Recueilhes et pubhees arcc
(innotations. etc.
ERNEST GAGNON
Membre de I Academie de Musique
de Quebec, membre corres-
pondant de la Societe
des compositeurs de
musique de
Paris, etc.
SlXIEME EDITION
(conforme a 1 edition de 1880)
JHEMIN LIMITEE
les, MONTREAL
, f
Recueillies et publiees <
annotations, etc.
par
EKNEST GAGNON
Membre de V Academic de Musique
de Quebec, membre corr<
pondant de la Societe
des compositeurs de
tnusique de
Paris, etc.
SIXIEME EDITION
(conforme a 1 edition de 1880)
MONTREAL
LIBRAIRIE BEAUCHEMIN
79, rue Saint-Jacques
Enregistrg conformement a 1 Acte du Parlement du Canada,
en 1 annee mil neuf cent huit, par ERNEST GAGNON,
au bureau du ministre de 1 Agriculture.
Les soussigngs ont acquis de M. ERNEST GAGNON la propriet-p du prfise
ouvrage.
LIBRAIRIE BEAUCHEMIN
AUX LECTEURS
A 1 occasion du troisieme centenaire de la fondation
^ de Quebec - - berceau de la nation canadienne nous
donnons cette cinquieme edition de 1 etude sur les chants
populaires du Canada publiee par M. Ernest Gagnon en
- etude ^ qui n a nullement perdu de son actualite,
et est considered avec raison comme une ceuvre nationale
ayant sa place au foyer de toutes nos families.
Nous ayons demande a M. Gagnon s il desirait revoir
son travail et y faire quelques retouches. II nous a
repondu que le mieux est parfois 1 ennemi du bien et
qu il preferait ne pas meme relire son ouvrage. Nous
lui avons aussi demande de nous envoyer sa photographic
pour etre reproduite aux premieres pages de cette nou-
velle edition.
Bien volontiers, nous ecrivit-il, je me rends a
votre desir ; mais je dois vous faire observer que j avais
a peine trente ans lorsque j ai donne la premiere edition
des Chansons populaires dn Canada, et que la photogra
phic ci-jointe est celle d un quasi-septuagenaire. Si,
apres cela, vous jugez bon de m installer en premiere
page dans votre nouvelle edition, je vous laisse toute la
responsabilite de cet anachronisme."
M. Antoine Gerin-Lajoie, de regrettee memoire, disait
un jour que s il etait condamne a 1 exil, et qu en partant
on ne lui permit d emporter avec lui qu un seul livre,
c est sur le volume de chansons populaires de M. Ernest
Gagnon que son choix tomberait. " Mieux que tout
.autre, disait-il, ce volume me rappellerait la patrie
iabsente." Le public, nous en sommes certains, nous
-.saura gre de donner aujourd hui cette nouvelle edition
" d un ouvrage qui n est plus en librairie, et qui est on
,1 a dit bien avant nous comme un miroir ou se reflete
: avec fidelite la physionomie bien caracteristique et bien
vivante de nos bonnes populations f ranco-canadiennes.
EDITS URS.
1
I
k
INTRODUCTION
Le nombre de nos chansons populaires est incalculable.
Ce volume en contient juste cent, que j ai choisies parmi
les plus connues et parmi celles qui offrent un type parti-
eulier.
Les premiers chants que le petit Canadien entend au
-fcerceau, sont, presque toujours, a part les improvisations,
des chansons qui nons viennent de France, comme :
C est la poulette grise,
Qui pond dans I 6gli8e ;
Elle va pondre un p tit coco,
Pour le p tit qui va faire dodo.
Simultane aient, et avant me me qu il puisse aller a
I e glise, il entend des cantiques, puis des psaumes, dea
hy nines et en ge ne ral des chants de la grande me lope e
gre*gorienne.
..Plus tard il connaltra les innombrables chansons qui
rill PREFACE
se chantent dans sa paroisse; et lorsgue, le soir, apres
nne chaude jonrnee d ete, il reviendra se reposer de son.
travail, balance par le mouvement de sa charette aux
hautes ridelles, et mollement couche sur un moelleux
et odorant voyage de foin, on 1 entendra mnrmurer d une
voix monotone mais douce, quelques uns de ces mots, de
ces noms si chers qui rappellent 1 ancienne mere-patrie ;
ou Men, sur les ca$es ou dans le canot, il chantera la .
belle Frangoise ou la complainte d un malheureux voya- 1
geur noy6 dans les rapides, ou encore le beau Kyrie que
chantent a 1 eglise cenx qui lui sont chers et qui sont
restes dans la paroisse natale, sur le bien paternel.
Un ecrivain frangais qui s est occupe de nos chants
canadiens, ecrivait naguere que sonvent une chanson est
un monument plus solide que les monuments de bronze
ou de granit. On y rencontre parfois des couplets ou
meme un seul mot qui vous reportent a des siecles en
arriere, comme, par exemple, la ronde " II n y a qu nn
seul Dieu," traduction litterale d une des series chre tiennes*,
substitutes aux series druidiques, et 1 expression la Guignole e^"
dont 1 origine indubitable est le chant ou le cri dridique : " I
au gui Van neuf! Ge qui est certain, c est que les chansons-";
ont cette faculte, que n ont pas les obelisques, d aller
s asseoir au foyer de toutes ies families, de suivre le mis-
sionnaire ou le pionnier dans la foret, de rappeler un .
6venement a mille lieues de Vendroit ou il s est passe, et
sur plusieurs points a la fois.
Les menhirs, les dolmens et les cromlechs, que 1 on ren
contre a chaque pas dans certaines parties de laBretagne,
ne sont des monuments que pour les Bretons ou ceux qui |
vont les voir en Bretagne, tandis que des chants qui
ont
I
I
PREFACE ix
avec ces monuments communaute d origine sont chantes
partout ou se trouvent des descendants de Kimris ou de
Gaulois : a Chartres, a Pekin, a Alger et jusque dans le
pays des Algonquins.
Avant d entrer dans plus de details au sujets de nos
chants populaires, citons quelques verbiages d enfants,
quelques uns de ces petits riens qui se repetent de gene
ration en generation, et qui, presque tons, nous viennent
de France (*) :
Ventre de son, estomac d grue, falle de pigeon,
menton fourchu, bee d argent, nez cancan, joue
bouillie, joue rotie, p tit ceil, grot oeil, soucillon,
soucillette, cogne, cogne, cogne la mailloche 1
Gelui la (le police) a ete a la chasse ; celui-la (1 index)
1 a tue ; celui-la (le majeur) 1 a plume; celui-la (1 annu-
laire) 1 a fait cuire, et celui-la (1 auriculaire) 1 a tout mange,
tout mange, tout mange !
Monte echelle ! monte-la ! monte echelle ! monte-
la i p tit trou, casse-cou. Qu est-ce qu i y a dedans ?
DTor et dTargent, Qui est-ce qui 1 a mis? Pere et
mere. Qui est-ce qui 1 otera ? Frere et S03ur. Tourne,
tourne, tourne, mon petit baril : celui qui rira le premier
aura un petit soufflet 1
P tit couteau d or et d argent, ta mere t appelle, va-
t en!
Une pomme, deux pommes, trois pommes, quatre
(*) Voir les Chants et Channons populaires des provinces de V Quest, par M.
J. Bujeaud, et les Chants et Chansons populaires du Camlreais, par MM.
Dorieux et Bruyelle.
* PREFACE
pommes, cinq pommes, six pommes, sept pommes, huit
porames, pommes neuf! J m en defends !
Riche, pauvre, coquin, voleur, riche, pauvre, coquin,
voleur, riche (ceci est une sorte d horoscope qui se
tire sur les boutons de 1 habit).
II est midi. Qui-c qui Fa dit ? G est la souris.
Ou est-elle ? Dans la chapelle. Que fait-elle? De la
dentelle. - Pour qui ? Pour ces demoiselles. Combien
la vend-elle? Trois quarts de sel.
Un i, un I,
Ma tante Michel ;
Un i un um, .
Cagi, oajum :
Ton pied bourdon,
Jos6 Simon ;
Griffjr, pandor,
Ton nez dehors I
Un bon nombre de nos chansons populaires se chantent
encore, avec plus ou moins de modifications et de va-
riantes, dans les provinces de France (*) :
(*) Plusieurs de nos chansons se chantent en France avec des variantea
lascives que nous n connaissons pas en Canada. De la il suit e videmment
qu il a dft se faire ioi un travail d expurga; ion a une date queloonque,
ou peut-6tre insensiblement. Or, oeux qui cjnnaissent 1 histoire dea
premiers tempa de la colonie, alors que 1 on ne permettait qu a des
homines exemplaires d e migrer au Canada, et quo, suivant les chro-
niques du temps, ceux dont la vertu 6tait un peu douteuse semblaient so
purifier par la traverse e; alors que toute la colonie naissante resseuiblait &
une vaste communautg religieu-e, et que les missions huronnes rappelaient
IBS ft^es de foi de la primitive Eglise, ceux-la, dis-je, oomprendront facile-
ment qu a cette 6poque, on n aurait jamais os6 chanter devant ses freres des
couple s ub^ciineg, et que le peuple a pu, de Iui-in6 ne, introduire dans cer-
i.uiie.- chan^ous los variantes qui nous sont resides et qui les degagereni de
tuuie iiiiiii >
*. i
P R fi F A C E
XI
Derriere ctiei nous ya-t-un e lang, La fille da roi d Espa-
C est dans Paris ya-t-une brune, Entre Paris et Saint-
Denis, se chantent dans lea departements de 1 Ouest.
Cecilia et Isabeau s y promene, se chantent en Cham
pagne.
Gai, Ion, la, gai le rosier, se chante dans la Saintonge
et le Bas-Poitou.
Mon pere a fait bdtir maison, se chante dans la Sain
tonge et 1 Aunis.
Tai cueitli la belie rose, se chante (toujours avec va-
riantes) dans I Angoumois, le Gambresis, PArtois et le
Nivernais.
Aubois du rossignolet,se chante en Franche-Comte et
anssi en Suisse.
Mon pere avait un beau champ de pois, se chante dans
:le Gambresis, la Saintonge, 1 Aunis et I Angoumois. Les
airs ne ressemblent pas aux notres.
Hier sur le pont a" Avignon, se chante dans le sud-est de
la France, et aussi dans le canton de Vaud, en Suisse.
Une perdriole, se chante dans le Gambresis.
fai tant danse,fai tant saute, se chante dans le Gam
bresis et le Poitou.
Et moije m enfuyais, se chante dans la Vendee et dans
le Gambresis.
Dans ma main droite je tiens rosier, se chante dans
I Angoumois, le Poitou, la Saintonge et 1 Aunis.
fai tant d enfants a marierf se chante dans le nord et
Vouest de la France.
*ii PREFACE
Ah ! qui marierons nous ? se chante dans le Cambresis.
Un jour renvie m a pris de deserter de France, se chanfe
dans 1 Angoumois.
Dans Paris ya-t-une brune plus belle que le jour, se
chante dans le midi, en langue provengale. (Voir les
Chants populaires et historigues de la Provence, par M. D.
Arbaud, p. 133, vol. 1.) On chante aussi cette chanson en
langue franchise, dans tes departements de 1 ouest.
Par derriere chez ma tante ya-t-un arbre plante, se
chante dans la Saintonge, 1 Angoumois, I Aunis et le
Poitou, en frangais et en patois. Les airs sont tout diffe-
rents du notre.
J ai trop grand peur des loups, se chante dans le Poitou,
et sur le meme air qu en Canada.
Je rfai pas de barbe au menton, se chante a La Rochelle "
et dans le Bas-Poitou.
Enfilant ma quenouille,se chante, avec un refrain diffe
rent du notre, dans la Saintonge et I Aunis.
Bonhomme, bonhomme,se chante dans le Cambr6sis.
Qui veut manger du lievre, se chante dans le Poitou et
1 Angoumois.
A part les couplets ou il est question d un habitant et
d un colporteur, la chanson : Je voudrais bien me marier,
maisfai grand peur de me tromper nous vient de France.
On la chante en Saintonge encore aujourd hui.
C?est Pinson avec Cendrouille, se chante dans le Cam-
bresis.
Par derriere chez ma tante lui ya-t-un pommier douz,s e
* I
s / Ifl.
P tt fi F A C E xiii
chante en Franche-Comte sur mi air tout different du
notre.
A Saint-Malo beau port, de mer, se chante en Bretagne.
Quand fetais de chez mon pere, jeune fille a marier, se
chante dans le Nivernais.
Au jardin de mon pere un oranger lui ya : se chante en
Normandie.
La Bibournoise, nous vient du Dauphine, du moins
elle s y chante encore.
Si tu te mets anguille, est une legende Men connue en
France; c est elle qui a inspire a Mistral le delicieux
chant de Magali, dans son poeme de Mire io poeme ecril
en langue provencale, comme chacun sail.
Quand fetais chez mon pe re, la legende de la jeune
fille qui rencontre " trois cavaliers barons " se chante
dans toutes les parties de la France, mais avecdes refrains
et sur des airs que nous ne connaissons pas ici.
Enfin, la Claire Fontaine, notre chanson populaire par
.. excellence, a une communaute d origine avec la plupart
des habitants du Canada : elle vient de Normandie I
Cette nomenclature, quoique fort incomplete, est deja
trop longue. Je ne dirai qu un mot ici de nos chansons
| de composition canadienne. On aurait tort de faire fi de
tout ce qui n est pas poesie dans ces chants ; a vrai dire
la poesie proprement dite en est le plus souvent absente ;
on n y rencontre pas de ces images gracieuses que Ton
remarque dans la chanson populaire franchise, comme :
La plus jeune se reVeille :
Ma so3ur, voila le jour I
Non, ce n est qu une e"toile
Qui veille nos amours 1
xiv
PREFACE
Mais il y a dans les chants canadiens des formes de
langage, des tours particuliers, des observations, des traits
de moeurs et de caractere qui ne manquent pas de piquant
et qui ont apres tout leur merite.
11 n entre pas dans le plan de cet ouvrage d apprecier
la forme poetique de nos chants populaires. Je me con-
tenterai d indiquer ici la regie principale et presque
unique a laquelle les poetes rustiques veulent Men s as-
treindre. Gette regie, c est { assonance, qu un auteur fran-
gais, M. Raynouard, a definie : " la correspondance im-
parfaite et approximative du son final du dernier mot du
vers avec le meme son du vers qui precede ou qui suit,
comme on appelle rime la correspondance parfaite duson
identique final de deux vers formant distique. "
La longueur du vers populaire est souvent de quatorze
syllabes ou meme davantage. Ghaque fois alors que la
rime est masculine (car les rimes parfaites s y rencontrent
quelquefois) la cesure est invariablement feminine, ou fj .,-.
plus exactement, sourde. Gonformement a Pusage, ces
sortes de vers ont ete, dans ce recueil, brises a la cesure ;
ainsi les deux
Par derriere chez mon plre lui ya-t-un boisjoit/
Le rossignol y chante, et le jour et la nuit,
out ete ecrits sur quatre lignes :
Par derrier chez mon pere
Lui ya-t-un bois joli;
Le rossignol y chante
Et le jour et la nuit, etc., etc.
Pour ce qui est de la doctrine musicale qui decoule des
enseignements importants qu offrent les melodies popu-
I V
PREFACE xv
laires, j ai traite tout particulierement ce sujet dans les
annotations qui precedent chacune des chansons recueil-
lies, et surtout dans les remarques generates de la fin de
ce volume.
II est a peine besoin de dire que ce livre, quant a la
partie notee, n est pas du tout mon ceuvre. G est 1 ceuvre
de ce compositeur insaisissable qu on appelle le peuple, et
mon unique preoccupation, en recueillant les chants que
contient ce volume, a ete de les rendre tels que des per-
sonnes du peuple, ou du moins despersohnes non versees
dans Part musical, me les out chantes.
Avant d entrer en matiere et pour 1 intelligence de ce
que j aurai a dire an lecteur, on me permettra de rappeler
ici un fait extremement remarquable de Phistoire de la
musique. Je laisse parler le regrette directeur du con
servatoire de Bruxelles, 1 artiste qui, pendant de longues
annees, porta le sceptro de la science musicale dans 1 Eu-
rope et dans le monde :
" II me reste a parler, dit M. Fetis, (*) d une audacieuse
iuuovation qui opra tout a coup, vers 1 ineme epoque, (la fin du
XVIe siecle) une transformation coup.l l fete de la tonalite, je veux
dire de 1 art tout entier. Les regies de 1 harmonie, dep-uis le qua-
torzieuae sifccle jusqu a la fiu du seizieme, avaieut proscrit toute
relation de la note superieure du premier demi ton (fa) avec l ? in-
ferieure du second (si) Le resultat. immediat de cette prohi
bition etait qu il ue pouvait y avoir de note sensible reelle daus la
musique, consequemment, que la toualite de la musique aoUielle ue
pouvait exister. Car reuiarquez qu il n y a de note sensible que
parce qu il y a repulsion harmouique entre la quatrieme note et
(#) iU^vani ph\loophique de I histoire de lamusiqiu, p. CCXX et suivantes.
XVI
PREFACE
la septieme ; repulsion qui conduit 1 une & descendre, 1 autre
monter, en sorte que la note sensible n aurait pu naJtre de la seule
melodie Eh bien ! ce que la doctrine avait condamn^, ce .que
les siecles (les siecles!) avail proscrit, un hornine osa le faire un
jour. Guide" par son instinct, il eut plus de confiance dans ce qu il
lui cousei-llait que dans les regies, et malgr6 les cris d epouvante de
tout un peuple de musiciens, il osa inettre en rapport la quatrierae
""note de la gamme, la cinquieme et la septieme. Par ce seul fait il
crea les dissonances naturelles de 1 harmonie, une tonalite nouvelle,
le genre de musique qu on appelie chromatique, et consequemment,
la modulation.
Que de choses produites par une seule agre"gation harmonique !
L auteur de cette ?nerveilleuse de"cou verte est Monteverde
Lui-meme s attribue 1 invention du genre module, anime, expressif,
dans la preface d un de ses ouvrages. C est qu eu effet I accent pas-
sionnt \\ existe et ne peut exister que dans la note sensible, et que
celle-ci ne pent nattre que de son rapport avec le quatrieme et le
cinquieme degre de la gamine ; c est que toute note mise en rapport
harmonique de quarte majeureavec uneautre, determine la sensation
d un ton nouveau, sans qu il soit uecessaire de faire entendre une
tonique ou de faire un acte de cadence, et que par cette faculte de la
quarte majeure de cre"er immediatement une note sensible, la modu
lation, c est-a-dire la succession necessaire des tons differents devient
faci4e. Admirable coincidence de deux idees fecondes ! Le drame
musical prend naissance ; inais ledrame vit demotions, et la tonalite
du plain-chant, grave, severe et calme, ne saurait Ini fournir d ac-
cents passionn6s, car 1 harmonie de cette tonalite ne retrferme pas
les elements de la transition. Alors le besoin inspire le genie et tout
ce qui peut donner la vie a la musique du drame est cree d un senl
coup. Grandes et rapides farent les consequences de cette belle dafe
couverte, car, dans la premiere moitie du XVIIe siecle, Texpressuja.
dramatique de la musique etait deja parveuue a des effets d une
puissance remarquable.
PREFACE
XVII
" Monteverde, qui avail fort bieti aperc.u les resultuts de
son heareuse tem^rite, sous le rapport de 1 expression dramatique,
n en vit pas les consequences 4 1 egard de la tonalite". Attaque avec
violence par quelques zele s partisans de 1 aucienne doctrine, parti-
culierement par Ai tusi, il ne comprit pas plus que ses adversaires
qu il venait d aneantir les tons (modes) du chant eccle siastique daus
la inusique mondaine. Ou pent se convaincre, par la lecture de
quelques-unea des prefaces de ses ouvrages, qu il n avait pas port4
ses vues sur cet important objet. II u est pas rnoins certain, cepen-
dant, qu apres que I harinonie des dissonances de septieine, de
neuvieme, et celles qui en derivent, se fat introduite dans la musique
de cliatnbre et de theatre, il n y eut plus de premier, de second, de
troisieme mode, d antheutique ni de plagal, dans la musique : il y
eut un mode rnajeur et uu mode mitieur; en un mot la tonaliU
ancienne disparut et la modernefut crefo"
CHANSONS POPULAIRES
CANADA
A LA CLAIRE FONTAINE
Depuis le petit enfant de sept ans jusqu auvieillard aux
cheveux blancs, tout le monde, en Canada, salt et chante
la Claire Fontaine. On n est pas Canadien sans cela. La
melodie de cette chanson est fort elementaire et offre peu
d int^ret au musicien ; neanmoins, a cause de sa grande
popularite, on 1 a prise souvent pour theme d airs de
danse et me"me de fantaisies de concert. J ai entendu un
pianiste etranger, dans un concert donne a Quebec, faire
des arpeges pendant un bon quart d heure sous pretexte
de claire fontainc. On chante en France, en Normandie,
2 CHANSONS POPULAIRES
une chanson dont les paroles sont, a pen de cnose pres,
les mAmes que celles de noire Claire Fontaine, mais 1 air
en est tout different.
A la clai- re fon-tai-ne M en al-lant pro-me-ner,
J ai trou-ve 1 eau si bel- le Que je m y suis baigne.
Lui ya long-temps que je t aiine, Jamais je ne t oublierai.
VARIANTS :
Ma uiie, ya long-
A la claire fontaine
M en all ant proniener,
J ai tronvai 1 eau si belle
Que je ui y suis baigne.
Lui ya longtemps que je t aiine,
Jamais je ne t oublierai.
J ai trouve 1 eau si belle
Que je m y suis baigne" ;
Sous les feuilles d un che ne
Je me suis fait seeker.
Lui ya longtemps, etc.
Sorts les feuilles d un cheae
Je me suis fait se cher ;
Bar la plus haute branche
Le rossignol cbautait.
Lni ya loiigteinps, etc.
I
LU CANADA
Sur la plus haute brauche
Le rossignol chaiitait.
Chante, rossignol, chaute,
Toi qui as le coeur gai.
Lui ya longtemps, etc.
Chante, rossignol, chante,
Toi qui a le coeur gai ;
Tu as le coaur a rire,
Moi je l ai-t-a pleurer.
Lui ya longtemps, etc.
Tu as le coeur a rire,
Moi je l ai-t-a pleurer :
J ai perdu ma maltresse
Sans 1 avoir m6rite.
Lui ya longtemps, etc.
J ai perdu ma maitresse
Sans 1 avoir m^rite,
Pour un bouquet de roses
Que je lui refusal.
Lui ya longtemps, etc.
Pour un bouquet da roses
Que je lui refusal.
Je voudrais que la rose
Fut encore au rosier.
Lui ya longtemps, etc.
Je voudrais que la rose
Filt encore au rosier,
t Et moi et ma maitresse
I Dans les incurs amities.
YARIANTE :
c Et que le rosier in erne
t Fut a la mer jet6.
Lui ya longtemps que je t aime,
Jamais je ne t oublierai.
CHANSONS POPULAIRES
PAR DERRIER CHEZ MON PERE
VIVE LA GANADIENNE
La melodic de cette chanson ainsi que celle de la Claire
Fontaine, nous tiennent lieu d air national, en attendant
mieux. Les paroles de Par derrier chez mon pere se chan-
teiit encore en France, en Franche Comte, mais avec de
notables differences et sur un petit air fort ecourte (dix
mesures) qui ne ressemWe pas du tout au notre. II est
inutile de dire que les paroles de Vive la Canadienne, qui
se chantent egalement sur 1 air qui va suivre, sont de
composition comparativement recente, et qu elles ne nous
viennent pas de France ; mais je dois faire remarquer que
le premier couplet de cette chanson est le seul qui soit
generalement connu. Ce n est pas sans peine que j ai pu
me procurer les autres, qui, comme on le verra, laissent
beaucoup a desirer sous le rapport du sentiment poetique.
Voix seule tfabord, puis la reprise en chasur.
Par derrier chez mon pfe- re, Vo-le, mou cceur,
TO- le. Par derri&r chez mon 4,6- re, Lui ya-t-un pommier
I
DU CANADA
PIN. ] Voix seule, puts la reprise en chtsur.
^ - ^ 1 ~ r
doux. Lui ya-t-un pommier doux, doux, doux, Lui
ya-t-un pom-mier doux. D. C-
Par derrier cliez mou pere,
Vole, mon cceur, vole,
Par derriet chez inou p6re
Lui ya-t-un poiuinier doux.
Lui ya-fc-un pommier doux, doux, doux,
Lui ya-t-uu pommier doux.
Les feuilles en sont vertes,
Vole mou coeur, vole,
Les feuilles eu sont vertes
Et le fruit en est doux.
Et le fruit en est doux, doux, doux.
Et le fruit en est doux.
Trois filles d uu prince,
Vole, mon coeur, vole,
Trois filles d un prince
Sont eudormies debsous.
Sont endonnies dessous, doux, doux,
Sont eudoruiies dessous.
La plus jeun se reveille,
Vole, mon coeur, vole,
La plus jeun se reveille:
Ma sceur, voila le jour.
Ma soeur, voila le jour, doux, doux,
Ma soeur, voila le jour.
Non,ce n est qu une efcoile,
Vole, mon ccenr, vole,
Non, ce n est qu une etoile
Qu eclaire nos amours.
Qu eclaire nos amours, doux, doux,
Qu eclaire nos amours.
CHANSONS POPULAIRE3
-
Nos amants sont en gaerre,
Vole, mon coeur, vole,
Nos amants sont en guerre :
Us conibattent pour nous.
Us conibattent pour nous, doux, doux,
Us combattont pour nous.
S ils gaguent la bataille,
Vole, mou coeur, vole,
S ils gagnent la bataille
Us aurout nos amours.
Us aurout nos amours, doux, doux,
Us aurout nos amours.
Qu ils perdent ou qu ils gagnent,
Vole, mou cceur, vole,
Qu ils perdeut oa qu ils gagnent,
Us les aurout toujours.
Vive la Cauadienue,
Vole, mon coeur, vole,
Vive la Canadienue
Et ses jolis yeux doux.
Et ses jolis yeux doux, doux, doux,
Et ses jolis yeux doux.
Nous la menous aux noces,
Vole, mon coeur, vole,
Nous la meuons aux noces
Dans tous ses beaux atours.
Dans tous etc.
La, nous jasons sans geue,
Vole, mou coeur, vole,
La, nous jasons sans gene ;
Nous nous amusons tous,
Nous nous etc.
Nous faisons bonne chore,
Vole, mon coeur vole,
Nous faisous bonne chere
j
DU CANADA T
Et nona avons bon goftfc.
Et nous avons, etc.
On danse avec nos blondes,
Vole, mon cceur, vole,
On danse aveo nos blondes ;
Nous changeous tour a tour.
Nous changeons etc.
On passe la carafe,
Vole, mon ccaur, vole,
On passe la carafe ;
Nous buvous tous uu coup.
Nous buvons etc.
Mais le bonheur augmente,
Vole, mon coeur, vole,
Mais le bonheur augmeute
Quand nous sommes tous souls.
Quaud nous sommes etc.
Alors toute la terre
Vole, mon cceur, vole,
Alors toute la terre
Nous appartient en tout !
Nous appartieut etc.
Nous nous levons de table,
Vole, mon cceur, vole,
Nous nous levons de table
Le coeur en amadou.
Le coaur etc.
t
Nous finissons par mettre,
Vole, mon coeur, vole,
Nous finissons par mettre
Tout sans dessus dessous.
Tout sans dessus etc.
Ainsi le temps se passe,
Vole, mon ccenr, vole,
Ainsi le temps se passe :
H est vraiment bieu doux I
8
CHANSONS POPULAIRES
G EST LA BELLE FRANGOISE
Pai souvent entendu chanter cette chanson, dans le dis
trict des Trois-Rivieres, avec la variante de la troisieme
mesure que Ton verra ci-dessous. Tous nos habitants de
la campagne chantent "Qui veut s y marier" avec les
notes si 6, /to, sous les mots Qui veut, on non pas si b, soZ,
comme on chante quelquefois a la ville. Gette derniere
maniere de chanter fait perdre a la melodie beaucoup de
son caractere et de son originalite.
VAEIAKTB : { F~g2
la belle Fran
C est la bel-le Fran- goise, Ion, gai, C est la belle Fran-
>_
5oi-se Qui veut s y ma-ri-er, uia lu- ron, lu- ret- te,
Qui veut s y ma-ri-er, uaa lu- ron ; lu- re
C est la belle Fran^oise, Ion, gai,
C est la belle Fi-angoise
Qui vent s y marier, ma Inron, lurette,
Qui veut s y marier, ma luron, Iur6.
DU CANADA
Son am ant va la voire, lou, gai,
Son am ant va la voire
Bieu tard, apres souper, ma luron, lurette
Bien tard, apres souper, ma lurou Iur6.
II la trouva seulette, Ion, gai,
II la trouva seulette
Sur sou lit, qui pleurait, ma luron, lurette.
Sur son lit, qui pleurait, ma lurou, lure".
Ah ! qu a vous done, la belle, lou gai,
Ah ! qu a vous done, la belle,
QuV vous atant pleurer ? ma luron lurette,
Qu a vous a tant pleurer ? ma lurou, lure^
On m a dit, hier au soire, lou, gai,
On m a (lit, hier au soire
Qu a la guerr vousalliez, ma luron, lurette,
Qu a la guerr vous alliez, ma luron, lure*
Ceux qui vous 1 ont dit, belle, Ion gai,
Ceux qui vous 1 ont dit, belle,
Ont dit la verite, ma luron, lurette,
Ont dit la verite, ma luron, lure\
Venez m y reconduire, Ion, gai,
Venez m y reconduire
Jusqu au pied du rocher, ma luron, lurette,
Jusqu au pied du rocher, ma luron, lure.
Adieu, belle Francoise, Ion, gai,
Adieu, belle Francoise!
Je vous epouaerai, ma luron, lurette,
Je vous epouserai, ma luron, Iur6.
Au retour de la guerre, Ion, gai,
Au retour de la guerre,
Si j y suis respecte, ma luron lurette,
Si j y suis respecte, ma luron lure.
10
CHANSONS POPULAIRES
C EST LA BELLE FRANCOISE
(Autre air)
Cette autre maniere de chanter la Belle Francoise nous
vient sans doute des gens tfen has : il ne fut jamais venu
a 1 idee des habitants des rives du lac Saint-Pierre, par
exemple, d introduire le mot "loup-marin" dans ces
couplets. Gonnue de tout le monde dans les paroisses du
bas du fleuve, la Belle Francoise an u blanc loup-marin"
n est pas tout a-f ait ignoree dans les autres parties du
pays : je 1 ai entendu chanter tout recemment par un
Montrealais.
t---< *
C est la bel- le Fran- 901-30, blauc,
blanc loup-rna- riu, C est la bel- le Frau- 901- se,
blauc, blanc loup-ma- rin, Qui veut s y nia-ri- er,
blan loup- ma- rin, ma Ion
la, Qui veut s y
ma- ri-
er, blanc loup- ma- rin chan-
1
DU CANADA
11
G EST LA BELLE FRANCOISE
(Autre air, recuelli par M. I abbti G. H. Laverdi&re)
Les quatres premieres mesures de 1 air que voici sont
absolument les memes que les quatre dernieres d une des
variantes de Sur le pont cCAvignon, que Ton verra plus
loin. II y a evidemment reminiscence dans 1 une ou
1 autre de ces melodies; ce dont, au reste, je ne fais
crime a personne. II est plus d une partition celebre
dont il ne resterait que fort peu de chose si toutes les
reminiscences en etaient retranchees.
T
C est la belle Fran- oi-se, Ion gai, c est la belle Fran-
oi- se Qui veut se ma- ri er, ma don- dai- ne Qui
veut se ma- ri- er, ma don- de".
12
CHANSONS POPULAIKES
EN ROULANT MA BOULE
Gette chanson du Canard blanc se chante en France,
dans 1 ouest, sur un air qui ressemble un pen a tous les
differents airs sur lesqnels nous la chantons ici, et avec ce
"efrain que nous adaptons, nous, a une autre chanson :
Je suis brune, gaillarde brune, je suis brune gaillarde-
ment." On la chante egalement, en France, avec les
refrains suivants :
Je me nomine Divertissant,
C est moi qui divertis les filles,
Je me nomme Divertissant.
Toujoiirs ma boule va roulant,
Toujours maboul varoul , va roule,
Toujours ma boule va roulant.
C est le vent qui va fre tillant,
C est le vent qui va, qui fretille,
C est le vent qui va fretillant.
Passons la lande gaillardement, etc.
T
J aimons bien les cotillons rouges, etc.
DU CANADA 18
Voix seule, puts la reprise en chceur.
En roulant ma boule-le roulant, En roulant ma
FIN. i Voix seule, reprise en choeur.
Jbou- le. Der- rier, chez uous, y a- t-un 4- tang,
Foto;
En roulant ma bou- le. Trois beaux cauards e en
^=u=f=m={=S=m^ff=m=^L=s=m=f
- U E^l ^=^=i * *-?=!=
vout baignant, rou- li roulant, ma boule roulant.
Derri^r chez nous, ya-t-un 6tang,
En roulant ma boule.
Trois beaux canards s en vont baignant,
Rouli, roulant, ma boule roulant.
En roulant ma boule roulant,
En roulant ina boule.
Trois beaux canards s en vout baignant,
En roulant ma boule.
Le fits du roi s en va chassant,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
Eu roulant, etc.
Le filg da roi s en va chassant,
En roulant ma boule,
Avec son grand fusil d argent,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
Avec son grand fusil d argent,
En roulant ma boule.
U CHANSONS POPULAIRES
Visa le noir, tua le blanc,
Rouli, roulant, nia boule roulant,
En roulant, etc.
Visa le noir, tua le blanc,
En roulant ma boule.
fils du roi, tu es mecliant !
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
fils du roi, tu es mechant !
En roulant ma boule.
D avoir tue mon canard blanc,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
E roulant, etc.
D avoir tue mon canard blanc,
En roulant ma boule.
Par dessous 1 alle il perd son sang,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
Par dessous 1 aile il perd son sang,
En roulant ma boule.
Par les yeux lui sort nt des diamants,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
Par les yeux lui sort nt des diamants,
En roulaut ma boule.
Et par le bee 1 or et 1 argent,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant, etc.
Et par le bee 1 or et 1 argent,
En roulant ma boule.
Toutes ses plum s s en vont au vent,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulaut, etc.
DU CANADA It
Toutes ees plum s s en vout au vent,
En roulant ma boule.
Trois dam s s en vont les ramassant,
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulaut, etc.
Trois dam s s en vont les ramassant,
En roulant ma boule.
C est pour en faire un lit de camp,
Rouli, roulaut, ma boule roulant,
En roulanfc, etc.
C est pour en faire nn lit de camp,
En roulant ma boule.
Poury coucher tons les passants.
Rouli, roulant, ma boule roulant,
En roulant ma boule roulaat,
En roulant ma boule.
CHANSONS POPULAIRES
DESGENDEZ A L OMBRE
Voici, au point de vue musical, un vrai type de chanson
de filasse normande. " Les airs sur lesquels se chantent
les chansons de filasse, dit M. Eugene de Beaurepaire (La
poe sie populaire en Normandie], ajoute singulierement a
leur charme et a leur etrangete. Presque aucun ne s ar-
rete sur la tonique. La plus grande partie appartient a
an systeme musical different de celui que nous suivons
aujourd hui."
"T* _ . 1 _ A 1* i
blon- de, Des- cen- dez a 1 om- bre d un
FIN. ~\
Der- rier chez nous ya-
t-un e- tang, Der- rier chez nous ya- t-un 6-
J9t
=S^
tang. Troia beaaz ca- nards s en vont bai- gnant. D C
DU CANADA
17
DESGENDEZ A L OMBRE
(Autre air)
t
J ai aussi entendu chanter Deseendez a Vombre de la
maniere qui va suivre par un habitant de Berthier (en
haul). " Les rhythmes brises abondent dans la chanson
populaire," a difc M. Wekerlin; ia chanson que voici>
entre cent autres, offre un exemple de cette particular! 16*
Der- rler* chez nous ya-t-uu c- tang, Der-
rier cliez nous ya- t- un
tang. Trois
beaux ca-nards s en vont bai-gnant. Des- cen- dez
, A X.
1 oin- bre, ma blon- de, Des- een- dez k
1 om-bre d un bois.
(Pour les autres paroles, voir En roulant ma boule)
18 CHANSONS POPULAIRES
LEVE TON PIED
La mSlodie que.voici est une melodie " hors la loi" 1...
II m eftt ete facile de corriger la contravention flagrante
de son rhythme, dans la derniere phrase melodique (avant
la reprise), en ajoutant simplement une mesure a celle-ci;
mais alors 1 air n eut plus ete ce qu il est reellement, et il
eut incontestablement perdu de son originalite. Au reste,
pour cette chanson comme pour toutes les autres de ce re-
cueil, je ne suis qu un simple rapporteur, et je trompefais
le lecleur et ferais une osuvre bien inintelligente si je
donnais les airs de nos chansons populaires autrement
que ne les chantent le peuple et les personnes qui n ont
p as etudie la musique. Mais ce n est pas le rhythme seul
qui offre des etrangetes dans cette melodie ; le mode pre-
sente aussides bizarreries a celui qui, ne connaissant que
la musique moderne, cnercherait a 1 assimiler au mode
mineur de cette tonalite.
-
Voix seule, puis la reprise en chceur,
*f* .V ^k
ton pied 16- g6r ber- g&- re, Lfev ton
FIN. Voix seule, la reprise en ch&ur.
pied 16- g6- re- meat. Der-ri^r* chez nous, ya-t-an 6-
>U CANADA
19
Voix seule.
taug, L6v ton pied le- ge- re- ment. Trois beaux ca-
nards s en vont bai- gnant,
- re- ment.
(Pour les autres paroles, voir En roulant ma loule)
20
CHANSONS POPULAIRES
J AIM RAI TENDREMENTGES AMANTS CONSTANTS
Ge quatrieme refrain de Derrier 1 chez nous ya-t-un etang
se chante dans, la paroisse de Chambiy. IL est probable-
ment connu dans beaucoup d autres localites.
Der- ri6r chez nous ya-t-un e-
taug, Der
^
ritir chez nous ya- t- un e- tang. Trois
beaux ea-nards s en vout bai-gnant. J ai- me- rai ja-
s rz~rrz _= -^^- =izr- _= r^ ~
_ m PI m 1 _p 1 5.
I f 1 1 & 1 , _ w * 1
* **t * 1 U
inais ces a- mants vo- la- ges, J aim -rai ten- dre
meut ces a- mauts constants.
(Pour lea autres paroles, voir En roulant ma
DCJ CANADA
21
VIA L BON VENT
L honorable Sir George E. Car-tier, de qui je tiens cette
chanson si originate et si jolie, m a dit 1 ayoir entendu
chanter par des hommes de cages de 1 Ottaoua. L air est
tres-probablement de composition canadienne, ainsi que
les paroles da refrain.
Chceur.
Via 1 bou vent, v la l jo-li vent, v la 1 bon vent, uaa
mie m ap-pel- le, Via 1 bon vent, v la 1 jo- li vent,
FIN. Voix seule.
_E p ^ : _B ^.Et x 5
v la 1 bon vent, ma mie m atteud. Der- rier chez nous ya-
_> jk.
t-un e- tang, Der- ri^r chez nous ya- t-un 6- tang, Trois
beaux canards s en vout baignant. D. C.
(Pour les autrea paroles, voir En roulant ma boule)
}2 CHANSONS POPULAIBES
C EST KVENT FRIVOLANT
Cette chanson se chante dans le comte de Rimouski.
Elle n est pas connue dans les autres parties du pays,
mais elle a toutes les qualites necessaires pour se repandre
et se populariser bien vite. M. J. C. Tache, qui me 1 a fait
connaitre, 1 a aussi chantee, en ma presence, devant quel-
ques canotiers du Saguenay, qui en raffolaient et qui la
propageront sans doute dans cette partie du pays.
Voix seule.
C est 1 vent, c est 1 vent fri- vo- lant.
CJweur. FIN. i Voix seule, puia la
C est 1 vent, c est 1 vent fri- vo-laut. Der- rifer chez nous ya-
reprise en chaur- ^
t-un 6- tang, c est 1 vent, e est 1 vent fri- vo- lant.
Voix seule.
^^^P!
Trois beaux ca- nards s en vont bai- gnant, c est
IVent qui vo- le, qui fri- vo- le. D. C.
(Pour les autres paroles, voir En roulant ma boule)
DCT CANADA
23
SUIVONS LE VENT
Les couplets Derrier* chez nous ya-t-un etang, etc., se
chantentavec sept refrains diflerents : En roulant ma boule,
Descendez a T ombre, Leve ton pied^T aim rai tendre-
ment, Via I bon vent, Vest Pvent frivolant et Suivons le
vent. On chante dans la cote de Beaupre :
Derri^r chez nous ya-t-uu etang,
la rividr 1 passe au initan .
L expression " mitan " (milieu) est, parait il, fort usitee
dans les paroisses de la cote de Beaupre, de 1 ile d Orleans
et de la cote du Sud.
Derri^r* chez nous ya-t-uu e- tang, Suivons le
||E^^|E
- ,5 ->.
*i
vent, gai- gai- ment, Trois heaux ca- nards s en vont hai-
gnant, Tout le long de la ri- vi6- re, Sui- vons le
vent mon com- pfe- re, Sui-vons le vent, gai- gai-
ment.
(Pour les autres couplets, voir En roulant ma boule)
24
CHANSONS POPULAIRES
A SAINT-MALO, BEAU PORT DE MER
L air sur lequel nous chantons la chanson que voici,
n est pas connu aujourd hui en France, que je sache. En
Bretagne, ou les paroles de cette chanson se sont conser"
vees, on chante :
A Nant s, a Nant s sont arrives
Trois beaux uavir s charges de bled, etc.
Je connais deux variantes (quant aux paroles) de cette
chanson, telle que conservee en France, mais dans ni
1 une ni 1 autre il n est question de Saint-Malo.
A St Ma-lo, beau port de mer, A St Ma-lo, beau
de mer, Troisgrosnavir ssont ar- ri- ves, Nous i-
rons sur 1 eau nous y prom pro- me- ner, Nous i-
w
rons jou- er dans 1 i- le.
A Saint-Malo, beau port de mer, (bis)
Trois gros navir s sont arrives,
Nous irons sur 1 eau
Nous y prom promener,
Nous irons jouer dans Tile.
DU CANADA 2ft
Trois gros navir s sont arrives, (bia)
Charges d avoin , charges de bled.
Nous irons stir 1 eau, etc.
Charges d avoin , charges de bled, (big)
Trois dam s s en vont les marchander
Nous irous sur 1 eau, etc.
Trois dam s s en vout les marchander. (bia)
Marchaud, niarchand, combien ton bled ?
Nous irons sur 1 eau, etc.
Marchaud, inarchand, combien ton bled? (bis)
Trois francs 1 avoiu , six francs -le bled.
Nous irons sur 1 eau, etc.
Trois francs 1 avoin , six francs le bled, (bin)
C est ben trop cher d un bonii inoitie.
Nous irons sur 1 eau, etc.
C est ben trop cher d uu bonn moiti6. (bia)
Montez, Mesdam s, vous le veriez.
Nous irous sur 1 eau, etc.
Moutez, Mesdam s, vous le verrez. (bis)
Marchaud, tu n vendras pas ton bli-d.
Nous irons sur.l eau, etc.
Marchand, tu n vendras pas ton bled, (bis )
Si je I vends pas, je I dounerai.
Nous irons sur 1 eau, etc.
Si je I vends pas, je 1 donnerai. (bia)
A c prix-la, on va s arrauger.
Nous irons sur 1 ean
Nous y prom promeuer,
Nous irons jouer dans Tile.
26 CHANSONS POPULAIRE3
DANS LES PRISONS DE NANTES
La musique comme les paroles de cette chanson en fon
une des plus joiies du repertoire de nos chanteurs popu-
laires. Nos bateliers et voyageurs canadiens la chantent
sur deux airs egalement beaux. Le premier qui est trans-
crit ci-dessous se chante surtout en canot : chaque coup
d aviron marque le premier temps de chaque mesure. Le
mouvement du second est plutot celui de la rame : c est
un air de chaloupe. Cette chanson parait etre complete-
ment ignoree en France. M. Hubert LaRue, dans son
interessante etude litteraire sur nos chansons populaires
canadiennes, fait remarquer que quelques marins chantent
aujourd hui : " Dans les prisons de Londres " au lieu de,
" Dans les prisons de Nantes." C est tout naturel. Pour
peu qu un voyageur ait vu du pays, il a rencontre des An
glais, des Irlandais, des Ecossais, qui Uii out parle de
Londres, d Edimbourg, de Cork ou de Dublin, mais de
Nantes, jamais! II s imagiae alors que " Nantes " est une
corruption du mot Londres," et il chante "Londres."
Cependant, dans nos campagnes, ou beaucoup d habitants
n ont pas plus entendu parler de Londres que de Nantes
on chante toujours : " Dans les prisons de Nantes "
DU CANADA
Dans les prisons de Nan- tes,Daus les prisons de
* x ** -
Nan- tes Lui ya-t-un pri- sonnier, gai, fa- lu-ron fa- lu-
ret- te, Lui ya-t-un pri- sonnier, gai, fa- lu-ron don-
de.
ADTRE VERSION.
Dana les prisons de Nan- tes, Dans les prisons de
,x
Nan- tes, Lui ya-t-un pri-son-nier, gai,falu- ron don- dai-ne,
i~4- -<*" I -!-
Lui ya-t-un pri- sonnier, gai, falu- ron don- de.
Dans les prisons de Nantes (bis)
Lui ya-t-un prisonnier, gai, faltiron, falurette,
Lui ya-t-un prisonnier, gai, faluron, donde.
Que personn ne va voir (bis)
Que la fill du gedlier, gai, faluron, falurette,
Que la fill du ge61ier, gai, falurou, dond6.
Elle lui porte a boire, (bis)
A boire et a manger, gai, faluron, falurette,
A boire et a manger, gai, faluron, dond6.
Un jour il lui demande : (his)
Qu est-c que 1 on dit de moue f gai, faluron, falurette,
Qu est-c que 1 on dit de mouef gai, faluron dond6.
28 CHANSONS POPULAIRES
Le bruit court dans la ville (bis)
Quedemaiu vous mourrez, gai, faluron, falurette,
Que demaiu vous mourrez, gai, falu-ron, doude.
Puisqu il faut que je meure, (bis)
Ah! deliez-moi les pieds, gai, faluron, falurette,
All ! deliez-moi les pieds, gai, falurou, doude.
La fille encore jeunette (bis)
Lui a Iach6 les pieds, gai, faluron, falurette,
Lui a lache les pieds, gai, faluron, donde.
Le gargon fort alerte, (bis)
A la mer s est jete, gai, faluron, falurette.
A la mer s est jete, gai, faluron, donde\
De la premiere plonge, (bis)
Au foud il a ete, gai, faluron, falurette,
Au fond il a et6, gai, faluron, donde.
De la seconde plonge, (bis)
La mer a traverse, gai, faluron, falurette,
La iner a traverse, gai, faluron, doude.
Quand il fut sur ces cotes, (bis)
II se mit a chanter, gai, faluron, falurette,
II se mit a chanter, gai, faluron, doude:
" Que Dieu b&iiss les fllles, (bis)
Surtout cell du geolier, gai, faluron, falurette,
Surtout cell du geolier, gai, faluron, tlonde .
" Si je retourne a Nantes, (bis)
Oni, je 1 epouserai ! gai, faluron, falurette,
Oui, je Pepouserai 1 gai, faluron, dondeV
DU CANADA
DANS LES PRISONS DE NANTES
(Autre air)
Pour rendre la melodie qui va suivre selon les regies
de la composition, il eut fallu ecrire apres la troisieme
mesure :
....Nau- tes,
. $ * ,S _<,
-8 -j ~j ^ ,! _,
Lui ya- 1- un pri- son-
153=^- ^ -^ == f :
nier, fa- lu- rou dou- dai-ne,
n g
Lui ya- t- un
De cette faon la melodie eut forme douze mesures bien
comptees, et la note c?o, qui se chante sur la premiere syl-
labe du mot prisonnier, eut arrive juste sur le temps fort
de la sixieme et de la dixieme mesure, comme le rhy thine
1 exige. Mais, encore une fois, je note ces chansons telles
qu on me les chante, et pas autrement. An reste, la me-
sure, telle> qu ecrite ci-dessous, indique parfaitement a
quels endroits de la melodie le batelier donne de la
30
CHANSONS POPULAIRES
rame, ce qu il fait sans se preoccuper le moins du monde
des temps forts et des temps faibles.
Lentement.
Dans les prisons de Nantes, Dans les prisons de
- t=3 ^-
--=$=;
Nan- tes Lui ya-t-un pri- sonnier, fa- lu- ron, dondai-
ne, Lui ya-t-un prison- nier, fa- lu- ron don- d6.
DU CANADA 31
CECILIA
Cecilia est connue en France, notamment en Champagne.
La variante champenoise (car il y a toujours des variantes
dans les chansons populaires) differe tres-peu de la n6tre,
sous le rapport des paroles comme sous celui de la mu.
sique.
Mon p6r* n a- vait fil- le que moi, MOD p6r n a-
vait fil-le que moi, En-cor sur la iner il m eii- voie ; sautez ini-
gaoaue, C6- ci- li- a. Ah ! ah ! ah I ah I ah ! ah I Ce-ci- li-
a ! ah 1 ab 1 Ce-ci- li- a.
^ Mon per n a vait fille que moi,
Encor sur la mer il m envoie.
Sautez, mignonne, Cecilia,
Ah ! ah ! Cecilia, (bis)
Encor sur la mer il m envoie.
Le mariuier qui m y menait
Sautez, mignonne, etc.
Le marinier qui m y menait, (bis)
II devint amohreux de moi,
Sautez, mignoiiiie, etc.
33 CHANSONS POPULAIRES
II devint amoureux de inoi. (bis)
Ma mignonnette, embrassez-moi.
Satitez, mignonne, etc.
Ma mignonnette embrassez-moi. (bis)
Nenni, Monsieur, je n oseraia.
Sautez, mignonne, etc.
Nenni, Monsieur, je n oserais, (bis)
Car si mou papa le savait,
Sautez, mignonne, etc.
Car si mon papa le savait, (bis)
FUle battue ce serait inoi.
Sautez, mignonne, etc.
Fille battue ce serai moi. (bis)
Voulez-vous bell qui lui dirait?
Sautez, mignoune, etc.
Voulez-vous bell qui lui dirait ? (bis)
Ce serait les^oiseaux des bois.
Sautez, mignonne, etc.
Ce serait les oiseaux des bois. (bis)
Les oiseaux des parlent-ils ?
Sautez, mignonne, etc.
Les oiseaux parlent-ils ? (bis)
Us parl nt francais, latin aussi.
Sautez, mignonne, etc.
Us parl nt francais, latin aussi. (bis)
Helas ! que le monde est malin
Sautez, mignonne, etc.
Helas! que le monde est malin. (bis)
D apprendre anx oiseaux le latin.
Sautez, mignonne, Cecilia.
Ah! ah! Cecilia! (Ms)
DU CANADA 3J
ET MOI JE M EN PASSE 1
Voici une vraie perle, une des plus jolies melodies que
Ton puisse entendre. J engage les rausiciens a 1 examiner
attentiveraent : ils y decouvriront des beautes rhy thmiques
et une phrasSologie que, malheureusement, on ne ren
contre plus nulle part. Elle se chante avec une infinite
de variantes, entre lesquelles il m a fallu choisir. Dans
la chanson populaire, il y a presque toujours autant de
variantes que de gosiers ; seulement, d ordinaire, ces
petits changements n alterent pas le caractere general de
la melodic.
Mon p&r n avait fil- le que moi,Mon per* n avait
fil- le que moi, En- cor sur la iner il m envoie,
Mon coeur est en &- ge. Tant d ainans qui se font 1 amour.
Et moi je m en pas- sel
34
CHANSONS POPULAIRES
Variante recueillie sur la cote de Beaupr6 :
Mon p&r n a- vait fil- - le que moi, Mon
per* n a-vait fil- - le que moi : En- cor sur la mer
il m en- voie : Mon coeur est en A- ge.
Tant d amants qui se
pan- - SB I
font 1 a-mour. . . Et moi, je m en
DU CANADA 35
MON, TON, TON, TURLUTAINE
M. Clement Caze?u, uri de ces anciens Ganadiens dont
^
le type devient de plus en plus rare de nos jours, et qui,
avec bien d autres usages aimables et touchants de la
vieille France, a conserve 1 habitude de chanter les chan
sons qui nous viennent de nos grands-grands-peres, m a
chante et repete un grand nombre de fois la melodie que
voici, et toujours absolument telle que je 1 ai notee. Ce"-
pendant, comme je craignais que Ton vint & suspecter la
fidelite de mon oreille, j ai voulu, avant que de 1 eorire
definitivement pour 1 impression, me la faire chanter de
nouveau ; et, muni cette fois d un instrument de musique,
j ai pu constater avec certitude que mon oreille ne m avait
pas trompe. Maintenant, qu un musicien essaie de chan
ter cette melodie, la note fa naturel lui paraitra excessive-
ment dure ; mais qu il entende chanter cette meme me
lodie par un homme du peuple ou par tout autre qui
n ait pas donne dans le dilettantisme, le fa naturel ne le
choquera plus. D oii vient cela ? G est que le musicien,
a cause meme de 1 education de son oreille, ne pent, sans
un veritable effort effort desagreable ne pas faire de
note sensible, tandis que Fhomme du pauple, lui, pent
chanter un intervalle de seconde majeure entre le sep-
tieme et le huitieme degre de la gamme sans le moindre
3ffort, et que souvent meme il lui serait difficile de faire
autrement.
36
CHANSONS POPULAIRES
Mon per 7 n a- vait fil- le- que moi, Mon
per 5 n a- vait fil- le- que moi ; Eu- cor sur la mer
-f m-
il m envoie. Mon ton too tur- lu- taiue, oh 1 gai,
^j . - _ n
Mon ton ton tur- lu- tai- - ne.
(Pour les autres couplets, voir Cecilia-)
Ce qui precede 6tait ecrit lorsque je regus de M. le bi-
bliothecaire de 1 universite-Laval la version que Ton va
voir ci-apres, qui est a peu pres celle que j ai toujours en-
tendue dans mon enfance, et dans laquelle on trouvera
encore le fa naturel. " Voici, m ecrit M. 1 abbe Laverdiere,
comment un de nos engages me chante Mon pere n a-
vait. . . : "
Mon p6r* n avait fil- le qne moi, Mon per* n a- vait fil-
le que moi ; En- cor sur la mer il m envoie. Mon ton ton tri-
\zs=z=?=
taiue, oh 1 gai, mon ton ton tri- tai- - ne.
DET CANADA 37
ISABEAU S Y PROMENE
On remarquera que les passages les plus beaux de cette
delicieuse melodie sont precisement ceux dans lesquels
elle rompt ouvertement avec le mode mineur pour mettre
en lumiere les notes caracteristiques da mode que, dans
1 ancienne tonalite, on appelait " premier plagal." G est
peut etre ici le lieu de dire que si la decouverte de Claude
Monteverde a ete un immense progres, a cause des res-
sources infmies qu offre 1 harmonie dissonante et les
modulations qui en decoulent, d un autre cote, on ne
peut nier que, du meme coup, de grandes beautes ont ete
perdues pour 1 art musical par la necessite qui s en est
suivie de bannir de la musique tout autre mode que nos
modes majeur et mineur, qui seul possedent la note sen
sible, sans laquelle Fharmonie dissonante ne peut pas
exister. Un amateur de chansons populaires m a fait tenir
uue version ftlsabeau dans laquelle to us les fa sont natu-
rels. Gette chanson se chante en Champagne, sur un air
qui, au point de vue du rhythme, a des ressemblances
frappantes avec le notre.
* ^ * * *
I- . sa- beau e y pro- in6- ne
38 CHANSONS POPULAIRES
Le long de son jar- din. Le long de son jar-din, Surle
bord de 1 i- - le. Le long de son jar-din, Sur le
bord de 1 eau, Sur le bord du vais-seau.
Isabeau s y promene
Le long de son jardin.
Le long de son jardin
Sur le bord de 1 lle,
Le long de son jardin
Sur le bord de 1 eau,
Sur le bord du vaisseau.
Elle fit un rencontre
De treute matelots.
De trente niatelots
Sur Le botd de Tile, etc.
Le plus jeune des trente,
H se mit a chanter.
II se mit a chanter
Sur le bord de 1 ile, etc.
La chanson que tu chantes,
Je voudrais la savoir.
Je voudrais la savoir
Sur le bord de 1 ile, etc.
Embarque dans ma barque,
Je te la chanterai.
Je te la chanterai
Sur le bord de 1 ile, etc.
Quand ell fut dans la barque,
E1P se mit a pleurer.
Ell se mit a pleurer
Sur le bord de Pile, eta
DU CANADA 89
Qu avez-vous done la belle,
Qu a-vous a tant pleurer T
Qa a-vous a tant pleurer
Sur le bord de 1 ile, etc.
Je pleur mon anneaa d ore,
Dans Peau-z-il est tombed
Dans l eau-z-il est tomb6
Sur le bord de Pile, etc.
Ne pleurez point la belle,
Je voua le plongerai.
Je vous le plongerai
Sur le bord de 1 ile, etc.
De la premiere plonge
II n a rieu mmene.
II n a rien rainene
Sur le bord de Pile, etc.
De la seconde plonge
L anneau-z-a voltige.
L anneau-z-a voltige
Sur le bord de Pile, etc.
De la troisieme plonge
Le galant s est noye.
Le galant s est noye
Sur le bord de Pile,
Le galant s est noy6
Sur le bord de Peau,
Sur le bord du vaisseau.
40 CHANSONS POPULAIRE9
GAI LON LA, GAI LE ROSIER
La presence de ces vers :
II est dans la Hollande,
Les Hollandais 1 ont pris
dans les couplets qui vont suivre, indique clairement
qu ils nous viennent d Europe. Us se chantent effective-
ment en France, dans la Saintonge et le Bas-Poitou. Les
Ganadiens n ont jamais ete en guerre avec les Hollandais,
et c est a peine si, dans les premiers temps de la colonie,
les habitants de la Nouvelle-IIollande ont eu quelques
rares relations avec nos missionnaires et nos negotiants
du Canada. J ai souvent entendu chanter ainsi les deux
vers que je viens de citer :
II est dans la Hollande
Les Irlandais I ont pris
Par derrier chez ma tan- te Lui ya-t-un bois jo-
li. Le ros-si- gnol y chan-te et le jour et la
~m~ -4 ^ -^ "Tr^T ^.Z
uuit. Gai lou la, gai le ro- sier da jo- li
=q^rzs^^=qzr:
=?^^=
moia de mai.
DU CANADA. 41
Par dcrrier chez ma tante
Lui ya-t-un bois joli ;
Le rossigiiol y chante
Et le jour et la nuit.
Gai Ion la, gai le rosier
Du joli mois de mai.
Le rossignol y chante
Et le jour et la nuit.
II chante pour ces belles
Qui n ont pas de mari.
Gai Ion la, etc.
I! chante pour ces belles
Qui n ont pas de raari.
II ne chant pas pour moi
Car j en ai-t-uu joli.
Gai Ion la, etc.
II ne chant pas pour moi
Carj eu ai-t-un joli.
II n est point dans la danse,
II est bien loin d ici.
Gai Ion la, etc.
II n est point dans la danse,
II est bien loin d ici ;
II est dans la Hollande :
Les Hollandais I ont pris.
Gai Ion la, etc.
II est dans la Hollande :
Les Hollandais I ont pris.
Que donneriez-vous, belle,
Qui 1 amen rait ici ?
Gai Ion la, etc.
42 CHANSONS POPULAIRES
Que donneriez-vous, belle,
Qui 1 amen rait ici ?
Je donnerais Versailles,
Paris et Saint-Denis
Gai Ion la, etc.
Je donnerais Versailles,
Paris et Saint-Denis,
Et la claire fontaine
De mon jardin joli.
Gai Ion la, gai le rosier
Du joli mois de mai.
DU CANADA
43
AURAI-JE NANETTE ?
Ge refrain et cet air si gracieux, paroles et musique,
sont assez peu connus aujourd hui. Je les ai appris,
tout dernierement, d une vieille bonne d enfants.
Par der-ri^r chez uaon
Ltd ya-t-ua
-* -
bois jo- li ; Le ros- si- gnol y chante Et
lejour et la nuit. Au-rai- je Na- nett ? Je
croia que non. Au- rai- je Na- net- te ? Je crois qua
oui.
(Pour les autres paroles, voir Gai Ion la, gat k rosier)
44 CHANSONS POPULAIRES
AU JARDIN DE MON PERE UN GRANGER LUI YA
Le " march6 de Lava " dont il est parle" dans cette chan
son, n est autre chose que le marche de Laval, ville fran-
gaise du d6partement de Mayenne. De Laval on a fait
Lava pour la rime. J ai entendu chanter a Quebec :
Au march6 oil tout va, limouza. ...
Ces couplets se chantent encore en Normandie, le plus
sonvent en chceur, et sur un air de litanies du chant gre-
gorien. Le refrain normand ne resserable pas du tout au
notre.
On remarquera que le refrain joue un grand role dans
cette chanson. G est la un des traits caracteristiques de
la chanson normande. " Dans les campagnes de 1 Avran-
chin, dit M. Eugene de Beaurepaire, elles accompagnent
(les chansons) les travaux de la moisson et surtout la
cueillette du chanvre En ecoutant le soir ces poesies
singulieres en se croirait volontiers reporte a des
epoques fort anciennes. Deux lignes au plus composent
le couplet. Le refrain est vraiment la partie la plus im-
portante ; il supplee a la pauvrete ou a 1 absence de la
rime, et c est lui qui donne toujours lieu aux fantaisies
vocales les plus compliquees."
DU CANADA.
45
~/e jeune homme qui figure dans ces couplets a evidem-
ment regu de bien mauvais exemples de son avocat de
pere.
* >
Au jardiu de mon pe- re Un o- ran-ger lui
. |X - ^
^ ^ X
-==<?=!*==$
<----^--|r **.*- y r -
ya, li- mou-za ; Qu est si charg6 d o- ran- ges
--- - - - _ . __ ___ _ ____ _ i __
E - - -- mo - * - 1 -F - -- _ -- * - _ - u ~3- ~ 1 -1
Qu on croit qu il en rom- pra, limou- za. J ai-ine, j aime, oh !
gai, gai, gai, j ai le coeur san gai, J en-ten-dis chau-
al-| zs:
.-Z, * =1
p^rg z g gL=:g 1 g^^gzzrgr=^zr=g big . :
ter, dan-ser les inou- tons, les inou-tons, doa- de, dou,
dou, les mou-tons, les mou- tons, les mou-tons, les mou-
:==$=H
^=1
" ? , > ~ i*
tons, les moutons, don- de, dou, dou, les moutons, les mou-
^--.=^-g ^= =l*.^= =&=.-\ r. zg =.^ ^r_rr: zgrr
tons, les mou-tons, les inou- tons, les uaou-tons, dou-
~ n
46 CHANSONS POPULAIRES
An jardin de mon pere
Un oraDger lui ya, limouza,
Qu est si charge d oranges
Qu on croit qu il en rompra, limouza,
J aime, j aime, oh ! gai, gai, gai,
J ai le coeur san gai ;
J entendis chanter, danser
Lea moutons, les moutons, don cle" ;
Dou, dou, les moutons, les moutons,
Les moutons, les moutons, les moutons, don d6
Qu est si charg6 d oranges
Qu on croit qu il en rompra, limouza.
Je demande a mon pere
Quand c qu on les cueillera, limouza.
J aime, j aime, etc.
Je demande a mon pere
Quand c qu on les cueillera, limouza.
Mon per me fait r6ponse :
Quaud ton ami viendra, limouza.
J aime, j aime, etc.
Mon per me fait r^ponse :
Quand ton ami viendra, limouza.
Les oranges sont mures,
Mon ami ne vient pas, limouza.
J aime, j aime, etc.
Les oranges sont mures,
Mon ami ne vient pas, limouza.
J ai pris une e chelette,
Mon panier dans mon bras, limouza.
J aime, j aime, etc.
J ai pris une 6chelette,
Mon panier dans mon braSj limouza ;
Je cueillis les plus mures,
Laissai les vertes la, limouza.
J aime, j aime, etc.
>
. $
DU CANADA 4?
J ai cneillis les plus mftres,
Laissai les vertes la, limousa.
M en vais au raarche vendre,
Au marchS de Lava, limouza.
J aime, j aime, etc.
M en vais au march6 vendre,
Au marcbe de Lava, limouza.
Dans mon chemin rencontre
Le fils d un avocat, limouza.
J aime, j aime, etc.
Dans mon chemin rencontre
Le fils d tin avocat, limouza
M en prend une douzaine,
Ne me les paya pas, limouza.
J aime, j aime, etc.
M en prend une douzaine,
Ne me les paya pas, limouza.
Ah ! monsieur, mes oranges I
Vous n me les payez pas ! limouza.
J aime, j aime, etc.
Ah ! monsieur, mes oranges !
Vous n me les payez pas ! limouza.
Passez de chez mon pere,
II vous lea paiera, limouza.
J aime, j aime, oh ! gai, gai, gai,
J ai le cceur san gai ;
J entendis chanter, danser
Les inoutons, les moutons, don d6 :
Dou, dou, les moutons, les moutons,
Lea moutons, les moutons, les moutons don d6
)
. >
48 CHANSONS POPULAIRES
J AI TANT DANSE, J AI TANT SAUTti
Une variants de cette chanson se chante dans le Cam-
br6sis, en France. On en chante aussi une autre dans le
Bas-Poitou : Le Cordonnier de Nantes. Le refrain de notre
version canadienne est d une gentillesse, d une legerete
charmantes.
Voix seule.
J ai taut dan-s6, j ai taut sau-te", Dansons ma ber-
gere, oh ! gai. J en ai de-cousu mon sou-lier, ii
Voix seule, puis la reprise en chceur.
I om- bre. Dau-sons ma ber- ger 7 jo- li- meat, que
le plaucher en rom- pe !
J ai tant dans6, j ai tant saute,
Dansons ma bergere, oh ! gai,
J en ai decousu mon soulier.
A 1 ombre,
Dansons ma berger joliment,
Que le plaucher en rompe !
J en ai decousu mon soulier,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
J ai to" trouver le cordonnier.
A 1 ombre, etc.
DU CANADA *
J ai t6 trouver le cordonnier,
Dan sons ma bergere, oh ! gai.
Beau cordonnier, beau cordon i tier,
A I ombre, etc.
Beau cordonnier, beau cordonnier,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
Veux-tu racc moder mon soulier ?
A I ombre, etc.
Veux-tu racc moder mon soulier ?
Dansous ma bergere, oh ! gai.
Je te donn rai un sou niarqud.
A I ombre, etc.
Je te donn rai un sou marqu6,
Dansons ma bergere, oh 1 gai.
De sous marques j en ai-z-asse/^
A I ombre, etc.
De sous marques j en ai-z-assez,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
Faut aller trouver le cure",
A I ombre, etc.
Faut aller trouver le cure ,
Dansons ma bergere, oh ! gai,
Pour dans un mois nous raarier.
A I ombre, etc.
Pour dans un mois nous marier,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
Nenui, un mois n est pas assez,
A I ombre, etc.
Nenni, un mois n est pas assez,
Dansons ma bergere, oh ! gai.
Faut m attendre encore une annexe,
A I ombre,
Dansons ma berger joliment,
Que le plancher en rompe !
60 CHANSONS POPULAIRES
DIGUE DINDAINE
Ne dirait-on pas que cette melodie d une si delicate
beaute se termine sur la dominante tout expres pour imi-
ter le son continu du petit bourdon de la musette, qui fait
encore entendre sa note dominante alors que le musicien
a fini d executer son air ? Gette chanson, aussi belle
comme poesie que comme musique, nous vient de la
France, ou elle n est pas nonplus tout-a-ait oubliee. L air
sur lequel M. Wekerlin (collaborates de M. Champfleury,)
1 a notee, dans les Chansons populaires des provinces de
France, est fort joli, mais ressemble peu au n6tre ; quant
aux paroles,, publiees dans le meme ouvrage, et qui se
chantent dans le Nivernais, elles sont loin d etre aussi
poetiques que cellesde notre version canadienne. Gomme
dans notre chanson, il s agit, dans la version franchise,
d une petite fille " encore jeunette " qui part pour garder
son troupeau et qui oublie son dejeuner. " Un valet de
chez son pere " va le lui porter et la trouve tout attristee
de la dispersion des interessants quadrupedes commis a
sa garde ; le galant valet embouche alors un instrument
champetre et fait revenir comme par enchantement le
troupeau au pied de la bergere. Mais ici commence la
bifurcation : le troupeau de la chanson francaise n est
pas compose de moutons mais bien de prosaiques enfants
de la race porcine , lesquels se mettent, eux aussi, a
DU CANADA
51
danser, mais sans se tenir par la patte, ce qui est beau-
coup moins 616gant.
I n y avait qu la grand trui -caude
Qui ne voulait pas danser,
ajoute la chanson franchise ; mais le chef de la bande
vient la prendre par 1 oreille et lui dit :
Commere, il nous fant dauser 1 ....
acte d une autocratic revoltante, en opposition directe
avec les immortels principes de 89, comme diraient certains
grands journaux de Paris, et qui dut soulever une bien
grande indignation parmi toute la gent soyeuse. . . ce
que, cependant, la chanson ne dit point.
Quaud j 6- tais de ebez inon pe- re, di- gue din-
.8
dai- ne, Jeu- ne fille a ma- ri- er, di- gue din-
d6, Jeu- ne fille a ma- ri- er, Jeu- ne fille a ina-ri-
er.
Quand j 6tais de chez inon pere, digue dindaine,
Jeuue fille a marier, digue dind6,
Jeune fille a marier, (bis)
52 CHANSONS POPULAIRES
II m envoie de sur ces plaines, digue diudaine,
Pourre les moutons garder, digue dinde\
Pourre les moutons garder. (bis)
Moi qu e tai -t-encore jeunette, digue diudaiue,
J oubliai mon dejeuner, digue diude.
J oubliai mon dejeuner, (bis)
Un valet de chez mon pere, digue dindaine,
Est venu me 1 apporter, digue dinde 1 .
Est veuu me 1 apporter. (bis)
Tenez, petite brunette, digue dindaine,
Voila votre dejeuner, digue diudaine.
Voila votre dejeuner, (bis)
Que voulez-vous que j ea fasse, digue dindaiue,
Mes moutons sont e"gar6s! digue dinde .
Mes montous sont e gares ! (bis)
Que donneriez-vous la belle, digne dindaine,
Qui vous les ramenerait ? digue dind6.
Qui vous les ramenerait ? (bis)
Ne vous niettez point-z-en peine, digue dindaine,
Je saurai bieu vous payer, digue dinde.
Je saurai bien vous payer, (bis)
II a pris son tirelire, digue dindaine,
II se mit a turluter, digue dinde.
II se mit a turluter. (bia)
Au son de son tirelire, digue diudaine,
Les moutons s sont assembles, digue dinde.
Les moutons s sont assembles, (bis)
Us se sont pris par la patte, digue dindaine,
Et se sout mis a danser, digue dind6.
Et se sont mis a danser. (bis)
DU CANADA. 63
I n y-avait qu un vieill grand -mere, digue dindaine,
Qui ne voulait pas danser, digue diude.
Qui ne voulait pas danser. (bis)
Oh I qu a vous, ma vieill grand -mere, digue dindaine,
Qu avez-vous a tant pleurer ? digue dind.
Qu avez-vous a tant pleurer ? (bis)
Je pleure ton vienx grand-pere, digue dindaine,
Que les loups ont 6trangl6 ! digue dind6.
Que les loups ont etrangl^ ! (bis)
.
Us Pont tra!n6 dans la plaine, digue dindaine,
Et les os lui ont croque\ digue diude\
Et les os lui out croque. (bis)
04
CHANSONS POPULAIRES
MON CRI CRA, TIR LA LIRETTE
Un ancien missionnaire, M. 1 abbe Severe Dumoulin, a
entendu chanter ce joyeux refrain par des canotiers ca-
nadiens de la Riviere-Rouge. M. 1 abbe P. Pouliot, qui
1 a appris de M. Dumoulin lui-meme, 1 a chante a M.
1 abbe J. Auclair de qui je 1 ai recueilli. II n est pas sans
interet de constater comment la chanson de pauvres
canotiers perdus dans un pays lointoin et demi-sauvage,
est venue se placer a la page cinquante-quatrieme de ce
volume.
=Z=E
Par derrier ohez ma tan-te uu o- rao ger lui ya
^^^
* ~ ~ * ~~~~* "^^
Qu est si char- g6 d o-ran-ges qu on croit qu il en rom-pra,
- -ft * 1 ha 1* <A K. hi
Mon cri era, tir* la li- ret- te, MOD cri era, tir* la li- ra.
(Pour les autres paroles, voir Aujardin de mon ptore un oranger
lui ya)
DU CANADA.
MON BEAU RUBAN GRIS
On a vu plus haul que notre chanson Cecilia se chante
encore en France. Dans la version franchise se trouvent
les couplets suivants :
" Que disent les oiseaux des bois ? Que les femmes ne
valent rien, Et les homines encor bien moins. Pour les
fill s, ils en dis nt du bien. "
Chose assez singuliere, je retrouve a peu pres ces
memes couplets dans Mon beau ruban gris. Dans 1 une et
dans 1 autre chanson les hommes sont assez mal menes ;
mais on aura beau faire, la raison du plus fort sera tou-
jours la meilleure-
Ce sont les da- - mes de Pa- ris, Ce
sont les da- - mes- de Pa- ris Qui font blan-
chi- re leurs lo- gis, Mon beau ru-ban gris, mon beau ru-ban
=. =t==ta^i (a 2 a p =u^
gris. Mon beau ru- bau jaun , Mon jo- li gris- jaun , MOQ
gris jo- li, Mon beau ru- ban gris.
66 CHANSONS POPULAIRES
Ce sont les dames de Paris (bis)
Qui font blanchire leurs logis,
Mon beau ruban gris. (bis)
Mon beau ruban jaune,
Mou joli gris-jauue,
Mon gris joli,
Mon beau ruban gris.
Qui font blanchire leurs logis, (W)
Depuis la table jusqu au lit,
Mon beau ruban gris, etc.
Depuis la table jusqu au lit, (bit)
Depuis le lit jusqu au chassis,
Mon beau ruban gris, etc.
Depuis le lit jusqu au chassis,
Depuis 1 chassis jusqu au jardin,
Mon beau ruban fin, etc.
Depuis 1 chassis jusqu au jardin, (big)
Dans ce jardin lui ya-t-un puite
Mon beau ruban gris, etc.
Dans ce jardin lui ya-t-un poits, (W)
Yousque les oiseaux font leurs uids,
Mon beau ruban gris, etc.
Yousque les oiseaux font leiirs nids. (big)
La caille et aussi la perdrix.
Mon beau ruban gris, etc.
La caille et aussi la perdrix. (bis)
La caille dit en son latin,
Mou beau rubau fin, etc.
DU CANADA IT
La caille dit en son latin (bis)
Que les hommes ne sont point fine,
Mon beau ruban fin, etc.
Que les hommes ne sont point fins, (bit)
Mais contv les femm s, ell ne ditrien,
Mon beau ruban fin. (bis)
Mon beau ruban jaune,
Mon joli gris-jaune,
Mon gris joli,
Mon beau ruban gris.
58 CHANSONS POPULAJBES
MON BEAU RUBAN GRIS
(Autre air recueilli par M. I abbe P. Lagace)
Cette douce melodie dont les notes, presque toutes de
valeurs egales, roulent constamment dans un mode an
tique, est bien un type de ces chansons populaires dont
J.-J. Rousseau a dit : " Les airs ne sont pas piquants,
mais ils ont je ne sais quoi d antique et de doux qui tou-
che a la longue Ils sont simples, naifs, souvent
tristes ; ils plaisent pourtant." La phrase melodique qui
commence avec les mots : " Ah ! mon beau ruban jaune,
etc.," ne devrait commencer, regulierement, qu une me-
sure plus tard. Cependant, cette espece d enjambemeiit
est loin d etre d6nuee de charmes.
Ce sont les da-ines do Pa- ris, Ce sont les
> p - q 1 * -_ i i -,>> -.
da- ines de Pa- ris Qui font blau- chi- re leurs lo-
gis, Mon beau ru- ban gris. Ah ! inon beau ru-bau jaune, Mou
jo- li gris jau- ne, uion gris,Mon beau ru-ban jau-ne jo-li.
OU CANADA 59
VA, VA, VA, P TIT BONNET, GRAND BONNET
La monotonie qui caracterise presque toujours la me-
lodie populaire n est due ici qu a la repetition frequente
des memes intonations. Rhythme leger bien qu a 1 allure
un peu rustique.
On chante dans I ouest de la France (Saintonge et
Aunisj la chanson Mon pere aussi nCa marie e (voir plus loin
En filant ma quenouille] sur notre air de Fa, ua, va, p tit
bonnet, grand bonnet.
Voix seule, puis la reprise en chceur.
Va, va, va, p tit bon- net, grand bon- net,
FIN. Voix seule, la reprise
Va, va, va, p tit bou- net tout rond. Mon p6re a fait ba-
en chceur.
tir maison, Va, va, va, p tit boa- net tout roud. L a
3cBtacts=t=iBi=i
fait batir a trois pignons,p tit bon- net, grand bonnet,p tit bon-
net tout rond. D.C.
Mon pere a fait batir inaison,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
L a fait batir a trois pignons,
CHANSSONS POPULAIRB
P tit bonnet, grand bonnet,
P tit bonnet tout rond.
Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
L a fait batir a trois pignons,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
Sont trois charpentiers qui la font,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
Sont trois charpeu tiers qui la font,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
Le plus jeune c est mon mignon,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
Le plus jeune c est mon mignon,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
Qu apportes-tu dans ton j upon f
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
Qu apportes-tu dans ton jupon ?
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
C est un pate de trois pigeons,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
C est nn pate de trois pigeons,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
Asseyons-nous et le mangeons,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
Asseyons-nous et le mangeons,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
En s asseyant il fit un bond,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
DU CANADA 1
En s asseyant il fit un bond,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond,
Qai fit trembler mer et poissons,
P tit bonnet, grand bonnet, etc.
Qai fit trembler mer et poissons,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond,
Etles cailloux qui sont. au fond,
P tit bonnet, grand bonnet,
P tit bonnet tout rond.
Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet,
Va, va, va, p tit bonnet tout rond.
CHANSONS POPULAIKES
FRINGUE, FRINGUE SUR L AVIRON
" Nous avons, a dit Diibois, (grammairien du seizieme
siecle,) un nombre inflni d interjections qui se trouvent
dans les chansons populaires, comme lirompha, dada, etc. 5 *
II ne faut pas croire, cependant, que tous ces mots et
locutions de refrains soient autant d interjections a peu
pres inexplicables. Dans fringue, fringue sur Vaviron, les
mots:
Tortille morfil,
Arrangeur de faucilles
Tribouille inarteau.
ont un sens reel, facile a saisir, et qui est celui-ci :
" Arrangeur de faucilles, fais tordre le morfil de ta
lame ; frappe ta lame de ton marteau."
On sait qu on appelle morfil ces parties d acier pres-
que imperceptibles qui restent au tran chant d une lame
que Ton vient de passer sur la meule.
Voix seule, puts la reprise en chceur.
f.
Frin-gue, friu-gue sur la ri- vie- re,
FIN. i Voix seule,
Frin-gue, frin-gue sur 1 a- vi- ron. Mon pere a
DU CANADA
63
la reprise en chceur.
:i=rj ft
fait ba- tir mai- son, Frin- gue, frin-gue snr Fa-vi-
Voix seule.
ron. L a fait b&- tir a trois pi- gnons, Tor-
til- le inor- fil, Ar-ran- gear de faa- cil- les,Tri- bouillemar-
, Bon- soir la- tin !
(Pour les autres paroles, voir Va, va, va,p*tit bonnet, grand bonnet)
64
CHANSONS POPULAIRES
GENTICORUM
Ge curieux refrain etait autrefois en grande vogue an
college Joliette. II est connu, du reste, dans toutes les
parties du pays.
-S-
Mon pere a fait ba- tir mai-sou, Vir-ge" var-ge
>
vargenton, L/a fait ba- tir & trois pignons Sur le
=t
.. 9M> 1 >_
bri, sur le brin, sur le sin- tou- ri, sur le
., SL
W r
eu- lo- rntn, sur le siu- to- ruin, Gen-ti- co-rum sur
k. k.
^
^ w ^
g6- lo-rutn, mi- ron flon flon sur la vert bat-te- ri
Viv 7 Pa- mourette en vargenton, ma lu- ron ma lu- r6.
Pour les autres paroles, voir Fo,t>, va,p j tit bonnet, grand bonnet)
DU CANADA
65
FRIT A L HUILE
Voici encore un refrain d origine franchise. Gela res-
sort, d abord, de ce qu il est connu par tout le pays, puis
et surtout de ce qu il y est question de friture a Vhuile.
Nos huiles de marsouin, de foies de morues et de petrole
n ont pas encore eu 1 honneur d un chapitre dans la Cui.
siniere canadienne, et pour ce qui est de 1 huile d olive,
que nous importons de Petranger, on sait qu elle ne
parait jamais sur nos tables que froide et comme assai-
sonnement, et que le peuple en fait rarement usage. II
n en est pas de meme en France, surtout dans le midi, ou
Phuile d olive joue un role considerable dans la cuisine
du peuple.
Mon p&re a fait ba- tir mai- son, Ah I ah ! ah ! frit a
l hui-le, L a fait b&- tir a troia pi-gnons, Fri-tai-ne, fri-
- <* -j -] I -- 1 = -- 1 -- ^J -- 1 m - -- m m^f~^- - ) - 1
-H * -- * 1 -3 ^ -- ! -- m - F 1 -- W -- F^H -- P f - * J
ton, fri-ton, poe- Ion, Ah I ah ! ah ! frit 4 l hui-le, frit au
-|- [* s^ --- ~ [
beurreet a I o- gnon.
(Pour les autres paroles, voir Fa, va, va, p iit bonnet, grand bonnet)
66 CHANSONS POPULAIRES
G EST DANS LA VILLE DE BYTOWN
II y a de cela deja bien des annees, par une delicieuse
matinee de juillet, un jeune homme avec qui je suis inti-
mement lie, partait de la ville des Trois -Rivieres pour se
rendre a sa paroisse natale, la Riviere-du-Loup, en haut.
Le jeune homme etait musicien, et, comme il n avait que
dix-sept ans, il devait naturellement se croire tres-fort
dans son art. Ghemin faisant, voila qne soncocher, mu
sans doute par les beautes du soleil levant, et stimule
aussi, peut-etre, par le chant des coqs et le belement des
genisses, se met a entonner : Vest dam la ville de Bytown
avec un accent rustique des plus prononces. Grand plaisir
chez notre artiste en herbe, qui, en vrai musicien de
notre siecle, cherche aussitot a harmoniser la melodie,
dans son esprit, a mesure qn elle sort du rude gosier de
son compagnon. Mais voila notre jeune ami tout decon-
tenance! Impossible d harmoniser cela! II a beau
solliciter toutes les formules harmoniques, toutes les mo
dulations a lui connues impossible d arriver a rien !
De la legon toute pratique que donnait a notre ami son
brave compagnon de route, il ressortait clairement ce
principe : qu il peut exister une musique reposant sur
d autres lois que sur celles qui regissent la tonalite qui
nous est farniliere. Mais il ne tira pas cette conclusion
tout d abord. \ssurement il fut frappe de 1 etrangete de
DU CANADA 67
la melodie qu il entendait, mais ce qui lui parut infini-
ment plus etrange encore, ce fut de se voir, lui, mis a
quia par un pauvre cocher !
" Les airs populaives dit M. Wekerlin, offreut quel-
quefois de veritables difficultes d harnionisation, etaut faits
completement eu dehors des vues d un accompagnement, et
coutraires souvent anoslois liarmoniques sur les modulations.
Quelques-uues de uos chansons populaires datent d uue
poque assez reculee, cela est iucoutestable ; plusieurs d eutre
elles, celles ou la note sensible n existe pas, par exemple, re-
moutent au inoins a 1500, puisque ce n est que tout au com
mencement de 1600 que Monteverde trouva 1 accord de sep-
tieiue de domiuante. Or, cet accord de septieme determiua
reellemeut le seutiiuent de la note sensible, c est-a-dire le
demi-tou qui precede la tonique. Meiue sans ce trait carac-
teiistique, beaucoup de chansons populaires font constater
I anciennete de leur ovigine, rieu que par leur allure uietho-
diqne, leur similitude avec le chant gregorieu."
Je ne partage pas entierement la maniere de voir du
distingue compositeur dont je viens de citer les paroles,
et je ne serais pas pret a croire, comme lui, a 1 au-
ciennete d une melodie uniquemeat parce qu elle se
rapproche de la tonalite gregorienne. Gette tonalite n a
jamais eu acces au theatre, et 1 harmonie dissonante 1 a
chassee completement des salons, c est vrai ; mais dans
certaines campagnes (je paiie des campagnes du Canada),
surtout dans celles ou il n y a ni orgue, ni harmonium
dans les eglises, et ou Ton n entend jamais d autre instru.
ment que le violon, elle regne encore en souveraine ;
c est dans cette langue musicale que les chanteurs popu
laires improvisent et composent. li est possible que la
melodie de C est dans la viile de ytown, qui appartient au
premier mode authentique de la tonalile ancienne, soil
ie composition fort anterieure a celle des paroles qui
68
CHANSONS POPULAIRES
1 accompagnent, mais il est aussi fort possible que paroles
et musiqae aient ete composees en meme temps : ce qui
alors ne pourrait remonter bien haul.
On a fait un grand nonabre de chansons ou figure la
ville de Bytown (aujourd hui Ottaoua). M. LaRtie, dans
son etude sur nos chansons populaires, en a cite une tres-
remarquable dont je regrette de ne pas connaitre 1 air.
Bytown a ete longtemps le poste avance de la civilisation
dans la belle vallee de FOttaoua, le dernier souvenir
qu emportaient les voyageurs -forestiers dans leurs loin-
taines excursions au dela des lies Calumet et Allumettes:
-1* I -3-
C ost dans la vill de Bail- ton-ne, L& ious- que
_, S ,
* m~. 1* I a i
~ * I t3~="?
& ! . _ I ** :
_ ^ i^ i- I -.^
j ai t6 faire un tour ;
La ious-que ya des jo- lies
fil-les, Qui sont par-fait et gen- till , Mais yen a-
t-an que, par sus tout, Z-on dit que j y fais 1 a- inour.
Mais yeu a- t-an que, par SUB tout,Z-on dit
que j y fais 1 a- mour.
DU CANADA 69
C est dans la, vill de Bailtoune
La iousque j ai te" faire un tour;
La iousque ya des jolies filles
Qui sont parfait et gentilles,
Mais yen a-t-an que, par sus tout,
Z-on dit que j y fais 1 amour.
70 CHANSONS POPULAIRES
QUAND J ETAIS CHEZ MON PERE
II y a tout lieu de croire que ces couplets sont fort an-
ciens, si, comme je le pense, le mot "baron" y est em
ploye pour exprimer, au generique, un grand seigneur :
Moil petit coeur en gage
N est par pour un baron.
Par ici-t-il y passe
Trois cavaliers barons.
" Ghaque fois, dit M. Arbaud, que nos chants parlent
d un homme noble, puissant, ils 1 appellent un baron,
c est-a-dire, un homme par excellence, comme le bar ger-
manique dont il derive. Et ne croyez pas qu ils prennent
ce mot dans son acception feodale ; non, car ilsledonnent
aux saints:
Lou baroun sant Alexi se voou pas maridar
ils le donnent aux plus hauts personnages :
Aperaquit passavo los fiou d uu rei baroun.
Mais quand la hierarchie feodale constitute eut rejetS
presque au dernier rang ce litre de baron, il perdit natu
rellement sa valeur superlative " (Chants populairet
de la Provence, page XVI de la preface.)
DU CANADA
71
Gette chanson, a laquelle on attribne une origine nor-
mande, se chante dans toutes les parties de la France,
mais avec des refrains et sur des airs que nous ne con-
naissons pas ici, sauf le refrain et Fair de Vive Napoleon !
que Ton verra plus loin.
On chante dans le comte de Maskinonge :
M euvoi -t-a la fontaine
Pourpcher du poisson
a Quebec
.M envoi -t-a la fontaine
Pour euiplir mon crachon.
et en France :
. .J allais a la fontaine
Pour cueillir du cresson.
J ai recueilli cette melodie de la bouche d une femme
qui me 1 a repetee un grand nombre de fois, et toujours
telle que notee ci-dessous, avec tous les mi et les fa
naturels.
3S N -{*=^-=^
jcrgzzraz *^
Quand j e-tais chea mon pe- re, Quandj e-tais chez inon
- re Pe- tite et jean e- tions, dondai-ne, doo,
Pe- tite et jeune e- tions, don- dai- ne.
Quand j etais chez mon pere (bis)
Petite et jeune etions, (ou : Petite Jeanneton,)
Doudaine, don,
Petite et jeune etions,
Dondaiue.
CHANSONS POPULAIRES
M envoi -t-a la fontaiae (bis)
Pour pecher du poisson,
Dondaine, don, etc.
La fontaine est profonde, (bis)
J me suis coulee au foud,
Dondaine, don, etc.
Par ici-t-il y passe (bis)
Trois cavaliers barons,
Dondaine, don, etc.
Qae deuneriez-vous, belle, (bis)
Qai vous tir rait da fond f
Dondaine, don, etc.
Tirez, tirez, dit-elle, (bis)
Apres c.a, nous verrons
Dondaine, don, etc.
Quand la bell fut tire"e, (bis)
S en fut a la maisou,
Dondainej don, etc.
S assit sur la fentre, (bis)
Compose une chanson,
Dondaine, don, etc.
Ce n est pas ca, la belle, (bis)
Que nous vous demaudons,
Dondaine, don, etc.
C est votre coaur en gage, (bis)
Savoir si nous 1 aurons,
Dondaine, don, etc.
DU CANADA 73
Mon petit cceur en -gage, (b is)
N est pas pour an baron,
Dondaine, don, etc.
Ma mere me le garde (bis)
Pour mon joli miguon,
Dondaine, don,
Pour nion joli mignon,
Dondaine.
74
CHANSONS POPULAIRES
LA B1BOURNOISE
Get etrange refrain nous vient de nos ancetres de la
vieille France. Notre variante differe assez pea de celle
qui se chante encore aujourd hui dans le Dauphine, mais
les airs ne se ressemblent pas. La Bibournoise etait, il y a
vingt ans, une des chansons favorites des eleves du petit-
seminaire de Quebec. J ai souvent entendu dire que deux
Anglais ne peuvent deboucher de concert une bouteille
de champagne sans chanter God save the Queen /.... je
crois qu il etait egalement autrefois impossible a deux
eleves du petit -seminaire de Quebec de se rencontrer en
vacances sans chanter la Bibournoise !
Quaud j 6-tais chez mon pe- re, Pe- ti- te Jeanne-
ton, la glin, glau, glon, M eu- voi -l-a la fon- tai-ne Pour
8 I ft . - -nV . . j> fr . 1 ,>.
em- plir mon cru- chon, La Bi- bour- noi- se, Sont-c des
?^^^^|illi^^^^^l|5|i|j=^
pois, des pois, des feVs, des fev s et d l o- guon? N ya-t-i
DU CANADA
75
pas de la glin glan glon? Bon, bon, bon, bon, bon,
bon, Da- ril- Ion, da- ril- Ion, da- ril- Ion, Oh !
la gar- ga- ran- $on bi- bour-noi- se, bon, bon,
.S \ _\ > S i^
faisons le saut de la gar-ga-ran<jon bibour- noi- se.
(Pour les autres paroles, voir Quandfetais chez mon p&rc)
76 CHANSONS POPULAIRES
VIVE NAPOLEON!
u Comment, dit M. LaRue, passer sous silence cette
chanson si belle, ayec son air plein d entrain, et que sait
par cceur tout Ganadien qui, une fois dans sa vie seule-
ment, a pris une rame ou an aviron.
" Le refrain de cette chanson indiquerait une origine
moderne ; mais il a ete change. Autrefois on chantait
" Vive le roi, vive le roil " (Le Payer Canadien, p. 355
annee 1863.)
On chante cette chanson dans 1 Aunis, en France, avec
le refrain Vive Napoleon! que nous connaissons si bien
ici, et sur un air presque semblable au notre. Au lieu de
Vive le roi! on y dit: Vive la loi! En Angouinois et en
Poitou, on chantait, sous le premier empire : A has les
royalistes, vive Napoleon !
Nos habitants disent toujours : " Vive le roi de la reine !"
et evitent ainsi Phlatus que commettent les citadins en
disant : " le rot et la reine."
^g 2T_:-L-:=3 : l^l^ 1 ~^ I-* ^ ~S^=|~ g_ g_q
Quand j e-tais chez rnon p6- re, Gai, vi- ve le
J i 1 ^ I ,, I 1 s x. ** *
roi I Quaud j e-tais chez mon pe- re, Gai, vi- ve le
DU CANADA
77
roil...
-fr-M-
Pe- ti- te Jean- ne- ton, vi- ve le
roi de la rei- ne. Pe- ti- te Jeanne- ton,
Vi- ve Na- po- le- on I
(Pour lea autres paroles, voir Quandj &ais chez monptre)
78 CHANSONS POPULAIRES
SI TU TE METS ANGUILLE -- UN CANADIEN ERRANT
Gette douce cantilene est connue de tout le monde, eu
Canada. Les couplets : Si tu te mets anguille, etc., ne sont
que des fragments assez altered de la chanson : J ai fait
une maitresse, que Ton verra plus loin. Le dernier vers :
Je me donn rai k toi puisque tu m aimes tant !
devrait etre se pare des vers qui precedent par plusieurs
couplets. C est simplement parce que ces couplets ont et^
oublie"s que cette chanson, si poe"tique d ailleurs, se ter-
mine si sottement. II ne fut jamais venu & 1 esprit de nos
braves habitants, qui n ont jamais mis le pied au theatre,
de fabriquer ce denouement d la Favorite.
Mais cette ancienne poesie est presqu entierement ou-
bliee aujourd hui: Elle a cede la place a quelques strophes
composees, en 1842, par un etudiantdu college de Nicolet,
qui devait, plus tard, devenir un de nos litterateurs les plus
dislingues. Le Canadien errant de M. A. Gerin-Lajoie, com
pose precisement au debut des dures annees d exil des
revokes de 1837 et 1838, alors que tant d honnetes families
pleuraient 1 absence de pauvres " Canadiens, bannis de
leurs foyers," devint, en quelques mois seulement, ex-
tremement populaire.
DD CANADA 79
Les melodies du peuple possedent eette qualite si rare
d unir a beaucoup de simplicite une expression veritable.
D ordinaire un compositeur n est simple qu a la condition
d etre vide et plat. Aussi est-il plus difficile qu on ne le
croit generalement de composer une melodie d une veri
table beaute et qui puisse se vulgariser parmi le peuple,
Chateaubriand avail si bien compris cela que, comma
1 auteur du Canadien errant, il avail voulu choisir parmi
des chansons populaires (celles de 1 Auvergne, si je ne me
trompe,) les airs de ses chants du Dernier Abence rage
Les couplets de M. Lajoie, gr&ce a leur merite et a leur
actualit6, mais grace aussi a la vieille melodie sur laquelle
ilsse chantent, sont connu.s aujourd hui partout ou il y a
des Canadiens-frangais. Que 1 auteur penetredans la foret,
qu il y rencontre quelques-uns de ces defricheurs dont il a
si bien su peindre 1 existence et les rudes mais nobles tra-
vaux ; qu il parcoure lesvilles du Haut-Ganada et meme
certaines villes americaines voisines de nos fronlieres, il les
entendra chanter partout. II n est pas jusqu aux echos
des Montagnes-Rocheuses et des rives du lac Ouinipeg qui
n aient repete cette touchante poesie. Mgr Faraud, vi*
caire-apostolique d Attabaska et du terriloire de la riviere
McKenzie, m a dit avoir entendu chanter Un Canadien
errant dans les plus lointaines missions du Nord-Ouest.
CHANSOXS POPULAIRE3
Par denier* chez ma taute II lui ya- t-nn e"-
tjf=g=i= F^^^v^^*^|===:^s^|^:-=- |^^=r=i ! ^rrq^q r:=rrzq
tang, Par derrier chez ma tante II lui ya- t-un 6-
w^ *^
tang. . Je me met- trai an- guille, Anguil-le dans 1 e-
tang, Je me met- trai an- guille, Anguil-le dana 1 6-
tang.
Par derrier chez ma taute \ .
II lui ya-t-un etaug \
Jeme mettrai anguille, \ ,-,. ^
Augnille dans 1 etaug. \ ^ >
Si tu temets anguille,
Anguille dans 1 etang,
Je me mettrai pecheur : > ,, . .
Je t aurai en pechant. )
Si tu te mets p&chetir ? ,, . v
Pour m avoir en pe chant, $ ^
Je me mettrai allouette, ? /. .
Allouette dans les champs. $
Si tu te mets allouette, > ., . .
Allouette dans les champs, $ ^
Je me mettrai chasseur :
Je t aurai en chassant.
Si tu te mets chasseur ? ^. .
Pour m avoir en chassant, $
Je me mettrai nounette ? ...
Nonuett dans un couvent. \ ^
DU CANADA 81
Si tu te mets nonoette ) ,,. .
Nonoett dans un couvent. $
Je me mettrai precbeur : ,,.
Je t aurai eu prechant.
Si tu te mets prScheur ? ,.. .
Pour m avoir en prdchaut, ^
Je me donu rai a toi \ .,.
Puisque tu m aimes taut ! \^
Un canadien errant, \ .-, .
Banni de ses foyers, ^
Parconrait en pleurant ? //. \
Des pays Strangers. ) *
Un jour, triste et pensif, ) ,, .
Assis au bord des flots, \ ^
An courant fugitif ? ,, .
II adressa ces mots : ^
" Si tu vois mon pays, . ...
MOD pays malbeureux, :
Va, dis a nies amis
Que je me souvieus d eux.
" jours si pleins d appas, ) ,,. .
Vous etes disparus, $^
Et ma patrie, belas !
Je ue la verrai plus !
" NOD, mais en expirant, ) ., .
n mnr> r.lii.T- Poi.orlo I ( (OlS)
mon cber Canada!
" Mon regard languisaot > , .
Vers toi se portera " ) ( ls}
82
CHANSONS POPULAIRES
UNE PERDRIOLE
Le lecteur n a pas besoin d etre avert! que ceci est une
chanson pour endormir les enfants. Apres le dixieme
couplet rien n empeche d en iraproviser d autres et de se
rendre ainsi jusqu au trente-unieme jour de mai. Si apres
cela 1 enfant ne dort pas, il est inutile de songer aux
prises de laudanum ou aux gouttes de Tresor des nourrices,
rien n y fera.
On chante aussi cette chanson en France, ( Voir les Chants
et chansons populaires du Cambresis, recueillis et annotes
par MM. A. Durieux et A. Bruyelle, page 125)
Premier couplet.
Jg~=l j* 11 ! 3 ^- =i=^==f!=rr a_p g =r
l =B~9^~i l * 1 * * I - E? Iz: ES^J-E
Le pre-mier jour de mai que barrai-je
ma
ZX: :^^\ ..* I 1 3 ==3 ^^l P \-m -
j i* ff-~ "^ I ^ * I _ *~~~\ *
mie ? Le premier jour de mai que barrai-je a ma
mie?
U- ne per- dri- o-
le, Qui vient, qui
va, qui vo- le, U- ne perdri- o- le, Qui
vo- le dans ces bois.
DD CANADA 83
Le pre-inier jour de mai, Qne donn rai-je
& ma mie- - e.
Deuxi&me couplet.
On repete la premiere partie (lettre A), mais on dit :
a Le second jour de mai que barrai-je a ma mie ?" et on
ajoute :
-A-tt H - -I- 1
t I 1 _J,
Deux tour-te- rel- les,
puis on reprend : " Une perdriole, etc.," au signe /..
Troisi&nie couplet.
Reprise de la premiere partie (lettre A) avec les paroles :
44 Le troisieme jour de mai que barrai-je a ma mie ?" apres
quoi on chante :
Trois rats des bois.
Puis on recapitule les deuxieme et premier couplets :
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
On continue ainsi en disant successivement : le quo-
trieme, le cinquieme, le sixieme, le septieme jour de mai,
etc., et apres chaque couplet nouveau on recapitule tous
les couplets qui precedent, depuis le dernier chante jus-
qu au premier.
84 CHANSONS POPULAIRES
Quatri&me couplet.
Quatr ca- nards vo- laut en l ai-re,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
Cinqui&me couplet.
Cinq la- pins grat- tant la ter-re.
Quatr canards volant en 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
Sixierne couplet.
Six chieuscou- rant.
Cinq lapins grattaut la terre,
Quatr canards volant en I aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
Sepfflme couplet.
Sept vacb s d lait.
DU CANADA 85
Six chiens couraut,
Cinq lapins gruttant la terre,
Quatr canards volant eu 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
Huiti&me couplet.
Huit mou- tons a- vec leur lai- ne
Sept vacli s a lait,
Six chiens couraut,
Cinq lapins grattant la terre,
Quatr canards volant en 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterellea,
Une perdriole, etc.
Neuvieme couplet.
Neuf che- vaux a- vec leurs sel- lea,
Huit moutons avec leur laine,
Sept vach s a lait,
Six chiens courant,
Cinq lapins grattant la terre,
Quatr 1 canards volant en 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole, etc.
86 CHANSONS POPULAIRES
Dixitme couplet.
veaux biea gras
Neuf chevaux avec leurs selles,
Huit moutons avec leur laine,
Sept vach s a lait,
Six chiens courant,
Cinq lapins grattantla terre,
Quati 1 canards volant eu 1 aire,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Une pedriole
Qui vient, qui va, qui vole,
Une pedriole
Qui vole dans ces boia.
DU CANADA
87
J AI GUEILLI LA BELLE ROSE
Se chante en France (toujours avec variantes) dans 1 An-
goumois, le Cambresis et 1 Artois.
M. Chamfleury cite le refrain suivant comrae se chan-
tant dans le Nivernais :
Tea rubans barivolauts,
Belle rose,
Tea rubaua barivolanta,
Belle rose au rosier blanc.
Ce refrain ressemble trop a celui de notre chanson : J ai
cueilli la belle rose pour qu ils n aient pas tous deux une
origine commune.
J ai eueil- li la bel- le ro- - se,
J ai eueil- li la bel- le ro- - se Qui pen-
se,
dait au ro-sier blanc, La bel-le ro
Qui pen- dait au ro-sier blaue, La bel- le ros du
ro- sier blanc.
88 CHANSONS POPULAIRES
J ai cueilii la belle rose (bis)
Qui pendait au rosier blanc,
La belle rose,
Qui pendait au rosier blanc,
La belle ros du rosier blanc.
Je 1 ai cueilii feuille a feuille, (bis)
Mis dans nion tablier blanc,
La belle rose,
Mis dans mon tablier blanc,
La belle ros du rosier blauc.
Je 1 ai porte chez mou pere, (bis)
Entre Paris et Rouen,
La belle rose,
Entre Paris et Rouen,
La belle ros du rosier blanc.
Je n ai pas trouve personne. ... (bis)
Que le rossignol chantant,
La belle rose,
Que le rossignol chantaut,
La belle ros du rosier blanc.
Qui me dit dans son langage : (bis)
-Mari -toi, car il est temps,
La belle rose,
Mari -toi, car il est temps,
La belle ros du rosier blanc.
Comment veux-tu que j m y marie t (bit)
Mon pere en est pas content,
La belle rose,
Mon pere en est pas content,
La belle ros du rosier blanc.
DU CANADA 8f
>
Ni mou pfere, ni ma mere, (bis)
Ni aucuu de mes parents,
La belle rose,
Ni aucuti de mes parents,
La belle ros da rosier blanc.
Je m en irai en service, (bis)
En service pour un ari,
La belle rose, .
Eu service pour uu an,
La belle ros du rosier blanc.
Combien gagnez-vous, la belle, (bis)
Conibien gagnez-vous par an ?
La belle rose,
Combien gagnez-vous par an ?
La belle ros du rosier blanc.
Je gagne bien cinq cents livres, (bis)
Cinq cents livr s en argent blaiic,
La belle rose,
Cinq cents livr s en argent blanc,
La belle ros du rosier blanc.
Venez avec nous, la belle, (bis)
Nous vous en donn rons six cents,
La belle rose,
Nous vous en donu rons six cents,
La belle ros du rosier blanc.
90 CHANSONS POPULAIRES
AH ! QUI ME PASSERA LE BOIS?.
J 6tais en partie de pche au lac Saint-Pierre lorsque
j entendis pour la premiere fois cette remarquable melo-
die que chantait un homme de la campagne en battant la
mesure avec son aviron. Je fus tellement frappe de
l etranget de ce chant que j insistai pour qu il me le
repeat plusieurs fois. Le pauvre homme ne pouvait
s imaginer ce que je pouvais trouver de si beau dans sa
chanson, et ce ne fut pas sans un peu de defiance qu il
consentit a me la redire. Je crois 1 avoir notee exacte-
ment comme il me la chantait. II me semble, cependant,
qu il ne faisait pas la note fa tout a fait nalurelle dans la
premiere phrase : Ah! qui mepassera le boisf , mais il
ne faisait certainement pas le fa diese non plus. Je lui
chantai moi-meme la melodie, lentement, avec le/a diese:
il hocha l.a tete en faisant signe que non; je la repetai
alors avec le fa naturel, et, cette fois, il parut content.
La phraseologie tout inusitee de cette melodie indique
clairement qu elle doit etre fort ancienne. Inutile de dire
qu il ne faut pas songer a lui aj outer un accompagne-
ment. Elle appartient a une tonalite dans laquelle pas
un des maitres de Part moderne n a ecrit, et qui, & parler
franchement, nous est a peu pres inconnue ; or, on sail
DU CANADA 91
^
que 1 harmonie, telle que nous 1 entendons aujourd hui,
est incompatible avec tout ce qui n est pas tonalite euro-
peenne moderns ; que ce n est qu en assimilant les modes
antiques a nos modes majeur et mineur, c est-a-dire en
faisant disparaitre des premiers ce qu ils ont de caracte-
ristique que 1 usage de notre harmonie dissonante devient
possible. D ailleurs, est-il bien sur qu un grand nombre
de nos melodies populaires ne soient pas incompatible?
avec toute harmonie, meme purementconsonnante? Pour
ma part, je le crois, bien que je sache que beaucoup de
musiciens pensent le contraire. G est le propre des
musiciens de ces derniers siecles, comme Pa si bien fail
remarquer M. Fetis, de ne pouvoir s imaginer une musi-
que quelconque sans harmonie. G est qu en effet, la
tonalite qui nous est familiere, avec ses modes a note
sensible exclusifs, etant essentiellement harmonique, on a
peine & comprendre qu il puisse en etre autrement d une
autre tonalite. Si 1 histoire n etait pas la pour nous le
dire, on ne voudrait pas croire qu il fut un temps ou 1 on
faisait de belle, d admirable musique sans le secours de
1 harmonie; que les premieres notions de cette science
etaient inconnues en Italie jusqu a ce qu elles y fussent
apportees par les peuplades barbares du nord de 1 Europe
qui envahirent tant de fois la peninsule dans les premiers
siecles de Pere chretienne.
Pour ce qui est de la melodie qui nous occupe, en par-
ticulier, on peut sans doute lui ajuster un accompagne-
ment quelconque, mais non sans lui faire perdre de
1 allure, du caractere qui lui est propre ; allure et carac-
tere que les virtuosos campagnards savent si bien lu>
donner.
92
CHANSONS POPULAIRES
J ignore si la melodie de Ah! qui me passera It bois? est
conn ue en France; je sais seulement qu on y chante
encore quelques fragments des paroles que Ton va voir
ci-apres.
Ah ! qui me pas-se- ra ie bois, Moi qui suis si pe-
ti- te ? Ce se- ra monsieur que voi-la : N 7 a- t-il pas bonne
mi- ne? la! Somm s-nous au mi- lieu du bois?
2~i i S f
r- -"i- I I 1 4* t?
- ____ ^ -- ^~l.~!~|~~r~ Is ZS~~~ ^z:
Somin s-uous a la ri
Ah ! qui me passera le bois,
Moi qui suis si petite ?
Ce sera monsieur que voila :
N a-t-il pas bonne mine ? la !
Somrn s-uous au milieu du bois ?
Somm s-nous a ia rive?
Ce sera monsieur que voila:
N a-t-il pas bonne mine?
Quand nous film s an milieu du bois,
II se mit a courire, la !
* Somm s-uous au milieu, etc.
DU CANADA 9S
Quand nous fum s au milieu du bois,
II se mit a courire.
Oh ! qu a -vous done, mou bon monsieur,
Qu a -vous a tant courire, la I
Somm s nous au milieu, etc.
Oh! qn a -vous done, mou bon monsieur,
Qu a -vous a tant courire ?
J eutends venir des loups, la-bas,
Qui nous suiv a la rive, la !
Somm s-nous au milieu, etc.
J entends venir des loups, la-bas,
Qui nons suiv a la rive.
Quand ils eur nt traverse le bois
La bell se mit a lire, la !
Somm s-noas au milieu, etc.
Quaud ils eur nt traverse le bois
La bell se mit a rire.
-Bell qu avez-vous, bell qu avez-vous,
Qu avez-vous a tant rire? la!
Somm s-nous au milieu, etc.
Bell qu avez-vous, bell qu avez-v.ous,
Qu avez-vous a tant rire ?
Je ris de toi, je ris de moi,
De ta poltronnerie, la !
Somm s-nous au milieu, etc.
Je ris de toi, je ris de moi,
De ta poltronnerie ;
D avoir pris les perdrix da bois
Pour des loups en furie, la!
Somm s-nous au milieu du bois ?
Somm s-nous a la rive?
94 CHANSONS POPULAIRES
SUR LE PONT D 1 AVIGNON
Le celebre pont de 1 ancienne capitale du Gomtat d Avi-
gnon a ete construit vers le onzieme siecle.
M. 1 abbe J. Lebourdais m a dit avoir chante la chanson
qui va suivre en traversal! t ce pont famenx, an grand
etonnement de ses compagnons de voyage, qui ne pou-
vaient comprendre comment line pareille meillerie avail
pu se conserver en Canada.
On chante dans le district des Trois-Rivieres :
-tr-
Sur le pont d A-vi- gnon, Sur le pont d A-vi-
gnon Trois da-mes, ete.
Mais la version donnee ci-apres est pent etre plus
repandue.
Les paroles qne Ton va lire ont ete recueillies a la
Riviere-du-Loup, comte de Maskinonge. Je donne les
derniers couplets pour ce qu ils valent.
DU e-stfADA 95
Sar le pont d A- vi- gnon, Sur
-^=n-
le pont d A- vi- gnon Trois da- mes s y pro-
nent, ma don- dai- ne, Trois da- mes s y pro-
- nent, ma doa- d^.
Sar le pont d Avignon, (bis)
Trois dames s y promenent,
Ma dondaine,
Trois dames s y prorneneafc,
Ma doude.
Tout s trois s y promenant (bis)
Laisseut tomber leurs peignes,
MJI dondaine, etc.
Trois Allemands passant (bis)
Ont ramasse les peignes,
Ma dondaiue, etc.
Allemands, Allemands, (bis)
Ah ! rendez-moi mon peigne.
Ma dondaine, etc.
Ton peign tu n auras pas (bis)
Qu tu n ai paye uies peines,
Ma doD<1aiue, etc.
96 CHANSONS POPULAIRES
Quel pa-ye-ment veux-tu? (bis)
Un cheveu de toi, belle,
Ma dondaine, etc.
Prends-un, prends en deux, (bit)
Preuds-en trois a ton aise,
Ma dondaine, etc.
Mais ne t en vante pas: (bis)
Tout garc.on qui se vante,
Ma dondaine, etc.
On lea estime pas, (bis )
Car ils out femrae en France,
Ma dondaine, etc.
Et des petite enfants (bis)
Qui vont battre a la grange,
Ma dondaine,
Qui vont battre a la grange,
Ma donde.
DU CANADA
97
HIER SUR LE PONT D AVIGNON
Cette charmante melodic, avec son rhythme partie
binaire partie ternaire, mais toujours gracieux, est moins
counue que la melodic qui precede. La poesie non moins
charmante qui 1 accompagne se chante encore aujour-
d hui, du moins en partie, dans le canton de Vaud, en
Suisse.
^ A
*-4j r-\ - ^ A- . - 1 - m ~. -1*^3 - T . |~. , - . --- -- 1
rg^jrzzrfczg g=fcj=g^r=* ^=31=* g_ g - \
Hi- er, sur le pont d Aviguon, Hi- er, sur le pout
_- j J -3 -H |j - g j - ^ [ -- I - -H - J - 1~~* W - * - 1~* - * - I
d A- vi- gnon, J ai oui" cban- ter la bel- le, Ion la, J ai
l ~~^~~
ou i chau- ter la bel- - le.
VARIANTE : ^*-=^-l . =*=- * I -H
*J T, <
J ai oui cban-ter la bel- le, Ion la, J ai
chau-ter la bel- le.
Hier, sur le pont d Avignon (bis\
J ai oui chanter la belle,
Lou la,
J ai ou i chnnter la belle.
98 CHANSONS POPULAIRES
Elle chantait d an ton si doux : (bis)
Comme une demoiselle,
Lou la, etc.
Que le fils du roi 1 entendit (bis)
Du logis de son pere.
Lou la, etc.
H appela ses serviteurs,
Valets et chambrieres.
Lon la, etc.
9& <l ue l on bride mon cheval (bis)
Et lui mette sa selle.
Lon la, etc.
Monsieur, oft voulez-vous aller ? (bis)
Ce n est qu uiie bergere.
Lon la, etc.
Bergere on non je veux la voir,(6w)
Ou que mon cheval creve,
Lou la,
Ou que mon cheval creve.
DU CANADA 99
SUR LE PONT D AVIGNON TOUT LE MONDE Y PASSE
Voici une troisieme chanson ou figure le pont d Avi
gnon. J ignore si tout le departement de Vaucluse pour-
rait en fournir autant. G est possible cependant, car les
habitants de cette partie de la France sont de grands
chanteurs. Leur goftt musical tout a fait remarquable
est dti. en partie, sans doute, a Penseignement de 1 ecole de
musique creee par les papes d Avignon. Le passage de la
cour romaine se fait sentir encore aujourd hui dans tout
ce pays qui avoisine le mont Ventoux et le Luberon, et
que traversent le Rhone et la Durance.
Gette ronde m a ete chantee par M. LaRue.
Sur le pont d A-vi-guon, tout le monde y pas-se,
FIN.
Lfc
Sur le pont d A-vi-guon, tout le monde y pas- se.
Lea messieurs font couim ci, Les da- mes font cumin
$a. D. C.
Sur le pout d Avignon ) ,, .
Tout le monde y passe. \^
Les messieurs font coiuui ei, (on die son chapeau)
Les dames tout comm 9a. (on fait la rv4rence)
Rt 1
100 CHANSONS POPUIAIRES
DANS LES GHANTIERS NOUS HIVERNERONS
M. J. G. Tache, dans sa belle 6 tude de moeurs cana-
diennes intitulee : Forestiers et Voyageurs, n a pas oublie
de Mre une mention speciale de cette chanson par ex
cellence de tout forestier canadien. Je cite :
A Fheure convenue du lenderaain, nous
virnes arriver nos jeunes compagnons de route. Us ve-
naient, piquant au plus court, a travers la neige des
champs, monies sur leurs raquettes. Us chantaient, sur
un air aussi degage que leiir allure de voltige, le gai
refrain des bucherons canadiens :
Voici 1 hiver arrive,
Les rivieres sout gele"es,
C est le temps d aller au bois
Manger du lard et des pois!
Dans les chantiers nous hivenierons !
Dans les chau tiers uous liiverncrous !
Je serais bien empe che, ami lecteur, de vous donner
les autres couplets de cette chanson, attendu que, sauf ce
prelude oblige, tout le reste s improvise pour
repondre aux besoins des circonstances.
u II est cependant une stance qu on chante presque tou-
jours pour clSture de la saison des chantiers; mais
DU CANADA 101
celle-ci sur un ton quelque peu ennuye, avec une appa
rence affect6e de fatigue ; la voici :
Q 11 and a vient sur le printempa,
Chacun craint le mauvais temps;
On est fatigue <lu pain,
Pour du lard on n en a poiut.
Dans les chan tiers, ah! n hivernerons plus!
Dans les chan tiers, ah ! n hivernerous plus!
u Le mot chantier, continue M. Tache, a diverges accep-
tions : c est ainsi qu il signifie quelquefois 1 ensemble
d un etablissement, ou 1 industrie ou 1 exploitation des
bois elle-raerae ; quelquefois le logement des ouviiers.
G est de cette derniere acception que les anglais font
usage dans le mot shanty (corruption de chantier) par
lequel ils designent une hutte de colon." (Soirees Cana-
diennes, deuxieme an nee, p. 24.)
Les couplets qui suivent m ont ete chantes par M. Louis
Blondin, de la Baie-du Febvre.
Voi- ci 1 lii- ver ar- ri- - ve, Les ri- vie-res
*3=js flr^^*-[=g=rg- =g g^a^rga ^3
;rrj E: H -I -- --- I *- -i 1~ --1
sont ge- 16es. C est le temps d al- ler aux bois
Man- ger du lard et Aes pois ! Dans les chan-
102 CHANSONS POPULAIRES
tiers nous hi- ver- ne- ronslDans les chan- tiers nous hi-
ver- ne- rous !
Voici 1 hiver arrive,
Lea rivieres sout gelees ;
C est le temps d aller au bois
Mauger du lard et des pois.
Dans les chantiers nous hivernerons !
Dans lea ch.au tiers uous hivernerons !
Pauv voyageur que t as d la mis6re 1
Souveut tu couches par terre ;
A la pluie, au mauvais tenips,
A la rigueur de tous les temps I
Dans les chantiers, etc.
Quand tu arriv a Quebec,
Souvent tu fais un gros bee.
Tu vas trouver ton bourgeois
Qu est la assis a son comptoi .
Dans les chantiers, etc.
Je voudrais etre paye
Pour le tenips que-j ai donne.
Quand 1 bourgeois est en banqu route,
II te renvoi manger des croutos.
Dans les chantiers, etc.
Quand tu retourn chez ton pere,
Aussi pour revoir ta mere :
Le bonhomme est a la porte,
La bonn femme fait la gargotte.
Dans les chantiers, etc.
DU CANADA 103
Ah ! boujour done, mou cher enfant I
Nous apport -tu beu d l argeut ?
Que 1 diable emport les chautiersl
Jamaia d ma vie j y r fcournerai !
Dans les cbantiers, ab ! u biveruonsplus!
Dans les cbaii tiers, ah! n hivernous plus !
Ges couplets sont parfaits comme peinture de mceurs.
En void un autre qui a Men son merite. II y est ques
tion d un bourgeois qui paie son monde en marchandises,
comme cela d ailleurs se fait tres-souvent. L expression
" on se trouve clair " veut dire ici qu il ne reste plus rien
au credit du travailleur :
Monsieur Dufroi c est uu bon bourgeois,
Mais il u nous donn pas grand monnaie.
On travail ben tout 1 hiver ;
Au prin temps on se trouv clair !
Dans les chantiers, etc.
Enfin voici trois autres couplets dont la forme differe
un peu d avec celle des couplets precedents. La melodic,
n6cessairement, s en trouve legerement affectee.
A By- town c est un jo- li place Ou il
i ra- mass ben d la crasse ; OCi ya des jo- lies
104
CHANSONS POPULAIRES
fil- - les Et aus- si des jo- b s gar- c.ons. Dans
les cban- tiers nous hi- ver- ne- rous !
A Bytown c est un joli place
Oil il s ramass ben d la crasse;
Ou ya des Roll s filles
Et aussi de jolis gallons.
Daus lea cliautiers nous bivernerons \
Nous avons saut6 le Long-Sault,
Nous 1 avons saute tout d un morceau \
Ah \ que 1 hiver est longue \
Dans les chan tiers nous hivernerous!
Dans les cliautiers nous hiveruerous !
Via 1 automne qu est arrive.
Tous les voyageurs vont monter.
Nous n irons plus voir uos blondes,
Dans les cban tiers nous hiveruerons !
Daus les cliautiers nous hivernerons !
DU CANADA 105
PETIT JEAN
On ne saurait chanter ses malheurs plus gaiment que
le pauvre "petit Jean" de ces couplets. L anomalie
qu offre cette musique si allegre ajus tee a des couplets si
larmoyants, n a pas echappe anos chanteurs campagnards,
qui ajoutent encore au contraste en donnant a leurs vbix
certaines inflexions comiques qui se refusent a toute no
tation, et que j ai indiquees par des traits.
On remarquera que cette melodie, dont Failure est toute
franche, toute naturelle, meme pour des oreilles accoutu-
mees a la musique de Rossini, n appartient cependant ni
au mode majeur ni au mode mineur. Je 1 ai traitee
comme appar tenant au premier mode de la tonolite an-
cienne, et voila pourquoi je n ai arme la clef que d un
seul bemol. Si simple qu elle soit, cette petite melodie
offre une preuve frappante de ce fait important sur lequel
j ai deja attire 1 attention du lecteur: qu il n est rien d ir-
rationnel dans 1 existence de modes autres que ceux dans
lesquels eorivent tous les compositeurs de nos jours.
5
Quand j e- tais chez mon p6- re, Lil, li li
. ? >
lil, li li lil, 1U, 111, li. Quand j 6- tais chez inon
106 CHANSONS POPULA.IRE3
fe
i-re, Garcon h ma-ri- er; Garcon
I
m- ri- er-er- er, Gar-gon ft ma- ri- er. ...
Quand j ^tais chez mon p6re,
Lil, li li lil, li li lil, lil, Hi, li,
Quand j 6tais chez tnon p6re,
Garden a marier ;
Gargon k marier-er-er,
a marier
Je n avais rien a faire,
Lil, li, li, etc.
Je n avais rien a faire
Qu aue femme a cheroher. (ter)
A present j en ai-t-une
Lil, li li, etc.
A present j en ai-t-une
Qui me fait enrager.
Ell m envoi -t-a 1 onvrage
Lil, li li, etc.
Ell m envoi -t-a I ouvrage
Sans boh ni sans manger, (for)
Quand je reviens d l ouvrage,
Lil, li, li, etc.
Quand je reviens d i ouvrage,
Tout mouill6, tout glacS (for)
DU CANADA. IOT
Je m asseois sur la porte,
Lil, li li, etc.
Je m asseois sur la porte
Comrne an pauvre Stranger, (ter)
Rentre, petit Jean, rentre,
Lil, li li, etc.
Rentre, petit Jean, rentre,
Rentre te rechauffer ! (ter)
Soupe, petit Jean, soupe,
Lil, li li, etc,
Soupe, petit Jean, soupe !
Pour moi j ai bien soupe". (ter)
J ai mange deux oies grasses,
Lil, li li, etc.
J ai mange deux oies grasses
Et trois pigeons larde"s. (ter)
Les os sont sous la table,
Lil, li li, etc.
Les os sont sous la table,
Si tu veux les ronger. (ter)
P tit Jean baisse la tete,
Lil, li li, etc.
P tit Jean baisse la tdte
Et se met a brailler. (ter)
Braille, petit Jean, braille !
Lil, li li HI, li li lil, HI, HI, H,
Braille, petit Jean, braille,
Et moi je vais chanter !
Et moi je vais chanter-er-er,
Et moi je vais chanter.
108 CHANSONS POPULAIRES
AU BOIS DU ROSSIGNOLET
Je n ai pas ete peu surpris d entendre chanter cette
chanson par madame S * * *, de Saint-Andr6 (comte de
Kamouraska). Je ne 1 avais jamais entendue auparavant
et ne la connaissais que pour 1 avoir vue dans un recueil
frangais. Les paroles sont les memes, a tres peu de chose
pres, que celles de la version frangaise, et bien que notre
air ait une allure plus campagnarde, il ressemble cepen-
dant beaucoup a 1 air note dans les Chansons populaires des
provinces de France, ouvrage public par MM. Ghampfleury
et Wekerlin.
Gette chanson est franocomtoise.
Les paysans franc-comtois, dit M. Ghampfleury, chan-
tent toujours a 1 unisson. " Us ne se doutent pas de 1 har-
monie et n ont pas le plus leger sentiment de la tierce ni
de la basse ; mais ou le paysan deploie de 1 art, c est dans
certains points d orgue qui ressemblent a la toilette des
farauds du village. Les femmes nasillent d une voix trai-
nante, avec des chevrotements qui servent de fioriture
" Mon ami Max Buchon, eleve a 1 ecole d Auerbach, le
romancier allemand, introduisit a son exemple des chan
sons populaires dans ses romans. Au bois rossignolet parut
(sans musique) dans une de ses scenes de la Franche-
Comte. Une dame de Neufch&tel, en lisant cette chanson,
se rappela 1 avoir entendue dans sa jeunesse. Et Neuf-
chatel est au revers du Jura La chanson avail grimpe et
descendu la chaine de montagnes "
DU CANADA
109
Si ces pages viennent a tomber sous les yeux de M.
Champfleury, il verra que la chanson franc-comtoise,
qu il salt deja avoir grimpe sar les montagnes, a su aussi
traverser les mers.
3*-*
M en al- lant pro-me- ner (re- le re- le) Le
long du grand che- inin (re-lin re-liu) Le long du grand ehe-
^ . <* >. . __ ^ ,> > -.
Je me suis en- dor- ini (re- li re- li) A
I om (re- loin re- lom)-bre sous (re- lou re- lou)-z-un
pin (re-lin re- lin) Au boisduros-si-gno- let (re-let re-let) Au
bois du ros- si-gno- let.
M en allant promener (rele re!6)
Le long du grand chemin (relin relin)
Le long da grand chemiu,
Je me suis endormi (reli reli)
Al oni-(relonirelom)-bre,sous(relourelou)-z-anpin(relin relin),
Au bois du rossigiiolet (relet relet)
Au bois du rossigiiolet.
110 CHANSONS POPULAIRES
Je me suis endormi (reli reli)
A 1 oiubre, sous un pin (relin reliu)
A 1 ombre, sous un pin.
Je me suis reveille" (re!6 re!6),
Le piu (relin reliu) 6taifc (relait relait) fleuri (reli reli).
Au bois du rossignolet (relet relet; )
Au bois du rossignolet.
Je me suis reVeil!6 (rele"
Le pin 6tait fleuri (reli reli)
Le pin 6tait fleuri.
Ah ! j ai pris mon couteau (.relo relo),
La bran-(rel;m relau)-che j ai (rele rele 1 ) couple (re!6 rele").
Au bois du rossignolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
Ah ! j ai pris mon couteau (relo relo),
La branche j ai couple Tele rele)
La branche j ai coupee ;
Je m en fls un flutiau (rele relo),
Un fla-(rela rela)-geolet (relet relet) aussi (reli reli).
Au bois du rossiguolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
Je m en fis uu flutiau (relo relo),
Uu flageolet aussi (reli reli)
Uu flageolet aussi ;
M en allant en chantant (relan relan) f
Le long (relon relou)du grand (relaii relan) chemin (relin relin)
Au bois du rossiguolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
M eu allaut en chantaut (relan relan)
Le long du grand chemin (relin relin)
Le long da grand chemin.
Ah I savez-vous, messieurs, (releu releu)
Ce que (ele rele) uia flu-(relu relu)-te a dit (reli reli)?
Au bois du rossiguolet (relet relet)
Au bois da rossiguolet.
JU CANADA n
Ah! savez-vous, messieurs, (releu releu)
Ce que m a flute a dit (reli reli)
Ce que ma flute a dit ?
" Ah! qu il est doux d aimer (re!6 rele")
La ft-(reli reli)-ll de son (relon reloa) voisin (relia relin) i
An bois da rossignolet (relet relet)
Au bois du rossignolet.
" Ah ! qu il est doux d aimer (re!4 re!6)
La fill de son voisin (relin relin)
La fill de son voisiu !
Quand on 1 a vu le soi-(rela rela)-r
On la (rela rela) voit le (rele rele) matin (relin
An bois du rossignolet (relet relet)
Au boia du rossignolet.
112 CHANSONS POPULAJRES
FENDEZ LE BOIS, GHAUFFEZ LE FOUR
Beaumarchais a dit quelque part : " Ce qui ne vaut pas
la peine d etre dit on le chante." Assurement les couplets
qui snivent justifient parfaitement cet axiome ; cependant,
la petite melodic qui les accompagne est si delicate, si
belle, qu elle leur prete une certaine poesie. Je me sou-
viens que lorsque, tout enfant, j entendais chanter ces
deux vers, par une pure et douce voix de femme :
Tous mes parents venaient m y voir j
Celui que j aime ne vient pas
j eprouvais un sentiment de melancolie d un charme inde-
finissable. Tant il est vrai que le vers le plus ordinaire
peut faire jaillir les larmes lorsqu il est ennobli par une
melodie distinguee ou meme par les simples accents d une
triste et naive cantilene populaire.
Des variantes de cette chanson se chantent dans le Cam-
bresis, la Saintonge, 1 Aunis et 1 Angoumois. Les airs ne
ressemblent pas aux notres.
Der- rier* chez nous ya champ de pois,
Derrier chez nous ya champ de pois : J en oueil-lis deux, j en
DU CANADA 113
man-geai trois. Fcn-dez lo bois, clianf-fez le four,
*
:i^zz:-B Reprise de la derntere
\* - =3 -- g --$ parti* d volontt.
Dormez la belle, il u est point jour.
Derrier chez nous, yn champ de pois : (bis)
J en cueillis deux, j en maugeai trois.
Feudez le bois, cliauffez le four,
Dormez la belle, il u est point jour.
J en cueillis deux, j en maugeai trois ; (bis)
J en fus malade, an lit, tvois inois.
Feiulez le bois, etc.
J en fus malade, au lit, trois mois j (bis)
Tous nies parents veruiient m y voir.
Fendez le bois, etc.
Tous mt-s parents venaient m y voir; (bi$)
Celui que j aiine ne vient pas.
Fe\ulez le bois, etc.
Celui que j aime ne vient pas. ...<6tt)
Je 1 aperc.ois venir la-bas.
Pendez le bois, chauffez le four,
Dormez la belle, il u est point jour.
114
CHANSONS POPULAIRES
MON PERE AVAIT UN BEAU CHAMP DE POIS
(Air recueilli par M. FabM C. H. Laverdiire)
Voici encore un type de melodic populaire. Je ne la
connaissais pas avant qu elle me fut passee par M. Laver-
diere, mais en jetant les yeux sur cette musique je me suis
aussitot rappele les chants monotones et melancoliques,
raeme dans leur gaite, d une bonne vieille femme, que je
voyais SOL: vent dans mon enfance, et qui, du matin ay
soir, faisait tourner son roLiet en fredonnant a demi-voix
les chansons du temps passe.
Cette melodie a ete recueillie dans la cote de Beaupre.
Mon per a- vait un beau cliainp de pois,
Doux, ve-nez vous proinm ner a-vec moi. J encueilla deux, j en
man- gis . trois. D ou ve- nez- vous, bel- le ?
-> *-
Doux,ve-nez-vous promua ner $ D ou ve-nez-vous, bel- le? ,
Doux, ve-nez vous promm ner a- vec moi.
DU CANADA 111
Mou pere avait un beau champ de pois.
Doux, venez vous promro iier avec moi.
J en cueilla deux, j eu mangis trois.
D ou venez-vous, belle ?
Doux, venez vous promm nerj
D ou venez-vous, belle?
Doux, venez vous promm uer avec raoi.
(Pour lea autres paroles, voir Fendez le bois, chaitffc* lefour)
116 CHANSONS POPULAIRES
BAL CHEZ BOULE
M. Ph. Aubert de Gasp< m a dit que ces couplets sont
probablement originaires de Saint Frangois ou de Saint-
Pierre de la Riviere du-Sud. Voici, an reste, Panecdote a
1 occasion de laquelle ils furent composes, telle que
racontee par M. de Gaspe dans Les Anciens Canadiens :
Ceci me rappelle 1 aventure d un pauvre diable
d amoureux qui avail mend sa belle a un bal, sans gtre invites ; ils
fureut, quoique survenauts, rec.us avec politesse : mais le jeune
hointne eut la maladresse de faire tombcr en dansant la fille de la
maison, ce qui fut accueilli aux grands eclats de rire de toute la
societ^ j mais le pere de la jeune fille, un peu brutal de sou metier,
et indigne de 1 affront qu elle avait regue, ne fit ui un ni deux j il
prit mon Jose Blais par les Spaules et le jeta a la porte ; il fit
ensuite des excuses & la belle, et ne voulut pas la laisser partir."
L expression : soulier frangais, que le lecteur rencon
trera dans ces couplets, est encore generalement usitee a
la campagne pour designer une chaussure a forme euro-
peenne, et par opposition avec le nom de soulier sauvage
donne a une chaussure en cuir ordinaire affectant la
forme des souliers de caribou fabriques par les sauva.
gesses. Le mot "franyais" est ici synonymed u europ6en"j
c est assez dire que cette expression remonte aux temps
DU CANADA.
117
d6ja 61oign6s ou notre sen I commerce avec 1 Arigleterre
consistait dans 1 echange de coups de canon.
Di- manche, a- pres les ve"pr s,yau- ra bal
chez Bou- le, Mais il n i- ra per- soua quo
^ ~i p i 1 * - f * [ i .
ceux qui sav nt dan- ser, Vo- gue, ina- ri- nier
Vo- gue, Vo- gue beau ma- ri- nier.
Dimanche, apr^s les vepr s, yaura bal chez Boul6 j
Mais il n ira person n 1 que ceux quf sav nt danser.
Vogue marinier, vogue,
Vogue, beau marinier.
Mais il n ira personn que ceux qui sav nt danser.
Jose" Blais, comm les autr s, voulut itou yaller.
Vogue, etc.
Jose Blais, comm les autr s, voulut iton yaller.
NOD, lui dit sa waitress , t iraa quaud 1 train s ra ft.
Vogue, etc.
118 CHANSONS POPULAIRES
Non, lui dit sa mattress , t iras quand I train s ra fd.
II s en fub a I etabl ses animaux soigner.
Vogue, etc.
11 s eii tut a I etabl ses animaux seigner ;
Prit Barrett par la corne et Eougett par le pied.
Vogue, etc.
Prit Barrett par la corne et Rougett par le pied j
II saute a L ecuri pour les chevuux gratter.
Vogue, etc.
II saute a 1 ecuri pour les chevaux gratter ;
Se sauve a la maisou quaud iLs fur nt etrilles.
Vogue, etc.
Se sauve a la maisou quaud ils fur ut etrilles j
Mit sa bell veste rouge et sou capot bane.
Vogue, etc.
Mit sa bett veste rouge et son capot barre j
Mit sou beau ncuu noir et ses souliers trances.
Vogue, etc.
Mit son beau fichu uoir et ses souliers francos,
S eu va cnercher Lisett quand il fut ben greye.
Vogue, etc.
S en va chercher Lisett quaud ikfut ben grey6.
On le wit a la port pour apprendre a dauser.
Vogue, etc.
On le mit a la port pour apprendre a danser,
Mais on garda Lisett , qui s est ben cousolee.
Vogue mariuier, vogue,
Vogue beau inariuier.
DU CANADA lit
G EST DANS LA VILLE DE ROUEN
M. de Gasp6 a imite le rhythme et la forme de ces
couplets dans la ronde de lutins qu il fait chanter au
jovial Jos6, dans Les Aciens Canadiens :
" C est notre terre d Orleans (bis)
Qu est le pays des beaux enfants,
Toure-loure ,
Dausons a 1 entour,
Toure-loure j
Dansons a 1 eutour.
* Venez-y tous en survenants, (bis)
Sorciers, lezards, crapauds, serpents,
Toure-loure ;
Dausoiis a 1 eutour,
Toure-loure j
Dausoiis a 1 entour.
" Venez-y tous en survenants, (bis)
Impies, athees et mecreauts,
Toure-loure ;
Dausons a 1 entour,
Toure-loure ;
Dausons a 1 entour. "
C est dans la vil- le de Rou-en, C est dans la
-*
vil- le de Rouen, Ils out fait un pa- te si grand,L en-
120
CHANSONS POPULAIRES
lou-re, Dansons a Pen- tour, tour lour,
Pen-
tou- re.
C est dans la ville de Rouen, (bia)
Us ont fait uu pate" si grand,
L entour tourloure,
Dansons a 1 entour, tourlour,
Dansons a 1 entoure.
Us ont fjut mi pate si grand, (bit)
Qu ils out trouve uu homin dedans.
L entour tourloure,
Dansons a 1 entoure, etc.
Qu ils out trouve un homtn dedans.
Us out trouve eneor ben plus,
L entour tourloure,
Dansons a 1 eutour, etc.
Us ont trouve encor ben plus:
Us out trouve un chat poilu !
L entour tourloure,
Dausons a 1 entour, tourlour,
Daunous a 1 entoure.
(W)
DU CANADA
121
MARIANNE S EN VA-T-AU MOULIN
Gette chanson est tres connne en France ou on la chante
avec nombre de variantes, de meme qu en Canada. Dans
les versions franchises se trouve le mot : " Martin " auquel
nous avons substitue : " Gatin." On y trouve aussi la
location: " Elle monte sur son ane," au lieu de : "A
cheval sur son Ane." Le fait est que nos campagnards
ne savent pas parler per tin eminent des&nes, qu ils ne con-
naissent, pour la pi u part, que par tradition. On sait que
les anes n ont jamais pu se propager en Canada ; ce qui,
comme le disait naguere un grave professeur d histoire,
est assez~consolant, apres tout.
Ma- ri- ann s en va- t-au mou- lin, Ma-
ri- aun s en va- t-au mou- liu, C est pour y fair mou-
.~ 1 e.-\ -t p_ I 5~i _t^=^
dre son grain, C est pour y fair mou- dre sou grain,
A che-val sur sou a- - ne, Ma p tit uaaua-
122 CHANSONS POPULAIEES
zell Ma- nan- - ne, A che-val sur sou A- ne Ca-
tin, S en al- lant au mou- liu.
Mariana s en va-t-au raoulin, (bis)
C est pour y fair* moudre son grain ; (bis)
A cheval sur son ane,
Ma p tit niainaell Marianne,
A cheval sur sou ane Catin,
S en allant au moulin.
Le meunier, qui la voit venir, (bis)
S einpres>e aussitdfc de lui dire:
Attachez-donc votre aae,
Ma p tit mauizell Marianne,
Attachez-donc votre aue G itin,
Par derrier le moulin.
Pendant que le moulin marchait, (bis)
Le loup tout a 1 enfcour roduit. (bia)
Le loup a mange 1 aue,
Ma p tit maiuzell Marianne,
Le loup a mange 1 aue Catin,
Par derrier le moulin.
Mariana se mit a pleurer. (bis)
Cent ecus d or lui a donnes (bis)
Pour acheter un ane,
Ma p tit mamzell Marianne,
Pour acheter un ane, Catin,
En r veuaut du moulin.
DU CANADA 123
Son p&re qui la voit venir (bis)
Ne pat s erapecher de lui dire : (bis)
Qu uvez-vous fait d votre ane,
Ma p tifc mamzell Marianne,
Qu avez-vous fait d vofcre ane Catin,
En allant au moulin?
C est aujourd hui la Saint-Michel, (bis)
Que tous les an s changent de poil. (bis)
J vou8 rarnen le ra4me fine,
Ma p tit mamzell Marianne,
J vous ramen le uieine aae, Catin,
Qui iu porta au moulin.
124 CHANSONS POPULAIIUCS
TENAOUIGHE TENAGA, OUICH KA !
Si j etais de la force de M. Ernest Renan, je decouvri-
rais sans doute un sens profond dans lesmots : Tenaouiche
tenaga, ouicftka! qui composent le refrain de ces couplets,
et j en tirerais des consequences d une belle perfidie en-
touree de miel, aux acclamations des badaudsemerveilles
de ma science profonde. Mais comme je suis loin d etre
d une pareille force, j avouerai tout bonnement que je
n entends rien a ce baragouin.
Au reste, ces mots etranges ne sont, probablement, que
delimitation de sauvage, comme savent en faire tons les
jeunes enfants, et comme j en ai entendu faire souvent
moi-meme par mes petits camarades, lorsque, imitant
1 homme des bois dans son commerce avec les blancs, ils
se vendaient gravement entre eux le fruit de leur derniere
chasse : dix mille peaux de castors, cent mille orignaux,
cinq cents mille caribous, representes par des jointees de
noisettes, de bluets ou de cerises a grappes.
La deuxieme version de cette chanson, que Ton verra
plus loin, est a mon sens, tres-interessante. Ce n est rien
autre chose qu une variaute canadienne de Malbrough.
Le tenaouiche et les vieux sauvages sont places la pour la
couleur locale.
C 6- tail un vieux sau- va- - ge Tout noir, tout
DU CANADA
125
Lar-bouil- la, Ouich -ka ! A- vec sa vieill cou- ver-
te Et son sac & ta- bac. Ouich kal Ah! ah ! te-ua-
ouich te- na- ga, Te- ua- ouich te- na- ga, ouich -
C etait un vieux sauvage
Tout noir, tout barbouilla,
Ouich ka!
A vec sa vieill couverte
Et son sac a tabac.
Ouich ka!
Ah! ah ! tenaouich tenaga,
Tenaouch tenaga, ouich* ka !
Avec sa vieill couverte
Et son sac a tabac.
Ouich ka !
Ton camarade est more,
Est mort et en terra.
Ouich ka!
Ah ! ah ! tenaouich tenaga,
Teiiaouich tenaga, ouich ka !
Ton camarade est more,
Est mort et enterra.
Ouich ka !
C est quatre vieux sauvages
Qui port nt les coins du drap.
Ouich ka !
Ah 1 ah ! tenaouich tenaga.
Tenaouich I tenega, ouich ka!
126 CHANSONS POPULAIRES
C est quatre vieux sauvages
Qui port nfc les coins du drap,
Ouich ka !
Et deux vioill s sauvagesses
Qui chant nt le libera.
Ouich ka!
Ah! ah! tenaouich ttmaga,
Teuaouich r tenega, ouich kal
A.UTRE VERSION recueillie par M. J. A. Malouin:
Mon mari esfc en guerre,
Ne Bait s il veviendra
Ouich ka!
Ell monta dans sa chambre,
Si hant qu ell put mouta
Ouich ka !
Ah ! ah ! tenaouich tenaga,
Tenaouich teuega, ouich ka!
Regard par la fenStre
Pour voir son beau pagea.
. Ah! dis-moi done beau page,
Quell nouvelle apporta?
Les nouvell s qne j apporte
Tes doux yeux pleurera.
Ton mari il eat mort,
Et mort et enterra!
II fut port6 en terre
Par quatre-z-officiaa.
Trois, quatre vieux sanvages
Portaient les coins du drap.
Et deux vieilles aauvagesses
Chantaient le libera.
DU CANADA 117
LA FILLE DU ROI D ESPAGNE
Si, au lieu de " La fille du roi d Espagne," la chanson
disait : " La fille des empereurs d Autriche>" on pourrait
peut-etre y voir une allusion a 1 adresse de la reine
Marie Antoinette, qui, dans son jardin du Petit Trianon, a
Versailles, se livrait a des habitudes de fermiere. Mais
les paysans ne savent pas faire de ces malices-la.
La musique 1 emporte debeaucoup sur les paroles, dans
cette chanson. Confessons loutefois que ces couplets ou
il est dit que la fille d un roi veut apprendre " a battre la
lessive," sont d nne naivete qui fait sourire mais qui
ne choque pas. Au reste, pour quiconque connait le
peuple a fond, cette maniere de faire parler une princesse
comme une paysanne n offre rien d etrange. 11 est plus
d une naivete de ce genre dans les contes populaires :
dans celui de Jean VSot, par exemple, ou le heros dit a
son fits :
Tu vas aller chez le roi ; tu lui diras : " Bonjour mon
sieur le roi. Papa vous fait bien ses compliments; il
demande si vous voudriez lui preter votre demi-minot ! M
M. J. Bujeaud, dans ses Chants et Chansons des provinces
de rOuest, donne une version de cette chanson dans
laquelle la " fille du roi d Espagne " casse d abord son ,
badras (battoir), puis laisse tornber son anneau a la mer.
Le reste de la chanson est comme notre version d /sa&eati
s y promene. L air donne par M. Bujeaud ne ressemble
128
CHANSONS POPULAIRES
pas au nfltre. Une autre version de cette chanson, donnee
par M. de Beaurepaire (Cest sur lepont de Nantes), se chante
avec le refrain que nous connaissons ici : Vogue, beau
marinier.
La fill du rui d Es- pa- gne, Vo-gue,
ma- ri-nier, vo- - gue ! Veut appreudre un me - tier,
Vo- gue, ina- ri- nier ! Veut appreudre un m6-
tier. Vo- gue, ma- ri- nier!
La fill du roi d Espagne,
Vogue, mariuier, vogue!
Veut apprentlre un iu6tier,
Vogue, marinier !
Veut appreudre un metier.
Vogue, mariuier 1
A battre la lessive,
Vogue, marinier, vogue!
La battre et la couler,
Vogue, marinier !
La battre et la couler.
Vogue, marinier !
DU CANADA 129
AH! SI MON MOINE VOULAIT DANSER!
Le mot "moine" n est guere connu dans son acception
ordinaire par nos habitants de la campagne, qui ne don-
nent ce nom qu au petit jouet de bois appele en France:
" toupie d Allemagne. "
Moine est aussi le nom d un meuble de bois, inconnu
dans ce pays, dans lequel on suspend un rechaud rempli
de braise et donton se sert pour bassiner le lit. Ge meuble
est quelquefois forme d un cylindre de bois, creuse et
double en tole, dans lequel on introduit un fer ehaud.
Le proverbe : Fauted un moine fabbaye ne manque pas, veut
dire que 1 absence d une pe^sonne attendue ne doit pas
empecher une partie de plaisir d avoir lieu ou une affaire
de se conclure. On sait que cette autre proverbe : Lhabit
ne fait pas le moine, signih e qu il ne faut pas juger des
gens par 1 apparence ; qu un vetement pauvre est souvent
porte par un homme de merite.
Ah 1 si raon inoi ne vou- lait dan- eer I Ah !
=i==i=*r=fc
-. . . , . . __. __
si mon moi- ne vou- lait dan- ser ! Un ca- pu-
n *. |^ >. ^. ^ *. ,^ X iS >. .< - .v ^
ohon je lui don-ne- re, Un ca- pa- ohon je lai don-ne-
130 CHANSONS PQPULAIRES
n entends pas la dan- - se ; Tu n entends pas mon mon-
Un, Ion, la, Tu n entends pas mon mou-lin mar- cher
Ah ! si mon moine voulait danser ! (fets)
Un capuchow je lui lui donn r6 (rais) (bis)
Danse, mon moin , danse !
Tu n entends pus la dause,
Tu n enfcends pas mon monlin, Ion, la,
Tu n entends pas mou moulin marcher.
Ah ! si mon moiue voulait danser 1 (bis)
Un ceinturon je lui donuerais 1 (bis)
Danse, etc.
Ah! si mon moine voulait danser ! (bis)
Un chapelet je lui donnerais. (bis)
Danse, etc.
Ah 1 si mon moine voulait danser ! (bis)
Un froc de bur je lui donnerais. (bis)
Danse, etc.
Ah ! si mon moine voulait danser ! (bis)
Un beau psautier je lui donnerais. (bis)
Danse, etc.
S il n nvait fait voeu de pauvret6 1 (bis)
Bien d autres chos je lui donnerais. (bis)
Danse, mon uioiu , danse !
Tu n entends pas la danse,
Tu n entends pas mon moulin, Ion, la,
Tu n entends pas mon moulin marcher.
DU CANADA 131
LE JUIF-ERRANT
Gette belle complainte da Juif-Errant se chante sur ua
air qui n a pas la prevention d en faire oublier les paroles,
mais qui, a la longue, et surtout lorsqu on 1 entend chan
ter par des gens du peuple, flnit par toucher. Gette triste
mais belle allegorie est en grande partie oubliee au-
jourd hui, meme dans nos campagnes.
t - -^ ^^^~" - ^ - - ! .1 . ..^^ ^ __ ,_^__J
Est - il riea sur la ter- re Qui soit plus sur-pre-
nant Que la graa-de ini- s6- re Du paavre Jaif-Er-
rant ? Que sent sort tnal- beu- renx Pa- rait triste et Ok-
oheuxl
Est-il rien sar la terre
Qui soit plus surprenant
Que la grande inisere
Du pauvre Juif-Errant t
Que sou sort malheureux
Paraft triste et facbeux!
18S CHANSONS POPULAIRES
Un jour pres de la ville
De Bruxell s, en Brabant,
Des bourgeois fort dociles
L accoster en passant :
Jamais ils u avai ut vu
Un homme ei barbu !
Son habit, tout difforme
Et tres-mal arrange",
Leur fit croir que cet homme
Etait fort etranger j
Portant comiue ouvrier,
D vant lui uu tablier.
On lui dit: Bonjour maitre,
De grace accordez-uous
La satisfaction d etre
Un ruomeut avec vous j
Ne nous refusez pas,
Tardez un peu vos pas.
Messieurs, je vous protests
Que j ai bien du malheur:
Jamais je ne m arre" te
Ni ici, ni ailleurs ;
Par beau ou mauvais temps
Je marche incessamment.
Entrez dans cette auberge,
Venerable vieillai d ;
D un pot de biere fralche
Vous prendrez votre part;
Nous vous regalerons
Le mieux que nous pourrons.
J accepterais de boire
Deux coups avecque vous,
Mais je ne puis m asseoire t
Je dois rester debout.
Je suis en verite
Confus de vos bonte"s.
DU CANADA 133
Ah I de savoir votre age
Nous serious fort curie ux;
A voir votre visage,
Vous paraissez bieu vieux j
Vous avez bieu cent ans,
Vous moutrez bien autaut.
La vieillesse me gfioe ;
J ai bieu dix-huifc cents ana.
Chose sure et certaine,
Je passe encore douze ana
J avais douze ans pass6
Quand Jesus-Christ est 116.
N etes-vous point cet homme
Dequi 1 ou paiie tautf
Que 1 Eci iture norame
Isa c, le Juif-Errant?
De grace, dites-nous,
Si c est surerueut vous.
Isaac Laquedenime
Pour nom me fut donn6j
Ne a Jerusalemme,
Ville bieu renommee.
Oui, c est moi, mes enfauta,
Qui suis le Juif-Errant 1
Juste ciel, que ma rondo
Est p^uible pour moi I
Je fais le tour du monde
Pour la cinquieme fois!
Cliacuu meurt a sou tour,
Et moi je vis toujours !
Je traverse les merres,
Les rivier s, les ruisseaax,
1S4 CHANSONS POPULAIRES
Les forfits, les de"serres,
Les montagn s, les coteaux,
Les plainer, les vallons :
Tous cbemins me sont boas.
J ai vu dedaus PEurope
Ainsi que dans 1 Asic,
Des bataill s et dt- s chocquea
Qui coutai nt bien des viea:
Je lea ai traverse s
Sans y etre blesse".
J ai vu dans 1 Anierique,
C est une v^rite",
Ainsi que dans 1 Afrique
Grande mortalite :
La mort ne me pent rien,
Je m eu apei^ois bien.
* .
Je n ai point de ressource
En inuisoii ni en bien ;
J ai cinq sous dans ma bourse,
Voila tout mou inojeu ;
En tons lieux, en tous tempi
J ai ai toujours autant.
Nous pensions comme un sonjp
Le r^cit de vos maux;
Nous traitions de ineusonges
Tous vos plus grands travaux:
Aujourd hui nous voyoas
Que nous vous in^prenions.
Vous dtiez done coupable
De quelque grand pech6
Pour que Dieu tout aimable
Vous ait taut afflige ?
Dites-uous 1 occasion
De cette punition.
DU CANADA 136
C eat ma cruel le audaoe
Qui cause mon malheur ;
Si mou crime s efface,
J aurai bieu du bonheor:
J ui trait6 mou Sauveur
Avec trop de rigaeur.
Bar le mont da Calvaire
Jesus portait sa croiz ;
II me dit, d6bonnaire,
Passant devant chez moi :
" Veux-tu bien, mon ami,
Queje repose ici?"
Moi, brutal et rebelle,
Je lui dis sans raisou :
" Otes-toi, criminelle,
De devant ma maison ;
Avance et marche done,
Car tu me fais affront! "
Jesns, la bonte mfime,
Me dit en soupirant:
" Tu niarcberas t<>i-m6me
Pendant plus de mi lie ana I
Le dernier jugement
Finira ton tounneut."
De chez moi, a 1 beur mdme,
Je sortis bien chagrin ;
Avec douleur extreme
Je me mis en chemin.
De ce jour-li je suia
En marche jour et nuit
138 CHANSONS POPULAIRES
Messieurs, IB temps me pressej
Adieu la compaguie;
Grace a voti- polifcesse I
Je vous en reraercie :
Je suis trop tourment6
Quand je suis arretl.
DU CANADA 137
J AI FAIT ONE MAITRESSE
On aimera & lire ici uhe notice de M. LaRue sur cette
Charmante poesie populaire :
" Dans la Revue Contemporaine do 1863, (31 octobre,) on peut
lire une savaute critique par M. Adricu Donnodovie, des oeuvres en
langne proven^ale du ce"16bre poetc Mistral. M. Donnodevie noiia
douue la traduction fraucaise d uu des cliauts du jeune poete, pour
lequel le savant critique ne sanrait trouver trop d 61ogea. Laissous
le parler lui-meme.
...."Le troisieine cliant nous fait assister & une asaemble e
" joyeuse et babillarde dejeunes fillesr^uuiesau mas de Micocoules,
" et occupies h de pouiller des cocous ; elles parlent de leurs amours,
" de leurs projets ; elles font des chateaux en Provence, rap-
" pellent les beaux souvenirs du pays. Taveu, la sorciere, raconte
" la curieuse legende du patre de Lub6ron ; plus espifegle quo les
" antres, Norade decouvre 4 demi lo secret de Mireille j celle-ci
" rougit, mais s en defend, et dit que plutot que d avoir uu mari,
" elle aitnerait inieux se fairo uoune daus uu convent: "Oh! oh!
" s 6crieut les jeunes filles, c est comme Magali, Magali qui 4chappa
" a 1 amour par inille subterfuges, qui se faisait pauipro, oiseau qui
" vole, rayon qui brille, et qui pourtaut, toinba amoureuse ^ sou
" tour." Et sur les instances de ses compagnes, Nore, la bello
" chanteuse, se met a dire la ravissante aubade de Magali. Cette
" chanson est-elle 1 oeuvre propre du poete, ou en a-t-il trouve 1 idee
" et quelques fragments daus la memoire populaire, et l a-t-il tr&s-
fl habilement arrang6? c est ce que uous ne pouvons decider.".....
" Or, c est ce qu il est tr^s-facile de decider : il suffit pour cela,
de mettre en regard quelques strophes de la chanson provengale
ftvec quelques couplets d uue de uos chausous populaires cana-
diennes." (Foyer Canadien, annee 1865, p. 72.)
138 CHANSONS POPULAIRBS
Voici une traduction de 1* " aubade " de Mireio du pote
Mistral :
" Magali 1 ma taut aitne*e Mets la tfite & ta fen$tre Ecoute
un peu cette aubade de tambourins et de violons Le ciel est la-
haut plein d ^toiles Le vent est toinbe Mais les 6toiljs paliront
en te voyant.
" Pas plus que du murmure des brandies De ton aubade je
me souoie Mais je m en vais dans la mer blonde Me faire an-
guille du rooher.
" Magali I si tu te fais Le poisson de 1 onde Moi, lepecheur
Je me ferai Je te pdcherai.
-" Oh I maia si tu te fais pdcheur Quand tu jetteras tea filets
Je me ferai 1 oieeau qui vole Je in envolerai daus les landes.
" Magali, si tu te fais 1 oiseau de 1 air Je me forai, moi, !
chasseur Je te ohasserai.
" Aux perdreaux auy bees fins, Si tu vions teudre tes lacets,
Je me ferai 1 herbe fl^eurie, Et me cacherai daus les pr6s vastes.
" Magali! si tu te fais La marguerite, Je me ferai, moi,
1 eau limpide, Je te rafrafchirai.
" Si tu te fais 1 onde limpide, Je me fer&I, moi, le grand
nuage, Et promptement je m en irai ainsi En Amerique, Ia-ba,
bien loin.
" Magali! si tu t en vas Aux loiutaines Indes, Ja me
ferai, moi, lo vent de mo , Je te porterai.
" Si tu te fais le vent inm-in,Je fuirai d un autre cote, Je
me forai 1 e chappe e ardente Du grand soleil qui foud la glaco.
"0 Magali 1 si tu te fais Le rayon de soleil, Jo me ferai,
moi, le vert le"zard, Je te boirai.
" Si tu te rends la salamaudre Qui se cache daus le hallier,
Je me rendrai, moi, la lune blanche qui, dans la nuit, Eclaire les
sorciers*
" Magali I si tu te fais Lune ^sereine, Je me ferai, moi,
belle brume, Je t envelopperai.
" Va, poursuivant, cours, cours, Jamais tu ne m atteindras, .
Moi de l 6corce d un grand chene Je me vdtirai dans la forSt
ombre.
DU CANADA
X
" Magali ! situ te fais L arbre des mornes, Je mo ferai,
tnoi, la touffe de lierre, Je t embrasserai.
" Si tu veux m embrasser, Tu uesaisirag qu un vieux cheue
,Je me ferai blauclie uouaette Du moaast&re du grand Saiut-Blaise.
" Magali ! si tu te fais Nouuette blanche, Moi, pretre a oon-
fesse, Je t euteudrai
" Si du couvent tu passes les portos, Tu trouveras-toutes lea
nouues Autour de moi, errautes, Car en suaire tu me verras.
" Magali! ai tu te fais La pauvre uaorte, Adoncques je me
ferai la terre : La, je t aurai !
" A present, je commence enfin i croire Qtie tu uo mo paries
pas en riant: Voici inou anuelet de verre Pour souvenir, beau
jouveuceau.
<( Magali I tu me fais du bien Mais, des qu elles t ont
vu, Magali ! vois les ^toiles Comme elles ont pali I "
La delicieuse musique que Gounod a ecrite sur cette
donnee de Mistral, est bien connue a Quebec.
On chante en France, dans le Bourbonnais, une version
de cette chanson qui differe a peine de notre version
canadienne, quant aux paroles. II me semble evident que
que notre air n est pas 1 air primitif, car le rhythme de la
poesie ne se plie que difficilemrfnt a celui de la melodie;
de la ces syllabes ajoutees : " Si tu te mets docteure. . . .
Je me metterai soeur*," etc. Je ne connais pas 1 air de la
version bourbonnaise.
J ai fait u- ne mat- trea-se, ya pas long-
HO CHANSONS POPULAIRES
temps, J ai fait u- ne inai- tres-se, ya pas long-
? /r\ ___,
temps : J i- - rai la voir ill- man- che, di-
manch j i- rai ; Je fe- rai la de- mau- de
u I J -3 I - -i H -^ B
._ _
a ma bien- ai- uie e.
J ai fait une maitresse, ya pas lougtemps. (bis)
J irai la voir dimanche, dimauch j irai ;
Je ferai la demande a ma bieu-airu6e.
Ah ! si tu vieus dimanche, j n j serai pas ; (bis)
Je me metterai biche dans un bean champ;
De moi tu u auras pas de coutentemeut.
Ah ! si tu te mots biche dans un bean champ, (bis)
Je me mettrni chasseure, j irai chasser j
Je chasserai la biche ma bien-aimee.
Si tu te mets chasseure pour me chasser, (bis)
Je me metterai carpe, dans un etang:
De mi tu n auras pas de coutentement.
Ah ! si tu te mets carpe dans un etang, (bis)
Je me raettrai pecheure pour te pecher :
Je pe cherai la carpe, ma bien-aimee.
Si tu te mets pe"cheure pour me pe cher, (bis)
Je me mettrai malade dans un lit blanc:
De moi tu n auras pas de conteutement.
DU CANADA 141
Si tu te mets rnnlailo dans un lit blanc, (bit)
Je me mettrai docteure pour te soigner :
Je soignerai la belle, ma bien-aim6e.
Si tu te mets doctoure pour me soigner, (bis)
Je me metterai sceure dans mi couvent,
De moi tu n auras pas de coiiteutement.
Ah ! si tu te mets soeur dans un couvent, (bit)
Je me mettrai precheure ; j inii pr&cher;
Je precherai le cceur de ma Uien-aime e.
Si tu te mets precheure pour me precher, (bis)
Je me mettrai soleitle, au finniitueut :
De moi tu n auru pas de couten Cement.
Si tu te mets soleille au firmament, (bis)
Je me mettrai image pour te cacher :
Je cacherai la belle, ma bieu-aimee.
Si tu te mets nuage pour me cacher, (bis)
Je me mettrai saint Pierre, au paradis :
Je n ouvrirai la porte qu a mes bous amis.
142 CHANSONS POPULAIRES
LE PTIT BOIS D L AIL
Le beau chanteux qui a fait la chanson du P tlt bois d Vail
a evidemment voulu la mener sur 1 air de J ai fait une
mailresse, mais il lui aura ete plus facile de changer un
pen la forme de la strophe, des le premier couplet ; de la
alteration dans la melodie.
Les paroles de cette chanson sont tout-a-fait couleur
locale, et, partant, elles sont precieuses a recueillir.
" Le petit bois de Fail " est le nom d un concession de
la paroisse du Gap-Sante. G est la qu est ne notre artiste-
peintre M. le chevalier Falardeau.
Qui veut sa- voir la lis- te des i-Trogn
pr6- sent ? C est dans le Ftit bois d Ail- le
Yen i a-t-un re*- gi- ment; Et - moi, le
oa- pi- taine, Et Fran- fois, le Gros, mar- chaud ; E-
Dtf CANADA 143
&
dooard y porte en- sei- gue, Au boat da r6- gi-
f-
3E3EE
ment.
Qui vent savoir la liste
Des ivrogu h pr^setit?
C est dans le P tit bois d l Aille
Yen a-fc-UQ regiment;
Et moi le capitaine,
Et Francois le Gros, luarchand ;
Edouard y porte enseigue
Au bout du regiment.
Par un dimanche au soir
M eu allantpromener,
Et moi et puis Francois,
Tous deux de compagn6e,
Chez le bonhomm Gauthier
Nous avons t6 veiller;
Je vais vous raconter
Le tour qui m est arriv6.
J y allumai ma pipe
Comra c ^tait la fagon,
Disant quehpies paroles
Aux gens de la maison.
Je dis "a Delinaa:
Me permettriez-vous
De m eloigner des autres
Pour m approcher de vous f
Ah ! oui, vraiment, dit-elle,
Avec un grand plaisir.
Tu es venu ce soir
C est seul ment pour en rire j
144 CHANSONS POPULA.IRB3
Tu es trop inftdele
Pour me parler d amour j
Tas ta p tit J6remie
Que tu aimes tonjours.
Revenons au bonkomme
QnYst dans son lit coucli6,
Criatit a haute voix :
" Lima, va te coucher !
Les gens de la campagne,
Des ville et des faubourgs,
Retirez-vous d icite
Car il fait bientot jour ! "
J n attends pas qn on me l die
Pour la secoude foie,
Et je dis a Francois :
T en viens-tu quandet moi (aveo moi)l
Bonsoir ma D61ima,
Je file mon chemin !
Je m eu allais uu-tete,
Mon cbapeau a la main.
Va t en faire tes plaintes
A monsieur le cur6 j
Dis-lui que sa paroisse
Est tout bouleverse ;
Dis-lui que sa paroisse
Eat sans dessns dessous,
Que dans le P tit bois d Aille
On n y voit qu des gens soul*.
On dit que je suis fior,
Ivrogne et paresseoz.
Da viu dans ma bouteille
J en ai ben qtiand je veux ;
On ne voit point de graisse
Figer sur mon capot ;
n est to uj ours ben net-te
Quoiqu il ne soit pas beao.
DU CANADA
146
ET MOI JE M ENFOUIYAIS
Cette chanson, dont la morale profonde n echappera
personne, se chante en France, dans la Vendee et dans le
Cambresis. Voir les Chants et Chansons de M. Bujeaud,
page 50 (Le peureux), et 1 ouvrage deja cite de MM. Durieux
et Bruyelle, page 202 (Les remords).
J ai recueilli cet air dans le comte de Kamouraska.
En pas- Bant prfes d un mou- lin, Que le inou-
liu mar- chait, Que le mou- lin mar- chait, Et dans son
jo- li chant di- sait : Ke-ti-ke-ti-ke tac, Ke-ti-ke-ti-ke-
tac ; Moi je croy- ais qu U di- sait : Attrappe, attrappe, at-
-> iX -V
p * *
trappe ! attrappe, attrappe, at-trappe I Et moi je m en-foui-
^_ * c ^
foui...Et moi je ua en- foui- yaw.
En passant pr6s d un moulin,
Que lo moulin marchait, (bit)
Et dans eon joli chant disait:
Ketiketiketac, ke tike tike tao j
146 CHANSONS POPULA.IRE3
Moi je croyais qu il disait :
Attrappe, attrappe, attrappe ! attrappe, attrappe, attrappel
Et moi je m eufoui-foui. ...
Et moi je m enfouiyais.
En passant pres d un prairie,
Qne les faucheurs fauchaient, (bis)
Et dans leur joli chant disaient :
Ah! 1 beau faucheur! all! 1 beau faucheurl
Moi je croyais qu il.s disaient:
Ah! v la 1 voleur ! ah! v la L voleurl
Et moi je m enfoui-foui....
Et moi je m enfouiyais.
En passant pres d une e"glise,
Quo les chantres chantaient, (bis)
Et dans leur joli chant disaient:
Alleluia! Alleluia!
Moi je croyais qu ils disaient:
Ah ! le voil& ! ah ! le voil& I
Et inoi je m enfoui-foui....
Et moi je m enfouiyais.
En passant pr6s d un poulailler,
Que les poules chautaient, (bis)
Et dans leur joli chant disaient:
Coucouricou, coucouricou j
Moi je croyais qu ell s disaient :
Coupons-y 1 cou ! coupons-y 1 cou t
Et moi je m enfoui-foui. ...
Et moi je m enfouiyais.
DU CANADA 147
DANS MA MAIN DROITE JE TIENS ROSIER
Les danses rondes tenaient autrefois une place conside
rable dans les amusements populaires. Voici comment
s exScute celle dont la musique est not6e ci-dessous :
Les jeunes gens se tiennent tons par la main, formant
un cercle, et se mettent a tourner autourdu centre; seals
les vieux^parents font tapisserie et veillent au decorum.
Le plus vieux on le meilleur chanteur de la bande en-
tonne alors :
Dana ma main droite je tiens rosier....
les autres danseurs chantent aussi avec lui, ad libitum,
mais en laissant toujours dominer la voix du soliste obli
gate. An second couplet le chanteur fait passer au milieu
du rond le jeune gargon ou la jeune fille qu il tient de sa
main droite, en disant :
Entrez en danse joli rosier....
puis, si les danseurs sont tous de la faraille, il ajoute :
Et embrassez, manon Ion la,
Et embrassez qui vous plaira....
mais s il y a des etrangers dans la danse, des Granges,
comme on dit dans certaines localites, on dit presque
toujours :
Et saluez, manon Ion la,
Et saluez qui vous plaira.
Les danseurs s arretent alors, puis, 1 embrassade ou le
148
CHANSONS POPUIAIRES
.salut fait, on se met a tourner de nouveau; celuiquietait
au centre de la chaine passe a la gauche du chanteur, qui
fait faire la meme ceremonie a son nouveau voisin de
droite; et ainsi de suite jusqu a ce que chaque danseur
el chaque danseuse ait ainsi indique aux yeux de tous
1 objet de sa predilection.
Gette ronde est connue en France, dans 1 Angoumois,
le Poitou, le Saintonge et 1 Aunis.
p i fc, i* i 1 ii n i i i* ^ i
Dans ma inaiu droi- te je tieus ro- sier, Dans
ma main droi- te je tieus ro- sier Qui fleu- ri-
ra, ina- - non Ion la, Qui fleu- ri- ra
au
mob de uaiii.
Dans ma main droite je tiens rosier, (bit)
Qui fleurira, manon Ion la,
Qui fleurira au mois de mai.
Entrez en danse, joli rosier ! (bis)
Et einbrassez (saluez) manon lou la,
Et embrassez (saluez) qui vous plaira.
DU CANADA 149
J AI TANT D ENFANTS A MARIER !
Cette jolie ronde se chante dans le ncrrd et 1 ouest de la
France. Elle s execute de la mme maniere que la pr6-
c6dente ; seulement, lorsque le chanteur dtt :
Faites le pot a deux arises ;
Regardez comme 1 ou dause....
celui cm celle qui se trouve au centre de la chalne leve
les coudes et se met les poings sur les cotes.
rfr-7 1"- ft- 1 -| K " 1- ~! F ** H- -f
-i < j^~^_ ~j r p ^ rj "j
J ai tant d en- fants a ma- ri- er I.... J ai tant d en-
!
a
i f i
fants a ma- ri- er ! Grand Dieu ! je n sais com-
^^^^^^ll ^H^"^
ment pou-vor
ea ma- ri- er tant.
J ai tant d enfauts a marier I
J ai tant d enfants a marier I
Graud Dieu ! je n sais comment
Pouvoir en marier taut.
Mademoiselle, on parle a vous j
Ou dit que vous aimez beaucoup.
Si c eat yrai que vous aimez,
Entrez dans la danse, entrez I
150
CHANSONS POPULAIRES
Zfcl-
Fai- tea le pot a deux an- ses; Re- gar-
dez com-me Ton dan-se ; Fermez la bouobe ; ouvrez lea
yeux ; Sa- la oz qui vous plai- ra mieuz.
Faitea le pot a deux auses ;
Regardez comine 1 on danse ;
Permez la bouche ; ouvrez lea yeux;
Saluoz qui voua plaira mieui.
l)U CANADA
151
AH1 QUI MARIERONS-NOUS?
Jci deux des danseurs passent au milieu du rond et se
font mutuellement saluts et reverences. Cette ronde est
fort gracieuse, comme danse et comme musique. On la
chante en France, dans le Cambr6sis.
Ah ! qui ina- rie-rons-nous ? Ah I qui ma- rie-rona-
nouaf Ma- de- moi- sell , ce se- ra vous, Par 1 as-sem-
> d a- mour. Oui j ai- me- - rai qui m aim...qui
m ai-me... Oui j ai- me- rai qui in ai-ine- ra.
Ah! qui inarierous-Doasf
MademoiselP, ce sera vous,
Par 1 asse ruble d aniour.
Oui j aimerai qui m aim....qui m uime.
Oui j ai uierai qui m aioiera.
Lui donn rons pour 6poux? (bia)
Mon doux monsieur, ce sera vous,
Par 1 assemble d amour.
Oui j aimerai, etc.
162 CHANSONS POPULAIRES
Amour, saluez-vous! (bis)
Saluez-vous cinq ou six coups,
Par I assemble d amour.
Oui j airaerai, etc.
Amours, retirez-vous ! (bis)
Retirez-vous chacun chez vous,
Par I assembl6 d amour.
Oui j aiinerai qui m aim. ...qui m aime.
Ooi j aimerai qui m aiuiera.
DU CANADA
153
J AI TROUVE LE NIQUE DE LIEVRE
Encore une ancienne ronde. Elle se danse comme Dans
ma main droite je tiens rosier; la seule difference est
qu aux mots :
Snu tons!
Dan son 8 !....
chacun saute a qui mieux mieux.
Gette ronde a ete plaisamment parodiee dans une tra-
gedie-bouffe intitulee : Le Defricheur de langues, dirigee
centre les ecrivains de La Ruche litteraire, el dont on a
attribue avec raison la paternite a MM. J. G. Tache et F
A. H. LaRue. Le docteur Wells a aussi contribue a cette
satire ; il en a ecrit un vers, et ce n est pas le moins bon
de la piece.
J ai trou- ve le ni- qne du Ii6-vre, Mab le
ievr* n y 4- tait pas : Le ma- tin, quand il se
le- ve, il ein- port le lit, les draps. Sau-
tons ! dan- - sons ! fiell ber- g&re, en- trez
en
dan- se ; Sa- la- ez qui vous plai- ra.
1*4 CHANSONS POPULA1RES
J*ai trouv6 le nique du lievre,
Mais le lievr n y 6tait pas :
Le matin, quand il se 15ve,
n emport le lit, les draps.
Sautons !
Dansous!
Bell bergere, entrez en dansej
Saluea qui voas plaira I
DU CANADA 155
EN REVENANT DE LA JOLIE ROCHELLE
Vraie melodie populaire, monotone, un peu triste dans
sa joyeusete et son allure antique.
Gette chanson est sans doute d origine frangaise. Je la
note ici avec la pensee qu elle eveillera peut etre un doux
souvenir dans le coeur de quelque cousin d outre-mer.
" Quel est 1 homme e"claire, a dit M. Seudo, quel est 1 artiste
deveuu celebre qui ne se rappelle la simple histoire, 1 iiuage naive
ou la melodie rustique qui out cbanne sou enfauce ot dotit 1 impres-
sion lui est restee iueffa^able, inalgre* tout ce que sou goiit a pa lui
dire depuis centre ces begayemeuts de la muse populaire?. ...Tel
graud compositeur qui remplit le monde du bruit de ses cbefs-d oeuvre
ue peut s empecher de rever et de s uttendrir en ecoutaut le refrain
plaiutif qui lui apporte un souveuir du pays qui I a vu uaitre."
En re- ve- nant de la jo- li Ro-chel-le.
J ai , rencon- tr6 trois jo- lies de-moi- sell s. La voi-
la ma mi qu mon coeur ai- me tant, La voi-
J=qe=r:===^= =*= i=s= ===== t
_
la ma mi qu mon coaur ai- - me !
En revenant de la joli Rochelle, (bis)
J ai rencontre fcrois jolies demoiselles.
La voila aa.i mi qu mon cceur aime tant!
La voila ma mi qu mou cceur aime I
J ai rencontr^ troia jolies deraoiseiles j (bi$)
J ai point choisi, mais j ai pris la plus belle.
La voila ma mie, etc.
156 CHANSONS POPULAIRE3
J ai point choisi, mais j ai pris la plus belle ; (bia)
J l y fis monter derrier inoi, sur ma selle.
La voila ma mie, etc.
J l y fis inonter derrier moi, sur ma selle; (bis)
J y fis cent lieues sans parler avec elle.
La voila ma mie, etc.
J y fis cent lieues sans parler avec elle ; (bis)
Au bout des cent lieues, ell* me d mandit a boire.
La voila ma mie, etc.
Au bout des cent lieues, elle me d mandit a boire ; (bit)
Je 1 ai mene e aupres d une foutaiue.
La voila ma mie, etc.
Je 1 ai men6e aupres d une fontaine ; (bis)
Quand ell fut la, ell ne voulut point boire.
La voila ma mie, etc.
Quand ell fut la, ell ne voulut point boire; (bit)
Je 1 ai mene e au logis de sou pere.
La voila ma mie, etc.
Je 1 ai menee au logis de son pere ;
Quand ell fut la, ell buvait a pleiua verres ;
La voila ma mie, etc.
Quand ell fut la, ell buvait k pleins verres j (bis)
A la sant6 de son pere et sa mere.
La voila ma mie, etc.
A la sante* de son pere et sa mere ; (big)
A la saute de ses scaurs et ses freres.
La voila ma mie, etc.
A la sante" de ses soeurs et ses freres ; (bit)
A la saute" d celui que son coeur aime.
La voila ma mi qu niou coeur aime tant,
La voila ma mi qu mon coeur aime t
DU CANADA 157
MARIANSON, DAME JOLIE
La complainte de Marianson doit Stre fort ancienne.
On y respire le moyen-a ge a pleins poumons . . . . non pas
le moyen-dge dans ce qu il a de bon, mais dans ses fai-
blesses, et tel qu on a presque toujours le soin de le
representer.
Que le.mal, qui est de tous les siecles, ait exists, dans
le moyen-dge, chez ces peuples de 1 Europe nouvellement
conquis a la foi et a peine sortis du paganisme et de la
-barbarie, mil ne songe a le nier. Mais il y a cette diffe
rence entre le mal de ces temps-la et le mal d aujourd hui
que celui-ci est organise, qu il s etale au grand jour, qu il
se glorifie lui-mme, qu il appelle heroisme, vertu, justice,
1 assassinat, la spoliation, 1 injustice; qu il nie 1 autorite
divine; que, par la bouche de ses societes secretes, il pro-
clame ce principe : que la paix de Vame reside dans la
negation de Dieu ; tandis que celui-la n est qu une defail-
lance passagere, souvent tres grave et tres-bldmable sans
doute, mais qui rougit d elle-meme, ne cherche pas a se
propager, et a laquelle survit toujours la foi.
Au moyen-age, 1 action du christianisme s exergait sur
une societe qui, je le repete, sortait de la barbaric. Ge que
ces siecles ont produit de bon venait surtout du christia
nisme ; ce qu ils ont produit de mauvais venait surtout
de la barbarie ; mais 1 organisation sociale creee par
1 Eglise, avec .ses mille moyens de proteger les faibles,
158 CHANSONS POPULAIBES
avec ses corporations et ses confreries, etait reellement
admirable, et conduisait les peuples de 1 Europe et la
societe chretienne en general au plus grand bonheur ter-
reslre qui se pnisse imaginer. Le jour ou Ton consentira
a retourner aux " corporations " du moyen-age, la ques
tion ouvriere" sera resolue.
Tout cela n empeche pas qua le mari de Marianson, dame
jolie, ait fait nn bien mauvais coup; mais il en a deja de-
mande pardon . . . .Le recit cependant eut ete plus complet
et la couleur de 1 epoque mieux gardee si la complainle
en eut fait un frere de la Merci, se vouant volontairement
a 1 esclavage pour expier son crime.
Ma- ri- an- son d;i- me jo- - lie, Ou est al-
.* I ." >
, y W HP
le vo- tre urn- ri? Ma- ri- au- sou da- me jo-
lie, Oii est nl- 1^ vo- tre ma- ri?
Marianson, dame jolie, ) ., . .
Oil est al!6 votre mari ? $ (
Mon raari est all6-z-en guerre, ? /. . ,
Ah! je ne sais s il reviendra. > ^
Marianfcon, dame jolie,
Pr6tez-moi vos auneaux dores.
DU CANADA 16
II sont dans 1 coffre, au pied <lu lit ; ) , . .. v
Ah ! prends lea clefs et vn les qu ri . ) (
Bel orfevrier, bel orfevrier, ) , . .
-
Faites-moi des auueaux dores.
Qu ils soy-ent fait a aussi parfaits, ) /, . >
Com nf les ceuz de Mariauaon. ) *
Quand il a eu ses trois anneaux, ) ,, . ,
Sur son cheval est embarque. \ v
Le premier qu il a rencontre",
C 4tait 1 rnari d Marianson.
Ah! boujonrdonc, franc cavalier;
Quell nouvell m as-tu apport^e ?
^Ah! des nonvell s je n en ai pas, ? ....
Que les ceuz de Mariauson. ^
Marianson, dame jolie, ? ,, . v
Ell m a 6t6 liddle assez. \ (018)
Oui, je le crois, je le decrois : ? //, N
Voila les anneaux de sea doigts. \ *
Tu as menti ! franc cavalier : t ., .
Ma femme m est fidele assez. J ({
Sa femm qu 6tait sur les rera parts, ) ,, . .
Et qui le voit venir la-baa : J ^
II est malade ou bien fach6. ) ., . ,
C est une chos bieu assuree. ^ ^
Ah! raaman, montre-lui son fils:
Ca lui rejouira 1 esprit.
Ah! tiens, mon fils, voila ton fils.
Quel nom douu ras-tu a ton fils?
A 1 enfant je donn rai nn nom, ) ,.
A la mere, un mauvais iciioui. \ !
CHANSONS POPCJLA.IRE3
A pris 1 enfant par le maillot, ) ,,
Trois fois par terre il 1 a jete. $ *
Mariauson, par les cheveux,
A sou cheval l a-t-attachee.
II a march6 trois jours, trois nuits,
Saas regarder par derri^r lui.
Au bout des trois j ours et trois nuits,
A regard^ par derri^r lui.
Mariauson, dame jolie, > ,,. v
Ou son les anueaux de tes doigts ? ^ ^
Ilssont dans l coffre,au pied du lit; ?
All ! p rends les clefs et va les qu ri . J
II n eut pas fait trois tours de clef, /. .
Sea trois anueaux d or a trouves. ^
Mariausou, dame jolie,
Quel bon chirui-giea vous faut-il ?
,, . .
*
Le bou chirurgien qu il me faut, > ,, ^
C est uu bon drap pour m ensev lir. $ *
Marianson, dame jolie, > /...
Votre mort m est-elle pardonne e T J
Oui ma mort vous est pardonn6e,
Noa pas la cell du iiouveau-n6....
DU CANADA 161
ADAM ET EVE
Une des strophes de cette complainte, celle ou un Re-
dempteur est promis a nos premiers parents, rappelle la
belle et pieuse legende du Crane d Adam oa du Galvaire :
" Les aoldata, eu plantant la croix dans le Sol, 1 out dis-
poseo do sorte que le diviu crucifi6 tourne le dos a Jerusalem, et
e"tend sea bras vers les regions de 1 occident. Le Soleil de la verite
se couche sur la ville deicido, et se leve eu memo temps sur la uou-
velle Jerusalem, sur Rome, cette fiere cite, qui a la conscience de
son 6teruit6, mais qui ignore encore qu elle ne sera eteruelle que
par la Croix.
" L arbre du salut, en plongeaut dans la terre, a rencontr6 une
tornbe j et cette tombe est celle du premier liomme. Le sang re-
dempteur coulant le long du bois sacre descend sur un crane des-
seche ; et ce crane est celui d Adaui, le grand coupable dout le
crime a rendu necessaire uue telle expiation. La inise"ricorde du
Fils de Dieu vieut planter sur ces ossements endormis depuis tant
de sickles le trophe e du pardon, pour la bonte de Satan, qui voulut
uu jour faire tourner la creation de I bomme a la confusion du
Createur. La colline sur laquelle s eleve 1 eteudard de notre salut
s appelait le Calvaire, nom qui siguifie uu Crane bumain; et la
tradition de Jerusalem porte que c est en ce lieu que fut enseveli le
p&re des homines et le premier pecheur. Les saints Docteurs dea
premiers siecles ont conserve a 1 Eglise la memoire d un fait si
frappant ; saint Basile, saint Ambroise, saint Jean Cbrysostome,
saint Epipbane, snint Jerome, joigneut leur temoignage a celui
d Origene si voisin dea lieux ; et les traditions de 1 iconograpbie
ehr^tieune s uuissaut a cellea de la piet6, on a de bonne heure adopte"
la coutume de placer, en memoire de ce grand fait, un crane bumain
au pied de 1 image du Sauveur en croix." (Doin Gueranger, Annee
Uturgique, cinquieme section, page 541.)
Voici les quelques lignes que M. Ghampfleury consacre
162 CHANSONS POPULAIRES
a la complain te (VAdam et Eve dans ses Chansons populaires
des provinces de France :
" Dans unjardin convert de fleurs est uue complainte qu une
dame a eutcudu chanter a un pauvre dans les environs de Mont-
pellier. C est la complaiute dans toute sa naivete, avec ses mots
touch ants, avec sa innsique douce et plaintive, avec ses pu6rilites,
avec 838 beaux vers quelquefois, avec sa po&sie, quoi qu en disent
les poetes."
M. Ghampfleury ne donne, dans son ouvrage, que les
quatre premiers des vingt-trois couplets que Ton va voir
ci-dessous. La melodie recueillie par M. Wekerlin et
publiee dans le meine ouvrage, est semblable, presque
note pour note, a celle que Ton chanle en Canada.
Daus uu jar- diu couvert de fleurs, Plein de doo-
- - - - I -i. ==! x _~=- b^_~ *
ceurs, Dieu ere- a 1 homme a son i- ina- ge. Ce beau se-
w
jour E- tait la preuve et le vrai ga- ge De son a-
efc
mour
Dang un jardin couvert de fleurs,
Plein de douceurs,
Dieu crea i hoinrae a son image.
Ce beau sejour
Etait la preuve et le vrai gage
De son amour.
DU CANADA US
Adam 6tait assis tout soul
Sous un tilleul,
Etant couch6 sur 1 herbe tendre,
Tranquillement,
Un doux sommeil viut le surpreudre
Dans ce moment.
Pendant qu il dort, son Cre ateur
Et son Auteur
Lui enl va doucenieut un cdte
De son c6t6;
En forma uu ch;irman te femme
Rare en beaut6.
Adam la voyant, s ^cria :
Ah ! la voila !
Ah ! la voila celle que j aime,
L os de in es os j
Donnez-moi-la, bontfe supreme,
Pour mou repos.
Adam, pere du genre humain,
Prit par la main
Eve, cette charmante belle,
Sa tendre Spouse,
Devant Dieu se jette avec elle
A deux genoux.
Dieu benit ce couple charmant
Dans le moment.
Un berceau tissu de verdure
Fut leur logis;
De fleurs j aime la bigarrure
De leur tapis.
164 CHANSONS POPQLAIRES
Dieu prit Adam et le conduit
Aupres d uu fruit,
Lui disant: Mou fils, prend bien garde
Ne touclie pas
A ce beau fruit que tu regardes,
Grains le trepas.
De ce lieu je te fais le roi,
Tout est a toi.
Mais souvieus-toi de ma defense
A 1 avenir,
Et respect 1 arbre de science,
D peur de inourir.
Adam prit Eve et lui montra
Get arbre-la ;
Lui disant: Mon Spoils ch6rie r
Garde-toi bien
De le toucher, je t en supplie,
Pour notre bieu.
Ev s ^tant 6carte, un jour,
Dans un dtour.
Le serpent rencontra la belle
Et lui parla.
Le discours qu il eut avec elle
Cher nous couta.
Salut a la divinit6 1
Rare beaut6,
Perle sans prix, vivaute image
Du souverain,
L ornement, le plus bel ouvrage
De cejardin.
Je te ferai part d un secret
Dans ce bosquet :
J ai acquis de la couuaissance
DU CANADA 16
De ce beau fruit ;
Viens done, tu sauras la science
Qu il en produit.
Mange ce fruit d61icieux,
Ouvre les yeux !
La friande cueillit la pomrne :
Elle en niangea ;
Elle en porta a son cher homme
Qui s affligea.
Ah! malheureuse, d oa viens-tu?
Je suis perdu !
Quel est ce fruit ? oh done est 1 arbre f
Montre-le moi!....
Mon coaur devieufc froid comme marbre ;
Dis-moi pourquoi!
Adam, Adam, entends ma voix,
Sors de ce bois !
Dis-moi done pourquoi tu te caches j
Quelle raison ....
Et ne crois-tu pas que je sache
Ta trahison ?
Mon Cr^ateur, j ai reconna
Que j 6tais nu ;
Mais mon Auteur, mon divin Malt re,
En verit6,
J ai honte de faire connaitre
Ma uudite.
Approche-toi, monstre infernal,
Auteur du mal.
Si tu as detruit L innooence,
Dis-moi pourquoi ! . . . .
166 CHANSONS POPULAIRB3
Je vais prononcer la sentence I
Ecoute-moi !
" T as servi d organe au demon t
Point de pardon !
La terre pour ta nourriture
Tu mangeras;
L homine, dans sa juste colere,
Tecrasera.
u Ta n as pas e"cont6 ma loi,
Femme, pourqnoi ?
Menc une vie p6uitete;
Dans ma rigueur,
Tu souffriras, lorsqu t enfant n//
De grand douicuM.
44 Adam, tu mangeras ton pain
Avec chagrin.
Va cultiver la terre ingrate ;
Sora de ce lieu !
Et n attends plus qne je te flattei
Je suis ton Dieu."
Je te fais mes derniers adieux
Les 1 arm s aux yeux,
Jardin charmant, lieureux parterre!*
Quel triste sort !
J*e m en vaia cultiver la terre
Jusqu a la mort !
Un ange vint le consoler
Et lui parler,
Lui annon9ant qne le Messie
Viendrait un jour
DU CANADA 117
Naltre de la Vierge Marie,
Pour leur amour.
Enfin le temps si de sire
Est arriv^.
Die a touch6 de notre misere,
Envoie son Fils.
Et voila le fruit salutaire
Qa il a promis.
168
CHANSONS POPULAIRES
UN JOUR L ENVI M A PRIS DE DESERTER DE FRANCE
Une fort belle chanson ; tres-ancienne, tres-militaire,
et partant toute franchise.
Un jour Pen- vie m a pris De d6- ser-
^
ter de Fran- ce.
Dans mon che- min j ai
Dans les autrei
couplets on passe
cette mesure
t ^ i ^^^t ^ i ^ *
ren-con- tre Ma cbarmaa- te beau- t6 ; Je me
-- A -- |X_, --- , - ,> --- __ , __ . _ _ _
i 1 m ._ _ JT: ^ . .
suis ar- re- te : C e^ tail pour lui par- ler.
Un jour 1 envi ma pris )
De deserter de France. \ \ 8)
Dans mon chemiu j ai reucontr6
Ma charmaute beuute ;
Je me suis arr^t6 :
C 6tait pour lui parler.
Je vois venir, la-bas, )
Ah ! cinq ou six gendarmes. ) ^
J ai mis mon habit bas,
DQ CANADA 169
Mon sabre-z-a la main;
Je me sui.s buttu la
Comme un vaillant soldat.
Le premier que je tuai, ) -.
Ce fut mon capital lie. > ^
Mon capitaine est tnort,
Et je m en souci fort ;
H est niort en ce jou r :
Deiuaiu sera mou tour.
Us m ont prip, ils m eiumeuent, ? /. v
C esfc a la citadelle. S (
Moa proces fut ju.ije
Par quatre grenadiers :
C est d etre fusille
Ou bien d etre tranche !
Tirez-moi droit au coeur ,, . *
Ou bien dans la cervelle. ^
Celui qui ni aimcra,
Droit ait coaur tirera,
Pour me faire niourir
Sans me fair trop souffrir-
IU 1 ont pris, ils 1 emraeuent, ) /. .
C est a la Place d Armes. $ (0ltt
Lui out bande les yeux
Avec uu mouchoii- blauc....
.Je me suis 6crie :
La belle est sans amant ! . . .
170 CHANSONS POPULAIRES
DANS PARIS YA-T-UNE BRUNE PLUS BELLE QUE
LE JOUR
Gette jolie 16gende se chante dans le midi de la France,
en patois provengal. (Voir les Chants populaires et histo-
riques de la Provence, recueillis et annotes par M. I>.
Arbaud, page 133, vol. I.) On la chante aussi en langue-
franchise dans les departements de 1 ouest. Dans les ver
sions dounees par M. Bujeand (La vielle if argent] et par M.
Arbaud (Liseto), les ravisseurs ne se font pas cavaliers
mais mendiants, et aussi nn pen troubadours, car ils
jouent d une vielle d argenl ou d une viole endoree. Le tout
se termine avec 1 enlevement. Le charmant couplet que
nous chantons ici :
Si vous m aviez mariee
A Page de quinze ans, etc.
fait defaut dans les deux versions franchises.
Notre air canadien,un des plus beaux et desplus carao-
teristiques de ce recueil, 1 emporte aussi de beaucoup sur
ceux de ces deux versions. II appartient au premier mode
authentique de la tonalite ancienne, ce qui n ote rien i
son merite.
Dans Pa- ris, ya-t-u-ne bru-ne Plus bell que le
jourj Scut trois bourgeoisie la vil- le Qui lui font Ta--
DU CANADA 171
mour. Qui lui font I a-mour, la lu- ret- te, Qui lui
font 1 a- mour.
Dans Paris yn-t-une brune
Plus bell que le jour ;
Sont troU bourgeois do la ville
Qui lui font I amour.
Qui lui font I amour, la lurette,
Qui lui font I atuour.
Sont trois boargeois.de la ville
Qui lui font I amour.
Us se disaient I un a 1 autre :
Comment I aurions-uousf
Comment, etc.
Us se disaient I un a 1 autre :
Continent 1 auiions-uous ?
Le plus jeun se rait a dire :
Moi je sais le tour.
Moi je sais, etc.
Le plus jeun se rait a dire
Moi je sais le tour :
Je me f rai faire une selle
Avec tous ses atours.
Avec, etc.
Je me f rai faire nne selle
Avec tous ses atours;
Et j irai de ville en
Toujoursa son nom.
Toujours, etc.
172 CHANSONS POPULAIRES
Et j irai de ville en ville
Toujours a son nom.
Enseignez-moi douc, mesdamea,
Le chemin des grands.
Le chemin, etc.
Enseignez-moi done, mesdamea,
Le chemin des grands.
Allez, allez done, ma fille,
A ce pauvre passant.
A ce pauvre, etc.
Allez, allez done, ma fille,
A ce pauvre passant ;
Allez jusqu a la barriere :
Revenez-vous-en.
Reveuez, etc.
Allez jusqu a la barriere t
Revenez-vous-en.
La fille etait jeunette,
Elle a te plus avant.
Elle a te, etc.
La fillette etait jeanette,
Elle a t6 plus avant;
Le galant qu est fort adroitte
Lui a donn6 la main.
Lui a doune, etc.
Le galant qu est fort adroitte
Dui a donne la main ;
II la prit et il 1 emmene
Sur son cheval blano.
Sur son cheval, etc.
DU CANADA 173
II la pritet il 1 emmene
Sur son cheva! blauo ;
Le cheval blauc qui les mene
Va plus raid quo le vent.
Va ploa raide, etc.
Le cheval blanc qui les mene
Va plus raid que le vent.
Adieu pere et adieu mere,
Adieu tous mes parents !
Adieu, etc.
Adieu pere et adieu mere,
Adieu tous mes parents !
Si voua ra aviez marine
Al age de quinze ans....
Al age, etc.
Si vous m aviez marine
A 1 dge de quinze ans,
Je ne s rais point dans la ville
Avec tous ces brigands^*.
Avec tous, etc.
Je ne s rais point dans la ville
Avec tous ces brigands. ...
Je n suis point brigand, la belle,
Je sols votre amant,
Je suis, etc.
Je n suis point brigand, la belle,
Je sols votre amant.
Versez, versez, dans mon verre,
Dans mon verr , du vin.
Dans mon verre, etc.
174 CHANSONS POPULAIRB8
Versez, versez dans mon verre,
Dans mon verr , du via.
A la santo" de la belle
Et de son ainaut.
Et de son, etc.
A la saute" de la belle
Et de son amant;
A sou pere et a sa mere
Et a tons aes parents.
Et a tons ses parents, la
Et a tous ses parents.
DtJ CANADA 11
PAR DERRIERE CHEZ MA TANTE YA-T-UN ARBRE
PLANTE
J avoue que j ai eu quelque mal a saisir le rhythme et
le mode de cette melodie 6trange, promenee par une voix
nasillarde et saccadee sur les degres vermoulus de 1 an-
tique 6chelle gregorienne. GrAce a 1 intervalle de seconde
majeure descendante, entre si et /a, quatorzieme mesure,
la melodie qui deja n appartenait pas an mode mineur, a
cause de 1 absence de note sensible, s en eloigne encore
davantage. Mais voici une nouvelle etrangete. Le must
cien remarquera que la note fa est alteree par un diese,
dans la onzieme mesure. II y a ici modulation ; on plutot,
pour parler le vieil langage cTautrefois, il y a muance, c est-
a-dire transposition passagere d un mode a un autre.
Gette melodie appartient done au premier mode authen-
tique (premier ton), avec muance dans le quatrieme mode
authentique ou dans le quatrieme mode plagal (septieme
ou huitieme ton).
Ges couplets se chantant dans le Saintonge, 1 Angou-
mois, 1 Aunis et le Poitou, en frangais et en patois. Les
airs frangais sont differents du notre.
Par der- ridr* chez ina tant Ya- t-un ar-
176 CHANSONS POPULA.IRES
. -* * -* *
bre plan- t6; Dans la plus hau- te branch Troia
pi- geona sont bran- dies. Vi- ve le - ro- sier
Du jo- li mois de mai.
Par derrier chez ma tante
Ya-t-un arbre plante;
Dans la plus haute brancbe
Trois pigeons sont bran cue s.
Vive le rosier
Du jolt mois do mai.
Dans l,i plus haute branche
Trois pigeons sout branches;
Ce sont tt-ois demoiselles
Qui leur port nt a manger,
Vive le rosier, etc.
Dans la plus haute bra ache
Trois pigeons sont branches ;
Ce sout trois demoiselles
Qui leur port nt a manger.
Vive le rosier, etc.
Ce sont trois demoiselles
Qui leur port nt a manger;
Un leur porte du seigle,
L autre, du bled pile".
Vive le rosier, etc.
Un leur porte du seigle,
L autre, du bled pile";
L autre leur porfce a boire
Dans un bassiu dor6.
Vive le rosier, etc.
DQ CANADA 177
L autre lenr povte a boire
Dans un bassiu do re".
Le roi, par la fenetre,
Les regardait passer.
Vive le rosier, etc.
Le roi, par la fene tre,
Les regardait passer :
Ou vont-ell s, ces trois dames?
Ou. vont-ell s s promener?
Vive le rosier, etc.
Ou vont-ell s, ces trois dames?
Oil vout-ell s s proruener?
Nous ne sorum s point des dames,
Sonini s fill s a marier.
Vive le rosier, etc.
Nous ne somm s point des dames,
Somm s fill s a marier.
Le roi prit la jeuue,
Dans la dans 1 a menee.
Vive le rosier, etc.
Le roi prit la plus jeune,
Dans la dans 1 a menee;
A chaque tour de danse
II vouiait 1 euibrasser,
Vive le rosier, etc.
A chaque tour de dause
II vouiait 1 embrasser :
Allez, allez, beau prince,
Allez plus loin cuercher.
Vive le rosier
Du joli mois de mai.
178
CHANSONS POPULAIRES
J AI TROP GRAND 1 PEUR DES LOUPS
Ce refrain et cette melodic s adaptent a plusieurs autres
chansons. G cst la un genre de transposition assez a la
mode a la campagne : ainsi on entend souvent chanter A
la claire fontaine sur Pair et avec le refrain de Gai Ion la,
gai le rosier. . . .etc., etc. Tai trap grand 1 peur des loups est
une chanson bien connue dans les environs de Quebec.
On la chante anssi dans le Poitou, en France. L air
poitevin est le meme que le notre.
> is
M en ro- ve- nant de la Veu-
}-$ > * ------ , , -A --- . > * ------ ,
M en re- ve- nant de la Vendee, Dads mon cheinin j ai
ren- con- tre .Vous m a- inu- sez tou- joura;
Jamais je m en i- - rai cbez nous : J ai trop grand peur
dea loups.
M en revenant de la Vendee, (bis)
Dans mon chemin j ai rencontre 1 ....
Voua m aniusez toujours;
Tamais je m eu irai chez nous :
J ai trop grand peur des loups.
DU CANADA 179
Dans mon chemin j ai rencontre", (bis)
Trois cavaliers fort bien montes.
Vous m amusez, etc.
Trois cavaliers font bien months, (bia)
Deux a cheval et 1 autre a pied.
Vous m amusez, etc.
Deux a cheval et 1 autre a pied ; (bis)
Celui d a pied m a demande....
Vous m arausez, etc.
Celui d a pied m a demand^: (bis)
Ou irons-nous ce soil 1 coucher?
Vous m amusez, etc.
Ou irons-nous ce soir coucher? (bis)
Chez nous, monsieur, si vous voulez.
Vous m amusez, etc.
Chez nous, monsieur, si vous voulez ;(bia)
Vous y trouv rez nil bon souper.
Vous m amusez, etc.
Vous y trouv rez un bon souper, (bis)
Et de bons lits pour vous coucher.
Vous m amusez, etc.
Et de bons lits pour vous coucher. (bia)
Les cavaliers ont accepte".
Vous m amusez toujours ;
Jamais je m en irai chez nous :
J ai trop grand peur des loups.
180
CHANSONS POPULATES
J AI VU LE LOUP, LE R NARD PASSER
Ge refrain est connu par tout le pays. II doit etre
consequemment d une cerlaine anciennete. Gomme le
precedent, on 1 ajuste souvent a d autres couplets.
-*-,
J-
J ai vu le loup, le r nard et le 116- vre,
FIN.
is-J ft -* * -f -5 i
tj _ 1 IX 1 ^ 1
-,- m?*^3 * * -.
4* *-
. r ^
J ai vu le loup, lo r uard pas- ser. M en re- ve-naut de
- __* 5 ,
H -l x :
-~^
la Vea- dee, J ai vu le loup, le r uard pas- ser,
Dans mon che-miu j ai rencou- tre.... J ai vu le loup, le
r nard pas- ser.
r?our les autres paroles, voir J ai frop grand peur des loups)
DU CANADA 181
JE LE MENE BIEN MON DEVIDOF 1
Lord Dalhousie, qui gouverna le Canada de 1820 a
1828, passait d ordinaire les etes a Sorel, d ou il faisait de
Jrequentes excursions, en chaloiipe, dans le pays envi-
ronnant. Son elegante embarcation etait montee par des
batchers portant un joli costume, la plupart anciens
voyageurs du Nord-Ouest, rompus au metier, et, de plus,
excellents chanteurs.
i
M. G* * *, du comte de Maskinonge, de qui j ai recueilli
Je le mene bien mon de vidoi\ me dit 1 avoir entendu chan
ter, par ces bateliers, un jour que le gouverneur et son
joyeux entourage remontaient une des rivieres qui se
jettent dans le lac Saint-Pierre. " II me semble, me dit-
il, voir encore leur fines rames peintes en rouge s abaisser
et se relever en cadence, et entendre leurs voix sonores :
Je le mene bien ;
Je le mene droit ;
Je le mine bien
Mou devidoi !...."
Voix seule, reprise en choeur.
Mon per n a- vait fil- le que moi, Je le me- ne
182
CHANSONS POPULA.IRES
Voix seule.
/1\
_ f> f, . .X li* _ ^ )> ,
bien mon d6- vi- doi 1 1 En- cor sur la iner il ra en-
Voix seule, reprise en chaeur.
voP. Moi-z-et moil Je le m&-ue bien; Je le mft- ne
droitl Je ie m^-no bieu Mon de- vi- doi !
(Poor lea autres couplets, voir Ctcilia)
DU CANADA 183
M EN REVENANT DE SAINT ANDRE
Gette melodie appartienl an premier mode authentique
de la tonalite ancienne, et n est pas en mi mineur comme
on pourrait le supposer tout d abord. En effet, la note do
qui descend au s, dans la dixieme mesure, etant diese, il
y a intervalle de ton entier entre les deux notes ; or, dans
la gamme descendaute du mode mineur, il ne doit y avoir
qu un intervalle de demi-ton entre le sixieme et le cin-
quieme degre.
Mais la finale de ce premier mode authentique devrait
etre re; icr elle est rm ? La melodie, le mode, si on
1 aime mieux, est en effet hausse d un ton; mais c est la
une simple transposition, comme j en ai deja fait souvent
dans ce travail, et que les musiciens comprendront aise-
ment. Us comprendront aussi que la clef, qui ne serait
armee que d un seul diese si la melodie etait en mi mineur,
doit etre ici armee de deux dieses, pour mettre les diffe-
rents degres du mode antique dans une position analogue
a celle qu ils occuperaient s ils etaient places un ton plus
has, a leur place naturelle, et sans aucun signe d alte-
ration a la clef.
M eu re- ve- nant de Saiut-An- dr6, J ai vu le
184
CHANSONS POPULAIRES
loup, le r nard pas- ser, Dans inon clie- iniu j ai ren-con-
_3 I ~_ ~7 _ .ZL_ ~&
tre\ .. .Ou, ouah 1 Son p tit { e- - ta j>e, J ai vu le
loup, le r nard, le U6-vre, J ai vu le loup, le r nard pas-
eer.
(Pour les autres paroles, voir Fai trop grand peur des loups)
DU CANADA
185
C EST DANS PARIS YA-T-UNE BRUNE
II s agit d une pauvre fille prise de vanite (ga se ren
contre), etqui va se confier a un apothicaire dont les
prescriptions ne manquent pas de perfidie.
La melodic est bien ; la forme des vers, passable ; la
morale, excellente.
Ges conplets se chantent dans 1 ouest de la France. L air
frangais differe completement da notre, mais les paroles
offrent a peine quelques legeres variantes. L expression
" matin jour " se tronve aussi dans la version frangaise.
C est dans Pa- - ris ya- t-u- ne brun
Qui est plus bel- le quo le jour. Mais elle a-
vait u- - ne ser- van- te Qu au- rait, qu au- rait vou-
lu Etre aus- si bell que sa, mai- tres- se
is ell n a
pu.
C est dans Paris ya-t-une brane ) ,* .
Qai est plus belle que le jour. >
Mais elle avait une servaute
Q aarait, qu aurait voulu
Etre aussi bell que sa maitreaae :
Mais ell u a pa.
186 CHANSONS POPULA.IRES
Ell s en va ehez 1 apotliicaire : ) ,^. .
Combien vendez-vous votre fardf >
Nous le vendons par demi-oaces :
C est deux, c est deux 6cus.
Pesez-rnoi-z-eu un demi-onco:
Voila l 6cu.
Quand vous serez pour vous fanior, ) ... .
Prenez bien garde de vons niirer. . . . >
Vous e"teiudrez votre chaudelle....
BarbouU barbouillez-vous;
Le lendemaiii vous serez belle
Coname le jour.
Lolenderaain, au matin jour, ? ,, .
La belle a mis ses beaux atours; )
Elle a mis son beau jupon vert,
Sou blauc, sou blaiic mantelet,
Pour aller faire uu tour en ville,
S y promener.
Dans son chemin, a rencontre > ,, .
Son joli. tendre cavalier. )
Ou allez-vous, blanche coquette,
Tout noir tout barbouillee ?
Vous avec la figur plus noire
Que la ch uiiuee!
Ell s en r tourne a 1 apothioaire : ? /. . v
Monsieur,que m avez-vous vendaf t
Je vous ai veudu du cirage
Pour vos, pour vos souliers :
5*appartient pas uue servante
De se farder.
VARIANTE :
J vous ai veudu, blanche coquette,
Du noir, du noir a furne e:
5*appartient pas uue servante
De se farder.
DU CANADA 187
PAPILLON TU ES VOLAGE
Ce dialogue de deux amants qui se boudent ne manque
pas de piquant. II y a beaucoup de froideur dans ce
Monsieur, ce Mademoiselle...... Le beau r61e, reste 6vi-
demment a la jeune fllle. Son apostrophe au papillon est
tout a fait charmante.
Pa- pil- Ion, tu es vo- la- ge I Tu resserable & mon a-
_ __ j^ v ^
mant. L amour est uu ba-di- ua- ge,L amour est un pas- se-
temps ; Quaud j ni moii a-mantJ ai le coenr con- teat
Papillon, tu es volage!
Tu ressemble a inon amant.
L amoar est un badinage,
L amour e s t*un passe-temps;
Quaud j jii mou amant
J ai le co3ur coutent.
Croyez-vous, mademoiselle,
Que je viens ici pour vous /
J en ai d autre , a ma demaade,
Qui sont plus belles quo vous.
Croyez-moi, mam zelle,
Je me ris de vous.
188 CHANSONS POPULA.LRE3
Monsieur, pour d iogratitude,
Votre co3ur u en manque paa :
Vous avez souveut 1 habitude,
Bieu souvent changer d appas.
Croyez-inoi, monsieur,
N y reveuez pas.
Croyez-vous, mademoiselle,
Que je pens de revenir?
J estim ruieux vider bouteille
Avec uu de mes amis.
Adieu ines amours 1
Adieu mes plaisirs 1
Si I amour avait des ailes
Comme toi, beau papilloa,
D iruit de ville en ville
Pour rejoindre mon amant,
Lui faire assavoir
De mes couiplimenta.
DCJ CANADA 18?
NOUS ETIONS TROIS CAPITAINES
Une des chansons favorites des 61eves du college de
Nicolet, da moins, autrefois. Elle n etait jamais oubli6e
dans les jours de liesse, mais surtout au retour des longues
promenades du jeudi.
Pourquoi ces couplets si gais se chantent-ils dans le
mode mineur? " Dans tons les pays, a dit Chateaubriand,
le chant naturel de I homme est triste, lors meme qu il
exprime le bonheur. Notre co6ur est un instrument
incomplet, une lyre ou il manque des cordes, et ou nous
sommes forces de rendre les accents de la joie sur le ton
consacre aux soupirs."
Les reprises en chceur.
Nous e- tious troi ca- pi- tai- - nes,
Nous e"- - tions trois oa- pi- tai- - nea De la
guer- re re- ve- nant, Bra- ve, bra- - ve, De la
guer- re- re- ve- nant Bra- ve- inent.
190 CHANSONS POPULAIRES
"Nous 6tions trois capitaiues (bis)
De la guerre revenant,
Brave, brave,
De la guerre revenant
Braveraent.
Nous entr&m s dans une auberge :
Hotesse, as-tu du vin blanc ?
Brave, brave,
Hdtesse, as-tu du viu blanc ?
Bravement.
Oui, vraiment, nous dit I hdtesse j (bit)
J eu ai du rouge et du blanc,
Brave, brave,
J en ai du rouge et du blauc,
Bravement.
Hotess , tire-nous chopine, (bit)
Chopin ette de vin blanc,
Brave, brave,
Chopinette de vin blanc,
Bravement.
Qnand la chopine fut bue, (bit)
Nous tiram s trois e*cus blaucs,
Brave, brave,
Nous tirara s trois 6cus blancs,
Bravement.
Grand merci ! nous dit 1 hdtesse, (bit)
Revenez-y done sou vent,
Brave, brave,
Revetiez-y done souveut,
Bravement.
DU CANADA
JE N AI PAS DE BARBE All MENTON, \1AIS IL
M EN VIENT
Si 1 heroine de ces couplets se montre bien irrev6ren-
cieuse envers son pere, la melodie sur laquelle se chante
sa rebellion n est pas moins irreverencieuse envers les
regies de 1 art musical.
II est vraiment curieux pour un musicien d entendre
chanter avec tant d aisance et de naturel, par des voix
campagnardes, ces melodies qui s eloignent tant des regies
etablies. J ai vu dernierement un musicien (un musicien
avance) aux prises avec quelques melodies populaires aussi
caracteristiques que celle-ci, et qu il se faisait fort d har-
moniser sans broncher. II en faisait de belles ! De
guerre lasse, et pour se consoler de son impuissance, il se
leva du clavier en disant avec un beau dedain : c est du
plain chant !
Plusieurs variantes de celte chanson se chantent a la
Rochelle et dans le Bas-Poitou.
Moa pere a fait bft- - tir mai- son, Mon pere a
fait b&- tir mai- SOD ; L a fait ba- tir su 1 bout J ne
192 CHANSONS POPULA1RES
pout. Le beau temps s eu va, Le inau- vais re- vient.
Je n ai pas de bar be au meu- toil Mais il m en vint.
Mon pere a fait batir maison ; (bis)
L a fait batir su 1 bout d un pout.
Le beau temps s en va,
Le man vais revientj
Je u ai pas de barbe au menton
Mais il m en vient.
L a fait batir su 1 bout d un pont. (bis)
Mon pere faites-moi-z-un don.
Le beau temps s en va, etc.
Mon pere faites-moi-z-un don ; (bis)
Donnez-moi done votre maison.
Le beau temps s eu va, etc.
Donnez-moi douc votre maison. (bis)
Ma fille, proiuettez-inoi done....
Le beau temps s en va, etc.
Ma fille promettez-moi done (bis)
De n jamais aimer les garcons.
Le beau temps s en va, etc.
De n jamais aimer lea garc/ons. (bis)
^-J estim rais mieux que la maison....
Le beau temps s en va, etc.
DU CANADA 1 93
J estim rais mieux que la maison
Serait en ceudre et en charbons.
Le beau temps s en va, etc.
Serait en cendre et en charbons, (bis)
Et vous mon per sur le pignon.
Le beau temps s en va, etc.
Et vous mon per snr le pignon : (bit)
Vous vous chauffeiiez lea talons.
Le beau temps s en va,
Le manvftis revient ;
Je n ai pas de barbe au menton
Mais il m eu vieot
194
CHANSONS POPULAIRES
JE N AI PAS DE BARBE AU MENTON
(Autre air)
On chante aussi Je rial pas de barbe au menton sur 1 air
note cidessous et qui n est autre que 1 air note page 64,
mais un pen raccourci.
_4k - .% T.> JV . - . _ ,-p^ .^ rv -
Mou p&re a fait ba- tir maison, Je n ai pas de barbe
_ m B- m _ _ H I*
P P P I P P w * P 1 P P _ ~J
y w : I & 2 ^
au ineu-ton, L a fait ba-tir su 1 bont d un pont. Le beau
]iz- ^ y : :=di=^ p _!__ - ^-^^^:
temps s en va, Le mau- vais re- vient. Je n ai pas de barbe
-- -- _ . -,
an
^^
men-ton Maia U m en vient.
DU CANADA 85
J AI PERDU MON AMANT
Deux sortes de rhythme nous sont familiers ; Tun
appele poetique, qui se combine avec la mesure ; Fautre
appele prosa ique ou oratoire, qui n est entrave par auoune
mesure et qui est le rhythme propre du plain-chant.
tTexaminerai plus loin, avec le lecteur, le caractere parti-
culier de ces deux especes de rhythme. En attendant, que
Fon veuille bien remarquer ici que le rhythme de la
melodie notee ci-apres se refuse completement aux exi
gences d une mesure uniforme, et que quelquefois meme
il semble vouloir s affranchir de toute mesure pour se
rapprocher du rhythme oraloire.
J ai recueilli cette chanson dans le comte de Maski-
nonge, et ne Fai entendu chanter nulle part ailleurs.
J ai sou vent remarque que les melodies du peuple qui
offrent le plus de contradictions avec les lois etablies, sont
d ordinaire les moins universellement connues, surtout
dans les villes. Elles semblent s etre retirees dans les bas-
fonds populaires, si je puis m exprimer ainsi, la ou Fart
moderne ne peut avoir que difficilemeat acces.
T " *
J ai per- da inou a- maat Et je ui ea sou- ci
196
CHANSONS POPULAIRES
ai Se
gue- re; Le re- gret que j en
ra bien-tot pas- - se. Je
por- te- - rai le
deuil-le D un ba-bit de sa- - tin ; Je ver- se-
rai dea lar- mes de
Tn.
J ai perdu nion anuuit
Et je in iin souci gn^rej
Le regret que j en :ii
Sera bientot pass^.
Je porterai le deuille
D un habit de satin ;
Je verserai des larmes
De vin.
Amant, que j t ai done fait
Qui puiss taut te deplaire?
Est-c que j tai pas aiin6
Comm tu 1 as raerite?
Je t ai aime, je t aime,
Je t aimerai toujours.
Pour toi mon cceur soupire
To uj ours.
La mniaou de chez nous
C aet un lien solitaire :
Ou n y voit pas souveut
Divertir aes amants.
DU CANADA ItT
Pour des amaiits qu on aime,
Qu on aim si tendreraent,
On aime rait lea voire
So a vent.
Si j e"tais hirondelle,
Vers toi, bell demoiselle,
Par derrier ces rochers
J irais prendr m;i vo!6e.
Sur votre main, la belle,
J irais me re poser,
Pour raco nter la peine
Que j ai.
198 CHANSONS POPULATRES
VOIGI LE TEMPS ET LA SAISON
.Tai chante cette melodie a un citarlin, qui 1 a trouvee
tres monotone et tres-laide. Monotone, oui ; laide, cela
depend,
Gette melodie (qui appartient au second mode du plain-
chant) est de celles qui n ont de beaute que dans la bouche
des gens de la campagne. II y a quelque chose de triste
et de doux dans la voix des campagnards qui donne un
charme tout particulier a ces airs monotones dans lesquels
semble se refleter toute leur existence. II en est des voix
des habitants de la campagne comme de leurs yeux.
Letirs regards, accoutumes a embrasser 1 horizon immense
et des scenes uniformes, ont une quietude, im calme, une
monotonie si Ton vent, que Ton ne rencontre jamais chez
les habitants des villes.
^ V Nj ..._J
Voi- ci le temps et la. sai- - sou, Voi-ci le
temps et la sai- - son Ah ! vrai, que les jour-
n6 s sont Ion- - gues, Ah ! vrai, que les jour-ne s sont
Ion- - gues !
DU CANADA 199
Voici le temps et la aaiaon (bis)
Ah! vrai, que lea journe es sont longues! (bia)
Lea amoureux onfc bieu le temps (bis)
D a en aller voir leurs jolies blondes, (bia)
Et moi qai auis dana lea prisons, (bis )
Je ne peux aller voir la mienne. (bis)
Ma inignonue a de blonds cheveux, (bis)
Qui lui vont juaqu a la ceinture. (bis)
Mon amant, il u est pas ici : (bis)
II eat la-bas, dans ce navire. (bis)
La belle, le coimaiasez-voua (bis)
Par aon beau chant et aon beau rire? (bit)
La belle, voulez-veus yallerf (bis)
Je vaia aller voua y conduire. (bm)
La belle a eu le pifld \6g*r, (bis)
Dans le navir s est oiob;xrqaee. (bis)
Quand ila fnr nt a cent lieuea aur mer, (bit)
Une tempe t s est elevee. (bia)
Le navire a coule an fou 1 ; (bis)
Le beau avec sa niie. (bis)
Le contre-maltre s est sauv6 (bit)
Dedaua aa chaloupe jolie. (bis)
200 CHANSONS POPULAIRE3
PETIT ROGHER DE LA HAUTE MONTAGNE
La complainte que Ton va lire a ete composee dans des
circonstances vraiment extraordiaairesqui meri tent d etre
connues da lecteur. On me saura gre de reprodaire ici la
belle narration qu a faite M. J. G. Tache des evenements
qui ont precede et accompagne la mort du vaillant cou-
reur de bois, heros et auteur de ces couplets.
Eu remoutant Li grande riviere des Outaouais, on ue manqne pas
de s arreter au Petit rocher de la haute montagne qui est au milieu
du portage des Sept-chutes, en bas de 1 Ile du Grand calumet : c est
14 qu est la fosse de Cadieux dont tout le munde a eutendu parler.
Cbaque fois que les canots de la compagnie passeut au Petit Eo-
cher, un vieux voyageur racontc aux jeuues geus 1 bistoire de
Cadieux; les anciens voyageurs qui 1 ont dejti euteudu racouter
aimeut toujours a 1 euteudre, quau.l ils ue la rediseut pas eux-
ineines. Cette fois la^ ce fut le vieux Moracbe, un^ancieu guide, qui
uous deroula le recitdes aveutures de Cadieux.
Cadieux etait ua voyageur-iuterprete marie a uue Algonquiae :
il passait d ordinaire 1 liiver a la cliasse, et 1 eie il traitait avec les
8auvag39, pour le compte des marchaud. C etait au temps des der-
ni6res expeditions des Iroquots : Cadieux avait paase la saisou de
chusse au portage des Sept-chutes oil il etait cabane avec quelquea
autres families : ou etait alors au inois de mai, et Cadieux attoudait
des sauvages de 1 Ile et des Courte- Oreille (*), qui devaieut des
cend re eu meme temps que lui jusqu a Montreal avec des pelleteries.
La plus graude trauquillite regnait dans les cabaues du Petit-
rocber, lorsqu uu bonjour uu jeuue sauvage, qui etait alle rodef
(*) Outaouais.
DU CANADA 201
autour des rapides et en bas du portage, arriva tout essouffle au
milieu des families dispersees autour des cabanes, en criant :
Natiaou6 1 Nattaou6 I Lea Iroquois I Les Iroquois 1
En effet uu parti de guerre iroquois 6tait, en ce moment, a environ
one lieue en bas du portage des Sept-chutes : ilssavaient que c etait
le temps oft les canots descemlaieut la Grande-riviere vcuaut des
pays de chasse, et ils voulaieut/dwVe coup.
II n y avail qu un seul moyeu d ecliapper, c etait de teuter de
sauter les rapides, choscs a peu pres inoiue; car, comme le disait le
vieux Morache, ils nesont pas drus les canots qui sautent les Sept-
chutes I
Mais ce u etait pas tout cepeudaut, il fallait encore que quelqu uu
restat sur place p(iir ope rcr une diversion, attirer les Ir<>qm>H dans
le bois et les empechcr ainsi, une fois engages dans lo portage, de
couuaitre ce qui etait, arrive. Pour qui sail ce que c etuit que los
Iroquois dans ce temps la, il sera facile de ooinprendre que, sans
pareil stratageme, 1 exauieu des traces toutes fraicbes laissees par
les families les eut fait de suite partager en deux bundes, dout 1 une
cut reraonte et I autro desceudu la riviere, a la poursuitedes fugitifs.
Cadieux, comme le plus capable et le plus eutendu de tous, se
cbargea de la peiilleuse mais geuereusr mission, prenant avec lui uu
jeuue Algonquin dans le courage et la fidelite duquel il avail une
parfaite coufiauce. Leur but atteiut, Cadieux et sou compaguou se
proposaieut de prendre le cbemiu le plus sur pour rejoiudre leurs
gens, qui devaieut envoyer a leur reucoutre eu cas d un trop long
retard.
On leva les cabanes : une fois les preparatifs fails, Cadieux et son
jeuue compaguou armes de leurs fusils, baches et couteaux, munis
de quelques provisions, partireut pour aller au-devaut des Iroquois.
H etait couveuu que les cauots laisseraieut le convert de la rive et se
lanceraieut dans les rapides, des qu on a u rait euteudu le rapport
d un ou plusieurs coups de fusils dans la direction du portage.
Uue heure ne s e"tait pas ecoulee qu uu coupde fusil reteutit, suivi
bientot d uu autre, puis de plusieurs. Pendant cette lutte, au bruit
des detonations, les cauots, engages dans les terribles courauts, bou-
dissaient, au milieu des bouillons et de 1 ecume, plougeaieut et se
relevaient sur la crete des vagues qui les emportaieut dans leur
course. Les habiles canotiers, femtnes et homines, aux deux bouts
202 CHANSONS POPULAIRBS
de aliaque canot, re"gularisaient leurs uionveiuents, evitaient lea
pointes aeerees des roeliors, et tenaient, aveclenrs avirous, ces frelea
cassots d ccorce daus \esfilets d eau propiccs, indiqu6s par 1 etat de
la surface dos oudes et la forme des courants.
On s etait, en partant, recoimnande a la bonue salute Anne et
on priait de cceur t<>utle temps.
Jo u ni rien vu daus les Sept-chutes, disatt daus la suite la
fcnime de Cadieux, qui e*tait une pieuse feinme, je u ai rien vu
qii uuo Grande Dame Blanche qui voltigpait devaut les canots et
lions inontrait la route !
Les canots furent sau ve"s et rendus on pou de jours hors de 1 at-
tcinto des ennemis an Lac-des-Deux-Montagues. Mais quefaisaien*
Cadiciix ot. sun sauvHgo pendant tout cetomps, et que deviureut-ils?
Voici co qui sYtait passt % coinmo on 1 a su plus tard de quelqueft
Iroquots et dos geus euvoyea au devant du brave iuterpr^te.
Cadieux avait d abord laisse les Iroquois s engager dans le por
tage. Apr6s avoir clioisi 1 eudroit le plus favorable pour les tenir
hors de la vue de la riviere, il s etait place en einbuscade a petite
port4e du sentier, bleu cache dans d epaisses broussailles : il avait
de inline embusque* son sauvage i quelques arpeuts plus haut, pour
faire croire & la presence de plusieurs partis une fois I aflFaire eo
train.
Cadieux laissa passer les dclaireursiroquois, qui furetaient del oeil
les bords du sender, et les premiers guerriers porteurs des canots,
jusqu ^, ce que, les euneinis ayaut atteiut 1 endrit occup6 par le
jeune Algonquin, il eutendit le coup de feu de celui-ci et le cri d un
eiineuii atteint.
Les Iroquois ainsi subitement attaquds bondireut de surprise et
firent balte a 1 instaut; inais avant me^ne que les porteurs ue se
fusseut delivres de leurs charges, uu second coup de fusil, tire par
Cadieux au milieu du convoi, abattit un second guerrier.
II est probable que Cadieux avait donne* rendez-vous & son sau
vage dans uue cspece de petite savane peu eloigne" du portage f
car c est vers cet eudroit que tons deux se dirigereut, en faisaut avec,
aucces le coup defeu a 1 abri des taillia.
Les avautages avec lesquels les deux braves faisaient la guerre &
leurs nombreux euuemis n empec+iereut pas, cepeudant, le jouue
DU CANADA 203
algonquiu de toiuber sous leurs coups : II no rejuiguit pas Cadieux
au lieu du rendez-vous ; mais il vendit clierement sa vie.
Pendaut trois jours les Troquoie battirout la foret pour retrouver
les traces des families, tie s imagi. iant pns ineiue qu ils eusseut pu
entvepreudre la descente des raupides ; peudaut trois jours aussi, Us
traquereut le bravo voyag cur daus les bois. Trois jours et trois
nuits qui fureut sans souimeil et sans repos pour le uiallieureux
Cadieux! Au bout de ce temps les envaliisseurs, desesperaut du
rejoiudre les families et de se reudre maitre de leur impreuable
adversaire, convaiuctis du reste qu ils etaieut frustre s du fruit de
leur expeditkr, remireut leurs cauots a 1 eau pour redesceudre la
Grande-riviere.
Plusieurs jours s etaient ecoulea depuis lo depart des families du
Petit-rocher, on avail eu couuaissauce du retmir des Iroquois, et
Cadieux n etait pas encore arrive" : trois homines partireut done,
pour aller & la rencontre de 1 interprete et de sou compaguou. Ces
trois voyageurs remouterent 1 Outaouais jusqu au Portage-du-fort
saus trouver de traces de quoi que ce fut; la ils commencereut a
observer L>s marques du passage des Iroquois etplus haut des sigues
qu ils reconnurent comme iudiquant que leur ami avait sejourne
daus le voisinage.
Quand, arrives au portage des Sept-chutes, ils trouvereut un petit
abri coustruit de brandies qui paraissait avoir e"te abandonn6 : ils
r^solureut de pousser uu peu plus loin leurs recherchea, penaaut que
Cadieux et son camarade avaient peut-etre ete obliges de remouter
la riviere, pour prendre refuge cbez les sauvages de 1 Ile.
Deux jours plus tard, c etait le treizieme depuis la separation de
Cadieux et des families, ils revinrent sur leurs pas apr^s avoir con-
eulto des sauvages qu ils reucontrereut, certains que leurs deux
amis etaieut reudus au Lac-des-Deux-Moutagnes ou morts.
En repassant de nouveau pres du Petit-rocher, ils aper^urent de
loiu, sur le bord du sender du portage, a cote de la petite loge qu ils
avaient cru abandonnee quelques jours auparavaut, uue croix de
bois dont ils s approdierent avec un respect uie le d un etonueuient
Strange.
La croix 4tait plan tee a la tte d une fosse, a peiue creuse"e dans
le sol, et daus cette fosse gisait le corps encore frais de Cadicux, it
deuii euseveli dans des branches vertes. Les mains du uiort
201 CHANSONS POPULAIRES
jointes sur sa puitrine, sur laquelle reposait un large feuillet d ecorce
de bouleau convert d ecriture.
Les voyageurs prireut cette ecorce qui devait leur reveler le mys-
tere de la inort tie leur Mini et leur eu expliquer les circonstauces
extraordinaires ; celui d eutre eux qui savait lire Jut les ecritures
cuntiees a ce papier des bois et les relnt plns unirs fois, en face do
cadavre a pei_ue refroidi dn brave Cadieux.
Do tout ce qu ils voyaieut et de ce qui e*tait eerit sur cette ecorce,
les voyageurs couchireut que le pauvre Cadieux, le cerveau 6pnise
par la fatigue, Irs vcilles, 1 inqmetude et les privations, avait fiui f
coin me c est presque toujours le cas daus ces circonstauces, par
errer a 1 aventure jusqu a ce qu il ftu revenu a I eudroit ineme d ou
il etait parti : qu mit> fuis la il avait vecu sans dessein (*), selou
1 expression dn vicux Moraohe, pendant quelques jours, se nour-
rissant de fruits < j t d un pen de cliasse, sans faire de feu daus sa
petite loge de crai nte dcs Iroqnois, allaut s affaihlissant de jour en
jour : quo lors <!< leur passage dans ce lieu , deux jours anparavaut,
il les avait rc connus, apres oxainen ; inais que I eindtiou de la joie
avait prmhiit. sur lui un cl t<-l qu il resta sans parole et sans niou-
vemeut: qn apn-s leur depart, eufin, ay ant perdu tout espoir, se
sentant pres dt- mourir et retmuvaut uu peu de forces dans ces
moments soleunels, il avait, apr6s avoir ecrit ses derniers adieux
au jnoude des vivauts, tail les preparatife de sa sepulture, mis sa
croix sur sa tombe, s etait place daus sa fosse et avait ainoncele, de
son niieux sur lui, ces brandies dont sou corps etait recouvert,
pour attendre aiusi daus la priere la inort, qu il comprenait ne pas
devoir turder a veuir.
Cadieux 6tait voyageur, poste et guerrier; ce qu il avait 6crit,
sur 1 ^corce dont il est parle, etait son chant de mart- Avant de se
coucber dans cette froide tombe du portage des Sept-cbutes, 1 iina-
gination de celui qui avait taut vecu avec la nature s 6tait exaltee,
et, coinine il avait coututne de composer des chansons de voyageur,
il avait e"crit sur ce feuillet des bois son dernier cbaut. (f)
11 s adresse d abord, dans cette complaiute de la inort, aux Sires
(*) San? dessein est la traduotion d une expression sauvage qui veut dire:
sans plan arr&e 1 , sans souoi, sans sola, sans but partioulicr, sans signification
oonnue.
(I) On 60. -it sur l 6coroe de bouleau, aprea avoir enlev6 quelques feuilleta
interieurB, au mojen d une pointe ou stylet queloonque d os ou de m^tal.
DU CANADA 205
qui 1 ontourent pour leur aunoncer sa fin proehaine et ses regrets tie
quitter la vie ; puis il parle de ses souffrances, des inquietudes qu il
eprouve pour les families qu il reunit ensemble, dans sa sollicitude,
sous le nom collectif d amis. II parle de ses terribles apprehensions
a la vue dela fumee d nu campemeut pres de sa logo, do sou trop
grand coutentement de reconnaitre des visages f rauai8, de sou
impuissauce a les appeler et a s e"lauccr vers eux, de leur depart
saus s ctre aperu de sa presence, et de sa desolation.
Cadieux voit un loup et uncorbeau veuirflairer son corps malade;
par un retour de gaiete de chasseur et d orgueil de guerrier t^ea
forets, il menace, 1 uu de son fusil 3t dit a I autre d aller se repaitre
des corps des Iroquois qu il a tues.
II charge eusuite lo rosMguol, compagnon de ses nuits saus som-
meil, d aller porter ses adieus a sa feuimo et a ses eufauts qu il a
tantaime"s; enfin, couune uu bon chretien qu il est, il se retaet
eutre les mains de son Create ur et se recommaudo a la protection
de Marie.
Des voyageurs ont preteudu que Cadieux ue savait pas e crire, et
que le fait de ce chant ecrit sur de I e corce ne pouvait etre, par
consequent, que le resultat d uu miracle j maig Cadienx, saus Sire
instruit, savait e crire corame tous les interpretes de ce temps-la.
Toujours est-il que la chose a 6t& vue cornme elle est racontee.
Les trois Canadieus pleurereut en lisant sur l 6corce ce chant de
mort du brave Cadieux. Us consolid^rent la croix de hois, reta-
plirent la fosse qui contenait les restes de cet homtne fort, e*Iev&reat
uu tertre sur cette tombe solitaire et prterent pour le repos de I aine
de leur ami.
L ecorce sur laquelle ^tait crite la complainte de Cadieux fu|
apport^e au poste du Lac : les voyageurs adaptereut uu air appro-
prie a ce chant si caracteristique de la rude vie de chasseur et de
guerrier des bois, si e"tonnant par les ide"es et si digne de remarque
cause des circonstauces de sa composition. (*)
M. Houde, ancien depute, qui a longtemps voyage sur
(*) Je connais un des descendants du biros de cette histoire, le pdre
Andr4 Cadieux, vieillard de 71 ans, qui reside eur lea bords du lao Huroo.
" Cadieux, m a-t-il dit, e"tait le grand-pere de inon grand-pSre I " (Note de
M. Taohe .)
206
CHANSONS POPULAIRES
1 Ottaoua, et qui a pass6, Iui-m6me, plus de cent fois au
tombeau de Gadieux, m a chante la premiere version de
1 air not6 ci-apres. La seconde version m a ete chantee
par un voyageur de Sorel.
Pe- tit ro- cher de la liau-te mon-ta- gne,
Jo vions i- - ci fi- nir cet- to cam- pa- gne!
j _,
T I =
All ! iloux 6- chos, en- tendez mes sou- pirs ;
ft
En Ian-gui9- saut je vais Lien- tot mou- rir 1
AUTKK VERSION :
Pe- tit ro - cher de la hau-te mon- ta- gae,
Je viens i- - ci fi- nir cet- te cam- pa- gne!
Ah ! doux e*- chos, en- tendez mes sou- pira ;
En languis- sant je vais bien- t6t mou- rir!
Petit rocber de la haute montagne,
Je viens fiuir ici cette carapagne !
Ah ! doux e"cho9, eutendez raes soupirs ;
En languiasant je vais bientot mourir !
DU CANADA 207
Petits oiseaux, vos donees harmonies,
Quand vous chantez, me rattach a la vie:
Ah! si j avais des ailes comine votis,
Je s rais heureux avant qu il fut deux jours J
Seal en ces bois, que j ai eu de soticis!
Peasant tonjours a mes si chers amis,
Jedemandais: Helas! sont-ils noyes T
Les Iroqnois les auvaient-ils tues?
Un de ces joura que, m 6tant
Eu revenantje vis line fumdo;
Je me suis dit: Ah ! grand Diim qu est ceci ?
Les Iroiiuois m out-ils pris inoti
Je me suis mis un pen & I ambassade,
Ann de voir si c etait embuscade;
Alorsje vis trois visages frangais! ....
M out mis le coeur d nno. trop yrande joief
Mes genonx plient, ma faible voix s arrfite,
Je tombe Helas! h partir ils s apprdteut:
Je resfe senl....Pas un qui me console,
Quand la mort vient par un si grand desolel
Un loup hurl ant vint pr6s de ma cabane
Voir si mon fVn n avait plus de boncane;
Je lui ai dit : Retire-toi d ici ;
Car, par ma foi, je perc rai tou habit!
Un noir corbeau, volant k 1 aventure,
Vient se percher tout, pres du rn.i toiture :
Je lui ai dit: Mangeur de chair hiimaine,
Va-t en chercher autre viaude que mieune.
JOB CHANSONS POPULAIRES
Va-t en la-bas, dans ces bois et marait,
Ta tronveras plusieurs corps iroquoia;
Tu trouveraa des chairs, auasi des os ;
Va-t en plus loin, laisae-moi en repoa I
Bossignolet va dire a ma maltrease ()
A mus eafauta <i n uu a-li u je leur laisae ;
Que j ai garde uiou amour et ma foi,
Et d&ormais faut renoncer a moi 1
CVat done ici que le mond m abandonne!....
Mais j ai aecoura en vou-s Sauveur des hommea!
Tres-Saiute Vicrge, ah! m abandonnez pas,
Permettez-moi d mourir eutre voa bras!
(*) C mot, dans DOS honnAtei ehamoai, rant toujoan dir *pos
(Note do M. Taohtf.)
DU CANADA
209
C ETAIT UNE FREGATE
M. Joseph Lavigne, de Sorel, m a chant6 cette jolie
chanson, qui n est qu nne variante embellie ftlsabeau s y
promtne, quant aux paroles.
lt=
C e- tail u- - ne fr6- ga- te, Mon jo- li
coeur de ro- se, Dans la mer a tou- ch6, Jo- li
d un ro- sier. Jo- - li coaur d un ro- sier,
Jo- - li coaar d un ro- sier
C e*tait une frigate,
Mon joli coear de rose,
Dans la mer a touch6,
Joli cceur d ua rosier, (ter.)
Yavait un demoiselle,
Mon joli coeiir de rose,
Su 1 bord d la rner pleur6 (rait),
Joli coaur d uu rosier, (for.)
116 CHANSONS POPULAIRES
Dites-moi done, la belle,
Moil joli coeur de rose,
Qu a vous a taut pleurer t
Joli coBur d nn rosier, (ter.)
Je pleur mon anneau d ore,
Mon joli coeur de rose,
D;uis la roer est tombe.
Joli COB u r d un rosier, (ter.)
Que donneriez-vous, belie,
Mon joli coBiir de rose,
Qu irait vous le rherclier ?
Joli cceur d un rosier, (ter.)
Je snis trop pauvro fllle,
Mou joli cffiur di- rose,
Je ne puis rien-doiiner,
Joli cceur d un rosier, (ter.)
Qu mon cceur en mariage,
Mon joli co3nr <le rose,
Pour mon aiuu-au dore.
Joli cceur d un rosier, (ter.)
Le galant se d^pouille,
Mou joli cceur de rose :
Dans la njer s est jete,
Joli coBur d un rosier, (ter.)
De la premiere plonge,
Mon joli COB ir d . rose,
L anneau d or a toucli6,
Joli coour d un rosier, (ter.)
DU CAXADA 211
De la seoomle plonge,
Mon joli coeiir de rose,
L iinueau d or a sonue,
Joli coeur d uu rosier, (ter.)
De la troisieme plon^e,
Mon joli coeur dn rose,
Le galant s est noye .
Juli coeur d un rosier, (fe
ll allait a la d rive,
Mon joli coeur de ro*r,
COIUIIH^ uii poisson doro,
Joli coaur d uu rosier, (tar.]
Son per , sur la fenetre,
Mon joH cceur de rose,
Le regardait d river,
Joli coeur d un rosier, (ter.)
Faut-il, pour une fille,
MOM joli coaur de rose,
Que mou tils soit uoye !. ...
Joli coeur d un rosier, (ter.)
212 CHANSOXS POPULAIRE3
JE ME SUIS MIS AU RANG D AIMER
Entendez-vous les do!6ances de cet amoureuux qui se
plaint des cruautes de sa belle, lui qui neFavaitpasmeritel
Attendez un pen, ... le voila deja consols :
Partons, allons, chers camaradesj
Partons, allons vider bouteille !
Allons y boir de ce bon vin
Qui met 1 amonr en tete. . . .
Qui ne reconnait ici un caractere qui appartient i tous
les temps, a tous les pays et a toutes les conditions ?
Est-ce bien " le roi Leon " ou " Napoleon " qu il faut
dire, dans le dernier de ces couplets ? G est la une grave
question que je laisse aux savants de decider.
Je me suis mis au rang d ai- mer
Qu un seul fois dans ma vi- e; Mais & pre"-
sent je re-con- nais D avoir fait u- ne fo-
li- e D a- voir ai- - m6 si ten- dre- ment ;
DU CANADA 218
-i r i \ jr-3 -P- t ""v^ p -mm "
_^J ^ I . *" I J i~^~^ r~*-
--3 it* \ i ~g :* 1-~^-^-
pr6- sent je m eu re- pens.
Je me aais mis aa rang d aimer
Qu uu seal fois dans ma vie;
Mak & present je reconnais
D avoir fait ane folie
D avoir aime si tendrement;
Mais h prdaent je m eu repens.
Bossignolet da bois joli,
Emport -moi-t-une lettre.
Emi>orfc T -moi-la, oh! je t en prie,
A mon aimable maltresse !
Emport -moi-la, oui, sans raeutir,
A I arriv6 du bois joli.
Si la bell 1 s informe de moi,
De moi fais lui reponse :
Tu lui diras qu j suis-t-euibarqn6
Pour uavigaer sar 1 oude:
Ell ni a tant fait de era au tea,
Moi qui n l avais pas merit6.
Partons, allons, chers camarade;
Partons, allons vider bouteille t
Allons y boir de ce bon vin,
Qui met 1 amour en tete.
A la sant6 du roi Leon !
L anne 1 qui vient nous reviendrontl
214
CHANSONS POPULAIRES
EN FIIANT MA QUENOUILLE
On chante aussi ces couplets sur les airs et avec les
refrains de fai vu le loup, le r nard passer, de J ai trop grand 1
peur des loups et de J/Vn revenant de Saint -Andre. En
France com me ici, on chante ces couplets avec differents
refrains, suivant les localites. Une version avec le refrain :
Ah \ voyez quelles hardes que fail s y chante sur 1 air de
Ka, ua, ua, p lil bonnet tout rond que nous chantons en
Canada,
Mon p6re aus- si m a
Gai Ion la, je m en vais rou-ler ; Un in- oi- vil il
> I? *
m a don- He". Je me rou- le, je me rou- le;
^4
Gai Ion la, je m en vaia rou-ler En fi-laut ma quo-
nouil-le.
DQ CANADA lit
Mon pere aussi m a mariee,
Gai Ion hi, je m eu vais rouler;
Uu ineivil il m a douue.
Je me roule, je me roule;
Gai lou la, je ra eu van rouler
Eu tilaut ma queuouille.
Dn incivil il m a donn6,
Gai lou la, j<j n n vais rouler,
Qui n a ni ami lie, ui .lenier.
Je me roule, etc.
Qui n a ni maille, ni denier,
Gai Ion la, je m en vaU roa er,
Qu un vieux baton do vert pommier.
Je me roule, etc.
Qu un vieux baton de vert pommier,
Gai lou la, je ra eu vais ivmler,
Avec quoi m ca bat les cdiea.
Je me roule, etc.
Avec quoi m en bat les cdta,
Gai lou la, je m eu vais rouler.
Si vous m battez je m en irai!
Je me roule, etc.
Si vous m battez je m eu irai,
Gai lou la, je m en vais rouler;
Je m eu irai au bois jouer.
Je me roule, etc.
116 CHANSONS POPULAIRES
Je m en irai au bois jouer,
Gai Ion la, je m en vais rouler,
Le jeu de carte , aussi de d6s.
Je me roule, je me vmile;
Gai Ion la, je m en vais rouler
En filatit ma quenouille.
DU CANADA 217
AH! JE M EN VAIS ENTRER EN DANSE
La ronde que Ton va lire est supposee etre chantee par
nne jeune fille. Mais si le centre de la chaine est occupe
par un garcon, on fait, quelques changements dans les
paroles ; ainsi, au lieu de : Ce beau monsieur, on dit : Celt
demoiselle, etc. On change anssi, dans ce cas, deux vers
du troisieme couplet : an lieu de :
En vous faisant la reverence :
H vous pl:iirait-il de m aimer?.
on dit :
Presentez-moi votre main blanche,
Avecque moi venez danser.
- - fr I
Ah ! je ra en vais en- trer en dan- se : C est pour
un a- mant cher- cher. Je me re- touru , je me re-
vir ,J en u ai pas trou- v6 de mon gre". Ah ! je ne puis, gai,
^"IIIIZBZZ IB .* - 1 *- ^.- -- ^. - 1 -- ^ - 3 - - - 3 --
~ --~.--\=~ il r
gai, Ah ! je ne puis m en al- - ler.
All ! je ra eii vais en trer en danse :
C est pour un ainant chercher.
Je me retoviru , je me revire ;
J en n ai pas trouve de mon gr6.
Ah! je ne puis, gai, gai,
Ah ! je ne puis rn en aller.
CHANSONS POPULAIRES
Je me retourn , je me revire;
J en n ai pas trouve de mon gr6.
Ah! j en vois un de bonne mine:
Je vais aller le demander.
Ah ! je ne puis, etc.
Ah I j en vois un de bonne mine :
Je vais a ler le demander.
En vous faisant la reverence:
9a vons plairait-il de iD aimer?
Ah! je ne puis, etc.
En vons faisant la reverence:
Ca vous plairait-il de m aimer?
Ah ! je vois bien par votre mine
Qtie c est bien moi que vous aimei.
Ah ! je ne puia, gai, gai,
Ah! je ne puis m en aller.
Ou bien, si la danseuse n est pas agreee:
En vons faisant la reverence :
Ca vous plairait-il de m aimer f
Ah! rogardez ce beau monsieur:
II n a pas daigne me saluer I
Ah ! je ne puis, etc.
AhJ regardez ce beau monsieur-
II n a pas daigne me saluer I
Je le vois bien a votre mine :
Ce n est pas moi que vous aimes.
Ah ! je ne puis, etc.
Je le vois bien a votre mine:
Ce n est pas moi que vous aimea.
Ah ! retourn ez ;\ votre place :
Un autre am ant je vais cheroher.
Ah ! je ne puis, gai, gai,
Ah ! jc ue puis m en aller.
DU CANADA
219
G EST LA PLUS BELLE DE GEANS
L expression : de ceans est vraiment trop recherchee
pour ne pas etre plus ou moins travestie paries chanteurs
populaires. En general, on dit:
C est la plus belle de Sion,
C est par la main nous la tenons....
__. , ._ .-^. ,--_
E^EE? --- =: fe ~ 3~* ~= ~~ :-"^EE5EE5
V
C est la plus bel- le de ce- ans, C est la plus
bel- le de ce- L aus, C est par la main je vous la
prends,C est par la maiu je voua la preuds. Ell va
pas- aer par der- rie- re, Ram uez vos mou-tons, ber-
e- re ; Ra-me-nez, ram nez, ra-me-nez, bel- le, Ra-me-nez
L
vos inou-tons des champs.
AUTRE VERSION :
C eat la plus bel- le de ce- aus, C est la plus
22 i
CHANSONS POPULA.ERK3
f- x ^ : ^ * x &*-
bel- le de c6- - ans, Par la main je voug la
preuds, Par la main je voug la preuds.
Ell va pas- ser par der- ri^r - re, Ra- tne- nex
VO3 tnou-toas ber- ge-re; Ra-inenez, ra-me-iiez, ra-ine-nez,
bel- le, Ra-me-uez vua inoutous des champs.
C est la plus belle de ce"aus, (bis)
C est par la main je vous la preads. (bit)
Ell va passer par derriere,
Itaiu iuu vos moutons, bergere;
Rauieaez, raiu uez, rauieuez, belle,
Rameaez vos moutoiis des champs.
DU CANADA 221
C EST LE BON VIN QUI DANSE
Toutes ces rondes nous viennent de France. Gelle-ci,
oft il est question de vin et de raisin, laisse deviner faci-
lement son origine etrangere. II n en serait pas ainsi s il
n y etait question que de vin seulement. Nos paysans ne
font pas usage de vin, il est vrai, mais comme, dans les
chansons qui nous viennent de France, ce mot urn revient
tres-souvent, ils 1 emploient, a leur tour, dans les chansons
qu ils composeut eux-meme ; ainsi, il y a dans Le p tit
bois (Mail :
DU vin dans ma bouteille
J en ai beu quand je veux....
mais ils n emploient ce mot que comme terme ge ne rique
et plus poetique pour indiquer toute espece de liqueur
forte.
La m61odie de cette ronde est tres-bien. Ges deux parties
alternantes, dont 1 une grave et 1 autre elevee, rappellent
la formule psalmodiqne du * huitieme ton", bien connue
de tous nos chantres d Sglise, et indiqu6e GG dans les vcs-
peraux en usage dans la province.
Ce n est point da rai- - sin pour- ri,
222
CHANSONS POPULAIRES
vn qu
dan- - se.
Ce n eat point du raisin pourri,
C eat le bou vin q li dunse !
C est le bou vin qui (ianse ici,
C est le bou vin qui <lau.se.
Pass par ici-t-et moi par 1&,
Ce n est point <le ines amourettes f
Ce n est point de mes amourutt ici,
Ce n est point de mes amourettes.
DU CANADA 223
J ENTENDS LE MOULIN TIQUE, TIQUE, TAQUE
Gelui qui occupe le milieu da rond a un bandeau sur
les yeux. Les danseurs qui forment la chaine tourneut
autour de lui en chantant, jusqu a ce qu il lui plaise de
frapper le plancher d un baton qu il tient a la main.
Ghacun s arrtHe alors, et il leve aussitot son bdton, de
I extremite duqnel il louche le dauseur ou la danseuse
vis-a-vis de qui il se Irouve. S il peutnommerla personne
qu il a ainsi touched, celle-ci ie delivre de son bandeau et
vient prendre sa place ; sinon, la chaine recommence a
tourner et il lui faut, de son cote, recommencer 1 epreuve.
II est aussi une autre maniere d executer cette ronde.
On dispose autour de la chambre un nombre de sieves
egal a celui des danseurs, moins un ; celui qui tient le
milieu du rond n a pas alors de bandeau ; lorsqu il frappe
le plancher de son baton, chacun court vite s asseoir, et
celui qui n a pas ete assez vif pour se pourvoir d un siege
paie un gage.
:=%==*^=i;=m=^=3= =$=+===-_
i^4=r~ : ^v *^r:_^^rhr^g|-:=g ^J- g ^^~*~
J eu-teuds le mou- liu, ti-que, ti-que, ta- que,
J entend le mou -I m ta- que. Ti-que, ti-que, ta-que,
224
CHANSONS POPULAIRES
Ti-que, ti-que, ta-que, Ti-que, ti-que, ta-que, ta- que-te". D.O
On adapte aussi a cette melodie les paroles de Mon pere
a fait bdtir maison :
_a tj *f = S 1 . J m=3 tf=-
J en-teuds le mou- lin, ti-que, ti-que, ta-que,
FIN.
J entends le mou-lin, ta- que- t6. Moup^rea fait ba-
tir mai- SOD, J eu- tends le mou- liu ta- que,
:M ^ZO
_ ^-o * I * * I S < . T "
^ ^ 1 _ 1^_ | ^ ^ ^ U . i _ ^ ^
~~- * ^ ^-~_ X- . ^i ^ U V &
L a fait b4- tir ^ troia pignons, Ti-que, ta-que, ti-que,
ta- que.
DU CANADA 225
SUR LE PONT DE NANTES
Je demandais a une vieille femme de la campagne, qui
me chantait cette ronde : Est-ce bien "salnez qui vous
plaira " ou " embrassez qui vous plaira" que vous dites
dans vos reunions ?
" Faut croire, me repondit-elle, qu on disait embrassez
dans 1 ancien temps, puisqu ori chante quelqtiefois comme
cela; mais, lorsqu on chante pour danser, on dit toujours
saluez. J suis pourtant plus jeune, et cependant je n ai
jamais vu faire autrement que le salut dans les danses
rondes."
A la ville, oil ces rondes etaient dansees autrefois, on
etait souvent raoins scrupuleux j mais alors on etait mal
note, et on s exposait a faire jaser sur son compte.
Le plus souvent, ces rondes ne sont dansees que par les
petits enfants, ou ne sont que simplemenl chantees. Qui
de nous n a pas ete berce an chant de Tai (ant cTenfants a
marier, Ah! qui mar ierons -nous? Vest le bon vin qui
danse, Vest la plus belle de ceans y etc . . . . ?
M. Charles Nisard a dit, en pariant des rondes en ge
neral: IL ne faut pas en dire trop de mal ; elles nous ont
endormis au berceau ; elles ont amuse notre adolescence.
Chantees sous les yeux d un pere ou d une mere en 1 hon
neur de quelque joyeux anniversaire, elles se rattachent
aux souvenirs de famille les plus doux et a la fois les plus
226
CHANSONS POPULAIBES
respectables. Arrived a Page mur, nous ne pouvons plus
les entendre ni meme les lire sans emotions." (Hist, des
livres populaires ou de la litterature du colportage,
p. 300, t. 2d.)
Sur le pout de Nau- - tes Ma- ri- on,
Ma- ri- on dau- - se De sur le pout quV ya la
bas, Ma- ri- on, Ma- ri- on dan- se- ra.
Sur le pont de Nau tes
Marion, Marion dause .
De sur le pont qu i ya la-bas
Marion, Marion dansera.
Bergere, eutrez en dause!
Marion, Mat ion da^se .
Et saluez qui vous pcdra,
Marion, Marion dausera.
DU CANADA 227
BONHOMME, BONHOMME, QUE SAIS-TU DONC FAIUE?
Gette ronde est tres-bruyante. Lorsque le chanteur dit :
Siii.s-tu bien joner
Du genoux par terre?
Ghacun doit frapper le plancher du genoux jusqu i ce
qu onreprenne :
Ah! nil! ah !
Du genoux par terre!
Pnis, .apres le genoux, vient le coiule par terre, Tepaule
par terre, le front par terre, etc.
Quelquefois on se con ten te d executer une pan to mine
un pea plus facile, comme d imiter le jonenr de flute,
(sais-tu bien jouer de la mistanflute ?) le joueur de tam
bour, etc.
Une variante de cette ronde se chante dans le Cam-
bresis, en France. L air ressemble an notre, mais il s arrete
avec la douzieme mesure. Notre version est plus complete
et assurement plus jolie.
^ b ~ * ^* 5 1-.
Bon-homine, bon- liom-rae, que sais-ta done
-= J " I"
^,___^ 1 ^ i . = ^ ^.
&i- re? Sais-tu bieu jou- er Du genoox par
228
CHANSONS POPULAIRE3
ter- re! Ter-re, ter- re, ter- re, Du ge-noux par
">- i^^
ter- re, Ah! ah! ah!
Du ge-noux par
ter- re I
BoiiLomme, boubomrae,
Que saia-tu done faire?
Suie-tu bien jouer
Du gonoiix pj\v teireT
Terre, terre, terre,
Du gcnoiix [;ir terre,
All ! ah ! ah !
Du genoux par terre I
DU CA.NADA 229
QUI VEUT MANGER DU LIEVRE
Je ne connais rien pour guerir de la dyspepsie ou du
spleen anglais comme de courir le lievre. Oa fait asseoir
deux personnes sur deux chaises placees 1 une vis-a-vis de
1 autre et separees par une distance de quelques pieds*
Debout, les mains sur les dossiers des chaises, se tiennent
deux jeunes gens, representant un chasseur et un lievre,
qui n attendent que le signal convenu pour courir Tun
apres 1 autre. Quelqu un de la compagnie se met alors a
chanter :
Qui vent manger du lidvre
N a qu a courir apies....
Celui qui fait le chasseur bondit a la premiere note et se
met a la poursuite du lievre^ qui se sauve de son mieuxen
tournant autour des deux chaises. II est permis de changer
brusqueinent le sens de la course, de tourner subitemenfc
a droite apres avoir couru a gauche, mais ni 1 un ni 1 autre
des coureurs n a droit de passer entre les deux chaises.
Lorsque le chanteur dit : Accorde, accorde ! cela equi-
vaut a un armistice : les coureurs doivent s arreter aussi-
t6t et s appuyer les mains sur les dossiers des chaises,
chacun la sienne, jusqu a ce que le couplet qui com
mence par ces mots soil termine et qu on en ait com
mence un autre. Or, comme ces couplets se chantentsans
ordre regulier, on comprerid que le chanteur a ici les pre-
CHA.NSONS POPULAIRES
rogatives d un president d assemblee legislative, et qu il
peut souvent favoriser la partie pour laquelle il a le plus
de sympathie ; ainsi, il peut fort bien, lorsqu il voit le
chasseur sur le point d atteindre sa proie, chanter aussitot :
Accorde, accorde! pour favoriser celle-ci.
Un des refrains de cette roude a evidemment quelque
lien de parente avec ce refrain de La petite Ling ere, que
Ton chante en France, dans le Poitou et 1 Angoumois :
A-t-on jamais vu
Coudre, aussi in uu coudre ?
A-t-on jamais vu
Coudre si menu ?
Qui veut man- gor du lievr N a qu a cou-
* m ~- m I ^ a\^--f _ I ^i P < ^ I < ^ ^
- g ^ h=*=3rrj ^.=E=:\ =zzrE:=i^*^rj ms =3
rir a- press. Coure a- prea ton lievr , La- bas, dans
Refrain.
ces fo- rfita. La belle, en voua ai- mant, Per-drai-
~~^=:i 1~ I ~~~l~i ~~s~~\ i~~* i| ~
je tnes pei-nea? Moi qui vous ai- me taut, Per-drai-
je mon temps?
ADTKB KEFRAIN :
C est mon a- - mi que je veux,
Cou- rons
DU CANADA 2:U
tous en- sein-ble; CVst mon a- - mi que je veux,
Cou-rous tous les deux.
AUTRE REFIIAIN :
A-t-oa jamais vu Cou-rir, taut cou- ri- ret
A-t-oa ja-mais vu Cou- rir si me- - nu ?
Qui vent manger du li^vre
N a quVi courir apr6s.
Coure apres ton lievre,
La-bas, dans ces forets.
La belle, en vous aimant,
Perdrai-je mes peinesf
Moi qui vous aime taut,
Perdrai-je mon temps T
Attrappe, attrappe, attrappel
Attrappe si tu peuxl
Si tu n attrappes pas
Ton lievr gagn nv le boia.
La belle, en vous aimant, etc.
Aecorde, accorde, accorde!
Accorde sur le champ!
Si tu n uccordes pas
Ton lievr gagu ra le boia.
La belle, en vous aimanfc,
Perdrai-je mes peines?
Moi qui vous aime taut,
Perdrai-je mon temps?
132 CHANSONS POPULAIRE3
AUTHIO
C est nion ami qite je vectx,
Courons tous ensemble;
C esfc nion ami que je veux,
COUTOIIS tous les deux.
AUTRE HKFRA.IH:
A-t-on jaraais vu
Courir, tant cotmref
A-t-on jainais va
Courir si menu Y
DU CANADA 233
JAMAIS JE NOURRIRAI DE GEAI
J ai fait dernierement un sejour a la campagae que j ai
bien allonge de pres d une semaine, uniquement pour
faire chanter les anciens voyageurs, les jeunes Giles et les
vieilles femmes. "Ah! me disait une de ces fernmes, si
vous pouviez rester ici encore quelques jours: j ai une de
mes brus qui demeure a Saint-B * * * et qui doit venir
nous voir dimanche qui vient Ga, c est une belle
chanteuse I "
J attendis la belle chanteuse : une grosse jofflue qui
louchait d un ceil; fort bonne femme d ailleurs, et qui,
d une voix nasillarde et sur un ton excessivement eleve,
me chanta des romances de la ville, dont je n ai que faire,
en pronongant les e muets en a, et les r a 1 anglaise.
Un autre me dit : " Tenez, si vous voulez avoir dejolies
chansons, allez voir P tit-Jose-Baptiste : c est lui qui en
sait 1 "
Ce n etait pas la premiere fois que j entendais parler de
P tit-Jose-Baptisle comme d un chanteur emerite; je
resolus de me rendre chez lui, quoiqu il demeurat a une
bonne distance. J etais stir d une ample moisson: je
bourrai mon carton d un papier sillonne de portees, tout
pret a recevoir et a conserver pour les siecles futurs le re
pertoire si varie et si vante du celebre chanteur. J arrive
Renommee ! c est bien la un de tes coups ! Mon
homme ne savait rien, absolument rien que quelques
234 CHANSONS POPULAIRES
fragments tronques, informes, de cantiqueset de psaumes-
quelques refrains ecornes de chansons. II me regut tres
poliment et s excusa de ne pouvoir me rendre service
u Mais, ajouta-t-il, si vous voulez entendre de belles chan
sons, des vraies belles, v a ons n avezqu a aller chez mon
oncle Pierrot-Panl-Antoine, a trois lieues d ici : il peat
vons en chanter pendant hnit jours ! "
Mais s il y a quelqn ennui a recueillir les poesies et les
chants du peuple, il y a anssi des jonissances veritables
pour faire compensation. Et parmi ces jouissances, il en
est pea que jegoftte autantque celle d entendre prononcer
le nom d une villc, (runt- place forte, d un port de mer du
beau pays de France par ces bons paysans canadiens, qui
chantent encore, souvent sans y penser, le donx pays ou
leurs peres vecurent, travaillerent et aimerent, fideles a
Dieu, a leur roi et a lenr patrie.
Le Canada ne manque pas d attraits pour le visiteur
etranger ; mais je ne crois pas que rien ne soil plus propre
a impressionner delicieusement le voyageur franc.ais>
qu une de ces joyeuses scenes de la vie de nos campa-
gnes, une epluchette de bled-d Inde, par exemple, ou il en-
tendrait chanter: Sur le pont d Avignon, Dans les pri
sons de Nantes, M en revenant de la jolie Rochelle, G est
dans la ville de Rouen, \ Saint- Valo, beau port de mer..;
ou biea encore ce couplet de la chanson qui va suivre :
Je m eu irai dedans Paris
P.ur fonder uue ecole;
Toutes les dames tie Paris
Vieudront a mou ecole.... etc.
DU CANADA 234
J ai bien nourri le geai sept ans Dedans ma ca-ge
_ _ .s
:Ef~m : 5E~ ^.^^E\^E. m ~ =*-E 3
3
ron- de ; Au bout de la sep- tieme an- ne"
i=K-
Mou geai a pris son vol, oh! gai. Ja- nmis je uour- ri-
rai des geai, Do geai ja-mais jo uour- ri- raL
J ai bien nourri le geai sept aus
Dedans ma cage ronde ;
Au bout de la septieiue annee
Mon geai a pris son vol, oil ! gai.
Jainais je noiirrirai ile g< ;ii,
De geai jamaisje nourrirai.
Au bout <le la se[>tieme ann^e
Mon geai a pris son v*)le.
Eeviens mon geai, mon jqli geai,
Dedans ma cage roiule, oh ! gai.
Jamais je nourrirai, etc.
Reviens mon geai, mon joli geai,
Dedans ma cage rondc j ;
Mon petit geai me fit repouse:
Je veus faire le drole, oh! gai,
Jamais je nourrirai, etc.
Mon pet-it geai me fit reponse :
Je veox faire le drole.
Je m en irai dedans Paris
Pour fonder une ecole, oh ! gai.
Jamair je nourrirai, etc,
23 CHANSONS POPOLAIRE3
Je m en irai dedans Parti
Pour fonder une 6cole.
Toutes les dames de Paris
Viendront a ruon e colc, oh! gal
Janinis je noiinirai, etc.
Tontes les flames de Paris
Viendront a NIOM ecole.
Jc r)ioisir,ii l.-i plus jolie,
Je rciivfinii Ics anti s, oil 1 gai.
Jiunais jt nouirirai tie geal,
De gviii jamais jo uourriraL
DU CANADA 23T
JAMAIS JE NOURRIRAI DE GEAI
(Autre air)
L air qui precede a ete recueilli dans le district des
Trois-Rivieres ; celui-ci m a ete chante par un ancien ha
bitant de 1 Ile d Orleans. L inversion toute gracieuse du
refrain :
Jamais je nourrirai de geai,
De geai jamais je nounirai
pourrait prouver, an besoin, que cette forme de langage,
dont les podtes ont tant us6 et abuse, n est pas une de ces
beautes de convention auxqnelles chacun de nous paie
tous les jours, sans s en douter, un tribut d admiratioa
factice. L inversion seule peut, bien reellement, donner
une couleur poetique a une phrase qui,sanselle,en serait
denuee. Mais les poetes, a mon avis, usent un peu large-
ment de la recette ; aujourd hui, la lecture d une piece de
vers est souvent un veritable travail de construction.
J ai bieu uour- ri le geai sept aus De- dana ma
ca- ga ron- - de ; An bout de la sep-tieme an- ne Moo
geai a pris son vol, oh 1 gai. Jauais je nour-ri-
rai de geai, De geai ja- - mais ie nour-ri- rai.
238 CHANSONS POPULAIRES
LA GUIGNOLEE
Ge chant de la Gtiignolec, si remarq Liable & cause de
I anliquite de son origine, a eu le privilege d occuper { at
tention de plusieurs de riosmeilleursecrivains canadiens.
L honorable monsieur P. J..O. Ghauveau y a consacre
quelqnes lignesdans une des charmantes " petites revues"
de son Journal de I Instruction Publique, et monsieur J. C.
Tache, dans les Soirees Canadicnncs, en a fait 1 objet d une
notice interessante que je reproduis ici :
" Ce mot La Ignolee, dit M. Tache, designe a la fois une
coutume et une chanson : apportees de France par nos
ancetres, elles sont aujourd hui presqu entierement torn-
bees dans 1 oubli.
" Cette coutume consistait a faire par les maisons, la
veille du jour de Fan, une quete pour les pauvres (dans
quelques endroits on recueillait de la cire pour les cierges
des autels) en chantant un i-efrain qni variait selon les
localites, refrain dans lequel entrait le mot La Ignolee,
GuiUonee, la Guillona, Aguilanleu., suivant les dialectes des
d.iverses provinces de France ou cette coutume s etaitcon-
servee des anciennes moeurs gauloises.
4 M. Ampere, rapporteur du Comite de la langue, de
rhistoire et des arts de la France, etc., a dit au sujet de cette
DU CANADA 2.iJ
chanson : " Un refrain, peuNHre la seule trace de sou-
" venirs qui remontent a 1 epoque dmidique."
u II ne pent y avoir de doute sur le fait que cette cou-
tume et ce refrain aient pour origine premiere la cueil-
lette dn gui, sur les chenes des forets sacrees, et le cri de
rejouissance que poussaient les pretres de la Gaule drui
dique : Au gui Van neuf, quand la plante benie tombai)
sous la faucille d or des Druides.
" Dans nos campagnes, c etait toujours une quSte poui
les pauvres qu on faisait, dans laquelle la pidce de choix
etait un morceau de 1 echine du pore, avec la queue y
tenant, qu on appelait Vechignee ou la chignee. Les enfants
criaient i 1 avance en precedant le cortege : la Ignolee qui
vient . On preparait alors sur une table une collation
pour ceux qui voulaient en profiler et les dons pour les
pauvres.
" Les Ignoleux, arrives i une maison, battaient devant
la porte, avec de longs batons, la mesure enchantant:
jamais ils ne penetraient dans le logis avant que le maitre
et la maitresse de la maison, ou leurs representants, ne
vinssent en grande ceremonie leur ouvrir la porte et les
inviter a entrer. On prenait quelque chose, on recevait
les dons dans uue poche qu on allait vider ensuite dans
une voiture qui suivait la troupe; puis on s acheminait
vers une autre maison, escorte de tons les enfants et de
tous les chiens du voisinage, tant la joie etait grande ....
et generale !
" Voici la chanson de La Ignolee^ telle qu on la chantait
9
240 CHANSONS POPULAIRES
encore en Canada, il y a quelques annees, dans les parois-
ses du Bas du Fleuve :
" Bonjour le maitre et la maitresse
Et tous les gens de la maison.
Nous avons fait une proinesse
De v nir vous voir une fois I an.
Un fois I an Ce n est pas grand chose
Qu un petit morceau de chignee.
" Un petit uiorceau de chigne e,
Si vous voulez.
Si vous voulez rien nous douner,
Dites-nous le.
Nous preudrons la fllle ainee,
Noua y ferons chauffer les pieds !
La Iguolee ! La Iguoloche !
Pour mettre du lard daus ma poche !
" Nous ue demandous pas grand chose
Pour I arriv6e.
Vingt-cinq ou treut pieds de chignee
Si TOUS voulez.
" Nous sommes cinq ou six bons drolea,
Et si uotre chant n vous plait pas
Nous ferous lu feu daus les bois,
Etant a 1 ombre;
On enteudra chanter 1 coucou
Et la coulombe ! "
" Le christianisme avail accepte la coutume druidique
la sanctifiant par la charite, comme il avait laisse sub-
DU CANADA 241
sister les menhirs en les couronnant (Tune croix. II est
probable que ces vers etranges :
Nous prendrons la fille ain6e,
Nous y ferons chauffer les pieds !
sont un reste d allusions aux sacrifices humains de 1 an-
cien culte gaulois. Gela rappellele chant de Velleda, daa
les Martyrs de Chateaubriand : " Teutates veut du sang...
au premier jour du siecle il a parle dans le chSne des
Druides ! " (Soirees Canadiennes, annee 1863.)
L air sur lequel se chantent ces fragments consiste en
quelques phrases musicalessur lesquelles la poesie s ajuste
tant bien que mal, lantot sur 1 une, tantot sur 1 autre de
ces phrases, sans ordre regulier.
Cette coutume traditionnelle de courir la Ignolee, si bien
decrite par M. Tache, finit par perdre beaucoup de son
caractere. II y a une vingtaine d annees, le maire de Mont
real donnait a des jeunes gens, la veille du jour de 1 an,
des permis de courir la Ignolee, sans lesquels on s exposait
a avoir affaire a la police. Uette mesure de precaution
n empechait cependant pas toujours les desordres: lorsque,
par exemple, deux Guignolees se rencontraient, pour peu
qu on se fut grise" en chemin, il y avait bataille, et les
vainqueurs grosstssaient leurs tresors du butin des vaincus.
M Adelard Boucher, m ecrivait de Montreal, 1 an der
nier :
" Je suis loin d oublier la Ignolee, qui se pro-
nonce ici, universellement, Guignolee. Malheureusement,
toutes mes demarches, jusqu i present, n ont abouti ^
rien d utile. Tout le monde sail les premiers vers, rien
242 CHANSONS POPULATES
de plus. L usage s en passe a Montreal comme a Quebec.
Judis ce chant etait snivi de quetes en fdveur des pauvres
de la localite sercnndee. Aujourd hui les artistes chanteurs
*,
se constituent eux-memes les pauvres, et transforment en
copieuses libations les aumones qu il reussissent encore b
prelever de leurs dupes. Ce secret devoile a refroidi,
comme vous pouvez bien le penser, les sympathies des
coeurs charitables, et, aujourd hui, artistes et pauvres ex-
ploitent avec un mince succ^s " La Guignolee." En
attendant le texte fiddle dece chant remarquable, en void,
de memoire, i peu prds la substance : "
Solo.
!:EfEEiE5^Er| |EcE?E^: ^I*zi^rE?^ | z iE*=5^
=3 t^I _,_ -_ ^, l-j_. 3
8 va.
-3-3 ^t -*- -* :3: =n
-*
ffff Tutti Vociferando.
Solo.
En France, dans le Vendomois, " tons les enfants cou-
rent les rues, le premier jour de 1 an, et disent a ceux
qu ils rencontrent: " Donnez-moi ma gui-ran-neu." Dans
le Maine, le peuple court aussi les rues, la nuit qui pre-.
c^de le premier jour de 1 an, chante des chansons aux
portes des particuliers, et les termine par demander
DU CANADA
quelque choses pour la gui-Can-neu." (C. LFBKR, Collection
de pieces relatives a Vhistoire de France, p. 37, t. III.)
On aim era sans doute 4 connaitre one Guignolee fran-
gaise, et on lira avec interet 1 article et la chanson qui
suivent, tires d un aimanach public 4 Paris (L Illustration,
annee 1855) :
LA GUILLANNfiE.
" La guillannee, gui, ran ni-ou! gui ! Tan neuf ! se fait
de la maniere sui.vante dans les contrees meridionales.
Le 31 decembre au soir, des groiipes d enfants, de jeunes
gens, de mendiants, vont, A la hieur d un flambeau, de
poi-te en porte, aussi bien dans les campagnesq ue dans les
villes, queter un present en rhonneur do Tan nouveau,en
eni.onnant des complaintes ou des legendes ea mauvais
franais, finissant toules par ces mots ou par des equiva
lents : donnez-nous la suiliannee 1
" Les presents qui leur sont accordes consistent quel-
quefois en monnaie, le plus souvent en provisions de
bouche, fruits, viaude de pore, etc.
" Voici une des legendes chantees par les quSteurs:
" Le fils da roi s en va ohasser (bis)
Dims la foret d Hotigrie;
Ah! donnez-nous la gui
Monseigueur, je voas prie
244 CHANSONS POPULAIRES
" Ayant chasse 1 et rechasse, (bi)
II n a paa fait graud pile;
Ah ! dounez-nous, etc.
" II n a trouve" qu un nid d oiseau, (bis)
Qui g appello la Trie.
Ah ! donnez-uous, etc.
" De cinq qu il y a, prend le plus beau, (bis)
Et le port a sa niie.
Ah ! donnez-uous, etc.
" Qui 1 a garde pendant sept ans (bis)
Dedans une gabie.
Ah ! dounez-noiis, etc.
" Pendant sept ans il y est reste, (bis)
Men ant bien triste vie.
Ah! dounez-uous, etc.
" Va, retourne, petit oiseau, (bis)
Va, retourne a ta mie.
Ah ! douoez-uous, etc.
" Ainsi que lui, ne reviens pas (bis)
Dedans cette gabie.
Ah ! donnez-nous la guillannde,
Monseigneur, je vous prie 1 "
Tous les auteurs franais que j ai pu consulter sur la
matiere s accordent ^ donner une origine gauloise & la
DU CANADA 241
coutume et aux chansons designees a la fois par ce mot
de Guignolee ou Guillannee. Aujourd hui encore, dans
1 ancienne province du Perche, d oft sont venus les ancd-
tres d un grand nombre de families canadiennes, on
appelle les presents du jour de Pan: les eguilas; or la
coutume dmidique etant de distribuer le gui de Van neuf
il par formes d etrennes, au commencement de 1 annee,"
il est evident que de li vient ce nom de eguilas (ou egui-
lables, comme on dit a Chartres,) donne aux cadeaux du
nouvel an.
Le gui est une plante parasite qui nait sur le chSne,
sur le pommier, sur le prunier, sur 1 acacia d Amerique,
sur le hgtre, sur i yeuse, sur le ch&laigner et sur plusieurs
autres arbres. L histoire de la puissance mysterieuse de
cette plante est racontee en detail dans VEdda des Scandi-
naves, le livre qui contient le plus de renseignements sur
le culte druidique.
On sait que, environ six cents ans avant Jesus-Christ,
les Cimbres ou Kimris, qui habitaient la Crimee, firent
eruption sur PEurope septentrionale et occidentale et
s etablirent, successivement dans les divers pays compris
en Ire la Scandinavie, les Alpes el les Pyrenees. Ce furent
ces peuples qui apporterent le druidisme dans la Gaule.
Il parait que 1 olympe des Cimbres, comme 1 olympe des
Grecs et des Remains contenait une societe i mceur s
joliment douteuses. Quoi qu il en soit, une nuit, Balder,
qui etait le soleil, ni plus ni moins, eut un songe qui lui
annonjait que sa vie etait en danger. II raconte son fait
aux autres dieux, qui font avec Balder alliance offensive
et defensive.
246 CHANSONS POPULAIRES
Une vraie brave femme de deesse qui avait nom Frea,
mariee a un dieu nomme Odin, fit faire serment au fen, a
1 eau, an vent et a tout ce qui constitne les regnes animal,
vegetal et mineral de ne pas faire line egratignnre au
susd it Balder. Cela etant, tons les dienx se faisaient un
amusement, dans lenrs grandes assemblies, de lancer
tonte espiVr de projectiles an fortune Balder que rien ne
pouvait blesser et qni prenait un singnlier plaisir a cet
amusement d un nouveau genre. Malhenrensement, il y
avait de par 1 olympe un vilain garnement, fourbe, hypo
crite et envieux, an dL inenrant assez joli garjon, que ce
jcn-la n amusait pas ; il s appelait Loke. Deguise en
virille femme, il se rend au palais de Frea. La deesse un
peu curieuse et un pen parlense, lui demande si die sail
ce qui occupe le plus le conseil des dieux. Les dieux,
repond la vieille, jettent des traits et des pierres & Balder.
Et ni les armes de metal ni les armes de bois ne peuvent
lui etre mortelles, ajoute Frea, car j ai lenr serment.
Qnoi ! dit la vieille, est-ce qne tontes les choses qni exis
tent vons ont fait le meme serment ? Oni,replique Frea,
excepte pourtant un petit nrbnste qni croit au cote occi
dental du Valhalla (palais d Odin), et qu on nomme Mistil
Teinn (gni), a- qni je n ai pas vonlu demander de serment
parce qn il nVa parn trop jeune et trop faible ... .La vieille
en savait assez. Loke reprenant sa forme naturelle s en
va vite arracher 1 arbnste par la racine et s en revient de
1 air le plus innocent dn monde prendresa place au milieu
des dieux. Or, parmi ces dieux, il en etait un nomme
Hoder qui etait avengle. Loke s approche de lui et lui
dit: " Pourquoi ne lancez vous pas aussi quelques traits
DU CANADA 247
a Balder? Prenez ceci et faites comme les atitres.; je vais
vous indiquer oil il se trouve." Hoder ayant done pris le
gui, et Loke lui dirigeant la main, "il le langa a Balder,
qui en fut perce de part en part, et tomba sans vie ; et
Ton n avait jamais vu parmi les dieux ni parmi les horn-
mes un crime plus atroce que celui-la. . . ."
" La fable de Balder (le Belen des Gaulois) dit M. B.
CLavel, explique le motif de cette recherche solennelle du
gui du chSne. On comprend qu elle avait pour objet de
priver le dieu mauvais, qui representait chez nos peres le
Loke des Scandinaves, des moyens de tuer Belen (le
soleil)."
" De nos jours oncore, continue M. Clavel, il s est conserve" dans
quelques lieux du voisiiiage de Bordeaux des vestiges de cette eou-
tuine dniidique (la reclierclic du gui) : des jeunes gejis bizarrement
vetus vont en troupe, le premier Janvier, couper des branches de
chenc, dont ils tressent des conronnes, et revienneut entonner des
chansons qu ils appelleut guilanus. II eu est de memo parmi lea
peuples du Holsteiu, en Allemagne, qui appellent le gui marentaken,
rameau des spectres. Les jeuues gens y vout, au coinmencemeut
de r.-niuee, frapper les portes et les feuStres des maisous en criaut :
G-uthyl! (gui)." Histoire des Gaules, p. 18.)
" Le grand sacrifice du gui de Fan neuf so faisait avec beaucoup
de ceremonies pres de Chartros, le sixiemo ]our de la luue, qui etait
le couiineuceinont de Fanneo des Gaulois, suivaut leur maiiiere de
compter par les uuits, ad viscum druidts clamare solebant, dit Pliue.
(C. Leber, ouvrage deja cite, p. 21, t. III.)
De toutes ces traditions nous n avons importe, en Ca
nada, que la mascarade du ler Janvier et le chant de la
Guignolee ; mais dans plusieurs pays d Europe, le gui ou
rameau des spectre s est encore un objet de veneration auquel
on attribue une grande puissance. (Voir Mallet, Intro-
248 CHANSONS POPULAIRES
duction a fhistoire du Danemark, t. I. Henry, Histoire
d Angleterre, t. I, etc., etc.)
II est une autre coutume, antrefois en grand usage
en Canada, i laquelle on attribue egalement une origin e
paienne, et que Ton an rait Christian! see comme la Gui-
gnolee : c est celle des feux de la Saint-Jean Tombee
aujourd hui dans 1 oubli, cette coutume subsistait encore
an commencement de ce siecle dans certains pays de 1 Eu-
rope (en Irlande, en France, en Espagne) de mgme qu en
Canada.
Les feux de la Saint-Jean paraissent remonter ft une
epoqne plus eloignee que I etablissement du christia-
nisme; ils peuvent etre considered comme un reste de
1 ancienne superstition et de la veneration que les Celtes
avaient pour le feu, qui purifie tout," qui echauffe et
consume tout, l^es pa iens 1 adoraient cornme la source
premiere de la vie et du mouvement de 1 univers, le
symbole visible de la divinite. On allumait ces feux en
rejouissance de 1 ariivee du soleil au solstice d ete qui
commence les longs jours (fin de juin). (1)
On lit dans la vie de saint Eloi (mort en 659), que ce
fervent apotre travailla avec ardeur a deraciner les nom-
breuses superstitions qui regnaient a cette epoque dans
1 esprit des populations du nord de la France, comme de
danser et chanter d la fgte du 24 juin, " de fairesauter les
(1) Diet, de B^cherelle, au mot /*.
DU CANADA 249
femrnes malades par clessus des charbons allumes la
veille, pour obtenir une heureuse delivrance."
Dans le Plaid du concile de Lestines ou Leptines, qui
s assembla en 742, d apres le desir de Karloman, due des
Franc.ais, on remarque an catalogue des superstitions
paiennes alors en usage, " entr autres celle du feu de
Nodfir, au mois de juin, allume en frottant 1 im centre
1 autre des morceaux de bois, pour faire des feux de joie
en Thonneur des dieux et des deesses ; 1 attouchement
des flarames ou de la fumee attirant de" pretendues bene
dictions."
Le raeilleur moyen de couper court a ce reste de paga
uisme etait de transformer cette fte de la superstition en
une fte chvetienne, et c est ce que Ton fit.
M. LaRue a bienvoulu me passer la petite note suivante
touchant la ceremonie du , dernier feude la Saint-Jean
dans sa paroisse nataie :
" II y a cinquante-cinq ou cinquante-six ans que le
dernier feu de joie de la Saint-Jean a eu lieu a Saint-
Jean de Tile d Orleans. (1) C etait la grande fete de 1 lle ;
le feu se faisait la veille de la fete et etait precede du salut.
Les habitants des paroisses voisines s y rendaient en
foule, tous a cheval. Avail t ce temps, les ferames s y ren
daient aussi, et a cheval, en trousse. Le bois du bdcher
consistait en eclats de c^dre, tonjours fournis par le m6me,
Laurent For tier, dont les enfants vivent encore a Saint-
Jean. Le cure benissait d abord le bucher, puis battait
du briquet et y mettait le feu. Les desordes sans nombre
qui accompagnaient la ceremonie 1 ont fait abolir."
Cl) Ceoi 6tait 4crit en 1885, date de la premiere Edition de cet ouvrage.
250 CHANSONS POPULAIRES
Ainsi la Guigaolee et les feux de la Saint-Jean rappel-
lent deux ceremonies du culte que les Druides rendaient
au soleil. L une avail lieu au solstice d hiver et Pautreau
solstice d ete.
La premiere version de la Guignolee, que Ton va voir,
a ete recueillie dans le comle de Berthier, et la seconde
dans les can ions de 1 Est.
A Solo, reprise en choeur.
Bonjoiir le inaitro et la mat- tres-se Et tout le
B Solo, reprise en ch<eur.
mond do la inai- son. Pour le der- nierjourde 1 au-
C Solo, reprise
n<5- e La I-goo- 16 vous nous de- vez. Si vous vou-
en
. EE*EE E E^r 333
lez rieu nous dou- iier, di-tes-uous le- - e : Ou euitne-
ue- ia seu-le- ineut la fille ai- - ne- - e.
D Solo, reprise en choeur.
On lui fe- - ra fair bon- ne che- re, On loi fe-
ra chauffer les pieds.
DU CANADA 251
A Bonjour le maitre et la maitresse ? /, . ,.
Et tout le niond de la maison. J
B Pour le dernier jour de 1 annee ? ,, . ^
La Ignole vous nous devez. )
C Si vous voulez rien nous domier. ")
Dites-uous le-e
On emmenera seulement
La n lle aiuee.
D On lui fera fair bonne chere, ) , .
On lui fera chauffer les pieds. )
C On vous demande seulement
Una chignee
De vingt a trente pied do long |
Si vous voulez-e. I
D La Ignole 1 , la Ignoloche, j
Mettez du lard dedans ma poche ! C
C Quand nous fum s au milieu du bois, "
Nous fum s a 1 ombre j
J enteudais chanter le coucou
Et la coulombe.
(bis)
A Rossignolet du vert bocage,
Rossignolet du bois joli. I
B Eh! va-t en dire <a ma maitresse ) ,.
Que je meurs pour ses beaux yeiix. ) ( i8 ^
C Toute fill qui n a pas d amant, )
Comment vit-elle ?
Ell vit toujours en soupirant,
Et toujours veille.
162
CHANSONS POPULAlrtti-
AUTRE VERSION :
(Recueillie par SI. le docteur J. A f LeBlanc)
Bon- jour le maitre et la maf- tres- se
Et tons les gens de la mai- son. Nons a VODS
m J~~l ^ -< ZJ " ! j 3 :z - - ^ -
pria u- - no cou- - tu- me Do v nir vous voir u-
rf|==!=
ne fois 1 au. U- ne fois l an...C est pas grand
ohos Pour 1 ar- ri- v6- - e. Qn un pe- tit
morceau de chi- gu6 , Si vous vou- lez- - e.
Bonjour le maitre et la maftresse
Et toua les gens de In maison.
Nous avous pris une contume
De v uir nous voir une fois 1 an.
Une fois l an....C est pas grand choa .
Pour 1 arrivee,
Qu un petit morceau de ehigne e,
Si vous voulez-e.
DU CANADA 253
La guignole, la guignoloche,
Mettez du lard dans ma poche !
Et du fromiige sur mon pain ;
Je revieudrai 1 anne qui vient.
Si vous voiilcz rien nous douner,
Dites-nous le-e ;
Nous prenderons la fille aiu6e,
Si vous voulez-e.
Nouslui ferons fair bonne ch6re,
Nous lui ferons chauffer les pieds.
CHANSONS PUPULAIKtSS
MALBROUGH S EN VAT-EN GUERRE
John Churchill, due de Marlborougb, naquit le 24 juin
1650, a Ashe, dans le comte de Devon, Angleterre.
Habile diplomate, il fut le plus grand capitaine de son
siecle, et se battit au Maroc, en Angleterre, en Irlande,
en Allemagne et dans les Pays Bas sans jamais eprouver
une defaite serieuse. II servit pendant environ cinq
annees dans 1 armee frangaise, et sut meriter les eloges
de Louis XIV et de Turenne.
La muse populaire a fait du due de Marlborongh un
type legendaire qu elle a chante & sa fagou et dans lequel
il est difficile de reconnaitre le heros de Walcour et de
Milplaquet. En depit des chansons et d une tradition
fantaisiste, Marlborough ne mourut pas sur le champ de
bataille. II fut frappe d appoplexie le 8 juin 1716, alors
qu il etait devenu generalissime du roi George I d An
gleterre. II perdit presque entierement la raison et Ian.
giut dans ce triste etat jusqu a sa raort arrivee le 17 juin
1722.
Mai- brough s en va- t-en guer- re, Mi- ron-
ton. mi- rou- tou, mi- ron- tai- - ne. Mai-
DU CANADA 2
brough s en TH- t-ea guer- re, Ne salt quaad
_ _
re- viea- dra. Ne salt quaud re- viea- dra,
Ne salt quand re- vien- dra. D. C.
Malbrongh s eu va-t-en guerre,
Mironton, mironton, miroutaioe,
Malbrongh s en v;v-t-en guerre,
Ne salt quand reviendra. (ter.)
II reviendra-z-a Paques,
Mirouton, etc.
II reviendra-z-a Paques,
Ou a la Trinite. (ter.)
La Trinite" se paase,
Mironton, etc.
La Trinite se p*sse,
Malbrougli ne revieufc pas. (ter.)
Madame a sa tour monte,
Miroutou, etc.
Madame a sa tour raonte,
Si baut qu ell peut monter.
Elle apercoit son page,
Mirouton, etc.
Elle apenjoit son page
Tout de noir babille. (ter.)
256 CHANSONS POPULAIRES
Beau page, ah I 0100 beau page,
Mironton, etc.
Beau page, ah ! raoii beau page,
Quell uouvelle apportez? (ter.)
Aux nou veil s que j apporte,
Mirouton, etc.
Aux uou Cell s que j apporte
Vos beaux yeux vont pleurer. (ter.)
Quittez vos habits roses,
Mirouton, etc.
Quittez vos habits roses
Et vos satins broch6s. (ter.)
Monsieur Malbrough est more,
Mirouton, etc.
Monsieur M;tlbrough est more,
Est mort et euterre . (ter.)
J l ai vu porter en terre,
Mironton, etc.
J l ai vu porter en terre
Par quatre-z-officiers. (ter.)
L un portait sa cuirasse,
Mironton, etc.
L un portait sa cuirasse,
I/autre son bouclier. (ter.)
L un portait son grand sabre,
Mironton, etc.
L un portait son grand sabre,
L autre no portait rien. (ter.)
DU CANADA 267
A Pen tour de sa tombe,
Mironton, etc.
A Ten tour de sa tombe
Rouiarins Ton plauta. (ter.)
Sur la plus haute branche,
Mirouton, etc.
Sur la plus haute brauche
Le rossignol chanta. (ter.)
OQ vit voler son ame,
Mirouton, etc.
On vit voler son ame,
A travers des lauriers. (ter
Chacun mit pied a terre,
Mironton, etc.
Chacun mit pied a terre
Et puis se releva. (ter.)
Pour chanter les victoires,
Mironton, etc.
Pour chanter les victoirea
Que Malbrough remporta. (ter.)
La certSmoni faite,
Mironton, etc.
La cer6moni faite
Chacun s en fut s coucher. (ter.)
J n en dis pas davantage,
Mironton, mironton, mirontaine,
J n en dis pas davautage
Car en voila-z-assez.
258 CHANSONS POPULAIBES
SAINTE MARGUERITE -PINPANIPOLE
II est singulier de voir comme les paroles les plus insi-
gnifiantes, accolees a quelques pauvres notes de musique,
peuvent se repeter de pays en pays et de siecle en siecle.
Je lisais, il y a quelques jours, qne, dans le Berry, en
France, on chante une berceuse dont les mots sont :
" Dodo, herline !
Salute Catherine,
Eudormez ma p tite enfiint
Jnsqu a 1 age de quinze ans!
Quand qniiizo aus sennit sounes,
II fiiudra la marier."
Au moment ou je le lisais ces lignes, ici, a Quebec, a
mille lieues de la France, j entendais une bonne d enfants,
qui chantait, dans une chambre voisine :
Sain- te Mar-gue- ri- te, Veil- lez ma pe-
ti- te! Eudonnez m a p tite ea-faut Jusqu a l a-ge
de quiuze aus ! Quaad elle au- ra quiuze ans pas- s6,
DU CANADA -5J
J " I - J ~ ~i73~ 3~ rs^^*^^~^3
II fau- dra la ma- ri- er A- vec uu p tit bon-
horn- mo Qui view- dra de Ko- tue.
Sainte Marguerite,
Veillez raa petite !
Eiulormez ma p tite enfant
Jusqu a I age de quinze ans!
Qnaiul elle aura quinze ans passe,
II faudra la inarier,
Avec an p tit bonliomme
Qui viendra de Rome.
finpanipole qni " rencontre les gens du Roy," nous
vient aussi de France, tres-probablement, et je serais
curieux de savoir s il s y est conserve, on s il a emigre
corps et biens pour venir amuser les petits Canadiens au
berceau. On chante cette melodie, qui n est pas sans quel-
que merite, en frappant suceessivement, da bout du doigt,
les cinq doigts tendus d un petit enfant a qui on fait ouvrir
la main. Lorsqne, a la fin du couplet, on &H:dehors!
dehors! defiors! on fait disparaitre un des doigts de 1 en-
fant sous sa main, en faisant mine de le devorer, ce qui,
d ordinaire fait rire le bambin anx eclats; puis on
recommence le mfime petit jeu sur les quatre doigts qui
restent ; et ainsi de suite, en faisant disparaitre un doigi
a la fin de chaque repetion du couplet.
260
CUANSONS POPULAIHES
* >
-y* s*
Pin- pa- ni- - po- - le, un jonr da temps pas-
x *- S * ^,-1- =15? 3
sd,Passaut p:ir la vil- le,rencontr les geus du Roy.Beau pigeon
^ _ i ._ _A r^^r 1 - <* .
d or, les geus des al- lu- - met- tes, Beau pi- geon
, ,X_ --,<
d or, le p tit co- chou de- - hors I
Pinpanipole, un jour du temps pass6,
Passant |>:ir la ville, rencontre les gens du Roy,
Beau pigeon d or, les gens des allumettes,
Beau pigeon d or, le p tit cocbou dehors!
Parlt : Deliors ! dehors ! dehors !
DU CANADA 261
PIPANDOR A LA BALANCE
Pipandor a la Balance est le pendant de Pinpanipole, et
1 accessoire du mme jeu d enfant.
Ge n est pas sans un vif interet qae j ai retrotive, dans
le recueil public par M. Bujeaud : les Chants et Chansons
populaires des provinces de I Ouest, et dans celui de MM.
Durieux et Bruyelle : les Chants et Chansons populaires du
Cambresis, quelques-uns des verbiages d enfants que tous
les petits Ganadiens repetent dans leurs jeux, sur les
genoux de leurs mdres, le long des grands chemins ou
sur les banes de 1 ecole. Quel plaisir d apprendre que
Pipandor a la Balance, Monte e chelle ! Monte-la ! et Petit
couleau d or et d argent sont sur les levres de tous nos
petits cousins d outre mer! En presence d une telle decou-
verte, je me demande si c est le Canada qui est reste
frangais ou si c est la France qui est devenu canadienne !
etje serais presque tent6 de m ecrier, en parodiant ce
brave Marseillais qui n a pent <Jtre jamai-s existe : Si la
France avail un Quebec, ce serait un petit Canada !
Pi- pan- dor & la Ba- lau- ee, N ya-t-H
qu toi-z-et moi-z-eu Fran-ce ? Pour- quoi y es- tu mis f
CHANSONS POPULAIRES
Pour man- ger de la bouil- li 1 Pi- pan-
dor, oha- peau d e- pi- - net- to ! Pi- pan-
:=.= =- =.*- =3"-
-- 1 ^ -- U ------- - -- i=si==i ----
raets ton nez de- - hors!
Pipandor a la Balance,
N y a-t-il qu toi-z-eb moi-z-en France f
Pourquoi y es-tu mis ?
Pour manger de la bouillie !
{ Pipandor, chapeau d epinette!
C Pipaudor, mets ton nez dehora !
VARIANTR :
< Pipandor, tambourez mesdaraea,
( Pipandor, mets ton uez dehora 1
DU CANADA 263
LA POULETTE GRISE
Et jusqu a la " Poulette grise " que Ton chante encore
en France comme ici, en depit de 1 eloquente tirade de M.
LaRue ! (Voir Foyer Canadien, annee 1863.)
On chante aussi en France ce couplet qui accompagne
toujours le " jeu de societe " que tout le monde connatt, :
II est passe" par ici
Le furet des bois, mesdames,
II est passe par ici
Le furet du bois joli !
Nous autres, Canadiens, qui avons conserve des id6es
plus moaarchiques, nous chantons :
II est passe par ici
Le clairon du roi, mesdames,
II esfc passe par ici
Le clairou da roi joli !
A cheval, sur la queue d un orignal, un autre chant tres-
populaire et plein de souvenirs de la France, est une
sorte de psalmodie, plutot parlee que chantee, que Ton
debite en faisant sauter un enfant sur ses genoux :
A cheval, a cheval,
Sur la queue d un orignal.
A Rouen, a Rouen,
Sur la queue d un p tit chVal blanc.
A Paris, a Paris,
Sur la queue d une p tite souris.
164
CHANSONS POPULAIRES
A Versailles, & Versailles,
Sur la queue (Tune grand vache caille.
" On comprend, dit M. LaRue, que le rhythme et la
tournure de cette chanson sont propres a exciter la verve
des nourrices. Aussi une bonne de Quebec a-t-elle cru
devoir ajouter :
A Quebec, a Quebec,
Sur la queue d une belette ! !
" Je lui eii laisse la responsabilite."
EiEE^Ef ra
C est hipou-U-t-te gri- se Qui pond daus 1 e-
gli- se, Ell va pondre uu beau p tit co- co
Pour son p tit qui va fair do- di- che, Ell va pondre
un)>eau p tit co- co Pour son p tit qui va fair 7 do-do.
Do- di- che, do- do.
DU CANADA. 265
C esfc la poulette grise
Qui pond daus I eglise,
Ell va poudre un beau p tifc coco
Pour sou p tit qui va fait 1 doiliche,
Ell va poudre uu beau p tifc coco
Pour son p tifc qui va fair dodo.
Dodiche, dodo.
C esfc la poulefcte blanche
Qui poud dans lea branches,
Ell va poudre, etc.
C est la poulette noire
Qui pond dans 1 armoire,
Ell va poudre, etc.
C est la poulette verfce
Qui poud daus les couvertes,
Ell va poudre, etc.
C est la poulette brune,
Qui pond dans la lune,
Ell va pondre, etc.
C est la poulette jaune
Qui pond dans les aulnes,
Ell va pondre un beau coco
Pour sou p tit qui va fair dodiche,
Ell 7 va pondre un beau p tit coco
Pour son p tifc qui va faire dodo.
Dodiche, dodo.
266 CHANSONS POPULAIRES
ITOU VIENS-TU, BERGERE?
Le noel que Ton va lire n est jamais chante a 1 eglise (il
a pu 1 gtre aulrefois) ; mais il est bien connu dans lea
families. Les petits enfants ai merit son joli air, simple et
dniix. Le D ou viens-tu? et le Quas-tu tn, bergeret de
chuque couplet, interesse leur imagination, qiii s exahe-
au recit de ce Dien qu adorent les grands parents comme
les petits enfants, ce Dien qui a tout fait, tont : le beau
id I toiK 1 , li> ^ranil fliMive et la haute montagne couverte
de neige, et qnicependant vent naitre pour nous dans une
etable ! Le boenf, dont, ordinairement, ils n osent pas trop
approcher, et 1 dne, qu ils ne connaissent que de nom, sont
deux personnages qui, i leurs yeux, embellissent singulie-
rement le tableau ....
Un ecrivain qui n etait malheureusement pas catholi-
que, M. Michelet, a ecrit ces lignes delicieuses a propos des
noels populaires :
" II y avail alors dans I Eglise un merveilleux
genie dramatique, plein de hardiesse et de bonhomie,
sonvent empreint d une puerilite touchante Elle
(I Eglise), quelquefois aussi, se faisait petite; la grande,
la docte, 1 eternelle, elle begayait avec son enfant; elle
lui traduisait 1 ineffable en pueriles legendes."
- D ou vieus- tu, l>er-ge-re, D oii viens- tu ?
DU CANADA 26T
Je viens de 1 e- - ta- ble, De m y pro- me- nerj
J ai vo on mi- ra- cle Ce aoir ar- ri- v6.
D ofr viena-tu, bergere,
D oil viens-tu f
Je viens de 1 etable,
De m y promener ;
J iii vu an miracle
Ce soir arrived
Qn as-tu vu, bergere,
Qu as-tu vu?
J ai vu dans la creche
Un petit enfant
Sur la paille fraiclio
Mis bien tendrement.
Rien de plus, bergere,
Rien de plus ?
Saint Marie, sa mere,
Qui lui fait boir du lait,
Saint Joseph, son pere,
Qui tremble de froid.
Rien de plus, bergere,
Rien de plus ?
Ya le boeuf efc I ane
Qui sont par devant,
Avec leur haleine
Recbauffent 1 enfanfc.
Rien de plus, bergere,
Rien de plus ?
Ya trois petits angea
Descendus du ciel
Chantant les louaagea
Du Pere eternel.
268 CHANSONS POPTJLAIRES
JE NE VEUX PAS D UN HABITANT
Nous n appelons habitant, en Canada, que celui qui
possede une terre a la campagne et qui la cultive lui-
mSme. Les ouvriers et les journaliers qui demeurent a la
campagne ne sont pas des habitants, pas plus que les resi-
dants des villes. L origine de cette distinction remonte,
sans aucun doute, aux premiers temps de la colonie. La
societ6 canadienne d alors se composait, a part les eccle-
si.istiques, de trois classes d hommes : les soldats, les
commergants et les agriculteurs. Les premiers n etaient
ici, pour la plupart, que temporairement, tandis que les
agriculteurs, en s emparant du sol meme du pays, s y
fixaient d une maniere irrevocable, et devaient etre seuls
consideres comme les veritables habitants de la colonie.
On m a chante cette melodie tantot avec le sol dieze,
tantot avec le sol naturel.
A part les couplets oft il est question d un habitant et
d un colporteur, toute cette chanson nous vientde France.
On en chante encore une variante aujourd hui en Sain-
tonge.
^
Je voudrais bien me ma- ri- er, Je voudrais
bien me ma- ri- er, Mais j ai grand peur de ine trom-
mi CANADA 269
:~~l _ :j--:j=n:r=r:
per, Mais j ai grand peur de me troin- per: Us
w^ r
sont si mal-lion- n6- tes ! Ma lu-ron, ma lu- ret- te, Ils
sont si mal-hon- no 1 - tea ! Ma lu-rou, ma lu- r6.
Je voudrais bien me marier, (bis)
Mais j ai grand peur de me tvomper : (bis)
Ils sont si m.alhounetes!
Ma luron, ma lurette,
Ils sont si raalhotinetea!
Ma lurou, ma Iuv6.
Je ne veux pas d tin habitant : (bis)
II faut toujours aller au champ, (bis)
Et rouler la charette,
Ma luron, etc.
Je ne veux pas d un laboureux : (bis)
H faut toujours toucher lea boeufa (bis)
Et mauier la curette,
Ma luron, etc.
Je ne veux pas d un colporteur, (bis)
Earement ils se font honneur (bis)
En portant la cassette,
Ma luron, etc.
Pour un notair , je n en veux pas, (bia)
Car ils passent trop de contrata. (bis)
Ils euibrass ut lea fllettes,
Ma luron, etc.
270 CHANSONS POPULAIRES
Je ne veux pas d an medecin : (bis)
Us out toujours pilul s en main, (bis)
Des pria s et des lancettes,
Ma lurou, etc.
Je ne veux pas d un avocat, (bis)
Car ils airneut trop les ducats, (bis)
Us trorupeut les filettes,
Ma luron, etc.
Je voudrais bien d un officer: (bis)
Je marcherais a pas carves (bis)
Dans ma joli 1 chambrette,
Ma luron, ma lurette,
Dans MI. i joli chambrette,
Ma lurou, iiialure.
DU CANADA 27J
JACQUOT HUGUES
Jacquot Hngues n est pas un etre fictif ; il a bien r6el-
lement existe, et vecu de longues annees dans le comt
de Rimouski, oft ilestmort, il y a une vingtaine d ann6es,
sans laisser de posterite.
11 est bon de savoir que c etait un <Hre bien original
que ce Jacquot Hngues. II etait grand de taille, et,
quoique Frangais de naissance, on I appelait le Sauvage, a
cause sans doute de son teint tr6s-basane, mais aussi a
cause de ses allures excentriques et de sa coutume de
porter des mitasses, avec ornements en babiche.
11 lui arriva un jour de s emparer d une baleine. Aprs
qu il 1 eut depecee et qu il en eut extrait Phuile et la
graisse, ses voisins s en vinrent chez lui pour se partager
le residu, les cretons, comme cela etait d usage ; mais
voila mon Jacquot Hugu es qui ne veut pas donner mais
i
vendre ses cretons, et qui se met en frais de peser sa
marchandise avec une romaine. G en etait bien assez pour
se faire chanter ; neanmoins la verve des rimeurs de 1 en-
droit se contint pour le moment; mais lorsque,4 quelque
temps de la, on entendit dire que ...acques Hugues, le
Sauvage, le veudeux de cretons, faisait des demarches pour
se faire elire membre du parlement, toute digue fu<
rompue, et les couplets que i on va lire volerent de bouchj
en ^uche, si bien que je Its ai entendu chau.er & plusd*
ceo lieues de 1 eudroit oil ils furent composes.
10
272 CHANSONS POPULAIRES
Dans 1 comte de Rimouski, A 1 6-lec-tion nou-
vel- le, Jac- quot Hug s s est pr6- sen- te" : II
sen- tail la ba- - lei- ne I II a- vait pour
r6- con- fort Tous les cro- ons de son bord. Ro-
inai- - ne, ro- inai- - ne, ro- mai- ne!
Dans 1 comte de Rimouski,
A 1 electiou iiouvelle,
Jacquot Hug s s est presenter
II scuta it la baleine !
II a vait pour re confort
Tons les cretons de son bord.
TZotnaine, romaine, romainc!....
Quand il e tait cautinier,
II vendait de 1 eau forte ;
II savait la baptiser
Sans deuiander main-forte:
C est P tit Paul qui charriait 1 eau,
Madaui riu^ait le touneau....
A force, a force, a force 1
II ne se souvenait pins
De ses mitass a fi-augea;
II eut donn6 ses ecus
Pour entrer dans la chambre.
C est c qu on n aurait jauaais vu:
UQ Sauvage d etre elu !
Peau noire, peau noire, peaa noire I
DU CANADA
En s en revenant cbez lui,
H faisait la grimsxse;
Le inond s est bion apenju
Qu il avait le coeur flasque.
II dit qn il a vendu,
Mais a present u en vnd plus.
Attrape, attrape, attrape !
Qa en a corapos6 la chanson,
C est nn garfon de gloiro;*
II ne vous dit pas son nom :
Ca vou s reste a savoire.
II esp6r que ses amis
Chanter-out tous avec lai :
Romaiae, sauvago, ].au noire I
174 CHANSONS POPULAIRE3
FRANgOIS MARCOTTE
On a vu, dans les couplets qui precedent, une mor-
dante satire contre les petits moyens mis en jen par mi
homme preoccupe de fuire sa fortune rapidement. Voici
une autre satire, nou moins raordante, dont les garons
qui se van tent de faire tourner la tte a toutes les filles
pourrout tirer lour profit.
Cette chanson est tout a fait dans le g6nie canadien.
Frangois Marcotte, qui :
s en va promptement
Atteler sa juinent
Chez son oncle Paul Abelle,
cst bien un vrai type de faraud campagnard.
G est une coutume commune anx poetes rustiques de la
Franc? et du Canada de se consacrer a eux-memes le der
nier ou les derniers couplets de leurs chansons. Presque
toutes nos chansons d elections, de meme que les com-
plaintes composees a 1 occasion d un malheur arrive a
une famille ou a une paroisse, fiuissent par le couplet
sacramentel :
Qu en a compost la chansou, etc.
Qui a compose cette cotnplainfce, etc.
On doit d autant plus volontiers pardonner cette petite
faiblesse anx poetes popnlaires que Ton est accoutume a
voir dfis poetes d un ordre plus eleve parler d eux-mgmes,
DU CANADA
275
se decrire, se vanter, se blographier d un bout a 1 autre de
lears ceuvres.
V
L air de cette chanson u a rieu d original et n est pas
canadien. G est, je crois, une ancienne melodie an-
glaise.
9
C est Frau^ois Mav- cott Qui s ha- bil- le ben
prop Pour al- - ler eu pro- me- na- - de; C est
=*=,+= -f=r=^ zs i ^_^r s -q^ :=:;. zfi
^EESEEElErEjSSE E?=f=*~l=*E ==*
& Des-cham-bault ; Chez mousieur Bou- drault : C est un
fil- le qu il lui faut.
Boa- jour
ma-dam Bou- drault, Eu fai- saut le fa- raud, Fai-
des po- li- - tes- - ses, Des ci- vi- - li
- = M * * * i - -j - ff-d *zzrj
-=- ^~ ^^ ._ 5
tds A la com- pa- gue* ! Mar- cott fit UQ belle eu-
tr6el
CHANSONS POPQLAIRB3
C est Frangots Marcotfce
Qui s habille bea propre
Pour aller eu promenade ;
C est a Deschambault,
Chez monsieur Boudrault :
C est uue fille qu il l;ii faut.
Bonjour madam 1 Boudrault,-
En fnisant le f.iraud,
Faisant des politesses,
Des civilites
A la compagnee I
Marcotte fit mi belle entree!
Quand il fut outre,
II s agit do parler
Des affair s de consequence J
De sa bien ainiee
D s e.st approche :
C etait pour la demander.
Je sui.s bien presa6,
Je venx me maiier,
Je crains de voua surprendre ;
Vous excuse rez
La brutalite
D i abord de mon arrivee.
Vous St s tout excus^,
Vous pouvez continuer;
Revenez plusieurs voyages:
Pour vons niarier,
II faut esperer (attendre)
Que uion per soit arriv6.
Marcotte s est retire,
Pensant bien qu il 1 aurait
Dans un second voyage ;
Ne s im agin ant pas
Qu en faisaut tout cela,
Ell voulait le planter la.
DU CANADA 277
L automne est revenu,
Boudrault ne reviaut plus,
Marcotfce est d uii bord et d l autre :
C est pour s infonuer,
De tous les cotes,
8i Boudrault est arriv6.
S en va a Deschambault,
Rencoutr monsieur Boadraalt
Et fait sa corinaissaaoe :
Veuillez bleu m excuser,
C est pour vous demander
Votre fille a uiarier.
Parlez-moi, mon ami,
Tout vous est permis:
Vous avez taut d avautageal
Vous avez de I esprit,
Sans compter 1 industrie :
Vous fit s homme de g6uie.
Puis on m a raconte
Que vous vous vantiez
Que vous aurlez bien ma flllej
Pour vous recompenser,
Nous allons vous donner
Une pell bien amauch^e.
Revenons a Marcotte.
II a pris sa capote ;
II a Pair tout imbecile :
Son casque rabattu,
II a 1 air tout bourru :
Marco tt ne se r counaifc plus.
II s en va promptement
Atteler sajument
Chez son oncle Paul Abelle,
En disant : Sapre gai !
Je suis effai ouch^
De la pell qu ils ui ont donnee !
278
CHANSONS POPULAIRES
L autenr tie la chanson,
C est an grand garcon
Revenant d un long voyage;
Etant arretd
Se fair faire a diner
Chez des gens (ju il coimaissalti
Etant apres diner,
II cnteml raconter
L aventur tie Marcotta;
J vous dis en verit6,
Qu il aurait iuerit6
Uu chausou inienx compos<Se.
Jo vais vous le nomraer:
C est Hyacinth Denis,
Qui n a plus d a vantages.
II est oxpos6
Au ineine danger
Qnand il va se promener.
Un join passant par la,
Pensant a tout cela,
Je chantais, en en moi-raSme :
" Arriv ra que pourra !
La pell nous servira
Pour enterrer 1 mardi gras."
DU CAN* A DA 27 J
G EST PINSON AVEC CENDROUILLE
Cette chanson n est pas .ant une chanson comique
qu une chanson d erifants, oft la chatte, le gros rat avec
son violon, etc., ne figurent que pour tenir en eveil 1 esprit
d un petit tapageur en attendant que le sommeil vienne
fermer ses paupieres. * Ilnefaut pas, dit avec justesse
M. Champfleury, demander aux nourrices qui composent
ces chansons, autre chose que cequ elles pen vent donner ;
dans 1 amour qu elles portent aux enfants, elles
trouvent de singuli6res associations de mots. qui
frappent le nouveau-ne et savent indormir ses souf-
frances."
Ces couplets se chantent en France, dans le Cambr6sis,
sur un air tout different du notre.
C est Pin- - son a- vec Cen- drouil- le Qui vou-
draient se ma- ri- - er; Us von- draient fai- re des
no- ces Mais n out pas do quoi man- - ger. Gai loa
la, Tir la li- - ret- te, Des trom-pett s, II yen au-
J
ra.
280 CHANSONS POPQLAIRE3
C est Pinson avec Cendrouille
Qui voudraientse ruarier;
Us voutlraient faire des nocea,
Mais n onb pas de quoi manger.
Gai Ion la
Tire la Hrette,
DCS tronipettea
II yen aura.
Us voudraient faire des noces,
Mais n ont pas de quoi manger.
Us voient venir un gros cliien,
Dans sa gueule apporte un pain.
Gai Ion la, etc.
Us voient venir un gros cliien,
Dans sa gueule apporte un pain.
De pain nous en avons bien,
De viand nous n en avous point.
Gai Ion la, etc.
De pain nous en avous bien,
De viand nous n en avous point.
Us voient venir uu corbeau,
Dans son bee est un gigot.
Gai Ion la, etc.
Us voient venir un corbeau,
Dans son bee est uu gigot.
De viand nous en avor.s bien,
De via nous n en avons point.
Gai Ion la, etc.
De viand nous en avons bien,
De vin nous n en avons point.
Us voieut venir un lapin,
Sur son dos, un toun de vin.
Gai Ion la, etc.
DU CANADA 281
Ils voienfc venir un lapin,
Sur son do.s un tonn Me via.
De vin nous en avons biea,
Dij danseus s n en avous paint.
Gai Ion la, etc.
De via nous en avous bien,
De danseus s n eu avons point.
Ils voient venii 1 un voisiu,
Une fllle a chaque main.
Gai Ion la, etc.
Ils voient veuir un voisin,
Uike fille k chaque main.
Des danseus s en avons bien,
De viol on n en avons point.
Gai Ion la, etc.
Des danseus s en avor.s bien,
De violon n en avons point.
Us voient veuir un gros rat,
Uu violon dessous son bras.
Gai Ion la, etc.
Us voient venir un gros rat,
Un violon dessous son bras.
Entrez monsieur 1 Arrive:
Notre chatte est au grenier.
Gai Ion la, etc.
Entrez, mousieur 1 Arrive 1 :
Notre chatte est au grenier.
La chatte entendit cela,
A saute dessus le rat.
Gai Ion la, etc.
La chatte entendit cela,
A saute dessus le rat.
Le rat s est mis a ciler :
Voila mou violon cass6!
Gai Ion la, etc.
282 CHANSONS POPULAIRE3
Le rat s esb mis a crier:
Voila moil violou cass6 !
Quand j irai eu compaguee,
Un coup d eau d vi je prendrai.
Gai Ion la, etc.
Quand j irai en compague e,
Un coup d eau d vi je prendrai.
J u en douu rui pas a cell -l&
Qui m a cusse les deux bras.
Gai Ion la,
Tire la lirette,
Des trompettes
II y eu aura.
DU CANADA 283
A LA CLAIRK FONTAINE
(Air recueilli par M. I abbe Marquis)
Le leoteur a deji pu observer que, dans des chants qui
semblent d abord appartenir au mode mineur, lechanteur
populaire fait tout i coup apparaitre une seconde majeure
entre le septieme et le huitieme degre de la gamme, de-
truisant ainsi la note sensible, et plagant la melodie dans
le premier ou le second mode de la tonalit6 ancienne. Or,
ce qui arrive pour le mode mineur arrive aussi pour le
mode majeur. Ainsi, dans la melodie de la Claire Fontaine,
que Ton va voir ci-apres, etquisemble d abord appartenir
exclusivement au mode majeur, la note fa apparaissant
naturelle, dans la dixi^me etdans laquatorzi&me mesure,
la sensible disparait par la meme, et le huiticime mode de
la tonalite ancienne se trouve parfaitement accuse.
On dirait, quelquefois, que le peuple a horreur de la
note sensible. Cela tient t des causes toutes nafcurelles
que des musicistes distingues de oe sidcle ont 6tudi6es et
expliquees d une manure irrefutable. (Voir les Remar-
ques generates, & la fin de ce volume.)
J ai deji dit que ees infraction s aux regies de 1 art mo-
derne n indiquentpas toujours 1 anciennete d une me-lodie
Souvent il arrive qu une chanson de la ville, toute fraiche
compos6e, vieillit tout & coup de plusieurs siedes, grtce
aux alterations qu elle snbit en passant par des gosiers
234
CHANSONS POPULATES
compagnards. Chacun connait cet air d ua vaudeville
intitule : Les Canoliers de la Seine:
Mes-dam s, sa-vez- vous c qu il f;iut Pour 6- tre
ca- no- tid- - re f
Eh ! bien, voici comment j ai entendu chanter ce mgme
air par une jeune fille de I lle-Verte, (comte de Temis-
couata) :
Ceux de mes lecteurs qui ont visite la capitale de la
France se rappellent sans doute avoir vu, sur la place des
Victoires, une statue equestfe de Loais XIV, representant
le monarque avec un lambeati de vetement sur le corps,
et des sandales aux pieds. G est un anachronisme de ce
genre que faisait, bien a son insu, ma jeuhe chanteuse de
I lle-Verte, en depouillant de sa note sensible la melodie
toute moderne du vaudeville franjais-
DU CANADA
285
A la clai- - re fon- - tai- ne M en
al- lant pro- me- ner, J ai trou- v6 1 oau si
bel- lo Que je m y auia bai- go6. Lui
ya long- temps que je t ai- me, ja-
2
maia je ae t ou- bile- rai.
286 CHANSONS POPULAIRES
PERRETTE EST BIEX MALADE-CHEZ MON PERE
YA TROIS FILLES
La chanson de Perrette etant chantee dans toutes nos
campagnes, et par les gens du peuple, j ai cm devoir lui
donner place ici, mais j avoue que sa musique, aussi
remarq liable par sa distinction que par son caractdre
antique, senible accuser une origine pen populaire.
Paroles et musique sont. peut-Stre n6es au milieu de "ces
pres fleuris qn arrose la Seine," dans Lutece la chantante
elle-meme, alors que 1 ecole litteraire dite sentimentale
peuplait le Louvre et Versailles de bergers et de bergeres.
Dans tons les cas, les couplets de Perrette est bien
malade, de me me que ceux de Chez mon per ya trois filles,
qui semblent en gtre une variante plus populaire, ne sont
certainemeut pas canadiens. Les mots: aubade, musette,
et tambour sont li pour le prouver. (1)
Chez mon pere ya trois filles se chante sur la premiere
(1) II est important de remarquer que le peuple, en Canada, ne fait pas
usage d instruments a sons fixes, tels que la vielle et les differentes sortes
de musettes ou corneinuses : le biniou, le bay-pipe, etc; que le violon est
le seul instrument dont se servent nos virtuosos campagnardsj et que,
conse luemment, on ne saurait attribaer aux exigences d instruments &
sons fites le fait que noa chants populaires appartieaneat presque exolusive-
irient au genre diatonique
Le tambour, dont nos paysans ne font pas non plus usage, e tait autrefois un
instrument trds en vogue en Canad;), avant 1 arriv^e des blancs. On le regardait
presque comme quelque chose de saore, paroo que les jongleurs a eu servaient
toujourj daus les chants qui accompagnaient leurs inagies. C est si bien le
oaa que les premiers missionnaires de la Nouvolle-France ne consid^raient
un sauvage bien convert! que lorsque celui-oi avait bris6 son tamboar. Le
Frere Gabriel SagarJ dit, en parlant d une coutume montagnaise : "
Je m oubliais de parler des violons ou instruments musicaux
au sons desquels, & des chansons des doux obantres, tout le branle alloit &
DU CANADA
28T
partie (andante) de Pair not6 ci-aprks, Cette variante ra a
et6 chantee par une jeune fille du nom de Farly, de
Saint-Barthelemy, comte de Berthier.
Andante-
Per- rette est bieu ma- la- de, Tra la
la la la la Tra la la la la la, Per- rette est bieu ma-
FIN.
la- de, En danger de tnou- rir, En dauger de inourir.
Presto.
Son a- - uni la va voi- - re, Tra- la la
la la la la, Son a- - mi la va
E?:EEE^^IzE=rrri?^i I ~^zg *~ Irryr j) = g:
voi- - re: Te lai - ra - tu mou- rir? Be- ziu-
ae remuoit &, la cadence; o estoient une grande esoaille de tortufi & una
fa9on de tambour de la grandeur d un tambour de basque, compose" d lta
cercle large de trois ou quatre doigts, & de deux penux roidement estendue 8
de part <fe d autre, dans quoy estoient des graines de bled d Inde, ou petita
oaillous pour faire plus de bruit : le diainettre des plus grands tambours eat
dedeus palmesou environ, ils le nommeut en Montagnais Chichigouan ; its
ne le battent pas comme on fait par deca : mais ils le tournent & remueat,
pour faire brui re les oaillous qui sont dedans, & eu frappent la terre, tantosfc
da bord, tantost quasi du plat, pendant que tout le monde danse.
" Voyla tout ce qui est des instruments musicaux da pays."
" Sagard. Histoire du Canada, page 474, Paris, 1636.
2*3 CHANSONS POPCTLAIRES
zi be- zin- zon Be-ziu- zon be- zin- zain Te lai ra-
/T\
tu mou- rir, Te lai ra- tu mou- rir? D.C
Andante.
Perretfce est bien malade,
Tr;i la la la la la
Tra la la la la la,
Perrette esfc bieti malade,
Eu dauger de mouiir. (bis)
Presto.
Son ami la va voire,
Tra la la la la la la,
Son ami la va voire :
Te lai ra-tu mourir?
Bezinzi bezinzon,
Bezinzou bezinzaiue,
Te lai ra-tu mourir ? (big)
Andante.
Non, non, r^pondit-elle,
Tra la la, etc.
Non, non, re"poudit-elle,
Je ue veux pas mourir. (bis)
Presto.
Qu on m apporte ma flute,
Tra la la la la la la,
Qu ou ru ap"porte ma flute
Et mou tambour joli.
Bezinzi, beziuzon, etc.
DU CANADA. 28a
Andante.
Pour jouer une aubade,
Tra la la la la la
Tra la la la la la
Pour jouer uuo aubade
Etchasser les aoucis. (bis)
Chez raon per ya trois fillea,
Les voici, les voila,
Tra la la tra la la,
Chez inon per ya trois filles,
Tout s trois k tuarier. (bis)
Mais yen a deux qui chantont,
Les voici, les voila, etc.,
Mais yen a deux qui chautent
Et I autre qui ge"mit. (bis)
Pourquoi gemir, la belle ?
La voici, la voila, etc.,
Pourquoi gemir, la belle :
Nous somm s tous rej ouis ! (bit)
Chantez, cliautez la belle,
La voici, la voila, etc.,
Chantez, chautez, la belle,
Nous chanterous aussi. (bis)
Qu on m apporte ma musette,
La voici, la voila, etc.,
Qu on m apporte ma musette
Et mon tambour joli ! (bis)
- 90 CHANSONS POPULAIRES
Que je jou des aubades,
Les voici, les voila, etc.,
Que je jou des aubades
AIIX IM it u its sans souci. (bis)
Les enfants sans souci, me dit-elle,
Les voici, U-.s voila, etc.
Les en Cants sans souci, me dit-elle,
Us sont bien loin d ici. (bis)
Us sont a la caserne,
Les voici, les voila, etc.,
Us sont a la caserne,
Apres se divertir. (bis)
Us boivent pots et pintes,
Les voici, les voila,
Tra la la ti-a la la,
Us boivent pots et pintes,
Vidant les verr s aussi. (bit)
DU CANADA 291
A LA SANTE DE GES JEUNES MARIES
Quel est 1 homme ayant tant soil pen de monde qui
oserait parler malheur, deception, tombeau, au mi
lieu d un repas de noces ? Dans de telles circonstances,
au contraire, chacun affecte uue joie sans melange, et ne
parle (jue felicite supreme et bonheur sans fin. Et pour
tant la crainte est dans tous les coeurs. Ici bas:
" .jamais entiere allegresae :
L arue y sonffre de ses plaisirs,
Les cris de joie out leur tristesse,
Et les voluptes leurs suupirs.
" La crainte est tie ton tea les fetes;
Jainais un jour cairn e et serein
Du choc tenbreux ties teni petes
N a garauti le leiidemaiu ."
Ce mysterieux lendemain," on n ose pas le regarder
en race, on s efforce de n y pas songer. Plus courageux
que nous, et, avonons-le aussi, la conscience plus tran-
quille, 1 homme des champs ne craint pas d en rappeler le
souvenir, me me au milieu de ses fetes. Au lieu de se
dorloter mollement dans la jouissance du present, au lieu
de s ecrier inutilement, comme Lamavtinc:
" Ne pourrous-iious jamaia sur 1 ocean des agea
Jetor 1 ancro uu sou! jour f "
CHANfSONS POPULAIiliiS
il regarde 1 avenir avec calme, tAche de raettre a profit
1 experience du passe, et se raffermit dans le sentier du
devoir.
Les couplets que Ton va lire prouvent, one fois de plus,
la verite de cette assertion des freres Grimm : que les
chansons du peuple ne savent jamais mentir.
Sur vo- tre bon- t6 Ah 1 je
me re- po- - se. Puis- que vous vou-
lez Tous i- - ci que j o- - se
tl=a=^=
Vouachan- ter u- - ne chan- son,
Don- nez
2* - 1 -, i I ^3
-- 1 H
vo-tre at- - ten- ti- - on.
Sar votre bonte"
Ah ! je me repose.
Paisque vous voulez
Tous ici que j ose
Vous chanter une chauson,
Dounez -votre attention.
DU CANADA 2*3
Je ne parle pas
Ici du breuvage,
Ni do ce repas,
Mais tlu manage;
Je ue parie maiuteuant
Que de ces jeunes amaata.
Vous avez difc : oui,
Mot tres-agrSable ;
Mais il eat aussi
Sou vent regrettable,
Et j usque dans lo tombeaa
On se repeud de ce mot.
Messieurs, jusqu ici,
Jasqu a VO3 oreilles,
Je puis bien parler
De tous ceux et celles
Qui se prennent sans s aimer
Et uieur nt sans se regretter.
Vous, jeunes amants,
Qui cherchez des belles,
Veillez sagement,
Soyez-leur fldeles,
Car vous pourriez etre enfin
Accabl6s de grand chagriu.
Pour vous conserver
Beaux jours et bou r6le,
Vous d vez repeter
Sou vent ces paroles:
Dieu veuille que je sois doux
A cell dont je suis 1 epoux!
294 CHANSONS POPULMtttiS
Tu ne dois aimer
Que ta chere female,
Que Dieu t a douuee
Pour fidel conipagne;
Tu dois toujours eviter
Cell qui pourrait be charmer.
Vous votis et s aimed,
Aiiiicz-vous c.ncore!
Vous snrcz charmea
Do i-evoir ruccor -e
Reguur dans votre maison
Avec la paix et 1 anion.
Jean femme, ecoutez!
Vous ferez de uiAuie ;
De Dieu suppliez
La bont6 supreme
Qu il vous b^uisse tous deux
Et vous douue des jours heureux.
Messieurs, c est aasez
Sur le mariage;
Daignez me verser
De ce do us breavago:
Que je boivo a la sant<S
De ces jeunes maries.
DU CANADA
295
DANS TOUS LES CANTONS
(Paroles recueillies par M. J. A. Malouin)
L aateur de ces couplets, apres avoir ermine re les vis-
cissitudes du menage, nous apprend que lui en a 6te
exempt, qu il est tombe sur un bon " gibier." Gela prouve
deux choses : 1 que les femmes peuvent etre bonnes
quelquefois (elles le sont meme tres-souvent) ; 2 que les
poetes de tons les calibres ne peuvent que difficilement
se taire sur leurs a vantages.
Cette chanson, au reste, est, dans son genre, un petit
chef-d oeuvre. La morale en est toute pratique: savoir
bien choisir son a gibier."
Dans tous les can -tons Ya des fill s et dea gar-
gons Qui veul nt se ma- ri- - tT,C est la pu- re v6*- ri-
t4. Les gar-^ous vont les vuir, Le plus sou-veut le
soir , Les fill s se re -jou- iss nt Quaud ell s voi ut leurs a-
^ft m B |~ ^ = - - m \j~~~f~~ Z=~^z^zgzz j~j~r:~:^ ]
j& -- m fs i q -- ) ^ m - 1 E i- \ -- ^ H- -j ~^~ ~ \
mis; Ell a se dis nt en sou -riant: Le voi-l& mon a-
uiant !
J96 CHANSONS POPULA.IRES
Dans tous les cantons
Y;i des fill s et des gar^ons
Qui veul nt se marier,
C est la pure ve"rite.
Les gallons voufc les voir
Le plus souveiit le soir j
Les fill s se rejouissent
Quand ell s voi nt lours amis;
Ell s se dis nt en souriaut:
Le voili mon aiuaut !
Jeuiie8 fill s, 6coutez,
Qui voulez vous marier:
Votre engage inent
Vous cuusera du tounnent.
Voiirt prenez un etat
De peiu s et d ein ban-as;
Bien souvent du chagrin,
Sans en conuaitr la fin,
Qui vous f ra regretter
La inaisou qu vous quittefc
Etant mariee,
II faut tout abandonner,
Tons les agtements
D etre avec les jeunes gens.
Faut rester au logis
Pour plaire a sou niari ;
Vous etes mariee
Par votr propr volont4;
Vous avez pris inari,
C est pour lui obeir.
S il est complaisant,
Vous a.urez de I agre ment;
Mais s il est jaloux,
Vous u en aurez pas beauconp.
DU CANADA 297
Combien y en a-t-il
De cos inechants maris,
Que tout leur inte ret
C est d aller au cabaret,
Pour y passer leur temps
A boir tout leur argeut!
Le soir arrive",
Us revienn nt a leur logia
Tout en furibona
Et ineuant le carillon;
Diaant d uu air fache:
" Donne-nioi a souper!
Promptement lais mon lit,
Car j ai besoiu d dormir! "
Comment pouvoir cherir
Un si brutal niari?
Vous, a la maison,
Ni pain, ni lard, ni poisson,
N nyant pas le sou
Et souveut manquant de tout. ...
Et vos petits enfants
Qui vous diront : " Maraan,
Donuez-uous done du pain,
Car nous mourons de faim! "
H^las, quel creve-coeur
Vous f ra verser des pleura !
Mais comme eel a
Tous les bomraes ne sont pas :
Car tous ces defauts,
Pour u n se ul, ce serait trop !
Yen a, assurement,
Qui sont plus complaiaanta :
Ilsaim nt leurs compagoees
Puisqu ils les out epouseea,
II a veul nt les stialager :
C est pour se faire aimer.
298 CELliSrSOtfS POPCJLA.IRES
Mais si lea maris
Ne sout pas tous garantis,
C est qu il yea a trop
De ces fe tutu s qu ont des defauta.
De ces luuueurs marabouts,
Que rieu nVst a leiir goubj
Quand on veut leur parler
Dans mi coin s on vonfc bouder.
Comment a pas faire courroux
Avec uu tel hibou?
L;i sciuaine, au logis,
Ell s out 1 air tout e"to:mlies;
Mul |K ignee8,]m il chauss^es,
Et sou vent mil arranges.
Lt- (liinanclie arrive,
Yous Irs voycz tVisees,
Que tout s leurs qualites
N est qii pour la vanittj.
Ell s n ont aucun souci
Pour 1 affair du
Qu en a compose la chanson
C est uu vieillard de ce canton
Qui n a pas regrette
Le jourqu 1 !! s est made.
II a pris uu yibier
Qu il a su conserverj
Elle a des qualites
Qu il u a poiut publiees :
Que ch.icun fass comm moi,
Qu il chante ce qu il sait I
DU CANADA 299
CELLE QUE MON GOEUR AIME
On chante, en France, les couplets suivants, qui ont
avec notre chanson Celle que mon coeur aime un lien de
parente non equivoque :
Nous etiotis dix fill s dans an pr6,
Tout s les dix a marier.
Y avait Dine, y avait Chine,
Y avait Claudiue et Martiue,
Ah! ah!
Cath iinette et CatU rina,
Y avait la belle Suzon,
La duchess d Montbazon,
Y avait Madeleine,
Y avait la du Maine.
Le fils du roi vint a passer,
L fils du roi vint a passer j
Salua Dine, etc., etc., etc.
Embnissa la du Maine.
A toutes il fit un cadeau,
A tout s il fit un cadeau.
Bague a Dine, etc., etc., etc.
Diaiuauts a la du Maine.
\
Puis il leur offrit a coucher,
II leur offrit a coucher.
Faille a Dine, etc., etc., etc.
Beau lit a la du Maine.
300
CHANSONS POPULAIRE3
Puis toutes il les renvoya,
Toutes il lea renvoya.
Chassa Dine, chassa Chine,
Chassa Claudine ot Martine,
Ah! ah!
Cath riuette et Cath riua,
Chassa la belle Suzon,
La duchess de Montbazon,
Chassa Madeleine,
Et garda la dn Maine.
Evidemment cette version n est pas de source populaire.
Mais il est possible qu il existe, ou du moins qu il ait
exist6, en France, une chanson populaire d peu pres
semblable a noire version canadienne, et qu elle ait
servi de theme aux couplets que Ton vient de lire.
Daus inon clie- min j ai ren- con-
tr6, Dans inon che- inin j ai ren- con-
~_=^ =*=\ =a~ 3 f =f tr^r =rj=
tre", Ren- con- tre* Mi- ne, ren- con- tr6
Fi- ne, Reu- con- tre Jac- que.... Jac- que- li- ne,
Tra la la la la la la la, Ren-cou-tr6
DU CANADA 301
Ger- mi- net- te, Cell qui vend des cho- pi-
net- tos, J ai rea- eon- tre ma rei-
ne,
Cel- le que mou coeur ai- - - me.
Dans mon chemiu j ai rencontre: (bis)
Rencontre Mine, rencontre Fine,
Rencontre Jacque . .Jacqueline,
Tra la la la la la la la,
Rencontr6 Germinette,
Cell qui vend des chopiuettes,
J ai rencontre ma reine,
Celle que mon coeur aime.
Je les ai tout tout fait entrer: (bis)
Fait entrer Mine, fait entrer Fine,
Fait entrer Jacque.. Jacqueline,
Tra la la, etc.
Fait entrer Germtnette,
Cell qui vend des chopinettes,
J ai fait eutrer ma reiae,
Cela que tnon coeur aime.
Je les ai tout tout fait asseoir :
Un chaise a Mine, uu chaise a Fine,
Un chaise a Jacque Jacqueline,
Tra la la, etc.
Un chaise a Genninette,
Cell qiii vend dos chopiaettea,
TJu beau fatiteuil a ma reine,
Celle que mou coeur aime.
M2 CHANSONS POPULAIRES
Je les ai tout tout fait manger: (bia)
Patate a Mine, patate a Fine,
Patate a Jacque.. Jacqueline,
Tra la la, etc.
Patate a Germinetfce,
Cell qui vend des cliopinettes,
Un bon chapon a ma reiue,
Celle que iiion CCBUT aime.
Je les ai tout tout fait coucher : (bis)
Paillasse a Mine, paillasse a Fiue,
Paillasse a Jacque. .Jacqueliue,
Tra la la, te.
Paillasse a Greruiinette,
Cell ipii vend dcs chopinettes,
Un boau lit d plunie a ma reiue,
Celle que uiou coBiir
Je les ai tout tout renvoyees : (bia)
Reuvoye Mine, renvoye Fine,
Renvoye Jacque. .Jacqueline,
Tra la la la la la la la,
Renvoye Germiuette,
Celle qui vend <lns cliopinettes,
Mais j ai garde ma reine,
Celle que mou coeur aime !
DU CANADA
303
ENTRE PARIS ET SAINT-DENIS
Voici une princesse, fille d un roi de France, qui se fait
bel et bien couper 1 herbe sous le pied par une " savante,"
physicieiMie et botauiste. G est la un eloquent plaidoyer
en faveur de i usage, etabli depuis quelques annees, de
dormer des prix de chimie, de physique et de botanique
dans nos pensionnats de jeunes filles.
Une variante de cette jolie chanson se chante aussi en
France. (Voir les Chants el, Chansons de M. Bujeaud, page
203, vol. 1.) J ai recueilli ces couplets a Sainte-Louise,
district de Montmagny.
En- - tre Pa- ris et Saint- De- nis II
s e"- l 6ve u- ne dan- - se; Ton- tes les
da- ines de la vill Sout a- leu- tour qui Jau-
sent. Sur la feuil- le ron don don doa, Sur la jo- li
ZH - -^ -^\ -- *.~g*^-m
H ^^L
jo- li feuil- le ron-
de.
n
304 CHANSONS POPULAJRE3
Entre Paris et Saint-Denis
II s eleve une danae ;
Toutes les dames do la ville
Sont alontour qui dansent.
Sur la fouille ron..dou don don,
Sur la joli , joli feuille ronde.
Toutes les dames de la ville
Sont alontour qui dansent.. ..
11 11 y a quo, la (ill du roi
D uu cot6 qui regard" -.
Sur la t ouille, etc.
II n y a que la fill du voi
D un c6t6 qui regarde.
Ell voit vonir son messager,
Sou messager de Nantes.
Sur la feuille, etc.
Ell voit venir son messager,
Son messager de Nantes.
Beau messager, beau messager,
Quell s nouvell s ya a Nautesf
Sur la feuille, etc.
Beau messager, beau messager,
Quell s nouvell s ya & Nantes?
Les nouvell s quo j ai apporte es:
Que votre am int voua inande....
Sur la feuille, etc.
Les nouvell s que j ai apport^es:
Que votre aruaut vous mmde
Que vous fassiez choix d uu amant,
Pour lui a une ainaute.
Sur la feuille, eto.
DU CANADA 30B
Que vous fassiez clioix d un amant,
Pour lai a une amante.
Est-elle plus belle que moi?
Est-elle plus savaate?
Sur la feuille, etc.
Est-elle plus belle que inoi?
Est-elle plus savante?
Ell u esfc pas plus belle que
Mais elle est plus savaute.
Sur la fetiille, etc.
Ell n est pas plus belle que toi,
Mais elle est plus savante :
Ell fait neiger, ell fait greler,
Ell fait le vent qui veute.
Sur la feuille, etc.
Ell fait neiger, ell faitgreler,
EU fait le vent qui vente;
Ell fait reluire le soleil
A minuit, dans sa chainbre.
Sur la feuille, etc.
Ell fait reluire le soleil
A minuit, dans sa chambre j
Ell fait pousser le romarin
Sur le bord de la Manche.
Sur la feuille ron.-dou don don,
Sur la joli , joli feuille ronde-
306 CHANSONS POPULAIKBS
IL N Y A QU UN SEUL DIEU
Je connais depnis bien longtemps cette ancienne ronde
que Ton pourrait parfaitementappeler une ronde rdigieuse.
L execution en est tres-simple :
Les danseurs se comptent d abord a haute voix, de
fagon a ce que chactin d eux se trouve tre designe par un
nombre pair on impair. Le chant commence ensuite et
la chaine se metci towrner. On tourne ainsi constamrnent,
tiintot A droite, tanl6t i gauche; mais quand les chan-
teurs en sont an sixi&me couplet, et chaque fois que ce
sixithne couplet se repute, tout le monde s arrete, et, pen
dant que Ton ehante : Six urnes placces, remplies, les
danseurs desi^nes par nn nombre pairse tournent, d abord
a droite, PLV a gauo-he, et font a leurs voisins de profonds
saluts. Geux que designe un nombre impair font la meme
ceremonie en sens inverse: le tout avec la gravite d une
ceremonie religieuse. Puis lorsque Ton ehante: A Cana,
en Galilee, les danseurs recommencent a tourner.
Tout cela n est giiere dans le gout des jansenistes. Tandis
que ceux-ci, sous pretexte de respect, bannissent Dieu de
toiU ce qui n est pas le ciel ou le sanctuaire, les catholiques
veritables ont le bcMi seiu de parler de Dieu partout,
meme dans leurs amusements. u On a rtimaixjue des
longtemps, dit d une manure charmante M. de Sainte-
Beuve, cette gaiete particulicre aux peuples caLlioliques;
ce sont des enfants qui, sur le giron de leur mere, lui font
toutes sortes de niches et prennent leur aises."
DU CANADA 307
Cette ronde est la traduction a pen pres litterale d une
des Imitations des Series druidiques que composerent les
missionnaires qui etablirent le christianisme dans les
Gaules. On s en convaincra par cette citation partielle
de deux chants publies par M. de Villemarque (Barzas-
Breiz, pages 128) :
CHANT DIIUIDIQUE.
Le druide.
Tout beau, enfant blanc da druide ;
Re ponds-inoi, .tout beau, que veux-tu f
Que je cbanterai-je ?
IJenfant.
Chante-moi la s^rie du nombre un,
Jusqu a ce que je I apprenne aujourd hoi.
Le druide.
Pas de 8e"rie pour le nombre un:
La ne cessite unique;
Le tre"pas pere de la douleur;
Rien avant, rien de plus....
Uenfant.
La s^rie du notnbre deux f
La s^rie du nombre douze?
Le druide.
II y a douze mois et douze signea;
Onze b61ek
Dix vaisseaux ennemis,....
Neuf petites mains blanches,..
308 CHANSONS POPULAIRE3
Huit vents,
Sept soleils, .
Six petits enfauts de cire, ....
Cinq zones autour de la terre,...
Quatre pierres a aiguiser,....
Trois parties du moiide, .
Deux boeufs
La ne cessite unique, le tr^pas...
CHANT CHRETIEN.
Die inihi quid unus f
Uuus esfc Deus
Qui regnat in coelia.
Die niilii quid duo?
Die mi hi quid duodecimt
Duodecim apostoli j
Undecim stellse
A Josepho visae ;
Decem mandata Dei;
No vein angelorum chori;
Octo beatitudines;
Septem sacramenta ;
Sex hydria
Positoe
In coena GalileaBj
Quinque libris Moysis j
Quatuor evangelist*
Tres sunt patriarchee ;
Duo testamenta ;
Unus est Deus.
DU CANADA
309
FIN.
J , J- 1 != 1 i= F 1 H- "
ynS-^1 . < L --
II n ya qu un seul Dieu. II n ya qu un seul Dieu.
II n ya qu un seul Dieu,
II u ya qu un seul Dieu.
Dis-moi pour- quoi deux, Dis-inoi pour-quoi deux.
-*-
II y a deux Tes-ta- meats.
Dis-nioi pourquoi deux.
II y a deux Testaments,
II u ya qu un seul Dieu. (bis)
Dis- moi pour- quoi trois, Dis-inoi pour- quoi irois.
llll-r-r~-- -" -- -= ti a la lettre A.
H ya trois grands pa- tri- arch s.
Dis-moi pourquoi trois. (bis)
II y a trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II u ya qu un seul Dieu. (bis)
310
CHANSONS POPULAIRES
Dis- moi pour- quoi qiiatr , Dis-moi pour- quoi quatre
a la lettre B.
i
11 ya quatre 6- van- ge"- list s.
Dis-moi pourquoi quatre. (bis)
II ya quatre e>ang61istes,
II ya trois grauds patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seal Dieu. (bia)
Dis- moi pour- quoi ciaq, Dis-moi pour- quoi cinq.
^&^= r== ^~=~==^== a la lettre C.
II ya cinq livr s de Mo- ise.
Dis-raoi pourquoi ciuq. (bis)
II ya einq livr s de Mo ise,
II ya quatre e vange listes,
II ya trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu uu seul Dieu. (bis)
~y~^ r^~~~T~ *~~~j*~ ~p~ ._L p~ ** ~~
Dis- moi pour- quoi six, Dis-moi pour- quoi six.
B Lento e religioso. 1 tempo.
Six urn s pla- ce"es, rein- plies, A
j==^::E?^^5^=i a la lettre D.
na, en Ga- li- 16e.
l)U CANADA 311
Dis-moi pourquoi six. (his)
Six urn s placees, remplies,
A Caiui, eu Galilee,
II ya cinq livr s d Moi se,
II ya quatre evangel istevS,
II ya trois graiul.s patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qa uu seal Dieu. (bis)
^"^
Dis-moi pour- quoi sept, Dis-iuoi pour-quoi sept
P
=g=====g=== a la lettre B-
II y a sept sa- ere- meats
Dis-moi pourquoi sept, (bis)
II y a sept sacreiuents,
Six urn s placees, remplies,
A. Can a, eu Galilee,
II ya cinq livr s de Moi se,
II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarch es,
II y a deux Testaments,
II u ya qu un seul Dieu. (bis)
y&~ sr^d? ^3 -_, --- - _ r :zig ^r;z~E^r>r , : . " ~ B
Dis- inoi pour- quoi huit, Dis-uioi pour- quoi huit
a
^i5rrE3*EE:f=Ef EErtEEU la lettre P.
i
II ya huit be- a- ti- tud s.
312
CHANSONS POPULAJRE3
Dis-moi pourquoi liuit. (bis)
II ya halt beatitudes,
II y a sept sacreraeuts,
Six urn s placdes, remplies,
A Gana, en Galilee,
II ya cinq livr s de Mo ise,
II ya quatre evangelistes,
II ya trois grands patriarcb.es,
II y a deux Testaments,
II n ya qu un soul Dieu. (bis)
~~m~ ~~f^i ~~~9~^i. znlt~ ~~^~
ft . I . > u - ^ 1 \ 1 ^~ .
Dis- raoi pour- quoi neuf, Dia-moi pour- quoi neuf.
II y a neuf clioeurs des ang s.
la lettre G.
Dis-moi pourquoi neuf. (bis)
II y a neuf cho3urs des augea,
II ya huit beatitudes,
II y a sept sacrements,
Six urn s plac&s, rempltes,
A Cana, en Gralilee,
II ya cinq livr s de Moise,
II ya quatre Evangelistes,
II ya trois grands patriarches,
II y a deux Testaments,
II n ya qu uii seul Dieu. (bis)
a - ^f ---m ~ - f --- : ~m~\
Dis- moi pour- quoi dix, Dis-moi pour- quoi dix
DU CANADA
313
E3EEEEEE=^EEEIE & la lettre H.
dix com- man- de- raenta.
Dis-moi pourquoi dix. (bis)
II ya dix commandements,
II y a neuf choeurs des anges,
II ya huit beatitudes,
II y a sept sacrements,
Six tirn s placties, remplies,
A Cana, en Galile e,
II ya cinq livr s de Moi .se,
II ya quatre e" vangSlistes,
II ya ti ois grands patriarches,
II y deux Testaments,
II n ya qu un seul Dicu.
r
Dis- moi pour- quoi onz , Dis-moi pour- quoi onze.
EEEEEEE la lettre I.
II y a onz cents mill vierg s.
Dis-moi pourquoi onze. (bis)
II y a onz cents mill vierges,
II ya dix comtnaudements,
II y a neuf clioeurs des anges,
II ya huit beatitudes,
II y a sept sacrements,
Six urn s places, remplies,
A Cana, en Galilee,
II ya cinq livr s de Moise,
II ya quatre dvangelistes,
II ya trois grands patriarch e 8.
II y a deux Testaments,
II n ya qu un seul Dieu. (bis)
31 1 CHANSONS POPULA.IRBS
Dis- mot pour-quoi douz , Dis- moi pour- quoi douze.
Er^-El -P ^ -5 *^^Eilla la lottre J.
II y a les douze a- p&tr s.
Dis-ntoi poiu-quoi doiize. (bis)
II y a Ics doiixe apotres,
II y a onz ceuts mill 1 vierges,
II yadix oonimandements,
II y a nciif cli(o:irs dcs auges,
II ya huit l>e;ititudes,
II y a snj>t, saci-^inonts,
Six urn s placfos, remplies,
A Cana, en Galilee,
II ya cinq livr s cle Moise,
II ya quatro evangelistes,
II ya trois grands patriarcbea,
II y a deux Testaments,
II n y a qu un seul Dieu. (bis)
DU CANADA 315
REMARQUES GENERALES.
Les differents intervalles de 1 echelle des sons forment
ce que 1 on pourrait appeler le corps de la musique ; le
rhythme en est 1 ame.
De I Linioa de ces deux elements nait la melodie.
La melodie est nne suite de sons formant uu chant
comprehensible a 1 oreille (1), suite de sons necessaire-
ment traversee par le rhythme et recevant de lui un
caractere.
L harmonie, qui repose sur la simultaneite des sons,
n est pas un element essentiel de la musique, du moins
de toute musique, comme 1 echelle des sons et comme le
rhythme. L ho in me de la campague qui fait entendre sa
voix solitaire au milieu des champs, fait de la musiqae,
mais pas d harmonie.
Ainsi done :
Echelle des sons, corps de la musique ;
Rhythme, -ame de la musique;
Melodie, corps et ame, echelle et rhythme reunis;
Harmonie, accessoire non oblige de la melodie, du
moins dans nos chants populaires.
Pour bien comprendre ce que sont nos chants popu
(I) Scudo. Tout le monde connait la fameu^e definition de saint Jean de
Daaias: la melodic est une suite de sons qui a appellent. Pour ces souls mots :
qui s appeltent, disait Choron, saint Jean Damascene meritait bien d etre
canonise 1
316 CHANSONS POPULAIRES
laires, examinons-les dansleurs modes echelles des sons
et dans leur rhythme. Examinons aussi jusqu a quel
point ils sont susceptibles de s unir avec 1 harmonie. Get
rxainen nous permettra de porter un jugeraent plus
eclaire sur 1 esthetique de cette musique du peuple.
ECHELLE DES SONS.
Dans son acception gen6rale, le son, suivant Boe ce,
u rsi un battement d aircontinuejusques ausensderouye
sans inlriTUption aucune."
Les milliers de bruits ^qui remplissent la nature n ont
pas tons lo caractere musical. Pour qu un son porte le
caraclere musical, il faut qu on puisse lui assigner une
place dans une echelle on serie de sons quelconque de
inaniereque 1 oreille ne le confonde pas avec un son plus
grave on plus aigu.
L immense 6chelle des sons musicaux, depuis le plus
grave jusqu au plus eleve que 1 oreille puisse entendre, se
divise naturellement par intervalles que, dans le systeme
musical qui nous est familier, nous appelons octave. (1)
Les sons compris entre les notes extremes d une octave,
se divisent de differentes manieres, et par leur succession
du plus grave au plus aigu, ou vice versa, constituent ce
qu on appelle gamine.
(I) Cet intervalle d ootave qui consonne si parfaitement a 1 oreille, est
aussi admirable d ordre et de proportion dans ses causes que dans ses effets.
Que 1 on fasse entendre un son dormant 200 vibrations par seconde, le pre
mier son identique a 1 aigu donnera 400 vibrations, le second 800, et ainsi de
uite
DU CANADA 31T
Le mode determine 1 ordre de succession des notes de
la gamme ou d une serie de sons quelconque. (1)
II faut bien se garder de croire que nos deux gamines
du mode majeur et da mode mineur soient les seules
acceptables pour 1 oreille de 1 homme. A part toutes les
preuves du contraire qui ont deja ete donnees dans ce
volume, et toutes celles que nous fournit 1 histoire, il en
est une excellente qui reside dans ce fait : que les Arabes,
les Indiens, et les peuples orientaux, en general, ne con-
naissent point notre maniere de diviser 1 octave.
Dans les series de sons des divers systemes de musique
en usage chez ces peuples, les intervalles sont quelque-
fois plus petits et quelquefois plus grands que les plus
petits ou les plus grands intervalles de nos gammes ma-
jeures et mineures.
Chez les Hindous, 1 octave, divisee en vingt-deux parties,
presente, dans ses subdivisions, les plus grandes etran
getes. II n est pas un seul de leurs six modes principaux
(ragas) qui corresponde en tons points soit avec les modes
de notre plain-chant soit avec nos deux modes majeur et
mineur.
La division de 1 octave chez les Arabes constitue une
6chelle de sons non moins etrange pour nous que celle
des Hindous. " Cette echelle . . . si naturelle a 1 oreille
des habitants d une grande partie del Afrique etdel Asie,
(1) Chez les anoiens Greos, I ^ohelle e"tait divisee par series de quatre
notes appele"es tttracordes. Lorsque saint Ambroise limita a une octave
l e*tendue de chaoun des quatre modes du chant ambrosien, I unit6 artifi-
cielle du t6tracorde, dans re"chelle des sons, disparut peu & peu pour fair*
place a I unit6 naturelle de 1 octave.
318 CHANSONS POPULAIRES
est divisee par tiers de tons, de tclle sorte qu au lieu de
renfermer treize sons dans 1 etendue de 1 octave, elle en
admet dix-huit ........ Semblable an systeme de tonalite
des Hindous, sous le rapport de la variete, celui des
Arabes est de nature & faire comprendre jusqu oti pent
aller la difference d organisalion musicale entre les peu-
ples divers. Les douze moles de ce systdme se divisent
chacun en treize gammes ou circulations. Toutes ces
circulations repondent a notre gamme de /a, mais dans
uu ordre de succession tel que les notes intermediaires
entre la et son octave snpi nrure sepresentent tour-a-tour
dans un etat d alleration qui resulte de la division de
I echelle par Hers de /on, a 1 exceplion de la quarte supe-
rieure (re), qui est iininuable comme les deux notes des
rxiremites de la gamme." (1)
II est certain que si nous entendions la musique qui
repose sur de pareilles echelles de sons, nous la trouve-
rions detestable, et cela parce que I education de notre
oreille nous porte a repousser de semblables divisions de
1 octave. " Rien n est plus difficile, dit M. Fetis, que de
former une id6e juste d une musique dont les elemens
sont absolument differents de ceux qui servent la base a
la musique qu on a entendue pendant toute sa vie: les
musiciens les plus instruits ont beaucoup de peine a se
defendre en pareil cas des prejuges de leur oreille. Un
exemple prouvera ce que j avance.
" M. Villoteau, ancien artiste de 1 Opera, etait du
nombre des savants qui suivirent le general Bonaparte
(1) F^fis. Risum.6 pkilosophique de I histoirede la Muaique, pages LXXVIII
et LXXIX.
DU CANADA 319
dans 1 expedition d Egypte. Sa destination etait de re-
cueillir des renseignements sur la musique des divers
peuples de 1 Orient qui habitent cette contree. Des son
arrivee an Caire, il prit un maitrede musique arabe, qui,
suivant la coutume de ces musicians, faisait consister ses
legons a chanter des airs qne son eleve devait retenir:
car, dans ce pays, 1 artiste le plus habile est celui qui sail
de routine le plus grand nombre de ces airs. M. Villo-
teau, qui se proposait de rassembler beaucoup de melodies
originales du pays ou il se trouvait, se mit a ecrire sous
la dictee de son maitre; et remarquant, pendant qu il
notait sa musique, que 1 instituteur detonnait de temps
en temps, il eut soin de corriger toutes les fautes qui lui
semblaient etre faites par celui-ci. Son travail termine,
il voulut chanter" 1 air qu on venait de lui enseigner, mais
1 Arabe 1 arreta ds les premieres phrases en lui disant
qu il chantait faux. La dessus, grande discussion entre
le disciple et le maitre, chacun assurant que ses intona
tions sont inattaquables, et ne pouvant entendre 1 autre
sans se boucher les oreilles. A la fin, M. Villoteau ima-
gina qu il pouvait y avoir dans cette dispute quelque
cause singuliere qui meritait d etre examinee ; il se fit
apporter un Eoud, esp^ce de luth dont le manche est
divise suivant les regies de 1 echelle musicale des Arabes;
1 inspection de cet instrument lui fit decouvrir, a sa
grande surprise, que les elements de la musique qu il
savait et de celle qu il voulait apprendre etaient absolu-
ment differents. Les intervalles de sons ne se ressem-
blaient pas, et 1 education du musicien frangais le rendait
aussi inhabile i saisir ceux des chants de 1 Arabie qu a
320 CHANSONS POPULA.IRES
les executer. Le temps, une patience & toute epreuve, et
des exercices multiplies finirent par modifier les dis
positions de son organe musical, et le rendre apte a
comprendre ces gammes etranges qui avaient d abord
blesse son oreille."
" Les Egyptiens n aiment pas notre musique, dit M.
Villoteau, et trouvent la leur delicieuse."
On me pardonnera d insister autant sur toutes ces
i tranget6s orientales. II est bon que ces fails soient plus
conn us qu ils ne le sont : il est tant de gens qui s imagi-
nt iit que la musique a du toujours etre. en tous temps et
en tous lieux, ce qu elle est dans // Trovatore et
qu elle ne sortira jamais de la ! Ces considerations, d ail-
leurs, sont de nature a nous faire sortir un peu du cercle
d idees dans lequel on est accoutume de tourner sans
cesse; elles aident a se detacher un moment de theories
trop exclusives, quoique bonnes en elles-memes, a placer
1 esprit dans cette independance qu il lui faut de toute
necessite pour juger sainement d une tonalite, d une
langue musicale 6 trangere.
Notre musique, que Ton pourrait appeler europeenne,
est nee, comme Ton sait, des chants d eglise du moyen
age, lesquels sont issus eux-memes de la musique de la
Gr6ce antique.
Je fais grace au lecteur de Phistoire de notre echelle
musicale, et en particulier des fails qui se rattachent 4
son origine grecque. Pour peu qu on ait feuillete de
livres, on a si souvent rencontre sur sa route les Pelages
DU CANADA 321
et Les Hellenes qu il est peu de lecteurs qui ne se soient
ecries bien des fois :
Qui nous delivrera des Grecs et des Romains !
ou tout an moins des premiers I Cependant, vers 1 an 338
avant notre ere, il s opera, dans le systome musical des
Grecs, une transformation si feconde en enseignements
qa elle doit e"tre rappelee ici.
Jusqu a cette epoque, le seul genre generalement conno
en Qrece e tait le genre diatonique, dont 1 intervalle carac-
teristique est le ton entier. Mais les rapports des Grecs, et
tout specialement des loniens, avecles peuples de 1 Orient
devenant de plus en plus frequents, leur musique prit un
caractere rnou et sensuel qu elle n avait jamais eu jusqu a-
lors, etle genre appele chromatique, dont 1 intervalle carac-
teristique estle demi-ton, commengaa devenir en usage, d)
II ne faut pas croire que ces deux faits : les relations
plus frequentes des Grecs avec les peuples effemines et
sensuels de 1 Orient et 1 apparition du genre chromatique
parmi eux, soient deux choses independantes 1 une de
1 autre, n ayant aucune relation entre elles, et qu elles ne se
soient produites en meme temps que par une coincidence
tout accidentelle. Non, " les differents genres, comme le
dit parfaitement M. Vincent, ont un caractere moral parti-
culier : le genre diatonique est male et austere ; le chro
matique a quelque chose de tendre et de melancolique ;
enfln renharmonique est doux quoique excitant." D oii
(1) Plus tard, euviron 200 ans avant J6sus-Christ, on vit apparaltre om
rfiapparaltra un troiaidma genre appeld enharmoniqus, dont I intervalle
earact^ristiqua est le quart de ton
322 CHANSONS POPULATES
il suit qu une societe a moeurs sev^res chaniera dans tine
tonalit6 dont 1 echelle sera formee de grands intervalles,
comme dans le genre diatonique, tonalite dans laquelle
ne chantera jamais une societe dissolue et affolee de
plaisirs.
" Uhaque systeme musical, dit M. d Ortigue, a son
echoll 1 p;uiiculiere,oii les sons sont divises selon la cons
titution de ce mcnie systeme. L echelle est en quelque
sorte [ alphabet ^ropre 4 chaque idiome musical, c est-a-
dii-r , t cli;i pie toirilite. Les intervalles sont plus on moins
distants les uns des autres, ct ils reverent entre eux des
l>rnj)r/( (< : s, tlfs ti//lnitt s ililfr rentes selon les divers modes
propi cs ;i la tonalite a laijuelle appartient 1 echelle, en
sorte que dans cltujue tonalite on droit distinguer, en
premier lieu, 1 echelle generale des sons et en second lieu
It-s echelles particulieres des divers modes, c est-a dire la
gamme et ses modifications, telles que la gamme majeure
et mineure dans notre tonalite. Les Orientaux divisent
leurs echelles par tiers et quarts de tons, la notre est divi-
see par demi tons, celle du plain chant fondee snr 1 ordre
diatonique procede par tons entiers, sauf les deux derat
ions inherents d ailleurs a 1 ordre diatonique et le derai-
ton accidentel. Pius les m&urs sont e/fe minees chez un
peuple, plus son e chelle musicale affecte de petits intervenes
rapproche s ; plus, au contraire, un peuple est grave, plus U
est attache aux doctrines rcligieuses, et plus son echclle tend
a multiplier les grands intervalles. Geci soit dit pour pro
tester contre 1 opinion de Rousseau et plusieurs a litres
theoriciens, a. savoir que la coordination des intervalles
dont se compose toute Techelle musicale est le produit
DU CANADA H23
d iine deliberation, d un choix, d nn calcul. Les echelles
musicales ne sont pas le fail des homines, pas plus que les
alphabets, pas plus que les langues. Ellessont le produit
spontane de rnille causes, de mille circonstances de
cliinat, de langage, d aptitndes, etc. Ce que les hommes
y out mis, ils 1 ont mis par instinct, mais il n y ont rien
mis deliberement. G est 1 oeuvre de tons, ce n est 1 ceuvre
de parsonne en particulier ; c est 1 expression de la civili
sation." (1)
Et que Ton ne s etonne pas que ces diverses divisions de
1 echelle, que j ai appelees le corps de la musiqne, ai&nt
tant d influence sur la partie metaphysique de 1 art. Dieu
en creant 1 homme esprit et matiere 1 a vonlu ainsi; et si
le but principal de Tart doit etre immateriel, il n en est
pas moins vrai que les formes materielles sont indispen-
sables et qu elles jouent un tres-grand role dans tons les
arts, C est que, clans les relations de I liomme avec son
semblable on avec la societe, il lui faut frapper aux
organes du corps pour arriver a 1 ame. Notre Seigneur
Jesus-Christ lui-meme a rendn tin eclatant hommage a
cette loi de 1 etenielle sagesse. Rien de sensible, dit saint
Jean-Chrysostome, ne nous a ete donne par Jesns Christ,
mais tout sous des apparences sensibles. Ainsi, dans le
bapteme, c est par 1 eau qui tombe sous les sens qne la
grdce invisible est accordee, c est a-dire notre regenera
tion, notre renouvellement, operation toute intelligible.
Si tu n avais point de corps, tu aurais regu ces dons tels
(1) Joseph d O^igue. Dictionnain lilurgiqne hisfrrique et thioriqut de plain-
chant tt dt masique reliyieuse ait moyan Age. et dans les temps modernes.
324 CHANSONS POPULAIRES
qu ils sont, tu les aurais regus incorporels, mais ton ame
est jointe a 1111 corps, et c est par 1 intermediah-edes objets
sensibles qu ils sont presentes Ji son intelligence."
Nos chants populaires appartiennent le plus souvent,
quant i l 6chelle des sons, a la tonalite gregorienne. Les
exemples de ce fait qu on a pu voir dans ce volume ne
sont pas des exemples isoles. On peut affirmer que les
melodies qui n ont jamais pen6tre dans les villes, etelles
sont extrernement nombreuses, appartiennent presque
toujonrs a 1 ordre diatonique, et que tres-souvent elles
sont meme entierement conformes aux lois modales du
chant gr&gorien. Ge fait etant connu, un homme, qui, du
reste, ne connaitrait rien du Canada, pourrait dire avec
certitude, de 1 avis de M. Vincent, de M. d Ortigue et de
tons les theoriciens, que, du moins dans une certaine
mesure (car il y aurait encore le rhythme a examiner), le
peuple de nos campagnes canadiennes est un peuple i
mceurs simples, honnete et religieux. (I)
On a pu voir que, dans un bon nombre de nos melodies
populaires, les modes gregoriens, avec leurs echelles spe-
dales, leurs notes a proprietes et affinites particulieres,
sont parfaitement accuses. II est d autres melodies popu
(1) " Platon, ainsi que les philosophes les plus c<ilebres de la Chine, COB-
sid^rait la simplicity des moeurs et le oalme des passions oomme le fonde-
ment le plus solido du inaintiea de la constitution et de la tranquillity d un
royaume ou d une r^publique. Or, il est de certains systemes de tonali;4
dans la musique qui ont un oaraotere oalme et religieux, et qui donnent
naissanoe a des melodies douces et d^pouill^es de passion, comme il en est
qui oat pour resultat n6cessaire I expression vive et passionn^e. A 1 auJiti jn
le la masique d aa peuple, il est done facile de juger de son 6tat moral, de
sea passions, de ses dispositions i un gtat tranquille ou reVolutionniire, et
enfin de la puret6 de se3 incsurs ou de ses penchants a la nullesse. Qaoi
DU CANADA 325
laires qui portent aussi le cachet antique, mais qm affec-
tent la plus parfaite ind6pendance i 1 endroit des formes
modales. Melodies charmantes dans leur etrangete, j ailais
dire leur sauvagerie, elles offrent le plus souvent un me
lange du premier mode gregorien et du mode majeur, et
elles se promenent ainsi, sur un rhythme tantot binaire
tantot ternaire, jusqu a ce qu il leur plaise de s arreter sur
un intervalle dont 1 oreille est tout etonnee, intervalle
irrationnel suivaut toutes nos lois, et pourtant d une reelle
beaute.
Ges melodies sout precieuses a recueillir. D une valeur
incontestable, malgre leur bizarrerie, elles temoigm.nit
qu en dehors de nos lois anciennes et modernes, il y a
encore un vaste champ pour la musiqne de 1 avenir.
On a souvent dit que 1 echelle du chant gregorien
n etait qu un reste de barbarie, le debris d un systeme de
pure convention. Ges idees, il est vrai, n ont plus cours
parmi les musiciens inslruits, mais comme elles sont
profondement enracinees chez d autres, et que ces derniers
sont, apres tout, le plus grand nombre, elles sont encore
tres-discutees. Or, entre musiciens qui ne s accordeut
pas, il n y a souvent d autre argument possible que 1 e-
qu on fasse, on ne donnera jamais un caraotSre veritablement religions a la
musique sans la toaalit^ austere et sans 1 harmonie consonnante du plain-
chant; il n y aura, d expression passionne e et dramaticiue possible qu aveo
une tonalit6 susceptible de beaucoup de modulations, comme oelle de la
musique moderne: eufin, il n y aura d accents laugoureux, tendres, mous,
eff^mia4s, qu aveo une ^chelle divisfie en petits intervalles, comme lea
gammes des habitants de la Perse et de 1 Arabie L inspection de
la musique d un peuple peut done donner une ide assez juste de son tat
moral, et Platon et les philosopb.es chinois n ont pas 6t6 a cet e"gard dans
une arreur aussi grande qu on pourrait le croire." (Fe"tis, fi&vnt, p. LIII.)
326 CHANSONS POPULATES
change de coups de poings, argument qui, comme 1 a dit
quelque part un spirituel ecrivain, ne se trouve pas dans
la grammaire des grammaires.
Mais de pareils temoignages d amitie ne resolvent rien*
Si on voulait nous en croire on soumettrait tout simple-
ment la question a un arbitre, et cet arbitre, on le devine,
ce serait le peuple. J ai d ordinaire peu de confiance en
ses jugeraents, mais le cas est exceptionnel.
Assurement on ne pourrait accuser le peuple de partia-
lite : iln entend rien a nos discussions; il fait sa prose ou
ses vers sans le savoir, comme le bonhomme Jourdain*
Ecoutons-le chanter, c est la vraie nature prise sur le fait.
Le peuple chante dans les vieux modes gregoriens, non
pas parce qu il suit une note ecrite qui le veut ainsi : il
ne comprend rien ni aux notes, ni a aucun systeme mu
sical, mais parce qu il obeit a son, insu a un ordre de
choses superieur, venant de Dieu et du rapport quiexiste
entre les choses visibles et les choses invisibles. II subit
1 action de tout ce qui 1 entoure, et il trouve naturelle-
ment Fexpression de ses sentiments, de 1 etat deson esprit
et de son coBur, sans aucun calcul, sans aucune idee pre-
congue de theorie ou de systeme. " La musique, a dit
Leibnitz, est un calcul secret que I &me fait a son insu."
Et notez qu onne peutattribuer al emploi d instruments
a sons fixes une education de 1 oreille pretendue defec-
tueuse, et que Ton ne saurait appeler la tonalite de nos
chants populaires/a tonalite des cornemuses, comme ecrivait
quelque part madame George Sand. J ai deja dit que leg
DU CANADA 327
paysans canadiens ne font usage d aucun autre instrument
que du petit violon.
" II nous est arrive, il y a quelques annees, ecrivait M.
d Ortigue, de parcourir pendant 1 automne les campagnes
avoisinant la montagne du Luberon, pour y faire la
chasse, non au gibier, mais aux melodies anciennes.
Quand nous entendions une chanson, un cantique, une
complainte, ou bien un air de fifre qui nous plaisait par
sa singularite et son tour naif, nous allions interroger le
paysan, la paysanne ou le berger qui 1 executaient, et si
nous ne pouvious le transcrire au moment meme, nous
annoncions notre visite pour le soir a la veillee dans la
grange. Reunis autour d une table, les femmes cousant et
Slant, les hommes lisant, chantant ou fumant, ces braves
gens nous repetaient la melodie du matin, et quand nous
en avions bien saisi les intonations et le rhythme, ce qui
(pour le rhythme principalement) n 6tait pas toujours
facile; quand nous avions tenu compte des diverses
variantes que plusieurs d entre eux proposaient, nous
ecrivions le chant sous la dicteed un seul, au grand eton-
nement de 1 assembleequinepouvait concevoir comment,
au moyen de certains signes, on pftt fixer les sons. Mais
ils etaient bien obliges de se rendre quand nous leur
chantions a notre tour la melodie et les paroles sans faire
une faute. D ordinaire ces bons paysans nous disaient :
Tel cantique a deux airs, 1 ancien et le nouveau. Lequel
voulez-vous? Nous les leur faisions chanter tous les deux,
mais nous donnions presque toujours la preference 4 1 air
323
CHANSONS POPULA.IRES
ancien. Effectivement, disaient-ils, 1 ancien est beancoup
plus beau, et il est fort remarquable qvCils traduisaient le
plus souvent Pair moderne dans leur vieille tonalite favorite,
en supprimant presque par lout la note sensible.""
Ce que M. d Ortigue vient de nousraconter m est arrive
cent fois ;\ moi-meme ; les memes observations qu il a
faites en France, je les ai faites en Canada, et si ce n etait
qui [t|u<>s pctits details de raise en scene qui nous sont
etraugers, (comine les reunions dans une grange,) on
pourrait croire que le savant rausiciste a fait sa chasse
aux melodies snr les bords du Saint-Laurent tout aussi
bien que dans le voisinage du comtat Venaissin. Mais je
reviens & notre arbitrage, et je conclus que si, tres-
souvent, le plus souvent peut-6 tre, le peuple suit d instinct
les lois des diverses echelles modales du plain-chant, il
est impossible que ces lois soient purement convention-
nelles, et ilest evident aucontraire qu elles emanent de la
nature m&me des choses et de leur principe divin.
RHYTHME.
" Le rhythme, c est le mouvement qui traverse neces-
sairement la melodic et lui donne un caractere." (1)
Dans nos chants populaires, le rhythme est souvent
mesure ; quelquefois il Test a peine, et si, non sans
diffieulte, on peut lui reconnaitre uae mesure, celle-ci
passe du mouvement binaire au mouvement ternaire, et
(1) Soudo.
DU CANADA 329
vice versft, puis disparalt, puis reparalt encore, sans pom-
cela que le rhythme cesse un instant d exister.
Que, dans notre musique artistique, on fasse durer un
simple silence un temps de plus ou un temps de moms
que ne le vent la mesure, Poreille en est plus choquee
qu d 1 audition d une fausse note. Dans nos melodies
populaires, au contraire, des mesures tronquees ou allon-
gees laissent 1 oreille egalement satisfaite.
Le rhythme de nos melodies populaires (je parle surtout
des melodies qui he sont chantees qu a la campagne)
appartient doncala fois an rhythme non mesure du plain-
chant et de au rhylhme mesure de la musique moderne,
le plus superbe dedain. " Eh ! ne voyez-vous pas, me
disait I lin d eux, que si les vieux moines du moyen-&ge
ne mesuraient pas leur musique c est qu il ne connais-
saieut pas mieux? Je suis d avis, moi, que Ton deviait
arranger tout le chant gregorien a deux, a trois et a
quatre temps ce serait un progres ! "
En verite, on abuse etrangement de ce mot "progres. "
Et d abordonconnaissait tres-bien la mesure au moyen-
ftge. Avant meme le moyen-age, saint Ambroise con-
naissait la rhythme poetique, et on possede aujourd hui
des documents etablissant d une maniere irrecusable
qu aux neuvieme et dixi<hiie siecles, il existait, concurem-
330 CHANSONS POPULAIRES
ment avecle plain chant, une musique mesuree, populaire,
" essentiellement differente du chant de Veglise." (1)
Si done on conii iissait la rmsure an :noyen-age,etque,
neanmoins, le chant plane etait loujotirs conserve dans
1 eglise, on ne saurait dire qifon ne faisait pas autrement
par ignorance; il fant reconnaitre au contraire que ce
ckant non mesure a sa raison d etre, son expression
propre. Et, apparemment, cette expression particuliere
convient singulierement an sentiment religieux, puisqne,
pendantdessiecles, le plain chant an rhythme non-mesure
regna en souverain dans le sanctuaire, et que, de 1 avis de
tout jnge eclaire, la rnnsique mesuree, n a jamais pu
s elever jusqii a Ini dans le domains de 1 arl religieux.
u II y a dans toute musique un rhythme independant
de la mesure, puisque toute musique repose snr le son,
et que pour tout son il y a deux periodes, la periode qui
correspond d [ arsis et celle qui correspond a la thesis,
celle de 1 elan et celle de la chute, celle de 1 aspi ration et
celle de 1 expiration, celle de la systole et celle de la
diastole.
* Etendues jusqn a une certaine serie de sons que la
voix parcourt avec diverses inflexions, ondulations et
cadences, ces periodes produisent comme un flux et reflux
sonores, et determinent un certain parallelisme que Ton
designe precisemeut par le nom de periodes.
" Or, voila en quoi consiste le principe vivantet fecond
de la musique: c est le jet, c est le souffle, c est Pdme.
Et comme ce mouvement est intelligent et libre en lui-
U) Voir 1* R4gum de M F4tis, pajes CLXXLI et suivaates-
DU CANADA 331
meme, comme il n est pas Iimit6, circonscrit dans son
essor par certaines divisions mat6rielles du temps, qui
sont autant de manifestations d an ordre borne et fini, il
s ensuit que le plain-chant, seul, fonde sur une mesure
abstraite, absolue, fait naitre, par consequent, sur chaque
inlervalle, I idee du repos, comme il la fait naitre d an
aulre cote par L unite de ton, en vertu de laquelle chaque
intervalle ne se resout pas sur un autre, n est pas appellatif
d un autre et est a lui-mdme son complement.
" Dans la musique proprement dite, le rhythme
se combine tantot avec la mesure, tantot contraste avec
runiformite invariable de celle-ci par la liberte de ses
allures, tantot la contrarie en introduisant momen tene
ment une mesure binaire dans une mesure ternaire, et
recipro [iiemerit. tantot eiifin 1 enveloppe dans la largenr
de ses periodes et lui communique plus particulierement
sou principe intelligent. G est ce qui fait aussi la beaute
et r& .ne de la musique, bien que 1 expression qui en
resulte soit moins pure et moins elevee que celle du plain-
chant qui, par la nature de sa constitution, s interdit
ioute manifestation de 1 ordre fini." (1)
x ;
On a compare avec raison le rhythme du plain-chant
au verbe de la langue hebraique. Le verbe hebreux ne
sait pas exprimer, comme le verbe de nos langues moderncs,
les nombreuses et subtiles modifications de 1 espace et de
ia duree. Sans temps present, souvent mem il exprime
au passe ce qui doit arriver d.ans L avenir. (2)
(1) J. d Ortigue Dictionnaire, ool. 1323.
(2) " Us ont perc inea mains et mes pieda, il3 ont compti tous ai* oa
332 CHANSONS POPQLAJRES
G est le Ian gage par excellence des prophetes, de ces
inspires du Dieu eternel devant qui tout est toujours
present, 1 avenir comme le passe.
Comment ne pas gtre frappe de la similitude de carac
tere qui existe entre le verbe hebreu et le rhythme dn
plain-chant: caractere intangible, mystique, illimite ; et
comment, d un antre cote, ne pas 6tre frappe de la res-
semblance que Ton remarque entre les temps varies et
precis du verbe de nos langues modernes et les modifica
tions de temps limitees, precises, circonscrites de la mu-
sique mesuree ?
Ecoutons les admirables choses que nous dit M. d Or-
tigue a ce sujet.
" Ainsi que la langue, la mnsique de chaque
nation presents deux elements distincts, correspondant a
ce qui, dans le langage des theologians, est appele Vwil de
la chair et Vceil de la contemplation; (1) deux elements,
1 un desquels predomine selon que la tradition du peche
originel s est plus ou moins conserves dans cette meme
nation.
" Pour ce qui est du langage, si nous prenons par
exemple la langue hebraique, que la plupart des savants
considerent comme la fille ainee de la langue mere, nous
" Us ontpartagg mes habits 6t ils ontjeU ma robe au sort" (Ps. XXI, v.
18 et 19.)
" II apris r^ritablement nos langueurs, il a est ehargt lui-mfime de nos
douleurs. Et nous I avons eonsid6r6 oomme un leprous, oomme un hoiume
frapp6 de Dieu et humili^-
" II a itiperct de plaies pour nos iniquit&j, il a M briit pour nos crimes "
(Isale, oh LIU, v. 4 et 5.)
(1) Univeraitt eatholiqne, 2e lir., p. 215.
DU CANADA
verrons, par 1 analyse des elements intimes de ses parties
du discours, qu elle se prete merveilleuseraent a 1 expres-
sion da sentiment contemplatif et a 1 idee de 1 infmi. Nos
lecteurs n ont pas besoin que nous leur apprenions que
1 element le pins fondamental du langage, le verbe, n a
pas chez les Hebreux, de temps pour exprimer le present ;
que leurs deux temps uniques sont de veritables aoristes
ou temps indetermines, flottant sans cesse entre le passe,
le present et lefutur : cela etant parfaitement en harmouie
avec le caractere d une poesie tout inspiree, ou tout est
prophetique, ou tout se rattache & 1 eternite ; que Ton voit
souvent dans les passages poetiques, surtout chez les
prophetes, alterner les deux temps de la conjugaison
hebra ique, de manure que, dans le meme verset, le pre
mier hemisticke raconte au passe ce que le second exprime
an futur ; ainsi, que ce qui est d abord presente comme fait
accompli, se trouve ensuite prolonge en quelque sorte et
embrasse la duree tout entiere : langage surprenant, mais
qui convient aux interpretes de Celui devant lequel le
passe etl avenir seconfondentdans un present eternel(l).
Quant a toutes ces formes,
(le proverbe, la vision, la parabole, Vallegorie et le paralle-
(1) Uiiiv :rsit6 catholique, 3eliv., p. 2S7 -Frederio chlegal dit d, oesujet :
" Tout leur sentiment et toute leur existence (des Hebreux) se rattachaient
moins au present qu au pass^, qu ^ 1 aveair surtout; et le pass6 des
H6breux n 6tait point, eomme celui des autres peviples, de simples tradi
tions, des souvenirs poetiques, mais le grave sanotuaire de leur divine
constitution et de PaHiance 6ternelle- L iJ6e de I ^ternitd n ^tait point
se pare e chez eux de la vie active et de ses rapp .rts, oomme dans la philo-
sophie Isolde des Greos, meditant solitairemetit ; au contraire, elle 6tait
^troitemeat li^a & la vie, au passe merveilleux du peuple e lu, et aux
pompes plus magnifiques encore de son myste rieaix avenir." (Hi<* de la
\tt6rature, t. 1 p. 192, traduction de M. W. Duckett.)
334 CHANSONS POPULATES
/isrmO,elles concourent, avec 1 aspiration, quiest 1 elenient
diviu de 1 esprit, a rend re la langue hebraique et genera-
lement les langues semitiquespropres,dans leur ton,leur
esprit et ienr caractere, a 1 expression de la revelation
sacivr, de la proplietie divine et de la contemplation de
1 unite infinie. Et c est ce qui fait dire a Herder que ia
langne hebi a iqne est pleine de Vhaleine de Fame; qu ellene.
resonne pas comme la langue grecque, mais qu elle respire,
qiuile vil ; que c e tait C esprit de Dieu qui parlait en elle, le
sou/fit: tin Tuut-Putssaiit qui fanimait (I). Elle se prte pen a
rexpression des modiflcalions de la duree et de 1 espace ;
c est pourqiioi, en premier lien, ejle ne mesure pas les
syll.-iln s comme le grec el le latin; elle ne les comptepas
commc les langnes modernes ; c est pourquoi, en second
lien, riclie en verbes et en substantifs derives des verbes,
elle est tres-panvre en ;nljectifs qui correspondent aux
qualites et proiirietes des ctres. (2) Eufin, selon la remar-
qne de F. Schlegel, de tontes les formes d art terrestre, on
ne troave gnei 1 dans les Saintes Ecritures de 1 Ancien
Testament qne celles qui penvent exister dans un ordre
de choses purement spirituel. On ne saurait y deconvrir
d exposition dramati(jne, ni d imagesepiques particulieres,
pas plus que des exercices d art oratoire ou des combinai-
sons scientifiijues; car, ajoute le me me auteur, les formes
grammaticales a une langue et t.oute sa structure artifi-
cielle sont 1 ouvrage de la raison. An contraire, les figures
et les tropes sont les elements de 1 iniagination ; or, ces
(1) Universit^ catholique, 3e liv., p. 287.
(2) Idem.
DU CANADA 335
formes, tres-propres & peindre l e tat d illumination celeste,
appartiennent specialement a la langue des He"breux. (1)
Ainsi done, permanence, expression illimitee, infinie,
symbolique, aspiration vers Dieu, accent spirituel, enthou-
siasme, parole triomphante, etc., etc., tel est le caractere
dominant, le fon, le mode particulier de la poe"sie et du
langage de la Bible.
" Maintenant, comparez i cette langue certaine langue
du Nord, par exemple, dans laquelle le caractere oppose
se sera developpe aux depens de celui que nous avons
essaye d analyser ; langue presque impuissante a exprimer
par le verbe la p!6nitude de I Stre, de la vie et de 1 action,
mais trds-propre, par la multiplicity des temps, par 1 abon-
dance des substantifs, par la richesse des synonymes,
representer toutes les modifications de 1 espace et de la
duree ; langue qui se prte bien plus a la lutte des senti
ments, aux conflits des passions qui sont du domaine du
drame, qu aux sublimes elevations, aux elans divins de
1 ode ; chez laquelle 1 aspiration, Telemeut spirituel seront
remplaces par une structure tout artificielle, par Taccent
terrestre etsensuel, et par cette foule d images voluptueuses
qui peignent avec les couleurs les plus vives, les nuances
les plus delicates, tons les accidents et toutes les vicissi
tudes de la vie positive, au cercle de laquelle elle semble
exclusivement- bornee ; comparez, disons-nous, a la
langue hebra ique une langue d un semblable ceractere,
et vous comprendrez aisement que le peuple qui a parle
la premiere a dft retenir, dans un ensemble a peu pres
complet, les traditions touchant 1 ordre de la revelation,
(1) V. l Hiloire de la literature de F Schlegel, t. L, pp. 180-221.
12
336 CHANSONS POPULA.IRES
de la grace et de la rehabilitation ; tandis que celui qui
parle la seconde doit vivre dans Ponbli de la noblesse
origlnaire et de la haute destination de 1 honime, sous
Tempire de ses penchants et livre & toutes les jouissances
du sensualisme.
" II en est de m6me des divers systemes de musique,
des (lifferentes tonalites que nous avons nommes idiome ;
on dialectes musicanx. A en juger du moins par les deux
systemes a notre usage, la tonalite du plain-chant et la
tonalite de la musique moiL rne, les nils sont au point de
vue de la contemplation, les autres au point de
vue de la chair. Les premiers, par leurs elements cons-
titutifs, se pretent merveilleusement a 1 expression des
sentiments divins; les seconds se rapportent de la meme
maniere, et presque exclusivement, 4 1 expression des
passions terrestres. II y a done une certaine affinite entre
les elements constitutifs des diverses tonalites et des
diverses langues et les notions morales propres au peuple
auquel ces langues et ces tonalites sont familieres.
" Sous le christianisme, la musique se detache de la
parole et vit de sa force propre. G estdansun sol nouveau
et fecond que la plante puise la seve necessaire pour se
developper dans son energie essentielle. Neanmoins, le
plain-chant a retenu 1 idee antique de 1 alliance de la mu
sique et de la parole, car il n est, dans la pratique, que la
recitation naturelle et melodique, accentuee et rhythmee
des textes sacres. Mais considere plus profondement, il
est une tonalite dont la constitution donne lieu & la pro
duction de ces elements qui, dans le langage et particu-
lierement dans la langue hebraique, expriment 1 etre dans
DU CANADA 337
la plenitude de sa puissance illimitee, dans sa permanence
et sa stabilile. Get element est ceku du repos. Fonde sur
une echelle de sons situes a des intervalles distants les
uns des autres et d une perception nette et facile, echelle
qui, par 1 interposition de ces memes intervalles successr
vement pris pour point de depart de huit gammes diverses,
engendre huit modes de caractdres differents, le plain-
chant precede de telle sorte que la gravite se mele a la
liberte de Failure et a la souplesse du rhythme, et que
son mouvement, c est-a-dire le modede succession qui lui
est commun avec les arts de la parole, se combine chez
lui avec 1 idee du repos et avec 1 image du calme.
u Bien que melodique dans son institution, le plain-
chant, considere dans sa constitution tonale, ne repugne
nullement a 1 harmonie; et c est par 1 element de la con-
sonnance que cette expression du repos se trahuit harmo-
niquement. Car la consonnance est un accord qui ne se
resout sur aucun autre, qui n est point, pour me servir
d une expression consacree, appellatif d un autre accord,
et qui ne laisse rien a desirer dans la plenitude de sa
resonnance.
" Gette tonalite du plain-chant n est pas, au point de
vue de 1 art, aussi sterile que le supposent certains esprits
dedaigneux, puisqu elle a donne naissance a la tonalite
moderne, La formation de cette derniere a ete, en effet,
un veritable enfantement. Elle est nee de 1 effort, de la
crise des deux elements extremes de la tonalite du plain-
chant, c esU-dire de 1 union violente de deux intervalles
de 1 echelle que la theorie avail declares inalliables et
eotre lesquels elle avail prononce un divorce eternel. Au
338 CHANSONS POPULAIRE3
point de vue de 1 art seul, on ne peut contester que la
formation de la tonalite moderne ne soit un progr&s im
mense. Sur quel element repose cette derni&re ? Sar la
dissonance, sur la modulation, sur la transition, comme
dit 1 ecole, qui expriment la division, la vanete, le conflit ;
qui se prdtent ik 1 expression de tous les etats de 1 ame,
aux mille modifications des sentiments et des passions de
la lutte desquels nalt Faction dramatique. Et cela est si
vrai, que 1 inventiou du drame musical, dans les temps
modernes, date de la creation de 1 harmonie dissonante
naturelle, (1) c est-u dire de 1 origine de notre tonalite.
Mais qui ne sent que, dans une langue musicale ainsi
constitute, la modulation, cet element qui exprime toutes
les modifications de 1 ame humaine, ne peutttre separtede
la MESURE, qui exprirae les modifications de la duree, non
plus que des images de I instrumentation, de ces effets et
de ces contrastes de sonorite qui expriment les modifica
tions de 1 espace ? Qui ne sent que le genre que nous
venons de caracteriser est la musiqueau point de vue des
sens et de la chair, celle qui derive de 1 element humain,
de la dissonance, tandis que celle qui a pour principe
I element du repos et de la consonnance ne connait ni
modulation, ni mesure, ni artifice d instrumentation, ni
nuance d execution materielle ? Dans cette derniere, le
temps ne se divise et ne s apprecie que d une inaniere
egale, abstraite et absolue. (2( G est le symbole, 1 aspira-
tion, rintuition, la contemplation, la vision de 1 infini,
qui embrassent la duree et 1 espace tout entiers; c est, en
(1) Fdtis. Risum*, pp. CCXVII CCXXII.
(2)F6tis. Riiumf, p. CLXXVI.
DU CANADA 339
un mot, la rausique plane, le plain-chant. Cette musique,
et celle composee d apres la tonalite des modes ecclesias-
tiques, se rapportent done a un ordre surnaturel, a un
monde superieur. Elle est la depositaire du principe qui
correspond a " I oeil de la contemplation ou de la grAce."
C est par un sentiment de oette verite qae les Italiens ap-
pellent la musiqae de Palestrina : Mwsica deW altro mondo,
la seconde musique sacree, par opposition a la musique
moderne.
" Ges deux elements si distincts, le principe divin ou le
repos et la consonnance, le principe terrestre et sensuel,
la dissonance et 1 accent, predominent, 1 un, dans le sys-
teme de chant consacre au service divin, 1 autre, dans
1 art quo nous destinons a chanter nos passions terres-
tres." (1)
Kevenons maintenant au rhythme populaire dont la
derniere partie de cette citation nous a un pen eloignes.
Dans nos chants populaires, le caractere personnel, le
moi humain trouve son expression dans le rhythme
mesure. Mais, mems lorsqu il ne chante que ses joies,
ses peines, ou des sujets d amour, d aventures, de com
bats, etc., le paysan. le colon ou le voyageur canadien
entend toujours la grande voix de Dieu dans les champs
qu il cnltive, dans la solitude des bois, sur le fleuve geant
ou sur les lacs immenses ; les plus belles fetes auxquelles
il lui est donne d assister sont toujours les fStes de
(1) J. d Ortigud- Unlveraitt cathotiqae, 1836. L artiole d oil est tir^e
ectte citation est reproduit en entier dans I int^ressant petit volume de M,
d Ortigue iatitttl^: La mtuiqne & i Ejlise, Paris, Didier et Cie., 1861.
XS POPULA.IRU3
1 eglise; son arne, peccable sans donte, ne connait pas la
hideuse incredulite; im sentiment religieux accornpagne
toutes ses actions, parle a sa conscience ; il pense a Uieu
dans les jeux de la veillee comme dans le travail ; la priere
entre un peu dans toutes ses actions. De la, dans ses
chansons, 1 infini, le permanent, a cote du fini, du pas-
sager; de la le rhythme majestueux, insaisissable du
plain-chant a cole du rhythme tangible, mesure de la
musique moderne.
Encore un mot avant d abandonner ce sujet.
Si j avais le droit de donner des conseils au lecteur, je
lui dira is de lire et de relire les articles sur le rhythme
publics par madamc Marie GjorU, dans le Croise, (pre
miere aniiee) ainsi quo tout son opuscule intitule: La
musique au point de vue moral- et religieux. Dansces ecrits,
tout, pour ainsi dire, serait a citer ; mais je trouve, dans
un autre de ses ouvrages, un court passage quiest comme
le resume de toute sa pensee sur le rhythme : je nesaurais
vraiment mieux terminer cet article qu en le mettantsous
les yeux du lecceur :
L autre soir Brigitte etait au piano, nous ravissant par
une de ces inspirations qui livrent son Ame. Ge soir la,
elle aimait; chaque son, chaque phrase trouvaient un
echo dans mon coeur.
" J etais place pres de la pendule. Le mouvement du
balancier coupant en meme temps les phrases musicales
et les battements de mon coeur m irritait les nerfs.
DU CANADA ; U I
;< J allais changer de place quand, lout a coup, une
pensee me frappe : ce qui est ordre dans la musique serait
desordre dans une machine ; ce qui est conservation dans
une machine serait destruction dans la musique; en
d a utres termes, 1 ordre de la raatiere brise PAme, 1 ordre
de P&me brise la matiere II y a done deux sortes
d ordre, unspiriluel, un materiel; Pun n existant que dans
la liberte, Pautre n existam que dans la servitude
u Des que je fus seule avec Brigitte, je lui fis part de
ma pensee. Elle me re"pondit trds-simplement que, si elle
m avait su embarrass6 de cette question, elle m eu aurait
donn6 la solution par le rhythme et la mesure. La mesure
brise le rhythme, le rhythme brise la mesure, et cepen-
dant Pun et Pautre ont le me"me caractere fondamental ;
la difference est dans la forme et dans les proportions. Le
rhythme, dans son vol le plus audacieux, ne sort jamais
du caractere de la mesure ; mais sa forme, qui est celle
des affections de P&me, a besoin de liberte; tandis que la
forme de la mesure, qui est propre a la matiere irianimee,
repousse la liberte : la machine ne respire pas. Appliquez
cette loi a la societe, mon cher docteur, et vous avez la
lumiere."
HARMONIE.
Tous ceux de nos chants populaires qui appartiennent
exclusivement au mode majeur ou au mode mineur
peuvent, indubitablement, etre accompagnes avec toutes
les ressources de Pharmonie moderne. Quant a ceux qui
342 CHANSONS POPCJLA.mriS
appartiennent aux modes antiques, ceux dans lesquels il
n y a pas de note sensible, ils se refusent natarellement a
1 harmonie dissonante qui a pour principe et pour base
la note sensible mise en rapport avec la sous-dominante
Mais ces derniers chants peuvent-ils toujours recevoir
mil) harmonic, mme purement consonnante? Plusieurs
artistes de merite en ont fait 1 essai en ma presence, et ni
uux ni moi n en avons 6t6 satisfaits.
D ordinaire, les musiciens qui veulent harmoniser de
tclles melodies les fac.onnent un peua, la moderne, redres-
sant un tour de phrase par ci, introduisant une note
sensible par la. G est une fagon tout a faitleste de se tirer
d embarras, et il n est pas necessaire d 6tre ne malin pour
pouvoir en faire autant. II est bien entendu que lorsque
je parle d harmoniser ces chants ou n apparait point de
note sensible, il n entre pas dans ma pens6e d alt6rer la
m61odie en aucune maniere.
De ce que plusieurs musiciens ont echou6 dans leur
tentative d y ajouter un accompagnement, devons-nous
conclure que ces chants depourvus de note sensible sont
inharmoniques de leur nature ? Gette raison ne serait
certainement pas suffisante. Les musiciens d aujourd hui
connaissent fort pen le genie de la tonalite ancienne a
laquelle ces chants appartiennent, la plupart n ayant
jamais dechiffre une seule page de contre-point du moyen
&ge ou meme de la renaissance. Or il est impossible
d accompagner comme il convient les melodies des com-
positeurs qui precederent immediatement ou qui furent
ies contemporains d Orlando Lasso, d Allegri ou de Pales-
DU CANADA 343
trina, par exemple, sans avoir longtemps, bien longtemps
etudie le contre-point dont ils faisaient usage. La phra-
seologie de ces melodies est toute differente de celle de
nos melodies modernes, (1) et une des plus grandes
difficultes, sinon la plus grande, qui s offrirait a 1 accom-
pagnateur moderne, serait de discerner, dans ces melodies,
les notes de passage des notes qui doivent faire partie
mtegrante d un accord ; puis de decider a quel accord
faire rapporler telle ou telle note de passage qui, prise
isolement, ne doit avoir aucun lien de parente avec
1 accord qui se fait entendre avec elle, Ainsi, par exemple,
dans notre musique moderne, il est certaines parties de
la melodie que Ton n accompaguepas en faisant un accord
pour chaque note ; il est certaines suites de notes, certains
tours melodiques, qui ne sont harmonises que par un
seul accord et qui ne regoivent tel ou tel accord qu en
raison d une phrase qui precede ou en vue d une reso
lution pressentie. On comprend que, pour harmoniser
ces notes de passage, il faut posseder a fond le genie de
notre tonalite ; il faut que cette tonalite soit, en quelque
sorte, notre langue maternelle. Or, possedons nous assez
bien la tonalite ancienne pour donner a de telles notes
de passage 1 harmonie qui leur convient ? J eu doute ; et,
(1) J assistais, en 1858, a Home, a one messe solennelle c61bre dans
la Chapelle Kixtine. On y ohantait de la musique da 15e ou dulCesifiole.
C ^tait la premidre fois qu il m ^tait donne d entendre de telle musique, et
j avoue que je la trouvai fort 6trange. Au moment ou je croyais tenir une
phrase elle disparaissait daaa une fuite (Juga) qui me semblait insolite :
impossible de pr^voir une resolution, de lier deux phrases ensemble. Il y
avait peut-fitre de grandes beaut^s daus cette musique, mais cette tonalite 1
m ^tait etrang^re ; j entendais oes sons comme j aurais entendu de I He breuj
hen y tomprendre.
344
CHANSONS POPULA1RES
pour ce qui me concerne, je le dis franchement :
non. (I)
Qui sail si ces melodies populaires qui n appartiennent
ni a notre mode majeur ni a notre mode mineur n etaient
pas autrefois susceptibles d une harraonie vraiment
rationelle : la diaphonie, harmonie devenue impossible
aujourd hui, a cause de reducation. de notre oreille?
On sail que, vers le commencement du dixi&me siecle,
le morne Hncbald de Saint-Amand recommandait les
suites de quartes et de quintes comme produisant une
suave harmonie. Ces suites de quartes et de quintes, qui
nous paraissont aujourd hui si barbares, n avaient, au
temps de Hucbald, rien que de tres-con forme a 1 instinct
musical de 1 epoque. Ge fait qui nous parait si etrange,
est du a reducation de 1 oreille. Voici 1 explication toute
lumineuse qu en donne M. de Coussemaker :
" Quand nous entendons une quinte, dit-il, cetintervalle
harmonique represente a notre oreille nn accord parfait,
car bien que la tierce ne soil pas exprimee, on la sous-
entend comme si elle existait. II en resulte que, en
entendant deux ou plusieurs quintes de suite, c est comme
si nous entendions deux ou plusieurs accords parfaits
successifs ; ce qui blesse notre oreille, qui ne souffre pas
le passage aussi brusque d un ton a un autre. II n enetait
pas ainsi au moyen-Age, ou 1 harmonie moderne n existait
pas: une quinte ne representait pas un accord parfait ;
cet accord etait alors inconnu. La partie constitutive de
(1) Voyej 1 opinion de I abb6 Leboeuf sur la competence des musiciena
eo fait de musique anoienne : Dictionn&ire de M. J. d Ortigue, col. 888.
DU CANADA 315
Paccord parfait, la tierce, non-seulement n etait pas
adraise, mais encore 6tait consideree comme dissonance.
La qninte, an temps de Hucbald, etait moins un accord
qu uti seul et mgme son. Les suites de quintes, de quartes
et d octaves produisaienl sur 1 oreille des rausiciens du
moyen-age 1 elfet que produit sur la n5tre le jeu de
mixture de 1 orgue, c est-adire un efFet vague, etrange,
indefmissable, mais nullement desagreable et barbare." (1)
Mais cette question d harmonie nous entralnerait trop
loin. Au reste elle n appartient pas rigoureusement a
notre sujet, puisque 1 harmonie n est pas et n a jamais ete
le fait du people. Disons cependant, en terminant, que
I harmonie ne doit tHre ajoutee aux chants populaires
qu avec beaucoupde tact et de gout ; que tres sou vent, elie
en gene Failure et le rhythme, quand elle n en detruitpas
completement la modalite; et que, dans les conditions
actuelles de la science, il vaut mieux, le plus souvent,
qu elle ne paraisse pas du tout.
Dans toutes les remarques qui precedent, on a pu voir
que je n ai pas tenu plus de compte qu il ne faut des idees
qui out generalement cours parmi nous et des lois de
notre musique moderne. La raison en est simple: ayant
a examiner, dans nos chants populaires, une musique
reellement d un autre age, je serais arrive infailliblement
aux conclusions les plus fausses si j avais envisage ce
(1) Cooasemaker. Hist, de i Hannonie au
346 CHANSONS POPULAIRES
sujet au point de vue de 1 art moderne. " Une cause
d erreurs malheureusement trop commune dans les arts,
a dit an crivain francais, est la prevention de soumettre,
a toute force, les monuments d une epoque reculee aux
regies des epoques recentes, et de compromettre ainsi la
surete du coup d oeil retrospectif par la retroactivite des
jugements" " La pente a ranachronisme, a dit aussi
M. Vitet, 1 applicaUon involontaire de nos idees, de nos
habitudes, a la recherche des choses d un autre temps,
est une des grandes sources d erreurs en archeologie."
De tout ce qui a ete dit dans ces Remarques, comme
aussi dans quelques unes des Annotations qui les precedent,
on a dej^l pu tirer et nous tirerons les conclusions sui-
vantes :
1 Que la tonalite gregorienne, avec ses echelles mo-
dales et son rhythme propres, n est pas un reste de barbaric
et d ignorance, mais une des formes infinies de Tart,
forme parfaitement rationelle et eminemment propre a
1 expression de sentiments religieux.
2 Que le peuple de nos campagnes, dont les chants se
tapprochent tant de cette tonalite, est bien encore ledigne
descendant de ces vaillants et pieux enfants de la Bre-
tagne, da Perche et de la Normandie, qui, le fusil d une
main, et de 1 autrc tenant la charrue, commencerent,
avec tant de courage, les premiers etablissements de la
Nonvelle-France.
348 CHANSONS POPULATES
C est la poulette grise
C est le bon vin qui danse 221
C est 1 vent fri volant 22
C esfc Pinson avec Cendrouille 279
C etait une fregate 20!)
Chez mon pere ya trois filles 230
Dans les chautiers nous hi verncrons 100
Dans les prisons de Nantes 26 et 23
Dans ma main droite je tiens rosier 147
Dans Paris ya-t-uue brune 170
Dans tons les cantons 295
Descendez a 1 ouibve 16 i-t 17
Digue dindaine 50
D oii viens-tu, bergere ? 266
En fllant ma quenouille 211
En revenant de la jolie Rochulle 155
En roulaut ma boule 12
Entre Paris et Saint-Denis 303
Et moi je m eufoniyais 145
Et moi je m en passe ! 33
Fendez le bois, chauffoz le fiiu- 112
Francois Marcotte 274
Fringue, fringue 62
Frit A I hnile - G5
Grai km la, gai le rosier 40
Genticorum ; 64
Hier sur le pont d A v ; <J7
II n y a qu un seul Dien 30<>
Isabeau s y promen e
Jacquot Hugues 27 1
J ai cueilli la belle rose 87
J ni fait une maitresse 137
J aimerai tendrement 20
J ai perdu mon amant 195
J ai tant dans6, j ai tant san te ! 48
J ai taut d eufauts a marier ! 1 49
J ai trop grand peur des loups ! 178
J ai trouve le nique de lievre 153
J ai vule loup, le renard passer 180
i
TABLE-
PAOB
PREFACE V
Adam et Eve 1GI
Ah! je ra eu vais eutrer en danse! 217
Ah! qui marierons-nous ? 151
Ah ! qui me pasaera le boi.s f 90
All! si mou moine voulait danser ! 129
A la claire fontaine let 283
A la saute de ces jeunes inavies 291
A Saint-Malo, beau port denier 24
An bois du rossignolet - 108
Au jardin de uion pere 44
Aurai-je Nanette ? 43
Bal chez Boul6 116
Bonhomme, bonhomme 227
Cecilia 31
Celle que mou coeur aime 299
C est daus la ville de Bytowu 66
C est dans la ville de Rouen 119
C est dans Paris ya-t-uue br uue 185
C est la belle Franchise 8, JO et 11
C est la plus belle de ce"ans 219
1)U CANADA 349
Jamais je nouvrirai de goal ... 233 et 237
Je le niene bien mon devidoi ! 181
Je me suis mis au rang tl ai mcr 212
Je n ai pas de bavbe au men ton 191 et 1!M
Je ne vetix pas d uu habitan i 268
J entends le moulin, tique, tique, t;uinc 2 23
La bibournoise 74
La fllle du roi d Espn^ne 127
La guignolee LW
La poulette grise 2!i3
Lejuif errant 131
Le p tit boisd l ail 142
Leve ton pied 18
Malbrough 254
Marianne s en va-t-au moulin 121
Marianson, dame jol it> 1 57
M en revenant de Saint- Andre 183
Mou beau ruban gris 55 et 58
Mon cri era, tire la lirette 54
Mon pere avait un beau champ de pois 114
Mon ton ton turlutaine 35
Nous etioas trois capitaines 189
Papillon tu es volage 187
Par derrier chez ma tante ya-t-un arbre plante 175
Par derrier chez mon pere 4
Perrette est bien inalade 286
Petit rocher de la haute moutagne 200
Pinpanipole 258
Pipaudor a la balance 261
P tit Jean 105
Quand j e" tais chez mon pere 70
Qui veut manger du I ievre 229
Sainte Marguerite 258
Si tu te niets angnille 78
Sui vons le vent 23
Sur le pont d Avignon 94 et 99
Sur le pont de Nantes 225
Tenaouiche tenag.i ouicheka ! 124
Un Canadien errant 78
3-.0
CHANSONS POPULAIRES DU CANADA.
Une pt-M-drio .ti ,
Unjoin- 1 euvie m a pris de deserter de France.
Va, va, va, p tit bonnet, grand bonnet
Vive la Canadieune!
Vive Napoleon !
VIA, I bon vent!
Voici le temps et I a saison
RIOMARQUIOS GKNKRALKS.
TABLE. .
82
-168
59
4
76
21
193
315
347
"un ;
BMW-WTHECA
,
a39003
W 1678 G 1 5 C 5
G P G IM N i ERNE
CHflNSQIMS P
1918