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Full text of "Chrestomathie de l'ancien français"

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University of Ottawa 



littp://www.archive.org/details/chrestomathiedOObart 



CHRESTOMATHIE 



DE L'ANCIEN FRANÇAIS 



(VHP— XV° SIECLES) 



( .OMPAGNÉE D'UNE GRAMMAIRE ET D'UN GLOSSAIRE 



PAR 



KARL BARTSCH. 



SIXIEM:E EDITION 



REVUE ET CORRIGEE PAR 



A. HORNING. 




LEIPZIG, 

F. C. W. VOGEL. 

1895. 



^'^X 




Karl Bartsch, mort le 17. février 1888, n'ayant. pu préparer une nouvelle édition 
de sa Chrestomathie de l'Ancien Français, M. Ad. Horning a bien voulu se charger de 
revoir les textes d'après les éditions critiques parues depuis 1883 et de rectifier un 
certain nombre d'erreurs qui s'étaient glissées dans le glossaire. 

Leipzig, juin 1895. 

L'ÉDITEUK. 



PREFACE DE LA PREMIERE EDITIOI. 



Les professeurs qui enseignent dans nos universités les littératures romanes ont 
sans doute regretté souvent, comme moi, le manque d'une chrestomathie de l'ancien 
français. C'est en vue de leur être utile que le présent livre a surtout été composé; 
mais j'espère qu'il sortira du cercle académique et qu'il contribuera à stimuler et à faire 
progresser les études dans ce domaine. La forme française que je lui ai donnée pourra 
servir à le répandre en France, sans qu'il y ait lieu de craindre qu'elle diminue son 
utilité pour les Allemands. 

La richesse surprenante de l'ancienne littérature française rendait bien difficile d'en 
présenter un tableau à peu près complet dans l'étroit espace que m'imposait la nature 
du livre. Je dévais donc me borner à représenter, par des exemples caractéristiques, 
les diverses tendances et les aspects variés de chaque période: j'espère que sous ce 
rapport on n'aura pas de lacune grave à me reprocher. Je n'ai pas besoin de justifier 
la prépondérance accordée aux douzième et treizième siècles, qui représentent la com- 
plète efflorescence des littératures du moyen-âge. 

La méthode peu critique avec laquelle les anciens textes français ont souvent été 
publiés rendait nécessaire le recours aux sources originales: je ne m'en suis dispensé 
que quand elles n'étaient pas accessibles ou que j'avais sous les yeux des textes dignes 
de toute confiance. En outre, j'ai cherché à donner plus de valeur à cette Chresto- 
mathie en y comprenant des morceaux inédits. J'ai été efficacement aidé, à ces deux 
points de vue, par mes amis MM. A. Ebert, P. Meyer, H. Michelant, A. Mussafia, 
Fréd. Pfeiffer et E. Strehlke. Je dois surtout remercier ici M. Schirmer, qui a bien 
voulu, avec un dévouement tout désintéressé, collationner à Paris la plus grande partie 



des morceaux désignés, ainsi que M. Manefeld, qui a revu également quelques pièces. 
Un voyage inespéré à Paris m'a permis d'ajouter et de compléter moi-même en maint 
endroit, 

La grammaire et les notes ont été mises en français par mon ami M. Gaston Paris; 
je ne pouvais lui demander le travail considérable qu'exigeait le glossaire: je n'ai fait 
que le consulter sur quelques point où je doutais. Je prie donc les lecteurs français 
de m'excuser si, dans cette partie de l'ouvrage, ils ne trouvent pas toujours l'expression 
allemande rendue par la nuance française correspondante. 

La grammaire et le glossaire, pour lesquels, une fois le texte imprimé, il ne 
restait que peu de place, ont dû se resserrer autant que possible. La grammaire ne 
comprend donc qu'un court aperçu du système des formes d'après les matériaux fournis 
par la chrestomathie; j'ai renoncé à la phonétique; je n'ai pas non plus abordé la 
distinction, encore mal établie, des dialectes, parce que ce travail, qui a pour base 
essentielle la phonétique, ne peut être entrepris qu'à l'aide d'une étude comparative de 
tous les documents et spécialement des chartes. La lecture attentive des variantes 
montrera toutefois que mon texte repose sur l'étude des dialectes et de l'usage spécial 
à chaque poète. Dans le glossaire, j'ai écarté, pour épargner de la place, toutes les 
étymologies et les noms propres, et je n'ai donné que peu de citations. J'ai supprimé 
la traduction en français moderne partout où la forme et le sens des anciens mots la 
rendaient inutile. 

RosTocK, juillet 1866. 



PREFACE DE LA CIIQÏÏIEME ÉDITION. 



Le choix des textes dont se compose cette cinquième édition n'a pas subi de chan- 
gement. Toutefois, il sera facile d'y remarquer des améliorations ou des rectifications. 
Aussi me suis-je fait un plaisir d'utiliser telle ou telle donnée apportée par maint ami. 

Pour ce qui est de l'ordre chronologique, j'aurais pu le modifier et tenir compte 
ainsi des recherches et découvertes les plus récentes. Ce qui m'a retenu, c'est d'abord le 
peu d'avantage qui en serait résulté, ensuite la crainte d'un grave inconvénient rencon- 
tré déjà dans les éditions précédentes: l'obligation de chiffrer tout différemment les cita- 
tions du glossaire comme do l'abrégé grammatical. Car c'est précisément dans les chiffres 
qu'il s'est glissé peu à peu des incorrections regrettables. Aussi, dans cette nouvelle 
édition, me suis-je appliqué tout particulièrement à éviter ces imperfections là. 

Heidelberg, septembre 1883. 

KARL BARTSCH. 



GLOSSAIRE DE CASSEL. 

Allromnnische Glossare lerichtigt und erklart von Friedrich Diez, Bonn 1865, p. 73 — 78 
et p. 92 — 121 ; cf. W. Grimm , Exhortatio ad plebem christianain , Berlin 1848; Holtzmann , Kelten 

und Germanen p. 171 — 177. 

homo, man. caput, haupit. uerticein, skei- cansi. auciun, cœnsiucli. puUi, honir. pulcins, 

tila. capilli, fahs. oculos, augun. aures, aorun. honchli. callus, hano. galina, hanin. pao, phao. 

nares.nasa. dentés, zendi.timporibuSjthinnapah- paua, phain. casa, hus. domo, cadam. mansi- 

hun, hiuffilun. facias, uuangun. mantun, chinni. one, selidun. thalamus, chamara. stupa, stupa, 

maxillas, chinnpein. coUo, hais, scapulas, ahsla. 5 bisle, phesal. keminada, cheminata. furn, ofan. 

humérus, ahsla. tondit, skirit. tundi meo ca- caminus, ofan. furnax, furnache. segradas, sa- 

pilli, skir min fahs. radi meo colli, skir minan garari. stabulu, stal. pridias, uuanti. esilos, 

hais, radi meo parba, skir minan part, ra- pretir. mediran, cimpar. pis, first. trapes, ca- 

diccs, uurzun. labia, lefsa. palpebre, prauua. pretta. capriuns, rafuun. scandula, skintala. 

inter scapulas, untar hartinun. dorsum, hrucki. lo pannu, lahhan. tunica seia, tunihha. camisa, 

un os spinale, cin hruckipeini. renés, lenti. pheit. pragas, prôh. deurus, deohproh. fasselas, 

coxa, deoh. os maior, daz msera pein deohes. fanun. uuindicas, uuintinga. mufflas, hantscoh. 

iunuclu, chniu. tibia, pein. calamel, uuidar- uuanz, irhiner. uasa, uuahsir. caua, dolea, 

peini. taluun, anchalo. calcanea, fersua. pedes, putin. tunne, idrias, choffa. tunne carica, choffa 

foozi. ordiglas, zfehun. uncla, nagal. membras, 15 fodarmaziu. sisireol, stanta. cauuella, potega. 

lidi. pectus, prust. brachia, arm. manus, haut. gerala, tina, zuuipar. siccla, einpar. sedella, 

palma, prêta, digiti, fingra. polix, dumo. index, sicleola, ampri. sestar, sehtari. calice, stechal. 

zeigari. médius, mittarosto. medicus, laahhi. hanap, hnapf. cuppa, chupf. caldaru, chezil. 

auricularis, altee minimus, minnisto. putel, caldarola, chez!, cramailas, hahla. implenus 

darm. putelli, darma. lumbulum, lentiprato. 20 est, fol ist. palas, scufla. sappas, hauua. sac- 

figido, lepara. pulmone, lunguune. intrange, curas, achus. manneiras, parta. siciles, sihhila. 

innida. stomachus, mago. latera, sitte. costis, falceas, segansa. taradros, napugaera. scalpros, 

rippi. unctura, smero. cinge, curti. lumbus, scraotisarn. planas, paumscapo. liones, seh. 

napulo. umbilico, napulo. pecunia, fihu. ca- fomeras, uuaganso. martel, hamar. mallei, 

uallas, hros. equm, hengist. iumenta, marhe. 25 slaga hamar. et forcipa, anti zanga. et inchus, 

equa, marhe. puledro, folo. puledra, fulihha. anti anapaoz. de apis, picherir. siluuarias, 

animalia, hrindir. boues, ohsun. uaccas, choi. folliu. puticla, flasca. manducaril, moos. ua, 

armentas, hrindir. pecora, skaaf. pirpici, uui- cane, fac iterum, to auar. citius, sniumo. ui- 

dari. fidelli, chalpir. ouiclas, auui. agnelli, uaziu, iili. argudu, skeero. moi, mutti. quanta 

lempir. porci, suuinir. verrat, paerfarh. troia, 30 moi, hiu manage mutte. sim, halp. aia tutti, 

suu. scruua, siiu. purcelli, farhir. aucas, uuela aile, uestid, cauuati. laniu uestid, uulli- 

naz. Uni uestid, lininaz. tramolol, sapan. uel- 
3 thinnapahhun W. Grimm: chinnapahhun il/s. 
7 me meo colli Ms. il osti Ms. ; cf. Diez p. 96. 

13 iunuclu Z)ie2 (75. 97): ionuolu J/s. U taluua 3 casa Z)i"e:.- casu .l/s. 1 3 uasa ZJies ; uuasa .lis. 

Diez: talauun Ms. anchalo Grimm: anchlao Ms. 14 tunne Holtzmann: ticinne Ms. 19 caldarola 

15 ordi^las Z)ie2 {75. 98) : ordigas J/s. 19 auricu- Diez: caldarora ilfs. 23 scraotisran J/s. 24 uug- 

laris W. Grimm: articulata Ms. 22 innida Graf: aaso Ms. 26 /. avec Diez (p. 116) al varia de apis, 

indinta Ms. 30 porci Diez (p. 102): porciu Ms. picherir folliu. 27 mandacaril Ms. 30 hiu] in 

verrat Diez {p. 102): ferrât Ms. Ms. weo Grimm. 

Baetsch, Chrestomathie. YI. Éd. 1 



3 



IX^ SIECLE. 



lus, uuillus. punxisti, stahhi. punge, stih. 
campa, hamma. ponderosus, haolohter. albio- 
culus, staraplinter. gyppus, houarohter. et lip- 



pus, prehanprauuer. claudus, lamer. mutus, 
tumper. tinas, zuuipar. situlas, einpar. gul- 
uium, noila. 



LES SERMENTS DE STRASBOURG DE 842. 

Nithardi historiaruni lib. 3, cap. 5, dans Pertz, Monumenta Germaniae historica 2, 665. Friedrich 
Diez, altromanische Sprac/idenkmale, Bonn 1846, p. 3 — 14. Photographie dans: Les plus anciens 
monuments de la langue française par G. Paris. (Paris 1875) planche 1. Les plus anciens monuments 
de la langue française publiés par Eduard Koschiuitz, 3* édition, Heilbronn 1884, p. 1 — 2. J. Brakel- 
mann dans Zeitschrift fur deutsche Philologie 3, 91 ss, H. Suchier dans Jahrbuch flir romanische 
Literatur 13, 381 ss. G. Grôber ib. 15, 82 ss. Lûcking, die àltesten franzôsischen Mundurten (1877), 
p. IQss. et 84s. Romania 3, 289s. 371 .ss. 4, 454 ss. 6, 248s. Zeitschrift fU.r romanische Philologie 2, 184ss. 



Ergo XVI kalend. mardi Lodhuwicus et 
Karolus in civitate, quae olim Argenlaria vo- 
cahatur, nunc aulem Strâsburg vulgo dicitui-, 
convenerunt, et sacramenta, qxiae subter notata 
sunt, Lodhuwicus romana, Karolus vero teu- 
disca lingua juraverunt. Ac sic ante sacra- 
mentum circumfusam plehem aller teudisca, 
alter romana lingua alloquvti sunt. Lodhu- 
wicus aulem, qui major iiatu, jirior exorsus 
sic coepit: 'Quoliens Lodharius me et hune 
fratrem meum' etc. Vumque Karolus haec 
eadem verba romana lingua perorasset, Lodhu- 
vicus , quoniam major natu erat , jmor haec 
deinde se servaturum testalus est: 

Pro deo amur et pro Christian poblo et nostro 
commun salvameut, d'ist di in avant, in quant 
deus savir et podir me dunat, si salvarai eo 
cist meon fradre Karlo et in aiudha et in 
cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra 
salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab 
Ludher nul plaid nunqua prindrai, qui meon 
vol cist meon fradre Karle in damno sit. 

Quod cum Lodhuvicus explesset , Karolus 
teudisca lingua sic haec eadem verba testalus 



est: In godes minua ind in thés christiâne" 

h folches ind uuser bêdbêrô gehaltnissi, fon the- 
semo dage frammordes, sô fram sô mir got 
gewizci indi mahd furgibit, sô haldih tesan 
mînau bruodher,* sôsô man mit rehtû sînan 
bruodher scal, in thiû thaz er mig sô sama 

10 duo, indi mit Ludheren in nohheiniu thing ue 
gegango, thê mînan willon imo ce scadheu 
werdhén. 

Sacramentum aulem quod utrorumque popu- 
lus quique propi-ia lingua testatus est, romana 

15 ti?igua sic se habet: Si Lodhuvigs sagrament, 
que son fradre Karlo jurât, conservât, et Kar- 
lus meos sendra de sue part lo frauit, si io 
returnar non Tint pois, ne io ne nëuls, cui eo 
returnar int pois, in nuUa aiudha contra Lodhu- 

20 w'ig nun li iv er. 

Teudisca aulem lingua: Oba Karl then eid, 
then er sînemo bruodher Ludhuwige gesuor, 
geleistit, indi Ludhuwig min hêrro, then er imo 
gesuor, forbrihchit, ob ih iuan es irwenden ne 

25 mag, uoh ih uoh thêrô uohhein, then ih es 
irwenden mag, widhar Karle imo ce toUusti ne 
wirdhu. 



2 albioculus Grimm: albios oculus J/s. 19 en 
auant;. 21 adiudha Ms. le point sous d n'est 

pas visible dans la photographie; cf. Zaclier 3, 91. 
23 dift Burguy etc., (list D et Ms. 24 nûquJ Ms. 



5 gealtnissi Ms. 7 madh Ms. 8 la lacune 
n'est pas indiquée. 9 bruhcr Ms, soso|ma Ms. 
10 luhcrcn Ms. 12 uuerheu Ms. i" sue Grô- 
ber] siia Diez, suo Ms. lo franit sSuchier'] iî los- 
tanit Ms., non los tauit Diez. 19 aiu'^ha Ms. 



5 SAINTE EDLAUE. — HOMÉLIE SUR JONAS. 6 

CANTILÈNE DE SAINTE EULALIE. 

Friedrich Diez, allromanisclic SprncJidenkmale , Bonn 1846, p. 15 — 32. Paris, les plus anciens mo- 
numents, pi. 2. Koschwitz, les plus anciens monuments p. 3 s. E. du Méril, Essai philosophique sur 
la formation de la langue française, Paris 1852, p. 404—413. Bartsch, die lateinischen Sequenzen 
des Mittelalters , Rostock 1868, p. 166 .s. H. Suchier dans Jahrbuch fiir romanische Literatur 13, 

385 ss. Liicking ib. 15, 393 ss. 

Buona pulcella fut Eulalia, Eli' ent adunet lo suou élément, 

bel auret corps, bellezour anima. melz sostendreiet les empedementz, 

Voldrent la veintre li deo inimi, Qu'elle perdesse sa virginitet: 

voldrent la faire dïaule servir. poros furet morte a grand honestet. 

Elle non eskoltet les mais conseillers, a Enz enl fou la getterent, com arde tost. 

qu'elle deo raneiet, chi maent sus en ciel, elle colpes non auret, poro nos coist. 

Ne por or ned argent ne paramenz, A czo nos voldret concreidre li rex pagiens; 

por manatce regiel ne preiement. ad une spede li roveret tolir lo cbief. 

Nïule cose non la pouret omque pleier, La domnizelle celle kose non contredist, 

la polie sempre non amast lo deo menestier. lo volt lo seule lazsier, si ruovet Krist. 

'■ E poro fut presentede Maximiien, In figure de colomb volât a ciel, 

chi rex eret a cels dis soure pagiens. tuit oram, que por nos degnet preier. 

Il li enortet, dont lei nonque cbielt, Qued auuisset de nos Christus mercit 

qued elle fuiet lo nom christiien. post la mort et a lui nos laist venir 

15 Par souue clementia. 



FRAGMENT D'UNE HOMÉLIE SUR LE PROPHÈTE JONAS. 

La chanson de Roland, par F. Génin, Paris 1850, p. 465—487. Paris, les plus anciens monuments 

pi. 10. Koschwitz, les plus anciens monuments, 2« édition p. 9 — 13 (avec le facsimile). Le manuscrit est 

à la Bibliothèque de Valenciennes; il est en grande partie en notes tironiennes. 

(Cap. IF) Habuit misericordiaju si cum il pro fratribus suis qui sunt Israélite. Et 
semper soit haveir de peccatore e sic libéral egressus est Jonas de civitate, et sedit [contra 
de cere . . . . e de cel péril [quet il habebat orientem civitatis,] donec videret quid accideret 
dec?etum] que super els metreiet. Et afflictus civitati. Dune, ço dixit , cum Jonas pro fêla 
est Jonas afflictione magna, et iratus est: et w cel popidum habuit pretiet e convers et en 

oravit ad dominum et dixit ['domine, toile, celé iet, si escit foers de la civitate e 

qimeso, atiimam meam a me,] quia melior est si sist contra orientem civitatis e si avardevet 

mihi mors quam vita\ Dune, ço dixit, si fut cum deus per seren astreiet u ne fereiet. 

Jonas profeta mult correcious e mult ireist Et preparavit dominas ederam super caput Jane, 

[quia deus de Mnivitis] misericordiam habtdt 25 ut faceret ei umbram, laboraverat Jonas 

e lor peccatum lor dimisit: saveiet ço que li profeta habebat mult laboret e mult penet a 
celor stib ço astreiet eis 7-tnna judaeorum , e cel populum, ço dixit; e faciebat grant iholt, 

ne doceiet lor salut, cum il faciebat de et eret mult las un edre sore sen cbeue, 

perditione j\ideorum , ne si cum legimus e le quet umbre li fesist e repauser si podist. 

evangelio que dominus noster flevit super Rie- 3o Et letatus est Jonas super ederam 

rusalem, et noluit tollere ibus: Paulus mult letatus , ço dixit, por que deus cel edre 

apostolus etiam optabat esse analhema esse li donat a sun soueir et a sun repausement li 

donat. Et precepit dominus [vermi . . . qui per - 
5 nont Ms. 9 omq; 13 El Ms. 18 Ce qui 
est entre crochets est suppléé par Génin. 32 II 5 \& Diez: lo Ms. 8 chieef i)/s. 20 e dans le 

faut retrancher un esse. facsimile: et Génin. 29 î\t facsimile K] quant G. 

\* 



7 IXe X<= SIECLES. 8 

ctissit ederam] et exaniil. et paravit deus torwn suornm. deus omnipoteiis qui plus et 

ventum calidum super caput Jone , et dixit misericors et cletnens est et qui )ne- 

'melius est mihi mori quam vivere Dune, reantitr et vivent, cum ço vidil quet il se erent 

ço diœit, si rogat deus ad un verme que per- convers de via sua mala, e sis penteiet de cel 

cussist cel edre sost que cil sedehat, e c mel que fait hahehant sic liheri de cel 

cilg eedre fu sèche, si vint grancesmes iholt ure péril quet il habehat discretum que super els 

super caput Jone, et dixit 'meiius est mihi mori mettreiet. Cum polestis ore videre et entelgir 

quam vive7-e\ Et dixit domi7U(s[adJonam 'pu- . . sit . . . chi sil feent cum faire lo deent, e 

tasne bene i]rasccris tu super ederayn? et dixit cum cil lo fisïent dunt ore aveist odit. e poro 

^bene irascor ego iisqve ad mortem'. Postea 10 si vos avient n faciest cest terriculum . . 

per cel edre dunt cil tel et, si debetis quet oi comenciest; ne aiet nïuls maie volun- 

intelligere per judeos, chi sicci et aridi per- tatem contra sem peer; ne habeatis aiest 

manent ncgantes filium dei e e por els cherté inter vos, quia caritas operit mullilu- 

es doliauts, car ço videbant per spiri- dinem peccalorum, seietst unanimes in dei ser- 

tum profete, que, cum gentes venirent ad fidem 15 vicio, et en tôt sire rcmunerati ; faites 

si astreîent li jttdei perdut, si cum il ore vost almosnes, ne si cum faire debetis, e faites 

sunt. Et [dixit dominus 'tu] doles super ederam, vost elemosynas, cert, ço sapielis acheder 

in qua no7i laborasli neque fecisli ut cresceret; ço que li preirets ; preiest li que de cest pericvlo 

et ego non parcam JSinive civitati magnae, nos libérât chi tanta mala nos babea?nus fait 

in qua sunt plus quam [centum viginti milia 20 de paganis e de mais christianis. Pos- 

hominum qui nesciunt quid] sit inter dexteram cite li que cest fructum, que mostret nos habet, 

et sinistram?' Dune si dicit deus ad Jouam (\e\-ao?> conservet, et ad maluri[late)n coni]mre 

profetam 'tu douls mult . . ad . . . . si por ... lo posciomes e cels eleemosynas ent possumus 

. . st dixit, in qua no7i laborasti neque fecisti facere que lui ent possum,us placere. Poscite 

ut cresceret, dixit; e io ne dolreie de ta7ita ^b li ([ue resolutionem 077wiu7npeccatoru77i nostro- 

77nlia honii7iu7)i, si perdut erent? dixit n/?« nos facial nos ad gaudia eterna 

z\^\T dixit. Postea en ccste causa ore potestis pe7-veni7-e : ibi valemus gaudere et exsullare sine 

videre, qua7ita est 77nserico7-dia et pie tas dei fi7ie cum om7iibus sanctis per ele7-7ia secula se- 

super peccatores homines: cil homines de celé culo7iim, qitod ipsi i7ivisere dignemur qui vivit 

civitate de]fendut que tost le volebat 30 sanctis glo7-iosus deus per eterna secula 

. . delir et tote la civilaie volebat comburir et seculoru7n. per iudeos por quet il en celé du- 

ad nihilum redigere. Postea per cel le7ricn- retie et en celé encredulitet permessïent; et 

Ivni on fisïent e si contenement fisïent, etiam plo7'at, si cum dist e le eva/igelio [se- 

si achederent veniam et resolutio7iem pecca- cundum Mat]heum de avant dist. 



LA PASSION DU CHRIST. 

Zwei altromanische Gedichte herichtigt itnd erliiutert von F. Diez, Bonn 1852 (réimprimé 1876)/). 11 — 18, 
strophe 30 — 89. Paris, les plus anciens monumenls pi. 3 — 5. Koschivitz, les plus ancittis monuments, 
3*^ édition, p. 12 — 33. G. Paris dans lîomania 2, 302 — 309. Cf. Jahrbuch 7, 361 s.«. Lucking p. 38 ss. 

Christus Jhesus den s'en leved, ;t5 toz sos fidels seder rovet, 

Gehsesmani vil' es n'anez. avan orar sols en anet. 

(; grancesmes K] grances" Ms.; grances G. Granz fu li dois, fort marrimenz. 
9 8(1 erû facsimite: cdera Génin. 12 Aux mot.s 

'per judeos se rapportent ceux (jui se trouvent à 3. 6. 11 qt facsimile K] quant G. :5 videtis G. 

la fin du fragment. 14 doleants G. 24 au-dessus 5 libérât G. G decretum G. 8 comme G. 10 terr.?] 

de on voit st. 27 avant postea un mot illisible predictam poonitentiam G. 13 mult.] mendam G. 

el au-dessus à ce quil semble dixit. 31 tote] ro 17 sapitis G. 18 preiest I-ucsim.: preiets Génin. 

Ms., tota G. 32 terriculum?] predictam G. l'J habcmus G. 21 babcmus 6'. 24 proferre G. 

33 conterrement G., comniunenient? Scbmitz, 25 remissionem G. 27 valebimus <?. 29 quando <?. 

34 a che deberent G. remissionem G. quae videre G. 36 avan Paris] euan Ms. anez J/s. 



PASSION DU CHRIST. 



10 



si coudormirent tait adés. 
Jhesus cum veg los esveled, 
trestoz orar ben los manded. 

E dune orar cum el anned, 
si fort sudor dunques suded, 5 

que cum lo sangs a terra curren 
de sa sudor las sanctas gutas. 

Als SOS fidels cum repadred, 
tam benlement los conforted. 
li fel Judas ja s'aproismed lo 

ab gran compannie dels judeus. 

Jhesus cum vidra los judeus, 
zo lor demandet que querént. 
il li respondent tuit adun 
'Jhesum querem Nazarenuin\ 15 

'Eu soi aquel', zo dis Jhesus. 
tuit li felun cadegrent jos. 
terce vez lor demanded, 
a totas treis chedent envers. 

Mais li felun tuit trassudad 20 

vers nostre don son aproismad 
Judas li fel ensenna fei 
'celui prendet cui baisarai'. 

Judas cum veggra ad Jhesum, 
semper li tend lo son menton; 25 

Jhesus li bons nol refuded, 
al tradetur baisair doned. 

'Amicx', zo dis Jhesus lo bons, 
'per quem trades in to baisol? 
melz ti fura non fusses naz 30 

que me tradas per cobetad'. 

Armad estèrent evirum, 
de totas part presdrent Jesum: 
nos defended ne nos usted, 
a la mort vai cum uns anel. 35 

Sanct Pedre sols veinjar lo vol, 
estrais lo fer que al laz og, 
si consegued u serv fellon, 
la destre aurelia li excos. 

Jhesus li bons ben red per mal, 40 

l'aurelia al serv semper saned. 
liades mans cume ladron 
si l'ent menen a passiun. 



3 be'n Ms. 6 sags. curr. 8 Alsos Ms. 10 Ju- 45 
das Eofmanri] iudeus. 13 demandez Ms. 22 uel. 
23 basscerai. 28 lobons iîîs J/*. 32 Armand. 
34nossusled. ' 35 lar. 36 ue^iiar. 39 auril'a, 
corrigé aurelia. 41 ad. 42 liadens. 



Donc l'en gnrpissen sci fedel, 
cum el desanz dit lor aveit. 
sanz Pedre sols seguen lo vai, 
quar sua fin veder voldn'it. 

Anna nomnaveut le judeu 
a cui Jhesus furet menez, 
donc s'adunovent li félon, 
veder annovent près Jhesum. 

De quant il qnerent le forsfait, 
cum il Jhesum oicisesânt, 
non fud trovez ne envenguz, 
quar el forsfait non feist nëul. 

Davant l'ested le pontifex, 
si conjuret per ipsum deu 
qu'el lor dissest per pura fied, 
si vers Jhesus fils deu es-t il. 

'Tu eps l'as deit', respon Jhesus. 
tuit li fellon crident adun 
'major forsfait que i querem ? 
per loi medeps audit l'avem.' 

Los sos sans ois duncques cubrirent, 
a coleiar fellon lo presdrent, 
en sobretot si l'escarnissent: 
'di nos, prophète, chi t'o fedreV' 

Fors en las estras estet Petre; 
al fog l'useire l'seswardevet, 
de sa raison si l'esfreded 
que lo deu fil li fai neier. 

Anz que la noit lo jalz cantés, 
terce vez Petre lo neiet 
Jhesus li bons lo reswardet, 
lui recognostre semper fit, 

Petrus d'alo fors s'en aled, 
amarament mult se ploret. . 
per cio laissed deus.se neier 
que de nos aiet pïeted. 

Cum le matins fud esclairez, 
davant Pilât l'en ant menet. 
fortment lo vaut il acusand, 
la soa mort mult demandant. 

Pilaz Erod l'eu enviet 
cui des abanz volïet mel. 
de Jhesu Chrisli passion 
am se paierent a ciel jorn. 

Lo fel Herodes cum lo vid, 

ea u 

1 lo. 2 diz-aveia. 3 seguen. 15 dissets. 
21 Losos. 25 esttet. 20 lesuuardouet. 27 les- 
fred. 30 neiez. 32 recognostrct. 



Il 



X<= SIECLE. 



12 



mult lez semper en esdeviut; 
de lui longtemps mult a audit, 
semper pensed vertuz feisis. 

De multes vises l'apeled; 
Jhesus 11 bons mot nol soned 
judeu l'acusent, el se tais, 
ad un respondre non denat. 

Dune lo despeis e l'escarnit 
li fel Herodes en cel di; 
blanc vestiment si l'a vestit, 
fellon Pilad lo retrames. 

Pilaz que anz l'en vol laisar, 
nol consentant fellun judeu. 
vida perdonent al ladrun: 
'aucid, aucid', crident, 'Jhesum.' 

Barrabant perdonent la vide, 
Jhesum in alta cruz claufisdrent. 
'cniciftge, cruci/îge!' 
crident Pilat trestuit ensems. 

'Cum aucidrai eu vostre rei?' 
zo dis Pilaz, 'forsfaiz non es. 
rumprel farai et flagellar, 
poisses laisarai l'en annar.' 

Ensems crident tuit li fellun, 
entro en cel en van las voz ; 
'si tu laises viure Jhesum, 
non es amies Temperador.' 

Pilaz sas mans dunques laved 
que de sa mort posches neger; 
ensems crident tuit li judeu 
'sobre noz sia toz li péchez.' 

Pilaz cum audid tais raisons, 
ja lor gurpis nostre sennior; 
donc lo recebent li fellun, 
fors l'en conducent en la cort. 

De purpurc donc lo vestirent 
et en sa man un raus li mesdrent, 
corona prendent de las espines 
et eu son cab fellun l'asisdrent. 

De davant lui tuit a genolz 
si s'excrebanteut li fellon, 
dune lo saludent cum senior 
et ad escaru emperador. 

Et cum asez l'ont escarnid, 



dune li vestent son vestiment, 
et el medeps si près sa cruz, 
avan toz vai a pasïun. 
Femnes lui van detras seguen, 
5 ploran lo van et gaimentan. 
Jhesus li plus redre gardet, 
ab les femnes près a parler. 
'Audez, finies Jherusalem, 
per me non vos est ob plorer, 
10 mais per vos et per vostres filz 
plorez assaz, qui obs vos es.' 
Cum el perveng a Golgota, 
davan la porta de la ciptat, 
dune lor gurpit soë chamise 
15 chi sens custure fo faitice. 
Il no l'auseron deramar, 
mais chi l'avra sort an gitad. 
non fut partiz sos vestimenz ; 
zo fu granz signa tôt per ver: 
•20 En huna fet, huna vertet 
tuit soi fidel devent estei*. 
lo SOS regnaz non es devis, 
en caritad toz es uniz. 
E dels feluns qu'eu vos dis anz, 
•25 lai dei venir o eu laisei, 

quar il lo fel mesclen ab vin; 
nostre senior lo tenden il. 

Cum l'an levad sus en la cruz, 
dos a sos laz penden lasruns. 
30 entre cels dos pendent Jhesum; 
il per escarn o fan trestot. 

Cum il l'an mes sus en la cruz, 
gran fan escarn, gran cridaizun; 
ensobretoz uns dels ladruns 
35 el escarnïe rei Jhesum. 

Respondet 1' altre 'mal i diz ; 
el mor a tort, ren non forsfez; 
mais nos a droit per colpas granz 
esmes oidi eu cest ahauz.' 
40 Envers Jhesum sos olz torned, 
si pïament lui appelled; 
'de met membres, per ta mercet, 
cum tu vendras, Crist, en ton ren.' 



6 garder. I4 cliamisïc. M custurœ, i6 ausef. 

7 n. 8 e lecarnit. ii Mat, corrigé Pilad. n mais aura. 24 que u. 2" nfœ. 29 devant 

n claufrisdrnt, 24 fellunt. 3S pren''<^"' dos rasure d'un mot (gran cf. 33). 33 criduizun, 
de las. corrigi; cridaizun. 40 toned. 



13 



SAINT LÉGER. 



14 



Respon li bous qui uou menlid, 
chi en epsa mort semper fu plus, 
'eu t'o promet, oi en cest di 
ab me venras in paradis.' 

deus, vers rex, o Jhesu Christ, 
aital don fais per ta mercet, 
chi per huna confession 
vide perdones al ladriin. 

Nos te laudam et noit e di, 
de nos aies vera mercet! 
tu nos perdone celz pecaz 
qu'e nos vedest tua pietad. 

Jusque nona des lo meidi 
trestot cest mund grauz noiz cubrid, 
fui lo solelz et fui la luca, 
post que deus iilz suspensus fure. 

Ad epsa nona cum perveug, 
dune escrided Jhesus granz criz ; 
hebràice fortment lo dis 
'heli, heli, per quem gulpisf?' 

Uns dels felluns chi sta iki, 
sus en la cruz li ten l'azet; 
Jhesus fortment dune recridet: 
le spiritns de lui anet. 

Cum de Jhesu l'anma 'n anet, 
tan durament terra crollet, 
roches fendïent, chedent munt, 
sepulcra s'anz obrirent mult, 

Et mult corps sant eu sun exut 
et inter omnes sunt vedud. 



30 



qui in templum dei cortine pend, 
jusche la terra per mei fend. 

De laz la croz estet Marie 
de cui Jhesus vera carn presdre; 
cum cela carn vidra mûrir, 
quai agre dol, nol sab cm vins. 

Ela molt ben sab remembrar 
de soa carn cum deus tu naz. 
jal vedes ela si morir, 
el resurdra, cho sab per ver. 

Mais nemperro grauz fu li dois 
chi traverset per lo son cor. 
nulz om mortalz nol pod penser: 
sanz Symeonz Tôt precogded. 

Joseps Pilât mult a preiat 
lo corps Jhesu qu'el li doués, 
a grand honor el l'en portet, 
eu SOS chamsils i'eiivolopet. 

Nicodemus de l'altra part 
mult unguement hi aportet, 
enter mirra et aloen 
quasi cent liuras a donad. 

A grand honor de ces pimenç 
l'aromatizen cuschement. 
duuc lo pausen el monument 
corps non jag anç a cel temps. 

La soa madré virge fu 
et sen peched si portet lui. 
SOS munument fure toz nous, 
anz lui uoi jag unque nulz om. 



VIE DE SAINT LEGER. 



Zwei altromartische Gedichte berichtigt und erldutert von F. Diez, Bonn 1852, />. 39 — 43, strophe 1 — 25. 
Paris, les plus anciens monuments pi. 1 — 8. Koschwitz, les plus anciens monuments, 3<^ édition, p. 34—44. 
G. Paris dans Romania 1, 303 ss. Suchier dans Zeitschrift fur romanische Philologie 2, 255 ss, 

L'dcking p. 



Domine deu devemps lauder 
et a sos sancz honor porter; 
in su' amor cantomps dels sanz 
que por lui augrent granz aanz; 
et or es temps et si est biens 
que nos cantumps de saut Lethgier. 



5 le second o manque dans le Ms. et Diez. 
6 citai Ms. 7 hunua. 12 vetdest. 20 g"l|pist 
Ms. 21 del Ms. 28 sanz Diez. 29 sanz. esit. 
33 delsanz. 34 quœ. 3(i quce. 



17 ss. 

Primos didrai vos dels honors 
que il auuret ab duos seniors; 
après ditrai vos dels aanz 
que li suos corps sustiug si granz, 
et Evvruïns, cil deumeutiz, 
que lui a grand tormeut occist. 

Quant iufaus fud, donc a ciels temps 
al rei lo duistrent soi parent, 

3 Marise. vedees la. 14 loi percogded. 14 preiar. 
19 dellaltra. 26 corsp. 32 quœ. 3S doistrent. 



15 



Xe SIECLE. 



16 



qui donc reguevet a ciel di: 
cio fud Lothiers lils Baldequi. 
il l'enamat; deu lo covit; 
rovat que lilteras apresist. 

Didun l'ebisque de Peitieus 
luil comandat ciel reis Lothiers. 
il lo reciut, tam ben en fist, 
ab u magistre semprel mist 
qu'il lo doist bien de ciel savier 
don deu servict por bona fied. 

Et cum il l'aut doit de ciel' art, 
. rendel qui lui lo comandat. 
il lo reciut, bien lo nodrit, 
cio fud lonx ticmps ob se los tiug. 
deus l'exaltât cui el servid, 
de sanct Maxenz ahbas divint. 

Ne fud nuls om del son juvent 
qui mieldre fust donc a ciels tiemps; 
perfeclits fud in caritet, 
fid aut il grand et veritiet, 
et in raizons bels oth sermons, 
humilitiet oth per trestoz. 

Cio sempre fud et ja si er: 
qui fai lo bien, laudaz en er. 
et sanz Letgiers sempre fud bous, 
sempre fist bien o que el pod, 
davant lo rei en fud laudiez; 
cum il l'audit, fud li namet. 

A sel mandat et cio li dist, 
a curt fust, sempre lui servist. 
il l'exaltât e l'onorat, 
sa gralia li perdonat, 
et hune tam bien que il eu fist, 
de Hostedun evesque en fist. 

Quandius visquet ciel reis Lothier, 
bien honorez fud sancz Lethgiers. 
il se fud morz, damz i fud granz; 
cio controverent baron franc, 
por cio que fud de bona fiet, 
de Chielperig feïssent rei. 

Un compte i oth, près en l'cstrit: 
ciel eps num auret Evruï. 
ne vol reciuure Chielperin, 
mais lo seu fredre Thëotri. 



nel condignet nuls de sos piers, 

rei volunt fair' estre so gred. 
Il lo presdrent tuit a conseil, 

estre so gret en fisdren rei. 
5 et Evvruïns ot en gran dol 

porro que ventre nols en poth. 

por ciel tiel duol rovas clergier, 

si s'en intrat in un monstier. 
Reis Chielperics tam bien en fist, 
10 de sanct Lethgier consilier fist. 

quandius al suo consiel edrat, 

iucontra deu ben s'i garda, 

lei consentit et observât 

et son reguet ben domiaat. 
15 Ja fud tels om, deu inimix, 

qui l'encusat ab Chielperiog. 

rira fud granz cum de senior 

et sancz Lethgiers oc s'ent pavor; 

ja lo sot bien, il le celât, 
20 a nuil omne nol demonstrat. 
Quant ciel' ire tels esdevint, 

paschas furent in eps cel di; 

et sancz Lethgiers fist son mistier. 

misse cantat, fist lo mul ben. 
25 pobl' et lo rei communïet 

et sens cumgiet si s'en ralet. 
Reis Cbilperics cum il l'audit, 

presdra sos meis, a luis tramist, 

cio li mandat que revenist, 
30 sa gratia por tôt ouist. 

et sancz Lethgiers nés soth raesfait; 

cum vit les meis, a lui ralat. 
Il cio li dist et adunat 

'tos consilier ja non estrai, 
35 meu evesquet nem lez tener 

por te qui semprem vols aver. 

en u monstier me laisse intrer, 

posci non pose lau vol ester.' 
Enviz lo fist, non voluntiers, 
40 laisse l'intrar in u monstier: 

cio fud Lusos ut il intrat. 

clerj' Evvruï illo trovat. 



3 le amat. s ab ù magistre. 10 servier. 

13 reciu. nonrit. 24 cnner. 28 fu lin amet. 
33 hune. 42 nû, 44 theoiri, l' i devant r est gratté. 



2 rc I Ms. 5 otten Ms. lo sanct. I. is se. 1 

19 ille il/s.: m e ou ill a Diez. 21 ciel irai, 

esdevent: corr. de Paria. 23 se 1. 21 missa-. 

25 pobleot Paris] poblen. 31 se 1. 3G sempre. 
38 lai uol. 41 lisos. 42 ille. 



17 



ALBERIC DE BESANÇON, ALEXANDRE. 



18 



cil Evvruïns molt li vol miel 
toth per enveia, non per el. 

Et sancz Lethgiers fist so mistier, 
Evvruï prist a castïer; 
ciel' ira grand et ciel corropt 
cio li preia laissas lo toth. 
fus li por deu, nel fus por lui: 
cio li preia paias ab lui. 

Et Evvruïns fist tincta pais : 
ciol demonstrat que s'i paias. 
quandius in ciel monstier istud, 
ciol demonstrat amix li fust; 
mais en avant vos cio aurez, 
cum ill edrat por mala lied. 

Rex Chielperings il se fud mors, 
per lo regnet lo souureut toit, 
vindrent parent e lor amie, 
li sanct Lethgier, li Evvruï; 
cio confortent ad ambes duos 
que s'ent ralgent in lor honors. 

Et sancz Lethgiers den listdra bien, 
que s'en ralat en s'evesquet; 
et Evvruïns den fisdra miel, 
que donc deveng anatemaz; 
son queu que il a coronet 



25 



toth lo laisera recimer. 

Domine deu in cio laissât 
et a dïable-s comandat. 
qui donc fud miels et a lui vint, 
il voluntiers semper reciut. 
cum fuie en aut grand adunat, 
lo règne prest a devastar. 

A foc, a fiamma vai ardant 
et a gladies persecutan; 
por quant il pot tan fai de miel, 
por deu nel volt il observer, 
ciel ne fud nez de medre vivs 
qui tal exercite vidist. 

Ad Ostedun, a cilla ciu, 
dom sanct Lethgier vai asalir. 
ne pot intrer en la ciutat; 
defors Tasist, fist i gran miel, 
et sancz Lethgiers mul en fud trist 
por ciel tiel miel que defors vid. 

Sos clerjes près et revestit 
et ob ses croix fors s'en exit. 
poro n'exit, vol li preier 
que tôt ciel miel laisses por deu. 
ciel Evvruïns, quai horal vid, 
penrel rovat, lïer lo fist. 



FRAGMENT DE L'ALEXANDRE D' ALBERIC DE BESANÇON. 

Romanische Inedita au/ italidnischen Bibliotheken gesammelt von Paul Hei/se, Berlin 1856, p. 3 — 6' 

cf. Jahrbuch 11, 159 et Pfeiffer, Germania 2, 95 ss., 441—444, 449—464 et 1, 273—290; Fôrster 

dans Zeitschrift fiir romanische Philologie 2, 79 s. Stengel, Ausgaben und Abhandlungen I (Mar- 

bîtrg 1881), p. 72 — 80. Comparez l'imitation allemande de Lamprecht dans Weismann, 19 — 218. 



Dit Salomon al primier pas, 
quant de son libre mot lo clas, 
'est vanilatum vanitas 
et universa vanitas" . 
poyst lou me fay m' enfirmitas, 
toylle s'en otïositas, 
solaz nos faz' antiquitas, 
que tôt non sie vanitas. 

En pargamen nol vid escrit 
ne per parabla non fu dit; 
del temps novel ne del antic 



nuls hom vidist un rey tan rie, 
chi per batalle et per estrit 
tant rey fesist mat ne mendie 
ne tanta terra cunquesist 

30 ne tan duc nobli occisist 
cum Alexander Magnus fist 
qui fud de Grecia natiz. 

Rey furent fort et mul podent 
et de pecunia manent; 

35 rey furent sapi et prudent 



1 euuruns. 3. 18. 21. se 1. II. c'el. instud. 
14 fid. 16 por. 22. 24. quœ. 25 coronat. 
30 lou mefay menfir mitas. 31 toylle s'en 

Fôrster. 

Baetsch, Chrestomathie, VI. Éd. 



2 il cio. 3 et ^ diable. 4 qui Paris] quar. 
9 percutan; corr. par Paris. 15 asalier. 18 se. 1. 
19 quœ. 20 et manque, revestiz. 22 porro'n 
exit Liicking. 23 quœ. 26 nuls, s intercalé plus 
tard. 27 estrit Tobler: estric Ms. 

2 



19 



Xle SIECLE. 



20 



et exaltât sor tota gent; 
mais non i ab un plus valent 
de chest dun faz l'alevament. 
contar vos ey pleneyrament 
del Alexandre mandament. 

Dicunt alquant estrobatour 
quel reys fud fils d'encantatour. 
mentent, fellon losengetour; 
mal en credreyz nec un de leur; 
qu'anz fud de ling d'enperatour 
et filz al rei Macedonor. 

Philipptts ab ses pare non; 
meyllor vasal non vid ainz hom, 
e chel ten Uretia la région 
els porz de mar en aveyron. 
fils fud Amint al rey baron 
qui al rey Xersen ab tal tenzon. 

Et prist moylier dun vos say dir, 
quai pot sub cel genzor jausir, 
sor Alexandre al rey d'Epir 
qui banc no degnet d'estor fugir 
ne ad enperadur servir, 
Olimpïas, donna gentil, 
dun Alexandre genuit. 

Reys Alexander quant fut naz, 
per granz ensignes fud mostraz. 
crollet la terra de toz laz, 
toneyres fud et tempestaz, 
lo sol perdet sas claritaz, 
per pauc no fud toz obscuraz, 
janget lo cels sas qualitaz, 
que reys est forz en terra naz. 

En tal forma fud naz lo reys, 
non i fud naz emfes anceys. 
raays ab virtud de dies treys 
que altre emfes de quatro meys. 
sil toca res cbi micbal peys, 
tal regart fay cum leu qui est preys. 

Saur ab lo peyl cum de peysson, 
tôt cresp cum coma de leon; 
l'un uyl ab glauc cum de dracou, 
et l'altre neyr cum de falcon. 



1. 20 sur, corrigé sor. 
Hofmann : micha Ms. 
cresp. 



37 tocares Heyse. michal 
39 peysson. 40 tôt j 



de la figura en aviron 

beyn resemplet fil de baron. 
Clar ab lo vult, beyn figurad, 

saur lo cabeyl, recercelad, 
6 plen lo collet et colorad, 

ample lo peyz et aformad, 

lo bu subtil, non trob delcad, 

lo corps d'aval beyn enforcad, 

lo poyn el braz avigurad, 
10 fer lo talent et apensad. 

Mels vay et cort del an primeyr 

que altre emfes del seyentreyr; 

e lay o vey franc cavalleyr, 

son corps présente volunteyr. 
15 a fol omen ne ad escueyr 

no deyne fayr regart semgleyr. 

aysis conten en magesteyr 

cum trestot teyne ja Tempeyr. 
Magestres ab beyn atfactaz, 
20 de totas arz beyn enseynaz, 

quil duystrunt beyn de dignitaz 

et de conseyl et de bontaz, 

de sapïentia et d'onestaz, 

de fayr estorn et prodeltaz. 
25 L'uns l'enseyned, beyn parv mischiu, 

de grec sermon et de latin, 

et lettra fayr en pargamin 

et en ebrey et en ermin, 

et fayr a seyr et a matin 
30 agayt encuntre son viciu. 

Et l'altre doyst d'escud cubrir 

et de s'espaa grant ferir 

et de sa lanci' en loyn jausir 

et senz faillenti' altet ferir; 
35 li terz ley leyre et playt cabir 

el dreyt del tort a discernir. 
Li quarz lo duyst corda toccar 

et rotta et leyra clar sonar 

et en toz tons corda temprar, 
40 per semedips cant allevar; 

li quinz des terra mesurar, 

cum ad de cel entro que mar. 

12 soyientreyr. 13 e] ey Ms. u, corrigé o. 17 
aysis^onten. 31 duJ'st, corrigé doyst. 32 des 
sesspaa. 35 pla>t. 36 discernir 42 que 

Hofmann] be Ms.; entre de el cel rasure de cinq 
lettres. 



21 



GORMUND ET ISEMBARD. 



22 



GORMUND ET ISEMBARD. 

La mort du roi Gormond, fragment unique d'une chanson de geste inconnue réédité littéralement tnr 
toriginal et annoté par Auguste Scheler, Bruxelles 1876, p- 28 — 39, v. 255 — 429. Fragment de 
Gormund et Isembard. Text nebst Einleitung, Anmerlungen und vollstandigem Wortindex von Robert 
Heiligbrodt (Romanische Studien von Bôhmer , vol. III) p. 557—563, v. 255 — 429. Cf. G. Paris 
dans Romania 5, 377 s*. .Te n'ai noté que les différences du texte de M. Heiligbrodt. 



Puis s'escrïa li reis Gormunz 
'trop vus estes vantez, bricun; 
jeo te conuis assez, Hugun, 
qui l'altrier fus as paveilluns, 
si me servis de mun poûn, 5 

que n'en mui uuques le gernun, 
si pur folie dire nun; 
e le cheval a mun barun 
en amenas par traïsun: 

or en avras le guerredun, lo 

mort t'en girras sur le sablun, 
ne diras mais ne o ne nun, 
ne por nul mire de cest muiid 
nen avras mais guarantisun 
ne pur tun deu espacïun'. 15 

'vus i mentez', ceo dist Hugun, 
'jeo n'ai trenchiet que l'alquetun 
e un petit del peliçun; 
ja me ravrez a cumpaignun 

tie verrez par ist champun 20 

criant l'enseigne al rei barun, 
la Loëvis, le fiz Cbarlun; 
liet serunt cil qu'aiiierum, 
dolent serunt paien felun'. 
il resalt sus encuntre munt. 25 

a dous puins prist le gunfanun. 
ja'n ëust mort le rei Gormund, 
quant uns Ireis sait entredous. 
Hues le liert tut a bandun, 
que mort l'abat as piez Gormund; 30 

puis rest muntez sur le gascun. 
par la bataille vait Hugun, 
tut depleiet sun gunfanun, 
criant l'enseigne al rei barun, 
la Loëvis, le fiz Cbarlun. 35 

liet en sunt cil que des suens sunt, 
dolent en sunt paien felun. 
il fist Sun tur par le champun, 

2 vus manque"] en R. vantes if. 4 l'autrier H. 
6 nen H. 13 pur H. 17 trenchie H. 23 lie H. 
25 resaut B. 2»' saut entre dous H. 31 muntes 
H. 33 depleie H. 36 lie B.' de suens H. 



si repairat al rei Gormund; 
sil ferit sur l'escut rëund 
qu'el prêt l'abat a genuilluns; 
el tort qu'il prist le fer Gormund, 
l'espiet enz al cors li repunt 
qu'il le rabat sur le sablun. 

Or fut Hues al prêt a piet, 
nafrez dous feiz del grant espiet; 
dune li eschapat sis destriers, 
quant Isembarz li reneiez 
vit le cheval curre estraier, 
d'une chose s'est afichiez, 
s'il le poeit as puins baillier, 
qued ainz se lerreit detrenchier 
que mais pur bume le perdiest. 
celé part vient tut eslaissiez, 
od le restiu de sun espiet 
vot acoler le bon destrier, 
li chevals portât hait le chief 
qued il nel pot mie baillier. 
Hues s'en est tant avanciez 
qu'il vait avant cuntre plein piet; 
delez li passet le destrier, 
saisist le as resnes d'or mier, 
entre les dous aiçuns s'asiet. 
en prof traient arbalastier 
e lur sergant e lur archier. 
Hues puint e brochet e fiert, 
qu'il lur est alques esluigniez. 
ses plaies prennent a saignier, 
li cors li ment e Hues chiet. 
ceo fut damages e péchiez, 
car mult par ert bons chevaliers 
e en bataille faisant bien, 
de l'altre part fut danz Guntiers, 



1 repaira B. 2 feri — l'escu H. 3 pre 
H. 5 l'espie E. ' pre a pie B. 8 nafres — 
grand espie B. 9 eschapa B. 10 quand B. 
reneies B. 12 afichies B. 14 que B. 16 
eslaissies //. 17 espie H. 19 porta haut B. 
20 que B. 21 avancies //. 22 pie B. 23 
d'ormier B. 2S e Hues-broche H. 29 auques 
esluignies B. 32 pechies B. 35 l'autre B. 

2* 



23 



Xle SIECLE. 



24 



cil qui fut ja sis escuiers, 
fiz sa serur, si ert sis niés 
(ceo dit la geste a saint Richier); 
uncore n'ot oit jurs entiers 
qu'il l'ot armet a chevalier, 
quant sun seignur vit trebuchier, 
mult fut dolenz e esmaiez; 
celé part vint tut eslaissiez, 
par les resnes prist le destrier, 
entre les dous arçuns s'asiet; 
en Sun puign tint le brant d'acier, 
tut fut sanglenz e enochiez, 
de Sarrazins envermeilliez. 
al rei Gormund brochant en vient, 
sil fiert sur sun helme vergiet, 
que les cuiriez en abatiet; 
el prêt le fist esgenuillier. 
puis li ad dit en reprovier 
'sire Gormunz, reis dreituriers, 
conuisterez vus l'escuier 
qui a vostre tref fut l'altrier 
ove Hugun le messagier? 
jeo aportai le nef d'or mier, 
celé mis jeo a saint Richier; 
que vus arsistes sun mustier, 
mesavenir vus en deit bien', 
li reis Gormunz li respundiet 
cum orguillus e cume fiers 
'fui desur mei, garz palteniers; 
je sui de lin a chevalier, 
de riches e de bien preisiez, 
n'i tucherai hui escuier'. 
quant Loëvis, li reis preisiez, 
vit si mûrir ses chevaliers 
et ses cumpaignes detrenchier, 
mult fut dolenz e esmaiez. 
'aïe, deu, père del ciel', 
dist Loëvis, li reis preisiez, 
'tant par me tenc pur engigniet 
que nen i justai hui premiers 



tut cors a cors a l'aversier. 
ja est il reis e reis sui jieo, 
la nostre juste avenist bien; 
li quels de nus iduns venquiest, 

5 n'en fussent mort tant chevalier 
ne tant franc hume detreuchiet. 
ber sainz Denise, or m'en aidiez, 
jeo tenc de vus quite muu fieu, 
de nul autre n'eu conuis rien 

10 fors sui de deu le veir del ciel, 
ber sainz Eichiers, or m'en aidiez; 
ja vus arst il vostre mustier, 
en l'honur deu, pur l'esbalcier, 
jeo vus crestrai trente set piez, 

15 pernez les resnes del destrier, 
gesques a lui me cunduiez'. 
a icest mot s'est eslaissiez, 
Gormunz ii ad treis darz lanciez; 
deus le guarit par sa pitiet 

20 qu'il ne l'ad mie en char tuchiet. 
reis Loëvis fut mult iriez, 
a juste mie nel requiert, 
encuntre munt dreschat l'espiet, 
si l'ad ferut par mi le chief 

25 que l'helme li ad detrenchiet 
e de l'halberc le chapelier, 
gesqu'al braiel le purfeudiet, 
qu'en prêt en chieent les meitiez, 
en terre colat li espiez. 

30 tant bonement le pursiviet, 

a bien petit qued il ne chiet, . 
quant sur le col del bon destrier 
s'est retenuz li reis preisiez; 
mult li costat l'halberc dublier 

35 e le vert helme qu'ot al chief, 
al col sun escut de quartiers 
le fer del bon trenchant espiet, 
que de let ot un dirai piet. 



2 niez H. 5 arme H. 6 quand H. ' fut H. 
esmaies H. 8 eslaissies H. il brand H. 12 
tuz — enochies H. 13 envemieillies H. 15 
vergie Ji. 16 cuiries en abatie H. 17 pre 

H. 21 l'autrier H. 23 d'ormier H. 27 re- 
spundie H. 29 pauteniers H. 31 preisies H. 
33 quand H. preisies H. 36 esmaies H. 38 
preisies H. 40 ni justai Ms., n'i justerai H. 

premier H, 



2 ieo H. 3 joste 5, manque Ms., chose H. 

h nen H. 6 detrenchie H. 7 Denises H. 9 
n'en H. 13 l'eshaucier H. 17 eslaissies H. 
IS lancies i/. 19 guari — pitié H. 20 tuchie H. 
21 iries H. 22 ajuste H. 23 drescha l'espie H. 
24 féru H. 25 detrenchie H. 20 l'hauberc H. 
27 purfendie H. 2S pre H. 29 cola li espies 
H. 30 pursivie H. 31 que H. 32 quand 
H. 33 retenus — preisies H. 34 costa l'hauberc 
H. 35 verd H. 36 escu H. 37 espie H. 38 de 
le — pie H. 



25 



SAINT ALEXIS. 



26 



mult li costat a sus sachier, 
e pur Fraiiceis s'est verguigniez, 
si s'afiohat sur ses estrieus, 
le fer en plïet sua ses piez, 
trei deie esluignat le cuirict. 
de tel aïr s'est redresciez 
que les curailles dunt rumpiet 
que trente jurs puis ne vesquiet 
ceo fut damages e péchiez, 
car mult par ert bons chevaliers 
e en bataille faisant bien, 
a chrestïens veirs cunseilliers ; 



ceo dit la geste e il est veir, 

puis n'ot en France nul dreit heir. 

Quant paien virent Gormund mort, 
fuiant s'en turnent vers le port; 
li Margariz les criz en ot, 
a l'estendart vait puignant tost, 
le rei Gormund ad trovet mort, 
treis feiz se pasmat sur le cors, 
'allas' dist il, 'veir dist li sorz, 
si jeo veneie en icest ost, 
que jeo sereie u pris u morz; 
or sai jeo bien que veir dist trop'- 



VIE DE SAINT ALEXIS. 

La vie de Saint Alexis p. p. G. Paris et L. Pannier, Paris 1872. strophe 1 — 67. Stengel (Ausgaben 
und Abhandluiujen), Marburg 1851. Donné ici d'après La Vie de Saint Alexis, Texte Critique, par 

G. Paris, Paris 1885. 



Bons fut li siècles al tens ancïeuor, 
quer feit i ert e justise et amor, 
si ert credance, dont or n'i at nul prot; 
toz est mudez, perdude at sa color, 
ja mais n'iert tels com fut as ancessors. 

Al tens Noé et al tens Abraam 
et al David cui deus par amat tant 
bons fut li siècles, ja mais n'iert si vaillanz. 
vielz est e frailes, tôt s'en vait déclinant, 
si'st empeiriez, toz biens vait remanant. 

Puis icel tens que deus nos vint salver, 
nostre ancessor ourent crestïentet, 
si fut uns sire de Rome la citet; 
riches hom fut de grant nobilitet; 
por çol vos di d'un suen fil vueil parler. 

Eufemiiens (ensi out nom li pedre) 
cons fut de Rome del mielz qui donc i eret; 
sour toz ses pers l'amat li emperedre, 
donc prist moillier vaillant et onorede 
des mielz gentilz de tote la contrede. 

Puis conversèrent ensemble longement, 
qued enfant n'ourent, peiset lor en fortment; 
deu en apelent andoi parfitement ; 



l Costa H. 2 verguignies H. 3 s'aficha H. 

4 plie H. 5 esluigna le cuirie H. 6 redrescies 

H. 7 rumpie H. 8 vesquie H. 9 pechies H. 
23 etc. Pois. 24 etc. ovrent. 



'e! reis célestes, par ton comandement 

enfant nos done qui sait a ton talent'. 
15 Tant li preierent par grant umilitet, 

que la moillier donat feconditet: 

un fil lor donet, si l'en sourent bon gret. 

de saint batesme l'ont fait régénérer, 

bel nom li metent solouc crestïentet. 
20 Batisiez fut, si out nom Alexis. 

qui Tout portet volentiers le nodrit. 

puis li bons pedre ad escole le mist; 

tant aprist letres que bien en fut guarniz. 

puis vait li enfes l'emperedor servir. 
25 Quant veit li pedre que mais n'avrat enfant 

mais que cel sol cui il par amat tant, 

donc se porpenset del siècle ad en avant: 

or vueit que prenget moillier a son vivant; 

donc li achatet fille adun noble franc. 
30 Fut la pulcele de molt hait parentet, 

filie ad un conte de Rome la citet; 

n'at plus enfant, lei vuelt molt onorer. 

ensemble en vont li doi pedre parler; 

lor dous enfanz vnelent faire assembler. 
35 Noment le terme de lor assemblement: 

quant vint al faire, donc le font gentement. 

danz Alexis l'esposat bêlement, 



6 l'estendard //. vait aS., mangue Ms., vint H. 
' trove H. S pasma H. 9 host H. 17 sovrent. 



27 



Xl' SIECLE. 



28 



mais de cel plait ne volsist il neient : 
de tôt en tôt a deu at son talent. 

Quant li jorz passet et il fut anoitiet, 
ço dist li pedre 'filz. quer te vai colchier 
avuec ta spose, al cornant deu del ciel'. 
ne volst li enfes son pedre corrocier, 
vait en la chambre ou eret sa moillier. 

Com vit le lit, esguardat la pulcele, 
donc lui remembret de son seignor céleste 
que plus at chier que tote rieu terrestre: 
'e ! deus', dist il, 'si forz péchiez m'apresset! 
s'or ne m'en fui, molt criem que ne t'en perde'. 

Quant en la chambre furent tôt sol remés, 
danz Alexis la prist ad apeler; 
la mortel vide li prist molt a blasmer, 
de la céleste li mostret veritet; 
mais lui ert tart qued il s'en fust tornez 

'Oz tu, pulcele"? celui tien ad espos 
qui nos redenst de son sanc precïos. 
en icest siècle nen at parfite amor; 
la vide est fraile, n'i at durable onor; 
ceste ledice revert a grant tristor'. 

Quant sa raison li at tote mostrede, 
donc li comandet les renges de sa spede 
et un anel dont il Tout esposede. 
donc en ist fors de la chambre son pedre: 
en mie nuit s'en fuit de la contrede. 

Donc vint edrant dreitement a la mer: 
la nef est preste ou il deveit entrer; 
donet son pris et enz est aloëz. 
drecent lor sigle, laissent corre par mer; 
la pristrent terre ou deus lor volst doner. 

Dreit a Lalice, ço fut citet molt bêle, 
iluec arrivet sainement la nacele: 
donc en eissit dauz Alexis a terre; 
mais ço ne sai com longes i conversât, 
ou qued il seit de deu servir ne cesset. 

Puis s'en alat en Alsis la citet 
por une imagene dont il odit parler, 
qued angele firent par comandement deu 
el nom la virgeue qui portât salvetet, 
sainte Marie qui portât damne deu. 

Tôt son aveir qu'ot sei en out portet 
tôt le départ que giens ne l'en remest; 
larges almosnes par Alsis la citet 
donat als povres ou qu'il les pout trover: 
por nul aveir ne volst estre encombrez. 

Quant son aveir lor at tôt départit, 



entre les povres s'assist danz Alexis: 
reçut l'almosne quant deus la li tramist; 
tant en retient dont son cors puet guarir; 
se lui 'n remaiut, sil rent als poverins. 

5 Or revendrai al pedre et a la medre 
et a la spose qui sole fut remese. 
quant il ço sourent qued il fuïz s'en eret, 
ço fut granz duels qued il eu démenèrent, 
e granz deplainz par tote la contrede. 

10 Ço dist li pedre 'chiers filz, com t'ai perdut!' 
respont la medre 'lasse, qu' est devenuz?' 
ço dist la spose 'péchiez le m'at tolut. 
amis, bels sire, si pou vos ai oûtl 
or sui si graime que ne puis estre plus'. 

15 Donc prent li pedre de ses meillors serjanz, 
par moites terres fait querre son enfant: 
jusqu'en Alsis en vindrent doi edrant; 
iluec troverent dam Alexis sedant, 
mais ne conurent son vis ne son semblant. 

20 Si out li enfes sa tendre charn mudede 
nel reconurent li doi serjant son pedre: 
a lui medisme ont l'almosne donede; 
il la reçut corne li altre fredre; 
nel reconurent, sempres s'en retornerent. 

25 Nel reconurent ne ne l'ont enterciet. 
danz Alexis en lodet deu del ciel 
d'icez suens sers cui il est almosniers: 
il fut lor sire, or est lor provendiers ; 
ne vos sai dire com il s'en firet liez. 

30 Cil s'en repaidrent a Rome la citet, 
noncent al pedre que nel pourent trover; 
se il fut grainz ne l'estuet demander, 
la bone medre s'en prist a dementer 
et son chier fil soveut a regreter. 

35 'Filz Alexis, por quel t portât ta medre? 
tu m'iés fuïz, dolente en soi remese. 
ne sai le lieu ne ne sai la contrede 
ou t'alge querre; tote en soi esguarede: 
ja mais n'ier liede, chiers filz, ne u'iert tes pedre'. 

40 Vint en la chambre pleine de marrement; 
si la desperet que n'i remest nient; 
n'i remest pâlie ne nëul ornement, 
a tel tristor atornat son talent, 
onc puis cel di nés contint liedement. 

15 'Chambre', dist ele, 'ja mais n'estras parede, 



7 sovrent. 14 pois. 31 povrent. 37 ne nen 
Ms. 41 despeiret Ms. 



29 



SAINT ALEXIS. 



30 



ne ja ledice n'iert en tei demenede ! ' 
si l'at destruite com s'ost l'oiist predede; 
sas i fait pendre e ciuces deraraedes: 
sa grant onor a graut duel at tornede. 

Del duel s'assist la medre jus a terre, 
si fist la spose dam Alexis a certes: 
'dame', dist ele, 'jo ai fait si grant perte! 
des or vivrai en guise de tortrele: 
quant n'ai ton fil, ensembleot tei vueil estre'. 

Respont la niedre 's'ot mei te vuels tenir, 
sit guarderai por amor Alexis, 
ja n'avras mal dont te puisse guarir. 
plaignons ensemble le duel de nostre ami, 
tu por seignor, jol ferai por mon fil'. 

Ne peut estre altre, metent Tel considrer; 
mais la dolor ne puedent oblider. 
danz Alexis en Alsis la citet 
sert son seignor par bone volentet: 
ses enemis nel puet onc enganer. 

Dis e set anz, n'en fut neient a dire, 
penat son cors el damne deu servise: 
por amistiet ne d'ami ne d'amie, 
ne por onors qui lui fussent tramises, 
n'en vuelt torner tant com il at a vivre. 

Quant tôt son cuer en at si atornet 
que ja son vueil n'eistrat de la citet, 
deus fist l'imagene por soe amor parler 
al servitor qui serveit a l'alter; 
ço li comandet -apele Tome deu'. 

Ço dist l'imagene 'fai l'orne deu venir 
enz el monstier, quer il l'at deservit, 
et il est dignes d'entrer en paradis', 
cil vait, sil quiert, mais il nel set choisir 
icel saint ome de cui l'imagene dist. 

Revint li costre a l'imagene el mostier; 
'certes', dist il, 'ne sai cui entercier'. 
respont l'imagene 'ço'st cil qui très l'uis siet ; 
près est de deu e del règne del ciel; 
par nule guise ne s'en vuelt esloignier'. 

Cil vait, sil quiert, fait Tel mostier venir. 
es vos l'essemple par trestot le pais 
que celé imagene parlât por Alexis; 
trestoit l'onorent, li grant e li petit, 
e toit li prient que d'els aiet mercit. 

Quant il ço veit quel vuelent onoi'er, 
'certes', dist il, 'n'i ai mais ad ester; 

12 poisse. 14 tu de tun seignor Ms. 



d'iceste onor nem revueil encombrer", 
en mie nuit s'en fuit de la citet, 
droit a Lalice rejoint li suens edrers. 
Danz Alexis entrât en une nef; 
5 drecent lor sigle, laissent corre par mor: 
dreit a Tarson espeiret arriver, 
mais ne puet estre, aillors l'estuet aler: 
tôt dreit a Rome les portet li orez. 
Ad un des porz qui plus est près de Rome, 
10 iluec arrivet la nef a cel saint home, 
quant veit son règne, molt fortment s'en redotet 
de ses parenz, qued il nel reconoissent 
e de l'onor del siècle ne l'encombrent. 
'E! deus', dist il, 'bels reis qui tôt governes, 
15 se tei ploûst, ici ne volsisse estre. 

s'or me conoissent mi parent d'esté terre, 
il me prendront par pri o par podéste: 
se jos en creit, il me trairont a perdre. 
Mais neporuec mes pedre me desidret, 
2u si fait ma medre plus que femme qui vivet, 
avuec ma spose que jo lor ai guerpide. 
or ne lairai nem niiete eu lor bailie: 
nem conoistront, tanz jorz at que nem vidrent'. 
Ist de la nef e vait edrant a Rome: 
25 vait par les rues dont il ja bien fut cointes, 
altre puis altre, mais son pedre i encontret, 
ensemble ot lui grant masse de ses omes: 
sil reconut, par son dreit nom le nomet: 
'Eufemiiens, bels sire, riches om, 
30 quer me herberge por deu en ta maison: 
soz ton degret me fai un grabaton 
empor ton fil dont tu as tel dolor: 
tôt soi enfers, sim pais por soe amor'. 
Quant ot li pedre la ciamor de son fil, 
35 plorent si ueil, ne s'en puet astenir: 
'por amor deu e por mon chier ami, 
tôt te donrai, bons om, quant que m'as quis, 
lit et ostel e pain e charn e vin. 
'E! deus', dist il, 'quer oùsse un serjant 
40 quil me guardast: jo l'en fereie franc'. 
un en i out qui sempres vint avant: 
'es me', dist il, 'quil guart par ton cornant: 
por toe amor en soferrai l'ahan'. 
Cil le menât endreit soz le degret, 
45 fait li son lit ou il puet reposer ; 

tôt li amanvet quant que bosoinz li ert. 
. vers son seignor ne se vuelt mesaler; 
par nule guise ne l'en puet om blasmer. 



31 



XI'^^ SIECLE. 



32 



Sovent le vidrent e li pedre e la medre 
e la pulcele qiied il out esposede: 
par nule guise onques ne l'avisèrent: 
n'il ne lor dist, ned il nel demandèrent, 
quels om esteit ne de quel terre il eret. 

Soventes feiz les veit grant duel mener 
e de lor uelz molt tendrement plorer, 
e tôt por lui, onques neient por el : 
il les esguardet, sil met el considrer; 
n'at soing que veiet, si est a deu tornez. 

Soz le degret ou gist sor une nate, 
iluec paist l'om del relief de la table: 
a grant povérte déduit son grant parage. 
ço ne vuelt il que sa medre le sachet: 
plus aimet deu que trestot son lignage. 

De la viande qui del herberc li vient - 
tant en retient dont son cors en sostient; 
se lui 'n remaint, sil rent als almosniers; 
n'en fait musjode por son cors engraissier, 
mais als plus povres le donet a mangier. 

En sainte église converset volentiers; 
chascune feste se fait acomungier. 
sainte escriture ço ert ses conseilliers: 
del deu servise le ruevet esforcier; 
par nule guise ne s'en vuelt esloignier. 

Soz le degret ou il gist e converset, 
iluec déduit liedement sa povérte. 
li serf son pedre qui la maisuiede servent 
lor lavedures li gieteut sour la teste: 
ne s'en corocet ned il nés en apelet. 

Toit l'escharnissent, sil tieneut por bricon: 
l'aive li getent, si moillent son liçon; 
ne s'en corrocct giens cil saintismes om, 
ainz priet deu qued il le lor pardoiust 
par sa mercit, quer ne seveut que font. 

Iluec converset ensi dis e set anz; 
nel reconut nuls suens apartenanz, 
ne nëuls om ne sont les suens ahanz, 
fors sol le lit ou il a gëut tant: 
ne puet muder ne seit aparissant. 

Trentre quatre anz at si son cors penet: 
deus son servise li vuelt guedredouer. 
molt li engrieget la soe enfermetet; 
or set il bien qued il s'en deit aler ; 
cel suen serjant at a sei apelet: 

'Quier mei, bels fredre, et enque e parchamin 
et une pêne, ço pri toe mercit'. 

31 Toit. 



cil li aportet, receit les Alexis: 

de sei medisme tote la chartre escrist, 

com s'en alat e com il s'en revint. 

Très sei la tint, ne la volst demostrer, 
5 nel reconoisseut usque il s'en seit alez. 
parfitement s'at a deu comandet; 
sa fin apruismet, ses cors est agravez; 
de tôt en tôt recesset del parler. 

En la semaine qued il s'en dut aler, 
10 vint une voiz treis feiz en la citet 
hors del sacrarie par comandement deu, 
qui ses fedelz li at toz envidez: 
prest est la glorie queJ il li vuelt doner. 

A l'altre voiz lor fait altre somonse, 
15 que l'home deu quiergent qui est en Rome, 
si li deprient que la citet ne fondet, 
ne ne périssent la gent qui enz fregondent. 
qui l'ont odit remaiuent en grant dote. 

Sainz Innocenz ert idonc apostolies; 
20 a lui en vindrent e li riche e li povre, 
si li requièrent conseil d'icele chose 
qu'il ont odide, qui molt les des'confortet; 
ne guardent l'hore que terre les enclodet. 

Li apostolies e li emperedor 
25 (li uns Arcadie, li altre Onorie out nom) 
e toz li pueples par comune oreisou 
deprient deu que conseil lor en doinst 
d'icel saint orne par cui il guariront. 

Ço li deprient, la soe pïetet, 

3(1 que lor enseint oui puissent recovrer. 

vint une voiz qui lor ad enditet: 

'en la maison Eufemiieu querez, 

quer iluec est, iluec le trovereiz'. 

Toit s'en retornent sour dam Eufemiien; 
35 alquant le prenent fortment a blastengier: 
'iceste chose nos doiisses noncier 
a tôt le pueple qui ert desconseilliez; 
tant l'as celet, molt i as grant pechiet'. 

Il s'escondit com li om qui nel set; 
40 mais ne l'en creident, al herberc sont alet. 
il vait avaut la maison aprester; 
fortment l'enquiert a toz ses ménestrels: 
icil respondent que nëuls d'els nel set. 

Li apostolies e li emperedor 
45 siedent es bans e pensif e corroços. 
il les esguardent toit cil altre seignor: 
deprient deu que conseil lor en doinst 
d'icel saint ome par cui il guariront. 



CHANSON DE ROLAND. 



34 



En tant dementres com il iluec ont sis, 
deseivret l'aueme del cors saint Alexis: 
tôt dreitement en vait en paradis 



a son seignor qu'il aveit tant servit, 
e! reis célestes, tu nos i fai venir! 



CHANSON DE ROLAND. 

La chanson de Roland herausqegehen von Theodor Millier, 2. Auflage, Gôttingen 1878, v. 1913 — 2396 
Cf. Fôrster dans Zeitschrift fur romanische Philologie 2, 162 ss. Extraits de la Chanson de Roland 
et de la Vie de Saint Louis par Joinville, herausgegeben von Gaston Paris, 2. Aufluge, Paris 1889, 
V. 2164—2396, S. 91 — 104. Le fragment choisi raconte la mort d'Olivier, de Turpin et de Roland 
à Roncevaux. Le passage correspondant de l'imitation allemande de Conrad se trouve dans mon 

(■dition {Leipzig 1874) v. 6334—6923. 



De ço cui calt ? se fuiz s'en est Marsilies, 
remés i est sis uncles l'algalifes, 
qui tint Kartagene, Alferne, Garmalie, 
e Ethïope, une terre maldite; 
la neire gent en ad en sa baillie, 
granz unt les nés e lees les orilles, 
e sunt ensemble plus de cinquante mille, 
icil chevalchent fièrement e a ire, 
puis si escrïent l'enseigne paienisme. 
ço dist Rollanz 'ci recevrums martirie, 
e or sai ben n'avuns guaires a vivre; 
mais tut seit fel ki chier nés vende primes! 
ferez, seignur, des espees furbies, 
si calengiez e voz morz e voz vies, 
que dulce France par nus ne seit hunie! 
quant en cest camp vendrai Caries misire, 
de Sarrazins verrat tel discipline, 
cuntre un des noz en truverat morz quinze, 
ne laisserai que nus ne beneïsse'. Aoi. 

Quant Rollanz veit la cuntredite gent, 
ki plus sunt neir que nen est arremenz, 
ne n'unt de blanc ne mais que sul les denz, 
ço dist li quens 'or sai jo veirement 
que hoi murrum par le mien escient, 
ferez, Franceis, car jol vus recumant.' 
dist Oliviers 'dehait ait li plus leuz!' 
a icest mot Franceis se fièrent enz. 

Quant paien virent que Franceis i out poi, 
entr' els en unt e orgoill e cunfort; 
dist l'uns al altre 'li emperere ad tort.' 
li algalifes sist sur un ceval sor, 
brochet le bien des esperuns a or; 
fiert Olivier deriere en mi le dos, 
le blanc osberc li ad desclos el cors, 
par mi le piz sun espiet li mist fors; 
e dit après 'un colp avez pris fort. 
Caries li magnes mar vus laissât as porz; 

Bartsch, ChrestomatMe. VI. Éd. 



tort nus ad fait, nen est dreiz qu'il s'en lot, 
5 kar de vus sul ai bien vengiet les noz'. 
Oliviers sent que a mort est feruz, 
de lui vengier targier ne se volt plus, 
tient Halteclere, dunt li aciers fut bruns, 
fiert l'algalife sur l'elme a or agut, 

10 e flurs e pierres en acraventet jus, 
trenchet la teste d'ici qu'as denz menuz, 
brandist sun colp, si l'a mort abatut: 
e dist après 'païens, mal aies tu! 
iço ne di Karles n'i ait perdut; 

15 ne a muillier ne a dame qu'as vëud 
n'en vanteras el règne dunt tu fus 
vaillant [a un] denier que m'i aies tolut 
ne fait damage ne de mei ne d'altrui.' 
après escrïet Rolland qu'il li aiut. Aoi. 

20 Oliviers sent qu'il est a mort nafrez, 
de lui vengier ja mais ne li iert sez ; 
de Halteclere maint grant i ad dunet, 
en la grant presse or i fiert cume ber, 
trenchet cez hanstes e cez escuz buclersT 

25 e piez e puinz, espalles e costez. 
ki lui veïst Sarrazins desmembrer, 
un mort sur altre a la terre geter, 
de bon vassal li poûst remembrer, 
l'enseigne Carie n'i volt mie ublïer, 

30 MuDJoie escrïet e haltement e cler. 
Rollant apellet, sun ami e sun per, 
'sire cumpaigu, a mei car vus justez. 
a grant dulur ermes hoi desevret.' 
li uns vers l'altre cumencet a plurer. Aoi. 

35 Rollanz reguardet Olivier al visage; 
teinz fut e pers, desculurez e pales, 
li sancs tuz clers par mi le cors li raiet, 

7 manque : emprunté au Ms. de Venise. lui] 
si. 22. 34 manquent: empruntés à Ven. et aux 
remaniements, 31 apelet. 

3 



35 



Xle SIECLE. 



36 



encuntre terre eu chieent les esclaces. 
'deus', dist li quens, 'or ne sai jo que face, 
sire cumpainz, mar fut vostre barnages! 
ja mais n'iert hum ki tun cors cuntrevaillet. 
6 ! France dulce, cum hoi remendras guaste 
de bons vassals, cunfundue e desfaite! 
11 emperere en avr&t grant damage.' 
a icest mot sur sun cheval se pasmet. Aoi. 

As vus RoUant sur sun cheval pasmet, 
e Olivier ki est a mort nafrez. 
tant ad sainiet, li oil li sunt trublet, 
ne luinz ne près ne poet vedeir si cler 
que reconuisset nisun hume mortel, 
sun cumpaiguuu, cum il l'at encuntret, 
sil fiert amunt sur l'elme a or gemet, 
tut li detrenchet d'ici que al nasel, 
mais en la teste ne l'ad mie adeset. 
a icel colp l'ad Rollanz reguardet, 
si li demandet dulcement e suëf 
'sire cumpain, faites le vus de gred? 
ja est ço Rollanz ki tant vos soelt amer; 
par nule guise ne m'avez desfïet.' 
dist Oliviers 'or vus oi jo parler; 
jo ne vus vei: veied vus damnedeus! 
ferut vus ai: car le me pardunez.' 
Rollanz respunt 'jo n'ai nient de mel; 
jol vus parduins ici e devant deu.' 
a icel mot l'uns al altre ad clinet; 
par tel amur as les vus desevrez. 

Oliviers sent que la mort mult l'anguisset: 
ambdui li oil en la teste li turnent, 
l'oïe pert e la vëue tute; 
descent a piet, a la terre se culchet, 
d'ures en altres si reclaimet sa culpe, 
cuntre le ciel ambesdous ses mains juintes, 
si prïet deu que pareïs li dunget, 
e beneïst Karlun e France dulce, 
sun cumpaignun RoUant desur tuz humes, 
fait li li coers, li helmes li embrunchet, 
trestuz li cors a la terre li justet; 
morz est li quens, que plus ne se demuret. 
Rollanz li ber le pluret, sil duluset; 
jamais en terre n'orrez plus dolent hume. 

Li quens Rollanz quant mort vit sun ami 
gésir adenz, cuntre orient sun vis, 
ne poet muer ne plurt e ne suspirt, 

15 l'helme. 21 ço est ja M. 24 damnes deus M. 
46 manque: emprunté au ms. île Venise. 



mult dulcement a regreter le prist: 
'sire cumpaign, tant mar fustes hardiz! 
ensemble avum estet e anz e dis, 
nem fesis mal ne jo nel te forsfis. 

5 quant tu iés morz, dukir est que jo vif.' 
a icest mot se pasmet li marchis 
sur son ceval qu'um claimet Veillantif. 
afermez est a ses estreus d'or fin; 
quel part qu'il ait, ne poet mie chaïr. 

10 Ainz que Rollanz se seit apercëuz, 
de pasmeisuns guariz ne revenuz, 
mult granz damages li est aparëuz: 
mort sunt Franceis, tuz les i ad perdut, 
senz l'arcevesque e senz Gualtier del Hum. 

15 repairiez est de la muntaigne jus, 
a cels d'Espaigne mult s'i est cumbatuz, 
mort sunt si hume, sis uut paieu vencut; 
voeillet o nun, desuz cez vais s'en fuit 
e si reclaimet RoUant qu'il li aiut: 

■20 'e! gentilz quens, vaiUanz hum, u iés tu? 
unkes nen oi pour la u tu fus. 
ço est Gualtiers ki cunquist Maëlgut, 
li niés Droun al vieill e al canut; 
pur vasselage suleie estre tis druz. 

25 ma hanste est traite e perciez mis escuz, 
e mis osbercs desmailliez e rumpuz, 
par mi le cors ot lances sui feruz; 
" sempres murrai, mais chier me sui venduz.' 
a icel mot l'at Rollanz entendut, 

30 le cheval brochet, si vint puignant vers lui. Aoi. 
'Sire Gualtier', ço dist li quens Rollaiiz, 
'bataille as faite par le mien essïent, 
vus devez estre vassals e combatauz. 
mil chevaliers en menastes vaiUanz; 

35 n'erent a mei, per ço les vus demant, 
rendez les mei, que besuign m'en a grant.' 
respunt Gualtiers 'n'en verreiz un vivant; 
laissiez les ai en le dulurus camp, 
de Sarrazins nus i truvames tant, 

JO Turs et Ermines, Chaninés e Persanz, 
de cels de Bal les meillurs cumbatanz 



7 qu'hum. 14 Gualter. 27 ot] hot Ms. d'oit 
Mûller ; cf. Fôrster p. 175. 36, 31—37, 14 complété 
i^ d'après le ms. de Venise, li cont. 32 ai. 33 
vasal et combatant. 34 mille, vaillant. 35 n'e- 
rent] li er. le vos. 36 li a moi. ma grant. 
40 Chanine et Persant. 41 cil. Bede. li meltre 
combatant. 



37 



CHANSON DE ROLAND. 



38 



sur lur chevals arabiz e curanz. 
une bataille avum faite si grant, 
n'i ait paien que devers nus s'en vant; 
seissaute mille en remest mort sanglant, 
iloec avuns perduz trestuz noz Francs, 
vengiez nus sûmes as noz acerins branz. 
de mun osberc m'en sunt rumput li pan, 
plaies ai multes as costez et as flancs, 
de tûtes parz si m'ist fors li clers sancs; 
trestuz li cors me va enfeblïanz,- 
sempres murrai par le mien essïent. 
jo sui vostre hum, si vus tien a garant, 
ne m'en blasmez, se jo m'en vai fuiant, 
mais or m'aiez a tut vostre vivant.' 

Kollanz ad doel, si fut maltalentifs, 
en la grant presse cumencet a ferir, 
de cels d'Espaigne en ad getet morz vint, 
e Gualtiers sis e l'arcevesques cinc. 
dïent paien 'feluns humes ad ci: 
guardez, seignur, que il n'en algent vif. 
tut par seit fel ki nés vait envaïr 
e recrëanz ki les lerrat guarir.' 
dune recumencent e le hu e le cri, 
de tûtes parz les revunt envaïr. Aoi. 

Li quens Eollanz fut mult nobles guerriers, 
Gualtiers del Hum est bien bons chevaliers, 
li arcevesques pruzdum e essaiez: 
li uns ne volt l'altre nient laissier. 
en la grant presse i fièrent as paiens. 
mil Sarrazin i descendent a piet, 
e a cheval sunt quarante millier, 
mien escïentre nés osent aproismier; 
il lancent lur e lances e espiez, 
wigres e darz museraz e atgiers [e gieser]. 
as premiers colps i unt ocis Gualtier, 
Turpin de Reins tut sun escut perciet, 
quasset sun elme, si l'unt nafret el chief 
e sun osberc rumput e desmailliet, 
par mi le cors nafret de quatre espiez; 
dedesus lui ocïent sun destrier, 
or est granz doel s quant l'arcevesques chiet. Aoi. 



6 nus Millier : manque, açarin brant. 7 m'en 
Maller] nen. pan Millier: man. 8 multes] mor- 
tels. Millier propose mortels ai plaies, al costeç 
et aie fiant. g m'ist Millier] mes. lo stretut. 
me va Millier] mena, inflebiant. 14 or Millier] oi. 
34 algiers Gautier] agiez Ms. wigres e darz, 
museraz aguisiez M. 37 helme. 



Turpins de Reins quant se sent abatat, 

de quatre espiez par mi le cors ferut, 

isnelement li ber resaillit sus; 

Reliant reguardet, puis si li est curuz 
5 e dist un mot 'ne sui mie vencuz; 

ja bons vassals nen iert vifs recrëuz.' 

il trait Almace, s'espee d'acier brun, 

en la grant presse mil colps i fiert e plus; 

puis le dist Caries qu'il n'en espargnat nul, 
10 tels quatre cenz i troevet entur lui, 

alquanz nafrez, alquanz par mi feruz, 

si ont d'icels ki les chiefs unt perdut: 

ço dit la geste e cil ki el camp fut, 

li ber sainz Gilles pur cui deus fait vertuz 
15 e fist la chartre el mustier de Loiin; 

qui tant ne set ne l'ad prud entendut. 
Li quens RoUanz gentement se cumbat; 

mais le cors ad tressuët e mult chalt, 

en la teste ad e dulur e grant mal, 
20 rut ad le temple pur ço que il cornât ; 

mais saveir volt se Charles i vendrat, 

trait l'olifan, fieblement le sunat. 

li emperere s'estut, si l'escultat. 

'seignur', dist il, 'mult malement nus vait: 
25 RoUanz mis niés hoi cest jur nus défait, 

jo oi al corner que guaires ne vivrat. 

ki estre i voelt, isnelement chevalzt! 
' sunez voz graisles tant que en cest ost ad!' 

seissante mille en i cornent si hait, 
30 bruient li munt e respundent li val. 

paien l'entendent, nel tindrent mie en gab; 

dit l'uns al altre 'Karlun avrum nus ja'. Aoi. 
Dïent paien 'l'emperere repairet, 

de cels de France odum suner les graisles; 
35 se Caries vient, de nus i avrat perte. 

se RoUanz vit, nostre guerre novellet, 

perdud avuns Espaigne nostre terre'. 

tel quatre cent s'en asemblent a helmes 

e des meUlurs ki el camp quient estre, 
40 a Reliant rendent un estur fort e pesme: 

or ad li quens eudreit sei sez que faire. Aoi. 
Li quens RoUanz quant il les veit venir, 

tant se fait forz e fiers e maneviz, 

ne lur lerrat tant cum il serat vifs. 



28 host. 30 bruient] sunent; cf. Fdrsier p. 176. 
36 novelet. 39 puent estre M. 41 asez Ms. 
mult M. 44 nés recrerrat M. 

3* 



39 



Xle SIECLE. 



40 



siet el cheval qu'um claimet Veillantif, 
brochet le bien des esperuns d'or fin, 
en la grant presse les vait tuz envaïr, 
ensembl' od lui l'arcevesques Turpins. 
dist l'uns al altre *ça vus traiez, amis! 
de cels de France les corns avuns oït; 
Caries repairet li reis poësteïfs.' 

Li quens Rollauz unkes n'amat cuard 
ne orguillus ne hume de maie part 
ne chevalier, s'il ne fust bons vassals. 
e l'arcevesque Turpin en apelat: 
'sire, a pied estes, e jo sui a ceval; 
pur vostre amur ici prendrai estai, 
ensemble avruns e le bien e le mal, 
ne vus lerrai pur nul hume de car; 
encui rendrunt a paiens cest asalt 
li colp d'Almace e cil de Durendal.' 
dist l'arcevesques 'fel seit ki [ben] n'i ferrât. 
Caries repairet ki bien nus vengerat.' 

Dïent paien 'si mare fumes net! 
cum pesmes jurz nus est hoi ajurnez! 
perdut avum noz seignurs e noz pers. 
Caries repairet od sa grant est, li ber, 
de cels de France odum les graisles clers, 
grant est la noise de Munjoie es crier. 
li quens Rollauz est de tant grant fiertet, 
ja n'iert vencuz pur nul hume carnel; 
lançuns a lui, puis sil laissums ester.' 
e il si firent darz e wigres assez, 
espiez e lances [e] museraz enpennez; 
l'escut Rollaut unt frait e estrbët 
e Sun osberc rumput e desmailet, 
mais enz el cors nel unt mie adeset; 
Veillantif unt en trente lius nafret, 
desuz le cunte si li unt mort getet. 
paien s'en fuient, puis sil laissent ester; 
li quens RoUanz a pied i est remés. Aoi. 

Paien s'en fuient curuçus e iriet, 
envers Espaigne tendent del espleitier. 
li quens Rollanz nés ad dunt encalcier, 
perdut i ad Veillantif sun destrier : 
voeillet o nun, remés i est a piet. 
al arcevesque Turpin alat aidier, 
sun elme ad or li deslaçat del chief, 
si li tolit le blanc osberc legier, 

1 qu'hum M. 23 host M. 29 firent: darz M. 
30 lances museraz M. 32 desafret M. à cause 
de tassonance. 35 11 Fôrstei-'] l'i M. 



e sun blialt li ad tut detrenchiet, 

e ses granz plaies des pans li ad lïet, 

cuntre sun piz puis si l'ad enbraciet, 

sur l'erbe vert puis l'at suëf culchiet; 
5 mult dulcement li ad Rollanz preiet: 

'e, gentilz hum, car me dunez cungiet! 

noz cumpaignuns, que oûmes tant chiers, 

or sunt il mort, nés i devuns laissier; 

joes voeill aler e querre e entercier, 
10 dedevant vus' juster e enrengier.' 

dist l'arcevesques 'alez e repairiez. 

cist camps est vostre, la mercit deu, e miens.' 
Rollanz s'en turnet, par le camp vait tut suis, 

cercet les vais e si cercet les munz ; 
15 iloec truvat e Ivorie et Ivun, 

truvat Gerin, Gerier sun cumpaignun, 

iloec truvat Engelier le Guascuign 

e si truvat Berengier e Otun, 

iloec truvat Anseïs e Sansun, 
20 truvat Gérard le vieill de Russillun: 

par un e un les ad pris les baruns, 

al arcevesque en est venuz atut, 

sis mist en reng dedevant ses genuilz. 

li arcevesques ne poet muer n'en plurt, 
2b lievet sa main, fait sa beneïçun; 

après ad dit 'mare fustes, seignur! 

tûtes voz anmes ait deus li glorïus! 

en pareïs les mete en saintes flurs! 

la meie mort me rent si anguissus, 
30 ja ne verrai le riche empereur.' 

Rollanz s'en turnet, le camp vait recercier; 

desuz un pin e foillut e ramier 

sun cumpaignun ad truvet Olivier, 

cuntre sun piz estreit l'ad enbraciet. 
35 si cum il poet al arcevesque en vient, 

sur un escut l'ad as altres culchiet; 

e l'arcevesques l'ad asols e seigniet. 

idunc agrieget li doels e la pitiet. 

ço dit Rollanz 'bels cumpainz Olivier, 
40 vus fustes filz al bon cunte Reinier, 

ki tint la marche iusqu'al val de Riviers: 

por hanstes fraindre, pur escuz peceier 

e pur osberc derumpre e desmaillier, 



45 2 liet M. noté] butet M$. l nos cumpaignum 
M., cf. Fôrster p. 176. 21 i ad 31. 28 metet. 
32 mangue; rétabli diaprés Ven. 38 agreget. 

40 al riche duc M. 43 manque; rétabli d'après 
Ven. 



41 



CHANSON DE ROLAND. 



42 



pur orguillus e veintre e esmaier 
e pur pruzdumes tenir e conseillier 
[e pur glutuns e veintre e esmaier] 
en nule terre n'out meillur chevalier.' 

Li quens RoUanz, quant il veit morz ses pers 
e Olivier, qu'il tant poeit amer, 
teudrur en out, cumencet a plurer, 
en Sun visage fut mult desciilurez. 
si grant doel out que mais ne pout ester, 
voeillet o nun, a terre chiet pasmez. 
dist l'arcevesques 'tant mare fustes, ber.' 

Li arcevesques quant vit pasmer Rollant, 
dune out tel doel, unkes mais n'out si grant: 
tendit sa main, si ad pris l'olifan. 
en Rencesvals ad une ewe curant; 
aler i volt, si'n durrat a Rollant. 
tant s'esforçat qu'il se mist en estant, 
sun petit pas s'en turnet cancelant, 
il est si fiebles qu'il ne poet en avant, 
nen ad vertut, trop ad perdut del sanc. 
ainz qu' um alast un sul arpent de camp, 
fait li li coers, si est chaeiz avant: 
la sue mort le vait mult anguissant. 

Li quens Rollanz revient de pasmeisuns, 
sur piez se drecet, mais il ad grant dulur; 
guardet aval e si guardet amunt: 
sur l'erbe vert, ultre ses cumpaignuns, 
la veit gésir le nobilie barun, 
ço est l'arcevesques que deus mist en sun num; 
claimet sa culpe, si reguardet amunt, 
cuntre le ciel amsdous ses mains ad juint, 
si prïet deu que pareïs li duinst. 
morz est Turpins li guerreiers Charlun. 
par granz batailles e par mult bels sermuns 
cuntre paiens fut tuz tens campïuns. 
deus li otreit seinte beneïçun! Aoi. 

Quant Rollanz vit l'arcevesque qu'est morz, 
senz Olivier une mais n'out si grant dol, 
e dist un mot qui destrenche le cor : 
'Caries de France chevalche cum il pot; 
en Rencesvals damage i at des noz: 
li reis Marsilies ad tant perdut de s'ost, 
cuntre un des noz ad bien quarante morz.' 



Li quens Rollanz veit l'arcevesque a terre, 
defors sun cors veit gésir la buëlle, 
desuz le frunt li buillit la cervelle, 
desur sun piz, entre les dous furcelles, 

5 cruisiedes ad ses blanches mains, les belles, 
forment le plaint a la lei de sa terre, 
'e, gentilz hum, chevaliers de bon aire, 
hoi te cumant al glorïus céleste: 
ja mais n'ert hum plus volentiers le serve. 

10 des les apostles ne fut une tel prophète 
pur lei tenir e pur humes atraire. 
ja la vostre anme nen ait doel ne sufraite! 
de pareïs li seit la porte uverte ! ' 
Ço sent Rollanz que la mort li est près, 

15 par les oreilles fors li ist li cervels; 
de ses pers prïet damnedeu ques apelt 
e pois de sei a l'angle Gabriel, 
prist l'olifan, que reproce n'en ait, 
e Durendal s'espee en l'altre main. 

20 plus qu'arbaleste ne poet traire un quarrel 
devers Espaigne en vait en un guarait, 
en sum un tertre, desuz dous arbres bels, 
quatre perruns i ad de marbre faiz: 
sur l'erbe vert la est caeiz envers, 

25 si s'est pasmez, kar la mort li est près. 
Hait sunt li pui e mult hait sunt li arbre, 
quatre perruns i ad luisanz de marbre ; 
sur l'erbe vert li quens Rollanz se pasmet. 
uns Sarrazins tute veie l'esguardet, 

30 si se feinst mort, si gist entre les altres, 
del sanc luat sun cors e sun visage, 
met sei en piez e de curre se hastet: 
bels fut e forz e de grant vasselage, 
par sun orguill cumencet mortel rage, 

35 Rollant saisit e sun cors e ses armes, 
e dist un mot 'vencuz est li niés Carie; 
iceste espee porterai en Arabie.' 
prist l'a ses poinz, Rollant tirad sa barbe; 
en cel tirer li quens s'aperçut alques. 

40 Ço sent Rollanz que s'espee li toit, 
uvrit les oilz, si li ad dit un mot: 
'mien escïentre tu n'iés mie des noz.' 
tient l'olifan, que unkes perdre ne volt, 
sil fiert en l'elme ki gemmez fut a or. 



n manque: rétabli d'après Ven. 20 n'en. 

21 qu'hum. 37—43 rétabli d'après Ven. l'arci- 
vesqz mort. 38 une] mie. 39 destrençe II 

cort. 41 ait des not. 42 a sa iat perdu 

desot. 43 ad manque mort. 



10 tels M. 21 guaret. 24 28 l'herbe M. 3S 
manque: rétabli d'après Ven. prist ella in ses pung 
a R, 44 l'helme M. 



43 



XI<^ SIECLE. 



4i 



fruisset l'acier e la teste e les os, 
amsdous les oilz del chief li ad mis fors, 
jus a ses piez si l'ad tresturnet mort, 
après li dit 'culvert, cum fus si os 
que me saisis ne a dreit ne a tort? 
ne l'orrat hum ne t'en tienget pur fol. 
fenduz en est mis olifans el gros, 
cadeiz en est li cristals e li ors.' 

Ço sent RoUanz la vëue a perdue, 
met sei sur piez, quanqu'il poet s'esvertûet; 
en sun visage sa culur ad perdue, 
tint Durendal s'espee tute nue. 
dedevaut lui ad une pierre brune: 
dis colps i fiert par doel e par rancune, 
cruist li aciers, ne fraint ne ne s'esgrunet. 
e dist li quens 'sancte Marie, aïue! 
e, Durendal, bone si mare fustes! 
quant jo n'ai prud, de vus nea ai mais cure! 
tantes batailles en camp en ai vencues 
c tantes terres larges escumbatues, 
que Caries tient, ki la barbe ad canue. 
ne vos ait hum ki pur altre s'en fuiet! 
mult bons vassals vus ad lung tens tenue, 
jamais n'iert tels en France la solue.' 

Rollanz ferit el perrun de sartaignie; 
cruist li aciers ne briset ne u'esgraniet. 
quant il ço vit que n'en pout mie fraindre, 
a sei meïsme la cumencet a plaindre, 
'e, Durendal, cum iés e clere e blanche! 
cuntre soleill si reluis e reflambes! 
Caries esteit es vais de Morïanie, 
quaut deus del ciel li mandat par sun angle 
qu'il te dunast a un cunte cataigne; 
dune la me ceinst li gentilz reis, li magnes, 
jo l'en cunquis e Anjou e Bretaigne, 
si l'en cunquis e Peitou e le Maine, 
jo l'en cunquis Normendie la franche, 
si l'en cunquis Provence e Equitaigne 
e Lumbardie e trestute Romaine, 
jo l'en cunquis Baiviere e tute Flandres 
e Buguerie e trestute Puillanie, 
Custentinnoble dunt il out la fiance, 
e en Saisunie fait il ço qu'il demandet; 
jo l'en cunquis Guales Escoce Islande 



12 mangue: rétabli d'après Vei>. 18 mais] 

meins. 25 Sartaigne. 20 csgrainet. 31 

Morianc. 38 Aquitaigne. 44 Irlande. 



e Engleterre, que il tient a sa cambre; 
cunquis l'en ai pais e terres tantes 
que Caries tient, ki ad la barbe blanche, 
pur ceste espee ai dulur e pesance: 
5 miez voeill mûrir qu'entre paiens remaigne. 
damnes deus père, n'en laissier hunir France!' 

Rollanz ferit en une pierre bise; 
plus en abat que'jo ne vus sai dire, 
l'espee cruist, ne fruisset ne ne brise, 

10 cuntre le ciel amunt est resortie. 

quant veit li quens que ne la fraindrat mie, 
mult dulcement la plainst a sei meïsme : 
'e, Durendal, cum iés belle e saintisme! 
en l'orie punt asez i ad reliques: 

15 la dent saint Pierre e del sanc saint Basilie 
e des chevels mun seignur saint Denisie, 
del vestement i ad sainte Marie, 
il nen est dreiz que paien te baillisent, 
de chrestïens devez estre servie. 

20 ne vus ait hum ki facet cuardie ! 

mult larges terres de vus avrai cunquises 
que Caries tient, ki la barbe ad flurie; 
li empereres en est e ber e riches.' 
Ço sent Rollanz que la mort le tresprent, 

25 devers la teste sur le quer li descent; 
desuz un pin i est alez curant, 
sur l'erbe vert s'i est culchiez adenz. 
desuz lui met s'espee e l'olifant, 
turnat sa teste vers la paiene gent: 

30 pur ço l'at fait que il voelt veirement 
que Caries dïet e trestute sa gent, 
li gentilz quens qu'il fut morz cunquerant. 
claimet sa culpe e menut e suvent, 
pur ses pecchiez deu purofrid lu guant. Aoi. 

35 Ço sent Rollanz de sun tens n'i ad plus, 
devers Espaigne gist en un pui agut; 
a l'une main si ad sun piz batud: 
'deus, meie culpe vers les tues vertuz 
de mes pecchiez, des granz e des menuz, 

40 que jo ai fait des l'ure que nez fui 
tresqu'a cest jur que ci sui consoùz.' 
sun destre guant en ad vers deu tend ut; 
angle del ciel i descendent a lui. Aoi. 
Li quens Rollanz se jut desuz un pin, 

45 envers Espaigne en ad turnet sun vis, 
de plusurs choses a remembrer li prist: 
de tantes terres cume li bers cuuquist, 
de dulce France, des humes de sun lign, 



45 



VOYAGE DE CHARLEMAGNE A JERUSALEM ET A CONSTANTINOPLE. 



46 



de Carlemagne, suu seignur, kil nurrit. 
ne poet muer n'en plurt e ne suspirt. 
mais lui meïsme ne volt mètre en ubli, 
claimet sa culpe, si prïet deu mercit: 
'veire paterne, ki unkes ne mentis, 
saint Lazarun de mort resurrexis 
e Daniel des lïuns guaresis, 
guaris de mei l'anme de tuz perilz 
pur les pecchiez que en ma vie fis.' 



Sun destre guant a deu en purofrit, 
sainz Gabrïels de sa main H ad pris, 
desur sun braz teueit le chief enclin, 
juintes ses mains est alez a sa fin. 
5 deus li tramist sun angle chérubin 
e saint Michiel de la mer del péril, 
ensemble od els sainz Gabrïels i vint: 
l'anme del cunte portent en pareis. 



VOYAGE DE CHARLEMAGNE A JÉRUSALEM ET A CONSTANTINOPLE. 

Karls des Grossen Reîse nach Jérusalem und Constantinope/, herausgegeben von E. Koschwitz, 
2. Auflage, Heilbronn 1883, p. 25-37, v. 435— 628. 



Franceis sont en la chambre, si ont veut les liz. 
chascuns des doze pers i at ja le soen pris, 
li reis Hugue li Forz lor fait porter le vin. 
sages fut e membrez e pleins de mal et viz; 
en la chambre volue, en un perrun marbrin, 
qui fut desoz chavez, s'i at un home mis. 
tote la nuit les guardet par un pertuis petit, 
et li carboncles art, bien i poet hoen veïr, 
corne en mai en estet quant soleilz esclarcist. 
li reis Hugue li Forz a sa moillier en vint, 
e Charles e Franceis se colchent a leisir. 
des ore gaberont li conte e li marchis. 

Franceis sont en la chambre, si ont bëut 
claret, 
e dist li uns a l'altre *veez com grant beltet! 
veez com gent palais e com fort richetet! 
ploûst al rei de glorie, de sainte majestet, 
Charlemaignes, mis sire, l'oiist ore achatet 
conquis par ses armes en batalie champel!'.. 
e dist lor Charlemaignes 'bien dei avant gaber. 
li reis Hugue li Forz nen at nul bacheler 
de tote sa maisniee, tant seit forz e membrez, 
ait vestut dous halbers e dous helmes fermez, 
si seit sor un destrier corant e sojornet ; 
li reis me prest s'espee al poin d'or adobet, 
si ferrai sor les helmes ou il ierent plus cler, 
trencherai les halbers e les helmes gemmez, 
le feltre avoec la sele del destrier sojornet. 
le brant ferrai en terre: se jo le lais aler, 



13 maie viz: corrigé par Mussajla. \ 30 n'en. 
38 tere. 



10 nen iert mais receuz par nul home charnel 

tresqu'il seit pleine hanste de terre desterrez.' 

'par deu', ço dist l'escolte, 'forz estes e membrez- 

que fols fist li reis Hugue, quant vos prestat 

ostel! 

15 se anuit mais vos oi de folie parler, 
al matin par son l'albe vos ferai congeer.' 

E dist li emperere 'gabez, bels niés Rolianz!' 
'volentiers', dist il, 'sire, tôt al vostre cornant, 
dites al rei Hugon, me prest son olifant, 

■20 puis si m'en irai jo la defors eu cel plain. 
tant par iert forz m'aleine e li venz si bruianz, 
qu'en tote la citet, qui si est ami)le e granz, 
n'i remaindrat ja porte ne postiz en estant, 
de cuivre ne d'acier, tant seit forz ne pesanz, 

25 l'uns ne fierget a l'altre par le vent qu'iert 
bruianz. 
molt iert forz li reis Hugue, s'il se met en 

avant, 
ne perdet de la barbe les gernons en bruslant 

30 e les granz pels de martre qu'at al col en 
tornant, 
le peliçon d'ermine del dos en reversant.' 
'par deu', ço dist l'escolte, 'ci at mal gabement. 
que fols fist li reis Hugue qu'il herberjat tel 

3ô gent.' 



2 saint Gabriel 21. li manque: Millier il. G de 
la mer Ven.'\ manque; e avoec lui saint michiel 
del Péril il/. 10 n'en, r etr aiz i^orsie?] receuz /iT.; 
ja nen ert mes receuz Ms. 11 tere desterez. 

18 volunteres sire Ms, 32 ermine F, ermiû 
Ms. 



47 Xle SIECLE. 48 

'Gabez, sire Oliviers', dist Rollanz li corteis. veez vos celé estache qui le palais soztient 
'volentiers' , dist li coens, 'mais que Charles que hui matin veïstes si menut torneiier? 

l'otreit. demain la me verrez par vertut embracier: 

prenget li reis sa fille qui tant at bloi le peil, nen iert tant forz l'estache, ne l'estoecet brisier 
en sa chambre nos metet en un lit en requeit; 5 et le palais verser vers terre et tresbuchier; 
si je n'ai testimoigne de li anuit cent feiz, qui la iert consëuz, ja guarantiz nen iert. 

demain perde la teste, par covent li otrei.' molt iert fols li reis Hugue, s'il ne se vait 

'par deu', ço dist l'escolte, 'vos recrerrez anceis. mucier.' 

grant hontage avez dit ; mais quel sachet li reis, 'par deu', ço dist l'escolte, *cist hoen est enragiez ! 
en trestote sa vie mais ne vos amereit.' lO onques deus ne vos doinst cel gab a comencierl 

'E vos, sire arcevesques, gaberez vos od que fols fist li reis Hugue qui vos at herbergiet,' 

nos V ' E dist li emperere 'gabez, Naimes li dus.' 

'oïl', ço dist Turpins, 'par le comant Charlon. 'volontiers', dist li ber, qu'at tôt le peil chanut. 
treis des meillors destriers qui en sa citet sont 'dites al rei Hugon, prest mei son halberc brun, 
prenget li reis demain, si'n lacet faire un cors lô demain, quant jo l'avrai endosset e vestut . . . 
la defors en cel plain. quant mielz s'eslais- le me verrez escorre par force a tel vertut, 

seront, n'iert tant forz li halbers d'acier ne blanc ne 

jo i vendrai sor destre corant par tel vigor brun, 

ke me serrai al tierz et si lairai les dous; que n'en chieent les mailles ensement com 

e tendrai quatre pomes molt grosses en mon 20 festuz.' 

poin, 'par deu', ço dist l'escolte, 'vielz estes e chanuz. 

sis irai estruant et getant contremont. tôt avez le peil blanc, molt avez les ners durs.' 

e larrai les destriers aler a lor bandon : E dist li emperere 'gabez, danz Berengiers !' 

se pome m'en eschapet ne altre en chiet del 'volentiers', dist li coens, 'quant vos le m'otreiiez. 

poin, 25 prenget li reis espees de toz les chevaliers, 

Charlemaignes mis sire me criet les oilz del front.' facet les enterrer entresqu'as helz d'or mier, 
'par deu', ço dist l'escolte, 'cist gas est bels ke les pointes en seient contremont vers le 

e bons: ciel; 

n'i at hontage nul vers le rei, mon seignor.' en la plus halte tor m'en monterai a piet 
Dist Guillelmes d'Orenge 'seignors, or 30 e puis sor les espees m'en larrai derochier: 

gaberai. la verrez branz croissir e espees brisier, 

veez celé pelote, onc graignor ne vi mais : e l'un acier a l'altre depecier e oschier. 

entre or fin e argent guardez combien i at ! ja ne troverez une ki m'ait en charn tochiet 
mainte feiz i out mis trente homes en essai, ne le cuir entamet ne en parfont plaiiet.' 
ne la pourent muer: tant fut pesanz li fais. 35 'par deu', ço dist l'escolte, 'cist hoen est 
a une sole main par matin la prendrai, enragiez, 

puis la larrai aler très parmi cel palais, se icel gab demostret, de fer est d'acier.' 

mais de quarante teises del mur en abatrai.' E dist li emperere 'sire Bernarz, gabez!' 

'par deu', ço dist l'escolte, 'ja ne vos en crerrai. 'volentiers', dist li coens, 'quant vos le co- 
trestoz seit fel li reis, s'essaiier ne vos fait! 40 mandez, 

ainz ke seiiez chalciez, le matin li dirai.' veïstes la grant eve qui si bruit a cel guet? 

E dist li emperere 'or gaberat Ogiers, demain la ferai tote eissir de son chanel, 

li dus de Danemarche, qui tant poet travaillier.' espandre par cez chans ke vos tuit le verrez, 
'volentiers', dist li ber, 'tôt al vostre congiet. toz les celiers emplir qui sont en la citet, 

45 la gent le rei Hugon e moillier e guaër, 

en la plus halte tor lui meïsme monter: 
2 que manque: mais Carlem le otreit Ms. l . , , j^-i-i, • 3 l ■< 

ço] le Ms. 9 que il Ms. 18 io uenderai J^ °'en descendrat il, si 1 avrai comandet. 
Ms. 34 i sunt Ms. 41 li] le Ms. 37 si il cel Ms. 47 il manque Ms; K mais. 



49 



LOIS DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT. 



50 



'par deu', ço distl'escolte, "cist hoen est forsenez. 
que fols iist li reis Hugue qui vos prestat osteL 
le matin par son l'albe serez tuit congeet', 

E dist li coens Bertrans 'or gaberat mis oncles !' 
'volentiers, par ma feit', dist Ernalz de Gironde, 
'or prenget li reis Hugue de plom quatre granz 

somes, 
sis facet en chaldieres totes ensemble fondre, 
e prenget une cuve qui seit grande et parfonde ; 
si la facet raser desi queas espondes, 
puis me serrai enmi treske la basse none: 
quant li pions iert toz pris e rassises les ondes, 
com il iert bien serez, donc me verrez escorre 
e le plom départir e desor mei desrompre: 
n'en i remaindrat ja pesant une eschaloigne.' 
'ci at merveillos gab', ço at dit li escolte. 
'onc de si dure charn n'oï parler sor home; 
de fer est o d'acier, se icest gab demostret.' 

Ço dist li emperere 'gabez, sire Aïmers!' 
'volentiers', dist li coens, 'quant vos lecomandez. 
encore ai un chapel d'Alemande, engolet 
d'un grant peisson marage, qui futfaiz desor iner; 
quant l'avrai en mon chief vestut e afublet, 
demain quant li reis Hugue serrât a son disner, 
mangerai son peisson e bevrai son claret; 
puis vendrai par detrés, dorrai lui un colp tel 
que devant sor sa table le ferai encliner. 
la verrez barbes traire e gernons si peler!' 
'par deu', ço dist l'escolte, 'cist hoen est 

forsenez ! 
que fols fist li reis Hugue ki vos prestat ostel.' 

'Gabez, sire Bertrans', li emperere at dit. 
'volentiers', dist li coens, 'tôt al vostre plaisir, 
dous escuz forz e reiz m'enpruntez le matin, 
puis m'en irai la fors en son cel pui antif: 
la verrez les m'ensemble par tel vertut ferir 
e voler contremout, si m'escrïerai si 



que en quatre loëes environ le pais 
ne remaindrat eu bois cers ne dains a fuïr, 
nule bisse salvage ne chevroels ne golpilz.' 
'par deu', ço dist l'escolte, 'mal gabement at ci. 

b quant le savrat li reis, grains en iert e marriz.' 

'Gabez, sire Gerins', dist l'emperere Charles. 

'volentiers', dist H coens: 'demain vëaut les 

altres 
un espiet fort e reit m'aportez en la place, 

10 qui granz seit e pesanz, uns vilains i ait charge, 
la hanste de pomier, de fer i ait une aine; 
en somet celé tor, sor cel piler de marbre, 
me colchiez dous deniers, ke li uns seit sor 
l'altre ; 

15 puis m'en eistrai en sus demie liue large, 
si me verrez lancier, se vos en prenez guarde, 
tresqu' al piet de la tor le un denier abatre 
si soëf e serit, ja nés movrat li altre. 
puis serai si legiers e isnels e aates 

20 que m'en vendrai corant parmi l'uis de la sale, 
et reprendrai l'espiet, ainz qu'a terre s'abaisset.' 
'par deu', ço dist l'escolte, 'cist gas valt treis 

des altres; 
vers mon seignor le rei n'i at giens de hontage.' 

25 Quant li conte ont gabet, si se sont endormit 
l'escolte ist de la chambre, qui trestot at oït; 
vint a l'ois de la chambre ou li reis Hugue gist, 
entrovert l'at trovet, si'n est venuz al lit. 
l'emperere le vit, hastivement li dist 

30 'Di, va! que font Franceis et Charles al fier vis? 
oïstes les parler s'il remaindront ami?' 
'par deu', ço dist l'escolte, 'onc ne lor en 

sovint; 
assez vos ont anuit gabet et escharnit.' 

35 toz les gas li contât, quant que il en oït. 
quant l'entent li reis Hugue, grains en fut e 
marriz. 



LOIS DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT. 



75 ss. 
Fôrster 



Die Gesetze der Angelsachsën herausgegeben von Reinhold Sckmid. 1ère édition, Leipzig 1832, jd. 1 
2e édition, Leipzig 1858, p. 324 ss. On s'est servi des variantes rapportées par l'éditeur. Cf. F 
dans Zeitschrift fur rom. Philol. 6, 414 ss. 

3. Cost est la custume en Merchenelahe : un jur de querre le; e s'il le pot truver de- 

se alquens est apeled de larreciu u de roberie, denz le terme, sil merra a la justice; e s'il 

e il seit plevi de venir a justice, e il s'en fuie 4o nel pot truver, si jurrad sei dudzime main que 

dedenz sun plege, si averad terme un meis e 

17 lu un Ms,, e l'un K. 18 nés muera Jis. 
18 sicest J/s., se il cest K. 22 sur en Ms., nés muërat l'altre K. 21 tere Ms. 25 se Fôrster, 
oltre K. s'en Ms. 

Bartsch, Chrestomathie, VI. Éd. 4 



51 XP SIECLE. 52 

al hure qu'il le plevi larrun nel sout ne par solz, e le surplus les parenz e les orphanins 
lui s'eut est fuïd ne aveir nel pot. Dune rendrad partent entre els. en la were purra il rendre 
le chatel, dun il est restez, e xx solz pur la chival ki ad la coille pur xx solz, e tor pur 
teste e iiii den. al ceper e une maille pur la x solz e ver pur v solz. 
besche e xl solz al rei. E en Westsexenelahe 5 10. Si home fait plaie a altre e il deive 
cent solz, xx sol, al clamif pur la teste, e faire les amendes, primereinement li rende sun 
nu lib. al rei. En Denelahe vii lib. le for- lecbeof; e li plaiez jurrad sur seinz que pur 
feit, les XX solz pur la teste, les viii lib. al meins nel pot feire ne pur haiir si chier nel 
rei. E s'il pot dedenz un an e un jur truver fist. De sarbote, ceo est de la dulur: si la 
le larrun e amener a justice , si li rendra cil lo plaie lui vient el vis en descuvert, al polz tute- 
les vint solz kis avrat oût, e si'n ert feite la veies viii den., u en la teste u en auter liu u 
justice del larrun. ele seit ouverte, al polz tuteveies iv den.; e de 

4. Cil ki prendra larrun senz siwte e senz tanz os cum home Irarad de la plaie, al os 
cri, que cil en feïst a ki il avrad le damage fait, tote veie iv den. Pois al acordement, si li 
e vienge pois après, si est raisun qu'il duinse is mettrad avant honurs e jurrad que s'il li oiist 
X solz de hengwite, e si'n face la justise a la fait ceo qu'il lui ad fait, e sun quor li pur- 
primereine devise, e s'il passe la devise senz le portast e s'un cunseil li dunast, prendreit de 
cunged a la justise, si est forfeit de xl solz. lui ceo que offert ad a lui. 

5. Cil ki aveir escut u chivalz u buefs u 11. Si ceo avient que alquens colpe le puing 
vaches u berbiz u porcs , que est forfeng en 20 a altre u le pied, si li rendrad demi were, su- 
engleis apeled, cil kis claimed durrad al pro- lune ceo qu'il est nez. Del pochier li rendrad 
vost pur l'escussïun viii den., ja tant n'i ait, la meité de la main; del dei après le polcier xv 
meis qu'il i oiist cent al maille, ne durrad que solz de solz engleis, que est apeled quaer de- 
viu den., e pur un porc i den., e pur un ber- nier; del lung dei xv solz; del altre ki por- 
biz I den., e issi tresque a uit pur chascune 25 ted l'anel xvii solz; del petit dei v solz; del 
I den., ne ja tant n'i avrad, ne durrad que ungle, si le colped de la charn, v solz de 
oit den. E durrad wage e truverad plege, que solz engleis; al ungle del petit dei un den. 

si altre veinged aprof dedenz l'an e le jur pur 12. Cil ki altri espouse purgist, si forfait 

l'aveir demander, qu'il ait a dreit en la curt sun were vers sun seinur. 

celui ki l'aveit escus. 30 13. Altresi ki faus jugement fait pert sa 

6. Altresi de aveir adiré e altresi de tru- were, s'il ne pot prover sor seinz, que melz 
vëure, seit mustred de trois parz del visned, nel sout juger. 

qu'il ait testimonie de la truvëure. e si al- 14. Si home apeled altre de larrecin et il 
quens vienged apref pur clamer la cose, duinst seit francz home e il ait oùd ça'n erere testi- 
■wage e truist plege, qui si alter claimid l'aveir 35 monie de lealted, se escundirad par plein ser- 
dedenz l'an e un jur, qu'il l'ait a dreit en la ment, e ki blasmed unt ested, se escundirunt 
curt celui ki l'averat truved. par serment numed, ceo est a saveir par qua- 

7. Si home ocist alter e il seit cunuissant torze humes leals par num, s'il les pot aver, 
e il deive faire les amendes, durrad de sa si s'en escundirad sei dudzime main, e si il 
manbote al seinur pur le franc hume x solz, 40 aveir nés pot, si s'en défende par juïse, e li 
e pur le serf xx solz. apelëur jurra sur lui par set humes numez sei 

8. La were del thein xx lib. in Merchene- siste main, que pur halir nel fait ne pur altre 
lahe, XXV lib. in Westsexenelahe; la were del chose, se pur sun dreit nun purchaser. 
vilain c solz en Merchenelahe é ensement en 15. E si alcons est apelez de muster fruisser 
Westsexenelahe. 45 u de chambre, e il n'ait ested en arere blas- 

9. De la were primereinement rendrad l'om 

del hamsochne a la vedue e as orphanins x 34 o^^ ^^ ^erre, ondea verre, caverere selon 

14 en feïst Fôrsier] en leist. les éditions; corrigé par M. Forster. 



53 LES PSAUMES. 54 

med, s'en escundisse par xiiii humes leals nu- mez sei trentesîste main. E s'il aveir nés pot, 

mez sei dudzime main. E s'il ait altre fïede ait a la juïse a treis dublez, si cum il deUst 

ested blasmed, s'en escundisse a treis dubles, a treis duble serment, e s'il ad larrecin ça en 

ceo est a saveir par xlviii leals humes nu- arere amended, ait ad ewe. 



ANCIENNE TRADUCTION DES PSAUMES. 

Libri Psalmorum versto antiqiia Gallica edidit Fr. Michel, Oxonii 1860, p. 1. 34. 23'J — 241. Donné 
ici diaprés une copie de M. Varnhagen. Les accents existent dans le ms, 

PSALMUS I. 5 sun temple tûit dirrûnt gl6rie. 9. Li sire di- 

1. Beneurez li huem chi ne alat el conseil lùvie fait enhabitér, e serrât li sire reis en 
des feluns, e en la veie des peccheurs ne stôut, parmanabletét. 10. Li sire vertut dunrat a 
e en la chaére de pestilence ne sist; 2. Mais sun pôple, li sire beneisterat â sun pôple 
en la lei de nostre scignur la voluntét de lui, en pais. 
e en la sue lei purpenserât par ji'irn é par lo 

niiit. 3. Et iert ensemeut cume le fust quéd CANTICUM HABACCUC. 

est plantét dejuste les decùrs des éwes, chi l. Sire, je oi la tiie oiânce e criens. 2. Sire, 
dunrât sun frut en sun tens. 4. Et sa fûille la tùe ovre, en milliu d'ans vivifie li. 3. El 
ne decurrât, e tûtes les coses que il unques milliu d'ans coneùd feras; cum tu iriez seras, 
ferât seri'int fait prôspres. 5. Nient eissi li 15 de miséricorde recorderas. 4. Deus del soléire 
felun, nient eissi: mais ensement cume la pul- vendra, é li sâinz del mont Faran; 5. Covrit 
dre que li venz getet de la face de terre, les ciels la glôrie de li, é dé sa loénge pléinne 
6. Empurice ne resurdent li felun en juise, ne est la terre. 6. La splendtTr de lui sicume lu- 
li pécheur el conseil des dreituriers. 7. Kar miére serdd, cornes en ses mains. 7. Ilùec 
nostre sire cunûist la véie des justes é le eire 20 repôste est la fortéce de lui, devant sa face 
des felùns perirât. irâd la mort. 8. E istrâd li diables devant 

les piéz de lui. Estùt é mesurâd la terre. 
PSALMUS XXVIIL 9 Esguardâ e desliâd lés génz; é detriblé sunt 

1. Aportéz al segnur, filz deu, aportez al li mont del siècle. 10. Encurvé sùnt li tertre 
segnur les filz des multùns. 2. Aportéz al 25 del mont, des éires de la parmanabletéd de 
segnur glôrie é honur, aportéz al segnur glôrie lui. 11. Pur felunie je vi les herbérges d'Ethiô- 
al sun num, aorez le segnur en sun saint pie, serùnt turbédes les péls de la terre de 
âitre. 3. La vôiz al segnur sur les éves, deus Madiân. 12. Que dune en fiûms es tu iriez, 
de raajestét entunât, li sire sur mùltes éves. sire? ù en flùms la tùe fuirùr? ù en mér la 
4. La vôiz del segnur en vertùt, la vôiz del 30 tùe indignaciùn? 13. Chi munterâs sur tes 
segnur en grandéce. 5. La vôiz del segnur cavals, e li tùen car salvaciùn. 14. Esdre^anz 
frainânz les cèdres, é frainderât li sire les ce- esdrecerâs tun arc, les sereménz as lignédes 
dres Libani. 6. E sis amenuiserât ensement les quels tu parlas. 15. Les flûez de terre tu 
cum le védel Libani, é amez est sicum le filz descirerâs; virent é dolùrent li mont; li giirz 
des unicôrnes. 7. La vôiz del segnur entre- 35 des éwes trespassâd. 16. Dunâd li abysme sa 
trençant la flamme de fu, la vôiz del segnur vôiz, altéce ses mains levâd. 17. Li soléilz e 
croUant le désert, é commuverât li sire le de- la lune estùrent en lur habitacle, en la lumière 
sert Cadés. 8. La vôiz del segnur aprestânt de tés saiéttes irùnt, en la splendûr de la tùe 
les cérs, é descuverrât les espeisséces: é el fuildrânte hânste. 18. En frémissement de- 

calcherâs la terre, en fuirùr esbairâs les génz. 
7 e] Ms. & et de même plusieurs fois dans le 
premier psaume. 34 l. vedél. 12 l. 6'\. 13 oiire Ms. 16 courit Ms, 

4* 



55 Xlle SIECLE. 56 

19. Eissuz ies a la salùd de tùn pôple, en 6s, é desuz méi ésbuillissed. 26. Pur ce que je 
salùd 6t tun Crist. 20. Tu feri's le chief de la me repose el jiir de tribulaciùn, é que je mtinte 
maisûn de felûn, dénudas le fundamént desque al nôstre acéint pôple. 27. Lé fier acértes né 
al c61. 21. Tù maldisis as sceptres de lui, les flurirâd, é ne sera germe es vignes. 28. Men- 
chies de ses cumbatedùrs , as venânz sicume 5 tirâd l'ovre del olive, é 11 camp né aportenint 
estùrbeillùn a depérdre méi. 22. L'esjoisse- viande. 29, Sera trenchie del berzil béste, é ne 
ment d'éls, sicume de celui chi dévore le pôvre serâd arment es créées. 30. Je acértes el segnor 
en repostâille. 23. Véie fesîs en la mér â tes esjorrâi é m'esledecerâi en déu le mien salvedûr. 
cavàls, eu palùd dé mdltes éwes. 24. Je 6i, é 31. Deus li sire la méie fortéce, é poserâd mes 
conturbéz est li miens ventre; de véiz tremblé- lo piéz sicume de cérs. 32. E sur les méies haï- 
rent mes lèvres. 25. Entred purretûre es miens téces demerrâ méi li venquére en sâlmes cantiint. 



TRADUCTION DES QUATRE LIVRES DES ROIS. 

Les quatre livres des rois traduits en français du Xlle siècle publiés par Le Roux de Lincj/, Paris 1841, 

p. 6 — 8, 61 — 68. Collationné de nouveau sur le Ms. (Bibliothèque Mazar. T. 70) par M. Plâhn. 

Les accents existent dans le ms. Cf. Wo/f, iiber die Lais p. 118. 470. 

(I, 2) E puis urad Anna, si dist : en ténèbres li fel tairrad, é nuls par sei force 

'Mis quers est esléézciez é mis fiz en deu n'avrad. Ses adversaries le criendrunt, é sur 
eshalciez. ma parole est eslargie sur mes els del ciel tunerad e tute terre jugerad é 
enemîs, kar esle'écie sui el salveur. Nul n'est 15 sun rei eshalcerad.' Helchana al son en vait 
si sainz cume li sires, é nuls n'est altres ki e li enfes od deu remaint. Mais les fiz Hely 
ne change, é nuls n'est de la force nostre furent fiz Belial, oblierent deu é lur mestier; 
deu. Laissez des ore le mult parler en podnéé encuntre deu furent felun, é encuntre la 
par glorie; maie parole nen isse de voz bu- gent torcenus. Par pri par force les dames 
ches, kar deu est de science sires é a lui sunt 20 violèrent ; le pople del sacrefise tresturne- 
âpreste li pensed. Li arcs des forz est sur- rent. Del sacrefise pristrent â sei , par 
muntez, e li fieble sunt esforciez. Ki primes rustie é par desrei, plus que nen out cuman- 
furent saziez, ore se sunt pur pain luéz; e li ded la lei. É fud lur pechied mult forment 
fameillus sunt àsasiez, puis que la barâigne granz, kar par lur furfait li poples del servise 
plusurs eutantad, e ceie ki mulz eut enfanz 25 deu se retraist. Mais Samuel acceptablement 
âfebliad. Li antif judéu aferment que morz el tabernacle serveit, é de vesture linge fud 
fud li einznes fiz Fenéune, quand nez fud Sa- âturnez cume cil ki fud â deu livrez. 

muel ki fud fiz a la bonuréé Anne; é pois 

chascun an quant enfant out Anne perdi al- 

cun Fenenne. Li sires mortifie é vivifie, é en 3o (I, 1'*) Li Philistien s'asemblerent pur ba- 
enfer meine é remeine. Li sires fait pôvre taille encuntre ces de Israël; âlogierent sei 
efait riche; orguil depriemt, le humble éslieve. entre Sochot é Azecha, ki est en la cuntréé 
Le mesaise esdrésze del puldrier, le povre ^^ Domin. Saul é li suen s'asemblerent , é 
sache del femier, od les princes les fait se- vindrent el val de Terebinte, é ordenerent lur 
deir , chaere de glorie li fait aveir. Al 35 eschieles pur bataille faire encuntre cels de 
seignur sunt les quatre parties del mund, Philistiim. Li Philistien esturent sur le munt 
e en chescune ad plante le son pople qu'il <le cha; e ces de Israël esturent sur le munt 
ad levé. Les piez as seinz guvernerad, é 

,„ ,^ 5 loûrc Ms. 12 nul L. tainrad L, tairrad 

7 poure Ms. 9 l. oî. il leiires 3fs. 16 Ms. 16 fiz Hely L. 18 et encontre L 20 
sire e nul L. i9 n'en L. 23 or L. 32 sacrifice L. 22 et par L. n'en L. 24 service 

'1 ^- L. 32 et L. 



57 LES LIVRES DES ROIS. 58 

de la; e entre dous fud li vais. Uns cham- vid de fuie qu'il out en guarde â âltre cu- 
piuns merveillus eissi del ost as Philistiens, mandad, é si cume sis pères Tout cumandé, 
si Tout engendred un géant de une femme ki al ost s'en alad. Saul lores e li tiz Israël el 
fud de Geth; é fud apelez li champiuns Go- val de Terebinte tindrent les esturs encuntre 
liath, e fud de la cyte de Geth, sis aines me- 5 ces de Philistiim. E David vint a Magala en 
suréés par le cute en avant e plâin dur out l'ost ki aprestez se fud a bataille; é ja fud 
de hait. Le halme out lacie e vestud le hal- la noise levé é li criz; kar Israël out ordene 
berc, od les chalces de fer, é l'escu de araim ses eschieles de une part, e li Philistien de 
al col, ki li cuverit les espaldes: li halbercs altre part. Cume ço oid David, la û li her- 
pesad cinc milie sicles , é le fer de la lance lo neis fud, laisad ço qu'il portad, curut â la ba- 
sis cenz, é la hanste fud grosse é âhûge cume taille é se bien éstéust â ses frères demandad. 
le subie as teissurs; e vint si en la place, é Si cume David nuveles demandad, este-vus 
sis esquiers alad devant. Vint e escriad vers Goliat ki en vint del ost as Philistiens, é si 
cels de Israël, si lur dist 'pur quel estes ci cume einz Tout fait, devant David parlad. 
venud é â bataille apareilled? jo sui Philistien 15 Mais ces de Israël tant tost cum il le virent, 
e vus estes de la gent Saul. eslisez un de vus de pour s'en fuirent. Fist un de ces de Israël 
é vienge encuntre mei en bataille, sul â sul. a David 'as tu veù cest merveillus champiun 
s'il me put cunquerre é rendre recréant, nus ki ci vient? il vient pur nus attarier é eschar- 
Philistiens vus serrums des ore servant; e si nir; é â celui ki ocire le purrad, li reis sa fille 
jol puis cunquerre é ocire , vus seiez a nus "^o od grant richeise durrad, e la meisun sun père 
serfs é obeissanz.' Encore dist plus danz Go- de treud quite clamerad.' Dist David a ces 
liath 'ço sui jo ki ai ui ramponed e attarie ki esturent od lui 'que durreit l'um a celui 
l'ost de Israël, querez , querez alcun de vus ki cest Philistien ocireit e la repruce de Israël 
ki encuntre mei entre en champ.' Ces paro- en ostereit? ki est cest ord paltunier ki fait 
les oid Saul é tuz ces de Israël; pour en 25 tels repruces a la gent deu?' E li poples re- 
çurent grant e mult furent esbai. cuntad que li reis ço é ço durreit a celui ki 

Uns pruduems mest en Bethléem, Ysai out l'ocireit. Cume ço oid li einznez frère David 
num, pères fud David de qui devant partie est Heliab, que il od le pople si parlad , forment 
tuchie, é out ùit fiz; mais entre ces lùt uns a David se curuçad, si li dist 'pur quel es 
sis niés Nathan par nun fud anumbrez, fiz 3o ici venuz e pur quei as guerpi ces poi de 
Semmââ, pur ço que Ysai si cume sun fiz ùweilles al désert? bien cunuis l'orguil e la 
l'amad. É cist Ysai al tens Saul fud de grant felenie de tun quer , kar pur véér la bataille 
eage. é ses treis einznez fiz furent alez od le î venis.' Respundi David 'que ai fait? n'i 
rei en l'ost, é de ces li einznez out nun Eliab, ad parole dunt te estuce curecher ne mei si 
li secundz Aminadab, é li tierz Semmââ. Da- 35 encreper.' Turnad s'en d'iloc David, e par- 
vid esteit li mendres. e returnad de Saul a lad si cume il out devant parled. e l'um li 
maisun en Bethléem pur les berbiz guarder, respundi é dist ke li reis â celui freit ki a 
quant ses frères durent en l'est aler. Goliath Golie se cumbatereit. Tant parlad David ke 
par quarante jurs, le matin e le vespre, al ost la parole vint devant le rei. Fud mandez é 
de Israël vint é returnad, e l'ost forment 40 vint devant le rei; si li dist 'ne s'esmâit nuls 
âtariad. A un jur Ysai apelad David sun fiz, pur cest campiun; jo ki sui tis serfs m'i cum- 
si li dist 'receif ci treis muis de flur al ôés bâterai, é od l'aie deu chalt pas le materai, é 
tes frères, é cest pain, é va delivrement en le pople deu par la mort del felun vengerai.' 
l'ost. é ces furmages présenteras al cunesta- Respundi Saul 'ne te poz pas a lui cupler, 
ble; é enquer cument tes frères le facent é 45 kar tu es vadlez e il est un merveillus bers 
od quels seient en cumpaignie en l'ost.' Da- de sa bachelerie a bataille ausez.' Respundi 

6 durout L. 9 cuverid L. 12 teissures L. ^^^^'^ 'pasturel ai este del fuie mun père; 
20 nuz L. 30 devant fud une lacune d'environ 9 Cum L. 12 estes vus L. 

trois lettres. 46 encumpaignie L. 



59 XIP SIECLE. 60 

quant liun ù urs al fuie veneit é ma beste bestes é a oisels.' Respundi David 'tu vienz 
perneit, erranment le pursewi é la preie toli; encuntre mei od espee, â lance é â escu; e 
par la joue les pris e rétine e oeis. E cist jo vienc encuntre tei al num deu ki sires est 
Philistiens iert cume uns de ces; e ore balde- del ost de Israël, ki tu as escharni e gabe. 
ment encuntre lui irrai e le repruce de Israël 5 e deus te rendrad en mes mains; si t'ocirai 
en esterai. Nostre sires ki del liun e del urs e le chief te colperai, é la charuigne de ces 
me delivrad, del fort Philistien mult bien me de vostre ost a oisels e as bestes durrai, que 
guarrad.' Respundi Saul 'va e deu seit od tute terre sache que li sires est deu de Israël, 
tei.' E Saul de ses demenies vestemenz fist É veient ces ki i sunt asemble que par espee 
David revestir, le helme lascier e le halbert lo ne par lance ne fait deus salvete; sue est la 
vestir. Cume il out la spéé ceinte, alad é bataille é â noz mains vus liverad.' Cume 
asaiad s'il se poust cumbatre si armez, kar Goliâs vers David apruçad, David curut en- 
ne fud pas a tels armes âcustumez. Aparceut cuntre e si se hastad. Une pierre de la ù il 
se David qu'il ne poust â âhaise les armes Tout reposte sachad, mist la en la funde é 
porter, sis ostad, prist sun bastun al puin 15 entur la turnad; jetad la pierre, a dreit mes 
é sa funde; é eslist cinc bêles pierres de la l'asenad, hurtad al fruiit e jesqu'al cervel es- 
riviere, sis mist en sun vaissel û il soleit ses fundrad. del colp chaneelad li gluz, e vers 
berbiz mulger, é entrad en champ encuntre le terre s'abaissad. David sait a l'espee Golie, 
Philistien. Goliath vint vers David petit pas, nient ne targad, de s'espéé meime le chief li 
é bien l'apruçad, e sis esquiers devant lui 20 colpad. cume co virent li Philistien que morz 
alad. E cume il de près vit David, en sun fud lur campiun, turnerent a fuie. E ces de 
quer le despist. e fud li juvencels russaz, Israël e de Juda levèrent un cri e fièrement 
mais mult esteit de bel semblant. Dist li Phi- enehalcerent les Philistiens jesque al val é 
listiens a David 'cument, sui jo chiens encun- jesque as portes de Accaron. ocistrent al jur 
tre ki deiz si od bastun venir?' maldist David 25 trente milie des Philistiens, e altretant en 
de tuz ses deus. si li dist 'vien, vien plus près furent nafrez , si que seisante milie des Phi- 
de mei, e jo durrai tun cors a dévorer a listiens en furent que morz que blesciez. 



ROMANCES. 

Altfranzosische Romanzen und Pas tour ellen, herausgegeben von K. Bartsck, Leipzig 1870, p. 3. 8. 

I. se passisoiz selon mon père tor, 
Quant vient en mai, que l'on dit as Ions jors, dolanz fussiez, se ne parlasse a vos.' 

que Franc de France repairent de roi cort, 30 'jal mesfaïstes, fille d'emperëor, 

Reynauz repaire devant el premier front. autrui amastes, si oblïastes nos.' 

si s'en passa lez lo mes Arembor, e Raynaut, amis! 

ainz n'en dengna le chief drecier a mont. 'Sire Raynaut, je m'en escondirai: 

e Raynaut, amis! a cent puceles sor sainz vos jurerai, 

Bêle Erembors a la fenestre au jor 35 a trente dames que avuec moi menrai, 

sor ses genolz tient paile de color; c'onques nul home fors vostre cors n'amai. 

voit Frans de France qui repairent de cort prennez l'emmende et je vos baiserai.' 

et voit Raynaut devant el premier front: e Raynaut, amis! 

en haut parole, si a dit sa raison. Li cueus Ilaynauz eu monta lo degré, 

e Raynaut, amis ! 40 gros par espaules, grêles par lo baudré ; 

'Amis Raynaut, j'ai ja vëu cel jor, blont ot le poil, menu recercelé: 

9 demeines L. 13 Arparceue Ms. 14 poutt 
ifs. 25 derz Ms. 9 ki sunt L. 41 blonde] Bartsch. 



61 



ROMANCES. 



POEME DEVOT. 



(J2 



en nule terre n'ot si biau bacheler. 
voit l'Erembors, si comence a plorer. 
e Raynaut, amis! 

Li cuens Raynauz est montez en la ter, 
si s'est assis en un lit point a Hors, 
dejoste lui se siet bêle Erembors : 

lors recomencent lor premières amors. 
e Raynaut, amis! 



II. 



Lou samedi a soir, fat la semainne, 
Gaieté et Oriour, serors germainnes, 
main et main vont bagnier a la fontainne. 
vante l'ore et li raim crollent: 
ki s'antraimment soweif dorment. 



L'anfcs Gerairs revient de la cuintainue, 
s'ait chosie Gaieté sor la fontainne, 
autre ses bras l'ait pris, soueif l'a strainte. 

'Quant avras, Orriour, de l'ague prise, 
5 rêva toi an arrière, bien seis la vile: 
je remanrai Gerairt ke bien me priset.' 

Or s'en vat Orious triste et marrie; 
des euls s'au vat plorant, de cuer sospire, 
cant Gaie sa serour n'anmoinnet mie. 
10 'Laisse', fait Oriour, 'com mar fui née! 
j'ai laxiet ma serour an la vallée, 
l'anfes Gerairs l'anmoinne an sa contrée.' 

L'anfes Gerairs et Gaie s'an sont torneit, 
lor droit chemin ont pris vers la citeit; 
15 tantost com il i vint, l'ait espouseit. 
vante l'ore et li raim crollent: 
ki s'antraimment soweif dorment. 



FRAGMENT D'UN POÈME DEVOT. 

Jahrbuch fur romanische und englische Literatur 6, 365 — .H68 {Gaston Paris). Paul Meyer , Recueil 
d'anciens textes p. 206 — 209. Donné ici d'après la collation de M. Fôrster. Le poème est fondé 

sur le Cantique des Cantiques. 



Quant li solleiz converset en leon, 
en icel tens qu'est ortus pliadon, 
per unt matin, 20 

Une pulcellet odit molt gent plorer 
et son ami dolcement regreter, 
et si lli dis: 

Gentilz pucellet, molt t'ai odit plorer 
et tum ami dolcement regreter, 25 

et chi est illi? 

La virget fud de bon entendement, 
si respondi molt avenablement 
de son ami: 

'Li miens amis il est de tel paraget 30 

que nëuls on n'en seit conter lignaget 
de l'une part. 

Il est plus gensz que solleiz enn ested; 
vers lui ne pued tenir nulle clartez, 
tant par est belsz. 35 

Blans est et roges plus que jo nel sai diret ; 
li suensz senblansz nen est entreiz cent miliet, 
ne ja nen iert. 

20 une P. 27 fu P. 29 so son P; le Ms. 
porte : :e so son. 35 belz P. 37 si suensz 

semblansz P. 



Il dist de mei que jo eret molt bellet; 
si m'aimet tant, toz temps li soi novelet, 
soe mercid. 

Dolçor de mel apele il mes lèvres, 
desosz ma languet est li laiz et les rees, 
et jo sai beem, 

Nuls om ne vit arom et ungemeut 
chi tant biem oillet con fuut mi vestement 
al som plaisir. 

La u jo suid iversz n'i puet durer; 
toz tens florist li leuz de ma beitez 
por mon ami. 

Li tensz est bels, les vinnesz sont flories, 
l'odor est bonet, si l'amat molt mi siret 
por mei' amor. 

En nostre terred n'oset eusel canter 
sainz la torterelet chi amat casteed 
por mon ami. 



1 cuitainne : M. Fôrster propose de l'Acuitainne. 
19 li m'aimet P. 21 apeleid a P. 22 desouz P. 
langeiet Ms. 24 ugement Ms. 26 a som P. 
28 leiz Ms. 30 temsz P. 33 terret P. eu'set Ms. 
euset P. no set P. et Ms.; correction de M. Meyer. 
34 amet P. caaste ed Ms. 



63 



Xlle SIECLE. 



64 



Jo l'ai molt quis, encor nel pois trovert; 
nen vult respondret, aseiz l'ai apeletz, 
quer lui ne plastz. 

Les escalgaites chi guardent la citez 
cil me torverent, si m'ont batuz aseiz 
por mon ami. 

Navrée molt et mon paliet tolud: 
grant tort m'unt fait cil chi guardent le mur 
por mon ami. 

Bêles pulcelesz, fillesz Jérusalem, 
por mei' amor noncieiz le mon amant, 
d'amor languis. 

Chine milie anz at qu'il aveid un' amïet; 
lei ad laisiet, quar n'ert de bel serviset; 
si amet mei: 

Il H plantatz une vine molt dolcelt: 
proud ne la fist si'nn est cadeit en colped, 
or est amered. 

Li fil sa mered ne la voldrent amert, 
commandent li les vinnes a guarder 
fors al soleiz: 

EU' est nercidet, perdutz adz sa beltez: 
se par mei non ja maisz n'avrat clartez 
de mon ami. 

Ainz que nuls om soiist de nostre amor, 
li miensz amis me fist molt grant ennor 
al tems Noé. 



Danz Abraham en fud premiers messaget, 
luid m'entveiad por ço qu'il ert plus salves 
et de grant fei. 

Issaac i vint, Jacob et danz Joseph, 
5 pois Moïsen et danz Abinmalec 
et Samuel. 

Del quart edé pois i vint reiz David 
et Salamon et Roboam ses fiz 
et Abïa; 
10 Et ab i vint Amos, Issaïas, 
Jeu, Joël et dam Azarïas 
et Joatam. 

Achaz i vint, adunc fud faitet Rome: 
quel part que alget iluoc est ma coronet 
15 et mes trésors; 

Ezelcïas, Manases, Josïas, 
et Joachim et dam Nazarïas 
del quart edé. 

Del quint edé bois i vint Ananias, 
20 et Misaël et dam Zacharïas 
et plussors altresz. 

Enprés icelsz et molt altres barunsz, 
par cui mi siret mei mandatz sa raisum, 
mei vult aveir. 
25 II enveiad sun angret a la pucele, 
chi la saluet d'une saludz novelet, 
en Nazareh 



GARIN LE LOHERAIN. 

La mort de Garin le Loherain, poème du Xlle siècle, publié par E. du Méril, Paris 1862, 
p. 214—222, V. 4624—4809. Fin du poème. 



El val Gelin assemblent li marchiz; 
ileuc avoit un fin clerc seignori, 
forment se paine de damedeu servir, 
hermites fu, et repairoit iqui: 
chapele i ot, nus plus bêle ne vit. 
la sont venu por la paiz establir: 
ileuques vint li Loherens Garins, 
il et Girbers et Hernaus et Gerins, 
si vavasor dont i ot plus de mil. 
de l'autre part Fromons et Fromondins 
et li evesques de Verdun Lancelins, 
li cuens Guillaumes, li sires de Monclin, 



2 aseit P. 7 mun P. 
Le P. Tl Elle est P. 



S grand P. 



et li lignajes a qui ja dex n'aït t 

en lor compeigne de chevaliers trois mil. 

30 Garins parole, qui a cuer enterin, 
'entendez moi, franc chevalier jentil. 
sire Guillaume, damoisiax de Monclin, 
tu es mes homs de mon fié a tenir, 
et mes compères et mes riches amis. 

.35 por mes pechiés, biau sire, ai la croiz pris ; 
outre la mer irai as Sarrazins. 
se nule rien a nul jor vos mesfis, 



^ 



19 



2 lui P. 
issaias amo: : 
nianasses P. 
raisun P. 
28 n'aï(s)t. 



ce P. 4 Isaac P. Joseph P. 10 

Ms. Amos et Issaias PM. 16 

21 plusors P. 23 madatz Ms. 

2G salued dune saludt novele P. 



65 



GARIN LE LOIIERAIN. 



66 



a tos vos pri por l'amor deu merci. 

ci remanra l'enfes Girbers, mes fils; 

s'il a mestier (jeunes est Ji meschins), 

aidiez li, sire, si fairoiz que gentil. 

se dex ce donc que puisse revenir, 

vos volantes ferai et vos plaisirs.' 

'comment dëable?' li cuens Gnillaumes dit; 

'vos otroiastes, quant tenistes mon fil, 

et les marchiés de Mez li promeïs; 

il n'en a nul ne ainz n'en fu saisis.' 

'merci por deu', ce dit li dus Garins, 

'bien li tendrai ce que je li promis.' 

uns vavasors tantost en pies s'est mis, 

qui la parole de Guillaume entendi. 

'sire', fait il, 'escotez un petit: 

il fu vertes, li Loherens Garins 

l'un des marchiés otroia vostre fil, 

tôt le meillor que porrïez choisir: 

cel do dimescre ou cel do samedi, 

o, se vos siet, celui qu'est au lundi ' 

Gnillaumes l'ot, a po n'enrage vis. 

'fos vavasors, malaûreus, chetis, 

a vos que tient de nos plais a tenir?' 

'a nom deu, sire, bien me doit avenir 

de la droiture parler du duc Garin.' 

Ouillaumes l'ot, a po n'enrage vis. 

il trait l'espee dont li pons fu d'or tin; 

le vavasor va Gnillaumes ferir, 

qu'il le porfent entresi que o piz; 

mort le trabuche devant le duc Garin. 

li dus le voit, forment en fu marris, 

dit a Guillaume 'vos avez trop mespris, 

qui devant moi avez mon home ocis.' 

et dit Gnillaumes 'vos n'i povez garir, 

et vos meïsmes en conviendra morir.' 

'por deu, compère', ce dit li dus, 'merci; 

j'ai pris la croiz et si vol deu servir; 

s'ainsi le faites com avez entrepris, 

deu en perdroiz et son saint paradiz, 

et reprocbié sera a vos amis, 

que vo compère avez en champ ocis.' 

li Loherens est o destrier saillis, 

nés dote puis vaillant un angevin. 

va s'en li dus, a eus congié ne prist, 

dejoste lui et Hernaus et Gerins 

et puis Girbers et li ameneviz. 



adonc escrie l'evesques Lancelins 
's'il nos eschape, nos somes mal bailli.' 
bien s'en alast descombrés et garis, 
quant d'un agait li sailli Fromondins 
5 bien quarantes chevaliers fervestis. 
la veïssiez un estor esbaudir, 
tant hante fraindre et tant escu croissir, 
tans chevaliers contre terre flatir. 
oï l'ai dire, et vérités est il, 
10 jent désarmée ne puet armes sofrir: 
de tos les homes au Loheren Garin, 
mien escient, nen eschaperent diz; 
trestos les ont detranchiés et ocis. 
desoz Garin ont son cheval malmiz. 
15 molt durement fu li dus esbaïs ; 
or set il bien, venus est a sa fin. 
la se desfent com chevaliers hardis, 
cope visajes et bras et poins et pis: 
se fust armés, je cuit ne fust ocis. 
20 qui donc veïst et Hernaut et Gerin, 
com il le font as brans d'acier forbis! 
Girbers aide son père a maintenir; 
mais ne le pot salver ne garantir: 
com plot a deu, si le convint morir. 
25 a Girbert dit 'alez vos en, biax fils, 
vos et Hernaus, et ses frères Gerins. 
tuit estes mort se remanez ici, 
de totes pars voi je lor jent venir.' 
voillent o non, lor fait l'estor guerpir. 
30 de ci a Mez ne pristrent onques fin. 
Vers la chapele que li hermites fist, 
s'en vint de Mez li Loherens Garins, 
l'espee traite et l'escu avant mis, 
trestot a pié, desfendant son parti. 
35 enz mostier li dus corant se mist; 
desor l'autel vait son escu ofrir, 
deu reclama qui onques ne menti: 
'mesfait vos ai, sire, ce poise mi; 
si voirement com pardonas Longis 
40 le cop mortel au jor qu'il vos feri, 
si me gardez de mort et de péril, 
se je poisse, je t'alasse servir 
a droit passaje contre les Sarrazins.' 
atant ez vos l'evesque Lancelin, 
45 lui et Guillaume l'orgoillox de Monclin, 
Fromont le comte et son fil Fromondin : 



43 n'es. 
Bartsch , Chrestomathie, VI. Éd. 



12 n en. 



16 sait. 



&1 



X[I« SIECLE. 



68 



de lor parage font le mostier emplir, 
li cuens Guillaumes son compère feri, 
grand cop li donc de l'espié poitevin, 
que tôt le fer el corz li enbati, 
et deus des costes li peçoia par mi. 
li cos fu grans, a la terre chaï, 
li Loherens est en pies resaillis, 
et trait l'espee a la mort qu'il senti: 
de ruistes cos merveilleus i feri. 
que de plaies, de navrés, que d'ocis! 
plus de quatorze li bers en a malmis. 
adonc le fiert Tevesques Lancelius, 
li vis Fromons et ses fils Fromondins. 
mort ont le duc, dex li face merci ! 
autresi gist Garins entr'ax ocis, 
com fait li chasnes entre les bois petis. 

Fromons s'en tome, si s'en est départis, 
çax de Mez dote qui ont levé le cri. 
atant ez vos un sergent, o il vint, 
cil estoit maires au Loheren Garin, 
fils son prevost que il avoit norri; 
vit son seignor devant l'autel gésir, 
cuida mors fust et que pas ne vesquist: 
encor i ert l'ame, ce m'est a viz. 
li maires tient son seigneur por martir, 
et hauce un vouge que entre ses mains tint, 
le braz senestre li a copé par mi; 
eu blanc argent le metra, ce a dit. 
li dus se pasme, quant l'angoisse senti, 
ovre les ialz, a son major a dit 
'amis, biau frère, por coi m'as tu ocis?' 
li maires l'ot, a po n'enrage vis. 
il s'ajenoille, si li crïa merci: 
'si m'ait dex, sire, por bien le fis; 
que bien cuidoie que vos fuissez transis.' 
cil li pardoue et de deu et de li. 



li cors s'estent et l'ame s'en parti, 
ez vos l'ermite qui droit au corz en vint, 
l'ame commande, son sautier li a dit, 
et li bons maires isnelement en vint, 
5 otot le bras que il ne vot guerpir, 
qu'il en aporte de son seignor Garin. 
dex! quel domaje do chevalier gentil! 

Atant ez vos et Girbert et Gerin, 
ensamble o ax le vallet Hernaudin. 

10 en Gelinval est enterrés Garins, 
delez l'ermite qui la chapele fist. 
li bon borjoiz de Mez la noble cit 
virent venir et Hernaut et Gerin, 
tos esmaiés, destrois et angoissis, 

15 et demandèrent noveles de Garin. 
'las', dit Girbers, 'mes pères est ocis!' 
qui donc veïst la bêle Bïatriz 
ses cbevous traire, esgratiner son vis, 
l'un poing a l'autre par angoisse ferir, 

20 le sanc vermoil par les ongles chair, 
soz ciel n'a home qui pitié n'en preïst, 
si com regrete le Loheren Garin. 
'tant mar i fustes, frans chevaliers jentis, 
car vos estiez mes pers et mes amis. 

25 qu'avez perdu, sire Gerins, biax fils ! ' 
lors est venue la bien faite Aëlis, 
mère Girbert, famé le duc Garin; 
puis s'i enforce et li diax et li cris, 
bien le sachiez, seignor, trestot de fi, 

30 les deus serors, puis que fu mors Garins, 
plus ne vesquirent que trois jors et demi; 
a Saint-Arnol furent en terre miz. 
en deus sarqueus de marbre vert et biz 
furent li corz des deus duchoises miz. 

'ih Girbers ot duel quant sa mère mori, 
autresi orent et Hernaus et Gerins. 



AMIS ET AMILES. 

Ami et Ami/es und Jourdains de Blaivies herausgegeben von C. Hofmann, 2. Auflage, Erlangen 1882, 
p. 84 — 92, V. 2917 — 3207. Amile se décide à sacrijiei- ses enfants pour son ami malade, gui ne peut 

guérir que par le sang des enfants. 



Li cuens l'entent, si conmence a plorer, 
ne sot que faire, ne pot un mot sonner, 
moult li est dur et au cuer trop amer 
de ses dons finis que il ot engendrez; 



cum les porra ocirre et afoler! 
se gens le sevent, nus nel porroit tenser, 
c'en nel fëist et panre et vergonder. 
40 mais d'autre part se prant a porpanser 



17 s'ontorne. 



U r(h)ermite. 12 bons, 28 si. 



69 



AMIS Eï AMILES. 



70 



(Jou conte Ami que il pot tant amer, 
que lui meïsmes en lairoit afoler 
ne por riens nulle ne le porroit vëer, 
quant ses compains puet santé recouvrer, 
c'est moult grant chose d'omme mort restorer, 
et si est maus des dons anfans tuer, 
nus n'en porroit le pechié pardonner 
tors dex de glorie qui se laissa peuer. 
'dex', dist Amiles, 'qui tout as a sauver, 
cist hom si mist son cors por moi tanser 
en la bataille dou traitor Hardré. 
quant je li puis de moi santé donner 
de mes anfans que je vols engendrer, 
(de moi sont il, por voir le puis conter, 
l'ore soit bonne que dex les fist formerl, 
quant mes compains en puet ce recouvrer 
que hom qui vive ne li porroit donner 
fors dex de glorie qui tout a a sauver: 
je nel lairoie por les membres coper 
ne por tout For c'on me sëust donner, 
qu'a mes dons fiz n'aille les chiés coper 
por Ami faire aïe. 

Amis compains, puet ce iestre vertez 
que vos a moi ci devisé avez, 
de mes dous fiz seras resvigourez 
quant vos seroiz dou sanc d'euls dous lavez? 
li vostres dis n'en sera trespassez.' 
lors ist Amiles trestouz abandonnez 
hors de la chambre, en la sale est entrez, 
ceuls qui i furent en a trestoz gietez, 
serjans, vaslés et chevaliers menbrez, 
n'i remest hom qui de mère soit nés. 
les huis ferma, si les a bien barrez, 
les chambres cerche environ de toz lez, 
que aucuns hom ne fust laienz remés. 
quant voit qu'il est laienz bien esseulez, 
c'or porra faire toutes ses volentez, 
s'espee prent et un bacin doré, 
dedens la chambre s'en est moult tost alez 
ou li anfant gisoient lez a lez. 
dormans les treuve bras a bras acolez, 
n'ot dous si biax desci en Duresté. 
moult doucement les avoit resgardez; 
tel paor a que chëuz est pasmez, 
chiet lui l'espee et li bacins dorez, 
quant se redresce, si dist com cuens menbrez 



'chaitis, que porrai faire'?' 

Li cuens Amiles fu forment esperduz, 
a la terre est envers pasmez chëuz, 
li bacins chiet et li brans d'acier nus. 

5 quant se redresce, dist com hom percëuz: 
'ahi', dist il, 'chaitis! com mar i fuz, 
quant tes anfaus avras les chiés toluz! 
mais ne m'en chaut quant cil iert secorrus, 
qui est des gens en grant vilté tenus 

10 et conme mors est il amentëuz; 
mais or venra en vie.' 

Li cuens Amiles un petit s'atarja, 
vers les anians pas por pas en ala, 
dormans les treuve, moult par les resgarda. 

15 s'espee lieve, ocirre les voldra ; 
mais de ferir un petit se tarja. 
li ainznés frères de l'etfroi s'esveilla 
que li cuens mainne qui en la chambre entra, 
l'anfes se tome, son père ravisa, 

20 s'espee voit, moult graut paor eu a. 
son père apelle, si l'en arraisonna: 
'biax sire pères, por deu qui tout forma, 
que volez faire? nel me celez vos ja. 
ainz mais nus pères tel chose ne pensa.' 

25 'biaux sire fîuls, ocirre vos voil ja 
et le tien frère qui delez toi esta; 
car mes compains Amis qui moult m'ama, 
dou sanc de vos li siens cors garistra, 
que gietez est dou siècle.' 

30 'Biax très douz pères', dist l'anfes erramment, 
'quant vos compains avra garissement, 
se de nos sans a sor soi lavement, 
nos sommes vostre de vostre engenrement, 
faire en poëz del tout a vo talent. 

35 or nos copez les chiés isnellement; 
car dex de glorie nos avra en présent, 
eu paradis en irommes chantant 
et proierommes Jhesu cui tout apent 
que dou pechié vos face tensement, 

40 vos et Ami, vostre compaingnon gent; 
mais nostre mère, la bêle Belissant, 
nos saluez por deu omnipotent.' 
li cuens l'oït, moult grans pitiés l'en prent 
que touz pasmez a la terre s'estent. 

45 quant se redresce, si reprinst hardement. 
or orroiz ja merveilles, bonne gent, 



2 meismez. 13 volz, et souvent z potcr s. 



31. 36 aura. 



71 



XIP SIECLE. 



72 



que tex n'oïstes eu tout vostre vivant. 
li cuens Amies vint vers le lit esrant, 
hauce l'espee, li fiuls le col estent, 
or est merveilles se li cuers ne li ment, 
la teste cope li pères son anfant, 
le sanc reciut el cler bacin d'argent : 
a poi ne chiet a terre. 

Quant ot ocis li cuens son fil premier 
et li sans fu coulez el bacin chier, 
la teste couche delez le col arrier, 
puis vint a l'autre, hauce le brant d'acier, 
le chief li tranche très par mi le coller, 
le sanc reciut el cler bacin d'or mier, 
et quant l'ot tout, si mist la teste arrier. 
les dous anfans couvri d'un tapis cbier, 
hors de la chambre ist li cuens sans targier, 
moult par a fait les huis bien verroillier. 
au conte Ami vint Amiles arrier, 
qui el lit jut malades. 

Au conte Ami est Amiles venus, 
qui jut malades entre les ars volus. 
le bacin tint plaia de sanc et de jus, 
dou sanc ses fiuls cui il avoit toluz 
les chiés des cors et copez par desus. 
Amis le voit, moult en est esperduz. 
or se démente et dist 'las! tant mar fuz, 
que tu venis en terre,' 

Quant Amis voit le sanc el bacin cler, 
sachiez de voir, u'i ot qu'espoënter. 
atant ez vos dant Amile le ber, 
son compaingnon en prinst a apeller : 
'biaus sire Ami, or poëz bien lever, 
se par tel chose puet vostre cors saner 
et dex de glorie vos weult santé donner 
de mes dous fiuls que je ai decolez: 
ne plaing je nul, foi que doi saint Orner.' 
Amis se lieve, si conmence a plorer. 
son compaingnon puet il bien esprouver 
que volentiers il li voldroit donner 
sa garison, s'il la pooit trouver, 
une grant cuve fait Amile aporter, 
son compaingnon a fait dedens entrer; 
mais a grant paingne i puet cil avaler, 
tant fort estoit malades. 

Or fu Amis en la cuve en parfont, 
li cuens Amiles tint le bacin rëont, 

15 d'une riche tapis. 22 et desus. 



dou rouge sanc li a froté le front, 
les iex, la bouche, les membres qu'el cors sont, 
jambes et ventre et le cors contremont, 
pies, cuisses, mains, les espaules amont, 

5 dou sanc par tout le touche. 
Amiles fu et preudom et gentis. 
sou compaingnon, qui ot a non Amis, 
lave dou sanc et la bouche et le vis. 
moult puet bien croii'e que il est ses amis, 

10 quant ses dous fiuls a si por lui ocis. 
oiez, seignor, com ouvra Jhesucris. 
si com il touche le sanc el front Ami, 
li chiet la roifife dont il estoit sozprins, 
les mains garissent, li ventres et li pis. 

15 quant or le voit Amiles ses amis, 
deu en rent grâces, le roi de paradis, 
et ses sains et ses saintes. 

Moult fu Amiles li cuens de joie plains 
de ce qu'Amis estoit garis et sains. 

20 or connoist bien d'Ami les blanches mains, 
andui font joie, de ce soiez certain, 
'he dex', fait il, 'biaus pères souverains, 
graciiez soies et tuit li vostre saint, 
biax père esperitables.' 

25 Quant Amis fu et garis et haitiez, 
sachiez de voir, moult fu Amiles liés, 
lors fu Amis acolez et baisiez 
et dex de glorie loëz et graciiez, 
li cuens Amiles qui fu bien enseingniez 

30 cort en sa chambre, bons dras en a gietiez, 
dous paire ensamble, bien en iert aaisiez, 
cotes, sorquos, mantiauls bien entailliez, 
d'osterin furent moult bien appareillié. 
Amis se vest qui est sains et haitiez 

35 et il meïsmes s'en est bien atiriez. 
or n'est nus hom, de verte le saichiez, 
qui les dous contes veïst si atiriez, 
que l'uns de l'autre par lui fust ja triiez, 
tant fort se resambloient. 

40 De chieres robes sont vestu li baron, 
tant s'entresamblent de vis et de menton, 
dou contenir, del nés, de la raison, 
que les dous contes ne desseverroit hom, 
qui est Amiles ne Amis li barons. 

45 quant vestu furent, si vont a saint Simon, 
c'est uns monstiers qui est de grant renon. 

23 soiiez vos et tuit. 30 gietiez] corrigez sachiez? 
31 II. paire. 33 appareilliez. 



73 



AMIS ET AMILES. 



74 



la famé Âmile a la clere fason 
estoit alee por faire s'orison, 
et de la gent i ot a grant fuison. 
ez vos Amile et Ami le baron 
qui dou palais descendent. 

Jus dou palais descendent main a main ; 
li dui baron qui ont les cuers certains, 
sont descendu dou palais jus au plain. 
bien resamblerent ambedui chastelain. 
moult les esgardent et borjois et vilain, 
ne sevent pas ne ne sont bien certain, 
li queuls d'euls dous est lor sires souvrains; 
tuit en sont en doutance. 

Des dous barons conseillent celle gent; 
car il ne sevent faire devisement, 
li queuls est sires, a cui l'onnors apent, 
tant sont li conte yngal et d'un sanblant. 
li compaingnon n'i furent arrestant 
jusqu'à l'église, ou estoit Belissans, 
la famé Amile, qui moult ot le cors jant, 
main a main entrent dedens lor chiés saingnant. 
dite iert la messe, s'en issoient la jant. 
la famé Amile s'en venoit ansiment ; 
mais quant el vit les contes en presant, 
se s'esbahi, n'en soiez merveillant. 
toute pasmee a la terre s'estant 
de la merveille que elle voit si grant. 
au redrescier i corrent plus de cent, 
quant se redresce, si parole en oiant. 
'seignor', dist elle, 'por deu le roiamant, 
je sai de voir et croi a encïant, 
l'uns de vos dous a en moi part moult grant 
et s'est Amiles li hardis combatans; 
mais je n'en sai faire connoissement.' 
ce dist Amiles 'vostres sui, Belissant, 
et vez ici Ami le combatant 
qui a le mal souffert tant longuement; 
mais Jhesucris l'eu a fait sauvement, 
que garis est si com est apparant.' 
la damme l'oit, ses mains vers deu en tant; 
la s'agenoillent plus de dous mille jant 
qui tuit en rendent merci au roi puissant, 
sonnent cil saint et cil clerc vont chantant 
et de pitié en plorent plus de cent, 
ce dist Amiles 'ne faites joie tant, 
ansois devons mener dolor moult grant, 

41 de II mille. 



car mi til sont ocis et mort sainglant. 
je les ocis a mon acerin brant, 
si lor copai les chiés tout voirement, 
le sanc retins en un basin d'arjant 

et si eu fis a Ami lavement, 
il ot tantost de mal garissement; 
mais tout ce fu par l'amonestement 
Jhesu le père qui touz les biens consent, 
or en venez, si verrfz mon forment 

10 et mon martyre et mon duel qui est grans. 
quant les avrons enterrez richement, 
puis nos copez les chiés de maintenant, 
car deservi l'avommes.' 
Ce dist Amiles a la chiere membree 

15 'venez ent tuit, bonne gent honorée, 
serjant, borjois, chevalier, gent letree, 
la sus amont en la sale pavée, 
et si verroiz tuit la fort destinnee, 
onques si dure ne fu mais esgardee.' 

20 lors veïssiez par moult grant estrivee 
corre les gens avant de randonnée, 
trestuit en montent en la sale pavée, 
sonnent li saint par toute la contrée, 
por les anfans fu moult grans la criée. 

25 la veïssiez mainte crois aportee, 

maint encensier dont bonne est la fumée; 
tuit cil prevoire chantent a grant criée 
le chant des mors a moult grant alenee. 
et Belissans ne fu pas arrestee, 

30 c'est la première qu'an la chambre est entrée, 
plorant, criant, trestoute eschevelee, 
por ses anfans a grant dolor menée, 
ce duel menant la chambre a deffermee. 
dex i ouvra et la vertus nommée. 

■iô les anfans treuve gisans soz la velee, 
en sëant ierent, s'ont grant joie menée, 
une pome orent qui d'or estoit ouvrée, 
dont se jooient par bonne destinnee. 
ez vos la damme qui tant fu effraee, 

40 de la merveille est chëue pasmee. 
ainz que poïst bien iestre relevée, 
fu si la chambre de l'autre gent peuplée, 
a grant merveille s'en est enz entassée. 
Belissans baise ses fiz brace levée. 

45 tout maintenant est la nouvelle alee 
et au clergié et a la gent lettrée 
et a touz ceuls qu'ont fait la assamblee, 
11 auronz. 



75 



Xlle SIECLE. 



76 



que dex i a miracle demonstree, 
des dous anfans a fait resuscitee. 
Amiles a la parole escoutee 



et cuens Amis a la chiere membree. 
tel joie en ont, ne pot iestre celée, 
car ambedui les aimmeut. 



LA BATAILLE D'ALISCANS. 

Aliscans chanson de geste publiée d'après le manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal et à l'aide de 
cinq autres manuscrits par F. Guessard et A. de Montaiglon , Paris 1870, p. 20 — 29, v. 643 — 929. 
Comparez l'édition de W. J. A. Jonckbloet (La Haye 1854), T. /, /). 233 — 241. Ce qui suit est 
emprunte au récit de la bataille d' Aliscans , où mourut Vivien, le neveu de Guillaume (cf. Wolfram, 
éd. Lachmann, Willehalm 58, 1 — 70, 30). 

Or fu Guillelmes sus el tertre montés, 
voit des paiens les grans mons arasés; 
tos li paiïs en estoit si peuplés 
k'il n'i avoit ne passage ne gué, 
ou il n'ëust mil cevaliers armés, 
tôt por Guillelme, k'il ne soit escapés. 
or li ait li rois de maïsté! 
mar iert baillis s'il puet estre atrapés. 
'diex', dist li quens, 'ki en crois fu peués, 
aine por un homme n'en vi tant amassés, 
sainte Marie, et car me secoures!' 
lors descendi Guillelmes au cort nés, 
son ceval frote les flans et les costés, 
après l'apele par molt grant amisté, 
et dist Guillelmes 'Bauchaut, qel le ferés? 
molt voi vos flans tosdeus ensanglentés. 
n'est pas mervelle se vous estes lassés, 
car trop par estes travelliés et penés; 
se tu recrois, a ma fin sui aies.' 
Baucbans heni, si a fronci del nés, 
drece l'oreille, si est escous assés. 
quant voit li quens k'il est revigorés, 
isnelement est ens archons montés, 
li quens Guillelmes fu sages et menbrés, 
tout un vaucel est vers l'Archant tomes; 
Bauchans ne fu ne poins ne galopes, 
encontre val pent ses elmes gemés; 
li las sont rout, si les a ranoués. 
ses escus est en trente lieus traués, 
de toutes pars frais et esquartelés, 
ses blans haubers derous et depanés. 
en quinze lieus fu ens el cors navrés, 
desous l'auberc li est li sans betés. 
en son cief li est ses elmes entrés, 
ses brans d'acier soilliés, ensanglentés; 



4 Guillaumes toujours, sus] ens. 7 gués. 10 
maïstés. 23 Eauchant. 37 [ens] en sou cief. 



bien pert a lui, de bataille est tornés. 
5 une bruine et uns vens est levés, 

de la pourire est li tans oscurés. 

li quens Guillelmes n'ot pas sa volenté: 

en l'Archant vint corechiés et irés. 

de paiens mors est li cans tos covers. 
10 l'escu chosist Vivien l'alosé. 

bien le connut, forment est démentes. 

par devers destre s'est li quens regardés, 

Vivien voit gésir dalés un guet, 

desous un arbre k'est foillus et rames. 
15 par mi le cors ot quinze plaies tés, 

de la mener morroit uns amirés. 

li quens le voit, molt en est esfraés; 

vers lui vait l'amblëure. 
Li quens Guillelmes va celé part poignant: 
20 molt fu irés et plains de mautalent. 

Vivien vit gésir sor un estanc, 

desous un arbre foillu et verdoiant, 

a la fontaine dont li doit sont bruiant, 

ses blances mains sor son pis encroisant. 
25 tôt ot le cors et le hauberc sanglant 

et le vïaire et l'elme flanboiant; 

sa cervele ot deseur ses iex gisant; 

encoste lui avoit couchié son brant, 

d'eures en autres va sa coupe rendant 
30 et en son cuer damedieu reclamant, 

a sa main close aloit son pis bâtant; 

n'avoit sor lui d'entir ne tant ne quant. 

'diex', dist Guillelmes, 'com ai mon cuer dolant! 

recëu ai hui damage si grant 
35 dont me daurai eu trestout mon vivant. 

niés Vivïens, de vostre hardement 

7 ses volentés. o est li cans arotez; le Ms. 
de l'Arsenal porte est li cans covres. 10 l'alose's. 
13 gués. 20 iriés. 21. 22 Vivien trueve sous 
. I . arbre gisant. 23 dois. 24 en croisant. 29 
d'eure en autre. 30 Vivien. 



77 



LA BATAILLE D'ALISCANS. 



78 



ne fu mais bom puis ke diex list Adan. 
or vos ont mort Sarrasin et Persant. 
terre, car oevre, si me va engloutant! 
dame Guiborc, mar m'irés Etendant; 
ja en Orenge n'ere mais repairant.' 
li quens Guillelmes va durement plorant 
et ses deus poins l'un en l'autre torgant; 
soventes fois se claimme las dolant. 
de sa dolor mais ira nus pariant, 
car trop le maine et orible et pesant. 
au duel k'il maine si cbaï de Bauchant, 
contre terre se pasme. 

Li quens Guillelmes fu irés et dolans, 
Vivien voit ki gisoit tos sanglans, 
plus souëf flaire ke baumes ne encens, 
sor sa poitrine tenoit ses mains croisant; 
par mi le cors ot quinze plaies graiis. 
de la menor morust uns amirans. 
'niés Yivïens', dist Guillelmes li frans, 
'mar fu vos cors ke tant par ert vaillans, 
vostre proëce et vostre hardemens, 
et vo biauté ke si ert avenans. 
niés, aine lions ne fu si combatans. 
n'estïés mie estos ne rampouans, 
n'onques ne fustes de proëce vantans, 
ainz estïés dous et humelïans 
et sor paiens hardis et conqueraus. 
aine ne doutastes ne roi ne amirant: 
plus avés mort Sarrasins et Persans 
c'onques nus bom n'en fist de vostre tans, 
niés, cbe t'a mort c'onqes n'en fus fuians 
ne por paiens un seul pié reculans. 
or te voi mort par dalés cel Archant! 
las! ke n'i ving tant com il fu vivans! 
del pain ke j'ai fust acumunïans, 
del verai cors damledeu, par covant: 
a tos jors mais en fuisse plus joians. 
diex, reçoif s'ame par tes dingnes commans, 
k'en ton service est mors en Aliscans 
li chevaliers honestes.' 

Li quens Guillelmes son grant duel renouvelé, 
tenrement pleure, sa main a sa maisele: 
'niés Vivïens, mar fu jovente bêle, 



3 ouevre. 13 iriés. 16 croisans. 18 Ale- 
mans. 10. 43 Vivien. 24 vos n'estiés mie 

estos ne malquerans. 20 anchois estie's. 28 
amirans. 30._ 31 n'en. 33 ces Archans. 36 
dou vrai cor dieu fust par ce connissans. 



ta grant proëce ki tos taus iert uovele. 
si hardis hom ne monta onc sor sele. 
haï Guibor, contesse, damoisele, 
quant vos sarés ceste lasse novele, 

5 molt serés cuite de cuisant estincele; 
se ne vos part li cuers sos la mamele, 
garans vos ert celé virge pucele, 
sainte Marie, cui mains pecchiere apele.' 
li quens Guillelmes por la dolor cancele, 

10 si se hurta eus el front d'une astele. 
par desous l'elme qui fu fais a gemele 
del vis li vole del sanc pleine escuële. 
Vivien baise tôt sanglant la maisele, 
sa tenre bouce k'est douce com canele. 

15 met ses deus mains amont sor la forcele, 
la vie sent qui el cors li sautele ; 
parfont dou cuer sospire. 

'Niés Vivïens', che dist li quens Guillelmes, 
'quant t'adoubai en mou palais a Termes, 

■10 por vostre amor en donai a cent elmes, 
et cent escus et cent targes noveles, 
et escarlates et mantiaus et gouneles; 
a leur voloir eurent armes et seles. 
e, Guiborc dame, chi a froides noveles! 

25 ceste dolor porrés tenir a certes. 

Vivïens niés, parles a moi, nem perdes.' 
li quens l'enbrace par desous ses aseles, 
moult doucement le baise. 

Guillelmes pleure ki le cuer ot iré: 

:ju par mi les flans tient l'enfant acolé, 
molt doucement l'a plaint et regreté. 
'Vivïens sire, mar fu vostre biauté, 
vos vasselages quant si tost est fines, 
je vos nouri doucement et souëf: 

35 quant jou a Termes vos oi armes doné, 
por vostre amor i furent adoubé 
cent cevalier tout d'armes conraé. 
or vos ont mort Sarrasin et Escler, 
et vostre cors est plaiez et navrez. 

40 ciex diex ki a par tout sa poësté 
ait de vostre ame et merchi e pité 
et de ces autres ki por lui sont fine 
ki par les mors sont tôt ensanglenté! 

1 ki tant estoit. 2 onqes. 4 serés. 8 qui 
maint pecchieres. 10 — 12 manquent. 18. 32 

Vivien. 26 Ms. Vivien men nies parles a moi 
pers; G.: Vivien nie's, parles a moi, men pers. 
33 vo vasselage — fine'. 34 soue'. 39 chi voi 
vo cors plaie' et decope'. 



79 



XIP SIECLE. 



80 



en convenant eus a damedé 

ke ne fuiroies en bataille campel 

por Sarrasin plaine lance d'esté: 

mien escient bien l'avés avéré, 

vo serement ne sont mie faussé. 

biaus sire niés, petit m'avés duré. 

or seront mais Sarrasin reposé, 

n'aront mais garde en trestot mon aê, 

ne ne perdront mais plain pié d'ireté, 

quant de moi sont et de vos délivré, 

et de Bertran, mon neveu l'alosé, 

et dou barnage ke tant avoie amé. 

encor aront Orenge ma cité, 

toute ma terre et de lonc et de lé. 

ja mais par homme ne seront contresté.' 

li quens se pasme, tant a son duel mené. 

quant se redrece, s'a l'enfant regardé 

ki un petit avoit son clef levé. 

bien ot son oncle oï et escouté: 

por la pité de lui a souspiré. 

'diex', dist Guillelmes, 'or ai ma volenté.' 

l'enfant enbrace, si li ad demandé 

'biaus niés, vis tu? por sainte carité!' 

'oïl voir, oncle, mais poi ai de santé; 

n'est pas mervelles, car le cuer ai crevé.' 

'niés', dist Guillelmes, 'dites moi vérité, 

se tu avoies pain benëoit usé 

au d'iemence ke prestre ëust sacré?' 

dist Vivïens 'je n'en ai pas gosté. 

or sai jou bien que diex m'a visité, 

quant vos a moi venistes.' 

A s'amosniere mist Guillelmes sa main, 
si en traist fors de son benëoit pain 
ki fu sainiés sor l'autel Saint-Germain, 
or dist Guillelmes 'or te fai bien certain, 
de tes pecchiés verais confés remain, 
je sui tes oncles, n'as ore plus prochain 
fors damedieu le verai soverain: 
en lieu de dieu serai tes capelains. 
a cest bautesme vuel cstre tes parrains : 
plus vos serai ke oncles ne germains.' 
dist Vivïens 'sire, molt ai grant fain, 
ke vos mon cief tenés dalés vo sain, 
en l'onour dieu me donés de cest pain, 

3 d'esté] de lé; Ms. dester. 4. 5 manquent. 
27 avois. 28 prestres. 33 benoît, 34 saines. 
36 vrais confe's aparmain. 37 suis. 39 ton 
capelain. 40 ton parin. 41 germain. 



puis me morai ore endroit aparmain. 

hastés vos, oncles, car molt ai le cuer vain.' 

'las', dist Guillelmes, 'com dolereus reclaim! 

de mon lignage ai perdu tout le grain: 
5 or n'i a mes ke le paille et l'estraim, 

car mors est li barnages.' 
Guillelmes pleure, ne se puet saoler, 

Vivien fist en son devant ester, 

molt doucement le prist a acoler. 
10 dont se commence l'enfes a confesser: 

tôt li gehi, n'i laissa ke conter 

de che k'il pot savoir ne ramenbrer. 

dist Vivïens 'molt me fait trespenser: 

au jor que deuc primes armes porter, 
15 a dieu vouai, ke l'oïrent mi per, 

ke ne fuiroie por Turc ne por Escler 

ne de bataille ne me verroit torner 

lonc d'une lance, a tant le vuel esmer, 

ke mort u vif m'i porroit on trover. 
20 mais une gent me fist bui retorner, 

ne sai com lonc, car ne le sai esmer: 

je criem mou veu ne m'aient fait fauser.' 

'niés', dist Guillelmes, 'ne vous estuet douter.' 

a icest mot li fait le pain user, 
25 en l'ounor dieu en son cors avaler. 

puis bat sa coupe, si laissa le parler. 

mais ke Guiborc li rova saluer. 

li oill li torblent, si commence a muer. 

le gentil conte a pris a regarder, 
30 k'il le voloit de son cief encliner. 

l'ame s'en va, n'i puet plus demorer: 

en paradis le fist diex hosteler, 

avcuc ses angles entrer et abiter. 

voit le Guillelmes, si commence a plorer: 
35 or set il bien, n'i a nul recovrer. 

l'enfant coucha en son escu boucler, 

quar il voit bien ne l'en porra porter. 

d'un autre escu le vet acoveter. 

si com il dut sor son cheval monter, 
40 li cuers li faut, si le covint pasmer. 

quant se redresce, moult se prist a blasmer: 

'par dieu, Guillelme, on vos soloit loër 

et par la terre Fierebrace apeler; 

mais or me puis por recréant clamer, 
45 quant celui lais k'en dëusse porter. 



7 sauoler. 13 m'a fait. 14 primes mes armes; 
G. au jor que primes deuc mes armes. 17 ke de. 



81 



REXAUT DE MONTAUBAN. 



82 



si le fesise en Orenge entercr. 
jou me deuïsse anchois laissier grever 
et le mien cors et plaier et navrer.' 
lors queurt l'enfant fors des escus oster, 
sor Bauchant monte sans point de demorer. 
molt ot grant paine de son neveu lover: 
de droit ahan le convient il suer, 
quant le mist sor sa sele. 

Li quens Guillelmes monta sans detrïer, 
Vivien lieve au col de son destrier; 
car a Orenge s'en quida repairier; 
mais ains avra un mortel encombrier, 
car il n'i trueve ne voie ne sentier 
ne soit coverte de la gent l'aversier. 
quant il choisirent le marchis au vis fier, 
joste l'Archant u devoit repairier, 
seure li keurent plus de quinze milliers, 
'diex', dist Guillelmes , 'ki tout as a baillier, 
or n'i ai biasme sel me convient lessier.' 
paien li crient et prenent a buchier 
'jus le métrez, par Mahon, pautonier!' 
'dex', dist Guillelmes , 'com or puis enragier. 
le cheval broche des espérons d'acier, 
isuelement est retornez arrier, 
dedesoz l'arbre le rest alez couchier. 



si le covri de l'escu de quartier, 
puis est montez en l'auferrant corssier: 
lors commença a fere un duel plenier. 
'biaus niés', dist il., 'moult vos avoie chier: 
5 se je vos les, n'en doit merveillier, 
n'en doi avoir honte ne reprovier, 
car n'est hom nez qui t'en osast porter.' 
a tant s'en tome, s'i commence a seignier. 
et cil li vienent et devant et derrier. 

10 'dex', dist Guillelmes, 'or ai de vos mestier: 
secorez, sire, le vostre chevalier!' 
lors esperone par delez un rochier. 
paien li crient 'n'en irez, losengier! 
ja vostre deu ne vos avra mestier, 

15 ne vos porra secorre ne aidier.' 
li quens Guillelmes n'a cure de plaidier. 
de foïr pense et cil de l'enchaucier. 
li soleuz besse, si prist a anuitier, 
et l'avespree commence a espoissier. 

20 et Sarrasin font le chemin gaitier 
et les destroiz et le païs plenier: 
n'i passera li marchis au vis fier, 
s'il ne se veit fere tôt detranchier. 
a Vivïen est retornez arier, 

25 la nuit le guete deci al esclairier. 



RENAUT DE MONTAUBAN. 

Renaus de Montauhan ode?- die Haimonskinder, altfranzosisches Gedinkt, herausgeg. von H. Michelant, 

Stuttgart 1862, p. 286, 28-292, 3. 



La ot fiere bataille et fiere chaplison, 
tant i fièrent ensamble, n'est se merveille non. 
es vos le roi de France brochant a esperon, 
et encontre Renaut le fil a viel Aymon. 
les chevaus laissent corre a force et a bandon, 
ne se conoisent mie, entreferir se vont, 
les escus ont perciés qui sunt paint a lïon, 
et rompent les haubers qui furent fremillon. 
il s'empaintrent a force et par ruiste vigor. 
les ceincles sunt rompues et brisié li arçon, 
que par desus les crupes des destriers arragons 
toutes plaines lor knces s'abateut el sablon, 
il resaillent en pies, chascuns par contençon. 
Challes a trait Joieuse qui li pent au giron, 

2 laissir tuer. 10 levé. lô vif. 17 millier. 
20 paiens. 29 li fil. 3S chascun. 
Baetsch, Chrestomathio, VI. Éd. 



et Renaus tint Froberge qui tranche de randon. 
L'empereres de France est en pies relevés 

et tint traite Joieuse au poing d'or noielé, 

et Renaus tint Froberge, s'a le roi regardé. 
30 Karles crie Monjoie a sa vois haut e cler. 

'se par un chevalier i sui pris ne matés, 

dont ne doi je rois estre ne corone porter.' 

quant Renaus l'a oï, si s'est mult vergondés. 

'he dex', ce dist li dus, 'qui me fesistes né, 
35 ja est çou Karlesmalnes a cui je ai josté, 

ki norri mou linage et tôt mon parenté. 

je ne parlai a lui bien a vint ans passés. 

j'ai forfait le poing destre dont je l'ai adesé. 



4 biau. 6 doie. 

si. 29 noiele's. 



porter rime fautive 
6 



83 



Xlle SIECLE. 



84 



ja li iert devant lui maintenant presantés; 

si en face mes sires toute sa volenté.' 

il tint nue Froberge et son escu bouclé 

et vint a Karlesmaine ; au pié li est aies. 

par les pies le saisist et prent a acoler. 5 

'sire', ce dist Renaus, 'merci por amor dé 

qui en la sainte virge se daigna aombrer. 

sire, donés moi trives, tant qu'aie a vos parlé.' 

'or tost', dist Karlesmaine, 'conte moi ton pansé. 

je ne sai qui tu iés, mais mult ses bien joster.' lo 

'sire', ce dist Renaus, 'dex en soit aorés.' 

il a jointes ses mains vers Karlon l'aduré. 

'merci, frans empereres, por icele pité 

que dex ot en la crois, quant il i fu penés, 

de Marie sa mère, quant il la vit plorer, 15 

et il la commenda saint Jehan a garder. 

je sui Renaus vostre hom k'avés deserité 

et chacié de la terre, bien a vint ans passés. 

mort en sunt en bataille mil chevalier armé. 

sire, drois empereres, aies de moi pité, 20 

de moi et de Aallart et de Guichart le ber, 

et de Richart l'enfant qui tant fait a loër. 

nel di mie por çou que nos n'aions assés 

chevaus et palefrois et destriers sejornés; 

mais de vostre amor somes dolant et esfraé. 25 

or nos laisiés a vos paier et acorder. 

je devandrai vos hom plevis et afiës, 

et Aallars mes frères et Guichars li sénés 

et Richars ensement, se vos le coraendés. 

Montauban vos donrai, se prendre le volés. 30 

si vos donrai Baiart, mon destrier abrivé; 

certes, n'a nul si bon en la crestïenté. 

se çou ne vos agrée, encor vos ferai el: 

Aallars et Guichars soit a vos acordés 

et Richars ensement, qui mult est honorés, 35 

et en vostre manaje soient nos iretés. 

je forjurerai France en trestot mon aé, 

que jamais en ma vie mar i serai trovés. 

au benëoit sepulchre, sens chance et sens solers, 

m'en irai tôt a pié por la vostre amisté, 40 

jamais en cest pais ne serai retornés. 

entre moi et Maugis nos garirons assés. 

certes, drois emperere, je ne vos puis dire el.' 

'Renaus', dist Karlesmaine, 'pornoiant en parlés. 

mult par fustcs hardis, je vos di sens fauser, 45 

quant vos ouques ossastes de la pais mot soner 

ne venir a mon pié por la merci crier. 

ja ne serés a moi paies ne acordés, 



se vos ne faites çou que vos dire m'orrés.' 
'sire, que sera çou?' dist Renaus li bons ber. 
'jel vos dirai', dist Karles, 'volontiers et de gré. 
Aallars et Guichars, cil seront acordé, 
et Richars ensement que jou durement hé, 
et vos Renaus meïsmes, si avrés m'amisté. 
si vos rendrai vos terres et vos grans yretés 
et acroistrai del mien bien quartorze cités, 
se vos volés tant faire com vos dire m'orrés.' 
'sire', ce dist Renaus, 'et car le me només.' 
'volentiers', dist li rois, 'ne vos iert plus celé : 
vos me rendrés Maugis, vo cousin naturel, 
certes que je has plus que nul home mortel, 
'sire, qu'en ferïés?' ce dist Renaus li ber. 
'certes, jel vos dirai', dist li rois honorés, 
'je le ferai mult tost par la geule encroër, 
et quant li glous iert mors et a sa fin aies, 
a keues de chevaus le ferai traîner 
et les membres del cors un et un desmembrer. 
en charbon le ferai ardoir et embraser 
et la poldre cueillir et jeter en la mer. 
quant tôt çou avrai fait que vos ai devisé, 
si set tant li diables engiens et fausetés, 
puis eschaperoit il, qu'il iert si atornés.' 
'ferïés vos issi?' ce dist Renaus li ber. 
'oïl', ce a dit Karles, 'si me garisse dés.' 
'dont n'en prendrïés vos ne chastel ne cité 
ne nul avoir del mont por Maugis acuiter'?' 
'nenil', dist Karlesmaine, 'c'om me pëust doner.' 
'par foi, ce n'iert donc ja', ce dist Renaus li ber, 
'et sachiés une chosse voirement sans fauser: 
s'or aviés Aallart en vo prison geté 
et Richart et Guichart que je doi mult amer, 
certes, ains les lairoie a martire livrer 
et les membres del cors un et un desevrer, 
que rendisse Maugis, mon cousin l'aduré.' 
'vasals', dist Karlesmaines, 'dont soies desfiés, 
que ja voir autrement n'i serés acordés. 
or reprenés vos armes et de moi vos gardés.' 
'sire', ce dist Renaus, 'de çou sui je irés, 
que ne puis envers vos la boue amor trover. 
et puis qu'il est issi que vos me desfiés, 
et je me garderai, se je puis, en non dé.' 
Charles a trait Joieuse, s'a l'escu acolé, 
et Renaus fu tos cois, très en miliu del pré, 
et voit venir Karlon vers lui tôt aïré. 

6 aurcs. 8 acroitrai. 25 le vos. 26 dist. 



85 



RENAUT DE MONTAUBAN. 



86 



'he dex', ce dist Renaus, 'qui me fesistes né, 
je voi ci mou seiguor venir tôt abrivé. 
ja nel ferrai premiers, ains savrai sa bonté.' 
Challes le va ferir par mi l'elme jemé; 
de Joieuse s'espee li a grant cop doué, 
que les flors et les pieres en a jus craventé 
et l'escu de son col li a eschantelé. 
cent et cinquante mailles de son hauberc safié 
li abati a terre devant lui eus el pré. 
damedex le gari par la siue bonté 
qu'il ne l'a en la char ne plaie ne navré, 
l'esperon a fin or li a par mi colpé; 
entre ci que au heut le fait el pré coler. 
quant l'a vëu Renaus, a poi n'est forsenés; 
ains nel vost de s'espee ferir ne adeser, 
ains est passés avant, par les flans l'a coubré; 
a son col l'encharga, qu'il l'en voloit porter 
trestot droit a Baiart qui la est enselés. 
a sa vois haute et clere commença a crïer 
'u iestes vos, mi frère, et vos, Maugis li ber? 
un tel eschec ai fait, se l'en poons porter, 
par lui serons en France paie et acordé.' 
cil n'entendirent mie de Renaut l'aduré, 
et Karles d'autre part se rest haut escrïés 
'ahi Rollans, biaus niés, u iestes vos aies? 
Oliviers de "Vïane, et car me secorés, 
et vos , sire dus Naimes et Torpins l'ordenés. 
ja vos ai je forment et chieris et amés.' 
Rollans l'a entendu et Oliviers li bers, 
et dus Kaimes de France et Torpins l'ordenés, 
et Ogiers li Danois est celé part aies; 
Estons li fins Oedon et Salemons li bers, 
Gondebués de Vandueil et Hues de Dancler. 
desi que a Renaut ne volrent arester. 
d'autre part vint Guichars sor vairon ferarmés, 
Aallars et Richars et Maugis l'adurés, 
a quatre cent Gascons, d'armes bien acesmés, 
et d'une part et d'autre i fu grans li barnés. 
la pëussiés vëoir un estor si mortel, 
tante lance froisie, tant escu estroe, 
tant jantn chevalier a la terre versé, 

3 saurai. 



Rolaus point Viellantin des espérons dorés, 

et a trait Durendart qui li pent au costé, 

et vait ferir Renaut par mi l'elme jemé; 

si grant cop li doua que tôt l'a estouné. 
ô 'mar encargastes Karle, mon seignor naturel. 

trop est poisans li rois por ensement porter; 

je cuit c'est uns afaires qui mult iert comparés.' 

mult est dolans Renaus, quant il s'ot tscrïer 

et il se sent a cop par mi l'elme fraper. 
10 il a traite Froberge au poing d'or neellé. 

e tint bien Karlemaine, nel laisa mie aler, 

et a dit a Rolant 'biaus amis, ça venés. 

ne vos en portés mie, mais encor recovrés.' 

comme Rollans l'oï, a poi n'est forsenés. 
15 estes les vos esamble as espees del lés: 

Renaus guerpi le roi, aine ne l'en sot on gré. 

atant es Aallars qui les a escrïés 

et Richars et Guichars, a Rollant vont joster, 

tôt troi le vont ferir en son escu listé; 
20 u Rollans weille u non, del col li ont porté, 

et Richars le coita a l'espee del lés. 

Rollans par estovoir lor a le dos torné; 

venus est a l'ost Karle, dont il estoit sevrés. 

Renaus, li fins Aymou, est en Baiart montés 
■25 et a dit a ses frères 'bien somes engané. 

se fussiés ovec moi, bien nos fust encontre: 

Karlon en eussions a Montauban mené.' 

'sire', dient si frère, 'del bien faire pensés 

et si faites vos cors et vos grailles soner; 
30 car la nuis est os cure, près est del avesprer. 

alons a Montauban, le chastel principe!; 

si en faisons nos gens arrière retorner. 

n'i avons rien perdu, ains avons conquesté.' 

Karles a fait ses cors grailoier et corner 
35 et Renaus fait ses grailes isnellement soner. 

or rasemblent les os qui s'en wellent râler. 

chascuns a fait sa gent entor lui assambler; 

Karles s'en vait arrière, s'a Balençon passé. 

'par mon chief ', dist li rois, 'mal nos est encontre, 
40 quant Renaus et si frère m'ont fors del champ 

jeté.' 

'sire', ce dist RollanSj 'ne vos desconfortés. 

se perdu i avons, il n'ont preu conquesté.' 
20 nom. 



87 



Xlle SIECLE. 



88 



BESTIAIRE DE PHILIPPE DE THAUN. 

Popular Treatises on Science written during the middîe âges in anglo-saxon, anglo-norman, and en- 
glish. Edited from the original manuscripts by Thomas Wright. London (printed for the histor. 

Society of Science) 1841, p. 81—83. 



MoNoscEROS est beste, 
un corn ad en ]a teste, 
pur çeo ad si a nun. 
de bue ele ad façun. 
par pucele est prise, 5 

or oëz en quel guise, 
quant hom le volt cacer 
et prendre et enginner, 
si vent hom al forest 
u sis repaires est; 10 

la met une pucele 
hors de sein sa mamele, 
e par odurement 
monosceros la sent; 
dune vent a la pucele, 15 

si baiset sa mamele, 
en Sun devant se dort, 
issi vent a sa mort; 
li hom survent atant, 
ki l'ocit en dormant, 20 

u trestut vif le prent, 
si fait puis sun talent, 
grant chose signefie, 
ne larei nel vus die. 

Monosceros griu est, 25 

en franceis un-corn est: 
beste de tel baillie 
Jhesu Crist signefie; 
un deu est e serat 

e fud e parmaindrat; 30 

en la virgine se mist, 
e pur hom charn i prist, 
e pur virginited, 
pur mustrer casteed, 
a virgine se parut 35 

e virgine le conceut, 
virgine est e serat 
e tuz jurz parmaindrat. 
ores oëz brefment 
le signefiement. 40 

Geste beste en verte 
nus signefie dé; 

4 ele manque. 10 repairs. 16 e si. 39 or. 



la virgine signefie, 
sacez, sancte Marie; 
par sa mamele entent 
sancte église ensement; 
e puis par le baiser 
çeo deit slgnefïer, 
que hom quant il se dort 
en semblance est de mort: 
dés cum home dormi, 
ki en cruiz mort sufri, 
ert sa drestructïun 
nostre redemptïun, 
e sun traveillement 
nostre reposement. 
si deceut dés dïable 
par semblant cuvenable; 
anme e cors sunt un, 
issi fud dés et hum, 
e içeo signefie 
beste de tel baillie. 

Pantere est une beste 
de mult precïus estre; 
et oëz de sun nun 
signeficatïun : 
pan en griu 'trestut' est; 
ke de tel nature est, 
ele ad multes valurs, 
si ad plusurs colurs, 
duce est et atempree, 
de bestes est amee, 
tut aime par raison 
fors sulement dragun: 
iceste beste mue 
divers mangers manjue; 
quant saiile serat, 
en sa fosse enterat, 
trais jurs si dormirat, 
al terz esveillerat. 
quant el se drecerat, 
un grant cri jeterat; 



7 que Wright: G ms. 9 hom. 10 en la 

cruiz. 11 ert] e. 18 hom. 19 çeo. 32 le 
dragun. 33 icest. 35 saul. 39 ele. 



89 



BESTIAIRE DE PHILIPPE DE THAUN. 



90 



et el cii qu'el ferat, 

de sa bûche isterat 

un tel odurement 

cum fust basme u piement. 

les bestes ki l'orunt, 

ki prof e luinz serunt, 

lores se asemblerunt, 

l'odurement sivruut 

ki del cri isterad, 

que pantere ferad. 

11 draguns sulement, 

ki ot reuvïement, 

mult grand pour le prent. 

fuit en l'odurement, 

en terre mucherat 

e cum mort se girat, 

lait e desfiguret, 

cum se il fust tuëd; 

muver ne se purrat: 

signeiïance i ad. 

Pantere mustre vie 
del fiz sancte Marie, 
e nus signefïum 
les bestes par raisun 
e li draguûs diable, 
par semblant cuvenable. 
dés treis jurz jut en terre 
pur noz âmes conquerre. 
al terz resuscitat, 
Sun pople rapellat, 
tui les sons asemblat, 
diable acravantad, 
sulunc celé semblance 
del dragun, sen dutance. 
dés al prince de mort 
nus tolit par sa mort; 
de mort nus délivrât, 
nostre dolur portât. 
e çeo avum oï 
del propbete Davi: 
Jhesu en ait muntad, 



nostre dolur portât. 

quant dés nus assemblât, 

pantere resemblat ; 

a lëon resemblat, 
5 quant nus resuscitat. 

de çeo dit Salomon, 

que 2^(i>t fst sun dreit nun : 

pan çeo est 'tut,' dés est pan 

par veir e senz engan; 
10 uns est en dëité, 

tut en humanité; 

dés est tut fundement 

e beu de tute gent. 

si cum li sols uns est, 
15 ki del muud lumere est, 

e si raiz sunt plusur, 

ki sunt del salvëur, 

8 si est dés luur, 

e nus si rai plusur; 
20 uns est multiplïanz, 

sultiz, nobles, vaillanz ; 

tut ad fait quantque est, 

pur çeo 'tut' sis nuns est. 

e le cri de la beste 
25 demustre voiz céleste ; 

puis que dés fud leved, 

de mort resuscitet, 

par trestute cuntree 

en fud la renumee. 
30 e sancte ureisun 

par l'odur entendum. 

tut ad dés uveret 

par la sue bunted, 

quant que saint' escripture 
35 nus diseit par figure; 

devencud ad diable 

par vertud cuvenable, 

sur christïene gent 

nen avrait mais nëent, 
40 se il ne funt peched, 

par quel seient lied. 



8. siverunt. 
28 conquere. 



9 ki de la bûche. 17 e manque. 
32 c diable. 37 deliverat. 



5 quant il nus. 8 tu des es. 16 plusurs. 
19 raie plusurs. 28 la cuntree. 38 christene. 
39 n'en avérait m. nent. 



91 



XIP SIECLE. 



92 



MYSTERE D'ADAM. 

Adam, drame anglo-normayid du Xlle. siècle, publié par Victor Luzarche, Tours 1854, p, 19 — 32. 

Adam, mi/stère du Xlle. siècle, texte critique accompagné d'une traduction par Léon Palustre, Paris 

1877, p. 36 — 70. Collationné avec le Ms. par M. Fù'rsier. 



Diabolus. Eva, ça sui venuz a toi. 

Eva. di moi, Sathan, et tu purquoi? 

Biab. jo vois querant tuu pru, t'honur. 

Eva. ço dunge deu! Biab. n'aiez pour; 

mult a grant tens que jo ai apris 

toz les conseils de parais. 

une partie t'en dirrai. 

Eva. or le comence, e jo l'orrai. 

Diab. orras me tu? Eva. si ferai bien, 

ne te curecerai de rien. 

Biab. cèleras m'en? Eva. oïl, par foi. 

Biab. iert descovert. Eva. nenil par moi. 

Biab. or me mettrai en ta créance, 

ne voil de toi altre fiance. 

Eva. bien te pois creire a ma parole. 

Diab. tu as esté en bone escole. 

jo vi Adam, mais trop est fols. 

Eva. un poi est durs. Biab. il serra mois. 

il est plus dors que n'est emfers. 

Eva. il est mult francs. Biab. ainz est mult sers. 

cure nen voelt prendre de soi, 

car la prenge sevals de toi. 

tu es fieblette e tendre chose 

e es plus fresche que n'est rose; 

tu es plus blanche que cristal, 

que neif que chiet sor glace en val. 

mal cuple em fist li crïatur: 

tu es trop tendre e il trop dur. 

mais neporquant tu es plus sage, 

en grant sens as mis tun corragc: 

por ço fait bon traire a tai. 

parler te voil. Eva. ore ja fai. 

Biab. n'en sache nuls. Eva. kil deit saveir? 

Biab. neïs Adam. Eva. neuil par veir. 

Biab. or te dirrai e tu m'ascote, 

n'a que nus dous en ceste rote, 

e Adam la, qui ne nus ot 

Eva. parlez en hait, n'en savrat mot. 



2 e P, œ L. 3 je veis LP. ton honor. 8 ore. 
9 frai. 10 curcerai. 15 ma] ta. 20 serf. 21 
ne volt LP. 22 se vols P. 2G nief LP. qui 
ja ce fai L. 27 cuple P] culpe. criator. 31 toi. 
33 ki le deit saver. 34 moi. par mei er P. p. mei 
Bartsch. 35 ascute. 37 qu'il. 38 molt. 



Biab. jo vus acoint d'un grant engin, 

que vus est fait en cest gardin. 

le fruit que deus vus ad doné 

nen a en soi gaires bonté: 
5 cil qu'il vus ad tant défendu, 

il ad en soi mult grant vertu. 

en celui est grâce de vie, 

de poëste e de seignorie, 

de tut saver, e bien e mal. 
10 Eva. quel savor a ? Biab. celestïal. 

a ton bel cors, a ta figure 

bien covendreit tel aventure, 

que tu fusses dame del mont, 

del soverain e del parfont, 
15 e sëuses quanque a estre, 

que de tuit fuisses bone maistre. 

Eva. est tel li fruiz? Biab. oïl, par ver. 

Tune diligente?- intuebitur Eva fructum veti- 
ium, quo diu eius inluitu dicens (dicet?) 

20 Ja me fait bien sol le vëer. 

Biab. si tu le manges, que feras? 

Eva. e jo que sai? Biab. ne me crerras? 

primes le pren, [e a] Adam le done. 

del ciel avrez sempres corone, 
25 al crëator serrez pareil, 

ne vus purra celer conseil. 

puis que tel fruit avrez mangié, 

sempres vus iert le cuer changié. 

deu serrez vus sanz faillance 
30 de égal bonté, de égal puissance. 

guste del fruit. Eva. jol n'ai regard. 

Biah. ne creire Adam. Eva. jol ferai tart. 

.... Biab. quant? Eva. suffrez moi 

tant que Adam soit en recoi. 
35 Biab. manjue le, n'aies dutance, 

le demorer serrât enfance. 

Tune recédât Diabolus ab Eva et ibit ad in- 
fernum. Adam, vero veniet ad Eve, moleste 
ferens quod cian ea locutus sit Biabolus, et 

dicet ei 

4 n'eu L. C inult manque. 9 e manque devant 
bien, il bels. 13 moud Ms. 15 seusez. 16 fuissez. 
17 par voir. 10 quo — intuitu manque L. 21 
mangues. 24 avérez. 29 deus. vus manque. 
sans L. 32 tart manque Ms. 35 n'aiez. 38 
Evam LP; cod. êe. 



I 



93 



MYSTÈRE D'ADAM. 



94 



Di moi, muiller, que te querroit? 

li mal Satan que te voleit? 

Eva. il me parla de Dostre honor. 

Adam, ne creire ja le traïtor: 

il est traître, bien le sai. 

Eva. e tu cornent? Adam, car oï l'ai. 

Eva. de ço qu'en cbat me? del vëer 

il te ferra changer saver. 

Adam, e nel fra pas, car nel crerai 

de nule rien tant que la sai. 

nel laisser mais venir sor toi, 

car il est mult de pute foi. 

il volst traïr ja son seignor 

e s'oposer al deu halzor. 

tel paltonier qui ço ad fait, 

ne voil vers vus ait nul retrait. 

Tune serpens artificiose compositus ascendit 
juxia stipitem arboris vetite. Cui Eva pro- 
pius adhibebit aurem, quasi ipsius ascultans 
consilium; dehinc accipiet Eva pomum ., por- 
riget Ade. Ipse vei'o nondum eam {id?) accipiet, 

et Eva dicet ei 
Manjue, Adam, ne sez que est: 
pernum ço bien que nus est prest. 
Adam, est il tant bon? Eva. tu le savras; 
nel poez saver, si'n gusteras. [pas. 

Adam, j'en duit. Eva. lai le. Adam, n'en ferai 
Eva. del demorer fais tu que las. 
Adam, e jol pendrai. Eva. manjue t'en, 
par ço savras e mal e bien, 
jo'n manjerai premirement. 
Adam, e jo après. Eva. sëurement. 

Tune commedet Eva partem pomi et 
dicet Ade 

Gusté en ai; deus, quel savor! 

une ne tastai d'itel dolçor, 

d'itel savor est ceste pome! 

Adam, de quel? Eva. d'itel n'en gusta home. 

or sunt mes oil tant cler vëant, 

jo semble deu le tuit puissant. 

quanque fu e quanque doit estre 

sai jo trestut, bien en sui maistre. ' 

manjue, Adam, ne faz demore; 

tu le prendras en mult bon ore. 

5 bien] Eva : qien. b. 7 Adam : e tu cornent? Eva. 
car jo l'ai (cod. sai) ci. de ço quen chat {L. que 
achat) me etc. 9 Adam manque Ms. e manque LP. 11 
A (= Adam), nel. 14 des. 16 voil que vers. 24. 29 sa- 
veras. 26 frai. 27 fai. 28 joie. 29 ce iP. 30ejoen. 
34 quele. 35 sador LP. 40 fust LP. e manque. 



Tune aecipiet Adam pomum de manu Eve, 
dicens 

jo t'en crerrai, tu es ma per. 
Eva. manjue, n'en poez redoter. 

Tujic commedet Adam partem pomi; quo com- 
esto cognoscet statim peccatum suum et in- 
cUnahit se. non possit a populo videri , et 
exuet soUempnes vestes et induet vestes pau- 
peres consutas foliis ficus et jnaximum simu- 
^f^lans dolorem, incipiens lamentationem suam. 

Allas, pecchor, que ai jo fait ? 

or jo sui mort sanz nul retrait. 

senz nul rr.'^ciis sui jo ja mort, 

tant est cbaïte mal ma sort. 
15 mal m'est changée ma aventure: 

mult fu ja bone. or est mult dure. 

jo ai guerpi mun crïator 

par le conseil de mal' uxor. 

allas, pecchable, que ferai! 
20 mun crïator cum atendrai? 

cum atendrai mon crïator, 

que jo ai guerpi por ma folor? 

unches ne fis tant mal marchié, 

or sai jo ja que est pecchié. 
25 ai mort, por quoi me laisses vivre, 

que n'est li mond de moi délivre? 

por quoi faz encombrer al mond? 

d'emfer m'estoet tempter le fond. 

en emfer serra ma demure, 
30 tant que vienge qui me sucure. 

en emfer si avrai ma vie: 

dont me vendra iloc aïe? 

dont me vendra iloec socors? 

ki me trara d'ites dolors? 
35 por quel vers mon seignor mesfis? 

ne me deit estre nul amis. 

non iert nul que gaires me vaille, 

jo sui perdu senz nule faille. 

vers mon seignor sui si mesfait, 
40 n'en puis contre lui entrer [em] plait, 

car jo ai tort e il ad droit. 

deu, tant a ci . . . mal plait! 

chi avrad mais de moi mémoire, 

3 crerra J/s. 5 doter. 9 ficus et manque LP. 
12 jo manque. 13 ja manque. 15 change. 16 
dore. 19 frai. 21 mun LP. 26 monde. 31 
sivrai L, siverai P, si urai Ms. 34 ditel. 37 
qui L. me manque. 42 allas deul tant a ci mal 
niait P. 43 memorie Ms. 



95 



Xlle SIECLE. 



96 



car sui mesfat au roi de gloire! 
au roi del ciel sui si mesfait, 
de raison n'ai vers lui un trait, 
ne n'ai ami ne nul veisin 
qui me traie del plait a fin. 
qui preirai jo ja qui m'aït, 
quant ma femme m'a si trait, 
qui dex me dona por pareil? 
ele me dona mal conseil — 
ai Eve! 

Timc aspiciet Evam uxorein suam et dicet 
ai, femme deavee, 
mal fussez vus de moi née! 
car fust arse iceste coste 
qui m'ad mis en si maie poste! 
rar fust la coste en fu brudiee 
qui m'ad basti si grand meslee! 
quant celé coste de moi prist, 
por quei ne l'arst e moi oscist? 
la coste ad tut le cors traï 



e afolé e mal bailli. 
ne sai que die ne k'en face, 
si ne me vient del ciel la grâce, 
n'em puis estre gieté de paine : 

5 tel est li mais que me demaine. 
aï, Eve, cum a mal ore, 
cum grant peine me curut sore, 
quant onches fustes mi parail! 
or sui periz par ton conseil. 

10 par ton conseil sui mis a mal. 
de [grant] haltesce sui mis a val, 
n'en serrai trait por home né, 
si deu nen est de majesté, 
que di jo [las]! porquoi le nomai? 

15 il me aidera ? corocé l'ai, 
ne me ferat ja nul aïe, 
for le filz que istra de Marie, 
ne sai de nus prendre conroi, 
quant a deu ne portâmes foi: 

20 or en soit tôt a deu plaisir, 
n'i ad conseil que del morir. 



HERMAN DE VALENCIENNES, BIBLE DE SAPIENCE. 



Ms. 



de la bibliot/ièçue princière de Wallerstein à Mayhingen (A); ms. Paris, franc. 1444, 
(B); franc. '243S7 (C). Le texte de C est entièrement différent jusqu'à 98, 10. 



Paris, franc. 1444, anc. '534 



Chil qui furent es nés ne se targent noient, 
aias ont lové leur voile, et siglent o le vent, 
bien sont vestu de paile, mult ont or et argent, 
coi qu'il aient esté, or ne sont pas dolent, 
mult sont lié de leur frère et siglent lïement, 
mult en merchïent dieu trestout communalment 
des paines, des travaus c'ont eu en présent: 
dieu en rendirent grâces et loërent forment. 
venu sont au droit port, mult ont eu bon vent. 

Il n'en sont pas issu com povre prisonnier, 
enchois en sont issu com riche chevalier, 
bien son tuit conreé, si ont assés deniers, 
li père ert en maison, mult pensans, non legiers ; 
ne demora c'un poi, vint li uns messagiers, 

5 trai. 9 si manque. 14 vous LP. 16 poeste. 
21 tra Ms. 22 E cil qui sont B. 23 il levèrent 
lor sigle si siglerent al vent B. singlent A. 25 
coi] et A. or] il B. 2(3 et] si B. singlent A. 
28 des travaux et des paines B. 29 rendent les 
gr. tôt assamleenient B. 31 ne A. 32 ains issent 
de lor nés B. soldoier B. 33 tout A. 34 pesans B. 



si li a conseillié en l'oreille deriers 

'sire, vous ne savés, vo lil sont chevalier.' 

'di, va!' fait il, 'tu mens; fui de chi, paltoniers! 

25 ettucoramentlesés? che n'est pas leur mestiers.' 
'Par le foique doideu, nemeutau mien espoir; 
se croire me volés, je vous ai dit tout voir, 
venés vos eut o moi, aies, pores vëoir. 
tout sont vestu de paile riche de grant pooir; 

30 a tous cheus qui en vuelent départent leur avoir. 

tant ont or et argent, riche en seront leur hoir.' 

di, va! ne me mentir, ce ne seroit pas voir.' 

'levés sus, si venés.' 'ne me puis reraanoir.' 

Nen ot 'pas li garchons fenie sa raison, 

35 quant entrèrent si fil trestout en sa maison, 



7 cume. s pareil LP. 9 ore. 22 soavet li 
conseille B. 2;i chevaliers A. 24 biax sire ne 
vos mène B, paltonier A. 25 nen ont pas tel B. 
mestier AB. 28 manque A. i aies B. 29 riche 
sont a p. B. 30 en mènent B. 31 leur] vostre B. 32 
mentir ne feroies savoir A. 33 ie ne me puis rao- 
voir B. 34 Navoit A. li mesages finee B. 35 li fil B. 



i 



97 



HERMAN DE VALENCIENNES, BIBLE DE SAPIENCE. 



98 



mult bel le saluèrent et firent que baron, 
'nous sommes repairié. mult grant avoir avon. 
pères, de vos dous tix salus vous aporton 
en Egypte le large, nous nel te cheleron: 
li uns a non Joseph, Benjamin l'autre a non.' 

Quant ot nommer Joseph, si s'est Jacob levés; 
il avoit les queveus menus recherchelés, 
si li ert d'une part ses capiax avalés, 
li prodons ert mult vix, ses fix a regardés; 
il les vit tous de paile vestus et coureés. 
'dites queles gens estes qui de Joseph parlés, 
qui mors est vint ans a, e pour coi me gabés ? 
chertés, grant pechié faites quel me ramentevés.' 

'Biax pères, Joseph vit, nous ne te gabons pas, 
bien le sachiés pour voir, ne le tenés a gas.' 
'he dix, le verrai jou'?' 'par foi, tu le verras.' 
'puis volroie morir.' 'biau père, n'i morras.' 
'est il venus o vous?' 'nenil, a lui iras, 
nous te ferons un lit et en la nef gerras; 
s'en irons en Egypte, ilec le troveras' 
'aidiés moi, mi enfant, soustenés moi mes bras. 

Alons ent, mi enfant, n'i quier plus demorer, 
faites faire mon lit et la nef aprester.' 
donc sailli sus Jacob qui aine ne pot aler, 
del solier u il ert se prent a avaler, 
que il n'i demanda homme ne bacheler. 
il par estoit tant vix que tous soloit croller, 
un poi enchois soloit a mult grant paine aler; 
or crie com fust jones 'mi fil, or del haster!' 

Dont li a dit ses fix Kuben mult boinement 
'aies kieles, biax père, plus atempreement.' 
'qui es tu qui paroles?' 'pères, je sui Ruben.' 
'de mon fil di moi voir, ne me mentir noient.' 
'jel vi voir en Egypte, seignor de chele gent.' 
'et comment? n'i a roi?' 'père, oïl voirement.' 
'ne s'entremet de rien n'en ot nul jugement?' 

1 et disent B. 2 mult] et B. 4 largue nous 
ne A. 5 li uns est B. lautres J. a non B. 
6 Joseph nomer Jacob si sest B. si est 4. 7 ses 
q. B. 8 ses capiax dune part B. lo pailes A. 
honeres A. 11 dites na quel gent B. 12 qui fu 
mors XXX B. 13 qui le me B. 14 nous manque 
B. gabomes B. 15 nel tenes mie a. B. 16 e 
dix verrai le '\& B. n morir se diu plaist ni B. 
18 o vous venus B. venras B. 19 et] ens B. 
23 ma nef B. 24 salli A. 25 manque A. 26 
quil ni B, aine ne A. fil homme A. 28 a grant 
paines B. 29 dont crie comme juenes B. 30 
Ruben ses fix mit' bêlement B. 31 aies quele A. 
32 sire je B. Rubent A. 33 di me B. ne ni B. 
34 je vi A. sire est de B. 

Bartcsh, Chrestomathie. VI. Éd. 



'Joseph est de tout sires, si départ le forment.' 
dont entrent en la nef, puis si siglont au vent. 
Quant vinrent em rai mer o le bon vent siglant, 
Jacob ouvri ses iex, a le teste crollant: 
5 'quant veurons en la mer? dites moi, mi enfant.' 
'biax pères, vous i estes', chil dïent en riant, 
'quant verrai jou mon fil que désiré ai tant?' 
'par foi, hastiveraent nous Talons aprochant: 
bien i venrons demain a l'aube aparissant. 

10 or vous gisés, biax père, bien i venrés dormant.' 

'Ha las', che dist Jacob, 'ne sai se tant vivrai.' 

'oïT, che dist Ruben, 'bons pièges en serai.' 

'vous pièges? et comment?' 'jale vosmousterrai.' 

'je cuit vous me gabés.' 'onques ne vous gabai, 

15 ne faites a gaber; chertés, je l'i laissai 
et Benjamin o lui, quant d'Egypte tournai, 
et salus vous manda, et je vous saluai.' 

Lendemain par matin quant l'aube fu crevée, 
que fu tote espandue par tôt celé rosée, 

20 a droit port est la nés bonement arrivée, 
dont ont li fil Jacob leur nef bien aancree, 
dont s'en ist fors Jacob o toute sa maisnee 
estes vous la nouvelle, es vos la renommée 
que venus est Jacob en ichele contrée. 

25 adonc i vait Joseph o sa grant assamblee. 
tant s'ont entrebaisié bien une grant loëe, 
sa grant beneïchon leur a a tous donnée, [ment. 
Joseph quant vit son père, mult ploura tenre- 
li pères quant le vit nel reconnut noient. 

30 'li quels est mes biax fix? car me dites, Ruben.' 
'ichil qui vous baisa, pères, tant longuement.' 
adonc plora Joseph et d'Egypte la gent. 



1 est tôt seignor A. 2 entra — et dont singlent 
A. 3 en la mer B. 4 o la ^. sa la B. 6 ce 
dient B. 7 venrai A. que ie désire tant B. S 
aproismant jB. 11 A C, E 5. C ajoute que ie 
voie mô fil Joseph tant qamai. 13 vous] tu B, 
boens C. et] ha C. ba jel te B, pères ial A. 
14 vous] que tu C. ne te C. 15 on ne doit pas 
gaber son père bien le sei C: C ajoute quant de 
lui départi trestot sain le lessai. 17 si vos mande 
salus et salue vos ai C. B ajoute nel entendes 
nos oie voir ie nel sai. 19 que jours fu espandus 
par toute la contrée A. a terre la r. B. 20 au A. 
bon B. nef A. 22 Jacob sen issi fors et tote 
lor mesnee C o] a B. sa unee A. 23 et la 
grant r. A. 25 vient B. aunee C. 26 bien 
manque A. grande A. 27 a manque C, puis A. 
28 si pi. A, pi. mit C. 29 vit mit plora ense- 
ment B. 30 demande li quels est ioseph on li 
aprent C. car] or B. Rubent A. 31 cest icil — 
besse C. 32 et li autre ensement C. 

7 



99 



XII« SIECLE. 



lOQ 



ichil qui la fust donc a chel assamblement 
et del père et del fil veïst l'embrachement, 
l'un l'autre regreter, seigneur, tant doucheraent, 
s'il ëust jëuné trois jours en un tenent, 
sachiés que de mengier ne li presist talent. 5 

'Par foi, fix, je cuidai que fussiés estranglés, 
d'aucun ors ou de beste salvage devourés. 
dolens fui, s'en caï en mult grant enferté. 
sain vos ai retrové, dex en soit aorés. 
et pour coi me guerpistes?' 'nel fis par vérité.' lo 
'qui fu li vestemens qui me fu aportés, 
je ne sai de quel sauc trestout ensenglentés?' 
'père, ne fu pas miens, or l'ai bien esprouvé ' 

'Je quit que en Sichem, Joseph, vous envoiai, 
que quesissés vos frères, et jel vous commandai.' 15 
'si fis je voir, biax pères, leur mengier lor douai : 
par me foi, la me pristrent.' 'pour coi?' 'jel 

vous dirai, 
ne voussovient, biax pères, delsongequesongai?' 
'fustespris pour le songe?' 'agrantpaineescapai : 20 
marchëant m'achaterent, els je m'en alai. 

Li rois de cheste terre, quant me vit bel enfant, 
deniers donna pour moi et or au marchëant. 
fui mis en son pestrin, ou soufi'ri paine grant. 
li rois par sa merchi puis me fist si poissant, 25 
seigneur me fist d'Egypte, tuit fisent mon com- 
madamem'encusa, bien en fuiconnissant, [mant. 
en chartre me fist mètre, je n'eu apartenant 
qui de rien me plainsist, fors diu le tot-puissant. 
il m'a bien délivré comme le sien serjant. 30 
or sui chi devant toi, si ferai ton commant. 

1 car li (nus C) hom qui la fust a BC. 2 
qui del C. fil— père £. 3 li uns C. regrete C, 
regarder B. 4 se il B, et il A. june A. entiè- 
rement C. 5 s. q. il neust B. sel ueist ueust 
il C. de m, nul t. BC. 6 cuidoie C. 1 dau- 
cune orse A. bestes salvages B. s sen A : si 
BC. en sui en grant enfermetes B. 9 dix en 
soit aoure quant sain vous ai trove A. 10 et 
manque C deguerpistes C. biax fix AB. ne me 
celez C. 12 envolcpes B. 13 père il ne B. pas] 
del C. mien ice savoir poez C. or le sai par 
verte B. 14 Joseph] beax filz C. 15 que] si B. 
si le vos C. 11; voir] mes A. le m. C. portai B. 
17 la] ia B, si C. me mangue A. 20 manque B. 
par ice fui ie pris a paines C. 21 o cls si men 
B, avoec els en C. 23 or et argent dona p. m. 
al m. C. 25 a son p. fui mis travail i sofFri 

grant C. fu A. la s. travail B. 25 puis] si C. 
26 trestot font A. 27 macusa A. ce fu bien c. C. 
fu A, sui B. 29 a tort fui enchartrez noi nul 
a. C. bien en sui connissans B. 29 pleiast C, 
pleust B. tôt] roi B. 30 men a d. A. 



Or escoute, biax père, entent que te dirai: 
il sont trestuit mi frère, ton commant en ferai, 
alons a mon seignour, si le te mousterrai.' 
'beax filz, mult volentiers, et jel mercïerai 
de l'onor qu'il t'a fait, a ses pies li charrai. 
tuit si serjant serés et je ses sers serai, 
com vos verrai ensamble, si vous acorderai, 
devant le roi d'Egypte trestous vous baiserai 
ma beneïchon, en après si morrai.' 

Mult par ert vix Jacob de grant antiquité, 
son capel en son chief au roi en est aies, 
entor lui sont si fil, tout l'ont avironé. 
quant il vinrent au roi, trestuit l'ont encline, 
et li rois Pharao de son siège est levés, 
dant Jacob a baisié et mult l'a honoré. 

Lirois manda ses hommes d'Egypte la contrée, 
manda les par sa chartre, qui mult est redoutée: 
adouc fist une feste qui mult fu renomee. 
quant Jacob en la sale vit la gent aunee, 
pria que sa parole fust eutr'els escoutee. 
adonc de par le roi fu la pais commandée: 
Jacob se leva sus, si dist raison membree. 

'Pais ait rois Pharao! entende a ma raison! 
de dieu qui nous gouverne ait il beneïchon. 
seigneur, bien le veés que je sui mult vix hom, 
vous ne me connissiés ne ne vous connisson. 
nés sui du val Ebron, d'une autre région: 
la gisent nostreanchestre; se diu plaist,la gerron. 
la se repose Adams qui fu li premiers hom, 
si fait Eva sa feme, si com lisant trovon. 

La gens qui de lui vint damedieu pas n'ama, 
ne il els ensement, durement s'en venga: 
seignour, par le deluve trestous voir les noia, 



1 entendes — escotes A. te manque B. ie C. 
2 ta volente f. C. 3 et ie te C, io se li B. 

4. 5 manquent A. b. f ] ioscph B. ton commant 
en ferai B. 5 por Icnor que ta C. 6 t. se- 
rez si sériant C. li B. servant A. ie sel (le C) 
servirai BC. 7 quant vos C. comuns A. 9 
chascun selonc son droit beneicon donrai et après 
en grant ioie cest siècle guerpirai C. Il en est 
al roi B. sont C. aie ABC. 12 tôt AB. 13 vi- 
rent A. tout li A. 13 manque AC. 15 li rois 
contre elz se lieve sis a mit enore C. ifi mande 
s. h, par tote sa C. l" ert C. 18 f. mit haute 
et r. B. enoree C. 20 fust un poi C. 21 a. parla 
li rois la pais fu A. 22 et J. B. sua manque B. 
senee C. 23 Des C. entendes B. a manque BC. 
26 ne vos ne C. 27 de B. une A. 28 dix A. 
toi C. 29 Adii A. 30 famé A. 32 il iaus B, 
il li C, els lui A. 33 s. mes no père noe el déluge 
salua C. delouve A. trestous — avec manque B. 



101 



HERMAN DE VALENCIENNES, BIBLE DE SAPIENCE, 



102- 



fors chels qu'avec Noé en l'arche réserva. 

de lui et de ses tix le siècle restera, 

de lui vint Abrabam que diex taut par ama, 

quant de son premier fil li sires le tempta. 

il li rova ochirre, a peu qu'il nel tua, 

si ot uom Ysaac, mais dix ne li laissa. 

je sui ses fix Jacob qui devant vous esta. 

Seignour, je sui mult vixje nel vos quier celer; 
je sui fix Ysaac, ci corn m'oes conter, 
quant del siècle mortal dut li prodons torner, 
j'oi sa beneïchon, bien le me pot doner. 
mes frères Esaii me volt deshireter, 
cacha moi de la terre, que je n'i poi entrer, 
je le reu, dieu mercbi, encor l'ai a garder, 
che sont mi douze fil que chi veés ester. 
bien a trente ans passés, qui le volroit conter, 
que je perdi Joseph que je puis tant amer. 

Trové l'ai, dieu merchi, en cheste région 
cui diex prent en sa garde, nen a contusion, 
devant ichest seignour que nous pour roi tenon, 
seignour, leur voil donner ma grant beneïchon, 
trestuit i partirés.' 'et nous bien l'otrïon,' 
ce respondi li rois, 'Joseph est sages hom, 
bien sai qu'il m'a gari et toute ma maison, 
toute ma gent d'Egypte de grant caitivison. 
je l'acatai a serf, mais or le franchison. 
taut prengne de ma terre en sa possession, 
manant soient si frère, et il soit riches hom.' 

Seignour, qui donques fust a ichele assamblee 
et fust ens en la sale, qui tant est longue et lee, 
de pailes portendue, si bien encortinee, 
li rois porta corone, qui vëoit l'assamblee, 
diroit que tels leëce ne fu mais démenée, 
donc a Jacob li vix se destre main levée, 

1 l'arche manque B. 2 le] cest C. 3 manque C. 
4. 5 li sires] ysaac C. 5 ochirra A, tuer C. 
après li deuea C. por poi B. 6 manque C. il 
ot B. " que dix tant par ama B. 8 je 

manque C. vos] le A. aceler C. 10 de cest 
mortel siècle C. 11 sa b. eu A. bien] il B. 
13 cha moi C. je maitque C. demorer C. 14 je 
lai roi C, et puis loi B. 16 qui le] ques B, 
qui C. aconter B, bien conter C. n que tant 
puis or amer Z?, qui mit fet aloer C. 19 dieu A. 
nen a] il na A, na pas C. 21 par foi doner li 
uoil par gr. C. 22 trestout A. 23 ce] et AC. 
26 or] nous A. len franquison B. 28 manans 
ho B. 29 donc i fust B. 30 f. en cale s. C. 
qui est et grans et lee A. 32 portoit c. deuant 
lui fu lespee C. c. et tote sa unee B. 33 manque A. 
Onques mes t. 1. laienz ne fu menée C. 34 adon- 
ques C. li vix manque C. 



avoit le barbe longue blanche toute muëe: 

sa grant beneïchon lor a a tous donee. 

en après quinze jours fu la joie menée. 
Par quinze jours, seignour, chele joie dura; 
h il ont le congié pris et li rois lor doua, 

Joseph saisist la terre, li rois li otrïa; 

il i mena ses frères et il lor commanda. 

la fist faire maisons, son père i herbega, 

ne demoura c'un poi, a sa fin en ala. 
10 Joseph l'en fist porter, en Ebron le coucha, 

sépulture li fist, après s'en repaira. 
Joseph est en Egypte o ses frères remés, 

bien a gardé le règne, set an sont ja passé. 

si frère ont prises femes, illuec sont arresté; 
15 dont naissent leur enfant, dont croist li parentés, 

bien i mistrent mil ans, que tôt furent passé. 

Joseph ichis sains bons est a sa fin aies, 

de lui vinrent enfant, si sont multeplïé, 

que li règnes d'Egypte en fu tos encombrés. 
20 Sages bons fu Joseph, sage furent si fis. 

Joseph illec fu mors, el val d'Ebron fu mis. 

mult a les pans d'Egypte li lignages pourpris, 

plus sont de trente mile espars par le païs. 

mult par sont riche gent, chil d'Egypte apovris, 
25 trestuit sont assamblé, si ont un conseil pris, 

que tous les ochiront, n'en remanra uns vis. 
Seignour, or escoutés, entendes ma raison, 

je ne vous di pas fable ne ne vous di canchon. 

clers sui povres de sens, si sui mult povres hom, 
30 nés sui de Valenchienes, Herman m'apele on. 

1 la b. avoit chanue menu recercelee C. mi 
lee A. 2 lor manque C. trestoz C. 3 la j. est 
démenée C. 4 Trestoz les xv. j. celé feste C. 

5 quis le congie A. le] tuit C. 6. 7 intervertis B. 

6 sesi C. sa t. et li B. li] bien \ A. 7 et il] et 
si B, si la C. 8 la iist il mesons fere C. 9 c'un 
poi] ne gaires B, lonc tens C. a le A. 10 le 
fist A. 11 li fist sa sep. en après r. B, quant 
lot enseveli en egypte rentra C 12 tornez C. 
13 st' li VII. an p. B, de richete ot assez C. 
ans— passes A. U et li— pris B. femes prises C. 
illeuqs st' remes B, et enfanz engendrez C. 15 
leur] li C. et croist C. lor B. 16 i mesent B. 
acomplis et passer C. 17 et Joseph entretant C. 
cis sages hom B. 18 des enfans que li frère ont 
ilec engendrez C. sij mit B. mlteplies AB. 19 lu 
li reignes durement enc. C. en sont tôt A. 20 et 
mit' a des amis C. sage home st' si B. 21 manque C. 
22 a] ont A. des pans B. li] ses B. pourpris 
manque C. 23 de vi<= mile C. C ajoute quant il 
les virent si de richece aemplis. 24 et elz apou- 
roier aler comme mendis C. gent d'E. li nori B. 
25 trestout A. 26 ocirroient C. nus C. 28 ne 
vous recont canchon A. 29 et si sui p. A. 

7* 



103 



XII- SIECLE 



104 



ne sai se vous savés che que lisant trovon, 
de persone dex cure ne prent s'est grande u non. 
on a sovent grant aise en petite maison, 



a petite fontaine tôt son saoul boit on. 

tôt ce di je por voir, se sui mult petit hom, 

canoines sui et prestres fais par élection. 



TRISTRAN. 

Tristan publié par Francisque Michel, 2* Vol. Londres 1835, p 121 — 137, v. 665— 996. Cf. Fors ter 

dans Zeitschrift f. rom. Philol. 6, 416s. Tristran, déguisé en fou, vient à la cour; Ysolt ne le 

reconnaît pas; il se dévoile à sa suivante Brengien. 



Brengien entent ke cil cuutat, 
Sun pas vers la chambre en alat. 
cil sait sus, si l'a parsiwi, 
mult par lu vait crïant merci. 
Brengien est venu' a Ysolt, 
si li surrist cum faire soit. 
Ysolt culur muad e teinst, i 

e sempres malades se feinst. 
la chambre fu sempres voidee, 
kar la raine ert deshaitee. 

E Brengien pur Tristran alat, 
enz en la chambre le menât. i 

quant il vint enz e vit Ysolt, 
il vait vers lu, baiser la volt: 
mais el se trait lores arere. 
huntuse fu de grant manere, 
kar el ne sot quai fere dut ; 

e tressuat u ele estut. 
Tristran vit ke ele l'eschivat : 
buntus fu, si se vergundat; 
si s'en est un poi tret en sus 
vers le parei, dejuste le us. i 

Puis dit aukes de sun voleir: 
'certes une ne quidai ço veir 
de vus, Ysolt, franche raïue, 
ne de Brengien vostre meschine. 
allas, ke je tant ai vesquu, : 

quant je cest de vus ai vëu, 
ke vus en desdeia me tenez 
e pur si vil ore me avez! 
en ki me purrei mes fier, 
quant Ysolt ne me deing' amer, ; 

1 manque B. espoir vos saves bien que nos 
1. C. 2 na cure dex sele est granz u uon C. 
dôme ne print dix acoison sele est ou bêle ou 
laide ou petite ou non A. 3 et 104, l intervertis C. 
et salons maintes foiz en C. 5 abat. 6 par siwi. 
18 ele se traite, 20 ele ne saveit. 24 si sest. 
tret Fôrster] eret. 27 unkes. 30 ke je] ki. 
34 purreie. 



quant Ysolt a si vil me tient 

k'ore de mai ne li suvient? 

ohi Ysolt, obi amie, 

hom ki ben aime tart ublie. 

mult vait funteine ki ben surt, 

dunt li reuz est bon e ben curt; 

e del ure ke ele seccbist, 

ke ewe n'i surt ne ewe ne ist, 

si ne fet gueres a praiser: 

ne fait amur quant voit boiser.' 

Ysolt respunt 'frère, ne sai, 
se vus esguard, si me esmai, 
kar [je] ne aperceif mie de vus 
ke seiez Tristran le amerus.' 
Tristran respunt 'raine Ysolt, 
je sui Tristran ke amer vus soit, 
ne vus membre del seneschalV 
vers le rei nus teneit il mal. 
mis conpainz fu en un ostel, 
fumes juvenes par uël. 
par une nuit quant me issi, 
il levât sus, si me siuvi; 
il ont negez, si me trazat, 
al paliz vint, utre passât, 
en vostre chambre vus guatat 
e l'endemain vus encusat. 
ço fu li primer ki al rei 
nus encusat, si cum je crei. 

Del naim vus redait ben membrer 
ke vus solïez tant duter. 
il ne amad pas mun déduit, 
entur nus fu e jur e nuit; 
mis 1 fu pur nus aguaiter 
e servit de mult fol mester. 
senez fumes a une faiz. 

1 de petites fontaines C. 2 manque A. mit' 
iocnes C. 3 pr. par grant e. B, 5 suvent. J 
15 se] e. 20 Alinéa. 21 il manque. 30 juues \ 
par u el. ïs enguatat. 



,05 



TRISTRAN. 



106 



cum amans, ki suut mult destraiz, 

purpenseut de mainte veîdisf, 

de engin, de art, de cuintise, 

cum il purrunt entreassembler, 

parler, euvaiser e juër, 

si feïmes nus, senez fumes, 

eu vostre chambre u nus sûmes. 

mais li toi uaims de pute oriue 

entre noz liz pudrat farine, 

kar par itant quidat saveir 

le amur de nus, si ço fust veir. 

mais je de ço m'en averti. 

a vostre lit joinz peez sailli. 

al saillir le bras me crevât 

e vostre lit ensanglentat. 

arere saili ensement 

e le men lit refis sanglant. 

Li reis Marcs i survint a tant 
e vostre lit truvat sanglant, 
al men en vint eneslepas 
e si truvat sanglant mes dras. 
raine, pur vostre amité 
fu de la curt lores chascé. 
ne membre vus, ma bêle amie, 
de une petite druërie, 
ke une faiz vus envaiai, 
un chenet ke vus purchaçai? 
e ço fu le Petitcrëu, 
ke vus tant cher avez eu. 
e suvenir vus dait il ben, 
amie Ysolt, de une ren. 

Quant cil de Irland a la curt vint, 
li reis l'onurrat, cher le tint, 
harpëur lu, harper saveit: 
ben saviez ke cil esteit. 
li reis vus dunat l'harpëur: 
cil vus amenât par baldur 
tresque a sa nef e dut entrer, 
en bois fu, si le oï cunter, 
une rote pris, vinc après 
sur mun destrer le grant elez. 
cunquise vus out par harper, 
e je vus cunquis par roter, 
raine, suvenir vus dait, 

6 fumus. 7 u sumus. M. FOrster propose fumes 
(: fumes). 10 tant, saver. 14 sailer. 18 Marées. 
20 enelespas. 30 il manque. 36 1'] al. 41 destré. 
42 cunquis. 



quant li rais congïé me aveit, 

e je ère mult anguisus, 

amie, de parler od vus, 

e quis engin, vinc el vergez 
5 u suvent ermes enveisez: 

sus un espin el umbre sis, 

de mun cuivet les cospels fis 

k'erent enseignes entre nus 

quant me plaiseit venir a vus. 
10 une funteine iloc surdeit, 

ki delez la chambre curreit, 

en ewe jetai les cospels, 

aval les porta li rusels. 

quant veïez la dolëure, 
15 si saviez ben a dreiture 

ke jo i vendreie la nuit 

pur euvaiser par mun déduit. 
Li neims sempres s'en apercent, 

al rei Marc cunter le curut. 
20 li rais vint la nuit el gardin 

e si est munté el espin. 

jo vinc après, ke mot ne soi; 

mais si cum je oi esté un poi, 

si aperceu l'umbre le roi 
25 ke seet a l'espin ultre moi. 

de l'autre part venistes vus: 

certes, je ère dune poërus, 

kar je dutoie, ço sachez, 

ke vus trop vus [vus] hastisiez. 
30 mais deus nel volt, sue merci! 

l'umbre veïstes ke je vl, 

si vus en traisistes arere; 

e je vus mustrai ma praiere, 

ke vus al rai me acordissez, 
35 si vus fare le putissez, 

u il mes guages aquitast 

e del regue aler me lessast. 

pur tant fumes lores sauvez 

e al rei Marc fu acordez. 
40 Isolt, membre vus de la lai 

ke feïtes, bêle, pur mai? 

quant vus eisistes de la nef, 

entre mes bras vus tinc suëf. 

3 od us; dans le glossaire od [vjus. 5 er- 

mes Fôrster'l eimes. 6 desus. U delez] de. 
16 i manque. 19 Merces. 28 ço manque: 

mult Michel. 29 vus en? (ne vus ?) hastisez. 33 je 
manque. 39 Marces. 41 ke] 6. 43 tint. 



107 



XII« SIECLE. 



108 



je me ère ben desguisé 

cum vus me a\ïez mandé: 

le chef teneie mult enbrunc. 

ben sai quai me deïstes dune 

ke od vus me laissasse chaair. 5 

Ysolt amie, n'est ço vair? 

suëf a la terre chaïstes, 

e voz quissettes me auveristes, 

e m'i laissai chaair dedenz, 

e ço virent tutez les genz. lo 

par tant fustes, se je le entent, 

Ysolt, guarie alsiment, 

e del serment e de la lai 

ke feistes en la curt le rai.' 

la raïne le entent e ot 15 

e ben ad noté chescun mot: 

el l'esguarde, del quer suspire, 

ne set sus cel ke puisse dire, 

kar Tristran ne semblout il pas 

de vis, de semblanz ne de dras; 20 

mais a ço ke il dit ben entent 

ke il cunt veir e de ren ne ment. 

pur ço ad el quer grant anguisse 

e ne set k'ele faire puisse. 

folie serrait e engan 25 

a entercer le pur Tristran: 

quant ele vait e pense e creit, 

n'est pas Tristran, mais autre esteit, 

e Tristran mult ben se aperceuit 

ke ele del tut le mescunuit. 30 

Puis dit après 'dame reine, 
mult fustes ja de bon' orine, 
quant vus me amastes semz desdeing. 
certes de feiutise or me pleing, 
ore vus vai retraite e fainte, 35 

ore vus vai de feinte ateinte. 
mais jo vi ja, bêle, tel jur 
ke vus me amastes par amur. 
quant reis Marcs nus ont conjeiez 
e de sa curt nus out cbascez, 40 

as mains ensemble nus preïraes 
e hors de la sale en eissimes, 

l desguisee. 6. 9 chair, il ce je. 12 guari 
al serment. 13 le, premier e manque. 17 ele; 
Michel ele l'esguard. 22 cunt veir] eu veris Ms., 
est veirs M. 24 ke faire. 25 engain. 26 ent'- 
cer Ms.: entriscer M, mais dans le glossaire 
entercer. 34 ore. 36 ai jo de. 39 rei Marces. 
conjeiet. 



a la forest puis en alames 

e un mult bel liu i truvames 

e une roche, fu cavee. 

devant ert estraite le entrée: 

dedenz fu voësse e ben faite, 

tant bêle cum se fust purtraite. 

le entailëure de la père 

esteit bêle de grant manere. 

en celé volte conversâmes 

tant cum en bois nus surjurnames. 

Hudein mun chen, ke tant oi cher, 

iloc le afaitai senz crïer: 

od mun chen, od mun osteur 

nus pessoie je chascun jur. 

Reine dame, ben savez 
cum nus après fumes trovez. 
li reis meïsmes nus trovat 
e li nains ke l'i amenât, 
mais deus avait uvré pur nus 
quant trovat le espee entre nus 
e nus rejëumes de loing. 
li reis prist le gant de sun poing 
e sur la face le vus mist 
tant suëf ke un mot ne dist, 
kar il vit un rai de soleil 
ke out haUé e fait vermeil, 
li reis s'en est alez a tant, 
si nus laissât iloc dormant, 
puis ne out nule suspezïun 
ke entre nus oiist si ben nun: 
sun raaltalent nus pardonat 
e sempres par nus envoiat. 

Isolt, membrer vus dait il ben 
cum vus donai Huden, mun chen. 
k'en avez fet? mustrez le mai.' 
Ysolt respunt 'je le ai, par fai. 
cel chen ai dunt vus me parlez; 
certes ore endreit le verrez. 
Brengien, ore alez pur le chen, 
amenez le od tut le lien.' 
ele levé e en pez sailli, 
vint a Huden, e sil joï, 
e le deslie, aler le lait: 
cil junst les pez e si s'en vait. 

1 al f. 2 un manque. 4 estraite Fôrster] eflfraite. 
14 je manque. 18 naim ke li menât. 21 revîmes 
de loins. 29 nul. pur? 33 il manque. 34 cum] 
dunt. 38 verret. 42 cil. 44 e manque. 



I 



109 



TRISTRAN. 



110 



Tristran li dit 'ça ven, Huden! 
tu fus ja men, or te repren.' 
Huden le vit, tost le cunut, 
joie li fist cum faire dut. 
unkes de cben ne oï retraire 
ke poiist merur joie faire 
ke Huden tist a sun sennur: 
tant par li mustre grant amur. 
sure lui curt, levé la teste: 
une si grant joie ne tist beste: 
rute del vis, e fert del pé: 
aver en poiist l'en [gran] pité. 

Isolt le tint a grant merveille, 
huntuse fu, devint vermeille 
de ço ke icist le joï 
tantost cum il sa voiz oï, 
kar il ert fel e de puite aire, 
e mordeit e saveit mal faire 
a tuz icés ki od lu juoëut 
e tuz icés kil manïoënt. 
nul n'ï poeit se acuinter 
ne nul nel poeit manier 
fors sul la raine e Brengaine: 
tant par esteit de maie maine 
depuis ke il sun mestre perdi 
ki le afaitat e le nurri. 

Tristran joïst Huden e tient, 
dit a Ysolt 'melz li suvient 
ke jol nurri, ki le afaitai, 
ke vus ne fai ki tant amai. 
mult par at en cben grant franchise 
e en femme grande feintise.' 

Isolt l'entent e culur mue, 
de anguisse fremist e tressue. 
Tristran li dit 'dame reïne, 
mult sulïez estre entérine, 
remembre vus cum al vergez, 
u ensemble fumes cuchez, 
li rais survint, si nus trovat 
e tost arere returnat: 
si purpensa grant felunnie, 
occire vus volt par envie; 



2 ore. 3 cunuit. 6 post. M. Fiirster propose 
meilur. 9 sur. ii e manque. 14 si devint 
vermaille. 15 ki fist le ioie Ms.: corrigé par 
M. Fôrster. 16 oï. 23 Brengien. 24 mal. 
26 e ki le. joïst] icist. 28 e dit. 29 jo le. 
32 grant. 34 de] e. 37 Alinéa. 



mais deus nel volt, sue merci; 

kar je sempres m'en averti: 

bêle, dune nus estot partir, 

kar li reis nus voleit bunir. 
5 lors me donastes vostre anel 

de or esmcré, ben fait e bel: 

e jel reçui, si m'en alai 

e al vair deu vus cumandai.' 
Isolt dit 'les ensengnez crei. 
10 avez le anel? mustrez le mei.' 

il trest l'anel, si li donat. 

Ysolt le prent, si le esguardat, 

si se escreve dune a plurer, 

ses poinz detort, quidat desver: 
15 'lasse', fait ele, 'mar nasqi! 

enfin ai perdu mun ami, 

kar ço sai je ben, s'il vif fust, 

ke autre hume cest anel n'ëuat. 

mais or sai jo ben ke il est mort. 
20 lasse, jameis ne avrei confort,' 

mais quant Tristran plurer la vait, 

pité le em prist, e ço fu droit. 
Puis li ad dit 'dame raine, 

bêle estes e entérine. 
25 des or ne m'en voil mes cuvrir, 

cuuuistre me frai e oïr.' 

sa voiz muât, parlât a dreit. 

Isolt sempres s'en aperçait, 

ses bras entur sun col jetât, 
30 le vis e les oilz li baisât. 

Tristran lores a Brengien dit, 

e si esjoï par grant délit: 

'del evfe, bêle, me baillez; 

lavrai mun vis ki est sullez * 
35 Brengien le ewe tost aportat, 

e ben tost sun vis en lavât; 

le teint de herbe e la licur, 

tut en lavât od la suur: 

en sa propre furme revint. 
40 Ysolt entre ses braz le tint. 

tele joie ad de sun ami 

ke ele ad e tent dejuste li, 

ke el ne set cument contenir. 

nel lerat anuit mes partir, 

3 nus — partir Forster] vus — départir. 4 voleit 
Fbrster] volt. 5 lores. 7 je le. il donast. 12 es- 
guardast, 19 ore. 20 avérai. 25 ore. 28 Alinéa. 
34 laverai. 41 jol en ad. 43 ele. 44 ne le. 



111 



XII« SIECLE. 



112 



puit k'il avérât bon ostel 
e baut li lit, ben fait e bel. 
Tristran autre chosce ne quert 



fors la raïne Ysolt, u [ele] ert: 
Tristran en est joins e lez, 
mult set ben ke il est herbîgez. 



WACE. 



LE ROMAN DE BRUT. 

Le Roman de Brut publié par Le Roux de Lincy, Tom. I, Rouen 1836, p. 82 — 98, v. 1713 — 2098. 

Donné ici {mais dans l'orthographe normande) d'après les mss. de Paris fs. fr. 1450 {anc. Congé 27) 

fol. 117 (A) et 794 (anc. 7191^ Cangé 1^), fol. 292v [B); collationné par M. Schirmer. 



Quant Leïr alques afebli, 
cume li hoem qui envieiili, 
cumença sei a purpenser 
de ses treis filles marier: 
ce dist qu'il les marïereit 
et sun règne lur partireit; 
mais primes voleit assaier 
la quel d'eles l'aveit plus chier. 
le mius del suen duner volreit 
a celé qui plus l'amereit. 
cascune apela sainglement 
et l'aisnee premièrement: 
'fille', fait il, 'jo voil saveir 
cument tu m'aimes, di m'en veir.' 
Gonorille li a juré 
del ciel tute la deïté 
(mult par fu pleine de boisdie) 
qu'ele l'aime miels que sa vie. 
'fille', fait il, 'bien m'as amé: 
bien te sera guerreduné, 
car prisié as miels ma viellece 
que ta vie ne ta joenece. 
tu en avras tel guerreduu 
que tut le plus prisié barun, 
que tu en mun règne esliras, 



1 quit] dit. 2 baus lit. 4 auques B. 5 an- 
velli B. S se B, 9 raine A. lO mes pri- 
miers B. essaier B. u la quelle dax B. 

12 le plus B. sien A. voloit B. 13 manque A. 
celi B. 14 chascune — sagement B. 15 Lainznee 
tôt p. B. 16 fet etc. B. je vuel B. 17 com- 
bien B. 18 Gornorille A. li) uerite A. 20 ert 
pleinne de veidie B. plaine A. 21 lamoit 

plus B. 22 molt mas B. 24 prisiee B. mialz 
ma vellesce B. 25 jouence A. 26 auras B. 
27 pus A. 28 raine A. 



se jo puis, a seignur avras, 
et ma terre te partirai: 
la tierce part t'en liverrai.' 
puis demanda o Ragaii: 
'dis, fille, cumbien m'aimes tu?' 
et Ragaù out entendu 
cume sa suer out respondu, 
a cui ses pères tel gré sout 
de ce que si forment l'amout: 
gre revolt aveir ensement, 
si li a dit 'certainement 
jo faim sur tute crïature, 
ne t'en sai dire altre mesure.' 
'mult a ci', dist il, 'grant amur, 
ne te sai demander graignur; 
jo te redunrai bon seignur 
et la tierce part de m'enur.' 

Adunt apela Cordeïlle 
qui esteit sa plus joesne fille. 
pur ce que il l'aveit plus chiere 
que Eagaii ne la première 
quida que ele cunëust 
que plus chier des altres l'ëust. 
Cordeïlle out bien escuté 



4 a nioillier A. a seignor se je puis lauras B. 
5 tere A. partire etc. B. a terce A. tan B. 
7 p. a demande a ra^u B. S fille di B. 9 et 
quant ragu ot antandu B. ot AB, toujours. 
10 cornant B. ot .1, a B. u qui A. 12 for- 
mant AB. sot: amot AB. 13 ansemant B. 
14 se B. par sereraant B. 18 grignor A. 
10 et je te donrai haut s. B. signor A. 20 
terce A. onor A. 21 Donc ra parle a cor- 
doille B. 12 la B. bêle f. A. 25 cuida il 
quele queneust B. 26 cher A. que molt p. ch. 
deles leust B. escoute B. 



113 



WACE, BRUT. 



114 



et bien out en sun cuer noté 
cumeiit ses dons sorurs parloënt, 
cument lur père loseugoënt; 
a sun père se vont gaber 
et en gabaut li vont munstrer 
que ses lilles le blandisseient 
et de losenge le serveient. 
quant Leir a raisun la mist 
cume les altres, el li dist 
'(lui a nule fille qui die 
a sun père par presumtie 
qu'ele l'aint plus que ele deit, 
ne sai que plus grant amurs seit 
que entre enfant et entre père 
et entre enfant et entre mère; 
mes père es et jo aim tant tel 
cume jo mun père amer dei. 
et pur tei faire plus certain, 
tant as, tant vais et jo tant t'ain.' 
a tant se tout, plus ne vont dire, 
li père fu de si grant ire, 
de maltalant devint tuz pers; 
la parole prist en travers, 
ce quida qu'el l'escarnisist 
u ne deignast u ne volsist 
u par vilté de lui laissast 
a recunuistre qu'el l'amast 
si cume ses sorurs l'amoëut 
qui de tel amur s'afichoënt. 
'eu despit', disf il, 'eu m'as 
qui ne volsis ne ne deignas 
respundre cume tes sorurs: 
a eles dous dunrai seignurs 
e tut mun regue eu mariage 
e tut l'avruut en eritage. 
cascune en avra la meitié 
et tu n'en avras ja plain pié 
ne je par mei n'avras seignur 

1 an son cuer B. 2 cornant — serors B. 3 corne 
B. losang(j)oient ÂB. 4. 5 volt B, valt A. 

5 mostrer B. 8 reison B. le A. 9 autres A. 
10 ou a B. 11 presumcie B. 12 ele ne doit B. 
14 quantre anfant B. 14. 15 enfans A. 16. 17 
manquent B. 18 certaine. 19 valz et je fi. 20 
tôt B, telt A. ne volt plus B. valt A. 21 pères 
A. si] molt B. 22 mau B. toz B. 23 de B. 24 
il cuida quele leschernist B. 25 u— u A. daignast 
A. 2b laiast A, lessast B. 2" reconuistre B. 
2" serors B. 31 daignas A. 33 ii AB. signors 
etc. A. 34 raine A, fie B. 35 lauront etc. B. 
36 mitie B, toujours. 

Baktsch, Chrestomathie. VI. Éd. 



ne de tute ma terre un dur. 

jo te cherisseie et amoe 

plus que nul' altre, si quidoe 

que tu plus des altres m'amasses, 
5 et ce fust dreiz se tu deiguasses; 

mais tu m'as rejehi afrunt 

que tu m'aimes meius qu'els ne funt: 

tant cum jo t'oi plus en cbierté, 

tant m'eus tu plus en vilté. 
10 jamais n'avras joie del mien 

ne ja ne m'iert bel de tun bien.' 

la fille ne sont que respundre, 

d'ire et de hunte quida fundre, 

ne pout a sun père estriver 
15 ne il ne la vont escuter. 

cum il ains pout n'i demura: 

les dous ainsnees maria. 

mariée fu bien cascune, 

al duc de Corniiaille l'une 
20 et al rei d'Escoce l'ainsnee. 

si fu la cose purparlee 

que après lui la terre avreient 

et enlr'els dous la partireient. 

Cordëille qui fu li mendre 
25 n'en pout el faire fors atendre, 

ne jo ne sai qu'ele feïst. 

[car] li reis bien ne li promist 

ne il, tant fu fel, ne sufri 

que en sa terre ëust mari. 
30 la meschine fu anguissuse 

et mult marie et mult huntuse 

plus pur ce qu'a tort la haeit 

que pur le pru qu'ele en perdeit. 

la pucele fu mult dolente, 
35 mais ne pur quant bêle ert et gente. 

de 11 esteit grant reparlance. 

Aganipus uns reis de France 

3 et si B. 4 autres A. 5 droiz etc. B. qui- 
daisses A. ' mains que ne A. que moins maimes 
queles B. s cherté A. 9 mas eu plus B. 
12 sot AB. 14 a] vers B. 15 vaut A, volt B. 
escouter AB. 16 pot AB. ne B. 17 aisnees ^. 
20 duc A. laisnee A. 21 chose B. 22 que 
antrax ii le règne auroient B. tere A. 23 entrax 
A. antraus B. le B. 25 ne B. pot AB. 26 an 
feist B. 29 quele an B. tere toujours A. 30 an 
ert molt honteuse B. 31 et an son cuer molt 
angoisseuse B. 33 preu B. em pardoit A. 34 de 
lire au père estoit d. B. 35 mes ele estoit et 
bêle et gente B. 36 et mult an estoit grant 

p. B. 



115 



XII« SIECLE. 



116 



oï Cordeïlle numer, 

et qu'ele estpit a marier. 

briés et messages enveia 

al rei Leïr, si li manda 

que sa fille a muillier voleit, 5 

enveiast li, il la prendrait. 

Leïr n'aveit mie ublïé 
cumeDt sa fille Tout amé, 
ains l'out bien suvent ramenbré; 
et al rei de France a mandé lo 

que tut sun règne a devisé 
et a ses dous filles dune, 
la meitié a la primeraine 
et l'altre après a la meiaine; 
mais se sa fille li plaiseit, 15 

il li duureit, plus n'i prendrait, 
cil quida qui Tout demandée 
que pur chierté li fust veee; 
de tant l'a il plus désirée, 
qu'a merveille li ert loëe. 20 

al rei Leïr de rechief mande 
que nul aveir ne li demande, 
mais sul sa fille li otreit 
Cordeïlle, si li enveit. 

et Leïr la li otreia: 25 

ultre la mer li enveia 
sa fille et ses dras sulement, 
n'i out altre aparellement. 
puis lu dame de tute France 
et reïne de grant puissance. 30 

cil qui ses sorurs eurent prises, 
cui les terres furent pramises, 
n'i volrent raie tant sut'rir 
a la terre prendre et saisir, 
que li suire s'en demeïst 35 

et il de gré lur guerpeïst. 



tant l'unt guerreié et destreit 
que Sun règne li unt toleit 
li dus de Cornûaille a force 
et Malglamis li reis d'Escoce. 
tut lur a li suire laissié; 
mais il li unt apareillié 
que li uns d'els l'avra od sei, 
si li trovera sun cunrei 
a lui et a ses escuiiers 
et a cinquante chevaliers, 
que il ait henureement 
quel part que il avra talent, 
le règne unt cil ainsi saisi 
et entr'els dous par mi parti, 
que Leïr a lur ofî're pris, 
si s'est del règne tuz demis. 
Malglamis out od sei Leïr: 
de primes le fist bien servir, 
mais tost fu li curz empiriee 
et la livraisuns retailliee; 
primes faillirent a lur duns, 
puis perdirent lur livraisuns. 
Gonorrille fu trop avère 
et grant escar tint de sun père 
qui si grant maisniee teneit 
et nule cose n'en faiseit. 
mult li pesout del costement. 
a sun seignur diseit suvent 
'que deit ceste asemblee d'umes? 
en meie fei, sire, fol sûmes 
que tel gent avuns ci atrait. 
ne set mes pères qu'il se fait. 
il est entrez en foie rute, 
ja est viels hoem et si redute. 
huniz seit qui mais l'en cresra 
ne qui tel gent pur lui paistra. 
li suen sergant as uuz estrivent 



1 loer B. 2 que ele ert B, 3 anvea B. 4 se 
B. 6 il .4.- se B. le A. 8. 9 intervertis B. 8 come 
B. ot etc. AB. 9 eincois ot s. remanbre B, 10 Au 
r. B. avoit B. 11 raine A. 12 A ses 11 fille la 
d. JJ. 13 premeriene B. 14 lautre mitie a la 
maiene B. 15 sa A: la B. 16 La fille eust — 
auroit B. prandroit A. 17 qui lauoit rouée B. 
18 fist vee A. vehee B. 20 car merveilles B. 
21 rechief B. 23 Sa f. sole B. 24 et se li anvoit 
B. 25 et ses pères li B. 26 lan anvea B. 27 la 
f. ot B. seulemant B. 30 roine A. 31 orent 
AB. 32 qui A. promises B. 33 ne voltrent B. 
34 as terres et B. prandre JB. 35 li pcres les 
an seisist B. 30 et de son gre se demeist B. 



■2 raine A, toujours. 3 rois A. 4 Manglanus 
etc. B. 5 sogre B. lessie B, laie A. 6 aparillie 
A. 7 dax laura o B. 8 qui li— son roi B. 9 es- 
cuiers AB. 10 l. A, xl. B. Il aut AB. en. B, 
bon. A. 17 o soi B. 18 premiers B. 19 appiriee 
(: iee) B. 20. 22 livreisons AB. 21 premiers B. 
23 Gornorille A. fu niolt B. 24 et] a B. 25 
qissi A. 26 ne nule chose nen B. 28 a dit B. 
29 assamblees A, asanblee B. anomes B. 30 si 
maist dex sire B. :u qui tel peuple B. 32 quel B. 
33 Antrez est an foie riote B. 38 vialz hom est 
desore redote B. 35 honiz AB. mes lan B. soit 
jamais len querra A. 37 sien A. 



117 



WACE, BRUT. 



118 



et li lur les nostres esquivent. 

qui poreit sufrir si grant presse? 

il est fols et sa gent perverse: 

ja n'avra hum gré qui le sert; 

qui plus i met, et plus i pert. 5 

mult est fols qui tel gent cunreie: 

trop en i a, tiegnent lur veie. 

mes pères est sei cinquantisme, 

désormais seit sei qarantisme 

ensemble od nus, u il s'en ait lO 

atut Sun pueple, et nus que calt?' 

mult i a poi femme sans visse 

et sans racine d'avarisse. 

tant a la dame amonesté 

et tant a sun seignur parlé, 15 

de cinquante le mist a trente, 

de vint li retailla sa rente. 

et li père ce desdeigna: 

grant aviltance li sembla 

que si l'aveient fait descendre. 20 

alez est a sun altre gendre 

Hennin, qui Ragaû aveit 

et qui en Escoce maneit. 

mais n'i out mie un an esté 

quant il l'ourent mis en vilté: 25 

se mal fu ainz, or est mult pis, 

de trente humes l'unt mis a dis, 

puis le mistrent de dis a cinc. 

'caitif mei', dist il, 'mar i viuc: 

se vils fui la, plus vils sui ça.' 30 

a Gonorille s'en ala. 

ce quida qu'ele s'amendast 

et cume père l'enurast. 

mais celé le ciel en jura 

que ja od lui ne remanra 35 

ne mais que un sul chevalier. 

1 li un les altres B. 3 faus A. Li sire est fos 
sa B. par(por)verse AB. 4. 5 intervertis B. ja 
nan aura gre B. faus A, fos B. 7 tignent A. 
8 quarantiesmes B. 9 dor en avant soit lui xx 
tiesmes B. lO ensam(n)ble AB. o B. nous A. 
11 o B. peuple nos B. 12. 13 matiquent B. feme A. 
15 haste B. 16 xl iî. l" de x li retrancha B. 
18 Li pères molt san B. desdaigna AB. 19 Et 5. 
sain(n)bla AB. 20 que si lauoit an fet B. 22 Ra- 
gaut B. 23 Qui an Cornoaille B. 24 Ni auoit B. 
25 quil lorent mis en celé v. A. 26 se ainz fu vix 
or fu B. 27 dix B, x A. 28 mistrent B. 29 che- 
tif B. 30 sui A. sui vix B. 31 a la première B. 
san râla B, sauala A. 32 II B. 33 premiers B. 
l'on A. 35 o li B. 36 seul B. 



al père l'estut otreiier: 

dunt se cumence a cuntrister 

et en sun cuer a purpenser 

les biens que il aveit ëuz, 

mais or les aveit tuz perduz. 

'las mei', dist il, 'trop ai vesqu 

quant jo ai cel mal tens vëu. 

tant ai eu, or ai si poi. 

u est aie quanque jo oiV 

fortune, trop par es muable, 

tu ne puez estre un jur estable, 

nus ne se deit en tei fier: 

tant fais ta roe fort turner. 

mult as tost ta culur muëe, 

tost es chaeite, tost levée. 

oui tu vues de bun oil veeir 

tost l'as munté en grant aveir; 

et des que tu turnes tun vis, 

tost l'as d'alques a neient mis. 

tost as un vilain hait levé 

et un rei em plus bas turné: 

cuntes, reis, dus, quant tu vues, plaisses 

que tu nule rien ne lur laisses. 

tant cum jo fui riches manenz, 

tant oi jo amis et parenz ; 

et des que jo, las! apovri, 

serganz, amis, parenz perdi. 

jo n'ai si bon apartenant 

qui d'amur me face semblant. 

bien me dist veir ma joene fille, 

que jo blamoe, Cordeille, 

qui me dist, tant cum jo avreie, 

tant amez et prisiez sereie. 

n'entendi mie la parole, 

ains la haï e tinc pur foie. 

tant cum jo oi et tant valui 

et tant amez et prisiez fui; 

1 otroier AB. 2 donc se prist molt B. 3 re- 
corder B. 4 b. dont tant B. 5 Et or B. 7 je 
cest mal tans ai B. tans AB. 8 si] molt B. 
10 trop] tant B. U une ore B. 13 fort] tost B. 
15 cheoite et tost B. 16 viaz— oel£. 17 levé — 
pooir B. 19 auques AB. néant B. 21 et tost le 
rois desoz t. B. 21 Contes et rois q. B. plesses: 
lesses AB. 24 sui A. rices] auques B. manans A. 
25 ai ^. parans et sergenz B. parans A. 27 amis 
parans sergenz B. 28 si bon] un seul B. 29 
damour AB. sam(n)blant AB. 30 ma mandre B. 
31 cui je .B. 32 qui dist que B. 33 prisiez et 
amez B. 34 sa B. 35 einz lan blâmai et ting B. 
36 oi itant B. 37 tant priesiez et tant amez B. 



119 



Xlle SIECLE. 



120 



tant truvai jo qui me blandi 
et qui voluntiers me servi: 
pur mun aveir me blandisseient, 
or se desturncnt, s'il me veient. 
bien me dist Cordeïlle veir, 
mais jo nel soi aparceveir. 
ne l'aparçui ne l'entendi, 
ains la blâmai et la baï 
et de ma terre la chaçai 
que nule rien ne li dunai. 
or me sunt mes filles faillies 
qui lors esteient mes amies, 
qui m'amoënt sur tute rien 
tant cum jo oi alques de bien, 
or m'estuet celé aler requerre 
que jo cbaçai en altre terre 
mais jo cument la requerrai 
qui de mun règne la chaçai? 
et nun purquant saveir irai 
se jo nul bien i truverai. 
ja meins ne pis ne me fera 
que les ainsnees m'unt fait ça. 
ele dist que tant m'amereit 
cume sun père amer deveit. 
que li dui jo plus demander? 
dëust mei ele plus amer? 
qui altre amur me prometeit, 
pur mei losengier le faiseit.' 

Leïr forment se dementa 
et lungement se purpensa: 
puis vint as nés, en France ala, 
a un port en Chaus ariva. 
la reine a tant demandée 
qu'assez li fu prés enditee. 
defors la cité s'arestut, 
que hoem ne femme nel connut, 
un escuiier a enveiié 
qui a la reïne a nuncié 
que ses pères a li veneit 
et par besuing li requereit. 



tut en ordre li a cunté 
cument ses filles l'unt jeté. 
Cordeïlle cum fille fist: 
aveir que ele aveit grant prist, 

5 a l'escuiier a tut livré, 
si li a en cunseil ruvé 
qu'a Sun père Leïr le port 
de par sa fille et sel cunfort 
et od l'aveir tut a celé 

10 ait a chastel u a cité 

et bien se face apareillier, 
paistre, vestir, laver, baignier; 
de roials vestimens s'aturt 
et a grant enur se sujurt. 

15 quarante chevaliers retiegne 

de maisniee, qui od lui viegne: 
après ce face al rei saveir 
qu'il viegne sa fille veeir. 
quant cil out l'aveir recoilli 

20 et Sun cumandement oï, 

a sun seignur porta nuveles 
qui li furent bones et bêles, 
a une altre cité turnerent, 
ostel pristrent, bien s'aturnerent. 

25 quant Leïr fu bien sujurnez, 
baigniez, vestuz et aturnez 
et maisniee out bien conreee, 
bien vestie et bien aturnee, 
al rei manda a lui veneit 

30 et sa fille veeir voleit. 

li reis meïsme par noblece 
et la reïne a grant leece 
sunt bien luing cuntre lui aie 
et volentiers l'unt enuré. 

35 li reis l'a mult bel recëu 
qui unques ne l'aveit vëu. 
par tut sun règne fist mander 
et a ses humes cumander 



1 trove B. 2 volantiers B. 4 se tornent si ne 
me A. 6 mes ne man soi B. S le — le 4, lan — 
lan B. et] si B. u falies A. 12 qui donc B. 
14 auques del mien B. 19 ne B. veoir B. 21 mains 
A. 22 aisnees A. ja B. 26 me B. 28 decourre 
le disoit B. losangier A. 29 Loir longues B. 
30 se dementa A. si a la mer uint es nef entra A. 
33 roine A, reone B. 34 près li fu B. 36 feme A. 
37 escuier — envoie AB. 38 roine A. 



2 mené B. 3 com] que B. 4 grant avoir que 
ele avoit B. 5 escuier AB. 6 se jB. a consoil B. 
consel A. 8 de soe part et a sel c. B. 9 o B. 
10 a bon bore B. aut AB. il face soie bien A. 
12 baigner A. 13 vestiment A. 14 onor A. sejort 
B. 16 mes mesniee qui o B. 17 après si B. 
18 vigne A. que il vient B. 20 et le B. sig- 
ner A, segnor B. 24 ostex pristrent B. 25 ator- 
nez B. 26 vestis A. ajornez B. 27 ot bêle asan- 
blee B. 29 qua lui B. 30 veir A. 31 meis- 
mes B. par grant A. 32 roine — liece A. o B. 
34 honore A. 36 mes ne lot B. 



121 



WACE, ROU. 



122 



que Sun suire trestut servissent 
et 8un cumandement feïssènt; 
deist lur ce que il voidreit. 
et tut fust fait que il direit, 
tant que sun règne li rendist 
et en s'enur le restablist. 

Aganipus fist que curteis: 
assembler tist tuz les P'ranceis, 
par lur los et par lur aïe 
apareilla mult grant navie. 
avuec Sun suire l'enveia 
em Bretaigne, si li livra 
Cordeïlle qui od lui fust 
et après lui sun règne ëust, 



s'il le poeient délivrer 

et des mains as gendres ester. 

cil eurent la mer tost passée 

et unt la terre délivrée: 

as feluns gendres la tolirent 

et Leïr de tute saisirent. 

Leïr a puis treis ans vesqu 

et tut le règne em pais tenu 

et a ses amis a rendu 

ce que il aveient perdu; 

et après les treis ans morut. 

en Leecestre, u li cors jut, 

Cordeïlle l'enseveli 

en la crute el temple Jani. 



LE ROMAN DE ROU. 

Maistre Wace's Roman de Rou herausgegeben von Hugo Andresen, 2. Band, Heilbronn 1879, p. 348 ss., 
V. 8035 ss. Tiré du récit de la bataille d'Hastings (14. oct. 1066). 



Taillefer, qui mult bien chantout, 15 

sur un cheval qui tost alout, 
devant le duc alout chantant 
de Karlemaigne et de Kollant 
e d'Olivier e des vassals 
qui morurent en Rencevals. 20 

quant il orent chevalchié tant 
qu'as Engleis vindrent apreismant, 
•sires', dist Taillefer, 'merci, 
jo vus ai lungement servi, 
tut mun servise me devez-, 25 

hui, se vus plaist, le me rendez, 
pur tut guerredun vus requier 
e si vus voil forment preier: 
otreiez mei, que jo n'i faille, 
le premier colp de la bataille.' 30 

li dus respondi 'jo l'otrei.' 
e Taillefer puinst a desrei, 
devant tuz les altres se mist. 
un Engleis feri, si l'ocist; 
desuz le piz par mi la pance 35 

li fist passer ultre la lance, 

1 qua son gre trestuit le s. B. 3 tôt ce quil 
B. valroit A. 4 quan quil B. 6 sonor A. 
8 assambler A, asanbler B. toz ses B. 10 apa- 
rilla A. 11 suigre lanvea B. 12 an B. se B. 
13 o B. 16 sor. 19 Oliver. 24 vos ai longue- 
ment. 25 tôt mon. 20 vos. 27 por tôt guerre- 
don etc. 35 piez. 



a terre estendu l'abati. 

puis traist s'espee, altre en feri. 

puis a crié 'venez, venez! 

que faites vus? ferez, ferez!' 

dune l'unt Engleis aviruné. 

al segunt colp qu'il ont dune 

ez vus noise levée et cri, 

e d'ambes parz pople esturmi. 

Normant a assaillir entendent 

e li Engleis bien se deffendent; 

li un fièrent, li altre butent. 

tant sunt hardi, ne s'entredutent. 

ez vus la bataille assemblée, 

dune encor est grant renumee. 

mult oïssiez grant corneïz 

e de lances grant croisseïz, 

de machues grant fereïz 

e d'espees grant chapleïz. 

a la feiee Engleis rusoent, 

a la feiee recuvroent; 

e cil d'ultremer assailleient 

e bien suvent se retraeient. 

Normant escrïent 'deus aïe', 

2. 5 genres B. 3 ciel ont bien tost la mer 
B. 4 et la t. tost B. 6 toute A. et de tote 
Leir B. 8 an B. 9 randu AB. Il Leir- 
cestre B. 13 lansepeli B. 17 aultre. 21. 27 
eis vos. 



123 



XIP SIECLE. 



124 



la gent ecglesche 'ut ut' escrie. 

ço est l'enseigne que jo di 

quant Engleis saillent hors a cri. 

lors veïssiez entre servanz 

gelde d'Engleis et de Normanz, 5 

graoz barates e granz meslees, 

buz de lances e cols d'espees. 

quant Normant chieent, Engleis crient, 

de paroles se cuntralïent 

e mult suvent s'entredefïent, lo 

mais ne sevent que s'entredïent. 

cist vunt avant, cil se retraient, 

de mainte guise s'entrassaieut; 

hardi fièrent, coart s'esmaient; 

Normant dïent qu'Engleis abaient, i5 

pur la parole qu'il n'entendent. 

cist empirent e cil amendent, 

hardi fièrent, cuart gandissent, 

cum hume funt qui escremissent. 

al assaillir Normant entendent 20 

e li Engleis bien se deffendent. 

halbers percent e escuz fendent, 

granz cols receivent, granz cols rendent. 

En la champaigne out un fossé: 
Normant l'aveient adossé; 25 

en belivaut l'orent passé, 
ne l'aveient mie esgarde. 
Engleis unt tant Normant hasté 
et tant empeiut et tant buté, 
el fossé les unt fait ruer, 30 

chevals e humes jambeter: 
mult veïssiez humes tumber, 
les uns sur les aitres verser, 
e trebuchier e adenter, 
ne s'en poeient relever. 35 

des Engleis i morut assez 
que Normaut unt od els tirez, 
en tut le jur u'out mie tanz 
en la bataille ocis Normanz, 
cum el fossé dedenz périrent: 40 

ço distrent cil qui les morz virent, 
vaslet qui al herneis esteient 
et le herneis garder deveient, 
voldrent guerpir tut le herneis 
pur le damage des Frauceis 45 



qu'el fossé virent trebuchier, 

qui ne poefent redrecier. 

forment furent espoënté: 

pur poi qu'il ne s'en sunt turné. 

le herneis voleient guerpir, 

ne saveient quel part garir, 

quant Odes li boens corunez, 

qui de Baieues ert sacrez, 

puinst, si lur dist 'estez, estez, 

seiez en pais, ne vus muvez. 

n'aiez pour de nule rien, 

kar se deu plaist, nus veintrun bien.' 

issi furent assëuré 

ne se sunt mie remué. 

Odes revint puigaant arrière 

u la bataille estait plus fiere; 

forment i a le jur valu. 

un halbergol aveit vestu 

desure une chemise blanche: 

lez fut li cors, lee la manche. 

sur Sun cheval tut blanc seeit, 

tute la gent le cunuisseit. 

un bastun teneit en sun puing: 

la u veeit le grant bcsuing 

faiseit les chevaliers turner 

et la les faiseit arester. 

suvent les faiseit assaillir 

et suvent les faiseit ferir. 

Des que tierce del jur entra, 
que la bataille cumença, 
desi que nune trespassa, 
fu si de ça, fu si de la, 
que nus ne sont li quel veintreit 
ne qui la terre cunquerreit. 
de tûtes parz si se teneient 
et si forment se cumbateient, 
que nus ne saveit deviner 
qui deveit l'altre surmunter. 
Normant archier qui ars teneient 
as Engleis mult espés traeient, 
mais de lur escuz se cuvreient 
que en char ferir nés poeient; 
ne pur viser ne pur bien traire 
ne lur poeient nul mal faire, 
cunseil pristrent qu'en hait traireient. 



1 



s chient. 
42 vaslez. 



17 enpierent. 25. 37 Normanz. 



lu ou. 
39 arcliiers. 



18 haubergol. 20 le fu le cors. ! 



125 



WACE, ROU. 



12G 



quant les saëtes descendreient, 

desus les testes lur charreient 

et es vïaires les ferreient. 

cest cunseil unt li arcbier fait, 

sur les Engleis unt en hait trait. s 

quant les saëtes reveneient, 

desus les testes lur chaeient, 

chiés et vïaires lur perçoëut 

et a plusurs les oilz crevoënt; 

nen osoënt les oilz uvrir lo 

ne lur vïaires descuvrir. 

saëtes plus espessement 

voloënt que pluie par vent. 

mult espés voloënt saëtes 

que Engleis clamoënt wibetes. 15 

issi avint qu'une saëte 

qui devers le ciel ert chaëte, 

feri Heralt desus l'oil dreit, 

que l'un des oilz li a toleit. 

e Heralz l'a par aïr traite, 20 

getee l'a, mais ainz Tout traite. 

pur le chief qui li a dolu 

s'est apuiiez sur sun escu. 

pur ço soleient dire Engleis 

e dïent encore as Franceis 25 

que la saëte fu bien faite 

qui a Heralt fu en l'oil traite, 

e mult les mist en grant orgoil, 

dui al rei Heralt creva l'oil. 

Normant aperçurent et virent 30 

que Engleis si se defifendireut 

et si sunt fort pur els deffendre, 

petit poënt sur els purprendre; 

priveement unt cunseillié 

e entr'els unt apareillié 35 

que des Engleis s'esluignereient 

e de fuïr semblant fereient, 

tant que Engleis les parsivreient 

e par les chans s'espartireient. 

s'il les poeient départir, 40 

mielz les porreient assaillir, 

e lur force sereit mult pire, 

sis porreient mielz descunfire. 

si cum il orent dit, si firent: 

retraanment les assaillirent 45 



e de fuïr grant semblant firent 

e li Engleis les parsivirent. 

poi et poi vunt Normant fuiant 

e li Engleis les vunt sivant. 

tant cum Normant plus s'esluignierent, 

e li Engleis plus s'aprocbierent. 

par l'esluignement des Franceis 

quidierent e distrcnt Engleis 

que cil de France s'en fueient 

ne jamais ne returnereient. 

la feinte fuie les déçut, 

par la fuie granz mais lur crut; 

kar se il se fussent tenu, 

que il ne se fussent mëu, 

mult se fussent bien deffendu, 

a grant peine fussent veincu; 

mais cume fol se départirent 

e cume fol les parsivirent. 

mult veïssiez par grant veisdie 

retraire cels de Normandie; 

lentement se vunt retraiant 

pur faire Engleis venir avant. 

Normant fuient, Engleis enchalceut, 

lances aluugent, bâches halcent. 

quant il furent bien esbaldi 

e par la champaigne esparti, 

Engleis les aloënt gabaut 

e de paroles laidissant. 

'cuvert', funt il, 'mar i venistes, 

qui noz terres aveir volsistes; 

nostre terre prendre quidastes, 

fol fustes quant vus i entrastes: 

Normendie vus est trop luing, 

n'i vendreiz mie a cest besuing. 

nïent iert mais d'arrière aler, 

s'a un saut n'i poëz voler; 

filz e tilles perdu avez, 

se la mer tute ne bevez.' 

cii escutoënt e suffreient, 

ne saveient que il diseient; 

ço lur ert vis qu'il glatisseient, 

kar lur langage n'entendeient. 

al arester e al turner 

que Normant voldrent recuvrer, 

Dissiez baruns rapeler 



5 haut. 18. 20. 27 Héraut. 23 apoie etc. 42 
serreit mult piere. 43 desconfiere. 



12 graat mal. 18 parsoirent. 23 enchaucent. 
24 aloignent. haucent. 32 fols. 



127 



Xlle SIECLE. 



128 



et 'deus aïe' en hait crïer. 

lur aïr unt Normant repris, 

turné lur sunt en mi les vis; 

dune veïssiez Norraanz turner 

e as Engleis eutremesler, 

les uns les altres encuntrer 

e cels ferir e cels buter. 

cist fiert, cist fait, cist fuit, cist chace, 

e cist eesme e cist manace; 

Normant encuntre Engleis s'arestent 

e de ferir forment s'aprestent. 

mult veïssiez par plusurs places 

bêles fuies e bêles chaces, 

estur espés, dure meslee; 

grant fu la gent, la place lee. 

de tûtes parz bien se cumbatent, 

grant sunt li colp, bien s'entrebatent. 

bien le faiseient li Normant, 

quant uns Engleis vint acuraut; 

en sa cumpaigne out cent armez, 

de plusurs armes aturnez. 

hache norresche tint mult bêle, 

plus de plaiu pié out d'alemele, 

bien fu armez a sa manière, 

grant fu et forz, hardiz de chiere. 

en la bataille el premier frunt, 

la u Normant plus espés sunt, 

en vint saillant plus tost que cers. 

maint Normant mist le jur envers. 

od sa cumpaigne qu'il aveit, 



20 



a un Normant en vint tut dreit 

qui armez fu sur sun destrier. 

od la hache qui fu d'acier 

el helme ferir le cuida; 

mais li cols ultre escolorja, 

par devant l'arçuu glaceia 

la hache qui mult bien trencha, 

le col del cheval en travers 

colpa qu'a terre en vint li fers 

de la hache qui fu pesant, 

e li chevals chaï avant 

od tut Sun maistre a terre jus. 

ne sai se cil le feri plus, 

mais li Normant qui le colp virent, 

a grant merveille s'esbahirent. 

Tassait aveient tut guerpi, 

quant Rogiers de Mongomeri 

vint puignant, la lance baissiee. 

onc ne laissa pur la cuigniee 

qu'il aveit sus el col levée, 

qui mult esteit lune enhanstee, 

que il l'Engleis si ne ferist 

qu'a la terre flatir le fist. 

dune s'escrïa 'ferez, Franceis! 

nostre est li chans sur les Engleis.' 

lors veïssiez dure meslee, 

maint colp de lance et maint d'espee, 

e veïssiez Engleis deffendre, 

chevals tuer e escuz fendre. 



30 



BEMOIT DE SAHTE MOEE. 
ROMAN D'ENEAS. 

Alexandre Pey, essai sur li romans d'Eneas, Paris 1856, p. 23 — 27. 37—39. Comparé par M. Sckirmer 
avec le ms. fonds franc. 1450 (anc. Cangé 27 — 1535) fol. 106, et 108. Eneas, texte critique, par 
Jacques Saherda de Grave, Halle, Niemeyer, 1891, v. 7857 — 8024, 8445—8504. Cf. l'imitation alle- 
mande par Beinrich von Veldeke v. 9740— 9990 et 10497—10631 éd. Behaghel. 



En sa chambre estoit la roïne, 
cel jor araisona Lavine: 
'fille', fait el, 'bien sai et voi 
que cist mar est venus por toi 
qui a essil met cest pais 
et dont tant home sont oeis. 
Turnus te velt prandre qui t'aime, 
et Eneas sor lui te claime 
et par force te velt conquerre; 



1 haut. 
24 arme. 



8 faut. 17 granz sunt les cols. 
25 fort hardi. 



mais il le fait plus por la terre 

qu'il ne face por toie amor. 

jamais ne t'amera nul jor, 

se puis savoir en nul endroit 

que de s'amor nïent te soit. 

lui ne dois tu de rien amer, 

mais ton corage en dois torner 

et covoitier que Turuus t'ait, 

qui por t'amor sa terre lait, 

5 colp. Il cheval. 16 l'assaut 
baissie. 19 coignie. 25 champ. 
Pey. 38 CQVoiter. 



17 Eogier. 18 
32 que il face 



129 



BENEOIT, ENEAS. 



130 



por toi sole que velt avoir: 

molt par l'en dois bon gré savoir. 

ne l'aimes tu de bon corage? 

par foi tu es de tel aage, 

que du dois bien savoir d'amors 5 

et les engins et les trestors 

et les regars et les clingniers. 

tu te dois traire volentiers 

envers celui qui forment t'aime: 

et lui qui a force te claime, lo 

de tôt ton cuer le dois haïr, 

car ton signor te velt tolir. 

Turnus est prox, sel dois amer.' 

'jo ne m'i sai pro atorner.' 

'et tu l'apren.' 'dites le moi, ts 

que est amors? nel sai par foi.' 

'jo nel te puis nient descrire.' 

'qu'en sarai dont, se ne l'oi dire.*' 

'tes cuers t'aprendra a amer.' 

'si n'en orrai altrui parler?' 20 

'tu nel saras ja par parole.' 

'tos tens en quit dont estre foie.' 

'ains em poras tost estre aprise.' 

'con f alternent et en quel guise?' 

'commence, assés en saras puis.' 25 

'et jo comment, quant jo ne truis 

qui me die que est amors?' 

'jo te dirai de ses dolors, 

de sa nature que j'en sai. 

bien me sovient que jo amai. 30 

a paine em puet dire nient 

qui n'a amé et qui n'en sent. 

se avoies une enferté, 

mius saroies la vérité 

des angoisses que sentiroies 35 

et des dolors que tu aroies. 

qui t'en vauroit dont demander, 

nel saroies mius aconter, 

qui en seroies bien chertaine, 

que jo qui en seroie saine?' 40 

'oïl, mius le diroie assés. 

est donc amors enfermetés?' 

1 qu'il P. a d'amours P. 6 les leesces. 13 je P. 
16 amor P. 17 je P. 18 qu'en P: que ne J/s. 19 
t'aprenra P. 20 orai P. 21 soras P. 22 tans P. 
et Ms. 23 en P. 26 je. quand je. 27 que me Ms. 
28 je P etc. 31 en P. 33 infermete P. 36 tu 
manque P. 38 mieus raconter P. 41 jo] il Ms. 
G je mieus te diroie ases P. 

Baktsch. Càrestomathie. VI. Éd. 



'nenil, mais molt petit en fait. 

une fièvre quartaine valt: 

pire est amor que tievre ague, 

n'est pas retor quant on en sue. 

d'amor estuet sovent suer, 

et refroidir, frémir, trembler, 

et sospirer et baaillier 

et perdre tôt boivre et mangier, 

et dejeter et tressaillir, 

muer color et espasmir, 

giendre, plaindre, pâlir, penser, 

et senglotir, veiller, plorer: 

ce li estuet faire sovent 

cil qui bien aime et qui s'en sent. 

teus est amors et sa nature. 

se tu i vels mètre ta cure, 

sovent t'estovra endurer 

ce que tu m'os ci raconter, 

et assés plus.' 'n'en ai que faire.' 

'por coi ?' 'ne puis nient maltraire.' 

'cis max est bons, ne l'eschiver.' 

'aine de bon mal n'oï parler.' 

'amors n'est pas de tel nature 

com altres max.' 'jo n'en ai cure.' 

'et ja est ce tant dolce cose.' 

'jo n'en ai seing.' 'or te repose: 

tu ameras encor, ce croi. 

si n'en feras nient por moi, 

ne m'en poras longes deçoivre. 

se puis savoir ne aperçoivre 

que ton coer voelles atorner 

al traïtor de Troie amer, 

a mes dos mains t'estuet morir; 

ce ne poroie jo sofrir. 

Turnus t'aime, si te velt prendre, 

vers lui dois tu d'amor entendre: 

aime le, fille.' 'jo ne sai.' 

'jel t'ai mostré.' 'et jo m'esmai.' 

'de coi?' -del mal, de la dolor 

qui tostens va sivant amor.' 

'et ja est ce tex soatume: 

soëf trait mal qui l'acostume. 

6 trambler Ms. et P. 7 bailler Ms. et P. 

s boire et manger Ms. et P. 15 tels P. 16 
tu viels P. 29 n'en P. 21 cil mais P. 24 mais 
je P. 26 song Ms. 29. 30 intervertis Ms. ne nen 
3fs. deceoir P, decouur Ms. 30 aperceoir P, aper- 
couur 2Is. 35 prandre Ms. et P. 40 tostans Ms. 
et P. 41 tels P. 



131 



Xrie SIECLE. 



132 



se il i a un poi de mal, 

li biens s'ensuit tos par ingal. 

ris et joie vient de plorer 

et grans depors vient de pasmer, 

grans lïece vient de sospir, 

fresce color vient de pâlir, 

baisier vienent de baaillier, 

embracemens vient de veiller: 

encor s'en suit li grans dolçors 

qui tost saine les max d'amors, 

sans erbe boivre et sans racine. 

a cascun mal fait se mecine; 

n'i estuet mètre ongent n'entrait. 

la plaie saine que il fait: 

se il te velt un poi navrer, 

bien te sara après saner. 

garde el temple con faitement, 

Amors i est pains folement 

et tient dos dars en sa main destre 

et une boiste en le senestre: 

li uns des dars est d'or en som, 

ki fait amer, l'altres de plom, 

ki fait haïr, diversement 

si saine amors et point forment. 

ensi est pains tos par figure, 

por demostrer bien se nature: 

li dars mostre qu'il puet navrer, 

et li boiste, qu'il set saner. 

sor lui u'estuet mire venir 

a le plaie qu'il fait garir. 

il tient le mort et le santé. 

il resaine quant a navré, 

molt doit on bien sofrir amor 

qni navre et saine en un sol jor. 

molt dois estre de li privée: 

desor te pues ceindre d'espee. 

bien dois estre de sa maisniee: 

se de lui t'eres aproismiee, 

molt ameroies son servise. 

en poi d'ore t'aroit aprise 

ce que por moi faire ne vels. 

se tu t'em plains et tu t'en dels, 

2 bien P. 9 grant P. lo sane Ms. et P. mais P. 
11 boire Ms. et P. 13 ongetMs. 18 soltinment Ms. 
lU dos] dois Ms. 21. 22 intervertis Aïs. 24 sane Ms. 
navre et point amor P. 29 mie Ms. 32 lues P. 
rcsane Ms. et P. 36 caindre Ms. et P. 37 maisnie : 
aproismie Ms. et P. 38 s'a P. 41 veus Ms. 42 
tam Ms., t'en P. 



totes voies t'embelira. 
se en as mal, molt te plaira, 
entens i tu encor nient?' 
'quant jo ne l'oi, ne sai cornent.' 
5 'ne te di jo les trais d'amer?' 
molt me semblent sur et amer.' 
'ja vient après li granz doçors.' 
'assés en a on ains dolors.' 
'amors saine quant a navré.' 

10 'molt est ançois chier acaté.' 
'de quel cose?' 'de mal sofrir.' 
'molt estuet chier espeneïr 
le bien ançois que l'on en ait.' 
'fox est qui a escient fait 

15 dont l'on quide tans max avoir 
com oi nomer, nel quier savoir, 
or sui em pais et a repos, 
ne m'i métrai, car jo nen os, 
en tel destroit dont jo n'ai qure. 

20 fors est li max a desmesure: 
n'entreprendrai oan amor, 
dont quit avoir mal ne dolor.' 
molt est salvage li mescine. 
a tant le laisse la roïne, 

25 ne le volt de plus efiforchier, 
quant voit que ne li a mestier. 



Molt traist la nuit mal li mescine: 

et lendemain quant li roïne 
30 la vit issi descoloree, 

sa face et sa color muëe, 

de son estre li demanda. 

et ele dist que la fièvre a. 

bien sont la mère que mentoit: 
35 altrement ert que ne disoit. 

ele la vit primes trembler 

et dont en eslepas suer 

et sospirer et baaillier, 

taindre, noircir, color cangier. 
40 bien sout q'amors l'avoit saisie, 

qu'il le tenoit en se baillie. 

demanda li se ele amout. 

2 as] a P. 6 samblent Ms. et P. 8 ases P. 12 
t' manque P. 13 en on P, on 1 en Ms. 14 fols P. 
ensiant Ms. 15 ce dont q. tant mais P. 16 or 
l'oi P. 17 suis en P. 18 je ne P. 19 cure P. 
20 mais P. 23 est P. la P. 34 sot Ms. et P. 36 
trambler Ms. et P. 38 bailler P. 40 sot qamor 
Ms. et P. 41 sa P. 42 amot: sot Ms. et P. 



133 



BENEOIT. ENEAS. 



134 



celé li dit qu'onques ne sout 

que est amors ne que set faire. 

la roïne ne l'en croit gaire 

que qu'el li die qu'ele n'aint. 

el dist 'jo connois bien cest plaint 

et ces sospirs qu'issi lonc sont : 

d'amor vienent, de molt parfont. 

plaint et sospir, qui d'amor vienent, 

sont molt traitis, près del coer tienent. 

fille, tu aimes, ce m'est vis.' 

'aine de tel giu ne m'entremis.' 

^ 'tu ses des trais de sa nature.' 

'ne sai que c'est ne n'en ai cure, 

qui qu'en soit malades ou sains.' 

'tes vis en est pailes et tains. 

amors t'a pointe, bien le voi: 

tul me çoiles, ne sai por quoi. 

tu nel me dois mie celer: 

ce m'est molt bel, se veus amer. 

Turnus t'aime molt a lonc tens. 

se tu l'aimes, jel tien a sens, 

jo ne t'en sai nïent mal gré. 

jo le t'ai bien amonesté 

et bien t'en ai a voie mise. 

bel m'est qu'or jo t'en voi souprise. 

or pren conroi que il le sace 

que tu l'aimes.' 'ja deu ne place 

qu'il m'amor ait. non ara il.' 

'comment? ne l'aimes tu?' 'nenil.' 

'et ja voel jo.' 'vos l'ames bien.' 

'mais tu l'aime.' 'ne m'en est rien.' 

'ja est il biax et pros et gens.' 

'poi m'en toce a mon coer dedens.' 

'bien as en lui salve t'amor.' 

'jo ne l'amerai ja nul jor.' 

'et qui as tu dont enamé?' 

'vos ja avés tôt oublié 

le premeraine question, 

a savoir, se jo aim u non.' 

'cel sai jo bien, esprové l'ai.' 

'ce savés dont que jo ne sai.' 

'ne ses? ja sens tu les dolors.' 

'dont n'a on mal ne mais d'amorsV' 

'oïl, assés; mais nequedent 

2 amor Ms. et P. 4 que ele P. 5 conois P. 
6 qui si P. 16 ponte Ms. 21 manque P. 26 
pran Ms. prant P. 29 l'aime P. 30 vous 

Ms. et P. , etc. 37 vous laves Ms. 41 cel P. 
42 ja se sai P. 44 nequendent P. 



l'om puet vëoir apartement, 

a ce que tu pale es et vaine, 

que tu te muers et si es saine. 

que bien aimes, n'as altre mal; 
5 n'as pas enfermeté mortal. 

l'on en a paines et dolors, 

mais longement vit on d'amors. 

bien sai que soprise es d'amer.' 

'ce m'avés encor a prover.' 
10 'n'i estuet altre provement. 

on le voit bien apertement.' 

'dites le vos por mes dolors? 

a l'on tex angoisses d'amors?' 

*oïl, et de plus fors assés.' 
15 'ne sai dont vos m'araisonés; 

mais grant mal et grant dolor sent.' 

'as tu de nul home talent?' 

'naie fors d'un, d'altre n'ai soing. 

molt me desplaist que tant m'est loing.' 
20 'qu'en voldreies? que t'en est vis?' 

'que ensemble fuissons tos dis. 

molt me fait mal quant jo nel voi 

et que il ne parole a moi. 

quant jo nel voi, si 'n ai dolors.' 
25 'par foi, tu l'aimes par amors.' 

'comment, aime l'on dont issi?' 

'oïl.' 'dont sai jo bien de fi 

que jo aim bien, mais ne savoie 

gehui matin que jo avoie. 
30 dame, jo aim, nel quier noiier; 

vos me devés bien conseillier, 

quant or est si mes cuers destrois.' 

'si ferai jo, se tu me crois. 

tu me dois bien dire por qui.' 
35 'jo nen os, dame, car jo qui 

que vos m'en sëussiés mal gré. 

vous le m'avés molt desloé, 

vous m'en avés molt castoiiee, 

de tant m'en sui plus aproismiee. 
40 amors n'a soing de nul casti. 

se vos nomoie mou ami, 

jo crendroie que vos pesast.' 

1 lem Ms. veoir] aveir Ms. et P. 2 paile Ms. 
et P. 5 n'a P. 6 len Ms. s est P. n at on 
tels P. 18 naie] nenil P. 19 desplait P. 20 
samble Ms. et P. 21 ensamble— tôt Ms. et P. -JT 
de si P; de fi Ms. 30 noier Ms. et P. 32. 33 
intervertis Ms. 38 castoié P, castoie Ms. 39 
api'oismie' P, aproismie Ms. 42 je criendroie P. 

9* 



135 



XIP SIECLE. 



136 



'onques ne quit que bien amast 
qui nul amant velt castoiier.' 
'jo aim, nel puis or mais noiier.' 
'dont a nom Turnus tes amis '?' 
'nenil, dame, je vos plevis.' 
*et coment dont?' 'il a nom E'; 
dont sospira, puis redist 'NE', 
d'iloc a pièce noma 'AS'; 
tôt en tremblant le dist en bas. 



la roïne se porpensa 
et les sillebes assembla 
'tu m'as dit E et NE et AS: 
ces letres sonent Eneas.' 
'voire voir, dame, ce est il.' 
'si ne t'ara Turnus?' 'nenil; 
ja nen arai lui a seignor, 
mais a cestui otroi m'amor.' 



ROMAN DE TROIES. 

A : Manuscrit de la Bibliothèque impériale de Vienne, no 2571, fol. 90" ; B: Manuscrit de la Bibliothèque 
de Saint-Marc, fianç. XVII, IS'^ siècle, parchemin , fol. 117*=; C: Manuscrit de la Bibliothèque de 
Saint- Marc, franc. XVIII, 14'' siècle, parchemin , fol. 73*. Cf. Joly , Benoit de Sainte- More et le 
Roman de Troie, Paris 1871, vol. II, p. 210jf. ; Herbert de Fritzlar, éd. Frommann, v. 9528 — 9863. 



Acompli furent li sis mois; 
cil de la vile et li Grezois 
rarmerent bien d'armes lor cors: 
puis s'en issirent as chanz fors, 
per doze jors se combatireut, 
aine jusq'al seir ne départirent, 
molt i out jostes et tornois 
et chevaliers a mort destrois. 
molt par i out d'estrange guise 
de ça et de la grant ocise 
en iceste bataille uitaine. 
ainçois qe passast la semaine, 
out molt ocis de haute gent: 
ce dit Daires qi pas n'en ment, 
maint duc, maint amirail prisié 
i out ocis et detrenchié. 

En cel termine et en cel mois 
molt plus qe nen avoit ainçois 
morirent cil qi navré erent. 
sachiez qe poi en escamperent. 
ici avint q'en cel esté 
i out si graut mortalité, 

2 castoier (: noier) Ms. et F. 4 nô Ms. 6 no 
3fs, non P. 9 trambl. Ms. et P. 10 Aconpli A. 
ses] VII C 11 uille BC. greçois A^ 12 ramèrent 
C, sarmerent A. n es B. 14 doçe A. 15 ius- 
que B, iusqs C. aussoir B, airsoir C. Ki moût B. 
ioustes B. tornoiz A, 17 Chevaliers mors et d. A. 
18 moût B, et toujours ainsi, mol A. ot tous les 
mss. et toujours ainsi, 20 ceste A. witaine C, 
otaine A. 21 ainz qc trespassast BC 22 oncis 
daute C. 23 dit manque C. dares C. qe B. ne BC. 
24 amiraus B. prise BC. 25 detranche B. 26 terme 
B. tel — tel C. 27 Plus qe navoient i'et einzois BC 
28 raourirent B. 29 eschanpercnt A. 30 en cel 
termine et en BC. cest A. 31 si grant] telle BC. 



10 sempres erent li navré mort. 

molt en eurent grant desconfort 

et cil defors et cil dedens. 

tant out duré icist contens 

que li dommages fu si fors 
15 e tant i out chevaliers mors 

que n'en pourent plus endurer, 

trives lor estut demander. 

Agamenon i a tramis 

par le conseil de ses amis, 
20 au roi Priant les ont reqises. 

il les dona par tels devises 

qe trente jors soient sëur 

et en la vile et fors del mur. 
Li trente jor sont afié: 
25 quant li mort furent enterré 

et ars es rez e seveli, 

si refurent auqes garni 

cil de la vile et afaitié. 

lor pas eurent bien enforcié. 
30 li rois Prianz par maintes fois 

tenoit parlemens molt segrois 

2 assambla Ms. 5 voir voire P. 7 n'en P. signor 
Ms. 10 senpres A. il orent ABC. 12. 13 et cil 
dedenz et cil defors. li contens dura iusque (dusqz) 
aors (acors) BC 14 et li BC. si fiers (fers) BC. 
15 mort chîsjBC IC qil ne BC. porent tous les 
mss. 17 estoit BC. 19 por li C. 21 il] qi BC. 
le A. tel ABC. 22 fuissent A. seurs : des murs BC. 
'2:i le premier et manque C. vlïWoABC fors de la .4. 
23 furent A. 25 entere B. 2(i e ars AB. enrez C, 
el feu A. eseueliz (: garniz) B, enseuelis C, î sepeli 
A. 27 rest' — bien g. C. 2S uille AC. afaitiez B, 
esforcie A. 29 enforchiez B, afaitie A. e mit' ront 
lor pas C. 30 Alinéa B. p. m.] soventes BC. 31 
manque C. plement AB. estrois B. 



137 



BENEOIT, ROMAN DE TROIES. 



138 



as plus prochainz de son païs 

et as meillois de ses amis 

de tels choses qi lor nuiroient, 

se il garde ne s'en prenoient. 

h ai las, qel perte et qel dolor 5 

lor avendra ains le tierç jor 

e com pesante destinée! 

ne sai com soit par moi contée, 

ne sai com nus la puisse oïr. 

le jor dëussent bien morir io 

que lor avint, ce fu bien droiz: 

si angoissons et si destroiz 

furent puis tant com il durèrent 

aine puis joie ne recovrerent, 

ne je ne sai mie cornent. 15 

des or orois com failement 

avint de la bataille après. 

ne cuit qe nus bom oie mes 

si grant dolor, si grant domage. 

ce qe dist Cassandra la sage 20 

avendra tôt desoremés. 

icelle trive, icelle pes 

des trente jors fu trespassee. 

lor genz fu saine et respausee. 

chascuns a lendemain s'atent 25 

d'estre au mortel tornoiement, 

au desfaé, au perillous: 

trop par fu grez et angoissons. 

a mal dite bore commenza 

et en plus maie defina. 30 

Andromacba apcUoit l'om 
la feme Hector par son droit nom, 
gente dame de haut parage, 
franche, cortoise, proz et sage. 

1. 2 ou ses amis : ou ses foi. prent et donc con- 
saus î ars. poruoient soi de moutes pars C. 1 
prochiens B. 3 tiel chouses qi leur B. tes C, tel 

A. 4 prendroient A. de garder de ce nû pnoient C. 
5 Ha B. perde C. 6 ains el tierç A, jus qa (dusqz 
C) brief BC. 7 la pesance e la d. B. 8 cil puiss 
estre BC. 9 qe sol la ^C 10 tôt d. li ior partir C. 
Il fust C. drois manque C. 12 angoisseus etc. B. 
13 ciï B. 14 einz puis B, conques C. ni C. 16 
puissiez oir cQ B. is nul A. die C. 19 doleor 

B. et si A. 20 dit A. 31 auoirera des ores mes 

C. 22 icele trieve icele A. 23 ior B. trespassees 
B, trépasse C. 24 saines B. repousees B. dam- 
besdos pars lont demande C. 26 mortes B. 27. 28 
manque C. desfaie B. 28 fu iiers B. 29 en moût 
maie eure £. 30 et manque ^C. 31 Andromaca 
A. Ion : nô B. ot celui son C. 32 famé B. en soi 
droit C. 33 haute C. 34 riche c. C. e preus B. 



molt ert lëaus vers son seignor 
e molt l'ama de grant amor. 
de lui avoit dons beaux enfans; 
li ainz nez n'avoit qe cinc ans. 
Laiimedon out nom li uns, 
qi ne fu laiz ne noirs ne bruns, 
mes genz e blanz e blonz e beaus 
e flors sor autres damoiseaus. 
l'autres out nom, ce dit l'escriz, 
Asternantes, mes molt petiz 
ert 11 enfens e alaitanz: 
n'avoit encor mie trois ans. 

Oiez com fait demostrement 
icelle nuit demainement 
qe la trive fu definee; 
dut bien la dame estre esgaree 
si fu elle, jel sai de voir. 
11 deu li ont fet a savoir 
per signes et per visions 
e per interpretacïons 
son grant domage e sa dolor. 
la nuit ainz qe venist le jor 
out elle assez paine sofferte. 
mes de ce fu sëure e certe, 
se Hector s'en ist a la bataille, 
ocis i estera sanz faille: 
ja ne porra del camp eissir, 
cel jor li convendra morir. 
la dame sont la destinée 
qi la nuit li fu demostree. 
s'elle out de son seignor dotance, 
crieme et paor et esmaiance, 
ce ne fu mie de merveille, 
a li meïsme se conseille, 

1 fu leus C. 4 li ainciez C. qe] pas C. 5 lau- 
donmata A, ladomahan B. non C. 6 qui ne noirs 
î nelez ne brus C. 7 mes] qui C, manque A. ^. fu A. 
blans 2 blois j genz C. bloiz e blans B. s e manque 
C. seur B. tôt autre C. 1" alterniJtes jB, astrenates 
C. enfes petit C. Il joules cosiax et C. 12 mie 
encore A, encore mie B. deus B. 13 Oez BC. cû 
B. destruiment A. 15 coniplie C. 16 marrie C. 
dont 1. d. est effree B. 17 ie el A. ce dit por v. C. 
18 li firent C. 19 auisions C. 21 doumage B. 

22 nuiz einz B. Aine que laube pareut del ior C. 

23 peine souferte B. 2 sofreite A. 24 seur C. 25 se 
ist C. 26 Ocis i sera B, 0. sera il C, quil i sera 
ocis A. 27 ni C. pora AC. champ. B. 28 cil C. 
le A. conura C. 29 sot AC, set B. 30 li] i A. 
raostree C. 31 sel ot A. 32 crieme peur B. 
33 de manque A. 34 lui BC meismes BC. mees- 
me A. sen B. 



139 



XIP SIECLE. 



liO 



'Sire', fet el, 'mostrer vos voil 
la merveille dont je me doil, 
qe par un poi li cuers de moi, 
tel paor ai et tel esfroi, 
ne me desment et ne me faut. 
li soverain et li plus haut 
le m'ont mostré qe je vos die 
q'a la bataille n'alez mie. 
par moi vos en font defifïance 
et merveilleuse demonstrance: 
n'en vendriez jamés ariere, 
c'om ne vos aportast en bière, 
ne voelent pas les deïtez 
ne les devines poëstez 
qe i ailliez, mostré me l'ont, 
tel desfiance vos en font 
qe vos n'issïez al estor, 
car vos morrïez sanz retor; 
e quant il vos en font dévié, 
n'i irez pas senz lor congié. 
si mel créez, je vos di bien, 
garder devez sor tote rien 
qe n'enfraigniez lor volunté 
ne rien qi soit contre lor gré.' 
Hector vers la dame s'iraist 
qi ce li dist, pas ne li plaist 
la parole q'a entendue, 
ireement l'a respondue; 
'desor', fet il, 'sai je e voi 
ne dot de rien ne nel mescroi 
q'en vos n'a senz ne escient, 
trop avez pris grant hardement, 
q'itel chose m'avez nonciee, 



1 dit A. elle (ele) ABC. moustrer B. 2 je] tant 
C. 3 le cuer B. 4 ai manque B. 1 le manque C. 
demonstre C. iel A. 8 ni alez B. 9 por B. en 
manque C. deueance B. 10 e si sachiez bien sanz 
dotance C. il reuendroiz A, ne torneroiz C. 12 
qen B. v. en raport A. Ne soiez portez C. 13 poës- 
tez A, 14 poestez manque C, deitez A. 15 qe i 
ailliez viatique C. Quensi nioroiz m. le mont^. i" 
issiez C. hui al A, fors al jB. IS i nioroiez A. Ja 
ne scamparez de cel jor C. 19 illc nos ont diuise C. 
20 nirois mie sanz A. vos en iroiz pas sanz leur gre 
C 21 me A, men C. seur tote rien C. 22 déniez 
g. ce nos di bien C. 23 qui ne C. uolentez A. 
24 ne de r. C. qe B. contre] ote B. ih se test BC 
26 ce qe A. dit B. de ce qui lot C. point B, rien C. 
plait C. 27 sa C. tient abalue C. 29 je] e C, bien 
A. 30 doit B. ne ne £. je nu C. 31 na point 
descient C. qen naille au tornoienient^. 33 noncie 
^. songie) AC. 



se la folie avez songiee, 

si la me venez raconter 

et chalongier e deveer 

q'armes ne port ne ne m'en isse. 
3 mes ce n'iert ja tant cum je puisse, 

qe vers les culverz ne contende 

e qe je d'elz ne me défende 

qi mon lignaje m'ont ocis 

e ci assegiez et assis. 
10 si li félon, li deputeire 

ooient dire ne retreire 

e li baron de ceste vile, 

dont il i a plus de dous mile, 

qe de songe, se le songiez, 
15 fusse si pris ne eslongniez 

d'armes porter ne fors eissir, 

com me poroie plus honir? 

ne voille dex qe ce m'aviegne 

qe por ice mort dot ne criegne. 
20 n'en parlez mais, car sachiez bien. 

je n'en feroie nule rien.' 

Andromacha plore et sospire. 

si grant duel a et si grant ire 

qe la colors q'el' out vermeille, 
25 teinst e palist, n'est pas merveille, 

e par un poi le senz ne pert. 

au roi Priant mande en apert 

q'il li deviet et le detiegne, 

qe lais domages n'en aviegne: 
30 sor tote rien gart n'i ait faille 

q'il n'aut le jor a la bataille. 

crient et dota li rois Prianz, 
qi molt fu humbles e rïanz, 

en nul n'a fiance q'en lui: 

1 si B. follie B. 2 me la B. reconter B, conter 
C. 3 et manque B. 4 ni p. C. ne qe venisse A. 
5 ni ert B, nert AC. come ia p. C. 2 qen vers B. 
que ie C. cuuers B, cuiucrs C. 7 e qe ma terre 
qe d. A, et que vtrs aus ne me contende C. 9 et en 
ceste cite assis C. lo li cuiuert d. C U oient BC. 
conter et rctrahire C. 12 li ch'r C. 13 o il na A. 
dont plus i a C de cent A. 14 de] dou B. selle 
B,eileA. l.'j fuisse^. esmaiez^C lCne]et.4. 
que ie nossasse f. C. l" ne me B, come C. 19 por 
ce (che) BC. mort] me B. et crieme A. 20 car] ce 
B. ne p. tenez uos hen C. 21 leiroie por vos r. B. 
car nen ferai ce s. b. C. 24. 25 manquent C. qella 
B. 25 teint B. 26 que par — sen nen B. 28 qui 
il uieit qui le C, qil le liuiet j qel A. 29 ne li 
BC. enuiegne B. 30 gart] qil A. ot B. 31 li B. 
32 et manque C. 33 huenels A. li péril uoit quil 
est si grans C. 34 Ni a f. que en C. 






141 



BENEOIT, ROMAN DE TROIES. 



142 



ce est sa tente e son refiii. 

set, s'il n'i va, la perte ert lor: 

sor au8 revertira le jor. 

en sor qe tôt n'ose muer 

q'il nel retiegne del aler. 5 

la dame set de grant savoir, 

ne doit l'en mie desvoloir 

ce qe por bien dit et ensaigne. 

Paris a pris e sa compaigne, 

et Troillus et Eneas, lo 

roi Menon e Pollidamas, 

rois Sarpedon e rois Glaucus 

e de Lancoïne Eufrenus, 

e Cipressus li fors li granz 

qi estoit graindres c'uns jaianz; 15 

rois Terepex, rois Adrastus, 

rois Epistrox, rois Alcamus, 

rois Thesëus e rois Fortins 

qi sire estoit des Filistins; 

Filimenis li granz li proz, 20 

et les autres riches rois toz 

a establiz e devisez 

e les conrois fais e sevrez. 

molt par furent riche e plenier. 

qant covert furent li destrier 25 

e les enseignes atachiees 

es trenchanz lances aguisiees 

e li vassal furent armé 

e por bataille conreé, 

s'a commandé Prianz li rois, 30 

qi molt fu sages e cortois, 

c'uimés s'en issent li conroi 

tôt bellement e senz effroi. 

trop tardoient, car cil de la 

sont ja as lices grant pieça. 35 



Des qe ce vit Hector e sont 
qe ses pères li devëout 
q'il n'i alast a celle foiz, 
enragiez fu e si destroiz 
qe par un poi n'a molt laidi 
celle qi ce li a basti. 
lui e s'amor a toz jors pert, 
qant ce a dit a descovert 
sor son dévié, sor sa manace: 
jamés n'iert jors q'il ne la hace, 
e par un poi q'il ne la fiert. 
ses armes li demande e qiert 
isnelement senz demorance, 
qe plus ne fera atardauce. 

La dame les out destornees, 
mes a force sont raportees. 
son hauberc vest isnelement. 
Andromacha el paviment 
par maintes foiz estut pasmer, 
qant elle vit son cors armer, 
molt fait grant duel et angoissous; 
le jor redote perillous. 
molt li prie que il remaigne 
e qe son corage refraigne. 
merci li crie molt sovent; 
ne li vaut rien, qant ce entent, 
qe n'i pora merci trover 
ne por braire ne por crier, 
e voit qe por nulle manière, 
por dit, por fait ne por proiiere 
ne le pora plus retenir, 
si a les dames fait venir, 
sa mère e ses belles serors. 
criz, lermes e plors 



1 car cest C. sa entente A. 2 Se il uiet B. est C. 
3 li .B. 4 na remuer B. 5 qe nel B. detiegne B. 
6. 7 intervertis A. 1 doit en ^. 9 a prise sa B, 
sen ist o sa A. 10 le premier et manque B. et sa 
conpaigne C. 11 romanon C. 12 roi — roi C. clas- 
tus B. 13 lauchone C, laurone A. eufremius C, en- 
femus A. u enpesus C, cupessus A. 15 graindes 
unp B. cil qui erent mires dun C. iaanz A. 16 
remus B, epistroz C. arastus B. 17 sterepex C. 
achamus B. is eseus C. e manque B. 19 sires B. 
de A. 20 li fors A. 21 lui et les a. rois trestoz A. 
24 mit fu grans riches C. 25 le A. 26 atachies 
ABC. 27 e trenchant C, entantes B. aguisies 
ABC. 30 si c. B. 31 ert saiues B. 31—33 cui- 
mes sen issent li conrois C. 33 sanz desroi B. 
34 que cil C. 35 sunt iusqua au liceus C. 



1 Mes quant uit C. soit toics les mss. 2 sis B, 
si C. peire A. deueoit AB, deueot C. 3 qe ni A. 
nalast C. ceste B. 4 corruciez B. est 4. si manque 
C. 6 celui A. que C. 7 sanor B. et son cor pert C. 
8 ot dit e B. q. elle tel chose a. C. 9 sor suen B, 
son cor C. 10 qui (7, ne len ache B. U Ne faut 
gaires qui C. V2li manque B. M — li manquent A. 
14 qui ne f. p. atendance C. 15 les auoit B, qui 
lauoit C. mucies BC. 16 m. uoille ou non B. et 
repostes et estoies C- 17. 18 manquent C. aubère A. 
18 pauement A. 19. 20 après 22 C. mainte A. li 
estoit C, lestuet B. 20 puis qe s. li voit A. 21 
dol fassoit grant C. 24 qui C. corages A. 25 prie 
doucement A. molt li crie s. merci C- 26 riens ne 
li uaut q. il e. B, mes il par est ensi smari C. 27 que 
len ni poit nul bien C. 2S batre A. 29 quant 
voit C. qe en A. 30 proiere AB, preiere C. 31 
len C. 34 larmes o a C. 



143 



Xlle SIECLE. 



144 



l'ont deproiié e conjuré 
e en maint senz amonesté 
q'il ne s'en isse e q'il n'i aille, 
n'i a proiiere qi rien vaille, 
ne lor monte ne lor vaut rien, 
'fiz', fait la mère, 'or sai ge bien 
qe tu n'as mais cure de moi 
ne de ta famé ne dou roi, 
qi noz volontez contrediz. 
bien devroies croire noz diz, 
beauz douz amis, ne nos gerpir. 
com porïons senz toi garir? 
fiz, chiers amis, qe ferions 
se ton cors perdu avions? 
n'i a celui ne s'oceïst 
e cui li cuers ja ne partist. 
car remanez, beauz amis chiers: 
créez les diz de cez moilliers.' 
qi donc veïst a com grant peine 
Polixena e dame Heleine 
se metoient al détenir! 
mes rien ne vaut, car retenir 
nel pueent pas por nulle rien; 
ce lor afie et jure bien, 
tant est iriez ne set qe face: 
Andromacha het e menace. 

Quant elle voit qe nëant iert, 
ses dous poinz granz cous se fiert, 
fier duel demaine e fier martire, 
ses cheveus trait e ront e tire, 
bien resemble feme desvee: 
tote enragiee, eschevelee, 
e trestote fors de son sen 
court por son fil Asternaten. 

1 deproie AB, deprie C, etc. 2 e manque A. 
sen B, senz lont A. 3 quil uenisse C ne BC. 
n'i manque B. 4 que C. riens B. 5 mont B, mo- 
stre C. 6 fils AC. sa C. or sai bien B, ie s. b. C. 
' que tue ëchiez et fauz vers moi C. 8 ton peire 
ne de toi A. et vers — et vers li roi C. 9 qe B. 
nos tous les mss. lO deussiez B. mes A, aiez de 
nos merci bel fiz C. il ne nos lasiez ne nos C. 
12 cornent porrons B. ne nos laisse de dol morir C. 
14 se nos toi ç. A. 15 celé ^1. qi ne B. 16 qi 
le cuer-perdist B. je ne] ne li C. l" R. nos 
doz a. C. IS oiez C. de tez B, uostre C. 19 en 
con B. 21 sen A. départir B. 22 car] dou B. 
m. ne li poent pas tollir C. 21. 22 manquent BC. 
25 est manque A. quil C. 27 qe ce ja niert A. 
28 mains BC. 29. 30 intervertis BC. traitront e 
detire A. 32 enragie A, esragie B, ragie C. 34 
tôt per BC. astrenatcn BC. 



des euz plore molt tendrement, 

entre ses braz l'encharge e prent 

vint el paies atot arieres, 

il chauçoit ses genoillieres. 
5 as piez li met e si li dit 

'sire, por cest enfant petit, ' 

qe tu engendras de ta char, 

te pri nel tiegnes a eschar 

ce qe je t'ai dit e nuncié. 
10 aies de cest enfant pitié: 

jamés des euz ne te verra. 

s'ui assenbles a ceuz de la, 

hui est ta mort, hui est ta fins. 

de toi remandra orfenins. 
15 cruëlz de cuer, lous enragiez, 

par qoi ne vos en prent pitiez? 

par qoi volez si tost morir? 

par qoi volez si tost guerpir 

et moi e li e vostre père 
20 e voz serors e vostre mère? 

par qoi nos laisseroiz périr? 

coment porrons sens vos gerir? 

lasse, com maie destinée!' 

a icest mot cbaï pasmee 
25 a cas desus le paviment, 

celle l'en lieve isnelement 

qi estrange duel en demeine: 

c'est sa seroge, dame Heleine. 
Hector de rien ne s'asoploie 
30 ne por l'enfant ne s'amoloie 

ne les regarde ne tient plait. 

ja li eurent son cheval trait: 

monter voloit, n'i avoit plus. 

Andromacha saut fors par l'us, 

plaint e cria a si bauz criz 

qui molt par sont de loing oïz 

1 des euz] adonc BC. plorant A. 2 le (li) congie 
prent BC. 3 el] o A. pale B. o tôt A, adonc BC. 
4 Hector a mis BC. 6 Apres BC. dist B. 7 qe li 
BC. S por coi le tiegnes BC. 9 qe te ai B, que 
tai C. 11 qe iames BC. 12 ne resanbles (ras- 
cenbles) BC. 13 ert— ert B. 14 to A. 16 a que 
ne C. 17 gerpir C. 18 et ne v. B. morir C. 19 lui A. 
li uetre B. peire: meire A. 20 uos frères BC. 21 
laisserez A. 22 com porions A. 23 com faite BC. 
24 adonc chai as dens (a denz) BC. 25 pavement A. 
d. 1. p. aqas BC. 26 entre ses bras BC. 27 qi 
angoisseus BC. 28 ce est sa s. e d. ^. rerorge C. 
29 saploie B. 31 nés r. ne ne A. regart C. 32 son] 
si C. 34 plius BC. 35 pi. soi e crie un si grant 
cri BC. 36 par fu BC. oi BC. 



145 



BENEOIT, ROMAN DE TROIES. 



146 



el grant chastel perrin de Troie: 
n'a nul si sort qe bien ne l'oie, 
plorer lor fait les chaudes lermes. 
balas, com aproche li termes 
qe chascuns voudroit estre mors, 
celle cui riens ne fait confors 
vînt andous ses mains detorquant 
tôt droitement au roi Priant, 
si grant duel a qe mot ne sone: 
a chief de pièce l'araisone. 

'Di, va', feit elle, 'es tu desvez 
ou de ton sens si forsenez 
qe tu n'as mes cure de toi? 
saches, se Hector vait au tomoi, 
tu l'as perdu, si'n soies fis: 
il i sera einc hui ocis. 
je l'ai vëu per demostrauce. 
li deu l'en ont fait desfiance 
par moi issi faitierement 
qe, s'il asemble a la lor gent, 
il l'ociront: gar q'en feras, 
jamés des eus ne le veras. 
va, sire, tost, si le retien. 
Asternaten son fil e mien 
li aportai ore a ses piez. 
de sa mère a esté priiez, 
d'Eleine e de Polixenain. 
mes ce a esté tôt en vain, 
ne nos deignoit sol esgarder. 
sachoiz q'il voloit or monter 
qant je ving ça corrant a toi. 
va, sire, tost, retien le moi.' 
ne pot plus dire, pasme soi 
très dedevant les piez le roi. 

Molt fu Prianz e fiers e durs 

1 perin A. de manque B. 2 qT cler AC. 3 des 
B, de C. 4 lasse BC. saprosme B, saprime C. 
5 ne uaut B. 6 adeus B, embedui C. bâtant BC. 
10 pieca B. 12 — 16 trop laidement seras grevez, 
se Hector sen ist a la bataille, ocis i sera senz faille 
A. 13 nai C. 16 il en C. IS men B. 19 et si 
entièrement BC. 20 hui a lor BC. 21 i A. il 
occirunt C. garde B, qar A. 22 ne rêveras A. 23 
e sil BC. 24 astrenates (-netes) BC. 25 ores C. 
26 a este^ estez C, est B. priez tous les mss. 27 — 31 
De Polixenain et delaine. mes ca este parole vaine, 
car aine nen velt nule escouter. il voloit oren- 
droit monter, qant acurui ici a toi A. polixe- 
naun B. 33. 34 molt ma hui ledie et blasmee. ne 
puet plus dire ainz est pasmee. deuant le roi el 
pavement, il en relieve bêlement A. 34 devant £C. 
35 e fiers] entiers C 

Bartsch, Chrestomathie. VI. Éd. 



et vers ses enemis segurs, 

ne fu hastis, legiers n'estouz. 

franc cuer out molt et simple e douz. 

qant les paroles ot retraire 
5 et vit la dame tel duel faire, 

el cors li prent une froidor, 

e dotance e crieme e paor: 

Bospirs en issent granz e Iodz. 

une pièce fu tôt erabronz, 
10 lermes li moillent le menton 

e le blïaut de ciglaton. 

son domage sent et aleine. 

sor un cheval monte a grant peine, 

fors del palais s'en est eissuz, 
15 dolens, pensis, taisanz e muz. 

Hector ataint en mi la rue, 

qi toz de maltalant tressue. 

molt par l'avoient fait irié 

por la noise e por le dévié 
20 d'issir s'en fors contre Greçois. 

desoz le hiaume paviois 

a le vis taint e coloré. 

11 oil dou chief li sont enflé. 

plus les a vermeaux d'un carbon, 
25 plus fiers qe leupart ne lïon. 

l'auberc vestu, ceinte l'espee 

sist tost armez sor Galatee 

qi del dur mestier est apris. 

Prianz l'a par la resne pris. 
30 'Beaus fiz', fait il, 'vos remandroiz. 

ce sachiez bien, vos n'en istroiz: 

sor ce q'il a de moi a toi, 

sor toz les deus de nostre loi 

t'en faiz dévié : retorne t'en. 
35 tant dois avoir reison e sen 

ne dois faire n'a tort n'a droit 

1 ses manque A. seurs BC 2 haustius A, astiz C. 
3 avoit et s. A. simples B. 6 prist B. p mi le 
cuer le prent froidors C. S len A. 9 une grant 
p. fu anbronz A. U et le lesgoles del peliçon C. 
seinglaton A. 15 pensius A. is répété C. 19 e 
manque A. 20 dissir fors encontre iî (7. 2iaume^. 
23 ausi com sil eust plore. li sont el chief li oil 
vermeil, vérité dire vos en voil A. 24 de c. A. 
fieriez de 1. de 1. a la soie ne monte rien, par 
vérité vos di ge bien, nul ne losast enmi la chiere. 
veoir tant est cruels et fiere A. 27 galetee B. 
2S de A. 30 Beau A. 31 S. qe hui la fors n'i A. 
32 et toi C. 33 et sor les A. li C. 34. 35 te conjur 
et ten faiz dévie, que nisses fors senz mon con- 
gie A. 

10 



147 



Xlle SIECLE. 



148 



chose mes plaisirs ne soit 
sor toi avrai tel poësté 
que n'istras hui de la cité, 
vois qel merveille e qel criée 
ont ces dames entr'elz levée; 
vois com chascune crie e brait. 
soz ciel n'a rien pitié n'en ait. 
va descendre, fiz, chiers amis.' 
molt par fu Hector entrepris. 

Li dit son père n'ose enfraindre, 
ne il ne set cornent remaindre. 
honiz en crient estre a sa vie. 
'sire', fait il, 'itel folie 
com fu solement porpensee! 
por une foie, une desvee 
qi son songe vos a retrait, 
vos entremetez de tel plait, 
n'avenist pas, sachiez por voir. 



trop i porai grant honte avoir 
se je remaing por tel afaire. 
ne vos devroit mie desplaire 
se je vos gens aloie aidier 
qi'n avront encor hui mestier.' 
De tôt ice n'a Prianz cure: 
tant le prie, tant le conjure 
q'il l'en a fait torner ariere. 
tant par est fiers en mi la chiere 
qe ne l'ose riens esgarder, 
ne se velt mie desarmer 
fors solement de la ventaille. 
Prianz envoie a la bataille 
touz ceaus q'il a ne avoir puet. 
tote la vile s'en esmuet. 
tuit s'en issent les armes prises 
loing as pleinz chanz fors des devises. 



FRAGMENT DE CHANSON PIEUSE. 

Paul Heyse, romanische Inedita auf italiànischen Bibliotheken , Berlin 1856, /j. 60. 

Marie qui parle. 



C'est la vierge 



Je plains et plor corne feme dolente, 
quar je ay perdu ce que plus m'atalente, 20 

a grant tristour fuie est ma jouvente: 
sans nul confort 
triste sera ma vie jusques a la mort. 

Beau dous cher fis, simple vis, bêle bouche, 
la vostre mort, beau fis, au cuer me touche. 25 
des ores mais vivray corne une souche, 
sans nul confort 
triste sera ma vie jusques a la mort. 

Beau dous cher fis, vos deinaistes decendre 
dou ciel en moy et char umaine prendre. 30 
por vostre mort bien me doit li cuer frendre. 



sans nul confort 

triste sera ma vie jusques a la mort. 

Beau dous cher fis et beau sire et beau père, 
quant vos de moi freïstes vostre mère, 
por vostre mort doi ge avoir bouche amere. 
sans nul confort 
triste sera ma vie jusques a la mort. 

Beau dous cher fis, a la vostre naisance 
remés virge sans mal et sans grevance: 
que en prent trop nature sa vengance! 
sans nul confort 
triste sera ma vie jusques a la mort. 

Beau dous cher fis, que grant joie j'aoie . . . 



1 ou mi B. rien nulle o mi C. 3 hors de 
ceste cite C. 4 de tost cest ior. vois qel criée A. 
5 entraus BC. 6 come BC. 7 ne C. s chier 
fi B, li mienz A. 9 par manque A. 10 défendre 
BC. 14 solement com fu A. 15 folle et une B. 
16 ses songes BC. 17 por coi vos e. B, por quoi 
vos mêliez C. IS ce di por voir C. 19 plors. 
21 est manque. 22. 23 ces deux vers ne forment de B, les A 
chez Heyse qu'une ligne. 23 mort manque. sans. 



1 poez B. 2 por cest B. 3 
noz genz BC. 5 qi en BC. 
auront A. 7 li A. li B. 
ne la A. 9 si £C. qen A. 
hom A. 11 uout .B, uont C. 
sa A. 13 enuoille AC. 
et quil avoir C. 15 si C. 



doit C. 4 j 'aloie 

qi anc hui en 

8 en a C. qil 

10 ne lose nuls 

onques BC. 12 

14 touz manque C. 

17 es C. sor A. 



f. desuises C. 28 enpren. sa] 



149 ROMAN DE TRISTAN. 150 

ROMAN DE TRISTAN. 

Manuscrit de Paris , franc. 750 {anc. 7172), fol. 124''. 

En tel guise com ge vos cont estoit li roys bien se fust ocise sanz faille celui jor la royne, 
March a la fenestre et escoutoit le chant des se ne fust li roys March qui l'en destorna. 
oisiaux qui ja avoient comencié la matinée si Quant la royne ot une pièce demoré en sa 

doucement que nuls nés oïst qui bien ne s'en chambre, si com ge vos di, ele retorne a chief 
dëust resjoïr. il estoit encore bien matin et ode pièce ou praël; mais ele estoit adonc si 
nonporquant li solaux estoit ja levez biaux, richement vestue et appareillie com le jor 
si clers et si luissanz que toz li mondes en meïmes qu'ele avoit esté coronee et sacrée. 
estoit ja esclarcis. La ou li roys estoit a la Et sachiez que celé meïmes robe ou ele avoit 
fenestre en tel guise com ge vos di, il regarde esté sacrée et enointe avoit ele adonc vestue, 
et voit la royne venir qui sa harpe aportoit et lo. et avoit avec tôt ce sa corone d'or en sa 
la mist ilec devant un arbre; puis se départi teste, et bien avoit dit a soi meïsmes que tôt 
d'ilec et s'en retorna en sa chambre et ne ausint com ele estoit honorablement vestue a 
demora puis gaires, quant ele revint, et aporta la joie roial, tôt ausint voloit ele venir parée 
une espee molt richement appareillie de totes a la mort d'amors. Quant li roys voit que la 
choses. Tôt maintenant que li roys voit l'es- 15 royne vient ausint parée et acesmee et sanz 
pee, il connoist lors qu'ele fu de Tristain et tote compagnie, il s'esmerveille trop durement 
que ce fu l'espee que Tristans ama onques que ce puet estre. 11 ert assez plus esbahiz 
plus, et lors reconoist bien li roys sanz failie qu'il n'estoit devant. La royne qui mie nel 
que la royne se velt ocirre, et de celé meïme voit ne garde ne s'en prent, vient a sa harpe 
espee. Or est mestier qu'il la destort de 20 droit et baise tôt premièrement le poig de 
cestui fait et qu'il l'ost de cest proposement. l'espee, mais dou fuerre ele ne la trait pas, 
il ne voldroit por quant qu'il a en tôt cest ainz la met devant li et comence desus a 
monde qu'ele morist encore, et totes foiz dist plorer molt tendrement et a regreter Tristan, 
il qu'il ne se mouvra mie encore si tost, ainz Et quant ele a auques mené celui duel, ele 
àtendra encore por vëoir que ele voldra faire, 25 prent sa harpe et la comence a atemprer. 

Quant la royne ot l'espee aportee ensint Et quant ele l'a atempree, ele comença adonc 
com ge vos di, ele la dresce a un arbroissel, a regarder tôt entor lui, et voit le temps si 
puis s'en tome vers sa chambre et demore bel et si cler et si durement net, et le soleill 
adonc une pièce, et sachiez que ele avoit luisant, et d'autre part ot les oissellons qui 
adonc ostees ensus de li totes ses dames et 30 chantent par mi le gardin lor divers chanz, et 
totes ses damoiseles, et Dynas meïme et Bran- aloient lor joie faisant par laienz. Et quant 
gien, et dist que ele se voloit dormir, quar la royne a grant pièce escouté celui chant et 
poi avoit la nuit reposé. Cil qui de ceste celé mélodie, a tant li sovient du moroys ou 
chose ne se prennent garde ne pensassent ja- ele ot ja tant de son déduit avec Tristan, et 
mais, s'il ne lor fust euseignié par aucun, que 35 lors comence a plorer. Et quant ele a celui 
la royne se volxist ensint ocirre; si s'estoient plorer fine, ele ratempre autre foiz sa harpe en 
ensint départi, li uns ça et li autres la, com tel manière com ele voloit dire son chant, et 
cil qui bien cuidoient que la royne se volxist comence son lay en tel manière com vos orroiz. 
reposer ensint com ele lor avoit dit. et sachiez Li solex luist et clers et biaux, 

que ele avoit après elx refermé si bien l'uis 40 et j'oi le dolz chant des oisiaux 
de la chambre qu'il ne poissent mie rentrer, se qui chantent par ces arbroissiaus, 

par son commandement non. Por quoi ge di que entor moi font lor chanz noviaux. 



23. 24 encore-mie manque; suppléé par le ms. 
de Genève franc. 189. 25 atremper. 26 atrempee. 



10^ 



151 



Xlle SIECLE. 



152 



De ces douz chanz, de ces solaz, 
et d'amors qui me tient as laz, 
esmué mon lay, mon chant enlaz, 
de ma mort déduis et solaz. 

Dolente mon doel recordant, 
vois contre ma mort concordant 
mon chant qui n'est pas discordant: 
lay en faz douz et acordant. 

De ma mort que voi aprouchier 
faiz un lay qui sera moût chier; 
bien devra toz amauz touchier 
qu'amors me font a mort couchier. 

Liée, triste, chantant, plorant 
vois amor com dieu aorant. 



tuit amant, venez ça corant, 
vez Yselt qui chante en morant. 

Lay comenz de chant et de plor, 
ge chant mon lay et si le plor. 
chant et plor m'ont mis en tel tor 
dont jamais ne ferai retor. 

Tristan, amis, quant vos sai mort, 
premièrement maldi la mort 
qui de vos le monde remort, 
se d'autretel mors ne me mort. 

Puis qu'estes mort, ge ne quier vivre, 
se ne vos veïsse revivre, 
por vos, amis, a mort me livre; 
ja iert de moi le mond délivre. 



FLOIRE ET BLANCEFLOR. 

Édition d' Immanuel Bekker dans les Abhandlungen der philos.-histor. Klasse der Berliner Akademie, 
1844, V. 2287 — 2524, comparée avec celle d'Edélestand du Méril, Paris 1856, v. 2029 — 2268. 
Floire, Jlls d'un roi, cherche son amie Blanceflor, qui a été vendue coinme esclave; il la trouve etijin 
chez l'amiral de Babylone, dans une tour dont la ruse lui procure l'accès. Cf. Zeitschri/t f/ir deutsches 
Alterthum 21 , 324 ss. et le poème allemand de K. Fleck (Sommer 5551 — 5848) dans Wackernagel, 
altd. Lesebuch {4e édit.) 583, 24—594, 3. 



Atant s'en est Floires tornés. 
li portiers a engiens trovés 
k'as damoiseles de la tor 
vaura présent faire au tierç jor. 
de fiors assés a fait cueliir 
et corbeilles grandes emplir, 
atant est Floires repairiés: 
au terme vient joians et liés. 
un blïaut ot vestu vermeil, 
car del huissier en ot conseil, 
por çou c'avoit une coulor 
et li vestimens et la fior. 
l'uissiers envoie ses presens; 
del envoler ne fu pas lens: 
une corbeille a a chascune, 
si a fait Floire entrer en une. 
Floires clôt les iex, pas nés oevre, 
et li portiers des flors le coevre. 
dont a deus serjans apelés; 
'ceste corbeille me portés 
lasus amont en celé tor 
a damoisele Blanceflor, 

9 aprochier. 10 molt. 16 engien trove BM. 
23 vermel: consel B. 25 lassus: ce vers et le 
suivant manquent dans Bekker. 



15 a la cambre les le degré 

qui vait au lit al amiré. 

se li dites que li envoi: 

gré m'en savra si con jou croi, 

et si cuit que l'avra moult ciere; 
20 puis vous en venés tost arrière.' 

cil prenent les flors, ses emportent, 

si sont cargié que tôt détordent; 

'des flors', dïent, 'moult en i a', 

si maudïent kis i foula. 
25 par les degrés montent amont; 

mais a la cambre failli ont. 

le Blanceflor laissent a destre: 

en l'autre entrent ki'st a senestre. 

quant cil sont ens, lor flors descendent, 
30 celi qu'il truevent les présentent. 

cil lor message en haste font, 

lor flors laissent, si s'en revont. 

celé les prent, si les mercie; 

a la corbeille est tost saillie, 
35 des flors se jue et esbanie. 

Floires cuide çou soit s'amie: 

16 va BM. 18 sara BM. 26 fali B. 29 des- 
cargent B. 30 a celi — les baillent B. 34 et la 
pucele est tost salie B. 



153 



FLOIRE ET BLANCEFLOR. 



154 



por la joie qu'ot sus sailli. 

la pucele s'eu esbahi, 

(le la paor c'ot si s'escrie 

'merveille voi, aie, aïe!' 

Floires resaut eu la corbeille; 5 

s'il ot paor, n'est pas merveille, 

quant il a s'amie a failli; 

dont cuide bien c'ou Tait trahi. 

des flors errant s'a recovert 

si que de lui noient ne pert. lo 

atant ses compaignes akeurent: 

quant el l'oënt, pas ne demeurent, 

si li demandent que ele oit, 

por quel paor ensi crïoit. 

celé se fu rassëuree 15 

et de Blanceflor porpensee: 

ce fu ses amis, bien le sot, 

que ele tant regreter sot. 

quant ele se fu porpensee, 

si a parlé comme senee. 20 

'des tiors sailli un paveillon, 

des eles feri mon menton. 

del paveillon tel paor oi 

que m'escrïai plus tost que poi.' 

arrière s'en revont gabant; 25 

ele remest seule o l'enfant. 

ele ère a Blanceflor compaigne, 

fille estoit au roi d'Alemaigne. 

entr'eles deus moult s'entramoient, 

ensemble a l'amirail aloient. 30 

la plus bêle estoit de la tor 

de toutes après Blanceflor. 

illueques pas grant plait ne tint: 

en la cambre Blanceflor vint. 

Blanceflor est de l'autre part: 35 

s'ele parole, c'est a tart. 

en son ami a mis s'entente; 

por lui est nuit et jor dolente. 

les cambres près a près estoient; 

entr'eles deus un huis avoient, 40 

par coi l'une a l'autre venoit, 

quant son bon dire li voloit: 

Claris ot non la damoisele. 

Blanceflor doucement apele 

1. 2 JBekker donne quatre vers à la place de 45 
ces deux. 13 si li] celes B. 15 asseuree B. 
24 sali BM. 27 ert BM. 29 entre les B. 

30 ensaule B, ensamble M. 31 tour B. 40 entre 
les BM. 43 G loris B, toujours. 



'bêle compaigne Blanceflor, 
volés vous vëoir bêle flor, 
et tele que molt amerés, 
mon essïent, quant le verres? 
tel flor n'a nule en cest païs: 
ele n'i crut pas, ce m'est vis. 
venés i, si le connistrés; 
donrai le vous, se vous volés.' 
'avoi', fait Blanceflors, 'Claris, 
por coi si griément m'escarnis? 
pecié faites en moie foi, 
quant vous ensi gabés de moi. 
damoisele qui a amor 
et joie en soi, doit avoir flor. 
bêle suer Claris, douce amie, 
près est li termes de ma vie. 
li amirails dist qu'il m'avra; 
mais se diu plaist, il i t'aura, 
l'amirails faura a m'amor, 
com fait Floires a Blanceflor. 
por soie amor engien querrai 
et priveement m'ocirrai. 
ami ne vaurai ne mari 
quant jou au bel Floire ai failli.' 

Quant cele l'ot, pitiés l'en prent: 
puis ce li a dit doucement 
'damoisele, por soie amor 
vous requier que veés la flor.' 
quant de s'amor conjurer s'ot, 
li s'eu vait con plus tost pot. 
Floires a la parole oïe: 
quant sot de voir que c'est s'amie, 
de la corbeille sailli hors, 
visage ot cler et gent le cors: 
onques nus plus biaus hom ne fu. 
Blanceflor l'a tost conëu: 
et il ra bien li conëue; 
el vit son dru et il sa drue, 
sus s'entrekeurent sans parler: 
grant joie font a l'assambler. 
de grant pitié, de grant amor 
pleure Floires et Blanceflor. 
de ses bras li uns l'autre lie, 
et en baisier cascuns s'oublie, 
el baisier a une loëe 

n amirals— ara ^3/. 19 Simuals BM. 24 fali 
B. 27 por sire B. 29 coniure l'ot B. 30 va 
BM. 33 sali B. 40 quant B. 



155 



XIP SIECLE. 



156 



qu'il font a une reposée. 
lor baisiers est de grant douçor, 
forment les asaveure amor. 
quant se laisent, nul mot ne dïent, 
ains s'entresgardent, si sosrïent, 
Claris voit le contenement, 
lor joie et lor acointement; 
en rïant dist a Blanceflor 
'compaigne, connissiés la flor. 
orains estiés vous deshaitie; 
mais or vous voi joiant e lie. 
grant vertu a icele flors 
qui si tost taut si grans dolors. 
orains ne le voliés vëoir; 
or n'avés nul si cier avoir, 
moult esteroit vostre anémie 
qui vous en feroit départie.' 
'kieles', fait Blanceflor, 'Claris, 
ja est çou Floires mes amis.' 
puis se tome vers son ami. 
'par li vous ai, soie merci.' 
Claris andui forment mercïent 
et en plorant merci li crient, 
que par li descovert ne soient, 
car mort u deflfait en seroient. 
Claris fu moult de franche part, 
dist lor 'n'en aies ja resgart; 
bien en poés estre assëur. 
la rien que plus aim vous en jur: 
garderai vous en boine foi, 
si comme jou feroie a moi, 
se ensement m'ere avenu.' 
quant Floires l'ot, joians en fu. 
et Blanceflor adont l'eumaine 
en la soie cambre demaine. 
en un arvol d'une cortine 
de soie, u gisoit la mescine, 
se sont assis priveement. 
après dist cascuns son talent: 
Floires a premiers commencié. 
'amie', fait il, 'moult sui lié. 
moult ai bien ma paine akievee 
quant jou ensi vous ai trovee. 
por vos ai esté de mort près 
et de travail soffert grant fes. 

3 asceure B. 4 se baisent B. U joians BM. 
12 quant B. 22 andui] de diu B. 2«. 27 man- 
quent dans B. 32 seulement iert consentu B. 



onques puis que perdu vos oi, 

joie ne repos aine puis n'oi. 

quant je vous ai a mon talent, 

il m'est avis, nul mal ne sent,' 
5 ele respont 'estes vous Floire 

qui fu envoies a Montoire, 

a oui me toli par envie 

li rois ses père o trecerie? 

biaus douç amis, je vous faç sage 
10 que je vous aim de boin corage. 

aine puis n'oi joie ne déduit, 

saciés, ne par jor ne par nuit. 

comment venistes vous çaieus? 

çou cuit que soit encantemens. 
15 biaus amis Floires, je vous voi 

et neporquant si vous mescroi. 

mais, amis, qui que vous soies, 

forment vous aim: ça vous traies.' 

et il si fist con plus tost pot. 
20 la damoisele bien le got. 

après a l'uu l'autre conté 

com fetement il ont erré 

des icé jour qu'il départirent 

dusqu'a celui qu'il s'entrevirent. 
25 Adont a joie ensemble furent: 

ensemble mangierent et burent 

et orent joie a lor talent: 

si se déduisent lieement. 

Claris les garde en boine foi 
30 et si les sert moult bien amoi; 

et de lor mangier et del sien 

les sert Claris: moult lor est bien. 

se celé vie lor durast, 

jamais cangier ne le rovast; 
35 Floires li biaus et Blanceflor 

ensi menaissent lor amor: 

mais ne porent, car lor amors 

torna Fortune par ses mors. 

de lor amor et de lor vie 
40 demoustra bien qu'ele ot envie. 

por çou que d'aus voloit juër, 

sor aus fait sa roe torner. 

or les avoit assis desus 

juër sans mal: ses abat jus. 
45 çou est ses jus, c'est sa nature; 

19 s'i B. 21 — 24 manquent B. du MériL ne les 
a pas non plus admis. 26 ensamble AT, ensanle 
B. 28 liement B. 



Il 



157 



CRESTIEN, CHANSON. 



158 



en çou met s'entente et sa cure, 
bien le connoissent cil del mont, 
car tout le sentent qui i sont, 
por çou que ne puet estre estable 
et Fortune torne sans fable, 
as uns taut et as autres done: 
sept fois mue entre prime et none. 
el ue garde pas a proëce 
ne a biauté ne a rikece. 
ce set on bien: au fol prové 
done roiame u grant conté, 



et les veskiés done as truans 
et les boins clers fait pain querans. 
qui en lui cuide estableté, 
je le tieng bien por fol prové. 
qui en son doner point se fie, 
ne connoist pas sa druërie. 
or fait plorer et or fait rire, 
or done joie et or done ire. 
cens fist primes joieus et liés, 
puis angoisseus et coreciés. 



ceestM de troies. 

CHANSON. 

Altfranzôsische Lieder herichtigt und erldutert von £duard Mâtzner, Berlin 1853, /). 63 — 65. 

Ains del beveraje ne bui 



D'amor ki m'a tolu a moi 
n'a soi ne me veut retenir, 
me plain ge si q'ades otroi 
que de moi face son plaisir; 15 

et se ne me repuis tenir 
que je ne cant, et di por koi, 
quant cieus qui le traïsent voi 
sovent a grant joie venir, 
et g'i fail par ma bone foi. 20 

S'amor por essauchier sa loi 
veult ses anemis convertir, 
de sens li muet, si com je croi, 
k'as siens ne puet ele falir. 
et je, qui ne m'en puis partir 25 

de celi vers cui me soploi, 
mon cuer, ki siens est, li envoi; 
mais de noient le cuit servir 
qant ce li rent que je li doi. 

Dame, de ce que vostre hom sui 30 

dites moi se gré m'en savez? 
nennil, se j'onques vos conui, 
ains vos poise qant vos m'avez, 
et puis que vos ne me volez, 
dont sui je vostres par anui; 35 

mais se ja devez de nului 
merci avoir, dont me sosfrez, 
que je ne puis servir autrui. 

2 tout li mont B. 9 a. doner largement rikece 
B. 12 D'amour etc. 17 jou, toujours. 20 boine. 
29 cou. renc. 31 saves etc. 32 counui. 



dont Tristans fu enpoisonez, 
car plus me fait amer que lui 
fins cuers et bone volentez. 
bien en doit estre mieus li grez, 
c'ains de rien esforciez n'en fui 
fors tant que les miens iex en crui, 
par cui sui en la voie entrez, 
dont ja n'istrai n'ains n'en recrui. 

Cuers, se ma dame ne m'a chier, 
ja por ce ne t'en partiras; 
toz jors soies en son dangier 
puis k'enpris et comencié l'as, 
ja mon los plenté n'ameras, 
ne por chier tans ne t'esmaiier 
biens amenuist par delaiier: 
car qant plus desirré l'avras, 
plus t'en ert dous a l'asaiier. 

Merci cuidasse au mien cuidier, 
s'ele fust en tôt le coupas 
del monde, la ou je le qier, 
mais je cuit qu'ele n'i est pas; 
car ains ne fui faintis ne las 
de ma douce dame proiier. 
proi et reproi sans recovrier 
si com cil qui ne set a gas 
amors servir ne losengier. 

7 plorer] juer B. 13 enpuisunez. 15 boine, 
17 riens. 20 recrui Ms. 184] issi M. 23 toujours. 
26 cier. 32 la u. 35 proier. 



159 



XII« SIECLE. 



160 



GUILLAUME D'ENGLETERRE. 

Chroniques Ang/o- Normandes, puhl. par Francisque Michel, Rouen 1836 — 40, 3e vol., p. 67 — 80. 
Comparé avec le manuscrit, fonds franc. 375, ancien 6987, fol. 242, par M. Schirmer. L'attribution 
de ce poème à Chrétien n'est pas sûre du tout. Ou trouve un récit analogue dans le poème moyen-haut- 
allemand ^Die gule Frau (Zeitschrift fur deutsches Alterthum 2, 385—481), v. 1781 — 1864. Le roi 
Guillaume d' Angleterre, sur l'ordre de dieu, abandonne, ainsi que sa femme, son palais. Elle met au 
monde, dans la forêt, deux jumeaux; elle est ensuite enlevée par des marchands. 



Quant il orent tôt atorné, 
a la roche sont retorné; 
si ont la litière aportee 
sor coi la dame en ont portée 
si cora lor plot et abeli 5 

maugré le roi et maugré li. 
molt en fu li rois angoisseus; 
mais entr'ax toz estoit si seus 
qu'il ne pooit a aus combatre: 
et neporquant ferir et batre, lo 

débouter et estoutiier 
se fist assez au convoiier, 
tant k'a un d'aus pitez en prist, 
qui preudom estoit, se li dist 
'biax dous amis, créez consoil: 15 

cinc besanz de fin or vermoil 
vos donraî, se vos remanez, 
après nos por nient venez, 
prendez, amis, par ma priiere 
et les besans et l'aumosniere, 20 

car mestier vos porra avoir.' 
'sire, n'ai soing de vostre avoir, 
je n'ai cure de vo presaut: 
vostre soient vostre besant, 
car je nés prendroie a nul fuer.' 25 

'vassal, trop estes de grant cuer 
ou trop soz ou trop desdaigneus, 
quant d'avoir estes besoigneus 
ne ne daigniez cinc besanz prendre, 
ancui sera vostre ire mendre, 30 

et je lairai ci, si venrez: 
quant vqs plaira, si les prendez.' 
l'aumosniere a toz les besanz 
a jeté jus li marchëanz 
au plus tost qu'il pot vers la roche, 35 

si k'a un rain del bos acroche 



1 tout Ms. 7 roce. 8 tos. 13 pites, et ainsi 
toujours B pour z. 15 consel : vermel. 18 car après. 
23_ pesant. 25 jou toujours. 27 u— u. 28 be- 
soignex. 35 roce (: acroce). 



l'aumosniere remest pendant, 
et cil ne vont plus atendant, 
en lor nés ont la dame mise. 
li rois, cui deus et ire atise, 
remest dehors toz coreciez. 
en la nef fu li mas dreciez, 
et li maronier amont traient 
le voile que plus n'i délaient. 

Cil s'en vont, et li rois remaint 
qui molt se démente et complaint. 
molt se complaint, molt se démente, 
riens nule ne li atalente; 
mais a la roche s'en repaire 
et pense que il porra faire; 
que s'il remaint en Engleterre, 
tôt li baron le feront querre: 
tant ert quis qu'il sera trovez. 
lors s'est des deus batiax pensez 
et dist que en l'un des batiax 
metra lui e ses deus jumiax; 
s'iront flotant par haute mer 
la ou dex les vaura mener, 
atot l'un des enfanz s'en va, 
l'autre sor la roche laissa, 
a la mer vient, si a trové 
un batel trestot apresté. 
l'enfant i met et puis va tost 
l'autre trere ains qu'il se repost; 
jusqu'à la roche ne s'areste, 
mais trové i a une beste 
grant comme lous, et lous estoit. 
a celé beste tenir voit 
l'enfant en sa gole engolé. 
es vos le roi molt adolé. 

Quant au lou vit l'enfant tenir, 
ne set que il puist devenir: 
si grant doel a, ne set qu'il face. 



6 nef] mer. 18 de 11. 20 11. 22 u diex. 
23 tout. 25 a le. 26 trestout. 28 frère. 
31 leus et lous. 33 engoule. 35 leu etc. 



161 



CRESTIEN, GUILLAUME D'ENGLETERRE. 



162 



li lous s'enfuit, et il le cace 

au plus isnelement qu'il puet. 

mais por nïent après se muet, 

que il ne le porra ataindre. 

mais por ce ne se viaut reiraindre, 5 

ains s'esforce tant qu'il recroit 

et de son lou mie ne voit, 

ains se recroit en tel manière 

que il ne puet avant n'arriére: 

si l'estuet dalez un rochier lo 

par force asseïr et cochier. 

la s'endormi, la se cocha: 

et li lous qui en sa boche a 

l'enfant ne quaisse ne ne blece, 

fuiant vers un chemin s'adrece 15 

par ou marchëant trespassoient. 

tôt maintenant que il le voient 

si l'escrïeut et si le huent 

et basions et pierres li ruent, 

tant que li lous en mi la voie 20 

lor a deguerpie la proie: 

la proie laisse, si s'en fuit. 

li marchëant s'eslaissent tuit, 

tant coururent qu'ai enfant vinrent. 

tôt maintenant que il le tinrent 25 

le desvolepent et deslïent. 

de ce font il grant joie et rient 

que tôt sain et rïant le voient. 

miracle i entendent et croient, 

et li uns d'aus dist en apert 30 

a toz les autres que siens ert, 

que cascuns s'en aiueroit 

se toz li enfes siens estoit. 

'nos le vos otrïons', font il. 

'signor, et j'en ferai mon fil.' 35 

a tant li marchëanz l'a pris. 

el batel ou li rois a mis 

l'autre enfant sont venu tôt droit. 

li premiers qui le troeve et voit 

a toz les autres quiert et prie 40 

que nus n'i demande partie, 

que molt boen gré lor en savra; 

et dist que ausi chier l'avra, 

s'il vit et il viaut estre preuz 

com ses cosins et ses neveuz. 45 

5 cou, toujours, vaut, u couchier. 12 coucha. 
15 cemin e^c. \6 u, toujours, ntoute^c. 25 le virent. 
42 boin. sara (: ara). 45 cô Ms, con M. cousins. 
Bartsch , Chrestomathie. VI. Éd. 



tuit li dïent 'vostres soit dons: 
dont est bien enploiiez li dons, 
trestoz vostres cuites sera: 
ja nus tort ne vos en fera.' 
or ont li dui enfant boens pères; 
mais il nés tienent mie a frères 
et si dïent que il resamble 
qu'il fuissent né andui ensamble. 
li marchëant tantost s'en tornent, 
au mains qu'il pueent i sejornent: 
assez tost furent apresté, 
n'ont gaires au port sejorné. 

Mais d'aus vos lais ci la parole, 
del roi, cui deus et ire afole 
tant qu'il ne se set conseillier, 
oiez qu'il fist au resveillier. 
au resveillier molt s'esbahi: 
'ha dex', fait il, 'que m'ont trahi 
li marchëant de pute orine 
qui m'ont tolue la roïnel 
lous, molt me ras desconforté 
qui mon enfant en as porté, 
ha lous, que mar fuisses tu nez! 
molt es ore bien desjunez 
de mon enfant que mangié as: 
molt en es or plus forz et cras. . 
ha lous, pute beste haïe, 
molt as or fait riche envaïe 
d'un innocent que tu as mort! 
a l'autre m'en rirai au port; 
car quel anui que j'aie eu, 
vis m'ert que donc m'ert bien këu, 
se dex recovrer le me laisse.' 
quanqu'il puet vers le mer s'eslaisse, 
ou trover cuide son enfant, 
a po que li cuers ne li faut 
quant de l'enfant mie ne troeve. 
lors est tote sa dolors noeve, 
lors li enforce et croist et double, 
li cuers li faut, li sans li trouble: 
mais onques por sa meskëance 
ne kiet en maie desperance; 
ains aore deu et grassie 
et totes ores l'en mercie 
de quauques il li mesavient, 

1 tout. dont. 2 enploies. 5 doi. boins. 8 an- 
doi. 15 consillier: resvillier. 18 diex. trai. 33 
diex. 36 poi. 44 toutes eures. merchie. 45 le. 

Il 



163 



XII« SIECLE. 



164 



tant k'en la fin li resovient 

de l'aumosniere au marchëant, 

et dist, or li vient a talant 

qu'il l'aille prendre et qu'il le gart. 

maintenant se met celé part: 

et quant il au prendre entendoit 

si que la main ja i tendoit, 

une aigle vint par grant merveille 

qui l'aumosniere vit vermeille. 

si l'a a li des mains ostee 

et si li dona tel hurtee 

des deus eles par mi la face 

qu'il caï as denz en la place. 

et quant il se fu redreciez, 

'dex est', dist il, *a moi courciez, 

bien l'aperçui et bien le sai. 

grant lasqueté de cuer pensai 

que l'onor et la signorie 

d'un roiame ai por deu laissîe. 

or m'avoit si péchiez souspris 

que avulé m'avoit et pris 

covoitise d'un peu d'avoir, 

mort et traï me dut avoir. 

ha covoitise desloiaus, 

tu es racine de toz maus, 

tu es la doiz et la fontaine. 

molt est covoitise vilaine, 

car cui ele prent et assaut, 

et il plus a et plus li faut 

en tel torment est coveiteus 

k'en abondance est 80ufi"reiteus, 

tôt ausi comme Tantalus 

qui en iufer soeffre mal us: 

molt i use mal et endure, 

car la pome douce et meure 

li peut si près c'au nés li toche 

et s'a l'eve dusqn'a la boche: 

s'estaint de soif et de fain muert, 

si se débat et se detuert 

et s'estent por la pome prendre, 

n'onques tant ne se pot deffendre 

que la pome autant ne li fuie 

por ce que plus li face anuie. 

en tel torment, en tel justise 

9 vermelle. 12 ii. 16 apercoi. 19 dieu. 20 
pekies. 30 covoiteus. 31 souffraitex. 32 tamalus. 
33 malus M. 35. 40. 42 punie. 36. 37 touce : bouce. 
37 et sa lèvre: correction de M. Fôrster. 44 
justice. 



sont li pluisor par covoitise 

qui ont a muis et a sestiers 

plus que ne lor seroit mestiers. 

trop a qui rien honor ne sert; 
5 ja tant n'avra que noienz ert. 

n'a pas l'avoir qui l'enprisone, 

mais cil qui le despent et donc; 

cil l'a et si le doit avoir, 

amis et honor et avoir.' 
10 Et se li rois reprent et blasme 

covoitise, et sovent se pasme: 

por sa feme et por ses enfanz 

tant est iriez, tant est dolanz 

qu'il ne puet en nul leu ester 
15 ne set ou se puisse arester, 

car ses deus le va démenant 

l'une ore arrière, l'autre avant, 

et quanqu'il set trestot li grieve. 

or s'est assis, or se relieve, 
20 or entre el bois, or s'en revient. 

ensi tote jor se contient, 

ne la nuit pas ne se repose, 

que n'a place ou repos li pose. 

de nule part ne puet vëoir: 
25 or veut aler, or veut seoir, 

or veut aler, or veut venir, 

ne se set en coi contenir. 

mais tant par aventure ala, 

que sus, que jus, que cha, que la, 
30 qu'il retrova un grant moncel 

de marchëans en un praël 

qui mangoient sor blanches napes. 

tables orent fait de lor capes 

et de lor sas et de lor maies. 
35 li rois de doel et de fain pales 

vint la ou les vit amassez; 

mais molt li venist mix assez 

que sor chiens se fust enbatuz. 

très bien i dut estre batuz: 
40 neporquant les a saluez. 

cil escrïent 'tuez, tuez 

ce vif diable, ce larron! 

ja n'i ait espargnié baston 

qu'il n'en soit batuz et roissiez, 
4ô et braz et gambes li froissiez 

4 rien n'onour ne set. 5 nara. 9 honour. 10 
Ensi ? 14 leu] lui Ms, liu M. n eure. 20 bos. 
32 blankes. 38 kiens. 44 roiscies. 



165 



CRESTIEN, LI CHEVALIERS AU LYON. 



16G 



et de vos ne se puist estordre. 
cis est, je cuit, maistres de l'ordre 
des omecides, des murdriers: 
abes en est ou ceueliers. 
c'est cil qui toz les autres guie, 
nostre or et nostre argent espie: 
s'a nos se pooit assambler, 
tost le nos cuideroit embler. 
or tost a lui!' et garçon saillent. 
H rois n'a talent qu'il le baillent, 
ains s'en fuit, ne viaut arester, 
quanque pié le porent porter; 
ne puis vers aus ne retorna 
dusqu'al maiin qu'il ajorna. 
Au matin quant fu ajorné 
et il furent tôt atome, 
qu'il n'i ot mais quel del movoir, 
li rois por amor deu le voir 
lor chiet as piez et si lor prie 
qu'il le metent en lor navie. 
tant lor prie que il l'otroient: 
por l'amor deu en cui il croient 
l'ont dedenz lor nef recëu. 
maintenant sont del port naëu. 
sont tant par haute mer aie 
que port ont pris a sauveté, 
si sont en Galinde venu, 
la a por serjant retenu 
le roi uns borgois assasez 
qui n'estoit pas juëre as dez. 
li borgois viaut son non savoir: 
il dist qu'il en dira le voir, 
mais il li dist commencement 
de son non, molt covertement 



20 



25 



30 



li dist et a la fin li roigne: 
'sire', fait il, 'il m'est besoigne 
que voir vos die, et si vos di: 
on m'apele en ma terre Gui.' 
'or me di, Gui, que ses tu faire? 
savras tu l'eve del pur, traire 
et mes anguilles escorchier? 
savras tu mes chevax torcbier? 
savras tu mes oisiax larder? 
savras tu ma maison garder? 
se tu la ses bien faire nete 
et tu ses mener ma carete, 
dont deserviras tu molt bien 
ce que je te donrai del mien.' 
'sire', fait Guis, 'je ne refus 
tôt ce a faire et encor plus; 
ja de faire vostre servise 
ne troverez en moi faintise.' 
en leu de garçon sert li rois 
molt volentiers chiez le borgois, 
ne ja par lui n'iert refusée 
cose qui li soit commandée, 
tôt fait sans ire et sans rancune 
ne refuse cose nesune, 
ja n'ert si vix ne si despite. 
se nus le laidenge n'afite, 
ja por afit ne por laidenges 
n'ert de lui servir plus estranges 
ains s'encline et si le descauce. 
qui s'umelie si s'essauce, 
ci dist on et s'est veritez. 
molt essauce home humelitez 
et molt l'oneure et molt l'alieve. 



ROMANS DOU CHEVALIER AU LYON. 

TA romans dou chevalier au lyon von Crestien von Traies herausgegeben von Wilh. Ludw. HoUand, zweite 
Auflage, Hannover 1880, v. 1591 — 2048. Comparé avec le ms. franc. 1450, fol. 212 (C). Der Lôwen- 
ritter von Christian von Troyes, herausgegeben von Wendelin Forster, Halle 1887. Yvain, chevalier 
de la cour d'Artus, a tué, près de la fontaine magique, t époux d'une dame dont il parvient ensuite, 
aidé par une adroite suivante, à gagner le coeur et la main. Cf. Hartmann, Iwein 1788 — 2402. 



La damoisele estoit si bien 
de sa dame que nule rien 
a dire ne li redotast, 

2 cuic. 4 abez. s nous. 9 salent, il vaut. 18 
dieu. 20 mecent ou metent Ms, mecent M. 22 dieu. 
31 vaut oir son savoir Ms. et M. 35 dameisele. 



35 a que que la chose montast; 

qu'ele estoit sa mestre et sa garde, 
et por coi fust ele coarde 

1 a le. 3 die iai non di: corrigé par M. Forster. 
6 saras etc. 10 me etc. 14 cou que jou. 17 
servisce. 19 liu. 35 tornast C. 

11* 



167 



XII' SIECLE. 



168 



de sa dame reconforter 

et de s'enor amonester? 

la première foiz a conseil 

li dist 'dame, molt me mervoil 

que folement vos voi ovrer. 

dame, cuidiez vos recovrer 

vostre seignor por vostre duel?' 

'nenir, fet ele, 'mes mou vuel 

seroie je morte d'anui.' 

'por coi?' 'por aler après lui.' 

'après lui? dex vos an desfande, 

qui ausi boen seignor vos rande, 

si com il an est posteïs.' 

'einz tel mançonge ne deïs; 

qu'il ne me porroit si boen randre.' 

'meillor, se le voliiez prandre, 

vos randra il, sel proverai.' 

'fui, tels! ja tel ne troverai.' 

'si feroiz, dame, s'il vos siet. 

mes or dites, si ne vos griet, 

vostre terre qui desfandra, 

quant li rois Artus i vendra, 

qui doit venir l'autre semainne 

au perron et a la fontainne? 

ja en avez eu message 

de la damoisele sauvage 

qui letres vos en anvëa. 

ahi, con bien les anplëa! 

vos dëussiez or conseil prendre 

de vostre fontainne desfandre, 

et vos ne finez de plorer! 

n'i eussiez que demorer, 

s'il vos plëust, ma dame chiere; 

que certes une chanberiere 

ne valent tuit, bien le savez, 

li chevalier que vos avez. 

ja par celui qui mialz se prise 

nen iert escuz ne lance prise. 

de gent malveise avez vos moût; 

mes ja n'i avra si estout 



2 de samor C. 6 Quidies vos noiant con- 
quester C. 7 a faire duel C. 9 B seroie 
morte avecques lui. je manque B. encor hui 
C, d'enui A. 12 qui] et C. 13 poesteis 

C: il an est posteis A. 16 aussi bon sel 

voUes C. 18 lui te la voir nel C. 20 si] et 
C. 25 si aves C. 26 dameisele. 27 qui les 
1. vos envoiu C. 31 ne faites que C. 32 vos 
neussies C. 



qui a cheval monter en ost; 

et li rois vient a si grant ost 

qu'il seisira tôt sans desfanse.' 

la dame set molt bien et panse 
5 que celé la conseille an foi; 

mes une folie a en soi 

que les autres famés i ont: 

trestotes a bien près le font 

que de lor folie s'ancusent 
to et ce qu'eles voelent refusent. 

'fui', fet ele, 'lesse m'en pes! 

se je t'an oi parler ja mes 

ja mar feras mes que t'au fuies ! 

tant paroles que trop m'enuies.' 
15 'a boen ëur, fet ele, 'dame! 

bien i pert que vos estes famé, 

qui se corroce quant ele ot 

nelui qui bien feire li lot.' 
Lors s'an parti, si la leissa; 
20 et la dame se repansa 

qu'ele avoit moût grant tort eu; 

moût volsist bien avoir sëu 

cornant ele poïst prover 

qu'an porroit chevalier trover 
25 meillor c'onques ne fu ses sire; 

moût volontiers li orroit dire, 

mes ele li a desfandu. 

an cest voloir a entendu 

jusqu'à tant que ele revint. 
30 mes onques desfanse n'i tint, 

einz li redit tôt maintenant 

'ha dame, est ce ore avenant 

que si de duel vos ocïez? 

por deu, car vos en chastïez, 
35 sil lessiez seviaus non de honte! 

a si haute dame ne monte 

que duel si longuement mainteigne. 

de vostre enor vos resoveigne 

et de vostre grant gentillesce! 
40 cuidiez vos que tote proësce 

1 a] en C. 3. 4 La damoisele très bien panse 
que est trestote sans desfause C. 5 et quele 
laconselle a foi C. 7 dames C. 8 et a bien 
près totes C. 9 sescusent C. 13 io te lo 
bien que tu C. 16 il pert bien C. 23 poroit C. 
24 qu'an] con C. 25 fust C. 28 cest panse a an- 
tandu C. 29 dusqa-cele C. 30 ni C. 31 qel ne 
li die m. C 32 ha manque C, est ore bien a C. 
35 si le lessesiez viax de h. A. 36 a si faite d. 
namonte C. 37 que dolor si longe demaigne C. 



169 



CRESTIEN, LI CHEVALIERS AU LYON. 



170 



soit morte avoec vostre seignor? 

Cent ausi boen et ceut meillor 

an sont remés parmi le monde.' 

'se tu ne manz, dex me confonde! 

et neporquant, un seul m'an nome 

qui ait tesmoing de si preudome 

com mes sire ot tôt son ahé.' 

'ja vos m'an savrïez mal gré, 

si vos recorrocerïez 

et m'an remenacerïez.' 

'nel ferai, je t'en assëur.* 

'or soit a vostre boen ëur, 

qui vos en est a avenir, 

se il vos venoit a pleisir; 

et ce doint dex que il vos pleise! 

ne voi rien por coi je m'an teise, 

que nus ne nos ot ne escoute. 

vos me tanroiz ja por estoute, 

mes bien puis dire, ce me sanble, 

quant dui chevalier sont ansamble 

venu as armes en bataille, 

li quex cuidiez vos qui mialz vaille, 

quant li uns a l'autre conquis? 

androit de moi doing je le pris 

au veinquëor; et vos que faites?' 

'il m'est avis que tu m'agueites, 

si me viaz a parole prandre.' 

'par foi, vos poëz bien entandre 

que je m'an vois parmi le voir, 

et si vos pruef par estovoir, 

que mialz valut cil qui conquist 

vostre seignor que il ne fist; 

il le conquist et sel chaça 

par bardement an jusque ça 

et si l'enclost an sa maison.' 

'or oi', fet ele, 'desreison 

la plus grant c'onques mest fust dite. 

fui, plainne de mal esperite, 

ne mes devant moi ne reveignes 

2 .c. autre bon et .c. millor C. 3 sont vif r. 
par le C. 4 me] te C. 5 et non C. 6 dausi C. 
8 sauriez H. ia men s. vos. C. 9 re-] en C. 10 et 
maigre men saveries C. 12 or] ce C 15 et dex 
doient ce C. 16 coi] qui C. 18 men tenres 
io quit por clote C. 19 mais io dirai bien ce 
C. 22 le quel C. qui. 26 me gaites C. 28 
aprendre C. 29 que men v. oltre par C 31 valt 
icil C. 34 desi a ca C. 35 Si quil C. 36 or ai 
je oi d. A. 37 mes manque C. 38 C ajoute ne 
dire iamais tel oisose fui garce foie et anoiose. 
39 ne iamais — veignes C. 



por coi de lui parole teignes.' 

'certes, dame, bien le savoie 

que ja de vos gré n'en avroie, 

et jel vos dis moût bien avant; 
5 mes vos m'ëustes an covant 

que ja ire n'en avrïez 

ne mal gré ne m'an savrïez. 

mal m'avez mon covant tenu; 

si m'est or ensi avenu 
10 que dit m'avez vostre pleisir; 

si ai perdu un boen teisir.' 
Atant vers sa chanbre retorne 

la ou mes sire Yvains sejorne 

qu'ele gardoit a moût grant eise; 
15 mes ne voit chose qui li pleise, 

qant la dame vëoir ne puet ; 

et del plet que celé li muet 

ne se garde ne n'an set mot. 

mes la dame tote nuit ot 
20 a li meïsmes grant tançon, 

qu'ele estoit an grant cusançon 

de sa fonteinne garantir; 

si se comance a repantir 

de celi qu'ele avoit blasmee 
25 et leidie et mesaesmee; 

qu'ele est tote sëure et certe 

que por loiier ne por desserte 

ne por amor que a lui ait 

ne l'en mist ele onques en plait. 
30 'et plus aime ele moi que lui, 

ne ma honte ne mon enui 

ne me loëroit ele mie: 

car trop est ma lëax amie.' 

ez vos ja la dame chaugiee: 
35 de celi qu'ele ot leidangiee, 

ne cuide ja mes a nul luer 

amer la deust de bon cuer; 

et celui qu'ele ot refusé 

a molt lëaumant escusé 
40 par reison et par droit de plet, 

1 p. que C- 2 certes] parfin C. 4 io le C, 
moût manque C. 5 an c] convenant C. 6. 7 in- 
tervertis C. 6 ne ia C. l Mal - saveries C. 10 et A, 
que C. 12 en la C. 16 qui le gardoit C. 15 ni 
ot AB, ne dit C. 16 trover nel C. 17 mais del C. 
18 ne ne C. 21 a C. .23 dont se C. 27 loier. 
28 qu qu' a celui .1. 29 ne le C. 30 li A, moi C. 
31 mamon C. 32 ne li A. 33 sa A. 34 la d. ia C. 
35 ot] a C. 37 quamer — de bon C. 39 a — refuse C. 
40 par droit et par raison C. 



171 



XIP SIECLE. 



172 



qu'il ne H avoit rien forfet: 

si se desresne tôt ensi 

com s'il fust venuz devant li, 

si se comance a pleidoiier: 

'viax tu donc', fet ele, 'noiier 

que par toi ne soit morz mes sire?' 

'ce', fet il, 'ne puis je desdire, 

einz l'otroi bien.' 'di donc, por coi 

feïs le tu? por mal de moi, 

por haïne ne por desdit?' 

'ja n'aie je de mort respit, 

s'onques por mal de vos le fis.' 

'donc n'as tu rien vers moi mespris, 

ne vers lui n'eus tu nul tort; 

car, s'il poïst, il t'ëust mort; 

por ce mien escïant cuit gié 

que j'ai bien et a droit jugié.' 

ensi par li meïsmes prueve 

que droit, san et reison i trueve, 

qu'an lui haïr n'a ele droit; 

si an dit ce qu'ele voldroit, 

et par li meïsmes s'alume 

ausi con la buscbe qui fume 

tant que la flame s'i est mise, 

que nus ne la soufle n'atise. 

et s'or venoit la damoisele, 

ja desresneroit la querele 

don ele l'a tant pleidoiiee: 

s'an a esté moût leidoiiee. 

et celé revint par matin, 

si recomança son latin 

la ou ele l'avoit leissié. 

et celé tint le chief bessié, 

qui a mesfete se savoit 

de ce que leidie l'avoit; 

mes or li voldra amander 

et del chevalier demander 

le non et l'estre et le linage; 

si s'umelie come sage 

et dit 'merci crïer vos vuel 

1 quil navoit rien vers lui C. 4. 5 pleidoier: 
noier C. 5 va f. e. ue pues n. C. t fust C. 12 se 
io por C. 14 ne envers lui nas C. M laie bien 
a C. 19 et droit sens C. 20 qel na en 1. h. nul 
droit C. 21 que il voloit C. 22 lui C. 23 com 
la busce C. 25 nel s. ne a. C. 26 daraeisele. 
28 dont C. pleidoiee : leidoiee. 29 si na e. mit C 
30 ele C. 31 reconmence C. 35 laidit li C. 
37 Del ch. et C. 38 non et l'estre H. et tôt le C. 
10 si dit C. 



del grant oltrage et de l'orguel 
que je vos ai dit come foie, 
si remanrai a vostre escole; 
mes dites moi se vos savez, 
5 li chevaliers don vos m'avez 
tenue an plet si longuement, 
quiex hom est il et de quel gent? 
se il est tex qu'a moi ateigne 
(mes que de par lui ne remaigne,) 

10 je le ferai, ce vos otroi, 

seignor de ma terre et de moi. 
mes il le covanra si fere 
qu'an ne puisse de moi retrere 
ne dire: 'c'est celé qui prist 

15 celui qui son seignor ocist.' 
'e non deu, dame, ensi iert il: 
seignor avroiz le plus gentil 
et le plus franc et le plus bel 
qui onques fust del ling Abel.' 

20 'cornant a non?' 'mes sire Yvains.' 
'par foi, cist n'est mie vilains, 
einz est molt frans, je le sai bien, 
et s'est filz au roi Uriien.' 
'par foi, dame, vos dites voir.' 

25 'et quant le porrons nos avoir?' 

'jusqu'à quint jor,' 'trop tarderoit, 
que mon veul ja venuz seroit. 
veigne enuit ou demain seviax!' 
'dame, ne cuit que nus oisiax 

30 poïst en un jor tant voler; 
mes je i ferai ja aler 
un mien garçon qui mont tost cort, 
qui ira bien jusqu'à la cort 
le roi Artu au mien espoir 

35 au mains jusqu'à demain au soir, 
que jusque la n'iert il trovez.' 
'cist termes est trop Ions assez; 
li jor sont loue. Mes dites li 
que demain au soir resoit ci 

40 et voist plus tost que il ne sialt; 



1 grant forfait C. 3 or revenrai a ma parole C. 
5 del A. t> an] em C. 1 il est C. 10 ce] io 
C. 14 Que io soie c. C. 16 si C. 18 gent A, 
franc C. 23 Urien. 26 trosqa VIII iors trop 
i dorroit C. 21 car la mon vuel C. 29 pas c'uns A, 
que nus C. 30 en un jor tant C. 35 a] al C. 
moins. 36 iusqa la C. 39 C ajoute que nus 
tssoignes nel retegne. q maintenant ci ne reviegne 
C. 40 aut — selt C. 



173 



CRESTIEX, LI CHEVALIERS AU LYON. 



17i 



car se bien efforcier se vialt, 

fera de deus j ornées une, 

et anqueuuit luira la lune, 

si reface de la nuit jor; 

et je li donrai au retor 

quanqu'il voldra que je li doingne.' 

'sor moi leissiez ceste besoingne, 

que vos l'avroiz a tôt le mains 

jusqu'à tierz jor antre voz mains. 

et endementres manderoiz 

vos genz et si demanderoiz 

consoU del roi qui doit venir. 

por la costume maintenir 

de vostre fontainne desfandre 

voz covendroit boen consoil prandre; 

et il n'i avra ja si haut 

qui s'ost vanter que il i aut. 

lors porroiz dire tôt a droit 

que marier vos covendroit. 

uns chevaliers molt alosez 

vos requiert, mes vos ne l'osez 

prandre, s'il nel vos loënt tuit. 

et ce prant je bien an conduit: 

tant les quenuis je a malvés 

que por chargier autrui le fés, 

don il seroient trop chargié, 

vos en vanront trestuit au pié 

et si vos an mercïeront, 

que fors de grant painne seront- 

car qui pëor a de son onbre, 

s'il puet, volentiers se desconbre 

d'encontre de lance et de dart; 

car c'est malvés geus a coart.' 

et la dame respont 'par foi, 

ensi le vuel, ensi l'otroi, 

et je l'avoie ja pansé 

si com vos l'avez devisé: 

et tôt ensi le ferons nos. 

mes ci por coi demorez vos? 

1 car bien s'efforcera sil vialt C. car] que B. 
velt BC. 2 fera de d. j. C. 4 refera C. 6 ce 
quil C. 10 et endementiers manderoiz B. 11 vo 
gent C. 15 boen] il C. i6 mais vos ne verres 
ja C. 17 qui ost dire C. 21 et si ne C. 22 ne 
le loent C. 23 et ce praing io bien en C. pra- 
nent H. 25 cargier altrui C. 26 tuit A, trop C. 
28 si] mit' C. 29 car hors d. g. paine en istront 
C. 31 sen C. 32 ou A, et C. 33 que car C. gius 
C, geu A. 34 li dit C. 35 le lo iou et G. 36. 37 
ntervertis C. 37 Com vos le maves C. 39 mes] et C. 



alez, ja plus ne delaiîez! 

si faites tant que vos l'aiiez! 

et je remanderai mes genz.' 

ainsi fina li parlemanz. 
5 Celé fet sanblant qu'anvoit querre 

mon seignor Yvain en sa terre; 

si le fet chascun jor baignier, 

son chief laver et apleignier, 

et avoec ce li aparoille 
10 robe d'escarlate vermoille 

de veir forree atot la croie; 

n'est riens qu'ele ne li acroie, 

qui coveigne a lui acesmer: 

fermail d'or a son col fermer, 
15 ovré a pierres précieuses 

qui font les genz mont gracieuses, 

et ceinturete et aumosniere 

qui fu d'une riche samiere. 

bien l'a del tôt aparoillié 
20 et a sa dame consoillié 

que revenuz est ses messages; 

si a esploitié come sages. 

'comaut?' fet ele, 'quant venra 

mes sire Yveins?' 'cëanz est ja.' 
25 'cëanz est il? viegne donc tost 

celeemant et an repost, 

demantres qu'avoec moi n'est nus! 

gardez que neu i veigne nus, 

que g'i harroie molt le cart.' 
30 la damoisele a tant s'au part, 

s'est venue a son oste arrière; 

mes ne mostra mie a sa chiere 

la joie que ses cuers avoit, 

ainz dist que sa dame savoit 
35 qu'ele lëanz l'avoit gardé, 

et dit 'mes sire Yvain, par dé 

n'a mes mestier nëant celée: 

tant est de vos la chose alee 

que ma dame cëanz vos set, 

1 ja] i C 3 Jo remandrai avoec m. g. C. 

4 fine A. 5 et cela faint quele envoit C. S et 
bien laver C. 9 ce] si C. il Pêne vaire atote 
C. 13 quil C. 16 sic C: qu'il font leanz molt 
g. A. fet B et H. 17 cainture C. 19 apareil- 
lie: conseillie H. de de A. 21 est revenus C. 25 
venez A, 28 quil ni remagne C. n'en H. 29 
g'i] io C. 30 dameisele. 34 dit A. 36 et sil 
en savoit mit' maigre C. 37 nil ni ualt mais 
n. C. 38 tant a li cose avant a. C. 39 mit 
bien le set C. 



175 



XII-- SIECLE. 



176 



qui moût m'en blasme et moût m'en het 

et moût m'en a acoisonee; 

mes tel sëurté m'a donee 

que devant li vos puis conduire 

sanz vos de rien grever ne nuire, 

ne vos grèvera rien, ce croi, 

fors tant (que mantir ne vos doi, 

que je feroie traïson), 

avoir vos vialt en sa prison, 

et si i vialt avoir le cors, 

que nés li cuers n'an soit defors.' 

'certes', fet il, 'ce voel je bien, 

que ce ne me grèvera rien; 

an sa prison voel je moût estre.' 

'si seroiz vos, par la main destre 

don je vos teing: or an venez; 

mes a mon los vos contenez 

si sinplemant devant sa face 

que maie prison ne vos face, 

et si ne vos en esmaiiez! 

ne cuit mie que vos aiiez 

prison qui trop vos soit grevainne.' 

la damoisele ensi l'en mainne; 

si r esmaie et sel rasëure 

et parole par coverture 

[de la prison ou il iert mis, 

que sanz prison n'est nus amis]. 

ele a droit se prison le claimrae, 

que sanz prison n'est nus qui aimme. 

La damoisele par la main 
en mainne mon seignor Yvain 
la ou il iert moût chier tenuz; 
si crient il estre mal venuz, 
et s'il le crient, n'est pas merveille, 
sor une grant coûte vermeille 
troverent la dame sëant. 
meut grant pëor, ce vos créant, 
ot mes sire Yvains a l'entrée 
de la chanbre, ou il a trovee 
la dame qui ne li dist mot; 

1 qui durement me b. et h. C 5 s. r. gr. 
et sans rien nuire C. 6 ce] io C. 8 car C. 
9 qu' A. 10 i] en C. 12 io le v. bien C. 
13 ne la ne C. J7 et a C. 18 humiement C. 
20 si] rien C. 22 trop] mit' C. 23 atant C. 
24 sel manque C. 26. 27 intervertis C. 26 il sest C. 
28 ele a dr. qui pr. C. 29 car bien est en pr. 
qui C. 33 s'i //. quide C. 34 na pas C. 35 de- 
sor C. grant manque C. 37 moût manque C. 
acraant C. 39 ot C. 



et por ce plus grant pëor et, 

si fu de pëor esbaïz, 

qu'il cuida bien estre traïz. 

et s'estut leing celé part la 
5 tant que la pucele parla 

6 dit 'cinc cenz dahez ait s'ame, 

qui mainne an chanbre a bêle dame 

chevalier qui ne s'an aproche 

et qui n'a ne lengue ne boche 
10 ne san, don acointier se sache.' 

maintenant par le braz le sache, 

si li dit *en ça vos traiiez, 

chevaliers, et pëor n'aiiez 

de ma dame qu'el ne vos morde, 
15 mes querez la pes et l'acorde! 

et g'en proierai avoec vos 

que la mort Esclados le ros, 

qui fu ses sires, vos pardeint.' 

mis sire Yvains maintenant joint 
20 ses mains, si s'est a genolz mis 

et dit come verais amis 

'dame, ja voir ne vos querrai 

merci, einz vos mercïerai 

de quanque vos me voldroiz feire, 
25 que riens ne m'en porroit despleire.' 

'non, sire? et se je vos oci?' 

'dame, la vostre grant merci, 

que ja ne m'an orroiz dire el.' 

'einz mes', fet ele, 'n'oï tel, 
30 que si vos metez a devise 

del tôt an tet en ma franchise 

sanz ce que ne vos en esforz.' 

'dame, nule force si forz 

n'est come celé, sanz mantir, 
3j qui me comande a consantir 

vostre voloir del tôt an tôt. 

rien nule a feire ne redot 

que moi vos pleise a comander. 

et se je pooie amander 
40 la mort, don je n'ai rien forsfet, 

je l'amanderoie sanz plet.' 

1 gr. p. en ot A. 4 et] si C. 6 dit a C. 
7. 8 ch'r qui ep cambre a dame entre quant il ne 
C. 10 le C. 11 a cest mot par C. 12 a dit 
ca C. traiez: aiez. 13 ne A, et C. 14 quele 
vos C. 15 li p. et acorde C. 17 le tous C. 
20 si est C. 21 com ses C. 22 ia voir ne crie- 
rerai C. 32 nés vos A. 36 sans nul redout 
38 qui ia vos C. 40 j'ai vers vos mesfet A. 



177 



CRESTIEN, LI CONTES DEL GRAAL. 



178 



'cornant?' fet ele, 'or le me dites, 
si soiiez de l'amande quites, 
se vos de rien me mesfeïstes 
quant vos mon seignor ra'oceïstes.' 
'dame', fet il, 'vostre merci, 
quant vostre sires m'asailli, 
quel tort oi je de moi desfandre? 
qui autrui vialt ocirre ou prandre, 
se cil l'ocit qui se desfant, 
dites se de rien i mespraut.' 
'nenil, qui bien esgarde droit; 
et je cuit, rien ne me vaudroit 
qant fet ocirre vos avroie. 
et ce molt volentiers savroie, 
don celé force puet venir 
qui vos comande a consentir 
tôt mon voloir sanz contredit, 
toz torz e toz mesfez vos quit; 
mes seez vos, si me contez 
cornant vos iestes si dontez.' 
'dame', fet il, 'la force vient 
de mon cuer qui a vos se tient; 
an cest voloir m'a mes cuers mis.' 
'et qui le cuer, biax dolz amis?' 
'dame, mi oel.' 'et les ialz qui?' 
'la granz biautez que an vos vi.' 
'et la biautez qu'i a forfet?' 



'dame, tant, que amer me fet.' 

'amer? et cui?' 'vos, dame chiere.' 

'moi?' 'voire, voir.' 'an quel meniere?' 

'an tel que graindre estre ne puet; 

en tel que de vos ne se muet 

mes cuers n'onques aillors nel truis; 

an tel qu'aillors panser ne puis; 

en tel que toz a vos m'otroi; 

an tel que plus vos aim que moi; 

en tel, s'il vos plest, a délivre, 

que por vos vuel morir ou vivre.' 

'et oseriez vos enprandre 

por moi ma fontainne a desfandre?' 

'oïl voir, dame, vers toz homes.' 

'sachiez donc, bien acordé somes.' 

ensi sont acordé briemant. 

et la dame ot son parlemant 

devant tenu a ses barons 

et dit 'de ci nos en irons 

an celé sale ou mes genz sont 

qui loê et conseillié m'ont 

por le besoing que il i voient, 

que de mari prendre me proient. 

ci meïsmes a vos me doing 

ne ge n'en irai ja plus loing, 

qu'a seignor refuser ne doi 

boen chevalier et fil de roi.' 



LI CONTES DEL GRAAL. 

Ms. de Paris fr. 794 {anc. Cangé 73), fol. 372—374 (A). Compare avec le 7ns. franc. 1450, fol. 166<i (C). 
Cf. Wolfram {éd. Bartsch), Parz. V, 31—725; Wackernagel, altdeutsches Lesebuch (4« édition) 432, 

31—449, 16. 

Et itant dura sa proiere, 
que il vint sor une rivière, 
an la valee d'une angarde. 
l'eve roide et parfonde esgarde, 
si ne s'ose mètre dedanz, 
et dist 'ha, sire dex puissanz, 
se ceste eve passée avoie, 



1 le manque C. 2 soiez. 3 se noiant vers moi 
forfeistes C. 4 mon et m manquent C. 10 se noi- 
ant i C 11 i garde C. 12 que rien ne v. C. 14 
lie porqant y. C. 16 contenir C. 17 A mon C. 
18 tôt ce et tôt mesfait C 23 ce A. cors C. 
24 mes dois C. 28 tant C. ceste C. 29 sor] a C. 
30 a la A. 31 et manque C. agarde C. 32 et 
ne A. sosa C. 33 p^ dist dex sire rois C. 34 se] 
qui A. auroit A. 

Bartsch, Chrestomathie. VI. Éd. 



de la ma mère troveroie 
mien escïant, se ele est vive.' 
30 ensi s'an va selonc la rive, 

tant que a une roche aproiche, 
et li eve a la roche toiche 
que il ne pot aler avant, 
et il vit par l'eve avalant 

6 n' manque C. 9 aim vos C. 11 ou] et C. 
15 d. nos acorderomes C. lu sacorderent br. C. 
20 mes] ces A. 22. 23 intervertis A. 22 besoigne C. 
i manque C. 23 tôt de m. pr. me proient C. 
24. 25 et iel ferai por le besoing ci m. (= 24) C. 
26 que s. C. 28 troueroit A. 29 esciantre saine 
et v. C. 31 vers un rochier s'a C. 32 et que A. 
li aige C, levé A. riue atoce Ç. 33 si quil C 
34 il] lors C. 

12 



179 



XIP SIECLE. 



180 



une nef qui d'amont venoit: 
dous homes an la nef avoit. 
il s'areste, si les atant, 
et cuide qu'il alassent tant 
que il venissent jusqu'à lui. 
et il s'arestent amedui, 
en mi l'eve coi i esturent, 
que moult bien aëncré se furent, 
et cil qui devant fu peschoit 
a l'ameçon, si aëschoit i 

son ameçon d'un poissonet 
petit graignor d'un veironet. 
cil qui ne set que fere puisse 
ne an quel leu passage truisse, 
les salue et demande lor: i 

'anseigniez moi', fet il, 'seignor, 
s'an ceste eve a ne gué ne pontv' 
et cil qui pesche li respont 
'nenil, biau frère, a moie foi, 
nen i a nef, si con je croi, 
graignor de cesti ou nos somes, 
qui ne porteroit pas cinc homes 
vint liues a mont ne a val. 
si n'i puet an passer cheval, 
ne il n'i a ne pont ne gué.' •: 

'or m'anseigniez, signor, por dé, 
ou je porroie avoir ostel?' 
et cil respont 'de ce et d'el 
avroiez vos mestier, ce cuit, 
je vos herbergerai enuit: : 

montez vos an par celé frète 
qui est an celé roche fête, 
et quant vos la amont vanroiz, 
devant vos an un val verroiz 
une meison ou ge estois ; 

près de rivière et près de bois.' 
Maintenant cil s'an va amont: 

2 II 4. A ajoute 11 uns des dos homes naioit 
li altre a l'csmccon peschoit. 3 saresta et si a C. 
4 quil quida quil uenisscnt C. 7 en se mi laige 
se ce tienent C. 8 iloc s'arestent coi se tienent 
C. mit' A. 10 lesmecon A. aascoit C. 12 plus 
grant C. 13 sot C. 15 le C. 16 dist il C. V, se 
an— a negun pont C. 18 pescoit C. 19 n. sire 
en la m. C. 20 il ni a pont C. de ce me croi A. 
21 ne nef forcor q celé u s. C. 22 v. A. 23 xx A. 
24 ni poroit on mener C. 25 barge ni a A. 26 
et il respont signor p. C signor] fet il A. 27 dont 
mansaignies d'à. C. 28 et il li dit A. 29 aureiez A. 
31 vos an] amont Ç. 32 ferte A. 33 seres C. 36 
rivières et de A. 



et quant il vint an son le mont, 
qu'il fu montez an son le pui, 
si garde moult loing devant lui; 
si ne vit rien fors ciel et terre, 
et dit 'ci sui ge venuz querre 
la musardie et la bricoigne. 
dex li doint hui maie vergoigne 
celui qui ci m'a anvoié; 
si m'a il or bien avoié, 
que il me dist que je verroie 
meison quant ça amont seroîe. 
peschierre, qui ce me deïs, 
trop grant deslëauté feïs, 
se tu le me deïs por mal.' 
lors vit devant lui an un val 
le chief d'une tor qui parut, 
l'an ne trovast jusqu'à Barut 
si bêle ne si bien asise. 
quarree fu de roche bise, 
s'avoit dous torneles antor. 
la sale fu devant la tor 
et les loges devant la sale, 
li vaslez celé part avale 
et dit que bien avoié l'a 
cil qui l'avoit anvoié la. 
si se loe del peschëor, 
ne l'apele mais traïtor, 
ne desloial ne mensongier, 
qant il se trove u herbergier. 
ensi vers la porte s'an va: 
devant la porte un pont trova 
torne'iz qui fu avalez, 
par sor le pont est enz entrez: 
et vaslet corent contre lui 
quatre, sel desarment li dui, 
et li tierz son cheval anmoine, 
si li done fuerre et avoine; 
li carz li afuble un mantel 
d'escarlate fres et novel; 

2. 3 intervertis A. 2 sic B (ms. de Berne): et 
quant il vint A. par la desor e sor le C. 3 sic B : 
si regarde loins C, si garda avunt A. 4 ni C mes 
que c. A. 5 io sui ca v. C. ci B, que A. 7 mal 
et V. C. 8 ca .4. 9 qissi ma or C. 10 car il C. 
12 pesch'ie C, chevaliers A. 13 mit' gr. C. 15 
vint C. 19 roce C, pierre A. 2() savoit ii C, si 
avoit A, 24 la avoie A. 25 la lavoit anvoié A. 
26 — 29 manquent A. 33 San est alez A. 34 vin- 
rent C. 35 trois s. désarmèrent A. 37 faim et C. 
38. 39 manquent C. 



181 



CRESTIEN, LI CONTES DEL GRAAL. 



182 



et l'en menèrent jusqu'as loges, 
et tant sachiez jusqu'à Limoges 
ne trovast an ne ne veïst 
si bêles, qui les i queïst. 

Li vaslez es loges estut, 
tant qu'au seignor venir l'estut 
qui dous vaslez i anvëa. 
et cil avoec ax s'au ala 
an la sale qui tu quarree 
et autant longue come lee. 
en mi la sale sor un lit 
un bel prodome seoir vit, 
qui estoit de chênes meslez, 
et ses chiés fu anchapelez 
d'un sebelin noir come more, 
a une porpre vox desore, 
et d'itel fu sa robe tote. 
apoiez fu desor son cote, 
s'ot devant lui un feu molt grant 
de sesche buscbe, bien ardant, 
et fu antre quatre colomes: 
bien poïst an quatre cent homes 
asseoir anviron le feu, 
s'ëust chascuns et aise et leu. 
les colomes molt forz estoient, 
car un cheminai sostenoient 
d'arain espés et haut et lé. 
devant le seignor sont aie 
cil qui li amainent son hoste, 
si que cascuns li fu en coste. 

Quant li sires le vit venant, 
si le salua maintenant 
et dist 'amis, ne vos soit grief 
se ancontre vos ne me lief, 
que je n'an sui pas aeisiez.' 
'por deu, sire, or vos an teisiez', 
fet il, 'qu'il ne me grieve point, 
se dex joie et santé me doint.' 
li prodom tant por lui se grieve 
que tant con il puet se sorlieve 

1 11 qars len niaine en une loge C. 2 si sachies 
que A. Limoge C. 4 bêle C. 5 as C. estut 
manque C- 1 H. A. 8 s'an] en C. 10 et 1. de 
marbre pauee C. 11 i seoir vit C. 12 sor. i. lit C. 
16 vols dune p. par d. C. 17 dautel fu li r. C. 
19 si ot A. molt manque A. 22 et bien C. iiii c. A. 
24 saust A. cb. aeisie leu A. 25 m. f ] forz i A. 
26 qui le ch. A. 29. 30 manquent A. 31 li prodô 
C. 35. 36. intervertis C. 35 car vos nen est.. s a. C. 
37 fet il] certes C. 



et dist 'amis, ça vos traiez, 

ja de moi ne vos esmaiez; 

si vos seez sëuremant 

lez moi, je le voil et commant.' 
5 li vaslez est lez lui asis 

et li prodom li dist 'amis, 

de quel part venistes vos hui?' 

'sire', fet il, 'hui matin mui 

de Biaurepaire, ensi a non'. 
10 'si m'ait dex', fet li prodon, 

'vos avez grant j ornée faite. 

vos mëustes einz que la gaite 

ëust hui main l'aube cornée.' 

'einz estoit la prime sonee', 
15 fet li vaslez, 'je vos ati.' 

que que il parloient ensi, 

uns vaslez antre par la porte. 

a son col une espee aporte, 

par les renges estoit pandue. 
20 si l'a au riche home randue, 

et il l'a bien demie treite; 

si vit bien ou ele fu feite, 

car an l'espee estoit escrit. 

et avoec ce ancore i vit 
25 qu'ele estoit de si bon acier 

que ja ne pooit depecier, 

fors que par un tôt seul péril 

que nus ne savoit fors que il 

qui avoit forgiee l'espee. 
30 li vaslez qui l'ot aportee 

dist 'sire, la sore pucele, 

vostre nièce, qui molt est bêle, 

vos a anvoié cest présent : 

einz ne veïstes mains pesant 
35 del lonc et del lé que ele a. 

vos la donroiz cui vos pleira, 

mes ma dame seroit moult liée 

se ele estoit bien anploiee 

la ou ele serra donee; 
40 onques cil qui forja l'espee 

2 ja] près A. 3 mais s. tôt s. C 4 iel vos lo 
boiiemant A. 5 sest C. 6 li sire C. 8 dist C. 
10 maist A. 15 je] ce A. I9 qui u. e a son col 
porte C. 19 a son col lavoit il p. C. 20 home 
manque A. 23 que — fu A, 24 i manque A. 
25 si fin C. 26 quele ne A. peceoier C. 27 se 
nestoit par un sol C. 28 mes que il A. 30 1' 
manque C. 32 amie C. molt] tant A. 33 vos 
anvoie ci c. A. 34 mains B, mais C, mes A. 
si gent A. 38 anploie A. 40 conques A. 

12* 



183 



Xlle SIECLE. 



184 



n'an fist que trois, et si morra 
que ja mes forgier ne porra 
espee nule après cesti.' 
tantost li sire an revesti 
celui qui lëans est estranges 
de l'espee par mi les ranges 
qui valoient bien un trésor, 
li ponz de l'espee fu d'or 
del meillor d'Arrabe ou de Grèce, 
li fuerres d'orfrois de Venece. 
si richemant apareilliee 
l'a li sire al vallet bailliee 
et dist 'biau sire, ceste espee 
vos fu jugiee et destinée, 
et je voel moult que vos l'aiez: 
mes ceigniez la, si l'essaiez.' 
cil l'an mercie, si la ceint 
ensi que pas ne s'an estraint: 
puis l'a trete del fuerre nue. 
et quant il l'ot un poi tenue, 
si la remist el fuerre arrière, 
et sachiez que de grant manière 
li sist au flanc et mials el poing, 
et sanbla bien que a besoing 
s'an dëust aidier corne ber. 
derriers lui vit valiez ester 
antor le feu qui cler ardoit. 
celui qui ses armes gardoit 
i vit et si li commanda 
s'espee, et cil la li garda, 
puis se rasist lez le seignor 
qui li porte moult grant enor. 
et lëanz avoit luminaire 
si grant con l'an le porroit faire 
de cbandoiles an un ostel. 
que qu'il parloient d'un et d'el, 
uns vaslez d'une cbanbre vint, 
qui une blanche lance tint 
anpoigniee, par le mi leu. 
si passa par endroit le feu, 

1 et si] si en C. 3 après] que C. 4 et li sires A. 
6 le ch'r qui fu e C 7 v. un grant C. 9 ou] 
et C. 12 la li a li sires b. C 14 destine A. 17 
il C. 18 si que gaires ne C. 22 moult lesgarde 
de A. 23 al p. C. 24 et sacies que en grant b. C. 
26 voit C. un bacheler A. 28 auoit C. 29 quenut 
et A. 30 lespee et cil bien la g. C. 31 lors A, 
et puis C. traist C. 32 moult li porta C. 33 et 
manque A. un 1. A. 34 con on p. plus f. C. 
40 passe A. endroit B, entre C, delez A. 



et cil qui al feu se sëoieut, 

et tuit cil de lëanz vëoient 

la lance blanche et le fer blanc. 

s'issoit une gote de sanc 
5 del fer de la lance an somet, 

et jusqu'à la main au vaslet 

coroit celé gote vermeille. 

li vaslez vit celé merveille, 

qui lëanz est la nuit venuz. 
10 si s'est de demander tenuz 

comant celé chose avenoit, 

que del chasti li sovenoit 

celui qui chevalier le fist, 

qui li anseigna et aprist 
15 que de trop parler se gardast: 

si crient, se il li demandast, 

qu'an li tornast a vilenie: 

et por ce n'an demanda mie. 
A tant dui autre vaslet vindrent 
20 qui chandeliers an lor mains tindrent 

de fin or, ovrez a neel. 

li vaslet estoient moult bel 

qui les chandeliers aportoient. 

an chascun chandelier ardoient 
26 dous cbandoiles a tôt le mains. 

un graal antre ses dous mains 

une damoisele tenoit 

qui avoec les vaslez venoit, 

bêle et gente et bien acesmee. 
30 quant ele fu lëanz antree, 

atot le graal qu'ele tint, 

une si granz clartez i vint, 

qu'ausi perdoient les cbandoiles 

lor clarté corne les estoiles 
35 qant li solauz luist et la lune. 

après celi an revint une 

qui tint un taillëor d'argent. 

le graal qui aloit devant 

de fin or esmeré estoit. 
40 pierres précieuses avoit 

1 et cals C, de ces A. al fu C. leanz A. 2 qui 
laians estoient C. 3 virent la 1. et le C. 5 an] 
el C. 7 coloit A. 9 ert C. 10 del C. 12 car C. 
13 del prodome qui li aprist C. 14 et qui li ens. 
el dist C. 10 crenjoit C. se il B, que sil A, sil C 
18 ce] tant C. 19 E lors A. nii vallet revinrent C. 
23 cil qui— portoitnt A. 24 a C. 25 v. ch. C. 
•11 dameisele A. 2S qui] et .4. 29 et — et manque C. 
gente] ioinie .d. %(> manque C. 2{. Z1 intervertis C. 
32 i] an A. 33 qu' manque A. 35 lieve et A. 



185 



CRESTIEN, LI CONTES DEL GRAAL. 



18U 



el graal de maintes menieres 

des plus riches et des plus chieres 

qui an mer ne an terre soient. 

totes autres pierres passoient 

celés del graal sauz dotance. 5 

tôt ainsi con passa la lance 

par devant le lit trespasserent, 

et d'une chanbre an autre alerent. 

et 11 vaslez les vit passer, 

si n'osa mie demander lo 

del graal oui l'an an servoit, 

que toz jorz en son cuer avoit 

la parole au prodome sage. 

se criem que il n'i ait domage, 

por ce que j'ai oï retraire 10 

que ausi se puet an trop taire 

con trop parler a la foiee. 

ou bien li praigne ou mal li chiee, 

ne lor anquiert ne ne demande. 

li sires au vaslet comande 20 

l'eve doner et napes traire. 

et cil le font qui doivent faire 

et qui acostume l'avoient. 

li sire et li vaslez lavoient 

lor mains d'eve chaude tempree. 25 

et dui vaslet ont aportee 

une lee table d'ivoire. 

ensi con tesmoigne l'estoire, 

ele estoit tote d'une pièce. 

devant lor seignor une pièce 30 

et devant le vaslet la tindrent, 

tant que dui autre vaslet vindrent 

qui aporterent dous eschaces. 

li fuz en ot dous bones grâces, 

don les eschaces fêtes furent, 35 

que les pièces toz jorz andurent. 

don furent eles? d'ebenus, 

d'un fust a cui ne bet ja nus 

2 mit' precioses et mit' ch. C. 3 plus qucn mer 
nen t. ne s. C. 4 valoient A. 5 faillance C. 40 
5 tôt autres! con de la A. 7 par de d. lui tr. A. 
8 al altre C. 10 si] et ^. 12 que il — el cuer A. 
13 le casti C. 14 si me doit quil C. 15 por ce 
manque A. sovant r. A. 16 quasi bien se doit on 
tr. C. 17 que tr. C. 18 Bien li an pr. A. lan 
ch. A. 19 ne sai le quel rien ne d. C. 20 as val- 
les C. 21 aige C. 22 et manque A. le manque C. 
qui le AC. 28 reconte A. 29 fu C. 30 lor] le A. 
32 a tant dui A. 34 dont li fuz a A. dous] mit C. 
35 eschames A. 36 car tostans 1. p. a C. 38 de 
celui fust ne dot ja A. 



que il porrisse ne qu'il arde; 
de ces dous choses n'a il garde. 

Sor ces eschaces fu asise 
la table et la nape susmise: 
mais que diroie de la nape? 
legaz ne chardonax ne pape 
ne manja onques sor si blanche, 
li premiers mes fu d'une hanche 
de cerf an gresse au poivre chaut, 
vins clers ne raspez ne lor faut 
a copes dorées a boivre. 
de la hanche de cerf au poivre 
uns vaslez devant ax trancha 
qui a lai treite la hanche a 
atot le taillëor d'argent, 
et les morsiax lor met devant 
sor un gastel qui fu antiers. 
et li graax andemantiers 
par devant ax retrespassa, 
et li vaslez ne demanda 
del graal cui l'an an servoit. 
por le prodome se dotoit 
qui dolcement le chastïa 
de trop parler, et il i a 
toz jorz son cuer, si l'an sovient; 
mes plus se test qu'il ne covient. 
a chascun mes don l'an servoit 
par devant lui trespasser voit 
le graal trestot descovert, 
mais il ne set cui l'an an sert 
et si le voldrot molt savoir; 
mes il le demandera voir, 
ce pense et dit, ainz qu'il s'an tort, 
a un des vaslez de la cort. 
mes jusqu'au matin atandra 
que au seignor congié prandra 
et a tote l'autre mesniee. 
ensi la chose a respitiee, 
s'antant a boivre et a mangier. 
l'an n'aporte mie a dangier 



1 ne il C. 3 eschames A. 5 mais] ce A. 9 dun 
c. au fort p. C. 10 cl. après ce ne C. 11 cope 
dor sovant a A. 12 del cers A. 14 qui de devant 
lui tr. la ^. 16 mist C. 17 platel C. 22 del 
pr. li sovenoit C. 23 bonement C. 25 tos tans 
le c. C. 27 car a — con s. C. mes Forster] met AC. 
28 le graal tr. veoit A. 29 par devant lui tôt A. 
30 et si ne A. 31 molt] il A. 33 ce dit il a. que 
il A. 38 a] est A. 40 dongier A. 



187 



Xlle SIECLE. 



188 



les mes et le vin a It» table, 
einz sont pleisant et delitable. 

Li mangiers fu et biax et buens: 
de toz les mes que rois ne cuens 
ne empereres doie avoir 
fu 11 prodoQ serviz le soir 
et li vaslez ansanble lui. 
après le mangier amedui 
parlèrent ansanble et veillèrent, 
et li vaslet aparellierent 
les liz et le fruit au colchier, 
que il en i et de moult chier, 
dates, figues et noiz mugates, 
girofle et pomes de grenates 
et leituaires an la fin 
et gingenbret alixandrin. 
après ce burent de maint boivre: 
pimant ou u'ot ne miel ne poivre 
et viez moré et cler sirop, 
de tôt ce se mervoille trop 
li vaslez qui ne l'ot apris. 
et li prodom li dist 'amis 
tans est de colchier mes anuit. 
je m'an irai, ne vos anuit, 
lëanz an mes chanbres gésir, 
et cant vos vaudra a pleisir, 
vos vos recolcherez ça fors, 
je n'ai nul pooir de mon cors, 
si covandra que l'an m'an port.' 
quatre sergent délivre et fort 
maintenant fors d'une chanbre issent; 
la cote as quatre cors seisissent 
qui el lit estandue estoit, 
sor cui li prodom se sëoit: 
si l'an portent la ou il durent, 
avoec le vaslet remés furent 
autre vaslet qui le servirent, 
et quanque mestier fu li firent, 
quant lui plot, si le deschaucierent 
et desvestirent et couchierent 



■> qui sont C. 4 de tel mangier A. et c, A. 
5 et A. 12 car il C. 13 mugaces ^1, moscates C. 
14 et poires et p. grenaces B. 15 leituaire A. 16 gin- 
genbrat £, gingenbre et C, gingenbre A. 17 du 
boen b, A. 19 et bon A, vies vin C. 20 ses- 
nierv. C. 'M enuit A. 25 ma chanbre A. 

27 colcherez ca dehors A. 31 lorcs dune eh. san 
i. A. 32 as acors A. 34 gisoit A. 38 et] qui A. 
a9 et quant — sel A. 40 et le servirent A. 



an blans dras déliez de lin. 

et il dormi jusqu'au matin 

que l'aube del jor fu crevée 

et la mesniee fu levée. 
5 mais il ne vit lëanz nelui, 

quant esgarda anviron lui: 

si l'estut par lui seul lever 

que que il U dëust grever. 

desqu'il voit que fere l'estuet, 
10 si se lieve, que mialz ne puet, 

et chauce sanz aïe atandre. 

et puis rêva ses armes prandre 

que au chief del dois a trovees, 

que l'an li avoit aportees. 
15 quant il ot bien armez ses manbres, 

si s'an vet par les huis des chanbres 

que la nuit ot overz vëuz; 

mes por nëant est esmëuz, 

que il les trova bien fermez. 
20 s'apele et hurte et bote asez; 

nus ne 11 oevre ne dit mot. 

quant asez apelé i ot, 

si s'an va a l'uis de la sale. 

overt le trueve, si avale 
25 trestoz les degrez contre val 

et trueve anselé son cheval 

et vit sa lance et son escu 

qui au mur apoiez li fu. 

lors monte et vet par tôt lëanz, 
30 et n'i trueve nul des sergenz, 

escuier ne vaslet n'i voit. 

si s'en vet a la porte droit 

et trueve le pont abessié, 

c'on li avoit ensi lessié, 
35 por ce que riens nel retenist 

de quel ore que il venist, 

que il i passast sanz arest. 



5. 6 intervertis A. 5 et quant ne A. 6 si es- 
40 garde A, qant il g. C. 8 et que quil A. 9 qant 
il uit C. 10 il se .4 que plus non C. 11 sanz ne- 
lui A. 12 après A. 14 après ce vers A répète 187, 
37. 38. u on li a. aprestees C. 15 il a C. bien arme C, 
atornez A. 16 par] vers A. 17 que il avoit o. C. 
19 car il C. 20 il i a. et h. a. A. C ajoute diva 
fait il tu qui le pont. 21 nus] lan A. 24 le vit 
ius en a. C. 28 li manque C. 29. 30 manquent C. 
31 con iloc laie li avoit C. 32 il sen A. vint C. 
33 trova C. 34 que lan li ot A. 35 detenist C. 
3U quil i V. C. vousist? 37 quil ni J, o lui C- 
sans nul C. tôt sanz A. 



189 



ROMAN D'ALIXANDRE. 



190 



et pansa que an la forest 
s'an soient li vaslet aie 
por le pont qu'il vit avalé, 
cordes et pièges regarder, 
n'a cure de plus arester, 
einz dit, après ax s'en iroit 
savoir se nus d'ax li diroit 
de la lance por qu'ele saine, 
s'il puet estre por nule paine, 
et del graal ou l'an le porte, 
puis s'an ist fors par mi la porte, 
mais ainz que il fust hors del pont, 
les piez de son cheval amont 
santi qu'il levèrent an haut, 
et li chevax fist un grant saut, 



et s'il n'ëust si bien sailli, 
en mi l'eve fussent flati, 
li chevax et cil qui sus iere. 
et li vaslez torna sa chiere 
por vëoir que ce ot esté, 
et vit qu'an ot le pont levé: 
s'apele et nus ne li respont. 
'di, va', fet il, 'tu qui le pont 
as levé, car parole a moi! 
ou es tu, quant je ne te voi? 
trai toi avant, si te verrai 
et d'une cose t'anquerrai 
noveles, que savoir voldroie.' 
ensi de parler se foloie, 
que nus respondre ne li vialt. 



ROMAN D'ALIXANDRE. 

Li Romans <ï Alixandre par Lambert H Tors tt Alexandre de Bernay. IJerausgegeben von H. Miche- 
lant, Stuttgart 1846, p. 341, 22 — 347, 13. Comparé par M. Manefeld avec les illss. fonds franc. 
1635, anc. 7633 (B), 1590, anc. 7611 (C) et pour le commencement avec 368, anc. 6985 (D), 790, 
anc. 7190 (E). — Episode de ^expédition d'Alexandre dans le désert. Cf. {Alexandre de Lamprecht 

5004 — 5205, éd. Weismann. 



Moult fu biaus li vregiers et gente la praële: 
moult souëf i flairoient et radise et canele, 
garingaus et encens, chitouaus de Tudele. 
ens en mi liu del pré ot une fontainele, 
li ruisiaus estoit clers et blanque li gravele. 
a rouge or espagnols passast on la praële. 
de fin or tresjeté i ot une ymagele, 
sor deus pies de crestal, qui ne ciet ne cancele, 
qui reçoit le conduit qui vient par la ruële, 
el vregier lor avint une mervelle bêle, 
que desus cescun arbre avoit une pucele: 

1 si C. panse A. 2 s' manque A. 4 et] ou C. 
5 atarder A. 6 que après .4. s'en manque A. ira C. 
7 (lira C. 8. 9 intervertis C. 8 por qu'ele] que 
ensi A. 9 se il p. e. an n. A. 12 Ençois A. quil 
venist jus del C. 14 qui C. levoient A. 15 a 
fet un saut A. 16 vergiez E. praiele M (Miche- 
lant): çiaele DE. n lairoient radise 3/. Au lieu 
de 18 dans BDE soef uient (ieult D, ieut E) li 
encens riqliee (ricolice E) et kanele (quenele E). 
garingax i flairoit cytouaux et tudele. I9 foin- 
tainiele M. Très en mi leu dou pre sourt une B CDE. 
20 dont la doiz (li rus CDE) e. clere (clers CD) 
BCDE. 21 pesast CDE. praiele M. 22 treiete 
CE. 23 suz CDE. cristal B. 24 la praiele M. 25 
biele M. 26 que] la B. desor B, desouz DE. 



il nen i avoit nule sergaute ne ancele, 
mais toutes d'un parage, cascune ert damoisele. 
le cors orent bien fait, petite la mamele, 
les ious vairs et rïans et la color novele. 

20 plus ert espris d'amor ki voit la damoisele 
que s'il ëust le cuer bruï d'une estincele. 
a Alixandre ont dit li viellart le novele: 
quant li rois l'a oïe, joians li fu et bêle, 
quanques i a aie, ne prise une cinele, 

25 s'il ne les voit de prés: les ii viellars apele: 
'conduisiés moi cest ost de lés ceste vaucele, 
que dusqu'en la forest n'ert ostee ma sele.' 
En icele forest, dont vos m'oëz conter, 

1 que sil A. 2 amedui f. mal bailli A. 4 t. 
arrière A. 5 si amont le cief levé C. 6 et vit le 
pont desor tome C. H car uien avant C. 12 rien 
li A. 13 novele C. I6 n'en M. servante CDE, 
chamberiere B. nancele B. 17 damoisiele M etc. 
18 les BC. faiz B, fes C. la] lor M. i9 clers BC. 
20 veoit la pucele B. 21 manque M. broi C. 
estancele B. C ajoute et plus li saut el cors que 
destriers de Castele. 22 en dient B. li v. en 
ont dit alix. nov. C. 23 lot oie D. 24 De quanq 
B. cenele BC. 25 ce il nés BC. les v. en ap. M. 
27 car iusqii BC. 28 — 192, 7 manquent M. raoeiz 
conteir B etc. 



191 Xlle SIECLE. 192 

nesune maie choze ne puet laians entrer. mais d'une choze furent ansois bien acointié 

11 home ne les bestes n'i ozent converser, que dedenz la forest n'entrassent sans congié. 

onques en nesun tans ne vit bon yverner en l'erbage defors sunt descendu a pié. 

ne trop froit ne trop chaut ne neger ne geler. estes vos les viellars qui la sunt repairié: 

ce conte l'escripture que hom n'i doit entrer, 5 a Aljxandre vinrent, si li ont concillié 

si il nen at talent de conquerre ou d'amer. que de l'entrer en bois n'i ait plus delaié; 

les deuesses d'amors i doivent habiter, les dames les désirent, bien seront aaisié. 

car c'est lor paradix ou el doivent entrer. Alixandres commande l'ost amener avant, 

li rois de Macédoine en a oï parler, quar el bos as puceles vint aler déduisant, 

qui cercha les merveilles dou mont et de la mer, lo son senescal apele Tholomé en riant, 

et ce fist il meïsmes enz ou fons avaler les noveles li dist que cil 11 vont contant, 

en un vessel de voirre, ce ne puet bon fausser, et les puceles iscent de la forest samblant, 

qu'il fist faire il meïsmes fort et rëont et cler vestues corne dames, mult bel et avenant, 

et enclorre de fer qu'il ne pëust quasser, quant voient çaus de l'ost, encontre vont juant 

s'il l'estëust a roche ou aillors ahurter, 15 tant com li ombre dure, car ne pueent avant, 

et si que il poet bien par mi outre esgarder, ja si pou ne passassent que mortes caïsant. 

por vëoir les poissons tornoier et joster mais plus aiment les homes que uule rien vivant, 

et faire lor agaiz et sovent cembeler. por çou qu'en cuide avoir cescune son talant. 

et quant il vint a terre, nou mist a oublier: cil de l'ost les aprocent, si en vont mervillant, 

la prist la sapïence dou mont a conquester 20 quar de si bêles famés ne virent onques tant, 

et faire ses agaiz et sa gent ordener ne ne fussent trovees de ci qu'en orïant. 

et conduire les oz et sagement mener, en pré lez la fontaine Alixandres descent, 

car ce fust toz li mieudres qui ainz pëust monter qui plus flaire soëf que odors de pyment. 

en cheval por conquerre ne de lance joster, Alixandres descent, iluec est arestés: 

li gentiz et li larges et li prex por doner. 25 ses conpagnons apele, si est el bos entrés. 

la forest des puceles ot oï deviser. quant il voit les puceles, mult en est esfreés 

cil qui tôt volt conquerre i ot talent d'aler: et de la biauté d'eles est issi trespensés 

souz ciel n'a home en terre qui l'en pëust torner. qu'il en jure son cief qui est rois coronnés, 

Molt fu liez Alixandres des noveles qu'il ot. ne se mouvera mais, s'ert li quars jors passés, 

por vëoir les puceles durement s'en esjot 30 'je commanc, biau signor, por deu, or esgardés: 

et comande au conduit que il ne dïent mot veïstes mais si bêles en trestous vos aés? 

et l'ost fist esploiter au plus tost que il pot. celés ont clers les vis plus que n'est flors de prés, 

de celx qui vont devant sont sëu li esclot, les yex vairs et rïanz plus que faucons mues. 

car cil qui desrotassent se tenissent por sot. veïstes ainz tex nés ne si amesurés? 

Quant li Greu ont vëu la forest, s'en sont lié. 35 les bouches ont bien faites, jamais teus ne verés 

mais ançois que il fussent d'une lieue aprochié, a baisier n'a sentir, en tel païs n'irés, 

sentirent la flairor des herbes par daiutié, 

es odors des espices, dont sunt plain li vergié: 2 ne fussent aprochié £ 8 auenir B. en 

, . , , . , .,., bois àes B. 10 Thol] si h dist C. u se li chst 

h malade en devmrent haut et sain et haitié. ^^ ^^^^^^ j^j- j.^ cnmbant B, riant C. u uircut 

C. celx B. ioant B, riant C. 15 manque M. 
2 Lyon (Lyons) ne niales bestes ni DE. 3 et ombres BC. durent C. ne purent on auant C. 
onques en nul temps C-DB. len CDE. 4 greller puent B. 10 poi CM. passesset B, parlassent 
CDU. 5 Se B. racconte la lettrt; CDE. bons E. M. mbrissent errant B. 17 plus] mieulz C. riens 
- converser CD. 12 faucer B. 13 fere a la CM. 1S ce que cuide B. 19 conioent B. de- 
guise CDE. 15 Cil B. ou a pierre CDE. 16 pot visant M. 20 ainz mez ne virent tant C. 21—23 
C. bien manque CDE. 17 et ueoir DE. 18 et innnquent M. 21 Ke ne B. 22 preileiz B. 23 soeit 
mètre en lur aguet CDE. 19 tierre B. nel m. B oudeur C. 24 sest C. 25 el] en B. 26 xAtBC. 
en C. 21 ses] lors tous les Mss. 22 les olz et si est auant aleiz B. 27 ansi C", si fort B. 28 II 
très bien deuiser C. 24 ne enseigne porter C. B. rois] dor B. tornera B. jor M. 31 ainz B. 
28 tierre B. 34 il feissent que sot C. 35 si sont C. iceles M. 32 — 33 manquent M. tior B. 34 teiz B. 
36 Mez C. 38 Des oudeurs des espèces C. ne si B: si bien C. 36 teus M. cel B. 



193 



ROMAN D'ALIXAXDRE. 



194 



et ont les dens plus blans que yvores planés 
ne que la flors de lis c'amaine li estes, 
bien sunt faites de cors, grailes ont les costés, 
mameles ont petites et les flans bien molles, 
les unes sunt vestues de ciers pales roés, 
les plusiors d'osterins et les mains de cendés. 
toutes ont dras de soie tout a lor volentés. 
nule riens ne lor faut, ains ont de tout assés 
fors coupaignie d'oume, et s'en est grant plentés. 
or sejornons o eles, moult nous ont désirés.' 

De devant le forest ot un pont torneïs, 
sor l'aighe de Charie qui vient de Valbrunis. 
les estanpes del pont sunt de marbre polis, 
et les sozlives sunt totes a or massis, 
les plansques sunt d'ivoire as bons esmaus trellis. 
de l'autre part del pont ot un tresgeteïs, 
deus enfans de fin or fais en molle fondis. 
li uns fu Ions et grailes, l'autres gros et petis; 
menbres orent bien fais, vis formés et traitis. 
desouz aux ot ii briés que uns clers ot escris, 
qui lor fait par augure deffendre le plaissiz. 
si com l'os aproça et il oënt les cris, 
cescuns saisit un mail, s'est li pas contredis. 
Alixandres descent dou destrier arrabis 
et monta sor le pont, si s'est outre esquellis. 
quant il voit les enfans qui ont les maus saisis, 
il se retrait arrière, qu'il cuide estre trais. 

Quant li rois voit les ii qui se vont deffendant, 
ses conpagnons apele, si lor dist en rïant 
*je voi outre ce pont une mervelle grant, 
a l'entrée de la ii enfans en estant, 
et de II maus d'acier se sont escremissant. 
n'i cuic jamais passer en trestout mon vivant,' 
quant li baron l'oïrent qu'iluec sunt entendant. 



il montent sor le pont, qui plus tost vont corant, 
vont vëoir le mervelle que li rois va contant, 
adonc i sunt venu li doi viellart Persant 
qui par tous les desers vont le roi conduisant 

5 et toutes les mervelles de le terre mostrant. 
Alixandres a dit 'segnor, venés avant, 
dites par quel manière sunt ici cil enfant.' 
li ains nés li a dit que por lui fera tant 
que çou fera remaindre dont se vont mervillaut. 

10 Li viellars lor a dit qu'il lor fera laisier 
les maus et les cuignies dont il sunt costumier. 
Alixandres li prie que pense d'esploitier : 
plus li donra fin or que n'en voira baillier. 
'sire, dist li viellars, 'ne vus caut d'acointier. 

15 laisiés moi bonement atorner mon mestier: 
je vus en ferai un en l'iave trebucier, 
que vo oel le veront a un poisçon mangier, 
et l'autre en porteront diable et avresier.' 
Près de l'encantement est cil ajenelliés^ 

20 et saut del pont en l'iave et puis est redreciés. 
ses mains tendi en haut et revint sor ses pies, 
puis se rabaise en l'iave, ii fois i est plonciés. 
et a la tierce fois, quant il fu essechiés, 
volant tous çaus en l'iave est li enfes bronciés, 

•25 par tel aïr en l'iave que tous est depeciés : 
voiant les ious le roi est des poisons mangiés. 
puis que li uns d'aus fu en l'iave perilliés 
ne pot durer li autres que ne soit depeciés. 
uns diables l'en porte ki fu aparilliés, 

30 les jambes li peçoie, les bras li a brisiés. 
'e dex', dist Alixandres, 'par les toies pitiés 
de quanque me donas soies tu graciés, 
cil qui fist ces enfans fu mult outrequidiés.' 
les maus que cil avoient, ont illuecques laissiés. 



1 que voires reparez BC. 2 flor M. 3 bien 
ont faiz les costeiz B. 4 manque B. 5 de bons 
B. 6 et li miche destoreiz cendeiz B. 9 dômes 

B. 10 manque M. u Par J/. 12 leue B, liaue 

C. clarence B. deuers brunis BC. 13 estaches B. 
U manque M. 15 de croie 31. a B. treslis C, 
€sliz B. 19 ont bien formeiz B. vis bn faiz B. 
20. 21 viennent dans M après 23. 21 argure B. 
22 et oient B. 23 li paz est c. B. 24 arrabiz C, 
arrabi B. qui de sens est garnis M. -Ih escueil- 
liez C, acuelliz B. et est outre salis 3L 26 q. 
voit les II. enf. B. 27 ariers B. craint-periz C. 
si sest outre esquellis M. 25 uit C. devisant 3[. 
30 le p. B. 32 manque B. 34 atendant B. 
merueille en orent grant C, En la place ont 
guerpi maint destrier auferant B, et; descendi 
chascunz du destrier auferrant C. 

Bartsch, Chrestomathie. VI. Éd. 



1 il] et B. tos M. qui tost pent et corrant B. 
2 et voient M. vet C. 3 a tant B. 5 tiere M. 
contant C. 6 ainnes M. 7 Quil f. remanoir 
trestot lenchantement B. U cremie B. 12 de 
lesploitier B. 13 quil ne porra charger C. 14 
fet li C. de coitier B. 15 bêlement mon cors 
aparillier M. mon destrier B. 16 je en ferai ia 
lun entre B. 20 et reuint sor ses piez B. 21 
contra mont sest dreciez B. 22 p. resorti aual 
en leue cest plungiez B. 23 — 27 manquent C. 
23 et manque M. e puis resaut amont après est 
essuiez B. 24 est manque M. cels de lost cest li 
e. B. 25 défroissiez B. 26 de B. 27 trébuchiez B. 
28 puet B. quor li saut li péchiez B. 29 manque B. 
ki forment sen fist liez C. 30 pecoient M. et les 
mains et les piez B. 32 dones ^1/, vus mercies M. 
33 manque BM. 34 le M. ont il je quic laies M. 

13 



195 



XIl^ SIECLE. 



196 



Alixandres i cort et si s'est essaies: 

mais il n'en mëust un por estre detranciés. 

Après le roi coururent tôt li per essaier: 
de folie se voelent pener et travillier. 
le menor ne pëussent xv boef charroier. 
atant s'en passent outre serjant et escuier, 
damoisel et mescin et mult de bon arcier 
qui estoient venu en l'ost por gaëgnier: 
après vienent les bestes c'on maine por mangier. 
quant il furent tuit outre, si dut solax couchier. 

En le forest est l'os celé nuit ostelee: 
il n'ont autres osteus fors cascuns le ramee. 
les puceles n'i firent plus longe demoree, 
cescune prist le sien sans autre recelée: 
qui sa volenté volt, aine ne li fu veee, 
ains lor fu bien souvent d'eles amonestee. 
cil legier baceler ki tant l'ont désirée 
qui pieça sont issu fors de la lor contrée, 
cescuns i a sa famé u s'amie amenée, 
toute icele nuit ont mult grant joie menée 
tant que biaus fu li jors, clere la matinée, 
quant il volrent mangier, s'ont viande trovee, 
bien a quatre mil homes le truevent conraëe. 
il demandèrent l'iave, el lor fu aportee, 
il vont a l'imagiele que par lex est troëe, 
et ert par nigromance mult menu trasgetee, 
qui reçoit le conduit qui vient par le baëe: 
puis estendent les napes sor l'erbe a la rosée, 
il n'a sou ciel devise la ne soit présentée; 
cescuns a son talent le trueve asavouree. 
après mangier s'en vont déduire par la pree. 
qui vuet fruit de meniere ne chiere herbe loëe, 
assés en puet avoir sanz nule deveee. 

1 vat B. et manque BC. eslaissies M. 1 II M. 
un seul M. depecies C. 3 si vont B. eslaissier M. 
5 XV bon chevalier M. 6 après B. 7. S manquent 

B. damoisiel M. et dansel et ieudon et turcople 
et archier C. 9 passent B. 10 inanque M. soleul 

C. coucher B. u fu C. loz B. toute nuit B. 
12 Noient pas osteiz mais c. a t. B. 13 pucieles M. 
font J/. 14 cescuns a pris J/. a nule r. B. 15 aine 
manque B. fu pas B. fut celée 31. 16 li bien par 
eles souvent il/. IS qui de pieca sunt fors trestout 
de lor M. 19 ot B. menée 31. 20 Trestuit B. 

22 vodrent B, veulent C. fut B. le vitalle ont t. 3f. 

23 iiii™- 31. 24 ele fu C, ele lor fu B, on lor a 31. 
portée B. 25 la masiele .1/, la marcele B: corrigé 
par 31. Fôrsler. ki d'or fu tresjetee 31. 26 manque 
31. par arciniaire C. meu 3Iss. 27 et r. jB. 28 
suz C. en la r. B. arosec 31. 29 soz ciel nen 
a d. — aportee B. 30 la prent sanz recelée B, en 
prist sanz demoree C. 31 deduizant B, déporter 
en C. 32. 33 manquent 31. qui avet B, quavoit C. 



en le forest est l'os quatre jors sejornee, 
tros que ce vint au quint qu'ele s'en est tornee. 
Alixandres esgarde desous une cepee 
d'un vermel cerubin qui ot le fuelle lee 
5 et est a ourles d'or menuëment ouvrée, 
une pucele i vint qui ert encoloree 
ainsi corne nature l'avoit enfaçonnee; 
onques plus bêle femme ne vit de mère née. 
le car ot bêle et blance comme nois sor gelée : 

10 le biauté de son vis durement li agrée, 
car la roujors estoit avoec le blanc meslee. 
quant li rois l'ot coisie et l'ot bien devises, 
et a dit a ses homes 'une cose ai pensée. 
qui ceste femme aroit de cest convers gietee 

15 tant que il la tenist en la soie contrée, 
on en devroit bien faire roïne coronee.' 
dans Clins, li fins Cauduit, l'a sor un mul montée 
ensi com au roi plot; ja l'en euïst menée, 
celé s'en voit porter, mult fu espoëntee 

20 et regarde Alixandre, merci li a crïee: 

'gentius rois, ne m'ocirre, france cose ounoree; 
quar s'estoie plain pié de la forest jetée, 
que euïse des ombres une seule passée, 
tantost seroie morte, tele est ma destinée.' 

25 li rois la regarda, plus ert bêle que fee: 
por çou que ele pleure le color a muëe. 
mervillouse pitiés li est el cors entrée, 
a terre le fait mètre, a dieu l'a commandée, 
celé s'ajenella, a terre est enclinee, 

30 mult demaine grant joie quant ele est délivrée; 
en le forest arrière en est mult tost aloe. 
puis ont une parole eutr'elles porparlee 
que l'ost convoieroient coiement a celée 
tant com l'ombre del bos pora avoir durée. 

35 cil de l'est s'esmervellent qui les ont esgardee. 

torner volrent arrier: quant au roi fu contée 

1 ostelee B. 2 tant que B. 3 regarde 31. 
A uit 1. f. estelee B. 5 oizeles sans d'or B. o pu- 
ciele 31. bêle et enc. B. 7 ne fu 31. 8 blanche 
et tendre B. gielee 31. il rougeur C. li vermaus 
li est 31. 12 auisee B. 13 Lors a B. ai] en B. 
14 de la forest B. 15 et en la soie tiere et conduite 
et menée 31. 16 bien en d. on f. B. 17 mul] mont 
il/. 18 plet 31. portée B. 21 m'ocis 31. 23 queusse 
une des o. seulement trespassee B. 24 tantos 31. 
sempres B. teiz B. 25 Alix, le voit plus bêle d'une 
f. 31. 2G por ce quele ot ploree la e. ot B. 27 len 
est en B. 23 tiere 31. la fist B. 29 tiere 31. clinee 
B. 30 quant se uoit deliuree B. 31 tos 31. sen 
est tost retornee B. 33 convoieroit 31. bêlement 
B. 34 porroit B. 35 quant lorent B. 36 ariers 
B. au roi manque 31. 



197 



HUON DE BORDEAUX. 



198 



novele que sa gent est au bos retornee, 
et quant il l'a oie, se teste en a jurée 
que, se nus i remaint plus d'une arbalestee, 
qu'il le fera ardoir en fornaise enbrasee. 

Alixandres apele les viellar?, ses conjure 
par ce deu ki forma trestoute créature, 
si lor a demandé 'par com faite aventure [tare? 
sunt en cel bos ces femmes? est çou lois ou droi- 
dont vienent et que vesteut? et ou truevent pas- 
quant a trestoute m'ost ont trové forniture ? [ture, 
en font eles as dex nesune forfaiture? 
u ont eles trouvé jouvent qui tant lor dufe, 
quant jou n'i ai vëu tombe ne sepouture?' 
cil li ont respondu ki sorent lor nature: 
'a l'entrée d'iver, encontre le froidure, 
entrent toutes en terre et muent lor faiture. 
et quant estes revient et li clers tans s'espure. 



a guise des tlors blanqlies muent la lor nature. 

celés qui dedens ncssent sunt del cors la figure 

et la flors qu'est defors si est lor vestëure. 

et sunt si bien faillies toutes a lor mesure 
ô que ja n'i ara force ne cisel ne cousture, 

et cascuns vestemcns jusc'a la terre dure, 

et si com a devises de cest bos vient a cure; 

ja ne vouront au main icele créature 

qu'eles n'aient le jor ains que soit nuis oscure.' 
10 et respont Alixandres 'boine est lor aventure; 

onques a nule gent n'avint tel trouvëure.' 
Li rois issi dou bos et si homme ensement 

les puceles les guient tant com li ombres tent. 

quant ne pueent avant, si sospirent forment, 
15 a terre s'ajenellent voiant toute la gent, 

enclinent Alixandre del cief parfondement, 

a deu le commandèrent qu'il le maint sauvement 



HUON DE BORDEAUX. 

Buon de Bordeaux, chanson de geste publiée par F. Guessard et C. Grandmaison, Paris 1860, p. 163 — 177, 

V. 5476 — 5927. Huon, qui a tué Cariât le fils de Charlemagne , doit exécuter à la cour de l'amiral 

de Bahylone trois ordres de l'empereur, que fera connaître le récit suivant. 



Or faites pais, s'il vous plaist, escoutés, 
se vous dirai cançon, se vous volés : 
je vous dirai par les sains que fist dés. 
me cançon ai et dite et devisé, 
se ne m'avés gaires d'argent donné, 
mais saciés bien, se dex me doinst santé, 
ma cançon tost vous ferai definer. 
tous chiaus escumenie de par m'atorité, 
du pooir d'Auberon et de sa disnité, 
qui n'iront a lour bourses pour ma feme donner. 

Li fieus Seuwin nul point ne s'aresta: 
isnelement le tierç pont trespasa. 
vers le quart pont Huëlins s'en ala; 
quant il i vint, le portier apela: 
'oevre le porte, mal ait qui t'engerra!' 
quant chil l'oï qui le porte garda, 
isnelement en estant se leva, 
fols fu et fiers et grant maltalent a: 
armé le vit, tous li sans li mua, 

1 manque B. 2 mais 11 rois Alix, a sa teste j. 
B. 3 plus manque B. 5 apiele M. 8 dames ce 
cest lois ou B. 9 et coi 21. qui lor trueve peuture 
M. 10 fors nature M. il font en B. soulraiture 
M. 12 Apres ou eles trueuent B. 13 ai trouei 
nesune s. B. 14 lauenture B. 15 d'ivier M. 16 
tiere M. 17 clars M, biax B. s'apure J/. 23 dix. 



Mahomet jure, les pies n'i portera 
tant c'armés soit, ains se desarmera. 

20 u voit Huon, fièrement l'apiela. 
'vasal' dist il, 'entendes a moi ça: 
jou te demant comment tes cors pasa 
a ces III pons que la devant trovas, 
puisqu'iés de France ne nos dex ne crois pas. 

25 par Mahommet qui tôt fist e forma, 
saces de voir que moult petit t'ama 
qui ce vert elme en ton chief te laça, 
s'adont te vit, jamais ne te verra, 
et s'il te voit, grans pités l'en prendra. 

30 puis que la feste saint Jehan commença, 
li amirés moult bien le commanda, 
nus hom vivans qui armes portera 
dedens me porte, par mon cief, n'entrera, 
li III portier qui guardent par delà, 

35 

1 la] à 21. En g. de flors viennent bêlement por 
nature C, En guise de flors blanches reviennent a 
droiture B. 2 ont dedenz lor fig. B. 3 qu'est 
dedens MC, de defors B. si est lor couerture B. 
5 faiture B. 6 tiere 21. ' Ensi com a puceles B. 
8 Torront B. 9 la nuit a. quele soit o B. 10 te- 
neure B. 11 Ainz mais B. 12 ansiment B. 13 pu- 
cieles 1. guie 21. 14 p. avoir 21. 15 tiere 21. 
16 Et cl. B. de cuer B. perfitement M. 24 dix. 

13* 



199 



XII'' SIECLE. 



200 



quant t'i laissierent, chascuns le conperra. 

quant t'ieres outre, caitis, que devenras? 

bien sai de voir l'amirés t'ocira.' 

'tais, glous', dist Hues, 'mal ait ki t'engerra! 

vois quele enseigne je te mosterai ja!' 

il prist l'anel, contremont le leva. 

quant chil le vit, moult [très] bien connëut l'a. 

isnelement le porte desfrema. 

Hues i entre, li portiers l'acola; 

plus de vint fois le ganbe li baisa. 

'sire', dist il, 'bien ait qui vous porta. 

je vous ali, ne vous esmaiiés ja, 

que l'amirés nul mal ne vous fera: 

se veus sa fille, pour voir le te donra. 

que fait nos sire? quant venra il deçà?' 

'vasal', dist Hues, 'jamais n'i pasera, 

et s'il i vient, maufés l'aportera.' 

atant se teut et outre s'en ala. 

a lui meïsmes l'enfes se dementa; 

après a dit 'damedex m'aidera. 

bien sai de voir diables m'encanta 

quant je menti a ce pont par delà.' 

Des ore a Hues les quatre pons passés. 
quant il fu outre et il fu aroutés, 
dont pert la voie du graiit palais listé. 
eus ou vregiet l'amiral est entré: 
dex ne fist arbre qui pëust fruit porter 
que il n'ëust eus el vregiet planté, 
une fontaine i cort par son canel: 
de paradis vient li ruis sans fauser. 
il n'est nus hom qui de mère soit nés, 
qui tant soit vies ne quenus ne mellés, 
que se il puet el ruis ses mains laver, 
que lues ne soit meschins et bacelers. 
Hues i vint, d'encoste est arestés; 
ses mains lava et but de l'aige asés. 

S'est la fontaine a l'amiral Gaudis: 
li ruisiaus vient del fiun de paradis, 
dex ne fist feme, tant ait fait ses delis, 
que, s'ele boit de l'aige un seul petit, 
ne soit pucelle comme au jor ke nasqui. 
Hues i fu, li damoisiaus de pris: 
ses mains lava, deseure s'est asis. 

Sele fontaine, un serpent le gardoit: 
ja nus mauvais n'i metera le doit 
qui soit traîtres ne qui fause sa loi, 

7 connut. 20 damediex. 27 dix. 32 vieus. 
39 dix. -11 pucele. 4G loit. 



et s'il i vient, il est mors orendroit. 

Hues i vint, li serpens l'enclinoit 

par le vertu del haubert qu'il portoit; 

de l'aige but, ses blances mains lavoit: 
5 ore oublia chou que faire devoit. 
Hues fu eus, el vregié est entrés 

a le fontaine Gaudise l'amiré. 

li bers i fu asis por reposer: 

la se démente, tenrement a ploré. 
10 'he dex', dist Hues, 'et car me secoures! 

he Auberon, comment esploiterés? 

faurés me vous u vous me secorrés? 

jou le sarai par sainte carité.' 

il prist son cor, s'a tenti et sonné 
15 tant hautement et par si grant fierté, 

li sans en saut et par bouce et par nés. 

Auberons l'ot dedens le gaut ramé: 

'ha dex', dist il, 'j'oi un larron corner, 

qui a menti au premier pont passer; 
20 mais par chelui ki en crois fu pené, 

il puet assés et tentir et sonner, 

je n'iert par moi secourus ne tensés.' 

et l'enfes Hues ne cessa de corner. 

li amiraus ert asis au disner: 
25 chil ki servoient du vin et du claré, 

au son del cor commencent a cauter 

et l'amiraus commença a baler. 

ses hommes a erroment apielés. 

'baron', dist il, 'a mi en entendes: 
30 cil qui la corne en cel vregier ramé, 

il est venus por nous tous encauter. 

je vous commant sor les membres coper, 

tantost que chil a laissié le corner, 

que vous ailliés fervestir et armer. . . . 
35 s'il vous escape, tôt sommes engané.' 

quant or voit Hues nus nel vient viseter, 

le cor mist jus, se laissa le corner : 

de ces biaus iex commença a plorer. 
Quant or voit Hues c' Auberons ne verra, . 
40 saciés de voir, moult grant duel démena. 

'he las', dist Hues, 'cis caitis que fera? 

ma douce mère jamais ne me verra. 

cis las dolans, vrais dex, que devenra? 

ahi, rois Karles, cil dex qui tôt forma, 
45 il te perdoinst les maus que tu fais m'as! 

he, Auberons, tes gens cors que fera? 

10. IS. 43. 44 dix. 22 n'ert. 29 moi. 45 m'a. 



201 



HUON DE BORDEAUX. 



202 



moult iés malvais se de moi pité n'as, 
car par celui qui tout fist et forma, 
quant je menti a ce pont par delà, 
f ne me soiiviut de çou que me carcas. 
se fiés preudom, tout le me pardouras.' 
puis dist après 'dehait plus plouera! 
se il me faut, la dame m'aidera 
qui le cors deu eu ses dous flans porta, 
qu'eu li se tie, dfsconlis ne sera. 
et par chelui qui le mont estera, 
j'irai la sus, ne sai q'en avenra, 
et se dirai chou qe on me carca.' 
dont s'aparelle, qe plus n'i aresta: 
l'espee ot çainte, son elme adés laça, 
vers le palais l'eufes Hues s'en va. 

Vers le palais s'en va Hues li ber: 
tant atendi el palais a entrer 
que l'amirés fu asis au disner. 
dont i vint Hues et monta les degrés, 
l'auberc vestu, laciet l'elme jesmé, 
l'espee el puign qui jetoit grant clarté: 
et Hues est ens ou palais entré, 
en mi la sale fu Mahons aporté: 
il estoit mis sour deus pailes roes, 
par devant li ot quatre candelers, 
et sor cascun ont un cierge alumé. 
la ne pasoit Sarrasins ne Escler 
ne Fenclinast, volant tôt le barué. 
Hues pase outre, nel degna regarder, 
li Sarrasin l'ont forment regardé: 
dïent qu'il est mesaigiers d'outre mer, 
espoir qu'jl vient a l'amiral parler, 
bien les entent Huëlins li menbrés: 
tous cois se teut, si est outre pasés. 
devant le roi s'en vint uns amirés: 
por Esclarmonde se fist moult regarder, 
qui il devoit a moillier espouser. 
riches hom fu et de grant parenté, 
'he dex', dist Hues, 'cestui doi jou tuer, 
se ne me veul vers Karlon parjurer, 
mais par chelui ki en crois fu pené, 
je nel lairai por homme qui soit né 
que jou ne fâche chou qui m'est commandé: 
or face deus de moi sa volonté.' 
vint a le table par devant l'amiré, 
l'espee nue dont li brans fu dorés, 

s diu. 9 qu'ens. 14 ades laça]deslaça, 19 degré. 
■24 roe. 25 lui. 39 dix. 



tiert le paien, tel cop li a donné, 

le teste en fist sour le table voler, 

que l'amirés en fu ensanglantés. 

'dex, boine estrine', dist Hues li menbrés, 
5 'ce m'est avis j'ai le paiien tue: 

de cestui sui-ge vers Karlon aquités.' 

et l'amirés commença a crier: 

'baron', dist il, 'che glouton me prendés! 

s'il vous escape, tout sommes vergondé.' 
10 et Sarrasin asalent de tous lés: 

chil se desfent cui li mestiers en ert. 

vers l'amiral est Hues reculés : 

il prist l'anel qu'il ot el braç bouté, 

desour la table l'a maintenant jeté. 
15 'amirés sire', dist Hues, 'esgardés! 

a ces enseignes ne me faites nul me).' 

li amirés a l'anel esgardé, 

lues qu'il le vit, si l'a bien avisé, 

a haute vois commença a crïer: 
20 'paien', dist il, 'en sus de li aies! 

car par JMahom qui je dois aorer, 

il n'a çaiens Sarrasin ne Escler, 

tant soit haut hom, se il li faisoit mel, 

que il ne soit pendus et traînés.' 
25 adonc le laisent paien tout coi ester, 

car il redoutent le commant l'amiré. 

et Hues est tous cois iluec remés. 

l'amirés l'a maintenant apielé. 

'sire', dist Hues, 'faites ma volonté!' 
30 dist l'amirés 'vasal, tu pues aler 

par mi ma sale et de lonc et de lé. 

se tu m'avoies cinc cenz hommes tué, 

n'avras tu garde par homme qui soit né.' 

et Huëlins s'en est avant pasé, 
35 vint a le fille Gaudise l'amiré, 

trois fois le baise por sa foi aquiter. 

celé se pasme quant sent le baceler. 

dist l'amirés 'a vous fait issi mel?' 

'sire', dist ele, 'bien porai respaser.' 
40 une pucelle vint devant li ester: 

ele Tapelle con ja oïr porrés. 

'ses tu', dist ele, 'por coi m'estuet pasmer'?' 

'naie', dist ele, 'par Mahomet mon dé.' 

dist Esclarmonde 'certes, vous le savrés. 
45 sa douce alaine m'a si le cuer emblé, 

se jou ne l'ai anuit a mon costé, 

4 diex. 20 lui. 22 Sarrasins. 33 n'aras. 
40 pucele. 41 apiele. 44 sares. 



203 



XIP SIECLE. 



204 



g'istrai dou sens ains qu'il soit ajorné.' 
et Hues est arrière retournés: 
u voit Gaudise, se l'en a apielé. 

'Amirés sire', ce dist Hues li frans, 
*je ne sui mie en vostre deu crëans 
ne pris Mahon le monte d'un besant, 
ains croi celui qui espandi son sanc 
et qu'en la crois pendirent li tirant, 
nés sui de France, de le terre vaillant, 
et sui hom liges Karlemaine le franc, 
li empereres a moult le cuer dolant, 
car ne set prince dessi en orïant 
dessi qu'en Acre ne desqu'en Eocidant, 
tant que mers voist ne ciex acovetant, 
que il ne soient desous )i aclinant, 
fors vostre cors que chi voi en presant. 
li rois vous mande o le fier hardemant, 
que, puis celé eure que Jhesus fist Adant 
e k'il perdi Olivier et Eollant 
en Rainscevax, u ot domage grant, 
n'ala li rois tant de gent asanlant 
que il fera a cest esté avan. 
mer pasera a nef et a calant 
et si verra deseur vous cevauçant. 
se il vous tient, par deu le raëmant, 
il vous pendra, ja n'en avrés garant, 
s'ançois nen estes en damedeu créant, 
a grant dolor morrés vous et vo gent. 
et se volés eskiever ce torment, 
dont vous faciès batisier erroment, 
si recevés le bautesme avenant.' 
dist l'amirés 'je n'en ferai noiant, 
ne pris vo deu un denier valissant.' 

'Dans amirés', dist Hues, 'entendes: 
encor vous mande rois Karlemaines el. 
car il vous mande mil espreviers mués 
et mil ostoirs, ja mar le meskerrés, 
mil ours, mil viautres, trestous encaïnés, 
et mil vallés, tous jouenes bacelers, 
et mil pucelles, toutes de grant biauté. 
si m'ait dex, encor vous mande il el: 
car il te mande tes blans grenons mellés 
et de te geule quatre dens maselers.' 
dist l'amirés 'tes sire est fos provés; 
je ne le pris vaillant un ail pelé, 
s'il me donnoit trestoute s'ireté, 

6 besans. 9 terc. 26 ares. 27 daraediu. 
33 dieu. 36 mue. 40 puceles. biautcs. 44 te sire. 



ne laiseroie me blance barbe oster 

ni en après quatre dens maselers. 

quinze mesaiges a fait çaiens entrer: 

il n'en vit onques un tôt seul retorner, 
5 tous les ai fait escorcier et saler, 

et, par Mahon, li sesimes serés; 

mais por l'anel ne t'osons adeser. 

or te veul jeu sor ton deu conjurer 

et sour la loi que tu as a garder, 
10 puis que tu dis qe t'es de France nés, 

quel vif diable forent l'anel donné?' 

or ne puet Hues en avant reculer, 

car trop redoute Auberon le faé, 

'dans amirés', dist Hues au vis cler, 
15 'si m'aiut dex, je dirai vérité 

(par saint Denis, que vauroit li celers?): 

j'ai ton segnor ochis et decopé.' 

l'amirés l'ot, si commence a crïer: 

'baron', dist il, 'lairés l'en vous aler? 
20 s'il vous escape, tôt sommes vergondé.' 

paien l'entendent, vers Huon sont aie; 

dont l'asalirent et en coste et en lés. 

cil se desfent cui li mestiers en ert. 

un arc volu a Hues regardé: 
25 celé part vint et s'i est acostés. 

derrier n'a garde li gentis baceler. 

il tint el puing le bon branc acéré. 

cui il consieut a le lin est aie: 

mar querroit mire, que tost l'a meciné. 
30 mal de cbelui qui ost vers li aler. 

quartoze en a ocbis et afinés. 

mais la li vint une grant povretés: 

du puing li vole li brans d'acbier letré. 

un Sarrasin l'a maintenant conbré, 
35 errant s'en torne et si l'en a porté, 

puis l'a maint jor en un escrin gardé. 

droit a Huon sont a un fais aie: 

vausist u non, l'ont a terre versé. 

uns Sarrassins s'en est avant passé, 
40 du col li oste le cor d'ivoire cler 

dont il soloit Auberon apeler. 

un autre Turs a le hauap osté. 

li autre l'ont maintenant desarmé, 

du dos li ostent le bon bauberc safré. 
45 ens el blïaut est lïuës demorés. 

puis l'ont conduit droit devant l'amiré. 

1 ester. 2 nasclcr. 15 m'ait dix. 16 celer: 
cf. 10010. 30 lui. 38 tere. 



205 



HUON DE BORDEAUX. 



206 



Hues fu biaus et de moult jouene aé, 

clere ot le face, le vis traitiç asés; 

mais il l'avoit un petit camousé 

por le hauberc ke 111 avoit porté. 

li Sarrasin l'ont asés regardé, 

dist l'uns a l'autre 'voies bel baceler: 

il ne fu fais fors que pour esgarder. 

belle gent sont en France le régné: 

c'iert grant damages quant l'estevra liner.' 

et l'amirés a se gent apielé: 

'baron', dist il, 'or ça avant venes; 

de quele mort ert cis caitis tues?' 

dïent paien 'sire, car le pendes!' 

iluec avoit un Sarrasin Escler: 

amirés ert set vinz ans ot passés, 

consilliers ert Gaudise par vreté, 

de moult bien dire estoit acoustumés. 

u voit Gaudise, se l'en a apielé: 

'amirés sire', dist il, 'or m'entendes! 

je vous dirai comment devés errer. 

il est hui feste saint Jehan en esté; 

tu ne dois faire justice, par mon dé, 

se tu ne veus contre ta loi aler. 

cis ne doit estre si faitemeut tues, 

ains le devés en vo cartre jeter, 

et a mangier li fai asés donner: 

un an tout plain le t'estevra garder. 

quant che venra en mi le tans d'esté, 

a saint Jehan qe devons célébrer, 

dont ferés vous cestui chi délivrer. 

si li devés un campïon trover, 

a cui se puist combatre en camp malé. 

et se cis puet ton campïon mater, 

laissier l'en dois tout par amors aler 

et bon conduit li dois faire livrer, 

que il s'en puist ater a sauveté. 

et se li tiens puet cestui conquester, 

cis doit bien estre pendus et traînés.' 

dist l'amirés 'bien vous ai escouté: 

se mes ancestres l'a ensement usé, 

je ne quier ja contre ma loy aler.' 

dist li paien 'oïl, par vérité.' 

adons fu Hues tôt maintenant combré, 

dedens le cartre fu errant dévalé. 

li amirés l'a ensi commandé, 

et si a dit que on li doinst asés. 

8 biele. 9 c'ert. ig vretes. 18 apieles. 
31 le. 39 escoutcs. 



'he las' dist Hués 'con ci a mal ostel' 

or vous dirai de la dame al vis cler, 

qui estoit fille Gaudise l'amiré, 

ens son lit jut et ne pot reposer; 
5 amors le poinst qui ne le laist durer. 

elle se lieve, que n'i pot demorer, 

un cierge prent qu'ele ot fait embraser. 

vint a le cartre, s'a le cartrier trové 

u se dormoit par delcs un piler: 
ic tôt bellement li a les clés enblé, 

l'uis de le cartre a errant desfremé. 

'he dex', dist Hués, 'qui me vient viseter? 

sainte Marie, est il ore ajorné?' 

dist la pucelle 'mar vous esmaierés, 
15 Hues, biau frère, ensi foi jou nommer, 

je sui le fille Gaudise l'amiré, 

que vous baisastes bui matin au disner. 

vo douce alaine m'a si le cuer enblé, 

je vous aim tant que je ne puis durer. 
20 se vous volés faire ma volenté, 

consel métrai qe serés délivrés.' 

'dame', dist Hues, 'laisiés tôt çou ester! 

Sarrasine estes, je ne vous puis amer. 

je vous baisai, çou est la vérités, 
25 mais je le fis por ma foi aquiter, 

car ensi Toi a Karlon créante. 

se dévoie estre tos jors emprisonés 

en ceste cartre tant con porai durer, 

ne quier jou ja a vo car adeser.' 
30 'amis', dist ele, 'dont n'en ferés vous el?' 

'naie, voir, dame, par sainte carité.' 

'par foi", dist ele, 'et vous le comperrés.* 

le cartrier a erroment apeJé: 

'amis', dist ele, 'envers moi entendes! 
35 je te desfenc, sour les ex a crever, 

que ce François ne doinses qe disner 

desc'a trois jours, ce te veul commander.' 

et cil a dit 'dame, a vo volenté!' 

trois jours tos plains, tant le laissa juner. 
40 au quart jour est Huëlins desperés, 

'be las', dist Hues, 'il n'est ne pains ne blés ; 

or voi ge bien, je serai afamés. 

he, Auberons, pullens nains bocerés, 

cil te maudie qui en crois fu penés! 
45 por poi de cose m'as or coilli en hé ; 

voir vers ton cors ne fesisse pas tel. 



12 dix. 24 pucele. 



comperre. 



35 lex. 



207 



Xlle SIECLE. 



208 



ne m'en pris garde, se me puist dex salver, 

quant je menti al premier pont paser. 

sainte Marie, praigne vous en pité, 

roïne, dame, vostre homme secoures, 

que il ne soit honnis ne vergondés.' 

tôt canqe Hues a dit et devisé, 

li damoisele a trestout escouté. 

vint a le cartre, s'a Huon apielé. 

'vasal', dist ele, 'estes vous porpensé? 

vauriiés faire chou que j'ai devisé? 

se me voliés plevir et crëanter 

que, se poiiés de çaiens escaper, 

vous m'enmerriés o vous en vo régné, 

par Mahomet, je ne vous queroie el. 

se chou me veus otroier et gréer, 

je te donrai a mengier a plenté.' 

'dame', dist Hues, 'si me puist dex salver, 

se jou dévoie tos les jors deu fiamer 

dedens infer, ens la cartre cruel, 

si ferai jou toute vo volonté.' 

'par foi', dist ele, 'or as tu bien parlé: 

por vostre amor qerrai en damedé.' 

dont li a fait a mengier aporter: 

Hues menga qui moult l'ot désiré. 



et la dame a le cartrier apielé: 
'amis', dist ele, 'savés que vous ferés? 
ens el palais a mon père en irés, 
et se li dites, gardés ne li celés, 

5 que li François qui ert emprisonés 
est mors de faim et de grant povreté, 
bien a tierç jor: tout issi li dires.' 
et chil a dit 'dame, a vo volenté.' 
puis a Huon pourvcu a son gré 

10 de tout ichou qe il li vint a gré, 
de rices mes, de vin et de claré. 
et li cartriers s'en est atant torné, 
vint el palais, l'amiral a trové : 
'sire', dist chil, 'par Mahom, ne savés? 

15 li crestiiens c'aviens emprisoné, 

qui ert de France, de faim l'ai mort trové, 
et ens vo cartre a se vie iiué.' 
l'amirés l'ot, s'en fu grains et irés: 
'che poise moi, par Mahommet mon dé. 

20 mais puis q'est mors, or le laisons ester: 
Mahoms ait s'ame par la soie pité ! ' 
ensi fu Hues de la mort respites, 
et li cartriers li donna a plenté 
de tel mengier que il veut deviser. 



TRADUCTION D'UN SERMON DE SAINT BERNARD. 

Les quatre livres des rois traduits en français du Xlle siècle publiés par Le Roux de Lincy, Paris 

1841, p. 566 — 571. Comparé avec le manuscrit {fonds Feuillans 9, fol. 134.) par M. Schirmer. 

W. Forster, Li Sermon Saint Bernari, Romanische Forschungen II, 157 — 161. 

Uns sermons communs. -5 ordenes des penauz et des continanz ki en- 

Granz est ceste mers, chier frère, et molt tendent solemeut a deu. Et Job, ki droitu- 
large; c'est ceste présente vie ke molt est riers despensiers fut de la sustance de cest 
amere et molt plaine de granz ondes, ou trois munde, siguifïet lo fëaule peule qui est en ma- 
manieres de gent puyent solement trespesseir, rïaige, a cuy il loist bien avoir en possession 
ensi k' il delivreit en soient, e chascuus eu 3o les choses terrïenes. Del primier et del secont 
sa manière. Troi homme sunt: Noé, Daniel nos co vient or parler, car ci sunt or de pre- 
et Job. Li primiers de cez trois trespesset a sent nostre frère, et ki abbeit sunt si cum 
neif, li seconz per pont et li tierz per weit. nos, ki sunt del nombre des prelaiz; et si sunt 
Cist troi homme signifient trois ordenes ki sunt assi ci li moine ki sunt de l'ordene des penanz 
en sainte église. Noê conduist l'arche per mei 35 dont nos mismes, qui abbeit sommes, ne nos 
lo péril del duluve, en cui je reconois aper- doyens mies osteir, si nos per aventure, qui 
menmes la forme de ceos qui sainte église ont jai nen avignet, nen avons dons oblïeit nostre 
a governeir. Daniel, qui apeleiz est bers de profession por la grâce de nostre office. Lo 
desiers, ki abstinens fut et chastes, il est li tierz ordene, c'est de ceos ki en marïaige 

40 sunt, trescorrai ju or briément, si cum ceos 
1 dix. 5 honneis. 1" dix. IS diu. 29 trcs- 
peisser L {Le Roux de Lincy). 35 apmcmes Ms. 18 ire. 30 ne avignet ne n' L. 



209 SERMON DE SAINT BERNARD. 210 

qui tant nen apartienent mies a nos cum li per uns awillons destraignent et bottent assi 
altre. c'est cil ordenes ki a weit trespesset cum a lor mains, ensi ke celui covient loquel 
ceste grant meir; et cist ordenes est molt pe- ke soit esleire, c'est ou esploitier ou del tôt 
nevous et perillous, et ki vait per molt longe défaillir. Ne nos covient donkes mies resteir 
voie, si cum cil ki uule sente ne quiereut ne 5 et molt moens nos covient ancor rewardeir 
nule adrece. En ceu appert bien ke molt est ayere ou nos ewier as altres ; mais mestiers nos 
périlleuse lor voie, ke nos tant de gent i est ke nos corriens et ke nos nos hastiens en 
vëons périr, dont nos dolor avons, et ke nos tote humiliteit, ke cil ne soit aucune fieye 
si poc i vëons de ceos ki ensi trespessent trop eslonziez de nos qui fors est issuz si cum 
cum mestiers seroit ; car molt est griés chose lo giganz por corre la voye. Si nos cestui assa- 
d'eschuïr l'abysme des vices et les fosses des vorons et nos adés lo mattons davant l'eswart 
criminals péchiez entre les ondes de cest de nostre cuer, dons corrons nos ligierement 
seule, nomeyement or en cest tens ke li ma- et tost trait per son odour. Ne nen atrove- 
lices est si enforciez. Mais li ordenes des runt mies trop estroite la sente del pont cil 
continenz trespesset a pont, et nen est nuls 15 qui per lei verront corre. Dé trois tisons est 
ki bien ne saichet ke ceste voie ne soit plus faite ceste sente, por ceu ke li piet de ceos 
briés et plus legiere et plus sëure. Mais ju ki a lei se verront apoier ne puist glacier en 
îarai or ester lo los, et si materai avant les la voie. Li primiers est li poine del cors, li 
periz ki sunt en ceste voie; car ceu valt molt seconz li povertez de la sostance del munde, 
miez et si est plus utle chose. Droite est 20 li tierz li obédience d'umiliteit; car per main- 
voirement, chier frère, nostre sente et plus tes tribulations nos covient entrer el règne de 
sëure de la voie des mariez ; mais nen est deu; et cU. ki welent devenir riche chieent 
mies totevoies sëure del tôt. Trois periz at ens temptatïons et el laz del dïaule ; et cil ki 
en nostre sentir: ou quant ancuens se welt de deu se départit per inobedience, repairet 
ewier per aventure a un altre, ou quant il 25 senz dotte per obédience a lui. Et por ceu 
welt ayere raleir, ou esteir el pont. Nule de covient il ke cez trois choses soyent ajointes 
cez trois choses ne puet soffrir li estrece del ensemble, car li poine del cors ne puet estre 
pont et li estroite voie ke moinet a vie. estaule entre les richesces, ne li obédience 
Fuyons, chier frers, lo péril de tenzon, ensi senz la poine ne puet mies estre ligierement 
c'uns chascuns de nos preist ensemble la 30 discrète, et li poverteiz en deleit ne puet estre 
prophète ke li piez d'orgoil ne nos vignet, car estaule ne glorïouse. Mais eswarde si tu per- 
lai chaiirent cil ki font malvestiet. De celuy feitement nen es delivreiz des periz de ceste 
qui la main at mis a la charrue et après se meir, quant cez choses sunt ateirieies ensi 
retornet ayere, est certe chose qu'il apermen- cum eles doyent estre, c'est lo cuvise de la 
mes trabuchet et ke li mers cuevret son chief. 35 char, et lo cuvise des oyls et l'orgoil de vie. 
Cil mismes ki ester welt , ancor ne lacet il Et dons seront eles a droit ateirieies si tu eu 
mies la voie, sel covient il totevoies chaor per la poine eschuïs l'impacïence , en la poverteit 
ceu qu'il ne welt esploitier , car cil ki après lo cuvise et en l'obedïence ta propre volenteit ; 
vont lo bottent et trabuchent. Estroite est li car cil qui murmurarent périrent per les ser- 
voie, et cil qui esteir welt est a enscombre- 40 penz, et cil qui welent estre riche, U ne dist 
ment a ceos qui welent aleir avant et ki de- mies cil qui sunt riche, mais cil kel welent 
sirent esploitier. De ceu est ceu ke li altre estre, chieent el laz del dïaule. Mais k'i iert 
l'arguënt et reprennent et dïent k'il sofiErir ne il de ceu si tu, ke jai nen avignet, desires 
puient la perece de sa tevor, cuy il assi cum si ardanment, ne di mies richeses, mais nés 

15 n'en L. 22 ne n'est L. 32 malvaistiet L. 

34 est] ë Ms. ce qui signifie est; ert ceste L. 10 voie L. 13 n'en L. 22 riches L. 23 tempta- 

apmëmes Ms. 36 uuelt Ms. 37 p Ms.; por L. cions L. 26 soient i. 32 n'en L. 36 aterieies Z. 

Baetsch, Chrestomathie. VI. Éd. 14 



211 XII^ SIECLE 212 

celés choses mismes k'a poverteit apartienent si dexendent enjosk' a en enfer, car or trai- 
ou nés ancor plus ardanment ke li gent del tent des espiritels choses et des haltes et or 
seule ne facent les richesces? Quele des- déjugent les oyvres orribles et mortels. Mais 
sevrance puet ci avoir kele ke li sostance soit ou porat estre atroveie celé neis ke si granz 
c'um desiret, puez que li cuers est ewalment 5 ondes et si forz puist sostenir et estre sëure 
corrumpuz, si de tant non ke ceu samblet en si grant péril? Certes, forz est amors si 
estre plus soffraule chose, désirer plus ardan- cum morz, et dure si cum enfers chariteiz, 
ment celés choses ke de plus grant preis sunt dont tu leis en un altre leu ke les granz 
quels k'eles soient! D'altre part, cil dezoit awes ne poront mies estignre la chariteit, 
lui mismes ki ensi se contient auvertement ou lo Molt est nécessaire del tôt ceste neis al pre- 
receleiement, ke ses prelaiz ne li enjoignet se lait, faite et ajointe de trois planches si cum 
ceu non qu'il welt; et eu ceste chose est an- est li faiture des neis, ensi ke, selonc la doc- 
zois li prelaiz obedïens a lui k'il ne soit a son trine saint Pol , soit li chariteiz de pur cuer 
prelait. Mais por ceu ke nostre salveires dist et de bone conscience et de foit niant finte. 
k'en celé mesure ke nos avérons mesuriet, 15 La purteit del cuer ait en ceu li prelaiz k'il 
reserat mesuriet a nos, si est bone chose a desirst l'esploit d'altrui et ne mies qu'il voillet 
l'omme k'il cez choses donst a comble, por estre sires sor altrui, ensi k'il en l'onor ou 
ceu k'il soit del nombre de ceos a cui om deus l'at mis ne quieret ne son propre prout 
donrat en lor sains mesure bone et plaine et ne l'onor del seule, mais ke lo plaisir de deu 
chauchieie et sorussant. Bien soffeist a sal- 20 et la salveteit des ainrmes. Mais ensemble la 
veteit soffrir pacïenment les grevances del pure entencïon est assi mestiers ke li conver- 
cors, mais acomblemenz est quant om les satïons soit telle k'il n'i ait ke repenre, ensi 
embracet nés per ardant desier. SofFeire puet qu'il soit forme et examples de vie a ses soz- 
a salveteit quant li cuers ne requiert nule geiz ; et si encommenst a faire et a ensaignier 
superfluiteit, ne ne murmuret nés dons quant 25 selonc la reule de nostre maistre. En ses 
celés choses mismes li défaillent ke necessai- oyvres doit mostrer li prelaiz ke tôt ceu ne 
res li seroient; mais acomblemenz est quant doit om mies faire qu'il ensaignet a ses dis- 
il en ceu mismes s'esjoïst, et il volentiers ciples estre contraire a lor salveteit, por ceu 
quiert cornent uns altres ait plus permei sa ke cil cui il arguët et reprent ne puist mur- 
besoigne mismes. Bien soffeist assi a salve- 30 mûrier encontre lui et dire: 'Sire meies, saneiz 
teit si tu humlement et senz aucune boisie vos mismes', car tels ockesons est molt griés 
•weJs embaissier lo cuer de ton prelait a ceu dampnacïons al prelait et molt granz perdi- 
ke tu desires, mais acomblemenz fuir nés cïons as sozgeiz. Ju ne parole mies de ceu 
celés choses ou te sens ke ta propre volenteiz assi cum ju endroit de mi m'en eschuïsse bien, 
puet penre deleit , et ceu faces tant cum tu 35 mais li veriteiz huchet et a mi et a toz les 
pues per bone conscience. Mais li prelait ce altres ensemble qu'il covient ensi vivre celui 
sunt cil ki ens neis dexendent en la meir, et ki paistres est, c'um ne puist nule chose re- 
ki en maintes awes se travaillent; il ne sunt penre en sa vie, ensi qu'il a sëure conscience 
destroit per nule sente de pont ne de vfeit, puist respondre ensenble nostre signor a ceos 
por ceu k'il delivrement poient corre et zai et 40 qui ne welent aëmplir sa parolle: 'Li quels 
lai, et soscorre a un chascun selonc ceu ke de vos m'arguërat de pechiet?' Ne mies k'il 
mestiers est et adrecier la sente del pont ou del tôt puist estre senz pechiet en ceste chai- 
encerchier lo weit et ordeneir ceos ki per tive vie, mais par ceu qu'il covient lo pastor 
mei passent. Cist montent enjosk' a ciel et molt cusencenousement eschuïr totes celés 

1 appartienent L, 6 non] lï Ms. 10 avuerte- 14 bonne L. fois L. 18 ne devant son manque L. 

ment Ms. et L. 25 supfujteit Ms. 26 deffail- 20 airnies Ms. 29 murmureir Bartsch. 33 az L. 

lent L. 32 cuer Ms. et L. 34 senz L. 42 est 34 eschiusse L. 37 cil Ms.., c'un L. 39 ensemble L. 

manque L. 42 sanz L. 44 eschiur L. 



213 



RENART. 



214 



choses dont il chastïet ses sozgeiz. D'altre 
part, tels cum il est en sa conversation, tels 
covient il assi qu'il soit en sa receleie pense, 
k'il per defors ne soit ensi humles qu'il per 
dedenz en son cuer soit orguillous de sa 
science ou de sa force, car c'est senz dotte 
foyz fiute, quant il en la sole bonteit de deu 
ne mat sa t'iance, si cum mostret li humiliteiz 
de la conversacïon. Or eswarde cum propre- 
ment se concordent altres paroles ancor de 
l'apostle a cez trois choses: c'est a la purteit 
del cuer, a la bone conscïeuce et a la foit 
niant finte. 'Ne preis waires', dist il, 'si vos 
me jugiez ou li humains jors, car ju mismes 
ne me juge mies.' Ju ne me juge mies, dist 
il, car ju ne me sai de nule chose consachaule. 



Ju ne querrai mies ceu ke mien est, mais celés 
choses k'apartienent a Jhesu Crist ; et por ceu 
ne preis ju waires si vos me déjugiez por ma 
bone conscience et ma conversation, ou vos 

5 ne poez niant repenre. Mais c'est nostre 
sires, dist il, qui me juget; et ceu dist il por 
mostrer qu'il en lui solement avoit mise son 
espérance, humiliez desoz la poissant main de 
deu. A cez trois choses puet om ancor co- 

10 venaulement atorneir celés trois demandes ke 
nostre sires fist a saint Piere ensi ke ceu 
soit a dire 'ainmes me tu, ainmes me tu, 
ainmes me tu?' As tu chariteit de pur cuer 
et de conscience bone et de foyt niant foynte? 

15 Per droit fut donkes apelez de la neif cil qui 
devoit estre estauliz por pesxier les hommes. 



ROMAN DE RENART. 

Le Roman de Renart publié par D. M. Méon, Paris 1826, Tom. 1, p. 29—48, v. 749—1266. Comparé 
par M. Schirmer avec les mss. 1579 {anc. 7607), /b/. 5 (A), 371 [anc. 6985. 4, Cangé 68), fol. 111 
(E), 1580 {anc. 7607. 5), fol. 51 (C), ce dernier incomplètement. Cf. l'édition de 31. Martin (Stras- 
bourg 1882), /, p. 131 — 145. Comp. avec le second morceau le poème allemand de Heinrich le Gleissner 
dans Wachernagel, altdeutsches Lesebuck (4^ édition) 229, 10 — 234, 14. 



Si comme Renart manja le poisson aus 
chan-etiers. 

Seignors, ce fu en cel termine 
que li doz tens d'esté décline 
et ivers revient en saison, 
que Renart fu en sa maison, 
mais sa garison a perdue, 
ce fu mortel desconvenue: 
n'ot que donner ne que despendre 
ne ses detes ne pooit rendre; 
n'a que vendre ne qu'acheter 
ne s'a de coi reconforter. 
par besoing s'est mis a la voie; 
tôt coiement que nus nel voie 
s'en vait par mi une jonchiere 
entre le bois et la rivière. 



17 Titre dans B Cest la branche de R. com 
il fu getez en la charrete au pessonniers. 19 
Seignor B. icel C. 20 douz B, dous C. define A. 
21 vint a sa seson C. 22 Et C. 23 mais mangue A. 
despendue A. 24 descouenue A. 25. 26 manquent 
B. 26 doces— fandre B. pouet A. 27 doner BC 
28 sai B. 29 voe C. 30 Si B. quen len nel voe C. 
31 Se C. vet A, va B, met C. mie C. 



a tant fait et tant a aie 

qu'il entre en un chemin ferré: 

el chemin se croupi Renarz, 
20 si coloie de toutes parz. 

ne set sa garison ou querre, 

et la fains li fait sovent guerre. 

ne set que faire, si s'esmaie. 

lors s'est couchiez lez une haie: 
25 ilec atendra aventure. 

atant es vos grant alëure 

marchëanz qui poisson menoient 

et qui devers la mer venoient. 

harenz fres orent a plenté, 
30 que bise avoit auques venté 

trestoute la semaine entière, 

et bons poissons d'autre manière 

1 qui errai L. 3 par L. 11 Pierre L. 12 
aimes J/s., ainmes L. 14 foit L. 15 apelet L. 
17 fet etc. AC. Si a — tant erre C. erre BC. is 
vint C. 19 ou i?. 20 Molt C. 21 sot B. gairi- 
son B. 22 fain A. forment C. Car la fet molt 
grande (?) guerre C. 23. 24 manquent C- sot B. 
25 ileuc B. atendre C. 26 atant venoit par aven- 
ture C. 27 Marcheant C. 29 fres manque C 
30 auques] la nuit C. 31 que toute B, et tote C- 

14* 



215 



Xlle SIECLE. 



216 



orent assez granz et petiz, 

dont lor paniers furent garniz, 

que de lamproies et d'anguiles 

qu'il orent acheté as viles 

bien fu chargiee la charrete. 

et Renarz qui le siècle abete 

fu bien loing d'eus près d'une archiee, 

quant vit la charrete chargiee 

des anguiles et des lamproies. 

fichant musant par mi ces voies 

cort au devant por eus deçoivre: 

ainz ne s'en porent aparçoivre. 

lors s'est couchiez en mi la voie: 

or oëz com il les desvoie. 

en un gason s'est ventreilliez 

et comme morz apareilliez 

Renarz qui tôt le mont engingne: 

les euz clôt et les denz rechingne, 

si tenoit s'alaine en prison. 

oïstes mais tel traïson? 

illeques est remés gesanz. 

atant es vos les niarchëanz: 

de ce ne se prenoient garde. 

li premiers le vit, si l'esgarde, 

si apela son compaignon: 

*vez la ou gorpil ou tesson!' 

li uns le vit, si s'escrïa 

'c'est un gorpil, va, sel pren, va, 

filz a putain, gart ne t'eschat!' 

or savra il trop de barat 

Eenarz, s'il ne laisse l'escorce. 

li marchëanz d'aler s'esforce 

et ses conpains venoit après. 

qant il furent de Renart près, 

1 grant et petit B. 2 qui lor p. ont bien emplis 
C. 3 lamprees que C. danguilles A. 4 villes AC. 
l fu bien C. chargie ^C, charchie B. 6 Et maiyque 
C. E. tovs les mss. tôt le C. monde A. 7 dels C, 
dans B. plus C. archie AB, archee C. s chargie 
AB, carchie C. 9. 10 intervertis C. anguilles A. 
10 Quencût fuiant C. les C. haies A. il court BC. 
c. avant C. els AC, aus B. 12 Quil C. se BC. 
puissent C. 14 con il C, conment A. 15 A C. 
uason B. ventrelliez C, uieutilliez B, touoilliez A. 
16 mort AC. 17 qui tant dômes C. monde B. 
18 eulz A, iaus B. éloigne C. 19 Et tint C. 20 
niesprison C. 21 ileuques B. gisans C, gisant B. 
22 marchans C. 24 le A. 26 veez la g. C. gaignon 
B, guingnon C. 27 voit A. Quant cil le C 2S 
cest li gopil C. si li C. 29 gar quil ne C. eschape 
B. 30 batat B. 31 si ni B. lest v. 1' e. C. 32 mar- 
cheant A. 34 tant qui quil C. 



le gorpil trovent enversé; 

de toutes parz l'ont leversé, 

pincent le col et puis la coste, 

il n'ont pas pëor de tel oste. 
5 li uns a dit 'quatre sols vaut'; 

li autre a dit 'assez plus vaut, 

ainz vaut cinc sols a bon marchîé. 

ne somes mie trop chargié: 

jetons le en nostre charete. 
10 vez con la gorge a blanche et nete.' 
A cest mot se sont avancié. 

en la charete l'ont chargié 

et puis se sont mis a la voie. 

li uns a l'autre en fait grant joie 
15 et dient, ja n'en feront el, 

mais enquenuit a lor ostel 

li reverseront la gonele. 

or ont il auques la favele: 

mais Renarz n'en fait que sourire, 
20 que moult a entre faire et dire. 

sor les paniers se gist adenz, 

si en a un overt as denz, 

et si en a, bien le sachiez, 

plus de trente harenz sachiez. 
25 auques fu vuidiez li paniers, 

qu'il en menja moult volentiers, 

onques n'i quist ne sel ne sauge. 

encor ançois que il s'en auge 

getera il son ameçon: 
30 il n'en ert mie en soupeçon. 

l'autre panier a asailli, 

son groicg i mist, n'a pas failli 

qu'il n'en traisist fors des anguiles. 

Renarz, qui sot de tantes guiles, 

1 truevent B, uoie C. 3 retorne B. 3 les- 
corce B. 4 paor de sa force B. 3. 4 Nont ore 
garde quil les morge Pinsent le dos et puis la 
gorge C. Prohablevient les rimes primitives étaient 
la gorge: sa force. 5 quatre m A, que m C. 

6 autrez C. a manque BC. se dex me saut C. 

7 valt A. c. s.] bien v. B, iiii C. 9 giton le nos 
sor C. 10 con manque B. est blache C. 11 icest 
B. se manque BC. 13 si lont ou (el) charretil 
gite (lancie) BC. 14 un A. en mangue C. font A. 
15 et d. ne feron ore el C. 16 nostre C. 1" re- 
verseron C. 18 or lor plet C. 19 ne B. ne se 
fet foz rire C. 21 se vit BC. 22 sen a A. deus 
overs C. par d. B. 26 niolt par en maia v. C. 
2S ainces quil C. 30 iert B. je ne sui mie C. 
31 asaillir C. 32 groig A. De m miez ni a C 

33 quil en traist B, q.en a tret C. m res dang. C. 

34 meintes C. 



217 



RENART. 



218 



trois hardiaus mist entor son col: 

de ce ne fist il pas que fol. 

son col et sa teste passe outre, 

les hardeillons moult bien acoutre 

desor son dos que bien s'en cuevre: 

des or puet il bien laissier uevre. 

or li estuet engin porquerre 

conment il vendra jus a terre: 

n'i trove planche ne degré. 

agenoilliez s'est tôt de gré 

por esgarder a son plaisir 

conment il puisse jus saillir. 

lors s'est un petit avanciez, 

des piez devant s'est tost lanciez 

de la charete en mi la voie; 

entor son col porte sa proie. 

Après qant il ot lait son saut, 

as marchëanz dist 'diex vos saut! 

cil hardel d'anguiles sont nostre 

et li remananz si est vostre.' 

et qant li marcbëant l'oïrent, 

a merveilles s'en esbaïrent, 

si escrïent 'vez le gorpil!' 

cil saillirent au charretil 

ou il cuidierent Renart prendre; 

mais il ne volt pas tant atendre. 

li premier dist, qant se regarde, 

'si m'ait diex, mauvaise garde 

en avomes pris, ce me semble.' 

tuit fièrent lor paumes ensemble. 

'las, dist li uns, con grant domage 

avon eu par nostre outrage! 

moult estïon fol et musart 

trestuit qui crëïon Renart. 

les paniers a bien soufaschiez, 

si les a auques alegiez 

1 — 2 manquent BC. troi A. 4 les ii har- 
dailles B. acroute A. 5 tôt sen C, tôt sanz B. 
ceure: eure A, corre: euure B, covre: oure C. 
6 porra bien C. 7 enging AB. 10 A genoUons 
sest trest tôt C. il por voir et por esgarder C. 
12 porra B. Corn son sant porra uuenz garder C. 
14 sestoit 1. AB. 17 Et puis C. ot manque C 
19 cist C. hadel B, tantet C. est C. 20 remanans 
AC. si est] soit BC. uoutre B. 21 Li marchanz 
quant il C. 22 merueille A. s'en] s C. 23 veez C. 
26 uost B. nés voloit pas a. C, 27 Li uns de 
machans esgarde C. 2S a lautre dit C. maist B. 
29 Avomes prise B. 31 conpoinz B. 32 avons B. 
33 estions B, estoion C, etc. 34 Andui C. 35 
soufaichiez C, eslaschiez C. 36 et les C. alaicMez 
B, forfauchiez C. 



que deus granz anguiles en porte: 

la maie passion le torde!' 
'Ha', font li marcbëant, 'Renart, 

moult par estes de maie part: 
s mau bien vos puissent eles faire!' 

et Renarz lor prist a retraire 

'vos direz ce que vos plaira: 

je sui Renarz qui s'en taira.' 

li marcbëant vont après lui, 
to mais il nel bailleront mais hui, 

car il ot trop isnel cheval. 

ainz ne fina par mi un val 

tant que il vint a son plaissié. 

lors l'ont li marcbëant laissié 
15 qui por mauvais musart se tienent: 

recrëant sont e si s'en vienent. 

e cil s'en va plus que le pas, 

qui passé ot maint mauvais pas, 

et vint a son ostel tout droit 
20 ou sa maisniee l'atendoit: 

encontre lui sailli sa famé, 

Hermeline la preude dame, 

qui moult estoit cortoise et franche, 

et Percehaie et Malebranche, 
25 qui estoient ambedui frère. 

cil se lievent contre lor père 

qui s'en venoit les menuz sauz, 

gros et joious et liez et bauz, 

les anguiles entor son col : 
30 mais qui que le tiengne por fol, 

après lui a close la porte 

por les anguiles qu'il en porte. 

Si conme Renart fist Ysangrin moine. 
35 Or est Renarz dedenz sa tor; 

si fil li font moult grant ator: 
bien li ont les jambes torchiees 

1 granz] ras C. 4 Tant B. 6 li A. Seignors 
nai soing de noise fere C. i Or C. quil vos A. 
S Et cest R. C. se BC. 9 marchanz C. Il il 
a tant C. igneU. 12 ouquez ne C. 13 tresque 
C. son] I C. 15 mauuez A, niauues BC. 16 
sont ariere t. C. 17 vet C. 18 mauves tous les 
viss. 19 chatel C 20 mesnie AC, mainie B. 
C intercale ici ces deux vers: qui assez avoit 
grant mesese. R. i entre par la hese. 21 la dame 

B, sespouse C. 22 Ermeline C, Ermelne B. la 
prode famé B, la franche touse C. 26 cil saillierent 

C. 28 grous B. joienz B, jaous A, saulz joeens 
C. 32 aporte C. 34 Le titre manque BC. 35 
renart A. 36 filz A. m. bel C. 



219 



XIP SIECLE. 



220 



et les anguiles escorchiees, 
puis ]es coupèrent par tronçons, 
deus hastiers firent de plançons 
de codre, et enz les ont boutez, 
et li feus fu tost alumez, 
qu'il orent bûche a grant plenté: 
puis l'ont de totes parz venté, 
lors les ont mises sor la brese 
qui des tisons lor fu remese. 
endementiers que il cuisoient 
les anguiles et rostissoient, 
es vos mon seignor Ysengrin 
qui erré ot des le matin 
jusqu'à celé heure en mainte terre 
et onques n'i pot riens conquerre; 
de jëuner estoit estens, 
que molt avoit eu mal tens. 
lors s'en torna en un essart 
droit devant le chastel Renart 
et vit la cuisine fumer, ' 

ou il ot fait feu alumer, 
ou les anguiles rostissoient 
que si fil es hastes tornoient. 
Ysengrins en sent la fumce 
qu'il n'avoit mie acostumee. 
adonc commença a fronchier 
et ses guernons a delechier: 
volentiers les alast servir, 
se 11 vosissent l'uis ovrir. 
il se trait vers une fenestre 
por esgarder que ce puet estre; 
il se conmence a porpenser 
conmeut porra laienz entrer, 
ou par proiiere ou par menace; 
mais il ne set lequel il face, 
car Renarz est de tel manière 
qu'il ne fera riens par priiere. 
acroupiz s'est sor une souche, 

2. 3 intervertis A. 3 et les espoiz font C par 
tronçons B. 4 coudre B. Ens es poiz les hont 
boutez C. 6 que bûche i ot C 7 lors C. de 
coste par verse B. 8 Si les C. 9 tisont i fu C. 
13 ot orre BC. 14 cel oure el C. 15 ne B. 
mes 0. riens ni pot C. 16. 17 manquent A. De- 
jeune e. estons (: tous) C. 17 mau B. 18 trova 
C. 23 es espoizt C. 25 pas C. 20 Del nés C. 
adont B. 28 saisir B. 30 mist C. 33 laiens A, 
leanz B, part enz C. 34. 35 manquent A. prière 
BC. par amor C. 35 mais il puet an oit enuor C. 
36 tele BC. 37 por A. proiére A, prière B. 



de baaiUier li delt la bouche: 

court et recourt, garde et regarde, 

mais tant ne se set doner garde 

que dedens puisse le pié mètre 
5 ne por doner ne por prametre. 

a la partin se porpensa 

que son conpere proiera 

que por dieu li doint, s'il conmande, 

ou poi ou grant de sa viande. 
10 lors apele par un pertuis 

'compère sire, ovrez me l'uis! 

je vos aport de mes noveles, 

je quit que moult vos seront bêles.' 

Renarz l'oï, sel connut bien; 
15 mais de tôt ce ne li fu rien, 

ançois li a fait sorde oreille. 

et Ysengrins moult s'en merveille, 

qui defors fu moult angoisseus 

et des anguiles covoiteus. 
20 si li a dit 'ovrez, biau sire!' 

et Renarz conmença a rire, 

si demande 'qui estes vos?' 

et cil respont 'ce somes nos.' 

'qui vos?' 'ce est vostre compère.' 
25 'nos cuidïons ce fust un 1ère.' 

'non sui', dist Ysengrins, 'ovrez!' 

Renarz respont 'or vous sofrez 

tant que li moine aient mengié, 

qui as tables sont arengié.' 
30 'conment', fait il, 'sont ce donc moine?' 

Renarz respont 'ainz sont chanoine, 

et sont de l'ordre de Tiron 

(ja, se dieu plaist, n'en mentiron), 

et je me sui rendu a eus.' 
35 'nomini dame', dist li leus, 

'avez me vos dit vérité?' 

'oïl, par sainte charité.' 

'donques me faites herbergier!' 

1 deult C, diaut B. 2 — 5 manquent A. 3 sot 
C. 4 meitre B. 5 prometre C, promestre B. 
8 dont A. li doint manque B. 11 Sire compère C. 
12 de mes] bones B^ belcs C. 13 por bones ten- 
droiz et por bêles C. 14 sil C, sou B. 15 fist C. 
17 se BC. 18 dehors C. sofroitoz C. 19 de C 
envioz C. 20 dist B. 25 que fuissez C. lerrets) 
ABC. 26 dit B. 27 soufrez AB. 29 qui au 
mangier C. 30 dont B. 31 respont R. B, nenil 
fet il C. 32 Si est B. dechiton C, descurion B. 
33 plet A. 34 a els C, o euls A. 36 dist B. 
38 Donc A. 



221 



RENART. 



222 



'ja n'avrïez vos que mengier. 
'dites moi donc, n'avez vos qoi?' 
Renarz respont 'oïl, par foi. 
or me laissiez donc demander: 
venistes vos por truander'?', 
'naie, ainz ving vëoir vostre estre.' 
Renarz respont 'ce ne puet estre.' 
'et por qoi donc?' ce dit li leus. 
et dist Renarz 'n'est ore leus.' 
*or me dites: mengiez vos char?' 
et dist Renarz 'ce est eschar 
que vos me dites, biau compère, 
qant nos recevrons a confrère, 
premièrement otr'iera 
que jamais char ne meugera.' 
'que menguënt donc vostre moine?' 
'jel vos dirai sanz nule essoine. 
ne menjuënt fromages mos, 
mais poisson qui est cras et gros: 
saint Benëoiz le nos conmande 
que nos n'aion pëor viande.' 
dist Ysengrins 'ne m'en gardoie 
ne de tôt ce mot n'en savoie; 
mais car me faites osteler! 
huimais ne savroie ou aler.' 
Renarz respont 'mais ne le dites! 
nus, s'il n'est moines ou hermites, 
ne puet ceenz avoir ostel. 
maiz alez outre! il n'i a el.' 

Isengrins ot et entent bien 
qu'en la maison Renart por rien 
qu'il puisse dire n'enterra, 
et que volez? si souferra, 
et neporquant il li demande 
un seul morsel de sa viande: 
'car m'en donez viaus un tronçon! 
nel di se por essaiier non. 
mais bon fussent eles peschiees 



les anguiles et escorchiees, 
se vos en deingniez mengier.' 
Renarz qui bien sot losengicr 
prist des anguiles deus tronçons 

5 qui rostissent sor les charbons, 
tant fu cuite que toute esmie 
et dessoivre toute la mie. 
l'un en menja, l'autre en aporte 
a celui qui est a la porte. 

10 lors dist 'compère, ça venez 
un poi avant et si tenez 
par charité de la pitance 
a ceus qui bien sont a fiance 
que vos serez moines encore.' 

15 dist Ysengrins 'je ne sai ore 
qu'il me sera, bien porra estre; 
mais la pitance, biau doz mestre, 
car me bailliez isnelement!' 
Renarz li baille, et il la prent, 

20 qui moult tost s'en fu délivrez: 
encor en menjast il assez, 
ce dist Renarz 'que vos en semble?' 
li lechieres fremist et tremble, 
de lecherie esprent et art: 

25 'certes', fait il, 'sire Renart, 
cist vos ert bien guerredonez: 
encor un seul car m'en donez! 
biau doz compère, por amordre 
tant que je fusse de vostre ordre.' 

30 'Par voz botes', ce dist Renarz 

qui moult fu plains de maies arz, 
'se vos voliez moines estre, 
je feroie de vos mon mestre, 
car je sai bien que li seignor 

35 vos esliroient a prier 

ainz pentecoste ou a abé.' 
'avez me vos dit vérité?' 



1 ariez A. 2. 4. 8 dont B. 5 por] dont B. 
€ nenil ainz voeil C. 9 Ce B. 12—15 manquent 
ABC: pris à Méon. 12. 13 compères: confrères. 
16 menjent A. dont B. 17 dire A. IS il C. 
mous BC. 19 Et C. quil ont bon et grous B, 
qui ont les gros couls C. 20 beneoioit A, be- 
neoist BC. 23 riens] mot C. 25 Mes hui C. 
saroie A, 28 ceains A. avoir ceenz B. 29 il 
manque B. 30 Isengrin AB. 32 faire C. 34 si 
lui C. 35 poison es ce bone y. C. 36 Or B. 
veax I B, un sol A. 37 non B, ne C. faz C. 
essaier mss. 38 peschies tous les tnss. 



4 dune anguile B. m BC. 5 routisoit B. 
-, dessevre C. 8 i— autre BC. 9 a manque BC 
est] atant B. 13 ceux A, caus B. sunt bien C. 
14. 15 encor: or B. 16 que me C. ferai C, sere A. 
17 maître B. 18 Que A. donez B. 19 Cil le 
bailla— la C. li] la ^. 20 tôt C l'ust A. 23 Et 
li C. lecherres A, lechierres B. 34. 25 interver- 
tis C. 26 il iert bien ce g. C. 27 manque C. 
quar me B. 30 vos AB. Prenez botez C. dit 
renart A. 31 estoit pi. B, estoit C. de renart B. 
art A. 32 volez B. 33 De vos feroie B, ge ferai 
de vos C. 34 Que BC. 35 a manque C. 37 vos 
ore gabe BC. 



223 



XII» SIECLE. 



224 



Renarz respont 'ouïl, biau sire. 

par mon chief je vos os bien dire, 

en vos avroit bele persone, 

qant avrïez vestu la gone 

par desus la pelice grise: 

n'avroit si biau moine en l'iglise.' 

'avroie je poisson assez 

tant que je fusse respassez 

de cest mal qui m'a confondu'?' 

et Renarz li a respondu 

'mais tant con vos porrez mengier.' 

'donques me faites rooingnier!' 

et Renarz dit 'mais rere et tondre.' 

Ysengrins commença a grondre 

quant il oï parler de rere: 

'or n'i a plus', fait il, 'compère, 

mais reez moi isnelement!' 

Renarz respont hastivement 

'avroiz corone grant et lee 

ne mais que l'aive soit chaufee.' 

oïr poëz ici biau geu: 

Renarz mist l'aive sor le feu 

et la fist trestote boillant. 

puis li est revenuz devant 

et sa teste encoste de l'uis 

11 fait bouter par un pertuis, 

et Ysengrins estent le col. 

Renarz qui bien le tint por fol 

l'aive boillant li a gitee 

desus la teste et reversée: 

moult par a fait que maie beste. 

et Ysengrins escoust la teste 

et rechigne et fait laide chiere. 

a reculons se trait ariere, 

si s'escrïa 'Renart, morz sui! 

maie aventure aiiez vos hui! 



1 ouil] naie B. Ce dist nenil b. s. C 3. 4 man- 
quent C. aroit 4, auret B. 4 Puis quauriez B. 
5 Foi que ge doit le cors saint Felise C. 6 bel 
B. ' poissons B. s que seroie B. rapases C. 40 
9 cel B. 10 renart A. 11 poroiez C. 12 or 
vos faites me B, ba car me i. C. 13 et vostro 
barbe r. BC. 15 du C. 16 ni aura B. n 
hastivement BC. 18 isnelement BC. 19 corone 
auroiz C. 20 Nest C levé AC. hatee C. 21 _gieu 
AB, iu C. 22 liave A, levé C. fu C. 24 si B. 
25 en coûte B. 29 levé AC, liave B. 30 et 
sor BC. le haterel versée C. renversée jB. 31 
fet AC, faist B. pute C. 32 escout BC 33 re- 
chine A. R. et fait (fit) moult 1. BC. 34 Et Y. 
se tret C. 35 mort A. 36 aiez AB. 



trop grant corone m'avez faite.' 

Renarz li a la langue traite 

bien demi pié fors de la geule. 

'sire, ne l'avez mie seule, 
5 que autresi l'a li covenz,' 

dist Ysengrin 'je cuit que menz.' 

'non faz, sire, ne vos anuit! 

mais iceste première nuit 

vos covient il mètre en esprove, 
10 que li sainz ordres le vos rove.' 

dist Ysengrins 'moult bonement 

ferai ce que a l'ordre apent: 

ja mar en serez en doutance.' 

Renarz en a pris la fiance 
15 que par lui mal ne lor vendra 

et a son los se maintendra. 

tant a fait et tant a ovré 

Renarz que bien l'a asoté. 

lors s'en issi par une fraite 
20 qu'il ot derrier la porte faite, 

et vint a Ysengrin tôt droit, 

qui durement se conplaingnoit 

de ce qu'il estoit si près res 

que cuir ne poil n'i est remés. 
25 n'i ot plus dit ne sejorné: 

andui se sont d'ilec torné, 

Renarz devant et il après, 

tant qu'il viudrent d'un vivier près. 

30 Si conme Renart fist peschier a Ysengrin 
les anguiles. 

Ce fu un poi devant Noël 
que l'en metoit bacons en sel; 
li ciex fu clers et estelez, 
35 et li vivier fu si gelez, 

ou Ysengrin devoit peschier, 
qu'on pooit par desus treschier, 
fors tant c'un pertuis i avoit, 
qui des vilains faiz i estoit, 
ou il menoient lor atoivre 
chascune nuit juër et boivre: 

Et E. a B. 
que] tu B. 



3 dehors 
7 faiz B. 
odrez B. 



1 grant manque. A. 
la B. 5 fait Y. B. 
'.) mestre B. 10 la sainte ordre A. 
12 fere A. ge ce qua B. 14 Et R. en prent B- 
16 contendra B. n Or a tant f. et t. rote B. 
19. 20 manquent A. 26 eudui sent sont dici B. 
27 cil B. 30 Le titre manque A. 32 pou B. 
34 ciauls B. cler A. 35 gales B. 37 quen A, 
com B. poist B. 40. 41 manquent A. 



225 



RENART. 



226 



un seel i estoit laissiez. 

la vint Kenarz toz eslaissiez 

et son compere apela. 

'sire', l'ait il, 'traiiez vos ça! 

ci est la planté des poissons 

et li engins dont nos peschons 

les anguiles et les barbiaus 

et autres poissons bons et biaus.' 

dist Yseugrins 'sire Kenart, 

or le prenez de l'une part, 

sel me laciez bien a la qeuei' 

Renarz le prent et si li neue 

entor la qeue au miex qu'il puet. 

'frère', fait il, 'or vos estuet 

moult sagement a maintenir 

por les poissons avant venir.' 

lors s'est en un buisson fichiez: 

si mist son groing entre ses piez 

tant que il voie que il face. 

et Ysengrins est seur la glace 

et li sëaus en la fontaine 

plains de glaçons a bone estraine. 

l'aive conmence a englacier 

et li sëaus a enlacier 

qui a la qeue fu noëz: 

de glaçons fu bien serondez. 

la qeue est en l'aive gelée 

et en la glace seelee. 

cil se comence a soufachier, 

le seel quide amont sachier; 

en mainte guise s'i essaie, 

ne set que faire, moult s'esmaie. 

Renart conmence a apeler, 

qu'ileques ne volt plus ester, 

que ja estoit l'aube crevée. 

Renarz a sa teste levée, 

si le regarde et les euz ovre: 

'sire', fait il, 'qar laissiez ovre! 

alon nos ent, biax doz amis! 

assez avons de poissons pris.' 

et Ysengrin li es cria: 

1 i orent laissie B. 2 le col baissie B. 3 regarda 
B. i apela? 4 traiez AB. 5 si ^. 6 engin J, 
engiens iî. 9 frère 5. ii sou — quee 5. lessiez A 
12 lou — lou ne eu B. 13 laiauz que B. 15 contenir 
B. 20 sor B. 23—26 marnjuent A. liaue B. 24 
anlacier B. 27 levé A, liaue B. 28 saelee B. 
31 si sessaie B. 32 moult] si B. 34 Qar leq's A. 
vost B. 36 Renart A. la B. 37 elz A, iauz B. 
38 frère B. 39 alons nos en B. 40 poison B. 
Bartsch, Chrestomathie. VI. Éd. 



'Renart', fait il, 'trop en i a; 

tant en ai pris, ne sai que dire'. 

et Renarz conmença a rire, 

si li a dit tôt en apert 
5 'cil qui tôt covoite, tôt pert.' 

la nuit trespasse, l'aube crieve, 

li souleuz par matin se lieve: 

de noif furent les voies blanches. 

et mesire Costant Desgranches, 
10 un vavassor bien aaisié, 

qui sor l'estanc fu herbergié, 

levez estoit et sa maisniee 

qui moult estoit joiant et liée. 

un cor a pris, ses chiens apele, 
15 si conmande a mètre sa sele, 

et sa maisniee crie et huie. 

Renarz l'oï, si torne en fuie 

tant qu'en sa taisniere se fiche. 

Ysengrins remest en la briche, 
20 qui moult s'esforce et sache et tire: 

a poi la pel ne li descire. 

se d'ilec se veut départir, 

de sa qeue l'estuet partir. 

Que qu'Isengrins aloit tirant, 
25 estes vos un garçon corant: 

deus lévriers tint en une laisse, 

voit Ysengrin (vers lui s'eslaisse) 

sor la glace tôt engelé 

atot son hasterel pelé. 
30 cil l'esgarde et puis s'escrie 

'ha ha, le leu, aïe, aïe ! ' 

li venëor quant il l'oïrent, 

tantost de la maison saillirent 

atot les chiens par une haie. 
35 adonc Ysengrins fort s'esmaie, 

car danz Costanz venoit après 

sor un cheval a grant eslés, 

qui moult s'escrie a l'avaler 

'laisse, va tost, les chiens aler!' 
40 li braconnier les chiens descopient 

2 nen B. 4 dist tout B. 5 que qui B. 
7 souleux A. Et li soulauz p. m. 1. B. 8 nois A. 
9 mes sire coutenz B. 13 lie AB. 15 mestre B. 
16 mai(e)snie BA. 22 dileuc B. 23 la B. 24 se 
va frotent B. 25 este B. trotent B. 27 ver B. 
29 haterel B. 30 si B. lesgarda A. puis li e. B. 
31 aye A, ahie B. 32 vaneor B. 34 a toz lor 
ch. B. 35 fort] moult B. 30 dant A. Costant 
Méon: martin(s) AB. 37 eslais B. 39 lai va 
lai va B. 

15 



227 



Xlle SIECLE. 



228 



et li brachet au leu s'acoplent 

et Ysengrins moult se herice. 

li vavassor les chiens entice 

et amoneste durement. 

Ysengrins moult bien se deffent; 

as denz les mort: qu'en puet il mais? 

assez amast il miex la pais. 

danz Costanz a l'espee traite 

et por grant cop ferir s'afaite. 

a pié descendi en la place 

et vint au leu devers la glace: 

par deriere l'a asailli, 

ferir le ciiida, si failli, 

li cous li cola en travers 

et danz Costanz cbaï envers 

si que li hateriaus li saine. 

il se relieve a grant paine, 

par grant aïr le va requerre. 

ore orrez ja moult fiere guerre: 

ferir le cuida en la teste, 

mais d'autre part li cous s'areste, 

vers la qeue descent l'espee, 

tôt res a res li a coupée 



20 



près de l'anel, n'a pas failli. 

et Ysengrins qui a senti 

saut en travers et si s'en torne. 

trestoz les chiens mordent a orne, 

qui sovent le tienent as naches. 

mais la qeue remest en gages: 

dont moult li poise et moult li grieve, 

a poi que li cuers ne li crieve. 

ne pot plus faire, torne en fuie 

et tant qu'a un tertre s'apuie: 

li chien le vont sovent mordant, 

et il se va moult desfendant. 

qant il furent el tertre amont, 

li chien sont las, recrëu sont, 

et Ysengrins point ne s'atarge, 

fuiant s'en va, si se regarde, 

droit vers le bos grant alëure. 

atant s'en va et dist et jure 

que de Renart se vengera 

el premier leu qu'il le verra. 

Ici prent ceste branche fin, 
mes encore i a d'Isengrin. 



LI LAIS DOU CHIEVREFUEL. 



Altfranzosische Lieder und Leiche von Witk. Wackernagel , p. 

franc. 12615, /o/. 66 (B). 



19 — 22 (A). Comparé avec le ms. 



Per cortoisie depuel 
velonnie et tout orguel, 
car ceu k'ont chaiciet mi uel, 
lou me fait mettre sus fuel, 
un lai en escuel, 
c'est dou chievrefuel. 

La note dou chievrefuel 
per amors comencier vuel 
com cil ki poent ne m'en duel 
d'amors dont doloir me sue), 
maix sil ke rekuel 
d'amors bel akuel. 



1 a lui A. 3 le A. vaneor B. atice B 
5 et Y. bien B. ' miauz B. 8 dant AB. mar- 
tin AB. 9 por lenneuz B. 12 desrieres B. 
14 le coup A. 15 dant martin(s) AB. chei B. 
16 haterel A. 17 releva B. 19 or orez B. 21 le 
cop. A. 22 ves B. q. li a coupée^. 23 coupe B. 
26 eul A. 27 fait B. 28 i acuel B. 31 ueul A. 
32 ki mais ne me B. 33 des maus dont B. 34 
mais chi en r. B. 



Amie, je vos salu 
25 en mon lai premièrement. 

douce amie, mon salu 

preneis a comencement; 

car moult m'ait vers vos valu 

ceu ke debonairemeut 
30 vos ait de m'amor chalu: 

je fuisse mors autrement. 
Faite m'aveis grant bontei, 

douce amie, debonaire riens, 

don j'ai vostre cuer dontei, 
35 si ke vostres est li cuers et miens. 

or ne soient maix coutei 

li mal dont j'ai si estei espriens 



I 
I 



2 qui] si B. 4 mordant A. 7. 8 manquent A. 
10 Tant que a B. 12 sen B. 13 ou B. 20 se 
tarde A. 17 bois AB. 18 eir qui sen B. 20 ou 
B. lieu A. Ql trouera B. 21. 22 manquent B. 
29 ceu ke] ke si B. 34 dote B. 35 uostre AB. 
36 seront B. 37 si] tant B. cmpiries B. 



229 



LAIS DOU CHIEVREFUEL. 



230 



k'a grant prout me sont montei: 

je ne quier maix plux de tous les biens. 

Je ne quier nulle autre joie 
u'autre bien n'autre desduit 
fors ke de vos toz jors j'oie ; 
c'a nulle riens plux ne luit 
k'a ceu ke plaire vos doie 
ne ke jai ne vos anuit. 
je seux, belle, ou ke je soie, 
vostre amis et jor et nuit. 

Jai mes cuers ne se partirait 
de vos maix en ma vie ; 
et s'il s'en pairt, keil pairt irait? 
ce saichiés, douce amie, 
ke, s'il s'en pairt, il partirait: 
de ceu ne dont je mie. 
mal dehait ki départirait 
si douce compaignie. 

Ne fait mie a départir: 
deus nos en delï'ende; 
ains puisse mes cuers partir 
ke li vostre i tande. 
muels faice on de moi martir 
ke jai i entande. 
et ki nos veult départir, 
maie hairt lou pande. 

Amie, entre vos et moi 
n'ait ne guerre ne descort. 
douce amie, per la foi, 
ke je vostre amis vos port 
et port et porteir vos doi, 
jai per moi ne per mon tort 
ne por riens ke je foloi 
ne ferai vers vos resort. 

Jai en moi ne pécherait 

1 grant bien conte B. 3 joie] chose A. 4 ne 
ne quiert autre B. 5 mais ka tos iors de vos B. 
6 tant ne B. 8 et ke B. 9 le sui ou ke 
ionques soie B. 10 avec vos et ior B. Il par- 
trait A. 14 se sai chies A, sachies ma B. 15 
il] kil B. pertirait A. 16 de de ne B. 17 bonis 
soit ki B. 18 sa B. 21 puissies li miens p. B. 
il le vostres t. B. 23 — 26 doce amie au resortir, 
a mamor entende, faice Ion de moi martir. ancois 
que catende B. 28 uait A. ia volentes ne d. B. 
30 ke io doi v. B. 33 par rien B. 34 de vos B. 



ke j'aie vostre corrous. 
tôt li bien ke mes cuers a 
puissent ançois estre rous, 
les biens ai je tous a ja 
et les delis ai je tous, 
kan ke damedeus crïa 
et lai sus et sai desous. 
Onkes a home vivant 
n'aviut maix si bien d'ameir, 

10 tant con vantent tuit 11 vent 
de lai et de sai la meir. 
dame, mercit vos en rent, 
de par cui se puet clameir 
cil ki mais nul mal ne sent 

15 ne vers vos n'ait poent d'ameir. 
N'a nelui ne port envie 
de rien ki soit en cest mont; 
je ne quier plux en ma vie 
de tous les biens ki i sont, 

20 fors que vostre amor, amie, 
lai dont vienent et ou vont 
mi penseir sens velonnie, 
ke font per vos quan k'il font. 
Douce, plux douce ke miaus, 

25 por vos fut fais tous noviaus 
cist lais ki est boens et biaus, 
et s'il enviellist, soit viaus: 
tous jors plairait mais 
as clers et as lais. 

30 Se saichent jones et viaus 

ke por ceu ke chievrefiaus 
est plux dous et flaire miaus 
k'erbe ke on voie as iaus, 
ait nom cist douls lais 

35 chievrefuels li gais. 



2. 3 manquent A. 3 rois B. 4 aie tos B. 
a ia B, et sai A. 6 guia B. 7 la desus B. 
11 de cha mer et de la mer B. 13 quant de 
vos me puisse loeir A. 14 com sil ki nul A. 
15 ne en qui na B. 16 A B. 18 ke je ne A, 
ia ne B. 19 trestos B. i manque B. 24 mias A. 
25. 26 intervertis B. 25 est fais por vos B. 

nouias A. 27 soit vials A, seviaus B. 28 maix 
A. 30 ione A. 32 mials A. 33 ki en B. 
eaus A. jaus Bartsch. 



15 = 



231 



XIP SIECLE. 



232 



ROMANCES D'AUDEFROI LE BASTART. 

Altfranzôsiscke Romanzen und Pastourellen herausgegeben von K. JBartsch, Leipzig 1870, p. 57 — 59 

et 64-67. 



I. 

Belle Ysabiaus, pucelle bien aprise, 
ama Gerart et il li en tel guise 
c'ainc de folor ne fu par lui requise, 
ains l'ama de si bone amor 
que mieus de li guarda s'onor. 
et joie atent Gérais. 

Quant plus se fu bone amers entr'eaus mise 
par loiaute afermee et reprise, 
en celle amor la damoiselle ont prise 
si parent, et doné seignor 
outre son gré un vavassor. 
et joie atent Gerars. 

Quant sot Gerars cui fine amors justise 
que la belle fu a seignor tramise, 
grains et marris fist tant par sa maistrise 
que a sa dame en un destor 
a fait sa plainte et sa clamor. 
et joie atent Gerars. 

'Amis Gerart, n'aies ja covoitise 
de ce voloir dont aine ne fui requise! 
puis que je ai seignor qui m'aime et prise, 
bien doi estre de tel valor 
que je ne doi penser folor.' 
et joie atent Gerars. 

'Amis Gerart, faites ma conmandise: 
raies vos ent! si ferés grant franchise, 
morte m'avriés s'od vos estoie prise, 
mais metés vos tost u retor! 
je vos conmant au crëator.' 
et joie atent Getars. 

'Dame, l'amor qu'aillors avés assise 
dëusse avoir par loiauté conquise; 
mais plus vos truis dure que pierre bise: 
s'en ai au cuer si grant dolor 
qu'a biau semblant sospir et plor.' 
et joie atent Gerars. 

'Dame, por deu', fait Gerars sens faintise, 
'aies de moi merci par vo franchise! 
la vostre amors me destraint et atise, 
et por vos sui en tel error 
que nus ne puet estre en greignor.' 
et joie atent Gerars. 



Quant voit Gerars, cui fine amor justise, 
que sa dolors de noient n'apetise, 
lors se croisa de duel et d'ire esprise, 
et porquiert ensi son ator 
5 que il puist movoir a brief jor. 
et joie atent Gerars. 
Tost muet Gerars, tost a sa voie quise, 
davant tramet son escuïer Denise 
a sa dame parler par sa franchise. 
10 la dame iert ja por la verdor 
en un vergier coillir la flor. 
et joie atent Gerars. 
Vestue fu la dame par coiutise: 
moût iert belle, graile et grasse et alise; 
15 le vis avoit vermeill come serise. 
'dame', fait il, 'que très bon jor 
vos doinst cil cui j'aim et aor!' 

et joie atent Gerars. 
'Dame, por deu', fait Gerars sens faintise, 
20 'd'outremer ai por vos la voie emprise.' 
la dame l'ot; mieus vousist estre ocise. 
si s'entrebaisent par doçor, 
qu'andoi cheïrent en l'erbor. 
et joie atent Gerars. 
25 Ses maris voit la folor entreprise: 
por voir cuida la dame morte gise 
les son ami: tant se het et mesprise 
qu'il pert sa force et sa vigor 
et muert de duel eu tel error. 
30 et joie atent Gerars. 

De pasmoisou lievent par tel devise 
que il font faire au mort tôt son servise. 
li duels remaiut, Gerars par sainte église 
a fait de sa dame s'oissor: 
35 ce tesmoignent li ancessor. 
or a joie Gerars. 

II. 

En chambre a or se siet la belle Bëatris, 
40 dementet soi forment, en plorant trait ses fis: 
'do us deus, conseilliés moi, vrais pères Jhesu Cris ! 
c'ensainte sui d'Ugon si qu'en lieve mes gris, 
et a moillier me doit penre li dus Henris.' 



233 



AUDEFROI LE BASTART. 



234 



bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
'Lasse', fait elle eu bas, 'que porrai devenir? 
cornent oserai je davaut le duc venir? 
car ne lairoie a moi touchier ne avenir 
nul home fors Ugon, s'il m'en loist covenir. 
bien li devroit de moi membrer et sovenir.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
'Dolente, sens consoil, cum puis haïr le jor, 
que premiers ci d'Ugon l'acointauce et l'amor 
par coi je perderai la haltesse et l'onor 
del duc qui entresait veut que l'aie a seignor : 
aine m'avra, se deu plaist, cil qui en et la flor.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Que qu'ensi fait son duel la belle a cuer irié, 
uns escuïers l'entent qui iert de s'amistié: 
davant li est venus, moût en et grant pitié, 
quant Bëatris le voit, son cuer a rehaitié. 
puis li a son voloir et son bon enchargié. 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
'Frère, vos avés bien oï mon covenent: 
aies moi dire Ugon sens point d'arrestement 
qu'en mon père vergier l'atendrai sous l'aiglent! 
guart que a cest besoing nel truisse mie lent.' 
'damoiselle', fait il, 'tout a vostre talent!' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Li escuïers va tant k'il a trové Ugon: 
la vie Bëatris a la clere façon 
li conta a briés mos de polie raison, 
et quant li cuens entent son voloir et son bon, 
de joie li tressant ses cuers en pâmoison, 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Tantost k'il pout parler a dit a l'escuïer 
'amis, oses me tu por voir dire et noncier 
ke belle Bëatris veut ke l'aie a moillier 
et k'elle m'atendra en son père vergier?' 
'sire, bien le vos os et dire et fïancier.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Grant joie en ot li cuens ki d'amer iert espris. 
cinquante chevaliers de son consoil a pris, 
monter les fait trestous sor les chevals de pris: 
par nuit en est tornés, quant il fu avespris, 



por ceu ke nus n'en soit conëus ne repris, 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Il ont tant chevauchié la nuit et le demain 
ô c'a vespre sont venu sous le vergier a plain. 
Ugues tressaut le mur, trueve en un leu soutain 
s'amie Bëatris, si la prent par la main 
et dist 'deus, or ai tout quant j'ai m'amie en 
bien sont asavoré li mal [main.' 

10 c'on trait por fine amor loial. 

'Hugues', dist Bëatris, 'ke ferés vos de moi? 
prendre me veut li dus Henris, si m'en efi'roi, 
ensainte sui de vos; si vos requier et proi, 
s'onkes ot en vo cors ne loiauté ne foi, 
15 ke vos m'en portés tost, car nul meillor n'i voi.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Doucement a li cuens son gent cors enbrassié, 
par amors se sont tuit andui entrebaisié, 
20 ke moût ont lor anui illuekes abaissié. 
del vergier sont issu, ke n'i quissent congié: 
tant poine lor cheval ke il sont aloignié. 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
25 Jusc'au palais Hugon n'i vorent arrester: 
illuekes reposa Bëatris au vis cler. 
grant joie et grant desduit orent al assembler : 
tant s'entreaimment entr'eaus loialment sens 
ke l'uns l'autre ne veut son voloir refuser, [fauser 
30 bien sont asavoré li mal 

c'on trait por fine amor loial. 
Li dus Henris le sot, mont en fu esmaiés: 
au père Bëatris en vint tous correciés, 
fièrement li a dit com uns bons enragiés 
35 'tolu m'avés m'amie, s'en avenra meschiés. 
a Hugon en sera encor copés li chiés, 
et vos ausi par deu en serés deschaciés.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
40 Quant ]i sires l'entent, doucement respondi 
'sire, tenés ma foi, loiaument vos plevi: 
Ugues la m'a emblée, ersoir la me toli.' 
'helas', ce dist li dus, 'com or m'a mal bailli! 
mieus amasse estre mors k'il l'en portast ensi. 
45 deus d'amors, ke ferai? vien avant, si m'oci!' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
'Sire', ce dist la mère, 'ne vos desconfortés 



235 Xlle SIECLE. 236 

ja Bëatris ma fille mais ne recoverrés. en sa terre revint a moût poi de desduis. 

por deu, laissiés Ugon avoir ses amistés: malades escoucha, si com l'istoire truis, 

ançois l'ama de vos, ke tresbien le savés.' d'une tel maladie dont ne releva puis, 

'dame', ce dist li dus, 'tout ceu est vérités; mors fu por bien amer, dont ce fu grans anuis. 

mais s'amors me destraint, dontjesui enflâmes.' 5 et Hugues ot s'amie, ki fu cortois et duis. 
bien sont asavoré li mal bien sont asavoré li mal 

c'on trait por fine amor loial. c'on trait por fine amor loial. 

Li dus est remontés, de joie mes et vuis, 



CHANSONS DE CONON DE BETHUNE. 

I. Leroux de Lincy , recueil de chants historiques français, Paris 1841 T. 1, p. 30, comparé par 
M. Schirmer avec le w s. fonds franc. 12615, Fol. 99 {A), et 844, Fol. 45 (B). Cf. Trouvères Belges 
du XII'' au XIV^ siècle publiés par A. Scheler, Bruxelles 1876, p. 25 .s. Le poète avait été blâmé, 
à cause de son parler artésien, par Alix de Champagne, veuve de Louis VII, et son fis le roi Philippe 
(vers 1180). H. Altfranzôsische Lieder berichtigt und erlâutert von Eduard Mdtzner, Berlin 1853. 
p. 7 — 10; donné ici d'après le 3Is. 844, Fol. 46. Cf. Scheler p. 2 — 5. Cette chanson se rapporte 
à la croisade de 1189. Chansons de Conon de Béthune, éd. critique par Axel Wallenskold, Helsing- 

fors 1891, p. 223. 224. 

I. IL 

Meut me semont amours que je m'envoise, lo Ahi, amours, com dure départie 
quant je plus doi de chanter estre cois. me convendra faire de la meillour 

mais j'ai plus grant talent que je me coise, ki onques fust amee ne servie! 

por çou j'ai mis mon chanter en defois, dex me ramaint a li par sa douçour 

que mon langage ont blasmé li François si voirement que m'en part a dolour. 

et mes chauçons, oiant les Champenois lô las, qu'ai je dit? ja ne m'en part je mie. 

et la contesse, encor dont plus me poise. se li cors vait servir nostre seignour, 

La roïne ne fist pas ke courtoise, li cuers remaiut del tout en sa baillie. 

qui me reprist, elle et ses fius li rois; Pour li m'en vois souspirant en Surie, 

encor ne soit ma parole françoise, car je ne doi faillir mon crëatour. 

si la puet on bien entendre en francois. 20 qui li faudra a cest besoing d'aïe, 

ne cil ne sont bien apris ne cortois sachiez que il li faudra a greignour. 

qui m'ont repris, se j'ai dit mos d'Artois, et sachent bien li grant et li menour 

car je ne fui pas norriz a Pontoise. que la doit on faire chevalerie 

Dex, que ferai? dirai li mon corage? u on conquiert paradis et honour 

irai je li dont s'amor demander? 20 et pris et los et l'amour de s'amie. 

oïl, par deu, car tel sont li usage Dex est assis en son saint hiretage : 

qu'on ne puet mais sans demant rien trover. or i parra se cil le secorront 
et se je sui outrageus del rover, qui il jeta de la prison ombrage, 

ne s'en doit pas ma dame a moi irer, quant il fu mors en la crois que Turc ont. 

mais vers amor qui me fait dire outrage. 30 sachiez, cil sont trop boni qui n'iront, 

12 mes B. 15 ce sai mis B. 14 langaige A. s'il n'ont povérte ou vieillece ou malage; 
15 oyant A. 16. 19 encoir A. 17 na pais fait et cil qui sain et joene et riche sont 
que B. 18 fiex A, fix B. 22 sil mont ^.23 , , , , 

L A. 24 diex a! coraige etc. A. 25 li irai je ^^ P^'^^nt pas demourer sans hontage. 
dont B. 26 dieu AB. 27 ni— riens B. 27 jo .4. Touz li clergiés et li home d'aage 

outraige A. du B. le reste a été coupé; il y 35 jjj g^ aumosne et en bienfais manront, 
avait place pour au moins encore une strophe. 
rover Scheler] trouer A. 



237 



CHANSON DE RICHARD I D'ANGLETERRE. 



238 



partiront tuit a cest pèlerinage, 
et les dames qui chastement vivront, 
se loiauté font a ceus qui iront, 
et s'eles font par mal conseil folage, 
a recrëanz et mauvais le feront, 
car tuit li bon iront en cest voiage. 
Qui ci ne veut avoir vie anuieuse, 
si voist pour dieu morir liés et joieus, 
que celé mors est douce et savereuse, 
dont on conquiert le règne precïeus; 
ne ja de mort n'en i morra uns sens, 



ains naisteront en vie glorieuse. 

qui revendra moût sera ëureus, 

a tous jours mais en iert honors s'espeuse. 
Dex, tant avom esté preu par huiseuse: 
5 or i parra qui a certes iert preus, 

s'irom vengier la honte dolereuse, 

dont chascuns doit estre iriez et honteus; 

car a no tans est perduz li sains leus 

u deus soufri pour nous mort angoisseuse. 
10 s'or i laissom nos anemis morteus, 

a tous jours mais iert no vie honteuse. 



CHANSON DE RICHARD I D'ANGLETERRE. 

Leroux de Lincy, recueil de citants historiques français, Paris 1841, 1. Vol., p. 56 — 59; cf. Wacker- 

nagel, altfranzos. Lieder, p. 38. Composée pendant la captivité de Richard en Allemagne (1192 — 1194). 

Elle existe aussi en provençal: voyez mon Provenzalisches Lesebuch, 78, 20. 



Ja nus bons pris ne dirat sa raison 
adroitement s'ansi com dolans non; 
mais par confort puet il faire chanson, 
moult ai d'amins, mais povre sont li don; 
honte en avront se por ma rëançou 
suix ces deus yvers pris. 

Ceu sevent bien mi home et mi baron, 
Englois, Normant, Poitevin et Gascon, 
ke je n'avoie si povre compainguon 
cui je laissasse por avoir an prixon. 
je nel di pas por nulle retraison, 
mais ancor suix je pris. 

Or sai ge bien de voir certainement 
ke mors ne pris n'ait amin ne parent, 
cant on me lait por or ne por argent, 
moult m'est de moi, mais plus m'est de ma gent, 
c'aprés ma mort avront reprochier grant 
se longement suix pris. 

N'est pas mervelle se j'ai lo cuer dolent, 
cant li miens sires tient ma terre en torment. 
s'or li menbroit de nostre sairement 
ke nos feïmes andui commuuament, 
bien sai de voir ke cëans longement 
ne seroie pas pris. 

13 non W: bons L. 17 ii. 20 avois L. 
•25 d'après W: priset ne amins L. 30 dolant. 
31 tormant. 32 manbroit. 34 lanffemant. 



Ce sevent bien Angevin et Torain, 
cil bacheler ki or sont fort et sain, 
c'ancombreis suix long d'aus en autrui main. 
15 forment m'amoient, mais or ne m'aimment 

grain, 
de belles armes sont ores veut cil plain, 
por tant ke je suix pris. 
Mes compaingnons cui j'amoie et cui j'aim, 
20 ces dou Caheu et ces dou Percherain, 
me di, chanson, k'il ne sont pas certain; 
c'onques vers aus nen oi cuer faus ne vain, 
s'il me guerroient, il font moult que vilain, 
tant com je serai pris. 
25 Comtesse suer, vostre pris soverain 
vos saut et gart cil a cui je me claim 
et par cui je suix pris. 

Je nou di pas de celi de Chartain, 
la meire Lowëis. 

30 

8 lieus. 9 dieus. U maiz. 12 Cette strophe 
et la suivante sont intervertis dans Leroux de Lincy. 
14 Ions L. mains L W. 15 d'après W: f. m'ai- 
dassent mais il n'i voient grain L. m'aimme W. 
20 percheraim W, porcherain L. 21 k'il W: 
qui L. 22 n'an oi L. 23 sil W: cil L. 26 

^^ sat L, sault W. 29 Loweiis L. 



239 



Xlle SIECLE. 



240 



CHANSON DE BLONDEL DE NEELE. 

D'après le manuscrit de Berne, qui l'attribue à Guios de Digons (A) et le Ms. St. Germain 1989 
(B)\ comparé par M. Schirmer avec le texte de Matzner {Altfranzôsische Lieder p. 51). 



Cuer desirous apaie 
dousours et confors. 
par joie d'amors vraie 
sui en baisant mors, 
s'ancor ne m'est autres donés; 
mar fui onkes de 11 privés, 
a morir sui livrés, 
s'elle trop me délaie. 

Premiers baisiers est plaie 
d'amors dedens cors; 
moult m'angoisse et esmaie, 
se ne pert defors. 
helas, por coy m'an sui vantés? 
ja ne me puet venir santés, 
se ceu dont sui navrés 
ma bouche ne resaie. 

Amors, vos m'apreïstes 
jone a cel mestier; 
ains nelui ne volsistes 
fors moy engingnier. 
a morir m'i avés apris 
se plus n'i pran ke jeu ai pris: 
dont m'est il bien avis 
k'en baisant me traïstes. 



Amors, vos me feïstes 
mon fin cuer trichier, 
quant tel savor meïstes 
en son dous baisier. 
je sui Ji plus loiaus amis 
oui onkes fust nuls biens promis; 
helas, tant ai je pis, 
amors, mar me norristes. 

Se de fais cuer proiasse 
dont je ne la pri, 
espoir je recovrasse; 
mais n'est mie ensi, 
k'ains nuls bons de gringnor voloir 
ne la servi sens joie avoir 
com jeu ai fait por voir 
sens mérite et sens grasse. 

Se je deu tant amasse 
com je fais celi 
ki si me poene et lasse, 
j'eusse merci. 

amors, trop me faites doloir, 
et se vos ser sens décevoir: 
ceu me tient en espoir 
c'amors navre et repasse. 



CHANSONS DU CHATELAIN DE COUCY. 



1. Fonds franc. 12615 {ancien suppl. fr. 844). (A); 
(C); St. Germain 1989, Fol. 35 (D); IL 12615, 
(C); St. Germain 1989, Fol. 42 (D); III. 12615, 
(C). Collationné par M. Schirmer. Die Lieder des 

Heidelberg 1883, 

I. 25 

Li nouveaux tans et mais et vïolete 
et roussignols me semont de chanter, 

1 — 8 deuxième strophe dans B. rapaict B. 2 dou- 
sour A, dousor B, et docour M, qui donne toujours 
six syllabes au second vers. 3 damour B. 4 seux ,« 

A, seus B. baissant A. 5 atres B. doneis etc. 
AB. 6 preveis B. 7 e a la mort seus B. s celle 

B, se A. mi delaiet B. 9—16 première strophe 
dans B. baixiers AB. 10 Amors A. il m' 
manque A. angoixe AB. et esmaiet B, la plaie A. 
12 et se ne A, si ni B. peirt A. 13 hélais B 
elais A. navreis B. 14 peust B. 15 vanteis A. 
IC me A. resaiet B. n vos] trop B. 18 cest A. 
19 onkes ne lo feistes B. 20 fors por moi B. 
21—240, 4 manquent B. 22 etc. plux AB. 24 
baissant A. 26 Li tons destoit CD. 27 damer D. 



844 (ancien 7222), Fol. 53 (B); Ms. de Berne 

Fol. 158 (A); 844, Fol. 55 {B); Ms. de Berne 

Fol. 157 (A); 844, Fol. 54 {B); Ms. de Berne 

Castellans von Coucy, krit. Ausgabe, von F. Fath. 

p. 54. 65. 49. 

et mes fins cuers me fait d'une amourete 

si douç présent que ne l'os refuser. 

or me laist diex en tel honor monter 

ke celé ou j'ai mon cuer et mon penser 

tiegne une foiz entre mes braz nuëte, 

ains ke voise outre mer. 

Au comencier la trovai si doucete, 

5 je seus vostro loals amins B, 6 ki jai de 
vous Ban kier partir B. 7 a tort maves guer- 
pit B. 9 — 24 manquent B. 9 proiaisse etc. A. 
10 graice A. 20 jeu eusse A. 24 neivre A. 
25 mait fait C. amourette A. 26 ne (nel) doi CD. 
27 lait BC, doint D. en] a D. 29 une nuit CD. 
30 a. ken aille A, a. ke jaille C, a. que je voise 
D, aincois quaillc B. 31 simplette D. 



241 



LE CII4TELAIN DE COUCY. 



242 



ja ne cuidai pour li mal endurer; 

mais ses dois vis et sa belle bouchete 

et si bel oel vair et riant et cler 

m'orent ainz pris que m'osasse doner. 

se ne m'i veut retenir et quiter, 5 

miex aim a li faillir, si me pramete, 

qu'a une autre achiever. 

De mil sospirs ke je li doi par dete 
ne me velt ele un seul quite clamer, 
ne fause amers ne laist ke s'entremete, 10 
ne ne m'i laist dormir ne reposer; 
s'ele m'ocit, mains avra a garder, 
je ne m'en sai vengier fors au plourer; 
car cui amors destruit et desirete, 
ne s'en set on clamer. 15 

Sour toute joie est celé coronee 
ki d'amours vient: diex, faurai i je don? 
cil, par dieu, tes est ma destinée, 
car tel destin m'i douent li félon, 
si sevent bien k'il font grant mesprison: 20 
car ki ce taut dont ne puet faire don, 
il en conquiert anemis et mellee, 
n'i fait se perdre non. 

Las, pour quoi l'ai de mes iez regardée, 
la douce riens ki fausse amie a non? 25 

«le me rit et je l'ai tant ploree; 
si doucement ne fu trahiz nuls bon. 
tant con fu miens, ne me tist se bien non; 
mais or sui suenz, si m'ocit sanz raison 
et por itant que de cuer l'ai amee: 30 

n'i set autre ocoison. 

Si coiement est ma dolors celée 
k'a mon samblant ne la reconoist on; 
se ne fuissent la gent malëuree, 

1 ja manque C: que D. 2 Ces simples uis et 
sa simple (dolce) CD. 3 vair oeill bel BD. 4 ke 
ne mi soi doneir CD. mosaisse A. 5 or ne me 
V. C. vient A. et cuiter A, naquiteir CD. 6 
airaj uuel D. faillir a li CD. 1 ka nulle autre 
eschiveir C. 8 kelle ait de moi per C. 9 me 
BD. pas] elle CD. dun tôt seul aquiter A. 10 sa 
C. amor A. ne veult CD. u ne ne me lait d. 
B, de moi laissier d. CD. 12 mochit A. saura 
moins DC. 13 si ne A. a C, qal D. 14 cui CD. 
15 destraint C. Ne sen seit ou clamer CD. 16 — 

23 manquent CD. Pour A. 17 que B. dont AB. 
18 nenil B. 19 et tel d. mont done B. 21 toit 
B. 24 — 31 troisième strophe dans A B. Deus si 
mar fut de CD. 26 Elle me rist CD. amee AB. 

24 fa A, fut C. 29 sienz A. mocist C. 30 et 
por itant CD. 31 sai C. 32—242, 5 manquent CD. 
34 fussent B. 

Baetcsh, Chrestomathie. VI. Éd. 



n'eusse pas sospiré em pardon; 
amors m'ëust doné son guerredon: 
mais en cel point que dui avoir mon don, 
lor f u l'amors ensegnie et mostree : 
ja n'aient il pardon! 

II. 

Quant li estez et la douce saisons 
fait foille et flor et les prés raverdir 
et li dois chans des menus ciselions 
fait as pluisors de joie sovenir, 
las! chascuns cante et je plour et sospir, 
et si n'est pas droiture ne raisons : 
ains est adés tote m'ententïons, 
dame, de vous honorer et servir. 

Se j'avoie le sens k'ot Salemons, 
si me feroit amors por fol tenir; 
car taut est fors et cruëx sa prisons 
k'ele me fait essaier et sentir, 
si ne me veult a son eus retenir 
ne enseigner quele est ma guarisons; 
car j'ai amé longuement en perdons 
et amerai tos jors sens repentir, 

Molt me merveil quex est li ocoisons 
k'ele me fait si longuement languir, 
je sai molt bien k'ele croit les félons, 
les losengiers que diex puist maleïr! 
tote lor paine ont mise en moi traïr; 
mais ne lour vaut lor mortex traïsons, 
quant il savront quex iert li guerredons, 
dame, de vous cui aine ne seu mentir. 

Aine ne la seu losengier ne fiater, 

1 en ^. 4 lamour descouverte B. 9 font B. 
flors A. renverdir CD. 10 que li D. U les 
plusors DC. sosvenir A- 13 mais ce CD. 14 
car cest CD. 15 honeir C. 16 Ke tout auroit C, 
Qui averoit D. tôt lo sens Salemon D. 17 cel 
feroit bien C, si lor porroit D. 18 Tant per 
(Car molt) est maie CD. la D. 19 essaier D. 
bien lou niait fait compareir C. 20 — 23 manquent 
A. 20 Or me deveroit repaisseir et guérir C, 
Bien me deuroit r. et g. D. 21 Et CD. 22 pru- 
dons? B. Le jai servit C, Que jai servi D. 23 
et servirai dame (ades) s. r. CD. 24 mesmerveill 
quele B. Douce dame keille mais (qls) en ert 
(est) loikexon (lacoisons) CD. 25 doucement A. 
Dont me faites de (a) teil dolor 1. CD. 26 de 
voir vos creeii CD. 27 les] et C. cui CD. 28 
Tout lor pooir CD. 30 q. le saront A. Car en 
la fin iert boens mes g. C=D , qui donne avant 
Se jai servi longuement en perdont (22). 31 qui A. 
Quant vos saureis ke je ne sai CD. 32 le seuc A. 
Onkes ne sou envers amors fauceir CD. 

16 



243 



XIP SIECLE. 



244 



ne ja diex sens ne m'en doint ne talent, 

mais ma dame servir et honourer 

et faire adés a son comandement. 

et saichiez bien, se beaus servirs ne ment 

ou li miens cuers ki bien me puet grever, 5 

que touz les biens c'om puet avoir d'amer 

avra mes cuers ki adés s'i atent. 

Se vous daigniez ma proiere escouter, 
douce dame, je vous proi et demant 
que vous pensez de moi guerredoner, lo 

je penserai de bien servir avant. 
de tous les maus ke j'ai ne m'est noiant, 
douce dame, se me volés amer: 
em poi de tans poés guerredoner 
les biens d'amors ke j'ai atendus tant. 15 

m. 

La doce vois del rosignol sauvage 
c'oi nuit et jor contoier et tentir, 20 

m'adoucist si le cuer et rassouage 
c'or ai talent ke chant por esbaudir. 
bien doi chanter puis k'il vient a plaisir 
celi oui j'ai de cuer fait lige homage. 
si doi avoir grant joie en mon corage, 25 

s'ele me velt a son oés retenir. 

Onques vers li n'oi faus cuer ne volage, 
si m'en devroit per ço mieuz avenir; 
ainz l'aim et serf et aour par usage. 



si ne li os mon penser descovrir; 
car sa beautez me fait tant esbahir 
que je ne sai devant lui nul langage, 
ne regarder n'os son simple visage: 
tant en redout mes ieuz a départir. 

Tant ai vers li ferm assis mon corage 
qu'ailleurs ne pens, et diex m'en laist joïr! 
c'onques Tristans, cil qui but le bevrage, 
plus loiaument n'ama sanz repentir, 
car g'i met tout, cuer et cors et désir, 
sens et savoir, ne sai se faiz folage, 
encor me dont qu'en trestout mon aage 
ne puisse assez li et s'amour servir. 

Je ne di pas que je face folage 
nis se pour li me dévoie morir; 
qu'el mont ne truis tant bêle ne si sage, 
ne nule rienz n'est tant a mon désir, 
moût aim mes ieuz qui m'i firent choisir: 
lues que la vi, li laissai en hostage 
mon cuer qui puis i a fait lonc estage, 
ne ja nul jour ne l'en quier départir. 

Chançon, va t'en pour faire mon message 
la ou je n'os trestourner ne guenchir: 
que tant redout la maie gent ombrage 
qui devinent, ains que puist avenir, 
les bienz d'amours: diex les puist maleïr! 
k'a maint amant ont fait ire et outrage, 
mais de ce ai je tos jors mal avantage, 
qu'il les m'estuet seur mon gre obeïr. 



CHANSON DE CROISADE. 

Manuscrit de Paris St. Germain 1989, Fol. 124 {A); Ms. de Berne [B). Copié par M. Schirmer. 



Vos ki ameis de vraie amor, 
esveilliez vos, ne dormeis mais; 
l'aluëte nos trait lou jor 



1 sens] cuer CD. doinst A. 1 Ains pens tous 
jors a ma dame h. CD. 3 tout son CD. 4 car 
je sai CD. 5 ou mes fins c. C, ou mes eurs D. 
ke bien C, qui bon D. 6 con B. Tous les déduis 
CD. 7 ara A. qui toz jors les atant D. 8 — 15 
manquent CD. 9demanc4. 10 — Ibcoupésdans B. 
19 du louseignol B, dou roisignor C. sauvaige A, 
salvaige C, et toujours aige. 20 ko nuit C. 

21 Me radoucist mon C. 22 oi A. lors ai C. 
24 celé B. qui AB. joi B. de cuer fait C. 25 
se doie C. ens A. 27 neu B, no C. 29 auour A. 
30 Titre dans B: De nostre daime. Vous A. 31 
Anveilliez A. mais] pais B, pas A. 



30 et si nos dist au ses refrais 
ke venus est li jors de pais, 
ke deus par sa très grant dousor 
promet a ceuz ki por s'amor 
panront la creus et por lor fais 



2 que sa C. tant] si C. 4 jus r. B. 6 assis 
mon fin c. C. 7 lait B, doenst C. 8 brevaige A, 
beuerage B. 9 si couralment namait C. 10 ke 
gi mat C. Il force et pooir B. 12 aincois A, 
15 nisse B, nis se C 19 Lues ke C, 20 puiz 
A, pues C. 21 ne janiaix jor C. 24 la foie B. 
25 ains quil B. 27 ka maint C. outraige C. 
28 niaix de sai jeu toz jors mal av. C. 29 cuer A: 
pois B, greit C. 30 ces AB. retrais B. 33 Cou- 
rait a ceals B. 34 creux B. lour A. 



245 



AUBADE. 



246 



soôeront poinne nuit et jor, 
dont vairait il ses amans vrais. 

Cil doit bien estre forjugiez 
ki a besoing son seignor lait, 
si serait il, bien loii sachiez, 
aseiz avrait et poinne et lait 
a jor de nostre dairien plait, 
ke deus costeis, pâmes et piez 
mosterrait sanglans et plaiez, 
car cil ki plus avra bien fait 
serait si très fort esmaiez 
k'il tramblerait keil greit k'il ait. 

Cil ki por nos fut an creus mis 
ne nos amait pas faintemant, 
ains nos amait com fins amis, 
et por nos amïablemant 
la sainte crox mult doucemant 
antre ses bras an mi son pis, 
con agnials dons simples et pis, 
portait tant angoisousemant, 
puis i fut a trois clos clofis 



par piez, par mains estroitemant. 

J'ai oït dire an reprovier: 
boens merchiez trait de borce argent, 
et cil ait mult lou cuer ligier 
ki lou bien voit et lou mal prant. 
saivez ke deus ait an covant 
a ceaz ki se vorront creusier? 
se m'aïst il, mult bial luier, 
paradis par afaitemant, 
car ki son prout puet porchasier 
fols est s'il a demain s'atant. 

Nos nen avons point de demain, 
acertes lou poons savoir: 
teis cuide avoir lou cuer mult sain 
c'ains lou quairt jor tôt son avoir 
ne priset pais ne son savoir; 
car cant la mort lou tient a frain 
et il ne puet ne pié ne main 
a lui sachier ne removoir, 
la keute lait, si prant l'estrain; 
mais trop est tairt apersevoir. 



AUBADE. 

Leroux de Lincy, recueil de chants historiques français 1, 139 — 143,- cf. altdeutsche Bldtter 1, 25 — 27, 
Donné ici d'après la copie faite sur le manuscrit (St. Germ. 1989, fol. 80), par M. Schirmer. 



'Gaite de la tor, 
gardez entor 

les murs, si deus vos voie! 
c'or sont a sejor 25 

dame et seignor, 
et larron vont en proie.' 
'hu et bu et bu et hu! 
je l'ai vëu 

la jus soz la coudroie. 30 

hu et hu et hu et hu! 
a bien près l'ocirroie.' 

'D'un douz lai d'amor 
de Blanchefior, 
compains, vos chanteroie, 35 



1 poene B. neut A. 2 Or B. ces AB. 4 signor 
A. 5 Se A. saichies B. 6 Asseis avérait poene B. 
h Quant B. 9 Mousterait A. lo ke plux bien a 
fait B. 11 emaez A. 12 tranblerat A. 13 en 
creux B. 15 amat A. amins AB. 16 honorable- 
mant A. 17 manque B. is ces AB. davant B. 
19 aignials douls B. 30 Et lastraing a. A. 2i 
Pues B. dois A. 



ne fust la poor 
del traïtor 
cui je redotteroie.' 
'hu et hu et hu et hu! 
je l'ai vëu 

la jus soz la coudroie. 
hu et hu et hu et hu! 
a bien près l'ocirroie.' 
'Compainz, en error 
sui, k'a cest tor 
volontiers dormiroie.' 



1 Par main par piez B. 2 en reprochier B. 
3 marchies-airgent B. 4 legier B. 5 le bien B. 
6 Saveis B. ait] ni ait A. 5 ceauls B. ke A. 
voront croixier B. 8 si maist deus B. ineist A. 
biaul B. lueir AB. 9 parmenablement B. lO 
Sil ki B. 11 cil A, se B. 12 poent B. 13 le B. 
peons A. 14 Teil B. 16 prisce poent B. 17 
Quant voit la B. lo B. tienra f. A. 18 Si kil B. 
piez ne mains A. 19 li saichier B. 20 keute 
Corini\ keuse A, keuse B. se lait A. 21 Maix 
t. vient t. B. 22 poors. 25 seulement \m ei hu; 
le reste jusqu'à ocirroie manque. 

16* 



24^ 



XII« X1II« SIECLES. 



248 



'n'aiez pas paor! 
voist a loisor 
qui aler vuet par voie.' 
hu et hu et hu et hu! 
'or soit tëu, 
compainz, a ceste voie, 
liu et hu! bien ai sëu 
que nous en avrons joie. 

'Ne sont pas plusor 
li robëor, 

n'i a c'un que je voie, 
qui gist en la flor 
soz covertor, 
cui nomer n'oseroie.' 
hu et hu et hu et hu! 
'or soit tëu, 
compainz, a ceste voie, 
hu et hu! bien ai sëu 
que nous en avrons joie.' 

'Cortois amëor, 
qui a sejor 

gisez en chambre coie, 
n'aiez pas frëor, 
que tresq'a jor 
poëz démener joie.' 
hu et hu et hu et hu! 



'or soit tëu, 

compainz, a ceste voie. 

hu et hu! bien ai sëu 

que nous en avrons joie.' 
5 "Gaite de la tor, 

vez mon retor 

de la ou vos ooie, 

d'amie et d'amor 

a cestui jor 
10 ai ceu que plus amoie. 

hu et hu et hu et hu! 

pou ai gëu 

eu la chambre de joie. 

hu et hu! trop m'a nëu 
15 l'aube qui me guerroie. 

Se salve l'onor 

au crïator 

estoit, tôt tens voudroie 

nuit fëist del jor; 
20 jamais dolor 

ne pesance n'avroie. 

hu et hu et hu et hu! 

bien ai vëu 

de biauté la monjoie. 
25 hu et hu! c'est bien sëu. 

gaite, a dieu tote voie!" 



GUIOT DE PROVINS, LA BIBLE. 



Fabliaux et contes des poètes françois des 
nouv, édit. par iJcori , Paris 1808, Tome 2, 
J. Fr. Wolfart und San-Marte , Halle 1861, 
feld avec les îiiss. Notre Dame 

Le plus certain de mes chapitres 
covient torner sor les legitres 
qui devieneut fax plaidëor 
et de bone huevre trichëor 
et les faux poinz traient des bons, 
je sai bien se uns rois ou cons 
savoit des lois et des decrez, 
qu'il en seroit mont honorez, 
la sont li point, la sont li dit. 



XI. XII. XIII. XIV. et xv*^. siècles, publ. pur Barhazarty 
p. 384 — 393 ; cf. Guiot von Provins, herausgegehen von 
p. 103—111 , V. 2404- 2691. Comparé par M. Mane- 
242 {A) et La Yall. 140, une. 2707 (B). 

et li biau mot et li escrit, 

dont on doit pueple governer 

et droiture et raison garder. 
30 tiex mestiers avient bien a prince: 

cil netoie l'algue et raïnce 

le bon vaissel et mont l'amende. 

mais ja nus hom qui soit n'entende 

a malvais vaissel faire net: 
35 fox est qui son avoir i met. 



1 naiêz. 15 seulement hu; le reste de la strophe 
manque. 22 soie. 26 — 248, 4 seulement hu. 27 
Lou jB. certain A. 28 torner.4.- gésir B. 29 
deviennent A. iaus B. 30 oeure B. 31 poins 
faus B. boins jB. 32 suns B. cuens A, coens B. 
34 11 B. mrt A, plus B. 35 et li bia ditz B. 



27 e£critz B. 2S en A, Ion B. coroner A. gouer- 
ncir (:gardeir) B. 29 dreiture A. reson A. 30 
Teix B. 31 natoie laiue et rince B. 32 lou boin 
B. vessel A, vaxeaul B. molt AB etc. 33 Mes A. 
nul B. natende A. 34 nialvts vessel etc. vaxeail 
B. 35 trauail B. 



i 



249 



LA BIBLE GUIOT. 



250 



li malvais vaissel tôt empirent 

quant qu'on i met. ici se mirent 

tuit ci qui foloient et musent 

es bones escoles et usent 

lor tens por tricherie apendre. 

legieremeut puet on entendre 

lor diz, lor moz et lor poinz faux. 

de ce dont hom doit estre saux, 

se perdent tôt apertement, 

cil respitent lor jugement. 

cist chapitres fu faiz sanz glose; 

mais il fera une fort chose 

as langues fausses deslïees, 

qui dëussent estre liées 

de ce que j'oi dire es decrez. 

cens tieng je por désespérez, 

qu'il n'ont et paor et vergoingne. 

cil seignor vont il a Boloingne 

as lois por les corz maintenir, 

plus les en voi jenglos venir 

que n'est estorniax en jaiole. 

tote lor guile et lor parole 

vers tricherie se retrait: 

il prennent de deus parz le plait, 

ce n'est pas lois, ainz est deslois, 

ce ne truevent il pas es lois. 

on trait de minière l'argent, 

dont on fait maint biau vaissel gent 

et mainte autre huevre bêle et chiere, 

et le verre de la fouchiere, 

dont je revoi maint biau vaissel 

qui sont et cler et net et bel. 

et des hauz livres enorez 

qu'on apelle lois et decrfz 

nos traient engin et barat. 

1 tost epire B. 2 on] tn A. mire B. 3 folle 
gent ammissent B. 5 tans A. apenre A. 6 en A, 
bien B. l Lor peins lor dis et lor mos faus B. fax 

A. 8 ceu £. d. d. estre loaus iî. 9 tout iî. 10 re- 
portent B. 11 chapistres A. fut B. 12 glose A. 
13 as] au A, v B. desloaus B. 14 deuroient — loaus 

B. 15 De ceu qull nat ordre en decretz iî. 16 Ses 
ttigJB. n Si nouent uont S. loEs^. 20 iang- 
lans B, 21 Que estornels nert en geolle B. 22 
toute 1. guille— parolle B. toute lor huevre tieng 
a foie A. 23 vers la — trait B. 24 le manque B. 
26 trieuent on pas en jB. 27 en A. urine B. 28 
en A etc., l'on B. vassal B. 29 autre manque B. 
oeuvre belle B. 30 et en après de B. 31 on 
refait B. mainz A. vassal B. 32 cleir — bial B. 

33 bai deus des 1. B. ennorez A, honoreiz B. 

34 apellent B. 35 nous A. engig B. 



des, com il sont estroit et mat 

en ce dont il n'esploitent rien! 

et com il sont plus ancien, 

lors ardent il de covoitise. 
5 trop ont maie costume aprise: 

toz jors vuellent vivre de tort, 

qu'il quierent por avoir lor mort. 

por morz tieng je et por periz 

les fax plaideurs loëïz. 
10 qui ait avoir trop bien s'en aide: 

mais l'uevre est mont cruaux et laide, 

quant li avoirs le droit encombre. 

mont vueilent bien savoir le nombre 

qu'on lor donra, soit torz ou droiz : 
15 mont par est lor baraz destroiz. 

li uns sor l'autre a grant envie: 

li loiiers et la symonie 

les a liez et avuglez. 

s'uns loiax en estoit trovez, 
20 on devroit faire de lui feste. 

c'est uns tormenz, une tempeste 

d'aus oïr, quant il sont en leu 

ou il cuident faire lor preu. 

de ce font il plus lor domaige 
25 dont il cuident estre plus saige. 

trop sont il soutil et agu, 

mais lor bon sens ont il perdu. 

autant aiment tort comme droit; 

mais que il facent lor esploit, 
30 ne lor chaut de quel part il pendent. 

mais a enviz le lor despendent: 

il sont coquin et janglëor 

et trop hardi demandeur, 

et provendes et avoir quierent: 
35 covoitous sont et trop conquièrent. 

mont par aiment rente d'église, 

mais pou lor membre dou servise. 

mont devroient bon fruit porter 

I Deus — destroit B. i As cors ou il nesploite 
rien B. 3 et quant B. 5 folle B. 6 Tous B. 
7 por] p A. Biï q. et chercent B. 8 teg B. 
y Tans faus plaidorors lowais B. loeis A. 10 et 
qui au uoir amô som aide A. il leuure B. molt 

A, trop B. cruiex A, cruals B. 12 autes lou A. 
15 lor] li B. 17 loiers AB. 18 luez et encôbreiz 

B. 19 sus A. 20 de lui faire B. 21 uns manque 
B. cest une B. 22 Quant il assemble en r. leu 
B. 26 il] et B. 27 sanz A. 28 Atant B. 29 
face B. 31 Molt enuis lou B. 32 cosson et 
guilleor B. 33 herdi B. 34 auoir et prouende 
B. 36 denglise B. 37 de B. 



251 



Xllle SIECLE. 



252 



et lor huevre si esmerer 
qu'ele fust chiere et honorée, 
et bon senz et bone pensée 
ont il, quant il sont escolier. 
mont feroient il a proisier 
es bones lois et es decrez, 
se lor sens estoit atornez 
vers clergie loial et fine, 
mont sont il en foie doctrine, 
qu'il puisent malvaise science 
en fontainne de sapïence. 
ne sont mie bien abevré: 
il boivent ou ruissel troblé. 
aiguë douce torne a amer, 
et si rai ge oï conter 
c'on trait trïacle de serpent, 
qui mont a grant mestier sovent 
a cels qui sont envenimé. 
cil sont malement bestorné 
qui ou sen puisent la folie, 
es lois aprennent tricherie, 
por les poinz et por les biax diz, 
que il quenoissent es escriz, 
baratent le siècle et engignent. 
il ne compassent pas ne lignent 
lor huevre si com il devroient 
et com il enz es decrez voient, 
or sachiez que bone clergie 
est en tiez genz morte et perie; 
por c'est perdu quan qu'on i met, 
que li vaissel ne sont pas net. 

Des fisicïens me merveil: 
de lor huevre et de lor conseil 
rai ge certes mont grant merveille, 
nule vie ne s'apareille 
a la lor, trop par est diverse 
et sor totes autres perverse. 

1 aaismer. B. 2 fut B. 3 boia cuer B. 
5 prisier B. 6. 7 intervertis B. selonc lois 
et selonc d. B. 8 vers] cest B. loiax A, loaul 
B. 9 sil en folle B. 10 que pensent B. puis- 
sent A. 11 Et B. 13 rusiaul troblei B. 14 Jmer 

A. enmi la meir B. 16 dun B. 17 ait B. 
18 ceaux— enuenimei B. 20 san A, manque B. 
21 Se lor apregnent B. 22 Sor— sor B. 23 es 
manque B. 24 engigne ( : ligne) B. 25 côpasse 

B. 2G oeure B. 27 il es escris lou voie B. 
29 teil B. 30 quant com B. 31 vaseau B. 
après 31 Cest triand ce est sens péril. Sist sont 
cest de raison parti B. 32 fesiciens me mervoil B. 
36 Et la B. 37 diuerse B. 



bien les nomme li communs nons; 

mais je ne cuit qu'i ne soit bons 

qui ne les doie mont douter. 

il ne voudroient ja trover 
5 nul home sanz aucun mehaing. 

maint oingnement font e maint baing 

ou il n'a ne senz ne raison. 

cil eschape d'orde prison 

qui de lor mains puet eschaper. 
10 qui bien set mentir et guiler 

et faire noble contenance, 

tout ont trové fors la créance 

que les genz ont lor fait a bien. 

tiex mil se font fisicïen 
15 qui n'en sevent voir nés que gié. 

li plus maistre sont mont changié 

de grant ennui, n'il n'est mestiers 

dont il soit tant de mençongiers. 

il ocïent mont de la gent: 
20 ja n'ont ne ami ne parent 

que il volsissent trover sain 

de ce resont il trop vilain. 

mont a d'ordure en ces liens, 

qui en main a fisicïens 
25 se met par els. il m'ont eu 

entre lor mains : onques ne fu, 

ce cuit, nule plus orde vie. 

je n'aim mie lor compaignie, 

si m'ait dex, qant je sui sains: 
.30 honiz est qui chiet en lor mains. 

par foi, qant je malades fui, 

moi covint sofifrir lor ennui. 

qui les orroit qant il orinent, 

com il mentent, com il devinent, 
35 com il jugent lo pasceret 

par moz qui ne sont mie net! 

en chascuu homme trovent teche: 

s'il a fièvre ou la touz sèche, 

lors dïent il qu'il est tisiques 

1. 2 mires les nomment li communs, mais — 
quil en soit uns B. 3 Que an ne doient bn B. 
5 acun B. 7 sanz A. raisons B. 10 seit B. 
13 a] grant B. 14 Teil B. fesecien B. 15 nés] 
ne A. s. nés plus que B. IG mestre A. 17 envie 

A. 18 Que donc il s. t. mensongier B. 19 Ja B. 
20 ni ami B. 21 trovei B. 22 ceu B. 23 ait B. 
24 Q'est en mains de f. B. 25 au B. 26 mais 
ce ne fu B. 27 Q'nqs nulle B. 29 deus B- 
31 malaides B. 33 com il B. 35 lou penseret 

B. 36 mos A, mas B. 37 suns chescuns B. 
18 Ou il ait B. 39 Lor — tesiques B. 



253 



LA BIBLE GUIOT. 



254 



ou enfonduz ou ydropiques, 

melancolïeus ou fieus 

ou corpeus ou palazineus 

qui les orroit de colérique 

plaidoier ou de fieumatique! 

li uns a le foie eschaufé 

et li autres ventouseté. 

trop par sont lor huevres repostes 

et lor paroles si enpostes, 

n'i a se vilonnie non, 

et par ce commence lor non: 

fisicïen sont apelé, 

sanz fi ne sont il pas nommé. 

por ce' a fi au commencement 

por le vilain definement; 

de fi doit tote lor huevre estre 

et de fi doit fisique nestre; 

sanz fi ne les puet on nommer, 

ainsinc ne s'i doit nus fier. 

de fi fisique me défie : 

fox est qui en tel art se fie 

ou il n'a rien qu'il n'i ait fi: 

dont sui je fox se je m'i fi. 

uns boins truanz bien enparlez, 

ne mais qu'il soit un pou letrez, 

feroit foie gent herbe paistre. 

tuit sont fisicïen et maistre: 

li uns de l'autre mont bien guile 

la ou il sont a bone vile, 

que li meillor fisicïen 

prisent celui qui ne set rien. 

li miaures le poior consent, 

por ce ont il l'or et l'argent. 

et por ce qu'il le tiengne en pais, 

li rachous consent le pugnais 

et li pugnais bien lo rachat: 

certes trop i a de barat. 

li rachaz le punais volt bien, 

ne se desconfortent de rien, 

por ce que l'uns et l'autre es puz. 

1 fieumatique B. lo uiloignie B. 11 nom B. 
14 au] dou B. 15 Qe lor nom q sens finement 
B. 18. 19 manquent B. 19 ainsic A. 20 et 
de fi phisique me B. 25 Solement quil soit bn 
leitreiz B. 26. 27 pestre: mestre A. 29 en B. 
30 millor B. 32 li maistres les mauais B. 33 
Por coi por engignie la gent B. 35 raches — 
lou punaix (: paix) B. 36 lou raches bien B. 
37. 38 manquent B. 38 volt] molt A. 40 Por 
coi q li uns l'a. B. es puz] put AB. 



ainz fusse je pris et batuz 

que fisicïen me gardassent 

un an entier et governassent! 

trop sont costous et trop se vendent 
5 et les meillors morsiaus deftendent. 

je lor claim quite lor piletes, 

certes qu'eles ne sont pas netes. 

s'il revienent de Montpellier, 

lor laitûaire sont mont chier. 
10 lors dïent il, ce m'est avis, 

qu'il ont gigimbraiz et pliris 

et dïadragum et rosat 

et penidoin et vïolat; 

do dïarodo Julii 
15 ont il maint prodome menti. 

trop sont prisié, trop sont loé. 

il a gigimbre et alo'ê 

en lor dyamargareton, 

ce dïent; mes un cras chapon 
20 ameroie miex que lor boistes 

qui trop sont corouses et moistes. 

icil qui vient devers Salerne 

lor vent visie por lanterne; 

il vendent noirbrun et syphoine 
25 por espices de Babyloine; 

que s'uns bons en passe le col, 

il avra si le ventre mol 

que maintenant l'estuet honir. 

as sainz mengiers me vuel tenir 
30 et as clers vins et as forz sauses, 

que trop par sont lor huevres fauses. 

il ne sont mie tuit igal: 

li boen fisicïen loial, 

li prodome, li bien letré 
35 ont maint verai conseil doné. 

maintes genz qui se desconfortent 

en lor conseil se reconfortent. 

quant uns hom a paor de mort, 

grant mestier a de bon confort, 
40 1 Quez f. B. 5 millors maingiers B. 6 claim] 
las B. 9 leituaire A. il gingebret B. 12 le 
premier et manque B. roset B. 13 penidium B. 
14 dois B. diarado B, diadaro A. vili B. 17 
gengibrett a lamatt aloei B. 20 plus B. 21 qui 
manque B. escroses B. 22 revient B. 23 nos 
V. uecies B. 24 donc— sidoine B. 26 hom B. 
29 boins maingiers B. mestuet A. 30 Es boins B. 
et el fors B. 31 Trop sent ueir les lor oeuvres 
faces B. 34 boin home B. 35 donne A, donei B. 
36 mainte gent— desconforte B. 37 molt se con- 
forte B. 38. 39 manquent B. 



255 



XlIIe SIECLE. 



256 



li bon conseil ont conforté 

maint prodomme desconforté; 

et quant bone huevre est connëue, 

bien devroit estre chier tenue. 

mais par totes ces bones viles 

ont si espandues lor guiles 

li guilëor, li mençongier, 

que li prodomme en sont moins chier. 

sovent se voient et assemblent, 

mais les huevres pas ne se semblent. 

les huevres sont bien départies: 

les roses selonc les orties 

ne perdent mie lor biauté 

ne lor flairor ne lor bonté. 

j'ai vëu delez l'ortiier 

florir et croistre lou rosier: 

se les orties sont poingnanz 

et annuiouses et puanz, 

les roses sont bêles et chieres. 

les bones huevres et entières, 

les veraies et les loiax. 



20 



sont ausi comme li metax 

qui se sevra dou malvais fer. 

mont sont bien quenëu li ver 

qui font la soie: c'est a dire 

que la malvaise huevre n'empire 

la bone huevre de nule rien. 

li loial clerc fisicïen 

doivent estre mont enoré 

et mont servi et mont amé. 

le bon loial ai ge mont chier 

certes quant j'en ai grant mestier, 

et mont désir qu'on le m'amaint 

qant maladie me destraint. 

grant confort et grant bien me fait: 

et qant m'enfermetez me lait 

et je ne sent ma maladie, 

lors voldroie c'une galie 

l'emportast droit a Salenique, 

et lui et tote sa fisique: 

lors vueil que il tiengne sa voie 

si loing que jamais ne le voie. 



GEOFFROIDE VILLEHARDOUIN, LA CONQUESTEDE CONSTANTINOPLE. 

Michaud et Poujoulat, nouvelle collection de mémoires pour servir à l'histoire de France, Tarn. 1, 

Paris 1836, p. 22—27. Donné ici d'après les mss. franc. 4972, fol. 7 {A) et 15100 {B). Geoffroi 

de Villehardouin, Conquête de Constantinople, par N. de Wailly, Paris 1874, p. 40. 



Or oiez une des plus granz merveilles et des 
greignors aventures que vos onques oïssiez. 
A cel tanz ot un emperëor en Constantinoble, 
qui avoit a nom Sursac, et si avoit un frère qui 
avoit a nom Alexis, qu'il avoit rachaté de 
prison de Turs. icil Alexis si prist son frère 
l'emperëor, si li traist les iaulz de la teste, 
et se iist emperëor par tel traïson com vos 
avez oï. ensi le tint longuement em prison et 
un suen fil, qui avoit nom Alexis, icil filx si 
eschapa de la prison et si s'enfuï en un vassel 

4 doit — chiere B. 5 toutes AB. 8 mains A. 
10 M. lor oeure peou ne les sëble B. 12 se- 
lonc] deleiz B. 14 odour B. 15 lortier AB. 
20 et] les B. 21 loaus ( : metaus) B. 25 a 
nom] non B. iursac B. et si A. que A. 26 a 
manque B. que il A. achate B. 27 cil B. si 
manque B. pr. un jor l'e. som fr. B. 28 si] 
e^ B. 29 par] en A. corne voz oez et le B. 
31 fil avec B. ici A, cil B. si manque B. 32 
^e la pr. manque B. si manque B. en un v. 
»ianque B 



trosque a une cité sor mer, qui a nom Ancone. 
d'enqui s'en ala al roi Phelippe d'Alemaigne qui 
avoit sa seror a famé. Si vint a Vérone en 

25 Lombardie et herberja en la vile et trova des 
pèlerins assez qui s'en aloient en l'ost. Et 
cil qui r avoient aidié a eschaper et qui estoi- 
ent avoec lui, li distrent 'sire, vez ci un ost en 
Venise près de nos de la meillor gent et des 

30 meillors chevaliers del monde, qui vont oltre 
mer; quar lor criez merci, que il aient merci de 

5 que m. oeure nien pire B. 8 annore A, 
honorei B. 9 et chier tenu C. 10 lou bon lou 
loial ai je chier B. il certes molt B. grant 
manque B. 12 et manque B. amoiat (: destroint) 
B. 15 leit A. 19 toute AB. 21 si droit — ne 
reuoie B. 22 an nom A., avoit non B. 23 
en ki A, de la B. al] il vers le B. qui une seue 
serour avoit a B. 24 si] dont B. 25 et se re- 
beria B. et la tr. il p. et genz a B. 27 et qui] 
qui A. 28 ovoec lui est. présentement li B. veez A. 
20 près d. n. en V. B. gent manque A. de la 
meillor chevalerie B. 30 chevalier A. 31 quar 
aies ceste part et leur B. 



257 GEOFFROI DE VILLEHARDOUIN, LA CONQUESTE DE COXSTANTINOPLE. 258 



toi et de ton père, qui a tel tort iestes dés- 
héritez, et se il te volent aidier, tu feras 
quanque il deviseruut de bouche: espoir il lor 
en prendra pitié.' et il dist que il le fera 
mult voleutiers et que cist conseils est bons. 

Ensi prist ses messajes ; si les envoia al marchis 
Boniface de Montferrat, qui sires ère de l'ost, 
et as autres barons, et quant li baron les virent, 
si se merveillierent molt et respondirent as 
messages 'nos entendons bien que vos dites, 
nos envolerons al roi Phelippe avec lui, ou il 
s'en va; se cist nos velt aidier la terre d'oltre 
mer a recovrer, nos li aiderons la soe terre 
a conquerre, que nos savons bien qu'ele est 
tolue lui et son père a tort.' Ensi furent 
li message envoie en Alemaigne au vallet de 
Constantinoble et au roi Phelippe d'Alemaigne. 

Devant ce que nos vos avons ici conté, si 
vint une novele en l'ost, dont il furent molt 
dolent, li baron et les autres genz, que mesire 
Folques de Nuelli, li bons hom, li sains hom, 
qui parla premièrement des croiz, fina et 
morut. 

Et après ceste aventure lor vint une com- 
paignie de mult bone gent de l'empire d'Ale- 
maigne, dont il furent mont lié. la vint li 
evesques de Havestat, et li cuens Bertous de 
Casseneleboghe, Garniers de Bolande, Tierris 
de Los, Henris d'Orme, Tierris de Dies, Rogiers 
de Suitre, Alixandres de Vilers, Oiris de Tone. 

1 que por deu aient m. de vos et de vostre gent 
et si aient de vostre père pitié qui a si grant tort 
a este d. et se vos vuellent a. vos feres quanquil 
vodront demander et deviser B, de toi pitié et A, 
1. 2. deseritez A. 3 ea lor A^ il leur B. 4 dit A. 
5 mult-bonsj dont einsinc puis quil li conseillent 
B. Dont B. pristrent A si] et los B. 7 es- 
toit B. 8 quant il les v. si sen B. 9 et dis- 
trent nos g. B. 10 ce que B. il env. nos mes- 
sages a lui et au r. Ph. et se nos v. a. a con- 
querra la terre quo nos avons perdue nos li B. 
13 terre manque B. 14 bien que vos a déshérites 
a t. B. 17 roit B. d'Al. manque B. 18 aioni 
conte vint B. 19 il] cil de lost B. 2o li— genz 
manque B. quar mestre B. 21 de NuUi manque A. 
NuUi qui premièrement avoit parle d. cr. morut 
B. 23 raori A. 24 Empres cez choses vint en 
Venise une B. 25 de lempire manque B. 26 il] 
cil de lost B. 27 honeitach B. quenz de ber- 
tout entaissenele eathochez B. haltons A. 2S Bor- 
lande A. 29 de die B. 30 Sutre B. Horris 
ai T. et meint autre bone genz qui mie retret ne 
6ont ici dont furent apareillie vessel et huissier 
pour mètre chevaus et quant (258,3) B. 
Baktsch, Chrestomatlûe. YI. Éd. 



Adonc furent départies les nés et li uissier 
par les barons; ha diex! taut bon destrier 
i ot mis! et quant les nés furent chargies 
d'armes et de viandes et de chevaliers et de 

5 serjanz, et li escu furent portendu environ des 
borz et des chastials des nés, et les banieres 
dont il avoit tant de bêles, et sachiez que 
il portèrent es nés de perrieres et de man- 
goniax plus de ccc et toz les enginz qui ont 

10 mestier a vile prendre a grant plenté. ne 
onques plus bêles estores ne parti de nul 
port; et ce fu as huiteves de la saint Rémi, 
eu l'an de rincarnacïon Jhesu Christ mcc 
anz et ii. einsi partirent del port de Venise, 

15 com vos avez oï. 

La velle de la saint Martin vindrent devant 
Jadres eu Esclavonie, si virent la cité fermée 
de halz murs et de haltes torz, et pour noiant 
demandessiés plus bêle ne plus fort ne plus 

20 riche, et quant li pèlerin la virent, il se mer- 
veillerent mult et distrent li un es autres 
'cornent porroit estre prise tels vile par force, 
se diex meïsmes nel fait?' Les premières nés 
qui vindrent devant la vile aëncrerent et aten- 

25 dirent les autres ; et al matin fist mult bel jor 
et mult cler, et vinrent les galles totes et li 
vissier et les autres nés qui estoient arriéres; 
et pristrent le port par force et rompirent la 
chaaine qui mult ère forz et bien atornee, et 

30 descendirent a terre, si que li porz fu entr'aus 
et la vile, lor veïssiez maint chevalier et 
maint serjant issir des nés et maint bon 



2 les uissiers A. 4 chevaliers] chevaus et de 
chevaliers B. 5 f. pendu et port, es chastiax tout 
environ les nés si drecierent les b. B. 7 tant] 
moût B. 8 de— de manque B. pierres B. 9 les 
manque B. ont] porent avoir B. 10 a gr. pi. 
manque B. ne— ne] et onques mes a nul ior ne 
B. nul manque B. 11 port gent m nés mielz 
atiriee et ce B. 12 octave A. la feste s. A. 

13 J. C] nostre seigneur B, m et ce et ii anz B. 

14 III A. e. sem p. B. iti la feste s. B. devant] 
a jB. 17 iadres en sel. A. si] et B. ferme A. 
13 et forz torz B. 19 demaniesies A. bêle cite 
ne B. 20 il — mult] si sen esmaierent moût B. 
21 as autres A. 22 estre ceste cite pr. se nostre 
sirez ne le fet proprement B. 23 nés qui v. B. 
24 et manque B. 25 et al] au B. 26 et v.] 
donc V. B. les autres nés et g. et li h. qui B. 
27 uissiers A. arriers A. 28 par] a B. 29 es- 
toit B. 30 entrez an la B. 31 lor. v.] dont B. 
m. biau oh. et m. bel s. B. 32 bon] biau B. 

17 



259 



XIII« SIECLE. 



260 



destrier traire des vissiers et maint riche tref 
et maint pavellon. 

Einsinc se loja l'oz et fu Jadres assegie le 
jor de la saint Martin, a celé foiz ne furent 
mie venu tuit li baron, car encor n'ere mie 
venuz li marchis de Montferrat qui ère remés 
arrière por afaire que il avoit. Estiennes 
del Perche tu remés malades en Venise et 
Mahius de Monmorenci, et quand il furent gari, 
si s'en vint Mahius de Monmorenci après l'est 
a Jadres; mes Estienes del Perche ne le fist 
mie si bien, quar il guerpi l'ost et s'en ala 
en Puille sejorner. avec lui s'en ala Rotres 
de Monfort et Ives de la Jaille et maint autre 
qui mult en furent blasmé, et passèrent au 
passage de marz en Surie. 

L'endemain de la saint Martin issirent de 
cels de Jadres et viudrent parler al duc de 
Venise qui ère en son paveillon, et li distrent 
que il li rendroient la cité et totes les lor 
choses sais lor cors en sa merci, et li dus 
dist qu'il n'enprendroit mie cestui plet ne 
autre, se par le conseil non as contes et as 
barons, et qu'il en iroit a els parler. 

Endementiers que il ala parler as contes et 
as barons, icele partie dont vos avez oï 
arriéres, qui voloit l'ost depecier, parlèrent 
as messages et lor distrent 'por quoi volez 
vos rendre vostre cité? li pèlerin ne vos 
assaldront mie ne d'aus n'avez vos garde, se 
vos vos poëz défendre des Venisïens, dont estes 
vos quites.' et ensi pristrent un d'aus meïsmes 

1 tre A. 2 meint bel p. B. 3 Gadres. 

le] droit au B. 4 la] feste B. a — furent] mes 
adonc nestoient B. 5 car— venue A, si comme B. 
6 qui demorcs estoit a. p. besoigne quil a. a fere 
B. 8 estoit demorez B. 9. 10 Mahitis A. lO 
s'en manque B. il a lost a G. B. ne— il manque 
B. 13 sej. en P. B. avec— ala manque B. Ro- 
tro A. 14 de la isle alerent avec meint q. m. 
durement en B. 15 et tuit cil \t. B. lo en S. 
manque B. 17 la feste s. B. 1 hors A. B. 18 
G. une partie et B. 19 v. au pavellon le d. d. 
V. pour parler a li et li B. 20 li manque B. 
lor ch.j ch. B. 21 en sa m. manque B. 22 quil 
ne recevroit ne ce p. ne a. delz B. 23 non 
des princes et des b. et ncporquant il dist quil 
cm parleroit a elz B. 24 qui en A. 25 il] li 
dus B. p. de cest afere a la p. B. 27 arr.] de 
cens B. pari.] en ot aucuns qui distrent B. 2S 
et lor d. manque B. 30 assaliront A. ne — ensi] 
ne vos navez g. delz mes deffendes vos vigucreu- 
sement dont B. 32 meïsmes manque B. 



qui avoit non Roberz de Bove, qui ala as 
murs de la vile et lor dist ce meïsmes. Ensi 
rentrèrent li message en la vile et fu li plais 
remés. Li dus de Venise com il vint as contes 

5 et as barons, si lor dist 'seignor, ensi me voelent 
cil de la dedanz rendre la cité sais lor cors 
a ma merci; ne je n'enprendroie cestui plait 
ne autre se per vostre conseill non.' et li baron 
li respondirent 'sire, nos vos loons que vos le 

10 preigniez et si le vos prïon.' et il dist que il 
le feroit. Et il s'en tornerent tuit ensemble 
al paveillon le duc por le plait prendre; et 
troverent que li message s'en furent aie par le 
conseil a cels qui voloient l'ost depecier. E 

15 dont se dreça uns abes de Vais de l'ordre de 
Cistials, et lor dist 'seignor, je vos deffent de 
par l'apostoile de Rome que vos ne assailliez 
ceste cité, quar ele est de crestïens et vos 
lestes pèlerin.' Et quant ce oï li dus, si en 

20 fu mult iriez et destroiz et dist as contes et 
as barons 'seignor, je avoie de ceste vile plait 
a ma volonté, et vostre gent le m'ont tolu ; et 
vos m'aviez couvent que vos la m'aideriez a 
conquerre, et je vos semoing que vos le façoiz.' 

25 Maintenant li conte et li baron parlèrent 
ensemble et cil qui a la lor partie se tenoient, 
et distrent 'mult ont fait grant oltrage cil qui 
ont cest plait desfet, et il ne fu onques jorz 
que il ne meïssent paine a cest ost depecier. 

30 or somes nos boni, se nos ne l'aidons a prendre.' 
Et il vienent al duc et li dïent 'sire, nos le 
vos aiderons a prendre por mal de cels qui le 
vuelent destorner.' Ensi fu li consels pris; et 

1 Boves et lenvoierent as B. 2 lor manque B. 
d. ce m.] dist a ceus deleanz ceste meesmez parole B. 
3 plez a tant r. et quant li d. d. v. fu venuz ^. 4 ad — 
ad. B. 5 si] il B. ensi] en tele meniere B. 6 de leanz 
B. 7 a moi et a ma merci saus leur cors B. nés pr. 

A. prendroient B. plait cestui A. S vostre loz non 
sire font li b. nos loons B. 9 le recevez et moût vos 
cm p. B. 10 il] dont B. Il Adonc sentorna li dus a 
son p. et li baron avec lui pour recevoir ce plet B. 
13 li baron sen estoieut retorne B. 14 de c. cui lost 
vol. B. 15 Adonc se leva i. abe en haut qui estoit 
de l'o. .S. M àQ'R. manque B. is ceste] mie a c. .5. 
19 Quant li dus ot ceste parole si en f. moût durement 
courouciez dont d. ad c. et ad B. 21 av. pi. a m. v. 
davoir ceste cite B. 23 mavez créante B. maideres 

B. 24 scmon A, en semoing B. 25 Et li c. B. 20 a 
elz se t. d. certes moût B. 27 gr. domage a nos et au 
duc cil qui ce plet ont desfet /i. 29 en cest iî. 30—33 
or — Vont] t por mal de ceus qui lost vuellent depe- 
cier B. 33 s. et quant vint au m. si s'a. B. 



261 GEOFFROI DE VILLEHARDOUIN, LA CONQUESÏE DE CONSTANTINOPLE. 26? 

al matin s'alerent logier devant les portes de lances et d'arbalestes et de darz, et mult i ot 

la vile, et si drecierent lor perrieres et lor geuz navrez et morz. mais li Venissïen ne 

mangonials et lor autres engins dont il avoient porent mie l'ester endurer, si commencierent 

assez ; et devers la mer drecieront les eschieles mult a perdre. Et li preudome qui ne vo- 
sor les nés. lor commencierent a geter les 5 loient mie le mal , vindreut tôt armé a la 

perrieres as murz de la ville et as tors. Ensi meslee et commencierent a dessevrer; et cum 

dura cil asals bien par V jors ; et lor si mistrent il l'avoient dessevré en un leu, recommençoit 

lors trenchëors a une tour, et cil commen- en un altre. Issi dura tresque a grant pièce 

cierent a trenchier le mur. et quant cil dedenz de la nuit, et a grant travail et a grant mar- 
virent ce, si quistrent plait tôt atretel com lu tire le départirent, et sachiez que ce fu la 

il l'avoient refusé par le conseil a cels qui plus grant dolors qui ouques avenist en ost, 

l'ost voloient depecier. et par poi que li ost ne fu tote perdue, mais 

Ensi fu la vile rendue en la merci le duc diex nel volt mie soffrir. Mult i ot grant do- 

de Venise sais lor cors, et lors vint li dus mage d'ambedeus parz. la si fu morz uns halz 
as contes et as barons et lor dist 'seignors, is bom de Flandres , qui avoit nom Giles de 

nos avons ceste vile conquise par la dieu Landas, et fu feruz par mi l'ueil et de ce cop 

grâce et par la vostre. il est yvers entrez et fu morz a la melee, et maint autre dont il 

nos ne poons mais movoir de ci tresque a la ne fu mie si grant parole. Lors orent li dux 

pasque, quar nos ne troveriens mie marchié de Venise et li baron grant travail tote celé 
en autre leu. et ceste vile si est mult riche 20 semaine de faire pais de celle mellce. et tant 

et mult bien garnie de toz biens; si la parti- i travellierent que pais en fu, dieu merci! 

rons par mi, si en prendromes la moitié et vos Après celé quinzaine vint li marchis Boni- 

l'autre.' Ensi com il fu devisé si fu fait, li faces de Montferrat qui n'ere mie encores 

Venicïen si orent la partie devers le port ou venuz, et Mahius de Monmorenci et Pierres de 
les nés estoient, et li François orent l'autre. 25 Braiecuel et maint autre prodome. Et après 

Lors furent li ostel départi a chascuu en- une autre quinzaine revindrent li message 

droit soi, tel com il afferi. si se desloja li d'Alemaigne qui estoient al roi Phelippe et au 

oz et vindrent herbergier en la vile, et cum vallet de Constautinoble. Et assemblèrent li 

il furent herbergié, al tierz jor après si avint baron et li dux de Venise en un palais ou li 
une mult grant mésaventure en l'ost endroit 30 dux ère a ostel. et lors parlèrent li message 

bore de vespres; que une meslee commença et distrent 'seignors, li rois Phelippes nos 

des Venicïens et des François mult grant et envoie a vos, et li fils l'emperëor de Con- 

mult fiere, et corurent as armes de totes parz. stantinoble, qui frère sa famé est. Seignor, 
et fu si granz la meslee que poi i ot des 

rues ou il n'ëust granz esters d'espees et de 35 2 mes en la fin ne p. V. l'e. soufiir B. 4 ne] 

point ni B. 5 mie le] de B. a la m. touz armes et 

1 la porte B. 2 la cite dont dr. p. et m. et les la c. a départir et quant il l'a. en u. 1. descevre rec. 

a. B. 3 il y avoit a. et dr. B. 5 nés par devers B. S dura la meslee jusque B. 9 de la n. et tou- 

la mer dont c. les perrieres a g. vigeureusement jB. tes voies la dessevrerent il a grant paine et a grant 

6 ad — &à. B. 7 il estors -ça.! vu. B. &i manque B. traval et s. que ce fu une des granz mésaventures 5. 

8 tour] porte B. 9 le mur] moût durement B. de 11 lost quar petit sen fali que touz B, 12 tote man- 

la cite virent cest afere si requistrent ceste pes par que B. perduz B. 13 ne B. 14 si manque B. 16 

1. c. de ceus de lost qui v. l'o B. 13 le] du B. Landast il fu B. i: et einsinc fu m. ausint furent 

15 ad — ad B. I6 la merci nostre seigneur B. meint haut home B. hautre A. IS si grant manque 

\' il] or B. 18 de ci movoir devant la B. 19 B. lors] moût B. orent li baron de paine toute la 

marchie'] chevance jB. 21 si] nos £. 22 prendres £. nuit et toute c. s. et li dus de Y. ausint pour f. lapes 

nos B. 23 il devisèrent le firent B. 24 par devers nepourquant tant i tr. la deu merci que — fu B. 21 

liave B. 27 aferoit B. li oz manque A, maintenant dio A. 22 Bon. manque B. 23 qui encore nestoit 

li oz B. 28 vint B. v. dedens et quant B. 29 si mie v. B. Mahuris A. 25 et— est.] en lautre semei- 

av. au t. j. u. gr. m. quar une B. 32 entre V. et ne empres vindrent 1. m. q. e. enuoi B. 27 Ph. da- 

F. B. 33 fiere] ennuieuse B. ad B. 34 si manque lemaigne B. 2S et] lors B. 29 pavellon B. 30 

B. petit i ot de B. 36 granz manque B. de maces estoit B. 33 est sa famé et vos mande quQ le vos 

ou d'e. ou de 1. ou d'à. et moût i ot de g. B. envolera et le metra en la mein deu et en B. 



263 



XIIP SIECLE. 



264 



lait li rois, je vos envoierai le frère ma famé; 
si le met en la dieu main, qui le gart de mort, 
et en la vostre. por ce que vos alez por deu 
et por droit et por justise, si devez a ceuz qui 
sont déshérité a tort rendre lor héritages, se vos 5 
poëz. et si vos fera la plus haute convenance 
qui onques fust faite a gent et la plus riche 
aïe a la terre d'oltre mer conquerre. tôt pre- 
mièrement se diex done que vos le remetez 
en son héritage, il metra tôt l'enpire de lo 
Komanie a la obédience de Rome, dont ele 
ère partie pieça. après il set que vos avez 
mis le vostre et que vos iestes povre; si vos 
donra deus cent mil mars d'argent et viande 
a toz cels de l'ost a petiz et a granz. et il i5 
ses cors meïsmes ira avec vos en la terre de 
Babiloine, ou envoiera, se vos cuidiez que mielz 
sera, atot dis mille homes a sa despense, 
et ce servise vos fera par un an, et a touz les 
jorz de sa vie tendra v cent chevaliers en la 20 
terre d'oltre mer al suen, qui garderont la terre 
d'oltre mer. Seignor, de ce plait avons nos 
plein pooir', font li message, 'd'assëurer ceste 
convenance se vos le volez assëurer devers 
vos; et sachiez que si halte convenance ne 25 
fu onques mes offerte a gent, ne n'a mie 
grant talant de conquerre qui cesti refusera.' 
et il dïent que il en parleront, et fu pris un 
parlemenz a l'endemain, et quant il furent en- 
semble, si lor fu ceste parole mostree. 30 

La ot parlé eu maint endroit, et parla 
l'abes de Vais de l'ordre de Cystiaus et celé 

3 V. estes meuz B. 4 a ce .4. g et cist vos B. 
la conv. et la plus haute oÛ're B. 7 fu B. fê- 
tes a nule g. B. riche] grant B. 8 pour la 
sainte t. B. 9 ce donne q. v. en s. h. le puis- 
sies remetre il vos promet qui metra toute lobe- 
dience de Romenie a la subjeccion B. 12 estoit 
départie p. emprez il set bien q. v. p. et que vos 
estes tout nus el voiaie deu si vos B. 15 et a 
p. B. il] que B. 16 la t. de manque B. 17 
que ce soit m. a tout B. 18 toz A. ses des- 
pens B. 19 ces A. fera il jusque a tant cun 
an sera, aconipli et a B. 20 il tendra 11 cent 
B. chevalier A. 21 qui — suen] a son despens 
qui g. la t. B. 22 s. de ce a. n. plait p. A, 
et de ce dient li message a. n. p. B. 23 f. 1. 
m. manque B. deseurer A. 24 c. conv. manque 
B. le manque B. asscurer manque B. 25 que 
qui ceste c. refuse il na mie talent de terre con- 
querre et li dus dist B. 28 parleroient en- 
semble einsint fu pr. le p. a 1. lor fu que ceste B. 
31 et] adont B. 32 de l'o.— partie] et cil B. 



partie qui voloit l'ost depecier, et distrent 
qu'il ne s'i acorderoient mie, que ce ère sor 
crestïens, et il n'estoient mie por ce mëu, ainz 
voloient aler en Surie. et l'autre partie lor 
respondi 'bel seignor, en Surie ne poëz vos 
rien faire, et si le verroiz bien a cels meïsmes 
qui nos ont deguerpiz et sont aie as autres 
porz. et sachiez que par la terre de Babi- 
lonie ou par Grèce iert recovree la terre 
d'oltre mer, s'ele jamais est recovree. et se 
nos refusons ceste covenance, nos somes boni 
a toz jors.' 

Ensi ère l'oz en discorde; et ne vos mer- 
veilliez mie se li laie genz ère en discorde, 
que li blanc moine de l'ordre de Cistiaus 
erent altressi en discorde en l'ost. li abes de 
Loz, qui mult ère sainzhome, et altre abbé 
qui a lui se tenoient, prechoient et crïoient 
merci a la gent que il por deu tenissent l'ost 
ensemble et que feïssent ceste convenance: 
'car ce est la chose par quoi on puet mielz 
recovrer la terre d'oltre mer.' et l'abbes de 
Vaus et cil qui a lui se tenoient, repreechoient 
mult sovent et disoient que tôt c'ere mais; 
mais alassent en la terre de Surie et feïssent 
ce que il porroient. 

Lors vint li marchis Bonifaces de Mont- 
ferrat, et Bauduïns li cuens de Flandres et de 
Hennaut, et li cuens Loëys, et li cuens Hues 
de Saint Pol, et cil qui a elz se tenoient; et 
distrent que il feroicnt ceste convenance, que 
il scroient boni se il la refusoient. Ensi s'en 
alerent a l'ostel le duc, et furent mandé li 

1 lost voloient B. 2 que sil aloient sour cr. 
il iroient contre la loi de Rome et distrent que 
pour ce n'e. il mie meu et l'a p. dist B- 5 vos] 
mie aler quar vos ni porriez B. G le poez bien 
veoir par cens qui sunt aies as B. S s. veraie- 
ment que p. 1. t. doutre mer ou B. 9 la sainte 
t. B. 10 se j. doit estre B. 12 iorz mes B. 
13 estoit li oz en d. comme vos oez B. vos en 
m. m. de la 1. g. se il se descordoient quar li B. 
16 C. qui estoient en lost se descordoient ausint 
li a. B. Lost B. 17 estoit sainz home B. ab- 
bez ausint qui B. 18 pr. toute ior et B. 19 
se t. B. 20 il en B. stussent A. 24 mult so- 
vent manque B. ce estoit B. 27 Bon. manque 
B. 28 et li quens B. de F. et de H. B. 29 
Loois de Bloiz et de chartein B. 30 se t. a 
elz B. 31 dient quil loent c. B. quar il B. 
32 si la B. réf. et deshonore B. 33 il message 
et firent cest aseurement par seremenz B. 



265 



MARIE DE FRANCE. 



266 



mes, et assëurerent la convenance, si com vos 
l'avez oï arrière, par saircmenz et par Chartres 
pendanz. et tant vos retrait li livres que il 



ne furent que xii qui les sairements jurèrent 
de la partie des François, ne plus n'en po- 
oient avoir. 



MAEIE DE ERANCE. 
LI LAIS DEL CHIEVKEFOIL. 

Tristan publié par Francisque Michel, Londres 1835, Vol. 2, p. 141 — 146. Die Lais der Marie de 
France, von Karl Warnke, Balle, 1885, p. ISl. 



Asez me plest e bien le voil 
del lai qu'um nume chievrefoil 5 

que la vérité vus en cunt, 
cument fu fet, de quei e dunt. 
plusurs le m' unt cunté e dit, 
e jeo l'ai trové en escrit, 
de Tristram e de la reine, lo 

de lur amur qui tant fu fine, 
dunt il eurent meinte dolur, 
puis en mururent en un jur. 
li reis Mars esteit curuciez, 
vers Tristram sun nevu iriez, lô 

de sa terre le cungëa 
pur la reïne qu'il ama. 
en sa cuntree en est alez: 
en Suht-Wales, u il fu nez ; 
un an demurat tut entier 20 

ne pot ariere repeirier; 
mes puis se mist en abandun 
de mort e de destructïun. 
ne vus en merveilliez neeut, 
kar cil ki eime lëalment 25 

mut est dolenz e trespensez 
quant il nen ad ses volentez. 
Tristram est dolenz e pensis, 
pur ceo s'esmut de sun païs. 
en Cornuaille vait tut dreit 30 

la u la reine maneit; 
en la forest tut sul se mist, 
ne voleit pas qu'um le veist. 
en l'avespree s'en eisseit, 
quant tens de herbergier esteit: 35 

od païsanz, od povre gent 
perneit la nuit herbergement; 

7 ja manque. 13 e manque. 14 curucie. 15 ne- 
vuz. 16 tere. 25 kar] ki Ms., ke Michel. 28 est 
dolent. 29 semuet Fôrsier] met. 30 cornwaille. 



les noveles lur enquereit 

del rei, cum il se cunteneit. 

cil li dïent qu'il unt oï 

que li barun erent bani, 

'a Tintagel deivent venir; 

li reis i veolt sa curt tenir: 

a pentecouste i serunt tuit. 

mut i avra joie e déduit, 

e la reïne i sera.' 

Tristram l'oï, mut s'en haita. 

ele n*i purrat mie aler 

k'il ne la veie trespasser. 

le jur que li reis fu mëuz 

est Tristram el bois revenuz 

sur le chemin que il saveit 

que la route passer deveit. 

une codre trencba par mi, 

tute quarree la fendi. 

quant il ad paré le bastun, 

de Sun cutel escrit sun nun. 

Se la reine s'aparceit, 

qui mut grant garde s'en perneit, 

de sun ami bien conuistra 

le bastun, quant el le verra. 

autre feiz li fu avenu 

que si l'aveit apercëu: 

ceo fu la summe de l'escrit 

qu'il li avait mandé e dit, 

que lunges ot ilec esté 

e atendu e surjurné 

pur espier e pur saveir 

coment il la pëust vëeir, 

kar ne poeit vivre sanz li. 

1 furent par devers la partie as François que xii 
qui ce serement jurassent ne pi. n. porent a. de cez 
XII 5. 11 avéra. lO rei. n deljFor5?er]al. is qu'il. 
19 V. Romania 14, 601. 36 kar Roquefort: ke Michel. 



267 



XIII« SIECLE. 



/ 



268 



d'eus deus fu il tut autres! 

cume del chievrefoil esteit 

ki a la codre se perneit. 

quant il est si laciez e pris 

e tut entur le fust s'est mis, 

ensemble poeent bien durer; 

mes ki puis les volt desevrer, 

la codres muert hastivement 

e li chievrefoils ensemeut. 

'bêle amie, si est de nus: 

ne vus sanz mei ne ieo sanz vus!' 

La reine vint cbevachant. 

ele esgardat un poi avant, 

le bastun vit, bien l'aperceut, 

tûtes les lettres i conut. 

les chevalers qui la menoënt, 

e qui ansemble od li erroënt, 

cumanda tost a arester: 

descendre vot e reposer. 

cil unt fait sun commandement. 

ele s'en vet luinz de sa gent, 

sa meschine apelat a sei, 

Brenguein, qui mult et bone fei. 

del chemin un poi s'esluina. 

dedenz le bois celui trova 

que plus amot que rien vivant: 



20 



entre eus meinent joie, mujt grant. 
a lui parlât tut a leisir, 
e ele li dit sun pleisir; 
puis li mustra cumfaitement 
del rei avrat acordement, 
e que mut li aveit pesé 
de ceo qu'il l'ot si cungeé : 
par eucusement l'aveit fait. 
a tant s'en part, sun ami lait: 
mes quant ceo vint al desevrer, 
dune comencerent a plurer. 
Tristram en Wales s'en râla, 
tant que sis un clés le manda, 
pur la joie qu'il ot eue 
de s'amie qu'il ot vëue 
par le bastun k'il ot escrit 
si cum la reine l'ot dit, 
pur les paroles remembrer, 
Tristram, ki bien saveit harper, 
en aveit fet un nuvel lai. 
asez brefment le numéral: 
gotelef l'apelent Engleis, 
chievrefoil le nument Franceis. 
dit vus eu ai la vérité 
del lai que j'ai ici cunté. 



FABLES. 

Poésies de Marie de France publiées par B. de Roquefort, Vol. 2, Paris 1820, p. 59 — 67. 171—174. 



Prologue. 
Cil ki seivent de trovëure, 
devreient bien mettre lur cure 
es buns livres e es escriz 
e es essemples e es diz 
ke li iilosofe truverent 
e escrirent e ramembrerent. 
par moralité escriveient 
les buns proverbes ke il oeieut, 
ke cil amender se peuïssent 
qui lur entente i meïssent: 
si firent li encïen père. 



Romulus qui fu emperere 
a sun fil escrit e manda 
e par essemple li mustra 

30 cum il se puist cuntreguetier, 
k'hum ne le pëust engingnier. 
Izopes escrit a sun mestre, 
ki bien quenut lu e sun estre, 
unes fables k'il ot truvees, 

35 de griu eu laitin translatées; 
mervoille en urent li plusur 
k'il mist sun sens en tel labur: 
mes n'i ad fables ne folie, 



u il n'ad de filosofie 
1 d'euls. 2 cum. o pocient. 9 chevrefoil , • i. / 

ensemblement. 23 que mut fu. 29 leur. 30 es- 40 as essemples qui sunt après, 

cris: dis. 31 essamples. 3ô ooient. 37 d'après 1 quil ot si cungie. 21 brevement, 

la variante donnée par R. Dans le texte e lur 23 en franceis. 28 fill. 2!) esample. 
entente en bien mcissent; qui bien 1. e. ? 40 essamples. 



22 gotlef. 
33 quenust. 



269 



MARIE DE FRANCE, FABLES. 



270 



u des cuntes sunt li graut fes. 

a mei qui la rime eu deit feire 

n'avenist neent a retreire 

plusurs paroles que i sunt. 

meis nepurquant cil m'en semant 5 

ki flurs est de chevalerie, 

d'anseignemenz, de curteisie: 

e quant teus hum m'en ad requise, 

ne voil lessier eu nule guise 

que u'i mette traveil e peine. lo 

or ke m'en tiegne pur vileine, 

mult dei fere pur sa preiere. 

ci commencerai la primiere 

des fables k'Ysopez escrit, 

k'a son mestre manda e dit. 15 



D'un coc qui truva une geme sor un fomeroi- 

Du coc racunte ki munta 20 

sour un femier e si grata, 
selunc nature purchaceit 
sa viande, cum il soleit. 
une chiere jame truva: 
clere la vit, si l'esgarda. 25 

'je cuidai', feit il, 'purchacier 
ma viande sor cest femier: 
or t'ai ici, jame, truvee. 
par moi ne serez remuée, 
s'uns rices hum ci vus truvast, 30 

bien sai ke d'or vus enurast; 
si en crëust vustre clarté 
pur l'or ki a mult grant biauté. 
qant ma vulenté n'ai de tei, 
ja nul henor n'avras par mei.' 35 

Moralité. 

Autres! est de meinte gent, 

se tut ne vient a lur talent, 

cume dou coc e de la jame. 40 

vëu l'avuns d'ome e de famé: 

bien ne henor neent ne prisent, 

le pis prendent, le mielx despisent. 

2 moi. doit. 3 noient. 5 meiz. 6 flourz. 8 teï. 
Il k'on m.? 12 deit. is meistre. dist. 19 gemme. 
Cf. h texte allemand dans Boner, Edelstein, 
n°, 1, éd. Pfeiffer. 28 t'ai variante: ai R. 32 
clartei etc. 42 noient. 



iJou îeu et de l'aingniel 
Ce dist dou Ieu e dou aignel, 
qui beveient a un rossel: 
li lox a la sorse beveit 
e li aigniaus aval esteit. 
irieement parla li lus 
ki mult esteit cuntralïus; 
par mautalent palla a lui: 
'tu m'as', dist il, 'fet grant anui.' 
li aignez li ad respundu 
'sire, e quel dune'?' 'ne veis tu? 
tu m'as ci ceste aiguë tourblee: 
n'en puis beivre ma saolee. 
autresi m'en irai, ce crci, 
cum jeo ving, tut murant de sei ' 
li aignelez adunc respunt 
'sire, ja bevez vus amuut: 
de vus me vient kankes j'ai beu.' 
'qoi', fist li lox, 'maldis me tu'?' 
l'aigneus respunt 'n'en ai voleir.' 
li lous li dit 'jeo sai de veir, 
ce meïsme me fist tes père 
a ceste surce u od lui ère, 
or ad sis meis, si cum jeo crei.' 
,qu'en retraiez', feit il, 'sor mei? 
n'ere pas nez, si cum jeo cuit.' 
'e c'est pur ce', li lus a dit: 
'ja me fais tu ore cuntraire 
e chose ke tu ne deiz faire.' 
dune prist li lox l'engnel petit, 
as denz l'estrangle, si l'ocit. 

Moralité. 

Ci funt li riche robëur, 
li vesconte e li jugëur, 
de cens k'il unt en lur justise. 
fausse aqoison par cuveitise 
truevent assez pur eus cunfundre. 
suvent les funt as plaiz semundre, 
la char lur tolent e la pel, 
si cum li lox fist a l'aingnel. 



2 Cf. Boner n°. 5. 6 avaul. 7 luz. 8 cun- 
traliuz. 12 eh quei?' 'dune ne. 14 boivrd. 17 
aigneles. 21 l'aigneax. voloir. 22 loux. voir. 
25 mois. 27 n'iere. 28 cei 29 fais var. fuz R. 31 
l'engniel. 32 l'ocist. 37 cas. 38 fauxe. 39 ax. 
40 plais. 42 l'aingniel. 



271 



XIII« SIECLE. 



272 



33. 

De la famé qui feseit duel de sun mari, 

alias de Vume mort e de sa moilier. 

D'un hume cunte li escriz 
qui esteit morz et enfoïz: 
sa famé en meneit grant dolur 
deseur sa tumbe nuit e jur. 
près d'ilec aveit un lairun 
qi ert penduz par mesprisun. 
par la cuntree fud crïé, 
qui le leron avreit osté, 
Sun juigement meïsme avreit: 
s'ateinz esteit, peuduz sereit. 
uns chevaliers le despendi, 
ses parenz ert, si l'enfoi. 
lors ne sot il cunseil truver 
cume il se puisse délivrer, 
car sëu fu de meiute gent 
qu'il le teneit pur sun parent, 
au cemetiere va tut dreit 
ou la preudefame s'esteit, 
qui sun segnur ot tant ploré. 
cointement dune ii a parlé, 



20 



dist li qu'ele se cunfortast; 
mult sereit liez s'ele l'amast. 
la prodefame l'esgarda: 
grant joie en fist, si l'otrïa 
k'ele fera sa vuleuté. 
li chevaliers li a cunté 
que mult li ert mesavenu 
dou lairon k'il ot despendu: 
se ne li seit cunseill doner, 
fors dou pais l'estuet aler. 
la prodefeme respundi 
'deffoons mun baruu deci, 
puis sel penduns la ou cil fu; 
si n'iert jamés aparcëu. 
délivrer deit hum par le mort 
le vif, dunt l'en atent confort.' 

Moralité. 

Par iceste signifïance 
poons entendre quel créance 
doivent aveir li mort es vis: 
tant est li mondes faus e vis. 



TRADUCTION DE LA DISCIPLINA CLERICALIS DE PETRUS ALFONSUS. 

Manuscrit de la bibliothèque princière de Wallerstein à Mayhingen; cf. Le chastoiement d'un père à 

son Jîts, traduction en vers français de l'ouvrage de Pierre Alphonse. Paris 1824, p. 36 — 38. La 

seconde histoire manque dans cette édition. Elle se trouve dans le Ms. après la 'lie histoire. Cf. 

avec la première Boner, Edelsiein, No. 71. 



I. 

Uns bons par un bos trespassoit, 25 

et el chemin que il erroit 
trova un serpent mult blechié, 
que pastour avoient lié: 
de broches clcufichiés estoit 
si que movoir ne se pooit. 30 

li bous hom quant il l'esgarda, 
pité en ot, sel deslïa. 
pour escaufer par bone foi 
le mist sous ses dras près de soi. 
puis que li serpens escaufa, 35 

de se nature li membra : 
tout environ a chelui chaiut, 

2 Cf. Boner n°. 57. 3 l'oume. 8 d'iluec. 
i) iert. 11 larron. 12 juigemens mesmes. 13 s'a- 
tains, pendus, isparens. 20 cemietiere. 20 ml't, 
toujours. 30 il csgarda. 31 ses; Chastoiement sil. 31 



griément a blechié et destraint. 

'avoi', dist li hom, 'tu as tort. 

je t'ai garanti de le mort 

et tu me vels geter de vie.' 

'cbe fu', dist li serpens, 'folie 

que de moi presis nule cure, 

que faire m'estuet me nature.' 

'mult fais', dist li bons, 'a reprendre 

qui pour grant bien me vels mal rendre.' 

'soveut', dist li serpens, 'avient 

que de bien faire grans mais vient. 

ja n'as tu oï, de bien fait 

a on, tele eure, le col Irait?' 

com il font ensi estrivant, 

es vous par le chemin errant 

mon seignor Reuart le goupil. 



22 doivent avoir. 24 li Ch, 
mal Ch.\ mais. 38 Ecîï. 



il. 25 garandi. 



273 



DISCIPLINA CLERICALIS. 



274 



I 



li hom qui estoit en péril, 

quant il le vi, si l'apela 

et chele cose li moustra 

et pour dieu li prie humblement 

que il en facbe jugement. 

che dist Renars 'je ne puis mie 

jugement faire sans aïe, 

enchois m'estuet vëoir conment 

la cose estoit primierement. 

sire serpens, l'omme laies 

et si resoiés ja liés: 

si verrai conment vous estoit, 

puis jugerai selonc le droit.' 

'je l'otroi', che dist li serpens, 

'car je sai bien que jugemens 

ne me nuira en nule plache 

que je ma nature ne fâche.' 

Li hom de rechief le lia 
tout aussi con il le trova, 
et quant ch'ot fait, si s'eslonga 
et puis après li escrïa 
'sire serpens, or vous levés 
et deslïés, se vous poês!' 
et dist Renars 'soies en pais, 
car de lui deslïer jamais 
ne prendras tu par mon los cure, 
n'avoies tu lut l'escripture? 
qui miex ama autrui que soi, 
a un molin morut de soi .' — 
che dist li fiex 'or ai apris 
dont me souvenra mais tous dis.' 

'Fiex, encor te casti je bien: 
se tu es entrepris de rien 
que griément te puisse grever 
et tu t'en puisses délivrer 
legierement, ne te caut mie 
d'atendre plus legiere aïe, 
car par aventure en l'atente 
aroies tost greignour entente.' 

II. 

Platons en un livre nous dit 
que des prophecies escrit, 
que jadis ot en Grèce un roy 

4 humbl. Cli.\ hubkment. 6 Reû., Ch. renart. 
7 mieux Ch. par oie. 23 desliez Ch.; desloies. 
24 Een. 26 mon CL ; moi. 28. 29 deux autres 
vers dans Ch, 43 qui. 

Baktsch, Chrestomathie. VI. Éd. 



30 



35 



40 



qui assés ert nés hons de soi, 

mais au pueple qu'il governoit 

ert cruels et mult le grevoit. 

il avint si qu'il li sourt guerre 

de toutes pars et que sa terre 

cuida perdre qu'il governot. 

pour le paour que il en ot 

a fait pour son règne mander 

et devant soi tous assambler 

les philo sof es de la terre 

pour demander et pour enquerre 

con faitement li avenroit 

de le guerre que il avoit. 

quant il furent tuit assamblé, 

si lor a humblement moustré * 

que de le guerre avoit paour 

et mult en ert en grant fraour, 

que li sourdoit tant durement, 

et a faire avoit a tel gent 

qui de rien nel espargneroient 

et qui le règne destruiroient. 

'si crieng, seignour, foi que vous doi, 

que pour la malvaistié de moi 

par mon pechié et par mon vice 

viegne au règne ceste malice. 

et vous, seignour, nel celés mie, 

se vous pechié ne vilenie 

savés en moi, dont diex n'ait cure. 

et je l'en ferai a droiture 

plenier droit et amendement 

tout selonc vostre jugement.' 

li philosofe ont respondu 

'cbier sire, n'avons pas vëa 

en ton corps criminel pechié; 

mais de tant as mal esploitié 

que n'es un poi plus deboinaire 

a cels qui vers toi ont a faire. 

ne fin ne savons de la guerre 

qui vous est soursse en ceste terre 

ne qu'il en avenra a nous 

ne au roialme ne a vous; 

mais a trois journées de chi 

a diex un sien feel ami, 

Marïanus est apelés, 

qu'il del saint espir est privés. 



6 gouernoit. 
42 III. 43 I. 



8 par? 14 tout. 15 hublement. 



18 



275 



Xllle SIECLE. 



276 



par lui dit, que ja ne faura, 

che qui est et fu et sera. 

biax sire, a lui envoierés 

et par lui conseilliés serés, 

car isnelepas vous dira 

quanque il avenir devra.' 

li rois fist sempres aprester 

vn d'els et au saint homme aler. 

li VII philosofe i alerent: 

tant le quistrent qu'il le troverent. 

quant U sains bons les a vëus, 

maintenant les a connëus, 

ja soit che que mais ne les vit 

ne d'autre homme ne li fu dit; 

mais sains espirs li a moustré 

de la cose le vérité. 

devant soi les a apelés. 

'venés', dist il, 'avant venés, 

li messagier au malvais roy 

qui vers dieu n'a amour ne foy. 

dex avoit en se garde mis 

diverses gens, divers pais 

qu'il devoit en pais governer, 

et ses a fait a honte aler, 

cruels lor a esté et fels: 

mult lor a fait hontes e dels. 

mais nequedent diex qui cria 

et d'une matere forma, 

non diverse, et lui et als 

a or lonc tamps soffert lor mais. 

les crualtés que il a faites 

li seront or avant retraites. 

diex l'a pluisors fois castïé, 

espoënté et manechié 



20 



25 



30 



et par signes amonesté 
que il laissast sa crualté ; 
mais désormais nel velt soffrir: 
pour ce a fait sor lui venir 
estranges gens qui plaisseront 
sa vilenie et destruiront.' 
a tant se teut, n'a plus parlé, 
et cil ont n jours séjourné 
et au tier jour ont pris congié, 
et il lor a bien anonchié: 
'seigneur', dist il, 'aies ariere, 
car vostre rois gist en la bière, 
mors est et a sa fin aies, 
sachiés que autre roy avés. 
diex i a ja autre posé 
qui iert selonc sa volenté, 
car drois gouverneres sera 
et cels doucement traitera 
que il ara a gouverner: 
par droit voira cascun mener.' 

Quant li message ont ce oï, 
li quatre sunt d'iluec parti, 
li troi pour dieu o bon corage 
ensamble o lui en l'ermitage 
se remetent pour dieu servir 
et pour sa doctrine coillir. 
chil qui ariere retornerent 
tout ensi la cose troverent 
con li sains bons lor ot apris, 
que de rien n'i avoit mespris. 

'Fiex', dist li père, 'entent a moi! 
ne soies pas bourgois a roy 
que tu saras qui plus despent 
que sa rente ne li consent.' 



I 



CHANSONS DU ROI THIBAUT IV DE NAVARRE. 

I. Ms. de Paris 844 (anc. 7222), fol. 10 et 66 {A); Ms. de Berne dans Wackernagel, altfranzôsische 
Lieder p. 42 (B); St. Germain 1989, fol. 117 (C); II. Ms. 844, fol. 64 (4); Keller, Romvart /j. 246 
(B); III. Ms. 844, fol. 71 {A); Leroux de Lincy , chants historiques 1, 182 {B). Collationné par 
M, Schirmer. La dernière de ces chansons se rapporte an mariage d'Iolande, file du comte de Bretagne, 
Pierre Mauclerc, avec le comte de la Marche, Hugues de Lusignan (12^1) : elle est adressée à Robert d'Artois. 

I. 35 grant paour ai por ce que toute gent, 

Mi grant désir et tuit mi grief torment qui ont vëu son biau cors esmeré, 

vienent de la ou sont tuit mi pensé. sont si vers li de bone volenté. 

22 nii. 23 III. 35 paour] mervelle BC. de 
36 Tuit mi d. BC. gries C. 37 lai BC. pen- ceu C. cornent B. maintes gens C. 36 gent BC. 
ser(-eir) tous les Mss. lonoreit B. 






277 



TniBAUT IV DE NAVARRE. 



278 



nés dex l'aime, jel sai a escient, 

grant merveille quant il s'en sueffre tant. 

Tous esbabis m'oubli eu sospirant 
ou dex trova si estrange biauté. 
quant il la mist ça jus entre la gent, 
moult nos en fist grant debonereté. 
trestot le mont en a enluminé, 
qu'en sa valor sùnt tuit li bien si grant, 
nus ne la voit ne vos en die autant. 

Bone aventure aviegne a fol espoir 
que mainz amanz fait vivre et resjoïr; 
espérance fait languir et doloir 
et mes fox cuers me fait cuidier garir. 
s'il fust sages, il me feïst morir: 
por ce fait boen de la folie avoir, 
qu'en trop grant sen puet il bien meschëoir. 

Qui la voldroit sovent ramentevoir, 
ja n'avroit mal ne l'estëust garir, 
quar ele set a toz ceaus mielz valoir 
qui ele velt bêlement acueillir. 
dex, tant me fu grief de li départir, 
amors, merci, faites li a savoir: 
cuers qui n'aime ne puet grant joie avoir. 

Souviegne vos, dame, d'un douz acueil 
qui ja fu faiz a si grant desirier; 
que n'orent pas tant de pooir mi ueil 
que envers vos les poisse lancier, 
ne ma bouche ne vos osoit proiier 
ne poi dire, dame, ce que plus vueil: 
tant fui coarz chaitis qu'encor m'en dueil. 

Dame, se je vos puis mais araisnier, 
je parlerai molt mielz que je ne sueil, 
s'amors me laist qui trop me meine orgueil. 

1 jou C. 2 m. ai BC. souffret atant C. 
3 — 9 4e strophe dans C. men voix et mervil- 
lant B. 4 ait mis si C. .=> nos gens C 
7 trestous li mons en est enlumineis BC. 8 En 

B. 9 atant C. 10 a manque BC. il maint C, 
les B. amant C. fet A. dire resjoir C. 12 de- 
speranee A. 13 mi C. fet A. 15 bien A. 16 C'a 

C. cent C. 17 — 23 ôe strophe dans B, manque 
C. poroit B. 18 lestent B. 19 fait a tous ceaulz 
muels B, set trestoz les m.* A. 20 de boen cuer 
a. B. 21 gries B. 22 mercit amors B. 24—30 
4e strophe dans B, 2e dans C. 25 ke BC. a] 
per B, par C. 2G nonkes norent BC. oeil A. 
27 que droit vers vos A, canvers les vos B. les 
osaixe BC. 28 ne de B, de C. osai BC 
29 nosai dame dire B, naim poi dire dame C. 
plus] je BC. 30 Lais moi dolans chatis C. 
31 — 278,3 manquent BC. mes arisnier. 32 suel: 
oro'uel. 



Cbançon, va t'en droit a Raoul noncier 
qu'il serve amors et face bel acueil 
et chant souvent com oiselet en brueil. 

Li dous pensers et li dous souvenir 
mi font mon cuer esprendre de chanter 
et fine amors qui ne m'i laist durer, 
qui fait les siens de joie maintenir 

10 et met es cuers la douce remembrance; 
por c'est amors de trop haute poissance, 
qui en esmai fait home resjoïr 
ne pour doloir ne laist de lui partir. 
Sens et honor ne puet nus maintenir, 

15 s'il n'a en soi senti les maus d'amer, 
n'a grant valor ne puet por rien monter 
n'onques en soi nou vit nus avenir, 
por ce vos pri d'amors droite semblance, 
qu'on ne s'en doit partir por esmaiance, 

20 ne ja de moi nou verroiz avenir, 
que toz parfaiz vueil en amors morir. 

Dame, se je vos osasse prier, 
moult me seroit, je cuit, bien avenu; 
mais il n'a pas en moi tant de vertu 

25 que devant vos vos os bien aviser: 
icé me font et m'ochist et m'esmaie; 
vostre biautez fait a inon cuer le plaie, 
que de mes ielz seul ne me puis aidier 
don regarder, dont je ai desirrier. 

30 Quant me convint, dame, de vos loignier, 
onques certes plus dolens hom ne fu, 
et dex feroit, je croi, por mi vertu, 
se je jamais vos pooie aprochier; 
que toz les biens et toz les maus que j'aie, 

35 ai je de vos, douce dame veraie, 

ne ja sans, vos nus ne me puisse aidier: 
non fera il qui n'i avroit mestier. 

Ses grans biautés, dont nus hom n'a pooir 
qu'il en deïst la cinquantisme part, 

40 li dit plaisant, li amoreus regart 

6 souvenirs A. 7 fait A. espanre A. 8 amor 

A. amour B. que B. lait A. 13 li parcù: B. 
15 sentu B, max A. damours B. 16 nen B. 
17 nel B. 18 Par A. douche B. 19 Quen A. 
se B. parcir pour esmaranche B. 20 nel vcnres 

B. 21 tout B. 22 jou B, toujours, proier B. 
27 biaute A. 29 dous B. 30 conuient B. eslongier 
B. 34 max A. jai B. 35 de] par B. 36 puet B. 
37 ferait qi B. 38 Des A. 39 la quintime B. 
40 dis B. 

18* 



279 



XIIP SIECLE. 



280 



mi font souvent resjoïr et doloir. 
joie en atent, que mes cuers a ce bee, 
et la paors rest dedens moi entrée: 
einsi m'estuet morir par estouvoir 
en grant esmai, en joie et en voloir. 

Dame, de qui est ma grans desirree, 
salus vos mant d'outre la mer salée 
com a celui ou je pens main et soir, 
n'autre pensers ne me fait joie avoir. 

III. 

Eobert, veez de Perron, 
com il a le cuer félon, 
qu'a un si lointain baron 
volt sa fille marïer 
qui a si clere façon 
que l'en s'i porroit mirer. 

E dex, com ci faut raison ! 
elle a dous vis a foison, 
gente de toute façon, 
or vos en vueille mener. 
Robers ne vaut un bouton 



20 



qui si l'en lera aler. 

Sire, vos doit on blasmer, 
s'einsi l'en lessiez mener, 
ce que tant poëz amer 
et ou avez tel pooir. 
nel devez lessier aler 
por terre ne por avoir. 

Moût par avroiz le cuer noir 
quant vos en savrez le voir; 
n'avrez force ne pooir 
de li vëoir ne sentir: 
et sachiez, si belle a voir 
doit on près de lui tenir. 

Robert, je vueil mielz morir, 
si li venoit a plesir, 
que l'en lessasse partir 
por trestote ma contré, 
he la! qui porroit gésir 
une nuit lez son costé! 

Sire, dex vos doint joïr 
de ce qu'avez désiré! 
Robert, je m'en crieu morir, 
quant il l'ont fait maugré dé. 



CHANSONS DE GAGES BRULEZ. 

I. Altfranzusische Lieder berichtigt und êrlàtitert von Eduard Mâtzner, Berlin 1853, p. 2 — 4. 
II. Altfranzôsische Lieder und Leiche von Wilk. Wackernagel, Basel 1846, p. 9. 



I. 

Li plusour ont d'amours chanté 25 

par esfors et desloiaument ; 
mais de ce me doit savoir gré 
c'onques n'en chantai faintement. 
ma boine fois m'en a gardé 
et l'amours, dont j'ai tel plenté 30 

que merveille est se jou riens hé, 
neïs celé anïeuse gent. 

Certes, j'ai de fin cuer amé 
ne ja n'amerai autrement; 
bien le puet avoir esprouvé 35 

ma dame, se garde s'en prent. 
jou ne di pas que m'ait grevé 
que ne soit a ma volenté, 

2 chou vec B. 6 désirée B. 13 Pieron B. 
15 quant a si B. si manque A. 19 comme B. 
20 veez dou vis de fuiron A. 23 Eobert A. 28 
faintement variante: faussement M. 30 l'amour. 



quant de li sont tout mi pensé, 
molt me plaist çou que me consent. 

Se g'ai loing del pais esté 
ou mes biens et ma joie apent, 
pour ce n'ai jou mie oublié 
a amer bien et loiaument. 
se li merirs m'a demouré, 
çou m'en a molt reconforté 
k'en poi d'eure a l'on recouvré 
çou c'on désire longement. 

Amours m'a par raison moustré 
que fins amis soufre et atent: 
que siens est, en sa poësté, 



1 S'il ainsi l'en laist aller B. 3 porter B. 
4 tant manque A. 6 aller B, mener .4. S avez B. 
9 savez B. 13 MB. 15 se li venois B. 17 
contrée AB. IS lez lui qui B. 19 grant joie 
auroit rencontrée B. 22 me B. Ti apent va- 
riante; atent M. 



281 



ROBERT DE BLOIS, CHASTÏEMENT DES DAMES. 



282 



merci doit crier francement. 
en cest orguel si l'ai prouvé; 
mais cil faus amourous d'esté 
qui m'ont d'amours acboisonné, 
n'aiment fors quant talent leur prent. 

S'enn'ieus l'avoient juré, 
ne me vaudroient il noient 
la ou il se sont tant pené 
de moi nuire a leur escient. 
pour ce aient renoiié dé, 
tant ont mon anui pourparlé 
k'a paines verrai achievé 
la paine que d'amer m'esprent. 

II. 

'Cant vol l'aube dou jor venir, 
nulle rien ne doi tant haïr, 
k'elle fait de moi départir 
mon ami cul j'ain per amors. 
or ne hais rien tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Je ne vos puis de jor vëoir, 
car trop redout l'apercevoir, 



■20 



et se vos di trestout por voir 
k'en agait sont li envïos. 
or ne hais rien tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Quant je me gis dedens mon lit 
et je resgarde encoste mi, 
je n'i truis poent de mon ami: 
[medixant m'en ont fait partir.] 
se m'en plaing a tins ameros. 
or ne hais rien tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Biaus dons amis, vos en irais: 
a deu soit vos cors comandeis. 
por deu vos pri, ne m'oblieis: 
je n'ain nulle rien tant com vos. 
or ne hais rien tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Or pri a tous les vrais amans, 
ceste chanson voisent chantant 
ens en despit des medisans 
et des mavais maris jalos. 
or ne hais rien tant com lou jour, 
amis, ke me départ de vos.' 



ROBERT DE BLOIS, CHASTÏEMENT DES DAMES. 

Fabliaux et contes publiés par Barhazan, novv. édit. par iléon. Vol. 2, Paris 1808, p. 196 — 201, 

V. 367 — 532. Comparé par M. Schirmer avec le Ms. de Paris, Sorbonn. 1422, p. bob. Robert 

von Plais Werke, von J. Ulrich: Band /, Beaudous, Berlin 18S9. (ira vu être consulté). 



Dame qui ait pale color 
ou ki n'a mie bone odor, 
se doit par matin desjuner. 
vins bons iait face colorer: 
et qui bien menjue et bien boit, 
millor color avoir en doit, 
vos qui malvaise odor avés, 
quant vos pais au mostier prenés, 
antretant vos metés en paine 
de bien retenir vostre alaine. 
d'anis, de fenuel, de comin 
vos desjunés sovent matin, 
quant vos a cui ke soit parlés, 

9 escient variante: entient Mdtzner , qui le 
rapproche par erreur du prov. enten. 10 re- 

noiiet. 19 amin. 20 riens. 21 amins. depairt. 
24 paile colour. 2S maingut. 29 eolour. 30 avez, 
et ainsi le plus souvent, mais quelquefois es. 
1 pas. 32 poine. 35 dajunez. 36 parles avec s. 



en sus de lui si vos tenés, 
25 qu'a lui vostre alaine ne veigne. 
et d'une aperté vos soveigne 
qu'en luitant ne vos baise nus, 
qar malvaise odors grieve plus, 
quant vos estes plus eschaufee: 
30 , sachiés, c'est vérités provee. 

Un autre bel sen vos apreing: 
ne le tenés pas en desdeing, 
qu'il ne fait pas a mesprisier. 
prenés vos garde qu'au mostier 
35 vos contenés moût sagement; 
qar lai vos voient mainte gent 
qui notent le mal et le bien. 

2 enuious. 5 gix. 6 resgairde. 7 amin. 
9 amerous. 19 voixent. 20 medixans. 21 jalons. 
25 vaingne. 26 apertei, 27 lutant. nuns. 28 
mavaise. 29 eschafee. 31 apreig. 32 desdoig. 
35 moult saigement. 



283 



XIII« SIECLE. 



284 



et ce savés vos toutes bien, 

le tesmoing q'au mostier avrés, 

bon ou malvais, tous jors l'avés. 

bien siet bels estres au mostier, 

cortoisement agenoillier 5 

et par bêles devocïons 

faire de cuer ses oroisons. 

de moût rire, de moût parler 

se doit on ou mostier garder. 

mostiers est maisons d'oraison; 10 

n'i doit parler se de deu non. 

ne laissiés pas vos eus aler 

ne sa ne la por regarder: 

qui ke les eus ait trop muables, 

on dit li cuers n'est mie estables. 15 

quant l'ewangile lire orrés, 

en estant lever vos devés; 

si vos signiés cortoisement 

après et au comencement. 

qant vos devés aler offrir, 20 

pensés de vos bel contenir, 

que par rire ne par muser 

ne faciès pas de vos gaber. 

a lever corpus domini 

vos devés drecier autressi, 25 

jointes mains celé part aies, 

de chief et de cuer l'enclinés ; 

puis vos devés agenoillier 

et por tos crestïens priier: 

se ne vos en relevés ja 3o 

tant c'om dira p^/' omnia. 

et se vos estes trop pesans 

par maladie ou par enfans, 

vostre sautier lire poes 

en séant, se vos le savés. 35 

ce ke li hom faire ne puet, 

sans blasme laissier li estuet. 

qant la messe sera chantée 

et la beneïsons donee 

et vos en devés revenir, 40 

laissiés la presse départir. 

a tous les autels un a un 

aies et enclines chascun: 



et se vos compaignie avés 
de dames, bien les atendés. 
a toutes portés grant honor, 
a la plus grant, a la mener, 
com plus estes de grant afaire, 
plus cortoise, plus debonaire 
soies: kant eles s'en iront, 
et vos en aies, ensi font 
toutes dames k'a honor béent 
et totes vilonies heent. 

Se vos avés bon estrument 
de chanter, chantés baudement. 
biaus chanters en leu et en tens 
c'est une chose moût plaisans. 
mais sachiés ke par trop chanter 
puet on bien bel chant aviler; 
por ce le dïent mainte gent: 
biaus chanters anuie soveut. 
de toutes choses est mesure, 
s'est sages qui s'en amesure. 
se vos estes en conpaignie 
de gens de pris, et en vos prie 
de chanter, nel devés laissier. 
por vos meïsmes solacier, 
qant vos estes priveement, 
le chanter pas ne vos defent. 

Vos mains moût netement tenés; 
sovent les ongles recopés, 
ne doivent pas la char passer, 
c'ordure n'i puist amasser, 
a dame malement avient 
qant ele nete ne se tient, 
avenandise et neteés 
vaut moût muez ke gaste biautés. 

Toutes les fois que vos passés 
davant autrui maison, gardés 
que ja por regarder lëans 
ne vos arestés; n'est pas sens 
ne cortoisie de baër 
en autrui maison ne muser, 
tel chose fait aucuns sovent 
en son ostel priveement 
qu'il ne voudroit pas c'en vcïst, 
s'aucuns devant son huis venist. 



4 bcs. 5 ageloignier. 7 ces orissons. S moult 
(le second). 10 dorissons. 11 doit M.: devez 
il/s. ce. 12 voz euz. 15 astables. 16 orez. 
23 faisiez. 28 ageloignier. 29 prier. 34 poeis. 
35 ceant. 38 cera. 42 autciz. 



1 ce. 14 moult. 15 saichiez. 18 anue. 20 
saiges qui cen. 21 Ce. 26 datent. 27 Voz. moult. 
33 neteis. 34 moult, gaiste biatez. 35 passeiz. 
37 jai. 39 baier. 



286 



AUCASSIN ET NICOLETE. 



286 



et se vos entrer i volés, 
al l'entrée vos estoussés, 
si c'om sache vostre venir 
par parler ou par estoussir. 
car nus ne se doit voirement 
embatre desporvcement: 
ce semble ke ce soit agais. 
et kant se puet garder en pais 
dame sans cri, sans vilonie, 
dont fait bien a prisier sa vie. 

Gardés vos, dames, tôt acertes 
qu'au mangier soies molt apertes: 
c'est une chose c'en moût prise 
que lai soit dame bien aprise. 
tes chose tome a vilonie 
que toute gens ne sevent mie; 
se puet cil tost avoir mespris 
qui n'est cortoisement apris. 
au mangier vos devés garder 
de moût rire, de moût parler, 
se vos mangiés avec autrui, 
le plus bel morsel devant lui 
tornés: n'aies pas eslisant 
ne le plus bel ne le plus grant 
a vostre oés, n'est pas cortesie. 
et ce dit on k'en glotonie 



20 



25 



nus bon morsel ne mangera, 
ou trop grans ou trop chaus sera: 
del trop gros se puet estrangler, 
del trop chaut se puet eschauder. 
s'est tost uns morseus avalés 
dont on n'est granment amendés 
et dont se puet cil bien tenir 
qui son honor vuet retenir. 

Toutes les fois que vous bevés, 
vostre bouche bien essués, 
que li vins engraissiés ne soit, 
qu'il desplaist moût celui qou boit, 
gardés que vos oés n'essu'és 
a celé fois que vos bevés 
a la nape ne vostre nés, 
car moût blasmée en sériés, 
se vos gardés del dégoûter 
et de vos mains trop engluer. 
en autrui maison ne soiiés 
trop large, se vos i mangiés: 
n'est cortesie ne prouesse 
d'autrui chose faire largesce. 
autrui maingier ja ne blâmés, 
coment ke il soit atornés: 
n'en goustés, s'il ne vos agrée, 
ja de ce ne serés blasmee. 



AUCASSIN ET NICOLETE. 

Aucassi7i und Nicolete neu nach der Handschrift mit Paradigmen und Glossar von H. Suchier, dritte 
Autlage, Paderborn 1889, p. 14 — 31. Aucassin et Nicolelte traduit par A. JBida, révision du texte 
original et préface par G. Paris, Paris 1878, p. 68 — 88. Cf. G. Paris dans Romania 8, 284 ss. 
A. Tabler dans Zeitschrift fur romanische Philologie 2, 624 ss. Aucassin et JSicolete s'aiment: le comte 
Garin de Beaucaire veut empêcher qu'ils ne se rencontrent; il a enfermé Aucassin dans une tour, et 

Nicolete dans une chambre. 



Qant or voit li quens Garins 
de son enfant Aucassin 
qu'il ne pora départir 
de Nicolete au cler vis, 
en une prison l'a mis, 
en un celier sosterin 

2 estoures. 3 saiche. 5 nuns. ce. voirement] 
vo seul est lisible. Le texte de Méon est ici tout 
différent. 7 agas. 8 ce. 12 maingier sois. 
13 moult. 15 Tez. 16 seivent. 17 Ce. 19 main- 
gier. 20 moult. 21 Ce. maingiez. 23 alisant. 
25 oez. 



qui fu fais de marbre bis. ' 
quant or i vint Aucassins, 
dolans fu, aine ne fu si. 
30 a dementer si se prist 

si con vos porrés oïr: 
'Nicolete, flors de lis, 
douce amie o le cler vis, 

1 Nul. maingera etc. 2 chaus M. : gros Ms. 3 ce. 
4 ce p. achauder. 5 morses. 7 ceu. 12 moult. 
13 oez. 15 neis. 16 moult, seires. 17 Ce. 
19 soiez. 20 ce 12 datrui. 23 jai. 24 atorneis. 
25 cil. 26 Jai. ceres. 



287 



Xllle SIECLE. 



288 



plus es douce que roisins 
ne que soupe en maserin. ' 
l'autr'ier vi un pèlerin, 
nés estoit de Limosin, 
malades de l'esvertin; 
si gisoit ens en un lit, 
moût par estoit entrepris, 
de grant mal amaladis: 
tu passas devant son lit, 
si soulevas ton traïa 
et ton peliçon ermin, 
la cemisse de blanc lin, 
tant que ta ganbete vit. 
garis fu li pèlerins 
et tos sains, aine ne fu si. 
si se leva de son lit, 
si râla en son pais, 
sains et saus et tos garis. 
doce amie, flors de lis, 
biax alers et biax venirs, 
biax jouers et biax bordirs, 
biax parlers et biax delis, 
dox baisiers et dox sentirs, 
nus ne vous poroit haïr! 
por vos sui en prison mis, 
en ce celier sousterin, 
u je faç moût maie fin: 
or m'i couvenra morir 
por vos, amie.' 

Or dienl et content et fabloient. 



touailes, si noua l'un a l'autre, si fist une 
corde si longe come ele pot, si le noua au 
piler de le fenestre, si s'avala contreval el 
gardin, et prist se vesture a l'une main de- 

5 vaut et a l'autre deriere; si s'escorça por le 
rousee qu'ele vit grande sor l'erbe, si s'en ala 
aval le gardin. Ele avoit les caviaus blons et 
menus recercelés, et les ex vairs et rïans, et 
le face traitice et le nés haut et bien assis, 

10 et les levretes vremelletes plus que n'est ce- 
rîsse ne rose el tans d'esté, et les dens blans 
et menns, et avoit les mameletes dures qui li 
souslevoient sa vestëure ausi con ce fuis- 
sent Il nois gauges, et estoit graille parmi les 

15 flans, qu'en vos dex mains le pëusciés en- 
clorre; et les flors des margerites, qu'ele ron- 
poit as ortex de ses pies, qui li gissoient sor 
le menuisse du pié par deseure, estoient droites 
noires avers ses pies et ses ganbes, tant par 

20 estoit blance la mescinete. Ele vint au postiç; 
si le deffrema, si s'en isci par mi les rues de 
Biaucaire par devers l'oubre, car la lune lui- 
soit moût clere, et erra tant qu'ele vint a le 
tor u ses amis estoit. Li tors estoit faëlée de 

25 lius en lius, et ele se quatist delés l'un des 
pilers. si s'estraint en son mantel, si mist sen 
cief par mi une crevëure de la tor qui vielle 
estoit et anciienne, si oï Aucassin qui la dedens 
plouroit et faisoit mot grant dol et regretoit 

30 se douce amie que tant amoit. et quant ele 
l'ot assés escouté, si commença a dire. 



Aucassins fu mis en prison si com vos avés 
oï et entendu, et Nicolete fu d'autre part en 
le canbre. ce fu el tans d'esté, el mois de 35 
mai, que li jor sont caut, lonc et cler, et les 
nuis coies et séries. Nicolete jut une nuit en 
son lit, si vit la lune luire cler par une fe- 
nestre, et si oï le lorseilnol center en garding, 
se li sovint d'Aucassin sen ami qu'ele tant 40 
amoit. ele se comença a porpenser del conte 
Garin de Biaucaire qui de mort le haoit; si 
se pensa qu'ele ne remauroit plus ilec; que 
s'ele estoit acusee et li quens Garins le sa- 
Yoit, il le feroit de maie mort morir. ele senti 45 
que li vielle dormoit qui aveuc li estoit. ele 



Or se cante. 

Nicolete o le vis cler 
s'apoia a un piler, 
s'oï Aucassin plourer 
et s'amie regreter. 
or parla, dist son penser. 
'Aucassins, gentix et ber, 
frans damoisiax honorés, 
que vos vaut li dementers, 
li plaindres ne li plurers, 
quant ja de moi ne gorésV 
car vostre pères me het 
et trestos vos parentés, 
por vous passerai le mer, 

24 faelc Ms. 



se leva, si vesti un blïaut de drap de soie que ^q \q levretes Ms. et S. 

ele avoit moût bon; si prist dras de lit et menter Ms. et P. 



41 de- 



289 



AUCASSIN ET NICOLETE. 



290 



s'irai en autres régnés* 
(le ses caviax e caupés, 
la dedens les a rues. 
Aucassins les prist 11 ber, 
si les a moût honorés 
et baisiés et acolés, 
en sen sain les a boutés, 
si recomence a plorer, 
tout por s'amie. 



ilauiages de si belc niescinete s'il l'ocient! et 
uiout seroit grans aumosne se je li pooie dire, 
par quoi il ne s'apercëuscent et qu'ele s'en 
gardast; car s'il l'ocient, dont iert Aucassins 
& mes damoisiax mors, dont grans damages ert.' 

Or se cante. 
Li gaite fu moût vaillans, 
preus et cortois et saçaus, 
m si a comencié un cant 

ki biax fu et avenaus. 
'niescinete o le cuer franc, 
cors as gent et avenant, 
le poil blont et les dens blans, 
vairs les ex, ciere riant, 
bien le voi a ton sanblant: 
parlé as a ton amant 
qui por toi se va morant. 
jel te di, et tu l'entens! 
garde toi des souduians 
ki par ci te vont querant, 
sous les capes les nus brans! 
forment te vont maneçaut. 
tost te feront messëant, 
s'or ne t'i gardes.' 



Oi' dient et content et fabloient. 
Quant Aucassins oi dire Nicolete qu'ele s'en 
voloit aler en autre pais, en lui n'ot que cou- 
recier. 'Bêle douce amie', fait il, 'vos n'en 
irés mie, car dont m'ariiés vos mort; et li pre- is 
miers qui vos verroit ne qui vous porroit, il 
vos prenderoit lues et vos meteroit a son lit, , 
si vos asoignenteroit; et puis que vos ariiés jut 
en lit a home s'el mien non, or ne quidiés 
mie que j'atendisse tant que je trovasse coutel 20 
dont je me pëusce ferir el cuer et ocirre! 
naie voir, tant n'atenderoie je mie, ains m'es- 
quelderoie de si lonc que je verroie une mai- 
siere u une bisse pierre, s'i hurteroie si dure- 
ment me teste, que j'en feroie les ex voler, et 25 
que je m'escerveleroie tos: encor ameroie je 

mix a morir de si faite mort que je sëusce ^^ dienl et content et faUoient. 

que vos ëusciés jut en lit a home s'el mien 'He!' fait Nicolete, 'l'ame de ten père et de 
non.' 'Ai'! fait ele, 'je ne quit mie que vous te mère soit en benooit repos, quant si bele- 
m'amés tant con vos dites; mais je vos aim 30 ment et si cortoisement le m'as ore dit. se 
plus que vos ne faciès mi.' 'Avoi!' fait Aucas- diu plaist, je m'en garderai bien et dix m'en 
sins, 'bêle douce amie, ce ne porroit estre que gart!' ele s'estraint en son mantel en l'onbre 
vos m'amissiés tant que je faç vos. fenme ne del piler, tant que cil furent passé outre, et 
puet tant amer Tourne con li hom fait le ele prent congié a Aucassiu, si s'en va tant 
fenme; car li amors de le fenme est en son 35 qu'ele vint au mur del castel. Li murs fu 
l'oeul et en son letateron de samameleet en son depeciés, s'estoit rehordés, et ele monta de- 
l'orteil del pié; mais li amors de Tourne est ens seure, si fist tant qu'ele fu entre le mur et le 
el cuer plantée, dont ele ne puet iscir.' La u fossé, et ele garda contreval, si vit le fossé 
Aucassins et Nicolete parloient ensanble, et les moût parfont et moût roide , s'ot moût grant 
escargaites de le vile venoient tote une rue, 40 paor. 'Hedix!' fait ele, 'douce créature! se je 
s'avoient les espees traites desos les capes, me lais caïr, je briserai le col, et se je remain 
car li quens Garins lor avoit comandé que ci, on me prendera demain, si m'ardera on eu 
se il le pooient prendre, qu'il Tocesissent. et un fu. encor ainme je mix que je muire ci, que 
li gaite qui estoit sor le tor les vit venir et tos li pules me regardast demain a merveilles.' 
oï qu'il aloient de Nicolete parlant et qu'il le 45 Ele segna son cief, si se laissa glacier aval le 
maneçoient a occirre. 'Dix', fait il, 'con grans fossé, et quant ele vint u fons, si bel pié et 

43 qu'il] 10 si P, li il/s. 14 les dens blans 6'J avenant 



I autre règne' P, autre régnés yh. 
li .1/s. 
Bartsch , (Jhrestomathie. VI. Éd. 



10 si P, li il/s. 
3/«., reluisant P. 



19 



291 



Xll^ SIECLE. 



292 



ses bêles mains, qui n'avoient mie apris c'on 
les bleçast, furent quaissies et escorcies, et li 
sans en sali bien en xii lias, et ueporquant 
ele ne santi ne mal ne dolor por le grant paor 
qu'eleavoit: et se ele fu en paine de l'entrer, 
encor fu ele en forceur de l'iscir. ele se pensa 
qu'ileuc ne faisoit mie bon demorer, e trova 
un pel aguisié que cil de dens avoient jeté por 
le castel deffendre : si tist pas un avant l'autre, 



prime que li pastorcl iscireut de la vile et 
jetèrent lor bestes entre le bos et la rivière, 
si se traient d'une part a une meut bêle fon- 
taine qui estoit au cief de le forest. si esten- 
5 dirent une cape , se missent lor pain sus. 
Entreusque il mengoient, et Nicolete s'esveille 
au cri des oisiax et des pastoriax, si s'enbati 
sor aus. 'Bel enfant', fait ele, 'damedix vos 



i ait!' 'dix vos bénie!' fait li uns qui plus fu 
si monta tant tout a grans painnes qu'ele vint lo enparlés des autres, 'bel enfant' , fait ele, 
deseure. Or estoit li forés près a ii arba- 'conissiés vos Aucassin le fil le conte Garin de 
lestées, qui bien duroit xxx liues de lonc et Biaucaire?' 'oïl, bien le couuisçons nos.' 'se 
de lé; si i avoit bestes sauvages et serpen- dix vos ait, bel enfant', fait ele, 'dites li qu'il 
tine, ele ot paor que, s'ele i entroit, qu'eles a une beste en ceste forest, et qu'il le viegne 
ne l'ocesiscent. si se repensa que, s'on le tro- 15 cacier; et s'il l'i puet prendre, il n'en donroit 
voit ileuc, c'en le remenroit en le vile por mie un menbre por cent mars d'or, non por 



ardoir. 



07- se cante. 
Nicolete o le vis cler 
fu montée le fossé, 
si se prent a dementer 
et Jhesum a reclamer, 
'pères, rois de maïsté! 
or ne sai quel part aler. 
se je vois u gaut ramé, 
ja me mengeront li lé, 
li lïon et li sengler, 
dont il i a grant plenté. 
et se j'atent le jor cler 
que on me puist ci trover, 
li fus sera alumés 
dont mes cors iert eubrasés. 
mais, par diu de maïsté! 
eucor aim jou mix assés 
que me mengucent li lé, 
li lïon et li sengler, 
que je voisse en la cité: 
je n'irai mie!' 



cinq cent ne por nul avoir.' et cil le regar- 
dent, se le virent si bêle qu'il en furent tôt es- 
mari. 'Je li dirai?' fait cil qui plus fu en- 

20 parlés des autres; 'dehait ait qui ja en par- 
lera ne qui ja li dira! c'est fantosmes que vos 
dites; qu'il n'a si ciere beste en ceste forest. 
ne cerf ne lïon ne sengler, dont uns des men- 
bres vaille plus de dex deniers u de trois au 

25 plus; et vos parlés de si grant avoir! ma de- 
hait qui vos en croit ne qui ja li dira! vos 
estes fee, si n'avons cure de vo conpaignie, 
mais tenés vostre voie.' 'Ha, bel enfant', fait 
ele, 'si ferés : le beste a tel mecine que Aucas- 

30 sins ert garis de son mehaig , et j'ai ci cinc 
sous en me borse ; tenés, se li dites, et dedeus 
trois jors li covient cacier, et se il dens trois 
jors ne le trove, ja mais n'iert garis de son 
mehaig.' 'Par foi!' fait il, 'les deniers pren- 

35 derons nos, et s'il vient ci, nos li dirons, mais 
nos ne Tirons ja querre.' *de par diu !' fait ele. 
lor prent congié as pastoriaus, si s'en va. 



Or dïent et content et fahloient. 40 

Nicolete se dementa moût, si com vos avés 

uï; ele se co manda a diu, si erra tant qu'ele 

vint en le forest. ele n'osa mie parfont entrer 

por les bestes sauvaces et por le serpentine. 

si se quatist en un espés buisson , et soumax 45 

li prist, si s'endormi dusqu'au demain a haute 

10 tant qu'ele s. m. Ms. 28 grant mcvi<iue] S. 
dont il i a a planté. 



Or se cante. 
Nicolete le cler vis 
des pastoriaus se parti. 
si acoilli son cemin 
très par mi le gaut foilli, 
tout un vies sentier anti, 
tant qu'a une voie vint 
u aforkent set cemin 



M qui le Ms. qu'i le S. 
30 .V. s. Ms. 32 .111. 



lu cent] c. 17 .V. c. 



29H 



AUCASSIN ET NICOlJ-'/fK. 



294 



\ 



qui s'eu vont par le pais, 
a porpeuser or se priât 
qu'esprovera son ami, 
s'il l'aime si coni il dist. 
ele prist des fiors de lis 
et de l'erbe du garris 
et de le foillc autresi, 
une bêle loge en fist : 
ainques tant geiite ne vi. 
jure diu qui ne menti, 
se par la vient Aucassins 
et il por l'amor de li 
ne s'i repose un petit, 
ja ne sera ses amis 
n'ele s'amie. 

Ur dient el content et fahJoient. 
Nicolete eut faite le loge, si con vos avés 
oï et entendu, moût bêle et moût gente, si l'ot 
bien forree dehors et dedeus de fiors et de 
foilles: si se repost delés le loge en un espés 
buison por savoir que Aucassins feroit. Et li 
cris et li noise ala par tote le tere et par tôt 
le païs que Nicolete estoit perdue, li auquant 
dïent qu'ele en estoit fuie, et li autre dient 
que li quens Garins l'a faite mordrir. qui 
qu'en ëust joie, Aucassins n'en fu mie liés, et 
li quens Garins ses pères le fist mètre hors de 
prison, si manda les cevaliers de le tere et 
les damoiseles, si iist faire une mot rice feste 
por çou qu'il cuida Aucassin son fil conforter. 
Quoi que li feste estoit plus plaine, et Aucassins 
fu apoiiés a une puïe tos dolans et tos sou- 
ples; qui que demenast joie, Aucassins n'en 
ot talent, qu'il n'i vëoit rien de çou qu'il amoit. 
Uns cevaliers le regarda, si vint a lui, si 
l'apela: 'Aucassins', fait il, 'd'ausi fait mal con 
vos avés ai je esté malades, je vos donrai 
bon cousel, se vos me volés croire.' 'sire', fait 
Aucassins, 'grans mercis! bon consel aroie je 
cier.' 'montés sor un ceval', fait il, 's'alés se- 
lonc celé forest esbanoiier; si verres ces fiors 
et ces herbes, s'orrés ces ciselions canter. 
par aventure orrés tel parole dont mix vos 
iert.' 'sire', fait Aucassins, 'grans mercis! si 



ferai jou.' Il s'enble de la sale, s'avale les 
degrés, si vient en l'estable ou ses cevaus 
estoit; il fait mètre le sele et le frain, il met 
pié en estrier, si monte et ist del castel, et 
5 erra tant qu'il vint a le forest, et cevauta 
tant qu'il vint a le fontaine et trove les pasto- 
riax au point de none. s'avoient une cape 
estendue sor l'erbe, si mangoient lor pain et 
faisoient moût très grant joie. 

10 

Or se cante. 

Or s'asanlent pastouret, 

Esmerés et Martinés, 

Fruëlins et Johanés, 
15 Kobeçons et Aubrïés; 

li uns dist 'bel conpaignet, 

dix ait Aucassiuet, 

voire a foi! le bel vallet, 

et le mescine au cors net 
•20 qui avoit le poil blondet, 

cler le vis et l'oeul vairet, 

ki nos dona denerés 

dont acatrons gastelés, 

gaines et coutelés, 
25 flausteles et cornés, 

maçuëles et pipés: 

dix le garisse!' 

(Jr (lient et content et fahloient. 

30 Quant Aucassins oï les pastoriax, si li sovint 
de Nicolete se très douce amie qu'il tant amoit. 
et si se pensa qu'ele avoit la esté; et il hurte 
le ceval des espérons, si vint as pastoriax. 
'bel enfant, dix vos i ait!' 'dix vos bénie!' fait 

35 cil qui fu plus enparlés des autres, 'bel en- 
fant', fait il, 'redites le cançon que vos disiés 
ore!' 'nous n'i dirons', fait cil qui plus fu en- 
parlés des autres, 'dehait ore qui por vous i 
cantera, biax sire!' 'bel enfant', fait Aucassins, 

40 'enne me conissiés vos'?' 'oïl, nos savions bien 
que vos estes Aucassins nos damoisiax, mais 
nos ne somes mie a vos, ains somes au conte.' 
'bel enfant, si ferés, je vos en pri.' 'os, por le 
cuer bé', fait cil 'por quoi canteroie je por vos 

45 s'il ne me sëoit? quant il n'a si rice home en 
cest païs, sans le cors le conte Garin, s'il tro- 



4 s'il] si Ms. s'i S. 



13 au cors corset Ms. 



40 savions S et Ms. 
19* 



295 



XIII* SIECLE. 



296 



voit mes bues ne mes vaces ne mes brebis en 
ses près n'en sen forment, qu'il fust mie tant 
hardis por les ex a crever qu'il les en ossast 
cacier : et por quoi canteroie je por vos , s'il 
ne me sëoit'?' 'se dix vos ait, bel enfant, si 
ferés! et tenés dis sous que j'ai ci en me borse.' 
'sire, les deniers prenderons nos, mais je ne 
vos canterai mie, car j'en ai juré; mais je 
le vos conterai se vos volés.' 'de par diu !' 
fait Aucassins, 'encor aim je mix conter que 
nient.' 'Sire, nos estiiens orains ci entre prime 
et tierce, si mangïens no pain a ceste fontaine, 
ausi con nos faisons ore. et une pucele vint 
ci, li plus bêle riens du monde, si que nos 
quidames que ce fust une fee et que tos cis 
bos en esclarci. si nos dona tant del sien 
que nos li eûmes en covent, se vos veniés 
ci, nos vos desisiens que vos alissiés cacier 
en ceste forest ; qu'il i a une beste que, se vos 
le poiiés prendre, vos n'en donriiés mie un 
des menbres por cinc cens mars d'argent ne 
por nul avoir; car li beste a tel mecine que, 
se vos le poés prendre , vos serés garis de vo 
mehaig, et dedens trois jors le vos covient 
avoir prisse, et se vos ne l'avés prise, ja mais 
ne le verres, or le caciés se vos volés, et se 
vos volés si le laisciés, car je m'en sui bien 
acuités vers li.' 'bel enfant', fait Aucassins, 
'assés en avés dit, et dix le me laist trover!' 

Ôr se cante. 

Aucassins oï les mos 

de s'amie o le gent cors, 

moût li entrèrent el cors. 

des pastoriax se part tost, 

si entra el parfont bos, 

li destriers li anble tost, 

bien l'en porte les galos. 

or parla, s'a dit trois mos: 

'Nicolete o le gent cors, 

por vos sui venus en bos; 

je ne caç ne cerf ne porc, 

mais por vos siu les esclos: 

vo vair oeil et vos gens cors, 

vos biax ris et vos dox mos 

ont men cuer navré a mort. 

1 rao bues Ms. 2t .v. c, 24 .m. 2" laisçie 
Ms, 44 oiel S et Ms. 



se diu plaist le père fort, 
je vos rêverai encor, 
suer, douce amie!' 

5 Or dient et content et fabloient. 

Aucassins ala par le forest de voie en voie, 
et li destriers l'en porta grant alëure. ne qni- 
diés mie que les ronces et les espines l'espar- 
naiscent; nenil nient, ains li desronpent ses 

10 dras qu'a paines pëust on nouer desus el plus 

* entier, et que li sans li isci des bras et des 

costés et des ganbes en quarante lius u en 

trente, qu'après le vallet pëust on suïr le trace 

du sanc qui caoit sor l'erbe. Mais il pensa 

iî> tant a Nicolete sa douce amie qu'il ne sentoit 
ne mal ne dolor, et ala tote jor par mi le 
forest si faitement que onques u'oï noveles de 
li; et quant il vit que li vespres aproçoit, si 
comença a plorer por çou qu'il ne le trovoit, 

20 Tote une vies voie herbeuse cevauçoit; il es- 
garda devant lui en mie la voie, si vit un vallet 
tel con je vos dirai. Grans estoit et mervel- 
lex et lais et hidex; il avoit une grande hure 
plus noire q'une carbouclee, et avoit plus de 

25 planne paume entre dex ex, et avoit unes 
grandes joës et un grandisme nés plat, et 
unes grans narines lees et unes grosses lèvres 
plus rouges d'une carbounee, et uns grans 
dens gaunes et lais, et estoit cauciés d'uns 

30 housiax et d'uns sollers de buef frétés de tille 
dusque deseure le genol, et estoit afulés d'une 
cape a dex envers, si estoit apoiiés sor une 
grande maçue. Aucassins s'enbati sor lui, s'eut 
grant paor quant il le sorvit. 'biax frère, dix 

35 t'i ait!' 'dix vos bénie!' fait cil. 'se dix t'ait, 
que fais tu ilec?' 'a vos que monte?' fait cil. 
'nient', fait Aucassins, 'je nel vos demant se 
por bien non.' 'mais por quoi plourés vos', fait 
cil, 'et faites si fait duel? certes se j'estoie 

40 ausi rices hom que vos estes, tos li mons ne 
me feroit mie plorer.' 'ba! me conissiés vos?' 
fait Aucassins. 'oie, je sai bien que vos estes 
Aucassins li fix le conte, et se vos me dites 
por quoi vos plorés, je vos dirai que je faç ci.' 



10 ûaier Tobhr] nouer Ms. et PS. 12. .xl. 
i:i .XXX. 15 qu'il] qui Ms. 25 .ii. 32 .il, 37 
Ac' Ms., Acassins S. 



297 



ADOASSIN ET NICOLETE. 



298 



'certes', fait Aucassins, 'je le vos dirai moût vo- 
lentiers. je vig hui matin cacier en ceste 
forest, s'avoie un blanc lévrier, le plus bel del 
siècle, si l'ai perdu, por ce pleur jeu.' 'os!' 
fait cil , 'por le cuer que cil sires eut en sen 
ventre, que vos plorastes por un cien puant! 
mal dehait ait qui ja mais vos prisera, quant 
il n'a si rice home en ceste terre, se vos pères 
l'en mandoit dis u quinze u vint, qu'il ne les 
meïst trop volentiers, et s'en esteroit trop liés : 
mais je doi plorer et dol faire.' 'et tu de quoi, 
frère ?' 'sire, je le vous dirai, j'estoie liués a 
un rice vilain, si caçoie se carne, quatre bues 
i avoit. or a trois jors qu'il m'avint une grande 
malaventure, que je perdi le mellor de mes 
bues, Roget, le mellor de me carue ; si le vois 
querant. si ne mengai ne ne buç trois jors a 
passés, si n'os aler a le vile, c'on me metroit 
en prison, que je ne l'ai de quoi saure.- de 
tôt l'avoir du monde n'ai je plus vaillant que 
vos veés sor le cors de mi. une lasse mère 
avoie, si n'avoit plus vaillant que une keutisele, 
si li a on sacie de desous le dos, si gist a pur 
l'estrain. si m'en poise assés plus que de mi: 
car avoirs va et vient ; se j'ai or perdu , je 
gaaignerai une autre fois, si sorrai mon buef 
quant je porrai ne ja por çou n'en plouerai. 
et vos plorastes por un cien de longaigne. 
mal dehait ait qui jamais vos prisera!' 'certes, 
tu es de bon confort, biax frère, que benois 
soies tu! et que valoit tes bues?' 'sire, vint 
sous m'en demande ou, je n'en puis mie abatre 
une seule maaille.' 'or tien', fait Aucassins, 
'vint sous que j'ai ci en me borse, si sol ten buef!' 
'sire', fait il, 'granz mercis! et dix vos laist 
trover ce que vos querés!' Il se part de lui. 
Aucassins si cevauce : la nuis fu bêle et quoie 
et il erra tant qu'il vint defors et 

3 levrer 5 et Ms. 9 x. u .xv u. .xx. 10 meïst] 
oust Ms., envoiast S. Paris (Romcinia 8, 288) 
propose envoiast ou donast. 13 .iiii. 14. 17 .m. 
34 vint sous] XX. Ah. et S. 38 Lacune de trois 
lignes diuis le Ms. , que M. Suchier a suppléées 
ainsi vint [près de la u li set cemin aforkent.] si 
[vit devant lui le loge que vos savés que] Nicolete 
[avoit faite, et le loge estoit t'orree]. 



dcdeiis et par deseurc et devant de Hors, et 
ostoit si bêle que plus ne pooit cstrc. Quant 
Aucassins le perçut, si s'aresta tôt a un fais, 
et li rais de le lune feroit ens. 'e dix!' fait 

5 Aucassins, 'ci fu Nicolete me douce amie, et 
ce fist ele a ses bêles mains, por le douçour 
de li et por s'amor me descenderai je ore ci 
et m'i reposerai anuit mais.' Il mist le pié 
fors de l'estrier por descendre, et li cevaus fu 

10 grans et haus. il pensa tant a Nicolete se 
très douce amie qu'il caï si durement sor une 
piere que l'espaulle li vola hors du liu : il se 
senti moût blecié, mais il s'efforça tant au 
mix qu'il peut et ataca son ceval a l'autre 

15 main a une espine. si se torna sor costé tant 

qu'il lut tos souvins en le loge; et il garda 

par mi un trau de le loge, si vit les estoiles 

el ciel, s'en i vit une plus clere des autres, si 

'conmença a dire: 

20 

Or se cante. 

'Estoilete, je te voi 

que la lune trait a soi; 

Nicolete est aveuc toi, 
25 m'amïete o le blont poil. 

je quid, dix le veut avoir 

por la lumière de soir* 

que que fust du recaoir, 

que fuisse lassus o toi! 
30 ja te baiseroie estroit! 

se j'estoie fix a roi, 

s'afferriés vos bien a moi, 

suer, douce amie!' 

35 

Or dïent et content et fabloient. 

Quant Nicolete oï Aucassin, ele vint a lui, 
car ele n'estoit mie lonc. ele entra en la loge, 
si li jeta ses bras au col, si le baisa et acola. 
40 'biax doux amis, bien soiiés vos trovés!' 'et 
vos, bêle douce amie, soies li bien trovee!" il 
s'entrebaissent et acolent, si fu la joie bêle. 



13 tant] tout PS. 11 por la lu . . . e de s . . ., 
suppléé par S. *lacune de trois lignes dans le Ms. 



299 



XIII-- SIECLE. 



300 



LI FABLIAUS DES PERDRIS. 

Recueil général et complet des Fabliaux des XIII'' et XI V^. siècles publiés par A. de Montaiglon, I. 
Paris 1872, p. 188 — 193. Comparé par AI. Apfelstedt avec .le manuscrit, fonds français 837, 
ancien 7218, fol. 169. Voyez le poème allemand du Vriolsheimer dans IIa>/en, Gesammtabenti-uer 2, 

149—152. 



Por ce que fabliaus dire suei], 
en lieu de fable dire vueil 
une aventure qui est vraie, 
d'un vilain qui delés sa haie 
prist deus pertris par aventure. '. 

en l'atorner mist moult sa cure: 
sa famé les fist au feu mètre, 
ele s'en sot bien entremetre : 
le feu a fait, la haste atorne. 
et li vilains tantost s'en torne, m 

por le prestre s'en va corant. 
mais au revenir targa tant 
que cuites furent les pertris. 
la dame a le haste jus mis, 
s'en pinça une pelëure, is 

quar moult ama la lechëure, 
quant diex li dona a avoir, 
ne bëoit pas a grant avoir, 
mais a tos ses bons acomplir. 
l'une pertris cort envaïr; 20 

andeus les eles en menjue. 
puis est alee en mi la rue 
savoir se ses sires venoit. 
quant ele venir ne le voit, 
tantost arrière s'en retorne, 25 

et le remauaut tel atorne, 
mal du morsel qui ramainsist! 
adonc s'apenssa et si dist 
que l'autre encore mengera. 
moult très bien set qu'ele dira, -M) 

s'on li demande que devindrent: 
ele dira que li chat vindrent, 
quant ele les ot arrier traites; 
tost li orent des mains retraites, 
et chascuns la seue en porta. 3.") 

ainsi, ce dist, eschapera. 
puis va en mi la rue ester. 

Rubrique dans M: Le dit des perdriz. 4 de- 
lez etc., rarement s; mais toujours dans pertris. 
5 .11. (i mit' Ms. etc. 9 fet etc. VI tarda. 
21 an n. 22. 37 p^ Ms. 35 emporta. 



por son mari abeveter; 
et quant ele nel voit venir, 
la langue li prist a frémir 
sus la pertris qu'ele ot laissie. 
ja ert toute vive enragie, 
s'encor n'en a un petitet. 
le col en trait tout souavet, 
si le menja par grant douçor. 
ses dois en lèche tout entor. 
'lasse', fait ele, 'que ferai, 
se tout menjue, que dirai? 
et cornent le porrai laissier? 
j'en ai moult très grant desirrier. 
or aviegne qu'avenir puet, 
quar toute mengier le m'estuet.' 

Tant dura celé demoree 
que la dame fu saoulée, 
et li vilains ne targa mie : 
a l'ostel vint, en haut s'escrie 
'di, va! sont cuites les pertris?' 
'sire', dist ele, 'ainçois va pis, 
quar mengies les a li chas.' 
li vilains saut isnel le pas, 
seure li cort comme enragiés. 
ja li ëust les iex sachiés, 
quant el crie 'c'est gas, c'est gas! 
fuiiés', fait ele, 'Sathanas! 
couvertes sont por tenir chaudes.' 
'ja vous chantasse putes laudes', 
fait il, 'foi que je doi saint Ladre.' 
'or ça mon bon hanap de madré 
et ma plus bêle blanche nape! 
si l'estenderai sus ma chape 
sous celé treille en cel praël. 
mais vous prenés vostre coutel 
qui grant mestier a d'aguisier: 
si le faites un pou trenchier 
a celé pierre en celé cort.' 
li vilains se despoille et cort, 



IS tarda, 
praiel. 



24 fuiez. 



29 chantaisse. 



301 



LI FAHl.lArs liKS l'EUniiLS. 



302 



le coiitel tout iiu ou sa main, 
a tant es vos le chapelain 
qui leens venoit por meujçier. 
a la dame vint sans targier, 
si l'acole moult doucement, 
et celé li dist simplemeut : 
'sire', dist el, 'fuiiés, fuiiés! 
ja ne serai ou vous soiiés 
bonis ne malmis de vo cors, 
mes sires est aies la fors 
por son grant coutel aguisier, 
et dist qu'il vous voudra treucbier 
les coilles, s'il vous puet tenir.' 
'de dieu te puist il souvenir!' 
dist li prestres, 'qu'est que tu dis? 
nous devons mengier deus pertris 
que tes sires prist hui matin.' 
celé li dist 'par saint Martin, 
ceens n'a pertris ne oisel. 
de vo mengier me seroit bel 
et moi peseroit de vo mal. 
mais ore esgardés la aval, 
comme il aguise son coutel.' 
'jel vol', dist il, 'par mon chapel, 
je cuit bien que tu as voir dit.' 
leens demora moult petit, 
ains s'en fui grant alëure. 
et celé crie a bone ëure 
'venés vous en, sire Gombaut!' 
'qu'as tu', dist il, 'se diex te sauf/' 
'que j'ai? tout a tens le savrés; 
mais se tost corre ne poes, 
perte i avrés si com je croi, 
quar par la foi que je vous doi, 
li prestre en porte vos pertris.' 
li preudom fu tos aatis, 
le coutel en porte en sa main, 
s'en cort après le chapelain: 
quant il le vit, se li escrie 
'ainsi nés eu porterés miel' 



35 



j)uis s'escrie a grans alcuees 
'bien les en portés eschaufees. 
ra les lerrés! se vous ataiiig, 
vous serïés mauvais compaiug, 
se vous les mangiiés sons moi.' 
li prestre esgarde derrier soi 
et voit acorre le vilain, 
quant voit le coutel en sa maiu, 
mors cuide estre, se il l'ataint. 
de tost corre pas ne se faint, 
et li vilains penssoit de corre, 
qui les pertris cuidoit rescorre ; 
mais li prestres de grant raudon 
s'est enfermés en sa maison. 
A l'ostel li vilains retorne, 
et lors sa feme en araisone: 
'di, va!' fait il, 'et quar me dis 
comment tu perdis les pertris y' 
celé li dist 'se diex m'ait! 
tantost que li prestres me vit, 
si me pria, se tant l'amasse, 
que je les pertris li monstrasse, 
quar moult volontiers les verroit; 
et je le menai la tout droit 
ou je les avoie couvertes, 
il ot tantost les mains ouvertes, 
si les prist et si s'en fui. 
mais je gueres ne le sivi, 
ains le vous iis moult tost savoir.' 
cil respont 'bien pues dire voir: 
or le laissons a itant estre!' 
ainsi fu engiugniés le prestre 
et Gombaus qui les pertris prist. 
par exemple cis fabliaus dist : 
famé est faite por décevoir, 
mençonge fait devenir voir 
et voir fait devenir mençonge. 
cil n'i vont mètre plus d'alonge 
qui fist cest fablel et ces dis. 
ci faut li fabliaus des pertris. 



fuiez. '^ soiez. 16 .ii. 2'.i Uobaut .l/.s. 



b mangiez sanz. 21 amaisse: nionstraisse. 



303 



XIII<- SIECLE. 



804 



BERNIER, LA HOUCE PARTIE. 

Fabliaux et contes puhliês par Barluzau , nuuv. édif. par Méon, Paris 1808, Tom. 4, /). 472—485. 

Comparé par M. Apfelstedt avec le ms. {fonds fr. 837, une. 7218,. /b/. 150). Voyez le poème ulle- 

mand dans Hagen, Gesammtahcntcuer 2, ?>^\ — 399." ''Die halbe Decke. 



. . de biau parler et de bien dire. 

chascuns devroit a son mestire 

fere connoistre et enseignier 

et bouement enromancier 

les aventures qui avienent. 

ausi comme gent vont et vieueut, 

ot on maintes choses conter, 

qui bones sont a raconter. 

cil qui s'en sevent entremetre, 

i doivent grant entente mètre 

en pensser, en estudiier, 

si com firent nostre ancissier, 

li bon mestre qui estre sueleut. 

et cil qui après vivre vuelent, 

ne. devroient ja estre oiseus. 

mes il devienent pereceus 

por le siècle qui est mauves. 

por ce si ne se vuelent mes 

li bon ménestrel entremetre, 

quar moult covient grant peine metrc 

en bien trover, sachiés de voir. 

huimés vous fas apercevoir 

une aventure qui avint. 

bien a dis et set ans ou vint 

que uns riches hom d'Abevile 

se départi tors de sa vile, 

il et sa famé et uns siens tis. 

riches et comblés et garnis 

issi com preudom de sa terre 

por ce que il estoit de gerre 

vers plus fors gens que il u'estoit. 

si se doutoit et se cremoit 

de estre entre ses enemis. 

d'Abevile vint a Paris: 

ilueques demora tout qoi 

et si iist hommage le roi, 

et fu ses hom et ses borgois. 

li preudom fu sage et cortois 

et la dame forment ert lie, 

1 Le début manque; la lacune ne doit pas avoir 
été considérable. 2 mestire Forster] meslire. 11 
Ms. estudier. 13 seulent. 20 mit' etr Ms. painc. 
21 sachiez. 22 faz. 24 .xvii. anz ou .xx. 27 fils. 
31 genz, et ainsi souvent z. 33 ancniis. 



35 



40 



et li vallés fols n'estoit mie 

ne vilains ne mal enseigniés. 

moult en furent li voisin liés 

de la rue ou il vint manoir. 

sovent le venoient vëoir 

et li portoient grant honor. 

maintes gens sens mètre du lor 

se porroient moult fere amer. 

por seulement de biau parler 

puet l'en moult grant los acueillir: 

quar qui biau dit, biau veut oïr, 

et qui mal dit et qui mal fait, 

il ne puet estre qu'il ne l'ait. 

en tel point le voit on et truevc. 

on dit sovent 'l'uevre se prueve.' 

ainsi fu li preudom manans 

dedans Paris plus de set ans 

et achatoit et revendoit 

les denrées qu'il connissoit. 

tant se baréta d'un et d'el 

que tos jors sauva son chatel 

et ot assés de remanaut. 

el preudomme ot bon marchëaiit 

et demenoit moult bone vie 

tant qu'il perdi sa compaignio 

et que diex fist sa volenté 

de sa famé qui ot esté 

en sa compaignie trente ans. 

il u'avoicnt de tos enfans 

que ce vallet que je vous di. 

moult corouciés et moult mari 

se sist li vallés lés son père 

et regretoit sovent sa mère 

qui moult souëf l'avoit norri. 

il se pasma, pleure por li 

et li pères le reconforte. 

'biaus fis', fet il, *ta mère est morte: 

prions dien que pardon li face ! 

tert tes iex, essue ta face, 

que li plorers ne t'i vaut rien, 

nous morrons tuit, ce ses tu bien, 

par la nous convendra passer. 

7 sanz. i: .vu. is .xxx. 37 filz. 



H()5 



KEKNIKR, LA IIOUCE l'AKTIE. 



306 



nus ne puet la mort trespasser, 
que ue reviegne i)ar la mort, 
biaus fis, tu as bon reconfort, 
et si deviens biaus bacheler. 
tu es en point de marier 
et je sui mes de grant aage. 
se je trovoie un mariage 
de geut qui fussent de pooir, 
g'i metroie de mon avoir, 
quar ti ami te sont trop loing; 
tart les avroies au besoing. 
tu n'en as nul en ceste terre, 
se par force nés pues conquerre. 
s'or trovoie famé biie née 
qui fust d'amis empareutee, 
qui ëust oncles et antains 
et frères et cousins germains, 
de boue gent et de bon leu, 
la ou je verroie ton preu, 
je t'i metroie volentiers: 
ja nel leroie por deniers.' 

Ce nous raconte ,li escris: 
seignor, or avoit el païs 
trois chevaliers qui erent frère, 
qui ereut de père et de mère 
moult hautement emparenté, 
d'armes proisié et alosé: 
mes n'avoieut point d'eritage, 
que tout n'eussent mis en gage, 
terres et bois et tenemens, 
por sivre les tornoiemens. 
bien avoit sor lor tenëure 
trois mile livres a usure 
qui moult les destraint et escille. 
li ainsnés avoit une fille 
de sa famé qui morte estoit, 
dont la damoisele tenoit 
dedens Paris bone meson 
devant l'ostel a cel preudon. 
la meson n'estoit pas au père, 
qar li ami de par sa mère 
ne li lessierent engagier. 
la mesons valoit de loiier 
vint livres de paresis l'an, 
ja n'en ëust peine n'ahan 



(jue de ses deniers recevoir. 

bien fu d'amis et de pooir 

la damoisele emparentee. 

et li preudon l'a demandée 
5 au père et a tos ses amis. 

li chevalier li ont enquis 

de son mueble, de son avoir, 

combien il en pooit avoir. 

et il lor dist moult volentiers 
10 'j'ai qu'en denrées qu'en deniers 

mile et cinc cens livres vaillant, 
j'en deveroie estre mentant, 

se je me vautoie de plus, 
je l'en donroie tout le plus 
15 de cent livres de paresis. 
je les ai loiaumeiit aquis: 
j'en donrai mon fi! la moite.' 

'ce ne porroit estre otroiié, 
biaus sire', font li chevalier; 
■-'0 'se vous deveniiés templier 

ou moine blanc ou moine noir, 
tost lesseriiés vostre avoir 
ou a temple ou a abeïe. 
nous ne nous i acordons mie. 
25 non, seignor, non, sire, par foi!' 
*et comment donc? dites le moi!' 
'moult volentiers, biaus sire chier. 
quanques vous porrés esligier 
volons que donés vostre fis, 
30 et que il soit du tout saisis, 
et tout metés par devers lui, 
si que ne vous ni a autrui 
n'i puissiés noient calengier 
s'ainsi le volés otroiier, 
35 li mariages sera fait: 

autrement ne volons qu'il ait 
nostre fille ne nostre nièce.' 
li preudon penssa une pièce, 
son fil regarde, si penssa; 
40 mes mauvesement emploia 
celé penssee que il fist. 
lors lor respont et si lor dist 
'seignor, de quanques vous querés 
acomplirai vos volentés; 
45 mes ce sera par un couvent: 



3 filz. -24 .111. 31 siurre. 
l:i loier. 44 .xx. lib'. 45 paine. 

Bartsch, Ohrestomathie. VI. Éd. 



33 .in""- lib', 



11 .M. et vc. lib'. 
•2!) fils. 34 otroier. 



15 .c. lib'. is otroie. 

20 



307 



XIIP SIECLE. 



308 



se mes fis vostre fille prent, 

je li donrai quanqu'ai vaillant, 

et si vous di tout en oiant, 

ne vueil que me demeure rien, 

mes preigne tout et tout soit sien, 5 

que je l'en sesi et revest.' 

ainsi li preudon se desvest; 

devant le pueple qui la fu 

s'est dessesis et desvestu 

de quanques il avoit el monde, i<> 

si que il remest ausi monde 

com la verge qui est pelée, 

qu'il n'ot ne denier ne denrée 

dont se pëust desjëuner, 

se ses fis ne li volt doner. ift 

tout li dona et clama quitc. 

et quant la parole tu dite, 

li chevaliers tout main a main 

sesi sa fille par la main, 

si l'a au bacheler donee, 20 

et li vallés l'a espousee. 

D'iluec bien a deus ans après 
bonement furent et eu pes 
li maris et la dame ensemble, 
tant que la dame, ce me semble, 25 

ot un biau fil du bacheler. 
bien le fist norrir et garder, 
et la dame fu bien gardée, 
sovent baignie et relevée, 
et li preudom fu en l'ostel. 3o 

bien se dona le cop mortel, 
quant por vivre en autrui merci 
de son avoir se dessesi. 
en l'ostel fu plus de douze ans, 
tant que li enfes fu ja grans 3.5 

et se sot bien apercevoir, 
souvent oï ramentevoir 
que ses taions fist a son père, 
por qoi il espousa sa mère, 
et li enfes quant il l'oï, 40 

aine puis nel volt mètre en oubli, 
li preudon fu viex devenu, 
que viellece l'ot abatu 
qu'au baston l'estuet soustenir. 
la toile a lui ensevelir 45 

1 filz. 5 praingue. (i saisi. i) dessaisis. 
15 filz. 19 saisi. 22 .ii. 26 ensanble: sanble. 
34 .11. 



alast volentiers ses fis querrc. 
tart li estoit qu'il fust en terre, 
que sa vie li anuioit. 
la dame lessier ne pooit, 
(qui fiere estoit et orguilleuse, 
du preudomme estoit desdeigneuse 
qui moult li estoit contre cuer), 
or ne puet lessier a nul fuer 
qu'ele ne deïst son seignor 
'sire, je vous pri par amor, 
donés congié a vostre père, 
que foi que doi l'ame ma mère, 
je ne mengerai mes des dens 
tant com je le savrai ceens, 
ains vueil que li donés congié.' 
'dame', fet il, 'si ferai gié.' 

Cil qui sa famé doute et crient, 
maintenant a son père vient, 
se li a dit isnelement 
'pères, pères, aies vous ent! 
je di c'on n'a ceens que fera 
de vous ne de vostre repère, 
aies vous aillors porchacierl 
on vous a do né a mengier 
en cest ostel douze ans ou plus, 
mes fêtes tost, si levés sus! 
si vous porchaciés ou que soit, 
que fere l'estuet orendroit.' 
li pères l'ot, durement pleure: 
sovent maudit le jor et l'eure 
qu'il a tant au siècle vescu. 
'ha, biaus dous fis, que me dis tu? 
por dieu, itant d'onor me porte, 
que ci me lesses a ta porte. 
je me girrai en poi de leu, 
je ne te quier nis point de feu 
ne coûte pointe ne tapis, 
mes la fors sous cel apentis 
me fai baillier un pou d'estraiii. 
onques por mengier de ton pain 
de l'ostel ne me gete fors. 
moi ne chaut s'en me met la hors, 
mes que ma garison me livre, 
ja por chose que j'aie a vivre 
ne me dëusses pas faillir, 
ja ne pues tu miex espenir 

1 filz. (■> desdaigneuse. 22 repaire. 25 .xii. 
32 douz filz. 



309 



HKRNIKIl, I.A H()U('K l'ARTIK. 



;n(» 



tos tes pochiés qu'en moi bien fore, 

que se tu vestoies la bere.' 

'biaus père', dist li bachelers, 

'or n'i vaut noient sermoners, 

mes fêtes tost, aies vous en! 5 

que ma famé istroit ja du sen.' 

'biaus fis, ou veus tu que je voise? 

je n'ai vaillant une vendoise.' 

'vous en irés en celé vile. 

encore en i a il dis mile lu 

qui bien i truevent lor chevance. 

moult sera or grant meschëance, 

se n'i trovés vostre peuture. 

cbascuns i atent s'aventure. 

aucunes gens vous connistront 15 

qui lor ostel vous presteront.' 

'presteront, fis? aus gens que chaut, 

quant tes ostels par toi me faut? 

et puis que tu ne me fes bien, 

et cil qui ne me seront rien 20 

le me feront moult a envis, 

quant tu me faus qui es mes fis.' 

'pères', fet il, 'je n'en puis mes. 

se je met sor moi tout le fes, 

ne savés s'il est a mon vuel.' 25 

adonc ot li pères tel duel, 

por poi que li cuers ne li crieve. 

si foibles comme il est se lieve, 

si s'en ist de l'ostel plorant. 

'fis', fet il, 'a dieu te commant, 3o 

puis que tu veus que je m'en aille. 

por dieu me done une retaille 

d'un tronçon de ta sarpeilliere 

(ce n'est mie chose moult chierej, 

que je ne puis le froit soufrir. 35 

je le te demant por couvrir, 

que j'ai robe trop poi vestue: 

c'est la chose qui plus me tue.' 

et cil qui de doner recule 

li dist 'pères, je nen ai nule. -i" 

li doners n'est or pas a point. 

a ceste fois n'en avrés point, 

se on ne le me toit ou emble.' 

'biaus dous fis, tos li cuers me tremble 

et je redout tant la froidure. -15 

done moi une couverture 

1 faire: haire. 7 filz. 10 x. n filz. 22 fils. 
•23 mais: fais. 30 filz. 44 douz filz toz. tramble. 



(le (joi tu cuevrcs ton cheval, 
que li frois ne me face mal.' 

Cil qui s'en bee a descombrer 
voit que ne s'en puet délivrer, 
s'aucuuc chose ne li baille, 
por ce que il veut qu'il s'en aille, 
commande son fil qu'il li haut, 
quant on le huche l'enfes saut: 
'que vous plest, sireV' dist l'enfant, 
'biaus fis', fet il, 'je te commant, 
se tu trueves l'estable ouverte, 
done mon père la couverte 
(lui est sus mon cheval morel. 
s'il veut, si on fera mantel 
ou chapulere on couvertor. 
done li toute la meillor!' 
li eûtes, qui fu de biau sens, 
li dist 'biaus taions, venés ens!' 
li preudon s'en torne avoec lui 
tos coreuciés et plains d'anui. 
l'enfes la couverture trueve, 
la meillor prist et la plus nueve 
et la plus grant et la plus lee, 
si l'a par le mi leu doublée, 
si le parti a son coutel 
au miex qu'il pot et au plus bel: 
son taion bailla la moitié, 
'biaus fis', fet il, 'que ferai gié? 
por qoi le m'as tu recopee? 
ton père le m'avoit donee: 
or as tu fet grant cruauté, 
que ton père avoit commandé 
que je l'eusse toute entière, 
je m'en irai a lui arrière.' 
'aies', fet il, 'ou vous voudrés! 
que ja par moi plus n'en avrés.' 

Li preudon issi de l'estable. 
'fis', fet il, 'trestout torne a fable 
quanques tu commandas et fis. 
que ne chastoies tu ton fis 
qu'il ne te doute ne ne crient? 
ne vois tu donques qu'il retient 
la moitié de la couverture?' 
'va, diex te doinst maie aventure!' 
dist li pères, 'baille li toute!' 
'non ferai', dist l'enfes, 'sens doute : 

10 filz. I.T cliapulaire. 26. 38 filz. 40 fils 
46 sanz, 

20* 



311 



XII1« SIECLE. 



312 



de qoi seriiés vous paiiév 
je vous en estui la moitié, 
que ja de moi n'en avrés plus, 
si j'en puis venir au desus, 
je vous partirai autressi 
comme vous avés lui parti, 
si comme il vous dona l'avoir, 
tout ausi le vueil je avoir, 
que ja de moi n'en porterés 
fors que tant com vous li donrés. 
si le lessiés morir chetif, 
si ferai je vous, se je vif.' 

Li pères l'ot, parfont souspire, 
il se repensse et se remire, 
ans paroles que l'enfes dist 
li pères grant exemple prist. 
vers son père torna sa chiere: 
'pères', fet il, 'tornés arrirere! 
c'estoit enemis et pechié 
qui me cuide avoir aguetié: 
mes se dieu plest, ce ne puet estre. 
or vous fas je seignor et mestre 
de mon ostel a tos jors mes. 
se ma famé ne veut la pes, 
s'ele ne vous veut consentir, 
aillors vous ferai bien servir: 
si vous ferai bien aaisier 
de coûte pointe et d'oreillier. 
et si vous dis par saint Martin, 
je ne beverai mes de vin 
ne ne mengerai bon morsel 



■25 



30 



que vous n'en aiiés del plus bel; 
et serés en chambre celée 
et au bon feu de cheminée: 
si avrés robe comme moi. 
vous me fustes de bone foi, 
par qoi sui riches a pooir, 
biaus dons père, de vostre avoir.' 
Seignor, ci a bone moustrance 
et aperte senefïance, 
qu'ainsi geta li fis le père 
du mauves penssé ou il ère. 
bien s'i doivent tuit cil mirer 
qui ont enfans a marier, 
ne fêtes mie en tel manière 
ne ne vous metés mie arrière 
de ce dont vous estes avant, 
ne donés tant a vostre enfant 
que vous n'i puissiés recouvrer, 
l'en ne se doit mie fier, 
que li enfant sont sens pitié, 
des pères sont tost anuiié, 
puis qu'il ne se pueent aidier. 
et qui vient en autrui dangier, 
molt vit au siècle a grant anui, 
cil qui vit en dangier d'autrui 
et qui du sien meïsmement 
a autrui livroison s'atent: 
bien vous en devés chastoiier. 
icest exemple fist Bernier 
qui la matere enseigne a fere: 
si en fist ce qu'il en sot fere. 



DU CHEVALIER QUI OOIT LA MESSE ET NOTRE DAME ESTOIT POUR 

LUI AU TOURNOIEMENT. 



Fabliaux et contes publiés pur Barbazan, nouv. édil. par Méon, Paris 1808, Tom. 1, p. 
Cf. P/eiffer, Marienlegenden No. 4, et Hagen, Gesammtabenteuer 3, 46<i. 



Dous Jhesus, com cil bel guerroie 
et come noblement tournoie 
qui volentiers au monstier tourne 
ou l'en le saint servise atourne 
et célèbre le saint mi&tere 
du doux fils de la vierge mère, 
pour ce vueil un conte retraire, 



si com le truis en exemplaire, 
un chevalier courtois et sages, 
hardis et de grant vasselages, 
35 nus mieudres en chevalerie, 
moult amoit la vierge Marie, 
pour son barnage démener 
et son franc cors d'armes pener 



1 paie, 
pais. 



16 example. 19 antmis. 23 mais: 



1 aiez. 
21 anoie. 



10 filz. 
26 suen. 



12 se doivent. 
28 chastoier. 



82—8»;. 



31 ; 



DU CIIKVAMKR QUI OOIT LA MKSSE. 



314 



aloit a sou tournoiemeut, 

garnis de son contentement. 

au dieu plaisir ainsi avint 

que quant le jour du tournoi vint, 

il se bastoit de chevauchier: 

bien vousist estre en champ premier. 

d'une église qui près estoit 

oï les sains que l'on sonoit 

pour la sainte messe chanter. 

le chevalier sans arrester 

s'en est aie droit a l'église 

pour escouter le dieu servise. 

l'en chantoit tantost hautement 

une messe dévotement 

de la sainte vierge Marie: 

puis a on autre comencie. 

le chevalier bien l'escouta, 

de bon cuer la dame pria. 

et quant la messe fut tinee, 

la tierce fu recomenciee 

tantost en ce meïsme lieu. 

'sire, pour la sainte char dieu', 

ce li a dit son escuïer, 

'l'heure passe de tournoier, 

et vous que demeurez ici? 

venez vous en, je vous en pri! 

volez vous devenir hermite 

ou papelart ou ypocrite? 

alons en a nostre mestier!' 

'amis', ce dist li chevalier. 

'cil tournoie moult noblement 

qui le servise dieu entent. 

quant les messes seront trestoutes 

dittes, s'en irons a nos routes, 

se dieu plest, ains n'en partirai, 

et puis au dieu plesir irai 

tournoier viguereusement.' 

de ce ne tint plus parlement. 

devers l'autel sa chiere tourne, 

en saintes oroisons séjourne 

tant que toutes chantées furent. 

puis montèrent, com fere durent, 

et chevauchierent vers le leu 

ou fere dévoient leur geu. 

les chevaliers ont encontrez, 

qui du tournois sont retournez, 

22 de dieu, as plus manque. 



qui du tout on tout est féru. 

s'en avoit tout le pris eu 

le chevalier qui reperoit 

des messes qu'oies avoit. 
5 les autres qui s'en reperoient 

le saluent et le conjoient 

et distreut bien que onques mes 

nul chevalier ne prist tel fes 

d'armes com il ot fet ce jour: 
10 a tous jours en avroit l'onnour. 

moult en i ot qui se rendoient 

a lui prisonier et disoient 

'nous somes vostre prisonier, 

ne nous ne pourrions nïer 
15 ne nous aiez par armes pris.' 

lors ne fu plus cil esbahis, 

car il a entendu tantost 

que celé fu pour lui en l'ost, 

pour qui il fu en la chapelle. 
■20 ses barons bonement appelle 

et leur a dit 'or m'escoutez 

tuit ensamble par vos bontez! 

car je vous dirai tel merveille 

c'onques n'oïstes lor pareille.' 
25 lors lor conte tout mot a mot 

com les messes escouté ot 

e que a tournoi point ne fu 

ne feri de lance n'escu; 

mais bien pensoit que la pucelle 
30 qu'en aoroit en la chapelle 

avoit pour lui fet ses cembiaux. 

'moult est cist tournoiement biaux 

ou ele a pour moi tournoie; 

mes trop l'avroit mal emploie 
35 se pour lui je ne tournoioie. 

fox seroie, se retournoie 

a la mondaine vanité. 

a dieu promet en vérité 

que jamés ne tournoierai 
40 fors devant le juge verai 

qui conoit le bon chevalier 

et selonc le fet set jutgier.' 

lors prent congié piteusement, 

et maint en plorent tenrement. 
45 d'euls se part, en une abaïe 

servi puis la vierge Marie, 

2 tous. conjoioient. 2G come. 2S ne ne f'eii. 
44 ploroient. 



315 Xllle SIECLE. 316 

et bieix cuidons que le chemin et qui volentiers fet servise 

tint qui conduit a bone fin. a sa très douce chiere mère, 

por cest exemple bien vëons profitable en est la manière, 

que li dous deux en qui créons et cil qui est courtois et sage, 

ame et chierist et honneure 5 maintient volentiers bon usage: 

celui qui volentiers demeure qu'aprend poulain en dentëure 

pour oïr messe en sainte église, tenir le veult tant corn il dure. 

JEHAN BODEL, LE JEU DE SAINT NICOLAS. 

Monvierqué et Michel, théâtre français au moyen â^e. Paris IS42, p. 173 — ITi). 

Li senescaus. Li angeles. 

Roys, puis que vo baron vous sont venu requerra, Segueur, soies tout assëur, 
faites leur maintenant les crestïens requerre. lo n'aies doutancbe ne peur. 

Li rois. messagiers sui nostre segneur, 

senescal, par Mahom! ne leur faura mais guerre; qui vous metra fors de doleur. 
s'ierent ou mort ou pris ou cachié de le terre. aies vos cuers fers et crëans 
aies i, senescal; dites leur de par moi eu dieu, ja pour ches mescrëans, 

que maintenant se mechent sagement en conroi. i5 qui chi vous vienent a baudon, 

Li senescaus. n'aies les cuers se sëurs non. 

segneur, a tous ensanle vous di de par le roy metés bardïemeut vos cors 
que vous aies fourfaire leur crestïene loy. pour dieu, car chou est chi li mors 

pour crestïens confondre fustes vous chi mandé; dont tout li pules morir doit, 
che qu'il nous ont fourfait convient estre amendé. "2u qui dieu aime de cuer et croit, 
aies i maintenant, li roys l'a commandé. Li crestïens. 

Or parolent tout. qui estes vous, biau sire, qui si nous confortés 

alons, a Mahommet soiions nous commandé! et si haute parole de dieu nous aportés? 

Li creslïen parolent. sachiés, se chou est voirs que chi nous recordés, 

sains sépulcres, aïe! segneur, or du bien faire! 25 assëur rechevrons nos anemis mortes. 
Sarrasin et paien vienent pour nous fourfaire. Li angeles. 

ves les armes reluire : tous li cuers m'en esclaire. angles sui a dieu, biaus amis ; 
or le faisons si bien que no proueche i paire. pour vo confort m'a chi tramis. 
contre chascun des nos sont bien cent par devise. soies sëur, car ens es chiex 

Uns crestïens. 30 vous a diex fait sages esliex. 

segneur, n'eu doutés ja, ves chi nostre juïse. aies, bien avés commenchié; 
bien sai tout i morrons el dame deu servise, pour dieu serés tout detrenchié; 
mais moût bien m'i vendrai, se m'espee ne brise; mais le haute couronne ares, 
ja n'en garira un ne coiffe ne haubers. je m'en vois; a dieu demourés. 

segnieur, el dieu serviche soit huichascunsoffers! 35 Li amiraus del Coine. 

paradys sera uostres et eus sera ynfers. Segneur, je sui tous li ainnés, 

gardés al assanler qu'il encontrent no fers. s>\ ai maint bel conseil donnés: 

Uns crestïens, nouviaus chevaliers. créés moi, che sera vos preus. 

segneur, se je sui jones, ne m'aies en despit! chevalier sommes esprouvé: 
on a vëu souvent grant cuer en cors petit. 4o se li crestïeu sont trouvé, 
je ferrai cel forcheur, je l'ai piecha eslit; gardés qu'il u'en escap uns seus. 

sachiés je l'ochirai, s'il anchois ne m'ochist. 

18 seur. 31 vostre. 32 serviche. 25 recheverons. 



:^17 



JKUAN nODKL. SAINT iNKJOLA.S. 



318 



Cil (VUrkcnic. 
escaper, li til a putaiu! 
je ferrai si le premerain — 
mais gardés que nus n'en estorge. 

Cil del Coine. 
segueur, ne soies ja doutant 
que jou n'en ochie autretant 
con Berengiers soiera d'orge. 

Cil (ri)rkeiiie. 
segneur tuëour, entre vous 
ochirrés les ore si tous 
que vous ne m'en lairés aucuu. 
Cil d'outre l'arbre sec. 
veés ichi le gent haïe, 
li chevalier Mahom, aïe! 
ferés, ferés tout de commun. 
Or lue lit li Sarrasin tous les cr es liens. 

Li amii'aus d'Orquenie parole. 
îSegneur baron, acourés tost. 
toutes les merveilles de l'ost 
sont tout gas fors de che caitif. 
ves chi un grant vilain kenu, 
s'aoure un Mahommet cornu; 
ochirrons le ou prenderons vif? 

Cil d' OU fer ne. 
uen ochirrons, mie, par foy! 
ains le menrons devant le roy 
pour merveille, che te promet, 
lieve sus, vilain, si t'en vien! 
Cil du sec arbre. 
segneur, or le tenés moult bien, 
et je tenrai le Mahommet. 
Li angeles. 
A, chevalier qui chi gisiés, 
com par estes bon ëuré! 
comme or ches eures despisiés 
le mont ou tant avés duré! 
mais pour le mal k'ëu avés, 
mien ensïant, très bien savés 
quels bien chou est de paradys, 
ou diex met tous les siens amis, 
a vous bien prendre garde doit 
tous li mons et ensi morir, 
car dieus moût douchement rechoit 
chiaus qui o lui voelent venir, 
qui de bon cuer le servira 
ja se paine ne pei'dera, 
36 ouvres. 



ains sera es ciueus couronnes 

de tel couroune comme avés. 
Li preudom. 

sains Nicolais, dignes confés, 
5 de vostre home vous prende pés; 

soies me secours et garans, 

bons amis dieu, vrai consilliere, 

soies pour vostre home veilliere ; 

si me wardés de ches tirans. 
1(1 Li angeles. 

preudom, qui si iés efferés, 

soies en dieu preus et sénés ; 

se t'enmainnent chist traïtour, 

n'aies pour çou nule paour; 
15 en dame dieu soies bien chers 

et en saint Nicolai après; 

car tu aras sen haut confort, 

s'en foy te voit sëur et fort. 

Li amiraus del Coine. 
2(1 Roys, soies plus liés c'onques mais, 

car te guerre avons mis a pais 

par no avoir et par no sens. 

mort sont li larron, li cuivert, 

si que li camp en sont couvert 
25 a quatre lieues en tous sens. 
Li rois. 

segneur, moult m'avés bien servi; 

mais aine mais tel vilain ne vi 

comme je voi illeuc a destre. 
3(1 de chele cocue grimuche 

et de che vilain a l'aumuche 

me devises que che puet estre. 
Li senescaus. 

roy, pour merveilles esgarder 
.■?& le t'avons fait tout vif garder; 

or oies dont il s'entremet: 

a gênons le trouvai ourant, 

a jointes mains et eu plourant, 

devant son cornu Mahommet. 
40 Li rois. 

di, va! vilains, se tu i crois? 
Li preudom. 

oïl, sire, par sainte crois! 

drois est que tous li mons l'aourt. 
45 Li rois. 

or me di pour coi, vilains lais! 

14 naies paour con nul paour. 15 chiers. 22 
savoir ? 



819 



XIII^ SIECLE. 



320 



Li preudoin. 
sire, chou est sains Nicolais, 
qui les desconsilliés secourt; 
tant sont ses miracles apertes; 
il fait ravoir toutes ses pertes; 
il ravoie les desvoiés, 
il rapele les mescrëans, 
il ralume les non voians, 
il resuscite les noiiés; 
riens, qui en se garde soit mise, 
n'iert ja perdue ne maumise, 
tant ne sera abandonnée; 
non se chis palais ert plain d'or, 
et il gëust seur le trésor: 
tel grasse li a diex donnée. 

Li rois. 
vilain, che sarai jou par tans : 
ains que de chi soie partans, 
tes Nicolais iert esprouvés. 
mon trésor commander li voeil; 
mais se g'i perc nis plain men oeil, 
tu seras ars ou enroués, 
seuescal, maine le a Durant, 
men tourmentëour, men tirant; 
mais garde qu'il soit fers tenus! 

Li senescaus. 
Durant, Durant, oevre le chartrel 
tu aras ja ches piaus de martre. 

Dur ans. 
a foi, mau soies vous venus! 

Li preudom. 
siro, con vo machue est grosse! 

Diirans. 
entres, vilains, en celé fosse; 
aussi estoit li chartre seule, 
jamais, tant que soies mes bailles, 
n'ierent huiseuses mes tenailles, 
ne que tu aies dent en geule. 

Li uiKjeles. 
Preudons, soies joianz, 
n'aies uule paour; 
mais soies bien créans 
ens ou vrai sauvëour 
et en saint Nicolai, 
que jou de verte sai 
que sen secours aras; 
le roy convertiras 
46 vérité. 



et ses barons métras 

fors de leur foie loy, 

et si tenroat le foy 

que tienent crestïen de cuer vrai; 
5 croi saint Nicolai. 

Li senescaus. 

Sire, il est en le cartre mis. 
Li rois. 

or, senescaus, biaus dous amis, 
10 tous mes trésors, canques j'en ai, 

voeil que il soient descouvert, 

et huches et escrin ouvert; 

si metés sus le Nicolai. 

Li senescaus. 
\h sire, vo commandise est faite, 

n'i a mais ne serjaut ne gaite: 

or pocs dormir assëur. 
Li rois. 

voire, foi que doi Apolin! 
20 mais se je perc un estrelin, 

avoir puet li vilains peur; 

trop se puet en son dieu iicr. 

or faites tost mon ban crier! 

je voeil qu'il soit par tout sëu. 
•25 Li senescaus. 

or cha, Connart, crie le ban, 

que li trésors est a lagan; 

mont est bien a larrons këu. 

Connars li crïercs. 

30 Oiiés oïiés, segueur, trestout! 

venés avant, faites me escout! 

de par le roi vous fai savoir 

c'a son trésor n'a son avoir 

n'ara jamais ne clet ne serre. 
;» tout aussi comme a plaine terre 

le puet on trouver, che me sanle : 

et qui le puet embler, si l'emble! 

car il ne le garde mais nus 

fors sens uns Mabomés cornus, 
10 tous mors, car il ne se remue. 

or soit honnis qui bien ne hue. 
Li lavreniers. 

Caignet, nous vendons moult petit; ^ 

va, se di Raoul que il crit > 

Ah le vin: le gent en sont saoul. 
Caigiiés. 

or cha! si crïerés, Raoul, 

27 galaii ; cf. Tlii'dlre p. 183. 201. 41 soi.s. 



321 



GUILLAUMK DH LdKRlS, ROMAN DK I.A KOSK. 



322 



le viu aforé de nouvel, 

qui est d'AucLeurre, a plaiu toiiuel. 

Coniiiirs. 
qu'est che musars? que veus tu faire? 
veus tu me tolir mou affaire? 
sié cois, car envers moi mesprens. 

Raoulés. 
qui iés tu, qui le me détiens? 
di moi ton non, se diex te gart. 

Connais. 
amis, on m'apele Connart; 
crïeres sui par naïté 
as eskievius de la chité. 
LX ans a passés et plus 
que de crier me sui vescus. 
et tu con as non, je te pri? 

Raoulés. 
j'ai non Raouls, qui le vin cri; 
si sui as homes de le vile. 



Connais. 
fui, ribaus, lai ester te gile, 
car tu cries trop a bas ton; 
met jus le pot et le baston, 
5 car je ne te pris un festu. 
Raouls. 
qu'est che, Connars? boutes me tu' 

Connais. 
o'il, pour poi je ne te frap; 
10 met jus le pot et le hauap, 
si me claime le mestier quite. 

Raouls. 
oiiés, quel lecherie a dite 
qui me roeve crïer notorne! 
15 Connart, or ne fai pas le prorne, 
que tu n'aies ton peleïs. 
tous jours sont connart bateïs, 
ja n'ierent liet s'on ne les bat. 



GUILLAUME DE LORRIS, ROMAN DE LA ROSE. 



Ms. de Paris 378, fol. 19. €/'. Le Roman t 
Paris 1864, Tom. 1. p. 75—84, F. 2275—2592. 
Tom. 1. p. 150. Le plissage suivant 

Quant tu avras ton cuer donné 
ainsi com je t'ai sermonné, 
lors t'en vendront les aventures 
qui molt seront pesmes et dures, 
sovent, quant il te sovendra 
de tes amors, te covendra 
partir des gens par estovoir, 
qu'il ne puissent apercevoir 
les maus dont tu es angoisseus. 
a une part iras tos sens : 
eu pluseurs leus seras destrois, 
une heure chaus, autre heure frois, 
vermeuls une heure, et autre pales, 
onques fièvres n'eus si maies 
ne cotidianes ne quartes, 
bien avras, ains que tu t'en partes, 
les dolors d'amors essaiees. 
si t'avendra maintes foiees 
k'en pensant t'entroblïeras, 
et une grant pièce seras 

24 souuent — souuendra. 25 amours etc. 26 
^enz. 29 touz. 30 en pi. sens] Marteau. 
Bartsch, Chrestomathie. VI. Éd. 



le la Rose, nouvelle édition par Francisque Michel, 
Le Roînan de la Rose, par Marteau, Orléans 187 S, 
est une imitation de (art d'aimer d'Ovide. 

211 ausi comme une ymage mue, 

qui ne se crosle ne ne mue, 

sans pies, sans mains, sans dois crosler, 

sans ieuls ouvrir et sans parler. 

a chief de pièce revendras 
25 en ta mémoire et tressaudras 

au revenir en effrëor, 

ausi com bons qui a pëor. 

et sospirras de cuer parfont. 

et saches bien k'ainsi le font 
;ii) cil qui ont les maus essaies, 

dont tu es ores esmaiés. 
Après est drois qu'il te soveigne 

que t'amie t'est trop lointeigne; 

et diras 'diex, tant sui mauvais, 
35 se ele est loins que je n'i vais! 

adés i pense, et point n'en voi. 

mon cuer seul por coi i envoi, 

quant j'i puis mes ieulz envoier 

après, por mon cuer convoier? 
40 se mi oeill mon cuer ne convoient, 

14 no t'orne. 17 li c. bâtit. 27 paour. 
30 le. 32 souuiegne. 33 lontiengne. 3^ j'i] ni, 

21 



323 



1111" SIECLE. 



824 



je ne pris riens chose qu'il voient. 

doivent il dont si arrester? 

iianii, mais aler visiter 

ce dont li cuers a tel talent. 

je me puis bien tenir a lent, 

quant de mon cuer sui si lointeins; 

si m'aïst diex, por fol m'en teins. 

or irai, plus nel laisserai; 

jamais a aise ne serai 

devant k'aucune eusaiugne en voiei' 

lors te remetras a la voie 

et si iras par tel covent 

k'a ton esme faudras sovent. 

ce que tu quiers ne verras pas, 

et gasteras en vain tes pas, 

et covendra que tu t'en tornes, 

sans plus faire, pensis et morues. 

Lors seras a moit grant meschief, 
et te vendront tôt de rechief 
sospirs et plains et graus friçons 
qui poingnent plus que heriçons. 
qui ne le set, si le demaut 
a cels qui sont luial amant, 
ton cuer ne porras apaier, 
ains iras encor essaier 
se tu verras par aventure 
ce dont tu es en si grant cure, 
et se tu te pues tant pener 
k'au vëoir puisses assener, 
tu vorras molt ententis estre 
a tes ieulz saoler et pestre: 
grant joie en ton cuer demerras 
de la biauté que tu verras, 
et saches que du regarder 
feras ton cuer frire et larder, 
et tôt adés en regardant 
aviveras le feu ardant. 
ce qu'il aime, qui plus l'esgarde, 
plus avive son cuer et larde; 
cis art, alurae et fait flamer 
le feu qui les gens fait amer, 
li feus si est ce qu'il remire 
s'amie qui molt le fait frire 
quant il se tient de li plus près, 
et il plus est d'amer engrés ; 
ce seveut bien sage et musart, 
qui plus est près dou feu, plus ait. 
(i lointicns { : tiuns). ;t2 dcineiiras. 4f', sage] 



35 



40 



Tant com t'amie ainsi verras, 
jamais partir ne t'en querras, 
et quant partir t'en covendra, 
trestot le jor t'en sovendra 
de ce que tu avi'as vëu. 
si te tendras a decëu 
d'une chose trop laidement, 
que onques cuer ne hardement 
n'eus de li araisonner; 
ains as esté sans mot sonner 
lés li com fos et entrepris, 
bien cuideras avoir mespris 
que tu n'as la bêle apelee 
avant qu'ele s'en fust alee. 
torner te doit a grant contraire, 
car se tu n'en poisses traire 
fors seulement un biau salu, 
si t'ëust il cent mars valu, 
lors te prendras a dévaler, 
et querras achoison d'aler 
de rechief encore en la rue 
ou tu as la bêle vëue, 
que tu n'osas mètre a raison, 
molt iroies eu sa maison 
volentiers, s'achoison avoies. 
il est drois que totes tes voies 
et tes alees et ti tor 
soient tôt adés la entor. 
mais vers la gent molt bien te celé 
et quier autre achoison que celé 
qui celé part te face aler; 
qu'il est grans sens de soi celer. 
s'il avient que tu aparçoives 
t'amie en leu que tu la doives 
araisonner ne saluer, 
color te covendra muer, 
et te frémira tos li sans, 
parole te faudra et sens, 
quant tu cuideras commencier. 
et se tant te pues avancier 
que ta raison commencier oses, 
quant tu devras dire trois choses, 
tu n'en diras mie les deus: 
tant seras vers li vergondeus. 
il n'iert ja nus si apensés 
qui n'oblit en cel point assés. 



(ol. 



11 fox. 

sens. 



lii domalor. 'M. lieu. 3G coleur. 



325 



GUÎLLAUMr: DR LORRIS, ROM AN DE LA UOSIC. 



326 



s'il u'est tels que de giiiler serve, 
mais fans amant content lor verve 
si com il vuelent sans pëor, 
qu'il sont trop fort losengëor. 
il dïent un et pensent el, 
li traïtor félon mortel, 
quant ta raison auras fenie, 
sans dire mot d»' vilenie, 
molt te tendras a conchïé, 
quant tu avras riens oblïé 
qui te fust avenant a dire, 
lors reseras en graiit martire: 
c'est là bataille, c'est l'ardure, 
c'est li corros qui tos jors dure, 
ja fin ne prendra ceste guerre 
tant con l'en vueille la pes querre. 
Quant ce vendra qu'il sera nuis, 
lors avras plus de mil anuis: 
tu te cocheras en ton lit 
ou tu avras poi de délit : 
car quant tu cuideras dormir, 
tu commenceras a frémir, 
a tresaillir, a dementer, 
seur coste t'estovra torner, . 
une heure envers, autre heure adens, 
comme cil qui a mal es dens. 
lors te vendra a remembrance 
et la façon et la samblance 
a cui nuUe ne s'apareille. 
si te dirai fiere merveille: 
tel fois sera qu'il t'iert avis 
que tu tendras celé au cler vis 
entre tes bras tretote nue, 
ausi com s'el fust devenue 
dou tôt t'amie et ta compaingne. 
lors feras chastiaus en Espaingne 
et avras joie de noiant, 
tant com tu iras foloiant 
en la pensée delitable 
ou il n'a que mençonge et fable: 
mais poi i porras demorer. 
lors commenceras a plorer 
et diras 'diex', ai je songié? 
qu'est ice, ou estoie giéV 
ceste pensée dont me vint? 
certes le jor dis fois ou vint 



2 amans. 
•2(». 41 po. 



2 peour. s vilonie t4 corrouz. 



vorroie qu'ele revenist. 

elle me paist et replenist 

de joie et de bonne aventure. 

mais ce m'a mort que poi me dure. 
5 diex, verrai je ja que je soie 

en tel point comme je pensoieV 

la mors ne me greveroit mie, 

se je moroie es bras m'amie. 
Molt me grieve Amors et tormente. 
10 soveut me plains et me démente; 

mais se tant fait amors que j'aie 

de m'amie entérine joie, 

bien seront nii mal racheté. 

las, je demant trop grant cheté! 
i.T je ne me tiens mie por sage, 

quant je demans si grant outrage: 

car qui demande musardie, 

bien est drois que on l'escondie. 

ne sal comment dire ge l'ose, 
2n car maint plus i)reus et plus alose 

de moi avroient grant henor 

en un loier assés menor. 

mais se sans plus d'un seul baisier 

me daignoit la bêle aaisier, 
25 molt avroie riche desserte 

de la paine que j'ai sofferte. 

mais fort chose est a avenir. 

je me puis liien por fol tenir, 

quant j'e mis mon cuer en tel leu 
3u dont je aten avoir nul preu. 

si di je que fos et que gars, 

car miex vaut de li uns regars 

que d'autre li déduis entiers. 

molt la veïsse volentiers 
:$.') orendroites, se diex" m'aïst! 

guéri fust qui or la veïst. 
Diex, quant sera il ajorné! 

en cest lit ai trop sejorné. 

je n'aimme mie tel gésir, 
40 quant ne voi ce que je désir. 

gesirs est annuieuse chose 

quant on n'i dort ne ne repose. 

molt m'anuie certes et grieve 

orendroit que l'aube ne crieve 
45 et que la nuis tost ne trespasse! 

2 tous, 10 plaing. I4 trop richete. i.i tiens. 
19 ge manque. 21 honnour. vij lieu. m fox 
:V2 vault. 43 m'ennuie. 

21* 



327 



XIl^ SIECLE. 



328 



car s'il fust jors, je me levasse. 

ha soleil, por dieu, car te heste! 

ne te sejorne ne t'arreste; 

fai départir la nuit oscure 

et son anui qui trop me dure.' 5 

La nuit ainsi te contendras 
et de repos petit prendras, 
se j'onques mal d'amors conui. 
et quant tu ne porras l'anui 
soffrir en ton lit de veillier, lo 

lors t'estovra apareillier, 
chaucier, vestir et atoruer, 
ains que tu voies ajoruer. 
lors t'en iras en recelée, 
soit par pluie, soit par gelée, 15 

tôt droit a la maison t'amie, 
qui sera, espoir, endormie 
et a toi ne pensera gueres. 
une heure iras a l'uis derreres 
savoir s'il est remés desclos, 20 

et joncheras illuec tos sos 
defors a la pluie et au vant. 
après vendras a l'uis devant, 
et se tu trueves fendëure, 
ne fenestre ne overture, 25 

orille et escote par mi 
s'il se sont laiens endormi, 
et se la bêle sans plus veille, 
ce te lo je bien et conseille 
qu'el t'oie plaindre et doloser, 30 

si qu'el sache que reposer 
ne pues en lit por s'amistié. 
bien doit famé aucune pitié 
avoir d'omme quant il endure 
tes maus por li, se moult n'est dure. x, 

Si te dirai que tu dois faire 
por l'amor dou haut saintiiaire 
dont tu ne pues ore avoir aise: 
au départir la porte baise! 
et por ce que l'en ne te voie 40 

devant la maison n'en la voie, 



gart que tu soies repairiés 
ains que li jors soit esclairiés! 
icist venirs, icis alers, 
icis veilliers, icis pensers 
fait as amans sos lor drapiaus 
durement amaigrir les piaus: 
bien le savras par toi meïsmes, 
il covieut que tu t'i seïsmes, 
car saches bien k'Amors ne laisse 
sor fins amans color ne graisse, 
a ce sont bien cil parissant 
qui vont les dames trayssant, 
qu'il dïent por euls losengier ' 
qu'il ont perdu boivre et mangier; 
et je les voi, les janglëors, 
plus gras k'abés ne que prïors. 

Encor te commant et encharge 
que tenir te faces por large 
a la pucele del hostel. 
un garnement li donne tel 
qu'el die que tu es vaillans. 
t'amie et tous ses bien voillans 
dois honnorer et chier tenir: 
grans biens te puet par euls venir, 
car cil qui sont de li privé, 
li conteront qu'il t'ont trové 
preu, cortois, et bien aifaitié: 
miex t'en prisera la moitié, 
dou pais gueres ne t'esloingne: 
et se tu as si grant besoingne 
que a esloingnier t'en coveiugne, 
garde bien que tes cuers remaingne 
et pense de tost retorner. 
tu ne dois gueres sejorner: 
fai semblant k'a vëoir te tarde 
celé qui a ton cuer en garde. 

Or t'ai dit comment n'en quel guise 
amans doit faire mon servise. 
or le fai donques, se tu viaus 
de la bêle avoir tes aviaus. 



2 hestes. 3 tarrestes. H connui. 9 lennui. 27 preuz. 29 gaires. 31 couuiegne. 32 ton 

l«i gaires. 19 darrieres. 20 desclox. 21 touz sox. cuer. 3:J pense que. 3-1 gaires. 



329 



PASTOURELLES. 



330 



PASTOURELLES. 



Alt/ranzSsische Romunzen und Piistourelleii, Leipzùj 1870, p. 135 — 138. 191 — 193. 



La (louçors del tens novel 
fait changier ire en revel 
et acrestre joie, 
por lo comancemeut bel 
dou douz mai lez un boscliel 
tôt sens chevalchoie. 
entre un pré et une voie 
espringoieut sor l'erboie 
pastores et pastorel, 
et en lor muse a frestel 
vont chantant un dorenlot: 

'vos avroiz lo pickenpot 
et j'avrai lo dorenlot.' 
Por faire le cointerel 
ot chascuns un vert chapel 
et blanche corroie 
et ganz covez et coutel 
et cotte d'un gros burel 
a diverse roie. 

s'ot chescuns lez lui la soie, 
et chescune se cointoie 
por son cointe vilenel. 
Bïatris estroit graislel 
va chantant un dorenlot: 

'vos avroiz lo pickenpot 
et j'avrai lo dorenlot.' 
Entre Guibor et Ansel 
marchent del pié lo praël, 
Guioz les Maroie 
refaisoit lo lecherel, 
et font croUer le cercel 
si qu'il en peçoie. 
cil et celé se desroie, 
lièrent del pié sor l'arboie, 
chescuns i fait son merel. 
et Guis en son chalemel 
cointoie lo dorenlot: 

'vos avrez lo pikenpot 
et j'avrai lo dorenlot.' 
Senz semonse et sens apel 
de mon palefroit morel 
dessent lez l'arbroie. 
eu la dance molt isnel 
me mis lez un sotterel, 



cui forment ennoie; 
car de celi l'esloignoie 
qu'il amoit, si s'en gramoie, 
si a dit 'seignor tousel, 
5 cil qui fait lo damoisel 
nos tout nostre dorenlot.' 

'vos avrez lo pikenpot 
et j'avrai lo dorenlot.' 
Dist Pirrins 'sire donzel, 
10 querrez aiilors vostre avel, 
laissiez autrui proie!' 
kant cil oi sou aidel. 
en sa main prist un caiUel, 
vers moi lo paumoie. 
15 kant vi la force n'iert moie, 
sor mon cheval remontoie; 
mais l'un d'aus oing lo musel, 
d'un baston li lis borsel, 
puis guerpi lo dorenlot. 
2(1 'vos avroiz lo pikenpot 

et j'avrai lo dorenlot.' 
Lors me sui mis a la voie, 
et chascuns d'els me convoie, 
de baston ou de chaillel. 
25 lor chiens Tancré et Mansel 
m'ont hué senz dorenlot. 

'vos avrez lo pikenpot 
et j'avrai lo dorenlot.' 

Quant la douce saisons fine, 
que li fel yver revient, 
que flors et fuelle décline, 
que ces oiselez ne tient 

a.5 de chanter en bois n'en broil, 
en chantant si con je soil, 
toz sens mon chemin erroie. 
si oï près d'une voie 
chanter la bêle Aielot 

40 'dorenlot, j'aim bien Guiot; 
toz mes cuers a lui s'ottroie.' 
Grant joie fait la meschine 
quant de Guiot li sovient. 
je li dis 'amie fine, 



331 



XII1« SIECLE. 



332 



cil vos saut qui tôt maintient, 
vostre amor desir et voil, 
a vos servir toz m'acoil. 
se daingniez que vostres soie, 
ceyntur vos donrai de soie, 
si laissiez cel vilain sot, 
dorenlot, c'ainz ne vos sot 
bien amer ne faire joie.' 

'Sire, or m'avez essaiee, 
mais pou i avez conquis; 
mainte autre en arez proiee, 
ci ne l'avez pas apris, 
n'en ici ne lo lairois. 
n'est pas li cuers si destrois 
con il pert a la parole, 
tels baise feme et acole 
qui ne l'aime tant ne quant, 
dorenlot, alez avant, 
ja ne me troverez foie.' 

III. 

'Quant voi la flor nouvele 
paroir en la praële, 
et j'oi la fontenele 
bruire seur la gravele, 
lors mi tient amors novole 
dont ja ne garrai: 
se cist maus ne m'asoaige, 
bien sai que morrai. 

Je sui sade et brunete 
et jone pucelete, 
s'ai color vermeillete, 
euz vers, bêle bouchete; 
si me point la mamelete 
que n'i puis durer; 
resons est que m'entremete 
des douz maus amer. 

Certes, se je trouvoie 
qui m'en meïst en voie, 



25 



30 



35 



volentiers ameroie, 
ja por nul nel leroie ; 
car bien ai oï retraire 
et por voir conter 
que nus n'a parfaite joie 
s'el ne vient d'amer.' 

Vers la touse m'avance, 
por oïr s'acointance; 
je la vi bêle et blanche, 
de simple contenance: 
ne mist pas en oublïance 
ce que je li dis. 
maintenant sans demorance 
s'amor li requis. 

Pris la par la main nue, 
mis la seur l'erbe drue; 
ele s'escrie et jure 
que de mon geu n'a cure, 
'ostez vostre lechëure, 
dex la puist honir! 
car tant m'est asprete et dure, 
ne la puis soufrir.' 

Bêle très douce amie, 
ne vos esmaiez mie! 
oncor ne savez mie 
con ce est bone vie. 
vo mère n'en morut mie, 
ce savez vos bien : 
n'en fera certes la fille, 
n'en doutez de rien! 

Quant l'oi despucelee, 
si s'est en piez levée, 
en haut s'est escrïee 
'bien vos sui eschapee! 
treze ans a que je fui née 
par mon escient; 
onques mais n'oi matinée 
que j'amasse tant.' 



ROMANCES. 

Altfranzôftische Romanzen und Pastotirellen, Leipzig 1870, p. 35 — 38. 28— 2i). 

I. 40 ki me fait vellier; 

Un petit devant le jor por oblïer ma dolor 

me levai l'autrier, et por alegior 

sospris de novelle amor m'en alai coiUir la flor 



333 



ROMANCES. 



334 



(le joste un vergier. 

la dedoiis eu un ilestor 

oï un chevalier, 

liesor lui 011 haute tor 

dame ki molt l'ot chier. 

elle ot fresche la color 

et chantoit par grant doçor 

un dous chant piteus mellé on plor, 

et dist come loiaus drue 

'amis, vos m'avés perdue: 
li jalos m'a mis on mue.' 
Quant li chevaliers entent 

la dame au vis cler, 

de la grant dolor k'il sent 

comence a plorer; 

puis a dit en sospirant 

'mar vi enserrer, 

dame, vostre cors le gent 

ke tant doi amer. 

or me covient chierement 

les grans biens comparer, 

ke voleutiers et sovent 

me solïés donor. 

las, or me vait malement, 

trop a ci aspre torment; 

et se çou nos dure longemeut, 

sire diex, ke devenrons nosV 

ja ne puis je durer sens vos: 
et sens moi cornent dures vos?' 
Dist la dame 'biax amis, 

amors me maintient. 

assés est plus mors ke vis 

qui dolors sostient. 

les moi gist mes enemis: 

faire le covient. 

ne je n'ai joie ne ris 

se de vos ne vient 

j'ai si mon cuer en vos mis. 

tôt adés m'en sovient. 

se li cors vos est eschis, 

li cuers a vos se tient. 

si faitement l'ai empris: 

et de çou soiiés tos fis 

que sans repentir serai tos dis 

vostre loials amie: 

por çou, se je ne vos voi, 
ne vos obli je mie.' 
'Dame, jel cuit bien savoir. 



tant l'ai esprovo, 

que vos ne jjorriés avoir 

cuer de fauseté. 

mais ceu me fait molt doloir 
5 ke j'ai tant esté 

sire de si grant voloir: 

or ai tôt passé. 

diex m'a mis en non chaloir 

et de tôt oblié: 
10 je ne pëusse chaoir 

en greignor povreté. 

mais je ai molt boen espoir 

k'encor m'i puet molt valoir, 

et diex le me doinst encoire avoir. 
15 s'est drois que jel die: 

se dieu plaist, li jalos morra, 
si ravrai m'amie.' 
'Amis, se vos desirrés, 

la mort au jalous, 
20 si fas je, si m'ait dés, 

cent tans plus de vous; 

il est viels et rasotés 

et glos come lous, 

si est magres et pelés 
25 et si a le tous. 

putes teches a assés, 

li desloiaus, li rous: 

tote sa graindre bontés 

c'est de çou qu'il est cous. 
30 amis, mar fu mes cors nés 

quant pour vous est enserrés 

et autres en a ses volontés. 

drois est que m'en plaigne: 

coment garira dame sens ami, 
35 cui amors mehaigne? 

Biaus amis, vos en irés, 

car je voi le jor. 

des ore mais n'i poes 

faire lonc sejor. 
40 vostre fin cuer me lairés, 

et n'aies paor, 

c'aveuc vos en porterés 

la plus fine amor. 

des ke vos ne me poes 
45 geter de ceste tor, 

plus sovent la regardés 

por moi par grant douçor ' 

et cil s'en part tos irés 



335 



XIU'- SIECLE. 



336 



et dist 'las! tant mar fui ués 

quant mes cuers est ci saus moi remés. 

dolans m'en part: 

a deu comans ja mes amors. 

ki les me gart!' 

II. 

Quant se vient en mai ke l'osc est paiiie, 
je l'alai coillir per grant druërie. 
eu pouc d'oure oï une voix série 
lonc un vert bouset près d'une abïete. 

'je sant les douls mais leis ma seuturete. 

raalois soit de deu ki me tist nonuete! 
Ki nonne me fist, Jésus leu maldie. 
je di trop envis vespres ne conplies: 
j'amaixe trop muels moneir boue vie 
ke fust deduissaus et amerousete. 

je sant les douls mais leis ma senturete. 

malois soit de deu ki me tist nonnete!' 



Elle s'escrïait 'com seux esbaihie! 
e deus, ki m'ait mis en ceste abaïe! 
maix ieu en istrai per sainte Marie: 
ke n'i vestirai cotte ne gonnete. 
5 je sant les douls mais leis ma senturete. 
malois soit de deu ki me fist nonnete! 
Celui manderai a cui seux amie, 
k'il me vaigne querre en ceste abaïe, 
s'irons a Parix moneir bone vie, 
10 car il est jolis et je seux jonete. 

je sant les douls mais leis ma seuturete. 
malois soit de deu ki me fist nonuete!' 
Quant ces amis ot la paroUe oie, 
de joie tressant, li cuers li fremie, 
15 et vint a la porte de celle abaïe: 
si en getait fors sa douce amïete. 

'je sant les douls mais leis ma senturete. 
malois soit de deu ki me fist nonnete!' 



CHANSONS ANONYMES. 

L il/s. de Paris St. Germain 1989, fol. 101. IL ihid. fol. 72. Copies de M. Schirmer. 
franzôsische Lieder und Leiche von W. Wackernagel p. o',\. 



III. Alt- 



I. 20 

CHANSON A BOIRE. 

Quant li malos bruit 
sor la flor novelle 
et li solaus luit 

qui tout resplandelle, 25 

leur mi plaist la damoizelle 
qui est jone et jante et belle, 
et por li suis an grant joie 
aseis plus que ne soloie. 
je suis siens et elle est moie: ;io 

dehait ait qui ne l'otroie, 
que por riens n'en partiroie. 

Joie et grant desduit 
ai por la donselle. 

g'i pans jor et nuit 35 

et s'amor m'apelle. 
je l'oï an la praiellc 
chanter a la fontenelle 
par desor une codroie, 
soûle, au un blïaut de soie. "> 

22 brut. 23 novele. 24 luist. 38 an la fontelle 



chapial d'or ot et coroie. 
deus, com elle s'esbanoie 
et com elle se coiutoie! 

Ki aiumet valor 
et met sa pansée 
a lëaul amor 
et il l'ait trovee, 
bien ait sa joie doblee, 
n'an doit partir por riens née, 
qui se met an aventure 
d'amer, amor l'asi-ure 
de joie et d'anvoisëure 
et de bien et de mesure, 
toute sa vie li dure. 

J'ain iou grant signor 
c'an haut honor bee, 
large donëor, 
et bien fiert d'espee 
cant il vient a la melee. 
iceu me plaist et agrée. 



23 volour. 
36 doneour. 



2S par. 30 lasaure. 35 beie. 



337 



CHANSONS. 



338 



I 



mais de mavais u'ai ge cure, 

c'on ne s'en poroit desduire. 

plaiu sont de maie faiture, 

n'i ait raison ne droiture : 

fous est qui s'i asëure. 5 

J'ain lou chevalier 
qui bien met sa terre 
an bial tornoier 
et a lous conquerre. 

ceu li doit an bien soferre lo 

puis qu'il son avoir n'anserre. 
bruit d'armes et druërie 
maintient et chevalerie 
aveuc bone compaignie. 
lors avra bien deservie 15 

l'amor de sa douce amie. 

Je ne quier aler 
an poingnis de gerre; 
mais ou froit celier 

la me puet on querre. 20 

a boin ferreit que bien ferre 
la Yoil mon argent offerre. 
et se j'ai trute florie, 
gastial et poille rostie, 
bien i vodroie m'amie 25 

qui sanble rose espanie, 
por faire une raverdie. 

n. 

Je chantasse d'amoretes, 30 

s'en eusse l'aqoison; 
mais se je faz chançonetes, 
ceu sera contre raison, 
femes sont mais trop nobletes 
et trop de fauseté bretes; 35 

amors n'ont mais que lo non, 
amors ont malvais renon, 
car li riche al cuer félon 
sont amé por faire don 
et li cortois povres hom 40 

aime sens, 
anuieus 
est li povres envïeus. 

Qui vuet avoir la baillie 
de s'amie a son talant, 45 

9 conquere. 12 Brut. 14 Auen. 23 trutes 
flories. 24 gastiaus et poilles rosties. 30 da- 
morettes. 34 noblettes. 35 brettes. 42 aniex. 
Baetsch, ChiestomatMe. VI. Éd. 



bien gart k'avers ne soit mie, 

mais penst que il doiust sovent 

cotte, mantel a s'amie, 

peliçon et sosquenie 

et chascun mois garnement 

et tôt quan k'ele despent 

et que celé ait de l'argent. 

qui lo plait fait autrement, 

n'i trueve l'on nul samblant 

amereus 

ne piteus 

ne plaisant ne deliteus. 

N'i vaut mais riens cortesie 
ne biautez ne biax ators. 
nuns ne puet avoir amie, 
tant i sache faire tors, 
se sa borse ne deslie. 
amors lo povre home oblie 
ne li plaist pas ses sejors, 
puis qu'il ne puet tenir cors, 
li riches n'iert ja si lors 
ne tant avulés ne sors 
k'il ne soit, hui est li jors, 
gratïeus. 
anuieus 
est li povres envïeus. 

Se s'est que femme vos die 
'je vos aim', nel créez ja! 
femme est plaine de boisdie, 
nature li ajuga, 
en mal panser est norrie. 
s'ele tant fait que vos rie, 
en riant vos décevra, 
ne ja ne vos amera 
se l'avoir non qu'ele eu a. 
la costume en est pieça, 
ses cuers va or si or la 
en mainz leus 
corageus 
et tornanz et outrageus. 

III. 

CHANSON D'UNE DAME. 
La froidor ne la jalee 
ne puet mon cors refroidier; 

3 cotte et? 5 chascuns. 9 true Ion. 10—12 
-ous. 16 sache] sa. 23 — ^26 -ous. 43 Rubrique 
Une dame. 45 refroidier. 

22 



339 



XIIP SIECLE 



340 



si m'ait s'amor eschaufee, 

dont plaing et plor et sospir. 

car toute me seux donee 

a li servir. 

muels en dëusse estre amee 

par désir 

de celui ke tant désir, 

ou j'ai mis ma pensée. 

Ne sai conseil de ma vie, 
se d'autrui consoil nen ai; 
car cil m'ait en sa baillie 
cui fui et seux et serai, 
por tant seux sa douce amie 
ke bien sai 

ke por rien ke nuls m'en die 
n'amerai 

fors lui dont seux en esmai: 
quant li plaist, se m'ocie! 

Araors, per moult grant outraige 
m'ocïeis ne sai por coi: 
mis m'aveis en mon coraige 
d'ameir lai ou je ne doi. 
de ma folie seux saige, 
quant jel voi, 



20 



de porchaiscier mon damaige 
ne recroi; 

d'ameir plux autrui ke moi 
ne li doinst deus couraige! 

Ensi, laisse! k'en puis faire 
cui amors justice et prant? 
ne mon cuer n'en puis retraire 
ne d'autrui joie n'aient, 
trop ont anuit et contraire 
li amant. 

amors est plux debonaire 
a l'autre gent 

k'a moi ki les mais en sent 
ne nuls biens n'en puis traire. 

Ma chanson isi define, 
ke joie ait vers moi fineir; 
car j'ai el cors la rasine 
ke ne puis desrasineir, 
ke m'est a cuer entérine 
sens fauceir. 

amors m'ont pris en haïne 
por ameir. 

j'ai bëut del boivre ameir 
k'Isoth but la roïne. 



RETROUANGE DE JACQUES DE CAMBRAI. 

Alt/ranzôsische Lieder und Leiche von Wilh. Wackernagel, p. 66. 



Retrovrange novelle 
dirai et bone et belle 
ae la virge pucelle 
ke meire est et ancelle 
celui ki de sa chair belle 
nos ait raicheteit 
et ki trestous nos apelle 
a sa grant clairteit. 

Ce nos dist Isaïe 
en une profesie, 
d'une verge delgie 
de Jessé espanie 



6 manque. 8 mise. '24 uo. 
delgie] degipte. 



33 Se. 35 cune. 



•25 istroit flors per signorie 

de très grant biaulteit. 

or est bien la profesie 

torneie a verteit. 
Celle verge delgie 
30 est la virge Marie: 

la flor nos senefie, 

de ceu ne douteis mie, 

Jhesu Crist ki la haichie 

en la croix souffri: 
35 fut por randre ceaus en vie 

ki ierent péri. 

le finei. 25 Hors manque: W. veut isteroit 
sans flors. 29 delgie] degipte. 



341 



MOTETS. RONDELS DE WIM.AMME D'AMIENS. 



342 



MOTETS. 



Roviain'sche Inedita auf ilalianischen Bibliothehen 
I. 

C'est amourete ki m'i prant, 
si que ne pens a riens vivant 
fors k'a la bêle au cler vis, 
aimmi ! 

sa blance gorgete plaisant, 
son menton vautis, 
sa frece bouce rïant, 
ki tous jors dist par samblant 
'baisiés, baisiés moi, amis, 
toudis!" 

son nés bien fait a devis 
et si vair oel souriant, 
larron d'ambler cuer d'amant, 
et si brun sourcil luisant 
m'ont navré 
d'un dart si enamoré, 



gesamiiielt von Paul Heyse, Berlin 185G, p. 49. 52. 

que bien croi que m'ocira. 
a dix, a haré, 
qi m'en garira? 

II- 

Bêle Aielis par matin se leva, 
en une pré juër ala 
par déport et par douçour; 
lor li menbre d'une amour 

10 k'enprise a, si grant piecha. 

en souspirant s'escrïa 
'dieus, con vif a grant doulour, 
qant on mi bat nuit et jour 
pour celi qui mon cuer a! 

15 mais com plus mi bâtera 

ma mère, plus me fera 
penser folour.' 



RONDELS DE WILLAMME D'AMIENS. 

Romanische Inedita auf italiiinischen Bihliotheken gesammelt von Paul Heyse, Berlin 1856, p. 54. 57. 



I. 
Jamais ne serai saous 
d'esguarder les vairs ieus do us 
qui m'ont ocis. 
onques mais si au desous 
(jamais ne serai saous) 
ne fu nus cuers amourous 
ne ja n'ert a tans rescous, 
qant muir tous vis. 
jamais ne serai saous 
d'esguarder les vairs iex dous 
qi m'ont ocis. 

II. 

C'est la fins, koi que nus die, 
j'amerai! 

c'est la jus en mi le pre, 
c'est la fins, je veul amer, 
jus et baus i a levés, 
bêle amie ai, 

2 amouretes ki mi tienent. 



c'est la fins, koi que nus die, 
jamerai. 

•20 

m. 

Prendés i garde, 

s'on mi regarde; 

s'on mi regarde, 
25 dites le moi! 

c'est tout la jus en ces boschages — 

prendés i garde, 

s'on mi regarde! 

la pastourete 
30 u gardoit vaches: 

'plaisans brunete, 

a vous m'otroi.' 

prendés i garde, 

s'on mi regarde; 
35 s'on mi regarde, 

dites le moi! 

1 car que ; Beyse conjecture car bien. 2 hareu. 
6 p. ê. Bêle Aielis s'esveilla et par matin se leva. 
27 en deux lignes chez Heyse. cel boschaige : le 
vers rime avec vaches. 29 pastourele. 



22* 



343 



XIIP SIECLE. 



344 



JEU-PARTI ENTRE ANDRIEU CONTREDIT ET GUILLAUME LE VINIER. 



Altfranzôsische Lieder berichtigt 

GuiJlames li Viniers, amis, 
d'un jeu parti me respondez, 
dites qu'il vous en est avis; 
s'il vous plaist le meillour prenez: 
uns faux amans faussement proie 
une qui faussement otroie : 
le quel doit estre plus blasmez, 
ou il ou elle, or i gardez! 

Andriu Contredit, grans mercis 
du bel offre que fait m'avez, 
moult tost avrai le meillour pris; 
gardez que bien vous desfendez, 
çainte est de trop pute corroie 
famé qui faussement otroie; 
li homs est pire que desvez, 
mes la famé vault pis d'assez. 

Guillames, vous avez mespris,. 
quant le tort sus famé metez: 
li homs doit estre plus garnis 
de sens, d'onneur, de loiautez. 
et quant il en tant liex s'emploie, 
il n'aime pas, je cuideroie 
qu'il fust vers amours parjurez, 
s'en doit estre des bons retez. 



id erldutert von Ed. Aldtzner, p. 84. 

Adroit vous estes. Contredis 
Andriu, quant du tort estrivez; 
ausi netement que samis 
doit cors de famé estre gardez. 
5 de famé moult envis creroie 
que sans cuer otroiast sa joie; 
et s'ele le fait, c'est vieutez 
et honte de blasme fevez. 
Guillames, moult estes soutis, 

10 quant le tort par sens soustenez; 
mes cil doit estre moult haïs 
qui est de tel blasme encoupez. 
en lui fier ne m'oseroie, 
puisque traïtour le savroie 

15 d'amour qui soustient loiautez, 
s'en doit estre des bons blasmez. 
Andriu, quant tant y avrai mis, 
si dirai ce que vous savez: 
famé doit s'onneur et son pris 

20 miex garder c'uns hom mal senez. 
qui se puet d'en mi maie voie 
retourner, ne sai que diroie, 
de c'est li mons mal atinez: 
mesfet de famé est héritez. 



JEU-PARTI ENTRE LE DUC DE BRABANT ET GILLEBERT DE 

BERNEVILE. 

Altfranzôsische Lieder und Leic/te von Wilh. Wackernagel, Basel 1846, p- 56 — 58 {A). Comparé 

par M. Sckirmer avec le Ms. St. Germain 1989, fol. 112 (B). J'ai changé l'orthographe lorraine 

contre celle du Nord. Cf. Scheler, Trouvères Belges I, p. 49 — 51. 



He Gillebers, dites s'il vos agrée, 25 

respondés moi a ce ke vos demant: 
uns chevaliers a une dame amee 
et ce sai bien k'il en est si avant 
ke de li fait nuit et jor son talant, 
c'amors a si la dame abandonee. 30 

17 mespriz. Rubrique li dus de braibant A. 
25 He] E B, Biaus A. si B. 26 denians B. 
27 chiveliers B. 28 se A. Et se vos di B. 29 
ke il en fait neut et jor ces talans B. 30 Tant 
ont amers B. 



dites s'amors vait por ce aloignant. 

Dus de Brabant, ja orés ma pensée, 
ja bone amors n'ira por ce faillant, 
ainçois seroit en loial cuer doublée 
s'on li faisoit bonté en bial samblant. 
se la dame est donnée a son amant, 



8 fievez. 25 Car me dittes vont amors défail- 
lant B. 26 Dus de Braiban B. ores B. 27 jai 
li amor A. 28 serait de loal B. 2C San li avoit 
bonteit ne tant ne quant B. 



345 



LE RENCLUS DE MOILIEXS. 



346 



ja n'en sera de lui fors mieus amee, 
s'en son cuer a point de bonté menant. 

He Gillebert, ou avés vos trovee 
ceste raison? trop vos voi non sachant, 
on tient plus chier la chose desirree 

ke ce c'om a abandoneement. 
ne m'aies mie de ce aprenant: 
tant est amors servie et honorée 
corn les dames se gardent sainement. 

Dus, j'ai moult bien vo raison escoutec; k 
mais vos parlés trop mervillousement. 
quant mieus me fait amors et plus m'agrée, 
et mieus la ser et plus m'en truis engrant. 
assés mostrés le vostre covenant. 
tost avrïés vostre dame oblïee; 15 

je li lo bien k'elle vos maint tandant. 

He Gillebert, or est foie provee, 
s'en vo merci ne se met maintenant. 



quant on fait tant ke sa dame est gabee, 
dites vos dont c'om l'aime plus forment? 
n'est pas amour ou on vait mal querant 
dont sa dame poroit estre blamee. 
nus ne le fait ki aime loiaumeut. 

En nom deu, dus, ce est chose passée: 
je ne croirai k'il soit si faitemant 
ke por bonté soit dame refusée, 
ains la doit on servir mieus ke davant. 
or nos metons en loial jugement, 
s'iert la raison de nos dous desevree, 
car nos estris dure trop longuement. 

Gillebert, soit! j'en preng por mon guerant 
le bon Raoul de Soisons, ke sevrée 
ne fist d'amor nul jor de son vivant. 

Dus, et j'en preng le bon conte vaillant, 
celui d'Anjo : la cbose est bien alee, 
car cist dui sont de bon entendement. 



LE RENCLUS DE MOILIENS. 

Mu. de la bibliothèque princière de Wallerstein à Mayhingen, parch. 13e siècle, fol. 47. Li Romans 
de Carite et Miserere du Rendus de Moiliens, éd. critique par A. Van Hamel, Paris 1885, Miserere 

Str. 86-93. 



De cheli ne sai je que fâche, 
qui se plaint que diex en se fâche 20 

ne mist pas color assés bêle, 
ou pour che que langors l'en cache 
au merchenier biauté pourcache, 
dont ele depaint se maissele 
aussi comme on paint une aissele: i^ 

neïs le vieille renovele 
se color que vielleche effache 
et soi revent pour jovenchele. 
'bêle sui', dist la chetivele: 
'li merchiers, non dieus, en ait grâce!' 30 

Mal sont bailli li mercatour, 
car il sont mortel peccatour 
qui vendent si faite enposture. 
de le honte sont consentour, 
que on en fait au creatour: 35 

ch'est merveille que diex endure 
que femme li fait tel laidure, 

1 de lei B. muelz A, moins B. 2 san lui 
avoit p. £. 3 E B. Gelebert A. 5 ans emme 
miez la B. 6 consait B. ' mies B. reprenant 
A. y ke les A. sen A. 10 — 340, 18 manquent B. 
15 aueries. 17 Gelibert. 



que ele ensi se desfigure, 
femme qui sert de tel atour, 
qui sor l'euvre dieu met taiuture, 
diex ne le tient pour se faiture 
ne ele dieu por sen faitour. 

Ne s'esmervaut nus de chest mot! 
s'il mescroit che que dire m'ot, 
en soi a petit de mémoire, 
ausi con li potiers sen pot 
fist diex chascun tel con li plot, 
wai cheli, soit blanke, soit noire, 
qui por soie biauté aoire 
se paint conme ymage marmoire! 
diex des euvres qu'il fait s'esjot, 
en nous aime le fâche voire 
qu'il fist, mais volt de barbëoire 
cuidiés qu'il l'aint ne qu'il le lot? 

Et tu, riches bon plains d'orgueil, 
avoirs t'a mis en mal escueil. 
enten que devant l'oil te pent! 
cheler ne te doi ne ne voil 

11 si iert A. desevree Schelerl partie A. 24 
sesmeruant. 29 che li. 33 noire] Hamel. 36 hô. 



347 



XÏU' SIECLE. 



348 



che que truis lisant en un foil 
de l'evangille qui ne ment. 
Jhesus dist 'wai a riche geut, 
qui chi ont lor confortement! 
riches, ichest mot requiel, 
ne le lai pas aler au vent, 
ichest mot recorde sovent, 
car chist wai t'atent a ton sueil. 

Orgueilleus, tu as mult bon mai, 
tu me despis, mais poi m'esmai 
et mult m'est poi de ten dangier. 
se tu ses plus que je ne sai 
et tu as plus que je nen ai 
de quanques li mondes a chier, 
ne te savras tant avanchier 
ne reviegnes a men sentier, 
aussi morras con je morrai. 
mors qui tout toit sans rec ouvrier 
te cangera mai en février; 
mors muera te joie en wai. 

A dieu prent guerre qui s'orgueille. 
ne puet faillir qu'il ne s'en doille, 
car chele li fera rancune 
qui tout eskeut, et flour et fueille, 
a cui sousgist, voille ou ne voille, 
toute riens qui vit sous la lune; 
chele qui tout retout a une 
eure, quanques avers aiine, 



25 



chele qui les prinches despoille, 
chele qui le blanke fait brune, 
chele qui les plus fiers esgrune, 
chele qui orgueil desorgueille. 

Orgueil, conment quides durer? 
ne te savras tant emmurer 
qu'envers dieu aies guarison. 
vels tu dieu faire parjurer? 
je l'oï par David jurer 
que ja n'avra en se maison 
orgueilleus habitation, 
se tu vels avoir mausïon 
dieu, d'orgueil t'estuet curer, 
onques dieus n'arma campïon 
encontre orgueilleus se soi non; 
et qui le porroit endurer? 

Li primiers angles s'enflamma 
par orgueil tant que il clama 
el chiel le seconde chaiere. 
et damedieus l'en desrama, 
car son cler volt li enfuma 
d'une tant obscure fumiere 
qui atenebri se lumière: 
chis porte d'orgueil le baniere. 
contre orgueil donques dieus s'arma, 
que ne velt que autres le fiere, 
d'une armëure fort et fiere, 
dont aine puis ne se desarma. 



ADEIET LE ROI. 



CLEOMADES. 

Li Romans de Cléomadès par Adenès H Rois, publié par A. van Hasselt, Bruxelles 1865. /, 87 — 96, 
V. 2761 — 3041. Donné ici d'après le Ms, de Paris, Sorbonne 54, fol. 9, copie de M. Michelant. 



Cleomadés vit un chastel 
encoste un plain, très fort et bel, 
ou il ot mainte bêle tour, 
bos et rivières vit entour, 
vignes et praieries grans. 
mult fu U chastiaus bien sëans. 
la façon dou castel deïsse, 
mais je dont mult que ne meïsse 
trop longemeut au deviser: 
pour ce m'en voel briément passer. 

5 chest. 9 nil't, toujours. 18 tols. 



Du chastel vous dirai le non : 
30 miols sëant ne vit aine nus hom, 
lors l'apieloit on Chastel-noble. 
n'ot tel' dusque en Coustantinoble, 
ne de la dusque en Osterice 
n'ot plus bel, plus fort ne plus rice. 
35 Carmans a cel point i estoit 
que Cleomadés vint la droit, 
forment li sambloit li chastiaus 
de toutes pars riches et biaus. 
4 orgueus. 22 femee. 32. 33 dusques. :!4 ue 
E] manque. 35 poit. 



349 



ADENET, CLEOMADES. 



350 



Cleomadés lors s'avisa 
que viers le chastel se trera. 
bien pensoit qu'en tel liu manoient 
gent qui de grant afaire estoient. 
cbe fu si qu'apriés l'ajournée 
mult faisoit bêle matinée, 
car mais estoit nouviaus entrés: 
c'est uns tans ki mult est amés 
et de toutes gens conjoïs; 
pour çeu a non mais li jolis, 
une très grant tour haute et forte 
avoit asés priés de la porte, 
ki estoit couverte de pion, 
plate deseure, car adon 
les faisoit on ensi couvrir 
pour engins et pour assallir. 

Cleomadés a avisée 
la tour ki estoit haute et lee; 
lors pense qu'il s'arestera 
sor celé tour tant qu'il savra, 
se il puet, la certainité 
quel pais c'est la vérité, 
lors a son cheval adrechié 
viers la tour de marbre entaillié. 
les chevilletes si tourna 
que droit sour la tour aresta. 
si coiement s'est avalés 
que sour aighe coie vait nés. 

Quant Cleomadés fu venus 
sour la tour, tantost descendus 
est du cheval: puis regarda 
une entrée ki estoit la, 
par ou on pooit avaler 
ou chastel et par tout aler. 
lors pensa c'ou chastel iroit 
et son cheval illuec lairoit, 
car mult très volentiers mangast, 
che sachiés, se il le trouvast. 
mais mult bel déporter se sot 
de ce que amender ne pot. 

Illuec a lessié son cheval: 
par les degrés s'en vint aval, 
mult noble liu par tout trouva, 
tant ala de cha et de la 
k'il est venus en une sale 



ki n'estoit ne laide ne sale, 
mais mult bêle et nouviel jouchic. 
une table i avoit drechie 
d'yvoire a pierres de cristal. 
5 tout si lait furent li hestal. 

très blance nape ot desus mise, 
ouvrée de diverse guise, 
sor l'un cor de la table avoit 
a mangier quanqu'il couvenoit, 
10 et sor l'autre coron a destre 

ot vin si bon que vins pot estre, 
et pos d'or et hanas autés. 
vïande et vin i ot assés. 
Ore est raisons que je vous die 
15 que celé table senefie, 

ne pour coi on mis i avoit 
la vïande ki sus estoit, 
et le vin et la blanque nape. 
anchois que Ji contes m'escape, 
20 vous en dirai la vérité. 

de lonc tans ert acostumé 
en cel chastel et establi 
que on ii mois en l'an ensi 
le faisoit et ne plus ne mains. 
25 mays en estoit li premerains, 
car en cel mois le commença 
cil qui tel cose acostuma 
des le premier commencement, 
or vous di je certainement 
30 que li secons estoit gayns, 

qu'il fait bon aler es gardins. 
ces u mois cescune vespree 
estoit la vïande atournee; 
desur la table le metoient 
35 et puis le vin, lor s'en aloient, 
quant fait l'avoient beneïr 
a lor prestres au départir. 

Pour may et gayn honorer 
fist on celé cose estorer, 
40 le moy pour sa joliveté 

et le gayn pour sa plenté. 
lendemain si tost revenoient 
que lors dix aourés avoient 
selonc le tans qui lors estoit. 
45 de celé vïande maugoit 



3 manoit. 10 a uon H] est. 13 plonc. 1 sale H: 

14 adonc. 37 très H] manque. 18 nappe. 



gaste. 4 pierres B] pies. 16 i] li. 



351 



XIII« SIECLE. 



352 



Carmans ou u morsieus ou trois, 
et puis si bevoit une fois, 
et puis U autre grant signour 
faisoient ainsi tout entour. 

Et quant il avoient mangié 
entour la table et solachié, 
adont lor feste commençoit. 
plenté d'estrumens i avoit, 
violes et salterïons, 
harpes et rotes et canons 
et estives de Cornûaille. 
n'i faloit estrumens ki vaille, 
car li rois Carmans tant amoit 
menestreus que de tous avoit. 

lui avoit kintarëurs 
et si avoit bons lenteurs 
et des fleutëurs de Behagne 
et des giguëors d'AIemagne 
et des Hauteurs a ii dois, 
thabours et cors sarrasinois 
i ot, mais il erent as chans 
por çou que lor noise ert trop grans. 
n'estoit manière d'estrumens 
que ne fust trouvée laiens. 

Cleomadés qui fain avoit 
fu liés quant la table perçoit, 
et pense que il mangera 
puissedi que il trouvet l'a. 
au chief de la sale devant 
ot une fonteue sourjant 
ouvrée de marbre liois, 
(plus bêle ne vit quens ne rois) 
a iiii lyonchiaus d'argent 
ki erent ouvré richement, 
par ou venoit celé fontaine, 
cler sourdant par conduit d'araine. 
et Cleomadés i lava 
ses mains et tantost s'en ala 
vers la table, si s'i assist 
corn cil ki volontiers le iist. 

Assés manga tant com lui plot; 
et quant mangiet et bëut ot, 
si s'est de la table levés. 
viers l'uis d'une cambre est aies 
qu'il vit un petit entreouvert. 

10 canons H] chancons. 15 kintarieurs. 
Acteurs. 18 gigueours 17] grugncors. 30 
tenele. 45 ouviers. 



savoir violt de coi cis huis sert. 

en celé chambre entra errant. 

un grant vilain trouva gisant: 

priés iert ausi grans c'uns jaians. 
5 mult iert tel et fiers et puissans 

et outrageus et poi bontable. 

en sornon ot non Desresnable 

et en son droit non Rustemans: 

maugracïeus estoit et grans. 
10 tous viestus sour un lit gisoit. 

de barbe tant ne quant n'avoit, 

car teus fu, ce sachiés de voir, 

que barbe ne devoit avoir. 
A son chevet avoit pendues 
15 espees, ghisarmes, machues, 

miséricordes et fauchons 

et bracieus et bouclers rëons 

et une targe navaroise 

et une grant make turcoise; 
20 et si avoit pendu encor 

une abaleste faite d'or 

et uns keures plains de quariaus. 

entraviers parmi ses mustiaus 

jut une grant hache danoise. 
25 n'ot pas talant de faire noise 

Cleomadés, ains s'avisa 

que il pas ne l'esvellera. 

encoste lui mult bielement 

passa outre mult coiement. 
30 Quant le grant vilain ot passé, 

lors a un aloir trespassé 

ki encoste un praiel estoit, 

u mult de flouretes avoit. 

quant au cor de cel praiel vint, 
35 un petitelet coit se tint. 

un huis vit entaillié d'yvoire. 

sachiés que fort seroit a croire 

de cel huis, con fais il estoit, 

ki la façon vous en diroit. 
10 Cleomadés viers l'uis se traist. 

por la biauté que mult l'en plaist 

une pièce l'uis regarda, 

et aprics a lui le tira 

un poi, et li huis esranment 
45 ovri mult deboinairement. 

n 4 cun. !) mau] mais; H. maus. 14 chevet 

fou- H] chcves. 21 d'or] do cor; H. fait de cor. 

26 aine. :!6 dyvore. 



363 



ADENET, CLEOMADES. 



354 



lors est Cleomadés passés 

un poi avant, si est eutrés 

en une cambre, c'aius nus bon 

ne vit cambre de tel façon, 

car tout cil ki aine cambre virent 

ne de cambre parler oïrent, 

ne virent si très mervillouse, 

si bêle ne si gracieuse. 

a grant mervelle riche estoient 

li piler qui le soustenolent. 
Plus bêle ne vit quens ne rois. 

ne de pilers ne de parois 

n'i ot piere qui entaillie 

ne fust d'uevre trifoiriïe. 

d'estoires d'anchïeneté 
i ot il ouvrage a plenté, 

ki fu fais de mestres ouvriers, 
or me seroit il bien mestiers 
que je fuisse si avisés 

que li combles bien devises 

vous fust de la cambre et a droit 

la u Cleomadés estoit. 

ne pour quant au miols que porai 

la façon en deviserai. 

Li combles fu d'uevre esmaillie: 
mainte ouevre a point faite et taillie 
i ot de diverse coulour. 
li combles fu de tel valeur 
que la disme pas ne'n poroie 
recorder, car je ne saroie. 
mais de tant sai bien le manière 
de l'ouvrage que mainte piere 
i ot très riche et précieuse, 
mult fu la chambre deliteuse. 
fenestres teles i avoit 
com a tel chambre apartenoit 
d'yvoire et d'ebenus estoient 
si ouvrées qu'a tous plaisoient. 

A pièce n'aroie conté 
de ce liu toute la biauté; 
se chascune cose en voloie 



deviser, trop y meteroie, 
car a deviser seulement 
la richece dou pavement 
de la cambre, dont vous oés, 
5 seroie je tous encombrés: 
et pour ce le lairai ester, 
car trop metroie au deviser. 

Li rois Carmans et la roïne 
orent cel liu por Clarmondine 
10 si arreé que je vous di. 
car il le par amoient si 
que on pooit plus fille amer; 
et pour le liu et li garder 
i estoit li grans vilains mis 
15 ki a l'uis gisoit endormis. 

Par dedens celé cambre entra 
Cleomadés, lors s'aresta 
tant que il ot bien esgardé 
la chambre et du lonc et du lé. 
20 en csgarder se deduisoit 

le grant mervelle qu' il vëoit. 
clarté de candeles i ot, 
par quoi partout bien vëoir pot. 
et si estoit ja ajourné, 
25 par quoi i ot asés clarté, 
sachiés que mult plëu li a 
la noblece que il trouva. 

Trois lis vit u ens se gisoient 
trois damoiseles qui dormoient, 
30 mult bêles, ce li fu avis. 

mult iert riches cescuns des lis 
u elles estoient couchies. 
courtoises et bien ensegnies 
furent et de mult grant linage. 
35 chascune ert boine et bêle et sage, 
l'une d'eles ot non Florete, 
et li autre avoit non Gaieté, 
et li tierce ot non Lyadés. 
moult regarda Cleomadés 
40 les trois lis, mais ne sot que faire, 
ou aler avant ou retraire. 



6 ne qui de. il ne vit ne quens. 15 destore. 
37 dyvore. 



10 areer. 29 qui se dormoient. 38 li autre. 



Baktsch, Chrestomathie. YI. Éd. 



23 



355 Xllle SIECLE. 356 



BERTE AU GRAND PIED. 

Li Roumans de Berte aus grans pies par Adenés li Rois, publié pur A. Scheler, Bruxelles 1874, 
p. 21 — 27. Do7iné ici d'après le Ms. 1447 (anc. 7534, 5) fol. 29 ss. 

Moult fu Berte dolente, mentir ne vous en quier. 'Tybert', ce dist Morans, 'garde sor li ne fier, 
damedieu reclama le père droiturier ; car par ce saint seingneur qui tout a a baillier, 

ne sest ou l'en la mainne, ou avant ou arrier. ja verroies tes membres et ta tête trenchier, 
trestoutes leur journées ne vous veuill rehercier. se jamés ne dévoie en France reperier.' 
quant a l'ostel venoient, en chambre ou en solier 5 Ce jor fist mult leit tans et de froide manière, 
metoit Tybers Bertain, n'i leissoit aprouchier et Berte gist adens par desus la bruiere, 
nului, fors lui tout seul: diexli doiutencombrier! paor a de Tybert que il seur li ne fiere, 
et quant il li dounoit a boivre n'a meugier, nostre dame reclaime la dame droituriere. 

en son poing tenoit nu son brant forbi d'acier, 'seignor', ce dist Morans, 'pensée aroit lanière 
pour ce que la voloit telement esmaier lo qui si bêle pucele mostreroit leide chiere.' 

qu'ele ne desist mot ne que n'osast noisier. 'par dieu', ce dist Tybers, 'vis m'est que il afiere 

de lui ne se voloit nule fois esloignier; que nos l'ocïons tost, puis retornons arrière: 

puis remetoit la corde dedens sa bouche arrier, car je l'oi en covent Margiste que j'ai chiere.' 
puis li lioit les mains com félon pautonnier, 'Tybert,'cedistMorans,'durcuer as comme pierre, 
enserrer la faisoit dusques a l'esclerier. 15 se tu li fes nul mal, par l'apostre saint Pierre, 

tout ainsi s'en alerent, sanz mençonge acointier, ne te gueriroit mie tous li ors de Beviere 
bien cinq grandes journées, n'i voudrent detrïer, que cist bois ne te soit a tous jours mes litière.' 
tant qu'en un bois s'en vindrent haut et grant et Mult ot Tybers li lerres le cuer très corroucié, 
c'ertlaforestduMans,ceoïtesmoignier. [plenier, quant de tuer Bertain ne li ont otroïé. 
lors se sont arresté desous un olivier: [chier, 20 neporquaut a li fel le brant forbi sachié, 
'seingneur', ce dist Tybers, 'par le cors saint Ri- et li troi serjant l'ont par les flans enbracié, 
de plus avant aler n'avons nos nul mestier.' si qu'il l'ont contre terre par force agenoillié: 
e cil li respondirent 'bien fet a otroier.' chascuns a trait s'espee, plus n'i ont atargié. 

lors sont tuit descendu a terre sor l'erbier: entresque li doi tiennent Tybert le renoié, 

l'uns avoit nom Morant, qui mult fist a prisier, 25 la deslie Morans qui en ot grant pitié, 
e l'autre Godefrois, li tierz ot non Renier. le lien de la bouche n'i a il pas lessié. 

la roïne descendent: or li puist diex edier! 'bêle, fuies vous ent, n'i ait plus detrïé! 

onques mes de si près ne porent aprouchier, damediex vous conduise par sa douce amistié !' 
car Tybers n'i leissoit fors que li atouchier; Berte s'en va fuiant, le cuer ot esmaié, 
le drap desus sa robe li font tost despoillier, 30 car bien cuidoit sans faille avoir le chieftrenchié. 
coteot d'un blanc blïaut et mantel mult très chier. en la forest s'en fuit, mult a dieu gracïé. 
quant si bêle la voient, prennent a lermoier, ainsi eschapa Berte Tybert sans son cougié. 
et Tybers li traîtres prent l'espee a sachier. quant Tybers l'a vëu, mult ot le cuer irië. 
'seingneur', ce dist Tybers, 'or vous traies arrier, 'seingneurs', ce dit Tybers, 'mal avés esploitié ; 
a un coup li ferai la teste trcbuchier.' 35 trestous vous ferai pendre quant serés reperié.' 

quant Berte vit l'espee, lors prent a souploier, Ce! jour fist mult let tans, car il plut et espart. 

de poor va adens sor la terre couchier; Berte s'en va fuiant par delés un essart; 

lors commence la terre doucement a besier. tant fuit que de li perdent li sergant le regart. 
sa grant mésaventure ne leur puet anoncier, 'seingneurs', ce dist Morans, 'se ait diex en moi 
car la corde en la bouche ne la lesse rainier. 40 [part, i 

4 rehercier S] anoncier. 6 Tybert. 7 nuli. 1 Morant. lui. Ki tout. n tour iourz. 21 

8 naboiure na. 12 foiz etc. 24 soz. 25 nil't, flans manque. 22 qilont. 28 amistie 6] pitié. 
toujours. :5i blant. 35 pendre S\ prendre. 



357 ADENET, BERTE AU GRAND PIED. 358 

que nous feïsmes tuit que toi et que musait, graut joie a de Tybert qui estoit revenus, 
que pour fero ccl martre venismcs cesto part. 'flame',ce distTybers, 'gransbiensvousestcrëus! 
bien semble gentil] famé et sans nul mauves art; Bertain avons ocise a nos l)rans esmolus.' 
damediex la coiiduio et la praigne a sa part. 'Tybert', ce dist Aliste, 'loos en soit Jhesus! 
en ceste forest a maint ours et maint liepart, 5 bien avés deservi que vous soies mes drus.' 
que mengiee Tarent ne demorra pas tart. einsi fu de la vielle lieement respondus 

esploitié en avons con félon et renart: Tybers, rar de grant joie^fu ses cuers esmëus: 

de duel et de pitié tretous li cuers m'en art.' aine de tel traïson n'oï mes parler nus, 
a cest mot remontèrent, chaucuns de la se part. puis que de Judas fu nostre sire vendus. 

En la forest fu Berte repo&te entre buissons, lo damediex qui en crois fu por nos estendus 
damediex la conseult et ses saintismes nons! doint qu'encor lor en soit li guerredons rendus, 
de li ici endroit a parler vos lairons: bien ot li rois Pépin les Hongrois recëus 

quant tans et leus en iert, si i repairerons. et riches dons donnés et noblement vëus; 

li sergant s'en repairent, n'i font arrestoisons : tant font qu'en lor païs est cbaucun revenus. 
'seingneurs',cedistMorans,'savésquenosferons? 15 Floire et Blancheflor font de par Pépin salus 
ge lo que nous le cuer d'un porcel en portons ; et de par l'orde serve, ses cors soit confondus, 
a madame Margiste si le présenterons : d'eus leirai a parler, n'en dirai ore plus : 

par iceste manière bien nos escuserons. a Bertain revenrai qu'el bois qui ert ramus 

et si savés bien tuit qu'en couvent li avons ertamultgrautmeschief, ses cuers ert esperdus. 

que le cuer de celi raporter li devons.' 20 souvent reclaiume dieu et ses saintes vertus, 

'Tybert', ce dist Morans, 'si m'aïst saint Symons! ne sot quel part aler, tos jors ^e tret en sus 
se vous ne l'otroiés tantost vous ocirons.' [bons, dou lou ou l'ot leisbie Tybert li mescrëus. 
'seingneurs', cedistTybers, 'cistconseusestmult La dame fu ou bois, qui durement plora, 

puis qu'ele est eschapee, au meillor nous tenons. ces leus oï huiler et li huans hua. 
plus dont que vous ne feites, ne le vous cèlerons, 25 il esclaire foi'meut et roidement tonna 
que nous de ceste chose acusé ne soions.' et pluet menuëment et gressille et venta, 

chaucuns l'a fiancié, cours en fu li sermons. c'est hideus tens a dame qui conpaignie n'a. 
en iceste matière plus ne detrïerons; damedieu et ses sains doucement reclama, 

tretout ainsi le firent con ci vous devisons. 'ha, sire dieus', fet ele, 'voirs est q'einsi ala: 

a Paris sont venu, ne vous en mentirons. 30 de la virge naquistes : quant Testoile leva, 

grant joie en ot la vielle quant oï lor raisons. li troi roy vous requistrent: ja nus bon ne sera 
'dame', ce dist Tybers, 'nous vous en raportons le jour desconseilliés qu'il les reclamera, 
le cuer, ves le vous ci, présent vous en faisons : Melchyon ot non cil qui le mirre porta, 
la pucele avons morte, por voir le vous disons.' Jaspar ot non li autres qui l'encens vous dona, 
'seingneur', ce dist la vielle, 'bien le deservirons: 35 et Baltazar li tiers qui l'or vous présenta, 
n'avoit si maie garce, tant con dure li mons.' sire, vous le preïstes, chaucuns s'agenoilla. 

Li troi sergant s'en vont, nus n'en est arrestus. si voir con ce fu, diex, ne mençonge n'i a, 
a leur hostel s'en viennent, chaucuns est descen- si garis ceste lasse qui ja se desvera.' 
et Tybers et la vielle sont iluec remasus. [dus, quant ot fet sa proiere, son mantel escourça, 
a la fausse royne vont ensemble lasus. 40 a dieu s'est comandee, aval le bois s'en va. 

8 tretout le cuert. 12 lui. 20 celui. 22 lo- 2 grant bien. 9 P*. 11 gredon. 15 font 

ciez. 37 arrestut. manque. 22 leissie lot. 30 chaucun. 



23' 



359 XIIP SIECLE. 360 

EXTRAIT D'UNE CHRONIQUE EN PROSE. 

Recueil des historiens de France, Tome xxii. Cf. Zeitschrift fur romanische Philologie 2, 80 •«. Récils 
d'un Ménestrel de Reims, par N. de Wailly , Paris, 1876, p. 201 ss. 

Il fu une foiz .i. leus qui avoit ,ii. jourz de sires, se vous volez. Vez ci le grain d'une 
terre ahennable; et vint a une chievre qui part et la paille d'autre, si comme vous me 
avoit .II. chevresons; si li dit 'Chievre, j'ays commandastes; si penrez la moitié de l'un et 
.II. jourz de bone terre ahennable d'aragis de la moitié de l'autre.' 'Va a diables! sote 
vigne; si te lo que tu les faces a moitié; et 5 beste, tu ne sez que tu dis. Ainsi ne sera il 
sachiez de voir que la terres est si crasse qu'elle pas.' 'Comment, dont V' dit la chievre. 'En 
portera froment tout adés, sens tiens mètre. non dieu' dit li leus, 'jou te dirais. Je suis 
Et sachiés de voir que je la feïsse plus volen- i. granz bons et ais moult grant maisnie; et 
tiers que je ne la donnasse a moitié; mais me convient assez plus qu'il ne fait toy; 
j'ais .1. grant plait en la cort monseignor Noble ic car tu iés une lasche crïauture: si avras de 
le lïon contre Belin le mouton, de .n. berbiz poy assez. Tu avras la paille et je avrais le 
sienes, que il dit que je li ays mangiees. Si grain.' 'Aimmi! sire', dit la chievre, 'vous 
me convient que chascune semaynne aille a ne dites mie bonne rayson. Mais por dieu, 
plait et estre en grant paiune de querre mon prenez vostre part et moi laissiez la moye!' 
conseil.' 'Certes', dit la chievre 'je n'oseroye.' 15 'Par la laingue dieu', dit li leus, 'je n'en fe- 
'pourquoyV' dit li leus. 'par foi', dit la chievre, rays noyant. Et bien te conseil; que je re- 
'porce que vous estes .i. grant sires et fors et venrais ci le matin, et tu me saches a dire se 
bien enparentez, et je suis une petite chose tu le feras ou non.' Atant s'en parti li leus; 
et de poivre afaire ; si n'avroye nuil bon plait et la chievre demeura toute esbaubie. Et se 
encontre vous.' 'Ha', dit li leus, chievre, belle 20 pensa de .11. viatres qu'elle avoit norri de son 
amie, or ne me resoygne de rien! Je te jur par lait a sa mamelle, qui estoient d'une abaïe de 
la foi que je doy dame Hersant, ma famé, et Citiaus, qui estoient près de lui menant. Dont 
mes .XII. enfanz que j'ays de lui touz vis, que li uns des chiens avoit non Taburiaus , et li 
je te serais bons personniers, ne ja en ma vie autres Roeniaus. Et s'en va droit a aus, et 
tort ne te ferai.' 'Par foi', dit la chievre, 'et 25 les trova a l'entrée de la porte. Et quant 
je le ferais ; mais adés me douterais que vous Taburiaus et Roeniaus virent venir lor mère, 
ne me faites tort.' Atant s'en parti li leus de si li vont a rencontre et la font bienvaingnant ; 
la chievre. Et la chievre iist la terre et ahenna et li demandent quels besoinz l'a amenée. Et 
de froment; et mouteplïa, et fu en point de elle lor dit coment li leus la voloit mener, 
messoner ; et vint au leu et li dit 'Leus, nostre oo 'Voire', dist chascuns des chiens, 'par noz botes ! 
froment est en point de cuiedre, venez i ou ainsi n'ira il pas. Or vous en râlez, et nous 
vous i envolez.' 'Par foi', dit li leus, 'je n'i vous avons en couvant que nous i serons le 
puys aler ne n'i puys envoler : mais fay lo matin bien main a la person de vous et d'Isen- 
messonner : si fai mètre le froment d'une part, grin ; et se dieus plait, il ne vous fera ja tort 
et la paille d'autre; et quant je reveurais de 35 ne outrage la ou nous soiens.' Atant s'en râla 
mon plait, si partirons bonnement.' La chievre la chievre et s'en vint a son ostel, et trouva 
n'en pot plus porter dou leu, et s'en revint, ses .11. chevresons plorant, et les rapaisa; et 
et messona le froment et le fist batre, et mètre se coucha dormir : mais poi i reposa, et se leva 
le grain d'une part et la paille d'autre. Atant bien matin et proia dieu qu'il la conseillast. 
ez vouz le leu ou vient, qui n'atendoit autre 40 Atant ez vous les .11. frères Taburial etRoenial, 
chose ; et vient a la chievre , si li dit moût et la saluent et 11 demandent se Ysengrins est 
fièrement 'Ore, dame, partirons nous nostre venuz. Et la chievre dit 'Nenil encore'. 'Or 
despuilleV 'Oïl', dist la chievre, 'voir, biaus vous dirons, bêle mère', dïent li chien, 'que 

nous ferons. Nous nous reponrons en cest 



361 CHRONIQUE EN PROSE. 362 

liurial d'esteule et serons la tuit quoi, et bien blé, li charretons prist Ysengrins, et le mist au 
verrous et orrons que Ysengrins vaura faire. plus tost que il pot sor la cbarrete a grant 
Car se il nous savoit a sejor, il u'i venroit payune; et separt d'enqui tantost, et le meynne 
pas espoir, ainz atondroit tant que nous n'i vers son recet. Atant ez vous Renart qui 
serïens pas.' 'Par ma foi', dit la cbievre, 'mi 5 li viut a l'encontre, qui tout avoit vëu, et qui 
enfant, vous dites bien.' Et li chien s'en vont moût en estoitliez; car c'estoit sa nature. 11 
et se niucent ou burial d'esteule. Atact ez estoit liez quant maus adersoit; et venoit a 
vous Ysengrins le leu ou vient et amainne son compère qui moût estoit maumenez, et 
Renart, sou compère a sou conseil, qui maintes li dit en fayngnant 'biaus compères, il me 
mauvaises taches li avoit faites, et dit a la lo poise moût de vostre mesestance; et se vous 
cbievre 'Ore dame, estes vous conseilliee?' m'en eussiez crëu, il fust autrement qu'il n'est; 
Dont respondi la cbievre 'quel conseil voulez car je vous disoie bien que vous prissiez garde 
vous que j'aye? prenez vostre part et me lais- a vostre afaire, que je vëoye tel chose eu 
siez la moye.' 'Voyre', dist li leus, 'en as tu vostre afaire que vous ne veïez pas.' 'Renart, 
grociéV 'Certes', dit il, 'ne sera autrement.' ta Renart', dist Ysengrins, 'qui n'a plus d'ami 
Et endementiers que la cbievre et li leus be- que vous, il n'en a point. On m'a fait honte: 
teusoient, Renarz gite ses iex vers le burial je l'amenderais quant je porrays.' Atant se 
d'esteule, et voit les queues des viatres, et part Ysengrins de Renart; et Renars li fait 
dist a Ysengrin 'Biaus compères, prenez vous la loupe; et Ysengrins s'en va en son ostel, ou 
près de vostre affaire, car je voys tele chose 20 sa famé, dame Hersenz, l'atendoit et si enfant, 
en vostre affaire que vous ne veez pas.' Et quant il le virent venir gisant sor la char- 
'Par le cuer beu', dit li leus, 'sire Renart, il rete, sor .1. poi d'estrain, si le commencierent 
ne sera autrement ; j'arais le grain , et elle a moquier, et li dirent 'plus appareillie chose 
avra la paille.' 'En non dieu', dist Renarz, remaint que ceste. Est çou li fromenz que 
'biaus compères, je non dis se por bien non, 25 vous nous deviez ameneir pour faire des gas- 
et bien vous en convieigne. Prenez ci garde: tiaus en quaresme'?' Ainsi disoient la maisnie 
je m'en voys.' Et se part Renarz d'Isengrin, Ysengrin, et on dit pieça 'cui il meschiet, tuit 
et monte en .1. tertre près d'enqui pour vëoir li mesoifrent.' Et Ysengrins descent de la 
la tin que ses compères fera. Et Ysengrins charrete touz bleciez, et s'en va le col baissant 
prent ses sacs entre lui et son chereton et les 30 couchier en son lit; ne puys ne fu il wariz 
emplissoit dou froment. 'Par la mère dieu', de ses plaies en .v. mois de l'an. Or revenrons 
dist la cbievre, 'ore est (tttl^-us laides; et escrie a Roenel et a Taburel et a la chievre, qui 
'Roenel et Taburel, 'mi enfant, vous veez com- orent porté le froment ou grenier, et dirent 
ment il est.' Et li chien salent hors de l'esteule, 'bêle mère, nous nous en irons en maison qui 
et ne demandent qui ot donné. Et assemble- 35 est assez près de ci, et se vous avez mestier de 
rent au leu de cors et de piz, et le portent a nous, nous serons adés appareillie de vous 
terre le ventre deseure, et li montent sor la aidier. Et veez ci .1. cor que vous sonnerez, 
mormelante, et li font plus de .c. plaies sor s'il vous est besoyng, et tantost comme nous 
le cors de lui; et faisoient les flocons de son l'orrons sonner, nous acourrons a vous.' 'Granz 
poil voler vers le ciel ; et l'atornerent enqui 40 mercis' , dit la chievre , 'bel enfant. Bennoite 
en teile manière que on n'i sentit ne pous ne soit l'eure que je vous aletays premiers.' Atant 
aleine, et le cuidoient avoir mort. Et prisent prindrent li chien congiet et s'en alerent en 
le froment et le portèrent ou grenier a la lor abaïe. 
chievre; et endementiers que il portoient le 
12 quil. 15 peut-être elle. 32 or vat a iayde. 



363 



XlIIe SIECLE 



364 



RESVERIES. 

Achille Jubinal, Jongleurs et trouvères, Paris 1835, p. 34 — 42. Comparé par M. Schirmer avec le 
manuscrit {Fonds franc. 837, Fol. 174). Cf. Wackernagel, altdeutsches Lesebucli (4e édition) 975 — 980. 



Nus ne doit estre jolis 

s'il n'a amie. 

j'aim autant crouste que mie 

quant que j'ai faia. 

tien cel cheval par le frain, 5 

malëureus. 

autant eu un comme en deus 

ou a basart. 

j'aim autant a lever tart 

qu'au point du jor. lo 

onques ne fui sans amor, 

n'yver n'esté. 

gete aval, c'est por le dé: 

qui l'a, si l'ait. 

je vois vëoir s'on refait 15 

mes estivaus. 

tos jors est li solaus chaus 

en plain aoust. 

il ne me chaut qu'il me coust, 

mes que je l'aie. 20 

c'est a Saint Germain en Laie 

que li rois iert. 

fêtes ce qu'il vous requiert, 

je vous en pri. 

onques si bêle ne vi 25 

ne n'acointai. 

par un matin me levai, 

quant il fu nuis. 

qu'as tu, chetis, qui t'en fuis? 

as tu songié? 30 

j'ai une cordele au pié, 

c'on m'i laça. 

et que dïent cil de la? 

feront il pais? 

je sai faire sons et lais 35 

et serventois. 

on dist que Robers d'Artois 

est mariés. 

compains, que vaut ore blés 

a Monmirail? 40 

fres harens est bons a l'ail, 

1. 2 dans Jubinal en un seul vers. 4 que manque. 
11 sanz. 17 toz. 20 qu'es Jubinal. 32 me i. 
38 mariez: blez. 



ce dist chascuus. 

mengera hui li communs 

plus d'une fois. 

as tu vingne, qui si bois 

a longue alaineV 

je sais le romans d'Elaine 

de chief en chief. 

j'ai une dolor ou chief 

qui m'a hui mort. 

tels cuide veillier qui dort 

en paradis. 

quar fusses tu a Paris, 

plëust a dieu! 

compains, je te pert un gieu: 

penssons a eL 

il n'i a mis assés sel: 

qui a ce fait? 

qu'est il ore de vo plait? 

dites m'en voir. 

je sai bien, por miex valoir 

doit on amer. 

c'est a Marseille sor mer 

que il sommeille. 

conseille moi en l'oreille: 

sont il bien point? 

je n'oi onques robe a point 

qu'on me donast. 

j'aim autant trieve comme ast 

ou que bringnole. 

compains, je fui a l'escole 

toute m'enfance. 

irons nous a pié eu France, 

quar en parlons. 

je sai bien cinquante sons 

tos provenciaus. 

Lancelos et Lyoniaus 

furent cousin. 

levés vos demain matin! 

vilains mauvais. 

entre Compiengne et Biauvais 

croist de bons vins. 

l'en va trop bien aux patins 

16 assez. 23 Qu'il .7. 26 oï J. 32 pièce. 
35 toz. 36 Lyomaus. 38 levez. 



365 



RESVERIES. 



366 



I 



en ceste terre. 

or a li rois d'Engleterre 

pais aux François. 

vous orrés dedens un mois 

mult bien toner. 

l'en doit famés honorer 

seur toute rien. 

por dieu, Penin, tien te bien 

ou tu charras. 

c'est a mesdi a Arras 

ce oï dire. 

je l'ai mis en tirelire 

por raiex garder. 

si le fêtes arester 

en ceste vile. 

il estoient bien deus mile, 

tout a cheval. 

le romans de Percheval 

fist Crestïens. 

bon ostel sains Juliens 

hui en cest jor. 

l'en doit ferir au tabor 

a ceste note. 

vien ça, s'en drece ma cote 

ou ma chemise. 

l'abeesse s'est démise 

de Malbuisson. 

ja par dieu, que nous puisson, 

n'i enterrez. 

Gauteron, est il ferrez 

mes palefrois? 

vos n'estes pas si cortois 

que je cuidoie. 

quant j'oi crïer Monjoie, 

je me repus. 

bone aventure ait li dus 

et bone joie! 

vous tu geter por le troie 

ou por le quatre? 

il se set trop bien esbatre 

de la vïele. 

je ne pris pas une astele 

vostre dongier. 

il le covient alongier 

bien plaine paume. 

4 orrez dedeiiz. H les .7. 16 e'toient J. .w. 
romanz. 2S p diu. 34 q. que ^arZsc^. 43 dangier. 
convient J. 



s'ele est couverte de chaume, 

ele en iert pire. 

nus hom n'oseroit desdire 

ma volenté. 
5 il est par sa loiauté 

trop bien du roi. 

ja, por la foi que vous doi, 

n'en serez quites. 

tu es bien musars qui luites 
10 a si fort home. 

je vos en apele a Rome 

de ceste chose. 

siet toi la, si te repose: 

mestier en as. 
15 s'il ne gete troie et as, 

il l'a perdu. 

l'en dist que tuit sont pendu 

li papelart. 

meugeron nous pois au lart 
20 por dïemenche? 

il est bien musars qui tenche 

a foie gent. 

j'ai perdu tout mon argent 

a la griioise. 
25 il i a boue cervoise 

en Engleterre. 

l'en dist qu'il a mult grant guerre 

eu Lombardie. 

je chant sovent por m'amie 
30 que j'aim tant. 

je reving l'autrier de Gant 

tos desconfis, 

eschis sui de mon pais, 

ne sai por qoi. 
85 je l'amoie en bone foi: 

or m'a trahi. 

l'en a un home bani 

hors de la vile. 

escoutés de dame Guile 
40 comme ele tenche. 

l'autrier par un dïemenche 

je pris congié. 

il se sont bien haubregié 

por miex combatre. 

45 

2 ert. 10 homme: Romme. 17 sont] est J. 
19 mengerons. 20 p diemienche .7. 21 tence. 
32 tuz. 37 homme. 39 escoutez. 40 tonee 
42 je manque. 



367 



XIU" SIECLE. 



368 



ce n'est mie vins a quatre 

que je bui ier. 

ci fet meillor qu'au moustier, 

bevons assés. 

Perrins est mult bien amés 

en cest pais. 

entre Chartres et Paris 

n'a que vint lives. 

li Sarrasin ont pris trives 

de nostre roi. 

par foi je ne sai por qoi 

je m'en reving. 

es tu de cela de Haiding, 

de la foi maie? 



il a dis sols en ma maie 

d'artisïens. 

l'autrier menjai a Orliens 

trop bones tartes. 

veïstes vous deus bistardes 

le blé mengier? 

diex, comme il estoient fier 

sor tos les autres. 

il avront mult lues pautres, 

no pèlerin. 

l'en le doit en parchemin 

mètre ou en cire. 

je ne vous en vueil plus dire 

sanz argent. 



RUSTEBUEF. 

Oeuvres complètes de Rutebeuf recueillies par Achille Jubinal, Paris 1839, 2 Vol. 1, 5 — 12; 212 — 21"i 
2, 101 — 105; nouvelle édition revue et corrigée, Paris 1874—75, 3 Vol. 1, 5—12; 2, 8—14; 2, 259— 26'2. 
Comparé par M. Schirmer avec le ms. fonds franc. 837, Fol. 307; Fol. 323; Fol, 301; Rustebuef's 
Gedichte von Adolf Kressner , Wolfenhiiltel, 1885, p. 1 — 4, 99 — 101, 219 — 222. Comparez avec le 
no. III le Theophilus bas-allemand 582 — 714 Ettm. 



LE MARIAGE RUSTEBUEF. 
En l'an de l'incarnacïon, 
VIII jors après la nascïon 
Jhesu qui soufri passion, 
en l'an soissante, 20 

qu'arbres n'a foille, n'oisel ne chante, 
fis je toute la rien dolante 
qui de cuer m'aime: 
nis li musarz musart me claime. 
or puis filer, qu'il me faut traime; 25 

mult ai a faire. 

deus ne fist cuer tant de pute aire, 
tant li aie fait de contraire 
ne de martire, 

s'il en mon martire se mire, 30 

qui ne doie de bon cuer dire 
'je te claim cuite.' 
envoier un home en Egypte, 
ceste dolor est plus petite 
que n'est la moie; 35 

je n'en puis mais se je m'esmoie. 
l'en dit que fous qui ne foloie 



4 assez: amez. 
main plus récente. 
28 fet. 33 homme. 



10 no. I. Le titre est d'une 
24 musars, 27 diex. put. 
36 mes. 37 fols. 



pert sa saison; 

je sui mariez sanz raison, 

et si n'ai borde ne maison. 

encor plus fort : 

por plus doner de reconfort 

a ceus qui me heent de mort, 

tel famé ai prise 

que nus fors moi n'aime ne prise, 

et s'estoit povre et entreprise, 

quant je la pris. 

a ci mariage de pris, 

c'or sui povres et entrepris 

ausi comme ele, 

et si n'est pas gente ne bêle. 

cinquante anz a en s'escuële, 

s'est maigre et sèche: 

n'ai pas paor qu'ele me treche. 

despuis que fu nez en la greche 

deus de Marie, 

ne fu mais tele espouserie. 

je sui toz plains d'envoiserie : 

bien pert a l'uevre. 

or dira l'en que mal se prueve 

1 X Ms. dix ./. 5 vos J; Ms. v'. 11] deux J. 
8 toz. 15 seson: reson : meson. 20 cels. 29 .l 
37 se cuevre. 



I 



36Î) 



LE MARIAGE RUSTEhUEF. 



370 



RustebiR's qui rudement uevre: 

l'en dira voir, 

quant je ne porrai robe avoir. 

a toz mes amis fais savoir 

qu'il se confortent. 

plus bel qu'il porront se déportent; 

a cens qui teus noveles portent 

ne doingnent gairos. 

petit dont mais provos ne maires : 

je cuit que deus li debonaires 

m'aime de loin: 

bien l'ai prové a cest besoin. 

la sui ou le mail met le coin: 

deus m'i a mis. 

or fais feste a mes anemis, 

duel et corouz a mes amis. 

or du voir dire, 

se deu ai fait corouz ne ire, 

de moi se puet jouer et rire, 

que biau s'en vange. 

or me co vient f roter au lange: 

je ne dont privé ne estrange 

que il riens m'emble 

n'ai pas busche de chesue eusamble; 

quant g'i sui si a fou et tramble, 

n'est ce assez? 

mes poz est brisiez et quassez 

et j'ai toz mes bons jors passez. 

je qu'en diroie? 

nis la destruction de Troie 

ne fu si grant comme est la moie. 

encor i a, 

foi que doi avé Maria, 

s'onques nus hom por mort pria, 

si prit por moi: 

je n'en puis mais se je m'esmoi. 

avant que veigne avril ne mai 

vendra quaresme. 

de ce puis bien dire mon esme: 

de poisson autant com de cresme 

avra ma famé; 

graut loisir a de sauver s'ame: 

or gëunt por la douce dame, 

qu'ele a loisir, 

1 Rustebuef. oevre. 3 porai. 4 faz. 7 cels, 
tels. 9 mes. 10 diex etc. il loing: besoing: 
coing. 15 faz. IS dieu ai fet. 17 pos 30 mes, 
toujours. 37 viegne. 

Baktsch, Chrestomathie. VI. Éd. 



et voibt de haute cure gésir, 

qu'el u'avia pas tout son désir, 

c'est sauz doutance. 

or soit plaine de grant soufrance, 
5 que c'est la plus grant porvëance 

que jo i voie 

par cel seignor qui tout avoie, 

quant je la pris, petit avoie 

et ele mains. 
10 je ne suis pas ouvriers des mains: 

l'en ne savra ja ou je mains 

por ma poverte. 

ja n'i sera ma porte overte, 

quar ma maison est trop déserte 
15 et povre et gaste; 

sovent n'i a ne pain ne paste. 

ne me blasmez se ne me haste 

d'à 1er arrière, 

que ja n'i avrai bêle chiere. 
•20 l'en n'a pas ma venue chiere: 

se je n'aporte. 

c'est ce qui plus me desconforte 

que je n'os entrer eu ma porte 

a vuide main. 
25 savez comment je me demain? 

l'espérance de lendemain 

ce sont mes testes. 

l'en cuide que je soie prestres, 

quar je fais plus sainier de testes 
30 (ce n'est pas guile) 

que se je chantasse évangile. 

l'en se saine par mi la vile 

de mes merveilles. 

on les doit bien conter aus veilles: 
35 quar n'i a nules lor pareilles, 

ce n'est pas doute. 

il pert bien que je n'i vi goûte: 

deus n'a nul martir en sa route 

qui tant ait fait. 
40 s'il ont esté por deu deffait, 

rosti, lapidé ou detrait, 

je n'en dout mie 

que lor paine fu tost fenie: 

mais ce durra toute ma vie 
45 sanz avoir aise. 

or pri a deu que il li plaise, 

13 ouverte. 14 meson. 29 faz. 31 chantaisse. 
34 l'en. 39-41 fet: deffet: detret. 

24 



371 



Xllle SIECLE. 



372 



ceste dolor, ceste mesaise 

et ceste enfance 

m'atort a vraie penitance, 

si qu'avoir puisse s'acointance. Amen. 

II. 

LA DESPUTOISON DE CHARLOT 
ET DU BARBIER. 

L'autrier un jor jouer aloie 
devers l'Auçoirrois Saint-Germain, 
plus matin que je ne soloie, 
qui ne lief pas volentiers main; 
si vi Chariot eu mi ma voie, 
qui le barbier tint par la main, 
et bien monstroient toute voie 
qu'il n'erent pas cousin germain. 

Il se disoient vilonie 
et si getoient gas de voir. 
'Chariot, tu vas en compaigaie 
por crestïenté décevoir: 
c'est trahison et félonie, 
ce puet chascuns apercevoir, 
la teue loi soit la honie: 
tu n'en as point, au dire voir.' 

'Barbier, foi que doi la banlive 
ou vous avez vostre repaire, 
vous avez une goûte vive: 
jamais n'ert jor qu'il ne vous paire, 
saint Ladres a rompu la trive, 
si vous a féru el vïaire; 
por ce que cist maus vous eschive 
ne requerrez mais saintuaire.' 

'Chariot, foi que doi sainte Jame, 
vous avez ouan famé prise: 
est ce selonc la loi esclame 
que Kayfas vous a aprise? 
vous créez autant nostre dame, 
ou virginitez n'est maumise, 
com je crois c'uns asnes ait ame: 
vous n'amez deu ne sainte yglise.' 

'Barbier sanz rasoir, sanz cisailles, 
qui ne sez rooignier ne rere, 
tu n'as ne bacins ne toailles 
ne de qoi chauler eve clere. 
il n'est rien uee que tu vailles, 
fors a dire parole amere. 

Il Au litre Challot. -25 doit 28 james. 

32 mes. Ao dieu. 



s'outre mer fus, encor i ailles 

et fai proësce qu'il i père.' 
'Chariot, tu as toutes les lois: 

tu es juys et crestïen, 
5 tu es chevaliers et borgois, 

et quant tu vues clerc arcïen. 

tu es maqueriaus chascum mois, 

ce dïent bien 11 ancien; 

tu fez sovent par ton gabois 
10 joindre deus eus a un lïen.' 

'Barbier, or est li tens venuz 

de mal parler et de mesdire, 

et vous serez ainçois chenuz 

que vous laissiez ceste matire; 
15 mais vouz morrez povres et nuz, 

car vous devenez de l'empire. 

se sui por maqueriaus tenuz, 

l'en vos retient a va-li-dire.' 
'Chariot, Chariot, biaus doux amis, 
20 tu te fez aus enfaus le roi; 

se tu i es, qui t'i a mis? 

tu i es autant comme a moi. 

de sambler fous t'es entremis, 

mais, par les eus dont je te voi, 
25 teus t'a argeut en paume mis 

qui est assez plus fous de toi.' 
'Barbier, or vienent les groiseles: 

li groiselier sont borjoné, 

et je vous raport les noveles 
30 qu'el front vous sont li borjon né. 

ne sai se ce seront ceneles 

qui ce vis ont avironé: 

els seront vermeilles et bêles 

avant que l'en ait moissoné.' 
35 'Ce n'est mie meselerie, 

Chariot, ainçois est goûte rose, 

foi que je doi sainte Marie 

que vous n'amez de nule chose. 

vous créez miex en juërie, 
40 qui la vérité dire en ose, 

qu'en celui qui par seignorie 

a la porte d'enfer desclose.' 
'Et nequedent se Rustebués, 

45 2 lais. ti veus. 10 .ii. 14 lessiez. nnirtire. 
15 mes. 20 D'après Jiibinal les enfants de 

Louis IX , auprès desquels ce Chariot, un jong- 
leur, aurait joué le rôle de bouffon. 23. 2{) fols. 
2 s bouton é. 39 juierie. 



378 



RUSTEBUEF, ISIIRaCLE DE THEOPHILE. 



374 



qui nous connoist bien a dis aiiz, 
voloit dire deus motés uués, 
mais qu'au dire fust voir disanz, 
ne contre toi ne a mon nés, 
mais por le voir se fust mis anz, 
je le vueil bien, se tu le vues, 
que le meillor soit eslisauz.' 

Seignor, par la foi que vous doi, 
je ne sai le meillor eslire: 
le mains pïor, si com je croi, 
vous eslirai je bien du pire. 
Chariot ne vaut ne ce ne qoi, 
qui en vuet la vérité dire ; 
il n'a ne créance ne foi 
ne qu'uns chiens qui charoingne tire. 

Li barbiers connoist bone geut 
et si les sert et les honeure, 
et met en eus cors et argent, 
paine de servir d'eure en eure; 
si set son mestier bel et gent, 
se besoins li recoroit seure, 
et s'a en lui si biau sergent, 
que com p'us vit et plus coleure. 



III. 

MIRACLE DE THEOPHILE. 
Ici parole nostre dame a Theopliile et dist: gp 

'Qui es tu, va, qui vas par ci?' 
'ha, dame, aiez de moi merci! 
c'est li chetis 
Théophile, li entrepris, 
que maufé ont loié et pris. :î5 

or vieng proier 
a vous, dame, et merci crïer 
que ne gart l'eure qu'asproier 
me veingne cil 

qui m'a mis a si grant escil. 4o 

tu me tenis ja por ton fil, 
roïne bêle.' 

JSostre dame parole. 
je n'ai cure de ta favele; 
va t'en, is fors de ma chapele. 45 



Tlieopliiles parole. 

dame, je n'ose. 

flors d'aiglentier et lis et rose, 

en qui li fis den se repose, 

que ferai gié? 

malement me sent engagié 

envers le maufé enragié: 

ne sai que faire. 

jamais ne finerai de braire, 

virge, pucele debonaire, 

dame honorée. 

bien sera m'ame dévorée 

qu'en enfer sera demoree 

avoec Cahu. 

JSostre dame. 

Théophile, je t'ai sëu 

ça en arrière a moi eu ; 

saches de voir: 

ta chartre te ferai ravoir 

que tu baillas par non savoir, 

je la vois querre. 
Ici va nostre dame por la chartre Theo.- 
phile. 

Sathan, Sathan, es tu en serre? 

s'es or venuz en ceste terre 

por commencier a mon clerc guerre, 

mar le penssas. 

rent la chartre que du clerc as, 

quar tu as fait trop vilain cas. 
Salhau parole. 

je la vous randev 

j'aim mlex assez que l'en me pende. 

ja li rendi je sa provaude 

et U me tist de lui offrande 

sanz demorance, 

de cors et d'ame et de sustance. 
JSostre dame. 

et je te foulerai la pance. 
Ici aparté nostre dame la chartre a Théo- 
phile. 

amis, la chartre te raport, 

arivez fusses a mal port 

ou il n'a solaz ne déport. 

a moi entent: 

va a l'evesque et plus n'atent. 



1 passé d. a. 2 . 
10 pieur. 13 veut. 



I. 3. 5 mes. 4 oes. 
18 els. 39 vieng-ne. 



4 filz dieu. 
9 janies. 29 fet. 



8 — 10 fere : brere : debonere 



24' 



375 



XIII^ SIECLE. 



376 



de la chartre li fai présent, 

et qu'il la lise 

devant le pueple en sainte yglisc, 

que bone geut n'en soit sorprise 

par tel barate. 

trop aime avoir qui si l'achate: 

l'ame on est et honteuse et mate. 

Théophile. 
volentiers, dame. 

bien fusse mors de cors et d'ame. 
sa paine pert qui ainsi same, 
ce voi je ici. 
Ici vient Théophile a ievesque et li baille 
sa chartre et dist: 
sire, oëz moi por deu merci! 
quoi que j'aie fait, or sui ci 
par tenz savroiz 
de qoi j'ai mult esté destroiz: 
povres et nus, maigres et froiz 
fui par defaute 
anemis qui les bons assaute 
ot fait a m'ame goter faute 
dont morz estoie. 
la dame qui les siens avoie 
m'a desvoié de inale voie 
ou avoiez 

estoie et si forvoiez 
qu'en enfer fusse convoiez 
par le dëable, 

que deu, le père esperitable, 
et toute ouvraingne charitable 
laissier me fist. 

ma chartre en ot de quanqn'il dist, 
seelé fu quanqu'il requist. 
mult me greva, 

par pou li cuers ne me creva. 
la virge la me raporta, 
qu'a deu est mère, 
la cui bonté est pure et clere. 



si vous vueil proier com mon père 

qu'el soit lëiie, 

qu'autre gent n'en soit decëue, 

qui n'ont encore apercëue 
5 tel tricherie. 

Ici list Vevesque la chartre et dist. 

oëz por deu le fil Marie, 

bone gent, si orrez la vie 

de Théophile 
10 qui anemis servi de guile. 

ausi voir comme est évangile 

est ceste chose : 

si vous doit bien estre desclose. 

or escoutez que vous propose. 
15 'A toz cens qui verront ceste letre commune, 

fait Sathan a savoir que ja torna fortune, 

que Theophilcs ot a l'evesque rancune, 

ne li laissa l'evesque seignorie nesune. 
11 fu désespérez quant l'en li fist l'outrage: 
20 a Salatin s'en vint qui ot el cors la rage, 

et dist qu'il li feroit mult volentiers homage 

se rendre li pooit s'onor et son domage. 
Je le guerroiai tant com mena sainte vie, 

c'onques ne poi avoir desor lui seignorie. 
25 quant il me vint requerre, j'oi de lui grant envie, 

et lors me fist hommage, si rot sa seignorie. 
De l'anel de son doi seela ceste letre, 

de son sanc l'a escrite, autre enque n'i fist mètre, 

ains que je me vousisse de lui point entremetre 
30 ne que je le i'eïsse en dignité remetre.' 
Issi ouvra icil preudom. 

délivré l'a tout a bandon 

la deu ancele, 

Marie la virge pucele 
35 délivré l'a de tel querele. 

chantons tuit por ceste novelel 

or levez sus, 

disons 'te deum latidamus\ 



12 ici] bien. 15 oiez. dieu. lu fet. ici. 
22 fet. 23 mors. 30 dieu. 32 lessier. 

36 poi. 38 dieu. 



7 oiez. dieu le filz. 9 Theophiles. 10 qu'a- 
neniis. 15 tos cels. lettre. IG fet. 18 le.ssa. 
21 hommage. 27 doit, lettre. 33 dieu 



377 



ADANS DE LA JIALLE. 



378 



ADANS DE LA HALLE, OU ADANS LI BOÇUS. 

Oeuvres romplrtes du trouvère Adam de la Halle puhlice.i par E. de Coux.temalcer , Paris 18" 2, 
16 — 20, 2')"-- 302. Die dent 'Trouvère Adam de la Halle zugeschriehenen Dramen, von A. Ratiibeau, 
Marburg 1886, p. 70 (Ausgahen und Ahhandlunyen LVHI). 



I. 

Il ne muet pas de sons cbelui qui plaint 
paine et travail ki acquiert avantage, 
pour chou ne puis vëoir que chiex bien aint 
qui pour goïi" d'amour souffranche gage, 
qui n'est souffrans et d'estable corage, 
il ne se doit entremestre d'amer; 
car cors ne puet en amour pourfiter 
qui est acompaigniés a cuer volage. 

Chil qui d'amour essauchier ne se faint, 
ne puet avoir eu li servant damage, 
qui bien le sert, ses biens fais li remaint; 
qui mal drois est, qu'il li tourt a hontage! 
dont ne fait pas chieus c'on le ligne a sage 
qui sert sa dame et amours de guiller: 
cbascuns le doit fuïr et eskiever 
com chelui que se loiauté engage. 

Voirs est c'amours toute valour ataint, 
et par li sont furni tuit vasselage. 
les siens garnist, toute cruauté vaint: 
dont sachent tuit que g'iere en son servage, 
de bien amer voeil maintenir l'usage; 
plus douchement ne quier mon tans user, 
car je vaii miex dou savereus penser 
et d'un joli espoir qui m'assouage. 

N'est pas petis li maus qui me destraint: 
mon taint vïaire en trai a tesmoignage. 
par vo cuer l'ai, dame, quant il ne fraint 
vers moi que riens ne demaut par haussage 
et qui sui tous vostres a hiretage. 
de che que vous m'avés fait endurer 
veïst on tost autrui désespérer; 
mais ja pour che n'i penserai folage. 

Merchi, dame, la cui biautés sourvaint 
mon cuer qui vous a fait loial homage 
si voirement, qu'en vous li pooirs maint 
de bien et tost alegier mon malage, 
et qu'en autrui n'en voi le signerage. 
me voeilliés vous d'un regart conforter, 
et souffranche ne me porra grever, 
car bons secours fait bien tenir estage. 

Comment c'a moi soit ma dame sauvage, 



pour accomplir son voloir sans veer 
me voeil a li bonnement présenter 
par ma canchon, de cui je fais mosage. 

"• 

Li jus Adan ou de la feuillie (Début). 
Adans. 

Segneur, savés pour quoi j'ai mon abit cangiet? 

j'ai esté avoec feme, or revois au clergiet; 
10 si aveitirai chou que j'ai piecha sougiet; 

mais je voeil a vous tous avant prendre congiet. 

or ne porront pas dire aucun que j'ai antés 

que d'aler a Paris soie pour nient vantés: 

chascuns puet revenir, ja tant n'iert encantés; 
15 après grant maladie ensieut bien grans santés. 

d'autre part je n'ai mie chi men tans si perdu 

que je n'aie a amer loiaument entendu. 

encore pert il bien as tes quels li pos fu. 

si m'en vois a Paris. 
20 Rikece Auris 

caitis, qu'i feras tu? 

onques d'Arras bons clers n'issi, 

et tu le veus faire de ti! 

che seroit grans abusions. 
25 Adans 

n'est mie Rikiers Amïons 

bons clers et soutiex en sen livre? 
Hane li merciers 

oïl, poiir deus deniers le livre; 
30 je ne voi qu'il sache autre cose: 

mais nus reprendre ne vous ose, 

tant avés vous muaule chief. 
Piikiers 

cuidiés vous qu'il venist a kief, 
35 biaus dous amis, de che qu'il dist? 
Adans 

chascuns mes paroles despist, 

che me seule, et giete raolt loing; 

mais puis que che vient au besoing 
40 et que par moi m'estuet aidier, 

sachiés je n'ai mie si chier 

le séjour d'Arras ne le joie, 



8 cuers. 15 en amour. 19 tout. 21 tout, ser- 
vaige. 20 petit. 20 qiii nient. 30 suis. 33 ni. 



38 lonc. 



379 



XII !<■ SIECLE. 



380 



que l'aprendre laissier en doie. 
puis que diex m'a donué engien, 
tans est que je l'atour a bien; 
j'ai chi assés me bourse escouse. 

Guillos H pelis 
que devenra dont li pagouse, 
me commère dame MaroieV 

Adans 
biaus sire, avoec men pere«ert chi. 

Guillos 
maistres, il n'ira mie ensi, 
s'ele se puet mètre a le voie; 
car bien sai, s'onques le connui, 
que s'ele vous i savoit hui, 
que demain iroit sans respit. 

Adans 
et savés vous que je ferai? 
pour 11 espanir, meterai 
de le moustarde seur men vit. 

Guillos 
maistre, tout che ne vous vaut nient 
ne li cose a che point ne tient; 
ensi n'en poês vous aler; 
car puis que sainte église apaire 
deus gens, che n'est mie a refaire, 
garde estuet prendre a l'engrener. 

Adans 
par foi, tu dis a devinaille, 
aussi com par chi le me taille: 
qui s'en fust wardés a l'emprendre? 
amours me prist en itel point 
ou li amans deus fois se point, 
s'il se veut contre li deffendre; 
car pris fui au premier boullou, 
tout droit en le verde saison 
et en l'aspreche de jouvent, 
ou li cose a plus grant saveur, 
car nus n'i cache sen meilleur 
fors chou qui li vient a talent, 
esté faisoit bel et seri, 
douç et vert et cler et joli, 
delitaule en chans d'oiseillons, 
en haut bos, près de fontenele 
courans seur maillie gravele: 
adont me vint avisions 
de cheli que j'ai a feme ore, 



qui or me sanle pale et sore. 
adont estoit blanke et vermeille, 
rïans, amoureuse et deugie; 
or le voi crasse, mautaillie, 
5 triste et tenchans. 

Rikiers 
c'est grans merveille, 
voirement estes vous miiaules, 
quant faitures si delitaules 

10 avés si briément ouvlïees: 
bien sai pour coi estes saous. 

Adans 
pour coi? 

Rikiers 

15 ele a fait envers vous 

trop grant marchié de ses denrées. 

Adans 
ha, Riquier, a che ne tient point; 
mais amors si le gent enoint 

20 et chascune grasse enlumine 
en famé et fait sanler si grande, 
si c'on cuide d'une truande 
bien que che soit une roïue. 
si crin sanloient reluisant 

25 d'or, roit et crespe et fremïant: 
or sont këu, noir et pendiç. 
tout me sanle ore en li mue: 
ele avoit front bien compassé, 
blanc, ouni, large, fenestriç; 

30 or le voi cresté et estroit. 

les sourchiex par sanlant avoit 
enarcans, soutiex et ligniés 
d'un brun poil, pourtrait de pinchel, 
pour le resgart faire plus bel; 

35 or les voi espars et dreschiés 
con s'il voellent voler en l'air, 
si noir oeil me sanloient vair, 
sec et fendu, prest d'acaintier, 
gros desous déliés fauchiaus, 

40 a deus petis ploçons jumiaus, 
ouvrans et cloans a dangier, 
et simples regars amoureus; 
puis si descendoit entre deus 
li tuiaus du nés bel et droit, 

45 qui li donnoit fourme et figure, 
compassé par art de mesure. 



30 gardés. 34 fu. 35 varde. 



29 onmi. 



381 



COJJN MUSEÏ. 



382 



et de gaieté souspiroit. 
entour avoit blankes maisseles, 
faisans au rire deus foisseJes, 
un peu nuëes de vermeil, 
parans desous le cuevrekief. 
ne diex ne venist mie a kief 
de faire un vïaire pareil 
que li siens adont me sanloit. 
H bouche après se poursievoit 
graille as cors et grosse ou moilon, 
freske et vermeille comme rose; 
blanque endenture jointe et close; 
en après fourchelé menton, 
dont naissoit li blanke gorgete, 
dusk' as espaules sans fossete, 
ounie et grosse en avalant; 
haterel poursievant derrière 
sans poil blanc et gros de manière, 
seur le cote un peu reploiant; 
espaules qui point n'encruquoient, 
dont li loDC braç adevaloient, 
gros et graille, ou il aferoit. 
encor estoit tout che du mains, 
qui resgardoit ches blankes mains, 
dont naissoient chil bel lonc doit, 
a basse jointe, graile en fin, 
couvert d'un bel ongle sangin, 
près de le kar ouni et net 
or verrai au moustrer devant, 
de le gorgete en avalant : 
et premiers au pis camuset, 
dur et court haut et de point bel, 
entrecloant le ruiotel 



d'amours, qui kiet en le foiirchelc; 

boutine avant et rains vauties, 

com manches d'ivoire entaillies 

a ches coutiaus a demoisele; 
5 plate banque, ronde gambete, 

gros braon, basse quevillete, 

pié vautiç, haîngre, a peu de char: 

en li avoit itel devise. 

si quit que desous se chemise 
10 n'aloit pas li seurplus en dar. 

et ele perchut bien de li 

que je l'amoie miex que mi. 

si se tint vers moi fièrement; 

et con plus iiere se tenoit, 
15 plus et plus croistre en mi f'aisoit 

amour et désir et talent. 

avoec se merla jalousie, 

desesperanche et derverie; 

et plus et plus fui en ardeur 
20 pour s'amour, et mains me connu!, 

tant c'ainc puis aise je ne fui, 

si eue fait d'un maistre un segneur. 

bonnes gens, ensi fui jou pris 

par amours qui si m'eut souspris: 
25 car faitures n'ot pas si bêles 

comme amours le me fist sanler; 

mais désirs le me fist gouster 

a le grant savour de Vaucheles. 

s'est drois que je me reconnoisse 
30 tout avant que me feme engroisse 

et que li cose plus me coust: 

car mes fains en est apaiés. 



DESCORT DE COLIN MUSET. 

Altfrunzôsische Lieder und Leiche von Wilh. Wackernagel, p. 72 — 74. 



Or voi lou douls tens repairier 
ke li rosingnors chante en mai, 
et je cuit ke doie aligier 
li mais et la dolour ke j'ai. 

Adonc m'ocïent li délai 
d'amors ki les font eugringnier. 
lais, mar vi onkes son cors gai, 
s'a ma vie ne le conquier. 

2 blanche maissele. 16 onnii et gros. 28 onmi. 



Amors de moi ne cuide avoir pechiés 
por ceu ke seux ses liges bons sougiés. 
douce dame, preigne vos en pitiés : 
ki plux s'abaisse, plux en est haitiés. 

Et quant si grant chose enpris ai 
com de vostre amor chalongier, 
tous tens en perdon servirai 

3 manche. 27 et. 3i pechiet. 35 ces. sougis. 
37 ke. en W: manque. 3S ai W : manque. 



383 



XIII« SIECLE. 



384 



se tost n'en ai autre luwior. 
ma très douce dame honorée, 
je ne vos os nés proier. 
cil est trop fols ki si haut bee 
c'om n'i ose aprochier. 

Mais toute voie 
très bien je voroie, 
vostre amor fust moie 
por moi ensignier. 
car a grant joie 
vit et s'esbanoie 
cui amors maistroie: 
bien se doit prixier. 

Ki bien veult d'amors joïr, 
se doit soifrir et endureir 
kan k'elle li veult merir: 
a repentir ne doit penseir, 
c'om puet bien tout a loixii- 
son boen désir a poent meueir. 
endroit de moi cuit morir 
muels ke guérir por bien ameir. 

Se je n'ai la joie grant 
ke mes cuers désire tant, 
defenir mestuet briément, 
douce rien, por cui je chant, 
eu mon descort vos déniant 
un ris debonairement. 



s'en vivrai plux longuement 
moins en avrai de torment. 

Belle, j'ai si grant envie 
d'enbraissier vostre cors gent, 
s'amors ne m'en fait aïe, 
j'eu morrai prochiennement. 
amors ne me faudrait mie, 
car je l'ai tous jors servie, 
et ferai toute ma vie 
sens nulle fauce pensée 
plux de toute gent loëe, 
plux ke nulle ke soit née. 
se vostre amor m'est donee, 
bien iert ma joie doublée. 

Mon descort ma dame aport 
la bone duchesce por chanteir: 
de tous biens a li m'acort, 
k'elle aimme déport, rire et jueir. 

Dame, or vos veul bien moustreir 
ke je ne sai vostre peir 
de bone vie meneir 
et de loiaulment ameir. 
adés vos voi amendeir 
en vaillance et en doneir: 
nel laissiés jai por jangleir, 
k'il ne vos puet riens greveir. 



JEHAN DE MEUNG, CONTINUATION DU ROMAN DE LA ROSE. 

Le roman de la Rose, nouvelle édition par Francisque Michel, Paris 1864, p. 277 — 285, V. 9106 — 9339. 
Donné ici d'après le nis. 378, Fol. 37. Le Roman de la Rose, éd. Marteau, Orléans 1878, Vol. II, 
p. 276. Le premier passage imite la description de l'âge d'or donnée par Ovide {Métam. 1, 88 ss.). 



Jadis au tens nos premiers pères 
et de nos premeraines mères, 
si com la letre le tesmoigne, 3o 

par cui nous savons la besoigne, 
furent amours loiaus et fines, 
sanz convoitise et sauz rapines, 
li siècles ert moult precïeus, 
n'erent pas si delicïeus 35 

no de robes ne de viandes. 
il cueilloient el bois les glandes 
pour pain, pour char et pour poissons 



3 08 ir.- ois. 4 beie. l ieinanque: W. supplée 
le. it tsbanoic W: enbauoic. 



et cerchoient par ces buissons 

par plains, par vaus, et par moutaignes, 

pommes, poires, noiz et chastaignes, 

boutons et meures et pruneles, 

franboises, freses et ceneles, 

fèves et pois et tes chosotcs, 

com fruiz, racines et herbetes, 

et des cspiz de blé frostoient, 

et des roisins es cbans grapoient 

sanz mètre en pressoir ne en esnes. 

li miel decoroient des chesnes, 

dont abondanmeut se vivoient, 

et de l'cave simple beuvoient 

senz t^uerre pigment ne claré, 



Û 



385 



JEHAN DE MEUNG. 



386 



n'ouques ne burent vin parc. 

n'ert point la terre lors aree, 

mais, si com diex l'avoit parce, 

par soi mcïsmes aportoit 

ce dont chascuns se confortoit. 

ne queroient saumons ne luz, 

ainz vestoient les cuirs veluz 

et faisoient robes de lainnes, 

sanz taindre en herbes ne en grainnes, 

si com il venoient des bestes. 

couvertes erent de genestes 

et de fueilles et de ramiaus 

leur bordetes et leur hamiaus, 

et faisoient en terre fosses. 

es roches et es tiges grosses 

des chesnes crues se reboutoient, 

quant la tempeste redoutoient. 

de quel que tempeste aparant 

la s'en fuioient a garant. 

et quant dormir par nuit voloient, 

en leu de coustes aportoient 

en leur casiaus monciaus de gerbes, 

de fueilles, de mousses ou d'erbes 

et quant li airs ert apaisiez, 

et li tans douz et aaisiez 

et li venz mouz et delitable, 

si comme en primtens pardurable, 

que cil oisel chascun matin 

s'estudïent en leur latin 

a l'aube du jour saluer, 

qui tout leur fait leur cuers muer, 

Zephirus et Flora sa famé, 

qui des fleurs est déesse et dame 

(cil dui font les floretes naistre, 

fleurs ne connoissent autre maistre, 

car par tout le monde semant 

les vont cil et celé en semant 

et les forment et les coulèrent 

des colours dont les flors honnorent 

puceles et valiez proisiez, 

de biaus chapelez renvoisiez 

pour l'amour des fins amoreus, 

car mult ont en grant amour eus), 

de floretes leur estendoient 

les coûtes pointes, qui rendoient 

tel resplendeur par ces herbages, 

16 des iV.] es. crues M.] gros. n la] lair. 
31 touz. 

Bartsch, Chiestomathie. VI. Éd. 



par ces prez et i)ar ces ramages, 
qu'il vous fust avis que la terre 
vousist enprendre estrif ou guerre 
au ciel d'estre miex estelee: 
5 tant ert par ses fleurs révélée, 
sour tels coustes com je devise, 
sanz rapine et sanz convoitise 
s'entracoloicnt et baisaient 
cil cui les geus d'amours plaisaient. 

10 cil arbre vert, par ces gaudines, 
leur paveillons et lor cortines 
de leur rains sor aus estendoient, 
qui dou soleill les desfendoient. 
la demenoient leur karoles, 

15 leur geus et leur oiseuses moles 
les simples genz assëurees, 
de toutes cures escurees, 
fors de mener jolivetez 
par tines amïabletez. 

20 n'encor n'avoit fait roi ne prince 
mesfais, -qui l'autrui tost et pince, 
trestuit paraill estre soloieut 
ne riens propre avoir ne voloient. 
bien savoient ceste parole 

25 qui n'est mençongiere ne foie, 
c'onques amours et seignorie 
ne s'entrefirent compaingnie 
ne ne demorerent ensamble: 
cil qui maistrie, les dessemble. 

30 Pour ce voit on des mariages, 

quant li mariz cuide estre sages, 
il chastoie sa famé et bat 
et la fait vivre en tel débat 
qu'il li dit qu'ele est nice et foie 

35 dont tant demeure a la karole 
et dont el hanste si souvent 
des jolis valiez le couvent, 
que bonne amours n'i puet durer: 
tant s'entrefont maus endurer, 

40 quant cil veult la maistrise avoir 
du cors sa famé et de l'avoir, 
'trop estes', fait il, 'vilotiere, 
si ravez trop nice manière: 
quant sui en mon labour alez, 

45 tantost espringuez et balez 
et démenez tel rabaudie, 
que ce samble estre ribaudie, 



25 



387 



XII1« XIV^- SIECLE. 



388 



et chantez comme une seraine. 
diex vous mete en maie semaine! 
et quant vois a Romme ou en Frise 
porter nostre marchëandise, 
vous devenez tantost si cointe, 
car je sai bien qui me'n acointe, 
que par tout en vait la parole, 
et quant aucuns vous an parole, 
vous respondez 'hari, hari, 
c'est pour l'amour de mon mari.' 
pour moi, las dolereus chetis! 
qui set se je forge ou je tis 
ou se je sui ou morz ou vis? 
l'en me devroit flastir ou vis 
une vessie de mouston. 
certes je ne vaill un bouston, 
quant autrement ne vous chasti. 
moult m'avez or bon los basti, 
quant de tel chose vous veniez ; 
chascuns set bien que vous mentez, 
pour moi, las dolereus, pour moi! 
maus ganz de mes mains enfourmoi 
et cruieusement me deçui 
quant onques vostre foi reçu! 
le jour de nostre mariage, 
pour moi menez tel rigolage? 
pour moi menez vous tel bobant? 
qui cuidiez vous aler lobant? 
ja n'ai je pas lors le pooir 
de ces cointerles vëoir, 
que cil ribaut saffre et frïant, 
qui vont ces pustains espïant, 
entour vous remirent et voient, 
quant par ces rues vous convoient? 
a cui parez vous ces chastaingnes V 
qui me puet faire plus d'engaingnes ? 
vous faites de moi chape a pluie, 
quant orendroit lez vous m'apuie. 
je voi que vous estes plus simple 
en cest seurcot, en ceste guimple 
que tourterele ne coulons: 
ne vous chaut s'il est courz ou Ions, 
quant sui touz seulz lez vous gesanz; 
qui me donroit quatre besanz, 
combien que débonnaires soie, 
se pour honte ne le laissoie, 



ne me tenroie de vous batre, 
pour vostre grant orgueill abatre. 
si sachiez qu'il ne me plaist mie 
qu'il ait en vous nule cointie, 
5 soit a karole, soit a dance, 
fors seulement en ma présence. 

D'autre part nel puis plus celer, 
entre vous et cel bacheler, 
Robichonnet au vert chapel, 

to qui si tost vient a vostre apel, 
avez vous terres a partir? 
vous ne pouez de lui partir, 
tous jours ensamble flajolez, 
ne sai que vous entrevolez, 

15 que vous pouez vous entredire, 
tous vis m'estuet enragier d'ire 
par vostre fol contenement. 
par icelui dieu qui ne ment, 
se vous jamais parlez a li, 

20 vous eu avroiz le vis pâli, 

voire certes plus noir que meure; 
car de cops, se diex me sequeure, 
ainz que ne vous ost cest musage, 
vous donrai tant par cel visage, 

25 qui tant est as musarz plaisanz, 
que vous tendroiz coie et taisanz. 
ne jamais hors sanz moi n'irez, 
mais a l'ostel me servirez 
en bons aniaus de fer rivée. 

30 dëable vous font si privée 

de ce ribaut plain de losange, 
dont vous dëussiez estre estrange. 
ne vous pris je pour moi servir? 
cuidiez vous m'amour desservir 

35 par acointier ces orz ribauz, 

pour ce qu'il ont les cuers si bauz 
et qu'il vous retruevent si baude? 
vous estes mauvaise ribaude, 
si ne me puis en vous fier: 

40 maufé me firent marier. 

Ha, se Thcofratus crëusse, 
ja famé espousee n'eusse! 
il ne tient pas homme pour sage 
qui famé prent en mariage, 

4o soit laide ou bêle, ou povre ou riche: 
car il dist pour voir et affiche, 



29 haniaus. 4o maufl'ez. 



389 



JEHAN DE JOINVFLLE. 



390 



en son noble livre Auréole, 

qui bien fait a lire eu escolc, 

qu'il y a vie trop grevaine, 

plaine de travail et de paiue 

et de contens et de rïotes 

par les orgueulz des famés sotes, 

et de dangiers et de reprouches 

que font et dïent par leur bouches, 

et de requestes et de plaintes 

que truevent par ochoisons maintes. 

si ra grant paine en euls garder, 

por leur fox vouloirs retarder. 

et qui veult povre famé prendre, 

a norrir la l'estuet entendre 

et a vestir et a chaucier; 



et s'il tant se cuide essaucier 
qu'il la preigne riche forment, 
a souffrir l'a a grant torment: 
tant la trueve orgueilleuse et fiere 
et seurcuidee et bobenciere. 
s'ele est bêle, tuit y aqueurent, 
tuit la poursivent, tuit l'enneurent, 
tuit i luitent, tuit i travaillent, 
tuit i hurtent, tuit i bataillent, 
tuit a li servir s'estudïent, 
tuit li vont entour, tuit la prient, 
tuit i musent, tuit la convoitent, 
si l'ont en la fin, tant esploitent: 
car tours de toutes parz assise 
enviz eschape d'estre prise. 



JEHAN DE JOINVILLE, HISTOIRE DE SAINT-LOUIS. 

Histoire de Saint-Louis par J. sire de Joinville, publiée par N, de Wailly, 2® éd., Paris 1874, p. 62—72. 



Après ce que il fu croisiez, se croisierent 
Robers li cuens d'Artois, Auphons cuens de 
Poitiers, Charles cuens d'Anjou, qui puis fu 
roys de Cezile, tuit troi frère le roy; et se 



quelour et li autre riche home, qui la estoient, 
donnèrent a mangier chascuns li uns après 
l'autre, le lundi, le mardi, le mercredi et le 
jeudi. 



croisa Hugues dus de Bourgoingne, Guillaumes 20 Je lour diz le vendredi 'signour, je m'en 
cuens de Flandres, frères le conte Guion de voi outre mer, et je ne sai se je revenrai. 
Flandres nouvellement mort, li bons Hues or venez avant: se je vous ai de riens mes- 
cuens de Saint- Pol, messires Gauchiers ses fait, je le vous desferai l'un par l'autre, si 
niez, qui moût bien se maintint outre mer et comme je ai acoustumei, a touz cens qui vour- 
mout ëust valu se il ëust vescu. si i furent 25 ront riens demander ne a moy ne a ma gent.' 
li cuens de la Marche et messires Hugues li je leur desfiz par l'esgart de tout le commun 
Bruns ses fiz, li cuens de Saleb ruche, mes- de ma terre; et pour ce que je n'eusse point 
sires Gobers d'Apremont ses frères, en oui d'emport, je me levai dou conseil et en ting 
compaingnie je Jehans, sires de Joinville, pas- quanque il raporterent, sanz débat, 
sames la mer en une nef que nous louâmes, 30 Pour ce que je n'en vouloie porter nulz 
pour ce que nous estiens cousins; et passa- deniers a tort, je alai lessier a Mez eu Lor- 
raes de la atout vint chevaliers, dont il estoit reinne grant foison de ma terre en gaige; et 
li disiesme et je moy disiesme. sachiez que, au jour que je parti de nostre 

A pasques, en l'an de grâce que li milïaires païz pour aler en la terre sainte, je ne tenoie 
couroit par mil dous cenz quarante et huit, 35 pas mil livrées de terre, car ma dame ma 
mandai je mes homes et mes fievez a Joinville; mère vivoit encore; et si y alai moy disiesme 
et la vegile de la dite pasque, que toute celé de chevaliers et moy tierz de banieres. Et 
gent que je avoie mandei, estoient venu, f u nez ces choses vous ramantoif je , pour ce que, 
Jehans mes fiz sires de Ancerville, de ma pre- se diex ne m'ëust aidié, qui onques ne me 
miere femme qui fu suer le conte de Grant- 40 failli , je l'eusse souffert a peinne par si lonc 
prei. toute celle semainne fumes en festes et tems, comme par l'espace de six ans que je 
en quaroUes, que mes frères li sires de Vau- demourai en la terre sainte. 

25* 



391 Xllle XIV-^ SIECLE. 392 

En ce point que je appareilloie pour mou- et puis si s'en vint mettre en vostre prison; 
voir, Jehaus sires (l'Apremont et cuens de Sale- sire, et je le vous amein, si en ferez vostre 
bruche de par sa femme , envoia a moy et volentei, et veez le ci.' 'Sire clers', fist li roys, 
me manda que il avoit sa besoigne arée pour 'vous avez perdu a estre prestre par vostre 
aler outre mer, li disiesme de chevaliers; et 5 proësce; et pour vostre proësce je vous re- 
me manda que, se je vousisse, que nous lois- tieing a mes gaiges, et en venrez avec moy 
siens une nef entre li et moy ; et je li otroiai : outre mer. et ceste chose vous faiz je encore 
sa gent et la moie louèrent une nef a Mar- a savoir, pour ce que je vueil bien que ma 
seille. gent voient que je ne les soustenrai en nulles 

Li roys manda tous ses barons a Paris et lO de lour mauvestiés.' Quant li peuples, qui la 
lour fist faire serement que foy et loiautei estoit assemblez, oy ce, il se escrïerent a 
porteroient a ses enfans, se aucune chose ave- nostre seignour et li prièrent que diex li don- 
uoit de li en la voie, il le me demanda, maiz nast bone vie et longue et le rameuast a joie 
je ne voz faire point de serement, car je et a santei. 

n'estoie pas ses hom. Endementres que je 15 Après ces choses je reving en nostre païs, 
venoie, je trouvai trois homes mors sur une et atirames, li cuens de Salebruche et je, que 
charrette, que uns clers avoit tuez ; et me dist nous envoieriens nostre harnois a charetes a 
on que on les menoit au roy. quant je oy Ausonne, pour mettre ilec en la rivière de 
ce, je envoiai un mien escuïer après pour Saonne pour aller jusques a Aile depuys la 
savoir comment ce avoit estei. et conta mes 2û Sone jusques au Rone. 

escuïers que je y envoiai, que li roys, quant Le jour que je me parti de Joinville j'en- 

il issi de sa chapelle, ala au perron pour vëoir voiai querre l'abbei de Chemiuon, que on tes- 
les mors et demanda au prevot de Paris com- moingnoit au plus preudome de l'ordre blanche, 
ment ce avoit estei. et li prevoz li conta que un tesmoingnaige li oy porter a Clerevaus, le 
li mort estoient troi de ses serjaus dou 25 jour d'une feste nostre dame, que li sainz 
Chastelet, et li conta que il aloieut par les roys i estoit, a un moinne qui le moustra et 
rues forainues pour desrober la gent; et dist me demanda se je le cognoissoie. et je li diz 
au roy que 'il trouvèrent ce clerc que vous pour quoy il le me demandoit. et il me res- 
veez ci, et lui tollirent toute sa robe, li clers pondi 'car je entent que cest li plus preu- 
s'en ala en pure sa chemise en son hostel et 3o dom qui soit en toute l'ordre blanche, en- 
prist s'arbalestre et list aporter a un enfant core sachiez', fist il, 'que j'ai oy conter a un 
sou fauchon. quant il les vit, il les escrïa et preudome qui gisoit ou dortour la ou li abbes 
lour dist que il y mourroieut. li clers tendi de Cheminon dormoit; et avoit li abbes des- 
s'arbaleste et trait et en feri l'un par mi le couvert sa poitrine pour la grant chalour que 
cuer; et li dui touchierent a fuie; et li clers 35 il avoit; et vit cis preudom, qui gisoit ou dor- 
prist le fauchon que li eûtes teuoit, et les tour ou li abbes de Cheminon dormoit, la 
ensuï a la lune qui estoit belle et clere. li mère dieu qui ala au lit l'abbei, et li retira 
uns en cuida passer par mi une soif en un sa robe sur son piz pour ce que li venz ne 
courtil, et li clers fiert dou fauchon', fist li li feïst mal.' 

prevoz , 'et li trancha toute la jambe en tel 4o Cis abbes de Cheminon si me donna m'e- 
maniere que elle ne tient que a l'estival, si scharpe et mon bourdon; et lors je me parti 
comme vous veez. li clers rensuï l'autre, li- de Joinville sanz rentrer ou chastel jusques a 
quex cuida descendre en une estrauge maison ma revenue , a pie , deschaus et en langes, et 
la ou la gent veilloieut encore; et li clers le ainsi alai a Blehecourt et a Saint Urbain, et 
feri dou fauchon par mi la teste si que il le 45 autres cors sains qui la sont. Et endemen- 
fendi jusques es dens, si comme vous poëz tieres que je aloie a Blehecourt et a Saint 
vëoir', fist li prevoz au roy. 'sire', fist il, 'li Urbain, je ne voz ouques retourner mes yex 
clers rnoustra sou fait aus voisins de la rue, vers Joinville, pour ce que li cuers ne me 



393 STABAT MATER. 394 

attendrisist dou biau chastel que je lessoie et par dieu!' et il si tirent, et en brief tens li 
de mes dous enfans. venz se t'eri ou voile et nous ot tola la vëue 

Je et mi compaingnou mangames a la Fou- de la terre, que nous ue veïsmes que ciel et 
teiune l'Arcevesque devant Dougieuz ; et illec- yaue : et cbascuii jour nous esloigna li venz 
ques l'abbes Adaus de Saint Urbain, que diex :> des pais ou nous aviens estei nei. et ces 
absoille, donna grant foison de biaus juiaus a choses vous moustre je que cil est bien fol 
moy et a neuf chevaliers que j'avoie. des la hardis, qui se ose mettre eu tel péril atout 
nous alames an Ausone et eu alames atout autrui chatel ou eu pechié mortel; car l'on se 
nostre heruoiz, que nous aviens fait mettre dort le soir la ou on ne set se l'on se trouvera 
es neis, des Ausone jusqucs a Lyon contreval lo ou fout de la mer au matin, 
la Soue; et encoste les neis menoit on les Eu la mer nous avint uue tiere merveille, 

graus destriers. que nous trouvâmes une moutaigne toute 

A Lyon entrâmes ou lloue pour aler a ronde qui estoit devaut Barbarie, nous la 
Ailes le Blanc; et dedans le Rone trouvâmes trouvâmes eutour l'eure de vespres et najames 
un chastel que l'on appelle Roche de Gliu, i5 tout le soir, et cuidames bieu avoir fait plus 
que li roys avoit fait abbatre, pour ce que de cinquante lieues; et l'endemain nous nous 
Rogiers, li sires dou chastel, estoit criez de trouvâmes devaut icelle meïsmes montaigne; 
desrober les pèlerins et les marchans. et ainsi nous avint par dous foiz ou par trois. 

Au mois d'aoust entrâmes en nos neis a la Quant li marinier vireut ce, il furent tuit 
Roche de Marseille: a celle journée que nous 20 esbahi et nous distrent que nos neis estoient 
entrâmes en nos neis, fist l'on ouvrir la porte en grant péril : car uous estiens devaut la 
de la nef, et mist l'on touz uos chevaus ens, terre aus Sarrazins de Barbarie. Lors nous 
que nous deviens mener outre mer; et puis dist uns preudom prestres que on appeloit 
reclost l'on la porte et l'enboucha l'on bien, doyen de Malrut, car il n'ot onques persecu- 
aussi comme l'on naye un tonnel , pour ce 25 cïon en paroisse, ne par défaut d'yaue ne de 
que, quant la neis est en la grant mer, toute trop pluie ne d'autre persecucïon, que aussi 
la porte est en l'yaue. Quant li cheval furent tost comme il avoit fait trois processions par 
ens , nostre maistres notonniers escrïa a ses trois samedis , que diex et sa mère ue le de- 
notonniers qui estoient ou bec de la nef et livrassent. Samedis estoit: nous feïsmes la 
lour dist 'est arée vostre besoiugne y' et il 3u première procession entour les dous maz de 
respondirent 'oïl, sire, vieingnent avant li clerc la nef; je meïsmes m'i fiz porter par les braz, 
et li provere!' Maintenant que il furent venu, pour ce que je estoie grief malades. Onques 
il lour escrïa 'chantez, de par dieu!' et il s'es- puis nous ne veïsmes la moutaigne, et veni- 
crïerent tuit a une voiz 'veni crealor spiritus.'' mes en Cypre le tiers samedi, 
et il escrïa a ses notonniers 'laites voile, de 35 



STABAT MATER. 



Ms. de Paris, fonds franc. 984 {anc. 7305), fol. 15. Copie de M. Schirmer. Comparez les versions 
allemandes dans Hoffmann, Kirchenlied {1^ éd.) No. 198 — 2U0 et Die Erlôsung (éd. BartscU) p. 290—293. 

Delés la croix moult doloreuse a grant doleur par my passoit. 

estoit la mère glorieuse, benoiste vierge Marie, 

plourant quant son doulx filz pandoit; comment tu fus triste et marie, 

le glague de sa mort criieuse quant tu veïz ton cher enfifant, 

son ame digne et précieuse 40 de duels et de pleurs si remplie 

3ti Se les. 39 creuse. 40 duels. 



395 



XlVe SIECLE. 



396 



et de grant torment amortie, 
pendre en la croiz villainement! 

Qui est celuy, très dousce mère, 
qui te veïst ainsi amere 
et en si doloreux torment, 
qui n'eust pitié de la misère 
du iilz et de toy, vierge mère, 
et ne plorast amèrement? 

En ta présence, vierge pure, 
tu vëois a si grant Jaidure 
mourir ton doulx filz débonnaire 
pour le péché et forfaicture 
de toute humaine créature: 



ce te fist rage d'amour faire. 

mère, fontaine d'amour, 
fay moy sentir ta grant doiour, 
et qu'avec toy puisse plorer; 
fay que mon cuer par grant ardeur 
puisse Jésus son doulx seignour 
servir, aymer et honorer. 

saincte mère vierge et gente, 
fay que mon cueur enduré sente 
les playes que ton filz souifrit 
en la crois davant toy dolente 
pour mon ame vile et puante 
et si honteusement mourit. 



JEHAN DE CONDE. 

Gedichte von Jehan de Condet herausgegeben von Adolf Tobler , Stuttgart 1860, p. 96 — 100. Dits 

et contes de Baudouin de Condé et de son fils Jean de Condé, par A. Scheler, Tome II, Bruxelles 1866, 

p. 297 — 302. J'ai suivi l'édition de Schelcr, dans la division par strophes. 



De C amant hardi et de l'amant crème teus. 

En le douche saison jolie 
que toute créature est lie 
par droit de nature et joieuse 
et que naist la fiours en la pree, 
kantent oysiel main et viespree 
et mainnent vie glorieuse, 
n'est si petitte créature 
qui ne soit joians par nature 
pour la douçour dou tamps nouviel, 
dont se doit amans resjoïr 
et le douch printans conjoïr 
et démener joie et reviel. 

Un jour en ce tamps deliteus, 
de joie d'amour couvoiteus, 
pensant a un nouviel kant faire, 
en un moult biel vregier entrai 
et deus dames y encontrai, 
qui estoient de grant afaire. 
erranment saluai cascunne. 
'compaingne', çou a dit li uune, 
'ves chi Jehan qui nous dira 
de nostre débat la sentence, 
dont avons esté en grant tence: 
je croi ja nel contredira.' 

Dist l'autre 'Jehan de Condé, 
je croi le cuer ayés fondé 
5 tormcns. 9 pure] mère. 



en amoureus entendement. 

15 ceste sentence nous rendes 

et nos deus raisons entendes 
et y pensés parfondement.' 
a une part de cest vregier, 
pour les trespassans eslongier, 

20 sommes assis entre nous trois; 

la besoingne ont renouvelée: 
la recomença la mellee 
et li debas fors et destrois. 
Dist li unne 'doi amant sont, 

25 qui divierses manières ont 

en amour qui fort les assaut; 
li uns en son désir venant 
de hardi cuer son convenant 
dist a sa dame de plain saut; 

30 li autres est si fort doutans 

qu'il lait ansçois passer lonc tamps 
que dire ose sa maladie: 
tant est doutans et cremeteus. 
liquels aymme miex de ces deus, 

35 voel que ma compaingne me die.' 

L'autre dist 'li amans hardis 
vault mieus que li acouwardis; 
courant a sa dame se claimme 
et pour le grant force qu'il sent 



I 



3 doleur. 1 quauecques. 
10 ton doulx filz. 12 ville. 



plourer. 9 
13 mourir. 



endura. 



397 



JEHAN DE CONDE. 



398 



de vraie amour a çon s'asent 

et assés plus fortement airame.' 

'par foi ja par droit n'avenra, 

quant l'amant volentés venra 

d'amer, se si hardiement 5 

le dist, qu'il n'est pas bien espris 

d'amours; li autres miex est pris 

qui y mait lonc detrïement.' 

'Comment poés çou soustenir? 
a trop fali doit on tenir lo 

celui qui complaindre ne s'ose, 
femme ne fait pis ne ne dist 
k'a l'amant s'amour escondist: 
or prenge au pïeur ceste chose.' 
'dame, ne vous voelle peser, 15 

moult savés mal le fort peser 
d'amour, qui ce metés avant; 
car telle est li force d'amours 
k'adiés y doit iestre cremours. 
bien l'ai saiyet, de çou me vant.' 20 

'Compaingne, comment poet çou iestre 
que li amans de couwart iestre 
puet iestre au hardit aësmés ? 
couars n'ara ja bielle amie, 
ce cant'on, je ne m'en douch mie, 25 

couars est en tous lieus blasmés.' 
'dame, vous issés de la voie, 
car négligence vous desvoie, 
force d'amours, bien le saciés, 
sousprent si le fin amourous, ;<o 

quant a sa dame pawerous 
est et de doutance laciés.' 

'Compaingne, c'est malëurtés; 
car hardemens et sëurtés 
doient faire au cuer lonc manoir 35 

de l'amant, et en espérance 
doit siervir et en parsevrance, 
qu'iestre amés doie remanoir.' 
'dame, vrais amans qui conquerre 
voelt sa dame a miercit requerre, 10 

se crient si qu'il ne seit qu'il face: 
quant tous les poins a devises 
de li proyer et avisés, 
tout oublie, quant voit sa face.' 

'Compaingne, moult fait a blasmer 4.) 
et si s'en fait caitif clamer 

37 et en parseverance 1\ et parseverance .S. 
38 doiej ne doit 5. 43 et 5] est T et Ms. 



et l'en doit on moustrer au doit, 
endroit de moi l'amant desprise, 
quant il n'est de hardie emprise: 
hardemens avancier le doit.' 
'Jehan, a çou que vous oes 
le droit bien moustrer nous poês: 
d'amours savés moult des usages, 
dites selonc çou que sentes 
et au droit vo cuer assentés 
et nous en faites andeus sages.' 

Dame, ne sui pas tous li mons; 
mais de çou dont m'avés semons 
dirai mon avis ci endroit, 
s'i prenge garde qui s'entent: 
amans pawerous qui ateut 
est miex pris d'amours selonc droit, 
amaus selonc m'entencïon 
doit manoir en sugectïon, 
puisqu'il voet mierchi desiervir. 
li vrais amans se crient toudis 
et a paour d'iestre escondis; 
mais hardis doit iestre en siervir. 

Je di, u qu'il ait finne amour, 
ce ne poet iestre sans cremour: 
c'est d'amours li plus ciertains signes, 
amans qui vraie amour maintient 
est si humles que toudis tient 
que d'iestre amés ne soit pas dignes, 
toudis doit sougis iestre amans, 
qui d'amours tient les vrais commans 
et crient sa dame a courecier: 
et par ceste raison vous di, 
s'il a le cuer acouardi, 
on ne li doit pas reprocier. 

Et d'autre part telle est la force 
d'amours, que, s'un amant esforce, 
qu'il est si laciés et souspris, 
quant il voit sa dame em présent, 
de son cuer point a lui ne sent, 
ains est ainsi com li leus pris, 
humles doit iestre chiens qui prie 
et qui miercit requiert et crie 
et si ne seit qu'il avenra: 
douter se doit li bons qui plaide 
eu court, quant ne seit qui li aide 
ne comment ses plais )i veura. 

Dont se doit bien douter amans, 
qui est en finne amour tlamans. 



399 



XIV" SIECLE. 



400 



qui ne seit s'il iert escondis. 
endroit de mi di et afin, 
qu'il a le cuer assés plus fin 
en amour que n'ait li hardis, 
ne croi c'onques bons bien amast 



qui hardïement s'en clamast, 
selonc la force que je sai 
d'amours et que g'i ai trouvée, 
se g'ai bien ma raison prouvée, 
c'est par avis et par assai. 



BAUDUIN DE SEBOURC. 

Li llowdvs de Bauduin de Sebourc, Ille roy de Jérusalem, poème du XI Ve siècle, publié pour la 
première fois d'après les manuscrits de la bibliothèque royale. Valenciennes 1841, Tom. I, p. 359, 
Chant XIII, V. 80 ss. Collationnè sur les mss. 12552, >/. 59"= {A) et 12553, /b/. 178 (S). Bau- 
douin, accompagné de deux rois sarrazins secrètement convertis au christianisme, visite le Vieux de la 
Montagne, roi des IJautassis. Celui-ci les mène sur la terrasse d'un château bâti sur un pic extrêmement 
élevé: il veut leur donner des preuves de son pouvoir sur ses fanatiques sujets. 



'Voilés vëoir merveilles?' distlirois segnouris. 
'oïl', dist li califes, qui moult estoit soubtis. 
li Viex de la Montaingne ne s'i est aleutis, 
tost et isuelement appelle un Hautassis, 
lors li a fait un signe qu'il fuist a val salis, 
et chius s'est a ii pies dessus les crestiaus mis. 
ne s'en donnèrent garde le chevalier de pris 
quant le virent eu l'air salant de tel avis, 
et aussi lïement et aussi esjoïs, 
qu'il dëust conquester mil livres de parsis. 
ains qu'il venist a terre, il fu mors et fenis: 
sur les roches aguës desrompi corps et pis, 
trestous esmïela, en cent lieus fu partis, 
quant Bauduïns le voit, tous en fu esbahis: 
ains que 11 Viex lasquast en a fait salir sis. 

Bauduïns de Sebourc moult forment s'esmaia 
quant vit le Hautassis qui a val trondela; 
sis en i vit salir que li Viex commanda: 
il en sauroit otant c'onques diex en crëa 
ains c'uns en eschapast, ne vous mentirai ja. 
'seigneur', che dist li Viex, 'je n'ai nul homme cha 
qui ne face tout chou que li miens corps vorra: 
moult sera fox li bons qui me courechera.' 
'par Mahon!' dist califes, 'ne m'en merlerai ja; 
ains vous doit on servir de quanqu'il vous plaira, 
vous estes diex en terre, autre coze n'i a; 
on vous doit miex amer et croire cha et la 

6 posteis B. 8. 'JO le A. 9 apiertcment B. 
10 vail A. Il est A. a crestiaus dcseur a pies B. 
13 vinrent A. par tel B. 14 lienient B: le vient 
A. 16 manque A. tiere B. 19 vit trestous fu B. 
20 a manque A. 22 Haus A. vail A. trebuca B, 
25 en cbapast A. 25 ce B: manque A. le A. 
ja A. 27 le mien A. 28 courchera A. 29 merlera 
A, nellerai B. 30 quancon vous pora B. 31 est A. 



c'en ne fait Mahommet, car ja il ne fera 
chou que chi fait avés, ne tant de pooir n'a.' 
'cb'est voirs', che dist li rois, 'et encore el i a; 
car j'ai un paradis que on vous monstera: 

10 cb'est li plus nobles liex qu'onques diex estora; 
or venés après moi et on vous i menra.' 
li Viex de la Montaigne vistemeut les mena 
en un noble vergier ou bonnes herbes a: 
ou cor de che vergier, ensi qu'au lés delà 

ir, ot une porte d'or, car on le defrema: 
II. c. degrés d'argent li Viex a mont monta; 
la estoit paradis ou molt se délita: 
chel est d'or et d'asur: diex, quel palais i a! 
de trestoutes les herbes c'onques diex envoia 

20 i ot une manniere; et troy rieu furent la: 
li uns rendoit claret, a che c'en me conta, 
en l'autre couroit miel, li autres vin porta; 
une table d'or fin en mi che palais a 
et un riche eschafaut qui moult d'avoir cousta: 

•25 la sëoit Ivorine, ou tant de biauté a; 
la ot II. c. puchelles dont chascune chanta 
mélodieusement: menestreul furent la, 
jiians de tous inestiers dont on les doctrina; 
adés dansent et tresquent: tel joie on i mena 

30 qu'il n'est coers si dolans, s'ou paradis entra 
et veïst le déduit, le joie qu'il i a, 
le biauté des pucheles, le chant qu'on i chanta, 
tous ne fust resjoïs a regarder chela. 

6 ne manque A. 8 le .4. 9 morstera A. lO 
diex] nus B. 13 ou mit de b. B. 15 a B. que 
on li B. ici le A. 18 enclos dor B. que A. 
paradis B. 30 en i— plante et trois ries B. 21 un 
— clare A. 22 courot A. vins A. 23 le B. 20 
sceiot A. 27 menestres i ot B. 31 déduis A. 
32 de A. 



401 



IJAUDUIN DK SEl^OURC. 



402 



dessus un fauilestoet, qui d'or lin flambïa, 
la estoit Ivoriue, c'ouques ris ue geta 
ne ne fera jamais jusqu'à tant que verra 
flour de chevalerie, qui par tamps i venra. 
li Viex de la Montaigne as trois barons monstra 
le noble paradis et le lieu qu'il i a. 
Bauduïns de Sebourc, ossi tost qu'il vint la, 
regarde tout par tout, pour savoir s'il verra 
le plus belle du monde, que tant on li prisa, 
sus un siège d'or fin une dame avisa, 
le plus noble dou monde ne qui jamais sera; 
car de toute nobleche qui fu ne qui sera 
estoit ches corps parés; la couronne qu'elle a 
valoit une contrée: toute relumina 
de pieres pretïeuses, ou moult de vertus a; 
de perles, de safirs tels quatre cent i a 
qui valent plus d'avoir c'on ne vous nommera: 
et estoit esleveie, plus d'un piet de haut a. 
une cote ot vestie, a che c'on me conta, 
ouvrée de bourdure: li maistres qui l'ouvra 
imist trois ans ou plus ; moultgrant avoir cousta, 
les euvres furent bêles ; et li mantieus qu'elle a 
fu fais dedens une isle, que mers avirona, 
d'une ouvre sarrasine; une dame l'ouvra: 
VII. ans i mist au faire, chascuu jor si hasta; 
une riche escarboncle le mantel ataqua, 
qui par le nuit oscure moult grant clarté geta, 
comme fait li solaus que diex nous envoia. 
s'Ivorine fu noble, se biautés le passa; 
car je croi que nature proprement hgura 
le liante la puchelle, car en che monde n'a 
homme, si le veïst, qu'amours ne li lancha 
d'un gavrelot au coer, en disant 'amours m'a 
mis eu mort, douche dame, ne ja ne garira [m'a.' 



et si voi très bien l'orbe (jue bonne me sera.' 

Bauduïns de Sebourc fu eus ou paradis, 
en le rouge montaigne, c'on dist des Haus- assis ; 
li Viex de la Montaigne a les trois barons pris : 
vers le diuessc vont, qui tant fu de haut pris, 
li rois vint a se fille qui tant ot cleir le vis, 
douchement l'acola et li dist par avis 
'dame, vechi trois prinches corageus et hardis: 
en i a nul des trois, docLe fille gentis, 

10 par coi vos coers puist estre de joie rasouffisV' 
'père', dist la puchelle, 'venus est mes amis, 
chiex qu'ai tant atendu, chiusqui m'estoit sortis, 
cieux par cui mes cuers est de joie resortis, 
li plus prex de che monde et li plus agentis, 

15 chius qui j'ai atendut des ans a plus de dis, 
chius qui m'estoit parfais , ottroiés et promis, 
li plus loiaus du monde, gratïeus et faitis.' 
quant Bauduïns entent les parlers et les dis, 
adont plus que devant fut li siens corps souspris : 

20 si se doubte qu'a lui ne soit fais li ottris, 
et qu'a ches compaignons ne soit donnés li pris : 
si en fut de respondre moult durement hastis, 
car ne se tëust mie pour tout l'or de Paris 
qu'il ne disist en haut a le dame de pris: 

25 'ma dame, fu jou chou qui sui le vos soubgis '?' 
quant la puchelle l'ot, lors li jeta un ris 
et li dist 'Bauduïns, vous estes mes amis.' 
'par dieu', dist Bauduïns, 's'ai bel joëil conquis.' 
Si tost que Bauduïns la puchelle aprocha, 

30 Ivorine la bêle a rire commencha. 

li Viex de la Montaigne au coer grant doel en a 
pour che qu'a tout le menre des trois s'abandona ; 
si li dist 'bêle fille, rassotee estes ja! 
riens ne tenrai de cose que mais vo corps dira.' 



mes coers dou mal d'amer qui por vous souspris 35 'pères', dist Ivorine, 'vo corps si m'engenra: 



quant li bers Bauduïns le puchelle esgarda, 
il fu si esperdus qu'a poi ne tresbuscha. 
lors li dist Polibans 'Bauduïns, comment va? 
vous est li coers falis puis que venistes cha?' 
'sire', dist Bauduïns, 'par dieu qui me créa, 
je sench un mal au coer dont ne garirai ja, 

1 dor reflanboia B. 5 le A. & B. 8 vaira B. 
9 ne qui jamais sera B; cf. 11. 12 ne] et B. 
14 reflanboia B. 15 pretieus A. 16 manque B. 
18 manque B. 20 brondure B. mais A. 21 il 
mist X. B. 22 le A. 23 mer A. 25 xx. B. 
27 par nuit estoit clere o tel cl. B. 28 manque A. 
30 lo fourma B. 32 sil B. le B. 34 a mort B. 
garra A. 35 souspaira A. 39 estes A. 40 qui 
tout B. 41 je garira A. 

Bajitsch , Gàrestomatliie. VI. Éd. 



grant folie fesistes par dieu qui me créa, 

car sachiés que par mi morir vous convenra. 

bougres estes et faus ; diex vous het et harra, 

car en maise crëanche avés veschut piecha. 

40 vous crées ou deable qui enchanté vous a. 

car je croi Jhesu Christ, qui sa mort pardonna 

sur le mont de calvaire, quant on le lapida; 

1 tre A. serra A. 2 ou] el B. 3 haut B. 
4 le ^. 5 hau A. 19 vous coer A. raenplis B. 
13 manque A. 14 mon B. 18 parles .4. 19 fuit 
le A. 20 nen B. 21 ses - nen B. 24 qui ne B. 
25 vous A. amis B. 28 dist li dansiaus biau j. 
ai c. B. 31 le A. 33 et si dist B. 34 vous A. 
37 couvera A. 38 het de pieca B. 40 enchantes A. 
42 sus B. 

20 



403 X1V« SIECLE. 404 

et si croi fermement car il resuscita lors a dit au calife et en haut li cria 

dedens le saint sépulcre ou son corps ou posa; 'ochïés moi ma fille, ou maus vous en venra.' 
si croi le digne virge qui ix mois le porta a ches mos li califes un grant coutel sacha: 

et au chief de ix mois puchelle en délivra: le Viel de la Montaigne un tel cop en donna 

se croire le voeilés, on vous déportera, 5 que le cors de son ventre li fendi et copa. 
et se vous n'i créés, on vous ocirra ja.' 'sire', dist Polibans, 'par dieu qui me crëa, 

'foie', che dist li Viex, 'mal ait qui vous porta!' vous n'avés mie fait chou qu'il vous commanda.' 



LE COMBAT DE TRENTE BRETONS CONTRE TRENTE ANGLOIS. 

Edition de G. A. Crapelet, Paris 1835, p. 13 — 19. Donné ici d'après le Manuscrit de Paris, 
nouiK acquis, franc. 4165. Copie de M. Apfehtedt. Sur le fondement historique (1350) du poème 
cf. Froissart, éd. Buchon (1824) Tout. 3, 7e addition: Comment messire de Bcaunianoir alla dcfier 
le capitaine de Ploermel, qui avoit nom de Brandebourg, et comment il y eut une rude bataille de 

trente contre trente, 

Seignours, or escoutez, et trestous bons barons, quant le baron fust mort, tout ce fust oublyé, 
banerelz chevaliers et trestous nobles homs, carBrambrocpourccrteinpour luy estdemouré, 
evesques et abbés, geuts de religions, lo qui jura sainct Thomas que il sera vengé, 

gentilz homes bourgois de toutes nacïons, et et toute la terre et le païs gasté. 

heraultz, baulx menestriers et tous bons com- lor sambla Ploearmel a dueil et a vilté. 

paignons, bien faisoit de Bretaigne toute sa volenté, 

escoutez cest romants que dire vous voulons, jusques vint la journée que dieux ot ordonné, 
l'istoire en est veraye et les motz en sont bous, 15 que Beaumauoir le bon, 'qui tant fust alosé, 
cornent trente Engloix, hardiz comme lyons, messire Jehan le saige, le preux et le séné, 
combatirent ung jour contre trente Bretons: aloit veoir les Angloix et parler a seurté. 
et pour ce le vueil dire, droict le vieult et raisons. si vit pauvres chetiffz, dont il eust grant pitié : 
si s'en esbateront gentilz homs et clergons les ungs estoint es chops et les aultres ferré, 

dedans cent ans encore souvant en leurs maisons. 20 deux et deux, trois a trois, ainsin estoint lyiés, 

L'en dist, quar il est vray et de belle sentence, comme vachez et beuôz que l'en maine au 
trestous les gents de bien, d'onneur et sapïence, marché, 

pour ouyr et compter mettent bien leur entente; chascun souffroit grant peine, douleur, or- 
mais faillis et gloutons sy n'y veulent entendre. phanité. 
or vous vufcil commencier et raison vous vueil 25 quant Beaumanoir les vit, du cueur a souspiré, 

rendre a Brambroc sy a dist par grant humilité 

de la noble bataille qui est nommé de trente: 'chevalier d'Angleterre, vous faictes grant pechié 
si prye celuy dieu qui sa char laissa vendre, de travailler le peuple qui laboure le blé 
qu'il ait pitié des âmes, car les corps sont et la char et le vin, de ceulx avons planté, 
en cendre. 30 si laboureurs ne fussent, je vous dy mon pansé, 

Quant Dagorne fut mort, de ce siècle dévié — les nobles couvendroit travailler en l'are, 
devant Aulray le fort fust le baron tué, au flayeul, la houette et souffrir pouvretté. 

dieu luy face mercy par sa saincte pitié! ellas, ce seroit peine a qui n'a coustumé! 

en sou vivant avoit pour certen ordonné pais aint d'or en avant, assés ont enduré, 

que les menues geuts, ceulx qui gaignent le blé, 35 le testament Dagorne, il n'est mye achivé: 
ne fussent des Angloix plus pi ius ne guerroyé— executour eu estes, qu'il soit exécuté!' 

et Brambroc luy a dist par moult très grant 

1 que il B. 3 se croi le B. 6 et se ne vous ^Qvié 

\ A. 7 ca dit B. le A. quil B. 15 vraye. l au] a A. le A. 5 le manque A. ly es septs. 

25 Alinéa. 31 de vie. 27 vin] ble. 34 ayent. 35 il manque. 



1 



405 COMBAT DE TRENTE BRETONS. 406 

'Beaumanoir, taisiez vous, de ce n'y soit parlé. qui portoit bien de t'ebvez sur son coul ung 
Montfort se sera duc de la noble duchié, sextier 

de Pontorson a Nantes jusques a Saint-Mahé; etle ventre ot plus gros que celuyd'ung coursier; 
Edouart sera roy de France couronné. Brambroc par grant fierté ce jour le fist armer; 

Angloix auront le baut par tout et poësté, 5 par !uy cuida la mort de Dagorne venger: 
maulgré tous les François et ceulx de leur costé.' il devoit tout abatre, le villein losengier. 
et Beaumanoir respont, le preux et le séné, De Beaumanoir le noble je vous en vueil 

a Brambroc et a dist par moult tresgrant fierté compter: 

'songes uug aultre songe, car cest est mal songé, a Brambroc sy a dist 'je vueil de cy aler 
car jamais par tel voye n'y aurés demy pié.' lo a chasteau Jocelin pour mes gents ordenner'. 
'Brambroc', dist Beaumanoir, 'saichez certei- 'aies', se dist Brambroc, 'auxi je vueil mander: 

nement par toute la duchié je feré assambler 

que trestous voz goberges n'y valent ung nyënt. touts les nobles Angloix que je pourroy trouver.' 
celuy qui plus eu parle maintes foiz se mesprent. Ainsin fust la bataille jurée par tel point 

orlefacsmes, beausire,sivous plaist, saigement: ij et que sans nulle fraude loyaulmens le feroint 
combatons nous ensemble a ung adjournement, et d'ung costé et d'aultre touts a cheval seroint 
sexante compaignons ou quatrevint ou cent; ou trois ou cinq ou six ou douts, se ilz vouloint, 
et lors verra l'on cler adonques et vrayment, sans élection d'armes ainxin se combatroiut 
qui aura tort ou droit, sans aller plus avant.' en tel guise et manière que chascun le vouldroint. 
'Brambroc', dist Beaumanoir, 'pour dieu le 20 sy pry au roy de gloire qui voit et bas et mont, 

droitturier, que il aide au droit, car scy en est le point, 

vous estes vaillant homme et moult soutifl' Or ont a Ploearmel la bataille jurée 

guerrier : d'eulx combatre ensemble a certeine journée 

venés a la journée sans exoine mander. a trente compaignons, chascun de sa livrée, 

l'on dist mainte parole qu'on vouldroit rappeller, 25 puis s'en vint Beaumanoir a la chère membree, 
et dist on grants goberges souvant dessus disner. au chasteau Jocelin la nouvelle a comptée 
si ne me faictes mye comme a Pierres Angier, et le faict et la chose, si comme elle est alee 
le vaillant homme noble, le gentil bachelier: de luy et de Brambroch, n'y a chose celée. 
vous il print journée, ce fust pour batailler, la trouva de barons moult grande l'assamblee: 
a Ambissat la ville, comme j' ouy compter, 30 chascun la nostre dame en eust moult graciée, 
et la vint au dit lieu pour la foy acquiter, 'Seigneurs', dist Beaumanoir, 'sachez sans 

a six vingts espérons, tous faitz d'or et d'acier: demourance 

Brambroc, vous defaillistes, n'y osastes aler. qu'entre Brambroch et moy en avons accordance 
cest faict cy est moult grans, vous n'en devés de nous combattre ensemble sans nulle de- 

mocquer ; 35 faillance 

decy a ung grant temps l'on en vouldra parler.' a trente compaignons, chascun de grant puis- 
'Beaumanoir', dist Brambroc, 'pour dieu, laissés sance. 

ester: si auroit bien mestier choisir qui fiert de lance 

car je seroy ou champ pour certein le premier, et de bon branc d'acier, car la chose est moult 
etavecmoytrentehommes,sanscroistrenebesser, 4o grande, 

qui seront tous couvers de bon fer et d'acier, et si Jhesucrist donne par sa saincte puissance 
ja n'y menroy villain, dieu me vueille ayder; que l'avantaige ayons, ne soyez en doubtance, 
car le maindre de tous sy sera escuyer, moult en sera parlé par [le] roy anime de France 

portant tunicles d'armes, luy ou son davancier.' et par tout le pays qui tient son alïance'. 
mais Brambrocsymentist, ja celer ne vous quier: 45 Or vont a Beaumanoir les nobles bacheliers 
il meina ung villein avoueltre pautonnier et la chevalerie, servants et escuyers, 

9 cestuy est songe, n .111.". 40 et manque. ■& et manque. 15 feroyent. \^ iéi manque. 21 qu'il. 

45 ja] a. Qnmanque. 24 tente. ï'simanque. 39 moult znan^ue. 

26* 



407 



XIV<' SIECLE. 



408 



et dyent 'noble sire, nous irons volcntiers 
pour destruire Brambroch, luy et ses souldoyers. 
de nous n'aura il mye ne ranszons ne deniers, 
car nous sommes hardis et courants et legiers, 
et ferrons sur Angloix de moult grans coups 
et fiers. 

Prenez qui vous plaira, tresdroit noble baron.' 
'seigneurs' dist Beaumanoir, 'sy les enchoisisson 
et prendron Tyntyniac, a dieu le beneisson, 
et Guy de Rocheffort et Charruël le bon 
et Robin Raganel ou nom de saint Symon, 
Caro de Bodegat qui moult est bel et bon; 
Guillaume de la Lande sera son compaignon 
et Olivier Arrel qui est hardy Breton, 
sire Jehan Rousselet qui a cueur de lëon, 
[mes]sire Geffray du Boys, le gentil compaignon : 
si ceulx ne se deffendent de Brambroch le fellon, 
jamais je n'auroy joye en mon entencïon. 

Amprés couvient choisir maint gentil escuyer: 
de Montauban Guillaume prendron tout le 

primier, 
de Tyntyniac Alain qui tant a le cueur fier, 
de Pestivien Tristan qui tant est bon guerrier, 
Alain de Caranmés et son oncle Olivier; 
Louys Gouyon vendra ferir du branc d'acier, 
luy et les Fontenais pour leur corps aloser. 
Huet Captus le noble ne devons oublier; 
et Geffroy de la Roche sera fait chevalier, 



si dieu plaist, la journée luy debvra remambrer 
de la bonté son père qui ala guerroyer 
jusques Constentinoble pour son corps aloser. 
ceulx cy se deffendront de Brambroch le baffier, 

5 qui chalonge la terre, dieu luy doint encombrier !' 
Choisy a Beaumanoir, ainsi comme vous dy, 
Geffroy Poulart, Morice cil de Treze-guidy, 
et Guyon du Pontblanc qui est moult bon amy, 
et Morice du Parc, ung escuyer hardy, 

10 et Geffroy de Beaucours, n'en soyez esbahy, 
celuy de la Villong, Geffroy Moelon auxi. 
tous ceulx qu'il en appelle luy en rendent morcy 
et vont tous a genoulx escuyers devant luy. 
Amprés print Beaumanoir, c'est chose sans 

15 doubtance, 

Jahannot de Serrant, homme de grant puissance, 
Olivier Bouteville, Guillaume de la Lande, 
et Symon et Richard, ceulx n'y feront faillance; 
ceulx y mettront leurs cueurs et leurs corps 

■20 en balance 

pour garder leurs païs de maie alïence. 
ataut se sont partis sans point de demourance : 
dieu les vueiile garder de maie pestilance! 
Or si a Beaumanoir choisy trestout son 

25 nombre 

de trente compaignons, dieu les garde de honte i 

et a leurs ennemis envoyé maie honte, 

que ilz sont desconfiz voyant trestout le monde. 



GUILLAUME MACHAUT. 

Hfs. (le Paris, La Vall. 25, Tome l, fol 72" et 135" 



I. 

Fragment du dit dou hjon. 
Après des dames vous diray 
puis que commencié a dire ay 
comment elles se chovissoient 
de ceaus qui si très bien savoient 
requérir, flater, losangier 
et leurs paroles arrengier. 
aucunes en y avoit d'elles 
qui savoient tours et cautelles 
et faindre si très proprement 
qu'il cuidoient certainnement 



35 



meinte fois qu'elles les amassent 
la ou penser ne le deingnassent. 
n'il ne povoient de parler 
tant savoir ne de bas voler 
qu'il ne fussent d'elles rusé, 
acornardi et amusé; 
car on doit ruser les ruseurs, 
qui puet, et moquer les moqueurs, 
les mauvais haïr et blâmer 
et les amans loyaus amer. 

Les autres savoient congnoistre, 
fust seculers ou fust de cloistre, 



9. 20 prindrent. 13. 20 guiU'e. 19 couuint. 



lOmettrent. 21 nialvaisc? 28desconfilz. 29 quelle. 



409 



GUILLAUME MACIIAUT. 



410 



liquelz pensoit a fausseté 
et liquelz voloit loyauté, - 
nom pas chascune vraiement, 
car li mauvais si sagement 
en leur t'olour se gouvcrnoiont 
qu'aucune fois amé estoient; 
et aucune fois li loyal 
avoient pour l'amoureus mal 
joie, guerredon et mérite, 
et li faus mauvais ypocrite 
estoient d'elles sans pitié 
lesdengé, hay, despitié. 

S'en y avoit qui renoier 
le jouster ne le tournoier, 
le danser ne le karoler 
ne povoient ne le baler, 
mais si forment se delitoient 
qu'en tous lieus ou elles estoient 
ne leur challoit autre reviaus, 
tant fust estrange ne nouviaus; 
et vosissent que leur amis 
a ce ordené fussent et mis 
que pour honneur ne pour vaillance 
ne partissent de ceste dance 
et qu'einsi usassent leur vie 
sans avoir d'antre honneur envie. 

Les autres toute leur plaisance 
avoient et leur souvenance 
en ceaus qui serchoient les guerres 
par toutes les estranges terres; 
commant que samblant n'en feissent 
et que po souvent les veïssent, 
n'estoient il pas mis en puer, 
mais bien amé dou bon dou cuer 
sans vilenie et sans folour 
pour leur bien et pour leur valeur, 
car quant on les tenoit pour telz 
qu'il estoient en fais mortelz, 
es batailles et es assaus, 
fier, hardis, puissans et vassaus, 
sans riens doubter ne ressoingnier 
qui fust, ains s'aloient baingnier 
en sanc, en sueur, en cervelles, 
tels oeuvres leur estoient belles, 
c'estoit tout ce qu'elles vouloient; 



autre chose ne demandoient, 
et je m'i acort, car sans faille 
trop miex vaut le grain que la paille. 
L'autre faisoit un chapelet 
5 et entre gieu et gahelet, 

quant il estoit fais, le donnoit 
a celi qui l'araisonnoit 
et requeroit d'avoir s'amour, 
ja fust einsi que la clameur 

10 n'en parvenist a ses oreilles 
et qu'autre part feïst ses veilles 
ses cuers qui gueres n'i pensoit, 
mais atant de li se partoit. 
l'autre le paissoit de regart 

15 ou d'estre amés n'avoit regart, 
et einsi le tenoit espoir 
tout son temps en ce fol espoir, 
l'autre le paissoit d'un doulz ris 
qui tant li estoit signouris 

20 que par mi le cuer le poingnoit. 
l'autre le doy li estreingnoit, 
l'autre li marchoit sus le pié, 
nom pas en samblant de congié, 
mais en signe de retenue, 

25 commant que de s'amour fust nue, 
l'autre parloit moult doucement 
a li pour son adoucement; 
l'autre li faisoit bonne chiere 
et doulz samblant de cuer arrière. 

30 ainsi moustroient les pluseurs 
faus samblant a leur requereurs: 
car pour ce qu'elles se doubtoient 
d'estre rusées, les rusoient 
et leur donnoient a entendre 

3.1 que merci dévoient attendre 
et que leur cuers estoient sien, 
comment qu'il ne leur en fust rien, 
mais toutes pars celés n'estoient, 
car maintes dames le faisoient 

40 einsi comme amours le devise, 
sans mal engien et sans feintise, 
de fin cuer loyal sans meffaire, 
doulz, humbles, courtois, débonnaire, 
par franche libéralité 

45 et de fine pure amité. 



19 challoit Ms. 843 : samblent La VaU. 24 dence. 
45 quelle voulloient. 



15 desfre Ms. 843: dautre La Vall. 37 qui. 
39 dame. 40 deuisoit. 



411 



XIYe SIECLE. 



412 



II. 

Ci commence le dit de lu harpe. 

Je puis trop bien ma dame comparer 
a la harpe et son gent cors parer 
de XXV. cordes que la harpe ha, 
dont roys David par maintes fois harpa; 
et vraiement qui aimme de la harpe 
le tresdous son et sagement en harpe 
et le grant bien des cordes en harpent, 
trop miex le pris que d'or fin un arpent, 
et pour itant weil aprendre a harper 
et ma dame en chantant loër, car per 
de grant douceur en ce monde n'a point: 
pour ce li puis comparer bien a point 
si qu' un dous lay que j'ay fait harperay 
com cilz qui ja d'amours n'eschaperay, 
qu'amés ou mors ne soie sans déport, 
la seront mis et sont tuit mi déport, 
passer n'en puis n'issir par autre porte, 
quelque grâce que fortune m'aporte. 
et s'amez sui, j'aray tresbonne part 
des biens qu'amours aus amoureus départ. 
et se j' y muir, mon ame emportera 
li diex d'amours et s'en déportera, 
et tuit amant me tenront com martyr 
pour bien amer loyaument sans partir, 
si que je puis legierement prouver 
qu'on ne porroit pas instrument trouver 
de si plaisant ne de si cointe touche, 
quant blanche main de belle et bonne y touche, 
ne qu'en douceur a elle se compère; 
ve cy comment je weil bien qu'il appere. 

Quant Orphëus, le poëte devin, 
lit sacrefice ou il n'ot point de vin, 
einsois le fit de tor ou de genisce 
a Jupiter pour s'amour Erudice 
qu'il la vousist detfendre de la mort 
pour le serpent qui en talon la mort . . . 
mais ne volt pas consentir son respas 
li diex, einsois ala plus que le pas 
droit en enfer aveuques Proserpine 
qui d'enfer fu la dame et la royne. 
li poètes qui de lin cuer l'ama 
après sa mort forment la reclama, 
il prist sa harpe et bien l'a acordee, 
si s'en ala en l'orrible valee, 
n'il n'arresta tant qu'il vint a la porte 



des infernaus: la trop se desconforte 
pour s'amie qu'il a einsi perdue. 
la de harper doucement s'esvertue 
le lay mortel a la porte d'enfer ; 
o mais n'i ot huis ne fenestre de fer, 
porte, barre, verruel ne serrëure, 
tant fust forte ne diverse ne dure, 
qui ne s' ouvri au doulz son de sa harpe, 
les infernaus ne prisoit une sarpe, 

10 que sa harpe si doucement chanta 
que les tourmens d'enfer si enchanta 
que les âmes nul tourment ne sentirent, 
quant le doulz son de sa harpe entroirent. 
Pluto, Floron, Serberus, Lucifer, 

15 qui estoient quatre des roys d'enfer, 
et Proserpine a li si attray 
que hors d'enfer Erudice tray. 

Il s'en revint de la en Siconie 
et la harpa par si grant mélodie 

20 que les arbres leur comes abaissoient 
pour li oïr et ombre li faisoient, 
et des oisiaus et des bestes sauvages 
faisoit donter les orguilleus corages 
en escoutaut le doulz son de sa lire. 

25 encor weil je plus grant merveille dire, 
il fit aussi retorner les rivières 
merveilleuses, grandes, fortes et fieres. 
or me querés instrument qui ce face 
ne ou il ait tant douceur et tant grâce. 

30 il n'est ouvriers qui le scëust ouvrer, 
n' bons n'en porroit nulle part recouvrer, 

Phebus, un diex de moult haute puissance, 
avoit la harpe en si grant révérence 
que chans nouviaus ja ne li eschapast 

35 qu'en la harpe ne jouast ne harpast. 
par dessus tous instrumens la prisoit 
et envers li tous autres desprisoit. 

Quant roys David voloit apaisier l'ire 
de dieu le père, il acordoit sa lire 

40 et la faisoit sonner si doucement 
et li prïoit si très dévotement 
que li grant diex son ire rapaisoit 
pour l'orison David qui li plaisoit. 
et quant li sons de la harpe est plaisans 

45 a dieu, bien doit estre coys et taisans 
tous instrumens, quant on la wet sonner 
et on la fait doucement resonner. 



413 



15AI-J.ADES ET VIRELAY U'EUSTACHE DESCHAMPS. 



114 



BALLADES ET VIRELAY D'EUSTACHE DESCHAMPS. 

I. II. Leroux de Linci/, recueil de chavts historiques frunçois 1, 246. 258. Comparé par M. Schirmer 

avec le ms. fonds fr an (,-. 840. {anc. 7219) fol. 13 et 44. La seconde ballade déplore la mort du 

connétable Bertrand du Guesclin (I38(l); IH. Ms. franc. 840. fol. ISg**. Oeuvres Complètes d'E. 

Deschamps, par le marquis de Queux de St. Hilaire, Tom. I, p. 146, T. II p. 27. 



I. 

En dimenche, le tiers jour de décembre, 
l'an mil ccc avec soixante et Luit, 
fut a Saint Pol nez dedens une chambre 
Charles li roys, trois heures puis minuit, 
tils de Charles cinquiesme de ce nom, 
roy des François, de Jehane de Bourbon, 
roine a ce temps couronnée de France, 
le premier jour de l'advent qui fut bon: 
par ce sçara chascun ceste naissance. 

Ou signe estoit, si comme je me membre, 
de la vierge la lune en celle nuit, 
en la face seconde ; et si remembre 
qu'au sixte jour du dit mois fut conduit 
et baptisié a Saint Pol, ce scet on, 
ou n avoit maint prince et maint baron: 
Montmorancy, Dampmartin sans doubtance, 
tous deux Charles levèrent l'enfançon: 
par ce sçara chascun ceste naissance. 

Trans ans après, quant li mois de mars entre, 
a treize, jour sabmedi, saicheut tuit, 
l'an mil ccc lx et onze, entendre 
puet un chascun la naissance et le bruit 
de Loys né, frère du roi Charlon, 
après mienuit trois heures environ; 
la lune estoit a neuf jours de croissance, 
marraine fut madame d'Alençon: 
par ce sçara chascun ceste naissance. 

Princes, parrains fu Bertrau, li prodom 
connestables, qui tant et de renom, 30 

de vostre frère; aiez en souvenance: 
a Saint Poul fut nez en vostre maison 
et baptisiez fut par Jehan de Craon: 
par ce sçara chascun ceste naissance. 

35 

II. 

Estoc d'oneur, et arbres de vaillance, 
cuer de lyou espris de hardemeut, 

1 Charles VI. 18 .ii. 21 a tiers jour 

15 Louis d'Orléans, second fils de Charles V. 
25 heures] lieues. 26 .ix. 



la fleur des preux et la gloire de France, 
victorieux et hardi combatant, 
saige en voz fais et bien entreprenant, 
souverain homme de guerre, 

5 vainqueur de gens et conquereur de terre, 
le plus vaillant qui onques fust en vie: 
chascun pour vous doit noir vestir et querre. 
plourez, plourez fiour de chevalerie! 
Bretaingne, ploure ton espérance! 

10 Normandie, fay son entièrement; 

Guyenne aussi, et Auvergne, or t'avance, 
et Languedoc, quier lui son mounement. 
Picardie, Champaigne et Occident 
doivent pour plourer acquerre 

15 tragédiens, Arethusa requerre, 
qui en eaue fut par pleur convertie, 
afin qu'a touz de sa mort les cuers serre: 
plourez, plourez flour de chevalerie! 
He! gens d'armes, aiez en remembrance 

■20 vostre père, vous estiez si enfant, 

le bon Bertran, qui tant ot de puissance, 
qui vous amoit si amoureusement, 
Guesclin crïoit. priez dévotement 
qu'il puist paradis conquerre. 

25 qui dueil n'eu fait et qui ne prie, il erre, 
car du monde est la lumière faillie; 
de toute honeur estoit la droicte serre: 
plourez, plourez flour de chevalerie! 



III. 

Vire la y. 
Dame, je vous remercy 
et gracy 

de cuer, de corps, de pensée 
de l'anvoy qui tant m'agrée 
que je dy 

c'onques plus biau don ne vi 
faire a créature née, 
plus plaisant ne plus joly, 
ne qui sy 
12 mouvement 67. Hilaire. 



415 



XIV« SIECLE. 



416 



m'ait ma leesce doublée, 
car du tout m'a assevi 
et ravi 

en l'amoureuse contrée; 
je le porte avecques my, 
con cellui 

qui m'a joye recouvrée, 
et si m'a renouvellee 
m'amour, qui 
m'auroit par rapporz hay 
et par fausse renommée, 
dame, je vous remercy etc. 
Long temps a mon cuer gemy 



et fremy 

en doleur désespérée, 

en tristesse et en soucy 

jusqu'à cy 

que pitez est dévalée, 

qui adés loyaulx mercy. 

or li pry 

que n'en croye, a la volée, 

fausse langue envenimée, 

car par lui 

sont maint loyal cuer trahy: 

de mal feu soit embrasée! 

dame, je vous remercy etc. 



RENART LE CONTREFAIT. 

Ms. de Vienne, fol. 25" — 29**. D'après une copie de M. Mussajîa. Episode d'At/iis et Prophilias; 

cf. Wilh. Giinim, Atliis p. 381 ss. 



Tout ainsi tenche a lui Athis. 
la fin fut qu'il fu ententis 15 

de son bon amor recouvrer; 
car assez peut femme trouver, 
la conveuence a lui promise 
lui a toute a effect mise, 
combien que acomplir le grieve. '^o 

toutes les nuytz il se relieve 
de son lyt et dehors se tient, 
et Pourphilïas au lyt vient 
et fait son voloir de la belle. 
Athys l'atent eu la prayelle. 25 

Cardïones ainsi decheut, 
qu'elle de riens ne s'appercheut. 
de jour le tient comme sa femme 
et de nuyt lui fait tel diffame; 
blasmés doit estre, non pas elle, 30 

quant tout le fait ainsi lui celle, 
car pour loyal mary le tint, 
une grant pièce se maintint 
ceste mesproison et cilz jeux, 
que nul ne le sceut que eulx deux, 35 

tant qu' une foiz se descouvri 
et a Cardïones l'ouvri. 
bonté eust, mais honte s'appaisa. 

10 hays. 16 Sa fin. i!) toute La? 23 Pouphilias. 



et quant elle bien s'avisa, 
senty et juga comme femme: 
sur Athis soit tout le diifame. 

Quant tout ce fust bien apaisié 
et le peuple asserisié 
pour autres besongnes oyr, 
lors voult Porphilïas joyr 
de sa femme et de s'amye: 
en Grèce ne demoura raye, 
quant son oirre out apareillié, 
a son compaiguon print congié; 
vers Roiumc s'est acheminés, 
dont il estoit uourriz et nés. 
Cardionues s'amie emmaine, 
qui au partir eust moult de paine. 
sou pays laisse et ses amis, 
de larmes tout couvert le vis 
dit 'las! je pers ma uourreture 
et mon pays et ma nature, 
jamais retourner n'y porray, 
je le sçay bien, anchois morray. 
ha Athis! c'est par ta folie 
que de mon pays suis partie.' 
lors priudrent congié, si s'esmurent: 

9 enuenime. 18 peuples? 19 autre. 21 et de s. f.? 
25 cest. 28 eult. 35 Halis. 37 congié' manque. 



417 



RENAllT LE CONTREFAIT. 



418 



tant cheminoiit qu'a Rom me f'uront. 

Porphilias si fut a Koœme 
tenu pour un tresvaillant homme, 
de grant lignage fut assez 
et la fut il moult hounourea. 
Cardïones bien se maintint, 
corn saige et advisee se tint, 
et il com bien cmparentés. 
de tous les plus grans fut hantés, 
maistre fut, sire, sénateur, 
et juge honnouré et docteur. 
des plus grans il acquist l'amour 
et sa femme eust par honnour. 

De Porphilias vous lairay, 
et de Athis je vous diray, 
qui en Grèce fut demourez, 
de tous ses pareus forjurez, 
des amys Cardïones si, 
qui sans loz, sans cas et sans si 
voulsissent que il fut honuys. 
tant fut de toutes gens hays, 
qui tous lui tollirent s'honneur, 
aussi le graut que li mineur, 
tant fut feuez et envahiz 
que il meïsmes s'est hays 
et desconforté en partie, 
car nul ne fut de sa partie, 
ne il ne scet tant procurer 
qu'il sceusist eu paix demeurer, 
et le commum renom estoit 
que sa femme vendue avoit. 
lors dist Athis 'Porphilias, 
ou dangier, ou je suis, mys m'as, 
j'ai perdu amys et avoir 
et grâce et chevance et savoir, 
vëoir t'iray prochainement; 
puisque ne truis recouvrement, 
vëoir iray s'es mes amys.' 
adonques s'est a chemin mys, 
povre, matz et desconfortés, 
tant s'est par journées portés 
que il est a Romme venus, 
avec les povres s'est tenus: 
de Porphilias encercha, 
tant en enquist et demanda 



qu'il sceut que grant honnour avoit 
et que sénateur il estoit, 
et il se vit chctifz et uuz 
et d'estrange pays venuz, 
5 sans cognoissance et sans amis, 
adoncques s'est a plourer mis 
de coeur si très parfondement 
a peu que le coeur ne lui fent. 
tant est matz, povres et plaiu d'ire, 

10 ses poings detort, ses cheveulx tire 
et dit 'las, que suis venus querre! 
estoie povres en ma terre: 
mais au moins coguus y estoie 
pour ce que pareus y avoie. 

15 se cellui aloye vëoir 

pour qui j'ay perdu mou avoir, 
tantost qu'il me porroit tenir, 
pendre me feroit ou honnir, 
tout ainsi certes en iroit, 

•20 car vergongne de moy aroit. 

droit aroit com du plus meschaut 
qui soit en ville ny en champ, 
plus meschant onques ne parla.' 
lors entour les murs s'en ala: 

25 lez une cyterne se boute, 

com cil qui de deuil ne vit goûte, 
qui u'oze entrer en la cité, 
la furent ses deux recité, 
la povreté ou il demeure, 

no et dist 'he mort, cor me deveure!' 
moult forment se desconfortoit. 
ainsi qu'en son meschief estoit, 
trois hommes lez lui se meslerent 
tant que les deux le tiers tuèrent, 

35 tout proprement de coste Athis. 
cilz en fuient qui l'ont occis, 
tantost les gens au lieu alerent: 
le mort delez Athis trouvèrent. 
le juge qui les murdriers quist 

10 la trouva Athis et le prist 
et tout en hault lui a hué 
'dy voir qui cestui a tue?' 
lui qui descouforté estoit 
et qui du tout sa mort hastoit 

45 



3 nulz. 7 pardeiiient. lo detor. povres e. 13 mais 
I cheminèrent. 7. S comme, u et j., et man- manque. 2i comme. 20 comme cellui. 35 Thaïs. 
que. 13 eult. 25 cest. 38 s'es] se. 30 ccst etc. 3(5 quilz ont. 43 cellui. 

Baktsch, Chiestomathie. VI. Éd. 27 



419 



XlVe SIECLE. 



420 



et qui ne querroit autre fait 

respondit 'seigneur, s'ay je fait, 

car il vers moy avoit mesprins.' 

lors fust tantost liez et prins 

et fut mené en la prison.* 
En cellui temps a Romme avoit 

une coiistume, et telle estoit: 

quant aucun avoit murdre fait 

ou larrechin, pour le mesfait 

en un très hault lieu estoit mys, 

d'encoste le palais assis: 

en chaînes la on l'asseoit. 

la tout le peuple le vëoit. 

illec les sénateurs venoient, 

son fait, sa coguoissance oioyent. 

son fait cogneu, sans le garder, 

jugiez estoit sans retarder 

selon ce pour quoy il est mis. 

la fut mené le povre Athis. 
Athis fut mis eu la chaainne 

comme murdrier, souffrant grant paine. 

chascun s'est devant lui tenus. 

tout le peuples y est venus. 

les sénateurs venus y furent, 

tous ceulx qui de tel fait cognurent, 

et demandèrent 'dy, amis, 

as tu doucques ctstui occis V 
'oy', dist il, 'certainement: 
falotes de moy le jugement!' 

Porphilïas qui estoit la 
en regardant bien l'avisa 
a la parolle, au corps, au vis. 
bien le cognut par droit advis. 
tout le coeur lui (svanuy 
et trestout le sens lui l'uy. 
a terre le convint venir, 
car sur piez ne se peut tenir, 
trestout fu tresmués et tains, 
de toutes laides couleurs plains, 
et dit de coeur 'las! que je voy 
cellui qui' a perdu pour moy 
honneur et chevance et richesse, 
joye, déduit, honneur, noblesse, 
son pays et son corps et s'aine, 
et pour moy meurt a tel ditîame. 



5 La lacune n'est point indiquée. 18 ert? 

20 cbainne. 42. 44 le premier et manque. 



pour moy a perdu ses amys, 
pour moy a honteuse mort mys, 
pour moy mest vie a dampnement, 
son corps a mal definement. 
a honte en veult son corps offrir, 
comment porroye ce souffrir? 
lors il se lieve et enhardist, 
a tous les sénateurs a dist 
'seigneurs, ne veuil vers dieu pechier, 
de ce povre homme empeschier 
ne qu'il meure pour moy a tort; 
car pour vray j'ay cest homme mort, 
sachiez de vray, hier je l'occis, 
ostez le et j'y soye mis, 
car couppe n'y a vraiement: 
je le vous jure loyaulment.' 
lors y eust grant deuil démené 
de tous ceulx qui la ont esté, 
dirent 'sirez, ne dictes mie 
ceste raige, ceste folie! 

laissiez lui souffrir son martire', 

trestous lui dirent tire a tire. 

dit Athis, qui tout s'est jugié, 

'n'est nul qui l'ait occis que gié.' 

Porphilïas dist aultement 

'ne le créez, seigneurs, qu'il meut. 

cilz homs fut occis de ma main. 

ouques ne le soir ne le main 

ne viz cellui qui est enchaînez, 

ne je ne sçay dont il est nez. 

droicte folie lui fait dire 

ou ce qu'il est entrés en ire.' 

dit Athis 'il dit grant merveille. 

il dort et il samble qu'il veille. 

cest murdre liz ersoir de nuyt. 

délivrez moy, ne vous anuyt!' 

A Romme ot lors grant troublcmeut 

de toutes gens communément. 

longues en débat demourerent: 

lors H saige a conseil alereut. 

le couseil chey sur ce fait: 

'chascun d'eulx deux dist qu'il l'a fait; 

peut estre cestui le tiia 

et l'autre a tuer lui aida. 



4 cops. 7 il manque. 17 eulz. 19 dicte. TA 
A Athis qui toudis se juge. 24 que je. 40 h s 
saigis. 41 scey. 



421 



REXART LE CONTllKl-'AIT. 



422 



cbascuii d'eiilx murdrier se cognoit. 

qui que soit ne cui convennoit, 

cbascun le jugement aura 

tel com murdrier avoir debvra.' 

adout fut Porpbilïas pris, 5 

que ne demourra pour son pris, 

pour son senz ne pour ses boutez, 

ne fust en la chaynuc boutez 

et fermé bien estroictcmcnt. 

lors font doeuil tout communaumcnt. lo 

cbascun vient vëoir la merveille; 

uiilz homs ne vyt mays la pareille. 

Signeurs, dist Barbue, entendez, 
vous qui a bonne amour tendez, 
que dieu noble trésor a mis 15 

en honneur, qui veult estre amis, 
nul ne porroit le bien esmer 
que cil a qui bien veult amer. 
Pourphilïas moult bien ama, 
qui son corps et s'honneur livra 20 

et tous ses biens voult déguerpir 
pour le sien amy garandir. 
en la chaynne sont en prison 
a grant tort et a mesprison. 
illecques morront sans demeure. 25 

lors en la ville ne demeure 
nulz qui ne les viengne esgarder. 
lors ne se porrent retarder 
les deux qui occis l'homme avoieut. 
quant ilz enten lent et ilz voient .io 

ceulx, qui pour leur meffait sont pris, 
entre les gens se furent mis 
pour savoir et pour escouter 
ce qu'ilz dëasseut bien doubter. 
mais qui sent son cul ortïer 35 

envis se tient de fremïer. 

Le saige dist, bien le tesmoing, 
que envis est mal sans tesmoing, 
de vëoir, de langue ou d'oyr. 

2 Cui qui. qui. 4 comme. 14 a manque. 
27 ne manque. 



fort chose est de mal bien joyr, 

com on dit que trop grater cuit, 

et aussi que trop parler nuit. 

les deux qui l'homme eurent occis 

se furent en la presse mis, 

disoient 'cilz sont oultrageux 

qui pour noz fais ou pour noz jeux 

se mectent en telle ballance, 

que cbascun a le mort se lance ; 

et si savons tout proprement 

que quancques chascuns dit il ment. 

mieulx dëuissons la mort souffrir 

que ceulx qui se veullent offrir 

et qui se livrent a martire. 

nulz fors dyables ne leur fait dire.' 

un preudoms matz, mal atirez, 

s'en fut un peu lez eux tirez, 

de qui garde ne se donnoient 

ne point prez d'eulx ne le vëoient. 

ce preudoms bien les entendi: 

tantost vers les juges tendi 

et leur ala compter a tire 

les motz com il les oy dire. 

lors maintenant les juges vindrent 

et promptement tous les deux prindrent, 

et ceulx sans eulx mectre a meschief 

cognurent le moyen et chief 

de la vérité et du fait. 

dont fut d'eux le jugement fait: 

en la chaynne furent boutez, 

Athis et Porphilias ostez. 

ne vous est par moy recité 

la joye qui fut en la cité. 

Porpbilïas Athis emmaine: 

toute la joye, toute la paine 

qu'il peut a lui honnoiirer met, 

de lui servir bien s'entremet. 

tousjours depuis si se maintiudrent, 

un voloir, un sentier si tindrent. 

13 si. 21 le. :t6 qui. 39 sentir? 



27* 



423 



XIY« SIECLE. 



424 



JEHAN FROISSART. 

I. Ms. de Paris, frmn: 830 (aiic. 1214), fol. U^ (A) et 831 {anc 7215), /o/. 27^ (^); cf. l'édUiov 
de Scheler T. 2 {Èruxel/es 1871), 209-213. II. D'après une copie faite par M. Frkli-ric Pfe\ffer sur 
le manuscrit de la bibliothèque Rhediqer à Breslau, Tome U, fol. 322-324, 327—329. Cf léditiov 



de Buchon (1852) 2, 245—247, 250- 



I. 



(h- la 



Ci s'eusieut le dillié de la flonr 
margherile. 

Je ne me doi retraire de loër 
la flour des tloiirs prisier et hounourer, 
car elle fait raoult a recommender, 
c'est la consaude, ensl le voeil nommer; 
et qui li voelt son propre nom donner, 
on ne 11 poet ne tollir ne embler, 
car en françois a a nom, c'est tout cler, 
la margherite 

de qui on poet en tous temps recouvrer, 
tant est plaisans et belle au regarder 
que dou vëoir ne me puis soëler; 
tous jours vodroie avec li demorer, 
pour ses vertus justement aviser, 
il m'est avis qu'elle n'a point de per; 
a son plaisir le volt nature ouvrer: 
elle est petite, 

Blanche et vermeille, et par usage habite 
en tous vers lieus, aillours ne se délite, 
ossi chier a le preel d'un hermite, 
mes qu'elle y puist croistre sans opposite, 
comme elle fait les beaus gardius d'Egypte, 
son doulç vëoir grandement me proulite, 
et pour ce est dedens mon coer escripte 
si plainnement, 

que nuit et jour en pensant je recite 
les grans vertus de quoi elle est confite, 
et di ensi: li heure soit bénite 
quant pour moi ai tele flourette eslite, 
qui de bonté et de beauté est dite 
la souverainne, et s'en attenc mérite, 
se ne m'i nuist fortune la trahite, 
si grandement, 

Qu'onques closiers, tant sceuïst sagement, 
ne gardiniers, ouvrer jolïement, 
mettre en gardin pour son esbatement 



253 et Oeuvres de Froissurl par le baron Kervyn de Letten- 
hove, T. X, p. 153. 

arbres et flours et fruis a son talent, 
n'ot le pareil de joie vraiement 
que j'avérai, s'ëurs le me consent, 
de ce penser m'ont espoir fait présent 
5 un loue termine. 

et la flourette en un lieu cruçon prent 
ou nourie est d'un si doulç élément 
que froit ne chaut, plueue, grésil ne vent 
ne li poënt donner empecement, 
10 ne il n'i a planette ou firmament, 

qui ne soit preste a son commandement, 
uns clers solaus le nourist proprement 
et enlumine. 
Et ceste flour qui tant est douce et fine, 
1.=) belle en cruçon et en regart bénigne, 
un usage at et une vertu digne 
que j'ai moult chier, quant bien je l'imagine: 
car tout ensi que li solaus chemine 
de son lever jusqu'à tant qu'il décline, 
20 la margherite encontre lui s'encline 
comme celi 

qui monstrer voelt son bien et sa doctrine; 
car li solaus qui en beauté l'afine 
naturelment li est chambre et courdine 
25 et le detfeut contre toute bruïne, 

et ses coulours de blank et de sanguine 
li paraccroist; c'en sont li certain signe 
pour quoi la flours est envers li encline, 
s'ai bien cuesi, 
30 Quant j'ai en coer tel flourette enchieri 
qui sans semence et sans semeur aussi 
premièrement hors de terre appari. 
une pucelle ama tant son ami, 
ce fu Hercs qui tamaint mal souffri 
35 pour bien amer loyalment Cephëy 
que les larmes que la belle espandi 
sus la verdure 

ou son ami on ot ensepveli, — 
tant y ploura, dolousa et gémi 



1 



6 prijer B. 
ment B. 



28 grandement B. 39 cbate- 



12 un cler soleil A. 18. 23 le soleil A. 
flour A. 31 semonce- seiour B. 



28 



425 



JEHAN FROISSART. 



426 



que la terre les larmes recueilli, 
pité en ot, encontre elles s'ouvri; 
et Jupiter qui ceste amour senti 
]iar le pooir de Phebus les nouri, 
en belles tlours toutes les converti 
d'otel nature 

Comme celle est que j'aim d'entente pure 
et amerai tous jours quoi que j'endure, 
mes s'avenir pooie a l'aventure 
dont a son temps ot ja l'ëur Mercure, 
plus ëureus ne fu ains créature 
que je seroie, ensi je le vous jure. 
Mercurïus, ce dist li escripture, 
trouva premier 

la belle flour que j'ainc oultre mesure; 
car eu menant son bestail en pasture, 
il s'embati dessus la sépulture 
de Cephëy, de quoi je vous ligure, 
et la cuesi dedens l'enclosëure 
la doulce flour dont je faç si grant cure, 
merveilla soy, il y ot bien droiture; 
car en jenvier, 

Que toutes flours sont mortes pour l'ivier, 
celle perçut blancir et vermillier 
et sa couleur vivete tesmongnier. 
lors dist en soi 'or ai mon desirier.' 
tant seulement il en ala cueillier 
pour un chapiel, bien les volt espargnier, 
et a Tirés ala celui cargier 
et se 11 prie 

que a Serés le porte sans targier 
qui de s'amour ne le voelt adagnier. 
s'en gré le prent, sa vie aura plus chier. 
ce que dist fist errant le messagier; 
a Serés vint le chapelet baillier. 
celle le prist de cler coer et entier 
et dist 'bien doi celui remerciier 
qui s'esbanie 

A moi tramettre un don qui me fait lie, 
et bien merir 11 doi sa courtoisie; 
et je voeil que de par moi on li die 
que jamais jour n'amera sans partie.' 
moult lïement fu la response oïe; 
car tout ensi Tirés li segnefie 
a son retour et ii acertelie 
ne plus ne mains. 

17 sus B. 



la ot la flour une vertu jolie, 
car elle tist celui avoir amie, 
qui devant ce venir n'i pooit mie. 

II. 

Comment a wuj souper ce Phelippe arenga a 
ses capitaines , et comment Hz conclurent en- 
semble. Le chapitre i/J<^ .xxxj. 

10 Le mercredi au soir, dont la bataille fut 
a lendemain, s'en vint Phelippe d'Artevelle et 
sa route logier en une place assez forte entre 
ung fossé et ung bosquetel et fortes bayes si 
que on ne povoit venir bien aise jusques a 

U) eulx, et fut entre le Mont d'Or et la ville de 
Rosebeque ou le roy estoit logié. Ce soir 
Phelippe donna a souper en son logiz a tous 
les capitaines grandement et largement, car il 
avoit bien de quoy ; plenté de pourvëances les 

20 sieuvoit. Quant ce vint après souper, il les 
mist en parole et leur dist 'beaus seigneurs, 
vous estes en ce party et en ceste ordonnance 
d'armes mes compaignons; j'espoire bien que 
demain nous aurons besoingne; car le roy de 

26 France, qui a grant désir de nous trouver et 
combatre, est logié a Rosebeque. Si vous pry 
a tous que vous tenez vostre loiaulté, et ne 
vous esbahissiés de chose que vous veez; c'est 
sur nostre bon droit que nous combaterons, 

30 et pour garder les juriditïons de Flandres, et 
nous tenir en droit. Amonnestez voz gens du 
bien faire, et les ordennez sagement et telle- 
ment que on die que par nostre bon arroy et 
ordonnance nous aions eu la victoire. La 

35 journée pour nous eue demain, a la grâce de 
dieu, nous ne trouverons jamais seigneur qui 
nous combate ne qui se oze mettre contre 
nous aux champs; et nous sera Tonneur cent 
fois plus grant que ce que nous eussions le 

40 confort des Anglois; car se ilz estoient en 
nostre compaignie, ilz en auroient du tout la 
renommée, et non nous. Aveuc le roy de 
France est toute la fleur de son royaume, ne 
il n'a nuUui laissié derrière. Et dittes a voz 

45 

13 et si forte haie etoit B. 17 Phelippe B: 
le roy Ms. toutes. 27 vfe. 39 nîe elc. 

43 roy™''. 



427 XIV« SIECLE. 428 

gens que l'en tue tout sans nulluy prendre a ciel fumieres et estlncclles de feu voiler, et ce 
raëuchon ; par ainsi demourrons nous eu paix, estoit des feuz que les François faisoient des- 
car je vueil et commande sur la teste que soubs haies et buissons , ainsi comme ilz es- 
nulz ne prende prisonnier, se ce n'est le roy. toient logiés. Celle femme escoute et entent. 
Mais le roy vueil je déporter pour son jenne 5 ce lui fut adviz, graut friente et grant noise 
ëage, c'est ung enffant; on lui doit pardonner, entre leur ost et l'ost des François, et crier 
il ne scet qu'il fait, il va ainsi qu'on le maine. monjoie et plusieurs autres criz, et lui estoit 
Nous le menrons a Gand aprendre flamenc. advis que le bruit venoit de dessus le Mont 
Mais ducs, contes, chevalliers et hommes d'ar- d'Or entre eulx et Rosebeque. De celle chose 
mes, occïés tout; les communaultez de France lo elle fut toute eshidee et se retraist ou pavillon 
ne nous en sçauront ja pïeur gré, car ilz de Phelippe et l'esveilla soudainement et lui 
vouldroient, de tout ce suiz je bien assëur, dist 'Sire, levez vous tost et vous armez! car 
que jamais piet n'en retournast en France, et j'ay oy trop grant noise sus le Mont d'Or, et 
aussi ne fera il.' Ces capitaines qui la estoient croy que ce soient les François qui vous vien- 
a collation après souper avecques ledit Phe- 15 nent assaillir.' Phelippe a ces paroles se leva 
lippe en son logis, de plusieurs villes de moult tost, et aflfula une gonne et prist une 
Flandres et du Franc de Bruges, s'accordoient hace et yssi hors de son pavillon pour oyr et 
tous a celle oppinïon, et le tindreut a bonne, mettre en voir ce que la damoiselle disoit. 
et respondirent a Phelippe et lui dirent 'sire, En telle manière comme elle l'eut ouy Phe- 
vous dittes bien , et ainsi sera fait.' Adont 20 lippe l'ouy , et luy sembla qu'il y euïst ung 
prindreut ilz congié a Phelippe et retournèrent grant tonnoirement. Tantost il se retraist en 
chascun en son logis entre leurs gens, et leur son pavillon, et list faire friente et sonner sa 
recorderent et advertirent de tout ce que vous trompette de resveillement. Si tost que le son 
avez ouy. Ainsi se passa la nuit en l'ost Phe- de la trompette de Phelippe s'espandi par les 
lippe d'Artevelle; mais entour my nuit, ainsi 25 logis, on le recongueu, tous se levèrent et ar- 
que adont je fuis infourmé, il. advint en leur merent. Ceulx du gait et ceulx qui estoient 
ost une merveilleuse chose ne je n'ay point au devant de l'ost envolèrent devers Phelippe 
ouy recorder la pareille. aucuns de leurs compaignons pour savoir quel 

Comment la nuit dont lendemain fut la ba- chose il leur failloit, quant ja s'armoient. Hz 
taille dit de Rosebeque advint ung merveilleux 30 trouvèrent ceulx qui envolez y furent, et rap- 
signe au dessus de Passamblee des Flamens. portèrent que Phelippe les avoit moult blasmes 
Le chapitre ccc.xxxij. de ce qu'ilz avoient ouy noise et friente devers 

(Q)uant iceulx Flamens furent rasserisiez et les eunemiz et si s'estoient tenuz tout quoy 
que chascun se tenoit en son logis, (et toutef- sans en advertir. 'Ha!' ce dirent ceulx, 'alez 
fois ilz faisoient bon guet, car ilz sentoient 35 et dittes a Phelippe que voirement avons nous 
leurs ennemis a moins de une lieue d'eulx), il ouy noise sur le Mont d'Or, et avons envoie 
me fut dit que Phelippe d'Artevelle avoit a pour sçavoir que ce povoit estre; mais ceulx 
amie une damoiselle de Gand, la quelle en ce qui y sont alez ont rapporté que ce n'est 
voiage estoit venue avecques luy; et en tandis riens, et que nulle chose ilz n'ont vëu; et 
que ce Phelippe dormoit sus une quieute pointe 40 pour ce que nous ne veïsmes de certain nul 
auprès d'un grant feu de charbon en son pa- apparant d'esmouvement, ne voulions pas res- 
villon, ceste femme environ heure de my nuit veillier l'ost, que nous n'en fuissions blasmez.' 
yssy hors du pavillon pour vëoir le ciel et le Ces paroles de par ceulx du gait furent rap- 
temps, et quelle heure il estoit, car elle ne portées a Phelippe; il se appaisa sur ce, mais 
povoit dormir. Si regarde au lez devers Ro- 45 en courage il s'esmerveilla grandement que ce 
sebeque et voit en plusieurs lieux en l'air du povoit estre. Or dient les aucuns que c'es- 

10 pluss's. 17 france. brug'. 33 fur. 21 tournoiement 2^. 24sespardi: J5 se e'pandit. 



429 JEHAN FROISSA HT. 430 

toient les dyaMes d'enfer, qui la jouoicnt et et pour monter sur, se chace par les Flamens 
se deduisoient ou la bataille devait estre, pour se faisoit, pour commander et dire a ses gens 
la grant proie qu'ilz y attendoient. 'Tuez tout, tuez tout.' En celle instance le 

faisoit Phelippe marchier après lui. 
Cornent le Jeudi matin environ deux heures 5 ^y))q la ville de Gand avoit Pheiippe d'Arte- 
devant l'aube dont le jour fut la bataille, les yç]ig ^vuec luy envirou neuf mil hommes tous 
Flammens se misrent en fort lieu en conroy, j^^mez, lesquelz il tenoit entour luy; car il y 
et de leur conduite. Le chapitre ccc.xxxiij. ^voit greigneur fiance qu'en nulle autre gent. 
(O)ncques depuis cel effroy et ce resveille- Et se tenoient ceulx de Gand de Phelippe et 
ment de l'ost Phelippe ne les Flamens ne fu- 10 leurs banieres tout devant, et ceulz de la 
rent assëurez, et doublèrent tousjours que ilz chastellerie d'Alost et de Granmont; après 
ne fuissent trahis et sourprins. Si se prindrent ceulx de la chastellerie de Courtray, et puis 
a armer bien et bel de tout ce qu'ilz avoient ceulx de Bruges, du Dam, et de l'Escluse, et 
par grant loisir, et firent grans feuz en leurs ceulx du Franc de Bruges; et estoient armez 
logis, si se desjëunerent tout a leur aise, car 15 la greigneur partie de maille, de buvettes, de 
ilz avoient vins et viandes a plenté. Environ capeaulx de fer, de auquetons et de gans de 
deux heures devant le jour Phelippe dist il balaine; et portoit chascun ung plançon a 
seroit bon que tout homme se traisist sur les picquot de fer et a vireule. Et avoient par 
champs et que noz guetz fuissent ordonnez, villes et par chastelleries, pour recongnoistre 
parquoy se sus le jour les François viennent 20 l'un l'autre, parures samblables; une com- 
pour nous assaillir, que nous ne soions pas paigne cottes faissies de gaune et de bleu, 
desgarnis, mais pourvëuz de ordonnance et les autres a une bende de noir sus une cotte 
advisez que nous devrons faire.' Tout homme rouge, les autres chievronnez de blanc sur 
se accorda a sa parole, et se départirent de une cotte bleue, les autres pallez de vert et 
leurs logis, et s'en vindrent en une bruiere 25 de bleu, les autres ondoies de blanc et de 
dehors d'uu petit bosquetel; et avoient au de- rouge, les autres muez de vert et de jaune, 
vaut d'eulx ung fossé large assez et tout nou- les autres loseugiez de bleu et de rouge, les 
vol relevé, et par derrière eulx grant espace autres tout bleu a ung quartier rouge, les 
de genestres et de bois menu. Et la eu ce autres copez de rouge dessus et de blanc de- 
fort lieu ilz se ordonnèrent et misreut tous en 30 souz. Et avoient chascun banieres de leurs 
une grosse bataille dure et espesse, et se trou- mestiers, et grandes costilles a leurs chaiu- 
verent par rapport de connestables environ tures peudans, et en tel estât faisoient silence 
cinquante mille, toute gent d'eslitte, les plus attendans le jour qui vint tantost. Ores 
fors, les plus appers et les plus oultrageux, et vous diray de l'ordonnance des François au- 
qui moins visoient a leurs vies de tout Flandres. 35 tant bien comme jou ay racompté des Fla- 
Et avoient environ .lx. archiers angloiz qui mens. 

s'estoient emblez de leurs gaiges de Calais CommeJit le jeudi malin Phelippe d'Arlevclle 
pour vêtir prendre greigneur prouffit au dit et les Flamens furent combalus et descon/is 
Phelippe; et avoient laissié en leurs logis ce par le roy de France sur le Mont d'Or em- 
de harnas que ilz avoient, malles, lits et toutes 40 prés la ville de Rosebeque. Le chapitre 
autres choses nécessaires, réservé leurs ar- iijc.xxvij. 

mures, chevaulx, charroy et sommiers, femmes Je fuis adout inf'ourmé par le seigneur d'Es- 

et varlets. Mais Phelippe d'Artevdle avoit sou tounevort, et me dist que il vey, et aussi firent 
page monté sur ung très beau coursier auprès plusieurs, quant l'oriflambe fut desploiee et la 
de lui , qui valloit pour ung seigneur v. c. 45 bruine se chey, ung blanc coulon voiler et 
frans, et ne le faisoit point venir avec luy faire plusieurs volz par dessus la baniere du 
pour chose qu'il se voulsist embler ne absen- 
ter des autres, mais pour estât et grandeur, 3 iustance] entente B. a gânc. -20 jaune. 



431 XIV^ SIECLE. 432 

roy; et quant il eut assez volé, et que on se (A)insi fut faitte et assamblee celle bataille ; 

deubt combatre et assambler aux ennemis, il et lors que des deux costez les Flamens furent 
se print a seoir sur l'une des bannières du roy; astrains et encloz, Hz ne passèrent plus avant, 
dont on tint ce a grant signiffïance de bien. car ilz ne se povoient aidier. Adont se remist 
Or approchierent les Flammens et commenchie- 5 la bataille du roy en vigeur, qui avoit de com- 
rent a jetter et a traire de bombardes et de mencement ung petit branslé. La entendoient 
canons et de gros quarreaulx empenez d'arain; gens d'armes a abatre Flamens en grant nom- 
ainsi se commença la bataille. Et en ot le bre; et avoient les plusieurs haches acérées, 
roy de France et ses gens le premier encontre, dont ilz rompoieut ces bachinets et eschervel- 
qui leur fut moult dur; car ces Flamens, qui 10 loient testes; et les aucuns plommees, dont ilz 
desceudoient orgueilleusement et de grant vou- donnoient si grans horrïons, qu'ilz les aba- 
lenté, vcnoient roit et dur, et boutoient en ve- toient a terre. A paines estoient Flamens 
nant de l'espaule et de la poitrine ainsi comme chëuz, quant pillars venoient, qui entre les 
senglers tous foursenez ; et estoient si fort gens d'armes se boutoient, et portoient grandes 
entrelachiés tous ensemble qu'on ne les povoit 15 coutilles, dont ilz les partuoient; ne nulle pitié 
ouvrir ne desrompre. La fuirent du costé des n'en avoient non plus que se ce fuissent chiens. 
François par le trait des canons, des bom- La estoit le clicquetis sur ces bacinets si grant 
bardes et des arbalestres premièrement mort: et si hault, d'espees, de haches, et de plom- 
le seigneur de Waurin , baneret , Morelet de mees, que l'en n'y ouoit goutte pour la noise. 
Halwin et Jacques d'Ere. Et adont fut la ba- 20 Et ouy dire que, se tous les heaumiers de 
taille du roy reculée; mais l'avantgarde et Paris et de Brouxelles estoient ensemble, leur 
l'arrieregarde a deux lez passèrent oultre et mestier faisant, ilz n'euïssent pas fait si grant 
euclouïrent ces Flamens, et les misrent a l'es- noise comme faisoient les combatans et les 
troit. Je vous diray comment sur ces deux feraus sur ces testes et sur ces bachinets. 
eles gens d'armes les commencierent a pousser 20 La ne s'esparguoient point chevalliers ne es- 
de leurs roides lances a longs fers et durs de cuïers, ainchois mettoient la main a l'euvre 
Bourdeaulx, qui leur passoient ces cottes de par grant voulenté, et plus les ungs que les 
maille tout oultre et les perchoient en char; autres; si eu y ot aucuns qui s'avancèrent et 
dont ceulx qui estoient attains et navrez de boutèrent eu la presse trop avant; car ilz y 
ces fers se restraindoient pour eschiever les 30 furent encloz et estains, et par especïal mes- 
horïons; car jamais ou amender le peuïssent sire Loy s de Cousant, ung chevallier de Berry, 
ne se boutoient avant pour eulx faire destruire. et messire Fleton de Revel, lilz au seigneur 
La les misrent ces gens d'armes a tel destroit de Revel ; mais encoircs en y eut des autres, 
qu'ilz ne se sçavoient ne povoient aidier ne dont ce fut dommage : mais si grosse bataille, 
ravoir leurs bras ne leurs planchons pour ferir 35 dont celle la fut, ou tant avoit de pueple, ne 
ne eulz deffendre. La perdoient les plusieurs se povoit parfurnir et au mieulx venir pour les 
force et alaiue, et la tresbuchoient l'un sur victoriens, que elle ne couste grandement. Car 
l'autre, et se estindoient et moroient sans coup jeunes chevalliers et escuïers qui désirent les 
ferir. La fut Phelippe d'Artevelle encloz et armes se avancent voulentiers pour leur hon- 
pousé de glaive et abatu, et gens de Gand, m neur et pour acquerre loënge; et la presse 
qui l'amoient et gardoient, grant plenté atterrez estoit la si grande et le dangier si périlleux 
cntour luy. Quant le page dudit Phelippe vey pour ceulx qui estoient enclos ou abatus, que 
la mesadventure venir sur les leurs, (il estoit se on u'avoit trop bonne ayde, ou ne se po- 
bien monté sur bon coursier), si se party et voit relever. Par ce party y eut des François 
laissa son maistre, car il ne le povoit aidier; 40 mors et estains aucuns; mais plenté ne fut ce 
et retourna vers Courtray pour revenir a Gand. 

lu he;imicrs. :',i causant li : gonsant Ma. 

15 entre lacliiurs. 20 dere: i> d'Erck. 25 elles. M\ pouoir; B peut. 



433 JEHAN FROÎSSART. 434 

mie; car quant il venoit a point, ilz aidoient tez ne Lorribletez no adviudrcnt en ce monde 
l'un l'autre. La eut ung molt grant nombre que il fust advenu pour les communaulte/ qui 
de Flameus occis, dont les tas des mors es- par tout se fuissent rebellez et destruit gen- 
toient haulx et longs ou la bataille avoit esté ; tillece. Or se advisent ceulx de Paris a tout 
on ne vey jamais si peu de sang yssir a tant leurs maillets ! Que diront ilz quant ilz sauront 
de mors. que les Flamens sont descontiz a Rosebeque, 

Quant les Flamens qui estoient derrière vei- et Phelippe d'Artevelle mort, qui estoit leur 
rent que ceulx devant fondoient et chëoient chef et capitaine? Hz n'en seront mie plus 
l'un sus l'autre et que ilz estoient tous des- joieulx : aussi n'en seront maint autre homme en 
confis, ilz s'esbahïrent et jetterent leurs plan- 10 plusieurs villes. 

çons par terre et leurs armures et se misrent Quant ceste bataille fut de tous poins achie- 

a la fuitte vers Courtray et ailleurs. Hz n'a- vee, on laissa convenir les chassans et les 
voient cure que pour eulx mettre a sauveté. fuians; l'en sonna la rettraitte; adont se re- 
Et Franchois et Bretons après, quy les chas- traist chascun eu son logis comme il devoit 
soient eu fossez et en buissons , en aunois et 15 estre. Mais l'avantgarde se loga oultre la ba- 
en mares et bruieres, cy dix, cy vingt, cy taille du roy sur le lieu, ou les Flamens 
trente, et la les recombatoient de rechief, et avoient esté logiés le mercredi, et se tindrent 
la les occïoient, se ilz n'estoient les plus fors. tout aise en l'ost du roy de France. De ce 
Si en y eut ung molt grant nombre de mors qu'ilz eurent, ilz avoient assez; car ilz estoient 
en la chace entre le lieu de la bataille et jo rafreschis et ravitailliés des pourvëances qui 
Courtray, ou ilz se retraioient a saulf garant. venoient d'Yppre. Et firent la nuit enssieuvant 
Ceste bataille advint sur le Mont d'Or entre trop beaulx feuz en plusieurs lieux aval l'ost 
Courtray et Rosebeque eu l'an de grâce nostre des planchons des Flamens, que ilz trouvèrent; 
seigneur, rail iijC iiij". et 11, le jeudi devant car qui en vouloit avoir, il en avoit tautost 
le samedi de l'advent, le xxvij^. jour de no- 25 requeUlié et chargié son col. 
vembre, et estoit pour lors le roy Charles de (Q)uant le roy de France fut retrait en son 

France ou xiiij^. an de son ëage. logis et on ot tendu son pavillon de vermeil 

cendal moult noble et moult riche, et il fut 
Comment après la desconfilure des Flamens desarmé, ses oncles et aucuns harous de France 
le roy vey mort Phelippe d^ Artevelle, qui fut 30 le vindrent vëoir et conjoïr; ce fut bien rai- 
pendu a ung arbre. Le chapitre iijc. xxxviij. son. Adont lui ala il souvenir de Phelippe 

(A)inzi furent en ce temps sur le Mont d'Or d'Artevelle, e dist a ceulx qui entour lui es- 
Flamens desconfis, et l'orgueil de Flandres toient 'Ce Phelippe, si il est ou vif ou mort, 
abatu, et Phelippe d'Artevelle mort; et de la je le verroie moult voulentiers ' On lui re- 
ville de Gand et des tenances mort avecques 35 spondi qu'on se mettroit en paine qu'il le ver- 
lui jusques a ix™. hommes. 11 y eut ce jour roit. Si fut publié en l'ost, que quiconques 
occis, comme rapportèrent les beraulx, sus la trouveroit Phelippe d'Artevelle, on luy donroit 
place, sans la chasse, jusques a xxvj™. hom- dix frans. Adont vëissiés varlets mettre en 
mes et plus; et ne dura pas la bataille jusques oeuvre et cerchier a tous lez entre les mors 
a la totale desconfiture , depuis qu'ilz assam- 40 qui ja estoient tous desvestuz. Tant fut quis 
blerent, demi heure. Après celle victoire, qui ce Phelippe pour la convoitise de gaignier, qu'il 
fut très hounourable et très prouffitable pour fut trouvé et recongnëu d'un varlet qui l'avoit 
toute chrestïenté et pour toute noblesse et servy longuement et qui bien le congnoissoit; 
gentillece, car se les villains fuissent la par- et fut apporté jusques devant le pavillon du 
venus a leur intention, oncques si grans criiaul- 45 roy. Le roy le regarda un petit; pareille- 

i:> que] ou : B fors que. 15 annois : B aul- 
naies. 25 retraioien. 25 ou plutôt le 28. vo- 9 non seront maint. Il pois. 22 pluR's. 

vembre. 42 xpiente. 25 et manque, 3" pelippe. 

Baktsch, Ckrestomathie. VI. Éd. 28 



435 



XIV« SIECLE. 



436 



ment firent les seigneurs; et fut la retourné, 
pour savoir s'il avoit esté mort par plaies; 
mais on trouva qu'il n'avoit plaie nulle dont 
il fust mort se on l'euïst prins en vie: mais 



fossé et ung grant nombre de Gantois sur luy, 
qui morurent tous en sa compaiguie. Quant 
on l'eut regardé ung espace, il tut osté de la 
et pendu a ung arbre. Yela le dernier jour 



il fut estaint en la presse et tumba en ung 5 et la lin de ce Phelippe d'Artovelle. 



MIRACLE DE NOSTRE DAME DE BERTHE. 

Miracle de nostre dame de Berthe, femme du roy Pépin, qui hj fu changée et puis la retrouva, et 
est a XXXII. personnaigez. Publié par Francisque Michel d'après le ms. de Paris 7208 4. B. (1839), 
Fol. D un à E m. Miracles de Nostre Dame, par G. Paris et U. Robert, T. 5, 1880, p. 180—185. 
— Thibert et ses compagnons ont reçu l'ordre inique de mettre Berthe à mort. Le miracle suit le 
ponne d'Adenet h Roi; cf. p. 355 — 358. 

a Maliste m'amie chiero 
cy dedanz ceste pautonniere 
maugré vous touz. 
Godefroy. oultrageux estes et estouz, 



Thibert. Seigneurs, arrestons ycy coy 
touz ensemble, ce vous commans: 
en la forest sommes du Mans ; 
assez avons, par vérité, 
eslongné Paris la cité 
et sommes en lieu solitaire, 
faisons ce que nous devons faire 
eu ce désert. 
Morant. or nous monstrez a plain, Thibert, 
qui c'est que nous morir ferons: 
plus tost nous en consentirons 
a ce que dites. 
Thibert. afin que ne me contredites, 
vezcy que je la vous descuevre. 
or avant, mettons nous en euvre. 
premier vueil m'espee sachier 
pour li par my le cors fichier 
tout maintenant. 
Morant. Thibert, je t'ay en convenant 
et te jur dieu de paradis, 
que, se tant soit que t'enhardis 
a elle ferir ne tochier, 
que je t'yray le chief tranchier, 
se tu la fiers. 
Thibert. Morant, serés vous bien si tiers 

encontre moy? 
Morant. oïl, par la foy qu' a dieu doy, 
se jamais ne dévoie en F'rauce 
demeurer: n'en aies doubtance, 
mais le tien vray. 
Thibert. certainement je l'otcirray, 
ja ne la lairay a nul fuer; 
et s'en emporteray le cuer 
26 soit que] soit po. :i7 l;i manque. 



10 Thibert, de vous mettre en fermaille, 

et vous en mentirez sanz faille. 

avant, courons li sus bonne erre 

touz troys et le jetions a terre. 

il y est. Or le tenons tant, 
15 Renier, vous et moy, que Morant 

l'ait desliee et mise en voie, 

que Thibert jamais ne la voie: 

c'est mon conseil. 
Renier, vous dites bien et je le vueil. 
20 ce seroit a nous grant laidure 

que si très belle créature 

occisissons, c'est a un mot, 

Morant, deslïez la tantost 

et si s'en voise. 
25 Morant. je vois, seigneurs, doulce et courtoise 

et gentil femme est a m'eutente. 

belle, alez vous en sanz ateute: 

du mal qu'avez souffert, m'anuie. 

fuiez vous en, dieux vous conduie 
30 a sauveté ! 

Berthe. chier sire, de ceste bonté 

vous soit dieux loier. Je m'en vois 

en destour mucier en ce boys 

mieux que pourray. 
35 Thibert. seigneurs, bien voy, pas ne feray 

ce que l'en m'avoit enchargié. 

la garce par vostre congié 



437 



MIRACLE DE HERTHE. 



438 



s'en fuit: ne la puis jamais prendre. 

mais certes je vous feray pendre, 

se jamais a Paris venez, 

touz trois, sëurs vous en tenez 

hardïement. 

Godefroy. et nous t'occirous vraiement 
touz trois, ains que partes de cy, 
se jamais parles de cecy. 
gardes l'y bien! 

Thibcrt. je crain autant le poil d'un chien 
comme vous trois. 

Renier, voire dia! et par sainte crois, 
de cy n'yras mais plus avant, 
si nous aras en convenant 
que jamais n'en feras recort 
et que seras de nostre accort. 
or le nous jures cy endroit, 
ou tost morras, soit tort ou droit, 
tout maintenant. 

Thibei-t. ha! seigneurs, je vous convenant, 
mais que la vie me sauvez, 
je feray quanque dit m'avez 
seguremeut, n'en doubtez poiut, 
et que regardons par quel poiut 
vers Maliste quites serons 
du cuer que porter lui devons 
de celle qui est eschappee, 
qui par vous trois s'en est alee, 
vous le savez. 

Morant. Thibert, vérité dit avez, 
je vous diray que nous ferons : 
le cuer d'un pourcel prenderons 
en lieu du cuer la doulce belle, 
et dirons 'c'est le cuer de celle' 
a Maliste, qu'a demandé 
et qu' a occire a commandé; 
et nous entrefïaucerons 
que du remenant nous tairons 
a touz jours mais. 

Thibert. or tenez ma foy, que jamais 
pour honneur que j'aye ou diffame 
homme ne le sara ne famé, 
au moins par moy. 

Godefroy. autel le vous jur par ma foy, 
n'en puis plus dire. 

Renier, et nous ne serons pas de pire 
condicïon, moy et Morant, 

•1 trois] m. 



que vous troys serez, or avant: 

alon m'en ce cuer pourchacier. 

puis pensons de nous adressier 

d'aler le présenter Maliste, 
5 afin que chascun tienge a quitte 

de sa promesse. 
Morant. alons nous ent par ceste adresce, 

c'est nostre voie. 
Berlhe. E! biau sire dieu! je soloye 
10 avoir qui me meuoit en destro, 

quant j'aloie ou que soit, et estre 

de plus nobles acompaigniee. 

or suis cy seule traveilliee, 

esgaree et morant de fain. 
15 vierge mère au roy souverain, 

mal semble estre de gent royal. 

ha! vielle, faulx cuer desloyal, 

bien m'as traie a ceste foiz, 

quant me fault aler par ce boiz 
■20 comme povre fille esgaree. 

e! mère dieu, vierge honnoree, 

confortez moy par vostre grâce. 

asseoir me fault, tant sui lasse 

du corps et vaine. 
•25 Thibert. Dieux, qui fist créature humaine 

a sa semblance quant a l'ame, 

vous gart de mal, ma chiere dame! 

nous touz qui cy sommes présent 

de ce cuer vous faisons présent, 
30 et voulons bien que vous sachiez 

que du ventre a esté sachiez 

de celle qui nous fu livrée 

pour morir: elle est délivrée. 

fait en avons bien vo commans: 
35 en la haulte forest du Mans 

le corps en gist. 
La serve, bien est, seigneurs: il me souftist. 

gardez ce fait secré tenez, 

et demain a moy revenez. 
40 c'est m'entente: touz vous feray 

riches de ce que vous donray. 

alez vous en a voz hostieux. 

Thibert, vous et moy pour le mieux 

au roy et a la royne irons 
45 et de ce fait cy leur dirons 

si comme il est. 
Thibert. alons, dame, je suis tout prest. 

entrez en voie! 
2 men. 21 et, mère. 
28* 



439 



XlVe XVe SIECLE. 



440 



CHRISTINE DE PISAN. 

I. II. Leroux de Lincy, recueil de chants liistoriqiies français 1, 278. 2S7 ; III. IV. Les poètes français 
depuis le XII« siècle jnsqu à Malherbe, Paris 1824, Tom. II, p. 168. 171. Comparé par M. Schirmer 
avec le ms. fonds franc. 604 {anc. 7087^) fol. 17, 27, 3, 118. V. Tliomassy, essai sur les écrits politiques 
de Christine de Pisan, Paris 1838, p. 168—170. Comparé avec le Ms. franc. 1182 {anc. 7398, 2. 2), 
fol. 87. Oeuvres Poétiques de Christine de Pisan, par M. Roy, Paris 1886, T. 1. p. 95. 243. 12 
(I, II. III). — I. à propos du premier accès de folie de Charles VI (1393); IL sur le combat de sept 
Français et de sept Anglais, à Montendre près de Bordeaux, où les Français furent vainqueurs (1403). 



Nous devons bien sur tout autre dommage 
plaindre cellui du royaume de France 
qui fut et est le règne et héritage 
des crestïens de plus haulte puissance, 
mais dieux le fiert adés de poingnant lance, 
par quoy de joie et de soulaz mendie: 
pour noz péchiez si porte la penance 
nostre bon roy qui est en maladie. 

C'est grant pitié, car prince de son aage 
ou monde n'iert de pareille vaillance, 
et de tous lieux princes de hault parage 
desiroient s'amour et s'alïance. 
de tous amez estoit très son enfance: 
encor n'est pas, dieu merci, refroidie 
icelle amour, combien qu'ait grant grevance 
nostre bon roy qui est en maladie. 

Si prions dieu, de très humble courage, 
que au bon roy soit escu et défense 
contre tous maulz, et de son grief malage 
lui doint santé; car j'ay ferme créance, 
que s'il avoit de son mal allegance, 
encor seroit, quoy qu'ades on en die, 
prince vaillant et de bonne ordenance 
nostre bon roy qui est en maladie. 

IL 

Bien viegniez bons, bien viegniez renommez, 
bien viegniez vous, chevalier de grant pris, 
bien viegniez preux, digne d'estre clamez 
vaillans et fors et aux armes apris ; 
estre appeliez devez en tout pourpris 
chevalereux, très vertueux et fermes, 
durs a travail, pour grans coups ramener, 
fors et eslus: et pour voz belles armes 
on vous doit bien de lorier couronner. 

Vous, bon seigneur du Chastel, qui amez 

11 nyert. 15 dieux. 



estes de ceulz qui ont tout bien empris; 
vous. Bataille, vaillant et aifermez, 
et Barbasan en qui n'a nul mespris; 
Champaigne aussi, de grant vaillance espris, 
5 et Archambaut, Clignet aux belles armes, 
Keralouys, vous tous sept, pour donner 
exemple aux bons et grant joie a voz dames, 
on vous doit bien de lorier couronner. 
Or avez vous noz nuisans diffamez: 

10 louez soit dieux qui de si grans péris 
vous a gittez! tant vous a enamez 
que vous avez desconfis, mors et pris 
les sept Anglois de grant orgueil surpris, 
dont loz avez et d'ommes et de fammes, 

15 et puis que dieux a joye retourner 
victorieux vous fait ou corps les âmes, 
on vous doit bien de lorier couronner. 

Jadis les bons on couronnoit de palmes 
et de lorier en signe de régner 

20 en hault honneur; et, pour suivre ces termes, 
on vous doit bien de lorier couronner. 



III. 

25 Seulete suy et seulete vueil estre, 
seulete m'a mon doulz ami laissiée; 
seulete suy, senz compaignon ne maistre, 
seulete suy dolente et courrouciée. 
seulete suy en langour mesaisiée, 

30 seulete suy plus que nulle esgaree, 
seulete suy senz ami demouree. 

Seulete suy a huis ou a feuestre, 
seulete suy en un anglet muciee; 
seulete suy pour moy de pleurs repaistre, 

35 seulete suy, doulente ou appaisiee, 
seulete suy, riens n'est qui tant me siée, 
seulete suy en ma chambre enserrée, 



6 .VII. 10 perilz. 12 priz. 
33 murée. 35 soulcte etc. 



13 .VII. 15 dieu. 



441 



CHRISTINE DE PISAN. 



442 



seulete sny seiiz ami demouree. 

Seulete siiy partout et en tout estre. 
seulete suy, ou je voise ou je siée; 
seulete suy plus qu'autre rien terrestre, 
seulete suy de ohascun delaissiee. 5 

seulete suy durement abaissiee, 
seulete suy souvent toute esplouree, 
seulete suy senz amy demouree. 

Princes, or est ma doulour commenciee: 
seulete suy de tout deuil menaciee. lo 

seulete suy, plus tainte que moree, 
seulete suy senz ami demouree. 

IV. 

Cy commencent les notables moraulz de Chri- 
stine de Pizan a son filz. 

Fiiz, je n'ai mie grant trésor 
pour t'enrichir; por ce très or 
aucuns enseignemens noter ^o 

te vueil, si les vueilles noter. 

Aime dieu de toute ta force, 
crains le et du servir t'etforce: 
la sont, se bien les as apris, 
les dix commandemens compris. 25 

Tant t'estudïes a enquerre 
que prudence puisses acquerre; 
car celle est des vertus la mère 
qui chace fortune l'amere. 

Très ta jeunesse pure et monde 3o 

aprens a cougnoistre le monde, 
si que te puisses par aprendre 
garder en tous cas de mesprendre. 

En quelque part que soyes mis 
par fortune ou tu es soubzmis, 35 

gouverne toy si en tel ordre 
que de vivre en sens ayes ordre. 

Se tu veulz en science eslire 
ton estât par les livres lire, 
fay tant et par suivre l'estude 40 

qu'entre les clers ne soyes rude. 

Se tu es noble et veulz les armes 
suivir, il fault que souvent t'armes 
en mainte terre, ou défaillis 
on te tendroit et pour faillis. 45 



9 — 12 manquent. 16 Dans la rubrir/ue du Ms. 
momulz (?) de xpine. 



Mauvais maistre ne sers pour rion, 
car bon fruyt n'yst de mal merrieu. 
en son meur il convient le suivre, 
s'il te fauldroit ses meurs ensuivre. 

Soyes loyal a ton seigneur 
naturel, tu ne doiz greigncur 
foy a homme, saiches de voir: 
faulx ne soyes pour nul avoir. 

Se tu as maistre, sers le bien, 
dis bien de lui, gardes le sien, 
son secret celés quoy qu'il face, 
soyes humble devant sa face. 

Trop convoiteux ne soyes mie, 
car convoitise est enemie 
de charité et de sagesse: 
te garde de foie largesse. 

Se d'armes avoir renommée 
tu veulz, si poursuis mainte armée, 
gart qu'en bataille n'en barrière 
tu ne soyes vëu derrière. 

Se es capitaine de gent, 
n'ayes renom d'amer argent: 
car a peines pourras trouver 
bonnes gens d'armes, s' es aver. 

Se pays as a gouverner 
et longuement tu veulz régner, 
tiens justice et cruel ne soyes 
ne de grever gens ne quier voyes. 

Se tu as estât ou office, 
dont tu te mesles de justice, 
gardes comment tu jugeras, 
car devant le grant juge yras. 

S'as desciples, ne les reprendre 
en trop grant rigueur, se mesprendre 
les vois; penses que feible et vainne 
est la fragilité humaine. 

Se tu es homs d'eglize ou prestre, 
religieux ou moine en cloistre, 
n'ayes en toy grant convoitise, 
papelardie ne faintise. 

S'a toy n'appartient n'a ta vie, 
ne te mesles n'ayes envie 
de princes ne sus qui gouverne, 
n'en faiz tes devis en taverne. 

Portes honneur aux renommez, 
aux anciens, aux bons nommez, 

3 meneur. 23 pourraiz, 35 feibles. 



443 



XI V« XV*- SIECLE. 



444 



de vaillans gens toudiz t'acointes, 
mieulx en vauldras que les plus cointes. 

Ne soyes entre gent honteux 
ne trop bault, fel ne rïoteux, 
mais débonnaire a toute gent: ' 
tiens toy net selon ton argent. 

Se de marchandises te vis, 
vens et achate a ton devis 
si que ne perdes ou marchié, 
ne deçoy nul, car c'est pechié. 

Se tu as besoing et mestier 
de toy vivre d'aucun mestier, 
soyes soingneux et prens en gré, 
car ou ciel est le haut degré. 

Se tu viens en prospérité, 
a grant chevance et hérité, 
gardes qu'orgueil ne te seurmoute: 
penses qu'a dieu fault rendre compte. 

Tiens toy a table honnestement 
et t'abille de vestement 
en tel actour qu'on ne s'en mocque, 
car on congnoist l'uef a la coque. 

Se tu es joennes et polis, 
de peu de coust soyes jolis, 
sens toy grever pour mectre en robes: 
tiens toy net et nul ne desrobes. 

Soyes constant, tiens ton propoz 
du bien faire qu'as en propoz, 
car homme qui change souvent 
ne puet estre preux ne sçavent. 

Soyes véritable en parolle, 
a point tais et a point parolle, 
car qui trop parle par usage, 
est souvent tenu a pou sage. 

Ayes pitié des pouvres gens 
que tu voiz nuz et indigens 
et leur ayde quant tu pourras: 
souviengne toy que tu mourras. 

Tien ta promesse et petit jure, 
gard ne soyes trouvé parjure, 
car le menteur est mescrëu, 
et quant voir dist, il n'est crëu. 

Aimes qui te tient a amy 
et te gart de ton ennemy; 
nul ne puet avoir trop d'amis: 
n'il n'est nulz petis ennemis. 



10 car manque. 
a? pourraz. 



2.^ mecterc. in descobes. 



V. 

Cy (lit la manière commenl appartient a prince 

tenir le menu peuple , affin de le garder de 

presompcion et canse de rebeller. 

5 Mais a parachever ce qui ay devant en- 
commencié a dire comme il conviengne aucune 
foiz dilater les conclusions pour plus au long 
déclarer les matières, c'est assavoir du gou- 
vernement qui appartient a prince, pour tenir 

10 son peuple en paix, se peut interpréter l'aucto- 
rité cy dessus a notre propos que les mauvais 
faiz ne peuvent être délaissez jusques a ce 
que désirs et voîuntez de pluseurs choses ces- 
sent, et adont ce que souloit estre ennemy 

15 devient amy. Voîuntez de pluseurs choses sont 
voiremeut en gent de commune, si que dit est ; 
mais affin que leurs vagues désirs cessent, ne 
que plus les semblables maulx passez ne puis- 
sent ensuivir, est bon, me semble, que le 

20 prince, tant pour faire son devoir principale- 
ment vers dieu, comme affin que cause n'ait 
peuple de plus murmurer ne eulx tenir mal 
contens, que il le gouverne dëuemeut et soubz 
tresbonne justice, ne les seuffre estre foulez 

25 ne pillez par gens d'armes, ny de personne; 
les deffende diligenment de touz ennemis, si 
que fait le bon pastour ses brebiz, et que 
faire le doit; vueille et ordonne que, se riens 
est prins du leur ou de leur paine, que tantost 

30 soient paiez et contentez ; car, dit le sage, ne 
tiens le salaire du laboureur du soir au matin, 
affin que maudisson ne te nuise. Ne preugne 
sur eulx subside, tailles, ne a quelconque 
charge ne les impose oultre la nécessité de 

35 soustenir ses guerres, si que droit le permet; 
les tiengne en paix, et que nul ne les oppresse 
ne face grief, affin que cause n'aient d'eulx 
esmouvoir ne occupper en autres choses ne 
mais a leurs labours et mestiers; leur soit 

40 débonnaire et bénigne en parolle, s'il eschiet 
que a luy parlent, et favorable a leurs justes 
peticïons, de crùaulté nullement n'use vers 
eulx ; ains vueille que ilz soient traictez amïable- 
ment. Et quant il va par la ville ou autre 

45 part, ou a l'encontre luy viennent et le sa- 
luent, les salue très doulcement et de bénigne 
chiere. 
Item , ordonne que ilz ne portent habiz 
15 Volunte. 32 preugue. 



445 



ALAIN CIIARTIER. 



446 



oultrageux ne autres que leur ap]>artieniient, 
sans parprendre ceulx des gentilz hommes, 
broderies ne devise, comme tel orgueil puist 
estre préjudiciable, et peut cstre est. Item, 
et aftiu que ilz s'aprcngneiit a estre mieulx 
moriginez, face deifendre ses maugroiemens, 
reuïemens et ses oultrageux sermens de nostre 
seigneur, soubz paine de graut puguicïon en 
gênerai dcfl'ence; aussi bien eu soient pugniz 
grans comme petiz , et mesmement gens de 
court, affin de mieulx duire ung chacun, et 
eschever murmure des petiz, et par justice 
amoderee soient après puguiz les defaillans; 
avec ce ses folles compaignies et assemblées 
en maison sans juste achoison leur fussent 
veez. 

Item, et comme oisiveté soit cause, souvent 
avient, d'induire jeunece a mains maulx faire 
et folles conspiracïons , que certaines gens 
fussent establiz par belle justice pour tous- 
jours eusercher et prendre garde que aucun 
desroy ne fust machiné en ville, et que telz 
follastres gallars oyseux qui vont ça et la ou 



par ses tavernes, sans riens faire, ne leur fust 
plus soufiFert, ains bien enquis fussent de quoy 
servent et que vont faisant, mis en prison 
s'ilz ne vont a leurs mestiers, s'il est jour 

5 ouvrier. 

Item, fussent bien acertes deffendues ces 
folles parolles parcïalles qui ont couru et 
encores ne cessent, dont mal pourroit venir, 
et pugnir ceulx qui plus en useroient pour 

10 chastïer les autres. 

Et a brief dire, par telz voies tenir en 
généralité et toutes autres bonnes ordonnances, 
que sur ce aviser se pourroient, pourroit le 
prince tenir son peuple en paix, faisant leur 

15 graut prouftit par ce que plus ne s'en ten- 
droient aux pertes de temps que faire sou- 
loient, ains chacum a son droit mestier. Si 
seroient bien contens de luy, puis qu'en paix 
on les tendroit et soubz bonne justice, et por- 

20 ront enrichir, par quoy mieulx aroient l'aise 
de luy aider, se besoing en avoit. Et par 
ainsi vivroit le peuple soubz bon seigneur 
glorieusement. 



ALAIN CHARTIER. 

I. II. Copie faite par M, Ebert sur la première édition [entre 1470 et 14S0). Cf. Paulin Paris, 
les manuscj ils français 6, 386; III. Ms. de Paris, franc. 833 {anc. 7215. 2. 2), fol. 64 (A), com- 
paré avec le Ms. 1642 (B). 



I. Le Bréviaire des Nobles (Début) 
Je Noblesse, dame de bon vouloir, 
royne des preux, princesse des haulx faiz, 
a tous, qui ont voulenté de valoir, 
paix et salut, par moi sçavoir vous faiz 
que pour ester les maulx et les tors faiz 
que villenuie a entrepris de faire, 
chascun de vous tous les jours une foiz 
ses heures die en cestuy bréviaire. 

Je me doy bien de plusieurs gens douloir 
qui ont du tout mes estaz contreffaiz, 
et en mettant vertu a non chaloir 
prennent mon nom et laissent mes beaulx faiz 
et ont leurs noms avillez et deffaiz 
et enclinez a mesdire et malfaire: 



mais qui vouldra pardon de ses meffaiz, 
25 ses heures die en cestuy bréviaire. 

Qui est des bons le successeur ou l'oir, 
ne doit avoir la terre sans les faiz, 
et s'il n'est duit a bien faire et vouloir, 
les biens d'aultruy sont en luy imparfaiz; 
3(j ains a du tout loz et honneur forfaiz, 
quant il n'ensuit des nobles l'exemplaire: 
mais se failly quelque ung a autre foiz, 
ses heures die en cestuy bréviaire. 
Princes mondains, qui vous dictes parfaiz 
35 en noblesse, se me voulés complaire, 
chascun de vous par esbat plusieurs foiz 
ses heures die en cestuy bréviaire. 



4 et ait peut Ms-. 26 fais. 31 fois. 



27 le fais. 32 fois. 34 parfais. 36 fois. 



447 



XVe SIECLE. 



448 



Foy, la première vertu. 

Dieu tout puissant, de qui noblesse vient 
et dont descent tonte perfection, 
a tout créé, tout nourrist, tout soustient 
par sa haulte digue provision; 5 

mais, pour tenir la terre en union, 
a ordonné chascun en son office, 
ly ung seigneur, l'autre en subjectïon, 
pour foy garder et pour vivre en justice. 

Cil qui de dieu le plus d'honneur obtient lo 
par seigneurie et domination, 
plus est tenu et plus luy appartient 
d'avoir en luy entière affection, 
crainte et honneur, bonne devocïou 
et vergoigne de meffait et de vice, 15 

et faire tout en bonne ententïon, 
pour foy garder et pour vivre eu justice. 

Cil est noble et pour tel se maintient 
sans vanterie et sans decepcïon, 
qui envers dieu obéissant se tient 20 

et fait le droit de sa profession; 
qui quiert noblesse en autre opinion, 
fait a dieu tort et au sang préjudice; 
car dieu forma noble condition 
pour foy garder et pour vivre en justice. 25 

Povre et riche meurt en corruption, 
noble et commun doivent a dieu service; 
mais les nobles ont exaltation 
pour foy garder et pour vivre en justice. 

30 

II. Le livre des quatre dames {Début). 

Pour oublier merencolye 

et pour faire chiere plus lie, 

ung doulx matin aux champs yssy, 

au premier jour qu'amours ralie 35 

le cueur, et la saison jolye 

fait cesser ennuy et soussy; 

si alay tout seulet ainsi 

que l'ay de coustume, et aussi 

marchay l'erbe poignant menue, -jo 

qui mist mon cuer hors de souci, 

lequel avoit esté transsi 

long temps par liesse perdue- 
Tout autour oiseaulx volletoient 

et si très doulcement chantoient 45 

qu'il n"est cueur qui n'en fut joieux, 

et en chantant en l'air nioutoieut* 

10 rijarchay Ebert] luarcLy. 47 il manque un vers. 



a l'estrivee, a qui mieulx mieulx; 
le temps n'estoit mie ennïeux, 
de bleu se vestoient les cieulx, 
et le beau soleil cler luisoit; 
violettes croissoient par lieux, 
et tout faisoit ses devoirs tieulx 
comme nature le duisoit. 

En buissons oyseaulx s'assembloient, 
l'un chantoit, les autres doubloient: 
de leurs gorgettes verboioient 
le chant que nature a apris ; 
et puis l'un de l'autre s'embloient, 
et point ne s'entreresembloient, 
tant en y ot qui ne sembloient 
fors a estre en nombre compris. 
je m'arrestay en ung pourpris 
d'arbres en pensant a hault pris 
de nature qui entrepris 
ot a les faire ainsi harper; 
mais de joie les vy surpris 
et d'amours nouvel entrepris, 
et ung chascun avoit ja pris 
et choisy ung si loial per. 

Eu chemin tout retentissant 
de doulx accors alay, pensant 
a ma maleuree fortune, 
en moy mesme m'esbaissant, 
com amour, qui est si puissant, 
est large de joie fors d'une, 
que je ne puis par voie aucune 
recouvrer, combien que nesune 
autre grâce a amours ne vueil, 
soit maleur ou soit infortune; 
autres par manière commune 
ont les biens dont je u'ay que dueil. 

Les arbres regarday flourir 
et lièvres et conuixs courir: 
du printemps tout s'esjouissoit. 
la sembloit amour seiguourir: 
nul n'y peut vieillir ne mourir, 
ce me semble, tant qu'il y soit, 
des arbres ung flair doulx yssoit 
qui l'air sery adoulcissoit, 
et en bruiant par la vallée 
ung petit ruisselet passoit 

2 mie mieulx. 8 sembloient: correction d'Ebert. 
24 tout manque. 36 fleurir. 39 seigneurir. 45 sans 
doute glissoit. 



449 



ALAIN CUARTIER. 



450 



qui le pais amolissoit, 

dont l'eaue n'estoit pas sallec. 

La venoieut les oysillons, 
après ce que des grésillons, 
des mouschettes et papillons 
ilz avoient pris leur pasture; 
lasniers, autours, esmerillons 
vy et mouches aux aguillons, 
qui de beau miel leurs pavillons 
firent es arbres par mesure, 
de l'autre part fut la closture 
d'un pré gracieux, ou nature 
sema les fleurs sur la verdure, 
blanches, jaunes, rouges et perses; 
d'arbres fleuris fut la çaintnre 
aussi blans que se naige pure 
les couvrist, ce sembloit paincture, 
tant y ot de couleurs diverses. 

Le missel d'une sourse vive 
descendoit de roche nayve, 
large d'environ une toise; 
si couroit par l'erbue rive, 
et au gravier qui lui estrive 
menoit une tresplaisant noise; 
maint poissonet, mainte vandoise 
vy la nager, qui se degoise 
en l'eaue clere, nette et fioe. 
si n'ay garde que je m'en voise 
de la, mais largement me poise 
qu'il faille que si beau jour fine. 

Tout au plus près sur le pendant 
de la montaigne en descendant 
fut assiz ung joieux bocage, 
qui au missel se alloit rendant 
et vertes courtines tendant 
de ses branches sur le rivage, 
la hante maint oisel sauvage: 
l'un vole, l'autre ou ruissel nage, 
canes, ramiers, hérons, faisans, 
les serfz passoient par l'ombrage 
de ces oisillons hors de cage: 
dieu scet s'ilz estoieut taisans. 

Ainsi ung pou m'esjouissoie, 
quant a celle douleur pensoie, 
et hors de la tristeur yssoie 
que je porte celeement; 

9 leurs manque, paveilloiis, ti feut. ;i4 ran- 
dant. 3e rivaige. i' sauvaige. 
Bartsch, Uhrestomathie. VI. Éd. 



et puis a moy mesmes tensoie, 

et de chanter je m'efforçoie; 

mais ce bien dont je jouissoie 

il ne duroit pas longuement, 
5 ains rentroie soubdainement 

au penser ou premièrement 

j'estoie, dont si durement 

suis et de long temps assailly. 

ce bien accroissoit mon torraent 
10 en voyant l'esjouissement, 

dont il m'estoit tout autrement, 

car espoir m'estoit defailly. 
Sy disoie a Amours 'Amours, 

ponrquoy me faiz tu vivre en plours 
15 et passer tristement mes jours, 

et tu donnes par tout plaisance. 

tiens suis a durer a tousjours, 

et je trouve toutes rigours, 

plus de durtez, moins de secours 
20 que ceulx qui aiment decevance. 

j'ai pris eu gré ma penitance, 

attendant la bonne ordonnance 

de la belle qui a puissance 

de moy mettre en meilleur party; 
25 mais je voy que faintise avance 

ceulx qui ont des biens abondance, 

dont j'ay failly a l'espérance: 

ce n'est pas loiaulment party.' 
Ainsy mon cueur se guermentoit 
30 de la grant douleur qu'il portoit, 

en ce plaisant lieu solitaire, 

ou ung doulx ventelet ventoit 

si sery qu'on ne le sentoit, 

fors que violette mieulx en flaire; 
35 car fut le gracieux repaire 

de ce que nature a peu faire 

de bel et joieux en esté: 

la n'avoit en rien a rettaire 

de tout ce qui me pourroit plaire, 
40 mais que ma dame y eust esté. 
En une sente me vins rendre, 

longue et estroite, ou l'erbe tendre 

croissoit très dure et ung pou mendre 

que celle qui fut tout autour; 
45 la me vint ung aches surprendre 

de désir, que me fist mesprendre, 

3 dont Ebert] donc. 19 duretez. 30 p. ê. 
tcntoit. 

29 



451 XV« SIECLE. 452 

et en allant, sans garde prendre, une haultesse qui chiet, ung estât non estable, 

ne sans penser a mon retour, ainsi comme ung pillier tremblant, et une 

me trouvay loing a ung destour: mortelle vie; et ainsi peut estre appelles de 

la me feist désir dur estour ceulx qui sont amoureux de saincte liberté, 

ne je ne sçavoie plus tour, sFuiez, hommes vertueux, fuiez et vous tenez 

quant de près vy s'entrebaiscr loing d'icelle assemblée, se vous voulez bien 

une pastoure et ung pastour, et seurement vivre sur le rivage, en nous re- 

et de loing yssir d'une tour gardant noier de nostre gré mesmes ; et nostre 

quatre dames en noble atour: aveuglement mesprisez , qui ne peut ou ne 

ce fist mon dur mal apaiser. lo veult congnoistre nostre pouvre meschief. 

Car comme les folz maronniers se font au- 
111. Le Ciirial. cunes foiz noier par leur despourveu gouverne- 

La court, aftin que tu l'entendes, est ung ment, ainsi attrait la court a soy et déçoit 
couvent de gens qui soubz faintise du bien les simples gens et couvoicte comme une ri- 
commun sont assemblez pour eulx inter- 15 baulde bien parée par son ris et par son 
rompre; car il n'y a gueres de gens qui ne baiser. La court si aleche fraudement ceulx 
vendent, achaptent ou escbangent aucunes qui y viennent, en leur usant de faulses pro- 
foiz leurs rentes ou leurs propres vestemens; messes. La court rit au commencement a 
car entre nous de la court nous sommes mar- ceulx qui entrent et puis les rechigne et au- 
chans affectez qui achaptons les autres gens 20 cunes foiz les mort. La court retient les chetifz 
et autresfoiz pour leur argent nous leur ven- qui ne se sçavent eslongner, et tousjours a 
dons nostre humanité précieuse. Nous leur auctorité et seigneurie sur ceulx qu'elle a 
vendons et achaptons autruy par flaterie ou surmonté. La court souvent aussi par erreur 
par corrupcïons; mais nous sçavons très bien oublie ceulx qni mieux servent et despendent 
vendre nous mesmes a ceulx qui ont de nous 25 follement le leur, pour enrichir ceulx qui n'en 
a faire. Combien donc y peus tu acquérir sont dignes. Et l'omme malostru qui est 
qui es certain sans doubte et sans péril? aleché y ayme mieulx pourrir que s'en aller, 
veulx tu aller a la court vendre ou perdre ce et y avancer son cours de nature sans jamais 
bien de vertu, que tu as acquis hors d'icelle avoir franchises jusques a la mort. Croy 
court? Certes, frère, tu demandes ce que tu 30 seurement, frère, et n'en doubte point, que tu 
deusses reffuser, tu te fies en ce dont tu te exerces tresbon et tresnotable oflfice et proffi- 
deusses deffïer, et fiches ton espérance en ce table, se tu sces bien user de ta maistrise 
que te tire a péril. Et se tu y viens, la court que tu as a ton petit hostel; et si es et seras 
te servira de tant de mensonges controverses puissant tant comme tu auras soutfisance de 
d'une part, et de l'autre de bailler tant de ;s5 toy mesmes. Car qui a petite famille et la 
tours et de charges que tu auras dedans toy gouverne sagement et en paix, il est seigueur. 
mesmes bataille continuelle et soussiz angois- fortunez hommes qui vivent en paix! 
seux; et pour certain, homme, qui pourra bonne- bieneuree famille ou il y a honneste pouvreté 
ment dire que ceste vie fust bieneuree, qui qui se contente de raison sans menger les 
par tant de tempestes est achatee et en tant 40 fruicts d'aultruy labeur! bieneureuse mai- 
de contrarïetez esprouvee? sonnete en laquelle règne vertu sans fraulde 

Et se tu me demandes que c'est de vie ne barat, et qui est honnestement gouvernée 
curïale, je te respons, frère, que c'est une en crainte de dieu et bonne moderacïon de 
pouvre richesse, une habondance misérable, vie! Illecques n'entrent nulz péchez, illec est 

45 vie droicturiere ou il y a remors de chacuD 
4 ung dur. 31 reffuser- deusses manque A. péché et ou il n'a noise, murmure ne envie. 
32 fiches B: que A. 33 que tu tiens a présent A: 

qui te tireroit en péril de perdicion B- Et i?; 4 de saincte B: dessus A. G voulez manque A. 

csi A. 35 te baillera? 40 atachee .«4, achaptee iî. 21 a] ont. 25 enrichir B: entrer A. 



453 



POÉSIES DU DUC CHARLES D'ORLÉANS. 



454 



De telle vie s'esjouïst nature et en telles aises 
vit elle longuement et petit a petit s'en va 
jusques a plaisant vieillesse et hocneste tin. 
Car, comme dit Senecque en ses tragedios, 
vieillesse vient a fart a gens de petites mai- 
sons, qui vivent eu souffisance. Mais entre 
nous cuiïaulx, qui sommes serfz a fortune, 
vivons desordouueement et si vieillisons, plus 
par force de cures que par nombre d'ans, et 
par faulte de bien vivre sommes frustrez de 
la soutfrecte de nostre vie que tant désirons, 
et nous basions d'aller a la mort que tant 
redoubtons. Souffise toy doncques, frère, 
souftise toy de vivre en paix et tout par toy, 
et apren a t'en contenter par noz meschiefz; 



ne te mesprises pas tant que tu prendes la 
mort pour la vie; ne délaisses pas le bien 
que tu soies contraint de rapporter après 
grans regretz, pour quérir ce que te seroit 

5 louable a trouver. Finablement je te prie, 
conseille et admoneste, se tu prises aucune- 
ment saincte vie et honneste et tu ne veulx 
ailleurs perdre, que tu en ostes ta pensée et 
disposes toute ta voulenté de non venir a 

10 court, et soles content de toy retraire souvent 
dedans l'uis clos de ta maison privée. Et se 
tu n'as ou temps passé congneu que tu ayes 
esté bien eureux, si aprens a le congnoistre 
désormais. Et a dieu te command par cest 

15 escript, qui te doint sa grâce! 



POESIES DU DUC CHARLES D'ORLEANS. 

Les Poésies du duc Charles d'Orléans publiées par Aimé ChampoUion-Figeac , Paris 1S42, p. 123. 

136. 243. 175. Edition de Ch. d'Héricaut, Paris 1S75, 2 Vo/. 1, 82; 2, 115; 2, 46; 1, 143. La 

dernière ballade a été composée pendant la captivité de Charles en Angleterre (1415—1440), sans 

doute vers l'année 1435, où on commença à parler de paix entre la France et l'Angleterre. 



I. Ballade 65. 

En la forest d'ennuyeuse tristesse 
un jour m'avint qu'a par moi cheminoye; 
si rencontray l'amoureuse déesse 
qui m'appella, demandant ou j'aloye. 
je respondy que par fortune estoye 
mis en exil en ce bois, long temps a, 
et qu'a bon droit appeller me povoye 
l'omme esgaré qui ne scet ou il va. 

En sousrïant par sa très grant bumblesse 
me respondy 'amy, se je savoye 
pourquoy tu es mis en ceste destresse, 
a mon povoir voulentiers t'ayderoye; 
car ja pieça je mis ton cueur en voye 
de tout plaisir, ne sçay qui l'en osta. 
or me desplaist qu'a présent je te voye 
l'omme esgaré qui ne scet ou il va.' 

Helas, dis je, souverainne princesse, 
mon fait savez: pour quoy le vous diroye? 
c'est par la mort, qui fait a tous rudesse, 
qui m'a tollu celle que tant amoye, 
en qui estoit tout l'espoir que j'avoye, 
qui me guidoit, si bien m'acompaigna 



en son vivant, que point ne me trouvoye 
l'omme esgaré qui ne scet ou il va. 

Aveugle suy, ne sçay ou aler doye: 
de mon baston, affin que ne forvoye, 
20 je vais tastant mon chemin ça et la. 
c'est grant pitié qu'il convient que je soye 
l'omme esgaré qui ne scet ou il va. 

II. Fio?idel 14. 
•25 Le temps a Jaissié son manteau 
de vent, de froidure et de pluye, 
et s'est vestu de broderye 
de soleil luyant, cler et beau. 
Il n'y a beste ne oiseau 
30 qu' en son jargon ne chante ou crye : 
le temps a laissié son manteau 
de vent, de froidure et de pluye. 

Rivière, fontaine et ruisseau 
portent en livrée jolie 
35 gouttes d'argent d'orfavrerie ; 

1 prendes] y rendes A, prengnes B. 3 de B: 
manque A. 19 ne] je. 28 raiant Ch. 30 qui 
en Ch. 32 manque Ch. 

29* 



455 



XVe SIECLE. 



456 



chascun s'abille de nouveau, 
le temps a laissié son manteau. 

III. Chanson 92. 
Petit mercier, petit pannier! 

pourtant se je n'ay marchandise 
qui soit du tout a vostre guise, 
ne blasmez pour ce mon mestier. 

Je gangue denier a denier, 
c'est loings du trésor de Venise: 
petit mercier, petit pannier! 
pourtant se je n'ay marchandise . . . 

Et tandis qu'il est jour ouvrier, 
le temps pers, quant a vous devise, 
je voys parfaire mon emprise 
et par my les rues crïer: 
petit mercier, petit pannier! 

IV. Ballade 89. 

En regardant vers le païs de France, 
uDg jour m'avint, a Dovre sur la mer, 
qu'il me souvint de la doulce plaisance 



que souloie ou dit païs trouver. 
si commençay de cueur a souspirer, 
combien certes que grant bien me faisoit, 
de veoir France que mon cueur amer doit. 

5 Je m'avisay que c'estoit nonsavance 
de telz souspirs dedens mon cueur garder; 
veu que je voy que la voye commence 
de bonne paix qui tous biens peut donner, 
pour ce tournay en confort mon penser: 

10 mais non pourtant mon cueur ne se Jassoit 
de veoir France que mon cueur amer doit. 

Alors chargai en la nef d'espérance 
tous mes souhays, en leur priant d'aler 
oultre la mer sans faire demourance 

15 et a France de me recommander, 
or nous doint dieu bonne paix sans tarder! 
adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit, 
de veoir France que mon cueur amer doit. 
Paix est trésor qu'on ne peut trop loër: 

20 je hé guerre, point ne la doy prisier: 

destourbé m'a long temps, soit tort ou droit, 
de veoir France que mon cueur amer doit. 



LES CENT NOUVELLES NOUVELLES. 

Les cent nouvelles nouvelles publiées par Th. Wright, Tome I, Paris 1858, p. 101 — 106. Cf. Hagen^ 

Gesammtabenteuer 2, p. LUI. 



Ardent désir de veoir pays, savoir et cognoistre 
pluseurs expériences qui par le monde universel 
journellement adviennent, nagueres si fort 
eschaufa l'atrempô cueur et vertueux courage 
d'un bon et riche marchant de Londres en 
Angleterre, qu'il abandonna sa belle et bonne 
femme et sa beUe maignye d'enfans, parens, 
amis, héritages, et la pluspart de sa chevance, 
et se partit de son royaulme assez et bien 
fourny d'argent content et de très grande 
abundance de marchandises dont le païs 
d'Angleterre peut les autres servir, comme 
d'estains, de riz, et foison d'aultres choses 
que pour bref je passe. En ce son premier 
voyage vaqua le bon marchant l'espace de 
cinq ans, pendant lequel temps sa bonne 
femme garda très bien son corps, fist le 



prouftit de pluseurs marchandises , et tant et 
si très bien le fist que son mary, au bout des 

25 diz cinq ans retourné, beaucop la loa et plus 
que par avaut l'ama. Le cueur au dit mar- 
chant, non encores content tant d'avoir veu 
et cougneu plusieurs choses estranges et mer- 
veilleuses, comme d'avoir gaigné largement, 

30 le feist arrière sur la mer bouter cinq ou six 
mois puis son retour; et s'en rêva a l'adven- 
ture en estrange terre tant de chrestïans que 
de Sarrazins, et ne demoura pas si pou que 
les dix ans ne furent passez ains que sa 

35 femme le revist. Trop bien luy rescripvoit et 
assez souvent, a celle fin qu'elle sceust qu'il 
estoit encores en vie. Elle, qui jeune estoit 
et en bon point et qui point n'avoit de faulte 
des biens de dieu, fors seulement de la pre- 



12 manque Ch, 



13 souhaitz en les Ch. 20 dois B. 



457 LES CENT NOUVELLES NOUVELLES. 458 

sence de son mary, fut contrainte par son tisse en trostout tel estât que je me suis 
trop demourer do prendre ung lieutenant, qui trouvée quand mes aultres enfans ay porté, 
en peu d'heure luy fist ung tresbeau filz. Ce De fait, a chef de terme, je vous ay fait ce 
filz fut élevé, nourry et conduit avec les aultres tresbeau filz.' Le marchand cognent tantost 
ses frères d'un costé, et au retour du mar- 5 qu'il en estoit noz amis, mais il n'en voult 
chant mary de sa mère avoit environ sept faire semblant, ainçois se vint adjoindre par 
ans. La feste fut grande a ce retour d'entre paroUes a confermcr la belle bourde que sa 
le mary et la femme; et comme ils fussent femme lui bailloit, et dit 'm'amye, vous ne 
en joyeuses devises et plaisans propos, la dictes chose qui ne soit possible, et que a 
bonne femme, a la semonce de son mary, fait lo aultres que a vous ne soit advenue. Lo'c soit 
venir devant eulx tous leurs enfans, sans dieu de ce qu'il nous a envoyé! S'il nous a 
oblïer celuy qui fut gaigné en l'absence de donné ung enfant par miracle, ou par aucune 
celuy qui en avoit le nom. Le bon marchant secrète fasson dont nous ignorons la manière, 
voyant la belle compaignie de ses enfans, re- il ne nous a pas oblïé d'envoier chevance 
cordant très bien du nombre d'eulx a son 15 pour l'entretenir.' Quant la bonne femme 
parlement, le voit créa d'un, dont il est très voit que son mary veult condescendre a croire 
fort esbahy et moult esmerveillé; si va de- ce qu'el luy dit, elle n'est moyennement 
mander a sa femme qui estoit ce beau filz, le joyeuse. Le marchant, sage et prudent, en 
derrenier en reng de leurs enfans. 'Qui c'est?' dix ans qu'il fut puis a l'ostel sans faire ses 
dit elle , 'par ma foy, sire, c'est nostre filz ; a 20 loingtains voyages , ne tint oncques manière 
qui seroit il?' 'Je ne sçay', dist il; 'mais envers sa femme en parolles ne aultrement 
pour ce que plus ne l'avoie veu, avez vous par quoy elle peust penser qu'il entendist 
merveille si je le demande?' 'Saint Jehan, rien de son fait, tant estoit vertueux et pa- 
uenny', dist elle, 'mais il est mon filz.' 'Et cient. Il n'estoit pas encores saoul de voyagier, 
comment se peut il faire?' dist le mary; 25 si le vouloit recommencer, et le dist a sa 
'vous n'estiez pas grosse a mon partement.' femme, qui fist semblant d'en estre tresmarrie 
'Non vrayement', dit elle, 'que je sceusse; et mal contente. 'Appaisez vous', dist il; 's'il 
mais je vous ose bien dire a la vérité que plaist a dieu et a monseigneur saint George, 
l'enfant est vostre, et que aultre que vous je reviendray bref. Et pour ce que nostre 
a moy n'a touché.' 'Je ne dy pas aussi', dit 30 filz que feistes a mon aultre voyage est desja 
il ; 'mais toutesfoiz il a dix ans que je party, grand et habile et en point de veoir et 
et cest enfant se mostre de sept: comment d'aprendre, si bon vous semble, je l'emme- 
doncques pourroit il estre mien? l'auriez vous neray avecques moy.' 'Et par ma foy', dit 
plus porté que ung aultre?' 'Par mon ser- elle, 'vous ferez bien et je vous en prie.' 
ment', dit elle, 'je ne sçay; mais tout ce que 35 'Il sera fait', dit il. A tant se part et em- 
je vous dy est vray. Si je l'ay plus porté maine le filz dont il n'estoit pas père, a qui 
qu'un aultre, il n'est rien que j'en sache, et il a pieça gardé une bonne pensée. Hz eurent si 
si vous ne le me feistes au partir, je ne sçay bon vent qu'ilz sont venus au port d'Alixandrie, 
moy penser dont il peut estre venu, si non ou le bon marchant tresbien se deffist de la 
que , assez tost après vostre partement , ung 40 pluspart de ses marchandises ; et ne fut pas 
jour j'estoie par ung matin en nostre grand si beste, affin qu'il n'eust plus de charge de 
jardin, ou tout a coup vint ung soudain ap- l'enfant de sa femme et d'ung aultre, et que 
petit de menger une fueille d'oseille qui pour après sa mort ne succedast a ses biens, comme 
l'heure de adonc estoit couverte et soubz la ung de ses aultres enfans, qu'il ne le vendist 
neige tappie. J'en choisy une entre les aultres, 40 a bons deniers contens pour en faire ung 
belle et large, que je cuiday avaler; mais ce esclave. Et pource qu'il estoit jeune et puis- 
n'estoit que ung peu de nege blanche et dure; sant, il en eust près de cent ducatz. A chef 
et ne l'eu pas si tost avalée que ne me seu- de pièce, il s'en revint en Angleterre sain et 



459 



XV« SIECLE. 



460 



sauf, difu mercy. Et n'tst pas a dire la joye 
que sa femme iuy list quand elle le vit en 
bon point. Elle ne voit point son filz, si ne 
scet que penser. Elle ne se peut gueres tenir 
qu'elle ne dtmandast a son mary qu'il avoit 
fait de leur filz, 'Ha! m'amye', dist il, 'il ne 
le vous fault ja celer; il Iuy est tresmal 
pring.' 'Helas! comment'?' dit elle, 'est il 
noyé? 'Nenny vraiement', dist il; 'mais il 
est viay que fortune de mer par force nous 
mena en ung païs ou il faisoit si chault que 
nous cuidions tous mourir par la grand ar- 
deur du soleil qui sur nous ses raidz espan- 
doit; et comme ung jour nous estions sailliz 
de nostre nave, pour faire en terre chascun 
une fosse pour nous tappir pour le soleil, 
nostre bon filz, qui de neige, comme sçavez, 



estoit, en nostre présence sur le gravier par 
la grand force du soleil, il fut tout a coup 
fondu et en eaue résolu. Et n'eussiez pas 
dict une sept seaumes que nous ne trouvasmes 

5 plus rien de Iuy. Tout aussi a baste qu'il 
vint au monde, aussi soudainement en est 
party. Et pensez que j'en fuz et suis bien 
desplaisant, et ne vy jamais chose entre les 
merveilles que j'ai veues dont je fusse plus 

10 esbahy.' 'Or avant', dit elle, 'puis qu'il a 
pieu a dieu le nous ester comme il le nous 
avoit donné, loe en soit il!' Si elle se doubta 
que la chose allast aultrement, l'ystoire s'en 
taist et ne fait pas mention, fors que son 

15 mary lui rendit telle qu'elle Iuy bailla, com- 
bien qu'il en demeura toujours le cousin. 



FRANÇOIS VILLON. 

Oeuvres de Maistre François Villon, par J. H. R. Prompsault, Paris 1832, p. 122 — 126. 194—197. 
315 — 319. 325—326. Oeuvres de François Villon, publiées avec préface, notices, notes et glossaire 
par Paul Lacroix., Paris 1877, p. 33—35, 82 s., 128—131, 150 s. J'ai suivi le texte de Lacroix. 



I. 

Le grant Testament, 
{str. XXXV ss.) 

Povre je suis des ma jeunesse, 
de povre et de petite extrace, 
mou père n'eut oncq grant richesse, 
ne son ayeul, nommé Erace. 
povreté tous nous suyt et trace: 
sur les tumbeaulx de nos ancestres, 
les âmes des quelz dieu embrasse, 
on n'y voyt couronnes ne screptres. 

De povreté me guermentant, 
souventes foys me dit le cueur 
'homme, ne te doulouse tant 
et ne demaine tel douleur, 
si tu n'as tant q'eust Jacques Cueur: 
mieulx vault vivre soubz gros bureaux 
povre, qu'avoir esté seigneur 
et pourrir soubs riches tumbeaux.' 

Qu'avoir esté seigneur — que dys? 
seigneur — helas, ne l'est il mais, 
selon les davidiques dicfz 



son lieu ne congnoistra jamais, 
quant du surplus, je m'en desmetz, 

20 il n'appartient a moy pécheur: 
aux théologiens le remetz, 
car c'est office de prescheur. 

Si ne suis, bien le considère, 
filz d'ange, portant dyademe 

•25 d'estoylle ne d'autre sydere. 

mon père est mort, dieu en ayt l'ame! 
quant est du corps, il gyst soubz lame, 
j'entends que ma mère mourra, 
et le sçait bien la povre femme; 

30 et le filz pas ne demouria. 

Je congnoys que povres «t riches, 
sages et folz, prebstres et laiz, 
noble et vilain, larges et chiches, 
petis et grans, et beaulx et laidz, 

35 dames a rebrassez colletz, 
de quelconque condicïon, 
portant attours et bourreletz, 

33 nobles vilains L. 



( 



461 



FRANÇOIS VILLON. 



462 



mort saisit sans exception. 

Et meure Paris ou Helaine, 
quiconques meurt, meurt a douleur, 
celluy qui perd vent et alaine, 
son fiel se crevé sur son cueur, 
puis sue, dieu sçait quel siieur; 
et n'est qui de ses maulx l'allège, 
car enfans n'a, frère ne sœur, 
qui lors voulsist estre son pleige. 

La mort le faict frémir, pallir, 
le nez courber, les veines tendre, 
le col enfler, la chair mollir, 
joinctes et nerfs croistre et estendre. 
corps féminin, qui tant es tendre, 
poly, souëf, si precïeulx, 
te faudra il ces maulx attendre? 
ouy, ou tout vif aller es cieulx. 

n. 

Ballade et oraison. 

Père Noë, qui plantastes la vigne, 
vous aussi, Lotb, qui bustes au rocher 
par tel party qu'Amour, qui gens engigne, 
de vos filles si vous feit approcher 
(pas ne le dy pour le vous reprocher), 
Architriclin, qui bien sceustes cest art, 
tous trois vous pry, qu'o vous veuillez percher 
l'ame du bon feu maistre Jehan Cotart. 
Il fut jadis extraict de vostre ligne, 
luy qui beuvoit du meilleur et plus cher, 
et ne deust il avoir vaillant ung pigne; 
certes, sur tous c'estoit un bon archer, 
on ne luy sceut pot des mains arracher: 
car de bien boire oncques ne fut faitart. 
nobles seigneurs, ne souffrez empescher 
l'ame du bon feu maistre Jehan Cotart. [pigne. 

Comme homme embeu qui chancelle et tre- 
l'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher; 
et une foys il se feit une bigne, 
bien m'en souvient, a Testai d'ung boucher, 
brief, on n'eust sceu en ce monde chercher 
meilleur pion pour boire tost et tart. 
faictes entrer, quant vous l'orrez hucher, 
l'ame du bon feu maistre Jehan Cotart. 

Prince, il n'eust sceu jusqu'à terre cracher; 



tousjours crïoit 'haro, la gorge m'ard!' 
et si ne sceut oncq sa soif estancher 
l'ame du bon feu maistre Jehan Cotart. 

^ III. 

Le débat du cueur et du corps de Villon en 
forme de ballade. 

Qu'est ce quej'oy? 'ce suis je.' qui? 'ton cueur, 
10 qui ne tient mais qu'a ung petit filet. 

force n'ay plus, substance ne liqueur, 

quand je te voy retraict ainsi seulet, 

com povre chien tappy en recuUet.' 

pour quoy est ce? 'pour ta folle plaisance.' 
15 que t'en chault il? 'j'en ay la desplaisance.' 

laisse m'en paix! 'pour quoy?' j'y penseray. 

'quand sera ce?' quand seray hors d'enfance. 

'plus ne t'en dy'. et je m'en passeray. 
'Que penses tu?' estre homme de valeur. 
20 'tu as trente ans.' c'est l'aage d'uug mulet. 

'est ce enfance?' nenny. 'c'est donc foleur 

qui te saisit?' par ou? 'par le collet. 

rien ne congnois.' si fais: mouches en laict: 

l'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance. 
25 'est ce donc tout?' que veulx tu que je tance? 

si n'est assez, je recommenceray. 

'tu es perdu.' j'y mettrai résistance. 

'plus ne t'en dy'. et je m'en passeray. 
'J'en ay le dueil, toy le mal et douleur. 
30 si fusse ung povre ydïot et folet, 

au cueur eusses de t'excuser couleur: 

se n'as tu seing, tout ung tel, bel ou laid. 

ou la teste as plus dure q'ung jalet, 

ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance. 
35 que respondras a ceste conséquence?' 

j'en seray hors, quant je trespasseray. 

'dieu, quel confort!' quelle saige éloquence! 

'plus ne t'en dy.' et je m'en passeray. 
'Dont vient ce mal?' il vient de mon malheur: 
40 quant Saturne me feit mon fardelet, 

ces maulx y mist, je le croy. 'c'est foleur: 
son seigneur es, et te tiens son valet, 
voy que Salmon escript en son roulet: 

homme sage, ce dit il, a puissance 
45 sur les planète et sur leur influence.' 



38 homme beu L. 



39 D'ond L. 43 Salomon L. 45 planètes L. 



463 



XVe SIECLE. 



464 



je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict, seray. 
'que dis tu?' rien, 'certes, c'est ma créance, 
plus ne t'en dy.' et je m'en passeray. 

'Veux tu vivre ?' dieu m'en doint la puissance ! 
'il te fault' . . . quoy? 'remors de conscience; 
lire sans fin.' et en quoy? 'en science, 
laisse les folz!' bien, j'y adviseray. 
'or le retiens!' j'en ay bien souvenance, 
'n'attends pas tant que tourne a desplaisance, 
plus ne t'en dy.' et je m'en passeray. 

IV. 

Ballade des menus propos. 

Je congnois bien mouches en laict; 
je congnois a la robe l'homme; 
je congnois le beau temps du laid; 
je congnois au pommier la pomme; 
je congnois l'arbre a veolr la gomme; 
je congnois quand tout est de mesme; 
je congnois qui besoingne ou chomme ; 



je congnois tout, fors que moy mesme. 

Je congnois pourpoinct au collet; 
je congnois le moyne a la gonne; 
je congnois le maistre au valet; 
je congnois au voyle la noune; 
je congnois quant piqueur jargonne; 
je congnois folz nourriz de cresme; 
je congnois le vin a la tonne ; 
je congnois tout, fors que moy mesme. 

Je congnois cheval du muUet; 
je congnois leur charge et leur somme; 
je congnois Bietrix et Bellet; 
je congnois gect qui nombre et somme; 
je congnois vision en somme; 
je congnois la faulte des Boesraes; 
je congnois le pouvoir de Romme; 
je congnois tout, fors que moy mesme. 

Prince, je congnois tout en somme; 
je congnois coulorez et blesmes; 
je congnois mort qui nous consomme; 
je congnois tout, fors que moy mesme. 



MARTIAL DE PARIS, SURNOMMÉ D'AUVERGNE. 



Ms. de Paris 5054, /o/. 47-49. 



Du temps du feu roy 
n'estoye en esmoy 
qui me grevast guère; 
j'aloye tout par moy 
donner le beau moy 
a quelque bergiere 
joyeuse et entière 
de belle manière, 
ou prin temps et gay; 
et puis en derrière 
faisions bonne chiere 
sans mener graut glay. 

Doulces chançon nettes, 
plaisans bergerettes, 
toutes nouvellettes, 
pas ne s'i celoient: 
boucquetz de violettes, 
a brins d'amourettes, 
et fleurs jolïettes 
ver la si voloient. 
oyseaulx garilloieut, 



qui nous revelloient 
et rossignolloient 
et comme allouettes 

25 besiers se bailloient. 

cueurs s*amoUïoient 

et puis s' acolloient 

en ses entrefaictes. 

Il n'est tel i)laisir 

30 que d'estre et gésir 

par my ces beaulx champs, 
l'erbe vert choisir, 
jouer qui a loisir 
et prandre bon temps, 

35 voire a toutes gens, 

bourgoys ou marchans, 
pour eulx rassaisir; 
car petiz et grans 
en vivent plus d'ans 

40 selon leur désir. 

'24 et manque. 39 de ans. 



I 



i 



465 



MARTIAL D'AUVERGNE. 



466 



Jadiz labouroye, 
a par moy houoye, 
et seulet plantoye 
en ses terres fermes; 
de riens paour n'avoye, 
brîgans ne voyoye 
ne point je n'oyoye 
le bruyt des gens d'armes, 
lances ou guysarmcs, 
mais moynes ou carmes, 
bourgoises et dames 
tousjours rencontroye. 
las! bon temps j'avoye, 
dont adés lermoye 
a moût chaudes lermes. 

Atout ma houlette 
et cornemusette 
sus la belle herbette 
je me gogooye 
avec bergerette, 
plaisant jolïette, 
baisant la bouchette 
si doulce que soye. 
les tetins pinsoye, 
puis la renversoye, 
desoubz la saulçoye, 
tastant la fessette: 
las! dieu scet quel joye! 
en l'air je saultoye 
et chançons chantoye 
comme une alouette. 

En lieu de moustier 
pour nous festoier 
avions beau sentier 
tout couvert de fueille, 
scentant l'églantier, 
le jambon entier, 
la trippe et saultier 
au verjus d'ozeille, 
le pain soubs l'esselle, 
la belle bouteille, 
fourmaige en foisselle, 
vie de Franc Gontier, 
point n'en est d'itelle, 
avec la séquelle; 
puis faisions la veille 
quant estoit mestier. 

Mieulx vault la lyesse, 
43 du. 
Bartsch, Chrestomathio. VI. Éd. 



l'acucil et adresse, 
l'amour et simplesse 
de bergiers pasteurs 
qu'avoir a largesse 
5 or, argent, richesse 

ne la gentillesse 
de ses grans seigneurs ; 
car ilz ont douleurs 
et des maulx gregneurs: 

10 mais pour noz labeurs 

nous avons sans cesse 
les beaulx prez et fleurs, 
fruitaiges, odeurs, 
et joye a noz cueurs, 

15 sans mal qui nous blesse. 

Vivent pastoureaulx, 
brebiz et agneaulx, 
moutons a troppeaulx, 
bergiers, pastourelles, 

20 atout leurs gasteauJx, 

farciz de beaulx aulx, 
pastez de naveaulx 
au !art et groiselles. 
cornez challumelles, 

25 danssez sauterelles! 

filles et pucelles, 
prenez vous chappeaulx 
de roses vermeilles 
et ses beaulx rainceaulx 

30 tous plains de prunelles; 

faittes tourneboelles 
sur prés et sur treilles 
au chant des oyseaulx. 
Depuis quarante ans 

35 l'en ne vit les champs 

tellement fleurir, 
régner si bon temps 
entre toutes gens 
qu'on a veu courir 

40 sans moins de périr 

jusques au mourir 
du roy trespassé 
qui pour recourir 
et nous secourir 

45 a maint mal passé. 

Se pour paine prendre, 
beufs et brebiz vendre 
36 fleurir. 32 sous tr. ? 



30 



467 



XV^ SIECLE 



468 



ravoir je povoye 
le feu roy de cendre 
et sur piez le rendre, 
tout le mien vendroye 
et ne cesseroye 



jusques luy auroye 
la vie retournée 
pour la doulce voye, 
le bien et la joye 
qu'il nous a donee. 



MORALITÉ DU MAULVAIS RICHE. 

Ancien théâtre françois par M. Viollet le Duc, Tome III, Paris 1854, p. 270 — 278. 



Trotemenu. 
Hahay, or me fault il lever, 
haro! que je suis endormis, 
paresseux et effetardis, 
que pieça ne suis appresté. lo 

je croy le soleil est levé, 
qui ha abattu la rosée, 
j'ay dormy grande matinée; 
or me fault il bien pourpenser 
comment me pourray excuser \.^ 

envers mon seigneur et mon maistre, 
que je voy en celle fenestre. 
mon seigneur, le bon jour ayez ! 
je suis prest et appareillez 

d'aller partout ou vous plaira, 20 

soit delà la mer ou deçà: 

or me dictes vostre plaisir! 
Le maulvais riche. 

Trotemenu, j'ai grant désir 

de vivre planteureusement 25 

et d'estre vestu noblement 

de drap de pourpre et de soye: 

car j'ay assez or et monnoye 

pour mon estât entretenir 

ainsi qu'il me vient a plaisir. 30 

or va tost! sans plus retarder, 

sçavoir que nous pourrons manger, 

car il est de disner saison. 
Trot, g'y voys sans plus d'aretoyson; 

a faire vo commaud m'cncliue. 35 

tout droit m'en vois eu la cuisine 

sçavoir si le disner est prest. 

hau, Tripet, dis moy, est tout prest? 

mon seigneur veult aller disner. 

or me dis, sans plus séjourner, 40 

se je iray dresser la table. 

14 bien manque. 19 appareillé. 3'J monsieur. 



Tripet le queux. 
ouy, va tost, sans dire fable: 
tu es trop mallemeut songueux. 
se fusses aussi angoisseux 
de labourer et de gaiguer 
que tu es prest d'aller manger, 
ce fust merveilles de ton faict. 
Trot, laisse moy en paix! s'il te plaist, 
et me parle d'aultre acointance, 
car de la pance vient la dance. 
pour ce m'en voys, sans arrester, 
mettre la table pour disner, 
mais qu'elle soit très bien garnie 
de viande et de vin sur lye: 
c'est ung mestier qui bien me plaist. 
mon seigneur, sachez qu'il est jirest. 
il ne fault que voz mains laver 
et vous seoir sans séjourner, 
car la viande vous attent. 
Tripet le m'a dit en présent, 
vostre queux, qui est moult isnel, 
qui vous a farcy ung porcel 
et d'aultres vïandes assez. 
Le Pàchc. et le bon jour te soit donnez, 
comme tu es de franche oriue 
et as le cueur a la cuysine! 
tu ne feras ja malle fin. 
dame, venez a ce bassin 
vos mains laver, sans retarder, 
affiii que nous aillons disner. 
délivrez vous appertement, 
car la viande nous attent, 
ainsi que Trotemenu dit. 

La femme du riche. 
Mon seigneur, sans nul contredit, 



I 



5 Suivent encore trois strophes, puis Les respons 
chantez par les laboureurs et bergiers. 30 crine. 



469 



MORALITÉ DU MAULVAIS RICHE. 



470 



allons laver, quant vous plaira, 
de ce ne vous desdiray ja, 
ue ne m'en verrez reffuser. 
Le Riche, c'est bien dit: or allons disner. 
Trotemenu, ferme la porte 
et la vïande nous aporte 
et va tost sans plus séjourner. 
Trot, je m'y en voys sans plus songer. 
Tripet, baille ça la vïande, 
puisque mon maistre la demande, 
et te délivre, je t'en prie. 
Tripet. Trotemenu, a chère lye, 

viens avant, (tost! . . que tu y metz!) 
tt porte a mon seigneur ce metz, 
si m'osteras de ceste paine. 
Trot, sa dont, dieu t'envoit bonne estraine! 
mon seigneur, vecy la vïande. 
j'ay tost fait ce qu' on me commande, 
puisque la chose si me haitte. 
mais j'ay ouy une cliquette 

sonner a la porte devant. 

je croy c'est ce meseau puant 

qui vient tous les jours au disner. 

il ne se veult pas oublïer. 

que voulez vous que on en face? 
Le Riche, je t'en prie, va, si le chasse. 

il revient cëans trop souvent. 

hare luy les chiens vistement, 

se tu l'oz plus riens demander. 
Le Ladre, et que dieu soit en ce disner! 

envoyez moy aulcune chose, 

car plus avant aller je n'ose: 

trestous les jours mon mal empire. 

helas, comme mon cueur désire 

d'estre saoulé des mïettes 

et du relief et des chosettes 

qui jus de la table dégouttent. 

se sont choses qui bien peu coustent, 

mais je les désire forment. 

si vous prie amoureusement 

que m'en vueillez rassasier, 

et que dieu vous vueille héberger 

lassus en son sainct paradis ! 
Le Riche. Trotemenu, mon bel amis, 

n'as tu pas ouy ce truant 

que t'avoye dit cy devant 

16 envoyé. 29 ce. 30 et du] du. 44ainy. 4(!queje. 
11. 42 et manque. 



que de ma porte tu chassasses 

et que les chiens tu luy harasses? 

vas le moy chasser vistement! 
Trot, sire, par le dieu qui ne ment, 
5 j'en iray faire mon debvoir, 

et si vous diray tout de voir, 

trestous voz chiens luy hareray, 

^çavoir se chasser le pourray. 

ça ça, Touret, et toy, Rosette, 
10 a celluy a ceste cliquette, 

baré, haré, va la, va la! 

par dieu, truant, or y perra. 

trop me faictes avoir rïote, 

que tous les jours a ceste porte 
15 venez vos cliquettes sonner, 

qui font mou seigneur estonner 

et luy tournent a desplaisir. 
Le Ladre, helas, mon amy, j'ay désir 

trop fort de manger du relief, 
■20 dont mon cueur est a tel meschief, 

qu'il m'est advis certainement 

que je mourray cy en présent, 

se je n'en suis rassasié. 

helas, ce serra grant péché 
25 a ton maistre et a toy aussi. 
Trot, sus tost, paillard, vuide d'icy! 

ou tu seras tout devouré 

de mes chiens et si atourné 

que jamais ne me feras paine. 
30 haré, Touret, en malle estraine 

sur cest ort vil mesel puant! 

comme il fait or le meschëant! 

faictes le tost d'icy partir. 
Le Ladre. Vray dieu, il me fauldra mourir. 
35 en la garde dieu me commant, 

qui des chiens me face garant, 

si qu'ilz ne me puissent mal faire. 

helas, qu'il me vient a contraire 

que je ne me puis remuer! 
40 très doulx dieu, vueillez conforter 

ceste chetive créature 

qui vit en paine et tant endure 

en ceste vie temporelle; 

dieu me doint l'espirituëlle, 
45 quant ceste cy si me fauldra, 

16 fait. 32 meschant. 12 tant manque. 

en dure. 

30* 



471 



XV* SIECLE. 



472 



que j'ay désiré long temps a, 
car je voy bien certainement 
que ne vivray pas longuement; 
je le sens bien a mon poulmon. 

Le Riche. Trotemenu, j'ay grant tenson 
et me vient a grant desplaisir 
de ce truant que j'oz gémir, 
que fait il ores le piteux? 
de dieu aymer n'est pas honteux? 
que ne as tu les chiens harez 
et que par eux fust devourez, 
ainsi que commandé t'avoye? 
délivre t'en, se dieu te voye, 
se tu me veulx faire plaisir, 
va y tost! tu as bon loysir, 
puisque nous sommes tous assis. 

Trot, par le grant dieu de paradis, 
mon seigneur, g'y hay huy esté 
et tous voz chiens luy hay haré; 
mais oncques mal il ne luy tirent 
ne pour le mordre ne se mirent, 
ainçoys l'aloient couvetant 
et ses deux jambes delechant 
et luy faisoyent tant grant feste, 
je ne sçay, moy, que ce peult estre; 
je croy que dieu y faict vertu. 

Le Riche, par dieu, tu es bien malostru, 
que cuides que dieu s'embesongne 
d'une si très orde charongne 
et de si ville créature; 
se seroit pour luy grant laidure. 
je croy que tu es rassoté: 
fais que l'huys si soit bien fermé, 



que ce meseau n'y puisse entrer. 

va tost, dieu te puist cravanter! 

car riens donner ne luy feray. 
Trot, mon seigneur, je le chasseray 
5 se je puis par quelque manière. 

or sa, truant passez, arrière, 

très ort vilain meseau pourry! 

que de dieu soyez vous pugny! 

tant me faictes avoir de peiue. 
10 Le Ladre, amy, dieu te doint bonne estraine ! 

pour quoy me dis tant de laidure, 

se je suis povre créature 

et de maladie entrepris? 

dieu, qui est sur nous tous prefis, 
15 m'a battu, dont je suis malade 

par tout le corps et le visage. 

aller ne puis n'avant n'arriére, 

car g'y ay perdu la lumière, 

et si sçay bien certainement 
•20 que pas ne vivray longuement. 

je sens bien la mort qui m'aproche, 

qui tout homme prent et acroche. 

laisse moy ester, je t'en prie. 

que dieu te gard devilleuie! 
25 je ne puis plus a toy parler. 
Trot, pour voir, tu me feras blasmer 

se ne t'en vas de ceste porte; 

tu ne sçais pas la grant rïote 

que mou maistre pour toy demaine, 
30 car tu ne cessas de sepmaine 

de tes cliquettes cliquetter, 

qui fout mon seigneur estonner. 

je m'en revoys, adieu te dis. 



LA FARCE DE MAISTRE PIERRE PATHELIN. 



Recueil de farces, soties et moralités du quinzième siiicle publiées par P. L. ,7acoh, Paris 1859, 
p. 94—106; nouvelle édition, Paris 187G, p. 61—72. 

vous feriez bien de l'attendre. 

35 Juge, he dea, j'ay ailleurs a entendre. 

si vostre partie est présente, 



Le Juge. Vous soyez le bien venu, sire! 

or vous couvrez! ça, prenez place! 
Palhelin. dea, je suis bien, sauf vostre grâce: 

je suis icy plus a délivre. 
Le juge, s'il y a riens, qu'on se délivre 

tantost, affin que je me lieve. 
Le drappier. mon advocat vient qui achieve 40 est il cy présent en personne? 

ung peu de chose qu'il faisoit, Drapp. ouy: veez le la qui ne sonne 

monseigneur; et s'il vous plaisoit, ^ p^iggj, 13 ^^ manque; entreprins. 14 nous 

manque, prefix. 26 vcoir. 



délivrez vous sans plus d'attente, 
et n'estes vous pas demandeur? 
Drapp. si suis. Juge, ou estle défendeur? 



1 désir ce. 10 n'i as? 



473 



MAISTRE PATHELIN. 



474 



mot; mais dieu scet qu'il en pense. 
Juye. puisque vous estes en présence 

vous deux, laites vostre demande. 
lirapp. vecy doncques que luy demande, 

monseigneur, il est vérité 

que pour dieu et en charité 

je l'ay nonrry en son enfance. 

et quand je vy qu'il eut puissance 

d'aller aux champs, pour abregier, 

je le fis estre mon bergier 

et le mis a garder mes bestes. 

mais aussi vray comme vous estes 

la assis, monseigneur le juge, 

il en a faict un tel déluge 

de brebis et de mes moutons, 

que sans faulte . . . Juge, or escoutons; 

estoit il point vostre aloué? 
Path. voire: car s'il s'estoit joué 

a le tenir sans alouer . . . 
Drapp. je puisse dieu desavouer, 

si n'estes vous, sans nulle faulte. 
Juge, comment vous tenez la main haute? 

a' vous mal aux dents, maistre Pierre? 
Path. ouy: elles me font telle guerre 

qu'oncques mais ne senty tel raige: 

je n'ose lever le visaige. 

pour dieu, faites les procéder. 
Jtige. avant, achevez de plaider. 

suz, concluez appartement. 
Lrapp. c'est il, sans autre, vrayement, 

par la croix ou dieu s'estendy. 

c'est a vous a qui je vendy 

six aulnes de drap, maistre Pierre. 
Juge, qu'est ce qu'il dit de drap? Path. il erre. 

il cuide a son propos venir, 

et il n'y scet plus advenir, 

pour ce qu'il ne l'a pas apprins. 
Drapp. pendu soye, s' autre l'a prins 

mon drap, par la sanglante gorge! 
Path. comme le meschant homme forge 

de loing pour fournir son libelle! 

il veut dire, il est bien rebelle, 

que son bergier avoit vendu 

la laine, je l'ay entendu, 

dont fut faict le drap de ma robe. 

comme il dict qu'il le desrobe 

et qu'il luy a emblé la laine 

de ses brebis. Drapp. maie semaine 



m'envoit dieu, se vous ne l'avez. 
Juge, paix, par le dyable, vous bavez; 

et ne sçavez vous revenir 

a vostre propos, sans teuir 
5 la court de telle baverie? 
l'ath. je sens mal, et faut que je rie. 

il est desja si empressé 

qu'il ne scet ou il l'a laissé: 

il faut que nous luy reboutons. 
10 Juge, suz, revenons a ces moutons: 

qu'en fit il? Drapp. il en print six aulnes 
de neuf francs. Juge, sommes nous bejaunes 
ou cornarts? ou cuidez vous estre? 
Path. par le sang bieu, il vous fait paistre! 
15 qu'est il bon homme par sa mine! 

mais, je le loz qu'on examine 

un bien peu sa partie adverse. 
Juge, vous dictes bien: il le converse! 

il ne peut qu'il ne le cognoisse. 
20 vien ça, dy. 

Le bergier. bee. Juge, vecy angoisse. 

quel bee est ce cy? suis je chievre? 

parle a moy. Berg. bee. Juge, sanglante fièvre 

te doint dieu! et te moques tu? 
25 Path. croyez qu'il est fol ou testu 

ou qu'il cuide estre entre ses bestes. 
Draqp. or regnie je bieu, se vous n'estes 

celuy, sans autre, qui avez 

eu mon drap, ha! vous ne sçavez, 
30 monseigneur, par quelle malice . . . 
Juge, et taisez vous! estez vous nice? 

laissez en paix cest accessoire 

et venons au principal. Drapp. voire, 

monseigneur; mais le cas me touche: 
35 toutesfois, par ma foy, ma bouche 

meshuy un seul mot n'en dira. 

une autre fois il en yra 

ainci qu'il en pourra aller. 

il le me convient avaller 
40 sans mascher, or ça, je disoye 

a mon propos, comment j'avoye 

baillé six aulnes — doy je dire, 

mes brebis — je vous en pry, sire, 

pardonnez moy — ce gentil maistre, 
45 mon bergier, quant il devoit estre 

aux champs, il me dit que j'auroye 

six escus d'or quant je viendroye. 

1 m'envoye. 



475 



XV« SIECLE. 



476 



dy je, depuis trois ans en ça, 

mon bergier me convenança 

que loyaument me garderoit 

mes brebis et ne m'y feroit 

ne dommaige ne villenie; 5 

et puis maintenant il me nie 

et drap et argent plainement. 

ah, maistre Pierre, vrayement 

ce ribaut cy m'embloit les laines 

de mes bestes, et, toutes saines, lo 

les fesoit mourir et périr, 

por les assommer et ferir 

de gros baston sur la cervelle. 

quant mon drap fut soubz son aisselle, 

il se mist en chemin grant erre 15 

et me dist que j'allasse querre 

six escus d'or en sa maison. 
Juge, il n'y a rime ne raison 

en tout quant que vous rafardez. 

qu'est cecy? vous entrelardez 20 

puis d'un, puis d'autre, somme toute, 

par le sang bien, je n'y voy goûte! 

il brouille de drap et babille 

puis de brebis, au coup la quille. 

chose qu'il dit ne s'entretient. 25 

Vaih. or, je m'en fais fort qu'il retient 

au povre bergier sou salaire. 
Drapp. par dieu, vous en peussiez bien taire. 

mon drap, aussy vray que la messe — 

je sçay mieux ou le bas m'en blesse 30 

que vous ne autre ne sçavez — 

par la teste bieu, vous l'avez. 
Juge, qu'est ce qu'il a? iJrapp. rien, monseigneur. 

certainement, c'est le greigneur 

trompeur — hola, je m'en tâiray, 35 

si je puis, et n'en parleray 

meshuy, pour chose qu'il advienne. 
Juge, et non, mais qu'il vous en souvienne! 

or concluez appartement. 
Pat/i. ce bergier ne peut nullement 40 

respondre aux fais que l'on propose, 

s'il n'a du conseil; et il n'ose 

ou il ne scet en demander. 

s'il vous plaisoit moy commander 

que je fusse a luy, j' y seroye. 45 

Juge, avecqufs luy? je cuideroye 

que ce fust trestoute froidure: 

c'est peu d'acquest. Path. mais je vous jure 



qu'aussi je n'en veuil rien avoir: 

pour dieu soit! or je voys sçavoir 

au pauvret qu'il voudra me dire, 

et s'il me sçaura point instruire 

pour respondre aux fais de partie. 

il auroit dure départie 

de ce, qui ne le secourroit. 

vien ça, mon amy. qui pourroit [dea! 

prouver? entens? Berg. bee! Path. quel bee, 

par le sainct sang que dieu créa, 

es tu fol? dy moy ton affaire. [braire? 

Berg. bee ! Path. quel bee ! oys tu tes brebis 

c'est pour ton prouffit: entens y. 
Berg. bee! Path. et dy ouy ou nenny, 

c'est bien faict. dy tousjours, feras? 
Berg. bee ! Path. plus haut, ou tu t'en trouveras 

en grans dépens, ou je m'en doubte. 
Berg. bee ! Path. or est plus fol cil qui boute 

tel fol naturel en procès. 

ha, sire, renvoyez 1' a ses 

brebis: il est fol de nature. 
Drapp. est il fol? sainct sauveur d'Esture! 

il est plus saige que vous n'estes. 
Path. envoyez le garder ses bestes, 

sans jour que jamais ne retourne. 

que maudit soit il qui adjourne 

telz folz que ne fault adjourner! 
Drapp. et l'en fera l'en retourner 

avant que je puisse estre ouy ? 
Path. m'aist dieu, puis qu'il est foui, ouy. 

pour quoy ne fera? Drapp. he dea, sire, 

au moins laissez moy avant dire 

et faire mes conclusions. 

ce ne sont pas abusions 

que je vous dy ne mocqueries. 
Juge, ce sont toutes triboiiilleries 

que de plaider a folz n' a folles. 

escoutez, a moins de paroUes 

la court n'en s'era plus tenue. 
Drapp. s'en iront ilz sans retenue 

de plus revenir? Juge, et quoy doncques? 
I^aih. revenir? vous ne veistes oneques 

plus fol n' en fait ne en response: 

et cil ne vault pas mieulx une once. 

tous deux sont folz et sans cervelle: 

par saincte Marie la belle, 

eux deux n'en ont pas un quarat. 

20 l'en a. 



477 



MISTERE DE ]>A TASSION, 



478 



LE MISTEKE DE LA PASSION DE NOSTRE SEIGNEUR. 

Edition de Paris, 149S. Titre aprrs le prologue: cy commence lo mislen; tic la passion de uostrc 
seigneur Jésus Crist avec lus additions et corrections faictcs par très cloquent et sfîientifiquo doc- 
teur maistre Jehan Michel. Lequel niistere fut joue a Angicrs moult triuniphantcment et dernière- 
ment a Paris l'an mil quatre cens quatre vingtz et dix liuit. Copie de M. Ebert. Le texte de 
Jehan Michel est le remaniement de l'ouvrage d'Arnoul Greban; cf. l'édition de G. Paris et G. 

Raynaud, Paris 1878, p. 319—323. 



Jésus. Mon peuple esleu, des autres plus parfait, 
mon peuple cher, que tant ai désiré, 
entens a moi! las, que t'ai je meffait; 
et considère mon corps si cnpiré. 
est ce le bien que de toi je remporte, 5 

ce gref fardeau de la croix que je porte, 
qui me tourmente, tant est dur a porter! 
peuple aimé, veuilles toi déporter 
du piteux sang espandre par envie, 
ou, si que non, au mains vueillez noter lo 
si j'ai la mort si dure deservie. 
vigne odorant, fleurissant, vénérable, 
vigne de dieu divinement plantée, 
est ce le fruit plaisant et acceptable 
que tu me tens de t'avoir tant hantée? is 
vigne eslevee en montaigne hautaine, 
tant t'ai aimée d'amour ferme et certaine 
qu' aimer pourroit l'enfant la tendre mère: 
helas, a quoi te treuve tant amere? 
dont te sourvient ceste amere saveur 20 

que de charger par crûaulté austère 
tant grefve croix a ton benoist sauveur? 
vous qui passés par la voie ancienne, 
arestés vous, pensés parfondement 
s'oncques douleur fut pareille a la mienne 25 
et s'on sauroit plus porter de tourment. 
mon peuple, douleur m'as préparée 
qui a douleur n'est jamais comparée, 
et quant m'auras si durement traicté, 
veuilles au mains regarder en pitié 30 

mon dur tourment et très pondereux fais, 
s'aiusi le fais en parfaicte amitié, 
je te pardonne les maulx que tu me fais. 

Centiaion. se ne pourvoyez a voz fais, 
messeigneurs, il y a grant doubte. • 35 

Pilate. par quel moyen? Cent, voyés vous goutte 
ce pouvre homme tant mal traicté? 
est tant mat et débilité 
qu'il se mourra s'on n'y regarde. 



1 parfais, s vueille. 
29 m'aure's Barlsch. 



14 et manque. 16 o vigne. 



Jéroboam, non fera, il n'a encor garde; 

ne soiéa pas tant infestans. 
Centurion, prevost, vous perdes vostre temps, 

qui ainsi le chassés, helas! 

vous voyés qu'il est si très las 

qu'on ne lui peult plus paine offrir 

n'autre travail sans mort souffrir: 

regardés le fardeau qu'il porte. 

il n'est créature si forte, 

tant eust le couraige haitié, 

qui sceust soustenir la moitié 

de la charge qu'il a sur lui; 

et de peine est tant affoibli 

qu'il est forcé qu'a mort se rcude. 

commandés un peu qu'on attende 

pour y mettre prouvisïon. 
Pilate. vous dictes bien, centurion. 

s'il porte charge et pesans fais, 

ce ne suis je pas qui le fais, 

mais ces maulvais juifs félons. 
Centurion, je vous dirai que nous ferons 

pour éviter plus grant dommaige: 

veci un paisant de villaige 

qui s'en vient droit en la cité. 

il sera de nécessité 

qu'on le charge de ceste croix, 

et qu'il aide pour ceste fois 

a Jésus et a sa misère 

jusques au mont de calvaire 

ou il fault qu'il seuffre la mort. 
Pilate. il est bon homme grant et fort 

pour un tel fardeau soustenir. 

va. Griffon, va, fai le venir, 

et lui di qu'il vienne exploicter 

quelque chose. Griffon, sans arrester 

je lui dirai donc a la lettre. 

Ici va Griffon quérir Simon. 

Vien ça, vien ça, homme a la guettre, 

on te fera du bien, escoute! 

l encore. ' il travaille. 29 calvaire compte- 
t-il ici et 483, 12 pour quatre syllabes (calUaire)? 
38 le second ça manque. 



479 



XVe SIECLE. 



480 



he, ha, bon hommeau, ois tu goutte? 

vien t'en parler a messeigneurs! 
Simon Cerenevs. allés quérir des gens ailleurs! 

car je m'en vois a ma besongne. 
Orillart. et fault il que ce villain grongne! 

passés! ribault, vous y viendrés. 
Simon, ha! messeigneurs, vous attendrés 

que j'aie de mon faict chevi. 
Griffon, nous n'attendrons pas ne demi, 

vous en viendrés de graut randon. 
Simon, helas! et que me demand'on, 

qui m'eflforcés par tel moyen? 
Orillart. tes espaules le sçauront bien 

avant le retour, ne te chaille! 

Ici le maine Griffon vers Pilate. 
Griffon, sire, je vous commetz et baille 

cest homme qui vous quiert et trace. 
Simon, ha! messeigneurs, sauf vostre grâce, 

pas ne vous quiers en vérité; 

[car] vous m'avés si espouvanté, 

que je ne puis membre lever; 

et si vous me voulés grever, 

j'appelle pour ma sauvegarde. 
Centurion, nenny, bon homme, tu n'as garde; 

mais pour Jésus mieulx supporter, 

que ne peut mais sa croix porter 

et demeure ci sans subside, 

il fault que lui faces aide 

et portes ceste croix pour soi. 
Simon, ha ! messeigneurs, pardonnes moi, 

pour rien jamais ne le feroie; 

car tant reproucbé en seroie, 

que jamais jour n'auroie honneur. 

vous sçavés le grant deshonneur 

que c'est hui de la crois toucher. 

certes j'aimeroie plus cher 

estre pilorïé trois tours 

ou batu par les carrefours, 

que faire si villain office. 
Gadiffer. maistre villain, fons de malice 

et rempli de ribellïon, 

vous le ferés, vueillés ou non. 

chargés a coup, chargés ce fais! 
Simon, je m'oppose. Roullart. villain punais, 

joués vous de la rcculoire? 
Simon, si ou me faict tort sans mefifais, 

28 que tu lui face. 35 croist. 40 fons de] 
songe. 



je m'oppose. Claquedent. villain punais, 
vous aurés tant de coups infais 
qu'on vous cassera la mâchoire. 
Simon, je m'oppose. Malcims. villain punais, 
5 joués vous de la reculoire? 
Bruyant, tu quiers pour néant eschapatoire, 
il te convient passer par la. 

Ici deschargent Je sus de la croix. 
Simon, or avant donc! puis qu' ainsi va. 
10 je ferai vostre voulenté; 
mais il me poise en vérité 
de la honte que vous me faictes. 
Jésus, de tous les prophettes 
le plus sain et et le plus begnin, 
15 vous venés a piteuse fin, 
vu vostre vie vertueuse, 
quant vostre croix dure et honteuse 
pour vostre mort fault que je porte. 
se c'est a tort, je m'en rapporte 
20 a ceulx qui vous ont forjugé. 

Ici charge la croix a Simon. 
ISemhroth. Messeigneurs, il est bien chargé; 

cheminons, depeschons la voie. 
Salmanazar. j'ai grant désir que je le voie 
25 fiché en ce hault tabernacle, 
a sçavoir s'il fera miracle, 
quant il sera cloué dessus. 
Jéroboam, seigneurs, hastés moi ce Jésus 
et ces deux larrons aux coustés. 
30 s'ilz ne vuellent, si les battez 
si bien qu'il n'y ait que redire. 
Claquedent. a cela ne tiendra pas, sire, 
nous en ferons nostre povoir. 
Ici j)orte Simon une partie de la croix et 
35 Jésus Vautre et le battent les sergens. 
Dieu le père. Pitié doit tout cueur esmouvoir 
a lamenter piteusement 
le martyre et le gref tourment 
que Jésus, mon chier filz, endure. 
40 il porte détresse tant dure 
que, puis que le monde dura, 
homme si dure n'endura, 
laquelle ne peult plus durer 
sans la mort honteuse endurer, 
et n'aura son sainct corps durée 
tant qu'il ait la mort endurée; 

19 ce cest. 20 ont juge. 21 chargent? 






i 



481 



MISTERE DE LA PASSION. 



482 



il appert, car plus va durant, 

ot plus est tourment endurant, 

sans quelque confort qui l'alege. 

si convient que la mort abrège 

et de l'exécuter s'apreste, 

pour satiffairc a la requeste 

de dame Justice severe, 

qui pour requeste ne prière 

ne veult rien de ses drois quitter. 

Michel, allés donc conforter 

en ceste amere passion 

mon filz, plain de dilectïou, 

qui veult dure mort en gré prendre 
(V et va sa doulce chair estandre 

ou puissant arbre de la croix. 
Sahict Miche/, père du ciel et roi des rois, 

humblement a chère assimplie 

sera parfaicte et acomplie 

vostre voulenté juste et bonne. 

Ici descendent les anges de paradis. 
Stithan. Roi d'enfer qui tiens la couronne 

de l'orrible abisme infernal, 

nostre faict se porte si mal, 

que tout nostre gouffre est deffait. [faict: 
Lucifer, par quel moyen y Sathuti. je n'ai rien 

car Jésus est a mort livré 

et n'a peu estre délivré 

par quel moyen que j'aie mis. 

toutesfois très fort m'entremis 

de tempter la femme Piiate; 

mais les faulx juïfz a grand haste 

de crier contre n'ont cessé, 

et ont tant Piiate pressé 

qu'il l'a jugé la mort attendre. 
Lucifer, ha mauldict Sathan! va te pendre 

a un gibet de feu ardant, 

quant aultrement tu n'es gardant 

les loix et les drois de l'ostel. 

va, dragon, va, serpent cruel, 

et sollicite de rechef, 

se jamais par quelque meschef 

pourroit eschapper le surplus. 
Sathan. il en est faict, n'y penses plus; 

il n'est qui l'en sceust retarder, 

il n'y a que de bien garder 

noz huis et noz portes a force, 

28 quelque. 34 qui la. 35 ha ha. 44 qu'il. 
Bartsch, Chrestomathie. VI. Éd. 



aftin au mains, s'il nous efforce, 

([ue nous y puissons résister. 
Lucifer. Cerberus! Cerberus. hola magister! 
Lucifer, et vous, mes diables, dormes vous? 
5 barrés voz huis a grans verrous, 

tenez voz portes bien fermées, 

et soyés a grosses armées 

devant, pour les entretenir; 

car tantost vous verres venir 
10 nostre adversaire faire rencs. 

Cerberus. laissés le venir: s'il entre eus, 

je vueil qu'on m'arde le museau. 
Berilh. tout est barré très bien et beau; 

comment diable y entreroit il! 
15 Astaroth. ou il sera trop plus subtil 

que nous diables tretous ensemble, 

ou, par mon crochet, il me semble 

qu' il y demourra s'il y vient. 
Sathan. mon maistre, on ne scet qu'il advient: 
20 sollicités tousjours ici; 

et pour veoir la fin de ceci, 

je m'en irai faire une course. 
Lucifer, afin que ton chemin s'acourse, 

les diables te puissent guider! 
25 Sainct Michel a Jésus. 

Filz de dieu, en quoi regarder 

tous les anges prennent liesse, 

et dont l'excellente haultesse 

bouche ne sçauroit reciter, 
30 qui, pour les humains racheter, 

as ton précieux corps offert 

et tant de griefs tourmens souffert, 

que dieu seul en congnoist le nombre, 

pour traire les hommes de l'ombre 
35 de mort et mener a repos, 

et qui encore a ce propos 

veulx la mort pour eulx recepvoir, 

achieve et parfais ton devoir, 

et fais que ton vouloir appere 
40 obéissant a dieu ton père, 

qui fera a dame Justice 

présent de ce sainct sacrifice, 

plus que tous aultres acceptable, 

très vénérable et agréable 
45 en odeur et suavité. 

jadis estoit en vilité 

1 si. 34 ce vers manque: j'ai essayé de le supp- 
léer. 38 a achever et parfaist t. d. 40 nostre p. 

31 



483 



XV« SIECLE. 



484 



la croix, aussi de tous mauldicte, 

comme infâme et comme interdicte: 

maisjpar toi sera décorée, 

et sus tous aultres bonnoree 

par ton très glorieux mérite. 
Raphaël, ta mort et passion eslîte 

sera condigne et méritoire 

pour pécheur ramener a gloire: 

ainsi l'a dieu déterminé. 
Rubion. Or avons nous tant cheminé 

que sommes venus au desus 

du mont de calvaire. 

Ici arrivent au mont de calvaire, et demeure 

Sainct Michel et les aultres anges avecques 

Jésus. 

Pilate. Sus! 

faictes ruser ces compaignies ! 

sergens, en despit de voz vies 

vous fault il présent arrester. 

pensés tost de vous aprester: 

c'est trop tardé de la moitié. 
Brayart. messeigneurs, tout est apresté, 

croix ensemble cordes et doux. 

pourtant regardés entre vous 

auquel vous voulés qu'on commence. 
Caiphe. il me semble en ma conscience 

que plus court en est le meilleur: 

despechés moi ce Irivoleur, 

car plus tost mourir le ferons, 

et plus tost vengés en serons. 

encore a il trop attendu. 



Griffon, le voulés vous avoir pendu 

tout vestu ou en sa chemise? 
Anne, nenny, ce n'est pas la devise, 
assez en avons debatu: 
5 nous voulons qu'il soit devestu 

tout aussi nud qu'ung ver de terre; 
et pour prier ne pour requerre 
ne lui laissés ne hault ne bas, 
grans ne moyens ne petis draps 
10 dont il sceust couvrir ung seul point. 
Orillart. vous le voulés avoir au point 

qu'il sortit du ventre sa mère? [vitupère; 
Jéroboam, justement. Claquedent. s'est grant 
mais quoi soit deshonneur ou blasme, 
15 vous l'aurés. Dragons, il est tant infâme, 
qu'on ne le peult trop villenner. 
Gadiffer. abbregons, sans plus sermonner; 

ça villain, venés a la feste. 
Roullart. il n'y aura ne cul ne teste 
20 qui vous demeure ja couvert; 
cest habit ci n'est point ouvert, 
voulés vous que je le despiece .' 
Dentart. comment? il est tout d'une pièce 
tissu du bas jusqu'au dessus. 
25 Gadiffer. este lui, ne barguigne plus, 
il sera pour nostre butin. 
Bruyant, tendes les bras, villain mutin, 

lessés vous un peu despouiller. 
Ici le devestent tout nud, et est ISostre dame 
30 derrière avecques les Maries. 



PERCEFOREST. 

Copie de M. Ernst Strehlke d'après Texe^nplaire de la seconde édition {Paris 1533) qui est à la Bill. 

royale de Berlin, 2e fol. 118. 



Adonc va venir sur eulx ung jeune damoy- 
sel a cheval, et quant il vint près, il alla 
descendre et print le cheval du roy par le 
frain et dist 'gentil roy, je vous requiers le 
don que vous me promistes a la fontaine, 
quant vous me requistes que je vous donnasse 
a boire de l'eaue de la fontaine a mon esciielle.' 
'Damoyseau', dist le roy, 'je vous promis de 
faire chevalier quant vous m'en requerriez ; 

17 ruses, compaignons. 27 c. et. est manque. 
32 eulx : le roi, sa femme, sa soeur et sa nièce. 



mais il est huy mais trop tart: si attendrez, 
s'il vous plaist, jusques a demain, et adonc 
auray appareillé ce qu'il vous fault.' 'Sire', 

35 dist le jouvencel, 'il n'est en ce point riens 
qui me faille, car j'ay armes et cheval et ves- 
tures de chevalier; et si viennent quatorze 
chevaliers qui m'ont promis qu'ilz seront pre- 
sens quant vous me ferez chevalier, et par 

40 adventure ne les pourrois je demain plus avoir, 
car la journée sera trop enbesongnee pour ce 
22 la. 2(i il munfjiie. 27 matin. 



485 PERCEFOREST. 486 

que chascun en droit soy aura assez a faire. vestir le jeune damoysel; ses vestures y sont 
si vous prie par courtoysie que vous me tenez appareillées.' Quant la royne entendit ce, elle 
promesse.' 'Danioyseau', dist adonc le roy, print le jouvencel par la main et Fezonas a 
'puis qu'il vous plaist, je le vous tiendray et l'autre costé et Edea, et entrèrent ou pavillon; 
tantost en ceste place.' Taudis que le roy 5 et la se desvestit des draps d'escuyer et chaussa 
octroyoit au damoiseau sa requeste, vint la brays neufves en ung secret lieu et puis s'en 
endroit ung jeune escuyer sur ung cheval grant vint devant les trois dames qui l'assirent en 
et puissant, et avoit derrière luy une malle, une chaire tout nud fors des brayes. Et quant 
en laquelle estoit tout ce qui appartenait a la royne Fezonas le veit de chair blanche et 
nouveau chevalier. Quant le jouvencel veit le lo tendre, elle leva la main dextre et le frappa 
varlet venir, il regarda avant et veit les qua- sur l'espauUe en disant 'siro damoyseau, bien 
torze chevaliers venir qui !e dévoient servir a vous a nourry celle, qui vous a eu en garde 
sa chevallerie. Adonc alla dire au roy 'Sire, jusques a ores.' 'Madame', dist le damoysel, 
voici toute ma besongne preste.' 'Damoyseau', 'benoiste soit celle qui jusques cy m'a eslevé! 
dist le roy , 'si feray vostre besongne'. Lors is car tant m'a nourry que le corps est en point 
descendyt de son cheval; et le jeune damoyseau de souffrir traveil pour honneur acquerre, et 
se lance aux trois dames et enbrasse pre- me doint dieu cueur et voulenté de poursuyr!' 
mierement la royne et la mist jus de son palle- 'Frère', dist la dame, 'le dieu souverain vous 
froy, et en après les autres , qui moult le re- en doint grâce ! ' Après ces parolles prindrent 
gracièrent de sa courtoysie; et il leur respon- 20 les trois dames la blanche chemise et luy ves- 
dit moult courtoysement 'Certes, mes chères tirent. Lors dist la royne d'Angleterre 'sire 
dames , moult seray mieulx remercyé que je damoiseau, nous vous vestons de blanche che- 
n'ay desservy, se vous par voz humilitez me mise, qui signifie que chevalier doibt avoir le 
voulez octroyer ung don.' 'Sire damoisel', dist corps pur et nect de toute ordure et de toute 
la royne, 'demandez hardyment; car vous 25 villenye.' 'Madame', dist le jouvencel, 'le dieu 
l'aurez'. 'Madame', dist le jouvencel, 'vous souverain le me laisse si garder, que ce soit 
m'avez octroyé que entre vous trois me vesti- au prouffit de luy premièrement et de mon 
rez la blanche chemise qui appartient a che- ame.' Adonc print la royne Fezonas une cotte 
valier et le hocqueton.' Adonc respondit la de vermeil cendal, et luy vont entre elles vestir. 
royne 'nous le vous octroyons et si le ferons 3o Après dist Fezonas la royne 'Sire damoiseau, 
voulentiers.' Tandis que le jouvencel parloit nous vous avons vestu d'une cotte vermeille 
a la royne, les quatorze chevaliers qui estoient par dessus la blanche chemise , dont la rou- 
descenduz de leurs chevaulx s'en vindrent par geur signifie aspre désir et grant voulenté de 
devant le roy. Si le saluèrent; et le roy leur toutes vertus et de toutes bonnes grâces avoir 
rendit leur salut moult courtoysement et puis 35 eu soy et acquerre, qui affiert a chevalier.' 
dist 'seigneurs chevaliers, il m'est advis que "Ma chère dame', dist le chevalier jouvencel, 
vous me devez ayder a faire ce jouvencel che- 'le dieu souverain me doint la force et le po- 
valier, a qui je l'ay promis.' 'Sire' dist l'ung voir! car j'ay bonne voulenté de l'acquerre.' 
d'eulx, 'quant il vous plaira.' Adonc s'appa- Comment la royne et les dames vestirent ung 
reillerent les trois dames pour ve&tir le joa- ii) jouvencel pour esti-e chevaliei-. Chapitre cxxi. 
vencel; si ne gardèrent l'heure qu'elles veirent Après apporta Edea uue moult noble cour- 

pres d'elles tendu ung petit pavillon, le plus royette, si luy vint ceindre entour ses costez. 
bel et le mieulx ouvré que oncque es jours de Adonc dist Edea 'sire damoisel, nous vous 
leur vie eussent veu; et veit que a l'entrée avons seinct et estrainct les vestures, que nous 
avoit une damoiselle, qui leur alla dire en telle 45 vous avons vestues entour voz costez, de ceste 
manière 'madame la royne, céans se pourra seincture, qui signifie que doresenavant doibt 

44 leurs, veirent? 46 se] ce. 45 vous a | | avons. 



487 XVe SIECLE. 488 

estre encloz et estraint dedans vous toute necteté lautise suyvir, entretenir, servir et exaulcer.' 
et toute courtoysie, toutes vertus et toutes 'Sire', dist le jouvence), 'si feray je, s'il plaist 
bonnes oeuvres.' 'Dame', dist le jouvence), au dieu souverain.' Après passa avant uug 
'dieu me doint la grâce perquoy je puisse de- chevalier qui estoit appelle Troylus; si luy va 
venir tel que bon chevalier doibt estre!' Lors 5 vestir ung haubergeon et puis luy dist 'da- 
se dressa et dist 'dames, je vous remercye de moisel, je vous ay vestu ce haubergeon qui 
voz courtoysies ; si doibz bien estre dores- vous donne a entendre que doresenavant devez 
enavant vostre chevalier.' 'Sire damoisel', dist avoir le cueur fier, hardy et entreprenant en 
la royne de Bretaigue, 'dictes nous vostre nom, toutes voz opérations et faitz de chevalerie 
si nous aurez bien contentées.' 'Certes, ma- lo toutes fois que endossé l'aurez.' 'Sire', dist le 
dame', dist le jouvencel; 'se je le vous povoys jouvencel au noble et preux chevalier, 'si au- 
dire, mon honneur sauve, voulentiers le vous ray je a tots jours mais, au vouloir de uostre 
diroye: mais ne vous desplaise, je le vous di- seigneur dieu de paradis!' Adonc passa avant 
ray la première foys que je seray en vostre le chevalier qui avoit le cueur enferré, si alla 
compaignie.' 'Damoiseau', dist la royne, 'il 10 chausser au damoysel la dextre chausse de 
nous suffist.' Lors l'emmenèrent hors du pa- fer, et celluy a la tieur de liz la senestre. Lors 
villon, si s'en vindrent devant le roy qui estoit luy dist le chevalier au cueur enferré 'sire da- 
alors bien près de luy et apprcsté de le faire moysel, nous vous avons chaussées les chausses 
chevalier. La estoient les quatorze chevaliers de fer qui vous environnent les piedz et les 
tous apprestez de faire leur service; et quant 20 jambes; si vous donnent a congnoistre que 
ilz veirent le jeune damoysel venir en la cotte doresnavant ne devez avoir le pied ne la jambe 
vermeille, si bel, si grant, si puissant et si endormye, mais légère et apperte d'embatre 
bien taillé de tous membres, ilz le prisèrent a en tous jeulx pour soustenir justice droicture, 
merveilles et dirent que ce seroit encores grant le povre et le riche garder en son droit egalle- 
chose que de luy; sans faulte il estoit jeune 25 ment sans nulle convoitise fors de justice et 
d'aage, car il n'avoit encores ne barbe ne droicture garder.' 'Sire', dist le damoisel, 'ainsi 
grenon fors ung pou de poil volage. Quant me face dieu ! ' Après ce passa avant le che- 
le roy le veit, il le salua et dist 'damoiseau, valier a la blanche muUe et luy chaussa les 
voulez vous estre chevalier?' 'Sire', dist il, espérons et puis luy dist 'sire damoiseau, je 
'je le vous requiers et le désire a estre en 30 vous ay cy chaussé les espérons, qui vous 
l'honneur du grant dieu souverain.' estraingnent la chausse auprès du pied, pour 

Comment quatorze chevaliers acoustrei'ent ung avoir le pied et la jambe plus legiere et de- 
jeune jouvencel que le roy fist chevalier ainsi livre; et si vous sont esguillon a vostre cheval 
quHlz luy avoient tous promis. Chapitre cxxii. haster et poindre; et ce vous donne a con- 

Quant il eut ce dit, incontinent passa avant 35 gnoistre que vous devez avoir non pas seuUe- 
ung chevalier, qui portoit ung noir lyon; si ment la jambe et les piedz legiers et délivres, 
luy alla endosser ung hoqueton moult bel et mais tous les membres , qui appartiennent au 
moult riche; et le chevalier au noir liepart corps, legiers et délivres, et le cueur en lieu 
luy alla lasser la dextre manche très bien; et d'esguillon désirant de tout bien et tout hon- 
celluy au cerf azuré luy alla lasser la senestre 40 ueur acquerre et suyvir.' 'Sire', dist le jou- 
manche. Adonc dist le gentil chevalier au vencel, 'a celle vouleuté et a ce désir me 
noir lyon 'sire damoyseau, nous vous avons tienne le dieu de toute créature ! ' Adonc vint 
vestu ce hoqueton, qui est moult noble et avant celluy qui conquist le chef aux creins 
moult riche, qui signifie que doresenavant soyez dorez, qui tenoit une espee, qui estoit l'une 
ententif et curieux en tous voz faitz de tout 45 des belles et des bonnes du monde, et la tyra 
honneur , de toute prouesse et de toute vail- hors du fourreau ; puis vint au damoisel et luy 

dist 'damoisel, baisez l'espee et prenez paix a 

16 compaigniee. elle, affin qu'elle vous soit aydant et confor- 



489 PERCEFOREST. 490 

tant eu tous les besoiugs que vous aurez d'elle; vous ay pendu l'escu au col, qui vous donue 
ne ja ne vous taille ue vous a elle, que n'ayez a congnoistre que doresenavant devez avoir 
force et pouvoir ou dextre bras et en tout le chair tant Lardye que de recevoir au besoing 
corps de frapper sus voz enuemys tant que en juste (luerelle deux cbevaliers en plain 
vous ayez victoire.' Lors baisa le jouvencel 5 champ.' 'Sire', dist le jouvenceau chevalier, 
l'espee dévotement, et puis le chevalier la re- 'ja dieu ne plaise que vive tant que je voyse 
mist au fourreau, si la ceingnit entour le da- couardant eu juste querelle.' Adonc vint avant 
moysel et puis luy dist 'sire damoisel, ceste le chevalier au daulphin, qui tenoit uug heaulme 
espee que je vous ay ceincte, signilic que do- bon et bel, si en alla aoruer le chef du jeune 
reseuavant vous devez estre espee et deffen- lu chevalier et dist 'sire chevalier, je vous ay 
deur des temples aux dieux et, de ceulx qui garni le chef de vostre heaulme, qui vous 
les gardent, secours, et champion de dames et signifie et donne a congnoistre que tant que 
de pucelles, de veufves et d'orphelins en tous vous l'ayez mys, vous ue devez doubter tout 
leurs loyaulx besoings, de chevaliers et tous honneur et toute prouesse a entreprendre, que 
ceulx qui besoing en ont en juste querelle.' 15 le corps d'uug chevalier puisse achever.* 'Sire', 
'Sire', dist le jouvencel, 'dieu m'en doiut force dist le chevalier aux troys lyous, 'en celle vou- 
et povoir et me tienne tousjours en bonne leuté me tienne dieu!' Lors passa avant le 
voulenté ! ' Adonc passa avant le gentil roy chevalier qui tenoit uug destrier grant et puis- 
Perceforest et dist 'sire damoysel, les cheva- sant, si l'amena par devant le nouveau che- 
liers, qui cy sont, vous ont faict honnestement io valier et luy dist 'sire chevalier, ores povez vous 
et moult dévotement aorné de voz armes et monter, quant il vous plaira.' Si tost que le 
moult sagement enseigné la signilïance de jeune chevalier veyt son cheval appareillé , il 
chascuue. Or ne tient fors que a moy pour passa avant, et le chevalier a l'aygle d'or et cel- 
la collée que ne soyez chevalier et que n'ayez luy a l'esprevier se tournèrent pour tenir son 
congé de user de leur valleur comme cheva- -ih estrief. Mais le jeune homme alla dire 'seig- 
lier, et ce suis je prest de vous donner; mais neurs, ne vous desplaise! tyrez vous arrière I 
il convient, ainçoys que je la vous donne, que je n'ay que faire d'apprendre mauvaises cou- 
vons me promettez que vous hounorerez do- stumes; je n'auray point tousjours telz aydes.' 
resenavant dessus tous dieux le dieu souve- Lors priut appertement son cheval par le 
rain , celluy qui fist le ciel et les quatre ele- 3u frain et saillit en la selle de plaine terre sans 
mens de nëant, desquelz il forma depuis toute mectre pied en l'estrier ; et si tost qu'il fut 
créature, que nul autre ne peut faire, car il monté, le chevalier aux trois papegays luy alla 
est tout puissant et n'a pareil. Après vous mettre au poiug uug fort espieu et dist 'sire 
me jurerez a garder dedans vous, a vostre po- chevalier, je prie a dieu, qu'il vous doint harde- 
voir, tous les enseigneraens et la doctrine que 35 ment et prouesse de sens pour vous gouverner 
ces gentilz hommes, qui cy vous ont armé et sagement !' Si tost que le jeune chevalier fut 
vestu voz armes, ont espousez par la signi- monté et il sentit qu'il fut nouveau chevalier, 
fiance de voz armes.' Adonc respondit le jou- bien luy fut advis qu'il fut roy de tout le 
vencel tout larmoyant des yeulx par dévotion monde. Lors print congé au roy et aux trois 
'sire, ainsi le vous ay promis.' Adonc haulsa 40 dames et aux quatorze chevaliers, puis brocha 
le roy la paulme et luy donua la collée en le cheval des espérons si rudement que eu peu 
disant 'chevalier, soyés hardy et preux!' Adonc d'heure il fut eu la forest. Et les quatorze 
vint avant le chevalier a la blanche estoille, chevaliers se départirent du roy si tost qu'ilz 
qui tenoit ung escu vermeil et le pendit au le eurent salue. 

col du damoisel et puis dist 'sire chevalier, je 45 , -, , , 

1 donner. n il semble y avoir ici une 

32 nulle. 37 armes et espousez. lacune. 



491 XV« SIECLE. 492 

MEMOIRES DE PHILIPPE DE COMINES. 

Nouvelle édition revue sur un wanuscrit ayant appartenu à Diane de Poitiers et à la famille de Montmo- 
rency-Luxembourg par R. Chantelauze. Paris 1881. On s'est servi des variantes données dans cette 

édition. 

(I, 10) Digression sur quelques vices et vertus gens par petiz moyens, qui peu luy servoyent, 
du roy Loys unziesme. et a grant peyne povoit endurer paix. Il 

Je me suis mys en ce propos , par ce que estoit legier a parler des gens et aussi tost en 
j'ay veu beaucoup de tromperies en ce monde leur présence que en leur absence, sauf de ceulx 
et de beaucoup de serviteurs envers leurs 5 qu'il craignoit, qui estoit beaucoup ; car il es- 
maistres et plus souvent tromper les princes toit assez craintif de sa propre nature. Et 
et seigneurs orgueilleux, qui peu veulent oyr quant pour parler il avoit receu quelque dom- 
parler les gens , que les bumbles qui volun- maige ou en avoit souspesson et le vouloit re- 
tiers escoutent. et entre tous ceulx que j'ay parer, il usoit de ceste parolie au personnage 
jamais congneu, le plus sage pour soy tirer lo propre 'je sçay bien que ma langue m'a porté 
d'un mauvais pas en temps d'adversité, c'estoit grand dommage, aussi m'a elle faict quelquefoys 
le roy Loys XI nostre maistre, et le plus humble du plaisir beaucoup ; toutesfois c'est raison 
en parolles et en habitz et qui plus travailloit que je repare l'amende.' et ne usoit point de 
a gaigner ung homme qui le povoit servir ou ces privées paroles qu'il ne fist quelque bien 
qui luy povoit nuyre. et ne s'ennuyoit point 15 au personnage a qui il parloit et n'en faisoit 
a estre reffusé une foys d'ung homme qu'il pra- nulz petiz. 

ticquoit a gaigner, mais y continuoit, en luy pro- Encores faict dieu grant grâce a ung prince 

mettant largement et donnant par effect argent quant il scet bien et mal, et par especïal 
et estatz qu'il congnoissoit qui luy plaisoieut. quant le bien le précède, comme au roy nostre 
Et ceulx qu'il avoit chassez et déboutez eu 20 maistre dessusdit, mais a mon advis, que le 
temps de paix et de prospérité, il les rachaptoit travail qu'il eut eu sa jeunesse, quant il fut 
bien cher , quant il en avoit besoing , et s'en fugitif de sou père , et fouyt soubz le duc 
servoit et ne les avoit en nulle hayne pour les Philippe de Bourgongne, ou il fut six ans, luy 
choses passées. Il estoit naturellement amy vallut beaucoup; car il fut contrainct de com- 
des gens de moyen estât et ennemy de tous 25 plaire a ceulx dont il avoit besoing ; et ce bien, 
grans qui se povoient passer de luy. Nul qui n'est pas petit, luy apprint adversité. Comme 
homme ne presta jamais tant l'oreille aux gens il se trouva grant et roy couronné , d'entrée 
ny ne s'euquist de tant de choses comme il ue pensa que aux vengences; mais tost luy en 
faisoit, ny ne voulut jamais coiignoistre tant vint le dommaige et quant et quant la repen- 
de gens: car aussi véritablement il congnoissoit 30 tance, et repara ceste follie et ceste erreur, en 
toutes gens d'auctorité et de valleur, qui es- regaignant ceulx a qui il tenoit tort, comme 
toient en Angleterre, Espaigne, et Portingal, vous entendrez cy-aprés. Et s'il n'eust eu la 
en Ytalie et es seigneuries du duc de Bourgongne nourriture autre que les seigneurs que j'ay 
et en Bretaiugne, comme il faisoit ses subjects. veu nourrir en ce royaulme, je ne croy pas 
Et ces termes et façons qu'il tenoit, dont j'ay 35 que jamais se fust ressours ; car il ne les 
parlé icy dessus , luy ont sauvé la couronne, nourrissent seullement que a faire les folz en 
veu les ennemys qu'il s'estoit luy mesme acquis habillemens et en parolles. de nulles lettres ilz 
a son advenement au royaulme. Mais sur tout n'ont cougnoissance. un seul sage homme on 
luy a servy sa grant largesse: car ainsi comme ne leur met a l'entour. ilz ont des gouverneurs 
saigement conduysoit l'adversité , a l'opposite, 40 a qui on parle de leurs affaires, a eulx riens, 
des ce qu'il cuydoit estre asseur, ou seullement et ceulx-la disposent de leurs affaires: et telz 
en une trêve, se mettoit a mescontenter les ^ ^^ -j j^ ^3 Philippes. 26 adv.] adv. qui 

3 pour ce. 13 et qui] qui. 29 jamais manque. n'est pas petit. 34 pas] point. 37 nulle lettre. 
33 es manque. 41 ce manque. 42 se] il se. 38 seul manque. 



493 PHILIPPE DE COMINES. 494 

seigneurs y a (lui n'ont que treize livres de rien, mais les cappitaines, et de nous assaillir 
rente en argent, qui se glorifient de dire 'par- de trois costez. les «ugs devers Paris, qui de- 
lez a mes gens', cuydans par ceste parolle voit estre la graut compaignie; une autre bande 
contrefaire les très grands seigneurs. Aussi ay devers le Pont de Charcnton ; et ceulx-la n'eus- 
je bien veu souvent leurs serviteurs faire leur 5 sent gueres sceu nuyre ; et deux cens hommes 
proulfit d'eulx et leur donner bien a congnoistre d'armes, qui dévoient venir par devers le Boys 
qu'ilz estoient bestes; et si d'avanture quelcun de Vincennes. De ceste conclusion fut ad- 
s'en revient et veult congnoistre ce qui luy verty l'ost envyron la mynuyt par ung page, qui 
appartient, c'est si tard qu'il ne sert plus de vint crier de l'autre part de la rivière, que 
gueres; car il fault noter que tous les bommes, lo aucuns bons amys des seigneurs les advertis- 
qui jamais ont esté grans et faict grans choses, soient de l'entreprinse qui estoit telle que avez 
ont commencé fort jeunes, et cela gist a la ouy, et en nomma aucuns et incontinent s'en alla, 
nourriture ou vient de la grâce de dieu. Sur la fine poincte du jour vint messire 

(11) Comment les Bourguignons estans près Poucet de Rivières devant ledit Pont de Cha- 
de Paris, allendans la bataille, cuyderent des 15 rautou , et monseigneur du Lau d'autre part 
chardons qu'Us veirent, que ce fussent lances devers le Bois de Vincennes, jusques a nostre 
debout (1465). artillerie, et tuèrent ung canonnier. l'alarme 

Or j'ai long temps tenu ce propos; mais fut bien fort grant, cuydant que ce fust ce dont 
il est tel que je n'en sors pas bien quant je le page avoit adverty la nuyt. Tost fut armé 
veuil: et pour revenir a la guerre, vous avez 20 monseigneur de Charroloys, mais encores plus 
oy comme ceulx que le roy avoit logez en tost le duc Jehan de Calabre, car a tous alarmes 
ceste tranchée, au long de ceste rivière de c'estoit le premier homme armé, et de toutes 
Seyne, se deslogerent a l'heure que on les pièces, et son cheval tousjours bardé, il por- 
devoit assaillir. La trêve ne duroit jamais toit ung habillement que ces conducteurs por- 
gueres qu'ung jour ou deux, aux autres jours 2.5 tent en Ytalie et sembloit bien prince et chief 
se faisoit la guerre tant aspre qu'il estoit pos- de guerre et tiroit tousjours droict aux barrières 
sible, et continuoyent les escarmouches depuis de nostre ost, pour garder les gens de saillir; 
le matin jusques au soir, grosses bandes ne et y avoit d'obeyssance autant que mon dit seig- 
sailloient point de Paris: toutesfois souvent neur de Charroloys, et luy obeyssoit tout l'ost 
nous remettoient nostre guet, et puis on le 30 de meilleur cueur; car a la vérité il estoit 
renforsoit. je ne veiz jamais une seulle journée digne d'estre honnoré. 

qu'il n'y eust escarmouche, quelque petit que En ung moment tout l'ost fut en armes et a 

ce fust; et croy bien que si le roy eust vouUu, pied au long des chariotz par le dedans, sauf 
qu'elles y eussent esté bien plus grosses; mais quelques deux cens chevaulx qui estoient de- 
il estoit en grant suspesson, et de beaucoup, qui 35 hors au guet, excepté ce jour je ne congneuz 
estoit sans cause, il m'a autrefoys dit qu'il jamais que l'on eust espérance de combatre; 
trouva une nuyt la Bastille Sainct-Anthoyne mais ceste foys chascun s'y attendoit. et sur ce 
ouverte par la porte des champs : qui luy donna bruyt arrivèrent les ducz de Berry et de Bre- 
grant suspesson de messire Charles de Meleun taigne que jamais ne veiz armés que ce jour: 
pour ce que son père tenoit la place, je ne 40 le duc de Berry estoit armé de toutes pièces, 
dis autre chose dudit messire Charles, que ce Hz avoient peu de gens: ainsi ils passèrent 
que j'en ay dit, mais meilleur serviteur n'eut par le camp et se misdrent ung peu au dehors 
point le roy pour ceste année la. pour trouver messeigneurs de Charroloys et de 

Ung jour fut entreprins a Paris de nous venir Calabre, et la parloyent ensemble. Les ehevaul- 
combatre; et croy que le roy n'en délibéra 45 cheurs, qui estoient enforcez, allèrent plus 

près de Paris et veirent plusieurs chevaucheurs 

1 que manque. 4 seigneurs manque. 13 ou 
de grâce. 18 mais-tel manque. 33 si manque. 3 compaignee. 15 d'autres par. 34 dehors 

35 que c'estoit. 41 que ja j'en. manque. 35 je manque. 



495 XV^ SIECLE. 496 

qui venoient pour savoir ce bruit en l'ost. et la pluspart des gens de bien de sa maison, 

Nostre artillerie avoit fort tiré, quand ceulx de pour l'acorapaigner, et sa bannj'ere preste a 

monseigneur du Lau s'en estoient approuchez desployer et le guydon de ses armes, qui es- 

si près. Le roy avoit bonne artillerie sur la toit l'usance de ceste maison: et la nous dit 

muraille de Paris; qui tira plusieurs coups s a tous ledit duc Jehan 'or ça nous sommes a 

jusques a nostre ost, qui est grant chose, car ce que nous avons tous désiré: voyla le roy 

il y a deux lieues, mais je croy bien que on et tout son peuple sailly de la ville, et mar- 

avoit levé aux bastons le nez bien hault. Ce client, comme dient noz chevaucheurs. et 

bruit d'artillerie faisoit croire de tous les deux pour ce que chascun ayt bon vouloir et cueur, 

costez quelque grant entreprinse. Le temps lo tout ainsi qu'ilz saillent de Paris, nous les 

estoit fort obscur et trouble, et nos chevau- aulnerons a l'aulne de la ville, qui est la grant 

cheurs, qui s'estoient approuchez de Paris, aulne.' Ainsi alla reconfortant la compaignie. 

veoient plusieurs chevaucheurs, et bien loing Nos chevaucheurs avoient ung petit reprins de 

oultre devant eulx veoient grant quantité de cueur, voyans que les autres chevaucheurs 

lances debout, ce leur sembloit; et jugeoient i5 estoient foibles; si se raprocherent de la ville et 

que c'estoient toutes les batailles du roy, qui trouvèrent encore ces batailles au lieu ou ilz 

estoient aux champs, et tout le peuple de les avoyent laissées: qui leur donna nouveau 

Paris: et ceste ymagination leur donnoit l'ob- pensement. Hz s'en approchèrent le plus qu'ilz 

scurté du temps. peurent; mais estant le jour ung peu haulsé 

Hz se reculèrent droit vers ces seigneurs, 'io et esclarcy, ilz trouvèrent que c'estoient grans 

qui estoient hors de nostre camp, et leur chardons, ilz furent jusques auprès des portes 

signifièrent ces nouvelles, et les asseurerent et ne trouvèrent riens dehors: incontinent le 

de la bataille, les chevaucheurs sailliz de Paris mandèrent a ces seigneurs qui s'en allèrent 

s'aprouchoient tous jours, pour ce qu'ilz veoient oyr messe et disuer; et en furent honteulx 

reculler les nostres, qui encores les faisoit 25 ceulx qui avoient dit ces nouvelles, mais le 

myeulx croire. Lors vint le duc de Calabre la temps les escusa avec ce que le page avoit 

ou estoit l'estendart du comte de Charroloys dit la nuyt de devant. 

5 a Paris. 6 jusques en. 12 fort appr. 15 f> vouloir et manque. 12 compaignee. 15 et se. 
si leur. 23 sailliz] qui estoient sortis, 25 le f. 19 et le jour estant. 21 et furent. 



TABLEAU SOMMAIRE 



DES 



FLEXIOIS DE L'AICIEI FRANÇAIS. 



Bartsch , Chrestomathie. VI. Éd. ^^ 



TABLEATJ SOMMAIEE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 



I. Sul)8tantîf. 

Particules tenant lieu de cas: gcn. de, dat. a. 

Article défini. 

Masculin. Féminin. 

Singul. nom. li, le; lo 9, 6. 19, 29; appuyé^ 1. la, li, le. 

gén. del, dou, du; do 65, 19. 254, 14. de la, de le. 

dat. al, au. a la, a le. 

ace. le; lo 5, 10, 9, 37 etc.; lou 61, 13; appuyé 1. la, le. 

Plur. nom. li, les; le 399, 12. les, li; las 9, 7. 

géfi' dels, des. '^ dels, des. 

dat. als, as, aus; aux 364, 42. als, as, aus. 

ace. les; los 9, 12. les. 

el = en le, en la; ou 349, 34; u 290, 46; o 65, 29. 42; els, es, eus = en les. 

Article indéfini. 

Masculin. Féminin. 

Singul. nom. uns, un, ung; obi. un, ung; unt 61, 20; u 9, 38. une. 

Plur. nom. un; ohl. uns. unes. 

le déclinaison (\e decl. latine). 

Singul. nom. corone, -et 61, 24; -a, Passion; terres 359, 6. Plur. corones; les planète 462, 45. 
obi. corone; corona U, 38. corones. 

Remarque. Le cas obi. ain au singulier est une imitation du lut. am, pute, ohl. putain 215, 29; 
antain 305, 16; de même dans les noms propres, Bertain 356, 19. 

2e déclinaisou (le et ie decl. lai. en er, us, um, u, et la plupart 
des mots masculins et neutres de la 3<? déclinaison). 

Singul. nom. ans; obi. an. Plur. nom. an; obi. ans. 

Remarques. 1 . Le vocatif sifigul. tantôt a, tantôt n'a j^as s. 

2. cuens [v. Glossaire), ohl. conte; plur. conte, ohl. contes. 

3. huem. hom, home (v. Gloss.), ohl. home; omne 16, 20; omen 20, 15; plur. home; 
ohl. homes. 

4. danz, dans, obi. dant; raonz, raons, mondes, obi. mont, monde. 



1 J'appelle appuyé l'article qui suit certains mots, tels que de, en, je, etc., de manière à faire 
corps avec eux. 

32* 



500 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

5. Noms propres: Charles, ohl. Charlon. 

6. Reste du gén. i^l. ancieuor 25, 13; vavassor 63, 36. 

3e déclinaison {mots féminins de la '6e décl. latine, mots 
masculins et neutres qui sont devenus féminins en français). 

SinguL noin. tior; flors; ohl. flor. Phir. nom. flors; obi. flors. 

Mots qui déplacent l'accent. 

1. /al. tor, toris. 

Si7ig. nom. (i)ere, -es, (i)erre, -es. Plur. nom. ëor, ëour, ëur. 

ohl. ëor, ëour, ëur. ohl. ëors, ëours, ëurs. 

emperere, emperëor; empeiëor, emperëors; emperedor 26, 24, emperador 11, 27, encanta- 
tour 19, 7; estroubatour 19, 6; mercatour 345, 31; salvedur 56, 8; losengetour 19, 8. — traître, 
es, ohl. traiter; pastre, ohl. pastor, our, eur; ancestre, plur. ancessor 25, 24. 

2. lat. 0, onis. 

Sing. nom. garz, ohl. garçon. Plur. nom. garçon, ohl. garçons. 

ber(s), ohl. baron; compains, -nz, ohl. compaignon; tels, ohl. félon; gloz, ohl. gloton; lerre, 
-es, ohl. larron, ladron 9, 42, ladrun 11, 14. 
Mots isolés. 

a. sendra 4, 17, ordinairement contracté en sire, -es, plus tard seigneur; ohl. seiguor, 
-our, -eur, senior 11, 42, seunior 11, 33, seignor 27, 9; plur. seignor etc.; ohl. sei- 
gnors etc. seniors 14, 32. 

b. abes, ohl. abé. 

c. eufes, enfens 138, 11; ohl. enfant. 

d. niés, ohl. neveu; suer, sor 19, 20; ohl. seror, soror. 

Remarques sur la déclinaison du substantif. 

1. La règle de V s au nom. sing. n'est pas observée dans plusieurs textes même anciens; 
l' s disparaît vers la ftn du XIV e siècle. En revanche V s devient générale au nom plur. 

2. A la place de l' s de flexion on trouve aussi z, surtout dans les mots dont le ra- 
dical se termine par une dentale. 

3. s tombe devant ts (z): oz au lieu de osts; Criz, Cris au lieu de Crists; les nmettes 
tombent devaiit s, sans, ohl. sanc; sers, ohl. serf; cols, ohl. colp. 

4. Devant s m devient n, nons^noms; 1 se résout en u, cheveus = chevels; au lieu 
d'us on trouve aussi x, che\ex, plus tard -ux, cheveux, plus tard encore -ulx, cheveulx. 

Mots indéclinables. 

1. Toîis les mots, dont le radical se termine par une sifflante, ors, sens, mois; de 
même voiz, vois; foiz, fois; braz, bras; laz. 

2. Les mots latiiis neutres en us, cors corps (corpus), lez (latus), oés (opus), piz pis 
(pectus), temps (tempus), liens (femus). 

II. Adjectif. 

1. Flexion avec genres. 

Mascidin. Féminin. 

Singul. nom. bons; ohl. bon. bone, -a 11, 17; ohl. bone; -et 62, 18. 

Plur. nom. bon; ohl. bons. bonos; ohl. bones. 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 501 

2. Flexion dénuée de genres. 

Singul. nom forz, obf. fort. I'ht?\ tioiit. tort, obi. l'orz. 

Remarques. 1. Ce qui a cic remarqué ci-dessus sur les modi/icalious ou l'omission de l' s 
au nomin. s'api)Uque aussi à Vadjectif. 

2. Les adjectifs qui en latin ont une s devant us ne prennent pas l' s au nomin. 

3. c final devient au fém. ch, blauc ~ blanche; f final devient v, vif — vive. 

Comparaison. 

1. Comparatif périphrastique exprime par '^\\x^, superlatif exprime par li plus, la plus. 

2. Comparatifs organiques. 

a. bon, comp. mialdre, -es, ohl. meillor (v. Gloss.) 
h. mal, comp. pire, -es, ohl. pejor, superl. pesme, -es. 

c. magne (remplacé par grant), comp. maire, obi. major. 

d. parv (20, 25, remplacé par petit), cump. mendre, obi. menor. 

e. molt, comp. plusor. 

On trouve encore, isolément, les formes comparatives suivantes: bel — bellezour 5, 2; 
fort — forceur 291, 6, forcheur 315, 4t ; gent — genzor 19, 19; grant — graindre, obi. graignor; 
hait — halzor 93, 14; mer — merur 109, 6. 

On rencont7-e aussi quelques superlatifs isolés, grancesme 7, 6, graudisme 296, 26, saiu- 
tisme 44, 13. 357, 11. 

m. Nom de nombre. 

ISous ne citons que les trois premiers nombres cardinaux à cause de leur flexion. 

1. uns, fém. une (v. p. 499). 

2. dui, doi 396, 24; plus tard la forme obi.; ohl. dos 12, 30. duos 17, 19. dous, deus, 
dex, deux; fém. d'abord dues, ordinairement = masc. — Le latin ambo composé 
avec duo fait ambedui (v. Gloss.). 

3. troi, trei, ohl. trois, treis; trais 87, 37. 

IV. Pronom. 

1. Pronoms personnels. 

le personne. 2e persoune. 3e personne. 

Sinrjul. nom. eo 3, 20, eu 12, 24. 13, 3, io 4, 18. 7, 25, tu. — 

jeo 265, 9, jieo 24, 2, ju 209, 17, jou 201, 

39, je 54, 26, ge 143, 6, gié 171, 16. 252, 
15. 

obi. mi, moi, mei. ti, toi, tei, tai 91, 31. si, soi, sei. 

Plur. nos, nous, nus. vos, vous, vus. ohl. si, soi, sei. 

3e personne (avec genres). 

Masculin. Féminin. 

Singul. nom. il; el 9, 4. 15, 15; ill 205, 4; illi ele, elle; ela 14, 9, el 301, 7. 

61, 26. 
obi. lui; loi 10, 20; 11 67, 36; lu 103, 7. lei 26, 30. 63, 14; lu 103, 17. 

Plur. nom. il; ils, ilz; els, eus 385, 43; eulx eles, elles; els 372, 33, el 191, 8. 

415, 35. 
ohl. els, elz 140, 7, elx 149, 40, eus 65, eles, elles; elz 147, 5. 

44, als, aus 141, 3, ax 67, 15, eaus 
231, 8, euls 328, 13, eux 422, 17. 



502 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

Pronoms personnels conjoints. 

le personne. 2e personne. 3e personne, {rèfl.) 

Singul. dut. accus, me; (vppuyé m 9, 29. te; t 12, 42. se. 

Plw. (lai. accus, nos, nous nus. vos, vous, vus. se. 

3e personne [avec genres). 
Singul. dut. li; lli 61, 23; appvgél 17, 12; ace masc. lo, lou, le, fémin. la, le; appuyé \ 97, 34. 
Plur. dat. lor, lour, lur, leur; ace masc. les; los 9, 2, Is 16, 6, fémin. les. 
Remarque, les après je, me, te, se, ne, qui, si, se fond avec ces mots en jes, mes, tes, ses, 
nés, quis, sis. 

2. Pronom possessif. 
a. Conjoint. 
le personne. 

Singul. nom. masc. mes, mh,phis tardvaon\ meos 4, 17; fémin. ma, me 197, 21 ; mou ame 411, 23. 
obi. masc. mon, mun, men; meon 3, 21; fémin. ma, me. 
Plur. nom. masc. mei, mi, mes; fémin. mes, mis. 
obi. masc. mes, mis; fémin. mes, mis. 
2e personne. 
Singul. nom. masc. tes, tis, plus tard ton; fémin. ta, te. 

obi. masc. ton, tun, ten; tum 61, 25; to 9, 29; fémin. ta, te. 
Plur. nom. masc. tei, ti, tes; fémin. tes, tis. 
obi. masc. tes, tis; fémin. tes, tis. 
'ie personne. 
Singul. nom. masc. ses, sis, plus tard son; sos 12, 22, suos 14, 34; fémin. sa, se; son espé- 
rance 214, 7. 
obi. 7nasc. son, sun, sen; sem 8, 12, som 62, 26, so 16, 2. 
Plur. nom. masc. sei, si 414, 20, ses; fémin. ses, sis. 
obi. masc. ses, sis; fémin. ses, sis; sas 19, 29. 

h. Absolu. 
le personne. 2e personne. 3e personne. 

masc. miens, mens, tuens, tiens. suens, siens; suon 6, 1; seu 

meu 16, 35. 15, 44. 

fémin. moie, meie. toie, teie; toe 31, 47; tue 54, 29; teue soie, seie; souue 6, 15, sua, 
371, 23. soa, soe 10, 4. 40. 12, 14, siue 

85, 10, siene 359, 12. 
Possessif delà pluralité. 

le personne. 2e personne. 3c personne. 

1. masc. nostre, -es; fémin. nostre. vostre = nostre. lor, lour, lur, leur : invariable; de- 

2. masc. nos, noz; fémin. no. vos = nos. puis Je xiii esiècle (fin) il reçoit une 

8 quand il est suivi d'une s plur. 

3. Pronoms démonstratifs. 

Masculin. Féminin. 

1. Singul. nom. cil, chil, si! 227, 34, chel 19, 14; avec nom. et obi celé, celle; cela 14, 5, cilla 
8 cis, chis319, 13, ceus, cieus, cieux 18, 14, ciel' 15, 11; chele 347, 27. 
402, 13, chius 399, 11, chieus 377, 14, 
chiex 402, 12, cilz 411, 16. 



TABLKAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

nom. et obi. celés, celles, cheles. 



503 



ceste, cheste; este 30, IG. 

ceste, cheste. 

cestes, ordinaireinent cez, ces, ches. 

cestes, cez, ces, ches. 

celei, ceh, cheli. 



ohl. cel, ciel 10, 44. 
Plnr. nom. cil, chil, cilz 418, 36; obi. cels, celz, 
chels, cheus 96, 30, çax 67, IS. 
De même icil. 

2. Singul. nom. cist, chist 347, 8. 

obi. cest, chest 19, 3; ist 3, 19. 21, 20. 
Plur. nojii. cist, chist. 

obi. cez, ces; ses 445, 14. 
De même icist; iceste. 

3. Singul. celui, chelui; celluy. 

Plur. ceos 207, 36, ceus 237, 3, ceuz 144, 12, celz 191, 33, ceulx 491, 9, f;aus 192, 14, 
ceaus 148, 14, chiaus 197, 25, ceaz 246, 7. 

4. cestui, chestui. cestei, cesti, chesti. 

Neutre. 

czo 6, 7, ceo 87, 3, çou 201, 4, chou 201, 12, ceu 209, 6, ce, che 399, 26. — 
cost 49, 38. 

Composé icQO 88, 19, iço 34, 14; iceu 336, 39, icé, iché. 

4. Pronoms relatifs et interrogatifs. 

1. nom. înasc. et fémin. qui, ki, chi, relat. aussi que, ke, qued 53, 11; neutre que, inter- 

rog. aussi quoi, koi. 
dat. accus, cui; coi 159, 4, quoi 482, 26. 
accus, que, quet 8, 6. 11, qued 28, 7; qui, ki 59, 25. 

2. interrog. quels, fémin. quele. relat. li quels, lequel, fémin. la quele, laquelle. 

V. Verl)e. 

Les verbes se divisent en faibles et en forts: ce qui caractérise les seconds, c'est qu'a 
la le et à la 3e pers. du sifig. du parfait l'accent est sur le radical et non sur la terminaison. 

Verbes auxiliaires. 

1. aroir. 

Indicatif. 

Prés, ai, ay* Impf avoie, -eie Parf. ov" 

as avoies, -eies eus, oùs 

at, ad, a^ avoit,-eit-eid63, 13 ot, out^ 

avons^ -uns, -on aviens, -ions, -ion eûmes, oiimes 

avez, -eiz, -es aviez, -ieiz, -iés eiistes, oiistes 

ont, unt.^ avoient, -eient. orent, ourent.^ 



Fut. avérai, avr-, aur-, arai"* 
avéras etc. 
avérât, -ad, -a, ait 
avérons** 
avérez"* 
averont. 



Subjonctif. Conditionnel. 

Prés, aie Impf. eiisse, oûsse" averoie, -eie 

aies eusses etc. averoies etc. 

ait, aiet 8, 11. eiist, euïst 196, 18'^ averoit 

aiens, -ons, -on eiissiens, -ions. averiens, -ions 

aiez, -eiz, es, aiestS, 12. eussiez, -ieiz, -iés avériez, -ieiz, -iés aiant. 

aient. eussent, euïssent 432, 22. averoient. Partie, passé 

eut, eu, oût, ou. 



Impératif, 
aie 

aiens, -ons 
aiez, -eiz, -es. 
Partic.pré8.(Gér.) 



504 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 



1 ey 19, 4, hay 471, 18, ays 359, 3. 2 ait 62, 2, adz 63, 22, ha 411, 5. 3 avum 36, 3, 
avomes 217, 29, avouimes 74, 13, (avem 10, 20). 4 (ant lo, 38, an 12, 32). 5 eu lOl, 14. 

6 aut 15, 11. 20, oth 15, 22, (og 9, 37, ab 19, 13), eust 41C, 28. 7 augrent 13, 34, urent 268, 

36, eurent 422, 4. 8 avrais 360, II, arais 361, 23. 6 avruns 39, 14, avrum 38, 32. 10 avroiz 
172, 17, ares 316. 33. il euïse 196, 23. 12 auuisset 6, 13, ouist lO, 30. 

Un reste du plus-que-par f. latin est auret 5, 2. 15, 42, auuret 14, 32, (agre 14, 6). 



Prés, sui' 
es, iés 

est, (es 7, 36) 
somes, sommes- 
estes, iestes 
sont, sunt(son9, 21) 



2. estre. 

Indicatif. 
Impf. 1. ère 106, 2^. 2. estoie, -eie 
ères 131, 38. 
eret, ere^ 
(erions) 
(eriez) 
erent, ierent. 



estoies etc. 

estoit 

estiens, -ions, -ion 

estiez, -ieiz, -iés 

estoient. 



Parf. fui* 
fus^ 



fut, fu^ 
fumes 
fustes 
furent* 



Fut. serai^ 
seras 

serat, -a*" 
serons" 
serez, -eiz. 



■es' 



seront, -unt. 



Subjonctif. 

Pi es. soie, seie Impf. fusse, fuisse 

soies etc. 
soit'3 (sia 11, 31) 
soiens, -ons 
soiez, -eiz, -es'' 
soient. 



Conditionnel. 

seroie, -eie 
fusses etc. seroies etc. 

fust*^ seroif' 

fussiens, -ions'^ seriens, -ions 
fussiez, -ieiz, -iés seriez, -ieiz, -iés 
fussent. seroient. 



Impératif. 



sois 

soiens, soions 

soiez, -eiz, -es. 

Partie, prés. (Gér). 

estant. 

Partie, passé, 
estet, -eit, -é. 



1 soi 9, 16, suis 335, 28, suiz 427, 12, suix 237, 17, seux 229, 9. 2 esmes 12, 39, ermes 

106, 5. 3 eret 62, 18. 4 5, 12. 6, 28; 153, 27, iere 190, 3, ert 25, 14, iert. 5 fu loe, 39, 

fuis 427, 26, fuz 460, 7. 6 fuz 71, 26. 7 fud 10, 37. 15, 19. 36. (fo 12, 15). 8 fuirent 

431, 16. 9 Outre cette forme , la plus usitée, on en trouve deux autres: 1. er 4, 20, ier 28, 39; 
ieres 199, 2; er 15, 23, ert, iert 34, 21. 35, 4. 59, 4; ernies 34, 33; ierent 319, 37. 322, 18. — 
2. estrai 16, 34; estras 28, 45. 10 eerad 54, 19, serrât 54, 6. Il serrunis 57, 19. 12 seroiz 
09, 26, serrez 92, 29. 13 sit 3, 25, (sie 17, 33). 14 seietst 8, 14. 15 fus 17, 7. 16 fuissons 
134, 21. 17 On trouve aussi astreict 5, 27, esteroit 155, 16; plur. astreient 7, 16. 

Un reste du plus-que-parf. latin est furet, fure 6, 4. 10, 6. 13, 16. 14, 29. fura 9, 30. 

le conjugaison faible. 
Indicatif. 

Parf. Fut. 

chantai^ chanterai, -arai 3, 20.'' 

chantas (-es 13, 8.) chanteras 

chantât, -ad, -a" chanterat, -ad, -a' 

chantâmes, -asmes chanterons, -om 238, G. 

chantastes, -aistes chanterez, -eiz, -es, -oiz 173, 

chantèrent, -arent chanteront, -erunt. 
210, 39(-eronl2,16). 



Prés. 


Impf. 


chant 


chantoie, -oe, -oue 


chantes 


chantoies etc. 


chantet, -e, -ed 51, 21.' 


chantoit, -ot, -out^ 


chantons^ 


chantiens, -ions 


chantez, -eiz, -es 


chantiez, -ieiz, -iés 



10. 



chantent, (-en 12, 26.) chantoient*. 



Subjonctif. 
Prés, chant, chante Impf. chantasse, -aisse^ 



chantes 
chantet, -e 
chantiens, -ions 
chantiez, -ieiz, iés 
chantent. 



Conditionnel. 

chanteroie, -eie 

chanteroies etc. 

chanteroit 
chantassiens, -ions chanteriens, -ions 
chantassiez, -ieiz, -iés chanteriez,-ieiz,-iés chanter, eir*'^ 
chantassent. chanteroient. Partie, prés. (Gér. 



chantasses etc 
chantast'" 



Impératif, 
chante 
chantons 

chantez, -eiz, -es" 
Infinitif. 



Partie, passé, chantet, -é, -eit, -ei'^; fémin. chautede, -ee, -eie". chantant (-an 12, 5) 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 505 

I -ut 4, l(i, a 19, 37, -id 51, 36. 2 -unis 3'J, -28, -om 23S, 10, -um SU, 23, -am r., 12. 

13, !», -omps, -unips 13, 33. 3«. 3 -cvct G, 22. 15, 1. 1 -ovcnt 10, 7, -aient 380, 8. 5 -ais 
3G2, 41. (•> -atz «3, 16, (-et, -ed 7, 35. 19, 21). 7 -erais 359, 2(i. g -crait 2)5, 9. 9 -aixe 
335, U5. 10 -as 17, 6. S, (-CS 10, 29). H preicst 8, 18. 12 -ar 3, 23. 8, 30. 18, 7. 19, 4, 

-ert 63, 1. 13 -cd 49, 39. 56, 22, -etz 63, 2, (-at 19, 1, -ad 20, 3). ircist 5, 24. 14 -ede 

5, II. 54, 27. 

Un reste du plus-que-parf. latin est roveret 6, 8, laisera 18, 1. 

Remarques. 

1 . La \e pers. du prés, indic. ne prend pas ordinairement l' e, f/ui ne devient r'cgie qu'au 
xve siècle; isolé ainme je 290, 43. Quelque/bis on trouve s ajoutée au radical: 
demans 326, 16, commaiis 435, 7. 

2. La 'Se personne rejette quelquefois l' e, laist 278, 8. 

3. Les radicaux en r rejettent l' e au futur, jurrad 50, 40, demourrons 427, 2, de 
même les radicaux en n, donrai 166, 14, dunrat 54, 7, menrons 317, 27, et dans 
ce cas l' n s'assimile souvent à V r, durrat, -ad 41, 16. 51, 21, merrai 50, 
39. 56, 11. 207, 13. De même s, lerrat 37, 22. Il y a métathèse de V r dans 
enterra (= entrera) 221, 32, desseverroit 72, 43, plouera (= plouerra, plourera) 
201, 6. 

4. Au présent du subj. la le pers. n'a pas d' e, cunt 265, 6, guart 30, 42; à la Ze 
pers. le t persiste, surtout quand V e est suppi-imé, suspirt 45, 2, plurt 40, 24, 
otreit 41, 36, apelt 42, 16, esmait 58, 40, ost 204, 30. La consonne finale du 
radical se modifie souvent dans ce cas, encommenst 212, 24; baut 111, 2. 310, 7; 
esmervaut 346, 24; il arrive aussi qu'elle tombe, griet 167, 20, tort 186, 33. La 
flexion tombe rarement, escap 316, 41 ; elle tombe régulièrement dans les radicaux 
qui se terminent par une dentale, gart 290, 32, chant 278, 3, coust 363, 19. Z' s 
est intercalée dans desirst 212, 16 {cf. ci-dessous donner). 

5. A l'imp. du subj. la le et la '2e pers. plur. ont i au lieu d' a d'après C analogie des 
autres conjugaisons: loïssiens 391, 6, passisoiz 60, 28, hastisiez 106, 29, acor- 
dissez 106, 34, amissiés 289, 33. 

6. L'infinitif a une seconde forme en ier, quand le radical se termine par une gutturale, 
un yod ou qu'il contient une diphthongue dans laquelle se trouve i, chacier, vuidier, 
etc. On trouve aussi ie pour e à la 2e pers. plur. du prés., à la 'ie pers. j^hir. du 
parf, à la 2e pers. plur. de l'impér., et 

7. Le part, passé fait de même iet, ié, femin. iede (42, 5), iée, et aussi ie. 

8. La voyelle du radical est dijyhthonguée quand le radical a taccent {Prés. ind. sing., 
'Se pers. plur., prés, du subj. et impér.); cette diphthongaison a lieu comme suit: 

a. a devient ai, aim, aimes, -e, -ent; aime. 

b. ê devient oi (ei), ai, demain 370, 25, meine, moine, maine 55, 31. 143, 29. 180, 36. 

c. ë devient ie, lief ISl, 34, lieves, -e, -ent. 

d. o devient ou, eu, ô uo, ue, oe, demeurent 153, 12, ruovet 6, 10, trueve, troeve 
. 162, 37, prueve 171, 18, mais esprove: rove 224, 9. 10. 

e. devient oi, v. doner ci-dessous. 

9. Les verbes suivants ont, suivant l'accent, des formes doubles: parler, prés, parole 
64, 30; aidier, prés, aïue; mangier, prés, manjue. 

Baktsch, Clirestomatliie. VI. Éd. 33 



506 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

Verbes isolés. 

1. aler: prés. ind. le pers. vai 37, 13, voi fi5, 37, vois 91, 3. 169, 29, vais 454, 20; 
•le x>ers. vas; Ze pers. vait, vet, va, vat 62, 7 (vai 12, 3. 18, 15. 20, 11); 'ie pars, 
plur. vont, vunt (vant 10, 39, van 12, 4). — Futur irai, irrai 59, 5. — S%ibj. 
près, aille; voise, voisse 291, 37; 36' pers. voist 203, 14; alge 28, 38, auge 216, 
28, alget 64, 14, ait 36, 9. 54, 4, aut 173, 17; 3t' pers.plur. algent 37, 20. — Impér. 
va 2, 27, vai. — Part, passé alet, aie (anez 7, 36, cf. 9, 4). 

2. douer: prés. ind. U pers. doing 169, 24, duiiis 35, 27; prés, du suhj. doingne 
173, 6; doinses 206, 36; dunget, -e 35, 36. 91, 4, dont, donst 211, 17, doint 176, 
18, doinst 197, 23; ie pers. plur. doingnent. 

3. ester (cf. estre): prés. ind. le pers. estois 179, 35; 'de pers. sta 13, 21. — Impf. 
ie jters. stout 53, 7. — Parf. ^e pers. estut, istud 17, U; 3e pers. plur. esturent 
(estèrent 9, 32). — Impf du subj. 2,e pers. estëust. — Part, arrestus 357, 37. 

4. laissier et laier: ces deux infinilifs, d'oritjine différente, servent à former les 
temps; de là lait et laist 396, 31. 206, 5; lairai et lerrai 30, 22. 37, 22, lerat 
110, 44. 280, 1. 332, 2. 

5. trover: prés. ind. le pers. truis 178, 6 (fnais treuve 477, 19); prés, du subj. 
truisse, '6e pers. truist 51, 35 et truisse 179, 14. 

2e conjugaison faible.*) 
Indicatif. 
Prés, vend Impf veudoie, -eie' Par/', vendi Fut. vendrai, -erai* 

vens, -z, (es 9, 29) vendoies etc. vendis vendras etc. 

vendet, vend veiidoit' vendit, -i* vendrat, -a, -ait 

vendons,-on,-um90, 31.' vendions, -ion-(s),iura veudimes vendrons, -ron, -rum 

vendez, -eiz, -es vendiez, -ieiz, -iés vendistes vendrez, -reiz, -rés, -roiz 

vendent.''^ vendoient. vendirent, vendront, -runt. 

Subjonctif. Conditionnel. Impératif. 

Prés, vende Impf vendisse vendroie, -reie^ vend; vendons; 

vendes vendisses vendroies etc. vendez, -eis, -es. 

vendet, -e vendist^ vendroit^ Infinitif. 

veudieu8,-ions, -ium vendissiens,-ion8,-ium vendriens,-rions,-rium vendre. 

vendiez, -ieiz, -iés vendissiez, -ieiz, -iés vendriez, -rieiz, -ries Part. prés. (Gér.) 

vendent. vendissent, vendroient. vendant. 
Participe passé, veudut, -u,'" fém. -ue. 

1 (-emps 13, 31, -cm 9, 15). 2 volunt 16, 2. 3 -oys -187, II. 4 -eit 00, ;J5, -eict 

5, 2ii, -ïet 10, '12. 5 (ed, -et 9, 38. 19, 29,) -iet 23, iti. 6 -rais 359, 2(i. 7 perdcsse 6, 3. 
perdiest 22, 15, venquiest 24, 4. 8 -eroie, -ereie; -rois 484, 40. 9 -reiet 6, 23. 10 -ud, -uit. 

Verbes isolés. 

sivre {v. Gloss.): prés. ind. le pers. siu 295, 43; 3c pers. sieut 204, 28. 278, 15, 
suit 131, 2. — Parf. sewi 59, 2, siuvi 104, 25, sivi 302, 28; de pers. plur. sivirent 126, 18. — 
Impér. suis 422, 18. — Part. prés. (Gér.) sivant 130, 40, (seguen 10, 3). — Part, passé soût 
44, 41, sëu 191, 33, siwi 103, 6. 

rompre: partie, rompu; fort rot, rut 38, 20. 

*) J'ajoute ici les flexions de la conjugaison forte quand elles ne diffèrent pas de celle,'' 
de la conjugaison faible. 



TA15LKAU SOMMAIUK 1)J« l'I.KXlONS DK J/ANCIEN FRAN('A1S. 



507 



Prés, part 

parz, pars 

part 

partons, -on, -um 

partez, -eiz, -es 

partent, (-unt ll,i;{. 19,6.) 



3e coujugaisoii faible. 

a. Forme pure. 

Indicatif. 
Inqif. partoie, -eie* Parf. parti'-' 



partoies etc. partis 

partoit, -iet 15, H). partit, -i* 

partiens, -ion(s), -ium partimes 

partiez, -ieiz, -iés partistes 

partoient. partirent. 



Fut. partirai 
partiras 
partirai, -a"* 
partiron(s), -um 
partirez, -eiz, es'' 
partiront, -unt. 



Subjonctif. 
Près, parte Impf. partisse 

partes, (-as 9, ;5l) partisses 
partet, -e 

partiens, -ion(s), -ium 
partiez, -ieiz, -iés 
partent. 



partist 



Conditionnel, 
partiroie, -eie 
partiroies etc. 
partiroit 
partissiens, -ion(s),-ium partirions- ion(s), -ium partir, 
partissiez, -ieiz, -iés partiriez, -ieiz, -iés Part. prés. (Gér.) 
partissent, -isent. partiroient. 

Participe passé, partit, -i, fém. -ie.* 

1 -oys 487, 11. 2 -it (il, 21. 3 -id n, 14. 15, 15. 44, 34. 

5 -oiz 170, 28. G -id 11, 44; féinin. -jde 30, 21, -idet 03, 22. 

h. Forme mixte. 

Subjonctif. 
Près, florisse 
fiorisses 



Indicatif. 
Prés, floris, -i 234, 41. Impf. fiorissoie 



Impératif, 
part; partons; 
partez, -eiz, -es. 
Infinitif. 



partant. 

-ad 50, 4, -ait 22!), il. 



Part. prés. (Gér.) 
florissant 



tioris Horissoies 

dorist, -issed 56, 1. florissoit 

tiorissons florissiens 

florissez florissiez 

florissent, -issen 10, 1. florissoient 

Les autres temps suivent partir. 



florist, -isse 
84, 26. 
tiorissiens 
florissiez 
florissent. 



Rem.arques. 

1. L hésitation entre la forme pure et la forme mixte est fréquente. 

2. La forme mixte envahit quelquefois les verbes au parf. ind. et à l'impf. du suhj. 
(analogie de la conjugaison forte); guaresis (2e pers. parf.) 45, 7; attendrisist 
393, 1, guerpëist 115, 36; et au futur, garistra 70, 28. 

3. Au futur /' i disparaît quand le radical se termine en r, ferrai 39, 18; guarrad 
59, 8, mais garira 315, 34. 11 y a métathèse de V r dans soferrai 30, 43, softerai 
245, 1, souferrai 221, 33, descuverrat 53, 39. Assimilation de consonnes : gorai (= 
gorrai, godrai) 288, 43, cf. dix. 

4. Le part, passé est en ut, u dans ferir, sentir, vestir — ■ féru, sentu, vestu, mais 
on trouve aussi vestit 11, 10. 401, 19. cf. encore issir. 

5. Le part, passé est en ert dans ofrir, sofrir, ovrir, covrir — ofert, sofert, ovcrt, 
covert. 

fi. La diphthongaison a lieu dans les mêmes cas que pour la première conjugaison : 
a. ë devient ie: fier, fiert, fièrent; fiere (fert 109, 11). 

h. o devient oe, ne: sueffre 277, 2, oevre 1S8, 21. 197, 32, coevre 151, 32, 
cuevre 435, 19, mais ovre 225, 37. 

33* 



508 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 



Verbes isolés. 

1. cueillir: j^m-. de l'ind. le pers. rekuel 227, 34, acoil 331, 3; ?,e pers. eskeut 347, 

24; inipér. requiel 347, 5. 
2 faillir, f'alir: prés, de l'ind. 2e pers. fais, faus 309, 22; ie pers. fait 35, 39, fat 

61, 13, faut 186, 10, fault 441, 43; futur faural, faurrai, faudra!, fauldrai 200, 12. 

241, 17. 315, 12. 442, 4. 

3. haïr: pr'és. de l'ind. le pers. he 279, 31, has 84, 13, hais 282, 3; Ze pei's. het 
175, 1. 232, 27; 3^ pe7-s. phir. heent 284, 10; /'uiur barrai 174, 29; prés, du suhj. 
hace 142, 10. 

4. issir: prés, de l'ind. 3e pers. ist 37, 9. 30, 24; Ze pers. plur. issent 187, 31, 
iscent 192, 12; futur eistrai 29, 26. 54, 21, isterai 89, 2; eistrai 50, 15; prés, du suhj. 
isse 55, 19. 139, 17; impér. is 373, 45; partie. passé h^n, eissuz 55, 1, exut 13, 29. 

5. oïr, odir: prés, de l'ind. le pers. oi 35, 23, oz 471, 7; 2e pers. os 130, 18, oz 
469, 29, oys 476, 12; 3e pers. ot 30, 34, oit 153, 13; plur. \e pers. oons, odum 
38, 34; 2e pers. oëz, oes 354, 4; Ze pers. oëot 153, 12; impf. ooie, oioye 419, 
15; futur orrai 35, 43, orai 137, 16 (aurez 17, 13); prés, du subj. oie; impér. 
oz 27, 18. 

6. saillir comme faillir: sait, saut; saudrai. 

Coiijagaison forte. 

Elle comprend des verbes latins de la 2e et de la de conjugaison ; elle offre des in- 
finitifs en oir {lat. ëre), et en re {lat. ëre), peu en ir. D'après le parfait il y a trois classes 
à distinguer: 

1. parf. lat. i, franc, i au radical. 

2. „ „ si, „ s. 

3. „ „ ui, „ ui. 

Paradigme du parfait dans les trois classes. 







Parf. de 


l'iudic 






Impf. du subj. 




1. 


vi 


2. dis 


3. 


dui 


1. vëisse 


2. desisse 


3. dëusse 




vëis 


desis 




dëus 


vëisses 


desisses 


dëusses 




vit 


dist 




dut 


vëist 


desist 


dëust 




vi(s)tnes 


de8i(s)mes 




dëu(s)mes 


vëissiens 


desissiens 


dëussiens 




vistes 


désistes 




dëustes 


vëissiez 


desissiez 


dëussiez 




virent. 


dis(t)rent. 


dirent. 


durent. 


vëissent. 


desissent. 


dëussent. 



La diphthongaison a lieu dans les cas ci-dessus désignés: 
a devient ai, manoir — main, mainement; paroir — paire. 

e devie7it ie, tenir — tieng, tienent; querre — quier, quierent; seoir — siet, sice. 
ë devient oi, boivre, bois, boivent; devoir — doi, dois, doivent, doie. 
ô devient eu, corre — queurent, queure. 

o devient ne, tordre — tuert, morir — muert, movoir — muet, pooir — puet, estovoir 
— estuet, voloir — vuet, vuelent. 

1^ Classe. 

faire. Prés, de l'ind. le pers. faz 19, 3, faç. 156, 9, fais 240, 18, faiz 146, 34, fai 320, 32; 

2e pers. fais, fes, faiz 450, 14, fez 372, 9; 3e pers. fait, fet, feit (fai 10, 28. 19, 38), faict (\be 

siècle); plur. \e pers. faisons; faesmes 405, 15; 2e pers. faites, feiles 357, 25, faictes {\be 

siècle); 3e pers. font, funt, feent 8, 8. — Impf. faisoie, fesoie; 36' pers. jtlnr. fisïent 7, 33. - 



TAHLEAU SOMMAIRE DES FI.EXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 509 

Parf. If pers. fis, tiz 3'JO, 26; 2f jiers. fesis ;5(), -1, feïs 171, '.», tis 310, 39; Stf />^rA'. fist 16, 
39, feist 10, 12. 451, 4, t'eit 461, 25 (fez 12, 37, Ici 9, 22); jiliir. \e pers, feïmes 105, 6, feïsmes 
394, 29; '2e pers. fesistes 402, 36, feïstes 177, 3, faïstes 60, 30, feïtcs 106, 41; "ie jiers. tirent, 
lisent 99, 26, tisdren 16, 4. — Plus-que-parfait fisdra 17, 23, listdra 17, 21, firet 28, 29. — 
Fui ferai, ferrai 93, 8, ferais 360, 15, fairai 65, 4. — Subj. prés, face, fâche 201, 43; ie pers. 
fazet 3, 23, facet 44, 20, faz' 17, 32, faice 229, T6\ jjlur. '2e pers. façoiz 260, 24. — Impf. 
fesisse, feïsse; 3f pers. feisis 11, 3. — Condit. feroie, fereie, freie. — Imper, fai 29, 30, faz 
93, 42, faiz 442, 44, fais 471, 33. — Part, passé fait, feit, fet, fat 95, 1, faict (15e? siècle). 

teuir. Prés, de Viiid. le pers. teing 175, 16, tieng 249, 6, tieing 392, 6, tien 133, 21, 
teins 323, 7; 2e pers. tiens; 3e? pers. tient, tent 110, 42 (ten 19, 14); plur. \e pers. tenons; 
'2e pers. tenez; ^e pers. tienent, tiennent 356, 24. — Parf. le pers. tinc 59, 3, ting 390, 28, 
tins 74, 4; 2e pers. tenis 373, 41; 'de pers. ting (ting 15, 14); j)hir. 3e pers. tindrent. — Fut. 
tendrai, tenrai, tanrai. — SubJ. prés, tienge 43, 6, tiegne 140, 28, teigne 168, 37, teyne 20, 18. 

— Impf. tenisse. — Coud, tendroie, -eie. — Impér. tien. — Part, passé tenut, -u. 

Tenir comme tenir. Prés, de l'ind. le pers. vieng, vienc 60, 3; '2e pers. viens, vienz 
60, 1; 3tf pers. vient, vieu 295, 24; plur. le pers. venons; '2e pers. venez; 3<? pers. vienent, 
viennent 428, 14. — Impf. venoie. — Parf. le pers. vinc 105, 40, ving 77, 34, vins 450, 41; 
2e pers. venis 58, 33; iepers. vint, (veng 12, 12. 17, 24, veg 9, 2); plur. le pers. venimes, ve- 
nismes 357, 2; 2e pers. venistes; 3e pers. vindrent 121, 22. — Plus- que-par fait (veggra 9, 24). 

— Fut. vendrai, venrai, vanrai, viendray 458, 29, verrai 200, 39, — Subj. près vienge viegne 
140, 18, veigne 282, 25, vigne 209, 31, vienne 475, 38. — Impf. venisse. — Cond. vendroie, 
-eie. — Impér. vien 59, 26, ven 109, 1. — Part, passé venut, -u. 

Tëoir. Prés, de l'ind. le pers. voi, vei 35, 24, vai 107, 35. 36, voys 361, 20; 2e pers. 
vois; de pers. voit, veit 26, 25, vait 107, 27. 110, 21 (vey 20, l'i)] plur. vëons; 2e pers. veez; 
de pers. voient. — Impf. vëoie. — Parf. le pers. vi, veiz 493, 31; 2e pers. veïs, veïz 394, 39; 
de pers. vit, vid 10, 45. 17, 34, veit 485, 10, vey 430, 43; plur. vëimes, vëismes; 2e pers. 
vëistes; de pers. virent, veirent 433, 7. — Plus-que-parfait vidra 9, 12. 14, 5. — Fut. verrai, 
verai, vairai 245, 2. — Subj. prés, voie, veie; de pers. veied 35, 24. — Impf. vëisse; de pers. 
vidist 18, 13, vist 456, 35, vedest 13, 12 (vedes 14, 9). — Cond. verroie, -eie. — Impér. voi; 
veez. — Part, passé veut, -ud 34, 15, vëu. 

2^ Classe. 

ardoir. Prés, de l'ind. de pers. art; Parf. de pers. arst 95, 20; Part, passé, ars 
136, 26. 

ceindre. Prés, de Vind. ceing; 'de pers. ceint, chaint 271, 36; plur. ceignons. — Parf. 
de pers. ceinst 43, 34, faible ceingnit 4S9, 7. — Part, ceint, ceinct 489, 9. 

clore. Prés, de tind. de pers. clôt 151, 31; phir. '2e pers. concluez 475, 39. — Parf. de 
pers clost 169, 35; plur. de pers. faible enclouïrent 431, 23 — Subj. prés, de pers. clodet 32, 
23. — Part. clos. 

creindre. Prés, de l'ind. le pers. criem 27, 12, crien 280, 22, crieng 274, 22, criens 54, 
12, crain 437, 10; de pers. crient 147, 12. — Impf. cremoie; craignoie (Ibe siècle). — Subj. 
prés, criegne 140, 19. — Impér. crains 441, 23. 

despire. Prés, de Vind. 2e pers. despis 347, 10; de pers. despist 378, 37; plur. de pers. 
despisent 269, 43. — Parf. de pers. despist 59, 22 (despeis 11, 8). — Part, despit 166, 2î. 

destraiudre. Part, destraint; le vrai part, passé destroit, destreit 116, 1 s'emploie ordi- 
nairement comme adjectif. De même estraindre, part, estraint, estrainct 486, 44. 

destruire. Part, destruit 29, 2 



510 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

dire: diret (51, 36. Prés, de l'ind. \e pcrs. di 25, 27, le pers. dis, diz 12, 36. 143, 9; 
ie pers. dit, dict 473, 46; plur. le peis. disons; 2e pers. dites, dittes 427, 20; 3^ pers. dïent, 
dicunt 19, 6. — Parf. \e pers. dis, diz 390, 20; 2e pers. disis 55, 4, deïs 167, 14; "ie pers. 
dist, dit 268, 3 (dis 13, 19); plur. 2e pers. deïstes 107, 4; 3é? pers. dirent, distrent 126, 8. — 
Fut. dirai, dirrai 54, 5. — SubJ. prés. die. — Impf. desisse, dëisse; 36' pers. disist 402, 24, 
dissest 10, 15. — Cond. diroie, -eie. — Impér. di, dis 442, 10, ^>/j/r. dites, dictes 420, 19. 

— Part, dit, dist 420, 8, deit 10, 17. 

diiire (ducere). Prés, de l'ind. ^e pers. duit; plur. \e pers. duisons. — Impf. duisoie. 

— Parf. 3e pers. duist; plur. '^e pers. duistrent 14, 3S, duisent 156, 28. — Subj. prés, duise 
356, 28, duie 357, 4. — Part. duit. 

duire (docere). — Impf. '.ie pers. doceiet 5, 28. — Parf. Ze pers. doist 15, It. 20, 31; 
plur. Ze pers. duystrunt 20, 21. — Part, doit 15, 11. 

escorre. Prés, de l'ind. ie pers. eskeut 347, 24. — Parf. 3d pers. escoust 223, 32 
(excos 9, 38). — Impf. du subj. percussist 7, 4. — Part, escos, -ous, -us 341, 25. 379, 4. 51, 30. 

escrire. P)'és. de l'ind. Se pers. escrit, escript 462, 43; ^^/wr. escrivons. — Par/". Se 
pers. escrist, escrit 268, 28; plur. 3e pers. escrirent 267, 33. — Part, escrit. 

feindre. P7és. de Cind. plur. feignons. — Parf. Se pers. feinst 42, 30. — Part, feint, 
linct 17, 9, fint 212, 14, foynt 214, 14. 

fraindre. Prés, de l'ind. Se pers. fraint 43, 1 b, franit 4,17; plur. fraignons. — Part, irait 36, 25. 

joindre. Prés, de l'ind. Se pers. joint; plur. joignons. — Parf. Se pers. joinst, junst 
108, 44. — Part, joint, juint 41, 31. 46, 4. 

manoir, maindre 147, 11. Prés, de l'ind. maing 148, 2, main 290, 41, mains 370, 11; 
Se pers. maint, maent 5, 6; plur. Se pers. mainent. — Parf. \e pers. mes 148, 27; Se 2>ers. 
mest; plur. messient 8, 32. — Fut. manrai, mandrai. — Subj. prés, maigne. — Impf. ramainsist 
299, 27. — Impér. main 79, 36. — Part, jrrés. (Gér.) menant 360, 22. — Part, passé mes; 
remasus 357, 39. 

mètre, matre. Prés, de l'ind. le pers. met, metz 460, 19. 479, 16; Se pers. met, mait 
397, 8, mest 420, 3; plur. Se pers. metent. — Pa7-f. 2e pers. meïs 65, 9; Se pers. mist; plur. 
2e pers. meïstes, mistes 483, 36; Se pers. mesdrent 11, 37, mistrent 102, 16. 117, 28, mirent 
471, 21, missent 292, 5. — Subj. prés, mete, mèche 315, 15. — Impf. meïsse; Se pers. meïst 
331, 39. — Coud. Se ps. metreiet 5, 19. — Part, mis (mes 12, 32). 

occirre, ocire. Prés, de l'ind. \e pers. oci 176, 26; Se pers. ocit 87, 20, ochit 241, 12^ 
ochist 278, 26; plur. Se pers. ocïent 37, 40. — Parf. le pers. ocis, occis; St pers. occist 14, 
36, ocist 172, 15, oscist 95, 20; plur. 2e pers. oceïstes 177, 4; Se pers. ocistrent 60, 24. — 
Fut. ocirrai, ocirai, ochirai 315, 42 (aucidrai 11, 20). — Subj. prés, ocie, ochie. — Impf. Se 
pers. occisist 18, 30, oceïst 143, lb\ plur. \e pers. occisissons 436, 22; Se î>ers. oicisesant 10, 
10, ocesissent 289, 43. — Impér. (aucid 11, 15). — Part, ocis, ochis. 

oindre. Prés, de l'ind. le pers. oing 330, 17; Se pers. oint 380, 13; pUir. oignons. — 
Part. oint. 

paindre. Part, paint. 

plaindre. Prés, de l'ind. le pers. plain 157, 14, plaing 339, 2, pleing 107, 34, plains 
147, 19; 2e pers. plains 131, 42; plur. plaignons. — Parf. Se pers. plainst 44, 12. — Subj. impf. 
plainsisse 99, 29. — Part, plaint. 

poindre. Prés, de l'ind. Se pers. point 331, 34; plur. poignons. — Parf. Se pers. poinst 
2()6, 5. — Part, point. 

prendre. Prés, de l'ind. \e peis. preing 282, 31, preng 346, 13. 16, pren 109, 2, pran 
239, 22, prant 173, 23; 2e pers. prens 321, 6; Se pers. prent; plur. prenons, pernum 93, 23; 
2e pers. prenez; 3t' pers. prenent 32, 35. 152, 21. — Impf. prenoie; 3/; pers. perneit 



TAKLEAU SOMMAIRE DKS FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 511 

59, 2. - l'arf. le pers. pris; 2e pirs. presis 272, 28; De pers. prist, prcst 18, 7 (près IS, 20), 
l)nnst 7(1, 45, print 4!I2, 20; plur. \c pers. preïmes 107, 41; 'le pers. proïstes 230, 17; 'De pcrs. 
pristrent 27, :vi, presdrent 9, 33. 16, 3, prisent, prindrent 302, 42. — Plus- que- parf ail presdre, 
presdra 14, 4. 10, 28. — Fut. prendrai, -erai, penrai, panrai, prindrai 3, 24. — Subj. prés, prenget 
26, 2S, preigne, praigne 207, 3, prengne 445, 5, prends 454, 1. — Impf. presisse, preïsse; plur. 
'le pers. prissiez 362, 12. — Impér. pren 129, 15. 133, 26, prens 441, 31; plur. prenuez 60, 
37, prendez 2o2, 8, pernez 24, 15. — Part, pris, prins 72, 13 (preys 19, 28). 

priendre. Pi'és. ie pers. depriemt 55, 32. — Pa7l. espriens 228, 37. 

querre, quérir. Prés, de l'ind. \e pers. quier, quiers 479, 19; 2e pers. quiers; 'De pcrs. 
quiert; plur. le pers. qucrons (querem 9, 15); De pers. quierent. — Impf. queroie, querroie 
93, 1. — Parf. quis; De pers. quist; plur. 2e pers. queïstes, quistes 483, 37; De pers. quistrcnt 
261, 10, quissent 234, 21. — Fut. querrai. — Subj. prés, quiere; plur. De pers. quiergent 32, 15. 

— Impf. quesisse, queïsse. — Part. quis. 

raëmbre. Parf. De pers. redenst 27, 19. — Part, raëmant 203, 25; roiamant 73, 30. 

reponre. Parf. le pers. repus 365, 35. — Fut. reponrons 360, 44. — Part, repost 54, 
20, 00, 14. 253, 8. 

respondre. Prés, de l'ind. respons 451, 43; De pers. respout, -unt. — Parf. respondi 
(faible). — Part, respondu (faible). 

rire. P7-és. de l'ind. De pers. rit; plur. De pers. rient. — Parf. De pers. rist. 

semondre. Prés, de l'ind. le pers. semoing 260, 24. — Part, semons. 

seoir. Prés, de l'ind. De pers. siet; plur. 'De pers. siéent, siedeut 32, 45. — Parf. le pers. 
sis 106, 6; De pers. sist; plur. De pers. sisdrent 11, 39, sirent 486, 7. — Subj. prés. siée. — 
Imper, sié 321, 6, siet 366, 13. — Part. prés. (f/VV.) sëant, sedant 28, 18. — Part, passé sis. 

soldre. Fut. sorrai 297, 26. — Subj. prés, soille 393, 6. — hnpér. sol 297, 34. — Part. 
asols 40, 37, faible solu 43, 24. 

sordre. Prés, de Tind. De pers. sourt 274, 4, surt 104, 8; plur. De pers. surdent 53, IS. 

— Parf. le pers. sors; 2e pers. resurrexis (forme latine conservée) 45, 6. — Part. prés, sour- 
daut 351, 36, sourjant 351, 30. — Part, passé sors, sours. 

taindre. Prés, de l'ind. le pers. taing 302, 3; plur. taignous. — Parf. De pers. teiust 
140, 25. — Part, taint, teint. 

terdre. Impér. tert 304, 39. 

tordre. Prés, de l'ind. De pers. tort 110, 14, tuert 163, 39. — Prés, du subj. torge 317, 4. 

— Part. prés. (Gér.) torgant 77, 7. 

traire. Prés, de l'ind. De pers. trait, tret. — Parf. De pers. traist 352, 40 (trais 9, 37). — 
Fut. trairai, trerai 349, 2, trarad 52, 13. — Part, trait, tret. 

3* Classe. 

boivre. Prés, de l'ind. 'le pers. bois; De pers. boit; plur. bevons; De pers. boivent 251, 
13. — Impf. bevoie; De pers. beuvoit 461, 31. — Parf. le pers. bui 158, 12, bue 297, 17; De 
pers. but 199, 36; plur. '2e pers. bustes 461, 23; De pers. burent 187, 17. — Fut. bevrai, beverai 
311, 30. — Part, bëut 351, 42, bëu 270, 19. 

chaloir. Prés, de l'ind. chalt, calt 33, 4, chaut, caut 273, 36, chielt 5, 13. — Subj. chaille 
479, 14. — Part, chalu 228, 30. 

chaoir. Prés.'jle l'ind.' De pers.^ch\ti 105, 19, kiet, ciet, quiet; plur. De pers. chedent 
9, 19, chieent 35, 1. 210, 22. — Impf cbaoie, chaeie 125, 7. — Parf De pers. chaï 67, 7; plur. 
De pers. cadegrent 9, 17, cheïrent 232, 23, cbaurent 209, 32. — Fut. charrai 100, 5. 125, 2. — 
Subj. prés, chiee 185, 18. - Impf caisse; plur. De pers. caïsânt 192, 16. — Part, chëut, cbëu, 
këu, chaït 94, 14, chaeit 118, 15, chaet 125, 17, cadeit 63, 17. 



512 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

conoistre, conuistre. Prés, de Tind. \epers. cunuis 58, 31, connois 133, 5, quenuis 173. 
24, congnoys 460, 31; 2^ /;t??-^. congnois 462, 23; 3^;^^?x cunuist 53, 20, connoist 72, 20, conoit 
314, 41, cognoit421, 1, congnoist 482, ^Z; phir. \e pei's. counisçons 292, 12; 2e pers. conissiés 
292, 11; 3e pers. conoissent, quecoissent 251, 23. — Impf. connissoie 304, 19. — Parf. U pers. 
conui, connui, congneuz 494, 35; "ie pers. conut 30, 28, cunut 109, 3, connut 76, U, cunuit 107, 
30, cognent 458, 4; plur. 2>e pers. conurent, cognurent 422, 27. — Fut. conoistrai 30, 23. — 
Suhj. impf. conëusse. — Part, conëud 54, 14, conëu 234, 1, cogneu 419, 16. 491, 10. 

corre. Pj^és. de Vinci "ie pers. cort, court, curt 104, 9, queurt 81, 4; plur. Ze pers. oc- 
rent 180, 34, queurent, keurent 153, 11. 390, 6 (curren 9, 6). — Parf. ie pers. curut 58, 10. 96, 7; 
plur. 3e pers. corurent 261, 33. — Fut. corrai. — Subj. prés, core, cure 94, 30, queure 388, 22. 

croire. Prés, de tind. le pers. croi, crei, creit 30, 18, crois 371, 39; 2e pers. crois 75, 22; 
Ze pers. croit, creit; plur. Zc pers. croient, creident 32, 40. — Parf. crui 158, 18. — Fut. 
crerrai, crerai 92, 22. 93, 9, cresrai 116, 35, credrai 19, 9, qerrai 207, 22; plur. 2e pers. mes- 
kerrés 203, 37. — Subj. impf. crëusse. — Impér. croi; créez. — Part. crëu. 

croistre. Prés, de l'ind. 3e pers. croist 364, 41. — Parf. 3e pers. crut 126, 12. — Fut. 
crestrai 24, 14. — Part, crëu 358, 2. 457, 16. 

décevoir, deçoivre; de même recevoir, percevoir, apercevoir. Prés, de l'ind. le pers. 
aperceif 104, 16; 3e pers. dezoit 211, 9, receit 32, 1; plur. 3c pers. (recebent 11, 34). — Parf. 
\e pers. reçui 110, 7, aperceu 106, 24; 3e pers. aperceuit 107, 29, reçut 28, 2. 23, decheut: 
appercheut 415, 26, reciut 15, 7. — Impér. reçoif, receif 57, 42. — Part. prés. (Gér.) recevant. 

— Part, passé decëu, recëu, apercëu. 

ramentevolr, amenteTOir comme recevoir: prés, de l'ind. le pers. ramantoif 390, 38. 

devoir. Prés, de Vind. le pers. doi,, dois 202, 21, doibz 487, 7; 2c pers. dois, doiz 442, 6, 
deiz 59, 25; 3e pers. doit, deit, dift 3, 23; plur. le pers. devons, doyens 208, 35; 3e pers. doi- 
vent, deivent 266, 8, deent 8, 8, doient. — Parf. le pers. deuc 80, 14; 3e pers. dut 32, 9, deubt 
431, 2; plur 3e pers. durent. — Fut. devrai, deverai 306, 12, debvrai 421, 4. = SiibJ. prés. 
doive, deive 51, 39, doie 170, 37. — Impf. dëusse, deuïsse 422, 12, doûsses 32, 36. — Part. dëu. 

doloir. Prés, de l'ind. le pers. doil 139, 2, dueil 277, 30, duel 227, 32; 2e pers. douls 
7, 23, dels 131, 42; 3e pers. delt 220, 1. — Parf. 3e pers. plur. dolurent. — Fut. daurai 76, 35. 

— Sîibj. près, doille 347, 22. — Cofid. dolroie. — Part. prés. (Gér.) dolent, dolant, doliant 
7, 14. — Part, passé dolu. 

estovoir. Prés, de l'ind. estuet 28, 32, estoet 94, 28. — Pai-f. estut, estot 110, 3. 

— Fut. estavra 130, 17, estovra, estevra 205, 9. — Subj. prés, estœcet 48, 4, estuce 58, 34. 

— Impf. estëust 277, 18. 

g-esir. Prés, de l'ind. le pers. gis 282, 5; 36' pc7-s. gist 31, U; plur. gisons; 3e pers. 
gisent, — Parf. 3e pers. jut (jag 14, 26. 30). - Fut. girrai 308, 35, girai 89, 16, gerrai 97, 19. 

— Sïibj. prés, gise 232, 26. — Impf. gëusse. — Part. prés. (Gér.) gisant. — Part, passé gèu, 
gëut 31, 39, jut 289, 28. 

lire. Prés, de l'ind. 2e pers. leis 212, 8, (ou parf. leïs). — Pai-f. 3e pers. list 59, 16. 

— Sidij. lise. — Part, lëu; lut 273, 27; esliex 316, 30; f. eslite 483, 6. 

loire. Prés, de l'ind. 3e pers. loist (lez 16, 35). 

morlr. Prés, de l'ind. le pers. muir 341, 26; 2e pers. muers 134, 3; 3e pers. muert 
163, 38, meurt 419, 45 (mor 12, 37). — Parf. 3e pers. morut 122, 11, mori 68, 35, mourit 
396, 13; plur. 3c pers. mururent 265, 13. — Fut. morrai, murrai 36, 28. — Subj. prés, maire 
290, 43, meure 420, 11. — hnpf. morisse. — Part. mort. 

movoir. Prés, de l'ind. le pers. mué 151, 3; 3e pers. muet 170, 17. — Parf. le pers. 
mui 182, 8; 3c pers. mut (mot 17, 27); phir. 2e pers. mëustes 182, 12; 3e pers. murent 416, 37. 

— Fut. mouverai 192, 29. — Part. mëu. 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 513 

nuire. Près, do ['nid. "^epers. nuit 422, '^, nuist 423, 35. — SnbJ. nuise 444, 37. — l'art. 
ucu 248, 14. 

oloir. Prc's. du subj. oillet 62, 25. 

paistre. Près, de Pind. Ze pers. paist31, 12. — Impf. pessoie 108, 14. — Impér. pais 
30, 33. 

paroir. Prés, de l'ind. ie pers. pert 76, 4. 239, 12. 378, 18. — Parf. le pcrs. parut 
87, 35, pari 424, 32. — Fut. parra 236, 27, perra 470, 12. - Subj. prés, paire 315, 28. 371, 28, 
père 372, 2. — Part, parëut 36, 12. 

plaisir, plaire. Prés, de l'ind. ^e pers. plaist 134, 19. 197, 18, plest 178, 10, plastz 63, 3. 

— Parf. ^e pers. plot 196, 18. — Fut. plaira 132, 2. — Subj. prés, plaise 370, 46, pleise 169, 15, 
place 133, 27. — Impf. plëust, ploûst 30, 15. — Pari. plëu. 

ploTOir. Prés, de l'ind. 3e pers. pluet 358, 26. — Parf. 3t' jfers. plut 356, 36. 

pooir. Prés, de lind. le pers. puis 28, 14, pois 4, 19 (pose 16, 38); ie pers. pues 202, 30, 
pois 91, 15, poz 58, 44, peus 451, 26; Se pers. puet, pued 61, 34, peut 29, 15, put 57, 18, peult 
480, 43; plur. le pers. poons 261, 18; 2e pers. poëz, poês 283, 34, pouëz 388, 12, povez 65, 34; 
[•iepers. puedent 29, 16, poient 211, 40, payent 207, 29, pueent 143, 23. 312, 22, poënt 424, 9, 
peuvent 444, 12. — Impf. pooie, povoie 408, 31, povoys 487, 11. — Parf poi 101, 13; 'ie pers. 
pout 27, 46, pod 15, 26, poth 16, 6, peut 298, 14; pliir. 3e pers. porent, pourent 28, 31, peurent 
496, 19. — Plusqueparfait pouret 5,9. — Fut. porrai, porai 206, 28, purrai 52, 2, purrei 
103, 34, pourrai, porrays 362, 17. — Subj. prés, puissent 32, 30; 3e pers. puist, puisse 278, 36, 
poscheU, •l'è; plur. le pers. posciomes 8, 23. — Impf. pëusse, pousse, poisse 66, 42. 324, 16, 
peuïsse 267, 36. 432, 31, puiisse 106, 35, peûsce 289, 21, peuïsse; 3e pers. peûst, poiist, podist 
6, 29. — Part. peu. 

saToir. Prés, de l'ind. le pers. sai, sais 364, 6, sçay 457, 21 ; 2e pers. ses 202, 42, seis 
63, 5, sez 360, 5, sçais 472, 28; 3e pers. set 29, 33, seit 61, 31, scet 492, 18; plur. le pers. 
savons; 3e pers. sevent 31, 35, seivent 267, 28. — Parf soi 119, 6, seu 242, 31; 3e j) ers. sot 
234, 32, sont 31, 38. 51, 1, sceut415, 35; plur. 3e pers. sorent 197, 14, sourent 28, 7, souurent 
17, 16. — Fut. savrai, saverai, sarai 200, 13, sçarai 413, 10. — Subj. prés, sache, sace 197, 23, 
saiche 209, 16. — Impf. sëusse, sëuse 92, 15, sëusce 289, 27, scëusse 412, 30, sceuïsse 423, 37; 
3e pers. soust 63, 25, sceusist 417, 29. — /mpe'r. plur. sachiez 392, 31, sacez 88, 2, saivez 
246, 6. — Part. prés. (Gér.) sachant 245, 4. — Part, passé sëu. 

soloir. Prés, de rind. le pers. soil 330, 36, sueil 277, 32, suel 227, 33; 3e pers. soit 
103, 9, soelt 35, 21, sialt 172, 40, sot 153, 18; plur. 3e pers. suelent 303, 13. 

taisir, taire. Prés, de l'ind. 3e pers. taist, test 186, 26 (tais 11, 6). — Parf 3e pers. 
tout 113, 20, teut 199, 18. 276, 7. — Fut. tairrai 56, 12, tairai 218, 8. — Subj. prés, taise, teise 
169, 16. — Impf. 3e pers. tëust 402, 23. — Mpér. tais 199, 4, teis 167, 18; plur. teisiez 181, 36. 

— Part, tëu 247, 5. 

tolir, toldre. Prés, de l'ind. 3e pers. toit 42, 40, tout, tant 241, 21. — Parf 3e pers. 
tost386, 21; ordinairement faible, le pers. toli 59, 2; 3e pers. tolit 39, 45; plur. 3e pers. tolli- 
rent 391, 29. — Subj. prés, toylle 17, 31. — Part, tolut, tolud 63, 7, tolu; toleit 116, 2. 

Taloir. Prés, de l'ind. le pers. vail 377, 24, vaill 387, 16; 2e pers. vais 113, 19; 3e pers. 
valt, vaut, vault 343, 16; plur. 3e pers. valent 167, 35. — Parf. le pers. valui 118, 36: 3e pers. 
vallut 492, 24. — Fut. vaurai 204, 16, vaudrai 177, 12, vauldrai 443, 2. — Subj. prés, vaille. — 
Part. prés. {Gér.) vaillant {adj.), vailant 25, 31. — Part, passé valu. 

voloir. {mélange de la 2e et de la 3e conj. fortes). Prés, de l'ind. le pers. vol 16, 38, 

vueil 25, 27. 277, 29, vuel 171, 40, voeil 319, 20, voeill 40, 9, voel 175, 12, veul 201, 40, veuil 

420, 9, veuill 355, 4, veux 493, 16; 2e pers. vues 372, 6, vels 130, 16, vols 16, 36, veus 199, 

14, viaus 328, 39, viax 169, 27, veulz 441, 42, veux 463, 4, veulx 451, 28, wels 211, 32; 3e 

Bartsch, Chxestomathle. VI. Éd. . 34 



514 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

l)ers. vuet 247, 3, voelt 44, 30. 397, 40, velt 129, 12, veut 237, 7, vult 63, 2, veult 157, 22, weult 
71, 34, violt 352, 1, vialt 173, 1, viaut 161, 5, veolt 266, 9, vuelt 26, 28, welt 209, 24, wet 412, 46; 
plur. \e pers. volons; le pers. volez, voilés 399, 6, voeilés 403, 5; 3^ pers. vuelent, voelent 
139, 13, vuellent 250, 6, vuelent 26, 34, volant 16, 2, veullent 422, 13, welent 210, 22, wellent 
86, 36. — Parf. \e pers. vols 69, 13, voz 391, 14; 2e pers. volsis 113, 31; "ie pers. volt 6, 10 
(vol 11, 12), vout 302, 38, vot 68, 5, voult 416, 20, volst 27, 6, vost 85, \ô\plur. le pers. volsistes 
239, 19; 3^ pers. volrent 85, 34. 115, 33, voreut 234, 25, voldrent 5, 3, voudrent 355, 17. — 
Plusqueparfait voldret 6, 7, voldrat 10, 4. — Fut. voirai 111, 12, vourai 198, 8, vourrai 390, 24, 
voldrai 171, 21, voudrai 284, 43, verrai 246, 7, vorai 383, 7, vaurai 207, 10. — Subj. pésr. voille 
212, 16, vueille 325, 16, voeille 36, 18.377, 39, veuille. — Impf. vousisse 376, 29, vausisse 204, 
38, vosisse 219, 29, voulsisse, 417. 20; "ie pers. volsist 27, 1, volxist 149, 36, vousist 232, 21, 
voulust 491, 29. — Part. volu. 

Verbes irréguliers. 

beneïstre. Prés, de l'ind. 3e pers. beneïst 35, 37. — Fut. beneïsterai 54, 8. — Sidij. 
prés, bénie 292, 9, — Part, benëoit, benoit 297, 30, benoist 394, 37, bénit 423, 31. 

naistre. Prés, de l'ind. 'Se pers. naist; plur. 2e pers. nesseut 198, 2. — Parf. \e pers. 
nasqui 110, 15; plur. 2e pers. naquistes 358, 30. — Part, né (naz 9, 29. 19, 25). 

Tivre. Prés de l'ind. le /?dr.s. vif 36, 5; 2e pers.s\%l%, 23; 3e ;;t.v^. vit 38, 36. — Parf. 
3fc' pers. visquet 15, 35; plur. vesquirent 68, 31. — Stibj. impf. Se pers. vesquist 67, 23. — 
Fut. vivrai. — l'art, vescut, vescu. 



I GLOSSAIRE. 



34* 



GLOSSAIRE. 



A, pre'p., sert à désigner le datif, la propriété 
(Angehôrigkeit), le lieu, le temps, la confor- 
mité (Gemassheit), lu convenance, le moyen, 
la concomitance {Begleitung): à, avec, au- 
près de, comme, de, en, par, selon, sur; 
als, auf, bei, in, getnàss, mit; a ce que, afin 
que, damit. 

a, interj. 317, 34. 

ange, v. ëage. 

aaisier, pourvoir, munir, versehen, beschenken 
311, 27, 326, 24; part, aaisié, aeisié, joyeux, 
froh 192, 7. 385, 25, riche, reich 226, 10, com- 
mode, bequem; en état, in der Lage 181, 35, 

aan v. ahan. 

aancrer, aëacrer, jeter Vancre, Ankerwerfen, 
ankern lassen 98, 21. 258, 24; part, vor An- 
ker lie g end 179, 8. 

aate, adroit, geschickt 50, 19. 

aatir, irriter, reizen, 301, 36. 

ab, avec, mit 3, 23, zu 15, 8; à, bei 16, 16; 
adv. à la fois, zugleich 64, 10. 

abaïe, abëie, abbaye, Abtei 306, 23. 

abaier, aboyer, bellen 123, 15, 

abaissier, -er, abessier, abaisser, beugeu, herab- 
lassen, herabdrilcken 234, 20; réfl. sich her- 
ablassen, -beugen 50, 21. 60, 18. 382, ^l;part. 
niedergeschlagcn . 

abaleste v. arbaleste. 

abandoneement, à volonté, nach Willen 345, 6, 

abandoner, -onner, verlassen,preisgebenM^, 
30; part, troublé, verstôrt 69, 28, 

abandan, risque, Nichtachtung 265, 22. 

^\tSLii^,d.\iSinz,auparavant,vorher, 10,41 \cf. des. 

abatre, abbatre, abattre, niederschlagen 34, 12. 
44, 8. 393, 16; rabattre, abdingen 297, 32; 
réfl. se fixer, sich heften 81, 37. 

abb- cf. ab-. 

abbé, nom. âbes, abbeit 208, 32, abbé, Abt 
165, 4. 



abeesse, abbesse, Aebtissin 365, 26, 

abeïe v. abaïe. 

abelir, plaire, gefallen 159, 5, 

abessier v. abaissier. 

abeter, tromper, betrûgen 215, 6. 

abeyeter, guetter, erspâhen 300, 1. 

abeyrer, abreuver, trànken 259, 12, 

abïete, abbaye, Abtei 335, 11, 

abiller, habiller, kleiden 443, 20, 

abisme, abysme, ahime, Abgrund 54, 35. 

abit v. habit. 

abondance, hab-, abund-, Fulle 163, 31. 

abondanment, abondamment, in Fûlle 384, 39. 

abregier, abb., abkilrzen 473, 9. 481, 4. 

abrivé, impétueux, ungestûm 84, 31, 

absence, Abwesenheii 492, 4, 

absenter, réfl. sich entfemen 429, 47, 

absoudre, absolviren 393, 6; cf. asoidre. 

abstinent, enthaltsam 207, 39. 

abundance v. abondance. 

abusïon, abus, Missbrauch 378, 24. 

abysme v. abisme. 

acater v. achater, 

ace- cf. ac-. 

acceptable, annehmbar 477, 14. 482, 43. 

acceptablement, annehmlich 56, 25. 

accessoire, Nebensache 474, 32. 

accroistre v. acrestre 

aceindre, ceindre, gûrten 56, 3. 

acer v. acier. 

acéré, d'acier, stàhlern 204, 27. 

aceriu, idem 37, 6. 

acertefïer, donner comme certain, als sicher 

mittheilen 425, 45. 
acertes, certes, sicherlich 56, 3. 
acesmer, arranger, orner, schmûcken 85, 37. 

150, 15. 174, 13. 
achater, acater, acheter, achapter, acheter, 

kaufen, erkaufen 26, 29. 375, 6. 451, 20. 



519 



GLOSSAIRE. 



520 



acheder, obtenir, erlangen 7, 34. 8, 17. 

acheminer, re'fl. voyager, reisen. 

aches (= accès?), accès, Anfall 450, 45. 

acheter v. achater. 

achever, achiever, akiever, achiver, vollenden 
404, 35; zum Ziel gelangeii 241, 7; récom- 
penser, zu einem guten Ende fïihrea 281, 12. 

achier v. acier. 

aehoison v. ocoison. 

aehoisonuer v. acoisouer. 

acier, acer, achier, Hlahl 204, 33. 

acliner, incliner, sich neigen 203, 15. 

acoillir v. acueilJir. 

aeointance, acoentance, familiarité, Vertrau- 
lichkeit, relation, Beziehung 233, 11. 232, 8. 
468, 14. 

acointemeut, idem 155, 7. 

acointier, acuinter, avertir, benachrichtigen 
92, 1. 387, 6; commettre, sich einlassen auf 
355, 16; réfl. (à) se lier, cire en relation, 
sich eim-ichten, sich befreunden 109, 21. 
388, 35. 

acoisouer, achoisonner, accuser, beschuldigen 
175, 2. 

acoler, acoUer, prendre au cou, am Halse, 
an den Bals nehmen 22, 18. 84, 44; embrasser, 
umarmen 69, 41. 

acomhlement, surcroît, Zuwachs 211, 27. 

ucomeuïer, acomungier, acumunïer, commu- 
nier, das Abendmahl nehmen, reichen 31, 
22. 77, 35. 

acompaigruier, accompagner, begleiten. 

aconiplir, acumplir, accomplir, erfullen. 

acomung:ier v. acomemer. 

aconter, raconter, erzâhlen 129, 38. 

acopler, réfl. s'attacher, sich anhangen 227, 1. 

aeordauce, accord, convention, Vertrag 406, 
33. 

acorde, réconciliation, Fersohnimg 176, 15, 

acordement, idem 52, 14. 

acorder, ace-, accorder, vereinbaren 178, 16; 
stimmen 151, 8; 7-éfi. beistimmen 410, 2; 
réconcilier, versôhnen 83, 26. 178, 15. 

acornardir, tromper, hintergehen 408, 34. 

acorre, acurre, acourre, accourir, herbeilau- 
fen 127, 19. 

acort, ace-, accord, Bestimmung ; Accord. 

acoster, réfl. s'approcher, sich nàhern 204, 25. 



acostumer, acoust-, acust-, s'' accoutumer, ge- 

wohnt sein, rverden 59, 13. trans. 130, 42. 

350, 27. 
acouardi, acouw-, timide, verzagtZ9&, 37. 398,33. 
acourcier, abréger, abkiirzen 482, 23. 
acourre v. acorre. 
acoustrer, accoutrer, arranger , kleiden, her- 

ausstaffiren , znrecht legen 217, 4. 487, 32. 
acoustumer v. acostumer. 
acouwardi v. acouardi. 
acoveter, couvrir, prémunir, decken, versehen 

80, 38. 203, 14. 
aeqn- v. aqu-. 

acqnest, profil, Gewinn 475, 48. 
acraventer, -enter, abbattre, écraser, nieder- 

schlagen 34, 10. 89, 32. 
acrestre v. acroistre. 
acroc, accroché, aufgehângt 159, 36. 
acrochier, empoigtiier, packen 472, 22. 
acroire, prêter, Icihen 174, 12. 
acroistre, ace-, acrestre, accroître, ivachsen 

329, 3 ; vermehren ; ajouter, hinzufUgen 84, 8. 
acroupir, réfl. s'accroupir, sich kauern 219, 38. 
act- V. at-. 
acueil, akuel, accueil, Aufnahme, Empfang 

227, 35. 277, 24. 466, 1. 
acueillir, acoillir, accueillir, obtenir, em- 

pfangen, erlangen ; prendre, aufnehmen 292, 

42; réfl. se disposer, sich anschicken 331, 3. 
acuintier v. acointier. 
acuiter v. aquiter. 
acunsivre, frapper, ireffen 48, 6. 
acuser, accuser, anklagen. 
acustumer v. acostumer. 
ad, prép., {cf. a) désigne le datif, la propriété, 

le lieu, la concomitance, 6, 8. 7, 4. 9, 24 etc. 
adaguier, regarder co?n?ne digne, wiirdigen 

425, 32. 
adenter, renverser sur la face, niederwerfen 

123, 34. 
adenz, adens, prosterné, das Gesicht zur Erde 

gekehrt 35, 45. 44, 27. 216, 21. 
adercier, — sier, v. adrecier. 
adés, adez, aussitôt, toujours, gleich, immer 

9, 1. 201, 14. 210, 11. 
adeser, loucher, berûhren 35, 17. 39, 33. 82, 38. 
adevaler, descendre, herabgehen 381, 21. 
adez v. adés. 



521 



GLOSSAIRE. 



522 



adieu, Goll hcfohien 472. ;{:{. 

adiré, égare, abhanden f/e/totn/iicii h\, 'M. 

adj- V. aj-. 

adm- V. am-. 

adolc, afiligé, helrïtbl 160, 34. 

adoDC, adon, adons, adont, adunc, adonques, 

alors, (la, daim, damais 405, 18. 
adosser, irans. tourner le dos à, abandonner, 

im Rûcken lassen 123, 25. 
adouber, armer, waffncn 78, 19. 36. 
adoucemeut, apaisement, Besànfligung 410, 27. 
adoucir, hesunftigen, versiissen 243, 21. 
adrece, -esce, -esse, direction, sentier, Rich- 

iung 209, _6; discours amical, freundliche 

Anrede 466, 1. 
adrecier, adrechier, adercier, adresser, richten, 

anweisen; re'fl. tourner, sich wenden 161, 15; 

se lever, se pre'pai-er, sich erheben 362, 7. 
adroit, adv. adroitement geschickt 237, 13. 
aduu, ensemble, zugleich 9, 14. 
adunar v. aûner. 
adunc v. adonc. 

aduré, fort, tapfer 83, 12. 84, 36. 
adT- (•/. av-. 

advenement, avènement, das Gelangen 401, 38. 
adTeut, avent, Advent 413, 9. 
adTcrs, opposé, entgegengesctzt; partie ad- 
verse 474, 17. 
adrersaire, adversarie, Gegner 56, 13. 
adyersité, Unglûck 491, 11. 
adrocat, avocat, Advocat 471, 40. 
aé, ahé, ùge, vie, Aller, Leben 83, 37. 192, 31. 
aeisié v. aaisié. 

aëmplir, accomplir, erfûllen 212, 40. 
aëncrer v. aancrer. 
aëscliier, amorcer, kôdcrn 179, 10. 
aësmer, eesmer, esmer, estimer, penser, ub- 

schâtzen, denken 127, 9; juger Tégal de, 

gleichschàtzen 397, 23. 
afaire, afere, affaire, affaire, étal, condition, 

Angelegenheit, Stand 284, 5. 349, 4. 395, 32. 
afaitemant, ornement, Schmuck 246, 9, 
afatier, -er, préparer, bereiten; apprivoiser, 

zàhmen 108, 12; part, affaitié, affactaz 20, 

19, élevé, erzogen 328, 27. 
afamer, affamer, hungern lassen 206, 42. 
afeblier, -ir, affoiblir, affaiblir, schmâchen: 

s'affaiblir, scliwach werden 55, 26. 111, 4. 



afere v. afaire. 

aferir, aff. , convenir, passcn , sich gehiiren 

298, 32. 381, 22. 
afermer, aff-, afirmcr, affennir, affirmer, he 

fcstigcn, bestûrken, versichcrn 3t), S. 55, 26; 

pai't. brave, tapfer 440, 2. 
aff- cf af-. 

affecté, passionné, leidenschaftlich 451, 10. 
affectïou, Licbe. 
affoiblir v- afeblier. 
afichier, aficer. affirmer, versichcrn 388, 46; 

réfh s'obstiner, sich steifcn Tl, 12. 113, 29; 

sich festsetzen 25, 3. 
afïer, accorder, assurer, versichcrn, zusichern 

136, 24; part, fidèle, treu 83, 27. 
afin, affin, afin que, damit 414, 17; affin de, 

pour, uni zu. 
aflner, terminer, endigen 399, 2; tuer, tôdlen 

204, 31; apaiser, beruhigen 344, 23; affiner, 

verfeinern 424, 23. 
afîrmer v. afermer. 
afit, injure, Beschimpfung 166, 27. 
afiter, injurier, beschimpfen 166, 26. 
afoler, maltraiter ., tuer, verstwmneln, tôdlen 

96, 1. 162, 14. 
aforer, entamer, percer, anzapfen 321, 1. 
aforkier, bifurquer, sich abzweigen 292, 46. 
aformad, formé, gebildet 20, 6. 
afrunt, en face, in s Gcsicht 114, 6. 
afubler, afuler, aff-, vêtir, anziehen 49, 23. 

296, 31. 428, 16. 
ag'ait, agayt, artifice, embûche, Kunstgriff, 

Hinterhalt, Au f passera 20, 30. 191, 18. 282, 

2. 285, 7. 
agenoillier, -er, ajenoillier, -ellier, réfl. s'age- 
nouiller, niederknieen 67, 33; //(//■. 194, 19; 

irans. mettre à genoux, au f die Knie werfen 
agrentis, noble, edel 402, 14. [356, 22. 

agnel, agnials, agneaulx v. aignel. 
agraver, devenir pesant, schiver werden 32, 7. 
agrrëable, angenehm 482, 44. 
agfreer, plaire, gefallen. 
agregier, devenir plus pénible, schwerer wer- 
den 40, 38. 
agu, -ut, aigu, pointu, spitz, scharf 34, 9; 

acut 130, 3; sagace, scharfsinnig 250, 26. 
aguaitler, aguetier, agueitier, tendre un piège, 

eine Falle stellen 104, 36. 169, 26. 311, 20. 



523 



GLOSSAIRE. 



524 



agne v. aigue. 

ugniiloii, awillon, aiijuillon, Siachel 210, 1. 

449, 8, 
agraisier, aiguiser, schurfen, ztispilzen 291, 8. 
agut V. agu. 
abaise, lisez a aise, 

ahau, douleur, peine, Schmerz, Miihe 13, 34. 
allé V. aê. 

aheunable, cultivable 359, 2. 
ahenner, cultivei-, bebmien 359, 28. 
ahi, aï, hélas, ach 96, 6. 
aling-e, gros, énorme 57, 11. 
ahnrter, heurter, anstossen 191, 15. 
ai, hélus'è^, 25. 95, 10; aia, ehbien, wohlan'l, 30. 
aïde, aïe, ayde, aiue, aiudha 3, 21. 4, 19, aide, 

Hulfe 23, 37. 58, 42. 
aidel (?), aide, Bel fer 330, 12. 
aidier, -er, ayder, edier, aiuër, aider , helfen 

39, 43; réfl. (de), sich behelfen {mit) 161, 32. 

183, 25. 250, 10. 
aïe V- aïde. 
aige, aighe v. aigue. 
aigle, aygle, Adier 163, 8 
aigleut, aiglentier, églantier, églantier, rvilder 

Rosenstock 233, 26. 465, 36. 
aignel, -eus, -ez, -iaus, agnel, -ial, -eaulx, aing- 

niel, anel 9, 35, engnel 270, 31, agneau, Lainm 

270, 2. 7. 11. 21. 
aignelez, agnelet, Làmmchen 270, 17. 
aigue, aige 199, 36, aighe 193, 12, aive, ague 

62, 4, awe 211, 38, eve 53, 28, ewe 41, 15, 

iave, yaue, eave, eaue, eau, Wasser. 
ail, plur. aulx 466, 21, Lanch 203, 45. 363, 41. 
aillors, ailleurs, ailleurs, ailleurs, andersrvo, 

anderswohin 30, 7. 
aimmi, malheur à moi, weh niir 341, 5. 
aine, einc, anc, hanc, ainques, jamais, je (tiie^ 

15, 33. 19, 21. 75, 13. 
aiuçois, ainsois, ainchois, ansçois, anceys 19, 

34, anchois, ançois, ansois, anzois, eiuçois, 

einzois, enchois, avant, auparavant, plutôt, 

mais, vielmehr, eher, sondern, vorher 19, 34. 

194, 1. 203, 27. 211, 12; a. de, vor ; a, que, 

avant que, bevor. 
aiugniel v. aignel. 
ainné v. ainsné. 
ainques v. aine. 
ainrme v. ame. 



ains, ainz, einz, ans, anz, anç, jifap- avant, 
vor 222, 36. 246, 15; adv. vorher 11, 12; 
mais, plutôt, auparavant, aber , sondern, 
vielmehr , lieber; a. que, avant que, bevor; 
com a., le plus tôt que, sobald als 114, 16. 

ains, ainz, einz, jamais, je (nie) 19, 13. 

ainsi, -sy, -sint v. ensi. 

ainsné, -es, -eit, einznez, -es, aisné, aincé, 
ahié, erstgeborne bb,2' . bl ,^i. 111,15. 114, 17. 

air, Luft. 

aïr, violence, Heftigkeit 25, 6. 194, 25. 

aire, race, espèce. Art 42, 7. 367, 27. 

aïré, courrouce, zornig 84, 46. 

airsoir v. ersoir. 

ais, planche de bois, B?rtt 345, 25. 

aise, eise, aise, occasion, plaisir, Bequemlich- 
keit 103, 3. 170, 14; Gelcgenheil, Vergniigcn ; 
adj. commode, joyeux, bequem, froh. 

aisné v. ainsné. 

alsseis v. assez. 

aisselle, -ele, esselle, -ele, asele, Achselhôhle 
78, 27. 

aital V. itel. 

aitre, vestibule, Vorhof 53, 28. 

aiue, aiudha, aiuër v. aïde, aidier. 

aive V. aigue. 

ajenellier, ajenollier v. agenoiilier. 

ajoindre, adj-, unir, verbinden 210, 26; rcfl. 
adhérer, beilreten 458, 6. 

ajoruer, -ourner, -urner, adjourner, commen- 
cer à faire jour, tagen 39, 21. 203, 1 ; citer 
à comparaître, vorladen 476, 26. 27. 

ajournée, point du jour, Tagesanbruch. '. 

ajournement, adj-, terme, bestimmter Tag i 
405, 16. 

ajourner v. ajorner. 

ajugier, adjuger, zuerkennen 338, 30. 

ajurner v. ajorner. 

ak- v. ac-, ach-, 

al- cf. au-. 

alaine, aleine, haleine, Athem 431, 37. 

alair? 7, 27. 

alaitier, aleter, allaiter, sàugen 362, 41 ; alai- ■ 
tanz, nourrisson, Sàugling 138, 11. 

alarme, Allarm 494, 21. 

aie- V. auc-. 

alecliier, allécher, anlocken 452, 16. 

alee, allée. Gang 324, 27. 



525 



GLOSSAIRE. 



526 



iile^ier, alcgcr, aligicr, alléger, alldjcr , dc- 

chartjei' , eiieichtern, befreicn 481, :?; inlr. 

le i cil ter werden 381, 36. 
aleine v. alaine et alener. 
aleir v. aler. 
ulemaude, ville ou contrée en Asie Mineure 

49, 21. 
alemele, fer, lame, Klinge 127, 23. 
aleuee, haleine, Alhem 74, 28. 302, 1, 
aleuer, pressentir, ahnen 146, 12. 
aleutir, refl. tarder, zOyei-n 399, 8. 
aler {p. 506), aleir, aller, auar, annar iprov.) 

7, 36. 9, 4, aller, fjehen , crijehen; mourir, 

sterben; avec le part. 12, 4 etc. 
aleter v. alaitier. 

alëure, pas, irain, Schritt 214, 26. 228, 17. 
alevauient, commencement, Anfamj 19, 3. 
alever, allevar 20, 40, élever, erheben. 
algalife, calife, Kalife 33, 5. 
alïauce, -ence, alliance, Bûndniss 406, 43. 

408, 21. 
aligier v. alegier. 

alis, lisse, délicat, fin, ijlatt, fein 232, 14. 
alixaudrin, d'Alexandrie 187, 16. 
ail- cf al-. 

allas, hélas, ach 26, 9. 94, II. 103, 30. 
allegance, allégement, Ërleicliterung. 
allevar v. alever. 
aimosnier, qui reçoit r aumône, Almosenem- 

pfànger 28, 27. 
aine, aulne, aune. Elle h^i, 11. 57,5. 496, 11. 
alo, là, dort 10, 33. 
aloë, lat. aloën 14, 21, aloès, Aloë. 
aloër, alouer, loger, herbergen 27, 30; prendre 

à gages, miethen 473, 19. 
alogier, réfl. camper, sich lagern 56, 31. 
aloignier, éloigner, s'éloigner, entfernen, sich 

enlfernen 234, 22. 344, 25. 
aloir, allée, Weg 352, 31. 
along-e, allongement, Verlàngerung 302, 38. 
alongier, alonger, alungier, allonger, ver- 

langern, ausstreckeii 126, 24. 
alors, da, damais. 

alose, considéré, renommé, lobenswerth 326, 20. 
aloser, apprécier, schûtzen 76, 10. 305, 27 ; cou- 
vrir de gloire, geschdtzt machen 407, 26. 408, 3. 
aloaer v. aloër. 

aloëte, -ette, ail-, alouette, Lerche 465, 31. 
Babtsch, Chrestomathje. VI. Éd. 



alqu- V. aii(iu-. 

alqueiis v. aucuciis. 

alsiinent, aussi, ebenso Iit7, 12. 

alsmosue v. aumosne. 

ait v. haut. 

ait- V. aut-. 

altece v. haltece. 

aller v. autel. 

altet, haut, hoch 20, 34. 

alumer, allumer, anzûnden, cnljlammen 323,40. 

a m, tous deux, heide 10, 43. 

amaigrir, abmagem 328, 6. 

amaladir, devenir malade, erkranken 287, 8. 

amauder v. amender. 

amaurer, présenter, darreichen 30, 46. 

amarameut v. amèrement. 

amasser, amasser, s'amasser, versammcln, sich 

sammelnlô, 13. 164, 36. 284, 30. 
ambedeus, ambedous v. andui. 
ambes, tous deux, beide; ambesdous v. audui. 
ambler v. embler. 
amblëore, amble, Passgang 76, 18. 
ame, anima 5, 2, aneme, anma 13, 25, aiurme 

212, 20, arme, âme, Seele. 
ameçoD, hameçon, Hamen 179, 10. 
amedens, amedui v. andui. 
ameir v. amer. 
amen. Amen 371, 4. 
amende, em-, emm-, réparation, Busse, Strafe 

51, 39. 52, 6. 60, 37. 
amendement, idem, 274, 30. 
amender, -eir, amander, a?nendcr, réparer, 

bessern, Ersatz geben 54, 4. 123, 17; réfl. 

117, 32; intr. avoir du succès, s'améliorer 

123, n. 384, 23. 
amener, herbeifiihi-en, bringen 195, 19. 
amenevi, ardent, intrépide, unersckrocken 

65, 46. 
amentevoir, mentionner , erinnern an 70, 10. 
ameuuir, s\imoindrir, sich vermindern 158, 27. 
amenuisier, amoindrir, verkleinern 53, 33. 
amëor, ainant, Liebender 247, 20. 
amer, ameir, aymer, amert 63, 19, amer, lie- 

ben 127, 37. 175, 29; a. miex, lieber haben; 

part, amant, Liebender. 
amer, ameir, amer, triste, bitter, betrûbt 395, 4. 
amèrement, amarament 10, 34, ain'eretnent, 

bitter, bitterlich. 

35 



527 



GLOSSAIRE. 



528 



iiuieros, -eus, -us, v. ainoros. 
amerouset, amoureux, liebcvoll 3:55, 17. 
aiuesurer, réfl. se modérer, sicli màssigen 

284, 20; part, proportionné 192, 34. 
amfant v. enfant. 

ami, amin, amy, amie (prov) 9, 28. 11, 27. 17, 

12. 17, ami, amant, parent, Freund, Geliebter, 

Verwandter; estre noz a., être la dupe 458, 5. 

amïablement, -ant, amicalement , frenndlich 

444, 43. 
amïableté, amitié, Freundschaft 386, 19. 
amie, amye, araïet 63, 13, amie, amante, Freun- 

din, Gelieble 195, 19. 
amïete, -ette, amante, Geliebte 298, 25. 
amin v. ami. 
amirail, -al, -aus, -ant, -é, -ez, émir 76, 16. 

203, 32. 
amisté, -ié, -et, -ei, amité, -ié, amitié, amour 
29, 22. 75, M ',parenté, Ver7vandtschaftm,\%. 
amoderé, modéré, mâssig. 
amoi, (cf. moi). 
amolir, amoloier, amollier, amollir, erweichen 

144, 30. 

amouestement, exhortation, Ermahnung'W, 7. 

amouester, adm-, conseiller, exciter, rathen, 

berathen, antreiben 117, 14. 167, 2. 195, 10. 

amont, -unt, en haut, aufrvdrts, obcn 35, 15. 

41, 26. 
amor, -our, -ur, amour, Liebe'i, 18; Geliebte 

411, 36. 
amordre, goûter, kosten 222, 28. 
amorete, amourete, -ette, Liehschaft 240, 25. 
amoros, -eus, amourous, -eus, -eux, ameros, 
-eus, -us, amoureux, liebend, verliebt, zartlich. 
amortir, betàuben 395, 1. 
amoureusement, liebi'eich. 
ample, large, breit 20, 6, 46, 22. 
amsdous v. andui. 
amunt v. amont, 

amuser, duper, zum Beslcn huben 408, 34. 
an V. en, hom. 
an- V. en-. 
an, an, année, Jahr. 
anar v. aler. 

anatemar, maudire, verfluchen 17, 24. 
aubier, aller L'amble, im Pass gelien 295, 37. 
auc V. aine, ains. 
auc- cf. enc-. 



anceisor v. aneessor. 

aucele, -elle, servante, Magd 190, 16. 376, 33. 

aneessor, 25, 17. 24, aneissier 303, 12, aucestre, 

aneh-, ancien, ancêtre, Vorfahr 232, 35. 
anceys v. ainçois. 

ancltapeler, couvrir, bedecken 181, 14. 
auchestre v. aneessor. 
anchïeueté, antiquité, Âlterthum 353, 15. 
aucliois, ançois v. ainçois. 
ancïeu, anciien, encïen, ait, aneienor 25, 13; 

subst. 442, 46. 
aneissier v. aneessor. 
ancuens v. aueuens. 
aucui, aneoi, encui, encore aujourd'hui, noch 

heule 39, 16. 159, 30. 
and- cf. end-. 

andui, -eus, ambdui, ansdous, amsdous, ambe- 
dous, -eus,ambedui, ambesdous, amedui,-ous, 
-eus, tous deux, beide 35, 31. 35. 76, 3. 
anel v. aignel. 

auel, n. aniaus, anneau, i2m^388, 29; anneau de 
la colonne vertébrale. Ring der Wirbelsàule 
228, 1. 
aueme v. ame. 
anemi v. enemi. 
a ni- V. enf-. 
aniî- cf. eng-. 
angarde, hauteur, lieu d'observation, défense 

avancée. Warte, Vorsprung 177, 30. 
angevin, monnaie d'Anjou 65, 43. 
angle, angele, angret 64, 25, ange, Engel. 
anglet, petit coin, Winkelchen. 
auglois, -oiz, englois, fém. englescbe 123, 1, 

anglais, Anglais, englisch, Englànder. 
angoisousemaut, avec angoisse 245, 20. 
angoisse, anguisse, Angst, Quai 67, 29. 
angoissier, -uissier, angoixer, presser, bc- 

drângen 35, 30. 41, 23. 
augoissis, angoissé, geàngsligt 68, 14. 
augoissos, -ous, -eus, -eux, anguissus, jylein 
d angoisses, attristant, triste, pressé, angsl- 
voll, qualend, betriibt, eilig 40, 29. 106, 2. 
114, 30. 159, 7. 468, 9. 
angret v. angle. 
anguile, angille, Aal 166, 7. 
anguisse v. angoisse. 
aniaus v. anel. 
anïeug v. euuieus. 



529 



GLOSSAIRE. 



530 



nniuiii, aiiina r. ame. 

anis, Auis 281, 34. 

auuiir V. aler. 

année, année, Jalir. 

anoncier, aiioncbior, anuDitcer, verliiirulen. 

anp- V. emp-. 

anpoigriiié , empoigne, in (kr Faust gehalten 

183, 3;). 
anq- v. enq-. 

auqueuiiit, enq-., cette nuit, dièse Nacht 17:<, 3. 
ans V. ains. 
ans- cf. eus-. 
ansçois v. ainçois. 
ansdous v. andui. 
anseler, seller, suite In. 
ansinieut v. ensement. 
ansois v. ainçois. 
ant- cf. ent-. 

antain, nom. ante, tante 3(j5, 1G. 
anter v. hauter. 
autif, -i, {-ic prov. 17, 3()) n. antis, antique, 

ait 49, 35. 55, 26. 
antiquité, vieillesse, Aller 100, 10. 
anui V. enui. 

anuie, enmd, Verdruss 163, 43. [46. 

anuit, enuit, cette nuit aujo%ird'lmi 172, 28. 202, 
anuitier, faire nuit, nachlen 27, 3. 
anumbrer, compter, rechnen 57, 30. 
anuyer v. euuier. 
anyeer v. euvoier. 

anvoisënre, gaité, Frëhliclikeit 336, 31. 
anToy, envoi, Sendung 414, 35, 
anz V. ainz, enz. 
anzois v. ainçois. 
aoi, interj. 33, 22 etc. 
aoire, augmenter, vermehren 346, 30. 
aombrer, refl. se cacher, sich verbergen 83, 7. 
aorer, aourer, adorer, invoquer, anbeteti, jyrei- 

sen, anrufen 53, 27. 83, 11. 151, 14, 
aorner, orner, schmûcken 489, 21. 
aoust, août, August. 
apaier, calmer, contenter , beruhigen, befrie- 

digen 239, 1. 382, 32. 
npairier, accoup/er, -paaren 379, 24. 
apaisier, -er, app-, beruhigen, besdnftigen 

451, lu. 
aparceroir v. apercevoir. 
apareillier, -er, -cllier, -illier, -oillier, appa- 



VQÏWÏQT, préparer, garnir, vorbereiten 174, 11. 
362, 23, einrichten 116, 6, versehen 149, 14, 
rûsten 194, 29. 201, 13. 327, 11; égaler, gleich- 
stellen. 

aparelleuient, appareil, Ausriistung 115, 28. 

aparoillier v. apareillier. 

aparmain v. main, 

aparoir, app-, apparaître, erscheine^i, sich 
zeigen 73, 39, 209, 6. 

apai'tenir, app-, gehôren, zukommen; part, 
prés, parent, Verwandter 31, 37. 99, 28, 
118, 28. 

apel, appel, Anruf 329, 40, Aufforderung. 

apeler, apeller, apieler, appeller, appeler, 
nommer, adresser la parole, accuser, rufen, 
berufen, anreden, verklagen 11, 4. 31, 30. 49, 
39. 198, 20. 324, 13. 

apelëur, demandeur, Klàger 52, 41. 

apeudre, dépendre, convenir, gehôren, ge- 
ziemen 70, 38. 

apenser, réfl. penser, réfléchir, bedenken; part. 
avisé, bedacht 20, 10. 324, 45. 

apentis, appentis, Welterdach 308, 38. 

apercevoir, -chevoir, -sevoir, -çoivre, aparce- 
voir, -çoivre, apercevoir, bemerken, recon- 
naître, erkennen; épier, spàhen 281, 23; réfl. 
bemerken, rvahrnehmen 59, 13. 215, 12 (avec 
gén.); reprendre connaissance, zum Bervusst- 
sein kommen 36, 10. 42, 39; se rendre compte 
307, 36. 

apermenmes, sur-le-champ, sogleich 207, 35. 

apert, app-, appart, évident, klar ; adroit, ge- 
schicktl^h, 12; prêt, bereit; en a., publique- 
ment 161, 30. 

aperté, artifice, Kunstgriff 282, 26. 

apertement, app-, -appar-, ouvertement, claire- 
ment, deullich 134, 11; tout de suite, sogleich 

apertenir v. aparteuir. [46S, 36. 

apetisier, diminuer, verritigern 232, 2. 

apieler v. apeler. 

apleignier, polir, lisser, glàtten 174, 8. 

apoier, -oiier, -uier, appuyer, stiitzen 125, 23. 
181,18. 210, 17 ; monter, hinaufsteigen 228, 10. 

aporter, ajyporter, herbeibringen 14, 20; l'ap- 
porter, Iragen 56, 5. 

apostle, apostre, apôtre, Apostel 213, 11. 

apostolle, -olie, pape, Papst 32, 19. 260, 17. 

apovrir, s'appauvrir, verarmen 102, 24. 

35» 



531 



GLOSSAIRE. 



532 



app- cf. ap-. 

apparaut, symplôme, Anzelcken 428, 41. 

appétit, Appétit. 

aj)ref v. aprof. 

aprendre, app-, lernen, keimen lerneu, lehren; 

habituer, gewôhnen 239, 17; part, habitué, 

kundig, erzogen, gewôhnt 291, 1. 
après, apriés, ;;?7?/». nach; adv. nachher , en 

après 204, 2. 
apresser, presser, bedràngen 27, 11. 
aprester, préparer, apprêter, zurechimachen 

32, 41. 53, 38. 58, (5. 97, 23. 
apriés v. après. 
aprismer v. aproismier. 
aprochier, -cher, -cer, aprucer, aprouchier 

trans. et réfl. approcher, sich nàhern 59, 20. 

98, 8. 151, 9. 192, 19. 278, 33. 
aprof, apref, auprès, heran 51, 28. 34. 
aproismier, apreismier, aprismer, approcher, 

s'approcher, sich nàhern 9, 9. 121, 22. 131, 38. 
aprouchier, aprucer v. aprochier. 
apnier v. apoier. 
aquel, celui-ci, dieser 9, 15. 
aquerre, acquerre, acquérir , errverben, sich 

verschaffen. 
aquiter, acuiter, acquitter, s'acquitter, ausUisen ; 

absoudre, freisprechen 84, 28; réfl. sich enl- 

ledigen 106, 36. 202, 6. 295, 28. 
aqoîson V. ocoison. 
arabi, arrabi, arabe, cheval barbe, arabisch, 

arabisches Ross 37, 1. 193, 24 
aragis, action de défricher, Urbarmachung 

359, 24. 
araim, arain, airain, Erz 57, 8. 
araine, arène, Sand. 
araisoner, -sonner, -snier v. arraisonner. 
araser, remplir, voUpfropfen 75, 5. 
'Av\iii\!x%i\Qv^arbaIélrier,ArmbrustschiUze'22,1(h 
arbaleste, ab-, arbalestre, arbalète, Armbrust 

352, 21. 391, 31. 
arbalestee, -tree, portée d'arbalète, Schuss- 

iveite eitier Armbrust 197, 3. 291, 11. 
arboie v. erboie. 
arbre, Baum 42, 26; arbre-sec désigne un pays 

fabuleux en Asie 317, 13. 
arbroie, petit bois, Waldchen 329, 42. 
arbruissel, n. -iaiis, arbrisseau, Bàumchcn 

149, 27. 



arc, n. ars, arc, Bogen 124, 39. 204, 24. 
arcevesque, archevêque, Erzbischof 41, 29. 
arche, l'arche de Boé 101, 1. . 
archiee, portée d'arc, Bogenschuss 215, 7, 
archier, -cher, -cier, archer, Bogenschiitze 

124, 39; au fig. 461, 33. 
arcïen, clerc a., maître de la Faculté des Arts, 

clericus ardutti 372, 6. 
arçou, -un, Satlelbogen 22, 25. 81, 35. 
ardeument, ardemment, sehnlich 211, 2. 
ardeur v. ardor. 
ardoir (/). 509), bi'ûler (trans. intr.), brennen,ver- 

brennen 6, 5. 95, 20; ardent,-ant, glûhend'lX 1 ,23. 
ardor, -our, -eur, ardeur, Gluth 459, 12. 
ardiire, incendie, Brand. 
are, labourage, Feldarbeil 404, 31. 
areer v. arreer. 

arenger, haranguer, am-eden 426, 7. 
arengier, arr-, arranger, anordnen, ordncn 

220, 29 407, 36. 
arer, cultiver, bearbeiten 385, 2. 
arere v. ariere. 
arest, arestement, arrestoison, aretoyson, arrêt, j 

retard, Aufenthalt, Zôgerung 467, 34. 
arester v. arrester. 

argent, argant, arjant, Silber, Geld 5, 7. 74, 4. 
argudu, vite, schnell 2, 29. ] 

arguer, accuser, blâmer, zeihen 212, 41, tadeln. j 
arier, -iere, arrier, -iere, arere, erere 52, 34, i 

arriéres, ayere 209, 26, arrière, zurûck, hinter I 

dem Bûcken82,24. \\)Q,'i^\auparavanl,vorher 

259, 27; en a. 52, 34. 62, 5. 
ariyer, arr-, aborder, landen 27, 34. 
arjant v. argent 
arme v. ame. 
armée, Armée 482, 7. 

arment, bétail, Vieh 56, 7. j 

armer, waffnen 9, 31. 127, 20; inlr. 200, 34. j 
armes, armes, Waffen 42, 35. 127, 21. 
armëure, armure, Waffen, Rilstung 348, 27. 
arom, arôme 62, 24. 

aromatizer, embaumer, balsamieren 14, 24. 
arouter, se mettre en troupe, sich zusammen- 

scharen 199, 24. 
arpent, Morgcn Landes 41, 21. 
arr- cf. ar-, 
arracliier, entreissen. 
arragon, arragonisch SI, 36. 



533 



GLOSSAIRE. 



534 



arraisoiiiier, &ramncr, parlc-r, rcdcn, anrcdcn 

70, 21. 277, 31. 
arreer, areer, préparer, hereUen 31)1, 4. 
arremeut, encre, Tinle \V6, 24. 
arrester, ar-, occuper, hesetzen ; inlr. cl r cil. 

sarrêler , sick au f Italien, slehen bleiben 73, 

18. 357, 37. 
arrieregarde. Nachhui 431, 22. 
arroi, -oy,«rrrt/i^t'W(t'n;, Irain, Ausrûslung, Zuy. 
•à\%phtr. arz, Kunsl, linnstgriff' 20, 20. 357, 3. 
artillerie, Artillerie 495, 2. 
artisïeu, monnaie artésienne 308, 2. 
arvol, embrasure, Schwibbogen 155, 3G. 
as, côlé du dé marqxié d'un point, die Eins 

auf dem Wûrfel 366, 15. 
as, voici, siehe da 35, 9; cf. es. 
as- cf. ass-. 
asaier v. essaier. 
ascotcr v. escouter. 
aseis, aseit, aseiz, v. assez. 
asele, v. aisselle. 
asue, dém. asnel, âne, Esel. 
asuesse, ànesse, Eselin. 
asoagier v. assouagier. 
asoigneiiter, faire sa maîtresse de qu., zur 

Beischlàferin machen 289, 18. 
asoldre, absoudre, absolvieren 40, 37; ^>rtr/. 

soin, libre, frei 43, 24; cf. absoudre. 
asoploier, réfl. faiblir, scliwach wcrden 144, 29. 
asoter, tromper, zum Narren machen 224, 18. 
aspre, fort, âpre, slark, heftig 486, 33. 
aspreclie, âpre convoitise, Begierde 379, 36. 
aspret, dimin. de aspre 332, 21. 
asproier, traiter rudement, rauh behandeln 

373, 38. 
assaier v. essaier. 

assaillir, -alir, ess-, asaillir, -alir, angreifen. 
assalt V. assaut. 

assambler, assauler v. assembler. 
assasier, assaser, as-, rassasier, sàttigen 55, 24 ; 

part. pass. riche, rcich 165, 29. 
assaut, assalt, asalt, Angriff 128, 16. 
assauter, assaillir, angreifen. 
assavoir, c'est, c'' est-à-dire, dus heisst 444, 8. 
assavorer,assavoreir,-ourer,(/oâ<e;?",Ac/i?w<?6/r<?/i, 

liosten 195, 30. 210, 10; part. pf. savoureux, 

wohlschmeckend, getviirzt 233, 1. 
assaz V. assez. 



assejjMcr, as-, assiéger, belagern 259, 3. 

asseïr, v. asseoir. 

assciublee, assam-, réunion, armée, Versamm- 
luiig, IJeer 74, 47. 

assemblemeiit, assam-, réunion, Vereinigung 
26, 35. 99, 1. 

assembler, -enbler, -ambler, -anler, asembler, 
-anler, essambleir, intr. et réfl. asse?nbler, 
s'assembler, sich sammehi, zusammenkommcn 
26, 34. 122, 27; combattre, Icâmpfen 144, 12; 
assaillir, angreifen 63, 28. 361, 35; grouper, 
zusammenstellen 136, 2. 

asseuer, asener, diriger, lenken, leiten 60, 1 (i ; 
ateindre à, gelangen 323, 29. 

assentir, as-, donner son assentiment, accor- 
der, beistimmen, vereinbaren 397, 1. 398, 9. 

asseoir, as-, assëir, asseoir, setzen 11, 39. 22, 
25. 61, 5. 161, 11 ; arrêter, gefangen setzen; 
assiéger, belagern 18, 17; part, situé, ge- 
legen 449, 33; assiégé 236, 26; formé, ge- 
bildet 288, 9. 

asserisrer, calmer, beruhigen, s tille machen 
416, 18. 

assëur, en sûreté, sicher 316, 9. 

assëurer, as-, assurer, rassurer, versichern, 
bernhigen 124, 13. 386, 18. 

assevir, contenter, satisfaire, zufriedenstellen? 
415, 2. 

assez, -az 12, Il (prov.), -es, asez, -eiz, -es, 
-eis, aisseis, assez, beaucoup, genug, viel, selir 
63, 2. 150, 17; d'à., um vicies 343, 16. 

assi V. aussi. 

assinipli, simple, einfach 481, 17. 

assommer, nicderschlagen 475, 12. 

assouagier, as-, asoagier, s'apaiser, sich be- 
ruhigen 331, 28; calmer, beruhigen 377, 25. 

ast, (= hast), latice, Lanze 364, 28. 

'A^teX^y éclat, Splitter 78, 10. 365, 42. 

astenir, réfl. s'abstenir, sich enthalten 30, 35. 

astraindre, presser, bedrângen. 

astre v. estre. 

asur, azur, Azur 400, 18. 

aeswarder v. esgarder. 

ataehier, -cier, ataquer, attacher, befestigen 
141, 26. 401, 26. 

ataindre v. ateindre. 

atalenter, j)laire, gefallen 147, 20. 

ataiidre v. atendre. 



535 



GLOSSAIRE. 



536 



atant, alors, àprcsent,da,damit 11)1), 18. 362,41. 

ata^uer v. atachier. 

atardauce, retard, Zofjer^ing. 

atarder, atargier, -ger, -jer, arrêter, anhalten; 
réfl. tarder, zOgern 70, 12. 

ateiudre, at-, attaindre, atteindre, erreichen. 

ateirier v. atirier. 

ateinpreement, modérément, gemâssigt 97, 31. 

atemprer, atremper 455, 26, tempérer, mas- 
sigen 88, 29; accorder, stlmmen 150, 25. 

atendre, att-, act-, atandre, attendre, warten, 
erwarten; réfl. 312, 27; s'y a., es erwarlen. 

atenebrir, obscurcir, verdunkeln 348, 23. 

ateuir, convenir, passen 172, 8. 

ateute, att-, attente, Errvartung, Zôgerung. 

aterrer, jeter à terre, zur Erde rverfen. 

atgier, dard, Speer 37, 34. 

atirier, ateirier, ranger, ordnen 210, 33. 36; 
arranger, einrichten 72,35; convenir, ûber- 
einkommen 392, 16. 

atisier, exciter, entflammen 160, 4. 171, 25. 

atoivre, bétail, Vieh 224, 40, 

ator, atour, att-, actour, apprêts, préparatifs, 
atour , manière, Zurilstung, Anzug , Putz, 
Art 218, 36. 338, 14. 346, 20. 460, 37. 

atorité v. auctorité. 

atoruer, -eir, atourner, -urner, tourner 371, 3, 
employer 214, 10, préparer, arranger, dis- 
poser 159, 1. 194, 15, wcndcn, anwenden, 
zurichten 361, 40, bereiten 29, 25, anurdnen; 
habiller, kleiden 56, 27. 120, 13. 

atot, atut, avec, mit 184, 31; adv damit 40, 
22. 

atouchier, toucher, beruhren. 

atraire, att-, attirer, un-, herbeiziehen 42, 11. 
116, 31. 

atraper, attraper, erreichen 75, 11. 

atremper v. atemprer. 

atroTer, trouver, flnden. 

att- cf. at-. 

attarier, provoquer, irriter, reizen 57, 22. 41. 
58, 18. 

attendrir, s'attendrir, weich werden 393, 1. 

aturner v. atorner. 

atut V. atot, 

aube, albe, point du jour, Morgen 46, 16. 
49, 3. 98, 9. 182, 13. 429, 6. 

aubère v. hanlierc. 



aucir v. occire. 

auciuii, oie, Gans 2, 1. 

auctorité, auth-, at-, autorité, Ansehen, Macht 
197, 25. 444, 10, 

aucueus, alqu-, anc-, aucun, auc-, aulc-, alcon, 
aucun, irgend ein 52, 44. 209, 24. 210, 8. 

aucun émeut, de quelque fa(;on, irgendwie. 

audir v. oïr. 

auferrant, cheval blanc ou gris, Pferd 82, 2. 

aug'ure, fVahrsagung 193, 21. 

aukcs V. auques. 

aul- v. al-. 

aultement v. hautement. 

aulx V. ail. 

aumosne, alm-, alsm-, aumône, Ahnosen 8, 16; 
pitié, Erbarmen 290, 2. 

aumosniere, amosniere, aumo7iière, Beutel 
79, 32. 159, 20. 160, 1. 

aumuche, bonnet, Miitze 318, 31. 

auner, aulner, messen 496, II. 

aiiner, adunar, assembler, sammeln 18, 6. 100, 
19. 347, 28; ? 6, 1; communiquer une réso- 
lution, mittheilen 16, 33. 

aunoi, aunaie, Erlengehôlz 433, 15. 

auprès, nebeu (de). 

auquant, alqu-, quelqu'un, einer , pi. einige 
19, 6. 32, 35. li a. 293, 2J. 

auques, alqu-, aukes, un peu, queUiue chose, 
quelque temps, etwas 42, 39. 150, 24; pres- 
que, fast 216, 25. 

auqnetou, alquetun, hoqu-, hocqu-, Waffen- 
rock 21, 17. 430, 16. 

aurilia v. oreille. 

ausar v. oser. 

aiiser, exercer, ûben 58, 46. 

ausi, aussi, ausint, assi, ossi, aussy, aussi, so, 
ebenso 150, 12. 208, 34. 401, 7. 

auster, inhumain, unmenschlich 477, 21. 

autaut, otsint,ebensoviel, ebetiso\m, 42. 399,24. 

autel, otel, tel, ebensolch 425, 6. 

autel, alter, yiltar 66, 36. 

autliorité v. auctorité. 

autour, ringsum. 

autour V. ostoir. 

autre, al-, aultre, au ter 52, 11, alter 51, 35. 38, 
abs. autrui, al-, altri 52, 28, àultruy, autre, 
anderer; autrement, anders 29, 15. 

autrement, al-, aul-, anders, sonst 228, 31. 



537 



GLOSSAIRE. 



538 



iiutresfoiz, i/uelqucfois, miuichmal -151, 21. 
autres!, -ssi, altresi, de même, ebeuso 293, 7. 
iiutretiint, al-, autant, ebensoviel. 
autretel, te/, pareil, ehensolch. 
antrier, l'aut-, lautrier, l'autre jour, neulich 

2S7, 3. 371, !). 
autrni v. autre. 

aurertement, ouvertement, o/fen 211, 10. 
aan'ir v. ovrir. 
aval, en bas, bas, hinab, thalwarts, unten 41, 

26. 270, 6; d'à. von oben herab 20, 8. 
avaler, descendre, baisser, tomber, avaler, 
hinabsteigen , -fahren, -fallen, herablassen, 
verschlucken 71, 43. 80, 25. 97, 8. 178, 34. 
180, 23. 32. 
avancier, -er, avancer , s'avancer, vorwàrts- 

bringen, -gehen, hervortreten (réfl.). 
avant, avan, prép. et adv., avant, devant, vor, 
vorfvdrts, voraus, rveiter , vor, nach vorn 
12, 3. 30, 41. 32, 41. 41, 22. 192, 15. 203, 22. 
343, 28; en a. 3, 19= 17, 13. 204, 12 plus 
tard, davantage , spater; ad en a. 26, 27; 
a. que, bevor ; des abanz, vorher 10, 42. 
avantage, -aige, Vortheil 406, 41. 
avantgarde, Vorhut 431, 21. 
avantnre v. aventure. 
avarder, regarder, schauen 6, 22. 
avarisse, avarice, Habsucht 117, 13. 
avé Maria 369, 33. 
avec, avecques v. avoc. 
aveir v. avoir. 

avel, «.aviaus,50M^aî7, Wunsch, Verlan geni'lS, 

40; la chose désirée, das Erwiinschtc 33(i, 10. 

aveuablement, convenablement, anslândig 

61, 28. 
avenandise, convenance, Anstand 284, 33. 
avenant, convenable, agréable, passend, ange- 

nehm 77, 22. 203, 31. 325, 11. 
avenir, adv-, avenir, arriver, parvenir, conve- 
nir, gelangen, herankommen, geschehen, zu- 
kommen 65, 24. 248, 30. 
aventure, adv-, avant-, hasard, sort, occasion, 
événement inopiné, Zufall, Schicksal, Wag- 
nis , Abenteuer 92, 12. 94, 15; a l'a., aitfs 
Geratheivohl; par a , vielleicht, durcli Zufall 
20S, 35. 
aver, avare, geizig, hubsiichlig 347, 28. 
aver v. avoir. 



avérer. Iiewuhrheiten 79, 4. 

avers, en comparaison de, im Vergleicli mil 

288, 19. 
aversier, avresier, adversaire, ennemi, Gegner, 

Feind (Teufel) 24, 1. 81, 14. 194, 18. 
avertir, avertir (Ae), annoncer, benachrichtigen, 

verkiinden 378, 10; réfl. s'apercevoir (de), 

bemerken 110, 2. 
avespree, tombée de la nuit, Abendwe?'den 

265, 34. 
avesprer, -ir, se faire tard, Abend tverden 

86, 30. 233, 4S. 
aveuc, aveuques v. avoc. 
aveugle, blind. 
aveuglement, Verblendung. 
aveyron v. environ. 
aviaus v. avel. 

avigurad, vigoureux,' si ark 20, 9. 
aviler, -lier, avilir, erniedrigen, werthlos ma- 

chen 2S4, 16. 
aviltance, avilissement, Erniedrigung 117, 19. 
aviron v. environ. 

avironer, -onner, environner, umringen 100, 12. 
avis, adv-, adviz, avis, croyance, Meimoig, 

Gesinnung 399, 13; m'est avis, ich meine 

202, 5. 
aviser, adv., voir, reconnaître, annoncer, in- 
struire, sehen , erkennen, verkiinden 31, 3. 

202, 18. 278, 25; part, unlerrichtet , klug 

353, 19; réfl. refléchir, se résoudre, nach- 

denken, sich entschliessen, sich bewusst wer- 

den 349, 1. 434, 4. 
avisïon, apparition, Erscheinung 379, 45. 
aviver, animer, beleben 323, 37. 
avoc, -oec, -ec, -eue, -uec, aveuques, avecques, 

ovecques, ovec, ove 23, 22, avec, mit, bei; 

adv. en même temps, zugleicli. 
avoi, interj. oh, oho 154, 9. 272, 24. 289, 31. 
avoier, diriger, mettre en route, lenken, auf 

den Weg br'ingen 180, 9. 370, 7. 375, 26; réfl. 

sich auf den Weg machen. 
avoine, Hafer. 
avoir {p. 503), -eir, -er, haveir 5, 17, avo'ir, ha- 

ben: sert à former le futur et le parfait 

périphrastiques ; a, i a, il y a, es giebt, ist 

her 15, 41. 30, 23. 37, 19; il s'agit, es handelt 

sich 165, 17; Subst. avoir, bien, Habe, Gut 

27, 43. 



539 



GLOSSAIRE. 



540 



siTOueltre, illégitime 405, 4fi. 

a'yous = avez vous 473, 23. 

ayresier v- aversier. 

îiYril, April 369, 37. 

avuec, V. avoc. 

avugler, avuler, aveugler, blenden 163, 21. 

338, 22. 
awe V. aiguë. 
awillou V. aguillon. 
ay- cf. ai-. 

ayeul, Grossvaler 459, 24. 
ayere, v. ariero. 
aymer, v. amer. 
aysi V. ensi. 

azet, vinaigre, Essig 13, 22. 
azuré, azurblau. 

lt)a, bah, pali 296, 41. 

baaillier, -er, bâiller, gâhnen 130., 7. 220, 1. 

babiller, schwalzen 475, 23. 

bacheler, -ier, baceler, jeune homme, garçon, 

{pauvre) chevalier, junger Mensch, Knappc, 

Bursch, {armer) Ritter 61, 1. 199, 34. 
bachelerie, jeunesse, Jugend 58, 46. 
bacin, bassin, Becken 69, 38. 
bacinet, bach-, sorte de casque, ciuc Art 

Helm 432, 9. 
bacon, porc salé, Schinken 224, 33. 
baëe, ouverture, Oeffnung 195, 27. 
baër, v. béer. 

baffier, moqueur, Spolier 408, 3. 
baignier, -er, bagnier, baigner, baden 61, 15. 
baille, serviteur, Diener 319, 3(). 
balUie, bailie, pouvoir, Ballei, Vogtei, Macht 

30, 22. 87, 27. 
bai Hier, bailler, donner, gotiverner, avoir en 

puissance, joindre, geben, lenken, bcsitzen, 

22,20. 81, 18. 111,2. 165, 10. 194, 13. 310, 

7; attraper, erreichen 218, 6. 
baillir, gouverner, lenken 345, 31; traiter, be- 

handeln 75,11; posséder, in Gervalt bekofmnen 

44, 18. 
baing, bain, Bad 252, 6. 
baisier, -er, -xier, baisar, -air, besier, baiser, 

kiissen 9, 23; subst. Jiuss 9, 27. 
baisol, baiser, lùiss 9, 29. 
baissier, bessier, basser, baisser, neigen, sen- 

ken, sinken 82, 18. 



balaine, baleine, Walf'isch 430, 17. 

balance, bail-, iVage, Entscheidting los, 2». 

baldement, v. baudement. 

baldur, hardiesse, Kûhnheit 105, 37. 

baler, danser, tanzen 200, 27. 

ballade, Tanzlied. 

ballanee, v. balance. 

ballier v. baillier. 

ban, ban, Bekanntmachung 320, 23. 

banc, Bank 32, 45. 

bande, troupe, Schar 493, 28. 

baudon, a (cf. abandun), à volonté, à discré 

tion, nach freiem Willen, frei%\, 30. 376, 32. 
banerez, banerelz, baneret, bannerct, Banncr- 

herr 403, 9. 431, 19. 
banlere, bannière, Banner 348, 24. 
banir, bannir ; convoquer, berufen 266, 7. 
banlive, banlieue, Weichbild 371, 25. 
banneroi v. banerel. 
bnptisier, -zier, batisier, 203, 30. baptiser, lau- 

fcn 26. 20. 
baraigne, stérile, unfruchtbar 55, 24. 
barat, barate 123, 6, tromperie, ruse, Belrng, j 

Falschheit, List. I 

barater, tromper, betrugcn ; baréter, faire un 

troc, Tauschhandel treiben 304, 20. 
barbe, Bart 102, 1. 

barbel, pi. barbiaus, barbeau. Barbe 225, 7. 
barbëoire, masque muni d'une barbe 346, 34. 
barbier. Barbier 371, 25. 
barder, panzern (das Pferd), ynunir de la barde 

(armure de cheval) 494, 23. 
baréter v. barater. J 

barg-e, barque, Kahn. 1 

barguignier, hésiter, zogerti ASA, 25. 
bar nage, -aje, assamblée des barons 79, 12; 

vaillance, Tapferkeit 35, 3. 312, 37. 
barné, réu?iion de barons 85, 38. 201, 28. 
baron, -un, nom. ber, bers, homme, Mann 

207, 37; mari, Gatte ; courageux , homme 

courageux , noble guerrier, vassal, tapfcr, 

tapfrer Mann, Held 15, 38. 34, 23. 44, 23. 
barre, barrière, barrière, Schranke, Tiirnier- 

schranke 442, 19. 
barrer, versperren 69, 33. 
bas, bas, mince, niedrtg, tief, leise, fein\ bas 

voler, listig sein 408, 32 ; du bas, von nnten. 
basme, baume, baume, Balsam 77, 15. 



541 



GLOSSAIRE. 



542 



basser v. baissier. 

bassin v. baciu. 

bastir, bâtir, pt-ocurer, buuen , veranlassen, 

95, 18. 387, 18. 
bastoo, bâton, Stock; toute espèce d'enfin à 

feu, Schiessgewehr 495, 8. 
biist, bât, Sauinsattel 475, 30. 
bataille, batalle 18, 27, Schlacht 58, 46; corps 

de troupes, Abteilung 429, 31. 495, 16. 
bataillier, -er, kàmpfen 390, 9. 405, 29. 
bateïs, bateiz, bâtis, battu, gesclilagen 322, 17. 
batel, n. batiax, bateau, Boot 160, 18. 26. 
batesme v. bautesme. 
batisier v. baptisier. 
batre, battre, schlagen, abhauen, 359, 38; b. 

sa coupe, se confesser, seine Siinden bcken- 

ncn 80, 26. 
baudement, bald-, hardiment, kûhn 59, 4. 

284, 12. 
baudré, ceinture, Gûrtel 60, 40. 
baume v. basme. 

baus, {sing. bal), danses, Tânze 341, 37. 
baut, bault, en train, hardi, kûhn 19 1 , 39. 218, 28. 
baut V. baillier. 

baut, puissance, Gewalt 405, 5. 
bautesme, batesme 26, 18, baptême, Tuufe 79, 

40. 203, 31. 
baver, bavarder, Unsinn reden 474, 2. 
baverie, bavardage, Geschivàtz 474, 5. 
bé = dé, deu, dieu, Gott 294, 44; cf. beu. 
beaa-s, beax, beaiilx v. bel. 
beaucoup, beaucop, viel, sehr 456, 25. 
beauté, biauté, biaulteit, Schônheit 77, 22. 
bec, Schnubel 393, 29. 
bee, bâ 474, 21. 
beem v. bien. 
beër, baër, attendre, ermarten 1 85, 38 ; aspirer{9.), 

Irachten (nach) 279, 2; bayer, gu/fen 284, 39. 
begnin, /. bénigne, bénin, gûtig 480, 14. 424, 15. 
beifre v. boivre. 
bejaune, Gelbschnabel 474, 12. 
bel, bel-z, bcau-p, -ax, -aulx, bial, -au, -aus, -ax, 

-aux, -eulx, beau, agréable, cher, schôn, lieb 

149, 6. 190, 23. 304, 37; estre b., plaire, ge- 

fallen 114, 11 ; plus b. que, so gui als 369, 6. 
bêlement, bell-, biel-, benl-, 9, 9, doucement, 

gentiment, schôn, leise, liebevoll, frcundlick 

26, 37. 141, 33. 206, 10. 
Baexsch, Chrestomathie. YI. Éd. 



beli?er, aller de biais, schrug vorgchen 1 23, 26. 
beu V. bien. 

boude, bande, Binde, Streifeu 430, 22. 
beueïcbou, -çun, -son, bénédiction, Segen 40, 

25. 9S, 27. 
beueïr (p. 514), benoïstre, bénir, bénir, scgncn 

35, 37. 54, 8. 79, 27. 
benëuré v. bienëuré. 
benlement v. bêlement. 
ber 0. baron. 
berbiz, -is, brebis, -iez, pirpici I, 28, brebis, 

Schaf 51, 20. 
bergerette, Schdferin 463, 35. 
bergler, bergiere, berger, bergcre, Schàfer, 

Scliaferin 473, 10. 
bers V. baron. 

berzil, bercail, Hûrde 56, 6. 
besant, Byzantincr [monnaie) 159, 24. 203, 6. 
besche, bêche, Spaten 51, 5. 
besier v. baisier. 
besoigne, -oingne, -ongne, besoin, a/faire, 

JSoth, Bedûrfniss, Sache 173, 7. 211, 30. 
besoig-neus, ayant besoin, bediirftig 159, 28. 
besoin, -oing, -oign, -uign, -uing, bosoinz 30, 46, 

besoin, Noth, Nothwendigkeit 36, 36 ; par b., 

aus Noth 119, 40. 
besoingnier, travailler, ihâlig sein 463, 21. 
bessier v. baissier. 
bestail, troupeau, Heerde 425, 16. 
beste, bête, bétail, Thier, Heerde 56, 6; bête, 

dumni 458, 41. 
besteiicier, betenser, disputer, sich slreiten 

36], 16. 
bestïaire, Thierbuch 87. 
bestorné, mal tourne, vcrdreht 251, 19, 
bet V. beër. 

beter, se figer,gerinnen 75, 36. 
beu, bieu = deu, dieu 361, 22. 474, 14; cf bé. 
beubant v. bobant. 
beuf V. boef. 
beuvre v. boivre. 
beveraje, bevrage, breuvage, Trank 158, 12. 

244, 8. 
bevre v. boivre. 
beyn v. bien. 
bial, -au, -ax, v. bel. 
biauté V. beauté. 
bielemeut v. bêlement. 

36 



543 



GLOSSAIRE. 



544 



bien, ben, beyn, 2U, 3, beem 62, 23, bien, gut, 
wohl, sehr ; estre bien de, èlreen bons termes 
avec, gut stehen mit 165, 35. 366, 6 ; subst. 
bien, fortune, vaillance, Gut, Gutes, Gluck, 
Tûchtigkeil 9, 40. 199, 11; bonne intention, 
gute Absicht 67, 34. 
bieuëaré, benëurez, bonuré, bieneureux, heu- 
reux, glu-cklich 53, 6. 55, 28. 
bienfait, Wohlthat. 
bienrainguant, faire, bien recevoir, willkom- 

men heissen 360, 27. 
bière, bière, Bahre 276, 12. 
bleu V. beu. 
bieulx V. bel. 

bigue, bosse, contusion, Beule 461, 40. 
bis, biz, gris, de couleur sombre, dunkelfarbig 

68, 33. 
bise, Nordwind 214, 3o. 
bisle, poêle, Ofen 2, 5. 
bisse, biche, Hindin 50, 3. 
bistarde, outarde. Trappe 368, 5. 
biz V. bis. 
blâmer v. blasmer. 

blanc, blank, rveiss 430, 25 ; moine blanc, ordre 
blanche, Cistercienserorden 306, 21. 392, 23. 
blancir, blanchir, weiss sein 425, 24. 
blaudir, flatter, caresser, schmeicheln, lieb- 

kosen 119, 1. 
blasme, reproche, Tadel 484, 14. 
blasmer, blâmer, blâmer, accuser 52, 36, tadeln, 

verklagen. 
blasteng-ier, /"aire des reproches, vonverfen 

32, 35. 
MéyGetreide 206, 41. 368, 6. 
blecier, -chier, -scier, -sser, blesser, verwun- 

den 60, 27. 
blesme, blême, bleich 464, 19. 
bleu, blau 430, 21. 
blïalt, bliaut, tutti g ne ajustée, eng anschlies- 

sendes Gervand 40, 1. 
bloi, blond 47, 4. 
blont, /. blonde, dimin. blondet 294, 20, 

blond 290, 14. 
blos, dépouillé, entblosst. 
bobant, beubant, luxe, magnificence, vanité, 

Geprànge, Prachl 387, 27. 
bobeucier, arrogant, stolz 390, 5. 
bocage v. boschage. 



boceré, bossu, bucklig 206, 43. 

boche, boce, bouche, bouce, bûche, bouche, 

Mimd 163, 37. 
boçu, bossu, bucklig 377. 
boef, buef , bouef , beuf , boeuf, Och's, Rind 466, 47 . 
boeii V. bon. 
boillir, buillir, bouillir, sourdre, kochen, her- 

vorquellen 42, 3. 
boin V. bon. 
boire V. boivre. 

bois, boiz, bos, bois, Holz, Geliôlz 192, 6. 9. 
boisdie v. boisie. 

boisier, trahir, tromper, tauschen 104, 13. 
boisie, boisdie, méchanceté, félonie, Bosheit 

111, 20. 211, 31. 338, 29. 
boiste, boite, Bûchse 254, 20. 
boivre (p. 511), bevre, beivre, boire, beuvre, 
boire, Irinken; inf. subst. 187, 17. 340, 23. 
boiz V. bois. 
bombarde, pièce d'artillerie, Art Geschûtz 

431, (1. 
bon, buon 5, 1, boen, boin, buen, bon, séant, 
vaillant, gut, geeignet, tûchtig 202, 4; faire 
b., être bon 277, 15; subst. volonté, plaisir, 
souhait, Gefallen, Wunsch 233, 21 ; dou bon 
dou cueur, tnit ganzem Herzen 409, 34. 
bonement, -ant, boin-, bonn-, franchement, 
volontiers , bien, justement, gern, recht, mit 
Recht 224, 11. 
bontable, bon, gulmiltig 352, 6. 
bonté, -ei, -eit, prov. -az, 20, 22, bunted, bonté, 

Giite, gute Eigenschaft 92, 4. 
bonuré v. bienëuré. 
borce v. borse. 
borde, bordete, masure, Hâuschen 368, 17. 

385, 13. 
bordir, plaisanter, tândeln 287, 21. 
borgois, borjoiz, bourgois, bourgoys, bourgeois, 

BUrç/er 68, 12. 276, 32. 
borjou, bourgeon, Knospe 372, 30. 
borjoné, muni de bourgeons, mit Knospen 

versehen 372, 28. 
borse, borce, bourse, bourse, Beutel 246, 3. 
borse], bosse, Beule 330, 18. 
bort, bord 258, 6. 
bos v. bois. 

boscliage, bocage, bocage, Gehôlz 342, 26. 
boschel, petit bois, PVûldchen 329, 5. 



545 



GLOSSAIRE. 



546 



bosoin V. besoin. 

bosquetel, petit bois, Wâldchen 426, 13. 

bote, hotte, Stiefel. 

boter, bouter, botter, buter, pousser, frapper, 

mettre, bourrer, se rendre, stossen 188, 2(». 

202, 13. 209, 39. 289, 7, schlagen, stecken, 

stopfen, sich begehen ; réfl. pénétrer, se cacher, 

sich hineindrângen, verstecken. 
bouce, bouche v. boche. 
bouchîer, boucher, Fleischer 461, 41. 
bouchele, bouchete, boucete, petite bouche, 

MUndchen 465, 22. 
bouclé, mit einer 'buckeT {nihd.) versehen, 

muni dune boucle 83, 3. 
boucler, bucler 34, 24, bouclier , Schild mit 

'buckel' 80, 36. 352, 17. 
bonqaet, bouquet, Strauss 463, 38. 
bouef V. boef. 

bougrre, hérétique, Ketzer 402, 38. 
boullon, bouillon, transport, Aufwallung 379, 

34. 
bourde, mensonge. Luge 458, 7. 
bourdon, bâton de pèlerin, Pilgerstab 392, 41. 
bourdure, bordure, Sorte 401, 20. 
bourgois, bourse v. borgois, borse. 
bourgoise, bourgeoise, Burgeri7i 465, 11. 
bourrelet, espèce de coiffure, Art Kopfputz 

460, 37. 
bouset, petit bois, Wâldchen 335, 11. 
bouston V. bouton. 
bouteille, puticla 2, 27, Flasche. 
bouter v. boter. 
boutine, nombril, Nabel 382, 2. 
bouton, bouston 387, 16, bouton, Hagebutte 

384, 31 ; bouton, Fnopf, (rien) 279, 23. 
boys V. bois. 
braç V. bras. 

brace, les bras, die Arme 74, 44. 
bracel, ?i. bracieus, brassard, Ai-mschiene 352, 

17. 
brachet, chien de chasse, Bracke 227, 1. 
braconnier, chasseur, Jàger 226, 40. 
braiel, ceinture des braies, Hosengûrtelii, 27. 
braire, crier, se lamenter, bêler, schreîen, blô- 

ken 476, 12. 
branc v. brant. 
brancbe, branche, Zweig ; partie d'un pocme 

228, 21. 



brandir, schtvingen 34, 12. 

bransler, lâcher pied, nachgeben 432, 6. 

brant, branc, «. branz, brans, épée, Schwert, 

Klinge 201, 46. 400, 39. 
braon, partie chai-nue, mollet, Wade 382, 6. 
braye, braie, paiitalon, Hosen 486, 6. 
braz, braç 202, 13, bras, Arm 20, 9. 
breblz, -is, v: berbiz, -is. 
bref, brefment v. brief, briément. 
brese, braise, Kohlengluth 219, 8. 
bret, /. brete, riisé, verschlagen 337, 35. 
brevïaire, Brevier 446, 33. 
briclie, piège, Falle 226, 19. 
bricoigne, folie, Thorheit, 180, 6. 
bricon, nom. bris, 21, 2; 31, 31, fou, Narr. 
brief, bref, n, briés, bref, court, kvrz; pour b., 

pour être bref; bref, sous peu, in Kurzem; 

a br. jor., en peu de temps, in kurzer Zeit. 
brief, n. briés, lettre, Brief \\h, 3. 
briément, -ant, brefment, brièvement , kurz 

87, 39. 
brigant, pillard, Ràuber 465, 6. 
brin, Halm 463, 39. 
bringnole, espèce de catapulte, Wurfmaschine 

364, 29. 
brisier, -er, briser, se briser, brechen, zer- 

brechen 43, 26. 
broche, jjieu, spitzer Pfahl 271, 28. 
brochier, éperonner, spornen 22, 28. 81, 28. 
broderie, Stickerei 454, 27. 
broil V. bruel. 
broïne, bruine, 2)luie fine , brouillard, f einer 

Regen, JSebel 76, 5. 424, 25. 
broncier, broncher, slraucheln, fallen 194, 24. 
brouillier, brouiller, durch einander reden 

475, 23. 
brudler, brusier, brûler, brcnnen, verbrennen 

46, 30. 95, 17. 
bruel, brueil, broil, bois, forêt, Gehôlz, Wald 

330, 35. 
bruiere, bruyère, Haide 356, 6. 
bruine v. broïne. 
bruïr, brider, verbrennen 190, 21. 
bruire, faire du bruit, murmurer, bourdonner, 

brausen, rauschen, daherstilrmen 38, 30. 76, 

23. 331, 25. 335, 22. 
bruit, bruyt, nouvelle, Gerâusch, Ktinde 413, 

23; être en bruit, êh'e en vogue. 
36* 



547 



GLOSSAIRE. 



548 



brun, hraun 43, 13. 

bruuet, brunett 331, 30. 

brusler v. brudler. 

bue, bu, tronc du corps, Rumpf 20, 7. 

bue, houe, Bock 87, 4. 

bûche V. bouche et busche. 

bueler v. boucler. 

biief V. boef. 

buëlle, intestins, Geddrme 42, 2. 

buen V. bon. 

bues V. boef. 

buillir V. boillir. 

buisine, trompette, Posaune. 

buisson, buison, Gehûsch 448, 8. 

bnnted v. bonté. 

bnoii V. bon. 

barel, bureaux, grosse laine, Wollenstoff'Z29,\8. 

burial, tas, Hanfe 301, 1. 

buscbe, bûche, huche, Holzscheit, Holz 181, 

20. 219, 6. 
but, heurt, action de bouler, Stoss 123, 7. 
buter V. boter. 
butin, Beute 484, 2G. 

cf. k, qu. 

c' = ce, que. 

ça, cha, sa, sai, zai 211 , 40, ici, hier, hierher ; de 

ça, de sai, diesseits 56, 37; par-deçà; en ça, 

depuis lors, seitdeni 475, 1 ; ça, voici 300, 31. 
ca- cf. cha. 
cab V. chief. 
cabeyl v. chevel. 
cabir, finir, enden 20, 35. 
cace, cacer, cacier v. chace, cbacier. 
cachier v. cbacier. 
cader v. chaoir. 
cadhun, chacun, jeder 3, 22. 
cage, lidfio 449, 41. 
çaiens, chaiens, céans, hier drinnen, hier 

hinein. 
caille], ch-, caillou, Kiesel 330, 13. 24. 
çaindre v- ceindre; çainture v. ceinture. 
caïr V. chaoir. 
caitif t). chaitif. 

cativison, malheur, Ungliick 101, 25. 
Cillant, chaland, bateau, Schiff'sart 203, 23. 
caldaru, chaudron, Kessel 2, 18; caldarola, 

petit cliaudron 2, 19. 



caldiere, chaudron, Kessel 49, 8. 

calengier v. chalongier. 

calife, Kalife 399, 7; cf. algalife. 

caloir r. chaloir. 

calvaire, Schâdelstàtte 478, 29. 483, 12. 

cam- cf. cham-. 

camonsé, meutii, zerschunden 205, 3. 

campaigne, champ de bataille, Schlachtfeld. 

camuset, camus, court et plat, kurz und flach 

381, 31. 
can V. quan, quant. 
can- cf. chan-. 
canbre v. chambre. 
candele, v. chandoile. 
cane. Ente 449, 39. 

canel, canal, Kanal, Rinne 48, 42. 199, 29. 
canele, cannelle, Zimmt 78, 14. 189, 17. 
canon, Kanone 431, 7; instrument musica 

351, 10. 
canonuier, Kanonier 494, 17. 
canques v. quanques. 
cans V. champ. 
cant V. quant. 
cant- V. chant-. 
canut V. chenu. 
cap- cf. chap-. 

capitaine, Hauptmann 442, 21. 494, 1. 
capriuu, chevron, Dachsparren 2, 9. 
car, kar, quar, quer, car, donc, demi, doch 
. {Aufforderung , Wunsch) 27, 4. 30, 30. 39. 

91, 22. 
car- cf. char-. 
carbouclee, poussière de charbon, Kohlenstaub 

296, 24. 
carbounee, viande grillée, Rostfleisch 296, 28. 
carcer v. chargier. 
canne, Carmeliter 465, 10. 
carn v. char. 

caruel, mortel, von Fleisch 39, 27. 
carrefour, Kreuzweg 479, 38. 
cart V. quart. 
cart- cf. chart-. 

cartrier, geôlier, Kerkermeîster 206, 33. 
carue v. charrue. 
cas, cas, affaire, Fall, Schuld, Sache; a cas, 

à terre 144, 25. 
cascun v. chascun. 
casel, n. -iauR, case, Hutte 385, 22. 



549 



GLOSSAIRE. 



550 



casser, quasser, briser, se briser, brechen, 

zerbreclten 37, 37. 191, 14. 
casteëd, chasteté, Keuschheit 62, 34. 87, 34. 
cast- cf. cbast-. 

cataigne, chef, Anfiihrer, anfuhrend 43, 33. 
caiichier, caucier v. chaucier. 
canper v. couper. 
cause V. chose. 
cant V. chaut. 

eautelle, cautèle, Vorbehalt 407, 38. 
caval V. cheval. 
cayalleyr v. chevalier. 
cayer, anshùhlen 45, 15. 
cayiaus v. chevel. 
ce, che, ce, cela, dieser, (lies. 
ce- cf. che-. 
cëans, cëanz v. ceenz. 
cèdre, Zeder 53, 32. 
ceenz, ceens, cëanz, cëans, sëans (cf. vaiens), 

ici dedans, hier drin, hier hiiiein. 
ceiî cela 270, 28, [var.). 
ceincle, ceinture, Gurt 81, 35. 
ceindre (p. 509), çaindre, ch-, seindre, gûrten, 

uiiif/ûrten. 
ceinture, cain-, chain-, seine-, ceyntur 331, 5, 

ceinture, Gûrtel; alntours, Unigebung. 
ceiuturete, sent-, dimin. Gûrtel 174, 17. 335, 12. 
cel, ciel, sel 199, 44, ce, celui, dieser, derjenige 

39, 6. 
cel V. ciel, 
célébrer, feiern. 
celée, secret, Verheimlichung 174, 37; a. c, 

heimlich 196, 33. 
celeement, -ant, secrètement, heimlich 449, 46. 
celer, cheler, celler, 2e pers. colles 133, 17, 

celer, cacher, verheimlichen, verbergen; ne 

pas trahir, nicht verrathen 91, 11; a, en celé, 

en cachette, insgeheini 120, 9. 
céleste, himmlisch 90, 25. 
celestïal idem 92, 10. 
celler, cellier. Relier 48, 44. 337, 19. 
celui, chelui, ce, celui, dieser (p. 503). 
cembel, n. cembiaux, combat, KampfiXA, 31. 
cembeler, combattre, kûmpfen 191, 18. 
cemetiere, cimetière, Ji'irchhof '21\, 20. 
cemise v. chemise. 

cendal, -el, cendés 193, 6, demi-soie, Ta/fet. 
cendre, Asche 467, 2. 



cenele, cinele, cenelle, Scharlacheichenbeere 

190, 24. 372, 31. 384, 32. 
cenelier, cellc'rier, Kellermeister 165, 4. 
cent, hundert 85, 8. 
center v. chanter. 
centurïon, Bauptmann Ail, 34. 
ceo, ceu, çou, chou, ço, zo 9, 13, cio 10, 35, 

ce/a, dies {p. 503); per cio, pour cela, des- 

wegen, 10, 35; czo 6, 7. 
cepee, haie, Hecke 196, 3. 
ceper (anglos.) geôlier, Kerkermeister 51, 4. 
cercel, toupie, Kreisel 329, 31. 
cerchier, cercher, sercher 409, 29, chercher, 

examiner, parcourir, suchen, aufsuchen, 

durchsuchen 69, 34. 
cerf, cierf, serf, n. cers, cerf, Hirsch 53, 39. 
cerise, ser-, cerisse, cerise, Kirsche 232, 15. 
cert, chert, certain, sûr, sicher, confiant, ver- 

trauend 318, 15; cert, certe, -es, a certes, 

acertes, certainement, sicherlich 8, 17. 
certain, ch-, certen, certain, sur, fidèle, sicher. 

zuverlàssig 129, 39. 403, 34; faire c, assurer, 

versichern. 
certainement, certainn-, chertain-, sicherlich 

112, 14. 
certainité, certitude, Getvissheit 349, 21. 
ceryel, cervele, -elle, cerveau, cervelle, Hirn 

42, 15. 409, 43. 
ceryoise, Krâuterbier 366, 25. 
ceseun v. chascun. 
cesse, Aufhôren. 

cesser, ablassen, aufhôren 27, 37. 
cest, chest, cestui, chestui, ce, celui, dieser 
ceu V. ceo. [{p. 503). 

ceuillir v. cueillir. 
cev- V. chev-. 
ceyntur v. ceinture. 
ch- cf. C-. 
cha- V. ça-. 
chaaine, chaainne, cbeene, chaîne, chainne, 

chaynne, chaîne, Kette 258, 29. 
chaair v. chaoir. 
chace, cace, chasse, chasse, poursuite, déroute, 

Jagd, Verfolgung 127, 13. 
chacier, chaicier, chascer, chasser, cacier* 

cacer, cachier, qacier, chasser, poursuivre, 

jagen, verjagen, fortjagen 379, 38; conduire, 

fûhren 297, 13, 



551 



GLOSSAIRE. 



552 



chacun v. chascun. 

chaëre v. chaiere. 

chaicier v. chacier, 

chaiens v. çaiens. 

chaiere, chaëre, chaire, troue, sicge, Slu/ilô^, 8. 

348, 19. 
chaillel v. caillel. 
chaillenger v. chalongier. 
chaindre v. ceindre. 
chaîne, chainne v. chaaine. 
chaingier v. changier. 
chainture v. ceinture. 
chair v. char. 
chaïr V. chaoir. 
chaire v. chaiere. 
chaitif, caitif, chetif, n. -is, chélif, malheureux, 

prisonnier, elend, unglûcklich, gefangen 65, 

22. 200, 41. 404, 18. 
chalce, chausse, c/i«MW^,^««^c/«Vwe 57,8. 83,39. 
chalemel , calamel 1, 13, chalumeau, Rohr, 

Hirtenpfeife 329, 36. 
chaleur, chall-, Hitze. 
chaloir (p. 511), caloir, challoir, importer, 

soucier, gelegen sein, kûmmern 33, 4; non- 

chaloir, ISHchtbeachtting 334, 8. 
chalongier, calengier, chaillenger, demander, 

7-evendiquer , attaquer, verlangen , werben 

140, 3. 306, 33. 382, 39; provoquer, heraus- 

fordern, défendre^ vertheidigen 33, 17. 
chalt V. chaut. 
chalumelle, chall-, chalumeau, Rohrpfeife 

466, 24. 
chambre, c-, canbre, chambre Zitnmer21, 7; 

résidence rogale, Résident 44, 1. 
chamise v. chemise. 
champ, camp, n. chans, -nz,cans, champ, champ 

de bataille, Feld, Schlachtfeld, Schlacht 36, 

38. 41, 21. 76, 9; campagne, Land. 
champel, c-, du champ, Feld-, 45, 28. 79, 2. 
champion, -un, campïon, -un, champion, Kûm- 

pfer, Zweikàmpfer, Krieger 41, 35. 57, 1. 
champun, champ, Feld 21, 20, 
chamsil, linceul, Leintuch 14, 18. 
chanberiere, femme de chambre, Kammerfrau 

167, 34. 
chanbre v. chambre. 
chanceler, -eller, canceler, taumeln, schwan- 

ken 41, 18. 



chançon, c-, canchon, chanson, Gesang, Lied 
102, 28. 

chançonete, chansonnette, chansonnette, Lied- 
chen. 

chandelier, candeler 201, 25, Leuchter. 

cliandoile, candele, chandelle, Kerze. 

changier, -er, cangier, -er, jang- 19, 31, chain- 
gier, changer, veràndern, vertauschen. 

chanoine, can-, Canonicus 104, 3. 

chans v. champ. 

chanson v. chançon. 

chant, cant, kant, Gesang 20, 40. 

chanter, -eir, canter, kanter, center 287, 38, 
singen; krûhen 10, 29. 

chanz v. champ. 

chaoir {p. 511), chaair, chaor, chaïr, caoir, 
caïr, cader 9, 16, chëoir, cheïr, cheder 9, 19, 
caioir, këoir, tomber, fallen; tourner, arriver, 
aus-, zu fallen 162, 32. 185, 18; réfl. 430, 45. 

chape, cape, manteau, Mantel 164, 33. 387, 37. 

chapel, -iel, -ia], cape), n. capiax, chappeaulx, 
capeaulx, chapeau, couronne, Hut, Jiranz, 
97, 8. 466, 27. 

chapelain, Kaplan, Beichtvater 401, 38. 

chàpele, -elle, chapelle, Kapelle 63, 32. 

chapelet, petite couronne, Kranzchen 385, 41. 

chapelier, le dessus du haubert 24, 26. 

chapial, -iel v. chapel. 

chapitre, Kapitel, 247, 27. 

chapleïz, cliquetis, Klirren 122, 32. 

chaplison, idem 81, 26. 

chapon, Kapaun. 

chapulere, froc sans manches, Scapulier 310,15. 

char, -rn, chair, car, -m, chair, viande, Fleisch, 
Menschlichkeit 14, 4. 39, 15. 87, 32. 

charbon, car-, Kohle 84, 20. 

chardon, Distel 495, 21. 

chardonal, n. -ax, cardinal 186, 6. 

charete, car-, charrete, -ette, Karren, Wagen 
166, 12. 

charge, Lasl 50, 10, Amt. 

chargier, charger, cargier, carcer 201, 4, char- 
ger, confier, laden, beladen, aufladen, auf- 
tragen 479, 43. 

chariot, Wagen 494, 33. 

charitable, liebrcich 375, 31. 

charité, -eit, carité, -et 15, 19, -ad 12, 23, Liebe 
(zu Gott und zum Nàchsteu) 79, 23. 200, 13. 



553 



GLOSSAIRE. 



554 



charu v. cbar. 

clial'oiug'iie , -oiigiie, -uigiie, cadavre, Leich- 

nam, todtes Fleisch (iO, G. 37:5, 15. 471, 29. 
cliarrete, -ette, v. charete. 
cliarretier, Fu/ir/nanu 213, 18. 
charretil, charreUc, Karren 217, 24. 
cbarretou, cher-, c/iarrelier, Fuhnnann 36 1 , 30. 

3(J2, 1. 
charroi, -oy, ensemble des chariots, Wagen 

429, 42. 
cliarroier, charrier, fahreii 195, 5. 
cliarrue, carue, Pflug, Karren 209, 33. 297, 13. 
chartre, cartre, châtre, prison, Kerker 99, 28. 
cbartre, charte, lettre, Urkunde, Brief 38, 1 5. 

100, 17 ; ch. pendanz, chartes scellées 265, 3. 
charuigue v. charoingue. 
chas V. chat. 
chascer v. chacier. 
chascuQ, cas-, chau-, ches-, ces-, auch adj. 

chacun, jeder 385, 28. 
chasne v. chesne. 
chasse, chasser, v. chace, chacier, 
chastaigue, châtaigne, Kastanie 387, 35. 
chaste, pur, chaste, keusch 207, 39. 
chaste], -eau, n. -iaus, -iax, château, Schloss; 

ch. eu Espaigne, Luftschloss 325, 36. 
chastelain, châtelain, Burgherr 73, 9. 
chastellerie, châtellenie, Bezirk 430, 11. 
chastement, keusch 237, 2. 
chasti , casti , correction , leçon , Zurechtmei- 

sung, Lehre 134, 40 ; recommandation, Mah- 

nung 184, 12. 
chastiaus v. chastel. 

chastïemeut, etiseignement, Unterweisung 281. 
chastïer, -oier, castïer, reprendre, corriger, 

instruire, faire des reproches, tadeln , zu- 

rechlweisen, belehren, vorwerfen 17, 4. 213, 

1. 273, 32; réfl. 312, 28. 
chat, n. chas, Katze. 
chatel, Uen, caintal, Gut, KapitalhX, 3. 304, 

21. 394, 8. 
châtre v. chartre. 
chauce v. chalce. 

chauchier, tasser, aufhàufen 211, 20. 
chaucier,-8ser, calcier,cauchier,-cier,c/i«M.S5tfr, 

anziehen, bekleiden 47, 41. 296, 29. 
chaucuu V. chascun. 
chaufer, chauffer, ivarm machen 223, 20. 



chault V. chaut. 

chaume, Strvh 366, 1. 

chausse v. chalce. 

chausser v. chaucier. 

chaut, -It, chalt, caut, chaud, tvarm 58, 42. 

chavol V. chevel. 

chayiiue v. chaaiunc. 

che v. ce. 

che- cf. ce-. 

cheder v. chaoir. 

cheeue v. chaainiie. 

chef V. cbief. 

chela, cela, dies. 

cheler v. celer. 

chemin, cemic, Weg. 

cheminai, cheminée, cheminée, Jùimin 181, 26. 

312, 3. 
cheminer, wandeln, gehen 424, 18. 
chemise, ce-, cha-, quemise, cemisse, Hemde 

12, 14. 124, 19. 382, 9. 
chen V. chien. 

chêne, poil blanc, graues Haar 181, 13. 
chenet, j^etit chien, Hûndchen 105, 27. 
chenu, ke-, que-, canu, -ut, grau 36, 23. 199, 32. 
chep, fer aux pieds, Fusseiscn 404, 19. 
cher V. chier. 
chère, v. chiere. 
chereton v. charreton. 
chérir, chierir, lieben, iverth halten 85, 28. 

114, 2. 
chers, chertain v. cert, certain. 
cherté, chierté, charité, amour, Liebe 8, 13. 

114, 8. 115, 18. 
chérubin, cer-, Cherubim 46, 5. 196, 4. 
cbescun v. chascuu. 
chesne, chasne, chêne, Fiche 67, 16. 
chest, chestui v. cest, cestui. 
cheté, bien, Gut 326, 14. 
chetif V. chaitif. 

chetivel, chétif, unselig 345, 29. 
cheue v. chief. 
cbcTacher t'. chevauchier. 
cheval, ceval, caval 55, 9, chival 51, 20, n.{etpl.) 

chevax, -aux, -aulx,cevaus,-ax, P/(?r<;?r28, 11. 
chevalehier, -cier v. chevauchier. 
chevalereux, chevaleresque, ritterlich 439, 34. 
chevalerie, chevalerie, nombre de chevaliers, 

Ritterschaft, -ivùrde, Ritterschar. 



555 



GLOSSAIRE. 



556 



chevalier, -aler, -allier, -elier, cevalier, caval- 

leyr 20, 13, Ritler 30, 34. 
che?ance, possession, avoir, Besitz, Hab und 

Gut 443, 16; subsistance, Auskommen 309, 11. 
cheyauchenr, -aulcheur, cavalier, Reiler, 

ccluireur, Kundschafter 494, 44. 
chevauchier , chevachier, chevalcier, cheval- 

chier, chevalcer, cevaucer 203, 24, aller à 

cheval, reiten 38, 27. 121, 21, 
che?ax v. cheval. 
chCTel, -eus, -ous, -eulx, chavol, caviaus, que- 

vel, cabeyl (prov) 20, 4, cheveu, Haar 97, 7. 
chevelier v. chevalier. 
chevet, Kop fende 352, 14. 
chevillete, chevillette, kleiner Pflock 349, 25. 
chevir, finir; réfl. se débarrasser, sich enlle- 

digen 407, 33; finir sa besogne 479, 8. 
chevrefoil v. chievrefuel. 
chevreson, chevreau, junge Ziege 359, 3. 
chevroel, chevreuil, Geiss 50, 3. 
chi V. ci, qui. 
chi- cf. ci-. 

chiche, avare, geizig 400, 33. 
chief, chef, cief, kief, quief, cab {prov.) 1 1 , 39, 

queu 17, 25, cheue ti, 28, n. chiés, clés, tête, 

chef, bout, Haupt, Fùhrer , Anfang, Ende 

378, 34, Spilze; a ch., à la fin 145, 10. 150, 

4. 322, 24; de ch. en ch., d'un bout à l'autre 

364, 7. 
chiel V. ciel. 
chielt V. caloir. 
chien, chen, Jlund 108, 34. 
chier, cher, cier, cher, de haut piix, Iheuer, 

lieb, werthvoll, tverlh; cier tans, Thcuerung 

158, 26. 
chierc, chère, ciere, visage, Gesicht 127, 25; 

mine, accueil, Mine, Empfang 74, 14. 290, 15. 
chiercment, cher, à haut pria; theuer 333, 20. 
chierir v. chérir. 
chierté v. cherté. 
chiés V. chief. 
chieus, chiex v. ciel. 
chievre, -euvre, chèvre, Ziege 359, 2. 
chievrefuel , -fiaus, chevrefoil , chèvrefeuille, 

Geissblatt 227, 29. 230, 31. 
chievrouner, garnir de galons, mit Tresscn 

verschen 430, 23. 
chiex V. ciel. 



chiez, chez, bei 166, 20. 

chil, chine v. cil, cinc. 

chis, chit, cbité v. cité. 

chitouaus, zcdoaire, sorte d'épice, zittver 189, 

18. 
chival v. cheval. 
choisir, chosir, cuesir 424, 29, jausir 19, 19. 

20, 33, coisir, apercevoir , découvrir, voir, 

choisir, bemerken 62, 2, enldecken, sehen 

29, 33, Tvàhlen; viser, zielen 20, 33. 
chommer, cliômer, mûssig sein 463, 21. 
chose, -sse, -ze 191, 1, -sce, cose, cosa 3, 22, 

kose, cause, chose, cause, Sache 469, 38, 

Ursuche; Wesen, créature 196, 21. 
chosete, -ttc, petite chose, Sàchelchen 384, 33. 

469, 36. 
chosir V. choisir. 
chou V. ceo. 
chr- V. cr-. 

ci, chi, si, cy, ici, hier; de ci, von jetzt an. 
cie- cf. ce-. 
ciel, cel, chiel, ciex, cieulx, chiex, chieus, ciel, 

Rimmel 92, 24. 
ciel V. cel. 

cier, ciere v. chier, chiere. 
cierf V. cerf. 

cierge, Wachskcrze 201, 26. 
ciés V. chef. 
ciex V. ciel. 

cigflaton, étoffe de soie, Seidenstoff 146, 11. 
cil, chil, ce, celui, dieser (p. 502). 
cinc, chine, funf 63, 13. 
ciuce, chiffon, vieux linge, Lumpen 29, 3. 
cinele v. cenele. 
cinquante, fûnfzig 368, 29. 
cinqnantisme, cinquantième, der fiinfzigsle 

278, 39. 
eiuquiesme, cinquième, der fûnfte 413, 6. 
cio v. ceo. 
ciptat V. cité. 

cire, Wachs. j 

cisailles, cisel 198, 5, ciseaux, Scheere 371, 41. \ 
cist v. cest. 
cité, -et, -eit, chitc, cytc^, ciptat 12, 13, ciutat 

18, 16, cit 68, 12, chis, chit, ciu 18, 14, cité, 

ville, Stadt. 
citerne, cy-, Cislerne 418, 25. 
ciu, ciutat, v. cité. 



557 



GLOSSAIRE. 



658 



clui- V. cla-. 

clamer, ;;/'i\ claim, cleim, nommer i\, 30. 77, 8, 

appeler, proclamer , réclamer, prétendre, 

nennen, zuriickfordcrn , bcanspruehen, refl. 

se plaindre, sicli beklagen; clamer sa coupe, 

confesser tout haut sespéckés; quite cl., frei- 

sprechen, erlassen 58, 21. 241,9. 254, 6. 307, 16 
claiiiif, demandeur, KUujer 51, G. 
clamor, -our, appel, plainte , Anruf, Klage 

30, 34. 231, 18. 
clar V. cler. 
claré, -et, vin coule à travers un chausson 

où sont des épices, gervûrzter Wein 45, 23. 

200, 25. 
clarté, cleirteit, prov. claritat 19, 29, Helle, 

Glanz, Klarheit 339, 32. 
clas, son. Ton, Laut 17, 27. 
clauflre v. clotire. 

clef, n. clés, clef, Schlûssel 206, 10. 
cleim V. clamer. 
cleir V. cler. 

clementia, clémence, Gnade, Milde 6, 15. 
cler, cleir, prov. clar 20, 3. 38, clair, brillant, 

klar, hell, laut 34, 30. 35, 12. 
clerc, n. clers, clerc, lettre, GeistUcher, Ge- 

lehrter 193, 20. 374, 28. 
clergié, clergie, clergé, Geisilichkeit 74, 46. 

236, 34. 
clergier, faire clerc, zum Geistlichen machen 

16, 7. 
clergon, clerc, GeistUcher 403, 19. 
clerje, clerc, GeistUcher 16, 42. 18, 20. 
cleuflchier, clouer, mit Nàgeln befestigen 271, 

2S. 
clicquetis, cliquetis, Lârm 432, 17. 
cliner, intr. s'inclmer, sich verneigen 35, 28. 
clingnier, clignement, bUnzelnder BUck 129,7. 
cliqueter, klappern 472, 31. 
cliquette, crécelle, Klapper 469, 20. 472, 31. 
cloflre, clauf-, clouer, mit Nageln anschlagen 

11, 17. 245, 21. 
cloistre, cloître, Kloster. 
clore (p. 509), fermer , enfermer , schliessen, 

einschliessen 151, 31. 
closier, jardinier, fermier, Pachter 423, 37. 
closture, clôture, Gehûge 449, 11. 
clou, Nagel 483, 23. 
clouer, nageln. 

Bartsch, Chrestomathie. VI. Éd. 



cilivet, petit canif, Messerchen 106, 7. 

(,'0 V. ceo. 

coiirdie, eu-, lâcheté, Feigheit 44, 20. 

coart, couart, cuard, -art, couwart 397, 22, n. 

coarz, couard, lâche, feige, zaghaft 123, 18. 

166, 37. 
cobetad (prov.), avidité, Hahsucht 9, 31. 
eue, coq, Hahn 269, 20. 
cochier v. couchier. 
cocu, cornu, gehornt 318, 30. 
codre, coudrier, Haselstaude 219, 4. 266, 20. 
codroie, cou-, coudraie, Haselgebilsch 335, 39. 
coens V. coûte, 
coer, coeur v. cuer. 
cogn- V. con-, conn-. 
coi V. quoi. 
coi, coit, coy, quoi, paisible, tranquille, ruhig, 

stiU 201, 34. 235, 11. 
coiement, tranquillement, still 196, 33. 
coifife, Haube unter dem Helm 315, 34. 
çoile v. celer. 

coille, couille, Hode 52, 3. 301, 13. 
coillir V. cueillir. 
coin, Keil 369, 13. 
cointe, instruit, prudent, gracieux, paré, klug, 

kundig, fein gebildet 30, 25, freundlich, an- 

muthig, geschmûckt, schmuck 329, 22. 
cointemeut, pmdemment, klug 271, 23. 
cointerel, élégant 329, 14. 
cointerle, politesse, gentillesse, Artigkeit 387, 

30. 
coiutie, idem 388, 4. 
cointise, cuintise, ^râc^, AHmuth2Z2, 13; ruse, 

Schlauheit 105, 3. 
cointoier, parer, schmiicken 329, 21 ; jouer, 

spielen 329, 37; réfl. 336, 22, 
coire v. cuire. 

coisier, réfl. se taire, schweigen 235, 12. 
coit V. coi. 

coitier, presser, bedràngen 86, 21. 
col, cou, cou, Hais. 
(;ol = ço le 25, 27. 
colchier, colcier v. couchier. 
coleiar, (prov.) frapper sur le cou, auf den 

Hais schlagen 10, 22. 
coler, couler, couler , glisser, trop f en, aus- 

gleiten 24, 29. 71, 9. 227, 14. 
colérique, cholerisch 253, 4. 

37 



559 



GLOSSAIRE. 



560 



coleure v. colorer. 

colier, cou, Hais 71, 12. 

collatïon, petit repas, kleine Mahlzeit 427, 15. 

collée, accolade, Schlag auf den Haïs iS9, 41. 

collet, cou, Halsia, 5, collet, Halskragen 460, 35. 

coloier, réfl. tourner le cou; sich umsehen, 
214, 20. 

Colomb, couloD, pigeon, Taube 6, 11. 430, 45. 

colome, colonne, Saule 181, 25. 

color, -our, -ur, coulor, -our, -eur, culur, cou- 
leur, prétexte, Parle, Vorrvand 462, 3 1 ; de 
c, bunt 59, 36. 

colorer, cou-, colorer, fârhen 464, 19; colorad 
20, 5; fig. 373, 23. 

colp, cols V. coup. 

coli)e V. coupe etc. 

colnr V. color. 

com, cum, con, cuii , corne, cume, comme, 
conme, coume, comme, comment, que, (après 
le compar.), comme si, combien, lorsque, 
quand, wie 3, 22. 5, 28. 11, 20, als 9, 2, als 
ob 20, 18. 97, 29, wie viel 20, 42, wann 12, 43 ; 
afin que, damit 6, 5 ; com se, comme si, als 
ob 29, 1, com plus — plus, je mehr — desto 
mehr 284, 5. 

coma V. come. 

cumanc- v. comenc-. 

comandemeut, cum-, comm-, Befehl, Gebol 
27, 40. 120, 20. 

comander , comm- , conm- , cum- ; comender, 
comm-, commander, confier, befehlen 198, 31, 
anvertrauen 15, 6. 198, 17. 31. 

comandise, conm-, commandement, Befehl 
231, 26. 320, 15. 

cornant, comm-, comand, cum-, comm-, com- 
mandement, Befehl, Gebofll, 5. 77,38. 99, 26. 

cornant v. cornent 

combatre, cum-, combattre, kàmpfcn, be- 
kâmpfen, sich schlagen 159, 9; refl. 36, 16; 
combatant, Kampfer 36, 33. 73, 33. 36. 

combien, cum-, wie viel, wie sehr 112, 8; c. que, 
de quelque manière que, wie aucli; quoique, 
obgleich. 

comble, plafond, Decke 353, 20; comble, Ue- 
bermass 211, 17. 

comblé, comblé, riche, reich versehen 303, 28. 

combrer, conbrer, prendre, ergreifen 204, 34; 
arrêter, fesinehmcn 205, 43. 



comburir, bi'tder, verbrennen 7, 31. 

come, prov. coma, cheveu, Haar 19, 40; plur. 
cornes, feuillage, Laub 412, 20. 

come V. com. 

comencement, coum-, comm-, conm-, coman-, 
commencement, Anfang. 

comencier, -cer, -sier, -chier, eu-; cumaucer, 
cumm-, commencier, -chier, -cer, commencer, 
anfangen 8, 11. 34, 34. 111, 6. 198, 30; refl. 
431, 8. 

cornent, -ant, comment, -ant, coument, eu-, 
comment, wie 168, 23; c. que, quoique, ob- 
gleich 377, 42. 409, 31. 

comfaitement, comment, wie 268, 4. 

comin, cumin, Kûmmel 281, 34. 

comm- cf. com-. 

commère, Gevatterin 379, 7. 

commetre, remettre, ûbergeben. 

commun, commun, général, ordinaire, gemein- 
sam, allgemein, gewôhnlich, niedrig; subst. 
commune, Gemeinde 364, 2. 390, 26; li com- 
muns, der gemeine Mann 364, 2. 

commnnament, -aiment, aument, -ement, 
conm-, en commun, ensemble, allgemei7i9b,21. 

conimunaulté, commune, Gemeinde 434, 2. 

commune, ?nefiu peuple, niederes Volk 444, 
16. 

communïer, faire communier, das Abendmahl 
reichen 16, 25. 

commuTolr v. conmovoir. 

compaigfue, -eigne, compannie 9, 11, com- 
pagnie, détache?nent, Abteilung, Compagnie 
430, 20; compagne, Genossin 153, 11. 325, 35. 
397, 45. 

compaig-nie, -aguie, compaignnie, -agnie, cum- 
paignie, compagnie, Gesellschaft, Begleitting 
57, 46. 193, 9. 

compaignou, conpagnon, cumpaignun, n. com- 
paius, conpains, cumpains, -aign, compa- 
gnon, ami, Gefâhrte, Genoss, Begleiter ,Freund 
34, 32. 104, 22. 192, 25. 

comparer, acheter, payer, kaufen, erkau- 
fen, bezahlen 86', 7. 199, 1. 206, 32; com- 
par ei\ vergleichen 411, 3. 

compasser, meswer, 7nessen 380, 46. 

compère, coup-, cotnpère, Gevatter 64, 34. 
220, 7. 

complaindre, plaindre, beklagen, ré fi. 160, 10. 



561 



GLOSSAIRE. 



562 



coiii|)Iaire, conpl-. plaire, gefallen 41)2, 24. 

cuinpreudre, hcyrcifen, in sicit sc/i/iessen. 

compte, compter v. coûte, conter. 

comtesse v. contesse. 

cou V. com. 

coubrer v. combrer. 

concevoir, einpfangeii 87, 36. 

contliïé, confus, venvirrt 325, 9. 

concillier v. conseillier. 

conclure, schliessen, beschliessen. 

conclusion, conclusion, résolution, Schluss, 
Besclduss 476, 33. 494, 7. 

concorder, accorder, concorder, in Vebercin- 
stimmung setzen, stimmen 151, 6. 213. 10. 

concreidre, re'fl. croire, glauhen 6, 7. 

condescendre, sich herablassen 458, 16. 

condicïon, -tïon, Lage 46U, 36. 

condigne, digne, ?viirdig 483, 7. 

coudigner, croire digne, fur iviirdig Italien 
16, 1. 

condormir, s'endormir, entschlafen 9, 1. 

conducteur, condottiere 494, 24. 

conduire, -ure, fûhren, geleiten 8, 22. 11, 35. 

conduit, conduit, conduite, Leitung , Kanal, 
Gelcil, Schiitz 195, 27. 205, 35. 351, 36; pren- 
dre qch. en c, repondre de, garantiren 173, 
23. 

conduite, Betragen. 

eonestuble, conn-, cua-, connétable 57, 44. 
413, 30. 

coufermer, confirmer, bestàtigen. 

confés, qui confesse, gestàndig 79, 36; con- 
fesseur, Bekenner 318, 4. 

confesser, réfl. confesser, beichten 80, 10. 

confession, Beichte 13, 7. 

confire, composer, zusammensetzen 423, 30. 

confondre, cunfundre, confondre, ruiner, ver- 
wirren, vernichten 169, 4. 223, 9. 358, 16. 

confort, cun-, consolation, secours, Trost, 
Eûlfe, Zuversicht 33, 32. 

coufortement, consolation, Tïost 347, 4. 

conforter, cun-, consoler ,encou7'ager , soulager , 
trôsten, zureden, erquicken 17, 19. 385, 5. 

confrère, Mitbruder. 

confusion, trouble, Verwirrung, Trûbsal 101,19. 

congié , -gé, -giet, cungé, -et, -iet, cumgiet, 
congé, permission, Urlaub, Abschied, Erlaub- 
niss 16, 26. 40, 6. 47, 44. 51, 18. 410, 23. 



congïer, congeier, congeer, congédier, bannir, 
beurlauben, verbannen 46, 16. 107, 39. 265, 16. 

congnoistre v. conoistre. 

conjeier v. congïer. 

conjoïr, féliciter, saluer, begliickjvûnschen, 
begrussen 349, 9. 434, 30. 

conjurer, beschwôren 10, 14. 

conm- cf. com-. 

conmoToir, commuveir, mouvoir, agiter, be- 
rvegen, erregen 53, 37. 

conn- cf. con-, 

conuart, imbécile, Narr 322, 15; cf. cornart. 

connil, lapin, kcminchen 448, 37. 

connistre v. conoistre. 

conuoissance, cogn-, connaissance, Kenntniss, 
Bekanntschaft 419, 15. 

counoissemeut , connaissance, Erkenntniss 
73, 34. 

conoistre (p. 511), cou-, conn-, cogn-, congn-, 
que-; conistre, cou-, eu-; conuistre, eu-; co- 
nustre, connaître, reconnaître, avouer, ken- 
71 en, erkennen, erfahren, bekennen 51, 38. 
419, 25; réfl. sich bekennen. 

conp- cf. comp-. 

conpaignet, co}/ipagnon,Genoss,Freund 29i, 16. 

coupas, circuit, IJmkreis 158, 31. 

conplie, la dernière heure canonique du Jour, 
lat. compléta 335, 15. 

conpte V. conte. 

conquerre, cun-, conquérir, gagner, vainci-e, 
arrêter, ermerben, erobcrn 18, 29, besiegen, 
gefangen nehmen. 

couquerreur, conquérant, Eroberer 414, 5. 

conquester,5'«^?i^r, vaincre, erwerben, besiegen 
86, 33. 205, 37. 399, 15. 

conreier, -eer, -aër, -oiar, équiper, pt-éparer, ar- 
ranger, ynettre en ordre, ausriislen, bereiten, 
zurechl machen 78, 37.95, 33. 120, 27. 195, 23. 

conroi, -oy, cunrei, éqidpage, arrangement, 
ordre, troupe en rang, Ausrûstung, Ordnung, 
Trvppenablheilung, Schar96, 18. 116, 8. 141, 
23. 315, 15. 

cons V. conte. 

consachaule, coupable, schuldig 213, 16. 

consantir v. consentir. 

consande, marguerite, Masslieb 423, 8. 

conscience, Gefvissen 211, 36. 4S3, 26. 

consegre v. consevre. 

37* 



563 



GLOSSAIRE. 



564 



conseiU -eyl, -el, -iel, -oil, eus, -cunseil, -eull, 
co)iseiL Rath, Beralhung, Ralhsvcrsmiunlung , 
RathgeberlG,^. 11.20,22. 120, 6.361, 9; ac, 
secrètement, im Vertrmien, insgeheîm 167, 3. 

conseillier. -er, -oillier, cucseillier, concillier, 
conseiller, consulter, faire confidence, prendre 
unerésohilion,rathen , berathen, sichberathen, 
7}iiitheilen 41, 2. 73, 14, 96, 22. 125, 34. 162, 
15. 168, 5. 174, 20. 192, 5. 

conseiller, -ellier, -illier, cunseillier, conseiller, 
Rathgeber 5, 5. 16, 10. 25, 12. 31, 23. 

consentir, -antir, consentir, accorder, beistim- 
men, bewilligen, erlaubenW, 13. 74, 8. 176, 35. 

cnnseutour, complice, Beistimmer 34.^, 34. 

conséquence, raisonnement, Folgerung 462, 35. 

conseryer, observer, tenir, halten. 

conseus v. conseil. 

conseTre, consegre (prov.) 9, 38, atteindre, er- 
reichen 44, 41. 204, 28. 

considérer, errvagen, betrachten 477, 4. 

considrer v. consirrer. 

consiel v. conseil. 

consilliere, conseiller, Berather 318, 7. 

consirrer, se résigner, se passer de, verzichten 
29, 15. 31, 9. 

consoil, consoillier v. conseil, conseillier. 

consommer, zu Ende fûliren 464, 20. 

conspiracïon , conspiration , Verschwurung 
445, 19. 

constant, zuverlàssig 443, 27. 

contar v. conter. 

conte, cunte, comte, compte 15, 41, nom. coens, 
cuens, quens, cens, comte, Graf 

conte, compte, conte, compte, Erzàhlung, 
Rechenschaft. 

conté, comté, Qrafschaft. 

contenance, Haltung. 

contençon, émulation, Wetteifer 81, 38. 

contendre, se débattre, disputer, kûmpfen, 
streiten 327, 6. 

coutenemcnt, conduite, Benehmen 7, 33. 155, 6. 

contenir, se c. , se comporter, sich benehmen, 
sich gebehrde7i 28, 44; siibst. maintien, Be- 
nehmen 72, 42. 

content, zufrieden. 

content, comptant, baar 455, 32. 

contentement, tout le ntkessaire, dus Nôtige 
313, 2. 



contenter, zufriedenstellen ; réf.. sich begnugen. 

contenz, lutte, débat, Streit 136, 13. 

aoniQY^prov. -ar 19, 4, cunter, erzdhlen 401, 19. 

contesse, comt-, comtesse, Grufin 78, 3. 

continent, -ant, enthaltsam 208, 25, 209, 15. 

continuel, bestândig 451, 37. 

continuer, fortfaliren. 

contoier, convei'ser, plaudern 243, 20. 

contra v. contre. 

contraire, cuntraire, adj. et subst., contraire, 

contrariété , zuwiderlaufend , quer, Wider- 

wàrtigkeit, Verdriesslichkeit 212, 28. 270, 29. 

324, 15. 
contrarier, cun-, combattre, bekâmpfen 123, 9. 
contrariété, Widerwàrtigkeit 451, 41. 
contre, contra 4, 19, cuntre, prép. et adv. 

contre, vers, gegen, entgegen 35, 35. 40, 3. 

41, 35. 43; au contraire, dagegen. 
contré = contrée 280, 17. 
contredire, contredire, refuser, verweigern, 

versagen 6, 9. 193, 23. 395, 38; part, maudit, 

verflucht 33, 23. 
contredit, contradiction, Widerspruch. 
contrée, -ede, cuntree, contrée, Gegend, Land 

25, 32. 27, 27. 62, 12. 
contrefaire, nachmachen. 
contremont, en haut, aufwârts, empor 72, 3. 

199, 6. 
contrester, r<?,$('5/é;r, Widerstand leistenl^, 15. 
contrerai, en bas, hinab. 
contrister, cun-, attrister, betrûben 118, 2. 
controTCr, trouver bon, fur gut befnden 15, 

38. 
controTcrs, contradictoire, widersprechend 

451, 34. 
conturber, troubler, verwin-en 55, 10. 
conustre v. conoistre. 

convant, couv-, cov-; couvent, cov-, cuv-, ré- 
union, société, ordre, condition, promesse, 

Zusammenkunft, Versammlung 386, 37, Con- 

vent, Bedingung, Versprechen 47, 7. 77, 36. 

170, 8. 360, 32; avoir en c, i}romettre 170, 

5. 295, 17. 
convenance, cov-, convenence, convention, 

traité, accord, promesse, Verabredung, Ver- 

trag, Versprechen 263, 6. 
convenaucier, -cer, proinetlre, ver.<!prcchen 

475, 2. 



565 



GLOSSAIRE. 



566 



cooTeuaiit. couv-, slipiihition, avoir en c, 

proiiieitre, versprechen 79, 1 ; volonté, Wille, 

GesinmuKj 396, 28. 
conveiiaiiter, assurer, versichern 437, 20. 
couveueiice v. convenance. 
eouTenir, couv-, cov-, s'asse^nbler , convenir, 

falloir, zusammcnkommen, eins rverden, ge- 

ziemen, passen, iniissen SO, 40. 233, 6. 3t)l , 2() ; 

laisser c, laisser faire, laisser se tirer d'af- 
faire, gewàhren lassen 434, 12. 
convers, demeure, Wohnstâtte 196, 14. 
couTersatïon, vie, Lehen 212, 21. 
couYerseï*. habiter, séjourner, avoir commerce 

avec, jvohnen, verweilen 61, 18; questionner, 

hefragcn 474, 18. 
coiiTertir, verwandeln, bekehren 6, 20. 157, 22. 

425, 5. 
couvoier, -lier, conduire, accompagner , be- 

gleiten 159, 12. 196, 33. 
coDTOiteus, -eux etc. v. covoitous. 
cop V. coup. 
cope, coupe. Bêcher. 
coper V. couper. 
coque, Eierschale 443, 22. 
coquin, gueux, bettelarm 250, 32. 
cor V. ciier. 
cor, corn, corne, cor, angle, Rom, Winkel, 

Ecke 86, 29. 187, 32. 350, 8. 381, 10. 
corage, -aige, courage, -aige, corrage, cœur, 

volonté, intention, courage, Herz, Sinn, Ab- 

sicht, Mtith 91, 30. 428, 45. 
coragos, -eus, courageux, muthig 338, 39. 
corbeille, Korh. 
corde, prov. -a 20, 37, corde, Suite, Strick, 

Schlinge 189, 4. 
cordele, corde, Strick 363, 31. 
corecier v. corocier. 
cornart, sot, Narr 474, 13; cf. connart. 
corne, corne, Horn 54, 19. 
corneïs, corner, Blasen aufdem. Horfie 122, 29. 
cornemusette, cornemuse, Sackpfeife 456, 17. 
corner, blasen, Horn blasen 86, 34. 
cornet, Hôrtichen 294, 25. 
cornu, gehornt. 
coroceus, curuçus, cowroucé, attristé, erziii-nt, 

betrûbt. 
corocier. -ecier, -echier, -ucier, -oucier, corre- 

cier, -oucier, courocier, -oucier, -ouchier, 



courroucer, curucer, -ecier, courroucer, 

attrister, erziirnen, betrûben 27, 6. 31, 30. 

76, 8. 158, 10. 160, 5. 163, 15. 
coroie, corroie, ceinture, Gûrteld2Q, 16. 366, 20. 
coron, angle, Ecke 350, 10. 
coroné, -et, -une, tonsuré, geschoren 17, 25. 

124, 7. 
corone. prov. -a 1! , 38, coronet 64, 1 4, couronne, 

couronne, tonsure, Krone , Kranz, Tonsur. 
coroner, -onner, -uner, couronner, couronner, 

krônen 192, 28. 
coroucier v. corocier. 
corons, dégoûlant, ekelhaft 254, 21. 
corouz V. coroz. 

coroz, corroz, corouz, corropt, courroux, cha- 
grin, Zorn, Betrïibniss 17, 5. 325, 14. 
corpeuSj asthme, pneumonie , Ltingenenlzun- 

dung 253, 3. 
corrage v. corage. 
corre (p. 512) courre, curre, courir, courir, 

laufen. 
correcier, corrocier v. corocier. 
corroie v. coroie. 
corropt V. coroz. 
eorroucier v. corocier. 
corrunipre, corrompre, verderben 211, 6. 
corruptïon , -cïon , Verderbniss, Bestechung 

451, 24. 
cors, corz, corps, corps, personne, A'orjjer, 

Leib 67, 4; mes c. etc. moi, ich 60, 36; c. 

sains, reliques, Reliquien 392, 45. 
cors, cours, course, Lauf, Renne7i 47, 15. 
cors v. cort. 

corssier, coursier, coursier, Ross 82, 2, 
cort, court, curt, n. corz, cors, cour, tribunal, 

Hof Gerichtshof 3b9, 10. 
cort, court, coîtrt, bref, kurz 357, 27. 
cortesie, -eisie, courtoisie, -oysie, courtoisie, 

Hôflichkeit, hôfisches Wesen 269, 7. 
cortine, court-, cuit-, courdine 424, 24, rideau, 

Vorhang. 
cortols, courtois, curteis, courtois, hôflich, 

hôfisch 121, 7. 
cortolsement , courtoys-, gracieusement, hôf- 
lich, hôfisch 283, 18. 
corucier v. corocier. 
coruuer v. coroner. 
cos V. coup. 



567 



GLOSSAIRE. 



568 



cose, -a, V. chose. 

cosiii, cousin, cousin, Vetler 389, 31; demourer 

le c, être la dupe 460, 16. 
cospel, copeau, Span 106, 7. 
cost(2), cela, (lies 4i), 38. 
coste, côte 204, 22; de c, en c, à calé, neben, 

zur Seite 181, 30. 
coste, côte, Rippe 67, 5. 
costé, -eit, cousté, n. costez, côté, Seite, Par- 

thei 86, 2. 
costeinent, coût, dépense, Auf?vand 116, 27. 
eostille, coutille, sabre à deux tranchants, 

Degen 430, 31. 432, 15. 
costous, coûteux, kostspielig 254, 4. 
costre, sacristain, Kûstcr 29, 35. 
costume, eu-, cou-, coutume, mœurs, droit, 

Gewohnheit, Sitte, Recht 49, 38. 
costumier, coutumier de, ge?vohnt 194, 11. 
cote, cotte j cute, long habit, tunique, Ober- 

kleid 401, 19. 
cote, cute, coude, Ellenbogen 57, 6. 181, 18. 
cotidïan, quotidien, tàglich 321, 34. 
çou V. ceo. 

cou- cf. C0-. 

couarder, être lâche, feigc sein. 

coubrer, saisir, fassen 85, 16. 

coucliier, -er, colchier, -cier, culchier, cochier, 

cuchier, coucher , hinlegen, niederlegen 76, 

28 , betten 45, 20 ; réfl. et intr. se coucher, 

sich niederlegen 27, 4. 35, 33. 161, 11. 12; 

s'abaisser, sich senken 195, 10. 
coul- V. col-. 

coume, coument v. corn, cornent. 
couuisti-e V. conoistre. 
coup, colp, cop, n. cols, cos, cous, coux, coup, 

Schlag 227, 14, Schuss; tout a c, pliitzlich 

457, 42. 
coup, 7io?n. cous, cocu, Hahnrei 334, 29. 
coupe, colpe, prov. -a 12, 38, colped 63, 17, 

culpe, couppe, faute, Schuld 80, 26. 240, 15; 

rendre sa c. 76, 29. 
couper, colper, cauper, coper, couper, ab- 

schneiden, abhauefi 234, 36; trancher, zer- 

legen 219, 2. 
cour- cf. cor-. 

courant, aussitôt, sofort 396, 38. 
courber, krimunen 461, 11. 
courcier v. corocler. 



courdine v. cortine. 

courir V. corre. 

eourroyette, petite courroie, Riemen 486, 41. 

course, Latif 482, 22. 

cours-, court-, cf. cors-, cort-. 

courtil, jardin, Garten 391, 39. 

cous- cf. COS-. 

coust, coût, frais, Auftvand, Kosten. 
coustumer, être accoutumé, gewohnt sein 

404, 33. 
cousture, custure, coulure, Naht 12, 15. 198, 5. 
coûte, couste, quieute, courte -pointe, Stepp- 

decke, Bettdecke 385, 21. 
coutel, cutel, couteau, Messer 329, 17. 
coutelet, petit couteau, Messerchen 294, 24. 
coutille V. eostille. 

COUV- cf. C0V-. 

couverte, couverture, Decke 310, 12. 

couvertor, couverture, Decke 310, 15. 

couveter, couviir, caresser, liebkosen il \, 22. 

couwart v. coart. 

coux V. coup. 

cov- cf. conv-. 

coTé, fourré, gefûltert? 329, 17. 

coveiteus. coveut v. covoitous, convant. 

e:QytnSi\\\tmQni.convenablenient,passend2\.\,'è. 

cOTertemeut, d'une manière déguisée, versteckt 

165, 34. 
coverture, cou-, couverture, Decke; par c. 

au figuré, bildlich 175, 25. 
covir, désirer, begehren 15, 3. 
covise, eu-, convoitise, désir, Begier 210, 34. 35. 
covoitier, convoitier, couvoicter, convoiter, 

désirer, hegehreîi, verlangen 390, 12. 452, 14. 
covoitise, conv-, couv-; cuveitise, désir, ava- 
rice, Begier, Habsucht. 
coToitous, eus, coveiteus, convoiteus, -eux, 

avide, begierig, habgierig 163, 30. 
covrir, cuvrir, couvrir, cubrir 10, 21. 20, 31, 

couvrir; cacher, deckcn, bedecken, verbergen; 

garantir, schirmen 20, 31; réfl. 471, 36. 
coy v. coi et quoi. 
crachier, ausspucken 461, 46. 
craindre v. creindre. 
crainte, Furcht. 
craintif, furchlsam 492, 6. 
cramaila, crémaillère, Kesselhaken 2, 19. 
cras, gras 232, 14, gras, dick, fell 254, 19. 



569 



GLOSSAIRE. 



570 



cravautcr, -enter, -autcr, renverser, nietler- 

/ver /en 85, G. 
crëauce, -che, credauce, croyance, foi, Claubc 

25, 15. 
crëanter, promettre, garantir, versprechen, 

ver sic hem. 
crëator, -our, crïator, -ur, créateur, Schôpfer, 

91, 27. 92, 25. 345, 35. 
créature, crîat-, crïauture, Geschopf 112, 15, 
crece v. greche. 
credauce v. créance. 
créer, crier, schaffen 230, 6, 275, 27. 
crein v. crin. 
creindre {p. 509), crendre, cricndre, craindre, 

cremir, craifulre, fiirchten 27, 12. 54, 12. 
creire, creidre v- croire. 
cremeteus, craintif, furchtsam 395, 14. 
cremir v. creindre. 
cremor, -our, crainte, Fxircht. 
crendre v. creindre. 
cresme, crème, Rahm 369, 40. 464, 7. 
crespe, cresp 19, 40, hérissé, frisé, kraus 

380, 25. 
cresté, crëlé, hiischig 380, 30. 
crestel, n. -iaus, créneau, Zinne 399, 11. 
crestïen, -iien, chrestïen, -an, christïen, -iien, 
-ïan, chrétien, christlich. Christ 3, 18. 5, 14. 
208, 15. 
crestïeuté, chrest-, cristïentet, chrétienté, 
Christenheit 85, 32; christianisme, Ch?isten- 
thum 25, 24. 
creus V. croiz. 
creusier v. croisier. 

crever, crever, percer, durchbohren 47, 24. 
79, 25, platzen, springen, aufspringcn 105, 
14. 206, 35. 309, 27; l'aube crieve, le jour 
va poindre 188, 3. 
crevëure, crevasse, Spalte 288, 27. 
cri, n. criz, cris, cri, Schrei, Geschrei 13, 18. 37, 
23. 51, 14; mauvaise réputation , Nachrede 
285, 9. 
crïator etc. v. crëator. 
cridaizun, cii, Geschrei 12, 33. 
cridar v. crier. 
crïee, C7i, Geschrei 74, 24. 
crieme, crainte, Furcht. 
criendre v. creindre. 
crïer v. créer. 



crïer, cryer, crider 10, 17, crier, appeler, pro- 
clamer , schreien, rufen , ansrufen; pass. 
être accusé, angeklagt wcrden 393, 17. 

crïere, crieur, Ausrufer 320, 29. 

criet, crieve v. crever. 

crimiual, -el, criminel, strafbar 209, 12. 

criu, crein, cheveu, Haar 380, 24. 

crist- (•/". crest-. 

cristal, crestal, n. -iaus, Krislall 43, 8. 189, 
23. 

criz V. cri. 

crochet, Haken 482, 17. 

croie, craie, Kreide 174, 11. 

croire, creire, creidre (/?. 512), croire, glanben; 
réfl. se confier, sich vertrauen 91, 15. 

crois V. croiz. 

croisier, -er, cruisier, creusier, croiser, kreu- 
zen 42, 5; réfl. se croiser, das Kreuz nehmen 
246, 7; iîîtr. idem 389, 16. 

croissance, Wachsthum 413, 26. 

croissëiz, brisure, Zerbrechen 122, 30. 

croissir, cru-, grincer, knirschen 48, 31. 66, 7. 

croistre [p. 5 1 2), croître, wachsen; faire croure, 
wachsen machen 24, 14. 

croiz, -s, -X, crox, cruiz, -uz, creus, croix, 
Kreuz 11, 17. 14, 3. 18, 21. 74, 25. 88, 10. 
244, 34. 245, 17. 

croller, crosler, branler, trembler, se balancer, 
schûtteln, schleudern, zittern machen, zittern 
13, 26. 53, 37. 97, 27. 98, 4. 329, 31. 

croupir, accroupir, kriimmen, ducken 214, 19. 

crouste, croûte, Kruste 363, 3. 

crox V. croiz. 

crualté, -auté, -aulté, cruauté, Grausamkeit. 

cruçon, crue, Wuchs, Wachsthum 424, 6. 15. 

cruel, -eus, -ex, -aux, cruel, grausam, îvild. 

crues, c)-eux, hohl 385, 16. 

cruever v. crever. 

cruieusement, cruellement, grausam 387, 23. 

cruisier v. croisier. 

cruissir, craquer, knirschen 43, 15. 

cruiz V. croiz. 

crupe, croupe. Bug 81, 36. 

crute, crypte, Gruft 122, 14. 

cruz V. croiz. 

eu- cf. C0-. 

cubrir v. covrir. 

cueillier, cueillir, pfliicken 425, 27. 



571 



GLOSSAIRE. 



572 



cueillir (p 50S), cuillir, cuellir, quellir, coillir, 

ceuillir, cuiedre 359, 31, cueillir, recevoir, 

pfliicken, ernten, empfangen ; coillir en h., 

prendre en haine. 
cuens V. conte. 
cuer, coer, coeur, cueur, quer, quor, cor, coeur, 

volonté, Herz, Wille 29, 25. 
cuesir v. choisir. 
cuevrekief, coiffure 381, 5. 
cuidier, -er, i^\^%x , penser , croire, denken, 

glauben, vermuthen , erwarten; au mien c, 

selon moi, nach meiner Ansiclit 15S, 30. 
cuiedre, cuillir v. cueillir. 
cuignie, cognée, Beil 128, 19. 194, 11. 
cuiutainue, mannequin armé et pivotant, sur 

lequel les chevaliers s'exerçaient à frapper, 

Stechpuppe auf Pfâhlen 62, 1 . 
cuintlse v. cointise. 
cuir, cuir, peau Fell 385, 7. 
cuire, quire, coire, cuire, brûler, causer u?ie 

douleur cuisante, kochen, braten, brennen, 

schtnerzHch beriihren 78, 5. 222, 6; réfl. 

Sclimerz empfinden 6, 6. 
cuiriet, garniture de cuir, Lederzeug 23, 16. 

25, 5. 
cuisiue, cuy-, Kûche 4G7, 36. 
cuisse, Schenkel 72, 4. 
cuite V. quite. 

cuitement, entièrement, librement, ganz, frei. 
culter V. quitier. 
cuirert, cuvert, culvert, perfide, traître, lâche, 

treulos, Verrâther, Feigling 126, 29. 
cul, n. eus, cul, Steiss 372, 10. 
culcher v. couchier. 
culpe V. coupe. 
culur V. color. 
culvert V. cuivert. 
cum- cf. com-. 

cunibatedur, combattant, Kàmpfer 55, 5. 
curagriet v. congié. 
cuu- cf. con-. 
cuufuudre v. confondre. 
cuutralïus, querelleur^ zànkisch 270, 8. 
cuutrej?netier, défendre, schiitzen 268, 30. 
cuntrevaloir, valoir, aufwiegen 35, 4. 
cuple, Paar 91, 27. 
cupler, compjarer, gleichstellen 58, 44. 
cur- cf. cor-. 



curailles, entrailles, Eingeweide 25, 7. 

curcier v. corocier. 

cure, qure 132, 19, soin, souci, Sorge ; avoir c, 

mètre sa c, sich kummern 43, 18. 130, 16; 

venir a c. 198, 7. 
curer, guérir, heilen 348, 13. 
curïal, de la cour, hôfisch 451, 43; subst. 

courtisan, Hôfling 453, 7. 
curieux, désireux, begierig 487, 45, 
curuçus V. coroceus. 
eus V. cul. 

eus- cf. C0S-. 

cusauçou, souci, Sorge 170, 21. 
cuschemeut(?), propirement, reinlich 14, 24. 
cuseuceuouseraent, soigneusement, sorgfàltig 

212, 44. 
custure v. cousture. 
cute V. cote. 
cutel V. coutel. 

CUT- cf. COV-. 

cuve, Kufe 49, 9. 71, 41. 

cuvenaWe, convenable, passend 88, 16. 

cuvert V. cuivert. 

cuvise V. covise. 

cy, cy- V. ci, ci-. 

cyterne v. citerne. 

dague, Dolch. 

dallé, V. dehait. 

daignier v. deignicr. 

daiu, daim, Damhirsch 50, 2. 

daintié, agrément, Lieblichkeit 191, 37. 

dairien, dernier, letzte 245, 7. 

dalez, -es v. delez. 

dam V. dant. 

damage, -aige, domage, -aje, -aige, dommage, 

-aige, dommage, tort, Schaden, Verlust, Uti- 

recht 76, 34. 
dame, damme 73, 40, prov. donna 19, 23, 

dame, femme, maîtresse, Fi'au, Bénin 92, 

13; nostre dame, Maria. 
dame-, damle-, damne-deus (cf. deus), dieu, 

Gott der Herr, Gott 199, 20. 203, 27. 207, 22. 
damoisel, -oysel, -oiseau, -oyseau, n. oisiaus, 

-ax, jeune gentilhomme , écuyer , lînappe, 

Junger I/err 195, 7. 294, 41. 330, 5. 
damoiselc, -elle, -zelle, ùemoisele, jeune fille de 

famille noble, Frûulein 382, 4; cf. donselle. 



573 



GLOSSAIRE. 



574 



diimpiiacïoii , coiulannuilion , Vernrllieiluii/i 
212, 32. 

dnnipiiemeiit, idem 420, 3. 

dauipuer, damner, verdavnncu. 

dnmz, dommaye, Verlnsl 15,37. 

daiice, danse, Tanz 46S, 15. 

daiigier, possession, puissance, plaisir, dépen- 
dance, manque, danger, Besitz, Maclit, Ab- 
liàngigkeit, Vergniigen, IViderspriich, Man- 
gel, Gefahr 158, 23. 186, 4(). 3G5, 43. 380, 
■il ; présomption, Ûbermut 347, 11. 

dauois, dânisch 352, 24. 

dans V. daut. 

dancier, dansser, ianzen 466, 25. 

dant, 71. danz, dans, dam 64, 11, dont, seigneur, 
maître, Herr 32, 34. 

dar, en dar, en vain, umsonst 382, 10. 

dart, dard, Wurfspeer 341, 17. 

date, datte, Dattel 187, 13. 

danltîn, dauphin, Delfin 490, 8. 

davaucier, devancier, Vorgunger 4o5, 44. 

dayant, devant, de avant 8, 34, davan 12, 13, 
prép. et adv. , devant, avant, vor; vorn, 
vorher, voi'aus ; de d., par d., devant, avant, 
vor 11, 40. 201, 25; d. que, avant que, be- 
vor; Vorderseite 80, 8. 87, 17. 

daYldi(£ue, de David 459, 39. 

de, py<?};., sert à désigner le génitif, l'origine, 
le motif, la mesure: von, durch, in Bezug 
auf 11, 29; de multes vises, aufviele Weisea 
11, 4; apr'cs le comparatif: que, a/s 334, 21 ; 
avec Vinfîn. zu. 

dé, n. dez, dé, fVûrfel 165, 30. 363, 13. 

dé V. deus. 

dea, dia, vraiment, 7vahrlich 437, 12. 

dëable v. diable. 

deavé, égaré, verirrt 95, 13. 

débat, Streit 420, 39. 

debatre, réfl. s'efforcer, sich abmiiJioi 163, 
39; intr. réfléchir, uberlegen. 

débiliter, schwâchen 477, 38. 

debonaire, -oinare, -onnaire, doux, bon, sanfi, 
freundlich, gûtig. 

debouairement, deboin-, doucement, idem 22S, 
29. 383, 27. 

debonereté, bonté, Gûte, Freundlich keit 277, 6. 

debout, aufrecht stehend 493, 17. 

débouter, repousser, wegstossen 1 59, 1 1 . 49 1 , 20. 
Baetsch, Chrestomathio. VI. Éd. 



debvoir v. devoir. 

de<,'a, de ce côté, kierUer, diesseils 199, 15. 

dccalcliier, fouler aux pieds, mit den Fiissen 

treten 54, 39. 
décembre, Dezember 413, 2. 
decendre v. descendre. 
decepcïon, fraude, Belrug. 
deceTance, tromperie, Betrug 450, 20. 
décevoir (p. 512), dech-, desc-; deçoivre, dez-, 

tâuschen, beirûgen 126, 11. 211, 9. 
deci, desci, yî^^^-M^, bis 69, 42. 82, 25; désor- 
mais, nutimelir 272, 12. 
déclarer, expliquer, erklâren. 
décliner, sich neigen, zu Ende gehen 25, 21; 

se coucher, untergehen 424, 19. 
deçoiyre v. décevoir. 
decoler, décapiter, enlhauplen 71, 35. 
decoper, couper, kôpfen 204, 17. 
décorer, schmûcken, zieren 483, 3. 
decorre, decurre, découler, hcrabfallen, -flies- 

scn, trôpfeln 53, 14. 384, 38. 
décret, Verordnung, Beschluss 251, 27. 
decurs, cours, Lauf 53, 12. 
dedeuz, -ens, dedanz, -ans, prép. et adv., dans, 

dedans, in, drinnen,. hinein 49, 41, innerhulh 

292, 31; par d., in 213, 5. 
dedesoz, -sus 37, 40, sous, unter. 
dedesus, dessus, hinauf. 
dedevant, devant, vor. 
déduire, conduire, fùhren, treiben; passer, 

hinbringen 31, 13. 27; réjouir, erfreuen; 

intr. et réfl. s'amuser, sich crgôtzen, sich 

freuen 151, 4. 156, 28. 192, 9. 195, 31. 
déduit, divertissement, j ouissance, Freude 104, 

34. 
déesse v. deuesse. 
défaillance, faute, Fehler 406, 34. 
défaillir, deff-, manquer, mangeln i\\, 26; 

im Slich lassen 405, 33 ; cire perdu 38, 25. 

210, 4; faillir, verloren gehen, sein, sich ve?-- 

gehen; part, perdu, verloren. 
defaute, défaut, Schuld 375, 20. 
défendeur, deff-, Verlheidiger-, Beklagte il2.^9. 
défendre, deff-, desf-; desfandre, défendre, 

garantir, faire défense, vertlieidigen, ver- 

bieten 7, 30. 167, 11. 206, 35. 
defenir, mourir, stei'ben, 383, 24. 
défense, deffeuce, desfansse, garantie, défense, 

38 



575 



GLOSSAIRE, 



576 



opposidoîi, Schutz, Verbot, Widerslaud 108, 

3. 30. 
deff- cf. def-. 

defifaire, detfere v. desfaire. 
deiïermer, defremer, defif-, desf-, ouvrir, mif- 

schliessen 74, 33. 199, 8. 400, 15. 
deffïauce, desf-, défense, Verbot 139, 9. 16. 
deflïer, def-, desf-, défier, heraiisfordern 35, 

22. 84, 37; réfî. se défier, misslrmien (de). 
deffoïr, déterrer, uusgraben 'ITl, 12. 
defluement, fi)i, mort, Ende, Tod 420, 4. 
defiuer, fiiiir, endigen 197, 24. 
defois, interdiction, Verbot 235, 13. 
def ors, j)^^P- <^^ adv., dehors, hors, ans, aus- 

serhalb , , draussen 42, 2. 119, 35; par d., 

âusserlich 213, 4. 
defremer, deff-, desf- v. deffermer. 
defubler, deff-, détacher, loskuilpfen. 
degruer, v. deignier. 

deg-oisier, réfl. s'amuser, sich ergôtzen 449, 26. 
dégoûter, -tter, dégoutter, herabtrôpfeln 286, 

17. 469, 37. 
deg-ré, -et, degré, escalier, Treppe, Stufe, Grad 

400, 16. 294, 2 
déguerpir, abandoniier, aiifgeben, iiber/assen, 

verlassen 161, 21. 264, 7. 
déliait, dehet, dahet, malédiction , Fluch 33, 

29. 176, 6. 201, 6. 229, 17. 
dehors, draussen. 
dei V. doi. 

deie, doigt, Finger 25, 5. 
deignier, -er, deingnier, daignier, deiner 147, 

29, deyner 20, 16, degaer, prov. dengnar, 

denar 11, 7, daigner, approuver , geruhen, 

fur wiïrdig halten. 
deïté, divinité, déité, Gotlheit, Gottlichkeit 90, 

10. 111, 19. 
dejeter, se tourmenter , s'agiter, sich quàlcn 

130, 9, 
dejoste, dejuste, à côté de, nebeti 53, 12. 65, 45. 
dejugier, Jw^^r, richlen 212, 3. 
del V. duel. 

^ç\'A, jenseits; par d. 198, 34. 199, 22. 
délai, Zôgerung. 
delaier, -aller, différer, retarder, faire languir, 

tarder, hinhalten, zogern 158, 27. 192, 6. 
delaissier, différer, délaisser, aufschieben, ver- 
lassen . 



delcad v. délié. 

delechier, -er, lécher, lecken , bclecken 219, 

27. 
deleit, àaMtJoie, délice, volupté, Wolhist, Ver- 

gnitgen 199, 39. 210, 30. 211, 35. 
delelteus, dellteus, délicieux, voluptueux, 

joyeux, freudig, ergôtzlich, wonnevoll 353, 

34. 
delez, -es, dalez, -es, à côté de, 7ieben 161, 10; 

par d., idein 77, 33. 206, 9. 
delgié V. délié. 
délibérer, ûberlegen 493, 45. 
delicïeus, délicat, vermvhnt 383, 35. 
délié, delgié, deuglé, delcad 20, 7, fin, délicat, 

fein, zart 339, 35. 340, 29. 380, 3. 
delïer v. deslïer. 
delir, détruire, zerstùren 7, 31. 
délit- cf. deleit-. 
delitable, -aule, délicieux, charmant, kôstlich, 

reizend 187, 2. 380, 9. 
déliter, réfl. se délecter, sich ergôtzen 400, 17. 
délivre, délivré, befreit 94, 26 ; prompt, schnell 

187, 30; a d., promplement , schleunig 178, 

10 ; à taise, bequem 471, 38. 
delivrement, promptement, sans empêchement, 

schnell, ungehindert 57, 43. 211, 40. 
délivrer, délivrer, befreien 205, 30, accoucher, 

entbunden werdeu 403, 4; réfl. se dépêcher, 

sich beeilen 469, 11; expédier, fertig iverden 

mit 222, 20. 
delors que, depuis que, seit. 
déluge, deluve, dlluvie, duluve, déluge, Siind- 

flulh 54, 5. 100, 33. 207, 35; abatis , Ver- 

nichtung 473, 14. 
demain, morgen. 
demaiue, -élue, -enie, propriété , Eigenthum; 

adj. propre, eigen 59, 9. 155, 35. 
demainemeut, même, grade 138, 14. 
demande, question, Frage 214, 10; demande, 

Anklage. 
demaudëor, -eur, demandeur, Klûger 472, 39. 
demander, demander, verlangen, fragen 9, 13. 

28, 32. 36, 35. 235, 25 ; chercha; suchen 258, 

19. 
demant, demande. Bitte 235, 27. 
demantres v. dementres. 
demelne r. demalne. 
démener, mener, conduire, faire, fiïhren, 



577 



GLOSSAIRE. 



578 



Ircibai, machen 28, 8. 164, 16. 293, 34; tour- 
menter, quàlen 9(t, 5 ; réfî. se tenir, sicli hal- 

ten 370, 25. 
demenie v. demaine. 
dementer, réfî. se plaindre , se désoler, klayen, 

sich toll gebehrden 28, 33. 71, 26. 232, 40. 
dementres, demantres, en tant d. cum, d. qne, 

l>c7idanl (jue, fvâ/ueyid 33. 1. 174, 27. 
demetre, réfl. se démettre, sein Amt nieder- 

legen 115, 35. 365, 26. 
demesmes, de même, ehenso. 
demeure v. demore. 
demi, -y, dimi 24, 38, halb ; cf. mi. 
demisele v. damoisele. 
demonsti'er v. demostrer. 
demorance, -ourauce, i-etard, Zogerung 406, 

32'. 
demore, -eure, -ure, demeure, Wohnung, Zo- 

gerung 93, 42. 94, 29. 
demoree, demeure, Zôgerung. 
demorer, -ourer, -urer, demeurer, tarder, 

durer, bleiben, ausbleiben, zôgern , daue7-7i 

92, 36. 93, 27. 95, 35. 153, 12. 204, 45. 280, 

30; réfl. séjourner, sich ve7-fveilen 35, 41. 
demostrance, démon-, i/idicalion, Anzeige 

139, 10; i/idice, Vorzeiche7i. 
demostrement , 77mnifestation , Offenbarung 

138, 13. 
demostrer, -oustrer, -ustrer, -onstrer, dé- 

77i07itrer, zeigen 16,20; den A7ischeiti haben 

17, 10. 12; acco7nplir, aiisfûhrcn 48, 37. 
demou- demu- v. démo-. 
demy v. demi. 

deu, puis, da7m 7, 35; en cela, dari7i 17, 21. 
denar v. deignier. 
deiier v. denier. 

deneret, petit de/iier, Silbcrling 294, 22. 
dengner v. deignier. 
denier, dener, denier, Silberling 34, 17; plur. 

arge7it, Geld. 
denrées, ce qu'on a pour U7i de7iier, Victualie/i 

304, 19. 
dens, dans, in. 
dent, dent, Za/tn; as dens, sur les de7is 163, 

13 {cf. adenz). 
dentëure, denture, dentition, série de dents, 

Zah/ien, 316, 6. 
dénuder, e7itblossen 55, 3. 



deo V. deus 

depaindre, dépeindre, bei/ialen 345, 24. 
depaner, déchirer, ze7-reissen Ib, 34. 
départie, séparation, Scheiden 236, 10. 
départir, séparer , partager , partir, tre/inen, 

vertheile7i 96, 30, scheiden, rveggehen {intr. 

et réfl.) 149, 11. 210, 24. 283, 41. 303, 26. 
depecier, dépecer, briser, diviser, dét7-uirc, 

zerstûckeln, zerbrecJie7i , theile7i, zerstvre/i 

194, 25. 259, 27. 290, 36; intr. 48, 32. 182, 

26. 
dépens, Kosten 476, 17. 
deperdre, perdre, vernichten 55, 6. 
depeschier, dépêcher, beeilen. 
deplaint, plai7ite, Klage 28, 9. 
depleier, déployer, e7itfalten 21, 33. 
depoillier v. despoillier. 
déport, plaisir, joie, Freude 131, 4. 
déporter, épargner, verscho7ien 403, 5; réfl. 

se divertir, se rejouir, sich ergOtzen , sich 

freuen 411, 24; re7ioncer, e/itsagen 349, 39. 

477, S. 
depreier, v. deprïer. 

deprîendre, déprimer, niederdriicken 55, 32. 
deprïer, -oier, -oiier, -eier, prier avec in- 
stance, sehr bitten 32, 16. 27. 
depuis, depuys, prép. et adv., seit, von — ati, 

seitdem. 
deputaire, -eire, d^u/i mauvais 7iaturel, von 

schlechlem Charakter 140, 10. 
deramer, -ar, déchirer, zer7-eissen 12, 16. 29, 3. 
derere v. derrier. 

derochier, tomber, herabfallen 48, 30. 
derompre, roi7ipre, zerbrechen 75, 34. 
derrenier, de7'7iier, letzte 457, 19. 
derrier, -iere, -iers, -ères, deriere, -ère, -iers 

prép. et adv., dei-riire, hinter, hi7iten 33, 36. 

204, 26. 327, 19; par d., hi7iter, von hinten ; 

ztvûck; en d., plus tard, spâter 463, 31. 
derver v. desver. 

derverie, folie, Ver7ûcktheit 382, 18. 
des V. deus. 
des, prép. dès, depuis, von — a« 13, 13. 20, 

42; des abanz, auparavant, vorher 10, 41; 

des or, désorTnais , 7iu7imehr ; des que, so- 

hald US, 18. 
desanz, auparavant, vorher 10, 2. 
desarmer, enttva/fnen 66, 10. 

38* 



579 



GLOSSAIRE. 



580 



desavouer, verleuf/nen. 

desc'a v. diisque. 

descaucîer v. deschaucier. 

descendre, dec-, dex-, dess-, dessaudre, des- 
cendre, descendre de c/ieval, abaisser, licrab- 
steigen 147, 29. 211, 37, ahsleigen, abstammen, 
abladen 152, 29, ubheben 355,27, beugeu 117, 
20; réfl. 298, 7. 

desccToir v. décevoir. 

descerrer v. desevrer. 

descliacier, chasser, verjagen 234, 37. 

descliarg-îer, décharger, enllasien 4S(i, 8. 

deschaucier, desc-, déchausser entschuhen UiO, 
29. 

deschaus, déchaussé, barfiiss 392, 43, 

desei v. deci. 

desciple v. disciple. 

descirer, déchirer, zerreissen 54, 34. 226, 21. 

desclore, ouvrir, percer, expliquer, ôffnen, 
durrhbohren, erkldren 33, 37. 327,20. 376, 13. 

descoloré, -culurez, décoloré, entfarbt, bleich 
34, 36. 41, 8. 

descombrer, -oubrer, réfl. se débarrasser, sich 
losmachen 173, 31; part, libre, ungehindert 
66, 3. 

desconfîre, détruire, vaiticre, vernicJden, bc- 
siegen 125, 43. 201, 9. 366, 32. 

desconfiture, défaite, Niederlage 433, 40. 

descoiil'ort, découragement, Mulhlosigkeit 136, 
11. 

desconforter, décourager, entmuthigen 32, 22; 
réfl. verzagen 86, 42. 

desconseillié, -illié, -eiliet, déconcerté , rath- 
los 32, 37. 319, 3. 

desconvenue, malheur, Unglûck 213, 24. 

descopier, décotipler, loskoppeln 226, 40. 

descort, querelle, Uneinigkeit; genre de po- 
ème, Descorl 383, 26. 

descovrir, ouvrir, -uvrir, découvrir, aufdccken, 
entdecken 52, 10. 53, 39. 125, 11. 392, 33; 
part, unbedeckt, a descovert, o/fen 142, 8. 

descrire, décrire, beschreiben. 

dcscu- V. desco-. 

desdeig:neus, -aigneus, dédaigneux , verach- 

tend, stolz 159, 27. 308, 6. 
desdci!,''nier, regarder comme indigne, fïir 

iniwiirdig halten 117, 18. 
desdein, -ng, dédain, l'erachtung 282, 32. 



desdire, dédire, contredire, reftiscr, absagen, 

versagen, verreden 171, 7. 
desduire, réfl. se réjouir, sich freuen. 
deseiyre v. desevrer. 
deseriter, desireter, déshériter, enterben 83, 

17. 257, 1. 
désert, tviist; subst. Wuste 435, 13. 
deservîr, dess-, mériter, gagner, récompenser , 

verdienen, belohnen 29, 31. 74, 13. 166, 13. 

357, 35, 
désespérance, désespoir, Verzweifluyig ^S2, IS. 
désespérer, verzweifeln 249, 16. 
deseui", deseure v. desor, desore. 
desevrer, desc-, dess- ; i)rs.