chanson : J ai fait
une mattresse, que Ton verra plus loin. Le dernier vers :
Je me donn rai a toi puisque tu m aimes tant !
devrait etre separe des vers qui precedent par plusieurs cou
plets. C est simplement parce que ces couplets ont ete oublies
que cette chanson, si poetique d ailleurs, se termine si sotte-
ment. II ne fut jamais venu a 1 esprit de nos braves habitants,
qui n ont jamais mis le pied au theatre, de fabriquer ce de
nouement a la Favorite.
Mais cette ancienne poesie est presqu entierement oubliee
aujourd hui. Elle a cede la place a quelques strophes com-
posees, en 1842, par un etudiant du college de Nicolet,
qui devait, plus tard, devenir un de nos litterateurs les plus
distingues. Le Canadien errant de M. A. Gerin-Lajoie, com
pose precisement au debut des dures annees d exil des re-
voltes de 1837 et 1838, alors que tant d honnetes families
pleuraient 1 absence de pauvres Canadiens, bannis de leurs
foyers , devint, en quelques mois seulement, extremement
populaire.
Les melodies du peuple possedent cette qualite si rare
d unir a beaucoup de simplicite une expression veritable.
D ordinaire un compositeur n est simple qu a la condition
d etre vide et plat. Aussi est-il plus difficile qu on ne le
croit generalement de composer une melodic d une veritable
beaute et qui puisse se vulgariser parmi le peuple. Chateau
briand avait si bien compris cela que, comme 1 auteur du
Canadien errant, il avait voulu choisir parmi des chansons po-
7 805 B
9 8
CHANSONS POPULAIRES
pulaires (celles de 1 Auvergne, si je ne me trompe,) les airs
de ses chants du Dernier Abencerage.
Les couplets de M. Lajoie, grace a leur merit e et a leur
actualite, mais grace aussi a la vieille melodie sur laquelle
ils se chant ent, sont connus aujourd hui partout ou il y a
des Canadiens f ratals. Que 1 auteur penetre dans la foret,
qu il y rencontre quelques-uns de ces defricheurs dont il a
si bien su peindre 1 existence et les rudes mais nobles tra-
vaux ; qu il parcoure les villes du Haut-Canada et meme cer-
taines villes americaines voisines de nos frontieres, il les
entendra chanter partout. II n est pas jusqu aux echos
des Montagnes-Rocheuses et des rives du lac Ouinipeg qui
n aient repete cette touchante poesie. Mgr Faraud, vicaire
apostolique d Attabaska et du territoire de la riviere McKen-
zie, m a dit avoir entendu chanter Un Canadien errant dans
les plus lointaines missions du Nord-Ouest.
^
^m
^
Par derrier chez ma tante II lui ya - t-un e-
j/ .M/JJ-I j ;i J. \t tf\ f
tang, Par derrier chez ma tante . II lui ya t-un e-
J.
tang, Je me met- trai an - guille, Anguil- le dans I e-
_f-
l
tang, Je me met - trai an - guille, Anguil - le dans 1 c
tang.
Par derrier chez ma tante 1
II lui ya-t-un etang... |
. .
DU CANADA 99
Je me mettrai anguiilc, L . .
Anguille dans 1 etang. j
(bis)
- Si tu te niets anguiile,
Anguille dans 1 etang,
Je me mettrai pecheur : ) .,
(ois)
Jet aurai en pechant.
- Si tu te mets pecheur 1 ., . ,
Pour m avoir en pechant, j
Je me mettrai allouette, 1 , . ,
Allouette dans les champs. I ^
- Si tu te mets allouette, | , . ,
Allouette dans les champs, j
Je me mettrai chasseur : I ., . .
Ir)iSl
Je t aurai en chassant.
Si tu te mets chasseur I ,. . ,
Pour m avoir en chassant, |
Je me mettrai nonnette I
Nonnett dans un convent, j
Si tu te mets nonnette | ., .
Nonnett dans un couvent. |
Je me mettrai precheur : | .
Je t aurai en prechant. I
- Si tu te mets precheur 1 ....
( / it s )
Pour m avoir en prechant, j
Je me donn rai a toi I , .
Puisque tu m aimes tant !
Un canadien errant,
, (bis)
Banni de ses foyers,
Parcourait en pleurant
Des pays etrangers.
(bis)
IOO CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Un jour, triste et pensif,
Assis au bord des
Au courant fugitif
Assis au bord des flots,
II adressa ces mots :
Si tu vois mon pays, 1 ., . .
Mon pays malheureux, j
Va, dis a mes amis ) ,, . .
i (bis)
Que je me souviens d eux. J
O jours si pleins d appas, ) ., . ,
Vous etes disparus... |
Et ma patrie, helas ! | ,, . .
Je ne la verrai plus ! I
Non, mais en expirant, | ., . ,
O mon cher Canada ! )
Mon regard languissant 1 ., . .
i V ^^/
Vers toi se portera ...
UNE PERDRIOLE
Le lecteur n a pas besoin d etre averti que ceci est une
chanson pour endormir les enfants. Apres le dixieme cou
plet rien n empeche d en improviser d autres et de se rendre
ainsi jusqu au trente-unieme jour de mai. Si apres cela 1 enfant
ne dort pas, il est inutile de songer aux prises de laudanum
ou aux gouttes de Tresor des nourrices, rien n y fera.
On chante aussi cette chanson en France. (Voir les Chants
et chansons populaires du Cambresis, recueillis et annotes par
MM. A. Durieux et A. Bruyelle, page 125).
Premier couplet.
j : i J J 1 N
Le pre-mier jour de mai que barrai- je a ma
^
E
mie ? Le premier jour de mai que barrai-je a
3
ma
mie 5 U - ne per - dri o
le, Qui vient, qui
-f^r -A 1
3
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va, qi
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-0 J J *
U - ne perdri -
FIN.
o le, Qui
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TO * *
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^~
N=J
1 M II
vo - le dans ces bois.
IO2
CHANSONS POPULAIRES
VARIANTE .
*
5
^
Le premier jour de mai, Que dcmn rai-je
4^ J I J_J- I J=^f^
S
Etc.
a ma mie
e.
Deuxi&me couplet.
On repete la premiere partie (lettre A), mais on dit :
Le second jour de mai que barrai-je a ma mie ? et on
ajoute :
Deux tour - te rel les,
puis on reprend : Une perdriole, etc., au signe. /
Troisieme couplet.
Reprise de la premiere partie (lettre A) avec les paroles :
Le troisieme jour de mai que barrai-je a ma mie ? aprds
quoi on chant e :
Trois rats des bois.
Puis on recapitule les deuxieme et premier couplets :
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
On continue ainsi en disant successivement : le quatrieme t
le cinquieme, le sixieme, le septieme jour de mai, etc., et
apres chaque couplet nouveau on recapitule tous les couplets
qui precedent, depuis le dernier chante jusqu au premier.
DU CANADA
103
Quatribme couplet.
Quatr ca - nards vo lant en 1 ai - re,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
Cinquieme couplet.
Cinq la pins grat - tant la
ter
Quatr canards volant en 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
Sixieme couplet.
i
Six chiens cou
rant
Cinq lapins grattant la terre,
Quati canards volant en 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
re.
Septieme couplet.
r \1 M
Sept vach s a
lait.
104 CHANSONS POPULAIRES
Six chiens courant,
Cinq lapins grattant la terre,
Quatr canards volant en 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
Huitieme couplet.
Huit mou - tons a vec leur lai - ne.
Sept vach s a lait,
Six chiens courant,
Cinp lapins grattant la terre,
Quatr canards volant en 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
Neuvieme couplet.
f *
11 Pi
A m
r J
E
\A\ r
J M
f
J
V\J T
*
r
Neuf cbe - vaux a vec leurs sel les,
Huit moutons avec leur laine,
Sept vach s a lait,
Six chiens courant,
Cinq lapins grattant la terre,
Quatr canards volant en 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
E=
DU CANADA 105
Dixieme couplet.
Dix veaux bien gras.
Neux chevaux avec leurs selles,
Huit inoutons avec leur laine,
Sept vach s a lait,
Six chiens courant,
Cinq lapins grattant la terre,
Ouatr canards volant en 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole,
Qui vient, qui va, qui vole,
Une perdriole,
Qui vole dans ces bois.
J AI CUEILLI LA BELLE ROSE
Se chante en France (toujours avec variantes) dans 1 An-
goumois, le Cambresis et 1 Artois.
M. Chamfleury cite le refrain suivant comme se chantant
dans le Nivernais :
Tes rubans barivolants,
Belle rose,
Tes rubans barivolants,
Belle rose au rosier blanc.
Ce refrain ressemble trop a celui de notre chanson : J ai
cueilli la belle rose pour qu ils n aient pas tous deux une origine
commune.
I r
J ai cueil - li
la
bel - le ro- - se,
< . r
j i r i r r i r i r r i f r
J ai cueil li la bel - le ro- se Qui pen-
r r i r r i r
r
dait au ro - sier blanc, La bel- le ro- - se,
r r I r r i f r i r r i r F f . i J. ;
Qui pen dait au ro-sier blanC, La bel - le ros du
f
ro - sier blanc.
J ai cueilli la belle rose (bis)
Oui pendait au rosier blanc,
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA IO7
La belle rose,
Qui pendait au rosier blanc,
La belle ros du rosier blanc.
Je 1 ai cueilli feuille a feuille, (bis)
Mis dans mon tablier blanc,
La belle rose,
Mis dans mon tablier blanc,
La belle ros du rosier blanc.
Je 1 ai porte chez mon pere, (bis)
Entre Paris et Rouen,
La belle rose,
Entre Paris et Rouen,
La belle ros du rosier blanc.
Je n ai pas trouve personne... (bis)
Que le rossignol chantant,
La belle rose,
Que le rossignol chantant,
La belle ros du rosier blanc.
Qui me dit dans son langage : (bis)
- Mari -toi, car il est temps,
La belle rose,
Mari -toi, car il est temps,
La belle ros du rosier blanc.
Comment veux-tu que j m y marie ? (6s)
Mon pere en est pas content,
La belle rose,
Mon pere en est pas content,
La belle ros du rosier blanc.
Ni mon pere, ni ma mere, (bis)
Ni aucun de mes parents,
La belle rose,
Ni aucun de mes parents,
La belle ros du rosier blanc.
IO8 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Je m en irai en service, (bis)
En service pour un an,
La belle rose,
En service pour un an,
La belle ros du rosier blanc.
- Combien gagnez-vous, la belle, (bis)
Combien gagnez-vous par an ?
La belle rose,
Combien gagnez-vous par an ?
La belle ros du rosier blanc.
Je gagne bien cinq cents livres, (bis)
Cinq cents livr s en argent blanc,
La belle rose,
Cinq cents livr s en argent blanc,
La belle ros du rosier blanc.
Venez avec nous, la belle, (bis)
Nous vous en donn rons six cents,
La belle rose,
Nous vous en donn rons six cents,
La belle ros du rosier blanc.
AH 1 QUI ME PASSERA LE BOIS ?...
J etais en partie de peche au lac Saint-Pierre lorsque
j entendis pour la premiere fois cette remarquable melodic
que chantait un homme de la campagne en battant la mesure
avec son aviron. Je fus tellement frappe de 1 etrangete de
ce chant que j insistai pour qu il me le repetat plusieurs fois.
Le pauvre homme ne pouvait s imaginer ce que je pouvais
trouver de si beau dans sa chanson, et ce ne fut pas sans un
peu de defiance qu il consentit a me la redire. Je crois 1 avoir
notee exactement comme il me la chantait. II me semble,
cependant, qu il ne faisait pas la note fa tout a fait naturelle
dans la premiere phrase : Ah ! qui me passer a le bois ?... mais
il ne faisait certainement pas le fa diese non plus. Je lui
chantai moi-meme la melodic, lentement, avec le fa diese :
il hocha la tete en faisant signe que non ; je la repetai alors
avec le fa naturel, et, cette fois, il parut content.
La phraseologie tout inusitee de cette melodic indique
clairement qu elle doit etre fort ancienne. Inutile de dire
qu il ne faut pas songer a lui aj outer un accompagnement.
Elle appartient a une tonalite dans laquelle pas un des maitres
de 1 art moderne n a ecrit, et qui, a parler franchement, nous
est a peu pres inconnue; or, on sait que 1 harmonie, telle que
nous 1 entendons aujourd hui, est incompatible avec tout
ce qui n est pas tonalite europeenne moderne ; que ce n est
qu en assimilant les modes antiques a nos modes majeur et
mineur, c est-a-dire en faisant disparaitre des premiers ce
qu ils ont de caracteristique que 1 usage de notre harmonic
dissonante devient possible. D ailleurs, est-il bien sur qu un
grand nombre de nos melodies populaires ne soient pas incom-
patibles avec toute harmonic, meme purement consonnante ?
Pour ma part, je le crois, bien que je sache que beaucoup de
musiciens pensent le contraire. C est le propre des musiciens
HO CHANSONS POPULAIRES
de ces derniers siecles, comme 1 a si bien fait remarquer
M. Fetis, de ne pouvoir s imaginer une musique quelconque
sans harmonic. C est qu en effet, la tonalite qui nous est
familiere, avec ses modes a note sensible exclusifs, etant es-
sentiellement harmonique, on a peine a comprendre qu il
puisse en etre autrement d une autre tonalite. Si 1 histoire
n etait pas la pour nous le dire, on ne voudrait pas croire qu il
fut un temps ou Ton faisait de belle, d admirable musique
sans le secours de l harmonie ; que les premieres notions de
cette science etaient inconnues en Italie jusqu a ce qu elles
y fussent apportees par les peuplades barbares du nord de
1 Europe qui envahirent tant de fois la peninsule dans les
premiers siecles de 1 ere chretienne.
Pour ce qui est de la melodic qui nous occupe, en par-
ticulier, on peut sans doute lui ajuster un accompagnement
quelconque, mais non sans lui faire perdre de 1 allure, du
caractere qui lui est propre ; allure et caractere que les vir-
tuoses campagnards savent si bien lui donner.
J ignore si la melodic de Ah ! qui me passer a le bois ? est
connue en France ; je sais seulement qu on y chante encore
quelques fragments des paroles que Ton va voir ci-apres.
11 J J J J f
Ah ! qui me pas - se ra le bois, Moi qui suis si pe-
; J j n
ti te ? Ce se- ra monsieur que voi - la : N a - t-il pas bonne
j 1 1 J J-
mi ne ? la Somm s-nous au mi lieu du bois ?
J * ~~"
Somm s-nous a la n - ve ?
DU CANADA III
Ah ! qui me passera le bois,
Moi qui suis si petite ?
Ce sera monsieur que voila :
N a-t-il pas bonne mine ? la !
Somm s-nous au milieu du bois ?
Somm s-nous a la rive ?
Ce sera monsieur que voila :
N a-t-il pas bonne mine ?
Quand nous fum s au milieu du bois
II se mit a courire, la !
Somm s-nous au milieu, etc.
Quand nous fum s au milieu du bois,
II se mit a courire.
- Oh ! qu a -vous done, mon bon monsieur,
Qu a -vous a tant courire, la !
Somm s nous au milieu, etc.
Oh ! qu a -vous done, mon bon monsieur,
Qu a -vous a tant courire ?
- J en tends venir des loups, la-bas,
Qui nous suiv a la rive, la !
Somm s-nous au milieu, etc.
J entends venir des loups, la-bas,
Qui nous suiv a la rive.
Quand ils eur nt traverse le bois
La bell se mit a rire, la !
Somm s-nous au milieu, etc.
Quand ils eur nt traverse le bois
L,a bell se mit a rire.
- Bell qu avez-vous, bell qu avez-vous,
Qu avez-vous a tant rire ? la !
Somm s-nous au milieu, etc.
Bell qu avez-vous, bell qu avez-vous,
Qu avez-vous a tant rire ?
Je ris de toi, je ris de moi,
112 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
De ta poltronnerie, la !
Somm s-nous au milieu, etc.
Je ris de toi, je ris de moi,
De ta poltronnerie ;
D avoir pris les perdrix du bois
Pour des loups en furie, la !
Somm s-nous au milieu du bois ?
Somm s-nous a la rive ?
SUR LE PONT D AVIGNON
Le celebre pont de 1 ancienne capitale du Comtat d Avi
gnon a ete constmit vers le onzieme siecle.
M. 1 abbe J. Lebourdais m a dit avoir chante la chanson
qui va suivre en traversant ce pont fameux, au grand eton-
nement de ses conrpagnons de voyage, qui ne pouvaient com-
prendre comment une pareille vieillerie avait pu se conserver
en Canada.
On chante dans le district des Trois- Rivieres :
Sur le pont d A- vi - gnon, Sur le pont d A - v\-
gnon Trois da-mes, etc.
Mais la version donnee ci-apres est peut-etre plus repandue.
Les paroles que Ton va lire out ete recueillies a la Riviere-
du-Loup, comte de Maskinonge. Je donne les derniers cou
plets pour ce qu ils valent.
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CHANSONS POPULAIRES
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me nent, ma don - dai- ne, Trois da - mes s y
me - nent, ma don de.
pro-
Sur le pont d Avignon, (bis)
Trois dames s y promenent,
Ma dondaine,
Trois dames s y promenent,
Ma donde.
Tout s trois s y promenant (bis}
Laissent tomber leurs peignes,
Ma dondaine, etc.
Trois Allemands passant (bis)
Ont ramasse les peignes,
Ma dondaine, etc.
- Allemands, Allemands, (bis)
Ah ! rendez-moi mon peigne.
Ma dondaine, etc.
- Ton peign tu n auras pas (bis)
Ou tu n ai paye mes peines,
Ma dondaine, etc.
- Ouel pa-ye-ment veux-tu ? (bis)
- Un cheveu de toi, belle,
Ma dondaine, etc.
- Prends-un, prends en deux, (bis)
Prends-en trois a ton aise,
Ma dondaine, etc.
Mais ne t en vante pas : (bis)
Tout gargon qui se vante,
Ma dondaine, etc.
DU CANADA
On les estime pas, (bis)
Car ils ont femme en France,
Ma dondaine, etc.
Et des petits enfants (bis)
Qui vont battre a la grange,
Ma dondaine,
Qui vont battre a la grange,
Ma donde.
115
HIER SUR LE PONT D AVIGNON
Cette charmante melodic, avec son rythme partie binaire
partie ternaire, mais toujours gracieux, est moins connue
que la melodic qui precede. La poesie non moins charmante
qui 1 accompagne se chante encore aujourd hui, du moins
en partie, dans le canton de Vaud, en Suisse.
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Hi - er, sur le pont d Avignon, Hi - er, sur le pont
d A-vi - gnon, J ai oui chan - ter la bel- le, Ion la, J ai
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oui chan - ter la bel-
VARIANTE :
: f f j /
oui chan-ter la bel - le, Ion la, J ai
oui chan-ter la
bel - le.
Hier, sur le pont d Avignon (bis)
J ai ou i chanter la belle,
Lon la,
J ai ou i chanter la belle.
Elle chantait d un ton si doux : (bis)
Comme une demoiselle,
I,on la, etc.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 117
Cue le fils du roi 1 entendit (bis)
Du logis de son pere.
L,on la, etc.
II appela ses serviteurs, (bis)
Valets et chambrieres.
la, etc.
- a que 1 on bride mon cheval (bis)
Et lui mette sa selle.
Lon la, etc.
- Monsieur, ou voulez-vous aller ? (bis)
Ce n est qu une bergere.
Lon la, etc.
- Bergere ou non je veux la voir, (bis)
Ou que mon cheval creve,
Lon la,
Ou que mon cheval creve.
SUR LE PONT D AVIGNON TOUT LE MONDE Y
PASSE
Void une troisieme chanson ou figure le pont d Avignon.
J ignore si tout le departement de Vaucluse pourrait en
fournir autant. C est possible cependant. car les habitants
de cette partie de la France sont de grands chanteurs. Leur
gout musical tout a fait remarquable est du en partie, sans
doute, a 1 enseignement de 1 ecole de musique creee par les
papes d Avignon. Le passage de la cour romaine se fait
sentir encore aujourd hui dans tout ce pays qui avoisine le
mont Ventoux et le Luberon, et que traversent le Rhone
et la Durance.
Cette ronde m a etc chantee par M. LaRue.
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Sur le pont d A. - vi - gnon, tout le moade y pas - se,
FIN.
Sur le pool d A - vi - gnon, tout ie inonde y pas - se.
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Les messieurs font comm ci, Les da - mes font comin
D. C.
Sur le pont d Avignon
(bis)
Tout le monne y passe.
Les messieurs font comm ci, (on ote son chapeau)
dames font comm ga. (on fait la reverence]
DANS LES CHANTIERS NOUS HIVERNERONS
M. J. C. Tache, dans sa belle etude de moeurs canadiennes
intitulee : Forestiers et Voyageurs, n a pas oublie de faire une
mention speciale de cette chanson par excellence de tout
forestier canadien. Je cite :
... A Fheure con venue du lendemain, nous vlmes arriver
nos jeunes compagnons de route. Us venaient, piquant au
plus court, a travers la neige des champs, montes sur leurs
raquettes. Us chantaient, sur un air aussi degage que leur
allure de voltige, le gai refrain des bucherons canadiens :
Voici 1 hiver arrive,
Les rivieres sont gelees,
C est le temps d aller au bois
Manger du lard et des pois !
Dans les chantiers nous hivernerons !
Dans les chantiers nous hivernerons !
Je serais bien empeche, ami lecteur, de vous donner les
autres couplets de cette chanson, attendu que, sauf ce prelude
oblige,., tout le reste s improvise pour repondre aux besoins
des circonstances.
II est cependant une stance qu on chante presque tou jours
pour cloture de la saison des chantiers ; mais celle-ci sur un
ton quelque peu ennuye, avec une apparence affectee de fa
tigue ; la voici :
Quand a vient sur le printemps,
Chacun craint le mauvais temps ;
On est fatigue du pain,
Pour du lard on n en a point.
Dans les chantiers, ah ! n hivernerons plus !
Dans les chantiers, ah ! n hivernerons plus !
120
CHANSONS POPULAIRES
Le mot chantier, continue M. Tache, a diverses accep-
tions : c est ainsi qu il signifie quelquefois 1 ensernble d un
etablissement, ou 1 industrie ou 1 exploitation des bois elle-
meme ; quelquefois le logement des ouvriers. C est de cette
derniere acception que les anglais font usage dans le mot
shanty (corruption de chantier) par lequel ils designent une
hutte de colon . (Soirees Canadiennes, - - deuxieme annee,
p. 24.)
Les couplets qui suivent m ont ete chantes par M. Louis
Blondin, de la Baie du Febvre.
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Voi ci 1 hi - ver ar - n - - ve, Les ri - vie - res
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sont ge lees. C est le temps d al ier aux bois
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Man - ger du lard et des pois ! Dans les chan-
3E
m
tiers nous hi - ver- ne rons ! Dans les chan- tiers nous hi-
ver - ne - rons !
Voici 1 hiver arrive,
I<es rivieres sont gelees ;
C est le temps d aller au bois
Manger du lard et des pois.
Dans les chantiers nous hivernerons !
Dans les chantiers nous hivernerons !
DU CANADA 121
Pauv voyageur que t as d la misere !
Souvent tu couches par terre ;
A la pluie, au mauvais temps,
A la rigueur de tous les temps !
Dans les chantiers, etc.
Quand tu arriv a Quebec,
Souvent tu fais un gros bee.
Tu vas trouver ton bourgeois
Qu est la assis a son comptoi .
Dans les chantiers, etc.
- Je voudrais etre paye
Pour le temps que j ai donne.
Quand I bourgeois est en banqu route,
II te renvoi manger des croutes.
Dans les chantiers, etc.
Quand tu retourn chez ton pere,
Aussi pour revoir ta mere ;
L,e bonhomme est a la porte,
La bonn femme fait la gargotte.
Dans les chantiers, etc.
- Ah ! bonjour done, mon cher enfant !
Nous apport -tu ben d l argent ?
Que 1 diable emport les chantiers !
Jamais d ma vie j y r tournerai !
Dans les chantiers, ah ! n hivernons plus!
Dans les chantiers, ah ! n hivernons plus !
Ces couplets sont parfaits comme peinture de moeurs.
En void un autre qui a bien son merite. II y est question
d un bourgeois qui paie son monde en marchandises, comme cela
d ailleurs se fait tres sou vent. L expression on se trouve
clair veut dire ici qu il ne reste plus rien au credit clu tra-
vailleur :
122
CHANSONS POPULA1RES
Monsieur Dufroi c est un bon. bourgeois,
Mais il n nous dorm pas grand mormaie.
On travail ben tout 1 hiver ;
Au printemps on se trouv clair !
Dans les chantiers, etc.
Enfin voici trois autres couplets dont la forme differe un
peu d avec celle des couplets precedents. La melodic, neces-
sairement, s en trouve legerement affectee.
J J
A By town c est un jo - li place Oti il
s ra- mass ben d la crasse ; Ou ya des jo - lies
j.
les Et aus - si des }o lis gar- cons. Dans
1* 1*
les chan - tiers nous hi ver - ne rons !
A Bytown c est un. joli place
Ou il s ramass* ben d la crasse ;
Ou ya des joli s filles
Et aussi de jolis gargons.
Dans les chantiers nous hivernerons !
Nous avons saute le I/ong-Sault,
Nous 1 avons saute tout d un morceau !
Ah ! que 1 hiver est longue !
Dans les chantiers nous hivernerons !
Dans les chantiers nous hivernerons !
DU CANADA 123
Via 1 automne qu est arrive.
Tous les voyageurs vont monter.
Nous n irons plus voir nos blondes,
Dans les chantiers nous hivernerons !
Dans les chantiers nous hivernerons !
PETIT JEAN
On ne saurait chanter ses malheurs plus gaiment que
le pauvre petit Jean de ces couplets. L anomalie qu offre
cette musique si allegre ajustee a des couplets si larmoyants,
n a pas echappe a nos chanteurs campagnards, qui ajoutent
encore au contraste en donnant a leurs voix certaines infle
xions comiques qui se refusent a toute notation, et que j ai
indiquees par des traits.
On remarquera que cette melodic, dont 1 allure est toute
tranche, toute naturelle, meme pour des oreilles accoutu-
mees a la musique de Rossini, n appartient cependant ni
au mode majeur ni au mode mineur. Je 1 ai traitee comme
appartenant au premier mode de la tonalite ancienne, et
voila pourquoi je n ai arme la clef que d un seul bemol. Si
simple qu elle soit, cette petite melodic offre tine preuve frap-
pante de ce fait important sur lequel j ai deja attire 1 attention
du lecteur : qu il n est rien d irrationnel dans 1 existence de
modes autres que cenx dans lesquels ecrivent tous les compo-
siteurs de nos jours.
Quand j e - tais chez mon pe - re, Lil, li li
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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 125
Quand j etais chez mon pere,
LU, li li HI, li li til, HI, HI, li,
Quand j etais chez mon pere,
Garcon a marier ;
Garden a marie r-er-er,
Garcon a marier...
Je n avais rien a faire,
Lil, H, li, etc.
Je n avais rien a faire
Ou une femme a chercher. (tei }
A present j en ai-t-une
Lil, li li, etc.
A present j en ai-t-une
Oui me fait enrager. (ter)
Ell m envoi -t-a 1 ouvrage
Lil, H li, etc.
Ell m envoi -t-a 1 ouvrage
Sans boir ni sans manger, (ter)
Ouand je reviens d l ouvrage,
Lil, H, H, etc.
Quand je reviens d l ouvrage,
Tout mouille, tout glace... (ter)
Je m asseois sur la porte,
Lil, li li, etc.
Je m asseois sur la porte
Comme un pauvre etranger. (ter)
- Rentre, petit Jean, rentre,
Lil, li H, etc.
Rentre, petit Jean, rentre,
Rentre te recha.uffer ! (ter)
Soupe, petit Jean, soupe,
Lil, li li, etc.
126 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Soupe, petit Jean, soupe !
Pour moi j ai bien soupe. (ter)
J ai mange deux oies grasses,
Lil, li li, etc.
J ai mange deux oies grasses
Et trois pigeons lardes. (ter\
Les os sont sous la table,
Lil, li li, etc.
Les os sont sous la table,
Si ty veux les ronger. (ter)
P tit Jean baisse la tete,
Lil, li li, etc.
P tit Jean baisse la tete
Et se met a brailler. (ter)
Braille, petit Jean, braille !
Lil, li li lil, li li lil, HI, lil, li,
Braille, petit Jean, braille,
Et moi je vais chanter !
Et moi je vais chanter-er-er.
Et moi je vais chanter !
AU BO IS DU ROSSIGNOLET
Je n ai pas etc pen surpris d entendre chanter cette chanson
par madame S***, de Saint-Andre (comte de Kamouraska).
Je ne 1 avals jamais entendue auparavant et ne la connaissais
que pour 1 avoir vue dans un recueil francais. Les paroles
sont les memes, a tres peu de chose pres, que celles de la
version francaise, et bien que notre air ait une allure plus
campagnarde, il ressemble cependant beaucoup a 1 air note
dans les Chansons populaires des provinces de France, ouvrage
public par MM. Champfleury et Wekerlin.
Cette chanson est franc-comtoise.
Les paysans franc-comtois, dit M. Champfleury, chantent
toujours a 1 unisson. Ils ne se doutent pas de 1 harmonie
et n ont pas le plus leger sentiment de la tierce ni de la basse ;
mais ou le paysan deploie de 1 art, c est dans certains points
d orgue qui ressemblent a la toilette des farauds du village.
Les femmes nasillent d une voix trainante, avec des chevrote-
ments qui servent de fioriture...
Mon ami Max Buchon, eleve a 1 ecole d Auerbach, le
romancier allemand, introduisit a son exemple des chansons
populaires dans ses romans. Au bois rossignolet parut (sans
musique) dans une de ses scenes de la Franche-Comte. Une
dame de Neufchatel, en lisant cette chanson, se rappela 1 avoir
entendue dans sa jeunesse. Et Neufchatel est au revers
du Jura. La chanson avait grimpe et descendu la chaine
de montagnes ...
Si ces pages viennent a tomber sous les yeux de M. Champ
fleury, il verra que la chanson franc-comtoise, qu il sait deja
avoir grimpe sur les montagnes, a su aussi traverser les mers.
128
CHANSONS POPULAIRES
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J J* f J
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M en al- lant pro-me ner (re le re le) Le
C g C
long du grand che- min (re- lin re- lin) Le long du grand che-
mm,
Je me suis en- dor - mi (re - li re li) A
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1 om (re- lorn re- lorn)- bre sous (re - lou re - lou) - z- un
g
pin (re-lin re-Iin) Au bois du ros - si-gno let (re- let re-let) Au
bois du ros-si-gno - let.
M en allant promener (rele rele)
Le long du grand chemin (relin relin)
Le long du grand chemin,
Je me suis endormi (reli reli)
A l om-(relom relom)-bre, sous (relou relou)-z-un pin (relin relin).
Au bois du rossignolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
Je me suis endormi (reli reli )
A 1 ombre, sous un pin (relin relin)
A 1 ombre, sous un pin.
Je me suis reveille (rele rele),
Le pin (relin relin) etait (relait relait) fleuri (reli reli).
Au bois du rossignolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
Je me suis reveille (rele rele),
Le pin etait fleuri (reli reli)
Le pin etait fleuri.
DU CANADA
Ah ! j ai pris mon couteau (relo relo),
La bran-(relan relan)-che j ai (rele rele )coupee (rele rele),
Au bois du rossignolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
Ah ! j ai pris mon couteau (relo relo),
La branche j ai coupee (rele rele)
La branche j ai coupee ;
Je m en fis un flutiau (relo relo),
Un fla-(rela rela)-geolet (relet relet) aussi (reli reli).
Au bois du rossignolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
Je m en fis un flutiau (relo relo),
Un flageolet aussi (reli reli)
Un flageolet aussi ;
M en allant en chantant (relan relan)
Le long (relon relon) du grand (relan relan) chemin (relin relin)
Au bois du rossignolet (relet relet)
Au bois tlu rossignolet.
M en allant en chantant (relan relan)
Le long du grand chemin (relin relin)
Le long du grand chemin.
- Ah ! savez-vous, messieurs (releu releu),
Ce que (rele rele) ma flu-(relu relu)-te a dit (reli reli) ?
Au bois du rossignolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
Ah ! savez-vous, messieurs, (releu releu)
Ce que ma flfite a dit (reli reli)
Ce que ma flute a dit ?
- Ah ! qu il est doux d aimer (rele rele)
La fi-(reli reli) -11 de son (relon relon) voisin (relin relin) !
Au bois du rossignolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
Ah ! qu il est doux d aimer (rele rele)
La fill de son voisin (relin relin)
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L
I3O CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
La fill de son voisin !
Quand on 1 a vu le soi-(rela rela)-r
On la (rela rela )voit le (rele rele) matin (relin relin).
Au bois du rossignolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
FENDEZ LE BO IS, CHAUFFEZ LE FOUR
Beaumarchais a dit quelque part : Ce qui ne vaut pas
la peine d etre dit on le chante . Assurement les couplets
qui suivent justifient parfaitement cet axiome ; cependant,
la petite melodic qui les accompagne est si delicate, si belle,
qu elle leur prete une certaine poesie. Je me souviens que
lorsque, tout enfant, j entendais chanter ces deux vers, par
une pure et douce voix de femme :
Tons mes parents venaient m y voir ;
Celui que j ainie lie vient pas...
j eprouvais un sentiment de melancolie d un charme inde-
finissable. Taut il est vrai que le vers le plus ordinaire
peut faire jaillir les larmes lorsqu il est ennobli par une
melodic distinguee ou meme par les simples accents d une
triste et naive cantilene populaire.
Des variantes de cette chanson se chantent dans le Cam-
bresis, la Saintonge, 1 Aunis et 1 Angoumois. Les airs ne
ressemblent pas aux notres.
^
Der - rier chez nous
ya
champ de pois,
V
Derrier chez nous. ya champ de pois: J en cueil-lis deux, j en
; J ; J J
man - geai trois. Fen-dez le bois, chauf- fez le four,
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-
Reprise dc la dcrniere
artie d volmite.
Dormez la belle, il n est point jour.
132 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Derrier cliez nous, ya champ de pois : (bis)
J en cueillis deux, j en mangeai trois.
Fendez le bois, chauffez le four,
Dormez la belle, il n est point jour.
J en cueillis deux, j en mangeai trois ; (bis)
J en fus malade, au lit, trois mois.
Fendez le bois, etc.
J en fus malade, au lit, trois mois ; (bis)
Tous mes parents venaient m y voir.
Fendez le Vjois, etc.
Tous mes parents venaient m y voir ; (bis)
Celui que j aime ne vient pas.
Fendez le bois, etc.
Celui que j aime ne vient pas... (bis)
Je 1 apercois venir la-bas.
Fendez le bois, chauffez le four,
Dormez la belle, il n est point jour.
MON PERE AVAIT UN BEAU CHAMP DE POIS
(Air recueilli par M. I abbe C. H. Laverdiere).
Void encore un type de melodic populaire. Je ne la con-
naissais pas avant qu elle me fut passee par M. Laverdiere,
mais en jetant les yeux sur cette.musique je me suis aussitot
rappele les chants monotones et melancoliques, meme dans leur
gaite, d une bonne vieille femme, que je voyais sou vent dans
mon enfance, et qui, du matin au soir, faisait tourner son
rouet en fredonnant a demi-voix les chansons du temps passe.
Cette melodic a etc recueillie dans la cote de Beaupre.
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Mon per a - vait un beau champ de pois,
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Doux, venez vous promm ner a-vec moi. J en cueilla deux, j en
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man - gis trois. D ou ve - nez - vous, bel - le ?
Doux, ve-nez-vous promm ner ; D ou ve- nez-vous, bel - le ?
Doux, ve-nez-vous promm ner a - vec moi.
Mon pere avait un beau champ de pois.
Doux, venez vous promm ner avec moi.
134 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
J en cueilla deux, j en mangis trois.
D ou venez-vous, belle ?
Doux, venez vous promm ner ;
D ou venez-vous, belle ?
Doux, venez vous promm ner avec moi.
(Pour les autres paroles, voir Fendez le bois, chauffez le four.)
BAL CHEZ BOULE
M. Ph. Aubert de Gaspe m a dit que ces couplets sont
probablement originaires de Saint Francois ou de Saint-
Pierre de la Riviere du Sud. Voici, au reste, 1 anecdote a
1 occasion de laquelle ils furent composes, telle que racontee
par M. de Gaspe dans Les Anciens Canadiens :
... Ceci me rappelle 1 aventure d un pauvre diable d amoureux qui avait
mene sa belle a un bal, sans Stre invites ; ils furent, quoique survenants, recus
avec politesse : mais le jeune homme cut la maladresse de faire tomber en
dansant la fille de la maison, ce qui fut accueilli aux grands eclats de rire de
toute la societe ; mais le pere de la jeune fille, un psu brutal de son metier,
et indigne de 1 affront qu elle avait re9ue, ne fit iii un ni deux ; il prit mon
Jose Blais par les epaules et le jeta a la porte ; il fit ensuite des excuses a la
belle, et ne voulut pas la laisser partir .
L expression : soulier fran$ais que le lecteur rencontrera
dans ces couplets, est encore generalement usitee a la cam-
pagne pour designer une chaussure a forme europeenne, et
par opposition avec le nom de soulier sauvage donne a une
chaussure en cuir ordinaire affectant la forme des souliers
de caribou fabriques par les sauvagesses. Le mot francais
est ici synonyme d europeen ; c est assez dire que cette
expression remonte aux temps deja eloignes ou notre seul com
merce avec 1 Angleterre consistait dans 1 echange de coups
de canon.
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136 CHANSONS POPULAIRES
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ceux qui sav nt dan ser, Vp - gue, ma - ri - nier
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vo - gue, Vo - gue beau ma- n nier.
Dimanche, apres les vepr s, } r aura bal chez Boule ;
Mais il n ira personn que ceux qui sav nt danser.
Vogue marinier, vogue,
Vogue, beau marinier.
Mais il n ira personn que ceux qui sav nt danser.
Jose Blais, comrn les autr s, voulut itou yaller.
Vogue, etc.
Jose Blais, comm les autr s, voulut itou yaller.
- Non, lui dit sa maitress , t iras quand 1 train s ra fe.
Vogue, etc.
Non, lui dit sa maitress , t iras quand 1 train s ra fe.
II s en fut a 1 etabl ses animaux soigner.
Vogue, etc.
II s en fut a 1 etabl ses animaux soigner ;
Prit Barrett par la corne et Rougett par le pied.
Vogue, etc.
Prit Barrett par la corne et Rougett par le pied ;
II saute a 1 ecuri pour les chevaux gratter.
Vogue, etc.
II saute a 1 ecuri pour les chevaux gratter ;
Se sauve a la maison quand ils fur nt etrilles.
Vogue, etc.
Se sauve a la maison quand ils fur nt etrilles ;
Mit sa bell veste rouge et son capot barre.
Vogue, etc.
DU CANADA 137
Mit sa bell veste rouge et son capot barre ;
Mit son beau fichu noir et ses souliers frances.
Vogue, etc.
Mit son beau fichu noir et ses souliers frances,
S en va chercher Lisett quand il fut ben greye.
Vogue, etc.
S en va chercher Lisett quand il fut ben greye.
On le mit a la port pour apprendre a danser.
Vogue, etc.
On le mit a la port pour apprendre a danser,
Mais on garda Lisett , qui s est ben consolee.
Vogue marinier, vogue,
Vogue, beau marinier.
C EST DANS LA VILLE DE ROUEN
M. de Gaspe a imite le rythme et la forme de ces couplets
dans la ronde de lutins qu il fait chanter au jovial Jose, dans
Les Anciens Canadiens :
C est notre terre d Orleans (bis)
Qu est le pays des beaux enfants,
Toure-loure ;
Dansons a 1 entour,
Toure-loure ;
Dansons a 1 entour.
Venez-y tous en survenants, (bis)
Sorciers, lezards, crapauds, serpents,
Toure-loure ;
Dansons a 1 entour,
Toure-loure ;
Dansons a 1 entour.
Yenez-y tous en survenants, (bis)
Impies, athees et mecreants,
Toure-loure ;
Dansons a 1 entour,
Toure-loure ;
Dansons a 1 entour .
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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 139
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tour tour lou - re, Dansons a Ten - tour, tour lour,
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Dan - sons a 1 en - tou - re.
C est dans la ville de Rouen, (bis)
Us ont fait un pate si grand,
L entour tourloure,
Dansons a 1 entour, tourlour,
Dansons a 1 entoure.
Us ont fait un pate si grand, (bis)
Qu ils ont trouve un homm dedans.
L entour tourloure,
Dansons a 1 entour, etc.
Qu ils ont trouve un homm dedans, (bi-s)
Us ont trouve encor ben plus,
L entour tourloure,
Dansons a 1 entour, etc.
Us ont trouve encor ben plus : (bis)
Us ont trouve un chat poilu !
L entour tourloure,
Dansons a 1 entour, tourlour,
Dansons a 1 entoure.
MARIANNE S EN VA-T-AU MOULIN
Cette chanson est tres connue en France cm on la chante
avec nombre de variantes, de meme qu en Canada. Dans
les versions francaises se trouve le mot : Martin auquel
nous avons substitue : Catin . On y trouve aussi la locu
tion : Elle monte sur son ane , au lieu de : A cheval sur
son ane . Le fait est que nos campagnards ne savent pas
parler pertinemment des anes, qu ils ne connaissent, pour
la plupart, que par tradition. On sait que les anes n ont
jamais pu se propager en Canada ; ce qui, comme le disait
naguere un grave professeur d histoire, est assez consolant,
apres tout.
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Ma - ri - ann s en va- t au mou - lin, Ma-
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ri- ann s en va - t-au mou - lin, C est pour y fair mou-
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dre son grain, C est pour y fair mou- dre son grain,
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S en al- lant au mou
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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 141
Mariann s en va-t-au moulin, (bis)
C est pour y fair moudre son grain ; (bis)
A cheval sur son ane,
Ma p tit mamzeir Marianne,
A cheval sur son ane Catin,
S en allant au moulin.
Le meunier, qui la voit venir, (bis)
S empresse aussitot de lui dire :
- Attachez-donc votre ane,
Ma p tit mamzell Marianne,
Attachez done votre ane Catin,
Par derrier le moulin.
Pendant que le moulin marchait, (bis)
Le loup tout a 1 entour rodait. (bis)
Le loup a mange 1 ane,
Ma p tit mamzeir Marianne,
Le loup a mange 1 ane Catin,
Par derrier le moulin.
Mariann se mit a pleurer. (bis)
Cent ecus d or lui a donnes (bis)
Pour acheter un ane,
Ma p tit mamzeir Marianne,
Pour acheter un ane, Catin,
En r venant du moulin.
Son pere qui la voit venir (bis)
Ne put s empecher de lui dire : (bis)
- Qu avez-vous fait d votre ane,
Ma p tit mamzeir Marianne.
Ou avez-vous fait d votre ane Catin,
En allant au moulin ?
- C est aujourd hui la Saint-Michel, (bis)
Que tous les an s changent de poil. (bis)
142 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
J vous ramen le meme ane,
Ma p tit mamzeir Marianne,
J vous ramen le meme ane, Catin,
Qui m porta au moulin.
TENAOUICHE TENAGA, OUICH KA !
Si j etais de la force de M. Ernest Renan, je decouvrirais
sans doute un sens profond dans les mots : Tenaouiche, tenaga,
ouictika ! qui composent le refrain de ces couplets, et j en
tirerais des consequences d une belle perfidie entouree de
miel, aux acclamations des badauds emerveilles de ma science
profonde. Mais comme je suis loin d etre d une pareille
force, j avouerai tout bonnement que je n entends rien a ce
baragouin.
Au reste, ces mots etranges ne sont, probablement, que
de limitation de sauvage, comme savent en faire tous les
jeunes enfants, et comme j en ai entendu faire souvent moi-
meme par mes petits camarades, lorsque, imitant 1 homme
des bois dans son commerce avec les blancs, ils se vendaient
gravement entre eux le fruit de leur derniere chasse : dix
mille peaux de castors, cent mille orignaux, cinq cents mille
caribous, represented par des jointees de noisettes, de bluets
ou de cerises a grappes.
La deuxieme version de cette chanson, que Ton verra plus
loin, est a mon sens, tres interessante. Ce n est rien autre
chose qu une variante canadienne de Malbrough. Le te-
naouiche et les vieux sauvages sont places la pour la couleur
locale.
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144
CHANSONS POPULAIRES
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C etait un vieux sauvage
Tout noir, tout barbouilla,
Ouich ka !
Avec sa vieill couverte
Et son sac a tabac.
Ouich ka !
Ah ! ah ! tenaouich tenaga,
Tenaouich tenaga, ouich ka !
Avec sa vieill couverte
Et son sac a tabac.
Ouich ka !
- Ton camarade est more,
Est mort et enterra.
Ouich ka !
Ah ! ah ! tenaouich tenaga,
Tenaouich tenaga, ouich ka !
Ton camarade est more,
Est mort et enterra.
Ouich ka !
C est quatre vieux sauvages
Oui port nt les coins du drap.
Ouich ka !
Ah ! ah ! tenaouich tenaga,
Tenaouich tenega, ouich ka !
C est quatre vieux sauvages,
Oui port nt les coins du drap,
Ouich ka !
DU CANADA 145
Et deux vieill s sauvagesses
Qui chant nt le libera.
Ouich ka !
Ah ! ah ! tenaouich tenaga,
Tenaouich tenega, ouich ka !
AUTRE VERSION recueillie par M. J. A. Malouin :
Mon mari est en guerre,
Ne salt s il reviendra
Ouich ka !
Ell monta dans sa chambre,
Si haut qu ell put, monta
Ouich ka !
Ah ! ah ! tenaouich tenaga,
Tenaouich tenaga, ouich ka !
Regard par la fenetre
Pour voir son beau pagea.
- Ah ! dis-moi done beau page,
Quell nouvelle apporta ?
- L,es nouvell s que j apporte
Tes doux yeux pleurera.
Ton mari il est mort,
Et mort et enterra !
II fut porte en terre
Par quatre-z-officias.
Trois, quatre vieux sauvages
Portaient les coins du drap.
Et deux vieilles sauvagesses
Chantaient le libera.
10
805 B
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LA FILLE DU ROI D ESPAGNE
Si, au lieu de La fille du roi d Espagne , la chanson disait :
La fille des empereurs d Autriche , on pourrait peut-etre
y voir une allusion a 1 adresse de la reine Marie Antoinette,
qui, dans son jardin du Petit Trianon, a Versailles, se livrait
a des habitudes de fermiere. Mais les paysans ne savent pas
faire de ces malices-la.
La musique 1 emporte de beaucoup sur les paroles, dans
cette chanson. Confessons toutefois que ces couplets ou
il est dit que la fille d un roi veut app^endre a battre la
lessive , sont d une naivete qui fait sourire mais qui ne
cheque pas. Au reste, pour quiconque connait le peuple a
fond, cette maniere de faire parler une princesse comme une
paysanne n offre rien d etrange. II est plus d ane naivete
de ce genre dans les contes populaires : dans cek i de Jean
I Sot, par exemple, ou le heros dit a son fils :
Tu vas aller chez le roi ; tu lui diras : Bonjour monsieur
le roi. Papa vous fait bien ses compliments ; il demande si
vous voudriez lui preter votre demi-minot !
M. J. Bujeaud, dans ses Chants et Chansons des provinces
de I Quest, donne une version de cette chanson dans laqueile
la fille du roi d Espagne casse d abord son badras (battoir),
puis laisse tomber son anneau a la mer. Le reste de la chan
son est comme notre version d Isabea^t s y promene. L air
donne par M. Bujeaud ne ressemble pas au notre. Une autre
version de cette chanson, donnee par M. de Beaurepaire
(C est sur le pont de Nantes], se chante avec le refrain que nous
connaissons ici : Vogue, beau marinier.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
147
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La fill du roi d Es - pa
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ma - ri-mer, vo - - gue ! Veut apprendre un me - tier,
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Vo - gue, ma- ri - nier ! Veut apprendre un me-
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tier. Vo - gue, ma - ri - nier !
La fill du roi d Espagne,
Vogue, marinier, vogue !
Veut apprendre un metier,
Vogue, marinier !
Veut apprendre un metier.
Vogue, marinier !
A battre la lessive,
Vogue, marinier, vogue !
La battre et la couler,
Vogue, marinier !
La battre et la couler.
Vogue, marinier !
AH ! SI MON MOINE VOULAIT DANSER !
Le mot moine n est guere connu dans son acception
ordinaire par nos habitants de la campagne qui ne donnent
ce nom qu au petit jouet de bois appele en France : toupie
d Allemagne .
Moine est aussi le nom d un meuble de bois, inconnu dans
ce pays, dans lequel on suspend un rechaud rempli de braise
et dont on se sert pour bassiner le lit. Ce meuble est quelque-
fois forme d un cylindre de bois, creuse et double en tole,
dans lequel on introduit un fer chaud.
Le proverbe : Faute d un moine I abbaye ne manque pas,
veut dire que 1 absence d une personne attendue ne doit pas
empecher une partie de plaisir d avoir lieu ou une affaire
de se conclure. On sait que cet autre proverbe : L habit
ne fait pas le moine, signifie qu il ne faut pas juger des gens
par Fapparence ; qu un vetement pauvre est souvent porte
par un homme de merite.
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Ah ! si mon moi - ne vou - lait dan - ser ! Ah !
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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 149
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n entends pas la dan - - se ; Tu n entends pas mon mou-
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lin, Ion, la, Tu n entends pas mon mou - lin mar-cher.
Ah ! si mon moine voulait danser ! (bis)
Un capuchon je lui donnere (rais) (bis)
Danse, mon moin , danse !
Tu n entends pas la danse,
Tu n entends pas mon moulin, Ion, la,
Tu n entends pas mon moulin marcher.
All ! si mon moine voulait danser ! (bis)
Un ceinturon je lui donnerais ! (bis)
Danse, etc.
Ah ! si mon moine voulait danser ! (bis)
Un chapelet, je lui donnerais. (bis)
Danse, etc.
Ah ! si mon moine voulait danser ! (bis)
Un froc de bur je lui donnerais. (bis)
Danse, etc.
Ah ! si mon moine voulait danser ! (bis)
Un beau psautier je lui donnerais. (bis)
Danse, etc.
S il n avait fait vreu de pauvrete ! (bis)
Bien d autres chos je lui donnerais. (bis)
Danse, mon moin , danse !
Tu n entends pas la danse,
Tu n entends pas mon moulin, Ion, la,
Tu n entends pas mon moulin marcher.
LE JUIF-ERRANT
Cette belle complainte du Juif-Errant se chante sur un
air qui n a pas la prevention d en faire oublier les paroles,
mais qui, a la longue, et surtout lorsqu on 1 entend chan
ter par des gens du peuple, finit par toucher. Cette triste
mais belle allegoric est en grande partie oubliee aujourd hui,
meme dans nos campagnes.
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Est - il rien sur la ter- re Qui soit plus sur- pre-
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rant ? Que son sort mal- heu - reux Pa - rait triste et fa-
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cheux !
Est-il rien sur la terre
Qui soit plus surprenant
Que la grande misere
Du pauvre Juif-Errant ?
Que son sort malheureux
Parait triste et facheux !
Un jour pres de la ville
De Bruxell s, en Brabant,
Des bourgeois fort dociles
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
L/accoster en passant :
Jamais ils n avai nt vu
Un homme si barbu !
Son habit, tout difforme
Et tres-mal arrange,
Leur fit croir que cet homme
Etait fort etranger ;
Portant comme ouvrier,
D vant lui un tablier.
On lui dit : Bon jour maitre,
De grace accordez-nous
L,a satisfaction d etre
Un moment avec vous ;
Ne nous refusez pas,
Tardez un peu vos pas.
- Messieurs, je vous proteste
Que j ai bien du malheur :
Jamais je ne m arrete
Ni ici, ni ailleurs ;
Par beau ou mauvais temps
Je marche incessamment.
- Entrez dans cette auberge,
Venerable vieillard ;
D un pot de biere fraiche
Vous prendrez votre part ;
Nous vous regalerons
Le mieux que nous pourrons.
- J acceptrais de boire
Deux coups avecque vous,
Mais je ne puis m asseoire :
Je dois rester debout.
Je suis en verite
Confus de vos bontes.
152 CHANSONS POPULAIRES
- Ah ! de savoir votre age
Nous serions fort curieux ;
A voir votre visage,
Vous paraissez bien vieux ;
Vous avez bien cent ans,
Vous montrez bien autant.
- La vieillesse me gene ;
J ai bien dix-huit cents ans.
Chose sure et certaine,
Je passe encore douze ans :
J avais douze ans passe
Quand Jesus-Christ est ne.
- N etes-vous point cet homme
De qui Ton parle tant ?
Que 1 Ecriture nomine
Isa c, le Juif-Errant ?
De grace, dites-nous,
Si c est surement vous.
- Isaac Laquedemme
Pour nom me fut donne ;
Ne a Jerusalemme,
Ville bien renommee.
Oui, c est moi, mes enfants,
Qui suis le Juif-Errant !
Juste ciel, que rna ronde
Est penible pour moi !
Je fais le tour du monde
Pour la cinquieme fois !
Chacun meurt a son tour,
Et moi je vis toujours !
Je traverse les merres,
Les rivier s, les ruisseaux,
forets, les deserres,
DU CANADA 153
Les montagn s, les coteaux,
Les plaines, les vallons :
Tous chemins me sont bons.
J ai vu dedans 1 Europe
Ainsi que dans 1 Asie,
Des bataill s et des chocques
Qui coutai nt bien des vies :
Je les ai traverses
Sans y etre blesse.
J ai vu dans 1 Amerique,
C est une verite,
Ainsi que datis 1 Afrique
Grande mortalite :
La mort ne me peut rien,
Je m en apersois bien.
Je n ai point de ressource
En maison ni en bien ;
J ai cinq sous dans ma bourse,
Voila tout mon moyen ;
En tous lieux, en tous temps
J en ai toujours autant.
- Nous pensions comme un songe
Le recit de vos maux ;
Nous traitions de mensonges
Tous vos plus grands travaux :
Aujourd hui nous voyons
Que nous nous meprenions.
Vous etiez done coupable
De quelque grand peche
Pour que Dieu tout aimable
Vous ait tant afflige ?
Dites-nous 1 occasion
De cette punition.
154 CHANSONS POPULAIRES
- C est ma cruelle audace
Qui cause mon malheur ;
Si mon crime s efface,
J aurai bien du bonheur :
J ai traite mon Sauveur
Avec trop de rigueur.
Sur le mont du Caivaire
Jesus portait sa croix ;
II me dit, debonnaire,
Passant devant chez moi :
Veux-tu bien, mon ami,
Que je repose ici ?
Moi, brutal et rebelle,
Je lui dis sans raison :
Otes-toi, criminelle,
De devant ma maison ;
Avance et marche done,
Car tu me f ais affront !
Jesus, la bonte meme,
Me dit en soupirant :
Tu marcheras toi-meme
Pendant plus de mille ans !
Le dernier jugement
Finira ton tourment .
De chez moi, a 1 heur mme,
Je sortis bien chagrin ;
Avec douleur extreme
Je me mis en chemin.
De ce jour-la je suis
En marche jour et nuit.
DU CANADA 155
Messieurs, le temps me presse ;
Adieu la compagnie ;
Grace a votr politesse !
Je vous en remercie :
Je suis trop tourmente
Quand je suis arrete.
J AI FAIT UNE MAITRESSE
On aimera a lire ici tine notice de M. LaRue sur cette
charmante poesie populaire :
Dans la Revue Contemporaine de 1863, (31 octobre,) on peut lire une savante
critique par M. Adrien Donnodevie, des ceuvres en langue prove^ale du celebre
poete Mistral. M. Donnodevie nous donne la traduction fran9aise d un des
chants du jeune poete, pour lequel le savant critique ne saurait trouver trop
d eloges. Laissons-le parler lui-meme.
... Le troisieme chant nous fait assister a une assemblee joyeuse et ba,billarde
i) de jeunes filles reunies au mas de Micocoules, et occupees a depouiller des
cocons ; elles parlent de leursamours.de leurs projets; elles font des chateaux...
en Provence, rappellent les beaux souvenirs du pays. Taven, la sorciere, ra-
conte la curieuse legende du patre de Luberon ; plus espiegle que les autres,
Norade decouvre a demi le secret de Mireille ; celle-ci rougit, mais s en defend,
et dit que plutot que d avoir un mari, elle aimerait mieux se faire nonne dans
un couvent : Oh ! oh ! s ecrient les jeunes filles, c est comme Magali, Magali
qui echappa a I amour par mille subterfuges, qui se faisait pam.pre, oiseau qui
vole, rayon qui brille, et qui pourtant, tomba amoureuse a son tour . Et
sur les instances de ses compagnes, Nore, la belle chanteuse, se met a dire
la ravissante aubade de Magali. Cette chanson est-elle 1 ceuvre propre du
i) poete, ou en a-t-il trouve 1 idee et quelques fragments dans la memoire po-
pulaire, et l a-t-il tres habilement arrange ? c est ce que nous ne pouvons
decider ....
Or, c est ce qu il est tres facile de decider : il sufnt pour cela, de mettre
en regard quelques strophes de la chanson provencale avec quelques couplets
d une de nos chansons populaires canadiennes . (Foyer Canadien, annee 1865,
p. 72.)
Voici une traduction de l aubade de Mireio du poete
Mistral :
O Magali ! ma tant aimee Mets la tete a ta fenetre Ecoute un peu cette
aubade de tambourins et de violons Le ciel est la-haut plein d etoiles Le
vent est tombe Mais les etoiles paliront en te voyant.
Pas plus que du murmure des branches De ton aubade je me soucie
- Mais je m en vais dans la mer blonde Me faire anguille du rocher.
O Magali ! si tu te fais Le poisson de 1 onde Moi, le pe cheur je me ferai,
- Je te pgcherai.
Oh ! mais si tu te fais pecheur Quand tu jetteras tes filets Je me ferai
1 oiseau qui vole Je m envolerai dans les landes.
O Magali, si tu te fais 1 oiseau de 1 air Je me ferai, moi, le chasseur.
Je te chasserai.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 157
Aux perdreaux aux bees fins, Si tu viens tendre tes lacets, Je me
feral 1 herbe fleurie, Et me cacherai dans les pres vastes.
O Magali ! si tu te fais La marguerite, Je me ferai, moi, 1 eau limpide,
- Je te rafraichirai.
Si tu te fais 1 onde limpide, -- Je me ferai, moi, le grand nuage, Et
promptement je m en irai ainsi En Amerique, la-bas, bien loin.
O Magali ! si tu t en vas Aux lointaines Indes, Je me ferai, moi,
le vent de mer, -- Je te porterai.
Si tu te fais le vent marin, -- Je fuirai d un autre cote, -- Je me ferai
1 echappee ardente Du grand soleil qui fond la glace.
O Magali ! si tu te fais -- Le rayon du soleil, - - Je me ferai, moi, le
vert lezard, Je te boirai.
Si tu te rends la salamandre Qui se cache dans le hallier, Je me ren-
drai la lune blanche qui, dans la nuit, -- Eclaire les sorciers.
O Magali ! si tu te fais Lune sereine, Je me ferai, moi, belle brume,
- Je t envelopperai.
Va, poursuivant, cours, cours, - - Jamais tu ne m atteindras, - - Moi
de 1 ecorce d un grand chene Je me vetirai dans la foret sombre.
O Magali ! si tu te fais L arbre des mornes, Je me ferai, moi, la touffe
de lierre, -- Je t embrasserai.
Si tu veux m embrasser, Tu ne saisiras qu un vieux chene... Je me ferai
blunche nonnette Du monastere du grand Saint-Blaise.
O Magali ! si tu te fais Nonnette blanche, Moi, pretre a confesse, -
Je t entendrai...
Si du couvent tu passes les portes, Tu trouveras toutes les nonnes
Autour de moi, errantes, Car en suaire tu me verras.
O Magali ! si tu te fais La pauvre morte, Adoncques je me ferai la terre :
La, je t aurai !
A present, je commence enfin a croire Que tu ne me paries pas en
riant : Voici mon annelet de verre Pour souvenir, beau jouvenceau.
O Magali ! tu me fais du bien... Mais, des qu elles font vu, O Magali !
vois les etoiles Comme elles ont pali !
La delicieuse musique que Gounod a ecrite sur cette don-
nee de Mistral, est bien connue a Quebec.
On chante en France, dans le Bourbonnais, une version
de cette chanson qui differe a peine de notre version canadien-
ne, quant aux paroles. II me semble evident que notre air
n est pas 1 air primitif, car le rythme de la poesie ne se plie
que difficilement a celui de la melodic ; de la ces syllabes
ajoutees : Si tu te mets docteure... Je me metterai secure ,
etc. Je ne connais pas 1 air de la version bourbonnaise.
158
CHANSONS POPULAIRES
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J ai fait u ne mai - tres se, ya pas long-
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temps, J ai fait u - ne mai tres se, ya pas long-
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temps : J i - rai la voir di - man - che, di-
j
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manch j i rai ; Je fe - rai la de - man - de
ma bien ai - mee.
J ai fait une maitresse, ya pas longtemps. (bis)
J irai la voir dimanche, dimanch j irai ;
Je ferai la demande a ma bien-aimee.
Ah ! si tu viens dimanche, j n y serai pas ; (bis)
Je me metterai biche dans un beau champ ;
De moi tu n auras pas de contentement.
Ah ! si tu te mets biche dans un beau champ, (bis)
Je me mettrai chasseure, j irai chasser ;
Je chasserai la biche ma bien-aimee.
Si tu te mets chasseure pour me chasser, (bis)
Je me metterai carpe, dans un etang :
De moi tu n auras pas de contentement.
Ah ! si tu te mets carpe dans un etang, (bis)
Je me mettrai pecheure pour te pecher :
Je pecherai la carpe, ma bien-aimee.
Si tu te mets pecheure pour me pecher, (bis)
Je me mettrai malade dans un lit blanc :
De moi tu n auras pas de contentement.
DU CANADA 159
Si tu te mets malade dans un lit blanc, (bis)
Je me mettrai docteure pour te soigner :
Je soignerai la belle, ma bien-aimee.
Si tu te mets docteure pour me soigner, (bis)
Je me metterai soeure dans un couvent,
De moi tu n auras pas de contentement.
Ah ! si tu te mets soeure dans un couvent, (bis)
Je me mettrai precheure ; j irai precher ;
Je precherai le coeur de ma bien-aimee.
Si tu te mets precheure pour me precher, (bis)
Je me mettrai soleille, au firmament :
De moi tu n auras pas de contentement.
Si tu te mets soleille au firmament, (bis)
Je me mettrai nuage pour te cacher :
Je cacherai la belle, ma bien-aimee.
Si tu te mets nuage pour me cacher, (bis)
Je me mettrai saint Pierre, au paradis :
Je n ouvrirai la porte qu a mes bons amis.
LE P TIT BOIS D L AIL
Le beau chanteiix qui a fait la chanson du P tit bois d l ail
a evidemment voulu la mener sur 1 air de J ai fait une mai-
tresse, mais il lui aura etc plus facile de changer un peu la
forme de la strophe, des le premier couplet ; de la alteration
dans la melodic.
Les paroles de cette chanson sont tout a fait couleur locale,
et, partant, elles sont precieuses a recueillir.
Le petit bois de Fail est le nom d une concession de la
paroisse du Cap-Sante. C est la qu est ne notre artiste-
peintre M. le chevalier Falardeau.
Qui veut sa voir la lis - te des i - vrogn"
a pr - sent ?
C est dans le P tit bois d Ail - le
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Yen a-t-un re - gi - ment ;
Et raoi, le
ca - pi - taine, Et Fran - <;ois, le Gros, mar - chand ;
douard y porte
en - sei - gne, Au bout du re - gi-
ment.
Qui veut savoir la liste
Des ivrogn a. present ?
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA l6l
C est dans le P tit bois dTAille
Yen a-t-un regiment ;
Et moi le capitaine,
Et Francois le Gros, marchand ;
Edouard y porte enseigne
Au bout du regiment.
Par un dimanche au soir
M en allant promener,
Et moi et puis Fra^ois,
Tous deux de compagnee,
Chez le bonhotnm Gauthier
Nous avons te veiller ;
Je vais vous raconter
Le tour qui m est arrive.
J y allumai ma pipe
Comm c etait la fa^on,
Disant quelques paroles
Aux gens de la maison.
Je dis a Delima :
- Me permettriez-vous
De m eloigner des autres
Pour m approcher de vous ?
- Ah ! oui, vraiment, dit-elle,
Avec un grand plaisir.
Tu es venu ce soir
C est seul ment pour en rire :
Tu es trop infidele
Pour me parler d amour ;
T as ta p tit Jeremie
Que tu aimes toujours.
Revenons au bonhomme
Qu est dans son lit couche,
Criant a haute voix :
-- Lima, va te coucher !
Les gens de la campagne,
Des ville et des faubourgs,
805 B
l62 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Retirez-vous d icite
Car il fait bientot jour !
J n attends pas qu on me 1 dise
Pour la seconde fois,
Et je dis a Francois :
T en viens-tu quand et moi (avec moi) ?
Bonsoir ma Delima,
Je file mon chemin !
Je m en allais nu-tete,
Mon chapeau a la main.
Va t en faire tes plaintes
A monsieur le cure ;
Dis-lui que sa paroisse
Est tout bouleversee ;
Dis-lui que sa paroisse
Est sens dessus dessous,
Que dans le P tit bois d Aille
On n y voit qu des gens souls.
On dit que je suis fier,
Ivrogne et paresseux.
Du vin dans ma bouteille
J en ai ben quand je veux ;
On ne voit point de graisse
Figer sur mon capot ;
II est toujours ben net-te
Quoiqu il ne soit pas beau.
ET MOI JE M ENFOUIYAIS
Cette chanson, dont la morale profonde n echappera a
personne, se chante en France, dans la Vendee et dans le
Cambresis. Voir les Chants et Chansons de M. Bujeaud,
page 50 (Le peureux), et 1 ouvrage deja cite de MM. Durieux
et Bruyelle, page 202 (Les rewords).
J ai recueilli cet air dans le comte de Kamouraska.
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En pas - sant pres d un rnou - Iin, Que le mou-
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Iin mar - chait, Que le mou - Iin mar - chait, Et dans son
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jo - li chant di - sait : Ke- ti- ke- ti- ke tac, Ke-ti- ke- ti- ke-
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tac ; Moi je croy - ais qu il di - sait : Attrappe, attrappe, at-
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trappe ! attrappe, attrappe, at - trappe ! Et moi je m en - foui-
foui... Et moi je m en - foui
En passant pres d un moulin,
Que le moulin marchait, (bis)
Et dans son joli chant disait :
Ketiketiketac, ketiketiketac ;
Moi je croyais qu il disait :
yais.
164 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Attrappe, attrappe, attrappe ! attrappe, attrappe, attrappe !
Et moi je m enfoui-foui...
Et moi je m enfouiyais.
En passant pres d un prairie,
Oue les faucheurs fauchaient, (bis)
Et dans leur joli chant disaient :
Ah ! 1 beau faucheur ! ah ! 1 beau faucheur !
Moi je croyais qu ils disaient :
Ah ! v la 1 voleur ! ah ! via 1 voleur !
Et moi je m enfoui-foui...
Et moi je m enfouiyais.
En passant pres d une eglise,
Que les chantres chantaient, (bis)
Et dans leur joli chant disaient :
Alleluia ! Alleluia !
Moi je croyais qu ils disaient :
Ah ! le voila ! ah ! le voila !
Et moi je m enfoui-foui...
Et moi je m enfouiyais.
En passant pres d un poulailler,
Que les poules chantaient, (bis)
Et dans leur joli chant disaient :
Coucouricou, coucouricou ;
Moi je croyais qu ell s disaient :
Coupons-y 1 cou ! coupons-y 1 cou !
Et moi je m enfoui-foui...
Et moi je m enfouiyais.
DANS MA MAIN DROITE JE TIENS ROSIER
Les danses rondes tenaient autrefois une place conside
rable dans les amusements populaires. Voici comment s exe
cute celle dont la musique est notee ci-dessous :
Les jeunes gens se tiennent tous par la main, formant
un cercle, et se mettent a tourner autour du centre ; seuls
les vieux parents font tapisserie et veillent au decorum.
Le plus vieux ou le meilleur chanteur de la bande entonne
alors :
Dans ina main droite je tiens rosier...
les autres danseurs chantent aussi avec lui, ad libitum, mais
en laissant toujours dominer la voix du soliste obligate.
Au second couplet le chanteur fait passer au milieu du rond
le jeune garcon ou la jeune fille qu il tient de sa main droite,
en disant :
Entrez en danse joli rosier...
puis, si les danseurs sont tous de la famille, il ajoute :
Et embrassez, manon Ion la,
Et embrassez qui vous plaira...
mais s il y a des etrangers dans la danse, - - des etranges,
comme on dit dans certaines localites, - on dit presque
toujours :
Et saluez, manon Ion la,
Et sqluez qui vous plaira.
Les danseurs s arretent alors, puis,. 1 embrassade ou le salut
fait, on se met a tourner de nouveau ; celui qui etait au
centre de la chaine passe a la gauche du chanteur, qui fait
faire la meme ceremonie a son nouveau voisin de droite ;
i66
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
et ainsi de suite jusqu a ce que chaque danseur et chaque
danseuse ait ainsi indique aux yeux de tous 1 objet de sa
predilection.
Cette ronde est connue en France, clans 1 Angoumois, le
Poitou, le Saintonge et 1 Aunis.
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Dans ma main droi - te je tiens ro - sier, Dans
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ma main droi te je tiens TO sier Qui fleu - ri-
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ra, ma - - non Ion la, Qui rleu - ri - ra au
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mois de
ma.
Dans ma main droite je tiens rosier, (bis)
Qui fleurira, manon Ion la,
Qui fleurira au mois de mai.
Entrez en danse, joli rosier ! (bis)
Et embrassez (saluez) manon Ion la,
Et embrassez (saluez) qui vous plaira.
J AI TANT D ENFANTS A MARIER !
Cette jolie ronde se chante dans le nord et 1 ouest de la
France. Elle s execute de la meme maniere que la prece-
dente ; seulement, lorsque le chanteur dit :
Faites le pot a deux anses ;
Regardez comme Ton danse...
celui ou celle qui se trouve au centre de la chaine leve les
coudes et se met les poings sur les cotes.
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ment pou-voir en ma - n - er tant.
J ai tant d enfants a marier !
J ai tant d enfants a marier !
Grand Dieu ! je n sais comment
Pouvoir en marier tant.
Mademoiselle, on parle a vous ;
On dit que vous aimez beaucoup.
Si c est vrai que vous aimez,
Entrez dans la danse, entrez !
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i68
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
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veux ; Sa - hi ez qui vous plai - ra mieux.
Faites le pot a deux anses ;
Regardez comme Ton danse ;
Fermez la bouche ; ouvrez les yeux ;
Saluez qui vous plaira mieux.
AH! QUI MARIERONS-NOUS !
Ici deux des danseurs passent au milieu du rond et se
font mutuellement saluts et reverences. Cette ronde est fort
gracieuse, comme danse et comme musique. On la chante
en France, dans le Cambresis.
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Ah ! qui ma - ne-rons - nous ? Ah ! qui ma - rie - rons-
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m ai - me... Oui j ai me- rai qut m ai- me ra.
Ah ! qui marierons-nous ? (bis)
Mademoisell , ce sera vous,
Par 1 assemble d amour.
Oui j aimerai qui m airn... qui rn aime.
Oui j aimerai qui m aimera.
L,ui donn rons pour epoux ? (bis)
Mon doux monsieur, ce sera vous,
Par 1 assemble d amour.
Oui j aimerai, etc.
Amour, saluez-vous ! (bis)
Saluez-vous cinq ou six coups,
I7O CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Par I assemble d amour.
Oui j aimerai, etc.
Amours, retirez-vous ! (bis)
Retirez-vous chacun chez vous,
Par 1 assemble d amour.
Oui j aimerai qui m aim... qui m aime...
Oui j aimerai qui m aimera.
J AI TROUVE LE NIQUE DE LIEVRE
Encore une ancienne ronde. Elle se danse comme Dans
ma main droite je tiens rosier ; la seule difference est qu aux
mots :
Sautons !
Dansons !....
chacun saute a qui mieux mieux.
Cette ronde a ete plaisamment parodiee dans une tragedie-
bouffe intitulee : Le Defricheur de langues, dirigee centre les
ecrivains de La Ruche litter air e, et dont on a attribue avec
raison la paternite a MM. J. C. Tache et F. A. H. LaRue.
Le docteur Wells a aussi contribue a cette satire ; il en a
ecrit un vers, et ce n est pas le moins bon de la piece.
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J ai trouve le nique du lievre,
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172 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
L,e matin, quand il se leve,
II emport le lit, les draps.
vSautons !
Dansons !
Bell bergere, entrez en danse :
Saluez qui vous plaira !
EN REVENANT DE LA JOLIE ROCHELLE
Vrai melodic populaire, monotone, un pen triste dans
sa joyeusete et son allure antique.
Cette chanson est sans doute d origine francaise. Je la
note ici avec la pensee qu elle eveillera peut-etre un doux
souvenir dans le cceur de quelque cousin d outre-mer.
Quel est 1 homme eclaire, a dit M. Scudo, quel est L artiste devenu celebre
qui ne se rappelle la simple histoire, 1 image naive ou la melodic rustique qui
ont charme son enfance et dont 1 impression lui est restee inefl a^able, malgre
tout ce que son gout a pu lui dire depuis contre ces begayements de la muse
populaire ?. Tel grand compositeur qui remplit le monde du bruit de ses
chefs-d oeuvre ne peut s empecher de rever et de s attendrir en ecoutant le
refrain plaintif qui lui apporte un souvenir du pays qui 1 a vu naftre .
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ma mi qu mon coeur ai
me !
En revenant de la joli Rochelle, (bis)
J ai rencontre trois jolies demoiselles.
La voila ma mi qu mon coeur aime tant !
I/a voila ma mi qu mon cceur aime !
J ai rencontre trois jolies demoiselles ; (bis)
J ai point choisi, mais j ai pris la plus belle.
La voila ma mie, etc.
174 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
J ai point choisi, mais j ai pris la plus belle ; (bis)
J l y fis monter derrier moi, sur ma selle.
La voila ma mie, etc.
J l y fis monter derrier moi, sur ma selle ; (bis)
J y fis cent lieues sans parler avec elle.
La voila ma mie, etc.
J y fis cent lieues sans parler avec elle ; (bis)
Au bout des cent lieues, ell me d mandit a boire.
La voila ma mie, etc.
Au bout des cent lieues, elle me d mandit a boire ; (bis)
Je 1 ai menee aupres d une fontaine.
La voila ma mie, etc.
Je 1 ai menee aupres d une fontaine ; (bis)
Quand ell fut la, ell ne voulut point boire.
La voila ma mie, etc.
Quand ell fut la, ell ne voulut point boire ; (bis)
Je 1 ai menee au logis de son pere.
La voila ma mie, etc.
Je 1 ai menee au logis de son pere ; (bis)
Quand ell fut la, ell buvait a pleins verres ;
La voila ma mie, etc.
Quand ell fut la, ell buvait a pleins verres ; (bis)
A la sante de son pere et sa mere.
La voila ma mie, etc.
A la sante de son pere et sa mere ; (bis)
A la sante de ses sceurs et ses freres.
La voila ma mie, etc.
A la sante de ses soeurs et ses freres ; (bis)
A la sante d celui que son coeur aime.
La voila ma mi qu mon coeur aime tant,
La voila ma mi qu mon coeur aime !
MARIANSON, DAME JOLIE
La complainte de Marianson doit etre fort ancienne.
On y respire le moyen-age a pleins poumons... - - non pas
le moyen-age dans ce qu il a de bon, mais dans ses faiblesses,
et tel qu on a presque toujours le soin de le representer.
Que le mal, qui est de tous les siecles, ait existe, dans le
moyen-age, chez ces peuples de 1 Europe nouvellement con-
quis a la foi et a peine sortis du paganisme et de la barbarie,
nul ne songe a le nier. Mais il y a cette difference entre le
mal de ces temps-la et le mal d aujourd hui que celui-ci est
organise, qu il s etale au grand jour, qu il se glorifie lui-meme,
qu il appelle heroisme, vertu, justice, 1 assassinat, la spoliation,
1 injustice ; qu il nie 1 autorite divine ; que, par la bouche
de ses societes secretes, il proclame ce principe : que la paix
de I dme reside dans la negation de Dieu ; tandis que celui-la
n est qu une defaillance passagere, souvent tres grave et
tres blamable sans doute, mais qui rougit d elle-meme, ne
cherche pas a se propager, et a laquelle survit toujours
la foi.
Au moyen-age, 1 action du christianisme s exercait sur une
societe qui, je le repete, sortait de la barbarie. Ce que ces
siecles ont produit de bon venait surtout du christianisme ;
ce qu ils ont produit de mauvais venait surtout de la barba
rie ; mais 1 organisation sociale creee par 1 Eglise, avec ses mille
moyens de proteger les faibles, avec ses corporations et ses
confreries, etait reellement admirable, et conduisait les peu
ples de 1 Europe et la societe chretienne en general au plus
grand bonheur terrestre qui se puisse imaginer. Le jour
ou Ton consentira a retourner aux corporations du moyen-
age, la question ouvriere sera resolue.
Tout cela n empeche pas que le mari de Marianson, dame
jolie, ait fait un bien mauvais coup ; mais il en a deja de-
mande pardon... Le recit cependant eut ete plus complet
176
CHANSONS POPULAIRES
et la couleur de 1 epoque mieux gardee si la complainte en
eut fait un frere de la Merci, se vouant volontairement a 1 es-
clavage pour expier son crime.
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- Marianson, dame jolie,
Ou est alle votre mari ?
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Mon mari est alle-z-en guerre,
Ah ! je ne sais s il reviendra.
- Marianson, dame jolie,
Pretez-moi vos anneaux dores.
(bis)
(bis)
- Us sont dans 1 coffre, au pied du lit ;
Ah ! prends les clefs et va les qu ri .
- Bel orfevrier, bel orfevrier,
Faites-moi des anneaux dores.
(bis)
Qu ils soy-ent faits aussi parfaits,
Comm les ceuz de Marianson.
Quand il a eu ses trois anneaux,
Sur son cheval est embarque.
(bis)
(bis)
(bis)
Le premier qu il a rencontre,
C etait 1 mari d Marianson.
(bis)
DU CANADA 177
- Ah ! bonjour done, franc cavalier ;
Quell nouvelT m as-tu apportee ?
- Ah! des nouvell s je n en ai pas, . .,
Que les ceuz de Marianson.
- Marianson, dame jolie,
Ell m a ete fidele assez.
- Oui, je le crois, je le decrois : , ., .
Voila les anneaux de ses doigts.
Tu as menti ! franc cavalier : ,
r i ^ m } (t>lSj
Ma temme m est ndele assez .
Sa femm qu etait sur les remparts, , , .
Et qui le voit venir la-bas :
- II est malade ou bien fache, . .
C est une chos bien assuree.
Ah ! marnan, montre-lui son fils : . .
a lui rejouira 1 esprit.
- Ah ! tiens, mon fils, voila ton fils. , ., .
Quel nom donn ras-tu a ton fils ?
A 1 enfant ie donn rai un nom,
A 1 1 ( IS )
A la mere, un mauvais renom.
A pris 1 enfant par le maillot, . .
Trois fois par terre il 1 a jete.
Marianson, par les cheveux, )/,.>
A son cheval l a-t-attachee. j
II a marche trois jours, trois nuits, . ,, .
Sans regarder par derrier lui.
Au bout des trois jours et trois nuits,
A regarde par derriere lui.
.12 805 B
178 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
- Marianson, dame jolie,
Ou sont les anneaux de tes doigts ? I
Us sont dans 1 coffre, au pied du lit ; ) .
/ (bis)
Ah ! prends les clefs et va les qu ri.
II n eut pas fait trois tours de clef, I ., .
Ses trois anneaux d or a trouves. j
- Marianson, dame jolie, I ... .
Quel bon chirurgien vous faut-il ? J
- Le bon chirurgien qu il me faut,
C est un bon drap pour m ensev lir.
- Marianson, dame jolie,
Votre mort m est-elle pardonnee ?
(bis)
- Oui ma mort vous est pardonnee.! ....
i tots)
Non pas la cell du nouveau-ne...
ADAM ET EVE
Une des strophes de cette complainte, celle ou un Re-
dempteur est promis a nos premiers parents, rappelle la
belle et pieuse legende du Crane d Adam ou du Calvaire :
... Les soldats, en plantant la croix dans le sol, 1 ont disposee de sorte que
le divin crucifie tourne le dos a Jerusalem, et etend ses bras vers les regions de
1 occident. Le Soleil de la verite se couche sur la ville deicide, et se 16ve en
meme temps sur la nouvelle Jerusalem, sur Rome, cette fiere cite, qui a la
conscience de son eternite, mais qui ignore encore qu elle ne sera eternelle
que par la Croix.
L arbre du salut, en plongeant dans la terre, a rencontr6 une tombe ; et
cette tombe est celle du premier homme. Le sang redempteur coulant le long
du bois sacre descend sur un crane desseche ; et ce crane est celui d Adam,
le grand coupable dont le crime a rendu n6cessaire une telle expiation. La
misericorde du Fils de Dieu vient planter sur ces ossements endormis depuis
tant de siScles le trophee du pardon, pour la honte de Satan, qui voulut un
jour faire tourner la creation de rhomme a la confusion du Createur. La
colline sur laquelle s eleve 1 etendard de notre salut s appelait le Calvaire, nom
qui signifie un Crane humain ; et la tradition de Jerusalem porte que c est en
ce lieu que fut enseveli le pere des homines et le premier pecheur. Les saints
Docteurs des premiers siecles ont conserve a 1 Iiglise la memoire d un fait si frap-
pant ; saint Basile, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint fipiphane,
saint Jerome, joignent leur temoignage a celui d Origene si voisin des lieux ;
et les traditions de 1 iconographie chretienne s unissant a celles de la piete,
on a de bonne heure adopte la coutume de placer, en m6moire de ce grand fait,
un crane humain au pied de 1 image du Sauveur en croix . (Dom Gueranger,
Annie liturgique, cinquieme section, page 541.)
Voici les quelques lignes que M. Champfleury consacre
a la complainte d Adam et Eve dans ses Chansons populaires
les provinces de France :
Dans un jardin convert de fleurs est une complainte qu une dame a entendu
chanter a un pauvre dans les environs de Montpellier. C est la complainte
dans toute sa naivete, avec ses mots touchants, avec sa musique douce et plain
tive, avec ses puerilites, avec ses beaux vers quelquefois, a-vec sa poesie, quoi
qu en disent les poetes .
M. Champfleury ne donne, dans son ouvrage, que les quatre
premiers des vingt-trois couplets que Ton va voir ci-dessous.
La melodic recueillie par M. Wekerlin et publiee dans le
i8o
CHANSONS POPULAIRES
meme ouvrage, est semblable, presque note pour note, a celle
que Ton chante en Canada.
Dans un jar - din couvert de fleurs, Plein de, dou-
ceurs, Dieu ere a 1 homme a son i - ma- ge. Ce beau
1 J. !> t
J
J
- f
i
jour - tait la preuve et le vrai ga - ge De son a-
mour.
Dans uu jardin couvert de fleurs,
Plein de douceurs,
Dieu crea 1 homme a son image.
Ce beau sejour
Stait la preuve et le vrai gage
De son amour.
Adam etait assis tout seul
Sous un tilleul,
Stant couche sur 1 herbe tendre,
Tranquillement,
Un doux sommeil vint le surprendre
Dans ce moment.
Pendant qu il dort, son Createur
Et son Auteur
Lui enl va doucement un cote
De son cote ;
En forma un charmante femme
Rare en beaute.
DU CANADA l8l
Adam la voyant, s ecria :
Ah ! la voila !
Ah ! la voila celle que j aime,
L os de mes os ;
Donnez-moi-la, bonte supreme,
Pour mon repos.
Adam, pere du genre humain,
Prit par la main
Eve, cette charmante belle,
Sa tendre epouse,
Devant Dieu se jette avec elle
A deux genoux.
Dieu benit ce couple charmant
Dans le moment.
Un berceau tissu de verdure
Fut leur logis ;
De fleurs j aime la bigarrure
De leur tapis.
Dieu prit Adam et le conduit
Aupres d un fruit,
Lui disant : Mon fils, prend bien garde
Ne touche pas
A ce beau fruit que tu regardes,
Grains le trepas.
De ce lieu je te fais le roi,
Tout est a toi.
Mais souviens-toi de ma defense
A 1 avenir,
Et respect 1 arbre de science,
D peur de mourir.
Adam prit Eve et lui montra
Cet arbre-la ;
I/ui disant : Mon epous cherie,
Garde-toi bien
De le toucher, je t en supplie,
Pour notre bien.
1 82 CHANSONS POPULAIRES
Ev s etant ecarte un jour,
Dans un detour,
Le serpent rencontra la belle
Et lui parla.
Le discours qu il eut avec elle
Cher nous couta.
- Salut a la divinite !
Rare beaute,
Perle sans prix, vivante image
Du souverain,
L ornement, le plus bel ouvrage
De ce jar din.
Je te ferai part d un secret
Dans ce bosquet :
J ai acquis de la connaissance
De ce beau fruit ;
Viens done, tu sauras la science
Qu il en produit.
Mange ce fruit delicieux,
Ouvre les yeux !
La friande cueillit la pomme :
Elle en mangea ;
Elle en porta a son cher homme
Qui s affligea.
- Ah ! malheureuse, d ou viens-tu ?
Je suis perdu !
Quel est ce fruit ? ou done est 1 arbre ?
Montre-le moi !...
Mon cceur devient froid comme marbre
Dis-moi pourquoi !
- Adam, Adam, entends ma voix,
Sors de ce bois !
Dis-moi done pourquoi tu te caches ;
Quelle raison...
Et ne crois-tu pas que je sache
Ta trahison ?
DU CANADA 183
- Mon Createur, j ai reconnu
Que j etais nu ;
Mais mon Auteur, mon divin Maitre,
En verite,
J ai honte de faire connaitre
Ma nudite.
- Approche-toi, monstre infernal,
Auteur du mal.
Si tu as detruit 1 innocence,
Dis-moi pourquoi !...
Je vais prononcer la sentence :
Ecoute-moi !
T as servi d organe au demon :
Point de pardon !
La terre pour ta nourriture
Tu mangeras ;
I/homme, dans sa juste colere,
T ecrasera.
Tu n as pas ecoute ma loi,
Femme, pourquoi ?
Mene une vie penitente ;
Dans ma rigueur,
Tu souffriras, lorsqu t enfant ,
De grand douleurs.
Adam, tu mangeras ton pain
Avec chagrin.
Va cultiver la terre ingrate ;
Sors de ce lieu !
Et n attends plus que je te flatte :
Je suis ton Dieu .
Je te fais mes derniers adieux
I/es larm s aux yeux,
Jardin charmant, heureux parterre !..
Quel triste sort !
Je m en vais cultiver la terre
Jusqu a la mort !
184 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Un ange vint le consoler
Et lui parler,
Lui annongant que le Messie
Viendrait un jour
Naitre de la Vierge Marie,
Pour leur amour.
Enfin le temps si desire
Est arrive.
Dieu touche de notre misere,
Envoie son Fils.
Et voila le fruit salutaire
Qu il a promis.
UN JOUR L ENVF M A PRIS DE DESERTER DE
FRANCE
Une fort belle chanson ; tres ancienne, tres militaire, et
partant toute fran^aise.
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Un jour ! en - vie m a pris De
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li 1 1 gl
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suis ar - re -
C e-tait pour Kii. par - ler.
Un jour 1 envi m a pris
(bis)
De deserter de France.
Dans mon chemin j ai rencontre
Ma charmante beaute ;
Je me suis arrete :
C etait pour lui parler.
Je vois venir, la-bas,
Ah ! cinq ou six gendarmes.
J ai mis mon habit bas,
Mon sabre-z-a la main ;
Je me suis battu la
Comme un vaillant soldat.
(bis)
1 86 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
lye premier que je tuai,
Ce fut mon capitaine. ( *
Mon capitaine est mort,
Et je m en souci fort ;
II est mort en ce jour :
Demain sera mon tour.
Us m ont pris, ils m emmenent, . ., . .
C est a la citadelle.
Mon proces fut juge
Par quatre grenadiers :
C est d etre fusille
Ou bien d etre tranche !
- Tirez-moi droit au cceur
Ou bien dans la cervelle.
Celui qui m aimera,
Droit au cceur tirera,
Pour me faire mourir
Sans me fair trop souffrir.
Ils 1 ont pris, ils I emmenent, , .
C est a la Place d Armes. (
Lui ont bande les yeux
Avec un mouchoir blanc...
Je me suis eerie :
La belle est sans amant !...
DANS PARIS YA-T-UNE BRUNE PLUS BELLE
QUE LE JOUR
Cette jolie legende se chante dans le midi de la France,
en patois provengal. (Voir les Chants populaires et histo-
riques de la Provence, recueillis et annotes par M. D. Arbaud,
page 133. vol. i.) On la chante aussi en langue frangaise
dans les departements de Fouest. Dans les versions donnees
par M. Bujeaud (La vielle d argent) et par M. Arbaud (Liseto),
les ravisseurs ne se font pas cavaliers mais mendiants, et aussi
un peu troubadours, car ils jouent d une vielle d argent ou
d une mole endoree. Le tout se termine avec 1 enlevement.
Le charmant couplet que nous chantons ici :
Si vous m aviez mariee
A 1 age de quinze ans, etc.
fait defaut dans les deux versions frangaises.
Notre air canadien, un des plus beaux et des plus carac-
teristiques de ce recueil, I emporte aussi de beaucoup sur
ceux de ces deux versions. II appartient au premier mode
authentique de la tonalite ancienne, ce qui n ote rien a
son merite.
. 1
Dans Pa - ris, ya- t-u-ne bru-ne Plus bell que le
!^
jour ; Sont trois bourgeois de la vil - le Qui lui font I a-
l88
CHANSONS POPULAIRES
J J J I j
5
mour, Qui lui font 1 a-mour, la lu - ret te, Qui lui
J
font 1 a - mour.
Dans Paris ya-t-une brune
Plus bell que le jour ;
Sont trois bourgeois de la ville,
Qui lui font 1 amour,
Qui lui font 1 amour, la lurette,
Qui lui font 1 amour.
Sont trois bourgeois de la ville
Qui lui font 1 amour.
Us se disaient 1 un a 1 autre :
Comment 1 aurions-nous ?
Comment, etc.
Us se disaient 1 un a 1 autre :
Comment 1 aurions-nous ?
Le plus jeun se mit a dire :
Moi je sais le tour.
Moi je sais, etc.
Le plus jeun se mit a dire :
Moi je sais le tour :
Je me f rai faire une selle
Avec tous ses atours.
Avec, etc.
Je me f rai faire une selle
Avec tous ses atours :
Et j irai de ville en ville
Toujours a son nom.
Toujours, etc.
DU CANADA 189
Et j irai de ville en. ville
Tou jours a son nom.
- Enseignez-moi done, mesdaraes,
Le chemin des grands.
lye chemin, etc.
- Enseignez-moi done, mesdames,
Le chemin des grands.
Allez, allez done, ma fille,
A ce pauvre passant.
A ce pauvre, etc.
Allez, allez done, ma fille,
A ce pauvre passant ;
Allez jusqu a la barriere :
Revenez-vous-en .
Revenez, etc.
Allez jusqu a la barriere :
Revenez-vous-en.
L,a fille etait jeunette,
Elle a te plus avant.
Elle a te, etc.
La fille tte etait jeunette,
Elle a te plus avant ;
Le galant qu est fort adroitte
Lui a donne la main.
Lui a donne, etc.
Le galant qu est fort adroitte
Lui a donne la main ;
II la prit et il 1 emmene
Sur son cheval blanc.
Sur son cheval, etc.
II la prit et il I emmene
Sur son cheval blanc ;
19 CHANSONS POPULAIRES
Le cheval blanc qui les mene
Va plus raid que le vent.
Va plus raide, etc.
lye cheval blanc qui les mene
Va plus raid que le vent.
- Adieu pere et adieu mere,
Adieu tons mes parents !
Adieu, etc.
Adieu pere et adieu mere,
Adieu tous mes parents !
Si vous m aviez mariee
A 1 age de quinze ans...
A l age, etc.
Si vous- m aviez mariee
A l age de quinze ans,
Je ne s rais point dans la ville
Avec tous ces brigands.
Avec tous, etc.
Je ne s rais point dans la ville
Avec tous ces brigands...
- Je n suis point brigand, la belle,
Je suis votre amant.
Je suis, etc.
Je n suis point brigand, la belle,
Je suis votre amant.
Versez, versez, dans mon verre,
Dans mon verr , du vin.
Dans mon verre, etc.
Versez, versez, dans mon verre,
Dans mon verr , du vin.
A la sante de la belle
Et de son amant.
Et de son, etc.
DU CANADA
A la sante de la belle
Et de son amant ;
A son pere et a sa mere
Et a tous ses parents.
Et a tous ses parents, la lurette.
Et a tous ses parents.
PAR DERRIERE CHEZ MA XANTE YA-T-UN
ARBRE PLANTE
J avoue que j ai eu quelque mal a saisir le rythme et
le mode de cette melodic etrange, promenee par une voix
nasillarde et saccadee sur les degres vermoulus de 1 an
tique echelle gregorienne. Grace a 1 inter valle de seconde
majeure descendante, entre si et la, quatorzieme mesure,
la melodic qui deja n appartenait pas au mode mineur, a
cause de 1 absence de note sensible, s en eloigne encore da-
vantage. Mais voici une nouvelle etrangete. Le musicien
remarquera que la note fa est alteree par un diese, dans la
onzieme mesure. II y a ici modulation ; ou plutot, pour
parler le vieil langage d autrefois, il y a muance, c est-a-dire
transposition passagere d un mode a un autre. Cette me
lodic appartient done au premier mode authentique (premier
ton), avec muance dans le quatrieme mode authentique ou
dans le quatrieme mode plagal (septieme ou huitieme ton).
Ces couplets se chantant dans le Saintonge, 1 Angoumois,
1 Aunis et le Poitou, en frangais et en patois. Les airs
francais sont differents du notre.
j ; i j
Par der - rier chez ma tant Ya - t-un ar-
3E 1 K
= "ft 7
r^ j_i j b-j
^=1
> J J
i f-^
a
I * ! * J
1 1 J
ir a
1 1
bre plan - te ; Dans la plus hau - te branch Trois
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
193
J | J] J | J.
pi geons sont bran - ches.
Vi - ve le ro sier
, J J
K-
1 1
i i 5
( y j J
Du jo
=r=i
- li m
i J: J
sis de mai.
Par derrier chez ma tante
Ya-t-un arbre plante ;
Dans la plus haute branche
Trois pigeons sont branches.
Vive le rosier
Du joli mois de mai.
Dans la plus haute branche
Trois pigeons sont branches ;
Ce sont trois demoiselles
Qui leur port nt a manger,
Vive le rosier, etc.
Ce sont trois demoiselles
Qui leur port nt a manger ;
Un leur porte du seigle,
L autre, du bled pile.
Vive le rosier, etc.
Un leur porte du seigle,
L autre, du bled pile ;
L autre leur porte a boire
Dans un bassin dore.
Vive le rosier, etc.
L autre leur porte a boire
Dans un bassin dore.
Le roi, par la fenetre,
Les regardait passer.
Vive le rosier, etc.
Le roi, par la fenetre,
Les regardait passer :
805 B
194 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
- Ou vont-ell s, ces trois dames ?
Ou vont-ell s s promener ?
Vive le rosier, etc.
Ou vont-ell s, ces trois dames ?
Ou vont-ell s s promener ?
- Nous ne somm s point des dames,
Somm s fill s a marier.
Vive le rosier, etc.
Nous ne somm s point des dames,
Somm s fill s a marier.
Le roi prit la plus jeune,
Dans la dans 1 a menee.
Vive le rosier, etc.
Le roi prit la plus jeune,
Dans la dans 1 a menee ;
A chaque tour de danse
II voulait 1 embrasser.
Vive le rosier, etc.
A chaque tour de danse
II voulait 1 embrasser :
- Allez, allez, beau prince,
Allez plus loin chercher.
Vive le rosier
Du joli mois de mai.
J AI TROP GRAND PEUR DES LOUPS
Ce refrain et cette melodie s adaptent a plusieurs autres
chansons. C est la un genre de transposition assez a la
mode a la campagne : ainsi on entend souvent chanter A
la claire fontaine sur 1 air et avec le refrain de Gai Ion la,
gai le rosier... etc., etc. J ai trop grand peur des loups est
une chanson bien connue dans les environs de Quebec. On
la chante aussi dans le Poitou, en France. L air poitevin
est le meme que le notre.
i
M en re - ve - nant de la Ven - dee,
-1<V\ ""
* 2
2 r.
at
.
M en re - ve-nant de la Ven - dee, Dans mon chemin j ai
j}*f f 1 1
^ 1
s
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S
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-SU *
J
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- J
m
r r -!
ren - con - tre"... Vous m a - mu - sez tou - jours ;
^
J
Jamais je m en i - - rai chez nous: J ai trop grand peur
idta
des loups.
M en revenant de la Vendee, (bis)
Dans mon chemin j ai rencontre...
Vous m amusez tou jours ;
Jamais je m en irai chez nous :
J ai trop grand peur des loups.
196 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Dans mou chemin j ai rencontre, (bis)
Trois cavaliers fort bien montes.
Vous m amusez, etc.
Trois cavaliers fort bien montes, (bis)
Deux a cheval et 1 autre a pied.
Vous m amusez, etc.
Deux a cheval et 1 autre a pied ; (bis)
Celui d a pied m a demande...
Vous m amusez, etc.
Celui d a pied m a demande : (bis)
- Ou irons-nous ce soir coucher ?
Vous m amusez, etc.
Ou irons-nous ce soir coucher ? (bis)
- Chez nous, monsieur, si vous voulez
Vous m amusez, etc.
- Chez nous, monsieur, si vous voulez ; (bis)
Vous y trouv rez un bon souper.
Vous m amusez, etc.
Vous y trouv rez un bon souper, (bis)
Et de bons lits pour vous coucher.
Vous m amusez, etc.
Et de bons lits pour vous coucher. (bis)
Ives cavaliers ont accepte.
Vous m amusez toujours ;
Jamais je m en irai chez nous :
J ai trop grand peur des loups.
J AI VU LE LOUP, LE R NARD PASSER
Ce refrain est connu par tout le pays. II doit etre con-
se"quemment d une certaine anciennete. Comme le precedent,
on 1 ajuste sou vent a d autres couplets.
t.
4 Li
J ai vu le loup, le r nard et le lie 1 - vre,
FIN.
J ai vu le loup, le r nard pas - ser. M en re- ve- nant de
f
la Yen - dee, J ai vu le loup, le r nard pas - ser.
J
E c r c. tt
Dans mon che-min j ai rencon - tre.... J ai vu le loup, le
r nard pas - ser.
(Pour les autres paroles, voir J ai trap grand peur des loups).
JE LE MENE BIEN MON DEVIDOI !
Lord Dalhousie, qui gouverna le Canada de 1820 a 1828,
passait d ordinaire les etes a Sorel, d ou il faisait de frequen-
tes excursions, en chaloupe, dans le pays environnant. Son
elegante embarcation etait montee par des bateliers portant
un joli costume, la plupart anciens voyageurs du Nord-
Ouest, rompus au metier, et, de plus, excellents chan-
teurs.
M. G**, du comte de Maskinonge, de qui j ai recueilli
Je le mene bien mon devidoi , me dit 1 avoir entendu chan
ter, par ces bateliers, un jour que le gouverneur et son joyeux
entourage remontaient une des rivieres qui se jettent dans
le lac Saint-Pierre. II me semble, me dit-il, voir encore
leurs fines rames peintes en rouge s abaisser et se relever en
cadence, et entendre leurs voix sonores :
Je le mene bien ;
Je le mene droit ;
Je le mene bien
Mon devidoi ! . . .
Voix seule, reprise en chceur.
^
m
Mon per n a - vait fil - le que moi, Je le me ne
Voix seule.
^
^
^
bien mon de- vi - doi ! En - cor sur la mer il m en-
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Voix seule, reprise en chceur.
199
voi , Moi-z-et moi ! Je le me- ne bien ; Je le me - ne
droit ! Je le me-ne bien Mon de - vi - doi !
(Pour les autres couplets, voir Ctcilia.)
M EN REVENANT DE SAINT-ANDRE
Cette melodic appartient au premier mode authentique
de la tonalite ancienne, et n est pas en mi mineur comme
on pourrait le supposer tout d abord. En effet, la note do
qui descend au si, dans la dixieme mesure, etant diese, il
y a intervalle de ton entier entre les deux notes ; or, dans
la gamme descendante du mode mineur, il ne doit y avoir
qu un intervalle de demi-ton entre le sixieme et le cinquieme
degre.
Mais la finale de ce premier mode authentique devrait
etre re ; ici elle est mi P - - La melodic, le mode, si on 1 aime
mieux, est en effet hausse d un ton ; mais c est la une simple
transposition, comme j en ai deja fait souvent dans ce travail,
et que les musiciens comprendront aisement. Ils compren-
dront aussi que la clef, qui ne serait armee que d un seul
diese si la melodie etait en mi mineur, doit etre ici armee
de deux dieses, pour mettre les differents degres du mode
antique dans une position analogue a celle qu ils occupe-
raient s ils etaient places un ton plus has, - - a leur place
naturelle, - - et sans aucun signe d alteration a la clef.
fit
M en re - ve - nant de Saint- An dre, J ai vu le
/
loup, le r nard pas - ser, Dans mon che - min j ai ren - con-
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
201
t tl^
tr6... Ou, ouah ! Son p tit pe - - ta - pe, J ai vu le
f
c
>
loup, le r nard, le lie - vie, J ai vu le loup, le r nard pas-
ser.
(Pour les autres paroles, voir J ai trop grand peur des loups.)
C EST DANS PARIS YA-T-UNE BRUNE
II s agit d une pauvre fille prise de vanite ($a se rencon
tre), et qui va se confier a un apothicaire dont les prescriptions
ne manquent pas de perfidie.
La melodic est bien ; la forme des vers, passable ; la morale,
excellente.
Ces couplets se chantent dans 1 ouest de la France. L air
francais differe completement du notre, mais les paroles
off rent a peine quelques legeres variantes. L expression
matin jour se trouve aussi dans la version fran9aise.
7^
/ J
J
=^=f
*=*=
-f
C est dans Pa - - ris
ya- t-u ne brun
4*=
-f ;
-, f ?
f ar
W ^ r 1
M*~~
-C 1
-. \t
i
-V-4
~^T-
==J
L. *. \
r r
Qui est plus bel - le que le jour. Mais elle a-
J I J J J
jj m f
HE
vait u - - ne ser - van- te Qu au - rait, qu au-rait vou-
1* J , 1
i T 1 ^ i~n
r h~"
I I T 1 l
35 ^
1 r 1
-f ^~
: i "fi ;
d 1
lu
tre aus - si bell que sa mai - tres - se
A. \
N
-<
Mais ell n a pu.
C est dans Paris ya-t-une brune
Qui est plus belle que le jour.
Mais elle avait une servante
Qu aurait, qu aurait voulu
(bis)
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 2O3
litre aussi bell que sa maitresse :
Mais ell n a pu.
Ell s en va chez 1 apothicaire : 1 ,,.
- Combien vendez-vous votre fard ? J
- Nous le vendons par demi-onces :
C est deux, c est deux ecus.
- Pesez-moi-z-en un demi-once :
Voila 1 ecu.
Ouand vous serez pour vous farder, ]
} (its)
rrenez bien garde de vous mirer...
Vous eteindrez votre chandelle...
Barbouil... barbouillez-vous ;
Le lendemain vous serez belle
Comme le jour.
Le lendemain, au matin jour, 1 ,, . .
La belle a mis ses beaux atours ; j
Elle a mis son beau jupon vert,
Son blanc, son blanc mantelet,
Pour aller faire un tour en ville,
S y promener.
Dans son chemin, a rencontre ) ,, . .
Son joli tendre cavalier. j
- Ou allez-vous, blanche coquette,
Tout noir tout barbouillee ?
Vous avez la figur plus noire
Que la ch minee !
Ell s en r tourne a 1 apothicaire :
*,r J
Monsieur, que m avez-vous vendu
- Je vous ai vendu du cirage
Pour vos, pour vos souliers :
Q appartient pas une servante
De se farder.
VARIANTS :
Je vous ai vendu, blanche coquette,
Du noir, du noir a fumee :
appartient pas une servante
De se farder.
PAPILLON TU ES VOLAGE
Ce dialogue de deux amants qui se boudent ne manque
pas de piquant. II y a beaucoup de froideur dans ce Mon
sieur, ce Mademoiselle... Le beau role, reste evidemment a
la jeune fille. Son apostrophe au papillon est tout a fait
charmante.
J ir r. e i g c
f
Pa - pil - Ion, tu es vo - la- ge ! Tu res - semble a mon a-
J
r
r f
mant. L amour est un ba-di - na- ge, L amour est un pas - se-
J
temps ; Quand j ai mon a - mant J ai le coeur con - tent.
Papillon, tu es volage !
Tu ressemble a mon amant.
Iv amour est un badinage,
L amour est un passe-temps ;
Quand j ai mon amant
J ai le coeur content.
Croyez-vous, mademoiselle,
Que je viens ici pour vous ?
J en ai d autre , a ma demande,
Qui sont plus belles que vous.
Croyez-moi, mam zelle,
Je me ris de vous.
- Monsieur, pour d ingratitude,
Votre coeur n en manque pas :
Vous avez sou vent 1 habitude,
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 2O5
Bien souvent changer d appas.
Croyez-moi, monsieur,
N y revenez pas.
- Croyez-vous, mademoiselle,
Que je pens de revenir ?
J estim mieux vider bouteille
Avec un de mes amis.
Adieu mes amours !
Adieu mes plaisirs !
Si Tamour avait des ailes
Comme toi, beau papillon,
II irait de ville en ville
Pour rejoindre mon amant,
Lui faire assavoir
De mes compliments.
NOUS ETIONS TROIS CAPITAINES
Une des chansons favorites des eleves du college de Ni-
colet, -- du moins, autrefois. Elle n etait jamais oubliee dans
les jours de liesse, mais surtout au retour des longues prome
nades du jeudi.
Pourquoi ces couplets si gais se chantent-ils dans le mode
mineur ? Dans tous les pays, a dit Chateaubriand, le chant
naturel de I homme est triste, lors meme qu il exprime le
bonheur. Notre cceur est un instrument incomplet, une
lyre ou il manque des cordes, et ou nous sommes forces de
rendre les accents de la joie sur le ton consacre aux soupirs .
Les reprises en chaur.
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gucr - re re - ve - nant Bra- ve - ment.
Nous etions trois capitaines (bis)
De la guerre revenant,
Brave, brave,
De la guerre revenant
Bravement.
Nous entram s dans une auberge : (bis)
Hotesse, as-tu du vin blanc ?
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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 207
Brave, brave,
Hotesse, as-tu du vin blanc ?
Bravement.
Oui, vraiment, nous dit 1 hotesse ; (bis)
J en ai du rouge et du blanc,
Brave, brave,
J en ai du rouge et du blanc,
Bravement.
Hotes , tire-nous chopine, (bis)
Chopinette de vin blanc,
Brave, brave,
Chopinette de vin blanc,
Bravement.
Quand la chopine fut bue, (bis)
Nous tiram s trois ecus blancs,
Brave, brave,
Nous tiram s trois ecus blancs,
Bravement.
- Grand merci ! nous dit 1 hotesse, (bis)
Revenez-y done souvent,
Brave, brave,
Revenez-y done souvent,
Bravement.
JE N AI PAS DE BARBE AU MENTON, MAIS IL
M EN VIENT
Si 1 heroine de ces couplets se montre bien irreverencieuse
envers son pere, la melodic sur laquelle se chante sa rebellion
n est pas moins irreverencieuse envers les regies de 1 art
musical.
II est vraiment curieux pour un musicien d entendre chan
ter avec tant d aisance et de naturel, par des voix campa-
gnardes, ces melodies qui s eloignent tant des regies etablies.
J ai vu dernierement un musicien (un musicien avance) aux
prises avec quelques melodies populaires aussi caracteristiques
que celle-ci, et qu il se faisait fort d harmoniser sans bron-
cher. II en faisait de belles !... De guerre lasse, et pour
se consoler de son impuissance, il se leva du clavier en disant
avec un beau dedain : c est du plain chant !
Plusieurs variantes de cette chanson se chantent a la
Rochelle et dans le Bas-Poitou.
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Mon pere a fait ba - - tir mai - son, Mon pere a
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Je n ai pas de barbe au men ton Mais il m en vient.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 2OQ
Mon pere a fait batir maison ; (bis)
L a fait batir su 1 bout d nn pont.
Le beau temps s en va,
Le mauvais revient ;
Je n ai pas de barbe au menton
Mais il m en vient.
L a fait batir su 1 bout d un pont. (bis)
- Mon pere faites-moi-z-un don.
Le beau temps s en va, etc.
Mon pere faites-moi-z-un don ; (bis)
Donnez-moi done votre maison.
Le beau temps s en va, etc.
Donnez-moi done votre maison. (bis)
- Ma fille, promettez-moi done...
Le beau temps s en va, etc.
Ma fille promettez-moi done (bis)
De n jamais aimer les garsons.
Le beau temps s en va, etc.
De n jamais aimer les gar?ons. (bis)
- J estim rais mieux que la maison...
Le beau temps s en va, etc.
J estim rais mieux que la maison (bis)
Serait en cendre et en charbons.
Le beau temps s en va, etc.
Serait en cendre et en charbons, (bis)
Et vous mon per sur le pignon.
Le beau temps s en va, etc.
14 805 B
2IO CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Et vous mon per sur le pignon : (bis)
Vous vous chaufferiez les talons.
l,e beau temps s en va,
Le mauvais revient ;
Je n ai pas de barbe au menton
Mais il m en vient.
JE N AI PAS DE BARBE AU MENTON
(Autre air).
On chante aussi Je n ai pas de barbe au tnenton sur 1 air
note ci-dessous et qui n est autre que 1 air not page 84,
mais un peu raccourci.
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Mon pere a fait ba - tir maison, Je n ai pas de barbe
C 6 r U E B t C I C & J
au men-ton, L a fait ba - tir su 1 bout d un pont Le beau
temps s en va, Le mau
vais re - vient. Je n ai pas de barbe
au men - ton Mais il m en vient.
J AI PERDU MON AMANT
Deux sortes de rythme nous sorit familiers ; Tun appele
poetique, qui se combine avec la mesure ; 1 autre appele
prosa ique ou oratoire, qui n est entrave par aucune mesure
et qui est le rythme propre du plain-chant. J examinerai
plus loin, avec le lecteur, le caractere particulier de ces deux
especes de rythme. En attendant, que Ton veuille bien
remarquer ici que le rythme de la melodic notee ci-apres
se refuse completement aux exigences d une mesure uni-
forme, et que quelquefois meme il semble vouloir s affranchir
de toute mesure pour se rapprocher du rythme oratoire.
J ai recueilli cette chanson dans le comte de Maskinonge,
et ne 1 ai entendu chanter nulle part ailleurs.
J ai sou vent remarque que les melodies du peuple qui of-
frent le plus de contradictions avec les lois etablies, sont
d ordinaire les moins universellement connues, surtout dans
les villes. Elles semblent s etre retirees dans les bas-fonds
populaires, si je puis m exprimer ainsi, - - la ou Fart moderne
ne peut avoir que difficilement acces.
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J ai per - du mon a - mant Et je m en sou - ci
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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
213
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vn.
J ai perdu mon amant
Et je m en souci guere ;
Le regret que j en ai
Sera bientot passe.
Je porterai le deuille
D un habit de satin :
Je verserai des larmes
De vin.
Amant, que j t ai done fait
Qui puiss tant te deplaire ?
Est-c que j tai pas aime
Comm tu 1 as merite ?
Je t ai aime, je t aime,
Je t aimerai toujours.
Pour toi mon coeur soupire
Toujours.
La maison de chez nous
C est un lieu solitaire :
On n y voit pas souvent
Divertir ses amants.
Pour des amants qu on aime,
Qu on aim si tendrement,
On aimerait les voire
Souvent.
- Si j etais hirondelle,
Vers toi, bell demoiselle,
Par derrier ces rochers
214 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
J irais prendr ma voice.
Sur votre main, la belle,
J irais me reposer,
Pour raconter la peine
Que j ai.
VOICI LE TEMPS ET LA SAISON
J ai chante cette melodie a un citadin, qui 1 a trouvee tres
monotone et tres laide. Monotone, oui ; laide, cela depend.
Cette melodie (qui appartient au second mode du plain-
chant) est de celles qui n ont de beaut e que dans la bouche
des gens de la campagne. II y a quelque chose de triste
et de doux dans la voix des campagnards qui donne un
charme tout particulier a ces airs monotones dans lesquels
semble se refleter toute leur existence. II en est des voix
des habitants de la campagne comme de leurs yeux. Leurs
regards, accoutumes a embrasser 1 horizon immense et des
scenes uniformes, ont une quietude, un calme, une mono-
tonie si Ton veut, que Ton ne rencontre jamais chez les ha
bitants des villes.
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ne s sont Ion - - gues, Ah ! vrai, que les jour-ne s sont
Ion - - gues !
Voici le temps et la saison (bis)
Ah I vrai, que les journees sont longues ! (bis)
Les amoureux ont bien le temps (bis)
D s en aller voir leurs jolies blondes, (bis)
2l6 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Et moi qui suis dans les prisons, (bis)
Je ne peux aller voir la mienne. (bis)
Ma mignonne a de blonds cheveux, (bis)
Qui lui vont jusqu a la ceinture. (bis)
Mon amant, il n est pas ici : (bis)
II est la-bas, dans ce navire. (bis)
- La belle, le connaissez-vous (bis)
Par son beau chant et son beau rire ? (bis)
La belle, voulez-vous yaller ? (bis)
Je vais aller vous y conduire. (bis)
La belle a eu le pied leger, (bis)
Dans le navir s est embarquee. (bis)
Quand ils fur nt a cent lieues sur mer, (bis)
Une tempet s est elevee. (bis)
Le navire a coule au fond ; (bis)
Le beau avec sa mie. (bis)
Le contre-maitre s est sauve (bis)
Dedans sa chaloupe jolie. (bis)
PETIT ROCHER DE LA HAUTE MONTAGNE
La complainte que Ton va lire a ete" composee dans des
circonstances vraiment extraordinaires qui meritent d etre
connues du lecteur. On me saura gre de reproduire ici la
belle narration qu a faite M. J. C. Tach des evenements qui
ont precede et accompagne la mort du vaillant coureur de
bois, heros et auteur de ces couplets.
En remontant la grande riviere des Outaouais, on ne manque pas de s arreter
au Petit rocher de la haute montagne qui est au milieu du portage des Sept-chutes,
en has de 1 Ile du Grand calumet : c est la qu est la fosse de Cadieux dont
tout le monde a entendu parler.
Chaque fois que les canots de la compagnie passent au Petit Rocher, un
vieux voyageur raconte aux jeunes gens 1 histoire de Cadieux ; les anciens voya-
geurs qui 1 ont deja entendu raconter aiment toujours a 1 entendre, quand ils
ne la redisent pas eux-memes. Cette fois-la, ce fut le vieux Morache, un ancien
guide, qui nous deroula le r6cit des aventures de Cadieux.
Cadieux 6tait un voyageur-interprete marie a une Algonquine : il passait d or-
dinaire 1 hiver a la chasse, et l 6te il traitait avec les sauvages, pour le compte
des marchands. C etait au temps des dernieres expeditions des Iroquois :
Cadieux avait passe la saison de chasse au portage des Sept-Chutes ou il etait
cabane avec quelques autres families : on etait au mois de mai, et Cadieux
attendait des sauvages de 1 Ile et des Courte-Oreille (i), qui devaient descendre
en mSme temps que lui jusqu a Montreal avec des pelleteries.
La plus grandje tranquillite regnait dans les cabanes du Petit-Rocher, lorsqu un
bon jour un jeune sauvage, qui etait alle roder autour des rapides et en bas du
portage, arriva toutessouffle au milieu des families dispersees autour des cabanes,
en criant : Nattaoue ! Nattaoue ! Les Iroquois ! Les Iroquois !
En effet un parti de guerre iroquois 6ta.it, en ce moment, a environ une lieue
en bas du portage des Sept-Chutes : ils savaient que c etait le temps ou les
canots descendaient la Grande-riviere venant des pays de chasse, et ils voulaient
faire coup.
II n y avait qu un seul moyen d echapper, c etait de tenter de sauter les rapides,
chose a peu pres inoui e ; car, comme le disait le vieux Morache, ils ne sont
pas drus les canots qui sautent les Sept-chutes !
Mais ce n etait pas tout cependant, il fallait encore que quelqu un restat
sur place pour operer une diversion, attirer les Iroquois dans le bois et les
empecher ainsi, une fois engages dans le portage, de connaitre ce qui etait arrive.
Pour qui sait ce que c etait que les Iroquois dans ce temps-la, il sera facile de
comprendre que, sans pareil stratageme, 1 examen des traces toutes fraiches
Iaiss6es par les families les cut fait de suite partager en deux bandes, dont 1 une
cut remonte et 1 autre descendu la riviere, a la poursuite des fugitifs.
(1) Outaouais.
2l8 CHANSONS POPULAIRES
Cadieux, comme le plus capable et le plus entendu de tous, se chargea de
la perilleuse mais genereuse mission, prenant avec lui un jeune Algonquia
dans le courage et la fidelite duquel il avait une parfaite confiance. Leur but
atteint, Cadieux et son compagnon se proposaient de prendre le chemin le plus
sur pour rejoindre leurs gens, qui devaient envoyer a leur rencontre en cas d un
trop long retard.
On leva les cabanes : une fois les preparatifs faits, Cadieux et son jeune
compagnon arm.es de leurs fusils, haches et couteaux, munis de quelques provi
sions, partirent pour aller au-devant des Iroquois. II etait convenu que les
canots laisseraient le couvert de la rive et se lanceraient dans les rapides, ds
qu on aurait entendu le rapport d un ou plusieurs coups de fusils dans la direc
tion du portage,
Une heure ne s etait pas ecoulee qu un coup de fusil retentit, suivi bientot
d un autre, puis de plusieurs. Pendant cette lutte, au bruit des detonations,
les canots, engages dans les terribles courants, bondissaient, au milieu des
bouillons et de 1 ecume, plongeaient et se relevaient sur la crete des vagues qui
les emportaient dans leur course. Les habiles canotiers, femmes et hommes,
aux deux bouts de chaque canot, regularisaient leurs mouvements, evitaient
les pointes acerees des rochers, et tenaient, avec leurs avirons, ces freles cassots
d fcorce dans les filets d eau propices, indiques par 1 etat de la surface des ondes
et la forme des courants.
On s etait, en partant, recommande a la bonne sainte Anne et on priait
de coeur tout le temps.
- Je n ai rien vu dans les Sept-Chutes, disait dans la suite la femme de Ca
dieux, qui etait une pieuse femme, je n ai rien vu qu une Grande Dame Blanche
qui voltigeait devant les canots et nous montrait la route !
Les canots furent sauves et rendus en peu de jours hors del atteinte des enne-
mis au Lac-des-Deux-Montagnes. Mais que faisaient Cadieux et son sauvage
pendant tout ce temps, et que devinrent-ils ? Voici ce qui s etait passe, comme
on 1 a su plus tard de quelques Iroquois et des gens envoyes au-devant du brave
interprete.
Cadieux avait d abord laisse les Iroquois s engager dans le portage. Apres
avoir choisi 1 endroit le plus favorable pour les tenir hors de la vue de la riviere,
il s etait place en embuscade a petite portee du sentier, bien cache dans d epaisses
broussailles : il avait de meme embusque son sauvage a quelques arpents
plus haut, pour faire croire a la presence de plusieurs partis une fois 1 affaire
en train.
Cadieux laissa passer les eclaireurs iroquois, qui furetaient de Pceil les bords
du sentier, et les premiers guerriers porteurs des canots, jusqu a ce que, les
ennemis ayant atteint 1 endroit occupe par le jeune Algonquin, il entendit le
coup de feu de celui-ci et le cri d un ennemi atteint.
Les Iroquois ainsi subitement attaques bondirent de surprise et firent halte
a 1 instant ; mais avant meme que les porteurs ne se fussent delivres de leurs
charges, un second coup de fusil, tire par Cadieux au milieu du convoi, abattit
un second geurrier.
II est probable que Cadieux avait donne rendez-vous a son sauvage dans
une espece de petite savane peu eloigne du portage ; car c est vers cet endroit
que tous deux se dirigerent, en faisant avec succes le coup de feu a 1 abri des
taillis.
DU CANADA 2IQ
Les avantages avec lesquels les deux braves faisaient la guerre a leurs nom-
breux ennemis n empechdrent pas, Dependant, le jeune algonquin de tomber
sous leurs coups : II ne rejoignit pas Cadieux au lieu du rendez-vous ; mais il
vendit cherement sa vie.
Pendant trois jours les Iroquois battirent la foret pour retrouver les traces
des families, ne s imaginant pas meme qu ils eussent pu entreprendre la descente
des rapides ; pendant trois jours aussi, ils traquerent le brave voyageur dans
les bois. Trois jours et trois nuits qui furent sans sommeil et sans repos pour
le malheureux Cadieux ! Au bout de ce temps les envahisseurs, desesperant
de rejoindre les families et de se rendre mattre de leur imprenable adversaire,
convaincus du reste qu ils etaient frustres du fruit de leur expedition, remi-
rent leurs canots a 1 eau pour redescendre la Grande-riviere.
Plusieurs jours s etaient ecoules depuis le depart des families du Petit-
rocher, on avait eu connaissance du retour des Iroquois, et Cadieux n etait
pas encore arrive : trois hommes partirent done, pour aller a la rencontre de
1 interprete et de son compagnon. Ces trois voyageurs remonterent 1 Outaouais
jusqu au Portage-du-fort sans trouver de traces de quoi que ce fut ; la ils com-
mencerent a observer les marques du passage des Iroquois et plus haut des
signes qu ils reconnurent comme indiquant que leur ami avait sejourne dans
le voisinage.
Quand, arrives au portage des Sept-chutes, ils trouverent un petit abri construit
de branches qui paraissait avoir etc abandonne : ils resolurent de pousser un peu
plus loin leurs recherches, pensant que Cadieux et son camarade avaient peut-
etre etc obliges de remonter la riviere, pour prendre refuge chez les sauvages
de Tile.
Deux jours plus tard, c etait le treizieme depuis la separation de Cadieux
et des families, ils revinrent sur leurs pas apres avoir consulte des sauvages
qu ils rencontrerent, certains que leurs deux amis etaient rendus au Lac-des-
Deux-Montagnes ou morts.
En repassant de nouveau pres du Petit-rocher, ils ape^urent de loin, sur le
bord du sentier du portage, a cote de la petite loge qu ils avaient cru abandonn6e
quelques jours auparavant, une croix de bois dont ils s approcheSrent avec un
respect mele d un etonnement etrange.
La croix etait plantee a la tete d une fosse, a peine creusee dans le sol, et
dans cette fosse gisait le corps encore frais de Cadieux, a denai enseveli dans
des branches vertes. Les mains du mort etaient jointes sur sa poi trine, sur
laquelle reposait un large feuillet d ecorce de bouleau couvert d ecriture.
Les voyageurs prirent cette ecorce qui devait leur reveler le mystere de la
mort de leur ami et leur en expliquer les circonstances extraordinaires ; celui
d entre eux qui savait lire lut les ecritures confiees a ce papier des bois et les
relut plusieurs fois, en face du cadavre a peine refroidi du brave Cadieux.
De tout ce qu ils voyaient et de ce qui etait ecrit sur cette ecorce, les voyageurs
conclurent que le pauvre Cadieux, le cerveau epuise par la fatigue, les veilles,
1 inquietude et les privations, avait fini, comme c est presque toujours le cas
dans ces circonstances, par errer a 1 aventure jusqu a ce qu il fut revenu a 1 en-
droit meme d oii il etait parti : qu une fois la il avait vecu saws dessein (i),
(1) Sans dessein est la traduction d une expression sauvage qui veut dire : sans
plan arretfe, sans souci, sans soin, sans but particulier, sans signification connue.
22O CHANSONS POPULAIRES
selon 1 expression du vieux Morache, pendant quelques jours, se nourrissant
de fruits et d un peu de chasse, sans faire de feu dans sa petite loge de crainte
des Iroquois, allant s affaiblissant de jour en jour : que lors de leur passage dans
ce lieu, deux jours auparavant, il les avait reconnus, apres examen ; mais que
1 emotion de la joie avait produit sur lui un choc tel qu il resta sans parole et
sans mouvement : qu apres leur depart, enfin, ayant perdu tout espoir, se sen-
tant pres de mourir et retrouvant un peu de forces dans ces moments solennels,
il avait, aprds avoir 6crit ses derniers adieux au monde des vivants, fait les
preparatifs de sa sepulture, mis sa croix sur sa tombe, s etait place dans sa fosse
et avait amonce!6, de son mieux sur lui, ces branches dont son corps etait re-
couvert, pour attendre ainsi dans la pridre la mort, qu il comprenait ne pas devoir
tarder a venir.
Cadieux 6tait voyageur, poete et guerrier ; ce qu il avait ecrit, sur 1 ecorce
dont il est parle, etait son chant de mort. Avant de se coucher dans cette
froide tombe du portage des Sept-chutes, I imagination de celui qui avait
tant vecu avec la nature s etait exaltee, et, comme il avait coutume de
composer des chansons de voyageur, il avait ecrit sur ce feuillet des bois son der
nier chant (i).
II s adresse d abord, dans cette complainte de la mort, aux etres qui 1 en-
tourent pour leur annoncer sa fin prochaine et ses regrets de quitter la vie ;
puis il parle de ses souffrances, des inquietudes qu il eprouve pour les families
qu il reunit ensemble, dans sa sollicitude, sous le nom collectif d amis. II
parle de ses terribles apprehensions a la vue de la fumee d un campement prds
de sa loge, de son trop grand contentement de reconnaitre des visages fran9ais,
de son impuissance a. les appeler et a s elancer vers eux, de leur depart sans
s tre apercu de sa presence, et de sa desolation.
Cadieux voit un loup et un corbeau venir flairer son corps malade ; par un
retour de gaiete de chasseur et d orgueil de guerrier des forets, il menace, 1 un
de son fusil et dit a 1 autre d aller se repaitre des corps des Iroquois qu il
a tues.
II charge ensuite le rossignol, compagnon de ses nuits sans sommeil, d aller
porter ses adieux a sa femme et a ses enfants qu il a tant aimes ; enfin, comme
un bon chretien qu il est, il se remet entre les mains de son Createur et se re-
commande a la protection de Marie.
Des voyageurs ont pretend u que Cadieux ne savait pas ecrire, et que le
fait de ce chant ecrit sur de 1 ecorce ne pouvait etre, par consequent, que le
resultat d un miracle ; mais Cadieux, sans etre instruit, savait ecrire comme
tous les interpretes de ce temps-la. Tou jours est-il que la chose a ete vue comme
elle est racontee.
Les trois Canadiens pleurerent en lisant sur 1 ecorce ce chant de mort du
brave Cadieux. Us consoliderent la croix de bois, remplirent la fosse qui con-
tenait les restes de cet homme fort, eleverent un tertre sur cette tombe solitaire
et prierent pour le repos de Tame de leur ami.
L 6corce sur laquelle etait ecrite la complainte de Cadieux fut apportee au
poste du Lac : les voyageurs adapterent un air approprie a ce chant si caracte-
(1) On 6crit sur l 6corce de bouleau, aprfis avoir enleve quelques feuillets interieurs,
au moyen d une pointe ou stylet quelconque d os ou de metal.
DU CANADA
22 1
ristique de la rude vie de chasseur et de guerrier des bois, si etonnant par les
idees et si digne de rcmarque a cause des circonstances de sa composition (i).
M. Houde, ancien depute, qui a longtemps voyage sur
1 Ottaoua, et qui a passe, lui-meme, plus de cent fois au
tombeau de Cadieux, m a chante la premiere version de
1 air note ci-apres. La seconde version m a ete chantee par
un voyageur de Sorel.
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Pe M ro - cher de la hau te mon - ta gne,
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Ah ! doux e chos, en - tendez mes sou - pirs ;
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AUTRE VERSION :
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Pe - tit ro - cher de la hau - te mon ta - gne,
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Je viens
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En languis - sant je vais bien tot mou - rir !
(1) Je connais un des descendants du heros de cette histoire, le pere Andr Cadieux,
vieillard de 71 ans, qui reside sur les bords du lac Huron. * Cadieux, m a-t-il dit,
ctait le grand pdre de mon grand pere ! (Note de M. Tache.)
222 CHANSONS POPULAIRES
Petit rocher de la haute montagne,
Je viens finir ici cette campagne !
Ah ! doux echos, entendez mes soupirs ;
En languissant je vais bientot mourir !
Petits oiseaux, vos douces harmonies,
Quand vous chantez, me r attach a la vie :
Ah ! si j avais des ailes comme vous,
Je s rais heureux avant qu il fut deux jours !
Seul en ces bois, que j ai eu de soucis !
Pensant toujours a mes si chers amis,
Je demandais : Helas ! sont-ils noyes ?
L,es Iroquois les auraient-ils tues ?
Un de ces jours que, m etant eloigne,
En revenant je vis une fumee ;
Je me suis dit : Ah ! grand Dieu qu est ceci ?
Les Iroquois m ont-ils pris mon logis ?
Je me suis mis un peu a 1 ambassade,
Ann de voir si c etait embuscade ;
Alors je vis trois visages fran9ais !...
M ont mis le cceur d une trop grande joie !
Mes genoux plient, ma faible voix s arrete,
Je tombe... Helas ! a partir ils s appretent :
Je reste seul... Pas un qui me console,
Quand la mort vient par un si grand desole !
Un loup hurlant vint pres de ma cabane
Voir si mon feu n avait plus de boucane ;
Je lui ai dit : Retire-toi d ici ;
Car, par ma foi, je perc rai ton habit !
Un noir corbeau, volant a 1 aventure,
Vient se percher tout pres de ma toiture :
Je lui ai dit : Mangeur de chair humaine,
Va-t en chercher autre viande que mienne.
DU CANADA 223
Va-t en la-bas, dans ces bois et marais,
Tu trouveras plusieurs corps iroquois ;
Tu trouveras des chairs, aussi des os ;
Va-t en plus loin, laisse-moi en repos !
Rossignolet va dire a ma maitresse (i)
A mes enfants qu un adieu je leur laisse ;
Que j ai garde mon amour et ma foi,
Et desormais faut renoncer a moi !
C est done ici que le mond m abandonne !....
Mais j ai secours en vous Sauveur des hommes !
Tres-Sainte Vierge, ah ! m abandonnez pas,
Permettez-moi d mourir entre vos bras !
(1) Ce mot, dans nos honnetes chansons, veut toujours dire cpouse ou fiancee.
(Note de M. Tach6.)
C ETAIT UNE FREGATE
M. Joseph Lavigne, de Sorel, m a chante cette jolie chanson,
qui n est qu une variante embellie d Isabeau s y promdne,
quant aux paroles.
C e - tait u - - ne fre - ga - te, Mon jo li
J J
r P
coeur de ro - se, Dans la mer a tou- che, Jo- If cceur
/ J j j
r
d un ro-sier.
Jo
li coeur d un ro
Jo - - li coeur d un ro - sier.
sier,
C etait une fregate,
Mon joli cceur de rose,
Dans la mer a louche,
Joli coeur d un rosier, (ter)
Yavait un demoiselle,
Mon joli cceur de rose,
Su 1 bord d la mer pleure (rait),
Joli cceur d un rosier, (ter)
- Dites-moi done, la belle,
Mon joli cceur de rose,
Qu a vous a tant pleurer ?
Joli cceur d un rosier, (ter)
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 225
- Je pleur mon anneau d ore,
Mon joli coeur de rose,
Dans la mer est tombe.
Joli coeur d un rosier, (ter)
- Que donneriez-vous, belle,
Mon joli coeur de rose,
Qu irait vous le chercher ?
Joli coeur d un rosier, (ter)
- Je suis trop pauvre fille,
Mon joli coeur de rose,
Je ne puis rien donner,
Joli coeur de rosier, (ter)
Qu mon cceur en mariage,
Mon joli cceur de rose,
Pour mon anneau dore,
Joli cceur d un rosier, (ter)
Le galant se depouille,
Mon joli cceur de rose :
Dans la mer s est jete,
Joli cceur d un rosier, (ter)
De la premiere plonge,
Mon joli cceur de rose,
I/anneau d or a touche,
Joli cceur d un rosier, (ter)
De la seconde plonge,
Mon joli cceur de rose,
I/anneau d or a sonne,
Joli coeur d un rosier, (ter)
De la troisieme plonge,
Mon joli cceur de rose,
L,e galant s est noye...
Joli cceur d un rosier, (ter)
15 805 B
226 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
II allait a la d rive,
Mon joli coeur de rose,
Comme un poisson dore,
Joli coeur d un rosier, (ter)
Son per, sur la fenetre,
Mon joli coeur de rose,
Le regardait d river,
Joli coeur d un rosier, (ter)
- Faut-il, pour une fille,
Mon joli coeur de rose,
Que mon fils soit noye !...
Joli coeur d un rosier, (ter)
JE ME SUIS MIS AU RANG D AIMER
Entendez-vous les dole"ances de cet amoureux qui se plaint
des cruaute"s de sa belle, lui qui ne I avail pas minte ? Attendez
un peu... le voila deja console :
Partons, aliens, chers camarades ;
Partons, aliens vider bouteille !
Allons y boir de ce bon vin
Qui met 1 amour en tete...
Qui ne reconnait ici un caracthe qui appartient a tous les
temps, a tous les pays et a toutes les conditions ?
Est-ce bien le roi Le"on ou Napoleon qu il faut dire,
dans le dernier de ces couplets ? C est la une grave question
que je laisse aux savants de d6cider.
i
J J f
r
. r
Je me suis mis au rang d ai mer
J. J
Qu un seul fois dans ma vi - e ; Mais a prd-
J J J I J
sent je re- con - nais
D avoir fait u - ne fo-
JIJJ
J I J J
H - e D a - voir ai - - me si ten - dre - ment ;
^
3
Mais a pre - sent je m en re - pens.
228 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Je me suis mis au rang d aimer
Qu un seul fois dans ma vie ;
Mais a present je reconnais
D avoir fait une folie
D avoir aime si tendrement ;
Mais a present je m en repens.
Rossignolet du bois joli,
Emport -moi-t-une lettre.
Emport moi-la, oh ! je t en prie,
A mon aimable maitresse !
Emport -moi-la, oui, sans mentir,
A 1 arrive du bois joli.
Si la bell" s informe de moi,
De moi fais-lui reponse :
Tu lui diras qu j suis-t-embarque
Pour naviguer sur 1 onde :
EH m a tant fait de cruautes,
Moi qui nl avais pas merite.
Partons, aliens, chers camarades ;
Partons, allons vider bouteille !
Aliens y boir de ce bon vin,
Qui met 1" amour en tete.
A la sante du roi Leon !
I/anne qui vient nous reviendrons !
/
EN FILANT MA QUENOUILLE
On chante aussi ces couplets sur les airs et avec les refrains
de J ai vu le loup, le r nard passer, de J ai trop grand peur
des loups et de M en revenant de Saint- Andre. En France
comme ici, on chante ces couplets avec differents refrains,
suivant les localites. Une version avec le refrain: Ah!
voyez quelles hardes que fail s y chante sur Fair de Va,
va, va, p tit bonnet tout rond que nous chantons en Canada.
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n
J
f
E
Mon pere aus - si m a ma - ri - - e ,
s
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Gai Ion la, je m en vais rou - ler ; Un in - ci - vil il
m a don - ne. Je me rou - le, je me rou - le ;
Gai Ion la, je m en vais xou - ler En fi - lant ma que-
nouil - le.
Mon pere aussi m a mariee,
Gai Ion la, je m en vais rouler ;
Un incivil il m a donne.
Je me roule, je me roule ;
Gai Ion la, je m en vais rouler
En filant ma quenouille.
230 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Un incivil il m a donne,
Gai Ion la, je m en vais rouler,
Qui n a ni maille, ni denier.
Je me roule, etc.
Qui n a ni maille, ni denier,
Gai Ion la, je m en vais rouler,
Qu un vieux baton de vert pommier.
Je me roule, etc.
Qu un vieux baton de vert pommier,
Gai Ion la, je m en vais rouler,
Avec quoi m en bat les cotes.
Je me roule, etc.
Avec quoi m en bat les cotes,
Gai Ion la, je m en vais rouler.
- Si vous m battez je m en irai !
Je me roule, etc.
Si vous m battez je m en irai,
Gai Ion la, je m en vais rouler ;
Je m en irai au bois jouer.
Je me roule, etc.
Je m en irai au bois jouer,
Gai Ion la, je m en vais rouler,
Le jeu de carte , aussi de des.
Je me roule, je me roule ;
Gai Ion la, je m en vais rouler
En filant ma quenouille.
AH ! JE M EN VAIS ENTRER EN DANSE
La ronde que Ton va lire est supposee etre chantee par
une jeune fille. Mais si le centre de la chaine est occupe
par un gar9on, on fait quelques changements dans les paroles ;
ainsi, au lieu de : Ce beau monsieur, on dit : Cett demoiselle,
etc. On change aussi, dans ce cas, deux vers du troisime
couplet : au lieu de :
on dit :
En vous faisant la reverence :
- Ca vous plairait-il de m aimer ?...
- Presentez-moi votre main blanche,
Avecque moi venez danser.
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vir , J en n ai pas trou - ve de mon gre. Ah
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gai, Ah ! je ne puis m en al - ler.
Ah ! je m en vais entrer en danse :
C est pour un amant chercher.
Je me retourn , je me revire ;
J en n ai pas trouve de mon gre.
Ah ! je ne puis gai, gai,
Ah ! je ne puis m en aller.
232 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Je me retourn , je me revire ;
J en n ai pas trouve de mon gre.
Ah ! j en vois un de bonne mine :
Je vais aller le demander.
Ah ! je ne puis, etc.
Ah ! j en vois un de bonne mine :
Je vais aller le demander.
- En vous faisant la reverence :
Ca vous plairait-il de m aimer ?
Ah ! je ne puis, etc.
En vous faisant la reverence :
Ca vous plairait-il de m aimer ?
Ah ! je vois bien par votre mine
Que c est bien moi que vous aimez.
Ah ! je ne puis, gai, gai,
Ah ! je ne puis m en aller.
Ou bien, si la danseuse n est pas agreee :
- En vous faisant la reverence :
Ca vous plairait-il de m aimer ?
Ah ! regardez ce beau monsieur :
II n a pas daigne me saluer !
Ah ! je ne puis, etc.
Ah ! regardez ce beau monsieur :
II n a pas daigne me saluer !
Je le vois bien a votre mine :
Ce n est pas moi que vous aimez.
Ah ! je ne puis, etc.
Je le vois bien a votre mine :
Ce n est pas moi que vous aimez.
Ah ! retournez a votre place :
Un autre amant je vais chercher.
Ah ! je ne puis, gai, gai,
Ah ! je ne puis m en aller.
C EST LA PLUS BELLE DE CEANS
L expression : de ceans est vraiment trop recherchee pour
ne pas etre plus ou moins travestie par les chanteurs popu-
laires. En general, on dit :
C est la plus belle dc Sion,
C est par la main nous la tenons...
j
J j J I r
C est la plus bel - le de ce - ans, C est la plus
j J-
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bel- le de ce - ans, C est par la main je vous la
r c g c i r
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prends, C est par la main je vous la prends. Ell va
J- r J~ i J j r
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pas - ser par der - rie - re, Ram nez vos mou - tons, ber-
* N. r ,p l j L p j J^
j t,j ^ i * ^
ge - re ; Ra-me-nez, ram nez, ra- me- nez, bel- le, Ra- me- nez
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vos mou - tons des champs.
AUTRE VERSION :
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C est la plus bel - le de ce - ans, C est la plus
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234
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
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prends, Par la main je
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Ell va pas - ser par der - rier - re, Ra - me - nez
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vos moutons her - ge - re ; Ra-menez, ra- me- nez, ra- me- nez,
bel - le, Ra-me-nez vos moutons des champs.
C est la plus belle de ceans, (bis)
C est par la main je vous la prends. (bis)
Ell" va passer par derriere,
Ram nez vos moutons, bergere ;
Ramenez, ram nez, ramenez, belle,
Ramenez vos moutons des champs.
C EST LE BON VIN QUI DANSE
Toutes ces rondes nous viennent de France. Celle-ci,
ou il est question de vin et de raisin, laisse deviner facile-
ment son origine etrangere. II n en serait pas ainsi s il n y
etait question que de vin seulement. Nos paysans ne font
pas usage de vin, il est vrai, mais comme, dans les chansons
qui nous viennent de France, ce mot vin revient trs souvent,
ils 1 emploient, a leur tour, dans les chansons qu ils composent
eux-memes ; ainsi, il y a dans Le p tit bois d l ail :
Du vin dans ma bouteille
J en ai ben quand je veux...
mais ils n emploient ce mot que comme terme generique
et plus poetique pour indiquer toute espece de liqueur forte.
La melodie de cette ronde est tres bien. Ces deux parties
alternantes, dont 1 une grave et 1 autre elevee, rappellent
la formule psalmodique du huitieme ton , bien connue
de tous nos chantres d eglise, et indiquee GG dans les ves-
p&raux en usage dans la province.
1 ^ fl J. =1
J
-f
r **
-i- E3
r C
*
Ce n est point du rai - - sin pour t - ri,
f i II J J
^
1
C est le bon vin qui dan
se !
C est le bon
&WKJ
J
f f f
j ;
vin qui danse i - - ci, C est le bon vin qui
dan - - se.
236 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Ce n est point du raisin pourri,
C est le bon vin qui danse !
C est le bon vin qui danse ici,
C est le bon vin qui danse.
Pass par ici-t-et moi par la,
Ce n est point de mes amourettes ?
Ce n est point de mes amourett ici,
Ce n est point de mes amourettes.
J ENTENDS LE MOULIN TIQUE, TIQUE, TAQUE
Celui qui occupe le milieu du rond a un bandeau sur
les yeux. Les danseurs qui forment la chaine tournent
autour de lui en chantant, jusqu a ce qu il lui plaise de
f rapper le plancher d un baton qu il tient a la main. Chacun
s arrete alors, et il leve aussitot son baton, de I extremit6
duquel il touche le danseur ou la danseuse vis-a-vis de qui
il se trouve. S il peut nommer la personne qu il a ainsi
touchee, celle-ci le delivre de son bandeau et vient prendre
sa place ; sinon, la chaine recommence a tourner et il lui
faut, de son cote, recommencer 1 epreuve.
II est aussi une autre maniere d executer cette ronde.
On dispose autour de la chambre un nombre de sieges egal
a celui des danseurs, moins un ; celui qui tient le milieu
du rond n a pas alors de bandeau ; lorsqu il frappe le plancher
de son baton, chacun court vite s asseoir, et celui qui n a
pas ete assez vif pour se pourvoir d un siege paie un gage.
A *~
r i* J j 1 1
E 6
< ft. PI f 1 ;
*^
g _ * * =*L j / j- * *
J en-tends le mou - lin, ti - que, ti que, ta - que,
FIN.
ff g ; j ^NE
= : J g g t E ^-J
J entend le mou- lin ta - que. Ti- que ; ti-que, ta- que,
S
^
^
Ti-que, ti-que, ta-que, Ti-que, ti-que, ta- que, ta - que - t6. D. C.
238
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
On adapte aussi a cette melodie les paroles de Mon
a fait bdtir maison :
J en - tends le mou - lin,
ti- que, ti- que, ta- que,
FIN.
J entends le mou- lin, ta- que - te. Mon pere a fait ba-
J-
; i i r, B g
j
tir mai - son, J en - tends le mou- lin ta - que,
F EM 1 "
g
L a iait ba - tir a trois pignons, Ti-que, ta-que, ti- que,
D. c.
ta - que.
SUR LE PONT DE NANTES
Je demandais a une vieille femme de la campagne, qui
me chantait cette ronde : Est-ce bien saluez qui vous
plaira ou embrassez qui vous plaira que vous dites dans
vos reunions ?
Faut croire, me r6pondit-elle, qu on disait embrassez dans
Tancien temps, puisqu on chante quelquefois comme cela ;
mais, lorsqu on chante pour danser, on dit toujours saluez.
J suis pourtant plus jeune, et cependant je n ai jamais vu
faire autrement que le salut dans les danses rondes .
A la ville, ou ces rondes e"taient dansees autrefois, on etait
souvent moms scrupuleux ; mais alors on etait mal note,
et on s exposait a faire jaser sur son compte.
Le plus souvent, ces rondes ne sont dansees que par les
petits enfants, ou ne sont que simplement chanties. Qui
de nous n a pas etc" berce" au chant de J ai tant d enfants a
marier, - - Ah ! qui marierons-nous ? - - C est le ban vin qui
danse, - - C est la plus belle de ceans, etc... ?
M. Charles Nisard a dit, en parlant des rondes en ge
neral : II ne faut pas en dire trop de mal ; elles nous ont
endormis au berceau ; elles ont amuse notre adolescence.
Chantees sous les yeux d un pere ou d une mere en 1 hon-
neur de quelque joyeux anniversaire, elles se rattachent
aux souvenirs de famille les plus doux et a la fois les plus
respectables. Arrives a 1 age mur, nous ne pouvons plus
les entendre ni meme les lire sans emotions . (Hist, des
livres populaires ou de la litterature du colportage, p. 300,
t. 2d.)
i
sfefc
Sur le pont de Nan - - te& Ma - ri - on,
240
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
J
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Ma - ri - on dan - - se... De sur le pont qu i ya la-
J i I J;
J
has, Ma - ri - on, Ma - ri - on dan - se -
Sur le pont de Nantes
Marion, Marion danse...
De sur le pont qu i ya la-bas
Marion, Marion dansera.
Bergere, entrez en danse !
Marion, Marion danse...
Et saluez qui vous plaira,
Marion, Marion dansera.
ra.
BONHOMME, BONHOMME, QUE SAIS-TU DONG
FAIRE ?
Cette ronde est tres bruyante. Lorsque le chanteur dit :
Sais-tu bien jouer
Du genoux par terre ?
Chacun doit f rapper le plancher du genou jusqu a ce
qu on reprenne :
Ah ! ah ! ah !
Du genoux par terre !
Puis, apres le genou, vient le coude par terre, l 6paule
par terre, le front par terre, etc.
Quelquefois on se contente d executer une pantomine un
peu plus facile, comme d imiter le joueur de flute, (sais-tu
bien jouer de la mistanflute ?) le joueur de tambour, etc.
Une variante de cette ronde se chante dans le Cambresis,
en France. L air ressemble au notre, mais il s arrete avec
la douzieme mesure. Notre version est plus complete et
assure" ment plus jolie.
Bon homme, bon - horn - me, que sais - tu done
^
fai - re ? Sais-tu bien jou - er
Du genoux par
j
f f f
ter - re ! Ter - re, ter - re, ter- re,
16
Du ge - noux par
805 B
242
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
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if t t t
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ter - re, Ah ! ah ! ah !
ter re !
Du ge-noux par
Bonhomme, bouhomme,
Que sais-tu done faire ?
Sais-tu bien jouer
Du genoux par terre ?
Terre, terre, terre,
Du genoux par terre,
Ah ! ah ! ah !
Du genoux par terre !
-
QUI VEUT MANGER DU LIEVRE
Je ne connais rien pour guerir de la dyspepsie ou du
spleen anglais comme de courir le lievre. On fait asseoir
deux personnes sur deux chaises placees 1 une vis-a-vis de
1 autre et separees par une distance de quelques pieds.
Debout, les mains sur les dossiers des criaises, se tiennent
deux jeunes gens, representant un chasseur et un lievre,
qui n attendent que le signal convenu pour courir Tun
apres 1 autre. Quelqu un de la compagnie se met alors a
chanter :
Qui veut manger du lievre
N a qu a courir apres.
Celui qui fait le chasseur bondit a la premiere note et se
met a la poursuite du lievre, qui se sauve de son mieux en
tournant autour des deux chaises. II est permis de changer
brusquement le sens de la course, de tourner subitement
a droite apres avoir couru a gauche, mais ni 1 un ni 1 autre
des coureurs n a droit de passer entre les deux chaises.
Lorsque le chanteur dit : Accorde, accorde ! cela equivaut
a un armistice : les coureurs doivent s arreter aussitot, et
s appuyer les mains sur les dossiers des chaises, - - chacun
la sienne, - jusqu a ce que le couplet qui commence par
ces mots soit termine et qu on en ait commence un autre.
Or, comme ces couplets se chantent sans ordre regulier,
on comprend que le chanteur a ici les prerogatives d un pre
sident d assemblee legislative, et qu il peut souvent favo-
riser la partie pour laquelle il a le plus de sympathie ; ainsi,
il peut fort bien, lorsqu il voit le chasseur sur le point d at-
teindre sa proie, chanter aussitot : Accorde, accorde ! pour
favoriser celle-ci.
Un des refrains de cette ronde a evidemment quelque lien
244
CHANSONS POPULAIRES
de parente avec ce refrain de La petite Linglre, que Ton chante
en France, dans le Poitou et 1 Angoumois :
A-t-on jamais vu
Coudre, aussi m nu coudre ?
A-t-on jamais vu
Coudre si menu ?
i
Qui veut man - ger du lievr N a qu a cou-
f r c i ^ i r EI -i ^ rt
J*
rir a - pres. Coure a pres ton lievr , La - bas, dans
Refrain.
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ces fo rets. La belle, en vous ai - mant, Per - drai-
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je mes pei- nes ? Moi qui vous ai- me tant, Per- drai-
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je mon temps >
AUTRE REFRAIN :
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C est mon - a - mi que je veux, Cou - rons
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tous en - sem-ble ; C est mon a - - mi que je veux,
Cou - rons tous les deux.
DU CANADA
245
AUTRE REFRAIN :
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A - t-on jamais
vu Gou-rir,
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A t-on ja - mais
vu Cou-rir
si me nu ?
Qui veut manger du lievre
N a qu a courir apres...
Coure apres ton lievre,
La-bas, dans ces forets.
La belle, en vous aimant,
Perdrai-je mes peines ?
Moi qui vous aime tant,
Perdrai-je mon temps ?
Attrappe, attrappe, attrappe !
Attrappe si tu peux !
Si tu n attrappes pas
Ton lievr gagn ra le bois.
I/a belle, en vous aimant, etc.
Accorde, accorde, accorde !
Accorde sur le champ !
Si tu n accordes pas
Ton lievr gagn ra le bois.
La belle, en vous aimant,
Perdrai-je mes peines ?
Moi qui vous aime tant,
Perdrai-je mon temps ?
AUTRE REFRAIN :
C est mon ami que je veux;
Courons tous ensemble ;
C est mon ami que je veux,
Courons tous les deux.
246 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
AUTRE REFRAIN :
A-t-on jamais vu
Courir, tant courire ?
A-t-on jamais vu
Courir si menu ?
JAMAIS JE NOURRIRAI DE GEAI
J ai fait dernier ement un sejour a la campagne que j ai
bien allonge de pres d une semaine, uniquement pour faire
chanter les anciens voyageurs, les jeunes filles et les vieilles
femmes. Ah ! me disait une de ces femmes, si vous pou-
viez rester ici encore quelques jours : j ai une de mes brus
qui demeure a Saint-B*** et qui doit venir nous voir diman-
che qui vient... a, c est une belle chanteuse !
J attendis la belle chanteuse : une grosse joufHue qui lou-
chait d un osil ; - - fort bonne femme d ailleurs, et qui, d une
voix nasillarde et sur un ton excessivement eleve, me chanta
des romances de la ville, dont je n ai que faire, en pronongant
les e muets en a, et les r a 1 anglaise.
Un autre me dit : Tenez, si vous voulez avoir de jolies
chansons, allez voir P tit-Jose-Baptiste : c est lui qui en
sait !
Ce n etait pas la premiere fois que j entendais parler de
P tit-Jose-Baptiste comme d un chanteur emerite; je resolus
de me rendre chez lui, quoiqu il demeurat a une bonne dis
tance. J etais sur d une ample moisson : je bourrai mon
carton d un papier sillonne de portees, tout pret a recevoir
et a conserver pour les siecles futurs le repertoire si varie
et si vante du celebre chanteur. J arrive ... Renommee !
c est bien la un de tes coups !... Mon homme ne savait rien,
absolument rien... que quelques fragments tronques, informes,
de cantiques et de psaumes, quelques refrains ecornes de
chansons. II me recut tres poliment et s excusa de ne pou-
voir me rendre service. Mais, ajouta-t-il, si vous voulez
entendre de belles chansons, - - des vraies belles, - - vous
n avez qu a aller chez mon oncle Pierrot-Paul- Ant oine,
a trois lieues d ici : il peut vous en chanter pendant huit
jours !
248
CHANSONS POPULAIRES
Mais s il y a quelqu ennui a recueillir les poesies et les
chants du peuple, il y a aussi des jouissances veritables
pour faire compensation. Et parmi ces jouissances, il en
est peu que je goute autant que celle d entendre prononcer
le nom d une ville, d une place forte, d un port de mer du
beau pays de France par ces bons paysans canadiens, qui
chantent encore, souvent sans y penser, le doux pays ou
leurs peres vecurent, travaillerent et aimerent, fideles a
Dieu, a leur roi et a leur patrie.
Le Canada ne manque pas d attraits pour le visiteur
Stranger ; mais je ne crois pas que rien ne soit plus propre
a impressionner delicieusement le voyageur francais, qu une
de ces joyeuses scenes de la vie de nos campagnes, une eplu-
chette de bled-d Inde, par exemple, ou il entendrait chanter :
Sur le pont d Avignon, - - Dans les prisons de Nantes, -
M en revenant de la jolie Rochelle, C est dans la ville de
Rouen, - - A Saint-Malo, beau port de mer ; ou bien encore
ce couplet de la chanson qui va suivre :
Je m en irai dedans Paris
Pour fonder une ecole ;
Toutes les dames de Paris
Viendront a mon ecole... etc.
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Mon geai a pris son vol, oh ! gai. Ja - mais je nour - ri-
DU CANADA 249
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rai de geai, De geai ja - mais je nour - ri - rai.
J ai bien nourri le geai sept ans
Dedans ma cage ronde ;
Au bout de la septieme annee
Mon geai a pris son vol, oh ! gai.
Jamais je nourrirai de geai,
De geai jamais je nourrirai.
Au bout de la septieme annee
Mon geai a pris son vole.
- Reviens mon geai, mon joli geai,
Dedans ma cage ronde, oh ! gai.
Jamais je nourrirai, etc.
Reviens mon geai, mon joli geai,
Dedans ma cage ronde ;
Mon petit geai me fit reponse :
Je veux faire le drole, oh ! gai,
Jamais je nourrirai, etc.
Mon petit geai me fit reponse :
- Je veux faire le drole.
Je m en irai dedans Paris
Pour fonder une ecole, oh ! gai.
Jamais je nourrirai, etc.
Je m en irai dedans Paris
Pour fonder une ecole.
Toutes les dames de Paris
Viendront a mon ecole, oh ! gai
Jamais je nourrirai, etc.
Toutes les dames de Paris
Viendront a mon ecole.
Je choisirai la plus jolie,
Je renverrai les autr s, oh ! gai.
Jamais je nourrirai de geai,
De geai jamais je nourrirai.
JAMAIS JE NOURRIRAI DE GEAI
(Autre air.}
L air qui precede a ete recueilli dans le district des Trois-
Rivieres ; celui-ci m a ete chante par un ancien habitant de
1 Ile d Orleans. L in version toute gracieuse du refrain :
Jamais je nourrirai de geai,
De geai jamais je nourrirai...
pourrait prouver, au besoin, que cette forme de langage,
dont les poetes ont tant use et abuse, n est pas une de ces
beautes de convention auxquelles chacun de nous paie
tous les jours, sans s en douter, un tribut d admiration
factice. L inversion seule peut, bien reellement, donner une
couleur poetique a une phrase qui, sans elle, en serait denuee-
Mais les poetes, a mon avis, usent un peu largement de la
recette ; aujourd hui, la lecture d une piece de vers est souvent
un veritable travail de construction.
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rai de geai, De geai ja - mais je nour - ri - rai.
LA GUIGNOLEE
Ce chant de la Guignolee, si remarquable a cause de 1 an-
tiquite de son origine, a eu le privilege d occuper 1 attention
de plusieurs de nos meilleurs ecrivains canadiens. L hono
rable monsieur P. J. O. Chauveau y a consacre quelques
lignes dans une des charmantes petites revues de son
Journal de V Instruction Publique, et monsieur J. C. Tache,
dans les Soirees Canadiennes, en a fait 1 objet d une notice
interessante que je reproduis ici :
Ce mot La Ignolee, dit M. Tache, designe a la fois une
coutume et une chanson : apportees de France par nos an-
cetres, elles sont aujourd hui presqu entierement tombees
dans 1 oubli.
Cette coutume consistait a faire par les maisons, la
veille du jour de Fan, une quete pour les pauvres (dans
quelques endroits on recueillait de la cire pour les cierges
des autels) en chantant un refrain qui variait selon les loca-
lites, refrain dans lequel entrait le mot La Ignolee, Guillonee,
la Guillona, Aguilanleu, suivant les dialectes des di verses
provinces de France ou cette coutume s etait conservee des
anciennes moeurs gauloises.
M. Ampere, rapporteur du Comite de la langue, de I his-
toire et des arts de la France, etc., a dit au sujet de cette chan
son : Un refrain, peut-etre la seule trace de souvenirs qui
remontent a 1 epoque druidique .
II ne peut y avoir de doute sur le fait que cette coutume
et ce refrain aient pour origine premiere la cueillette du gui,
sur les chenes des forets sacrees, et le cri de rejouissance
que poussaient les pretres de la Gaule druidique : Au gui
I an neuf, quand la plante benie tombait sous la faucille
d or des Druides.
Dans nos campagnes, c etait toujours une quete pour les
252 CHANSONS POPULAIRES
pauvres qu on faisait, dans laquelle la piece de choix etait
un morceau de 1 echine du pore, avec la queue y tenant,
qu on appelait I echignee ou la chignee. Les enfants criaient
a 1 avance en precedant le cortege : la Ignolee qui vient !
On preparait alors sur une table une collation pour ceux
qui voulaient en profiter et les dons pour les pauvres.
Les Ignoleux, arrives a une maison, battaient devant la
porte, avec de longs batons, la mesure en chantant : jamais
ils ne penetraient dans le logis avant que le maitre et la mai-
tresse de la maison, ou leurs representants, ne vinssent en
grande ce"re"monie leur ouvrir la porte et les inviter a entrer.
On prenait quelque chose, on recevait les dons dans une
poche qu on allait vider ensuite dans une voiture qui suivait
la troupe ; puis on s acheminait vers une autre maison,
escort^ de tous les enfants et de tous les chiens du voisinage,
tant la joie etait grande... et generale !
Voici la chanson de La Ignolee, telle qu on la chantait
encore en Canada, il y a quelques annees, dans les paroisses
du Bas du Fleuve :
Bonjour le maitre et la maitresse
Et tous les gens de la maison.
Nous avons fait une promesse
De v nir vous voir une fois 1 an.
Un fois 1 an... Ce n est pas grand chose
Qu un petit morceau de chignee.
Un petit morceau de chignee,
Si vous voulez.
Si vous voulez rien nous donner,
Dites-nous le.
Nous prendrons la fille ainee,
Nous y ferons chauffer les pieds !
La Ignolee ! I/a Ignoloche !
Pour mettre du lard dans ma poche !
Nous ne demandons pas grand chose
Pour 1 arrivee.
DU CANADA 253
M Vingt-cinq ou trent pieds de chignee
Si vous voulez.
Nous sommes cinq ou six bons droles,
Et si notre chant n vous plait pas
Nous ferons du feu dans les bois,
Etant a 1 ombre ;
On entendra chanter 1 coucou
Et la coulombe !
Le christianisme avail accepte la coutume druidique la
sanctifiant par la charite, comme il avail laisse subsister
les menhirs en les couronnant d une croix. II est probable
que ces vers etranges :
Nous prendrons la fille ainee,
Nous y ferons chauffer les pieds !
sont un reste d allusions aux sacrifices humains de 1 ancien
culte gaulois. Cela rappelle le chant de Velleda, dans les
Martyrs de Chateaubriand : - Teutates veut du sang...
au premier jour du siecle... il a parle dans le chene des
Druides ! (Soirees Canadiennes, - - annee 1863.)
L air sur lequel se chantent ces fragments consiste en
quelques phrases musicales sur lesquelles la poesie s ajuste
tant bien que mal, tantot sur 1 une, tantot sur 1 autre de ces
phrases, sans ordre regulier.
Cette coutume traditionnelle de courir la Ignolee, si bien
decrite par M. Tache, finit par perdre beaucoup de son
caractere. II y a une vingtaine d annees, le maire de Mont
real donnait a des jeunes gens, la veille du jour de 1 an,
des per mis de courir la Ignolee, sans lesquels on s exposait
a avoir affaire a la police. Cette mesure de precaution
n empechait cependant pas toujours les desordres : lorsque,
par exemple, deux Guignolees se rencontraient, pour peu
qu on se fut grise en chemin, il y avait bataille, et les vain-
queurs grossissaient leurs tresors du butin des vaincus.
254
CHANSONS POPULAIRES
M. Adelard Boucher, m ecrivait de Montreal, 1 an dernier :
... Je suis loin d oublier la Ignolee, qui se prononce ici,
universellement, Guignolee. Malheureusement, toutes mes
demarches, jusqu a present, n ont abouti a rien d utile. Tout
le monde sait les premiers vers, rien de plus. L usage s en
passe a Montreal comme a Quebec. Jadis ce chant etait
suivi de quetes en faveur des pauvres de la localite serenadee.
Aujourd hui les artistes chanteurs se constituent eux-memes
les pauvres, et transforment en copieuses libations les aumo-
nes qu ils reussissent encore a prelever de leurs dupes. Ce
secret devoile a refroidi, comme vous pouvez bien le penser,
les sympathies des cceurs charitables, et, aujourd hui, artistes
et pauvres exploitent avec un mince succes La Guignolee .
En attendant le texte fidele de ce chant remarquable, en
voici, de memoire, a peu pres la substance :
Solo.
n
8 va.
FINE.
3
*-
//// Tutti Vocijerando.
Solo.
D.C.
En France, dans le Vendomois, tous les enfants courent
les rues, le premier jour de 1 an, et disent a ceux qu ils ren-
contrent : Donnez-moi ma gui-l an-neu . Dans le Maine,
le peuple court aussi les rues, la nuit qui precede le premier
jour de 1 an, chante des chansons aux portes des particu-
liers, et les termine par demander quelque chose pour la
gui-l an-neu . (C. LEBER, Collection de pieces relatives d
I histoire de France, p. 37, t. III.)
On aimera sans doute a connaitre une Guignolee francaise,
DU CANADA 255
et on lira avec interet 1 article et la chanson qui suivent, tires
d un almanach publi6 a Paris (L Illustration, annee 1855) :
LA GUILLANNEE.
La guillannee, gui, I an neou ! gui ! 1 an neuf ! se fait
de la maniere suivante dans les contrees meridionales. Le
31 decembre au soir, des groupes d enfants, de jeunes gens,
de mendiants, vont, a la lueur d un flambeau, de porte en
porte, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, queter
un present en 1 honneur de Fan nouveau, en entonnant des
complaintes ou des legendes en mauvais franais, nnissant
toutes par ces mots ou par des equivalents : donnez-nous
la guillannee !
Les presents qui leur sont accordes consistent quelquefois
en monnaie, le plus souvent en provisions de bouche, fruits,
viande de pore, etc.
Voici une des legendes chantees par les queteurs :
Le fils du roi s en va chasser (bis)
Dans la foret d Hongrie ;
Ah ! donnez-nous la guillannee,
Monseigneur, je vous prie !
Ayant chasse et rechasse, (bis)
II n a pas fait grand prie ;
Ah ! donnez-nous, etc.
a II n a trouve qu un nid d oiseau, (bis)
Qui s appelle la Trie.
Ah ! donnez-nous, etc.
De cinq qu il y a, prend le plus beau, (bis)
Et le porte a sa mie.
Ah ! donnez-nous, etc.
v. Qui 1 a garde pendant sept ans (bis)
Dedans une gabie,
a Ah ! donnez-nous, etc.
256 CHANSONS POPULAIRES
Pendant sept ans qu il y est reste, (bis)
Menant bien triste vie.
Ah ! donnez-nous, etc.
Va, retourne, petit oiseau, (bis)
Va, retourne a ta mie.
Ah ! donnez-nous, etc.
Ainsi que lui, ne reviens pas (bis)
Dedans cette gabie.
Ah ! donnez-nous la guillannee,
Monseigneur, je vous prie !
Tous les auteurs francais que j ai pu consulter sur la
matiere s accordent a donner une origine gauloise a la cou-
tume et aux chansons designees a la fois par ce mot de Gui-
gnolee ou Guillannee. Aujourd hui encore, dans Fancienne
province du Perche, d ou sont venus les ancetres d un grand
nombre de families canadiennes, on appelle les presents
du jour de Fan : les eguilas, or la coutume druidique etant
de distribuer le gui de I an neuf par formes d 6trennes, au
commencement de 1 annee , il est evident que de la vient
ce nom de eguilas (ou eguilables, comme on dit a Chartres,)
donne aux cadeaux du nouvel an.
Le gui est une plante parasite qui nait sur le chene, sur
le pommier, sur le prunier, sur 1 acacia d Amerique, sur
le hetre, sur 1 yeuse, sur le chataigner et sur plusieurs autres
arbres. L histoire de la puissance mysterieuse de cette
plante est racontee en detail dans VEdda des Scandinaves,
le livre qui contient le plus de renseignements sur le culte
druidique.
On sait que, environ six cents ans avant Jesus-Christ,
les Cimbres ou Kimris, qui habitaient la Crimee, firent erup
tion sur 1 Europe septentrionale et occidentale et s etablirent
successivement dans les divers pays compris entre la Scan-
dinavie, les Alpes et les Pyrenees. Ce furent ces peuples
qui apporterent le druidisme dans la Gaule. II parait que
DU CANADA 257
1 olympe des Cimbres, comme 1 olympe des Grecs et des
Remains contenait une societe a mceurs joliment douteuses.
Quoi qu il en soit, une nuit, Balder, qui etait le soleil, ni
plus ni moins, eut un songe qui lui annoncait que sa vie
etait en danger. II raconte son fait aux autres dieux, qui
font avec Balder alliance offensive et defensive.
Une vraie brave femme de deesse qui avait nom Frea,
mariee a un dieu nomme Odin, fit faire serment au feu, a
1 eau, au vent et a tout ce qui constitue les regnes animal,
vegetal et mineral de ne pas faire une egratignure au susdit
Balder. Cela etant, tous les dieux faisaient un amusement,
dans leurs grandes assemblies, de lancer toute espece de
projectiles au fortune Balder que rien ne pouvait blesser
et qui prenait un singulier plaisir a cet amusement d un
nouveau genre. Malheureusement, il y avait de par 1 olympe
un vilain garnement, fourbe, hypocrite et envieux, au de-
meurant assez joli gargon, que ce jeu-la n amusait pas ; il
s appelait Loke. Deguise en vieille femme, il se rend au
palais de Frea. La deesse un peu curieuse et unpeuparleuse,
lui demande si elle sait ce qui occupe le plus le conseil des
dieux. - - Les dieux, repond la vieille, jettent des -traits et
des pierres a Balder. - - Et ni les armes de metal ni les armes
de bois ne peu vent lui etre mortelles, ajoute Frea, car j ai
leur serment. - Quoi ! dit la vieille, est-ce que toutes les
choses qui existent vous ont fait le meme serment ? Oui,
replique Frea, excepte pourtant un petit arbuste qui croit
au cot6 occidental du Valhalla (palais d Odin), et qu on nomme
Mistil Teinn (gui), a qui je n ai pas voulu demander de ser
ment parce qu il m a paru trop jeune et trop faible... La vieil
le en savait assez. Loke reprenant sa forme naturelle s en
va vite arracher 1 arbuste par la racine et s en revient de
Fair le plus innocent du monde prendre sa place au milieu
des dieux. Or, parmi ces dieux, il en etait un nomme
Hoder qui etait aveugle. Loke s approche de lui et lui
dit : - - Pourquoi ne lancez-vous pas aussi quelques traits
I/ 805 B
258 CHANSONS POPULAIRES
a Balder ? Prenez ceci et faites comme les autres ; je vais
vous indiquer ou il se trouve . Hoder ayant done pris le
gui, et Loke lui dirigeant la main, il le lan?a a Balder,
qui en fut perce de part en part, et tomba sans vie ; et Ton
n avait jamais vu parmi les dieux ni parmi les hommes un
crime plus atroce que celui-la ...
La fable de Balder (le Belen des Gaulois) dit M. B. Clavel,
explique le motif de cette recherche solennelle du gui du
chene. On comprend qu elle avait pour objet de priver
le dieu mauvais, qui representait chez nos peres le Loke
des Scandinaves, des moyens de tuer Belen (le soleil) .
De nos jours encore, continue M. Clavel, il s est conserv6 dans quelques
lieux du voisinage de Bordeaux des vestiges de cette coutume druidique (la
recherche du gui) : des jeunes gens bizarrement vetus vont en troupe, le premier
Janvier, couper des branches de chne, dont ils tressent des couronnes, et
reviennent entonner des chansons qu ils appellent guilanus. II en est de mfime
parmi les peuples du Holstein, en Allemagne, qui appellent le gui marentaken,
rameau des spectres. Les jeunes y vont, au commencement de 1 annee, frap-
per les portes et les fenetres des maisons en criant : Guthyl ! (gui) . HistoirA
des Gaules, p. 18.)
Le grand sacrifice du gui de 1 an neuf se faisait avec beaucoup de cere
monies pres de Chartres, le sixieme jour de la lune, qui etait le commencement
de 1 annee des Gaulois, suivant leur maniere de compter par les nuits, ad viscum
druidce clamare solebant, dit Pline . (C. Leber, ouvrage deja cite, p. 21, t. III.)
De toutes ces traditions nous n avons importe, en Canada,
que la mascarade du i er Janvier et le chant de la Guignolee ;
mais dans plusieurs pays d Europe, le gui ou rameau des
spectres est encore un objet de veneration auquel on attribue
une grande puissance. (Voir Mallet, Introduction d I histoire
du Danemark, t. I. Henry, Histoire d 1 Angleterre, t. I,
etc., etc.)
II est une autre coutume, autrefois en grand usage en
Canada, a laquelle on attribue egalement une origine pa ienne,
et que Ton aurait christianisee comme la Guignolee : c est
celle des feux de la Saint- Jean... Tombee aujourd hui dans
1 oubli, cette coutume subsistait encore au commencement
de ce siecle dans certains pays de 1 Europe (en Irlande, en
France, en Espagne) de meme qu en Canada.
DU CANADA 259
Les feux de la Saint-Jean paraissent remonter a une
epoque plus eloignee que 1 etablissement du christianisme ;
ils peuvent etre consideres comme un reste de 1 ancienne
superstition et de la veneration que les Celtes avaient pour
le feu, qui purifie tout, qui echauffe et consume tout. Les
paiiens 1 adoraient comme la source premiere de la vie et du
mouvement de 1 univers, le symbole visible de la divinite.
On allumait ces feux en rejouissance de 1 arrivee du soleil
au solstice d ete qui commence les longs jours (fin de juin) (i).
On lit dans la vie de saint Eloi (mort en 659), que ce
fervent apotre travailla avec ardeur a deraciner les nom-
breuses superstitions qui regnaient a cette epoque dans
1 esprit des populations du nord de la France, comme de
danser et chanter a la fete du 24 juin, de faire sauter les
femmes malades par-dessus des charbons allumes la veille,
pour obtenir une heureuse delivrance .
Dans le Plaid du concile de Lestines ou Leptines, qui
s assembla en 742, d apres le desir de Karloman, due des
Franais, on remarque un catalogue des superstitions paiennes
alors en usage, entr autres celle du feu de Nodfir, au mois
de juin, allume en frottant Tun centre 1 autre des morceaux
de bois, pour faire des feux de joie en 1 honneur des dieux
et des deesses ; 1 attouchement des flammes ou de la fumee
attirant de pretendues benedictions .
Le meilleur moyen de couper court a ce reste de paganisme
etait de transformer cette fete de la superstition en une fete
chretienne, et c est ce que Ton fit.
M. LaRue a bien voulu me passer la petite note suivante
touchant la ceremonie du dernier feu de la Saint- Jean dans
sa paroisse natale :
II y a cinquante-cinq ou cinquante-six ans que le dernier
feu de joie de la Saint-Jean a eu lieu a Saint-Jean de 1 Ile
d Orleans (2). C etait la grande fete de 1 Ile ; le feu se faisait
la veille de la fete et etait precede du salut. Les habitants
(1) Diet, de Becherelle, au mot feu.
(2) Ceci etait ecrit en 1865, date de la premiere edition de cet ouvrage.
260
CHANSONS POPULAIRES
des paroisses voisines s y rendaient en foule, tous a cheval.
Avant ce temps, les femmes s y rendaient aussi, et a cheval,
en trousse. Le bois du bucher consistait en eclats de cedre,
toujours fournis par le meme, Laurent Fortier, dont les
enfants vivent encore a Saint-Jean. Le cure benissait d a-
bord le bucher, puis battait du briquet et y mettait le feu.
Les desordres sans nombre qui accompagnaient la ceremonie
1 ont fait abolir .
Ainsi la Guignolee et les feux de la Saint- Jean rappellent
deux ceremonies du culte que les Druides rendaient au
soleil. L une avait lieu au solstice d hiver et 1 autre au sol
stice d ete.
La premiere version de la Guignolee, que Ton va voir,
a ete recueillie dans le comte de Berthier, et la seconde
dans les cantons de 1 Est.
A Solo, reprise en chceur.
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On lui fe - - ra fair bon- ne che - re, On lui fe-
J r J r I
ra chauffer les pieds.
DU CANADA
26l
A Bon jour le maitre et la maitresse
Et tout le mond de la maison.
(bis)
B Pour le dernier jour de 1 annee
La Ignole vous nous devez.
(bis)
C Si vous voulez rien nous donner.
Dites-nous le-e
On emmenera seulement
La fille ainee.
(bis)
D On lui fera fair bonne chere,
On lui fera chauffer les pieds.
(fits)
C On vous demande seulement
Une chignee
De vingt a trente pieds de long
Si vous voulez-e.
(bis)
D La Ignole , la Ignoloche,
Mettez du lard dedans ma poche !
(fit s)
C Quand nous fum s au milieu du bois,
Nous fum s a 1 ombre ;
J entendais chanter le coucou
Et la coulombe.
(bis)
A Rossignolet du vert bocage,
Rossignolet du bois joli.
(bis)
B Eh ! va-t-en dire a ma maitresse
Que je meurs pour ses beaux yeux.
(bis)
C Toute fill qui n a pas d amant,
Comment vit-elle ?
Ell vit toujours en soupirant,
Et toujours veille.
(bis)
262
CHANSONS POPULAIRES
AUTRE VERSION :
(Recueillie par M. le docteur J. A. LeBlanc).
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J I J J
Bon - jour le maitre et la mai - tres - se
4/J J J I f t N M J ^^
Et tous les gens de la mai - son. Nous a - vons
J J I J J
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pris u - - ne cou - - tu - me De v nir vous voir u-
ne fois 1 an.
U - ne fois 1 an... C est pas grand
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chos Pour 1 ar - ri - ve
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morceau de chi - gn6 Si vous vou - lez - - e.
Bonjour le maitre et la maitresse
Et tous les gens de la maison.
Nous avons pris une coutume
De v nir nous voir une fois 1 an.
Une fois 1 an... C est pas grand chos ...
Pour I arrivee,
Qu un petit morceau de chignee,
Si vous voulez-e.
L,a guignole, la guignoloche,
Mettez du lard dans ma poche
Et du fromage sur mon pain ;
DU CANADA 263
Je reviendrai 1 anne qui vient.
Si vous voulez rien nous donner,
Dites-nous le-e ;
Nous prenderons la fille ainee,
Si vous voulez-e.
Nous lui ferons fair bonne chere,
Nous lui ferons chauffer les pieds.
MALBROUGH S EN VA-T-EN GUERRE
John Churchill, due de Marlborough, naquit le 24 juin
1650, a Ashe, dans le comte de Devou, Angleterre. Habile
diplomate, il fut le plus grand capitaine de son siecle, et
se battit au Maroc, en Angleterre, en Irlande, en Allemagne
et dans les Pays-Bas sans jamais eprouver une defaite se-
rieuse. II servit pendant environ cinq annees dans 1 ar-
mee francaise, et sut meriter les eloges de Louis XIV et de
Turenne.
La muse populaire a fait du due de Marlborough un type
legendaire qu elle a chante a sa facon et dans lequel il est
difficile de reconnaitre le heros de Walcour et de Malplaquet.
En depit des chansons et d une tradition fantaisiste, Marl-
borough ne mourut pas sur le champ de bataille. II fut
frappe d apoplexie le 8 juin 1716, alors qu il etait devenu
generalissime du roi George I d Angleterre. II perdit presque
entierement la raison et languit dans ce triste etat jusqu a
sa mort arrivee le 17 juin 1722.
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Mai - brough s en va - t-ei, guer - re, Mi
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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 265
M FIN.
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i J i r MI r
re - vien - dra. Ne salt quand re - vien - dra,
-c i f . ir c ir
Ne salt quand re - vien - dra. D. C.
Malbrough s en va-t-en guerre,
Mironton, mironton, mirontaine,
Malbrough s en va-t-en guerre,
Ne sait quand reviendra. (ter)
II reviendra-z-a Paques,
Mironton, etc.
II reviendra-z-a Paques,
Ou a la Trinite. (ter)
La Trinite se passe,
Mironton, etc.
La Trinite se passe,
Malbrough ne revient pas. (ter)
Madame a sa tour monte,
Mironton, etc.
Madame a sa tour monte,
Si haut qu ell peut monter. (ter)
Elle apercoit son page,
Mironton, etc.
Elle aper9oit son page
Tout de noir habille. (ter)
- Beau page, ah ! mon beau page,
Mironton, etc.
Beau page, ah ! mon beau page,
Quell nouvelle apportez ? (ter)
Aux nouvell s que j apporte,
Mironton, etc.
266 CHANSONS POPULAIRES
Aux nouvell s que j apporte
Vos beaux yeux vont pleurer. (ter)
Quittez vos habits roses,
Mironton, etc.
Quittez vos habits roses
Et vos satins broches. (ter)
Monsieur Malbrough est more,
Mironton, etc.
Monsieur Malbrough est more,
Est mort et enterre. (ter)
J l ai vu porter en terre,
Mironton, etc.
J l ai vu porter en terre
Par quatre-z-officiers. (ter)
L/un portait sa cuirasse,
Mironton, etc.
I/un portait sa cuirasse,
L/autre son bouclier. (ter)
L/un portait son grand sabre,
Mironton, etc.
L/un portait son grand sabre,
L/autre ne portait rien. (ter)
A 1 entour de sa tombe,
Mironton, etc.
A 1 entour de sa tombe
Romarins Ton planta. (ter)
Sur la plus haute branche,
Mironton, etc.
Sur la plus haute branche
Le rossignol chanta. (ter)
On vit voler son
Mironton, etc.
DU CANADA 267
On vit voler son atne,
A travers des lauriers. (ter}
Chacun mit pied a. terre,
Mironton, etc.
Chacun mit pied a terre
Et puis se releva. (ter)
Pour chanter les victoires,
Mironton, etc.
Pour chanter les victoires
Que Malbrough remporta. (ter)
La ceremoni faite,
Mironton, etc.
La ceremoni faite
Chacun s en fut s coucher. (ter)
J n en dis pas davantage,
Mironton, mironton, mirontaine,
J n en dis pas davantage
Car en voila-z-assez.
SAINTE MARGUERITE-PINPANIPOLE
II est singulier de voir comme les paroles les plus insi-
gnifiantes, accolees a quelques pauvres notes de musique,
peuvent se repeter de pays en pays et de siecle en siecle.
Je lisais, il y a quelques jours, que, dans le Berry, en France,
on chante une berceuse dont les mots sont :
Dodo, her line !
Sainte Catherine,
Endormez ma p tite enfant
Jusqu a 1 age de quiiize ans !
Quand quinze ans seront sonnes,
II faudra la marier .
Au moment ou je lisais ces lignes, ici, a Quebec, a mille
lieues de la France, j entendais une bonne d enfants, qui
chantait, dans une chambre voisine :
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Sain - te Mar-gue - ri - te, Veil lez ma pe-
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ti - te ! Endormez m a p tite en - fant Jusqu a 1 a - ge
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Qui vien - dra de Ro - me.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
269
Sainte Marguerite,
Veillez ma petite !
Endormez ma p tite enfant
Jusqu a 1 age de quinze ans !
Quand elle aura quinze ans passe,
II faudra la marier,
Avec un p tit bonhomme
Qui viendra de Rome.
Pinpanipole qui rencontre les gens du Roy , nous vient
aussi de France, tres probablement, et je serais curieux de
savoir s il s y est conserve, ou s il a emigre corps et biens
pour venir amuser les petits Canadiens au berceau. On
chante cette melodie, qui n est pas sans quelque merite, en
frappant successivement, du bout du doigt, les cinq doigts
tendus d un petit enfant a qui on fait ouvrir la main. Lorsque,
a la fin du couplet, on dit : dehors ! dehors ! dehors ! on fait
disparaitre un des doigts de 1 enfant sous sa main, en faisant
mine de le devorer, - - ce qui, d ordinaire fait rire le bambin
aux eclats ; - - puis on recommence le meme petit jeu sur
les quatre doigts qui restent ; et ainsi de suite, en faisant
disparaitre un doigt a la fin de chaque repetition du couplet.
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Pin - pa - ni - - po - - le, un jour du temps pas-
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5, Passant par la vil - le, rencontr" les gens du Roy. Beau pigeon
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d or, les gens des al - lu - - met - tes, Beau pi - geon
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d or, le p tit co - chon de - - hors !
270 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Pinpanipole, un jour du temps passe,
Passant par la ville, rencontre les gens du Roy,
Beau pigeon d or, les gens des allumettes,
Beau pigeon d or, le p tit cochon dehors !
Parle. Dehors ! dehors ! dehors !
PIPANDOR A LA BALANCE
Pipandor d la Balance est le pendant de Pinpanipole, et
1 accessoire du meme jeu d enfant.
Ce n est pas sans un vif interet que j ai retrouve, dans
le recueil public par M. Bujeaud : les Chants et Chansons
populates des provinces de I Quest, et dans celui de MM. Du-
rieux et Bruyelle : les Chants et Chansons populaires du
Cambresis, quelques-uns des verbiages d enfants que tous
les petits Canadiens repetent dans leurs jeux, sur les genoux
de leurs meres, le long des grands chemins ou sur les banes
de 1 ^cole. Quel plaisir d apprendre que Pipandor d la
Balance, - Monte echelle ! Monte-Id ! et Petit couteait d or
et d argent sont sur les levres de tous nos petits cousins
d outre-mer ! En presence d une telle decouverte, je me
demande si c est le Canada qui est reste frangais ou si c est
la France qui est devenue canadienne ! et je serais presque
tente" de m ecrier, en parodiant ce brave Marseillais qui n a
peut-etre jamais existe : Si la France avait un Quebec, ce
serait un petit Canada !
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272
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
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hors !
Pipandor a la Balance,
N y a-t-il qu toi-z-et moi-z-en France ?
Pourquoi y es-tu mis ?
Pour manger de la bouillie !
(Pipandor, chapeau d epinette !
|Pipandor, mets ton nez dehors !
VARIANTS :
jPipandor, tambourez mesdames,
[Pipandor, mets ton nez dehors !
LA POULETTE GRISE
Et jusqu a la Poulette grise que Ton chante encore
en France comme ici, en depit de 1 eloquente tirade de
M. LaRue ! (Voir Foyer Canadien, annee 1863.)
On chante aussi en France ce couplet qui accompagne
toujours le jeu de societe que tout le monde connait :
II est passe par ici
Le furet des bois, mesdames,
II est passe par ici
Le furet du bois joli !
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Nous autres, Canadiens, qui avons conserve des idees plus
monarchiques, nous chantons :
II est passe par ici
Le clairon du roi, mesdames,
II est passe par ici
Le clairon du roi joli !
A cheval, sur la queue d un orignal, - - un autre chant tres
populaire et plein de souvenirs de la France, est une
sorte de psalmodie, plutot parlee que chantee, que Ton debite
en faisant sauter un enfant sur ses genoux :
A cheval, a cheval,
Sur la queue d un orignal.
A Rouen, a Rouen,
Sur la queue d un p tit ch val blanc.
A Paris, a Paris,
Sur la queue d une p tite souris.
A Versailles, a Versailles,
Sur la queue d une grand vache caille.
18 805 B
274
CHANSONS POPULAIRES
On comprend, dit M. LaRue/que le rythme et la tournure
de cette chanson sont propres a exciter la verve des nourrices.
Aussi une bonne de Quebec a-t-elle cru devoir aj outer :
A Quebec, a Quebec,
Sur la queue d une belette ! !...
Je lui en laisse la responsabilite .
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C est la poulette grise
Qui pond dans 1 eglise,
Ell va pondre un beau p tit coco
Pour son p tit qui va fair dodiche,
Ell va pondre un beau p tit coco
Pour son p tit qui va fair dodo.
Dodiche, dodo.
C est la poulette blanche
Qui pond dans les branches,
EH va pondre, etc.
DU CANADA 275
C est la poulette noire
Qui pond dans 1 armoire,
Ell va pondre, etc.
C est la poulette verte
Qui pond dans les couvertes,
EH va pondre, etc.
C est la poulette brune,
Qui pond dans la lune,
EH va pondre, etc.
C est la poulette Jaime
Qui pond dans les aulnes,
Ell va pondre un beau coco
Pour son p tit qui va fair dodiche,
Ell va pondre un beau p tit coco
Pour son p tit qui va faire dodo.
Dodiche, dodo.
D OU VIENS-TU, BERGERE
Le noel que Ton va lire n est jamais chante a 1 eglise (il
a pu 1 etre autrefois) ; mais il est bien connu dans les fa
milies. Les petits enfants aiment son joli air, simple et
doux. Le D ou viens-tu ? et le Qu as-tu vu, bergere ? de
chaque couplet, interesse leur imagination, qui s exalte au
recit de ce Dieu qu adorent les grands parents comme les
petits enfants, ce Dieu qui a tout fait, tout : le beau ciel
etoile, le grand fleuve et la haute montagne couverte de
neige, et qui cependant veut naitre pour nous dans une
etable ! Le breuf, dont, ordinairement, ils n osent pas trop
approcher, et 1 ane, qu ils ne connaissent que de nom, sont
deux personnages qui, a leurs yeux, embellissent singuliere-
ment le tableau...
Un ecrivain qui n etait malheureusement pas catholique,
M. Michelet, a ecrit ces lignes delicieuses a propos des noels
populaires :
... II y avait alors dans 1 Eglise un merveilleux genie
dramatique, plein de hardiesse et de bonhomie, souvent em-
preint d une puerilite touchante... Elle (1 Eglise), quelque-
fois aussi, se faisait petite ; la grande, la docte, I eternelle,
elle begayait avec son enfant ; elle lui traduisait 1 ineffable
en pueriles legendes .
D ou viens - tu. her - ge - re, D ou viens - tu ?
Je viens de 1 e - - ta - ble, De m y pro-me - ner ;
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J ai vu un mi - ra cle Ce soir ar - ri - ve.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 277
- D oii viens-tu, bergere,
D ou viens-tu ?
- Je viens de 1 etable,
De m y promener ;
J ai vu un miracle
Ce soir arrive.
Qu as-tu vu, bergere,
Qu as-tu vu ?
- J ai vu dans la creche
Un petit enfant
Sur la paille fraiche
Mis bien tendrement.
- Rien de plus, bergere,
Rien de plus ?
- Saint Marie, sa mere,
Qui lui fait boir du lait,
Saint Joseph, son pere,
Qui tremble de froid.
- Rien de plus, bergere,
Rien de plus ?
- Ya le boeuf et 1 ane
Qui sont par devant,
Avec leur haleine
Rechauffent 1 enfant.
- Rien de plus, bergere,
Rien de plus ?
- Ya trois petits anges
Descendus du ciel
Chantant les louanges
Du Pere eternel.
JE NE VEUX PAS D UN HABITANT
Nous n appeloDs habitant, en Canada, que celui qui possede
une terre a la campagne et qui la cultive lui-meme. Les ou-
vriers et les journaliers qui demeurent a la campagne ne
sont pas des habitants, pas plus que les residants des villes.
L origine de cette distinction remonte, sans aucun doute,
aux premiers temps de la colonie. La societe canadienne
d alors se composait, a part les ecclesiastiques, de trois classes
d hommes : les soldats, les commerfants et les agriculteurs.
Les premiers n etaient ici, pour la plupart, que temporaire-
ment, tandis que les agriculteurs, en s emparant du sol
meme du pays, s y fixaient d une maniere irrevocable, et
devaient etre seuls considered comme les veritables habitants
de la colonie.
On m a chante cette melodic tantot avec le sol dieze, tantot
avec le sol naturel.
A part les couplets ou il est question d un habitant et
d un colporteur, toute cette chanson nous vient de France.
On en chante encore une variante aujourd hui en Saintonge.
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CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 279
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sont si mal-hon - ne - tes ! Ma lu - ron, ma lu - re.
Je voudrais bien me marier, (bis)
Mais j ai grand peur de me tromper : (bis)
Ils sont si malhonnetes !
Ma luron, ma lurette,
Us sont si malhonnetes !
Ma luron, ma lure.
Je ne veux pas d un habitant : (bis)
II faut toujours aller au champ, (bis)
Et rouler la charrette,
Ma luron, etc.
Je ne veux pas d un laboureux : (bis)
II faut toujours toucher les boeufs (bis)
Et manier la curette,
Ma luron, etc.
Je ne veux pas d un colporteur, (bis)
Rarement ils se font honneur (bis)
En portant la cassette,
Ma luron, etc.
Pour un notair , je n en veux pas, (bis)
Car ils passent trop de contrats. (bis)
Ils embrass nt les fillettes,
Ma luron, etc.
Je ne veux pas d un medecin : (bis)
Ils ont toujours pillul s en main, (bis)
Des pris s et des lancettes,
Ma luron, etc.
Je ne veux pas d un avocat, (bis)
Car ils aiment trop les ducats, (bis)
Ils trompent les fillettes,
Ma luron, etc.
280 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Je voudrais bien d un officier : (bis)
Je marcherais a pas carres (bis)
Dans ma joli chambrette,
Ma luron, ma lurette,
Dans ma joli chambrette,
Ma luron, ma lure.
JACQUOT HUGUES
Jacquot Hugues n est pas un etre fictif ; il a bien reelle-
ment existe, et vecu de longues annees dans le comte de
Rimouski, ou il est mort, il y a une vingtaine d annees, sans
laisser de posterite.
II est bon de savoir que c etait un etre bien original que
ce Jacquot Hugues. II etait grand de taille, et, quoique
Fran$ais de naissance, on 1 appelait le Sauvage, a cause
sans doute de son teint tres basane, mais aussi a cause de
ses allures excentriques et de sa coutume de porter des mi-
tasses, avec ornements en babiche.
II lui arriva un jour de s emparer d une baleine. Apres
qu il 1 eut de pecee et qu il en eut extrait 1 huile et la graisse,
ses voisins s en vinrent chez lui pour se partager le residu,
les cretons, comme cela etait d usage ; mais voila mon Jacquot
Hugues qui ne veut pas donner mais vendre ses cretons,
et qui se met en frais de peser sa marchandise avec une romaine.
C en etait bien assez pour se faire chanter ; neanmoins la
verve des rimeurs de 1 endroit se contint pour le moment ;
mais lorsque, a quelque temps de la, on entendit dire que
Jacques Hugues, le Sauvage, le vendeux de cretons, faisait
des demarches pour se faire elire membre du parlement, toute
digue fut rompue, et les couplets que Ton va lire volerent
de bouche en bouche, si bien que je les ai entendu chanter
a plus de cent lieues de 1 endroit ou ils furent composes.
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CHANSONS POPULAIRES
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Dans 1 comte de Rimouski,
A 1 election nouvelle,
Jacquot Hug s s est presente :
II sentait la baleine !
II avait pour reconfort
Tous les cretons de son bord.
Romaine, romaine, romaine!...
Quand il etait cantinier,
II vendait de 1 eau forte ;
II savait la baptiser
Sans demander main-forte :
C est P tit Paul qui charriait 1 eau,
Madam rincait le tonneau...
A force, a force, a force !
II ne se souvenait plus
De ses mitass a franges ;
II eut donne ses ecus
Pour entrer dans la chambre.
C est c qu on n aurait jamais vu :
Un Sauvage d etre elu !
Peau noire, peau noire, peau noire !
En s en revenant chez lui,
II faisait la grimace ;
Le mond s est bien aper9U
Qu il avait le coaur flasque.
II dit qu il a vendu,
DU CANADA 283
Mais a present n en vend plus.
Attrape, attrape, attrape !
Qu en a compose la chanson,
C est un gar9on de gloire ;
II ne vous dit pas son nom :
a vous reste a savoire.
II esper que ses amis
Chanteront tous avec lui :
Romaine, sauvage, peau noire
FRANCOIS MARCOTTE
On a vu, dans les couplets qui precedent, une mordante
satire centre les petits moyens mis en jeu par un homme
preoccupe de faire sa fortune rapidement. Voici une autre
satire, non moins mordante, dont les garcons qui se vantent
de faire tourner la tete a toutes les filles pourront tirer leur
profit.
Cette chanson est tout a fait dans le genie canadien.
Frangois Marcotte, qui :
... s en va promptement
Atteler sa jument
Chez son oncle Paul Abelle,
est bien un vrai type de faraud campagnard.
C est une coutume commune aux poetes rustiques de la
France et du Canada de se consacrer a eux-memes le der
nier ou les derniers couplets de leurs chansons. Presque
toutes nos chansons d elections, de meme que les com-
plaintes composees a 1 occasion d un malheur arrive a une
famille ou a une paroisse, fmissent par le couplet sacra-
mentel :
Qu en a compose la chanson, etc.
Qui a compose cette complainte, etc.
On doit d autant plus volontiers pardonner cette petite
faiblesse aux poetes populaires que Ton est accoutume a
voir des poetes d un ordre plus eleve parler d eux-memes,
se decrire, se vanter, se biographier d un bout a 1 autre de
leurs ceuvres.
L air de cette chanson n a rien d original et n est pas
canadien. C est, je crois, une ancienne melodie anglaise.
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
285
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C est Francois Mar - cott Qui s ha - bil - le bew
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prop Pour al - - ler en pro - me - na - - de ; C est
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a Des-cham - bault, Chez monsieur Bou - drault : C est un
fil - le qu il lui faut.
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ma - dam Bou - drault, En fai - sant le fa - raud, Fai-
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sant des po - li - - tes - - ses, Des ci - vi - - Ii-
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t6s A la com - pa - gne ! Mar - cott fit un belle en-
tree !
C est Frangois Marcotte
Qui s habille ben propre,
Pour aller en promenade ;
C est a Deschambault,
Chez monsieur Boudrault :
C est une fille qu il lui faut.
Bonjour madam Boudrault, -
En faisant le faraud,
Faisant des politesses, -
Des civilites
A la compagnee !
Marcotte fit un belle entree !
286 CHANSONS POPULAIRES
Quand il fut entre,
II s agit de parler
Des affair s de consequence :
De sa bien aimee
II s est approche :
C etait pour la demander.
- Je suis bien presse,
Je veux me marier,
Je crains de vous surprendre ;
Vous excuserez
La brutalite
D l abord de mon arrivee.
- Vous et s tout excuse,
Vous pouvez continuer ;
Revenez plusieurs voyages :
Pour vous marier,
II faut esperer (attendre)
Que mon per soit arrive.
Marcotte s est retire,
Pensant bien qu il 1 aurait
Dans un second voyage ;
Ne s imaginant pas
Qu en faisant tout cela,
Ell voulait le planter la.
L/automne est revenu.
Boudrault ne revient plus,
Marcotte est d un bord et d l autre
C est pour s informer,
De tous les cotes,
Si Boudrault est arrive.
S en va a Deschambault,
Rencontr monsieur Boudrault
Et fait sa connaissance :
- Veuillez bien m excuser,
C est pour vous demander
Votre fille a marier.
- Parlez-moi, mon ami,
Tout vous est permis :
DU CANADA 287
Vous avez tant d avantages !
Vous avez de 1 esprit,
Sans dompter 1 indtistrie :
Vous et s homme de genie.
Puis on m a raconte
Que vous vous vantiez
Que vous auriez bien ma fille ;
Pour vous recompense!,
Nous allons vous donner
Une pell bien amanchee.
Revenons a Marcotte
II a pris sa capote ;
II a 1 air tout imbecile :
Son casque rabattu,
II a 1 air tout bourru :
Marcott ne se r connait plus.
II s en va promptement
Atteler sa jument
Chez son oncle Paul Abelle,
En disant : Sapre gai !
Je suis effarouche
De la pell qu ils m ont donnee !
I/auteur de la chanson,
C est un grand garcon
Revenant d un long voyage ;
Etant arrete
Se fair faire a diner
Chez des gens qu il connaissait :
Etant apres diner,
II entend raconter
L/aventur de Marcotte ;
J vous dis en verite,
Qu il aurait merite
Un chanson mieux composee.
Je vais vous le nommer :
C est Hyacinth Denis,
Qui n a plus d avantages.
288 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
II est expose
Au meme danger
Quand il va se promener.
Un jour passant par la,
Pensant a tout cela,
Je chantais, en en moi-meme :
Arriv ra que pourra !
I/a pell nous servira
Pour enterrer 1 mardi gras .
C EST PINSON AVEC CENDROUILLE
Cette chanson n est pas tant une chanson comique qu une
chanson d enfants, ou la chatte, le gros rat avec son violon,
etc., ne figurent que pour tenir en eveil 1 esprit d un petit
tapageur en attendant que le sommeil vienne fermer ses
paupieres. II ne faut pas, dit avec justesse M. Champ-
fleury, demander aux nourrices qui composent ces chansons,
autre chose que ce qu elles peuvent donner ; ... dans 1 amour
qu elles portent aux enfants, elles trouvent de singulieres
associations de mots... qui frappent le nouveau-ne et savent
endormir ses souffrances .
Ces couplets se chantent en France, dans le Cambresis,
sur un air tout different du notre.
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C est Pinson avec Cendrouille
Qui voudraient se marier ;
805 B
2QO CHANSONS POPULAIRES
Us voudraient faire des noces,
Mais n ont pas de quoi manger.
Gai Ion la
Tire la lirette,
Des trompettes
II yen aura.
Us voudraient faire des noces,
Mais n ont pas de quoi manger.
Us voient venir un gros chien,
Dans sa gueule apporte un pain.
Gai Ion la, etc.
Us voient venir un gros chien,
Dans sa gueule apporte un pain.
De pain nous en avons bien,
De viand nous n en avons point.
Gai Ion la, etc.
De pain nous en avons bien,
De viand nous n en avons point.
Us voient venir un corbeau,
Dans son bee est un gigot.
Gai Ion la, etc.
Us voient venir un corbeau,
Dans son bee est un gigot.
De viand nous en avons bien,
De vin nous n en avons point.
Gai Ion la, etc.
De viand nous en avons bien,
De vin nous n en avons point.
Us voient venir un lapin,
Sur son dos, un tonn 1 de vin.
Gai Ion la, etc.
Us voient venir un lapin,
Sur son dos un tonn de vin.
DU CANADA 2QI
De vin nous en avons bien,
De danseus s n en avons point.
Gai Ion la, etc.
De vin nous en avons bien,
De danseus s n en avons point.
Us voient venir un voisin,
Une fille a chaque main.
Gai Ion la, etc.
Us voient venir un voisin,
Une fille a chaque main.
Des danseus s en avons bien,
De violon n en avons point.
Gai Ion la, etc.
Des danseus s en avons bien,
De violon n en avons point.
Us voient venir un gros rat,
Un violon dessous son bras.
Gai Ion la, etc.
Us voient venir un gros rat,
Un violon dessous son bras.
- Entrez monsieur 1 Arrive :
Notre chatte est au grenier.
Gai Ion la, etc.
Entrez, monsieur 1 Arrive :
Notre chatte est au grenier.
La chatte entendit cela,
A saute dessus le rat.
Gai Ion la, etc.
La chatte entendit cela,
A saute dessus le rat.
Le rat s est mis a crier :
Voila mon violon casse !
Gai Ion la, etc.
2Q2 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Le rat s est mis a crier :
Voila mon violon casse !
Quand j irai en compagn.ee,
Un coup d eau d vi je prendrai.
Gai Ion la, etc.
Quand j irai en compagnee,
Un coup d eau d vi je prendrai.
J n en donn rai pas a cell -la
Qui m a casse les deux bras.
Gai Ion la,
Tire la lirette,
Des trompettes
II y en aura.
A LA CLAIRE FONTAINE
(Air recueilli par M. I abbe Marquis).
Le lecteur a deja pu observer que, dans des chants qui
semblent d abord appartenir au mode mineur, le chanteur
populaire fait tout a coup apparaitre une seconde majeure
entre le septieme et le huitieme degre de la gamme, de-
truisant ainsi la note sensible, et placant la melodic dans
le premier ou le second mode de la tonalite ancienne. Or,
ce qui arrive pour le mode mineur arrive aussi pour le mode
majeur. Ainsi, dans la melodic de la Claire Fontaine, que
Ton va voir ci-apres, et qui semble d abord appartenir exclu-
sivement au mode majeur, la note fa apparaissant naturelle,
dans la dixieme et dans la quatorzieme mesure, la sensible
disparait par la meme, et le huitieme mode de la tonalite
ancienne se trouve parfaitement accuse.
On dirait, quelquefois, que le peuple a horreur de la note
sensible. Cela tient a des causes toutes naturelles que des
musicistes distingues de ce siecle ont etudiees et expliquees
d une maniere irrefutable. (Voir les Remarques generates,
a la fin de ce volume.)
J ai deja dit que ces infractions aux regies de 1 art mo-
derne n indiquent pas toujours 1 anciennete d une melodie.
Souvent il arrive qu une chanson de la ville, toute fraiche
composee, vieillit tout a coup de plusieurs siecles, grace aux
alterations qu elle subit en passant par des gosiers cam-
pagnards. Chacun connait cet air d un vaudeville intitule :
Les Canotiers de la Seine :
5
s
Mes-dam s, sa- vez vous c qu il faut Pour e - tre
(
J
etc ,
ca no tie - - re ?
294
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Eh ! bien, voici comment j ai entendu chanter ce meme
air par une jeune fille de 1 Ile-Verte, (comte de Temiscouata) :
3E
m
l)
> r M r
J
etc.
Ceux de mes lecteurs qui ont visite la capitale de la France
se rappellent sans doute avoir vu, sur la place des Victoires,
une statue equestre de Louis XIV, representant le monarque
avec un lambeau de vetement sur le corps, et des sandales
aux pieds. C est un anachronisme de ce genre que faisait,
bien a son insu, ma jeune chanteuse de 1 Ile-Verte, en de-
pouillant de sa note sensible la melodic toute moderne du
vaudeville francais.
W^
la clai - re fon - - tai - ne M en
n^. i ^ j i
j i j -r
al - lant pro - me - ner
J ai trou ve 1 eau si
^m
be) - le Oue
je m y suis bai - gne. Lui
5
5
ya long - temps que je
t ai - me,
J J I J
mais je ne t ou - blie
rai.
ja-
PERRETTE EST BIEN MALADE - CHEZ MON
PERE YA TROIS FILLES
La chanson de Perrette etant chantee dans toutes nos
campagnes, et par les gens du peuple, j ai cru devoir lui
donner place ici, mais j avoue que sa musique, aussi re-
marquable par sa distinction que par son caractere antique,
semble accuser une origine peu populaire. Paroles et mu
sique sont peut-etre nees au milieu de ces pres fleuris qu ar-
rose la Seine , dans Lutece la chantante elle-meme, alors
que 1 ecole litteraire dite sentimentale peuplait le Louvre et
Versailles de bergers et de bergeres.
Dans tous les cas, les couplets de Perrette est bien malade,
de meme que ceux de Chez mon per ya trois filles, qui semblent
en etre une variante plus populaire, ne sont certainement
pas canadiens. Les mots : aubade, musette, et tambour sont
la pour le prouver (i).
Chez mon -phe ya trois filles se chante sur la premiere
partie (andante) de 1 air note ci-apres. Cette variante m a
(1) II est important de remarqucr que le peuple, en Canada, ne fait pas usage d ins-
truments & sons fixes, tels que la vieille et les differentes sortes de musettes ou corne-
muses : le biniou, le bay-pipe, etc ; que le violon est le seul instrument dont se servent
nos virtuoses campagnards ; et que, consfequemment, on ne saurait attribuer aux exi
gences d instruments a sons fixes le fait que nos chants populaires appartiennent presque
exclusivement au genre diatonique.
Le tambour, dont nos paysans ne font pas non plus usage, 6tait autrefois un instru
ment tres en vogue en Canada, avant 1 arrivie des blancs. On le regardait presque
comme qvelque chose de sacr6, parce que les jongleurs s en servaient toujoi rs dans
les chants qui accompagnaient leurs magies. C est si bien le cas que les premiers
missionnaires de la Nouvelle-France ne considcraient un sauvage bien convert! que
lorsque celui-ci avait brise son tambour. Le Frere Gabriel Sagard dit, en parlant
d une coutume montagnaise : ... Je m oubliais de parler des violons ou instruments
musicaux aux sons desquels, & des chansons ries deux chantres, tout le branle alloit
& se remuoit a la cadence ; c estoient une grande escaille de tortue & une facon de
tambour de la grandeur d un tambour de basque, compose d un cercle large de trois
ou quatre doigts, & de deux peaux roidemeiit estendues de part & d autre, dans quoy
estoient des graines de bled d lade, ou petits caillous pour f aire plus de bruit : le dia-
mettre des plus grands tambours est de deux palmes ou environ, ils le nomment en
Montagnais Chichigouan ; ils ne le battent pas comme on fait par deca : mais ils le
tournent & remuent, pour faire bruire les caillous qui sont dedans, & en frappent la
terre, tantost du bord, tantost quasi du plat, pendant que tout le monde danse.
Voyla tout ce qui est des instruments musicaux du pays .
Sagard. Histoire du Canada, page 474, Paris, 1636.
296
CHANSONS POPULAIRES
ete chantee par une jeune fille du nom de Farly, de Saint-
Barthelemy, comte de Berthier.
Andante.
r- c r
Per - rette est bien
ma
la - de. Tra la
j-J ; J n i r r r r
la la la la Tra la la la la la, Per - rette est bie,n ma-
FIN
rr r if if p r= r u r j
la - de, En danger de mou- nr, En danger de mou nr.
^ Presto.
j. i j ;
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Son a mi la va voi - - re, Tra la la
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PC
la la la la,
Son a
mi
va
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voi - - re : Te lai - ra - tu mou - rir ? Be - zin-
zi be - zin - zon Be- zin - zon be- zin- zain Te lai ra-
tu mou nr, Te lai ra - tu mou - rir ?
Andante.
Perrette est bien malade,
Tra la la la la la
Tra la la la la la,
Perrette est bien malade,
En danger de mourir. (bis)
D. C.
DU CANADA 297
Presto.
Son ami la va voire,
Tra la la la la la la,
Son ami la va voire :
- Te lai ra-tu mourir ?
Bezinzi bezinzon,
Bezinzon bezinzaine,
Te lai ra-tu mourir ? (bis)
Andante.
- Non, non, repondit-elle,
Tra la la, etc.
Non, non, repondit-elle,
Je ne veux pas mourir. (bis)
Presto.
Qu on m apporte ma flute,
Tra la la la la la la,
Qu on m apporte ma flute
Et mon tambour joli.
Bezinzi, bezinzon, etc.
Andante.
Pour jouer une aubade,
Tra la la la la la
Tra la la la la la
Pour jouer une aubade
Et chasser les soucis. (bis)
Chez mon per ya trois filles,
Les voici, les voila,
Tra la la tra la la,
Chez mon per ya trois filles,
Tout s trois a marier. (bis)
Mais yen a deux qui chantent,
Les voici, les voila, etc.,
Mais yen a deux qui chantent
Et 1 autre qui gemit. (bis)
298 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Pourquoi gemir, la belle ?
La voici, la voila, etc.,
Pourquoi gemir, la belle :
Nous sornm s tous rejouis ! (bis)
Chantez, chantez la belle,
La voici, la voila, etc.,
Chantez, chantez, la belle,
Nous chanterons aussi. (bis)
Qu on m apporte ma musette,
La voici, la voila, etc.,
Qu on m apporte ma musette
Et mon tambour joli ! (bis)
Que je jou des aubades,
Les voici, les voila, etc.,
Que je jou des aubades
Aux enfants sans souci. (bis)
Les enfants sans souci, me dit-elle,
Les voici, les voila, etc.
Les enfants sans souci, me dit-elle,
Us sont bien loin d ici. (bis)
Us sont a la caserne,
Les voici, les voila, etc.,
Us sont a la caserne,
Apres se divertir. (bis)
Us boivent pots et pintes.
Les voici, les voila,
Tra la la tra la la,
Us boivent pots et pintes,
Vidant les verr s aussi. (bis)
A LA SANTE DE CES JEUNES MARIES
Quel est I homme ayant tant soil peu de monde qui oserait
parler malheur, deception, tombeau, au milieu d un repas
de noces ? Dans de telles circonstances, au contraire, chacun
affecte une joie sans melange, et ne parle que felicite supreme
et bonheur sans fin. Et pour tant la crainte est dans tous
les coeurs. Ici-bas :
... jamais entiere allegresse :
L ame y souffre de ses plaisirs,
Les cris de joie ont leur tristesse,
Et les voluptes leurs soupirs.
La crainte est de toutes les fetes ;
Jamais un jour calme et serein
Du choc tenebreux des tempetes
N a garanti le lendemain ...
Ce mysterieux lendemain , on n ose pas le regarder en
face, on s efforce de n y pas songer. Plus courageux que
nous, et, avouons-le aussi, la conscience plus tranquille,
1 homme des champs ne craint pas d en rappeler le souvenir,
meme au milieu de ses fetes. Au lieu de se dorloter molle-
ment dans la jouissance du present, au lieu de s ecrier inutile-
men t, comme Lamartine :
Ne pourrons-nous jamais sur 1 ocean des ages
Jeter 1 ancre un seul jour ?
il regarde 1 avenir avec calme, tache de mettre a profit
1 experience du passe, et se raffermit dans le sentier du devoir.
Les couplets que Ton va lire prouvent, une fois de plus,
la verite de cette assertion des freres Grimm : que les chansons
du peuple ne savent jamais mentir.
300
CHANSONS POPULAIRES
j j n
Sur vo tre bon - te
Ah !
1 j.
1 J 1-
1 J J
j J J
me re - po
se. Puis - que vous vou-
lez
Tous i
ci que j o
se
^
^^
Vous chan - ter u
ne chan son,
Don - nez
^
^=^
vo-tre at - - ten - ti
on.
Sur votre bonte
Ah ! je me repose.
Puisque vous voulez
Tous ici que j ose
Vous chanter une chanson,
Donnez votre attention.
Je ne parle pas
Ici du breuvage,
Ni de ce rep as,
Mais du mariage ;
Je ne parle maintenant
Que de ces jeunes amants.
Vous avez dit : out,
Mot tres-agreable ;
Mais il est aussi
Souvent regrettable,
Et jusque dans le tombeau
On se repent de ce mot.
DU CANADA 301
Messieurs, jusqu ici,
Jusqu a vos oreilles,
Je puis bien parler
De tous ceux et celles
Qui se prennent sans s aimer
Et meur nt sans se regretter.
Vous, jeunes amants,
Qui cherchez des belles,
Veillez sagement,
Soyez-leur fideles,
Car vous pourriez etre enfin
Accables de grand chagrin.
Pour vous conserver
Beaux jours et bon role,
Vous d vez repeter
Souvent ces paroles :
Dieu veuille que je sois doux
A cell dont je suis 1 epoux !
Tu ne dois aimer
Que ta chere femme,
Que Dieu t a donnee
Pour fideT compagne ;
Tu dois toujours eviter
Cell qui pourrait te charmer.
Vous vous et s aimes,
Aimez-vous encore !
Vous serez charmes
De revoir 1 accor e
Regner dans votre maison
Avec la paix et 1 union.
Jeun femme, ecoutez !
Vous ferez de meme ;
De Dieu suppliez
I/a bonte supreme
Qu il vous benisse tous deux
Et vous donne des jours heureux.
302 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Messieurs, c est assez
Sur le mariage ;
Daignez me verser
De ce doux breuvage :
Que je boive a la sante
De ces jeunes maries.
DANS TOUS LES CANTONS
(Paroles recueillies par M. J. A. Malouin}.
L auteur de ces couplets, apres avoir enumere les vicissitu
des du menage, nous apprend que lui en a etc exempt,
qu il est tombe sur un bon gibier . Cela prouve deux
choses : i que les femmes peuvent etre bonnes quelquefois
(elles le sont meme tres souvent) ; 2 que les poetes de tous
les calibres ne peuvent que difficilement se taire sur leurs
avantages.
Cette chanson, au reste, est, dans son genre, un petit
chef-d ceuvre. La morale en est toute pratique : savoir bien
choisir son gibier .
r ir c g i E p c.
Dans tous les can - tons Ya des fill s et des gar-
cons Qui veul nt se ma - ri - - er, C est la pu - re ve - ri-
r > -M t
te. Les gar-^ons vont les voir, Le plus sou - vent le
soir ; Les fill s se re - jou - iss nt Quand ell s voi nt leurs a-
f r |i J f . p ir f I f. f. f .
f f
mis ;
Ell s se dis nt en sou riant : Le voi- la mon a-
>.b
^=RZ
mant
CHANSONS POPULAIRES
Dans tons les cantons
Ya des fill s et des gar9ons
Qui veul nt se marier,
C est la pure verite.
L,es gat9ons vont les voir
Le plus souvent le soir ;
Les fill s se rejouissent
Quand ell s voi nt leurs amis ;
Ell s se dis nt en souriant :
I/e voila mon amant !
Jeunes fill s, ecoutez,
Qui voulez-vous marier :
Votre engagement
Vous causera du tourment.
Vous prenez un etat
De pein s et d embarras ;
Bien souvent du chagrin,
Sans en connaitr la fin,
Qui vous f ra regretter
La maison qu vous quittez.
Etant mariee,
II faut tout abandonner,
Tous les agreements
D etre avec les jeunes gens.
Eaut rester au logis
Pour plaire a son mari ;
Vous etes mariee
Par votr propr volonte ;
Vous avez pris mari,
C est pour lui obeir.
S il est complaisant,
Vous aurez de I agrement ;
Mais s il est jaloux,
Vous n en aurez pas beaucoup.
Combien y en a-t-il
De ces mediants maris,
Que tout leur interet
DU CANADA 305
C est d aller au cabaret,
Pour y passer leur temps
A boir tout leur argent !
Le soir arrive,
Us revienn nt a leur logis
Tout en furibons
Et menant le carillon ;
Disant d un air fache :
Donne moi a souper !
w Promptement fais mon lit,
Car j ai besoin d dormir !
Comment pouvoir cherir
Un si brutal mari ?
Vous, a la maison,
Ni pain, ni lard, ni poisson,
N ayant pas le sou
Et souvent manquant de tout...
Et vos petits enfants
Qui vous diront : Maman,
Donnez-nous done du pain,
Car nous mourons de f aim !
Helas, quel creve-cceur
Vous f ra verser des pleurs !
Mais comme cela
Tous les hommes ne sont pas :
Car tous ces defauts,
Pour un seul, ce serait trop !
Yen a, assurement,
Qui sont plus complaisants :
Us aim nt leurs compagnees
Puisqu ils les ont epousees,
Us veul nt les soulager :
C est pour se faire aimer.
Mais si les maris
Ne sont pas tous garantis,
C est qu il yen a trop
De ces femm s qu ont des defauts...
20 805 B
306 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
De ces humeurs marabouts,
Que rien n est a leur gout ;
Quand on veut leur parler
Dans un coin s en vont bouder.
Comment n pas faire courroux
Avec un tel hibou ?
La semaine, au logis,
Ell s ont 1 air tout etourdies ;
Mai peignees, mal chaussees,
Et souvent mal arrangees.
I/e dimanche arrive,
Vous les voyez frisees,
Que tout s leurs qualites
N est qu pour la vanite.
Ell s n ont aucun souci
Pour 1 affair du logis.
Qu en a compose la chanson
C est un vieillard de ce canton
Qui n a pas regrette
L,e jour qu il s est marie.
II a pris un gibier
Qu il a su conserver ;
Elle a des qualites
Qu il n a point publiees :
Que chacun fass comm moi,
Qu il chante ce qu il sait !
CELLE QUE MON COEUR AIME
On chante, en France, les couplets suivants, qui ont avec
notre chanson Celle que mon cceur aime un lien de parent e"
non equivoque :
Nous etions dix fill s dans un pre,
Tout s les dix a marier.
Y avait Dine, y avait Chine,
Y avait Claudine et Martine,
Ah ! ah !
Cath rinette et Cath rina,
Y avait la belle Suzon,
La duchess de Montbazon,
Y avait Madeleine,
Y avait la du Maine.
I/e fils du roi vint a passer,
I/fils du roi vint a passer ;
Salua Dine, etc., etc., etc.
Embrassa la du Maine.
A toutes il fit un cadeau,
A tout s il fit un cadeau.
Bague a Dine, etc., etc., etc.
Diamants a la du Maine.
Puis il leur offrit a coucher,
II leur offrit a coucher.
Faille a Dine, etc., etc., etc.
Beau lit a la du Maine.
Puis toutes il les renvoya,
Chassa Dine, chassa Chine.
Chassa Claudine et Martine,
Ah! ah!
Cath rinette et Cath rina,
Chassa la belle Suzon,
308
CHANSONS POPULAIRES
L,a duchess de Montbazon,
Chassa Madeleine,
Et garda la du Maine.
Evidemment cette version n est pas de source populaire.
Mais il est possible qu il existe, ou du moins qu il ait existe,
en France, une chanson populaire a peu pres semblable a
notre version canadienne, et qu elle ait servi de theme aux
couplets que Ton vient de lire.
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Dans mon che - min j ai
ren - con-
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Dans mon che - min j ai
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Ren - con - tre Mi - ne, ren con - tre
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Fi - ne, Ren - con-tre Jac- que... Jac- que - li - ne,
Tra la la la la la la la, Ren - con - tre
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Ger - mi net - te, Cell qui vend des cho - pi-
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net - tes > J ai ren- con - tre ma rei
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Cel - le que mon coeur ai
me.
DU CANADA 309
Dans mon chemin j ai rencontre : (bis)
Rencontre Mine, rencontre Fine,
Rencontre Jacque... Jacqueline,
Tra la la la la la la la,
Rencontre Germinette,
Cell qui vend des chopinettes,
J ai rencontre ma reine,
Celle que mon coeur aime.
Je les ai tout tout fait entrer : (bis)
Fait entrer Mine, fait entrer Fine,
Fait entrer Jacque... Jacqueline,
Tra la la, etc.
Fait entrer Germinette,
Cell qui vend des chopinettes,
J ai fait entrer ma reine,
Celle que mon cceur aime.
Je les ai tout tout fait asseoir : (bis)
Un chaise a Mine, un chaise a Fine,
Un chaise a Jacque... Jacqueline,
Tra la la, etc.
Un chaise a Germinette,
Cell qui vend des chopinettes,
Un beau fauteuil a ma reine,
Celle que mon cceur aime.
Je les ai tout tout fait manger : (bis)
Patate a Mine, patate a Fine,
Patate a Jacque... Jacqueline,
Tra la la, etc.
Patate a Germinette,
Cell qui vend des chopinettes,
Un bon chapon a ma reine,
Celle que mon cceur aime.
Je les ai tout tout fait coucher : (bis)
Paillasse a Mine, paillasse a Fine,
Paillasse a Jacque... Jacqueline.
Tra la la, etc.
3IO CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Paillasse a Germinette,
Cell qui vend des chopinettes,
Un beau lit d plume a ma reine,
Celle que mon coeur aime.
Je les ai tout tout renvoyees : (bis)
Renvoye Mine, renvoye Fine,
Renvoye Jacque... Jacqueline,
Tra la la la la la la la,
Renvoye Germinette,
Celle qui vend des chopinettes,
Mais j ai garde ma reine, ,
Celle que mon coeur aime !
ENTRE PARIS JET SAINT-DENIS
Voici une princesse, fille d un roi de France, qui se fait
bel et bien couper 1 herbe sous le pied par une savante ,
physicienne et botaniste. C est la un eloquent plaidoyer
en faveur de 1 usage, etabli depuis quelques annees, de
donner des prix de chimie, de physique et de botanique
de nos pensionnats de jeunes filles.
Une variante de cette jolie chanson se chante aussi en
France. (Voir les Chants et Chansons de M. Bujeaud, page
203, vol. I.) J ai recueilli ces couplets a Sainte-Louise, dis
trict de Montmagny.
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sent. Sur la feuil - le ron... don don don, Sur la jo - li
^
li feuil - le
ron
de.
Entre Paris et Saint-Denis
II s eleve une danse ;
Toutes les dames de la ville
Sont alentour qui dansent.
Sur la feuille ron... don don, don,
Sur la joli , joli feuille ronde.
312 CHANSONS POPULAIRES
Toutes les dames de la ville
Sont alentour qui dansent...
II n y a que la fill du roi
D un cote qui regarde.
Sur la feuille, etc.
II n y a que la fill du roi
D un cote qui regarde.
Ell voit venir son messager,
Son messager de Nantes.
Sur la feuille, etc.
EH voit venir son messager,
Son messager de Nantes.
- Beau messager, beau messager,
Quell s nouvell s ya a Nantes ?
Sur la feuille, etc.
Beau messager, beau messager,
Quell s nouvell s ya a Nantes ?
Les nouvell s que j ai apportees :
Que votre amant vous mande...
Sur la feuille, etc.
Les nouvell s que j ai apportees :
Que votre amant vous mande
Que vous fassiez choix d un amant,
Pour lui a une amante.
Sur la feuille, etc.
Que vous fassiez choix d un amant,
Pour lui a une amante.
Est-elle plus belle que moi ?
Est-elle plus savante ?
Sur la feuille, etc.
Est-elle plus belle que moi ?
Est-elle plus savante ?
- EH n est pas plus belle que toi,
Mais elle est plus savante.
Sur la feuille, etc.
DU CANADA 313
Ell n est pas plus belle que toi,
Mais elle est plus savante :
Ell fait neiger, ell fait greler,
Ell fait le vent qui vente.
Sur la feuille, etc.
Ell fait neiger, ell fait greler,
Ell fait le vent qui vente ;
Ell fait reluire le soleil
A minuit, dans sa chambre.
Sur la feuille, etc.
Ell fait reluire le soleil
A minuit, dans sa chambre ;
EH fait pousser le romarin
Sur le bord de la Manche.
Sur la feuille ron... don don don.
Sur la joli , joli feuille ronde.
IL N Y A QU UN SEUL DIEU
Je connais depuis bien longtemps cette ancienne ronde
que Ton pourrait parfaitement appeler une ronde religieuse.
L execution en est tres simple :
Les danseurs se comptent d abord a haute voix, de fagon
a ce que chacun d eux se trouve etre designe par un nombre
pair ou impair. Le chant commence ensuite et la chaine
se met a tourner. On tourne ainsi constamment, tantot a
droite, tantot a gauche ; mais quand les chanteurs en sont
au sixieme couplet, et chaque fois que ce sixieme couplet
se repete, tout le monde s arrete, et, pendant que Ton chante :
Six urnes placees, remplies, les danseurs designes par un
nombre pair se tournent, d abord a droite, puis a gauche,
et font a leurs voisins de profonds saluts. Ceux que designe
un nombre impair font la meme ce remonie en sens inverse :
le tout avec la gravite d une ceremonie religieuse. Puis
lorsque Ton chante : A Cana, en Galilee, les danseurs recom-
mencent a tourner.
Tout cela n est guere dans le gout des jansenistes. Tandis
que ceux-ci, sous pretexte de respect, bannissent Dieu de
tout ce qui n est pas le ciel ou le sanctuaire, les catholiques
veritables ont le bon sens de parler de Dieu partout, meme
dans leurs amusements. On a remarque des longtemps,
dit d une maniere charmante M. de Sainte-Beuve, cette gaiete
particuliere aux peuples catholiques ; ce sont des enfants qui,
sur le giron de leur mere, lui font toutes sortes de niches
et prennent leurs aises .
Cette ronde est la traduction a peu pres litterale d une
des Imitations des Series druidiques que composerent les
missionnaires qui etablirent le christianisme dans les Gau-
les. On s en convaincra par cette citation partielle de deux
chants publics par M. de Villemarque (Barzas-Breiz, pages
1-28) :
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA 315
CHANT DRUIDIQTJE
Le druide.
Tout beau, enfant blanc du druide ;
Reponds-moi, tout beau, que veux-tu ?
Que je chanterai-je ?
L enfant.
- Chante-moi la serie du nombre un,
Jusqu a ce que je 1 apprenne aujourd hui.
Le druide.
Pas de serie pour le nombre un :
La necessite unique ;
Le trepas pere de la douleur ;
Rien avant, rien de plus...
L enfant.
La serie du nombre deux ?
La serie du nombre douze ?
Le druide.
II y a douze mois et douze signes ;
Onze belek armes..
Dix vaisseaux ennemis...
Neuf petites mains blanches...
Huit vents...
Sept soleils...
Six petits enfants de cire...
Cinq zones autour de la terre...
Quatre pier res a aiguiser...
Trois parties du monde...
3l6 CHANSONS POPULAIRES
Deux boeufs...
La necessite unique, le trepas...
CHANT CHRETIEN
- Die mihi quid unus ?
Unus est Deus
Qui regnat in ccelis.
- Die mihi quid duo ?
- Die mihi quid duodecim ?
- Duodecim apostoli ;
Undecim stellse
A Josepho visse ;
Decem mandata Dei ;
Novem angelorum chori ;
Octo beatitudines ;
Septem sacramenta ;
Sex hydriae
Positse
In coena Galilese ;
Quinque libris Moysis :
Quatuor evangelistse
Tres sunt patriarchse :
Duo testamenta ;
Unus est Deus.
DU CANADA
317
FIN:
! p
r r c t -.
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a -
*
f
II n y a qu un seul Dieu. II n y a qu un seul Dieu.
II n ya qu un seul Dieu,
II n ya qu un seul Dieu.
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Dis - moi pour - quoi deux, Dis - moi pour - quoi deux.
A
r " i * ~TF
D. c.
II y a deux Tes - ta- merits.
Dis-moi pourquoi deux, (bis)
- II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
J J.
f . f r p
, f ^j-
Dis
1 -
=t=-E P \f &
- moi pour - quoi trois, Dis - moi
f 1 f f f -f
1 \- I-
pour - quoi trois
8 a la lettre A
II ya trois grands pa - tri - arch s.
Dis-moi pourquoi trois. (bis)
- II y a trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
J J I f r r c c i r r r 11
Dis - moi pour - quoi quatr , Dis- moi pour - quoi quatre.
C
a la lettre B.
II ya quatre e - van - ge - list s.
CHANSONS POPULAIRES
Dis-moi pourquoi quatre. (bis)
- II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
7T f* h 1 P 1* f
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Dis - moi pour - quoi cinq,
u 5 .
Dis * moi
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pour - quoi
a la lettre C
H
cinq.
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-6 Ml
II ya cinq livr s de Mo - Ise.
Dis-moi pourquoi cinq, (bis)
- II ya cinq livr s de Mo ise,
II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
i
J" i r r r c pi r r
Dis - moi pour - quoi six, Dis- moi pour - quoi six.
E Lento e religioso. i tempo.
f EE F^
- Six urn s pla cees, rem - plies, A Ca-
I a la le.ttre D.
na, en Ga li - lee.
Dis-moi pourquoi six. (bis)
Six urn s placees, remplies,
A Cana, en Galilee,
II ya cinq livr s de Mo ise,
II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarches,
DU CANADA
319
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
;
r r, r, I r r r
Dis - moi pour - quoi sept, Dis - moi pour - quoi sept
i
r, i t
f I) a la lettre E.
II y a sept sa - ere - ments
Dis-moi pourquoi sept, (bis)
- II y a sept sacrements,
Six urn s placees, remplies,
A Cana, en Galilee,
II ya cinq livr s de Mo ise,
II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
A I s f* 1
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Dis - moi pour -
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quoi huit, Dis - moi
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ti - tud s.
Dis-moi pourquoi huit. (bis)
II ya huit beatitudes,
II y a sept sacrements,
Six urn s placees, remplies,
A Cana, en Galilee,
II ya cinq livr s de Mo ise,
II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
320
CHANSONS POPULAIRES
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Dis - moi
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pour - quoi neuf, Dis- moi pour - qi
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loi neuf.
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-I] y
f- Tj ^ e. p (Ja la let
a neuf choeurs des ang s.
Dis-moi pourquoi neuf. (bis)
- II y a neuf chceurs des anges,
II ya huit beatitudes,
II y a sept sacrements,
Six urn s placees, remplies,
A Cana, en Galilee,
II ya cinq livr s de Mo ise,
II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
Dis- moi pour - quoi dix, Dis- moi pour - quoi dix
I
^ M I
a la lettre H.
II
ya
dix com - man - de - merits.
Dis-moi pourquoi dix. (bis)
- II ya dix commandements,
II y a neuf choaurs des anges,
II ya huit beatitudes,
II y a sept sacrements,
Six urn s placees, remplies,
A Cana, en Galilee,
II ya cinq livr s de Moi se,
II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu.
DU CANADA
321
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cents mill vjerg
a la let
s.
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Dis-moi pourquoi onze. (bis)
- II y a onz cents mill vierges,
II ya dix commandements,
II y a neuf choeurs des anges,
II ya huit beatitudes,
II y a sept sacrements,
Six urn s placees, remplies.
A Cana, en Galilee.
II ya cinq livr s de Moi se,
II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarches.
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
?
Pp^
21
Dis - moi pour - quoi douz , Dis - moi pour- quoi douze.
ia iettre
II y
a les douze a- potr s.
Dis-moi pourquoi douze. (bis)
- II y a les douze apotres,
II y a onz cents mill vierges,
II ya dix commandements,
II y a neuf choaurs des anges,
II ya huit beatitudes,
II y a sept sacrements,
Six urn s placees, remplies,
A Cana, en Galilee,
II ya cinq livr s de Moi se,
805 B
322 CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
REMARQUES GENERALES
ES diff Brents intervalles de 1 echelle des sons forment
ce que Ton pourrait appeler le corps de la musique ;
le rythme en est Fame.
De 1 union de ces deux elements nait la melodie.
La melodie est une suite de sons formant un chant com
prehensible a 1 oreille (i), suite de sons necessairement
traversee par le rythme et recevant de lui un caractere.
L harmonie, qui repose sur la simultaneity des sons, n est
pas un element essentiel de la musique, du moins de toute
musique, comme 1 echelle des sons et comme le rythme.
L homme de la campagne qui fait entendre sa voix soli
taire au milieu des champs, fait de la musique, mais pas
d harmonie.
Ainsi done :
Echelle des sons, - - corps de la musique ;
Rythme, - - ame de la musique ;
Melodie, - - corps et ame, echelle et rythme reunis ;
Harmonic, accessoire non oblige de la melodie, du
moins dans nos chants populaires.
Pour bien comprendre ce que sont nos chants populaires,
examinons-les dans leurs modes - - echelles des sons - - et
dans leur rythme. Examinons aussi jusqu a quel point ils
sont susceptibles de s unir avec 1 harmonic. Get examen
nous permettra de porter un jugement plus eclaire sur 1 es-
the"tique de cette musique du peuple.
(1) Scudo. Tout le monde connalt la fameuse definition de saint Jean de Damas :
la melodie est une suite de sons qui s appellent. Pour ces seuls mots : qui s appellent,
disait Choron, saint Jean Damascene meritait bien d etre canonise !
324 CHANSONS POPULAIRES
ECHELLE DES SONS
Dans son acception generale, le son, suivant Boece, est
un battement d air continue jusques au sens de 1 ouye sans
interruption aucune .
Les milliers de bruits qui remplissent la nature n ont pas
tous le caractere musical. Pour qu un son porte le caractere
musical, il faut qu on puisse lui assigner une place dans une
echelle ou serie de sons quelconque de maniere que 1 oreille
ne le confonde pas avec un son plus grave ou plus aigu.
L immense echelle des sons musicaux, depuis le plus grave
jusqu au plus eleve que Foreille puisse entendre, se divise
naturellement par intervalles que, dans le systeme musical
qui nous est familier, nous appelons octave (i).
Les sons compris entre les notes extremes d une octave,
se divisent de differentes manieres, et par leur succession
du plus grave au plus aigu, ou vice versa, constituent ce qu on
appelle gamme.
Le mode determine Fordre de succession des notes de la
gamme ou d une serie de sons quelconque (2).
II faut bien se garder de croire que nos deux gammes
du mode majeur et du mode mineur soient les seules accep-
tables pour 1 oreille de l homme. A part toutes les preuves
du contraire qui ont deja ete donnees dans ce volume, et
toutes celles que nous fournit 1 histoire, il en est une excellente
qui reside dans ce fait : que les Arabes, les Indiens, et les
peuples orientaux, en general, ne connaissent point notre
maniere de diviser 1 octave.
Dans les series de sons des divers systemes de musique
en usage chez ces peuples, les intervalles sont quelquefois
(1) Get intervalle qui consonne si parfaitement a 1 oreille, est aussi admirable d ordre
et de proportion dans ses causes que dans ses effets. Que Ton fasse entendre un son
donnant 200 vibrations par seconde, le premier son identique & 1 aigu donnera 400 vi
brations, le second 800, et ainsi de suite.
(2) Chez les anciens Grecs, 1 echelle etait divisee par series de quatre notes appelees
tetracordes. Lorsque saint Ambroise limita a une octave 1 etendue de chacun des quatre
modes du chant ambrosien, 1 unite artiflcielle du tetracorde, dans 1 echelle des sons,
disparut peu a peu pour faire place a 1 unite naturelle de 1 octave.
DU CANADA 325
plus petits et quelquefois plus grands que les plus petits
ou les plus grands intervalles de nos gammes maj cures et
mineures.
Chez les Hindous, 1 octave, divisee en vingt-deux parties,
presente, dans ses subdivisions, les plus grandes etrangetes.
II n est pas un seul de leurs six modes principaux (ragas)
qui corresponde en tous points soit avec les modes de notre
plain-chant soit avec nos deux modes majeur et mineur.
La division de 1 octave chez les Arabes constitue une
echelle de sons non moins etrange pour nous que celle des
Hindous. Cette echelle... si naturelle a 1 oreille des habi
tants d une grande partie de 1 Afrique et de 1 Asie, est divisee
par tiers de tons, de telle sorte qu au lieu de renfermer treize
sons dans 1 etendue de 1 octave, elle en admet dix-huit...
Semblable au systeme de tonalite des Hindous, sous le rapport
de la variete, celui des Arabes est de nature a faire com-
prendre jusqu ou peut aller la difference d organisation mu-
sicale entre les peuples divers. Les douze modes de ce sys
teme se divisent chacun en treize gammes ou circulations.
Toutes ces circulations repondent a notre gamme de la,
mais dans un ordre de succession tel que les notes interme-
diaires entre la et son octave superieure se presentent tour
a tour dans un etat d alteration qui result e de la division
de 1 echelle par tiers de ton, a 1 exception de la quarte supe
rieure (re), qui est immuable, comme les deux notes des ex-
tremites de la gamme (i) .
II est certain que si nous entendions la musique qui repose
sur de pareilles echelles de sons, nous la trouverions detes
table, et cela parce que 1 education de notre oreille nous porte
a repousser de semblables divisions de 1 octave. Rien n est
plus difficile, dit M. Fetis, que de former une idee juste d une
musique dont les elements sont absolument differents de
ceux qui servent la base a la musique qu on a entendue pen
dant toute sa vie : les musiciens les plus instruits ont beau-
(1) F6tis. Resume philosophique de I histoire de la Musique, pajjesLXXVIII et LXXIX.
326 CHANSONS POPULAIRES
coup de peine a se defendre en pareil cas des prejuges de
leur oreille. Un exemple prouvera ce que j avance.
M. Villoteau, ancien artiste de 1 Opera, etait du nombre
des savants qui suivirent le general Bonaparte dans F ex
pedition d Egypte. Sa destination etait de recueillir des
renseignements sur la musique des divers peuples de 1 Orient
qui habitent cette contree. Des son arrivee au Caire, il prit
un maitre de musique arabe, qui, suivant la coutume de ces
musiciens, faisait consister ses lecons a chanter des airs
que son eleve devait retenir : car, dans ce pays, 1 artiste le
plus habile est celui qui sait de routine le plus grand nombre
de ces airs. M. Villoteau, qui se proposait de rassembler
beaucoup de melodies originales du pays ou il se trouvait,
se mit a ecrire sous la dictee de son maitre ; et remarquant,
pendant qu il notait sa musique, que 1 instituteur detonnait
de temps en temps, il eut soin de corriger toutes les fautes
qui lui semblaient etre faites par celui-ci. Son travail ter-
mine, il voulut chanter 1 air qu on venait de lui enseigner,
mais 1 Arabe 1 arreta des les premieres phrases en lui disant
qu il chantait faux. La-dessus, grande discussion entre le
disciple et le maitre, chacun assurant que ses intonations
sont inattaquables, et ne pouvant entendre 1 autre sans
se boucher les oreilles. A la fin, M. Villoteau imagina qu il
pouvait y avoir dans cette dispute quelque cause singuliere
qui meritait d etre examinee ; il se fit apporter un Eoud, espece
de luth dont le manche est divise suivant les regies de 1 echelle
musicale des Arabes ; 1 inspection de cet instrument lui fit
decouvrir, a sa grande surprise, que les elements de la mu
sique qu il savait et de celle qu il voulait apprendre etaient
absolument differents. Les inter valles de sons ne se ressem-
blaient pas, et 1 education du musicien fran$ais le rendait
aussi inhabile a saisir ceux des chants de 1 Arabic qu a
les executer. Le temps, une patience a toute epreuve, et
des exercices multiplies finirent par modifier les dispositions
de son organe musical, et le rendre apte a comprendre ces
DU CANADA 327
gammes etranges qui avaient d abord blesse son oreille .
Les Egyptiens n aiment pas notre musique, dit M. Villo-
teau, et trouvent la leur delicieuse .
On me pardonnera d insister autant sur toutes ces etran-
getes orientales. II est bon que ces faits soient plus connus
qu ils ne le sont : il est tant de gens qui s imaginent que la
musique a du toujours etre, en tous temps et en tous lieux,
ce qu elle est dans II Trovatore... et qu elle ne sortira jamais
de la ! Ces considerations, d ailleurs, sont de nature a nous
faire sortir un peu du cercle d idees dans lequel on est accou-
tume de tourner sans cesse ; elles aident a se detacher un
moment de theories trop exclusives, quoique bonnes en elles-
memes, a placer 1 esprit dans cette independance qu il lui
faut de toute ncessite pour juger sainement d une tonalite,
d une langue musicale etrangere.
Notre musique, que Ton pourrait appeler europeenne >
est nee, comme Ton sait, des chants d eglise du moyen-age,
lesquels sont issus eux-memes de la musique de la Grece
antique.
Je fais grace au lecteur de 1 histoire de notre chelle mu
sicale, et en particulier des faits qui se rattachent a son
origine grecque. Pour peu qu on ait feuillete de livres, on
a si souvent rencontre sur sa route les Pelages et les Hel
lenes qu il est peu de lecteurs qui ne se soient ecrie^s bien des
fois :
Qui nous delivrera des Grecs et des Remains !
ou tout au moins des premiers ! Cependant, vers 1 an 338
avant notre ere, il s opera, dans le systeme musical des Grecs,
une transformation si feconde en enseignements qu elle doit
etre rappelee ici.
Jusqu a cette epoque, le seul genre generalement connu
en Grece etait le genre diatonique, dont 1 intervalle caracte-
ristique est le ton entier. Mais les rapports des Grecs, et
328 CHANSONS POPULAIRES
tout specialement des loniens, avec les peuples de 1 Orient
devenant de plus en plus frequents, leur musique prit un
caractere mou et sensuel qu elle n avait jamais eu jusqu a-
lors, et le genre appele chromatique, dont 1 intervalle caracte-
ristique est le demi-ton, commenca a devenir en usage (i).
II ne faut pas croire que ces deux faits : les relations plus
frequentes des Grecs avec les peuples effemines et sensuels
de 1 Orient et 1 apparition du genre chromatique parmi eux,
soient deux choses independantes 1 une de 1 autre, n ayant
aucune relation entre elles, et qu elles ne se soient produites
en meme temps que par une coincidence tout accidentelle.
Non, les differents genres, comme le dit parfaitement
M. Vincent, ont un caractere moral particulier : le genre dia-
tonique est male et austere ; le chromatique a quelque chose
de tendre et de melancolique ; enfin Fenharmonique est doux
quoique excitant . D ou il suit qu une societe a mceurs
severes chantera dans une tonalite dont 1 echelle sera for-
mee de grands intervalles, comme dans le genre diatoni-
que, - - tonalite dans laquelle ne chantera jamais une societe
dissolue et affolee de plaisirs.
Chaque systeme musical, dit M. d Ortigue, a son echelle
particuliere, ou les sons sont divises selon la constitution
de ce meme systeme. L echelle est en quelque sorte 1 alpha-
bet propre a chaque idiome musical, c est-a-dire a chaque
tonalite. Les intervalles sont plus ou moins distants les uns
des autres, et ils revetent entre eux des proprietes, des affinites
differentes selon les divers modes propres a la tonalite a la
quelle appartient 1 echelle, en sorte que dans chaque tonalite
on doit distinguer, en premier lieu, 1 echelle generale des
sons et en second lieu les echelles particulieres des divers
modes, c est-a-dire la gamme et ses modifications, telles que
la gamme majeure et mineure dans notre tonalite. Les Orien-
(1) Plus tard, environ 200 ans avant Jesus-Christ, on vit apparaitre ou reapparaitre
un troisieme genre appe!6 enharmonique, dont 1 intervalle caracteristique est le quart
de ton.
DU CANADA 329
taux divisent leurs echelles par tiers et quarts de tons, la
notre est divisee par demi-tons, celle du plain-chant fondee
sur 1 ordre diatonique precede par tons entiers, sauf les
deux demi-tons inherents d ailleurs a 1 ordre diatonique et
le demi-ton accidentel. Plus les mceurs sont effeminees chez
un peuple, plus son echelle musicale affecte de petits intervalles
rapproches ; plus, au contraire, un peuple est grave, plus il
est attache aux doctrines religieuses, et plus son echelle tend
d multiplier les grands intervalles. Ceci soit dit pour protester
contre 1 opinion de Rousseau et plusieurs autres theoriciens,
a savoir que la coordination des intervalles dont se compose
toute 1 echelle musicale est le produit d une deliberation,
d un choix, d un calcul. Les echelles musicales ne sont pas
le fait des hommes, pas plus que les alphabets, pas plus que
les langues. Elles sont le produit spontane de mille causes,
de mille circonstances de climat, de langage, d aptitudes, etc.
Ce que les hommes y ont mis, ils 1 ont mis par instinct, mais
ils n y ont rien mis deliberement. C est I osuvre de tous,
ce n est 1 oeuvre de personne en particulier ; c est 1 expression
de la civilisation (i) .
Et que Ton ne s etonne pas que ces di verses divisions de
1 echelle, que j ai appelees le corps de la musique, aient tant
d influence sur la partie metaphysique de Fart. Dieu en
creant l homme esprit et matiere 1 a voulu ainsi ; et si le but
principal de 1 art doit etre immateriel, il n en est pas moins
vrai que les formes materielles sont indispensables et qu elles
jouent un tres grand role dans tous les arts. C est que,
dans les relations de l homme avec son semblable ou avec
la societe, il lui faut frapper aux organes du corps pour arriver
a Tame. Notre Seigneur Jesus-Christ lui-meme a rendu un
eclatant hommage a cette loi de 1 eternelle sagesse. Rien
de sensible, dit saint Jean-Chrysostome, ne nous a ete donne
par Jesus-Christ, mais tout sous des apparences sensibles.
(1) Joseph d Ortigue. Diclionnaire liturgique historique et theorique de plain-chant
et de musique religieuse au moyen-age et dans les temps modernes.
33O CHANSONS POPULAIRES
Ainsi, dans le bapteme, c est par 1 eau qui tombe sous les
sens que la grace invisible est accordee, c est-a-dire notre
regeneration, notre renouvellement, operation toute intel
ligible. Si tu n avais point de corps, tu aurais regu ces
dons tels qu ils sont, tu les aurais regus incorporels,
mais ton ame est jointe a un corps, et c est par rinterme-
diaire des objets sensibles qu ils sont presentes a son intelli
gence.
Nos chants populaires appartiennent le plus souvent, quant
a 1 echelle des sons, a la tonalite gregorienne. Les exemples
de ce fait qu on a pu voir dans ce volume ne sont pas des
exemples isoles. On peut affirmer que les melodies qui n ont
jamais penetre dans les villes, - - et elles sont extremement
nombreuses, appartiennent presque toujours a 1 ordre
diatonique, et que tres souvent elles sont meme entierement
conformes aux lois modales du chant gregorien. Ce fait
etant connu, un homme, qui, du reste, ne connaitrait rien
du Canada, pourrait dire avec certitude, de 1 avis de M. Vin
cent, de M. d Ortigue et de tous les theoriciens, que, du
moins dans une certaine mesure (car il y aurait encore le
rythme a examiner), le peuple de nos campagnes canadiennes
est un peuple a mceurs simples, honnete et religieux (i).
On a pu voir que, dans un bon nombre de nos melodies
populaires, les modes gregoriens, avec leurs echelles speciales,
(1) Platon, ainsi que les philosophes les plus celdbres de la Chine, considerait
la simplicite des moeurs et le calme des passions comme le fondement le plus solide
du maintien de la constitution et de la tranquillity d un royaume ou d une r6publique.
Or, il est de certains systemes de tonalit6 dans la musique qui ont un caractere calme
et religieux, et qui donnent naissance a des melodies douces et dcpouillees de passion,
comme il en est qui ont pour resultat necessaire 1 expression vive et passionn^e. A
1 audition de la musique d un peuple, il est done facile de juger de son 6tat moral, de
ses passions, de ses dispositions a un etat tranquille ou revolutionnaire, et enfln de la
purete de ses mceurs ou de ses penchants a la mollesse. Quoi qu on fasse, on ne donnera
jamais un caractere veritablement religieux a la musique sans la tonalite austere
et sans 1 harmonie consonnante du plain-chant ; il n y aura d expression passionnee
et dramatique possible qu avec une tonalit6 susceptible de beaucoup de modulations,
comme celle de la musique moderne : enfin, il n y aura d accents langoureux, tendres,
mous, efftaiines, qu avec une echelle divis6e en petits intervalles, comme les gammes
des habitants de la Perse et de 1" Arable... L inspection de la musique d un peuple
peut done donner une idee assez juste de son 6tat moral, et Platon et les philosophes
chinois n ont pas 6te a cet 6gard dans une erreur aussi grande qu on pourrait le
croire . (Fetis, Risumt, p. LI II.)
DTJ CANADA 331
leurs notes a proprietes et affinites particulieres sont par-
faitement accuses. II est d autres melodies populaires qui
portent aussi le cachet antique, mais qui affectent la plus
parfaite independance a 1 endroit des formes modales. Melo
dies charmantes dans leur etrangete, j allais dire leur sauva-
gerie, elles off rent le plus sou vent un melange du premier
mode gregorien et du mode majeur, et elles se promenent
ainsi, sur un rythme tantot binaire tantot ternaire, jusqu a
ce qu il leur plaise de s arreter sur un intervalle dont I o-
reille est tout etonnee, intervalle irrationnel suivant toutes
nos lois, et pourtant d une reelle beaute.
Ces melodies sont precieuses a recueillir. D une valeur
incontestable, malgre leur bizarrerie, elles temoignent qu en
dehors de nos lois anciennes et modernes, il y a encore un
vaste champ pour la musique de 1 avenir.
On a souvent dit que 1 echelle du chant gregorien n etait
qu un reste de barbaric, le debris d un systeme de pure con
vention. Ces idees, il est vrai, n ont plus cours parmi les
musiciens instruits, mais comme elles sont profondement
enracinees chez d autres, et que ces derniers sont, apres tout,
le plus grand nombre, elles sont encore tres discutees. Or,
entre musiciens qui ne s accordent pas, il n y a souvent d autre
argument possible que 1 echange de coups de poings, argu
ment qui, curnme 1 a dit quelque part un spirituel ecrivain,
ne se trouve pas dans la grammaire des grammaires.
Mais de pareils temoignages d amitie ne resolvent rien.
Si on voulait nous en croire on soumettrait tout simple-
ment la question a un arbitre, et cet arbitre, on le devine,
ce serait le peuple. J ai d ordinaire peu de confiance en
ses jugements, mais le cas est exceptionnel.
Assurement on ne pourrait accuser le peuple de partia-
Iit6 : il n entend rien a nos discussions ; il fait sa prose ou
ses vers sans le savoir, comme le bonhomme Jourdain.
Ecoutons-le chanter, c est la vraie nature prise sur le fait.
Le peuple chante dans les vieux modes gregoriens, non
33 2 CHANSONS POPULAIRES
pas parce qu il suit une note ecrite qui le veut ainsi : il
ne comprend rien ni aux notes, ni a aucun systeme mu
sical, - mais parce qu il obeit a son insu a un ordre de
choses superieur, venant de Dieu et du rapport qui existe
entre les choses visibles et les choses invisibles. II subit
1 action de tout ce qui Fentoure, et il trouve naturellement
1 expression de ses sentiments, de 1 etat de son esprit et de
son cceur, sans aucun calcul, sans aucune idee precongue
de theorie ou de systeme. La musique, a dit Leibnitz, est
un calcul secret que Tame fait a son insu .
Et notez qu on ne peut attribuer a Femploi d instruments
a sons fixes une education de 1 oreille pretendue defectueuse,
et que Ton ne saurait appeler la tonalite de nos chants popu-
laires la tonalite des cornemuses, comme ecrivait quelque part
madame George Sand. J ai deja dit que les paysans cana-
diens ne font usage d aucun autre instrument que du petit
violon.
II nous est arrive, il y a quelques annees, ecrivait M. d Or-
tigue, de parcourir pendant 1 automne les campagnes avoi-
sinant la montagne du Luberon, pour y faire la chasse,
non au gibier, mais aux melodies anciennes. Quand nous
entendions une chanson, un cantique, une complainte, ou
bien un air de fifre qui nous plaisait par sa singularite et
son tour naif, nous allions interroger le paysan, la paysanne
ou le berger qui 1 executaient, et si nous ne pouvions le trans-
crire au moment meme, nous annoncions notre visite pour
le soir a la veillee dans la grange. Reunis autour d une
table, les femmes cousant et filant, les hommes lisant, chan-
tant ou fumant, ces braves gens nous repetaient la me-
lodie du matin, et quand nous en avions bien saisi les intona
tions et le rythme, ce qui (pour le rythme principalement)
n etait pas toujours facile ; quand nous avions tenu compte
des di verses variantes que plusieurs d entre eux proposaient,
nous ecrivions le chant sous la dictee d un seul, au grand
etonnement de I assemblee qui ne pouvait concevoir comment,
DU CANADA 333
au moyen de certains signes, on put fixer les sons. Mais
ils etaient bien obliges de se rendre quand nous leur chan-
tions a notre tour la melodic et les paroles sans faire une
faute. D ordinaire ces bons paysans nous disaient : Tel
cantique a deux airs, 1 ancien et le nouveau. Lequel vou-
lez-vous ? Nous les leur faisions chanter tous les deux,
mais nous donnions presque toujours la preference a 1 air
ancien. Effectivement, disaient-ils, 1 ancien est beaucoup
plus beau, et il est fort remarquable c\u ils traduisaient le
plus souvent I air moderne dans leur vieille tonalite favorite, en
supprimant presque partout la note sensible .
Ce que M. d Ortigue vient de nous raconter m est arrive
cent fois a moi-meme ; les memes observations qu il a faites
en France, je les ai faites en Canada, et si ce n etait quelques
petits details de mise en scene qui nous sont etrangers,
(comme les reunions dans une grange), on pourrait croire
que le savant musiciste a fait sa chasse aux melodies sur les
bords du Saint-Laurent tout aussi bien que dans le voisi-
nage du comtat Venaissin. Mais je reviens a notre arbitrage,
et je conclus que si, tres souvent, le plus souvent peut-etre,
le peuple suit d instinct les lois des diverses echelles modales
du plain-chant, il est impossible que ces lois soient purement
conventionnelles, et il est evident au contraire qu elles ema-
nent de la nature meme des choses et de leur principe divin.
RYTHME
Le rythme, c est le mouvement qui traverse necessaire-
ment la melodie et lui donne un caractere (i) .
Dans nos chants populaires, le rythme est souvent me-
sure ; quelquefois il Test a peine, et si, non sans difficulte,
on peut lui reconnaitre une mesure, celle-ci passe du mou
vement binaire au mouvement ternaire, et vice versa, puis
disparait, puis reparait encore, sans pour cela que le rythme
cesse un instant d exister.
(1) Scudo.
334 CHANSONS POPULAIRES
Que, dans notre musique artistique, on fasse durer un
simple silence un temps de plus ou un temps de moins que
ne le veut la mesure, 1 oreille en est plus choquee qu a 1 au
dition d une fausse note. Dans nos melodies populaires,
au contraire, des mesures tronquees ou allongees laissent
1 oreille egalement satisfaite.
Le rythme de nos melodies populaires (je parle surtout
des melodies qui ne sont chantees qu a la campagne) ap-
partient done a la fois au rythme non mesur du plain-chant
et au rythme mesure de la musique moderne. Pour le
rythme du plain-chant comme pour ces echelles modales,
messieurs les musiciens avances professent le plus superbe
dedain. Eh ! ne voyez-vous pas, me disait Fun d eux,
que si les vieux moines du moyen-age ne mesuraient pas leur
musique c est qu ils ne connaissaient pas mieux ? Je suis
d avis, moi, que 1 on devrait arranger tout le chant grego-
rien a deux, a trois et a quatre temps... ce serait un progres !
En verite, on abuse etrangement de ce mot progres .
Et d abord on connaissait tres bien la mesure au moyen-
age. Avant meme le moyen-age, saint Ambroise connaissait
le rythme poetique, et on possede aujourd hui des documents
etablissant d une maniere irrecusable qu aux neuvieme et
dixieme siecles, il existait, concurremment avec le plain-chant,
une musique mesuree, populaire, essentiellement differente
du chant de 1 eglise (i).
Si done on connaissait la mesure au moyen-age, et que,
ndanmoins, le chant-plain etait toujours conserve dans 1 e
glise, on ne saurait dire qu on ne faisait pas autrement
par ignorance ; il faut reconnaitre au contraire que ce chant
non mesure a sa raison d etre, son expression propre. Et,
apparemment, cette expression particuliere convient singulie-
rement au sentiment religieux, puisque, pendant des siecles,
le plain-chant au rythme non-mesure regna en souverain dans
le sanctuaire, et que, de 1 avis de tout juge eclaire, la musique
(1) Voir le Rtsumt de M. Fetis, pages CLXXII et suivantes.
DU CANADA 335
mesuree, n a jamais pu s elever jusqu a lui dans le domaine
de Fart religieux.
II y a dans toute musique un rythme independant de
la mesure, puisque toute musique repose sur le son, et que
pour tout son il y a deux peYiodes, la periode qui correspond
a Y arsis et celle qui correspond a la thesis, celle de Felan et
celle de la chute, celle de 1 aspiration et celle de F expiration,
celle de la systole et celle de la diastole.
Etendues jusqu a une certaine serie de sons que la voix
parcourt avec diverses inflexions, ondulations et cadences,
ces periodes produisent comme un flux et reflux sonores, et
determinent un certain parallelisme que Fon designe precise-
ment par le nom de periodes.
Or, voila en quoi consiste le principe vivant et fecond
de la musique : c est le jet, c est le souffle, c est Fame. Et
comme ce mouvement est intelligent et libre en lui-meme,
comme il n est pas limite, circonscrit dans son essor par
certaines divisions materielles du temps, qui sont autant de
manifestations d un ordre borne et fini, il s ensuit que le
plain-chant, seul, fonde sur une mesure abstraite, absolue,
fait naitre, par consequent, sur chaque intervalle, Fidee
du repos, comme il la fait naitre d un autre cote par Funite
de ton, en vertu de laquelle chaque intervalle ne se resout
pas sur un autre, n est pas appellatif d un autre et est a lui-
meme son complement.
Dans la musique proprement dite... le rythme se combine
tantot avec la mesure, tantot contraste avec Funiformite
invariable de celle-ci par la liberte de ses allures, tantot
la contrarie en introduisant momentanement une mesure
binaire dans une mesure ternaire, et reciproquement, tantot
enfin 1 enveloppe dans la largeur de ses periodes et lui com
munique plus particulierement son principe intelligent.
C est ce qui fait aussi la beaute et Fame de la musique,
bien que Fexpression qui en resulte soit moins pure et
moins elevee que celle du plain-chant qui, par la nature de
33^ CHANSONS POPULAIRES
sa constitution, s inter dit toute manifestation de 1 ordre
fini (i) .
On a compare avec raison le rythme du plain-chant au verbe
de la langue hebraique. Le verbe hebreux ne sait pas expri-
mer, comme le verbe de nos langues modernes, les nombreuses
et subtiles modifications de 1 espace et de la duree. Sans
temps present, souvent meme il exprime au passe ce qui
doit arriver dans 1 avenir (2).
C est le langage par excellence des prophetes, de ces inspires
du Dieu eternel devant qui tout est toujours present, 1 avenir
comme le passe.
Comment ne pas etre frappe de la similitude de caractere
qui existe entre le verbe hebreu et le rythme du plain-chant :
caractere intangible, mystique, illimite ; et comment, d un
autre cote, ne pas etre frappe de la ressemblance que Ton
remarque entre les temps varies et precis du verbe de nos
langues modernes et les modifications de temps limitees,
precises, circonscrites de la musique mesuree ?
Ecoutons les admirables choses que nous dit M. d Ortigue
a ce sujet.
... Ainsi que la langue, la musique de chaque nation
presente deux elements distincts, correspondant a ce qui,
dans le langage des theologiens, est appele V ceil de la chair
et V ceil de la contemplation (3) ; deux elements, 1 un desquels
predomine selon que la tradition du peche originel s est plus
ou moins conservee dans cette meme nation.
Pour ce qui est du langage, si nous prenons par exemple
la langue hebraique, que la plupart des savants considerent
comme la fille ainee de la langue mere, nous verrons, par 1 ana-
(1) J. d Ortigue Dictionnaire, col. 1323.
(2) Us onl perce mes mains et mes pieds, Us ont compte tous mes os...
Ils ont partage mes habits et ils ont fete ma robe au sort . (Ps. XXI, v. 18 et 19.)
i II a pris veritablement nos langueurs, il s est charge lui-meme de nos douleurs.
Et nous I avons considirc comme un lepreux, comme un homme frappe de Dieu et
humilid.
II a tie perct des plaies pour nos iniquites, il a ete brist pour nos crimes . (Isa ie,
ch. LIII, v. 4 et 5 )
(3) Universitt catholique, 2 e liv., p. 215.
DU CANADA 337
lyse des elements intimes de ses parties du discours, qu elle se
prete merveilleusement a 1 expression du sentiment contem-
platif et a 1 idee de rinfini. Nos lecteurs n ont pas besoin
que nous leur apprenions que 1 element le plus fondamental
du langage, le verbe, n a pas chez les Hebreux, de temps pour
exprimer le present ; que leurs deux temps uniques sont de
veritables aoristes ou temps indetermines, flottant sans cesse
entre le passe, le present et le futur : cela etant parfaitement
en harmonic avec le caractere d une poesie tout inspiree, ou
tout est prophetique, ou tout se rattache a 1 eternite ; que
Ton voit sou vent dans les passages poetiques, surtout chez
les prophetes, alterner les deux temps de la conjugaison he-
braiique, de maniere que, dans le meme verset, le premier
hemistiche raconte au passe ce que le second exprime au futur;
ainsi, que ce qui est d abord presente comme fait accompli,
se trouve en suite prolonge en quelque sorte et embrasse
la duree tout entiere : langage surprenant, mais qui convient
aux interpretes de Celui devant lequel le passe et 1 avenir se
confondent dans un present eternel (i). ... Quant a toutes
ces formes, (le -proverbe, la vision, la parabole, V allegoric et le
parallelisme) , elles concourent, avec 1 aspiration, qui est 1 e
lement divin de 1 esprit, a rendre la langue hebrai que et gene-
ralement les langues semitiques propres, dans leur ton, leur
esprit et leur caractere, a 1 expression de la revelation sacree,
de la prophetic divine et de la contemplation de 1 unite infinie.
Et c est ce qui fait dire a Herder que la langue hebraique
est pleine de I haleine de I dme ; qu elle ne resonne pas comme
la langue grecque, mais qu elle respire, qu elle vit ; que c eta.it
I esprit de Dieu qui parlait en elle, le souffle du Tout-Puissant
(1) Universili catholique, 3 e liv., p. 287. Frederic Schlegel dit a ce sujet : t Tout
leur sentiment et toute leur existence (des Hebreux) se rattachaient moins au present
qu au passe, qu & 1 avenir surtout ; et le passe des Hebreux n etait point, comme celui
des autres peuples, de simples traditions, des souvenirs poetiques, mais le grave sanc-
tuaire de leur divine constitution et de 1 alliance eternelle. L id^e de 1 eternite n etait
point separee chez eux de la vie active et de ses rapports, comme dans la philosophic
isolee des Grecs, meditant solitairement ; au contraire, elle etait etroitement liee a la
vie, au passe merveilleux du peuple elu, et aux pompes plus magniflques encore de son
mysterieux avenir . (Hist, de la lilterature, t. I p. 192, traduction de M.W. Duckett.)
22 805 B
CHANSONS POPULAIRES
qui I animait (i). Elle se prete peu a 1 expression des mo
difications de la duree et de 1 espace ; c est pourquoi, en pre
mier lieu, elle ne mesure pas les syllabes comme le grec et
le latin ; elles ne les compte pas comme les langues modernes ;
c est pourquoi, en second lieu, riche en verbes et en substan-
tifs derives des verbes, elle est tres pauvre en adjectifs qui
correspondent aux qualites et proprietes des etres (2) . Enfin,
selon la remarque de F. Schlegel, de toutes les formes d art
terrestre, on ne trouve guere dans les Saintes Ecritures de
1 Ancien Testament que celles qui peuvent exist er dans un
ordre des choses purement spirituel. On ne saurait y decou-
vrir d exposition dramatique, ni d images epiques particu-
lieres, pas plus que des exercices d art oratoire ou des com-
binaisons scientifiques ; car, ajoute le meme auteur, les formes
grammaticales sont 1 ouvrage de la raison. Au contraire,
les figures et les tropes sont les elements de I imagination ;
or, ces formes, tres propres a peindre 1 etat d illumination
celeste, appartiennent specialement a la langue des H-
breux (3).
Ainsi done, permanence, expression illimitee, infinie, sym-
bolique, aspiration vers Dieu, accent spirituel, enthousiasme,
parole triomphante, etc., etc., tel est le caractere dominant, le
ton, le mode particulier de la poesie et du langage de la Bible.
Maintenant, comparez a cette langue certaine langue
du Nord, par exemple, dans laquelle le caractere oppose se
sera developpe aux depens de celui que nous avons essaye
d analyser ; langue presque impuissante a exprimer par le
verbe la plenitude de 1 etre, de la vie et de 1 action, mais tres
propre, par la multiplicite des temps, par 1 abondance des
substantifs, par la richesse des synonymes, a representer
toutes les modifications de 1 espace et de la duree ; langue
qui se prete bien plus a la lutte des sentiments, aux conflits
(1) Universitd catholique, 3 e Hv., p. 287.
(2) Idem.
(3) V. \ Hisloirf de la Wttrature de F. Schlegel, t. I, pp. 180-221.
DU CANADA 339
des passions qui sont du domaine du drame, qu aux sublimes
Elevations, aux Elans divins de 1 ode ; chez laquelle 1 aspira
tion, 1 element spirituel seront remplaces par une structure
tout artificielle, par 1 accent terrestre et sensuel, et par cette
foule d images voluptueuses qui peignent avec les couleurs
les plus vives, les nuances les plus dedicates, tous les accidents
et toutes les vicissitudes de la vie positive, au cercle de la
quelle elle semble exclusivement bornee ; comparez, disons-
nous, a la langue hebraique une langue d un semblable carac-
tere, et vous comprendrez aisement que le peuple qui a parle
la premiere a du retenir, dans un ensemble a peu pres com-
plet, les traditions touchant 1 ordre de la revelation, de la
grace et de la rehabilitation ; tandis que celui qui parle la
seconde doit vivre dans Foubli de la noblesse originaire et
de la haute destination de Fhomme, sous 1 empire de ses
penchants et livre a toutes les jouissances du sensualisme.
II en est de meme des divers systemes de musique, des
differentes tonalites que nous avons nommes idiomes ou dia-
lectes musicaux. A en juger du moins par les deux systemes
a notre usage, la tonalite du plain-chant et la tonalite de la
musique moderne, les uns sont au point de vue de la con
templation, les autres au point de vue de la chair. Les pre
miers, par leurs elements constitutifs, se pretent merveilleu-
sement a 1 expression des sentiments divins ; les seconds se
rapportent de la meme maniere, et presque exclusivement,
a 1 expression des passions terrestres. II y a done une certaine
affinite entre les elements constitutifs des diverses tonalites.
et des diverses langues et les notions morales propres au
peuple auquel ces langues et ces tonalites sont familieres...
Sous le christianisme, la musique se detache de la parole
et vit de sa force propre. C est dans un sol nouveau et
fecond que la plante puise la seve necessaire pour se develop-
per dans son energie essentielle. Neanmoins, le plain-chant
a retenu 1 idee antique de 1 alliance de la musique et de la
34 CHANSONS POPULAIRES
parole, car il n est, dans la pratique, que la recitation natu-
relle et melodique, accentuee et rythmee des textes sacres.
Mais considere plus profondement, il est une tonalite dont
la constitution donne lieu a la production de ces elements
qui, dans le langage et particulierement dans la langue he-
bra ique, expriment 1 etre dans la plenitude de sa puissance
illimitee, dans sa permanence et sa stabilite. Get element
est celui du repos. Fonde sur une echelle de sons situes a
des intervalles distants les uns des autres et d une perception
nette et facile, echelle qui, par 1 interposition de ces memes
intervalles successivement pris pour point de depart de
huit gammes diverses, engendre huit modes de caracteres
differents, le plain-chant precede de telle sorte que la gravite
se mele a la liberte de Failure et a la souplesse du rythme,
et que son mouvement, c est-a-dire le mode de succession
qui lui est commun avec les arts de la parole, se combine chez
lui avec 1 idee du repos et avec 1 image du calme.
Bien que melodique dans son institution, le plain-chant,
considere dans sa constitution tonale, ne repugne nullement
a 1 harmonie ; et c est par 1 element de la consonnance que
cette expression du repos se traduit harmoniquement. Car
la consonnance est un accord qui ne se resout sur aucun autre,
qui n est point, pour me servir d une expression consacree,
appellatif d un autre accord, et qui ne laisse rien a desirer
dans la plenitude de sa resonnance.
Cette tonalite du plain-chant n est pas, au point de vue
de 1 art, aussi sterile que le supposent certains esprits de-
daigneux, puisqu elle a donne naissance a la tonalite mo-
derne. La formation de cette derniere a ete, en effet, un
veritable enfantement. Elle est nee de 1 effort, de la crise
des deux elements extremes de la tonalite du plain-chant,
c est-a-dire de 1 union violente de deux intervalles de 1 echelle
que la theorie avait declares inalliables et entre lesquels elle
avait prononce un divorce eternel. Au point de vue de 1 art
seul, on ne peut contester que la formation de la tonalite
DU CANADA 341
moderne ne soit un progres immense. Sur quel Element repose
cette derniere ? Sur la dissonance, sur la modulation, sur
la transition, comme dit 1 ecole, qui expriment la division,
la variete, le conflit ; qui se pretent a 1 expression de tous les
etats de Tame, aux mille modifications des sentiments et des
passions de la lutte desquels nait 1 action dramatique. Et
cela est si vrai, que 1 invention du drame musical, dans les
temps modernes, date de la creation de 1 harmonie dissonante
naturelle (i), c est-a-dire de 1 origine de notre tonalite. Mais
qui ne sent que, dans une langue musicale ainsi constitute,
la modulation, cet element qui exprime toutes les modifications
de Tame humaine, ne peut etre separee de la MESURE, qui
exprime les modifications de la duree, non plus que des
images de 1 instrumentation, de ces effets et de ces contrastes
de sonorite qui expriment les modifications de 1 espace ?
Qui ne sent que le genre que nous venons de caracteriser
est la musique au point de vue des sens et de la chair, celle
qui derive de 1 element humain, de la dissonance, tandis que
celle qui a pour principe 1 element du repos et de la consonnan-
ce ne connait ni modulation, ni mesure, ni artifice d instru-
mentation, ni nuance d execution materielle ? Dans cette
derniere, le temps ne se divise et ne s apprecie que d une ma-
niere egale, abstraite et absolue (2). C est le symbole, 1 aspi-
ration, 1 intuition, la contemplation, la vision de 1 infini, qui
embrassent la duree et 1 espace tout entiers ; c est, en un mot,
la musique plane, le plain-chant. Cette musique, et celle
composee d apres la tonalite des modes ecclesiastiques, se
rapportent done a un ordre surnaturel, a un monde supe-
rieur. Elle est la depositaire du principe qui correspond
a 1 ceil de la contemplation ou de la grace . C est par un
sentiment de cette verite que les Italiens appellent la mu
sique de Palestrina : Musica dell altro mondo, la seconde mu
sique sacree, par opposition a la musique moderne.
(1) F6tis. Resumt, pp. CCXVII CCXXII.
(2) F6tis. R6sume,p. CLXXVI.
34 2 CHANSONS POPULAIRES
Ces deux elements si distincts, le principe divin ou le
repos et la consonnance, le principe terrestre et sensuel,
la dissonance et 1 accent, predominent, 1 un, dans le systeme
de chant consacre au service divin, 1 autre, dans Tart que
nous destinons a chanter nos passions terrestres (i) .
Revenons maintenant au rythme populaire dont la dernieTe
partie de cette citation nous a un peu eloignes.
Dans nos chants populaires, le caractere personnel, le moi
humain trouve son expression dans le rythme mesure. Mais,
meme lorsqu il ne chanteque sesjoies, sespeines, ou dessujets
d amour, d aventures, de combats, etc., le paysan, le colon
ou le voyageur canadien entend toujours la grande voix de
Dieu dans les champs qu il cultive, dans la solitude des bois,
sur le fleuve geant ou sur les lacs immenses ; les plus belles
fetes auxquelles il lui est donne d assister sont toujours les
fetes de 1 eglise ; son ame, peccable sans doute, ne connait
pas la hideuse incredulite ; un sentiment religieux accom-
pagne toutes ses actions, parle a sa conscience ; il pense a
Dieu dans les jeux de la veillee comme dans le travail ; la
priere entre un peu dans toutes ses actions. De la, dans
ses chansons, Tinfini, le permanent, a cote du fmi, du pas-
sager ; de la le rythme majestueux, insaisissable du plain-
chant a cote du rythme tangible, mesure de la musique
moderne.
Encore un mot avant d abandonner ce sujet.
Si j avais le droit de donner des conseils au lecteur, je
lui dirais de lire et de relire les articles sur le rythme publics
par madame Marie Gjertz, dans le Croise, (premiere annee)
ainsi que tout son opuscule intitule : La musique au point
de vue moral et religieux. Dans ces ecrits, tout, pour ainsi
dire, serait a citer ; mais je trouve, dans un autre de ses
ouvrages, un court passage qui est comme le resume de
(1) J. d Ortigue. Universite catholique, 1836. L article d ou est tiree cette citation
est reproduit en entier dans 1 interessant petit volume de M. d Ortigue intitule : La
musique d I Eglise, Paris, Didier et Cie., 1861.
DU CANADA 343
toute sa pensee sur le rythme : je ne saurais vraiment mieux
terminer cet article qu en le mettant sous les yeux du lecteur :
L autre soir Brigitte 6tait au piano, nous ravissant par une
de ces inspirations qui livrent son ame. Ce soir-la, elle
aimait ; chaque son, chaque phrase trouvaient un echo dans
mon coeur.
J etais plac6 pres de la pendule. Le mouvement du ba-
lancier coupant en meme temps les phrases musicales et les
battements de mon cceur m irritaient les nerfs.
J allais changer de place quand, tout a coup, une pensee
me frappe : ce qui est ordre dans la musique serait desordre
dans une machine ; ce qui est conservation dans une machine
serait destruction dans la musique ; en d autres termes, 1 ordre
de la matiere brise Fame, 1 ordre de Fame brise la matiere...
II y a done deux sortes d ordre, un spirituel, un materiel ;
Fun n existant que dans la liberte, Fautre n existant que dans
la servitude...
Des que je fus seule avec Brigitte, je lui ns part de ma
pensee. Elle me repondit tres simplement que, si elle m avait
su embarrassee de cette question, elle m en aurait donne la
solution par le rythme et la mesure. La mesure brise le
rythme, le rythme brise la mesure, et cependant Fun et Fau
tre ont le meme caractere fondamental ; la difference est
dans la forme et dans les proportions. Le rythme, dans son
vol le plus audacieux, ne sort jamais du caractere de la me
sure ; mais sa forme, qui est celle des affections de Fame,
a besoin de liberte ; tandis que la forme de la mesure, qui
est propre a la matiere inanimee, repousse la liberte : la
machine ne respire pas. Appliquez cette loi a la societe,
mon cher docteur, et vous avez la lumiere .
HARMONIE
Tous ceux de nos chants populaires qui appartiennent
exclusivement au mode majeur ou au mode mineur peu-
344 CHANSONS POPULAIRES
vent, indubitablement, etre accompagnes avec toutes les
ressources de 1 harmonie moderne. Quant a ceux qui ap-
partiennent aux modes antiques, ceux dans lesquels il n y
a pas de note sensible, Us se refusent naturellement a 1 har-
monie dissonante qui a pour principe et pour base la note
sensible mise en rapport avec la sous-dominante.
Mais ces derniers chants peuvent-ils toujours recevoir une
harmonie, meme purement consonnante ? Plusieurs artistes
de merit e en ont fait 1 essai en ma presence, et ni eux ni moi
n en avons ete satisfaits.
D ordinaire, les musiciens qui veulent harmoniser de telles
melodies les faconnent un peu a la moderne, redressent
un tour de phrase par ci, introduisant une note sensible par
la. C est une facon tout a fait leste de se tirer d embarras,
et il n est pas necessaire d etre ne malin pour pouvoir en
faire autant. II est bien entendu que lorsque je parle d har-
moniser ces chants ou n apparait point de note sensible, il
n entre pas dans ma pens6e d alterer la melodic en aucune
maniere.
De ce que plusieurs musiciens ont echoue dans leur tenta
tive d y aj outer un accompagnement, devons-nous conclure
que ces chants depourvus de note sensible sont inharmoniques
de leur nature ? Cette raison ne serait certainement pas
sumsante. Les musiciens d aujourd hui connaissent fort peu
le genie de la tonalite ancienne a laquelle ces chants appar-
tiennent, la plupart n ayant jamais dechiffre une seule page
de contre-point du moyen-age ou meme de la renaissance.
Or il est impossible d accompagner comme il convient les me
lodies des compositeurs qui precederent immediatement ou
qui furent les contemporains d Orlando Lasso, d Allegri ou
de Palestrina, par exemple, sans avoir longtemps, bien long-
temps etudie le contre-point dont ils faisaient usage. La
phraseologie de ces melodies est toute differente de celle de
nos melodies modernes (i), et une des plus grandes difficultes,
(1) J assistais en 1858, Rome, i une messe solennelle cdlebree dans la Chapelle
DU CANADA 345
sinon la plus grande, qui s offrirait a 1 accompagnateur mo-
derne, serait de discerner, dans ces melodies, les notes de
passage des notes qui doivent faire partie integrante d un
accord ; puis de decider a quel accord faire rapporter telle
ou telle note de passage qui, prise isolement, ne doit avoir
aucun lien de parente avec 1 accord qui se fait entendre avec
elle. Ainsi, par exemple, dans notre musique moderne, il
est certaines parties de la melodic que Ton n accompagne pas
en faisant un accord pour chaque note ; il est certaines suites
de notes, certains tours melodiques, qui ne sont harmonises
que par un seul accord et qui ne recoivent tel ou tel accord
qu en raison d une phrase qui precede ou en vue d une
resolution pressentie. On comprend que, pour harmoniser
ces notes de passage, il faut posse"der a fond le genie de
notre tonalite ; il faut que cette tonalite soit, en quelque
sorte, notre langue maternelle. Or, possedons nous assez
bien la tonalite ancienne pour donner a de telles notes de
passage 1 harmonic qui leur convient ? J en doute ; et,
pour ce qui me concerne, je le dis franchement : non (i).
Qui sait si ces melodies populaires qui n appartiennent ni
a notre mode majeur ni a notre mode mineur n etaient pas
autrefois susceptibles d une harmonic vraiment rationnelle :
la diaphonie, harmonic devenue impossible aujourd hui, a
cause de 1 education de notre oreille ?...
On sait que, vers le commencement du dixieme siecle, le
moine Hucbald de Saint-Amand recommandait les suites
de quart es et de quintes comme produisant une suave har
monic. Ces suites de quart es et de quintes, qui nous pa-
raissent aujourd hui si barbares, n avaient, au temps de
Sixtine. On y chantait de la musique du 15 e ou du 16 e siecle. C tait la premiere fois
qu il m etait donn6 d entendre de telle musique, et j avoue que je la trouvai fort
Strange. Au moment oil je croyais tenir une phrase elle diparaissait dans une fuite
(fuga) qui me semblait insolite : impossible de prdvoir une resolution, de Her deux phra
ses ensemble. II y avait peut-etre de grandes beaut^s dans cette musique, mais
cette tonalit^ m etait etrangere ; j entendais ces sons comme j aurais entendu de
1 Hebreu sans y rien comprendre.
(1) Voyez 1 opinion de I abb6 Leboeuf sur la competence des musiciens en fait de
musique ancienne : Dictionnaire de M. J. d Ortigue, col. 888.
CHANSONS POPULAIRES
Hucbald, rien que de tres conforme a 1 instinct musical de
1 epoque. Ce fait qui nous parait si etrange, est du a 1 educa-
tion de 1 oreille. Voici 1 explication toute lumineuse qu en
donne M. de Coussemaker :
Quand nous entendons une quinte, dit-il, cet intervalle
harmonique repr^sente a notre oreille un accord parfait,
car bien que la tierce ne soit pas exprimee, on la sous-entend
comme si elle existait. II en resulte que, en entendant deux
ou plusieurs quintes de suite, c est comme si nous entendions
deux ou plusieurs accords parfaits successifs ; ce qui blesse
notre oreille, qui ne souffre pas le passage aussi brusque d un
ton a un autre. II n en etait pas ainsi au moyen-age, ou
1 harmonie moderne n existait pas : une quinte ne representait
pas un accord parfait ; cet accord etait alors inconnu. La
partie constitutive de 1 accord parfait, la tierce, non seulement
n etait pas admise, mais encore etait consideree comme dis
sonance. La quinte, au temps de Hucbald, etait moins un
accord qu un seul et meme son. Les suites de quintes, de
quartes et d octaves produisaient sur 1 oreille des musiciens
du moyen-age 1 effet que produit sur la notre le jeu de mix
ture de 1 orgue, c est-a-dire un effet vague, Strange, inde-
finissable, mais nullement desagreable et barbare (i) .
Mais cette question d harmonie nous entrainerait trop
loin. Au reste elle n appartient pas rigoureusement a notre
sujet, puisque rharmonie n est pas et n a jamais ete le fait
du peuple. Disons cependant, en terminant, que I harmonie
ne doit etre ajoutee aux chants populaires qu avec beaucoup
de tact et de gout ; que tres souvent, elle en gene 1 allure et
le rythme, quand elle n en detruit pas completement la mo-
dalite ; et que, dans les conditions actuelles de la science,
il vaut mieux, le plus souvent, qu elle ne paraisse pas du tout.
*
* *
Dans toutes les remarques qui precedent, on a pu voir
(1) Coussemaker. Hist, de I Harmonie au moyen-Age.
DU CANADA 347
que je n ai pas term plus de compte qu il ne faut des idees
qui ont generalement cours parmi nous et des lois de notre
musique moderne. La raison en est simple : ayant a exa
miner, dans nos chants populaires, une musique reellement
d un autre age, je serais arrive infailliblement aux conclusions
les plus fausses si j avais envisage ce sujet au point de vue
de 1 art moderne. Une cause d erreurs malheureusement
trop commune dans les arts, a dit un ecrivain francais, est la
prevention de soumettre, a toute force, les monuments d une
epoque reculee aux regies des epoques recent es, et de com-
promettre ainsi la surete du coup d ceil retrospectif par la
retroactivit6 des jugements ... La pente a 1 anachronisme,
a dit aussi M. Vitet, 1 application involontaire de nos idees,
de nos habitudes, a la recherche des choses d un autre temps,
est une des grandes sources d erreurs en archeologie .
De tout ce qui a ete dit dans ces Remarques, comme aussi
dans quelques-unes des Annotations qui les precedent, on
a deja pu tirer et nous tirerons les conclusions suivantes :
i Que la tonalite gregorienne, avec ses echelles modales
et son rythme propres, n est pas un reste de barbaric et
d ignorance, mais une des formes infinies de 1 art, forme
parfaitement rationnelle et eminemment propre a 1 expression
de sentiments religieux.
2 Que le peuple de nos campagnes, dont les chants se
rapprochent tant de cette tonalite, est bien encore le digne
descendant de ces vaillants et pieux enfants de la Bretagne,
du Perche et de la Normandie, qui, le fusil d une main,
et de 1 autre tenant la charrue, commencerent, avec tant
de courage, les premiers e"tablissements de la Nouvelle-France.
TABLE
PAGE
Aux Lecteurs 13
Introduction 15
Adam et Eve 179
Ah ! je m en vais entrer en danse 231
Ah ! qui marierons-nous ? 169
Ah ! qui me passera le bois ? 109
Ah ! si mon moine voulait danser! 148
A la claire f ontaine . 23 et 293
A la sante de ces jeunes maries 299
A Saint Malo, beau port de mer 45
Au bois du rossignolet 127
Au jardin de mon pere 64
Aurai-je Nanette ? 63
Bal chez Boule 135
Bonhomme, bonhomme 241
Cecilia 51
Celle que mon cceur aime 307
C est dans la ville de Bytown 86
C est dans la ville de Rouen 138
C est dans Paris ya-t-une brune 202
C est la belle Frangoise 30, 32 et 33
C est la plus belle de ceans 233
C est la poulette grise 261
C est le bon vin qui danse 235
C est 1 vent frivolant 43
C est Pinson avec Cendrouille 289
C etait une fregate 224
Chez mon pere ya trois filles 295
Dans les chantiers nous hivernerons 119
Dans les prisons de Nantes . ." 47 et 50
Dans ma main droite je tiens rosier 165
Dans Paris ya-t-une brune 186
Dans tous les cantons 303
35O CHANSONS POPULAIRES DU CANADA
Descendez a 1 ombre 38 et 39
Digue dindaine 70
D ou viens-tu, bergere ? 276
En filant ma quenouille 229
En revenant de la jolie Rochelle 163
En roulant ma boule 34
Entre Paris et Saint-Denis 311
Et moi je m enfouiyais 163
Et moi je m en passe 53
Fendez le bois, chauffez le four 131
Fra^ois Marcotte 284
. Fringue, fringue 82
Frit a 1 huile 85
Gai Ion la, gai le rosier 60
Genticorum 84
Hier sur le pont d Avignon 116
II n y a qu un seul Dieu 314
Isabeau s y promene 57
Jacquot Hugues 281
J ai cueilli la belle rose 106
J ai fait une maitresse 156
J aimerai tendrement 41
J ai perdu mon amant 212
J ai tant danse, j ai tant saute ! 68
J ai tant d enfants a marier ! 167
J ai trop grand peur des loups ! 195
J ai trouve le nique de lievre 171
J ai vu le loup, le renard passer 197
Jamais je nourrirai de geai 47 et 50
Je le mene bien mon devidoi ! 198
Je me suis mis au rang d aimer 227
Je n ai pas de barbe au menton . 208 et 211
Je ne veux pas d un habitant 278
J entends le moulin, tique, tique, taque 237
La bibournoise 93
La fille du roi d Espagne 146
La guignolee 251
La poulette grise 273
Le juif errant 150
Le p tit bois d l ail 160
Leve ton pied 4
Malbrough 264
Marianne s en va-t-au moulin 140
Marianson, dame jolie 165
TABLE 351
M en revenant de Saint- Andre 200
Mon beau ruban gris 75 et 78
Mon cri era, tire la lirette 74
Mon pere avait un beau champ de pois 133
Mon ton ton turlutaine 55
Nous etions trois capitaines 206
Papillon tu es volage 204
Par derrier chez ma tante ya-t-un arbre plante 192
Par derrier chez mon pere 26
Perrette est bien malade 295
Petit rocher de la haute montagne 217
Pinpanipole 258
Pipandor a la balance 271
P tit Jean 124
Quand j etais chez mon pere 89
Qui veut manger du lievre 243
Sainte Marguerite 268
Si tu te mets anguille 97
Suivons le vent 44
Sur le pont d Avignon 113 et 118
Sur le pont de Nantes 239
Tenaouiche tenaga ouicheka ! 143
Un Canadien errant 97
Une perdriole 101
Un jour 1 envie m a pris de deserter de France 185
Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet 79
Vive la Canadienne ! 26
Vive Napoleon ! 95
Via 1 bon vent ! 42
Voici le temps et la saison 215
Remarques generates 323
Table 349
L_a Bibliotheque The Library
Universite d Ottawa University of Ottawa
Echance Date Due
FEB021986 OS
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NOV 191985
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NOV. 1991
03ft
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2 H M^ffs 1990
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