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Full text of "Chants du soldat"

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I 



CHANTS 

DU SOLDAT 



IMPRIMERIE CHAIX, 20, RUE BERGÈRE, PARIS. 




Ouvrage couronné par l'Académie jrançaise 



PAUL DÉROULÈDE 



CHANTS 

DU 



SOLDAT 



Cent-trente-septième édition 



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Ê C • l [g?c 



PARIS 




-'^i'^" 



GALMANN LEVY, ÉDITEUR 

ASCfENXE SfAISON MICHEL LÉVY FRÈRES 
3, rue Auber. 3 

1889 

Droits de reproduction et de traduction réservés. 



p 



Q 



Py ^5-3 



ACEUX aul M ONT APPRIS A AIMER MA PATalB 



A MON PFRE, A MA MERE 



PAUL DEROULEDE. 



JANVIER lô^î, 



VIVE LA FRANCE! 



VIVE LA FRANCE! 



Oui, France, on t'a vaincue, on t'a réduite mêma 
Et comme il n'a pas eu pour preuve le succès, 
A ton courage encore on jette l'anathème, 
Et les Français s'en vont rabaissant les Français. 

Que la faute fut grande et cette guerre foUe^ 
Qui le nie? Ils sont là nos désasti'es d'hier. 



4 CHANTS DU SOLDAT. 

Mais qu'au bruit des canons tout un passé s'envole! 
Que tout un avenir soit brisé sous ce fer! 



Que la France n'ait plus, chez les peuples du monde, 
Ni voix dans leurs arrêts ni place à leurs grandeurs!... 
C'est une calomnie infâme et si profonde, 
Qu'un vaincu qui la dit étonne ses vainqueurs. 

Non, France, ne crois pas ceux qui te disent lâche, 
Ceux qui voudraient nier ton âme et ses efforts : 
Sans gloire et sans bonheur, tes fils ont fait leur tâche, 
Mais ils l'ont faite, et Dieu ne compte plus tes morts. 

J'ai vu de pauvres gens tomber sans une plainte; 
D'autres — je les ai vus — ont combattu joyeux. 
Et, pieux chevaliers de cette guerre sainte. 
Sont morts, l'amour dans l'âme et le ciel dans les ycuz. 

Ils ont lutté, n'étant ni l'espoir ni le nombre. 
Et sans cesse détruits, et renaissant toujours, 
C'est un éclair divin de cette époque sombre, 
Que ces martyrs voulant leurs supplices moins courts 



VIVELAFRANCEl 5 

Je les ai vus, niai'cliaiit les pieds nus sur la neige, 
Succomber de fatigiio et non de désespoir; 
La misère et la faim leur servaient de cortège. 
Mais ils marchaient, ayant pour guide le devoir. 

J'en ai vu qui, captifs, s'échappaient d'Allemagne, 
Revenaient aux dangers à travers les dangers, 
Et, sans revoir leurs toits, reprenant la campagne. 
Retombaient par deux fois aux mains des étrangers. 

Ce n'était pas toujours des soldats, notre armée! 
Mais j'ai vu des blessés venir, saignant encor, 
Reprendre dans les rangs leur place accoutumée, 
Et, luttant tout meurtris, se guérir dans la mort. 

J'ai vu des régiments, aux jours de défaillance. 

Se porter en avant et se dévouer seuls, 

Pour qu'on pût dire au moins, en parlant de la France, 

Que ses drapeaux étaient encor de fiers linceuls; 

Que nous savions encor mourir, sinon combattre. 
Et puis, nous n'avons pas toujours été si bas : 



6 CHANTS DU SOLDAT. 

Frœschwiller est l'assaut d'un homme contre quatre 
Et de ces assauts-là les Prussiens n'en font pas! 



Gravelotte et Borny ne sont pas des défaites; 
Les vivants ont vengé les morts de Champigny; 
Les gloires de Strasbourg échappent aux conquêtes, 
Et Paris affamé n'a jamais défailli! 

Oui, Français, c'est un sang vivace que le vôtre! 
Les tombes de vos fils sont pleines de héros; 
Mais sur le sol sanglant où le vainqueur se vautre. 
Tous vos fils, ô Français! ne sont pas aux tombeaux. 

Et la revanche doit venir, 5ente peut-ôtre, 
Mais en tout cas fatale, et terrible à coup sûr; 
La haine est déjà née, et la force va naître : 
('/est au faucheur à voir si le champ n'est pas mûr. 



II 



LE CLAIRO 



N 



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LE CLAIRON 



L'air est pur, la route est large. 
Le Clairon sonne la charge, 
Les Zouaves vont chantant, 
Et là-haut sur la colline, 
Dans la forêt qui domine, 
Le Prussien les attend. 



10 CHANTS DU SOLDAT 

Le (Ihiiroii est un vieux brave, 
Et lorsque la lutte est grave, 
C'est un rude compagnon; 
Il a vu mainte bataille 
Et porto plus d'une entaille, 
Depuis les pieds jusqu'au front. 

C'est lui qui guide la fête. 
Jamais sa fièrc tronipette 
N'eut un accent plus vainqueur, 
Et de son souffle do flamme^ 
L'espérance vient à l'ârne, 
Le courage monte au cœur. 

On grimpe, on court, on arrive. 

Et la fusillade est vive. 

Et les Prussiens sont adroits, 

Quand enfin le cri se jette : 

« En marche! A la baïonnette! )> 

El l'on entre sous le bois. 

A la première décharge, 

Le Clairon sonnant la charge. 



LE CLAIRON. Il 

Tombe frappé saas recours ; 
Mais, par un effort suprême, 
Menant le combat quand même. 
Le Clairon sonne toujours. 



Et cependant le sang coule, 
Mais sa main, qui le refoule, 
Suspend un instant la mort, 
Et de sa note affolée 
Précipitant la mêlée, 
Le vieux Clairon sonne encor. 



Il est là, couché sur l'herbe, 
Dédaignant, blessé superbe. 
Tout espoir et tout secours; 
Et sur sa lèvi-e sanglante, 
Gardant sa trompette ardente, 
Il sonne, il sonne toujours. 

Puis, dans la forêt pressée, 
Voyant la charge lancée, 
Et les Zouaves bondir, 



12 CHANTS DU SOLDAT. 

Alors le Clairon s'arrête, 
Sa dernière tâche est faite, 
Il achève de mourir. 



m 



L'ARRIERE-GARDE 



IIJ 



L'ARRIERE-GARDE 



C'était après ua jour de lutte et de défaite, 

— Hélas! de pareils jours furent nombreux pour nour 

L'armée en désarroi commençait la retraite, 

Et la neige montait, froide, jusqu'aux genoux. 

Les vaicîqueurs cependant, épuisés de victoire, 
Respectaient ce départ par crainte d'un retour 



16 CHANTS DU SOLDAT. 

On marchait; le sol blanc rendait la nuit moins noire 

Et l'on eut vite atteint les forêts d'alentour. 

Soudain, malgré tout ordre et malgré toute crainte, 

On vit s'arrêter là cette armée aux abois; 

Un tison ralluma bientôt la pipe éteinte, 

Et les feux du bivouac illuminaient les bois. 

On eût dit une halte au fond d'un cimetière. 

La neige parcourue était rouge de sang, 

Et, lassés des eiïorts d'une journée entière, 

Tous les soldats mêlés ne cherchaient plus leur rang. 

Ils tombaient harassés au hasard de lu place, 

Devant le premier feu, dans le premier ravin ; 

Et plus d'un s'endormit. ce soir-là snr la glace, 

Que ne réveilla pas le joiu' du lendemain. 

nuit cruelle ! nuit pleine de funérailles ! 

Ce n'était pas assez de luttes, de batailles, 

Et du fer et du plomb, ce n'était pas assez! 

Quand on était sorti vivant de ces mitrailles. 

Le froid prenait au cœur et la faim aux entrailles, 

Et l'on crevait, ainsi qu'un chien, dans les fossé.?. 

Or les Prussiens, voyant ces lueurs dans l'espace, 
Comprirent qu'ils pouvaient alors continuer, 



L'ARRIÈKE-GA RDE, 17 

Que les chefs étaient lus; que l'armée était lasse; 

Kt, comme des chacals reprennent une trace, 

Ils paili'iuut, flairant des hlessés à tuer. 

La lisière du bois était gardée à peine, 

Et le sursaut fut grand, et grandes les clameurs, 

Lorsrjue sur le chemin la colonne prussienne 

Déboucha, tiraillant gaîmeni sur les dormeurs. 

« Ah! trahison! » Ce fut le cri de la déroute, 

Mais un vieil officier — un Français celui-là — 

Rallia les fuyards au milieu de la route, 

Fit éteindre les feux sous la neige, et resta. 

Alors, sous le ciel noir et sur la terre sembre, 

La lutte commença, — lutte d'agonisant: — 

Les fusils jetaient seuls leurs éclairs dans cette ombre, 

Et les branches du bois sifflaient en se brisant. 

De longs cris dominaient la mêlée incertaine : 

« Konig und Vaterland! » chantaient les Prussiens, 

(( Pour la France! » avait dit notre vieux capitaine, 

Et répétant ces mots d'espérance et de haine, 

Chacun dans cette nuit reconnaissait les siens. 

Au milieu d'un de ces silences pleins d'alarmes, 
Comme il en est pendant qu'on recharge les armes 

4 



18 CHANTS DU SOLDAT. 

Et cfu.e les combattants, par un commun accord 
Suspendant le combat, laissent souffler la Mort, 
Un éclair traversa la broussaille voisine; 
Le capitaine mit la main sur sa poitrine : 
<( Au cœur! » murmura-t-il déjà mort à demi, 
Mais avant de tomber, plantant son sabre on terre : 
« C'est ici, mes enfants, que je veux qu'on m'enterre, 
» Honte à qui laissserait mon corps à l'ennemi! » 

li tomba, vomissant le "^ang à pleine bouche. 

Et, comme si son âme eût passé dans les cœurs, 
Tous ces hommes saisis d'un courage farouche, 
Se ruèrent hurlant au milieu des vainqueurs. 

Nous avons eu parfois de ces courtes revanches ! 
Et lorsque le soleil apparut dans les branches, 
Comme un masque de pourpre à travers des barreaux, 
Tout s'était apaisé dans la forêt meurtrie, 
La tombe se creusait au sol de la Patrie, 

Et les niatyrs avaient dispersé les bourreaux. 



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LE TURCO 



ÎV 



LE TURCO 



A i.:""» M. P.-C. 



C'était un enfant, dix-sept ans à peine, 

De beaux cheveux blonds et de grands yeux bleus. 

De joie et d'amour sa vie était pleine, 

11 ne connaissait le mal ni la haine ; 

Bien aimé de tous, et partout heureux. 

C'était un enfant, dix-sept ans à peine, 

De beaux clicv^ux blonds et de grands yeux bleus. 



ii CHANTS DU SOLDAT 

Et l'enfant avait embrassé sa mère, 
Et la mère avait béni son enfant. 
L'écolier quittait les héros d'Homère; 
Car on connaissait la défaite amère, 
Et que l'ennemi marchait triomphant. 
Et l'enfant avait embrassé sa mère, 
Et la mère avait béni son enfant. 



Elle prit au front son voile de veuve, 
Et l'accompagna jusqu'au régiment. 
L'enfant rayonnait sous sa veste neuve; 
L'instant de l'adieu fut l'instant d'épreuve : 
<i Courage, mon fils ! — Courage, maman ! » 
Elle prit au front son voile de veuve, 
Et l'accompagna jusqu'au régiment. 

Mais lorsque l'armée eut gravi la pente : 

« Mon Dieu! disait-elle, ils m'ont pris mon cœur. 

» Tant qu'il est parti, mon âme est absente. » 

Et l'enfant pensait : « Ma mère est vaillante, 

» Et je suis son fils, et je n'ai pas peur. » 

Mais lorsque l'armée eut gravi la pente : 

« Mon Dieu ! disait-elle, ils m'ont pris mon cœur. > 



LE TUUCO. 23 

Le. p(Hit Turco se battait en brave; 

Mais quand vint l'hiver, il toussait bien fort. 

Et le médecin, voyant son œil cave; 

\au disait : « Partez, mon enfant, c'est grave! » 

L'enfant répondait : « Non, non, pas encor! » 

Le petit Turco se battait en brave, 

Mais quand vint l'hiver, il toussait bien fort. 

« Non, je ne veux pas quitter notre armée 
» Tant que les Prussiens sont dans mon pays. 
» Je veux jusqu'au bout chasser ces bandits; 
» Je veux pouvoir dire à ma mère aimée : 
» Si je te reviens, c'est qu'ils sont partis. 
i> Non, je ne veux pas quitter notre armée 
» Tant que les Prussiens sont dans mon pays. » 

Pendant quelques jours, le sort nous fit fête, 
Et les Allemands fuyaient devant nous. 
Mais ils s'étaient fait un camp de retraite; 
Devant ces fossés leur fuite s'arrête, 
Et tous ces renards rentrent dans leurs trous. 
Pendant quelques jours, le sort nous fit fête, 
Et les Allemands fuyaient devant nous. 



S4 CHANTS DU SOLDAT. 

Les remparts sont liants, la plaine est immense. 

Tout ce qui s'approche est bientôt détruit. 

On fuit, on revient, l'assaut recommence. 

Et le régiment des Turcos s'élance, 

Et le régiment des Turcos périt... 

Les remparts sont liants, la plaine est immense. 

Tout ce qui s'approche est bientôt détruit. 



L'enfant est tombé, frappé d'une balle, 
Mais un vieux soldat l'a pris sur son dos. 
Il ne connaît pas la fuite fatale; 
La mort a dâjà cerné son front pâle ; 
Ses yeux sans regards sont à demi clos. 
L'enfant est tombé, frappé d'une balle, 
Mais un vieux soldat l'a pris sur son dos. 

Et le grand Arabe est là qui le garde. 
Au bord d'une source, au fond d'un ravin. 
Au loin le canon mugit et bombarde; 
Levant doucement sa tête hagarde. 
Son regard mourant s'anime soudain. 
Et le grand Arabe est là qui le garde. 
Au bord d'une source, au fond d'un ra\in. 



LE TdRCO. 25 

î( Où sont les Prussiens? Ri'pnnds, réponds vite. 

.■) Les avons-nons bien vaincus cette fois? 

» Sommes-nous en France, et sont-ils en fuite? » 

Et l'enfant, voyant que l'Arabe hésite, 

Reprit tristement de sa douce voix : 

« Où sont les Prussiens? Ah! réponds-moi vite 

» Dis, les avons-nous vaincus cette fois? » 

Et le vieux Turco se prit à lui dire : 

« Oui, petit Français, tu les as vaincus. 

1) — Alors? je m'en vais, veux-tu me conduire? 

I) O ma chère mère!... » Et dans ce sourire 

L'enfant s'endormit et ne parla plus. 

Et le vieux Turco ne cessait de dire : 

« Oui, petit Français, tu les as vaincus. » 



V 



fragmp:nt 



Kiclimonci . . . 

Givo mu some ink an'l papnr in my lent 
l'il dr.iw llie forin and raodel of our b.itlle, 
I.iniit eacli leader io lus sovoral c'iarge 
And part m jiist proportion sniall power 

(Shakuspeare - - Hivhanl III ) 



V 



FRAGMENT 



r> ••••••.., 

Il fait nuit; la diane a sonné, tout s'éveille ; 
Les hommes sont sortis des tentes qu'on ai)at; 
La soupe est sur le feu, le vin dans la bouteille, 
Et, chantant et riant à la flamme vermeille, 
Ces diables de Français commencent leur sabbat 
C'est le joyeux lever d'un matin de combat. 



30 CHANTS DU SOLDAT. 

Pourtant nos ennemis, qu'aucun feu ne dévoile, 
Ont entendu, muets, ces cris qu'ils ont comptés; 
Ils ont compté îa veille, aux blancheurs de la toile, 
Combien d'hommes campaient dans ces immensités. 
Dans nos feux de bivouac ils comptent chaque étoile; 
Et leurs ordres sont pris, et leurs plans arrêtés. 

Mais eux, combien sont-ils, ies Prussiens? — On l'ignore, 

Personne ne le cherche et n'a l'air d'y songer. 

On chante dans la nuit, on se iiat à l'aurore, 

Et sans savoir par où l'assaut va s'engager : 

On sait que ies f'rançais sont des Français encore, 

Et qu'ils se tourneront du côté du danger. 

— C'est ainsi que se perd, grande et presque admirable, 
Sous cet orgueil léger, la valeur d'un pays; 
C'est ainsi que la fiiute en remonte implacable 
Des soldats mal guides aux chefs mal obéis; 
C'est ainsi que des fous, que leur folie accable. 
Disent : Dieu n'est pas juste et l'on nous a trahis! 



VI 



LA MARSEILLAISE 



VI 



LA MARSEILLAISE 



Ah! ne la chantons plus, par pitié pour nous-mêmes; 
Le jour venu, marchons sans cris et sans blasphèmes, 
Gomme de fiers vaincus, qui, sûrs de Icui- effort, 
N'ont qu'un but : la revanche, ou qu'un recours : la moc^t. 

D'ailleurs, écoutez bien cette histoire maudite. 
Et que, si quelques-uns vous l'ont déjà redite, 

3 



84 CHANVii :)L SOLDAT- 

Si déjà VOUS l'avez entendue et souvent, 

Tant mieux : clou martelé n'entre que plus avaiit. 

Vous l'aimez, n'est-ce pas, notre hymne populaire? 

Vous aimez ses élans et r;a sainte colère; 

Vous y cherchez toujour.'\ "'s encore orgueilleux, 

Le sublime passé de vos puissants aïeux; 

Et vous vous rappelez, à cette voix féconde. 

Nos trois couleurs flottant aux quatre coins du monde, 

LefJ peuples conl'ondus et les rois affolés; 

La grande France enfin ! vous vous la rappelez? 

Eh bien, rappelez-vous qu'au jour de la défaite. 

Qu'à Sedan — ce nom seul vous fait courber la tête — 

Rappelez-vous, Français, qu'en ce jour de malheurs. 

Tandis que les vaincus se rendaient aux vainqueurs. 

Tandis qu'ils emportaient dans leur âme meurtrie 

Le spectre nmtilé de la pauvre Patrie, 

Qu'ils pleuraient la défaite et quittaient les combats, 

Enfin qu'ils s'avançaient, sans armes, nos soldats, 

coup que rien n'efface! ô mal que rien n'apaise 

Le clairon prussien sonnait la Marseillaise I 



VII 



CHASSEURS A PIED 



I 



VII 



CHASSEURS A PIED 



Le soleil du matin a chassé les étoiles; 
Les flocons lumineux tombent en voltigeant. 
Sur la terre la neige a jeté ses longs voiles, 
Et les branches du bois se couronnent d'argent. 

Les petits Vitriers — c'est ainsi qu'on les nomme - 
Ont mis leur baïonnette au bout de leur fusil ; 



SS CHANTiiDUSOLDAT. 

Ils passent lestement sous les pommiers sans pommO; 
Ils vont, et leurs pieds noirs font chanter le grésil. 



Les Prussiens sont encore installés dans la ferme, 
11 s'agit de la prendre et û& ics débusquer; 
Le bataillon muet s'avance d'un pas ferme; 
"liais des canons sont là prêts à se démasquer. 

Tout à coup, dans le fond d'un ravin où l'on saute, 
Un cri de mort se fait entendre : « C'est de l'eau! » 
La glace était récente, et la neige était haute, 
Et ce linceul avait recouvert oe tsmbeau. 



Ils sont ensevelis jusques à la ceinture; 
Le courant les renverse et la glace les tient. 
— Vaincu par les Prussiens, vaincu par la nature, 
O mon Pays, quel Dieu terrible que le tien! — 

Les Allemands joyeux sortent de leurs tanières, 
Nous voilà désarmés, les voilà résoins, 
Ilourrah! L'heui'c est propice aux haines meurtrières, 
Et leur canon se dresse au revers du talus. 



CHASSEURS A PIED. 00 

Pourtant leur officier apparaît sur la crête : 

« Vous n'avez qu'à vous rendre, on va vous secourir. » 

Cet atroce marché soulève une tompûte : 

(I Ta peux te retirer, nous n'avons qu'à mourir! » 



Mais le vieux commandant, d'un ton triste et sévère : 
« Et moi, je ne veux pas que <ions mouriez ainsi. 
1) Rendez-vous, mes enfants, vous ne pouvez rien faire. » 
Et tous ces moribonds se rendent à merci. 



Les. Prussiens cepoadant les hissent sur la rive; 
Déjà les dragons bleus les forment on convoi, 
Quand à la fin le tour du commandant arrive : 
« J'ai sauvé mes soldats, dit-il, et non pas moi ! » 

Et, repoussant alors la corde qu'on lui lance, 

il se laisse engloutir par Je gouffre glacé; 

Les pauvres prisonniers saluent le trépassé, 

Et, voyant cette fin, ils ont cette espérance : 

La France n'est pas morte encor. — « Vive la France ! » 



i 



VIII 



ÉVASION 



vni 



ÉVASION 



Les Turcos marchent deux à deux, 

Ils sont sans fusils, sans cartouches; 
Ils marchent, et dans leurs grands yeux 
La haine a des éclairs farouches; 
Des cris sourds passent sur leurs bouches: 
Les Prussiens chantent derrière eux. 



CHANTS DU SOLDAT. 

Cependant dans la plaiiif immense, 
Près des canons trois fois conquis, 

— O jour de deuil ! jour de vaillance! — 
Leurs frères sont mnrts pour la France : 
Eux qui ne sont pas morts sont pris. 

On les emmène, eu Allemagne; 
Ils y seront au point du jour; 
Mais la nuit tombe et l'ouibri! gagne, 
On bivouaque dans la campagne : 
Les Prussiens veillent tour à tour. 

Leurs sentinelles vont et viennent. 
Sous les manteaux le reste dort; 
Et des craintes qui leur surviennent, 
Tout bas les Turcos s'entretiennent 
Autour d'un grand feu de bois mort. 

— (( Où les mène-t-on? Pourquoi faire? 
» Que vont-ils être, ces soldats? 

» La mort, ils ne la craignent guère! 
» Mais plus de poudre et plus de guerre. 
» Et pourtant on se bat là-bas ! » 



ÉVASION. 

Ils se regardent sans rien dire : 
S'ils sont bien forts, ils sont bien peu; 
Et qu'une sentinelle tire, 
C'est le réveil et le martyre- 
Mais l'audace est fille de Dieu! 

Ce qu'il faut, c'est que l'on s'élance. 
Que des Prussiens qui veillent là, 
Pas un n'appelle à sa défense ; 
C'est qu'on les égorge en silence: 
Et ce qu'il faut, on le fera. 

Ils rampent; l'espoir les anime; 
Un signe est fait, ils sont debout. 
Mais, avant de tenter le crime, 
Chacun regarde sa victime. 
Voit son but et choisit son coup. 

Et puis, dans un élan sauvage, 
Les Arabes se sont dressés; 
Ils font leur besogne avec rage. 
Personne n'échappe au carnage ; 
Et quand tout est mort, c'est assez. 



40 CHANTS DU SOLDAT. 

C'est assez ; sur toutes les bouches 
Les chantD sont revenus joyeux : 
Les Turcos ne sont plus farouches. 
Ils ont des fusils, des cartouches, 
Et l'immensité devant eux. 



IX 



^^ LA BELGIQUE 



IX 



A LA BELGIQUE 



h M^e LA B"* A. P. 



Salut, petit coin de terre. 

Si grand de bonté. 
Où l'on vous rend si légère 

L'hospitalité ; 

Où tout ce que l'on vous donne, 
Sourire ou pitié, 



50 CHANTS DU SOLDAT. 

N'a jamais l'air d'une aumône, 
Mais d'une amitic';; 



Oi'i les âmes si sereines 
Ont les yeux si doux, 

Que les tourments et les haines 
S'y reposent tous! 

Salut, terre frateriiollo. 
Où tout m'a tant plu! 

Peuple bon, race fidèle, 
Belgic;ae, salut! 

Va ! la France a la mémoire 
De ces jours de deuil, 

Où la défaite sans gloire 
Brisait notre orgueil ; 

Où, fuyant, vaincus débiles, 
Un puissant vainqueur, 

Tu nous as ouvert tes viUeg, 
Tes bras et ton cœur. 



-^'- *- -*-•- 



À I.A BELGIQUE. 51 

Puis, douce comme uue mère, 

Tu nous as bercés; 
Mieux cncor, cliore infirmière. 

Tu nous as pansés. 



Tu nous as mis sur nos plaies 

Saignantes encor. 
Ce baume, les larmes vraies, 

La foi, ce trésor! 

Si bien que plus d'un t'a prise, 

A voir tes vertus, 
Pour une pauvre sœur grise, 

N'aimant que Jésus. 

Mais je te connais, mignonne 
Je te connais mieux, 

Et sous ton voile de nonne 
Ton cœur bat joyeux. 

J'ai, sur ta lèvre rebelle^ 
Surpris un doux nom, 



59 CHANTS DU SOLDAT, 

Et c'est Van Dyck qu'il s'appelle, 
Ne dis pas que non ! 

J'ai vu dans ta vieille église 
Rubens sur l'autel; 

Metsys a peint ta devisa 
Van Eyck ton missel. 

J'ai vu, les jours de dimanche, 

Téniers l'ctourdi 
Déposer sur ta main blanciie 

Son baiser hardi. 

J'ai vu tes nouveaux apôtres 
Portaels et Gallait, 

J'ai vu ces gloires et d'autres 
Que l'on t'envîrait, 

Si l'envie était facile 

Avec ta douceur. 
Et si la France indocile 

N'était pas ta sœur, 



A LA BELGîQUE. 53 

Ah ! crois-moi, belle ingénue 

Au chaste maintien, 
C/est pour t'avoir bien connue 

Que je t'aime bien. 

Sïtus cette robe de laine 

Que nous vénérons, 
Va ! tu n'es rien moins que reine. 

Reine à trois fleurons! 



Les arts sont ton diadème, 
Rien ne l'obscurcit; 

Et je t'admire et je t'aime; 
Salut et merci! 



Mais tu vois, terre d'asile, 
Tu vois leurs regards?.. 

Que ton lion veille, agile, 
Sur tes fiers remparts. 

Que dans sa tanière neuve 
11 protège Anvers, 



CHANTS DU SOr.DAT. 

Près de ces ports uù ton fleu, 
Berce l'univers. 



Que toujours inipénétrablo. 
Intacte toujours, 

Tu restes Tabri durable, 
L'éternel recours ! 



Que Dieu sèche la main droite 

Qui te frapperait; 
Malheur à aui te convoite ! 

Mort à qui t'aurait! 

El salut, petite terre, 

Grande de bouté, 
Qui rends si douce et si chère 

L'hospitalité! 



'^^- 



X 



ENTHOUSIASME 



ENTHOUSIASME 



Le soleil est triste et neigeux : 
Invoquant sa clarté jalouse, 
Dans un parc, sur une pelouse, 
Les ïurcos ont placé leurs feux. 

Et le bûcher est fantastique, 

Et sur leurs manteaux pour tapis. 



58 CHANTS DU SOLDAT. 

Psalmodiant leurs chants d'Afrique, 
Les Arabes sont accroupis. 



ils sont là, graves, immobiles. 
Tendant les mains vers cet éclair; 
Pauvres nègres ! pauvres Kabyles ! 
La France est froide cet hiver. 

La flamme monte et se ravive; 
Leurs yeux brillent, joyeux miroirs; 
Et les torrents de pourpre vive 
Vont ruisselant sur les fronts noirs. 



Dans son château, de sa fenêtre. 
Notre hôtesse les aperçoit. 
Laide, à coup sûr, jeune... peut-être, 
Notre hôtesse est tout en émoi, 

Et se penchant, les yeux humides. 
Vers le capitaine qui dort: 
" Ah! monsieur, quels hommes splendirtes 
11 Que ces enfants du soleil d'or! » 



ENTHOUSIASME. 50 

Le capitaine se réveille : 
« Splendides, madame. — Est-ce pas? 
» Puis ces poses, quelle merveille ! 
» Ils sont artistes, ces soldats! 



» -^ Artistes en diable, madame. 

» — Et ce grand feu, comme il est faiti 

» Ils ont le secret de la flamme ! 

» — En effet, madame, en effet! 

n — Tenez, les voilà qui s'élanceni. 
H Qui raniment leurs feux... et puis... 
» Jesu-Maria, mais c'est qu'ils dansent! 
1) Oh! ces Turcos sont inouïs! 



» Ces beaux chants, cette ronde ardente, 
1) Tout cela vous trouble à l'excès, 
» Et l'on pense à l'Enfer du Dante, 
» N'est-ce pas, monsieur? — J'y pensais. 

« — On leur donne ce bois, sans doute? 
,, — Pas le moins du monde, — Ah! vraiment; 



C:> CHANTS DU SOLDAT. 

» Ils le ramassent sur la route? 

» — Encore moins, madame. — Comment?, 

» Mais alors... c'est mon bois qu'on brûle !. 
» Mais ils me volent mes fagots! 
» Mais ils n'ont ni foi ni scrupule!... 
» Ce sont des bandits, vos Turcos ! » 



XI 



UNE LEÇON 



i 



}II 



UNE LEÇON 



Le camp des prisonniers est tout au pied du fort. 
Les baraques de bois craquent à peine closes; 
Et sous le ciel brumeux de ces pays moroses, 
La neige tombe drue, et le vent souffle fort. 

Puis, par crainte du feu, l'on ne nous chauffe gué; e. 
La lumière, le soir, est défendue aussi; 



01 C H A N T S U U S L A T. 

Ils n'iir.iiginaiont pos, se rendant h merci, 
Quelle merci c'était, les prisonniers de guerre! 

Le matin, l'on partage un pain rare et suns blé. 
On partage, le soir, une coupe noirâtre. 
Et, las de remuer la pioche et le plâtre, 
Sur une paille humide on repose accablé. 

Et ce n'est pas, hélas! seulement leurs baraques. 
Leurs tentes ou leurs toits, qu'ils construisent le jour: 
Le travail de la honte est encor le plus lourd : 
Les Français fortifient la Prusse en cas d'attaque. 



Ah! combien ont voulu refuser ce travail! 
Combien refaisaient mal une tâche mal faite! 
Mais l'aiguillon prussien était la baïonnette. 
Comme ces malheureux n'étaient que leur bétaiL 

Un jour qu'on revenait de la triste besogne. 
Escortés do geôliers, cruellement choisis, 
Baïonnette au canon et cartouche aux fusils, 
Un vigoureux enfant de la vieille Bourgogne 



-'■ li'^'j^ 



UNL5 LEÇON. 05 

Apc!içiit 1111 t-russicn frappant un moribond : 
(( Marche, lui criait-il, marche, ou je t'exécute! >.• 
Le soldat arracha cet homme à cette brute, 
Se retourna terrible, et retendit d'un bond. 



Cl Ah! messieurs les Français, nous faisons les rebelles? 
» Ils sont bien étourdis ces jaunes étrangers, 
B Un peu de plomb rendra leurs cerveaux moins légf-rs.» 
Et l'on fit sur les rangs deux décharges mortelles. 

<t C'est assez! ramenez le reste au campement; 
» La leçon leur suffit... » disait le capitaine. 
Oui, certe, elle suffit cette leçon de haine •. 
Nous la savons par cœur, nous la dirons souvent. 






BAZEILLE 



XIJ 



BAZEILLE 



Le blâme qui voudra, moi je l'aime ce prêtre! 
Est-ce sa faute à lui s'il perdit la raison, 
Si des frissons de haine ont traversé son Être, 
Lorsque l 's Bavarois, les poings pleins do salpêtre. 
Brûlaient homme par homme et maison par maison? 



^U CHANTS DU SOLDAT. 

Ils avançaient ainsi, dévastant le village, 
Ne laissant derrière eux que ruine et que mort. 
Et qu'importait le sexe, et que leur faisait l'âge! 
N'avait-on pas tenté d'arrêter leur passage? 
Féroces par calcul, ils tuaient sans remord. 

La place de l'Église était encore à prendre, 
Mais nos soldats luttaient d'un cœur mal assuré, 
Et quelques-uns déjà murmuraient de se rendre, 
Lorsque sur le parvis un cri se fait entendre : 
« Aux armes ! mes entants ! » C'était le vieux curé. 

Et, passant sa soutane aux plis de sa ceinture, 
Faisant aux jmysans signe de l'imiter, 
Il ramasse un fusil que la mort lui procure ; 
Chacun s'arme, chacun s'excite et se rassure. 
Et la poudre aussitôt recommence à chanter. 

Pif! paf! Les Bavarois s'avançaient en colonne; 
Derrière un petit mur on se mit à couvert; 
« Feu ! commandait le prêtre, et que Dieu me pardonne ! » 
Les habits bleus tombaient comme les bois d'automne, 
Mais leur flot grossissait toujours, comme ia mer. 



( 



BAZEILLE. 7j 

La lutte se finit, hélas ! comme on peut croire, 
Mais les fiers Allemands ont regardé, surpris, 
Ces paysans couchés sous la muraille noire; 
Ce fut court, mais ce fut assez long pour la gloire; 
Le curé de Bazeille est mort pour son pays! 



XIII 



ILS SONT LA..., 



XIII 



ILS SONT LA. 



A MON AMI G. 



Ils sont là dans le bois sombre, 
Toujours forts, toujours en nombre, 
Et bien abrités toujours ; 
N'ayant clairons ni tambours. 
Couverts de silence et d'ombre, 
Ils sont là dans le bois sombre. 



76 CHANTS DU SOLDAT. 

Ils sont là dans le ravin, 

Ne tirant jamais en vain, 

Jamais ne levant la tête ; 

Et si Tennemi s'entête, 

Cinq contre un, cent contre vingt. 

Ils sont là dans le ravin. 



Ils sont là dans le village. 

Se ruant avec courage 

Sur le pauvre paysan. 

Ce sont des pieurs et du sang ; 

On brûle, on tue, on saccage. 

Ils sont là dans le village. 

Ils sont là devant Paris; 
Nous trouvant trop pou meurtris 
Par la faim et la nnitraille, 
Leur or paye la canaille, 
Nos palais sont des débris. 
Ils sont là devant Paris. 

Ils sont là dans notre France, 
Etouffant notre espérance 



ILS SONT LA... n 

Et nous tenant sous leur loi. 
O mon pays! souviens-toi. 
Souviens- toi de ta souffrance: 
Ils sont là. dans notre France! 



XIV 



AU DOCTEUR DOLBEAU 



I 



XTV 



AU DOCTEUR DOLBEAU 



Je ne suis pas de ceux qui, le poing sur la hanche. 
Aux efforts du pays no joindront que leur voix, 
Mais si je suis debout et parl.ant de revanche, 
Je n'ai pas oublié, maître, à qui je le dois. 

Je n'ai pas oublie la main consolatrice, 
La science plus grande encor que la piiié: 



82 CHANTS DU SOLDAT. 

Mon être endolori porte sa cicatrice 

Moins profonde en ses ciiairs qu'en mon cœur l'amitié. 



Gomment je la paierai la dette qui m'engage, 
Dieu le sait! Comme il sait aussi si je le veux : 
Ma vie est votre fait, ma force est votre ouvrage, 
Et votre souvenir se mêle à tous mes vœux. 



Car j'attends, car je garde en mon âme française 
Ma foi de citoyen, mes haines de soldat , 
Ma jeunesse a souffert d'un mal que rien n'apaise, 
Le partage du sol, la défaite au combat. 

Ah! cette lutte-là vaut bien que l'on s'efforce. 
Eux ou nous, France ou Prusse, il n'y va pas de moins! 
C'est le duel à mort du Droit contre la Force 
Dont les peuples jaloux ne sont que les témoins. 

Et la chanson dit vrai, tant pis pour qui la raille ! 
— Mourir pour la patrie est le sort le plus beau! — 
Etsi je dois tomber en un jour de bataille^ 
C'est au sol prussien que je veux mon tombeau. 



AU DOCTEUR DOLBEaU. S! 

La revaiiclie est la loi des vaincus; nous le sommes. 
Je la. demande à Dieu terrible et sans recours, 
Prochaine et sans merci, je la demande aux hommes. 
Les chemins les plus sûrs sont parfois les plus cour^.. 



XV 



A LA baïonnette 



XV 



A LA BAÏONNETTE 



Leur batterie était installée à mi-côte, 
A.U milieu d'un grand champ, près d'un bouquet de bois 
« Enfants, ces canons-là nous gênent, qu'on les ôte! » 
Dit le chef. — Et déjà, sautant dans l'herbe haute. 
Les Zouaves partaient comme de gais chamois. 

« Défense de tirer, vous savez, camarade, 

» C'est à la baïonnette, et ça se mange à part ! » 



S8 CHANTS DU SOLDAT. 

Une salve d'obus acheva la tirade. 

« Ventre à terre, faisons honneur h Tambassado ! 

La mort choisit les siens, et la troupe repart. 

En vain, visant cent fois à la calotte rouge, 
ùe canon prussien tire à coups redoublés ; 
31 crache en vain l'enfer contre ces endiablés; 
Pas un coup do fusil ne part du champ qui bouge, 
ILt ces coquelicots s'avancent dans les blés. 

combats sans seconds! luttes sans pareilles! 
Vaincus dont la défaite a meurtri le vainqueur! 
Tout à coup le clairon résonne à leurs oreilles, 
Ils bondissent légers comme un essaim d'abeilles; 
Et leur vol est terrible et U'ur dard frappe au cœur. 

Et les voilîi jouant do la crosse et du sabre. 
Assommant, égorgeant, tuant.., mourant aussi! 
Arrachant du timon le cheval qui se cabre, 
Et, vivaces danseurs de la danse macabre. 
Jetant à pleins poumons leurs éternels lazzi. 

Enfin la place est nette et les pièces sont prises. 
Un silence profond suivit ce branlo-bas; 



A LA Ba'ÎONNETTE. 89 

Mais, lorsqu'on fit alors l'appel des barbes grises, 
compte affreux, rempli de terribles surprises.' 
Ils étaient neuf, avec dix canons sur les bras. 

« Ma foi, dit un sergent, la chose est assez drôle! 
i> Nous en rironsplus tard, quand nous aurons letemps.» 
Puis passant prestement ies fusils sur l'épaule, 
Ramenant les chevaux avec des coups de gaule, 
On les rattelle et puis : « En route, les enfants .' » 

Ils partirent. La nuit couvrait déjà la plaine. 
Quelques sourds louiements grondaient encore au loin, 
i'.t prouvant à leurs yeux la victoire certaine, 
Tout au pied du coteau, dans la gorge prochaine. 
Le feu brillait déjà comme un joyeux témoin. 

« Ce sont les compagnons qui nous taillent la soupe. 
I) Du diable si j'en vais donner ma part aux chiens! » 
Il galope riant jusques au premier groupe : 
« Hé! les amis! voyez ce qu'on amène en croupe! 
M — Wsr'st dà ! » dit une voix. C'étaient les Prussiens. 



XVI 



LA COCARDE 



xvr 



LA COCARDE 



Ma cocarde a les trois couleurs, 
Les trois couleurs de ma Patrie. 
Le sang l'a bien un peu rougie, 
^^ poudre bien un peu noircie; 
Mais elle est encor bien jolie, 
Ma cocarde des jours meilleurs. 

Que j'ai fait de route avec elle, 
Toujours content et jamais las! 



94 CHANTS DU SOLDAT. 

Que j'ai combattu de coml)àts! 
Ils la conniiissuient, mes soldats! 
Ah! bien des cocardes n'ont pas 
Ruban si beau, couleur si belle! 

Et maintenant d'oo je la tiens? 
C'est presqu'un roman, son histoire! 
Dieu me garde d'en faire gloire. 
Mais elle était, on peut m'en croire, 
Elle était sous sa tresse noire : 
Je l'ai vue et je m'en souviens. 

C'était après trois jours de marches ! 
Nous arrivions transis de froid, 
Cherchant l'auberge do l'endroit; 
Mais elle alors nous aperçoit : 
« Oh ! les Français de peu de foi ! » 
Elle était debout sur les marches. 

Nous approchons tout éblouis. 
La maison est blanche et coquette, 
Le feu brille, la table est prA.te: 
« Jour d'espérance est jour de fête ! 



LA COCARDE. 95 

» Entrez, dit-elle, » et sur sa tôte 
Brillaient les couleurs du Pays. 



« Les Français sont chez eux en France; 

» Toute la ville vous attend. 

)) Vous faisiez mal en en doutant. » 

Elle riait, tout en parlant, 

Elle riait, et cependant 

Mes larmes montent quand j'y pense. 

Et j'y i)ense, et je la revois! 
Elle était là près de sa mère; 
Tout à coup, sur notre prière. 
Elle chanta nos chants de guerre, 
Et c'était la Gloire en colère 
Qui nous grondait par cette voix . 

Oh! la bonne et belle Française! 

Le grand cœur et les jolis yeu^i ! 

Vous demandez, cher curieux, 

Si je l'ai prise, audacieux, 

La cocarde de ses cheveux? 

Moi la prendre, qu'à Dieu ne plaise! 



96 CHA.NT.S DU SOLDAT. 

Mais tout pensif, je regardais, 
Je coutemplais, parlant à peine, 
Ce front d'enfant, cet air de reine, 
Ces trois couleurs dans cet ébène, 
Et je me disais, l'âme en peine : 
« Tout cela reste et je m'en vais! » 

Le clairon sonne : adieu cocarde ! 

Adieu chansons... et cependant 

« Ah! si je l'avais, ce ruban... » 

Et je m'arrêtai tout tremblant. 

Mais elle alors si simplement : 

« Tenez, dit-elle, et Dieu vous garde ! > 

Ma cocarde a les trois couleurs, 
Les trois couleurs de ma Patrie. 
Le sang l'a bien un peu rougie, 
La poudre bien un peu noircie; 
Mais elle est encor bien jolie, 
Ma cocarde des jours meilleurs 



XVII 



DE PROFUNDIS 



^^^^^ 



XVII 



DE PROFUNDIS 



Tu l'as bien connu? C'était un grand diable, 
Leste comme un cerf et fort comme un bœuf; 
Le causeur d'ailleurs le plus agréable... 
Il brisait un sou, comme on casse un œuf. 

Il vous soulevait un poids fantastique, 
Et puis, tout ainsi que s'il n'eût rien eu, 



JOn CHANTS DU SOLDAT. 

Il allait, venait, comme un vrai moustique. 
C'était un gaillard! Tu l'as bien connu 



Ce n'était pas lui qui voulait la guerre, 
Et je puis jurer qu'il a vote non; 
Mais, quand il a vu qu'il fallait la faire. 
Il a dit : « Eh bien, qu'ils la fassent donc! » 

Que si quelqu'un eut la sottise extrême 
D'aller au combat avant d'être instruit, 
De prendre un fusil sans voir son système, 
Tu l'as bien connu? ce n'était pas lui. 

Les Fi'ançais de France ont la tête prompte; 
Mais lui de Marseille est homme de poids. 
Il sait qu'on ne meurt jamais qu'une fois. 
Et que cette fois vaut bien qu'on la compte. 

« D'ailleurs, disait-il, de plus ou de moins 

» Qu'est-ce qu'un soldat, dans l'armée immense, 

» Dans tous les duels il faut des témoins, 

» Nous serons témoins des Français de France. 



I 



DE PROFUNDIS. 101 

» Nous ne demandons qu'à les applaudir, 
» Nous sommes cncor meilleurs que sévères, 
» Un peu de victoire est bon aux affaires, 
» Et puis triompher fait toujours plaisir. 



» Maintenant s'ils n'ont ni force ni chance, 
» Si ces gens du Nord se !"ont battre exprès : 
» Eh bien ! mais alors reste la Provence ! 
» Qu'on y vienne un peu, nous serons tout prêts! :> 

Effectivement, tout prêt à comoattre, 
Faisant l'exercice, ayant deux fusils. 
Parlant comme trois, criant comme quatre; 
C'était un troupier des plus réussis. 

Et quand il apprit qu'aux champs de l'Alsace, 
Le dieu des combats nous abandonnait. 
S'il n'eût écouté que sa folle audace, 
11 allait partir, mais il se tenait. 

« Plus tard, disait-il; je crois que la France 
I) Sera trop heureuse en me retrouvant ; 



102 CHANTS DU SOLDAT. 

» Montrons-nous de loin, comme l'Espérance, 
» Et, pour rester fort, gardons-nous vivant. » 

Et voilà qu'un soir, au sortir de table, 
Cet excellent bon avait bien dîné; 
Un farceur, pour qui rien n'est respectablfi, 
S'avance tout brusque et lui dit au né : 

Qu'on voit au lointain un bateau qui bouge; 
Qu'on le croit prussien, qu'il vient vers le port. 
Le pauvre garçon est pris d'un transport : 
De blanc qu'il était, il eu devient rouge, 
De rouge violet, et de violet... mort! 



xvin 



r ' 



EBAUCHE 



XVIII 



L'EBAUCHE 



A JEAN PORTAELS. 



C'était avant la guerre, et je t'aimais déjà, 
Non de ce sentiment que rien ne présagea, 
Qui te mit dans ma vie et qui te rend mon frère, 
Mais je t'aimais, j'aimais ta naïveté fière. 
Tes leçons de croyance à mon doute moqueur; 
Enfin, ami, j'aimais ton génie et ton cœur. 



106 CHANTS DU SOLDAT. 

Ce oue ton cœur a fait, nul ne peut le redire, 
C'est trop beau pour se croire et trop vrai pour s'écrire 
Mais, vois-tu, si mon doute est si bien corrigé. 
Ce n'est pas la douleur seule qui m'a change. 



Ce dont je parle ici date d'^avant la guerre ; 

Personne n'y songeait, et nous n'en parlions guère. 

Quand, un jour, descendant causer à l'atelier. 

Je te trouvai si bien en train de travailler 

Que je m'assis et pris un livre sans rien dire ; 

Tu peignais avec rage et presque avec délire. 

Enfin, te retournant, les yeux comme ravis : 

« Tiens! viens voir, » me dis-tu. — Voilà ce que je vis. 

Une plaine sans fin et morne, au sol funèbre, 
Dans le ciel un chaos de jour et de ténèbre, 
Sous des nuages noirs un soleil empourpré, 
Puis, au fond, le combat affreux, désespéré. 
Ce sont les Francs joyeux qui luttent sans armure: 
On voit à l'horizon, comme une moisson niùre, 
Flotter leurs cheveux d'or sur leur front découvert; 
Mais sur ce flot d'épis passe un torrent de fer, 
C'est le vieux moissonneur Attila qui les fauche. 



L'ÉBAUCHE. 107 

Ah! maître! qu'elle était terrible cette ébauche! 
Et je souffrais. Pourtant ce que je voyais là, 
C'étaient les Francs de Gaule et les Huns d'Attila! 
Je voyais bien, luttant sous ta main créatrice, 
Cette horde en furie et ce peuple au supplice ; 
Je vcyais les efforts de ces fiers insensés 
Qui, sûrs de bien mourir, pensent que c'est assez-, 
Je voyais les forfaits dont le vainqueur se souille, 
Les blessés qu'il achève et les morts qu'il dépouille; 
Je voyais tout ce sang versé pour tout ce vol, 
La peste dans les airs et la faim sur la sol, 
La vengeance et le mai, la naine et la ruine, 
Tout ce que l'on comnrend, tout ce que l'on devine. 
Je l'ai vu, j'ai vu même, admirant ton effort, 
Ton attaque à la guerre et ta guerre à la moi-t ; 

Mais je ne voyais pas, non, que le ciel m'écrase! 
Je n'ai pas vu, malgré l'éclair de ton extase, 
Que ce que tu peignais c'était, — rêve inouï! — 
Nous, les Français d'hier, eux, les Huns d'aujourd'hui. 



XIX 



CHANSON 



I 



-^UL ■■£j>:saB8S3«^ta 



IX 



CHANSON 



C'est depuis l'aube qu'on marche; 
Les hommes n'en peuvent plus ; 
Qu'elle est humble, leur démarche- 
Qu'ils sont tristes, les vaincus 1 
La retraite est consommée. 
C'en est fini des combats. 
Pauvre France ! pauvre armée ! 
Dieu n'aime pas tes soldats! 



112 CHANTS DU SOLDA.T. 

Au premier bourg où l'on passe : 
« Qu'ils sont pâles! » a-t-on dit; 
Et d'un accent qui les glace : 
« C'est qu'ils ont eu peur, pardi ! » 
Alors un pauvre Mobile 
Triste et fier se reiourna, 
Et forçant sa voix débile : 
« Il n'a pas peur, le soldat! 

)) — Peur ou non, dit un brave homme, 

» Entrez et buvez un coup, 

» Vous ûtes Français, en somme... 

» — Non, je suis Français surtout, 

I) F,t c'est pourquoi je réclame... 

» Dieu bon ! En sommes-nous là 

» Si !e paysan le blâme, 

1) Qui donc plaindra le soldat? 

1) 11 a lutté, je vous jure, 
» Et, si vous doutez cncor, 
» Tenez! Est-ce une blessure? 
i> Et quand j'en parle ai-jc tort ? 
I) Et plus d'un sans en rien dire 



CHANSON. 113 

» Est frappé qu'on ne voit pas... 
» Ah ! ce n'est pas bien de rire 
» Au passage des soldats! 

» Nous fuyons ; la chose est triste. 
» Mais comment faire à la fin ? 
» Voilà trois jours qii'on résiste, 
» En voilà huit qu'on a faim. 
» Avoir froid, on s'habitue, 
.» On so réchaufle, on se bat ; 
1) Mais ne pas manger, ça tue. 
» C'est un homme, le soldat? 

» Impuissants à nous défendre, 
» Dans les bois qu'ils dévastaient 
)) Nous pouvions cncor nous rendre. 
» Et les Prussiens y comptaient. 
» Et nous n'avions qu'à les suivre, 
» Et le pain cuisait là-bas, 
I) Mais sans souliers et sans vivre 
Il Ils ont marché, les soldats. 

» Le canon nous fit escorte 

» Sans rompre nos rangs meurtris; 

8 



lia CHANTS DU SOLDAT. 

» Il vente, il neige, qu'importe! 

» La liberté vaut ce prix. 

« Et dans ce coin de la France 

» Où nous arrivons si las, 

» On jette à notre souffrance : 

» — Ils ont eu peur, ces soldats! » 

I) — Ils ont eu faim, c'est moins drôle.' 

» Pas vous, n'est-ce pas? Tant mieux' 

Et, le fusil sur l'épauie, 

Il s'éloigna sans adieux. 

Mais déjà dans le village 

Les vaincus marchaient au pas. 

Entendant sur leur passage : 

« Que Dieu garde nos soldats ! 



XX 



SUR CORNEILLE 



XX 



SUR CORNEILLEi 



France, écoute bien celui-là, c'est Corneille ! 
Un autre est orateur, poëte, historien ; 
11 te forme l'esprit ou te charme l'oreille, 
Celui-là, c'est Corneille! ô France, écoute hicn! 



1. stances dites au Théâtre-Français, par M. Coquelin, le 
6 juin 18'!2. 



118 CHANTS DU SOLDAT. 

Et si tu veux reprendre et retrouver ta force, 
Si tu veux te guérir du coup qui t'ébranla, 
Aspire cette sève au cœur de ton écorce t 
Sinon, vieil arbre mort, les bùcnerons sont là : 

Plus d'un l'a beaucoup dit que l'on n'écoutait guère : 
Avant d'être abattu, ce peuple est abaissé ; 
Il méconnaît la gloire; il désapprend la guerre... 
Rélas ! nous étions un contre trois ! — Je le sai, 

Mais nous ne croyions plus au cri du vieil Horace, 
Mais s'il fut des vaillants qui l'ont osé jeter, 
Un groupe de héros n'en refait pas la race, 
Et c'est un pauvre peuple où l'on doit les compter! 

Le même sang pourtant coule bien dans nos veines. 
L'air que nous respirons traverse bien nos bois. 
Les vins de nos coteaux et les blés de nos plaines 
Mûrissent bien encore au soleil d'autrefois. 

Oui, cette terre ardente, et diverse, et fertile, 
Bonne à tous les produits, prête à tous les essais, 
Ce sol puissant, ces eaux vives, ce ciel mobile. 
Tout cela, c'est la France! Où donc sont les Français? 



SUR CORNEILLE. i;9 

OÙ donc ce peuple fier de son sang et prodigue, 
Que le danger commun trouvait prompt à s'unir; 
Ce peuple, qui jetait le défi de Rodrigue, 
Et qui, l'ayant jeté, savait le soutenir? 

Le devoir et l'honneur, l'héroïsme et la gloire, 
Ce faisceau de grandeur aux inimmtels liens, 
Ces mots qui sont la langue et qui furent l'Histoire, 
Ces grands mots qu'un Corneille a faits cornéliens, 

Quel fou les a raillés de sa lèvre flétrie? 

D'où nous vient sur nos dieux ce doute désolé? 

Quel être sans famille a nié la Patrie? 

Qui donc a dit : <( Tu mens ! » quand Corneille a parlé. 

Ah! faiseurs de pamphlets et chercheurs de doctrines. 
C'est vous, les impuissants, qui nous avez détruits! 
C'est votre esprit qui vient crier sur nos ruines 
Ne sois d'aucun Devoir, tu n'es d'aucun Pays! 

Ah! la fraternité des peuples vous enchante? 
Eh ])ien! l'heure est propice à vos enivrements, 
Votre chanson est belle et vaut bien qu'on la chante 
Regardez-les passer, vos frères allemands! 



120 CHANTS DU SOLDAT. 

Oui, VOUS avez raison; c'est hideux le carnage; 
Oui, le Progrès blessé recule et se débat; 
Notre siècle en fureur retourne au moyen âge, 
Mais sachons donc nous battre au moins puisqu'on se bat. 

Oui, le sort nous a pris de bien chères victimes, 
Et Regnault expirant est là comme un remord : 
La guerre a de ces coups, la gloire a de ces crimes. 
Mai? l'égoïsme humain est plus laid que la mort... — 

Il est sous le soleil des heures de vertige 
Où la vertu d'un peuple hésite et s'interrompt, 
Où, couvrant de grands mots l'instinct qui la dirige, 
La peur même, la peur n'a plus de rouge au front- 

C'est là, c'est au travers do ces époques noires 
Qu'un ennemi rampant s'est glissé jusqu'à nous; 
Ses monstrueux anneaux ont étouffé nos gloires. 
Et la France enlacée est encore à genoux. 

Pauvre France I que Dieu te protège... et te change! 
Ton espoir était fou, que ton deuil soit sensé. 
Tu parles déjà haut de l'avenir qui venge. 
L'avenir qui répare est-il donc commencé? 



SUR CORNEILLE. 121 

On t'excite, on te plaint, on crie, on te harangue. 
Ali i mon pauvre pays, sonviens-toi de Babel ! 
N'écoute qu'une voix, ne parle qu'une langue, 
Quand tu n'as qu'un devoir et que tu sais lequel. 

Et quoi que l'on te prouve, et quoi que l'on t'allègue. 
Quel discours peut valoir ces trois mois triomphants : 
« Meurs ou tue! » Un soufflet t'a renversé, don Diégue? 
Ne pleure pas ta honte, appelle tes enfants! 

Et toi, Corneille, toi, Père du grand courage. 
Redis-nous ces leçons dont tu formais des cœurs, 
Le calme dans Teffort, la haine après l'outrage, 
Redis-nous la Patrie, et refais-nous vainqueurs! 



XX 



VJE VICTORIBUS! 



XX 



V^ VICTORIBUS! 



La Prusse et les Prussiens ont vaincu l'Allemagne. 
Les ruses sont leurs jeux, les pillages leurs biens; 
Ils ont vaincu la France et tiennent sa campagne, 
La Prusse et les Prussiens ! 

Aussi, comme ils sont fiers sur le seuil de la porto! 
Comme ils font sur nos maux de joyeux entretiens! 



12G CHANTS DU SOLDAT. 

Quels souvenirs elle a, quels espoirs elle porte, 
La Prusse des Prussiens î 



Comme elle dit : « Laissez passer les rois des hommes, 
)) Peuples, reconnaissez nos droits patriciens; 
» L'univers est à nous, puisque c'est nous qui sommes 
» La Prusse et les Prussiens ! » 



Eh bien, moi je le hais, ce peuple de Vandales, 
De reîtres,de bourreaux, — tous ces noms sont les siens;- 
Je le hais, je maudis dans leurs races fatales 
La Prusse et les Prussiens ! 

Que leur roi, consacré tyran par la victoire, 
Refoulant le progrès jusques aux temps anciens, 
Bâillonne dans leur joie, étouffe sous leur gloire 
La Prusse et les Prussiens! 



Que la plèbe aux abois s'y déchaîne par meutes; 
Que de ces bords du Rliin dont ils sont les gardiens. 
Nous puissions voir crouler, sous le feu des émeutes, 
La Prusse et les Piussiens! 



V^ VICTORIBUS! 127 

Que leurs maux soient sans plainte et leurs morts sans prière, 
Qu'ils soient chassés du Temple en vrais Pharisiens! 
Qu'aucune foi ne guide, et qu'aucun Dieu n'éclaire 
La Prusse et les Prussiens ! 



Que le luxe, volé dans nos villes attiques, 
Change, sans les former, leurs goûts béotiens; 
Qu'elle vive fiévreuse, et qu'ils meurent étiques, 
La Prusse et les Prussiens! 



Enfin, c'est là surtout le vœu de ma jeunesse. 
C'est seul pour quoi je vis, c'est à quoi seul je tiens, 
Que la Patrie en deuil se reprenne et ne laisse 
Que la Prusse aux Prussiens ! 



Que tout s'arme contre eux, contre eux que tout conspire 
Que, quels que soient le chef, la route et les moyens, 
La France et les Français n'aient qu'un seul but : détruire 
La Prusse et les Prussiens! 



FIN. 



TABLE 



I. VIVE LA France! j 

II. LE CLAIRON. 9 

III. l'arriére-garde 15 

IV. LE TURCO ZI 

V. FIIAGMENT 29 

VI. LA MA RSEI Li A iGi'. . . .... 35 

VII. CHASSEURS A PIED 37 

VIII. ÉVASION 43 

IX. A LA BELGiaun 49 

X. BNTKOUSIAS.ME 57 

XI. UNE LEÇON 63 

XII. BAZEILLE 69 

XIII. ILS SONT LA 75 

XIV. AU DOCTEUR DOLBEAU 81 

XV. A LA BAÏONN ETTE 87 

XVI. LA COCARDE 93 

XVII. DE PROFUNDIS 99 

XVIII. l'Ébauche lo; 

XIX. CHANSON m 

XX. SUR CORNEILLE II7 

XXI. VM vicTORicus! 135 



EMILE CCLIN 




^It^Jh 



PQ 

22i8 
D7C53 



Déroulëde, Paul 
Chants du soldat 



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