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Full text of "Chrestomathie de l'ancien français, 8e-15e siècles, accompagnée d'une grammaire et d'un glossaire. 10. éd., entièrement rev. et cor. par Leo Wiese"

UNIVERSITY OF 
TORONTO PRESS 




CHRESTOMATHIE 

DE L'ANCIEN FRANÇAIS 

(VHP— XV SIÈCLES, 
ACCOMPAGNÉE D'UNE GRAMMAIRE ET DTN GLOSSAIRE 



PAU 



KARL BARTSCH 



DIXIEME EDITION 

EKTIÈREMENT REVUE ET CORRIGÉE PAR 

LEO WIESE 

PBOFBMBCK À l'UKITEBSITÉ 1>B IÉMA 





LEIPZIG 

YERLAG VOX F. C.W.VOGEL 

1910 



.1^ 



PC 
5825 

837 

1^10 



Nachdruck verboten 
Copyright 1910 by F. C. W. Vogel, Leipzig 



Kiirl Bartsch, l'auteur de la Cbrestomuthie, dont la 6* éditiou «Tait paru en 
1883, est décédé le 17 février 1888. M. Ad. Horning qui sW chargé de sou- 
mettre les Ti^xtcs ot le Glossaire à une révision, a pu profiter, pour la 7* édition, d'un 
compte-rendu étendu de M. Musaafia flMeraturblatt fiir r/crmanische und romaninehe 
Philoloyie, 1896, p. 200— 205) et, pour la 8*, d'observations critiques non moins 
précieuses do M. W. Foerster (Zeiischrift /tir framôsùche Sprache und LUeratur, 
T. XXIV, p. 200- 207 J. En outre, M. A. Tobler a mis obligeamment h notre dis- 
position un grand nombre de corrections, dont les plus importantes sont suivies de 
son nom. Enfin, on a utilisé une série de remarques dues à MM. Clédat, O. Paris, 
Risup, Wilmotte. Nous prions tous ceux qui ont bien voulu contribuer à améliorer 
l'œuvre de Bartsch, d'agréer nos sincères remercîments. 

Lripzk», juin 1895. 
avril 1901. 
décembre 1903. L'ÉDITEUR. 



PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. 

Les professeurs qui enseignent, dans nos universités, les littératures romanes ont 
sans doute regretté souvent, comme moi, le manque d'une chrestomathie de l'ancien 
français. C'est en vue de leur être utile que le présent livre a surtout été composé; 
mais j'espère qu'il sortira du cercle académique et qu'il contribuera à stimuler et a 
faire progresser les études dans ce domaine. La forme française que je lui ai donnée 
pourra servir à le répandre en France, sans qu'il y ait lieu de craindre qu'elle 
diminue son utilité pour les Allemands. 

La richesse surprenante de l'ancienne littérature française rendait bien difficile 
d en présenter un tableau à peu près complet dans l'étroit espace que m'imposait 
la nature du livre. Je devais donc me borner à représenter, par des exemples 
caractéristiques, les diverses tendances et les aspects variés de chaque période: j'espère 
que, sous ce rapport, on n'aura pas de lacune grave à me reprocher. Je n'ai pas 
besoin de justifier la prépondérance accordée aux douzième et treizième siècles, qui 
représentent la complète efflorescence des littératures du moyen-âge. 

La méthode peu critique avec laquelle les anciens textes français ont souvent 
été publiés rendait nécessaire le recours aux sources originales: je ne m'en suis 
dispensé que quand elles n'étaient pas accessibles ou que j'avais sous les yeux des 
textes dignes de toute confiance. En outre, j'ai cherché à donner plus de valeur à 
cette Chrestomathie en y comprenant des morceaux inédits. J'ai été efficacement 
aidé, à ces deux points de vue, par mes amis MM. A. Ebert, P. Meyer, H. Michelant, 



__ IV — 

A. Mussafia, Fréd. Pfeiffer et E. Sti'ehlke. Je dois surtout remercier ici M. Schirmer, 
qui a bien voulu, avec un dévouement tout désintéressé, coUationner à Paris la plus 
grande partie des morceaux désignés, ainsi que M. Manefeld, qui a revu également 
quelques pièces. Un voyage inespéré à Paris m'a permis d'ajouter et de compléter 
moi-même en maint endroit. 

La grammaire et les notes ont été mises en français par mon ami M. Gaston 
Paris; je ne pouvais lui demander le travail considérable qu'exigeait le glossaire: je 
n'ai fait que le consulter sur quelques points où je doutais. Je prie donc les lecteurs 
français de m'excuser si, dans cette partie de l'ouvrage, ils ne trouvent pas toujours 
l'expression allemande rendue par la nuance française correspondante. 

La grammaire et le glossaire, pour lesquels, une fois le texte imprimé, il ne 
restait que peu de place, ont dû se resserrer autant que possible. La grammaire 
ne comprend donc qu'un court aperçu du système des formes d'après les matériaux 
fournis par la chrestomathie: j'ai renoncé à la phonétique; je n'ai pas non plus 
abordé la distinction, encore mal établie, des dialectes, parce que ce travail, qui a 
pour base essentielle la phonétique, ne peut être entrepris qu'à l'aide d'une étude 
comparative de tous les documents et spécialement des chartes. La lecture attentive 
des variantes montrera toutefois que mon texte repose sur l'étude des dialectes et de 
l'usage spécial à chaque poète. Dans le glossaire, j'ai écarté, pour épargner de la 
place, toutes les étymologies et les noms propres, et je n'ai donné que peu de 
citations. J'ai supprimé la traduction en français moderne partout où la forme et 
le sens des anciens mots la rendaient inutile. 

E08TOCK, juillet 1866. 



PREFACE DE LA CINQUIEME ÉDITION. 

Le choix des textes dont se compose cette cinquième édition n'a pas subi de 
changement. Toutefois, il sera facile d'y remarquer des améliorations ou des recti- 
fications. Aussi me suis-je fait un plaisir d'utiliser telle ou telle donnée apportée 
par maint ami. 

Pour ce qui est de l'ordre chronologique, j'aurais pu le modifier et tenir compte 
ainsi des recherches et découvertes les plus récentes. Ce qui m'a retenu, c'est 
d abord le peu d'avantage qui en serait résulté, ensuite la crainte d'un grave incon- 
vénient rencontré déjà dans les éditions précédentes: l'obligation de chifî'rer tout 
difi'éremment les citations du glossaire comme de l'abrégé grammatical. Car c'est 
précisément dans les chiffres qu'il s'est glissé peu à peu des incorrections regrettables. 
Aussi, dans cette nouvelle édition, me suis-je appliqué tout particulièrement à éviter 
ces imperfections-là. 

Heidelbeug, septembre 1883. KARL BARTSCH. 



— V — 



PIIKFACE DE LA NEUVIEME ÉDITION. 

Pas plus dnns In présente «•dition que dans les précédentes, rien n'a été changé 
dans le choix des pièces, fait par l'nuteur. Tout au plus, aTons-oona jugé bon 
d'ajouter les 80 premiers vers du morceau tiré de la Geste des Lorrains {p. 47), 
({ui manquaient au texte de Bartsch; en outre, nous avons ajouté 8 vers an morceau 
du Jeu de St. Nicolas de Jean Bodel (p. 206], pour donner une meilleure fin à 
cette pièce. 

De même nous n'avons pas cru devoir modifier Tordre des pièces. Par contre, 
il nous a semblé bon d'apporter quelques améliorations dans la publication de cea 
textes. Relevons d'abord celle, toute extérieure, mais utile, qui consiste à avoir 
donné à chaque pi(>ce un iuiint''ro d'ordre et à compter les lignes non plus par page, 
mais par pièce. 

Pour ce qui est du texte lui-même, nous avons profité, chaque fois qu'il j a 
eu lieu, des dernières éditions critiques, et si Tédition critique faisait encore défaut, 
nous avons eu soin de copier ou coUationner tous les manuscrits qui étaient h notre 
portée, en nous efforçant, par Tétude de leurs rapports, à constituer un texte aussi 
critique que possible. Les manuscrits que nous avons pu utiliser sont tonjoors 
désignés dans l'en-tête. Nous ne prétendons pas, bien entendu, en étudiant une ou 
quelques centaines de lignes, donner un texte définitif de ces morceaux, mais nous 
espérons les avoir- améliorés en maints endroits. Le lecteur pourra, d'ailleurs, en 
juger par la comparaison des variantes que nous donnons en note. Nous ferons 
remarquer en passant que nous n'avons relevé parmi les variantes que celles qui 
présentent quelque intérêt, aussi bien pour les éditions critiques que pour les manus- 
crits. Ce n'est que pour les pièces lyriques que nous avons tenu à être le plaa 
complet possible en donnant toutes les variantes des manuscrits. Pour ces derniers, 
nous avons adopté les sigles de Schwan. 

Nous n'avons pas cru devoir donner une orthographe uniforme, plus on moins 
arbitraire, aux textes qui n'ont pas encore été édités d'une façon eritiqae', car il 
eût fallu étudier toute l'œuvre de chaque auteur pour opérer semblable réforme 
sans s'aventurer. Nous avons donc reproduit un des manuscrits que nous désignons 
toujours dans l'en-tête. — Les morceaux qui ne sont conservés que dans un seul 
manuscrit ont été également collationnés à nouveau, dans tous les cas où le manu- 
scrit nous a été accessible. 

Dans les textes, [ ] signifie qu'un mot qui nianciuc dans le manuscrit ou dans 
l'édition a été ajouté, ( ) que le mot est à supprimer. 

Pour le morceau tiré de la Chanson de Roland (10), nous n'avons pas cra 
devoir reproduire simplement l'édition de M. Stengel, étant donné que la reconstitution 
du texte de M. Stengel ne correspond pas toujours au classement des manuscrits qui 



— VI — 

a été établi jusqu'ici et dont on n'a pas, que nous sachions, contesté la justesse. 
M. Stengel donne trop souvent la préférence aux manuscrits de la famille /, qui 
représente la famille la plus jeune; par suite, son texte ne se trouve pas d'accord 
avec le classement des manuscrits généralement admis et dont il n'a pas démontré 
la fausseté. De plus, le second volume de l'édition de M. Stengel, qui devait 
donner les raisons de son classement des manuscrits et justifier le choix qu'il a fait 
des leçons, n'a pas encore paru. Nous avons donc jugé préférable, jusqu'à nouvel 
ordre, de suivre pour le texte le manuscrit d'Oxford et de donner en note les 
variantes des deux manuscrits de Venise et de ceux de Châteauroux et de Paris. 
De la sorte, nous reproduisons le texte le plus voisin de l'original et, aux endroits 
où le manuscrit d'Oxford laisse à désirer, nous mettons le lecteur en mesure de 
comparer les plus importants parmi les autres manuscrits. Toutefois, nous ne 
reproduisons pas tel quel le manuscrit d'Oxford; aux endroits où il présente des 
fautes évidentes, nous avons profité des corrections proposées par les différents 
éditeurs. De même, nous avons corrigé les fautes contre la flexion et substitué 
ie à e dans les cas de la loi de Bartsch, en en rendant toujours compte dans les 
notes. Par Ml. nous désignons les leçons ou corrections qui se trouvent dans le 
texte de la 2^ édition de Muller, soit qu'elles remontent à cet éditeur, soit qu'il 
les ait prises à un de ses prédécesseurs. Naturellement, nous avons tenu compte 
également de l'édition de M. Stengel, en désignant par 8t. les leçons qu'il a choisies 
ou les corrections qu'il a proposées. 

Pour le morceau de Renaut de Montauban (20), nous avons collationné, outre 
le manuscrit Bibl. Nat. franc. 24387 (^), suivi jadis par Guessard, deux autres 
manuscrits de la Bibl. Nat., à savoir franc. 775 [B] et 766 (C). Ces deux manu- 
scrits conservent la même version que 24387 tout en s'écartant souvent du manu- 
scrit A. Dans beaucoup de cas, ils sont d'accord contre A^ mais, à quelques 
exceptions près, la leçon de A nous a paru être la meilleure. Pour ne pas tenir 
trop de place, nous n'avons pas cité les variantes du manuscrit 2990 de l'Arsenal 
qui appartient à la famille de BC, tout en présentant de nombreux changements. 
Dans plusieurs cas, ces changements semblent être dues à une tendance à abréger, 
le manuscrit de l'Arsenal disant en un vers ce qui, dans les autres, en occupe 
deux. 

Pour le Roman de Brut (25), nous n'avons pu collationner que les manuscrits 
de Paris. Le Roux et Bartsch avaient donné la préférence au manuscrit B. Mais 
ce manuscrit a des fautes en commun avec CDEFOH^ fautes qui ne s'expliquent 
guère qu'en admettant des rapports de parenté. Ce n'est pas le cas du manuscrit 
A. Par conséquent, si une leçon de A est appuyée par un ou plusieurs des autres 
manuscrits, c'est cette leçon qui doit être adoptée et non celle de B. La décision 
devient plus difficile dans les cas où A seul s'oppose à tous les autres manuscrits. 

Nous nous sommes borné, pour le morceau du roman en prose de Tristan (30), 
à consulter les deux plus anciens manuscrits, à savoir les manuscrits Bibl. Nat. 



— VII — 

frany. 750 et 886. Dftns deux autres des plus anciens manuscrits, Bibl. Kat. frauç. 
12599 et 759, notre passage fait défaut. 

Le passage tiré du Perceval de Chrétien de Trojet (86) ett le seal qae nous 
n'ayons pu améliorer. M. Haist avait bien voulu nous en promettre le texte critique, 
mais mnlheureusemeut, à Tépoque où notre manuscrit devait être envoyé à l'impres- 
sion, il nous a fait savoir que son texte n'était pas prêt. Il était trop tard alors 
pour ({ue nous pussions ooUationner nous-même d'autres manuscrits et il noua * 
fallu reproduire le texte des éditions antérieures, sauf quelques corroctinns duec à 
l'obligeance de M. Tobler. 

Nous avons voulu établir le texte du Roman d'Alexandre (36) d'apris les 
manuscrits do la 2" famille constituée par M. P. Meyer [CDEF]^ mais nous n avons 
pu arriver ainsi i\ un résultat satisfaisant. Nous avons donc collationné aussi le 
manuscrit A (de l'Arsenal) de la 1'" famille et les manuscrits (? et </ de la 3* fa- 
mille. De plus, nous avons utilisé le manuscrit H d'après l'édition de Michelant 
et les manuscrits S et 7, coUationnés jadis pour Bartsch. Noua avons laissé de 
côté G et li, dont Bartsch ne s'était servi que pour le commencement du passage. 
Nous donnons ainsi le texte d'après 10 manuscrits. Les manuscrits ACDEFOJT 
forment un groupe auquel appartient aussi le manuscrit H. Ce dernier manuscrit 
semble remonter, en outre, à une source commune avec S, si toutefois les variantes 
de S ont été données exactement par Bartsch. S ne fait pas partie du groupe 
mentionné. En général, nous avons admis dans le texte la leçon de 6', si elle est 
appuyée par un ou plusieurs manuscrits du groupe, sauf H. 

Pour Huon de Bordeaux (37), le seul manuscrit dont la comparaison présen- 
tât quelque intérêt, était le manuscrit Bibl. Nat. franc. 22555 (P), du 15* siècle. 
Mais ce manuscrit, tout en offrant la même version que celui de Tours, s'en écarte 
à tel point qu'il nous a semblé inutile d en relever toutes les variantes. Dans la 
plupart des cas, c'est P qui donne une version allongée, faisant souvent d'un vers 
du manuscrit de Tours deux. £n revanche, il offre aussi des lacunes. On peut 
enfin constater chez lui une tendance à introduire la rime. Par suite, nous nous 
sommes borné, sauf dans les cas peu nombreux où la leçon de P nous a paru 
t'videmment préférable, à relever quelques variantes de ce manuscrit qui nous ont 
semblé mériter attention. Mais de ce que nous avons relevé ces variantes, il ne 
s'en suit pas que, même en ces passages, la leçon du manuscrit de Tours soit mau- 
vaise. Dans les cas oCi nous ne donnons pas de variante de P, il ne faut donc 
pas penser que ce manuscrit soit toujours d'accord avec celui de Tours. C'est ce 
dernier manuscrit que (tuessard a suivi dans son édition et il présente certainement 
la meilleure version. 

Pour le 'Livre des quatre Dames' d'Alain Chartier (90b), nous n'avons pu 
consulter l'édition de Duchesne et avons dû nous contenter d'en collationner la 
copie donnée par Kussmaun dans sa thèse intitulée *Beitrdge xur Cberlieferung 
des ^ Livre dc^ quatre dames' von A. Cfiartier, Greifstrald 1904*. — Pour le morceau 



— VIII — 

tiré du 'Bréviaire des Nobles', M. Heuckenkamp a eu l'obligeance de mettre à 
notre disposition ses collations de 19 manuscrits, parmi lesquels nous en avons 
choisi quatre. Nous ne prétendons pas avoir établi par là un texte critique, mais 
nous nous sommes efforcé simplement d'apporter ça et là des améliorations au texte 
de Bartsch. 

Pour le morceau tiré du Roman de Perceforest (98), nous avons suivi la V^ 
édition, imprimée à Paris, en 1528, par Galliot du Pré et dont le Musée Condé à 
Chantilly conserve un superbe exemplaire. Nous en avons en outre comparé le 
texte avec celui qui se trouve dans le manuscrit franc. 346 de la Bibl. Nat. Ces 
deux versions sont très voisines l'une de l'autre, sans que toutefois l'édition soit la 
reproduction exacte du manuscrit 346. Elle nous semble représenter plutôt un 
autre manuscrit appartenant à la même famille que le manuscrit 346. — L'édition 
de 1528 n'est pas non plus, contrairement à ce qu'en a dit G. Paris dans la Romania 
XXIII. 7,9, la reproduction de la 'minute' de David Aubert, qui nous est conservée 
dans le manuscrit 3486 de l'Arsenal. Ces 2 versions, du moins en ce qui concerne 
notre passage, offrent parfois de grandes divergences, trop grandes pour qu'il nous 
ait semblé utile de nous en servir pour établir notre texte. C'est également le cas 
du manuscrit 107 de la Bibl. Nat. qui est souvent d'accord avec le manuscrit de 
l'Arsenal contre les deux représentants de l'autre famille. 

L'aperçu grammatical est resté essentiellement le même qu'auparavant; toute- 
fois, nous avons essayé d'être plus complet et surtout plus clair. 

Le glossaire a été l'objet de notre soin spécial. Nous ne nous sommes pas 
borné à y introduire les changements nécessités par la nouvelle numérotation des 
pièces, mais nous avons, avec le plus grand soin, dépouillé de nouveau tous les 
textes. Ainsi, tout en tenant compte de l'ancien glossaire et des corrections y 
apportées par divers savants, nous l'avons complètement remanié et nous avons fait 
notre possible pour ne laisser sans explication rien de ce qui pourrait arrêter le 
lecteur, fût-il un débutant. Nous espérons qu'on nous saura gré d'avoir donné 
des citations plus comj)lètes. Enfin nous avons fait suivre le glossaire d'une table 
des noms propres. Ces travaux de dépouillement ont demandé un temps considé- 
rable et ont causé quelque retard à la publication de cette édition. L'impression 
des textes était terminée dès le mois de juin 1907. C'est ainsi que s'explique 
comment nous n'avons pu utiliser des éditions parues depuis, par exemple la 2'' 
édition du mystère d'Adam et la 3^ édition du Roman du Chevalier au Lion. — 

Il ne nous reste plus qu'à remercier tous ceux qui 'nous ont prêté leur aimable 
concours et par là ont contribué à cette nouvelle édition. 

Nous devons à M. A. Bayot la copie des manuscrits de Bruxelles du 'Cheva- 
lier qui ooit la messe' (59) et du 'Livre de la paix' de Christine de Pisan (89 e). 

M. Giulio Bertoni, professeur à Fribourg (Suisse), a bien voulu, en souvenir 
des études faites ensemble à Florence, collationner le manuscrit de Modène de la 
chanson de Chrétien de Troyes (32) et d'une romance anonyme (63 a). 



— IX — 

Sur la recommandation de M. Pio Rajna, M. A. Boselli a eu l'obligeance de 
collationner le manuscrit du Romnn d'Alexandre (36) qui se trouve à la Bibliothèque 
Nationale de Purme. 

Nous remercions M. Brugger d^avoir mis à notre disposition set collations des 
manuscrits de la 'Bible' de Ouiot de Provins (48) et les corrections qu'il propote 
pour. ce texte. 

Pour notre morceau du Roman de Troie (28) qui ne doit paraître que dans 
le tome III de l'édition en cours de publication par les soins de M. Constans, 
l'éditeur a bien voulu nous en communiquer les bonnes feuilles dont il avait pres»^ 
l'impression, à notre intention. 

Nous devons îi robligeuiice d'un ancien camarade, M. A. François, actuellement 
privatdocent à Genève, la copie des Jeux partis '68 et 69) qui se trouvent dans 
un manuscrit du Vatican. 

M. Joseph Girard, maintenant bibliothécaire d'Avignon, a bien voulu collationner 
le manuscrit de 'Berte au grand pied' (72) que conserve la bibliothèque de Rouen. 
C'est encore sur la recommandation de M. Rajna, que M. £. Gorra s'est chargé 
de collationner à Pavie le manuscrit de la 'Disciplina Clericalis' (62a). Pour la 
même pièce, M. le docteur Grupp, bibliothécaire à Maihingen, nous a signalé l'édition 
du manuscrit de la bibliothèque princière qui nous avait échappé. 
Nous avons déjà eu l'occasion de nommer M. Heuckenkamp. 
M Hoepffner de Strasbourg a très aimablement mis à notre disposition son 
texte de Guillaume Machaut (84). 

C'est à l'extrême obligeance de M. £. Langlois que nous devons le texte 
critique des deux morceaux tirés du Roman de la Rose (61 et 78). M. Langlois 
u bien voulu nous donner la primeur de ces deux passages de son édition qui ne 
tardera pas à paraître. Mais, cette fois, nous nous abstenons de donner des variantes, 
le nombre des manuscrits étant si considérable, — M. Langlois n'en a pas colla- 
tionné moins de 200 — que les variantes tiendraient en moyenne une trentaine de 
ligues pour chaque vers. 

Nous devons à M. le docteur Schindler de Berne la collation du manuscrit de 
Cléomadès (71) que possède ia bibliothèque de cette ville. 

Enfin, M. Stengel, avec la plus grande obligeance, a établi, expressément pour 
nous, le texte du morceau de la 'Geste des Lorrains' (17). 

Nous avons pu profiter, pour cette édition, des remarques judicieuses et des 
corrections apportées à la précédente par M. AV. Foerster dans la ^ZeitscJirifi fur 
franzos. Sprache u. Literatnr' XXVII. 129 — 141. M. Foerster nous a, en outre, en 
plusieurs occasions, aidé de ses conseils. 

Comme il l'avait déjà fait pour les éditions antérieurs, M. A. Tobler a con- 
tribué également à celle-ci, en nous communiquant une série de corrections et de 
remarques précieuses ayant trait aux textes et surtout au glossaire. Nous les avons 
fait suivre de son nom. 



— X — 

M. H. Andresen a eu l'extrême obligeance d'assumer la lourde charge de lire 
une épreuve après nous. Ainsi, à part d'autres observations, nous lui devons d'avoir 
relevé nombre de fautes d'impression qui avaient échappé à notre examen. 

Nous aurions mauvaise grâce à oublier notre ami Henri Lemaître de la Bibl. Nat. 
de Paris qui ne s'est jamais lassé de répondre à nos questions et de nous donner 
des renseignements de toute sorte. 

Enfin nous avons à remercier un de nos étudiants, M. H. Eoters qui, avec un 
dévouement le plus désintéressé, s'est chargé de classer les nombreuses fiches du 
glossaire. 

Que tous ceux que nous venons de nommer soient convaincus de notre plus 
vive reconnaissance ! 

Munster i. W., janvier 1908. LEO WIESE. 



PREFACE DE LA X« EDITION. 

Dans la présente édition, les textes de la Chrestomathie n'ont pas subi de modi- 
fications importantes. Nous avons pu, cependant, pour quelques-uns d'entre eux, 
profiter de nouvelles éditions critiques, à savoir de la 2® édition du Mystère d'Adam 
(22), de l'édition du poème sur la Polie Tristan (24) par J. Bédier, 1907 et de la 
3" édition (1906) du chevalier au Lion (34). 

Pour le morceau tiré du Roman de Renaut de Montauban (20), nous avons 
utilisé, en quelques endroits, la réimpression du texte par M. P. Castets. 

Les pièces 42b, 45a, 46 et 53b ont été publiées de nouveau, en 1909, par 
M. J. Bédier dans ses 'Chansons de Croisade' avec les variantes de tous les manu- 
scrits. Ces variantes n'allant pas toujours d'accord avec les nôtres, nous avons pris 
la peine de les vérifier sur les manuscrits, ce qui nous a permis de relever plusieurs 
inexactitudes dans les variantes de la nouvelle édition (par ex. 45a, 4. 10; 53b, 1. 18. 40). 

Pour ce qui est du Roman de Perceval (35), M. Baist en a imprimé, en 1909, 
le texte entier selon le ms. 794, sans donner toutefois les variantes des autres manu- 
scrits, mais en y apportant des corrections. Nous avions, d'ailleurs, au cours d'un 
récent séjour à Paris, collationné nous-même les autres manuscrits de Paris, pour 
contrôler les variantes données par Bartsch. 

Le texte du morceau tiré du Roman de Brut (25) n'a pas été sensiblement 
modifié par la collation du ms. B. N. nouv. acq. fr. 1415. Rappelons à cette occasion 
la brochure de M. Harrisse, intitulée 'Grandeur et Décadence de la Colombine', Paris 
1885, qui rend compte de la manière dont ce manuscrit et d'autres ont disparu de 
la bibliothèque de Séville (p. 40). 

M. Langfors a bien voulu nous signaler un second manuscrit du Stabat Mater 
(80). Ce manuscrit en donne une version plus longue que le seul manuscrit connu et 



— XT — 

utiliao juH(|u'& présent. Nous devunu ii 1 uiuitii< do M. Lemaitre, bibliothécaire ti la 
Bibliothèque Nationale, la tranucriptiou do la version de e« manatcrit. 

En revanche, la collation du manuscrit autographe des poésies de Charles 
d'Orléans (91) n'a guère donné lieu h une modification du texte. 

M. A. Thomas a bien voulu nous communiquer plusieurs corrections ayant trait 
uu Glossaire et dont nous tenons h le remercier encore ici. 

En outre, tant pour les textes, que pour le Glossaire, nous avons profité des 
observations critiques présentées dans les comptes-rendus de la IX* édition, notam- 
ment par M.M. H. Morf {Archiv CXX, 47H), A. Jeanroy (Reme critique 1909, .\o. t 
et J. Angliide {Rev. des langues romanes 1909, 84). 

Il nous a été impossible de donner suite à un désir exprimé par quelques cri- 
tiques, à savoir de modifier Tordre des pièces et d'introduire Tordre par genres 
littéraires. Ce changement aurait comporté l'énorme travail de refaire tout le 
(f lossaire et la partie grammaticale. Nous avons tâché d y remédier en ajoutant une 
table par ordre des genres et an tableau chronologique. Pour la première, nous 
avons suivi, en général, le classement de G. Paris. 

Il ne nous reste plus qu à remercier M. E Madlung, membre do notre sémi- 
naire à léna, d'avoir bien voulu lire une épreuve des derniers textes, de la partie 
grammaticale et du Glossaire. 

lÉNA, octobre 1910. ^ „^ ,.,,„„„ 

LEO WIESE. 



Pièce 1. 



1. 

GLOSES DE CASSEL. 

.V«. à la bibl. royale de Caaêel, cod. theol. 24 (e.), 8* ttMe ou eommeneemenl du V. — Fac' 
nimih' : ir. (l'n'min, Ks/un-talio ad plebrm rhriêtianam (Académie de Berlin 1845. 1846^ r/ K. Monaei, 
FiicuimUi di mitirhi initnonrritli, j'usr. \, Koma 1881. — Editiotu : Eckharl, Cttmmenlarii de rebuê 
Frnunne orirutuli» I. 853 fl »uir.; W. Crimm l. r. ; W. Warkemaçel, Altdeuttcheê Leêebutk 1861» 
jt. 27. /*'• f>i>:, AUromaninr/H' (Hnn^iirv 18»)5. /'. 73 H tniv., Hteinmeyer «. Sierer», Die attkoeM. 
(ilo»»i'n m (IBOf)) 9 — 13; •!'. I'\>fr»ter u. K. Konchwitx, Altftnnxrutûiche* ITebuntfêbueh 3* éd. 1907. 
38 >t unir. — Travaux jtlun récrnU *iir Im (Houen df (.'atsrl : P. Marchât, Ir» ijloeea de OaeeeJ, 
FrUHmrij (Suùnf) 1895; Stilrztnijer, ZeiUrhr. /. rom. Phil. XX. 118—123; W. .Vryrr-lMbke, lÀtera- 
turhl. f. /•<>;». M. gerw. Phil. (1895) XVI. 373 «79.; O. Paris, Nom. XXIV. 595; XXXI. 450: 
liaift, XeiUchr. f. mm. Phil. XXVI. 101 — 107. •/. Pirson, ibid. 521 *q'j.; R. Koegel, (ieerh. d. 
deiilnchrn Litrratur, I. 2 (1897) /». 502 — 506. — Pttur la bibliogntphir complète, aituti que pour lo 
laïujitf di'H glo»fK, roy. ForrHtfv und KoKrhwilx I, r. 

homo, man. caput, haapit. uerticem, skeitila. capilli, fahs. oculos, au^n. aares, aoran. 
nures, nasa. dentés, zendi. timpuribas, chinnapahhun, hiuflilun. facias, uuangun. mantun, 
4-hinni. mnxillus, chinnpein. cullo, hais, scapnlas, ahsla. humérus ahsla. tondit, skirit. 
lundi meo cupilli, skir min fahs. radi meo coUi, skir minan hais, radi meo parba. skir minau 
jiart. radiées, uurzun. labia, lefsa. palpebre, prauua. inter scapnlas, untar hartinnn. donnim. 5 
hrucki. un os spinale, ein hruckipeini. renés, lenti. coxa, deoh. os maior, daz rotfra peio 
deohes. innaclu, chnia. tibia, pein. calaroel, unidarpeini. talnun, anchalo. calcanea, ferma, 
pedes, foozi. ordiglas, zsehun. uncla, nagal. membras, lidi. pectas, pnist. brachia, arm. 
nianns, hant. palma, prctu. digiti, fingra. polix, dumo. index, zeigari. médius, mittarosto. 
medicus, Inahhi. nuricularis, altee. minimns, minnisto. putel, darm. putelli, darma. iumbn- 10 
lum, lentiprato. ligido, lepara. pulmone, lungunnc. intrange, innida. stomachus, mago. latent, 
sitte. coatis, rippi. anctnra, smero. cinge, oarti. lumbus, napulo. umbilico, napulo. iiecunia. 
tihn. crtuallus, hros. equm, hengist. iumenta, marhe. equa. marhe. puledro. folo. poledra, 
fulihhn. animaiia, hrindir. boues, ohsun. aaccas, choi. anuentas, hrindir. pecora, skaaf. 
pirpici, uuidnri. âdelli, chalpir. ouiclas, aani. agnelli, lempir. porci, suuinir. ferrât, paerfsrb. 15 
troia, snu. scrnna. suu. purcelli, farhir. aucas, cansi. anciun. c^nsincli. puUi, honir. pnl- 
rins, honchli. eallus, huno. galiua, hanin. pao, phao. pana, phain. casa, hus. domo, cadam. 
niansione, selidun. thalamus, chamara. stupa, stnpa. bisle, phesal. keminada, cheminât*. 
furnu.s, ofan. caminus. ofan. furnnx. furnachc. segradas, sagarari. stabulu. stal. pridiasf 
iiuanti. esilos, pretir. raediran, cimpar. pis, lirst. trapes, capretta. capriuns, rafuun. sc«a-90 
(iula skintala. pannu, lahhan. tunica, seiu, tunihha. camisa, pheit. pragas. prûh. deanu, 
deohproh. fasselas, fanun. uuindicas, uuintinga. mufflas, hautitcoh. uuanz, irhiner. aua, 
uuahsir. caua, dolea, putin. idrias, tunne, choffa. tunne, carisa, choffa fodarmazio. sisirtol, 
stiinta. cauuella, potega. gerala, tina, zuuipar. siccla, einpar. sedella, sicleola, ampri sestar. 
>*'htari. calice, stechal. hanap, hnupf. cuppa, chupf. caldaru, oliozil. caldarola, cbeii. en- 25 

2 thinnapahhun W. Grimm. 4 me meo coUi M". 6 osti spin. Mê. ;■ tf. Die* p. 96. 7 iaaoda Diex 
{p. 97): innuolu .V.*. taluun Dirs : ulauun .'A", anchalo itrimm : anchlao M*. 8 ordigUa DitM 
(/> 98): ordigas J/.". 10 auricularis IV. Grimm: articulaU .TAn. H innida (imff: indinta .¥/. 15 por«i 
IHcz (/». 102): porciu M». — verrat Dir: {p. 102). 17 caaa />!« ; caan Jf*. 19 fomoa Strimm. m. 5i«v. ; 
furn Difz; furni .V^. 22 uasa Picx ; uuaaa iVf. 23 euvm Marchol. — tunat If»lt:maHH ; tiàaat M». 
carisa .Vif. r. liaijft I. r. ; carica Eckharl, Dies (Rart«ch) ; caricx Gn'mm, Uteimm. — ritirtol Ma. 
(Forrutcr); tou« /r,» t'diteuru liftaient sisireol. 25 caldarola Dirz : caldaror* M$, 

BÂRTSCH-WIESE. Chrestoniathie. X« Éd. 1 



Pièce 2. ix« SIÈCLE. 



mailas, hahla. implenus est, fol ist. palas scufla. sappas, liauua. saccuras, aehus. man- 

neiras, parta. siciles, sihMla. falceas, segansa. taradros, napugsera. scalpros, scraotisaru. 

planas, paumscapo liones, seh. fomeras, uuaganso. martel, hamar. mallei, slaga, hamar, 

et forcipa, anti zanga. et inchus, anti anapaoz. de apis, piclierir. siluuarias, foUiu. puticla, 
30 flasca. manducaril, moos. ua, cane, fac iterum, to auar. citius, sniumo. uiuaziu, iili. ar- 

gudu, skeero. moi, mutti. quanta moi, hiu manage mutte. sim, halp. aia tutti, uuela aile. 

uestid, cauuati. laniu uestid, uullinaz. lini uestid, lininaz. tremolol, sapan. uellus, uuillus. 

punxisti, stahhi. punge, stih. campa, hamma. ponderosus, haolohter. albioculus, staraplinter. 

gyppus, houarohter. et lippus, prehanprauuer. claudus, lamer. mutus, tumper. tinas, zuui- 
35 par. situlas, einpar. guluium, noila. 



2. 

LES SERMENTS DE STRASBOURG DE 842. 

Ms. à Paris, Bibliothèque Nationale F. L. 9768 ^9* ou 10® siècle). — Description du 3Is. : 
Brakelmann, Zeitschr. f. deutsch. PMI. III. 91 sqq.; Koschwitz, Commentar zu den âltesten franz. 
Sprachdenhnalern, Heilbronn 1886, p. 1 et suiv.; P. Rajna, Rom. XXI. 53 — 62. — Fac-similé 
(Photogravures): Album de la Société des anciens textes français, Paris 1875; Gasté, Les Serments 
de Strasbourg, Paris 1888; 3Ionaci, Facsimili di antichi manoscritti. Borna 1881, planche 91; 
Petit de Julleville, Hist. de la langue et de la littér. franc. I. LXXVI. Paris 1896; Fnneccenis, 
Die âltesten Ueutschen Sprachdenkmaler, Frankfurt a. M. 1897. — Editions plus récentes avec 
commentaire: Diez, Altroman. Sprachdenkmale, Bonn 1846, p. 3; Du Méril, Essai sur la formation 
de la langue française, Paris 1852, i^. 397; Burguy, Grammaire de la langue d'oïl, Berlin 1862, 
/. 19; G. Paris, Sliscellanea di filologia e linguistica, Firenze 1886, p. 77; Gasté, l. c; Royet, 
An introduction to old French, 2® éd. London 1894, i?. 13. — Edit. sans commentaire: Bartsch et 
Horning, La langue et la littér. françaises depuis le IX* siècle jusqu'au XlVe siècle. Paris 1887 ; 
Koschwitz, Les plus anciens monuments de la langue française (Heilbronn-) Leipzig (1879, 80, 84, 
86, 97, 98, 1902) 7* éd. 1907 (Commentaire, paru séparément, voir ci-dessus); Stengel, Die âltesten 
franzos. Sprachdenkmaler, Marburg, (1884) 1901; Constant, Chrestomathie de l'ancien français, 
Paris (1884) 1906; Monaei, I più antichi monumenti délia lingua francese, Roma 1894; Foerster u. 
Koschwitz, Altfranzôs. Uehungsbuch, 3® éd. 1907,^. 46. — Observations et corrections (très nombreuses ; 
la liste complète dans Foerster et Koschwitz) : Suchier, Jahrb. f. roman u. engl. Sprache u. Litt. XIII. 
(1874), 383 et suiv.; Grober, ib. XV. 82 et suiv.; J. Storm, Rom. III. 286 et suiv.; IMcking, Die 
âltesten franzos. Mundarten, Berlin 1877, pp. 76 et 84 sqq-; Koschtvitz, Commentar, p. 3 et suiv.; 
G. Paris, Rom. XV. p. 444 sqq. ; Schwan, Zeitschr. f. rom. Phil. XI. 462 et suiv. (G. Paris Rom. 
XVII. 62 Ij; Meyer-Lilbke, Zeitschr. f. rom. Phil. x'il. 526 (G. Paris, Rom. XVIII. 326); Baist, 
Zeitschr. f. rom. Phil. XX. 327 (G. Paris, Rom. XXV. 626; Rajna l. c). — 

Ergo XVI kalencl. mardi Lodhuwicus et Karolun in civitate, qiiae olim Argentaria vo- 
cabatur, nunc autem Strâsburg vulgo dicitur, convenerunt, et sacramenta, quae subter notata 
sunt, Lodhuwicus romana, Karolus vero teudisca lingua juraverunt. Ac sic ante sacramentum 
circumfusam plebeni alter teudisca, alter romana lingua alloquuti sunt. Lodhuwicus autem,. 
5 qui major natu, prior exorsus sic coepit: 'Quotiens Lodharius me et hune fratrem meum^ etc. 
Cumque Karolus haec eadem verba romana lingua perorasset, Lodhuvicus, quoniam major 
natu erat, prior haec deinde se servaturum testatus est: 

Pro deo amur et pro Christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di in avant, in 

1. 27 scraotisarn Diez, scraotisran 31s. 28 uuganso 3Is., waganso Diez. 29 l- avec Diez (Gloss. 
p. 116) alvaria de apis, picherir foUin. 30 mandacaril 3Is., corr. p. Diez. 31 hiu Bartsch; va Ms. ; 
weo Grimm, Diez. 32 tremolol Ms. (Foerster) ; tous les autres édit. tramolol. 33 albioculus Grimm 
(Diez, Bartsch) ; albios oculus Ms, 

2. 8 è auant Ms. 



SAINTE EULALIE. Pièce 8. 



i|ii!iiit. di'UH Miivir et poiiir me dunat, si lalytrAi eo citt meon fnwlr** Kurio ft in aiudba pt in 
lutlhiina (OHH, si cuiii oui per dreit son fradra fwlvar diHt, in o quid il mi altre«i fazet, et ab 10 
Ludher nul plaid iiunqua prindrni, qui meon vol ciat meun fradrt; Karl(> in damno lit. 

,Quo(l rum IjOdhuricns expleaHet, Karolwi teudiêca linyua aie lue eadem verba teêtatuê 
e$t: In Kixl^'S minna ind in tbes christiânes foicbe« ind anaer bédbérô gebaltntani, fon thetemo 
da^e franunordeH, nd fraui hô mir gui gewhci indi mahd furgibit, m» baldih tesaa minan 
bruudher* hôhô man mit rebtft HÎnan bruodbvr scal, in thiû tbaz er mifç bù sama duo, indi 15 
mit Ludberen in nobheiniu tbing ne gegango, tbe mtnan willon imo ce acadben werdbén. 

Sacramentum autem quod uirontmque populus quique projjria limjua iettaUu ait, ro- 
manu lingna sic ne hahet: Si Lodbnvigs sagrament, que son fradre Karlo jarat, conaerrat, et 
KurluH meos sendra ^V' sue part lo franit, si io returaar non Tint pois, ne io ne nëols, evi eo 
returnar int pois, in nuUa aiudha contra Lodbuwig nun li. iv er. 20 

> Tnidisca autem liugua: Oba Karl tben eid, then er slnemo bniodber Ludbowige gemor, ^ 
jjjeleistit, indi Ijudhuwijj min hi-rro, then er imo gesnor, forbribcbit, ob ib inan es irwenden 
ne mu^, noh ih noh tlu-n') nohhein, then ih es irwenden mag, widbar Karle iuio re foUasti 
ne uuirdhit. 



CANT1J.ÈNE dp: SAINTE EULALIE. 

M«. pnufiiant de St. Amand-leê-Eaux, ucturllvment ii la Jiibl. de \'aleucien»r», 143, J<4. 141. 
(v. Konrhirilz, Commentar etc. p. 52; Enneceenm, Xiir Uitein. u. j'ram. EuMia, Murburg 1897A — 
Fac-»imUé : Album de la Soc. de* anc. texten J'rfinqai» (1875) planche •> ,' Enneccrnu, l. c. et fh'e 
l'ilteifteH ileutjtch. Spravhdvukmaler, Fraukfurt a. M. 1897, phinchr 40; .Vonari, Facitimili di antichi 
mauoncntti, Rama 1891, planche 86; Suchier inid lîIrch-Himchj'eld, (îesch. d. franx. l.ilt., I^ipiitj 
1900, p. 98. — Editionx: Elnontnttia, MouinneiiK de» langue» romane et teuinnùfue du IX* »i^rie 
p. p. Hoffmann de Fullernleben, arec une inlroihitiioii et de» note» par ./. F. iVillem», dand 1837 
(2" éd. 1845); I>iez, Altroinan. Sprachdcnkmale, lUntn 1»46, p. 15; liurt»ch et Ilomimj, ht langue 
et la littér. J'rançai»e» depui» le IX* »iècle ju-ti/u'ait XIV* »i^cle, M/rj* 1887, /'. 7; /*. Meyer, Re- 
cueil d'ancien» texte» françai», 2^ partie, Pkiri» 1877, p. 193; Ko»chwitx, Ijc» plus ancien» m^Huntrut» 
de la langue françai»e (lleilbronn-)Leipzig, (1879, 80. 84, 86, 97. 1902) 7* éd. 1907. /'• 4 (Kotch- 
m'tx, Commentar etc. p. M); Stengel, Die alte»ten franx. Sprachdenkmaler, .Marhurg (1884) 1901, 
p. 8; Von»tan», Vhrestomathie de l'ancien franeal», l\tri» (l884) 1906, />• 2; .Vonaci, I più antichi 
monumenti délia lingua francete, Roma 1894, /'. 5; Roget, An introduction to Old French, 2* fd. 
London 1894 p. 19; Suchier u. Birch-Hir»cbfeld l. c. p. 99; Foer»lrr u. k'o»chiritx, .lltfranxff». 
î'ebuug»buch, 3* éd. 1907, />. 47. — Ver»iJication, e. ilan» Foer»trr u. Konchtcitx l. c, la liste de* traraux. 
— Observation» et correction» : Liicking, Jahrb. j. roman, u. engl. Spniche m. Ai//. .V. F. /7/. 393; 
Suchier, Jenaer I.itt. Zeitung 1878, -Vr. 21; JiHhmer, Rom. Stud. III. 192; Strngel, Ansg. m. Ah- 
handlunijen I. p. VIII.; Koschicitx, l. c. p. 57; ti. l'an», Rom. Xi'. 445; SchtniH, Xritschr. f. 
roman. Phil. AT. 4t)5; d. l'nri», Rom. AT//. 621. — Source etc., roir ta li.tir n<mplf^tr rie» traranx 
itans Foerstcr et Ko»ch»ritz, l. c. — 




naqaa 



nunqu» Suchier (liarlsch), nutnqae Oroher. \:\ geuXtniMi .V». 14 in»dh .V*. 15 /•« laru ne n'est pas 
indii/uée. — bruher -V*. soso'm» .V*. 16 luheren .V*i. — unerhen -V*. 19 ioe Grvhrr] «oa ÏHex, 
suo Mil. — û losUnit .Vji., non los Unit Die: (= tenet); (non) lo tnn\t Suchier; |o tnint ouVtntnint 
Liicking; r. Kovchiritx, Comm. p. 42 «77. 20 aiilba M». — U iuer Ms. ; W er (= ibi tro) Dies, 
(liartsch); lui 1er Liicking; li lu (Ibl) er l^ri» ; r. Foerster, Lit. Centmlbl. 1878. (26 /nurMr) , • 
Koschwitx, t'omm. p. 49 et suie. 

\* 

3 



Pièces 3 et 4. 



IX" SIECLE. 



Bnona pulcella fut Eiilalia, 
bel auret corps, bellezour anima. 

Voldrent la veintre 1^ deo inimi, 
voldrent la faire dïaule servir. 
5 Elle non eskoltet les mais conselliers, 
qu'elle deo raneiet, chi maent sus en ciel, 

Ne por or ned argent ne paramenz, 
por manatce regiel ne preiemeat. 

Nïule cose non la pouret omque pleier, 
10 la polie sempre non amast lo deo menestier. 

E poro fut presentQde Maximiien, 
chi rex eret a cels dis soure pagiens. 

Il li enortet, dont lei nonque chielt, 
qued elle fuiet lo nom christiien. 



EU' ent adunet lo suon élément, 15 

melz sostendreiet les empedementz, 

Qu'elle perdesse sa virgiuitet: 
poro s furet morte a grand honestet. 

Enz enl fou la getterent, com arde tost. 
elle colpes non auret, poro no s coist. 20 

A czo no s voldret concreidre li rex pagiens ; 
ad une spede li roveret tolir lo chief. 

La domnizelle celle kose non contredist, 
volt lo seule lazsier, si ruovet Krist. 

In figure de colomb volât a ciel. 25 

tuit oram, que por nos degnet preier, 

Qued auuisset de nos Christus mercit, 
post la mort et a lui nos laist venir 

Par souue clementia. 



4. 

FRAGMENT D'UNE HOMÉLIE SUE LE PROPHÈTE JONAS. 



3Is. à la Jiibl. de Vahnciennes, 475 (v. Koschwitz, Commerîtar etc. p. 121.J. Il est en granih- 
partie en notes tironiennes. — Fac-similé: Bethmann et Cousseinaker, Voyage histor. dans le Nord 
de la France, Paris 1849; Génin, Cfianson de Roland, Paris 1850, p. 466; Photogravure du Verso 
dans l'Album de la Soc. des anciens textes franc. 1875; Foerster u. Koschwitz, Altfranz. Uebung.'<- 
buch 3" éd. 1907 (Reproduction du fac-similé de Génin, mais avec des corrections dues à l'Album 
de la Soc. des anc. textes franc, et à une collation du Ms.). — Editions: Bethmann, l. t. p. 18; 
Génin, l. c. p. 465; Koschwitz, Les plus anciens monuments de la, lavigue franc., 7* éd. Leipzig iQ07, 
p. 8- Stengel, Die âltesten franzos. Sprachdenkmaler, Marburg, 2" éd. 1901, 2^- 10» Monaci, I pi!i 
antichi monumenti délia lingua francese, Roma l>-94, p- 6; Roget, An introduction to Old French, 
London 1894, ])• 25; Foerster u. Koschwitz, Altfranzos. Uebungsbuch, 3* éd. 1907, i^. 51. — Obser- 
vations et Collections: Boucherie, Fragment de Valencienncs, Mézières, 1867: Suchier, Litt. Centrcdbl. 
1875. 1587: IJlching, Die âltesten franzos. Mundarten, Berlin 1877, ju. 17; G. Paris, Rom. VIL 
121. 131; Rom. XV. 447; Varnhagen, Zeitschr. f. rom. Phil. IV. 97; V. 454; Schmitz, Rom. Stud. 
V. 2h7 ; liohmer ib. 300; Behr-ens, Franzos. Stud. III. 384; Koschwitz, Commentar 121; Schwau, 
Zeitschr. f. rom. Phil. XL 4^6; Baist, Rom. Forsch. VLLL. 511 ; G. Paris, Rom. XXVL. 145; Marchât, 
Zeitschr. f. rom. Phil. XXI. 226; G. Paris, Rom. XXVL 583; 3Iarchot, Zeitschr. f. rom. Phil. 
XXLI. 401 ; ib. XXLLI. 415. — Source etc. voir Foerster et Koschwitz l. c. — 

Ze« mots qui, dans le texte qui suit, sont mis entre crochets ont été suppléés par Génin. 

{Cap. IV.) Habuit misericordiam si cum il semper soit haveir de peccatore e sic libérât 
de ce [re] . . . . e de cel péril [quet il habebat discretum] que super els metreiet. Et nfflictus 
est Jimas affiictione magna, et iratus est: et oraoit ad dominum et dixit [''domine, toile, quaeso, 
animam meam a me.\ quia melior est mihi mors quam vita\ Dune, ço dixit, si fut Jonas 
^profeta mult correcious e mult ireist [quia deus de Ninivitis] misericordiam habuit e lor pec- 
catum lor diniisit: saveiet ço que li celor sub ço astreiet eis ruina judeorum, e ne doceiet 

3. 5 nont Ms., non Bartsch, Meyer ; v. Koschwitz, p. 91. 9 omq 3[s. 13 II ou El Ms. (E1- 
nonensia, Diez, Bartsch, Stengel lisent II; Meyer, Suchier, Nyrop: EIJ. 19 lo Ms.; la Diez, Bartsch, 
Meyer. 22 chieef Ms. ; chief Bartsch, Meyer. 

4. 5 ireist Génin, iretst Ms. 6 que li celor] qued icel'ore Suchier. 
dej G, Paris. 



doceiet] doleiet [tant 



HOMÉLIE SUR JONAS. Pjéce 4. 

(l|or Hulut, rum il f'ani'bat de perdilionr judt-orum, ne êi rum legimuM e 1p evangelio 

i\\\v donùunH noater flevit niipt-r llierunalem, et noluit toUere ibuê: Pùutu» apoBtolu» 

rtiam optnbat esâe anathemu enge pro f'rntribua Bui» qui »u7it iHntelite. Et egretmu eêt Jonat 
de t'ivitatf, et tedit [contra orientetn civitati»,] dorme culeret quid accideret cititaH. Danr, «jo lO 

dieit, cum Jonaa profeta i*el pf)pulum hahuit pretiet e convera et en celé iet, si escit 

foer» de la civitate e ni sist contra orientem civitatia e si nvardevet cum iUhh per seren 

|a]Htreict u ne fereiet. Et preparavit dominua ederam auper caput Jone, ut facerel ei umbram, 
laboraverat . . . . ço dicit Jonaa profeta habebat mult laboret e mult penet a cel populnm, 

e faciehat jfrnnt iholt, et eret mult lan un edre Bore nen i-heoe , quet ambre H 15 

feHÏBt e repauser si podist. Et letatua eat Jonaa auper eileram [letitia magna 

Ihinc fut JoniiH] malt letatua, ^-o dicit, por qae deus cel edre H donat a nin soaeir et a son 
repausemcnt li douât. Et precepit dominua [vermi . . . ut peratteret ederam] et ej-aruit. et 
pitravit deuH ventum calidttm 8Uj)er capui Jone, et dixit ^meliun ent mihi tnori quam vivere 

Dune, ro dicit, ai rogat deu» ad un verme que percnssist cel edre sost que ciï aedebat^ M 

fl c cil^e edre fu sèche, si vint ^rancesmes iholt ure auper caput Jone, et dixit *meliuê 

'■at mihi mori quam viceré'. Et dixit domimm \ad Jonatn 'putatne bene i]raseeri$ tu auper 
ederam'^^ et dixit 'fcewe iraacor eijo uaque ad mortem'. Poatea per cel edre dunt eil tel (dolor 
une-) iet, si debetia intelliijere per judeos, chi aicci et aridi permanent neyantes filiutn dei 

e e por els (fat or-) es doliants, -car ço videbant per apiritum profete, que, cum 25 

ijentes renirent ad fidem si astreient li judei perdut, si cum il ore sont. Et [dixit 

dominus 'tu] dolea auper ederam, in qua non laboraati neque feciati ut eresceret; et ego non 
IHircam Ninive civitati magne, in qua mint plus quam [centum riginti milia hontinum qui 
neaciunt quid] ait inter dexteram et siniatram ?' Dune si dicit deus ad Jmiam profetam 'tu 

«louis mult . . ad (icel edre e) ... si por (icel edre es mult iret) st dixit in qua ntm 30 

laboraati neque fecinti ut creaceret, dixit; e io ne doireie de tanta milia hominuni, si perdut 

erent? dixit alair dixit. Poatea en ceste cauaa ore poteatis videre, quanta eat miseri- 

rordia et pietaa dei attper peccatorea hominea: cil hominea de celé civitate dejfeodut 

«jue test le volebat delir et tote la civitate volebat comburir et nd ni/iitum redigere. 

Postea per cel terriculum (contriti-) on flsïent, e si contenement*fisïent, si acbederent reniant i^j 
et reaolutionem peccatorum auorum. deua omnipofena qui pius et nèinericora et clemena eat et 
qui (vult quod j)eccatores vitam eternam) mereantur et vivent, cum (;o cidit quet il w erent 

convers de ina aua mala, e sis penteiet de cel mel que fait hahebant «V liberi de cel 

péril «piet il habeltnt discretum que auper els mettreiet. Cum potestia ore ridere et entelgir 
. . ait . . . chi sil fe(>iit cum faire lo deent, e cum cil lo lisïent dunt ore aveist odit. e poro 40 

si vos avient 11 faciest cest terriculum . . quet oi comenciest; ne aiet nîuls maie 

roluntatem contra seni peer; ne habeatia {inimicitiam, mais) aiest cherté inter roa, quia en- 
ritas ofHtrit multitudinem peccatorum, seietst unanimes in dei sercicio. et en tôt sire 

;) U fuiit rrIniHcher un es^>e. H Bai«t />rf>/wM»r de lirr preciet. 1") iholt] eholt SrktenH, Baiat : 
un' edre Fnrr»trr. 16 letiti» . . . Jonas] Fuerutn: 17 ioueirj taveir? ItaUt. 21 cilg» tdn SiirhtVr : 
cilg eedre .Vu. — grancesines k'oMrhuitz ; grance»"* .Uk. : grantestnes .VrAimn ; ftf-nl-rirr granz e meU 
f'Wri^tfr. — choit Sc/nruii, /^l^■^^ 23 (dolor aue-) Forr^itrr u. Kiwc/itr.* 24 -Imj* »••'/* 'prrJHtim»' 
"t- iiipportriit ffii.r t/iii ne troiieent <î l<t Jin ilii j'nujment (52) /Ihtrlneh/. 2.'> (ftat or-) Furr*ter m. 
h'itgehir.* 30 ad (icel edre e) si por (icel . . .) Fi>er»ter ». A'«»*r/i»r.* ; (et) mult (m) ad (ireiat) por(iM)st 
(edr)e Sehioni. ;!2 alair Harfiieh'^] miiixfiiv F*>er»ter u. A'<w»«*Air. :{3 de] de même. 34 tote la Htirt»rh : 
ro la .Vu.; tota la <iénitt. 35 terriculum] prodictam (•>'«»»«. — (contriti-) Ftwrtier u. Kt^ehtr.* - 
fiaient] I\ir>it et Vnrnha^eii ntrr. lisent Sr/iinii) disent. — contenement] conterrement (iéitiH ; comiaa- 
nement? Sehinitx. — ache deberent Héin'n ; remissionem •«/. 37 (vult atc ) Foeetter u. Ktmehtr.* — 
vidit] videtis ftV/u»». 37. 39. 41 i^t /urnimilé : quant (iéiiin. ;i8 libérât <.'i'»im, Uttitt. 39 decretum 
tiénin. 40 tisïent r. 35. 41 terriculum] predictam poenitentiam (léniH : 'la note n'e»! ;xi* hien io- 
lelligihie' Sehmiti ; quet oi] ForrMter enrriije qu'est oi. 42 ùnim. etc ) F ' A' . ' - * _ cherte| 

Suehier eiin: cliertet. 43 multit.] mendam ^iéin'it. 



Pièce 5. X" siècle. 



remunerati; faites vost almosnes, ne si cum faire debetia, e faites vost eleemosynas, cert, ço 

45 sapietis acheder ço que li preirets ; preiest li que de cest periculo nos libérât chi tanta 

mala nos habeamus fait (et ut protegat nos) de paganis e de mais christianis. Poscite li que 
cest fructum, que mostret nos habet^ qel nos conservet, et ad maturi[tatem condjuire lo pos- 
ciomes e tels eleemosynas ent possumus facere que lui ent possumus placere. Poscite li que 
resolutionem omnium peccatorum nostrorum nos (prehere dignetur et ut) faciat nos ad gaudia 
50 eterna pervenire: ibi valemus gaudere et exsultare sine fine cum omnibus sanctis per eterna 
secula seculorum, quod ipsi invisere dignemur qui vivit (in coelo cum) sanctis gloriosus deus 
per eterna secula sec^ilorum. per iudeos por quet il en celé duretie et en celé encredulitet 
permessïent ; et etiam plora, si cum dist e le evangelio [sectmdum Mat]heum de avant dist. 



5. 

LA PASSION DU CHRIST. 

3fs. à la Bibl. de Clermont-Ferrand, Nr. 189, fasc. 16, p. 12 — 15. — Photogravure: Album de la 
Soc. des une. textes fraiiç., Paris 1875, pi- 3 — 6- — éditions: Champollion-Figeac, Documents histor. 
inédits, Pari^ 1848. IV. 424; Diez, Zwei altroman. Gedichte, Bonn 1852 (1876); G. Paris, Rom. II. 
295 sqq.; Lilcking, Die dltesten framos. Mundarten, Berlin 1877, p. 38; KoscMcitz, Les plus an- 
ciens monuments de la langue française, 7* éd. 1907, p. 15 et suiv.; Stengel, Die altesten framos. 
Sprachdenkmaler, Marburg 2" éd. 1901, p. 13; Monaci, I più antichi monumenti délia lingua 
francese, Roma 1894, p. 10; Krafft, Les Carlovingiennes. La Passion de Jésus-Christ, Paris 1899; 
Foerster u. Koschwitz, Altfranz. Uebungsbuch, 3® éd. 1907- 59. — Observations et corrections: 
Hofmann, Gelehrte Anzeigen d. k. bayr. Akad. d. Wiss. 1855, Bulletin p. 42 et Sitz.-Ber. d. k. 
bayr. Akad. d. Wiss. 1861, p. 199; Diez, Jahrb. f. roman, u. engl. Sprache u. Litt. VIL 361, 
(Diez^) ; Delius, ibid. 366; G.Paris, Rom. VIL 113; Bohmer, Rom. Stud. LV. 111; Stengel, Av^g. 
V. Abhandl. L. VIII; Grober, Zeitschr. f. rom. Phil. VI. 470; Boucherie, Revue des langues roma- 
nes IX. 5 ; Spenz, Die syntakt. Belmndlung des achtsilbigen Verses in der Passion Christi und im 
Leodegar-Liede, Marburg 1887, p- 77 — 80- Dreyer, Zur Clermonter Passion, Erlangen 1901. 

Le passage suivant comprend les strophes 30 — 89 et se trouve Romania IL pp. 302 — 309 
(Collation de G. Paris). 

Christus Jhesus den s'en leved, Als sos fidels cum repadred, 

Gehsesmani vil' es n'anez. tam benlement los conforted. 

toz SOS fidels seder rovet, li fel Judas ja s'aproismed 15 

avan orar sols en anet. ab gran compannie dels judeus. 
5 Granz fu li dois, fort marrimenz. Jhesus cum vidra los judeus, 

si condormirent tuit adés. zo lor demandet que querént. 

Jhesus cum veg los esveled, il li respondent tuit adun 

trestoz orar bien los manded. 'Jhesum querem Nazarenutn' . 20 

E dune orar cum el anned, 'Eu soi aquel', zo dis Jhesus. 

10 si fort sudor dunques suded, tuit li felun cadegrent jos. 

que cum lo sangs a terra curren terce vez lor o demanded, 

de sa sudor las sanctas gutas. a totas treis chedent envers. 

44 almosnes Ms. 45 preiest] preiets Génin. 40. 47 habemus Génin. 46 (et etc.) Foerster v. Koschtr.- 
48 placere] proferre Génin. 49 resolutionem] remissionem Génin. 49 (prebere etc.) Foerster u. Koschu'.'^ 
50 valebimus Génin. 51 quod] quando Génin. — qui vivif] quae videre id. — (in coelo etc.) Foer- 
■Hter 11. Koschw.'* 53 permessïent] permes[is]8ent Paris, Varnhagen ; pour permeissent? Behrens. 

5- 2 uiles. nanes: iVs.; corr. de Diez, Paris. 4: &van Paris, eu&n Ms.; anet Diez, Paris ; &nez Ms. 
8 ben Paris; bèn Foerster u. Koschw. H sags Ms. Paris; sangs Diez, Hofmann; cxirr Ms. ; corr. 
de Diez, Paris. IHMaosMs. 14 bêlement P«r/.v. 15 hiievis 3f s. ; Judus Hofmann, Paris. 18 demandez 
Ms. 22 cadegreu Paris. 



PASSION DU CHRIST. 



Pièce 5. 



ofi MaiM li feliin tuit trMtadtd 
rera nuHtre doit hoii aproiimad. 
JudaH li fel euHcunu ft'i: 
'celui prendet oui baiHurei'. 
Judas cuni ve^Kra ad Jhesuiit, 
:to Hemper li tend lo son niiMiton; 
Jhesus li bons nol refuded, 
al tradetur baisair doned. 

'Amicx', zo dis Jhesus lu bons, 
'par quem trades in to baisol? 
35 melz ti fura non fusses naz 
que me tradas per cobetad'. 

Armad estèrent evirum, 
de totas j)ttrt presdrent Jesuin: 
nos defended ne nos usted, 
40 H la mort vai cum uns anel. 

Sanct Pedre sols veinjar lo vol, 
estrais lo fer que al laz og, 
si consegued u serr fellon, 
la destre anrelia 11 excos. 
45 Jhesus li bons ben red per mal, 
l'aurelia al serr semper saned. 
liades mans cume ladron 
si l'ent menen a passïun. 
Donc l'en gurpissen sei fedel, 
50 cum el desanz dit lor aveit. 
sanz Pedre sols seguen lo vai, 
quar sua fin veder voldrât. 
Anna noninavent le judeu 
, Il oui Jhesus furet menez. 
55 donc s'adunonent li félon, 
veder annouent près Jhesum. 

De quant il querent le forsfait, 
cum il Jhesum oicisesiint, 
non fud trovez ne envenguz, 
60 quar el forsfait non feist nëul. 
Davant l'ested le pontifex, 
si coQJuret per ip$um deu 



qu'el lor dinest per pura lied, 
si vers Jhesus flU deu est il. 

'Tu eps l'as deit', reapon Jbenu. 66 

tuit li felion crident adun: 
'maior forsfait que i querem? 
per loi medepa audit l'avem.' 

Los SOS sans ois duncques cubrirt-nt. 
a coleiar fellon lo presdrent, 70 

ensobretot si Tescarnissent : 
•di nos, prophète, chi t'o fedreV" 

Fors en las estras estet Petre; 
al fog l'useire rseswardevet, 
de sa raison si l'esfredet ::, 

que lo deu fil li fai neier. 

Anz que la noit lo jalz cantés, 
terce vez Petre lo neiet 
Jhesus li bons lo reswardet. 
lui recognostre semper lit. 80 

Petms d'alo fors s'en aled, 
amarament mnlt se ploret. 
per cio laissed deus se neier 
que de nos aiet pïeted. 

Cum le matins fnd esclairez, 8A 

davant Pilat Ten ant menet. 
fortment lo vaut il acusand. 
la soa mort mult demandant. 

Pilaz Erod l'en envîet 
cni des abanz volïet mel. 90 

de Jhesu ChrisH passion 
am se paierent a ciel jom. 

Lo fel Herodes cum lo vid, 
mult lez semper en esdevint; 
de lui longtemps mult a audit, 05 

semper pensed vertuz feisis. 

De moites vises l'apeled; 
Jhesus li bons mot nol soned. 
judeu Tacusent, el se tais, 
ad on respondre non denat. lOO 



'J7 uel .Vj<. ; run: </»• Ih'rz, Air/ji. 28 baMiont Af». ; corr. de Die», Pari*. 33 lobons ihs Mi.; eorr. de 
Dirz, l'ttri.'t. ;57 Armand .V*i. ; rorr. de Diex, Ifo/main», l\inê. 38 part] pan I\tri*. 39 no« naNd Ma.; 
no s'asted I>ir:, Jfoj'maint ; no ss'usted hirit ; nos ust. Bariteh. 40 »Ur -W». ; mrr. de tHet, BêH». 
41 ueniiar M». 4:5 fellun cttrrigv en fellon .Vu. 44 aurilia corrigé en aoreUa .V». 46 ad Jf». ; rorr. de Diez, 
I\iriii. 47 liadens Mk.; rorr. de Diei, Hn/mnnn, Ain*. 49 loftarp M».; l'eng. BarUrh, lo I f. Airi». 
50 die 1. aueia .V^. ; aveit Piez, Airw. ")! seguen il/».; rorr.de I\iri*. fi-J quar Air#>; qoae Foer$ter 
II. Kitschw. 55. 56 adunovent. annovent IlarKich, Kosrhv. 60 no I^tris. (Hi disseU M*. 65 rMpoat 
J\iriii. 68 lui Rm'u. 69 Losos .Vu. ; ctïrr. de l>iez, I\tri*. 72 chito fedre J/». ; chl ta Diez : chi t'o 
Hofmann: fedre} rtsdre />»>:'. 74 licsuuardouet .V*. ; l'eiwarderet />•>*. 75 Utfrod .V*. ; l'oefr^d^t Hoj. 
jHdiiM, Diez, />i»-M ; l'esfreded liurtur/». 78 nelex .V*. 80 recognostrâc .V*. ; corr. de Pari*, BarUcA. 
89 Herode l'ent veiat I.iirking. 



Pièce 5. 



X« SIECLE. 



Dune lo despeis e l'escarnit 
li fel Herodes en cel di; 
blanc vestiment si l'a vestit, 
fellon Pilad lo retrames. 
105 Pilaz que anz l'en vol laisar, 
nol consentunt fellun judeu. 
vida perdonent al ladrun : 
'aucid, aucid', crident, 'Jhesum!' 

Barrabant perdonent la vide, 
110 Jhesum in alta cruz claufisdrent. 
^crucifige, crucifigeP 
crident Pilât trestait ensems. 

'Cum aucidrai eu vostre rei?' 
zo dis Pilaz, 'forsfaiz non es. 
115 rumprel farai et flagellar, 
poisses laisarai l'en annar.' 

Ensems crident tuit li fellun, 
entro en cel en van las voz, 
'si tu laises viure Jhesum, 
120 non es amies l'emperador.' 

Pilaz sas mans dunques laved, 
que de sa mort posches neger; 
ensems crident tuit li judeu 
'sobre nos sia toz li péchez!' 
125 Pilaz eum audid tais raisons, 
ja lor gurpis nostre sennior; 
donc lo recebent li fellun, 
fors l'en conducent en la cort. 

De purpura donc lo vestirent, 
130 et en sa man un raus li mesdrent; 
corona prendent de las espines 
et en son cab fellun l'asisdrent. 

De davant lui tuit a genolz 
si s'excrebantent li fellon, 
135 dvmc lo saludent cum senior 
et ad escarn emperador. 

Et cum asez l'ont escamid, 
dune li vestent son vestiment, 
et el medeps si près sa cruz, 
140 avan toz vai a pasïun. 

Femnes lui van detras seguen, 
ploran lo van et gaimentan. 



Jhesus li pius redre gardet, 
ab les femnes près a parler. 

'Audez, finies Jherusalem! 145 

per me non vos est ob plorer, 
mais per vos et per vostres filz 
plorez assaz, qui obs vos es.' 

Cum el perveng a Golgota, 
davan la porta de la ciptat, 150 

dune lor gurpit soe chamise 
chi sens custure fo faitice. 

Il no l'auseron deramar, 
mais chi l'avra sort an gitad. 
non fut partiz sos vestimenz; 155 

zo fu granz signa tôt per ver: 

En huna fet, huna vertet 
tuit soi fidel devent ester, 
lo sos regnaz non es devis, 
en caritad toz es uniz. 160 

E dels feluns qu'eu vos dis anz, 
lai dei venir o eu laisei, 
quar il lo fel mesclen ab vin, 
nostre senior lo tenden il. 

Cum l'an levad sus en la cruz, 165 

dos a sos laz penden lasruns. 
entre cels dos pendent Jhesum; 
il per escarn o fan trestot. 

Cum il l'an mes sus en la cruz, 
gran fan escarn, gran eridaizun; ' 170 

ensobretoz uns dels ladruns 
el escarnïe rei Jhesum. 

Respondet 1' altre 'mal i diz;^ 
el mor a tort, ren non forsfez; 
mais nos a dreit per colpas granz 175 

esmes oidi en cest ahanz.' 

Envers Jhesum sos olz torned, 
si pïament lui appelled 
'de met membres, per ta mercet, 
cum tu vendras, Crist, en ton ren!' 180 

Respon li bons qui non mentid, 
chi en epsa mort semper fu pius 
'eu t'o promet, oi en cest di 
ab me venras in paradis.' 



101 e lecarnit Ms.; corr. de Diez, Paris. 110 claufrisdrnt 3Is. 117 fellunt Ms. 124 noz Paris, BarUch. 
131 prennent Ms. 143 garder Ms. 146 ob] obs Diez, Paris. 151 soe] sa Paris; chamisiE Ms. 
152 custurae Ms. 153 auser 3Is. 154 mais aura Ms.; chi intercalé par Diez. 157 vertat Parié. 
161 que u Ms. ; diz Paris. 164 nfae Ms. 166 devant dos, les traces d'un mot gratté (gran, anti- 
cipé du V. 170). 170 criduizun corr. en eridaizun Ms. 173 li altre Paris. 177 toned 3ls. 



SAINT LÉGER. 



Pièce 6. 



185 (leuM, vers rrx, o Jhe^Q Prfgt, 

aital (loii faJH per ta luercet, 

chi per bunu confoHHÏon 

vide perdoncM al ludrun. 
Nos te laudam et noit e di, 
100 de noH aieH vera mercet! 

tu nos perdoiie celz pecaz 

qu'e nos vede^t tua pietad. 
Jusque nona des lo meidt 

trestot cest mund ^ruiiz noiz cubrid, 
195 fui lo solelz et fui la lima, 

post que deus tilz auspensus furc. 
Ad epsa nona cum perveng, 

dune t'Hcrided .TheHUH p^nz crijt; 

hebraïce fortmcnt lo dJH 
200 'heli, heli, per quem gulpist?' 
Uns dels felluns chi sta iki, 

BUS en la cruz li ten Tazet; 

Jhesus fortmen dune recridet: 

le apiritus de lui anet. 
205 Cum de Jhesu l'anma 'n anet, 

tan duranient terra crollet, 

roches fendïent, chedent munt, 

sepulcra s'anz obrirent mult, 
£t mnlt corps sant en sun exut 
210 et inter omnes sunt vedud. 

qui in templum dei cortine pend, 

juache la t«rra pertaei fend, 



De laz U ena e^t 
de coi Jbetai Ter» ire; 

coin cela cani vidra mûrir, 
qaal agre dol, nol sab om rioi. 

Ëla niolt ben Mb remembrar 
de soa cam cnni deuM fu naz. 
jal yedes cla ai morir, 
el resurdra, cho sab per ver. 

Mais neniperro granz fu li dobi 
chi traverset per lo son cor. 
nulz om mortalz nol pod penser: 
sanz Sji'meonz l'ot precogded. 

Joseps Pilât mult a preiat 
1» cori)9 Jhesu quVI li donés. 
a grand honor el l'en portet, 
en 808 cbamsils renvolopet 

Nicodemns de l'altra part 
mult unguement lii aportet, 
enter mirra et aloen 
quasi cent liuras a donad. 

A grand honor de cex pimenç 
l'aromatizen cuschement. 
dune lo pausen el monument 
corps non jag anç a cel temps. 

La soa niadre virge fu 
et sen peched si portet loi. 
SOS munument fare toz nous, 
anz lui noi jag unque nulz om. 



315 



320 



t» 



230 



286 



240 



6. 



VIE DE SAINT LEGER. 



.V*. <} la /{ibi. ile CU'rmont-Frrraml, Xi: 189- — Phottigmrurr : .Uhiim rir In Sfiriélf dtê aneiem» 
fi'xten jnttiçaiit, l'itrtA 1875, ;'/• 7. — KilitioiiM: VhampoUion-Figrur, Itorument» hisinr. infàita, Iknrit 
1848. IV. 446; />i>?, Xtrfi altnman. (ifilirhO; noiin 1852 (1876) p. 35 *•/ »•«•>.; Ph Mhril, Eêtai 
philosophiqtn- »iir la j'onnatinn de la lanifuf j'i-ançuite, I\iri/t 1852, 414; BartJirh rt Ilnrninn, I.n 
langue et la littér. fmitçaùivii ihpui» le IX* tUele jusqu'au XIV* ti^ete, Arn« 1887. 




233 pimenc .V*. ; pimenz l\iri*. 236 corap' M». 240 no i />»>î, Ain*. 



Pièce 6. 



X« SIECLE. 



à 160); G. Paris, Romania I, 273 sqq. ; P. Meyer, Recueil d'anciens textes, 2® parité, Paris 1877 
2^- 194; Koschtvitz, Les plus ancieiis monuments de la langue française, 1^ éd. Leipzig XQOl \ Stengel, 
Die àltesten franzos. Sprachdenkmàler, Marburg, 2" éd. 1891 ; Constans, Chrestomathie de l'ancien 
français, 2® éd. Paris 1906, p. 29 (Str. 17«40J; Monaci, I più antichi monumenti délia lingua 
francese, Roma 1894, p. 24; Foersteru. Koschwitz, Altfranzôs. UebungsbuchS^ éd. Leipzig 1907- 78. — 
Observations et corrections: Hofmann, Gclehrte Anzeigen der k. bayr. Akad. d. Wiss. 1855, Bulletin 
p. 51; Sitz.-Ber. d. k. bayr. Akad. d. Wiss. 1867. //. 204; Boucherie, Revue des langues romanes, 
2* série I. 18 sqq.; Liicking, Die àltesten franzos. Mundarten. Berlin 1877 2^- 17 et suiv.: Freund, 
Ueber die Verbalflexion der àltesten franzos. Sprachdenkmàler, Marburg 1878- 21; Hav et, Romania 
VIL 416; Suchier, Liter. Centralbl. 1879 117; Stengel, Ausg. u. Abhandl. L VILL; Grôber, Zeitschr. 
f. rom. PMI. VI. 470; Settegast, ibid. X. 170; G. Paris, Romania XVL. 153; Spenz, Die syntak- 
tische BeJiandlung des achtsilbigen Verses in der Passion Christi und im Leodegarliede, Marburg 
1887. 77. — Source et travaux sur le dialecte, voir Foerster u. Koschwitz l. c. — Le passage sui- 
vant comprend les strophes 1 à 25. — 



Domine deu devemps lauder 
et a SOS sancz honor porter; 
in su' amor cantomps dels sanz 
. que por lui augrent granz aanz; 
5 et or es temps et si est biens 

que nos cantumps de sant Lethgier. 

Primos didrai vos dels honors ' 

que il auuret ab duos seniors; 
après ditrai vos dels aanz 
10 que li suos corps susting si granz, 
et Evvriiins, cil deumentiz, 
•que lui a grand torment occist. 

Quant infans fud, donc a ciels temps 
al rei lo duistrent soi parent, 
15 qui donc regnevet a ciel di: 
cio fad Lothiers, fils Baldequi. 
il l'enamat; deu o covit; 
rovat que litteras apresist. 
Didun l'ebisque de Peitieus 
20 luil comandat ciel reis Lothiers. 
il lo reciut, tam ben en flst, 
ab u magistre semprel mist 
qui lo doist bien de ciel savier 
don deu serviet por bona fled. 
25 Et cum il l'aut doit de ciel' art, 
rendel qui lui lo comandat. 
il lo reciut, bien lo nodrit, 
cio fud lonx tiemps ob se los ting. 



deus l'exaltât cui el servid, 
de sanct Maxenz ahbas divint. 

Ne fud nuls om del son juvent 
qui mieldre fust donc a ciels tiemps: 
perfectus fud in caritet, 
fid aut il grand et veritiet, 
et in raizons bels oth sermons, 
humilitiet oth per trestoz. 

Cio sempre fud et ja si er: 
qui fai lo bien, laudaz en er. 
et sanz Letgiers sempre fud bons, 
sempre fist bien o que el pod. 
davant lo rei en fud laudiez; 
cum il l'audit, fu li 'n amet. 

A sel mandat et cio li dist, 
a curt fast, sempre lui servist. 
il l'exaltât e l'onorat, 
sa gratia li perdonat, 
et hune tam bien que il en fist, 
de Hostedun evesque en fist. 

Quandius visquet ciel reis Lothier, 
bien honorez fud sancz Lethgiers. 
il se fud morz, damz i fud granz. 
cio controverent baron franc, 
por cio que fud de bona fiet, 
de Chielperig fëissent rei. 

Un compte i oth, près en l'estrit : 



30 



35 



40 



45 



50 



55 



3 delsanz 3Is. 4. 6 qu» Ms. " Primos] Primas Diez ; Primes 3Ieyer, Paris. 8 quse Ms. 
11 et (l'Evruin cel clieumentit Paris, 3Ieyer. 14 doistrent 3Is. ("o corrigé en u' Paris). 17 ille amat Ms.; 
corr. de Diez. 22 ab ô Ms. (voy. v. 14^; a ho Suchier. 23 quil \oMs.; qu'il \o Diez ; qui lo Pari*. 
24 servier 3Is. ; serviet Diez. 25 de ciel 3Is.; ciel' Bartsch. 26 rendet Diez (Perf.) ; := reddidit 
illum Boucherie; rend(e) l[o] qui Spenz; rendit (rendet Meyer) lo qui luil comandat, Paris, Meyer. 
27 reciu Ms. ; reciut Bartsch; non rit 3Is. , nodrit Diez. 28 lo ting Diez. 38 enner 31s. 42 fuliu 
amet Ms. ; fut lui am. Paris (=. 'chose agréable') 3Ieyer, Bartsch''; fu li n amet (fuit illi iude amatum) 
Boucherie. 47 hanc Diez. 



10 



SAINT LEGER. 



Pièce 6. 



ciel eps Dum auret EvrOi. 

ne Toi reciuure ('hielperin, 

mais lo sea fredrc Thëotri. 

nel condiernet milfl de boa pien, 
60 rei voUiut fair' estre so gred. 
Il lo preHdrent tiiit a conseil, 

estre so (fret en tisdren rei. 

et Ewrllins ot en gran dol 

porro que ventre nols en poth. 
65 por ciel tiel duol rovas clerg;ier, 

si s'en intrut in un monstier. 
Reis Chielperics tam bien en fist, 

de sanct Lethf^ier consilier âst. 

qaundiuH al suo con»iiel cdrat, 
70 incontra deu ben s'i ff&rda, ' 

lei consentit et observât 

et son regnet ben dominât. 
Ja fnd tels oni, deu inimix, 

qni l'encusat ab Chielpering. 
7r. rira fnd jçranz cum de senior, 

et sancz Lethgiers oc s'ent pavor: 

ja lo sot bien, il le celât, 

a nnil omne nol demonstrat. 
Quant ciel' ire tels esdevint, 
80 paschas furent in eps cel di; 

et sancz Lethgiers fist son mistier, 

misse cantat, fist lo mul ben. 

pobl' et lo rei comfnunïet 

et sens cumgiet ni s'en ralet. 
85 Reis Chielperics cum il l'audit, 

presdra sos meis, a luis tramist, 

cio li mandat que revenist, 

sa gratia por tôt ouist. 

et sancz Lethgiers nés soth mesfait; 
00 cum vit les meis, a lui ralat. 
II cio li dist et adunat 

'tos consilier ja Don estrai, 

meu evesqnet nem lez tener 



por te qui nemprem vol* aver. 

en u monstier me \time intrer, i)5 

posci non potr lau vol ester.' 

Enviz lo fist, non voluoUer», 
Uiise l'iutrar in u monstier: 
cio fud LusoB ut il intrat. 
clerj' EvvriU illo trovat. lOO 

cil Evvrttins molt li vol miel 
toth per enveja, non per el. 

Et sancz Lethgiers flst so mistier, 
EvvrUi prist a castïer; 

ciel' ira. grand et ciel corropt 105 

cio li preia laissas lo toth. 
fa.st [ja| por deu, ne fust p«>r loi: 
cio li preia paias s' ab lui. 

Et Evvrttins fist fincta pais: 
ciol demonstrat que s'i pais», iiO 

quandius in ciel monstier istud, 
ciol demonstrat amix li fost; 
mais en avant vos cio aurez, 
cum ill edrat |>or mala fied. 

Rex Chielperings il se fnd mors, 115 

per lo regnet lo souurent toit, 
yindrent parent e lor amie, 
li sanct Lethgier, li Evvrtii; 
cio confortent ad ambes duos 
que s'ent ralgent in lor honon<. )20 

Et sancz Lethgiers deu tistdra bien, 
que s'en ralat en s'evesquet; 
et Ervriiins deu tisdra miel, 
que donc deveng anatemaz: 
son qneu que il a coronet 135 

toth lo laisera recimer. 

Domine deu in cio laissât 
et a dïable-8 comandat. 
qui donc fud miels et a lui vint 
il voluntiers semper reciut. 130 

cum fuie en aut grand adunat, 



.")8 lÏMU .V*. ; lo Dirx. theoiri Mu.; I '| drrunt r r»l ^itito'. 60 rc .V*. ; fWir M»., fair* />«>t. 63 otten 
y». 65 rovBt clergiet l'un». 68 sanct 1. .V*. 76 se 1. M". 77 ille M». : ill e{o) «»»* ill a />i>J : 
il le Hiiit.itli, l\iii.i. 79 ciel ira- Mu. ; celé hin'n, ciel' Hurturh. — etdeuent .Vu. ; ntrr. dr Ih'ez. ^l «c. 
1 Mm. 82 misdi' M». 83 poblen Mk. ; poblent M"'«;« ; ^pobl'et liiirt»rh. 89 roy. 81. 94 Mmprmn 
lliirtsch, Mener; sempre m? Diex ; sempre Fuemlrr m. A''Mi<*A»r. 96 lai iiol.W». ; laa />♦>». 99 U»o» 
.»/.«.,• rt>n: de Piez. 100 cleri .V*.; clerj' Diex; clerc Ai »#>. — lUe M».; ntrr. dr Ih'es. 103. H g. iji 



.-•"., «■..... *.T «-.!•. iw \<avii «'«o.f \.ivij *'•« • ( VIVI V * *■» t<». itav «»■*■•» »-»»». %*% m 'mw ^, AVO- K 1 O* km l 

'•".'/• 81. 105 ciel .!/.«..• ciel' linrt»ch. 107 ctmjecture de Fiterttrr/ fu« li p d nel tn% M*.; fist lo 
p. d. nel fist />" .Urn'l, hiriM, Mryer, Kmchiritt. 108 paias s />•>»; paiast s' hirin, Mryrr, Knurhtriti. 
111 instud.Vji. ; />»Vr liKuit ins fud; istud Iitirt»eh. 114 fid M».; ettrr. de ttiex. 116 por M*.; p«r 
f>iei. 122. 124 qujv -l/y. 125 coronat .'/*.; coronet HorUrh. I\tri». 127 ilcio .V*. ; ilaoc l'hriK. 
r,,iiiito»«^ ; in cio li»rt.->eh ; il lo Métier. 128 et a diable M*. ; et s'a diable Pdri», Barttrk l»^/» 4« rrf, ; 
et a diable s Mrtier, H<ni*r/t^, (V>mj«/<im.«*. 129 quar .V*. ,• qui lutrin. 



11 



Pièce 7. 



XP SIECLE. 



lo règne prest a devastar. 
A foc, a flamma vai ardant 

et a gladies persecutan; 
135 por quant il pot, tan fai de miel, 

por deu nel volt il observer. 

ciel ne fud nez de medre vins 

qui tal exercite vidist. 
Ad Ostedun, a cilla ciu, 
140 dom sanct Lethgier vai asalir. 

ne pot intrer en la ciutat; 



defors l'asist, iist i gran miel, 

et sanez Lethgiers mul en fud trist 

por ciel tiel miel que defors vid. 

Sos clerjes près et revestit 145 

et ob ses croix fors s'en exit. 
iporo 'n exit, vol li preier 
1 que tôt ciel miel laisses por deu. 

«ciel Evvriiins, quai horal vid, 

penrel rovat, lier lo fist. 150 



7. 

FRAGMENT DE L'ALEXANDRE D'ALBERIC DE BESANÇON. 

Ms. à Florence, Bibl. Laurentienne, Cod. 35, Phit. LXIV. 12" siècle. — Fac-similé: Monaci, 
Facsimili di antichi manoser. I. — Fditio7is : Roman. Inedita «m/ italien. Bibl. gesammelt von Paul 
Heyse, Berlin 1856, p. 3 — 6; Rochat, Germ. I. 273; Stengel, Ausg. u. Ahhdl. L, Marburg 1884; 
P. Meyer, Alexandre le Grand, Paris 1886- /• 1; Recneil d'anciens textes, p. 282- Foerster ii. 
Koschwitz, Altfranzos. Uebungsbuch, 3" éd. 1907- 238- — Voy. Bartsch, Jahrb. XI. 159; Tobler, 
Darstellung d. lat. Conj., Zurich 1857, p. 36- Rochat, Hofmann, Tobler et Bartsch, Germ. I. 273. 
//. 95. 441. 449. W. Foerster, Zeitschr. f. rom.. Phil. IL 79. VI. 422- Chahaneau, Rev. d. L. R. 
1880. I. 279. Flechtner, Die Sprache des Alex. Fragmentes des Alberich von Besançon, Diss. Stras- 
botirg, 1882. Pour la bibliographie complète (dialecte etc.) voy. Foerster u. Koschwitz l. c. — 
Comparez aussi l'imitation allemande de Lamprecht, dans Wcissmann, 19 — 218. 



10 



15 



Dit Salomon al primier pas, 
quant de son libre mot lo clas, 
'esf vanitatum vanitas 
et universa vanitas'. 
poyst lou me fay m' enfirmitas, 
toylle s'en otïositas, 
solaz nos faz' antiquitas, 
que tôt non sie vanitas. 

En pargamen nol vid escrit 
ûe per parabla non fu dit 
del temps novel ne del antic, 
nuls hom vidist un rey tan rie, 
chi per batalle et per estrit 
tant rey fesist mat ne mendie 
ne tanta terra cunquesist 
ne tan duc nobli occisist 
cum Alexander Magnus fist 



qui fud de Grecia natiz. 

Eey furent fort et mul podent 
et de pecunia manent; 
rey furent sapi et prudent 
et exaltât sor tota gent; 
mais non i ab un plus valent 
de chest dun faz l'alevament. 
contar vos ey pleneyrament 
del Alexandre mandament. 

Dicunt alquant éstrobatour 
quel reys fud fils d'encantatour. 
mentent fellon losengetour; 
mal en credreyz nec un de lour; 
qu"anz fud de ling d'emperatour 
et filz al rey Macedonor. 

Philippus ab ses pare non; 
meyllor vas'al non vid ainz hom, 



20- 



25 



30' 



134 percutan Ms. ; corr. de Parais. 140. 143 voy. 81. 140 asalier Ms. ; asalir Biez. 144. 148 quie Ms. ; 
145 près reuestiz Ms. ; p. et revestiz Diez ; revestit Bartsch; a pris et revestiz Paris. 147 porro 
nexit 3Is.; povo n'exit Bartsch (l»*« « 7« éc?-); por o ent eist Paris; por o'nt eissit LUckin^ ;ipor ont 
cissit Constans^. 

7. 5 lou mefay menfirmitas Ms. ; l'oume fayni' enf. Bartsch ; lou me fay (= locum mihi facit) 
W. Foerster. 6 toyl le sen Ms. (Bartsch); toylle s'en (*toUiat se inde) W. Foerster. 12 nuls] s 
intercalé plus tard. 13 estrit Tobler, estric Ms. 22. 41 sur corr^ en sor Ms. 



12 



ALBERIC DE BESANÇON, ALEXANDRE. 



Pièce 7. 



;;5 •• cliel ten (Jn-tiu lu rejfion 

i*U porx de mur (mi uvt'yroii. 

HIb Uni Amint ul rey baron 

qui al rey XerHen ub tai tenzon. 
Et priHt muylier diin vus uay dir, 
40 (|ual put Hub cpI (^enzor jausir, 

sur Alexandre al rey d'Kpir 

qui hanc nu de^i^net d'estur fug^r 

ne ad enperudur servir, 

Olinipïas, donna gentil, 
ir> iliin Alexandre ffviiuit. 

Reys Alejnnder (juunt fud nux, 

per KranK enHi);iieH fud montra/. 

eruUet la terra de toz laz, 

toneyres fud et tempestaz, 
50 lo 8ol perdet bus daritaz, 

lier pane no fud toz ubscuraz, 

janget lu cals sas qualitaz, 

«(ae reys est forz en terra saz. 
En tal forma fud noz lo reys, 
■'.') non i fud naz emfes anceys. 

mays ab virtud de dies treys 

que altre emfes de quatro meys. 

sil toca res chi michal peys, 

tal regart fay cum leu (jui est preys. 
60 Saur ab lo peyl cum de leon, 

tôt cresp cum coma de toison; 

l'un uyl ab glauc cnm de dracon, 

et l'altre neyr cum de falcon. 

de la figura en aviron 
6.") beyn resemplet fil de baron. 

("lar ab lo vult, beyn ligurad. 

saur lo cabeyl, recercelad, 

plen lo collet et colorad, 

ample lo peyz et afurmad, 
7** lu bn subtil, non trop delcad, 



85 



lu curpH d'aval beyn enforead, 
lo puyn «1 bras avigurad, 
fer lo talent et apensad. 

Mels vay et cort del an primeyr 
que altre emfes dels oyt entieir; 76 

e lay o vey franc «'avalleyr, 
son corps présente volunteyr. 
a fol omen ne ad eacneyr. 
no deyne fayr regart semgleyr. 
aysis conten en magesteyr 80 

cum trestot teyne ja l'empeyr. 

Hagestres ab beyn affactaz, 
de totas arz beyn enseynaz, 
quil duystnint beyn de dignitaz 
et de conseyl et de buntaz, 
de sapïentia et d'onestaz, 
de fayr esturn et prodeltaz. 

L'uns l'enseyned, beyn parv miscbin, 
de grec sermon et de latin, 
et lettra feyr en pargamin 
et en ebrey et en ermin, 
et fayr a seyr et a matin 
agayt encuntre son vicin. 

Et l'altre doyst d'escud cubrir 
et de s'espaa grant ferir •* 

et de sa lanci en loyn jausir 
et senz fayllenti altet ferir: 
li terz ley leyre et playt cabir 
el dreyt del tort a discernir. 

Li quarz lo duyst corda toccar ^^ 

et rotta et leyra clar sonar 
et en toz tons corda temprar, 
per semedips cant allevar; 
li quinz des terra mesurer, 
cum' ad de cel entro en mar. *^ 



90 



ils tenzun F«rr»ttr ii. k'imrhir., u mn: fii o. 48 latr» F<irr»lrr h. Koifr/iir. 58 tocarc* lfry*t. — 
inichal Hoj'mann : micha .'//». 60. 61 Irt^n rnrn'gér p. Forrittrr. Le M». fh>rtr nu r. 60 de peyason, 
«Il r. 61 de leon Lf Mu. li. X. J'r. 789 porir, à l'endroit rtyrrrif/Hutdant, creape* eoma toisoB. 
• '"1 totj cresp .V*. 75 delà oyt entieirj conjecture de ./. Cornu, rrndur trr» rraUrmMaUe par la 
inmpiinii.ion (/»•.« tiiitrru rrntinn.i du Jiom. d'Alexandre (VIII. danj» a; XII dan* b); Jtlrirjî— tkiyr 
Mu.: seytenieyr Ilojminni : seytenevr .Vri/<>>- (septenarioa); aeventreyr Itnrtuch (4« li 8' AiJI. ^ 'rai* 
vaut'); seist' (?) -f- entieir (integrum) Foemter. 76 e] ey -V*. ; a ri»rr. »m o -If». 94 dnyst eorr. em doTtC 
.'/<». 95 des seaspaa Mu. \0:i ail linrtitch, ad leu. .'/.".' 104 mUar Mn. 105 en) be M».; Cormu s=ên; 
lit llri/nf (Mei/rr) ; que lloj'iminn (/iurtuch). 



13 



Pièce 8. 



XP SIECLE. 



GORMUND ET ISEMBARD. 

JIs. à la Bibliothèque royale de Belgique, II. 181. 13" siècle. Editions: Reiffenberg, La Mort du 
Roi Gormont — rfans son édition de la Chronique rimée de Philippe Mouskes, Bruxelles, t. II. 
1838. Introduction p. IX — XXXII. , — Auguste ScKeler. La Mort de Gormond. Fragment unique 
conservé à la Bibl. roy. de Belgique réédité et annoté. Bibliophile belge, t. X. 1875; en tirage à 
part: Bruxelles 1876 [cf. G. Paris, Romania V. 377 — 381 (P.); W. Foerster, Jenaer Litt. Zeit. 1876 
Nr. 35, p. bbl ; voy. aussi quelques corrections de W. Foerster dans Zeitsehr. /. franz. Spr. u. Litt. 
XXIV. 2047; Rob. Heiligbrodt, Fragment de Gormund et Isembard. Text nebst Einleitung, An- 
merkungen und vollstândigem Wortindex — • dans Roman. Studien t. III. 1878, p. 501 — 596" 
Gormond et Isembart, Repy-oduction photocollographique du Ms. avec une transcription littérale p. 
A. Bayot, Bruxelles 1906. (B.) — Le passage suivant se trouve dans l'édition de Schcler p. 28 
—39, V. 255—429 (S.J; dans celle de Heiligbrodt p. 557—563, v. 255—429 (H.). On n'a tenu 
compte, en général, dans les notes, que des différences du texte de Bartsch de celui de Heiligbrodt. 



Puis s'escrïa li reis Gormunz 
'trop vus estes vantez, bricun! 
jeo te conuis assez, Hugun, 
qui l'altr'ier fus as paveilluns, 
5 'si me servis de mun poun, 

que n'en mui unques le gernun, 
vsi pur folie dire nun; 
e le cheval a mun barun 
en amenas par traisun: 
10 or en avras le guerredun! 

mort t'en girras sur le sablun, 
ne diras mais ne o ne nun, 
ne pur nul mire de cest mund 
nen avras mais guarantisun 
ne pur tun deu Espacïun'. 
'vus i mentez', ceo dist Hugun, ' 
'jeo n'ai trenchiet que l'alquetun 
e un petit del peliçun; 
ja me ravrez a cumpaignun, 
e me verrez par ist champun 
criant l'enseigne al rei barun, 
la Loovis, le fiz Charlun; 
liet serunt cil qu'ajiierum, 
dolent serunt paien felun'. 
il resalt sus encuntremunt, 



15 



20 



a dous puins prist le gunfanun. 

ja'n ëust mort le rei Gormund, 

quant uns Ireis sait entredous. 

Hues le flert tut a bandun, 

que mort l'abat as piez Gormund; 30 

puis rest muntez sur le gascun. 

par la bataille vait Hugun, 

tut depleiet sun gunfanun, 

criant l'enseigne al rei barun, 

la Loovis, le flz Charlun. ' 35 

liet en sunt cil qui des suens sunt, 

dolent en sunt paien felun. 

il fist sun tur par le champun, 

si repairat al rei Gormund: 

sil ferit sur l'escut rëund 40 

qu'el prêt l'abat a genuilluns; 
(el tor qu'il prist, le fier Gormund 

l'espiet enz al cors li repunt 

qu'il le rabat sur le sablun. 
1 Or fut Hues al prêt a piet, 45 

nafrez dous feiz del grant espiet; 

dune li eschapat sis destriers. 

quant Isembarz li reneiez 

vit le cheval curre estraier, 

d'une chose s'est aflchiez, 50 



2 vus P.; manqiie Ms. ; en H; fol bricun 8. — vantes H. 4 l'autrier H; laatrir 3Is. 6 nen 
H; n'en S. 10 aueras Ms. 17 trenchie -ff. 19 rauerez il/s. 20 par iscampon iWi.; par le champon 
S; par est {pu ist) c. P. 22. 35. 106. 111. 134 lowis Ms. 23 lie H; kaweron Ms. ; k'ajuerun 
'S'; k'avuerun P; qu'aiuerum H (Bartsch). 25 resaut Ms. H. 28 quand H; quant Ms. — saut 
entre dous Ms. H. 31 muntes //, munte Ms. 33 depleie Ms. H. 36 lie H, liez Ms. — de suens 

Ms. H. ?tf> rnnaim Mit JT A(\ fo.-r\o.a,.n Ma TT • a o,,^ « -„„J lAo /H Ifo 



39 repaira Ms. H. 40 feriescu 3Is. H; — s. sun e. rund Ms. 41 pre Ms. H. 42 tort 
Ms. H.; tor Foerster-. fer Ms. H. 43 lespie Ms. H. 45 fu Hugon Ms. ; pre a pie Ms. H. 46 nafres 
grand (grant Ms.) espie 3Is. H. 47 eschapa Ms. H; sun destrier Ms. 48 quand H ; 
'" ""^ 50 atîchies H, afichie Ms. 



(naure Ms.) 

reneies H ; reneie Ms, 



14 



QORMUND El* iSEMBARD. 



Pièce 8. 



n11 le pœit an puins baillier, 
qued aÏDZ se lerreit detreuciiier 
que maifl pur hume le perdiest. 
oele part vient tuz eslaiitHiez, 

j5 od l'arpstiu de «un espiet 
vot ttcoler le bon destrier, 
li cheval» portât hait le chief 
qhed il nel pot mie baillier. 
Hues s'en est tant avanciez 

60 qu'il vait avant cuntre plein piet: 
delez li passet le destrier, 
saisist le as resnes d'or mier, 
entre les dous nrçuns s'asiet. 
en prof traient arbalastier 

65 e lur sergant e lur arcbier. 
Hues point e brochet e flert, 
qu'il lur est alques esluigniez. 
ses plaies prennent a saignier, 
li cuers li ment e Hues chiet. 

70 ceo fut damages e péchiez, 

car mult parert bons chevaliers 
e en bataille faisant bien. 
de l'altre part fut danz Gantiers, 
cil qui fut ja sis escuiers, 

75 flc sa serur, si ert sis niés 

(ceo dit la geste a saint Bichier); 
nncore n'ot oit jurs entiers 
qu'il l'ot armet a chevalier, 
quant sun soignur vit trebuchier, 

80 mult fut dolenz e esmaiez; 
celé part vint tuz eslaissiez, 
par les resnes prist le destrier, 
entre les dous arçuns s'asiet; 
en snn puign tint le brant d'acier, 

85 tuz fut sanglenz e enochiez, 



de SarrAKÎnM envermeniies. 

al rei Gormuud brochant en vient, 

sil tiert sur sun beiroc vergiet, 

que les cuiriez en abatiet; 

el prêt le iist agenuillier. 00 

puis li ad dit en reprovier 

'sire Oormanz, reis dreiturlers, 

conuisterez vas l'escaier 

qui a vostre tref fut l'altr'ier 

ove Hugun le messagier? 05 

jeo en portai la nef d'or miec; 

cele nus jeo a saint Kichier, 

qne vus arsistes snn mustier, 

mesavenir vus en deit bien'. 

li reis Gormunz li respundiet 100 

imm' orgnillns e came fiers 

'fui de sur mei, garz palteniers! 

jeo sni de lin a chevalier, 

de riches e de bien preisiez, 

n'i tuch^rai bai escaier'. 105 

quant Loovis, li reis preisiez, 

vit si mnrir ses chevaliers 

et ses cumpaignes detrenchier. 

mult fut dolenz e esmaiez. 

'aïe, deu, père del ciel!' 110 

dist Loovis, li reis preisiez, 

'tant par me tenc pur engigniet 

que nen i justai hui premiers 

tut cors a cors a Taversier. 

ja est il reis e reis sni jié, 115 

la nostre juste avenist bien; 

li quels de nus idunc venquiest, 

n'en fussent mort tant chevalier 

ne tant franc hume detrenchiet. 

ber sainz Denise, or m'en aidiez! 130 



51 le] iiunitiin- Mu. 52 que Mx. il. 53 perdist .V;».,- perdië S; perdïett ForMrr P. 54 tnt -W*. //; 
esUissics //, eslesse M.-. 55 l'areotia S, Foerster ; le restiu M". If. 57 porta h»ut .V». H. 58 que 



^.1. II. 59 en] in(tn>i>ir Mk. avancies II, avancie M». 60 pio M». II. 61 pa«»e .Vu. II. 62 Mi*. U] 
liait l'a Ftwrutrr; pnsresnes .Vx. (H.). 66 e Hue[8] p. e broche .V*. //. 67 anqaee .V*. II; Mloigniee //, 
iloinne Mu. 61) cor .Vi. 70 pechies II; pechie .V*. 71 par ert JI. 7.H autre .V*. //. 74 celui . . . son 
»<jcuier .Vm. 75 do sa tor Mk. ; niez Mk. II. 78 arme Mk. H. 79 quand //. 80 esmaiet //; mat fti dolent 
e esmaie .V*. SI tut -V,». Il : eflaissies II. eclesse M*. 84 brand //. 85 tut .'/*.; sanglant M».; enochies 
II; enoche J/i*. 86 envenneillies //. 88 vergie .V*. //. 89 cniries en abatie //. 90 prtMf, If; agen. 
Ftii-mtcr, egg .'/.■*. //. 9:5 vus nutuqtu- M». 94 l'autrier //; lautrer .'/>. 96 jeo en p. Fnrmtrr ; jeo 
aportai II (liartDch) ; jon aport Mk. (li.) ; )e .V*. (linrUrh) ; la .*»". //. ; d'ormier //. 100 reapandie 
.)/>. If. 101 cum org If. 102 pauteniers //; pantener .'/>. 104 bien] manque .V*.; prtMes //. 
106 quand //. ; preisies //, pretsie Mk. 109 esmdes If, esmaie -Vj». 111 preisies //. 112 pur] »ntHif»r 
M.I.; engignie //. 113 ni iostai Mu., n'I justerai //. ; premier .Vk. If. 115 jirf Fi^entrr, i«o M*, ff. 
116 juste .S; manque Mk. ; chose ff. 117 venqnist -V*.; renquirf S, venquiest Fomter, P. 118 nen 
//. 119 detrenchie ff, detrencbiez .Vu. 120 Deni8e[s] N. 



15 



^ 



Pièce 9. 



XP SIECLE. 



jeo tenc de vus quite mun fieu, 
de nul autre n'en conuis rien 
fors sul de deu, le veir del ciel. 
ber sainz Eichiers, or m'en aidiez ! 

125 ja vus arst il vostre mustier:' 
en l'onur deu, pur l'eshalcier, 
jeo vus crestrai trente set piez. 
pernez les resnes del destrier, 
gesques a lui me cunduiez'. 

130 a icest mot s'est eslaissiez. 

Gormunz li ad treis darz lanciez ; 
deus le guarit par sa pitiet 
qu'il ne l'ad mie en char tuchiet. 
reis Loovis fut mult iriez, 

135 a juste mie nel requiert, 

encuntremunt dreschat l'espiet, 
si l'ad ferut parmi le chief 
que l'elme li ad detrenchiet 
e del halberc le chapelier, 

140 gesqu'al braiel le purfendiet, 

qu'en prêt en chieent les meitiez, 
en terre colat li espiez. 
tant bonement le pursiviet, 
a bien petit qued il ne chiet, 

145 quant sur le col del bon destrier 
s'est retenuz li reis preisiez. 
mult li costat l'alberc dublier 
e le vert helme qu'ot al chief, 



al col sun escut de quartiers, 

le fer del bon trenchant espiet, 150 

que de let ot un dimi piet, 

mult li costat a sus sachier; 

e pur Franceis s'est verguigniez: 

si s'afichat sur ses «strieus, 

le fer en plïefc sus ses piez, 155 

trei deie esluignat le cuiriet 

de tel air s'est redresciez 

que les curailles dune rumpiet, 

que trente jurs puis ne vesquiet. 

ceo fut damages e péchiez, 160 

car mult parert bons chevaliers 

e en bataille faisant bien, 

a chrestïens veirs cunseilliers : 

ceo dit la geste e il est veir, 

puis n'ot en France nul dreit heir. 165 

Quant paien virent Gormund mort, 
fuiant s'en turnent vers le port; 
li Margariz les criz en ot, 
a l'estendart vait puignant tost, 
le rei Gormund ad trovet mort, 170 

treis feiz se pasmat sur le cors: 
'allas!' dist il, 'veir dist li sorz, 
si jeo veneie en icest' ost, 
que jeo sereie u pris u morz; 
or sai jeo bien que veir dist trop'. 175 



9. 

LA VIE DE SAINT ALEXIS. 

La Vie de Saint Alexis, Poème du Xle siècle, p. p. G. Paris et L. Pannier, Paris 1872- 
/D'après les quatre manuscrits principaux, à savoir: i) L à Hildesheim, autrefois à Lamspringe, 
12® siècle; 2) A, autrefois à Ashburnham-Place, maintenant à Paris, Bihl. Nat. nouv. acq. fr. 4503, 
12" siècle; 3i P à Paris, Bibl. Nat., f. fr. 19525, 13" siècle; A) 8 à Paris, Bibl. Nat., f. fr. 12171, 13" 
■siècle, ce dernier contenant une rédaction interjwlée, et à l'aide du manuscrit M (== Paris, Bibl. Nat. 

121 nen //. 123 de] Foerster, P, manque Ms. 126 eshaucier Ms. H. 130 eslaissies H. 131 lan- 
«ies H. 132 gunri . pitié Ms. H. 133 tuchie Ms. H. 134 irieW H. 135 ajuste //. 136 drescha 
l'espie Ms. H. 137 féru Ms. H; par mi H. 138 les heaumes ad trenchie Ms. ; corr. de S.; detrenchie 
H. 139 de l'hauberc ^. 140 purfendie J!/s. Jï. 141 pre il/s. //. 1 12 cola li espieH J!fs. -ff. 143 pur- 
sivie Ms. H. 144 que Ms. H. 1 i5 quand H. 146 retenu[s] . . prei8ie[s] H. 147 coata Ms. H. le 
hauberc Ms. l'haub H. l'aub S. 148 verd H. 149 escu Ms. H. lôO espie Ms. H. 151 de le . . 
pie Ms. H. 152 c.isia Ms. H. 153 verguignie[s] //. 154 s'aficha Ms. H. 155 plie Ms. H. 
156 esluigna 1 curie Ms. H. 157 redre8cie[s] H. 158 rumpie 3Is. H. 159 vesquie Ms, H. 
160 pechies H. 168 margari Ms. ; cris Ms. H. 1^9 l'estendard //; vait] S, manque Ms. ; vint //. 
170 trove Ms. H. 171 pasma Ms. H. 173 icest [h]ost H, corr. p. Foerster. 



16 



SAINT ALEXIS. 



Pièce 9. 



i.jir. 1 "i • !• iti^elf, amlr-nttnt iinf rfdarfion iutrrp^tlie riwtie et 0tt/tn d'um« rédueUnm en quatroiiu 

iiinuDiii, \ii, citntrrvfr ilnn» Dix manuacriU./ — SUmgel, La Cançun de Saint jUejHs, Mot- 

f'iirij 1881 (AitJii/ahrn itnd AhhitntUuiitjrn /). — Jai Vie ilr Saint AUxis, Texte tritique p. p. G. 
hiris, I\triii 18HÛ; I.e même, Xoti relie édititm, htria 1903. — Voir a usai : Altfrant, Vtlmng^mek, 
hiHij. von \y. Fiiemler u. E. Koarhirilz, ii. Aujl., I^'ipxitj 1907, p. 98 el auir. (On y troure la 
l>ihlii)ijr(tphie miuplrlr, le texte exnct dea mnnuarrita LAI' et lea variantea utilea de SJt. La 8* fd. 
doiinr, m ii/>j>rii(h'rf, uite nourelle rolhttion du ma. A, p. 254 et auir.). — AVmm donnons U texte 
d'iipri'a lu drrniirr fdilinn (190:i) '/*• O. htria (l\i.}, atrophe \ — 67, en Jf Jotffnout, en ftol», fa» 
riiriantra dva mnnuarrita LAI' (d'uprèa Fuertter), aana tenir n/mpte de» dieergenee» orthograpkiqueê. 
y<nni n'adoptoita pua, dana lu rrpnidnetion typographique, les innorations que M. I^ris a appor- 
Irra au lr.rlr diiua an drrui'rrr rdilinn. 



Bons tut li siedes al tems nncieiiour, 
(|»er feiz i eret e justise ed amours, 
s'i ert (TPdiince, dont or n'i at nul prout; 
tuz est niudez, perdude at sa colour: 
5ja mais n'iert tels cgni fut as anceisoui^. 

Al teins Noé ed al tems Abraam 
ed al l'avid, cui Deus paramut tant, 
>»ons fut li siècles, ja mais n'iert si vaillanz; 
vielz est e frailes. toz s'en vait déclinant, 
lOsi'st enipeiriez. toz biens vait remanant. 

Puis i el tems que Deus nos vint salver, 
nostre anceisour ourent crestïantet, 
si fut uns sire de Rome la citet; 
riches om fut, de jjrant nobilitet; 
15 por çol vos di, d'un son fil vuejl parler. 

Ëufemiiens (si out a nom li pedre) 
coms fut de Rome, del mielz qui donc i eret; 
suur toz ses pers l'amat li emperedre. 
donc prist moillier vaillant ed onorede 
20 des mielz gentils de tote la contrede. 

Puis conversèrent ensemble longement. 
qued enfant n'ourent, peiset lour en fortment; 
Deu en apelent amdui parfitement: 
'e! reis célestes, par ton commandement 
25 enfant nos done qui seit a ton talent !' 



Tant 11 preierent par grimi uiiniitft, 
que la moillier donat feconditet: 
un fil lour donet, si lui'n soarent bon gret. 
de saint batesme l'ont fait régénérer, 
bel nom li metent solonc crestïantet. 

Batisiez fut, si ont nom Alexis, 
qui l'ont porter, volentiers le nodrit. 
pais 11 bons pedre ad escole le mist: 
tant aprist letres qne bien en fut guanii/ 
puis vait li enfes l'emperedour servir. 

Quant veit li pedre que mais n'avrat enfant 
mais qne cel soûl cni il paramat tant, 
donc se porpenset del -siècle ad en avant : 
or vueit que prenget moillier a son vivant: 
donc li achatet fille ad nn noble franc. 

Fat la palcele de molt hait parentet, 
fille ad un comte de Rome la citet; 
n'at plus enfant, li vuelt molt onorer. 
ensemble en vont li dui pedre parler: 
lour dous enfanz vaelent faire assembler. 

Noment le terme de lonr assemblement : 
quant vint al faire, donc le font gentement. 
danz Alexis l'esposat bêlement, 
mais ço'st tels plaiz dont ne volsist neient: 
de tôt en tôt a Deu at son talent. 



40 



45 



2 feit A/V*; i maïufur P\ eret /^»] ert Ira maa.\ justifie M»; amour /♦■'* maa. ri l'a. 4 perdat L. 
perdu .1. 7 E al t. d. que .1; par ain. A'. 8 Fud bons A. fraieles /^' : remanant A; Faites est 
li siècles A. 10 Sist /'" ; tut sen vait .1; i v. morant /'. 12 Nos ancessurs .1. 13 en K. A. 14 «t 
<le gr. n. /*. 15 Pur tioc v. d. L, Por ceo /*, Pur cel --1. 16 issi ot num sis -1. 17 C. iert de 
lune .1; des melz A; i m. I\ 18 m. P; les p. .1. 19 Mullier li dunad u. A. 20 plus g. P. 
22 Nourent anifant A; pesa A. [M. Tohler (Venu. Beitr. 77. * 126) met une rinjule aprra le r. 21 
<t un poiiit-rinjulr uprh n'ourent]. 23 E d. ap. 7,; ap. parf. P 24 O reis del ciel -4. 26 !• ^4: 
len pr. p. bêle /'. 27 Qua la .4, Que a la 7*. 28 m. A; luin I\i] len LP. 29 Del .1. 30 sur la 
cr. L; mirent .1 mistrent P. 31 Fu<l bapt. 7..I: out alix a nun /'. 32 lui portât suef le fist partir L. 
33 Et 7'; ad esc. li b. p. 7. 30 vit P. 37 Fors Alexis .1, M. celui s. /'; par amat 7\i; kil ainiiM 
P. 38 del s. en a. LP que fera en a. .4 39 Ja li uolt femme duner .1. Et ueut kil pr. /'. 40 I. 
apluide A. lui porcliacc 7'; farant .1. 41 nethe de h. p. L. 43 mais enf. lai A; Kot pi. e. si lot 
niult en chierte .1; dt-nf. mult la voat P. 44 E eus. .4; en ant . . . parle A P. 45 Pur lur enf. cam 
uollent a. .1. 46 Douient lur t. de 1. adaisement L. 
al ior mult le P, 48 Ja lespiiva d. A. gentement A : 
49 çost l\i] ço est L; M. de cel pi. ne vols, il .-1/'. 

BAKTSCU-WIËSE, ChrestomaUiie. X<- Éd. 



47 Quanque unt a f. f^nt malt isnelement A ; 
lesp. uairement /': dams 7^i., toujnura ainsi. 
50 ad a d. A. 



17 



Pièce 9. 



XP SIECLE. 



Quant li jorz passet ed il fut anoitiet, 
ço dist li pedre; 'filz, quer t'en va colchier: 
avuec ta spouse, al cornant Deu del ciel', 
ne volst li enfes son pedre corrocier, 
5ij vait en la chambre o sa gentil moillier. 
Com vit le lit, esguardat la pulcele, 
donc li remembret de son seignour céleste 
que plus at chier que tote rien terrestre: 
'e! Deus', dist il, 'si forz péchiez m'apresset! 
60 s'or ne m'en fui, molt criem que ne t'en perde'. 
Quant en la chambre furent tuit seul remés, 
danz Alexis la prist ad apeler: 
la mortel vide li prist molt a blasmer, 
de la céleste li mostrat veritet; 
65 mais lui ert tart qued il s'en fust tornez. 
'Oz mei, pulcele? celui tien ad espous 
qui nos redemst de son sanc precïous. 
en icest siècle nen at parfite amour: 
la vide est fraile, n'i at durable onour; 
70 ceste ledece revert a grant tristour.' 
Quant sa raison li at tote mostrede, 
donc li comandet les renges de sa spede 
ed un anel dont il l'ont esposede. 
donc en ist fors de la ^chambre son pedre : 
75 en mie nuit s'en fuit de la contrede. 

Donc vint edrant dreitement a la mer: 
la nés est preste o il deveit entrer; 
donet son pris ed enz est alôez. 
drecent lour sigle, laissent corre par mer; 
80 la pristrent terre o Deus lour volst doner. 
Dreit a Lalice, ço fut citez molt bêle, 
iluec arrivet sainement la nacele. 



donc en eissit danz Alexis a terre; 

mais ço ne sai com longes i converset. 

qued il seit, de Deu servir ne cesset. 85 

Puis s'en alat en Alsis la citet 
por une imagene dont il odit parler, 
qued angele tirent par comandement Deu 
el nom la virgene qui portât salvetet. 
Sainte Marie qui portât Damnedeu. 90 

Tôt son aveir qu'o sei en at portet 
tôt le départ que giens ne lui'n remest; 
larges almosnes par Alsis la citet 
donat as povres o qu'il les pout trover: 
por nul aveir ne volst estre encombrez. 95 

Quant son aveir lour at tôt départit, 
entre les povres s'assist danz Alexis; 
receut l'almosne quant Deus la li tramist; 
tant en retient dont son cors puet guarir: 
se lui 'n remaint, sil rent as poverins. 100 

Or revendrai al pedre ed a la medre 
ed a la spouse qui soûle fut remese. 
quant il ço sourent qued il foiz s'en eret, 
ço fut granz duels qued il en démenèrent, 
e granz deplainz par tote la contrede. 105 

Ço dist li pedre: 'cliiers lilz, com t'ai perdut!' 
respont la medre: 'lasse! qu' est devenuz?' 
ço dist la spouse: 'péchiez le m'at tolut. 
amis, bels sire, si pou vos ai out! 
or sui si graime que ne puis estre plus'. 110 

Donc prent li pedre de ses meilleurs serjanz, 
par moites terres fait querre son enfant: 
jusqu'en Alsis en vindrent dui edrant: 
iluec troverent dam Alexis sedant. 




51 passa e f. tut A. 52 Fiz tl. P; quer Pa] quar LAP; te AP. 55 Vint 7v ; a P; sa ^; ou ert sa 

59 
6: 

tu J". 08 cest ^1^. 69 traiele l^a, fraisle J., fra^jele A- amur -1. 72 Pois Jj; duna -1; la renge 
73 cel a. A; il m. P; a deu li ad comandethe L. 74 en eissit Z; sen P; Puis ist f. A. 75 en 
mie Pa] ensur L, en celé P; Ja seu fuit fors de tute sa c. ^1. 76 Puis v. curant A. 77 nef LAP, 
Pa; fu A; prest APa^ dut enz entr. A, pora entr. P. 78 sest al. /*; si est euz entre A. 79 — 80 inter- 
vertis dans A; en m.^. 80 prennent P; les uolt mener L. 81 c. f. une P, une ^1; citet LPo, 
cite AP. 82 sainement lur A. 83 sen issi A, en issi fors P; a certes L.- 84 Ce ne s. io P, M. 
ieo n. 8. P; cunibien il i uolst estre A. 86 Diloc alat X; Dune A; Arsis A, Axis P. 88 p. le c. 
d. A. 89 do 1. V. (virge P) AP; porte A. 91 que il ad aporte A, kil out o sei p. P. 92 Si dep. P; 
q. g. Pa] nient A, q. rien P; len AP; par alsis la citet P 93 que gens ne len remest L; en Arsis A. 
94 Dunet P; u. il A. 95 De n. av. uolt A. 96 out a toz P. 97 se sist L. 99 retint d. ses L; 
receit ... en guarist A. 100 luin LPa, len A, lui P; as plus poures le rent P. 101 Ore vendrai P; 
0. uus dirai del p. et de A. 102 qued il out espusethe L; E de 1. pulcele que il ot espusee A. 
103 fud si aletX; que fui P. 104 quet il unt demenetP; trs mots manquent à P. 105 la citiet X ; 
le pemier hémistiche m. à P. 106 bel f. P. 109 E chers amis P. 112 plusurs t. A; maint pais /'. 
113 Desque en axis A, Dreit a tarsis P. 114 dam Pa.] dum vl, danz PP. 



18 



SAINT ALEXIS. 



PiAff» 9. 



115 mais ne i-uuurent mtn vi8 ne gun Mt'Diblant. 
Si ont li eufe« Ha tendre rhurn niudede. 
nel recuuurent li dui serjant hod pedre; 
a lui nuMJisnHr «mt l'almosue duniMJe: 
il lu récent conie li altre fredre. 

120 nel recunarent, senipres s'en retornerent. 
Nel reconnreut ne ne l'ont enterciet. 
lianis Alexi>« en luilet l)eu del ciel 
d'icez HoHH sers cni il est almoHniern: 
il fut lour 8ire, ur est lour pruvcndien»; 

1-25 ne vas nui dire come il ti'en Hret liez. 
Cil s'en reptiidrent a Rome la citet, 
noncent al pedre que nel pourent trover; 
Hed il fud graims, ne l'estuet démander. 
la bone inedre n'en prist a dementer 

t.;t>i't son chier til sovent a rejçreter; 

'Filz •\lexi8, por queit portât ta niedreV 
tu m'iés tiiiz, dolente en soi remese. 
ne 8ai le lieu ne ne sai la contrede 
ou t'iilge querre; tote en sui esguarede: 

i::5 ja mais n"ier liede, chier» til/, ne n'iert tes pedre". 
Vint en la chambre, pleine de marrement 
si la desperet que n'i remest neient: 
n'i remest pâlie ne nëul ornement, 
a tel tristour atornat son talent 

140onc puis cel di nés contint liedement. 

'Chambre', dist ele, 'ja mais n'estras parede, 
ne jn ledece n'iert en tei demenede!' 
si l'at deatruite com s'oz l'Oust predede: 
sas i fait pendre e cinces deramedes: 

145 sa (^ant onour a grant dnel at toruede. 



Del dnel M'aii«i«t la medre Jus a terre, 
Mi tiflt la «pouite dam AlexU a certes: 
dame', diiit ele, 'Jo ai fut si grant perte! 
des or vivrai en ((ui«e de tortrda: 
quant n'ai ton Ht, ensemble o tei TwO eitve'. 150 

Respont la medre: Vo nei te timIs teair, 
sit «(uarderai p«>r amour .\lexis. 
jii n'avruK mel dont te pniH.<(e tfuzrir. 
plai(j^n<>ns ensemble le duel de nostre ami. 
tu por ton per, jol ferai por mon fil'. 155 

Ne pnet altre estre, metent Tel considrer; 
mais la dolour ne puedent oblider. 
danz .\iexiH en Alsis la citet 
sert son seignour par bone volentet: 
ses enemis nel puet onc enn^ner. 160 

Dis e set anz, n'en fut neient a dire, 
penat 8on cors el Dauineden nervise: 
por amistiet ne d'ami ne d'amie 
ne por onount qui lui fusdent tramiseti. 
n'en vuelt tonier tant come il at a vivre. 165 

Quant tôt son cuer en at si afermet 
que ja son vuel n'eistrat de la citet, 
Deus fist l'imaitene por sone amour parler 
al servitour qui serveit a l'alter; 
ço 11 comandet: 'apele l'ome Deu!' i70 

Co dist rimagene: *fai l'ome Deu venir! 
(|uer il at Deu bien ed a ^ret servit, 
ed il est dignes d'entrer en paradis', 
cil vait, sil quiert, mais il nel set choisir, 
icel saint ome de cni l'imagene dist. 175 

Revint li costre a l'imagene el mostier: 



11") coDourent A»; nan (ne /') conurent /-/'; Ntl recunercnt nal ikit ne al -I. 116 — 7 **• -I. 
1 IG Des at /.. 117. l'iO. 121 reconourcDt /'». 110 receit c. un de» altres frères .ri. 1*20 Li meteagiar 
s. .1. 12;! prouenders i^. 124 — b mtfii'rtiii ilann A. 124 almosners A; Ainz f. .1. 125* a dira yl: 
flst .1; cuninie il se fist /'. 126 retorenent /'; en R. -1. 127 quil .1: pueent /'. 128 f. («il «fs t .1) 
dolent .1/': pas d. .1. 129 démener .1. i:S2 tu ies .1. \'6'^ Ineu /^', Icu L, liu .1; ne nen /., ne /*. 
VU te puisse ({. /'; tute sui .i/'. 1.'i5 nul ert tun A: niert liez tis père ne ta mère .1: Ja ni«r» bm 
lie bel f. non iert ti p. /'. (.1 <ij<>iiti-. Ke tespuse qui dolenle est remese) l.°:6 Vient .1; •« /*: gaanii* 
ment .1. i:{7 destruist .i, despoille J'. VAS N. laissa /'; n. (nus .1) aurneroeat .1/'. 139 A triât. 
tome /'. 140 Unches L ; ne se /. : ne uesqui liement P; Puis icel iur ml't suuent m daoMBt A. 
1-11 ne serei p. /'. 142 Ja (Ne ja /') mais AP, 143 destmist .1; s'ost hi; cum dis lait hoat de- 
predethe /., c. hû la ust (c. sel leust P) pr. AP. 144 Ele .1 ; tendre /'; p. curtinea d. /■. ciac. d. .1. 
145 Celc gr. .( ; dolor /'; est t. .17'. 140 jusque L; la sue m. a t. A. 148 fait] w>. A; Et dea 
d. e. mult parai f. gr. p. /'. 149 Ore L. 150 Nen ai A, Ore net /'. 151 Co di I. m. ae a mei /.. 
152 Garderai tei p. lam. 7'. 153 mel hi] mal LAP. 154 Plaignoms Mi. plainuma /., plainum .1, 
ideignon /' 155 rt>rr. de Ai.] de tun seinur A, pur t. s. (aire .1) AP\ e ie pur m. chier f. A. 156 estrm 
ultra A; turnent el (al .1) c. A-1 ; al /'. 157 porent .1. 159 grant humilité /'. 160 -*. A: nel poet 
(pueent P) eng. LP\ enjaner /'", ang. A. 161 De X. ane .1; ne fu /' 162 iluoc el deu ». /'; servisie 
/*<•. \fù\ am. dami /'; .1 itonitr un rrr» diffrrrttt, ilr iiir'inf fX'ur 164. 164 len f. A; honor qae nul 
luit ait praniise /'. 165 '"■ A : Ne /'; ait /'. 166 cor* .1 ; i ad si aturne AP. 167 Q. mais /'; nen istra 
■ I. 168 Dune. f. une .i ; lamor de lui /'. 169 servi /'. 171 Ce dist liroagene A ; fai uenir AP. 172 b. 
serv. et a gret A; En cest (Ens el /') nmstier kar il la (a /') deeertii A P. 17H E est .1. Il «M /'. 
174 £ il le uait querre A; mes nel /'. 175 dunt lim. li dist .1. 175 K. lamea .1, K. loat /'; al m. .1. 



19 



Pièce 9. 



XP SIECLE. 



'certes', dist il, 'ne sai cui entercier'. 

jespont l'imagene: 'ço'st cil qui très l'uis siet. 

près est de Deu e del règne del ciel; 
180 par nule guise ne s'en vuelt esloignier'. 

Cil vait, sil quiert, fait Tel mostier venir. 

es vos l'essample par trestot le pais 

que celé imagene parlât por Alexis; 

trestuit l'onourent, li grant e li petit, 
185 e tuit li prient que d'els aiet mercit. 
Quant il ço veit quel vuelent onorer, 

'certes', dist il, 'n'i ai mais ad ester; 

d'iceste onor nem revueil encombrer'. 

en mie nuit s'en fuit de la citet, 
190 dreit a Lalice rejoint li sons edrers. 
Danz Alexis entrât en une nef; 

burent lour vent, laissent corre par mer: 

dreit a Tarson espeiret arriver, 

mais ne puet estre, aillours l'estuet aler: 
195 tôt dreit a Kome les portet li orez. 

Ad un des porz qui plus est près de Rome, 

iluec arrivet la nés a cel saint home 

quant veit son règne, molt fortment se redotet 

de ses parenz, qued il nel reconoissent 
200 e de l'onour del siècle ne l'encombrent. 

'E ! Deus', dist il, 'bels reis qui tôt governes, 

se tei ploust, ici ne volsisse estre. 

s'or me conoissent mi parent d'esté terre, 

il me prendront par pri o par podéste: 
205 se jos en creit, il me trairont a perte. 



E neporuec mes pedre me desidret, 
si fait ma medre plus que femme qui vivet, 
avuec ma spouse que jo lour ai guerpide. 
or ne lairai nem mete en lor baillie: 
nem conoistront, tanz jorz at que nem vidrent'. 210 

Ist de la nef e vait edrant a Rome: 
vait par les rues dont il ja bien fut cointes, 
altre puis altre, mais son pedre i encontret, 
ensemble o lui grant masse de ses omes : 
sil reconut, par son dreit nom le nomet: 215 

'Eufemiiens, bels sire, riches om, 
quer me herberge por Deu en ta maison: 
soz ton degret me fai un grabaton 
empor ton fil 'dont tu as tel dolour : 
toz sui enfers, sim pais por soue amour'. 220 

Quant ot li pedre la clamour de son fil, 
plourent si ueil, ne s'en puet astenir: 
'por amour Deu e por mon chier ami, 
tôt te donrai, bons om, quant que m'as quis 
lit ed ostel e pain e charn e vin'. 225 

'E ! Deus', dist il. 'quer ousse un serjant 
quil me guardast! jo l'en fereie franc', 
un en i out qui sempres vint avant: 
'es mei', dist il, 'quil guart par ton comant: 
por toue amor en soferrai l'ahan'. 230 

Cil le menât endreit soz le degret, 
fait lui son lit o il puet reposer; 
tôt li amanvet quant que besoinz li ert, 
vers son seignor ne s'en vuelt mesaler; 



177 ie nel s. A. 178 Lymage dist P; çost Pa, ço est L, ce est A, cest P; qui lez P; qui loc s. A. 
179—180 m. A. 179 des règnes L. 180 Por nul aueir n. se P. 181 lei al m. P; C. le uait 
querre A. 182 cel p. ^1 ; Eteuos la nouele p. tôt P. 185 le i ; de els ait L; aust m. A- kil ait 
de els P. 186 vit P; quil Z; Q. ueit que cil le uoldrent A; que hum le uout P. 187 mei uoltz(V) 
déporter Ci entre uus nai cure aester A. 188 De cel -1, De ceste P; nen r. L, ne me uoil P; n. uolt 
estre encunbre A. 189 en mie Pa] ensur L, la nuit ^1, en une P 190 m- A; reuint L; orez P. 
191 Saint P; Dreit a la riue li sers deu uint errant dunz Al. encuntra un chalant A. 192 le u. A; 
Drescent lur sigle P. 193 Andreit t. L; en t. ^: Et dr. a ronme P; espeirent P; la cuiderent 
arr. A; 194 les est .1 ; M. aill. lor est. torner P. 195 Andreit L: porta A. 196 iert A. 196 auint 
-1; nef LAP, Pa; aicel L. 198 uit L, m. P; durement sen L; mult m. à P 199 q. nel re- 
conçussent P. 200 E que lunur . . . lencumbre A. 201 bon r P; oi d. d. il ki tut le mûd A. 
202 Sil P; te AP: ci L. 203 dicpsta t. L. 205 perdrai; m. ferui* .4 ; S. ies cr. tôt m torrunt P. 
206 Mais L; neporquant P; Ne sai dist il A. 207 que huem P. 208 E celé pulcele -4; Au ices 
lesp. q. ai P. 209 nel 1. A ; nen L. ne me A, ne P. 210 Nen X, Ne me AP; mult ad kil A, lune 
tens a ne me P; nen u. L 211 Eist L Dunt issi P; e uint i, si uait P. 212 d. ia dis tu b. P. 
213 Naîtra pur altre L Que uus dirrai A, Ne un ne altre P; i m. P: mais] el A. 215 reconout 
Pn; 111e cunut A, Sil apela P. 217 herberges LA\ Herb. mei P; tue m. L. 218 grabatum LAPa, 
grabatun P. 219 Et por P; d. as si grant tristur -4. 22" si me P; kar tut sui pl« in de mal e de 
dulur fai le pur deu pais me p. s. am. -4. 221 oi P; Q. sis p. ot parler de A. 222 Plore des oilz n. 
s. pout atenir P; si] sui Pa. 223 e m. A. 22-1 Te d. A; Tôt de ferai P, tu as requis A. 22'» Oi . . 
seruant A ; eusse ieo ore P. 227 Qui le me P; guardrat L; tôt le f. P. 228 ad . . aient A ; qui m. P. 
229 Asme L, Prest sui P; quel P; Jel guerderai d. il A; pur X. a A 230 m. A; uosire am. P. 
231 Dune L; lot dreit P, dreit A. 232 Fist P; li LA; pout P, (deit) A. 233 aporte .4, apreste P; 
q. (mestier 1. iert) A. q. eis li fu asez P. 234 Contra seinur L; ne ueut P; mal mener A. 



20 



SAINT ALKXiS. 



Pièce 9. 



'2'.\b par nule f^uiiie ne l'en puet om blaitiner. 
Sovent If vi(lr«'ut e li pedre e la nedre 
e lu puleelc t|ia* il out esposede: 
pur nule (fiiine onque» tie l'avisèrent: 
n'il ne loiir dist, ned il noi demunderent, 
•_'4() quels om esteit ne df quel terre il eret. 
Soventert fciz li's veit K"">t duel mener 
e de lour uelz molt tendrement plorer, 
treHtot por loi, onques neient por cl: 
il les es^uurdet, sil met el considrer; 
•245 n'ttt Koinjc (juel veiet, si est a Deu tornez. 
Soz le detifret u il ^ist sor sa nate, 
iluec paist l'om del relief de la table: 
Il grunt povtTte déduit sim ^runt puru^^e. 
1.(1 ne vueit il que su niedre le sachet: 
_'.')<• plus uimet Deu que trestot son litninRe. 
De la viande qui del herberc li vient 
tant en retient dont son cors en sostient: 
se lui 'n remaint, sil rent as provendiers; 
n'en fait musjode por son cors engraissier, 
.'■>.•) mais us plus povrea le donet a manjçier. 
Kn suinte enjiÇlise ronverset volentiers: 
fiiusoune teste se fuit ncomunt^ier. 
suinte escriture <,'o ert ses conseilliers : 
del Deu servise le ruevet esforoier; 
•jGo pur nule sfuise ne s'en vueIt esloignier. 
Soz le degret o il. gist e ronverset, 
iluec déduit liedement sa povérte. 
li serf son pedre qui la maisniede servent 



lour lavedureit U giet«nt sour la tente: 

ne s'en currocet ned il nen en a|ieiet. 265 

Tuit l'esebamisitent, nil tienent pur bricon: 
rsive li getent, mî roueillent non liçon; 
ne H'en rorroret giens cil Hainti«meit um. 
uinz priet Deu qued il !«• lor pardoinit 
pur sa mercit. quer ne ««-vent que font. .'70 

Iluec con verset ensi dis e net anx; 
nel reconut nuls sons apartenanz. 
ne nëul-s om ne S4»ut les sonz alianz, 
fors soûl le lit o il a gëut tant: 
ne paet mader, ne seit apariMant. .'75 

Trente quatre anz at si .non e4)r9 p«*net : 
Deus son servise li vueIt guedredoner. 
molt li ugrieget la soue enfermetez: 
or set il bien qued il s'en deit ;t!'T- 
rel son serjant at a sei apelet -280 

'Quier mei. bels fedre, ed enque e («n-hemin 
ed une pêne, ço pri, toue mercit*. 
cil li aportet, receit les Alexis: 
de sei medisme tote la cliartre escrist, 
com s'en alat e come' il s'en revint. 285 

Très sei la tint, ne la volst démontrer, 
nel reconoissent nsque il s'en seit alez. 
purtitement s'at a Deu comandet. 
sa fins uprnismet, ses cors est agravez; 
de tôt en tôt recesset del parler, J9<> 

En la sedmaine qned il s'en dent aler. 
vint une voiz treis feiz en la citet 



'2.':5 En . . pout un /'; Qoe pur n. chose len puisse ia A. 236 uir. U p. .1/'. 237 qaet 11 iert 
A, kil out /*. 2H8 En P. 239 11 ne lur .1, Ne il nel P-, nels nel A. ne cist nel /'. 240 (qnele con- 
trée) .1, quel règne il e. /'. 241 les] lur LP; vit -1/'; démener .>/'. 242 tant tendr. .1. 243 E 
tut A; n. unques .1. 244 Dans «lexis le in. e. c. (les ucit suuët pasiner .1) A.l. -JH r»rt. /nir Mi. 
>/'fi;>mi S] Ne len est rien is«i est aturnet A; Nad sun de qnanque il ueit (tut) est A; Kar en dta 
est tôt le suen penser /' 24G la n. .1; ou gi»t «uz une n. /'. 247 La le p. .1 : J. le p. /*. 248 fr. 
dulur .1; barnage /'. 249 Mais ce ne uoit .1, Et si n. ueut /'; sis |>cre8 /'. 250 Miels .1; tut LP. 
•2h\ — 60 III. A. JSl que deuaut lui uiut /*; uint A. 252 retint A, reçut /'; qoe /*; auitint A/'. 
253 S. luin l'a] S. lui en A, Sil en /'; pourius A. almosnierii /'. 254 Ne fist /*: musgode L, e«tni /*. 
•J55 "'. A. 258 est tun c. /'. 259 De de seruir /': servisie Pi ; se uolt mult A. 260 Dani: 
.\le.\is n. se /'. 262 deduist .1. •_>63 qui en In maison .1. 2»î4 Les -1; sua /*. 285 ne» «p. P. 
2G7 linvol A, grabatun .1. 268 N. (Un n. -1.) se c icil AP. 269 q. tresiut Inr A, kil lor p. /'. 
270 que .1. kil /'; quil f. .1/*. 271 eisi A, issi /*; cunuersat cist d. euit a. .1. 272 reconout 
/'<!. conut .1, conurent P; nuls hum -1, les suens /'. 273 N. nuls AI; set .1; Ne<>t honi 
on terre qui face /'. 274—5 ««. A. 274 Mais que /'. 276 celer cil est /'. 27« T. treia A : 
u(uoit?) Sun A, a le suen /'. 277—8 intrrirrti» ilint» A. •J77 servisie /'. 278 angregel A« agricae 
.4; icele .1; cnfermetet (-te AP) LAP, Pi. 279 Ore /*; set ce A. 2H0 seruant A: a lai .1. 281 fr. 
enqtie /': turne m. fr. si quier del p. .1. 282 par ta m. .1. 283 lui /': r. le A; len (dit le «<t 
Alexi) .1. et cil la coilli /'. 284 dedenz ad tut es. .1; Esrrit la cartra tute de s. m. L, 285 C. 
en .1; e cument (cum /') sen lui .1/'. 287 Ne r. A; Tresque al iur quil sen deie aler .1; Que 
nel conoissent desquil /*. 28S m. A; se ad A; sest . . cumandex /*. 280 Un LAP. Pi; apream* 
A, aproce /*; s. mais .1; agrégez .1; agreuez /'. 290 Del .4: reccasa .1. ceaae /'. 201 kil /*; dut 
A. 4, deit /•. 



21 



Pièce 10. 



XP SIECLE. 



fors del sacrarie par comandement Deu, 
qui ses fedeilz i a toz envidez : 

295 preste est la glorie qued il li vuelt doner. 
A l'altre voiz lour fait altre somonse, 
que l'ome Deu quiergent qui gist en Rome, 
si li deprient que la citez ne fondet, 
ne ne périssent la genz qui enz fregondent. 

300 qui l'ont odit remainent eu grant dote. 
Sainz Innocenz ert idouc apostolies; 
a lui en vindrent e li riche e li povre, 
si li requièrent conseil d'icele chose 
qu'il ont odide, qui molt les desconf ortet ; 

305 ne guardent l'oure que terre les enclodet. 
Li apostolies e li emperedour 
(li uns Arcadie, li altre Onorie out nom) 
e toz li pueples par comune oreison 
deprient Deu que conseil lour en doinst 

310 d'icel saint ome par cni il guariront. 
Ço li deprient, la soue pïetet, 
que lour enseint ol puissent recovrer. 
vint une voiz qui lour ad enditet: 
en la maison Eufemiien querez. 



quer iluec est, iluec le trovereiz'. 315 

Tuit s'en retornent sour dam Eufemiien; 
alquant le prenent fortment a blastengier : 
'iceste chose nos dousses noncier 
a tôt le pueple qui ert desconseilliez; 
tant l'as celet, molt i as grant pechiet'. 320 

Il s'escondit com li om qui nel set; 
mais ne l'en creident, al herberc sont alet. 
il vait avant la maison aprester; 
fortment l'enquiert a toz ses ménestrels: 
icil respondent que nëuls d'els nel set. 325 

Li apostolies e li emperedour 
siedent es bans e pensif e plorous, 
si les esguardent tuit cil altre seignour: 
deprient Deu que conseil lour en doinst 
d'icel saint ome par cui il guariront. 330 

En tant dementres come il iluec ont sis, 
deseivret l'aneme del cors Saint Alexis; 
tôt dreitement en vait en paradis, 
a son seignor qu'il avait tant servit, 
e! reis célestes, tu nos i fai venir! 335 



10. 



LA CHANSON DE ROLAND. 



La Chanson de Roland, nach der O.vforder Handschrift hrsg. von Th. Millier, 2- Avjl., Gottingen 
1878 vv. 1913 — 2396 (ef- W. Foerster, Zcttsciir. f. roman. Philol. Il, 162 et suiv.; athssi ZciUckr. 
f. franz. Spr. ti. Litt. XXIV. 204/205J; La chanson de Roland, Texte critique etc. par L. Gautier 
(dernière éd. parue en 1903J; Extraits de la Chanson de Roland par G. Paris, 10^ éd., Paris 1909 
(à partir du v. 252j; W. Foerster, Rolandmaterialien 1886 (Altfranzos. Uebungshuch, I. Zusatzheft); 
Bas Altfranzos. Rolandslied, Krit. Aiisg. von E. Stengel, Leipzig 1900, ^). 206 — 53. — Le fragment 

293 m. A; Hors X; cû deu la comande J'. 294 Que .1; li ad t. amuiet L, tu i ad aunez ^-1, a 

lur dist 

P; citet 

iunc iert 

9ple que 

^; anories -£, oneries A. 

honorie P. 308 °Trestot P; reisun A. 309 — 310 m. A. 310 De cel . . garunt P. 311 m. A. 312 
anseinet L; purrunt AP; ou le p. trouer P. 314 A P. 315 et il. L, et la P; q. veirement il. A. 
316 8. turnent A; sus P; danz P. 317 li L; forment /". P. 318 Ceste A; deussies P. 320 en 
AP. 321 nie scondit cume cil kil n. i; Cil A; cum cil P. 322 Cil .1; al ostel AP. 323 Cil . . 
les bans fist cunreer A. 324 F. enq. .1. 325 Cil r. (que nuls del . . . set) A; Et il r, qu. nul 
de els P. 327 bans pens. LP; al banc A ; corocous P. 328 Hoc esg. t. X, E deuant els t. -1, Il 
les esg. t. P. 329 Si preient L. 330 De cel -l; De celé chose dunt si desiros sunt P. 331 En 
dementres que iluec se A; Et t. d. c. il unt iloc P. 332 Dessoura A. 333 Tôt m. P; Angeles 
lenportent el ciel en p. .1. 334 que il ot A; au. servi P. 335 O r. -t, Deu r. P; kar nus .1; la 
nos f. paruenir P. ■ 




22 



CHANSON DE BOLAXD. PJèee 10 . 

rhoui mcimtr la m>„i il'Olivirr, de Turpin et <lr Rulanil à RoneetMHue (9otr l'tmkaÊiom atttmomtlê éf 
< «imul (Inim l'filUùm ilr HarUrh, Ltiptig 1874, r. fl^Hl — 6U2HA Nouê h Jotmom* J'apriê I» mammaerU 
il' Oxford (O) avrr le» varUtntrK dm mnniurHls de l'rnùr IV rt Vif (M et V), du mnnu»rrit dr Ch/i. 
Ifiiiititux (C) et de relui de PitrU (P). fCuJin, ninm tlfaign»nê jHtr Foe, Ml. St. les Irçtins nu ettrrer' 
liiiim /tnt/nuif'rii jnir MM. Foemtcr, MUUer rt Strngel. Vnir en tmire wire reimaryue dams ta prf/aer. 

I^flt De ço que calt, se fUiz est Marsiiies? de Sarraxiuit verrat tel discipline, 

reniéH i est sis ancles l'algalifes, cuntre un de» noz en truverat mon qoiiiM, 

kl tint Kartagene, AJferne, Garmalie, ne laisMerat que no* ne benëiMe'. AoL 
e Ëthïope, une tere maldite; (^aant Rollane veit la contredite geat, iO 

5 la neire ^ent en ad en «a baillie, ki plnH sunt neir que nen e«t arreneiu, 

Kranz unt ien nés e lees leH orilles, ne n'unt de blanc ne mais que suU les dens, 

e sunt ensemble plu» de cinquante mille. ço dist 11 queuR: 'or sai J«) veirement 

icil chevulchent fièrement e a ire, que hoi murrum par le mien escient, 

puis si escrïent l'enseijB^e paienisme. ferez! Franceis, car jol vus recnmenz.' -5 

10 vo dist Rollanz: 'ci recevrums martyrie, dist Oliviers: 'débet ait li plus lenzl' 

et or sai bien, n'avun» suaires a vivre; a icest mot Franceis se lièrent enz. 
mais tnz seit fel, chier ne se vende primes! Quant paien virent que Franceis i ont poi 

ferez, seignor, des espees furbies, entr'els en unt e orgoil e eanfort; 

si calengiez e voz cors e voz vies. dist l'uns a l'altre: ii emperere ad tort.' ''O 

15 «|ue dulco France par nus ne seit bunie! li algaiifes sist sur un ceral sor. 
quant en ccst camp veudrat Caries mis sire, brochet le bien des esperuns a or, 

1 que F»e.] qui '>,>V ; f. est (',St.] fuit 8en e. O; desor che val sal senfuit ma. .V; de c. que c. (valt I') 
a. il len fuit vie (li curs deu les inaudie /') IV'. -J por lui remaint /'; l'alg. Ml.] Marganioee O; aon 
oDcle Lalgalifrie M\ Laugalie VI*. Lagalie I', I..algalîfe( <V'., partout ahiJti. H Alf. Ml.\ al frère O; cil 
tent Cartaine Aluernc e Ualive M; cil t. (tient V) Cartage (Cbartage I', Carraige /') Oliferae et Caudie 
lOlinf. e Candie I', Kufanie et Nubie /') C]'P. 4 e] mau>/ur JUC; et (tote V) E. a. t. haie (a en soe 
biiillie 1) 17'. 5 g. lait in soa b. 3f; g. avoit P; g. ot (a 1') e. s. coopaignie Cl'. 6 iwiin/ur MP: 
orilles ML] oreilles f>; grant ont les els (ouz? I', oeils St.) et moût lee loie (et le core et leschine ('> 
<'\'\ et lee la surcille >'/. 7 ancor il noit p. d. LX m. M\ encore sunt (\St ; L (aetante I') m. «ont 
(lune conpai^nie 17*. 8 cist c. f. a grant i. .V; i. c. eetroitement par ligne C: eatroit ch. (-ce I') par 
uiout tiere (grant /') nhatie 17'. 9 si Ml] mainfur O, p. escrierent >V; pafeniroe] 0,.S7.(pai-): crieat 
luunvoie 1. pagaiiie .>/; toit esc. I', Turc escriarent P. 10 mam/w I', matyrie f>- D«o d. K. or veat 
uo.Ure m. .V; or r. (': hui r. /'. 11 inainiur T; ben O; Or s. b. no douom g. v. M; or a. (roi P) 
Je b. que ma vie est fenie (moult eat corte ma vie /') IV'. 12 tut . . cher (t\ qui ch. née' v. Ml; 
s'en SI-, chin prima uo sen vençe M\ m. huni s. qi bien ne si vent p. C; moult est nuanaia qui ■• 
.«i vendra p. /': m. huni s. et plein de cohardie Qui ne se venge ou leapee forbie C \'à seignnr* O; 
f. François M\ f. i Franc CP; d. lespee forbie C; V rnir r. 12. 14 calengez '^); cora Foe.] caL (e 
vos] et [mjora O, mors Ml.St, si esclaroz v. talent et vestre ire M; n. chanchelona et le c eC la vie I': 
s. chalongent lor c. de la gent saracine (\ 15 inainjue .W; ne s. p. n. h. P; nen ait dala reprocioe f^. 
1*') mis .V/.| mi 0\ Cum .V; q. en el c. v. li rois mon s. C; q. li rois v. ci o sa grant o»t banie I*. 
17 Kt des (de .'/(') paicns .V(.'I7'>7; i vesra t. traine <': t. conqneillie I'. 18 .XV. O-, por un de n. 
en tr. ben XV. M; tr. des lor (i aura plus de '') .XV. <'P; que geseront par ceete praerie I'. 19 
Icsserat O; no laxaroit che de nu ben non die M; n. porra eatre quil ne noa beneie I'; la sara 
Charlle qc nos bien la faisme C; n. lairoit Karles por toat lor de Hongrie que il nos armes de coer 
ne beneie /'; n. lairrat mie St. 20 quan O; mant M; i v. I'; contrefaite /'. 21 neirs . . arreoMOt O: 
che .«. p. noire M; est noire CI'; s. pi. noir /': q. pois ne arr. /'. 22 suis St ] sul O; il nont if i': 
fors les (le I') d. solement CV\ et n. d. bl. que lee ie.\ et les dena /'. 23 ço] Dec M; dex d. U c. 
or ssi veraiement J'. 24 q. nus m. anchoi p. Af; oar nos (toz i I') m. ^^1'; morrai P. 25 seone^ bm 
Friuicbi que eo le v. coment M; f i Franc née «épargnez nient I'; seignes me Franc car ie le r. C; 
ne vos targiez noient /'; jo luos St. 20 Oliuer O; deus ait les M; et O. moatre son brant aanglent I'. 
27 i»<ni</iir MC; a maint paien a fait le cuer dolent I'. 28 Li p. ^'; voient /'; ontj a C; q. p. vit 
F. atlcbiez I*. 2!) intro mènent o. .V: et o. et bofoi <'; grant joie et grant c /'; chascans en fu 
bauz et juiant et liez T. HO lun . . lempereor O; que limperer ot tors M; li roia a t. ce croi C 
Koll. ert mal bailliz I'. :tl li alg. Ml.] 1. Marganices !>, 1. algalifres .If; «t Laogalie PCI>7. sait M: 
fu bien apareilliez I', sist el cheual tnrqoi (\ :i2 ben O; tresbien le b. 1m aap. 4m pi«x I'; moi b. 
le br. ce vos créant par foi ''. 

23 



Pièce 10. 



XP SIECLE. 



fiert Olivier deriere enmi le dos; 

le blanc osberc li ad desclos el cors, 
35 parmi le piz sun espiet li mist fors; 

6 dit après 'un colp avez pris fort. 

Caries li magnes mar vus laissât as porz; 

tort nus ad fait, nen est dreiz qu'il s'en lot; 

kar de vus sul ai bien vengiet les noz.' 
40' Oliviers sent que a mort est feruz, 

tient Halteclere, dunt li aciers fut bruns, 

fiert l'algalife sur l'elme a or agut, 

e flurs e pierres en acraventet jus, 

trenchet la teste d'ici qu'as denz menuz, 
45 brandist sun colp, si l'a mort abatut: 

e dist après 'paiens, mal aies tu! 

iço ne di, Karles n'i ait perdut; 

ne a muillier n'a dame qu'as vëud 

n'en vanteras el règne dunt tu fus, 
50 vaillant denier que m'i aies tolut 



ne fait damage ne de mei ne d'altrui.' 
après escrïet Rollant qu'il li ajut. Aoi. 

Oliviers sent qu'il est a mort naffrez, 
de lui vengier ja mais ne li iert sez, 
en la grant presse or i fiert cume ber, 55 

trenchet cez hanstes e cez escuz buclers 
e piez e poinz, espalles e costez. 
ki lui vëist Sarrazins desmembrer, 
un mort sur altre a la tere geter, 
de bon vassal li poust remembrer. 60 

l'enseigne Carie n'i volt mie ublïer, 
Munjoie escrïet e haltement e cler. 
EoUant apelet, sun ami e sun per: 
'sire cumpaign, a mei car vus justez! 
a grant dulor ermes hoi desevret.' Aoi. 65 

EoUanz reguardet Olivier al visage; 
teinz fut e pers, desculurez e pales, 
li sancs tuz clers parmi le cors li raiet, 



33 Oliuer derere 0; si vait a ferir 0. d. el d. M; par de derrier au d. P; el d. derere soi C; enmi 
le d. deriez V. 34 desclos Ml.] descust 0; 1. ait frait et desclos M: cousu (cosut St.) au dos P; o. 
tresparmi le rompoi C; sis aubère est fausez et desmailleez F. 35 piz dautre part li m. f. P; p. lo p. 
s. espi a besloi li fist outrepasser grant duel en ot le roi C; dedenz le cors est li espee baigniez T". 
36 manque C; col 0; après li dist MPV,St; pris (vos P) aueç mortel colps MP,St (colp); a mort 
iestes plaiez V. 37 C. de France MPC,St; mal M\ au port P; 1. rer soi C\ uostre emperere fu mult 
mal consilliez F. 38 manque 3IV; mal uus (nos P) a f. PC; si con ie cuit et croi C. 39 manque 
M; ben venget ; de v. tout s. P; vengie en ai tôt ceax de nostre loi C; de uostre cors ai toz les 
n. vengiez V. 40 Ol'uer . . ferut O; quant O. se s. a m. f. MP; voit 0. C; sent 0. qil est a m. f. 
F. Les autres manuscrits, sauf C, ajoutent ici un vers qui semble être nécessaire : De lui (sei M) 
vengier MPV,St ; tarder nosse vol plu M,St (ne se voelt t. pi.), ne fui mie esperdus (moût entalentez 
fu F) VP. 41 acer O; li bon brand dacer bru 31; don lacer (li brans P) est moluz (letrez fu P) 
CVP. 42 f. marganices 0; f. Lalgalifre in lelmes cler agu J/; f. Laugalie desor (desus P) son e. a. 
(sor le. irascuz C) CVP. 43 pierres iJf?.] manqiie O; pierres et fl. [ûor M) 3fCVP,St; il na jus abatu 
M; len a creventez j. C; en a j. abatu VP. 44 intresqz al den menu 31; la teste li fent de (fende 
des F) ci as CV; jusquau nazal la tranchie et fandu P. 45 manque C; Et a cest c. 3f; estort s. c. 
si la m. (jus P) a. VP. 46 Apr. li d. 3IC,St; ultre d. il p. m. a. (il maleoiz soies P) t. VP. 
47 manque M; que K. 0; je ne di mie (pas P) C'FP 48 manque 3IPC; muiler ne a. quaies O; dans 
V interverti avec 49; a ces paiens qui ci ai tant veu; mais ja a d. que tu aies v. St. 49 no ten 
vantarai al roiam don t. fu M; mais tu nel nonceras el reigne on t. f. C; ne diras pas el P; nen v. nen 
laies tolu F. 50 manque C; v. a un d. 0; valissant un d. q. tu maies 3f; Que Rollant aies ne Oliuier 
vaincu Ne Karlemaine .1. seul d. t. P; V voir v. 49; q. li St. 51 manque CV; d. de mie ni 31. 52 pois 
si reclame R. che les a. 3/; RoU. (puis en C) apelle quil tos (a. Roll. que C) vegne a lu (son ami et 
son dru P) VPC; apr. reclaime St. 53 Oliuer . . nasfret ; quant 0. se s. a m. inaure 3f; s. 0. 
(0. s. P) ne (nen P) porra escamper VP; voit 0. que a m. c. feruz C. 54 manque V; venger . . 
ert lez (sez 311) O; d. si v. no se vols tarder 3f; v. fu bien entalentez P; v. est fortment aueuz C; 
li 'st asez St. 55 i] manque 31; se refiert F; dedens e. pr. de paiens va ester P; en 1. g. p. se f. 
tôt esperduz C. 56 — 57 manquent 3ICV. 56 manque P. 57 espalles P, 311, St.] et seles 0. 58 Chi 
a lu V. S. detrençer M; découper VP; qi lor . . desrompuz C. 59 s. altre getet O; Lun 3IVP; 
l'autre 3ICPV,St; a 1. t. g. Ml.St.; ver t. trabuçer 3I\ chair et trabucher F; trebuchier et verser P; 
a 1. t. estenduz C. 60 manque F; d. gentil home P; rem. li peust C. 61 ne v. 31; nen v. pas T'; 
moult souuent escrier P; obi. non v. pluz C. 62 manque V; Mençogna e. ad alta vox celer 3L; 
crie P; mot est bien coneuz C. 63 s. amis et ses frère M; s. a. et s. druz C; que il pot tant amer 
VP. 64 manque C; a mi nos aioster 31; venez a moi parler F; venez vos sa iouste moi aiouster P. 
65 deseu'rez O; a] por J/, par VPSt; d. oi vos auon seurer 31; nos couient deseurer TP; se li a dit 
enscamble nirons plus C. 66 Oliuer O; in le v. 31; el v. C; esgarde O. el v. P; li quns R. a la 
chiere menbree F. 67 teint . . desculuret e pale O; tut lo vid descolori et palide 31; t. la et pers 
C; tout li vit taint d. et p. P; voit 01. qui la color a muée F. 68 Li s. vermeuls 3JP; fors de son 
c. 3ICPSt; c. aualle C; chiet aual par la pree F. 



24 



CHANSON DE ROLAND. PjAce 10. 

oncuntre tere en chieeiit Ich cticlaceff. ai li deuiundet dulcenient c itQefr 

TO'DeuH*, (lixt li qucns, 'or ne hhï jo que face. 'sire cunii>uin, faitnt le von de ffred? 

sire cutnpain, mur fut voHtre bumuf^eM, ja 'itt <,-o KollanK ki tant vuh aoelt amer; 

ju mais n'iert hiiiii, ki tun rorn euntrevuillet. par nule (fuine ne m'avez deitfTefc.' 90 

e! France dulce, cuni lioi remendra.s ((uaHte dist Uliviern 'or vui» ui jo parler; 

de bons vatisalti, cunfundue e dcHfuite! jo ne tus veî: veied vaa Uamnedeus! 

75 li emperero en avrat ^runt danuififc.' ferut vtu ai: car le me pardunec!' 

a icest mot Hiir «un cheval se pasmet. Âoi. Rollanz reapunt: 'jo n'ai nient de nel; 

As VUH Hollant Hur «un cheval panmet, jol vus parduinH ici et devant I)eu.' 05 

et Oliviers ki eRt a mort naffrez. a icel mot l'un» a Taltre ad cUnet; 

tant ad sainiet, li oil li sunt trublet: par tel amur a.t les vus deaevrez! 
80 ne loinz ne près ne poet veileir si der Oliviers sent que la morz mult l'an^isset: 

que reconoisset nesun home mortel. andoi li oil en la teste li tnrntnt 

Sun cumpaignun, cum il Tat encuntret, * l'oïe pert e la vëue tate. 1*^ 

sil fiert amunt sur l'elme a or sfemet, descent a piet, a la t^'rre se culihet, 

tut li detrenchet d'ici que al nasel, d'ures en altres si reclaimet sa culpe. 

85 mais en la teste ne l'ad mie adeset. cnntre le ciel ambes dons ses mains juintea; 

a icel colp l'ad Rollanz reguardet, si prïet Pou que parëis li dunget 

60 Matujue 3fP; cbeent O; en volent li escache <'; que lerbe vert en est eoMuiglentee l'P. 70 
non sa ge cho mo f. .V; que faire P; li q. com maie destinée I'. 71 cumpainz . . barnsge O; e. or 
faut /*; cest vérité (irouee 1'. 72 hume "; MC <l<>itnfut im mitrr rrri»; qui encontre vos x. /*: 
mieldres de vos ne ceindra mes espee I'; h. vontre c. S(. 7.'! tere maior cum reman ancbo g. .V: 
hn d. F. c. deuez iestre mate /'; o F. A. c. voi cest jor sauuage C; he F. bêle c. h. es désertée 1'; 
r. mate Si. ~\ desfuite .'/. Ml, /•'»':] cbaieto O, guaste St; D tel baron (tels barons f'St) .Vl*i:st; ja 
naras estoraf^e ''. aue/. perdu langarde /'; D. tant prodomes iestec hui desscuree C; et conf. St. 75 L. e. 
non doit uuoir blasmc .'/; en] i /'; I' thntue un diitrc rtr/i. 7(> iiittinfin- C; () voia o no . . . sen 
p. .)/; Duel ot K. III foies se p. /'; Del duel qoil ot a la color changée T. 77 Or est (fa P) R. 
.Vn7».S7; del duel (^il a p. T; s. Viellantin p. /'. 78 E Oliuer . . . naffret O; Por O. q. e. s m. 
innaure .V; ki] i <'\'; q. a .m. fu n. /'. 79 seinet O-, T. est sanglent le vis li ert torbe Jf; qae toz 
en est tourblez /*. 80 N. da lunçi ne dapres ne poit v. cle tV; Ne p. ne 1. /'; ne p. mas esganler 
'M". 81 rec. n. b. iV/,.S7] recoistre poisaet nuls bom O; Ne reconust nais bom cbe sia came M; 
Ni ne conoist (N. c. mais /', Ne c. il C) home de mère ne (nej^fun h. charne <^') 1X7*. 82 8. c. 
Kollant il oit incontre M\ quant il <'; c. Koll. a e. I'; Deuant Kull. «est H ber arrestez P. 8H S. f. 
in leumes qui ad or est v^nic .V; Grant coup li dona sur son elnie g. I': Feril en leume (Mert sor le 
hiaumo /') «jui est ffu /'» a or g. CP. 84 quai n. O; Luna (dune '') miteç li fend jnsqual n. -V^'; 
tresqual (jusquan /') n. li a esquartelle 17'; jùsqual n. Si. 85 manqur M: en 1. char >'; \^tx le 
gari que pas ne fu naurez /'. 86 Por cest c. R. loit r. M', icest . . li cens r ''; Voit le R. si sest 
haut escriez /'; Quant il reuint si loit araisone C 87 Moût doue, la R. apelle (fu li cnens ap. P) 
yP. 88 feilil vos a gre M\ feistes v. (\ 89 ja'st St] ja est O; Je sui K. cbe t. solez ame .V: Je 
sui K. qui t. v. a (al V, dont v. lestez /') ame CVP. 90 avez Ml.] auiez f>: ni vos pos oblie Oi no 
inauei; de nient d. .V; Fer n. mescbie no vos ai obi. ^': Ne maniez guerpi ne d. I': De vos nestote 
pas encor d. /'; n. vos al obliet ne mariez oncore desfiet St. 91 Oliuer ^; O. lolde si comença a 
p. .1/; or V. ol al (oï I') parle 'T; compains or entendez /*. 9*2 uitimiiir t'; damnedeu ": •' f../.- 
'•. 9H. 9H miiiD/iif /'; car inel p. .V; Je ne v. voi c. I'. 94 nmiuftir MP\ mal '>: Respont R. ne 
sui point empire CV. 9,") mtnti/in- P; Ko v. p. cl d. de .'/; Je v. CV; Ici deuant et dere ''. 
9t> lun O; Lun pcr lautre si comença a plure M: icest . . encline I'': ice.«t m. se sont eninicolez /'. 
!i7 ntiiiK/iir M; deseu'red 0\ por C; V. grant dolor se sont lors d. I"; P. t. vertu les a dex d. /'. 
98 Oliuer . . mort 0,St (Oliviers); cbe la m. la. .V; O. volt (S. O. I') la m. le valt bastant (cercbant I') 
/T. 09 Ansdous les oilz O ; Abes ses oilz . . I. torbe M; Il troble <'; dou chief I. vont tomant /'; De se» 
l>els euz est li quors auoglant Andul II vont en la t. troblant I'. 1»)0 «««iiM/Mr P; perde lole -V; si 
jiert loir et 1. lumière t. C; I" mir r. 09. 101 mnin/nr .V; al t. '>; contre orient s. c (\St; D. a p. 
( .\u p. d l'i dou destrier auffcrant Sor son escu se gist contre (vers I') oriaot /T. 102 D'ur. en 
:il Ml.] durement en balt O; dur et en b. St.; recleimet '>; Droites in alte .V: De ses péchiez si '°: 
Dores en autre» vait sa c. bâtant 17*. lO^J mnin/iir .V; andeus s. m. aioste f': Kt (Puis /*) jont ». 
m. si prie deu le grant (va deu deprlant /') 17*. 104 Reclama dro M; Seint (Que /*) paradis I. «lunt 
par son commant 17*. 

25 



Pièce 10. XP SIÈCLE. 



105 e benëisseKarlun e France dulce, de pasmeisuns gaariz ne revenuz, 

sim cumpaignun RoUant desur tuz humes. mult granz damages li est aparëuz: 125 

fait li li coers, li helmes li embrunchet. mort sunt Franceis, tuz les i ad perduz, 

trestuz li cors a la tere li justet; senz l'arcevesque e senz Gualtier del Hum. 

morz est li quens, que plus ne se demuret. repairiez est de la muntaigne jus, 

lloRoUanz li ber le pluret, sil duluset; a cels d'Espaigne mult s'i est cumbatuz, 

ja mais en terre n'orrez plus dolent hume. mort sunt si hume, sis unt paien vencuz. 130 

Li quens Rollanz quant veit mort sun ami voeillet o nun, desuz cez vais s'en fuit 

gésir adenz, a la terre sun vis, et si reclaimet Rollant qu'il li ajut: 

mult dulcement a regreter le prist: 'e! gentilz quens, vaillanz hom, u lés tu? 

115 'sire cumpaign, tant mar fustes hardiz! unkes nen oi pour la u tu fus. 

ensemble avum estet e anz e dis. ço est Gualtiers ki cunquist Maelgut, 135 

nem fesis mal ne jo nel te forsfls. li niés Drôun al vieill e al canut; 

quant tu iés morz, dulurs est que jo vif.' ' pur vasselage suleie estre tis druz. 

a icest mot se pasmet li marchis, ma hanste est fraite e perciez mis escuz 

120 sur son ceval que claimet Veillantif. e mis osbercs desmailliez e rumpuz, 

afermez est a ses estrens d'or fin; parmi le cors o lance sui feruz; 140 

quel part qu'il ait, ne poet mie chair. sempres murrari, mais chier me sui venduz.' 

Ainz que Rollanz se seit apercëuz, a icel mot l'at Rollanz entendut, 

105 benëisse cf. v- 19] beneist 0\ beneïe St.; E benedie Carlo de F. la d. 3{\ Si beneise C; Puis beueist 
Ch. le roy puissant Et d. Fr. la contrée auenant PV. 106 desur Ml.] sur 0; E so c. R. sor totes h. M; 
Desor t. homes (autres V) son c. R. PV. 107 le coer le helme 0; Falla li est li cors qui plus nose domee 
.*/; lelme vet enbronchant T^; P a un autre vers. 108 manque 31; trestut le 0; li cuers C\ Tout 
son c. vait contre (a la V) t. estendant (clinant F) PV. 109 qui p. M; plus ne nos en dirome G\ 
ni vet pi. demorant T, ni a pi. .!e son tans P. 110 R. lo vid (veit *S7.) si (sil St.) p. et si (sil St.) 
d. 3ISt.; Voit le R. qil p. et lo d. C; R. le plore (souzpire P) qui le cuer ot (not 1) dolent PF. 
111 oncha en nesun logo no fu M; Ja en nul leu nestoit C; J. nul home norrez plus (si F) démen- 
tant PV. 112 leçou de 3IC (vit m.) Ml (m. vit) <S7] Or ueit R. que m. est O; moult fu A', corre- 
ciez (-cens F) et marris (mathis F) PV. HB Jasir a tere i^/; Mort a la t. VP\ contra oriente son 
(lo C) V. MCVPMISt. 114 Tant d. M; Si d. a r. lor (le F) pris CV. 115 manque P; S. c. deo 
abia de ti mercis M:, de vus ait dex mercis CV; i fus St. 116 E. a. este meint (maintes F) d. CV; 
E. o soi soit la moie toz à. P. 117 Ne me fis m. ni eo tel f. M; Ne me feist (fesis un C) m. ne a 
toi ne fis pis VC; Mal ne ma fait ne ie ne li f. P. 118 es mor dulur 0; m. a grant tort son vis M; 
Quant iestes m. P; a molt gr. t. sui vis (jo vif St.) CVP,St. 119 De dol che mena si se p. altersis 
M; Au (Del VSt) duel quil eut (a P, raeine St.) CVPSt; sest pasmez 1. m. P; li cons p. sest ils C; 
li c. chai pasmis F. 120 cleimet 0; chom cl. M;'q[ ot non CVP : Valentis MV, Viellantins P, 
Velantis C. 121 afermet O; Aficez e. sor li stref dor fins M; A. e. (Tant fort saffiche P) sor les 
€Striers (stries V) brunis (es bons e. dor fins C) VCP. 122 Che in nulle parte nen poit m. ch. Jf; 
a. li cons aine nen (quns ni ert V) chais CV; q. tort nest jus dou cheual mis P. 123 apercent O; 
s. fust P. 124 g. et M. 125 grant damage . . apareut O; est a lu aparu M\ Grans encombriers li 
€st deuant venus P. 12G morz . . perdut O; s. ses homes sillia paiens vencu M; toz (t. il F) les a 
il (a T') p. CV. 127 Gualter O; e G. da Monleu M; G. son dru P; Fors la. et dan G. de Luz CV. 
128 lee/in de M, Ml.] repairez . des muntaignos O; m. suz C; desus les monz aguz F; li cuns de la 
desuz P. 129 d'E. il est c. M; De (0 C) c. d'E. (De celle part P) ou il (mot C) sest (siert P) c. 
C'FP. 130 paiens O : si li out p. v. M; s. li suen p. les ont (si lont p. C) v. VC\ toz les i a per- 
duz P. 131 V. MCVP,St; sor son ciuals s. fu J/; de Renceuals s. fuz C; aual est (e. a. P) 
descenduz VP. 132 Et Ml] manque O; qui les a. M; RoU. (E si C) apelle dolent et irascuz (a. 
KoU. qi uiegne a luz C) VCP. 133 v. vasal es tu M; con vallan on es tuz C; He g. bon qe es 
tu (qiestez vos P) deuenuz VP. 134 Onques nul hom ert paur o tu fu 31 \ O. nen ot CV\ O. mais 
noi P. 135 gualter 0; Jeo sui G. q. c. (conquis CV) Mallegu (Maleguz F, Maleuz C, Malargus P) 
MCVP. 136 Doron li vielz e li canu 31; Li n. Artus (E n. al du F) qui est v. et chenus PV; Li 
meudres hon as uels et as ch. C. 137 tun drut 0; seloit e. ton d. 31; e. t. (vos F) d. VP; P. v. 
me sui del estor issuz C. 138 percet mun escut O; e frosseç mon e. 3[; M. lance P; pecie est (et 
péchiez F) m. e. CV. i:-j9 desmailet e rumput O. 140 o 1. For, St (lances)] hot [une] 1. 0; [ferut] 
O; de 1. son f. M; o lances mes cossuz C; ai trois espiez (sui en Vil liens P) f. l'P. 141 cher . . 
vendut O; S. me mors ma çer li o v. if; mi s. v. P. 142 A cest m. R. li oit achoneu 31; icest 
<'V,St; A i. m. 1. R. conçut V,St; R. la c. C; Ces mes a bien ois R. li dus P. 

26 



CHANSON DE BOLAND. Pi^ce 10. 

le cheval brochet, kI vient |>oi(;iiant veni lui. Aoi. mil Sarraxin i deMcendent a piet. 

Kollttuz ad doel, h! fut niultalentiH, e a cheval »unt quarante millier. I'*'* 

145 eu lu jfrant prcss»* cunieucct a ferir, mien eHcïentre nen onent aproinmier: 

de cels d'Kspaifjfne en ad geter. uiorz vint, lancent lur lance* e lor trenchanz «Hpiet, 

e Gualticrn »in e l'arc^rasques cinc. wi^reH e darz, museraz et airier». 

dïent paient 'feluuH humeH ad ci: •« preniien* colpn i unt ocis Gnaltier. ■ 

((uardez, tteii^nur, que il n'en aisfent vif! Turpin de Reins tut «un eitrut perciet, 169 

150 tuz paraeit fel ki nés vnit envttir quasset sun elme, m Tant natfret el cliief 

e recrëanz ki les lerrat f^arir!' e son osberc rnmpnt e desmailiet, 

dune recumencent e le hu e le cri, parmi le corn naffret de quatre espier: 

lie tûtes parz les revuut envHir. Aoi. dedesuz lui ocïent sun destrier. 

Li quens Kollanz fut mult nobles guerriers, or est fçranzdnels quant l'arcevesqaeschiet. Aoi. 170 

155(iualtiers del Hum est bien bons chevaliers, Turpins de Reins quant se sent abatut. 

li arcevesques prozdom e essaiez: de quatre espiez parmi le cor» ferut. 

li uns ne volt l'ultre nient laissier. isnelenient li ber resailit sus; 

en la grant presse i fièrent as paien». Rollant reguardet, puis si li est caruz 

1 l:t b. vait corand v. lu M; êl va corant a luz <'; Le ch. (destrer I') br. dez esperont agu* IsnellmiMat 
(Irioment I') est a G. venus /M'. In', Im mnnimrritK, fxrrplé O, tlonnrnt m /ilu» iinr InUtr (tr i.'t rrr» 
mntfmitit iiii iliiilixjiir riilrr /{oltnid rt (iaiitirr, <» /<« Jiii dr lin/iffllr Rnlnud inrite #«»» nmi »*» 
l'ailler. — 144 maltaientirs O; R. oit d. si ert molt tolentis .V; ot d. 17': ai mt C. 145 comraMit 
a feris M; sest li cueni ademis /'; iIhiim T mnpUirr jmr .» rrru. 146 get«t mon Ml] get raort O: 
il'E. na çete ni. jus v. M; i gete mort tex dis ('; lor a g. m. dis I'; En petit deure en i a XX oàa 
/'. 147 Gualter VI. e larceve«que (>: G. Mpte M, «et St; G. XV. et la. X. /'; G. quatre et la. si* 
I'; G. i est la. aisis <^. 14S felun feluns h. O; ces sunt diables vis I'; Paien sescrient ci auons 
maus amis /'. 14U mniH/nr iV\'; seignurs quil O; que il Ml; que il n. voisent v. C; ferez païen . . 
aillent v. /'; qu'il ue s'en a. St. 150 nmiKjiir /»; tuz SI.] tut O; T. sia f. que ne li v. asalirs if: 
T. soit honi ()i les laira garia Kocreantz est qi nés va ennais C; En totes corz soit recréants tox dis 
<jui ne lasaut (|uar molt le voi bais I'. 151 recréant . . guar O; K. est que ne li va inujùria M; 
/'!' riiir r. l.")0; /* doiiur ini iiiitrr rer». 152 iiiinii/iir ]'; D. est comence et li dol el li cris .V; Adonc 
commence et 1. hus et 1. cris <'; Ad. rePu li estors resbaudis /'. 15:{ les .VI.] le O; |ont pains assalirs 
.V; si les unt asailis C: Moult fièrement ont les nos enuais /'. l.'>4 mult Ml.] utnuqur O; noble 
guerrer O; est (fu P) molt ardiç et fiers .Uf'St; est adure et forer» C; fu mult aflebliez I' 155 Goal- 
ter de Hums bon cheualer O; Gauter leon .V. G. de Lus C; G. de Hui fu /'. molt bons ch. MCPSl; 
G. de Lum greupz et damagiez I'. 156 arceucsque . . e.ssaiet O; E la. ert pro et in*ener M; proiMz 
et asaiez C; Kt la. fist forment a prisier /'; E la. de son cors bliciez I'. 157 htnin/iir f'I*/'; Uiaetr 
'>; Luns ne v. la. ne guerpir ne 1. 3f. 158 Par grant vertut .VCSt; i assalient Ascher M; lea a». 
Turchez (paien St) ('.S7; Félon paien cui dex doinst encombrier /'; dunn I' miiplnrr /nir /'." rm, 
ir)9 sarrazins O; en d. J/; s. les asuillent armez <', XX m. d. por lor cors daroagier /'; Plos de 
dons .0. d. sor lor piez I'. 100 millerx O; en est quatro m. .V; Et es cheuals bien s. XL milles <": 
s. bien XXX. m. /'; I' dminr un mitrr rrrx. \k\\ iimin/tif M('\ Men . . apmismer f^: De inainienan' 
n. o. appruchier /'; Tant les redotent nel o. a V. 1R_' '»■{•"" '''' MC\\ .Mmf iRitm. Stml. III 'J-ie'' 
Sl\ 11 lor l. et lances et c. O; il 1. lor Ml\ 1. 1. dars por lor cors dammaigier /'. 16î> rr.rr. «/*• ML 
(ni. aguisiez). St.\ E w. et d. et m. et agiez et gieser O; e m. enpenex .V; Qoarals et d. et engeini* 
ufaiteic C\ Guiures iuzarmes qui font a resoingnicr P, Traient sagetes et quairels aguisiez I*. 164 prt- 
mers . . Gualter 0\ A cest colp ia morto G. .V; A icest mot par ont oncis (': K cest enpointe nos ont 
o. /'; G. i fu ocis et iletrenchiez I'; A icest c. SI. 1G5 Turpins . . percet 0\ a s. e. briser .V; se» 
e. especiez ('\ font s. e. porcier /'; Et a T. fu sis escuz brisiez I". IfiB na<fr. e. chef O; Fralt oit 
(ton elmes sil est il cef naurez .V; Sou eume frait (=>V.) si est n. es chiez (f. durement enpiriex I': 
t. la ot grant encomb'ier I*) Cf'P. 167 desmailet O: e roto de desmaier .V; ses o -ux et iez ^T; son 
haiiberc tirent f*u.s.Her et desinnillier P. 16H nasfret O; ferut M<^l',St; De IllI. e. li font le cors plaier 
/*. 1(50 destrer O; E. desot I. getent mort s. d. .V: De duel soz 1 gtla m. ». d. C; Et deeaoabt l. 
>>nt ocis s. d. /*: Et sis cheual fu desoz 1. trenchiez I'. 170 doel . larcevesqae O; Oi quai d. Jf; 
E dex quel d. IT.SV ; qu. il vint sor ses piez I'; Dex quel dammaige q lestât trebncbier P. 171 Mat 
chaus -V; s. senti (il s. sent V) cheu CV.Sl; q. dou cheual fu jus P. 17_' ferut '>; 17.? resalt .V: 
par grant vigor li b tresailii su I'. 174 curut O; si li oit reconeoa M; K. esgarde celle part est 
vonus (H cuers len [en V] est orcu 'Tl /fl". 



27 



Pièce 10. 



XP SIECLE. 



175 e dist un mot: 'ne sui mie vencuz. 
ja bons vassals nen iert vis recrënz.' 
il trait Almace, s'espee d'acier brun, 
en la grant presse mil colps i liert e plus; 
puis le dist Caries qu'il n'en espargnat nul; 

180 tels quatre cenz i troevet entur lui, 
alquanz nafrez, alquanz parmi feruz, 
si out d'icels ki les chies unt perduz: 
ço dit la geste, e cil ki el camp fut; 
li ber Sainz Gilles, pur cui Deus fait vertuz, 

185 en fist la chartre el mustier de Loun; 
ki tant ne set ne l'ad prod entendut. 

Li quens Eollanz gentement se cumbat; 
mais le cors ad tressiiet e mult chalt, 
. en la teste ad e dulor e grant mal, 

190 rut ad le temple pur ço que il cornât; 
mais saveir volt se Charles i vendrat, 
trait l'olifan, fieblement le sunat. 
li emperere s'estut, si l'escultat. 



'seignur', dist il, 'mult malement nus vait: 
Rollanz mis niés hoi cest jur nus défait, 195 

jo oi al corner que guaires ne vivrat. 
ki estre i voelt, isnelement chevalzt! 
sunez voz graisles tant que eu cest ost ad!' 
seissante mille en i cornent si hait: 
bruient li munt e respundent li val. 200 

paien l'entendent, nel tindrent mie en gab; 
dit Tuns a l'altre : 'Karlun avrum nus ja'. Aoi. 

Dient paien: 'l'emperere repairet, 
de cels de France oez suner les graisles ; 
se Caries vient, de nus i avrat perte. 205 

se Rolanz vit, nostre guerre novelet, 
perdud avuns Espaigne nostre terre'. 
tel quatre cent s'en asemblent a helmes 0~12^ 
e des meillurs ki el camp pueent estre, 
a Rollant rendent un estur fort e pesme: 210 
or ad li quens endreit sei mult que faire. Aoi. 

Li quens Eollanz quant il les veit venir, 



175 vencut 0; Puis li a dit CV-. A uois escrie P; non s. m. esperdu F. 176 manque P; bon vassal . 
ert vif recreut 0\ ne deit esaer r. M\ nert issi rec. C; niert si pris ne vencu V. 177 de acer ; 
Trait ait Dalmuçe M\ T, a Almice onques tel brant ne fu CV; Tint Aigredure dont li brans dorez 
fu P. 178 c. feri et M; en fiert cent c. ou p. P; cent c. en a féru CV. 170 esparignat 0; Ço dist 
Rollant nen vos esparmeç nesus 3/; Et KU.' meine (E Karle li dist T) quant il fu reuenu Conques 
tel clerc not oï ne veu CV\ P en fait 2 vers, change davantage: le] ço St. 180 manque CV; c. inçeta 
mort intor lus M; ot e. 1. venus P; trovat St. 181 ferut O; A. de cels qui nont li cef al bus M'. 
A. trenchie a. p. fendu C^'\ Moult dainaigiez p. les cors f. P. 182 manque P; chefs . perdut 0\ 
M voir V. 181; Meint en i a qi teste nont (na V) sor bu CV. 183 P seul change, donne' 2 verx. 
184 sainz Ml.St] manque 0. Gilie 0; s. Guielnno per M; s. G. qui por d. P; Por Karlle meine fist 
d. mainte (tante de C) v. VC. 185 En >SY.] E. O; muster 0; cil f. Jescrito 31; En f. lestoire encor 
est bien creuz Enz el m. d. Loon est veuz P; A Mont Léon est escrit cest salu CV. 186 Quel 
contredist (kil c. *S'^) ni ait prôs intendus 31; Qui ce ne croit CVP; na les mos eut. P. 187 fere- 
ment 31; larciuesque esgarda CV; cel jor ne reposa Sor paien» fiert ainz nul nen espargna P. 188 t. 
de grand caldo 31; Tresuez fu por le caut qe il a CV; De grant air touz ses cors tressua P. 
189 manque P; Et in 1. t. si oit doloros malt 31; E la colors et li sans li mua CV. 190 cfjrr. de 
311 = St] rumput est li temples ; Roto a li temple pur ço chel sonat M; manque P; Cest por 
langoisse del cor que il s. CV. 191 Saner v. s. C. rêuëdrat 3I\ Car s. P; velt CV; K. vegnera C. 
192 Tint 3IP; Prist CV; flebelm. 31; durement P, foiblem. CV. 198 Limperer tut li escôtat 31; 
estut VC; si e. C: Karles loit si comme au port passa Li empereres sestut si sarrcsta P. 194 Seig- 
nurs O; Deus d. li reis 3ICVSt; Et puis a dit P; r. malament vos vat 31; si foiblement n. va CV. 
195 or in c. jors n folt 3f; n. faudra (finera P) CVP. 196 guares O; A son cors oi . . iunrat 3f; 
Joi (= St) a son (Bien oi au P) cor CVP. 197 li volt e. 3[; i volst i. monta CV; haster le 
conuenra P. 198 grasles O; tant chil in ost vat 3f; Sonnez ces (Sonent li [lor V] CV) gr. 
quant q. par lost en a (chascuns sadoubera P) CVP. 199 en c. si in ait 3[; de graisles i 
sonna P; qe nus ne se tarja CV. 200 Br. Foe. St.'] Sunent seul; et si retentis le valt 31; et 
résonnent li v. P; et de ça et de la CV. 201 P. loirent ni a cils ni sesmat 31; P. loirent 
chascuns sen esmaia (et Marsiles parla CV) PCV. 202 lun O; K'o a. n. at 31; Dist a ses homes 
'F; Karlemaine (Charlon C, Karles V) a. ja (za F) PCV. 203 Ce dist Marsille F. 204 oëz 0; 
oldon cler le graile 31; pocz oir 1. g. P; oi meint olifant braire CV. 205 Cari' 0; de nu ert grant 
]). 31; duel i auronz et p. P; nostre ert la p. maire CV. 206 manque CV; n. g. est nouuelle P. 

207 manque C; P. a. clere Spagne la belle 31; la grant t. P; P. arons tote E. e Baudaire F. 

208 manque CV; Tels . cenz s. asemble O; sen adobent insenblc J/; Lors se rassamblent la pute gent 
aduerse III. c. des mieudres qui el champ porent iestre P. 209 manque CV; paeent 311 St] quient 0; 
Totes lei m. que . . poit e. 31; P voir v. 208. 210 manque CV; A R. feit 3f; font PSt. 211 manque 
CV; mult Ml.] asez 0, trop St; Or ai deo li cont indreit molt ai q. ferire 31; P donne 2 vers 
différent». 212 q. eli vit v. M; vit C; q. voit, paien v. F; Li dus R. oit son oncle v. P. 



28 



CHANSON DE ROLAND. 



Pièce 10. 



taut se fait forz e iierM e manevis, 
iK* lur lerrut tant cuni il Herat vjh. 

jlBrtU't el chevul (lu'uni rluiinet Vcillantif, 
hrtxbet le bien des esperuns d'or (in. 
en la ^raitt iircttse les vuit tuz enviiir, 
en«embr od lui l'urcevestjueH Turpin». 
dist-l'una h l'ultre: \a vuh traiez, amis! 

•.>-20de celB de France les corns avuns «it; 
Caries repairet, li reis piiestëis.' 

lii (juens Kollanz unkes n'uniat cuard 
ne orguillus n'Iiume de mule part 
ne cbevalier, s'il ne fust bons vassals. 

•JJ5 et l'arcevesque Turpin en apelat: 
•sire, R pied estes, e jo sui a ceval; 
pur vostre amur ici prendrai estai, 
ensemble avruns o le bien e le mal, 
ne vas lerrui pur nul bume de car; 

-j:'>n encui rendrunt a paiens cest asalt 



li colp d'Almace e di de Dorendal.' 
dist l'arcevvKques : 'fel seit ki n'i femtt! 
Caries repairet ki bien nus vengerat.' 

DYent païen: 'si mare fumes net! 
cum pesmes jurz nus est hui ajumez! 
perdut avum noz seignurs e noz i>ers. 
Caries repairet od sa grant ust, li ber, 
de cels de France odum les graisles clers. 
gnnt est la noise de Munjoie escrïer. 
H qnens Kollanz est de tant grant tiert^t. 
ja n'iert .vencuz pur nul buroe camel: 
lançuns a lui, puis sil laissnms ester!' 
e il si firent darz e wigres assez, 
espiez e lances, museraz enpennez: 
l'escut Rollant unt frait e estrSet 
e sun osberc rumpnt e desaffret, 
mais enz el cors ne Tunt mie adeset : 
Veillantif unt en trente lius naffret. 



J45 



°.'1."> fort f)\ f. proç et tant se f» ardis M; f. fier cil le puisne garir ^T; T. par est fiers et de »i 
);rant air /'• *J14 vif O; Ançi li inuroit J/; Ain» i morra ('\'Sf; que il voilie (qail s'en v. St) foir 
MWSt; qi lor v. f. <'; Miex weult morir que il deignast f. /*. '215 iiiniiqiir /'; cleimet O; ualiantis 
.V; Sist . . . Velantir <'!'. -ilB m<iti<iin- .V; mot li vint a plaisir CV\ Ses espérons fiât au cbeual 
sentir /*. 1X1 Par grant iror (vigor (\ air /*) MVCPSi: stretuit li oit requis .V; valf Sarrasins ferir /'. 
■_'18 Turpin (f; li a. Trcpiiis .V; E larciuesque qi ne li volst falir 'T; Prcz de lui fist larceuesque 
tenir /'. '.'19 lun . . auii ()\ a la josteç a. -V; or pansons duu ferir /'; Ce dist R. mot vos aim et 
dwir CV. 'J'JO poeç lo grailex oir M\ p. les c. oir i'VPSt. 22\ poestejfs O; C. chevalche Mi'VPSi ; 
qui France a a baillir /'; qi tant aim et désir CV. l'il mais non amo coardie M; En R. ot bien 
preudomme et loial P; Li c. R. fu mot proz et vaillantz Onqes naina coarz ne mesdisanz CV. 
'J'j:! maïKiur P\ ne h. -3//.] Ne o. ne roaluais . . . hume d. O; org. h. St \ Ni malueis hom orgoilus ni 
gi^nart M\ Et org. et vasaus cunquiranz W. '.'-4 cheualer se il . . bon vassal O; nen fu troi bon 
vasttlt -V; son nel tint a v. /'; qi trop salast vantantz CV. 'l'2b lumniur M; et Ml., SI] manque O; 
li aroeuesques ^; Turpin de Reins appelle en oiant ^'1'; Li a. con tient a Chardonnal En appelle RoU. 
le conte natural P. 'J'iH piec; c. ci e s. .'/; Sire arciuesque por dea venez auant A pic alez ie sui 
Sur lauierant CV; Sire dist il por deu lesperital /'. 'J'27 si p. e. .V; prias lez vos mon e. /*; setai 
ci en entant CI'. 228 m<tti<iiif CV; ben '). 229 se mort né nû part ^f•, Ne nos faudrons por n. 
h. charnal /'; tant com soiex viuanz (soie parlant V) Cl'. 21^0 rendrunt .V/] rendruns ": Anci saue- 
rai pain a .'/; E. verront cil paien desloial /'; Pongnons a aus si ferons maintenant '1'; savnint 
paicn a SI. 2H1 corr. dv Ml] colps des mielz cels sunt de 0\ Li non d'Almuçe et çil de Durindart 
.V; Cops d'Aygredure et cops d. D. P\ De D. uoil esprouer le brant E vos Alinice (d'A. C) ou a des 
lotres tant VC\ Les noms d'Almice et cels SI. 2I!2 larceuesque . . ki ben ni ferrât (^; ki n* i t. Ml; 
K vos faldrat .MSI; Et dist R. fel soie se voz fail P\ manque CV. 233 ben uns O; çiualçe . . ••- 
corat M; K. mes oncles vient (vint V) a force poignanz CV ; dan* P rrmpUtcf jHir '» rer*. 234 D. 
p. Ml, SI] Paien dient . . nez 0\ p. mal somes unques ne M; si niar i f. C; Paien les oient not en 
utils (|uiiïrer Dient entre euls Frans ont les pors passez P. 235 pes j. O; Si p. j. anomes oi .V; Si p. 
f'V\ Moult pezans /'. 23)) n. amis et n. père .V; qi ja nert recourez CV\ Or perdrons nos d'Espaigne 
les reignoz /'. 237 repciret O; a soa g. .V; K. cheuauche (retonie P) e ses riches barnex (tôt les 
chemins fcre« <'V) PCV. 238 li cors oTmes clere .'/; Plus de mil grailles de ci o!r poex ''!'; Oiez 
les cors com il les font sonner P. 239 G. n. ioie de M. criore M-, Monioie crient bien oir lea poex /': 
ilinix CV nm/>l(iri' /mr lo rrm. 240 Rollant '>; E R. est d. molt maie fate -V; Li c. R. e. d. maie 
fertez (e. si durs et faez /') CVP. 241 nert vencut <>: par .V; p. (par P) h. qi soit nez <^VP. 
242 poi li 1. M; Lancez a 1. e si vos en alez Tl'; Lançons a I. nos eipiez acer«s Puis les laiasonz 
si soit lestors reinez /'. 243 E çil lo f. de d. de ziures a. .V; fon d. et guiarea a. (d. agnz et penez 
fenpcnex V] CV) PCV 244 1. mus MI,Sl] 1. e mus. O; 1. muserath e. .V; Carrais de fer qui bien 
»unt acerez CI'- Et granz iuxnrmes et faussars ac. P. 245 ont f. et frosse M; fa fraiz et e. (perciez 
et troez P) CVP. 246 desaffret MI,St {lu-rr le ut*. île Camhriilfte)] desmailet d.VCl'; desromps et 
depanfz P. 247 Tunt .MI,St] Ud O; in son cors . . dane M; M. il nen ta bleciez ne naure I': 
manque PC. 248 ron: île .VI,St] Mais V. O; Vailantig o. .V; Les chenax fu en XX 1. assenez 
(desos lui découpez [decole I'] C\') P^'V 



89 



Pièce 10. 



XP SIECLE. 



desuz le cimte si li unt mort getet. 

250paien s'en fuient, puis sil laissent ester; 
li quens EoUanz a pied i est remés. Aoi. 
• Paien s'en fuient curuçus e iriet, 
envers Espaigne tendent de l'espleitier. 
li qnens KoUansî nés ad dunt encâlcier, 

255 perdut i ad Veillantif sun destrier : 
voeilet o nun, remés i est a piet. 
a l'arcevesqiie Turpin alat aidier, 
sun ellne ad or li deslaçat del chief, 
si li tolit le blanc osberc legier, 

260 e sun blialt li ad tut detrenchiet, 
e ses granz plaies des pans li ad lïèt, 
cuntre sun piz puis si l'ad enbraciet, 
«ur l'erbe vert puis l'at siief culchiet; 
mult dnlcement li ad Rollanz preiet: 

265 'e! gentilz hum, car me dunez cungiet! 
noz cumpaignuns, que oumes tant chiers, 



or sunt il mort, nés i devuns laissier: 
joes voeil aler e querre e entercier, 
dedevant vus juster e enrengier.' 
dist l'arcevesques : 'alez e repairiez ! -7(> 

cist camps est vostre, la mercit Deu, e miens.' 
Rollanz s'en turnet, par le camp vait tuz suis. 
cercet les vais e si cercet les munz: 
truvat Gerin, Gerier sun cumpaignun; 
e si truvat Berengier e Atun; -'^^ 

iloec truvat Ansëis e Sansun, 
truvat Gérard, le vieill de Russillun: 
par un e un i ad pris les baruns, 
a l'arcevesque en est venuz a tut, 
sis mist en reng dedevant ses genuilz. 
li arcevesques ne poet miier, n'en plurt, 
lievet sa main, fait sa benëiçun: 
après ad dit : 'mare f ustes, seignur ! 
tûtes voz anmes ait Deus li glorïus! 



280 



249 getet Ml,8t] laisset 0; E desoto lui pois lont m. g. M; Entre ses cuisses fu soz lui m. g. P; 
(JV voir V. 248; li Foe] l'i MI, St. 250 manque (JV; A cest mot païens sen sont tome J/; Lors sciv 
fuirent dolant et trespanse P. 251 manque P; corr. de. 311, St] i e. r. a pied 0; K. li cont est 
remis a pe M\ Desor ses piez est K. relouez C'F; 252 « 271 manquent P. -Ib"! irez 0: dolent et 
abosme M; dex lor doinst encombrier CV. 253 espleiter 0; dient del repariere M; e. (emi C) E. 
pristrent a reparier VC. 254 encalcer O: ni poit mie inchalcire M\ nés pot (puet V) mais e. CV. 
25.^ destrer O; li ait Vailantig M; Car p. ha Viellantif VC. 256 Volsist . . si est remis a p. M; O 
V. CVSt\ remest ou camp arier CV. 257 aider O; cort ad a. M; danx CV, 7 rers : E larciuesque . . . 
R. le vit sel corut a (se li c. V) a. 258 chef O; del cef li ait delaçe J/; li prist a deslacier CV. 
259 léger 0; Puis li a trait MC,St \ son b. auberg safre 31. 260 detrenchet 0; Un s. b. de pailes 
a. d. J!f; li prist a despecier CV. 261 En s. g. p. les p. 1. ad butet 0\ E . . des p. . . buchiet 
Bii/nner {Rom. Stud. I. 608) 311 \ lïet Ml {en note); E denç s. piailles stroitament a lige J/; Dedens 
len (en V) une aine et un quartier E por (par V) desus le (li V) prist fort a lier CT; Ded. s. pi. 
en bote un grant quartier ^SV. 262 manque M; enbracet O; Parmi les flans le corut enbracier CT. 
263 culchet 0; v. soef loit acolçe 31; le fait s. cochier <.'V. 264 Roll' O; le commence a preier 
MiHt; Sire arciuesque dist R. au vis fier Por amor deu ja vos vel je proier CV. 265 cunget O: 
manque CV. 266 tanz chers 0; qui nos aucain t. ce M; Ja est ocis li cortois Oliuier Li gentix 
cons que jauoie t. chier CV. 267 morz . . laiser O; 11 s. m. ne li d. 1. 31; Il s. tuit m. je nés viel 
(i voil V) 1. CV. 268 e qu. Ml] qu. e entercer 0; Eo voi a. M; .le v. a. VC; porquerir et porcer- 
cher 31; porquerre et porcerchier (porchater C) VCSt. . 269 enrenger O; Qui dev. nos e mètre et 
acolçe M; Et aporter dev. vos et rengier CV; Et dev. St. 270 larceuesque . . repairez O; et si r. 31; 
D. la. bien fait a otrier Alez a deo pensez de lesploiter VC. 271 camp O; la m. d. e m. 311] m. 
d. . . mien O; ert nost la merce de de M; Li chans est nostre bien nos deuons priser '^T; v. m. d. 
et li m. St. 272 tuz St] tut 0311; per li c. tut sol M; tôt seus sanz compeignon CV: Diluée seu 
part R. li gentiz hom P. 273 v. entor et enuiron CV; Vait par le champ si vit mort maint baron P. 
Ici, les autre» mss., 311. et St. ajoutent un vers: Iloec truvat Ml; Si ad (oit 31) trovet 31CVSI; 11 
troue mort P; Yuoires et yuon M; et Juoire et Juon CVP, Ml, St. 274 Iloec tr. . . . Gérer O {roir 
Ml. au rers précédent); Trouent G. M; Le preu Gelier et Gerin et Hugon P; manque CV. Ici en- 
core, MCP, Ml. et St. [après 276) ajoutent un rers: Puis a (Si ait j¥) troue 31C,St; Et auec euïs P; 
Iloec truvat Ml; Engelier le Gascon St. 275 Berenger e Atum 0\ Pois oit troue B. e Astolf M; 
manque CVP. 276 Si ait troue 31V; Troue i a C; Le duc Girart A. et S. P. 277 Insemble cels 
(Ens. od els St.) Girad de Rusilon 31St; Ens. o lui ('V; P donne un rers différent. 278 corr. de 
.\ll,Sti uns et uns les . . le barun O; Pois les enporta .iiii. et un baron M; Entre ses bras a prins 
chascun baron P; Toz un et un les porta sanz aie CV. 279 Jusque Trepin li est venu in conton 
M; Deuant Torpin en fist assamblison (qi mot sot de clergie CV) PVC. 280 manque 31; Sis arasna 
enmi la praerie CV; P voir r. 279. 281 arceuesque O; nin p. m. non iV; Turpins et plore lors na 
talent qil rie CV; Li a. cui dex mist en son non Tout en plorant lor fist beneison /*. 282 beicun 
O; Leueit M; P voir v. 281; De deu les seigne en qi il mot se fie CV. 283 seignurs O; A. li 
dist si mar f. baron M; A. lor d. PSt; une gente raison P; manque CV. 284 abia deo g. 31; P 
cuir 285 ; manque CV. 



30 



CHANSON DE ROLAND. Pièce 10. 

'85 en parëÏH les lueteft) en sainteH Hun*! t> Olivier, qu'il tant po«it amer, 

la iiieie mort me rent ai angumu*, tendrur en out, «'unencet a plurer, 

ju ne Terrai le riche empereur.' en sun viitage fut muit dencolurex. 
Rullanz n'en turnet, le cump vnit recercier; si grant duel out que main ne poot eiter; 

Hun cnmpuii^nun ud truvet Olivier; voeillet o nun, a terre chiet patmex. 

•Ocuntre huu piz entreit lad eubraciet. dist l'arcevetiques : tant mare fuitea, berl' 

ai cuni' il poet u l'urceTeMiue en vient; Li arcevenquefl quant vit patmer Rollant. MO 

Hur lin vncMt lad a» altren cnlchiet. dune out tel doel, unke» mais n'out ni i^rant: 

e l'urcevexqueit l'ad asolH e seifçniet. tendit sa main, ni ad pris l'olifan. 

idunc agriefi;et li duels e la pitiez. en Roncesvals ad une ewe curant, 

.)5ço dit Kollanz: 'bels cumpain^i: Oliviers, aler i Tolt, ai'n durrat a RoUant. 

vnH fuHtcs filz al riche duc Keinier, sun petit pas s'en turnet cancelant. 

ki tint lu marche jusqu'ul val de Kiviers; il eHt si tiebles qu'il ne poet en avant. 

pur banste fraindre, pur escuz peceier nen ad yertut, trop ad perdut del Hanc. 

pur ()rfj[nill<m veintre e esmaier ainz qu'um alast un sul arpent de camp, 

II' le pur pruzdumes tenir i> couHeillier fait li li coers, si est chaeiz avant: 

(e pur ^lutun veintre et esmaier) la me mort l'i vait mult anf^issant. 

en nule terre n'out nieillur chevalier'. Li quens Kollanz revient de pasmeisnns. 

Li quens Kollanz, quant il veit morz ses pers sur piez se drecet, mais il ad grant dulur; 

JH') inete MSl; «entes (>; Cil qui ion cors liurn a pusion Maite vot armea auec saint Sjmion P: 
Qi lor otroit la pardurable vie f'^'. 286 molt mest a. iV; Et la moie arme niaite a salaacion P; 
uMnqtte CV. -JS? Tamai n. veera ('arles limperaors M: Mais n. v. lempereor Charlon /'; mnuijw 
CV. 288 recercer Ô\ Li cuens (dus /') R. vait l. c. r. MP'St; L. c. R. ne se volst pas targier Dell- 
nrement va le c. r. ^1'. 289 OHuer O; Si oit t. ». c. O. ^f•, La tronua mort le cortols O. P; La 
le tr. sor son escu dor mer CV. 290 Encuotrc . . enbracet O; Intre ses braç soef loit inbracer .V; 
le prent a embracier /': Deliurement le corut enbr. IV'. 291 arcenesques . vent O; Qant chel poit 
jusque Turpiu sen ve .V; Vers la se prinst a repairier J'; Per grant angoisse len aporta arier A lar. 
qi jut soz lo lorer <'\'. jgj ciilchet O; e. près les a. lot c. M; Fuis si le mist deaant lui el sentier 
/'; Pcuant le» autres le mist jus sor lerbier CV. 29:{ arccuesque les ad . . seignet ^', l'ad .VI,Sf: 
mniHiHf .1/; Al gentil clerc le fist lit fois seigner CV-^ Torpins le prist de sa main as. /*. 294 agrège* 
le doel . . pitet O; Oimais comence . . li pever .'/; Dont conmensa li d. a enforcier P; l'ior* de* eU 
qil ne sen pot targier C^'. 29.') Oliviers MI.Piris,Sl,\ cumpainz Oliuer O; Et d P; R. le voit cal il auoit 
mot (le pleint; car il lauoit tan I') chier Siro c. bien denroie enraier CV. 296 al riche d. .VI,St.] al duc 
reiner O; al pro conte R. -V; Ju fus tu f. /*; al bon c. CVP. 297 ju-qu'al val d. R. (iaulirr, B>trt*rh. 
l'firiit] del v. de runers 0; de Cîenes e Rivier -V/; et le v. d R. S/; Ch'r tint la ni. de Çeneura sor U mer 
-V; et lonnor a baillier P: Qi tant fu proz por ses armes b. (T. 298 (Veindre O; et por 03f, Piri». 
St; ne p. /VT; escu MPCVSt; pecier CV; percier l'rni^. St. -299 miinifiir }tI*iV. e v. Ml. 
;>00 ounseiUer O; E per frans hom .V; Ne p. p. t. ne essaucier /*; Et (Ne ï't p. p. loiaament c. 
CV. MOI iii<ii»/in .M(VI\ r„ir r. ifiO. H02 n'ont i>//>Vj nad m. chenaler O; ne fu tel -V. :;0:; mort 
^; R. veit mort ses compag et ses per -V; Hst formen a loer Voit qna la terre gisoient mort li i>er /*: 
CV roir r. :i()4. :{04 Oliuer O; mmn/iir M, Por O CV; qui tant fait a loer/*; ('V >ij..,itr„i: Et por 
les autres quil ne pot oblier ('A0:\). Mît De dol quil oit J/; Fitie en a /'; Li cons R. c. (comenxa 
1') a C\'; si comence a JUP,St. 806 desculurer <>; il est d. .V; Li siens viaires prlnt a descoaloarer 
/'; CV fiionxitl i rri« difffrrntg. H07 mnixjiif .V; Tiel d. en a qe le conuint pasmer P; A al gnini 
duel nos couent deseurer CV. M08 chet pasmet O; Nô poit mner M; O v. CVSt; leetaet II foit 
pasmer <'!'; /* i(«ntif J rrru itiffrrrntx. M)') larceuesque O; t. mar f. nos ber .V; mar i f. PCI'. 
.110 pasme .¥<'!'; E la. F; Li a. ot moult le cuer dolant Quant vit p. le gentil duc RoU. P. Hll ■. 
nen oit .V; Or a t. CV; P mir r. .UD. 312 II tent ses man si oit p. .V; ses main» CV; BiMl Mit M 
sois langnissc moult forment Li arceucsques a saisi lo. /'. ^^Vl Ronciuals .V; Rencioals (-«•naas !*> 
ot CV; V.n la valee ot un ruissel c. /'. :tl4 li v. por doner boir a R. M\ Dakr a laine «stoit mot 
désirant Doner en volst au pogneor vaillant CV; miiiiqur P. 31.'> Molt p p. •• trainét par li camp 
-V; aloit tôt c. (en auant C) VC; Li arcenesques I va moult bêlement P. H16 tleble O; manque MP: 
Tant par fu f nen pot faire niant CV. ;n7 Ne oit v. tant oit p. .V; Del sanc qil laisae li va li 
cuer faillant 'T; nnnn/ur P. :{18 Eiuz que om O; A. quil a. un a. del c. .V; Quant ot aie un a. 
maintenant (la monte dun a. /') VCP. 319 le coer . . chaeit O; \ t. Il cors . . çau a. M- A terre 
chiet quil ne puet en a. P; Patmes chai sor le pre verdoiant Ne pot aler d« arier ne auaiit ri*. 
;{20 le /*; .le sent la m. qi me ua a. CV. :J21 L. du» /*; reuint /'; quant vint CV. H22 i»nn>i>i. 
M; ne sente (senti 1) se mal non CT; «e miat a painnes li fran» hom P. 

81 



Pièce 10. XP SIÈCLE. 



guardet aval e si guardet amunt: 'e! gentilz hum, chevaliers de bon' aire, 340 

sur l'erbe vert, ultre ses cumpaignuns, hoi te cumant al glorïus céleste: 

325 la veit gésir le nobilie barun. ja mais n'ert hum, plus volentiers le serve, 

ço est l'arcevesques que -Deus mist en sun num : dés les apostles ne fut hom tel prophète 

claimet sa culpe, si reguardet amunt, pur lei tenir e pur humes atraire. 

cuntre le ciel amsdous ses mains ad juint, ja la vostre anme nen ait doel ne sufraite! 345 

si prïet Deu que parëis li duinst. de parëis li seit la porte uverte !' 

330 morz est Turpins, li guerreiers Carlun: Ço sent RoUanz que la morz li est près, 

par granz batailles e par mult bels sermuns par les oreilles fors s'en ist li cervels; 

cuntre paiens fut tuz tens campïuns. de ses pers prïet Damnedeu ques apelt, 

Deus li otreit sainte benëiçun! Aoi. e pois de lui a l'angle Gabriel. 350 

Li quens RoUanz veit l'arcevesque a terre, prist l'olifan, que reproce n'en ait, 

335 defors sun cors veit gésir la biiele, e Durendal s'espee en l'altre main. 

desuz le frunt li buillit la cervele. plus qu'arbaleste ne poet traire un quarrel 

desur sun piz, entre les dons furceles, devers Espaigne en vait en un guaret. 

cruisiedes ad ses blanches mains, les bêles. munte(t) en un tertre, — desuz un arbre bel 355 

forment le plaint a la lei de sa terre. quatre perruns i ad de marbre faiz — 

323 manque MCVP. 324 contra s. c. M\ et sor le confanon P; Contre un arpent deuant son c. 
CV. 325 vit PCV; le] un CV. 326 larceuesque 0; manque M; Torpin de Rains ainsiz auoit a non 
P. 327 cleimet O; manque MP; Bâti sa c. par voire entencion Leua son chief son vis et sa fazon 
OV. 328 iuinz O; Jontes ses m. ambe dos contre mon M; c. tent ses m. a bandon CV; manque P; 
ambes dous s. m. j. St. 329 manque P; CV {4 vers): Puis p. deu . . Quen paradis le mete en sa 
meison. 330 le guerreier 0; T. in servixio de Ç. M; M. e. iluec P; el seruise C. CVP.St. 331 et 
per gent sermon M; En grant bataille (-es V) et en bone orison CV; Ne fera mais as crestiens sermon 
P. 332 C. p. tut t. fu fer hom 31; manque P. 333 [la sue] seinte 0; o. e saint benedicion M; Jhesus 
de gloire li face voir pardon P. Ici, les manuscrits, excepté P, et St. donnent en plus une laisse 
de 8 vers, contenant un appel de Roland à l'empereur qui approche. 334 Quand vid R. la. a la 
t. M; Quant v. R. la morir P; Mot fu R. coroçous et dolenz A larciuesque corut isnelament Qi 
desor lerbe gisoit mort et sanglent CV. 335 Fors d. s. c. vid g. M; Et de s. c. la b. saillir P; 
Et (Que V) sa b. jut a terre en présent CV. 336 Et desor la f. vit bullir la c. M; Et de s. chief 
fors la c. issir P; Permi les els la c. li pent CV. 337 D. ses p. e. 1. d. mamelle M; manque P; 
CV donnent un vers différent. 338 mains] manque 0; Vit tenir junt ambe dos ses man b. 31; Ses 
m. li croise sor son piz bonement CV; P donne un vers différent. 339 plaint Ml] pleignet O; Si 
dolcement lo comencete a plandre 31; Per bon corage a regret er lo prent CV; Il le règrete com ja 
porrez oir P. 340 Et g. h. cheualer 0; Ai g. h. vasal 31; He bons vassax frans hom de grant air 
P; Sire arciuesque mar fu vostre jouent CV; bon aire 3fl.Pa.St. 341 Umels et daulç g. c. 31; Humbles 
et prous bien vos doit biens venir P; manque CV; Humbles et dolz St. 342 hume . volenters O; 
J. ne e. h. . . te s. M; J. naura tel clerc por lui servir P; CV donnent un vers différent. 343 Da 
1. a. ne f. meis t. p. 3f; Puis lapostoile ne fu mais tex marchis P; Meldre p. nen ot batisement 
CV; une tels 3n. 344 t. p. crestiente a. 31; Ne p. la 1. essaucier ne tenir P; La loi Jhesu as 
tenue droitement CV. 345 doel ne 311] manque 0; In la tue a. nai d. ne s. 31; Garisez larme 
(same V) de pêne et de torment CV; Ensamble o lui vos face dex seir P. 346 te s. 31; p. la 
sainte p. ouurir P; dans CV remplacé par 5 vers. 347 mort 0; Quand R. vit che la m. mol 
lapresse 31; R. voit bien sa mors va aprochant P; Li cons R. estoit mot entrepris CV. 348 s'en i. 1. 
c. St] se i. la ceruel 0; li sait fors la ceruelle 31; Que sa ceruelle li chiet as iex deuant P: Q. la 
c. li ist par les sorcis CV; li i. li c. 311. 349 damned. Paris] Deu O, a D. que les 3fl; D. ques a sei 
St; Sempres se comande a deu pâtre céleste 3f; Ses pers comande au cors saint Abrahant P; 
remplacé dans CV par 3 vers différents. 350 E ses meessme a la. Gabrielle 31; Et la soie arme a 
deu le tôt puissant P; manque CV. 351 Tint . . no sie 31; P voir 352 . Lors se dreça son o. a pris 
CV; Prent St. 352 Et D. dont meint Turc a malmis (oncis C) VC; Prinst Durandart et le bon 
olifant Que reprouuier nen aient si parant P. 353 Plus qu'arb. 311] Dun arcb. O; ne traist q. 
tranchant P; manque CV. 354 D. d'E. 3f; sen v. 3IPSt; tout un pendant P; Vers douce France 
auoit tome son vis CV. 355 m. en Hofmann, St] muntet sur . . . bêle 0; Amont un poi d. dons 
arbes belle 31; Le val trespasse se monte en un laris Desus cel t. auoit deus pins floris CV; Iluec 
desoz .1. aubre vert et grant Desoz .1. pin foillu et verdoiant P; En sum un 311 {d'après Gautier); 
dous arbres bels 311. 356 faite 0; m. fiere M; E deus p. qi sunt de m. bis CV; p. sont iluec en 
estant P; la ponctuation, est celle de 311. et St. 

32 



CHANSON D£ ROLAND. 



Pièce 10. 



Hur l'erbe vert 1» Mt caeiz enren, 
Mi hVhI pusmei, k»r la more li est prM. 
Huit Hunt li pui e molt balz est li arbres, 

iTiOquatri' perruiiH i ail luitiunz (!«■ marbre: 
Hur l'erbe yert li ((iumim Kctlianz m» pasmet. 
uns Sarraxina tute veie l'eaguardet, 
gi He fcinst mort, si d^ist entre les altres, 
del Manc liiat Htin cors e gun Tisane. 

:05 met gei on piez e de curre se hastet: 
belg fut e forz e de f^nt vasselaiEfe, 
par gun orgoill cumencet mortel rage, 
Bollant gaisit e Hun eors e ses armes, 
e digt un mot; 'vencuz est li niés Carie! 
370iceste espee porterai en Arabe\ 

en cel tirer li quens s'aperçut alqnes. 
Ço sent Kollans t^ue s'espee li toit, 



OTrit les oUs, si li ad dit un laot: 

'mien esdentre, tu n'iést mie des not.' 

tient l'olifan, qu'anices perdre nr volt. 875 

gil flert en l'elme ki genmet fat • or, 

fmjs^t l'acier e la teste e les oi, 

amsdouf les oilx del cbief li ad mis fors. 

jus a ses piez si l'ad trestomet raart. 

après li dit: 'col vent, cnm fus si oh '80 

que me saisis ne a dreit ne a tort? 

ne l'orrat hum, ne t'en tienget pur fol. 

fenduz en est mis olifans el grog. 

ça jus en' est li cristals e li ors.' 

Ço sent fiollanz, la vëue ad perdue, 385 

met sei sur piez, quanqu'il poet s'esvertiiet : 
en gun vigage sa culur ad perdue, 
dedevant lui ad une pierre brune: 



H;')? la -VI.] si.caeit O; U-colçe tôt dreit .tf; La vint li b«r sor lerbe verdoiant /*; L. v. R. nuùt il 
fu ti aquis TT. HriH si Aff] la.pasmet . . mort O; Si ea paomet che sa fin li apretM .V: Paaine chait 
(Ch. a paumes P) la mort le va hasunt (Jhesu li oit aidis TT) I*CV. .'Ab\> b. e«t li a. St.] hait Usa. 
O; h. sunt li arbre .V/; Alti son . . m. son grande li a. M; Grans est (sont CV) li pois (pin CV) 
li aubre grant et large (bea.x sutit et bien foillu CV) I*€V; Halz est 1. puis St. 360 luisant ^>; i 
sont en lor estaige /'; mtnniin- CV. :S61 Deeoz se p. K. qi tant mar fu Sor le. vert jut a terre 
estendu^'T; iinuniuf P. H6_' tutos or lu regarde .V: La jut .1. Turs de merueilloz corage /*; Près de 
lui et un Sarav'in crenu ('V. SCiH 11 s. fait m. M; Entre 1. a. sert ta]ii (seit rapiz I') et repu (ranpu 
I') CV; Entre les mors fu repos en lerbaige P; f.'int St. :S64 Sanglent auait .V ; Del s. des antres 
ensanglentez se fu Ci'; nmplticr, dtins P, pur .ï rrr* diffiretU». iWh sastet <>; In pev se driçe del 
c si saaste M\ Son cbief dreca K. a coneu La ou il (on V) le voit sore li est coru (T; miini/ur P. 
AGQ tirant est et f. si ait g. v. M; iixtm/ur 1*(J\'. :{67 si pensoit m. r. .V; a tel plait esroeu Doot 
li seront amdui li oil tolu VC; Celle part va moult par fist grant outraige P. 368 A K. s. .V; Par 
le nasal le prist de leume agu 'T; m«iin/iie P. H69 vencut . . Caries O; Se li escrie R. je Ui vanea 
CV; mnuijiir P. :{70 Eceste spee la p. en Rabie M; Ta bone e. iendra<t (-rai V) par tou ireu CV\ 
imttuiue P. Ici, hn uunniurril», excepté O, el St. ajoutent un rem: Pfist ella in ses pûg a RoU. 
tira sa barbe M; Quant par la barbe prinst R. le tressaige /'; Per le grenon la pris lu mescren Vers 
lai le sache . . VC. 371 tireres O; l)a pasmason li cont R. reparie .V; Roll. le sent duel ot en son 
coraige P; R. est reuenu De pasmison ou ot tant esteu lï'. 372 R. sentit che sa spea li est toit M; 
R. sentit que cil li traist sespee /'; Li cons R. se jut adenz el pre Un poi se fu de son mal tresale Et 
auques ot son cors resuigore CV. 37H Oeure . . si dist raison membre e. /'; sa celui esgarde CV. 
374 Mon O; nies pas de ma contrée P; Nés pas des n. or tai bien auise CV. 37'> que nnk. O; 
Tint (-= .SV.) lo. u. p. nel v. M; Prist lo. grant cop len a done CV; De lo. li a tele done* P. 
37B gémet '>; Desor li e. (ICt d. le. St.) li donet (donat -S'O un tel colp .VSt; Amont sor liaume daat 
la teste est armée P: mumiue CV. 377 lacer O; F. la t. li ceruel et les os .V; F. U sa la t. 
quassce P; Leume li f. et li oil (f li os 11 I') sunt quasse ('V. 378 chef ^>; ti bute f. M; Andni li 
oil li uolent en la pree P; li sunt d. c. vole CV. 370 Deuant s. p. chi li stratorne m. ■*/. Mort le 
trébuche larme sen est alee P: d<iiu> Ci', remplacé jxir (i rrr«. 380 0>rr. p<ir Mf] A. I. d. caloert 
païen c. f. unkes si os O; A. 1. dist c. c. fustes s. ois .V: Car dcsuerie ot li glous empanaee P: 
iininijiie CV; C. païens dist il St. 381 Qui m. s. a d. .</: Quant li au conte ot sa barbe tirée P, 
mnmjtie CV. 38'2 hume O; N. loldira h. dir none t. .V; Par sa folie a la mort conqoeetee P; 
manque CV. 383 F. on e. li cristal et les os .V: Dou cor me poise quant leuare on eat qoaaaae 
Deuers le gros ai fandu la baee /': Son olifant a frait et estroe n*. 384 Caiuz 0\ cbaeis l>iri», St; 
M voir r. 383; Qe li cristaus a or en est vole TI': mtnxjue P. 3Mr) Quand vit R. -V; R. senti CT; 
Quant R voit P; que la mort fort (molt CV, si /') l'argue MCVP, htri». St. 386 Sor p. se driçe 
quant il poït .V; 8. p. se lieue CT; utonque P. 387 De s. v. a la c. MPW,St. Ici, le* manfutriU. 
excepté O, tloiinenl u» ver» eu pUt». Tint Durindarda sa apee .»/; Priât (Tient herù St.) D. aeipae 
tote nue CV, ISirU St. P voir 389. 388 perre byae O; bmne .»//.; Denant I. a a. p. (proe C, 11 
esgarda une bwsrn a /') veue VCP. 

BARTSGHWIESR, Chrestoroathie. X* f:d. « 



Pièce 10. xp SIECLE. 



dis colps i fiert par doel e par rancune^ dune la me eeinst li gentilz reis, li magnes. 

390 cruist li aciers, ne fraint ne ne s'esgruignet. jo l'en cunquis e Anjou e Bretaigne, 410 

'e!' dist li quens, 'Sainte Marie, ajûe! si l'en cunquis e Peitou e le Maine, 

e! Dnrendal bone, si mare fustes! jo l'en cunquis Normendie la franche, 

quant jo mei perd, de vus nen ai mais cure ! si l'en cunquis Provence e Equitaigne 

tantes batailles en camp en ai vencues e Lumbardie e trestute Romaine ; 

395 e tantes terres larges escumbatues, jo l'en cunquis Baiviere e tûtes Flandres 415 

que Caries tient, ki la barbe ad canne. e Buguerie e trestute Puillanie, 

ne vos ait hum ki pur altre s'en fuiet! Custentinnoble dunt il out la fiance, 

mult bons vassals vus ad lung tens tenue, e en Saisunie fait il ço qu'il demandet; 

ja mais n'iert tels en France l'asolue.' jo l'en cunquis et Escoce et Irlande 

400 Rollanz ferit el perrun de sartaigne ; et Engleterre, que il teneit sa cambre ; 420 

cruist li aciers, ne briset ne n'esgrainet. cunquis l'en ai pais e terres tantes 

quant il ço vit que n'en pout mie fraindre, que Caries tient, ki ad la barbe blanche. 

■ a sei mëisme la cumencet a plaindre. pur ceste espee ai dulur e pesance : 

'e! Dnrendal, cum' iés e cl^e e blanche! miez voeill mûrir qu'entre paiens remaigne. 

405 cuntre soleill si reluis e reflambes ! Damnes Deus père, n'en laissiez hunir France !' 425 
Caries esteit es vais de Morïane, Rollanz ferit en une pierre biSe; 

quant Deus del ciel li mandat par sun angle plus eu abat que jo ne vus sai dire, 

qu'il te dunast a un cunte cataigne; l'espee cruist, ne fruisset ne ne brise. 

389 Douls c. il f. M\ Grans c. i f. par grant dolor sargue CV; Durandart hauce si la dedens férue P. 

390 acers ne freint nesgr. 0; ne ne s' Ml; manque M; C. li (ni C) a. que point ne se remue VC; 
dans P remplacé par 6 vers. 391 Deus d. MP; manque CV. 392 Ay D. de si bon açer fusse M; 
He D. de bonne (R. a dit espee (JV) conneue PCV; D. clere belle trenchant ague CV. 393 Q. me 
p. M; Q. je vos lais grans dolors mest creue P; manque CV. 394 çampalles en ai v. M; Tante 
bataille en ai faite et (aurai de voz P) vencue CVP. 395 t. per vos ai combatue J/; Dex tante terre 
en ai e. (en ai je conbatue C) VC; t. en aurai assaillue P. 396 tint J/F; Q. or t. K. P; a la b. 
c. 3ICVP. 397 hum k. p. a. f. O; s'en f. Ml; p. un a. f. St: Hom chi te porti per altres noii f. 31; 
qi port autre (por a. vos V) mue CV; Ja deu ne place qui se mist en la nue Que mauuais hom vos 
ait au flanc pandue P. 398 bon uassal 0; Tant b. v. tôt temp vos a t. M: Si b. v. toz t. v. a eue 
CV; Quan mon vivant vos ai 1. t. eue P. 399 nert tel 0; Ja niert mais . . . laselue 3f; Tiex niert j. P. 
Les vers 400 à 425 manquent CV. 400 sartaigne P3II, sartanie St.] sardonie O; i fert al p. d. sardegne 
M; Grant cop en fiert P. 401 ace's . . . n nesgrunie O; n'esgrainet 311; Etoleit lacer ne brisi ne no 
graine 31; Tout le porfant et depiece et degraingne P. 402 freindre 0: Q. v. li cont ne la p. m. f. 
M; Q. Durandars ne ploie ne mehaingne P. 403 pleindre O: Si dolcement 1. començoit 3/; Sa dolors 
tote li espant et engraingne P; cumençat St. 404 corr. p. Génin] es bêle e cl. O; Ay D. eu es c. et b. 
M; He D. c. lez de bonne ouuratngne P. 405 reluis 311] luises 0; C. soleil si relust 3f] P donne 
un vers différent. 406 Quant Karlo stolit in la vais de Muraine 31; Roll. estoit enz el val d. 
Moraingne P. 407 Quan . . cel . . . agle O; Deus dal c. la tramist p. un a. 31; Langres li dist sans 
nulle demoraingne P. 408 cataignie 0; Donet la spea M; Quil la donnast au prince de Chastaingne 
P. 409 Denet la mei li bon roi K. el maine 31; Il 1. m. c. nest drois que il sen plaingne P. 
410 e Anj. 311] Namon 0; manque 3f; Jen ai c. A. et Alemalngne P. 411 li c. Pôto et Alaraaine 
M; Sen ai c. et P. et Bretaingne P. 412 E N. et trestute Bulgraçe 31; manque P. 413 Eo li c. 
Proence et GeraTne 31; manque P. 414 manque P. 415 Baiuer et tute O; tûtes St; manque 3IP. 
416 e Bug. J/7] e Burguigne O; manque 31; Sen ai conquise et Hongrie et Poulaingne P; e la 
Bohemie, Onguerie et Polaigne St. 417 quil tint en son damage M; qui siet en s. demaingne P. 
418 Si li conquis tôt Sansogne la larçe 31; P donne un vers différent; Tote S. o f. ç. St. 419 et 
Irl. i¥/] et [uales islonde] 0; et Islande St; Si li c. Ysorie et Irl. 31; Et Bierlande prias je et ma 
compaingne P. 420 E Ingelt. Sinoples et Garmaise 3f; Et E. et maint pais estraingne P; il claime St. 
421 et 422 manquent P; 31 les remplace par 4 vers dfferents; en St. 422 cari' 0. 423 ait grant dol 
et p. 31; Ja deu ne place qui tout a en son règne De ceste espee que mauuais hom la ceingne P. 
425 damn. d. p. n. 1. Ml] deus p. n. laison 0; Deus glorios {^ St) no lasser oni 31; Et F. en ait 
et dolor et soufïraingne P. 426 perre 0; R. en fiert a 3f; Fiert en la p. (el perron P) qui ert 
grant et fornie (que ne lespargne mie P) CVP. 427 Ços en a. quant il noit prise 3[; Tresquen 
milieu a la pierre trancliie P; manque CV. 428 La spea ert bone ne fraite ne malmise 31; Croist 
li (ni C) acers amont est refortie (resortie C) VC; Fors est lespee nest frainte ne brisie P. 

34 



C HANbON i>i; HULAM). 



Pièce 10. 



cuntre le ciel ainunt est i 
4:-i0 quant veit li quenH que ne lu truiiiilrut mie, 

mult dulcenent la piuinst u hbI uii'JHUie: 

e! Durendal, cum' iéH bêle e aaintisnie! 

fii l'oriet punt asez i ad reliques: 

la dent Huint Tierre e del Hanc Haint Basilie 
485 e de» chevels niun sei^nur suint Denisie, 

ilel vestcment i ud Huinte Marie. 

il nen est dreiz que paien te baillisent, 

de clirestïens devez estre servie. 

ne vua ait hum ki facet cuardie! 
440 mult lur^ea terres de vus avrai eunquises 

que Caries tient, ki la barbe ad flurie; 

li empereres en est e ber e riches.' 
(,'o sent RoUanz que la morz le tresprent, 

de vers la teste sur le quer li descent; 
44 r> desuz un pin i est alez curant ; 

sur l'erbe vert s'i est culchiez adenz, 

tiesuz lui met s'espee e l'olifan. 

turnat sa teste vers la paiene gent: 



pur ço r«t fait que il voelt veirement 

que Caries dïet e treiftut« sa ^enz, 450 

li gentilz quens qu'il fut mura cunquerant. 

claimet sa cnlpe e menut e suvent, 

pur ses pecchiez Deu purufrid lo guant. Ad. 

Ço sent Kollanz, de stin tens ni ad plus. 
devers Kspaigne est en un pui agut; 45ft 

u Tune main si ad sud piz batud: 
'Dens, meie culpe vers les tues vertux 
de mes pecchiez, des granz e des menuz, 
que jo ai faiz des l'ure que nez fui 
tresqu'a cest jur que ci sui cons^iuz.' 460 

sun destre guant en ad vers Deu tendut; 
angle del ciel i descendent a lui. Aoi. 

Li quens RoUanz se jut desuz un pin, 
envers Espaigne en ad turnet sun vis. 
de plnsurs choses a remembrer li prist: 466 

de tantes terres cume li bers runquist, 
de dulce France, des humes de sun lign, 
de Carlemagne, 'sun seignur, kil nurrit 



4'J9 le] iniint/iir <); Incontra lo cel a. ert resallie .'/; CV voir 4'28; tntint/iie P. 4:10 freindrat O- Q. U cod» 
ne la po fran<,*er m- .)/; qil nel (ne 1) malmetra m. CV; w<in>ftic I*. 431 pleinat ^; d. il diat a la 
m. ■'/; Fortment le pleint je ne men inerueil mie ^T; Or la regrete e reconte ta vie ■/*. 4M2 ea . . . 
seint. O; bona et ». •'/(•SV); D. bone spee sartie VC; D. de graint sainte garnie P. 433 a. oit de r. 
■'/; Kn lori p. a de seinte Sofie CV; Dedens ton p. a moult grant seignorie /'. 434 aeint perre . . 
seint O; Un d. s. P. del sant Baxilie M; P. del s. s. Dionie IT; .1. d. s. P. et dou s. s. Denise /'. 
435 seint <); Doni.\e J/; L'VP n»//- 4;-34. 436 seinte O; Des v. s. M. virgine .V; iiunuinr CV. 
437 paiens O; Is ne«t . . paiens tabie mie M\ Il nest paa d. paiens tait en baillie (que p. vos balt 
raie VC) PVC. 438 den'ez O; devras St\ deit e. in deliure J/; doiz iestre bien s. P. 439 hume O; 
h. en f. C; H. qui te porte ne f. St (aprh 442, arec Pari»). 440 Et tantes t. (= SI) per força 
nai c. J/; Et mainte t. conquise et agastie (dont France a segnorie CV) /'Ci'; de tei St. 441 [lent] 
^K 442 Li emperere(8) . . e b. .'//; K li emp. . . ber O-, Li e. en a grant manandie P; uuinf/nr I* 
C tioniir lin rir.i ilift'i'rnif. 443 mort OSt; Quand K. vid che 1. m. lentroprant .V, Q. voit R. (R. v. 
VP) q. 1 m. lentreprent (.'VPSt. 444 Jus de 1. t. s. li cors 3/; Car par les els 11 cernais li d. CI*, 
maïK/ur P. 445 alet O; i] mamiur MP\ a. erranment /'; dnn» CV, rfinplnrr jHir 19 rrr*. 446 %*ert« . . 
culchet O; si se colçe cassant .V; sest c. plurantment (se couce et estent V) CV; la seat c mm d. P. 
447 et lo. ensumet O; Desor 1. se mist .V; ma)i<iiir CP, V liointr un rer» différent. 448 TorDet 
son cef M; Son vis t. CI'; v. Espagne la grant (gent I') MCV.St, mumiue P. 449 manque M. 
450 gent (),}flSt; e] a C. 451 mort O; g. cans quil seit m. combaUnt M; Li g. c. (quas RolL V) 
est m. conquerantment VC; Dou g. conte quil soit m. c. P; qu'il est St. 452 cleimet O; Il 
bat son c. si trait deus a garant .V. 453 peccbez d. en p. O; d. p. Ml; ver deus tend ses mant if; 
vers deu son gaige tent /*; Cl' lionmnl .i rmi dijf'irmt»; son g. St. 454 Quand vld R. -V; Q. voit 
R. PCV,St; que si est deceu CI'. 455 E. cist in un p. M; d. E. est couchiez estendas P; R. estoit 
en son un p. a. CI*. 451) A son pung destre ait ses pieç. b. M; A une m. fu donc ses p. batus P\ 
A ses deus mains en ot (auoit V) ». p. b. CI'. 457 D. m'werere -V; per la toa vertu .MCV; D. diat 
il sire a voz raut jo salus Ma corpe ranz vos et a vos vertus P. 458 pccchex <>: Des grant p. dont 
qit estre perdu CI'. 459 fait 0; Cist las pechere (pechable I') d. Cl'; puis que je fui naacox P. 
460 consout O; Jusque ces jors que ci s. M; que ci est (qui est ci I') c. CI'; JuaquI cest j. q. soi 
ci mors chauz P. 461 d. mans v. deus a t. .V; a contremont t. CV; Ses destrea gans en fa a d. 
tendus P. 462 angles O; Langle de c. est a lui descendu M; en descendirent jus P; Li cela 
ouri les angles i sont venu CV. 403 se cist .V; K. se gist soz un aubre foilli P; Deaoz (Desor I') 
le pui se jut li cors (cont I') R. CI'. 464 iniimpir .M . Devers PSt; Son vis torna %*er» E. la grant 
CV. 465 De tantes cb. M; D. maintes ch. a porpanscr se prinst (lora sen veit [se vont lors C] 
renienbrant l'C) PVC. 466 cum O; mum/ur .V; comme il a conquis /*; d. Durendart dont tema 
con(|uis tant CI'. 467 De F. d. et des h. d. de son lov .V: de cenls de son pais P] et d'Aude la 
vaillant CV. 468 Ë d. ses oncle Ka. mainc chel nori J/; D. Charlomeine qi est aa pos (ad porx I') 
passant Qi le nosri soef por bon talant CI'; mninjnr P. 

3* 

36 



Pièce 11. 



XP SIÈCLE. 



ne poet muer, n'en plort e ne suspirt. 

470 mais lui mëisme ne volt mètre en ubli, 
claimet sa culpe, si prïet Deu mercit: 
'veire paterne, ki unkes ne mentis, 
Saint Lazarun de mort resurrexis 
e Daniel des lïuns guaresis, 

475 guaris de mei l'anme de tuz perilz 
pur les pecchiez que en ma vie fis.' 



sun destre guant a Deu en puroffrit: 
Sainz Gabrïels de sa main li ad pris, 
desur sun braz teneit le chief enclin, 
juintes ses mains est alez a sa fin. 
Deus li tramist sun angle chérubin 
e Saint Michiel de la mer del péril; 
ensemble od els Saint Gabrïels i vint: 
l'anme del cunte portent en parëis. 



480 



11. 

VOYAGE DE CHARLEMAGNE À JÉRUSALEM ET À CONSTANTINOPLE. 

KarU des Grofien Reise nacJi Jérusalem und Constant inopel, keraiisgegeben ron E. Koschwitz, 
4. Aufl., Leipzig 1900, p. 25 — 37, v.. 435 — 628. — Le poème était conservé dans nn «eul manuscrit 
appartenant au Musée Britannique de Londres, mais ce manuscrit a disparu en 1879. 



Franceis sont en la chambre, si ont veut les liz. 
chascuns des doze pers i at ja le soen pris, 
li reis Hugue li Forz lor fait porter le vin. 
sages fut et membrez et pleins de maleviz; 
5 en la chambre voltice out un perron marbrin, 
desoz esteit chevez, s'i at un home mis. 
tote la nuit les guardet par un pertus petit, 
et li carboncles art, bien i poet hom vëir, 
come en mai en estet quant solelz esclarcist. 
10 li reis Hugue li Forz a sa moillier en vint, 
et Charles et Franceis se colchent a leisir. 
des ore gaberont li conte et li marchis. . . 
Franceis sont en la chambre, s'ont bëut 
del claret, 



et dist li uns a l'altre : 'veez con grant beltet ! 
veez con gent palais et con fort richetet! 15 
ploust al rei de gloire, de sainte majestet, 
Charlemaignes, mis sire, l'oust ore achatet 
conquis par ses armes en bataille champel !' . . 
et dist lor Charlemaignes 'bien dei avant gaber. 
li reis Hugue li Forz nen. ad nul bacheler 20 
de tote sa maisniee, tant seit forz et membrez, 
s'ait vestut dons halbers et dons helmes fermez, 
si seit sor un destrier corant et sojomet, 
li reis me prest s'espee al pom d'or adobet, 
si ferrai sor les helmes ou il ierent plus cler. 25 
trencherai les halbers et les helmes gemez, 
le feltre avoec la sele del destrier sojomet. 



469 que ne p. li marchis P; Lors se pasma li cuers li vait faillant CV. 470 M. si M; Et lui m. ne 
puet P; CV donnent 3 vers différents. 471 cleimet O; Clameit s. c. preioit deo m. M; Bâti s. c. 
mot fu ben repentant CV. 472 patène O; Ahi voirs pères P; remplacé, dans CV, par 13 vers. 
473 seint 0; qi ert vostre seruant De mort a vie lo feistes parlant CV. 474 manque MCV; dou 
lyon garantis P. 475 gnar.s O; Gardeç me larme che non seit inpeie M; Dex resoif marme en ton 
saint paradis P; Garisez marme par le vostre commant CV. 476 pecchez ; ses p. ... sa v. M; De 
mes p. que je ai fais touz dis P; manque CV. 477 grant vers d. en prist ofri M; Ses destres 
gans en fu vers d. offris P; manque CV. 478 donné par O seulement: seint Gabriel . . . lad pris; li ad 
Bartsch, il l'ad Ml; lues l'ad St. 479 chef 0; Desuç s. b. (= St) el tint son elme (s. e. := St) e. M; 
Desoz 8. b. estoit ses elmes mis P; Lors saclina sor son escu vaillant (nen pot parler auant V) CV. 

480 juntes . . alet O; m. la la mors entreprins P; Il joint ses meins larme sen va cantant CV. 

481 li MP, Ml] manque 0. i St; t. li a. M; ses angres beneis P; manque CV. 482 leçon de Hqf- 
mann, Gautier, St.] seint michel d. p. O ; avoec lui s. M. d. p. Ml ; Et fi. michael de la mère d. 
perin M; manque CVP. 483 sent Gabriel O; Insemble cels s. G. li vin M; S. G. et bien des autres 
.X. P; manque CV. 484 enport. en p. M; La. de lui P\ Angle «npene (del ciel V) lenportereut atant 
(la portèrent cantant F) En p. le posèrent riant (o a de joie tant V) CV. 

11. 4 maleviz A. Thomas {avec le Ms.)] mal et viz A", {d'après Mussajm). 5 chambre v. out 
un Paris, K.] cabre desuz un Ms. 14. 15 com A'. 24 pom Foerster {avec le Ms.)] poign A', {pour 
poin du Ms. selon K). 



36 



VOYAGE DE CHABLEMAONE À JÉRUSALBM BT À OONSTANTIliOPIJB. Pièoe 11. 



le brant ferrai en terre: m jo le lais aler, 
ja MD iert mais retraiz pur nul home charnel 
30 tresqn'il «eit pleine hanute de terre desterrez.' 
'par Deu', <;o diat l'escolte, 'forz entes et meni- 

brez! 
que fois âst li reis Hugue, quant vos prestat 

ostel ! 
se anuit mais vos oi de folie parler, 
al matin parsoni l'ulbe vos ferai congeer/ 
35 Etdist li emperere : 'f^abez, bels niés RoUanz I' 
'volentiers', dist il, 'sire, tôt al vostre cornant, 
dites al rei Hii^^on, quem prest son olifant, 
puis si m'en irai jo la defors en cel plain. 
tant pariert forz m'aleine et le venz si bniianz 
40 qu'en tote la citet, qui si est ample et granz, 
n'i remandrat ja porte ne postiz en estant, 
de cuivre ne d'acier, tant seit forz ne pesanz, 
Tuns ne tierget a l'altre par le vent qu'iert 

bruianz. 
molt iert forz li reis Hugue, s'il se met en 
avant, 
45 ne perdet de la barbe les gernons en brusiant 
et les granz pels de martre qu'at al col en 

tornant, 
le peliçon d'ermine del dos en reversant.' 
'par Den\ ço dist l'escolte, 'ci at mal gabement ! 
(|ue fols list li reis Hugue, qu'il herberjat tel 
gent.' 
50 'Gabez, sire Oliviers !' dist Rollanz li corteis. 
'volentiers'. dist li coens, 'mais que Charles 

l'otreit. 
pregnet li reis sa fille qui tant at bloi le peil, 
en sa chambre nos metet en un lit en requeit; 
se jo ne Tai anuit, tesmoign de li, cent feiz, 
bb demain perde la teste, par covenant l'otrei.' 
'par Deu', go dist l'escolte, 'vos recrerrez anceis ! 
grant hontage avez dit; mais quel sachet li reis, 
en trestote sa vie mais ne vos amereit.' 
'Et vos. sire arcevesques, gaberez vos od 
nos ':*' 
60 'ôir, <;o dist Turpins, 'par le comant Charlon. 
treis des meillors destriers qui en sa citet sont 
pregnet li reis demain, si'n facet faire un cors 



la défera en eel plain: qnant mielz s'ealaia- 

seront, 
jo i vendrai sor destre corant par tel vigor 
qae me serrai el tiens et si larrai les doos; 05 
et tendrai quatre jiomes molt groises en mon 

poiifn, 
sis irai estmant et jetant contremnnt, 
et larrai les destriers aler a lor bandon: 
se pome m'en eschapet ne altre en chiet del 

poign, 
( harlemaignes, mis sire, me criet les oelz del 70 

front !' 
par Deu', ço dist l'escolte, 'cist gas est bels 

et bons: 
n'i àt hontage nnl vers le rei, mon seignor.' 
DistGuillelmes d'Orenge : 'seignor. or gaberai. 
veez celé pelote! onc graignor ne vi mais: 
entre or fin et argent guardez con bien i atiTS 
mainte feiz i out mis trente homes en essai 
ne la pourent miter: tant fut pesanz li fais! 
a une sole main par matin la prendrai, 
puis la larrai aler tresparmi cel palais: 
mais de quarante teises del mur en abatrai.' 80 
'par Deu', ço dist l'escolte. 'ja ne vos en 

crerrai ! 
trestoz seit fel li reis, 8*e88aier ne vos fait! 
ainz ke seiez chalciez, le matin li dirai.' 

Et dist li emperere: 'or guberat Ogiers, 
li dus de Danemarche, (|uis poet tant travailUer.' 85 
'volentiers', dist li ber, 'tôt al vostre congiet. 
veez vos celé estache qui le palais soztient, 
que hni matin vëistes si menut torneier':* 
demain la me verrez par vertut embracier: 
nen iert tant forz l'estache, ne l'estoecet brisier 90 
et le palais verser vers terre et trebuchier: 
qui la iert consëuz, ja guarantiz nen iert. 
molt iert fols li reis Hugue, s'il ne se vait 

mucier.' 
'par Deu*, ço dist l'escolte, 'cist boem est enragiez ! 
onques Deus ne vos doinst rei gap a comencier! 95 
que fols tist li reis Hugue qui vos at berbergiet.' 
Et dist li emperere: 'gabez. Naimes li dos!' 
'volentiers', dist li ber qu at tôt le peil cbennt. 



'.29 retrait FortMtrr, A'.] receuz .'/.«, rescus Surhier. 30 trei q. A'. 34 p*r •. A'. H6 voleot'eg »ire Mf. 
M quem prest J\iri«, A'.] q' me preatet .V*. 39 pariert A'. 47 ermine Fitrrttrr, A'.] ennin M*. 54 tesm. de 
li K.] testtiinonie d. lui -Vj»; tesmoigne li? /\in'«. 55 p. cov. l'o. A', {nvrc Pari*)] p. cooent le ot*i M». 65 ai 
t. Mu. 67 estmant M», et A'.] eatrïant Fornttr, escoant Suchirr; contr* m. A'. 75 com A'. 79 très par 
mi A'. 85 q' tât se pat tr. M*, quis poot t. tr. I\tri*. 98 qu'at t. 1. p. Fitentrr, A'.] tat 1. p. ai .Vr. et Aitm. 

37 



Pièce 11. 



XP SIECLE. 



'dites al rei Hugon, quem prest son halberc brun. 

100 demain, quant jo l'avrai endossât et vestut . . . 
le me verrez escorte par force a tel vertut, 
n'iert tant forz li halbers d'acier ne blanc ne 

brun, 
que n'en chieent les mailles ensement con 

festuz.' 
'par Deu', ço dist l'escolte, 'vielz estes et chenuz ! 

105 tôt avez le peil blanc, molt avez les ners durs.' 
Et dist li emperere : 'gabez, danz Berengiers !' 
'volentiers', dist li coens, 'quant vos le m'otreiez. 
pregnet li reis espees de toz ses chevaliers, 
facet les enterrer entresqu'as helz d'or mier, 

110 que les pointes en seient contremont vers le ciel ! 
.en là plus halte tor m'en monterai a piet 
et puis sor les espees m'en larrai derochier: 
la verrez branz croissir et espees brisier, 
l'un acier depecier a l'altre et entroschier. 

115 Ja ne troverez une qui m'ait en charn tochiet 
ne le cuir entamet ne en parfont plaiet.' 
'par Deu', ço dist l'escolte, 'cist hoem est 

enragiez. 
se il cel gap demostret, de fer est o d'acier.' 
Et dist li emperere: 'sire Bernarz, gabez!' 

120 'volentiers', dist li coens, 'quant vos le co- 
mandez. 
vëistes la grant eve qui si bruit a cel guet? 
demain la ferai tote eissir de son chenel, 
espandre par cez chans, que vos tuit le verrez, 
toz les celiers emplir qui sont en la citet, 

125 la gent le rei Hugon et moillier et guaer, 
en la plus halte tor lui mëisme monter: 
ja n'en descendrat mais, si l'avrai comandet.' 
'par Deu', ço dist l'escolte, 'cist hoem est f orsenez ! 
que fols fist li reis Hugue qui vos prestat ostel. 

130 le matin parsom l'albe serez tuit congeet'. 

Et dist li coens Bertrans: 'or gaberat mis oncles.' 
'volentiers, par ma feit !' dist Ernalz de Gironde, 
'or pregnet li reis Hugue de plom quatre granz 

somes, 
sis facet en chaldieres totes ensemble fondre, 

136 et pregnet une cuve qui seit grande et parfonde. 



si la facet raser de si que as espondes; 
puis me serrai enmi tresqu'a la basse npne: 
quant li pions iert toz pris et rassises les ondes, 
com' il iert bien serez, donc me verrez escorre 
et le plom départir et desor mei desrompre: 140 
n'en i remandrat ja pesant une eschaloigne.' 
'ci at merveillos gap', iço at dit l'escolte. 
'onc de si dure charn n'oi parler sor home; 
de fer est o d'acier, se il cest gap demostret.' 

Ço dist li emperere: 'gabez, sire Aïmers!' 145 
'volentiers', dist li coens, 'quant vos le comandez. 
encore ai un chapel d'Alemande engolet, 
d'un grant peisson marage, qui fut f aiz oltre mer ; 
quant l'avrai en mon chief vestut et afublet, 
demain quant li reis Hugue serrât a son disner, 150 
mangerai son peisson et bevrai son claret; 
puis vendrai par detrés, donrai li un colp tel 
que devant sor sa table le ferai encliner. 
la verrez barbes traire et gernons si peler!' 
'par Deu', ço dist l'escolte, 'cist hoem est 155 

forsenez ! 
que fols fist li reis Hugue qui vos prestat ostel.' 

'Gabez, sire Bertrans !' li emperere ad dit. 
'volentiers', dist li coens, 'tôt al vostre plaisir, 
dons escuz forz et reiz m'empruntez le matin' 
puis m'en irai la fors ensom cel pui antif: 160 
las me verrez ensemble par tel vertut ferir 
et voler contremont, si m'escrïerai si 
que en quatre loees environ le pais 
ne remandrat en bois cers ne dains a fôir, 
nule bisse salvage ne chevroels ne golpilz.' 165 
'par Deu', ço dist l'escolte, 'mal gabement at ci ! 
quant le savrat li reis, grains en iert et marriz.' 

'Gabez, sire Gerins !' dist l'emperere Charles, 
'volentiers', dist li coens. 'demain, veant les 

altres, 
un espiet fort et reit m'aportez en la place, 170 
qui granz seit e pesanz, uns vilains i ait charge, 
la hanste de pomier, de fer i ait une aine; 
ensomet celé tor, sor cel piler de marbre, 
me colchiez dous deniers, que li uns seit sor 
l'altre ; 



99 quem prest Paris, K.] q' me pst 3Is. 103 com K. 108 ses Paris, K.] les Ms. 109 en tr. q. K. 
110 contre m. K. 114 dep. a l'a. et entr. Paris, K^ a la. de peces et entre oscher Ms. 121 la À'.] celé 
Ms. 127 mais K.] manque Ms., il Bartsck; auerai Ms. 130 par s. A'. 137 en mi A'., très q. A. 
139 com A'; serez Foerster, K.] serrez 3Is. 140 iço a. d. l'e. A".] ceo a. d. li e. Ms. 144 se il c. A".] 
si cest 3fs. 147 d'alem. JT.] de almande 3Is. 152 li A'.] lui Ms. 159 dous A'.] treis 3fs. 160 en 
som A",; pui K. {avec Mtissafia) pin Ms. 161 las me A'.] la les me Ms. 162 contre m. A". 167 li r. 
hug' Ms. 173 en somet A'. 



38 



LOIS DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT. Pièce 12. 

175 puis m'en cintrai ensuB demie llue large, vint u l'ui» de la chambre ou li rein Huinie IfWt, 

Hi me verrez luucier, se vos en prenez jfuanle, entrovert l'at trovet, si'n eut venuz ai lit, 

tresqn'al piet de la tor, et l'un denier ubatre l'emperere le vit, haativement li dist 

si 8«ef et Horit, ja nés niovrat li altre. 'di, va! que font Francei» etCharlei» al fier rlf? 

puis serai si lejçiers et isnels et aates Olate» le» parler s'il remandront a mi?' 180 

180 que m'en vendrai corant parmi l'ois de la sale, 'par Deu', ço dist l'escolte, *oiic ne lor en 

et reprendrai l'espiet, ainz qu'a terre s'abaisset.' sovint: ^ 

*par Deu', <;o dist l'escolte, 'cist gas valt treis assez vos ont anuit jfabet et eaohamit* 

des altres! toz les gas li contât, quant que il en Ait. 

vers mon seignor le rei n'i at giens de hontage.' quant l'entent li reis Hague, grain» en fut et 

Quant li conte ont gabet, si se sont endormit. marriz. 

1851'escolte ist de la chambre, qni trestot at Oit, 



12. 

LOIS DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT. 

/>/<• (Irurtxf lier AïKjrhiirhitru, hrrniiinjrgrhen rou Reinhuld Srhmid. \!-rr fditiun, Lripxitj 1832, 
p. 175 *77., 2* édition, Lripziij 1858, />• 324 »7'/. Voir Foemlrr, XriUchr. /. roman. PhiUd. VI. 
417. — Loin de duHlniime le Conipiérant, par John E. Matzke, Pitris 1899, p- 4 »77- (Ha). 
F. Liebermonn, Halle 190H; /. Band, ■{. (Schliifi-)Lieferung, p. 494—503 (Ilk et I mit en regard; 
excellente traduction). On n'a pan tenu rompte deu variante» d'ordre purement orthttgraphiqMe. 

3. La custume en Merchenelahe est: si aucuns est apelé de larrecin a de roberie. e il 
seit plevi a venir devant justise, e il s'en foie dedenz (le terme], sun plege si averad terme 
de un meis e un jur de querre le; e s'il le pot traver dedenz le terme, sil merra a la jostiae: 
e s'il nel pot truver, si jurra sei duzime main que a l'ure qu'il le plevi. larron nel sont ne par 
lui ne s'en est fUid, ne aver nel pot. Dune rendrad le chatel, dunt il est retez, e xx souz pur 5 
la teste e un den. al ceper e une maille pur la besche e xi. sol. al rei. £ en Westsexene- 
Irthe c sol; xx sol. al clamif pur la teste, e un lib. al rei. En Denelahe viii lib. le forfeit, 
les XX sol. pur la teste, les viii lib. al rei. E s'il pot dedenz un an e un jur truver le lamtn 

e amener a justise, si lui rendra cil les xx sol. kis averad eut, e sin ert feite la justise del larrun. 

4. Cil ki prendra larrun senz siwte e senz cri, que cil en fëist a ki il avéra le damage 10 
fait, e il vienge après, si est resan qa'il doinse x sol. de hengwite, e si face la jostise a la 
primera devise, e s'il passe la devise senz le cunged a la justise. si est forfeit de xl sol. 

û. l'il ki aveir résout, u chevals u bos u vaches u berbiz u pors, que est forfeng apelé 
en engleis, cil kis claimed durrad al provost pur la rescussïun vin den.; ja tant n'i ait, mes 
qu'il i Oust cent almaille. ne durrad que vni den., e pur un porc i den.. e pur i berbiz i den., 15 
e issi tresque a vjii, pur chascune i den.; ne ja tant n'i averad, ne durrad que vui den. E 

175 en sus A". 177 tr«8. q. A'; et l'un d. A'.] la un d. .Vit., l'un des deniers Suchier. 178 dm m. 
A'.] nés muera M». 180 par mi A'. 181 reprend. A'.] repûdrai M»; ainz qu'a U t. (»m «. qo* a t) 
chaiet FoerMer {avec titengel). 184 se A'.] sen M». \9H gas manifue .1/». 

12. 1 Cost la c. en Merch. MC. se J/C. 2 »] de .»/<'. devaùt] a .VC. le terme] manque Hh 
.VC. si] il Hk. terme] manque .VC. ;{ le premier de] manque Ilk. 3 — 4 dedenz-truver] manque 
MC. 5 il est r.] manque .}fC. 6 le piemier al] manque Hk. 7 clamif) cUmur .V<\ 9 a la Jost. 
.yC; li r. MO, — cil] manque }IC. le »erond e] manque Hk. 10 en ftist] forr. de W. Forrtter; 
enlest Ma. = Hk, enleist MC. U pois après MC. — sin f. MC. 12 primereine MC. lij «ecat .VC 
14 al prov.] manque Hk; Mt: ajoutent aveir apr^t provost. — pur Icecoasinn MC. 15 an p.]. mi. 
pors Hk. 16 tresq. VIII. MC. 



Pièce 12. XP SIÈCLE. 



durrad gwage e truverad plege, que si autre vienge aprof dedenz l'an e le jur pur l'aveir de- 
mander, qu'il l'ait a dreit en la curt celui ki l'aveit rescus. 

6. Autresi de aveir adiré e de autre truvëure, seit mustred de treis parz del visned, 
20 qu'il ait testimonie de la truvëure. e si aucuns vienged avant pur clamer la chose, duinst 

gwage e truist plege, que si autre le cleimt dedenz l'an e un jur, qu'il l'ait a dreit en la curt 
celui ki l'avera truved. 

7. Si hom ocist autre e il seit cunuissant e il deive faire les amendes, durrad de sa 
manbote al seinur pur le franch hume x sol., e pur le serf xx sol. 

2.5 8. La were del thein xx lib. en Merchenelahe, xxv lib. en Westsexenelahe ; e la were 

del vilain c sol. en Merchenelahe e ensement en Westsexenelahe. 

9. De la were: Primereinement rendrad l'om del halsfang a la vedve x sol., e le surplus 
les parenz e les orfenins partent entre eus. en la were purra il rendre cheval ki ad la coille 
pur XX sol. e tor pur x sol. e ver pur v sol. 

30 10. Si hom fait plaie en autre e il deive faire les amendes, primereinement lui rende 
sun lecheof; e li plaez jurra sur seinz que pur meins nel pot feire ne pur hâur si cher nel 
■fist. — De sarbote, ceo est de la dulur: Si la plaie lui vient el vis en descuvert, al pouz tute- 
veies viii den., u en la teste u en autre liu u ele seit cuverte, al pouz tuteveies iv den.; e 
de tanz os cum l'om trait de la plaie, al os tuteveies iv den. Puis al acordement, si lui metera 

35 avant honurs e jurra que s'il lui oust fait ceo qu'il lui ad fet, e se sun quor lui purportast e 
s'un cunseil li dunast, prendreit de lui ceo que offert ad à lui. 

11. Si ceo avient que aucuns coupe le puing al autre u le pie, si lui rendrad demi were, 
sulunc ceo qu'il est nez. del poucer lui rendra la meité de la main; del dei après le poucer 
XV sol. de sol. engleis, que est apelé quaer denier; del lung dei, xvi sol.; del autre ki porte 

40 l'anel xvii sol. ; det petit dei, v sol. ; del ungle, s'il le couped de la charn, v sol. de souz eng- 
leis; al ungle del petit dei, un den. 

12. Cil ki autrui femme purgist, si forfeit sun were vers sun seinur. 

13. Autresi ki faus jugement fait, pert sa were, s'il ne pot jurer sur seinz, que mieuz 
nel sont juger. 

45 14. Si hom apeled autre de larrecin, et il seit franchs hom et il ait ôud ça'n ariere 
testimonie de lealted, se escundirad par plein serment; et autre ki blasmé ait esté, se escun- 
dirad par serment numé, ceo est a saver per xiiii humes leals par num, s'il les pot aver; si 
s'en escundira sei duzime main, e si il aver nés pot, si s'en défende par jiiise; e li apelur 
jurra sur lui par vu humes numez, sei siste main, que pur hâur nel fait ne pur autre chose, 

50 se pur sun dreit nun purchacer. 

15. E si aucuns est apeled de mustier fruisser u de chambre, e il n'ait este en ariere 
blasmé, s'en escundisse par xiiii humes leals numez, sei duzime main, e s'il ait autre fiede 
esté blasmé, s'en escundisse a treis duble, ceo est a saveir par xlii leals humes numez, sei 
trente siste main, e s'il aver nés pot, aut a la jiiise a treis duble, si cum il dëust a treis 

55 duble serment, e s'il ad larrecin ça en ariere amendé, aut al ewe. 

17 e un jur MC. 18 quil ait Hk, i ait M. — celui de que il av. escus MC. 19 endirez MC. e 
autersi de truvëure Hk. 20 avant] a prof MC. 21 claimed MC. ; cl. l'aveir MC. 25 e] manque Hk. 
27 primerement MC. — hamsochne Hk. a la vedue e as orfenins Hk. 28 départent MC. 30 en] 
a MC. — primerement MC. li MC. 32 saibote Hk. — el] a MC. 84 trarad MC. — lui] li MC. 35 li 
MC. .36 ce quil offre a lui MC. 37 li rendr. MC. 42 cil manque MC. femme] espouse MC. — sun] 
la w. MC. 43 jurer] prover MC. 45 et il ait etc. leçon de 3IC [ait cauerere, ait ondcauerre, ait ondca 
verre, selon les édit. antérieures; corr. déjà p. W. Foerster]; il puisset aver test. Hk.Ma. 46 sen esc. 
MC. — antre mamjue Hk. ait] unt Hk. escundirunt Hk. 49 sei s. m.] manque MC. fist 3IC. 
.52 escondie M, escondit C. — XII. MI, XLII. C 53 escondied MCI. — XLVIII. homes leals MCI. 
54 dubles MCI. 55 in serment MCI. 

40 



LES PSAUMES. Pièce 13. 



13. 

ANCIENNE TRADUCTION DES PSAUMES. 

Manuêcrit à Orfonl. IJbri Pmilmnrunt rrritif ttnliifua (iullini, rttidit Fr. Mirhrl, OrtiHti 1860» 
p, \' 84. 2Î19 — 241. D^innf tri d'âpre» iinr ctipif »/r M. Varnhttgrn. 1^» (irrrntM rriairnt dans le wu. 

PSALMUS I. 

1. Beneurez li huem chi ne ulat el conseil des felunti, e en la veie den peccheun ne ttôat, 
e en la chaére de pestilence ne siHt; 2. Mais en la lei de nustre seignur la voluntét de loi, 
e en la sue lei purpenseràt par jûrn é par nuit. 3. Et iert enseoient cume le fust quéd eut 
plantét dejuste les decùrs des éwes, chi dunnit sun frut en sun tens. Et sa fûille ne decurrit, 
e tûtes les Soses que il unques feràt serûnt fait prôspres. 5. Nient eissi li felun, nient eissi : 5 
mais enseroent cume la puidrc que li venz (^etet de lu face de terre. 6. Empurice ne resar- 
dent li felun en juise. ne li pécheur el conseil des dreituriers. 7. Kar nostre sire cunùist la 
véie des justes é le eire des feliins perirat. 

PSALMUS XXVIII. 

1. Apt)rtéz al gejjnur, tilz Deu. ajwrtez al segnur les filz des mnltùns. 2. Aportéz al sei^ior 
(i^lôrie é houur, aportéz al segnur glôrie ul sun nuni, aorez le *egnnT en sun saint aitre. 3. La 10 
vôiz al segnur snr les éves, Deus de majestét entunât, li sire sar mnltes éves. 4. La ?6iz del 
Megnùr en vertut, la roiz del segnur en grandéce. ô. La vôiz del segnur frainànz les cédrea, 
é fraindenit li sire les cèdres Libani. 6. E sis amenaiseràt ensement cum le védel Libani, 
éi amez est sicam le fllz des unicôrnes. 7. Là vôiz del segnur entretrencant la flamme de fa, 
la voiz del segnur croliant le desért, é commnverat li sire le desért Cadés. 8. Là vôiz del 15 
segnur aprestànt les.cérs, é descuverràt les espeisséces: é el sun temple tnit dirnint glôrie. 
9. Li sire dilûvie fait enhabitér, e serrât li sire reis en parmanabletét. 10. Li sire vertiit 
donrat à sun pôpie, li sire beneisterat à sun pôple en pais. 

CANTICUM HABACCUC. 

1. Sire, je di la tue oiànce e criens. 2. Sire, la tue ovre, en milliu d'ans vivifie li. 3. El 
inilliu d'ans coneùd feras; cum tu iriez seras de miséricorde recorderàs. 4. Deus del soléireao 
vendra, é li sàinz del mont Farân; .'). Covrit les ciels la glôrie de li. é dé sa loênge pléinne 
est la terre. 6. Là splendùr de lui sicame lumière seràd, cornes en ses mains. 7. Ilnec reposte 
est la fortéce de lâi, devant sa face iràd la mort. S. E istràd li diables devant les pies de 
lui. Estv'it é mesurâd la terre. 9. Esguardà e desliàd lés génz: é detriblé sunt li roônt del 
siècle. 10. Encurvé sûnt li tertre del mont, des éires de la parmanabletéd de lui. 11. Pur 25 
felunie je vi les herbèrges d'Ethiopie, serûnt turbédes les péls de la terre de Madiàn. 12. Que 
dune en flûms es tu iriez, sire? û en flûms la tûe fuirûr? û en mér la tàe indignaciùn ? 
13. Chi munteràs sur tes cavals, e li tûen car salvaciûn. 14. E.<<drevanz eadreeeris tan àrc, 
les sereniéuz as lignédes les quels tu parlas. 15. Les flûez de terre tu descireri»; virent é 
dolûrent li mont; li gûrz des éwes trespa.ssàd. 16. Dunàd li abysme sa vôiz, altéce ses mains 30 
levàd. 17. Li solèilz e la lune estnrent en lar habitacle, en la lamiére de tés saiéttes irânt 
en la splendùr de la tûe fuildrànt« hànste. 18. En frémissement decalcheràs la terre, en 
fuirûr esbairâs les genz. 19. Eissuz ies â la salûd de tûn pôple, en salûd ôt tun Crist 20. Tu 

13 /. vedd. 19 our« M*. 21 courit M*. 

41 



Pièce 14. XIP SIECLE. 



feris le chîef de la maisùn de felûn, dénudas le fundamént desque al côl. 21. Tù maldisis as 
35 sceptres de lui, les chies de ses cumbatedùrs, as venânz sicume estùrbeillûn a depérdre méi. 

22. L'esjoissemént d'éls, sicume de celui chi devôre le pôvre en repostâille. 23. Véie fesîs en 

la mér â tes davâls, en palûd dé mùltes éwes. 24. Je 6i, é conturbéz est li miens ventre; 

de vôiz tremblèrent mes lèvres. 25. Entred purretùre es miens ôs, é desuz méi ésbuillissed. 

26. Pur ce que je me repose el jùr de tribulaciûn, é que je mûnte al nôstre acéint pôple. 
40 27. Lé fier acértes né flurirâd, é ne sera germe es vignes. 28. Mentirâd l'ovre de l'olive, é li 

camp né aporterûnt viande. 29. Sera trencMé del berzil béste, é ne serâd arment es crèches. 

30. Je acértes el segnôr esjorrâi é m'esledecerâi en déu le mien salvedùr. 31. Deus li sire la 

méie fortéce, é poserâd mes piéz sicume de cérs. 32. E sur les méies haltéces demerrâ méi li 

venquére en sâlmes cantânt. 



14. 

TRADUCTION DES QUATEE LIVRES DES ROIS. 

Manuscrit à Paris, Bibliothèque Mazarine, Réserve 54. 70. (fol. 3'' — 3^ et 21'* — 23 ''^. — Les 
quatre livres des rois traduits en français du XIP siècle, ]). ]). Leroux de Lincy, Paris 1841, 
(pp- 6 — 8 et 61 — 68j. Nous avons collationné de nouveau le jmssage sur le ms. Les accents 
existent dans le ms. — Cf. Wolf, Ueber die Lais etc. pp. 118- 470- 

(I, 2) É puis ûrad Anna, si dist: 

'Mis quers est esléézciez é mis fiz en Deu eshalciez. ma parole est eslargie sur mes 
enemis, kar eslééscie sui el salveur. Nul n'est si sainz cume li sires, é nuls n'est altres ki 
ne change, é nuls n'est de la force nostre Deu. Laissez des ore le mult parler en podnéé par 
5 glorie ; maie parole nen isse de voz bûches, kar Deu est de science sires é a lui sunt âpreste 
li pensed. Li arcs des forz est surmuntez, é li fieble sunt esforciez. Ki primes furent saziez, 
ore se sunt pur pain luéz; é li fameillus sunt âsaziez, puis que la barâigne plusurs enfantad, 
e cèle ki mulz ôut enfanz âfebliâd. Li antif judéu aferment que morz fud li èinznez fiz Fe- 
nénne, quant nèz fûd Samuel ki fud fiz â la bonurèè Anne; è pois chascun an quant enfant 

10 out Anne perdi alcun Fenénne. Li sires mortifie é vivifie, é en enfer meine é remeine. Li 
sires fait pôvre é fait riche; orguil depriemt, le humble èslieve. Le mesaise esdrézce del pul- 
drier, le povre sache del femier, od les princes les fait sedeir, chaere de glorie li fait aveir. 
Al seignur sunt les quatre parties del mund, é en chescune ad plante le son pople qu'il ad 
levé. Les piez as seinz guvernerad, é en ténèbres li fel tairrad, é nuls par sei force n'avrad. 

15 Ses adversaries le criendrunt, é sur els del ciel tunerad é tute terre jugerad é sun rei eshal- 
cerad.' Helchana al son [mes] en vait e li enfes od Deu remaint. Mais les fiz Hely furent 
fiz Belial, ublierent Deu è lur mestier ; encuntre Deu furent f elun, è encuntre la gent torcenus. 
Par pri, par force les dames violèrent; le pople del sacrefise tresturnerent. Del sacrefise pris- 
trent â sei, par rustie è par desrei, plus que nen out cumanded la lei. É fud lur pechied 

20 mult forment granz, kar par lur furfait li poples del servise Deu se retraist. Mais Samuel 
acceptablement el tabernacle serveit, é de vesture linge fud âturnez cume cil ki fud â Deu livrez. 



36 poure 3h. 38 le'urea Ms. 40 loïïre Ms. 
14. 14 tajrad Ms. 16 mes manque M.i. 

42 



I.KS LIVRES DES ROIS. Pièce 14. 

(1, 17) Li Pbilistien B'aMmblerent pur bataille encuntre eea de Iiirael; âlogierent aei entre 
Sochot é ÀMcba, ki est en la cuntréé de Domin. Suul ^ li Huen «'aiteiiiblerent, é rindrent el 
vtU lie Terebinte, é ordenerent lur eschieles par bataille faire encuntre ceU de Phili«tiiiD. Li 
Pbilistien cHturent sur le munt de cba, e cen de Iiirael enturent sur le munt de la; e entre -.'.'> 
ilouH fuil li val». UnH rhunipiunH merreillnii eimi de l'est a» PhilistienH, «i Tout enicendred nn 
KiMint lie une femme ki fud île Geth; é fud apelez li cbampiiuiH (tuliath, é fud de la rjrte de 
Geth, sis aines mesurées par le ente en avant é plain dur out de hait. Le balme ont lacie e 
vestud le halborc, od les ehulces de fer, é l'escn de araim al col. ki li cuverit les espaldes: Il 
halberi-s pesml cine mille sides, é le fer de sa lance sis cenz, é la hanste fud ((rosse é àbù^.'iO 
cume le subie as teissurs; é vint si en la place, (t sis esquiers ulad devant. Vint e eacriad 
vers cela de Israël, si lur ilist: 'pur qaei estes ci venud é.â bataille apareilled? jo sui Philîstlen 
é vas estes de la gent Saul. eslisez un de vus é vienge encuntre mei en bataille, sul a snl! 
s'il me put cumiuerre é rendre recréant, nus Pbilistiens vus serrums des ore servant; e si jol 
puis cunquerre é ocire, vus seiez a nus serfs é obeissanz'. Encore dist plus danz (îolialb: 'ço:i5 
sui jo ki ai ùi ramponed é attarie l'ost de Israël, querez, querez alcun de vus ki encuntre 
mei entre en champ !' Ces paroles ôid Saul é tuz ces de Israël : piinr en curent grant e mult 
furent esbtti. 

Uns pruduems mest en Hethleem, Ysai out num, pères fud David de qui devant partie 
est tuchie, é out uit tiz ; mais entre ces ûit uns sis nie» Xatban par nnn la fnd anumbrez, fis 40 
Seunniiii, pur ç6 que Ysai si cume sun Hz l'amad. É cist Ysai al tens Saul fud de grant eage. 
é ses treis einznez tiz furent alez od le rei en l'ost, é de ces li einznez out nun Eliab, li se- 
cnndz Aniinadab, é li tierz Semmti». David esteit li mendres. é retumad de Saul a maison 
en Bethléem ])ur les berbiz guarder, qaant ses frères durent en l'est aler. (toliath par quarante 
jurs. le mutin é le vespre, a l'ost de Israël vint é retumad, é l'est forment atariad. A un jar45 
Ysai apelad David sun tiz, si li dist: 'receif ci treis muis de flur al «'►es tes frères, é ce«t pain. 
é vn delivrement en l'ost. é ces furmages présenteras al cunestable; é enqner cument te» 
frères le facent é od quels il seient en cumpaignie en l'est.' David le fuie qu'il out en guarde 
li iiltre cumandad, é si cume sis pères Tout cumandé, a l'ost s'en alad. Saul lores é li tiz Is- 
raël el val de Terebinte tindrent les esturs encuntre ces de Philistiim. É David vint à Magala 50 
en l'ost ki aprestez se fud a bataille; é ju fud la noise levée é li criz; kar Israël out ordene 
ses eschiéles de une part, é li Philistien de altre part. Cume çô Cid David, la ù li hemeis 
fud. laisad t;o qu'il portad, curut a la bataille é se bien ésténst â ses frères demandad. Si cume 
Uavid nuveles demandad, este-vus Goliat ki en vint de l'ost as Pbilistiens, é si cume einz 
Tout fait, devant David parlad. Mais ces de Israël tant tost came il le virent, de p5ur s'en 55 
fuirent. Fist un de ces de Israël a David: 'as tu vëù cest merveillus champiun ki ci vient? 
il vient pur nus attarier é e?chamir; é a celui ki ocire le purrad, li reis sa tille od grant 
ricbeis:e durrad, e la meisun sun père de trëud quite clamerad.' Dist David a ces ki esturent 
od lui: 'que durreit l'um a celui ki cest Philistien ocireit é la reprnce de Israël en ostereit? 
ki est cest ord paltunier ki fait tels repnices a la gent Deu ?' £ li poples recuntad que li G») 
reis çô é (.-o durreit a celui ki l'ocireit. Cume çô iiid li einznez frère David Heliab, que il od 
le pople si parlad, forment a David se curuçad, si li dist: 'pur quel es ici vennz é par qaei 
as guerpi ces poi de ùweilles al désert? bien cunais l'orgnil é la felenie de tnn quer, kar par 
véér ta bataille i venis.' Respandi David: 'que ai fait? n'i ad parole dunt te estuce cnrecber 
ne mei si encreper.' Tumad s'en d'iloc David, é parlad si cume il out devant parled. é l'um 65 

31 teissar^ M.t. 40 .'/• Toblrr prop^mr </«• Ihr tuchie. — U] fHTM/ur tout tjjpiter Haiu If wu.; il 
n'rn imh^iMr qtir le jamha^f t/r /' 1; main le» Iracr» du rrttr tmnl astet etaimment rùiblrs. 
51 lev^] Tobin; levé M». 55 cii .!/.■». 

43 



Pièce 15. XIP SIECLE. 



li respundi é dist que li reis â celui freit ki â Golie se cumbatereit. Tant parlad David ke 
la parole vint devant le rei. Fud mandez é vint devant le rei, si li dist: 'ne s'esmâit nuls 
pur cest campiun; jo ki sui tis serfs m'i cumbaterai, é od l'aie Deu chalt pas le materai, é 
le pople Deu par la mort del felun vengerai.' Kespundi Saul : 'ne te poz pas a lui cupler, kar 

70 tu es vadlez é il est uns merveillus bers de sa bachelerie a bataille âûsez.' Eespundi David: 
'pasturel âî este del fuie mun père; quant liun ù urs al fuie veneit é ma beste perneit, er- 
ranment le pursewi é la preie toli; par la jôûe les pris é rétine é ocis. É cist Philistiens 
iert cume uns de ces; e ore baldement encuntre lui irrai e le repriice de Israël en esterai. 
Nostre sires ki del Hun é del ûrs me delivrad, del fort Philistien mult bien me guarrad.' Re- 

75 spundi Saul : 'va, é Deu seit od tei !' E Saul de ses demenies vestemenz fist David revestir, 
le helme lascier é le halbert vestir. Cume il out la spéé ceinte, alad é asaiad s'il se pôust 
cumbatre si armez, kar ne fud pas a tels armes âcustumez. Aparceut se David qu'il ne peut 
â âhâise les armes porter, sis ostad, prist sun bastun al puin é sa funde; é eslist cinc bêles 
pierres de la rivière, sis mist en sun vaissel ù il soleit ses berbiz mulger, é entrad en champ 

80 encuntre le Philistien. Goliath vint vers David petit pas, é bien l'apruçad, é sis esquiers de- 
vant lui alad. É cume il de près vit David, en sun quer le despist. é fud li Juvencels russaz, 
mais mult esteit de bel semblant. Dist li Philistiens â David: 'cument, sui jo chiens encuntre 
ki deiz si od bastun venir?' maldist David de tuz ses deus, si li dist: 'vien, vien plus près 
de mei! e jo durrai tun cors â dévorer a bestes é a oisels.' Respundi David: 'tu vienz en- 

85 cuntre mei od espee, â lance é â escu; é jo vienc encuntre tei al num Deu ki sires est de 
l'ost de Israël, ki tu as escharni é gabe. e Deus te rendrad en mes mains ; si t'ocirai é le chief 
te colperai, é la charùigne de ces de vostre ost â oisels é as bestes durrai, que tute terre sache 
que li sires est Deu de Israël. É veient ces ki i sunt âsemble que par espee ne par lance ne 
fait Deus salvete; sue est la bataille é â noz mainz vus liverad.' Cume Goliâs vers David 

90 apruçad, David curut encuntre é si se hastad. Une pierre de la ù il Tout reposte sachad, mist 
la en la funde é entur la tumad; jetad la pierre, a dreit mes l'asenad, hurtad al frunt é 
jesqu'al cervel esfundrad. del colp chancelad li gluz, é vers terre s'abaissad. David sait a 
l'espéé Golie, nient ne targad, de s'espéé mëime le chief li colpad. cume cô virent li Philistien, 
que morz fud lur campiun, turnerent â fuie. É ces de Israël é de Juda levèrent un cri é 

95 fièrement enchalcerent les Philistiens jesque al val é jesque as portes de Accaron. ocistrent 
al jur trente mille des Philistiens, é altretant en furent nafrez, si que seisante mille des Phi- 
listiens en furent que morz que blesciez. 



15. 

CHANSONS D'HISTOIRE OU CHANSONS DE TOILE. (ROMANCES.) 

a. Raynaud, No. 2037- — Donnée par le settl mmmscrit U. — Imprimée: P. Paris, Ronuin- 
céro franc. (1833) 4^; Leroux de Lincy, Recueil de chants historiqiies franc. (1841) /• 15; P- Paris, 
Hist. Uttér. XXIII. 516; Crépet, Les poètes franc. /. (1861) 42; Bartsch, Rom. u. Past. (1870)8; 
P. Meyer, Recueil d'anciens textes, II. (1877) 365; Le chansonnier français de Saint-Gemiain-des- 
Prés (Reproduction phototypique de la Société des anciens textes français), Paris 1892, 69. 

h. Raynaud, No. 143. — Donnée par le seul manuscrit U. — Imprimée: Leroux de Lincy, 
l. c. append. XLVII; Crépet, l. c. I. 46; Dinaux, Trouvères, jongleurs et ménestrels et<: IV 315 ; 
Bartsch, Rom. ti. Past. 8. (Ba.) ; Le cha.ns.fr. de St.-Germain-des-Prés, 146. 

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CHANSONS D'HISTOIRE. - VOKUE DEVOT. 



Pièce 16. 



Quant vient en mai, qac l'on dit as lonH jont, 
que Franr de France repairent de roi cort, 
Reynauz repaire devant, el premier front 
ni .s'en passa lez lo meis Arembor, 
:> ainz n'en den^na le chief drerier amont, 
e! Kaynaut, amÏH! 

Bêle Ërembor» a la feneittre, au jor, 
Hor 868 f^enolz tient paile de colur; 
voit FranH de France qui repairent de cort 

10 et voit Kaynaut devant, el premier front: 
en haut parole, ai a dit sa raison, 
e! Knyuaut, uniisl 

*Amis Reynuut, j'ai ju vëu cel jor, 
se passisoiz selon mon père tor, 

l&dolanz fussiez, se ne parlasse a vos.' 
'jal mesf&istes, tille d'empereor, 
autrui amastes, si obliastes nos.' 
e! Raynaut, amis! , ^^^ 

'Sire Kuyuuut, je m'en escondirai: 

'20 a cent puceles sor sainz vos jurerai, 
a trente dames que avuec moi menrai, 
c'onqaes nul home fora vostre cors n'amai. 
prennez l'eminende et je vos baiserai.' 
e! Kaynaut, amis! 

25 Li caens Raynaoz en monta lo degré, 
gros par espaules, isfreles par lo baudre 
blonde ot le poil, menu reèercele: 
en nule terre n'ot si biau bacheler. 
voit TËrembors, si comence a plorer. 

HO e ! Raynaut, amis ! 

Li cuens Kaynauz est montez en la tor. 
si s'est assis en un lit {wint a tlors, 
dejoste lui »e siet bêle Erembors: 



lor» recomencent lor première* «mort 
e! Raynaut, amis! 

b. 

LoQ samedi a noir fait la «rmaione: 
Oftiete et Orïour, Herora germainnes, 
main et main vont bagnier a la fontaînn». 
vante l'ore et li raimme crollett'C-XXt^. 
ki s'antraimnieut soweif dorment. '•^^^ 5 

L'anfes (rerairs revient de la rnintainne, ^ " ■•^-■^ 
s'ait choait Gaieté sor la fontainne, 
antre ses bras l'ait pris, soueif l'a strainte. 
vante l'ore et li raimme crollet: 
ki s'antraimment soweif dorment. fo 

'Quant avras, Orrïoar, de l'ague prise, 
rêva toi an arrière! bien seis la Tille; 
je remanrai Gerairt ke bien me priset.' 
vante 1,'ore et li raimme crollet: 
ki s'antraimment soweif dorment. 15 

Or s'an vat Orïous, teinte et marrie ; .^fLC^ù^Co 
des euls s'an vat plorant, de caer .sospire. 
rant Gaie sa serour u'an moinnet mie. 



vante l'ore et li raimme cmllet: 
ki s'antraimment soweif dorment. 

'Laisse', fait Orïour. 'com mar fui née! 
j'ai laxiet ma serour an la vallt> 
l'anfes Gerairs l'an moine an sa contrée, 
vante l'ore et li raimme crollet: 
ki s'antraimment soweif dorment. 

L'anfes Gerairs et Gaie s'an sont torneit. 
lor droit chemin ont pris vers sa citeit: 
tantost com' il i vint, lait espouseit 
vante l'ore et li raimme cmllet: 
ki s'antraimment soweif dorment. 



■iO 



16. 

FRAGMENT mJN POÈME DÉVOT. 



M: à Pari*, Bihl. Xat. F. Lat. 2297, /•>/. 99''. V<>y. Kiu^htrtU, Commeni:, .,. ,>,„ ...i^^t,,. 
J'rauaffê. Sprachdrttkinâlern, Hrilbrotm 1886, 170 (Ko.). — Etlitiims: O. htri», Jahrbmck /. roMoi». 

». 16 jal^ ToNtr-, Ul M: 35 reoMarao» M*. — b. 1 fat M». 2 germainat M*. 4 ra» 
croUent Rart*ch. ^ sMitnûmet soireit d. M». 6 cintaine .Va; M. Fi>^r*trr propntr : «1« l'Acvitaiia*. 
7 choiai« lia.\ Gaietaj Orrior .V.*. 8 ws M». 10 MOtnuHM .tf>. 11 aorM M: 13 r*mainra M». 
16 teint« Ti^bUr] stinu .tf«, trisU Ba. 18 e. Gatet* M nmt M: 21 Uia» Ma, 32 ia M». 



46 



Pièce 16. 



XIP SIECLE. 



n. engl. LïUeratur VI, (1865) 362 (Pu.); Meyer, Recueil d'anciens textes, Paris 1877, 206 (Mey.) ; 
Stenyel, Ansg. u. Abhdl. 7(1882) 65 (Ste.J, d'après itne collation de M. Suchier (St.); Foerster u. 
Koschwitz, Àltfranzos. Uebiingsbuch, 3^ éd., Leipzig 1902, 163. — Pour la ^® édit. de la Chresto- 
mathie de BaHsch (Ba.), le manuscrit a été collationné par M. Foerster (Foe.). — Nous avons 
pu vérifier nous-même quelques leçons sur le ms. — Observations et corrections: Grôber, Zeitschr. 
f. rom. PMI. VI, (1882) 474 (Gr.) ; G. Paris, Rom. XV, (1886) 448 (Pa^). — Pour le dialecte et 
la versification, voy. les renvois dans Foerster et Koschwitz l. c. — Le poème s'inspire du Cantique 
des Cantiques. ['La lecture de ce texte est assez difficile, surtout en quelques endroits où l'encre 
est j)resque complètement effacée'. P«.] 



Quant li solleiz converset en leon. 
en icel tens qu'est ortus pliadon, 
per unt matin 
Une pulcellet odit molt gent plorer 
5 et son ami dolceraent regreter, 
et si Ui dis: 
'Gentilz pucellet, molt t'ai odit plorer 
■ et tum ami dolcement regreter, 
et chi. est illi?' 
10 La virget fad de bon entendement, 
si respondit molt avenablement 
de son ami: 

'Li miens amis, il est de tel paraget 
que nëuls on n'en seit conter lignaget 
15 de l'une part. 

Il est plus gensz que soleiz enn ested: 
vers lui ne pued tenir nulle clartez, 
tant parest belsz. 

Blans est et roges plus que jo nel sai diret; 
20 li suensz senblansz nen est entreiz cent miliet, 
ne ja nen iert. 

Il dist de mei que jo eret molt bellet; 
si m'aimet tant, toz temps li soi novelet, 
soe mercid. 
25 Dolçor de mel apelet il mes lèvres, 
desosz ma languet est li laiz et les rees, 
et jo sai beem. 

Nuls om ne vit arom et ungement 
chi tant biem oillet con funt mi vestement 
30 al som plaisir. 

La u jo suid iversz n'i puet durer; 
toz tens florist li leuz de ma beltez 



por mon ami. 

Li tensz est bels, les vinnesz sont flories, 
l'odor est bonet, si l'amat molt mi siret 35 

por mei' amor. 

En nostre terred n'oset oisels canter 
sainz la torterelet chi amat casteed 
por mon ami. 

Jo l'ai molt quis, encor nel pois trovert; 40 
nen vult respondret, aseiz l'ai apeletz, 
quer lui ne plastz. 

Les escalgaites chi guardent la citez 
cil me torverent, si m'ont batuz aseiz 
por mon ami. 45 

Navrée m'ont et mon paliet tolud: 
grant tort m'unt fait cil chi guardent le mur 
por mon ami. 

Bêles pulcelesz, fillesz Jérusalem, 
por mei' amor noncieiz le mon amant, 50 

d'amor languis. 

Chine mille anz at qu'il aveid un' àmiet; 
lei ad laisiet, quar n'ert de bel serviset; 
si amet mei: 

Il li plantatz une vine molt d'olcelt: 55 

proud ne la fist, si'nn est cadeit en colped, 
or est amer éd. 

Li fil sa mered ne la voldient amert, 
commandent li les vinnes a guarder 
fors al soleiz: 60 

EU' est nercidet, perdutz adz sa beltez: 
se par mei non ja maisz n'avrat clartez 
de mon ami. 

Ainz que nuls om sôust de nostre amor. 



3 unt Ms, une Pa. 6 et si Pa. Mey. Foe.] et io Ms. Ko. 11 respon] Ms.; respondi P«. Mey. -y 
respondit Ko. 12 de son corr. de Ba. Ste.'\ sor son? Gr. Ko. ; so son Ms.; : : e so s. Foe. 18 par est les 
édit. 20 li] si Pa. 23 si] li Pa. 25 apeleid Ms. ; apeleid a Pa. 3Iey. ; apele il Ba. Ste. Ko. 26 desosz] 
Mey. Foe. ; de soiz Ms. selon Sr., Ko., desouz Pa. 28 arom et ungement] Pa. ; ar. et u(n)gement 3Iey. Foe. ; 
aromatigement Ko. ; pour aromatisement Gr. 30 a som Pa. 34 temsz Pa. 35 l'amat Pa. Foe. ; laimat 
Mey. Ko. 36. 50 mei Ms. 37 terret Pa.; n'oset] Mey. Ba.; no set Ms.; n'osât Ste. — oisels] oilset Ms. 
selon 3Iey. Sr.; corr. de Mey. Ko.; euset Pa.; eu'set Foc.; corr. en eusel (Ba.) Après e.vamen, la leçon 
oilset nous paraît assurée. 38 sainz] Pa. Foe; samz Ko.; amet Pa,; caast ed Ms. 41 aseit Pa. 
46 m'ont] Ste.; molt Ms. Pa.; mon] Mey. Foe.; mun Pa. Ko. 47 grand Pu.; mur] Pa. Mey. Foe.; 
m(u)rt Sr. Ko. 52 at qu'il] Pa. 3Iey. Ba.; atzquil Ms. 58 Le Pa. 61 Elle est Pa.; EUest Ms. 



46 



OESTK !'K< l.<)H£R£N8. 



Pièce 17. 



Ofi li mieiiHz uiniH me liitt molt s^rant ennor 
ai tems Noé, 

iJan/. Abruhaiii en fut! premien: meiutaget, 
luid in'entveiad pur ço qu'il ert plus saiveM 
et <lf grant fei. 
7(1 iHHuac i vint, Jacob et dauz Joseph, 
poÎH Miliiten et danz Abiniualec 
et SaniUel. 

Del quart edé pois i vint reiz David 
et Salanion et Roboani ses fiz 
75 et Abïa ; 

Kt ab Anios i vint IssaïaH, 
Jeu, Jiiel et <liiiii A/arïas 
et Joatam. 
Achaz i vint, uduuc fud faitet Rome: 



({uel part que alget, iluoc eft m* eoronet 80 
et mes trésor*; 

KzeIctaM, MftnaMt, JmTm, 
et Joachim et dam NuaiTaâ 

del quart edé. 

Del quint edé poiff i vint Ananiaâ, gj^ 

et MiH&el et dam Zaeharïaa 
et plussors altresz. 

Ënprés icelsz et molt altreit barunss, 
par oui mi siret meî mandatz Ha raisam, 
niei vult aveir, OO 

Il enveiad sun ani^ret a la pucele, 
rhi la saluet d'un»' inlnd/ novelet, 
en Nazareh 



17. 

LA GESTE DES LOHERENS. 

Trxtr rn'tifiur </«• M. Strntjrl. — La Mort dr (inrin le lAtherain p. p. E. I><i Mfril, I\iri» 
1862, p. 210—222, »r. 4547—4809. — Lf man,n>rnt B (Berne 113, /"/• 43/ — 44 d) a ftê pri» 
pour h<ue ; muin rinr/ mainmcn'tM >iiii lui nout appareillé* ont également terri à l'établi»*ement du 
texte, t) Miroir: A (Rtri*, Amenai 180, ./<»/. 136^ et unir.), C (Paris, Bihl. Nat. 1443 /"/. 95 d et 
."iiir.), 1) (hiri», Bihl'. Nat. 14«il, >/. 107* et unir.), L (Lille, Bibl. de la rillr, Codefroy 151>, O 
lOx/ord, Bndleian lihrarji, Bairlinmn portry \Q0). — \lAii»iie CA'A'AV.] 



Ce dist li rois: 'dame, por Deu, merchi! 
or voi je bien, correchiés est Garins. 
ï^ainte Mûrie, u a il tant gent pris':* 
je ne gart l'ore que je perde Paris'. 
.) «ire', dist ele, 'il n'ira mie ensi. 
aine ses lii)U(res jur trtiison ne tist, 
onques n'en ot talent li du» Garins, 
ainsrois destruit ses mortes anemis; 
s'il bien voloit, il vos toroit Paris*. 



'aies i, dame!' ce dist U rois Pépins, lo 

'droit li ferai, se onques li meffis'. 

dist la rOine: 'or avés vos bien dit; 

l'en ne doit mie ses haus barons laidir.' 

son escuier apela, si li dist: 

'metés ma sele orendroit, biaus amis, i^ 

el palefroi que m'envoia Garins!' 

et eil si fist volentiers, non envis. 

enmi la place Tamena tôt garni. 



t)S lui /'". 70 Joseph] Ai. J/»7/. A'o.; losep M».: losehp For. 76 /<^ii proposé* par Ste. et 
appronrér p. (ir. Ko.; «t ab i uint issaUs amo:: J/«. : Âmot (et) Issaias Ba. .Vrjr.; Amo* iMMlaa BtL, 
S5 pois] ffititté «elon Sr.-y Ste. Ko. le jinppriinent. 87 pluaore Ai. 89 roaodau] Ai; aadats M*; 
m«(n)diitz .Vei/. Fve. ; raisun P>i. 02 salued . . taludt novele Ai. 

17. 1 et d. .1, Dit li r. d. p. lamor d. m. L. 2 aprh re pen, h mu. A ^fonie: molt m* 
repent iiue rien t\z contre li. 4 quil me toille F. A. 5 fait ele D; m. imï L. 6 tins C, onc LO; 
voir t. ne f. I>, t. ne soffri B; a. t. s. 1. n. f. A. 7 o (n'o.) tal. nen ot .10. 8 a. goarroie -i. 
9 8c b. V. />. 10 A. i dont B. H le f. B; s'o. rien .1, se o. rien U forfit />. 13 on B; «on bon 
baron 1. .1. 14. apelle .1/'. 15 la s. f'O; va met ma s. am. se dex t'ait .1. 16 à 19 manqurnt CO. 
16 manquf BLD. 17 maintenant sani respit />; et cil reapont ^dame dist il) tôt a Tostr* deris (plaisir) 
AL, i/ni ajoutent: la sele raist el palefroi de pris (met et le Crain aatrMi). 18 mamqtie A; pois U 
amainnent au perron soz le pin L. 



47 



Pièce 17. 



XIP SIECLE. 



el palefroi- la roine s'asist. 

20 .X. chevaliers en maiiine avecques li 
et .111. puceles a gent cors segnori, 
desor Grant-Pont que l'en dist a Paris 
a encontre la roine Garin, 
et com' il voit la roine venir, 

25 'u aies vos, dame?' ce dist Garins. 
dist la roine: 'vos aloie vëir, 
com mon fin cuer et mon loial ami. 
a de vos garde l'emperere Pépins?' 
'nenil, ma dame, foi que doi Saint Denis.' 

30 parlant s'en vont vers la sale Pépin ; 
li rois se drece, quant le^ Loherenc vit, 
ses bras li tent, bêlement li a dit: 
'frans chevaliers, bien puissiés vos venir!' 
et dist Garins: 'la vostre grant merci!' 

35 'frans rois', dist il, 'je sui venus a ti, 
que me rendes le castel de Belin 
et le Valdoine et Mont-Esclavorin. 
je vos donrai entr' argent et or fin: 
plus n'en poroient porter .iiii. ronci.' 

40 et dist li rois: 'je le vos quit, amis.' 
li Loherens la nuit jut a Paris, 
il s'en torna, com' il pot plus matin, 
par ses jornees droit a Orliens en vint, 
il passa Loire, si entra en Berri, 

45 destruit Boorges et trestot l'abati 
et de Limoges refist il autresi. 
des ci a Blaives ne prist il onques fin, 
porcache nés et grans calans furnis, 



passe Geronde, en Gascogne se mist, 

il prent Bordele et par terre la mist, 50 

si durement la terre art et briii, 

jusc'a .VII. ans n'en porent il jôir. 

li dus a fait ses bons castiaus garnir 

que li dona l'emperere Pépins, 

et les dona et Hernaut et Gerin. 55 

vait s'en li dus, de Rigaut congié prist, 

en Loherainne s'en vint en son pais, 

ses chevaliers et sa gent départi, 

or et argent lor done a lor plaisir. 

li dus remaint, il et Gerbers ses fix, 60 

bien fu .iir. ans, c'onques guerre ne fist, 

ains se repent et claime las caitis, 

ses peciés plore al soir et al matin, 

de ço qu'il a tans homes mors et pris. 

par sains abés, par prestres benëis 65 

requiert les trives vers Fromont le marchis. 

covent lor a qu'il fermera Monclin 

tôt ausi bien, cou le jor qu'il chai. 

por son conpere, por son fiUuel Garin 

requiert la pais et les trives a pris, 70 

molt richement a fait fermer Moncliu; 

endementiers a li dus le crois pris, 

il a mandé Guillaume de Monclin, 

Fromont le conte et son fil Fromondin, 

si a mandé l'evesque Lancelin, . 75 

Haim de Bordele, Fouchier et Hardôin. 

a Verdun vinrent, ensi con je vos di, 

ne furent pas de gent a eschari,. 



19 se sist C; elle monta que n'i a terme quis A, la dame monte que plus n'i atendi L. 20 cent eh. mena 
D, en mena ovec lui 0, a menez de haut pris A. 21 au(u) g. c. OC, as gens c. signoris ADL. 22 desus 
O, sor Petit Pont Z), que on B ; ont encontre Garin L. 23 manque L ; le Loheran G. T). 24 manque 
D; et manque (Come), Quant li dus ^1, tout maintenant que la r. vit X; com Stengel; le ms. A ajoute: 
celle part tome les bras au col li mist. 25 ou a. d. ce d. li dus gentils A, ce li a dit D. 26 et d. la 
dame A, a non deu sire D. 27 c. m. franc c. ACO, comme m. c. L- com m. 1. a. O ; après le v. 27, 
A ajoute: mais or me dites ne me devez mentir. 28 or me dites amis sire Garins D. 29 nen. voir 
dame O; A ajoute 7 vers. 30 en la s. a Paris D, au palais seignori L. 31 se lieve 0; com B. 
34 et d. li dus A; dist G. sire diex vos puist beneir L. 35 f. empereres -D; fet il CO; je s. v. ici 
O ; je vos dirai por col sui venus ci A, qui ajoute : prier vos voel et je [et] mi ami. — 36 que te 
me rendes LD. 38 et a. et or f. DO; se v. volez ne a. ne or f. A. 39 p. ne p. O; Donrai vos en 
chargiez IIII r. A. 40 j. les v. A; amis (frère) je les (le) v. q. LO. A ajoiite 3 vers. 41 jut 1. n. 
BL. 42 et s'en CLOD^ puis s. A ; com Stengel. 43 a O. d. en v. O. A ajoute 2 vers. 44 puis 
p. L. A; levé si 0. 45 Borges d. A; d. (vint a D) B. trestote l'a. COB. 46 Limoge Stengel. 
47 diluée a B. A; ne pristrent o. f. C. 48 p. très L- et g. chalanz corsiz CD. 50 il prist B. AL; 
l'a misi; OL ajoutent: jusqua hauz (as granz L) murs que firent Sarrazin. 51 bruïst ^C, esprist ZO, 
praïst D. 52 devant VII a. D; nen poront BD. 53 les b. ch. AD. 54 1. rendi A. 55 il les livra A, et 
il 1. done X>. 56 et d'ax toz c. p. D; v. s'en Garins quant il ot congie pris A^ qui ajoute: des quel 
damage que onques puis nel vit. 57 en vint CD; onc ne fina si v. L. 58 et ses jenz d. ALD. 60 li 
d. remest o lui Girbert son fil L. 61 que il g. -4; ni f. C. 62 a. s'en r. O; et se cl. ch. D. 64 t. 
h. fait morir L. 65 p. moines b. BL. 66 r. la pais AL; v. F. le postis L. 08 com Stengel. 
70 manque A ; et 1. t. en prist L. 72 endementieres B : lors prist la c. 11 Loherens Garins L. 73 puis 
a A. 76 manque D; Foucart et H. LO. 77 vienent A, tult cil (icil) que je v. di LD; com Stengel. 



48 



GESTE DES LOBERENS. 



Pièce 17. 



qu'en lor coin|ia(;ne n'en ëast bien .m. mil; 
bOuMainblé Hont tôt droit el val Qerin. 

el val (ierin usunblent li niarchis; 

ilec avoit .1. franc c-Ierc sejfiiori, 

forment «e paine de Damredeu servir, 

hermitea fu, si repairoit enqui; 
8& chvpele i ot, nutt plus bêle ne vit. 

ilec asanble li Loherens («arins 

ses vavasors dont i ot plus de mil, 

il et Gerbera et Hemaus et Gerins. 

Garins parole qui ot cuer enterin : 
90 'sire (Juillaunie, li sire de Mondin, 

tu les mes hom de mon fié a tenir 

et mes parens et mes riches amis. 

|Mir mes pecliiés, biaus sire, ai la crois pris, 

outre la mer irai as Sarrasins; 
U5 se nule rien a nul jor vos forfis, 

a tos vos pri por amor Deu merci. 

chi remanra l'enfes Gerbers, me» fix, 

s'ostes si home, de lui devés tenir; 

s'il a mestier — jones est et mescins — , 
100 aidiés li, sire, si ferés que gentis. 

se Dex ço done que puisse revenir, 

vos volentés ferai et vo plaisir.' 

'comment, diable':" li quens Guillaumes dist, 

'vos otroiastes, quant tenistes mon fil, 
105 tos les marchiés de il es quite a tenir; 

il n'en a nul, ne il n'en est saisis'. 

'merci por Peu!' ce dist li dus Garins, 

bien 11 tenrai ço que je li promis.' 



.1. TSTaflors M Uere, en pies ne miiit 

qui la parole de Guillaume entendi. 110 

'sire', dist il, 'entendéit envem mi! 

il fa vertétt, li Loherens (iarinit 

.1. des marchiés otroia voitre fil, 

tôt le mellor que porrTés coiair, 

cel do demerquea u cel do gamedi IIB 

u, s'il vos plaint, icelui do lundi.' 

Guillaumes l'ot, a poi n'enrage vis: 

'fols vavasors, malënrés caitis, 

a vos que tient de nos plais maintenir?* 

'en non Deu, sire, bien me doit avenir 120 

de la droiture parler le duc Garin'. 

Guillaumes l'ot, a poi n'enrage ris. 

il trait l'espee dont li puins fu d'or fin; 

le vavasor va Guillaumes ferir, 

tôt le porfent devant jusques el pis, 1S5 

mort le trébuche devant le duc Garin. 

li dus le voit, a .poi n'enrage vis, 

dist a Guillaume: 'vos avés trop mespris, 

quant devant moi avés mon home ocis.' 

et dist Guillaumes: 'ne le poés garir; 130 

que vos mëismes en covient a morir.' 

'por Deu. compère', ce dist li dus. 'merci! 

jo ai le crois et si vois Deu servir. 

s'ensi le faites, come avs entrepris, 

Deu en perdrés et son saint paradis.' 135 

ii Loherens est el destrier salis, 

ne doute plus vaillant .1. angevin. 

vait s'en li dus, c'onques congié n'i quist, 



7!) En 1. O; comp. eatoient />; .X. m. A; nen eussent b. m. C. A ajoute: por le fVanc doc qui 
voloient murtrir. 80 trestot el v. .1. 8'J fin cl. D. 84 et rep. {qui />. Apr^* 85i D ajitutr : U 
«ont venu por la pes establir. 8U ileuques vint IK 87 ef 88 interrrrtU dan* />. 87 s. chevalMn 
.1, si V. A 88 Gerbers ses flz .1, lui Girbert /.. I) ajoute .7 ver*. 89 a coer e. />; U cImv»> 
liers gentis li. D ajoutr: entendez moi franc chevalier jentil. 90 oies G. lorgoUloe d. M. L: va ci 
G. D, le seignor 0J>. 91 et de m. f. saisis fj : qai est m. h. de hait f. a t. D. 0*2 et m. con» 
pains 1>; et m. compères et m. a. ce cuit .1. 93 b. s. la c. p. O. QQ y. cri CLO, p. l'a. d. L. 
98 s'e. ses hom .1, ses homes estes L. 99 por dex qui ne menti C. 100 si U aidi«t D; li L q. 
mcschin O. 102 vo volente B, vostre talent C; ferez L; et vos plaisirs D. 104 ^t »Mir. ma$»qmtml 
1.. 104 com levastes B 105 .1. des (que les 0) m. (et le marchitf />) d. H. li prooMix ACOD. 
106 a mie n. pas D. 107 m. compère li dus G. a dit .1. 108 b. 1. rendrai OI); ce q. li p. A. 
109 .1. V. se 1. (tantost) en p. sest mis OD; .1. chevaliers sen est en p. saillis .1. 111 fet U COD\ 
e. (escotez) .1. petit 0I>. 112 veritez fu .1. 118 une des marches O. \\\ — 5 inlerrertis dam* D, 
115 cil . . . cil HO: dimescre />, dismesgre O; juesdi .1, lundi <\ 116 et sil (s« U) v. p. o niai O; 
(lel jeudi C, 117 nesrage H. 118 f. chevaliers .1. 119 de vos plus a tenir .1. 120 • n. ^, a. a. 
C/>; b. men /i; sovenir .1, meintenir <\ 121 p. al d. G. .1, al Ltfherenc G. B. 122 natraga B. 
125 quil le p. trestot />; d. jusque (deci que .() enz ou p. l.'OA. 126 m. labati />; m. la raa d. 
les piez G. .1. 127 nesrage B, 129 que AO, qui />; voiant m. O, IHQ ne la p. (porroix D) g, 
ACOD. 181 en (i) c. a m. PA; en couvendra m. O. 132 avoi c. ce d. li d. Garins .1; por amor dan 
m. B. 188 et si doi />; si en ▼. A, 184 com Stengel; c. l'a. />; dont soi par vos trais .1. Afrin 
184, COD ajoutent : et reprochié sera a voz amis. 137 nel C; nés d. puis />. puis ne lee (la Ô) d. 
AO'j V. .1. parisis -1. 138 li d. o. c. O; ni prist CO; que c. ni a pria A ; onqnes U d. a eoa c ne priât D. 
BARTSCU-WIESR, Chrestomathie. X* Éd. 4 



49 



Pièce 17. 



XII* SIECLE. 



dejoste lui et Hernaus et Gerins, 
140.Gerbers li pros k'ert chevaliers hardis. 

adont escrie l'evesques Lancelins: 

's'il vos escape, vos estes malbaili.' 

Ja s'en alast descombrés et garis, 

cant d'un agait li sali Fromondins 
145 a bien .xl. chevaliers fervestis. 

la vëissiés .i ester esbaudir, 

tant chevalier contre terre flatir; « 

oit l'ai dire, et vérités est il: 

gens désarmée ne puet armé soffrir. 
150 de tos les homes al Loherenc Garin 

mien escient n'en escapa que .x. ; 

trestos les ont detrenchiés et ocis, 
■ desos Garin ont son cheval ocis. 

molt durement fu li dus esbahis; 
t55 or set il bien, ne le pora garir. 

la se defent con chevaliers hardis, 

cope visages et puins et bras et pis, 

plus de .XL. lor en i a ocis. 

qui dont vëist et Hernaut et Gerin, 
16G corne il le font as brans d'acier forbis ; 

Gerbers aide son père a maintenir, 

mais ne le pot sauver ne garandir; 

con plot a Deu, si le covint morir. 

Garins a dit: 'aies vos ent, biaus fix, 
165 vos et Hernaus et li vasaus Gerins! 

tôt estes mort, se demorés ichi; 

de totes pars voi ge lor gent venir'. 

vueleut u non, les en a fait partir; 

desci a Mes ne prisent onques fin. 



vers le capele, que li hermites tint, 170 

s'en vint a pié li Loherens Garins ; 

l'espee traite et l'escu avant mis, 

trestot a pié deffendant s'en parti. 

ens el mostier li dus se lance et mist, 

desor l'autel va son escu offrir, 175 

Deu reclama qui onques ne menti: 

'mesfait vos ai, sire, ce poise mi. 

si voirement, con pardonas Longis 

le cop mortel, sire, qu'il te feri, 

si voirement aies pitié de mi! 180 

se je poisse, je t'alaisse servir 

outre la mer entre les Sarrasins.' 

a tant es vos l'evesqne Lancelin, 

lui et Guillaume l'orguillcs de Monclin, 

Fromont le conte et son fil Fromondin! 185 

de lor parage font le mostier enplir; 

li quens Guillaumes son compère feri, 

grant cop li done de l'acier poitevin, 

parmi le cors li mist l'espié bruni, 

que .II. des costes li a brisié purmi; 190 

li cols fu grans, a la terre chai. 

li Loherens est en pies resalis, 

dont trait l'espee, quant il la mort senti, 

de ruistes cols mervellox i feri, 

que de plaies que navrés que ocis 195 

plus de .xiiii. li dus en abati. 

adont le fiert l'evesques Lancelins, 

li quens Guillaumes, Fromons et Fromondins, 

mort ont le duc, Dex li face merci! 

autresi gist Garins entr'iaus ocis, 200 



140 G. son fil -B; qui molt estoit h. ACO; li preuz G. et li umeneviz D. 141 sescrie 0. 142 sil 
nos e. nos somes AD; tuit boni JJ. 143 Bien A. 144 com -K. 145 o b. J); LX. C, .II. M. A. 
145 fier e. ^1; esbaudi C, respandi 0; CDO ajoutent: tante ante freindre (tant hanstes freites 0) 
et tant escu croisir. 147 gésir B. A ajoute 5 vers. 148 mais on loit d. C. 149 gent Stengel; ne 
p. autre s. i>. 151 escïentre B; nen eschaperent .X. D. 152 d. et maumis 0, et d. et pris A. 
153 s. ch. malmis B. 155 et s. de voir B; ne la COB, que ne A. 156 il s. d. A; com Stengel; c. 
ch. gentis B. 157 et b. (testes 0) et puins CBO. A ajoute: oui il ataint il le covient morir. 158 que 
plus de .VII. C. 160 forbi 0. A ajoute: de bons vassax lor peust sovenir. 160. 163. 178 com 
Stengel. 161 manque C. 162 puet ACO; tenser B. 163 sel c. a m. 0; car a d. plaist J^; si le 
covient m. AB. 164 et dist G. ^ ; a Girbert dit B. 165 et ses frères G. B. 166 se romanes B. 
167 V. la (voient) 1. AO; vit lor grant B. A ajoute 6 vers. 168 en estent p. O; lor fet lestor 
guerpir B. Après 169, A ajoute 2 vers. 170 q. li h. fist A. 171 son va 0, se traist B; de 
Mes li L. CO; en est venus li L. jentils A. 173 d. sont p. B. 174 sa 1. m. B, corant se m. B. 
175 desus CO. 179 quil (dont) vos CA, quant te B. 181 p. a. vos s. A. 182 a drnt passaje B; 
contre COB; les Arrabiz A. 184 le segnor de M. -4. 185 li quenz et ses fiz F. A. (86 le mostier 
font de lor linage e. A. 188 à 190 manquent B. 188 de l'espiel p. -1. 189 el (du) c. li met le 
fort e. (froit acier A) b. COA. 191 a genox l' abati -4; que a la terre maintenant labati B. 192 li 
L. sus en p. resailli A. 193 et t. (prist O) l'e. CBO; que de la m. fu fiz -D; a .II. mains tint le 
riche brant forbi A. 194 des B. A ajoute: cui il consiut il le covient morir. 195 de n. et d'o. A. 
196 p. de .XL. ou mostier a. A; li bers en a malmis B. 197 adont li vient A; lors li quens L. 
O. Après 198, A ajoute 4 vers. 199 m. et sanglant A. 200 autretez A; g. li dus B. 



50 



GESTE DES LOHKIîI N 



Piè08 17. 



coD fait li chaiinett entre le boii petit. 
Fromons s'en torne, li sien en nont parti, 
dans de Mes doutent qui ont levé le cri. 
a tant en toh .1. servant u il vint! 

205 il eatoit muiro!* al Loherenc Uarin, 
TÏt son Hegnor u lu terre geitir, 
caida, mors fnst et que ne fuat pan vis; 
encor i ert l'arme, ce m'est u vis. 
li maires tint son sejp^nor por murtir, 

210 hauce une hace que entre ses mains tint, 
le bras senestre li a copé parmi, 
en blanr ar^çent le metra il, ce dist. 
li dus se pasme, cant la dolor senti, 
uevre ses ieus, a son maior a dit: 

'.M.') 'amis, biaus frère, por coi m'as tu ods?' 
li mailes l'ot, a poi n'enrage vis, 
il s'a^enelle, se li crie merchi: 
si m'&it Dex. aire, por bien le fis.' 
cil li pardone et de Deu et de li, 

'220 l'arme s'en part et li cors s'est«ndi. 

es vos l'ermite qui droit al cors s'en vint! 
l'arme commande, son sautier i a lit 
et li bons maires isnelement en vint 
a tôt le bras (que il ne vot guerpir, 

22.^ qu'il en aporte) de son segnor Gariu. 
Oex, quel damage do chevalier gentil! 



• tant M TOI et Uerbcrt et Gerio, 

ensamble o iaus le vallet Hernaudin! 

en Gerin-val est enterrés Garina 

delés l'ermite qui la capele firt. 380 

li bon borjois de M«'rs la noble dt 

virent venir et (terbert et Gerin 

tes esmaiéfi, deatrois et desconlis, 

demandent lor noveles de (tarin. 

ias', dist Gerbera, 'mes perea est oeit.* 389 

qui dont vëist la bêle Beatns 

ses temples traire, esgratiner son via, 

SOS ciel n'a home que pitiés n'en presist. 

elle regrete le Loherenc Garin: 

'tant mar i fnstes, frans cbevalien gentia, '240 

voâ estïés mes sire et mes amis.' 

a tant es vos la bienfaite Aelis! 

adont commence et li dueus et li cria. 

bien le sadéa, segnor, trestot de fl! 

puis que fu moi? U Loherens Garina, 246 

les M. serors, si com moi est a vis, 

qne ne vesquirent que .iii. jors et demi, 

a Saint-Emoul les ont en terre mis, 

en .II. sarkeus de marbre vert et bis 

furent li cors des .ii. ducoises mis. 250 

Gerbers ot duel, cant sa mère mori, 

autres! ot et Hemaus et Gerins. 



201 com SteiigH; delez le b. D. 202 sen 8. p. COD. 203 donte COJ); qall o. O. 204 .1. varaMor 
qui V. AC. 205 cil AJK COD ajoutent: I. sien prevost que il avoit norri. 206 devant laotel g. />. 
207 c. f. m. C; et quil ne ^'0; et dou niecle partis .1. 208 e. eit l'a. enz el cor» ce m'e. ria O. 
20!) tient />. 210 h. la A, hauça un O; voouge CO; h. un vert branc />; que il en •. A. 211 que 
1. b. destre .1. 212 ce a dit D, m. ce dist A. 213 com B; se p. grant angoisse sofH D. 214 ottI 
f^\ lez euz COD-, les iex ovri .1. 21<i neerage B. 217 il se genoille .1. Aprr» 21», A njoulr : et a 
toz cex qui son cors ont roalmis. 220 li cors settent et l'a. sen parti />. 221 al c en r. AIK 222 i a 
dit ('/>. 223 sen v. ACO. 224 o t. AD; s'estoit mis au chemin />. A ajoutr : de son segnor qn« 
il ne vost nuisir. 225 que il en porte O. 22U ch. hardi .1. 228 le v. Mavoisin B; et arec ex Hemaat 
le franc meschin .1. 229 enz el mostier ont enterre Garin .1, q'i* <ij<>»tr : devant laotel au pitf da 
crucetiz. 230 avoc D. 232 et Hemaut et G. COD; en sont dolant correcii? et marri .1, «/m» njnute : 
Garins fait duel et Hemaus et Gerins. 233 et trestoz d. />; arrier retornent droit a roez la fort cH 
.1, '/»/(' (iJDiitr : et li borjois sont a l'encontre mis. 234 demande C, demandoit />; U B. 2:^7 Ma 
nheva.x t. et esgrater s. v. A. COD njontmt S rem: d'an (l'un '>/>) puing en ^sor 1' O, a |' D) 
autre par anguissc ferir (flatir />), le sunc vermeil par les ongles cscir (chair I>, p. angoiaae saillir O). 
23ît com cl (ele B) COB. 240 com .1. 241 m. père et /'. m. ami« AlK COD ajoutent: qn'arat 
perdu sire Girbert biau fiz. 242 lors est venue D. 243 puis ai enforce D. 245 manqHe D, qui 
répète le rerit 240. 24«) puis que fu mors Garina D. 247 puis .1, si C, qnU O; .m. mois «t d. O. 
250 dames asis .1. 251 com B; feni .1. 



61 



Pièce 18. 



XIP SIECLE. 



18. 

AMI ET AMILE. 



Amis et Amiles und Jourdains de Blaivies (nuch der Pariser Handschrift B. N. fr. 680j 
herausgeg. von K. Hofmann, 2- Aufl. Erlangen, 1882. p. 84 — 92, v, 2917 — 3207. Voir Schwieger, 
Zcitschr. f. rornan. Phil. IX. 419 et suiv.; Andresen, ibid. X. 481; XVI. 223. — Amile se décide 
à sacrifier ses fils pour son ami malade, qui ne peut guérir que par le sang de ces enfants. — (Le 
manuscrit, fidèlement reproduit par M. Hofmann, confond les s et les z. Nous n'avons rectifié cette 
graphie du manuscrit que dans les cas, toujours indiqués en note, où des difficultés auraient pu 
naître de cette confusion.) 



Li cuens l'entent, si conmence a plorer, 
ne sot que faire, ne pot un mot sonner, 
moult li est dur et au cuer trop amer 
de ses dous fiuls que il ot engendrez, 
5 con les porra ocirre et afoler. 
se gens le sevent, nus nel porroit tenser 
c'on nel fëist et panre et vergonder. 
mais d'autre part se prent a porpanser 
don conte Ami que il pot tant amer 

10 que lui mëismes en lairoit afoler, 
ne por riens nulle ne le porroit vëer, 
quant ses compains puet santé recouvrer, 
c'est moult granz chose d'omme mort restorer, 
et si est m ans des dous anfans tiier: 

15 nus n'en porroit le pechié pardonner 
fors Dex de glorie, qui se laissa pener. 
'Dex!' dist Amiles, 'qui tout as a sauver, 
cist hom si mist son corps por moi tanser 
en la bataille don traiter Hardré. 

20 quant je li puis de moi santé donner, 
de mes anfans que je vols engendrer, 
(de moi sont il, por voir le puis conter, 
l'ore soit bonne que Dex les flst former!) 
quant mes compains en puet ce recouvrer 

25 que hom qui vive ne li porroit donner 
fors Dex de glorie, qui tout a a sauver, 
je nel lairoie por les membres coper 
ne por tout l'or c'on me sëust donner, 
qu'a mes dous fiz n'aille les chiés coper, 

30 por Ami faire aïe. 

Amis compains, puet ce iestre vertez 

que vos a moi ci devisé avez, 

de mes dous fiz seroiz resvigourez 

quant vos seroiz dou sanc d'euls dous lavez? 

35 li vostres diz n'en sera trespassez." 



lors ist Amiles trestouz abandonnez 

hors de la chambre, en la sale est entrez, 

ceuls qui i furent en a trestoz gietez, 

serjans, vaslés et chevaliers menbrez, 

n'i remest hom qui de mère soit nés. 40 

les huis ferma, si les a bien barrez, 

les chambres cerche environ de toz lez, 

que aucuns hom ne fust laienz remés. 

quant voit qu'il est laienz bien esseulez, 

c'or porra faire toutes ses volentez, 45 

s'espee prent et un bacin doré, 

dedens la chambre s'en est moult tost alez 

ou U anfant gisoient lez a lez. 

dormans les treuve bras a bras acolez, 

n'ot dous si biax desci en Duresté. 50 

moult doucement les avoit resgardez; 

tel paor a que chëuz est pasmez, 

chiet lui l'espee et li bacins dorez. 

quant se redresce si dist con cuens menbrez: 

'chaitis, que porrai faire?' 55 

Li cuens Amiles fu forment esperduz, 
a la terre est envers pasmez chëuz, 
li bacins chiet et li brans d'acier nus. 
quant se redresce, dist com' hom percëuz: 
'ahi', dist il, 'chaitis! com mar i fus, 60 

quant tes anfans avras les chiés toluz! 
mais ne m'en chaut, quant cil iert secorrus, 
qui est des gens en grant vilté tenuz 
et conme mors est il amentëuz; 

mais or venra en vie.' 65 

Li cuens Amiles un petit s'atarja, 
vers les anfans pas por pas en ala; 
dormanz les treuve, moult par les resgarda. 
s'espee lieve, ocirre les voldra, 
mais de ferir un petit se tarja. 70 



5. 54. 59 com. 10 meismez. 
34 douz. 35 dis. 43 remez. 60 fuz. 



13 grant 3Is. H. 21 vols. 32 voz. 
61 auraz. 68 dormant Ms. H. 



33 seras Ms. H. 



52 



AMI ST AMILE. 



Pi. 



18. 



li ainzués frères de Teflroi s'ettreilla 

qae li cuens mainnc qui en la chambre entra. 

l'anfes se tome, son père ravina, 

s'espee voit, moult forant paor en a, 

75 son père apelle, hI l'en arraisonna: 
'biax sire percH, jwr Deu qui tout forma, 
que volez faire? nel me relez vos ja! 
ainz mois nus pères tel chose ne pensa.' 
'biaus sire Huis, ocirre vos voil ja 

80 et le tien frère qui delez toi esta; 

car mes compains Amis qui moult m'ama, 
(lou sanc de vos li siens cors garistra, 

que jfietez est dou siècle'. 
'Bia\ tresdouz pères', dist l'anfes erramment, 

85 'quant vus coni pains uvra (tarissement 
se de nos sans u sor soi lavement, 
nos sommes vostre de vostre enjEj^enrement, 
faire en poez del tout u vo talent. 
or nos copez les chiés isnellement! 

90 car Dex de glorie nos avra en présent, 
en paradis en irommes chantant 
et proierommes Jhesu oui tout apent 
que dou pechié vos face tensement, 
vos et Âmi, vostre compaingnon gent. 

9fi mais uostre mère, la bêle Belissant, 
nos salUez, por Deu omnipotent!' 
li cuens Tëit, moult -grans pitiés l'en prent 
que touz pasmez a la terre s'estent, 
quant se redresce, si reprinst hardement. 
100 or orroiz ja merveilles, bonne gent, 
que tex n'flistes en tout vostre vivant, 
li cuens Amiies vint vers le lit esrant, 
hauce l'espee, li ttuls le col estent, 
or est merveilles se li cners ne li ment: 
105 la teste cope li pères son anfant, 
le sanc reciut el cler bacin d'argent: 

a poi ne ohiet a terre. 
Quant ot ocis li cuens son til premier 
et li sans fu coulez el bacin chier, 
110 la teste couche delez le col arrier; 

puis vint a l'autre, hauce le brant d'acier, 
le chief li tranche trespamii le colier, 
le sanc reciut el cler bacin d'or mier, 
et quant l'ot tont, si mist la teste arrier. 



les dous an/ans couvri d'nn tapis rbier. 116 

hors de la chambre ist U cuens sana targier, 
moult para fait les huis bien TerroUlier. 
%n conte .\mi vint Amiies arrier, 

qni el lit jut malade». 
An conte Ami est Amiies venns, iSO 

qui jut malades entre les an velus, 
le bacin tint plain de sanc et desus 
don sanc ses finis cai il avoit tolns 
les chiés des cors et copez par desaz. 
Amis le voit, moult en est esperduz. 126 

or se démente et dist: 'las! tant mar fus, 

que tu venis en terre.' 
Quant Amis voit le sanc el bacin cler, 
sachiez de voir, n'i ot qu'espOenter. 
a tant ez vos dant Amile le ber. iso 

son compaingnon en prinst a apeller: 
'biaus sire Ami, or pOez bien lever! 
se par tel chose puet vostre cors saner 
et Dex de glorie' vos weult santé donner, 
de mes dous finis que je ai décelez 135 

ne plaing je nul, foi que doi Saint Orner.* 
Amis se lieve, si conmence a plorer. 
son compaignon puet il bien esprouver. 
que volentiers il li voldroit donner 
sa garison, s'il la pooit tronver. 140 

une grant cuve fait Amile aporter, 
son compaingnon a fait dedens entrer; 
mais a grant paingne i puet cil avaler, 

tant fort estoit malades. 
Or fu Amis en la cuve en parfont. 145 

li cuens Amiies tint le bacin rëont, 
dou rouge sanc li a froté le front, 
les iex, la bonche, les membres qu'el con sont, 
jambes et ventre et le cors contremont, 
pies, cuisses, mains, les espaules amont: 150 

dou sanc par tout le touche. 
Amiies fu et preudom et gentiz. 
son compaingnon, qui ot a non Amis, 
levé dou sanc et la bouche et le vis. 
monlt puet bien croire que il est ses amis, 155 
quant ses dous finis a !<i por lui ocis. 
oiez, seignor. cum' oavra Jhesncris! 
si com' il touche le sanc el front Ami, 



77. 79. 82. 93. HA voi. 85. 90 aura. 84 très d. 87 noz somioM. 89. 96 aos. 91 iroamex. 
!)2 proierommez. 101 oistet. 112 très par m. 115 doux. — d'un riche tapis eh. .V«. /f. 117 par a. 
122 de jus liartuch; pi. desoux et desuz ToMer. 126 tau V\0. V14 vos. 1.35 doui. 154 levé .V* ; 
lave //.; lava Bartitch (?• éd.). 156 doux. 157—8 com. 158 Anb .'/«. If. 



58 



Pièce 18. 



XIP SIECLE. 



li chiet la roiffe dont il estoit sozprins, 

160 les mains garissent, li ventres et li pis. 
quant or le voit Amiles, ses amis, 
Deu en rent grâces, le roi de paradis, 

et ses sains et ses saintes. 
Moult fu Amiles li cuens de joie plains 

165 de ce qu'Amis estoit garis et sains. 

or connoist bien d'Ami les blanches mains, 
andui font joie, de ce soiez certain, 
'he ! Dex !' fait il, 'biaus pères souverains, 
graciiez soies et tuit li vostre saint, 

170 Max père esperitables !' 

Quant Amis fu et garis et haitiez, 
sachiez de voir, moult fu Amiles liés, 
lors fu Amis acolez et baisiez 
et Dex de glorie loez et graciiez. 

17511 cuens Amiles qui fu bien enseingniez 
cort en sa chambre, bons dras en a gitiez, 
dous paire ensamble, bien en iert aaisiez, 
cotes, sorquos, mantiauls bien entailliez, 
d'osterin furent moult bien appareillié. 

180 Amis se vest, qui est sains et haitiez, 
et il mëismes s'en est bien atiriez. 
or n'est nus hom, de verte le saichiez, 
qui les dous contes vëist si atiriez, 
que l'uns de l'autre par lui fust ja triiez, 

185 tant fort se resambloient. 

De chieres robes sont vestu li baron, 
tant s'entresamblent de vis et de menton, 
dou contenir, del nés, de la raison, 
que les dous contes ne desseverroit hom, 

190 qui est Amiles ne Amis li barons. 

quant vestu furent, si vont a Saint Simon: 
c'est uns monstiers qui est de grant renon. 
la famé Amile a la clere fason 
estoit alee por faire s'orison, 

195 et de la gent i ot a grant fuison. 
ez vos Amile et Ami le baron 

qui dou palais descendent. 
Jus dou palais descendent main a main; 
li dui baron, qui ont les cuers certains, 

200 sont descendu dou palais jus au plain. 
bien resamblerent ambedui chastelain. 
moult les esgardent et borjois et vilain, 



ne sevent pas ne ne sont bien certain, 

li queuls d'euls dous est lor sires souvrains* 

tuit en sont en doutance. 
Des dous barons conseillent celle gens, 
car il ne sevent faire devisement, 
li queuls est sires, a cui l'onnors apent, 
tant sont li conte yngal et d'un sanblant. 
li compaingnon n'i furent arrestant 
jusqu'à l'église, ou estoit Belissans, 
la famé Amile, qui moult ot le cors jant. 
main a main entrent dedens lor chiés saingnant. 
dite iert la messe, s'en issoient la jans. 
la famé Amile s'en venoit ausiment; 
mais quant el vit les contes en presant, 
se s'esbahi, n'en soiez merveillant. 
toute pasmee a la terre s'estant 
de la merveille que elle voit si grant. 
au redrescier i corrent plus de cent, 
quant se redresce, si parole en oiant 
'seignor', dist elle, 'por Deu le roiamant, 
je sai de voir et croi a encïant, 
l'uns de vos dous a en moi part moult grant, 
et s'est Amiles li hardis combatans; 
mais je n'en sai faire connoissement.' 
ce dist Amiles: 'vostres sui, Belissant, 
et vez ici Ami le combatant 
qui a le mal souffert tant longuement; . 
mais Jhesucris l'en a fait sauvement, 
que garis est, si com' est apparant.' 
la damme l'oit, ses mains vers Deu en tant, 
la s'agenoillent plus de dous mille jans 
qui tuit en rendent merci au roi puissant, 
sonnent cil saint et cil clerc vont chantant, 
et de pitié en plorent plus de cent, 
ce dist Amiles : 'ne faites joie tant ! 
ansois devons mener dolor moult grant, 
car mi fil sont ocis et mort sainglant. 
je les ocis a mon acerin brant, 
si lor copai les chiés tout voirement; 
le sanc retins en un bacin d'arjant 
et si en fis a Ami lavement. 
il ot tantost de mal garissement. 
mais tout ce fu par l'amonestement 
Jhesu le père qui touz les biens consent. 



205 



•210 



215 



220 



225 



230 



235 



240 



Î45 



169 soiiez voz et tuit Ms. If. 176 gitiez] gietiez; corrigez sachiez? B(t. 177 II. paire i/v.; aaissiez 
Ms. ir, 179 appareilliez M.f. H. 181 meismez. 183. 189 douz. 190 baron Mit. H. 196 voz. 204. 
224 douz. 206 gent. 214. 233 jant. 224 voz. 233 de II. mille Ms. H. 238 ansoiz. 242 retinz. 



54 



AuacAMa 



Pièce 19. 



or en venei, «i verrez mon tomient 

et mon martyre et mon duel qui est gruis. 

quunt le» uvronH enterrez richement, 

2fiO puis no8 copee les cbiés de maintenant, 
car (leservi l'aTommea.' 
Ce dist Amilea a la chiere membree: 
'venez en tuit! bonne gens honorée, 
serjant, borjois, chevalier, jfens letree, 

2561a sus amont en la Haie pavée, 
et si verroiz tuit la fort destinnee, 
onques si dure ne fu mais esgardee.' 
lors vëissiez par moult gmnt estrivee 
corre les gens avant de randonnée: 

260tre8tuit en montent en la sale pavée, 
sonnent li saint ])ar tttute la contrée, 
por les unfans fu moult (^runs la crïee. 
la vëisHiez mainte crois uportee, 
maint encensier dont bonne est la fnmee. 

265 tuit cil prevoire chantent a ^rant criée 
le chant des mors a moult grant alenee. 
et Belissans ne fu pas arrestee, 
c'est la première qu'an la chambre est entrée, 
plorant, crïant, trestoute eschevelee; 



por §m ênhnn a tcrant dulor mesM: 270 

ce dnel aenant la chambre a defenMt. 
Dex i ouvra et sa vertun nomaM: 
les anfans treuve gisans soc I» ▼•!••, 
en sCaot ierent, s'ont grant joie leaee, 
une pome orent qui d'or estoU oavree, 276 

dont se jooient par bonne dettimiee. 
ez vos In damme qui tant fa eftaee, 
de la merreille est cbëue palmée, 
ainz que pCist bien iestre relevée, 
fn si la chambre de l'autre gent peuplée: 340 
a grant merveille s'en est eni cntnwee. 
Belissans baise ses tiz brace levée, 
toat maintenant est la nouvelle alee 
et au clergié et a la gent lettrée 
et a tonz ceuls qui ont fait l'assanMee, 385 

que Dex i a miracle demonstree, 
des d<»us anfans a fait resoscitee. 
Amiles a la parole escoutee 
et cuens Amis a- la chiere membree. 
tel joie en ont, ne pot iestre celée, 390 

car ambedui les aimment. 



19. 



ALISCANS. 

OuiUaiinH' d'Orange, Chuiiutni df ije»te de» XI* et XII* iti^eleê, p. p, ./. .1. JnnrkbUtel, 2 roi»., 
L>' Haye 1854 (t. I. p. 2HH — 241^; Ali»r»n», Chaïuon de ge»te, publiée d'aprè» le manturrit de ta 
hililiothètiiie de l'Arurnal et fi l'aide de cinq autre» mantucrit» p. F. Gue»**ird et A. de Mt'ntaigitttk, 
P^o'is 1870 (p. 20 — 29, »'. 043 — 929>; Ali»mn», mit Beriirk»irhtigiing mu Wid/r<îm» nm Etrkett- 
hack Willehalm kriti»eh hernu»gegehen rttn G. Rolin , Leipxig 1894 (e. 067 — 944^; Alitcan», 
kriti»chev Tejct (d'aprè» 12 m»».) mu Erich Wienheck, Wilh. Hartnnrke, Paul Kasrh, Halle 1903; 
p. 4.S — 59, Lai»iie XXII — .Y.YA', r. 048 — 929. /'"^.V- /?'•»«• H5. 309 «77/. ("eut celle éemihrr 
édition que unu» aron» »uirie. — Ce qui »iiit r»t emprunté nu récit de la bataille d' Alitcam», oit 
tnnunit V'irien, le nereu de Guillaume (rf. Wolfram, éd. Lachmann, Willehalm 58, 1 — 70, 30>. 



Or fn Guillaumes ens el tertre montés; 
voit des paiens tus bs vais encombrés, 
et les grans pleimt et les puis uroutés: 
tos li paiis en estoit si peuplés, 
5 k'il n*i avoit ne passage ne gués, 
on il n'ëust .m. Sarrasins armés, 



tôt por Guillaume, k*il ne soit escapés. 

or li &it li rois de mâistés! 

mar iert baillis s'il puet estre atrapés. 

'Diex!' dist li qnens. 'ki en crois fu penét, 10 

aine por un homme n'en vi tant amusés. 

Sainte Marie, et car me secoures T 



249 aurons. 250 nos. 251 «vommet. 253 — 4 gant. 272 m] la -V». H. 277 vos. 385 qu'ont fiUt 
la aM. M». H. 287 don*. 

19. 1 ens] sus Ah ; en sor le mont »<, sor son c«val C 2 manque dan» <i ; toi m* tertre* enconbrsf JW* 
les grmiM mons araset m \ arroutes /.. enrasen C. 3 aroutét] arest^s édit.\ vala et )m plaint toi raaca (arMSsa 
(/) rfm; e tona 1. ▼. et plains et arraaes A. 4 est iti .V; raaea ('. 5 avuie<'. Sar.] ocraliertA.lrï; ■•▼{•( 
C 7 Aitt bA. 10 par rostre grau bontés A; (vl\ Ua Ab. 11 n* vi t. aaoMBbln Ab, 12 «t] manque a. 



66 



Pièce 19. 



XIP SIECLE. 



biau sire Diex, prenge vos en pités!' 
lors descend! Guillaumes au cort nés, 

15. son ceval frote les flans et les costés, 
après l'apele par molt grant amisté 
et dist GuiUaumes; 'Bauchant, qel la ferés? 
molt vol vos flans tos .11. ensanglentés. 
n'est pas merveUe, se vous estes lassés, 

20 car trop parestes travelliés et penés ; 
forment me poise, quant si estes navrés, 
se tu recrois, a ma fin sui aies.' 
Bauchans l'ôi, si l'entendi assés, 
drece l'oreille, si a fronci del nés, 

25 escout la teste, si est resvigorés. 
isnelement est es archons montés, 
11 quens Guillaumes fu sages et menbrés; 
tôt un vaucel est vers l'Archant tomes, 
tôt bêlement, n'est mie desreés. 

30 Bauchans ne fu ne poins ne galopes, 
encontreval peut ses elmes gemés; 
li las sont rout, si les a ranoués. 
ses escus est en .xxx. lieus traués, 
de toutes pars frais et esquartelés, 

35 ses blans haubers derous et depanés. 
en .XV. lieus fu eus el cors navrés; 
desous l'auberc li est li sans betés, 
en son chief est ses helmes enbarrés, 
ses brans d'acier soilliés et maillentés, 

40 tos ot les bras et les poins sanglentés, 
bien pert a lui, de bataille est tornés. 
une briiine et uns vens est levés, 
de la pourire est li tans oscurés: 
li quens Guillaumes n'ot pas ses volentés, 



en l'Archant vient, corechiés et irés. 45 

de paiens mors est li cans arotés, 

l'escu chosist Vivien l'alosés; 

bien le connut, forment s'est démentes. 

par devers destre s'est li quens regardés: 

Vivien voit gésir desor un gué, 50 

desous un arbre k'est foillus et rames. 

parmi le cors ot .xv. plaies tés, 

de la menor morust uns amirés, 

tos ot les bras et les flans decopés. 

li quens le voit, molt en est esfraés, 55 

de grant dolor est li quens tressiies, 

le cheval broce com' home forsenés, 

parmi les mors est celé part aies, 

devant l'enfant est li quens arr estes; 

ne pot mot dire, tant parfu adolés. 60 

Li quens Guillaumes ot molt le cuer dolant, 
molt fu iriés et plains de mautalent. 
Vivien vit gésir sor un estanc, 
desos un arbre foillu et verdoiant, 
a la fontaine dont li doit sont corant. 65 

li quens Guillaumes vint celé part poignant, 
par grant dolor a regardé l'enfant, 
la ou il gist desor l'erbe en l'Archant, 
ses blances mains sor son pis en croisant, 
tôt ot le cors et le hauberc sanglant 70 

et le vïaire sos l'elme flanboiant; 
et la cervele li chiet as iex devant, 
encoste lui avoit couchié son brant, 
son chief avoit torné vers oriant 
d'eures en autres va sa coupe rendant 75 

et en son cuer Damedieu reclamant. 



16 après] empres L; apele] acole vl6, baise Md, lacouille i. 18 Moult ot les f. amedeus tressues -16 ; 
sanglant et t. -^Z; e vos costes sues m; ambes .II, s. C. 20 car] Que M; par est. édit. 21 grèves C. 
22 se me r. C; torneç M. 23 Bauchant édit.; B. heni si a fronci del nés a. 24 si est escous asses a; 
Dresca . . . le nés ^. 25 si sest resv. LC ; revertues m; Croie son chief si est ravig. d; quant voit li 
quens kil est rev. a. 26 es] sus M, ens a. 27 quens] bers AL; menbrés] senes L. 28 t. v. l'Arc. 
en un v. e. t. m. 29 molt soavet Ah, trestout le pas C. 30 ne fu] ni fu Ab. 31 val] terre bA; 
aval pendoit ses viers h. i. C. 32 si] il Ab; renouelez d. 33 en plus de .XXX. lieus a. 34 dans 
LCAb après 38; eischacelez 31. 35 ses] li Ab; derous] rompus A; desafres dC. 36 fu el c. fort n. 
Ab. 38 en s. c. li est ses e. entres a. 39 et ensanglentés a. 40 totes 1. b. et les p. tôt enfleç M, 
trestot le b. avoit ens. d; et les pies molt enfles m. 41 quen estor ait este C. 42 tens ML. 43 est] 
tvi Ab; e de la poudre M; li chiels m; toz li t. d. 44 sa volente B. 46 est li cans covres {sic) a, 
voit larchant encombrez L; des m. p. vit les c. arestez Ab; obscures m, sanglentés C. 48 est d. a; 
delosez d. 49 quens] ber L; retornez LAb. 50 desor] dales aL, àz&oz Amb; gués édit. 51 qui est 
f. r. MCb. 53 morroit a. 55 voit le G. toz en est abosmes Ab; adolez d. 56 Vers lui vait l'am- 
bleure a. 58 aies] totuez Bb. 61 va celé part poignant ad; son Mm. 63 V. v. sor un e. gisant 3/, 
V. trueve sous .1. arbre gisant a; sor] soz m, lez L.; desor larcant C. 65 doit] rui MniLC; la d. est 

c. d; corant] bruiant aLC. 66 poignant] bruiant Ab. 67 dolor] amor M; regarde] demande AbmL, 
regrete C. 68 si com il g. desoz larbre Ab. 69 s. m. croisies desor s. p. devant M, ses b. m. croisies 
par devant m.; desoz (desor ^) son piz croisant -66^1. 70 le] son -16. 71 et larmeure et laume flan- 
boiant d; desoz lelme luisant Ab; fl.] verdoiant M. 72 sa c. ot deseur ses iex gisant «; ot sor s. i. 

d. d. 75 deure en a. a; aloit molt sanglotant Ab. 



56 



ALI8CAXS. 



Pièce 19. 



de bon roraK»' ver« lui humeliant. 
a «a main destre aloit hou pis bâtant, 
en son curage vait Damedieu proiant, 

80 ke BÏ niesfait li noieut punionuiit, 
et merci ait de lui par mui muiaut. 
la mont TnnguiHHe, molt le vait de»traitrnant : 
c'est jjranH merveille, ke il a dur»'- tant, 
n'avoit Hor lui d'entir ne tant ne quant. 

85 'Diex', distGuillitumes, 'rom' ai nioncuerdolant! 
recëu ai hui daina^çe si grant, 
dont me daurui en trestot mon vivant. 
nié« Vivien, de vostre hiirdement 
ne fu nus boni, puis ke Diex tist Adan. 

90 or yos ont mort Sarrasin et Pereant. 
terre, car oevre, si me va en^loatant! 
dame (iuiborc, mar m'irés «tendant; 
ja en Orenjçe n'ere mais repairant.' 
li quens (îuillaumes vait tendrement plorant, 

95 et ses .II. poins vait si fort detor^^nt, 
ke 9or les jointes en vait li cuirs rompant 
e li ders sans des ongles dégoûtant. 
Vivien vait doucement regretant, 
soventes fois se elaimme las, dolant. 
100 de sa dolor mar ira nus parlant, 
car trop le maine et orible et pesant, 
an duel k'i maine si ch&i de Kauchant, 
encontre terre se vet sovant pasmant. 
Li quens Guillaumes fn iriés et dolans: 
105 Vivien voit ki gisoit tos sanglans. 



plus Huui'f flaire ke baumeii n«- ' 

Hor sa poitrine tenoit nvn main> 

li Muu li ift par ambedeiu loi flanx, 

parmi le con ot .xv. plaie* gran»; 

de la menor roorust uns amirans. 

iiiés VivïeDH', dixt Guillaumen li fran*. 

'mar fu vos cors, ke tant parert vaillaos. 

vostre prOece et vostre hardemens, 

et vo biautés ke si ert avenansi 

niés, aine lions ne fu si combatans. 

vos n'estiés mie estes ne mal queran.H, 

ne sns vt)s pers orgoeilleus ne proisans, 

n'onques ne fnstes de prUece vantans, 

anchois estiés dous et bnmelïaDs 

et sor paiens hardis et conquerans. , 

aine ne doutastes ne roi ne amirans. 

plus avés mort .Sarrasins et Persans 

c'onques nus hom n'en tist en nustre tans. 

niés, che t'a mort, c'onques ne fus fnians 

ne por paiens un seul pié recnlans! 

onqnes el siècle ne fu homs si vaillans. 

or vos Toi mort par dalés ces eatans. 

las! ke n'i ving tant com' il fu vivans! 

del pain ke j'ai fust acumuuïans, 

dou vrai cor[s] Dieu fust par ce connisans; 

a tos jors mais en fuisse plus joians. 

Diex, reçoif s'aïue par tes dingnes commans, 

k'en ton service est mors en .\liscans.' 

Li quens Guillaumes son grant duel renorele 



110 



115 



120 



125 



130 



77 IcroH (/«■ C; le» atitreA mM.: e sa colpe rendant. 78 e >. m. d. a damediea tendant L\ dattre] 
close "; M poitrine ronpant d\ ferant m. 70'. i vait de cner p. L. 80 «oit a li p. »•. 81 par] a Jf ; 
en ion vivant.!/'. 82 mort «'</(V. ; estraignant m. 83 grant f'c/iY. ; cornent M\ quant /.. 84 for«* B« 
t. <^ 85 mon] le 1>A. 8ti que jai eu un d. molt g. Ah. 87 en] a Ab. 89 nus] mais <«; aine ■• fti 
h. rtr. qui vous valsist de proeche aparant m. 91 oevre] crieve d. OH nestera r. «/, ne me Terres 
tornant h A ; retoriiant .)/. il4 va durement p. ". 95 lun en lautre torgant « ; et de ses p. 1. et I. 
ferant </ ; durement decortant ''. 1 ; durement det. Mm ; détordant /.. 9() les jointes] la char Ji. 99 a. 
se c. 1. chaitis li dolans </. 100 mar Ah/ Im aiitnn m.<iK. mais; dotant .)/. 101 orible et p. d, dolercas 
et p. .1. 10*2 ki] kil "; maine s. chai] fait est cheuz I.C, m. est ch. A.Vh; de] del <■'. 108 ea OOB. 
''</<7. ; se] sen Ab; Contre terre se pasma {»ie) a, 104 li q. G. se demaine forment L. 105 por Y. 
que il voit la gisant L, por V. quiluec gisoit s. C; ieeir trestot s. M, q. si estoit s. </. 106 qa* mbm 
ne e. 'i; pimenz iiiAh. 107 sor] sus Bb; sa) la .V; aroit C. 108 ist] cort <'; H saut de doe parf por 
les f. .V. 110 fust morz .1; Alemans ". 112 que si tost est fallans >m. 118—114 ot to* boraidgM 
qui tant iere avenanz >/. 114 e vo — ke] vostre — qui Ab; q. par si fu vallans im; e vostre cors qi 
tant fui a. .V; acointans <'; biaute ^dit. 115 ainz nus 1. L. lUî mal q.] sorq. ML, ramponans Ah. 
117 ne sus] desor .1/': ne vers franc home o. ne parlans L. 110 ainz bA. 120 comhatans MdC. 
121 doutas hA. 122 m. de Turs h.l. 12H C'o. ne tist n. h. en n. t. Ah. 124 n. Unt mai fus anq. 
ne f. f. M; n. qui ta m. o. </, n. por morir ains ne fustcs f. C. 125 sol plain p. r. Ab; pas d. 120 
unqes enqor ML; not .i. hom miels v. iiiC; plus v. .1/, si poissans A. 127 Or ▼. ▼. n. taat toi go 
plus dolanz Ah, Or te v. m. p. d. c. arcans Muta; ci mort d. ces e. C; te oataat </; Ja inoa par bom 
nen estere joianz (ne serai plus dolanz C) CAb. 128 ni] ne -!'>; tu fus /.d; parlais m. 129 fnariw 
com. /.. i:i0 cor >'dil.; del verai cors damledeu par covant Ab; fVissiez (fusez tt) recon. Ld, fuat poro 
c. C. 131 a t. tans »«. 132 bians sires dieus or li soiies garans C; ton d. commant wrf; ooTans .V. 
133 quel deu s. .1/'* <i njimte le rem dr G tttfUabe*: Li chevaliers honestes. 



67 



Pièce 19. 



XIP SIECLE. 



135tenrement pleure, sa main a sa maisele: 
'niés Vivien, mar fu, jovente bêle, 
ta grans prôece ki tos tans ert novele. 
si hardis hom ne monta aine sor sele. 
hai! Guibor, contesse, damoisele, 

140 quant vos savrés ceste lasse novele, 
molt serés cuite de cuisant estineele. 
se ne vos part li cuers sos la mamele, 
garans vos ert celé virge pucele. 
Sainte Marie, cui mains pecchiere apele.' 

145 li quens Guillaumes por la dolor cancele, 
si se hurta ens el front d'une astele 
par desos l'elme, ki fu fais a gemele, 
del nés li vole del sanc pleine escliele. 
l'enfant enbrace soef desos l'aissele : 

150'Vivïen, sire, parlés a moi, chaele!' 
plorant li baise tôt sanglant la maisele. 
sa tenre bouce k'est douce con canele, 
et ses .II. mains, k'il ot sor sa forcele, 
la vie sent qui el cors li sautele. 

155 'Niés Vivien', che dist li quens Guillelmes, 
'quant t'adoubai en mon palais a Termes, 
por toie amor en douai a .c. elmes, 
et .c. espees et .c. targes noveles, 
et d'escarlates et mantiaus et gouneles ; 

160 a leur voloir eurent armes et seles. 
e! Guiborc, dame, chi a froides noveles! 
ceste dolor porrés tenir a certes, 
ke mainte nuit dormi sor vos mameles! 
Vivien niés, parlés a moi, chaeles'. 



li quens Tenbrace par desous ses aseles, 
totes sanglentes li baise les maisseles. 
Guillaumes pleure ki le cuer ot iré: 
parmi les flans tient l'enfant acolé, 
molt doucement Ta plaint et regreté: 
liai! biaus niés, de vostre grant bonté! 
ta grans proesce, que Diex t'avoit doné, 
tes vasselages et ta nobilités 
ne porroit estre par nul home conté, 
je vos nouri par molt grant chiereté: 
et ma moilliers au gent cors henoré, 
biaus sire niés, tant vos avoit amé, 
.VII. ans tos pleins gëus a son costé. 
quant jou a Termes vos oi armes doné, 
por vostre amor i furent adoubé 
.c. cevalier, tout d'armes conraé. 
or vos ont mort Sarrasin et Escler, 
et vostre cors est plaies et navrés, 
en trente leus perciés et entamés, 
ciex Diex ki a par tout sa poesté 
ait de vostre ame et merchi et pité 
et de ces autres ki por vos sont fine, 
ki par ces chans gisent mort sanglenté. 
biaus sire niés, molt ai mon cuer iré! 
en convenant eus a Damedé 
ke ne fuiroies en bataille campel 
por Sarrasins plaine lance d'esté: 
mien escïent bien l'avés avéré, 
vo serement ne sont mie faussé. 
biaus sire niés, petit ni'avés duré! 



165 



170 



175 



180 



185 



190 



l'àô mamelle M. 136 jov. e b. M, ta i. b. «i; fus bLC, fust d. 137 grant édit.; des granz proosez 
qui totanz te chadelle d; qui tant estoit novele aC, qui tôt ior est n. 3/Z. 138 aine] onques «; plus 
h. h. qui une montast iselle M, plus h. h. ne m. aine en s. J^. 139 contesse] ma franche Ab, cortoise 
d, que feres C; ma dulce amie belle 3/. 140 savres] sereso; lasse] dure /-(/. 141 quite-quisant <?rf*7. ; 
de boillant e. Ab; m. s. chainte de novele eordele m; m. s. pointe de dolante e. L. 142 s. rf. v. perce 
le cuer desoz lessele *'16; se ne partez Z. 143 celé virge] la virge o; soit celé sainte p. M. 144 qui 
édit.; pechieres « ; cui pecheours ap. ML. 145 la] sa Ab. 146 ou f. droit a sa sele L. 147 fait édit.', 
desus le nez se fist une plaiele L; desor A; a tudele Mm. 148 nés] vis Ab. 151 Vivien baise t. s. 
ad; V. b. les iels e 1. m. m; la face e la mamele C; le piz e la mamelle M, le p. e la forcele hAL. 
152 et puis la b. d. c. c. bA. 153 met ses .II. m. amont sor la f. «; ot] tint M. 154 larme «en 
va C; sautele] âaele Ab', a ajoute le vers: parfont dou cuer sospire. 156 q. vos fiz chevalier en m. 
p. d. 157 p. vostre a ad; a e. en d. h. M, d. je .C. e. m. 158 espees] escus o, espies d. 159 desc.] 
esc. a; et] maint L. 162 poes C; ne tanrez a flavelle d. 163 nuit] fois d; tante n. X; maissele dm. 
164 manque ABh\ V. men nies p. a moi pers o; cheelle d, chaelles c, cheeles 31, caieles c, men pers 
édit. 166 Molt doucement le baise «; 1. mais] la fourcele L, 1. mameles C. 167 ne se puet saouler L. 
170 Vivien sire, mar fu vostre biauté (bonté mLd) mLda, mar vi v. beauté Ah. 171 grand édit.; 
donc] preste m. 172 ton . . -ge édit.; vo v. quant si tost est fine a; vas.] hardement .16; et ta ruiste 
lierte L; nohiXite édit. 174 doucement et souea; en si tresgrant chierte X; amiste iJ/w;. 175 moillier 
édit. 176 avoie Ah. 177 iesis a mon ostel m. 180 tout d.] et d. hA. 182 chi voi vo cors p. et 
decope a; -lé . , é édit. 183 plaie et ent. C; et descire Ah; -ié . . -é édit. 184 cil deu qui a par trestot 
p. Ab; en toç leus p. Mm. 186 vos] lui maM; fine] aie Ab. 187 ki par les mors sont tôt ensanglente a; 
mort et fine Ab. m. et pasme m3I. 188 b. tresdoz n. m.; mon] le Ah. 189 et e conv, a. 190 en] 
de Ab. 191 d'estë Ab, édit.] dester a, de le d. 193 pariures C'; fausse] pase m. 



58 



ALI8CAN.S. 



Pièce 19. 



195 or seront mais Sarrasin reposé, 

n'aront mais garde en trestot mon aé. 
François abessent, maix il sont amonté, 
he! (loiirc France, con cbaiétt en viité! 
biaus nié8, or ierent puieu desmesuré, 

200 quant de moi sont et de tuh délivré 
et de Bertran, mon neveu l'alosé, 
et de Guicbart, que tant avoie amé, 
et dou bamage, ke j'avuie amené, 
encor raront Orenge ma cité, 

20&tote ma terre et de lonc et de lé; 

ja mais par bomme ne seront trestomé, 
par t(»te France feront leur volenté, 
n'i livra messe ne matines cbanté, 
si destruiront suinte crestïenté. 

210 abi! Guiborc! car muir, trop as duré, 
car de mon lin ai perdu lu clarté, 
de tote France lu tlor et la bonté, 
ju Deu ne place, le roi de maiesté, 
que je tant vive, que il soit avespré, 

2ir)s"aie le cuer en mon ventre crevé!' 

li quens se pasme, tant u son duel mené, 
quant se redrece, s'a Tenfant regardé 
ki un petit avoit son cief levé; 
bien ot son oncle 6i et escouté. 

220 par la pité de lui a souspiré. 

'Diex!' dist Guillaumes, 'or ai ma volenté.' 
l'enfant enbrace, si li u demandé: 
'biaus nié.H, vis tu, por sainte carité";:'' 
'6il voir, oncle, mais poi ai de santé: 

225 n'est pas mervelle(s), car le cuer ai crevé.' 
'niés' dist Guillaumes, 'di moi la vérité, 
se tu avoiea pain benëoit usé 
ttu dïemence, ke prestre ëust sacré.* 
dist Vivïens: 'je n'en ai pas gosté; 

230 quant je i ving, si l'avoit on doné. 



mes se Deu plest. le roi de 

ja |>or ce n'iere perdus ne fiifomhrili. 

car Dtmledeoii est pUin» de pieté. 

bien voit de l'ome et cuer et volenté ; 

qni a a lui son curage tumé. 235 

il se rescort de bone rolenté.' 

*nié8\ fet Gaillaames, *Tot dites vérité. 

mais j'ai del pain avec moi aporté 

en m' aamoniere .xv. jorz a passés. 

menjUe en, niés, el non de charité, 240 

si le reçoif par non d'umilité, 

en Ténor Deu et sainte trinité.' 

dist Vivïens: 'forment l'ai desirré, 

or sai je bien que Dex m'a visité.' 

a icest mot a sa colpe clamé. 245 

voit le Guillaumes, s'en a Deu aoré, 

et de bon cuer Dameldeu mercïé. 

A s'amosniere mist Guillaumes sa main, 
si en traist fors de son benëoit pain 
ki fu saines sor l'autel Saint Germain. 250 

'niés', dist Guillaumes, 'or te fai bien certain, 
de tes peccbiés vrai confés aparmain; 
je sni tes oncles, n'i as or plus prochain, 
fors Damedien, le verai soverain. 
en lieu de Dieu serai tes capelains: 255 

u cest baatesme vuel estre tes parrains, 
plus vos serai ke oncles ne germains*, 
dist Vivïens: 'sire, molt ai grant fain 
ke vos mon cief metés en vostre sain, 
en l'onor Dieu, me donés de cest pain! 200 

puis me morrai or endroit aparmain. 
hastés vos, oncles, car molt ai le cuer vain!' 
ias'. dist Gnillaumes, 'con dolereus reclaim! 
de mon lignage ai perdu tôt le grain: 
or n'i a mes ke la paille et l'estraim. 265 

ahi! Orenge, or estes vos en vain. 



li>5 mal 08te)« V. l!Mî ne lor faunii de garde en mon ae C\ garde] guerre ACMI.m, mal M', lor a* 
AhdLmM. -200 délivre] deaoombre "i; car de moi et de vos saront toit d. </. 201 neveu] cnain M; aloM] 
adure /'.l.VuiA. 2o:i ke tant avoie ame MVn. 204 Arragoo A; rar.] ar. «. 200 treau] eontrwtc Aha, 
retorne .)/, conqueste /.. 217 lenfant a regrete C. 218 levé] croUe .1. 223 por] m M; on par amor de d. 
224 oil biaus o. M. 225 merveUes t'<iit. 220 dites moi v. ". or me di v. .1/, di tu or r. L ; U) par C, «a 
m. 281 plet ('(/.: qui maint en m. m. 232 perdu-encombre ''</''. 233 Damiedea «"'(/i/. 235 a loi a A. 
236 rescort] recort »''/»V. j;}}) passe »■'(/«/. 240 menjue] mengne ''dit. 244 Jhos ma regarde C. 247 " 
qjouli': quant vos a moi venistes. 24i) sen a t. f. .V; sen a t. f. dou très b. •/; hors en atraist A; trmist) 
tret Ah; fors de son] hors de cel A. 2.')0 de ce beneit gaimain M. 2ôl niée] or ". e. .)/; tant te f. je c 
</; quens or te ferai c. .l/<. 252 de ses pain soies bien c. </; verai c. remaio .1^, seras c. parmain L. 
to confese a. C. 253 nas ore p. «. 254 le vrai sovrain >•, nostre père li sain .V, le bon roi s. d. 
255 — 6 ton . . -«in vdit. 255 dieu] lui Ah; or ten parain .V. 254) me iaurais ehepelain .V; bant] basolg 
m. 257 hui v. serra p. o. que g. w<, hui v. serai p. q. e. g. /- ; nus cosiox g. </; germain rdit. 2.'>8 oncles -V; 
molt] ge Ah. 250 teues dates vostre s. <i ; dales] .V, en droit Ahd. 2t>l me] men M; transirai C 2ri4 lo bon 
g. .V. 205 pou i H tu. fors .V<l. n ajmiif: car mors est li barnagcs. 200 com ore estes alaia -VL. 



6B 



Pièce 19. 



XIP SIECLE. 



ja mes n'avrés secors de chastelain. 

Guiborc, reine, Dex vos ait en sa main! 

ne fu tes dame dés Adan et Evain.' 
270 Guillaumes pleure, ne se puet saouler. 

Vivien fist en son giron cliner, 

molt doucement le prist a acoler. 

sor sa poitrine mist son chief reposer, 

molt bêlement l'i prist a regreter. 
275 dont se commence l'enfes a confesser; 

tôt li gehi, n'i laissa ke conter 

de che k'il pot savoir ne ramenbrer. 

dist Vivïens: 'molt sui or trespensés: 

au jor que primes deuc mes armes porter, 
280 a Dieu vouai, ke l'ôirent mi per, 

ke ne fuiroie por Turc ne por Escler 

lonc une lance, a tant le puis esmer, 

ne de bataille ne me verroit torner 

ke mort u vif m'i porroit on trover. 
285 mais une gens me fist hui retomer, 

ne sai con lonc, car ne le puis esmer; 

je criem, mon veu ne m'aient fait fauser. 

'niés', dist Guillaumes, 'ne vous estuet douter'. 

a icest mot li fait le pain user, 
290 en l'onor Dieu et le col avaler. 

puis bat sa coupe, si laissa le parler 

mais ke Guiborc li rova saluer. 

li oil li torblent, si commence a meller. 

le gentil conte a pris a regarder, 
295 k'il le voloit soavet encliner. 

l'ame s'en vait, n'i puet plus demorer: 



en paradis le fist Diex hosteler, 

aveuc ses angles et mètre et aloer. 

voit le GuiUaumes, si commence a plorer: 

or set il bien, n'i a nul recovrer. 300 

l'enfant coucha en son escu boucler, 

quar il voit bien, ne l'en porra porter. 

d'un autre escu le vet acoveter. 

si corn' il dut sor son cheval monter, 

li cuers li faut, si le covint pasmer; 305 

quant se redresce, molt se prist a blasmer: 

'par Dieu, Guillaume, on vos soloit loer 

et par la terre Fierebrace apeler. 

mais or me tain por recréant prové, 

a coardie le me puet attorner, 310 

quant celui lais, k'en dëusse porter, 

si le fesise en Orenge enterrer. 

a mon pooir le dëusse honorer. 

molt me dëusse anchois laissier grever, 

et le mien cors et plaier et navrer.' 315 

lors queurt l'enfant fors des escus oster, 

isnelement vait el Bauchant monter. 

l'enfant saisi au pan de l'auberc.cler, 

ains k'il pëust de devant lui poser, 

de droit' angoisse le covint a siier. 320 

a tant s'en torne, ne volt plus demorer, 

mes ainz qu'il voie le soleil esconser, 

dautre Martin li convendra canter. 

Li quens Guillaumes monta sans demorer, 
Vivien lieve au col de son destrier, 325 

droit a Orenge s'en cuida repairier. 



269 tel édit. 271 en son devant ester «, en s. d. cliner Ab, en son estant lever m, en son séant ester L. 
273 li fist (a mis d) s. c. poser (cliner Ld) ACLnid. 274 regr. 31] doctriner les autres mss. 275 d. c. 
lenfant a c. m- dont] lors Ab; porpanser de. 277 de quanquil p. dC; ne] et Ab; savoir] dire Mm. 
278 ma fait trespenser a, me fest tresp. b, me fet trespasser A, ne font t. m. 279 que d. p. mes a. 
p. a, que dui p. a. p. BniLC, d. a. aporter M. 282 — 3 intervertis dans a. 282 lonc] loins BLC, 
le lonc a; puis] vuel a, t. le p. aamer d. 283 ne] ke a. 284 mi] ni a; q. mort illuec ne me puist on t. m. 
285 gent édit.; ma hui fet Ab^ me firent Z, mont fait C. 286 ne s. combien fuir e moi aler L; ne 
mi sai pas garder m; sai esmer aC. 287 ne (je b) crain ne maient mon veu fet trespasser Ab^ je c. 
ne maient fait m. covant paser M, je croi ce ma fait mon veu tresp. L ; ne laie t. d. 289 passer dm ; 
le col passer C. 290 et le col] JlniAb, en son cors daL, e le pain C. 292 fors q. Ab, fors tant G. 
Cm. 293 comencent 31; meller] muer a3Imd. 294 le prist mLd; a apeler L; li q. G. comence a 
regreter C. 295 e il devoit le sien cief e. m, quil le v. a Jhesu comander i, si le sainna de deu de 
raaiste d; soavet] de son cief 3Ia. 296 mes li danziaus si ne pot plus parler L. 299 mètre et 
honorer 31, servir et bon. m, e m. e alever L, entrer et abiter a. 300 voit 3ImC; nul] rien 31. 
301 en] sus L ; son] .1. MLG. 302 formant lan poise mas ne puet amander d ; mener m. 303 dautres 
escus lo V. escouter 31, dautres e. le prist ac. m, de .II. esc. lavoit acovete d. 305 si comence a 
plorer 31, si se prent a p. C, 306 si comance a crier d. 307 dieu — on] foi — en Ab. 308 apeler] 
clamer bAL. 309 or me puis (on me puet m) p. r. clamer (prover Ab, nommer L) a3fmABL. 310 puet 
en (len b) t. (prover m) Abm, le p. len at. LC. 313 fesisse md. 314 jou . . . tuer a; ainz duremant g. 
d. 316 escus] autres Ab. 317 sor B. monte sans point de demorer ad. 319 molt ot grant paine 
de son neveu lever a, molt ot g. fez en V. lever d. 320 a ajoute : quant le mist sor sa sele. 
323 martin] martire 31, mar cin m; le c. parler C; canter] suer A. 324 detrier «, destorber 3f, de- 
laier L. 325 au] el Ab. 326 car a; si sen c. ariere r. 31. 



60 



ALISCANS. — BENAUT DE MONTAUBAX. 



PJHce 20. 



mais aitiH avra un mortel eneombrier, 
car il n'i trtieve ne voie ne lentitT, 
ne soit coverti de la jj^ent l'aTenier. 

330 quant il perçurent le marcbiH au viti lier, 
joste l'Arcbant u devoit repairier, 
Henre li kenrent plus de .xv. millier. 
'Diex!' dist (îuilluumes, 'ki tôt a» a buillit-r, 
or n'i ui blaitme sel me convient letutier.' 

SSSpaien li rrïent et prenent u hucbier: 
'JU8 le métrez, par Mabon, pautonier!' 
'Dex!' dist Guillaames, 'com' or puis enragier.' 
le cheval broche des espérons d'or mier, 
isnelement est retomez arrier, 

340dede.soz l'arbre le rest alez œuchier, 
si le covri d'un escu de quartier, 
u son col peut un autre d'or vrejfier, 
qu'il vi gésir en l'Arcant estraier. 
lors commença a fcre un duel plenier. 

345'biau niés', dist il, 'molt vos avoie chier: 
se je vos les, nus n'en doit merveillier, 



n'en doi avoir honte ne repruvier, 

car n'oit nus hom qui t'oMWt manuier.' 

a tant s'en tome, soi comioeBee a seifniier. 

et Tur li vienent et devant et deirier. 35») 

'Dex!' dist Guillaumeit, 'or ai de roa ne»Uer: 

secorez, sire, le vostre chevalier!' 

lors esperone par delez un rorhier. 

paien li crient: 'n'en irez, pautonier! 

ja vostre dex ne vos avra mestier, 355 

ne vos porra secorre ne aidier.' 

li qnens se taist, n'a enre de plaidier, 

de fSir pense et cil de l'encbaucier. 

li soleuz besse, si prist a anuitier, 

et la vespree commence a espoissier. 360 

et Sarrasin font le chemin gaitier 

et les destroiz et le p&is plenier; 

n'i passera li marchis au vis lier, 

s'il ne se veit fere tôt detranchier. 

a Vivïen est retomez arier, 365 

la nuit le guete 4eci a l'esclairier. 



20. 

RENAUT DE MONTAUBAN. 

D'itprh troin maiiii.'<rHts de la Bibliothèque Nationale de Paris: franc . 24387 fane. La VaUirre 
m fol. 31»" c (A); franc. 775, fol. 68'' « fB) ; franc. 766, fol. 128»' a (C). — Graphie du ms. .1, 

— Renan» de Montauban oder die Haimon*kinder, altframii». Gedicht, heraimg. ton H. MirheUml, 
Stuttgart 1862 //». 286, 28 — 292, H (= M)/. Cette édition reproduit en général le maniMcrtV 24387. 

— Voir maintenant la réimpreiution du texte par F. Castet», Rerue de» langue» naïuine», t. LI (l90Hi 
p. 354 — 360, '". 10876 — 11079 (d'aprr» no» trois HMnu»crit» et, en plu», hiri». Arsenal, aneieM 
2990; Cambridge, Peterhouse 2. 0. 5.; Montpellier, Faculté de ilédrcinr If. 247; Venise CIV. 3. 
16 et Metz 192. Le» variantes [Ca.] sont insignifiante»), A. Jeanroy, Essai de dassifkntion de 6 
manuscrits de R. d. M, ibid. t. LI p. 241 (Arsenal 2990, B. X. 775, 764, 766, 24387, Meit 192). 



La ot fiere bataille et fiere chaplison, 
tant i fièrent ensamble, n'est se merveille non. 
es vos le roi de France brochant a esperon, 



et encontre Renaat, le fil an Tiel Aymon. 

les cbevans laissent corre a force et a bandon. 5 

ne se conoisent mie, entreferir se vont. 



327 H avint d. 828 ni] ne Ab. 329 coverte édit. ; g. »v. dC. 330 Unt par radotent d; p#rç.) cboUirant •». 
331 ou il ot l'encombrier L: rep ] essaivier Ab, achivi«r '/. 332 vinrent .V; .1111. C. 333 cum or 
puis enraigier .V, cum or me puis irier L. 337 li cuens tant me pus airier C. 338 qo* M volt 
delaier /,; dor mier] MV, dacier .1/». 339 revenu» MC 340 rat édit. H41 deleacu Ab; aomier 
Ld, dor vregier C. 842 sans targier A, de cartier d. H44 1. lait li eaens d. molt fort et p. >/; 
plenier] premier M, molt fier >n. 345 n. vivicn com vos a. L. 348 qui ten oaaat portier .16; loaMt, 
losast ni. ;{40 soi ''] si Ah; si le prent a s. »«/. ; huchier M; itrut-rire: coaunenœ a soi t.? 350 dl 
.l/>; oui dex dont engombrer Mm. 345 lechieres p. '/; pautonier Mmd\ loaengier AbCL. 355 j* v. 
d. ({ue vos avez tant chier m; deu édit. ;j57 a tant se t.. car ne* tas de pi. «F; U qnens G. Ah\ 
plaidier] noisier L. 358 et de lui avancbier )>< ; de lui cacier C. 359 conehe V. 360 a la t. . . 
aproicier M; et li vespres w. 362 et le* grans plains p. m. 36:^ ne ot paseer d. 364 ^epichier m. 
365 en est venuç a. M. 366 lo marchis a chochier M, tant qoe fa adaries d. 

20. 1 fu fort la b. si ot grant ''; B change. 2 mant/ur B; f. et ehaplent C. 3 KH'o d. fr. 
<'. 4 li til .1; au] a A, M. 5 le cheval laisM B. 6 mit' bien fcrir C; grans caos donne se aont B. 



61 



Pièce 20. 



XIP SIECLE. 



les esciis ont perciés qui sunt paint a lïon, 

et rompent les haubers qui furent fremillon. 

il s'empaintrent a force et par ruiste vigor. 
10 les ceincles sunt rompues et brisié li arçon, 

que par desus les crupes des destriers arragons 

toutes plaines lor lances s'abatent el sablon. 

il resaillent en pies, chascuns par contençon. 

Cballes a trait Joieuse, qui li pent au giron, 
15 etRenaus tint Froberge, qui tranche de randon. 
L'empereres de France est en pies relevés 

et tint traite Joieuse au poing d'or noielé, 

et Renaus tint Froberge, s'a le roi regardé. 

Karles crie Monjoie a sa vois haut e cler. 
20 'se par un chevalier i sui pris ne matés, 
■ dont ne doi je rois estre ne corone porter.' 

quant Renaus l'a oi, si s'est mult vergondés. 

"he! Dex!' ce dist li dus, 'qui me fesistes né, 

ja est çou Karlesmaines a cui je ai josté, 
25 ki norri mon linage et tôt mon parenté. 

je ne parlai a lui bien a vint ans passés. 

j'ai forfait le poing destre dont je l'ai adesé. 

ja li iert devant lui maintenant presantés, 

si en face mes sires toute sa volenté.' 
30 il tint nue Froberge et son escu bouclé 

et vint a Karlemaine, au pié li est aies, 

par les pies le saisist et prent a acoler. 

'sire', ce dist Renaus. 'merci! por l'amor Dé 

qui en la sainte virge se daigna aombrer. 
35 sire, donés moi triues, tant qu'aie a vos parlé !' 

'or tost', dist Karlesmaines, conte moi ton pansé ! 

je ne sai qui tu iés, mais mult ses bien joster.' 



'sire', ce dist Renaus, 'Dex en soit aorés!' 

il a jointes ses mains vers Karlon l'aduré. 

'merci! frans empereres, por icele pité 40 

que Deus ot en la crois, quant il i fu penés, 

de Marie sa mère, quant il la vit plorer, 

et il la commenda Saint Jehan a garder. 

je sui Renaus, vostre hom, k'avés deserité 

et chacié de la terre, bien a vint ans passés. 45 

mort en sunt en bataille mil chevalier armé. 

sire, drois empereres, aies de moi pité! 

de moi et d'Aallart et de Guichart le ber, 

et de Richart l'enfant qui tant fait a loer! 

nel di mie por çou que nos n'aions assés 50 

chevaus et palefrois et destriers sejomést 

mais de vostre amor somes dolant et esfraé. 

or nos laisiés a vos paier et acorder! 

je devandrai vos hom plevis et afies, 

et Aallars mes frères et Gnichars li sénés 55 

et Richars ensement, se vos le commendés. 

Montauban vos donrai, se prendre le volés, 

si vos donrai Baiart, mon destrier abrivé; 

certes, n'a nul si bon en la crestïenté. 

se çou ne vos agrée, encor vos ferai el: 60 

Aallars et Guichars soit a vos acordés 

et Richars ensement, qui mult est honorés, 

et en vostre manaie soient nos iretés. 

je forjurerai France en trestot mon aé, 

que ja mais en ma vie mar i serai trovés. 65 

au benëoit sepulchre, sens chauce et sens solers, 

m'en irai tôt a pié por la vostre amisté, 

ja mais en cest pais ne serai retornés. 



7 sont p. C; ptis B. 8 e. li aubert rompu B. 9 s'empaignent C; par f. 6'; e. p. airoison C; p tel vertu 
se fièrent et de si grant randon B. 10 manque BC. 11 manque i?; très par C; chevaus C. 13 et 
r. i?; chasc] andui i?; irie come lion C. 15 tint] traita. 16 en e. e. p. levés BC. 17 tint] & BC] 
lespee B-^ qui li pent au coste BC; noieles A^Ca. 18 trait fr. B\ Kll'o r. C. 20 i s.] s. chi B, s. 
ne C; et m. jB; mate C. 21 dont n. rois ie estre A,Ca [doi]. 22 come roU' loi B\ si en e. v. J5; 
s'] manque C. 23 li bers C, R"» B. 24 manque C; Klin A, KUèm B. 25 cist n. C. B ajoute un 
vers. 26 XII a. C; VII a. a. b. i?; passe BC. 27 or ai (destre manque) B; le p. deuroie perdre C. 

28 manque C; ère en présent tout a sa volente B. C ajoute, 6 vers dont 2 sont aussi dans B. 

29 manque BC. 30 lor prist B, et trait C; e. dore C; au poing dor noelle B. 31 vient B; Kliïi A, 
KUem B. 32 manque B; le pie C; si lauoit acole C. 33 d. il C; I'] manque AM,Ca.; damede C. 
34 manque B; s. croiz fu et mis et pose C, qui ajoute uii vers et change le premier hémistiche du, 
vers suivant. 35 d. m. tant respit q. iaie B. 3G Klm A, l'emperere B; ditez m. vo -B; C change. 
37 mult] tu C; as b. joste B. 39 K^ A; vers Kilo' est alez C. 40 sire emp. BC. 41 q. il ot C. 
43 manque 6'; a J. B. 45 ch. d. yostre t. (7; VII -B, X C; passe C. 47 d. m. aies B. 48 de aal' 
-1 ; et de aalart mon frère B; g. laigne C 49 R. mon frère C; t. est redoutez B, a le cuer ire C. 
50 n. le dis pas p. cose B. 51 manque B\ d''moneez C. 52 esgare B. C ajoute un vers et change 
le V. 53. 53 car souffres ore sire que soions acorde B. 54 nos deverrona vre B, vostre h. en voldroie 
estre 6'; et pi. et jure B. 55. 56 manquent B. 55 1. membre C. 58 et B. m. d. (cheval C) BC; 
que iai chi amené B, se prendre le volez C. 59 c. il na BC; meillor C. 60 et s. c. n. v. plest C; 
dirai C; v. dorai enc. B. 61 et alars B; i soient ac. BC. 62 R. li petis B, et mau. C; q. tant a 
de bonté B, mon cousin lalose C. 63 merchi B; soions B; lor h. C, en h. B. 64 fornoierai B; 
a tr. C. 65 m. a nul jor B; m serai retornez C, ie ni soie trovez B. 66 nuz piez et B. 67 iou 
biaus sire B. 68 manque B; n. me porroiz croil (sic) C. 



62 



renâut de montauban. 



Pièce 20. 



entre moi et Mauffi* nos tftrirun» aas^. 

70 certes, dro» emperere, je ne vos puis dire el.' 
'Rénaux', ditit KurleMutaines, *por noiant en parlés, 
mult iiiirfusteM hurdi», jel vus di senH fauser, 
((Uttiit onque» de la pais osasteit mot Honer 
ne venir a mon ]>i('' por la merci crïer. 

T.'yja ùe Dert's a moi paie» ne acordés, 

se vos ne faites (;ou (jue vos dire m'orré».' 
'sire, que sera (.'ou?' dist Kenaus li bonH ber. 
'jel TOit dirai', diat Karles, 'volentiers et de gré. 
Âallars et (tuichurs, cil seront urordé, 

80 et Ricbart ensement que jou durement hé, 
et vos Renaus mëisme». si avrés m'amisté, 
si vos rendrai vos terres et vos grans yreté» 
et aoroistrai del mien de qnutre grans cités, 
se vos volés tant faire con vos dire m'orréa.' 

wf» 'sire', i*e dist Renaus. 'et car le me només !' 
'volentiers'. dist li rois, 'ne tob iert pins celé: 
vos me rendrés Maogis, vo cousin le dervé; 
certes, que je([ha§)plns que nul home mortel.' 
'que li ferïés vos?' dist Renaus li membres. " 

flO 'certes, jel vos dirai', dist li rois honorés, 
'je le ferai mult tost par la geule encriier, 
et «luant li glous iert mors et a sa fin aies, 
a keues de cbevaus le feiai traîner 
et les membres del cors un et un desmembrer. 

0.') en charbon le ferai urdoir et euibraser 
et la poldre cueillir et jeter en la mer. 



quant tout çon avrai fait que vos ai derité. 
/si set tant li dïables engieos «t faosetéa, 
/ pois escbaperoit il, qu'il iert Hi atomét.* 
'feréft le vos issi?' ce dint Rtmaus li ber. 100 

'011', dist KarlesniaineH, '»i me gariase Déa!' 
" 'dont n'en preudrïéa vos ne cbsatcl le dté 
ne nul avoir del mont |Kir lUngit «Miter ?' 
'noient', dist Karlesmaine, 'c'om me p^oiitdoBer.' 
*par foi, ce n'iert donc ja', ce dist Renau» li ber, lOft 
'et sachiés une chose voirement sna faoter: 
s*or aviéa Âallart en vo prison geté 
et Richart et Guichart que je doi mult amer, 
certes, aias les lairoie a martire livrer 
et les membres del cor» un et un desevrer. tlO 
que rendisse Maugis, mon cousin l'aduré.' 
'vasals', dist Karlesmaines, 'dont soies dedXés, 
que ja voir autrement n'i serés acordes. 
or reprenés vos armes et de moi vos gardés!' 
'sire', ce dist Renaus, 'de çou sui je irés, 115 
que ne pnis envers vos la bone amor troTer. 
et puis qu'il est issi que vos me desfîéa, 
et je me garderai, se je puis, en non Dé.' 
Charles a trait Joieuse, s'a l'escu acolé. 
et Renaus fu tos cois, très en miliu del pré, 1*20 
et voit venir Karlon vers lui tôt ttiré. 
'he ! Des !' ce dist Renaus, 'qui me fesistes né, 
je voi ci mon seignor venir tôt abri?é. ^J^ 
ja nel ferrai premiers, ains aavrai sa bonté.' 



70 

ttlH 



manque B; C^ de même que B, rhoinjent et ajoutent un rem, mai* un ver» difffrent dam* chaque 
71 d. l^mperere H; Klni -i. 72 que trop A; je ■li'.rd.; et molt oltrequidiai C. 73 q. vot onq. 
o». d. 1. p. AM,L'a. 74 n. sooir <". 7.") ja mai* n. s. vos envers moi li. 7»> uuinque B\ s. n. f. ic« '*; 
morroiz cunter ('. 77 s. et //, s. or dites dont c. C; li membrez B, 1. ber <'. 78 jan orrex v«r{t« f\ 
quant savoir le volez B. <' njimlr tin m-n, mai* omrt Iv* rrr* 79'' 8fi. 79 entre vos eC vos ftcres 
esterez B. 80. 81 manqiitnt It. 81 aurës r<i. 82 et v. B. 83 acroisterai //; m. bien quatorze c. 
.!,.•// Vf. 84 '} 8t) maiif/ii»i)t B. 87 si me B; que m. rendez C; c. natnrel . I, .¥,'"«. ; le mal larron 
proue C. 88 man(f»r C; c. j. le h. p. q. h. qui soit nés B. 89 sire q. f. r. B- sire quen feriee ce 
d. R. 1. ber A,M,Ca. 90 je v. d. dist K. B' quant vous le demandez B, ja norroiz uerite f. B ajauie 
tilt mu, mai* nmrl <J1 rf [t-2. 91 tantost as forches C. 92 q, il sera C 93 manque l'; aachoi* 
esteroit ja as chev. traînez B. 94 je li ferai 1. m. ('; un a B; deseurex tl, deaeeurer (\ 95 eC 
bruir e. uler B. 9H p. couler //. 97 q. c. aroie B, et q. et C; q. iou B; q. mo«x deviser (^; deviirfi 
''". ;)8 manque (,'; li traiter //. 99 escape sil puot quant il est acorde B; encor aurai poor qil me- 
puisse «sch. C. 100 feriee AB,('a,', ce] manqw C; R. U membres (\ 101 c* a dist .iH.Ca.; K* .1. 
Karles .'/, lemperere B; p le foi q doi de B. 102 et n. //. lO:^ acorder A; q leo peiut nooMr ''. 
104 maiiqiif C. qui ajoiitf un antre rrr*; noient TaNer] nenil A, je non B; d. knip«r«r« p U foi 
que doi de B. 105 dont niert ce j. B<'; i| soions acorde B, en treetot mon ae C. 106 ebweee .4; 
ch. que ie vos veul conter //, vraie sanz fausseté ''. 107 s. a. mw frères . .jetas B; or] «Miifwe C; 
la p. ''. 108 manque B. 109 a. leseroie C. 110 manque B<\ fil m. por Ikire daameiabrw T. 
112 va fel d. lemi>erere B\ or s. V. 1 13 iamea <'. 115 s. molt i. C; tant s. j. plus L B. 116 mtamqur 
B\ pais ne merci t. (\ 117 el] manqur B (p. q); q eet ^; <|. detfie maves C, q. niav. d. B. BC 
ajoutent Iroi* rrr*. 118 manque B; de vos m. ''. //<" <^j^>Hlen^ un rrr»; comme K. lentent tout 
a le sanc mue B, quant li rois lentendi a poi nest forsenes C. 119 il a traite BC; leapee B; au 
puing dor noelle B. 120 manque B; si estut enz el m. C. 121 Ren. le ▼. ▼. B; ooraat tôt abrive 
''. 123 ja C; Ichi (ci C) venir BC; le roi C. Kllerâ B; tôt] manque B; qmi tyo¥U i rrr*. 124 a. 
f. pas C; avant B; si verrai B; verra //. saurai A,Ca. 



Pièce 20. 



XIP SIECLE. 



125 Challes le va ferir parmi l'elme jemé ; 
de Jôieuse s'espee li a grant cop doné, 
que les flors et les pieres en a jus craventé 
et l'escu de son col li a eschantelé. '' 
cent et cinquante mailles de son hauberc lafré 

130 li abati a terre devant lui ens el pré. 
Damedex le gari par la sine bonté 
qu'il ne l'a en la char ne plaie ne navré, 
l'esperon a fin or li a parmi colpé; 
par tel vertu avale le bon brant acéré: 

135 entre ci que au heut le fait el pré coler. 
quant l'a vëu Eenaus, a poi n'est forsenés, 
mais nel vost de s'espee ferir ne adeser; 
ains est passés avant, par les flans l'a conbré, 
a son col l'encharga, qu'il l'en voloit porter 

140trestot droit a Baiart qui la est enselés. 
a sa vois haute et clere commença a crier: 
'u lestes vos, mi frère, et vos, Maugis li ber? 
un tel eschec ai fait, se l'en poons porter, 
par lui serons en France paie et acordé.' 

145 cil n'entendirent mie de Renaut l'aduré, 
et Karles d'autre part se rest haut escrïés : 
lahi ! EoUans, biaus niés, u iestes vos aies ? 
Oliviers de Vïane, et car me secorés ! 
et vos, sire dus Naimes, et Torpins l'ordenés. 

150 ja vos ai je forment et chieris et amés.' 
RoUans l'a entendu et Oliviers li ber, 
et dus Naimes de France et Torpins l'ordenés, 
et Ogiers li Danois est celé part aies, 



" Estons, li fins Oedon, et Salemons li ber, 
Gondebués de Vandueil et Hues de Dancler; 155 
desi que a Renaut ne volrent arester. 
d'autre part vint Guichars sor Vairon ferarmés, 
Aallars et Richars et Maugis l'adurés, 
quatre cens Gascons, d'armes bien acesmés; 
et d'une part et d'autre i fu grans li bamés. 160 
la pëussiés vëoir un estor si mortel, 
tante lance froisïe, tant escu estroé, 
tant jantil chevalier a la terre versé. 
Rollans point Viellantin des espérons dorés, 
et a trait Durendart qui li peut au costé, 165 
et vait ferir Renaut parmi l'elme jemé: 
si grant cop li dona que tôt l'a estouné. 
'mar encargastes Karle, mon seignor naturel! 
trop est poisans li rois por ensement porter: 
je cuit c'est uns af aires qui mult iert comparés.' 170 
mult est dolans Renaus, quant il s'ot escrïer 
et il se sent a cop parmi l'elme fraper. 
il a traite Froberge au poing d'or neellé, 
e tint bien Karlemaine, nel laisa mie aler, 
et a dit a Rolant: 'biaus amis, ça venés! 175 
ne vos en partes mie, mais encor recovrés.' 
comme Rollans Foi, a poi n'est forsenés. 
estes les vos ensamble as espees del lés: 
Renaus guerpi le roi, aine ne l'en sot on gré. 
a tant es Aallars qui les a escrïés, ' 180 

et Richars et Guichars, a RoUant vont joster, 
tôt troi le vont ferir en son escu listé; 



125 sor son e. B. 126 d. lespee qil tint C. 127 auale C. 128 escartele C. 129 Et 1. V. m, B; 
a de laub. fause C. 130 manque BC. 131 sa douche b. i?; qui maint en trinite C. 132 manque 
B; q. il (la manque) C. 133 le panon C; la cauche et lesp. li B. 134 manque AM,Ca.; destrent 
C; li bons brans acerez C. 135 la a terre coule B, est en t. colez C. 136 quil nest dervez B. 137. 
138 intervertis dans B. 137 mais Ba. S'' éd.] ains ABC:, ne le v. desp. C; touchier ne C. 138 passez 
sen est £; p. le poing C; coubré Ca 139 entre ses braz -B; le leva C, le prent B- si len B. 140 fu 
ens. ^; C change. 141 v. quil ot clere C; au plus tost que il pot B. 143 ie len puis p. B. 144 p. 
coi 7?, dont nos C; encore rac. B. 145 manque BC. 146 sestoit molt e. C, comencha a crier B. 
147 elas b. n. v. B. 148 et vos sire o. J5; men (me B) lairez (me B) vos mener (porter C) BC. 
149 n. q me venez aidier C. 150 et ogiers le danois je vos ai molt a. B, hudelô de bauiere et torpin 
lordene C. 151 à 153 manquent B. 151 quant r. lent. C; 1. per C; bers A,Ca. 154 f. ceuston B; sal' 
de bretaigne estolz le bachel' C; bers A. 155 manqtie B, qui ajoute un autre vers; gandeb't de vaucele 
il et miles dangs' C. 156 qalor seignor C; ne se sont areste B. 157 g. fervestus et armez B; v. lafile C. 
158 à 160 manquent C. 158 et aal. B; li senez B. 159 a .1; barons garnis et conraes C. 160 f. li cris 
haus levez B. 162 tant 1. Ca.; brisie B, croissir C; et t. BC; troer B, perc' C. 163 vaillant ch. C; verser 
C. 165 à 167 manquent C. 166 sor son e. B. 167 q. la t. B, qui ajoute un vers: puis ii dist p ram- 
posne folie auez pense. 168 i carg. C; que en cuidiez porter mon B. C ajoute trois vers. 169 tr. 
pesans e. 1. fais por issi tost aler B; je quit te est li fes que mal avez porte C. 170 certes cest -B, 
ainz que past miedis C; que vos chier comparrez B. m. chier le c, C. B ajoute un vers. 171 fnB; 
q. soi B. 172 quant se senti B, et quant i s. le c. C; frape B; desor liaume geme C. 173 i. tint 
nue BC; pont C. 174 lessera a. C. 176 ptes A, espgniez C. 177 lentent i?; si fu toz C, molt en 
est airez B. 178 v. au chaple C; de lesp. C; dules BC. 179 conques n. 1. s. g. C, outre sa 
volente B. 180 atant Ca.; estes vous .B; q. li ^; poignant tôt abrive C. 182 « 184 manquent B. 



64 



BE8TIAIBE DE PHILIPPE DE THAUN. 



Pièoe 21. 



a RoUana weiJle a non, del col li ont porté, 

et Richan le coita a l'espee del lés. 
185 RoUana par estovoir lor a le dos tome; 

▼enns est a l'ost Karle, dont il estoit sevrés. 

Renaas, li âus Aymon, est en Baiart montés 

et a dit a ses frères: 'bien sonie» engané! 

se (assiés ovec moi, bien nos fust encontre: 
190 Karlon en eussions a Montauban mené.' 

'sire', dient si frère, 'del bien faire pensés! 

et si faites vos cors et vos grailles soner; 

car la nuis est oscure, près est de l'avesprer. 

alons a Montauban, le chastel principel. 



si en faisons nos gens arrière retomer. 195 

n'i avons rien perdu, ains avons eoaqvMté.* 
Karles a fait tes oora grailoier et acmer, 
et Renaus fist les siens molt haat«m«nt corner. 
or rasemblent les os qui s'en «relient râler, 
cbascuns a fait sa gent entor Ini assembler; 2OO 
Karles s'en vait arrière, s'a BalençM passé. 
'par mon chief, dist li rois, 'mal nos est encontre, 
quant Renaus et si frère m'ont fors del champ 

jeté.' 
'sire', ce dist Rollans, 'ne vos desconfortés! 
se perdu i avons, il n'ont preo conqnesté.' 205 



tm M.» 

BESTIAIRE DE PHILIPPE DE THAUN. 

Pnpulnr Trenti«es on Srirtirt- irn'ttn» during the middlr agrs in unijlo-xnxon, nngh--ifrm-i,t 
and englinh. Editt'd hy Thnmnx Wright, Lnudnn 1841 (/>. 81 — 83). /.<• Jlfutinirr dr Philip/f </»• 
Thailn , teste cn'tigne, publié avec introduction , uotet et gltusaire par E. Wnlbrrg, Puris ItfOO. 
V. 393 — 566. ITnm manMcriU: Londret (L), Oxford (O), Copenhague (Ç)./ 



10 



MoMoscKRos est beste, 
un cor at en la teste, 
pur ço is.si ^t num, 
de buket at façun, 
par pulcelë est prise; 
or 5ez en quel guise; 
quant om le volt chacier 
e prendre e engignier, 
si vient [en la] forest 
u sis repaires est; 
lu met une pulcele 
hors del sein sa mamele; 



e par l'odurement 
monosceros la sent; 
dune vient a la pulcele, 
si baise sa mamele, 
en Sun devant se dort, 
issi vient a sa mort, 
li om survient a tant, 
ki l'ocit en dormant, 
u trestut vif le prent, 
[sin] fait puis sun talent, 
grant chose signetie, 
ne larai nel vus die. 



15 



90 



183 tel cop . . dona C, qui ajoute un r'/v. 186 sen e. a lost d. i. seit tornez B: a Ren. lez loi MM 
acotez C. 187 et R. remonta en b. ladure <'. 188 pui* C\ mal B, con Cx enchante B^ eegare C. 
190 que K. B; en] manque B\ eussons ABC\ porte B. 191 s. home B; ce d. rhaacana C; àm BC. 
192 manque B. 193 que C. 194 1. palaia B. 195 manque B; et si f. . . bêlement (\ Aprft 196, 
(' ajoute un vers. 197 de sea cor» la grant .1 (/t r»•<r^• ejii gratte)) et K. ti«t t. c. molt oautement 
soner T; gr. et corner MCa. 198 fait ses graiies isnellement soner .l,.V<'<i; autresi m. h. et cl«r C. 
199 lors asambl. lor ost . . vaurent aler B; C change. 200 arester ''. 201 et Re. earetU aor b«L et 
gnez r. BC ajoutent un rem: ne tina lemperere (et K. ne fina C) dessi (si vint C) an aaiaCi* trst 
203 nous o. de ch. C', mont si desbarete //. Apre» 204. B ajout»- J rer». 205 mattqm* B. 

21. 2 une corne '^>. 3 p. c. ad si a n. Z,. 4 bue A. buchier C. 6 or] maitqme O; oie* 
en quele g. C. 7 %-ait O, la C. 8 a p. e. 0. 9 s. vent hom al forest /., en k f. v «et OC. 
10 repairs A, repeirers '>: si repaires, la met C. 11 Met l'em O, M huem nne p. C. 12 de este 
L, del s. fors '>, si baise sa m. C. 13 V] monqtie L. 13 — 16 placr» darnt O aprtt 17 — 18, 
16 e si b. L. 18 vait '>. 20 si l'o. O. 22 si fait A. si en fait s. t O, pois eo f. C 24 nd L C. 

B.VRTSCH-WIRSE. Chrestomathie. X* Éd. 6 



65 



Pièce 21. 



XIP SIECLE. 



25 MoNoscEROs griu est, 

en franceis un-cor est : 
beste de tel baillie 
Jesu Crist signefie: 
uns Deus est e serat 

30 e fut e permaindrat; 

en la virgine se mist, 
e pur urne char prist, 
e pur virginité, 
pur mustrer chasteé, 

35 a virgine s'aparut 

e virgine le cunçut. 
virgine est, fut e serat 
e tuz jurz permaindrat. 
or oez briev[e]ment 

40' le signefïement : 

Ceste beste en verte 
nus signefie Dé; 
la virgine signefie, 
saciez. Sainte Marie; 

45 par sa mamele entent 

sainte église ensement; 
e pais par le baisier 
ço deit signefiier. 
e om quant il se dort 

50 en semblance est de mort: 

Deus cum' ume dormit, 
qu'en la croiz mort sufrit. 
e al prince de mort 
la sue mort fut mort, 

55 et sa destructïun 

nostre redemptïun, 
e sis travaillemenz 
nostre reposemenz; 
si déçut Deus diable 

60 par semblant cuvenable. 

diable ume déçut, 
Deus om, qu'il ne cunut, 
déçut issi diable 



par vertu cuvenable: 

cum' anme e cors est om 65 

issi fut Deus e om. 

e iço signefie 

beste de tel baillie. 

Pantere est une beste 
de mult precïus estre. 70 

e oez de sun num 
signeficatïun : 
pan en griu 'trestut' est, 
kar de tel nature est: 
ele at multes valurs, ; 75 

si at plusurs colurs, 
dulce est e atempree 
e de bestes amee; 
tut aime par raisun 
fors sulement dragun. 80 

iceste beste mue 
divers mangiers manjue; 
quant saule serat, 
en sa fosse enterat, 
treis jurs s'i dormirat, 85 

al tierz s'esveillerat. 
quant el se leverat, 
un grant cri geterat, 
et el cri qu'el ferat, 
de sa bûche istrat 90 

un tel odurement 
cum fust basme u piment. 
les bestes ki l'orunt, 
ki prof e luinz serunt, 
eles s' asemblerunt, 95 

l'odurement sivrunt 
ki de la huche istrat, 
que pantere ferat. 
li dragfuns sulement, 
quant ot le muiement, 100 

mult grand pour le prent. 
fuit en l'odurement, 



25 M. griu nun e. O. 32 e. p. hom c. i p. L. 33 en pure v. 0. 35 se parut L. 37 fut] 'mfii.nqm 
L\ est] manque C. 38 e virge p. C. 39 brefment iÔ; or oiez donc briement C. 41 vérité 
43 la pulcele 0. 47 e puis L. 51 — 53 manquent 0. 51 cum hom LC. 52 ki en L, en la c. 
m. 8. C. 53 — 54 manquent L. 57 — 58 sun traveillement : reposement LOC. 59 le diable O. 
60 p. vertu c. 0. 61 — 64 manquent L. 61 hom O. 65 a. e c. sunt un L. 66 e omis dans O. 
67 e ceo s. L. 69 p. ce est b. C. 72 la s. 0. 76 moites c. C. 78 de b. est a. L. 80 le drag. 
L, f. sul le dr. 0. 81 icest L. iteste C. 83 saul LO. 85 s'i] omis dans 0, se d. C. 86 s'] omis 
dans Z, se lèvera 0. 87 q. ele se drecerat i; ele O; q. esveilliez sera C. 89 ele Z; e al c. que 
ele frad 0. 90 isterat LO. 94 o 1. 0, près e 1. C. 95 lores L. 97 que O; isterat iO. 97—98 
que pantere fera e de sa boche istra C. 100 Ki LC. 101 l'en pr. 0. 



66 



BESTIAIRE DE PHILIPPE DE THAUN. 



Pièce 21. 



en terre mneenit, 
cnme mort se girat 

105 Uiz e dénaturez, 

cum 86 il tmt tUez, 
muyeir ne M parât; 
ni^eftance i at: 
Pantkrb mustre vie 

110 del tiz Sainte Marie, 

e nus Bignefïum 
les béates par raisun, 
e li draguns diable, 
par semblant cuvenable. 

115 Dens treis jarz jnt en terre 

pur noz anmes cunquerre: 
ul tierz resascitat, 
son pople rapelat, 
tnz les sons asemblat, 

120 diable acra ventât, 

snlnnc celé semblance 
del drag\in senz dutance. 
Deus al prince de mort 
nus tolit par sa mort, 

125 de mort nus délivrât, 

nostre dolur portât, 
e ço avnm iîi 
del prophète Davi: 
Jésus eu hait mnntat, 

130 nostre dolur portât. 

quant Deus nus asemblat, 
pantere resemblat, 
e lëun resemblat, 
quant il resnscitat. 

135 Dens, ço dit Salemun, 

que pan est sun dreit num : 
pan c'est 'tut,' Deus est pan 
par veir e senz engan: 



ont Mt en dëité, 

tat es bamanité; 140 

Dent Mt tut fondement 
e bien de tate i^eot. 
ri cnm li sol» nm «ft 
ki del mont lamiere Ht 
e si rai sont plosor, 146 

Id snnt de sa loar, 
iui est Deus Inar, 
e nas si rai plnsnr. 
QDs est multipllanc, 

-snltiz, nobles, vaillanz, 150 

nez, veirs, plus, amiables, 
bons, BOés, cnTenablea, 
[ferz], sënra e estables, 
poanz e purveables; 

tat at fait qnant que est, 156 

par ço 'tat' sis nans est 
e li criz de la beste 
demastre voiz céleste: 
pais que Deus fut levez, 
de mort resascitez, 160 

par trestute cnntree 
en fut la rennmee. 
e sainte uraisnn 
par Todar entendum. 
tut at Deus avéré 166 

par la sue bunté 
quant que sainte esoriptare 
nas diseit par figare. 
devencn at diable 

par verta cuvenable; 170 

«ir creatïene jçent 
nen avrat mais neient, 
se il ne funt pechié. 
par qaei seient lié. 



101 — 105 (hni* C: molt grunt poor en a; Aiiant molt tost s'en yh, mucier s'en vait en ttrr*. car 
poor a del querre; corne mort si gerra e grant pièce i sera laiz e destigurez. lOH se mnscenul O. 
118 reapela O. H!) réassemblât O. 119 — 120 por elt toz rasenbler, deiable acorcter C V20 • d. 
L. 133 a I. Z,; e iloc le r. O; quant volt reausciter C. 134 q. il nos r. /-, lo lion rcsenbler C. 
135 de ceo L; dist (\ 136 pantere O. 137 p. ceo est tu d. ei p. L. por c« «t d. pan tôt C. 
138 por V. e sanz redot C. 141 buen f. C 142 e bnens a t. g. <\ 143 s. cum« aoleU O. 145 e 
ses raies plusurs (\ 14)> ki s. del salveur L, qui s. de ses luore C. 147 e si est d. l. L. H8 raie 
^. 151 — 154 iiKiiHpiciU L. 151 n. v. suef a. O, verois e a. C. 152 b. pias c. O. \ proox e 
c- C, 153 fiers O, fort e fiers e e. C. 154 pnissanz • parmenables C 157 l'eacrit C. 158 d. pocir 
celestre O. 159— IGO leved: resuscitet LO. 161 p. t. la c A; cbescunt O. 162 la mam O, 
163 e la s. u. (\ 105 uveret L. 168 n. demastre O. 172 n. «Terait m. nent Z., n« arcra oMis 
naent O. 



b* 



67 



Pièce 22. 



XIP SIECLE. 



22. 

MYSTÈRE D'ADAM. 

Un seul maniLScrit à la bibliothèque municipale de Tours. — Editions : Adam, drame anglo- 
normand du Xlle siècle J). p. V. Luzarche, Tours 1854 (p- 19 — 32j; Adam, mystère du Xlle siècle, 
texte critique, accompagné d'tine traduction p. Léon Palustre, Paris 1877 (p. 36 — 70); Das Adams- 
spiel . . . hrsg. von K. Gi'ass, 2* éd., Halle 1907 (Roman. Bibliothek, Bd. VI.) p. 15 — 23 (Gh'-V >' <^f- 
Suchier, Gotting. Gel. Anz. 1891, 689 (Sr.) ; Tobler, Lit. El. f. germ. u. rom. Phil. XII. 341 (To.) ; Mussa- 
fia, Zeitschr.f. oesterr. Gymn. 1892, 67 (M.); G.Paris, Rom. 21. 280; Cohn, Deutsche Litt. Zeit. XIII. 85. 



Diabolus. Eva, ça sui venuz a toi. 

Eva. di moi, Sathan, e tu pur quoi? 

Diab. jo vois querant tun pru, t'onor. 

Eva. ço dunge Deu! Diab. n'aiez pour; 
5 mult a grant tens que j'ai apris 

toz les conseils de parais. 

■une partie t'en dirrai. 
. Eva. ore comence, e jo l'orrai. 

Diab. orras me tu? Eva. si ferai bien, 
10 ne te curecerai de rien. 

Diab. cèleras m'en? Eva. oil, par foi. 

Diab. iert descovert? Eva. nenil, par moi. 

Diab. or me mettrai en ta créance, 

ne voil de toi altre fiance. 
15 Eva. bien te puez creire a ma parole. 

Diab. tu as esté en boue escole. 

jo vi Adam, mais trop est fols. 

Eva. un poi est durs. Diab. il serra mois. 

il est plus durs que n'est emfers. 
20 Eva. il est mult francs. Diab. ainz est mult sers. 

cure nen voelt prendre de soi; 

car la prenge sevals de toi. 

tu es fleblette e tendre chose 

e es plus fresche que n'est rose; 
25 tu es plus blanche que cristal, 

que neif que chiet sor glace en val. 

mal cuple em fist li crïator: 

tu es trop tendre e il trop dur. 

mais neporquant tu es plus sage, 
30 en grant sens as mis tun corrage : 

por iço fait bon traire a toi. 

parler te voil. Eva. ore i ait fai. 



Diab. n'en sache nuls. Eva. kil deit saveir? 

Diab. nëis Adam. Eva. nenil, par veir. 

Diab. or te dirrai e tu m'ascote, 

n'a que nus dous en ceste rote, 

e Adam la, qui ne nus ot 

Eva. parlez en hait, n'en savrat mot. 

Diab. jo vus acoint d'un grant engin. 



35 



40 



45 



50 



que vus est fait en cest gardin. 

le fruit que Deus vus ad doné 

nen a en soi gaires bonté: 

cil qu'il vus ad tant défendu, 

il ad en soi mult grant vertu. 

en celui est grâce de vie, 

de poesté, de seignorie, 

de tut saver, e bien e mal. 

Eva. quel savor a? Diab. celestïal. 

a ton bel cors, a ta figure 

bien covendreit tel aventure 

que tu fusses dame del mont, 

del soverain e del parfont, 

e sëusez quanque a estre, 

que de tut fuissez bone maistre. ■ 

Eva. est tel li fruiz? Diab. oil, par voir. 

Tune diliyenter intuebitur Eva fructum veti- 
tum, quo diu eius intuitu dicens 

Ja me fait bien sol le vëer. 

Diab. si tul mangues, que feras? 

Eva. e jo que sai? Diab. ne me crerras? 60 

primes le pren, e Adam done. 

del ciel avrez sempres corone, 

al Creator serrez pareil, 

ne vus purra celer conseil; 



55 



3 tun honor 3Is.', t'honor Gr. 5 que j'ai To.] qu. io ai Ms. et G):^' Sr. supprime que. 8 ore 
c. To.] ore le c. 3Is. et Gr. 9 frai if*. 10 curcerai iWs. 11 me(n) Gr.^ 12 Gr.'^ met un jioivt 
d'exclamation après descovert. 15 puez 31. To.] pois 3Is. Gr. Sr.; ma 31.] ta 3Is. Sr. Gr. 19 durs To.] 
dors 3Is. Gr.; peut-être que nen est fers 31.; nus fers Foerster. 20 serf iliis. 21 ne(n) Gr.^ 27 culpe 
3Is. 31 co 1/s. ; iço ou atraire Gr."^ 33 ki le d. saver i!fs. 34 veir] mo\ 3Is. 35 ascute 3Is. Gr. 
37 quil 3Is. 38 molt 3Is. 44 mult] manque 3Is. 40 e de s. 3Is. 47 sauer bien 3Is. 49 bels 3Is. 
51 mond 3Is. Gr. 53 quanque est a e. To., q. deit estre ou quanqu'a a e. ? 31. 54 de] de[l] (??•.*; 
tut To.] tuit 3Is. Gr. 57 tu le 3Is. 58 Gr.'^ met im 2>oint d'exclamation à la fin du vers. 59 e 
Adam done Sr.] e a A. le d. 3Is. 60. 63 auerez 3Is. 



68 



MYSTÈRE D'ADAM. 



Fiéoe22. 



puia que del fruit avrez mangié, 

sempres vus iert le cner changié, 
65ciime De«i serrez, sanz faillance, 

d'égal bonté, d'égal puissance. 

guste del fruit. Eva. ju'n ai regard. 

Diab. ne creire Adam. Eva. jol ferai (tartj. 

.... Diab. quant? Eva. suffirez moi 
70 tant que Adam soit en recoi. 

Diab. manjue le, n'aiez dutance, 

le demorer serreit emfance. 

Tune recédât Diabolus ab Eva et ibit ad in- 

fernum. Adatn vero vetiiet ad Evam, molette 

ferens quod cwn ea loaitu* »it Diaboluê, et 

dicet ei 

Di moi, mailler, que te querroit 

H mal Satan? que te voloit? 
75 Eva. il me parla de nostre honor. 

Adam, ne creire ja le tràitor! 

il est tr&itre, bien le sai. 

Eva. e tu cornent? Adam, car l'asaiai. 

Eva. de ço qu'en chalt? Adam, nel dei Teer. 
80 Eva. il te ferra changer saver. 

Adam, nel fera pas, car nel crerai 

de noie rien tant que l'asai. 

nel laisser mais venir sor toi, 

car il est malt de pute foi. 
85 il volst trair ja son seignor 

e soi poser el deis halzor. 

tel paltonier qui ço ad fait, 

ne voil, vers nus ait nul retrait. 

Tune serpens artificio$e compositu» ascendit 
juxta gttpitem arbori$ vetite. Cui Eva pro- 
pius adhibebit anrem, quasi ipsim ascultans 
cm$ilium; dehinc accipiet Eva pomum, por- 
riget Ade. Ipse vero nondum eum accipiet, 

et Eva dicet ei 
Manjne, Adam! ne sez que est: 
90 pemum ço bien que nus est prest 



Adam, est il tant boa? JDpo. ta le mttm; 
nel poe« saver, ti'n gnUnê. []»m. 

Adam. J'en doit Eco. fai h. Aiam, ne léni 
Eva. del demorer faU ta qae la*. 
Adam, e jol prendrai. Ewi. maajoe! tirat 96 
par ço sayrai e mal e bien, 
jo'n manjerai premirement. 
Adam, e jo après. Eva. sëarement 

TWtM com{,m)tdat Eva partem pomi et 
dicet Ade 

Gnsté en ai; Dens, quel savor! 

anc ne tastai d'itel dolçor! lOO 

d'itel savor est ceste pom« — 

Adam, de qael? Eva. d'itel ne gosta home. 

or sunt mes oil tant der vëant, 

jo semble Den le tut paissant. 

quanqne fu e quanque doit estre 106 

sai jo trestut, bien en sui maistre. 

manjne, Adam, ne faz demore; 

tu le prendras en malt bone ore. 

Tune accipiet Adam pomum de mamm Eve, 
dieenê 

jo t'en crerrai, tu es ma per. 

Eva. manjue! tien! n'en poez doter. 110 

7\inc commedat Adam partem pomi] quo com- 
e$to cognoscet statim peccnium tuum et in- 
clinahn se. non possit a populo videri, et 
exuet sollempnes restes et induet vestes pau- 
pères cotisutas foUis ficus et maximum simu- 
lan$ dolorem, incipiens lamentationem êuam. 

A! laa! peccheor, qa'ai jo fait? 

or sui jo mort sanz nul retrait 

senz nule rescuse sui mort, 

tant est cheaite mal ma sort. 

mal m'est changée m'aventure: 115 

mult fa ja bone, or est mult dare. 

jo ai guerpi mun crïator 

par le conseil de maie ùxor. 



66 came d. s. Sr.] o d. s. AT». ; o d«D serres [ttu] Gr. 66 de . . de .V*. OT jo n'»i r. Gr.* 68 tait 
Rartéch/ manque M«. Il n'y a pa* de lacune <lan^ le M». M. Cohn pntpote de lire aux rert 67 
rt 68: . . . regard en ai ... e jol ferai. 69 Tart Sera fait! Era. Sui aoir^es moi Sr. 72 lenat Mt.; 
•erra[i]t (r>.« 74 voleit .V".. Gr. 77—79 Era: bien le sai. .Ulam: e tu eonient: Ero: car lo lai 
oi. de co quen chat me del veer M». 79 corr. par Sr. ; M. Foertter pn>p<*4r: or del vêtir. 81 .idam/ 
manque Ma.: E f= Eva) M».; fra Ms. 86 /«-f»»» prt>pi^êt par Sr.: e «opoeer al de* h. M*., e a. p. 
al deu h. Gr*. 88 uoil que uer« .Vu., nus Sr./ ; vus .V«. ; n. v. qu'a v. Gr.* 90 ce Gr. 91 eanaras 
M»- 93 jel d. Foer^ter : fai (,>., lai .V». ; nen frai .V*. 94 fai .V*. 95 lo le Mt. ; Uen Sr.] ten if*., 
t'en (r>.» 96 aaueras Mu. 97 io en M». 99 quele Mt. lOJ ne T».] nen .V*. 104 tult Mt., Gr. 
105 e manque .!/.♦. 108 bon Mt. 109 te(n) Gr.* (= te); crerra Mt. HO tien Sr. To.] t'en Gr.* ; 
n'en To.] nen (.'r.* m allas p. que ai Mt. H 2 ». jo To.] jo manque Jttt.; or jo sai Barttch, 
113 s. nul rescus s. io m. Mt. ; M. Forrtter prttpotr : s. nule rescnse s. m. <>« s. nul fseus or sai jo 
(»«' jo or s.) m.; s. jo ja Barttch. 114 cbaite .Vt. 115 cbangt na a. M«. 116 dort M». Or. 
118 mal Mt. 119 allas . . . fni Mt. 



Pièce 22. 



XIP SIECLE. 



a! las! pecchable, que ferai? 
120 mun erïator cum' atendrai? 

cum' atendrai mon erïator, / 

que j'ai guerpi por ma folor? 

unches ne fis tant mal marchié; 

or sai jo ja que est pecchié. 
125 ai! mort! por quoi me lais vivre? 

que n'est li mond de moi délivre? 

por quoi faz encombrier al mond? 

d'emfer m'estoet tempter le fond.* 

en emfer serra ma demure, 
130 tant que vienge qui me sucure. 

en emfer avrai maie vie: 

dont me vendra iloc aïe? 

-dont me vendra iloec socors? 

ki me trara d'ites dolors? 
135 por quel vers mon seignor mesfis ? 

ne me deit estre nul amis. 

non iert nul que gaires me vaille. 

jo sui perdu senz nule faille. 

vers mon seignor sui si mesfait,' 
140 ne puis od lui entrer em plait, 

car jo ai tort e il ad droit: 

ai! Deu! tant a ci mal plait! 

chi avrad mais de moi mémoire? 

car sui mesfet au roi de gloire. 
145 au roi del ciel sui si mesfait, 

de raison n'ai vers lui un trait, 

nen ai ami ne nul veisin 

qui me traie del plait a fin. 

qui preierai ja que m'ait, 
150 quant ma femme si me trait, 

qui Dex me dona por pareil? 



ele me dona mal conseil. 
ai! Eve! 

Tune aspiciet Evam uxorem suam et dicet 
femme desvee 
mare fustes vus de moi née! 
car fust arse iceste coste 155 

qui m'ad mis en si maie poste! 
car fust la coste en fu brudlee 
qui m'ad basti si grand meslee! 
quant celé coste de moi prist, 
por quel ne l'arst e moi oscist? 160 

la coste ad tut le cors trâi 
e afolé e mal bailli, 
ne sai que die ne ke face, 
si ne me vient del ciel la grâce, _ 

ne puis estre gieté de paine: 165 

tel est li mais que me demaine. 
ai! Eve! cum' a maie ore! 
cum grant peine me curut sore, 
quant onches fustes mi parail! 
or sui periz par ton conseil: 170 

par ton conseil sui mis a mal, 
de grant haltesce mis aval, 
n'en serrai trait por home né, 
si Deu nen est de maiesté. 

que di jo? las! por quoil nomai? 175 

il m'aidera? corocé l'ai, 
ne me ferat ja nul aïe, 
for le filz qu'istra de Marie, 
ne sai de nus prendre conroi, 
quant a Deu ne portâmes foi. 180 

or en soit tôt a Deu plaisir, 
n'i ad conseil que del morir. 



Gr.^ 126 monde 3fs. 127 encombrer Ms. 131 avr. maie v. Sr.] si urai ma v. 3fs. 
Bartsch et Gr.^ 137 me manque 3Is. ; n. i. n. [hom] q. g. v. Gr.^ 140 od 1. Gr^ 
Ms.; n'os contre 1. Sr. 142 ai Sr.] manque Ms.; sire d. ou dame d. Foerster; D. 
plait Gr.^; D. t. serai ci maleait? Gr.^ 143 memorie Ms. Gr. 148 trai Ms. 149 



119 frai Ms. 122 jo ai Ms. 125 lais Sr.] laisses Ms.; por queim laisses M.; oi m. p. q. m. laisses v.? 
Gr.^ 126 monde 3Is. 127 encombrer Ms. 131 avr. maie v. Sr.] si urai ma v. 3fs.; si avrai ma v. 
" ■ ' - ^ » >-- »r . r. T /^.. « w..^ j , /n,..T2 ^^^ ^ coutre 1. 

t. a ici malvais 

„„ , „. ,. ^ „ „.. ^^„ _. . 149 q. preirai io ia 

3fs.; Sr. supprime jo d^l Ms. 150 si me tr. Sr.] s. ma tr. Ms.; m'a si tr. Gh: 153 f. desv. Gr.^] 
ai f. deauee Ms.; Gr.^ croit qu'il faut lire ai Evain f. d. 154 mare Gi:^] mal Ms.; ja mar Sr.; 
fussez Ms.; Gr.^ propose: mal fus tu unches de moi née. 156 poeste Ms. 161 tra 3fs. 163 sa. . 
ken f. Ms. 165 ne To.] nem 3Is. 167 mal 3Is.; Gr.^ : j}cut-être ai! Evain! cum mal vi l'ore. 
168 cum To.] cume Ms., curt Sr. 170 ore Ms. 172 sui mis Ms. 174 majesté Gr.; maesté Sr. 
175 p. quoil Foerster, Sr.] p. quoi le 3fs.; Gh\^ supimme las. 176 me aid. 3Is. 



70 



HEBMAN DE VALiùNCUwNNES, BIBLg DE SAPrKNCE. Pièce 28. 

23. 

HERMAN DE VALENCIENNE8, BIBLE DE SAPIENCE. 

D'itprèa êt>pt mnuu»criU. Manuscrit de la bibliothi-ijHe prineière d'0«ttinç*n-WaUmlei» à 
Maihingrn (A) ; nnq ntamutrit» tir In liihl, Nat. A Ptiris, fr. 1444 fB); fr. 24387 (V): Jr. 2162 
(K); jr. 25439 (F); fr. 200:19 ((•) 'l /'• mainucrit 620 '/' /<« biUiotMÎqtte municipale de Chartrea (D). 

yituM adoptons lu (jraphir dr Hurtsrh t{ui est celle du mamtêerU A. 

Cbil qui forent es nés ne se targent noient, venés toh ent o moi, ja les pores Tëoir; 

aina ont levé leur voile et Higlent o le vent. tout sont ventn de paile, rirhe de t^ant pooir; 

bien sont vestu de paile, mult ont or et argent, a tonn cheus qui en vuelent départent leur avoir, 

coi qu'il aient esté, or ne sont pas dolent. tant ont or et argent, riche en seront leur hoir.' 

& malt sont lié de leur frère et siglent lïement, 'di, va! ne me mentir, ne feroies savoir.* S5 

mult en merchïent Dieu trestoutconimunahnent; 'levés sus, si venés!' 'jo ne me puis movoir.' 
des paincs, des travaux c'ont eu en présent, N'avoit pas li garchouH fenie sa raison. 

Dieu en rendirent grâces et lièrent forment. quant entrèrent si lil trestout en sa maison, 

venu sont au droit port, mult ont eu bon vent. mult l)el le saluèrent et tirent que baron. 

10 II n'en sont pas issu com povre prisonnier, 'nous sommes repairié, mult grant avoir avon. 30 

enchois en sont issu com riche chevalier. pères, de vos dons fins salus vous aporton ; — 

bien sont tout conreé, si ont assés deniers. en Egypte le large, nous nei te cbeleron, 

li père ert en maison, mult pesans, non legiers ; illueques les laissâmes et nos por toi venon ; — 

ne demora c'uu poi, vint li nus messagiers, li uns a non Joseph, Benjamin l'autre a non.' 

15 si li a conseillié en l'oreille deriers: Quant ot nommer Joseph, si est Jacob levés ; 35 

'sire, vous ne savés, vo til sont chevalier'. il avoit les queveus menus recherchelés, 

'di, va!' fait il, 'tu mens; fui de chi, paltoniers! si li ert d'une part ses capiaus avalés, 

et tu comment le ses'/ che n'est pns leur mestiers.' li prodons ert mult vins, ses fins a regardés; 

'Par le foi que doiDen, ne ment au mien espoir; il les vit tous de paile vestos et conreés. 

20 se croire me volés, je vous ai dit tout voir. 'dites queles gens estes qui de Joseph parlés, 40 

Le texte de C et D est entièrement différent jusqu'au vers 34. 1 Et cU BE, Icil F; sont 
liEFG\ en la n. G; n. targierent (tardèrent G) EG, natargerent /'. 2 II levèrent B; 1. aigle BE; 
L. voiles ont levez G; si EG, se F; siglerent B, sont (ont G) com FG; al v. BFG. 3 pailca EFG. 
4 coi] et .1, que EFG; que soit del trésor £"; ai. trove FG; or] il BFG, nutmjne E; nen G; mie 
d. E. 5 et] si BF, moult EG; sen vont F, 6 comunement FG. 7 in<in>iitf F; et d. trav. E; d. 
trav. et d. p. B; eues E. 8 rendent les gr. BEG; tôt assanleement B, trestot oniement EG; Tant 
par nuit et par iour ont aie li anfant F. 9 an] a EFG. 10 ne] manque FG; ne AFG\ iatu fors 
FG \ nissent pas a loi E\ de p. gerroiers E. 11 ains BE; issent de lor nés B\ sont iaso a loi de 
riches soldoiers A'; soldoier BFG. 12 tait A, manqu»' FG ; apareillie FG\ et G. 13 lor pores E; 
cstoit pesiinit FG; pensans .1; pes. nert pas 1. E, nestoit mie 1. F<i. 14 si vint a. E. 15 Sooanet 
BG, Et suef E, Bellement /'; li conseille BEFG. 16 raben est ch. E; chevaliera AE. 17 Biax 
sire ne vous mène BFG, Et tuit li autre fil A'; paltonier .1. 18 nent ont pas tel m. B; moetior .1^. 
19 vos doi 'f'; nen E. 20 men E; Vos men poex bien cr. AYr'; en di le v. F. 21 manque A : r«a. 
en avoec FG; si les G. 22 pailes FG: de] a EFG; r. sont a p. B. 23 Et a FG; qon G, q«i ▼. 
F: mènent Ji. 24 r. sont li (tuit (/) Fti; leur] rostre BEFG. 25 men m. G; aoroit pM a. FG; 
ce n. ser. p. voir //. 26 sus] manqw G; de ci sire E; vonez rooir FG; non E; Jo] mMnqme A. 
remanoir .1. 27 nen ot p. BE, not pas bien (bien manque G) FG; I. meaaagei B, L vallos FO; 
sa parole E; finee BEFG; li garchons E. 28 si] li BF; trest.] ensanle B, tait dodant Fti; tôt X 
si f. AT; U m. EFG. 29 et] si G, se F; disen B. 30 mult] et B. 31 de tes /': Ax A; novelcs t'ap. 
(t* manque G) FG. 32 largue n. ne .1; paa noul te c. F; laissiet noa les avons E. 33 manque A. 
E voir H'2 et 34; laiames //. 34 L. a. est Benj. lautres Jos. BFG, Beig. oC Jo*. et nos por toi 
venons E. 35 oit (r'; Jos. nom. B; Q. Il oi nom. (7>: Jac. (Jos. CD) si (s« /') 8Mt L BCDFG. 
36 't 37 manqfient E. 36 les] ses B; chanus r. i\ blans et D. 37 ««t BD; ai «toit FG; aaa cap. 
d. p. BCDFG; capiax .1. 38 est F; sa s. f. r. A'; Ausi com sil dormUt de songe eet respirez (aoae 
est espirez />) <7); vix*flx .1. 39 pailes .1; Il a venz ses âlz bien rest. et pares CD; honorée .4. 
40 D. Ta quel gent /f/"'.'7>- vos est. (•«»>) E. 

71 



Pièce 23. 



XII« SIECLE. 



qui fu mors trente ans a, e pour coi me gabés ? 

chertés, grant pechié faites quel me ramentevés.' 

'Biaus pères, Joseph vit, nous ne te gabons pas, 

bien le sachiés pour voir, nel tenés mie a gas.' 

45 'he! Dius, le verrai jou?' 'par foi, tu le verras.' 
'puis volroie morir.' 'biau père, n'i morras.' 
'est il venus o vous?' 'nenil, a lui iras, 
nous te ferons un lit et ens la nef gerras; 
s'en irons en Egypte, ilec le troveras.' 

50 'aidiés moi, mi enfant, soustenés moi mes bras ! 
'Alons eut, mi enfant ! n'i quier plus demorer, 
faites faire mon lit et le nef aprester!' 
donc sailli sus Jacob qui aine ne pot aler; 
del solier u il ert se prent a avaler, 

55 .aine n'i demanda til, homme ne bacheler, 
il parestoit tant vins que tous soloit croller. 
un poi enchois soloit a grant paine parler, 
or crie com fust jones : 'mi fil, or del haster !' 
Dont li a dit ses fias Ruben mult boinement: 

60 'aies kieles, biaus père, plus atempreement!' 
'qui es tu qui paroles?' 'pères, je sui Euben.' 
'de mon fil di moi voir, ne me mentir noient !' 
'jel vi voir en Egypte, seignor de chele gent.' 
'et comment? n'i a roi?' 'père, oil, voirement. 



ne s'entremet de rien ne n'ot nul jugement. 65 
Joseph est de tout sires, si départ le forment.' 
dont entrent en le nef, puis si siglent au vent. 

Quant vinrent enmi mer o le bon vent siglant, 
Jacob ouvri ses ieus, a le teste croUant: 
'quant venrons en la mer? dites moi, mi enfant.' 70 
'biaus pères, vous i estes', chil dïent en riant, 
'quant verrai jou mon fil que désiré ai tant?' 
'par foi, hastivement nous Talons aprochant: 
bien i venrons demain a l'aube aparissant. 
or vous gisés, biaus père, bien i venrés dormant !' 75 

'Ha! las', che dist Jacob, 'ne sai se tant vivrai.' 
'ôil', che dist Euben, 'bons pièges en serai.' 
'vous pièges ? et comment ?' 'pères, jal mousterrai.' 
'je cuit, vous me gabés.' 'onques ne vous gabai, 
ne faites a gaber. chertés, je l'i laissai, 80 

et Benjamin o lui, quant d'Egypte tournai; 
et salus vous manda, et je vous saluai, 
ne l'entendistes vous ?' 'Chertés, biaus fins, ne sai'. 

L'endemain par matin quant l'aube fu crevée, 
que jours fu espandus par toute la contrée, 85 
a droit port est le nés bonement arrivée, 
dont ont li fil Jacob leur nef bien aancree, 
dont s'en ist fors Jacob o toute s'âunee. 



41 qui] il FG\ m. est vint a. A'^ men EG. 42 Vos fait. gr. p. iS"; quil C, qui D, quant F^ ki le 
E; mamenteves E. 43 biax ^; nous] manque B', gabomes B. 44 Noul tenez mie a gas mas p uoir lou 
creras E; ne le t. a g. -J ; pas nel t. en g. E, 45 dix A; verrai le ja BD, le verr. ja E, se iel (nou F) 
verr. FG', Dex verr. le ie ia C; oil tu FG. 46 biau p.] se diu plaist B- tu m. F, non feras CD. 
47 V. ven. BEFGCD; uenras B, vairras F. 48 ens en la B; en la n. te (si G) EG; dedanz la 
F, ou tu soef CD. 49 se F, si EGD. 50 les b. F; dras Z>. 51 Al. tost E; nos en enf. FG; 
wel E. 52 manque E; et ma BCD; chose (couche IJ) atorner CD. 53 saut en piez CD; q. ne 
pooit FGCD. 54 manque AF; fu G; ou gisoit CD; prist GCD. 55 manque FG; Que il ^, onques 
CD\ ne A; atendi E\ fil] manque BCD; nome E; ne viel ni CD. 56 tant] si D; i. estoit si 
tresuiex FG; vix^; quil sol. touz CD; que il sol. cr. G; tranbrer {sic) F. 57 Et apenes pooit (poist D) 
CD; enchois] et si G; ancois un poi (pas C) CD; moût grant A; granz F; paines BF; aler AC. 
58 Dont BEG, donc JP, lors D; come ioenes BD^ a haute voiz G; Com sil fust j. crie C. 59 à 75 
manquent CD. 59 fix ^; Rub. ses f. m. bêlement B. 60 quele A, un poi E; al. biaus sire père FG; 
biax A. 61 pères] sire BEFG; rubent AG. 62 me BE; me di FG; men BE; celer F. 63 Je ^ ; 
Père il est FG ; sire FG ; sire est B. 64 manque FG. 65 Li rois ne s'entr. d. r. qui soit vivant (r. 
outreement G) FG. 66 est tôt seignor -4, en est tos EFG; et d. EG. 67 entra A; e dont s. A, 
et Biglèrent G; si naigerent formant i'^. 68 q. furent i'^; en la BFG; nef FG; aual leue s. G; pensent 
daler avant F. 69 les EFG; iex -4; a] o EB; la t. va cr. FG. 70 a BEG; 1. rive E, 1. nef 
FG. 71 biax A; ce de BE, d. cil FG. 72 Et q. v. mon FG; iai des. FG; ie désire B, désir {sic) E. 
73 hasteement £", biaus tresdouz pères i^; fort lai. i^; aproismant .B^. 75 biax -4; venrons -E"; si iroiz 
en (tout G) d. FG. 76 E dex EG ; dit F; CD ajoutent; que ie uoie mon fil Joseph (J. m. f. D) q 
tant amai. 78 manque D; Tu /i, boens C; et] ha C; PI. et vos E; Biaus filz com. ert ce FG; ie 
(ia C) le vos m. ECFG; va iel te m. B. 79 que tu m. g. CD; te CD; o. nel me pensai FG. 
80 lou 1. F; On ne doit pas gaber son (Len ne me d. gab. biau D) père bien le sai Quant de lui 
départi trestot sain le laissai CD. 81 Benj. auec F; soi D. 82 Si vous mande sai. et salue vous ai 
CD. 83 manque A; entendes {sic) B; par foi G; ie ne lou s. FG; non s. D; oie uoir ie nel s. 
B. 84 au m. FG. 85 manque E; fu toute espandue BCD, quelle f. espandue FG; a terre la (par 
tôt celé CD) rosée BCD. 86 au A; bon B; maintenant a. FG. 87 bien 1. netFG; D, sen issirent 
tuit si ont lor nef ancrée E. 88 Lors sen issi FG, Jac. sen issi fors CD; a BDG, et CE; sa (lor 
C) maisnee BFGCD ; E manque {voir 87). 



72 



HERMAN DE VALENCIENNE8, BIBLE DE SAPIENCE. Pièce 28. 



estes vous la noayelle et la grant renommée 'père, ne fu pas miena, or l'ai blta eaprmiTé.* 
90 qnc yenuH est Jacob en ichele contrée. 'Je qait que an Sicben, Joseph, to«s eoToiai, 

adonc i vait Joseph o sa grant assamblee. qae qneaissiésTosfrerea, etjelrovaeommaBdal* 

tant sont entrebaisié bien une grant Kiee: 'si fis je, mes biaos pères, leormengierlor donai: 

sa grant bencicbon leur a a tous donnée, [ment, par me foi, la me pristrent.' 'pour coi?* 'jelll5 
Joseph (|uunt vit son père, si ploiira tenre- vous dirai. 

9511 pères quant le vit nel reconnut noient. ne Toas sovient, bians pères, del songe qae 
'li quels est mes bians tins ? car me dites, Rnben !' songai ?' 

'ichil qui vous baisa, pères, tant longuement.' 'fnstes pris ponr le songe ?"a grant painee«capai: 

adonc plora Joseph et d'Egypte la gens. marchëant m'achaterent, o els je m'en alai. 
ichil qui la fust donc a chel assamblement Li rois, de cheste terre, quant me vit bel enfant, 

100 et del père et del fil vëist l'embrachement, deniers donna ponr moi et or au marchëant 130 

l'un l'autre regreter, seignor, tant douchement, mis fui en son pestrin, ou souffri paine grant. 

et il ëust juné trois jours en un tenent, li rois par sa merchi puis me fist si poissant, 

sachiés que de mengier ne li presist talens. seignonr me fist d'Egypte, trestot font mon com- 

'Par foi, fins, je euidai que fussiés estranglés ma dame m'acusa, bien en fu connissant, [mant. 

105 d'aucun ors, ou de beste salvage devourés. en chartre me fist mètre, je n'eu apartenant 125 

dolens fui, s'en cfti en mult grant enferté. qui de rien me plevist, fors Diu le tôt poissuit. 

Deus eu soit aourés, quant sain vous ai trové. il m'en a délivré comme le sien serjant 

et ponr coi me guerpistes, biaus tins, par vérité? or sui chi devant toi, si ferai ton commant. 
qui fu li vesteniens qui me fu aportés, Or esooute, biaus i>ere, entent qne te dirai: 

110 je ne sai de quel «anc trestout eusenglentés'i" il sont trestont mi frère, ton commant en ferai. 130 

89 «8 voi la r. BC. 91 vient Ji; gent //; aunee EFGCD; G ajoute : Quant Jo». ait som père tel ioie a 
démenée Ne vos em porroit estre la moitiez acontee. 92 Quant E(iCD; Entreb. se sont /'; s'ont RnrUch ; 
bien] mainjur A - grande -I, tresgrant /'; lee /'. FG ajoutent : de Jac. et de lui (don père et de lanfant G) 
dura mû (a dure G) lâssemblee; F ajoute neiil : et Jac. a amont sa destre main leuee. 03 iitnntfue G; 
a puis t. .1; a adonc F; 1. a. t. C; b. a a chacun F. 94 si] moult JIF; pi. moult Gif. 9.*» ne loa F; 
connt (coneut F) FFG; de n. F. tant ne quant <?' ; moult plora ensement /i. 06 Qui (Ou G) eat m. f. 
Jos. FG; or B, dites le moi FFG; Demande li quels est Jos. on li aprent CD. 97 cil FFG, oest 
icil <'P; baise FCD; avant si L F, orains tant 1. G. or. si tendrement F. 98 et] cis F; li aatr* 
ensement CD; gent ABG; 1. grant FF. 99 manque FG; Car (Ja F) nus (li B) hom q. 1. f. BECD. 
100 Qui FGCD; d. fil et d. p. BEFG. 101 li ont C; regretUnt E, regarder B, regrete C; Mignorj 
issi EFG; très d. FFGC. 102 et] se BE, sil CD; U] manf/iie FG ; jeuue FGCD; U y FG; 
entièrement FGCD. 103 q. ^1 neust (nauroit E) BE, ne li preist Fit; Se ce (Sel C) vriat nmut (a. 
il C) CD] d. mang. nul t. BFFGCD; talent le« nut. 104 cuidoie CFG, cuide D; que] vot F; 
fuisses B, fusses D. 10.') daucune orse .1; bestes saluages B. 106 si BFFGCD; en fui B; enfntw 
CD; en (es E) granz (grant F) enfermetez (-te F) BFFG. 107 Et (A /') d. FG; aoore A, loM 
FG; q. ci G, qui nous /'; estes tr. G, ci tornez (oie) F; Sain (Chi E) v. ai retroore (recoure D) A. 
en s. a. BFCD. 108 et] minx/ue C-, deguerp. C; b. f.] nel (non F) fis BEFG; ne (nel />) me celet 
CD, certes de gre E. 109 ciz v. F; vos FCF, nous D. 110 trest.] il fu F, tu tox G; envolepct 
B. 111 manijiie E; père] manque D; p. il B; pas] mie D, manque C; del mien C/>; or le sai 
par verte B, bien veoir (que savoir G) lou poez FG, ice savoir (s*v. or le D) po«z CD. 112 a 8. 
G; beax filz v. CD. 118 Si quesistes B; et J.] si le C, amis ED, isai FG. 114 f. jej fof E; 
uoir b. p. BCD; Issi le fis b. FG; leur] le CF, a E; portid BEFG. 115 la] U .0. si EGCD, m 
F; me] manque AF. 117 manque B; Si fu pr. par D; les songes E; Pour ic« fui ie pr. C; Au 
mal péril an fui F; a paines ECD. 118 et o G; auoec aus FFCD; je] si B, manque EFGCD; 
en CF. 120 Den.] sonor E; Or et argent don. CD; et argent E; es m. F, as marcans E; p. m. 
au marchëant CD. 121 m. f. Tohler] f. (fu A) m. AB, et (si F) f. m. EFG; el p. EG. an prison 
F; a s. p. f. mis (me roist D) CD; ou] la EB, manque CD, p. s. F"; paine] travail BEGCD; tr. a. 
(r"; tr. i 8. CD. 122 puis] si C; me f. puis F. 123 tôt firent (flsent) BFFGCD: son E; talent D. 

124 mencusa BCD; me mist sus /'; sui //; sen fist E; ce fa bien CD; vilonic mont grant F. 

125 noi (nai />) nul n. CD: ie ni oc nul parent E, tost et isnelement FG, bien en sui connissans B. 

126 plainsist -i, pleust //, pligast /.'. pleiast C, meisdast D; je noi qui m. pi. FG; 1. roi p. (manant 
E) BF, omnipotent FG. 127 ma bien BFFGCD; aidie D; si com />. 128 por fidra F. 129 ••- 
coûtez DF, entendes B; escotes q. d. //, entent (ice FG) q. ie (u G) d. FGCD. 1.30 mmiii^i<> E; 
ta volente f. (7>. 

7» 



Pièce 23. 



XIP SIECLE. 



alons a mon seignor, si le te mousterrai.' 
'Joseph, mult volentiers, et jel mercïerai 
de l'onor qu'il t'a faite, a ses pies li charrai, 
tout si servant serés et je ses sers serai. 

135 com vos verrai ensamble, si vous acorderai, 
devant le roi d'Egypte trestous vous baiserai 
ma benëichon, en après si morrai.' 

Mult parert vius Jacob de grant antiquité, 
son capel en son chief au roi en est aies, 

140 entor lui sont si fil, tout l'ont avironé. 

quant il vinrent au roi, trestout l'ont encline ; 
et li rois Pharao de son siège est levés, 
dant Jacob a baisié et mult l'a honeré. 
Li rois manda ses hommes d'Egypte la contrée, 

145 manda les par sa chartre, qui mult est redoutée ; 
adonc fist une feste qui mult fu renomee. 
quant Jacob en la sale vit la gent âunee, 
prïa que sa parole fust entr'els escoutee. 
adonc de par le roi fu la pais commandée: 

150 Jacob se leva sus, si dist raison membree : 

Tais ait rois Pharao! entende a ma raison! 
de Dieu qui nous gouverne ait il benëichon! 
seigneur, bien le veés que je sui mult vius hom. 



vous ne me connissiés ne ne vous conmsson. 
nés sui du val Ebron, d'une autre région: 155 
la gisent nostre anchestre, se Diu plaist, la gerron. 
la se repose Adams qui fu li premiers hom, 
si fait Eva sa feme, si com lisant trovon. 

La gens qui de lui vint Damedieu pas n'ama, 
ne il els ensement, durement s'en venga, 160 
seignour, par le deluve, trestous voir les noia, 
fors chels qu'avec Noé en l'arche réserva, 
de lui et de ses fins le siècle restora. 
de lui vint Abraham, que Dieus tant parama, 
quant de son premier fil li sires le tempta: 165 
il li rova ochirre, a peu qu'il nel tua, 
si ot nom Ysaac, mais Dius ne li laissa, 
je suis ses flus Jacob qui devant vous esta. 

Seignour, je sui mult vius, je nel vos quier celer; 
je sui fins Ysaac, si com m'oés conter. 170 

quant del siècle mortal dut li prodons torner, 
j'en sa benëichon, bien le me pot douer, 
mes frères Esàu me volt deshireter, 
cacha moi de la terre, que je n'i poi entrer, 
je le reu. Dieu merchi, encor l'ai a garder. 175 
che sont mi douze fil que chi veés ester. 



131 a m. 8. irons FG\ io se li B, a lui t. FG, et ie t. CD. 132 manque A; Jos.] beax fils CD; 
ie (ce G) ueil moût (ie G) bien FG\ si (ie D) len (le G) m. FGD, mult li mériterai -E", tout cornant 
en ferai B. 133 manque A; de] por CD; que t. C; fait BC; et as p. (au pie F) EFG; li en V. 
134 si] li B; sériant CD; serons E; seres serv. BG; t. seres s. ser. CD\ sel (le C, len D) servirai 
BCD. 135 quant EFGCD- nos E; venroiz Z>, vera E. 136 manque E. 137 manque E; et puis 
si me m. FG ; Chascun selonc son droit ben. donrai C; et après en (a D) grant joie cest siècle 
guerpirai CD. 138 manque E; est Jac. y. D; m. (donc F) estoit FG. 139 Jacob et tôt si fil E; 
en (sen G) e. au r. al. BFG; sont a. ECD; aie AEGCD. F ajoute: tout droit vers lou palai se 
sont anchemine. 140 manque E; lont s. f. trestout G; antre 1. et se^ fiz se sont F; anv. FGD. 
141 et q. FG; il] li E, manque FG; virent AD; le r. D. devant E; se lont tuit F, si li ont G; 
li ont cline D. 142 et] manque FG; Ph. sest d. s. s. 1. FG; Li r. contre elz se lieve sis a moût 
enore C. 143 manque A; Et Jac. la F; C voir 142. 144 mande C; de par tout F, par tote CD; 
sa C. 145 manque E; ert CD, fu FG. 146 dont FG; tint F; u. grant FG; cort F; f. moût 
haute et r. B; enoree CD. 148 f. un poi C, f. en haut F, f. de toz G. 149 a. parla li rois la p. 
fu A; lor r. C. 150 Et Jac. (sus manque) B; si] manque FG; dit parole FG; senee CD. 151 Des 
C; Sire r. FG; aies tu r. (sic) E; entent E, entendes BFG, sentende CD; a] manqua BFGCD. 
152 magique E; que deus . . . vos doint b. FG. 154 manque D; ne nos EFG; ne vos ne C. 
155 fui EF; de v. BCD; d'Eb. EFG; d'] manque AF. 156 gist li n. ancestres E; s. toi C, a. 
de deu p. si ferom F. 157 Ad. i gist sanz faille FG, la gist A. ki fu tos 1. premerains E. 158 Et 
dame E. FG; Eve EFG. 159 à 108 manquent E. 159 les genz FG; vient B, vindrent FG; 
dex pas ne les a. FG. 160 n. els lui A, n. il iaus B, n. il li C, n. il lui F; autresi DF; Ne firet 
ses comanz G. 101 S. et dou del. FG; Noe en réserva (resauva FG) BFG\ mes no (nostre Z*) père 
Noe el del. salva CD. 162 BFGCD voir 161. 163 ses oirs FG\ cest s. CDFG. 164 manque C. 
165 quant] et -F, q' G; li s.] Isaac CD. 166 ochirra A, tuer CD; por poi BFG; p. ne le FG; 
après li devea CD. 167 manque CD; il ot B; d. si lespargna (li apna F) FG. 168 Jac] par voir 
F, par foi G; dix tant parama B. 169 le second je manque CDG; ne le q. A; nou v. voil pas D; 
ne le v. q. 6?; aceler C; si com moez conter EF. 170 je] et F, et si E; fui BEG; ci A; morroiz D; 
noul vos quier a (pas E) celer EF. 171 et 172 intervertis dans D. 171 de cest m. s. (mont D) 
CD; mortel BFGCD. 172 bien] il B. 173 à 175 manquent E. 174 cha moi C; dou pais FG; 
q. ni poi demorer (pois demore F) FCD; rentrer G. 175 et puis loi B. 176 Cist G; veez ci F. 



74 



HEBMAN DE VALENCIENNE8. BIBLE DU 8AP1ENCE. 



Pièce 83. 



bien a trente ans passéa, qui le volroit conter, 
que je perdi Joitepb qae je pnis tant amer. 
Trové l'ai, Dieu iiierchi, en chente ref^ïon. 

180 cui Dieus preut en hu f^rde, il n'a confusion, 
devant ichest seigneur que nous {lour rui tenon, 
seigneur, leur voil donner ma grant benëichon; 
trestout i purtirés.' 'et nous bien l'otrïon.' 
et respoudi li rois: 'Joseph est sages hom, 

185 bien sai qu'il m'a gari et toute ma maison, 
toute ma gent d'Egypte de grant caitivison. 
je l'acatai u serf, mais or le franchison. 
tant prengne de ma terre en sa possession: 
manant soient si frère, et il suit riches hom.' 

190 Seignour, qui donques fust a ichele ussamblee 
et fust eus en In sale, qui est et granz et lee, 
de pailes portendue, si bien encortinee, 
(11 rois porta corone, qui vëoit l'assanibleei. 
diroit que tels lëece ne fu mais démenée. 

195 donc a Jacob li vins se destre main levée, 
— avoit le barbe longue, blanche, toute mliee — 
sa grant benëichon lor a a tous donee. 
en après quinze jours fu lu joie menée. 



Par quinze jours, seignour, ebele Joie dora ; 
il ont qais le eon^né et li rois lor dona. 200 

Joseph saisist U terre, li rois bien l'utria; 
il i mena ses frères et il lor commanda, 
la tist faire maisons, son père i herbega; 
ne demonra c'un poi, a sa fin en ala. 
Joseph l'en fist porter, en Ebron le coucha, 305 
sépulture li fist, après s'en repaira. 

Joseph est en Egjpte o ses frères renés, 
bien a gardé le règne, set an sont ja passé. 
si frère ont prises femes, illnec sont arresté, 
dont naissent leur enfant, dontcroist li parentés, 210 
bien i mistrent mil ans, que tôt furent passé. 
Joseph, ichis sains bons, est a )»a fin aies, 
de lui vinrent enfant, si sont multeplïé 
que li règnes d'Egypte en fu tos encombrés. 

Sages bons fn Joseph, sage furent si fil. 215 
Joseph illec fu mors, el val d'Ebron fu mis. 
mult a les pans d'Egypte li lignages puurpris, 
plus sout de trente mile espars par le pftis. 
mult parsont riche gens, chil d'Egypte apovri. 
trestout sont assamblé, si ont un conseil pri.n, 220 



177 passes] ou plus f'U : et si a bien XXX ans E; les F; qs v. aconter B\ qni t. bien (bien v. 
I>) CD; que je ni poi rentrer O. 178 je] mmique B; poi F; t. puis EG; t. p. or B; cl VMX Mter 
I>; qui moût fet a loer C. 179 D. merci tr. lai FG. 180 iiuinqHe E\ prist G; en (a F) s. part 
FG\ il] imnujue JiCD; nen a B, na pas CD; confondison FG. 181 ice F, ioel G; qaom dist r. 
Pharaon E, q. deu apele lom FG. 18*2 seig.j par foi CD; li v. D; doner H v. EC, don. vos F. 
don. lor G. 184 et] ce BE; li respont E; Jacob F. 185 qui — garie t m. région F. 187 Lai se. 
EFG; or] nous .1; lenfr. BE; -irom EFGC. 189 manans h. BE. 190 dont i BD, adonc FG; 
dont f. la E; celé />. 191 e. kl f. en E, f. dedanz FG; et (qni D) f. en celé CD; q. tant est («rt 
ED) gr. (longue BCD) BEGCD. lOi et b. (toute G) FG. 193 mauqur EFG; le roi portant B; 
portoit CD; et tote saunee B, devant lui fu (iert D) lespee ('/>. 194 mnnijur A; dlr. q.] ooqoss 
mes CD; tele E; ainz ne fu F; laienz n. f. menée CD. 195 adoncqnes a Jac. CI>. 196 immque 
EF; la b. ot 1. et blanche G, 1. b. aroit chanue CD; menu recercelee GCD. 197 a a trestoz CF. 
198 mamiiie E; et ap. b. XX j. />; en ont j. F, ont grant j. G; 1. j. est démenée <'D. 199 Tox 
antiers (trestoz les <") .XV. j. FGC, trestoz icez .XX. j. D; feste GCD. ■JOO I. o. le c. (toit c CD) 
pris BEGCD, demande ont c. F. 201 tu t. B; bien 1.] li otr. EFGC; «t 1. r. lotr. BD. SOS U] 
si BG, se F; si la lor CD. F ajoute : seignour or dou bien faire chascuns bien se proaa. 203 aaison 
BG; f. il (une />) maison faire CD, i] manque B. 204 d. ne (puis E) gaires BE, lonc tens CD; 
et n. dem. gaires FG; la AB; qne a s. f. al. FG. 205 le .1; lenterra FG. ->00 fist U (loi ^ ea 
sep. BE, puis (la G) 1. f. sep. FG, quant lot enseveli CD; et pais sen (si E) r. (retorna G) EFG, 
en apr. rep. B, en egipte rentra CD. 207 tomez CD. 208 sont li Vtl an p. B, Il TII aa sont p. 
FG, tos les VII ans passes E; ans. . passes -1; de richece ot asses Cit. 209 fem. pr. ECD; Et li 
fr. ont pris f. B; illueques s. remes B, de moût haut parentes E, et enfant engendras CD; S. f^. 
sont iluec et i sont ostele FG. 210 li enf. CD; Et si ont prises (E. o. pr. lor '') femes FG; dont] 
et ECD, si FG; lor p. BF; croissent a plente E, 211 mestrent G. misent /.', mesent B, furent F; 
acompliz et passez CD, si com avons trove E. 212 cis sages h. BEFG: ¥.t J. entretant CD; a a. 
f. est E. 218 si] moût B, et EFG; des autres asses A'; Des enf. qne li frera ont Unee «ofMidrsB 
CD. 214 Fu (est D) \. r. CD; d'».] maH'/iir C; fu] sont -t ; durement enc. CD. 215 •. b4MM soat 
BE; et mont a (ases ot D) des amis CD-, as A. 216 Ai U FG; et on v. debr. m. G F. 217 ont A; 
des p. B, les pleins D; li] ses BEFG, son D; pourp.] manque C. 218 '^ 219 mamqHemI G. 218 •ont] 
tnanque F; VI" m. CD; miliers F; espans E. CD ajoutent: quant il les virant si de richece aemplia 
219 s. tout B, furant EF: r. home BEF; gent ACD; cis F, manque B; d'E. li nouri B; Et clt 
apouroier aler (et ». D) come (com />) mendis CD; apouris .1. E ajoute: !• linago Jos. ont forment 
enhai. 220 si] et D; lor c. £*: Et cil de la terra ont ensamble un c. pr. FG. 



76 



Pièce 24. 



XIP SIECLE. 



que tons les ochiront, n'en remanra uns vis. 

Seigneur, or escoutés, entendes ma raison! 

. je ne vous di pas fable ne vous recont canchon. 

clers sui povres de sens et si sui povres hom, 

225 nés sui de Valenchienes, Herman m'apele l'on. 

ne sai se vous savés che que lisant trovon: 



de persone Deus cure ne prent, s'est granz ou non, 
on a sovent grant aise en petite maison, 
a petite fontaine tôt son saoul boit on. 
tôt ce di je por moi, je sui mult petis hom, 
canoines sui et prestres fais par élection. 



230 



24. 

TRISTRAN. 



Tristan^ publié p. Francisque Michel, 3 vols., Londres 1835 (Manuscrit Douce d'Oxford), ^ vol. 
p. 121 — 137, v. 665 — 996 (Mi.). Cf. W. Foerster, Zeitschr. f. rom. PMI. VI, 416 sqq. et Zeitschr. 
f. fram. Spr. u. Litt. XXIV, 206 (F.). Les deux poèmes de la folie Tristan publiés p. J. Bédier, 
Paris 1907. Société des anciens textes français, p. 41 et suiv., v. 667 et suiv. (B.). — Tristran, 
déguisé en fou,, vient à la cour ; Ysolt ne le reconnaît pas ; il se dévoile à sa suivante Brengien. 



Brengiiain entent ke cil cimtat, 
sun pas vers la chambre en alat. 
cil sait sus, si la parsiwi, 
mult par lu vait criant merci. 
5 Brenguain est venue a Ysolt, 
si li surrist cum faire soit. 
Ysolt culur muad e teinst, 
e sempres malade se feinst. 
la chambre fu sempres voidee, 

10 kar la raine ert deshaitee. 

E Brenguain pur Tristran alat, 
dreit en la chambre le menât, 
quant il vint enz e vit Ysolt, 
il vait vers lu, baiser la volt; 

15 mais ele se trait lors arere. 
huntuse fu de grant manere, 
kar ne saveit quai fere dut 
e tressuat u ele estut. 
Tristran vit k'ele l'eschivat: 



huntus fu, si se vergundat, 20 

si s'en est un poi tret ensus 
vers le parei, dejuste l'us.^ 

Puis dit aukes de sun voleir: 
'certes, une ne quidai ço veir 
de vus, Ysolt, franche raine, 25 

ne de Brenguain, vostre meschine. 
allas, ki tant avrai vescu, 
quant je cest de yus ai vëu, 
ke vus en desdein me tenez 
e pur si vil ore m'avez! 80 

en ki me purreie fier, 
quant Ysolt ne me deingne amer, 
quant Ysolt a si vil me tient 
k'ore de mai ne li suvient? 
ohi! Ysolt, ohi! amie, 35 

hom ke ben aime tart ublie. 
mult vait funteine ki ben surt, 
dont li reus est bon e ben curt; 



221 manque FG; tuit-ocirroient C. 222 à 231 ma'iiquent E. 222 ent.] si oez FG. 223 ne ne v. 
di BFGCD. 224 et] manque BFGCD; moût p. B, moût (uns FG) joenes FGCB. 225 om AB. 
226 manque B', Espoir vos s. bien CD; che] manque GCD: en 1. G, nos 1. CD. 227 deus] na C, 
ne D; Deus ne garde a pers. FG; sele est ou gr. F, se ele est gr. G, dex sele est gr. CD; grande 
B; De p. dorae ne print dix acoison Sele est ou bêle ou laide ou petite ou non A. 228 et 229 
intervertis dans C. 228 manqiie D: Et salons maintes foiz C. 22â De BFGD; petites fontaines 
C; toz (bien F) se saoule lom FG. 230 manque A; p. uoir B; .1. p. FG, m. ioenes C. 231 pr. 
par grant el. B. 

24. /Ce qui est mis entre crochets manque dans le manuscrit et a été ajouté par Michel; 
les parenthèses signifient qu'un mot ou une lettre du manuscrit est à supprimer. Nous ne notons 
pas les cas nombreux oii l'élision de l'e n'est pas observée dans le manuscrit, suivi par Michel, p. 
e. V. 19. ke ele.] — 2 abat Ms. 5 venu Ms. 9 voide[e] Mi. 10 de8haite[e] Mi. 12 dreit B., enz 
Mi., manqtie Ms. 15 ele se traite lores Ms. 17 kar ele ne saueit 3/*'. 19 ke ele iH/s. 20 huntuse 
Ms. 21 si sest Ms.; tret i*'.] eret Ms.; en sus Mi., B. 22 le us Ms. 24 unkes Ms. 25 [Ysolt] Mi. 
27 ki t. ai vesquu !/«., ke je t. ai -Wï. 30 me av. J/s. 31 p. mes f. l/s. 32 deing i/s. M mweat Ms. et B. 



76 



TBISTRAN. 



Pièce 24. 



e de l'are k'ele oeccbist, 

40 k'ewe n'i tnrt n'ewe n'en ist, 
si ne fet gaeres • preiser: 
ne fait aniur, quant volt boiser.' 

Ysolt respunt: 'frère, ne sai, 
je Tas esgnard e si m'esniai, 

45 kar n'aperceif mie de vus 
ke seiez Tristran l'amerus.' 
Tristran respunt : 'raine Ysolt, 
je sui Tristran, k'amer vus soit. 
ne membre vus del seneschal 

50 ki vers le rei nus teneit mal? 
mis conpainz fu en un ostel, 
si fumes juvenes par Uel. 
par une nuit, quant m'en issi, 
il levât sus, si me siuvi. 

55 il ont ne^é, si me trazat, 
al puliz vint, utre passât, 
en vostre chambre nus guaitat 
e l'endemain nus encusat. 
ço fu H primer ki al rei 

60 nus encusat, si cum je crei. 

Del naini vus redait ben menbrer 
ke vus solïez tant duter. 
il n'aniad pas nostre déduit: 
entur nus fu e jur e nuit; 

65 mis i fu pur nus agnaiter 
e servi de mult fol mester. 
senez fumes a une faiz. 
cum' amanz ki trop sunt destraiz 
purpensent de mainte veidise, 

70 d'enfin e d'art e de cuintise, 
cum' il purrnnt entrassembler, 
parler, envaiser e jlier, 
si fëimes nus: senez fumes, 
en vostre chambre u nus jëumes, 

75 mais li fel uaims de pute orine 
entre noz Hz pudrat farine, 
car par itant quidat saveir 
39 del Jfi. 



Tamar de diu, ti çu fuat veir. 

mais je de ço m'en averti, 

a voitre lit joins pet Milli. 30 

al saillir le bras me crcTat 

e Tostre lit enaenglentat. 

arere sailli ensement, 

e le men lit refis sanglant. 

Li reis Markes survint a tant 95 

e vostre lit trovat sanglant; 
al men en vint eneslepas 
e si trovat sanglanz mes dtM. 
r&ine,- par vostre amisté 
fu de la curt lores chascé. go 

ne menbre vas, ma bêle amie, 
d'une petite drtterie, 
ke une faiz vus envaiai, 
un chenet ke vus purchaçai? 
e ço fu le Petit Crëu, 95 

ke vos tant cher avez eu. 
e suvenir vus dait il ben, 
Y8«dt amie, d'une ren: 

Qaant cil d'Irlande a la curt vint, 
li reis l'onarrat, cher le tint. lOO 

harpëur fu, harper saveit: 
ben saviez ki cil esteit. 
li reis vus dunat l'harpëur: 
cil vas amenât par baldur 
tresqa'a sa nef dat entrer. 105 

en bois fu, si l'Si cunter. 
nne rote pris, vinc après 
sur mon destrer le grant eslés. 
cunquise vus ont par harper. 
e jo vus conquis par roter. no 

Riiine, suvenir vus dait. 
quant li rais cong'ié m'aveit, 
e je ère malt angui'^us. 
amie, de parler od vus 
e quis engin, vinc el vergé 115 

a savent famés enveisé; 



40 n'en F.] ne ist .V». 42 volt F.] volt M». 44 j« /A] e -V*.. m Mi.; • si B.] • M:; 
se vos esg. si fort m'etni. F. 4.') je ne *p. .Vf. 50 11 mtnit/iir. 'y2 si F.] manque M».\ jaoM par a 
cl .Vj».; '<>« peut prnpoiirr fumes en un Ut par uel, >•" u noi j<«am«« par uel, "m • AnsM jur. pv 
uel' (B.), 't'A me i AI*. 55 negez .V«. 57 vus enguatat M". 5S rus M«. i>0 ^enjcasat Mi. 63 a* 
om. p. mun d. .V«. ; con: p. F. 65 [par] .'/». CS servit .W«. GS trop mmn/ur Mf.; ki tant [malt] 
destr. Mi.; kl unt granz d. F. 70 oot. p. F.; de eng. de a. de c. M*. 71 com Mi. *•/ B.; «itr«« 
ass. .V.t. rf B. 7,'t fumus M*. 74 nus Mi.] manijnr M*. ; jt^oniM B.] fiimus M*. 75 fol M*. 77 tant- 
saver M». 80 peex Ms. SI sailer M», rt B. 85 i survint M». 87 «oelespas M». 88 sanglant M*. 
95 cru Mk. 97 il M"»q»f , en d. b. B. 98 Am.Y.i. de un r. M».\ de une r. Mi.\ or d'ans r. F. 
9» Irland .Vi. 100 [l'jon. .V*. 10-2 ki F.] ke M», 't B. 103 T] al Jf*.; al barpar B. 105 • d. •. 
M». 108 destre . . elez .Vu. 109 cumquis Mi>. 114 od a* Mi.; dan* h çhimnn: ii [r]as. 115 
M$, 116 fumes B.] ei mes .V.«., ermes /*. ; «nveisex Jf'. 



77 



Pièce 24. 



Xn« SIECLE. 



desus un pin en l'umbre sis, 
de m un canivet cospels fis, 
k'erent enseignes entre nus 

120 quant me plaiseit venir a vus. 
une funteine iloc surdeit 
ki de vers la chambre curreit; 
en ewe jetai les cospels, 
aval les porta li rusels. 

125 quant veïez la dolëure, 
si saviez ben a dreiture 
que jo i vendreie la nuit 
pur envaiser par mun déduit. 
Li neims sempres s'en apercent: 

130 rei Markes cunter le curut. 
li rais vint la nuit el gardin 
e si en est munté el pin. 
jo vinc après, ke mot n'en soi, 
mais si cum j'oi esté un poi, 

135 si aperceu l'umbre le roi, 
ke seet el pin ultre moi. 
de l'autre part venistes vus: 
certes, j'ere dune pôerus, 
kar je dutoie, ço sachez, 

140 ke vus trop vus en hastisez. 

mais Deus nel volt, sue merci ! 
l'umbre vëistes ke je vi, 
si vus en traisistes arere; 
e jo vus mustrai ma praiere 

145 ke vus al rai m'acordissez, 
si vus fere le puussez, 
u il mes guages aquitast 
e del règne aler me lessast. 
pur tant fumes lores sauvez; 

150 al rei Markes fu acordez. 

Isolt, menbre vus de la lai 
ke fëites, bêle, pur mai? 
quant vus eisistes de la nef, 
entre mes bras vus tinc siief. 

155 je m'ere mult ben desguisé 



si cum vus m' aviez mandé; 
>- le chef teneie mult enbrunc; 
ben sai quai me déistes dune, 
k'od vus me laissasse chaeir. 
Ysolt, amie, n'est ço vair? leo 

siief a la terre chàistes, 
e voz quissettes m'âuvristes, 
e m'i laissai chaeir dedenz, 
e ço virent tutez les genz. 
par tant fustes, se je l'entent, i65 

Ysolt, guarie al jugement 
del serement e de la lai 
ke fëistes en curt le rai.' 
la raine l'entent e ot 

e ben ad noté chescun mot. 170 

el l'esguarde, del quor suspire, 
ne set sus cel ke puisse dire, 
kar Tristran ne semblent il pas 
de vis, de semblanz ne de dras; 
mais a ço k'il dit ben entent 175 

k'il cunte veir e ren ne ment, 
pur ço ad el quor grant anguisse 
e si ne set ke faire puisse, 
folie serrait e engan 

a enter cer le pur Tristran, igQ 

quant ele vait e pense e creit 
n'est pas Tristran, mais autre esteit; 
e Tristran mult ben s'aperceuit 
k'ele del tut le mescunuit. y^ 

Puis dit après: 'dame reine, 155 

mult fustes ja de bon' orine, 
quant vus m'amastes seinz desdeing. 
certes de feintise or me pleing: 
ore vus vai retraite e fainte, 
ore vus ai de feinte ateinte. 190 

mais jo vi ja, bêle, tel jur 
ke vus m'amastes par amur. 
quant Markes nus ont cunjeiez 
e de la curt nus ont chascez, 



117 £. d'après la corr. de F.] d. un espin el u. Ms. 118 canivet B.] cnivet les c. i¥s. ; cospeis Ms. 
122 devers] de Ms.. delez Mi. 126 siuiez if*. 127 \ manque. 130 al rei xa. Ms. 132 en manque; 
el espin Ms.; M. F. avait proposé: e si est m. sor le p. 133 ne soi Ms. 134 je Ms. 135 le u. 
Ms. 136 s. a le espin Ms.; corr. de M. F. 138 je e. Ms. 139 ço manque; mult Mi. 140 en 
BartschJ manque Ms., vus vus h. Mi. 142 le u. Ms. 144 je manque Ms. 145 me ac. Ms. 146 fare 
Ms. 150 e al rei marc' Ms. 155 je me ère b. desguisee Ms.. 156 si manque; me av. Ms. ; me 
l'av. F. 157 tenei Ms. 159 ke Ms. 162 me auveristes Ms. ; corr. p. F. 163 chair Ms. 164 tuz 
Ms. 165 ce ie \ç Ms. 166 guari al serment Ms.; alsiment i>/i. 167 serment il/s. 168 en la c. Ms. ; 
corr. p. F. 171 ele lesgurad Ms. 175 ke Ms. 176 ke il cun ueris e Ms. ; k'il dit v. e de ren ne 
m. B. 178 si numque. 179 eugain Ms. 183 se ap. Ms. 186 bon Ms. 187 me a. Ms. 188 ore 
Ms. 190 v. ai jo de M^. 192 me a. Ms. 193 q. rei marc' . . cunieiet Ms. 



78 



TRI8TRAX. 



Pièce 24. 



195 aH main» ensemble nos prëimet 
e bure de la Mde en eiMimes. 
» la foreft pnis en alames 
e an mnlt bel liu i truTames 
e une roche qu'ert cavee: 

200 devant ert estraite ientree, 

dedenz fu voltisse e ben faite, 
tant bêle cnm se fnst portraite; 
Tentailëare de la père 
esteit bêle de grant inanere. 

205 en celé Tolte canversameB 

tant cum' en bois nus Burjumame». 
Hudeiu. inuu ohen, ke tant oi cher, 
iloc l'afaitni senz crïer. 
od mun cben e od mun ostur 

210 nus pessoie je cbascnn jur. 
Reine, dame, ben savez 
(■uni nus après fumes trovez. 
li reis mëimes nus trovat 
e li nnins ki l'i amenât. 

•J15 mais Deus uveit uvré par vus; 
quant trovat l'espee entre nns 
e nus rejëumes de loing, 
li reis prist le gant de sun poing 
e sur la face le vus mist 

220 tant siief ke un mot ne dist, 
kar il vit nn rai de soleil 
ke out halle e fait vermeil. 
li reis s'en est alez a tant, 
si nus laissât iloc dormant, 

225 puis nen ont nule suspeçun 
k'entre nus (iust si ben nun; 
sun mal talent nus pardonat 
e sempres pur nus envoiat. 
Isolt menbrer vus dait il ben: 

230 dunt vus donai Huden. mun chen. 
k'en avez fait? mustrez le mai!' 
Ysolt respuut: 'je l'ai, par fai. 



cel cben ai je dunt vus parl«g; 

certes, ure endreit le verrex. 

Brenguain, ore alei por le ehea, 386 

amenez l'od tôt le lïen.' 

ele levé e en pec «ailli, 

vint a Hnden e sil jdi, 

e le deslie, aler le lait: 

cil jonst les pez e si s'en Tsit MO 

Tristran li dit: 'ça ven, Haden! 
tu fus ja men, or te repren.' 
Huden le vit, tost le eunnt, 
joie li fist cnm faire dut. 
unkes de chen n'i)i retraire 846 

ke pëust meilur joie faire 
ke Haden fist a sun sennur: 
tant par li mnstra grant amur. 
sure lui curt, levé la teste: 
une si grant joie ne fist bette: 260 

>^ bute del vis e fert del pé: 
aver en pOust Ten pité. 

Isolt le tint a grant merveille; 
buntuse fn, devint vermeille 
de ço ke il si le jCi 966 

tantost cnm' il sa voiz Oi; 
kar il ert fel e de pnite aire, 
e mordeit e saveit mal faire 
a tnz ices k'od lu jttoënt. 
e tuz ices kil manïoënt. 860 

nul ne s'i poeit aciiinter 
ne nul nel poeit manier 
fors sul la r&ine e Brenguain, 
tant par esteit de maie main, 
depuis k'il sun mestre perdi 866 

ki l'afaita e kil nurri. 
Tristran jOist Huden e tient, 
dit a Ysolt: 'melz li snrient 
ke jol nurri, ke l'afaitai, 
ke vus ne fait ki tant amai. 870 



197 al f. M». 198 un mam/ur. 199 c»rr. p. F./ en u. r. fu c. M». H B. 200 le e. M*. 201 rolti*M 
/'; voetse M». 206 cum Mi. rt li. 208 le a. tvaz «crier .'/.«. 209 e Wfiii'/Mr; • od m. cb. F. 
210 je maïu/in-. 214 on: p. F./ naim ke li menât M*.; ke od li menât H. 217 reionM Mt.', loiaa 
M», rt B. 220 dit M*. 222 M. Forr»ter prop,,.*,- ,{,• Urr: ki vo« halloit le ri» vermeil; M. B. ad m t t 
vue lacune nprh cr rrr*. 22H est miin<]Hf\ atant B. 224 iloc m<nn/ur. 225 IM oat Bvl SUpaalBB 
M».; M. F. propotf : p. n'out mes n. s. 227 maltalent B. 229 membre .V*.; il ManfiM; t. «■ 4. 
b. B. 233 je maïujiie. 234 verret M*. 238 sil jôi r^^rr. tU M. F./ àX ioi M».\ dermihtmetUf M. 
F. nunlniit /*>»•.- ki la j. 240 e mnm/uf. 242 ore Mu. 243 cnnait Mê. 246 port M».; niailar F,/ 
merur Mu. rt B. : M. Ttéler prupi^e maiur. 249 sur -V*. 251 bute] mte -W>., borte? Anglade (Rer. 
de» Umgues n-m. IU09. fiSj ; e mam/ur. 252 gran p. M.-. 254 ai der. ▼. M*. 255 ke il «i le j. B.] 
ki li fist le ioie M«. ; ke icist le j. F. 256 cum B. 260 ki(l) Mi. 261 a. ni p. at a. Ms. 264 mal 
maine Mo.: corr. p. F. 265 ke il M:*. 266 le af. e ki le n. M-. 267 ient? ieiat? M$. 268 • dit 
M.*. 269 jo le n. ki le a. Ms. 270 fait F.] fai M*. 



79 



Pièce 25. 



XIP SIECLE. 



mult par at en chen grant franchise 

e a en femme grant feintise'. 
Isolt l'entent e culur mue, 

d'anguisse fremist e tressue. 
275 Tristran li dit: 'dame reine, 

mult sulïez estre entérine. 

ne menbre vus cum' al vergé 

u ensemble fumes cuché, 

li rais survint, si nus trovat 
280 e tost arere returnat, 

si purpensa grant felunnie, 

ocirre vus volt par envie? 

mais Deus nel volt, sue merci; 

kar je sempres m'en averti: 
285 bêle, de vus m'estot partir, 

kar li reis nus voleit hunir. 

lors me donastes vostre anel 

d'or esmeré, ben fait e bel; 

e jel reçui, si m'en alai 
290 e al vair Deu vus cumandai.' 
Isolt dit: 'les ensengnez crei. 

avez l'anel? mustrez le mei!' 

il trest l'anel, si li donat;- 

Ysolt le prent, si l'esguardat, ^ 
295 si s'escreve dune a plurer, 

ses poinz detort, quidat desver: 

'lasse', fait ele, 'mar nasqui! 

en fin ai perdu mun ami. 

kar ço sai je ben, s'il vif fust, 
300 ke autre hum cest anel n'ëust. 

mais or sai jo ben k'il est mort. 



lasse! ja meis n'avrai confort!' 
mais quant Tristran plurer la vait, 
pité l'em prist, e ço fu droit. 

Puis li ad dit: 'dame raine, . 305 

bêle estes vus e entérine, t"^'^'^'^ 
des or ne m'en voil mes ouvrir, 
cunuistre me frai e ôir.' 
sa voiz muât, parlât a dreit. 
Isolt sempres s'en aperceit, 310 

ses bras entur sun col jetât, 
le vis e les oilz li baisât. 

Tristran lores a Brenguain dit, 
ki s'esjoi par grant délit: 
'de l'ewe, bêle, me baillez! 315 

laverai mun vis ki'st suUez.' 

Brenguain l'ewe tost aportat 
e ben tost sun vis eu lavât; 
le teint de l'herbe e la licur, 
tut en lavât od la suur. 320 

en sa propre furme revint, 
Ysolt entre ses braz le tint, 
tel joie en ad de sun ami 
k'ele ad e tent dejuste li, 
ke ne set cnment contenir. 325 

nel lerat anuit mes partir, 
si dit k'i avrat bon ostel 
e bon lit e ben fait e bel. 
Tristran autre chose' ne quert 
fors la raine Ysolt, u ert; 330 

Tristran en est joins e lez, 
mult set ben k'il est herbige'z. 



25. 

WACE, LE ROMAN DE BRUT. 

D'après les huit mamiscrits de Paris: Bibl. Nat.fr. 794 (AJ ; fr. 1450 (B) ; fr. 1416 (CJ ; 
fr. 12603 (D); fr. 1454 (E) ; fr. 12556 (F); nouv. acq. fr. 1415 (S); Ste. Geneviève 2447 (anc. Yf. 
in 4°. 10; = G); Arsenal 2981 {anc. 171 B.L.F. ; = H). — Voir le passage dans: Le Roman de 
Brut, 2mbl. 'par Le Roux de Lincy, tome L, Rouen 1836, p. 82 — 98; v. 1713 — 2098. — Noihs avons 
pris pour base l'orthographe du manuscrit A, en y introduisant toutefois, à l'exemple de Bartsch, 
les pa/rticularités de l'orthographe normande et sans toujours en rendre compte da'ns les variantes. 

272 a manque. 274 d'] e Ms. 211 ne menbre v. B.] remenbre v. . , vergez 3Is. 278 cuchez Ms. 
281 [purjpensa 3Ii. 285 b. d. viis est. de partir Ms. ; nus est. partir F. 286 voleit F.] volt Ms. 
287 lores 3Is. 288 de or Ms. 289 je le Ms. 292 le a. Ms. 293 donasf Ms. 294 le esguardast Ms. 
295 si se esc. 3Is.. 298 e[n]fin Mi. 299 si il 3Is. 300 hume Ms. 301 ore Ms. 302 avérai Ms. 
304 le em pris Ms. 306 vus F.J manque; or B. 307 cuuerir Ms. 314 qui F.J ; e si esj. Ms. 
316 ki est s. Jfs.; co/r./j. i*'.; k'est^. 317 le ewe ifs. 319 1' ^V de herbe i¥*. 323 tele'iJ/s. 324 ke 
3Is. 325 ke ele ne 3Ts. 326 ne le 1. Ms. et. B. ; a. p. B. 327 si F.J manque 3h. ; e B.; ki auerat 
Ms. ; k'il avra F. 328 e baus lit ben Ms. ; M. F. propose de lire : e lit ben fait il ni a tel. 
329 chosce 3fs. 330 [f]ors 3Ii.; u ele ert Ms. 332 ke il herbigez 3Is. 

80 



WACE, BRUT. 



Pièce 25. 



Quant Ia'IT alques afebli, 
cunie H huem qui envieilli, 
cumença lei a purpenMr 
de 868 trei8 fiUex marïer, 

6 si dist qu'il les niarïarait 
et san refîne lur partireit. 
mais ])reinien( voleit eanaier 
la quei8 d'eles l'aveit plus chier. 
le plus del suen duner voleit 

10 a celé qui plus l'aniereit. 

chaHcune apela sein^i^lement, 
l'ainsnee tut premièrement: 
'fille', fait il, *jo voil saveir 
cumbien ta m'aimes, di m'en reir!' 

15 Gonorille li a juré 
del ciel tute la dëité 
(mult parert pleine de veisdie) 
qu'ele Tamout plus que sa vie. 
'fille', fait il, 'mult m'as amé, 

20 bien te sera ijuerretluné : 

car prisiée as mielz ma viellece 
que ta vie ne ta juenece. 
tu en avras tel guerredun 
que tut le plus prisié barun, 

25 qne tu en muu règne esliras. 
a seignur, se jo puis, Tavras; 
et ma terre te partirai: 
la tierce part t'en liverrai.' 
puis demniula n Kagiiu: 



'flUe, di, cambien m'ainiM taf 80 

et Bagla ont entendu 
rament m mer a respondn, 
a cni ses pères tel gré sont 
de ce qne si forment famont: 
gré revoit aveir ensement, $5 

si li a dit par sairement: 
'jo faim snr tnte crïatnre, 
ne t'en sai dire altre metnre.' 
'mnlt a ci', dist il, 'grant amnr, 
ne te sai demander graignur; 40 

et jo te dunrai haut seignur 
et la tierce part de m'enar.' 
Donc ra parlé a Cordëille 
qui esteit la plus jnesne fille, 
pur ce que il l'aveit plus chiere 45 

qne Ragftu ne la première, 
quida il qn'ele cunënst 
que mult plus chier d'eles l'ënfll 
Cordëille out bien escnté 
et bien ont en sun cner noté 50 

cument ses dons semrs parlOent, 
cume Inr père losenjJSent; 
a sun père se vont gaber 
et en gabant li vont mnstrer 
que ses filles le blandisseient 55 

et de losenge le serveient. 
quant Lëir a raisun la mist 
(M)iiu> les altres, el H (li-^f 



1 Quaiuj iii'iiuiitv H ; Leir] il (/', leur -S; enfieuii •"' . tu alq. Gif. _■ 11 tii'in'/n, < ; 1. i;.^ /' 
4 a marier ('. ô »« -1, et K(i, ce BdUlS ; mariera (: partira) VI)S, (3 «t que '». 7 prin - '^ 

asaaier US. « quel li, quele ACDEFdllS ; dax -1. dek S, de elet d ; lot P, la //. .< U uuu* 
Ii(7)S; volrolt BEF; de son règne donroit f'I>. 10 celi A; pi. chier lauroit G. H et 12 imUr- 
rtrtis dium CD. 11 a ch. dit s. KF. parla li p«r«a s. CD; sagement .(/>//; a ch. parUt ■•iigiMMat 
a. 12 et 1. BG'II, a CD FF; tut] mutii/ue BGHCDEF; • a l'a. priroer«n«nt S. 13 f. dit (dût .V) 
il CDGHS, belle f. FF. 14 cornent B; tu] manque D (le veir); mei v. .v. 1« l. reriu BII; dn hant 
du oiel t. 1. clarté (*/<•) EF. 17 et 18 interrertù dans H. — et m. eat //; fti B; boiadia /■'''' 
18 laime B; miua BD. 19 ditt il CDEFGHS; bien B. 21 que EF; miex a« (mas C) pr. ' . - 
prisie BCD, prise •'^ ; mielzj plus //, maïu/iie EF. 22 iouente (fie) D. 25 cest r. EF. 26 a «aor '» ; 
1] manqii»- BCDEFS ; s. j. p. a moillier B, 27 de part. G. 29 dont CDGHS: danaad* S, a de- 
mande .1 ; ragn AE. 30 di f. B. 31 et quant ragu A; et] manque CD (bien ent.). ,32 cosm BCD, 
que G, cum S; seror GS ; ot BCDEFG. 33 son p«re CD\ del g. >'. 34 qle tant lam. D. 35 s«n 
gr. (gr. en EF) veut CDEF. 30 se ADGIf; a] mtinque EF; p. son s. EF, chertainerocnt B. 37 ta 
aime EF; soer sor {«>) S. 38 te G. 39 manque EF; honor CD. 40 et 41 interrerti* dams D: 
ten DS. 41 mes JI ; redonrai B; haut] bon DG, a CEFIIS, manque B. 42 et] o CDS, manque 
EF; la] manque EF; partie EF. 43 donques CD, adont B; reparla EF, parla C'/>>S, apela B; a] 
manque fi. 44 sa ^(7); bêle B; Ki e. ineuene f >'. 45 qil S; l'av.] mott^ne G; la pL *'. 46 la] 
manque C. 47 il] manque Blf; qu. li //, que «le B. 48 et D; molt] im^im^n*- BG; eÛara iti» 8 : 
deles ch. CD, ch. des altres //, des ait. chiere (r. 40 lout >', a CD. 50 biaa] tôt CD; a D; coar] mamqm* 
S. 51 les D. 52 cument BCJf, et com DEF; et coment .S; •on_C7>; pier» .V; mIm. CU, aagol- 
oient G. 53 fi 55 m<iiiqiient D. 54 li] a son père (*»>) C. 55 Cwa EF. 56 manqnf S; «tj <ï D: 
losenges CDEFC. D ajoute : ses serors qui ensi parloient. 57 9 D. 58 ele DEFGS, si H. 

BARTSCH-WIESE, Cbreatomathie. X* tA. 6 



81 



Pièce 25. 



XIP SIECLE. 



'u a nule fille qui die 

60 a sun père par presumpcie 

qu'ele l'aint plus qu'ele ne deit? 
ne sai que plus granz amurs seit 
que entre enfant et entre père 
et entre enfant et entre mère: 

65 mes père es et jo aim tant tei 
cume jo mun père amer dei. 
et pur tei faire plus certain, 
tant as, tant vais et jo tant t'ain.'' 
a tant s© tout, ne vout plus c^re. 

70 li père fu de mult grant ire, 
de mal talant devint tuz pers; 
la parole prist de travers, 
il quida qu'ele l'eschernist, 
u ne deignast u ne volsist, 

75 n par vilté de lui laissast 
a recunuistre qu'el l'amast 
si cume ses serurs l'amôent 
qui de tel amur s'afichoent. 
'en despit', dist il, 'eu m'as 

80 qui ne volsis ne ne deignas 
respundre cume tes serurs : 
a eles dous dunrai seignurs 
e tut mun règne en mariage, 
e tut l'avrunt en héritage. 

85 chascune en avra la meitié, 

mais tu n'en avras ja plain pié, 
ne ja par mei n'avras seignur 
ne de tute ma terre un dur. 
jo te cherisseie et amoe 



plus que nule altre et si quidoe 90 

que tu plus des altres m'amasses, 

et ce fust dreiz se tu deignasses; 

mais tu m'as rejehi a frunt 

que meins m'aimes qu'eles ne funt: 

tant cum jo foi plus en chierté, 95 

tant m'as eu plus en vilté. 

ja mais n'avras joie del mien 

ne ja ne m'iert bel de tun bien.' 

la fille ne sont que respundre, 

d'ire et de hunte quida fundre; 100 

ne pout vers sun père estriver 

né il ne la vout escuter. 

cum' il ains pout ne demura : 

les dous ainsnees maria. 

mariée fu bien chascune, 105 

al duc de Cornuaille l'une 

et al rei d'Escoce l'ainsnee. 

si fu la chose purparlee 

que après lui le règne avreient 

et entr'els dous le partireient. 110 

Cordëille qui fu li mendre 

n'en pout el faire fors atendre, 

ne jo ne sai qu'ele en fëist. 

li reis nul bien ne li promist 

ne il, tant fu fel, ne sufri 115 

qu'ele en sa terre ëust mari. 

la meschine en ert mult huntuse 

et en sun cuer mult anguissuse, 

plus pur ce qu'a tort la haeit 

que pur le pru qu'ele en perdeit. 120 



59 qui a B ; pères v est f. D ; qe d. S ; il est folie (!) H. 60 que la fille a son p. die H ; par] 
manque S. 61 laime EF ; que ele i?, ql C, qi?; ne] manque- BS. 62 et ne G; qui ne set (soit C) 
q CD; greignor CDH ; qe greignor aineit S. 63 manque D; 63 et 64 intervertis dans C; quentre 
les enfans et lor C; enfans B. 64 et] manque CD, entre les enfans et lor CD ; enfans B. 65 et 66 
manquent A. 65 pères es ie S ; et tant aim D, je aime tant EF. 66 a mon C; c. m. p. am. te d. 
II. 67 foire toi (ten EF) CDEF; p. f. nos empl' certataim *S'. 68 et que Je EF. 69 tut S; pi. 
ne V. BG. 70 lie si B, plains de EFGH. 72 par. uint *S'; de] en BCGS, a DEF; lenvers EF. 
73 il] ce BCDS, cil G, manque EF; quel B, que ele G; lescarnisist BEFS, li charnesist G. 74 u] 
ne es, que D; ne ne v. CS, 75 et 76 manquent CDS. 75 pour B- laiast B. 76 a recoi dit quele 
G; quil EF. 77 si] manque GH; les C; ses .II. H; seurs qui EF; respondoient CDGH. 78 amer 
*S'. 80 que G, quant H; ou ne (ne manque C) d. CD. 81 seurs (!) EF. 82 dous] manque EF. 
83 m. fie A; iretage CD. 84 et] manque CDEF; aront D, le tendront EF ; en (a D) lor CD; 
mariage CD; kascune laurat a son âge *S'. 86 et B ; tenras EF ; aurai pi. p. S. 87 n. por m. ni 
aurais 8. 88 ne] manque C. 90 les altres G; et bien EF, si BCDGHS. 91 pi. que les a. H; q. 
pi. ke nulle d. S. 92 Iceo *S'; quidaisses B. 93 au f. G. 94 que tu , . q ne B; ke mairaes meins 
S. 95 plus t. EF. 96 et t. H; pi. mas eu EF, meus tu BCDS, mas tu eu H. 98 n. mais EF. 
101 vout (vuilt H) CDGHS; vers] a BD, o C. 103 c ainz quil p. G; ni BC. 107 duc B. 109 q. 
aatrax .11. A; empres CEF ; li DGH, manque EF; la terre i?. 110 et aprea lui C; la if ; fara del 
règne zo che uorêt S. 111 qui] lor S; estoit G. 112 p. faire elle EF- fors] mes CDS, ne mes 
EFGH. 113 en] manque BCDGHS. 115 ne il] Leir CDS. 116 que en 5. 117 m. fu angoussose 
B; est EF; mult] manque H. 118 en cuer m. tresang. EF; et mit' marie et m. hontose -/i. 119 plus] 
manque S; q uncor H; que a t. GS; het CDG. 120 p. pru S; le bien D; en] i H, manque G ; pert CD. 

82 



à 



WACl, BRUT. 



Pièce 25. 



la pocele fa malt dolente, 
mais ele ettteit et bêle et gente 
et malt en esteit granz parlance. 
AganipuB, uns reis de France, 

126 ai Cordëille Itter, 

et ({ue ele ert a marier, 
briés et messages enveia 
al rei Lëir, si li manda 
que 88 tille a muillier yoleit, 

130 enveiast li, ui la prendreit. 
Lëir n'aveit mie nblïé 
ainceis ont savent ramenbré, 
came sa fille Tout amé, 
et al rei de France a mandé 

135 que tat san règne a devisé, 
a ses dons filles l'a dune, 
la meitié a la primeriene 
Taltre meitié a la meiene; 
mais se la fille li plaiseit, 

140 la fille ëu8t, plus n'i avreit. 
cil quida qui Taveit ruvee 
que pur chierté li fust veée; 
de tant l'a il plus désirée, 
car merveilles li ert lëee. 

145 al rei Lëir de rechief mande 
que nul aveir ne li demande, 
sa fille suie li otreit, 
Cordëille, et si li enveit 
et ses père li otreia: 



altre la mer l'en ai?d« 
la fille od iea drat tolMirat, 
n'i oat «Itre aparellement, 
pais fa dame de tat« Fraaea 
et reine de grant poitswiee. 
cil qui tes serura ourent priaea, 
cai les terres furent promisea, 
n'i Tolrent mie tant sufrir 
as terres prendfe et a saisir 
qaè li sogre les en saisist 
et' de son gré s'en demSist. 
tant l'nnt gnerreié et destreit 
que sun règne li unt toleit, 
li dus de Comttaille a force 
et Malglamis li rets d'Eseoee. 
tut lur a li sogre laisné; 
mais il li unt apareillié 
que li uns d'els l'avra od seif 
qai li truvera son cunrei 
a lai et a ses escaliers 
et a quarante chevaliers, 
que il ait enureement 
quel part que il avra talent, 
le règne unt cil ainsi saisi 
et entr'els dous parmi parti, 
et Lëir a lur offre pris, 
si s'est del règne tuz demis. 
Malglamis ont od sei Lëir: 
de premiers le fist bien servir. 



100 



IM 



160 



165 



170 



175 



122 m. moult CDEFS ; estoit] manque EF : «tt. b. S; m. nepor- 
(i\ ert CEFS, es H; De U e»toit B; grande D : reparlaac* BCEFS. 



121 de lire al peira esteit d. S. 

quant b. ert B. 123 m. estoit en <i; ert CEFS, t* H ; De 11 eatoit B; grande D : reparlant 
125 ot I); Cordeilan .S'; molt 1 (r'; nomer B. 126 qnele BD, chelle S; eat EF, eMoit BUtl. 
127 anuea A. 128 se ADGH. 130 e. la li .S'; m A, il Bi'DGH. 132 rt 133 i»lrrrertu dan* B. 
131 nen ot DGEF, not CS, nel ot //; pas EF. 132 aint BCDEFlillS-, lot (la H, ot EFS) bien 
(molt CD) ». BCDEFIfS, sov. bien a d. 133 cornent BEF; amee S. 134 et] manqur ACDEFGHS: 
avoit.l, ra f; remande DEFGII, mandée >'. 136 et %B; l'a] manqur B. 137 premeraine CDEFS. 
138 et lautr. m. G, et lautre après B, et la m. ('S, et lautre DH ; m U />; Moondaine CDG. 
mileriene //. 139 m. a <i; sa BCDEFS. HO >a CDEFS; 11 li donroit B: mais pi. n'avr. EF; nen 
CGS ; aneit S; prendroit B. 141 li rois c. CD; lot BCDS ; demandée B. 142 p. certes loi C; 
144 manque If; qua B, ca />, car a CEF; e. trop forment (r. 140 ke sa fille enfin li mande .v. 
147 mais sol s. f. B ; envoit D. 148 se ^; C. si BCD; •t U li EF, si U U //, solanli (!) ''.■ 
otroioit D. 149 et] man,fiie G; li p. CDEFGS ; la li G. 150 et outre CD\ la] «Mm^f CDGIls : 
li liEFD, lui r, la li GIl-, envea .1. 151 sa f. BEF; et BCDS; les GH. 152 ennoier ne U laaolt 
altrement >'. 153 Si f. C, Ele f. D. 154 vaillance D. 155 les ('A 156 a qi 1. t. oren p. A'; 
pramises B. 157 uoltrent .-t, uoleient >'. 158 a la terre B: et pr. A; et s. AB, ne s. D. 159 lor 
s. CDS. li pères .1, li sires II, rois leir EF; les s. >': sen dessaisist (demeist B) BD. 160 q dt C, 
ue de D; et quil d. gr. B; se AGHS; lor B; demist D. gaerp«ist B. 161 eacaade CD. 162 q. 
outre son gre lont (r. 163 rois B. 1G4 maglaus CD, toujour* ai»**. 165 manque CD; sogres A. 
suire B, roys (!) EF; laie B. 166 il orent CD, qui njouicnl: si ont entre eus (eos .II. D) conseillie 



Pièce 25. 



XIP SIECLE. 



mais tost fu li curz empiriee 

180 et la livraisuns retailliee; 

premiers faillirent a lur duns, 
puis perdirent lur livraisuns. 
Gonorrille fu mult avère, 
a grant eschar tint de sun père 

185 qui si grant maisniee teneit 
et nule chose n'en faiseit. 
mult li pesout del costement. 
a sun seignur a dit suvent: 
'que deit ceste assemblée d'urnes? 

190 en meie fei, sire, fol sûmes, 

qui tel pueple avuns ci atrait. 
ne. set mes pères qu'il se fait ; 
entrez est en foie riote, 
viels hoem est, des' ore redote. 

195 huniz seit qui mais l'en cresra, 
ne qui tel gent pur lui paistra! 
li suen serjant as noz estrivent 
et li un les altres eschivent. 
qui purreit sufrir si grant presse? 

200 li sire est fols, sa genz perverse: 
qui plus i met, et plus i pert, 
ja n'en avra gré qui le sert; 
mult est fols qui tel gent cunreie: 
trop en i a, tiegnent lur veie. 

205 mes pères est sei quarantisme, 
d'or en avant seit sei trentisme 
ensemble od nus, u il s'en ait 



tut sun pueple, nus que chalt?' 

mult i a poi femme sans visse 

et sans racine d'avarisse. 210 

tant a la dame amonesté 

et tant a sun seignur hasté: 

de quarante le mist a trente, 

de dis li retrencha sa rente. 

li père mult s'en desdeigna 215 

et aviltance li sembla, 

que si l'aveit om fait descendre. 

alez est a sun altre gendre 

Hennin, qui Eagàu aveit, 

qui en Cornuaille maneit. 220 

n'i aveit mie un an esté 

quant cil l'ourent mis en vilté: 

se vils fu ainz, or est mult pis, 

de trente humes l'unt mis a dis, 

puis le mistrent de dis a cînc. 225 

'chaitif mei', dist il, 'mar i vinc! 

se vils fui la, plus sui vils ça.' 

a la première s'en râla. 

il quida qu'ele s'amendast 

et cume premiers l'enurast. 230 

mais celé le ciel en jura 

que ja od li ne remanra, 

ne mais od un sul chevalier. 

al père l'estut otreiier : 

dunt se prist mult a cuntrister 235 

et en sun cuer a recorder 



179 empirie B, enpourie EF. 181 primes BCDGS. 183 Corneille D; trop a. B. 184 et gr. BS ; 
enuy H. 186 ne nule J^', que n. G; ne AEFGH. 188 père 5; disoit jB/T. 189 fait CD; celé G; 
assemblées B; auomes -1- 190 par m. H; si maist dix A; en ma f. folie faimes S. 191 ke S; t. 
gent B. 192 q il f. CDS. 193 il est entres B; rote B, rihorte EF. 194 et v. CD; ja est v. h. 
B ; et si BCDS, désormais EFGH ; resote C. 195 hirais s. *S'; s. jamais B ; le EFH, li G; croira 
EF, querra BCD. 196 por 1. t. g. CDS. 197 li no CD; a EF; siens CD. 198 li lor 1. nostres B. 
200 leur s. -ff, il est f. et B ; poruerse -4, engresse GH. 201 et 202 intervertis dans BCDS. 201 et] 
manque CS. 202 nara hom gr. B, nus (mais D) n. avr. CD; bon gr. nav. S; seul gr. navra EF, 
sol n. avr. GH; quil DS, qui EGH, qi F. 204 i a dels CDS. 205 cinquantisme B. 206 desore 
en ait S; désormais B, dore s. CD; lui A; qarantisme B, .XX. tiesmes A. 207 u] et C. 208 a t. 
B; ses homes H; qe nos *S', et nos B; que EFG. 209 et 210 manquent A. 209 ot G; femes 
EFGH S; et s. C. 210 racines S; de malice GH. 212 son s. et t. h. (!) EF; parle B. 213 des 
C; quar.] 1. B; li C. 214 .XX. B, tant CDS; detrenca CD, trencha EF, a tranche G, retailla BH. 
215 et 1. B; pères A; p. ce d. B; engaigna EF. 216 grant av. B, et av. EF, a (et a C) vilenie 
CD; le CD; torna CDEF. 217 lavoient B; quele lavoit f. CDS. 219 manque G; nenninon C, 
nenniuer S, a nemô D; qui] manque D ; ragu C, rav D. 220 et qui BCD; Escoce B. 221 mais 
n. BEF, il n. H; ot BEFDH ; pas CH, que G. 222 que c. EFG, quant celé CD, quil B; lot D, 
rot C, le reot G, ne lont S; mise C, plus D, manque EFG; tel v. BEF. 223 que si v. EF ; se 
ainz fu v. A, sainz f. nit S; vils] mal BD ; fu devant D ; lores C ; est BD ; mult] manque CDEFS ; 
puis fu p. *S'. 224 car de G; humes] manque GH; lui ont C, lorent H. 225 à 228 mmiquent H. 
225 m a .XV. D. 226 ch. dist C, helas ch. D; d. il] las S; tant mar CD. 227 la] manque EF; 
v. sui BCDGS. 228 a Gonorille BS, en Cornuaille CD; se G; &\a, B. 229 quil ^F, ce BGS, si H; 
cuidast EF; qu'] manque G. 230 primes CDEFGS, père B. 231 ele sus (en manque) G. 232 lui 
BDEF. 233 od] a AD, que BH; sul] manqtie S. 234 le p. EF, a Leiri»; lestuet C. 235 adonc 
H; 8. comance B; mult] fort DS, forment C, manque BH. 236 et a />; porpenser B. 

84 



WACX, BBUT. 



Pièce 2& 



1m biens dont tant afeit ëos, 

et or le« aveit tuz perdus. 

ias mei!' ditt il, 'trop ai Teacu, 
240 quant jo cett mal t«ni al Tëa! 

tant ai eu, or ai niult poi. 

a est aie quanque jo oiV 

fortune, tant pares mnablef, 

tn ne puez estre une ure establet; 
245 nus ne se deit en tel fier, 

tant fais ta rOe tost tumer. 

mult as tott ta cnlar mUee. 

tost es chaeite et tost levée. 

cni tu Tués de bnn oil Teeir 
250 tost Tas levé en grant aveir; 

et des que tu tûmes tun yis, 

tost Tas d'ulques a neient mis. 

tost as un vilain hait levé 

et tost le ras desnz tnmé: 
255 cuntes et reis, quant tu vues, plaisses 

que tu noie rien ne lur laisses. 

tant cum jo fui alqueti mananc, 

tant oi jo parenz et serjanz; 

et des que jo, las ! apovri, 
260 ami8, parenz, serjanz perdi. 

jo n'ai un sul apartenant 

qui d'amur me face semblant. 

bien me dist veir ma mendre fille 

cui jo blasmtie, Cordëille, 
265 qui dist que tant cum jo avreie, 

tant prisiez et amez sereie. 

n'entendi mie sa parole. 



ains l'en blasuai e Une par foie 

tant cnm jo oi, itant valoi, 

tant ptUm ot tant âmes foi; 370 

tant truvai Jo qui me blaadi 

et qui voluntiert ■« terri: 

pnr mun aveir ne MaadisaeieBt, 

or se tnraent, si ne me veient. 

bien me dist Cordëille Tcir, 275 

mais ne m'en soi apareeveir. 

ne l'aparçui ne l'entendi, 

ains Ten blasmai, si l'enbli 

et de ma terre la chaçai 

que nule rien ne li douai. 380 

or me sunt mes filles faillies 

qui donc esteient mes amies, 

qui m'amdent sur tute rien 

tant cum jo oi alqnes del mien. 

or m'estuet celé aler reqoerre 285 

que jo cha^ai en altre terre. 

mais jo cument la requerrai 

qui de mun rei^e la chaçai? 

et nunpurquant saveir irai 

se jo nal bien i tmverai. MO 

ja meins ne pis ne me fera 

que les ainsnees m'nnt fait ja. 

ele dist que tant m'amereit 

cnme sun père amer deveit 

que li dui jo pins demander? 295 

dëust mei ele plus amer? 

qui altre amur me prometeit, 

pur mei deceivre le faiseit.' 



237 b. que i\ B; ad S; ea CS. 238 mais B; ore CEFS; tout perdu (le* manque) C. 239 Ha las CD. 
240 >e ce D, ice //; ie ai cel B; et trop ai longues ninu {#iV) S, 241 ore C; «i p. BCDEFGHS. 
242 or est G. 243 trop par B; muable Ir» mK«.\ morable O. 244 on jor BDH; p. ore mie eetre C; 
etUble lr« viM. 245 ne s. d. nuls S. 246 fort t. BD. 247 sa e. EF. 248 et] manqur ^; t. iea 
C; chaire S; tomee CD; toit es L S. 249 ki uela ad bon o. v. S. 250 monte B; peer S. 251 laee 
q. EF; retomes (et manque) H. 252 d*] manqtir Gf>, 054 ^J manque //; s. toi //; boate CDEFS] 
et un roi em plus bas t. B. 255 et 256 manquent H; e. rois dus B. 256 qoaat •. />; q a. r. sar 
lor ne ^; tu] manque S. 257 t. qD; rices (r. et DS) m. BCDS. 258 manque C\ taat] mtamqtt* D; 
si aueie p. N; chevaliers et a. />, amis et parans B. 250 lues q. EF, deetre //; las] mamqme H; 
pouri .y. 260 ser. am. par. BCD, ser. par. am. S, am. ser. par. EF, par. ser. am. // 261 Ja ^; si 
bon ap. B. 202 de mamor f. If. 263 dit EF; jone t. B. 264 que BCEFGltS', baj ml"» H. 265 
qui me d. BCDEF; que] manque BCDS; come S; Janroie EF. 26«î am. et pr. BC; t. aa. taat p. 
N; q il itant am. s. Jf. 267 je n. pas EF; la BCDS. 268 la BGIf', hai BCDS. 269 el 270 
mau<ju(,it Jf; come EFG; et t. BD, tant CEF; le v. G; tant H a lui .V. 270 e< L an. et pr. S; 
am. et Unt pr. EF; pr. ftii tant am. f. D. 271 jo] manque S. 274 ore sea S; deetoraest B, Um- 
toment CDGffS; sil (si /') me BCDJfS', quant il m. EFG. 279 m. io ael ». B. 277 «• 376 mamqment 
D. 277 ne ent. .ilf, ne nent. X. 278 la bl. BCS; et (si CS) la BCEFS; bai BCS, Uidi EF; et 
enh. If. 280 et del mien rien C. 282 q. lors BEF; dune] manque S. 284 de (du //) bien BCHS. 
285 ore ^S; me co^'ient celi r. C; c. req. N. 286 chacie G: autrui EFG H. 288 toi d. m. gre C. 
289 et] manque S; nep. .iG, nequedent CEF/fS; veoir -I. 290 s. la G. 291 j. mal EF, et a moinsC) 
ff 292 ont f. Gif; ca B. 293 me dist CS; mameit >'. 294 aneir H; dtaroit C. •296 me .WEFGJI: 
d. pi. me ^y. 297 li altre honor ^'. 298 m. losengier BCS; disoh A. 



86 



Pièce 25. 



XIP SIECLE. 



Lëir longues se dementa 

300 et lunguement se purpensa; 

puis vint as nés, en France ala, 
an un port en Chauz ariva. 
la reine a tant demandée 
qu'assez prés li fu enditee. 

305 defors la cité s'arestut, 

que hoem ne femme nel connut, 
un escuiier a enveiié 
qui a la reine a nuncié 
que ses pères a li veneit 

310 et par besuing la requereit. 
tut en ordre li a cunté 
cument ses filles l'unt mené. 
Cordëille que fille fist: 
grant aveir que ele aveit prist, 

315 a l'escuiier l'a tut livré, 
si li a a cunseil ruvé 
qu'a sun père Lëir le port 
de sue part et sel cunfort, 
et od l'aveir tut a celé 

320 ait a bon bure u a cité 

et bien se face apareiUier, 
paistre, vestir, laver, baignier; 
de.roials vestimens s'aturt 
et a grant enur se sujurt; 

325 quarante chevaliers retiegne 

de maisniee, qui od lui viegne: 
après si face al rei saveir 
que il vient sa fille veeir. 
quant cil out l'aveir recoilli 

330 et le cumandement oi, 



a sun seignur porta nuveles 

qui li furent bones et bêles. 

a une altre cité tumerent, 

ostels pristrent, bien s'aturnerent. 

quant Lëir fu bien aturnez, 335 

baigniez, vestuz et sujurnez 

et maisniee out bêle assemblée, 

bien vestue et bien aturnee, 

al rei manda, qu'a lui veneit 

et sa fille veeir voleit. 340 

li reis mëismes par noblece 

et la reine od grant leece 

sunt bien luing cuntre lui aie 

et volentiers l'unt enuré. 

li reis l'a mult bel recëu, 345 

qui unques mais ne Tout vëu. 

par tut sun règne fist mander 

et a ses humes cumander 

qu'a sun gré trestut le servissent 

et sun cumandement fëissent; 350 

dëist lur tut ce qu'il voldreit, 

et tut fust fait quanqu'il direit, 

tant que sun règne li rendist 

et en s'enur le restablist. 

Aganipus fist que curteis: 355 

assembler fist tuz ses Franceis; 
par lur los et par lur aïe 
apareUla mult grant navie. 
avuec sun sogre l'enveia 
em Bretaigne, si li livra 360 

Cordëille qui od lui fust, 
qui après lui sun règne ëust, * 



299 Le roi G; forment B. 300 dementa B. 801 a la mer vint, es nés entra B. 302 en] a Cfl"; 
cheus C. 303 demande G. 304 li f. pr. ^; li ê end. *S'; endite G. 305 dehors EF; se restut G. 
306 que] manque H; ne c. E. 308 a a 1. r. n. H. 309 a lui S. 310 besoins li B. 312 come G; 
iete BCEFHS. 313 9 f. BGS; or oez q C. f. -ff. 314 av. q ele avoit gr. BCEFS. 315 a t. B, 
tost la EF. 316 se A; en c. BEF; sil a conseillie et *S'. 317 que a s. p. lavoir p. EF] lem portot 
G; li p. S. 318 d. la s. G; d. par sa fille BS; si le EF; confortot G. 320 voit ^JP; a chastel -B. 
321 et] lïMnque BCEFGHS] face soi bien B. 322 et b. C; baig.] manque G; prestre v. lauier S. 
324 manque G; a] o EF. 326 en m. C, a m. H; mesniesniee (!) A. 327 si] ce B, en C; f. a 
resaveir G. 328 manque S; quil uigne B. 329 il G. 330 son c. B. 332 li] mult *S'. 333 altre] 
manque G; se toro. G, alerent If. 334 manque G\ ostel BCHS; si sat. (sejornerent C) CH. 335 
sojornez BGH, soioruz (!) S. 336 atornez BU, atorneus S; bien v. et bien conraie G. 337 de m. 
EFG, et bien m. //; maignee If, meingnes G; bêle {manque H) ass.] bien conree B. 338 conraie 
G, chaucie H; seiornee b. v. et b. conree (!) C. 339 * lui B. 341 meisme B\ o (ot *S') grant n. C8. 
342 A, sl B, ot EF. 343 à 346 manquent G. 343 se sont C; encontre 1. S. 344 et durement 
C; a grant joie H. 346 onq. (une ainz S) nel avoit BS. 349 que BCHS; s. suire B, s. sogre GS, 
8. seignor ff; tôt G; le] manque BCEFHS. 350 et a s. c. .S'. 351 dist C; d. tôt EF; tut] manque 
BCGHS; ce que il BCEFGH. 352 tost EFS; fut S; que il B, ce quil CEFHS. 356 tost f. ass. 
CS; les BC, le S. 358 mult] il CS, vn (!) EF; fist ensembler une G. 359 o son C; siugre A, gre 
C, 8. frère S\ les env. CGS; lanuea A. 360 se A, sis C, ses H; riuat (!) S. 361 et C. H; quil B, 
362 et apr. BC; li G; le r. CG, li r. S. 



WACE, ROU. 



Pièce 26. 



•'il le poeient délivrer 
et des maina as gendres oster. 
366 cil ant bien tost la mer passée 
et la terre tost délivrée: 
as felun» gendres la tolirent 
et de tute Lëir saiftirent. 
Lëir a puis treis ans vesca 



et tôt le re^e em pais tena, 
et a set amis a reoda 
ee qne U aveient perdo. 
apréa les treis ans se momt 
en Lëireettee, a U cors jnt; 
CordëiUe Tenseveli 
en la crate el temple JaaL 



370 



87S 



26. 

W ACE, LE ROMAN DE ROU. 

Mnùîrt Wnrr'» Roman de Roti, herausgegeben von Hugo Andresen, 2- Band, HeHhronn 1879, 
p. 348 »97. »'• 8036 »7'/. /D'npriê quatnt manmeriU./ Tiré du rfrit dr tn hntnitU d'Hastinçi 
(H. oct. 1066;. 



10 



15 



Taillefer, qui mult bien chantout, 
sar un cheval, qui toât aluut, 
devant le duc alout chantant 
de Knrlemaigne et de Rollant 
e d'Olivier e des yasaals 
qoi morurent en Rencevals. 
quant il orent chevalchié tant 
qu'as Engleis vindrent apreisniant, 
'sires', dist Taillefer, 'merci! 
jo vus ai lunguement servi, 
tut mun servise me devez; 
hui, se vus plaist, le me rendez, 
pur tut guerredun vus requier 
e si vus voil forment preier, 
otreiez mei, que jo n'i faille, 
le premier colp de la bataille', 
li dus respondi: 'jo l'otrei,' 
e Taillefer puinst a desrei. 



devant tuz les altres se mist, 

un Engleis feri, si l'œist; SO 

desoc le piï parmi la pance 

li fist passer nltre la lance, 

a terre estendu l'abati. 

puis traist s'espee, altre en feri, 

puis a crïé: 'venez, venez! 85 

que faites vus? ferez, ferez!' 

donc l'unt Engleis aviruné. 

al segunt colp qu*il ont doné 

ez vns noise levée e cri, 

e d'ambes parz pople esturmi. 30 

Normant a assaillir entendent, 

e li Engleis bien se deffendent. 

li un fièrent, li altre butent, 

tant sunt hardi, ne s'entredutent. 

ez vus la bataille assemblée, 35 

dunt encor est grant rennmee. 



363 si le EF; se il 1. peust ('. 364 as m. C; des g. CEF. 365 or«nt ÉCH; U mw tost SCS, 
Ute U m. G. 366 tote d. G ; ont 1. t. d. B, U t. oat d. S. 368 L. d« t. BCS ; !«« dMMÙair«Dt EF. 
"""^ " son r. a tôt empes t. »S. 37"2 tôt ce (»; av. ainz IIS. 373 et apr. (se manque B); »,im. S. 374 a .S; 

« B, leurcestre EF, ch'chestre C. 375 lans^peli A, U entepeli G. 376 la dt* >*>'; al t. C. 

i. (On n'a tt^nu compte, dan» les notes, ni de* ras où l'on a iittrodHii l'orlhoyrapht norwtattd* 




édit.; et />; es v. atant leue le cri C. 30 e] m. AD; dambesdeuls D; pop.] m. C. 31 ■». C; FnacoU 
BC; en] m. AD; a] al B. Si sentreboatent D. 36. donc édit.; U r«n. C. 



87 



Pièce 26. 



XII« SIECLE. 



mult oissiez grant cornëiz 

e de lances grant croissëiz, 

de machiies grant ferëiz 
40 e d'espees grant chaplëiz. 

a la feiee Engleis rusoent, 

a la feiee recuvroent; 

e cil d'ultre mer assailleient 

e bien, suvent se retraeient. f 
45 Normant escrïent: 'Deus aie'! 

la gent englesche 'ut ut' escrie; 

ço est l'enseigne, que jo di, 

quant Engleis saillent hors a cri. 

lors vëissiez entre servanz, 
50 gelde d'Engleis et de Normanz, 

granz barates e granz meslees, 

buz de lances e cols d'espees. 

quant Normant chieent, Engleis crient, 

de paroles se cuntralïent, 
55 e mult suvent s'entredefient, 

mais ne sevent que s'entredïent. 

cist vunt avant, cil se retraient, 

de mainte guise s'entrassaient, 

hardi fièrent, cuart s'esmaient. 
60 Normant dïent qu'Engleis abaient, 

pur la parole qu'il n'entendent. 

cist empirent e cil amendent, 

hardi fièrent, cuart gandissent, 

cum' hume funt qui escremissent. 
65 a l'assaillir Normant entendent, 

e li Engleis bien se deffendent, 

halbers percent e escuz fendent, 

granz cols receivent, granz cols rendent. 
En la champaigne out un fossé, 
70 Normant l'aveient adossé; 

en belivant l'orent passé, 

ne l'aveient mie esgardé. 

37 tomeis D. 38 froisseis B. 40 



Engleis -unt tant Normanz hasté ~ 

et tant empeint et tant buté, 

el fossé les unt fait riier, 75 

chevals e humes jambeter. 

mult vëissiez humes tumber, 

les uns sur les altres verser, 

e trebuchier e adenter, 

ne s'en poeient relever. 80 

des Engleis i morut assez 

que Normant unt od els tirez. 

en tut le jur n'ont mie tanz 

en la bataille ocis Normanz, 

cum' el fossé dedenz périrent: 85 

ço distrent cil qui les morz virent. 

vaslet qui al herneis esteient 

et le herneis garder deveient, 

voldrent guerpir tut le herneis 

pur le damage des Franceis 90 

qu'el fossé virent trebuchier, 

qui ne poeient redrecier. 

forment furent espoenté: 

pur poi qu'il ne s'en sunt turné. 

le herneis voleient guerpir, 95 

ne saveient quel part garir, 

quant Odes li boens corunez, 

qui de Baieues ert sacrez, 

puinst, si lur dist : 'estez, estez ! 

seiez en pais, ne vus muvez! lOO 

n'aiez pour de nule rien! 

kar se Deu plaist, nus veintrun bien.' 

issi furent assëuré, 

ne se sunt mie remiié. 

Odes revint puignant arrière 105 

u la bataille esteit plus fiere. 

forment i a le jur valu. 

un halbergol aveit vestu 



des espees D. 41 A le fois Engles fuioient J5; fiée CD\ rusèrent 
AD. 42 et a le fie i?; reconrerent -1, retornerent D. 43 e si d. i»; assaillirent D. 44 que bien 
se recouurirent D. 45 s'escrient -B, escrie D. 46 ut ut] out out -B, outru C; sescrie B. 47 — 8 m. 
AD. 48 assaillent C. 49 lors] ce B, les C. 50 gelde] granz coups D, gien C. 52 lance C. 53 
chient édit.-, kiet B, sescrient ^; Engl. eh. N. D. M—b m. C. 54 se] les BD. 55 e] m. D; s'entre- 
deissent Z>. 56 que] quil ^. 57 — 8 dans A placés après 68; cist se J?. 58 en m. B. 59 fuient 2). 
60 François BC. 61—2 m. B. 62 cil 2>; cist. am. C; enpierent édit. 64 hoem A\ sont D. 65 
François BC. 67 e escuz] healmes D. 68 et granz en rendent D. 70 François BC; lancent enz ad. 
D. 70. 82 Normanz édit. 71 en beliant A, bel juant B, bellinant C; embelinant D. 73 Normant 
Bartsch; hastez CD. 74 empains BC, empoinz D; boutez CD. 75 es fossez D; ruser A CD. 80 se 
p. B; peurent C. 81 moreit A. 82 od] a D. 83 tant CD (: Normant D). 85 es fossez D. 86 
morz] cors D. 87 vaslez édit.; as h. AC; alez a herberges estoient D. 88 qui D; les h. CD. 
89 cil voldr. g. le h. D. 91 que en C; quen fossez D. 92 qui puis n. porent r. B; qui ne les peurent 
r. C, qui ne se poerent relouer D. 93 furent form. B, f. Normanz D. 94 que ne sunt C. 95 veulent 
D. 97 b. ordenes B. 98 Baieux C, Baex D; estoit CD. 99 point/). 100 se uos en B. 103 bien 
ass. D. 104 m. D. 105 a euls rev. D. 106 la ou 1. b. ert D. 



88 



WACE, HOU. 



PfèoeSOc 



no 



115 



120 



125 



180 



135 



140 



deHure une rbemise blanche: 
leE fut li cora, lee la roancbe. 
Bur un cheval tut blanc Meit, 
tute la (fent le cunuisseit. 
un baittun teneit en «un puin^: 
la u veeit le ((rant beauinff, 
faÏHeit le» chevalien» turner 
et la les faiseit arester. 
Huvent leH faiseit assaillir 
et Buvent les faiseit ferir. 

Des que tierce del jar entra 
que lu bataille cnmença, 
(lesi que nune trespassa, 
fu si de ça, fu si de la 
que nus ne sont li quels veintreit 
ne qui la terre cnn<|uerreit. 
de tûtes parz si se teneient 
et Hi forment se cnmbateient^ 
qae nns ne saveit deviner 
qui deveit l'altre surmunter. 
Normant arcbier qui arn teneient 
as Engleis mnlt espés traeient, 
mais de lur esonz se cuvreient, 
que en char ferir nés poeient; 
ne pur viser ne pur bien traire 
ne lur poeient nul mal faire, 
cunseil pristrent qu'en hait traireient: 
quant les sftetes descendreient, 
desus les testes lur charreient 
et es vïaires les ferreient. 
cest cnnseil unt li arcbier fait, 
sur les Ënijfleis unt en hait trait, 
quant les sftetes reveneient, 
desus les testes Inr chaeient, 
chiés et vïaires lur perçôent 
et a plusnrs les oilz crevOent 



nen («0«Bt § oUs nrrir 145 

ne lar vïAiret itaenrrir. 

•iete* phif ««pMMiDent 

ToId«nt qm ploie par vent 

wnàt ttpét TolOent a«t«t 

qne Engleb elamOent wib«t««. 150 

jsfi arhit qa'aa« sietc 

qui de vert te del «rt ebltlt, 

feri Heralt desns Toil ànit, 

qne l'un des oilz li a tolett. 

e Heralt Ta par ftir tnut«, 155 

getee l'a, mais ainz Tout fraite. 

pur le chief qui li a dolu 

s'est apoiiez snr san escn. 

pur ço soleient dire EngMn 

e dïent encore as Franceis 160 

qne la siet« fu bien faite 

qui a Heralt hi en l'oil traite; 

e mnlt les mist en grant orgoil 

qni al rei Heralt creva l'oil. 

Normant aperçurent et virent 166 

que Engleis si se defl«adirent, 

et si sunt fort pur els deffendre: 

petit pCent sur els pnrprendre; 

priveement unt cunseillié 

e entr'els unt apareiilié 170 

que des Engleis s'esinignereient 

e de fuir semblant fereient, 

tant que Engleis les parsivreient 

e par les chaos s'espartireient 

s'il les poeient départir, 176 

mielz les porreient assaillir, 

e lur force sereit mnlt pire. 

sis porreieot mielz descuofire. 

si cum' il oreot dit, si firent: 

retraanment les assaillirent 180 



109 desus JiC, d«souz /). 110 le fu le c. édit.-, le en f. D; lee] ioete D. 112 tôt U pak rMoaaie- 
soit B. 116 et 1. bataille ar. />. 119 tierce] le point />; de j. B. 421 qoa n. V. 122 fa] «t B. 
123 nus] n'en />; ({uel /(/'/.; vaincra D. 124 conquerra D. 125 m "*. CD. 1S6 soMnt AD. 136 
qneU B. 129 François BC; archiers rdit. ' 130—1 m. D. 130 traient C. 131 m. av 1m •. C 
132 Car en C, qui en I>, ken B- ne les B, ne CD. 135 que AD, qne en C; traMBt D. 186 qa* 
quant A ; reuenroient BC, descendoient D. 137 m. Z>; deeor B; lot t. dreit A. 138 viaagM B. 189 
vont li a. faire D. 140 vont en h. traire D. 142 deeor B; qui desus T, et aar 2>. 143 «t e« yWras 
lez feroient D. 144 as pi. B. 145 cil nos. B. 147 espesseement C. 148 pins que pi. D. 149 mah] 
quant D. 150 biletes D. 152 devers rdit.; eet C. 153 desoa B. 154. 57 U] loi C. 155 p. gmat 




» 



Pièce 2& 



XIP SIECLE. 



e de fiiîr grant semblant firent, 
e li Engleis les parsivirent. 
poi e poi vunt Normant fuiant, 
e li Engleis les vunt sivant. 

185 ■ tant cum Normant plus s'esluignierent, 
e li Engleis plus s'aprochierent. 
par l'esluignement des Franceis 
quidierent e distrent Engleis 
que cil de France s'en fueient, 

190 ne ja mais ne returnereient. 
la feinte fuie les déçut, 
par la fuie granz mais lur crut; 
kar se il se fussent tenu 
que il ne se fussent mëu, 

195 mult se fussent bien deffendu, 
a grant peine fussent vencu. 
mais cume fol se départirent 
e cume fol les parsivirent. 
mult vëissiez par grant veisdie 

200 retraire cels de Normendie; 
lentement se vunt retraiant 
pur faire Engleis venir avant. 
Normant fuient, Engleis enchalcent, 
lances aluignent, haches halcent. 

205 quant il furent bien esbaldi 
e par la champaigne esparti, 
Engleis les aloent gabant 
e de paroles laidissant. 
'ouvert', funt il, 'mar i venistes, 

210 qui noz terres aveir volsistes! 
nostre terre prendre quidastes, 
fol fustes quant vus i entrastes: 
Normendie vus est trop luing, 
n'i vendreiz mie a cest besuing. 

215 nient iert mais d'arrière aler, 
s'a un saut n'i poez voler. 



filz e filles perdu avez, 

se la mer tute ne bevez.' 

cil escutoent e suffreient, 

ne saveient que il diseient; 220 

ço lur ert vis qu'il glatisseient, 

kar lur langage n'entendeient. 

a l'arester e al turner 

que Normant voldrent recuvrer, 

oissiez baruns rapeler . 225 

e 'Deus aie!' en hait crier. 

lur air unt Normant repris, 

turné lur sunt enmi les vis. 

dune vëissiez Normanz turner 

e as Engleis entremesler, 230 

les uns les altres encuntrer 

e cels ferir e cels buter. 

cist fiert, cist fait, cist fuit, cist chace, 

e cist eesnie e cist manace; 

Normant encuntre Engleis s'arestent 235 

e de ferir forment s'aprestent. 

mult vëissiez par plusurs places 

bêles fuies e bêles chaces, 

estur espés, dure meslee; 

grant fu la gent, la place lee. 240 

de tûtes parz bien se cumbatent, 

grant sunt li colp, bien s'entrabatent. 

bien le faiseient li Normant, 

quant uns Engleis vint acurant; 

en sa cumpaigne out cent armez, 245 

de plusurs armes aturnez. 

hache norresche tint mult bêle, 

plus de plain pié out d'alemele. 

bien fu armez a sa manière, 

granz fu et forz, hardiz de chiere. 250 

en la bataille el premier frunt, 

la u Normant plus espés sunt, 



182 porsuirent D ; parsiuerent -B. 185 eslongoient -B. 186 et Engl. plus les encaucoient B. 188 qui 
durent C. 189 senfuiroient Z). 191 icelle fuite C; fuite -SCi>. 192 fuite -BC/>; grant mal édit. 194 
m. D. 195 maint D. 196 ne ia mais ne f. v. B. 197 les parsiuirent B, mez a grant perte dep. D. 
198 sen (se D) départirent BD, 1. parsoirent édit. -200 retorner D. 203 e Engl. chacent ACD. 
204 alungent Bartsch. 206 e p. le champ bien départi D. 208 laidengant B. 209 mal CD; en- 
trastes B. 210 cuidastes B. 211 qui le n. C; aueir ^i); vausistes B. 212 fols édit.\ i. feistes C; 
folement vos i enbatistes B. 213 iert A. 214 m. D; au b. B. 215 est BD, arrière d'aller C. 
216 sainz s. ^; ne p. C. 219 c. se teisoient D. 220 cil d. B. 221 est CD; que il glatissent D. 
222 que n'entendissent D. 224 François J5C; retorner D. 225 apeler BD. 228 en mi édit. 233. 
234 cil BD\ cil oh. C. 234 asome AD; cil m. C. 235 François BC; entre D. 236 forment] souent 
A, Normanz Z>. 238 fuites BD. 239. 240 intervertis dans ACD. 240 grant g. furent D. 242 granz 
s. les cols édit.; colp] gens BC; sentreb. C; se combatent D. 243 le] manque AC. 244 un édit.; 




90 



BOMAN D'ENEAS. 



Pièce 27 



965 



260 



265 



en vint stillant plus toflt que cen. 

maint Nortnant mtHt le jur envers. 

0(1 sa cumpAJKûe qu'il aveit 

a nn Normant en vint tat dreit 

qai armez fu sur sun destrier. 

od lu hache qui fu d'acier 

el belme ferir le caida; 

mais li cols oltre escolorja, 

par devant l'art^un glAceia 

la hache qui mult bien trencha, 

le col del cheval en travers 

colpa qa'a terre en vint li fers 

de la hache qui fu pesant, 

e li chevuls chtii avant 

od tnt Sun maistre a terre jos. 

ne sai se cil le feri plus. 



mais ii Normant qui 1« colp Tirait, 

a grant merreille •'eabahirsit. 970 

l'assalt aveient tut fpierpi, 

quant Rogier de Mongomeri 

Tint puignant, la lance baiMiee. 

onc ne laissa pur la cttigniee 

qu'il aveit sus el col levée, 276 

qui mult esteit lune enbaostee, 

que il l'Engleis si ne ferist 

qu'a la terre flatir le fist. 

dune, s'escria: 'ferez, FranceisI 

nostre est li cbans sur les Englets.' 980 

lors vëissiez dure meslee, 

maint colp de lance et maint d'espee, 

e vëissiez Engleis deffendre, 

chevals tUer e escuz fendre. 



27. 

ROMAN D'ÉNÉAS. 

Alexandre Pè'y, Ei^Mii »ur li roman» d' Enens, Paru 1856 (p. 23 -27; 37 — 39>; Eneoê, texte 
critique (d'aprh 9 moniiurrifs), ptir Jacqueit Saliwrda cfe Grave, Halle 1891, r. 7857^-8094/ 
8445—8564 (cf. G. Riri*, Rom. XXI, 281 et tuiv.J. Cf. l'imitation ailemamde par Heimriek von 
Veldeke, v. 9740—9990 et 10497 — 10631, éd. Behaghel. 



10 



En sa chambre esteit la reine, 
cel jor araisona Lavine: 
'fille', fait el, 'bien sai et vei 
que cist rauus est mëuz por tei, 
ki a essil met cest pfiia 
e dont tant home sont ocis. 
Tnrnus te vent aveir ki t'aime, 
et Eneas sor lui te clairae 
et par force te veut conquerre; 
mais il le fait plus por la terre 
que il ne fait por tOe amor; 



ja mais ne t'amera nul jor. 

se puis saveir en nul endreit 

que de s'amor neient te seit, 

lui ne deis tu de rien amer, 16 

mais ton corage en deis tomer 

et coveitier que Tumus t'ait, 

ki por t'amor sa terre lait 

por tei seule que veut aveir: 

molt par l'en deis buen gré saveir. 90 

ne Taimes ta de buen corage? 

par fei, tu es de tel aage. 



253 pi. tost 8. Ji. 255 compaigoie C. 257 (a armes B; ton] un A. 259 enaoïn le h. le caida B. 
260 ferir li cols esc. B; colp Mit.; ultre] entre CD. 261 p. dedevant l'arc, conla //, lacier />. 
262 et la h. q. b. tr. D. 263 a fr. <' 264 en] w». AD. 265 trenchant D. 2«i6 cheval êdit. 
268 H f. C. 273 baissie ''dit. 274 aine nel B, oncqnes ne C; coignie édit. 275—6 m. B. 275 «oar 
le c. D. 270 bien enh. V. 277 q. li Engl. (\ 278 qoe a t. />: platir ACD, dater B. 280 k 
champ édit.; B ajoute i ver*. 281 donc AD; une m. .1. 282 et deep. D. 

27. 1 ens es chanbres ert .1. 2 un jor Hl, premiers ar. (r; mUt a rmiaoa A. 3 bell* 2>: 
ele tresbien v. /'. \ venu» GEF', par EFG/ff. 7. 9. 19. 30 vuelt édit. 7 T. ei t. a. D; prendre 
///(;/;. 8 sus l. ///. vers 1. D; l. reclaime F. 9. 10 interrerti* dan» Ht. qae il v. p. f. c Hî. 
11. 12 interverti» dnnu /; face GEF', que il n. f. p. tamor EF; ne le fait pat por /. 12 n. t. j. ■. 
E; Umerai GF. 14 tamor //; li •. AI. 15 noiant a. /. 16 en manque DH; otter /. 19 qui AHD, 
quil /Y. 21 par coi naimes d. b. c. F: an ton c. .1. 



91 



Pièce 27. 



XIP SIÈCLE. 



que tu deis bien saveir d'Amors 
et les engins et les trestors 

25 et les reguarz et les cligniers. 
tu t'i deis traire volentierg, 
envers celui ki forment t'aime; 
celui ki a force te claime, 
de tôt ton cuer le deis hâir 

30 car ton seignor te veut tolir. 
Turnus est proz, sel deis amer.' 
'ge ne m'i sai pro atorner'. 
'et tu l'apren.' 'dites le mei, 
que est amors? nel sai, par fei.' 

35 'ge nel te puis neient descrire.' 
'qu'en savrai donc, se ne Toi dire?' 
'tes cuers t'aprendra a amer.' 
'se n'en orrai altrui parler?' 
'tu nel savras ja par parole.' 

40 'toz tens en cuit donc estre foie.' 
'ainz en porras tost estre aprise.' 
conf alternent, se n'i sui mise?' 
'comence, assez en savras puis.' 
'et ge coment, quant ge ne truis 

45 ki me die que est amors?' 
'ge te dirai de ses dolors, 
de sa nature que g'en sai. 
bien me sovient que ge amai. 
a peine en puet dire neient 

50 ki n'a amé o ki n'en sent, 
se aveies une enferté, 
mieuz savreies la vérité 
des angoisses que sentireies 
et des dolors que tu avreies. 

55 ki t'en voudreit donc demander, 



nel savreies mieuz aconter, 

ki en sereies bien certaine, 

que ge ki en sereie saine?' 

'ôil, mieuz le direie assez. 

est donc amors enfermetez?' 60 

'nenil, mais moût petit en faut. 

une fièvre quartaine vaut. 

pire est amors que fièvre agile, 

n'est pas retors quant l'en en siie. 

d'amor estuet sovent siier 65 

et refreidir, frémir, trenbler, 

et sospirer et baaillier 

et perdre tôt beivre et mangier, 

et degeter et tressaillir, 

miier color et espasmir, 70 

giendre, plaindre, pâlir, penser, 

et senglotir, veillier, plorer: 

ce li estuet faire sovent 

ki bien aime et ki s'en sent. 

teus est amors et sa nature. 75 

se tu i veus mètre ta cure, 

sovent t'estovra endurer 

ce que tu m'oz ci aconter, 

et assez plus.' 'n'en ai que faire.' 

'por quel?' 'ne puis neient mal traire. 80 

'cist maus est buens, ne l'eschiver!' 

'onc de buen mal n'oi parler.' 

'amors n'est pas de tel nature 

com' altre maus'. 'ge n'en ai cure.' 

'et ja est ce tant douce chose.' 85 

'ge n'en ai soing.' 'or te repose: 

tu ameras encor, ce crei, 

si n'en feras neient por mei. 



24 les leesces et les t. /; et des eng. et des t. EF; agaiz A ; esters D, tristors HIEF. 25 et les 
angins et les gruniers A. 26 te d. EFGHI. 28 et lui qui (?; par f. reclaime GHI. 29 doit tu de t. 
t. c. h. HI. 32 pas a. -HT; me D. 83 lapraingnes /, laprens EF. 34 coment tresbien amer le doi /; dites 
le moi H, ge no sai coi ^4; ne se D. 35 nel te pouroie pas d. HI-^ ne tem GEFD; mie d. D. 36 sera d. 
quant F- los d. /. 38 si EFGfflD', nen éclit.; orras El, orra JT. 40 tout iors ff; en c. je El. 41 en 
poi de tans seras a. EF. 42 et en quel guise GUI. 44 et je comme quant je ne puis D. 46 licours HI. 
47 car je en sai E, car bien sai F. 48 men A ; jai ame HI. 49 savoir i. 50 et qui n. s. GEF, q, 
ne sen s. B. 51 sen HI, sor DGEF. 52 en s. v. HI, en s. la verte E; par v. G. 53 quen A. 55 qui 
lors t. V. d. HI; qui donc te v. d. EF. 56 nel s. mie m. c. E; nen s. G; tu m. c. FHI. 57 et 
nen seroies mialz c. A, qui nesteroit bien c. F, que une istoire bien c. E. 58 a celé qui en seroit 
s. HI; qui tout s. s. D; qui bien s. s. EF. 59 ou je mieus le diroie a. EF; m. en saroie a. GHI; 
diroit A; li d. D. 60 dont est E. 61 sen f. /. 63 est assez D. 64 que lan A. 66 et r. et 
eschaufer /. 70 vert c. prendre et puis pâlir /; enpalir H, espalir ABC, édit. 71. 72 intervertis 
dans D. G. pâlir pi. et plourer E; pasmir H. 72 s. v. et p. Z>; et s. et sospirer E. 73 tout ce 
e. EF. 74 celui qui aime et amor sent (sentent E) EF; cil qui bien aime G; et loiaument HI. 
75 tels édit.; belle est D. 76 vuels édit. 11 covendra HI. 78 tu omis dans E, ci omis dans F; 
ici conter /, ci raconter G. 79 ne sai que f. E. 80 ne poroie m. t. HI, ni puis mon cuer atraire A ; 
mie m. D; nem p. G. 81 cil H; dois n. 1. DEFGHI. 82 aine GE, ains F. 84 cuns autres E. 
86 cure HI; te r. GEF. 87 lameras HI; je c. GEF. 88 nel f. D; par m. A. 



92 



ROMAN D'ÉNÉA8. 



Pièotf?. 



ne m'en porru longMt deceiTre; 
90 se putH Haveir ne «|>erreivre 
que ton cuer vuillefl aturner 
al trilitor de Troie amer, 
mes deus poinz t'estuet morir; 
ce ne pais ge onkes sofrir. 
95 Tunms t'aime, si te veut prendre; 
vers lui deis tu d'amor entendre, 
aime le, tille.' 'ge se sai.' 
'jel t'ai mostré.' 'et j?e m'esmai.' 
'de queiV' 'del mal, de la dolor 

100 U toz tens vait sivant amor.' 
'et ja est ce teus soatume: 
sOef trait mol ki l'acostume; 
se il i a un poi de mal, 
li biens s'ensiut tôt par igal. 

105 ris et joie rient de plurer, 

et granz deporz vient de pasmer, 
baisier vienent de baaillier, 
enbracemenz vient de veiUier: 
granz leece vient de sospir, 

110 fresche colors vient de pâlir, 
encor s'ensiut li f^ranz douçors 
ki tost saine les maus d'Amors: 
senz erbe beivre et senz racine, 
a chascun mal fait sa nieoine; 

115 ni estuet oignement n'entrait, 
la plaie saine que il fait: 
se il te veut un poi navrer, 
bien te savra enprés saner. 
guarde el temple confaitewent 

120 Amors i est peinz folement 



et tient dev* dan en ba Baia 4eitra 

et une boitte en la etoMtrt: 

11 an« de* éun eet d'or ensom, 

ki fait amer, l'Mtre de piou. 

ki fait h&ir; diTeneatat 125 

narre et point Amon aorent, 

et si est peinz toc par ligure, 

por demostrer bien sa nature: 

11 dan BMetre qu'il paet narrer, 

et la boiste, qu'il set saner; 180 

sor lui n'estuet mire renir 

a la plaie qn'il fait guarir. 

il tient la mort et la santé, 

il resaine quant a navré. 

mont deit l'en bien sofrir d'Amor 135 

ki navre et saine en un jor 

bien deis estre de sa maisniee; 

se de loi t'eres aproitMiee, 

mont amereiee son serrise, 

en poi d'ore t'ârreit aprise 140 

ce que por mei faire ne reus. 

se tu t'en plains et to t'en de«s, 

totes veies t'enbelira: 

se en as mal, moût te plaira. 

entenz i tu encor neient?' 145 

'quant ge ne l'oi, ne sai cornent' 

'ne te di ge les traiz d'amer?' 

'moût me semblent snr et amer.' 

'ja rient après la granz donçors.' 

'assez en a l'en ainz dolors.' 150 

'Amors saine quant a narré.' 

'moût est anceis chier comparé.' 



89. 90 ÎHtn-rertin (/u/i* (/. noiant d. .1. 90 sel IDG. 91 puis»» A. 93 a EFGHI; nuias G. 
94 c. n. poroie IlIG ; c. n. veul g. EF\ p. pas s. HI. 95 vuelt fait. 96 «nrtrs 1. d. d. «. /. 
97 A. Ui f. /, Ames le belle (r. 98 G« GED; Ge te mostrai trop men e. //; et si n. E. 99 d«t 
luaus i//>; et des dolors D, de ma d. .1. 100 vont HIl>. 101 tout son (sont /) ataine ///; grant 
8. EF. 10-2 s. travaille la cost. />. 104 le bien len sieut HI\ sine p. i. D. 106 grant déport 
vienent d. p. .1; dolor E. 107 fi 108 interrertiti <»»•//• 109 r( 110 danê GHI. 110 color iéil. 
1 n et après vient 1. g. d. HI, e lors en sont les g. d. .-1; encore siut GF; s'en ». rdit, 112 low 
s. E\ le mal /. 113 et m<nii/ue DE. 114 faut s. m. Ifl. 115 sans o. et sans •. EF, ni «. mttn 
ongent n. (r". 116 s. 1. p. EF; qui la f. D. 117 — 137 «mw linMt HI. 117 vuelt rJil. . 118 «»■•»• 
d<i)iii D. 120 A. est peinte G. 128 lun d. d. est navrez en s. .1, li uns est dor treed q««n son EF; 
en som édit. 124 lautre est d. p. A. 125 cil f. EF; haïr] amer rdit. arrr ton* (f) le» mm. extrpif 
G. 120 navre a mort et p. s. .1, se sane amers et p. forment G. 127. 128 maHqneHl D. ensi GEF. 
128 p. bien d. G. 130 qui puet s. E. 131 mie v. GE. 132 pour l p. A; t«U g. G. 134 loes 
r. (r : quant|ue a n. E. 135 m. par d. bien s. d. .4, por ce doit on s. d. EF: s. anor G. 186 qoU 
n. EF; qui plaie et s. en un sol j. ('. DGEF ajvutrnt i rrr». 137 «être danMore* D. 138 a 
1. (r; acointie III, aproiche D. 138. 139 mmuiurut E. 141 par m. .4; ruels fdit. 142 da«ls édit. 
143 ten menberra HI. 144 se m. en as ///, se tu nas m. EF, se ten as n. G.; biea U p. A. 
145 e. t. encore n. DF. 14*} certes nenil et je c. HI; nen s. G. 147 lo trait .1. Ha oil trop 
sont dur et a. ///; saniblent GEF, semble ''dit.; s. tîer et a. .4. 149 s«a v. ffl. 150 ains en a en 
niolt grant d. />, on en suefre molt g. d. EF, a. en a en mains d. G. 152 aeate DGEF. 



93 



Pièce 27. 



XIP SIECLE. 



155 



160 



166 



170 



175 



180 



'de quel chose?' 'de mal sofrir.' 
'moût estuet chier espenëir 
le bien, anceis que l'en en ait.' 
'fous est ki a escient fait 
dont l'en cuide tant maus aveir 
con j'oi nomer, nel quier saveir. 
or sui en pais et a repos; 
ne m'i métrai, car ge nen os, 
en tel destreit dont ge n'ai cure; 
forz est li maus a desmesure: 
ge n'enprendrai oan amor, 
dont cuit aveir mal ne dolor.' 
moût est sauvage la meschine. 
a tant la laisse la reine, 
ne la veut de plus esforcier, 
quant veit que ne li a mestier. 



Moût traist la nuit mal la meschine: 
et l'endemain, quant la reine 
la vit ainsi descoloree, 
sa face et sa color muée, 
de son estre li demanda, 
et ele dit que la fièvre a. 
bien sot la mère que menteit, 
autrement ert que ne diseit; 
ele la vit primes trembler 
et dont eneslepas suer 
et sospirer et baaillier, 
teindre, nercir, color changier: 
bien sot qu'Amors l'aveit saisie, 
ki la teneit en sa baillie. 
demande li se ele amot. 
celé li dit qu'onkes ne sot 



que est amors ne que set faire. 185 

la reine ne l'en creit guaire, 

que qu'el li die, qu'ele n'aint; 

el dist: 'ge conois bien cest plaint 

et cez sospirs ki si lonc sont: 

d'amor vienent, de molt parfont; 190 

plaint et sospir, ki d'amor vienent, 

sont molt traitiz, près del cuer tienent. 

fiUe, tu aimes, ce m'est vis.' 

'onc de tel geu ne m'entremis.' 

'tu ses des traiz, de sa nature.' 195 

'ne sai que c'est, ge n'en ai cure.' 

'o tu voilles tu ne deinz, 

tes vis en est pales et teinz. 

Amors t'a pointe, bien le vei, 

tu me ceiles, ne sai por quei. 200 

ce m'est mont bel, se veus amer, 

tu nel me deis neient celer: 

Turnus t'aime, molt a lonc tens. 

se tu l'aimes, gel tien a sens, 

tu deis amer de buene amor 205 

celui ki t'aime par enor. 

ge ne t'en sai neient mal gré. 

ge le t'ai bien amonesté 

et bien t'en ai en veie mise; 

bel m'est que or t'en vei sorprise. 210 

or pren conrei que il le sache 

que tu l'aimes.' 'ja Dé ne place 

qu'il m'amor ait! non avra il.' 

'coment? ne l'aimes tu? 'nenil.' 

'et ja voil ge.' 'vos l'amez bien.' 215 

'mais tu l'aime.' 'ne m'en est rien.' 

'ja est il beus et proz et genz.' 



153 et il de quoi E. 154 dont e. D, testuet GEF. 155 len ne lait HI, lan lan ait A. 157 ce 
dont c.EF, d. il c. HI. 158 - 163 omis dans I. or loi n. EF; sachiez que ja nel q. s. -1; quit s. G. 
159 Je s. H\ a p. ED. 160 ne mi voil mètre c. n. o. H. 161. 162 omis dans H. e. t. d. ge nen 
ai c. A. 162 nentreprendrai o. a. G. 165 ert A. 166 laissa D. 167 ne len voult dont p. e. D; 
len EF. 169 m. t. de mal 1. n. lavine H. 170 ens el d. EF. 172 et omis dans D. 174 ele li d. 
GDH. 175 b. vo\t EF. 176 cautrement ^. 177 voit DEFH. 178 tantost i^, et puis 2>. 180 cent 
foiz le jor c. c. H. 181 set E, sent F; la en baillie H. 182 qui si a sa coleur pâlie H. 183 de- 
manda GD. 184 lavine d. H, celé respont EF\ que ne savoit D. 185 camers est E, que a. e. F. 
qui fu a. H; ne quil s. f. A. 186 mes sa mère H] le c. E. 187 que ele die que el n. -ff; que que 
1. d. GEFD. 188 et d. DF. 189 a ces A. 190 del cuer v. F. 191 qui de loing v. A. 192 s. 
m. destroit qua c. se t. H^ sont près du cuer et se se t. D\ traitif G. 194 Unques damer A\ Aine 
GEF. 195 tu sens A. 196 que est i^D; ne nen DGEF. 197 o tu ne v. o ne d. D; o tu ne 
veus EF; qui quen soit malades ou sains G. 198 paliz A; t. v. est noirs (tos F) p. et t. EF. 
199 fille tu aimes ^, a. ta tainte D. 200 tu le c. Z>, tu le me c. E, tul m. c. F; sel me c. G. 
201. 202 intervertie dans GH. 202 me manque G; mie celer GDH. 205. 206 omis dans GH. 
amer le dois D. 206 par amor A, a honnor D. 207 s. de nient F; mie m. g. HD. 208 ja tai ge 
A, jel tai je -D; molt a. H. 209 a v. G. 210 core H, cor si i^, que jo G; t. ai s. G. 213 que m. 
DE. 215 et ge le voil H, et gel v. ge A, ja le voje E, ja nel voel ge F. 216 aimes DEFGHl. 
217 bels édit.] en est il asses preus et g. EF. 

94 



à 



BOMAN D'ÉNÉAS. 



Pièce 27. 



'poi m'en toehë al caer dedenz* 
'bien u en Ini saaTe t'amor.' 

220 'ge ne Famerai ja nul jor.' 
'et ki as tu donc aamé?' 
•roe i avez tôt oblïé 
la premeraine questYon, 
a saveir, He ge aim u non.' 

225 'ce 8ai ge bien, eHprové Tai.' 
'ce tayez donc que ge ne nai.' 
'ne ses? ja senz tu les dolors.' 
'donc n'a l'en mal ne mais d'amora?' 
'Oil, assez; mais nequedent 

230 on pnet veeir certainement 
a c« que ta pale es et vaine, 
qae tu te muers et si es saine, 
que bien aimes; n'as autre mal. 
n'as pas enfermeté mortal. 

285 l'en en a paines et dolors, 

mais longuement vit on d'amors. 
bien sai que sorprise e» d'amer.' 
'ce m'avez encore a prover.' 
'n'i estuet altre provement. 

240 ja le veit l'en apertement ' 
'dites le vos por mes dolors? 
a l'en teus angoisses d'amors?' 
'OU, et de plus forz assez.' 
'ne sai dont vos m'araisouez; 

-45 mais grant mal et grant dolor sent.' 
'as tu de nul home talent?' 
'nage, fors d'un, d'autre n'ai soing, 
moût me deplaist que trop m'est loing.' 
'qu'eu voudreies? que t'en est vis? 



que ensemble faiMiei u» diaf 250 

'moût me fait mal que g« ad T«i 

et que il ne parole o mei. 

quant ge nel veî, si'n ai dolor.' 

*par fei, to l'aimea p«r amor.' 

'cornent, aime l'en donc ainsi?' 965 

'Oil.' 'donc sai ge bien de fi 

que ge aim bien, mais ne saveie, 

gebui matin, que jo aveie. 

dame, jo aim, nel pois neier, 

vos me devez bien conseillier.' 200 

'si ferai ge, se tu me creiz. 

quant or tes cuers est ai destreiz, 

tu me deis bien dire por cni.' 

'ge nen os, dame, car ge coi 

qne vos m'en savrïez mal gré. 306 

vos le m'avez mont deslOé, 

vos m'en avez molt cbastuee, 

de tant m'en su! plus aproismiee; 

Amors nen a seing de chasti. 

se vos nomOe mon ami, 

jo criembreie qae vos peMst.' 

'onkes ne cuit que bien amast 

ki nul amant veut chastiier.' 

'jo aim, nel pnis avant neiier.' 

'donc a nom Tamus tes amis? 

'nenil, dame, gel vos plevis.' 

'et coment donc?" 'il a nom E'; 

donc sospira, pois redist 'NE', 

d'ilaec a pièce noms 'AS'; 

tôt en tremblant le dist en bas. 380 

la reine se porpensa 



270 



375 



218 molt p. HEF; me t. A; t mon coer d. O. 219 en lui est bien KF, b. e*t a. 1. HD. 220 M 
1. j» a nul j. HKF. 221 en«me DO FF. 222 molt o. H, trop. o. .1. 223 en 1. premier» q. H. 224 
a ce a. se jaim //; se jai ami A. 225 ge le s. b. //. ge sai b. et D; prore lai EFU/ll; et p. 1. GEF, 
car p. 1. //. 22>3 plus en s. (|ue je A. 227 Ja en senz t. 1. grans d. EF. 228 d. na« ta m. for Mvl 
d. />, cis maus que as ce fait a. EF, 229 il ni a point de doutement EF 230 on k conaoist KF, 
lem p. aveir 0'; apertement GDH. 231 A omH tu; pâlie -4; es pale EFGIII. 233 to a. b. GEF. 
234 nest ABCD, édit.; glens ABC, édit.; enfermetez tdit. 235 et seet langneora et fort Aoion EF. 
236 molt 1. EF. 237 esprise .4. 238 coment le me poes p. EF. 240 ge le voi b. //, ja voi g* b. 
.4, ja V. on b. EF, on le v. b. G. 247 nenil HD\ que d. H-, for» un G. 248 m. n. poito //; 
qnant si e. 1. /A, que tant m. 1. G. 249 voudrSes fdit.-., que ten samble G. 250 Aiiatoa GFDU. 
251 que ne le v. E; quant G. 252 a m. EFGIII. 253 jen ai A si al IIF, «an ai AE. 254 tu 
aimes FDIf. 255 a. dont len D; a. on donkes F. 259 quier GDH. 264.» roen GDlf. 262 q. or 
ert si EFGIII; ^^. ore en est t. c. d. D; me« c. GE.4. 264 ge nos d. que je bien e. H. 305 
seussiex G. 266 si le m. E\ m. devee //, tost d. E. 268 de m>iH4/iie GEFDIf; t. mi toi go p. a. 
/>; et tant mi sui E; aprochie IID. 269 na cure //; na nul ». £*, oa ». d» oui ch. GF. 371 
crierobrôe ''</'/.; je redout quil ne v. p. EF, quil t. p. //. 274 go a. corte» aol p. o. ^, go a. jo 
nel p. mais n. D, je a. ti ne le p. n. E. je a. nel p. ormais n. GF. 275 d. na GEF. 276 n. par 
foi le V. p. If: jo v. p. GEFD. 278 pul» t. to r. A. 280 et bat DGEF. 



96 



Pièce 28. 



XII* SIECLE. 



et les sillebes assembla; 
'tn m'as dit E et NE et AS: 
ces letres sonent 'Eneas.' 
285 'veire veir, dame, ce est il.' 



'si ne t'avra Turnus?' 'nenil; 
ja nen avrai lui a seignor, 
mais a cestui otrei m'amor.' 



28. 



BENOÎT DE SAINTE-MAURE, LE ROMAN DE TROIE. 



Le Roman de Troie par Benoît de Sainte-Maure, publ. d'après tous les manuscrits conmvs 
par L. Constans, Paris (Société des anciens textes français)' tome III. 1907, p. 16 à 41, v. 15187 
à 604. 
et suiv. 



4. — Voy. aussi Joly, Benoît de Saints-More et le Roman de Troie, Paris 1871, t. II, p. 210 
liv.; Herbert de Fritzlar, éd. Frommann, v. 9528 — 9863. ^-.•;'>'^'^- ./-«-t-e.^ 



10 



15 



Acompli furent li sis meis: 
cil de la vile e li Grezeis 
rarmerent bien d'armes lor cors, 
puis s'en eissirent as chans fors. 
par doze jorz se combatirent, 
onc JQsqu'al seir ne départirent, 
moût i ot jostes e torneiz 
e chevaliers a mort destreiz; 
moût par i ot d'estrange guise 
de ça et de la grant ocise. 
en ceste bataille novaine, 
ainz que trespassast la semaine, 
ot meut ocis de haute gent: 
ço dit Daires, qui pas ne ment, 
maint duc, maint amiraut preisié 
i ot ocis e detrenchié. 

En cel termine e en cel meis, 
moût plus que n'aveit fait anceis, 



morurent cil qui navré erent: 

sacheiz mont poi en eschaperent. 20 

ensi avint qu'en cel esté 

i ot si grant mortalité, 

que sempre erent li navré mort. 

mont en orent grant desconfort 

e cil defors e cil dedenz. 25 

tant rot duré icist contenz 

que li damages fu si forz 

e tant i ot chevaliers morz 

qu'il nel porent plus endurer: 

triuës lor estut demander. 30 

Agamemnon i a tramis, 

par le conseil de ses amis: 

al rei Priant les ont requises. 

il les dona par teus devises 

que trente jorz seient sëurs 35 

dedenz la vile e fors des murs. 



282 ajousta H. 288 e puis ne A. 284 ce sone fait ele H. 285 voire d. par foi cest il A, v. voire 
d. cest il D. 286 dont H. 287 j. Turnus naurai a s. H, je ne lauroi jor a s. Z>, lui naurai ial ie 
a s. FF. 288 m. a Heneas doing H. 

28. M. Constans donne en entier les variantes des sept manuscrits M^EFKMM^N. Il a désigné 
par des minuscules quelques groupes de manuscrits, à savoir : n = NF, e = EM ', k ^ KM ; en outre, 
il désigne par le sigle x le groupe formé par les manuscrits FGLN, 2^"'' Y ''' {foupe formé par 
EHM'. — Pour ne pas troj> encombrer les notes, nous n'avons relevé que les leçons différentes, 
laissant de côté les variantes graphiques. — 1 A. sont tuit K; .VII. G ; Aincois que trespasast li 
m. P\ 3 Armèrent EM. 4 es eh. M.; hors MHL-. 6 Aine M^, Ainz 3IE, Et P^ tresq. J/'J/^-E". 
8 de m. F. 9 — 10 manquent P'. 11 icete P^; huitaine 3PAeKRMn. 12 Ancois que pass. e; 
quinzeine 3P. 13 J ot o. M. 14 qe F^; nen W; Se lestoire ne nos en m. A'. 15 M. roi P^. 
16 J ot naure 31. 17 tel t. F^; terme T^; cest m. FP'^, tel m. V^; en icel m. A. 18 quil En; 
que il nav. a. K, que nen av. a. TF; que navoient f. a. T'^F^P. 17 Mourent F; Cil i muèrent P*. 
20 que p. V^V'Wek; ench. M^. 21 Une foiee an cel (celle F) n, En cel termine ^IF'T'"^; t. en 
c. A; et en e. V^V\ 23 Senpres e. F^ V^Wek. 24 M. par i ot MK 25 dehors M^Me- Et c. dedenz 
et c. d. V^V^. 26 ront M; icil kN; Li c. dura iusque aors (acors V^) V^V^. 27 Et li d. f. si fiers 
V^V^. 28 i a JS"; de c. m. if; mort c. V^V^. 29 Que eM; ne nMM^V^V^; Que nen TF 30 
esteit 3/2^1 F*, conuint M. 31 lor a n. 32 Por li V^. 34 Qui V^V*; Quil les donast .'•; lor A', 
le W-, por FJ; p. itel guisez G. 35 Qi F; fussent 3IW- seur eknCJW. 36 An 1. cite nL, Et en 
1. v. V^V^, Fors de 1. v. W; hors M'^LMe; del mur ekCNW., des murs F. 

96 



i 



BENOIT, BOMAN DE TROIE. 



Pièce 28. 



li trente jor sont «fïé. 
quant li mort furent enterré 
e arB es rez e Meveli, 

40 ai refurent auques guami 
cil (le la vile e ufuitié: 
lor pati orent bien eHforcié. 

Li reis Prianz HoventeH feiz 
teneit parleiuenz inout estreiz: 

45 M plus procbainit de ses amis 
e as meillors de son pftis 
prent e done conseiz e ara. 
porveient sei de totes para 
de teus choses qui lor nuireient, 

50 se il guarde ne s'en preneient. 
a! las! quel perte e qnel dolor 
lor avendra jusqu'à brief jor! 
e com tresi>e8anz destinée! 
ne sai oom seit par mei contée, 

5b ne sai com nus la puisse ^ir. 
le jor dëussent tuit morir 
qu'il lor avint, ço fust bien dreiz: 
si angoissos e si destreiz 
furent puis tant corne il durèrent; 



onc pois Joie ne recorrerent, 60 

ne jo ne mU mie cornent 

des or orreiz comfaitenent 

•Tint de la bataille aprée: 

ne cuit que nus bom oie maia 

si grant dolor, si grant damage. 60 

ço que dist (.'assandra la aage 

•rendra tôt des ore mais. 

icele triuë, icele pais 

dea trente jora fo treepaaaee: 

lor genz fu saine e respasaee. 70 

ehaacans a lendemain a'atent 

d'estre al mortel torneiement, 

al doloros, al desfaé, 

qui mar fu onques assemblé: 

en moût maie bore comença 75 

e en plus maie deflna. 

Ândromacha apelot l'om 
la femme Hector par son dreit non, 
gente dame de haut parage, 
franche e corteiae e proc e sage. 80 

mont ert leiaus vers son seignor 
e moût l'ama de grant amor. 



37 furent a. CW. 89 Et en ses res enseueli /; en r. 1', el fen H'; anfoi n. 40 8« rMeront A. 
Si se resont KKn; Si r. a. bien g. 1'*, Si se réf. bien g. .V; gari .^H. 41 eeforcie II*, anforcie «. 
42 Le .1'.»/', Les (Hf; refurent /; anforcie FJKiPJt, reforce M*, afaitie t'A'ir, Aoques ont 1. p. •. 
.1, Et ml't ront 1. p. e. 1''. 48—46 rrdviU à S v. «/<um jrAIH: S. f. (Corneille soi /) li r. p. (Li 
r. p. s. f. Ali) O (a .>) ses amis u (et a /■', • GLN) ses enfanz (feois AR) aa miex uatUans /.) 48 par 
maintes f. .IT'.VH', p. mainte f. ./.V. souante f. EH, p. plosor f. A'. 44 »«• 1'*; parlement CJMV^W, 
par la main .»/'; destroiz A*I':V\ segreix kBCWA\ 45 uaiUans A*\ de son paU .l»//rP rMl'i-y. 

46 (=-!';) de ses amis A^BVV^Wky, Ou ses amis et ou sm foi 1'*. 47—48 »». A'BrVUVky. 

47 consoil FL; Par grant sens et par grant esgartz /• 48 Se p. /; moates 1*', maintes M^AIJ. 
49 tel ./.VHT'. cel /-'; chose FM. 50 regart .V*: De garder de ce ne p. 1'*; prendroient H'. 51 nul 
M^. 5-' ainz le -VA', ains el ^'H', ancois M^; tiera ior M*Wrk. 58 treepesanx »; tT«e pesant Cftutam*, 
I>esante M*y*Wk\ La pesance et la d. 1"'. 54 cum puissestre c. l'M'*. 55 c. riens A", eonnent .4 ; 
qe sol la p. r'K*, con la puissent 'i. 56 Cel ior A'; bien m. .V'f'HV. t. périr .-1: Bien d. le i. a. Jf, 
Tôt d. li i. partir 1'». 57 qoe .»/'.V.V', qui .ICIM-*»': ce fu ACilV^W , et a bon droit mJT. 
59 Fu p. chascuns t. com d. (dura -I*) --l'A". 60 Aini p. m AT'; Onqnea A*; Conque* J. ni !'•; 
recoura .1*. (il nel s. E\ cum fa'iement .4*. 62 Mes or oex A', Oir po«x .V. Pnisaiei olr I*'; Je «oie 
ois de nule gent .1*: com fait. Conutan». 63 Oies A*; enprea if*. 64 nnl H'; n. o. ia m. .V; Ja ne c 
n. h. A"*: die m. V*. 65 perte m; ne tel dom. »i.4*; et si ^11*. 67 teat A'; Auoirera I"*. 09 De AA*F. 
70 gent (<»iW. ; repauasee T; E lur g. fu bien r. M*, Dambe .II. pan (Qui de II. p. (7) a iftt (/. 
lont .4/1'*) demandée (desfiee /) (est bien armée L) AJV'r. 71 sa gent -r; Cb. apateiUe sa g. .1*. 
72 Daler al grant t. -I». 73—74 w». I». 73 (= ACILR), Au deaf. an perillos M^A^BCnJP 
V^V*\Vky, Trop estoit fiers et doleros A*. 74 (>= A); furent sunt a. C, fost o. a. A; Qe m. (mal 
FL) uirent ainz a. uL, Mal i fussent il a. /, Trop par (Qai t. A") fb griee (M .If', fl«r* H) e 
angoissons .'r«.l'.4».B(7).//'r' lU-y. 75 mal point la c. F; A (En /) maadit» k e. -4/l'»ir. 76 Et 
a .-lA'; m'it m. r; En p. maudite d. I. 77 Andromeda ''': on A*k; si con Haon -, o( c« L A, 
ot celui son I'*, auoit a non //: La f. h. apeloit on A*, La f. h. al nailUnt oir A 78 Andromaclia 
.1*; auoit a non » ; en son .1, en soi I'*; Eut non a. por uoir A 79 Haute d. I**, Gentil d. n: 
li. d. ert /a; g. f. ml't M, G. feme //; et pros et sage A 80 F. c p. .4«AJf'*: Kick* c I**; c. 
p. T'H'; dalt parage /; Ml't parert bêle H. 81 Kl m. »», Fn m. /; fa Jf»!*»; leial ('»m*t. 82 Qi 
F-, destrange A, de fine JfMMK 

BARTSCH-WIESE, Chrestomathie. X' Éd. î 



97 



Pièce 28. 



XII" SIECLE. 



de lui aveit dous beaus enfanz: 
li graindre n'aveit pas cinc anz. 

85 Laudamanta ot non li uns, 

qui ne fu laiz ne neirs ne bruns, 
mais genz e blonz e blanz e beaus 
e flors sor autres dameiseaus. 
li autre ot non, ço dit l'escriz, 

90 Asternates; mais moût petiz 
ert li enfes e alaitanz: 
n'aveit encor mie treis anz. 
Ôez comfait deraostrement ! 
icele nuit demeinement 

95 que la triuë fu definee, 

dut bien la dame estre esfreëe: 
si fu ele, ços di de veir. 
li dieu li ont fait a saveir 
par signes e par visions 
100 e par interpretacïons 

son grant damage e sa dolor. 
la nuit, ainz que venist le jor, 
ot ele assez peine e soferte; 
mais de ço fu sëure e certe, 
105 s'Ector s'en ist a la bataille, 
que ocis i sera senz faille: 
ja ne porra del champ eissir, 
cel jor li estovra morir. 



la dame sot la destinée 

que la nuit li fu demostree: 110 

s'ele ot de son seignor dotance, 

crieme e paor e esmaiance, 

ço ne fu mie de merveille. 

a lui mëisme se conseille: 

'sire', fait el, 'mostrer vos vueil 115 

la merveille dont tant me dueil 

que por un poi li cuers de mei — 

tel paor ai e tel esfrei ! — 

ne me desment e ne me faut. 

li soverain e li plus haut 120 

le m'ont mostré, que jol vos die, 

qu'a la bataille n'aleiz mie: 

par mei vos en font desfiance 

e merveillose demostrance: 

n'en vendriez ja mais ariere, 125 

qu'om ne vos aportast en bière. 

ne vuelent pas les pôestez 

ne les devines dëitez 

que i aleiz, mostré le m'ont: 

tel desfiance vos en font, 130 

que, se vos eissiez a l'estor, 

ja ne trespassereiz cest jor; 

e quant il vos en font dévié, '' 

n'i ireiz pas senz lor congié, 



84 ainsnes AA'^E, ainciez F^, plus grans 6?; ïos li ainsnes not HM^\ que A^JV^Wek; .XV. a. n. 

85 Nous omettons les 'variantes du nom. 86 1. noirs M, noirs ne lais (Ions F) AF-^ Q. ne n. et ne 
lez ne brus F^. 87—222 m. M [lacération d'un feuillet). 87 [vadAs nBCHV^), Qui AA^M^3PKV^ 
6. fu W; et blans et blons BCW; blans et g. et blois K, b. et blois et g. F^, g. et blois et b. FV 
g. et Ions et blons N. 88 flors M^BKV^V^Wy, flor Const., forz NCF; sus AM-, Fleur sus tous a 
(tôt autre F^J AV^. 89 Lautres liPMV^V^Wny; Lautre ot n. ce d. li escr. A; ce mest auis H. 
90 assez F, enfes AA^NV^. 91 Jones estoit n, Jon. tousiaus A, Joules Cosiax F-. 92 ancore pas N, 
encore que B, mie encore M'^CW; Ne (Nil K) nauoit pas encor A^K; deus F^. 93 Oiez JPJ/^TF 
com. f. Const.; fier A^; destruiement A. destruiment F^IF. 95 Quant F; acomplie AR, compile F^ 
afinee F. 96 Doit i*'; Dont la d. est F'; esgaree eBKC, marrie F^. 97 Se 3P; ce dit pour v. AV^ 
sachiez de v. n, iel (ie el CW) sai d. v. JI^A^A'^JKy. 98 li firent ^IF^. 99 uision A-/^, auisions F^ 
100 itiel precacion F. 102 que (quil E) ueist BCWy; au j. 3P-, que laube parust (parent F*) del 
(le F) j. nA^V^. 103 molt p. K; p. s. lI^EKV^Wn, p. et souff'rette AJFV^W. 104 De ce fu ml'i 
8. A. 105 Se hector 3PCEV^V^Wn, ist 3I^E, se ist l'^, ist fors B; an On. 106 Quil i s. o. TF 
0. i ert sanz nule f. (por uoir s. f. F) n, O. i estera (sera ia A, sera V^, s. il J/^ F-) JI'^A F' V^Xe 
Il i s. 0. H. 107 nen An, ni VK 103 le e. TF, lestouera F, li conura F^. 109 set VK 110 i TF 
reuelee 3/^ mostree V^. 112 C. p. MK4.KVh; ne e. M^. 118 de] m. TF. 114 li n, sei X; sen F^ 
115 dit TF; elle F. 116 molt K, ie Jf^V^We; La grant uelle de mis .ij. oel -B. 117 — 8 intervertis 
dans HKM^n. 117 Ont eu grief B; par 3PVW^^fen•, le cuer V^, li cors Bn. 119 ne ne me f. F 
Por poi ne me d. et f. B. 121 Mont demoustre .IF^; ie iPAFV^V^K. 121 nailleiz K, -ez M^AM^ 
-iez BE, nalez CFV^W, naloiz JV, ni alez VK 123 Por T'^; en] m. F^; deueance JFVK 124 Et ce 
(si T^2) sachiez bien sanz doutance J F'-^. 125 Ne F^; tournerez ^IT^'^; reuendroiz CA'TF; SLT\er M^BCFe 

126 rap. E, en port. K, en raport W; Nen soiez emportez A, Ne s. portez F^. 127 — 130 m. G 

127 deitez FKVH^^e. 128 poestez BEFKVKM^ {m. V^). 129—130 m. K. 129 Que uos i/^ 
Quainsi eJCTF; muiriez AB, morreiz JCWM^; Q. i. a.] m. V^. 131 Q. uos nen isseiz M^; Q. u 
nissies (issiez F^) hui (fors F^ m. F^) BCÉV^V^We; alez A"^; an n. 132 trespassera <?; Ja 
neschaperez (nescamperez F^) de ce jor A V^ ; Car (Que //) uos morries (i m. B, i morroiz E) sans 
retor (en cest ior M^, s. nul restor //) B'PBCJKWy, Mors i serez s. nul r. A"^. 133 Et des qil Ahi; 
il le uos ont diuise V^. 134 Nirois mie CTF, Vos nir. pas n; vo c. B; Vos en ir. p. s. lor gre F^. 

98 



i 



BENOIT, ROMAN DE TROIE. 



Pièce 28. 



185 He m'ea créez; jol vos di bien: 
tpaurder devez sor tote rien 
que n'enfrait^niez lor voientez 
ne rien que fieit outre lor ^rrez : 
Hector vers la dame t»'irai)tt: 

140 de quant qu'il ot rien ne li plaint; 
«es pnroleH tient a falue • ■: • "^-'^ 
irieenient l'a respondue: 
'des or", fait il, 'sai bien e vei, 
n'en dot de rien ne nel mescrei, 

146 (|n'en vos n'a sen ne escïent. 

trop avez pris grant hardement, 
que tel chose m'avez nonciee 
se la folie avez songiee, 
si la me venez reconter, 

1''" e chalongier e deveer 

qu'armes ne port ne ne m'en isse; 
mais ço n'iert ja, tant com jo puisse, 
que j'o les coilverz ne contende 
e que jo d'eus ne me défende, 

155 qui mon lignage m'ont ocis 
e en ceste cité asis. 



se 11 eoilTert, li de pat' «ire 
Oeiënt conter ne retraite, 
e li chevalier d'esté vile, 
dont plus i a de dous cenz mile, 180 

que d'an songe, se le songies, 
fasse si pris ne esmalez 
que je n'osasse fors eitsir, 
com me porreie plu» honir? 
ne vueille Deus que ço m'^yitngt 165 

que por iço mort dot ne crienge! 
n'en parlez mais, taisiez vos en, 
quar n'en ferai ja vostre sen.' 
Andromacha plore e sospire; 
si grant duel a e si grant ire 170 

que por un poi le sen ne pert. 
al rei Priant mande en apert 
qn'il le li viet e quel retienge, 
que laiz damages ne l'en vienge: 
sor tote rien guart, n'i ait faille. 175 

qu'il n'aut le jor a la bataille, 
crienst e dota li reis Prianz: 
le péril veit qni est si granz. 



135—6 iittrnrrti* (lan« L, 135 SI me IK'KW, Si rael T'; Vo« ni Iroiz »i ; «or toute rkn AV*. 
136 gardez EN, -iez F\ deuiez E\ vous bien B, lo uie '< ; Garde dénie .V; Deuez (•!» 1'*) %. ce rotu 
di bien -11'». 137—8 m. G. 137 Qui ne e. T»; Nanfr. pas m; les /'; uolente .IFT». 138 Ne 
de r»; rien» A/iCK; qe V, le» aufreg qui; contre M*Ai'k'lV*\Vr; gre -J T» !'«. 139 ir.] nalre fi. 
140 De ce V^; Quant que il .-1; Car ne li plest ce quil ot dire //; Que ce li dit pas A', Qui ce li dit 
point (qui A) './!'■. Ce (De V) quele (qe li (') dist (dit f'W) pas i'inV; Tel chose dist qal li des- 
plai«t .1*. 141 Sa parole T* ; (falue w.l), balue -V*!'*, faillue <•", fanflue A; La p. ca entendue 
//r./IMr», Sa (La A') p. a bien e. ./«A". 14J Ireem. M^IU'MK 143 sai le -IF'. 144 Ne -4.V»; 
ne ne .1 V^r», ie nu 1*. 145 sens M'^JiK; na mes point descient -1 V*; Qen naille an tomoiement !*•. 
1!6 fait A'. 147 Que -lA'A', Quant .»/», h« aulrrti Qui. 149 Se .V».V: le //<'; me la 1'; conter IT 
151 ni p. r». 152 come ia p. l'*; poisse A'. 153 Q. uers ^'"A'UV, Qenuers 1*'. 154 uers enls Al"*; 
ma terre ne d. ri»'; contende 1'*. 155 Car f . 156 Et ci assegie et a. BCV^Wr, Et isai a. et pria A'. 
157 fclon .V«y/('A'HV; c. de !'«; put aire Cotmt. 158 Looient », Oient l'^l"*; dire et retrabire IT 
159 diste :\'; Li c. A; Et li baron -BCATHIV; de ceste u. ABCFKr. 160 (= -1); O il na p. de 
cent m. CH'; D. i. a p. e; .VII. c. mile A', tranto m. ». 161 de s. Cm»*, don •. P; si CW. 
162 et BVKn\ cslongiez CWBKc. 163 Darmes porter et (de^', ne I"') Bf'KV^W; hors .4«>; o (a -V; 
els M^yF. 164 Come p. CI'*, Ne me p. I''; Perroie me iou /; mieU h. /A\ 165 Ce A"; icoa B; 
i|ue ia 1{('K\ Ja d. ne wil /. 166 Q. ia liou I) de (por /A') ce AIR, Q. por ce T'I''; dot m. A*. 
me dot lUliV^ij', et CIW; Q. ie ia por ce y, Q. ia p. ice F\ l remai((ne ». 167 — 8 «''«»•■» /: De 
chou uoel iou que uos taisies Car nen ferai nient chou sachies. li>7 (= -IA*); roainx '*. plus BI., 
iii (in\ Ne p. tenez uos hen J'*; ce (car rr*H'i sachies bien A'*BCJKy^\Vy. 16S Que lîl.\ ne '•; 
f. V. F\ sens A; Que (Je .iV^V) nen fareie derroie AV, leiroie I'') por uos rien .V.I/WA"ni''y, 
Je ne f. nule r. VW, Car nen faray ce sachiez rien (bien 1'*) ATI*'. 169 Andromeda G; La dame 
lot forment A*. 170 Si gr. pesance a et tel i. -i*; .4*Afr./A*r'iry ajmitrHl * r. : Qœ U color quele 
(a .4*7/) ot (qe lont C) uermeille Taint (Teinst f'A'll') et paUst (oerist A') neet pas roeraeille. 
171 (= AM; Et .l/'.4A'A-r«ir; par .»/*( A'PI«H>v; sanc .V. sens .V^A^HCItM^; mb I**; Por un 
petit le s nen p. A^, Par un pou que son s. ne p. //■ 172 raoustre /', dit r. 173 uet fi: QoU U 
deuet -VT», Qui il uieit l*; Que il li u. A"; Que il meismes le r. •• ; e le .inAMf': le tiegne fi; 
Que il li mant quil le r. A, Quel lo r. et lo déteigne A'; et le detienge A'.VM*', qui le d. T*. 
174 li A*r*f, H en I"'. 175 r. quil ni CW- ni ot I'. 17rt Que le j. naille en A, Qua cel L naît 
u A'; nait F. 177 Crient lou« Ir* w**.; (dota M*A^BrH(iMKILR\'^r*\V\ dotoit -V, doute AFK; 
Ml't se (par I) dota .i'/: Lors c. et d. r. (r; le r. oi .V. 178 Les perilz qui tant i sunt granx .V*: 
perius voit et gries et g. /, Les p. u. ne sont si g. R\ Por le p. h, Li p. voit 1*^, Voit le p. A ; qi ert A*; 
Qui ml't fa sages et puissans (uaillanz A*J) AKIy\ Q. m. ta bnmles et rians (irianz C, dotaas A*; BCKW. 

7* 

98 



Pièce 28. 



XIP SIECLE. 



n'il n'a fiance que en lui, 

180 quar c'est s' entente e son refui. 
se il n'i vait, la perte iert lor: 
sor eus revertira le jor. 
ensorquetot n'ose miier 
qu'il nel retienge de l'aler. 

185 la dame set de grant saveir; 
ne deit om mie desvoleir 
ço que por bien dit e enseigne. 
Paris a pris e sa compaigne, 
e Trôilus e Eneas, 

190 rei Mennon e Polidamas, 
rei Sarpedon e rei Glaucus 
e de Licoine Ëufemus, 
e Cupesus, le fort, le grant, 
qui esteit graindrc d'un jaiant; 

195 rei Steropeus, rei Acamus, 
rei Epistrot, rei Adrastus, 
rei Hesëus e rei Fortis, 
qui sire esteit de Filitis, 
Philemenis, le grant, le proz, 

200 e les autres riches reis toz 
a establiz e devisez 
e les conreiz faiz e sevrez: 



moût furent grant, riche e plenier. 

quant covert furent li destrier 

e les enseignes atachiees 205 

es trenchanz lances aguisiees, 

e li vassal furent armé 

e por bataille conreé, 

s'a comandé Prianz le rei 

c'ui mais s'en issent li conrei. 210 

trop tarjoent, quar cil de la 

sont ja as lices, grant pièce a. 

Mais quant ço vit Hector e sot 
que sis père li deveot 

qu'il n'i alast a celé feiz, 215 

enragiez fu e si destreiz 
que por un poi n'a moût laidi 
celé que ço li a basti. 
lui e s'amor e son cuer pert; 
quant el cel plait a descovert 220 

sor son dévié, sor sa manace, 
ja mais n'iert jorz qu'il ne l'en hace, 
e por un poi qu'il ne la fiert. 
ses armes li demande e quiert 
isnelement, senz demorance, 225 

qu'il n'i face plus atendance. 



179 Qil na n, Ni a V^; En nul na f. quen 1. BCV^We, Ne il na quen lui seul f. /, En n. fors en 1. 
na f. A^, En n. fors li na sa f. A'. 180 Que n; satante N\^; Cest ses refuis et satendance (sesperance K) 
AHK; Ce est (Cest B) sentente (sa tente V^) et BCVHVE, En lui avoit tout 3fK 181 Set sil 
BCIMn'^W; ni est JV, i est F; Se il uiet V\ Sil sous ni v. 31^; Se il i muert A'; est nV^. 
182 Sus M^. 183 nosa FN, ne puot A'; na remuer F^. 184 Que BV^; detiegne VK 185—6 inter- 
vertis dans CW. 185 est ml't En. 187 Ce que Ion por b. li ens, F, Ce quele p. b. lor ens. N. 
188 a prise sa APBKVhn, sen ist o sa CW. 190 Reis M^KBCen; Romanon T^^. 191—2 m. K. 
191 (= V^A), les autres reis ou rois. 192 Nous omettons les variantes des noms. 193 — 4 placés 
dans A'^ après 198. 193 le f. le gr. ^4, les autres li forz li granz. 194 Cil kistoit /; plus grans J5; 
Cil qui ert maire (erent mires V^) AV^- de iaianz A', que j. ni, dun jaians 3I^V^, cuns jaianz 
A^CEV^W; des gaians B. 195 — 6 intervertis dans A. 195 Rei Cowstens ;- Reis (Rois) les mss., 
(de même aux 2 vers suiv.); nous ne donnons jyas les nombreuses variantes des noms dans les vers 
195—199. 198 sires iert BEL; (de A^CW.r) des M^ABKy; filitis Z {F), filitains H, -ins iV, filistins 
A^BCKV^V^Wemi. 199 li granz 3PABEHK, li grant M\ li fors CW, li biax nA^; li prous B, 
les autres li proz. 200 Et les r. a. F; Et li altre roi airos A'^, Lui et les autres rois trestoz CW, 
Les autres r. les prinches toz /. 201 Sont establi et ordene A^, 202 lor conroi tôt deuise A^. 
203 M. sont g. et n; M. par {. A^BCV^V; M. fu grans riches et p. V^. 206 Et i^A'T'^; En tantes 
VI; fortes B, trenchant V^. 208 Cum p. 3PBCIy. 209 Si comande nEV^; li reis (rois) 3PEVn^^Wen ; 
li r. prians A^, 31'^A^BCEV^V^We ajoutent: Qui ml't fu (ert jW-A', est e) sages et cortois (uaillans .4*). 
210 Hui m, Zi/i, Que tost G; demanois ?i. Qu» sen i. tuit A'; conrois F^; 3PA^BCEV^^^Wc ajoutent: 
Tôt bêlement sans nul (et s. M^V^V^W) desrei (effroi T'^TF). 211 tardoient ABCExy, -erent E; 
que ALV^. 212 trosqua £, iusquas n, iusqua -4; iusqua au liceus F^; pieca ABCFV^V^W. 
213 Desque yBCE; vit h. ce L. 215 Qe TF; nalast F^; ceste F^ 216 Esragiez B, Esmaiez n, 
Coreciez eF», Angoisseus A; est TF; e d. F^. 217 par M'^Eny; ml't nel .4. 218 Celui CTI^. 219 et 
sanor F' ; cers p. ;r, cor p. F* ; Lui et s. c. et samour p. .4 ; a toz iorz p. 3f^BCEV^ Wy. 220 tel 
p. N; en cel p. F; tel chose AV^; Q. ce a (ot F^) dit et d. M'^BCEV^Wy. 221 Sus AM^; Son 
cor d. F^; Sor s. uie et H; sus sa AM^. 222 Niert ia m. j, E, Ja n. m. j. .<•, que FL; la h. M'^G, 
la nace F. 223 — 6 réd. à 3 vers dans G: .Ta la ferist mais ciert amance Ses armes quiert sans 
demorance Ni fera ce dist atendance. 223 [31 o-eprend) A p. B3f, A par 31^, Et par ELV^Wen; 
Por un petit If; Nen faut gueres qui AV^. 224 Les B; li] m. 3fV'^; S. a. d. et requiert FL. 
225—6 m. 3I^BCWky. 225 atandance nL. 226 Qe F; ne EV^; fera ALRV^; Qe p. n. fera atar- 
dance V^; demorance nLV^. 



100 



BINOlT, BQIIAN DE TROIE. 



Pièce 28. 



la «bune les «yeit muciees 

e repottet e Mtoiees: 

duel faiseit grant e anfi^issos; 

280 le jor redote perilloa; 

imr niuintes feiz l'estut pasmer, 
quaut el li vit Hon corH armer, 
moût li prie qu'il 8e remaiinie 
e <|ue son coraii^e refrai^afne; 

385 moût li crie suvent merci; 
mais il par est ensi marri 
qu'ele ni puet merci trover 
ne por braire ne por crïer. 
quant veit que par nnle manière, 

240 por dit, por fait ne por preiere, 
ne l'en p«)rra plus retenir, 
si a les dames fait venir, 
sa mère e ses bêles sorora, 
crÎE, lermes e o plors, 

245 l'ont depreié e conjuré 

e en maint sen amonesté 
qu'il ne s'en isse e qu'il n'i aille: 
n'i a preiere que rien vaille; 
ne lor monte, ne lor vaut rien: 



'Ils*, fait M nere, 'or tai jo bioi 250 

que ta encbiez e faoz vert mei 

e vert ta femme e Tcn le rei, 

qui noz volentec contredis. 

aies de nos merci, beaoi flz: 

ne nos laiaaier, ne nos ipierpir, 166 

ne nos faire de dnel morir. 

flx, chiers amis, que ferlons, 

M ton cors perdu avions? 

n'i a celi, ne s'ocfiist 

e que li cners ne li partist. 260 

remanez vos, douz ami obier, 

créez les diz vostre rooillier!' 

qai donc vëist en com gnnt peine 

Polixena e dame Heleine 

se meteient al détenir! 265 

mais ne le pneent pas tenir. 

tant est iriez, ne set qae face: 

Andromacha het e manace. 

Quant ele veit que el n'en iert, 
ses dons mains ^ranz cous se fiert; 270 
ses chevens tuert e ront e tire, 
fier duel demeine e fier martire: 



227 qui lauott V*; nuncie«s Jî, ostees ■<-; les ot destome«a M*BCJV^Wkjf. 228 Mt] dastomaaa x; 
M«s voille o non (M. a force CW) sunt raportees M*IiVJV^Wky, qui ajoutent i rer«: Son hanbcrc 
(Ses annes M) uest isnelement Andromaca el (La dame sor le il*) pauenient. 229 Molt feit g. d. 
et a. M*B('.JV^Wk\i. 231—2 pluao dan* M*BV.IV^Whj nvaut 229. 231 mainte H'; eMat 
M*BC,IWky, lestuet T, estoit 1»; parler L. 232 elle vit l'»!», el le u. (aolt G, uint R) FGJt, 
ele uit HJ, ele uoit B; Puis qe son c. li uoit a. C'IF. 233 quil se rem. B, U* mtlrrt qoe il r«n. 
235 Merci li c. molt s. (prie doucement CW) M*BCJV^Wky \ le C. 230 a si son cuer m. r\ Kien 
ne li (Mais r. ne .V, M. ne li //) vaut (Ne li v. r. CW) qoant ele (il V*. ce ('11') entent (el l«nt 
<K, el e. .V) inBVJV^Wky. 237 Ke len /?!'»; poit »'«; Qen lui ne p. /'; Qnen (Qo* M*UKW) 
ni (ne .V») porra Àf^BCJWky; nul bien t. nJi. 238 par .. par A*; batre CH'. 239 Bim M\ Et 
rr*U7-.v; qe en CW, qe por .VK'F». 240 Per f. per d. B, Par d. par f. A'J/>. 241 Nel M, 
détenir A'. 244 1. o a pi. T*. 245 Li ont proie rn. 246 sens .V'.I/.V'AI'*; En malna aens lont 
a. H'. 247 uenisse ne T*; i. quil tiKK, i. ne qe iVIT*. 248 que 1'*, /r* nutrr* qoL 249 K« 
ne M^; mont I'', monstre MV*; ne ne AFKe. 250 la m. riKT'H'; or noi b. h, or s. b. I'», i* 
s. b. AV\ 251 (= ARV*); nas mes cure (pas pitié «) de moi M^BCinVeln. 252 (=» AJtV*); 
Ne de ta f. ne del r. M^Bl'^ckn, Ne de ton père ne de toi <'ir. 253 Qe !*>. 254 Bira il M l I li 
(deussiez TM crclre mes (noz AT») diz M'CV^Wrk: 255 Usiex »'«; Biaus donz amis ne .V'CK'IFlry, 
256 i fai -V, laisster /', laisse 1'*; fei de dolor m. 3f*; Con porrions (Conroent porron //!*') sani toi 
guarir (TMIX./. 257 Chier f. a. MK •J58 Se nos toi p. (.'H*. 259 celui .VIM*, c«l« Jf'C'A'Hl-y: 
qi ne r'. -260 Et cui li c. Cir^-i/; ia ne p. CKIlWk: E qi si le cuer ia ne perdist I''. 261 (R. tos 
Af^UBV*.,, Kemenez v. A', Car remanez (remcn. K) .4 «ifC/I'Hiv; beau» A*('ILV*W', AU A"; 
(ami cb. A), amis chiers .1 »r/./A.V«A'r>r«ir-Cxv. 262 Olez K»; (r. n. .i) ■, moUlien RV\ é» 
(a //) ces (tez V) moilliers M* A ^BCJVnykxf/; Ne soies Unt cmels ne fier* /. 263 lors LRm^ U» G; 
c. en /a; a com (1»»', an si r. 265 (= HJV^V*); Sen BVIV; Qe », Qui L; Qna loi nteetent (r'; 
del .1"; retenir .1, départir r>; de lui tenir M*. 266 puent n/. l le p. détenir 6; U p. (pnet B) 
p. tollir AFLRV*; M. nen p. a chief uenir /, M. rien ne (ni BM) vaut (M. [Rien A'] ne lor t. A*K) 
car (que -4», al //, don F') retenir (det. .4 *A") J/M «^('./r'iriry; puis ih 'ijnHtrnt cet i rm fqmi 
m. (i r').- Kel porrunt (porent Hk-, pueent t') pas (.V. poroient .1', Ne le porent •/) por nnle tien 
Ce lor aâche (atie .( *l e iure bien. -Jti? desuez A'; quen /A', quil Jlf*r*. 268 Andro a ed » G. 
•269 (= AliU.IR); kil el /: qe néant iert r'I», qe ce ia niert 'H'. 270 A BCIJKn^'. polns 
BCWvk; grant cop .1. •2't\—-2i»trn'rrti*dnn*BCWJkn. 271 tort -V». sache A', trait B' ".VI» F «Ur; 
r. et tuert (trait IN) ni, romp et truit l/>': r. et detire <^F\\', t. r. et t. Il: Se* puins detort see 
canons t. H. 272 Grant E. 



101 



Pièce 28. 



XIP SIECLE. 



bien resemble femme desvee. 
tote euragiee, eschevelee 

275 e trestote fors de son sen 
cort por son fil Asternaten. 
des ieuz plore moût tendrement, 
entre ses braz le charge e prent; 
vient el palais o tôt arieres, 

280 la ou chauçot ses genoillieres : 
as piez li met e si li dit: ^ 
'sire, por cest enfant petit, 
que tu engendras de ta char, 
te pri, ne tienges a eschar 

285 ço que jo t'ai dit e noncié; 
aies de cest enfant pitié : 
ja mais des ieuz ne te verra, 
se assembles a cens de la, 
hui iert ta morz, hui iert ta fins: 

290 de tei remandra orfelins. 

criieus de cuer, lous enragiez, 
a que ne vos en prent pitiez? 
por que volez si tost morir? 
por que volez si tost guerpir 

295 e mei e lui e vostre père 
e voz frères e vostre mère? 
por que nos laissereiz périr? 



com porrons nos senz vos gu'arir^ 

lasse, comfaite destinée!' 

adonc chai a denz pasmee 300 

desus le pavement a quaz. 

celé l'en lieve entre ses braz, 

que angoisses duel en demeine-.. 

c'est sa sororge, dame Heleine. 

Hector de rien ne s'asopleie, 30 

ne por l'enfant ne s'amoleie: 
nel regarde ne n'en tient plait. 
ja li orent son cheval trait : 
monter voleit, n'i aveit plus. 
Andromacha saut fors par l'us; 310 

plaint sei e crie a si hauz criz 
que moût par sont de loinz oiz: 
el grant palais perrin de Troie 
n'i a si sort qui cler ne l'oie, 
plorer lor fait de chaudes lermes. 315 

a ! las ! come aproche li termes 
que chascuns voudreit estre morz! 
celé cui rien ne vaut conforz 
vient andous ses mains détordant 
tôt dreitement al rei Priant; 320 

si grant duel a que mot ne sone. 
a chief de pièce l'areisone: 



273 deuee 31^. 274 esragie M^ V^, ragie T'^; Trestote issi K\ esceruelee 31 ^^ Desronpue et 
descheuelee K. 275 très t. Const.; Et tôt issi A'; hors 31'^Me. 276 Tôt per V^V^. 277 Adonc 
Fi F2; plorant CW. 278 lencharge CEW, lenbraee 3/^; le congie p. FT^ 279 a tôt M^, adonc 
F1F2; A tôt u. K; uint 3PAEK. 280 Ou il CWek; lacoit A; Hector a mis V^V^. 281 Apres 
V^V^; et se 3I^^\ 282 de ti, par A". 283 Qe li V^V^. 284 nel t. CW; Por coi le t. V^V^, Pri 
que ne t. 3I^A, Or nel tenez mie n. 285 qe te ai V\ qe tai F^. 286 ce\ 31. 287 Qe iames T^'F^. 
288 Sui CW; Ne rassenbles (resanbles F^) V^V^. 289 est . . est AdM^V^Wn; mort ... fin Const. 
et M, les autres fins. 290 orfelin Const. et 31, les autres -ins. 291 Cruel Const. et y, les autres 
-els, -ex etc.; lou Const.; loua 3I^ACF3IRV^V^W, leus EHK, lox iV, leu i/i; enragie Const. et K; 
esragiez H3I^, les autres enragiez. 292 (A que F^), Por qe H, A quei (qui A') 31'^k, Par qoi 
V^V^WC, Por coi enL; pitié Const. et K, les antres pitiez. 293 — 4 m. FH. 293 Par V^V^W: 
coi ABCGJLNlie3I3I^Vn^^; gerpir F^. 294 Par CV^W; coi ABCJRe3f; Et ne v. F^; Et moi et 
uoz amis g. GLN; morir F^. 295 li V^V^: li uetre T'^; Et uos parenz G; mère M^Bek; De moi 
de 1. et de uo p. H. 296 {^ ACR); Et f. et serors et m. a\ Et v. serora BCWek; et v. perè Bek; 
De uos serors et de uo m. ff. 297 (que BU), quoi F3I3[^N; vos 3I^AKcn; lesseriez 31, laies nos H, 
lesserons A. 298 Coment p. AFHL3I^V^V^, Cum porrions 31'iCEW. 299 (= AVn^"^); com f. 
Const.', c. maie 31'^CJWky. 300 A icest (Apres cest 31'^) mot 31'^BCJWky; Et lors chei (rechiet N) 
a d. p. n. 301 a tas y1 ; A quas (cas 31^, fea EJ) desus (sor BEJ) le p. 3I*BCJWky. 302 drece 
BK3I'EJ; isnelement CEHJWB31^k. 303 (== T^^F^); estrange d. 3I^BCJWek. 304 seror F, seros K; 
et d. CWn. 305 se soplie 4 ^A, saploie F^, samoloie A'». 306 sasoploie AT», samolie A, sumellie -4^. 
307 II ni esgarde nen A^, Ne les r. ne V^V^, Nés r. ne ne CW; Il ni garde e; nil nen 31^; ne 
entent p. MK 308 ont fors n. 310 hors 3I^C3fe; a lus n. 311 P. et cria CW; ml't h. E; un si 
haut (grant VH^^) cri AFVW^; uns si JV; et a si h. c. crie A". 312 (= A); Qui CNV^V^; m. 
furent N; fu de 1. (lonc F) oi AFV^V^; m. très 1. en uait loie K. 313 chastel 31'^ek; marbrin -.4; 
Si quel c. premiers K. 314 celui qui A; Na un tôt sol A"; Na nul M'^CV^V'^W; Ni a nulle F; qi 
bien n, qe b. F^, que il G. 315 P. les f. a x3I, Pleure forment a 31; des F^ le8 CW. 316 Lasse 
V^V^; aprisme 31'^, saprosme F^, saprime F'^; Lasaes com saproche A. 318 fait CV'^W3I'^K. 
319 N'vat A'^Ke, Vait «A; ansdoua s. poins-l^; les m. detortant A'; detorquant CîF; anbedos (embedui 
F2, adeus F') ses mains (poins 31^) tordant (bâtant «AF'T'^) enRV^V^. 322 Au F. 



102 



BENOIT. BOMAN DE TROIE. 



Pièce 28. 



'Di, va!' fait ele, 'iés tu deavez 
de ton sen hî fctrHenez 

825 que ta n'as mais cure de tei':* 
saches, s'Ector vait al tornei, 
tu Vas perdu, ni'n seies fis: 
il i seru tuu-ui oci». 
je l'iii vëu par deinoittrance : 

830 li deu l'eu ont fait desfiauce 
par niei enHifaitierement 
que, s'il assemble a la lor gent, 
il Tucirunt. guar qu'en feras: 
ja mais des ieuz ne le verras, 
va, sire, tost, e sil retien I 
Astematen, sun âl e mien, 
li aportai ore a ses piez; 
de sa niere a esté preiez, 
d'Ëleine e de Polixenain. 
mais c'a esté trestot en vain : 
ne nos deignot sol esguarder. 
sacheiz qu'il voleit or monter, 
quaut acorui criant a tei. 
va tost, sire, retien le mei!' 

345 ne pot plus dire: pasme sei 



835 



340 



très de devant lea piet 1« reL 

Mont fa Prianx aosten e dan, 
enven set enemis tinn; 
ne fu hastis, legiera n'estonz. 
franc caer ot moût e simple e doox. 350 
quant les parolen ot retraire 
e vit la dame tel duel faire, 
el cuer li prent une freidur, 
dotance a e crieme e paor; 
Bospir l'en issent granz e Ions. 355 

une pièce fu toz embrons: 
lermes li moillent le menton 
e les goles del peliçon; 
son damag e sent e aleine. 
sor un cheval monte a grant peine : 360 

fors del palais s'en est eissaz, 
dolenz, pensis, taisanz e mnz. 
Hector ataint enmi la rue, 
qui toz de mautalent tressoe: 
moût par l'aveient fait irié 805 

por la noise, por le dévié 
d'eissir s'en fors contre Grezeis. 
desoz son heaume pavïeis 



323 il -1 '; deuez A'. 324 (= GLV^V*); Et -4/'; sens -1 IM*; mal senex '/. m. iiMitts F; 1V»p 
ledement (inaleinent .1*//.V») seras greuez iV».4 ^A^BCJWhj. 325—8 rrd. à i r. d.in» Jt*A Ki *nCJWky: 
Sector (Se hector CM') sen ist (Se hector ustt .1') a la bataille Ocis i estera (issera •/, i s. .V, i s. 
il i/', sera CW) (Car o. i. s. Ji, Il i s. o. .1*, Qiiil i morra encui M*) sans (aille (O. i ert s. n«l« 
f. .V). 325—8 «""/ '/""« ARV^Vh: 326 se hector y\'^V*, se hui FO; na -lA'';. Ml (sin T'I'»), 
sen .1", bien A*. 328 II li /■', Il en F'«. 329—32 «»• G. 330 men I''. 331 ensi f, ComI.; et fi 
entièrement KM'*. 332 se il a. a 1. g. », sil sen ist o la l. g. A'; bui a 1. g. .41''!'*. 333 qoe h, 
(|ar OV; Deus le me niontre (juan f. O. 334 D. iez ia m. (i ; de tes ielz nel a. A'; nal (ne CIV) 
leuerras .V*C'ir. 335 si le CFlIMWn, et le .1, et sel J/'. 338 De me dame B\ «stex !'«. 339 D«L 
de .1; et pol. (r; De pol. et deleine BCJWky^ De sa seror de dame h. .1*. 340 c« a e. toat .H"'!'*; 
tout por noiant (!; parole naine JiCJWk;/; Lor proiere li fu ml't u. -I*. 341—4 «•A/. »î S r. Hnn» G: 
Ne nus deigne veoir. a toi Je sui uenue retien le moi. 341 deigna onc regarder LR\'^V*n\ deignat /; 
neis e. .V; Car onc (il .1*) nen uolt (uelt CA'lf") (Il nen uoloit .4') nule (une //./) Mcootcr 
AKX^liCJWhi. 342 Sachiez .4 A*; Biau sire il /; Il uoleit (deueit A') or endreit m. M^BCJWk^, Il 
ua sor son chenal m. .4*, Car or endr. u. m. .4', Ne souleraent ses iaos roostrer (son oil tomar F, 
s. oeill leuer A) uL. 343 — 4 "•. A*. 343 iacomi nlJ, ie ac. Z; (criant /'/), corrant if'.V; Q. ie 
uing ca corrant .4'r'r»; ici a t. A^BCJWh/: Por ce sai ca uenue a t. A*. 344 Va s. t. ACJ- 
et haite toi .1 '. 345—6 tlérrlnpp/n en 4 r. thiim A ^ A * Bf'J WL;/ : fui v. tptrinux: Deaaat sm 
pies pasmee chiet Li rois commande con len liet. 345 puet /■'!'■ I'*; Quant ont ce dist s* paame soi O. 
346 >"• <' ; Trestout deu. .4; au r. .V. 347 — .S Fier» fu li rois comme lions Fondes et sages d« 
raisons -4*. 347 entiers .4 1'*, et fiers CIKl'^Wni, et fers -V, et fors //. 348 Et uert AfAT^l'^n. 
349 haitis F. 350 auoit et <'W>i; Fr. ot le c. A, c. ot et M; UW estoit fVans hamks et dois A*. 
351 Q. ot 1. p. A*; la parolle »i. 352 as d. -4'. 353^-4 interrrrti* rfuiw H.V': Aa oiar une dolor 
(-ors y, froidor JA lo prant (froidure p. G); Esbahiz en fu durement r. 35;^ An -*'»».¥ ; cors M*BCIK; 
le p. W\ len Gi J{) uint //.V«; prist 1''; freldors M* BEI, freor //A*, freioar .V; Parmi le c ka 
(le Vh prent «roidours .4 1'*. Lors fu sopris dune f. .1*. 354 D. et c. • M*ACF.MVW*W. D. et c. 
ot et .1*./, Et c. et d. et A', Et d. et c. et B, D. en ot c. et UM*x et granx paors E\ Esmaiancbe 
grans et /; (paor .4 '('.V); le» autre* mi.«.«. paors, poors r/f. 355 Soapirs r.V; en L -LV T* I**, gieteat 
mit F, giete «t A', gita et n. 356 U. grant p. fu e. ruCW. 357 i m. GL. 358 Et le bliaut de 
ciclaton M*CV^\\'ek. 360 En .V».V. 361 Hors -VVX: Si est h. A*; en est .1. 362 et irascuz A*. 
3G3 en mi G>hj>/. 365 Que ml't F. 366 et pour JT'I*. 367 hors If •.4.V«- : De issir sant -V; 
De lui i. F; Dissir hors encontre g. .irT». 36s Desor '•: le irr'r'IT; poienois -V. 



108 



Pièce 28. 



XII« SIECLE. 



a le vis teint e coloré. 

370 li iieil li sont el chief enflé: 

plus les a vermeiz d'un charbon, 
plus fiers que lieparz ne lion, 
l'auberc vestu, ceinte l'espee, 
sist toz armez sor Galatee, 

375 qui de dur mestier ert apris. 
Prianz l'a par la resne pris: 
'beaus fiz', fait il, 'vos remandreiz; 
sacheiz c'ui la fors n'en istreiz. 
sor ço qu'il a de mei a tei, 

380 e sor les deus de nosti'e lei, 
t'en faz dévié: retorne t'en! 
tant deis aveir reison e sen, 
ne deis faire n'a tort n'a dreit 
chose ou li miens plaisirs ne seit. 

385 sor tei avrai tel poesté 

que n'istras hui de la cité, 
veiz quel merveille e quel crïee 
ont cez dames entre eus levée? 
veiz com chascune crie e brait? 

390 soz ciel n'a rien, pitié n'en ait. 



va descendre, chiers fiz, amis !' 

Moût par fu Hector entrepris: 
le vie son père nose enfreindre, 
ne il ne set cornent remaindre. 
honiz en crient estre a sa vie: 395 

'sire', fait il, 'itel folie 
com fa solement porpensee? 
por une foie, une desvee 
que son songe vos a retrait, 
quos entremetez de tel plait? 400 

n'avenist pas! ço di por veir! 
trop i porrai grant honte aveir, 
se jo remaing por tel afaire. 
ne vos devreit mie desplaire, 
se j'aloe voz genz aidier, 405 

qui'n avront ancui grant mestier.' 

De tôt iço n'a Prianz cure: 
tant le prie, tant le conjure 
qu'il l'en a fait torner ariere. 
tant par est fiers enmi la chiere 410 

que ne l'ose rien esguarder. 
ne se voust onques desarmer 



369 tôt descolore M^. 370 el uis N; du (an G, el FL) ch. li s. AFGILRV^V^; A^A^BCJWky 
dével. en S vers: Ausi com sil eust plore Li sont el chief (El ch. li s. EH) enfle li oil (li oil 
vermeil W) Vérité dire uos en uoil (Par v. d. uos v. M). 371 — 2 «i- M. 371 Roges les ot corne 
charbons .*•; luisans H; (dun A^KRV^V^), de A'^BCEHIJW, del M^; que charbons M^AR. 
372 fier ^F^F^; lepart (lop leup.) ^4^J^F'F^; ne lions/; Plus ot fierté que uns lions x, Fierté de 
lieup. de (ne dors ne de A^) lion M'^ABCJWky, puis ces 4 ^'- (^^^ 2 premieis manquent à M) : 
Nus hon de char ne lauisast Por rien que Ion li deuisast Par maltalent enmi la chiere Une enseigne 
ot molt riche e chère M^ ; les autres mss. : A la soe ne monte rien Por uerite vos di ie bien Nus ne 
losast enmi la chiere Veoir tant ert cruex et fiere. 373 sor galatee A^. 374 S. sus a. M^; seinte 
lespee A^. 375 del 3f^V^V^y] est A; del m. est tous (estoit R) a, IR; De guerre ert bien duis et 
a. A^. 376 por la r. la p. F. 377 fist -K"; or uos F; retorroiz JfS ni irez Z; car retornes Jï. 

378 f. nisterez A'^; que hui la f. nistroiz kyCW, que pas hui hors nistreiz 3/^; A ceste fois pas ni 
jrois (uos remeindrez L) FGL, Ni eroiz p. a c. f. N, Ce s. bien uos (hui A) nen istrez AV^V^. 

379 Sus 31^; toi a moi JV; en toy M, et toi F^. 380 Et sus Jf-, Sor toz V^V^: nos d. et sor no 
1. A^, Et des d. de la nostre 1. Ê. 381 Te AFI; Tan fai desuie et or mantan G. Te coniur et ten 
f. deuie M^A ^BCJWky, Te c. ore et f. d. A^. 382 Bien i ; T. a en uos F; Que nisses fors (nen 
isses A^) sanz mon congie M^A^BCJWky. 383—4 m. M. 383 a t. MK 384 C. o mis p. 
M^C'G3IV^W, Tel c. v mes p. /, Rien nule a mon (o mi F^) p. AV^. 386 hors de A3I^; de ceste 
c. M^k, hors de c. c. F^. 387 qe m. V^V^, qel noise F; Voiz fet filz il quele c. FH, Hui en (De 
tôt C) cest ior ueiz (uerz i/^ ois 3131^) q. e. 3I^A^BCJ3f^Wk. 388 gens J^; por tei A'. 389 plore 
3f^E. 390 nest n ; ne ait F^. 391 li miens a. CW. 392 M. fu CW. 393 veu A; Le dit 
C3I^V^V^W. 394 défendre V^V^. 395 an cuide F. 397 S. con fu eC3IW, Con fu fête ne K, 
Con faitement fu N. 398 Par N; famé 31; folle desue F; et une d. VK 399 ses songes 3I^A3IV^V^e ; 
retraiz M^e. 400 (Quos 31^), les autres Vos; Por coi uos e. F'; fol. p. F- tiels plez 3Pe; Por coi 
vous mêliez de tel p. AV^. 401 iel di x; sachiez de (por CF'IF) uoir ekCVHV. 402 en 31; 
porroiz EF3I^, poez JV^G; perte F, blarae 31. 403 por cest F^; Ml't i poez grant perte fere E. 
404 deust n, doit F^. 405 ialasse «; noz V^V^; Se a (ie C3IW) u. (uos 31^) g. aloie a. ekCW, 
Se vos g. a. a. M"^. 406 Encui en auront 31'^^ Qi ancui a. F, Qui en auroient iV; Qui anc. en a. 
m. CWk. Qui en a. a. (encor hui V^V^) m. eV^V^, Cui iert grant besoing et m. A. 407 not E; 
li rois A"^. 408 Et t. 31; li p. enCW; li c. enVK 409 en a AV^, ne la CW, en la F*. 410 Si 
V^V^; fel 31; qen CIF; en mi C'onst. 411 Ne lose nuls hom e. CW; nus e. FK; nus {tiens A E3f ^) 
ne lose (losoit 31) regarder M^A3INe. 412 ueut 3fCW; mie ek. 



104 



CHAJiSO.N HJiUSE. — KOMAN DE TRISTAN. pi < ••' 20 »? ?>n. 



415 



ton seulement de «a venUille. 
Prianz fiiTeie a la bataille 
toz oeaz ((u'il a ne aveir puet: 



tote U Tile s'en etnnet 

tnit >'en tuent, le* «met p rl aw , 

loinz as plaint chant, fort les deritet. 



29. 

FRAGMENT DE CHANSON PIEUSE. 

Paul Hryst, RnHUinùche Inedita atif ihtlienUehen BiMioth^kr», Brrlin 1856, p- 60- (MamuterU 
à Flortnct, Bibl. L»turrntirnnr, nul. XVII. Cod. A' 17. <"'.'i /■! itrge Mari*! qui parle. 



Je plains et plor oome feme dolente, 
qaar j'aj perdu ce que plus ni'atalente, 
a grant tristour faïe est ma jonvente: 
sans nul confort 
5 triste sera ma vie jasqnes a la mort. 

Beau dous cher lis, simple vis, bêle bouche, 
la vostre mors, beau lis, au cuer me touche, 
des ores mais vivray come une souche, 
sans nul confort 
10 triste sera ma vie jusqaes a la mort. 

Beau dous cher fis, vos deinaistes decendre 
dou ciel en moy et char nmaine prendre, 
por vostre mort bien me doit li cuers fendre. 



sans nul i-ontort 

triste s* ra ma vie jasqnes a U mort. 15 

Beau dons cher fis et beau sire et beau père 
quant vos de moi fëistes vostre mère, 
por vostre mort doi ge avoir bouche amere. 
sans nul confort' 
triste sera ma vie jasqnes a la mort. 90 

Beau dons cher fis, a la vostre nai«aac« 
remés virge sans mal et sans grevance: 
que en prent trop nature sa vengance! 
sans nul confort 
triste sera ma vie jusques a la mort. 25 

Beau dous cher fis, que grant joie j'avoie . . . 



80. 

ROMAN DE TRISTAN. 

D'aprh dr^tx manimctiu df Ikiri*, Bibl. Nat./raitç. 750, j\d. 124'" Cil rt 335,/"*. 175^ (B), Graphie de A. 

En t«l gnise com ge vos cont, estoit li roys March a la fenestre et escontoit le chant 
des oisiaux qui ja avoient comencié la matinée si doucement, que nuls nés Oist qui bien ne 
s'en dëust resjôir. il estoit encore bien matin, et nonporquant li solaux estoit ja levez si 
biaux et si clers et si luissanz que toz li mondes en estoit ja esclarcis. La on U royt estoit a 

41cS F. del hiaume et de K; la AKVn'H: 414 an uet E. 415 C«lz qui il if; Ceaua qil a et 
quil r"; O trestoz ces quil K; et quavoir .4. 416 si .l/M'*, i G. 417 fort as (a (t) denian x. 418 
(Loinz .VA*/,). /»« fiiitrfi> Loing; es Vl**, a !'•: i>lain champ .4; ior ('»': des .V'A'I'', d« 1*'; 
lices .V, vises 1'*; lor armes prises ■>'. 

29. 1 plors M*. :J est munqnr. 4. 5 rr» dr»x vrr« ne t'arment, chri Ifrt/ee, ^'mme ligne. 
5 cera; mort mini<]iif. 7 mort Jf*. 8 uiueray .\f». 12 umain M». 13 cntr JUt. 17 fistw M«. 
18 av. la bouche J/>. 23 enpren; sa' 9ans .V.«. 

80. 1 conte B. 2 ja estoit encomencies la mat. et sachiex qil chantoient si d. .ff. — oist 
adont B. :{ «i] ■.'.■■"•.'. I 1 /- ..•.„,,■,,• et muntf'- I; rHniiiant B. — r. March B. 



105 



Pièce 30. XIP siècle. 



5 la fenestre, en tel guise coin ge vos di, il regarde et voit la royne venir ou jardin, qui sa 
harpe aportoit et la mist ilec devant un arbre. Puis se départi d'ilec et s'en retorna en sa 
chambre, et ne demora puis gaires, quant ele revint, et aporta une espee molt richement 
appareillie de totes choses. Tôt maintenant que li roys voit l'espee, il connoist lors qu'ele fu 
de Tristain et que ce fu l'espee que Tristans ama onques plus; et lors reconoist bien li roys 

10 sanz faille que la royne se velt ocirre, et de celé mëime espee. Or est mestier qu'il la destort 
de cestui fait et qu'il l'ost de cest proposement; il ne voldroit, por quant qu'il a en tôt cest 
monde, qu'ele morust encore si tost. totes voies dist il qu'il ne se mouvra mie si hastivement, 
ainz atendra encore un petit por veoir que ele voldra faire. 

Quant la royne ot l'espee aportee, ensint com ge vos di, ele la dresce encontre un arbroissel, 

15 puis s'en retorne vers sa chambre et demore adonc une grant pièce; et sachiez que ele avoit 
adonc ostees ensus de li totes ses dames et totes ses damoiseles, et Dynas mëimes et Brangien, 
et leur avoit dit que ele se voloit dormir, quar poi avoit la nuit reposé. Cil qui de ceste 
chose ne se prenoient garde, ne pensassent ja mais, s'il ne lor fust enseignié par aucun, que 
la royne se volxist ensint ocirre, si s'estoient ensint départi, li uns ça et li autres la, com cil 

20 qui bien cuidoient que la royne se volxist reposer, ensint com' ele lor avoit dit, et sachiez que 
ele avoit après elx refermé si bien l'uis de la chambre qu'il ne poissent mie rentrer, se par 
son commandement non. Por quoi ge di que bien se fust ocise sanz faille celui jor la royne 
Yselt, se ne fust li roys March qui l'en destorna. 

Quant la royne ot une pièce demoré en sa chambre, si com ge vos di, ele retorne a chief 

25 de pièce ou prâel; mais ele estoit adonc si richement vestue et appareillie com le jor mëimes 
qu'ele avoit esté coronee et sacrée. Et sachiez que celé mëime robe, ou ele avoit esté sacrée 
et enointe, avoit ele adonc vestue, et avoit avec tôt ce sa corone d'or en sa teste, et bien 
avoit dit a soi mëismes que tôt ausint com ele estoit honorablement vestue a la joie roial, tôt 
ausint voloit ele venir parée a la mort d'amors. Quant li roys voit que la royne vient ausint 

30 parée et acesmee et sanz tote compagnie, il s'esmerveille trop durement que ce puet estre. 
Il est assez plus esbahiz qu'il n'estoit devant. La royne, qui mie nel voit ne garde pe s'en 
prent, vient a sa harpe tout droit et baise tôt premièrement le poig de l'espee ! mais dou fuerre 
ele ne la trait pas, ainz la met devant li et comence desus a plorer molt tendrement et a 
regreter Tristan. Et quant ele a auques mené celui duel, ele prent sa harpe et la comence a 

35 atemprer. Et quant ele l'a atempree, ele comença adonc a regarder tôt entor li, et voit le 
temps si bel et si cler et si durement net, et le soleill luisant, et d'autre part ot les oissellons 
qui chantoient parmi le gardin lor divers chanz, et aloient lor joie faisant par laienz. Et 
qnant la royne a grant pièce escouté celui chant et celé mélodie, a tant li sovient du Moroys 

5 tel manière B; i. se reg. B. — ou jard.] manque A\ q. portoit s. h. B. G puis 1. m. . . et p. sen 
parti B. 7 chambre dont elle estoit venue B; — dem. mie granment B. 8 r. March B. — recong- 
noist que . . a Mons. T. B. 9 l'esp. du monde q. mons. T. a. pi. B. — 1. scet 1. r. tout cer- 
tainement q. 1. r. sanz faille B. 10 et] manque -B, c. esp. que elle tient B. — mest. se il oncques 
puet en nulle manière du monde B. 11 de . . l'ost] manque B. — por tout ce qu'il B. 12 tôt 

V hastivement] manque A. 14 r. Yseut -B; ens. . . .] en tel manière comme ie vos conte B 

14 encontre] a A. 15 s. tome A. — grant] manque A. 16 adonc] a cellui point B. — dames . . 
ses] manque B. 17 et dist A. — poi] petit B] celle n. dormy et r. B. 18 prennent A; ne ne 
Guidassent B. 19 ocirre] mètre a la mort B. — ensint] en telle manière -B; les uns . . les autres B. 
21 si bien ferme B. — p. pas entrer B. 22 di bi«n tout apertement B. — fust celui jour 1. r. Y. 
ocise B. 23 dest. a celui point B. 24 si . . . di] manque B. 25 ou jardin B; ad. si] a celui point 
aussi B. — et app.] manque B. — mëimes] proprement B. 26 mëimes --1 ; celé robe proprement B. 
27 avoit sa cor. B. — bien] manqxie B. 28 venue honorabl. B. 29 r. March B. — revenoit si 
p. et si atournee B. 80 moult durem. B. 31 p avant B. 32 s'en vient B. — tout] manque A. 
33 dev. ele B. 34 mons. T. B. — tel d. B. — pr. adont B. 35 atremper ^1. bien at. tout a sa 
volente B; li] lui A, elle B. 37 chantent A. — j. démenant B; Et] manque B. 38 a] out B; ce 
ch. B. — adont 1. s. B. 

106 



FLOmS ET BLANCUEFLEUB. 



Pièce 81. 



00 ele ot ja tant de aon dedait avec Triatan, et Ion recomence a plorer. Et qnaDt eie a 
celai plorer fine, ele ratempre antre foiz sa harpe en tel manière eom' ele Tololt dire ton chant, 40 

et comence son lay en tel manière com vos orroiz: 



Li solex luist et clera et biaux, 
et i'oi le dolz chant des oiaiaux 
qui chantent par ce<) arbroissiaus, 

45 eutor moi font lur chanz noviaux. 
De ces douz chauz, de ces solaz, 
et d'Âmors qui me tient en luz, 
esmuef mon lay, mon chant enlaz, 
de ma mort déduis et solaz. 

60 Dolente, mon doel recordant, 

vois contre ma mort concordant 
mon chant qui n'est pas discordant; 
lay en faz douz et acordant. 
De ma mort que voi aprouchier 

65 faiz un lay qui sera molt chier: 
bien devra toz amanz touchier, 
qu'Amors me fait a mort coachier. 



Liée, triste, chantant, ploraot 
tob Amor com Diea aorant. 
tnit amant, venez ça corant! 60 

vez Yselt ciui chante en morant. 

Lay comenz de chant et de plor, 
ge chant mon lay et si le plor. 
chant et plor m'ont mis en tel tor 
dont ja mais ne ferai retor. 65 

Tristan, amis, quant vos sai mort, 
premièrement maldi la mort 
qui de vos le monde remort, 
se d'autretel mors ne me mort. 

Pois qu'estes mort, ge ne quier vivre, 70 
se ne vos vëisse revivre, 
por vos, amis, a mort me livre; 
ja iert de moi le mond délivre. 



31. 

FLOIRE ET BLANCHEFLEUK. 

Trvi'g inaHtmci'itii : r\iri«, Bibi. Xat. /r<inç, 375 ''-l; "'ir. G9m7; .M. iî^JO. 1447 fB; nmr. 
7534 ./o/. Hrj; 1-256-2 (C; nue. stippl. ffinç. 540; fol. S3n. — PuMir: 1. fd'n/»!-^* Aj par /mm. 
Bekkcr dan» Ir» 'Ahhnndlungt'tt <lrr philo». hUtor. Ktatsr fier Brrliner Atnd^mi*-', 1844 (Be.; r. 
2287—2524;; 2. (d'nprh les troh manutcriU) par E. Du Mfril, PtirU 1856 (M: r. 2020— 2288j — 

Xou» avon* collationnf de nouveau le« manuscn'tx. Graphir dr A. I\tr B<i. ii'x».» drrîijnnn* 
la leçon ndoptve par Bartmch. — 

Floirr, jih d'un roi, cherche «on amie Blanehejirur, qui ■lue connu- 

froure enjîn, chrz l'amiral de Babylone, dan» une tour dnnt ««<■ r»/^' lui procurr r,iri-tii, — «'j. 
ZeiUchrijt Jiir deuluchr» Alfrrlum 21.324 ff/q. et le po^me allemand dr A*. Fleck (S<anmrr 5551 — 5848^ 
dans Warkrrnayel, Altd. Le«ebuch (A* édit.) 583.24—594.3. 



A tant s'en est Floires tomes, 
li portiers a anciens trovés, 
k'as dauioiseles de la tor 
Vftura présent faire au tien; jor. 
de flors assés a fait cuellir 



et corbeilles grainies cuiplir. 
a tant est Floires repairié:*: 
au terme vient joian» et lié^: 
un blïaut ot vestu vermeil, 
car del huissier en ot conseil, 



10 



39 jadis eu tant B. — comence .1 ; pi. moult tendrement //. 40 Ane en tel manier* an atcmpraat 
8. h. elle comenca tout en plorant s. 1. B. 41 com v. o.] mampie B. 46 ce d. ebaat. d. ce •. B. 
47 en] as .1. IS esm. m. chant m. lay en fax B. 49 ma m. en dedait B. 50 d. et B. 57 font 
-4. 59 a. et diex B. OG Am. T. B. 

81. 1 FI,] dilec B. 2 engien (engins B) trove ABt',.V. :\ ka (': tour A; B a ÏMlerrtrti rt 
changé le» rrr» 3 >< 6: corbeilles fet de âors {»ir) présent veult fere por plesir , ans dadMisdw d* 
la tour a tant sont venu au tien jor. 5 a f ass. C 7 Icnfes d. •. B,Ji. 8 poar «ont U j. B. 
9 vermel (:consel) .1. 10 car du vestir B. 



107 



Pièce 31. 



XIP SIECLE. 



por çoii c'avoit une couJor 

et li vestimens et la flor. 

l'nissiers envoie ses presens; 

de l'envoier ne fu pas lens: 
15 une corbeille a a chascune, 

si a fait Floire entrer en une. 

Floires clôt les iex, pas nés oevre, 

et li portiers des flors le coevre. 

dont a deus serjans apelés: 
20 'ceste corbeille me portés 

la sus amont en celé tor 

a damoisele Blanceflor, 

a la chambre les le degré 

qui va au lit a l'amiré, 
25 se li dites que li envoi: 

gre m'en sara, si con jou croi, 

et si cuit que l'avra moult ciere; 

puis vous en venés tost arrière!' 

cil prenent les flors, ses em portent, 
30 si sont cargié que tôt détordent: 

'des flors', dïent, 'moult en i a', 

si maudïent kis i foula. 

par les degrés montent amont, 

mais a la cambre fali ont. 
35 le Blanceflor laissent a destre: 

en l'autre entrent ki'st a senestre. 

quant il sont eus, lor flors descendent, 

celi qu'il truevent les présentent. 

cil lor message en haste font, 
40 lor flors laissent, si s'en revont. 

celé les prent, si les mercie; 

a la corbeille est tost salie, 

des flors se jiie et esbanie. 

Floires cuide, çou soit s' amie: 
45 por la joie qu'ot sus sailli. 



la pucele s'en esbahi, 

de la paor c'ot si s'escrie: 

'merveille voi, aie, aie!' 

Floires resaut en la corbeille: 

s'il ot paor, n'est pas merveille; 50 

quant il a s'amie a failli, 

dont cuide bien c'on l'ait trahi. 

des flors errant s'a recovert, 

si que de lui noient ne pert. 

a tant ses compaignes akeurent: 55 

quant el l'oent, pas ne demeurent, 

si li demandent que ele ot(?), 

por quel paor ensi criot(?). 

celé se fn rassëuree 

et de Blanceflor porpensee: qq 

ce fu ses amis, bien le sot, 

que ele tant regreter sot. 

quant ele se fu porpensee, 

si a parlé comme senee: 

'des flors sali un paveillon, 

des eles feri mon menton. 

del paveillon tel paor oi 

que m'escrïai plus tost que poi.' 

arrière s'en revont gabant; 

ele remest seule l'enfant. 

ele ert a Blanceflor compaigne, 

fille estoit au roi d'Alemaigne. 

entr'eles deus moult s'entramoient, 

ensanle a l'amirail aloient. 

la plus bêle estoit de la tor' 75 

de toutes après Blanceflor. 

illueques pas grant plait ne tint: 

en la cambre Blanceflor vint. 

Blanceflor est de l'autre part: 

s'ele parole, c'est a tart. 80 



65 



70 



< 



11. 12 dans B; li portiers prist roses vermeilles | si en empli plusors corbeilles. 18 aus puceles en 
fet présent (.-lent) B. 15 plaine c. B; en a B,M. 16 et fl. f. B,M. 17 p. neles 0. C. 18 de fl. C. 
19 puis a B. 21 et 22 manquent AC. 23 près du d. B. 25 si B; lui C. 27 si c. quele B. 
28 p. si B; tost] manque BC. 29 ses] lez C; si li p. B. 30 detortent B. 31 q m. i a B. 32 et 
m. ques B. 33 p ^; pmi la tour vienent B. 36 e. une a. e. a s. B. 37 cil AC,M,Ba.\ les f. 
jB; descargent AC. 38 a celi (celui C) AC, celés B ; 1. baillent AC. 39 cil] et B,3I. 40 1. f. des- 
cendent s. s. vont B. 41 ses en m. B. 42 et la pucele e. A. 43 de C; geue ses manie B. 
44 çou] que C,M. AC ajoutent ce vers: f. quant la pucele oi. 45 de la grant j. s. s. AC. 46 et 
1. p. sefiFrei AC, qui encore ajoutent un vers: et ml't forment sespeuri (seppoenty C). 48 puis 
apela a. B. 52 estre tr. B. 53 sest r. C; et floires se repost si bien B. 54 que de son cors ne 
put rien B. 55 toutes les puceles a. B. 56 eles BC\ pas] manque B. 57 celés ^1; demande B\ 
oit A. 58 por] manque B; p. et pour quoi criot B; crioit -4. 59 asseuree AC. 62 quele t. sovent 
regretot B. 63 a lui dut estre présente B. 64 dont dist l'engin quele ot trove B. 68 mesueillai B. 
69 les autres s. B. 70 celé B. 71 ère Ba.\ est C. 72 et f. a un duc B. 73 sa compaigne ert m. B. 
74 lamirant B. 75 tour A. 77 une autre a blancheflor en vient B. 78 mes de ioer rien ne li tient B. 



108 



FLOIRE BT BLÂNCHEFLEUB. 



Pièce 81. 



en son ami a min l'entente, 
por loi est nuit et jor dolente. 
les cambres près a preH estoient: 
entr'eles deuH un huis avoient, 

85 par coi l'une a l'autre venoit, 
quant non bon dire li voloit. 
■Claris ot non la damoisele; 
Blanceflor doucement apele: 
'bêle compai^e, Blanceflor, 

90 volés Tos veoir bêle flor 
et tele que mult amerés, 
mon ^sïent, quant le verres? 
tel flor n'a nule eu cest p&is: 
ele n'i crut pas, ce m'est vis. 

95 venés i, si le connistrés! 

donrai le vous, se vous volés.' 
'avoi', fait Blanceflors, 'Claris, 
por coi ai gn'i^°)6°t m'escarnis? 
pecié faites, eu moie foi, 

100 qnant ensi rons gabés de moi. 
damoisele qui a ainor 
et joie en soi, doit avoir flor. 
bêle suer, Claris, douce amie, 
près est li ternies de ma vie. 

105 li arairails dist qu'il m'ara: 

mais se Diu plaist, il i faural 
l'amirails faurn à m'amor 
com fait Floires a Blanceflor. 
por soie amor engieu querrai 

110 et priveement ra'ocirrai. 
ami ne vaurai ne mari 
quant jou au bel Floire ai faii.' 

louant eele l'ot, pitié» l'en prent: 
puis ce li a dit doucement: 

lir» 'damoisele, por soie amor 



Tou requier qoe veéa U flor.' 

qnant de s'amor conjurer s'ot, 

li s'en V* con pins toct pot. 

Floires a la parole Oie: 

quant sot de voir qoe c'e«t s'amie. IM 

de la corbeille sali hors. 

visage ot eler et gent le cors: 

onques nus pins biaos hom ne fa. 

Blanceflor l'a tost conën, 

et il ra bien li conëue; 1S( 

el vit son dm et il sa drue. 

sus s'entrekeurent sans parler, 

grant joie font a l'assambler. 

de grant pitié, de grant amor 

pleure Floires et Blanceflor. 130 

de ses bras li nns l'autre lie, 

et en baiaier cascuns s'oublie. 

el baisier a une lOee 

qu'il font a une reposée. 

lor baisiers est de grant douçor. 135 

forment les asaveure amor. 

quant le laisent, nul mot ne dïeat. 

ains s'entresgardent, si sosrïent. 

Claris voit le contenement. 

lor joie et lor acointement; 140 

en rïant dist a Blanceflor: 

'compaigne, connissiés la flor? 

orains estiés vos deshaitïe, 

mais or vos voi joiant et lie. 

grant vertu a icele flors 145 

qui si tost taut si grans dolors. 

orains ne le voliés veoir, 

or n'avés nul si cier avoir. 

monlt esteroit vostre anémie 

qui vous en feroit départie.' 150 



8H leur c. H; lui C. 85 p -1. 87 Gloria AC. }>arl»iit <»»»•*/. 89 c b. .ff. 90 ToaJ mamqme B; 
ml't gente /i. 01 c«l« B. 94 ne ni croiat p. le Toua plevia B. 95 vmx mon a« U e. it. 98 eaa* 
patgne p. quoi ineac. B. 100 enai voua] Toblrr, vous eoal AC, v. Mcharniain B. 101 amoora 
(: âours) B. lOH chiere a. //; bêle a. B. 104 ne durra mes gairea B. 105 amirala .4»V, amirans R: 
me (lof nuoir //, '/"i <tj»iitr : si con len dit et le eapoir. 10« ia remaora B, qui mctirr njnntr : n* 
reprouchie ne me aéra. 107 Umirala B,.U: que p deatroit daatrui a. B. 108 ieat le biaa 11. bl. B. 
110 que apniain ie B. 111 bêle suer nai mea point d'à. B. IIJ q. aa b f. enai t. B. 11.3 ïoy 
C; celé lot grant pitié B,.V. 114 pour <': se -1; dont reparole B,M. 117 conjure l'ot .1. 118 a 
lui eu vint plus tost ql p. B. 120 q. de ti aot B,^f. 121 fora B. 122 el. v. ot et Un hl c. B. 
123 aint pi. b. h. de 11 li. 124 bien c. B. 125 lai c. <'. 126 et li B. 127 •'/ 128 «laiifMiM B. 
129 lie] p B. IHO por bl. //. 132 au b. B. 133 W 134 manifHrHl B. XAb iert d. d«MW mmm B. 
136 aascure AC; ml't lasaueurent p duucour B. 137 U] ae AC; baisent AC; mot tf — d. B. 
138 et si rient B, i/ui njinitr ; claris les coile en droite fol I anaai conme ele ferait toi. 1.S9 •!• v. 
lor B. 140 aioustement B. 14H eatieea d. C; ore e. v. ml't iriee B. 144 «t ore eatea B\ joiana 
A. M, joicuse B. 145 >*' 14*> iniimfiienl B. 147 ne la voulies or v. B. 148 tant c. nul a. B. 
149 m. seroit ce cuit v. amie H. 150 a cul e. feriez partie B. 



109 



Pièce 31. 



XIP SIECLE. 



'kieles', fait Blanceflor, 'Claris, 
ja est çou Floires, mes amis!' 
puis se tome vers son ami: 
'par li vos ai, soie merci.' 

155 Claris andui forment mercient 
et en plorant merci li crient, 
que par li descovert ne soient, 
car mort u deffait en seroient. 
Claris fu moult de franche part, 

160 dist lor: 'n'en aies ja resgart, 
bien en poés estre assëur. 
la rien que plus aim vos en jur: 
garderai vos en boine foi 
si comme jou feroie a moi, 

165- se ensement m'iert avenu.' 

quant Floires l'ot, joians en fu. 
et Blanceflor adont l'en maine 
en la soie cambre demaine. 
en un arvol d'une cortine 

170 de soie, u gisoit la mescine, 
se sont assis priveement. 
après dist cascuns son talent: 
Floires a premiers commencié. 
'amie', fait il, 'moult sui lié. 

175 moult ai bien ma paine akievee, 
quant jou ensi vos ai trovee. 
por vos ai esté de mort près 
et de travail soffert grant fes. 
onques puis que perdu vos oi, 

180 joie ne repos aine puis n'oi. 
quant je vos ai a mon talent, 
il m'est avis, nul mal ne sent.' 
ele respont: 'estes vos Floire, 
qui fu envoies a Montoire, 

185 a cui me toli par envie 

li rois, ses père, o trecerie? 



biaus dous amis, je vos faç sage 

que je vos aim de boin corage. 

aine puis n'oi joie ne déduit, 

saciés, ne par jor ne par nuit. 190 

comment venistes vos çaiens? 

çou cuit que soit encantemens. 

biaus amis, Floires, je vos voi, 

et neporquant si vos mescroi. 

mais, amis, qui que vos soies, 195 

forment vos aim: ça vos traies!' 

et il si fist con plus tost pot. 

la damoisele bien le got. 

après a l'un l'autre conté 

confetement il ont erré 200 

des ice jor qu'il départirent 

dusqu'a celui qu'il s'entrevirent. 

Adont a joie ensanle furent: 
ensanle mangierent et burent 
et orent joie a lor talent, 205 

si se déduisent lieement. 
Claris les garde en boine foi 
et si les sert moult bien a moi: 
et de lor mangier et del sien 
les sert Claris: moult lor est bien. 210 

se celé vie lor durast, 
ja mais cangier ne le rovast 
Floires li biaus et Blanceflor, 
ensi menaissent lor amor: 
mais ne porent, car lor amors 215 

torna Fortune par ses mors, 
de lor amor et de lor vie 
demoustra bien qu'ele ot envie, 
por çou que d'aus voloit jiier, 
sor aus fait sa roe torner. 220 

or les avoit assis desus 
jiier sans mal : ses abat jus. 



151 respont bl. a B. 153 p. si a dit a B. 154 et 157 lui B. 155 and.] de diu AG; and. 'cl. B. 
159 et 160 manquent AC. 160 regart B. 161 en] manque A. 164 aussi 9 j. f. m. B. 165 ère 
Ba.; seurement i. consentu A. 166 joiant B. 167 dauec le m. B. 169 e. u. lit envols de c. B. 
170 u] manque B. 171 sus s. B. 172 et puis d. B. 173 primes B. 174 blan. sachiez m. B. 
175 ma p. est a bien a. B. 176 q. j. v. ai vive tr. B. 178 tr. porte B. 179 des lors q. perdue 
B. 180 ne repose ne joie n. B. 181 q. or B. 182 bêle amie B,3I. 183 blanc, dist es tu donc f. 
B,M. 184 q. ala aprendre B. 185 p. boidie B. 186 tes pères et p tricherie B. 187 saches am. 
nu tieg a b. B. 188 qui croit queusse en mô c. B. 189 puis nule j. B. 190 ne hors ne enz ne ior 
ne n. B. 192 jou BC\ croi B; ce B. 195 m. quiex am. q. v. aiez B. 19G assez B. 197 s. trest 
se pi. i ot B. 198 sot B. 199 « 202 manquent AC et M. 203 quinze iours entiers ilec f. B. 
206 et déduisirent ml't B. 207 sert de B. 208 garde corne soi B. 210 et bel et b. B. 212 nus 
deuls c. B. 214 ensemble mainnent 1. B. 215 mes en pou de tens changera B. 216 car fortune 
la tournera B. 218 quavoit e. B. 219 deuls .II. reuelt ore B. 220 por B. 221 ass. 1. a. au d. B. 
222 juant? Ba.; les Ô; et abatre les reuelt j. B. 



110 



CHRÉTIEN DE TROYES, CHANSON. 



Pièce 82. 



çoa est >efl jns, c'est sa nature; 
en çou met «'entente et sa cure. 
22S bien le connoii4*«ent cil del mont, 
car tout le sentent qui i sont, 
por çou que ne puct e«tre estable, 
et Fortune tome sunn fuble. 
■as ans taut et as antres done: 
• sept fois mue entre prime et none. 

el ne Ktirde pus n pr<(ece 
ne a biauté ne ti rikece. 
ce set on bien: au fol prové 



done roiame a gT%nt conté, 

et les Tesldés dooe as tmans, 386 

et les boins elers fait pain qneraïu. 

qui en lai coide estableté, 

je le tienfi^ bien por fol proTé. 

qui en *(>n doner point se fie, 

ne connoist pas sa drfierie. 340 

or fait plorer et or fait rire. 

or done joie et or done ire. 

cens fist primes joieus et liés, 

puis .angoisseuo ♦•t crirf'-i<'-«. 



32. 

CHRÉTIEN DE TROYES. 
CHANSON. 

Iiai/)uii<(l^ A'>. 1664- — Ltt pircr r«t donnéf p»r douze uututurrit* : TnRHCVVLNKPX. Le 
m». P contient deux rrr»ion* diffrrenteii, dé»i(jnéeê fHir P' et P*. — Imprimer: Krllrr, Romrart 
(1844) 308 (= '«); Wiirkermtt/èl, AltfmmtU.' Lieder u. Leiche (1846), 17 (= V) ; M'Uxner, AU- 
frunzii». Lieder (1853), 63 (=» V el a); Holland, Crettien ron Troie» (1854) 231; Brittrlmomit, 
I^K plu» ancienii chansonnier» françiii» (1870 — 1891) 46 (/^'"•)- — *''"" l'nttribution à Chrétien de 
Troye», rot/. W. Foer»ter, Christian von Troye» Silmtliche Wrrke, t. IV (Roman de la Charrette) 
1899, p. CLXXXIII el G. l'uri», Journal de» Sarantu, février 1902, p. 57*- — /*'""• /<» forme, 
noun aron» »uii'i le système d'uniformisation établi par M. Ffter»ter. 

D'Amors qui m'a tolu a moi 
n'a soi ne me viaut retenir, 
me plalng einsi qu'adés otroi '- ,,^>a^ 
que de moi face .son pleisir; 
et si ne me repuis tenir 
que ne m'au plaingne, et di por quoi: 
car ciaas qni la tr&issent voi 
sovaut a lor joie venir, 
et j'i fail jmr ma bone foi. 



S'Amors por^sbanmer sa loi lo 

viaot ses anemis convertir, 
de sans H vient, si con je croi, 
qu'as snens ne puet ele faillir; 
et je, qui ne me puis partir 
de celi vers cni me soploi. 15 

mon caer, qui snens est, H nnvoi; 
mes de néant la cuit servir 
se ce H rant que je H doi. 



-J25 tout li mont AC. 226 et en sa ponte toit s. li. 



Mar e« qai B. 



J_»,s cest f. (lesinesurable //. Apre» 230, B ajoute deur rer* : U du! enfant fonnent ploroient | et de 
pitié seiitreagArdoient. -J31 ele .!(', manque B; regarde B. 233 qnaus fox prorex B. 234 reanmea 
et contez B. 235 e. eveschiez B. 236 aus b. c. B. -237 met establetes B. 228 quant il ni sent 
est fox prouez B. 230 et cil q. e. s. don s. f. B. 241 plor.] Juer .1. 243 liez e. joios B. 244 apr«s 
(lolen/. e. angoissoux B. 



2 na li CVIIBr. ; reoat X. 3 Issi 




bele a eut ie s. C,Br.; daineir celle qui ie s 
IS quant TaR,Burl»ch. 



111 



Pièce 32. 



XIP SIECLE. 



Dame, de ce que vostre hon sui, 

20 dites moi, se gre m'an savez? 
aenil, se j'onques vos conui, 
ainz vos poise quant vos m'avez, 
et puis que vos ne me volez, 
donc sui je vostre par enui; 

25 mes se ja devez de nului 
merci avoir, si me sofrez, 
car je ne puis servir autrui. 
Onques del bevraje ne bui 
don Tristans fu anpoisonez, 

30 mes plus me fet amer que lui 
fins cuers et bone volantez. 
bien an doit estre miens li grez, 
qu'ains de rien esforciez n'an fui 
fors de tant, que mes iauz an crui 

35 par cui sui au la voie antrez, 
don ja n'istrai n'ains n'i recrui. 



Cuers, se ma dame ne t'a chier, 
ja mar por ce t'an partiras; 
toz jorz soies an son dangier, 
puis qu'anpris et comancié l'as. 40 

ja, mon los, planté n'ameras, -<vj4^z-^ 
■^ ne por chier tans ne t'esmaiier. -^ 
biens adoucist par delaiier, 
et quant plus desirré l'avras, 
tant iert plus douz a l'essaiier. 45 

Merci trovasse au mien cuidier, 
s'ele fust an tôt le coupas 
del monde, la ou je la quier. 
mes je croi qu'ele n'i est pas. 
onques ne fin, onques ne las 50 

de ma douce dame proiier. 
pri et repri sanz esploitier,^J|,^,L,;J^^,(/^ 
corne cil qui ne set a gas 
Amors servir ne losangier. 



33. 

CHRÉTIEN DE TROYES, GUILLAUME D'ANGLETERRE. 

Chroniques Anglo-Normandes, jnibl, par Francisque Michel, Rouen 1836 — 40, 3" vol. (p. 
67— 80j. Christian von Troyes, Das Wilhehnsleben, éd. W. Foerster, Halle 1899, y. 709 — 1039- 
(2 mss.) (Christian von Troyes Samtl. Werke. IV.) — Comparez le poème moyen-ha ut-allemand 'Die 
gute Frau' (Zeitschrift filr deutsches Alterthum 2. 385 — 481^», v. 1781 — 1864. — Le roi Chiillaume 
d'Angleterre, sur l'ordre de Dieu, abandonne son palais. Sa femme met au monde, dans la forêt, 
des jumeaux; elle est ensuite enlevée par des marchands. 

19 à 27 duns U intervertis avec les vers 28 à 36. 17 vostres s. RCVVLNKPX,Br. 21 se onkes 
C; se ie o. R; n. voir sonques TUVLNKPX,Br. 22 quant] que TH. 23 e. desq. CUVLNKPX,Br. 
24 vostres TRCrVNKPX,Br. 25 nuli R. 26 av. merci U; si] dont (-c) CraBr.Bartsch. 27 que 
aRVLNPXC,Bartsch; ne puisse R; ne] manque 7'; n. sai CUVLNKPX,Br.- a.meT Cr,Br. 28 ains 
d. beveraje a,Bartsch; de TL; tristranz VN; enprisones X. 30 car aR,Bartsch- li V. 32 bien] si 
T, tos H; mieus Bartsch; se ne m'en d. savoir mal greit C,Br.; si m. deuroit s. bon (bons T^) grez 
<gre UL) ULVNKPX. 33 que ainz R, quant CUH.Br.- riens TaCLVKP^X; ne R. 34 de] que 
UVLNKPX; tant mes L; f. t. q. les miens TaR,Bartsch. 36 naine TVNKPH; nen aRLK,Bartsch, 
manque T\ recr.] issi a; d. ains nissi ne ne recr. C. Les vers 37 à 45 manquent NKPX; dans TVL, 
ils sont intervertis avec les vers 46 « 54. 37 m'a ch. a,Bartsch. 38 j. por ce ne HRCU,Br.Bartsch; 
ne t'en p. a; la guerpiras CU,Br. 39 ades C,Br.\ seras L. 40 des q. CHVL. 41 j. mien (mon C,Br.) 
uoil UC,Br.', j. par moi VL; plainte n'en feras VL, ne t'en partiras C,Br. 42 n. du (de L) lonc t. 
VL, n. p. délai C,Br. ; tanoier R. 43 b. amenuist (amerist R) TuR,Barfsch ire à 7« éd., n'amendrist 
8« éd. (Tobler); endoucist C, radoucist l',Br. 44 car aR,Bartsch, ke f"; tu pi. d. l'as L. 45 pi. 
t'en iert d. TaR,Bartsch, pï. sera d. CU,Br.; V] manque T- lacointier H. 46 '' 54 manquent H. 
46 m. cuidasse a,Bartsch l»"* à 7« éd., trovasse 8" éd. (Tabler). 48 mont . . . chier R. 49 je] bien 
VLNKPX; cuit uRU,Bartsch, sai VLPX. 50 nonques n. f. P'^; nonques n. 1. P^P^; o. n. fui dolenz 
(ne lanz L) n. (e V) 1. VL, o. n. fine ne ne ces C, car ains n. fui faintis ne 1. TaR,Bartsch. 52 s. 
recovrier TaR,Bartsch, s. delaier C,Br. 53 si con c. TaR,Bartsrh; ne uet R, 54 eslongier L. 



112 



CHRÉTIEN. OUILLAUME D'ANOLETERRB. 



Pièce 88. 



(juant il orent tôt atome, 
a la ruche sont retorné, 
si unt la litière aportee 
sor quoi la daiue au ont portée, 
5 si con lor plot et abeli, 

malgré le roi et malgré li. 
moût an fa U rois angoisseu.s, 
mai» antr'aus toz estuit Hi Meus 
qu'il ne pouit u aus cunbatre. 

10 et neporquant ferir et batre, 
deboter et eatoutoiier 
se tist assez au oonvoiier, 
tant qu'il un d'aus pitiez an pri^t, 
qui prodou iert et si li dist: 

15 'biauB amis chiers, créez cunsoil: 
cinc besanz de fin or vermeil 
vos donrai, se vos remeuez; 
qu'après nos por néant venez, 
prenez, amis, par ma proiiere 

20 et les besanz et rauuiosniere, 
que mestier vos porront avoir.' 
'sire, n'ai soing de vostre avoir, 
n'ai mestier de vostre presant: 
vostre soient vostre besant, 

25 que je nés prandroie a nul fuer.' 
'vasaus, trop estes de gt&nt cuer 
on trop soz ou' trop desdeigneus, 
qui d'avoir estes besoigneus 
ne ne deigniez cinc besanz prandre. 

30 ancui sera vostre ire maudre, 
et jes leirai ci, si vandroiz, 
quant vos pleira, si les prandroiz.' 
l'aumosniere a toz les besanz 
a gitée li marcheanz 

35 au plus droit qu'il pot vers la roche 
si qu'a un rain del bois acroche; 
l'aumosniere remest pandant. 
et cil ne vont plus atandant, 
ainz ont lu dame an lor nef mise. 



li roia coi diaaa «t ire «tfae 40 

KiDMt dêfon nost coradn. 
an U nef Mt li mu dredoi, 
et li maronier amont tmitat 
la voile, qoe plus n'i délaient. 

Cil s' an vont; et li rois renalnt 46 

qni moût se demante et ronplaint. 
mont se conplaint, moût se demante, 
riens nule ne li atalante: 
mes a la roche s'an repeire 
et panse que il porra feire; 50 

que s'il remaint an Angleterre, 
tuit li baron le feront querre: 
tant iert quis qu'il sera trovez. 
lors s'est des batians apanaez 
que il ot an la mer vëoz 55 

lores quant il i fa venez. 
lors pansa qu'an l'un des batiaus 
metra lui e ses deus jumians. 
s'iront flotant par haute mer 
la ou Deus les voldra mener. 60 

a tôt l'un des anfanz s'an va, 
l'autre lez la roche leissa. 
a la mer vint, si a trové 
un des batiaus tôt apresté. 
l'anfant i met et revêt tost 05 

l'autre querre ainz qu'il se repoat. 
jusqu'à la roche ne s'areste; 
mes trové i a une beste 
grant corne lo, et los estoiu 
a celé beste tenir voit 70 

l'anfant an sa gole angolé: 
ez vos le roi mont adolé. 

Quant il li rit l'anfant tenir, 
ne set qu'il puisse devenir; 
si grant duel a, ne set qu'il faoe. 75 

li los s'an fuit : li rois le chace 
au plus isnelemant qu'il pnet; 
mes por néant après s'eamnet. 



:«. 2 an C. 3 aoMDM C. 4 »n i«rt <'. 5 lor] ao C. 6 lui C. ». 13 «us rdit. Q'il m pM T. 
14 pr. estoit se HP. 15 b. dons amis P. 17 si nous C. 18 Qm après C, Car P. 21 ear . . porra P. 
23 je nai cure de uo pesant /*. -.'5 Car P, ne C. 26 vassal P, lier ceur C 27 Cal oa troap 
orgueillieus r, 28 quant /'. 29 uolei ''. 30 sanpree C. 31 ioà . . . u^u— P. 32 preadee P. 
34 a iete ius /'. H5 pi. tost /'. 38 et il C. 39 ea lor nés ont la d. m. P. 41 toa ear. P. 
42 eu lame fa /'. 4:i a mont rdit. 44 leur C. 46 goermante C. 51 q. si reoMC C 54 saK da 
.ij. bat. penses P. 55. 56 manijiirHt P. 56 leares q. il U (^. 57 et dist qne en laa P. 62 eor la P. 
63 uient P. 64 un batel P; (oust T, trestout P. 65 et pois oa P. 66 laatre frère P. 60 loa 
sambloit C. 7:5 q. au Un P. 74 q. il pui.«t P. 76 et il l« cace P. 78 se omet P. 

B.\KT$CH-WIESK, Chrestomathie. X* Cd. g 



113 



Pièce 33. 



XIP SIECLE. 



que il ne le porra ataindre; 
80 ne por ce ne se viaut refraindre, , 
ainz s'esforce tant qu'il recroit 
et de son lo mie ne voit; 
et si recrut an tel meniere 
qu'aler ne puet n'avant n'arriére, 
85 ainz l'estut delez un rochier 
par force asseoir et couchier, 
la s'andormi, la se coucha, 
et li los qui an sa boche a 
l'anfant, nel quasse ne ne blesce; 
90 fuiant par un chemin s'adresce 
par ou marcheant cheminoient, 
tant que li marcheant le voient, 
si l'escrïent et si le huient 
et pierres et bastons li ruient, 
95 tant que li los anmi la voie 
lor a deguerpie sa proie. 
la proie leisse, si s' an fuit, 
li marcheant s'esleissent tuit, 
car moût desirrent a veoir 

100 que li los ot leissié cheoir. 

tant corent que a l'anfant vindrent: 
tôt maintenant que il le tindrent, 
le desvelopent et deslïent; 
de ce font il grant joie et rient 

105 que tôt sain et tôt bel le voient, 
miracle i antandent et croient: 
et li uns d'ans dit que suens iert: 
a toz les autres prie et quiert, 
que chascuns sa part l'an otroit 

110 si que li anfes toz suens soit, 
'nos le vos otroions', font il. 
'seignor, et j'an ferai mon fil.' 
a tant li marcheanz l'a pris, 
au batel, ou li rois ot mis 

115 l'autre anfant, sont venu tôt droit, 
li premiers qui le trueve et voit 



a toz les autres quiert et prie 

que nus n'i demant ja partie; 

que moût buen gre lor an savra. 

et dit qu'autressi chier l'avra, 120 

s'il vit et il viaut estre preuz, 

con ses cosins ou ses neveuz. 

tuit li dïent: 'vostre soit dons! 

bien i est anploiiez li dons. 

trestoz quites vostre sera: 125 

ja nus tort ne vos an fera.' 

or ont li dui anfant buens pères; 

mes il nés tienent mie a frères, 

et si dïent que il ressanble 

qu'il fussent né andui ansanble. 130 

Li marcheant moût tost s'an tornent, 
au mains qu'il pueent i sejornent: 
assez tost furent atome: 
n'ont gaeires iluec sejorné. 
mes d'aus vos leirai la parole: 135 

del roi, cui diaus et ire afole 
si qu'il ne se set conseillier, 
orroiz qu'il fist au resveillier, 
au resveillier moût s'esbài : 
'ha! Deus', dist il, 'con m'ont trâi 140 

li marcheant de pute orine 
qui m'ont tolue la reine! 
los, moût me ras desconforté, . 
qui mon anfant an as porté, 
[ha! los, que mar fusses tu nez! 145 

moût ies or bien desjëunez 
de mon anfant que mangié as! 
moût an ies or plus forz et gras.] 
ha! los, pute beste haie, 
come as or feit riche anvâie 150 

d'un ihoçant que tu as mort! 
a l'autre m'an rirai au port; 
car quel enui que j'aie eu, 
vis m'est, ancor m'est bien chëu, 



79 car C. 80 mais P, uaut P. 82 Ne C. 83 aine se recroit P. 84 que il ne puet auant P. 
85 si lestuet P. 88 la b. C. 89 ne q. P. 90 uers P. 91 trespassoient P. 92 tout maintenant 
que il P. 94 b. et p. P. 96 la p. P. 97 lanfant leur C. 99. 100 manquent P. 101 corurent qua 
P. 102 le uirent P. 105 et riant P. 107 eus édit.] dist en apert P. 108 que siens ert P. 
109 cascuns sen aiueroit P. 110 et C, se tous li enf. siens estoit P. 112 ie an fere C. 114 el . . . . a 
P. 118 demande p. P. 120 dist que ausi cier P. 122 com siert ses filz C. 124 dont est bien P. 
125 uostres quites P. 129 dient il quil C. 131 tantost P. 132 mains quil p. au port sej. C. 
133 apreste P. 134 au port sej. P. 135 eus edit.; lais ci P. 137 tant P. 138 oies P. 140 fait 
il que P. 145 — 148 manquent C. 146 ore b. desiunes P. 150 molt P, or faite C. 153 car quel 
quesnui que ie haie heu C. 154 mert que donc mert P. 



114 



CHBÉTIEN, OUILLAUMB D'ANGLETERRE. 



Pièce 33. 



166 Wî Deu» retrover le me leisse.' 

quanqa'il paet vers la mer s'esleiitse, 
ou trover coide son anfant. 
par po que H coers ne li fant 
quant il l'anfant mie ne trueve: 

leo lors est Ha dolon» tote nneve, 

lofH li anforce et croi»t et doble, 
li cuerH li fant, li sans li troble; 
mes unques por sa niesestance 
ne cht'i an désespérance, 

166 ainz aore Deu et (jnracie 
et totes ores le mercie 
de quanques il li mesavient, 
tant qu'a la fin li ressovient 
de Taumosniere au marcheant, 

170 et dit qu'or li vient a talant 

qu'il l'aille querre et qu'il la gart. 
maintenant s'an vet celé part: 
et quant il au prandre antandoit, 
et qu'il ja la main i tandoit, 

176 nne eigle vint par gprant merveille 
qui l'aumosniere vit vermeille; 
si l'a au rui des mains ostee, 
et si li dona tel eolee 
des deus eles parmi la face 

180 qu'il chëi a danz an la place; 
et quant il se fu redreciez, 
dist: 'a moi s'est Deus coreciez, 
bien l'aparçoi et bien le sai. 
grant lascheté de cuer pansai; 

185 que l'enor et la seignorie 

d'un reaume ai por lui guerpie: 
er m'avoit si péchiez sospris 
qn'avuglé m'ot et antrepris 
coveitise d'un po d'avoir; 

190 mort et trai me dut avoir, 
ha! coveitise desleaus! 
tu ies racine de toz maus, 
ta ies la deiz et la fontaine. 



mont Mt coveitiie rilaine; 106 

car cui ele esprant et MMiit, 

corne il plua a, et plus li faat 

an tel tonnant eut roveiteos 

qu'an abondance ett tofreitMn 

tôt aoMÎ corne Tantales SOO 

qui an anfer snefre mal as: 

mont i use mal et andore; 

car la pome douce et mëore 

li pant si près qu'au nés H toche, 

et s'a l'eve jusqu'à la boche, 905 

s'estaint de soif et de fain mnert. 

ai se débat et se detuert 

et s'estant por la pome prandre, 

n'unques tant ne se set estandre 

que la pome amont ne li fuie, 310 

por ce que de lui se deduie, 

[et si covoite si le fruit 

qu'au nés li pant et si li fuit, 

et por ce plus granz fains 11 toche 

que se Tëust loing de la boche]. SM5 

et l'eve rest vers lui si maie, 

que s'il s'abeisse, ele s'avale; 

et la pome après le rechace 

por ce que plus d'enni li face. 

an cest tonnant toz dis sera, SSO 

que fain et soif toz tans avra. 

an tel tormant, an tel justise 

sont li plusor par coveitise, 

qui ont a muis et a sestiers 

plus «(u'il ne 1er seroit mestiers. 886 

n'a pas l'avoir qui l'anprisone, 

mes cil qui le despant et done; 

cil l'a et cil an doit avoir 

amis et enor et avoir.' 

Einsi reprant li rois et blasme 880 

coveitise, et sovant se paame 
por sa famé et por ses anhuu. 
tant est irez, tant est dolanz 



165 recourer P. 157 eur cuide trouuer ('. 158 a p. /'. 159 d« lenf. /'. 160 «or C, toat* M d. 
P. 103 meskeânce P. 164 kiet en inale desperance P. 165 merci* <'. 166 ira a. P; «t moU 
anntra lui «umelie C 167 munipie ('; il le P. 168 ken la P. 170 diet or P, ■ craaat P. 171 laille 
prendre P. 17J se met /'. 174 ai que U m. ia i t. P. 175 aient C. 176 man^Hf C. 177 la a li 
P. 178 hurtee P. 180 «s d. P. 182 die.x ett dut il a moi courue* P. 186 di*a laiMï* P. 188 ti 
•vougle C, que aunle manoit et pris P. 191 haa C. 195 ele prent P. 196 eom rdit. ; et il /*. 
197 couoiteustf ('. 198 quant C, souffroiteuse C. 199 tout fdit.; tamalus P. 301 mont il scoft* m. 
et ardure C. 203 1. p. au nés si près li toiche C. 204 sa leure P, sent leiam C. 208 Mt] MM C. 
pot P, detfendre P. 209 pume autant /'; a mont ^dit. 210 qae plus li face anoie P. 211 — 330 
i/Mfnt I'. ■2-2\ P «jouir i vtr*. 227 et ai 1* doit P. 229 et M li roi* reprrat P. 



8* 



116 



Pièce 33. 



XIP SIECLE. 



qu'il ne puet an nul leu ester, 
ne set ou se puisse arester; 

235 car ses diaus le vet démenant 
une ore arrière, l'autre avant, 
et quanqu'il fet, trestot li grieve: 
or est assis, or se relieve, 
or vet au bois, or s'an revient. 

240 einsi tote jor se contient, 

ne la nuit pas ne se rapeise; 
n'est place ou reposer li pleise. 
de nuls part ne puet veoir: 
or viaut ester, or viaut seoir, 

245 or viaut aler, or viaut venir, 
ne se set an quel contenir; 
mes tant par avanture ala, 
et sus et jus, et ça et la, 
que il trova an un prael 

250 de marcheanz un grant tropel, 
qui sopoient sor blanches napes; 
table orent feite de lor chapes 
et de lor sas et de lor maies, 
li rois qui fu de dolor pales 

255 vint la ou les vit amassez : 

mes il li venist miauz assez; • 
que sor chiens se fust anbatuz, 
que bien i dut estre batuz. 
neporquaut ses a saluez : 

260 cil escrïent: 'tiiez, tiiez 

cest vif deable, cest larron! 
ja n'i et espargnié jarron, 
qu'il n'an soit batuz et roissiez, 
et braz et janbes li froissiez, 

265 que de nos ne se puisse estordre! 
cist est, ce cuit, mestre de l'ordre 
des omecides, des murtriers, 
abes an est ou celeriers. 
c'est cil qui toz les autres guie, 

270 nostre or et nostre arjant espie: 



s'a nos se pooit assanbler, 
tôt le nos cuideroit anbler. 
or tost a lui!' et garçon saiUent: 
li rois n'a talant qu'il le baillent; 
ainz s'an part sanz plus arester, 275 

quanque pié le pueent porter; 
ne puis vers aus ne retorna 
jusqu'au matin qu'il ajorna. 
Au matin quant fu ajorné 
et il furent tôt atome, 280 

qu'il n'i ot mes que del movoir, 
li rois por amor Deu le voir 
lor chiet as piez et si lor prie 
qu'il le metent an lor galie. 
tant lor prie qu'il li otroient: 285 

por amor Deu an cui il croient, 
l'ont dedanz lor nef recëu. 
maintenant sont del port mëu, 
s'ont tant par haute mer aie 
que port ont pris a sauveté, 290 

si sont an Galveide venu, 
la a por serjant retenu 
le roi uns borjois assasez 
qui n'iert pas jiiere de dez. 
li borjois vost son non savoir: 295 

cil dit qu'il l'an dira le voir; 
mes il li dist covertemant: 
de son non le comancemant 
li dist et la fin l'an reoingne: 
'sire', fet il, 'il me besoingne 300 

que voir vos die, et je vos di: 
an m'apele an ma terre Gui.' 
'or me di, Gui, que sez tu feire? 
savras tu l'eve del puis treire? 
savras tu mes chevaus torchier 305 

et mes anguilles escorchier? 
savras tu mes oisiaus larder? 
se tu sez ma meison garder 



236 lune P. 239 o. entre el b. P. 241 repose P. 242 que na place u repos li pose P. 244 aler 
or P. 246 set en coi P. 248 que . que . que . que . P. 249 quil retroua .j. grant raoncel P. 250 de 
m. en .j. prael P. 251 qui mangoient P, sus C. 252 tables orent fait P. 254 li r. de doel et de 
fain p. P. 256 mais molt P. 258 très b. P. 259 les P. 260 il C 261 ce uil d. ce C. 262 
baston P. 263 ne soit P. 264 brisiez C. 265 et de uos ne se puist P. 266 ie c. P. 268 est et 
C. 271 se a n. se peut C. 272 tost P. 273 1. . garçon sailliez G. 274 ne uiaut estre bailliez C. 
275 sen fuit ne uaut P. 276 porent P. 277 eus édit. 280 se f. a. C. 284 nauie P. 285 que il 
lotr. P. 289. 290 rnanquent C. 291 galinde P; si sont an leur pais uenu C. 293 asatez C. 
294 nestoit pas iuere as P. 295 uaut oir son savoir P. 290 il dist quil en P. 297 commencement 
P, de son non lou comancement C. 298 de s. n. mit couertement P, et il li dist couertement 0. 
299 raont bel C; et a le fin li roigne P. 300 mest b. P. 301 die iai non di P. 305. 306 intervertis 
dans P. 308 saras tu me m. P. 



116 



CHRÉTUCN, LE CHEVALUCB AU LION. 



Pièce 84. 



et ta la sez bien feire nete 
310 et tu nez mener ma cbarrete, 
donqnes deMerviras tu bien 
ce que je te donrai del mien.' 
'sire', dist Qniz, 'je ne refna 
tôt ce a feire et ancor pins. 
816 ■ ja de feire vostre servise 

ne truveroiz an moi feintise.' 
an leii de garçon sert li rois 
mont volantiers chiés le borjois, 
ne ja par lui n'iert refusée 
320 chose qui 11 soit comandee. 



tôt fet Moz ire et uns raoctuie: 

ne refuse ehoac net nne, 

ja n'iert tant tils ne tant despite. 

s'aumni le leidan(;e ou afiite, 

ja por afiit ne p<ir Ieidange« 335 

n'iert de lui servir plan entrangeii, 

ainz 11 ancline et sel desebanee. 

qui s'nmelie si s'e^> i 

ce dit an et s'est v- 

moût essance bome bamilitec 330 

et moût l'enore et moût TalieTe. 



34. 

CHRÉTIEN DE TKOYES, LE ROMAN DU CHEVALIER AU LION. 

Der Loirenritter (Ycain) von Chriêtian von Troi/es, fd. n'rndriin Forr*lrr, tlnlte 1887- 
Erittian von Troytê Yvuin, é<l. W. Forrtter, 3. Aiiji., Halh 1906, rr. 1589 — 204» l'Vaprr» 8 manm*- 
crit* rt plusirurB fragmrntt dv wantucritt). Xou* ne donwHt, rn nnir, qne lu rariamiet qui 
noua ont pttni de queltjiie importance. Gr. dftigne les leçrnui de l'édition de 1887 q»i différent 
de etll«\ de 1906. — l'tviiM, chevulier de In cour d'Artu», a tuf l'époux d'une dnme dont il parvient 
enatùte il gagner le cœur et Ui tnain. Cf. Hartmann, Jieein 1788 — 2402. 



10 



La dameisei^e estoit si bien 
de sa dame, que nule rien 
a dire ne 11 redotast, 
a quoi que la cbose montast; 
qu'ele estoit sa mestre et sa garde, 
mes por quoi fost ele coarde 
de sa dame reconforter 
et de s'enor amonester? 
la première foiz a consoil 
li dist: 'dame, moût me mervoil, 
que folemant vos voi ovrer. 
cuidiez vos ore recovrer 



vostre seignor por feire doel?' 
'nenil', fet ele, 'mes mon vuel 
seroie je morte d'enoi.' 
'por quoi?' — 'por aler après luL' 
'après lui ? Deus vos an deffande 
et aussi buen seignor vos rande 
si corne il est poestëis.' 
'ains tel mançonge ne dëis, 
qn'il ne me porroit si baen randre.' 
'meillor, se vos le volez prendre, 
vos randra il, sel provenu.' 
fui ! tes I ja voir nel troverai.' 



15 



SO 



309 >e tu le m» P. 311 dont des. t. molt b. /'. 313 fait g. P. 314 toat a c« f. C. 319 r«ftiM 
C. 3-20 comande C. 323 tant] si /'. 324 te nus le I. iiatite P. 325 loMiog* C 326 Mtrsiaft C. 
327 sencline P. 329 ice est droite v. C. 331 lou lieue <'. 

34. 4 que q. If F; tomast AFSV,i,'r. 5 s. maistrease >S samie V, ta dam* FJf. 6 «t 17, d* 
A, que /■',. ce (iA.V, tu A.V, chele P. 7 la -1, a rec. N. 8 ne .1, satnor FfiS, Migmv Jf, Ma Um 
H, amenestrer .1. 10 si .1; d. ie >'.V; mesmerv*. -k*»'. 12 Darae coid. /'//; ort] omit dams PH; r. 
donques .V, v. noient FS, v. rien (r, y. ensi .1; conquetter FS. 13 mari )| baroo O' p. aostrt J7. 
14 naie .IN; f. e.] certes 1'; m. a. m. 1', m. bien A. 15 je] manque MG: ano«c lai 5, aaaeqaM L, 
GJf, encor hui /'; que ie fuisse m. après lui A. 16 p. q. puiat* a. 1'. 18 et] momque P, Qai ITA. 
19 si] maïK/ut A; il] manque F; an e. (postCis) Or. arrc t<>u« le» mM. «m/ (r.4 ; poMtk S, poottaia 
G, noirs rois postais .1. posteis Gr. 21 p. mellor î'. 22 aussi bon FdA.V: a. bien Sx sal voL 
FG, se le SM,Gr.; uoliier FGSV.Gr. 23 rendroit V. rendrai GA.U; iV, manqHr A.V. til G; ta] si 
le A, uos (', ce S, et le .V. 24 f. tent P, fuite F, f» tov .1/; ia me* 1'. ia tel //, toi aoir G. 



117 



Pièce 34. 



XIP SIECLE. 



25 'si feroiz, dame, s'il vos siet. 
mes or dites, si ne vos griet, 
vostre terre qui deffandra, 
quant li rois Artus i vandra, 
qui doit venir l'autre semainne 

30 au perron et a la fontainne? 
ja an avez eu message 
de la Dameisele Sauvage 
qui letres vos an anvea. 
ahi! con bien les anplea! 

35 vos dëussiez or consoil prandre 
de vostre fontainne deffandre, 
et vos ne finez de plorer! 
n'i eussiez que demorer, 
s'il vos plëust, ma dame chiere; 

40 que certes une chanberiere 

ne valent tuit, bien le savez, 
li chevalier que vos avez, 
ja par celui qui miauz se prise, 
n'an iert escuz ne lance prise, 

45 de jant mauveise avez vos moût, 
mes ja n'i avra si estout 
qui sor cheval monter an ost; 
et li rois vient a si grant ost 
qu'il seisira tôt sanz deffanse.' 

50 la dame set moût bien et panse 
. que celé la conseille an foi; 
mes une folor a an soi 
que les autres famés i ont, 
et a bien près totes le font, 

55 que de lor folie s'ancusent 

et ce qu'eles vuelent refusent. 



'fui', fet ele, 'leisse m'an pes! 

se je t'an oi parler ja mes, 

ja mar feras mes que t'an fuies! 

tant paroles, que trop m'enuies.' 60 

'a buen ëur', fet ele, 'dame! 

bien i pert que vos estes famé, 

qui se corroce, quant ele ot 

nelui qui bien feire li lot.' 

Lors s'an parti, si la leissa; 65 

et la dame se rapansa 
qu'ele avoit mont grant tort eu. 
moût vossist bien avoii* sëu 
comant ele porroit prover 
qu'an porroit chevalier trover 70 

meillor qu'onques ne fu ses sire, 
mont volantiers li orroit dire, 
mes ele li a deffandu. 
an cest voloir a atandu 
jusqu'à tant que ele revint. 75 

mes onques deffanse n'an tint, 
ainz li redit tôt maintenant: 
'ha, dame, est ce ore avenant 
que si de duel vos ocïez? 
por Deu, car vos an chastïez, 80 

sel leissiez seviaus non de honte! 
a si haute dame ne monte 
que duel si longuemant maintaingne. 
de vostre enor vos ressovaingne 
et de vostre grant jantillesce! 85 

Guidiez vos que tote proesce 
soit morte avuec vostre seignor? 
çant ausi buen et çant meillor 



26 or me V, dirai S; et VF. 27 vo AS (defendera). 31 vos en a. PS, si nauez vos F, nen a. v. 
HOAM. 33 les 1. v. anv. F; v. i G. 34 a. et G; cornent P. 35 deuerieez F. 37 ne faites que 
F, meisme do *S'. 38 vos neussiez F. 40 nis une P {-\- 1). 41 ne feroit mains A, feroit autant 3I\ 
t.] pas V. 42 sis ch. P, dun des ch. A, con les ch. 3/; vos] manque A3I. 46 m. il M; qui sont 
couart et molt estout P. 47 Que »S'; en FA, sus M, a VG,Gr. 48 o sa S, a molt G. 49 qui 
PGAM, il S ; prendra trestout M, uos prendra F, trouera tôt S, est trestote F. 50 set très S, si s. 
b. A3I; la damoisele très bien p. F. 51 et quele F. 52 folie PHFGASM. 53 dames FGSV,0): 
54 a] manque <S'; poi V; que t. S', trestotes a b. pr. 1. f. H. 55 qui P, car A, et S\ folies GSV3f, 
Gr.; les enc. F, sescusent PFGAS. 57 f. la dame S; laie m. p. F, ne dire mais PGA3I, nel di m. 
S. 58 te voy M. 59 j. el F; j. ni ara fors P, jo te lo bien F; mes] manqtie VPF; que tu t. VF. 
60 que tes p. P, t. as p. M; tr.] tant P, tu <S', manque M; trop. p. et tr. m. F. 61 et de par diu P. 
62 il p. b. F. 65 a tant s. part A3I; si sen ala P. 66 porpensa AS3L 67 si g. H- 69 quel 
chl'r M; poist HSV,Gr. 70 quel A, qui G, et P; poist F; et coment el porr. tr. 31. 71 que onq. 
fust A. 72 se li orr. vol. H, m. 1. o. v. FGA', oist F. 73 selle li ot S, el li auoit 31. 74 pense 
FGAS, panser H3I; antandu FGSVA,Gr. 75 t.] donc .4; q. celé FP, 76 que F; ni FVA3[,Gr.: 
ne uint G. 11 aincois V, puis (r, quel F; li dit F, ne redie F (tôt manque)-, auenant -1. 78 ha] 
manque FGSVA3f,Gt:- ce est S; ce] manque F- ore bien F. 81 si PG, si le 113f, et si le jS"; 
laies F; se v. n.] uiax H, neis 31- por P3f, por uo *S'; se ce ne fust sans plus de h. A. 82 qa F; 
faite F; femme P-4 ; namonte F. 83 dolor ai longue F; demeigne VFA. 85 grande leesce 3f. 
86 uostre p. -1. 88 que H, et G, manque 31; autresi JI3f, autel .1; ou AF; q.] manque H. 



118 



CHRÉTIEN, LE CHEVALIER AU UON. 



IM.M'o 34. 



an aont remés parmi le monde.' 

00 'se ta D'an manz, DeoH me confonde! 
et neporquant, nn iteul m'an nome, 
qui et tesmoinf; de si prodome 
con mes tire ot tôt Hon aé.' 
'ja m'an savriiez vos mal gré, 

95 si vos an corroceriiez 
et m'an mesae.smeriiez.' 
'non ferai, je t'au assëur.' 
'ce soit a vustre bueu i-ur. 
qui TOM an est a avenir, 

100 se il vos venoit a pleisir, 

et Deus doint ce, que il vos pleise! 
ne voi rien por quoi je me teise, 
que nus ne nos ot ne escoute. 
vos me tandroiz ja por estoute, 

105 mes je «lirai bien, ce me sanble, 
quant dui chevalier aont ansanble 
venu as armes an bataille, 
li queus cuidiez vos, qui miauz vaille, 
quant li uns a l'autre conquis? 

110 androit de moi doing je le pris* 
au Teinqueor. et vos, que feites?' 
'il m'est avis que tu m'agueites, 
si me viaus a parole prandre.' 
'par foi! vos poez bien antandre 

115 que je m'an vDis parmi le voir, 
et si vos pruis par estovoir 
que miauz vaut icil, qui conquist 
vostre seiguor, que il ne Hst: 
il le conquist et sel cbaça 



par bArdemaot an joaqoe ça. 120 

ai qo'il l'ancloat an m mmImb.' 

'or oi', fet ele, 'deardaoa 

la pins grant, qui onqoM fott dit«. 

fui ! plainne de mâle eeperitc. 

fui ! garce fuie et eooienae. 125 

ne dire ja mea tel oiseoie, 

ne ja mes devant moi ne rain^ea, 

por quoi de lui parole taingnea!' 

'certes, dame, bien le savoie, 

qa,e ja de vos gre o'an avroie, 130 

et jel vos dis mont bien avant. 

mes vos m'ënstes covenant 

que mal gre ne m'an savriiez 

ne ja ire n'an avriie/ 

mal m'avez mon covunt tenu. 135 

si m'est or einsi avenu 

que dit m'avez vostre pleisir, 

si ai perdu un buen teisir,' 

A tant vers la cbanbre retome 
la, ou mes sire Yvains sejome. 140 

cai ele garde a mont grant eise; 
mes n'i a chose qui li pleise. 
quant la dame veoir ne puet, 
et del plet, que celé li muet, 
ne se garde ne ne set mot. 145 

mes la dame tote nuit ot 
a li mëisme grant tançou. 
qu'ele estoit au grant cusançon 
de sa foutainne garantir, 
si se comance a repantir 150 



89 vif r. FV,Gr., ce saciefl 5; par tôt .1, p«r 1. m. FSV.dr. 90 ne IIFAM, en fr'.V, b* P; te c 
PFGAS. 91 nonporuec 1'. <»2 dausi FASJf. 93 que M; sire* P (tôt manque). 94 J. n* im PO 
(mal maitijiir), et uos //, dame ia N (vos mx/x/i/r). 95 et si AS; nos recor. //. 96 ne nient mi«s 
ne mon >', et niauues gre men d, et maigre men F', ameries S, uorlez G, raueries F; renenaoeries 
HP. 97 fait ele a b. e. >'; ele respont a b. e. /'. 99 qui nous puist tons iours /*; soit M. 
100 vous d. ce .V, dex ce doint (fA, che d. dix P, diex veille .V. 102 je ne PM; rien) d V, ci 
rien -I, nul .V; je] monrjur AM. 104 car vos S: teries >'; ja] jo quit F; por] tost p. P, a I*; flote 
FS, sote P. 105 b. puis dire //; b.] uoir l'.V. ia A. 107 cors a cor» S, et por fer» b. V. 
108 lequel FA.V, que JAV. 111 celui qui uaint N; et qnen dites .V. 112 maâtea .V. 114 b. 
aprendre /'. 115 j. uoeil aler par 1. (droit G) v. GAJf, q. m. v. oltre par FS. 116 pri Jf. 117 aMM 
V. m. cil .1; ualut cil Jl(', ne v. m. celui J/. IIS que y. sire ne fesiat A, eonqacs r. a. a* Ait Jf. 
119 quil r, vos .1, encha(au]ca VA. 120 desi a ca F, et jusqnee c. A, et troaqna c. N. 121 qiM 
il y, et si //. 122 uoi N (mesproison) ; or ai ge oi d. If. 123 pi. grande que bms A, conqnes osM 
HGM. 125 noisense .V ( — 1). 126 dites «S", di A; si grant ois. A. 127 ja] manque If A (rcraigiMS), 
Ja m. avant ne (hn« P. 129 par foi F. 130 g. naueroie A. 131 Mw j. T. iSS et VS; an eoaaat 
HPA. 133 Q.] ne Pif. 134 ne] que Pff; ja] vers moi »'. 135 m. c] conenant S.V. 136 or $à m. 
P. men est or si J/. 137 tt IfA. 139 bâtant F; an FV.Gi:, quant ot ce dit si sen r. .1. 141 qui 
le /; que ele PA, ou el le M, qu'ele <r'»-.: gardoit FSV.Gr. 142 ni ot G, ne dit FGM, a« di *', 
n. voit VA,Gi: 143 quan . . nel p. /'. 144 mais F, que G, ne A; dont c. A. 145 se mnet .iJf. 
146 et VA. 147 tel t. M. 148 si en est Ai seupecon .1. 149 naintenir A. 150 dont s. F. 



119 



Pièce 34. 



XII« SIECLE. 



de celi qu'ele avoit blasmee 

et leidie et mesaesmee ; 

qu'ele est tote sëure et certe, 

que por loiier ne por desserte 
155 ne por amor, que a lui et, 

ne l'an mist ele onques an plet; 

et plus aimme ele li que lui, 

ne sa honte ne son enui 

ne li loeroit ele mie; 
160 car trop est sa leaus amie. 

ez vos ja la dame changiee 

de celi, qu'ele ot leidangiee: 

que ne cuidoit ja a nul fuer 

qu'amer la dëust de bon cuer. 
165 . et celui, qu'ele ot refusé, 

a moût leaumant escusé 

par reison\t par droit de plet, 

qu'il ne IL avoit rien forfet ; 

si le desresne tôt einsi 
170 con s'il fust venuz devant li. 

lors si comance a pleidoiier: 

'va!' fet ele, 'puez tu noiier 

que par toi ne soit morz mes sire?' 

'ce', fet il, 'ne puis je desdire, 
175 ainz l'otroi bien.' — 'di donc, por quoi? 

fëis le tu por mal de moi, 

por haine ne por despit?' 

'ja n'aie je de mort respit, 

s'onques por mal de vos le fis!' 
180 'donc n'as tu rien vers moi mespris, 

ne vers lui n'eus tu nul tort; 



car, s'il poist, il t'ëust mort. 

por ce, mien escïant, cuit gié 

que j'ai bien et a droit jugié.' 

einsi par li mëisme prueve 185 

que droit, san et reison i trueve, 

qu'an lui hàir n'a ele droit, 

s'an dit ce que ele voldroit, 

et par li mëisme s'alume 

aussi con la busche qui fume 190 

tant que la ilame s'i est mise, 

que nus ne sofle ne atise. 

et s'or venoit la dameisele, 

ja desresneroit la querele 

don ele l'a tant pleidoiiee, 195 

s'an a esté moût leidangiee. 

et ele revint par matin, 

si recomance son latin 

la, ou ele l'avoit leissié 

et celé tint le chief beissié, 200 

qui a mesfeite se sa voit 

de ce que leidie l'avoit; 

mes or li voldra amander 

et del chevalier demander 

le non et l'estre et le linage; 205 

si s'umelie come sage 

et dit: 'merci crïer vos vuel 

del grant outrage et de l'orguel 

que je vos ai dit come foie, 

si remandrai a vostre escole. 210 

mes dites moi, se vos savez, ' 

li chevaliers, don vos m'avez 



152 laidoiee V, lait dit *S', laidite A, ledengiee 31; malmenée V. 153 or ele M. 155 q. en li GS. 157 li] 
lui G, mi /S', moi FV,Gr, ; car ele maime pi. q. 1. A. 158 ma . . mon FVA,Gr. ; biaute P. 159 me FVA,Gr. ; 
cheleroit P. 160 ma FVA,Gr., quer tr. elle bien samie P. 161 estes v. 1. P. 162 ce . . ot s. 1. A. 
163 que] dans V seulement-^ ne cuide PHFGAM,Gr.', ja] que V, les autres mss. et Gr., ja mes; en son 
cuer G. 164 que am. HG,PFM {-\- 1), que] munqtie SVA,Gr.'^ 1. doie PHFGM, 1. cuide A; an son c. 
HS, a nul fuer G. 165 acuse A. 166 durement J/; resc. G, enc. VA, refuse F. 167 p. droit et 
p. r. de pi. FS, p. r. de pi. et p. d. M. 168 que il A, et cil iJ/, que ne PV,Gr.; ne li ot A, nauoit 
r. vers lui i*'; pas P; mesfet iL4. 169 si] lors F; le Foerster, 3" éd.] bb PUF, VA, G r.; démente G; se 
li demande ^S*; ausi PS. 170 et G. 171 lors] si PV,Gr. ; si] se PFV,Gr., sel H, sen G, le *'. 172 diua 
(el) F, viax tu donc H; ne p. n. F. 173 ne fust F3I. 174 pas dire GSVAM,Gr. 175 dont F. 176 le 
f. M. 177 ne p. honte M. 178 naie d. la m. G. 179 se jo F. 181 moi VFGSM- nas tu FA, nas t. fet 
F, nas eu *S'; point de t. A. 183 et por -1; mest auis -1; que gie A. 184 q. je ai PGSV,Gr.; 
iaie F; et dr. (?; b. a dr. FSV,Gr.; dr. et b. P; En ai ml't b. le d. i. A. 186 et FS ; sens VPFSA. 
187 que del F, quel na en GF, et na en Jf, quele na enver li A; nul dr. GFASM. 188 si an 
HFS, sele A; quele IIAS; uoloit FA. 190 la] uerz F; b.] feus HA. 192 quant M; n. n. la PH, 
on la M; nat. Pi/, et at. M. 194 corn satorneroit G. 195 emplaidie G. 196 si en G; bien PHG; 
laidie G, laidoiee IIFA. 198 recomenca HSV,Gr. 200 col b. M. 201 santoit HF, tenoit 31. 
202 pour <S'; laidoie F.4, ledengie M, laidit FS; li au. FS. 203 demand. *S', comand. H. 205 1. n. 
l'e. et P, l'e. et tôt F. 206 en son corage A. 207 si FA, dist P. 208 g. forfait F. 209 ge tai 
dite F. 210 je A; reuendrai FS, me rendr. AG, m. tendr. J/; a ma parole F. 



120 



CHRÉTIEN, LE CHEVALIER AU LION. 



Pièce 84. 



tenae an plet si loognemaut, 
queus bon est il et de quel jant? 

215 se il est tens qn'a moi ataing^e, 

(mes qoe de pur lui ne reuainfpie,) 
je le ferai, ce voh otroi, 
seif^nor de ma terre et de moi. 
mes il le coTandra si feire, 

220 qa'an ne poisne de moi retreire 
ne dire: 'c'est celé, qui prist 
celai, qni son seiiornor ocist.' 
'an non Deu, dame, einsi iert il. 
seignor nvruiz le plus jantil 

225 et le plus franc et le plus bel, 
qui onqnes fu.st del ling Abel.' 
'cornant a non?' — 'mes sire Y vains.' 
'par foi, ciHt n'est raie vilains, 
ainz est moût frans, je le sai bien, 

230 si est fiz an roi Uriien.' 

'par foi, dame, vos dites voir.' 
'et (|uant le porrons nos avoir?' 
'jusqu'à cinc jora.' — 'trop tarderoit, 
(jne mien vuel ja venuz seroit. 

236 viiingue anuit ou demain seviaus!' • 
'dame, ne cuit ((ue nu.s oisians 
pCist an un jor tant voler, 
mes je i ferai ja aler 
un mien gardon, qui moût tost cort, 

240 qui ira bien jusqu'à la cort 
le roi Artu, au mien espoir, 
au mains jusqu'à demain au soir; 
que jusque la n'iert il trovez.' 
'cist termes est trop Ions assez. 



H jor sont lonc. bm dilM li 245 

qae demain tu soir reiolt «i 

et ant plni tost qae il ne liant; 

car, se bien esforder m Ttont, 

fera de deas jomeet im. 

et anquenuit laira la Inné, 850 

si reface de la nuit jor, 

et je li donrai an retor 

qnanqu'il voldra qae je li doingne.' 

'sor moi leisdez ceste besoinurne; 

qne- Tos ravroiz antre voz maint 255 

jnsqn'a tierz jor a tôt le mains. 

et andemantres manderoiz 

vos janz et si demanderoiz 

consoil del roi, qui doit venir. 

por la costume maintenir 360 

de vostre fontainne deflandre, 

vos covandroit baen consoil prandre. 

et il n'i avra ja si baat, >^"A 

qni s'ost vanter que il i ant. 

lors porroiz dire tôt a droit, 265 

que marier vos covandroit 

uns chevaliers mont aloses 

vos requiert; mes vos ne l'osez 

prandre, se il nel ir^ent tuit. 

et ce praing je bien an conduit: 270 

tant les conois je a mauves 

que por chargier autrui le fes 

dont il seroient trop chargié, 

vos an vandront trestuit an pié, 

et si vos an mercïeront, 375 

que fors de grant painue seront. 



214 dont >'; il est />>'; quele N; q. est li hom .1. 215 qae a m. taigne O ; aaeigne >'. 216 m A, 
ne mes T; en 1. T. 217 ce] io FS, iel -l.V. 21» conuenroit P. 220 <|ue on .1 (puiât). 221 «t -4; 
Que io soie celé /'. 223 e n. IfFV.V/ir., par ma foi .1; si F(i; soit if. 225 gent «t //. 226 
Cainq. f. des le tens .1. ~" ... 



Aîi; trop est c. t. 1. dass. .1. 240 FSP >ij<,ii(rnt i rem. 247 ot voisl Jf.V,«ir., aille -S «ait «en î'; 
et pi. t. vait .1. 248 esploitier N. 249 fera <ir<iN< une iiotm //<r.s'. 259 en ceete nuit .1. 251 si 
qui! .V: fera -V, refora FV,Gr.; puet d. 1. n. faire .1. 253 ce quil /'(t'.li'.V. 255 nos larons Ai/; a 

tôt le m. HFAf. "' " '^ " ' " '"* - — - -=- " 

257 
FS. 



OM HPd, sil nele FJf. 270 et sil nel //: prant /*,<'»••; pranent //. 271 itant Aij* mtamçMf); e. 
tr. charg. HA. 274 iront .1-^', vouldront .V, donront I'; 



bi«a S. 272 autr „ , 

275 et ml't F. J7"> poor Pif; en istront F, isteront A. 



cbaoir GÂM] congie 



121 



Pièce 34. 



XIP SIECLE. 



car, qui peor a de son onbre, 
s'il puet, volantiers se desconbre 
d'ancontre de lance ou de dart; 

280 car c'est mauves jeus a coart.' 
et la dame respont: 'par foi, 
einsi le vuel et si l'otroi, 
et je l'avoie ja pansé 
si con vos l'avez devisé : 

285 et tôt einsi le ferons nos. 

mes ci por quoi demorez vos? 
alez! ja plus ne delaiiez, 
si feites tant que vos l'aiiez, 
et je remanderai mes janz.' 

290 einsi fina li parlemanz. 

V Et celé faint, qu'ele anvoit querre 
mon seignor Yvain an sa terre, 
si le fet chascun jor beignier 
et bien laver et apleignier. 

295 et avuec ce li aparoille 
robe d'escarlate vermoille 
de ver forree a tôt la croie. 
n'est riens, qu'ele ne li acroie, 
qui covaingne a lui acesmer: 

300 fermail d'or a son col fermer, 
ovré a pierres précieuses 
qui font les janz moût gracieuses, 
et ceinture et aumosniere 
qui fu d'une riche seigniere. 

305 bien l'a del tôt apareillié, 
et a sa dame a conseillié 
que revenuz est ses messages, 



si a esploitié corne sages. J 

'comant?' fet ele, 'quant vaudra 

mes sire Yvains?' — 'cean^ est ja.' 310 

'ceanz est il? vaingne donc tost 

celeemant et an repost, 

demantres qu'avuec moi n'est nus. 

gardez que n'an i vaingne plus, 

que je harroie meut le quart.' 315 

la dameisele a tant s'an part, 

s'est venue a son oste arrière; 

mes ne mostra mie a sa chiere 

la joie, que ses cuers avoit, 

ainz dist, que sa dame savoit, 320 

qu'ele l' avoit leanz gardé, 

si l'an savoit moût mauves gré. 

'ne me vaut mes néant celée: 

tant est de vos la chose alee, 

que ma dame la chose set, 325 

qui moût m'an blasme et moût m'an het 

et moût m'an a achoisonee. 

mes tel sëurté n^'a donee 

que devant li vos puis conduire 

sanz rien grever et sanz rien nuire. 330 

ne vos grèvera rien, ce croi, 

fors tant (que mantir ne vos doi, 

que je feroie traison): 

avoir vos viaut an sa prison, 

et s'i viaut si avoir le cors 335 

que nés li cuers n'an soit defors.' 

'certes', fet il, 'ce vuel je bien, 

ce ne me grèvera ja rien. 



277—8 manquent V. 279 et de FV,Gr. 280 félons A. 281 — 4 manquent V. 281 li dit F. 
282 le lo F, soit il A; io et FGS, et ie 31; otr. FGAS. 283 que A. 284 corn F, ainsi c. M; le 
mauez F. 285 par foi e. V. 286 demorons nos V3f. 287 ja] tost S, et 31: tant F; demourez A. 
289 et manque VPFGAS ; manderai pour 3f, remaindrai ouoec VFFGS, men irai auec -1; uoz G, 
nos A. 290 a tant VS. 291 et] manque HA; fet sanblant II; q. enuoie A, quanvoit H, qu. voist 
S. 293 a seior b. G. 294 son chief 1. H; bien pignier S, apariller A. 297 v. fléchie P, v. fresche 
GA; et pêne uaire VF; a tote GA. 298 quant quel li fet bien y emploie 31. 299 qua chl'r fet a. 

V; riens ne li faut a a. 31. 300 por son V. 302 fet GA ; glorieuses 31. 303 ceinturette II,P (et 
manque). 304 de ml't r. S; manière ^S', bannière P3I. 305 de t. IIF3I. 306 lors T'; gent A; d. 
cons. PV3I,Gr.; la noncie *S'. 307 li m. aS'. 311 est ia V; fet elle 31; uenuz F, uenez //. 312 en 
larecin F. 313 endementres quo 3IA; que lez P; nos F. 314 nus ni G\ entre F, remaigne F, 
demeure 31; nus HF. 315 auroie P. 316 d. s. départ A. 317 reuen. tost ar. A3I. 318 mostre 
PFGVAM,Gr.; pas 31. 319 ne la A3I; quen son c. P, quau c. 31, que ele F 320 a. faint P. 
322 et dit mesire .y. par de PHGA3I. 323 nil ni F, or ni G, ni A3IS, na H; ualoit m. S, mes 
mestier H, a mez mest. P ; n.] riens nule A3I. 324 t. a F; auant la ch. 31, la ch. au. FA8. 
325 d. ceanz nos H, ml't bien le F3I. 326 durement F; m. m.] manque F. 329 uos os mener A. 
330 moy gr. 31, uos de r. IIP, r. de uos 'S'; et] ne HPS (sanz r. manquent); a. rien nule et s. nul greuer 
A. 331 cuit G. 332 que] don HFG; manque M (vos en d.); dui G. 334 quavoir HF. 335 i v. H, 
en \..FS; si v. Gr. 336 lame M; pas fors F; mie f. -1 (nés manque), pas dehors 3f. 337 par foi 

F; io le V. F, ie(l) v, ml't PG3I. 338 ne ia F, que P, q. ce //, et ce S, Il 3IV,Gr.; ja] manque HFS. 



122 



CHRÉTIEN, LB CHEVALIEB AU UON. 



Pièce 34. 



an 8a prison vuel je bien eatre.'^ 

340 'si seroiz vos, par la inuin destre, 
don je vos taing! or an venez 
et a mon los'vos contenez 
si hunblemant devant sa fac*e, 
que niale prison ne vos face. 

345 ne por el ne vos esmaiiez! 
ne cuit mie, qne vos allez 
prison, qui trop vos noit )i;revainne.' 
la duniolsele a tant l'un niainne, 
si l'eiimaië et ru^sëure 

850 et parole p^r^coverture 

de la prison, ou il iert mis, 
qne sanz prison n'est nus amis, 
(le a droit, se prison le claimme, 
qne bien est an prison, qui almme. 

355 La dameisele par lu main 

an mainne mou seiiçnor Yvaln 
la, ou il iert moût chier tenuz; 
si cuide il estre mal vennz, 
et s'il le crient, n'est pas mervoille. 

360 àessor une coûte vermollle 
troverent la dame séant, 
grant peor, ce vos acreant, 
ot mes sire Yvains a l'antree 
de la chanbre, ou il a trovee 

365 la dame, qui ne 11 dist mot: 
et por ce plus grant peor ot, 
si fu de peor esbiiiz, 
qu'il cuida bien estre trttiz; 
si s'estnt loing celé part la, 

370 tant que la pncele parla 



et dift: 'cine çans dâhes et •'•ne, 

qni mainne an chanbre a bêle dame 

chevalier, qni ne s'an aprocbe 

et qui n'a ne langue ne boche 

ne san. dont acointier se taebeJV 375 

a cest mot par le braz le sache. 

si li a dit: 'ça vos traiiez, 

chevaliers, et peor n'aiiec 

de ma dame, qu'ele vos morde, 

mes querez li pes et acorde. 380 

et j.'an proierai avnec vos 

que la mort Escladof le Boa, 

qui fu ses sire, vos pardoint.' 

mes sire Yvains itaaintenant joint 

ses mains, si s'est a genout mis 385 

et dist come verais amis: 

'dame, ja voir ne crierai 

merci, ainz vos mercïerai 

de quanque vos me voldroiz feire; 

t}ue riens ne me porroit despleire/ 390 

'non sire? et se je vos od?' 

'dame, la vostre grant merci, 

que ja ne m'an orroiz dire eL' 

'ains mes', fet ele, 'n'6i tel. 

que si vos metez a devise 895 

del tôt an tôt an ma franchise 

sanz ce, que ne vos an esfurz.' 

'dame, nule force si fore 

n'est come celé, sanz mandr, 

qui me comande a consantir 400 

vostre voloir del tôt an tôt 

rien nule a feire ne redot, 




nus //; sanz p. .1 ; sanz p. n. n. It. 357 ou il s. A ; 1. ou sers IV'''. 
crient PHM; ml't m. -V; e. retenus .S". 359 na p. F. 360 deso» VGAM, 
gr. IIV,Or.\ ot ce G, a ie N; je (ce //) v. créant iiHSV,G,r, 364 de ] 



358 maU il N, qni c. M\ 
sor u. grant //. 363 me«t 
gr. Il t ,itr.\ o\ co i», a le >^\ je ^ce mi ] v. créant irxjoi.'rf. oot ub poor tremble »»; ilj BKtilÇwe 
GM: ot FAS. 3(55 lor PS; dit PFVif.Gr. 366 car S; ml't I': en ot //.V (plus mamine). 370 qna S; 
dit a F. 371 dit VU FAS; .Y. d. <r'N.V; c. ç.] .c. A; famé /', la feme 1. son am« -V. 372 maint G, 



1. dit (dist PG] Gif A \ P,Gr. : en sa PUA. 370 quel ne //. que ne >. 380 U . . lacord* HUA. 381 j« li 
G (por T.). 38.' Escl. PII FI cscladoc .1, elcadoc ('", achadot .V. acardeu >. acardael 1'. 383 li p. 1'. 
385 les PM. 386 puis si a dit M; con ses F, con G.V: urais (r'. loiaas l'N. mamqnr M. 387 d. merci 
I'; uos r, ne uos //; querrai //, crieroie A. 38S ainz] et 1'; merderoie If. 389 de m. T. VAM,Gr. 
3d4 onques r(el): dit /'. 395 et G. 397 en c. .1 : e ne .l.V: an] mnnqMr .V; fora .1. 401 sans 
nul redout FG. 402 nule r. .1 (a manquer), n. chose ie G. ne n. ch. ^f'- • '•] '••<»»»9»"' 03f,P ( — 2). 



133 



Pièce 34. 



XII» SIECLE. 



que moi vos pleise a comanderj 
et se je pooie amander 

405 la mort, don je n'ai rien mesfet, 
je l'amanderoie sanz plet.' 
'comant?' fet ele, 'or le me dites, 
si soiiez de l'amande quites, 
se vos de rien ne mesfëistes, 

410 quant vos mon seignor ocëistés?' 
'dame', fet il, 'vostre merci, 
quant vostre sire m'assailli, 
quel tort oi je de moi deffandre? 
qui autrui viaut ocirre ou prandre, 

415 se cil l'ocit qui se deffant, 

dites, se -de rien i mesprant.' 
'nenil, qui bien esgarde a droit; 
et je cuit, que rien ne vaudroit, 
quant fet ocirre vos avroie. 

420 et ce ià«i^ ' volant|ers savroie, 
don celé force puet venir, 
qui vos comande a consantir 
tôt mon voloir sanz contredit, 
toz torz e toz mesfez vos quit. 

425 mes seez vos, si nos contez 
comant vos estes si dontez.' 
'dame', fet il, 'la force vient 
de mon cuer, qui a vos se tient; 
an cest voloir m'a mes cuers mis.' 

430 'et qui le cuer, biaus douz amis?' 
'dame, mi oel.' — 'et les iauz qui?' 



'la granz biautez que an vos vi.' 

'et la biaiitez qu'i a forfet?j) 

'dame, tant que amer me fet.' 

'amer? et cui?' — 'vos, dame chiere.' 435 

'moi ?' — 'voire'. — 'voir ? an quel meniere ?' 

'an tel, que grain dre estre ne puet, 

an tel, que de vos ne se muet 

mes cuers, n'onques aillors nel truis, 

an tel, qu'aillors panser ne puis, 440 

an tel, que toz a vos m"otroi, 

an tel, que plus vos aim que moi, 

an tel, se vos plest, a délivre, 

que por vos vuel morir ou vivre.' 

'et oseriiez vos anprandre 445 

por moi ma fontainne a deffandre?' 

'oil voir, dame, vers toz homes.' 

'sachiez donc bien qu'acordé somes.' 

Einsi sont acordé briemant: 
et la dame ot son parlemant 450 

devant tenu a ses barons, 
et dit: 'de ci nos an irons 
an celé sale, ou mes janz sont, 
qui lôé et conseillié m'ont, 
por le besoing, que il i voient, 455 

que de mari prandre me proient. 
et jel ferai por le besoing: 
ci mëismes a vos me doing, 
qu'a seignor refuser ne doi 
buen chevalier et fil de roi.' 460 



403 dame q. pi. S] que il v. GA; plest S (a manqite). 405 d.] ,ou G ASM; iai H; uers vlq&H; nul 
tort G; ne fet G, forsfet F8VA3I,Gr. 407 et c. GV,Gr.; or me FGSVA,Gr. 408 lamander M. 

409 ne] édit. avec Tobler, me Gr. avec les mss. ; s. nule r. G; se noiant uers moi forfeistes F. 

410 moceistes HA. 411 por deu m. GA. 412 se S. 416 se noiant F. 517 n. uoir A (bien 
manque)] i garde PF; esgarderoit G, i gard. *S'. 418 et] manque S; croi F; ne me HS. 419 t 
connoistre M, 420 mes ge m. F; neporquant v. F. 421 c. porte P; la f. uos 31. 422 contenir 
HFA, maintenir G. 423 s. nul respit S. 424 tôt ce FGAM. 425 me c. PHAS. 426 fustes A. 
428 cors G; en G. 429 mes cors //, amors S3I. 430 et q. est le cuer P, cui est li cuers G, qui 
est le c. 31; quex c. est ce A ; mes d. F. 431 d. 



m. o. qui mont trahis 31; d. uostres iel uos afi G. 
486 en quel sens et en F. 437 greignour il ne peut 31. 438 mon cuer 
439 — 41 manquent S. 439 de vous quaillors penser ne puis 31. 440 ne 

M. 442 pi.] mius A3I. 443 se v. p.] que pour nous P\ sil HFGA. 

444 veil cil uous plaist m. P\ et v. FSV,Gr. 445 atendre G. 
" 452 la fors G\ 



432 de la b. S, et 1. b. 31. 
ne 31, nus ne S (sen rem.) 
nule heure aillors nel truis 



que pour nous 
448 dont nos acorderomes F. 449 sacor- 
451 a] A. 452 la fors G; alonz PG. 453 les .4, ces H\ ma gent GS. 454 et 
v.„.u»uv»>i V,. 455 besoigne F, grant b. GAS3I (i manque). 456 tôt F: por ce A; de] manque 
HA3I; seigneur 31, baron -1; a pr. H3I; motroient PHGAS3I. 457 et le 3F, e lor P\ si com gel 
face par b. F. 459 que F3I, car ^IaS'; sonnor *S'. 



derent PF3I. 
comande G. 



124 



CHRÉTIEN, PERCEVIL OU LE OONTE DU ORAAL. 



Pièce 86. 



35. 

chriî:tien de trov^:s, pekceval ou le conte du graal. 

D'aprh le vianmirn't ilr Ptirù, liihl. Nnt. /ranç, 794 Omr. f'nngi 7S; /'»/. 372 (A), fimparf 
avec le vtanuserit Bibl. Xat. J'ranç. 145<)/"/. 106 '' fC) '1 nrrr Ir 'I^-rrertil If (îallois, ptibUé par Potrim 
d'aprh h nutHMcrit de Mons, Monë 1M66, ''»'• 4163—4598. (M). Pi'r Bal. ntm» dUêfiumê U* 
enrreetioM lU }[. Bniêl fr. lUmn lu prfj'ncr). — Cf. Wolj'rnm (fd. BurUck) , J\un. V. 81—725; 
WackenuKjrl , Altdrutarhm Lrtrburh (\* fdit.) 432.31^^9.16> — Iai ffrapMe ftt Cette adopté* pur 
if. Forrttfr dam nm éditinna rritiffUfs. 



Et itant dura sa proiere 
que il vint «or une rivière. 
au Tavalee d'une auf[;arile. 
l'eve roide et parfonde esjjarde, 
5 si ne s'ose nietre dedanz 

et diat: 'ha, sire Deus puissanz! 
86 ceste eve passée avoie, 
de la ma mère troveroie, 
mien escïant, se ele est vÎTe.' 

10 einsi s'an va selonc la rive 

tant que a une roche aproehe, 
ou li eve a la roche toche, 
que il ne pot aler avant, 
et il vit par l'eve avalant 

15 une nef qui d*amont venoit: 
deus homes an la nef avoit. 
il s'areste, si les. ataut. 
et cuide qu'il alassent tant 
que il venissent jusqu'à lui. 

20 et il s'arestent anbedui, 

annn l'eve, coi i esturent. 
que moût bien aancré se furent, 
et cil, qui devant fu, peschoit 
■ a l'ameçon, si aeschoH Ao.^ 

25 son ame^-on d'un poissonet 
petit greignor d'un veironet. 
cil qui ne set que feire puisse 
ne an quel leu passage truisse, 



les salae et demande lor: 

'anselgniez moi', fet il, 'seignor. 

s'aD ceste eve a ne gué ne pont. 

et cil qui pesche li respont: 

'nenil, biau frère, a moie foi, 

ne ni a nef, si con je rroi, 

greignor de cesti oo nos somes, 

qui ne porteroit pas cinc homes, 

vint Hues amont ne aval; 

BÏ n'i puet an passer cheval, 

qu'il n'i a bac ne pont ne gué.' 

'or m'anseigniez, seignor, por D»-. to 

ou je porroie avoir ostel !' 

et cil respont: 'de ce et d'el 

avriiez vos mestier, ce cuit. 

je vos herbergerai anuit. 

montez vos an par celé freitc 45 

qui est an celé roche feite: 

et quant vos la amont vandroiz. 

devant vos an un val verroiz 

une meison ou je estois, 

près de rivière et près de bob.' 60 

Maintenant cil s'an Ta amont, 
tant que il vint anson le mont; 
et quant il fu anson le pui. 
si regarde loins devant lui; 
si ne rit riea fors ciel et terre 55 

et dit: 'ci sui je venuz qaerre 



1 tant (i. c«ate C. 2 sor] a C. 3 a la v. .1. 4 et] manqua C: afafde C. 5 «t a. .1; MM C. 
6 p* d. dex 8. rois <'. 7 se] qui J ; auroit .1; paaaer pooie C. B*t. 8 troveroU .1. eadaatra mIm 
et V. J. 11 vers an rocbier t'a. C. 1-J ou .V] et f, et que .1; li aige f. l«Te .1; riue atoce ''. 13 »» 
quil C. 14 il] lors C. 13. 14 si qu'il ne pot avant aler aUnt vit p. 1. avaler B*t. 16 11 A. A fy-tnl* : 
li uns des deus homes naioit li altre a l'esmecon peschoit. 17 saresta et si a. C. Ib quil qnida qaU 
ueuissent C Jl en se mi laige se ce tienent V. J-J iloc s'arestent roi se tienent f^': ml't .\. 24 ke* 
meoon .1 ; a la ligue e si But. ; aascoit (\ 26 plus gmnt C. 27 sot C. 29 le C; demanda C. 90 diat 
il C. 81 se an — a negun pont ''. 32 pescoit <\ 33 n. sir« en la m. V. 34 il ni a pont C; 4a o* 
m* oroi .1. 3') ne nef forcor q c«le us, ('. 37 ZX .^. 38 ni poroit on mener C. 88 if] ne U al 
a n. p. C\ barge ni a n. p. .1. 40 «t il reapont sigsor p. ('x seignor] fet il .1. 41 dont asawMigwi— 
d'à. C. 42 et il li dist .1. 43 aureiex A. 45 vos an] aaMot C; ftru A. 47 s«rM C. 50 livterM «C de 
A. 52 M] et quant il %-int AC\ fa .V. 53. 54 inUfrrrrtù Aiiu A. 53 fil] viat .4 ; par la «Uaor* e sor 
le C. 54 si garda avant d. A ; esgarda R*f. 55 ni C; oM» q«« c. A. 56 io sai ca v. C: ci B, qna .4. 



125 



Pièce 35. 



XIP SIECLE. 



la musardie et la bricoingne. 

Deus li doint hui maie vergoingne, 

celui qui ci m'a anvoié, 
60 si m'a il or bien avoié, 

que il me dist que je verroie 

maison, quant ça amont seroie. 

peschiere, qui ce me dëis, 

trop grant desleauté fëis, 
65 se tu le me dëis por mal.' 

lors vit devant lui an un val 

le chief d'une tor qui parut. 

l'an ne trovast Jusqu'à Barut 

si bêle ne si bien asise. 
70 quarree fu, de roche bise, 

s'avoit deus tomeles antor. 

la sale fu devant la tor, 

et les loges devant la sale. 

li vaslez celé part avale 
75 et dit que bien avoié l'a 

cil qui l'avoit anvoié la. 

si se lôe del pescheor, 

ne l'apele mes tràitor 

ne desloial ne mançongier, 
80 quant il se trueve ou herbergier. 

einsi vers la porte s'an va: 

devant la porte un pont trova 

tornëiz, qui fu avalez.; , 

par sor le pont est anz antrez: 
85 et vaslet corent contre lui 

quatre, sel desarment li dui, 

et li tierz son cheval an mainne, 

si li done fuerre et avainne; \r\'-'"^<^ 

li quarz li afuble un mantel 
90 d'escarlate fres et novel; 

et l'an menèrent jusqu'as loges. 

et tant sachiez, jusqu'à Limoges 

ne trovast an ne ne vëist 

si bêles, qui les i quëist^___ 
95 Li vaslez es loges estut, 

tant qu'au seignor venir l'estut 



qui deus vaslez i anvea. 

et cil avuec aus s'an ala 

an la sale, qui fu quarree 

et autant longue corne lee. 100 

anmi la sale sor un lit 

un bel prodome seoir vit, 

qui estoit de chênes meslez, 

et ses chiés fu anchapelez 

d'un sebelin noir come more, 105 

a une porpre vols desore, 

et d'itel fu sa robe tote. 

apoiez fu desor son cote, 

s'ot devant lui un feu moût grant 

de sèche busche, bien ardant, no 

et fu antre quatre colomes. 

bien pôist an quatre çanz homes 

asseoir anviron le feu, 

s'ëust chascuns et eise et leu. 

les colomes mont forz estoient, 115 

car un cheminai sostenoient 

d'arain espés et haut et lé. 

devant le seignor sont aie 

cil qui li amainnent son hoste, 

si que chascuns li fu ancoste. 120 

Quant li sires le vit venant, 
si le salua maintenant 
et dist: 'amis, ne vos soit grief, 
se ancontre vos ne me lief, 
que je n'an sui pas aeisiez.' 125 

'por Deu, sire, or vos an teisiez!' 
fet il, 'qu'il ne me grieve point, 
se Deus joie et santé me doint.' 
11 prodom tant por lui se grieve 
que tant come il puet se sorlieve 130 

et dist: 'amis, ça vos traiez, 
ja de moi ne vos esmaiez! 
si vos seez sëuremant 
lez moi, que je le vos comant.' 
li vaslez s'est lez lui assis, 135 

et li prodom li dist: 'amis, 



58 mal et v. C 59 ça A. 60 qissi ma or C. 

66 viut C. 70 pierre A. 71 si avoit t. A. 

manquent A, 77 loa C. 84; san est alez A. 

89. 90 manquent C. 91 li qars len maiue en une loge C. 

C. 95 as C; estut] manque C. 97 II A. 98 s'an] en C. 



61 car il C. 63 pesch're C, chevaliers A. 64 ml't gr. C. 

Ib dist C; la avoie A. 76 la lavoit anvoié A. 77—80 

85 vinrent C. 86 troi s. désarmèrent A. 88 faim et C. 

92 si sachiez que ^1 ; Limoge C. 94 bêle 

100 et 1. de marbre pauee C. 101 i seoir 



vit C. 102 sor .1. lit C. 106 vols dune p. par d. C. 107 dautel fu li r. C. 109 si ot ^; molt] 
manque A. 112 et bien C; iiii c. --1. 114 saust ^ ; ch. aeisie leu .4. 115 m. f.] forz \ A. 116 qui 
le ch. A. 119 120 manquent A. 121 li prodô C. 125. 126 intervertis dans C. 125 car vos nen 
estes a. C. 127 fet il] certes il C. 130 pot C; sol. C; sozl. Bst. 132 ja] près A. 133 mais s. tôt 
s. C. 134 Bst-I iel vos lo bonemant ^; je le voil et c. C. 135 s'est M] est A. 136 li sire C. 



126 



CHBÉTIEN. PERCEVAL OU LE CX)NTB DU OBAAL. 



Pièce 86. 



de quel part venitte« toh bai?' 
'sire', fet il, 'hui matin mni 
de Biaurepaire, einui a non'. 

140 'tii ni'ttit Deus!' fet H prodon, 
'voH avez forant jorne»» feite. 
VOH mëuHtes einz (jiie la gueitf 
ëuBt bai main Taube comee.' 
'einx efltoit ja prime Honee', 

146 fet li vaaleï, 'je vos afi.' 
que que il parloient einsi, 
nn8 vaHlez antre par la porte 
de la meison et ni aporte 
une espee a son col pandue, 

150 8i l'a au riche home randue, 
et il Ta bien demie treite, 
si vit bien ou ele fu feite, 
car an l'espee estoit escrit. 
et avuec ce ancore i vit 

156 qu'ele estoit de ni bon acier 
que ja ne pooit depecier, 
fors que par un tôt seul péril, 
que nus ne suvoit fors que cil 
qui l'avoit forgiee et tanpree. 

160 li vaslez qui l'ot aportee 
dist: 'aire, la sore pucele, 
vostre nièce, qui moût est bêle, 
vos a anvoié cest presant: 
einz ne vëistes mains pesant 

165 del lonc et del lé que ele a. 
vos la donroiz cui vos pleira; 
mes ma dame seroit moût liée, 
se ele estoit bien anploiee 
la ou ele sera donee. 

170 onques cil qui forja l'espee 

n'an fist que trois, et si morra, 
que ja mes forgier ne porra 
espee nule après cesti.' 



tantoat !i aire an reTeati 

celui, qui leanz ert eatranges, 175 

de Tespee parmi lea ranges 

qui valoient bien un treaor. 

li ponz de l'eapee fu d'or, 

del meillor d'Arrabe on de Grèce. 

li foerret d'orfrois de Vene*-* 190 

si richemant apareilltee 

Ta li sire al vaslet bailliee 

et dist: 'biau sire, ceste eape« 

yoa fn jugiee et destinée, 

et je vuel moût que vos Taiez: jgj^ 

mes ceigniez la, si Tessaiez!' 

cil l'an mercie, si l'a çainte, 

moût li plot quant il Tôt atainte. 

puis Ta treite del fnerre nue, 

et quant il Tôt un po tenue, 19Q 

si la remist el fuerre arrière. 

et sachiez que de grant meniere 

li- sist au flanc et miauz el poing, 

et sanbla bien que a besoing 

s'an dëust eidier come ber. 195 

derrient lui vit vaslez ester 

antor le feu qui cler ardoit 

celui, qui les armes gardoit, 

i vit et si li comanda 

l'espee, et cil la li garda, 2OO 

puis se rasist lez le seignor, 

qui li porte moût grant enor. 

et leanz avoit lumineire 

si grant qu'an ne pot greignor feire 

de chandoiles an un ostel. 905 

que qu'il parloient d'un et d'el, 

uns vaslez d'une chanbre vint, 

qui une blanche lance tint 

anpoigniee par le milen; 

si passa par androit le feu. 310 



138 dint C. 140 maist A. 144 ja] la BarUch. 145 je] c« A. 146—9 O'tr. p. B*l. 148 a «on eol 
an« eap«« a. A ; qai a. e. a aon col porte C. 149 par lea rengea eatoit p. '4 ; a aon col lavoit il p. C, 
150 hone] maïujue A. 153 que-fu A. 154 i] maiHfuf A. 155 ai fin C. 156 quel* ne .4; poroit 
peeeoier C. 157 se nestoit par un sol C, 158 me* que A; corr. p. B*t.; q. avoit f. leape* AC 
160 1'] Manque C. 162 amie C; moût] tant .1. 163 vos anvoie ci c. A. 164 maina B {mt. de Berne), 
maia C, mes .1; si gent .t. 168 anploie .1. 170 conques .1. 171 et si] ai en C 173 apria] qaa C. 
174 et li sires .1. 175 le ch'r qui fu e. V. 177 v. un Rrant i\ 179 on] et C. 183 la li a li airaa 
b. f, [^B»t). 184 destine .1. 187 il .1 ; ceinte M] ceint AC. 188 .V] enai que paa ■• •'•• Mtraint A ; 
si q gaires n. s. e. V. 190 il la l\ 102 ml<>t lesgarde de A. 193 al p. C. 194 «C màm qoe ra 
grant b. C. 196 voit V\ un bacheler A. 198 les a. M.] aea AC\ avoit C. 199 Q'nnt et A. 
200 l'espee M] sespee .1 ; c. bien la g. C. 201 lors A, et pais C; traiat V. 203 aoalt li poru C. 
203 et] manque A ; un 1. A ; 1. ot molt grant I. Btt. 204 twr. par Tabler] eoa laa U {torroit (pooit 
Btt,) f. A ; con Ion ne pot graignor .V; c. on poroit plus f. C. 210 paaaa A ; oadroit B, entre CM, 
Bst.; deles 1. 



187 



Pièce 35. 



XIP SIECLE. 



et cil qui al feu se seoient 

et tuit cil de leanz veoient 

la lance blanche et le fer blanc, 

s'issoit une gote de sanc 
215 del fer de la lance au somet, 

et jusqu'à la main au vaslet 

coloit celé gote vermoille. 

11 vaslez vit celé mervoille, 

qui leanz est noviaus venuz, 
220 si s'est de demander tenuz, 

comant celé chose avenoit; ^ 

que del chasti li soYenoit,>Xt4jïsM^>*^-*>^^-"^^ 

celui qui chevalier le fist, 

qui 11 anseigna et aprist 
225 que de trop parler se gardast: 

si crient, se il le demandast, 

qu'an li tornast a vilenie: 

et por ce n'an demanda mie. 
A tant dui autre vaslet vindrent, 
230 qui chandeliers an lor mains tindrent 

de fin or, ovrez a neel. t-'aV' f 

li vaslet estoient moût bel, 

qui les chandeliers aportoient. 

an chascun chandelier ardoient 
235 dis chandoiles a tôt le mains. 

un graal antre ses deus mains 

une damoisele tenoit, 

qui avuec les vaslez venoit, 

bêle et jante et bien acesmee. 
240 quant ele fu leanz antree 

a tôt le graal qu'ele tint, 

une si granz clartez i vint, 

qu'ausi perdirent les chandoiles 

lor clarté, come les estoiles, 
245 quant li solauz luist et la lune. 

après celi an revint une 

qui tint un tailleor d'arjant. 

li graaus, qui aloit devant, 



de fin or esmeré estoit. 

pierres précieuses avoit 250 

el graal de maintes menieres, 

des plus riches et des plus chieres, 

qui an mer ne an terre soient: 

totes autres pierres passoient 

celés del graal sanz dotance. 255 

tôt einsi con passa la lance, 

par devant le lit trespasserent 

et d'une chanbre an autre alerent. 

et li vaslez les vit passer, 

si n'osa mie demander 260 

del graal, cui l'an an servoit; 

que toz jorz an son cuer avoit 

la parole au prodome sage, 

si criem que il n'i ait domage, 

por ce que j'ai oi retreire 265 

que ausi se puet an trop teire, 

con trop parler a la foiee. 

bien li an praingne ou mal l'an cliiee, 

ne lor anquiert ne ne demande. 

li sires au vaslet comande 270 

l'eve doner et napes treire: 

cil le font qui le doivent feire 

et qui acostumé l'avoient. 

li sire et li vaslez lavoient 

lor mains d'eve chaude tanpree. , 275 

et dui vaslet ont aportee 

une lee table d'ivoire. 

einsi con tesmoingne l'estoire, 

ele estoit tote d'une pièce. 

devant lor seignor une pièce 280 

et devant le vaslet la tindrent, 

tant que dui autre vaslet vindrent 

qui aporterent deus eschaces. 

li fuz en ot deus bones graces.'^J^vovx^ ^«W-^^ 

don les eschaces feites furent; 285 

que les pièces toz jorz an durent. 



211 et cals C, de ces A\ al fu C, leanz -1 ; e cels qui sor le lit s. Bst. 212 qui laians estoient C. 213 virent 
la 1. et le G. 215 au Tohler^ el C, an J, Burtsch. 217 coroit C. 219 ert C; noviaus v. M] la nuit r. A. 
220 del Ci)/; teus C. 222 car C. 223 del prodome qui li aprist C. 224 et qui li ens. et dist C. 226 
cremoit C; se 'ûB] que sil -1, sil en C; le Tabler] Il les mss. 228 ce] tant C. 229 Et lors .1; iiii vallet 
revinrent C. 233 cil qui — portoient .1. 234 a C. 235 .X. ch.. A; v. cli. C. 237 dameisele A. 238 qui] 
et A. 289 et — et] mmique C; jante] iointe A. 240 magique C 241. 242 intervertis clans C. 242 i] 
an A. 243 qu] manque A; perdoient C. 244 com font 1. e. M. 245 lieve et -1. 248 le graal .1. 252 ml't 
precioses et ml't ch. C. 253 plus quen mer nen t. ne s. C. 254 valoient A. 255 faillance C. 256 tôt 
autresi con de la -4. 257 par de d. lui tr. A; si pass. C. 258 al altre C. 260 si] et A. 262 car tostans C 
que il — el cuer A. 263 le casti C. 264 si]se A, Bartsch ; si me doit quil C. 265 por ce] manque A 
sovant r. A. 266 quaussi bien se doit on tr. C. 267 que tr. C. 268 bien lor on pr.- lan ch. A; ou b 
Tan pr. Bst.; li ch. C. 269 ne sai le quel rien ne d. C. 270 as valles C. 271 aige C. 272 et c. C 
le] manque C. 275 et tempree 31. 278 reconte -1. 279 fu C. 280 lor] le A. 282 a tant dui -1. 
284 dont li fuz a A; deus] mit C. 285 eschames A. 286 car tostans 1. p. à. C; andureut Bst. 

128 



CHRÉTIEN, PEBCEVAL OU LE CONTE DU 6RAAL. 



Pièeea5. 



donc furent eles d'ebenuH, 
d'un fu.1t de cui ja ue dut nuM 
que il purrituie ue qu'il arde: 

290 de cez deus chotte» n'a il t^arde. 
iSor cez eacbaces fu araine 
la table et la uape huh mise. 
. me» que diroie de la nape? 
legaz ne chardonau» ue pape 

295 ne uanja ouquefl sur ni blanche, 
li premiers mes fu d'uue hanche 
de cerf un (presse au puivre cbaut. 
tins clers ne raapez ne lur faut 
a cope» durées a boivre. 

300 de la hanche de cerf au puirre 
devant aua uns vaalez trancha, 
qui a lui treite la hanche a 
a tôt le tailleor d'urjant; 
et les niursiaus lor met devant 

305 sur uu gaittel qui fu autiers. ' ..J -. 
et li graaus audemantiers 
pur devant ans retrespasM, 
et li vaslez ne demanda 
del ffrAsH, cai l'an an servoit. 

310 pur le prodome se dotoit 
qui doucemaut le chastia 
de trop parler, et il i a 
toz jurz sou cuer, si l'an sovieut; 
mes plus se test qu'il ne covient. 
a chascun mes, don l'an servoit, 
par devant lui trespasser voit 
le graal trestot descovert; 
mes il ne set cui l'an an sert, 
et si le voudroit muut savoir, 
mes il le demandera voir, 
ce pause et dit, einz qu'il s'au tort, 
a un des vaslez de la cort. 
mes jusqu'au matin atandra, 
que an seignor congié prandra 

335 et a tote l'autre mesniee. 



315 



320 



einai la cboae a retpttiee, 
t'antant a buÎTre- et a nuLOgier. 
l'an u'apurte mie a daogier 
les mes et le rin a 1« table, 
einz Hont pleiiant et delitable. 

Li mangiers fu et biauii et boena: 
de tos let mes, que rois ne eoent 
ne emperere doie aToir, 
fa li prudon serriz le soir, 
et li vaslez ansanble lui. 
après le mangier anbedui 
parlèrent ansanble et veillierent; 
et li vaalet apareillierent 
les liz et le fruit au coucbier; 
que il en i ot de mont cbier, 
dates, tigues et noiz mugates, "K ^L m ^ ^r 
-Uv--- giroHe^et pomes de grenates 
et leitueires an la tiu 
et gingenbret alixandriu. y.»-^^^^ 
après ce burent de maint boiTre, 
pimant ou n'ot ne miel ne poivre, 
et puis moré et rier sirop, 
de tôt ce se menroille trop 
li vaslez qui ne l'ot apri.<«. 
et li prodon li dist: 'amis, 
tans est del couchier mes anuit! 
je m'an irai, ne vus euoit, 
leanz an mes cbanbres geair. 
et quant vos vaudra a pleisir, 
vos vos reconcheret ça fors, 
je n'ai uni pooir de mon cors, 
si covandra que l'an m'an port.' 
quatre serjant délivre et fort 
maintenant fors d'une chanbre ÎMMBt: 
la coûte as quatre cors seisiaseat, 
qui el lit estandue estoit, 
sor cui li prodon se seoit, 
si l'an i>ortent la ou il dorent, 
avuec le vaslet remés furent 



880 



835 



340 



345 



350 



355 



860 



288 M] de celui f. ne d. j. u. A, % cai na b«t J. n. C. 289 ne il C -291 MchaniM A. 293 mw] 
ce A. 297 dun c. au fort p. C. 298 et aapree n. M: cl. «prêt ce ne T. 299 copa dor Mrsat a A. 
300 del cerf C. 301 tiiilU C. 302 qui de devant lui tr. U A. 304 miat i\ 305 platd C. 310 del 
pr. li soTenoit C. 311 bonement C. 313 toa tana le c. C 315 car a — con a. C; ■•• Fkt«mer\ b«c C. 
316 le graal tr. veoit A. 317 par devant lui tôt A. 318 et ai ne A. 319 aaaaiat C; «Mat] Il A. 
321 ce dit il a. que il A. 326 a] eet .1. 328 dongier .1. 3H0 qai aont C. 332 d* tel WÊrnim A; 
et c. .-1. 3HH et empererea .-1. 334 al a. C. 340 car il C 341 augacca .4. aaaeataa C. 343 a( 
poires et \>. grenaces A ; e g. e p. gr. H*t. : g. p. <^ 34:^ leitoaira .4. 344 glDgaBbrmt B, gisfaabre 
et C, gingenbre .1. 345 du boen b. A. 347 puis more .1 ; viaa m. C. .348 aaaaMrr. C. 349 assit 
.4. 350 dit V. 351 del] .4. 353 ma chanbre .t. 355 colcheret c« dabort A. 359 loraa daaa ch. 
aan i. .4. 360 aa acers A. 362 giaoit A. 

BARTSCH-WIESE, Chreatomathie. X* Éd. 9 

129 



Pièce 35. 



XIP SIECLE. 



365 autre vaslet qui le servirent 

et. quanque mestiers fu, li firent, 
quant lui plot, si le deschaucierent 
et desvestirent et couchierent 
an blans dras déliez de lin. 

370 et il dormi jusqu'au matin, 
que l'aube del jor fu crevée 
et la mesniee fu levée, 
mes il ne vit leanz nului, 
quant esgarda anviron lui, 

375 si l'estut par lui seul lever, 
que que il li dëust grever, 
des qu'il voit que feire l'estuet, 
si se lieve au miauz que il puet 
et chance sanz aie atandre, 

380 et puis rêva ses armes prandre, 
que an chief del dois a trovees, 
ou an les avoit aportees. 
quant il ot bien armez ses manbres, 
si s'an vet vers les uis des chanbres, 

385 que la nuit ot overz vëuz; 
mes por néant est esmëuz, 
que il les trova bien fermez, 
s'apele et hurte et bote assez: 
nus ne li oevre ne dit mot. 

390 quant assez apelé i ot, 

si s'an va a l'uis de la sale, 
overt le trueve, si avale 
trestoz les degrez contreval, 
si trueve anselé son cheval 

395 et vit sa lance et son escu 
qui au mur apoiez li fu. 
lors monte et vet par tôt leanz, 
mes n'i trueve nul des serjanz, 
escuier ne vaslet n'i voit; 

400 si s'an vet a la porte droit 



et trueve le pont abeissié, 

qu'an li avoit einsi leissié 

por ce que riens nel retenist, 

de quel ore que il venist, 

que il n'i passast sanz arest. 405 

et pansa que an la forest w ' 

s'an soient li vaslet aie, 

por le pont qu'il vit avalé, 

cordes et pièges regarder; 

n'a cure de plus arester, 410 

einz dit, après aus s'an iroit 

savoir se nus d'aus li diroit 

de la lance, por qu'ele sainne,'' 

s'il puet estre por mile painne, 

et del graal, ou l'an le porte. 415 

puis s'an ist fors parmi la porte. 

mes einz que il fust hors del pont, 

les piez de son cheval amont 

santi qu'il levèrent an haut, 

et li chevaus fist un grant saut, 420 

et s'il n'ëust si bien sailli, 

annii l'eve fussent flati 

li chevaus et cil qui sus iere. 

et li vaslez torna sa chiere 

por veoir que ce ot esté, 425 

et vit qu'an ot le pont levé: 

s'apele, et nus ne li respont. 

'di, va!' fet il, 'tu qui le pont 

as levé, car parole a moi! 

ou es tu, quant je ne te voi? 430 

trai toi avant, si te verrai 

et d'une chose t'anquerrai 

noveles, que savoir voudroie.' 

einsi de parler se foloie, 

que nus respondre ne li viaut. 435 



366 et qui A. 367 et quant — sel A. 368 et le servirent A. 373. 374 intervertis dans A. 373 et 
quant ne .1. 374 si esgarda A ; quant il g. C. 376 et que quil -1. 377 qant il uit C. 378 M] il 
s. 1. que m. ne puet A ; q. plus nen p. C. 379 aie] nelui A. 380 après A. 382 M] que l'an li a. 
a. A • li av. aprestees C; A ajoute : por ce que riens nel retenist de quele ore que il venist. 383 il 
a C; bien arme C, atornez A. 384 par C. 385 que il avoit o. C. 387 car il C. 388 il i a. et h. 
a. A. C ajoute : diva fait il tu qui le pont. 389 nus] lan A. 392 le vit ius en a. C. 396 a un 
m. C; li] manque, C. 397. 398 manquent C. 398 mes M] et A. 399 con iloc laie li avoit C. 
400 il sen A; vint C. 401 trova C. 402 que lan li ot A. 403 detenist C. 404 a C; quil i v. 
CM. 405 que il n. Tobhr] quil ni AC; sans nul C, tôt sanz A. 406 si C; panse A. 407 s'] manque A. 
409 et] ou C. 410 atarder A. 411 dist que après A; s'en] manque A; ira C. 412 dira C. 413. 
414 intervertis dans C. 413 por qu'ele] qui ensi A. 414 se il p. e. an n. A. 416 a tant s. i. p. C. 
417 Ençois A; quil venist jus del C. 419 qui C; levoient ^1. 420 a fet un saut -i. 421 que sil ^1. 
422 amedui f. mal bailli A. 424 t. arrière A. 425 si amont le cief levé C. 426 et vit le pont 
desor tome C. 428 diva £st. 431 car uien avant C. 432 d'] manque C; rien ti A. 433 novele C. 



130 



ROMAN D'ALEXANDRE Pièc« 86. 



36. 

LE ROMAN D'ALEXANDRE. 

D'apr^ê 10 nmnuttriU: IhtrU, Artital 3472, /oï. W (A); BiU. Snt.fr. IhWb, /ot. \99r (Ci : 
fr. J5094, fol IQlr (J)j; fr. 787, /"/• 72^ (E) ; /r. 26617, M ISÔ' fOj : Jr. 7H6, /ol. 54» (H); 
fr. 24366,/»/. 142« (J) ; /r. 1590 (Sj ; fr. 1636 (T); l'urmr. BiMiotera Saiionate 1206, fol. 91« 
(F). — N<m« ttuivim» lu ffruphie du mamurrit II, telle <in'ellr a ftr rrpntduite dans 'Li Rttmam* 
d'Alirtimire par Lambert li Tore et Alejrandre de Itrruay.' Itrrauêgegeben eau Jf. MieMamt, 
Slutl^arl, 1846, p. 341.22 — 347.13. — Épisode de l'expédition d'Alexandre dans le désert. — Cf. 
l'Alexandre dr I^imprrcht 6004 — 6206 (éd. Weismann). 



Moult fil biaus li vregiers et gente la praele : 
inuult suuët' i flairoient red^alice et canele, 
Ijarinjîa»» et encens, chitttuaua de Tudele. 
très en milin del pré sort une fontainele, 
6 dont li mis estoit clers et blanqae li gravele. 
a rouge or espagnols pesa.st on la perrele. 
de fin or tresjeté i ot une ymagele 
sor deus pies de crestal, qui ne ciet ne cancele, 
qui re<;oit le conduit qui vient par la riiele. 

10 el vregier lor avint une mervelle bêle, 
(lue desous cescun arbre avoit une pucele: 
il nen i avoit nule sergante ne ancele, 
mais toutes d'un parage, cascune ert damoisele. 
le cors orent bien fait, petite la niamele, 

16 les ious clers et riano et la color novele. 
pins ert espris d'amor, ki veoit la dansele, 
que s'il ëu8t le cuer brtii d'une estincele, 
et plus li saut el cors que chevaus de Castele. 
Alixandre en ont dit li viellart le novele: 



(|nant li rois l'a Oie, joians li (u et bêle. SO 
quan(|ue8 il a aie, ne prise une cinele, 
se U nés voit de prés; les ii vieUars i^>ele: 
'conduisiés moi ceste ott delés eeste Taacele. 
que dusqu'en la forest n'ert ostee ma sele.' 

En icele forest, dont vos m'Ses conter, 26 
nesunc maie chose ne poet laiens entrer, 
li home ne les bestes n'i osent converser. 
onques en nesun tans ne vit bon yvemer, 
ne trop froit ne trop chaut, ne negier ne grealer. 
ce conte l'esi-ripture, que hom n'i doit entrer, 30 
ae il nen a talent de conqaerre ou d'amer, 
les déesses d'amors i doivent habiter, 
car c'est lor paradis ou el doivent entrer. 
11 rois de Macédoine en a 5i parler, 
qui cercha les merveilles del mont et de la mer : 35 
et se tist il mëismcs ens el fons avaler 
en un vaissel de voirre, ce ne pnet bon fausser, 
qu'il fist faire a sa guise fort et reont et cler 




4 en» en //; ot ^'y/./,/^l.; fontainiele H. 5 Li ruisiaus I/,iia.; la doU (U ene <') eat. clere At'ItEFtiT: 
la perrele .('/. 6 mnmiut F-, riche />'»', roche A, fin ./; passast in\na ; grauele AU. praele HlfTS^Ba.; 
De fin or esmeret ert faite la planciele ('. 7 mam/ur ./; Et dor bien tr. (', Dor fu b. tr. A'; aaael* 
/>, nialciele (', inasele E, marcele -t, nacele <i, ymagiuelle F. 8 Sut S, A A; .iij. ('. 9 praiele //./. 
10 minupi, A; En la forest av. ./; biele //. 11 desor ddT, deaus S,Ha. 12 el A; Elle naaoit D; 
nule] mie /', ne /'; servante T, toit gente ./, chamberiere JtFdT; ni F; naacele /X/F n toute 
PJ; t. despousee (', de par. E. 14 avoit CEJ; fais I>F; et petit F; lor //. 15 vain' ' ; le 

uis freis colore et clere la maisele A. 10 cil qui J; voit .UlS^Ha.; pucele EFT, damoi.** . le* 

pncelea C 17 innnqiir //; broi DES^ broie 'r, brusle -I, bien point '*. 18 manque t ii i ,iii ; Plu» 
1. lalleit li c. J ; pi. salant <'; li cners ./; destrier» n<iT; qui révèle V. 19 • al. CEr,IITF,Ha.; en] 
manque EIf,/{ii.\ dient DEFdT; la] manque C; Li v. en o. d. Al. nov. .V. 20 loit dire .1. knttadi 

nt'r n« f«- •! rtL-ff. /-•tr'. . • .-..-» o /-.• ^ r. a-t __ •.. âitU O.. . _-• n. •- 




131 



Pièce 36. 



XIP SIECLE. 



et enclorre de fer, qu'il ne pëust quasser, 

40 s'il l'estëust a roche ou aillors àhurter, 
et si que il pot bien parmi outre esgarder, 
por veoir les poissons tornoier et joster 
et mètre lor aguaiz et soveut cembeler. 
et quant il vint a terre, nel mist en oublier: 

45 la prist la sapïence del mont a conquester 
et faire ses aguaiz et sa gent ordener 
et conduire les oz et sagement mener, 
car ce fu tous li mieudres qui ains pëust monter 
en cheval por conquerre ne de lance joster, 

50 li gentis et li preus, li larges por doner. 
la forest des puceles ot oi deviser ; 
cil qui tôt volt conquerre i ot talent d'aler: 
. sous ciel n'a home en terre qui l'en pëust torner. 
Molt fu liez Alixandres des noveles qu'il ot. 

55 por veoir les puceles durement s'en esjot 
et commande au conduit que il ne dïent mot ; 
et l'ost fist esploitier au plus tost que il pot. 
de ceus qui vont devant sont sëu li esclot, 
car cil qui desrotassent, se tenissent por sot. 

60 Quant li Griu ont vëu la forest, si sont lié. 
mais ainçois que il fussent d'une lieue aprochié, 
sentirent la flairor des herbes par daintié, 
les odors des espices, dont sunt plain li vergié : 
li malade en devinrent baut et sain et haitié. 

65 mais d'une chose furent ainçois bien aeointié, 
que dedens la forest n'entrassent sans congié. 
en l'erbage defors sont descendu a pié. 



estes vos les viellars qui la sont repairié: 

a Alixandre vinrent, si li ont consillié 

que de l'entrer el bois u'i ait plus delaié; 70 

les dames les désirent, bien seront aaisié. 

Alixandres commande l'ost a mener avant, 
quar el bos as puceles vuet aler déduisant, 
son senescal apele Tholomé en riant, 
les noveles li dist que cil li vont contant. 75 
et les puceles iscent de la forest s'emblant, 
vestues come dames, mult bel et avenant, 
quant voient çaus de l'ost, encontre vont juant 
tant com li ombres dure, car ne pueent avant ; 
ja si poi ne passassent, que mortes câisant. 80 
mais plus aiment les homes que nule rien vivant 
por çou qu'en cuide avoir cescune son talant. 
cil de l'ost les aprocent, si en vont mervillaut, 
quar de si bêles famés ains mais ne virent tant, 
ne ne fussent trovees de ci qu'en oriant. 85 

en pré les la fontaine Alixandres descent, 
qui plus flaire sôef que odors de pyment. 

Alixandres descent, iluec s'est arestés: 
ses conpagnons apele, si est el bos entrés, 
quant il vit les puceles, mult en est esfreés 90 
et de la biauté d'eles est issi trespensés, 
qu'il en jure son cief, qui est rois coronnés, 
ne se mouvera mais, s'iert li quars jors passés, 
'je commanc, biau signoi", por Deu, or esgardés ! 
vëistes mais si bêles en trestous vos aés? 95 
celés ont clers les vis plus que n'est flors de prés, 



39 à 44 manquent F. 39 qui u. pooit D. 40 lestuet G, leust D ; arochie Z>, a rochier G ; a aill. 
G; a piert* »S'; ahurte D, hurter G. 41 puet GT^Ba.; bien] manque S. 42 Et v. DG. 43 faire T,Ba.; 
eu 1. aguet *S'. 44 nellut D; a obi. DT^Ba. 45 sa sap. D; monde c. DFG. 46 ses] lors TS\ ses 
gens G. 47 ses DFG; homes G; sa gent (ses gens G, tresbien <S') deuiser DGS, par terre et par 
mer F. 48 « 51 manquent D. 48 fust 7'.S'; aine F. 49 n. en sele abiter G, enseigne porter S. 
50 gent. et 1. larges et li pr. TS,Ba.; et larges F. 52 vuet DF. 53 nest hom F. 54 d. merveilles F. 
55 deuint senez le jor {sic) D. 56 die DFG. 57 Ses ost F. 58 seur D. sieui G. 59 fussent tenu 
F, il feissent que *S'. 60 veue DF; son FGT^Ba. 61 qui se DF., quil en G; demie F. 62 des arbres 
G; ien lorchie F; p. daintiez D. 63 et 64 manquent F. 63 Des S. 66 ne fussent aprochié (acointie 

D) DFGT. 67 dehors DG. 69 vont G. 70 en TS. 72 à 87 dans A sont j^htcés après 179. 72 a 
venir FGT, mener en av. A. 73 en b. T, des GT, es A., viut H; prendra herbergement .1. 74 Sor 
son cheval./; Tholl] si li dist *S'. 75 Si li dist la raison (la novele A) ACEHJ) il C. 70 f. deuaut 

C, errant DF, guiant -/, riant »S', chantant AE, cambant T. "il et bel ACEJ. 78 Q. eles v. lost A : 
voient ACDFFGHT; joiant AD, cantant •/, riant S. 79 manque H; lor arbre durent C; que ACE, quil./. 
magique S ; porent ES; en av. *S'. 80 manque CE; nel p. D, ni A, nen J; parlassent H, ississent J; q. 
morissent errant 7', pass. m. ne c. AJ ; (voy. Tabler, Verm. Beitr. /*. 133). 81 M. mieulz S. 83 1. (sen7>) 
conjoient DFGT; sen DFG. se EAJ, les C; dosnoiant C, deuisant II; molt s. v. m. A; qui m. s. 
V. hastant J. 84 dames CF; n, v. ains m. ACE, n. r. onques HT,Ba.; Car de déduire a elles sont 
molt desirrant J. 85 à 87 manquent CEH; 85 à 110 manquent J. 85 en iusque en F; occident 

D. 86 es près DFG. 87 flairent D; ne p. A, qui ajoute 2 vers. 88 à 100 manquent A. 88 est 
HT. 89 en b. T. 90 Et q. v. DFG; voit H,Ba.; sen E; si est avant alez DFGT. 91 si fort t. T. 
92 II T; Qu. a jure C; q. dor est (est d. 7") c. CDEFGT. 93 sen DEFG; remuera CDF, remouera 
EG (mais manque); tornera T; si iert qu. DG. 94 Ses barons apela si lor dist ca venez (esgardez 

E) CE. 95 V. ainz T; iccles //. 96 à 98 manquent H. 96 Eles CDEFG; en p. CE, destcz /"; pre D. 



132 



ROMAN D'ALEXANDRE. 



Pièce 36. 



les iooB vain et riann plus que ftacooi mdét. 

vëistes aina teoa nés ne si amesurés? 

loH hoiicheH ont bien faites, ja mais teas ne verés, 
100 u baisier n'a sentir, en cel pftitt n'irés, 

et ont les denn piuH blanM que yvores planés, 

ne que la flora de Uh c'amaine li estes. 

bien Hnnt faitcH de cors, grailes ont les eostés, 

iniimelcfl ont petite» et le» flans bien molles. 
105 le» unes snnt vestues de ciers pailes rOés, 

les plnsiora d'osterins et li mains de cendés. 

tontes ont dras de soie tout a lor yolentés. 

unie riens ne lor faut, ains ont de tout assés, 

fors conpaifiniic d'onnie, et H'en est jçrans plentés. 
uoor «ejornon» o eles, moult nous ont désirés.' 
I>e dt'vunt le forest ot nn pont tomëis 

sor l'aighe de C'harie qui vient de Valbmnis. 

les entaches del pont sunt de marbre poli(s), 

ot les sonslives snnt totes a or massis, 
1 15 les plansqnes snnt d'ivoire as bons esmans trellis. 

de l'autre part del pont ot un tresjfet<*i», 

dens enfans de tin or fais en molle fondis; 

li uns tu Ions et ffrailes. l'antres gros et petis; 

uieubres orent bien fais, vis formés et traitis. 
i20desous ans ot n briés qne nns clers ot escris, 



qni lor fait par aogiure deffendre le plafssiz. 
si com Tos aproça et il Oent let criK. 
eeteiuM saisit an mail, s'eat li pas eontre<Us. 
AUxandres deaeent del destrier arrabia 

et monta «or le pont , si s'est <mtre tanwlHi 125 
qoant il voit les enfans qni ont lea aaaa Miaii, 
il se retrait arrière, qu'il rrient estre péris. 

Quant li rois voit les it, qni se vont deffeodaat, 
ses conpapions apele, si lor dist en riant: 
'je Toi ontre cel pont nne mervelle i^nt: 130 
a l'entrée de la ii enfans en estant, 
de II nrrans mans d'acier se Tont esereniasant : 
n'i cuic ja mais passer en tre^tont mon vivant.' 
qnant li baron l'tiirent qn'ilnec snnt atendant, 
en la place ont guerpi maint destrier anferrant: 135 
il montent sor le pont, qni plus tost puet, corant, 
vont veoir le mervelle, que li rois va contant, 
adonc i snnt venu li doi vieUart Persant 
qni par tons les desers vont le roi condoisant 
et toiites les mervelles de le terre mostrant. 140 
Alixandres a dit: 'segnor, venési avant! 
dites par quel manière snnt ici cil enfant.' 
li ains nés li a dit qne por lui fera tant 
qne çoq fera remaindre dont se vont mervillant 



97 corne f. /'. 98 v. mais ites et (ne E) si CE; aine DG; tel />; n. si bien S. 99 Boaceitei Jl; 
f. mais telcs ('. 100 a sent. C; teus IF, ce«t E, tel >',fl"., nul C. 101 blanche* EO; qulv. (qoe vire» 
D, que voire» 7'.S) reparez /XiTS. 103 gr. (gentes C) par 1. CE, bien ont fait 1. I>OT. 104 wtamque 
T\ bien faite» ('E\ 1. den» E. 105 bons p. FGT, dun bon paile roe />. 106 lea maina HS^Ba.; miena 
A>^'; dost. le» autres /•'; et li miche destoreiz cendeiz (!) T. 107 selonc lor (E. 109 Saina c. <*; 
domeji I)F(tT; si nest (i ; si en est assez C. 110 maut/ue If; ont sejomez E. 111 Par CEFHJ, 
Devant (. . poncel) .1. 112 Clarence CDEFGT, Claoance ./, Guianca .1; q. eis A; des v. E, devers 
DFG.ITS; d. vans CE; bami» ./, bruiz F, binl D. 113 estatges .1, estampes HS,Ba.; sont] qnlft J; 
voltiz .1. 114 manque If; 1. sueles en s. C; de tin o. masseiz J. 115 Et 1. pi. div'." AFG; de 
croie If; a AVDFGT; eslis DFGT, gentis ./. 116 tref get. D. 117 font J; a FG; marbre J; 
fonti» I>E, sontis G: et molez et faitiz .1. 118 f. gros G, f. grailes et Ions •/; et li antres p. C, 
li autr. gr. p. .(/:./; massis G. 119 Les m. CE; ont CEFT; b. formez FT; le v. bel T; Inaet t 
tr. .1; forme J>G, molex CE, bien faiz T. 120 et 121 </«»* A(EJI./ *nnt jttucr* aprh 123. 120 
Par d. ot H\ desor CEG.J; J. brief CEH; cuns cl. i EF; escrit E. 121 ft 122 manquent F. 121 
Qnes C, q''»! HJ; lor] le» .1, moiu/ue CElfJ; argiiire (»', eninre />. nigremance EJ, ingren. CH\ 
aa ./, al C/f. en E; pais /), paseis CE, passiz .1. plasseis //-f, plarssis ''. 122 et oireut (oieat T) 
n<'T. 123 sai«i»t CDEG; tenoit F; chiert .1; li p. ^pons ./) est (ert DF) c. IfFG./T. IJJ «"m -'• 
(oom bons./) de «en» (de s. est //) garnis ^amanuiz -I) CEIf./A. 12'> monte />'•; et //; f 
«cuelli» AFJT, sali» //. 126 il] manijur ADFGT; rit ACnEFG.I; \. ymarges ■/, 1. .11. enf 
les m. ont F; quorent lea m. .1. 127 Lors se •/; sen retorne '': retraist G, rvmitt D; q. c«td« 
DFGT, Ru. ; q. ni parsoit ./, que il ne soit CE; trais T,B». ; si sest outre escuellis //. 128 vit ACDEGJ; 
i'x sont />; devisant //. 130 ce PffS,Ba., le T; veei ultra c. p. nn grant enchantement A. 131 Dos 
enfanz ai ueuz liin petit lautre grant .1. 132 manqur AT; A PEFGJ, mans gr. G; Et d* .11. ■. 
IIS, lia. ; de fer F; vont si (EJ, se sont S,Bti. 133 mumpir A ; Je ni c ja p. J; a EF. 134 "•«iN^ne <?; 
sa genz lentendirent .1 ; entend. H, en estant C; merveille en orent grant -S m«lt sen vont merreiUaat 
-I. 135 matu/ur II,B<i.; A cel mot .1; ot AI); Et deseendi chascuns dnn S; m. riche .1. 136 II ITS ; 
q. tost p. et GT; pot ADEJ, vont IIS,B<i.; avant .1; tost et i!>nelement F. 137 Et voient CEIIJ. 
138 A tant CPEFGJT; passant C. 139 Car J; p. mei .1. 140 «î 144 loOUemtnt di0irnU danji 
A. 140 contant N. 141 lor dist CDEFG.L 142 font C\ ci Iclat A"; ciat CDGJ. 143 n. rttpondi ^ 
144 va CE; q. f. remanoir trestot lonchant^ment A DFGT. 



183 



Pièce 36. 



XlP SIECLE. 



145 Li viellars lor a dit qu'il lor fera laissier 
les maus et l'escremie dont il sunt costumier. 
Alixandres li prie que penst de l'esploitier: 
plus li donra fin or qu'il n'en porra baillier. 
'sire,' fait li viellars, 'ne vus caut a coitier! 

150 laissiés moi bonement atorner mon mestier: 
je vus en ferai un en l'iave trebucier, 
que vo oel le veront a un poisçon mangier, 
et l'autre en porteront diable et avresier.' 
Près de l'encantement est cil ajenelliés 

155 et saut del pont en l'iave et puis est redreciés. 
ses mains tendi en haut et revint sor ses pies, 
puis se rabaise en l'iave, ii fois s'i est plonciés, 
et a la tierce fois, quant il fu essechiés, 
•voiant tous çaus de l'ost, s'est li enfes bronciés 

160 par tel air en l'iave que tous est defroissiés; 
voiant les ious le roi est d'un poisson mangiés. 
puis que li uns d'ans fu en l'iave perilliés, 
ne pot durer li autres que ne soit depeciés : 
uns diables l'en porte ki forment s'en fist liés, 

165 les jambes li peçoie, les bras li a brisiés. 
'e Deus'! dist Alixandres, 'par les toies pitiés, 
de quanque me donas soies tu gracies! 



cil qui fist ces enfans fu mult outrequidiés.' 
les maus que cil avoient, ont iUuecques laissiés. 
Alixandres i cort, si s'i est essaies, 170 

mais il n'en mëust un, por estre detranciés. 

Après le roi i courent tôt li per essaier: 
de folie se voelent pener et travillier, 
le menor ne pëussent xv boef cliarroier. 
a tant s'en passent outre serjant et escuier, 175 
et dansel et jeldon et turcople et arcier, 
qui estoient venu en l'ost por gaegnier; 
après vienent les bestes c'on maine por mangier. 
quant il furent tuit outre, si dut solaus couchier, 

En le forest s'est l'os celé nuit ostelee: I8O 
il n'ont autres osteus fors cascuns le ramee. 
les puceles n'i firent plus longe demoree, 
cescune prist le sien sans autre recelée: 
qui sa volenté volt, aine ne li fu veee, 
ains lor fu bien souvent d'eles amonestee. 185 
cil legier baceler ki tant l'ont désirée, 
qui pieç' a sont issu fors de la lor contrée, — 
cescuns n'i ot sa famé ne s'amie amenée — 
toute icele nuit ont mult grant joie menée, 
tant que biaus fu li jors, clere la matinée. loo 



145 lor] li ACEJ; ont d. J; quil le f. J^J, que cou C, que il A; feront J. 146 de lesc. CE; les 
cuignies HS^Ba.; A donne un vers différent. 147 que pense despl. HS,Ba. 148 mcmqiie AJ; lor D; 
dor fin G, avoir F; que CDHT,Ba.; ne GDEGS; voira CEGHT,Ba.; chargier ,S'. 149 S. dist 
CDEFGHJl\Ba.; v. quier J; de c. CET: dacointier HS,Ba; trichier ./. 150 bêlement ACDEGIIJ; 
m. destrier T; mon cors aparellier ACEHJ. J ajoute: Ne ne me hastes trop datenprer m. mestier. 
151 Ja //; Je vos (Je en DFGT, Cha en .4) f. ja ACDEFGJT; lun ACEFGJT; en terre A. 152 vostre 
ACDEEGJ; as poissons J. 153 o av. A. 154 des encantemens CEE- sest CEEG; cis sest D. 
155 Dune A; et] manque CEJ: sen est C, si sest J; se va redrecier E; si (et T) revient (reuint .4) 



158 Puis resorti (Et p. resaut 2') amont après sest (est T) essuies GT; eslaissies J. 159 Devant J; 
t. c. en liave i/; est F^Ba., manque H; lenf. trébuchiez F- plongiez GJ; Li enf. ciet en levé devant 
tous est plongies C. 160 De A; en 1.] cai C; depeciés AHJ^Ba. 161 f u ^ ; de {des IT,Ba.) poissons 
GHl\Ba.\ sest en levé noiez D. 162 fu deus^l; trébuchiez 1\ envoies C. 163 puet /^GT; quil J^, 
quor DFGT; fust ./; damagies CE, pechoies G, defroissiés ./; li saut li pechies DFT; si li fallit li pez A. 
164 manque T; f. en fu DEG; fu aparilliez CEHJ^Ba. 165 manque AF\ pecoient If, depece CE, a 
fraites J; et 1. br. debrisies J, et les mains et les pies DGT. 166 la toie pitié DG. 167 donez 
AH; tu m. dones CDEFGJ; vos AH; mercies H. 168 manque ÇDEFGHT ; cel engien J. 169 il 
av. ACEJ; o eus i ont CE; ont il je cuic laies //. 170 i vait ACDEFG; qui si est A, et si sest 
H,Ba., si sest TS; eslaissies //. 171 II nen m. (leuast -1) un seul AHJ; depeciés *S'. 172 si vont AT, 
corurent HS,Ba.; eslaissier H. 173 vorent C. 174 portassent J; .IV. ACE; XV bon chevalier //. 
175 Adonc ^1, Apres T; se rient esc. D; chevalier J. 176 et 177 manquent T. 176 Damoisel 
CEGHJfBa.; et garçon C, et turcople J, et mescin H.Ba.; et geudons et arc. ./, et molt de bon arcier 
H,Ba. 177 en lost venu ^C; guerroier ./. 178 manque F; pussent ACDEGT; lor buef C^; quil (qui 
CDE, que A) mainent (vienent E) ACDEGJ. 179 manque CEH.T; Et qu. (tout manque) G; près 
fu de lavesprer 4. 180 est AHT.Ba., fu »S'; toute n. i>r. 181 Ni ont (ot C) ACEJ; norent pas ost. 
DFGT (Il manque T) mais ACDEFGJT; sa ADEFGJ, manque T. 182 font EH. 183 prent .1. 
a pris H; a T; nule ACDEFGJT, demoree D. 184 volt faire .1, ot D, quist J\ ne 1. f. pas 
CDEFGJT; celée H. 185 li DGT; bien par eles sov. AEHJ. 186 q. lorent d. A. 187 hors DG; 
q. de p. s. fors trestout H. 188 C. i a (ot T) EHJST,Ba.; ou (et EJ) samie EHJST,Ba.; apelee D, 
menée FH; C. a pris samie et ens el bos menée C. 189 manque CE; Trestuit 2\ Trestoute DGJ; 
celé F; ont gr. (lor .1) j. ADFGJ. 190 granz A, clers C; et cl. E, bêle C. 

134 



BOMAN P'AUCXANDRE. Pièoe 86. 



quant il vaelent maugier, s'ont viande truree, car la roajon estait «tocc le blanc mealee. 

bien a quatre mil humes le traevent conra«e. qaant li roia Tôt coiaîe et lot bien aviaee, 

il demandèrent ll^ave, el lor fu aportee. lors a dit a ses homes: 'une coa* ai peasM. 315 

il vont a Timai^ele qui par leus eut trOee, qoi ceste femme aruit de ceat conftrs gittea, 

195 et ert par artiiuaire ninlt menu traHgetee, tant que il la tenint en la soi* ooBtvst, 

qui rev'uit le cunduit (|ui vient pur le bKee. on en devroit bien faire rSiiM eovoiM.' 

puis estendent les napen Hor l'erbe a la rosée, dans Clins, li tiuii Cauduit, Ta sor un mul montée 

il n'u sous ciel devise, lu ne soit présentée; ensi com' au roi plot: ju l'en ëoist menée. 230 

cescunH a huu tiUent la prent sans tiemuree. celé s'en voit porter, uult fa espOentoe 

200 après inaugier s'en vont de|)urtcr pur lu pree. et regarde Alixandre, merci li a crïee: 

qui vuet fruit de meniere ne cbiere herbe Itiee, 'gentius rois, ne m'ocirre, france cose oonoree! 

ass^s en puet avoir nanz nule deveee. quar s'estoie plain pié de la forest jetée, 

en le forest est l'os quatre jors sejornee, qne ëuisse des ombres une seule passée, 225 

trosque ce vint au quint qu'ele s'en est tomee. sempres seroie morte, tels est mm deatinee.' 

-JOr) Alixandres esgarde desuus une cepee li rois la regarda, plus ert bêle que fee: 

d'un vermel cerubin qui ot le fuelle lee por çou que ele pleure le color a mQee. 

et est u ourles dur menltement ouvrée. mervillonse pitiés l'en est el cors entrée: 

une pucele i vint bêle et encoloree, a terre le fait mètre, a Dieu l'a commandée. 280 

ainsi corne nature l'avoit enfaçonnee; celé s'ajenella, a terre est enclinee, 

SlOonques plus bêle femme ne vit de mère née. raultdemaine grant joie, quant ele est délivrée 

le car ot bêle et blance comme nois sor gelée: en le forest arrière en est malt tost alee. 

Il' l)iiuit»''s dv Sun vis durement li agrée. pub ont une parole entr'elles jHirpurle»'. 

!!•! volrent .1' l 'h i, ll.l l\l{<i.; si ont v. h\ fut v. T, lu v. (viulle EU) ont A* ttl.l. l'.»2 Bi«n] 
manque ACDEFC.I; a] Par <'; .x\. DFli, IIII. .c. ./; .v. c. mili A ; millen» dôme» CE; lor l fo A ; ara* 
CE. 193 demandent de />; el] puis ^', tost •/, si ADF, ele TES, on //; lor] manqur ES; « //; 
aprestee Cil), portée 7". 194 '' 190 nKim/iieiit F. 194 E v. .1; ont ■/; la fontaine G, marccle .4 7*. 
mnrzele E, mazele I\- majciele C, masiele JI; ert crevée .i ; q. dor fu tresjetee CElf, q. p. eiu ert 
tirée />. q. p. art ert ouree ^r, de fin or tresjetee J. 195 mani/ue CEFH.I; 195-199 nmnqurMi A. 
195 p. aucune (*ic) J>,p. nigromance T,Hii.-, meu TS. 196 manque J; Et DGT; laualee CF. 197 tas 
S; aval sor lar. (■; a] en T; ». lerbe arosee If. 198 Sous c. (El mont •/) nen a d. CDEFGJT; 
qui ni s. •/; aportee DFG.JT. 199 en prist S; \. trueve assavouree (atornee E) CEIIJ,li'i.; rec«le« T. 

200 »e ACDEG; déportant A, desduire EIU.Uo., déduisant CT; en N. 201 rt 202 mnHqHettt H. 

201 Q. vont CEFG, Quavolt(?) *'• et CEE; riche erbe CF. 202 pot G; A eon talent en prist CRJ; 
s. chose d. />, s. nule (iouae(!) .1) demoree ACE, atns ne li fu (qne n. 1. eet F) vee* FJ. 203 Mat 
Af)EFGJ; bien (si G) .111. j. DFG; ostelee I>GT. 204 Dusqne CE, Tant q. tiFGJT; rerint /); 
quart DFG; alee FG. 206 regarde ACDEFGHJ; dales ./; copleo F, cypree G. 206 D. ^àmA 
celebrin CE; v. terebint J; dont 1. f. fu 1. CE, vit (en .1) 1. f. estelee ADFGT. 207 mnmqn* A; 
Et si F; ert CDEFG. fu ./; a (d* F) oiselez FT (dor ntanque) ; oisiaos CE.I, uearet />. '"'» F" r. 
une p. -1 ; vit ACDFGJ; qui iert enc. US, lia ; gente et enc. .1, moût b. et col. E. 209 fi- 

plarf aprè» 211. uiuiique //; enfiguree C, enfaituree £"•/. 210 tant b. A; rien AJ; ht ' 

211 manque AF; tenre et bl CG, bl. et tenre I>EF. 212 ^ 214 manquent A. 212 Qaant li rois 
la coisi ./; molt forment C. 213 manque ./; Quant F; H H; colore DG, vematu //; li (si F) ait 
Fff. 214 manqua ,/ {roir 212); et tresbien CDEFG- deuitee IfS,Bn., engardoe F. 215 81 CBJ, Et 
.(//; dist o soi meismes •/; rien .1; apensee />, en p. T. 216 Q. ar. c. .1; dame AF; avert C', la 
forest DFGT. 217 Et la peust tenir .1; Et en 1. •. terre conduite (et c. CEU) et mené* (aosaiM* •/) 
CEUJ. 218 Bien en devr. on ACDEFGT. 219 Caduit DEG, Cardait J; on mont //; leva* A. 
220 portée ACDEFGJT. 221 test .1, est CDEFG-, Quant ele iewrria 9 tmo» mp. J. AG nj<H,ieml: 
De la paor quele ot t)uatre fois sest (sest q f. .1) pasmee. 223 G. hoiu J; noda CH, moct EG. 
224 se jestoie .(•/. s. ie ère D, ». giere 'r, s. fusse F; un p. .1; fors de ce bos porta* •/. 225 Q'eusaa 
une DEFT, Et nesunes CJ; que jou eusse lombro G; sealeroent trespassee CDEFG JT; une soi* d. 
o. eusse tresp. -1. 226 Tantost HS,tia.: tele CFUS. 227 Alix la vit (voit //. lesgarde .4) ACEtf-, 
pi. b. que nest (dune If) t. ACEHJ. 22» manque J-, quele ot (a D) plore (ploroit CE} ACDEFGT-, 
a la c. (r'; ot CFTA; ot la c .4. 229 li /tS,Ha.-, aa <;, en T; cutt DGJ, cur -4. 230 Ariere J; iist 
CDEFGJT: 11 1. mist a la t. .4. 231 E c. sagenouille .4; parfont A, aval CEJ-, sest ACDEFGJ-. 
aclinee CE, clinee DFG. 232 'î 242 manquent A. 232 sen est CE, se vit DG, ». voit FT, ». sent T: 
escapee //. 233 Ar. en ./; san est tôt (si sen est ./) retomee CDEFGJT. 234 porpeasaa EJ, devisas G. 

185 



Pièce 36. 



XIP SIECLE. 



235 que l'ost coHVoieroient coiement a celée 
tant com l'ombre del bos pora avoir durée, 
cil de l'est s'esmervellent qui l'orent esgardee, 
tomer volrent arrière, quant au roi fu contée 
novele que sa gens est au bos retornee, 

240 et quant il l'a oie, se teste en a jurée 

que, se nus i remaint plus d'une arbalestee, 
qu'il le fera ardoir en fornaise enbrasee. 

Alixandres apele les viellars, ses conjure 
par cel Deu ki forma trestoute créature, 

245 si lor a demandé : 'par comfaite aventure 
sunt en cel bos ces femmes ? est çou lois ou droi- 
ture? 
dont vienent et que vestent ? et ou truevent pas-, 

ture, 
quant a trestoute m'ost ont trové forniture? 
font en eles as deus nesune forfaiture? 

250 u ont eles trouvé jouvent qui tant lor dure, 
quant jou n'i ai vëu tombe ne sepouture?' 
cil li ont respondu ki sorent lor nature: 



'a l'entrée d'iver, encontre le froidure, 
entrent toutes en terre et miient lor faiture. 
et quant estes revient et li clers tans s'espure, 255 
en guise de flors blanques vienent a lor nature, 
celés qui dedens nessent s'ont del cors la figure, 
et la Hors qu'est defors si est lor vestëure. 
et sunt si bien taillïes toutes a lor mesure 
que ja n'i ara force ne cisel ne cousture, 260 

et cascuns vestemens jusc'a la terre dure, 
ensi com' as puceles de cest bos vient a cure, 
ja ne vouront au main icele créature, 
qu'eles n'aient le jor ains que soit nuis oscure.' 
et respont Alixandres : 'boine est lor aventure ; 265 
onques a unie gent n'avint teus trouvëure.' 

Li rois issi don bos et si homme ensement. 
les puceles les guient tant com li ombres tent. 
quant ne pueent avant, si sospirent forment, 
a terre s'ajenellent, voiant toute la gent, 270 
enclinent Alixandre del cief parfondement, 
a Deu le commandèrent qu'il le maint sauvement. 



235 convoieront CDFGJ, -oit E\ bêlement CDFGJT. 236 lombres CFGJ; poroit I)FT; aura point 
de C. 237 quant J)T- il lont D; q. (quant C) les ont CHS^Ba. F ajoute: tex i auoit que ou elles 
faisoient demoree. 238 ariers T, arrier H, au roi DG\ au r. q. f. H, q. il li f. iX?; Mais au r. fu 
tantost la novele c. F. 239 manque T; ses gens .7; iert G; el b. CDEGJ; Que s. g. ert ou fa. 
arieres r. F. 240 manque D\ oi CE; Mais li rois Alix, a sa teste FGT. 241 retourne ./; r. dune 
T; demie (a d. F) arb. CDEFGJ. 242 a f. F; Je 1. ferai ard. en f. ou en bresse ./. 243 ses v. D. 
244 'manque A; De F; ce HTS,Ba., le C; P. celui G. 245 con per faite F; nature AJ. 246 cest 
b. A; dames DGT; se cest 1. DFGT; esse lor nourreture C. 247 et 248 intervertie dans CE. 
247 D. viuent CEJ; dont viennent C; qui lor trueve (livre AJ) p. ACEHJ; quex est lor vestëure 
D. 248 toute . . livrée J; fournissure CJ, fors nature lï; trovee pasture A. 249 manque FJ; Ou f. 
eles jD, En f. el. GHS,Ba.; F. eles a nos d. C; a dieu ^; soufraiture if. 250 trovee CD; Et ont eus 
tant E; Apres ou eles truevent T; vie CE; jovente q. t. d. A ; q. tous jours d. J. 251 trove (-ee 
CF) ACDEFGJT; tombel n. s. A, nesune s. T. 252 C. respondent au roi A; quil .7; sevent DF; 
la n. AC, laventure DFGT. 254 manque D; Jerrent C; muèrent E; vivent en closure J. 255 et] 
que Z>; biaus DFGJT; sapme FHJ. 256 A g. ACEFH; des H,Ba.; flor blance J; bl] manque S; 
viuent .777 (muent Michelant, Ba.); revienent (lor ma^^'we) DFGT; droitare CDEFGJT; bêlement por 
n. S. Pour les vers 257 à 264, voir Zeitschr. f. franz. Spr. u. Litt. 27. 133 {Foerster). 2bl Celé 
q. d. naist est A ; Li boutons qui enmi fait -7; sunt Ba., ont FT; de c. C, des c. E, dedens DFGT; 
lor FT, sa J. 258 E celé ^1; qu'est] de ADFGT, par .7; dedens 77*S'; rest A; la DFG; coverture 
DFGT. 259 molt par la bien taillie J; trestot E, chascune a sa ADGJ. 260 Ne J; coutel .7; faiture 
DGT. 261 tresqua AG. dusqua CDFJ; a t. D. 262 manque ,7; Et si JIS,Ba.^ Issi A, Ausi C; a 
EDHST,Ba.; devises ITS,Ba., deeses A, pucele DT, .II. siers CE; la c. CE. 263 vaura J; el A, 
en E; mai E. 264 Que nen aient A; la nuit DGT, au soir F, au vespre .7; q. nuis s. AF; ains 
quele s. DGT. 265 Al. respont J; teneure CDEGT, noureture J. 266 manque ,7; Aine mais DGT; 
tele CDG, tel AFHTS^Ba. ; aventure CDG, teneure F. 268 « 272 manquent A. 268 guie M; lor o. 
CF; pent J. 269 porent CDEFG; avoir 77. 270 sagenouille D; lor D, sa E. 271 Al. enc. J; Et 
clinent DFGT; des cies CJ, dou (de T) cuer ET; parfitement 77. 272 les c. DJ; qui CDEFJ; le» 
DJ; gart G, fist le (maint el C) firmament CE. 



136 



HUON DE BORDEAIX. 



Pièce 37. 



37. 

HUON DE BORDEAUX. 

JluuH df JJorileatix, chuimim )tr ijmlr publiât fMir F. (iursttirH ri ('. (irandmniMtH, t\iris 1860« 
p. IflS — 177; r. 5476 — 6927 fO.) : cuUntiiinnrr arer Ir manuêtrit <ie J\tri», fiiM. Xaf. framf. 2'2bi5, 
.M- 216' //*•)' — Huon, qui a Uif C'nriot, /e Jils de Charlemtujnf, doit èxfruUr, >U l'amiral 

dr Jiidpi/loHf, (roi* ordrr» dv l'rmpercur, t/nr /rru C'niniîtn- le rfeit auicaitt. 



Or faites pais, s'il toqs plaist, escontés, 

M ToUH dirai canron, se tous yolés: 

je TonB dirai par les sains qae tist Dêi: 

me can(;on ai et dit(e) et devisé, 
5 se ne ni'avés paires d'arjjent donné. 

mais saciés bien, se Deas me doinst santé, 

ma can(;on tost tous ferai definer. 

(tous chiaas escnmenie de par m'atorité 

dn pooir d'Auberon et de sa disnité. 
10 qai n'iront a lonr bourses pour ma feme donner' 
Li fleus Seuwin nul point ne s'aresta: 

isnelement le tierr pont tresjmsa. 

vers le quart pont Hlielins s'en ala. 

quant il i vint, le portier apela: 
15'oevre le porte, mal ait qni t'enfçerra!' 

quant chil ITti qni le porte |<arda, 

isnelement en estant se leva. 

fols fn et fiers et grant maltalent a: 

armé le vit, tous li'sans li mua. 
20 Mahomet jure, les pies ni portera, 

tant c'armés soit, ains se desarmera. 

u voit Huon, fièrement l'apiela: 

'vasal', dist il, 'entendes a moi ça! 

jeu te demant comment tes cors pasa 
25 a ces ni pons que la devant trovas. 

puis qn'iés de France ne nos dens ne crois pas. 

par Mahommet. qui tôt fist et forma. 

saces de voir, que moult petit t'ama. 

qui ce vert elme en ton chief te laça. 
SOs'adont te vit, ja mais ne te verra, 

et s'il te voit, grans pités Ken prendra. 

puis que la feste saint Jehan commen(;a. 

li amirés moult bien le commanda: 

nos hom vivans qni armes portera, 
.S5 dedens me porte, par mon cief, n'entrera. 

li III portier qui gnardent pnr delà. 



qnant t*i laissierent, chtMans le eonpem. 

quant ieres entre, caitis. que c|«vennu? 

bien sai de voir. Tamirét t'odra'. 

'tais, glons', dist HUes, 'mal ait ki fengemiiiO 

vois qnele enseigne? je te mostenii ja!' 

il prist l'anel, contremont le leva. 

quant chil le vit, monlt tresbien connnt Ta. 

isnelement le porte desfrema. 

Hlles i entre, li portiers Tacola: 4& 

plus de vint fois le ganbe li baisa. 

'sire', dist il, 'bien ait qai vons porta! 

je vons afl, ne vous esmaiiés ja, 

(|ue l'amirés nul mal ne vons fera: 

se veus sa fille, pour voir le te donra. 50 

i|ne fait nos sire? qnant venra il deçà?' 

'vasal', dist HHes. *ja mais n'i paseni, 

et s'il i vient, manfés l'aportera.' 

a tant se teut et outre s'en ala. 

a lui mëismes Tenfes se dementa: 59' 

après a dit: 'Damedens m'aidera. 

bien sai de voir, diables m'enranta, 

quant je menti a ce pont par delà.' 

Des ore a Hâes les quatre pons p iwét . 
quant il fn outre et il fn arout^s. 60 

dont pert la voie du grant palais listé, 
ens ou vregiet l'amiral est entrés; 
Deus ne fist arbre, qui penst fruit porter 
<iue il n'ëust ens el vregiet planté, 
une fontaine i cort par son canel: 95 

de paradis vient li mis sans faaaer. 
il n'est nus hom qui de mère Mit aés, 
(|ui tant soit viens ne quenns ne mellés, 
que se il puet el rais se<i mains laver, 
qne Inès ne soit meschins et bacelers. 70 

Hnes i vint, d'éncoste est areatét; 
ses mains lav». et but de Taige aaéa. 



4 dit Forr*tfr. dix f, molt gr. m. /'. Jt". «iix J. /*. 35 •■• «n U p. /*. 

38 q. t'ier«8 fV; q. serais /'; et q. tarais P. 40 te porta /'. 43 trez b. )• raaiaa P. 48 bien r. /*. 

.^2 antrera P. 61 or prant 1. v. ver le p. P. 62 eiitr^ O. 64 q. on P. 66 s. doabtar P. 71 cest 
delez a. /'. 72 puez boit <i. l'a. /'. 



137 



Pièce 37. 



XIP SIECLE. 



C'est la fontaine a l'amiral Gaudis; 

li ruisiaus vient del flun de paradis. 
75 Deus ne fist feme, tant ait fait ses delis, 

que, s'ele boit de l'aige un seul petit, 

ne soit pucele comme au jor ke nasqui. 

Hiies i fu, li damoisiaus de pris: 

ses mains lava, deseure s'est asis. 
80 Celé fontaine, un serpent le gardoit: 

ja nus mauvais n'i metera le doit, 

qui soit traîtres ne qui fause sa loi, 

et s'il i vient, il est mors orendroit. 

Hiies i vint, li serpens l'enclinoit 
85 par le vertu del haubert qu'il portoit; 

de l'aige but, ses blances mains la voit; 

ore oublia chou que faire devoit. 
Hiielins fu ens el vregié entrés. 

a le fontaine Gaudise l'amiré. 
90 li ber i fu asis por reposer: 

la se démente, tenrement a ploré. 

*he ! Deus' ! dist Hiies, 'et car me secoures ! 

he! Auberon! comment esploiterés? 

faurés me vous, u vous me secorrés? 
95J0U le sarai, par sainte carité!' 

il prist son cor, s'a tenti et sonné 

tant hautement et par si grant fierté, 

li sans li saut et par bouce et par nés. 

Auberons l'ot dedens le gaut ramé: 
100 'ha! Deus!' dist il, 'j'oi un larron corner, 

qui a menti au premier pont passer. 

mais par chelui ki en crois fu penés, 

il puet assés et tentir et sonner. 

ja n'ert par moi secourus ne tensés.' 
105 et l'enfes Hiies ne cessa de corner. 

li amiraus ert asis au disner: 

chil ki servoient du vin et du claré, 

au son del cor commencent a canter, 

et l'amiraus commença a baler. 
110 ses hommes a erroment apielés: 

'baron', dist il, 'a moi en entendes! 

cil qui la corne en cel vregier ramé, 

il est venus por nous tous encanter. 



je vous commant, sor les membres coper, 

tantost que chil a laissié le corner, 115 

que vous ailliés fervestir et armer. . . . 

s'il vous escape, tôt sommes engané.' 

quant or voit Hiies, nus nel vient viseter, 

le cor mist jus, se laissa le corner: 

de ces biaus ieus commença a plorer. 120 

Quant or voit Hiies c' Auberons ne verra, 
saciés de voir, moiilt grant duel démena, 
'he! las!' dist Hiies, 'cis caitis que fera? 
ma douce mère ja mais ne me verra, 
cis las dolans, vrais Deus, que devenra? 125 

ahi! roi Karles, cil Deus qui tôt forma, 
il te perdoinst les maus que tu fais m'as! 
he! Auberons, tes gens cors que fera? 
moult iés malvais, se de moi pité n'as, 
car, par celui qui tout fist et forma, 130 

quant je menti a ce pont par delà, 
ne me souvint de çou que me carcas. 
se t'iés preudom, tout le me pardonras.' 
piiis dist après: 'dehait, plus plouera! 
se il me faut, la dame m'aidera 135 

qui le cors Deu en ses dous flans porta, 
qu'en li se fie, desconfis ne sera, 
et par chelui qui le mont estera, 
j'irai la sus, ne sai q'en avenra, 
et se dirai chou qe on me carca.' . 140 

dont s'aparelle, qe plus n'i aresta; 
l'espee ot çainte et l'elme relaça, 
vers le palais l'enfes Hiies s'en va. 

Vers le palais s'en va Hiies li ber: 
tant atendi el palais a entrer 145 

que l'amirés fu asis au disner. 
dont i vint Hiies et monta les degrés, 
l'auberc vestu, laciet l'elme jesmé, 
l'espee el puign, qui jetoit grant clarté: 
et Hiies est ens ou palais entrés. 150 

enmi la sale fu Mahons aportés; 
il estoit mis sour deus pailes roés, 
par devant lui ot quatre candelers, 
et sor cascun ot un cierge alumé 



73 S'est G. 75 dix G. 78 i vint F. 79 pues cest d. a. P. 80 Sele G. 82 loit G. 85 pour P. 
88 leçon de P; Hues f. e. e. v. est e. G; M. Foerster avait proposé de lire: Hues fu or ens e. v. en. 
92. 100. 125. 126 dix. G. 90 fuit li franc bons P. 97 si roidement P. 98 li P] en G. 102 pane G. 
103 sonner G. 111 enver moi ent. P. 113 n. corpz enc. P. Après liQ^ P donne S vers en jilus, 
mais contenant une réponse des autres, ils ne comblent pas la lacune dans G. Le vers 117, en revanche, 
manque dans P. 118 conforter P. 127 le mal P(fait); m'a G. 131 au premier p. delà P. 134 que pi. 
ploroit P; plorera Ba. 137 qu'eus G. 141 ne s'ar. P. 142 e. l'e. r. P] son e. deslaça G, ades laça Ba. 
147 degré G. 150 entre' G. 151 aporté G. 152 roe G. 153 lui PG] li Ba. ,154 ot P] ont G,Ba. 



138 



HUON DE BORDEAUX. 



Pièce 87. 



155 la ne pasoit Sarrasins ne Esclen, 
ne l'enclinast, volant tut le bamé; 
Httes pase outre, nel degm rcKarder. 
li Sarrasin l'ont forment regardé: 
dïent qu'il est mssaiffier» d'»)Utre mer, 

160 espoir qu'il vient a l'aniirul parler, 
bien les entent HUelinH li nienbrés: 
tons cois se teut, si est outre pasés. 
devant le roi s'en vint uns amirés: 
por Ksclurnionde se fi»t moult regarder, 

165 que il devoit a moillier espouser. 
riches hom fn et de grant parenté. 
*he! Deus!' dist Hlle», 'cestui doi jou tuer, 
se ne me veul vers Karlon parjurer, 
mais par cbelui ki en crois fu penés, 

170 je ne lairai por homme qui soit nés, 

que jou ne fâche chou qui m'est commandé: 
or face Deus de moi sa volenté!' 
vint a le table par devant Tamiré, 
l'espee nue, dont li brans fu dorés: 

176flert le paien, tel cop li a donné: 
le teste en tist sour le table voler, 
que l'amirés en fu ensanglantés. 
'Deus, boine estrine!' dist HUes li meubrés, 
'ce m'est avis, j'ai le paien tUé: 

180 de cestui sui vers Karlon aquités.' 
et l'amirés commenta a crier: 
'baron', dist il, 'che glouton me prendés! 
s'il vous escape. tout sommes vergondé.' 
et Sarrasin li saillent de tous lés: 

185chil se desfent cal li mestiers en ert. 
vers l'amiral est Hiles reculés: 
il prist l'anel qu'il ot el braç bouté, 
desour lu table l'a maintenant jeté, 
'amirés, aire', dist HUes. 'esgardés! 

190 a ces enseignes ne me faites nul mel.' 
li amirés h l'anel esganlé, 
lues qu'il le vit, si l'a bien avisé, 
a hante vois commença a crîer: 
'paien', dist il, 'ensus de lui aléa! 

195 car, par Mahom qui je dois aorer, 
il n'a çaieus Sarrasin ne EIscler. 
tant soit haus hom, se il li faisoit mel. 
que il ne soit pendus et trâinés.' 



adonc le laiaeot paien toat coi eater. 

car il redoutent 1« eoaBMBt Tuiiré. SOO 

et Hiies est tout coia Uaee mnéa. 

l'amirés l'a maintenant apielê 

'sire', dist UQes, 'faites ma volentt*: 

dist l'amirés: 'vaaal, tu paia aler 

parmi ma sale et de lonc et de lé. 205 

se tu m'avoiea cinc cenz hoaniM tflé, 

n'avras tu garde par bomne qvA toit léa.' 

et Hilelins s'en est avant paséa, 

vint a le tille Oftodiae Taniiré, 

trois fois le baise por sa foi aqniter. 210 

cele se pasme, quant sent le baceler. 

dist l'amirés: 'a vous fait issi mel?' 

'sire', dist ele, 'bien porai respaser.' 

une pncele vint devant li ester: 

ele l'apele con ja 6ir porrés. 215 

'ses tu', dist ele, 'por coi m'estnet paanar?' 

'naie'. dist ele, 'par Mahomet mon dé.' 

dist EscUrmonde: 'certes, vous le savrés. 

sa douce alaine m'a si le cner eablé: 

se jou ne l'ai anuit a mon coaté, 220 

g'istrai don sens, ains qu'il soit ajoraé,' 

et HUes est arrière retournés, 

u voit (iaudise, se l'en a apielé. 

'Amirés, sire', ce dist Hiles li frans, 
'je ne sui mie en vostre deu creans, 
ne pris Mahon le monte d'un besant. 
ains croi celui qui espandi son sanr 
et qu'en la crois pendirent li tirant, 
nés sui de France, de le tere vaillant, 
et sui hom liges Karlemaine le franc, 
li empereres a moult le cuer dolant. 
car ne set prince dessi en oriant. 
dessi qu'en Acre ne desqa'en Bocidant, 
tant que mers voist M- deva acovetant, 
que il ne soient desous lui adinant, 
fors vostre cors que chi voi en presaot. 
li rois vous mande o le fier bardemant. 
que. puis cele eure que Jhesns tist .\dant 
e k'il i)erdi Olivier et RoUant 
en Rainscevaus. u ot domage grant. 240 

n'ala li rois tant de gent asanlant 
que il fera a cest esté auan. 



225 



230 



Î35 



155 £*cler (i. lOH t'en v.] Mrvolt P. 167 dix O. 169 pwé U. 170 n4 G. 174 d. li poing f. 
d'or cl«r /'. 177 f. tous en». P. 178 diex G. 180 rai g* G. 184 li ». P.] aMWnt G,Ba. 19â raris» 
P. 194 estei» /'. 19t> Sarraains (;. 197 «U 1. f. nul m. /*. 202 l'a. a P. 207 n'aras Gi ne ''". 
208 paatf G\ alez P. 215 «piele G. 218 iarat G. 242 auan Tnhirr] avaa Bo-i avant /*' 



lad 



Pièce 37. 



XIP SIECLE. 



mer pasera a nef et a calant, 

et si verra deseur vous cevançant. 

245 se il tous tient, par Deii le raemant, 
il vous pendra, ja n'en avrés garant, 
s'ançois nen estes en Damedeu créant; 
a grant dolor morrés vous et vo gens, 
et se volés eskiever ce tonnent, 

250 dont vous faciès batisier erroment, 
si recevés le bautesme avenant.' 
dist Tamirés: *je n'en ferai noiant; 
ne pris vo Deu un denier valissant.' 
'Dans amirés', dist Hties, 'entendes! 

255 encor vous mande rois Karlemaines el ; 
car il vous mande mil espreviers miiés 
et mil ostoirs, ja mar le meskerrés, 
mil ours, mil viautres, trestous encâinés, 
et mil vallés, tous jouenes bacelers, 

260 et mil puceles, toutes de grant biauté. 
si m'ait Deus! encor vous mande il el: 
car il te mande tes blans grenons meUés 
et de te geule quatre dens maselers.' 
dist l'amirés: 'tes sire est fos provés! 

265 je ne le pris vaillant un ail pelé, 
s'il me donnoit trestoute s'ireté, 
ne laiseroie me blance barbe oster 
ni en après quatre dens maselers. 
quinze mesaiges a fait çaiens entrer: 

270 il n'en vit onques un tôt seul retorner. 
tous les ai fait escorcier et saler, 
et, par Mahon, li sesimes serés! 
mais por l'anel ne t'osons adeser. 
or te veul jou sor ton deu conjurer 

275 et sour la loi que tu as a garder: 
puis que tu dis qe t'es de France nés, 
quel vif diable t'orent l'anel donné?' 
or ne puet Hues en avant reculer, 
car trop redoute Auberon le faé. 

280 'dans amirés', dist Hiies au vis cler, 
'si m'ait Deus! je dirai vérité: 
par Saint Denis — que vauroit li celers? — 
j'ai ton segnor ocbis et decopé.' 
l'amirés l'ot, si commence a crier: 

285 'baron', dist il, 'lairés l'en vous aler? 



s"il vous escape, tôt sommes vergondé.' 

paien l'entendent, vers Huon sont aie; 

dont l'asalirent et en coste et en lés. 

cil se desfent cni li mestiers en ert. 

un arc volu a Hlies regardé: 290 

celé part vint et s'i est acostés; 

derrier n'a garde li gentis baceler. 

il tint el puing le bon branc acéré. 

oui il consieut a le fin est aies: 

mar querroit mire, que tost l'a meciné. 295 

mal de chelui qui ost vers lui aler! 

quatorze en a ochis et afinés. 

mais la li vint une grans povretés: 

du puing li vole li brans d'achier letré: 

uns Sarrasins l'a maintenant conbré, 300 

errant s'en torne et si l'en a porté, 

puis l'a maint jor en un escrin gardé. 

droit a Huon sont a un fais aie: 

vausist u non, l'ont a tere versé, 

uns Sarrassins s'en est avant passés, 305 

du col li oste le cor d'ivoire cler 

dont il soloit Auberon apeler. 

un autre Turs a le hanap esté. 

li autre l'ont maintenant desarmé, 

du dos li ostent le bon hauberc safré, 310 

eus el blïaut est Hiies demorés. 

puis l'ont conduit droit devant l'amiré, • 

Hiies fu biaiis et de moult jouene aé, 

clere ot le face, le vis traitiç asés; 

mais il Tavoit un petit camousé ■ 315 

por le hauberc ke il avoit porté. 

li Sarrasin l'ont asés regardé; 

dist l'uns a l'autre : 'voies bel baceler ! 

il ne fu fais fors que pour esgarder. 

bêle gens sont en France le régné: 320 

c'ert grans damages quant l'estevra finer.' 

et l'amirés a se gent apelé : 

'baron', dist il, 'or ça avant venés! 

de quele mort ert cis caitis tiiés?' 

dïent paien: 'sire, car le pendes!' 325 

iluec avoit un Sarrasin Escler, 

amirés ert, set vins ans ot passés, 

consiliers ert Gaudise par vreté, 



246 ares G. 247 damcdiu G. 248 gent G. 253 dieu G. 256 mue G. 260 biaules G. 264 te s. 

G. 267 n. li lairoie F; ester G. 268 maseler G. 278 mentir ne r. P. 281 aiut Jia.; dix G. 

282 celer G. 286 a mort estez livrez P. 294 al^ G. 296 lui PC?] li Jia. 297 affolez P. 298 grant 

G. 303 deuez H. P. 305 passe G. 807 il dobuoit P. 315 m. quil P. 320 biele G; gent G. 

321 grant G; q. il ert descopez P. 322 apiele G. 328 vretes G. 



140 



HUON DE BORDEAUX. 



Pièce 37. 



de moult bien dire eatoit acoustuméi». 
830 a Yoit Qaudise, «e l'en a apelé: 

'amirés, sire', di»t il. 'or m'entende* ! 

je TOUS dirai comment devée errer. 

il eHt hui feste saint Jehan eu esté: 

tu ne doiit faire jnstice, par mon Dé, 
335 8e tu ne veus contre ta loi nier. 

ois ne doit CHtre sifaitemeut tUéti, 

ains le devés en ro cartre jeter, 

et a niuugier li fai ariés douuer: 

uu au tout plaiu le t'estevra garder. 
840 quant che venra enmi le tans d'esté, 

a Haint Jehan qe devonn célébrer, 

dont feré» vous cestui chi délivrer, 

si 11 deyés un campion trover, 

a cui se puist combatre en camp malé. 
345 et se cis puet tuu eunipiou mater, 

laissier l'en dois tout par aiuors aler. 

et bon conduit li doin faire livrer. 

que il s'en puist aler a sauveté. 

et se li tiens puet cestui conquester, 
350 cis doit bien estre pendus et tr&inés.' 

dist l'amirés: 'bien vous ai escouté: 

se mes ancestres l'a ensement usé. 

je ne quier ja contre ma loy aler." 

dist li païens: 'iiil, par vérité.' 
'àtb adons fu HUes tôt" maintenant eombrés. 

dedens le cartre fu errant dévalés. 

li amirés l'a ensi coumiaudé, 

et si a dit que on li doinst a^és. 
he! las!' dist HUes, 'cou ci a mal ostel!' 
360 or vous dirai de lu dame al vis cler. 

qui estoit tille lîaudisc l'amiré. 

ens son lit jut et ne pot reposer: 

amors le poinst, qui ne le laist durer. 

elle se lieve, que n'i |)ot demorer. 
36.") un cierge prent qu'ele ot fait embra.ser: 

vint a le cartre, s'a le cartrier trové. 

u se dormoit par delés un piler: 

tôt bêlement li a les clés enblé. 

l'uis de le cartre a errant desfremé. 
370 'he! Deus!" dist Hiiés, 'qui me vient viseter? 

Sainte Marie, est il ore ajomé?' 



dist 1» pucele: 'mar vou- 

Httes, biau frère, en»! fui j»ii 

je lui le Mlle Oaadiae l'amin-, 

que voua baiMste* bui matin au diaaer. 375 

vo douce alaine m'a si le ruer enblé. 

je TOUS airo tant que je ne pois durrr. 

se TOUS volés faire ma volenté. 

consel métrai qe serés délivrés.' 

'dame', dist Httes, 'laisiés tôt <;ou e^ter! 360 

Sarrasine estes, je ne vous puis amer. 

je vous baisai, çou est la Terités, 

mais je le fis por ma foi aquiter, 

car ensi l'oi a Karlon créante. 

se dévoie estre tos jors emprisoné^ 3H5 

en ceste cartre, tant con porai durer, 

ne quier jou ja a vo car adeser.' 

'amis', dist ele, 'dont n'en ferés vous el'f' 

'naie, voir, dame, par sainte caritéf 

'par foi', dist ele, 'et vous le comperré».' 390 

le cartrier a erroment apelé: 

'amis', dist ele, 'envers moi entendes: 

je te defenc, sour les ieus a crever, 

que ce François ne doinses qe disner 

desc'a trois jours, ce te veul commander!' :^9", 

et cil a dit: 'dame, a vo volenté!' 

trois jours tos plains, tant le laissa juner. 

au quart jour est Uiielins desperés: 

'he! las!' dist Httes, 'il n'est ne pains ne blés: 

or voi ge bien, je serai afamés. 400 

he! Auberons, pollens nains bocerés, 

cil te maudie qui en crois fu penés! 

por \H>\ de cose m'as or coilli en hé; 

voir, vers ton cors ne fesisse pas tel. 

ne m'en pris garde, — si me puist Deus salver ! — 405 

quant je menti al premier pont paser. 

Sainte Marie, praigne vous en pités! 

rGine. dame, vostre homme secoures! 

que il ne soit honnis ne vergondés.' 

tôt canque HUes a dit et devisé. 410 

li damoisele a trestout estoaté. 

vint a le cartre. s'a Hnon apelé. 

'vasal', dist ele, 'estes vous porpensée? 

vauriiés faire rhou que j'ai devisé? 



330 npieles G. H34 j. en ton hostez /'. 338 livrer /'. 343 1« ('. 351 McoutM G. 354 pai«n G; 
d. 1. p.] 8« nmist dex /*. H55 combr^ G. 856 davtle G. 362 J. a. m p. P. 370 dix G; dont 
vient cette clerteit /'. 371 ja a. /'. HsO ceu plait •. P. 381 n. r. poroie a. P. 390 compcrré G. 
393 s. 1. membres coper P. 390 res|>ont toat a F. 405 ai P] m G,B>t.: dU G. 407 pit^ G. 
409 honneU (>'. 410 «le quant que /'. 412 apieile G. AVS porpenaé (>'. 



141 



Pièce 38. 



XII* SIECLE. 



415 se me voliés plevir et creanter 
que, se poiiés de çaiens escaper, 
vous m'en merriés o tous en vo régné, 
par Mahomet, je ne vous queroie el. 
se choii me veus otroier et gréer, 

420 je te donrai a mengier a plenté.' 

'dame', dist Hiies, 'si me puist Deus salver, 
se jou dévoie tos les jors Deu flamer 
dedens infer, ens la cartre criiel, 
si ferai jou toute vo volenté.' 

425 'par foi', dist ele, 'or as tu bien parlé : 
por vostre amor qerrai en Damedé.' 
dont li a fait a mengier aporter: 
Hiies menga qui moult l'ot désiré, 
et la dame a le cartrier apielé: 

430 'amis', dist ele, 'savés que vous ferés? 
ens el palais a mon père en irés, 
et se li dites, gardés ne li celés, 
que li François qui ert emprisonés 



est mors de faim et de grant povreté, 

bien a tierç jor: tout issi li dires.' 435 

et chil a dit: 'dame, a vo volenté!' 

puis a Huon pourvëu a son gré 

de tout ichou qe il li vint a gré, " 

de rices mes, de vin et de claré. 

et li cartriers s'en est a tant tomes, 440 

vint el palais, l'amiral a trové: 

'sire', dist chil, 'par Mahora, ne savés? 

li crestiiens c'aviens emprisoné, 

qui ert de France, de faim l'ai mort trové^ 

et ens vo cartre a se vie fine.' 445 

l'amirés l'ot, s'en fu grains et irés : 

'che poise moi, par Mahommet mon Dé! 

mais puis q'est mors, or le laisons ester: 

Mahoms ait s'ame par la soie pité!' 

ensi fu Hiies de la mort respités, 450 

et li cartriers li donna a plenté 

de tel mengier que il veut deviser. 



38. 

TRADUCTION D'UN SERMON DE SAINT BERNARD. 

Les quatre livres dts rois traduits en français du Xll^ siècle, publiés par Le Houx de Lincy, 
Paris 1841 (p. 566 — 571-J- ^V. Foerster, Li Sermon Saint Bernart, Romanische Forschungen II, 
157 — 161. (Un seul mamiscrit.) — I^ous avons suivi l'édition de M. Foerster. 

Uns sermons communs. 

Granz est ceste mers, chier frère, et molt large; c'est ceste présente vie ke molt est 
amere et molt plaine de granz ondes, ou trois manières de gent puyent solement trespesseir, 
ensi k'il delivreit en soient, e chascuns en sa manière. Troi homme sunt: Noé, Daniel et Job. 
Li priraiers de cez trois trespesset a neif, li seconz per pont et li tierz per weit. Cist troi 
homme signifient trois ordenes ki sunt en sainte église. Noé conduist l'arche permei lo péril 
del duluve, en cui je reconois apermenmes la forme de ceos qui sainte église ont a governeir. 
Daniel, qui apeleiz est bers de desiers, ki abstinens fut et chastes, il est li ordenes des penanz 
et des continanz ki entendent solement a Deu. Et Job, ki droituriers despensiers fut de la 
sustance de cest munde, signifiet lo feaule peule qui est en marïaige, a cuy il loist bien avoir 
10 en possession les choses terrïenes. Del primier et del secont nos covient or parler, car ci sunt 
or de présent nostre frère, et ki abbeit sunt si cum nos, ki sunt del nombre des prelaiz; et 
si sunt assi ci li moine ki sunt de l'ordene des penanz, dont nos mismes, qui abbeit sommes, 
ne nos doyens mies osteir, si nos per aventure, qui jai nen avignet, nen avons dons oblïeit 
nostre profession por la grâce de nostre office. Lo tierz ordene, c'est de ceos ki en. mariage 

421 dix G. 422 diu G. 423 c. mortel P. 433 quil ot P. 440 torné G. 443 quauiez P. 446 ire 
G; f. auques i. P. 452 m. corne P. 



142 



SERMON I>E SAINT BKRNAED. Pièee 88. 



Biint, trescorrai ju or briénent, si cam cfo« qni tant nen apartienent miê» • dm con U altre. 15 
c'est cil ordenM ki s weit trespemet ceste grant meir; et eiit ordenet est molt penetoM et 
perilioun, et ki vait per molt loBge Toie, si cnm cil ki noie «ente ne qnierent ne nvle adreee. 
£n cet! appert bien ke molt est perillouse lor Toie, ke nos tant de gent i veona périr, dont 
noH dolnr avons, et ke nos si poo i veons de ceos ki ensi treapeseent cam aeilian aeroit; car 
molt est griéft chose d'eschUir Tabysme des vices et les fosaea des criminala peckiei eitre le8 20 
ondes de cest senle, nomeyement or en cest tens ke li malices est si enforeiez. Mais U ordtnes 
des continenz trespesset a pont, et nen est nnls ki bien ne saicbet ke ceste voie ne aoft ploa 
briés et plu» le^^ere et plus sëure. Mais jn larai or eMter lo los, et si materai avant les péris 
ki sunt en ceste voie; car ceu valt molt miez et kî e«t plan utle chose. Droite est voirement, 
chier frère, nostre sente et pins 8ëure de la voie de» mariez; mais nen est mies totevoiea livre Sft 
del tôt. Trois periz at en nostre sentier: ou quant ancnens se welt ewier per aventne a vn 
altre, ou quant il welt ayere raleir, ou esteir el pont. Nule de cez trois choses ne pnet soirir 
li estrece del pont et li estroite vtiie ke moinet a vie. Fuyons, cbier frère, lo péril de tenxon, 
ensi c'uns chascnns de nos preist ensemble la prophète ke 11 piez d'orgoil ne nos vignet, car 
lai chfturent cil ki font malvestiet. De celny qni la main at mis a la charme et après se 30 
retoruet ayere, est certe chose qu'il npennenmeM trabnchet et ke li mers cuevret son chief. 
Cil mismes ki ester welt, ancor ne lacet il mies la voie, sel covient il totcvoies chaor per cea 
qu'il ne welt esploitier, car cil ki après vont lo bottent et trabnchent. Estroite eat U Toie, 
et cil qui esteir welt est a enscombrement a ceos qui welent aleir avant et ki désirent ea- 
ploitier. De ceu est ceu ke li altre l'urgHent et reprennent et dïent k'il soffrir ne paient la 35 
perece de sa tevor. cuy il assi cum per uns awillons destraignent et bottent assi cnm a lor 
mains, ensi ke celui covient lo quel ke soit esleire, c'est ou esploitier on del tôt défaillir. Ne 
nos covient donkes mies resteir et molt moens nos covient ancor rewardeir ayere ou nos ewier 
as altres; mais mestiers nos est ke nos corriens et ke nos nos hastiens en tote humiliteit, ke 
cil ne soit aucune fïeye trop eslonziez de nos qui fors est issnz si cnm giganz por corre la 40 
voye. Si nos cestui'assavorons et nos adés lo mattons davant l'eswart île nostre cner, dons 
corrons nos ligierement et tost trait per son odour. Ne nen atroverunt mies trop estroite la 
sente del pont cil qui per lei vorront corre. De trois tisons est faite ceste sente, por ceu ke 
li piet de ceos ki a lei se vorront apoier ne puist glacier en la voie. Li primiers est li poine 
del cors, li seconz li povertez de la sostance del munde, li tierz li obédience d'nmiliteit; car 45 
per maintes tribulations nos covient entrer el règne de Deu; et cil ki welent devenir riche 
cbieent ens temptatïons et el laz del dïaule; et cil ki de Deu se départit per inobedîence, repairet 
senz dotte per obédience a lui. Et por ceu covient il ke cez trois choses soyent ajointes 
ensemble: car li poine del cors ne puet estre estaule entre les richesces. ne li obédience aens 
la p<tine ne puet mies estre ligierement discrète, et li poverteiz en deleit ne pnet eatre eatanle 50 
ne glorïouse. Mais eswarde si tu perfeitement nen es delivreiz des periz de ceste meir, quant 
cez choses sunt ateirieies ensi cum eles doyent estre, c'est lo cuvise de la char, et lo cavise 
des oylz et l'orgoil de vie. Et dons seront eles a droit ateirieies, si ta en la poine eadiflia 
riinimcïence, en la poverteit lo cuvise et en l'obedïence ta propre volenteit: car cil qui mur- 
murarent, périrent per les serpenz, et cil qui welent e.«tre riche , il ne dist mies cil qui sunt 55 
riche, mais cil kel welent estre, chieent el laz del dïaule. Mais k'i iert U de cen si ta, ke jai 
nen aviguet. desires si ardanment, ne di mies richeses, mais nés celés choaea BisBCS k'a 
poverteit apertienent ou nés ancor ])Ius ardanment ke li gent del seale ne h^ent lea riehcsoes? 
Quele disse vrance pnet ci avoir, kele ke li sostance soit c'um desiret, puez que U cners est 
ewalment corrunipuz, si de tant non ke cen samblet estre plus soffraole chose, désirer pins 60 
ardanment celés choses ke de plus grant preis sunt quels k'eles soient! D'altre part, cil dezoit 
lui mismes ki ensi se contient anvertement ou receleiement, ke ses prelaiz ne li enjoignet se 

143 



Pièce 38. XIP SIECLE. 



cea non qu'il welt; et en ceste chose est anzois li prelaiz obedïens a lui k'il ne soit a sou 
prelait. Mais por ceu ke nostre salveires dist k'en celé mesure ke nos avérons mesuriet, 

65 reserat mesuriet a nos, si est boue chose a Tomme k'il cez choses donst a comble, por ceu k'il 
soit del nombre de ceos a oui om donrat en lor sains mesure boue et plaine et chauchieie et 
sorussant. Bien soffeist a salveteit soffrir pacïenment les grevances del cors, mais acomblemenz 
est quant om les embracet nés per ardant desier. Soffeire puet a salveteit, quant li cuers ne 
requiert nule superfluiteit, ne ne murmuret nés dons quant celés choses mismes li défaillent 

70 ke nécessaires li seroient; mais acomblemenz est quant il en ceu mismes s'esjoist, et il volen- 
tiers quiert cornent uns altres ait plus permei sa besoigne mismes. Bien soffeist assi a salve- 
teit si tu humlement et senz ancune boisie wels embaissier lo cuer de ton prelait a ceu ke tu 
desires, mais acomblemenz [est assi] fiiir nés celés choses ou te sens ke ta propre volenteiz 
puet penre deleit, et ceu faces tant cum tu pues per bone conscience. Mais li prelait ce sunt 

75 cil ki eus neis dexendent en la meir, et ki en maintes awes se travaillent; il ne sunt destroit 

per nule sente de pont ne de weit, por ceu k'il delivrement poient corre et zai et lai, et soscorre 

. a un chascun selonc ceu ke mestiers est, et adrecier la sente del pont ou encerchier lo weit 

et ordeneir ceos ki permei passent. Cist montent enjosk'a ciel et si dexendent enjosk'a en 

enfer, car or traitent des espiritels choses et des haltes et or déjugent les oyvres orribles et 

80 mortels. Mais ou porat estre atroveie celé neis ke si granz ondes et si forz puist sostenir et 
estre sëure en si grant péril? Certes, forz est amors si cum morz, et dure si cum enfers 
chariteiz, dont tu ieis en un altre leu ke les granz awes ne poront mies estignre la chariteit. 
Molt est nécessaire del tôt ceste neis al prelait, faite te ajointe de trois planches, si cum est 
li faiture des neis, ensi ke, selonc la doctrine saint Pol, soit li chariteiz de pur cuer et de bone 

85 conscience et de foit niant tinte. La purteit del cuer ait en ceu li prelaiz k'il desirst l'esploit 
d'altrui et ne mies qu'il voillet estre sires sor altrui, ensi k'il en l'onor ou Deus l'at mis ne 
quieret ne son propre prout ne l'onor del seule, mais ke lo plaisir de Deu et la salveteit des 
ainrmes. Mais ensemble la pure entencïon est assi mestiers ke li conversations soit telle k'il 
n'i ait ke repenre, ensi qu'il soit forme et examples de vie a ses sozgeiz; et si encommenst 

90 a faire et a ensaignier selonc la reule de nostre maistre. En ses oyvres doit mostrer li prelaiz 
ke tôt ceu ne doit om mies faire qu'il ensaiguet a ses disciples estre contraire a lor salveteit, 
por ceu ke cil cui il argiiet et reprent ne puist murmurier encontre lui et dire: 'Sire meies, 
saneiz vos mismes', car tels ockesons est molt griés dampnacïons al prelait et molt granz perdi- 
cïons as sozgeiz. Ju ne parole mies de ceu assi cum ju endroit de mi m'en eschiiisse bien, 

95 mais li veriteiz huchet et a mi et a toz les altres ensemble qu'il covient ensi vivre celui ki 
paistres est, c'um ne puist nule chose repenre en sa vie, ensi qu'il a sëure conscience puist 
respondre ensenble nostre signor a ceos qui ne welent aemplir sa parolle : 'Li quels de vos 
m'argiierat de pechiet?' Ne mies k'il del tôt puist estre senz pechiet en ceste chaitive vie, 
mais por ceu qu'il covient lo pastor molt cusencenousement eschiiir totes celés choses dont il 
100 ( hastïet ses sozgeiz. D'altre part, tels cum il est en sa conversation, tels covient il assi qu'il 
soit en sa receleie pense, k'il per defors ne soit ensi humles qu'il per dedenz en son cuer soit 
orguillous de sa science ou de sa force; car c'est senz dotte foyz finte, quant il en la sole 
bonteit de Deu ne mat sa fiance, si cum mostret li humiliteiz de la conversacïon. Or eswarde 
cum proprement se concordent altres paroles ancor de l'apostle a cez trois choses: c'est a la 

105 purteit del cuer, a la bone conscience et a la foit niant tinte. 'Ne preis waires', dist il, 'si vos 
me jugiez ou li humains jors, car ju mismes ne me juge mies.' 'Ju ne me juge mies', dist il, 
'car ju ne me sai de nule chose consachaule. Ju ne querrai mies ceu ke mien est, mais celés 
choses k'apartienent a Jhesu Crist; et por ceu ne preis ju waires si vos me déjugiez por ma 



73 e. a.] Foerster, manque Ms. 
144 



ROMAN DE EENARD. 



Pièce 89 



bone ronMcYence et ma conversation, ou vos ne pOez niant repenre/ Hth e^ctl Mttn sirea', 
dÎMt il, '(|ui me jnget'; et reii diitt il por montrer qu'il en lai lotement aroit mise khi eflperaace,llO 
humiliez deitoz la poissant main de Deu. Â cez trois ebosen paet on ancor eomuialemeat 
atorneir celes trois demandes ke nostre tires fltt a saint Piere ensi ke eeo soft a dire 'aJnaw 
me tu. ninmes me tn, ainniefl me ta?' As tu chariteit de pur cuer et de eomelnee boM et 
de fuyt niant foynte? I*er droit fut donkes apelez de la neif cil qui deroit eatre wtenJiji por 
pesxier len hommes. 115 



39. 



ROMAN DE RENARD. 

Le HomoH de Renart, publié p. D. M. Mf>m, Pari* 1826, /»»«« /, p. 29 — 48, •». 749—1266. 
Lt Roman de Renart, publié p. E. Martin, Strasbourg 1882, T. I, p. 131 — 145; T. III, p. 122 •<iq. (édit.). 
— Comp. arer le geertnd morceau le jH>ème allemand de Ileinrich le Oleisjiner dan* Wackemaget, Alt' 
deutschr» I^tebuek (\* éd.) 229,10 — 284, 14< — I^ morreau mirant ett contenu dans 12 wuê. qui 
tous, à l'exception de trois (FUI de Martin), ont été utilisés pour l'établissement du texte, et dont 
l'un (A) ne contient ipte quelques rer» de ce morceau. Nfms arons adopté les sigles employés par Martin. 



10 



Seijfnors, ce fa en (el termine, 
({ue li douz tenu d'esté décline 
et ivers revient en saison, 
que Renarz fa en sa mai.sun. 
mais sa (j^arison a perdue, 
ce fu mortels desconvenue: 
n'ot que doner ne que despendre, 
ne ses detes ne peoit rendre; 
n'a que vendre ne qu'achater, 
ne s'a de quoi réconforter, 
par besoing s'est mis u la voie; 
tôt coiement, que nns nel voie, 
s'en vait parmi une jonchiere 
entre le bois et la rivière, 
si a tant fait et tant erré, 
qu'il entre en un chemin ferro. 
el chemin se croupi Renarz, 



mont coloie de totes parz: 
ne set sa garison on qnerre, 
et la fains li fait forment i^ienre. 
ne set que faire, si s'esmaie; 
lors s'est couchiez lez une baie: 
ilaec atendra aventure, 
a tant ez vos, grant allure, 
marcbeanz qui poisson menoient 
et qui de vers la mer Tenoieot 
harens fres orent a plenté, 
que bise avoit auques venté 
trestote la semaine entière, 
et bons poissons d'antre manière 
orent aaaei, grans et petiz, 
dont lor panier» furent enpliz: 
que de lamproies que d'angnilea, 
qu'il orent acheté as vilot, 



20 



l.r nu. .1 n'a conservé que les rers 11—46 <*< 456—512. — 1 t«l HL, m .V. 2 daAaa CMIf, 
se cline L. 3 vint (vient D) en (a E) sa s. DE. 4 et K. DE, édit. 6 maU] manque C'JfJV, q«i E; 
garnison />.V; despendue ^'.W.V; ot p. D. 6 desconeue /.. ~ et S miinqurut DE et édit. 7 a. qn alose 
11. 8 tontes s. H\ pot If\ fandr* li. 9 ne ^: vendre] doner DER, édit.; n* que cbaeer E. 10 at 
8«i II, ne se set E, si ne s* JI; conforter EH; not en lui que desconforter /<. 11 •• mtot L', 
ancois se rest m. ^. 12 si c. RL; bêlement HA; con ne le v. Z; qne l'en b«1 v. AE, édit.; qa« 
nulz nel suit ne ne conuoie D. 13 s« met DE', rinicre L, rochiere D. 14 joochier* L. 15 si] aC 
H. wnèijio- JWMyjtnrtitrh; tant a f. et t. a RCM.V.R'K; erre) aie ("MX.Ba.; ». a f t. q«il a mm D. 
16 entre] vint ADE, édit., est //; ch entrée H. 17 sacroupi -l/>/r 18 nw\C si RLCMX; se galta 
L. 19 sot //; g. enqnerre L. 20 et] car AE, édit., que />; f. souvent g. C.Vy,Ra., moat frant g. 
A DE. édit. (que moût H f. l. f. gr. g. A). 21. 22 matupimt APE. 21 sot R; OBoalt ê. H. 22 sa 
couche L. 23 savent. A. 24 a t. viennent (renoient E) par aventure ADE. 25 —— t ant A. 26 
devers édit. 27 fres] manque EHL; menoient H, avoient A. 28 car AH, édit.; a la naît r. DE. 
29 et toute DE. que t. R. 30 rons j». A. gros />. 31 ont il B. 32 les p. A': sont bien A DEL, 
'■dit.: garnis RCLMX.Ra. :^3 et dang. Ii,Ra. 34 acheta) ehari« H; m r. Z>; achetés aagupUa L. 

BARTSCH-WIESE. Chrestomattaie. X* Éd. 10 

146 



Pièce 39. 



XII« SIECLE. 



.J^' 



35 fu bien chargiee la charrete; 

et Kenarz, qui tôt siècle abete, Wn^ pM^ 

fu bien loins d'eus plus d'une arcbiee. 

quant vit la cbarrete chargiee 

des anguiles et des lamproies, 
-40 muçant, fichant parmi ces voies 

court au devant por eus deçoivre: 

ains ne s'en porent aparçoivre. 

lors s'est couchiez enmi la voie. 

or oez com'il les desvoie! ^^^^ 

45 en un gason s'est voutreilliez x^ vrî^^^iAx^'^ 

et come morz apareilliez. 

Kenarz qui tôt le mont engingne, 

les ieus clingne, lez denz rechingne 

et tenoit s'alaine en prison. 
50 oistes mais tel traison? 

iluecques est remés gisanz. 

a tant ez vos les marcheanz; 

de ce ne se prenoient garde. 

li premiers le vit, si l'esgarde, 
55 si apela son conpaignon: 

'vez la ou gourpil ou gaignon!' V/IA*-' 

quant cil le voit, si li cria: 

'c'est uns gorpilz! va, sel pren, va! 

filz a putain, gart, ne t'eschat! LKM-&f>'^ 
60 or savra il trop de barat, ' , , x-^iv^-*-^ 

Renarz, s'il ne laisse l'escorce.' 

li marcheanz d'aler s'esforce, 



et ses compains venoit après, 

tant qu'il furent de Eenart près. 

le gorpil truevent enversé, 65 

de toutes parz l'ont reversé, 

pincent le dos et puis la gorge, 

n'ont pas paor que il les morge. 

li uns a dit: 'quatre sols vaut!' 

li autre dist: 'se Dieus me saut, 70 

ainz vaut bien cinc a bon marchié. 

ne somes mie trop chargié: 

getons le en nostre charrete. 

vez con la gorge est blanche et nete.' 

A icest mot sont avancié, 75 

si l'ont ou charretil lancié 
et puis se sont mis a la voie, 
li uns a l'autre fait grant joie, 
et dient: 'n'en ferons ore el, 
mais anquenuit en nostre hostel 80 

li reverserons la gouele.' A/ot^aa^^^'-^^ 
or ont il auques la favele, JkiA^^V^'^^-^ 
mais Eenarz n'en fait fors sourire, 
que moult a entre faire et dire. 
sor les paniers se jut adenz, 85 

si en a un overt as denz 
et si en a, bien le sachiez, 
plus de trente harens sachiez, 
auques fu vuidiez li paniers, 
qu'il en menja mont volentiers, 90 



35 bien fu BCLMN. 36 et] manque DE (tôt le); le s. BCLMjV,Ba.; mont DE, monde CWN. 37 loins] 
près i; a une a. L, près d'une a. BCMN,Ba., une a. A. 38 manque D; aprochiee L. 39. 40 intervertis 
dans ADE. 39 et da. et de 1. B. 40 fich. (fuchant L) musant (mucant CMN) BCLMN,Ba. ; les DEHN; 
hfties CN. 40 c. as deuans H. 42 ains] onc L, quil ADE, cdit.; puissent ADE, édit. 43 or est L; leur 
y. E. 44 or] manque L; corn' il] conment CJIfiV, comment il X; se d. ADE. 45 ventrouilliez £',5a., 
touoilliez CJiriV; 46 si c. i. 47 q. tant d'onmes^-D^", ('(?rt. ; riechigne J?. 48 clignies -fiT; clôt et /?CXJfiV,fia. 
49 si t. BCLMN; tint DE. 50 noites N; mesprison DE. 51 remaint D. 52 estes vos les marchans X>; 
le marcheant L. 53 qui de ce ne se donoit g. L; donoient D. 55 apele L. 56 veez la g. D, veez 
ou E, vees ci u H; tesson CMN,Ba. 57 Li uns 1. v. BCLMN, cix 1. v. H\ vit BEH; si le D, si sescria 
CN,Ba., si lescria BM, si li escria H, si escria L. 58 li (le E) g. DE, édit. ; tant con il pot aha aha 
L, qui ajotite 2 vers : cest gorpix va si le prant et si ne te targe noiant. 59 gar DHN\ neschat 
2>, tescliap(e) EHNBL. Z. ajoute: or est K. en maie trape. 60 moult s. or dengin et dart L, qui 
ajoute: foi que ie doi saint liegnart. 61 Ren.] manque D; si ni B, se il ni H, se ne li L, se il 
ne D; nous let E, édit., nous lesse D; 1. corce N. 64 quant il BCLMN,Ba. 65 voient DE. 66 
retorne 5i, enverse DH. 67. 68 intervertis dans DE, édit. 67 prisent DE, édit.; col BCMN,Ba.; 
p. lescorce BLMN, la coste C,Ba, gorde D. 68 nont ore garde quil DE, édit.; morde D, édit.; il 
nont p. p. de sa force (de tel oste C,Ba.) BCLMN,Ba. 69 dist. DE; que troi DE, édit. 70 a dit C; 
d. assez plus vaut BCLMN, dient plus y. L. 71 bien] manque CHL3IN,Ba.; quatre DE, édit.; cinc 
sols CHLMN,Ba. 73 lai sur JS", su%D,édit. 74 vois i>; con] manque B, \& H; est] et H, & BCMN; 
moult a la g. bl. L. 75 cest CM,Ba., ce EN; m. se sont CMN, Sa. 76 en la charette lont CMN,Ba.; 
charretein L; gite B, chargie C,Ba. 78 la. en f. BCMN,Ba.; font C; li uns en fait a lautre j. L. 
79. 80 manquant L. 79 d. ia nen BCMN,Ba.; feront BCM,Ba.; ore] manque BCMN 80 a lor o. 
BCMN,Ba. 81 reverseront £CJ/,£a.; sampre li toudront la g. L. 82 o. \em ^\a.\6t DE, édit. 83 ne 
8e(n) f. f. rire DE, édit.; que s. BCLMN,Ba. 85 sus H3IN; le panier BL; iust H, gist CMN,Ba.; 
as dans H, par sans L. 86 sen C; .ii. ouverz D; par senz B. 87 ce s. D. 88 h. mengiez D. 
90 car il L, car moult H; moult par en m. v. DE, édit. 



146 



BOM^N oK KEMAJU). 



Pièce se. 



onques n'i quist ne sel ne taage. ^^/r^ 

encore ainçois que il g'en »nge . 

cetera il Mon ameçon, 

je n'en sui mie en souspeçon. 
!•:> l'autre panier a aiuailli. 

Hon groing i mist, n'a pas failli, 

qu'il en a trait trois res d'augniles. à^ « '^ ^ 

Renarz, qui sot de tantes guiles, ^ 

son col et sa teste passe oatre 
i"0 les hardeillons, puis les acontre 

desdus son don que tont s'en cuevre. 

des or pnet il bien laiHsier uevre. 

or li estuet engin porquerre, 

conment il vendra jus a terre: 
lO.') n'i trueve planche ne degré. 

ag^noilliez s'est tôt de gré, 

por esgarder a son plaisir, 

conment il porra jns saillir. 

puis s'est un petit avanciez, 
110 des piez devant s'est tost lanciez 

de la cbarete enmi la voie; 

enter son col porte sa proie. 
A))rés, quant il ot fait son saut, 

as marcheanz dist: 'Diens vous saut! 
115 cil tantez d'anguiles est nostre 

et li remananz si soit vostre!' 

et (luaut li uiareheunt l'oirent, 

a merveilles s'en esb&irent, 



si s'escrTent: 'voix le goarpîl!' 

si saillirent ou charretil. 120 

on il cuidierent Henart prendre; 

mais il nés Tout pas tant atcndre. 

li premiers dist, quant se regarde: 

'si m'ftit Dieus! mauvaise garde 

en avons prise, ce me semble.' 135 

tuit fièrent lor paumes ensemble. 

ias!' dist li uns, 'con grant damage 

avons eu par nostre outrage, 

moult estïon fol et musart 

trestult (|ui creïon llenart. i:iO 

les paniers a bien sonfascbiez, . 

si les a anques alegiez, 

car trois res d'anguiles en porte. 

la maie passïons le torde!' <^- ' ' • \^ ' \ 

'ba!* font 11 marcheant, 'Renart, 185 

tant parestes de maie part: 

mal bien vos puissent eles faire!' 

et Renarz lor prist a retraire: 

'or direz ce que vos plaira, 

je sui Renarz, qui se taira!' 140 

li marcheant vont après lui, 

mais il nel bailleront mais hui, 

car il a trop isnel cheval. 

ainz ne fina parmi un val, 

tant que il vint a son plaissié. ''^-» 145 

lors l'ont 11 marcheant laissié. 




tôt 8«n« corre B\ «tant le panier recueure L. 102 pourra b. />A', èdit ; eur« BV 103 couiaot L. 104 c 
il «en vendra a t. A\ f'</»7., reuendra //, saillira A; c. pourra «aillir A 105 ne />A'. 106 c««t trwtot E, 
ceat de s. gr. UL. 107 p. que il puisfe a s. p. A; p. veoir et p. eagarder (eaproner /') /^A", /</il. 108 




V , m. a. n. j.-. loo mvui p. yn /^.'*»»,/»«». ; lest ae *», les or»« u- -- . -, — -- _. _ . _ 

prant /.; seigneur, nai soing de noise faire />!?, rdil. 139 or] voa BCI.MS,B»x quil CM. 140 tt 
CMt R. EH; sen V}fS,B<t. 142 prenderont //. 143 ot B('.V-V,/io.; tant i»n. DE. t\lit. 144 one DE, 

iJ!i r\. • r ttr j /j r» ti ïï\i> U:» . —" 



r'rfiV., qu« D; iutqna L. 145 dosque* (deaqn* D) il DE, Mit.', oa p. EL. 



10» 



147 



Pièce 39. 



XIP SIECLE. 



qui por mauvais musart se tienent: 

recréant sont, arrière vienent. 

et cil s'en va plus que le pas, 
150 qui passé ot maint mauvais pas, 

et vint a son chastel tout droit, 

ou sa maisniee l'atendoit. 

encontre lui sailli s'espouse, 

Hermeline, la jone touse, ' 
155 qui moult estoit cortoise et franche, 

et Percehaie et Malebranche, 

qui estoient anbedui frère, 

cil saillirent contre lor père, 

qui s'en venoit les menuz sauz, 
160 gros et saous, joieus et bauz, 
- les anguiles entor son col; 

mais qui que le tiegne por fol, 

après lui a close sa porte 

por les anguiles qu'il aporte. 
Or est Eenarz dedenz sa tor; 

si fil li font moult bel ator : /o" JU^^»U'>'<'jg^^ ^ 

bien li ont les jambes torchiees '■ 't ■ 

et les anguiles escorchiees. 

puis les coupèrent par tronçons; 

deus hastiers firent de plançons,' .,,. » ma 

enz es espois les ont boutez. 

et li feus fu tost alumez, 

qu'il orent bûche a grant plenté. 

puis ont de totes parz venté. ci^J^J^^ 

lors les ont mises sus la brese, 

qui des tisons lor fu remese. 

endementres que il cuisoient 



165 






175 



les anguiles et rostissoient, 

ez vos mon seignor Ysengrin, 

qui ot erré des le matin 

jusqu'à celé ore en mainte terre 

et onques n'i pot riens conquerre 

de jëuner estoit estans, . ,^lo 

que moult a voit eu mal tans. 

lors s'en torna en un essart, ,yu^Àt'^-^ 

droit devant le chastel Kenart, 

et vit la cuisine fumer, 

ou il ot fait feu alumer, 

ou les anguiles rostissoient, 

que si fil es espois tornoient. v/* 

Ysengrins en sept la fumée, 
qu'il n'avoit mie acostumee. 
du nés comença a fronchier 
et ses guernons a delechier. 
volentiers les alast servir, 
se li vosissent l'uis ovrir. 
il se trait vers une fenestre, 
por esgarder que ce puet estre. 
il [se] conmence a porpenser, 
conment porra laienz entrer, 
ou par proiiere ou par menace; 
mais il ne set lequel il face, 
que Renarz est de tel manière, 
qu'il ne fera rien por proiiere, 
acroupiz s'est sus une çoche, 
de baaillier li duelt la boche, 
court et recourt, garde et regar-de; 
mais tant ne se set doner garde. 



180 



185 



190 



'ft 



195 



200 



205 



147 8. claiment D. 148 s. et si sen v. BCLM,Ba., sont il (si iV) sen revienent HN. 151 si v. DE, 
édit.; ostel IiCL3IN,Ba. Apres 152, DE et édit. a joutent deux vers: qui assez avoit grant mesese 
Renars i entre par la hese. 153 sa famé C\Ba., la dame BL3INH {'>). 154 1. franche /i"; la (sa L) 
prode dame (famé LN) BCLMN^Ba.-, madame Herm. sa famé H. 158 c se lievent BCLMN^Ba. 160 
gras N, liez L; et iaous (7, et ioienz BL^ et joious Ba., et sacans H\ joieus] ioianz H, et liez BCMN^Ba., 
uistes L. 163 la p. BCM^Ba., sa p. close EL. 164 en porte BC,Ba. 166 ou cil li H; grant a. 
BCMN,Ba. 167 ses j. DEL, édit. 16d. 170 intervertis dans C. 169 1. deronpent en t. Z. 170 et les 
espois l^broches D) font d. (des D) DEH, édit.; par tronçons i?. 171 enz es esp. les DE,Ba. 8" éd. 
(Tobler.)] De codre et (u H) enz 1. BCMN(L)H, édit., Ba. 5" éd.- et ont dedanz h. L. 172 ioz M. 
173 q. bûche i ot DE, édit.; car b. orent H; avoient X; grant] manque L. 174 lont BCLMN,Ba.; 
lors o. DE, édit.; de coste par verte B; haste L. 175 si DE, édit.; sor B,Ba.; m. près de la b. i. 
176 lors] i DE, édit., manque L; estoit L. 177 quil E, quil les JL 180 e. ot CMN,Ba.; tout 1. 
N. 182 mais o. DE, édit , ne o. X; riens ni DE, édit. 183. 184 manquent CMN; de iuner ot grailles 
les flans H. 184 moult par a. L. 185 il s. t. par L. 186 tout dr. vers DLC, édit.; la maison D. 
187—190 manquent L 187 sa H. 188 ou on E. 189 ou] et DE, édit. 190 es hastes BCMX,Ba. 
191 des anguiles sant L. 192 que L; pas B3f. 193 lors en c. i; adonc c. BCMN,Ba. 194 barbes 
CMND. 195-196 manquent L. 195 saisir B, ferir E. 19G si BCI:N, sil DL, édit. 197 traist 
J), édit., mist E. 198 p. savoir que e. porroit e. L. 199 lors HL; se Ba.] manque; porpense LM; 
a escouter L. 200 c. il p. enz DE, édit. 201. 202 manquent CMN. 201 ou p. pr. ou p. amor DE, 
édit. 202 ni puet avoir honor DE, édit. 203. 204 manquent L. 203 et B, car CHN,Ba. 204 par 
BCM,Ba. 205 sor B,Ba. 20G la dent li loiche L. 207 manque L; 207—210 manquent CMN. 
208 sot DE, édit. ; ne se set cornant cntremetre L. 



148 



ROMAN DE BENABD. 



Pièce 39. 



qoe dedenx poiMe le pié mettre, 

'210 ne por doner se por prometre. 
« la parfln te pori 
qae son conpere |ii 
que por Dieu li duint, l'il coninande, 
ou poi ou tarant de sa viande. 

315 fora l'apela pur un pcrtuiH: 
'compère, «ire, ovrez mui l'uis! 
je T08 aport bones novele», 
je cnit que moult vos seront bêles.' 
Renurz Vlii, sel connut bien; 

220 ntai!4 de tout ce ne li tist rien, 
ançoit) li a fait sorde oreille, 
et YBen^rins moult «'en merveille, 
que dehors fu moult auiij:oi!i.seu8 
et deH nn^fuileH covoiteus, 

22.') si li a dit: 'ovrez, biau sirel* 
et Renarz c«)nmença a rire, 
si demande: 'qui estes vos?' 
et cil respont: 'ce somes nos.' 
'qui vos?' — 'ce est vostre compère.' 

230 'nos cnidïons, ce fust uns lerre.' 
'non sui', dist Ysenjfrins, 'ovrez!' 
Renarz respont: 'or vos sofrez 
tant (lue li moine aient mangié, 
qui as tables sont arengié.' 

235 'conment,' fait il, 'sont ce donc moine?' 
'nenil,' dist il, 'ainz sont chanoine, 
si sont de l'ordre de Tiron 
(ja, se Dieu plaist, n'en mentiron,) 
et je me sui renduz a eus.' 

240 'nomini dame,' dist li leua, 



'«Tes ne tm dit vérité?' 

'Oil, par sainte charité.' 

'donqaei me faites berbergierf 

'ja n'avrTei vot que mangier.' 

'dites moi donc, n'aves Toa qooi?* 24.'j 

Renarz respont: 'ttii, par foi. 

or me laissiez donc demander: 

venistea vos por truander?' 

iienil, ains mel veoir vostre estre,' 

Renarz respont: 'ce ne puet estre.' 250 

'et por quoi donc?' ce dit li leus. 

ce dist Renarz: 'n'est ore lens.' 

'or me ditea, mangiez vos char?' 

et dist Renarz: 'ce est eschar.' >*-..- 

'que menjUent donc vostre moine?' 255 

'jel vos dirai sanz nnle essoine: Xjk*^^^ 

ne menjilent fromages mous, 

mais poissons qui ont les gros coas. 

sainz Reneoiz le nos conmande, 

que ja n'aion peior viande.' S60 

dist Ysengrins: 'ne m'en gardoie, 

ne de tout ce rien ne savoie. 

mais car me faites osteler! 

hni mais ne savroie ou aler.' 

'ostez!' ce dist Renarz, 'nel dites! 265 

nus, s'il n'est moines ou bermites, 

ne puet ceenz avoir ostel. 

mais alez outre, il n'i a el!' 

Ysengrins ot et entent bien, 
qu'en la maison Renart por rien 270 

qu'il puisse dire n'enterra, 
que volez vos? si souferra 



209 quil p. d. 1. p. m. II \ con leans p. L. 210 mumine L. '211 mais a U fin />Ar, rii*/.; «n L J?. 
212 con 8. K. 214 un bien pou de U soe v. L. 215 Upele BH, epele CM.y,Ha.; ]» p. If. 216 an 
comp. DEL, t'dit. 217 bêle* n. />/.', A/i/., de mea n. CMS,Bii. 218 j. c. voe Ica learM a b. /f, por 
bones les tendres et b. />/.', fdit. 220 fu r. lîCMX,lia , vaut r. L. 222 taaiMrr. //. 393. 224 
mniHinriit L. '22li que y/; souflfroiteus />A', l'ilit. 224 envieus /)/.'. rdil. 227 dtmukdA DEN, féU»i 
et li a demande /.. 22H et il l>h', nhl. 230 que fOMiex 1. />A'. r,lil. 231 c« dist R. A' 232 0» tf« 
K. //. 234 q. au mengier />A', A/«V. 2;i5 c. f. se il A', c. dont . . . sont e» m. 1>, fdit. 236 c* disllL 
//; K. respont lUMS^Ihi-, nenil fait K. mais ch. A. 237 ai] manque //, M CMS,Ba.; Mal] «laiifiie 
J!, est li-, de labcie d. H; chiron A', chinon />, deacurion H. 238 que i* d //. 239 a} CMS. 
243 donc <'; feistes A. 244 naurois A. 246—250 mauqurnl L. 240 ce diat R. H. 248 m. ca .V- 
dont t. B. 249 naie B,B<i., je non //; uing r. B,Ba. 250 M diat K. //. 251 donqoM H; m] 
matuiiir EHL. 252 et d. CM,Rn.; il nest pas DE, fdit.; noat mi* B\ R. reapoat Toa «ata* L L, 
254 ce d. BCMN] R. respont ce L; prut-rlrr- c'est a eschar? -l/»»v# 254, / •"< Bn. ajouirmt 4 rrr»-. 
que vos me dites biau compères | quant nos recaverona a confrcrea | pf m i e w nt oUfora | ^aa jaaMa 
char ne niengera. 25)3 n. alonge If; nule] manifir D (je le). 257 ne; il DE, rdit.-^ — a io a s pas H. 
2W mais] et DK, fdii.; poisson BCIfX; quil B; sont .V.V, est (\B'i.; L graas c. H^ crac al (roa 
CM. Bu , bon et gros B, et gras et gros A', grans et gras A. 2<>0 ja] mamqmf KL\ aoa BCMX; am 
.<>.'" on AA. 202 rien] mot BC.Vy,Bfi (n'en).. 2G4 caimes A, maia hai DE, téit. 265 oatdar? d, 
or tesicz d. R. n. A', ce de R. ostes n. H, ce d. R. mes ïm \» à. L, IL rvapost ■. a. L d. 
y.Bft. 2«17 p. demorer ce «ai bien A. 268—260 manquent L. 268 U] manqme BH. 270 o ka 
moinea p. nule r. A. 271 faire DE, idU, 722 *t qn« toI. si BCMy,Ba. 



Itô 



Pièce 39. 



XIP SIECLE. 



rxilL^/-^ 



280 



285 



et neporquant si li demande: 
'poissons, est ce bone viande? 
275 car m'eii donez viaus un tronçon îi)-'*'"'*^*'***^ 
nel di se por essaier non.' 
'mais buer fussent eles peschiees, 
les anguiles, et escorchiees, 
se vos en deignïez mangier!' 
Kenarz, qui bien sot losengier, 
prist d'une anguile deus tronçons, 
qui rostissent sor les charbons, 
tant fu cuite, que toute esmie^^jaCCi^ 
et dessoivre toute la mie. 
un en manja, l'autre en aporte 
celui qui atent a la porte, 
lors dist: 'compère, ça venez 
un poi avant et si tenez 
par charité de la pitance 3x>>v>«ir>^ 
a cens, qui sont bien a fiance,«4''*'^^|J/>^ 
que vos serez moines encore.' 
dist Ysengrins: 'je ne sai ore, 
qu'il me sera; bien porra estre; 
mais la pitance, biau douz mestre, 
car me bailliez isnelement!' 
Kenarz li baille et il la prent, 
qui moult tost s'en fu délivrez; 
encore en manjast il assez. 
ce dist Eenarz: 'que vos en semble?' 
li lechierre fremist et tremble, 
de lecherie esprent et art. 
'certes,' fait il, 'sire Kenart, 
il vos iert bien guerredonez : 
encore un seul car m'en donez, 



290 



295 



300 



biau douz compère, por amordre, 305 

tant que je fusse de vostre ordre.' 

'par voz botes', ce dist Renarz, 

qui moult fu plains de maies arz, 

'se vos voliez moines estre, 

je feroie de vos mon mestre; 310 

que je sai bien que li seignor 

vos esliroient a prior, 

ainz pentecoste, ou a abé.' 

'avez me vos ore gabé?' 

ce dist Renarz: 'nenil, biau sire! 315 

par mon chief, je vos os bien dire, 

en vos avroit bêle persone : 

puis qu'avrïez vestu la gone '(■«c.^ yi^^in-,^^ 

par desus la pelice grise, 

n'avroit si biau moine en l'église.' 320 

'avroie je poisson assez, 

tant que je fusse respassez 

de cest mal qui m'a confondu?' 

et Renarz li a respondu: 

'mais tant con vos porrez mangier! 325 

ha! car vos faites reoignier A£jii4^*''>-<--^^ 

et vostre barbe rere et tondre.' 

Ysengrins conmença a grondre, 

quant il oi parler de rere; 

'n'i avra plus' fait il, 'compère, 330 

mais reez moi hastivement !' 

Eenarz respont: 'isnelement 

avroiz corone et grant et lee, 

ne mais que l'eve soit chaufee.' 

oir poez ici biau geu: 335 

Renarz mist l'eve sus le feu 



273 et] manque E; si] il CMN,Ba.; totes voies R. d. L. 274 un seul morsel de sa v. CMN^Ba. 
275 que M, or B; d. un seul t. CL3IN; doues men se voles un t. H. 276 n. fais DE, cdit. 277 bon 
CMN,Ba. 281 de lang. i; des &xig. DEHCMN, édit.; trois DEBL, édit. 282 rostirent if, rostissoient 
Elf, routisoit BL, rosti sont H. 283. 284 manquent L. 283 furent cuit DE, édit.', que] manque 
H, édit.; sesmie DEH, édit. 284 qant il les tint ne laissa mie H. 285 lun CMN; deus en maniue 
la. a. L. 286 a celui CMN,Ba.; latent H, est CMN,Ba.; Y. qui crout a L. 287. 288 manquent L. 
289 dist tenez de nostre p. L. 290 b. sont BCMN,Ba.; en f. L. 292 manque N. 293 quel me 
serai C, que Je porrai L, que (quiex DE, édit.) je serai DE3I, édit. 294 de la L. 295 que M; donez 
B. 296 cil li bailla DEL, édit.; cel i. 297 que -i5; t. en L. 299. 300 manquent L. 301 espr.] 
frit N, fraint L. 303 cil G, cist BMN,Ba. 304 un tel H; que M, me DEHB. 305 douz] manque N. 
306 ie soie H. 307 mes b. D. 308 m. estoit pi. de mallart (renart B) BJI, m. estoit (parfu D) de 
maie part DEL, édit. 309 moin. vol. i^jE"//, édit. 311 que] manque L, c&r HN,Ba.; s. moult b. L\ 
1. plusourjET. 312 a signer H. 313 a] manque EL. 314 dit vérité CMN,Ba. 315. 316 manquent 
L. 315 R. respont BCMN,Ba.; naie BH, oïl CMN,Ba. 316 bien le vos os DE, édit. 317. 318 
manquent DE et édit. 317 quen //; naie en v. a b. p. L. 318 qant C3IN,Ba. 319 foi que doi le 
corps saint Felise X'JE', édit. 320 naura N; b. home H. 322 que seroie B; je] bien X. 323 cel B, 
ce DE, édit. 325 porriez L. 326 et car //, or uos (me L) f. dont r. BL, donques me f. r. CMN,Ba. 
327. 328 manquent L. 327 et R. dist mes r. CMN,Ba. 329 du r. N. 330 or ni a p. CMN,Ba.; 
fait il pi. E. 331 isnelement CLMN,Ba. 332 hastivement CLMN,Ba. 334 ne] manque BL, nest E; 
hastee E; ia (la B) ch. BL. 335 boin g. H. 



150 



ROMAN DE RENARD. 



Pièce 39. 



et la flHt trestote boillant 
puU li est revenus derant 
et M t«8t« encoste de I'uih 

840 li fait mètre par an pertuiM, 
et Ynenji^rins entent le cul. 
Renarz qui bien le tint i>or fi<|. 
Teve boillant li a j^etec 
et sn» le haterel versée: '" • 

.'^4.') moult para fait que pute beste. 
et YsengrinH escoust la teste, 
rechifçne et fait moult laide rhiere. 
a reculons se trait ariere. 
si s'escria: 'Renart, morz suil 

850 luale aventure aiiez vos liui! 
trop ^rant corone m'avez faite.' 
et Rennrz a la lang^ue truite 
bien demi pié hors de la goule, 
'sire, se l'avez mie soale, 

355 que antresi Ta li couvenz.' 

dist Ysengrins: 'je cuit, tu menz'. 
'non faz, sire, ne vos annit; 
mes iceste première nuit 
vos covient a estre en esprueve, 

860 que li sainz ordres le vos rneve.' 
dist Ysengrins: 'moult bonement 
ferai tout qnanqu'a l'ordre apent; 
ja mar en serez en doutauce.' 
et Renarz en prist la liauce, 

865 qne par loi mal ne lor vendra 
et a son los se contendra. 



M^.J».»V 



or a tant fait et tant ovré 

Renarz, qne bien l'a atcoté. 

paia l'en iati par tue frait«. 

qu'il ot denrier U porte faite, 870 

et Tint a Ysengrin tout droit. 

qui durement se cooplaignoit 

de ce qn'il estoit si prêt ret, ^>^v 

que cuirs ne poils n'i est remet. 

n'i ot plus dit ne sejomé: 375 

andai se sont d'ilaec tome. 

Renarz devant et cil après, 

tant qu'il vindrent d'un ririer près 

Ce fa un poi devant NOel, 
que l'en metoit bacons en sel; 380 

li cieus fu clers et estelez, 
et li viviers fa si gelez, 
ou Ysengrins devoit peschier, 
qa'on pëust par desus treschier, /i0^' 
fors tant qu'un pertais i aroit. ?.<■> 

qui de vilains faiz i estoit, 
00 il menoient lor atoivre -O*^^-^-*- 
chascane nait jQer et boivre; 
un seel i orent laissié. 

la vint Renarz, le col baissié, 390 

et son compère regarda, 
'sire,' fait il, 'traies to« ça! 
ci est la plentez des poisBOBS 
et li engins dont nos peschons 
les angailes et les barbiaus 9M 

et autres poissons bons et bians.' 



337 bouUir .V; et lait tant quil a fait b. H. 338 p. si B, et p. ri A. Renart li ED; otaos EDL. 
339 puia sareate e. L; de] m<n„/,ir E. 340 flat DE, é<Ut.\ boater IiC.Vy,B>t. 341 aon e. L. 342 ttoat 
A'.V. 84:5 a veraee JIL. 344 et] manque ('.V\; gor IIL, deaua r'J/.V,/{«i.; U testa et {mamqme B) 
reuersee liCMSJin.; getee HL. 345. 346 mouquent L. 345 maie b. BC.VX,Ba. 340 Mqaeat H. 
347 ot r. et (\Vy,B<i.; fist E; moult] »m«im7m«- (WX^Ha. 348 et .Y. se E. 349 •'] mamquf BEL; et » 
setcrie //. 352 et] manque CM\,tta.; R. H a CMy,Ba. 353 grant d. DE, tàit.\ dehors U B. 
355 car //; quautresi grant DE, édit.; eonnen /. 350 fait DEL. A/iV. ; qae m. C,Bn. 35S ma 
premerain ainsi vos cuit />; mes] manque EL et fdit.; a cette //; premeraine n. HL, édit. 850 «. il 
mètre en HCM\,Ba., c. m. a. e. L; •] manque DE. 360 car //; la sainte o. (^MX; bo«s AMU.; 
preuue -V. .{62 tout] manque CL3fy,Ba., ge B, ce que a <\V.Bo., quantqne a /., ce qoa B, ce qae 
lordre commande X. 364 et] manque C.VX.Ba.; en prent B/fL, en a pria ('MX; » pria E. 305 1er] 
li DE, fdit. 366 et qne par lui se //; maintendra C}lX,Ba., couenra !.. 367 or] Man^M ('MX,Btt., 
Unt a f. et t. a o. CMX,Ba.; erre DE, rote B, lobe /.. 369. 370 wtamqurmt CMX. 309 lors iï.fti.; 
fenestre E. 370 qui deles la p. fu f. L. 373 questoit de si E. 374 qae] ne DE, édit.; a r. L. 
375 ont H. 376 sen BEll; dici t. B, achemine X. 377 avant //; il Cil,Ba. 378 qaU aaiareat If. 
380 I'] manqiir .V; met les b. L. 381 li airs //: que li c. L (et manque). 389 et li bols L; ta m 
BM, estoit //; estoit si /.. 384 manque ED; que len .V, que on //, ton ai L; peait CMX.Ba.; par] 
manque IlLX. Aprèf 384, L ajoute ."* rer*. 385 en la place un p. a. L. 386 dae CMS^Ba.', qaa 
un V. f. i auoit A. 387. 388 manquent .VX. 387 meltoient D; 1. estoiare DE^ qai i anaait lar 
antoiure /.. 388 chascuns i vient j. et b. /., qui ajoute i rera. 389 II eetoit lus! sa MWJBm^\ galas 
N. 390 tout eslessie DEVMX, fdit., Ba. 391 qui a. L; apeU .V.V, en ap. Ba. 393 Waa eaapeia 
traites L, tires X. L ajnnte S ren. 393 sa DE, fdit. (ça^; que ci a p. £; de BCLM. 394 caat U 
!■>; ou BCLMX. L ajt»êt« 9 ter$. 396 p. gros et b. A. q"' eneen qfa m t* i r«r*. 



151 



Pièce 39. 



XIP SIECLE. 



dist Ysengrins: 'frère Renart, 

or le prenez de l'une part, 

sel me laciez bien a la coue.' 
400 Kenarz le prent et si li noue 

entor la coue au mieus qu'il puet. 

'frère,' fait il, 'or vos estuet 

moult sagement a contenir, 

por les poissons faire venir.' 
405 lors s'est en un buisson fichiez, 

si mist son groing entre ses piez, 

tant que il voie que il face; 

et Ysengrins est sor la glace. 

li seeaus est en la fontaine, 
410 plains de glaçons a bone estraine. ')<t*K.**u>«tu^ 

l'eve conmence a englacier 

et li seeaus a enlacier, 

qui a la coue fu noez: 

de la glace fu serondez. uru-^^j^ 
415 la coue est en l'eve gelée 

et en la glace seelee. 

cil se conmence a soufachier, , ,--i.4_U<-^^^ 

le seel cuide a soi sachier; 

eu mainte guise s'i essaie, 
420 ne set que faire, si s'esmaie. 

Eenart conmence a apeler, 

com' il plus ne se puet celer, 

que ja estoit l'aube crevée. 

Kenarz a la teste levée, 
425 il se regarde, les ieus oevre: 

'frère,' fait il, 'car laissiez oevre! 

alons nos en. biaus douz amis! 

assez avons de poissons pris!' 



et Ysengrins li escria: 

'Renart,' fait il, 'trop en i a! 430 

tant en ai pris, ne sai que dire.' 

et Eenarz conmença a rire, 

si li a dit tôt en apert: 

'cil qui tôt covoite, tôt pert.' 

La nuiz trespasse, l'aube crieve, 435 

li soleUz par matin se lieve, 
de noif furent les voies blanches, 
et messire Costans Desgranches, 
uns vavassors bien aaisiez, -,(• 
qui sor l'estanc fu herbergiez, 440 

levez estoit et sa maisniee, 
qui moult estoit joieuse et liée, 
un cor a pris, ses chiens apele, 
si conmande a mètre sa sele 
et sa maisniee crie et huie. 445 

Eenarz l'cii, si torne en fuie, 
tant qu'en sa taisniere se fiche. 
Ysengrins remest en la briche,'^^^^4^ 
qui moult s'esforce et sache et tire, ^^■^-'^ 
a poi la pels ne li descire: 450 

se d'iluec se vuet départir, 
sa coue li covient guerpir. 
que qu' Ysengrins se va frotant, -v'^ 
estes vos un garçon trotant, 
deus lévriers tint en une laisse; U^itX> 455 
voit Ysengrin (vers lui s'eslaisse) 
sor la glace tôt engelé 
a tôt son haterel pelé, ^aj^^^ta- 
cil l'esgarde, puis li escrie: 
'ha, ha! le leu! aie, aie!' 460 



897 Bire E. CN,Ba. 398 de lautre p. N; les p. bien dune p. L. 399 eou B, si E, cdit. ; liez ^^•, a] 
manque E; lenging me liez a D. 400 la EN-, et] puiz E. 401 glace DE-^ que p. B. 403 maintenir 
CMN,Ba. 404 le p. i; avant v. BCLM,Ba. 405 en] lez DE, édit. 406 si tint L. 407 qui f. E, 
que cil Z. 408 sus Z>, édit., en L. 409 etY\ BCMX,Ba. (est manque); îa EH. 411 — 414 manquent 
CMN. 411 engeler DL. 412 englacier L. 413 en 1. î. 414 de glace est plains et sorondez H, 
de glaçons fu toz enconbrez L, de glaçons fu bien serondez B,Ba. 415 levée E. 416 en] a DE, édit.', 
a la queue DE. 417 c. se cuida bien DE, édit. 418 et le s. a DE, édit.; amont s. BCMN,Ba., 
a lui L. 419 maintes guises L, main de N (guise manque) ; ce e. E, sen e. H. 420 moult sesm. 
CHMN,Ba. ; de lauoir durement s. L. 422 quant H; quileuques ne uolt plus ester BCMN,Ba,, 
car il ne puet plus demorer L. 423 ezcreuee E. 424 sa 3IN,Bu. 425 si le r. et 1. BCLMN,Ba. 
426 manque N; sire CM; dist L. 427 et mangerons b. L. 428 auez HMN; des E3I; quant de p. 
auromes p. L. 480 dist H. 434 tel cuide gaaignier qui pert D; cil] manque L, que BH; tretot p. 
L. 435 ja n. E; t. li iors lieue E. 486 et li BHL (se manque). 438 que m. L. 440 sus DE. 
442 ioient BCMN^Ba. 444 il c. II (a manque); prendre L. 445 a s. H; corne L. 446 et R. lot 
DE, édit.; le vit L. 447 tout en L. 448 et y. r. en br. DE, édit. 449 sesf. sache E, se detort 
sache L. 450 sa p. DEL, édit. ; a p. que L (li manque). 452 la DHC3IN, édit. Ba. ; de sa (la BL) 
q. lesuet partir BCLMN, la q. estuet diluée p. H. 453 coume y. DE, édit.\ aloit tirant VMX,Ba. 
454 corant CMN,Ba., venant L. 455 li 1. E, lieures M; eslesse E. 450 y. vit DE, édit.; sour H. 
457 sus DE, édit., manque A; tost e. L. 458 o. t. H. 459 si B; losgarda et puis sescrie MX,Ba.; 
quant il le voit en haut e. L; \\ lescrie D. 



152 



BOMAN DE RBNABD. 



Pièce 39. 



Il veneor, quant il TOireot, 
bon (le la maison tottt Haillirent 
a tut le» chiens par une haise. 
ur «Ht Ysengrins a mesaise, 

4''5 car daoz Co«tanz venoit après 
■or an cheval a grant eslés, 
qui moult s'escrie a l'avuler:^-'^^^'^"*' 
'lai, va, lai, va, les chiens aler!* 
li braconnier les chiens descoplent 
et li brachet au len s'acoplent, 
et Ysengrins muult se herioe. 
li venere les chiens entice 
et amoneste durement, 
et Ysen^çrius bien se desfent, 
as denz les mort: qu'en puet il mais? 
assez amast il miens la pais, 
danz Costanz a Tespee traite 
et por le mieus ferir s'afaite: 
a pié descend! en la place 

460 et vint au len devers la glace: 
pur deriere l'a asaiUi, 
ferir le cuidu, s'i failli, 
li cous li cola en travers, 
et danz Costanz chai envers, 

485 si que li hateriaus li saine. 

il se leva a moult grant paine, 



.470 . 



475 



par grant tir le va requerre; 
or orrez ja moult fiere gnerre: 
ferir le cnida en la teste, 
mais d'autre part li cou •'•rette; 490 

ven la coae descent Teapee, 
tôt rea • rea U a coopee 
près de Tanel, n'a pas failli, 
et Ysengrins qui l'a senti, 
saut en travers et si s'en tome, 495 

les chiens mordant treetos « «ne, 'V- < ^•' 
qui moult sovent li voot ae uàgf», ^\^^* *"'' 
mais la coue remest en gages: 
dont moult 11 poise et moult 11 grieve, 
a poi ses cuers de duel ne crieve. 500 

n'en puet plus faire, tome en fuie, 
tant que a un tertre s'apuie. 
11 chien le vont sovent mordant, 
et il s'en va moult deafendant 
com' il furent el tertre amont, 505 

.11 chien sont las, recrëu sont, 
et Ysengrins point ne se tarde, 
f niant s'en va, si se regarde, 
droit vers le bois grant alëore. 
iluec râla et dit et jure, 510 

que de Renart se vengera, 
ne ja mais jor ne l'amera. 



461 1] manque L. 462 lors . . . for» s. ''«/«V. ; tantost de I. m. s. B('MX(L),Ba.; toat] lora DE(A). 
463 //; toz DAHBCM, édit.; lor JiLJf, haie JiCUI\,Ba. 464 en m. DA, rdit.; malaise EAJl; 
adonc (adonques L) Y. inoalt (manfiue /,, fort Afy,Ba.) sesmaie BCLMN,Ba. 465 que DEA, fdit.; 
d. frobert DEA, d. 31arUns BL'MN. 466 sns DE; son ch. /; tout a H. 468 Um* va toet les 
CMy,Bu., Isual lairaa 1. L. 470 a lui Ofy, ancor L; se coupl. BX, h. ensemble copiant D. 
472 vénères JfL, uaneor B, uanassor afX^Bu.; atice B. 474 et] manque CLMXJia.; T. roonlt b. 
(\Vy,Ba.; Y. deus b. /.; bien] fort DA. 475 con p. L; pot DEA, fait. 476 a monlt L (il mamqve), 
il a. m. asez DEA, (dit. 476 froberx DEA, martin BCHLMX. 478 et p. grant cop L ('if.V,ia.; 
p. bien f. a lui DEA, édit. (et manque); uers 1. D; satrete A, édit., sadrece DE. 479 descent enmi 
DEA, édit., descendi sns la glace S. 480 desus //; 1. enz en I. place X. 482 culde IIL; f. le uolt 
mes il DEA, édit. L ajoute 4 ven. 483 en cola E, escola a t. /f, si toma L. 484 fk«b«R I>EA, 
martins BCHLMX; obiet tous //. 486 releva BMX,Ba., reliene t'Z (moult manque). 488 or pots 
oir f. DEA, édit. 489—491 tnanquent L. 490 et d. //. 491 la c. li a copee C. 493 nai pas 
menti H. 494 qui a CMX, si a B, quant le /.. 495 en] a //; et] puis DA, édit., mamqme EH; 
fuiant s. t. H. 496 treat. 1. ch. m. BCLMX,Ba.; suivans D. 497 q. s. (formant L) k tkaant 
BCL.}fX,Ba. 498 remaint />if.V. 499. 500 manquait CJIX. 499 et m. DEA. édit. 500 par p. /f ; 
p. que li c. ne li c. B,Ba. 501 pot BC.VXA, édit., Ba. 502 et t. qua C}fX,Ba.; terre L. 504 se 
Ba.; moult] bien DEA, édit. 505 quant BC.VX,Ba.; sont D; fu bien montez /.. 506 recréant HL, 
retorne .1. 507 mais Y. //; se large C, satarge B, satarde M,Ba. 508 moût s« //; ne se demeure 
ne atardc A. 509 et va au bois Jf; au bore s. L. 510 enqui (?) B, atant C)iX,Bn.; sen na 
BCI.MX.Ba., sareste //; dist Ba.; moult conrocie et formant iure L. 512 ne ia se dit ne E; on 
premier leu quil le verra (quel tTounn B) B CL. VX,B<i. CMX r( Ba. aji>ntent: ici prent ceete branche 
an, mes encore i a disengrin. 



IfiS 



Pièce 40. 



XIP SIECLE. 



40. 

LE LAI DU CHÈVREFEUILLE. 

Raynaud, No. 995. — Donné par les mss. C et T. (Le ms. M en a conservé, au commen- 
cement du recto du feuillet 212, les deux derniers vers et le dernier mot du vers 94; le feuillet 
précédent a été arraché). — Imprimé: Wackernagel, Altfranzos. Lieder und Leiche, 19 (C). — 
Nous suivons la graphie (lorraine) de C. 



Per cortoisie depuel 

velonie et tout orguel, 

car ceu k'ont chaiciet mi uel, ^yj\su^ 

lou me fait mettre sus fuel; 
5 un lai en escuel, o^^^j^...^^,y.ji..C'^ 

c'est dou chievrefuel. 
La note dou chievrefuel 

per amors comencier vuel, 

com cil ki poent ne m'en duel 
10 d'amors, dont doloir me suel, 

maix cil ke rekuel r^j-\ji>-J( 

d'amors bel akuel. .>v<!-a^...^jUl. 
Amie, je vos salu 

en mon lai premièrement. 
15 douce amie, mon salu 

preneis au commencement; 

car moult m'ait vers vos valu 

ceu ke debonairement 

vos ait de m'amor chalu : hài^ 
20 je fuisse mors autrement. 

Faite m'aveis grant bontei, 

douce amie, debonaire riens, < 

don j'ai vostre cuer dontei, 

si ke vostres est li cuers et miens. 
25 or ne soient maix contei 

li mal dont j'ai si estei espriens, 

k'a grant prout me sont montei: 

je ne quier maix plux de tous les biens. 
Je ne quier nulle autre joie, 
30 n' autre bien n'autre desduit, 

fors ke de vos toz jors j'oie; 



c'a nulle riens plux ne luit 

k'a ceu ke plaire vos doie, 

ne ke jai ne vos anuit. 

je seux, belle, ou ke je soie, 35 

vostre amis et jor et nuit. 

Jai mes cuers ne se partirait 
de vos maix en ma vie; 
et s'il s'en pairt, keil pairt irait? 
ce saichiés, douce amie, 40 

ke, s'il s'en pairt, il partirait: 
de ceu ne dont je mie. 
mal dehait, ki départirait 
si douce compaignie! 

Ne fait mie a départir: 45 

Deus nos en deffendeî 
ains puisse mes cuers partir 
ke li vostre i tande! 
muels faice on de moi martir 
ke jai i entande. 50 

et ki nos veult départir, 
maie hairt lou pande! 

Amie, entre vos et moi 
n'ait ne guerre ne descort. 
douce amie, per la foi, 55 

ke je, vostre amis, vos port, 
portai et porteir vos doi, 
jai per moi ne per mon tort 
ne por riens ke je foloi 
ne ferai vers vos resort. qq 

Jai en moi ne pécherait 
ke j'aie vostre corrous. 



3 chaschie T; eul C. 4 font m. sos suell T. 5 i acuel T. 7 manque T. 8 ueul C. 9 ki 
mais ne me T. 10 des maus dont T. 11m. chi en r. T\ gil C. 14 ens T. 16 a c. C. 18 ke si d. T. 
24 vostres Bartsch] uostre CT. 25 seront T. 26 si] tant 7'; empiries T. 27 grant bien . . conte T. 
29 joie] chose C. 30 ne ne qiiiert autre T. 31 mais ke tos iors de vos T. 32 tant ne T. 34 et 
ke T. 35 j. s. ou ke ionques soie T. 36 avoc vos T. 37 sen T\ partrait C. 38 ens T. 40 sachies 
ma d. T. 41 il] kil T; pertirait C. 42 dotes m. T. 43 bonis soit ki T. 44 sa T. 46 vos T. 
47 puissies li miens p. T. 48 le vostres t. T. 49 — 52 doce amie au resortir, a maraor entende, faice 
Ion de moi martir. ancois que catende T. 54 ia volentes ne d. T. 56 ke io doi v. T. 57 portai 
eorr. p. Bartsch] et port CT. 59 par rien T. 60 de vos T. 61 ens T. 



154 



AUDEFBOI LE BATARD. 



Pi. 



41. 



tôt li bien ke mes cuers ait 
puiHseut ançois e»tre rous! 

65 les biens ai je ton» a jai 
et les délia ai je tous, 
kan ke Damedeos cria 
et lai sus et sai desous. 
Onkes a home vivant 

70 n'aviut umix ni bien li'unieir, 
tant con vantent tuit li vent 
de lai et de sai la uieir. 
dame, mercit vos en rent, 
quant de vos nie puis loeir, 

75 cil ki mais nul mal ne sent 
ne Tera vos n'ait poent d'ameir. 

N'a nelui ne port envie 
de rien ki soit en cest mont; 
je ne quier plus en ma vie 



de tous les biena ki i Mot, 
fora que roatre amor, amie, 
lai dont rienent et ou root 
mi penseir sena felonnie, 
ki font per toi quan k'il font. 

Douce, plnx douce ke mians, 
por vos fut fais ton* noviaus 
cist lais ki est boens et biana. 
et s'il enviellist, soit viaw, 
tous jors plairait mais 
aa clers et as lais. 

Se aaicbent jones et viaus 
ke por ceu ke cbievretiaus 
est plnx doua et flaire miaua 
k'erbe ke on voie aa iaus, 
ait nom cist douls lais 
chierrefuels li gais. 



80 



as 



90 



1»5 



41. 

CHANSONS D'HISTOIRE OU CHANSONS DE TOILE (ROMANCES) 
D'AUDEFROI LE BÂTARD. 

m. Raynanii, Xù. 1G16. — La piècr. e«t donnt'f par le« maitMêcrifs C.VT. — Imprimer : /». hiri», 
Jiinnunrrro frunçoU n83:J^ 5; Lermuc de Lincy, Recueil de chanté histor. I. 94/ WackrruagrI , Alt- 
fmnxll». Lirder und Leiche C1846J p. 6 et 117; Bartêch, Rom. u. Pleut. 57 (Ba.j; P. Aiibry, Lr* 
plim ancien)! monuments de la musique françaite, Pnrit 1905» planche XIII. (Reproduction d'une 
page du m». T.). — Xouji reproduiton» la graphie de M. 

b. Raynaud, Xo. 152.'i. — Im pièce est donnée jxtr le» mantuerit* CV,MT (Q ctuplet*). — 
Imprimrc: P. I\iri», Romancero françoi«, 32; Dinaux, Trourère», jongleur» etc. III. lOS; Wock^r- 
nagel, Altfranzo». Lieder und Leiche 3 (C) u. 115; liarttch, Rom. u. Piut. 64 (Bit.). — Aon* aroiM 
auiri la graphie de Bartsch, le m«. M ne donnant que le» »ix premier» couplet». 



Bêle Ysubiauz, pucele bien nprise, 
ama Gerart et il li eu tel gui^e, 
c'ainc de folour par lui ne fn requise, 
aiuz Tama de si bone amour 
5 que mieuz de li guardu s'onnour. 
et joie atent Uerars. 



par loiauté afermee et reprise, 
en celé amour la damorsele ont priae 
si parent, et douné seignour 
outre son gre un vavassor. 
et joie atent Gerars. 
Quant sot Gerars, cni fine amours jostiae, 



10 



Quant plnz se fu bone amours entr'eus mise, que la bêle fu a seigneur tramise, 

63 ri 64 niantiuent C; a T. 64 rois T. 65 aie tos T- a j« T] et t^ C. 67 qnaiiqoM 7*; goia C 
68 la lUsus T. 7'2 de cha nier et de la mer T. 74 C'>rr. p. T'.'Wt] q. d. r. m. poiM* L V, de par 
cni se puet clameir Bart»rh (= T). 75 com sil ki nul C. 76 ne en qui na T. 77 A n. T. 79 ke je 
C, ja n. T. 80 trestos (i maniue) T. 84 ke C, Bartuch; por T. 85 miaa C. 86 et 87 imirrrerti» dan* 
T. 86 est fais p. v. T; nooias C. 88 enviesist teviaus T; vlals C. 89 nuix C. 90 a d. T. 91 ione 
C, iouenes T. 93 mials C. 94 ki en T; eaus C, gaua T, jaus Bart»ch. 95 bons 1. .V. 96 iaia T. 
41 a. — 2 a. G. par amors T. 3 n. t p. 1. C,Ba. 8 affreuaee T. 13 amour MC. 



1&5 



Pièces 41. 



XII« SIECLE. 



15 grains et mariz, flst tant par sa maistrise 
que a sa dame en un destour 
a fait sa plainte et sa clamor. 
et joie atent Gerars. 
'Amis Gerart, n'aiez ja couvoitise 
20 de ce voloir dont aine ne fui requise ! 

piiis que je ai seigneur qui m'aimme et prise, 
bien doi estre de tel valour, 
que je ne doi penser folour.' 
et joie atent Gerars. 
25 'Amis Gerart, faites ma commandise: 

râlez vous ent, si feroiz grant franchise. 
, morte m'avriez, s'od vous estoie prise. 
maiz metez vous tost u retour! 
je vous conmant au créateur.' 
30 et joie atent Gerars. 

'Dame, l'amour qu'ailleurs avez assise 
dëusse avoir par loiauté conquise; 
maiz pluz vous truis dure que pierre bise: 
s'en ai au cuer si grant dolour 
35 qu'a biau samblant souspir et plour.' 
et joie atent Gerars. 
'Dame, pour Dieu', fait Gerars sanz faintise, 
'aiez de moi pitié par vo franchise! 
la vostre amours me destraint et atise, 
40 et pour vous sui en tel erreur, 
que nus ne puet estre en greignour.' 
et joie atent Gerars. 
Quant voit Gerars, cui fine amours justise, 
que sa dolonrs de noient n'apetise, 
45 lors se croisa de duel et d'ire esprise, 
et pourquiert einsi son atour, 
que il puist movoir a brief jor. 
et joie atent Gerars. 
Tost muet Gerars, tost a sa voie quise; 
50 avant tramet son escuier Denise 
a sa dame parler par sa franchise, 
la dame ert ja pour la- verdour 
en un vergier cueillir la fleur, 
et joie atent Gerars. 



Vestue fu la dame par cointise: 55 

moût ert bêle, grasse, gente et alise; 
le vis avoit vermeill come cerise, 
'dame', dit il, 'que tresbon jour 
vous doint cil cui j'aim et aour!' 

et joie atent Gerars. 60 

'Dame, pour Deu', fait Gerars sanz faintise, 
'd'outre mer ai pour vous la voie emprise.' 
la dame l'ot; mieus vousist estre ocise: 
si s' entrebaisent par deuçour, 
qu'andui chëirent en l'erbour. 65 

et joie atent Gerars. 

Ses maris voit la foleur entreprise: 
pour voir cuida, la dame morte gise 
les son ami: tant se het et desprise, 
qu'il pert sa force et sa vigeur 70 

et muert de duel en tel erreur, 
et joie atent Gerars. 

De pasmoison lievent par tel devise 
qu'il firent faire au mort tout son servise. 
li duels remaint; Gerars par sainte église 75 
a fait de sa dame s'oissour: 
ce tesmoignent li ancissour. 
or a joie Gerars. 



En chambre a or se siet la belle Bea-tris, 
dementet soi forment, en plorant trait ses fis : 
'dous Deus, conseilliés moi, vrais pères JhesuCris ! 
c'ensainte sui d'Ugon si qu'en lieve mes gris, 
et a moillier me doit penre li dus Henris.' 5 

bien sent asaveré li mal 

c'on trait por fine amer loial. 
'Lasse', fait elle en bas, 'que perrai devenir? 
coment oserai je devant le duc venir? 
car ne lairoie a moi touchier ne avenir 10 

nul home fors Ugon, s'il m'en loist cevenir. 
bien li devroit de moi membrer et sovenir.' 

bien sont asaveré li mal 

c'on trait por fine amer leial. 



15 tant] manque C. 17 la pi. M. 20 d. ceu uos loj . . f u C 27 se vos C. 28 met. v. t. en cel r. 
C; el r. T. 31 «36 manquent C. 38 pitié] mercit C,Ba. 39 amour CMT. 43 uoix C; iustice 31. 
44 dolour CMT; napetice M. 45 1. sen retorne C; croise T\ espris C. 50 dauant C; esquier M. 
56 b. graile et graisse et a. C^Ba. 58 fait il C,Ba. 62 par Ba. 64 por Ba. 69 mesprise C,Ba. 
73 pasmoisons M-^ par tel] manque C. 74 et il font f. C; que il f. f. Ba. 75 1. deus M. 77 tes- 
moigne C. — 

b. — 1 se plaint U. 2 fait ses cris MT. 3 biaz peire IT. 4 c'] manque MT. 5 et] manque 
T; me veut T. 7 bone amour f, partout ainsi. 10 quant J/7'; od moi T; atouchier nauenir U. 
12 deust M; ml't 1. deuroit d. m. peser T. 



156 



AUDEFROI LE BATARD. 



Pièce 41b. 



16 'Dolente, senii consuil. corn puis hAir le jor, 
que pri'tiiieni ui dTgon l'acointance et l'ftinur, 
par coi je pi-rderai lu hultesse et l'onor 
del due qui entrerait veut que l'aie aseifpor: 
uioB m'avra, He Dea plaiat, cil qui en ot la flor.' 
20 bien sont asaron^ li mal 

c'on trait por fine umur loial. 
Qne qu'ensi fait sou duel la belle a cner irié, 
ODS eioUien l'entent, qui iert de s'amintié: 
devant li est Tenus, mont en ut ^rant pitié. 
25 quant Beatris le voit, sun cuer a rehaitié. 
piiix li a son voloir et son bun enchskrffié. 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
'Frère, vos avés bien (Si mon covenent: 
30 aléa moi dire Ugon gens point d'arrestement, 
qu'en mon père vergier l'atendrai sous l'aiglent! 
guart que a cest besoin^; uel truisse mie lent.' 
'damoiselle', fait il, 'tout a vostre talent!' 
bien sont asavoré li mal 
35 c'on trait por fine amor loial. 

Li escUiers s'en va tant k'a trové Ugon: 
la vie Beatris a la clere fa<;on 
li conta a briés mos sans nnle arrestison. 
qnant li cuens entend! son voloir et son bon, 
40 de joie li tressaut li cuers en pâmoison, 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Tantost k'il pout parler, a dit a l'escUier: 
'amis, oses me tu por voir dire et noncier, 
45 ke belle Beatris veut ke l'aie a moillier 
et k'elle m'atendra en son père vergier?' 
'sire, bien le vos os et dire et fiancier.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por Une amor loial. 



Gnuit J^>ie en ot li eoena, ki d'aoMr i«t ctprâ, 50 
cinquante cbevaliem de «on contofl ft fris, 
monter le* fait trestoiu sor lea cberali de fith: 
par nuit en est toniéa, qaaot il fo «Tesprii. 
por ceu ke noa n'en aoit cunënc ne repri*. 

bien sont aasToré li nal 59 

c'on trait por fine amor loial. 
Il ont tant chevancbié la nuit et l'endemam. 
c'a vespre aont venu aooa le vrrgier a pisin. 
Ugnet trettant le mur, tmeve en un len soataia 
s'amie Beatria, si la prent par la main 00 

et dist : 'D^us, or ai tout, qnant je m'amie en main. 

bien sont asayoré li mal 

c'on trait por fine amor loUl. 
'Hugues', dist Beatris, 'ke ferés rot de moi? 
prendre me veut li dus Henris, ai m'en eRroi ; 65 
ensainte sni de vos; si vos reqaier et proi, 
s'tinkes ot en vo cors ne loiauté ne foi, 
ke vos m'en portés tost, car nul meillor n'i voi. 

bien sont asavoré li mal 

c'on trait por fine amor loial. 70 

Doucement a li cuens son gent eon eobniaié. 
par amors se «ont tost andui entrebaisié. 
ke mont ont lor anni illnekes abais."! 
del vergier sont issu, ke'n'i qnissent r"ngie: 
tant poignent lor cheval ke il sont aloignié. 75 

bien sont asavoré li mal 

c'on trait por fine amor loial. 
Jnsc'an palais Hugon n'i vorent arrester: 
illuekes reposa Beatris au vis cler. 
grant joie et grant desduit t)rent a l'asaembler: 80 
tant s'entraimment entr'eaos loialment sens 
ke l'uns l'autre ne vent son voloir refuser, [faoser, 

bien sont asavoré li mal 

c'on trait por fine amor loial. 



15 mar vl onket 1. j. C 16 pHmes T; ni MT; ke io onkes d. V. 17 pwdrai T; U eo«at«ne« «t 
1. T; 1. richoiso et 1. MT. lit aine Jhi.; m ie puU C. 22 tnanqut V; ki kanai C 23 i«rt V. 
24 davant (T; ot] a .V; d. belle biatrit est an estant drecies f. 26 q la' dame V\ aait a, c. r«h. 
V, le c. en a haitie -V, ml't a 1. c. h. T. 2G puis] bien T: v.. et dit et encli. MT; acomtiet V. qm 
ajoute II II rem: an luraille li dist ke nu* ne lantandiet. 29 amins v. saues b. de moi laa coartnana f\ 
30 s. nul ar. C. 31 et 32 inlrnrrtU ilan* f. 'M ans ou verg. m. p. me trourait sor laglant C 
32 g. bien f, guart soi C, garde qua 7'; ne lou tnies l'. 33 li escuiers respont belle a f': cornant 
C. 3(5 s'en] manque C.Bit.; kil ait tr. C, lin.; ai ait tr. f. 37 '•' 38 interverti» c/«iim f". 37 de 
belle b. l'; belle f. C. 38 contait li mot a mot f; toute lanUnsion f, de polie raixoa i\li'i. 
39 et q 1. c. entent C, Bu.; ke ces couans li tigne ki entras dons fait ont f. 40 ses c. C,Ba.: et 
cant ugues lantant ne dist ne ot nenon l\ Le rette manque dans .V et T; l' Jnil tuirre tmi» 
couplrtu <jui préuriitent une rerrion abrogée et totalement différente de celle de C. 52 traatoua Ba.] 
mniiqu,' f; aorj fors (\ 57 londemain ("', le demain B>i. 60 se C. fil je C] j'ai Bn. 85, 66 M T. 
71 cors Ba.] mhnque C. 72 tost ToNrr] tuit <\ 75 poignent TnNrr] poine C 78 iuaca C. 70 a 
ois ('. 81 santreaimment V,Ba. 



167 



Pièce 42. 



XIP SIECLE. 



85 Li dus Henris le sot, mont en fn esmaiés; 
au père Beatris en vint tous correciés, 
fièrement li a dit com' uns bons enragiés: 
'tolu m'avés m'amie, s'en avenra meschiés. 
a Hngon en sera encor copés li chiés, 
90 et vos ausi par Deu en serés deschaciés.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Quant li sires l'entent, doucement respondi: 
'sire, tenés ma foi, loiaument vos plevi: 
95 Ugues la m'a emblée, ersoir la me toli.' 

'bêlas', ce dist li dus, 'com' or m'a mal bailli!' 
miens amasse estre mors k'il l'en portast ensi. 
deus d'amors, ke ferai? vien avant, si m'oci!' 
bien sont asavoré li mal 
100 c'on trait por fine amor loial. 



'Sire', ce dist la mère, 'ne vos desconfortés! 
ja Beatris, ma fille, mais ne recoverrés. 
por Deu, laissiés Ugon avoir ses amistés: 
ançois l'ama de vos, ke tresbien le savés.' 
'dame', ce dist li dus, 'tout ceu est vérités; 105 
mais s'amors me destraint, dont je sui enflâmes.' 

bient sont asavoré li mal 

c'on trait por fine amor loial. 
Li dus est remontés, de joie mes et vuis; 
en sa terre revint a mont poi de desduis. 110 
malades escoucha, si com l'istoire truis, 
d'une tel maladie, dont ne releva puis, 
mors fu por bien amer, dont ce fu grans anuis. 
et Hugues ot s'amie, ki fu cortois et duis. 

bien sont asavoré li mal 115 

c'on trait por fine amor loial. 



42. 

CHANSONS DE CONON DE BÉTHUNE. 

a. Raynaud, No. 1837. La chanson est donnée par les nws. Met T, la 3* strophe aussi par e. — 
Imprimée: P. Paris, Romancero français (1833) 83; Dinaux, trouvères, jongleurs etc. 389; Leroux de 
lAncy, Recueil de chants histor. franc. (1841)/. 30; Scheler, Trouvères Belges, Bruxelles 1876,25; 
Chansons de Conon de Béthune, éd. critique par Axel Wallenskold^ Helsingfors 1891 p. 223 {W.) [No^is 
n'avons pas suivi, dans les deux chansons, l'orthographe picarde adoptée par l'éditeur, mais nous 
avons reproduit, en général, la graphie de M.] — Le poète avait été blâmé, à cause de son parler artésien, 
par Alix de Champagne, veuve de Louis VIT, et son fils, le roi Philippe Auguste (vers 1180J. — 

b. Raynaud, JVo. 1125. La chanson est donnée par les mss. CHKMNOPR^TVXaxy (pour 
les derniers deux mss. voy. Wallenskold p. 30j. — Imprimée: P. Paris, Romancero 93; Dinaux, 
l. c. 397; Leroux de Lincy, l. c. 113; Keller, Romvart (ISiA), 254; Wackernagel, Altframos. 
Liederu. Leiche (1846), 39; Mdtzner, Altfranzos. Lieder, Berlin (1853) 7; Scheler l. c. 2; Wallenskold, 
l. c. 224 sqq. (W.). — Les Chansons de Croisade p. p. J. Bédier. Avec leurs mélodies p. p. P. 
Aubry. Paris 1909. p- 25 sqq. (Béd.J. — Cette chanson se rapporte à la croisade de 1189. 



Mout me semont Amours que je m'envoise, 
quant je pins doi de chanter estre cois; 
mais j'ai plus grant talent que je me coise, 
por çou s'ai mis mon chanter en defois; 
5 que mon langage ont blasmé li François 
et mes chançons, oiant les Champenois, 
et la, contesse, encor dont plus me poise. 

La roine n'a pas fait ke cortoise, 
qui me reprist, ele et ses fius li rois; 



encor ne soit ma parole françoise, 10 

si la puet on bien entendre en françois. 

ne cil ne sont bien apris ne cortois, 

s'il m'ont repris, se j'ai dit mos d'Artois, 

car je ne fui pas norriz a Pontoise. 

Deus, que ferai? dirai li mon corage? 15 

irai je li dont s'amor demander? 
oil, par Deu! car tel sont li usage, 
qu'on n'i puet mais, sans demant, riens trover. 



86 a. p. C. 102 ja Ba.] a C. 110 desdut C. 

42. a. — 8 ne fist pas que T. 13 dis W. 14 fus T. 16 li irai je dont MW, et irai a li por 
merci c. 17 oie e; teus est li usages e. 18 ne T; conme done mais riens sans demander c] trover etc. 
jusqu'à la fin manque dans M par suite d'une déchirure. 



158 



CHAVsnV OF cn\f\\ DE BÉTHUNE. 



Pièce 42. 



et se je sai outrageas del rover, 
20 ne s'en doit pas mn dame a moi irer, 

maiH veni Amours, qui me fuit dire outrage. 



Oianion de troituide. 



Ahi! Amoun», con dure départie 
me convciidrii faire de la nieillour 
ki onqne» fust amee ne servie! 
Dens me rumuint a li par h» dout.-our 
5 si voirenient que m'en part a dolour. 
las! qu'ai je dit? ja ne m'en part je mie: 
se li cors vait servir nostre seignour, 
li cuers remaint del tout en sa baillie. 

Pour li m'en vois souspirant en Snrie, 
10 car je ne dui faillir mon creatour. 
qui li faudra a cest besoing d'Kie, 
sachiez que il li faudra a greignonr. 
et sachent bien li grant et li menour 
que la doit on faire chevalerie, 
1& qu'un i conquiert paradis et honour 
et pris et los et l'amour de s'amie. 

Deus! tant avons esté pren par oiseuse: 
ore i parra qui a certes iert preus, 

19 gi f; rover Sfhfler] trover TW; de parler r 



•'irons vengier la honte dolormue, 
dont cbascnns doit estre iries et hoiteat; 
car a no tans est perdus U salu \gm, 
a Dens sonfri pour nous mort aafoinwse ; 
s'ore i laissons nos nnenis morteM, 
a tons jours mais iert no rie honteuse. 

Qui ci ne veut avoir vie anaievM, 
si voist pour Dieu morir liés et jotem, 
que eele mors est douce et saTereose, 
dont on conquiert le règne precTens. 
ne ja de mort n'en i morra uns «eus, 
ains naistront tuit en vie glorieuse: 
qui revendra moût sera ëureus, 
a tous jours mais en iert honora s*espeniie. 

Tous li clergiés et li home d'eage, 
ki en aumosne et en biens faiz manront, 
partiront tuit a cest pèlerinage, 
et les dames qui chastement vivront, 
se loiauté font a cens qui i vont; 
et s'eles font par mal conseil folage, 
a làsches genz et mauvais le feront, 
car tait li bon iro^t en cest roiage. 

Dens est assis en son saint iretage: 
ore i parra con cil le seeorront. 



20 



25 



80 



20 M nen T, ù n'en W. 21 a am. <■ ; amonr W; font T. 
b. Ordre dt-s muplei». Ci 1, 2. 3. 4. 5. 6. 7; O: 1. 2. 3. 4. 5. 6; X: 1. 2. 3. 4. 5; PA'A'.Vf: 
1. 2. 4. 6. 5; //y: 1. 2. 6; MT: 1. 2. C. 5. 4. 3; aR*: 1,2.6.5.4. 1—4 mauqumt if. 1 lie K*, 
liai r, Oimi Or; si d. Ox. 2 m. conient faire a perdre 1. C; sofrir p«r 1. //: por U J'XKXV, 
3 fUsll miiiuiur dan* t ù caime d'une dvchirure. 4 r»maine T, ramoint O^ ramainat f; a lai 11 
vraiement R*aXy\ con ien p. PXKXVOC; com em vait x; pert Y. G dieu» <»/'-YA'.Vror; ka T; 
que ai R*; et n. R*, ie n. 0\ che ne men départ Ily. 7 ainz ua met cors PXKXV; moa c. //y. 
8 mes c. PXKNV.Hy, toaz li miens c. remaint en OxC; d. tor H. î> lui R*', sulie R*r. lO qa« 
POrC; nos ne doit f. son (i,PXKXy,<)xC, Réd. H quant T; qnar qoi le (li y) fant en ses besoignes 
un dia (besoig sais v) Jfv, la ": f. cest beiongne V. 12 sache OrC; ben cre qoe dens (cades y) li 
faldreit al /fv; s. de uoir quil f. (faudra li Orir) PXKNV.OrC. 13 si 'i; sachies PXk'X.Ojr. Bfd. 
15 u on MT(t,W, on i /^*, con en OsC. 16 los et pris rZ/yl', IF; « lamor d. Munia y; «t amor U\ 
sa vie A Le* rer» 17'* 24 mmifjnrnt dan* R*a,PXKNV,Ify. 17 lonc tens OxC; por ois. xC 18 or 
verra on T. 19 quil voist ■'('; uescn auons a b. O, 20 donc <>; toaz li monz est (et r) Or(\ 21 qoa 
nostre M, quant a (en ■>■) noz OjtC. 22 por n. sofri OxC; glorieuse T}(\ et angoisse r, «agoiss* C. 
23 — 4 or ne nos (vos J") doit retenir nule honors daler uengier ceste perde h. 0.rl\ Le* rer* 25 «1 40 
uKinqiient ilan* Jly. 25 qor (qui or x) uuet Ox; q. or n. C; mener honteuse nie A'; honte et a. O, 
honte x; honteuse PXA'fXjV. 26 saille morir p. d. PXKNV; voit H*; v. morir liez et baos OxC; 
ioianz lï>x. 27 car PXk'XV.OxC; telle fi*, ceste /'A'A'A'V; bone et glorieuse PXKXV. 28 manque 
dttn* /'; donc M; con en A', quen i A'AT; ou conquis ert paradis et boaor* OxC; gloriau XXXV. 
29 mantille tian* V; des mors C; nen Réd.; i aurait un soûl C. 30 manque dan» V; m. nabtaronl «• 
MTa/i,W; uiuront tuit Ox<'\ précieuse A'. 31 — 2 manquent a ; ie ni sai plus (et saichiez bien OxC) 
qui (ke C) ne fust amoreus trop (moût OxC) fust la uoie et bone (uoie bêle <>) et deliteuse PXKXV.OxC\ 
m. parert R*; iert a honneur A'*; ilun* V r*t ajouté à la Jin: pour dieu uengier le pcre preci«M. 
33 tuit r<),/'A'A"A'i'.Tr; tout -i ; clergie OPXRyV,W. 34 de biens (bien r<') {mit. et daumosocs uiuroat 
OxC; aumosnes a,PKViOxC); bien MIiHxPXKyV,W; frit A'VA'A'.V. If; bienfais Béd.; 
T.Vh'*, mauront <t. 35 en c. C. 36 chatce tenront PXKXV, chastes se tendront O. 37 
TMR*ii,V; et leaute portent (loialteis porte C) ces qui iront OxC; et L feront a e. q. t. W. 88 •• 
eles I'; celles R*, celés /'A'(^. HO as T,PX, ans K; ha les quels '>, halas qncx A', eiais ketb C; 
lasses R*; a recreanz .V: g. mauueses PXKXV^O, manrese x, menasces C. et amaoex A**; les il O, 
lor C. 40 cuit x; sen vont PXKX; cel C. Le» rer» 41 à 48 manquent dan» x. 41 droit I*. bant 
O, gran y. 42 or parra bien O, e reparra H\ s* c. TM; •• il o, ail C; cam li secorreront Hy. 



160 



Pièce 43. 



XIP SIECLE. 



cui il jeta de la prison ombrage, 
quant il fu mors en la crois que Turc ont. 
45 sachiez, cil sont trop honi qui n'iront, 
s'il n'ont povérte ou vieillece ou malage; 
et cil qui sain et joene et riche sont 



ne pueent pas demourer sans hontage. 

Las! je m'en vois plorant des ieus del front 
la u Deus veut amender mon corage, 50 

et sachiez bien qu'a la meillour del mont 
penserai plus que ne faz au voiage. 



48. 

CHANSON DE EICHARD I D'ANGLETERRE. 

(ROTROUENGE.) 

Raynaud, No. 1891. — La pièce est donnée par les mss. CUNKPX. — Iinprimée : P. Paris, 
De la conqueste de Constantinoble par Joffroi de Villehardouin, (1838) 243; Leroux de Lincy, 
Pecueil de chants histor. L. 56 r= ^) '• Wackernagel, Altfranzos. Lieder u. Leiche, 38 ^^ C; Tarbé, 
Œuvres de Blondel de Neele (1862) 114, 117; Brakelmann, Les plus anciens chansonniers français, 
222 (Br.). Il existe aussi des versimu provençales de la pièce, voy. Brakelmann, l. c. p. 197 et 
miiv. — Nous avons suivi la graphie du ms. N. 



Ja nus bons pris ne dira sa reson 
adroitement, s'ensi com dolans non ; 
mes par confort puet il fere chançon. 
moult ai d'amis, mes povrf sont li don; 
5 honte en avront, se por ma reançon 
sui ces deus yvers pris. 

Ce savent bien mi honme et mi baron, 
Englois, Normant, Poitevin et Gascon, 
que je n'avoie si povre conpaignon, 
10 cui je laissasse por avoir en prixon. 
je nel di pas por nule retraçon, 
mes encor sui ge pris. 

Or sai je bien de voir certainement 
que mors ne pris n'a ami ne parent, 
15 quant bon me lait por or ne por argent. 



moult m'est de moi, mes plus m'est de ma gent, 
qu'après ma mort avront reprochier grant, 
se longuement sui pris. 

N'est pas merveille se j'ai le cuer dolent, 
quant mes sires tient ma terre en torment. 20 
s'or li menbroit de nostre serement 
que nos fëismes andui communaument, 
bien sai de voir que céans longuement 
ne seroie pas pris. 

Ce sevent bien Angevin et Torain, 25 

cil bacheler qui or sont riche et sain, 
qu'enconbrez sui loing d'aus en autrui main, 
forment m'amoient, mes orne m'aimmentgrain. 
de bêles armes sont ores vuit li plain, 
por tant que je sui pris. 30 



43 que R'^,XKNV\ iete Tn; a ceus qu'il (iceu qel y) trais Hy, de ombrage -ff, dombr. y. 44 dont 
-Hy; m\i PXKNV,OCHy \ quill T. i/, quel y; tuit 0. VOG. 45 bien sont honi tuit cil qui remanront 
PXKNV, certes tuit cil sont honi qui ni uont OC; aunit si ont tuit cill que (qi y) remandront Hy. 
46 si a; se nés retient pouretez (pourete V) ou malage PXKNV; si veill non es (nestait y) paubretes 
e (0 y) Hy; ou mellee ou maillage C. 47 mais y; tut li ries que sans e iovene s. Hy; qui riches 
et fort et sain seront V; ione et sain 0, riche et sain et f. seront PXKN; riche et ionne R^. 48 ni 
PXKNV; porront OC; remaner Hy. 49 — 52 manquent dans TMR\PXKNV,0.r,I£y. 52 faz] di 
Béd.; a C. 

43. 1 bon NKP. 2 non] bons U; a. se dolentement non NKPX. 3 p. esfort NKPX. 4 mit' 
N; d'] manque NKPX; en s. NKPX. 5 h. i avr. NKPX; raencon NKX. 6 ces] ca NKPX. 8 et 
P. X. 9 n'ai nul s. NKPX; n'ai] manque X. 10 ke CNKPX,Br. 11 pa<«] mie A'PX; retraisson C, 
retraison U, Bartsch. 12 mes] car NKPX; je] manque P. 14 n. priset ne am. U; q. ie ne pris 
(p. manque P) ne am. NKPX. 15 lait] faut NKPX; or] manque X. 17 ma] la X, lor NKP; aurai 
P; reproche g. C, reprochement NKPX. 20 q. li miens s. Bartsch ; tient] met NK, mest P, nest X; 
a t. U. 21 sil 1. menbrast NKPX. 22 feimes CU, Bartsch, Br., fesismes X; communément CNPX. 
23 ie sai NKPX; q. ia trop I. NKPX. 24 ser. ca pr. NKPX. 25 ce] or V; anguin et torrain NX. 
26 fort et s. U,Bartsch. 27 loig N; autre NKPX; mains CU, Br. 28 f. maidassent T'^NKPX; aiinment 
Bartsch, Br.] aimme C; m. il ne (ni l\ nen P) voient (uoien N, oient P) gr. UNKPX. 29 ore NKPX; 
wit N; li] cil U, Bartsch; v. et pi. NKPX. 30 tant] ce NKPX. Les vers 31 « 36 manquent UNKPX. 



160 



CHANSON D£ BLONDEL DE NESLE. 



Pièce 44. 



Mis L-oiipaiguonii coi j'umoie et cai j'ain, 
cens de Caben et ceus de Percberain, 
me lit, chançoD, qu'il ne sont pa» rertain; 
qn'onqiies vers aas nen oi ciier fans ne vain. 
35 fl'il nu* Kuerruicut, il funt muult que vilain, 
tant (*on je serai pri». 



TOMtrf pris suarerain 
V' .1 cil s cui j6 m»' rlsin 

et par cui je sui priit 

Je ne di pas de Cf*li di* ( iianain, 
la mère Lofiys. 



40 



44. 

TKANSOy T)R BLONDEL DE NESLE. 

Rinjnmnl, A". 110- /-" cluninmi rut dunnre jHtr le» vuu. (',[' (deux remion*, «/»■'■ 
r'* rt r^jMTnZ, — Imprintrf : Jirtikrimann, Archif /. neurre Spmrhrn 42, 262 (^ i 
ibid. m, 316 (Z): h'fUrr, Rommii (1844) />. 293 (n) ; Martxnrr, Altfrmtti'Ui. LU.hr '\-. 
(a); T(trht', (fKinrrM dr /lltmdr! dr Xteir (1862) p- 23." Brnkrtmnnn, /r* pluti nnrir,,.. ri,., 

frfinç. (1870 — 91) p. 12; />'«•• Liedrr drt Jilondrl dr Xrtlr, Krit. Aihkjo/" / M. 

1904, p. 160. (OeselUch. /. ramaii. Litt. Rd. 5.J Graphir de .W. 



10 



15 



Cner desirous apaie 
douçours et confors; 
par joie d'amour vraie 
soi en baisant mors, 
s'enoor ne m'est autres donnez, 
mar fui unques de li privez, 
a morir sui livrez, 
8€ trop le me' délaie. 

Premiers baisiers est plaie 
d'Amours dedenz cors; 
moût m'angoisse et esmaie, 
si ne pert defors. 
he, las! por coi m'en sui vantez! 
ja ne me puet venir sautez, 
se ce, dont sui navrez. 



ma boacbe ne rassaie. 

Amours, vous me fëistet 
mon lin cuer tricbier, 
qui tel savonr mëtstes 
en son donz baisier. 20 

a morir li avez apris, 
se pluz n'i prent qu'il n'i a pris; 
dont m'est il bien a vis, 
qu'en baisant me trabist«t. 

Certes, mont m'atraisistM 25 

juene a cel mestier; 
n'ainc nnlui n'i Touaictet 
fors moi euf^ignier. 
je sui li plus loiauz amis, 
coi onques fust nus biens pramis. 30 



32 Cahen ci>nj. de M. Andreten] Caheu les mm.; don BarUrh. Le» rer» 37 à 41 manqurt^ A*; datu 
(\ iU ont fté ajoMlt'it par iiuf autre main. 38 qui N; men T'P; daim *V. 39 et] manque A'; por c« 
fui ie p. PX, p. ce que ie soi p. A'. 40 non f, Bartsch- mie a ccle SPX. 41 lowela C loweiU ('. 
44. Ordre des couplet». C.VTaZ: 1. 2. 3. 4. 5. 6; l'*; 2. 1. 4; T»: 2. 1. 3. 4. (5. 6.) — P^ir l'iuHiaie 
U, non» dè»irfnon» le» rertinn» de f* et l'^, fjnnnd elle» »ont d'accord. — 1 râpai* t^. 2 confort 
{'. 3 et jou dam. TaZ', ueraie Z. 6 mar fui de li 'i; lui -V. 7 ca la mort f'*, kar lamora V*. 
8 que (»; celle tr. mi d. f, se tr. m. d. C 9 prives b. ^fTZ. 10 amors C; le cor» Z, mon c a. 
11 m. ang. la plaie C\ et amaie ^'^ 12 et si MTZC, se ni r«; dehors MT. 13 ba MTZ-, qnoi .V; 
nnvreis C. 14 quant MTZ; men MTZ; puet il «; penst f*. puist f*. 15 •• i« TZ; vantM C. 16 mm 
rass. C. 17 — 20 placé» dan» Cl'* aprè» le r. 24, remplacé» tri /tar le* rr. 25-28. 17 mi f*'; 
résistes TZa. 19 quant CT*; saroir Z; mesistes TZa. 20 en cel t'\ 21 mi are» CT'*; Ur«s Z. 
22 ni prcn C, ni ait f'*; quil i a .V, que ieu ai C, que gi ai ^^ 23 il mest TZ; bi«i] mtamqmr 
M. 24 quant r\ 25 — 28 <lan» f'f* htlerrerli» arec le» rr. 17—20. 25 amors roa C; aa trop 
l'; atraiste» -V, ninpreistes Cf. 26 iouene TZ; ione Cl', ionet a; tel TZ. cest C. 27 aine (Y**; 
onlies ne lo feistes T'*; vausistes TZa. 28 fors ke Z, (. por f*. 29 Toetr* 1. am. f*. 30 m«ris a. 
BARTSCH-WIESE, Chrestomathie. X» Éd. 11 



161 



Pièce 45. 



XIP SIECLE. 



he.-las! tant ai je pis! 
Amours, mar me nourristes! 

Se je Dieu tant amaisse, 
con je fais celi, 
35 qui si me painne et lasse, 

j'eusse merci; 

qu'aine amis de meilleur voloir 
ne la servi pour joie avoir, 
con j'ai fait tout pour voir 



sanz mérite et sanz grasse. 40 

Se de faus cuer proiaisse, 
dont je ne la pri, 
espoir je recrovraisse ; 
maiz n'est mie einsi. 
Amours, trop me faites doloir; 45 

et se vous serf sanz décevoir, 
ce me tient en espoir: 
qu'Amours nevre et repasse. 



45. 

CHANSONS DU CHÂTELAIN DE COUCY. 

a. Eaynand, Nos. 985 et 986- — La chanson est donnée parles manuscrits MTaRAO,CUKLPVX ; 
Le premier couplet de la pièce est cité dans le Roman du Châtelain de Coucy, c'est-à-dire dans les 
manuscrite 15098 et nouv. acq. 7514 du fonds français de la Bibliothèque Nationale (désignés par 
a et /3) et dans le Roman de Gnillaume de Dole, manuscrit 1725 du fonds Christine à la bibliothèque 
du Vatican (désigné par u). — Imprimée: Fr. Michel, Chansons du châtelain de Coucy (1830) 33; 
De La Borde p. 270; Brakelmann, Chans. p. 115; Jahrbuch f. roman, u. engl. Litteratur XI. 160 
(le couplet donné par u) ; Die Lieder des Castellans von Coucy, nach sdnitl. Handschr. krit. bearb. 
von F. Fath, Heidelberg (1883), 54. Les Chansons de Croisade, p. p. J. Bêdier. Avec leurs mélodies 
p. p. P. Aubry, Paris 1909, p. 85 et suiv. (Béd.). 

b. Raynaud, No. 1913- — La pièce est donnée par les manuscrits MTChRCU. — Imprimée: 
Fr. Michel, l. c. 52; Brakelmann, Archiv f. neuere Sprachen 43- 330 (=■ C) ; Fath, l. c. 65. 

c. Raynaud, No. 40. — La chanson est donnée par les manuscrits MTa ACh FCOKPXV. — 
Imprimée : Fr. Michel, l. c. 69 ; Brakelmann, l. c. 42, 388 (= C) ; Fath, l. c. 49- — Les manuscrits 
de Paris ont été collationnés de nouveau. — Nous n'avons pas toujours suivi l'orthographe jncdrde 
adoptée par Fath. 



Li noviaus tens et mais et violete 
et rosignols me semont de chanter, 
et mes fins cuers me fait d'une amourete 
si douz présent que ne l'os refuser. 
5 or me laist Dieus en tel honor monter, 
que celé ou j'ai mon cuer et mon penser, 



tiegne une foiz entre mes braz niiete, 
ainz que voise outre mer. 

Axi comencier la trovai si doucete: 
ja ne cuidai por li mal endurer; 
mais ses douz vis et sa fresche bouchete 
et si bel oel vair et riant et cler 



10 



31 je] manque Z. 30 — 31 dans Jj^\ ki jai de uos nan kier partir a tort maues guerpit. 
33 — 36 placés dans C après le v. 40, remplacés ici par les vv. 41 — 44. 33 se je atant d. U°; 
amasse a f/^. 35 ki tant Z; por cui paine et travaille U^; laisse C. 36 — 43 manquent U^. 37 que 
nuls bons de grignour v. C. 38 pour] sens C. 39 ie fais MTZ-^ ieu ai fait p. v. C. 40 merci M, 
graice C. 41 — 44 dans C intervertis avec 33 — 36. 43 esp. ke rec. Z; ke ie rec. T. 45 mi U^\ 
ne ja dieus ne me doint voloir (valoir T) MTZ. 46 s. joie avoir U^\ de li decoivre s. doloir 
(décevoir Z) MTZ. 48 blece MTZ; trespasse 31, respaisse CU^. 

45 a. Ordre des couplets. MTaRO: 1. 2. 5. 3. 4. 6; A: 1. 2. 5. 3. 4; CU: 1, 2. 3. 5 ; 
KLPXV: 1. 2. 3. 4. 5; Béd.:. 1. 2. 3. 5. 4. 6. — 1 ou nouvel a/?; tens deste CU; que mais a. 
2 11 T. KLPXV] m\AaR\ semoignent damer OU. 3 mi RL\ ma f. KPVX; et dous cuers si me sert 
d. a, li d. c. m. s. fi. 4 un (dun L) d. XLPXVtt; pel (ne /?) doit nus r. 0/î; q. ge nos KPVXu; ke 
nel (ne C) doi r. CU. 5 mi iî; lait MO; me (men u) doint UKLPXVu; en] a al3U. 6 celé ou jai 
mis m. u\ q. celé quaing entre mes bras nuette aj-i. 7 quentre m. br. la tenisse n. «; soit OR; une 
nuit CU; tiegne une f. -\- v. 8 «/?. 8 a, ken aille TA, a. qalasse u; ancois quaille J/; que iaille CO, 
ie voise F, ie men voise i; ains que men doie aler P. 9 fu si franche et d. CO; simplette U. 10 ja] 
manque C, je O, que U, quains RLP, quonc (q onc V) KXV, Béd.; par P; lui L; m&ls RKPXVO, 
Béd. 11 mais] manqtie CU, et s. L- clers v. LKPXVOR, simples v. CU; bêle b. MTRAa, Fath, 
douce OU, simple C. 12 vair oil bel MTORu; vair et] qui sont «-1, vert e. r. K. 



162 



Uù L'IlArJùLAJLN DE, tULtV 



Pièce 4ô. 



et por iUnt qoe de e««r l'ai amee: 

n'i aet aotre ocoiton. 40 

Si eoiement eat ma dolon cdee 
k'a mon semblant ne la raoonoiat <ni; 
w ne fassent la genz malliaree, 
n'eusse pas sospiré en pardon: 
A mors m'ëaMt doné son guerredon. i.' 

mais en cel point que doi avoir mon duu, 
lor fu m'amors ensegniee et moatree. 
ja n'aient il pardon! 

b. 

Quant H estez et la douce saisons 
fuit fuelle et Hor et les près raverdir 
et li donz chanz des mennz oisillons 
fait as plnisors de joie so venir, 
las! cbascuns chante, et je plour et sospir, 5 
et si n'est pM droiture ne raisons; 
ainz est adés tote m'ententïons, 
dame, de vos honorer et servir. 

Se j'avoie le sens k'ot Salemons, 
si me feroit Amors por fol tenir; 10 

car tant est fors et crttens sa prisons 
k'ele me fait essaier et sentir, 
bien me dëust respasser et garir 
et enseignier quels est ma guarisons; 

13 mont si «orpris (sospris KX) KLPXV\ q. ne ml soi Cl'KLPXV, Fath, q. mi sole donez O, q. 
me puisse (peusse -1) d. </-!, /?/»/.; garder KLPXV. 14 sel L, ar 6', si ^'; mi TROKVX, Fnth; 
mais sor m. MTRuAO; veust A, vient .1; retenir] imitupif L\ et q. MTnAO, Futh, naqoiter Ct\ % 
son per li\ cuidier L, quitier P. 15 m. vuel Cl', jaim m. «».•!; f. a li (lui V) IV', a i. Mtrir si 
prometrey O; lui /.. 10 eschiver CL. 17 cent KLPXV; solaa A'; q. le jor d. (>. qoele ait d« moi C; 
de rente A'LPXV. IH men MT.!-, mi -l" ; voeil A*, veust A; ele] pas .UTnAOU; dan tuot seul aqaiter 
T<i{Oli. 19 nen /*; foie KLPXV\ laist TRA, Fnth, vuet CIO; sa f. am. C; n. doit mètre s'entent* 
KLPXV. 20 Ne ne nie (mi a, Fnth) lait (laist ni, Fath) d. Mn.i, Fath; ne roi L pas T, n. m* 
laisse R\ a li faire KLPXV; et r. O. 21 saura moins Cl\ 22 si TaAOR; me /'; a AaCRL, qaaa 
t'P. 23 0. c. a.] mainiiie L: doit et déserte -^ r. 24; destraint CR; et désire T; coi fol am. odt et 
d. KPXV. 24 len ne s. <>; ne len doit on blasmer .VTa.i. 25 poar T; totes joie* OR, Bfd., to(M 
choses n; tote ftotes V) riens KLPXV. 26 que .VOA; jal dam. OR, jaim d. 3tT; r. d'Am. B*d.', 
vient] vit KLPXV; fau.Ir. i J/7'. 27 nenil MR, naie T. 28 q O, car TaAR, F<Uh; itcl d. L, oel P, 
ce A' AT; mi TRti.i, Fath; me donent TaAO, Fath, mi doiuent A*. 29 ki font .1, qui mont tola d« 
mamie le don (mon bon A') KLI'XV. 30 et KLPXV; dont] il KLPXV. 31 avoir l (en A*) poet 
Kl.PXV. 33 deus si mar fu CC; esgardee 0/.\'. h4 rienz -V; franche r. R; que Ci); t amor AnL. 
.'îô rist An; quant de moi r. MTRO, 1{>%I., scie me het 7., ele mocit V; et jai H Cl'; amee MTVL. 
::6 navrez A*. 37 f^t C, fu Fnth; t. con ie f. miens L; fuit se bien nom C, ne mi vint s. A'. 38 et 
or <i ; sui je s. R. 39 seul p. Kl.PXV, Bûi.; et cest por ço MTRO. 40 ne CPX; sai C, xrvmx* KLPX, 
truis V, Br<l. 41 s. que ie ment A*; al ma d. menée O, Bfil. 42 le O; coneost O, Bfd.; |oo R. 
43 gent .'/« ; si feissent la gent mal apcnsee A*. 45 tins mot amor rendu le A', rendu meost am. aoa O, 
16 m. est tel lieu >/ ; duij plus <'. 47 lam. MT, ma mort R; ensegnie TRn ; deacoverte .V. 48 wtanqmc R. — 
b. Onirr de» nxiphtn. MTR: 1. 2. 3. 4. 5; Cl': \. 2. 3. 4; Ck-. \. 2. 3. — 2 font T; flon 
TCh; renverdir Cl'. 3 que l'; les d. ch. menus d. ('A, 1. d. tans R. 4 les p. CVCh. 6 mais ceu 
n. CV. 7 car cest a. Cl'Ch. 9 ki aroit tous les s. Ch., ke tout anroit Ion aen C; ki «Taroit tôt le 
s. A'. U. 10 le f. L'Ch; porroit l', cel feroit bien C. 11 car] manijur C; tant] si i?, trop CA, molt f, 
tant par C\ ton] maie Cl'Ch; et cr.] mnn«/ue L'\ la p. l\ 12 si U me faut Ch; bien loa mait ùdt 
compareir et s. C. 13 — 16 maHq»rnt MT. 13 or C; devroit Cl'; si ne me veult a son eoa retenir 
C/i. 14 ne Ch; la g. l'. 

11* 

163 



m'orent ainz pris que m'osasse douer. 

se ne me veut retenir ou quiter, 
15 mieuz aim u li faillir, si nu; pri»mete. 

qu'a une antre achiever. 
De mil Hospirs ke je li ili'i \>nv M' t • 

ne me veut ele un seul qult«- . laim r. 

ne fausse Amors ne lait ke s'entremete, 
20 de moi laissier dormir ne reposer. 

s'ele m'ocit, mains avru a >?anler; 

je ne m'en sui venjfier fors au plourer; 

car cui Aniors destruit et desirete, 

ne s'en set ou clamer. 
25 Sor tote joie est celé coronee 

ki d'Amors vient: Dieus, i fnudrai je don? 

Oil, par Dieu, teus est ma destinée 

et tel destin m'ont doné li félon; 

si sevent bien k'il font vfant mesprison: 
30 car ki ce tout, dont ne pnct faire don, 

il en conquiert anemis et mellee, 

n'i fait se perdre non. 
Las ! pour quoi l'ai de mes ieus regardée, 

la douce rien ki Fausse Amie a non':' 
35 ele me rit et je l'ai tant ploree; 

si doueement ne fu trahiz nus bon. 

tant cun fui miens, ne me flst se bien non, 

mais or sui suens, si m'ocit sens raison 



Pièce 45. 



XIP SIECLE. 



15 car j'ai servi longuement en pardons 
et servirai adés sens repentir. 

Mont m'esmerveil queus est li ocoisons, 
k'ele me fait si longuement languir, 
je sai moût bien k'ele croit les félons, 

20 les iosengiers cui Dieus puist malëir! 
tote lor paine ont mise en moi trâir; 
mais ne lor vaut lor morteus traisons, 
quant il savront queus iert li guerredons, 
dame, de vos cui aine ne soi mentir. 

25 Aine ne la soi losengier ne flater, 

ne ja Dieus sens ne m'en doint ne talent, 

mais ma dame servir et honorer 

et faire adés tôt son comandement. 

et sachiez bien, se beaus servirs ne ment 

30 ou li miens cuers ki bien me puet grever, 
que toz les biens c'om puet avoir d'amer 
avra mes cuers ki adés s'i atent. 

Se vos daigniez ma proiere escouter, 
douce dame, je vos proi et demant 

35 que vos pensez de moi guerredoner; 
je penserai de bien servir avant. 
de toz les maus ke j'ai ne m'est noiant, 
douce dame, se me volez amer: 
en poi de tens pôéz guerredoner 

40 les biens d'amors ke j'ai atenduz tant. 



La douce voiz del rosignol sauvage 
k'oi nuit et jor contoier et tentir, 
me radoucist mon cuer et rassouage: 
lors ai talent ke chant por esbaudir. 
bien doi chanter, puis k'il vient a plaisir 5 
celi cui j'ai de cuer fait lige homage; 
si doi avoir grant joie en mon corage, 
s'ele me veut a son oés retenir. 

Onques vers li n'oi faus cuer ne volage, 
si m'en devroit por ço mieuz avenir; 10 

ainz l'aim et serf et aour par usage, 
si ne li os mon penser descovrir, 
car sa beautez me fait si esbahir, 
que je ne sai devant li nul langage, 
ne regarder n'os son simple visage: 15 

tant en redout mes ieuz a départir. 

Tant ai vers li ferm assis mon corage 
qu'ailleurs ne pens, et Dieus m'en laist joir ! 
k'onques Tristans, cil qui but le bevrage, 
si coraument n'ama sens repentir; 20 

car g'i met tôt, cuer et cors et désir, 
sens et savoir, ne sai se faz fol âge; 
encor me dot qu'en trestot mon aage 
ne puisse assez li et s'amor servir. 

Je ne di pas que je face folage, 25 



15 que U, se C; ame C'A; lonc tens et II. 16 amerai C7< ; ades] tous iours C'A, dame C. 17 mer- 
veilles mai Cil] menmerv. 1\ me merv. R, Fatlt, douce dame CT^; mais q. est l'oc. f^, en est l'oc. C, 
dont vient cest aquois. Ch. 18 doucement 7'; dont me faites de (a C) tel dolor 1. CU. 19 ce est 
pour ce Ch] s. de voir vos créez CU. 20 fel 1. R, et C; mesdisans Ch] quele devroit hair Ch, 
21 tôt 1. pooir CU] mis CU, Fath] qui moult se sent pêne de moi nursir Ch. 22 petit 1. v. R. 
23 q. le s. T] q. est R] car en la fin ert bons mes (grans li Ch) gu. CUCh. 24 que iaing ne sai R] 
quant vos saurez (on sara Ch) que ie ne sai (quains ne li vos Ch) m. CUCh, 25 ains R] onques ne 
soi envers amors fausser CU. 26 sens] cuer CU] ne ia ne dont dieus quen aie t. R. 27 ains pons 
tous iours a ma d. b. CU. 28 tôt] a M2\ 29 car ie sai b. CU] servis U, 30 ou mes c. R, ou mes 
curs U, ou mes fins c. C, 31 que] mmique CU: tous les desduiz. 32 ki tous iours UR] les a. U, 
35 le reste magique dans M à cause d'une déchirure, 36 de vous s. R. 37 maus] biens Fath] iaie 
mest R. 39 me poes bien doner R. 40 que] manque R; iaie desirre t. 

c. Ordre des couplets, MTaAChFCVKX: 1. 2. 3. 4. 5; P: 1. 2; O: 1. 5. 2. — 1 ma A, 
3 madoucist si (tout OF) MTOF] le c. Ch,MTOV] cors i''; et mon (le V) corage VKPX. 4 or 
Ch, cor 3IT] resbaudir COFCh] que ne me puis de chanter plus tenir V. 5 si chanterai i*'; doit ^; 
quant il ; p. ke F. 6 celui Ch, a celé X, celé 31FKPV, Fath ; de mon cuer fait homage O, de 
cuer li fait h. Ch. 7 sen F, bien doi 0, se doie C; en] ens T, a Ch. 8 degne F, doigne O. 
9 faint c. O; ne corage V. 10 me KPX] deust FKPXV] por tant MTC, p. temps Ch] bien a. O. 
12 mais MT^ se a; lui cui ie nos O] mais mon penser ne li os F] pense M, 13 que O; ma fait 
Ch] tant e. M, 14 sai] manqtie a. 15 nis MTaA] nose son douch viage F, 16 au dep. TFP. 

17 ens li T] ferm] manque CCh, ferai a; assis tôt mon c. Ch, ass. m. fin c. C; mon c] manque X. 

18 doint KXVCF. 19 cil] manque MCh (buverage). 20 plus (si Ch) loiaument 3ITCh, se coiement 
V, 21—24 dans F intervertis arec 29—32. 21 ke .iaCA^F, Fath; corset cner F. 22 sen C, force 
MTCh] et pooir MTChF. 23 ancois KXV, et si ne cuit F. 24 li ne s. Ch] ne puisse li ne s'ara. 
deservir KXV. 25 je le doi bien servir a héritage Ch. 



164 



CHANSON DE CB0I8ADE. 



Pièce 46. 



niM Hc por H me dévoie morir; 
qn'el mont ne trois gi bêle ne si »»Ke, 
ne uule riens n'est tnnt n mon plaisir, 
moût aim mes ieuR qui m'i tirent choisir; 
30 luéH que la ri, li lainital en usta^e 
mon cner qui puÏH i n fait lonc eiitaKC, 
ne ja main jor ne l'en quier départir. 
Chançon, va t'en por faire mon mesHiifrc 



la on je n'o« (rettoraer oe gMnehb; 

que Unt redot la mai» foit OBhngt, 86 

qui devinent, aine que |niifl ftTcab, 

leH biens d'amoura: Dieiu \m ftM aftllir! 

k'a maint amant ont fait ire et ootrage, 

mais de ti'ù je toz jorz mal aTantai^, 

qu'il les m'estaet sor mon gre obëir. 40 



46. 

CHANSON DE CROISADE. 



<; u r. 



Kdi/iKiitil, .V.-. ii»G7. — l'fi pifrf e*t donner pur Irt num. ., .. , . ..„, . 

ururi-r SpnirhrH 43, 386 (= O ; P. Mrt/rr, Reruril d'itncitn» tejetfê (1877), 2* ffirltr, 369 
chniumm tle (Mn'tade p. p. ./. liédier. Aeer leurê m<'l<>dirt p. p. P. .luhrif. Purin 19* »0, p. 
KHif, {Bfd.). — Nmu anmê adopté la graphie de V. 



Imprimée : Arehir /. 

Lu 

17 et 



Vous ki ameis de vraie amor, 
esveilliez vos, ne dormeis mais! 
l'alUete nos trait lou j(»r 
et si nos dist an ses refrais 
5 ke venus est li jors de pais, 
ke Deus par sa tresgrant dousor 
pnimet a ceaz ki por H'amor 
panront lu creus et por lour fais 
sofferront poinne nuit et jor! 

10 dont vairait il ses amans vrais. 
Cil doit bien cstre forjujçiez 
ki H besoin^; son signor lait; 
si serait il, bien lou sachiez : 
aseiz avrait et poinne et lait 

15 iil jor de nostre dairien plait. 



ke Deus costeis, pâmes et piex 

mousterrait sanjçlans et plaiez; 

car cil ki plus avrait bien fait 

serait si tresfort esmaiez, 

k'il tranblerat, keil greit k'il ait. SO 

Cil ki por nos fut an creus mis, 
ne nos aroait pas faintemant: 
ains nus awat con tins amis, 
et por nos amïablement 
la sainte crox moult duucemant 33 

antre ses bras anmi son pis, 
com' agnials dous, simples et pis, 
portait tant angoisousemant ; 
puis i fut a trois clos rlofis 
par piez, par mains estroitemant. SO 



-J)> nés A'.V, ne VF\ me] matiqur X\ men covenist /■'; «t deMus toutes et amer •( ervmir Ck. 
'27 (litn* Ch, place aprru le r. 'J8; rrmpl'trr ici ptir ce rer« : c'ades mett vU qoe ie toj» eVaMlg*; 
trais] sai Ch, monde na F; tant bel« MTCF. 28 ne rient el mont I*, nnle rien sott ttat F\ état 
MT; si ne men puis saouler don veoir Ch. 29 dan* Ch, intcrrerti nrec le ••. *J7 ; 20^^ «m# F 
iiilcrrerti» urer le» rc. 21 — 24. 29 me -V; quel me V. 30 lors MF, des ke CM. 31 qo* ACk. 
32 i* nul lor M,A (?). 34 ne parler n. tentir O. 35 car MTChXV; la foie MTCh, pat« /*; g. foUaf* 
Ch. 36 devient F, devienent An, devisent Ch; a. kil MChFXV. 37 le b. A'.V; de not amora di«x 
lor dont nialc entente <>. 38 a. m. MTChF, a tant am. F, que tant ani. ^>: ire] honte I*; domag* 
MTOCh. :S0 m. de ce ai je A'.VT; t. dis I'; m. iai de ce rooalt cniiel av. .VTX'A; por o* dit blM 
guioz queii son aage O. 40 le .1"; qui i mestoit TA; sus TuA; m. poia MTCh, n. eaar KXV^ q[aa 
s. m. cuer les m'est. F\ ne porroit bien eurs amors servir '>. 

4tt. Titre dan» C: I)e nostre daim*. — 2 anveilliex l'; mais Btirtteh] pas Cl\ 4 cm ('; retrait 
C. 5 paix r. 7 donrait a c. C, lied. 8 por] par Itn. 9 neat l\ 10 or] dont f*; cm V, Ua C 
13 se r. 14 a. «uerait p. C. 15 a j. Cl', Itn. 16 quant C. 17 mouttermit C. 18 k« pi. b. anr. 
3 amins T*. 24 honorablement F. 2.') mttttque C; mU' V. 26 ees Ce ; danaat 



f. C. 19 emaez l 
s. p. C, Bè<l. 



«I r 



28 et lastraing a. F. 29 dois F. 30 p T; p. mains p. p. C, Bêd. 



166 



Pièce 47. 



XIF SIÈCLE. 



J'ai oit dire an reprovier: 

boens merchiez trait de borce argent. 

et cil ait moult lou cuer ligier, 

M lou bien voit et lou mal prant. 
35 saivez ke Deus ait an covant 

a ceaz ki se vorront creusier? 

si m'àist il, moult bial luier: 

paradis par afaitemant. 

car ki son prout puet porchasier 
40 fols est, se a demain s'atant. 



Nos nen avons point de demain, 
a certes lou peons savoir: 
teis cuide avoir lou cuer moult sain, 
c'ains lou quairt jor tôt son avoir 
ne priset pais ne son savoir, 45 

cant voit, la morz lou tient a frain 
si k'il ne puet ne pié ne main 
a lui sachier ne removoir. 
la keute lait, si prant l'estrain, 
mais trop vient tairt a persevoir. 50 



47. 

AUBADE. 



Raynaud, No. 2015. La 2}ièce est donnée par le seid ms. l\ — Imprimée: P. Paris, à la 
suite de Bertc aux grans pies, }). 195 et Romancero franc. 66 et Hist. litt. XXIII. 811; Leroux 
de Lincy, Recueil de chants historiques franc. (1841) /. 139; G. Schlaeger, Studicn ilber das Tage- 
lied, Jena 1895 (voir Romania 24- 287); voir aussi A. Jeanroy, Romania 33. 615. 



'Gaite de la tor, 

gardez entor 

les murs, se Deus vos voie! 

c'or sont a sejor 
5 dame et seignor, 

et larron vont en proie.' 

hu et hu et hu et hu! 

'je l'ai vëu 

la jus soz la coudroie. 
10 hti et hu et hu et hu! 

a bien près l'ocirroie.' 
'D'un douz lai d'amor 

de Blancheflor, 

compains, vos chanteroie, 
15 ne fust la poor 

del trâitor 

cui je redotteroie.' 

hu et hu et hu et hu! 

'je l'ai vëu 



la jus soz la coudroie. 
hu et hu et hu et hu! 
a bien près l'ocirroie.' 

'Compainz, en error 
sui, k'a cest tor 
volentiers dormiroie. 
n'aiez pas paor! 
voist a loisor 
qui aler vuet par voie.' 
hu et hu et hu et hu! . 
'or soit tëu, 
compainz, a ceste voie, 
hu et hu! bien ai sëu 
que nous en avrons joie.' 

'Ne sont pas plusor 
li robeor; 

n'i a c'un que je voie, 
qui gist en la flor 
soz covertor, 



20 



25 



35 



31 reprochier C. 33 mit' U. 35 ait] mat U. 37 se U, Ha.' meist U; deus C, Béd.; mit' U\ lueir 
eu, Béd. 38 p V, permenablement C. 39 sil ki C, Béd. 40 se] cil U. 43 corr. p. ê. le cors? 
Béd. ; mit' U. 45 poent C, Béd. 46 car cant la m. U; mort €U. 47 et il U; piez ne mains U. 
48 a li C,Béd. 49 keute corr. de M. Cornu {Rom. X, 218) keuse U, keuxe C. 50 est t. U. Sur 
l'interprétation des vers 43 <i 50, voir Rom. XXXVIII, 444. 

47. Suivant l'opinion, très vraisemblable, de M. Jeanroy, les cinq jiremiers couplets de ce 
morceau sont prononcés soit 'par deux gtietteurs qui se répondent, soit par le guetteur et le comjjagnon 
de l'amant. Leurs répliques sont coupées par des appels de tromjye (ou de cor), — hu et hu — 
lancés par l'un ou l'autre 2iersonnage. Les deux derniers couplets appartiennent tout entiers (sauf 
les appels de trompe) à l'amant. — 15 poors 3Is. 18 seulement hu et hu; le reste jusqu'à ocirroie 
manque dans le ms. 



166 



Uliui DK PROVINS, LA BIBLE. 



Pièce 48. 



cai nomer n'oMroie.' 
40 hu et hu et bu et hnl 

'or «oit tëu, 

coiupainz, a cest»; voie. 

hu ot hu! bien ai sëu 

que nous en avrons Joie.' 
45 'Cortoiu ameor, 

qui a sejor 

gisez en chambre coie, 

n'aiez pas freor, 

que tresq'a jor 
60 pOez démener joie.' 

hu et hu et hu et hu! 

'or soit tëu, 

compaiuz, a ceste voie 

hu et hu! bien ai sëu 
56 que nous en avrons joie.' 

'Gaite de la tor. 

ver mon retor 

de la ou vos ooie : 



d'unie et d'amor 

• cectai tor 

ai cea que plu* amoie 

ba et ha et ho et ba! 

pon ai gSa 

en la chambre de joie. 

hn et ba! trop m'a nëa 

l'aube qui me gaerroie. 

Se salve l'onor 
an criator 

estoit, tôt tens voudroie, 
nuit fëist del jor; 
ja mais dolor 
ne peeance n'avroie. 
hu et hu et hn et ba! 
bien ai vëa 
de biaaté la monjoie. 
hu et hu! c'est bien sëu. 
gaite, a Deu tote voie!' 



60 



66 



70 



75 



48. 

GUIOT DE PROVINS, LA BIBLP:. 

Troin ntaniism'ts, dont drux gnul cotttervé» à ht Bibliothèque XatiouaU de Ihiriê et /torient In 
cote j'mtiç. '25405 (A; = aiic. Xotre Dame 242j et franc. 25437 (B ; =» anr. Lu VnU. 146;). Le 
troisième maniiMrrit (C) apparlritait <l la bibliothèque de Turin et était coté L.V. 3*2; il a éti 
détruit dan» l'incendie de cette bibliothèque. M. Bruijger a collationné les trois mantiseriU. — Xotre 
jyiKsaye se ln>ure imprimé dan» 'FabliauJr et contes des poètes frnnçois des XL XIL XI IL XIV. 
et AT" siècles publ. p. Barbazan, nour, édit. p. Mêon, Paris 1808, tome IL p- 384 — 393 W dam* 
J. Fr. Wol/art u. San Marte, Parciralstudien, tome I, Halle 1861, /»• 103—111, r. 2404 — 2691- 



Le pins certain de mes chapitres 
covient tomer sor les legitres 
qui devienent faus plaideor 
et de bone oevre tricheor, 
et les faus poinz traient des bons, 
je sai bien se uns rois ou cons 
savoit des lois et des decrez, 
qu'il en seroit moût honorez. 



la sont li point, la sont U dit, 

et li biau mot et li escrit, 10 

dont on doit pueple govemer 

et droiture et raison {garder. 

tiens mestiers avient bien a prince: 

cil netoie et levé et r&ince 

le bon vaissel, et moût l'amende. I3 

mais ja nus hom qui soit n'entende 



40. 51 If «M. port* seulement hu; le reste de la strophe manque. 48 p. paor frtor Ms. 63 g'att 
P. Paris (Rom. fr.). 

48. Xous n'avons tenu compte qtte par ejterption des rariamtes d'ordre pmrtment ortlu*yra- 
phique. 2 tomer] gésir B. 3 que B\ platdeors C. 4 huerre A (partout aim*i). 6 poins fus B; 
boins B. (> je] et B; ou suns B; cuens A, coeos B. 7 de 1. C. 8 qa'] manque B; ml't AC 
(partout ainsi), plus B. 9 et li bis ditz B. 10 escritz B. H Ion B, va A; ooroBcr JC 12 drei- 
ture . . reson .1. 13 teix B. 14 et 1.] Uiue B, Uigxie .1 ; rince BC. 16 T«r«l -1, vaxesul B. 
16 nnl B; que B; iiAteinle .1. ne tende <". 



167 



Pièce 48. 



XIIP SIECLE. 



a malrais vaissel faire net: 
fous est qui son travail i met. 
li malvais vaissel tost empirent 

20 quant qu'on i met. ici se mirent 
tuit cil qui foloient et musent 
es bones escoles, et usent 
lor tens por tricherie aprendre. 
legierement puet on entendre 

25 lor diz, lor moz et lor poinz faus. 
de ce dont hom doit estre sans, 
se perdent tôt apertement, 
cil respitent lor jugement, 
cist chapitres fu faiz sanz lose; 

30 mais il fera une fort glose 
as langues fausses desloiaus, 
qui dëussent estre loiaus 
de ce que j'oi dire es decrez. 
cens tieng je por désespérez, 

35 qu'il n'ont ne paor ne vergoingne. 
si sovent vont il a Boloingne 
as lois, por les corz maintenir, 
plus les en voi jenglos venir 
que n'est estomiaus en jaiole. 

40 tote lor oevre et lor parole 
vers tricherie se retrait, 
il prennent de deus parz le plait. 
ce n'est pas lois, ainz est beslois, 
ce ne truevent il pas es lois. 

45 on trait de minière l'argent, 

dont on fait maint biau vaissel gent 
et mainte oevre et bêle et chiere, 
et le verre de la fouchiere, 



dont je revoi maint biau vaissel 

qui sont et cler et net et bel: 50 

ha Deus! des livres enorez 

qu'on apelle lois et decrez 

nos traient engin et barat. 

Deus! com' il sont destroit et mat 

as corz ou il n'esploitent rien! 55 

et com' il sont plus ancien, 

lors ardent il de covoitise. 

trop ont foie costume aprise: 

toz jorz vuellent vivre de tort, 

bien quierent et chacent lor mort. 60 

por morz tieng je et por periz 

les faus plaideors loëiz. 

qui a avoir, trop bien s'en aide: 

mais l'uevre est moût cruaus et laide 

quant li avoirs le droit encombre. 65 

moût vueilent bien savoir le nombre 

qu'on lor donra, soit torz ou droiz: 

moût parest lor baraz destroiz. 

li uns sor l'aiitre a grant envie: 

li loiiers et la symonie 70 

les a liiez et avuglez. 

s'uns loiaus en estoit trovez, 

on devroit de lui faire feste. 

c'est ims tormenz, une tempeste, 

quant il assemble[n]t en un leu ' 75 

ou il cuident faire lor preu. 

de ce font il plus lor domaige, 

dont il cuident estre plus saige. 

trop sont il soutil et agu, 

mais lor bon sens ont il perdu. 80 




teig B; je] manque C. 35 qui B; et p. et v. AB; pooir C 36 cil seignor v. AC,Ba. 37 es 1. B. 
38 ianglans B. 39 estormiax C; q. estomeh mest en geolle B. 40 t. 1. guille B,Ba.; tieng a foie 
AC. 41 V. la t. 8. trait B. 42 prenne B, prengnes C; bien de B; d'ambes p. C; le] lor C, 
manfjue B. 43 deslois B,Bu. 44 trieuent on pas en B. 45 de] en -1; la mine B. 46 Ion B, 
en A (partant ainsi)-, biau] 'manque AC; vassal -B; d'argent C. 47 et] en ii; m. autre huevre b. e. 
ch. A,Ba. 48 e. en après de B. 49 d. on refait B\ mainz .1; vassal B. 50 que -B; cler] bel C. 
51 hai B, et des hauz 1. AC,Ba. 52 apellent i?. 53 nons A; engig A, a gien C. 54 estroit A,Ba. 
55 cors B; en (a C) ce dont il AC; nesploite i?. 56 et quant /i. 58 trop] bien-B; maie c. AC,Ba. 
59 tôt C; vivre] ovrei B. 60 bien] qu'il A,Ba., mes qui C; et chescent B, p avoir A,Ba., manque C; 
lor] le C. 61 teg je B, terge C. 62 les] tous B; plaidoiors B ; lowais B, lawis C. 63 et qui AC; 
a] manque AC; au uoir ^1; tr. b.] aint A, manque C. 64 trop B; cruiex A, cruals B. 65 avoirs] 
autres C, autes A; encombrent C. 68 lor] li -B. 69 luns -B. 70 loiers -4i?; et] ne A. 71 encGbreiz 
B. 72 sus A. 73 Ion B; faire d. 1. A,Ba. 74 uns] manque B; cest une B. 75 d'ous oir quant il 
sont en (al C) 1. AC,Ba.; assemble B. 76 quant il AC; cade B. 77 damai C. 79 il] et-B; suti et 
angui C. 80 sanz A. 



168 



(JUIOT DE PBOVINS, LA BIBLE. 



Pièce 4a 



autant aiment tort comme droit; 
iiinis que II faccnt lot exploit, 
nt' lor l'haut de quel part il peudent. 
mais a enviz le lor deHpendent: 
85 il Hont u>»8<>n et ((uileor 
et trop hardi demandeor, 
et provendes et avoir quierent: 
coToitoas sont et trop conquièrent, 
moût paraiment reute destine, 
00 mais pou lor membre de nervise. 
moût devroient bon fruit porter 
et lor oevre si e«merer 
qu'ele fugt chiere et honorée, 
et bon sens et bone pensée 
9') ont il, quant il sont escolier. 
moût feroient il a proisier, 
se lor sens estoit atornez 
selonc lois et selonc decrez, 
c'est clergie loiaas et fine. 

100 mout sont cil en foie doctrine, 
(|ui puisent malraise science 
en t'uutainne de sapïence. 
ne sont mie bien abevré: 
il boivent ou rnissel troblé, 

105 aiguë douce tome a amer, 
et si rai ge 6i conter 
c'on trait triade de serpent, 
«lui mout a grant mcstier sovent 
a cels qui sont envenimé: 

110 cil sont malement bestorné 
«lui ou sens puisent la folie, 
es lois aprennent tricherie; 
por les poinz et por les biaus diz, 



que il quenoiMent ei' ««eris, 

banitent le tdeele et tnipiptent. 115 

il ne compMflent |>m ne Uffnent 

lor oevre si oom' il derroient 

et corn' il e* e«criz le voient. 

or sachiez que bone clergie 

est en tel gent morte et perie; 120 

por c'est perdu quan qu'on i Met, 

que H vaissel ne sont pas net. 

Des fisiciens me merveil: 
de lor oevre et de lor conseil 
rai ge certes mont grant merveille. 125 

nule vie ne s'apareille 
a la lor, trop pare«t diverse 
et Bor totes autres perverse, 
mires les nome 11 eomnns; 
mais je ne cuit qu'il en soit uns 130 

que l'en ne doie bien doter, 
il ne vondroient ja trover 
nul home sanz aucun mehaing. 
maint oingnement font et maint baing 
ou il n'a ne sens ne raison. 135 

cil eschape d'orde prison, 
qui de lor mains puet eschaper. 
qui bien set mentir et guiler 
et faire noble contenance 
tôt a trové, mais la créance 140 

que les genz ont lor fait grant bien, 
tel mil se font lisicïen 
qui n'en sevent nés plus que gié. 
li plus maistre sont mout chargié 
de grant envie; il n'est mestiers 145 

dont il soit tant de mençongiers. 




•ist sont cest de raison parti. 123 me remervelh C. 127 «t la loi B; trop, p.] car tr. C; «itotm B^ 
durs* C. 128 diaersa H. 129 mires] bien AC.Bn.', nomment li: I. c. non* AC,Ba. 130 qail ne aoit 




169 



Pièce 48. 



XIIP SIECLE. 



il ocïent moût de la gent: 
ja n'ont ne ami ne parent 
cui il volsissent trover sain. 

150 de ce resont il trop vilain. 

mont a d'ordure en ses liens, 
qui en mains de fisicïens 
se met. por coi? il m'ont eu 
entre lor mains; mais il ne fu 

155 onques nule plus orde vie. 

je n'aim mie lor compaignie, 
si m'ait Deus, quant je sui sains: 
honiz est qui chiet en lor mains, 
par foi, quant je malades fui, 

160 moi covint soffrir lor ennui. 

qui les orroit, quant il orinent, 
com' il mentent, com' il devinent, 
com' il jugent lo pasceret 
par moz qui ne sont mie net! 

165 en chascun homme trovent teche: 
s'il a fièvre ou la touz sèche, 
lors dïent il qu'il est tisiques 
ou enfonduz ou ydropiques, 
melancolïeus ou fieus 

170 ou corpeus ou palazineus. 
qui les orroit de colérique 
plaidoier ou de flenmatique ! 
li uns a le foie eschaufé 
et li autres ventouseté. 

175 trop parsont lor oevres repostes 
et lor paroles si enpostes, 
n'i a se vilonnie non; 



et par ce commence lor non: 

fisicïen sont apelé, 

sanz fi ne sont il pas nommé! 180 

por ç' a fi au commencement 

de lor non, que sanz finement 

de fi doit tote lor oevre estre, 

et de fi doit fisique nestre; 

(sanz fi ne les puet on nommer, 185 

por ço ne s'i doit nus fier.) 

de fi fisique me défie: 

fous est qui en tel art se fie. 

ou il n'a rien qu'il n'i ait fi: 

dont sui jo fous se je m'i fi. 190 

uns boins truanz bien enparlez, 

ne mais qu'il soit un pou letrez, 

feroit foie gent herbe paistre. 

tuit sont fisicïen et maistre; 

(li uns de l'autre moût bien guile 195 

la ou il sont en bone vile,) 

que li meillor fisicïen 

prisent celui qui ne set rien. 

li miaures le poior consent, 

por coi ? por engignier la gent, 200 

et por ce qu'il le tiengne en pais, 

li rachous consent le pugnais, 

et li pugnais le rachous bien; 

ne se desconfortent de rien, 

por coi? que l'uns et l'autre put. 205 

miauz fuisse je pris a Barut 

que fisicïen me gardassent 

un an entier et governassent ! 



147 il] ja j5; gens C. 148 ja] il C; ni am. B. 149 que B^Ba.; trovei -B. 151 cl'] manque B; ses 
C et Tohler, ces AB,Ba. 152 que est -B; en] entre C; main -4,-Ba. ; de] a A^Ba.; fiscechien C. 153 p. 
coi]par els AC,Ba. 154 main B; m. il] onques AC,Ba.; il Brtiggcr] ce B. 155 onques] ce cuit A,Ba.; 
laide v. C. 157 se B; quant] con B; sans C. 158 que B. 159 sui B. 160 covient ^. 161 que J5; 
com il B. 162 et il d. C. 163 et 164 manquent C. 163 penseret ^. 164 p. mas -B; que .B. 165 
suns chescuns-troeve loche i?. 166 chil C, ou ûB; &'it B,Ba.; ou a la .Bt'.; la] manque B; soiche i9. 
167 lor BC; tesiques ii. 168 fleumatique i?. 169 et 170 manquent C. 170 palasimous ^. 171 que 
-B; les] lor .-l. 172 d'espongre et de tesique i?. 174 vaintosite C'. 175 à iT 8 manquent C. 175 oevre 
-B; repotes B. 176 enpotes B. 177 uiloignie B. 178 ce] fi B; nom B. 179 s. ilh tuit nome C. 
181 c'a Brugger] ce a ABC, Bu.- si A; dou c. B. 182 por le vilain definement AC,Ba. 183 fi] manque 
A, ce C. 185 et 186 manquent B, peut-être inter2wlés dans AC. 185 les] la C. 186 por c] ainsic 
A,Ba. 187 et de f. B. 189 riens C; qui C, que B. 191 un C; boins] souz A, seuz C. 192 solement 
B; qu'il] qui C; un p.] bien B; leitreiz B. 194 car tuit C. M. Brugger considère comme interiyolés 
les vers 195 et 196, indignes, selon lui, de Chiiot et interrompant la suite des 2)ensées. 196 to la 
ulh s. C; en] a AC,Ba. 197 q. tôt 1. C. 198 celi C; que B. 199 1. maistres les mauais B. 200 
engignie B; p. ce ont il (il et A) l'or et l'argent AC,Ba. 201 le] li A, lor C; en] manque AC. 
202 rasches -B, racheuz C; punaix (: paix) B. 203 raches B; et 1. p. b. le rachat (rachas C) AC et 
Ba., qui^ après 203, ajoutent deux vers: certes trop i a de barat (baraz C) li rachaz le punais molt 
(volt Ba.) bien. 204 desconforte B. 205 p. ce AC,Ba.; li uns B (et manque); put] es puz Ba. 
206 muez i?, ainz AC.Ba.; a] al C, et B,Ba.- barrut A, batuz B,Ba. 207 m. regardassent C. 
208 et] me B. 



170 



OUIOT DE PK0V1X8, LA BIBLE. 



Pièce 48. 



trop sont coiitous et trop >e vendcut 
210 et leH meillors inorMiuus deffendent. 

je lor claiiu quite lur piletes, 

certes, qa'elett ne sont pus netes. 

*"\\ revienent Av Montpellier, 

lor hkituuire sont nioiit chier. 
215 lorfl dïent il, ce u^e^it ti\'w, 

qu'il ont ^in^^ebret et pliriB 

et diudragam et rosnt 

et penidoin et violât; 

do diarudo Julii 
220 ont il mnint prodoine menti. 

trop 8«nt prisié, trop sont liié. 

gingebret u et alué 

en lor dyamargareton, 

ce dïent: me» un cras chapon 
225 ameroie inieus que lor boisten, 

qui trop sont corouaes et moistes. 

cil qui revient de vers Saleme 

nos vent vessie por lanterne; 

il donent or bnin et syphoine 
230 por espices de Babyloine; 

que s'uns bons en passe le col, 

il avra si le ventre mol, 

que maintenant l'estuet bonir. 

as bons mengiers me vuel tenir, 
235 et as clers vin.net as forz sauses, 

que trop parsont lor oevres fauses. 

il ne sont mie tuit igal: 

li boen fifticien loial, 

li prodome, li bien letré 
240 ont maint verai conseil doné. 

maintes genz qui se desconfortent 

en lor conseil mont se confortent. 



li bon conMil ont conforté 

maint prodomme detconforté; 

et quant bone oevre e«t conn>-n<v . ;: 

moût doit estre chiere tenu' 

mais par totet ces bonea rilet 

ont si etpandncfl lor gnilca 

li guileor, li mençongier, 

que li prodomme en sont noiu chier. 250 

sovent se voient et aasemblent, 

mais lor oevres pas ne se semblent. 

les qevres sont bien départies: 

les roses selonc les orties 

ne perdent mie lor biauté 255 

ne lor flairor ne lor bonté. 

j'ai vëu delez Tortiier 

florir et croistre le rosier: 

se les orties sont poingnanz 

et annuiooses et puanz, 260 

les roses sont bêles et chieres. 

les bones oevres, les entières, 

les veraies et les loians, 

sont ausi comme li metaus, 

qui se sevré dou malvais fer. 265 

mont sont bien quenPu li ver 

qui font la soie: c'est a dire 

que la malvaise oevre n'empire 

la bone oevre de nule rien. 

li loial clerc lîsicïen 270 

doivent estre moût enoré 

et moût servi et moût amé. 

le bon, le loial ai ge chier, 

certes, mont quant j'en ai mestier; 

moût désir ge qu'on le m'amaint 275 

quant maladie me destraint; 



209 sovantent C JIO m. inaingier» 7/. 211 claim] las 7?. 213 revient H. 216 ont] l'ont/?, on C; 
giginibrat -I, gingibrant C, gigimbraiz Bu. 217 /«■ prrmirr et muminr H; ro»et R. 218 peaidium B, 
penndon C 21 U dois H; duarodo B, diadaro .1, dyadore C; rili B. 221 loe] ame C. 222 g«B(ibr«(t 
a lamatt aloei /^; il a (ont C) gigiinbre (gingibre C) et a. AC,Ba. 223 digargariton .-1. 224 wu C. 
225 n. plus B. 220 qui] w<'iH7i(r B, car (■', escroses B. 227 sil B^ et cil AC, idl Aa.; qM B\ vimit 
AJiii.; vers] manque V. 228 nos] lor .1; vesies C, uecies B; laternes V. 929 don* i?, vcadast 
Ai\Iiit.', or] noir B,Bu.', oidoine B. 280 espèce A, espise <'. 231 hom B; f—m B. 234 as] aa C, 
sainz m. A, Bu.] niangier C; ra'estuet A<\ 2H5 et] moiir/iir B; es boins cl. B; es for* B. S36 trop 
sent voir les lor oev. faces B. 239 1. boin home //. 241 mainte gent B; gtu] imaHqm* C: qM B; 
desconforte //. 242 cons. se reconf. At\JI,$,-^ conforte //. Aprr* 242, AC H Ba, imterpoUmt dfMjr rt-ra; 
> I / .,...« /■, . .1. . I > <: . j. I -«_.* aAÂ -»t> n J^ ^4Q 



b. loial A,Bn., les bons loiaoz C; moût ch. A(\B<t. , 274 moût] muni/Mr AC,Ba.; grant m. AC,Ba. 27.Î 
et moût (grant C) Al\Ba.', ge] mnnqin' AC,Bn.' m'anainst <' m'amoîot (: deatroint) B. 



171 



Pièce 49. 



XIII« SIÈCLE. 



280 



grant .confort et grant bien me fait, 
mais qant m'enfermetez me lait 
et je ne sent ma maladie, 
lors voidroie c'une galie 



l'en portast droit a Salenique, 
et lui et tote sa fisiqne: 
lors vneil je qu'il tiengne sa voie 
si loing que ja mais ne le voie. 



49. 

GEOFFROI DE VILLEHARDOUIN, LA CONQUÊTE DE 
CONSTANTINOPLE. 

Michmid et Poiijoulat, nouvelle collection de mémoires pour servir à l'histoire de France 
(Tome 1, Paris 183fi, p. 22 — 27j. Geoffroi de Villehardouin, Conquête de Constantinople, jjor N. 
de Wailly, Paris 1872, p. 40 sqq- (d'après 7 m^s.). 

Or oiez une des plus granz merveilles et des greignors aventures que vos onques oissiez. 
A cel tens ot un empereor en Costantinoble, qui avoit a nom Sursac, et si avoit uu frère, qui 
avoit a nom Alexis, que il avoit rachaté de prison de Turs. icil Alexis si prist son frère 
l'empereor, si li traist les ialz de la teste, et se list empereor par tel traison com vos avez 
5 ôi. ensi le tint longuement en prison et un suen fil, qui avoit nom Alexis, icil fils si eschapa 
de la prison et si s'en fiii en un vassel trosque a une cité sor mer, qui a nom Ancone. d'enqui 
s'en ala al roi Phelippe d'Alemaigne, qui avoit sa seror a famé, si vint a Vérone en Lombardie 
et herberja en la vile et trova des pèlerins assez et des genz qui s'en aloient en l'ost. et cil 
qui l'avoient aidié a eschaper et qui estoient avec lui, li distrent: 'sire, veez ci un ost en 

10 Venise près de nos de la meillor gent et des meillors chevaliers del munde, qui vont oltremer; 
quar lor crie merci, que il aient de toi pitié et de ton père, qui a tel tort lestes deserité. 
et se il te volent aidier, tu feras quanque il deviserunt de bouche: espoir il lor en prendra 
pitié.' et il dist que il le fera mult volentiers et que cis conseils est bons. 

Ensi prist ses messages, si les envola al marchis Boniface de Monferrat, qui sires ère 

15 de l'ost, et as autres barons, et quant li baron les virent, si se merveiU[i]erent niolt et respon- 
dirent as messages: 'nos entendons bien que vos dites, nos envoierons al roi Phelippe avec lui 
ou il s'en va; se cis nos vielt aidier la terre d'oltre mer a recovrer, nos li aiderons la soe terre 
a conquerre, que nos savons bien qu'ele est tolue lui et son père a tort.' ensi furent li message 
envolé en Alemaigne al vallet de Constantinople et au roi Phelippe d'Alemaigne. 

20 Devant ce que nos vos avons ici conté, si vint une novele en l'ost, dont il furent molt 

dolent, li baron et les autres genz, que messire Folques (de Nuelli), li bons hom, li sains hom, 
qui parla premièrement des croiz, fina et morut. 

Et après ceste aventure lor vint une compaignie de mult bone gent de l'empire d'Ale- 

278 mais] et AC^Ba.; rai enfertez C. 279 ne sent] mi sens C. 280 genile C. 281 tost ver /Salatique 
B. 282 la faut ses sans et sa fisique AC. 283 ie] manque AC\Ba.; que il AC',Ba.; tegnet B. 284 
lain C. droit JS; n. reuoie B. 

49. (On n'a relevé que les variantes de quelque importance.) 2 Susac -S, Siurac C, Surras D, 
Surac E, Zursac F. 3 icil A.] cil prist CDE en omettant que il avoit etc. 4 en par t. tr. édit. 5 et un 
sien fil qui avoit a non A. tint il moult long, en pris. CBF. 6 enqui A, dilec BD. de a F. 8 -1 omet 
et des genz. 10 A omet gent. 11 C ajoute de toi merchi et p. 12 en lor en pr. p. A. 14 pristrent 
A; les] B seid donne les. 16 chou que CDE. 17 1 terre] la besoigne CDE. 19 al v.] avoec le 
CDE. 20 dit et conte B. 21 dolent] courouchiet CDE. — CDE ajoutent de Nuelli et omettent 
li b. h. li 8. h. 22 mori A ; estoit mors au lieu, de fina et m. CDE. 23 gent] CDE ajoutent en l'ost. 

172 



OEOFFROI DE VILLEHARDOIJIN, LA CONQUÊTE DE COXSTAXTINOrLE. Pièce 49. 

maiffue, dont il furent mult lié. la vint ii evenque- ' " - " ' 

GaatteneleboKhe, (iurniern de lioriuude, Tierrin de Loh. li 

de Suitre, Alixandren de Viler», Ulrii» de Tone, et loaiuteti autr»-< 

retrait ou livre. Adonc furent departieit len uén et li visaier par ki^ .,».»„„, ,à» . . 

detitrier i ot uii»! et quant les né» furent charries d'armes et de TÏan4«t «t d* 

de serjanz, et li ettcu furent portendu environ des bons et des chastiab dat lét, 

dont il avuit taut de belles, et sachiez que il portèrent es nés de perierM at d* _ 

plue de coc et toz les en^ns qui ont mestier a vile prendre a (n-ant plenté. se onques plos 

bels estores ne parti de nul port: et ce fu as octaves de la feste saint Rémi, en l'an de Fin- 

camatïuu Jt>HU Crist mcc uiiz et ii. ensi partirent del port de Venise, con vos ares 0i 

La veille de lu Haiut Martin vindrent devant Jadrea en Esclavonie; si virent la cité fermée 
de lialz murs et de haltes torz, et por uoiant demandessiés plus bêle ne pluH fort ne pins riche. 35 
et quant li pèlerin la virent, il «e merveill'ijerent mult et distrent li un as autres: 'cornent 
porroit estre i)ri8e tels vile par force, se Dieus mëisnie)* nel fait?' Les premières nés qui vindrent 
devant la ville aancrerent et atendirent les autres; et al matin tist mult bel jor et mult cler. 
et vinrent les pâlies totes et li vissier et les autres nés qui estoient arriéres; et pristrent le 
port par forpe et rompirent la chaaine qui mult ère furz et bien atomee. et descendirent a terre, 40 
si que li porz fu eutr'aus et la vile, lor vëissiez maint chevalier et maint serjant issir des 
nés et maint bon destrier traire des vissiers et maint riche tre[f| et maint paveillon. 

Ensi se loja l'oz et fu Jadres assegïe le jor de la saint Martin, a celé foiz ne furent 
mie venu tuit li baron, car encor n'ere mie veuuz H marchis de Monferrat qui ère remés arrière 
por afaire i|ue il uvoit. Estiennes del Perche fu reniés malades en Venise et Mahios de Mon- 4.'> 
moreuci, et quand il furent gari, si s'en vint Mahius de Monmorenci après l'ost a Jadres; mais 
Estienes del Perche ne le fist mie si bien, quar il gnerpi l'ost et s'en ala en Puille sejomer. 
avec Ini s'en ala Rotres de Monfort et Ives de la Jaille et maint antre qui mnlt en furent 
blasmé, et pa.Hserent au passage de marz en Surie. 

L'endemain de la saint Martin issirent de cels de Jadres et vindrent parler al duc de 50 
Venise, qui ère en son paveillon, et li distrent que il li randroient la cité et totes les lor chose», 
sais lor cors, eu sa merci, et li dux dist qu'il n'enprendroit mie cestui plait ne %utn, se par 
le conseil non as contes et as barons, et qu'il en iroit a els parler. 

Endemeutiers que il ala parler as contes et as barons, icele partie dont vos avez 5i 
arriéres, qui voloit l'ost depecier, parlèrent as messaij^s et lor distrent: 'por qnoi Tolei v«»s5ô 
rendre vostre cité? li pèlerin ne vos assailiront mie ne d'ans n'avez vos garde, se T«s ros 
puez défendre des Venisïens, dont estes vos quite'. et ensi pristrent un d'ans mitioÊtê qui 
avoit nom Roberz de Bove, qui ala as murs de la vile et lor dist ee miisBes. ensi rentrèrent 
li message en la vile et fu li plais remés. li dus de Venise, com' il Tint as contes et as baroM, 

24 Bétons A. '25 ("un lfi> iimn. allrrent ce nom de Catzenelnbogen (Chast«l«ine Ambog*. Caaceleac 
en Tosce» >'tc.)\ de WniUy n ci>n«erré, en la mitdîjiaiil, lu Irrun de A (CbkMenele et de B«gh«): 
Bolande ''. 26 Sintre CDEG; Tome li, Coue F; (> >>met ce unm ; A »mei et maintee elr. 27 et 
les vesstaus pour 7/. 28 A nmet destrier. — ot mis es huissieret .1; f'PK donnent une autre /«^m: 
dont entrèrent es nés et es huissiers tout li baron; Diex tant bon huiaaier i ot n li carat ftarcat mis: 
F iihrrijf il dénature rr paxmije, 09 environ et es CI>E. — chaldeals A. Hl CDE ometlmt a 
grant plente. :t2 biaas lU), grans T, bels édit. — port] r/)A' ajoutent com cil flst, B qn* fa cil. 
3H et iii .1. M haltes] grans ("DE. H6 perelin édit. 'M fait] fatsoit CD. 37—38 Ua pr. bm ria- 
drent . . et aancr. rte. A ; I^PE omettent aancr. et. ;^9 estoient demoure** CDE; arrlm A. 40 to 
havene qui niolt estoit fors CDE. 42 m. riche par. B; m. bel p. /'; C ajoute et maint* aocabe. 
44 renies] demores Ji. 46 s'en vint] ae mist CDE. 47 ne le . . . bien] amù dan* F; CDE oj^ntlmt 
que (corne) il deust. 48 Jaille] la Valle .1, la graille D. 50 a lend. da jour a. C; d* la (este DE. 
51 voloient rendre C 52 sauve» lor vie» CDE en omettant en sa merci. — entrcprendroit CDE; 
enprendoit édit.; plait] conteil C. 54 li partie d* dau» CDE. 57 vole» def. '^Df'. 58 as mmn] as 
tnrs D. 59 CDE omettent et as barons. 

17S 



Pièce 49. XIIP SIÈCLE. 



60 si lor (list : 'seignor, ensi me voelent cil de la dedenz rendre la cité, sais lor cors, a ma merci ; 
ne je n'enprendroie cestui plait ne autre, se per vostre conseil non', et 11 baron li respondirent : 
'sire, nos vos loons que vos le preigniez et si le vos prions', et il dist que il le feroit. et 
il s'en tornerent tuit ensemble al paveillon le dac por le plait prendre; et troverent que li 
message s'en furent aie par le conseil a cels qui voloient l'ost depecier. e dont se dreça uns 

65 abes de Vais de l'ordre de Cistials, et lor dist: 'seignor, je vos deffent de par l'apostoile de Rome 
que vos ne assailliez ceste cité, quar ele est de crestïens et vos lestes pèlerin.' et quant ce 
oi li dux, si en fu mult iriez et destroiz et dist as contes et as barons: 'seignor, je avoie de 
ceste vile plait a ma volonté, et vostre genz le m'ont tolu; et vos m'aviez convent que vos 
la m'aideriez a conquerre, et je vos semon que vos le façoiz.' 

70 Maintenant li conte et li baron parlèrent ensemble et cil qui a la lor partie se tenoient 

et distrent: 'mult ont fait grant oltrage cil qui ont cest plait desfait, et il ne fu onques jorz 
qiie il ne mëissent paine a ceste ost depecier. or somes nos boni, se nos ne l'aidons a prendre.' 
et il vienent al duc et U dïent: 'sire, nos le vos aiderons a prendre por mal de cels qui le 
vuelent destorner.' ensi fu li consels pris; et al matin s'alerent logier devant les portes de 

751a vile, et si drecierent lor perrieres et lor mangonials et lor autres engins dont il avoient 
assez; et devers la mer drecierent les eschieles sor les nés. lor commencierent a geter les 
perrieres as murs de la ville et as tors, ensi dura cil asals bien par .v. jors ; et lor si mistrent 
lor trencheors a une tour, et cil commencierent a trenchier le mur. et quant cil dedenz virent 
ce, si quistrent plait tôt atretel com il l'avoient refusé par le conseil a cels qui l'ost voloient 

80 depecier. 

Ensi fu la vile rendue en la merci le duc de Venise, sais lor cors, et lors vint li dux 
as contes es as barons et lor dist : 'seignor, nos avons ceste vile conquise par la Dieu grâce et 
par la vostre. il est yvers entrez, et nos ne poons mais movoir de ci tresque a la Pasque, 
quar nos ne troveriens mie marchié en autre leu, et ceste vile si est mult ricbe et mult bien 

85 garnie de toz biens ; si la partirons parmi, si en prendromes la moitié et vos l'autre.' ensi 
com il fu devisé, si fu fait, li Venicïen si orent la partie devers le port ou les nés eatoient, 
et li François orent l'autre. 

Lors furent li ostel départi a cbascun endroit soi, tel com il afferi, si se desloja li os 
et vindrent herbergier en la vile, et cum il furent tuit herbergié, al tierz jor après si avint 

90 une mult granz mésaventure en l'ost endroit bore de vespres ; que une meslee comença des 
Venisïens et des François mult granz et mult fiere ; et corurent as armes de totes parz. et fu 
si granz la meslee que poi i ot des rues ou il n'ëust, grant estor d'espees et de lances et d'ar- 
balestes et de darz, et mult i ot genz navrez et morz. mais li Venisïen ne porent mie l'estor 
endurer, si comencierent mult a perdre, et li preudome qui ne voloient mie le mal, vindrent 

95 tôt armé a la meslee et comencierent a dessevrer; et cum il l'avoient dessevré en un leu, 
recomençoit en un altre. issi dura trosque a grant pièce de la nuit ; et a grant travail et a 

61 entreprendroie CDE; plait cestui . . . voz conseill A. 63 troverent les messages en aies CDE. 
65 A seul donne de Rome. 66 pèlerin] G ajoute: ceste defFense fist li apostoles de par la requeste 
le roi de Hongrie qui plains s'en estoit. 67 A seul doniic et destroiz. 68 gent Mit. 69 la] le A. 
70 CDE omettent maintenant. — a etc.] a iaus CDEF. 71 oltrage] damage CDE. 73 — 4 qui des- 
torne l'ont A. 75 il i avoit C. 76 comencierent a la ville a jeter les pieres as murs A; a jeter en 
la vile les perrieres B. 77 par] por A. 78 une tour] une (part B^ a lune des portes CDEF. 79 com 
il avoient fait devant et CDF. 81 sauves lor 'vies CDE. 82 le merchi de Dieu CDE. 84 et nous 
ne poriemes mie bien trouver chou ki nous fauroit en estranges terres CDE\ marchie ne autre leu B -^ 
chevance en autre leu F. 86 il devisèrent CDE. ^ ou . . . estoient] manque D. 88 li os] manque 
A ; CDE ajoutent maintenant. 89 BE seuls donnent tuit. 90 A seid donne en l'ost. 92 poi fu 
eure C, pooeit oevre E. — de lances ... de darz] omis dans CDE. 94 preudome] CDE ajoutent 
de lost. 96 la] manque A. 

174 



GEOFFROI DE VrLLEHARDOT'IX. LA CONQl'ETE DE COXSTANTIXOPLE ?!.'.-.« 40 

Krunt nmrtirt; le depiirtirent U>tc vuie. et Mcbicz «itic ce fu 1» pliM gr^nz dolon qui onqnes 
avenist eu uitt; et pur pui que li •« ne fu tote perdue, mai» DieuM nel volt mie loffrir. malt 
i ot grant domaK^ d'ambedeus para. U li fu more nnii hauz bom de nandret, qui afoit nom 
(tiles de Landas, et fu feruz parmi l'ueil, et de ce cop fu more a la mellee, et maint antre, 100 
dont il' nu fu miu ni i;runz piirole. lors orent li dux de Venise et li baron firent travail totc 
cele semaine de faire pais de celé mellee. et tant i travaillierent que pais en fu. Dieu merd ! 

Après cele <|uinzaine vint li marchis Honifaces de Monferrat, qui n'ere mie encoret fenas, 
et Mahius de Monniort'uri et Pierres de Braiecucl et maint autre prodome. et après nne antre 
quinzaine revindrent li tucssaKe d'Alemai^çne qui estoient al roi l'belippe et al vallet de Co> 105 
Ktantinople. £t asseuiblcrent li burun et li dux de Venise en un palais ou li dux ère a ostel. 
et lurs parlèrent li message et distrent: 'seignor, li rois Phelippes nos envoie a vos, et U flis 
l'empereur de Constantinoble, «jui frères su famé est. seignor, fait li rois, je vos envolerai le 
frère ma fume; si le met en la Dieu main, (|ui le gart de mort, et en la vostre. por ce que 
vos alez por Deu et por droit et por justise, si devez a cels qni sont déshérité a tort rendre 110 
lor héritages, se vos p6ez. et si vos fera lu plus haute convenance qui onques fust faite a gent 
et la plus riche ilie u la terre d'ultre mer conquerre. tôt premièrement, se Dieus done que vos 
le remetez en son héritage, il metra tôt l'enpire de Romanie a la obedïence de Rome, dont ele 
ère partie pie^-'a. après il set que vos avez mis le vostre et que vos iestes povre; si vos donra 
deus cent mil murs d'argent et vïande a toz cels de l'ost, a petiz et a granz. et il, ses cors 115 
[mëismes], ira avec vos en la terre de Babiloine, on envolera, se voa cuidiez que mielz sera, 
a toz dis mil homes a sa despense, et cest servise vos fera par nn an, et a toz les jora de 
sa vie tendra .v. cens chevaliers en la terre d'oltre mer al snen, qui garderont la terre, 'seignor, 
de ce plait avons nos plain pooir', font li message, 'd'assëurer ceste convenance, se vos la 
volez assëurer devers vos; et sachiez que si halte convenance ne fu onques mais offerte a gent, 120 
ne n'a mie grant talant de conquerre qui cesti refusera.' et il dïent que il en parleront, et 
fu pris uns parlemenz a l'endemain, et quant il furent ensemble, si lor fu ceste parole mostree. 

La ot parlé en maint endroit, et parla l'ubes de Vais de l'ordre de Cystiaus et cele partie 
qui voloit l'ost depecier ; et distrent qu'il ne s'i accorderoient raie, que ce ère sor crestïen», et 
il n'estoient mie por ce mëu, ainz voloient aler eu Snrie. et l'autre partie lor respondi: 'bel 125 
seignor, en Surie ne ptfez vos rien faire, et si le verroiz bien a cels mëismes qui nos ont 
deguerpiz et sont aie as autres pore, et sachiez que par la terre de Babilonie on par Grèce 
iert recovree la terre d'oltre mer. s'oie jn mais est recovreo. et sp nos refusons ceste rnnvcnance, 
nos somes boni a toz jors.' 

Ensi ère l'oz en discorde, y^<n \k.im^ oez, et ne vos hk i^imuz mie, se la lau- K^-nr. in- en 130 
discorde, que li blanc moine de l'ordre de Cistiaus erent altressi en discorde en l'o^tt. li abes 

9i — 98 ki avenist ea l'ost et poi s'en f«li CDK; quar petit s'en fnli F, et a |>ou s en failli B. 
08 loffV.] <' lijoiitr ne endurer. 99 d'une part et d'autre <', de toutes pan 7^; Im ot oiort un gentil 
houme C 101 tra%'ail] paiuo ('I>/C; moût urent li baron de paine toute la nuit et tonta cela ««maina 
et li dua de Venise ausint pour fere la pcs F. 108 est] ('I>K njoulnit et dist en t«l maaitr*. — 
('I)K omrtirnt fait li rois; envoie <'. 109 ma famé] mnm/ur A. — qui 1. g. d« m ] nhii»^*' B. 
110 por deu] omi* i/«i»m VPE. 111 et il B, et cis ('DK. 11_> tout premiers <'I)K. 113 RonanM] 
Constantinople I>. 114 le vostre] omi« don» CDJC; mis tout vostre avoir au paaaafe B; tout m'a al 
voiaje deu F. 116 meiimes] mantpie êdit.\ lr«] sa conrra B\ ou sacourt ira <'I>E. 118 en 1. f. 
d'oltr.] omh (lnim C; al suen] nmi* dun» A\ A ajnutr à la jiit <lr /«i phnur : si les taadra al aaaa. 
119 plait] m<nn/iir rdil. — font H baron CDE; da seurer .1. l'JO envers noua CDE. — qua ai k.] 
ou»ii> tinii/i CDEF. 123 la ot ftr.] omiê dan» CDE. — de Tord, de C.' "mi» dams B; qui art et 
la partie a chiaus CDE. 124 qae il ne s'acorderoient mie qnc il alassent CDE; sor] traser A\ ea 
estoit sus /{. V2!) partie dist segnonr CDE. 126 p. vos aler ne f'i>E: aler qoar vm n'i porrias F. 
128 d'oltre m.] "«m'j» dun» B. 130 con v. o.] mauqur A. — li l. g. .1; gant B\ tm Uia ger» ''»*' 
de la loie g. /'. 181 quant 1. b. n. i estolant VDR. 

175 



Pièce 50. 



XIIP SIECLE. 



de Loz, qiii mult ère sainz hoin et prodom et altre abbé qui a lui se tenoient, prechoient et 
crioient merci a la gent que il por Deu tenissent l'ost ensamble et que il fëissent ceste con- 
venance; 'car ce est la chose par quoi on puet mielz recovrer la terre d'oltre mer.' et l'abbes 

135 de Vaus et cil qui a lui se tenoient, repreechoient mult sovent et disoient que tôt ce ère mais ; 
mais alassent en la terre de Surie et fëissent ce que il porroient. 

Lors vint li marchis Bonifaces de Monferrat, et Baudôins, li cuens de Flandres et de 
Hennaut, et li cuens Loëys, et li cuens Hues de Saint Pol, et cil qui a elz se tenoient; et 
distrent que il feroient ceste convenance, que il seroient boni, se il la refusoient. ensi s'en 

140 alerent a l'ostel le duc, et furent mandé li mes, et assëurerent la convenance, si con vos l'avez 
ôi arrière, par sairemenz et par cbartres pendanz. et tant vos retrait li livres, que il ne furent 
que XII, qui les sairements jurèrent de la partie des François, ne plus n'en pooient avoir. 



50. 

MAEIE DE FRANCE. 



LE LAI DU CHEVKEFEUILLE. 



Tristan, publi par Francisque Michel, Londres 1835, Vol. 2, p- 141 — 146. Die Lais der 
Marie de France, von Karl Warnke, 2. Avfiage, Halle 1900, p. 181. (2 mss.) 



10 



15 



Asez me plest e bien le vueil 
del lai qu'um nume chievrefueil 
que la vérité vus en cunt, 
cument fu fez, de quel e dunt. 
plusur le m'unt cunté e dit, 
e jeo l'ai trové en escrit 
de Tristram e de la reine, 
de lur amur qui tant fu fine, 
dunt il eurent meinte dolur, 
puis en mururent en un jur. 

Li reis Mars esteit curuciez, 
vers Tristram, sun ne vu, iriez; 
de sa terre le eungea 
pur la reine qu'il ama. 
en sa cuntree en est alez. 
en Suht-Wales, u il fu nez, 



un an demura tut entier, 

ne pot ariere repairier; 

mes puis se mist en abandun 

de mort e de destructïun. 20 

ne vus en merveilliez nient, 

kar cil ki eime leialment 

mult est dolenz e trespensez, 

quant il nen a ses volentez. 

Tristram est dolenz e pensis, 25 

pur ceo s'esmut de sun pais. 

en Corniiaille vait tut dreit 

la u la reine maneit; 

en la forest tuz suis se mist, 

ne voleit pas qu'um le vëist. 35 

en la vespree s'en eisseit, 

quant tens de herbergier esteit; 



132 qui . . . prodom] omis dans CDE. 133 fëissent] seussent A; prechoient por dieu que li os se 
tenist ensanle et k'il fëissent CDE. 135 prechoient CDE. 136 mais etc.] omis dans B. 137 — 8 de 
H.] omis dans CDE, qui ajoutent de Blois et de Chartaing après Loeys. 138 a lui CD. 140 
message B. 141 p. bons s. CDE. 

50. 1 molt 1. S. 3 lauenture vos acont S. 4 pur quei il fu et dunt -H, cornent fu fet de 
coi e dont S. 8 fu tant S. 1-0 en] magique H. 12 envers T. forment i. S. 19 a ab. *S'. 21 v, 
esmerveilliez IT. 22 kar ki eime mut 1. lï. 25 et trespensis H. 26 se met H. 31 en lauesprant 
sen est issu ^S". 32 que t. d. h. fu S. 



176 



MA&IE DE FBANCK. 



Pièce 60. 



od pilisans, od porre gent 
perneit U nait berber(;etnent; 

35 les noveles lur enquereit 

del rei, cum il ne conteneît. 
cil li dïeut qu'il mit tii 
que li barun t-reiit bani, 
*a Tintagel deivent venir; 

40 li reÎH i vuelt na curt tenir: 
a pentecuste i serunt tuit; 
uiult i avru joie e déduit, 
e la rëiue od lui sera.' 
Tristram l'Oi, malt s'en haita. 

46 ele n'i purra mie aler 

qu'il ue la veie trespasser. 
le jur que li reis fu mëuz, 
est Tristram el bois revennz 
snr le chemin que il saveit 

50 que la rute passer deveit. 
une coldre trenchu parmi, 
tute quarree la fendi. 
quant il a paré le bastun, 
de sun cultel escrit sun nun. 

55 se la reine s'aparceit, 

ki mult ((TAnt ^narde s'en perneit, 
de sun ami bien conuistra 
le bastun, quant el le verra, 
altre feiz li fu avenu 

60 que si l'aveit aparcëu: 

ceo fu la sume de l'escrit 
qu'il li aveit mandé e dit, 
que lunges ot ilec esté 
e atendu e surjumé 

65 pur espier e pur saveir 
coment il la pëust veeir, 
kar ne poeit vivre senz li. 
d'ela dous fu il tut altresi 
cume del chievrefueil esteit, 

70 ki a la coldre se perneit. 



quant il a'i eut lactet e pria 

e tuz entur le fust s'est min, 

ensemble poeent bien dorer; 

mes ki puis les vuelt decevrer, 

la coldre muert hastiveroent 75- 

e 11 ehievrefueilz ensement. 

'bêle amie, si est de nos: 

ne vus senz mei ne jeo seoz rxuV 

La reine vint chevalcbant; 
ele esguarda un pui avant, 90 

le b^tun vit, bien l'aparccut, 
tûtes les lettres i conut. 
les chevaliers ki la mentent 
e ki ensemble od li errtieut, 
cumanda tost a arester: 95 

descendre vaelt e reposer, 
cil unt fait sun comandement 
ele s'en vet Inini de sa gent, 
sa meschine apela a sei, 
Brenguein, qui malt ot bone fei. 90 

del chemin un poi s'esloigna. 
dedenz le bois celai trova 
que plus amot que rien rivant: 
entre els meinent joie malt gnnt. 
a li parla tut a leisir, 95 

e ele li dist sun plaisir; 
puis li mustra cumfaitement 
del rei avra acordement, 
e que mult li aveit pesé 
de ceo qu'il l'ot si cungeé: lOO 

par encusement l'aveit fait, 
a tant s'en part, sun ami lait: 
mes quant ceo vint al desevrer, 
dune comencierent a plurer. 
Tristram en Wales s'en râla, 106 

tant que sis uncles le manda, 
par la joie qu'il ot ëae 
de s'amie qu'il ot vëue 



33 o poure» gen« >' (: herborgemeoz). 35 dei n. >'. 36 du r. cornent te c. >. :^7 ceo U ^. 38 ri 
b. N.. 40 I. r. ilec fesie t. S. 4.3 r. i sera If. 44 m If. 45 ne p. //. 46 qui n. S. 48 T. wt 
al b. uenuz If, 50 Irçim pruponér {hir G. Piiri» ; que 1. reine p. d. //; en la root» p. d. S. 51 par 
mi <'iUt. 55 Ue If. 5G g. en If; q. sovent g. .N\ 57 — 68 'ian» II inlrrrrriù arre 59 — 60. 
60 quautresi lauoit parceu N. 62 qui fu el batton qae ie dit -S'. 65 atendre //. 66 porra ▼. S. 
67 ne pot nient If. 68 tut] manque II. 71 est li 1. If. 7'2 en tur r'rfi/. 73 poeient //. 75 li 
codres If. 76 ensemblement H. 78 ne mei If, ne ge >'. 79 oait //. 80 eeg. tat an pendant Ù. 
81 r] iiKin'itte S. 82 1. reconnut «V. S4 e] moHi/ne If. 85 c. tua a reeter H. 87 e. firent .V. 
88 e el «en ua 1. •.^. 89 o soi N. 90 que mut fu de bone fei //. 93 p. lam. H. 94 !• graat ff. 
96 e. d. tôt 8. p. -V. 100 quil ot If. 102 Ele «empart .S. 103 U ▼. .S. 104 d. cooMMest l^ ri e. Â\ 
105 en] a H; T. en Qales »en reua >9. 

BARTSCH-WIESE, Chrestomathie. X« Éd. 12 



177 



Pièce 51. 



XIII" SIECLE. 



par le bastun qu'il ot escrit 
110 si cum la reine l'ot dit, 

pur les paroles remembrer, 
Tristram, ki bien saveit harper, 
en aveit fet un nuvel lai: 



asez briefment le numéral: 
'gotelef Fapelent Engleis, 
'cMevrefueil' le nument Franceis. 
dit vas en ai la vérité 
del lai que j'ai ici cunté. 



115 



51. 

MARIE DE FRANCE, FABLES. 

Poésies de Marie de France, publiées par B. de Roquefort, Vol. 2, Paris 1820, {p- 59 — 67; 
171—174). IMe Fabeln der Marie de France, éd. K. Warnke, Halle, 1898, p. 3—10; 85. (23 mss.). 
Voy. le texte allemand dans Boner, Edelstein éd. Pfeiffer, no. 1. 5. 57. -^55. 



10 



Prologus. 
Cil ki sevent de letrëure 
devreient bien mètre lur cure 
es bons livres e es escriz 
e es essamples e es diz, 
que li philosophe troverent 
e escristreut e remembrèrent, 
par moralité escriveient 
les bons proverbes qu'il oeient, 
que cil amender s'en poissent 
ki lur entente en bien mëissent: 
ceo firent li ancien père. 
Eomulus ki fu emperere 
a Sun fiz escrist e manda 



e par essample li mustra 
cum se dëust cuntreguaitier, 15 

que hum nel pëust engignier. 
Esopes escrist a sun mestre, 
ki bien cunut lui e sun estre, 
unes fables qu'il ot trovees 
de griu en latin translatées. 20 

merveille en orent li plusur 
qu'il mist sun sens en tel labur: 
mes n'i a fable de folie 
u il nen ait philosophie 
es essamples ki sunt après, 25 

u des cuntes est tuz li fes. . 
a mei ki la rime en dei feire 
n'avenist nient a retraire 



109 e pur ceo quil aueit escrit H. 110 li ot S. 115 lap. en Engl. H. 116 en Fr, H, lapelent Fr. 
S. 118 dont iai S. 

51. Les 23 mss. se divisent en trois familles: a, (i et y. a ^ AD3IY. (i = BENIGTQZ. 
y = HPWKCOFSR VL. — a. 1 d. la lecture Z, d. lescriture T, WKFV, des escritures 0, d. troveure 
P. 2 doiuent ( — 1) F, si deiuent 3'; deueroient m. P, si deuroient m. C; lur] manque AD. 3 en . . 
en T. as . . as -BF; e as 1. e as es. P; es bons essamples e es dis Q,WKCOF. 4 as . . as AD,PRVL] 
as bons ess. e as d. P; e es liures e es escris Q,WF, e en 1. e ens es. K, e des 1. e des e. C. 
6 e ensegnerent e mostrerent C. 7 pur YT; escrioiient J/, escriuerent AD\ e par m. escrire P, car 
par m. escrisent O. 8 essamples QZFWO\ quil trouoient W, que il disent O; es biens ki leur oirent 
dirent P. 9 — 10 por cou camender en poront | cil qui ent. i meteront 0. 9 e cil A', il EP] en 
MQPWOF; poussent AY,BEZ,PRV. 10 e 1. PKS; entente ben i ussent E- en b.J i YTF; eussent 
AD,BE,PV. 11 com RV, si S; furent YQ\ père] sage F. 12 ert H-^ ki sot maint langage F. 
13 s. fil escrit et comm. TF; monstra V. 14 manda V. 15 cornent il se deuroit garder PK; com se 
poist 31, c. se seust H, cum il se puist ES; entreguetier NZ, contregarder EL. 16 con ne le puist 
TIIWFRV; nus WKC\ peust rien e. Y. 17 dautre part escrit 0; rescrist M. 18 Ysones qui connut 
son e. 0; car IF, que Z; maistre CF. 19 ot rouées P. 21 Merveilles en aront pi. P. 22 que son 
tens mist C; son tens MYTC, sentente H. 23 il ni a riens de f. TFC; de] ne 3IN0FRV. 24 que 
C; qui ni ait de P; nait de TS, n. grant 3IZ0, ni a(it) YVLC. 25 des ess. ki issunt fait K. 
26 del conte P; sont tuit li f. QZHKOF, s. li grant f. S\ gist TF, gisent li C; u descovert sont 
tout li f. P. 27 la (ma Y) rime d. MTOFY; soy Z. 28 ne uenist Y, nanuie H; nen au. mie Q, 
naferist il mie F; mie a r. TKO, m. ore a TF. 



178 



MARIE DE FRANCE, FAHI.K 



Pièce 61. 



I>lusur8 paroles ki i sunt; 

30 nicH nepuruec cil m'en siimnnt, 
ki Hur» e«t de «hevalerie, 
d'enseignement, de carteisit*; 
e (|uai)t tels hnem m'en a requise, 
ne vueii laissier en nuie (|[uit)e 

35 que n'i mete travail e peine, 

ki que m'en tienj^e pur vileine; 
mult (lei faire pur Ha preiere. 
ci comencerai lu première 
«les fables qu'Esopex escrist, 

10 (|u'a sun mestre manda e dist. 

b. 
De Gallo et Gemma. 
Del coc recunte ki munta 
sur un femier e si jçrata; 
sulunc nature purcbaçut 
sa viande, si cum il sot 
5 une cbiere gemme trova: 
clere la vit, si l'esguarda. 
'jeo quidai', fet il, 'purchacier 
ma viande sur cest femier. 
or t'ai ici, gemme, trovee. 
10 ja par mei n'en iers remiiee! 

s'uns riches huem ci vus trovast, 
bien sai que d'or vns honurast, 
si acrëust vostre clarté 



p«r Tor ki mult a grant bc«Ué. 
qaant ma voient^ n'ai de t«i, 
ja nule honur n'avra» (lar mei.' 

(Moralit» 

Altrest est de meinte gent, 
se tut ne vait a lur talent, 
rame del coc e de la gemme. 
Tëa l'avuns d'urne e de femme: 
bien ne honur nïent ne prisent; 
le pis pernent, le mielz despixent. 

c. 

De Lupo et agno. 
Ci dit del Ion e de l'aignel, 
ki beveient a nn duitel. 
H lous en la surse beveit, 
e li aignels aval esteit. 
irieement parla li loos 
ki mnlt esteit cnntrarious; 
par maltalent parla a lui. 
'ta me fes', dist il, 'grant ennni.' 
li aignelez a respundu: 
•sire, de quel?' — 'donc ne Teix to: 
tu m'as ceste ewe si trublee: 
n'en puis beivre ma sSalee. 
altresi m'en irai, ceo crei, 
cum jeo vinc ça, murant de sei.' 



15 



20 



29 choses ki ded«n« s. II', essaoïples W. M ncporquant PWCRVZII, neportant /.; ncquedent k'OF; 
cil] so C, tels F; en] mnni/iir <i,E(i,t'L, 31 sire est 1'. 32 e de sens t P 33 iteU in. /'; requis 
P. 34 tele g. A'; ne lairai pas V; ja ne 1. par W: bien est que por sanior le trois /'. 35 qo* ic 
ne inen trauail XZ. 36 quil ne m. C. 38 coumencera QL, comence ci O. 40 e snn )'; ami C; 
monstra V. 

b. 1 Dan THKV; raconta Z; nos conte M, nous cont ci OF. 2 si] qni C; troua V, 4 cam 
il meu7. s! AD, com il soloit TJICOL, si corn soloit PWFV, si corne il pot .V, s. e. il d«it A*; qaa 
il mnngot >'. 5 riche Ji, clere EQS\ a trouée O. G bêle <i, ele S; la \,] Inisant V; lors «eganUa 
O 7»/ ajotitr J ver». 7 dist llk'O. S par W. 9 t'] matuju,- ADM.TQ.PWKOF; VM ai ci C; 
ici] une /', ceste OF. 10 nieres IlSIiV; par moi ne seras yZ/T), p. m. nen serex C; ja ni art p. m. 
AI); mais ja p. m. n. V, icrt Jl,A'OF; nen sera lenee W; honuree ADV. H ia v. B; voe i C; 
te )7/ir, U (^P. 12 de voir s. q. d. tonn. W; pur ceo qait te bon. (-2) 1'; j. eait q. d. vo«a 
en. 7'; que il d. loner. /'; molt lenn. Q, te coronast II; anmast ADEZ. 13 et si tacroiasiat ta 
biauto ir, si li acreust sa b. Q\ si encreust >'; vostre] bien ta )', molt se /', ta grant //; b«aat« 
(: clarté) Al>Y,Q,PKC. 14 que si a A'C; ou molt a de H. 15 q> uol. ni ai /., q. ni ai toI. F; 
ent t. C; li /'. 16 eur M; naies >'; de AI)Y,T,IIWKOF', ja niert remuée par mi P. 17 aiaai 
(aussi r, autel A') est il QVK\ molt de gent PZ (gens: talens Z). 18 uient Q.Pn'KOFI.; son C. 
19 cum fu )'. 20 ven la om MKV; de mainte f. YTQOF; cest dit por lome e por le f. /*. 21 sen 
E; eur M; mut poi p. AU, rien n. p. )', naiment ne pr. A'. 22 mal . . bien F; depriaent ZL, 
mesprisent I'. 

c. 1 dnn . . dun TT. 2 duitel .VB] clincel .1, clintel />. doisel Q, daicel .Y; tet ftmtnt «m. niiaaal. 
3 par (au) desseure HE; la tonrble O, U clere /', le fosse H', la fontaine L. 4 a rai riiH.\ dMOOt O. 
6 que il ert molt •>'. 7 iriement C; a dit O. 8 mas fait il fet S; fait il MEZ. 9 — 10 mam»iHeHt 
'V. 9—11 miin</iirnl F, 9—14 MiiHtjurnl T. Q 1. aignel (—1) -41*. li aigneas U ad EZI., • n 
aingniaus a .V///VV. 10 en ne Z; sex tu l'RV. 11 ta as C. 13 arwe .l/>-lf; je cr. ZPWO. 14 corne 
ie u. mor. ..V, corne gi u. m. A'C, com je y veing en m. Z, com je lia en m. \', tôt m. S; morrai P. 



12» 



179 



Pièce 51. 



XUP SIECLE. 



15 li aignelez dune li respunt: 
'sire, ja bevez vus amiint! 
de vus me vint ceo qu'ai bëu.' 
'quei!' fet li lous, 'maldiz me tu?' 
cil li a dit: 'n'en ai voleir.' 

20 li lous respunt: 'j'en sai le veir. 
cest mëismes me flst tis père 
a ceste surse, u od lui ère, 
ore a sis meis, si cum jeo crei.' 
'que retez ceo', fet il, 'a mei? 

25 ne fui pas nez, si cum jeo quit.' 
'e quei pur ceo?' li lous a dit, 
'ja me fez tu ore cuntraire 
e chose que tu ne deis faire.' 
dune prist li lous l'aignel petit, 

30 as denz l'estrangie, si l'ocit. 

(Moralité.) 

Ço funt li riche robëur, 
li vescunte e li jugëur 
de cels qu'il unt en lur justise. 
false achaisun par coveitise 
35 truevent asez pur els confundre; 
suvent les fnnt a plait somundre. 
la char lur tolent e la pel, 
si cum li lous fist a l'aignel. 



De vidua. 
D'un hume cunte li escriz, 
ki esteit morz e enfoiz; 
sa femme meine grant dolur 
desur sa tumbe nuit e jur. 
près d'iluec aveit un larrun 
ki ert penduz pur mesprisun. 
uns chevaliers le despendi 
(sis parenz ert), si l'enfoi. 
par la cuntree fu crié: 
ki le larrun aveit osté, 
Sun jugement mëisme avreit; 
s'il ert ateinz, penduz sereit. 
duuc ne sot il cunseil trover, 
cum' il se pëust délivrer; 
kar sëu ert de mainte gent 
qu'il le teneit pur sun parent, 
al cimitiere vet tut dreit 
la u la prudefemme esteit, 
ki sun seignur ot tant pluré. 
cuintement a a li parlé; 
dit li qu'ele se cunfortast, 
mult sereit liez, s'ele l'amast. 
la prudefemme l'esguarda; 
grant joie fist, si otria 



10 



15 



20 



15 e li (dune manque) C; aignels EYZL ( — 1, idunc E, adonc Z)'^ li aigneax adonques r. *S'; Li aign. 
donques si r. P. 16 dont b. K\ a m. édit. 17 vint YEH ; les antres vient; que iai b. TV, quanque ai 
beu S. 18 Quest -ST; por coi fait il T; fist SL, dist QHWKOF; dont dist li 1. mei desdis t. F. 
19 ciz li respunt M,WCOFS, cil respondi K; dit nenil veir ( — 1) B. 20 e dist li 1. K, e cil r. T- 
a dit C, li d. SW\ jo sai EFS (de uoir S). 21 Co (ce) MY,BNT,y {moins CL); tôt autresi C. 22 c. 
aiguë H, cest ruissel OFK^ c. fosse WL\ la u jou ère F, u od mei e. -E", e a ceste source ou il iere 
Z. 23 .V. m. C; fait il ce cr. MC\ si corne cr. E, ice nous di T. 24 quen Q, OFR F; ceo] vous 
Y,ENQ,ORV\ r. tu F; seur moi RV; quen retraiez fait il sor m. S, q. tenchies nous f. il a m. P. 
qen demandez, f. il a mi T, quen affiert il dist il a moi K\ de ce riens nen atient a m. H. 25 ne 
fui dont n. M] niere WKSV, car nier //; je nestoie p. n. ce q. C. 26 e por ice CV; de MTQHW 
OFS. 27 ne m. 0; mains de c. O. 28 u ch. P, de 0; ice q. t. ne d. pas f. L; est ce ce q. t. 
me d. f. PF; que ne deussez aE; e ce que ne deusses f. T. 29 lors KCOF; a pris laignelet C; 
as dens O. 30 et si H; lestrengla MY,NQFR, lestraint e F; et si loc. HS\ si la deuore mort 
sanglens 0. 31 issi . . seignur ADM' si f. If; ceo sunt Y,WKFRV; li povre r. W; dont autresi li 
r. O. 32 e li conte C, li vil c. R, 1. mal c. F, li segnor P; li vavassor TF, li maiour A", li con- 
tour S. 33 qui sont Q; a justicier TF; leurs justices (: convoitises) Z. 34 par oquoison M; raison 
OF; p. convoitier W. 35 t. raison 31. 3G aus plez NTZ,KOFR. 37 leur ch. Q ; li t. C. 38 de F. 
d. 1 cist Y. 2 enfuïz édit. ; ki est. enseveliz ( — 1) B. 3 menoit N, en menoit T, demeine 
(+1) AD. 4 la t. DY,BTQG,RV; la t. son seignur M,PKCOF. 5 illuec estoit priz un larron L. 
6 fu THCVL, estoit (+1) G; par M,BNTG,y {moins R). 8 fu K, y est (?; enfui cdit.; senfoi T. 
9 estoit OF. 10 auroit M,p,y; emblei M, roste H. 11 lou C. 12 fuist J!f, est G; satains estoit TP; 
at.] seu RV. 13 adonc (il manque) C, lors TKOF; pot le c. G. 14 puisse A,BEN,HORV, puist 
DWKC\ coment soi poust MKL, cornent poist consel trouer C. 15 — 16 manquent PL. 15 parceus 
K; fu NTQ, est G; mute g. AD, molt de g. MG. 16 quon le tenoit F; come il ont fet d. E; 
que le larron est ses parent G. 17 a lencontree 7', en la contrée Q, en la uile sen ua P; vint 
TGOF, ala QC. 18. 23. 31 prude f. édit. 19 qui pur s. (-f 1) BE; baron M; a QPC. 20 Courte- 
ment II, sagement IF; la araisonei M. 21 et ly dist que se c. G; e dist quelle N. 22 quele TQ. 
23 bone H. 24 en f. TQ,RVL, en ot MGCOF; si lotria MY,NTQ,GOFRVL. 



180 



DISCIPLINA CLERICALIS. 



Pièce 62. 



25 qa'ele fer» m volenté. 
li cbevaliera li a cnnté 
que mult li ert mesavenn 
del larrun qu'il ot dntpenda ; 
s'el ne l'en «et cunseil doner, 

30 bore del pftis Testuet aler. 
la pradefemme renpundi: 
'desf«nm mun burun de ci, 
pais sil pendum lu u cil fu; 



ti n'iert ja mei apareCo. 

délivrer deit hum par le nort 86 

le TÏf, dont l'en atent confort' 

(Moralité ) 

Par iceite siinieflance 
pOnm entendre quel créance 
deivent aveir li mort es ris: 
tant est li manz fais e jolis. 40 



TRADUCTION T)K T.A DISCIPLINA CLERICALIS DE PETRLS ALFON8L 6. 

a. D'itpri» Im riiKj VHtntuicril» cvnntu : 1) Paris, Bibl. Xat. franc. 12581> fol. 419" {A); 
2) iil., Hour. acij. J'ninç. 7617, /«/. 28'' (B.) ; 3) Ltmdrrê, M\uft britannique, Add. 10289 (L; im- 
primf }H>ur la Si>ei/té des BiMiophilr», Pari» 1824, 'Le cha»tniemmt d'un pf-rr à «on JiU, tntimction 
en vrr» j'ninç. df t'ouvragf de Ih'errr Alphtmse', p. 30 — 38^; 4) Mantuerit 730 de la bibèioMomê 
princi^rr de OeUingrn- Wallerttein à Maihingen, fol. 66 ** (M; repro<iuit par Bartêck damé U$ iét» 
tioiu anlrrieure» de la Chrestomathie (Ba.) et publié par M. Roetle dan» 'Beitaçe ntm «MmlM» 
Jahretbericht der kijl. Luitpotd-Krei»r«al»ehulei in MUnehen' 1897/98>; 5) ManuûrU de la h4tUo- 
thique de l'Univereité de Parie, 130. E. 39. fd. 23'" {P.). — Cf. Borner, EdeUteim Nu. 71. 

b. D'âpre» le *eul vuinturrit 730 de la bibliothèque prineihre de Oettingem-WatlerHein à 
Maihingen, fol. 84'". — Nou» euivona la graphie de M au*»i dan» a. 



Fieas, d'autre cose te casti, 
qae se ta ses que deserri 
ait aucuns par se félonie 
qu'il suit destruis, ne mètre mie 
trop grant entente a lui garir, 
tost t'en porroit mesavenir; 
car griénient maintes fois se sent 
cbil qui bomme pendu despent: 
deilTrement se puet blecbiei-. 



qui sor soi le lait trebaschier. 10 

Uns bons par an bois trecpaaaoit 
et el cbemin que il erroit 
trova nn serpent moût blechié, 
que pastour avoient lîé: 
broches cleuficbiés entoit, 15 

si que movoir ne se pooiL 
li bons bons, quant il l'eagania, 
pité en ot, sil desQa. 



25 il â»t de loi <?; feroU O.HKW. .'t. c ci li a tretout c. Q. 27 eonirat U QO.C «M QG.KCOF, 
mal av. A* 28 mitu<tu>- O; de un 1. //; de cel 1. quot d. A'. 29 m n. MPWCL, ai «U a* U Mt 
AE.OF, sele ne set liSG, sor n. 1. ». T, si ne se<n) ». l'A'. .30 len e»tut (-f 1) />)'. 31 boa* V. 
32 desf^iatn fdit., desforous //, desferrona G\ deefououmea le mien de chi 1'; mari GHR. 33 p. 1* 
yO.WFRL, si le QPKV, e lou T; il KOF. 34 ja ne sera P. ja mais nen ert V. 35 por JWT; pe«r 
les mor» /', doit moult bien le m. G. 36 lea ai» /»; ad c. (— 1) AI); a tant c. PC. 38 poM F\ 
peot hum AI>,Pk'liV; attendre KXL, sanoir //; fiance ETQ.HKCOFl.. 39 paanit QHW; aa 
Y,rG,P\VCOL. 40 tous F, si .V; monde* (ans .V^. mors f. T; fob T; joUa] viU (— 1) JV, bintla Qy 
(alis WF, malmi» 7', cbait!» M. 

52. a. l.r» rrru 1 <) 10 nutnquent Ba. \ fiex .V; de autre R. 2 t. rola XPL. 3 aoean P. 
4 que d. s. .1; destruit I., detrai» M; metet B, mentir }f. ô gr. cure de li B\ cbe garda* ta ponr 
.V. 6 maus av. .1; grant maus venir M. 7 granroent /'; tel bore BP; t. h. «et /..; t. b. gr. B', 
•en s. L. y et 10 manquent BP. 10 qui] se BPM. 11 bo» .V. 12 on ch. .1, en la ^; «toat L, 
aloit A. 13 ml't M (/Hirtout ainti), bien fJ\ 14 i orent /.P, rrent B. 16 ^ 16 wtnnquemt B. 
15 a .1, de .V/V/'. 17 hom MBa.; U esg. M. 18 p. lea prent />; sel PABn., ••* Jlf. 



181 



Pièce 52. 



XlIP SIECLE. 



pour escaufer, par bone foi, 
20 le mist sons ses dras près de soi, 

des que li serpens escaufa, 

de se nature li membra; 

tout environ a l'omme cbaint, 

et griément blechié et estraint. 
25 'avoi', dist li bons, 'tu as tort. 

ja t'ai je garanti de mort, 

et tu me vels geter de vie.' 

'che fu', dist li serpens, 'folie, 

que de moi presis nule cure, 
30 car faire m'estuet me nature.' 

'moût fais', dist li bons, 'a reprendre, 

qui pour grant bien me vels mal rendre.' 

'sovent', dist li serpens, 'avient 

que de bien faire grans mais vient. 
35 n'as tu oi, que por bien fait 

a l'en, tele eure, le col frait?' 

com' il vont ensi estrivant, 

es vous par le chemin errant 

mon seignor Renart le goupil. 
40 li bons qui estoit en péril, 

quant il le vit, si l'apela 

et cbele cose li moustra; 

pour Dieu li proia bumblement 

que il en fesist jugement. 
45 che dist Renars: 'je ne puis mie 

jugement faire par oie, 

enchois m'estuet vëir conraent 

la cose estoit premièrement. 

sire serpens, l'omme laissiés, 
50 si seres de recbief liiés: 



dont verrai conment vous estoit, 

puis en jugerai selonc droit.' 

'je l'otroi', che dist li serpens, 

'car je sai bien que jugemens 

ne me nuira en nule placbe, 55 

que je ma nature ne fâche.' 

Li bons de rechief le lia 
tout aussi com 'il le trova. 
quant lie l'ot, si s'eslonga 
et li goupiz li escria: 60 

'sire serpens, or vous levés 
et deslïés, se vous poés! 
et tu, prodons, esta en pais, 
car de lui deslïer ja mais 
ne prendras tu par mon les cure. 65 

n'avoies tu lut l'escripture: 
qui mieus ama autrui que soi, 
a un molin morut de soi?' — 
che dist li fleus: 'or ai apris 
dont me souvenra mais tous dis.' 70 



Encor te di je plus de roy: 
se il est pechierre de soi 
et il est soués a la gent, 
Deus l'en sueffre plus longuement 
et lait pour son pueple régner, ' 5 

qu'il li voit a droit governer, 
qu'il ne feroit, se de son cors 
estoit nés bons et par defors 
fust au pueple fel et malvais, 
qu'il devroit governer en pais. 10 



19 par] en P. 20 sour B. 21 puis q. 3IB(i.; s'esc. B. 23 a chelui MBa., lome se P. 24 et] manque 
M et Ba.; gr. a bl. et destr. MBa. ; ml't le bleca P. 25 il hom J/. 26 je t. g. d. le MBa.-. garandl 
M. 27 quant tu P. 28 dit 1. s. ce f. A. 29 quant ^; preis AL. 30 quer i, que MPBa. 31 dit 
1. h. m. î. A; m. fet B. 32 quant A; quer L\ granz biens L, bien fet B; q. tu p. bien A; le 
mal V. r. B: mais M. 34 manque A; gran bien fere mal P; q quide b. f. m. li auent B. 35 ja 
n. t. 0, de b. f. MBa. 36 alcun P, a on MBa; t. bore est AL, moult souvent P. 37 quant il P, 
que que A; sont Bu.; ainsis vont A. 39 mi sire BPL. 40 lomme P, 1. hoe P; le p. B. 41 voit 
P. 42 et ce maintenant A. 43 et p. d. 1. prie hublement MBa. (humbl.). 44 il len A, i. f. P; 
feist BPL, fâche J/Po.; le j. P. 45 et dit A; je] te 31; nen P. 46 sanz o. P, sanz aie J/PP«. 
47 oilz mest. LB. or mest. ains P; veier L. 49 laies 3IBa. 50 et s. resoies ja lies MBa. 51 si 
V. MABa.; il est. A. h2 si A; en] m.anque 31 et Ba.; le dr. 3IBa. 53 volentiers ce A. 54 que 
(kar B) b. b. que {manqtie B) par (p. dreit P) jugement ABPL. 55 ne perdrai je BPL, n. puis je 
perdre A. 57 hom 3fBa. 59 et qu. ch'ot fait 3fBa; l'esl. A3L 60 et puis après .^1/P«. 61 ore P. 
62 desloies 31; voles P. 63 et dist renars soies 3IBa. 64 que A; HP. 65 n. p. consoil p. m. los A ; 
mon] moi 31. 66 nauies t. P, ja as t. A ; liet L, leue A, oy P. 67 que bien doit chaoir le tonnent 
(li tormenz A) ABPL. 68 sor (sus P) celui (celi P) qui pendu despent ABPL. 69 fiex 3f. 70 t. mes 
d. P, a t. d. AB. Ba. ajoute S vers qvi n'ont aucun rapport avec l'histoire qui vient d'être racontée. 
b. Les vers 1 à 10 se trouvent aussi dans A; ils manquent dans Ba. qui, après levers 122, 
ajoute 4 vers qui ne se rapportent 2>a« « cftte histoire. 1 encore (je manque) A ; del. r. M. 2 sil 
est pechierres bons A. 3 il soit 31; soef A. 5 regnier A. 6 que il velt par 3T. 7 corps 31. 



182 



DlbCifLl^A CLtKRAlJS. 



Pièce 52. 



PlatoDB en an livre nous dit, 
que (les prophecieti escrit, 
que jadis ot eu Grèce un roy, 
qui aHsés) ert nés buns de soi, 

15 mais an pueple qu'il (^ovemoit 
ert crllels et niult le jçrevoit. 
. il avint si qu'il li sourt (guerre 
de tuutes pars et que sa terre 
cuida perdre qu'il goveruot. 

20 pour le paour que il en ot 
a fait par sou re^ue mander 
et devant soi tous assambler 
les philosofes de la terre, 
pour demander et iwur euquerre 

25 confaitement li avenroit 
de le guerre que il avoit. 
quant il furent tout assamblé, 
si lor a humblement moustré 
que de le guerre avoit paour 

30 et moat en ert en g^ant fraour, 
que li sourdoit tant durement, 
et a faire avoit a tel geut 
qui de rien ne l'espargneroient 
et qui le règne destrairoient : 

35 'si crieng, seignour, foi que tous doi, 
que pour la malvaistié de moi, 
par mon pechié et par mon vice 
vieirne au reg^e ceste malice, 
et vous, seignour, nel celés mie, 

40 se vous pechié ne vilenie 

savés en moi, dont Dieus n'ait cure! 
et je l'en ferai a droiture 
plenier droit et amendement 
tout selonc vostre jugement.' 

45 li phllosofe ont respondu: 
'chier sire, n'avons pas vëa 
en ton corps criminel pechié; 
mais de tant a.s mal esploitié 
que n'es an poi plus deboinaire 

50 a cela qui vers toi ont a faire, 
ne fin ne savons de la guerre, 
qui vous est soursse en ceste terre, 
ne qu'il en avenra a nous 
ne au roialme ne a vous. 

65 mais a trois journées de chi 
a Dieus un sien feel ami, 

12 qui M. 19 govemoit M. 21 pour MBu. 
M; qui par 1. d. j« n. f.? 



MarianuH est apelén, 
qui del saint etpir est privét. 
par lui dit, que ja ne faura, 
che qui est et fu et m». 60 

biaus sire, a lai enroieréa 
et par lui conseiUiéa serés, 
car isnelepas vous dira 
quanque il avenir devra.' 
li rois fist sempres aprester 65 

set d'els et an saint homme aler. 
li set pbilosofe i alerent, 
tant le qaistrent qa'il le troverent. 
quant li sains bons les a vëos, 
maintenant les a connëus, 70 

ja soit che que mais ne les vit 
ne d'autre homme ne li fu dit; 
mab sains espirs li a moustré 
de la cose le vérité. 

devant soi les a apelés, 75 

. 'venés!' dist il, 'avant venés, 
li messagier au malvais roj, 
qui vers Dieu n'a amoar ne foy! 
Deus avoit en se garde mis 
diverses gens, divers pSis 80 

qu'il devoit en pais govemer, 
et ses a fait a honte aler, 
criiels lor a esté et fels: 
mult lor a fait hontes e dels. 
mais nequedent Dieus qui cria 85 

et d'une matere forma, 
non diverse, et lui et als 
a or lonc tamps soffert lor mais. 
les crualtés que il a faites 
li seront or avant retraites. 90 

Dieus Ta pluisors fois caâtîé, 
espCenté et manechié 
et par signes amonesté 
que il laissast sa crualté; 
mais des or mais nel velt soffrir: 95 

pour ce a fait sor lui venir 
estranges gens qui plaisseront 
sa vilenie et destruiront.' 
a tant se te ut, n'a plus parlé, 
et cil ont deus jours séjourné, 100 

et au tier[9) jour ont pris congié; 
et il lor a bien anonchié: 

27.tnit Ba. 28 hublement M. 59 qna Bn.] mamqmt 



183 



Pièce 53. 



XIIP SIECLE. 



105 



110 



'seignOur', dist il, 'aies ariere, 
car vostre rois gist en la bière, 
mors est et a sa fin aies, 
sachiés que antre roy avés. 
Dieus i a ja autre posé 
qui iert selonc sa volenté, 
car drois gouverneres sera 
et cels doucement traitera 
que il ara a gouverner: 
par droit voira cascun mener.' 



Quant li message ont ce oi, 
li quatre sunt dïluec parti; 
li troi pour Dieu, o bon corage, 115 

ensamble o lui en l'ermitage 
se remetent pour Dieu servir 
et pour sa doctrine coillir. 
chil qui ariere retornerent, 
tout ensi la cose troverent, 120 

con li sains bons lor ot apris, 
que de rien nï avoit mespris. 



53. 

CHANSONS DU ROI THIBAUD IV DE NAVARRE. 

a. Raynaud, No. 741. — La pièce est donnée parles manuscrits MMtTaZRO S VNKPXBCUe. 
Tous les rtmnuscrits, sauf le dernier, ont été collationnés. — Imprimée : Levesque de La RavaUière, 
Les poésies du roy de Navarre, II, 141; Wachernagel, Altfranzos. Lieder und Leiche 42 (= C.) ; 
Tarbé, Chansons de Thibault IV, comte de Champagne et de Brie, roi de Navarre (1851), 71; Jahr- 
buch f. roman, u. engl. Lit. X. 78 (= B.). — Graphie de K. 

b. Raynaud, No. 1469. — La pièce est donnée par les manuscrits MtTaR^R^OVKX. Le 
manuscrit R contient deux versions différentes, désignées par R^ et R^. — Imprimée: Levesque de 
La RavaUière l. c. IL 139; Keller, Romvart 246 (= a); Tarbé, l. c. 40; Les Chansons de croisade, 
p. p. J. Bédier. Avec leurs mélodies p. p. P. Aubry. Paris 1909, p. 197 et stiiv. (Béd.). — 
Graphie de K. 

c. Raynaud, No. 1878. — La pièce est donnée par les manuscrits MtTSRVNKX. — Imprimée: 
Levesque de La RavaUière l. c. IL 81; P.Paris, Romancero franc. 150; Leroux de Lincy, Chants 
histor. I. 182; Tarbé l. c. 103. — La chanson se rapporte au, mariage d'Lolande, fille du comte de 
Bretagne, Pierre Mauclerc, avec le comte de la Marche, Hugues de Lusignan (1231); elle est adressée 
à Robert d'Artois. — Graphie de K. 



Mi grant désir e tuit mi grief torment 
vienent de la ou sont tuit mi pensé, 
grant poor ai pour ce que toute gent, 
qui ont vëu son gent cors acesmé, 
5 sont si vers li de bone volenté. 
nés Deus l'aime, gel sai a escient, 
granz merveille est, quant il s'en sueffre tant. 



Touz esbahis m'oubli en merveillant, 
ou Deus trouva si estrange biauté. 
quant il la mist ça jus entre la gent, ^ 
moult nos en fist grant debounereté. ix''-^ 
trestout le mont en a enluminé, 
qu'en sa valor sunt tuit li bien si grant: 
nus ne la voit, ne vos en die autant. 



10 



53. a. Ordre des couplets. MtTO : 1. 2. 3. 4. 5. envoi 1 e< 2; B: 1. 2. 3. 4. 5. envoi 1; aR: 
1. 2. 3. 5. X. Z: 1. 2. 3. x. b; C: 1. 2. 3. 5. 4; TJ: 1. 4; MNKPX: 1. 2. 5. 3; VX: 1. 2. 5. 
3. envoi 2; S: 1. 2. 5. 3. envoi 2. 4. — 1 tuit mi des. CUBMSVNKPX; grant t. a. 2 ou tuit s. 
MtTMBU; pense MZB. 3 gr. merveille CJJB\ p. c. q. dout tel g. S, de c. q. maintes gens U, cornent 
ke t. g. C. 4 cors gent B, biau c. MtTBa.; l'ac. Za, esmere MtTMBa., honore CUBS. 5 s. envers 
lui -B, ont envers li (lui R) si b. RZa, moult si soupris de S, mont s. soupr, de MVNKPX. 6 neis 
FP, ni a, nis RZ^ et B; iou s. UO, ie BP; certainement R. 7 grant tous les mss., sauf «; mer- 
veilles a; est] ai CUZOS, manque Mt; q. Diex B, que il (quil «, ki il Z) RaZVNKPX: s'] manq^ie 
BRaZVNKPX; atant U. Les vers 8 « 21 manquent U. 8 t. mesbahiz F; m'oubli] me {xaenCB) 
vois RaBC, souvent F; esmerveillant RaB. et merveillant C, en sospirant Mt. 9 trouva] a pris O; 
si tresgrande b. B. 10 que il nous m. c. j. e. nous g. R. 12 tr. cest m. Za, trestous li mons C, 
car tôt 1. m. MSVNKPX; nous a F, en est enlumineis C; de li a tout 1. m. O. 13 qu'] manque C. 
de s. v. (biaute N) RMSVNKPX; dont . . . sont gr. ^S', vient li b. s. g. R; et de li s. trestuit 1. b. 
0, et tuit 1. b. sont en lui si très g. B. 14 qui ne (nen RK) l'en (m'en Za, manque RK) die 
(doint ^S') aut. RaZMSVNKPX; autretant JC. Sur la place qu'occupent les vers 15 n 21 dans 
MSVNKPX, voir plus haut. 



184 



THIBAUD IV D£ .NAVAKHE. 



Pièce 63. 



15 Bone aventure aTien(n>e fol espoir, 
qui mains anianz fet vivre et renjôir; 
desperance fet languir et doloir, 
et mes fous caera me fait cnidier guérir: 
s'il fust sages, il me f^ist morir. 

20 pour ce fet bon de la folie avoir, ,^ , 

qu'en trop graiit sen puet il bien mescheoir. 
Qui la voldroit sovent ramentevoir, • ^■*- 
ja n'avroit mal, ne l'estëuHt garir; 
quar ele fet a touz ciauz mielz valoir 

2&cui ele velt bêlement acueillir. 

Deus, tant me fet grief de li départir! 
Amors, merci, fêtes li a savoir: 
cuers qui n'aime ne puet grant joie avoir. 
Souviengne vous, dame, du douz acueil 

30 qui ja fu fez par si grant desirrier; 
que n'orent pas tant de pouoir mi ueil 
que droit vers vous les osasse lancier, 
ne ma bouche ne vos osoit proiier, 
ne poi dire, dame, ce que je vueil: 

35 tant fui coars chetis, qu'encor m'en dueil. 
Dame, se je vos puis mais aresnier, f>*JjL- 
je parlerai molt mielz qne je ne sueil, 



s'Amoura me lajst qai trop me meine orgveO. 

('bani;on, va t'en droit a Raoul nonder 
qu'il serre Amours et face bel acueil 40 

et chant souvent eom' oiselet en bmeil. 



,^J- 



b. 



Li douz penser et li douz souvenir 
mi font mon cuer espenre de chanter 
et âne Amors qui ne m'i let durer, 
qui fet les siens en joie maintenir 
et met es cuers la douce remenbrance; 
pour c'est Amors de trop haute poissance, 
qui en esmai fet honme resjOir, 
ne pour doloir nel let de li partir. 

Sens et honor ne puet nus maintenir, 
s'il n'a en soi senti les maus d'amer, 
n'a grant valor ne puet pour riens monter, 
n'onques encor nel vit nus avenir, 
pour ce vous pri, d' Amors droite senblance: 
qu.'on ne s'en doit partir pour esmaiuice, 
ne ja de moi nel verroiz avenir, 
que touz parfez vueil en amors morir. 

Dame, se je vos osasse prier. 



10 



15 



15 a (an N) f. esp. BNBa.-, b. a. doint diex a bon esp. S. 16 ke CMtBa.- les am. CRSVNKPX; car 
vrais (fins T) am. Ta/iZ; amanz] munipi)- O; esjoir MR. 17 espérance MC/ia , désespérance 17*. et 
desp. X. 18 et] munijur S; mais >' ; faus c. TaZBPS, fins c. A*; m'i B; pense ades a g. SVSKI'X, 
qui pense ades g. (a deservir A') MRaZ. 19 se il >'; sage i*; se laissast B. 20 Stiuf U mot por, 
ce vrr», (ihmi (jite /»■ rrrK «iiivaut, manque dan.» .V; i7* ont diitjKiru arec une grtmde initiair ^m'on 
a drcotiftvr ; le ver* manque éyalement à \'\ p. c. est il b. B^ bien ^V^; la] manque B. "Jt qu*] 
manque /?!', que en (grant manque) S, car en gr. s. A'; sens TRaZBS l'y k'I'X; puet] voit ZaR-^ 
on TZ<iR; meschoisir 1'. Len rem 22 <' 28 ne «ont donnén que jmr T.VtOBCf'S ; fur la pluer 
qu'il» occupent dan* ce» mnK., roir plim haut. 22 poroit Cf; a droit B; ament. O. 23 ja) il T*, 
manque l'; naveroit C; ne] dont >'. 24 set Mt; a] manque TOMtl'BS; trestoi TOMll'B; ciaas 
m.] les maus TO, les uielz Jft; aualoir «V. 25 bonement >S', doucement //, de bon cuer C, antor li f; 
recoillir B. 26 mi OC; fù T.)ftCSHIia.; helaa tant f. //; gries C; gr. mal le départir O, si grief U 
departirs //, de li grief au d. S. 27 merci am. Cl'. Les ver» 29 à 35 manquent (iaiw r"; tur In 
place qu'il» occupent dan» RaZCMSVNKPX, roir ci-de»»u». 29 dnn d. a. MtRCBa.; étend C. 30 qne 
ie ai fet ^TiVA'/'A'; fust f. a, fus Z; par] a MtBa. 31 c'onques (nonkes (^) norent liC; paonr R. 
;{2 q. iev. v. ZaR.VSl'XA'PX, q. envers v. CBa.; \. poisse TMtlia.-^ adrecer R. 3H de (ne de Si') m. 
b. n. V. osai RaZCMSVXKPX; osa B, 34 nosai V; ne ne S\ puis ZN, pour •'; dame d. ''; ce] 
manque S- c. q. plus v. MtBa., q. ie uos v. ^V. 35 sui aM'.VÂ7'A'; coars] manque X, dolans R; 
ch.] dolanz B; las chet. qu'or (que or R, qu'] manque VXKPX) RaZ.V.SVXKPX. Le» ver» 36 •"» 38 
ne »ont donné» que par T.VtBO. 36 mais] plus O; desrainier B. 3" si p. '>; trop. m. B. Le* 
rer» 39 '5 41 ne »ont donné» que par TMtOSl'X. 40 que s. l'X. 41 en] senr 1*. r»»iW le couplet 
j; donné /xir RaZ: Merci dame qui me faites doloir, se il vos plaist ne me (mi Ra) laiasies morir. 
car je vous serf tous jourz a mon pooir. ne ia mais jor ne roen qnier repentir (départir R). com fia* 
amans vueil a ce obéir, que vostre sui ne ja mais removoir. nen qnier ponr rien qui me Cace doloir. 
b. Ordre de» couplet». MtTaOVX: 1. 2. 3. 4. 5. enroi; R*K: 1. 2. 3. 4. 6; A**: 1. 2. 3. 4. 
1 mi A'; tou» le» m»»., »auf A> ont pensera; souvenirs TaR*OVKX. 2 me A'; fait MtTR*OVKX. 
3 laist MtTaR^VBa.; douter A>. 4 de joie TaR^Ba. G p. ce est AT. 7 car A>A*: en •« esmai A"; 
.j. h. esjoir A*. 8 dolour AMV); nen T, ne <»A'A(i.« mi A*, non MtO\ laist MlTaR^Ba.; Ini MfR^Bn. 
9 u. p. mes nus tenir A". 10 en li A', aincuis OVKX; sentu TaR*R\ sentuz V; s. aine. .V; d'amours '>. 
U nen g. v. A'(f ; rien Mtl', Béd. 12 encor] ainsi A*, en soi MtTalla; n. v. on OVKX. 13 prins A», 
preuf V; douce sembl. Ta; p. c. est am. de si douce s. A'. 14 qne on A'; se d. TaR^V; par esm. A*. 
15 ne] manque A"; par m. A'; ne A"; veries 7', venres A*'i. 16 tout a. 17 os ace XX. 



186 



Pièce 53. 



XIIP SIECLE. 



mult me seroit, je cuit, bien avenu; 
mes il n'a pas en moi tant de vertu 

20 que devant vous vous os bien araisnier : 
ice me font et m'ocit et m'esmaie. 
vostre biautez fet a mon cuer tel plaie, 
que de mes ieuz seul ne me puis aidier 
dou regarder, dont je ai desirrier. 

25 Quant me convint, dame, de vos loignier, 
onques certes plus dolenz hom ne fa, 
et Deus feroit, je croi, pour moi vertu, 
se je ja mes vous pouoie aprochier; 
que touz les bienz et touz les maus que j'aie, 

30 ai je de vous, douce dame veraie, 

ne ja sanz vous nus ne me puisse aidier! 
non fera il qu'il n'i avroit mestier. 
■ Ses granz biautez dont nus hom n'a pouoir 
qu'il en dëist la cinquantisme part, 

35 li dit plesant, li amoreus regart 
me font souvent resjciir et doloir. 
joie en atent, que mes cuers a ce bee, 
et la paors rest dedenz moi entrée: 
ensi m'estuet morir par estouvoir 

40 en grant esmai, en joie et en voloir. 
Dame, de qui est ma graus desirree, 
saluz vous mant d'outre la mer salée 
com' a celi ou je pens main et soir, 
n'autre pensers ne me fait joie avoir, 
c. 
Kobert, veez de Perron, 
com' il a le cuer félon, 
qu'a un si loigtaing baron 



veut sa fille marier, 

qui a si clere façon 5 

que l'en s'i porroit mirer. 

E Deus! com ci faut reson! 
veez dou vis de fuiron! 
gente de toute façon, 

or vos en veut on mener! 10 

Eobert, ne vaut un bouton 
qui si l'en laira aler. 

Sire, vous doit on blasmer, 
s'ensi l'en lessiez mener; 
ce que tant pouez amer 15 

et ou avez tel pouoir, 
n'en devez lessier aler 
pour terre ne pour avoir. 

Moult paravroiz le cuer noir, 
quant vos en savroiz le voir; 20 

n'avroiz force ne pouoir 
de li veoir ne sentir: 
et sachiez, si bel avoir 
doit on près de lui tenir. 

Robert, je vueil mielz morir, 25 

s'il li venoit a plesir, 
que l'en lessasse partir 
pour trestoute ma contré, 
he la! qui porroit gésir 
une nuit lez son costé! 30 

Sire, Deus vos doint joir 
de ce qu'avez désiré! 

Robert, je m'en crien morir, 
quant il l'ont fait maugré Dé. 



18 je] ce TOVKX, Béd., se R^\ croi R^. 20 mosse bien a. Jî*; araignier R^, auisier T, les autre» 
■mss. ont auiser, R^ auisser. 21 ce mi confont i2^; et oc. et esm. R^R^VKX; ocist MtR^V, 22 la pi, 
MtTaR^Ba. 23 et 24 sont intervertis dans R^. q. d. m. i. ne vous os regarder i?'. 24 dous r. o; 
resgarder 0; dun dous regart R^\ d. jai d. X, d. j'ai tel d. R^, desirrer 31t. 25 Tant T, Avant V; 
mi R^; totis les mss. ont convient; de v. dame R^; de v. dame m. conv. F; conv. de vos a R^; 
esloignier aR^VR^ lignier K. 26 h. pi. dol. R^. 27 je] ce MtR^VKXO, Béd.\ mi 3ItTaBa.- p. m. 
ce cr. (cuit F) OVKX. 29 q. t. 1. maus et t. 1. b. R^; j'ai A"a. 30 aie d. F; de] pour Rhi, par T; 
vraie R^. 31 nul a; men R^; ne m. p. nuls R^; puist TR'^VKX, puet RMO. 32 qui MtaBa., que 
ne mavr. 0. Le reste manque à R\ 33 Des MtTOV, Cest R^. 34 nul o ; bons OKX. 34 la cinquième 
(cinquainne O) aOV, neis la quarte R^ ; partie R^aOV. 35 1. ris pi. 0] li amoureuse vieil'. 36 mi 
MtTaBa, Béd.; esjoir i^'. 37 quant mes /^'; a celée F 38 poors FA'; mest F. 40 manque OVKX. 
L'envoi manque à R^R^K. 41 cui TOVX. 43 céiux MtBa.^ celé A"; ou p. et m. 0. 44 manque F; 
n antres TO, Béd. ; me] manque X. 

c. 2 ki si a TR^. 8 qui a VNKX. 6 que on TR^. 7 Et TK. Ha 8, He R^NX; c. faut ci 
R^; raisons S. 8 elle a MtR^Ba.; dous v. MtR^TBa.; a foison MtR^Ba.; de vis de front S {in- 
comjÀet). 10 mar MtBa.; y. en y ae'ûle 3ItTBa.; la veut on en R^; uos en uoi ie m. S (or manque). 
12 sil ainsi len lest R^; mener R^KX. 13 S. y. serez blasmez S; on] manque R^; blasme R^. 14 
laies T; porter R^, aler TVX. 16 tant p. S; ou tant av. p. VNKX. 1? nel R^Ba.; mener TSR^VNX. 

19 aues A'*. 20 sauez R^. 22 voer K; de li consentir S. 23 belle a voir Ba. 24 d. lan *S'; soi 
X, li TV. 26 si MtTBa. 28 conte ^S^, contrée TR^VKNX. Le reste manque à VKNX. 29 las T- 
qui les lui p. g. R^. 30 lez] a ^S"; grant ioie aroit recouvrée R^; le même vers est ajouté par T 
après le vers 30. Aes vers 31 « 34 ne sont donnés que par MtTS. 31 v. en d. joie S. 34 car «S'. 



186 



CHANSONS DE GAGE BRÛLÉ. 



Fièce 54. 



54. 

CHANSONS DE GAGE BRÛLÉ. 

a. Raynuud, No. 413. /." chanson rst donner par Ut ma». ilTuR^CCOKLSPXV. — 
Imprimée: Fr. Mirhfl, Chuiiao,,» du rhâlelttin de Couey (1830) 120; Krllrr, Itirmnirt (1M4) 250; 
MiHsner, Altfmnxliii. Lùdrr (1853) 249; Jirnkrlmann, Archir f. neuem Hpraehen, 42, 385 (C): 
Chantons dr iiace Brttif publ. p. (i. I/urt, l'aris 1902, !>• 43. 

b. Kaynaud, No. 1481. Cettr pthe n'mt altrihuie à (iace HmU que par Ir ms. de B*mr 
(C), Ir êeiil )jui ta donne et dimt le» attribution» »imt pre»qur »an» raient; M. tturt l'a rrjrtrr pour 
cette raison. — Imprimée; Warkernagel, Altfranios. Lieder u. I^ichr, (1846) p- 0; Tarbf, Cham- 
tonniers de Chatnpaffnr (1850), 134; P. Paria, Jfist. littér. XXIII. 566. 



Li plnsour ont d'Amours chanté 
par esfort et desloiaunient; 
mais «le tant me doit savoir gré 
qn'onqnes ne chantai fuintement. 
6 ma bone foiz m'en a gardé 

et l'amours, dont j'ai tel pienté 
que merveille est se je rien hé, 
nëis celé envïouse gent. 
Certes, j'ai de fin cuer amé 

10 ne ja n'amerai autrement; 
bien le puet avoir esprouvé 
ma dame, se garde s'en prent. 
je ne di pas que m'ait grevé, 
que ne soit a ma volenté, 

15 car de li sont tuit mi pensé; 

mont me plet ce que me consent. 

Se j'ai fors du pftis esté, 
ou mes biens et ma joie atent, 
pour ce n'ai je pas oublïé 

20 conment on aime loiaument. 



se li merirs m'a demoré, 
ce m'en a moot reconforté 
qu'en pou d'ore a on recouvré 
ce qu'on deairre longuement 

Amours m'a par reson moostré 25 

que fins amis sueffre et atent, 
car qui est en sa p()esté 
merci doit proier franchement; 
on c'est orgueus ; si l'ai prouvé, 
mais cil faus amorons d'esté, 80 

qui m'ont d'amour ochoisonné, 
n'aiment fors quant talens lor prent 

S'envïous l'avoient juré, 
ne me vaudroient il nient 
la dont il se sont tant pené 35 

de moi nuire a lor essïent: 
pour ç'aient U renoié Dé! 
tant ont mon enui pourparlé, 
qu'a paine verrai achevé 
le penser qui d'amours m'esprent. 40 



54. a. Ordre des couplets. JUTaO: 1. J. 3. 4. 5. envoi (a: envoi HUtnqur) ; RKLXPVX: 1. 2. 
3. 4. 5; CV: 1. 2. 5. 3. - 2 de delaiement O. 3 de ce .VTa.Of; doi ». 01'. 4 onke» C; nen ch. 
['. 5 la f, car MTa, ma loiauteit T; foi Ifact. 7 neat m. se je nen he f; ke je r. h* (\ 8 neU 
icele CrO, anieuse g. MTn. 9 loialment a. C, 11 me p. f; p. on «voir proveit C. 13 qael mait 
KI'X, kil m. Vf. 14 pui» quil (ke c' C) est a ma v. Cl\ qail n. s. KLXPXVO, qael ne t. Hnet; 
sa V. KLXPXVO. 15 — 10 jduct's dans X après le r. 29; remplacés tri par les rr. 30 et 32. 15 
manque O- et C, quant "A", que T, mes -V; en 11 ^'. 16 bien ferait se pitié len prent (\ et seront a 
tout mon vivant l'; ce quel m. c. KI.XPXV, quanqne m. c. O, \~ m jai hors MTa, s. jai loing 
K'XPXO. 18 ou ma joie et monors a. VCl'. 19 mie o. MTa. 20 a amer bien et l. .VTa. 22 ce 
ma dauques T. 23 ka pou T; n Ion KLXPXVO, ait on C, at on f. 2») corn k'LXPXV. 27 qai 
siens est MTn, car ce est PO, car sil nest L. 28 d. crier .VTVi. 29 leçon de KLXPXV (orguM) 
O: en cest afaire lai p. .UT, ainsi gist si ai ge voue li; bien lai p. A. 30 et 32 dams N iNirf 
rertis arer les rr. 15 et 16. 30 c. ameor en este O. 31 manqm- .YA''>. 32 talenx len p. O, talent 
KLXPXV. 34 ne mi f, ne me vendroient O, ne me nuiroient (roameroient l') KLXPXV, se ne 
lor varoit C. 35 ou il CKLXPXV. 37 por ce aient il r. d. >ili,Ifuet; pour qu'aient il r. d. XPXO. 
pour quoient A', et saicheut il de veriteit C, pourtant aient il mal dehe I'. ne mont il pas mon cner 
oste L. 39 qua painnes .VTa; qa poines verrai aver^ l', ke jai ne vairai esvaireit C 40 le detir 
KNX, la paine .VTali; que d'à. 0.\; damer mesp. aRKI.XPXV; la grant joie ou mas eaara satent 
C, la joie ou li miens cuers satent f. 42 cui jai tous jors ame .VT. 



187 



Pièce 55. 



XIII» SIECLE. 



10- 



Mes en Bretaigne m'a loé 
li cuens, cui j'aim tôt mon aé, 
et s'il m'a bon conseil doné, 
ce verrai je procheinement. 



'Cant voi l'aube dou jor venir, 
nulle rien ne doi tant hàir, 
k'elle fait de moi départir 
mon ami cui j'ain per amors. 
or ne hais riens tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Je ne vos puis de jor veoir, 
car trop redout l'apercevoir, 
et se vos di trestout por voir 
k'en agait sont li envïos. 
or ne hais riens tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 



Quant je me gis dedens mon lit 
et je resgarde encoste mi, 
je n'i truis poent de mon ami, 15 

se m'en plaiug a fins ameros. 
or ne hais riens tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Biaus dous amis, vos en ireis: 
a Deu soit vos cors comandeis. 20 

por Deu vos pri, ne m'oblïeis: 
je n'ain nulle rien tant com vos. 
or ne hais riens tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Or pri a tous les vrais amans, 25 

ceste chanson voisent chantant 
nés en despit des medisans 
et des mavais maris jalos. 
or ne hais riens tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos.' 30 



55. 

ROBERT DE BLOIS, LE 'CHASTÏEMENT DES DAMES'. 

D'après quatre manuscrits: l) Paris, Arsenal ^201 p- 13 (A; imprimé par J. Ulrich, Robert 
ron Biais Werke, Band III, Berlin 1895, p. Ql) ; 2) id., 3516, fol. 297 "^ h (B) ; 3) Paris, Bibl. 
Nat. franc. 24301 p. bhbb (C) ; 4. id., 837> fol. 131 ^ (M; reproduit dans 'Fabliaux et contes publiés 
p. Barbazan, nouv. édit. p. Méon', tome II, Paris 1808 p. 196 — 201, v. 367 — 532). — Graphie de C. 



10 



Dame, qui a pale color 
ou ki n'a mie bone odor, 
se doit par matin desjuner. 
vins bons fait face colorer, 
et ki bien meujiie et bien boit, 
raillor color avoir en doit, 
vos qui malvaise odor avés, 
quant vos pais au mostier prenés, 
antretant vos metés en paine 
de bien retenir vostre aiaine. 



d'anis, de fenuel, de comin 
vos desjunés sovent matin, 
quant vos a cui ke soit parlés, 
ensus de lui si vos tenés, 
qu'a lui vostre aiaine ne veigne. 
et d'une aperté vos soveigne, 
qu'en luitant ne vos baise nus, 
qar malvaise odors grieve plus, 
qant vos estes plus eschaufee; 
sachiés, c'est vérités provee. 



15 



20 



54. b. 4 amln Ms. 6 amins Ms ; M. Foerster propose de changer ici et partout ke en ki ; depairt 
Ms. 10 enuiousJIfs. 13 gix ifs. 14 resgairde Ms. 15 axmnMs.; après le v. 15, le Ms. ajoute un 
vers: me dixant m'en ont fait partir. 17 amerous iW«. 26 uoixent i/s. 27 ens «a Ms. 28 ialous i/«. 

55. Nou^ n'avons tenu compte des variantes graphiques que dans les cas où nous nous 
sommes écarté de la graphie de C. — 1 ait paile colour C. 2 ou] et B. 8 ce . . dajuner C. 4 bons 
vins A; sont f. B. 5 niaîgut C, mangut B. 6 colour en doit avoir C. 7 avez C, souvent ainsi. 
8 pas C; ou A. 9 poïne C. 12 cascun m. B. 13 alcun qui s. B. 15 vaîgne C. 16 d'autre B; 
apertei C. 17 lutant AC; baisoit A; nûs C. .18 mavaise C; odor ABM. 19 eschafee C. 



188 



ROBERT DE BLOIS, «CHASTllMENT DES DAMES/ 



PiAr*» 55. 



Un autre bel sen tm apreing: 
ne le tenés pas en deadeing, 
qu'il ne fait pas a meHpmier. 
prenéfl vos garde qu'au raogtier 

25 vos contenés moût sagement ; 
qar lai voa voient mainte gent, 
qui notent le mal et le bien, 
et ce saréH vos toutes bien: 
le tfsnioiuf; q'au mostier avés, 

30 bon ou iiialvais, tous jors l'avrés. 
bien niet bebt estres en mostier, 
cortoisement agenoillier 
et par bêles devocions 
faire de ener ses oroisons. 

86 de moût rire, de niout parler 
se doit on en mostier garder, 
mostiers est maisons d'oroison; 
n'i doit on se Deu proier non. 
ne laissiés pas vos eus aler 

40 folement ça ne la muser: 

qui ke les eus ait trop muables, 
on dit, li cuers n'est pas estables. 
qant Tewangile lire orrés, 
en estant lever vos devés; 

45 si vos seigniés cortoisement 
après et au comencement. 
qant vos devés aler offrir, 
pensés de vos bel contenir, 
que par rire ne par muser 

50 ne faciès pas de vos gaber. 
a lever corpus domini 
vos devés drecier autressi, 
jointes mains celé part tomer, 
del cbief et del cuer encliner; 

55 puis vos devés agenoillier 
et por tos crestïens priier, 
si ne vos en relevés ja. 



tant e'on Un, per omnia. 

et se To« estes trop pcsans 

par maladie ou par enfans, 60 

rostre saatier lire pOés 

en séant, se vos le savés. 

ce ke li bom faire ne puet. 

sans blasme laissier li estueL 

qant la messe sera chantée 65 

et la benëissons donee, 

et vos en devés revenir, 

laissiés la presse départir. 

a tous les antés un a un 

aies et enclines cbascun. 70 

et se vos compaignie avés 

de dames, bien les atendés. 

a toutes portés grant bonor, 

a la plus grant, a la menor. 

con plus estes de grant afaire, 75 

plus cortoise, plus debonaire 

soies; kant eles s'en iront, 

et vos en aies, ensi font 

toutes dames k'a honor béent 

et totes vilonies béent. 80 

Se vos avés bon estrument 
de chanter, chantés baudement. 
biaus chanters en leu et en tans 
est une chose mont plaisans. 
mais sachiés ke par trop chanter 85 

puet on bien bel chant aviler; 
por ce le dïent mainte gent: 
biaus chanters anuie sovent. 
de toutes choses est mesure, 
s'est sages ki s'en amesore. 90 

se vos estes en conpaignie 
de gent de pris, et l'on vos prie 
de chanter, nel devés laissier. 
por vos mëismes solacier, 



81 sens AM; apreig ('. Ji a d. .1. 24 a m. .1. 25 saigement C. 28 aachiM .V. 29 *m. A; avM 
M. SO lauez C :U b. vos deuez en .V; au m. CMBo. {= Buriteh). 32. 55 agaloignier C. 88 b«U 
devocion B. .34 son orison li, ces orissona C. 35 m. jner B. 30 len M\ on m. C 37 OMismi 
ABM; d'orissons V. 38 corr. </«• .V. Tnhler] n. d. on (on manq^r }l, devex C) pr. (dlr« B, parkr 
CM) s. deu (s. de d. <'.V, s. bien K) n. ABCMBa. 39 vox eux ('. 40 muser] roWr 7?; a* sa ne la 
por regarder C 41 musables .(.)/. 42 mie e. MBa. 43 ortz C. 44 en e. draeier ABa. 45 taisiez 
M. 50 faisiez C, facoiz A ; gens B. 51 an 1. JA 52 dr.] lever .V, 53 tomer] aler i?C. 54 de . . de 
BC; ouer e.d. cors B; lendinea BC. 66 prier C. 57 se C.V. 58 com C 59 ce C. 60 p C 
61 poeis C, pores //. 62 ceant ce C. 03 bons AB. 65 cera C. 66 beneicon M; beniscoat lert ABn. 
67 deures //. 69 autelz <'. altres B; a] et AB. 70 et] si .1. 71 ce C. 74 menour C. 75 com 
C. 76 pi. c. et B. 78 alsi B. 79 rjni A; a] manque A. 80 car tote vUonie B. 81. 91 ce f. 

82 liautemcnt .V. HH tens C. 84 cest C 85 saiehiea C. 87 maintes g. B. 90 saigee ki ceo C. 
92 gens CBa.: en C, len M. 94 meisme AB, 



188 



Pièce 55. 



XIII* SIECLE. 



95 qant vos estes priveement, 

le chanter pas ne vos defent. 

Vos mains meut netement gardés, 
sovent les ongles recopés; 
ne doivent ja la char passer, 
100 c'ordure n'i puist amasser, 
a dame malement avient, 
qant ele nete ne se tient, 
avenandise et neteés 
vaut moût muez ke gaste biautés. 
105 Toutes les fois que vos passés 

devant autrui maison, gardés 
que ja por regarder leens 
ne vos arestés: n'est pas sens 
ne cortoisie del haer 
110 en autrui maison ne muser, 
tel chose fait aucuns sovent 
en son .ostel priveement 
qu'il ne voudroit pas c'on vëist, 
s'aucuns devant son huis venist. 
115 et se vos entrer i volés, 
a l'entrée vos estoussés, 
si c'on sache vostre venir 
par parler ou par estoussir. 
nus ne doit, ce sachiez briement, 
120 entrer desporveuement : 

ce semble ke ce soit agais. 
et kant se puet garder en pais 
dame sans cri, sans vilonie, 
molt fait bien a prisier sa vie. 
125 Gardés vos, dames, bien a certes 

qu'au mangier soies molt apertes. 
c'est une chose c'on moût prise 
que lai soit dame bien aprise. 
tes chose torne a vilonie 
130 que toutes gens ne sevent mie; 



se puet cil tost avoir mespris 

qui n'est cortoisement apris. 

a\i mangier vos devés garder 

de moût rire, de moût parler. 

se vos mangiés avoc autrui, 135 

les plus beaux morseaux devant lui 

tornés: n'aies pas eslisant 

ne le plus bel ne le plus grant 

a vostre oés, n'est pas cortesie. 

et ce dit on k'en glotonie 140 

nus bon morsel ne mangera, 

car trop gros ou trop chaus sera: 

del trop gros se puet estrangler, 

et del trop chaut puet eschauder. 

s'est tost uns morseaus avalés 145 

dont on n'est gueres amendés, 

et dont se puet cil bien sosfrir 

qui son honor vuet retenir. 

Toutes les fois ke vous bevés, 
vostre bouche bien essiiés, 150 

que li vins engraissiés ne soit, 
qu'il desplaist moût celui qoii boit, 
gardés ke vos eus n'essliés, 
a celé fois ke vos bevés, 
a la nape ne vostre nés, 155 

car blasmée moût en serés; 
se vos gardés del dégoûter 
et de vos mains trop engluer, 
en autrui maison ne soiiés 
trop large, se vos i mangiés: 160 

n'est cortesie ne prouesse 
d'autrui chose faire largesce. 
autrui maingier Ja ne blâmés, 
coment ke il soit atomes: 
n'en goustés, s'il ne vos agrée, 165 

ja de ce ne serés blasmee. 



96 dafent C. 97 tenez C. 98 vos o. C. 99 doient C; pas] ja A. 100 c'o. i B. 103 natetez A, 
netes i?, neteis C. 104 k. ne. fait b. ABa.-^ gaiste C. 105 passeiz C. 106 davant C. 107 jai C; p 
-B; leaus C. 109 du A, de CM; baier C. 113 qui n. A. 115 ce C. 116 entrer v. estouseres B. 
117 com C. 119 car nus ne se doit voirement BC, ne se doit nus entre la gent M. 120 embatre 
BC, si d. ABa. 121 agas C. 123 ce C. 124 dont f. C. 125 bien] molt A, tôt CBa. 126 qua -1; 
maingier sois C; bien a. M. 128 quale A. 130 ml't de gens B. 131 ce C, s\ B; cel M. 133 a 
A. 135 ce C. 136 le pi. bel morsel BC; tnes v^s 1. B. 137 nales pas por v. esl. B; alisant AC. 
138 gent ABa. 139 vers vos il nest A, car ne seroit B. 141 nul BC; bons morseaux^; maingera 
C 142 car] ou BC; grans CM; chaut A, gros C. 143 s. pot pn e. B. 144 et] manque BC; se p. 
(pot ô B) BC. 145 morses C. 146 gaires] granment C, pas ml't B. 147 cen p. C; cil s. p. b. B; 
bien cil ABa.; tenir BC. 152 qou] quil B, eu A; m. a cui le M. 153 oez C. 155 neis C 
156 trop. bl. AB; c. m. bl. CBa. ; séries CBa. 157 ce C. 159 soiez C. 160 larges A ; ce C. 162 datrui 
C. 163 Pt \Q\ ■intervertis dans B. nel B. 164 atorneiz C. 166 jai . . ceres C; n. ser. d. c. B. 



190 



AUCA881N ET XICOLETTE. 



Pièce 66. 



56. 

AUCA88IN ET NICOLETTK 

!.r ncuL MM, qui rrn/rrmr rrilr ' iHiulr/ublr' »r trtmee îi }\tri*, HUA, A'»'. }i\ 2168. — Auenâain 
et NindeUe, truiiiiit p. A. tiiila, réi'im'i'H ilu trxir iiriffiiml p. (t. I\trU, l'nrU lft7H (/». 68 — 88); 
A II faim in et yicnlrllr, trrli rrilitjiir, nrrinn/nnjnr ilr fnirdJiijm»-» rt il' un Irxii/ur p. Ifrrmann Smrhier, 
7* rditioH, iirrr une tahir cnntmiinl lu niiUitimi muitinilr, trudurtiim J'ntnraitr p. A. Ctmmâom, 
hidrrlmrn 1900, p. 14— Hl (S.): r'>;i- C- Purin daim Romanin VIII, 284 «7y. et XXIX, '287 *77. 
(P.); Tohlei, XeiUrhi: f. rumuu. l'hild. Il, 624 et luir. (T.); Foemtrr, ibid. XXI'III, 49 J «•' *««>. 
(F.); A. Schuhe, Arr/iir f. d. Studium d. nrueren Sprarheu Cil, 244/ Surhier, Zeiturhr. f. mmnn, 
Phil'd. XXX. 513—21; -4. ThoiHim. Rim. 36, 147- (AueoMÏn et Xirnlette, chantefulde du 12* nèrlt, 
mine en frunçuin uiodeme p. (S. Mirfuiut arec une pré/ace p. J. Bédier, Puri», Fo/nUmoing.) — 
Auritntin et Sicidette t'aiment; le comte Garin de lieuucai're veut le» empêcher de te renontrrr ; 
il a enfermé Aurattiu, ton filt, diint une tour et Nindette dan» une rhnmbre, — {^//édttettr a df/ngné 
le* trois prononciation» différente» du c (k, tS, ») par le* tigne» c, à, ç; dans la dernière édition, 
il a introduit un tigne analogue (^) pour marquer la jmtnunciatittH palatale fdi) du g de notre m*.). 



(^ant or voit H quens Garins 

de son enfant Anoassin, 

qu'il ne pora départir 

de Nicolete an cler vis, 
5 en une prison Ta mis, 

en un celier sostcfin 

qui fa fais de marbre bis. 

quant or i vint Aucassins, 

dolans fu, aine ne fu si. 
10 a dementer si se prist, 

si con vos porrés Oir: 

'Nicolete, flors de lis, 

douce amie o le cler vis, 

plus es douOe que roisins 
15 ne qae soupe 'en maserin.^ 

l'antr'ier vi un pèlerin, 

nés estoit de Limosin, 

malade.4 de l'esvertin, 

si gisoit ens en un lit. 
20 mont parestoit entrepris, 

de jfrant mal amaladis. 

tu passas devant son lit, 

si soulevas ton tr&in 

et ton peliçon ermin, 
25 la cemisse de blanc lin, 

tant que ta ganbete vit. 

garis fn li pèlerins 

et tos sains, aine ne fu si, 

si se leva de son lit, 
30 si rala en son pais, 

sains et -sans et tos garis. 

•JO par est. >'. 49 center .V.«. 57 bliiat *'. 



do^e amie, flors de lis, 
biax alers et biax venir-*, 
biax jouers et biax bordir- 
biax parlers et biax delis. 
dox baisiers et dox sentirs, 
nus ne vous poroit hair! 
por vos sa! en prison mis, 
en ce celier sousterin, 
u je faé mont maie fin. 
or m'i convenra morir 

por vos, amie!' 



40 



Or dïcttt et content et fabloient. 

Aucasins fu mis en prison, si com vos av^ 
m et entendu, et Nicolete fu d'autre part en 
le canbre. ce fu el tans desté, el mois de 45 
mai, que 11 jor sont caut, lonc et cler, et les 
unis coies et séries. Nicolete jut une nuit en 
son lit, si vit la lune luire cler par une fe- 
nestre, et si 6i le lorseilnol canter en garding, 
se li sovint d'Aucassin sen ami qu'ele tant 50 
amoit. ele se comenia a porpenser del conte 
Garin de Biaucaire qui de mort le haoit, si 
se pensa qu'ele ne renianroit plus ilec: que, 
s'ele estoit acnsee. et li qnens Garins le sa- 
voit, il le feroit de maie mort morir. ele senti 55 
que li vielle dormoit. qui aveuc li estoit. ele 
se leva, si vesti un btiaut de drap de soie, que 
ele avoit mont bon. si prist dras de Ut et 
touailes. si noua l'un a l'autre, si fist une 
corde si longe corne ele pot, si le noua «0 60 



191 



Pièce 56. 



XIIP SIECLE. 



z 



XUL-^ 



piler de le fenestre, si s'avala contre val el 
gardin, et prist se vesture a l'une main de- 
vant et a l'antre deriere, si s'escorca por le 
rousee qu'ele vit grande sor l'erbe, si s'en ala 
65 aval le gardin. ele avoit les caviaus blons et 
menus recercelés et les ex vairs et rians et 
le face traitice et le nés haut et bien assis 
et les levretes vremelletes, plus que n'est ce- 
risse ne rose el tans d'esté, et les dens Mans 
70 et menus, et avoit les mameletes dures, qui li 
souslevoient sa vestëure ausi con ce fuissent 
Aj^'^ deus nois g aules , et estoit graille parmi les 
Ic-c-r flans, qu'en vos dex mains le pëusçiés en- 
clorre; et les flors de margerites qu'ele ron- 
75poit as ortex de ses pies, qui li gissoient sor 
d^ - 1 e menuisse du pié par deseure, estoient droites 
noires avers ses pies et ses ganbes, tant par- 
'*-'^~' estoit blance la mescinete. ele vint au postic, 
jL/w-<c>^i le deffrema, si s'en isçi parmi les rues de 
I SOBiaucaire par devers l'onbre, car la lune lui- 

soit mont clere, et erra tant qu'ele vint a le 
tor u ses amis estoit. li tors estoit faelee de 
|ius en lins, et ele se quatist delés l'un des 
pilers, si s'estraint en son mantel, si mist sen 
85 cief parmi une crevëure de la tor qui vielle 
estoit et anciienne, si oi Aucassin qui la dedens 
plouroit et faisoit mot grant dol et regretoit 
se douce amie que tant amoit. et quant ele 
l'ot assés escouté, si comenca a dire. 

Or se canîe. 

90 Nicolete o le vis cler 

s'apoia a un piler, 

s'oi Aucassin plourer 

et s'amie regreter. 

or parla, dist son penser: 
■95 'Aucassins, gentix et b^r, 

frans damoisiax honorés, 

que vos vaut li dementers, 

li plaindres ne li plourers, 

quant ja de moi ne gorés? 
100 car vostre pères me het 

et trestos vos parentés. 

por vous passerai le mer. 



s'irai en autre régné.' 
de ses caviax a caupés, 
la dedens les a riiés. y^^i'^ 
Aucassins les prist, li ber, 
si les a moût honerés 
et baisiés et acolés. 
en sen sain les a boutés, i ' 
si recomence a plorer, 

tout por s'amie. 



105 



110 



Or dïent et content et fabloient. 

Quant Aucassins oi dire Nicolete qu'ele s'en 
voloit aler en autre pais, en lui n'ot que cou- 
recier. 'bêle douée amie', fait il, 'vos n'en 
irés mie, car dont m'ariiés vos mort, etlipre-115 
miers qui vos verroit ne qui vous porroit, il 
vos prenderoit lues et vos meteroit a son lit, 
si vos asoignenteroit. et puis que vos ariiés jut f 
en lit a home, s'el mien non, or ne quidiés 
mie que j'atendisse tant que je trovasse coutel 120 
dont je me pëusçe ferir el cuer et ocirre. 
naJe voir, tant n'atenderoie je mie, ains m'es- 'Mw y*^ 
quelderoie de si lonc, que je verroie une mai- V ' ^^^'-^ 
siere u une bisse pierre, s'i hurteroie si dure- '^^ 
ment me teste, que j'en feroie les ex voler, et 125 
que je m'escerveleroie tos. encor ameroie je 
mix a morir de sifaite mort que je sëusçe 
que vos ëusçiés jut en lit a home, s'^el mien 
non.' 'ai!' fait ele, 'je ne quit mie que vous 
m'amés tant con vos dites, mais je vos aim 130 
plus que vos ne faciès mi.' 'avoi!' fait Aucas- 
sins, 'bêle douce amie, ce ne porroit estre que 
vos m'amissiés tant que je fac vos. fenme ne 
puet tant amer l'oume, con li hom fait le . 
fenme ; car li amors de le fenme est enson 135 
l'oeul et enson le cateron de sa mamele et enson 
l'orteil del pié ; mais li amors de Tourne est eus 
el cuer plantée, dont ele ne puet isçir.' la u 
Aucassins et Nicolete parloient ensanble, et les 
escargaites de le vile venoient tote une rue, 140 1 
s'avoient les espees traites desos les capes. •-' 
car li quens Garins lor avoit comandé que, 
se il le pooient prendre, qu'il l'oéesissent. et 
li gaite qui estoit sor le tor les vit venir et 



68 le lev. Ms. 72. 79. 85 par mi ^S'. 77—8 par est. S. 82 faele Ms. et F. 97 dementer 3h. 
98 plourers F] plur. Ms. et S. 100 vostre] ure Ms. 103 autre règnes Ms. 127 si faite *S'. 129 ai] 
SA F. 134. 137 oume 3/s, et S.] onme i^. 135 — 6 en son ^S". 136 cateron Ms. et Horninfj (Zeitschr. 
./. rom. FMI. XXX. 455)] teteron S (avec Andresen). 143 qu'il] qui Ms. et F (qu'i). 



192 



AUCA8SIN ET NICOLETTK. 



Pièce 56. 



'^r 



145 ai qu'il aloient de Nicolete parlant et qu'il le 
manecuient a ocirre, 'Dix I' fait il, 'coii f^^ans 
damais de si bêle mescinete, s'il l'od-ïcnt! et 
muât seroit grans aumosne, se je li pooie dire, 
par quoi il ne s'aperéëusçent et qu'ele s'en 

ISORArdast; car s'il l'ocïent, dont iert Âacassiiis 
mes damoiniax mors, dont grans dama^^es ert.' 

Or se cante. 

Li gaite fu mont vaillans, 

preas et cortois et saéans, 

il a comencié un cant 
156 ki biax fu et avenant. 

'mescinete o le cuer franc, 

cors as gent et avenant, 

le poil blont et reluisant, 

vaire les ex, ciere riant. 
160 bien le voi a ton sanblant: 

parlé as a ton amant 

qui por toi se va morant. 

jel te di, et tu l'entens ! ^^_,.,-^ 

garde toi des sonduians ^v*ici'^-^-* 
165 ki par ci te vont querant, 

sous les capes les nus brans! 

forment te vont maneéant. ' "^ 

tost te feront messeant, 

s'or ne t'i gardes.' 

Or (lient et content et fahloient. 

170 'He!' fait Nicolete, Tame de ten père et de 
te mère soit en beneoit repos, quant si bêle- 
ment et si cortoisement le m'as ore dit. se 
IMu plaist, je m'en garderai bien, et Dix m'en 
gart!' ele s'estraint en son mantel en l'onbre 

175 del piler, tant que CW furent passé ontre, et 
ele prent congié a Aucassin, si s'en va, tant 
qu'ele vint au mur del castel. li murs fu 
depeciés, s'estoit rehordés, et ele monta de- 
seure, si fist tant qu'ele fu entre le mur et le 

180 fossé, et ele garda contreval, si vit le fossé 
mont parfont et moût roide, s'ot moût grant 



paor. 'be dix !' fait ele, 'doaée créature ! m je 
me lais eiir, je briiterai !*• roi, et m je remain 
d, on me prendera demain, ti n'arderm on en 
an fa. encor ainme je mix qoe je maire d, qiw 165 
tos li pules me regardant demain a merveillea.' ' 
ele segna ion cief, iti se laÎM* gUder aval le 
foMé, et quant ele vint u font, si bel pié et 
ses bêles mains, qui u'aToient mie apria e'oa 
les bleéast, furent quaÎMiea et escorcies, et li 190 
sans en sali bien en doM lius, et neporqnaat 
ele ne santi ne mal ne dolor por le grant paor 
qn'ele avoit. et se ele fu en paine de l'entrer, 
encor fu ele en foréeur de l'isçir. ele se pensa 
qu'ileuc ne faisoit mie bon demorer, et trova 195 
un pel aguisié que cil dedens avoient jeté por 
le castel deffendre, si fist pas an avant l'autre, 
si monta tant a grans painnes qu'ele Tint 
deseare. or estoit li forés près a deus arba- 
lestees, qui bien dnroit trente liues de loue et 200 
de lé, si i avoit bestes sauvages et serpen- 
tine, ele ot paor que, s'ele i entroit, qu'eles 
ne l'oéesisçent, si se repensa que, s'on le tro- 
voit ileuc, c'on le remenroit en le vile por 
ardoir. 205 

Or se cante. 
Nicolete n le vis cler 
fu montée le fossé, 
si se prent a dementer 
et Jhesum a réclamer, 
'pères, rois de mtiisté! 310 

or ne sai quel part a 1er. 
se je vois u gant ramé, 
ja me mengeront li lé, 
li lion et li sengler, 

dont il i a a plenté. 215 

et se j'atent le jor cler, 
que on me puist ci trover, 
, ' li fus sera alumés 

dont mes cors iert enbraséa. 

mais, par Diu de mSisté! 320 

encor aim jou mix assés 



146 a oocirre Mt. 150 s'il] ai M*, et F. (s'i). 154 unt cans Mo. 158 reluisant P] aMaaat Jf«. 
169 tiiusi le mu.; daim la 5* ^'1. et le» *«//»•., .V. Suchirr, pour fairt trrmiurr Ii*h» le* prHU rert à 
la fin de la lui««e ]>ar une aMnnancf /êininhie en i, a iittmJuit : 's'or ne t'abries'. 171 b«a«oit ^'.J 
benooit Ms. et S. 184 m'srdera on F. {et S'')] mmrde on -V*. ; m'ardar» N». 187 aval ]« M*, et S.] 
av. el F. 198 tant qle placé avant si monta. 215 a pL ^'-l a manquf .Ht.; grant pL P., itnrt4fk. 
BARTSCH-WIE9E, Chrestomathie. X* Éd. 13 



193 



Pièce 56. 



XIIP SIECLE. 



225 



que me mengucent li lé, 
li lion et li sengler, 
que je voisse en la cité, 
je n'irai mie!' 



Or dïent et content et fabloient. 

Nicolete se dementa mont, si com vos avés 
oi. ele se comanda a Diu, si erra tant qu'ele 
vint en le forest. ele n'osa mie parfont entrer 
por les bestes sauvaces et por le serpentine, 

230 si se quatist en un espés buisson, et soumax 
li prist, si s'endormi dusqu'au demain a baute 
prime, que li pastorel isçirent de la vile et 
jetèrent lor bestes entre le bos et la rivière, 
si se traient d'une part a une moût bêle fon- 

235taine qui estoit au cief de la forest, si esten- 
dirent une cape, se missent lor pain sus. 
Entreusque il mengoient, et Nicolete s'esveille 
au cri des oisiax et des pastoriax, si s'enbati . 
sor aus. 'bel enfant', fait ele, 'Damedix vos 

240 i ait !' 'Dix vos bénie !' fait li uns qui plus fu 
enparlés des autres, 'bel enfant', fait ele, 
'conissiés vos Aucassin, le fil le conte Garin de 
Biaucaire?' 'oil, bien le counisçons nos.' 'se 
Dix vos ait, bel enfant', fait ele, 'dites li qu'il 

245 a une beste en ceste forest, et qu'il le viegne 
cacier; et s'il l'i puet prendre, il n'en donroit 
mie un menbre por cent mars d'or, non por 
cinc éens ne por nul avoir.' et cil le regar- 
dent, se le virent si bêle qu'il en furent tôt es- 

250 mari, 'je li dirai?' fait cil qui plus fu en- 
parlés des autres, 'dehait ait qui ja en par- 
iera, ne qui ja li dira! c'est fantosmes que vos 
dites ; qu'il n'a si ciere beste en ceste forest, 
ne cerf ne lion ne sengler, dont uns des men- 

255 bres vaille plus de dex deniers u de trois au 
plus ; et vos parlés de si grant avoir ! mal de- 
hait qui vos en croit, ne qui ja li dira! vos 
estes fee, si n'avons cure de vo conpaignie, 
mais tenés vostre voie !' 'ha, bel enfant', fait 

260 ele, 'si ferés ! le beste a tel meéine qne Aucas- 
sins ert garis de son mehaing. et j'ai ci cinc 
sous en me borse ; tenés, se li dites, et dedans 
trois jors li covient cacier, et se il dedens trois 



jors ne le trove, ja mais ne le verra ne ja mais 
n'iert garis de son mehaig.' 'Par foi!' fait il, 265 
'les deniers prenderons nos, et s'il vient ci, 
nos li dirons, mais nos ne Tirons ja querre.' 
'de par Diu!' fait ele. lor prent congié as 
pastoriaus, si s'en va. 



Or se cante. 

Nicolete o le cler vis 
des pastoriaus se parti, 
si acoilli son cemin 
très parmi le gaut foilli, 
tout un vies sentier anti, 
tant qu'a une voie vint, 
u aforkent set cemin 
qui s'en vont par le pais, 
a porpenser or se prist 
qu'esprovera son ami, 
■^^y s'il l'aime si com' il dist. 
ele prist des flors de lis 
et de l'erbe du garris 
et de le foille autresi, 
une bêle loge en fist. 
ainques tant gente ne vi! 
jure Diu, qui ne menti, 
se par la vient Aucasins 
et il por l'amor de li 
ne s'i repose un petit, 
ja ne sera ses amis 

n'ele s'amie. 



270 



275 



280 



285 



290 



Or dïent et content et fabloient. 

Nicolete eut faite le loge, si con vos avés 
oi et entendu, moût bêle et moût gente, si l'ot 
bien forree dehors et dedens de flors et de 
foilles, si se repost delés le loge en un espés 295 
buison por savoir que Aucassins feroit. Et li 
cris et li noise ala par tote le tere et par tôt 
le pais, que Nicolete estoit perdue, li âuqnant 
dïent qu'ele en estoit fiiie, et li autre dïent 
que li quens Garins l'a faite mordrir. qui 300 
qu'en ëust joie, Aucassins n'en fu mie liés, et 
li quens Garins ses pères le fist mètre hors de 
prison, si manda les cevaliers de le tere et 



229 sauuaces Ms. et F.] sauvages P. et S. 234 traien Ms. 239 enfant] en Ms. 241 ele] manque Ms. 
243 coun. Ma. et S.] conn. F. 245 qu'il] qui Ms. et F. rqu'i). 256 ma d. Ms. et F. 263 dedens P] 
dens Ms.; voir 262 et 385. 264 De ne à mais suppléé par P. 272 cenin Ms. 273 par mi S. 
280 s'il si Ms. et F (s'i). 290 ne] ne ne Ms. 



194 



AUCA88IN ET XlfOLETTE. 



Pièce Ô6. 



leH danioiaeleit, h! AhI faire une mot rice feste 

305 pur cuu qu'il cuidu Âiu-u.HHin mou til conforter, 
(^noi que li /este estoit plus plaine, et AncaiMiins 
fu apoiiéti a une pUie toH dolans et Um «tou- 
pie», qui que (lemenuMt joie, AucMsins n'en 
ot talent, qu'il n'i veoit rien de éou qu'il amuit. 

310 Una cevaliere le reftarda, si vint a lui, «i 
l'Upela. 'AucaHsins', fait il, 'd'ausifait mal. con 
T08 avén, ai je esté malades, je voh donrai 
bon consel, He vos me volés croire.' 'sire', fait 
Aucassins, 'grans merds! bon consel aroie je 

315cier.' 'montés sor un ceval', fait il, 's'alés se- 
lonc celé forest esbanoiier, si verres ces Hors 
et des herbes, s'orrés ces uisellons canter. 
par aventure orrés tel parole dont mix vos 
iert.' 'sire', fait Aucassins, '^ans mercis! si 

320 ferai jon.' il s'enble de la sale, s'avale les 
degrés, si vient en l'estable ou ses cevans 
estoit. il fait mètre le sele et le frain, il met 
pié en estrier, si monte et ist del castel, et 
erra tant (ju'il vint a le forest, et cevauca 

325 tant qu'il vint a le fontaine et trove les pasto- 
riax au point de none, s'avoient une cape 
estendue sor l'erbe, si mangoient lor pain et 
faisoient moût tresgrant joie. 

Or 8e cante. 

Or s'asanlent pastouret, 
330 Esmerés et Martinés, 

Frtielins et Johanés, 

Robecons et Anbnés. 

H nns dist: 'bel conpaignet, 

Dix ftit Ancaainet, 
335 yoire a foi! le bel vallet, 

et le mescine au corset, 

qui avoit le poil blondet, 

cler le vis et l'oeul vairet, 

ki nos dona denerés, 
340 dont acatrons gastelés, 

giiines et coutelés, 

flttnsteles et cornés, 

niacâeles et pipés. 

Dix le garisse!' 



Or dfent et content et fahloient. 

Quant Aocassin» 01 Ie« pwitoriax, si li sorint 345 
de Nicolete, se trendouée amie, qu'il tant amoit, 
et si se pemw qu'ele avoit la esté, et il bnrte 
le ceTtl des espérons, si vint m pMtoriax. 
bel enfant, Dix vos i ftit!' 'Dix rot bénie!* fait 
cil qui plus fn enparléa des antres. Iwl en<8S0 
fant', fait il, 'redites le csn6>n que tos dislés 
ore !' 'nous n'i dirons', fait cil qui plus fu en- 
parlés des autres, 'dehait ore qui por vous i 
cantera, biax sire !' 'bel enfant', fait Aucassins, 
'enne me conissiés vos?' 'Uil, nos saTons bien 855 
que vos estes Aucassins nos damoisiax, mais 
nos ne somes mie a vos, ains somes ao conte.' 
'bel enfant, «i ferés. je vos en pri.' 'os, por le 
cuer bé!, fait éil. 'por quoi canteroie je por vos 
s'il ne me seoit? quant il n'a si rice home en 860 
éest pais, sans le cors le conte Garin, s'il tro- 
voit mes bues ne mes vaces ne mes brebis en 
ses près n'en sen forment, qu'il fnst mie tant 
hardis por les ex a crever, qu'il les en ossast 
caéier. et por qnoi canteroie je por vos, s'flSSS 
ne me seoit?' 'se Dix vos Ait, bel enfant, si 
ferés ! et tenés dis sons que j'ai ci en me borse.' 
'sire, les deniers prenderons nos, mais je ne 
vos canterai mie, car j'en ai juré; mais je 
le vos conterai, se vos volés.' 'de par Din !' 370 
fait Aucassins, 'encor aim je mix conter que 
nïént.' 'sire, nos estiiens or ains ci entre prime 
et tierée, si mangïens no pain a ceste fontaine, 
ansi con nos faisons ore. et une pncele vint 
ci, li plus bêle riens du monde, si que nos 375 
quidames qne ée fust une fee et que tos é» 
bos en esclaréi, si nos dona tant del sien, 
que nos li eûmes en corent, se tos reniés 
ci, nos vos desisiens que vos alissiés caéier 
en ceste forest; qu'il i a une beste qne, se tos 380 
le ptiiiés prendre, tos n'en donriiés mie on 
des menbres por éinc éens mars d*argeat ne 
por nul avoir; car li beste a tel meéiM qoe, 
se vos le pOés prendre, tos serés garis de to 
mehaig, et dedens trois jon le tos coTÎeatSSS 
avoir prisse, et se tos ne Tarés prise, ja nais 



331 d'ausi fait >'. 321 vient] aét M: 336 corset S.] con corMt M*.; cort net àUirifrk, I\ ]'. 6K 
348 espérons S.] éperons M». F. 355 sauion* Mê. 358 /'■ Met ww ? aprit os; *it mrme 451. 362 
me bues .V.^. 3C7 me P] une M»., onr 481. 384 poé» S. 385 couita M*. 

13» 



Itt 



Pièce 56. 



XIIP SIECLE. 



ne le verres, or le caciés, se vos volés, et se 

vos volés, si le laisçiés: car je m'en sui bien 

acuités vers li.' 'bel enfant', fait Aucassins, 

390 'assés en avés dit, et Dix le me laist trover !' 

Or se cante. 

Aucassins oi les mos 

de s' amie o le gent cors, 

moût li entrèrent el cors. 

des pastoriax se part tost, 
395 si entra el parfont bos. 

li destriers li anble tost, 

bien l'en porte les galos. 

or parla, s'a dit trois mos. 

'Nicolete o le gent cors, 
400 por vos sui venus en bos. 

je ne cac ne cerf ne porc, 

mais por vos siu les esclos. 

vo vair oeil et vos gens cors, 

vos biax ris et vos dox mos 
405 ont men cuer navré a mort. 

se Diu plaist, le père fort, 

ja vos rêverai encor, 

suer, douce amie!' 

Or (lient et content et fabloient. 

Aucassins ala par le forest de voie en voie, 

410 et li destriers l'en porta grant alëure. ne qui- 
diés mie que les ronces et les espines l'espar- 
naisçent. nenil nïént! ains li desronpent ses 
dras qu'a painnes pëust on nouer desus el plus 
entier, et que li sans li isçi des bras et des 

415 costés et des ganbes en quarante lius u en 
trente, qu'après le vallet pëust on siiir le trace 
du sanc qui caoit sor l'erbe. Mais il pensa 
tant a Nicolete, sa douce amie, qu'il ne sentoit 
ne mal ne dolor, et ala tote jor parmi le 

420 forest sifaitement que onques n'oi noveles de 
li. et quant il vit que li vespres aprocoit, si 
comenca a plorer, por cou qu'il ne le trovoit. 
tote une vies voie herbeuse cevaucoit, s'es- 
garda devant lui enmi le voie, si vit un vallet 

425 tel con je vos dirai. Grans estoit et mervel- 
lex et lais et hidex. il avoit une grande hure 



plus noire q'une carbouclee, et avoit plus de 
plainne paume entre deus ex, et avoit unes 
grandes jôes et un grandisme nés plat, et 
unes grans narines lees et unes grosses lèvres 430 
plus rouges d'une carbounee, et uns grans 
dens gaunes et lais, et estoit cauciés d'uns 
housiax et d'uns soUers de buef frétés de tille 
dusque deseure le genol, et estoit afulés d'une 
cape a deus envers, si estoit apoiiés sor une 435 
grande macue. Aucassins s'enbati sor lui, s'eut 
grant paor, quant il le sorvit. 'biax frère. Dix 
t'i ait !' 'Dix vos bénie !' fait cil. 'se Dix t'ait, 
que fais tu ilec?' 'a vos que monte?' fait cil. 
'nïént', fait Aucassins. 'je nel vos demant se 440 
por bien non.' 'mais por quoi plourés vos', fait 
cil, 'et faites sifait duel? certes, se j'estoie 
ausi rices hom que vos estes, tos li mons ne 
me feroit mie plorer.' 'ba! me conissiés vos?' 
fait Aucassins. 'oie, je sai bien que vos estes 445 
Aucassins, li fix le conte, et se vos me dites 
por quoi vos plorés, je vos dirai que je fac ci.' 
'certes', fait Aucassins, 'je le vos dirai moût 
volentiers. je vig hui matin cacier en ceste 
forest, s'avoie un blanc lévrier, le plus bel del 450 
siècle, si l'ai perdu, por ce pleur jou'. 'osl' 
fait cil, 'por le cuer que cil sires eut en sen 
ventre! que vos plorastes por un cien puant! 
mal dehait ait qui ja mais vos prisera, quant 
il n'a si rice home en ceste terre, se vos pères 455 
l'en mandoit dis u quinse u vint, qu'il ne les 
envoiast trop volentiers, et s'en esteroit trop liés, 
mais je doi plorer et dol faire.' 'et tu de quoi, 
frère?' 'sire, je le vous dirai, j'estoie liués a 
un rice vilain, si cacoie se carue, quatre bues 460 
i avoit. or a trois jors qu'il m'avint une grande 
malaventure, que je perdi le mellor de mes 
bues, Koget, le mellor de me came, si le vois 
querant. si ne mengai ne ne bue, trois jors a 
passés, si n'os aler a le vile, c'on me metroit 465 
en prison, que je ne l'ai de quoi saure. de 
tôt l'avoir du monde n'ai je plus vaillant que 
vos veés sor le cors de mi. une lasse mère 
avoie, si n'avoit plus vaillant que une keutisele 
si li a on sacie de desous le dos, si gist a pur 470 



388 laiscio Ms. 389 enfait Ms. 403 oiel Ms. 413 nouer Ms., Pet S.] naier T. {Ztschr. IL 626; ///. 
315 et 619). 418 qu'il] qui Ms. et F (qu'i). 419 totejor par mi >S'. 424 en mi S. 428 planne 3fs. et F. 
429 joes ;S'. 431 carbounee 3fs. et S.] carbonnee F. 442 si fait *S'. 450 lévrier S.], leurer Ms. 
levrir F. 457 envoiast P {ou donast) et S.] eust Ms., meïst Bartsch. 464 bue F., bue S. 470 desou Ms. 

196 



AUCAS8IN ET NICOLETTB. 



Pièce 66. 



l'eatrain, si m'en poise assés pins qae de ni. 

car ftvoirn va et vient; se j'ai or perdu, je 
(j^aalKtierai une autre fois, si sorrai mon buef, 
quant je porrai, ne ja por cou n*en plouerai. 

475 et vos plura«teM por un cien de longui^ne. 
mal delmit ait (jui ja mais vo8 prisera !' 'certe!*, 
ta es de bon confort, biax frère, que benoia 
soies tu! et que valoit tes bues?' 'sire, vint 
sous m'en demande on, je n'en puis mie abatre 

480 une seule maaille.' 'or tien', fuit Aucasfiins, 'vint 
8UUS que j'ai ci en me borse, si sol ten buef T 
'sire', fait il, 'fçrans meréis! et Dix vos laist 
trover ée que vos queré»!' il se part de lui. 
Âucassins si cevauce. la nuis fu bêle et quoie 

485 et il erra tant qu'il vin[t près de la a li set 
cemin aforkent] si v[it devant lui le loge que 
vos savés que] Nicolete [avoit faite, et le loge 
estoit forree] defors et dedens et pur desenre 
et devant de florn, et estoit si bêle que plus 

490 ne pooit estre. Quant Aucassins le perçut, si 
s'aresta tôt a un fais, et li rais de le lune 
feroit ens. 'e Dix!' fait Aucassins, 'ci fu Nico- 
lete, me donée amie, et ée fist ele a ses beles 
mains, por le doucour de li et por s'amor me 

195 descenderai je ore ci et m'i reposerai anuit 
mais.' il mist le pié fors de l'estrier por des- 
cendre, et li cevanà fu grans et bans, il pensa 
tant a Nicolete, se tresdouce amie, qu'il cili 
si durement sor une piere que l'espaulle li vola 

500 hors du liu. il se senti moût blecié, mais il 



s'efforéa tont an mis i(a'iJ peot et staca son 
ceval a l'autre main a uoe etpiae, li te tonu Mr 
costé, tant qu'il jut to< toariiM en le loft. et 
il garda parmi un trau de le loge, d rit let 
estoiles el éiel, s'en i vit une pliu elen dei605 
autres, si conmenca a dire: 



Or u canif. 

'£stoilete, je te voi, 
.que la Inné trait a soi. 
Nicolete est aveuc toi, 
m'amïete o le blont poil. 510 

je qnid. Dix le veut avoir 
por la lumière de soir*, 
que que fnst du recaoir, 
que fuisse lassus o toi, 
ja te baiseroie estroit! 515 

se j'estoie fix a roi, 
s'aflerriés vos bien a moi, 
saer, douce amie!' 

Or dïent et content et fabloimt. 

Quant Nicolete Ci Ancassin, ele vint a loi, 
car ele n'estoit mie lonc. ele entra en la lo)^, 520 
si li jeta ses bras an col, si le baisa et acola. 
'biax doux amis, bien foiiés vos troréa!' 'et 
vos, bêle douce amie, soies li bien trovee!' il 
s'entrebaissent et acolent, si fu la joie bêle. 



481 80U8 P./ manque Ms. 485 lantne de 3 Uffiiea dans le nu., coûtée par uitr drchirurr ; cette 
Inninr a été onnblre par M. Surhier de la façon indiquer. 495. 496 dwc^Dd. /"'.) dts^ad. S. 
501 tout P. et S.] tant ^h. 503 jut T.] uît M». M.Tobler, d'aiUeum, r»n*idrre re pa*mtge cttmmt 
ftn'grntant unr lacuiir, que Jf. Foer»ter pnqumr de combler de la façon ^uirante: 'tl ■• toma [vOT* 
le loge, u il entra, la se coaca sor le tere, si se toma] sor [le] eoaté tant qu'il jat' etc. G. Fnris, 
admettant également une lacune, avait lu: ^si se toma sor costtf tant qu'il vint [jaaqa'a le log«, • i 
entra et se jut] tos souvins en le loge'. 504 par mi >'. 512 p. la lu . . e de s . . . J/*. ; fupfdrr ;«ir .V. 
Ptti», une lacune dan* le Ms. où manque le même morceau de parchemin que 485. J^- Siekier 
a refait le* ver* qui manquent: [que par li plus bêle soit, doutée saer, cont me plairoit. m nontar 
pooie droit]. ('■ Piri.^ nmit proposé une autrt rtufifutii'n : 'bêle ami», n« te voi! plCoat ore au 
sovrain roi . . '. 



197 



Pièce 57. 



XIIP SIECLE. 



LE FABLIAU DES PERDRIX. 

Recueil général et complet des Fabliaux des XIII" et XIV^ siècles, 'publiés ^jar A. de 
Montaiglon, t. I. Paris 1872, p- 188 — 193. — Comparé de nouveau avec le seul manuscrit connu, 
Paris, Bibl. Nat. fonds franc. 837 fol. 169. — Voyez le poème allemand du Vriolsheimei' dans v. 
d. Hagen, Gesamtahenteuer 2, 149 — 152. 



Por ce que fabliaus dire sueil, 
en lieu de fable dire vueil 
une aventure, qui est vraie, 
d'un vilain qui delés sa haie 
5 prist deus pertris par aventure, 
en l'atorner mist moult sa cure, 
sa famé les fist au feu mètre, 
ele s'en sot bien entremetre; 
le feu a fait, la haste atorne, 

10 et li vilains tantost s'en torne, 
por le prestre s'en va corant. 
mais au revenir tarja tant 
que cuites furent les pertris. 
la dame a le haste jus mis, 

15 s'en pinça une pelëure, 

quar moult ama la lechëure, 
quant Dieus li dona a avoir, 
ne beoit pas a grant avoir, 
mais a tos ses bons acomplir. 

20 l'une pertris cort envâir; 
andeus les aies en menjue. 
puis est alee enmi la rue, 
savoir se ses sires venoit. 
quant ele venir ne le voit, 

25 tantost arrière s'en retorne, 
et le remanant tel atorne: 
mal du morsel qui remainsist! 
adonc s'apenssa et si dist 
que l'autre encore mengera. 

30 moult tresbien set qu'ele dira, 

s'on li demande que devindrent: 
ele dira que li chat vindrent, 
quant ele les ot arrier traites; 
tost li orent des mains retraites, 

35 et chascuns la seue en porta. 



ainsi, ce dist, eschapera. 

puis va enmi la rue ester, 

por son mari abeveter; 

et quant ele nel voit venir, 

la langue li prist a frémir 40 

sus la pertris qu'ele ot laissïe. 

ja ert toute vive enragïe, 

s'encor n'en a un petitet. 

le col en trait tout souavet, 

si le menja par grant douçor- 45 

ses dois en lèche tout entor. 

'lasse', fait ele, 'que ferai, 

se tout menjue, que dirai? 

et coment le porrai laissier? 

j'en ai moult tresgrant desirrier. 50 

or aviegne qu'avenir puet, 

quar toute mengier le m'estuet.' 

Tant dura celé demoree 
que la dame fu saoulée; 
et li vilains ne tarja mie, 55 

a l'ostel vint, en haut s'escrie: 
'di, va! sont cuites les pertris?' 
'sire', dist ele, 'ainçois va pis, 
quar mengïes les a li chas.' 
li vilains saut isnellepas, 60 

seure li cort comme enragiés, 
ja li ëust les ieus sachiés, 
quant el crie: 'c'est gas, c'est gas! 
fuiiés', fait ele, 'Sathanas! 
couvertes sont por tenir chaudes.' 65 

'ja vous chantasse putes laudes', 
fait il, 'foi que je doi saint Ladre! 
or ça, mon bon hanap de madré 
et ma plus bêle blanche nape! 
si l'estenderai sus ma chape 70 



Rubrique dans leMs.: Le dit des perdriz. 4 delez. 5 .ii. 6 mit' 3Is., toujmirs ainsi. 9 fet. 
12 mes; tarda 3Is. 19 mes; toz Ms. 21 an II. 22. 37 p'' Ms. 33. 34 tretes, retretes. 41 lessie 
43 .1. 44 tret. 49 lessier. 55 tarda. 61 enragiez. 02 sachiez. 64 fuiez. 06 chantaisse. 



198 



LE FABLIAU DfiS PERDRIX. 



Piéee 67. 



son* celé treille en cel prael/ 
'mais YOUfl prenés vostre coutel 
qui i^raiit niCHtier a d'a^uisier, 
si le faites un pou treuchier 

76 a celé pierre en celé cort.' 
li Tilaim se despoille et cort, 
le coutel tout nu en Ha main, 
a tant es vo» le chapelain, 
qui leens ventiit por niengier. 

80 a la dunie vint «ans tart;ier, 
si l'aœle moult doucement. 
et celé li dist Himplenient: 
'sire', dist el, 'fuiiés, faiiéa! 
ja ne nerai ou vous soiiés 

85 bonis ne malmis de vo cors, 
mes sires est aies la fors 
por son grant coatel agnisier, 
et dist qu'il vous voudra treuchier 
les coilles, s'il vous puet tenir.' 

90 'de Dieu te puist il souvenir!' 

dist li prestres, 'qu'est que tu dis? 
nous devons mengier deus pertris 
que tes sires prist hui matin.' 
celé li dist: 'par Saint Martin, 

05 ceens n'a pertris ne oisel. 

de vo mengier me seroit bel, 
et moi peseroit de vo mal. 
mais ore esgardés la aval, 
comme il aguise son coutel.' 
100 'jel voi'. dist il, 'par mon chapel, 
je cuit bien que tu as voir dit.' 
leens demora moult petit, 
aina s'en fUi grant alëure. 
et celé crie a bone ënre: 
105 'venés vous en, sire Gombaut!' 

'qu'as tu', dist il, 'se Dieus te saut?' 
'que j'ai? tout a tens le savrés; 
mais se tost corre ne pfiés, 
perte i avrés si con je croi, 
110 qnar par la foi que je vous doi, 
li prestre en porte vos pertris." 
li preudom fn tos aatis. 
le coutel en porte eu sa main, 



s'en cort après le chapelain. 

quant il le vit, se li escrie: 115 

'ainsi nés en porteras miel' 

pais s'esciie • gnws alenees: 

'bien les en portés escbanfees! 

ça les leréa, se toos atainf ! 

▼ons lerlés maarais eompaing, 120 

se TOUS les mangiiés sens moi.' 

li prestre esgarde derrier soi 

et voit acorre le vilain. 

quant voit le coutel en sa main, 

mors cuide estre, se il l'ataint. 125 

de tost corre pas ne se faint, 

et li vilains penssoit de corre, 

qui les pertris cuidoit rescorre; 

mais li prestres de grant randon 

s'est enfermés en sa maison. 180 

A l'ostel li vilains retome, 
et lors sa famé en araisone: 
'di va!' fait il, 'et quar me dis * 
comment tu perdis les pertris S' 
celé li dist: 'se Dieus m'ftit! 135 

tantost que H prestres me TÎt, 
si me piïa, se tant l'amasse, 
qae je les pertris li rnoostrasse, 
quar moult volentiers les verroit; 
et je le menai la tout droit 140 

ou je les avoie couvertes, 
il ot tantost les mains ouvertes, 
si les prist et si s'en fUi. 
mais je glaires ne le sivi, 
ains le vous lis moult tost savoir.' 145 

cil respont: 'bien pnés dire voir; 
or le laissons a itant estre!' 
ainsi fu eugingniés le prestre 
et Gombaos, qui les pertris prist 

Par exemple cis fabliaos dist: 150 

famé est faite por décevoir, 
mençonge fait devenir voir, 
et voir fait devenir mençonge. 
cil n'i vont mètre plus d'alonge 
qui tist cest fablel et ces dis. 155 

ci faut li fabliaus des pertris. 



71 sons; praM. 72 met. 74 .i. 78 ez. 79. 102 iMnx. 80 mos. 83 Mn. 84 mws. 85 bonis. 
86 aies. 02 II. 95 cmdz. 98 in«s; esgardez. 103 ainz. 10.'> venez; Gôbaot. 107 sanras. 108 
mes; poez. 109 aurez. 111 voz. 112 toz. 116 porterez. 117 ffraoz. 118 portes. 119 km. 
120 aériez ; mnaues. 121 maogiiez aanz. 129 mea. 1 30 enfertnes ; ommb. 132 areaone. 134 Boriar A 
met uhT <>/i/r.« (V ver.i. 1.H7. 138 amaisae: mouttraiaae. 144 nas; gasvas. 115 ains. 147 laasoaa. 
148 engingniez 149 pertrist 151 fête. 152. 153 fet. 



199 



Pièce 58. 



XIIP SIECLE. 



58. 
BEJRNIER, LA HOUSSE PARTIE. 

Fablia^ix et contes, publiés par Barbazan, nouv. éd. par Méon, Pari'& 1808, t. IV. p. 472 — 485. 
— Comparé de nouveau avec le seul manuscrit connu, Paris, Bibl. Nat., fonds franc. 837, fol. 
150. — Voyez le poème allemand dans v. d. Hagen, Gcsamtabenteuer, 2, 391 — 399: „Die halbe 
Decke". 



. . de biau parler et de bien dire, 

chascuns devroit a son mestire 

fere connoistre et enseignier 

et bonement enromancier 
5 les aventures qui avienent. 

ausi comme gens vont et vienent 

ot on maintes choses conter, 

qui bones sont a raconter. 

cil qui s'en sevent entremetre, 
10 i doivent grant entente mètre 

en 'pensser, en estudiier, 

si con firent nostre ancissier, 

li bon mestre qui estre suelent. 

et cil qui après vivre vuelent, 
15 ne devroient ja estre oiseus. 

mes il devienent pereceus 

por le siècle qui est mauves. 

por ce si ne se vuelent mes 

li bon ménestrel entremetre, 
20 quar moult covient grant peine mètre 

en bien trover, sachiés de voir. 

huimés vous fas apercevoir 

une aventure qui avint. 

bien a dis et set ans ou vint, 
25 que uns riches hom d'Abevile 

se départi fors de sa vile, 

il et sa famé et uns siens fis; 

riches et comblés et garnis 

issi con preudom de sa terre. 
30 por ce que il estoit de gerre 

vers plus fors gens que il n'estoit, 

si se doutoit et se cremoit 

de estre entre ses enemis, 

d'AbevUe vint a Paris. 
35 ilueques demora tout qoi, 



et si fist hommage le roi 

et fu ses hom et ses borgois. 

li preudom fu sage et cortois, 

et la dame forment ert lie, 

et li vallés fols n'estoit mie 40 

ne vilains ne mal enseigniés. 

moult en furent li voisin liés 

de la rue ou il vint manoir. 

sovent le venoient veoir 

et li portoient grant honor. 45 

maintes gens sens mètre du lor 

se porroient moult fere amer; 

por seulement de biau parler 

puet l'en moult grant los acueillir; 

quar qui biau dit, biau veut oir, 50 

et qui mal dit et qui mal fait, 

il ne puet estre qu'il ne l'ait, 

en tel point le voit on et trueve. 

on dit sovent: l'uevre se prueve.' 

ainsi fu li preudom manans 55 

dedens Paris plus de set ans 

et achatoit et revendoit 

les denrées qu'il connissoit. 

tant se baréta d'un et d'el 

que tos jors sauva son chatel 60 

et ot assés de remanant. 

el preudomme ot bon marcheant, 

et demenoit moult boue vie, 

tant qu'il perdi sa compaignie 

et que Dieus fist sa volenté 65 

de sa famé qui ot esté 

en sa compaignie trente ans. 

il n'avoient de tos enfans 

que ce vallet que je vous di. 

moult corouciés et moult mari 70 



1 Le début manque; la lactme ne doit pas être considérable. 2 mestire Foerstei-] meslire. 
6 gent. 11 estudier. 13 seulent. 20 mit' Ms., toujours ainsi; paine. 21 sachiez. 22 faz. 
24 .XVII. anz ou .xx. 27 fils. 30 g're. 31 genz. 33 anemis. 41 enseigniez. 42 liez. 4G genz sanz. 
55 mananz. 56 dedenz; anz. 60 toz. 61 assez. 67 anz. 68 toz enfanz. 70 corouciez. 



200 



BËHNIER. LA HOUSS£ PABTIE. 



Pièce 6& 



se aist li yalléi lét ion p«re 
et refpretoit aoTent sa mère, 
qui moult soaëf Tavutt nom. 
il He pasma, pleare por li, 

75 et li perea le réconforte. 

'bians fis', fet il, 'ta mère est morte: 
prions Dieu que pardon li face! 
tert tes iens, essue ta face, 
que li plorers ne t'i vaut rien. 

60 nous m orrons tuit, ce ses tu bien, 
par la nous convendra passer, 
nus ne pnet la mort trespasser, 
que ne reviegne par la mort, 
bians fis, tn as bon reconfort, 

85 et si deviens biaus bacheler; 
tn es en point de marier, 
et je sui mes de grant aage. 
se je trovoie un mariage 
de gent qui fussent de pooir, 

90 g'i metroie de mon avoir. 

quar ti ami te sont trop loing, 
tart les avroies an besoing. 
tu n'en as nul en ceste terre, 
se i)ar force nés pues conquerre. 

95 s'or trovoie famé bien née, 
qui fust d'amis emparentee, 
qui ënst onclea et antains 
et frères et cousins germains, 
de bone gent et de bon leu, 
100 la ou je verroie ton pren, 
je t'i metroie volentiers: 
ja nel leroie por deniers.' 

Ce nous raconte li escris, 
seignor, or avoit el pfiis 
105 trois chevaliers qui erent frère, 
qui erent de père et de mère 
moalt hautement emparenté, 
d'armes proisié et alosé. 
mes n'avoient point d'eritage, 
110 que tout n'eussent mis en gage, 
terres et bois et tcnemens, 
por siure les tomoiemens. 
bien avoit sor lor tenëure 
trois mile livres a usure. 



qui rooalt les destraint et eseille. 115 

li ainsnés avoit une fille 

de s* famé qui morte estoit, 

dont la damoisele tenoit 

dedens Paris bone meson, 

devant Toatel a cel preodon. 180 

la mesons n'estoît pas au père, 

quar li ami de par sa mère 

ne li lessierent engagier. 

la mesons valoit de loiier 

vint livres de pareaia l'an. 125 

ja b'en ënst peine n'ahan 

que de ses deniers recevoir. 

bien fu d'amis et de pooir 

la damoisele emparentee. 

et H preudon l'a demandée 130 

an père et a tos ses amis. 

li chevalier li ont enqnis 

de son mneble, de son avoir, 

combien il en pooit avoir. 

et il lor dist moult volentiers: 185 

'j'ai qa'en denrées qn'en deniers 

mile et cinc cens livres vaillant 

j'en deveroie estre mentant, 

se je me vantoie de pins. 

j'en donroie tout le sorplos 140 

por cent livres de paresis. 

je les ai loiaumeut aquis; 

j'en donrai mon fil la moitié.' 

'ce ne porroit estre otroiié, 

bians sire', font li chevalier; 145 

'se vous deveniiés templier 

on moine blanc ou moine noir, 

tost lesseriiés vostre avoir 

ou a temple ou a abëie. 

nous ne nous i acordons mie.' 150 

'non, seignor?' 'non, sire, par foi!' 

'et comment donc? dites le moi!* 

'moult volentiers, bians aire chier. 

quanques vous porrés ealigier 

volons que donés vostre fis, 155 

et que il soit du tout seisis, 

et tout metés par devers lui, 

si qne n'a noos ni a antmi 



71 lez. 70 aie. 80 tez. 84 filz. 111 tenemenz. 112 liurre, tornoiemenz. 114 .mi. lib. 116 ainniei. 
110 dedenz. 121 meson. 124 loitr. 126 paine. 131 toz. 140. 141 nuT. de Barttrà] j« l'ra 
(1. t. 1. plus { de c. M», et .l/c'oN. 144 otroie. 146 deveniiez. 148 iMMfiitz. 154 porras. 155 doDez-, 
fila. 156 saisi*. 157 metez. 158 n'a Barttch] n« Jfs. et Hfon; Dont Toblfr\ roos Mrom, Barttch. 

901 



Pièce 68. 



XIIP SIECLE. 



n'i pùissiés noient calengier. 

160 s'ainsi le volés otroiier, 
li mariages sera fait 
autrement ne volons qu'il ait 
nostre fille ne nostre nièce.' 
li preudon penssa une pièce, 

165 son fil regarde, si penssa; 
mes mauvesenient emploia 
celé penssee que il fist. 
lors lor respont et si lor dist : 
'seignor, de quanques vous querés 

170 acomplirai vos volentés, 

mes ce sera par un couvent: 
se mes fis vostre fille prent, 
je li donrai quanqu'ai vaillant, 
et si vous di tout en oiant, 

175 ne vueil que me demeure rien, 

mes preigne tout et tout soit sien, 
que je l'en sesis et revest.' 
ainsi li preudon se desvest; 
devant le pueple qui la fu 

180 s'est dessesis et desvestu 

de quanques il avoit el monde, 
si que il remest ausi monde 
con la verge qui est pelée, 
qu'il n'ot ne denier ne denrée, 

185 dont se pëust desjëuner, 
se ses fis ne li volt doner. 
tout li dona et clama quite. 
et quant la parole fu dite, 
li chevaliers tout main a main 

190 sesi sa fille par la main, 
si l'a au bacheler donee, 
et li vallés l'a espousee. 

D'iluec bien a deus ans après 
bonement furent et en pes 

195 li maris et la dame ensemble, 

tant que la dame, ce me semble, 
ot un biau fil du bacheler, 
bien le fist norrir et garder, 
et la dame fu bien gardée, 

200 sovent baignie et relevée, 
et li preudom fu en l'ostel: 



bien se dona le cop mortel, 

quant por vivre en autrui merci 

de son avoir se dessesi. 

en l'ostel fu plus de douze ans, 205 

tant que li enfes fu ja grans 

et se sot bien apercevoir. 

souvent oi ramentevoir 

que ses talons fist a son père, 

por qoi il espousa sa mère. 210 

et li enfes quant il l'ôi, 

aine puis nel volt mètre en oubli. 

li preudon fu vieus devenu, 

que viellece l'ot abatu, 

qu'au baston l'estuet soustenir. 215 

la toile a lui ensevelir 

alast volentiers ses fis querre: 

tart li estoit qu'il fust en terre, 

que sa vie li anuioit. 

la dame lessier ne pooit, 220 

(qui fiere estoit et orguilleuse, 

du preudomrae estoit desdeigneuse, 

qui moult li estoit contre cuer), 

or ne puet lessier a nul fuer 

qu'ele ne dëist son seignor: 225 

'sire, je vous pri par amor, 

donés congié a vostre père! 

que, foi que doi l'ame ma mère, • 

je ne mengerai mes des dens, 

tant con je le savrai ceens, 230 

ains vueil que li donés congi^.' 

'dame', fet il, 'si ferai gié.' 

Cil qui sa famé doute et crient, 
maintenant a son père vient, 
se li a dit isnelement: 235 

'pères, pères, aies vous ent! 
je di c'on n'a ceeus que fere 
de vous ne de vostre repère, 
aies vous aillors porchacier! 
on vous a doné a mengier 240 

en cest ostel douze ans ou plus; 
mes fêtes tost, si levés sus! 
si vous porchaciés ou que soit, 
que fere l'estuet orendroit.' 



159 puissiez. 160 volez otroior. 169 querez. 170 voz volentez. 172 filz. 176 praingne. 177 sesis 
Tobler] saisi Ms. 180 dessaisis. 186 filz. 190 saisi. 193 anz. 195. 196 ensamble: samble. 205 
anz. 206 granz. 217 fila. 222 desdaigneuse. 227 donez. 229 denz. 230 ceenz. 231 aiiiz; donez. 
236 alez. 237 ceenz. 239 alez. 241 anz. 242 levez. 243 porchaciez. 



202 



BERNIER, LA H0US8I PARTIE. 



Piëee 68. 



245 H pereH l'ot, durement pleare; 

Bovent inuiidit le jur et l'eare 
qu'il a taut uu siècle vescn. 
iitt, binas dous fis, qae me dis tu? 
por Dieu, itant d'onor me porte 

250 que ci me lettses a ta )>urte! 
' je me girrai en poi de leo. 
je ne te quier nin point de feu 
ne coûte pointe ne tapis, 
mes la fors sous cel apentis 

255 me fai baillier un pou d^estrain. 
onqnes por menper de ton pain 
de l'ostel ne me gete fors! 
moi ne chaut s'on me met la hors, 
mes que ma garison me livre. 

260 ja por chose que j'aie a vivre 
ne me dëusses pus faillir, 
ja puôs tu niieuH espeneir 
tos tes pechiés en moi bien fere, 
que se tn vestoies la hère.' 

265 'biaus père', dist li bachelers, 
'or n'i vaut noient serraoners; 
mes fêtes tost, aies vous en, 
que ma famé istroit ja du sen.' 
'biaus ti.s, ou veus tu que je voise? 

270 je n'ai vaillant une vendoise.' 
'vous en irés en celé vile, 
encore en i a il dis mile 
(|ui bien i tnievent lor chevance. 
moult sera or grant mescheance, 

275 se n'i trovés vostre peuture: 
chascuns i atent s'aventure, 
aucunes gens vous connistront, 
qui lor ostel vous presteront.' 
'presteront, fis? aus gens que chant, 

280 quant tes ostels par toi me faut? 
et puis que tu ne me fes bien, 
et cil qui ne me seront rien 
le me feront moult a envis, 
quant tu me fans qni es mes fis.' 

285 'pères', fet il, 'je n'en puis mes. 
se je met sor moi tout le fes, 
ne savés s'il est a mon vnel.' 



•donc ot li pères tel duel: 

por poi que li caer« ne li criere. 

M foibles comme il eut m llere, 290 

si s'en ist de l'ostel plorrat. 

'fis', fet il, 'a Dieu te eonmaat 

puis que tu vens que Je m'en tille, 

por Dieu, me done une retaille 

d'un tronçon de ta sarpeilliere 295 

(ce n'est mie chose moult chiere), 

que je ne pais le froit sonfrir. 

je le te demant por convrir, 

que j'ai robe trop poi vestae; 

c'est la chose qui plas me tne.' 800 

et cil qui de doner recale 

li dist: opères, je nen si noie. 

li dooers n'est or pas a point. 

a ceste fois n'en avrés point, 

se on ne le me toit ou emble.' 805 

'biaus dons fis, tos li cuers me tremble, 

et je redout tant la froidure. 

done moi une couverture 

de qoi tu cuevres ton cheval, 

que li frois ne me face mal.' 310 

Cil qni s'en bee a descombrer, 
voit que ne s'en puet délivrer, 
s'aucune chose ne li baille, 
por ce que il veut qu'il s'en aille, 
comande son fil qu'il li haut. 315 

quant on le huche, l'enfes saut: 
'que vous plest, sire?' dist l'enfant, 
'bians fis', fet il, *je te commant. 
se tu trueves l'estable ouverte, 
done mon père la couverte 320 

qui est sus mon cheval morel. 
s'il veut, si en fera mantel 
ou chapulere ou couvertor. 
done li toute la meillor!' 
li enfes, qui fu de biau sens, 325 

li dist: 'biaus talons, venés ens!' 
li prendon s'en tome avoec lui, 
tos corouciés et pleins d'anui. 
l'enfes la couverture trueve, 
la meillor prist et la plus nneve 330 



248 doux filr. 2.")4 souz. 262 r»n: dr liurtuch] j. ne p. . . . eupenir M*, ri Mfnn, 263 toi . p«chies; 
en m. BnrUrh] qu'en moi M», ri Mr<>». 263. 264 faire: haire. 267 aie». 269 flU. 271 Irei. 
275 trovez. 277 gen». 279 filx; genx. 281 fez. 282 et cil] ici! ^<irr«rA. 284 fil». 285. 286 mais: 
fais. 287 savez. 2i»2 filz. 304 foiz; aurez. 306 dooz fih tos; tramble. 318 filx. .S23 chapulair*. 
320 venez enz. 328 toz coroaciex; plains. 



208 



Pièce 58. 



XIIP SIECLE. 



et la plus grant et la plus lee, 
si l'a par le mileu doublée, 
si le parti a son coutel 
au miex qu'il pot et au plus bel; 

335 son taion bailla la moitié. 

'biaus fis', fet il, 'que ferai gié? 
por qoi le m'as tu recopee? 
ton père le m'avoit donee; 
or as tu fet grant cruauté, 

840 que ton père avoit commandé 
que je l'eusse toute entière, 
je m'en irai a lui arrière.' 
'aies', fet il, 'ou vous voudrés! 
que ja par moi plus n'en avrés.' 

345 Li preudon issi de l'estable. 

'fis', fet il, 'trestout tome a fable 
quanques tu commandas et fis. 
que ne chastoies tu ton fis, 
qu'il ne te doute ne ne crient? 

350 ne vois ta donques qu'il retient 
la moitié de la coiiverture ?' 
'va, Dieus te doinst maie aventure!' 
dist li pères, 'baille li toute!' 
'non ferai', dist l'enfes, 'sens doute; 

355 de qoi seriiés vous paiié? 
je vous en estui la moitié; 
que ja de moi n'en avrés plus, 
se j'en puis venir au desus; 
je vous partirai autressi 

360 comme vous avés lui parti. 

si comme il vous dona l'avoir, 
tout ausi le vueil je avoir; 
que ja de moi n'en porterés 
fors que tant com vous li donrés. 

365 se le lessiés morir chetif, 
si ferai je vous, se je vif.' 

Li pères l'ot, parfont souspire, 
il se repensse et se remire, 
ans paroles que l'enfes dist 

370 li pères grant exemple prist. 
vers son père torna sa chiere: 
'pères', fet il, 'tornés arrière! 
c'estoit enemis et pechié 



qui me cuide avoir aguetié; 

mes se Dieu plest, ce ne puet estre. 375 

or vous fas je seignor et mestre 

de mon ostel a tos jors mes. 

se ma famé ne veut la pes, 

s'ele ne vous veut consentir, 

aillors vous ferai bien servir, 380 

si vous ferai bien aaisier 

de conte pointe et d'oreillier. 

et si vous di, par Saint Martin, 

je ne beverai mes de vin 

ne ne mengerai bon morsel, 385 

que vous n'en aiiés del plus bel. 

et serés en chambre celée 

et au bon feu de cheminée; 

si avrés robe comme moi. 

vous me fustes de bone foi, 390 

par qoi sui riches a pooir, 

biaus dous père, de vostre avoir.' 

Seignor, ci a bone moustrance 
et aperte senefiance, 

qu'ainsi geta li fis le père 395 

du mauves penssé ou il ère. 
bien s'i doivent tuit cil mirer 
qui ont enfans a marier, 
ne fêtes mie en tel manière, 
ne ne vous metés mie arrière , 400 

de ce dont vous estes avant, 
ne donés tant a vostre enfant, 
que vous n'i puissiés recouvrer, 
l'en ne se doit mie fier, 
que li enfant sont sens pitié. 405 

des pères sont tost anoiié, 
puis qu'il ne se pueent aidier. 
et qui vient en autrui daugier, 
molt vit au siècle a grant anui, 
cil qui vit en dangier d'autrui 410 

et qui du sien mëismement 
a autrui livroison s'atent; 
bien vous en devés chastoiier. 
icest exemple fist Bernier 
qui la matere enseigne a fere, 415 

si en fist ce qu'il en sot fere. 



336. 346 filz. 343 alez; voudrez. 344 aurez. 348 flls. 354 sanz. 355 sériiez; paie. 357 aurez. 
360 avez. 363 porterez. 364 donrez. 365 si; lessiez. 370 example. 372 tornez. 373 anemis. 
376 faz. 377 toz; mais. 378 pais. 386 aiiez. 387 serez. 389 aurez. 392 douz. 395 filz. 
397 se d. 398 enfanz. 400 metez. 402 douez. 403 puissiez. 405 sanz. 406 anoie. 407 se] 
s'en Mussafia. 413 deuez. 414 example. 



204 



DU 'CHEVALIER QUI OOIT LA ÎIE88E.' 



Pièce 59. 



59. 

DU 'CHEVALIER QUI OOIT LA MESSK Kl NOSTRK 

poiTR LUI AU tournoiement; 



• A M 



oIT 



Fntiliititi r! ..,.,., /,,.„...„ ,„ii- Jiiiilfittin, nour. fait. p. Méon, l'uri» lf>M8, '. /, /». *>_' — h6. — 
Voy. Ch. /yti(f'r, M<iri»'uhijin<lfit, No. 4 ft r, il. Jlagrn, (t'esnmtabenteucr 3, 468. — D'-ipr^s 3 
manu»crit« : un mu. »/»• I^irin qu'a »»it<i JhtrfHttnn rt, itprr» lui, Méon tans bien h dftiijni'r (M; 
Barbaxan donne un maurnis numéro, Sorbnnne 331, 7"' rorrrapond à la eote aeittellr fiihl. JVa/. 
I^t. 15061 ); um. de l'Ar»emtl 5204 (A); vu. de Bruxelles, Btbl. rvyaie de Beiçique 9226—30 (Bj. — 
Oraphit' dr M. — 



Dons Jhesua, com cil bel guerroie 
et conie noblement tournoie 
qui volentiers au monstier tourne 
ou l'en le saint servise atoume 

5 et célèbre le saint mistere 

du doux fils de la vierge mère! 
pour ce vueil un conte retraire, 
si com le truis en l'exemplaire, 
d'un chevalier courtois et sage, 

10 hardi et de grant vasselage, 
nus mieadres en chevalerie, 
moult amoit la vierge Marie, 
pour son barnage démener 
et son franc cors d'armes pener, 

15 aloit a son tournoiement, 
garnis de son co.ntenement. 
au Dieu plaisir ainsi uvint 
que, quant le jour du tournoi vint, 
il se hastoit de chevauchier; 

20 bien vousist estre el champ premier, 
d'une église qui près cstoit 
tii les sains que l'on sonoit, 
pour la sainte messe chanter, 
le chevalier sans arrester 

25 s'en est aie droit a l'église, 
pour escouter le Dieu servise. 
l'en chanta tantost hautement 
une messe dévotement 
de la sainte vierge Marie; 

30 puis ra on autre comencie. 
le chevalier bien l'escouta, 
de bon cuer la dame pria. 



et quant la messe fut fenie, 
la tierce fu recomencie 
tantost en cel mëismes lieu. 35 

'sire, pour la sainte char Dieu', 
ce li a dit son escQier, 
'heure passe de toomoier, 
et vous que demeurez ici? 
Tenez vous en, vostre merci! 40 

volez vous devenir hermite 
' ou papelart ou ypocrite ? 
albns en a nostre mestier!' 
'amis', ce dist li chevalier, 
'cil tournoie moult noblement 45 

qui le servise Dieu entent, 
quant les messes seront trestoutes 
dittes, s'en irons a nos routes. 
se Dieu plest (ains n'en partirai), 
et puis au Dieu plesir irai 50 

toomoier viguereusement.' 
de ce ne tint plus parlement, 
devers l'autel sa chiere tonme, 
en saintes croisons sejoame, 
tant que toutes chantées furent: 55 

puis montèrent, con fere durent, 
et chevauchierent vers le len, 
ou fere dévoient leur geu. 
les chevaliers ont encontrez, 
qui du tournoi sont retoumet, 80 

qui du tout en tout est féru; 
s'en aroit tout le pris eu 
le chevalier qni reperoit 
des messes qn'Gies avoit. 



8 1'] manque .1.»/. y. 10 cftrr. de ToWw] un ch. (un» cheraliert ID c. et Mg«« Hardia «t à. gr. 
(grans AB) vauelages ABM. H. n. [n'i«rt] mMadr«(s) en ch.? Foenitrr. 20 «a ch. M. 26 L saint 
serv. B. 27 chantolt AM. 30 p. a AM. 33. 34 finee: recomenciee ABM. 35 ce AU-, n«iMn« M. 
36 de deu M. 38 l'hear* M. 40 je vos en pri AM. 42 papelars B. 44 le ch. AB. 48 L saint 
sery. e. B. 52 plus] manque M, 60 tournois M. 62 tous M. 



20b 



Pièce 60. 



XIIP SIECLE. 



65 les autres, qui s'en reperoient, 
le saluent et le conjoient, 
et distrent bien que onques mes 
nuls chevaliers ne prist tel fes 
d'armes, come il ot fet ce jour: 

70 a tous jours en avroit l'onnour. 
moult en i ot qui se rendoient 
a lui prisons et 11 disoient: 
'nous somes vostre prisonier, 
ne nous ne pourrions nier, 

75 ne nous aiez par armes pris.' 
lors ne fu pas cil esbahis, 
car il a entendu tantost 
que celé fu pour lui en l'ost, 
pour qui il fu en la chapelle. 

80 ses barons bonement appelle 
et leur a dit: 'or escoutez 
tuit ensamble par vos boutez; 
car ja vous dirai tel merveille 
c'onques n'ôistes sa pareille.' 

85 lors lor conte tout mot a mot, 
cou les messes escouté ot 
et qu'a cel tournoi point ne fu, 
ne ne feri de lance escu; 
mais bien pensoit que la pucelle, 

90 qu'en aoroit en la chapelle, 

avoit pour lui fet ses cembiaux. 
'moult est cist tournoiemens biaux. 



ou ele a pour moi tournoie. 

mes trop l'avroit mal emploie, 

se pour li je ne tournoioie; 95 

fox seroie, se retournoie 

a la mondaine vanité. 

a Dieu promet en vérité 

que ja mes ne tournoierai 

fors devant le juge verai, 100 

qui conoist le bon chevalier 

et selonc le fet set jugier.' 

lors prent congié piteusement, 

maint en ploroient tenrement. 

d'euls se part, en une abàie 105 

servi puis la vierge Marie, 

et bien cuidons que le chemin 

tint qui conduit a bone fin. 

par cest exemple bien veons 

que li dous Deux en qui créons lio 

ajue et chierist et honneure 

celui qui volentiers demeure, 

pour oir messe, en sainte église, 

et qui volentiers fet servise 

a sa tresdouce mère chiere. 115 

profitable en est la manière, 

et cil qui est courtois et sage 

maintient volentiers bon usage: 

qu'aprend poulain en dentëure, 

veult maintenir tant come il dure. 120 



60. 

JEAN BODEL, LE JEU DE SAINT NICOLAS. 

Un seul ms., Paris, Bihl. Nat. 25566- — Monmerqué et Michel, Théâtre français au moyen 
âge, Paris 1839 (i>. 173 — 179) [MJ. Li Jus de Saint Nicholai des Arrasers Jean Bodel, Text mit 
einer Untersuchung der Sprache und des Metrums, nebst Anmerkungen und Glossar von G. Mam 
(Dissertation Heidelberg), 1904, p. 54 — 65; v. 384 — 627 [Mz] ; voir A. Schulze, Zeitschr. f. roman. 
Philol, XXX. 102 sqq. — Le même morceau se trouve, dti moins en partie, dans la Chrestomathie 
de l'ancien français de L. Constans, 3* éd., Paris 1906, {v. 384 — 435) /CJ et dans celle de G. Paris 
et E. Langlois, 6« éd., Paris 1908 (v. 396—435 et 466—481) fPLJ. 



66 1. conioiolent AM. 67 e bien li d. conques m. P. 68 nen p. B. 72 prisonier et d. AM. 
76 fu plus e. M. Après 76, A répète le v. 56. 81 mescoutez A3I. 83 c. je AM. 84 lor p. AM; 
la p. Tobler. 86 come M. 87 et que au t. M. 95 li] lui AM. 96 retournoioie B. 104 et m. e. 
ploroient t. if., et m. e, plorent Bartsch. 107 créons B. 111 ajue Tobler] ainme A, aune B; ame M, et 
&me Bartsch. 115 — 16 chiere: manière Tobler] mère: manière yi^J/. 120 tenir le v. .43/; com ABM. 

206 



JEAN BODEL, SAINT NICOLAS. 



Pièee 60. 



Li $ene$rau$. 
Roy», puis que vo baron vous sont venu requerre, 
faites leur maintenant les crestYens reqnerre, 

Li roin. 

senescal, par Mahom I ne leur faurra niaisia^nerre, 

s'ierent oa mort ou pris ou cachié de le terre. 

5 aléa i, senescal ; dites leur de par moi 

que maintenant se mechent sagement en conroi. 

Li êenencaus. 
segneur, a tous ensanle yons di de par le roy 
qne vous aies fonrfaire senr crestîene loy. 
pour crestïens confondre fnstes vous chi mandé ; 
10 i*he qu'il nous ont fourfait convient estre amendé, 
aies i maintenant! li royn Ta commandé. 

Or paraient tout. 
alons, a Mahommet soiions nous commandé! 

Li crestïen paraient. 
sains sépulcres, aie! sef^neur, or du bien faire! 
Sarrasin et paien vienent pour nous fonrfaire. 
15 ves les armes reluire: tons li cuers m'en esclaire. 
or le faisons si bien que no prouecbe i paire, 
contre chascnn des nos sont bien cent par devise. 

Un» creatk'ens. 
segneur, n'en doutés ja, ves chi nostre jtlise. 
bien sai, tout i morrons el Damedieu servise, 
20 mais moût bien m"i vendrai, se m'espee ne brise ; 
ja n'en garira un ne coiffe ne haubers. 
segneur, el Dieu serviche soit hui chascuns offers ! 
paradys sera nostres et eus sera ynfers. 
gardés a l'assanler qu'il encontrent nos fers! 
Uns crestïens, nouviaus chevaliers. 
25 segneur, se je sui jones, ne m'aies en despit ! 
on a vëu souvent jurant cner en cors petit, 
je ferrai cel forcheur. je l'ai piech'a eslit; 
sachiés, je l'ochirai, s'il anchois ne m'ochit. 

Li an gelé». 
Segneur, soies tout assëur, 
30 n'aies doutanche ne pënr! 
messagiers sni nostre segneur, 
tiui vous metra fors de doleur. 
aies vos cuers fers et creans 
eu Dieu, ja pour ches mescreans, 
35 qui chi vous vienent a bandon, 



n'aiéfl les cnen se sëan non. 

metés hsrdYement vos eor* 

pour Dien, car choo est chi li mon 

dont tous li pnles morir doit, 

(|ui Dieu aime de cuer et croit 40 

Li erestïens. 
qui estes vont, biaas sire, qni si dou etmflorté* 
et si hante parole de Dieu non* «porté*? 
sachiés, se chou est voira qne chi nous recordét, 
assëur rechevrons nos anemis mortes. 
Li angeles. 

angles sui a Dien, biaus amis; 45 

ponr vo confort m'a chi tramis. 

sciés sënr, car eus es rhiex 

vous • Diex fait sièges esliex. 

aies, bien avés cnmmenchié; 

pour Dien seréa tout detrenchié, 50 

mais le hante conronne arén. 

je m'en vois* • Dien demonrés. 
Ifi amiraus dd Coine. 
■ Segneur. je sui tons li ainnés, 

si ai maint bel conseil donnés; 

créés moi, che sera vos prens. 55 

chevalier sommes esproavé: 

se li cresfïen sont trouvé, 

g^dés qn'il n'en escap uns sens. 
Cil d'Orkenie. 

escaper! li fil a putain! 

je ferrai ci le premerain — 60 

mais gardés qne nus n'en estorge. 
Cil del Coine. 

segfneur. ne soies ja doutant 

que jou n'en ochie autretant 

con Berengiers soiera d'orge. 
Cil d'OHKttie. (?) 

segneur tfteonr, entre voas 66 

ochirrés les ore si tons 

que vous ne m'en lairés aacwi? 
Cil d'outre iarbre «se. 

veés ichi le gent hftie. 

Il chevalier Mahom, &ie! 

feré!>, ferés, tont de commun! 70 



■J conquerre ' . S scur Tohler nrrc h M*.] leur f* nUt. IS nottre PL,C^ ▼octrt MaJI\ 
BiiiUtcb] serviche J/j». .»/('(: juiche C). 21 .]. M*. 22 tegnieur -Vjt. 24 no» CJfi] no MtJf. 28 ochit 
.Vz] ochist .V.«..Vr. 39 tou8 CMt.] tont .V*..V. 41 biaua Six.] biau .Ht.MC. 44 mb aii—s CMx.] 
rechereron» .V*..V. 48 sièges PL,Mt.] uges MtJlC. 58 .j. m»- 60 ci TMer] %\ M», et U» Mit. 



m 



Pièce 60. 



XIIP SIECLE. 



Or tiient li Sarrasin tous les crestïens. 
Li amiraus d^Orquenie parole. 
Seigneur baron, acoiirés tost! 
toutes les merveilles de l'ost 
sont tout gas fors de che caitif. 
ves chi un grant vilain kenu, 
75 s'aoure un Mahommet cornu; 
ochirrons le ou prenderons vif? 

Cil à'OUferne. 
n'en ochirrons mie, par foy! 
ains le menrons devant le roy 
pour merveille, che te promet. 
80 lieve sus, vilains, si t'en vien! 
Cil du sec arbre. 
segneur, or le tenés moult bien, 
et je tenrai le Mahommet. 

Li angeles. 
A! chevalier qui chi gisiés, 
con parestes bon ëuré! 
85 comme or ches eures despisiés 
le mont ou tant avés duré! 
mais pour le mal k'ëu avés, 
mien ensiant tresbien savés 
quels biens chou est de paradys, 
90 ou Diex met tous les siens amis, 
a vous bien prendre garde doit 
tous li mons et ensi morir, 
car Dieus mont douchement rechoit 
chiaus qui o lui voelent venir. 
95 qui de bon cuer le servira 
ja se paine ne perdera, 
ains sera es chiens couronnés 
de tel couronne come avés. 

Li preudom. 
Sains Nicolais, dignes confes, 
100 de vostre home vous prende pes; 
soies me secours et garans, 
bons amis Dieu, vrais conseilliere, 
soies pour vostre home veilliere; 
si me wardés de ches tirans. 
Li angeles. 
105 preudom, qui si iés efferés, 

soies en Dieu preus et sénés I 



se t'en mainnent chist trâitour, 

n'aies pour çou nule paour; 

en Damedieu soies bien chers 

et en Saint Nicolai après; 110 

car tu aras sen haut confort, 

s'en foy te voit sëur et fort. 

Li amiraus del Coine. 
Eoys, soies plus liés c'onques mais, 
car te guerre avons mis a pais 
par no avoir et par no sens. 115 

mort sont li larron, li cuivert, 
si que li camp en sont couvert 
a quatre lieues en tous sens. 

Li rois. 
segneur, moult m'avés bien servi; 
mais aine mais tel vilain ne vi, 120 

comme je voi illeuc a destre. 
de chele cocue grimuche 
et de che vilain a l'aumuche 
me devises que che puet estre. 

Li senescaus. 
roys, pour merveilles esgarder 125 

le t'avons fait tout vif garder, 
or oies dont il s'entremet: 
a genous le trouvai ourant, 
a jointes mains et en plourant, 
devant sen cornu Mahommet. , 130 

Li rois. 
di, va! vilains, se tu i crois! 

Li preudom. 
ôil, sire, par sainte crois! 
drois est *que tous li mons l'aourt. 

Li rois. 
or me di pour coi, vilains lais! 

Li p)-eudom. 
sire, chou est Sains Nicolais, 135 

qui les desconsilliés secourt, 
tant sont ses miracles apertes: 
il fait ravoir toutes les pertes, 
il ravoie les desvoiés, 

il rapele les mescreans, 140 

il ralume les non voians, 
il resuscite les noiiés; 



74. 75 .j. Ms. 7G prenderons Ms.3I] prendrons 3h. II faudra lire : le-ou ou l'eu. 80 vilains Mz] 
vilain Ms.M. 85 cures Bartuch, 3h] euures 3Is.M. 89 bien Mh. et les édit. 102 vrais Tobler] 
vrai Ms. et les édit. 108 naies paour con nul paour Ms.M. 109 chers Bartsch, Mz] chiers 3Is.M; 
M. Schulze propose de lire confes au lieu de bien chers. 115 p. n. savoir? Bartsch. 130 sen 
Ms'.Mz] son M. 138 les Tabler, Schulze] ses Ms.Mz. 



208 



J£AN BODEL, SAINT NICOLAS. 



Pfèoe 60. 



rien», qui en M garde. >oit miM, 

n'iert Ja perdue ne maumise, 
14S tant ne sera abandonnée; 

non, se chi» palaÏH ert plains d'or, 

et il gMfst seur le trésor: 

tel grasse 11 a Diex donnée. 
Li roig. 

vilains, che sarai joa par tans: 
ISO ains que de chi soie partans, 

tes Nicolais iert esprouvés: 

mon trésor commander li voeil. 

mais se g'i perc nis plain men oeil, 

tu seras ars ou enroués. 
155 seneHcal, maine le a Durant, 

men tuurmeuteour, men tirant; 

mais garde qu'il soit fers tenns! 
lÀ srueHcaits. 

Durant, Durant, oevre le chartre! 

tu aras ja cbes piaus de martre. 
Duratiê. 
160 a foi, m an soies vous venus! 
Li preudotn. 

sire, con vo machue est grosse! 
Durons. 

entres, vilains, en celé fosse; 

anssi estoit li chartre seule. 

ja mais, tant que .soies mes bailles, 
165 n'ierent huiseuses mes tenailles, 

ne que tu aies dent en geule. 
Li angeles. 

Preudons, soies joians! 

n'aies nule paour! 

mais soies bien creans 
170 eus ou vrai sauveour 

et en Saint Xicolai! 

qne jon de verte sai 

que sen secours aras; 

le roy convertiras 
175 et ses barons métras 

fors de leur foie loy, 

et si tenront le foy 

que tienent crestïen 

de cner vrai; 



croi [en] Saint Nicolai! 180 

Li êenencatu. 
Sire, il est en le cartre mis. 

Li roiê. 
or, seneaesnf, biaus dons amis, 
tons met trésors, canquen j'en ai, 
voeil qne il soient descouvert, 
et huches et escrin ouvert; 185 

si metét ras le Nicolai! 

lA ien€$cau$. 
sire, vo commandise est faite: 
nU a mais ne serjant ne gaite 
or pOés dormir assëar. 
Li roii. 
voire, foi qne doi Âpolin 190 

mais se je perc nn estrelin, 
avoir puet li vilains peur; 
trop se puet en son dieu fier, 
or faites tost mon ban crïer! 
je voeil qu'il soit par tout sëu. 195 

Li sentêcatu. 
or cha, Connart, crie le ban, 
que li trésors est a lagan; 
mont est bien a larrons këa. 

Connara li crïert». 
Oiiés, oiiés, segneur, trestont! 
venés avant, faites m'escoat! 800 

de par le roi vous fai savoir 
c'a son trésor n'a son avoir 
n'ara ja mais ne clef ne serre, 
tout aussi comme a plaine terre 
le puet on trouver, che me sanle, 906 

et qui le puet embler, si l'emble! 
car il ne le garde mais nus, 
fors sens uns Mahomés cornus, 
tous mors, car il ne se remue, 
or soit honnis qui bien ne hue! 810 

Li tacrrnirr». 
Caignet, nous vendons moult petit; 
va, se di Raoul que il crit 
le vin: le gent en sont saooL 

Caignéê. 
or cha! si crierés, Raoul, 



146 pUins TMrr] pUin M», et le« fdit. 147 M il? Bartach. 149 Tilain» Mx] vilain M».M. 159 miUi* 
M». 172 verit* .V*. 178 après et rm, Mz. admet Mue Uicunr d'un rrr» et demi, dont le prtmùr 
rerê rinMit en-itu. 191 .j. Mê. 197 Ugan Barttch, Mx] galao jV«.JI^. 200 me accoat M$Mx. 
810 soit Bartsch, ilx] sois M».M. 

BARTSCH-WIESE, Chreatomathia. X* Éd. 14 



20Î) 



Pièce 61. 



XIIP SIECLE. 



215 le vin aforé de nouvel, 

qui est d'Aucheurre, a plain tonnel. 

Connars. 
qu'est che, musars? que veus tu faire? 
veus tu me tolir mon affaire? 
sié cois, car envers moi mesprens. 
Baoulés. 
220 qui iés tu, qui le me deffens? 

di moi ton non, se Diex te gart. 

Connars. 
amis, on m'apele Connart; 
crïeres sui par naité 
as eskievins de la chité. 
225 LX ans a passés et plus 

que de crïer me sui vescus. 
et tu com' as non, je te pri? 

Raoulés. 
j'ai non Raouls, qui le vin cri, 
si sui as homes de le vile. 
Connars. 
230 fui ribaus! lai ester te gile, 
car tu cries trop a bas ton; 
, met jus le pot et le baston, 
car je ne te pris un festu. 

Raouls. 
qu'est che, Connars? boutes me tu? 



Cotmars. 
oil, pour poi je ne te frap; 235 

met jus le pot et le hanap, 
si me claime le mestier quite. 

Raouls. 
oiiés, quel lecherie a dite 
qui me roeve crïer notorne! 
Connart, or ne fai pas le prorne, 240 

que tu n'aies ton pelëis; 
tous jours sont connart batëis, 
ja n'ierent liet s'on ne les bat. 

Caignés. 
sire, Raoulés se combat, 
il et Connars, pour le mestier. 245 

Li tavrenîers. 
ho, ho! segneur, che n'a mestier; 
sié cois, Eaoul, et tu, Connart, 
si vous metés en mon esgart! 
vous i gaengnerés andoi. 

Raoulés. 
jou l'otroi bien. 250 

Connars. 
et jou l'otroi, 
se jou tout perdre i dévoie. 



61. 

GUILLAUME DE LOEEIS, LE ROMAN DE LA ROSE. 

Texte critique de M. E. Langlois {v. 2265 — 2580). Voy. Le Roman de la Rose, nouvelle édition 
par Francisque Michel, Paris 1864, tome I, p. 75 — 84, v. 2275—2592. Le Roman de la Rose par 
Martemi, Orléans 1878, tome I, p. 150. — Le passage suivant est une imitation de l'art d'aimer 
d'Ovide. 



Quant tu avras ton cuer doné, 
si con je t'ai ci sermoné, 
lors te vendront les aventures 
qui as amanz sont griés et dures. 
5 souvent, quant il te souvendra 
de tes amours, te couvendra 
partir des genz par estouvoir, 
qu'il ne puissent apercevoir 

60. 227 con Mz. 



le mal dont tu ies angoisseus. 

a une part iras touz seus; 10 

lors te vendront souspir et plaintes, 

friçons et autres douleurs maintes; 

en pluseurs sens seras destroiz, 

une eure chauz et autre froiz, 

vermauz une eure, une autre pales, 15 

onques fièvres n'eus si maies, 



210 



GUILLAUME D£ LOERIS, BUMW 



l.\ l:nM-: 



Pi^ce 61. 



ne cotidïanes ne quartes. 

bien avrai, tins que tu t'en partes, 

les douleura d'Amours essaiees. 
20 or t'avendra maintes foiees 

qu'en pensant t'entronblïeras 

et une gp-ant pièce seras 

ainsi corne une inia^e mue, 

qui ne se croule no remue, 
25 senz piez, senz mains, senz doiz crouler, 

senz iauz mouvoir et senz palier. 

a chief de pièce revendras 

en ta mémoire et tressaudras 

au revenir en esfreeur, 
30 aussi come ons qui a peeur; 

et souspirras de cuer parfont, 

car bien saches qu'ainsi le font 

cil qui ont les maus essaiez 

dont tu iés or si esmaiez. 
35 Après est droiz qu'il te souvieigne 

que t'amie t'est trop lointieigne; 

lors diras: 'Dieus, con sui mauvais, 

quant la ou mes cuers est ne vois! 

adés 1 pens, et riens n'en vol. 
40 mou cuer pour quoi seul i envoi, 

quant je puis les iauz envoier 

après, pour le cuer convoier? 

se mi ueil mon cuer ne convoient, 

je ne pris riens quant que il voient. 
45 doivent soi il ci arester? 

nenil, mais aillent viseter 

ce dont li cuers a tel talent. 

je me puis bien tenir a lent, 

quant de mon cuer sui si lointiens; 
50 si m'Rit Dieus, pour fol m'en tiens. 

or irai, plus non laisserai; 

ja mais a aise ne serai 

devant qu'aucune enseigne en aie.' 

lores te métras a la voie 
55 et iras la par tel couvent 

qu'a ton esme faudras souvent, 

et gasteras en vain tes pas; 

ce que tu quiers ne verras pas; 

si couvendra que tu retournes, 
60 senz plus faire, pensis et moumes. 
Lores seras a grant meschief, 

et te vendront tout de rechief 

souspir et pointes et friçons, 

qui poignent plus que heriçons. 



qui ne le set, si le ii> iniint 65 

a cens qui sont loUl amant. 

ton cuer ne pourras apaier, 

ainz iras encore eisaier 

se tu Terras par aventure 

ce dont ta iés en si grant cure; 70 

et se tu te puez tant pener 

qu'au vonair puisses assener, 

tu voudras moût ententis estre 

a tes iauz saouler et paistre. 

grant joie en ton cuer demerras 75 

de la biauté que tu vemu, 

et saches que don regarder 

feras ton cuer frire et larder, 

et tout adés en regardant 

aviveras le feu ardant M 

qui ce qu'il aime plus regarde, 

plus alume son cuer et larde. 

cis larz alume et fait flamer 

le feu qui fait les genz amer. 

chascuns amanz suit par coustnme 85 

le feu qui l'art et qui l'alume; 

quant il le feu de plus près sent, 

et il plus s'en vait apressant 

li feus si est ce qu'il remire, 

s'amie qni le fait defrire; 90 

quant il se tient de li plus pns, 

et il plus est d'amer engréa. 

ce sevent bien sage et musart: 

qui plus est près don (eu plus art. 

Tant con ta joie ainsi verras, 95 

ja mais mouvoir ne t'en qaerras. 
et quant partir t'en couvendra, 
tout le joï puis te sonvendra 
de ce que tu avraa tIv; 
si te tendras a decSa 100 

d'une chose mont laidement, 
que onques cuer ne hardement 
n'eus de li araisoner, 
ainz as eité sens mot soner 
lez li, oon fb« et entrepris. 105 

bien cuideras avoir mespris, 
quant tu n'as la bêle apallee, 
avant qu'ele s'en ftut alee. 
tourner te doit a grant contraire; 
car se tu n'en pénsKs trmire 110 

fors seulement un biau sain, 
si t'finst il cent mars vain. 
14* 

211 



Pièce 61. 



XIIP SIECLE. 



lors te prendras a demaler, 

et querras achaison d'aler 
115 de rechief encore en la rue 

ou tu avras celé vëue, 

que tu n'osas mètre a raison. 

moût iroies en sa maison 

volentiers, s'achaison avoies. 
120 il est droiz que toutes tes voies 

et tes alees et ti tour 

s'en revieignent par la entour. 

mais vers la gent tresbien te cela 

et quier autre achaison que celé 
125 qui celé part te fait aler; 

qu'il est granz sens de soi celer. 
S'il ayient chose que tu trueves 

la hele en point que tu la doives 

araisoner ne saluer, 
130 lors t'estouvra couleur miier, 

si te frémira touz li sans; 

parole te faudra et sens, 

quant tu Guideras comencier. 

et se tant te puez avancier 
135 que ta raison comencier oses, 

quant tu devras dire trois choses, 

tu n'en diras mie les deus, 

tant seras vers li vergondeus. 

il n'iert ja nus si apensez 
140 qui en ce point n'oublit assez, 

se teus n'est qui de guile serve; 

mais faus amant content leur verve 

si corne il vuelent, senz peeur; 

et cil sont fort losengeeur: > 
145 il dïent un et pensent el, 

li traiteur félon mortel. 

quant ta raison avras fenie, 

senz dire mot de vilenie, 

moût te tendras a conchïé, 
150 quant tu avras rien oublie 

qui te fust avenant a dire. 

lors reseras en grant martire. 

c'est la bataille, c'est l'ardure, 

c'est li contenz qui touz jourz dure. 
155 amanz n'avra ja ce qu'il quiert, 

touz jourz i faut, ja en pais n'iert. 

ja fin ne prendra ceste guerre 

tant con l'en vueille la pais querre. -4 



Quant ce vendra qu'il sera nuiz, 
lors avras plus de mil enuiz. 160 

tu te coucheras en ton lit, 
ou tu avras pou de délit; 
car quant tu cuideras dormir, 
tu comenceras a frémir, 
a tressaillir, a démener; 165 

seur costé t'estouvra tourner, 
et puis envers et puis adenz, 
come ome qui a mal as denz. 
lors te vendra en remembrance 
et la façons et la semblance 170 

a cui nule ne s'apareille; 
si te dirai tiere merveille, 
teus foiz sera qu'il t'iert avis 
que tu tendras celé an cler vis 
entre tes braz trestoute nue, 175 

aussi con s'el fust devenue 
don tout t'amie et ta compaigne: 
lors feras chastiaus en Espaigne 
et avras joie de noient, 
tant con tu iras foloiant 180 

en la pensée delitable 
ou il n'a fors mençonge et fable, 
mais pou i pourras demourer 
lors comenceras a plourer 
et diras: 'Dieus! ai je songié? . 185 
qu'est ice? ou estoie gié? 
ceste pensée dont me vint? 
certes, le jour dis foiz ou vint 
voudroie qu'ele revenist. 
el me paist tout et replenist 190 

de joie et de bone aventure; 
mais ce m'a mort que pou me dure. 
Dieus! verrai je ja que je soie 
en tel point come je pensoie? 
jel voudroie par convenant 195 

que je mourusse maintenant, 
la morz ne me greveroit mie, 
se je mourroie es braz m'amie. 
moût me grieve Amours et tourmente; 
souvent me plaing et me desmente. 200 

mais se tant fait Amours que j'aie 
de m'amie entérine joie, 
bien seront mi mal acheté. 
Las! je demant trop chier cheté! 



123 très bien Langlois. 170 façon Langlois. 
212 



GUILLAUME DE LOBEIS, ROMAN DE LA ROSE. 



Pièce 61. 



205 je ne me tiens mie pour Mge, 

dont je demandai tel outrage; 

car qui demande musardie, 

bien est droiz (lue l'en l'escondie.- 

ne sai comrnt dire l'csui ; 
210 maint plu.t prea et plus alooé 

de moi avroient grant eneur 

en un loier assez meneur. 

mais He, senz plus, d'un seul baisier 

me deignoit la bêle aaisier, 
215 moût avroie riche desserte 

de la peine que j'ai souferte; 

mais forz chose est a avenir; 

je me puis bien pour fol tenir, 

quant j'ai mis mon cuer en tel leu 
220 dont ja n'avrai joie ne preu. 

si di je que fos et que garz, 

car mianz vaut de li uns regarz 

que d'autre li deduiz entiers. 

moût la verroie voulentiers 
225 orendroites, se Dieus m'ttit; 

gueriz fust qui or la yëist. 

Dieus! quant sera il ajourné? 

trop ai en ce lit séjourné; 

je ne pris guieres tel gésir, 
230 quant je n'ai ce que je désir. 

gesirs est enuieuse chose, 

quant l'en nï dort ne ne repose. 

moût m'enuie certes et grieve 

que l'aube orendroites ne crieve 
235 et que la nuiz tost ne trespasse; 

car s'il fust jourz, je me levasse. 

ha! solauz! pour Dieu, car te heste! 

ne séjourne ne ne t'areste; 

fai départir la nuit oscure 
240 et son enui qui trop me dure.' 
La nuit ainsi te contendras 

et de repos petit prendras, 

se j'onques mal d'amer queuui; 

et quant tu ne pourras l'enui 
245 soufrir en ton lit de veillier, 

lors t'estouvra apareillier. 

vestir, chaucier et atoumer, 

ainz que tu voies ajourner. 

lors t'en iras en recelée, 
250 soit par pluie, soit par gelée, 

gmir LangloU. 255 Var, desfora (la plupari de* 



231 



tout droit ren U maison t'amie, 

qui se sen bien endormie, 

et a toi ne pensera goieres. 

ane eore iras a l'ais derieres, 

savoir s'il est restez desclos, 255 

et jucheras iluec defors 

toaz sens, a la pluie et an vent. 

après vendras a l'uis devant; 

et se tu trueves fendënre, 

ne fenestre ne serrëure, 260 

oreille et escoute parmi 

s'il se sont leanz endormi; 

et se la bêle, senz plus, veille. 

ce te lou je bien et conseille 

qn'el t'oie plaindre et doolonser, 265 

si qu'el sache que reposer 

ne puez en lit, pour s'amistié. 

bien doit famé aucune pitié 

avoir de celui qui endure 

tel mal pour li, se mont n'est dure; 270 

si te dirai que tu dois faire 

pour l'amour dou haut saintuaire, 

de quoi tu ne puez avoir aise. 

au départir la porte baise, 

et pour ce que l'en ne te voie 275 

devant la maison n'en la voie, 

gar que tu soies repairiez 

ainz que li jourz soit esdairiez. 

icis venirs, icis alers, 

icis veilliers, icis paliers 260 

fait as amanz souz les drapians 

durement amaigrir les pians. 

bien le savras par toi mëismes: 

il convient que ta t'essftimes, 

car bien saches qu'Amours ne laisse 285 

seur fins amanz couleur ne graisse. 

a ce sont bien cil parissmnt 

qui vont les dames tr&issant: 

il dïent, pour eus losengier, 

qu'il ont perdu boivre et mangier, 200 

et je les voi, les jangleeors, 

plus gras qu'abez ne que prïeors. 

Encor te comant et encharge 
que tenir te faces pour large 
a la pacele de l'ostel: 205 

an garnement li done tel 

t.), daafers (quelques m**.). 261 par mi LangL 

213 



Pièce 62. 



XIII« SIECLE. 



qu'el die que tu iés vaillanz. 
t'amie et touz ses bienvoillanz 
dois enourer et chier tenir, 

300 granz biens te puet par eus venir, 
car cil qui sont de li privé 
li conteront qu'il t'ont trouvé 
preu et courtois et afaitié; 
miauz t'en prisera la moitié. 

305 dou pais guieres ne t'esloigne; 
et se tu as si grant besoigne 



que a esloignier t'en couvieigne, 

garde bien que tes cuers remaigne 

et pense de tost retourner; 

tu ne dois guieres séjourner. 310 

fai semblant qu'a vouair te tarde 

celi qui ton cuer a en garde. 

Or t'ai dit coment n'en quel guise 
amanz doit faire mon servise: 
or le fai donques, se tu viaus 315 

de la bêle avoir tes aviaus. 



62. 

PASTOUEELLES. 

a. Raynaud, No. 580. — b. Raynaud, No. 1385. — Ces deux pièces sont données par le seul 
maniuscrit U. — Imprimées: Bartsch, Rom. u. Past. (1870) 135 et 137. (Ba.) 

c. Raynaud, No. 599. — La pièce est donnée par les mamiscrits NKPX. — Imprimée : 
Bartsch, l. c. 191. (Ba.) — Graphie de N. 



La douçors del tens novel 
fait cbangier ire en revel 
et acrestre joie, 
por lo comancement bel 
5 dou douz mai lez un boschel 
toz seus chevalcboie. 
entre un pré et une voie 
espringoient sor l'erboie 
pastores et pastorel, 
10 et en lor muse a frestel 

vont chantant un dorenlot: 
'vos avroiz lo pickenpot 
et j'avrai lo dorenlot.' 
Por faire le cointerel, 
15 ot chascuns un vert chapel 
et blanche corroie 
et ganz couez et coutel 
et cotte d'un gros burel 
a diverse roie; 
20 s'ot chescuns lez lui la soie, 
et chescune se cointoie 
por son cointe vilenel. 
Biatris estroit graislel 
va chantant un dorenlot: 



'vos avroiz lo pickenpot 
et j'avrai lo dorenlot.' 
Entre Guibor et Ansel 
marchent del pié lo prael, 
Guioz lez Maroie 
refaisoit lo lecherel, 
et font croller le cercel 
si qu'il en peçoie. 
cil et celé se desroie, 
fièrent del pié sor l'arboie, 
chescuns i fait son merel. 
et Guis en son chalemel 
cointoie lo dorenlot: 

'vos avrez lo pikenpot 
et j'avrai lo dorenlot.' 
Senz semonse et sens apel 
de mon palefroit morel 
dessent lez l'arbroie. 
en la dance molt isnel 
me mis lez un sotterel 
cui forment ennoie: 
car de celi l'esloignoie 
qu'il amoit, si s'en gramoie, 
si a dit: 'seignor tousel. 



25 



30 



35 



40 



45 



62. a. 6 tôt Ms.Ba. 8 soz 3Is. 47 q lamoit Ms. 



214 



Pastourelles. 



Pièces. 



cil qui fait lo daroulHel 
50 nos toat nostre dorenlut.' 

'tob avrez lo pikenpot 
et j'avral lo durenlut. 
DiBt Perrins: '«ire donzel, 
qnerez aillon voHtre avel, 
65 laissiez autrui proie!' 
kaut cil ai hou aidel, 
en sa nuiin priât un caillel, 
vers moi lo paumoie. 
kant vi, la force n'iert moie, 
60 sor mon cheval remontoie; 

mais l'un d'aus oing lo musel, 
d'nn baston 11 fis borsel, 
pnis guerpi lo dorenlot. 

'vos avroiz lo pikenpot 
65 et j'avrai lo dorenlot.' 

Lors me soi mis a la voie, 
et chascuns d'els me convoie 
de baston on de chaillel. 
lor chien Tancré et Mansel 
70 m'ont hUé senz dorenlot. 

'vos avrez lo pikenpot 
et j'avrai lo durenlot.' 

b. 

Quant la dpnce saisons fine, 
que li fel y vers revient, 
que flors et fuelle décline, 
que ces oiselez ne tient 
5 de chanter en bois n'en broil, 
en chantant, si con je soil, 
toz sens mon chemin erroie; 
si 61 près d'une voie 
chanter la bêle Aielot: 

10 'dorenlot, j'aim bien Guiot! 
toz mes cuers a lui s'ottroie.' 
Grant joie fait la meschine, 
quant de Guiot li sovient. 
je li dis: 'amie fine, 

15 cil vos sant qui tôt maintient! 
vostre amor désir et voil; 
a vos servir toz m'acoil; 



M daingniez que tottret suie, 
ceyntor vo» donral de aoie; 
si laissiez cel riUin sot, 
dorenlot, c'alni ne vos sot 
bien amer ne faire Joie.' 

'Sire, or m'aves eaMiee, 
mais pou i avez conquis; 
mainte autre en avez proiee, 
si ne l'avez pas apris, 
nen ici ne lo lairois. 
n'est pas 11 cuert si destrob, 
con il pert a la parole, 
tels baise feme et acole 
qui ne l'aime tant ne quant 
dorenlot, alez avant, 
ja ne me troverez foie!' 



'Quant voi la flor nouvele 
paroir en la praele, 
et j'oi la fontenele 
bruire senr la gravele, 
lors m'i tient amors noavele 
dont ja ne garrai: 
se cist maus ne m'asouage, 
bien eai que morrai. 

Je sui sade et brunete 
et joenne pucelete, 
s'ai color vermeillete, 
euz vers, bêle bouchete; 
(A me point la mamelete 
que n'i puis durer; 
resons est que m'entremete 
des douz maus d'amer. 

Certes, se je trouvoie 
qui m'en mëist en voie, 
volentiers ameroie, 
ja por nul nel leroie; 
car bien ai Oi retreire 
et por voir conter, 
que nus n'a parfeite joie, 
s'él ne vient d'amer.' 

Vers la touse m'avance, 



SO 



25 



80 



10 



15 



SO 



29 



55 lassiez ^fll. 60 chiens i/t.Ba. 

b. 2 vver .V*.Bu. 5 bmel .V>. 6 suel M*. 18 duguin M». 20 laMiex V*. 23 «Maie M». 
25 arei B<irt.fr/i; proteie M». 26 cl Mn.Bn. 33 mi .'A«. 

c. 8 quen P. 13 mi XKX; laroelete X. 16 d'] manqut Ba. 19 mamque X. 20 nos lî. 
21 c. iai tout ion o. r. A*. 22 reconter A'. 2.5 manoie P. 



815 



Pièce 63. 



XIII» SIECLE. 



por avoir s'acointance ; 

je la vi bêle et blanche, 

de sinple contenance ; 

ne mist pas en oublïance 
30 ce que je li dis, 

maintenant, sanz demorance, 

s'amor li requis. 
Pris la par la main nue, 

mis la seur l'erbe drue; 
35 ele s'escrie et jure 

que de mon geu n'a cure: 

'estes vostre lechëure, 

Dex la puist honir! 

car tant m'est asprete et dure, 
40 ne la puis souffrir.' 

'Bêle tresdouce amie, 



ne vos esmaiez mie! 
oncor ne savez mie 
con ce est bone vie. 
vo mère n'en monit mie, 
ce savez vos bien: 
non fera, certes, la fille, 
n'en doutez de rien !' 

Quant l'oi despucelee, 
si s'est en piez levée, 
en haut s'est escrïee: 
'bien vos sui eschapee! 
treze anz a que je fui née, 
par mien escient: 
onques meis n'oi matinée 
que j'amasse tant.' 



45 



50 



55 



63. 

CHANSONS À PERSONNAGES OU DRAMATIQUES. 

(ROMANCES.) 

a. Raynaud, No. 1995. — La pièce est donnée par les matmscrûs Ta,CUHNKP. — Im- 
primée: Keller, Romvart (1844) 308 (= a); Tarhé, Les Chansonniers de Champagne (1850) 26; 
Maetzner, Altframos. Lieder (1853) 70; Dinaux, Trouvères, jongleurs etc., IV. 155; Hofmann, Sitz.- 
Ber. d. k. bair. Akademie 1865, Il 301 (= C); £artsch, Rom. u. Past. 35 (= Ba.) Brakelnmnn, 
Archiv /. neuere Spr. 43, 388 (= C). — Graphie de N. 

b. Raynaud, No. 1156. — La pièce est donnée par les manuso-its C et U. —r Imprimée: 
Wackernagel, Altframos. Lieder u. Leicke 84; P. Paris, Mist. litt. XXIII, 826; Bartsch, Rom. u. 
Past. 28. Graphie de C. 



Un petit devant le jor 
me levai l'autr'ier, 
sospris de novelle amor 
ki me fait vellier. 
por oblïer ma dolor 
et por alegier, 
m'en alai cueillir la flor 
de joste un vergier. 



la dedenz en un destor 

oi un chevalier, lo 

desor lui, en haute tor, 

dame qui moût l'out chier. 

elle out fresche la color 

et chantoit par grant douçor 

un douz chant piteus, mellé a plor, 15 

et dist come loiaux drue: 



26 p. oir NPXBa. 27 b. et blonde P. 28 manque K qui, à cet endroit, a intercalé un vers: 
par la main l'alai prendre. 34 sus larbe iV; dure P. 39 c. t. est P; aspreste N, 40 la] manque N. 
Les vers 41 à 56 manquent dans KP\ 41 à 48 aussi dans X. 47 n'en Ba. 53 XIII N; q. j. ne 
f. n. X. 54 mon Ba. 56 q. je a. X, 

63. a. 1 avant a. 3 et 4 manquent NKP. 3 sorpris H, soupr. a. 4 ke C. 5 p. conforter 
Ta; mes dolors C. 6 eslagier U. 7 1. flor] manque T; c. flors C. 8 dedenz NKP. 9 destroit T. 
11 desus NKP, desos Ta; une t. U. 12 fu celé qui lot c. U. 13 la] manque C. 14 si N; chanta 
NKP; p. g. d.] manque U. 15 àans] manque U; piteus] manque H; en pi. CUNKPBa. 16 e. disoit 
con U, pues ait dit com C, 



216 



CHANSONS A PEB60NNAOE8 OU DRAMATigt 



Mèce 68. 



'HnitM, vuH in'uvûii perdue: 
li jalua m'a mia en mue.' 
(juant li chevaliers entent 
20 la (lame au vis cler, 

de la grant dolor qu'il sent 

conmence a plorer; 

puis a dit en soupirant : 

'mar vi enserrer, 
25 dame, vostre cors le gent 

que tant doi amer. 

or me convient chierement 

les grans biens conperer, 

i|ue Tolentiers et souvent 
dO me soulïez doner. 

las, or me veit mulement! 

trop a ci aspre tornient, 

et se ce nos dure longuement, 

sire Dex, ke devendrons nos? 
35 ja ne puis je durer sanz vos: 

et sanz moi cornent durez vos?' 
Dist la dame: 'douz amis, 

amors me sostient. 

assez est plus mors ke vis 
40 qui dolors maintient, 

lez moi gist mes anemis, 

fere le convient. 

ne je n'ai joie ne ris, 

se de vos ne vient. 



non cuer ai si en vos nia, 45 

tout adéa m'en souvient; 

•e U cort vos c«t escbii, 

li cuert a voi se tient 

lifetement l'ai enpria, 

et de ce soiiés tos fls, 50 

que sans repentir serai tos dit 

vostre loials amie: 

por çott, se je ne vos voi, 

ne vos oubli je mie.' 
'Dame, je sai tout de voir, 55 

bien l'ai esprouvé, 
que vous ne portiez avoir 
cuer de fauseté. 
mes ceu me fet molt doloir, 
que je ai esté 60 

sire de si grant voloir; 
or ai tôt pané, 
je ne pëusse cheoir 
en greignor povreté; 

Dex m'a mis en non clialoir 65 

et del tout oublTé. 
mais je ai molt boen espoir 
qui bien m'i porra valoir, 
et Diex le me doinst encoire avoir; 
s'est droiz qne j'en die: 70 

se Deu plest, li jalos morra, 

si ravrai m'amie.' 



17 mamiur NKP. 18 mU« -VA'. NKP ont interpttlé ici drux rrr*: et perdu* et retroauM. U Jalos 
m'a enmure». 19 ent.] oi VXKP. 20 a t. CHN. 21 pUie -VA'/*; kil ot rfWA'P. maiHfuf li. 
28 lor <i. et .VA7^ li dist f; a cuor dotant Jl 24 eni«rr« .VA'. 25 v. c U g. C.VA'F. 36 «al 
HT', doie t. C, t. ai ame .VA'/'. 27 men C; m. faites /', mcstovra Tu, n. covint //; darvaMBS 
Cyk'P, loDgeroeot T. 28 1. doDS b. C.XKP; maus /'; endurer 'i. 29 soUJee T, soloin ff. 
31 mnnifur C; nos v. A'A*/». 32 manque -VA'/'; las ci a t': ai //. 33 et] marnée CUS; seasi 
n. //, sil n. C. "AA tresdoos d. C. 35 et 36 interrtrtia dan* T. 35 ja n] mami/mf T\ ja] }• 
CHPu\ je] Hnini/ur <<i; endorer a. 3Q manque II; ooment dore* r. cognent T; et re* •. ■. 
C. 37 biaus ('SKP/ta., boens <'; b. am. eeo d. 1. d. C. 38 qo'aaor* SKP; ouiaUnt Cl',Ba, 
40 tel d. T; dolor rf'.VA'/': sostient Cr,Bn. 41 moi] mois T, aon a; m«s] mam^m t\ 48 SMt 
J. yKP, et se (\ Ja naorai C; joie] ne jeu a. 45 <i 54 manquant damé H ok om a laUti l'mpaet 
en binnr. 45 j'ai si m. c. Cl'.ha.; ens vos ai m. penser m. T. 40 qae t. .V, kade* t\ 47 a. aM« 
e. a. 60 manque CTXKP; or s. lolaU amis C 51 manque /'; q. j« ««rai 'T; aess rap. C. • tos 
dis T; q. sui et (et niumvi"- -V) Mrai t. d. XKP. 52 je soi 1. a. f. 54 obliorai m. C 55 Jel 
CXKP.Ita.; cuit bien «avoir CCJiu.; tôt] bien TXKP. 50 Uat t'V,Btt., si T. 57 tm) w— fe 
//.VA': (]uen v. T; poroit C, poroies //. 50 si d. TVi ; m. la mlt^ 1* caer dolent .VA'/*. 60 jal taat 
TCrSKP,IUt., jou .1. (îl dame C; de mon 7*; haut .VA'/»; ralor C, pouoir tSKP. 62 ni AT, 
ott r (e o>rrigr de a): pansei (\ Ia'* rer» G3 et M »"»t intermiiè a*te 65 H 66 dnn» TCV,Ba, 
63 ja ne //, ke je ne T; puisse Cl' If; pM eb. /', J* ch. //; calr ai 64 a. phw giaat p. //. 66 do 
t. rr'.V,//(i.; en vilte f. /.r« rer» 67 <i 90 mtanquemt du»* 11. 67 ai. j. tai oo b. T, car jai aa 
si b. «; jai el <;uer un tel e. .VA'P. 68 q. oaeora ai. a. k'oaeor m. Cl',Btt.\ m» CTn; porroit X; 
pnet molt (m. bien V) r. CCB». 69 Moa^tM CT'.VAT^i. 70 si ««t .VA'/'; dr. «et C; q. jd d. 
r^Ba.i q. je lou (\ q jou n. 71 dex f. 72 •. raaerai TC. 73 o 108 wtaitfmmt 4a»t 

KP; le» rer» 73 ') 00 manquent autsi dan* y. 



817 



Pièce 63. 



XIIP SIECLE. 



'Amis, se vos desirrez 

la mort an jalons, 
75 si faz je — si m'ait Dés! — 

cent tans plus de vous; 

qu'il est viels et rasotez 

et glos come lous, 

lez et magres et pelez 
80 et si a la tous. 

maies teches a assez 

li desloiaus, li rous; 

toute sa graindre bontez 

c'est de çou qu'il est cous. 
85 amis, mar fu mes cors nez! 

quant pour vous est enserrez, 

et autres en a ses volentez, 

drois est que m'en plaigne: 

coment garira dame sanz ami 
90 cui amors mehaigne? 

Douz amis, vos an irez, 

car je voi le jor. 

des ore mes n'i poez 

fere lonc se jor. 
95 vostre fin cuer me lerez, 

et n'aiez paor, 

que vos avez et avrez 

la plus fine amor. 

des que vos ne me poez 
100 geter de ceste tor, 

plus souvent la regardez 

de vos ieus par douçor!' 

lors s'en part cil touz irez 



et dist: 'las! tant mar fui nez. 

quant mes cuers est ci sanz moi remés, 105 

dolans m'en part: 

a Deu comant je mes amors 

ki les me gart!' 



Quant ce vient en mai, ke rose est panie, 
je l'alai coillir per grant driierie. 
en pou d'oure oi une voix série 
lonc un vert bouset, près d'une abïete: 

'je sant les douls mais leis ma centurete. 5 
malois soit de Deu ki me fist nonnete! 
Ki nonne me fist, Jésus lou maldie! 
je di trop envis vespres ne conplies: 
car asseiz aing miels bonne conpaingnie 
ke est deduissans et amerousete. 10 

je sant les douls mais leis ma centurete 
malois soit de Deu ki me fist nonnete!' 
Elle s'escriait: 'trop seux esbaihie! 
e Deus! ki m'ait mis en ceste abàie? 
maix ieu en istrai, per Sainte Marie, 15 

n'i vestirai mais souplis ne gonnete. 

je sant les douls mais leis ma centurete. 
malois soit de Deu ki me fist nonnete! 
Celui manderai a cui seux amie, 
k'il me vaigne querre en ceste abâie; 20 

s'irons a Parix moneir bone vie, 
car il est jolis et je seux jonete. 

je sant les douls mais leis ma centurete 
malois soit de Deu ki me fist nonnete!' 



74 a ClT,Ba., del a. 75 aincor la désire ieu C. 76 c«nz U, mil a. 77 qu'] manque CU,Ba.', 
radotes a. 78 dans T interverti avec le vers 80. 79 fel et a, si (et si C) est m. CU,Ba.; 
maiges et pailes C. 80 et si est lais C. 81 putes (tant p. C) t. CU,Ba. 83 toutes ses 
grain dres b. -«, la greignor b, quil ait CU. 84 sont d. a. 85 diex fait il 9 sui ires T^ et dist 
las tant mar fu nés CU. 86 manque CUT. 87 quant autr. U, caitres C, kil T\ en fait U. 88 sest 
dr. T\ mes cuers a vos sen claime «. 89 d. a tel mari Ta. 90 manque C; coment garira sele naime 
Ta. 91 biaus a. CU,Ba.^ amis or 7'a; aies Ta. 93 désormais CUNa\ n'] manque C, ne ci Z7; 
portes a; plus demorer ne p. H. 94 f. trop. 1. C; ne faire s. H. 95 et 96 dans U intervertis avec 
97 et 98. 95 et le vostre me 1. U. 96 naies pas C, ie nen ai pas U. 97 car a; aurez e. auez 
(auroiz IT) HN; c'avec (c' manque U) vos en porterez CU,Ba. 98 loial (loiale JÏ) a. HNT. 99 puis 
q. N, et se a, se H\ men H. 100 c. haute t. H. 101 pi. uolentiers le gardez H. 102 por moi 
CjBa.j amis U; p. grant d. CU,Ba., p. amor H\ por la moie amor N. 103 et cil s. p. CU,Ba.^ et 
li chevalier fu irez N. 104 si mar a; fu H\ et si sen va corociez N. 105 manque CJJN; ci] 
WAxnque H. 106 manque N. 106 « 108 manquent a. 107 je] manque N, ja Ba. Après 108, 
N ajoute : et li vilains soit penduz a une hart. 

b. 1 se CU,Ba.' florie U. 3 pouc C,Ba.; ois U. 4 dedans un bosket leis u. U. 5 sent U, 
partout ainsi -^ a m. sentur. U. 7 à 18 dans U ajoutes à la fin, par une autre main. 7 ke l^. 
8 je ne dirai mais f/. 9 asets U; meiels T', j'amaixe trop m. moneir bone vie C,Ba. 10 fust 
C,Ba. 13 com s. C,Ba. 14 d. ke seans m. m. C. 15 m. jan isterai U. 16 ke ne v. (mais manque) 
C,Ba.- cotte C,Ba.; gonelle C. 19 à 24 manquent U. 



218 



CHANSONS ANONYMES. 



Pièce 64. 



25 Qaant aeii amis ot la paroUe 5ie, 
de joie treuaut, li cuere li fromie, 
a la porte en vient de celle abiiie, 



ii en gelait fora ta doaee amlete. 

'Je sant lea doala nais leit na MBtnrete. 
maloifl loit de Deu ki me flft nonneterdO 



64. 

CHANSONS ANONYMES. 

a. Rtiynitnd, N», 2079. — An pi^ee têt dtmnie par le teul manuscrit l\ 

b. Rni/intiid, i\'>. 989. — J/éww mantuerit. — Imprimée: P. J^iris, Hist. lût. XXIIf. 812 
(fragmrnt.). — 

c. Jini/nnud, iVo. 517. — X<« pi^ce e»t donnée par le manuscrit C. — Imprimée: Wocker- 
nagel, Altfranxfi». Lieder und Lriche 63. 



Qant II maloB bruit 
8or la flor noTelle 
et li solaus luit 
qui tout resplandelle, 
5 lour mi plaist la damoizelle 
qui est jone et jante et belle, 
et por li suis an grant joie 
aseis plus que ne soloie. 
je suis siens et elle est moie; 

10 dehait ait qui ne l'otroie, 

que por riens n'en partiroie. 

Joie et grant desduit 
ai por la donselle. 
g'i pans jor et nuit 

15 et s'amors m'apelle. 
je l'iii an la praielle 
chanter a la fontenelle 
par desos une codroie, 
Boule, an un blïant de soie, 

30 chapial d'or ot et coroie. 
Dens, corn' elle s'esbanoie 
et corn' elle se cointoiel 

Ki ainmet valor 
et met sa pansée 

25 a leaul amor 



et il Tait troree, 
bien ait sa joie doblee, 
n'an doit partir por riens née. 
qui se met an avanture 
d'amer, amors l'asëure 
de joie et d'anvoisëure 
et de bien et de mesure; 
toute sa vie li dure. 

J'ain Ion grant signor 
c'an haut' honor bee, 
large doneor, 
et bien fiert d'espee, 
cant il vient a la melee; 
ieeu me plaist et agrée, 
mais des mavais n'ai ge cure, 
c'on ne s'en poroit desduire. 
plain sont de malle faitnre, 
n'i ait raison ne droiture: 
fous est qui s'i asëure. 

J'ain Ion chevalier 
qui bien met sa terre 
an bial tomoier 
et a lous conquerre. 
ceu li doit an bien soferre. 
puis qu'il son avoir n'anserre, 
bruit d'armes et drilerie 



30 



35 



40 



45 



50 



25 cet C,Bn.; li amans f\ 27 et vint a 1. p. C,Ba. 

64. a. 1 brut }f.i. 2 novele] ajiuilè par hw main jHuttérirurf. 3 laiat Me. 14 nnit et jor 
M*. 15 B^moT .Vk. 17 an 1. fontelle J/". 18 p iA. 21. 22 9 .V>. 23 aimet valoor Jlf«. 28 p M*, 
30 amor .Vj(.; laraure Ms. 35 haut h. beie Me. 36 doneour Me. 41 9 Me. 44 aata* Me. 49 gqaere 
Mf. 51 brut .U». 



219 



Pièce 64. 



XIII" SIECLE. 



maintient et chevalerie 
aveuc bone conpaignie. 
lors avra bien deservie 

55 l'amor de sa douce amie. 
Je ne quier aler 
an poingnis de gerre, 
mais ou froit celier 
la me puet on querre. 

60 a boin ferrait que bien ferre, 
la Yoil mon argent offerre; 
et se j'ai trute florie, 
gastial et poille rostie, 
bien i vodroie m'amie, 

65 qui sanble rose espanie, 
por faire une raverdie. 



Je chantasse d'amorettes, 
s'en eusse l'aqoison; 
mais se je faz chançonettes, 
ceu sera contre raison. 
5 femes sont mais trop noblettes 
et trop de fauseté brettes, 
amers n'ont mais que lo non, 
amors ont malvais renon: 
car li riche al cuer félon 

10 sont amé por faire don, 
et li cortois povres hom 
aime seus. 
anuieus 
est li povres envïeus. 

15 Qui vuet avoir la baillie 

de s'amie a son talant, 
bien gart k'avers ne soit mie, 
mais penst que il doinst sovent 
cotte, mantel a s'amie, 

20 peliçon et sosquenie 

et chascun mois garnement, 
et tôt quank'ele despent, 
que ele ait de son argent, 
qui lo plait fait autrement, 

25 n'i trueve l'on nul samblant 



amereus 

ne piteus 

ne plaisant ne deliteus. 

N'i vaut mais riens cortesie 
ne biautez ne biax ators. 
nuns ne puet avoir amie, 
tant i sache faire tors, 
se sa borse ne deslie. 
amors lo povre home oblie, 
ne li plaist pas ses sejors, 
puis qu'il ne puet tenir cors. 
li riches n'iert ja si lors 
ne tant avulés ne sors 
k'il ne soit, hui est li jors, 
gratïeus. 
anuieus 
est li povres envïeus. 

Se c'est que femme vos die: 
'je vos aim', nel créez ja! 
femme est plaine de boisdie, 
nature li ajuga; 
en mal panser est norrie. 
s'ele tant fait que vos rie, 
en riant vos décevra, 
ne ja ne vos amera, 
se l'avoir non qu'ele en a. 
la costume en est pieç'a: 
ses cuers va or ci or la, 
en mainz leus, 
corageus 
et tornanz et outrageus. 



CHANSON D'UNE DAME. 
La froidors ne la jalee 
ne puet mon cors refroidir, 
si m'ait s'amors eschaufee, 
dont plaing et plor et sospir; 
car toute me seux donee 
a li servir. 

muels en dëusse estre amee 
par désir 



30 



35 



40 



45 



50 



55 



53 aueu 3Is. ; 9paignie Ms. 62 trutes flories 3Is. 63 gastiaus e. poilles rosties Ms. 

h. 5 mobletes? Tabler. 13 enuieus J!/s. 14 aniex Ms. 19 cotte et m.? Sa. 21 chascuns -3f«. 
23 corr. de Tabler] et q. cale a. d. l'a. Ils. 25 true 3Is. 26 — 28 -ous Ms. 32 sache] sa-j (fin de 
la ligne) jVs. 40—42 -ous Ms. 43 sest Ms. 53 si Ba. 

c. Rubrique: Une dame. 1 froidor Ms. 2 refroidier Ms. 3 samor Ms. 8 manque Ms. 



220 



ROTROUENGE DE JACQUES DE CAMBRAI. 



Pièce fô. 



de celui ke tant désir, 
10 ou j'ai mis ma pensée. 

Ne sa! consoil de ma vie, 

He d'uutrui consoil nen ai; 

car cil ni'uit en sa bailUe 

cui fui et seax et serai. 
15 por tant seux sa douce amie 

ke bien sai 

ke, por rien ke nuls m'en die, 

n'amerai 

fors lai dont seux en esmai: 
20 quant li plaist, si m'ocie! 

Aniors, per moult laprant oatraige 

m'ocïeis, ne sai por coi; 

mis m'aveis en mon coraige 

d'ameir lai ou je ne doi. 
25 de ma folie seux saige 

quant jel voi; 

de porchaiscier mon damaige 

ne recroi; 

d'ameir plux aatrai ke moi 



ne H doinat Deaa eooraig»! 

Ensi, Uiatel k'en pois faire, 
cai amon jutice et prant? 
ne mon coer n'en pois retraire 
ne d'autrui joie n'atent. 
trop ont anui et contraire 
li amant 

amora est plux debonaire 
a l'autre gent 

k'a moi, ki les mais en sent, 
ne nuls biens n'en puis traire. 

Ma chansons isi define, 
ke joie ait vers moi âneir; 
car j'ai el cors la rasine 
ke ne pois desrasineir. 
ke m'est a cner entérine 
sens fanceir. 

amors m'ont pris en bftine 
por ameir. 

j'ai bëut del boirre ameir 
k'Isoth but la rOine. 



80 



86 



40 



45 



60 



65. 

ROTROUENGE DE JACQUES DE CAMBRAI. 

Raynaud, No. 602. — La pièce ett donnée par le mamuerit C. — Imprimée: IVaetermagel, 

l. c. 66. 



10 



Rétro wange novelle 
dirai et bone et belle 
de la virge pucelle, 
ke meire est et ancelle 
celui ki de sa chair belle 
nos ait raicheteit 
et ki trestoas nos apelle 
a sa grant clairteit. 

Ce nos dist Is&ie 
en une profesie: 
d'nne yerge delgie, 
de Jessé espanie, 



istroit flors per signorie 
de tresgrant biaulteit. 
or est bien la profesie 
tomeie a verteit. 

Celle verge delgie 
est la virge Marie: 
la flors nos senefie, 
de cen ne douteia mie, 
Jbesu Crist ki la haichie 
en la croix souSri: 
tout por randre ceftos en rie 
ki ierent péri. 



15 



30 



10 miaa M». 20 se M*. 26 no .V«. 35 anait Mt. 41 chanaoo M». 42 finti M». 

65. 9 S* M«. 11 cune v. degipte Mt. 13 flors] manqne M:; W. reut lirr. 
17 T. degfpte Mt. 19 flor M*. 23 tout Tobler] fat M: 



itteroit p. s. 



281 



Pièces 66 et 67. 



XIIP SIECLE. 



66. 

MOTETS. 

Romanische Inedita auf itaUenischen Bibliothehen gesammelt von Paul Heyse, Berlin, 1856, 
pp. 49 et 52 [d'après un ms. de la Bibl. du Vatican (=■ a de Schwan)]. — Recueil de Motets 
Français des 12^ et 13* siècles par G. Raynaud et H. Lavoix, Tome I, Paris 1881, pp. 248 et 70 
/= R ; d'après un ms. de Montpellier, désigné ici par M, avec les variantes du ms. de Rome, désigné 
ici par VJ. Graphie de V. 



Ce sont amouretes ki me tienent si, 
que ue pens a riens vivant 
fors k'a la bêle au cler vis. 



an! Dieus, an! 
an! Dieus, an! 
haro! qi m'en garira? 



20 



5 sa blanche gorge plaisant, 

son menton vautis, 
sa fresce bouce riant, 
ki tous jors dit par samblant 
'baisiés, baisiés moi, amis, 

10 tondis!' 

son nés bien fait a devis, 
et si vair oel souriant, 
larron d'ambler cuer d'amant, 
et si brun sourcil plaisant, 

15 son plain front, son cief luisant, 

m'ont navré 
d'un dart si enamoré, 
que bien croi que m'ocira. 



Bêle Aelis par matin se leva, 
en un pre jiier ala 
par déport et par douçour. 
lors li menbre d'une amour 
k'enprise a, si grant piech'a. 
en souspirant s'escria: 
'Dieus, con vif a grant doulour, 
qant on me bat nuit et jour 
pour celi qui mon cuer a! 
mais quant plus me bâtera 
ma mère, plus me fera 
penser folour.' 



10 



67. 

RONDEAUX DE GUILLAUME D'AMIENS. 

Conservés dans un ms. de la Bibl. du Vatican (a de Schwan). — Romanische Inedita auf 
itaUenischen Bibliothehen gesammelt von Paul Heyse, Berlin, 1856, pp. 54 et 57. — Recueil de 
Motets Français des 12* et 13* siècles par G. Raynaud et H. Lavoix, Tome II, Paris 1883, pp. 117 
et 119. (R.) — b e« c: Bartsch, Rom. u. Past. 1870, pp- 348 u. 222- 



Ja mais ne serai saous 
d'esguarder les vairs ieus dous 
qi nCont ocis. 



onques mais si au desoug 
— ja mais ne serai saous — 
ne fu nus cuers amourous, 



66. a. 1 cest amourete ki mi prant si V. 5 gorgete V. 7 fresce] frece F, saffre MR. 8 dist V. 
12 fremiant MR. 14 plaisant M] luisant F. 15 manque V; chief M. 18 carque F; Heyse con- 
jecture car bien; quil M. A la place des vv. 19 et 20, F a seulement a d. a d. 21 hareu F. 

b. 1 Peut-être : Bêle A. s'esveilla | et par matin se leva Bartsch ; Âielis F. 4 lor F. 5 pieça R. 
7 vit F. 10 com plus F. 

67. a. 2. 10 de warder R. et Ms. (?) 



222 



JEU PARTI ENTRE ANDRÉ œNTREDIT ET GUILLAUME LE VINIER. Pièce 68. 



ne ja n'ert a tans rMCoas, 
qaiit muir tous vis. 
ja maii ne $erai $aouê 
10 d'eâguarder les vair$ ieus doua 
qi m'ont ocit. 



Ce$t la fina, koi i/ue nu8 die, fumerai! 
c'est la jas enmi le pre! 
c'est la fins, je veal amer! 
jas et bans i a levé», 
bêle amie ni. 
c'est la finn, koi que nuit die, fumerai! 



i'on m'i regarde! 

s' on m'i regarde, 

dites le moi! 

c'est tout la jos en ces boechafet; 

prendés % garde, 

s'on m'i regarde! — 

la pa-stourete u gardoit vaches: 

'plaisans bninete, a voas m'otroi!' 

prendés i garde, 

ê'ôn tn'i regarde! 

s'on m'i regarde^ 

dites le moi! 



10 



68. 

JEU PARTI ENTRE ANDRÉ CONTREDIT ET GUILLAUME LE VINIER. 

Raynmtd, No. 1520. />' pièce r*t donnée par le» nus. C et b. — ImprimUe: KeUer, Rnmrart 
(1844) p. 384 (b): Àfaetxner, Al(franxiis. Lieder (1853) p. 84; Hrakelmann, Arekivf. neuen Spraektn 
42, 311 (C). Die Lieder des Andrieu Contredit d'Arrat, p. p. Reinkold Sehmidt, HaUe 1903> tkîêê 
de doctorat), p. 60 (t^eh.). Nous avons adopté la graphie de b. — 



10 



Gaillames li Viniers, amis, 
d'un jeu parti me respondez, 
dites qu'il vous en est avis, 
s'il vous plaist, le meillour prenez: 
uns faux amans faussement proie 
une qui faussement otroie; 
li quels doit estre plus blasmez, 
ou il on elle? or i gardez! 

Andriu Contredit, grans mercis 
du bel offre que fait m'avez, 
monlt tost avrai le meillour pris; 
gardez qae bien vous desfendez. 
çainte est de trop pute corroie 



famé qui faussement otroie; 

li homs est pire que deaves, 15 

mes la famé vault pia d'awei. 

Guillamea, vous aves mespris, 
quant le tort sus famé metes: 
11 hom doit estre plus garnis 
de sens, d'onnear, de loiautez. SO 

et quant il en tant liex s'emploie, 
il n'aime pas; je cuideroie 
qu'il fust vers amours parjurez; 
s'en doit estre des bons retes. 

A droit vous estes contredis, S6 

Andriu, quant du tort estrivet; 



b. Bartsch fait denjc ligne» de» ver» \ et 6. 3 en mi U /?. 6 jamtra M*. 

c. 2. 3. 11. 12 mi /f. b. i et 9 en detix ligne» chez Hry$f. cm bo«cb«gM Bari*ck] «d 
botohaige M», et R. (le rer» rime avec le r. 8: vaebea). 8 putoortt* It4trt»ck] pMtoarele M», et R. 

(^. 1 OniU' h, partout ain*i. 8 ke v. C. 5 sil Mt ans ki (k p. C 7 le quel h. 8 oa «U* 
or cil or retg. V. 9 a. ie rot di g. m. C. 3 j»unil m. t. C 13 mal* c C. 14 f. ko T. 15 «t U 
hom fait pix C. 16 est pire C. 18 q. lor li 1. t. en tomeia C. 19 homs h,,Seh, 20 doaoar d. mb 
d. loiaulteit C. 21 e. p«e« k* atant len aouplone C. 22 poent C. 34 «. par droit rotds C. 
25 a. aueis nom C. 



Pièce 69. 



XIII« SIECLE. 



ausi netement que samis 

doit cors de famé estre gardez. 

de famé moult envis creroie 
30 que sans cuer otroiast sa joie; 

et s'ele le fait, c'est vieutez 

et honte de blasme fievez. 
Guillames, moult estes soutis, 

quant le tort par sens soustenez; 
35 mes cil doit estre moult hais 

qui est de tel blasme encoupez. 

en lui fier ne m'oseroie, 



puis que traitour le savroie 

d'amour qui soustient loiautez, 

s'en doit estre des bons blasmez. 40 

Andriu, quant tant y avrai mis, 
si dirai ce que vous savez: 
famé doit s'onneur et son pris 
miex garder c'uns hom mal senez, 
qui se puet d'enmi maie voie 45 

retourner; ne sai qu'en diroie. 
de c'est li mons mal afinez: 
mesfes de famé est héritez. 



69. 

JEU PARTI ENTRE LE DUC DE BRABANT ET GUILLEBERT DE 

BERNEVILLE. 

Raynaud, No. 491. — La pièce est donnée par les mss. CIUMbJVKPX. — Imprimée: Wacker- 
nagel, Altfranzos. Lieder u. Leiche, 56; Dinaux, Trouvères etc. IV, 114; Scheler, Trouvères belges 
I. 49. — Nous avons adopté la graphie de b, 31 faisant défaut pour les trois derniers couplets. 



Biaux Guillebers, dites, s'il vous agrée, 
respondez moi a ce que vos demant: 
uns chevaliers a une dame amee, 
et si vous di qu'il en est si avant 
5 ke de li fait nuit et jor son talant, 
tant ont amours la dame abandonnée; 
dites s'amours va pour ce esloignant. 

Dux de Brebant, ja orrez ma pensée, 
ja li amours n'ira por ce faillant, 
10 ainçois seroit en loial cuer doublée, 
s'on li faisoit bonté et bial samblant. 



se la dame est donnée a son amant, 
Ja n'en sera de lui fors miex amee, 
s'en son cuer a point de bonté manant. 

He, Guillebers, ou avez vous trouvée 15 

ceste raison? trop vous voi non sachant, 
on tient plus chier la chose désirée 
que ce c'on a abandonneement. 
ne m'aies mie de ce aprenant: 
tant est amors servie et honorée 20 

com la dame se garde sainement, 

Dux, j'ai moult bien vo raison escoutee; 



27 ensi n. com C. 29 d. f. croire ne poroie C. 31 c'] manque C. 32 et blasmes f. C. 34 p. sen 1. 
t. C. 36 q. d. t. chose e. encorpeis C. 38 p. ca tricheor C 39 ke s. loiaulteit C. 40 per tout d. 
e. refuseis C. 42 ke bien C. 44 g. m. ke h. C; homs b,Sch. 45 de moult m. C. 46 que d. b. 
47 d. ceu est bons m. C; apenseis C,Sch. 48 mesfet b. 

69. 1 He G. MUyBartch ; Guillebert 6, jmrtout ainsi, Gillebert 311; si v. lU. 2 demans U. 
3 qun eh. P. 4 si] se CU, ce Bartsch- e. bien v. d. 6; vous di] sai bien CINKPX, Bartsch. 5 ke 
il an f. IU\ q. n. et j. f. d. 1. s. cornant b3I; n. et j.] manque X; ces talans U. 6 tant] si NKPX 
(CI); a am. b; la d. am. P; camours ait si CI, Bartsch. 7 d. p. ceu sam. /; vont bUJV; défaillant 
bU, aloignant CI,Bartsch; car me d. vont am. def. U. 8 ja norroiz NKP, j. en orr. X 9 li] lour /; 
bone MU. 10 ains en s. 6; sera (serait /) lUNKPX; de 1. c. UNKPX. 11 s. 1. auoit U; et] en 
Bartsch, ne NKPX, b. ne tant ne quant U. 12 est] a 31. 13 j. ne bNKPX; à. lei U, d. li X, 
por ce 31; moins a U. 14 san lui auoit U; menant CU, Bartsch; p. de bon esciant b. 16 trop] 
molt NKPX. 17 ait on pi. I; ans emme miez U. 18 q. chose abandonnée K. 19 de ceste /; 
reprenant Cb, repaiant /; or ne malez pas d. c. r. b; ne malez pas tes paroles disant NKPX. 20 
tant] plus KNPX. 21 que bCI, quant NKPX; les dames s. gardent CIU, Bartsch; seu CI; sage- 
ment bl. Le reste manque 31 et U. 22 uos raisons /, uo parole NKPX. 



224 



LE BENCLU8 DE MOILIENS. 



Pièce 70. 



mes vous parlez troii merreilleiiseinent. 

quant miex me fet aumun et miex lu'at^e 
25 et miex la serf et pliu m'en trnis en grant. 

assez moustrez le vostre convenant. 

tost avériez vostre dame oblïee; 

je li lo bien qu'ele vous maint tendant. 
He, Guillebers, or e«t foie prouvée, 
30 s'en vo merci ne se met muiuttnant. 

quant ou fait tant que au dame est gabee, 

dites vous dont c'on aime plus forment? 

n'est pas amours ou Ten va mal querant, 

dont sa dame porroit estre blamee. 
35nulz ne le fet qui aime luiaument. 



En nom Dieu, dox, et est choM 
Ja ne cremi qu'il soit sifaitemant, 
que pour bonté soit dane refwee, 
ains la doit on servir miex que de?ant 
or nous metons en loial jugement: 
s'iert la tençons de nous doua aflnM, 
car li estris dure trop longuement. 

(fuilleben(, soit! j'en preng a mon f^arant 
le bon Raoul de 8oisons, qui acTree 
ne tist d'amours nul jor de son Tirant. 

Dax, et je preng le bon conte vaillant, 
celui d'Anjou; la chose est bien alee, 
quar cil dui sont de bon entendement 



40 



45 



70, 



LE RENCLUS DE MOILIENS 

Li Romans de Ctin'lé et 3li«erere ttii Rencliu de iloilieu», fdil. critique y« -. .1. '.. 
Paris 1885. C30 mottunrrU»). Miserere Str. 86 — 93, P- 179—183. 



nm Homul, 



De cheli ne sai ke je fâche 
ki se plaint ke Dieus eu se fâche 
ne mist pas colour assés bêle, 
ou, por chou ke laugours l'en cache, 
au merchenier biauté porcache, 
dont ele depaint se maissele 



ausi come on paint une aissele. 

nëis le vielle renovele 

se colour ke viel lèche eSache 

et soi revent pour jovenchele. 

'bêle sai', dist le caitivele, 

'li merchiers, non Dieos, en ait grâce!' 



10 



23 m. V. fulliez b. 24 con /; mal NKPX\ et plus C.Bitrtsch. 25 e. plus I. ». SKPX; w K; 
tant m. tr. pi. b. 26 le] a /. 27 t. auriez bJiorUch; plus t. aoriez (aurez P) Xk'PX; r. ami* b. 
28 j. 1. moult b. XK'PX, 29 Bel G. /. 31 puis quon XKPX; la d. NKPX. 32 c'on] il /; l'ata. 
VI,Bart»ch-, formant b. 33 n. mie b. 36 dux de Breban .VAV'.Y. 37 je n. ('.BnrUck; nais n. 
creroit 6; ke s. /, fust b. 38 boutez XKPX; mains amee XKPX. 39 ains] lors XPX . amer &. 
plus XPX. 41 si iert C; 1. raison CI.Bartschx antre n. d. /; definee A', deserree XP,Bitn«ek, 
partie CI. 42 que A; nos C,Bar(»ch, nostre /. I^ reste manque K. 43 por m. g. CBartscM; sans 
demoree XPX. 44 d. Soiss.] daixon /; ke C,Bartsch; qui an sa rie /; l. b. K. d. S. a gmraat 
XPX. 45 n. fut dam. rccrans an s. v. /. XPX donnent deux ver»: celai qui onqnes ne Am deeewr— 
de bon amor nul ior de son vivant. 46 j'en CI,Bartsch. 47 bien] mnnqne X. 4S cm 6. dM C, 
Bartsch. 

70. I^e» manuscrits LX— ntnjilituent In j'nmiUe i. ; la source ntmmune de JHO est appelée S 
et :t celle de PS et 1'. — \ celui BDIZ. de ù feme <?; saige Jlt, sage O: que f. JHO. quelle f. 
R. 3 m. dix Q\ m. c. assez plus b. P. 4 lenlace Z.S', lefface FP, le chace /. 5 merchier tiXti, 
as merciers J/, marcbeant Z; au paintre P; ua /V; colour p. PQ, des coluors .V. 6 de col A'.s7', 
paint KSQ, se paint F, il a |>aint /'; sorde m. Q. 7 on fait (/; aaaiele G. V a ici le rert 8 
(/m texte. 8 et cueure de coulour nouuele f; nés la uieillette H'; s« r. BD, %\ r. FP. 9 biaate 
Dl^HKY'F; qui ^'(r; en cache I>KY, atache C. 10 et se nome por iauanceUe '/". 11 belle soer 
G] la vieille âncelle /; chenu^Ue B. 12 diex doint li merciers e. a. g. B, merchiers de dia ja nen 
*. g. Q\ li miens treschiers '/", nient d. FtXI. Les ver» 13 — 24 manquent dans U et If". 

BARTSCH-WIESE. Chrestumathie. X* Éd. 15 



825 



Pièce 70. 



XIIP SIECLE. 



Mal sont bailli li mercatour, 
car il sont mortel peccatour 

15 . qui vendent sifaite emposture. 
de le honte sont consentour, 
ke on en fait au creatour: 
ch'est merveille ke Dieus endure, 
ke famé li fait tel laidure, 

20 ke ele ensi se desfigure, 
famé ki sert de tel atour, 
ki sor l'uevre Dieu met tainture, 
Dieus ne le tient por se faiture 
ne ele Dieu por sen faitour. 

25 Ne s'esmervaut nus de chest mot! 

s'il mescroit che ke dire m'ot, 
en soi a petit de mémoire, 
ausi con li potiers sen pot, 
fist Dieus cascun tel con li plot. 

30 wai cheli, soit blanke, soit noire, 
ki, por soie biauté aoire, 
se paint come image marmoire ! 
Dieus des uevres k'il fait s'esjot; 
en nous aime le fâche voire 

35 k'il fist, mais vout de barbeoire 
cuidiés k'il l'aint ne k'il le lot? 



Et tu, rikes hom, plains d'orguel, 
avoirs t'a mis en mal escuel. 
entent ke devant l'uel te peut, 
cheler ne te doi ne ne vuel , 40 

chou ke truis lisant en un fuel 
de l'évangile ki ne ment. 
Jhesus dit: "wai a rike gent! 
car il ont lor confortement!' 
rikes hom, chest mot recuel; 45 

ne le lai pas aler au vent, 
ichest mot recorde sovent; 
car chil 'wai!' t'atent a ton suel. 

Orguelloiis, tu as moût bon mai 
tu me despis, mais peu m'esmai, 50 

et mont m'est peu de ten dangier. 
se tu ses plus ke je ne sai 
et tu as plus ke je nen ai 
de quanke li mondes a kier, 
ne te savras tant avanchier, 55 

ne reviegnes a men sentier, 
ausi morras com jou morrai; 
mors, ki tout tout sans recovrier, 
te cangera mai en février; 
mors mliera te joie en wai. 60 



13 malbailli sont ASZPBKDUl, mar s. O; niercheour U. 15 quant K] itele e. Q; si faite édU.-^ 
empesture F, emplasture N, empastoure K, enpoiature P. 17 que aies font 0; meffait BZS. 19 manque 
O; quant Z>; tele ordure JPSZ. 20 et que P, quensi elle K. 21 labour AE. 22 paiuture O. 23 t. 
pas N; figure NR. 24 nele X; lui QSZW; creatour K. 25 sermonent B^ se merv. NSZIY; ce m. 
ABKSZ. 26 qui R; ne croit DEHKY^ mestoit -B, faisoit F, entent 0; que chi orendroit dire mot 
M. 27 en lui auoit paul Jf, sacies por uoir bien me doit croire 0; petite m. GPW, peu dont Q. 
28 le pot G. 29 si com BFGN, si a lui Q; lui ABEFNZ. 30 vecelle 6', lasse celé Z; las celi P, 
ni a c. FQ, voireseile H^ vert iauue soit W^ de celui N; ou bl. K*F; ou n. FGKOZ'F. 31 et qui 
K, et p. ^F'^ plus grant b. A, plus P, sa b. KP-^ saoire ff'F, acroire P; qui paint son ymage en 
paroire J. 32 — 34 manquent 0; ou se paint quimage H, ne p. ou ym. ou m. Q, pour im. E, a 
hymage GI\ c. piere m. F- soy pour sa biute faire as gens croire J. 33 de ses oevres mit M, des 
oscars si fais P; qui fait P; fist ABSZDGI; ses ioit P<2; puis le descuevre tantoist la rot J. 34 et 
nous P, il n. a. P, et miex aime EFQW; chascun ordonne f. uoire P; et nos armes en laidist por 
voire J\ noire édit. 35 la seconde moitié du vers manque dans N-, blanche les fist mais or sont 
noire J; par son plaisir par le tempoire P; et le woult Q, mieus vaut d. b. W, mal volt 0, fâche 
de b. D. mais celé de laboire -ST, le visage de b. G. 36 car che name dieu nen ne le lot J', cuid. 
vous HKLN^ ne cuid. /, sachies quil le het et desjot S, fait et deff'ait tout a un mot P; quil aint 
BDF; ne ne lot GIN, ne le 1. KL, ne laint ne lot //, iot AZFOQ. 37 o tu EQ. 38 orgueil ta 
mis ^; mais F, grant N. 39 qui (ce '/') te merra (manra F) a dampnement HK'F; ne seis que P, 
sces tu Gy ses que E, garde iV^; che que Q; deuant les iex E. 40 ne te puis G, nel te d. E. 
41 mon f. ASZ. 43 las PQZ; las vous r. g. Q, si d. a r. g. W. 44 c. naues bon c. Q, dont poure 
nont P, dont poures na *S'; qui chi ont S, qui si hont KII; lont iV". 45 tu r. h. P; entent //. 46 
ne ne (?; passer Q. 47 icest wai EGN, et si le K, aincois le Z\ recuelle P, garde K. regarde W. 
48 c. la mors ;S', chis helas ./, chis mos las Q, las PZ, uray H'F\ est a toy seul J, tant Q; son s. 
P. 49 ore as tu P, tu es F; trop boin N. 50 despris /; et peu Q. 51 trop peu mestP. 53 ou 
^Fj^ et plus as GÀF, ou tas plus P, et as pi. Q, et se tu as pi. ASZM, ou nas de bien pi. F; dauoir 
G/.P, auoir QY; je nai AGKLMNPQS ZY, ne ay W. 54 ce que K. 55 n. t. s. ja tant gaitier J; 
saurais B. 56 ne remaignes en mon dangier E; tous tans seras en ton s. Q. bl ferai BDUIIK. 
58 touz tans ADESZH, tols ^, tous prent P. 59 muera G; pour f. ES., a f. K. 60 ta joie fera 
esmai P; en lai Z, uray H'F. 



226 



ADENST, CLiOMjiDÈS. 



Pièce 71. 



A Dieu prent g^uerre qui «'orguelle: 

ne pnet faillir k'il ne s'en duelle; 

rar chele li fera rancune 

ki tout eakeut, et tlour et fuelle, 
05 a cui sougist, Tuelle ou ne vuelle, 

tonte rienH ki vit sons le lune; 

chele ki tout retont a une 

houre, quanke avers ilnne, 

chele ki les prinches despuelle, 
70 chele ki le blanke fait brune, 

chele ki les plus fiers esgrnne, 

chele ki orguel desorguelle. 
Orguieus, cornent cnides durer? 

ne te saros tant emmurer 
75 k'envers l)ieu aies garison. 

viens tu Dieu faire parjurer? 

je l'iJi par David jurer 

ke ja n'avra en se maison 



orguelloufl habitatïon. 

»e tn vieux avoir mansTon 80 

Dieu, d'orgael t'estaet carer. 

onkes Dieus n*anna campTon 

encontre orguellous se «oi non. 

et ki le porroit endnrer? 

Li primiers angeles s'enflama 85 

par orguel tant ke il dama 
on cbiel le seconde caiere. 
et Damediens Ten desrama, 
car son cler vont li enfuma 
d'une tant oscure fumiere 00 

ki atenebri se lumière, 
chil porte d*orgiieI le baniere. 
contre org^el donkes Dieus s'arma, 
(ke il ne veut k'autre le liere,) 
d'une armëare fort et âere, 95 

dont aine puis ne se desarma. 



71. 

ADENET LE ROI. 



CLEOMADES. 

7 manuseritê: Pari*, Arsenal 3142, /ol. iV (fin du 13» nède) = A; Berne, 238 = B; J^iri* 
Bibl. Nat. Jtmd» frunç. 24430, j'ol. ^r ^3»— 14« *ihU) = C; id., 145fi, fol. 23»" (W fiède) = D; 
id., 24404, /<>/. 25'- (13* siècle) = E; id., 24405, fol. 41 ' ri4«— 15» si^de) = F: id., 19165, /o/. 81 *■ 
(Ib* '■'• 16« siècle) = (r. — Gmphie du ms. A. — Voy. aussi Li Romans de Clromadfs par Adenis 
li Rois, puhlii' par A. ran Ilussclt, Bruxelles 1865. t. I. 87—96, c 2761 — 3041 (d'apris le mu. A). 

61 — 72 inuiKiuiiit F. 01 senorguelle <•. tJ2 muer JI; qui /:', que BOP; ne m d. Ki^J. 63 el« O. 
64 e«taint y, eatent .i ; et fruit et f. BIIKQ'I'. 05 et qui ». It; «ubget //'/". 60 qui e»t //A*'/*. 

67 rekout />(»/*, retrait KJOQTli rcscoust JK, recuest 1'. deuoure BIIK'I': et aune )', et roune B. 

68 tout lauoir quanque B, cure A', meure O, oueure V, deuure Y\ che que dieu et nature a. J. 

69 les uestus -t. 70 biauie O. 71 fera A', fors .Y, tout orgueil 'l ; agrune B, engnine KO. 72 orga«a 
0J\ toutes peaux despueille '/'. 73 orgueilleua coro. S*l'. 76 dont f. Z. 77 manque Z; par d. 
li oy ^V, ge li oi /, je loi waut Q. 78 naroit \\\ % %. m. E. 80 sauoir veas conTcraaeion P. 
81 a d. h\ ou d. A'; testoit BKk, douter />, tomer O, garder .<f. 82 nam» BUKOT. 83 loi 
DFP. toi n. T. 85 li secons A*. 80 quil en N; flama 0\ que perdu a <^. 87 tn c B. 88 nuûa 
QJtKN*l'\ li urais dieus HK'I'\ les d. O-^ desraigna B'l'\ desresna 7/11', désarma OA* dcatnuna ^, 
destama Z. 81» ki />; vis GJILXQR'/'; enriama E. 90 mont IH'HK; grant o. ^; orible <?; 
femee -J. 91 mi»t a tenie'bre Q; atenebra A!<Z, tonte a noircist il; a ténébreuse I. '/'. 92 denfer 
ABHKSZ'I', do;guelleus Q. 93 par son o. dius si larnia N; orgelleus Q\ adont <r: conques d. nama 
AZ, quainc d. nama F, tels sarma O; Q omet d>«us. 94 qui ne vent que BFOJ, quil n. t. q. 
AQSWZ. car il (iJiyy. 96 le feri aine nen d. H. 



lô» 



227 



Pièce 71. 



XIIP SIECLE. 



Cleomadés vit un chastel, 
encoste un plain, tresfort et bel, 
ou il ot mainte bêle tour, 
bos et rivières vit entour, 
5 vignes et praeries grans. 

mult fu li chastiaus bien seans. 
la façon dou chastel dëisse, 
mais je dout mult que ne mëisse 
trop longuement au deviser; 

10 pour ce m'en vueil briément passer. 
Dou chastel vous dirai le non: 
miex séant ne vit ains nus hom, 
lors l'apeloit on Chastiaunoble. 
n'ot tel dusqu'en Coustantinoble, 

15 ne de la dusqu'en Osteriche 

n'ot plus bel, plus fort ne plus rice. 
Carmans a ce point i estoit 
que Cleomadés vint la droit, 
forment li sambloit li chastiaus 

20 de toutes pars riches et biaus. 
Cleomadés lors s'avisa 
que vers ce chastel se traira, 
bien pensoit k'en tel lieu manoient 
gens qui de grant afaire estoient. 

25 ce fu si k'aprés l'ajornee, 
mult faisoit bêle matinée, 
car mays estoit nouviaus entrés: 
c'est uns tans qui mult est amés 
et de toutes gens conjôys; 

30 pour ce a non mays li jolis. 

une tresgrant tour haute et forte 
avoit assez près de la porte, 
qui estoit couverte de plonc, 
plate deseure, car adonc 

35 les faisoit on ainsi couvrir 



pour engiens et pour assaillir. 

Cleomadés a avisée 
la tour qui estoit haute et lee; 
lors pense qu'il s'arrestera 
sor celé tour tant qu'il sara, 40 

se il puet, la certaineté, 
quel pays c'est qu'il a trouvé, 
lors a son cheval adrecié 
vers la tour de marbre entaillié. 
les chevilletes si tourna 45 

que droit sour la tour s'arresta. 
si coiement s'est avalés 
que seur aiguë coie vont nés. 

Quant Cleomadés fu venus 
seur la tour, tantost descendus 50 

est dou cheval; puis regarda 
une entrée qui estoit la, 
par ou on pouoit avaler 
ou chastel et par tout aler. 
lors pensa c'ou chastel iroit 55 

et son cheval iluec lairoit, 
car mult tresvolentiers menjast, 
ce sachiés, se il le trouvast. 
mais mult biau déporter se sot 
de ce que amender ne pot. 60 

Iluec a laissié son cheval; 
par les degrez s'en vint aval, 
mult noble lieu par tout trouva, 
tant ala de cha et de la 
qu'il est venus en une sale 65 

ki n'estoit ne laide ne sale, 
mais mult bêle et nouviau jonchie. 
une table y avoit drecie 
d'y voire a pierres de cristal: 
tout sifait furent li hestal. 70 



2 encoste] delez BD. 4 bois BF'^ liuiere Z>. 5 praieries ACFG. 6 mult] toujours ml't A ; 
le chastel BD; chasteau bel et grant G. 7 desisse FF. 8 mes je me d. q. ni m. BD; va. j. d. q. 
moult y m. G: mesisse F; m. j. d. q. ne mesfesisse F. 9 par tr. 1. deu. F. 12 aine C; n. v. 
oncques hon BD^ n. v. oncq. nus h. G. 14 nest t. G; jusquen BDFF, jusqua G, dusques e. C. 
15 jusquen DEF, jusques en i?, dusques en C, jusques a ostriche G. 16 nest G; si f. n. tant ricbe 
BD. 17 cel p. CF, poit C. 19 sembla le chastel BD. 20 et riches (riche D) e. bel BD. 22 le 
oh. C, cel Dj cest B. 23 pensa BD^ manoit C. 24 gens F, les autres mss. gent. 25 c. f. moult près 
de laj. G. 28 ung B; q. e. m. a. G; loes F. 29 toute gent BD. 30 par CFG; ceu C; a il non 
BD; a non] est C. 31 grant e. f. G. 33 plont BD. 34 adont BD. 36 p. engieng BD. 40 sus 
BD; qu'il] manque B. 42 cest la vérité C, en ver. Tobler; q. p. il a la tr. G. 43 son] le D, inanque 
B;\. a, saleure a F. 45 si] \\ G; \. c. adreca BD. 46 sus BD; aresta C. 47 sest arrestes BDF. 
48 com BDG; sus BD; vait C, font BDG. 49 venu BD. 50 soxxz BD; descendu BD. 51 regarde 
B; si esgarda A. 53 l'en BD. 54 el cheval B. 55 eu ch. A, quel BD, ou G. 57 très] manque C. 
58 le] manque G; sa mengier tr. BD; s. vous sil F. 60 quil a. F; nel p. BD. 62 puis esgarde 
amont et aval BD. 65 venu BD. 66 1. n. gaste (sic) C; pale BDF; q. nest, orde n. s. G. 67 et] 
manque E; e. de n. G; e. tresbien j. BD. 69 pierres] piet C. 70 estai DE. 

228 



AUENET, CLÉOMADè.S. 



Pièce 71. 



trcMbliinche nape ot dMos mise, 
ouvrée de lUverae (nii"^- 
Hor l'nn cor de la table avoit 
a menffier kanqu'il cooTenoit, 

75 et sor l'autre coron a deiitre 

ot rin si bon qae vins pot estre, 
en pos d*or et hanas aatés. 
vYande et vin i ot aués. 
Or ettt raisons que je vous die 

80 qe cele table seneiie, 

ne pour quoi on mis i avoit 
la viande qui sus estoit, 
et le vin et la blanche nape. 
ainchois que li contes m'eschape, 

86 vous en dirai la vérité. 

de lonc tans ert acoustumé, 
en ce chastel, et establi 
que on ii mois en Tan ainsi 
le faisoit et ne plus ne mains. 

90 mays en estoit li premernins, 
car en ce mois le commença 
cil qui tel cose acoustnma 
des le premier commencement, 
or vous di je certainement 

95 qae li secons estoit gâyns, 
qu'il fait bon aler es jardins, 
ces II mois chacune vespree 
estoit la viande atournee: 
desus la table la metoient, 
100 et pais le vin, lors s'en aloient, 
qaant fait l'avoient benëir 
a leur prestres au départir. 

Pour may et gftyn honnorer 
flst on cele cose estorer, 
105 le may pour sa joliveté 

et le gîiyn pour sa plenté. 
l'endemain si tost revenoient 



qne leur diex aorez avoient. 

selone le tan» qui lors estoit, 

de cele vïande menjoit 110 

Carmans ou ii mondaos oa troto, 

et pois si bevoit une fois, 

et pois li aotre gr^nt «ei^our 

faisoient ainxi tout entnur. 

Kt quant il avoient mengié 115 

entour la table et sonlarié, 
adont lenr feste commençoit 
plenté d'estrumens y avoit, 
viéles et salterïons, 

harpes et rotes et canons 120 

et estives de Comouaille. 
n'i failloit estrumens qui vaille, 
car li rois Carmans tant amoit 
menestreas que de toos avoit. 

lui avoit quintareonrs, 135 

et si avoit bons leuteours, 
des iiftnteours de Behaitnie, 
et des gigneoars d'Alemaigne; 
et flSnteours a ii dois, 
tabours et cors sarrazinois 130 

y ot, mais cil erent as chans 
por ce qae leur noise ert trop gna». 
n'estoit manière d'estramens 
qne ne fust trouvée leens. 

Cleomadés qui fain avoit 135 

fa liez quant la table perçoit, 
et pense que il mengera 
puiscedi que il trouvé l'a. 
an chief de la sale devant 
ot nne fontaine sorjant, 140 

oavree de marbre liois 
(plus bêle ne vit qoens ne rois) 
a un lionciaus d argent 
qni erent ouvré richement. 



71 tresbelle ». d. m. G; une n. o. par d. ra. JU). 73 sus BD; ». un c. BDFG. 75 «u BD\ e. 
deMus l'a. cour G. 76 que] con BDG; vin DE, vit B\ p«ut G. 77 en] et C; en h. BDG. 78 
y ot vin et viande a. G; vU B. 79 ore T; raison BD. 81 ne] et BD\ l'en BD; mise BDG', i] 
sus F, li r. 84 le conte BD. 86 ot ac. G. 87 cel CF. 88 de l'an BD. 89 et] on BD. 90 mar 
BD. 91 cel (F\ c. temps BD. 92 encomenca G. 95 le secont BD. 96 qni f. (»'; en j. BD. 
99 desur CG. 100 lor VF-, e. l. v. et puis BD. 102 preatre BDG. 104 f. l'en . . ordener BD. 
107 t. y venoient /'. 108 lora d. CG; dieu BD. 110 Se c. F. IIH II] manque B. 114 t aoad 
D. 117 adonc F. 118 plus d. G. 119 sartellions G, sarterions BD. 120 notes />; chancons C. 
122 faloit C. 123 le roy BD. 125 quintarieurs .tCEF, quantarieus G, quintacians BD. 126 len- 
teurs ACEd, lenterus /', letuens BD. 127 et d. H. toiiji Int i#wm. ; de BDG; acteurs T, flauleuru 
-lAT-; fleutenra G, tieutes BD. V28 de g. G; gygeurs G. 129 et des fl. CFG; âauteura CEF, 
fleuteurs BDG. 131 cens BD, il CF; m. ses est aux c. tr'. 132 ert] est F; p. q. U n. fut si gr. G. 
134 qui DEFG; ne] manque B. 136 lie BD. 139 sale] table .1. 140 fontenele C; aourdMit BDG. 
143 lorenceaux G. 144 q. estoient G. 



Pièce 71. 



XIIP SIECLE. 



145 par ou venoit celé fontaine, 

cler sourdant par conduit d'araine. 
et Cleo m ad es i lava 
ses mains et tantost s'en ala 
vers la table, si s'i assist, 

150 com cil ki volentiers le fist. 

Assez menja, tant com lui plot; 
et quant mengié et bëu ot, 
si s'est de la table levez, 
vers l'uis d'une chambre est aies 

155 qu'il vit un petit entrouvert. 

savoir veut de quoi cis huis sert. 
en celé chambre entra errant, 
un grant vilain trouva gisant : 
près iert aussi grans c'uns jaians, 

160 mult iert fel et fiers et poissans 
et outrageus et poi bontables. 
en sornon ot non Desraisnables 
et en son droit non Rustemans. 
maugracïeus estoit et grans; 

165 tous vestus seur un lit dormoit. 
de barbe tant ne quant n'avoit, 
car teus tu, ce sachiez de voir, 
que barbe ne devoit avoir. 
A son chevés avoit pendues 

170 espees, guisarmes, maçues, 
miséricordes et fauchons 
et bracheus et bouclers roons 
et une targe navaroise 
et une grant mâche turcoise; 

175 et s'i avoit pendu encor 
une arbaleste faite d'or 
et un cueure plain de quarriaus. 
en travers parmi ses mustiaus 
jut une grans hace danoise. 

180 n'ot pas talent de faire noise 



Cleomadés, ains s'avisa 
que il pas ne l'esveillera. 
encoste lui mult bêlement 
passa outre tout coiement. 

Quant le grant vilain ot passé, 185 

lors a un aloir trespassé 
qui encoste un prael seoit, 
u mult de floretes avoit. 
quant au cor de ce prael vint, 
un petitelet coi se tint. 190 

un huis vit entaillié d'yvoire. 
sachiez que fort seroit a croire 
de cel huis, comfais il estoit, 
qui la façon vous en diroit. 

Cleomadés vers l'uis se traist. 195 

pour la biauté qui mult l'en plaist, 
une pièce l'uis regarda, 
et après a lui le tira 
un poi, et li huis erranment 
ovri mult debonairement. 200 

lors est Cleomadés passez 
un poi avant, si est entrés 
en une chambre, k'ains nus hon 
ne vit chambre de tel façon; 
car tuit cil qui aine chambre virent 205 
ne de chambre parler oirent, 
ne virent si tresmerveilleuse, 
si riche ne si gracieuse, 
a grant merveille riche estoient 
li piler qui la soustenoient. 210 

plus bêle ne vit quens ne rois, 
ne de pilers ne de parois; 
n'i ot piere qui entaillié 
ne fust d'oevre trifoiriie. 
d'estoires d'ancienneté 215 

i ot il ouvrage a plenté, 



146 bien s. G. 148 t. i laua A. 149 a la t. BD; se si AE. 151 II pi. D. 154 aie BD. 156 cel 
BDG. 158 et u. g. G. 159 p. est G. 160 fel] fors F; est fier et fel G. 161 p. doutables Z>; 
e. espouentables G. 163 rutemans D, tutemans B. 164 mausgr. AE. 165 vestu BD; sus BD-, 
son 1. F, ce 1. BD; gisoit CF. 167 tel BD; ce] or G. 169 cheuech F; perdues B. 172 bracheurs 
G, bracieus C, bracheles i^, targes BD. 173 nauroise B. 174 make BC, mace (-ss- G) DG. 175 
si y ot BD. 176 fait ABDËF; d'or Bartsch] de cor tous les mss.; petit-étre u. arbalestele de cor? 
Tabler; peut-être aussi un arbalestel fait d. c. 177 uns keures plains C; coffre BD, cuuidre G. 179 y 
eut G; gr&ntABCDEG; h. noise B. 181 aine C." 183 par delez 1. BD; tout b. BDG. 184 mult c. 
CF. 185 le] ce BD. 186 1. un al. a BD. 187 estoit B CD. 188 asses d. BD. 189 autour -Bi>(? ; 
cel C. 190 cois F; adonc un petit BD. 191 dvvore C, dunere (sic) G. 192 soit a dire G. 193 ce 
G] fait BD. 196 p. 1. façon F; que CEE, quar BD; li BDF. 199 luis G. 200 debonnairent E, 
trespesiblement BD. 203 kainc F, conc BD. 205 tous ceus BD ; ains G, onc BD. 206 n. qui d. C. 
208 8. richesse G, s. bêle C. 209 merueilles -D; estoit .BD. 210 les piliers G, le piler-soustenoit i?A 
211 ne V. ne q. C. 213 piere] oeure A. 214 n. f. dune o. BDF; triffoirie BD, t'^phonie F, trifforee 
G. 215 destore C. 210 i ot ouvr. a grant pi. BDG. 



230 



ADENET, CLÉOMADÈS. 



Pièce 71. 



ki fn tad» de maistres ouyrien. 

or me seroit il bien mettiera 

que je faue si avinés 
220 que li combles bi«'U devisé» 

vous fu8t de la chumbre et a droit, 

la ou Cleomadég estoit; 

nepourqunnt uu miex que porrai 

la façon en diviserai. 
225 I^i combles fu d'oevre esmaillie: 

mainte oevre a point faite et taillie 

i ot de diverse coulour. 

li combles fu de tel valour 

que la disme pas n'en porroie 
230 recorder, car je ne saroie. 

mais de tant sai bien le manière 

de Touvrai^e, que mainte piere 

i ot tresriche et précieuse. 

mult fu la chambre deliteuse: 
235 fenestres teles i avoit 

com' a tel chambre apartenoit. 

d'yvoire et d'ebenus estoient 

si ouvrées k'a tous plaisoient. 
A pièce n'avroie conté 
240 de ce lieu toute la biauté; 

se chascune chose en vouloie 

deviser, trop i meteroie; 

car a deviser -seulement 

la richece dou pavement 
245 de la chambre, dont vous oez, 

seroie je tous encombrez: 

et pour ce le lairai ester, 

car trop metroie au deviser. 
Li rois Carmans et la rOjne 



orent cel lin por CUrmondine 350 

si arreé que je voua di. 

car il le paramoient si 

que on pouoit plus tille amer; 

et pour le lieu et li f(%TÛer, 

i estoit li grans vilains mit, 255 

qui a l'uis gisoit endormis. 

Par dedenz celé chambre entra 
Cleomadés, loni a'arreata 
tant que il ot bien esflfardé 
la chambre dou lonc et don lé. 260 

en esgarder se deduisoit 
le grant merveile qu'il veoit. 
clarté de chandoiles i ot, 
par quoi bien par tout veoir pot, 
et si estoit ja ajourné, 265 

par quoi i ot asses clarté, 
sachiez que mult plëu li a 
la noblece que il trouva. 

Trois lis vit ou ens se gisoient 
trois damoiseles qui dormoient, 270 

mult bêles, ce li fa avis, 
malt ert riches chascuns des lia, 
ou eles s'estoient couchiet>. 
courtoises et bien ensaignies 
furent et de mult grant lignage, :''• 

chascune ert bonne et bêle et sage. 
Tane d'eles ot non Florete, 
et li autre avoit non Gaieté, 
et la tierce ot non Ljadés. 
moult regarda Cleomadés 280 

les trois lis, mais ne sot que faire, 
ou aler avant ou retraire. 




ou arriore (•': daler av. ou den«us trere BI> 



231 



Pièce 72. 



XIIP SIECLE. 



72. 

BERTE AU GRAND PIED. 

6 inanuscrits : Paris, Arsenal 3142, fol. 124'* (fin du 13« siècle) = A; Paris, Bibl. JVat. fonds 
franc. 1447, fol. 29'" (fin du 13« siècle) = B; id., 778, fol. 4^ ri4« siècle) = C; ïcZ., 24404, 
fol. ISC aS'^ sî'èdej = D; id., 12467, /oL 82'" ri3« sièrfe; == ^; iîo«e?i, Bibl. de la ville 1142 
(^14* siècle) = i?. — Graphie du mamiscrit A. — Zi Roumans de Berte atis grans pies j>o^' Adenés 
H Roi^, publié par A. iScheler, Bruxelles 1874, p. 21 — 27. (S.) 



Moult fu Berte dolente, mentir ne vous en quier. 
Damedieu reclama, le père droiturier; 
ne set ou on la mainne, ou avant ou arrier. 
trestoutes leur journées ne vous vueil rehercier. 
5 quant a l'ostel venoient, en chambre ou en solier 
metoit Tybers Bertain, n'i laissoit aprochier 
nului, fors lui tout seul ; Diex li doinst encombrier! 
et quant il li donnoit a boivre n'a mengier, 
en son poing tenoit nu son brant fourbi d'acier, 

10 pour ce que la vouloit telement esmaier 
qn'ele ne desist mot ne que n'osast noisier. 
de li ne se vouloit nule fois eslongnier; 
puis remetoit la corde dedens sa bouche arrier, 
puis li lioit les mains com félon pautonnier, 

15 enserrer la faisoit dusques a l'esclairier. 
tout ainsi s'en alerent, sans mençonge acointier, 
bien cinq grandes jornees ; n'i vorrent detriier, 
tant k'en un bois s'en vinrent haut et grant et 

plenier; 
c'ert la forest du Mans, ç'ai oi tesmoignier. 

20 lors se sont arresté desouz un olivier: [chier, 
'seignor', ce dist Tybers, 'par le cors saint Ki- 
de plus avant aler n'avons nous nul mestier.' 
e cil li respondirent : 'bien fait a otroier.' 
lors sont tout descendu a terre sor l'erbier. 

25 l'uns avoit nom Morant, forment fist a prisier, 
e l'autre Godefrois, li tiers ot non Eenier. 
la royne descendent: or li puist Diex aidier! 
onques mais de si près nel porent maniier; 



car Tybers n'i laissoit fors que lui atouchier. 
le drap deseur sa robe li font tost despoillier, 30 
cote ot d'un blanc blïaut et mantel moult treschier. 
quant si bêle la voient, prennent a lermoier, 
et Tybers li traîtres prent s'espee a sachier. 
'seignor', ce dist Tybers, or vous traiez arrier, 
a un coup li ferai la teste trebuchier.' 35 

quant Berte vit l'espee, lors prent a souploier, 
de paour va adenz sor la terre couchier; 
lors commence la terre doucement a baisier. 
sa grant mésaventure ne leur puet anoncfer, 
car la corde en la bouche ne la laisse raisnier. 40 
'Tybert', ce distMorans, 'garde, sor li ne fier! 
car par cel saint seignor qui tout a a baillier, 
ja verroies tes menbres et ta teste trenchier, 
se ja mais ne dévoie en France repairier.' 

Cel jour fist moult lait tans et de froide manière 45 
et Berte gist adens par deseur la bruiere. 
paour a de Tybert que il sor li ne fiere; 
nostre dame reclaime, la dame droituriere. 
'seignor', ce dist Morans, 'pensée aroit lanière, 
qui si bêle pucele mousterroit laide chiere.' 50 
'par Dieu', ce dist Tybers, 'vis m'est que il aâere 
que nous l'ocïons tost, puis retomons arrière: 
car je l'oi en couvent Margiste que j'ai chiere.' 
'Tybert', ce distMorans, 'dur cuer as comme piere. 
se tu li fais nul mal, par l'apostre saint Piere, 55 
ne te gariroit mie tous li ors de Baiviere, 
que cist bois ne te soit a tous jours mais litière.' 



1 ml'l A, partout ainsi. 3 ou l'en BCR; len m. D. 4 rehercier] anoncier B^ desclairier C. 
6 thyeb' R, partout ainsi; Berte R. 7 nuli B. 8 na b. ABU; et a m. C. ou a, m. R. 9 le br. 
CE. 10 quil la C. 11 deist C; quel C. 12 d. lui BR; esmaier R. 13 la b. C. 14 manque R. 
15 lanuitier E, laiscl. A. 17 ne v. AE; voirent E. 19 ce oi t. BC. 20 arrestez C. 22 nav. pas 
gr. m. C. 23 cis C. 24 sus C, soz B. 25 li uns ot C; morans AE,8 ; forment] qui moult B. 
26 lautres DE,S. 27 descent CD. 28 ne p. B. ne la E; aprouchier B; baillier E. 29 car] que 
C; li BR; aprochier ADE,S. 30 desus BCR; la r. CE; fisent desp. R. 33 l'espee B. 36 voit I); 
Bourploiier E, souspirer R. 37 sus la t. C, a la t. E. 40 li 1- i>. 41 sus li C; lui B. 42 ce 
BCR; 8. apostele C. 45 ce BCR; froit t. R; le j. fut mult oscur et C. 46 desus BCR. 47 que 
desus lui C. 49 dit É. 52 quen traions le cuer p. C, 55 apostele C. . 56 g. pas C; tout B. 
57 cis AE, cest C; touriourz B. 



232 



BEBTE AU GRAND PIED. 



Pièce 72. 



Moult ot Tyberu li lerreu le ciier trenoorroucié, 

quant de tUer Bertain ne li ont otriié. 
60nepurquant a li fel le brant fourbi sachié, 

et II troi Herjunt l'ont par les flans enbracié, 

si (|u'il l'ont contre terre par force agenoillié : 

chuHcuuH a trait s'espee, plus n'i ont atan^é. 

entruesque li tloi tienent Tybert le renoié, 
65 la (lesloie Morans, qui en ot grant pitié; 

le loicn de la bouche n'i a il pax laissié. 

'bêle, fuiez vous ent, n'i ait plus detriié! 

Damediex vous conduise par sa douce amistié !' 

Berte s'en va fuiant, le cuer ot esmaié, 
70 car bieu cuidoit sans faille avoir le chief trenchié. 

en la forest s'en fuit, moult a Dien graciié. 

ainsi eschapa Berte Tybert sans son coni^é. 

(juuut Tybers l'a vëu, moult ot le cuer irié. 

'seijrnor*, ce diat Tybers, 'mal avez esploitié; 

75 trestous vous ferai pendre, quant serez repairié.' 

Cel jour tist moult lait tans, car il plut et espart. 

Berte s'en va fuiant par delez un essart; 

tant fuit que de li perdent li serjant le regart. 

'seig^nor', ce dist Morans, 'si aitDiex en moi part, 
80 que nous fesimes moult que fol et qne mnsart, 

que pour faire tel murdre venimes ceste part. 

bien samble gentill femme et sans nul mauvais 

[art; 

Damediex la conduisç et la praig^e a sa part. 

en ceste forest a maint ours et maint liepart, 
85 qui menglfe l'aront, ne demorra pas tart, 

esploitié en avons com félon et renart: 

de duel et de pitié trestous li cuers m'en art.' 

a cest mot remontèrent, chascuns de la se part. 

£n la forest fu Berte repnse entre buissons. 

90 Damediex^ la consaut et ses saintismes nous ! 

de li ici endroit a parler vous lairons: 

quant tans et liens en iert, ici le reprendrons. 



li serjant s'en repairent, ni font arrartohoBi; 
'seignor', ce diat Morans, 'savez que nous féroM? 
je lo qoe noua le cner d'on poureel en portons; 05 
a ma dame Margiste ai le preMmteroiui: 
par iceate manière bien noua eaeaaeroiia; 
et si «avez bien tait, k'en cooTent U aToni 
que le cner de celi raporter li derons ' 
'Tybert', ce dist Morans, 'si m'ait Sains Symons! 100 
se vous ne l'otriiez. tantost vous ocirons.' [bons, 
'seignor', ce dist Tybers. 'cist consaos est monlt 
pois qn'ele est eschapee, an meillor noos tenons, 
plus dont que vous ne faites, ne le vous cèlerons, 
-que nous de ceste chose acusé ne soions.' 105 
chascuns l'a ffancié, coars en fn li sermons. 
en iceste matere plus ne detrïerons; 
trestout ainsi le tirent con ci vous devisons, 
a Paris font venu, ne vous en mentirons, 
grant joie en ot la vielle; quant Gy lor raisons. 110 
'dame', ce dist Tybers, nous vous en raportons 
le cuer, vez le vous ci, présent vous en faisons, 
la pucele avons morte, ponr voir le voos disons.' 
'seignor', ce dist la vielle, 'bien le desservirons; 
n'avoit si maie garce, tant con dure li mons.' 115 

Li troi serjant s'en vont, nus n'en est arrestos. 
a lenr ostel s'en vienent, chascuns est descendus, 
et Tybers et la vielle sont iluec remasas. 
a la fausse royne vont ensamble la sus. 
grant joie a de Tybert qui estoit revenus. 120 
'dame', ce dist Tybers, 'grans biens vous est crSns ; 
Bertain avons ocise a nos brans esmolus.' 
'Tybert', ce dist Aliste, 'loez en soit Jhesns! 
bien avez desservi que vous soiez mes dms.* 
ainsi fu de la vielle lïement respondns 126 

Tybers, car de grant joie fu ses cuers esmëos. 
aine de tel triiyson n'6y mes parler noa, 
pais qne de Judas fa nostre sire vendus. 



58 lierres C. 50 qa. doa cuer berte A*. CO nompourq. <': bran .1. 61 fUn*] m>tnquf B, 62 qilont 

B. 64 ent*nt q. C, entres q. Jili. 65 «leslie Bi\ 66 ne U a p. 1. (H. 67 deUie C. 68 qdoi* 
/>; p. U seae a. (': pitié BR, 70 le ch. av. tr. CR. 73 le c. ot m. ir. C. 74 dit BDR. 75 loss 
.m. C. 76 ce j. C; pluet V. 78 les s. li r. C. 79 le BR. 80 feismes B, feimos C; moolt] tait 
B\ fols C. 81 qui i>, quant C\ cel B, cest R\ murtre BR. chose C. 82 gentU CE. 83 oondaie 
BVD\ en s. p. D. 84 lupart DE. 85 que BDR; mie t. R; ainz que soit guère* t. C. 86 nasart 
R. 87 tretout le cuert B. 88 ce m. AC. 89 repose (.', reposte B. 00 par tes V. 91 lai B. 
92 q. lieu et t. sera f; si i repairerons B. 93 sen retournent <^. 95 poarc. prenons /?. 96 a marg. 
et ma d. V. 97 en ic. />; acuserons C 98 tout E. ;)9 celui BC. 101 mtmiptf R; uùnsi ne C; 
lociei B. 102 cis AE. 105 encuse CD. 107 meniere R. 108 Usent DR; q id R; c. noos v. d. 

C. 110 les r. C. 111 aport R. 112 veeiz le ci A'; et v. 1. c. C 113 «•«hi/im' R. 115 manTii^ C; 
<.'ilz m. R. 116 les (': ni est CD; arrestut B. 117 s'] maïu/nr D; ostiex sen vont C. 118 remaaax 
CD, remensus R. 121 grant bien B; venus C. 122 Berte R; o n. br. C. 123 c d, U eerre C. 
125 d. 1. serve CE,S. 126 et 127 main/umt R. 126 son cuer C. 127 onc C, aiiu AD,S; nor 
aparler n. AE,S. 128 sires AE,S. 



Pièce 73. 



XIIP SIECLE. 



Damediex, qui en crois fu pour nous estendus, 
130 doinst k'encor leur en soit li guerredons rendus ! 
bien ot li rois Pépin les Hongrois recëus 
et riches dons dounés et noblement vëus; 
tant font qu'en lor pays est chascuns revenus, 
Floire et Blancheflour font de par Pépin salus 
135 et de par l'orde serve, ses cors soit confondus ! 
d'aus lairai a parler, n'en dirai ore plus: 
a Bertain revenrai qu'el bois, qui ert ramus, 
ert a moult grant meschief, ses eu ers ert esperdus, 
souvent reclaime Dieu et ses saintes vertus. 
140 ne sot quel part aler, tous jours se trait ensus 
dou lieu ou laissié l'ot Tybers li mescrëus. 
La dame fu el bois, qui durement plora, 
s'oy les leus uUer et li huans hua. 
■ il esclaire forment et roidement tonna 



et pluet meniiement et gressille et venta. 145 
c'est hideus tans a dame qui conpaignie n'a. 
Damedieu et ses sains doucement reclama: 
'ha ! sire Diex', fait ele, 'voirs est k'ainsi ala : 
de virge nasquesistes ; quant l'estoile leva, 
li troi roi vous requisent; ja nus hom ne sera 150 
le jour desconseilliez qu'il les reclamera. 
Melcior ot non cil qui le mirre porta, 
Jaspar ot non li autres qui l'encens vous donna, 
et Baltazar li tiers qui l'or vous présenta, 
sire, vous les presistes, chascuns s'agenoilla. 155 
si voir con ce fu, Diex, ne mençonge n'i a, 
si garis ceste lasse qui ja se dervera.' 
quant ot fait sa proiere, son mantel escourça, 
a Dieu s'est commandée, aval le bois s'en va. 



73. 

EXTRAIT D'UNE CHRONIQUE EN PROSE. 

Recueil des Historiens des Gcmles et de la France, t. XXII, 301 — 324. — Récits d'un 
Ménestrel de Reims p. j^j. N. de Wailly, Paris 1876, 2^- 207 — 214. (six mss., mais le passage 
suivant n'est contenu, que dans trois mss.). 

Or vous vuel dire un essemple sour ce que la contesse avoit quis aide au conte de Poitiers 
et au conte d'Anjo. — Il fu une foiz uns leus qui avoit deus jourz de terre ahennable. et 
vint a une chievre qui avoit deus chevresons, si li dist: 'chievre, j'ai deus jourz de bonne terre 
ahennable d'aragis de vigne, si te lo que tu les faces a moitié; et saches de voir que la terre 
5 est si crasse qu'elle portera froument tout adés, sans fiens mètre. Et saches de voir que je 
la fëisse plus voulentiers que je ne la donnasse a moitié, mais j'ai un grant plait en la court 
mou seigneur Noble le lïon contre Belin le mouton, de deus brebiz siennes, que il dit que je 
11 ay mangïes, si me convient estre chascune semainne a plait et estre en grant painne de 
querre mon conseil.' 'Certes', dit la chievre 'je n'oseroie.' 'pour quoi?' dit li leus. 'par foi', 
10 dit la chievre, 'pour ce que vous lestes uns granz sires et forz et bien enparenteiz, et je sui 
une petite chose et de povre affaire, si n'averoie nul bon plait encontre vous.' 'Ha', dit li leus, 

130 doint BCR; gredon R. 131 le roi C. 132 veus] vestus? Horning. 134 manque R; font] 
manque B. 135 son c. C. 137 eu b. A, cou DR, ou b. ^S"; est r. R; qui iert el b. r. C. 138 est 
esp. i2; ou a m. gr. m. iert son cors esp. C. 139 et 1. seues v. C. 140 trest C. 141 l'ot laissie 
AC,S. 143 s'] manque E; 1. (ces B) 1. oi uU. BC. 144 i. espartoit f. et durement t. C. 145 plut 
C. 146 ciert C. 149 d. la v. naquistes BC. 150 requistrent BC, requirent ADR. 151 nul j. R; qui 
les ADR, qui vous E. 152 melchion BCR. 153 Gaspar R. 155 preistes B; s. v. empreistes C. 
156 voirs R. 157 desvera BCR. 159 parmi 1. b. CD. 

73. 1 un conte B; ajue AC, Wailly, avoit requis au conte de Poictiers et d'Anjo C. 2 journez B. 
2 — 3 B omet et vint a une etc.: et dist li leus a la chievre. La leçon de C (ms. du 16* siècle) 
est à la fois incomplète et remaniée: il fut une foys ung loup qui avoit deux jours de terre en- 
hanauble qui estoient araige de vignes ; si vint a la chievre et luy dist 'je te conseille'. 4 les] le 
A. 5 froum. tout eslit et tout a ung dos C. 7 C omet mon s.; et deus A. 7 — 8 que jai BC. 9 je 
nem ferai point B. 11 enc. toi B. 



234 



CHRONIQUE EN PROSE. Pièce 73. 

'chievre, belle amie, or ne me resoing de rien! Je te jur pur la foi que je doi daae Heraaot. 
ma fauiue, et mes douxe enfanz qne j'ai de lui touz vin, que je te iterai bons penoBniera, ne 
ja en ma vie tort ne te ferai.' 'Par foi', dit la chievre, 'et je le ferai; mais adéi me douterai 
que vuuH ne me faciez maie part.' A tant H'en parti li leus «le la cbievre. Et la cbievre 0»t 15 
la terre et ahenna de frouuient; et mouteplïa, et fu en point de messonier; et vint au leu et 
li dist: 'lens, nostre froumeuz eut en point de cuiedre, venes i on vous i envoies!' 'Par foi', 
dit li len.o, 'je n'i pui8 uleir ne n'i puis envoler; mais fai lo messonneir, si fai mètre le froument 
d'uitu pnrt, et lu puille d'autre; et quant je revenrai de mon plait, si partirons bonnement.' 
La chievre n'en put plus purteir dou leu et s'en revint et messona le froument et le (ist batre 20 
et mètre le gruiu d'une part et la paille d'autre. A tant ez vous le leu ou vient, qui n'atendoit 
autre chose; et vient a la chievre, si li dit mont fièrement: 'ore, dame, partirons nous n<Mtre 
despouillc?' 'Ôil voir', dist lu chievre, 'biaus sires, se vous voulez. Veez ci le jf^in d'une part 
et la paille d'autre, si comme vous me commandastes ; si penrez la moitié de l'un et la moitié 
de l'autre.' 'Va a dïables! sote beste, tu ne sez que tu dis. Ainsi ne sera il pas.' 'Comment 25 
dont':" dit la chievre. 'En non Dieu' dit li leus, 'je te dirai: je sni uns f^anz bons et ai 
moût forant niesnïe; et me convient asneiz plus qu'il ne fait toi; car tu iés une lasche crïau- 
ture; si uveras de pou asseiz. Tu avéras lu puille et je avérai le g^rain.' '.\immi! sire', dit 
la chievre, 'vous ne dites mie bonne raison. Mais, pour Dieu, prenez vostre part et moi laissiez 
la moie I' 'Par la laingue beu', dit li leus, 'je n'en ferai nient. Et bien te conseil ; qne je .{0 
revenrai ci le matin, et tu me saches a dire, se tu le feras ou non.' A tant s'en parti li leus : 
et la chievre demoura toute esbaubie. Et se pensa de deus viatres qu'elle avoit norri de son 
lait a sa mamelle, qui estoient d'une ab&ie de Citiaus, qui estoient près de lui manant. Dont 
li uns des chiens avoit non Taburiaus, et li autres Roeniaus. Et s'en va droit a eus et les 
trova a l'entrée de la porte. Et quant Taburiaus et Roeniaus virent venir leur mère, si li 35 
vont a rencontre et la font bienvaingnant et li demandent queis besoinz l'a amenée. Et elle 
leur dit comment li leus la vouloit mener. 'Voire', dist chascnns des chiens, 'par nos botes! 
ainsi n'ira il pas. Or vous en raleiz, et nous vous avons en couvent que nous i serons le 
matin bien main a lu purson de vous et d'Isengrin; et se Dien plait, il ne vous fera ja tort 
ne outrage la ou nous soiens.' A tant s'en râla la chievre et s'en vint a son osteil et trouva 40 
ses deus chevresons plouranz et les rapaisa; et se coacha dormir, mais pon i reposa et se 
leva bien matin et pria Dieu qu'il la conseillast. A tant ez vous les deus frères Taborel et 
Roenel, et la salUent et li demandent, se Isengrins est vennz. Et la chievre dit : 'nenil encore*. 
'Or vous dirons, bêle mère', dïent li chien, 'que nous ferons. Nous nous reponrons en cest 
burial d'esteule et serons la tnit coi, et bien verrons et orrons que Isengrins vonra faire. Car 45 
se il nous savoit a séjour, il n'i venroit pas, espoir, ains atenderoit tant que nous n'i seri'en.<« 
■pus.' 'Par ma foi', dit lu chievre, 'mi enfant, vous dites bien.' Et li chien s'en vont et se 
mucent ou burial d'esteule. A tant ez vous Isengrin, le leu, ou vient et amainne Renart, son 

12 men Ji; redoubles C. 13 liC omrtleiU de lui. 14 je la R, je les C. 15 q. tu ne m. êmm B, 
q. ne men fitciez (': que vous n. m. faites tort .1. 16 lahena //, laboarm C; bon point B: «t 
quant se vint ou temps de moissonner elle vint au loup C 17 cuiedre] moisoner B, cailler C; rien 
î ou tu i envoies B, venez i vous ou i envoiez .1 rt H'<u7/y. *20 ne peut avoir aultre reeponce f. 
21 atant ez vous le leu qui vint a la ch. //, en après vint le I. vers la cb. <'. 23 of d. 1. ch. 
voir .1. 24 mandastes B, lavez comm. C. 25 au drable C; C tmtet ta ne . . . dis. 2fl <* «"•'■' 
en non />. 28 »my C, Hai rai Wailli/. HO p 1. 1. ditu .1, p. 1. 1. dieu T; ne ten f. rien B: et 
bien te dis C. 31 B omtt ci 32 esbahye C. 33 et de sa m. C; ettoit AB. 34 TabarM B: 
Roen.] Hurelx C, 36 la saluèrent T; quelle chose elle avoit C. 37 lavoit menée C. 38 noas 
irons B. 39 a la raison faire <^\ plait] C ajoute et nous poaons; fera point de tort BC. 40 '^ 
omet la ou n. k. 41 rapaia B; pour dormir C. 42 atant vindrent C 44 repoeerons C. 45 borial] 
moncel B, monceau l\ buriau Hai//y; estoiUe C. 40 a son jour C; viendroit huv <\ 48 m vont 
muaier B. 

285 



Pièce 73. XIIP SIÈCLE. 



compère, a son conseil, qni maintes mauvaises taches li avoit faites, et dit a la chievre: 'ore, 

50 (lame, estes vous conseillïe?' Dont respondi la chievre: 'queil conseil voulez vous que J'aie? 
prenez, vostre part et me laissiez la moie.' 'Voire', dist li leus, 'en as tu groucié ?' 'Certes', 
dit il, 'ne sera autrement que Je t'ai dit.' Et endementieres que la chievre et li leus beten- 
soient, Eenarz gete ses ieus vers le burial d'esteule, et voit les queues des viatres, et dit a 
Isengrin: 'biaus compères, prenez vous près de vostre affaire, car Je voi teil chose en vostre affaire 

55 que vous ne veez pas.' 'Par le cuer beu', dit li leus, 'sire Eenarz, il ne sera autrement; J'avérai 
le grain, et elle avéra la paille.' 'En non Dieu', dist Eenarz, 'biaus compères, Je non di, se pour bien 
non, et bien vous en couvieigne. Prenez ci garde ! je m'en vois.' Et se part Eenarz d'Isengrin, 
et monte en un tertre près d'enqui pour veoir la fin que ses compères fera. Et Isengrins prent 
ses sacs entre lui et son charreton et les emplissoit don froument. 'Par la mère Dieu', dist la 

60 chievre, 'ore est ués l'aide!' et escrie Eoenel et Taburel: 'mi enfant, vous veez comment il est.' 
Et li chien sailent hors de l'esteule, et ne demandent qui ot donnei. Et assemblèrent au leu 
de cors et de piz, et le portèrent a terre, le ventre deseure, et li montent sor la mormelante, et 
li font plus de cent plaies sour le cors de lui; et faisoient les flocons de son poil voleir vers 
le ciel ; et l'atournerent enqui en teil manière que on n'i sentoit ne pous ne aleinne, et le 

65 cuidoient avoir mort. Et prisent le froument et le portèrent ou grenier a la chievre ; et ende- 
mentieres que il portoient le blei, li charretons prist Isengrin et le mist au plus tost que il 
pot sour la charrete a grant painne; et se part d'enqui tantost, et le mainne vers son recet. 
A tant ez vous Eenart qui li vint a rencontre, qui tout avoit vëu, et qui moût en estoit liez ; 
car c'estoit sa nature: il estoit liez, quant maus adersoit. et venoit a son compère qui moût 

70 estoit maumeneiz, et li dit en faingnant : 'biaus compères, il me poise moût de vostre mesestance ; 

et se vous m'en eussiez crëu, il fust autrem-ent qu'il n'est; car Je vous disoie bien que vous 

prëissiez garde a vostre affaire, que Je veoie teil chose en vostre affaire que vous ne veiez pas'. 

• 'Eenarz, Eenarz', dist Isengrins, 'qui n'a plus d'ami que vous, il n'en a point. On m'a fait 

honte: Je l'amenderai quant Je porrai.' A tant se part Isengrins de Eenart; et Eenars li fait 

75 la loupe. Et Isengrins s'en va en son ostel, ou sa famme, dame Hersanz, l'atendoit et si e^ifant. 
Et quant il le virent venir gisant sour la charrete, sour un pou d'estrain, si le commencierent 
a moquier, et li dirent: 'plus appareillïe chose remaint que ceste. Est çou li froumenz que vous 
nous deviez ameneir pour faire des gastiaus en quaresme ?' Ainsi disoient la maisnïe Isengrin, 
et on dit pieç'a : 'cui il meschiet, tuit li mesoffrent.' Et Isengrins descent de la charrete, touz 

SObleciez, et s'en va le col baissant couchier en son lit; ne puis ne fn il gariz de ses plaies en 
cinc mois de l'an. Or revenrons a Eoenel et a Taburel et a la chievre, qui orent portei le 
froument ou grenier, et dirent: 'bêle mère, nous nous en irons en maison qui est asseiz près 
de ci; et se vous avez mestier de nous, nous serons adés apareillié de vous aidier. Et veez 

49 a consoil B; son compagnon et son compère C; taches] niches BC. 50 voul. v. et je panrai B. 51 grouciet 
B, as tu donc grumelle C. 52 -l-B omettent que je tai dit. 52 — 53 se debatoient C. 53 voit les yeulx 
dung des chiens C. 54 C ajoute prenez vous garde et pr. — je voy tel point en la chartre C. 55 la goule 
deu C. 56 C omet dist K. b. c. — ce que je vous dis ne le vous dis que pour bien mais bien 
vous en advienne C. 57 prenez vous B. 58 sur ung terrier C. 60 ués l'a. corr. dans la 7" éc/.] 
us laides ^1, au laides B; or vat a l'ayde C; ans laides Wailly, ore estes a l'aide Bartsch (5® éd.). 
61 qui avoit tort ou droit C. 62 portèrent tellement qui le tombèrent C; mormerande -B, et lui 
montèrent sus C. 63 les floussons C; vol. en lair 0. 66 BC omettent ici au pi. t. que il pot. 
67 tant.] au plus tost que il pot BC; son lieu C. 69 nature] manière B. — adreçoit B. 70 
mehainniez B; et estoit moult joyeulx de cest affaire, car sa nature est de estre Joj'eux quant mal 
s'adresse ; puis li dist en se mocquant C. 73 qui n'a ami B ; point] gaires B. 74 C omet et R. li f. 
1. 1. 77 B ajoute et remaint assez de ce que musarz panse; C remplace plus apar. etc. jyar tant 
grate chievre que mal gist, et assés remeit de ce que musart pense. 78 en quar.] en ma renoncie B, 
en vostre reuenue C. 80 ne furent garies ses B. 81 mois après C; cui il orent B. 82 en son 
grenier B. 83 nous sommes et serons C. 

236 



BEV£RIËâ. 



Pièce 74. 



ci an cor que Tons sonnerez, •*!! touii est besoinz; et tantust comme noiu l'orrons sowMlr, dom 
aconrrons ft Tons.' 'Granz mercÏH!' dit la cbievre, 'bel enfant. Beunoite »uit l'eure qae je toos 4S 
aletai premiers!' A tutit prirent li cbien congié et s'en alerent en leur abaiv. 



74. 

RÊVERIES. 



Achille Jubinal, Jtmghurt et Trouvhre», Paria 1835, p. 84 — 42> Cownpori de nommom afne h 
munuurrit, Pnri», Bibl. Nat. fonds franc. 837, fol. 174'" — HS''. /''>y- Waekemngfl, Altdeutaehet 
Lfêebuch (\* édition) 975—980./ 



Nus ne doit estre jolis, 

s'il n'a uniie. 

j'aim antant crouste que mie, 

quant j'ai )(rant fain. 
S tien tel cheval par le frain, 

malëureus. 

autant en un comme en deus 

ou a hasart. 

j'aim autant a lever tart 
10 qu'au point du jor. 

onques ne fui sans amor, 

n'yver n'esté. 

gete aval, c'est por le dé: 

qui l'a, si l'ait. 
15 je vois veoir s'on refait 

mes estivaus. 

tes jors est li solaus chaos 

en plain aoust. 

il ne me chaut qu'il me coust, 
20 mes que je l'aie. 

c'est a Saint Germain en Laie 

que li rois iert. 

fêtes ce qu'il vous requiert, 

je vous en pri. 
25 onques si bêle ne vi 

ne n'acointai. 

par un matin me levai, 

quant il fu nuis. 

qu'as tu, chetis, qui t'en fuis? 



as ta songié? 

j'ai ane cordele an pié, 

c'on m'i laça. 

et que dïent cil de la? 

feront il pais? 

je sai faire sons et lais 

et serventois. 

on dist que Robers d'Artois 

est marïés. 

compains, que vaat ore bléf 

a Monmirail? 

fres harens est bons a l'ail. 

ce dist chascnns. 

mengera hui li communs 

plus d'une fois? 

as tu vingne, qui si bois 

a longue alaine? 

je sai le romans d'Elaine 

de chief en chief. 

j'ai une dolor ou chief 

qui m'a hui mort. 

tels cuide veillier qui dort 

en paradis. 

quar fasses ta a Paris, 

plëust a Dieu! 

compains, je te pert un gieu : 

penssons a el. 

il n'i a mie asséa sel: 

qui a ce fait? 



30 



35 



40 



45 



90 



55 



85 vanroDs a y. B. 

74. 1 et 2 dans Jubinal en un «eu/ vers. 4 grant TMer] manque Ma., qa. qa« J'ai £ BarUeÂ. 
7 I. II Ma. 11 Mnz .V*. 17 Um Ma. 29 qu'as Jubinal. 31 oa Ma. 32 m* i Ma. 35 («m Ma. 
38—39 mari«x : blez. M». 55 I. Ma. 57 aases Ma. 



887 



Pièce 74. 



XIIP SIECLE. 



qu'est il ore de vo plait? 
60 dites m'en voir. 

je sai bien, por miex valoir, 

doit on amer. 

c'est a Marseille sor mer 

que il sommeille. 
65 conseille moi en l'oreille: 

sont il bien point? 

je n'oi onques robe a point 

qu'on me donast. 

j'aim autant trieve comme ast 
70 ou que bringnole. 

compains, je fui a l'escole 

toute m'enfance. 

irons nous a pièce en France? 

quar en parlons ! 
75 je sai bien cinquante sons, 

tos provenciaus. 

Lancelos et Lyoniaus 

furent cousin. 

levés vos demain matin, 
80 vilains mauvais! 

entre Compiengne et Biauvais 

croist de bons vins. 

l'en va trop bien ans patins 

en ceste terre. 
85 or a li rois d'Engleterre 

pais aus François. 

vous orrés dedens un mois 

mult bien toner. 

l'en doit famés honorer 
90 seur toute rien. 

por Dieu, Perrin, tien te bien! 

ou tu charras. 

c'est a mesdi a Arras, (?) 

ce oi dire. 
95 je l'ai mis en tirelire, 

por miex garder. 

si le fêtes arester 

en ceste vile. 

il estoient bien dui mile, 
100 tout a cheval. 

le romans de Percheval 



fist Crestïens. 

bon ostel. Sains Juliens, 

hui en cest jor! 

l'en doit ferir aii tabor 105 

a ceste note. 

vien ça, s'en drece ma cote 

ou ma chemise. 

l'abeesse s'est démise 

de Malbuisson. lio 

ja, par Dieu, que nous puisson, 

n'i enterrés. 

Gauteron, est il ferrés, 

mes palefrois? 

vos n'estes pas si cortois 115 

con je cuidoie. 

quant j'ui crïer Monjoie, 

je me repus. 

bone aventure ait li dus 

et bone joie! 120 

veus tu geter por le troie 

ou por le quatre? 

il se set trop bien esbatre 

de la vïele. 

je ne pris pas une astele 125 

vostre dongier. 

il le covient alongier 

bien plaine paume. 

s'ele est couverte de chaume, 

ele en iert pire. 130 

nus hom n'oseroit desdire 

ma volenté. 

il est par sa loiauté 

trop bien du roi. 

ja, por la foi que vous doi, 135 

n'en serés quites. 

tu es bien musars qui luites 

a si fort home. 

je vos en. apel a Eome 

de ceste chose. 140 

siet toi la, si te repose; 

mestier en as. 

s'il né gete troie et as, 

il l'a perdu. 



64 Qu'il Jub. 67 oï Jub. 68 qrae Ms. 73 pièce Tabler avec le Ms.] pie' Bartsch. 76 toz Ms. 
79 leuez Ms. 87 orrez dedenz 3Is. 93 midi? 97 les Jtib. 99 étoient ,hib.; II Ms. 101 romanz 
Ms. 111 p diu iWs. 112 — 113 enterrez: ferrez iffs. 116 () Ms; que Jub. et Bartsch. 117 q. que j'oi 
Bartsch {5' éd.). 126 dangier J!f«. 127 convient J«6. 130 ert if«. 136 serez ^/«. 138— 139 home: 
rôme Ms. ; apel Tabler] apele Ms. 



238 



RUSTEBEIF 



Pièce 76. 



145 l'en diMt que tait sont pendu 

li papelart. 

n)«n({erunii nous pois au iart 

por dïemenche? 

il est bien muHurx qui tenche 
\bO II foie gent. 

j'ai perdu tout niuii argent 

a la griioiHe. 

il i a bone oervoise 

en Kngleterre. 
155 l'eu dist qu'il a rouit grant guerre 

en Lonibnrdie. 

je chant sovent por m'amie 

que j'aim tant. 

je reving l'autrMer de Cîant 
IGO t08 desconâs. 

eschis sui de mon p&is, 

ne sai por qoi. 

je l'amoie en bone foi, 

or m'a trahi. 
105 l'en a un home buui 

hors de la yile. 

escontés de dame Guile, 

comme ele tenche! 

l'autr'ier, par un dïemenche, 
170 je pris congié. 

il se sont bien h^ubregié 

por miex combatre. 



ce n'est mie vins a quatre 

que je bui ier. 

ci fet meillor qu'au moustier, 

bevouH aMéfl! 

l'errins est mult bien amés 

en ccst pais. 

entre Chartres* «-t l'arin 

n'a que vint Hues. 

li Sarrasin ont pris triues 

de nostre roi. 

par foi, je ne sai por qoi 

je m'en reving. 

es tu de cels de Haiding. 

de la foi maie? 

il a dis sols en ma maie 

d'artisïens. 

l'autr'ier menjai a Orliens 

trop boues tartes. 

vëistes vous deus bistardes 

le blé mengier? 

Diex, comme il estoient fier 

8or tes les autres! 

il avront malt lues pautres, 

no pèlerin. 

l'en le doit en parchemin 

mètre ou en cire. 

je ne vous en vueil plus dire 

sanz argent. 



175 



180 



186 



190 



195 



200 



75. 

RU8TEBEUF. 

Œuvre» complète* de RulebewJ, reoieilliet pwr Achille Jiibinul, I^irù 1839« 2 roi». (1, 5 — 12; 
212—217; 2, 101—105); yotivelle éitition ret^tic et corrigée, I\iris 1874—75. 3 roU. (1, 6—12; 
2, 8 — 14; 2, 259 — 262). — c. «e tn>ure atmti ilan« Jfonmvnitir et Michel, Théâtre français au mtojfe» 
âge, Puris 1839, p. 139. — Riuteburf» (t'edichte, nach den Hand*chri/ten der Pari*er National- 
Hibliothck hrsg. con Ad. k're*«Her, Wolfenbiittel, 1885. p. 1—4, 99 — 101, 219 — 222 (a e< b d'aprè» 
trttia Hijr.i. chacun, c. d'upriê le seul ms., Porit, Bibl. Xat. j'ondjn franc. 837). — Comparet avec e te 
Theophilut baf-<Ulrmand 582—714 Ettm. 



145 sont] «st Jub. 14S diemienche Jub. 149. 168 tence M». 160 tos M». 165 I. h^me Mt. 
167 escoutez JA". 169 .1 M». 170 je] maut/ue M». 176—7 assez: mmtz Àt*. 182 no Jt: 194 tox 
Mg. 195 auront: lues .V».] lues (8* éd.) doHHt une ayUabt de moins; pemt-ttre /autrU Un laaé» 

(lues Bartgch, 5" éd.; roy. le tilossaire). 



239 



Pièce 75. 



XIIP SIECLE. 



LE MARIAGE EUSTEBEUF. 
En l'an de l'incarnacïon, 

[mil deus cens a m'intencion,] 

huit jors après la nascïon 

Jhesu, qui soufri passion, 
5 en l'an soissante, 

qu'arbres n'a foille, oisiaus ne chante, 

fis je toute la rien dolante, 

qui de cuer m'aime; 

nis li musarz musart me claime. 
10 or puis filer, qu'il me faut traime, 

molt ai a faire. 

Deus ne fist cuer tant de pute aire, 

tant li aie fait de contraire, 

ne de martire, 
15 s'il en mon martire se mire, 

qui ne doie de bon cuer dire: 

'je te claim cuite.' 

envoier un home en Egypte, 

ceste dolors est plus petite 
20 que n'est la moie ; 

je n'en puis mais, se je m'esmoie: 

l'en dit que fous qui ne foloie 

pert sa saison. 

je sui mariez sanz raison, 
•25 et si n'ai borde ne maison. 

encor plus fort: 

por plus douer de reconfort 

a cens, qui me heent de mort, 

tel famé ai prise, 
30 que nus fors moi n'aime ne prise; 

et s'estoit povre et entreprise, 

quant je la pris. 

a ci mariage de pris? 

qu'or sui povres et entrepris 
35 ausi come ele. 

et si n'est pas gente ne bêle: 

cinquante anz a en s'esciiele, 

s'est maigre et sèche: 

n'ai pas paor qu'ele me treche. 



despuis que fu nez en la greche 40 

Deus de Marie, 

ne fu mais tele espouserie. 

je sui toz plainz d'envoiserie, 

bien pert a l'uevre: 

or dira l'en que mal se cuevre 45 

Rustebués qui rudement uevre: 

l'en dira voir, 

quant je ne porrai robe avoir. 

a toz mes amis fais savoir 

qu'il se confortent, 50 

plus bel qu'il porront se déportent; 

a cens qui teus noveles portent 

ne doingnent gaires. 

petit dont mais provos ne maires. 

je cuit que Deus, li debonaires, 55 

m'aime de loin: 

bien l'ai prové a cest besoin. 

la sui ou le maus met le coin: 

Deus m'i a mis. 

or faz feste a mes anemis, 60 

duel et corouz a mes amis. 

or du voir dire, 

se Deu ai fait corouz ne ire, 

de moi se puet jouer et rire, 

que biau s'en vange. 65 

or me co vient f roter au lange: 

je ne dont privé ne estrange 

que il riens m'emble : 

n'ai pas busche de chesne ensamble; 

quant g'i sui si a fou et trambie, 70 

n'est ce assez? 

mes poz est brisiez et quassez, 

et j'ai toz mes bons jors passez. 

je qu'en diroie? 

nis la destructions de Troie 75 

ne fu si granz come est la moie. 

encor i a: 

foi que doi avé Maria, 

s'onques nus hom por mort pria, 



2 le vers manque dans ABC; l'éditeur' l'a tiré d'un manuscrit dont, pour le reste, il ne s'est 
pas servi. 3 deuant £. 4 celui qui s. BC. 6 noisiaus B, oisel AC. 9 nés li musart m. m. claiment 
B. 12 mal aire B. 18 envoiez B. 19 la soue d. -B; dolor édit. 21 et Je quen puis se je mesmoie 
B. 24 sui je m. A. 25 or nai ne borde A, que je nai b. C. 30 car nus B. 34 qu'] manque B. 
37 LX anz B- en son e. C. 39 je ne pas p. B, nai mais p. C. 43 pi. de muserie -B, je s. droiz 
fouz dancecerie C. 45 prueve AB. 46 que B. 50 sen c. B. 51 sen B. 53 gaire B. 54 d. ne 
p. ne maire B. 57 lai veu BC. 63 sa dieu BC. 69 je ne pas B. 70 q. je i sui jai fol B. 75 
destruction édit. 79 por moi B. 



240 



BUSTBBEUF. 



Pièce 76. 



80 81 prit por moi: 

je n'en pais mftis, hc je m'esmoi. 

•Tant qae vienge avriU ne mai 

yendr» quaresme. 

de ce puis bien dire mon esme: 
85 de poisson antant com de cresme 
. avra ma famé; 

grant loisir a de sauver s'ame: 

or gënnt por la douce dame, 

qn'ele a loisir, 
90 et voist de haute eure gésir, 

qu'el n'avra pas tout son désir, 

c'est sanz doutance. 

or soit plaine de grant soufrance, 

que c'est la plus granz porveance 
95 que je i voie. 

par cel seignor qui tout avoie, 

quant je la pris, petit avoie, 

et ele mains. 

je ne suis pas ouvriers des mains: 
100 l'en ne savra ja ou je mains 

por ma poverte. 

ja n'i sera ma porte overte, 

quar ma maisons est trop déserte 

et povre et gaste; 
105 Bovent n'i a ne pain ne paste. 

ne me blasmez.se ne me haste 

d'aler arrière, 

que ja n'i avrai bêle chiere. 

l'en n'a pas ma venue chiere, 
110 se je n'aporte. 

c'est ce qui plus me desconforte, 

que je n'os entrer en ma porte 

a vuide main. 

savez coment je me demain? 
115 l'espérance de l'endemain, 

ce sont mes festes. 

l'en cuide que je soie prestres, 

quar je faz plus saignier de testes 



— ce n'est pu goile- — 

que M je cbantsMe •Ttngito: 190 

l'en M saingne parmi U rile 

de me« merveilles. 

on les doit bien conter ans reillea, 

quar n'i a nules lor pareilles, 

ce n'est pas doute. 125 

il pert bien que je n'i vi goûte: 

Deus n'a nol martir en sa route 

qui tant ait fait. 

s'il ont esté por Deu detfait, 

rosti, lapidé ou detrait, 130 

je n'en dout mie 

que lor paine fu to8t fenie; 

maiH ce durra toute ma vie, 

sanz avoir aise. 

or pri a Deu que il li plaise, 135 

ceste dolor, ceste mesaise 

et ceste enfance 

m'atort a vraie penitance, 

si qu'avoir puisse s'acointance. .\men. 

b. 

LA DESPUTOISON DE CHAKLOT 

ET DU BARBIER. 

L'autr'ier un jor jouer m'aloie 
devers l'Aucerrois Saint Germain, 
plus matin que je ne soloie. 
qui ne lief pas volentiers main; 
si vi Chariot enmi ma voie, 5 

qui le barbier tint par la main, 
et bien monstroient toute voie 
qu'il n'erent pas cousin germain. 

Il se disoient vilonie 
et si getoient gas de voir. 10 

'Chariot, tu vas en compaignie 
por crestïenté décevoir: 
c'est trahisons et félonie, 
ce puet chascuns apercevoir. 



81 ce nest mervax se B. 82 quavant B. 84 d. c. voua diraie m. B, d. c. t. dirai j« m. C. 87 bo«a 
1. C. 88 haute d. B. 80 qoor % B. 91 et si na pa* tôt s. d. B. 94 1. mdlor p. B; grant fdit. 
96 p. le 8. B. 100 s. la C. 102 souvant neat pas ma //. 104 s«st porre B. 106 m je m. A. 
108 ferai b. C*, et si naarai ja b. B. 109 con na C. 112 os hucbier a m. B. 113 nen dem. B. 
11(> si sont r. 117 cuida q. j. ftisso C. 118 mais je B. 124 il ni a A, qail ni aura ja lor p. C. 
125 ce est sanz doute B. 126 ne vi BC. 129 dettret B. 133 «t ce C; U moie d. B. IsS a 
sainte p. BC. 139 sacordance B. 

b. Au titrt' challot rdit. 1 j. aloie .-I. 2 aucoirrois .1, ausnerrois C. 10 se g. C. 13 trahison Mit. 



BABTSCH-WIESE, Cbrestotnathie. X* PA. 



16 



241 



Pièce 75. 



XUP SIECLE. 



15 la tevie.lois soit la honie: 

tu n'en as point, au dire voir.' 
'Barbier, foi que doi la banlive 

ou vous avez vostre repaire, 

vous avez une goûte vive: 
20 ja mais n'iert jors qu'il ne vous paire. 

Sainz Ladres a rompu la trive, 

si vous a féru el viaire; 

por ce que cist maus vous eschive 

ne requerrez mais saiutuaire.' 
25 'Chariot, foi que [je] doi Saint Jarae, 

vous avez ouan famé prise: 

est ce selonc la loi esclame 

que Kàyfas vous a aprise? 

vous créez autant nostre dame, 
30 ou virginitez n'est maumise, 

com je croi qu'uns asnes ait ame; 

vous n'amez Deu ne sainte yglise.' 
'Barbier sanz rasoir, sanz cisailles, 

qui ne sez rooignier ne rere, 
35 tu n'as ne bacins ne toailles 

ne de qoi chaufer eve clere. 

il n'est riens née que tu vailles, 

fors a dire parole amere. 

s'outre mer fus, encor i ailles 
40 et fai proesce qu'il i père.' 

'Chariot, tu as toutes les lois: 

tu es jûys et crestïen, 

tu es chevaliers et borgois, 

et, quant tu vues, clers arcïen; 
45 tu es maqueriaus chascun mois, 

ce dïent bien li ancien, 

tu fez sovent par ton gabois 

joindre deus eus a un lien.' 
'Barbier, or est li tens venuz 
50 de mal parler et de mesdire, 

et vous serez ainçois chenuz 

que vous laissiez ceste matire. 

mais vous morrez povres et nuz, 

car vous devenez de l'empire. 
55 se sui por maqueriaus tenuz, 

l'en vos retient a va-li-dire.' 

'Chariot, Chariot, biaus douz amis. 



tu te fez ans enfanz le roi; 

se tu i es, qui t'i a mis? 

tu i es autant come a moi. 60 

de sambler fous t'es entremis, 

mais, par les ieus dont je te voi, 

teus t'a argent en paume mis 

qui est assez plus fous de toi.' 

'Barbier, or vienent les groiseles: 65 

li groiselier sont borjoné, 
et je vous raport les noveles 
qu'el front vous sont li borjon né. 
ne sai se ce seront ceneles 
qui ce vis ont avironé: 70 

els seront vermeilles et bêles 
avant que l'en ait moissoné.' 

'Ce n'est mie meselerie. 
Chariot, ainçois est goûte rose, 
foi que je doi Sainte Marie, 75 

que vous n'amez de nule chose. 
vous créez miex en jiierie, 
qui la vérité dire en ose, 
qu'en celui qui par seignorie 
a la porte d'enfer desclose.' 80 

'Et nequedent, se Kustebués, 
qui nous conoist, bien a dis anz, 
voloit dire deus motés nues, 
mais qu'au dire fust voir disanz, 
ne contre toi ne a mon ués, 5 

mais por le voir se fust mis anz, 
je le vueil bien, se tu le vues, 
que le meillor soit eslisanz.' 

Seignor, par la foi que vous doi, 
je ne sai le meillor eslire: 90 

le mains pior, si con je croi, 
vous eslirai je bien du pire. 
Charloz ne vaut ne ce ne qoi, 
qui la vérité en vuet dire; 
il n'a ne créance ne foi 95 

ne qu'uns chiens qui charoingne tire. 

Li barbiers conoist boue gent 
et si les sert et les honeure, 
et met en eus cors et argent, 
paine de servir d'eure en eure; lOO 



15 loi édit. 25 q. d. sainte J. édit. 27 eschame C. 33 touailles D. 35 bacin ne cisailles D. 36 ne] 
manque D; chaufes D. 42 et j. et crestiens C. 44 arciens C. 50 maudire C. 54 de ce ne poeiz 
douteir mie C. 59 q. ci ta D. 66 boutone A. 70 environe C. 71 el C, ens D. 82 passe d. 
a. CD. 93 Chariot édit. 94 q. en veut 1. v. A. 96 ne que eh. A, nés quns C. 



242 



KUSTEBEL'F, MIBACLE J'K TUKOPHILE. 



Pièce 76. 



gi set son mestier bel et gent, 
He besoiDH H recoroit seure; 
et li'a en lui si biau sergent, 
que con plas vit et plus eoleure. 



, MIRACLE DE THEOPHILE. 
lit parole nostre dame a Théophile et diit: 
'Qui es tu, Vil, qui vas par ci?' 

'ha, (lame! aiez de moi merci! 

c'est li chetis 

Théophile», H entrepris, 
5 que maufé ont loié et pris. 

or vieng proier 

a voQS, dame, et merci crïer, 

que ne gart l'eure qu'asproier 

me viengne cil 
10 qui m'a mi» a si grant esril. 

tu me tenis ja por ton fil, 

rdine bêle.' 

Nostre dame parole. 

'je n'ai cure de ta favele; 

va t'en, is fors de ma chapele!' 
Théophile» parole. 
15 'dame, je n'ose. 

Hors d'aiglentier et lis et rose, 

en qui li tilz Dieu se repose, 

que ferai gié? 

malement me sent engagié 
20 envers le maufé enragié: 

ne sai que faire, 

ja mais ne finerai de braire. 

virge, pucele debonaire, 

dame honorée, 
25 bien sera m'ame dévorée, 

qa'en enfer sera demoree 

avoec Cahu.' 

Nostre dame. 

'Théophile, je t'ai sën, 

ça en arrière a moi eu, 
30 saches de voir! 

ta chartre te ferai ravoir 

que tu baillas par non savoir; 

je la vois querre'. 



Ici va Mstre dame por la chartre The&phiU. 

'Sathan, .Sathan, es tu en *errt7 

»'e« or venuz en c«ite terre 85 

por comencier a mon clerc guerre, 

mar le pensas. 

rent la chartre que du clerc m! 

quar ta as fait trop vilain c«s.' 
Sathan parole. 

*je la vous rande? 40 

j'aim micx assez que l'en me pende! 

ja li rendi je sa provande, 

et il me fist de lui offrande, 

sanz demorance, 

de cors et d'ame et de sostanee' — 4b 
Nostre damt. 

'et je te foulerai la pance.' 
Ici aporte nostre dame la chartre a Theoj^Ue. 

'amis, ta chartre te raport: 

arivez fusses a mal port 

ou il n'a solaz ne déport. 

a moi entent: 50 

va a l'evesque et plus n'atent; 

de la chartre H fai présent, 

et qu'il la lise 

devant le pueple en sainte yglise, 

que bone genz n'en soit sorprise 55 

par tel barate. 

trop aime avoir qui si l'achate: 

l'ame en est et honteuse et mate.' 
Théophile. 

'volentiers, dame. 

bien fusse morz de cors et d'ame. 60 

sa paine pert qui ainsi same, 

ce voi je ici.' 
Ici vient Théophile a Veresque et li baille 
sa chartre et dist: 

'sire, oiez moi, por Dieu, merci! 

quoi que j'aie fait, or sui ci. 

par tenz savroiz tb 

de qoi j'ai molt esté destroiz: 

povres et nus, maigres et frois 

foi par defaute. 

anemis, qui les bons assaute, 

or fait a m'ame geter faute 70 



103 malt biau s. .1. 

c. 21— '23 fere: brere: debonere -V>. 22 james -W*. 26 }>*^*t-ftrr ftn? 29 »\ •» BarUdk 7* Mif, 
47 U ch. Barlêch. 55 gent Mf. rt t'dit. 62 ici BarUeh] bien Mf. rt fdit. 64. 70 tut Me. 

16» 



243 



Pièce 76. 



XIIP SIECLE. 



dont morz estoie. 

la dame qui les siens avoie 

m'a desvoié de maie voie, 

ou avoiez 
75 estoie et si forvoiez 

qu'en enfer fusse convoiez 

par le deable 

que Dieu, le père esperitable, 

et toute ouvraingne charitable 
80 laissier me fist. 

ma chartre en ot de quanqu'il dist, 

seelé fu quanqu'il requist. 

molt me greva, 

par poi li cuers ne me creva. 
85 la virge la me raporta, 

qu'a Dieu est mère, 

la oui bontez est pure et clere; 

si vous vueil proier com mon père 

qu'el soit lëue, 
90 qu'autre genz n'en soit decëue, 

qui n'ont encore apercëue 

tel tricherie.' 

Ici list Vevesqiie la chartre et dist: 

'oiez por Dieu, le fil Marie, 

bone gent! si orrez la vie 
95 de Théophile, 

qui anemis servi de guile. 

ausi voir comme est évangile 



est ceste chose: 

si vous doit bien estre desclose. 

or escoutez que vous propose: lOO 

A toz ceus qui verront ceste lettre commune, 
fait Sathan a savoir que ja torna fortune, 
que Theophiles ot a l'evesque rancune, 
ne li laissa l'evesques seignorie nesune. 

Il fu désespérez quant l'en li fist l'outrage: 105 
a Salatin s'en vint qui ot el cors la rage, 
et dist qu'il li feroit molt volentiers hommage, 
se rendre li pooit s'onor et son domage. 

Je le guerroiai tant com mena sainte vie, 
qu'onques ne poi avoir desor lui seignorie. 110 
quant il me vint requerre, j'oi de lui grant envie, 
et lors me fist hommage, si rot sa seignorie. 

De l'anel de sou doi seela ceste lettre, 
de son sanc l'a escrite, autre enque n'i fist mètre, 
ainz que je me vousisse de lui point entremetre 115 
ne que je le fëisse en dignité remetre. 

Issi ouvra icil preudom. 
délivré l'a tout a bandon 
la Dieu ancele; 

Marie, la virge pucele, 120 

délivré l'a de tel querele. 
chantons tuit por ceste novele! 
or levez sus, 
disons te deiim laudamusP 



76. 

ADAM DE LA HALLE, OU LE BOSSU D' AERAS. 

a. Œuvres com])Vetes du trouvère Adam de la Halle p. p. E. de Coussemaker, Paris 1872. 
— Canchons u. Partures von Adan de le Haie, le Bochu d'Aras, Krit. Ausgabe von R. Berger, 
Halle 1900, p. 80. — Raynaud, No. 152. La chanson est donnée par les mss. APQRTW^W^a. 
Imprimée aussi dans Keller, Romvart (1844), 267; Mâtzner, Altfranzôs. lÂeder (1852), 23. (Nous 
suivons la graphie du nu. T.) 

b. Monmerqiié et Michel, Théâtre français au moyen âge, Paris 1839; Coussemaker l. c. — 
A. Rambeau, Die dem Trouvère Adam de la Halle zugeschriebenen Dramen, Marburg 1886, p. IQ. 
(Ausgaben «. Abhandlungen LVIII.) [R. ne fait que mettre en regard les versions des trois maniis- 
crits du Jeu de la Feuillée, à savoir Paris, Bibl. Nat. fr. 25566 (P), fr. 837 (Pb) et Rome, Vat. 
Christ. 1490 (V)./. 

71 mors Ms, 75 Kressner, pour éviter l'hiatus, propose de lire et si fui f. 80 lessier Ms. 87 bonté 
édit. 90 gent édit. 93 filz Ms. 95 Theophiles iUfs. 101 tes cela Ms. 102 fet Ms. 104 lessa Ms.; 
l'evesque édit. 107. 112 hômage Ms. 113 doit Ms. 114 les escrist Ms. 



244 



ÀDAU DE LA HALLE. 



Pièce 76. 



Il ne mnet pM de sans celui qui phiiut 
paine et travail qui aqaiert avautage. 
pour ce ne puis veoir que ci» bien aint 
qui pour jouir d'amour sofîrance gage. 
5 qui n'est souffrans et d'estable courage, 
il ne se doit entremetre d'amer; 
car cors ne puet en amour pourliter 
acompaingniés qni est a cuer volage. 
Cieus qni d'amour essaucier ne se faint, 

10 ne puet avoir en li servir damage, 
qni bien le sert, ois biens fais li remaint, 
qui mal, — drois est qu'il li tourt a hontage ! 
dont ne fait pas cieus c'on le tiengne a sage 
qni sert se dame et amour de giller: 

ISkascuns le doit h&ir et escbiver 
com celni qui sa loianté engage. 

Voirs est k'amours toute valeur ataint, 
et par li sunt fourni tout vasselage. 
les siens gamist, toute cruanté vaint: 

20 dont sachent tout que g'iere en son servage, 
de bien amer veil maintenir l'usage: 
plus douchement ne quier mon tans nser, 
car j'en vail miex d'un savoureus penser 
et d'un joli espoir qui m'asouage. 

25 N'est pas petis li maus qui me destraint: 
mon taint viaire en trai a tesmoignage. 
poar vo cner l'ai, dame, quant il ne fraint 
vers moi qui rien ne demant par haussage 
et qui 8ui tons vostres a héritage. 

30 de ce que vous m'avés fet endurer 
vëist on tost autrui désespérer; 
mes ja pour ce ne penserai folage. 

Merci, dame, la cui biautés seurvaint 
mon cner qui vous a fet loial houmage! 



si voirement, k va vous li pooin maint 85 

de bien et tout alegier mon malage, 

et k'en autrui n'en voi le «eignonrage, 

me veilliés vous d'un regart conforter, 

et souffrance ne me poura grever; 

car boens secours fait bien tenir estâge. 40 

Comment c'a moi soit ma dame sauvage, 
pour acomplir son vouloir sanz veer, 
me veuU a li bonnement présenter 
par toi, cbançous, de cui je fais message. 

b. 
Li jus Adan on de la feoillie {Début). 
Adans. 
Segneor, savés pour quoi j'ai mon abit cangiet ? 
j'ai esté avoec feme, or revois au clergiet, 
si avertirai chou que j'ai piech'a songiet; 
mais je voeil a vous tous avant prendre congiet. 
or ne porront pas dire aucun que j'ai antés 5 
que d'aler a Paris soie pour nient vantés, 
chascnns puet revenir, ja tant n'iert encantés; 
après grant maladie ensieut bien grans santés, 
d'autre part, je n'ai mie chi men tans si perda 
que je n'aie a amer loiaument entendu. 10 

encore pert il bien as tes quels li pos fa; 
si m'en vois a Paris. 

Rikece Auriê. 
caitis, qu'i feras tu? 
onques d'Arras bons clerâ n'issi, 
et tu le veus faire de ti! 
che seroit grans abusions. 15 

Adans. 
n'est mie Rikiers Amions 
bons clers et soutiex en sen livre? 



a. 1 muet] vient PW^. 2 ki «trait av. .1, kiuert av. a. 3 ke cU T. 7 car caer« H**, car ne 
puet cors a. 8 ki est compaignies PU'', qui est acompaignie (i; anc. T. 10 servant RTH'*. 11 cil 

b. f. Q. ses b. f. PTW^W*, ti rem. a. 12 que m. «. 13 dont le f. chieus quant on le tiegn* a •. 
H. 14 en amour PriHIF». 15 len d. « ; fuir et W*. 16 comme I»'', chelui que »*«. 17 qne 
mors i?. 18 p. lui RT; maint v. a. 19 cruautés An. 20 service H''. 22 mitnqur T; ne puis Aa, 
23 c. je v. PHTW^W^; vauc K; dou s. p. PftrU'Ml'i. 24 csp. joli A», dou j. e. PfiTtt'K 26 W 
mal Ji. 26 en ai iî. 27 la R. 28 moi que <i ; nient ne d. TW*; par usaige R. 32 ni p. ARTW*-. 
33 li ques b. P; biaute ARW*. 34 vous en a fait lige boum. .1; vous a f. 1. h. a. 35 s. vraiemcnt 
RT, veraieraent «. 36 alcgeries IF'. 37 ne voeil /'U'». 39 ne mi p. T; porroit PW*. 40 tous 
sec. R; estache PW^. 41 — 44 manquent R. 42 p. son vol. aconpUr Aa, 43 a lai 7*. 44 p> BM 

c. ir*; ni kier autre m, n; homage PÎF'. 

b. 3 si] or PbV. 4 por ce vieng a v. t. aincois p. c P6; ancol sui a t. t. venus p. c. V. 
5 dire ne porront mie I'. 7 ja niert si Ph, ja si niert V. 8 qnar bien gr. /f«; car en gr. m. gist 
souvent gr. s. V. 9 ne pourtant nai jou V; pas Pb; ci si m. t. p. Pt. 10 en amer I'. 11 ai 
quencore (en F) pert il as t. PbV; a F. 12 or renois PbW 



846 



Pièce 76 b. 



XIIP SIECLE. 



Hane li merciers. 
oil, pour deus deniers le livre; 
je ne voi qu'il sache autre cose: 

20 mais nus reprendre ne vous ose, 
tant avés vous muaule chief. 

Rikiers. 
cuidiés vous qu'il venist a kief, 
biaus dous amis, de che qu'il dist? 

Adans. 
chascuns mes paroles despist, 

25 che me seule, et giete molt loing; 
mais puis que che vient au besoing 
et que par moi m'estuet aidier, 
sachiés, je n'ai mie si chier 
le séjour d'Arras ne le joie, 

30 que l'aprendre laissier en doie. 

puis que Diex m'a donné engien, 
tans est que je l'atour a bien; 
j'ai chi assés me bourse escouse. 

Guillos li petis. 
que devenra dont li pagouse, 

35 me commère, dame Maroie? 
Adans. 
biaus sire, avoec men père ert chi. 

Guillos. 
maistres, il n'ira mie ensi, 
s'ele se puet mètre a le voie; 
car bien sai, s'onques le connui, 

40 que s'ele vous i savoit hui, 
que demain iroit sans respit. 

Adans. 
et savés vous que je ferai? 
pour li espanir, meterai 
de le moustarde seur men vit. 
Guillos. 

45 maistre, tout che ne vous vaut nient, 
ne li cose a che point ne tient, 
ensi n'en pôés vous aler, 
car puis que sainte église apaire 
deus gens, che n'est mie a refaire. 



garde estuet prendre a l'engrener. 50 

Adans. 
par foi, tu dis a devinaille, 
aussi com par chi le me taille: 
qui s'en fust wardés a l'emprendre? 
amours me prist en itel point 
ou li amans deus fois se point, 55 

s'il se veut contre li deffendre: 
car pris fui au premier boullon, 
tout droit en le verde saison 
et en l'aspreche de jouvent, 
ou li cose a plus grant saveur; 60 

car nus n'i cache sen meilleur 
fors chou qui li vient a talent, 
esté faisoit bel et seri, 
douç et vert et cler et joli, 
delitaule en cans d'oiseillons, 65 

en haut bos, près de fontenele 
courant seur maillie gravele. 
adont me vint avisions 
de cheli que j'ai a feme ore, 
qui or me sanle pale et sore. 70 

qn'ele estoit donc blanke et vermeille, 
rians, amoureuse et deugie! 
or le voi crasse, mautaillie, 
triste et tenchant. 

Rikiers. 

c'est grans merveille, 
voirement estes vous muaules, 75 

quant faitures si delitaules 
avés si briément ouvlïees: 
bien sai pour coi estes saous. 

Adans. 
pour coi? 

Rikiers. 

ele a fait envers vous 
trop grant marchié de ses denrées. 80 

Adans. 
ha! Kiquier, a che ne tient point; 
mais amors si le gent enoint 



19 que 8. V. 25 lonc F, loins Pb. 26 besoins Pb. 27 et quil mestuet p. m. V. 29 darras le 
soûlas et 1. j. V. 32 le torne PbV. 34 et que dev. 1. PbV. 41 quele iroit d. PbV. 42 jen V. 
43 espaenter nietrai Pb. 45 maistres P. 46 n. point li c. a cou ne t. V. 47 nensi V. 50 prend, 
«st. g. Pb, eusies pris g. V. 51 cil dist par dev. PbV. 52 aussi que V. 53 quil Pb. 54 un t. 
PbV. 55 ou] que PbV. 56 dont vers li Pb. 57 fu P, sui Pb. 59 aprete V. 00 quant P6. 61 et 
(ne F) nus ne c. PbV. 62 que miex v. Pb. 64 et cler et vert et flori Pb, et cler et fres et fl. V. 
65 manque V. 67 clere sor (sus V) PbV; courans P. 68 vient F. 70 me s. ore et P/>. 71 manque 
P; adont estoit F. 73 or samble cr. et PbV. 74 tenchans PPbV. 78 ne sai Pb. 81 trop richece 
a ce ne PbV. 82 quar am. la g. si Pb. 



246 



ADAM DE LA HALLE. 



Pièce 76 b. 



et cbaHirnne ffTHme enlumine 

en famé et fait sanler pluH grande, 

85 si c'on caide d'une truande 
que che soit bien une rOine. 
si crin sanloient rcluiiiant 
d'or, roit et creupe et freiniant: 
or Hont kl'u, noir et pendi<;. 

90 tout me Hanle ore en li mUé: 
ele avoit front bien compassé, 
blanc, ouni, large, fenestrif;: 
or le voi c resté et estroit. 
les sourcbiex par saulant avoit 

95 enarcans, soutiex et ligniés 

d'un brun poil, con trais de pinchel, 
pour le resgart faire plus bel; 
or les voi espars et dreschiés, 
con s'il voellent voler en l'uir. 

100 si noir oeil me sanloient vair, 
sec et fendu, prest d'acointier, 
gros desous déliés fauchiaus, 
a deus petis ploçons jumiaus, 
ouvrans et cloans a dangier 

105 en regars simples amoureus; 
et si descendoit entre deus 
11 tuians du nés bel et droit, 
compassé par art de mesure, 
qui li donnoit fourme et figure, 

110 et de gaieté souspiroit. 

entour avoit blankes maisseles, 
faisans au rire deus folsseles, 
un peu allées de vermeil, 
parans desous le cuevrekief. 

115 nés Diex ne venist mie a kief 
de faire un viaire pareil 
que li siens adont me sanloit. 
li bouche «prés se poursievoit 
graille as cors et grosse ou moilon, 

120 freske et vermeille plus ke rose; 



blanquc cndenturv, jointe et cImm; 

en aprén fuorrheté menton, 

dont naissoit li blanke gon^ete, 

dnsk' M espanles aaiw foMete, 

oanie et groMe en tTalant: 135 

haterel poontievant derrière 

sans poil blanc et groA de manière, 

seur coté un pen reploiant; 

espaules qui point n'encruqnoient, 

dont 11 lonc braç adevaloient, 130 

gros et graille, on il aferoit. 

encore estoit tout che du main»*. 

qui resgardoit cbes blankes mains, 

dont naissoient chil bel lonc doit 

a basse jointe, graile en fin. 135 

couvert d'un bel ongle sangin, 

près de le kar ouni et net. 

or verrai au moustrer devant. . 

de le gorgete en avalant. 

et premiers au pi.s camuset, 140 

dur et court, haut et de point bel. 

entrecloant le rniotel 

d'amours, qui kiet en le fourchele; 

boutine avant, et rains vautfes 

com manches d'ivoire entaillles 145 

a ches coutiaus a demoisele: 

plate hanqne, ronde gambete, 

gros braon, basse quevillete, 

pié vautiç, haingre, a peu de char: 

en li avoit itel devis»-: 150 

si qnit que desous se chemi!*e 

n'aloit pas li seurplus en dar. 

et ele perchut bien de li 

que je l'amoie miex que mi: 

si se tint vers moi fièrement; 155 

et con plus fiere se tenoit. 

plus et plus croisfre en mi faisoit 

amour et désir et talent. 



83 et] que Ph, de grase si enl. I . sj si gr. /'. 8G bien que c. ». /*. 88 dor crctp* /*!*; ckr 
et bien luisant Ph. et roit et fourmiant T. 94 samblance PhV. 05 «narcant /'. 96 poortrait P. 
07 roaart V. 100 uais /*. 101 acaintier P. 105 en] et /'; simple reg. am. /%. 106 paU si P. 
108 rt 100 interrertiit dan* P. 108 porsiuant par Phi'. 111 blanche naisaelt P. 114 dmon»] 
parmi PhV. 115 ne»] ne le» »»**.; achiest /'. 118 le p. Ph. 120 comme roae /'. 121 bl. d«ntw« j. 
cl. /'. 122 et a. /Y>l*. 125 onmi et gros /'. 127 et ert de m. Pf'. 128 ». le c. P, •. sa c. Pbr. 
129 pas Ph. 132 mais enc. Ph, pt enc. V; tout) tnitiquc PhV. 133 renuardast T. 134 A b«l Pi, 
H b. r. 137 onmi P. 139 puis la g. PhV. 140 tout pr. I'. 141 dur court et haut de point et bel 
PhV. 144 -te» Foerftrr; voutice» l*h. 145 que manche PPh. 147 p|. jambe I*h. 150 me ««mbloit 
tel d. PhV. 151 tl (et V) croi . . la c. PhV. 152 point I'. 153—106 manquât V. 154 plus Ph. 
165 chierement Pb. 156 cbiere Ph. 167 «n mon cuer pi. or. f. Ph. 



247 



Pièce 77. 



XIIP SIECLE. 



avoec se nierla jalousie, 
160 desesperanche et derverie. 

et plus et plus fui en ardeur 
pour s'amour, et mains me connui, 
tant c'ainc puis aise je ne fui, 
si eue fait d'un maistre un segneur. 
165 bonnes gens, ensi fai jou pris 

par amours qui si m'eut souspris: 



car faitures n'ot pas si bêles 
comme amours le me fist sanler; 
mais désirs le me fist gouster 
a le grant savour de Vaucheles, 
s'est drois que je me reconnoisse 
tout avant que me feme engroisse 
et que li cose plus me coust : 
car mes fains en est apaiés. 



170 



77. 



DESCOET DE COLIN MUSET. 

Raynaud, No. 1302., La pièce est donnée par les mss. C et U. — Imprimée: Wackernagel, 
Altframos. lAeder u. LeicM (1846), 72; Tarbé, Les chansonniers de Champagne aux 12« et 13« 
siècles (1850) 85. — J. Bédter, De Nicolao Museto (édition critique), Paris 1893 (Thèse de 
doctorat) ^.114. 



10 



15 



Or voi le dons tens repairier 
que li rossignols chante en mai; 
et je cuit que doie alegier 
li mais et la dolors que j'ai. 

Adonc m'ocïent li délai 
d'Amors qui les font engregnier. 
las! mar vi onques son cors gai, 
•s'a ma vie ne le conquier! 

Amors de moi ne cuide avoir pechiés, 
por ce que sui ses hom liges sosgiés. 
douce dame, pregne vos en pitiés! 
qui plus s'abaisse, plus est essauciés. 

Et quant si grant chose empris ai 
corn de vostre amor chalengier, 
tos tens en pardon servirai, 
se tost n'en ai autre loier. 
ma tresdouce dame honorée, 



je ne vos os nés proier; 

cil est trop fols qui si haut bee 

ou il nen ose aprochier. 

Mais tote voie 
tresbien revoudroie, 
vostre amors fust moie, 
por moi ensegnier. 
car a grant joie 
vit et s'esbanoie 
cui Amors maistroie: 
miens s'en doit prisier. 

Qui bien vuet d'Amors joir, 
si doit soffrir 
et endurer 

quanqu'ele li vuet merir; 
au repentir 
ne doit penser. 



20 



25 



30 



159 sen mesla Fb. 161 ert en ardant Pb. 163 conques a aise ne Pb. 164 du m. s. Pb. 165 
bone (bêle F) gent PbV. 166 qui mavoit s. Pb. 167 point V. 168 qamours F, lemes Pb. 169 
et d. P. 171 et le reste manque dans V. 171 s. tens . . men r. Pb. 173 et] ne Pb. 174 rapaies Pb. 
77. 1 quant v. U; lo douz (douls C) t. CU. 2 ke li roisignors C. 3 aligier C; et ie cuiz U. 
4 la dolour C. 6 ki , . engrignier C. 7 lais onkes C. 8 ne lo U. 10 p. ceu ke ceux ces liges 
bons sougis C; sosgiez U. 11 preigne C; pitiez U. 12 ke plux sabaisse plux est haities C; sabasse 
. . essauciez U. 13 en pris C. 14 chalongier C; con de U. 15 tous t. eu perdon C, toz t. en 
pardons U. 16 lawier C; se tout nen ai altre loieir U. 17 très d. édit. 18 ois nés proier C. 19 cil 
est moût fols U. 20 com ni ose ap. C. 21 m. toute uoie C. 22 tresb. uoroie U; très b. édit. 23 
amor C. 24 ensignier C, ensengnier U. 26 senbranoie C. 28 bien se d. prixier C, meuz sen d. 
proisier U. 29 ki b. ueult C. 30 se d. C. 31 endureir C. 32 kankelle li ueult C, kankele U. 
33 a rep. C. 34 penseir C. 



248 



JiùAÀ' liK MELN. 



Pièce 7& 



85 qa'on puet bien, tôt a loisir, 

Hon bon dettir 

a point mener. 

endroit de moi cnit morir 

mieu» qae f;arir 
40 por bien amer. 

Se je n'ai lu joie grant 

qae me^ ûna cuers va chac;ant, 

defenir m'estaet briément. 

donce riens, por cui je chant, 
45 en mon descort voh demant 

un ri» debonairement; 

s'en vivrai plus longuement, 

moins en avrai de torment. 
Bele, j'ai si grant envie 
50 d'embrasser vostre cors gent; 

B'Amors ne m'en fait ftie, 

j'en morrai coiteusement 

Amors ne m'en faudra mie; 



car je l'ai trop bien Mprie 

et ferai tote ma vie, 65 

sans nule fanase peniee. 

preos, de tote gent Ifiee, 

pins que nule qui aoit née, 

•e VMtre amors m'est donee, 

bien iert ma joie doblee. 60 

Mon descort ma dame aport, 
la bone duchesse, por chanter: 
de tos biens a li m'acort, 
qu'ele aimme déport, rire et jOer. 

Dame, or vos Tueil bien monstrer 65 

que je ne sai vostre per 
de bone vie mener 
et de loialment amer; 
adés vos voi amender 

en Taillance et en doner: 70 

nel laissiés ja por jangler, 
que ce ne vos puet grever. 



78. 

JEAN DE MEUN, COxXTINUATION DU ROMAN DE LA ROSE. 

Texte critique de M. E. L»»gloi« (v. 8355—8592). Voy. aussi Le Roman de la Rose, nouttUt 
édition par Francisque Michel, Paris 1864, p. 277 — 285, v. 9106 — 9339; le Roman de la Rote, id. 
Marteau, Orléans, tome IL p. 276. — Le début du passage imite la description de l'âge d'or 
donnée par Ovide (Métam. 1, 88 et suie.J. 



10 



Jadis, au tens des prumiers pères 
et de noz prumeraines mères», 
si con la letre le tesmoigne, 
par qui nous savons la besoigne, 
furent amours loiaus et fines, 
senz convoitise et senz rapines. 
11 siècles iert moût precïeus; 
n'ierent pas si delicïeus 
ne de robes ne de viandes, 
il coilloient es bois les glandes 



pour pain, pour char et pour poissons, 

et cerchoient par cez boissons, 

par vaus, par plains, et par montaignes 

pomes, poires, noiz et chastaignes, 

bôdtbns et meures et pruneles, 15 

framboises, freses et ceneles/•^^'•"' 

fèves et pois et teus chosetes 

con fmiz, racines et erbetes; 

et des espis des blez frotoient. 

et des raisins es ohans grapoient, '^"^^ 30 



35 com CI'; loixir C. 36 son boen Cl". 37 a poent meneir C 3S criem m. l'. 39 mmU 
ke guérir C, meuz que r. 40 ameir C 42 ke met c. désire tant C; duoent f. 43 detfcnir 
l\ 44 rien C. 46 debonairemant l'. 47 longucmaut l'. 49 belle C. 50 denbraisaier C, 
dembracier l\ 52 m. prochienement C. 53 ne me faudrait mie C; faudrat l'. 54 tons iors seniie 
C. 55 toute C. 

preuz f _ , . ... 

loua C, toz L'. 64 kelle aimme . . . jueir C, kele . . . iuer l'. 65 ueul bien monstreir C, noil b. 
mostrer l'. 66 ke . . . peir C. (]7 meneir C. 68 liaulment ameir C. leialment l'. 69 amendeir C. 
70 doneir C. 71 iai p. iangleir (\ ~2 kil n. v. p. riens graueir C; qae ceu f. 



V • ^M aaa* pi \'%>«aiviiviiivai< v< • «/o uv luv aMU\«i m»\ uatv ^ • •«iaaus^% ^ • ^-m »w«a« ivi w w« ia«v 

ite C. 56 sens nulle fauce penseie C, senz nule fauce pansée f. 57 plu» de tonte C; 
58 plu.x ke nulle ke V. 50 amor C. 60 doublée Cl'. 62 duchesce . . cbanteir C. 63 



249 



Pièce 78. 



XllP, XIV SIÈCLE. 



senz mètre en pressouers ne en aisnes. 
li miel decouroient des chesnes, 
dont abondament se vivoient, 
et de l'eve simple bevoient, 

25 senz querre piment ne cl are, 
n'onques ne burent vin paré, 
n'iert point la terre lors aree,(^AV-*^ 
mais, si con Dieus l'avoit parée, 
par soi mëismes aportoit 

30 ce dont chascuns se confortoit. 
ne qneroient saumons ne luz, 
et vestoient les cuirs veluz 
et faisoient robes des laines, 
senz teindre en erbes ne en graines, 

35 si come eus venoient des bestes. 
couvertes ierent de genestes 
de foilliees et de ramiaus j ^ 
leur bordetes et leur hamiaus, 
et faisoient en terre fosses; 

40 es roches et es tiges grosses 
des chesnes crues se reboutoient, 
quant l'air tempesté redoutoient 
de quelque tempesté aparant; 
la s'en fuioient a garant. 

45 et quant par nuit dormir vouloient, 
en leu de coites aportoient 
en leur casiaus monciaus ou gerbes 
de fueilles ou de mousse ou d'erbes, 
et quant li airs iert apaisiez, 

50 et li tens douz et aaisiez 
et li venz mos et delitable, 
si come en printens pardurable, 
que cil oisel chascun matin 
s'estudïent en leur latin 

55 a l'aube don jour saliier, 

qui tout leur fait les cuers muer; 
Zephirus et Flora sa famé, 
qui des fleurs est déesse et dame, 
(cil dui font les ilouretes naistre; 

60 fleurs ne quenoissent autre maistre, 
car par tout le monde semant 
les va cil et celé ensement, 
et les fourment et les couleurent 
des couleurs dont les fleurs eneurent'^ 

65 puceles et valez proisiez, '( 
de biaus chapelez renvoisiez, 
pour l'amour des fins amoureus ; 

21 n'en Lanç/Iois. 

250 



car moût ont en grant amour eus) 
de fiouretes leur estendoient 
les coustes pointes, qui rendoient 70 

tel resplendeur par cez erbages, 
par cez prez et par cez ramages 
qu'il voiis fust avis que la terre 
voussist emprendre estrif ou guerre 
au ciel d'estre miauz estelee, 75 

tant iert pour ses fleurs révélée, 
seur teus couches con je devise, 
senz rapine et senz convoitise, 
s'entracoloient et baisoient 
cil cui li jeu d'Amours plaisoient. 80 

cil arbre vert, par cez gaudines, 
leur paveillons et leur courtines 
de leur rains seur eus estendoient, 
qui dou soleil les defendoient. 
la demenoient leur caroles, 85 

leur jeus et leur oiseuses moles 
les simples genz assëurees, 
de toutes cures escurees, 
fors de mener jolivetez 

par loiaus amiabletez. 90 

n'encor n'avoit fait roi ne prince 
mesfaiz, qui l' autrui tôt et pince. 
tr^sliuit pareil estre souloient 
ne rien propre avoir ne vouloient. 
bien savoient ceste parole 95 

qui n'est mençongiere ne foie, 
qu'onques Amours et Seignourie 
ne s'entrefirent compaignie, 
ne ne demourerent ensemble: 
cil qui maistrie, les dessemble. -^•M^'^ 100 

y Pour ce voit l'en des mariages, 
quant li mariz cuide estre sages, 
et chastie sa famé et bat, 
et la fait vivre en tel débat 
qu'il li dit qu'ele est niée et foie, 105 

dont tant demeure a la carole - '"^^ 
et dont el hante si souvent 
des jolis valez le couvent,*^''t*^ 
que bone amors n'i puet durer; 
tant s'entrefont maus endurer, 110 

'^'^ quant cil viaut la maistrise avoir 

dou cors sa famé et de l'avoir, 
'trop estes', fait il, 'vilotiere, 
si ravez trop nice manière; 



JEAN DE MivLN. 



Pièce 78. 



115 quant 8ui en mon labeur alez, 
tantost eapringniez et balez 
et démenés tel resbaudie 
que ce semble grant ribaudie, 
et chantez corne uno sereine. 

120 Diens vous mete en utule semaine! 
^t quant vois a Koiue uu en Frise 
porter nostre marcheaudise, 
Toas devenez tantost si cointe, * 
car je sai bien qui m'en acointe, 

125 que par tout en va la parole: 
et quant aucuns vous aparole, 
puur (|uoi si cointe vouh tenez 
en touz les leus ou vou!< venez, 
vous respondez: 'hari, hari. 

130 c'est pour Tamonr de mon inari.' 
pour moi, las, doulerens, cbetis! 
qui set se je forge ou je tis^- 
on se je sui ou morz ou vis? 
l'en me devroit flatir on ^is 

135 une vessie de mouton. 

certes, je ne vail un bouton, 
quant autrement ne vous chasti. 
mont m'avez or grant los basti. 
quant de tel chose vous vantez. 

140 chascuns set bien que vous mentez, 
pour moi, las! doulerens! pour moi! 
maus ganz de mes mains enfonrmai 
et crlleusement me deçui, 
quant onques vo8tre foi reçui, 

145 le jour de nostre mariage, 
pour moi menez tel rigolage? 
pour moi menez vous tel bobanty 
qui cuidiez vous aler lobant ?> 
ja n'ai je pas lurs le pouair 

150 de teus cointeries vouair, <f*v>. 

que cil ribant safre'et friant^.Ur*«*^ 
qui cez putains vont espiant, 
entoar vous remirent et voient, 
qnant par cez mes vous convoient. 

155 a cui parez vous cez chastaigues? 
qui me puet faire plus d'engeignes? 
vous faites de moi chape a pluie, 
quant orendroit lez vous m'apuie. 
je voi (jue vous estes plus simple 

160 en cel senrèot, en celé guimple, 
que tourterele ne coulons>' ' 

132 aet Bartteh/ Mi Langtoit. 



ne vouH chaut s'il «itoonn oa Ions, 

quant sui touz «eus lec voiu preteoz. 

qui me donroit quatre betanz. 

combien que debonain* soie, 166 

se pour honte ne le Uissoie, 

ne me tendroie de tous batre, 

pour vostre grant orgueil abatre; 

si sachiez qu'il ne me plaist mie 

qu'il ait senr vous nule cointie 170 

soit a carole, soit a dance, 

fors seulement en ma présence. 

d'antre part, non puis plus celer: 

entre vous et cel bacbeler, 

Robichonet au vert chapel, 176 

qui si tost vient a vostre apel, 

avez vous terres a partir? 

vous ne pouez de li partir. 

touz jourz ensemble flajolez. 

ne sai que vous entrevoulez, 180 

qne vous pouez vous entredire. 

tout vif m'estnet enragier d'ire 

par vostre fol contenement. 

par icelui Dieu qui ne ment, 

se vous ja mais pallez a li, 186 

vous en avrez le vis pâli, 

voire certes plus noir que meure: 

car des co.s, se Dieus me sequenre. 

ainz qoe ne vous ost le m usage. ' 

tant vous don rai par ce visage, 190 

qui tant est as niusarz plaisanz, 

que vous tendrez coie et taisanz: 

ne ja mais hors senz moi n'irez. 

mais a l'ostel me servirez. 

en bons anians de fer rivée. 195 

deable vous font si privée 

de ce ribant plein de losenge, 

dont vous dëussiez estre estrange. 

ne vous pris je pour moi servir? 

cnidiez vous m'amoar desservir 200 

pour acointier cez orz nbanz. 

pour ce qu'il ont les cuer» si baaz 

et qu'il vous retruevent si baude':' 

vous estes mauvaise ribaude. 

si ne me puis en vous fier. 205 

maufé me firent marier. 

Ha! se Theofrastns cr^usse, 
ja fam^ esponsee n'eusse! 



2ÔI 



Pièce 79. 



XIIP, XI V« SIECLE. 



il ne tient pas orne pour sage 
210 qui famé prent par mariage, 

soit bêle ou laide, ou povre ou riche, 
car il dit, et pour voir l'aficlie, 
en son noble livre Auréole, 
qui bien fait a lire en escole, 
215 qu'il i a vie trop grevaine, fi>^ 
pleine de travail et de peine 
et de contenz et de riotes, '^"^ 
par les orguiauz des famés sotes, 
et de dangiers et de reprouches 
220 qu'eus font et dïent par leur bouches, 
et de requestes et de plaintes 
qu'eus truevent par achaisons maintes; 
si ra grant peine en eus garder. 



i,iaAA/vIA« 



poiir leur fos vouloirs retarder. 

et qui viaut povre famé prendre, 225 

a nourrir la l'estuet entendre, 

et a vestir et a chaucier. 

et s'il tant se cuide essaucier 

qu'il la preigne riche forment, 

a soufrir la ra grant tourment, 230 

tant la trueve orgoilleuse et fiere 

et seurcuidiee et bobanciere. 

tuit a li servir s'estudïent, 

tuit li vont entour, tuit la prient, 

tuit i musent, tuit la convoitent, 235 

si l'ont en la lin, tant esploitent. 

car tours, de toutes parz assise, 

enviz eschape d'estre prise. 



79. 

JEAN DE JOINVILLE, HISTOIRE DE SAINT LOUIS. 

Histoire de Saint Louis par Jehan sire de Joinville, publiée par N. de Wailly, 2* éd.^ Paris 
1874, p. 62-72. f3 inss.) 

Après ce que il fu croisiez, se croisierent Eobers, li cuens d'Artois, Auphons, cuens de 
Poitiers, Charles, cuens d'Anjou, qui puis fu roys de Cezile, tuit troi frère le roy; et se croisa 
Hugues, dus de Bourgoingne, Guillaumes, cuens de Flandres, frères le conte Guion de Flandreu 
nouvellement mort, li bons Hues, cuens de Saint-Pol, messires Gauchiers, ses niez, qui moût 
5 bien se maintint outre mer et moût ëust valu se il ëust vescu ; si i furent li cuens de la 
Marche et messires Hugues li Bruns, ses fiz, li cuens de Salebruche, messires Gobers d' Apre- 
mont, ses frères, en cui compaingnie je Jehans, sires de Joinville, passâmes la mer en une nef 
que nous louâmes, pour ce que nous estiens cousin; et passâmes de la a tout vint chevaliers, 
dont il estoit li disiesme et je moy disiesme. 

10 A Pasques, en l'an de grâce que li miliaires couroit par mil dous cenz quarante et huit, 

mandai je mes homes et mes fievez a Joinville ; et la vegile de la dite Pasque, que toute celé 
gent, que je avoie mandei, estoient venu, fu nez Jehans, mes fiz, sires de Ancerville, de ma 
première femme, qui fu suer le conte de Grantprei. toute celle semainne fumes en festes et 
en quaroUes, que mes frères li sires de Vauquelor et li autre riche home, qui la estoient, 

15 donnèrent a mangier chascuns li uns après l'autre, le lundi, le mardi, le mercredi et le jeudi. 

Je lour diz le vendredi: 'signour, je m'en voi outre mer, et je ne sai se je revenrai. or 

venez avant: se je vous ai de riens mesfait, je le vous desferai l'un par l'autre, si comme je 

ai acoustumei, a touz ceus qui vourront riens demander ne a moy ne a ma gent.' je leur 

desfiz par l'esgart de tout le commun de ma terre; et pour ce que je n'eusse point d'emport, 

20 j^ ffle levai dou conseil et en ting quanque il raporterent, sanz débat. 

Pour ce que je n'en vouloie porter nulz deniers a tort, je alai lessier a Mez en Lorreinne 

15 yl omet et le jeudi. 17 apr?s l'autre BL. 18 ai toujours BL. 18. 19 je le defferay par 
l'esgard de tout ung chacun et le BL. 19 point d'autre port BL. 20 levoie A. 



252 



JEA.\ Uiù JulNVlLL£. Pièce 79. 



grant foison de ma terre en gaige; et sacbies qae, au jour que je parti de ooatre pliz pour 
aler en la terre sainte, je ne tenoie pas niii livrées de terre, car ma dame vuk mên rirait 
encore; et si y alai mo}' disiesme de chevaliers et rooy tierz de banieres. Et ew oboMS tom 
ramantoif je, pour ce que, ne Diex ne m'ëust aidié, qui onques ne me failli, je TëoMe souffert 35 
a peinue par si lonc tems, comme par l'espace de six ans que je demourai en la terre sainte. 

En ce point que je appareilloie pour mouvoir, Jehans, sires d'Apremont et cnena de 8«le« 
bruche de par sa femme, envola a moy et me manda que il avoit sa besoigne arfo posr aler 
outre mer, li disiesme de chevaliers; et me manda qne, se je vonsisse, qae noua ISisaiens un<> 
nef entre li et moy; et je li otroiai: sa gent et la moie louèrent une nef a Marseili M) 

Li roys manda tous ses barons a Paris et lour fist faire sairement que foy et loiauiei 
porteroient a ses enfunz, hc aucune chose avenoit de li en la voie, il le me demanda, mais 
je ne voz faire point de sairement, car je n'estoie pas ses hom. Endementres que je venoie, 
je trouvai trois homes mors sur une charrette,- qne uns clers avoit tUez; et me dist on que 
on les menoit au roy. quant je Hy ce, je envolai un mien escUier après, pour savoir comment 35 
ce avoit estei. et conta mes escUiers qae je y euvoiai, qne li roys, quant il issi de sa chapell<r, 
ala an perron pour veoir les mors et demanda au prevot de Paris comment ce avoit estei. 
et li prevoz li conta que li mort estoient troi de ses serjans don Chastelet, et 11 conta que 
il aloient pox les mes forainnes pour desrober la gent; et dist an roy que Ml trouvèrent 
ce clerc que vous veez ci, et lui toUirent toute sa robe, li clers s'en ala en pure sa 40 
chemise en son hostel et prist s'arbalestre et fist aporter a un enfant son fauchon. quant 
il les vit, il les escria et lour dist que il y mourroient li clers tendi s'arbaleste et trait 
et en feri l'un parmi le cuer; et li doi tonchierent a fuie; et li clers prist le fauchon que 
li enfes tenoit, et les ensUi a la lune qui estoit belle et clere. li uns en cnida passer parmi 
nue soif en an courtil, et li clers fiert dou fauchon', fist li prevoz, 'et li trancha toute la 45 
jambe en tel manière qne elle ne tient que a l'estival, si comme vouz veez. li clers rensQi 
l'autre, liqnex cuida descendre en une estrange maison la ou la gent veilloient encore: 
et li clers le feri dou fauchon parmi la teste, si que il le fendi jnsques es dens, si 
comme vous pfiez veoir', fist li prevoz au roy. 'sire', fist il, 'li clers moustra son fait ans 
voisins de la rue, et puis si s'en vint mettre en vostre prison ; sire, et je le vous amein, si en 50 
ferez vostre volentei, et veez le ci.' 'Sire clers', fist li roys, 'vous avez perdu a estre prestre 
par vostre prOesce; et pour vostre prtiesce je vous retieing a mes gaiges, et en venrez avec 
moy outre mer. et ceste chose vous faiz je encore a savoir, pour ce que je vueil bien que 
ma gent voient qne je ne les sonstenrai en nulles de lour mauvestiés.' Quant li peuples, qui 
la estoit assemblez, ôy ce, il se escrïerent a nostre sig^our et li prïerent qae Diex 11 donnast 55 
bone vie et longue et le rumenast a joie et a santei. 

Après ces choses, je reving en nostre pftis, et atirames, li cuens de Salebrache et je, qae 
nous envoieriens nostre hamois a charetes a Ausonne, pour mettre ilec en la rivière de Saonne, 
pour aler jnsques a Aile depuys la Sone jnsques au Rone. 

Le jour que je me parti de Joinville, j'envoiai querre l'abbei de Cheminon, que on tes- 60 
moingnoit au plus preudome de l'ordre blanche, un tesmoingnaige li oy porter a Clerevaos. 
le jour d'une feste nostre dame, qne li sainz roys i estoit, a un moinne qui le moastra et me 
demanda se je le cognoissoie. et je li diz pour quoy il le me demandoit. et il ae rwpondi: 
'car je entent qne c'est li plus preudom qui soit en tonte l'ordre blanche, encore saehiet', fist 
il, 'que j'ai oy conter a un preudome qui gisoit on dortour la ou li abbes de Cheminon donnoit:65 
et avoit li abbes descouvert sa poitrine pour la grant châlour que il avoit ; et vit cis preodom. 

23 douze cents livres de revenu JtL. 31 .1 omet tous. 46 tint .4. 47 U oa g. .4; k] mamqmf 
A. 49 — 50 au prevost voisins A. 53 .4 omet a savoir. 58 r. d. Saont jnsq. «o Roaa .4. 62 de 
feste .4. 66 la chai. .4. 

253 



Pièce 79. xiip, xiv« SIECLE. 



qui gisoit ou dortour ou li abbes de Cheminon dormoit, la mère Dieu qui ala au lit l'abbei, et 
li retira sa robe sur son piz, pour ce que li venz~ ne li fëist mal.' 

Cis abbes de Cheminon si me donna m'escharpe et mon bourdon; et lors je me parti de 

70 Joinville sanz rentrer ou chastel jusques a ma revenue, a pié, deschaus et en langes, et ainsi 

alai a Blehecourt et a Saint Urbain, et autres cors sains qui la sont. Et endementieres que 

je aloie a Blehecourt et a Saint Urbain, je ne voz onques retourner mes yex vers JoinviUe, 

pour ce que li cuers ne me attendrisist dou biau chastel que je lessoie et de mes dons enfans. 

Je et mi compaingnon mangames a la Fonteinne l'Arcevesque devant Dongieuz ; et illecques 

75 l'abbes Adans de Saint Urbain, que Diex absoille, donna grant foison de biaus juiaus a moy 
et a neuf chevaliers que j'avoie. des la nous alames an Ausone et en alames a tout nostre 
hernoiz, que nous aviens fait mettre es neis, des Ausone jusques a Lyon contreval la Sone ; 
et encoste les neis menoit on les grans destriers. 

A Lyon entrâmes ou Rone pour aler a Ailes le Blanc; et dedans le Rone trouvâmes un 

80 chastel que l'on appelle Roche de Glin, que li roys avoit fait abatre, pour ce que Rogiers, li 
sires dou chastel, estoit criez de desrober les pèlerins et les marchaus. 

Au mois d'aoust entrâmes en nos neis a la Roche de Marseille: a celle journée que nous 
entrâmes en nos neis, fist l'on ouvrir la porte de la nef, et mist l'on tooz nos chevaus ens, 
que nous deviens mener outre mer; et puis reclost l'on la porte et l'enboucha l'on bien, aussi 

85 comme l'on naye un tonnel, pour ce que, quant la neis est en la grant mer, toute la porte est 
en l'yaue. Quant li cheval furent ens, nostre maistres notonniers escria a ses notonniers qui 
estoient o\\ bec de la nef et lour dist : 'est arée vostre besoingne ?' et il respondirent : 'oil, sire, 
vieingnent avant li clerc et li provere !' Maintenant que il furent venu, il lour escria : 'chantez, 
de par Dieu!' et il s'escrïerent tuit a une voiz: 'veni creutor spirif.iis P et il escria a ses 

00 notonniers : 'faites voile, de par Dieu!' et il si firent, et en brief tenz li venz se feri ou voile 
et nous ot tolu la vëue de la terre, que nous ne vëismes que ciel et yaue: et chascnn jour 
nous esloigna li venz des pais ou nous aviens estei nei. et ces choses vous monstre je que 
cil est bien fol hardis, qui se ose mettre en tel péril a tout autrui chatel ou en pechié mortel ; 
car l'on se dort le soir la ou on ne set se l'on se trouvera ou font de la mer au matin. 

95 En la mer noiis avint une fiere merveille, que nous trouvâmes une montaigne toute ronde 

qiii estoit devant Barbarie, nous la trouvâmes entour l'eure de vespres et najames tout le soir, 
et cuidames bien avoir fait plus de cinquante lieues ; et l'endemain nous nous trouvâmes devant 
icelle mëismes montaigne: et ainsi nous avint par dous foiz ou par trois. Quant li marinier 
virent ce, il furent tuit esbahi et nous distrent que nos neis estoient en grant péril : car nous 
ICO estiens devant la terre ans Sarrazins de Barbarie. Lors nous dist uns preudom prestres que 
on appeloit doyen de Malrut, car il n'ot onques persecucion en paroisse, ne par défaut d'yaue 
ne de trop pluie ne d'autre persecucion, que aussi tost comme il avoit fait trois processions 
par trois samedis, que Diex et sa mère ne le délivrassent. Samedis estoit: nous fëismes la 
première procession entour les dous maz de la nef; je mëismes m'i flz porter par les braz, pour 
105 ce que je estoie grief malades. Onques puis nous ne vëismes la montaigne, et venimes en 
Cypre le tiers samedi. 

68 les raiz ne lui feissent BL. 74 je] moy ABL. 76 a mes ch. A. 80 Gluy A. 85 est et grant 
omis dans A. 89 escria ses A. 94 au m. omis dans A. 103 luy aydissent BL. 



254 



STABAT MATEK. 



Pièce 80. 



80. 

STABAT MATER. 

Deiir manuseriU à Btrû, Bibl. Xat. fondé franc. 964 (ane. Id0i),fol. 15'' — ifr (A), *t fomd* framç. 
24805 >/. 67 — 58' (B). Cnmpartx Us rrrrioM allrmandet dam Hoffmann, Kirekentied (2* fd.) 
y», 198—200 ft Die Erlllaung (fd, RirUch) p. 290—293. 



Delés la croix inonlt doloreuse 

estoit lu inere (glorieuse, 

ploarnnt quant son ilotilx lilz panduit; 

le glayve de sa mort crOeuse 
5 son ame digne et précieuse 

a grant douleur parmy perçoit. 
benoiste vierge Marie, 

cornent tu fus triste et marrie, 

quant ta vëiz ton cher enffant, 
10 de daeil et de pleurs si remplie 

et de grant tormsnt amortie, 

pendre en la croiz Tillainement! 
Qui est celuy, tresdoulce mère, 

qui te vëist ainsi umere 
15 et en si doloreux torment, 

(qui) n'ëust pitié de la misère 

du filz et de toy, vierge mère, 

et ne plorast amèrement? 
En ta présence, vierge pure, 
20 tu vëis a si grant laidure 

mourir ton doulx âlz débonnaire 

pour le péché et forfaicture 

de tonte humaine créature: 

ce te liât rage d'amour faire. 
25 mère, fontaine d'amour, 

fay moy sentir ta grant dolour, 

et qu'avec toy puisse plorer! 

fay que mon cuer par grant ardour 

puisse Jhesus, son doulx seignour, 
30 servir, aymer et honnorer. 



saincte mère et vierge gente, 
fay que mon cueur enduré «ente 
les playes que ton lilz souffrit 
en la crois davant toy dolente 
pour mon ame vile et puante, 35 

et si honteusement monrit. 

Mère de consolacion, 
fay que j'aye compassion 
et que plaigne a piteuse voix 
en dneil et en affliction 40 

de ton filz la grief passion 
avecques toy delés la croix. 

vierge des vierges tresdere, 
ne me vneilliez pas estre amere! 
fay moy sentir a grant tristresse 45 

la passion, la mort amere, 
que Jhesus, ton filz, doulce mère 
vonlt souffrir a si grant détresse. 

Fay, vierge, que soie Wecé 
des plaies ton filz et enyvré 50 

de son sang si tresardamment 
que mon péché soit effacé 
et du tout soye délivré 
par toy au jour du jugement. 

Fay moy de saincte croix garder 55 

de la mort Jhesus estarger 
et morir en sa sainte grâce, 
quant le corps convendra morir, 
fay a m'ame la porte ouvrir 
de paradis, Jhesus ce face! Amen. 60 



80. 1 S« les A. 4 lie gl. IS.', cnxue A. 6 p. psMoit A, perehoit B. 9 «nfraa B. 15 tt 
ainsy d. B. 16 qui AB, doun» une ni/lhibe de tntp. 17 d« toB f. B. 19 ▼. mar* B. 20 vaoU B, 
24 ce feist B. 31 v. et g. A. 32 endura B. 34 devant B. 35 puent 



35 puente B. 



mamjurnt en A ; non» le» dnnn»n« data l'orthographe de B. un peu mod^Ut 
grieve B. 42 avec B. 43 des vierge B. 49 q. je s. bleche B. 50 peui-hn: 
effachë B. 57 m. de sainte g. B. 5'J ma ame B. 60 se f. B. 



LtiM rm 37 <i 60 
40 dMl B. 41 
d« Ms pL «L 52 



866 



Pièce 81. 



XIV SIECLE. 



81. 

JEAN DE CONDÉ. 

Gedichte von Jehan de Condet, herausgegeben von Adolf Tabler (T.), Stuttgart 1860^. 96 — 100- 
Dits et contes de Baudouin de Condé et de son fils Jean de Condé, ^^ar A. Scheler (S.), Tome II, 
Bruxelles 1866, ^J. 297 — 302, (un seul ms.) On a suivi l'édition de Scheler dans la division par 
strophes. 



De l'amant hardi et de l'amant cremeteus. 
En le douche saison jolie, 
que toute créature est lie, 
par droit de nature, et joieuse, 
et que naist la flours en la pree, 
5 kantent oysiel main et viespree 
et mainnent vie glorieuse, 
n'est si petitte créature 
qui ne soit joians par nature 
pour la douçour dou tamps nouviel, 

10 dont se doit amans resjoir 
et le douch printans conjoir 
et démener joie et reviel. 

Un jour, en ce tamps deliteus, 
de joie d'amour convoiteus, 

15 pensant a un nouviel kant faire, 
en un moult biel vregier entrai 
et deus dames y encontrai 
qui estoient de grant afaire; 
erranment saluai cascune. 

20 'compaingne', çou a dit li unne, 
'ves chi Jehan qui nous dira 
de nostre débat la sentensce, 
dont avons esté en grant tensce: 
je croi, ja nel contredira.' 

25 Dist l'autre: 'Jehan de Condé, 

je croi, le cuer ayés fondé 
en amoureus entendement, 
ceste sentensce nous rendes 
et nos deus raisons entendes 

30 et y pensés parfondement.' 
a une part de cest vregier, 
pour les trespassans eslongier, 
sommes assis entre nous trois. 
la besoingne ont renouvelée: 

35 la recomença la mellee 

et li debas fors et destrois. 
Dist li unne : 'doi amant sont, 



qui divierses manières ont 

en amour qui fort les assaut: 

li uns, en son désir venant 40 

de hardi cuer, son convenant 

dist a sa dame de plain saut; 

li autres est si fort doutans 

qu'il lait ansçois passer lonc tamps 

que dire ose sa maladie: 45 

tant est doutans et cremeteus. 

li quels aymme miex de ces deus, 

voel que ma compaingne me die.' 

L'autre dist: 'li amans hardis 
vault mieus que li acouwardis; 50 

courant a sa dame se claimme, 

et pour le grant force qu'il sent 

de vraie amour a çou s'asent 

et assés plus fortement aimme.' 

'par foi, ja par droit n'avenra, 55 

quant l'amant volentés venra 

d'amer, se si hardïement 

le dist, qu'il n'est pas bien espris 

d'amours; li autres miex est pris 

qui y mait lonc detrïement.' 60 

'Comment poés çou soustenir? 

a trop fali doit on tenir 

celui qui complaindre ne s'ose. 

femme ne fait pis ne ne dist 

k'a l'amant s'amour escondist: 65 

or prenge au pieur ceste cose.' 

'dame, ne vous voelle peser, 

moult savés mal le fort peser 

d'amour, qui ce metés avant; 

car telle est li force d'amours 70 

k'adiés y doit iestre cremours. 

bien l'ai saiyet, de çou me vaut.' 
'Compaingne, comment poet çou iestre 

que li amans de couwart iestre 

puet iestre au hardit aesmés? 75 



35 melle Ms. 54 aymme Ms. 56 volente Ms.T. 57 dameir 3h.T. 59 m. e. p. Bartsch] e. m. p. 
Ms.T.S. 



256 



JEAN DE OONDÉ. 



Pièce 81. 



coMTi n'ara ja bielle «mie, 
oe cant'on, Je ne m'en donch mie; 
conAFfi est en touH lieu» blaMmés.' 
'dame vous issés de la vuie', 

80 car nefjfli(;ence vous desvoie, 
force d'amonra, bien le saciéa, 
Bonsprent si le fin amouroas, 
quant a sa dame pawerous 
est et de doutancc laciés.' 

86 'Compninfçne, c'est malënrtés; 

car hardcmens et sëurtés 
doient faire an cuer lonc manoir 
de l'amant, et en espérance 
doit siervir et en parsevrance, 

90 qn'iestre amés doie remanoir.' 

'dame, vrais amans qui conquerre 
voelt sa dame et miercit requerre, 
se crient si qu'il ne sait qu'il face: 
quant tons les poina a devises 

95 de li proyer et avisés, 

tout oublie, quant voit sa face.' 

'Compaingne, moult fait a blasmer 
et si s'en fait caitif clamer, 
et l'en doit on moustrer an doit. 

100 endroit de moi l'amant desprise, 
quant il n'est de hardie emprise: 
harderaens avancier le doit.' 
'Jehan, a çou que vous (iés 
le droit bien moustrer nous ptiés: 

105 d'amours savés moult des usages, 
dites selonc çou que sentes 
et an droit vo cuer assentéa 
et nous en faites andens sages.' 
'Dame, ne sui pas tous li mons; 

110 mais de çou dont m'avés semons 
dirai mon avis ci endroit, 
s'i prenge garde qui s'entent: 
amans pawerous qui atent 
est miex pris d'amours selonc droit 

115 amans, selonc m'entenscion 
doit manoir en sngection, 



poil qo'il Toet mierebi desierrir. 

U Trais amani te crient tondit 

et a pttour d'ietitre etcondia; 

mail hardis doit lettre en sierrir. 130 

Je di, a qu'il ait finne amour, 
ce ne poet iestre sani cremoor: 
c'est d'amours li plus riertains signea. 
amans qui vraie amour maintient 
est si humles que tondis tient 135 

que d'iestre amés ne soit pas dignes, 
tondis doit sougis iestre amans 
qui d'amours tient les vrais commans 
et crient sa dame a courecier: 
' et par ceste raison vous di, 130 

s'il a le cuer acouardi, 
on ne li doit pas reprocier. 

Et d'antre part, telle est la force 
d'amours, que, s'un amant esforce, 
qu'il est si laciés et souspris, 135 

quant il voit sa dame em présent, 
de son cuer point a lui ne sent, 
ains est ainsi com 11 leus pris, 
humles doit iestre chiens qui prie 
et qui miercit requiert et crie 140 

et si ne seit qu'il avenra: 
douter se doit li bons qui plaide 
en court, quant ne seit qui H aide 
ne comment ses plais li venra. 

Dont se doit bien douter amans, 145 

qui est en finne amour flamans, 
qui ne seit s'il iert escondis. 
endroit de mi di et afin, 
qu'il a le cuer assés plus fin 
en amour que n'ait li hardis. 150 

ne croi c'onques bons bien amast 
qui hardïement s'en clamast, 
selonc la force que je sai 
d'amours et que g'i ai trouvée, 
se gai bien ma raison prouvée, 155 

c'est par avis et par assai.' 



79 isaiM if'.r. 83 pawerois J/». 89 parsevrance /?ar(«rA] «t en pareeverance JVt. T. ; et pancreraaee 
S. 90 ameia Ms.T.; doie] ne doit S. 92 et m. BarUch] a m. Jtt.T.S. 95 et av. S.] mt mr. M:T. 
134 qne aun M».\ qni nn T. 



BARTSCU-WIESE, Chrestomathie. X* Éd. 



17 



257 



Pièce 82. 



XIV« SIECLE. 



82. 
BAUDOUIN DE SEBOURG. 

Detix manuscrits; Paris, Bibl. Nat. fonds franc. 12552 (A; fol. 59« — 60":) et 12553 (B ; fol. 
\1G^ — 178^j/ collationnés de nouveau. — Li Romans de Bauduin de Sebourc, III^ roy de Jéru- 
salem, poème du XIV^ siècle, publ. pour la première fois d'après les manuscrits de la bibliothèque 
royale. Valenciennes 1841- t. I. p. 359. Chant XIII, v. 80 et suiv. — Baudouin, accompagné 
de deux rois sarrasins secrètement convertis au christianisme, visite le Vieux de la Montagne, roi 
des Hautassis. Cehti-ci les mène sur la terrasse d'un château bâti sur un pic extrêmement élevé: 
il veut leur donner des preuves de son pouvoir sur ses fanatiques stijets. (Graphie du mamiscrit A). 



'Voilés veoir merveilles?' dist li rois segnouris. 
'oil', dist li califes, qui moult estoit soubtis. 
li Viex de la Montaingne ne s'i est alentis, 
tost et isnelement appelle un Hautassis, 
5 lors li a fait un signe qu'il fuist aval salis, 
et chius s'est a ii pies dessus les crestiaus mis. 
ne s'en donnèrent garde li chevalier de pris, 
quant le virent en l'air salant de tel avis 
et aussi lïement et aussi esjôis, 

10 qu'il dëust conquester mil livres de parsis; 
ains qu'il venist a terre, il fu mors et fenis: 
sus les roches agiles desrompi corps et pis, 
trestous esmïela, en cent liens fu partis, 
quant Baudiiins le vit, tous en fu esbahis: 

15 ains que li Viex lasquast, en a fait salir sis. 
Baudiiins de Sebourc moult forment s'esmaia 
quant vit le Hautassis qui aval trondela; 
sis en i vit salir que li Viex commanda: 
il en sauroit otant c'onques Diex en créa, 

20 ains c'uns en eschapast, ne vous mentirai ja. 
'seignour', che dist li Viex, 'je n'ai nul homme cha 
qui ne face tout chou que li miens corps vorra : 
moult sera fox li bons qui me courechera.' 
'par Mahon!' dist califes, 'ne m'en merlerai ja; 

25 ains vous doit on servir de quanqu'il vous plaira, 
vous estes Diex en terre, autre coze n'i a; 
on vous doit miex amer et croire cha et la 
c'on ne fait Mahommet, car ja il ne fera 
chou que chi fait avés, ne tant de pooir n'a.' 

30 'ch'est voirs', che dist li rois, 'et encore el i a : 



car j'ai un paradis que on vous moustera: 

ch'est li plus nobles liex qu'onques Diex estora ; 

or venés après moi et on vous i menra!' 

li Viex de la Montaigne vistement les mena 

en un noble vergier ou bonnes herbes a. 35 

ou cor de che vergier, ensi qu'au lés de la, 

ot une porte d'or, que on li defrema. 

II. c. degrés d'argent li Viex amont monta; 

la estoit paradis ou molt se délita: 

chel est d'or et d'asur : Diêx, quel palais i a ! 40 

de trestoutes les herbes c'onques Diex envoia 

i ot une manniere et troy rien furent la: 

li uns rendoit claret, a che c'on me conta, 

en l'autre couroit miel, li autres vin porta. 

une table d'or lin enmi che palais a 45 

et un riche eschafaut qui moult d'avoir cousta. 

la seoit .Ivorine, ou tant de biauté a. 

la ot II. c. puchelles, dont chascune chanta 

mélodieusement: menestreul furent la, 

juans de tous mestiers dont on les doctrina. 50 

adés dansent et tresquent : tel joie on i mena 

qu'il n'est coers si dolans, s'ou paradis entra 

et vëist le déduit, le joie qu'il i a, 

le biauté des pucheles, le chant qu'on i chanta, 

tous ne fust resjois a regarder chela. 55 

dessus un faudestoet, qui d'or refianboia, 

la estoit Ivorine, c'onques ris ne geta 

ne ne fera ja mais jusqu'à tant que verra 

flour de chevalerie, qui par tamps i venra. 

li Viex de la Montaigne as trois barons monstra 60 



82. 1 veioir A; posteis B. 3. 21 le A, 4 t. e. apierteinent B. 5 vail A. 6 ch. est A; 
a crest. deseure a pies B. 7 li] le AB. 8 vinrent A; par tel B. 9 liem.] le vient ^4. 11 manque 
A; tiere B. 12 le roce ague B. 14 voit A; trestous fu B. 15 le A; a] manque A. 17 Haus A; 
vail A; trebuca B. 20 en chapast A. 21 ce B, manque A; le A, ja A. 22 le mien A. 23 sera] 
manque B; courchera A. 24 merlera A, nellerai B. 25 quancon vous pora B. 26 est A. 28 ne] 
manque A. 30 le ^ ; encor B. 31 morstera ^. 32 diex] nus B. 35 ou mit' de b. B. 37 a B; 
car on le A, 38 le A. 40 enclos dor B ; que A; paradis B. 42 en i o. u. plante e. trois ries 
B. 43 un-clare A. 44 courot A; vins A. 45 le p. B. 47 sceiot A; tan A. 49 menestes i ot -B. 
50 juans] jenmt (sic) A. 53 déduis A. 54 de A. 56 faus destuet J?; fin flambia A. 59 cheualrie A, 
60 \e A: a A. 



258 



BAUDOUIN DE 8EB0UR0. 



Pièce 82. 



ie uoble puradiit et le lien qu'il i a. 
HaudUiiiH de Seboarc, ossi tost qu'il vint la, 
ri-iriirde tout par tout, pour saroir s'il Terra 
le pliiti >)t>llo du monde, que tant on li prisa. 

65 âUH un Mege d'or fin une danie avisa, 

le plus noble don monde n« qui jamais sera; 
car de toute nobleche qui fu ue qui sera 
estoit chcH coqti* parés, la couronne qu'elle a 
yaloit une contrée: toute reluniina 

70 de piere« pretïeuses, ou moult de vertus a; 
de perles, de Hutirs tels quatre cent i a 
qui valent plus d'avoir c'on ne vous nommera: 
et estoit esleveie, plus d'un piet de haut a. 
une cote ot vestie, a che c'on me conta, 

75 ouvrée de bourdure: li maistrcs qui l'ouvra 
i mist trois uns ou plus ; moult (i^rant avoir cousta, 
les euvres furent bêles; et li mantieus qu'elle a 
fu fais dedcns une isle, que mers avirona, 
d'une ouvre sarrasine; une dame l'ouvra: 

80 VII. ans i mist au faire, chascun jour s'i hasta. 
une riche escarbonde le mantel ataqua, 
qui par le nuit oscure moult grant clarté geta, 
comme fait li solaus que Diex nous envola. 
s'Ivorine fu noble, se biautés le passa; 

85 car je croi que nature proprement figura 
le biauté la puchelle, car en che monde n'a 
homme, s'il le vëist, qu'amours ne li lancha 
d'un gnvrelot au coer, en disant : 'amours m'a 
mis en mort, douche dame, ne ja ne garira [m'a.' 

00 mes coers dou mal d'amer qui por vous souspris 
quant li bers Baudilins le puchelle esgarda, 
il fu si esperdus qu'a poi ne tresbuscha. 
lors li dist Poli bans : 'Baudilins, comment va? 
vous est li coers falis, puis que venistes cha?' 

95 'sire', dist Baudilins, 'par Dieu qui me créa, 
je sench un mal au coer dont ne garirai ja, 
et si voi tresbien l'erbe qui bonne me sera.' 

BaudUins de Sebonrc fu eus ou paradis, 
eu le rouge montaigne, c'on dist des Hansussis. 

100 11 Viex de la Montaigne a les trois barons pris: 



vers le dinene vont, qui tant fu de haut prit. 
li rois vint a se fille qui tant ot deir le riê, 
douchement l'acola et H dist par avis: 
'dame, vecbi trois prinehes coragew et hardis : 
en i a nul des trois, docbe fille gentil, 105 

par coi rot ooera pniit eitre de joie rMonfflef 
'pères', dist la puchelle, 'venus est met anii, 
cbiex qu'ai tant utendu, chiusqui m'estoit sortit, 
cieux par cui mes cuers est de joie resortit, 
li plus prex de che monde et li plus agentis, i lo 
chius qui j'ai atendnt, des ans a plus de dis, 
chius qui m'estoit parfais, ottroiés et promis, 
li plus lolaus du monde, gratïeus et fsitis.' 
quant Baudilins entent les parlera et les dis, 
adont plus que devant fut li siens corps souspris ; 115 
si se