(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Chronique de Jean de Stavelot"

Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



L.- / 



V,, 



CHRONIQUE 



BE 



JEAN DE STAVELOT. 



»»■ 






CHRONIQUE 

DE 

JEAN DE STAVELOT, 



^r 



HEHIinE DE L'jkCkotUlE ET DE L4 



BRUXELLES, 

M. HAYEZ, IMPBIMEUR DE L'ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE. 



-%<\n\- 



AGADlMIl ROYALE 



DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 



COMMISSION ROYALE D'HISTOIRE. 



MM. Le baron de Gerlaghb, Président. 
Gachard, Secrétaire et Trésorier. 
De Ram. 

Le chanoine de Smet. 
Du Mortier. 

BORHANS. 

Borgnet. 



AVIS. 



La Chroniqtie de Jean de Stavelot, qui continue Fœuvre de Jean d'Où- 
tremeuse, fait corps avec celle-ci. Ce volume doit donc avoir son numéro 
d^ordre dans cette œuvre. Mais le nombre total des volumes dont elle se 
composera ne peut être déterminé , aussi longtemps qu'on conservera 
Tespoir de retrouver le IV^ livre. C'est seulement quand le texte même de 
Jean d'Outremeuse sera imprimé qu'on pourra donner à la Chronique de 
Jean de Stavelot le titre général qui lui manque. 



INTRODUCTION 



La chronique de Jean de Stavelot continue la grande chronique de Jean 
d'Outremeuse ^ dont la publication , longtemps et ardemment désirée par 
tous ceux qui se sont occupés à suivre ou à retracer les vicissitudes que 
Tancien pays de Liège a éprouvées au moyen âge , a été décidée par la 
Commission royale d'histoire dès Tannée 183i. Plus lard^ j'aurai à exa- 
miner en détail Tœuvre importante qui commence à paraître aujourd'hui , 
et ToccasioD viendra alors de dire les circonstances qui ont retardé jusqu'à 
présent l'exécution de cette décision. Pour le moment, je dois me contenter 
de Rechercher ce que fut le moine laborieux dont le travail , attaché à celui 
de l'écrivain qu'on peut appeler le père de l'histoire de Liège, — il en 
forme le cinquième livre, — constitue cependant un tout qu'il est possible 
de détacher, et qu'il a paru convenable de publier avant les quatre livres 
qui le précèdent. 

C'est dans l'œuvre même de Jean de Stavelot qu'il faut puiser les quel- 
ques détails qui nous sont parvenus sur son existence paisible et cependant 
si occupée ; c'est là aussi qu'a été les prendre le seul écrivain qui ait fait sa 
biographie , et au travail duquel nous aurons en définitive peu de choses 
à ajouter. En effet, avant la notice publiée par Cachet dans nos Bulletins^, 

* Compte rendu des séances de la Commis- Uns. Première série, tome XIV, p. i65. 
sion royale d'histoire, ou recueil de ses bulle- 

a. 



II INTRODUCTION. 

on ne connaissait de Jean de Stavelot que son nom y et la liste fort inexacte 
encore des écrits composés ou copiés par lui. Ni Fabricius ^, ni Foppens ^ 
les seuls jbibliographes qui lui aient consacré quelques lignes pleines d'er- 
reurs^ n'avaient consulté cette chronique^ qui est bien cependant son œuvre 
capitale. Aujourd'hui qu'elle voit enfin le jour, on peut^ à l'aide des ren- 
seignements fournis par lui-même, le suivre dans sa carrière , sans avoir 
toutefois beaucoup de faits à signaler. La vie du cloître , où il resta con- 
stamment renfermé, est nécessairement dépourvue des incidents plus ou 
moins dramatiques qui remplissent et troublent l'existence de l'homme 
mêlé au tourbillon du monde. 

Jean deStavelot naquit le 5 juin 1388, dans la petite ville qui lui a donné 
son nom. C'est ce qui résulte de l'inscription suivante, attachée au manuscrit 
n"" 10463 de la Bibliothèque royale, qui renferme le second livre de la 
chronique de Jean d'Outremeuse : « Chis libre est et appartient al monasteir 
>i Saint Lorent deleis Liège, de l'ordine saint Benoist, et fut escript et accom- 
» plis par Damp Johans de Stavelot , confrère eldit monasteir, en temporal 
» de son eaige LIIII ans II mois et XX jours, assavoir l'an del incarnation 
» Nostre Saingneur Jhesu-Crist M. CCCG et XLII, en mois d'awoust, len- 
» demain del saint Bertremeir l'apostle. s» Sa famille appartenait sans doute 
à la bonne bourgeoisie, puisque son père, — lui-même nous l'apprend^, — 
estoit uns des esquevins deStavelot. A l'âge de quatorze ans, ainsi en 1402, 
il obtint de l'abbé Etienne de Mairies une prébende dans le monastère 
bénédictin de Saint-Laurentlez-Liége, et fut alors, — pour employer ses 
propres expressions, — vestis et tondus moyne ^. Toutefois il ne put , à 
cause de son âge, entrer dans les ordres que plusieurs années après, pro- 
bablement en 1413, et il raconte " qu'il dut retarder assez longtemps la 
célébration de sa première messe , parce qu'il désirait y voir assister son 
père, appelé à Aix-la-Chapelle pour le couronnement de l'empereur 

* Bibliotheca latina mediae et infitnae ae- ^ Voir plus loin sa chronique, p. 149. 
tatis , tome IV. * Ibid., p. 94. 

^ Bibliotheca belgica^ tome II. ^ Ibid,^ p. 149. 



INTRODUCTION. 



III 



Sigismond. La cérémonie religieuse , destinée à attacher irrévocablement 
notre chroniqueur à Fétat dont il avait fait choix , n'eut lieu en effet que 
huit jours après ce couronnement, par conséquent le 15 novembre 1414. 

Après cela, les renseignements personnels fournis par Jean de Stavelot 
deviennent fort rares. Sa relation de la croisade contre les Hussites, en 
1431 y autorise à croire quMl y accompa^a son souverain Jean de Heins- 
berg ; c'est du moins ce qu'on peut inférer des détails minutieux dans lesquels 
il entre à ce sujet, et du pronom now dont il se sert ', en parlant du siège 
d^un château fort qui finit par tomber aux mains des croisés. De la descrip- 
tion non moins détaillée qu'il fait du couronnement de l'empereur Fré- 
déric m, en 1442 ^ on pourrait indun^ également qu'il assista à cette 
cér^onie. 

A l'âge de cinquante-sept ans , en 1445 , notre chroniqueur parait avoir 
commencé à ressentir cette lassitude qui annonce â l'homme sa décrépitude 
prochaine, et, le 11 septembre de cette année, il interrompit son œuvre ^; 
mais, quelques semaines plus tard, il la reprenait avec l'intention de la con- 
tinuer jusqu'à ce que les forces lui fissent défaut *. C'est ce qui arriva dans 
l'été de 1447. A cette date, la chronique change de physionomie, et les 
douze dernières pages sont écrites en latin, idiome dont Jean de Stavelot n'a 
fait usage que dans une seule circonstance'^. A l'écriture, essentiellement 
différente de celle qui précède, on s'aperçoit aussi que le rédacteur n'est 
plus le même, et tout à la fin on lit, tracés de la même main, ces deux 
mots : Fr. Adrianus. Dans sa notice citée plus haut ®, Gachet suppose, avec 
grande apparence de raison , que l'écrivain qui a complété l'œuvre de Jean 
de Stavelot est cet Adrianus de Veteri Busco, son confrère â l'abbaye de 
Saint^Laurent, à qui nous sommes redevables d'une chronique fort impor- 
tante et fort intéressante sur les événements du règne de Louis de Bourbon \ 



< Voir plus loin sa chronique, p. 191. 
« Ibid,, p. 493. 
' ibid., p. 568. 
* Ibid., p. 569. 



» Voir plus loin, pp. 480 et 48i. 
^ Bulletins de la Commission royale d'his- 
toire ^ t. XIV, p. 167. 
7 Elle a été insérée par Martène et Durand 



IV INTRODUCTION. 

Dans cette œuvre y frère Adrien devient le continuateur de Jean de Sta velol , 
et quoiqu'il remonte à quelques années avant la mort de ce dernier, nous 
n'avons pas trouvé de conformité matérielle entre le texte de sa propre chro- 
nique et celui qui sert de continuation à la chronique de son prédécesseur. 
Je signale le fait^ sans prétendre en induire que les deux textes ne sont pas 
du même écrivain ; car je ne prévois pas d'objection sérieuse à faire à Thypo- 
thèse émise par Cachet. 

Jean de Stavelot vécut deux ans encore après avoir déposé la plume. 
Dans Tété de 1449, il fit une maladie qui le retint plusieurs mois à Tinfir- 
merie du couvent. Rétabli par les secours de deux médecins dont nous avons 
les noms '^ il fut, peu de jours après, frappé d'apoplexie et mourut, le 
16 octobre, à un âge relativement peu avancé, puisqu'il était à peine entré 
dans sa soixante-deuxième année. Son continuateur nous a laissé le récit 
de ses derniers instants et la liste de ses ouvrages ^, dont quelques-uns ne 
sont du reste que des copies ; on peut la comparer avec celle que Reifîen- 
berg a publiée dans V Annuaire de la Bibliothèque royale ^, d'après Jean de 
Stavelot lui-même. Gachet remarque avec raison qu'elle atteste Vassiduité 
la plus merveilleuse ^. Cependant frère Adrien , tout en rendant aussi justice 
à son activité^ lui reproche des actes de négligence. Il m'est impossible de 
voir là autre chose que l'indication de légères infractions à ces pratiques 
minutieuses et parfois puériles qui constituent la vie du doitre. S'il se fût 
agi de fautes présentant un caractère de gravité, le coupable n'eût pas été 
cité comme un exemple à suivre : « Âccipiant posteri , dit son continuateur, 
» exemplumut sint studiosi, quia nullum bonum irremuneratum, nullum 
» autem malum impunitum ^. » Ceci ne concerne que le caractère studieux 
de notre chroniqueur ; mais sa moralité et l'idée sérieuse qu'il s'était faite 
des devoirs de son état, sont aussi attestées par cet autre passage qui le 

dans le vol. IV de leur Veterum scriptorum ' Vol. I , p. xlix. 

et tnonumentorum A mpltssima CollecHo. ^ Voir sa notice , p. i 74. 

* Voir plus loin sa chronique, p. 606. ^ Voir plus loin, p. 608. 

* Ibid., pp. 606-608. 



INTRODUCTION. * v 

« 

concerne toujours : « Âd honestatem multa ordinavcral^ scilicet et ad divi- 
» num officium^ pro quibus sepius a suis confratribus persecutionem passus 
» fuerat *. » 

Je regarde comme superflu d'insister sur l'intérêt que présente Fœuvre 
de Jean de Stavelot; il suffit de l'ouvrir pour s'en convaincre; elle complète 
la chronique également curieuse d'un autre moine liégeois, Zantfliet', et 
fournit les renseignements les plus détaillés que nous possédions sur la pre- 
mière moitié de ce quinzième siècle qui occupe une place si importante 
dans l'histoire de notre pays. Le règne de Jean de Bavière y et surtout 
celui de Jean de Heinsberg , sont traités avec un soin particulier, et Ton 
trouve là des détails qui ne se rencontrent nulle part ailleurs. Quant au 
style, il ne se recommande point par les qualités qui distinguent celui de 
Jean d'Outremeuse. On y remarque cependant des passages intéressants , 
et tels sont ceux où l'occasion se présente pour l'auteur d'exprimer son 
opinion sur les événements dont il a été témoin. Je citerai, par exemple, 
le fragment où , ayant à retracer les cruautés de Jean de Bavière après le 
désastre d'Othée, il dit ^ : « Très bonnes gens, qui chu liseis, entendeis 
» quelles terribles venganches , et en quantes manières fut flagelleis tout 
» li pays de Liège , et fut mis à grant povreteit et à grant servaige , pour 
» l'inobedienche et rébellion de xii ou xx maulvolans , qui chu commen- 
» chont el citeit de Liège, dont tant de milhe hommes périrent, et tant de 
» mais avinrent et accrurent, desqueils en grande doleur nos recitons. Et 
» partant , oussitot que aulcuns malvolans commenchent une malvaiseteit , 
»» ons ne se doit nullement a eux assentir, mais tantost ons les doit resisteir 
» et corregier, affin que plus grand mal n'en puist venir en temps futur. » 

Parfois il mêle, avec assez d'à-propos, au récit des événements, des 
réflexions pleines de bon sens et d'humour. Ainsi , quand il parle d'un 
varlet des maîtres de la cité, Golard Goclet, qui prit une part active à l'ar- 
restation de Lambert d'Atin et fut pour cette prise moult bien lotie y il a soin 

* Voir plus loin , p. 607. Ampliss. ColLj vol. V. 

' Pabliëe aussi par Martène et Durand, ' Voir plus loin , p. 445. 



VI INTRODUCTION. 

d'ajouter : «^ Gbe n'avient nient sovent a jpheaux qui servent la commone , 
» parlant que en la conunone at tant de maistres que ons ne les puet bien 
» servir ^ » Ainsi encore^ à propos de la destruction du pont des Arches^ 
qui fui enlevé par les eaux en février «1409^ il fait cette réflexion peu favo- 
rable a l'administration municipale de cette époque : « Il (le pont) avoit 
» esteit mail gardeit dedens les fondemens^ enssi que ons garde mail en- 
» core toutes choises en chest noble citeit ^ por le petit ordinanche et regi- 
» ment quMl y at '. » 

On ne peut prendre au sérieux les prétentions littéraires que notre 
chroniqueur semble révéler dans sa Reize de Bozenove ^, et dans un Biau 
dictamen, autre pièce rimée ^, qui doit également être de lui^ quoiqu'il n'y 
soit désigné que par les vagues expressions : un hons en religion. Il n'y a 
là^ du moins à mon avis, rien qui le signale à rattention, et je n'ai non 
plus rencontré dans son œuvre aucune de ces réminiscences classiques qui 
indiquent une intelligence cultivée et formée à l'école des grands écrivains 
de l'antiquité. Un demi-siècle plus tard, avec les goûts studieux qui le 
caractérisaient, Jean de Stavelot aurait sans doute profité du grand 
mouvement de renaissance qui pénétra jusque dans les profondeurs des 
cloîtres. 

On n'est pas bien d'accord sur les principes qu'il convient de suivre pour 
l'impression de nos vieux chroniqueurs. Plus tard, dans le travail que je 
consacrerai à l'œuvre dont la chronique de Jean de Stavelot fait partie inté- 
grante, j'exposerai ceux d'après lesquels je me suis dirigé. Ici, je me 
bornerai à dire que j'ai reproduit le texte de ce volume avec la fidélité la 
plus scrupuleuse; toutefois, l'intelligence en étant par elle-même déjà assez 
difficile, j'ai cru que le lecteur me saurait gré d'y introduire une ponctua- 
tion dont manque le manuscrit , et des accents là où ces signes changent 
le sens des expressions. Le même mot reparait souvent avec une physio- 
nomie différente , et je doute que notre chroniqueur ait écrit d'après les 

* Voir plus loin , p. 322. ' /6trf., p. 368. 

5 /6irf., p. 587. * Ibtd.y p. 584. 



INTRODUCTION. vu 

régies d'une syntaxe bien déterminée. Ce n'était pas une raison pour tou* 
cher au texte y et je ne Tai fait que dans le cas d'un lapsus calami évident^ 
en ayant soin encore de le dire en note. Un petit nombre de mots avaient 
été omis; je les ai rétablis ^ et ils sont indiqués par des parenthèses. 

Je le répète^ j'aurai plus tard à revenir sur toutes ces questions; mais 
il en est une autre sur laquelle j'ai à m'expliquer avant de terminer mon 
introduction. Le texte qui a servi à cette publication est le seul qui soit 
connu. Est-il autographe ? Au premier abord y la réponse ne parait pas 
douteuse^ et Cachet^ dans sa notice S n'hésite pas à la faire affirmative. 
On peut alléguer d'abord ce passage où, parvenu à la fin du premier livre 
de Jean d'Outremeuse^ le copiste^ dont le texte a été adopté pour l'impres- 
sion^ dit : « Finant chi nostre premier libre des un escript par Johans de 
» Stavelot^ moyne de Saint Lorent par ddeis Liège, et fut fîneis l'an 
» M.CCGC et XL^ le X'' jour de mois de décembre. » Et qu'on ne se mé- 
prenne pas, comme l'ont fait autrefois des observateurs irattentifs, au sens 
du mot escript ; il ne peut désigner ici que le ' fait matériel , car au com- 
mencement du volume il est dit en toutes lettres qu'il s'agit de b première 
partie du Myreur des hystors, œuvre de maître Johans des Preii dis 
(tOuUremouse y et Jean de Stavelot n'a jamais pensé, conune on l'a cru , 
à s'approprier la chronique de son prédécesseur; il n'y a pris d'autre part 
que celle de copiste. Sa déclaration précédente est reproduite dans. la note 
suivante^ inscrite au verso du dernier feuillet du même volume : « Chi libre 
» apartient à l'engliese Saint Lorent par deleis Liège.... et (fut) escript par 
» Johan de Stavelot , moyne deldit engUese Saint Lorent , l'an M.CCGC 
» et XL.... H Le mot escript a toujours le sens de copié, et il l'a encore 
dans deux autres passages du présrat volume (pp. 9A et 568). C'est si 
bioi le sens qu'il faut attribuer à cette expression que, dans le premier de 
ces deux passages , où Jean de Stavelot est expressément nommé , quand 
il s^agit d'indiquer une opération moins matérielle , elle est désignée par 
le mot compihu, qui s'applique au fait même de la composition : Liqueis 

* BuUetins, etc., t XI V, 168. 



VIII INTRODUCTION 

(Jean de Stavelol) escript et compilât chi propres chroniques. Maintenant 
j'ajoute que si le texte de Jean d'Outremeuse est une copie faite par Jean 
de Stavelot, — et cela ne parait guère douteux d'après ce qui précède^ — 
le texte de la chronique de ce dernier est également écrit de sa main. Il 
suffit d'ouvrir les deux volumes pour rester convaincu que le copiste de 
Fun est aussi celui de l'autre, car l'écriture est exactement la même. 

A ces raisons on ne peut guère prévoir d'objection sérieuse. 11 me reste 
cependant un doute qui repose sur deux circonstances : on rencontre dans 
le texte de ce volume^ surtout parmi les documents en langue latine^ des 
fautes qui me semblent ne pouvoir être le fait de l'auteur, et trahir y au 
contraire, l'ignorance d'un copiste. Quoique je ne me fasse pas de la science 
de notre chroniqueur une bien haute idée, je ne saurais le croire assez 
étranger au latin , pour avoir écrit sciemment des passages parfaitement 
inintelligibles. Puis, que faut-il penser du caractère invariable de l'écri- 
ture? Des cinq volumes qui, dans cet exemplaire, composaient l'œuvre 
entière de Jean d'Outremèuse , en y comprenant la chronique de son 
continuateur , nous en possédons trois , soit trois livres : le premier, le troi- 
sième et le cinquième. Tous trois, ils sont d'une belle et ferme écriture 
du quinzième siècle, exactement la même du commencement à la fin. Jean 
de Stavelot cependant, après avoir, en 1445, pour cause de maladie ^, — 
probablement une première attaque d'apoplexie, — renoncé à continuer 
son œuvre, la reprit au bout de quelques semaines, pour l'abandonner 
définitivement en 1447. Sa mort, qui survint deux ans après, dans des 
circonstances que nous avons rappelées, ne doit-elle pas avoir été précédée 
d'un affaiblissement insensible , qui porta sur le physique non moins que 
sur le moral? Sous ce dernier rapport, je me trompe fort si les pages 569 
à 596, c'est-à-dire celles qui furent composées dans l'intervalle de son 
premier rétablissement à sa retraite définitive (1445 à 1447), ne sont 
pas jugées inférieures au reste de sa chronique. Quant à la main , évidem- 
ment elle est restée aussi ferme et l'écriture aussi nette. Or, j'ai de la peine 

* Voir plus loin sa chronique, p. 575. 



INTRODUCTION. ix 

à croire que la décadence physique ne se laisse pas apercevoir comme la 
décadence morale y et si mes scrupules ne vont pas jusqu^à m^engager à con* 
tester le caractère autographe du manuscrit , ils ne me permettent pas néan- 
moins de me prononcer à cet égard avec la même confiance que Cachet. 

Pour certains monuments du droit public liégeois ^ il est fait mention 
d'un Appendice sur lequel j'ai à m'expliquer ici. L'œuvre de Jean d'Ou- 
tremeuse renferme la copie d'un assez grand noùibre de documents de 
cette espèce; souvent aussi on se contente de les rappeler. 11 m'a paru 
qu'il y avait là une lacune à combler^ et je me propose de joindre à cette 
publication les plus importants des actes cités par Jean d'Outremeuse. Cet 
Appendice, qui portera naturellement aussi sur l'œuvre de son continua- 
teur, ne pourra voir le jour que lorsque la publication sera complète. Je 
mettrai à hâter ce moment tout le zèle et l'activité dont je suis capable ; 
mais je ne me fais pas illusion sur les difficultés qui m'attendent y diffi- 
cultés dont j'aurai un jour à dire le caractère^ et je réclame en attendant, 
de tous ceux qu'irritent des délais inévitables, l'indulgence qu'ils reconnaî- 
tront, je crois, m'ètre due, quand je les aurai mis dans la confidence de 
mes embarras. 

Sur deux des quatre feuillets blancs qui précèdent, dans notre manuscrit, 
la chronique de Jean de Stavelot, sont inscrites une Orison de Saint Loren 
et une narration historique relative à Guy de Canne ; je les donne à la 
suite de cette introduction. En publiant, dans' son remarquable Essai sur 
la Poésie française en Belgique *, la Reize de Bozenave, M. André Van 
Hasselt mentionne en termes assez défavorables VOrison de Saint Loren 
et l'attribue , ainsi que la pièce précédente , à Jean de Stavelot. Pour la 
Reize de Bozenove y il n'y a pas de doute; mais pour l'autre pièce, j'ignore 
les raisons particulières qui ont engagé mon savant confrère à déclarer 
notre chroniqueur coupable de ces méchantes rimes , et je ferai remarquer, 
toujours avec Cachet ^, que l'écriture de ce fragment et de celui relatif à 

MI a été couronné par rAcadémie royale prix, vol. XIII. 
de Belgifiae et inséré dans les Mémoires des ^ Voir sa notice dans les ButL, XIV, 1 78. 

b 



X INTRODUCTION. 

Guy de Canne ^ doit être de la main de frère Adrien y le continuateur latin 
de la chronique de Jean de Stavelol. 

Malgré le soin que j'ai apporté à la correction des épreuves , il s'est glissé 
dans le texte des fautes qui , sans avoir une grande importance , sont cepen- 
dant regrettables. Les hommes ayant Thabitude de ces sortes de choses^ 
comprendront les difficultés qui accompagnent la publication d'une chro- 
nique au langage aussi irrégulier» et je dirai aussi étrange que celui de 
notre chroniqueur; ils me pardonneront Verrata que je suis obligé de join- 
dre à la table de ce volume. 

Un glossaire était le complément indispensable d'une œuvre de la nature 
de celle que j'ai été chargé d'éditer. Je pouvais l'allonger beaucoup, mais 
j'ai cru devoir le restreindre dans d'étroites limites, en y faisant seulement 
entrer les mots qu'on ne rencontre pas dans des recueils faciles à trouver, 
conmie le sont devenus ceux de Ducange et de Roquefort ; de ces mots, il en 
est peu qui soient restés inexpliqués d'une manière plus ou moins satisfai- 
sante. 

Rien de plus ingrat que la mission d'éditer nos anciens chroniqueurs. 
Le lecteur, ne voyant que le résultat, ne peut apprécier les peines et les 
recherches qu'a occasionnées l'interprétation d'un mot, et ne vous en tient 
aucun compte. Ma science personnelle ne m'a pas toujours suffi , et plus d'une 
fois j'ai été dans la nécessité de recourir à celle d'autrui. Que tous ceux qui 
ont bien voulu me venir en aide reçoivent ici l'expression de ma gratitude. 
Pour l'interprétation des localités , je dois des remerciments particuliers à 
M. Ferd. Henaux , qui a mis si obligeamment à ma disposition sa connais- 
sance du vieux Liège; j'en dois également à M. Schonbroodt, archiviste 
de la province et à M. Stanislas Bormans, son adjoint, pour l'obligeance 
avec laquelle ils se sont prêtés à me seconder, soit dans l'interprétation de 
textes douteux , soit dans la confrontation de plusieurs documents copiés 
par Jean de Stavelot, avec les vieux pauvillards que renferme le dépôt confié 
à leur active surveillance. 

Liège, le IS novembre 1861. 



INTRODUCTION. 



XI 



I. 



ORISON DE SAINT LOREN. 



Je VOUS salu très-humblement 

Noble martir de Dieu saint Loren , 

Qui aveis en vostre jovent 

Dieu servie todis dévotement, 

Et por la saint vie que aveis mineis 

A Romme archidiake fuis vos ordineis. 

Les biens d'elle englieze loyalement 

Aux povres donast libéralement. 

tres-saint lévite gentis 

De moy pescheur ays miercbis; 

Que, por voste saint orison, 

Dieu moy donne plaine remission 

De tous pechiés que onque je fis , 

Et moy garde de trestout péris. 

très-douce martir glorieuse, 

Reluysant en ciel comme pier précieuse 

Bien polie, par grands tonnent 

Ars et rostis crueusement, 

Je vous requir par vostre grand merit 

Que moy gardeis délie mort subit. 

De encombrier et mal temptacion ; 

Conforteis moy en tribulacion. 

Je vous commande entirement 

Mon corps, mon arme et tout mon sens. 

Gardeis moy en vostre foy 

Délie ennemis qu'ilh part que je soy, 

Et me volhies aydier todis 

Que alleir je puy en paradis. 

Les armes de moy et mes amis. 

Et tous vos serviteurs grands et petis, 

Soyent pa!r vous toutes delivreis 

Et a joye en paradis mineit. 

Amen. 



xii INTRODUCTION. 



IL 

Ânno Domini millesimo GCCC''LXXXVI(1486),feria tertia post dominicain deLetore, 
nescitur quo spiritu ductus, dominus Ghys de Kanne, electus per civitatenses in man- 
buruum et capitaneum civitatis, fecit occidi in foro leodiensi, per Allemanos, Petnim 
Rouscha, bayllivum Condrosie, dominum de Monfort, unde multi mirabantur. Qua prop- 
ter Mons. de Sain Lambiert, post duas horas, equitavit versus Monfort, ad accipiendum 
possessionem dicti fortilisii; sed famulus Pétri Rouscha festinanter equitaverat illuc, 
et nuntiaverat quod factum fuerat. Quamobrem Mons. Sain Lambiert exclusus fuit. 
In sequenti ebdomada , dictus dominus Ghis de Kanne posuit iliis de Lembourg die- 
tam , propter dampna que prefatus Rouscha fecerat super terram de Lembourg, et in 
crastino fuerant clamate treuge per annum in Leodio. 

[n festo S. Benedicti , venit dominus Robertus de Harka junior de Campinia , ubi 
combusserat Endoviam^ et fecerat redimere combustionem aliorum villagiorum circa 
jacentium, et fecerat multa dampna, et cepit multos captivos. 

In crastino Pasche , dominus Ghisbertus de Kanne dicebatur dédisse armigeris qui 
vénérant de Francia, dédisse < licensiam currendi super Brabantiam; verum in crastino, 
Landen, dicta sancte Gertrudis, fuit combusta. Quapropter immisit Deus spiritum 
vertiginis super ipsum, et facta est mirabilis querela in Leodio de porta S. Walburgis, 
quam fecerat mirabiliter edificari contra sequelam civium leodiensium. Verum, post 
prandium, pueri et adolescentes ascenderunt super dictam portam, et destruxerunt 
opus quod fieri fecerat, feria IIP Pasche. 

In cena comederunt pariter Ghys de Kanne et dominus Robertus de Marka junior, 
et habuerunt verba ad in vicem ; verum dominus Robertus discessit ab eo. 

Item, feria IV* de mane, omnes cives leodienses, unanimiter armati, venerunt 
super forum Leodii, et, accepto vexillo, unanimiter revocaverunt omnem commis- 
sionem quam dederant Ghis de Kanne, qui venit super forum ad gradus; verum, 
clamore facta contra eum, detrusus fuit de gradibus et occi$us, et tractus pedibus ad 
fratres minores ^ et ibi ^ sepultus. 

^ Ce mot est ainsi reproduit deux fois. viation du MS. 

* Je ne puis lire autrement les cinq lettres et Tabré- ' Le MS. porte tUn. 



CHRONIQUE 



DE 



JEAN DE 8TAVEL0T 



Chî commenche H chinqueyme cronichue ' de paiis de Liège en brief. foi. i,r«. 
eiisiwant les quatres croniques maistre Johans d'Oui tre-Mouse: et fut coni- 
menchiet Tan H et GGGG, et fut compileit, après relation d'aultruy, par 
une des confreire del monasteir Sains-Lorent deleis Liège de ordine Sains- 
Benoite *. 

Ghi volons al aide de Dieu commenchier le V® cronique de pays de Liège, 
sour Tan de grasce M et GGGG ; car maistre Johans de Oultre-Mouse final 
tous les siens l'an M GGG et LXXXXIX, enssi corn ilh appert en son IIII*' 
cronique chi devant fineis, où, elle fin, ilh faisoit mension de dolereux 
séisme qui estoit elle engliese de cristiniteit. £t affin que ons sache parleir 
en présente cronique dédit scisme comment il commenchat, nos en ferons 
en bref alcon mention, et quant nos venrons avant, si en parlerons selonc 
le temps plus plainement. — Et est assavoir que Tan M GGG LXXVIII, du scisme (jui est en le 
selonc les croniques véritables, commenchat cel division entre les cardi- 
nals, après le dechés le pape Grigoir li XI® de chi nom, et durât près de 
XXXIX ains; car alcuns des cardinals soie tenoient awec le pape Urbain 

' Ce mot est ainsi écrit, avec un h pour un q. l'encre rouge; puis vient un grand C majuscule 
* Les (juatre lignes qui précèdent sont de la pour commencer le texte proprement dit. 
piéme main que celles qui suivent, mais écrites h 

1 



2 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

le \l^ de chil nom , et les altres awec Clément le Vil® de chi nom. Et de- 
morat Urbain à Romme en Ytale, et là entour, et Clément demoroit en 
Avingnon , à Lyon et en Franche '. — Et après que ches II papes furent très- 
passeis, les cardinals qui avoient esteit del obedienche et faveur Urbain, 
eslesirent * Bonifache le IX^^ de chi nom, et les altres del obedienche Clé- 
ment eslirent à pape Pire del Lune, et lapelloient Benedich leXIII® de chi 
nom. — Encors, après le trespas Bonifache, cheaux devantdis cardinals de 
Romme eslirent Innocentius le VII^^ de chi nom, etpau après, quant Inno- 
centius fut mors, ilh eslirent encore Grigoire ly XII® de chi nom , cuy ons 
soloit appelleir Angélus Corario. Et durât chis doloreux division en sainte 
engliese près de XXXIX afns, assavoir jusqu'à tant que Oddo de'Columpna, 
qui fut nomé pape Martin le V® de chi nom , et fut creeis à conchilhe de 
Constanche. — Et por cel devandit scisme et division avenoient pluseurs 
ranceurs, hayines, guerres et maintes allres inconvenienches entres roy, 
dus, contes et altres princhcs du cristiniteit, dont nos en parlerons chi-après 
plus plantiveusement, et par especial de scisme qui fut entres les dois papes 
Benedich et Grigoire. — Premiers est assavoir, quant Clément le VII® fut 
trespasseit, les cardinals qui furent de sa obedienche, dont Pire del Lune en 
estoit adonc' l'une, considérant et remirant les mais et perilhes que de jour 
en jour avenoient par toute cristiniteit entres les royalmes cl provinches. 
Cornent les cardinals auchois qu'ilh vowisscut proccdeir aile (élection)^ d'on noveal pape, tous 
chier al papaiiteit, euscmblc promcttoicnt et juroient en leur conclave , en presenche de no- 

se ilh estoient eslus , *ii 11 9*ii 1 • 1 u i» * 1 

parTunion. taircs ct dc houorablés lesmons,s ilh advenoit que alcuns a eaux fust esleus 

par rinspiration diviqe deistre pape et vicaire de Jhésu^Crist, ilh labur- 
roit de tout son poioir à faire union en sainte Engliese, et de exstirpeir del 
tout le devântdit scisme et division , oussy jusqu'à le renunchiation ou ces- 
sion de sa digniteit, voir se chu fuysse declareit et determineit par la plus 
grant parliie des cardinals, qu'ilh se dewisse faire par cel voie et manière, 
comme ilh est expressément troveit par escript dedens une cedulle, qui 
adonc fut fait sour chil, escript et ordoneit des mains des devantdis cardi- 

^ C'est bien ce que porte le manuscrit ; il faut cependant que Tintcntion du copiste a été d'écrire 

probablement lire : et à Lyon en Franche, le mot comme il est ici. Les glossaires admettent 

' Sic dans le manuscrit. du reste les deux orthographes. 

' 11 est impossible de distinguer d'une manière * Ce mot est omis, 
bien certaine à la fin des mots, le c du t. Je crois 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 3 

nais- — Et tontes ches devantdit compromis et conditions li soventdit Pire %*f,/5ÎS*Lune***'**" 

del Lune,adone cardinal, nient tant seulement promettoit, afErmoit et 

juroit expressément awec les aultres , mains encors plus avant k ses pa- 

roUes ilh monstroil sa grant diligenche et affection qu'ilh avoit tres-ardant 

del acomplir tout chu que devant est xlit, si que , por ses belles paroUes et 

sembianche qu'ilh demonstroit à ses compagnons , les devandit cardinals 

quidoient que son cuer fuist teile que ses paroUes , et tous ensemble esli- 

soient li soventdit Pire del Lune à pape et successeur de sains Pire l'apostle 

et vicair de Jfaesu-Crist. — Mains après chu qu'il fut enssi eslut, tant com 

à primiier ilh donnât à entendre à ses parolles, oussi par pluseurs lettres 

que furent envoies à pluseurs prinches de cristiniteit, que, por le union 

de sainte Engliese à faire, ilh estoit preste de faire tout chu qu'à luy ap- foi- i>v«. 

partinoit, voir jusqu'à sa renunchiation inclusivement, si avant que son 

adversair awist faite parelhement. — Encor dont, après chu qu'ilh fut plus Co««nt Pire dei Lune 

1 1- • -11 11» • « aiat conlre *on sen- 

fors enstaublis en la papaiiteit, ilh soy commenchat de petit en petit a <"«"(• 
reculeir de chu qu'ilh avoit jureit par devant; et puis après ilh allât over- 
tement encontre ses seriment et promesses , et ne voloit nullement proce- 
deir al voie de renunciation et cession del papaiiteit; mains ilh prist en 
desdengne et haiioit tous cheaz qui de tel matere li voloient parleir. 

Adonc les cardinals qu'ilh avoient eslut. considerans les fais et les mal- ^ cardioau furent 

* , ' ^ ^ ^ dolaas de chu aue 

vasteis de leur pape Benedich , remirant oussi que la besongne de cristi- P'5« ^^ i» l»»» ^ai- 

niteit alloit toudis de mal en pies, ilh furent si tourmenteis en leurs cuers 

que pluseurs d'eaux ne voloient plus avant parleir de tel matière ; car ilh 

veioient bien que ch' estoit toute chouse perdut. — Les altres, qui avoient 

plus avant parleit, furent manechiés d'yestre mise en prison ou en chartre, 

si que pluseurs fois ilh soie sequestroient de son conselhe , et oussi des 

messes et sollempnitels que ons faisoit en Avingnon. Alcuns d'eaux por le 

dobtanche de luy s'en fuyoient hours de là citeit, et s'en alloient demoreir 

altrepart. — Et ne refusoit pas tant seulement les ammonitions et priiers pire dei Lune refusât 

■ J*i • •■ i_i.*.« j •!_* la» exhortations de 

de ses cardinals, mains oussi les exhortations des prinches et sangneurs roydeFraneheetses 
temporels, entre lesqueils principalment Charte roy de Franche; aflin que 
sa légation et ses priiers fussent plus acceptaubles al devantdit Pire del 
Lune, et ' envoiat vers luy ses deux oncles, Johans duc de Bery et Phi- 

' Ce ei parait être de trop, ou tenir la plaee d'un t7. 



4 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

lippe duc de Borgongne, et son frère germain^ Loys duc d'Orliens^ 
awec grant multitude de clers et de prêtais , docteurs en théologie et en 
drois^ iesqueis luy exhortarent et demonstrarent, de part le roy de Franche^ 
al devantdit union de sainte En^iese, et specialment ai cession et renun- 
chiation del papaliteit, corn le plus court et necessair voie al soventdit union, 
et nient seulement ly monstroient les promesses et serimens de luy, mains 
oussi ses propres paroUes qu'ilh avoit dit de sa propre boche à pluseurs 
d'eaux , quant ilh fut ly-meismes envoyet en Franche com legas de part 
Del grant inaiveifttei Glemeut, SOU dcvautrains. — Et adonc meismes, quant les cardinals qui 

Pire dcI Lune. • . • 

là furent en présence, por l'honneur et l'affection des devantdis dus, priont 
affectueusement à Pire del Lune qu'ilh soie vowist modereir et inclineir 
aile soventdit renunciation, par le vigeur de ses sermens et promesses, 
affin que union venist en cristiniteit, luy, com chis qui welt toudis do- 
myneir et maistrier les altres, faisoit expressément et entyrement contre 
toutes ses parolles, serimens et promesses, et ne voloit riens faire de toutes 
ches choses que ons le requeroit. 

Parelhement ly roy d'Allemangne et de Boheyme , les roy de Ghastelle 
et d'Engleterre et pluseurs aultres prinches et sangneurs par pluseurs fois 
avoient envoiet à ly pour luy attraire aile union, et par especial al cession 
et renunciation des drois qu'ilh pretendoit d'avoir en la papaliteit, com 
une voie nécessaire entre toutes les altres. Mains ilh faisoit mainte fois 
responsion que jamais ons ne li fesist mention del renunciation ; car ja 
soiche que son adversaire fust à chu conselhiet qu'ilh vosist renunchier, 
jamais y ne renuncheroit al papaliteit, car ilh feroit en chi cas tres-grant 
morteile pechiet; ne jamais il ne seroit sour une schampne ' awec les altres 
cardinals, com chis qui seroit plus digne et li plus hauls que tous les car- 
dinals. — Encor plus avant y fist prechier et^sermoneir publement et clere- 
ment par son confesseur, dedens4'engliese des frères prêcheurs en Avingnon, 
devant pluseurs qui là furent presens , qu'ilh amoit miés de morir que d'ac- 
cepteir la voie de cession aucunement, si que chascon d'hoir en avant n'avoit 
esperanche que, tant qu'ilh visqueroit, paix n'avenroit en cristiniteit, ne 



' ScAampne, banc, du latin scamnum. La forme hante en liégeois. Voy. Dictionnaire étymologique 
primitive , bien conservée par Jean de Stavelot, est de la langue wcManne, par Ch. Grandgagnage. J'au- 
restée dans le dialecte namurois : schame. On dit rai souvent occasion de citer cet excellent livre. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. S 

union el Engliese. Par quoy il donnât asseis à entendre qu'ilh n'acomptoit 
riens al union et paix de cristiniteit, ja soiche qu'ilh l'avoit jureit et promis 
pardevant. — Adonc, quant ly roy de Franche, après la revenue des de* lî roy por le «cisme 

4i« 1 ^ ••«! !•• «I i*«»tf«i<-«* mandat tos se» cïer». 

vantdis ambassateurs , veioit la malopinion et le malvaisteit et obstination 
de soventdit Pire del Lune, ilh fist une tres-grant assemblée de nobles 
barons et prinches de son royalme à Paris , awec les docteurs et <clers de 
théologie et des drois del universiteit de Paris. — Là-endroit fut démon- 
streit la grant désolation et division de cristiniteit, et pluseurs perilhes et 
inconvenienches qui estoient et polroienl encor plus grandement venir en foi. ±, r». 
monde, por les obstinations et dures corages des deux papes, qui ne soy 
voloient mie enclineir. al voie de union , et par especial al voie de cession 
et de renunciation del papaliteit. 

Chu fait, fut là determyneit generalment , sens nul contradiction queile- Le rov fist «ubtraction 
conque , que ly roy et tout son royalme subtrairont leur obedienches aux "^^ ^^^' 
ambdenx papes, oussi bien à Tune que à l'autre, aiEn qu'ilh soy puissent 
plus toist modereir et inclineir al renunciation, et de chu furent envoies 
lettres saelées par tout la royalme de Franche, dont l'un lettre contenoit 
enssi : 

« Charles, par le grasce de Dieu roy de Franche, au bailly de Toraine La lettre que ly roy 
et à tous nos altres justichiers ou offichiers, ou à leur lieutenans, salut, ^r u^lc^smê"!" ^'^'' 
Gomme (par) * tres-grant et meure délibération des prelais et del clergerie 
por chu assembleis en nostre vilhe de Paris , representans l'engliese univer- 
sale de nostre royalme, des prinches de nostre lynage et aultres de nostre 
conselhe, nos et ladit engliese de nostredit royalme, et oussy de nostre 
dalphin nous soions del tout départis del obéissance de Benedich, qui 
dierainement fut esluit en pape, et ayons volut et ordeneit entres aultres 
chouses,que nuls, de queileconque estât que ilh soiient, paient ou rcs- 
pondent aldit Benedich , à ses collecteurs ou offichiers , ne aux aultres ses 
compliches ou adherens, alcunne chouze et revenues et emolumens qu'ilh 
soloient prendre en nostre royalme et Dalphiné dessusdis ; et enssi que , 
vacans les prelatures ou altres benefiches électives , l'en porvoie aux bene- 
fissiés par élection; et quant aux aultres benefisses, que'ilhs soiient confe- 
reis par cheaux auxqueis le collation en apar tient , gardeis les soUempniteit 

' Par ne se tromre pas dans le manuscrit. 



6 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

acostummeit ; et awec chu que des benefisses des compliches et adherens 
dédit Benedich l'en porvoie par les ordinârs, et soiient balliés en commande 
aux personnes ydonnes . sens foire alcunne aliénation des biens inmeubles 
ne des meubles prechieux , si com ches chouses et aultres poront plus plai- 
nement apparoir par nos lettres patentes et sollempnes foites et publiiés 
sour ledit département. — Nos^ desirons * lesdites chouses eistre mises à exe- 
cution , devers vos mandons et commettons , se mestier est ^ par les tenure 
de ches présentes, et auchun de vous, si com à luy apartenra, que lesdites 
ordinanches foites soUempnement publiier, tenir, gardeir et acomplir so- 
lonc leur fourme, es termes et mettes de vos jurisdiction, en contragnant 
à che cheaux qui feront à contraire, par toutes voiies deyus et raisonables; 
et toutes les personnes qui les efrainderont ou s'enforcheront del venir 
directement ou indirectement alencontre , punisses et corregiez , enssi que 
à faire sera par raison; et en otiltre vos infourmeis de ceals qui, après ladite 
publication, adhéreront, ou demoreront awec ledit Benedich ou en sa court, 
et se vos troveis que alcuns d'eaux tengnent benefisses ou altres biens tem- 
poreils en nostre royalme , prendeis ou les faites prendre et mettre reai- 
ment et de faite en nostre main lesdis biens, et ycelle* governeir desoubs 
ycelle, jusqu'à tant que par cheaux que apartenrat en soit dispoizé, selonc 
che que en nos aultres lettres sour che faites est plus à plain contenu. Et 
che faite en teile manière que les altres y prengnent exemple, et que vos 
n'en doyés eistre repris de negligenche ; de ce faire vos douons puissànche 
et mandement especial; mandons et commandons à tous nous justichiers, 
oflSchiés et subgés, que à vos et à chascun de vos, en faisant les chouses des- 
susdites et dépendent d'icelle, obéissent et intendent diligenment, et vos 
donnent confort et aide , se mestier est et requis en sont. Donneit à Paris 
le XXV1I« jour de julet, Fan de grasce Xlli' IlIP et XVIII. Presens les dus 
de Bery, Borgongne et Borbon. » 
Cornent la subtraction Gcllc mcismcs subtractiou fut fait en pluseurs aultres paiis tout en teile 
gaVs*p«r Vroy "d" mauicrc, al requeste del roy d'AUemangne, de Franche et de pluseurs altres, 

et furent fais pluseurs avisemens et ordinanches, comment on se devoit 
governeir en cristiniteit, tant que aux collations des digniteis et benefiches 
tant que al absolution des pechiés, cheste neutraliteit durant; enssi qu'ilh 

^ Pour desirans. * Sans doute par erreur pour yceux. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 7 

apert es libres maistre Lambert , docteur en decreit. confrère del engliese 
Sains', lesqueils sont en l'engliese Sains-Lorent deleis Liège. — Apres, chî quiih avînt âpre» 
en parsiwant nostre matière del devantdit doloreux division et scisme de «ocent. 
sainte En^iese, Tan M CCCC et VI, quant Innocentius li Vil® de chi nom 
fut trespasseis, les cardinals qui furent à Romme sasemblont dedens.la 
conclave à Sains-Pire por faire élection d'on noveal pape , entres lesqueis 
Angélus Corario estoit une, remirant et regardant piteusement le misérable foi. «, v». 
division et scisme de sainte Engliese , oussi les grans perilhes et inconve- 
nienches horribles qui avenoient et multiplioient de mal en pies par tout 
cristiniteit, sens nulle contradiction, promettoient à Dieu de Paradis, sa comem tous les curdu 
glorieux meire, la virgue Marie, et tous les sains' de Paradis, et juroient nuneliier «i papaii- 
expressément sour les saintes ewangeiles, et soy obligoient lun vers l'autre , 
s'ilh avenoit que alcuns d'eaux par le grasce de Saint-Esperit fusse eslus en 
pape, cheluy, por faire union et concorde dedens sainte Engliese, renun- 
cheroit simplement et liegement al papaliteit et à tous les drois qu'iih po~ 
roit avoir à cel digniteit, voir, en cas que son adversaire vowis tout en 
telle manière oussi renunchier, et les cardinals des dois collèges fussent à 
chu d'acorde qu'iih esliroient tout par une main une noveal vray pape , 
vicair de Jhesu-Crist, et successeur de sains Pire l'apostle. — Oussi ilh 
promettoient et juroient, sens fraude ne malengien, qu'iih feroient leur 
diligenche , si avant ' d'eaux ou altre qui n'est pas cardinals fusse eslus , 
qu'iih feroit la parelhe obliganche , et chely tantoist une moys après sa in- 
tronization envoieroit lettres al roy d'AUemangne , à roy de Franche et à 
tous altres roys et prinches de cristiniteit, prelais et universiteis , faisant 
mention qu'iih seroit preistre del faire union en l'Engliese, et del renun- 
chier al papaliteit mestier fusse. — Oussi dedens III mois ilh ordenroit I lieu 
compétent et ydonne aux ambdeux partiies, por acomplire chil devantdit 
besongne, et que enmetant ne li une ne li altre ne feroit n'en ne creeroit 
noveaz cardinals. Et pluseurs altres conditions promettoient et juroient 
délie wardeir entirement, sens fraude ne malengien, et que nulluy d'eaux 
soy feroit dispensier ne rabsour encontre ses serimens et conditions de- 

' Il y a ici un mot omis. Ce doit être Laurent, pour servir à VhUioire littéraire , etc., vol. XII L 
comme dans la phrase qui suit, s'il s'agit d'un des ' Aucun? 
deux Lambert indiqués par Paquot dans ses IHém. 



8 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

vantdis, ne accepterait absolution que altruy li porait donneir ou empe- 
treir. — Tout chu fut fait en la presenche de pluseurs bonnes notaibles gens^ 
tesmons à chu appelleis , et furent là fais certains instrumens et bulles à 

uo pape Grigoire XII' chu coustummeis. Tantoist chi jour méismes^ le dierain jour de mois de no- 
rhier. vembrc , cheaux devantdis cardinals tous par une main et assentement, 

sens contradiction, eslirent en pape Angélus Corario, et le nommarent Gri- 
$;;oire le X\U de chi nom. 

Lendemain, assavoir lepremier jour de décembre, li devanditGrigoire, 
el presenche de tous les cardinals, et pluseurs altres tesmons et notaires, 
dedens le conclave et chapelle devantdit, ratifiât, approvat et confermat 
et renovelat son seriment, et jurât sollempnement toutes les devantdis 
compromés et conditions del wardeir et d'acomplir reaiment de tout sa 
poissanche, ne jamais d'allèir al encontre, et furent fais instrumens sour 
chu. Tantoist sens atargier Grigoir envoiat lettres et bulles à tous roys et 
prinches de cristiniteit, faisant mention qu'ilh voloit acomplir tout chu 
que dit est, et de quant qu'ilh avoit jureit, en arguant en reprendant ses 
devantrains qui à chu avoient esteit negligens. De quoy ilh en fut prisiiés 
com 1 angle de Paradis. — Encor avant il envoiat ses ambassateurs à Pire 
del Lune, son adversair, nommeit Benedich, adonc résident à Marsilh, ly 
requérant qu'ilh vosist ottroier et consentir à ches devandit conditions et 
compromés por avoir union elle Engliese. Quant Benedich entendit chu, 
par les priiers de ses cardinals qui là furent presens, ilh s'y consentit et 
loltriat, non pas si purement et nuwement com Grigoire; car ilh y voloit 
reserveir alcuns conditions hours des compromés, et mettoit des entredois 
pluseurs, si que ons veioit et consideroit bien que c'estoit tout barterie ' 
et fiction qu'ilh queroit. — Apres chu une noble et valhan bons, nommeit 
Maletesta de Maletestes, regardant la bonne volenteit de pape Grigoir, vient 
à Romme, et soy présentât del chevalchier, à ses propres frais et costes, 

crigoiro recuiie de sa vcrs Ic roy dc Frauchc et le pape Benedich. Mains li pape Grigoir mandat 
bonne vo enicii. incoutinent ses II cusins, Anthone evesque de Modenne et Paulus Gorario , 

par lesqueis ilh commenchat à refroidier et recoulleir ouvertement: car par 
leur co'nseals, contre le volenteit de tous les cardinals, ilh refusât les offres 

m 

* Barterie ou hattrye, fraude, tricherie. Die- Gh. Grandgagnage, 
tionnaire étymologique de la langue wallonne, par 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 9 

et légation de devantdit gentilh-homme, et envoiat Anthone son cusin vers 
Benedich , awec II altres proidhommes qui ne savoient pas quelles lettres 
cheli enportoit à son adversair. Nientmons là fut conclus et determineit 
que, dedens le jour le Sains-Mychiel , les ambdeux papes, awec leur car- 
dinals, venroient en la viihe qui est nommée Saona ^, qui estoit desous le 
gouverne et jurisdiction del citeit de Gènes, parmy certains conditions 
sour chu faites et avisées. 

Apres la revenue desdis ambassateurs , Grigoire fut del tout d'acorde 
del venir al devantdit vilhe de Saona, et ratefiat et approvat les convenan- Poi-3,r«. 
ches et ordinanches des ambassateurs, et disoit expressément que, s'ilh 
ne poloit avoir des gaiées à son plaisier, ilh yroit en une barke ou à piet, 
atout une bordon, s'ilh jnestier estoit, anchois que teil grant bien fusse 
astargiet ou enpechiés. Awec tout chu ilh mandat al roy de Franche qu'ilh 
envoiast ses ambassateurs à Saona, à jour sour chu determyneit, et envoiat 
oussi uns altre messagier as governeurs de Gènes, que la ville de Saône li 
fust ottriiet por faire tout chu que dit est; et ly fut ottriiet tout entyrement 
de quant qu'ilh demandât et requérait. — Quant li jour determyneit ap- Grant abusioD de pip« 
prochoit que ons se devoit apparelhier por alleir à Saône, et Grigoire fut 
requis , de part son adversaire et oussi del roy de Franche , qu'ilh s'abi- 
Ihasse, ilh respondit clerement qu'ilh n y venroit pas, car ilh navoit nulle 
galëe por alleir là; et quant les governeurs de Gènes li presentont grant 
nombres de galéez bien arméez et porveyus awec une capitain , promettant 
del donneir certains ploges * et hostagiers que nuls mais ne ly avenroit, ou, 
se li ne li plaisoient leurs gens d'armes , ilh ly presteroient des gaiées asseis 
por faire armeir de ses gens meismes et del faire son lige volenteit de 
cheste com s'ilh fuissent -siien propre , li pape Grigoir refusât tout ches 
promesses expressément et overtement, n'en ne voloit riens accomplir de 
chu qu'ilh avoit dit par devant. — Et quant ses cardinals ly priiont et requé- 
raient amiablement qu'ilh fesisse chu qu'ilh avoit promis, ilh respondit 
par pluseurs fois que, s'ilh renunchoit al papaliteit, ilh soy dobtoit que 
plus grant mal n'avenroit. Encour plus avant ilh fist prechier et sermoneir, 
par frères myneurs et aultres moynes mendyans , devant maintes bonnes 
gens, que ja soiche par sa renunciation union venisse en sainte Engliese, 

* Savooe. ' Sans doute par erreur pour pièges. 

2 



Il papes troToient. 



iO CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

encor donc ilh dampneroit son arme en infier. Et teiles parolles et sem- 
blances, frivolies cavillations, queroit tant à Romme , tant à Viterbe, tant à 
Sene' et là-entour, et les detriioit sy longement que le jour le Sains-Mychiel 
à chu ordineit passât. — Encor quant les cardinals qui furent awec ly vo- 
loient alleir à Saône, y les commandât, sour grandes paines, qu'ilh démo- 
rassent en leurs mansons , et haioit tous cheaz qui del soventdit union ly 
fasoient mention ou parolles. 
Des cariiuiioDs quilles Puis aprcs, quaut par grant difficulteit Grigoire fut venus à Luk *, et Be- 

nedich à Portumveneris '. y commenchont à traitiier d'un certain moiien 
lieu , là y poissent ambdois venir. Et trovoient de cavillations et de fauseteis 
entre eaux, que les bons cristiens, qui là furent envoiiés et venus de long 
paiis, desperoient del tout que nulle union ny avenroit à cel fois^ car les 
deux papes avoient leurs secreis messagiers à eaux confedereis, qui ve« 
noient et alloient de Fun à l'autre, et portoient et raportoient lettres de 
l'un à l'autre, teilement que chu que li une offroit, H aultre ne le voloit 
nient faire , ne por priiers de cardinals ou prelais ou nobles gens ons ne 
les poioit enduyr al voie de union et d'acord. — Car Pire del Lune , partant 
qu'ilh avoit grant nombre de galéez bien porveyus de gens d'armes, ne se 
voloit >pas départir vers terre, mains ilh eslisoit todis une port de mère, et 
oussi vilhes qui estoient desous sa sangnorie et jurisdiction, en laqueil on 
douasse entre ses mains. L'autre pape Grigoir, quant ons li offroit pluseurs 
vilhes et lieux, là y poioit venir segurement, sens nuls obstacle de monde , 
toudis il queroit et trovoit, com les altres fois, tant de cavillations, bar- 
teries et de évasions, que cascon veioit bien que ne li une ne li aultre n avoit 
talent ne volenteit del faire union ne acord; car cascon d'eaux convoitoit 
et tendoit del tout al papaliteit et al domynation mondain. De quoy tous 
cristiens, cardinals, prinches et ambassateurs des sangneurs qui là estoient 
venus, furent tres-grandement scandalisiiés , considerans que ches deux 
enssi contenchans faisoient expressément al encontre de leurs serimens , 
et puisqu'ilh avoient jureit et promis par plusieurs fois et subscris de leurs 
mains, et maintenoient enssi tout cristiniteit grandement en mescreanche, 
erreur et dechinanche. Nientmoins pluseurs bonnes gens qui desiroient 

' Sienne. ' Porto-Venere, petite ville située à l'entrée du 

' Lucques. golfe de la Speziia, au sud de Gènes. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. i\ 

fortement union et paix el Engliese , et meismes les cardinals ne cessoient 
nuit ne jour del priier et exorteir ches deux papes , qu'ilh soy vosissent 
mettre al voie de paix. Mains tout chu riens n'y valloit, n en n'y poioient 
profiteir, tant furent-ils enduris dedens leurs malvaisteis et faux coraiges. 
— Et, que plus est, li pape Grigoire ne 9oy poioit rafrenneir del démon- 
streir ses conchiement ' et barterie qu'ilh avoit longement porte! t en cuer ; foi. s, ▼•. 
contre son seriment et toutes compromés , oussi contre la volenteit de ses 
cardinals, alloit tantoist faire et créeir IIII noveals cardinals, sens avoir 
nulle vergongne de monde. Et quant ses cardinals ly blamoient chu qu'ilh 
faisoit et chu que faite avoit, y fist I assemblée de gens d'armes, por prendre 
et mettre en prison les cardinals devantdis. Mains Dieu en ordinat aultrc- 
ment; car ilh ne furent mie pris à cest fois. 

Et quant les cardinals devantdis veirent le dure corase et contumace de d«* 9»ds maiiaebe de 
pape Grigoire, et que par nul manière ilh ne tendoit al union de sainte 
Engliese, et ne voloit pas escuteir al renunciation del papaliteit, solonc 
chu qu'ilh avoit jureit anchois qu'ilh fust eslus à pape, et avoit confermeit 
expressément ossi toist qu'ilh estoit fait pape; rewardant oussi qu'ilh ne 
poioient plus longement demoreir awec le soventdit Grigoire , sens grant 
coroche de Dieu ou désolation de sainte Engliese , et de tres-grant perilhs l«s cardinal* *'«Bg|r- 
de leurs armes et tous cristiens; veiant ossi que à celle manière ilh faisoient soireet senaiièfeDt 
encontre leur seriment, tantoist sens targier, trestous, excepteitunc tout 
seul, ilh soy départirent de Luk, et s'en allèrent tout droit vers la citeit de 
Puese% en teile intention que eaux^ awec les altres cardinals qui estoient 
del obediencheBenedich, powissent liegement et plainement continueiret 
executeir vraie union en cristiniteit, com ilh avoient ambdeux voweit et 
jureit, nonobstant la durteît et rébellion des ambdeux papes; car ilh 
veioient, s'ilh les voloient croire , jamais ons n'aroit fin ne conclusion del 
mateire al queile ilh tendoient. — Tout chu faite , quant Grigoire veit que 
les cardinals l'avoient enssi relenqui , et qu'ilh estoient alleis vers Piise por 
foire là concilhe gênerai contre luy et son adversair, y fut corochiet très- 
grandement, et envoiast tantoist grant nombre de gens d'armes, spécial- 

' Ccnehiemeni et conekieure, d*après Roque- aussi cûtiehieret, trompeur, 
fort, signifieot souiUore et tromperie. Le glossaire * Pise. 
français ajouté à Ducange par D. Carpentier donne 



\i CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

De cftrdinatda Liège, ment pop prendre le valhant proidhomme» maistre Johans Giele, cuy ons 

appelloit adonc le cardinal du Liège, portant qu'ilh estoit prevost de Sains- 
Lambert à Liège, là y fat après ensevelis devant I alteit qu'ilh y avoit fon- 
deit. Et commandât à ches gens qu'ilh aminassent chil homme tou vis vers 
luy, ou qu'ilh li coupassent tous ses membres en pieches. Mains Dieu par 
son bon plasier conduisit le devandit cardinal sens adversiteit queilconque 
à la citeit de Piise, deleis ses altres compangnons. Nientmoins Grigoir fist 
prendre tous les jowauz et les biens moibles que le cardinale de Liège avoit 
lassiet à Luk, et les usurpât tous com ilh fuissent siien propre. 

Cornent le pape furent Eu aprcs, ouant Ics cardiuals furent venus à Piise, com dit est, ilh fisent 

mandeit a concilhe * \ \ r\ • • • tti # • 

de Piise. tout leur poioir et diligenche vers le pape Grigoir, et envoiont par 111 fois 

à ly, premirement leurs lettres, secondement le cardinal de Bourges en 
Berry , tirchement deux notaibles evesques, en suppliant tondis qu'ilh soy 
vosist humilier et faire union en sainte Englise, solonc les seriment qu'ilh 
avoit fait; car altrement il dampneroit son arme laidement, et tout cristi- 
niteit en seroit scandalisiiel; et en cas qu'ilh voroit chu fair , ilh ly feroient 
reverenche, assistenche et obedienche, com à une vray pape seroient tenus 
del fair et exhibueir. Oussi ly requeroient qu'ilh venisse luy meisme à Piise, 
com ilh estoit tenus et obligiiés del faire; car ilh avoit meisme chuysit et 
iiommeit cel citeit com ydone et bien situéez por traitier de paix del En- 
gliese. Mains tout chu riens n'y valoit, n'en n'y poloient riens profiteir 
envers luy. — En après chula, quattres des cardinals qui estoient venus à 
Piise , awec IIII cardinals del obedienche Benedich qui adonc furent en une 
ville del dyoceise de Piise que ons appelloit Lyborn ' , del consentement et 
greit de devantdit Benedich, vinrent ensemble por traitier del paix del 
Engliese. Mains Benedich, portant qu'ilh n'avoit mieplain fianche en trois 
de ses cardinals, ilh envoiat là encor deux archevesques et II altres eves- 
ques, lesqueis furent à chu d'accors, que cheaz deux contenchans renon- 
cheroient ambdeux al papaliteit solonc leurs serimens sour chu fais, aul- 
trement ly concilhe de Piise procederoit encontre eaux solonc Dieu et la 
sainte Escripture. — Laqueile ordinanche plaisoit très-bien à Benedich, qui 
chu confermat, et envoiat lettres de credenche as 111 ' cardinals, faisans 

^ Livourne. plus haut il est parlé de quatre. Est-ce un lapswf 

' II y a bien trois dans le manuscrit; cependant Cela est possible. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 43 

mention qu'ilh soy departeroit de Gathelongne; mains ilh'voloit bien que 
lesdis cardinals fesissent leur devoir, et awec chu ilh relenquiroit là alcuns 
de ses familhés, por avant executeir la matère del union solonc chu que les 
cardinals avoient commenchiet , voir si avant qu'ilh puissent avoir salf- 
conduit des governeurs de Jeunes '; lesquelles les furent tantost ottroiiet. — foi. 4, r«. 
Nientmoins, quant Benedich devoit ralleir vers son paiis de Gathalongne, Le pape È«iiedieh rap- 
ilh rappellat de quant qu'ilh avoit dit et promis, et awec chu , por destruire Sa/ ^ "'*'" 
le concilhe de Piise, ilh mandat par tous paiis, que al jour del Toussains y 
voUoit celebreir son concilhe en son paiis, en une vilhe qui s'appelloit Per- -^ 
pinianum*. — Etoussi Grigoire, quant ilh savoit la volonteit de Benedich, 
il faisoit nonchiier et publiier par tous paiis , que al jour del Pentechoste 
que ilh voloit celebreir son concilhe gênerai en la province d'Acquilée ou 
Ravenne; par quoy ons poioit clerement veioir et considereir, que cestes 
deux fortes tiestes ne tendoient nullement al paix et union del Engliese , 
mains del tôt voloient casseir et destruire le concilhe de Piise.— Trop long 
seroit del racompteir les mais et les grandes inconvenienches que ches 
deux papes fasoient ; car Benedich , tantoist qu'ilh estoit venus à Gatha- 
longue, ilh allât faire et creeir IIII noveals cardinals en lieu de cheaux qui Le* ii pape» ereiont 
avoient relenqui , et estoient trais vers le concilhe de ruse , et urigoire nab. 
créât oussi IX noveals cardinals. Et durât chis devantdit parlement entres 
les II papes plus de V mois, assavoir del Sains-Mychiel jusques al fieste 
Sains-Marke , sens riens à faire. 

Ors vos diray en brief paroUe la substanche de chu que fut fait à con- 
cilhe de Piise, qui commenchat l'an XIIII<^ et IX. Premier, les cardinals des Le çoneuhe de piise 
deux obedienches , qui là furent venus, com dit est pardevant , awec aultres 
clers, prelais et ambassateurs de roy de Franche et aultres pluseurs, man- 
dont les cardinals absens que tantoist y venissent , sens targier , vers le 
concilhe gênerai por le profit del Engliese universeile, ou se non, ilh 
procederoient contre eaux com rubelles et contumaches. — Tout en teile 
manière, deyutement et soUempnement en sa propre person fut citeis et comentiesii papes fu- 
adjourneis li pape Benedich al le de Perpengnyz, là y tenoit son concilh d^piû^!**^^"" 
por ly; et enssi tout enssi li pape Grigoire adonc extant à Sene. Mains les 
ambassateurs là envoiiés ne poloient avoir accesse à ly dedens VIII jours , si 

* Gènes. ' Perpignan. 



U CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

qu'ilh plackoieht leurs citations et mandemens aux usseriies * del principal 
engliese dé Sene, aflSn qu'ilh ne soy powist excuseir d'ignoranche queil- 
conque. — Oussi furent faites pluseurs sollempniteis que ons appelle ses- 
sions là solonc les drois , lesqueiles vos trovereis en escriptes el monasteir 
Sains-Lorent deleis Liège. Et furent lesdis deux papes par pluseurs fois 
adjournei&et citeis aux usseriies del engliese, por savoir s'ilh avoit persones 
envoiiés de part eaux , por faire leurs excusanches ou alliganche queilecon- 
DemaistrePirePiaoui, que: Hiains nulluv Hc couiDarut là. — Adonc soy levât maistre Pire Plaoul. 

eresque de Sentis. ^^'^ * ... . ' 

qui estoit ambassateur del universiteit de Paris et moult grand docteur\) 
neis del citeit de Liège , et fut après evesque de Sainslis en Franche. Cheli 
disoit que tout li universiteit devantdit avoit determyneit et conclut enti* 
rement, que ches deux contenchans del papaliteit, assavoir Pire del Lune 

Goment lésait papes et Augclus Gorario, cstoicut scismatiqucs et vrays hérétiques, voir pren* 
et Mismatiques. daut cel tcrmc del hérésie estroitement , assavoir nient encontre les arty- 

clés del foid catholique : et de cel meismes opinion estoient les universiteis 
d'Orliens, d'Andoy *, de Tholouse le galharde. A laqueile conclusion au 

Des G et y docteurs en faire furcut uommcis G et V docteurs et grans sollempnes clers, tous doc- 
c et XXVI. teurs, excepteis VI ou Vill qui estoient bacheleirs licenchiiés en théologie. 

Encor disoit uns altre evesque que de cel meismes opinion estoit tout ly 
universiteit de Bonongne et de Florenche, dont le nombre des docteurs 
à chu consentans estoit cent et XXVL — Puis après, le V^ jour de junne, 
qui adonc fuit le nuit de Sacramcnt, tout le concilhe entirement, veant et 
considérant le obstination et rébellion de ches deux contenchans del papa- 
liteit, eut sour chu maintes meurs délibérations, sens nuls discors de 
monde, procédât expressément al déposition des deux papes, et fut la sen- 
tenche pronunchiet en teile fourme que chi s ensiiet : 

LeMotenehedeidepo- « Eu uom de Dieu ly saiut gênerai concilhe, représentant l'Engliese uni- 

versai, par le grasce de Saint-Espir chi asseihbleis, regardant tous les arty- 
des donneis et bien provés al cause del union de sainte Engliese encontre 
Pire del Lune, qui s appel t Benedich le XII 1% et Angélus Gorario, qui sap- 
pelt Grigoir leXlI«, eyut sour chest matière grant, meur et long délibéra- 
tion awec pluseurs docteurs en théologie, en drois et en aultres scienches, 

* Portes. Vis dans Roquefort. Le dialecte namu- * D'Angers? 
rois a conservé uche. 



4,v« 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. i5 

lesqueils sont tous d'on oppinion et acord : prononche , declaire et difiine 
ches devantdis Pire del Lune et Angélus Corario , enssi cont-enchans et mo- 
quans del papaliteit , estre notoirs scismatiques , facteurs et approveurs et foi. 
défenseurs de scismes et division , et ossy notoirs hérétiques , marissans ' et 
declinans del foy catholique , faux parjures et faisant encontre leurs promés 
et serimens, et skandalisans sainte Engliese tres-grandement, sens nul es- 
peranche qu'ilh soy doiient corregier et amendeir en bien ; et partant y ne 
sont pas dignes d'avoir honneur ou digniteit papaal. Et par ches présentes 
scriptures et sentenches sinael * el les juge, Pire et Angle soventdis, estre 
point ydones, et les prive et oiste del papaliteit, mandant et commandant 
aux deux devantdit papes que nuls d'eaux d'hor en avant se tengne por 
pape et vicair de Jhesu-Grist, par quoy li sains-siege de Homme vacke al 
temps présent et est sens vray pasteur. » 

Et encore plus avant : « Nos sentenchons que tous cristiens, de queit- Tous sangneun ten- 
conque digniteit, temporelle ou spirituel, souent roys, dus ou empereurs, dei obedi«nch« de» 
sont absouls de leur obeissanche, nonobstant queilconque seriment qu'ilh 
aiient fait à eaux ; commandant ossy que nul cristien les fâche d'hor en 
avant obedienche, ne les soit aidant, confortant et sortenant com vray pape , 
sour le paine de exçomunication et aultres paines à chu ordineis solonc les 
drois et sainte Escripture^ ou se non, ons procederat encontre eaux et leurs 
fauteurs et défenseurs , se besongne est , par bras seculeir, com raison l'en- 
sengne. » — Encors plus avant : « Nos cassons, annulions toutes priva- Les ordioanchet de»- 
tions , sentenches , excomunications et tous altres proches faits par ches séU!*^ 
deux. Pire et Angle, encontre cheaux qui ne les ont voUut obeiir ne fait 
assistenche, et par especial contre les cardinals qui les ont subs trait leur 
obedienche, et tous aultres bons cristiens. — Item nos sentenchons et pro- 
nunchons que cheaux qui sont fais cardinals par Angle Corario, depuis le 
lU^jour de may Tan XIIII^' et VIII, et par Pire del Lune, depuis le XV® jour 
de junne l'an devantdit, ne soient pas tenus com cardinals; et par ches pré- 
sentes cassons et annulions tous cheaux devantdis promotions et créations, 
queilconques qu'ilh soiient. » Et parelhes altres decreis et ordinanches fu- 
rent là fais, qui sieroient chi trop long à racompteir et escrier; mains se 

* Mamir, dans le glossaire français de Ducange, la peine, maltraiter. 
est la traduction de marrin, et signifie faire de ' Finael? 



16 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

vos les voleis veoir, vos les trovereis en latin el monasteir Sains-Lorent 

deleis Liège. — Apres cel déposition fait corn dit est, furent sonneit toutes 

por quov tout lescio- les clooues dei citeit de Piise. et de tout là-entour. et fut festiés cil jour de 

que» de Py«e fureat * • • • . . 

•onnées. tous laboreurs^ por la grant joie del union de sainte Engliese, et furent 

envoies messagiers pour nunchier ches novelles par tous paiis , sens astar- 
gement. 

L'an XIIII<^ et IX, le XXVI« jour de junne, qui adonc fut I merquedy, 
XXIII cardinals extans à Piise , assavoir les X del obedienche jadit Pire del 
Lune, et les altres XIII del obedienche Angle Gorrario, entront en une 
chambre secrée, por faire une noveal pape; lesqueils tous par une main et 
une accord, et sens nul contrarieteit, eslirent en une vray pape, vicair de 
Jhesu-Crist et successeur de sains Pire l'apostle, une bon proidhomme cuy 
ons nommoit pardevant Pire de Candye, adonc extant cardinal de Melan \ 

De pape Aiixandre. et Tappellout adouc Alixaudrc le V« de chi nom. Cbis pape fut del ordre 

Sains-Franchois , native de Greche, et docteur en théologie de Paris, moult 
grant clerc. Et puet-ons trover la date de cel élection dedens un rime qui 
dist enssy : In tempore Pétri de Candia letetur ecclesia. 

Apres chest élection, com dit est, en faisant grant fieste, ons en menoit 
grant joie par tous paiis, et 6st-ons nunchier à tous sangneurs et prinches 
de cristiniteit, en Franche, en Allemangne, en Engleterre et altrepart. — 

De ftermoD le pape Lc lundy aprcs, assavoir le premier jour de julet, li noveal pape Alixandre 

fist I mult beal sermon , et le commenchat enssi : Fiat unum ovile et unus 
pastor, lyqueile fut grandement prisiet. Et furent là et après fais mult de 
status, decreis et ordinanches, lesqueils seroient trop long à racompteir 
et à escrire; mains ilh sont el monasteir Sains-Lorent devantdit en latin, 
qui les welt avoir. Et par especial ilh fut ordineit, por plus grant paix à 
nourir, que tous les benefis que les deux devantdit papes Pire del Lune 
et Angle Corario avoient donneit, anchois qu'ilh fussent osteis del papali- 
teit, remanroient à cheaux qui avoient pasieble possession de ches bene- 
fiches et digniteis; oussi toutes aultres collations, dispensations , etc., furent 
adonc approveis et renoveleis par le sains gênerai concilhe de Piise. 

Ors, revenant à notre droit matière et al temps que maistre Johans de 
Oultre-^Mouse finat ses croniques , assavoir Fan M CGC LXXXXIX , et nos 

* Milan. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT 



17 



recommencherons l'an milh CCCG tout à point. Car en cest année, en mois i^*»» v- ^^^^^' 

dawost, fui Rupert de Bealwier, dus de Heldeberch, eslus roy d'Aile- Roperi Tempérer* fut 

mangne par les électeurs, auxqueils il avoit mult de nobles dons promis, 

qu'ilh ne donnât pas; et al Nativiteit Nostre-Sangneur après ilh chevalcha Foi.5,r«. 

devant Francfort. — Item Tan XIIII^^ et une lydis roy eslus rechut sa pre- xiiii<eii. 

mier coronne à Colongne , le jour del Epypbanie , nonobstant que ly roy 

Wincelair visquoit encore, et n'avoit encor resigneit sa coronne. — L'an 

milhe CCCC et une, del parroche Nostre-Dame à Sains-Tron, où ilh avoit 

XII capellains seculeirs , en fut fait une canonizie de XII canoynes, de con- 

giet et consentement monsangneur Johan de Bealwier, eslus de Liège, et 

de mesire Wilhemme d'Orginge ', abbeit de Sains-Tron , auxqueis apparte- 

noit de chu faire et concedeir *. — Item en cel année fut très grant mortali- 

teit. — Item l'an XIII1<^ et II, le XV^ jour de jenvier, accordât li universi- 

teît del citeit une novelle ordinanche des status etofiiches délie citeiC, et 

eslirent XII personnes por ches ordinanches à wardeir, et en fut fait une 

lettre ', mains elle fut brisié dedens l'année por les porcaches des maistres 

del citeit. — En cel ain , en mois de février, morut de sa maladie ly duc de 

Geldre, à cuy li paiis de Liège et de Brabant avoient oyut guerre, enssi 

corn chis*devant soy contient. — Item en cel ain, le XX V^' jour de fevrir 

jusques à XIX® jour de marche, fut veyut à Liège et altour de paiis une 

estoile que ons appelle une comète tous les jours. — Item , en l'an devantdit, 

en mois dejuUe, furent forjugiiés XXII II personnes de cheas de Sains-Tron, 

qui avoient esteit appelleis al anneal de palais *. — Item, l'an desseurdit, al 



XlIUcetlI. 



' Guill. d'Ordinghen. GuilL Ardinghenius , dit 
Fiieo, n, 158. 

' La phrase qui précède a été écrite après coup 
in bas de la page, mais de la même main que le 
reste du manuscriL 

* Le copiste avait d'abord ajouté ces mots: dont 
la tmun eii teile, anoonçaot ainsi rintention de 
reproduire le documeot, ce qu'il a fait, comme on 
verra, dans plusieurs occasions, puis il les barra, 
afin de ne pas s*exposer peut-être aux conséquen- 
ces que pouvait entraîner la reproduction d'une 
pièce proscrite par un parti politique. Nous n^a- 
▼ons trouvé ees SiaiuU de$ XII dans aucun des 
nombreux pavillards qu'il nous a été donné de con- 



sulter, et c'est ce qui rend surtout regrettable ia 
lacune de notre chroniqueur. Nous ne pouvons que 
renvoyer à l'analyse de Fisen, HUtor, eccUs. kod., 
part. II, pages i58 et i89. 

* Sur la juridiction de V Anneau dupalaù, et la 
question de savoir si elle différait de celle du tri- 
bunal de paix, voyez Villenfagne, Recherchai eur 
VhUtoire de la ci-devant principauté de Liège, vpl. I , 
p. 385, et le discours prononcé en 1848 par M. le 
procureur général Raikem, à l'audience de ren- 
trée de la cour d'appel de Liège , p. 38. L'un et 
l'autre admettent la différence des deux juridic- 
tions; mais, dit l'honorable procureur général, la 
eompOÊition de ces deux tribunaux était la même. 



18 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



MonsangBeur soj par- Ëxaltatîon saiote cpois CD Septembre , say partit monsaumeur de Ltese 

lit de Liège par co- * ^ tf r u ^o 

roche. del citeit, partant que oullre soa grett les ntaistres et ooDaelhe et IL univers 

siteit del cîteit le voloient, enssi com par forche, coostraindre àA fcurjngter 
cheaux qui avoient estait appelleis al anneal de palais de cheaux de Sains- 
Tron '. Et asseis tobt après ilh s'en allât à Hoy, et la ilh mandat iout son 
paîis, exeepteis eheaux de Liège, et tant fist qn'ilh attrahit à son acort 
cheaux de Huy^ de Sains-Tron et de Treit ', et soy fisent ploseurs tratiiés 
de paix en cel saison y sains nulle eonclusioD. 
L'an xmi«ei 111. L'an M CCGC et IIJ, une pan devant le Saids-iaqncnie, estant adonc 

'^^latX'd'oTây! ^^^ maislres del citeil messire Johans Surlet , chevalier, et Jaquemyn Badut, fut 
Tiiirv de perweis fui Subitement li sires de Perweis e&liiés à mambôr aour le citait,, et sour ehe 



inanbor. 



que moDsangneur de Liège s'estoit mis sour ly et sor le sangneur de Mon- 
jardin del tenir chu qu'ilh acorderoient des debas estant entre monsangneur 
et la eiteit. — Item, asseis toist après furent eslus maistres del citeit Balde- 
win del Roche et Loren Lambert le Mangon , et fut jettée une lettre sour 

coromeni les eanooes ladît manbomie, et fut pitftée en capitle de Liège, sens lyre devant la citeit, 
fermeis dans leur ca- et maudont tous les canoynes et les vorent faire saileir sicom par forche, 

lesqueils canoynes ne te vorent mie saieleir, dont por chu ilh furent en£er- 
meis en leur capiltes, et y demoront tout jour et tout la nuit ensiwant — 

Les bedrois liDrent les Et là avoit pluscurs gens dc Lic^e, coy o«is appeiloit hedrois, qui leurs 
grant dangier. disoient et fais(Ment ploseurs viUcHinies et injures , et point ne voloient souf- 
frir que ons leurs portaist à boire ne à mangier. El enssi fureutnlh là en 



Fisen (II, 153) et Bouille (I, 420} s'expriment de 
fiaçon à faire croire qulls les regardent comme ne 
formant qn*une seule et même jaridictioii» C*esl 
aussi To^iiion défendue par De Crassier (Btehn^^ 
cfies et diêsertatioTU sur PAù Ahiv de te prinâpmM 
de Liège, p. il). Voici naîntenant mn ai^goment à 
aUcguer ea kreur de ildentité des deaz tribumiuc. 
II est certain — et le texte de Jeam de SUvelot 
suffit pour attester le fait — , que Fan repvodiait 
surtout à Jean de Bavière d'abuser de la jori- 
dietion de V Anneau du paiow. Or, que renlemie 
àoesi^etlaPaûBdes JITFiée 1405, oiuvrc.de ce 
parti modéré qui aurait voulu épargner à Liège 
le désastre d'Othée? Dans ce daeunmil, dont 
1 ob;^ est de terminer la querelle qo^ont souÉcvée 



les prétentions du prince, il n'est question nulle 
part de VAtmêim du paUm, tandis qu^un article 
porte expressément : « Item que nuls borgois 
» allorain de Liège ne sort exens delte correxion 
» del Pmix de Liège ne defle jusUdie, là oè ifb 
n sieroit sourseans, se ilh n'ait estoH nés k Liège, 
» ou ilh soit manans en la citeit on banlieux de 
» Liege^ eu que sa residenehe ly aiet esteit quittée 
» par nos ledist evesque. » Féul-on dire, dès lors, 
que les contempovaîn^de Jean de Bavière feisiient 
une différence entre le» deux juridictions? 

* Pour eomprendre cette phrase, qui paraft être 
en eontradietion avec la-ptéeédente, il suffit de lire 
le récftde Fisen, If, 109. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STÀVELOT. 19 

gntnt doleur et mechief , car soyent furent manechiés que ons leur coupe- 
roit les tiestes^, s'ilh ne saieloient leur lettre. — Item^ lendemain, Fan de^ 
vantdit^ le Xllli* jour de julle^ fut la citeit criée ensemble en palais; et là 
vinrent pluseurs abbeis et aultres prêtais et canoynes des secondairs en-^ l» abbeis, preu». et 

■ ^ •' ■!•• canoynas furent »our 

glîeses de Liège az fenesb*es , et là dessent pluseurs bonnes gens del citeit : le pauis. 

(c Où sont les sangneurs de Sains- Lambert? Pourquoy ne les vat-^ons 

» quérir? » Adonc gran nombre de peuple commenchont à crier en disant : 

<i Allons , allons les quérir. » Si que adonc gran nombre de bonnes gens y 

ailont et les amynont aux fenestres de palais; et là ilh remonstront le gran 

mechief et damaige que sour ceste motion poioit naistre, et tellement que 

la citeit accordât qu'ilh fussent lièges , et qu'ilh s'en allassent par devers 

monsangneur à Treit, et se ilh poioient venir à une bonne paix, qu'ilh le 

fesissent. — Et sour Tacort de la citeit lesdis sangneurs de Sains-Lambert ^X^ntTîiglM!''***' 

priont gran nombre des abbeis, prêtas , canoynes , chevalieris, escuwiers et LespreUsetMigiieur. 

bons borgois del citeit, et chevalchont par devers monsangneur de Liège tmier de paix » 

à Treit, et là remonstront à monsangneur humblement le gran perilhe et 

damaige qui eistre poioit, se li guerre soy esmovoit, et la grant destruction 

del englise et de paiis; et ossi ilh remonstront la bonne volonteit des bonnes 

gens del citeit qui soy voloient mettre à raison. Por quoy finablement, 

entres pluseurs paroUes et traitiiés, monsangneur soy consentit à chu : voir 

que li mambor fuist premièrement osteis. enssi qu'ilh fut, et en croiroit Ly manbor rut o^ieis 

' ^ ^l eslus V XVI por 

VIII personnes qu'ilh esliroit de part ly, et la citeit esliroit VIII altres, trauier /ei paii. 
lesques XVI furent là-meismes eslus et denommeis. Et fut certaine journée 
dénommée que ches XVI traierent^ en la vilhe deTongre, enssi qu'ilh fisent, foi. a, v«. 
et là fiirent-ilh pluseurs journées ensemble , et traitiont là*endroit la paix 
qui est appellée le paix des XVI ^ qui fut parfait et accordée et saelée l'an 
MCGCC et III, le XXVIII® jour dWost, et adonc monsangneur revint à Monsangneur reTint à 
Liège. Et fut la paix desdis XVI en teîle manire qui s'ensiiet » : LiegeeifatfaUpai.. 

« A tous oheaux qui ches présentes lettres vieront et oront, Johans de Bea- Le paix des xvi qui 
wier, par le grasce de Dieu eslus de Liège, et conte de Lous *, et les maistres deXoS^t^. '^ ''*''' 

' Une main, qui ne me parait pas être celle du ce recueil précieux, mais auquel manquent mal- 
copiste, a intercalé un t. Je erois qa*il faut lire heureusement uae bonne classification et des textes 
irmtreta et non traUerenL soigneuseiaent remisés, je citerai toujours l'édition 

* Od peut eomparer ce texte avec oelui de Lou- publiée par Hoodin. 

rrex, J?cctret7 des Édité, etc., roU If, p. 16. Pour * Ce doit être la forme la plus ancienne de iLoox. 



20 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

jurcis , conselhe et tout li universiteit de la citeit de Liège salut en Dieu 
permanable et cognissanche de veriteit. Sachent tous presens et advenir^ 
que, corn debas et discors, rankeurs et discentions fussent esmeus entres 
nous al cause de pluseurs malvais et diverses usaiges et gouvernemens qui 
par pluseurs anneez ont esteit ens nostredit citeit, et qui ont esteit mal 
agréables à nos ledit eslut de Liège et conte de Louz et à la plus grande 
partie des personnes et habilans en nostredit citeit, et por lesqueiles debas 
et discors à apaisier, et lesdis malvais usaiges et gouvernemens à emendreir 
et mettre en boin apôintement, affin que toutes personnes, clers et lays, 
grans et petis, soient d'hors en avant traitiés et meneis selonc droit, loy et 
raison , ayens pris et eslus XVI vénérables , valhantes et honorables per- 
sonnes, chi-apres nommeis, assavoir, de part nos, ledit eslut de Liège et 
Les noms de XVI qui coutc dc Louz '. saugucur Johdus Giele, prevost de nostre grande engliese 
^.enicpaix.c on- j^ Licgc , Walticr dc Momale, archedyake de Henau en ladit engliese, 

maistre Johans Doxhem , prevost de Sains-Johans en Ysle et officiai de 
•nostre court de Liège, sangneur Olivier de Malle S chantre, Johans de Ha- 
court, prevost de nostre engliese de Tongre, sangneur Robert de Sains- 
Lorent , prevost de Sains-Bertremeir, tous canoynes de nostredit grande 
engliese de Liège, messire Johans le Glokier * et messire Jaque Chabot sir 
de Sommeriies, chevaliers et esquiers de notredit citeit. — Et de part nos, 
ladit citeit, assavoir; messir Wilhem de Horion, messir Giele Surlet, messir 
Johans de Serainge sire de Houten ' et Donce % messir Wilhem de Warouz 
sire de Varouz, chevaliers, Giele de Bierses, Jaquemyn de Teus, Lowy 
d'Ernauwe, Renkin Urbain, ci tans de Liège, por alleir et traire ensemble 
en la vilhe de Tongre, et là*endroit visenteir, traitiier, modereir, remédier 
et accordeir tous les poins et artydes , dont debas estoit entre nos. Porquoy 
les XVI deseur nommeis, desirans, par le grasce de Saint-Esperit, les debas 
et descentions qui estoient, et qui plus damageusement esmovoir poioient 
entre nos et nos aidans et aherdans, à esteindre, à apaisier et acordeir, 
ont de nostre greit, octroy et consentement traitiiet, modereit et accordeit 
les poins et artycles chi-apres contenus et par eaux donneis par escript 

' En marge on lit cette phrase écrite d'une main texte de Jean de Stavelot. 
plus moderne : Olivier de Malle, que tant presenle- ' Houten pour BouUUn. 
ment ceux de la maison de Chesteau. * Il faut probablement lire d'Once, ancien nom 

' Le texte de Lou\Tex porte ly Chokier, mais du village de Wan^e. 
celui de la plupart des manuscrits est conforme au 



ueisons n* 
ier devant 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 21 

en une volumme de papire , contenant de mot à mot en teile manière : 
» C'est li traitiet et accort que nos les XVI eslus et deputeis, assavoir Vlll 
de part monsangneur de Liège, et VIII de part la citeit*, avons traitiet et 
acordeit sour les poins et artycles , dont monsangneur soy deplaindoit des 
maistres de ladite citeit, et qu'ilh avoit oultre donneit par escript *. — Et ^"^^î?^"^^^ 
premièrement , al premier artycle ultredonneit par monsangneur, mention 
faisant que les plais ne soient plus pardevant lesdis maistres , et que ons 
ne plaite plus pardevant eaux, avons accordeit, por bien de paix et por 
nourir paix, et mettre et avoir boin régiment en ladit citeit et paiis, que 
d'hors en avant lesdis maistres cesseront et plus ne soufferont à plaidier 
devant eaux ne pardevant les jureis, conselhe et universiteit de ladit citeit 
de nuls cas touchans les hiretaiges, testamens, convenanches de mariages '^j^j'^''^^' 
et biens de sainte Ëngliese , et des exécutions et d'autres cas touchans aux i«« maistres 
drois étal loy espirituele et temporeile; anchois en renvoieront les partiies 
platier pardevant les juges ordinars, soit à drois ou al loy, qui de chu doient 
avoir congnissanche. — Mains d'aultres cas touchans les status, franchies et 
liberteis de ladit citeit, et oussi de debtes et d'aultres marchandise, nient 
touchans aux aultres cas devantescript, poront lesdis maistres souffrir à 
plaidier pardevant eaux leur borgois qui plaidier y voiront ; et que ches 
borgois qui y siéront arayniés et trais en cause, y soient tenus del respondre, 
sens eaux à faire renvoier pardevant al très juges, spirituel ne temporeil, se 
dont n'estoit clers notoires et gens benefisiiés de sainte Ëngliese, et veves 
dammes et femmes à marier, qui point ne sieroient femmes marchantes: 
lesquelles personnes, s'ilh requeroient à yestre renvoies pardevant leur 
juges ordinars, en tant que des cas fais de debtes et de convenanches, lesdis 
maistres, jureis et conselhe les deveront renvoier, sens mettre allenconlre 
alcunne empêchement; et semblamment que les borgois qui plaitier voiront foi. e, r« 
de debtes, de convens ou de marchandiese, puissent de chu. plaitier parde- 
vant l'official ou le maieur et les esquevins ou les maistres de Liège, lequeils 
qui mies leur plairat. 

» Item, semblamment est accordeit que tous jugemens et sentenches 
renduwes par les juges spirituel et temporeile , touchans les cas dont chi- 
devant est fait mension , et oussi par les maistres et conselhe de ladit citeit 
des cas dont ilh auront selonc ceste prensente ordinanche à congnostre , 

* La phrase qui précède, et qui importe beau- Louvrex j elle se trouve cepeudant dans les meil- 
coup pour rintelligenee de Tacte, a été omise par leurs manuscrits. 



23 CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 

(lèveront demoreir en leur forche et vertut^ et ne deveront lesdis maistres^ 
Les maistres ne doient jureîs et conseihe et lî universîteit de ladit oiteit d'hors en avant jetteir 

faire commans sor •* ^ ^ J 

officier» ne esque- qqIs commans sour les juges spirituel ou temporeil , ou aile loy de paiis ^ 

ne aux partiies leur advocas, procureurs ou manbors, des cas dont ilh ont 
ou auront plaitiet, jugiet et sentenchiet selonc le contenu t del ordinanche 
dédit premier artycle, affin que tous jugemens touchans az drois^ aile loy 
et aux franchieses demeurent en leur forche et vertul, sens alcunnement 
à retraitier. 

Des afforains borgois. » Item, ost somblammeut accordeis al point des afforains borgois^ por 

eskiweir tous perilhes et inconvenienches qui pluseurs fois en sont advenus 
et advenir puelent en ladit citeit et paiis, que d'hors en avant nuls affo- 
rains borgois fours del banlieu ne soit pris pair lesdis maistres ne par 
alcuns mestiers de ladit citeit, qu'ilh ne soit crieit et publiietal peron tout 
hault et publement, sens frau % que telle personne est devenus borgois aldit 
citeit et de teile mestiers; et se nuls le wet debatre, qu'ilh le puist faire 
dedens XL jours ensiwant, enssi qu'ilh at esteit useit anchienement; et 
que teis noveals borgois soit tenus de faire sa residenche, ou de chelî 
aprendre à monsangneur , enssi que les paix faitez continent. Et por chu 
, n'est point nostrc intention que teils afforains borgois ne soit tenus délie 
steir en droit pardevant le haulteure et justiche là ilh est ou sierat ma- 
nans et sourseans, en la manière et tout enssi com les aultres manans et 
sourseans dédit lieu , de tous cas dont ilh poront eistre là-endroit araniiés , 
ou dont ilh vouront araniier altruy, sens mal engin, et que d'hors en 

Des aibaîDs. avaut uuls uc soit fais albains s'ilh n'est borgois. — Item, al point dez bor- 

gois qui d'hors en avant soy laisseront faire albains por debtes ou por 
altre marchandise, ou qui à presens sont troveis albains por teile cas, est 

Comment ont doit r«- semblanmieut accordeit que d'hors en avant lesdis maistres ne poront ne 

devront par eaux ne par altruy faire prendre teils albains fours del fran- 
chise de ladit citeit; inains chis por cuy teile albain sierat fait albain, porat 
cheli albain resuire et luy aresnier pardevant queilconque haulteur et jus-» 

* Le MS porte /arv; maû c'est uoe înadvertaBoe la négligottce apportée dans U pubiioatian du Re^ 

du copiste^ et le mot frau pour fraude se lit en- cueil des ÉdiU, Nous ne relèverons pas toutes les 

core dans un des paragraphes suivants de- la Paix erreurs de cette espèce. Cela nous conduirait trop 

dt$ XVI. On peut ici, en compârunt notre texte loin, 
avec celui de Louvrex, trouver un échantillon de 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVËLOT. 23 

tiche là ilh sierat alteis demoreir, et faire aresteîr le sin et luon&treîr le 
co[^îe de papier desdis maistres délie demandise par laqueile ith siérait 
fait albaia. Et li jusliche a^ait tenuwe de cheli à commandeir, aor paioe 
d'eistre banis fours de cheli juatiche, qu'ilh paie ladite deble dedens 
VIII jours ensiwant, et s'ilh ne paioit* ladit somnie dedeus chisdit jour, que 
tantoist lidit jour passeit teis albains soit fours de ladit justiche banis, 
sens prolcHigement. Et s'ilh est après ledit banissement retroveis dedens 
ladit justiche ^ li sires et li maistre y devrait mettre le main, et luy tenir 
en prison , tant et si longement qu'ilh aurait satisfait aile partie. Et enssi 
ladit justiehe, s'ilh en est requiese, devrat tous les biens moibles de cely 
albains^ qui por luy seroient aresteis, faire vendre à phis grant profit, et 
l'aient delivreir al partie , voir si avant que sa deble et ses frais par li sor 
chu sortenus monteront, sens mal engin. Et se teile albains n'avoit tant 
de biens que por satisfaire à sa partie , et ilh alast après ledit banissement 
demoreir desoua une altre justiche , li partie por cuy ilh seroit albains se 
poîroit semblamment resiere pardevant cheli justiche et tout aultre, tant 
que satisfaction iy siérait fait. 

» Item, tant com guerre à entreprendre, qui est faia touchans Testât Des guerres à entre- 
de paiis, est acordeis que d'hors en avant ladit cit^l ne les altres bonnes ^'^ ^' 
vilhes ne doient entreprendre alcunne guerre à nuls sangneura terrien ne à 
altres marchisans, sens chu que monsangneur, son capitle^ les barons et 
tous les altres membres de paiis ne soient premièrement mandais et sorh 
meta, et que ehu qui par le plus grant siete* en sierat determyneit^ soit fait - 
et acomplit: chu reserveit que, s'ilh avenoit quealcuns sangneurs , marehi-» 
sans ou altres gens prendissent alcuna marchans ou altres sorseans de paiis , 
ou leurs biens, ou soy embatissent en paiis portant damaige, que ladit citait 
ou les altres bonnes vilhes, là teis excès avenroit, por chu à ecmtresteir et 
vengier puissent bar en teile cas, en reatwant les mais failteurs, enssi que foi. e, v«. 
ons ait fait anebienement, sens sommetr ne attendre li uns l'aultre; 

» Item, avons accordeit por le bien de tout le paiis, que , veyut et consi- Des biens de lEogUese. 
dereit en queile estât nos sommes en fait del Engliese , ne puist de chu la 
citeit determineir sens monsangneur, son engliese et les altres membres de 

* Le MS porte poMif nais e'ot une iMéfer- f efwffa de 1« ïMBêe latkrité. Voir à m mot te glos- 
unee. nàfe de Ducanse. 

' Siete ou iitutte est la traduction liégeoise du 



U CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Des fruis des absentis paiîs. — Item, tant que des beiïefisches et dez frus des absens et des pre- 

sens , est acordeis que les maistres de ladit citeit ne s'en doient plus entre- 
meleir ne des bresseurs. Et par especial des frus des absentis, nionsangneur 
ne ladit citeit n'en doient d'hors en avant riens avoir, leveir ne rechivoir, 
anchois les doit monsangnenr faire leveir et mettre en séquestre, por alleir 
où alleir devrat selqnc droit et raison. 

Del fermeteit «1 fait » Item , tant com al point délie fermeteit touchant à fait des bresseurs del 

des bresseurs. , . , * 

Citeit, est accordeit selonc la Paix des clers \ laquelle tous les canoynes 
del grant engliese^et de toutes les altres englieses de Liège, li maire et les 
esquevins , les maistres , jureis et governeurs de tous les mestiers de ladit 
citeit ont jureit et doiient jureir en leur novelle institution à faire tenir 
sens enbrisier, que, por bien de paix et aflîn que ladit paix ne soit acunne- 
ment violée en préjudice de «erimens deseurdis, les XII, assavoir VI de 
part jes englieses et VI de part les borgois , soient enssi eslus cascon ain 
por ladit fermeteit' à leveir et wardeir, et qu'ilh en fâchent teile seriment 
sens nulle retenuwe que ladit paix en fait mention , voir par sy que ches 
XII fâchent bien et deutement leurdit offisce, sens quérir en chu alcunne 
fraude et sens alcunne choise atraire en leur singuleir profit. — Et parmy 
la somme de cent libre de tournois, common paiement de Liège, que 
cascon d'eaux aurait por ses paines, travalhes et labeur qu'ilh aurait en 
exerchant et faisant ladit ofiische , sens prendre ne avoir auxdis bresseurs 
ne altre part alcuns vin, beveraiges ne aultres biensfais ou droitures queil- 
conques. Et les clers et variés desdis XII fermeteurs enssi esliiés auront 
leur chace' et salaire, enssi qu'ilh ont useit des temps passeit. Et que, parmy 
chu que dit est, lesdis fermeteurs ne pussent escondire de faire leur chace, 
quant cascons d'eaux venrat à leur tour de chu à faire, sens mettre es- 
condit ne empêchement, sor paine de perdre, tant fois quant fois il en 
seroit rebelles ou negligens, le somme de XL sols dédit common paiement, 
qui desconteis li seroit al somme des cent libres de son salart devant es- 

* Ce nom est celui que porte la convention con- âge l'expression fermeté équlyalait à celle de miie 

due, en 4287, entre Véyéqae Jean de Flandre et close, 
réchevinage de Liëge. " Louvrex écrit chache, et dans les paviilards 

' Impôt sur la bière établi par la Paix dee on lit cache, gaige et taxe. Sur le sens de ce mot, 

Clercs, et dont le produit était destiné à Tentretien voir le glossaire de Ducange, y« cachia, 
des portes et des remparts de la cité. An moyen 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVËLOT. 25 

cript. — Et portant que ly bons mestiers desdis bresseurs ne soit d'hors 
en avant trop presseis ne constrains contre raison^ accordeit est que ^ quant 
venrat à faire le chace et à paieleir ' chu qu'ilh auront bresseit^ que les 
clers et les variés desdis fermeteurs seulement entreront dedens la maison 
dédis bresseurs, por celle bresseie à paieleir. Et cheaux des fermeteurs 
qui seiront là preseiis demoiront al entrée deldit maison , por atendre chu 
que leursdis clers et variés leur raporteront. Et est nostre intention que 
ches bresseurs puis compteir et avoir VI tonnes de harens plaines por dois 
eymes de chu que bresseit auroit, sens plus avant à demandeir ^ et de plus 
plus, et de moins moins; et del quantiteit de chu cpi'ilh auront bresseit^ 
ilh soient tenus de fair seriment auxdis fermeteurs , et enssi leurs femmes 
et Variés qui de chu saront parleir. Et s'ilh estoient rebelles et defallans de 
chu à faire, qu'ilh aient adonc perdut tout chu qu'ilh auroient bresseit, 
oultre leur taxe, et que lesdis fermeteurs les allassent adonc paielier fran-- 
quement. — Encor est nostre intention que chesdis fermeteurs soient sour 
leur serimens tenus de rendre conte * par escript cascon samaine , et de 
raporteir tous les frais et ovraiges qu'ilh auront faite en capitle, et mettre 
en le main de vice-doyen^ et ensengnier pieche por pieche en queiles 
stouffes et mateirs, en queiles lièvres et à quantes personnes ilh auront 
payet et delivreit chu dont ilh renderont ledit compte. Et enssi qu'ilh 
soiient tenus del rendre compte de tout chu qu'ilh auront leveit et rechut, 
et à queiles personnes, affin que toute fraude et déception soient en chu 
osteez. Et que elle fin de leur année ilh soient tenus de rendre leur comptes 
gênerai en capitle de Liège, en la manière que ladit paix des clers fait 
mention. Et se lesdis fermeteurs ou alcuns d'eaz aloient ou procedoient al 
encontre de cest présent ordinanche, en ' prendant alcuns vins ou beverage 
ou binfais oultre leur salaire devant escript, et proveis fuist suffissamment, 
que teis sour cuy enssi proveis seroit, soit priveis et oisteis de sondil 
offische sens nulle rappeal. Et devront lesdis fermeteurs donneir coppie poi. t 
de leur comptes gênerai à capitle et aux maistres. Et oussi toutes amendes 
deveront parvenir en profit de ladit fermeteit. Et est ly entention que les 



* Jauger. copiste. 

* Dans le manuscrit, la première lettre de ce ' Le manuscrit porte par erreur: ou prendant 
mot est bien un t'y mais ce doit être une erreur du alcuns, etc. 

4 



26 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



bonnes vilhe>. 



I)i*5 IIII rrnlierR. 



Dei rfiurt spirituel. 



clers et variés soient tellement lachiés et obligiés, et qu'ilh fâchent teile 
seriment en capille^ com feront les fermetenrs deseursnommeis. 

» Item, à point des franchies à donheir est semblamment acordeit que 

d'hors en avant ladit citeit ne donrait à aultres bonnes vilbes alcuns fran- 

chieses ne liberteit, et semblamment monsangneur ne porat ne devrai 

(lonneir à altres bonnes vilhes alcuns franchies qui soient prejudicials aux 

Dei élection des mni:»- frauchics ct Ubcrtcis de ladit citeit. — Item, est acordeit à sourplus des 

1res. ^ ^ ^ ■ 

altres poins qui puelent tochier les paix faites et la Lettre de Sains-Jaque '. 
qu'ilh soient et demoirent en leur forche et vertut, salveit que des gens de 
linage, qui, par le temire de ladit lettre de Sains-Jaque, avoient enleclion 
de eslire une maistre et une nombre des jureis, et qui à chu ont renun- 
chiet, n'aient nulle élection, mains ladit citeit fâche d'hors en avant le 
élection des deux maistres et des IIII rentiers dei citeit, et des jureis et 
governeurs dez mestiers de ladit citeit, à jour dei fieste Sains-Jaque et nient 
devant, por esquier tous perilhs et inconvenienches qui empulent * advenir 
en temps future. — Item est acordeit sour le refourmation dei court spiri- 
tuel, por eskiweir les vexations et travalhe de common peuple, et por eaux 
wardier des damaiges, les points qui s'ensiwent: 

» Premier, que monsangneur de Liège, les sangneurs prevost et altres 
archydiakes soient contens de nombre des procureurs de leurs offiches, 
assavoir monsangneur de Liège de XV procureurs, et cascon desdis pre- 
vost et archedyake de unk procureur, enssi et en la fourme qu'ilh est 
contenut en la refourmation dei court de) oflicial de Liège, de prevost et 
archedyach , faite par bonne mémoire jadit révérende peire en Dieu , mon- 
sangneur Adulphe dei Marche, jadit evesque de Liège. — Item, que lesdis 
procureurs, anchois qu'ilh soient admis al ofllische dei procuration, juron t 
sollempnement sour Sains que leurdit offische ilh feront bien et loyalment, 
et que sens cause ou raison n'appelleront en justiche, ou travelheront nuls 
subgés dei citeit, paiis ou dyoceise de Liège, et awec chu jurront le seri- 
ment contenut en registre desdites cours, liqueis serimens devrat eistre fais 
Qvtcïs gens dotent eis- eu plaiuc court ct prcscnche de juge. — Item, que aile office dei procura- 
tion des offices devantdites ons ne admetterat fours que honiestes, discreis 
et feables personnes, et se nuls en y ait que ne soient teiles personnes, 



De» procureurs dei 
pourt l'office. 



Le seriment des procu 
reurs. 



* Traité conclu en 1345 entre les Liégeois et 
lévéquc Adolphe de la Marck. 



' Ainsi dans le manuscrit en un seul mot, pour 
en pulerU, c'est-à-dire en peuvent. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. tJ 

que tantoist sens delay ilh soient oisteis de ladit office, sens jamais à ravoir. 

» Item, que s'ilh est plus de procureurs de ladit office que le nombre de* oe nombre de prom- 
seurdit, que cheli soit osteis sens nulle delay, et que nuls procureurs d'of- 
fische puist avoir une procureur desos ly. — Item , por obvier aux malisce 
desdis procureurs, et affin que les excès, enssi que faynie aleit al encontre Le* procureurs ne pue 
d aicuns d eaux, ne soient point conceleis ne les bonnes gens travelniez sens »«»> ^^^^^^ <<« («-«^ 
le seate de leur juges ordinars , anchois que lesdis procureurs oisent citeir 
queilconque personne sor excès, que lidis excès soit mis et registres en re- 
gistre desdis jujgres. — Item, que nus procureurs d'offisce ne soit si hardis ^'* procureur iioit r^ir 

,,.*'*. , , "^ ., 11... mention del exres 

d envoier citation sour excès a nuls personnes queilconque, se ladit citation porquoy ii cite. 

ne fait expresse mention des excès que teis gens poroient avoir fait, affin 

que les parliies enssi citeis puissent avoir conselhe et délibération del res- 

pondre, sens eaux parjureir et procedeir avant en eaux deffendant. Et se 

enssi ne le font avant qu'iih soient citeit, que les procureurs soient tenus 

d'eaux rendre leur despens. — ltem,supposeitque lesdis procureurs citent comenteitaiionsdoie»t 

■^^ . •• .. *•*•* expediies. 

par les maniers deseur escript, si est encor acordeit que les parties citeez, 
sens prolongement, fraude ou dilation, soient al jour del citation expediiés 
et delivreis; et se oultre ledit jour, par le coulpe dédit procureur qui ses 
artycles point apparelhiés ', les convéngne targier ou demoreir, que chu soit 
az despens dédit procureur, et que des despens à paier soit destrens sens 
nuls remeide. — Item, que aux plus brief et sens longe dilation les chous * 
desdis procureurs d'offices soient determineis, et se lydis procureurs d'of- 
fisces ne provoient clerement leur intention , que sens nulle remeide ilh d«* procureurs çiui ne 

, • , , * - peulent proveir leur 

soient condempneis contre les parties de eaux rendre leur despens. intention. 

» Item , com aicuns procureurs deldit court soient griefement diffameis Moment ons «t trayei- 
d avoir soldiers, manecheurs et bourleurs , qui les parties al encontre d'eaux 
citeez, quant ilh vinent à leur jour, travelhent tant en corps com en 
desordineez extorlion d'argent, est acordeit que, seuwe le veriteit desdites 
chouses par leur juges compétent, sens nulle delay que les coupaibles 
soient teilement corregiésqui tourne à tout personne à exemple, et oultre 
chu qu'iih soient de leurdit offisce priveis perpétuellement. 

n Item, que des salaires desdis procureurs d'offices, ou de queilconques Foi. t, v*. 

' Le verbe auxiliaire aurait a ici été omis. graphe ne se trouve ni dans Louvrex ni dans la 

* CkoHi pour chowei on causes T Tout ce para- plupart des pavillards que nous avons consultés. 



28 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

n« saïuir de» procu- altrcs procurcurs soient contens , et ne soient si hardis de plus prendre por 

reurs notaires et pro> * ... • t t' t» •! 

fureurs. leur Salaire que le taxhe qui modereis et taxeis est en ladit reformation de 

bonne mémoire le jadit monsangneur Adolphe del Marche, assavoir por 
cascon liewe 1 birmain \ et les altres labures selonc les quantiteis des causes^ 
al ordinanche et arbitaige de leur juge compétent, selonc ladit modération. 
— Item, que sollempnement ' soit observeit, tant aux sentenchiers com aux 
artyculeurs, notaires, auditeurs et appariteurs. — Item, affin que les bonnes 

Cornent ons doit ex»- geos qui plaidicr voiront en alcuns desdites cours soient par leurs procu- 
f^nrs. reurs raisonnablement tratiés, et qu'ilh soient plus obligiés de loialement 

servir les parties por lesqueiles ilh seront procureurs, si est accordeis que 
nuls ne soit d'hors en avant rechus à procureurs en nuls desdites cours, 
s'ilh n'est suffisamment examyneit qu'ilh soit ydones, et jureit sollempne- 
ment que bin et loialment et à plus toist qu'ilh poroit ilh laburroit en son 
office, affin que les parties, desqueiles ilh siéront procureurs, puissent avoir 
bonne et brief expédition , et ne querront en nulle manière ocquison de 
prolongier por frau ou malengin les causes de leur parties : laqueile choise 
se chu faisoient, ilh deveroient rendre aux parties les frais de teiles pro- 
longement, sens remeide, et fair avant à decreit de juges. 

Cornent les procureurs )) Itcm , com illi soit cxpcdieut por l'utilitcit des habitans del citeit et 

doient fâir citations ...i it« & j «* •«.•aa'a'e^ 

H demandes. paiis ct dyoccsc dc Licgc , et acordans a raison , equiteit et jushcne , que 

les causes, par especial qui point ne montent à gran somme, soient my- 
nées, desdutes, déclarées et determynées à plus brief que ons puet bon- 
nement, et que les parties ne soient nient travelhiés par longes dilation et 
excessives despèns, anchois les soit fait brief et hastive expédition de 
jusiiche, et ^ acordeit que des causes tochant^s à queilconque personne qui 
plailier voront en la court del officiai, desous et jusques al somme de XXX 
libres, common paiement de Liège, ons devrait procedeir et procederat 
par une court et simple demande, sens multiplication de scriptiires, ex- 
ceptions, positions, interrogations ou artycles, mains à plus brief que ons 
poirat avoir, oyut l'intention de demandeur et le responsion de cheli qui 
serat trais en cause; et s'ilh est necessiteit de tesmons à oyr, de briefement 
sens longe escripture examyneir, et oultre chu les parties faire bonne, 

* Pièce de monnaie liégeoise dont la valeur m'est ' Par erreur pour semblamment. 
inconnue. Voir le glossaire de Ducânge, v* frtr- ' Sans doute par erreur pour tut. 
mandus: 



CHROINIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 29 

brief et loial expédition. Et se par le notaire ou procureur deldit court en 
estoit fait le contraire, ou d'eaux deux, chis ou cheaux qui contre chu dit 
accorde aroient escript, se notaire estoit ou procureurs, se chu estoit de 
son office, y devroit rendre alledit partie qui enssi sieroit detriiës et ble- 
chié par longe porcache et inutile escripture ou procuration, ses frais, et 
oultre chu estre corregiés al arbitraige de juge, teilement que uns altres y 
prendist exemple. 

» Item, portant que les bonnes gens, manans en ladit citeit, paiis ou dyo- coment omioit ftopm- 
cese de Liège, marchans, denreez vendans ou aultres, quant ilh croient le 
leur, n ont mie tous jours deleis eaux notaires * ou tesmons por vérifier leur 
debtes, si est accordeis que teis marchans, denreez vendans ou aultres, de 
bonne fayme, aians papires, tables ou tailhes est* presens en escript ou 
troveit sens suspicion , se ilh trait en cause alcunne personne demandante 
la somme de XXX libres ou desous , se ladit somme li est noiié et proveir 
li falhe , qu'ilh puist sadit demandiese vérifier par I tesmon , awec le pro- 
duction de son papier, table ou talhe, lequeile ilh devrait jureir bonne 
anchois quilh obtengne victoire en la cause, et chu fait, il devrai avoir 
sentenche por ly, et semblamment soit fait al expédition des voies solonc le 
quantiteit de fait. — Item, est semblamment accordeit que, quant alcunne De rapperier hireu- 
personne aurat, por faulte de cens ou de rentes hiretauble, fait demyneit ' 
et forjugier alcunne hiretaige ou contrewaige , et s'ilh soit en chely resai- 
sis , que li prosmes de cheli sour cuy ladit sasyne aurat esteit renduwe, ou 
aultre qui rapperier ^ voirat ledit hiretaige par loy, soit tenus de rendre, 
awec les cens, relief, rente et amende, tous les frais que chis enssi resaisis 
aurat payet al justiche et à leur clers et variés, en faisant ses demynemens, 
fourjugé et saisyne , et les commans à chu appartenans sens fraude. — 
Item, est semblamment accordeis que des trecens des terres à wagnier. Des treseens term lo- 
et enssi des lowiers dez maisons ons peut panneir, et les emblaweurs por 
vies et por noveal aresteir, et de chu ne puet ons venir à loy, ne à escondit foi. %, r*. 
nol^ se che n'est por monstreir paiement par quittanche ou rechesse ^ suf- 

' Ce mot est omis. Nous le trouvons dans des * Le glossaire de Ducange, y^ reapropiare, en 

parillards de ]a même époque que le MS. dQ J. de citant ce même passage, écrit raprepier et donne au 

SlaTelol. mot le sens de rem Hbipropriam facere. 

■ Ce mot est doit être de trop. * Reçu? Les anciens pavlllards portent rece», 

* Par erreur sans doute pour demyneir. 



30 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

fissant , ou par bons tesmons dignes de foid , sens suspicion , desquelles 
monstranches à faire H debteure narat que une quinzenne tant seuiement ; 
laqueile quinsaine pendant ilh porat, s'ilh plaist à li. en UII jours de eheli 
quinsaine fair ses provanches sens avoir altre délation , et en cas où ii 
maers * de liew seroit defalans de faire larest ou le pannise, ilh soit tenus 
de paiier le debte et rendre les despens par sa defaulte sortenus, sens maile 
engien. 

D'aproreir eonvenan^ » Iteof), portaut quc pluscurs incouvenienches sont advenues et puelent 

advenir en temps future al cause des approvanches des covenanches de 
mariage, qui n'ont nulle terme dedens lequeile teiles approvanches soie 
doient fair, accordeit est, por tous périls et incouvenienches à eskiweir, 
que d'hors en avant totes convenanches de mariages soient approveis de- 
dens le tierme de V àins après le sollempnization de mariage, voir ajourneit 
à chu les parties en la manière que la Loy novelle ' fait mention. — Item, est 
accordeit que, quant dois parties auront plaitié l'un encontre l'autre, par- 

La partie qui arai lort dcvaut qucilc justiche ouc chu soit, que cel partie qui sierat trovée en son 

a plaidier paieratlei ,* * * '^, ■ ^ 

^'^'*' tort soit tenuwe de rendre al altre partie les frais rasonablement par le plais 

sortenus à ladit justiche , à leurs clers et variés et à son parliers , en parsi- 
want sondit plait et faisant — Item , est accordeit que , quant alcunne per- 
sonne serat, pardevant le maieur et les esquevins de Liège, ou pardevant 
altre haulteur et justiche, là ilh serat sorseans, foradjourneis parllladjours, 
dont li premier sierat fait à sa propre personne, et li aultre à sa maison, 
por alcunne debte, convenanche ou marchandiese , que cheli justiche puist 
ladit personne sourseante desous luy enssi fouradjourneis et covenanche ' 
fair commandeir à sa personne por une des boteilhons ou fostier de lieu, 
sour estre banis four de cheli justiche, enssi bien com lesdis maistres del 
citeit font faire par leur variés leurs commans de teis cas à leurs borgois, 
qu'ilh paient ladit debte en acomplissant les couvent ou marchandiese d.ont 
foursadjourneis seront, awec les frais iraisonaibles que la partie deman- 
dant aurai payet à ladit justiche et à leurs clers et variés , en li adjournant 
et fouradjournant pardevant eaux dedens Vlli jours après ledit commant 
fait. Et s'ilh estoit àdit commant desobeisans, qu'ilh fuist de dont en avant, 

* Maert pour maieur. ' Le texte de Louvrex, eonforme à cehii de la 

* La Loi tww>elle est un document du droit lie- plupart des manuscrits, porte : convencus, 
geois promulgué par Englebertde la Marck en 1 555. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 31 

al requeste del partie, qui devrai îureir devantrainement sa demandise coment ods doit un» 

I - .- ■■!••• 1 «1 !• • fourâdiournei» com- 

bonne, bannis tours de ladit justiche ^ tant et si longement que h partie mtndeir le debi«. 
demandante seirat de sadit demandiese et de ses frais deseurdîs plaînement 
satisfait. — Et se teis enssi bannis soy rebattoit en ladit justiche, et iih 
fuist pris, que ladit jusliche le tenist semblamment com les maislres del 
citeit tinent les albains, tant et si longement que satisfaction li fuist faite 
en manière devant déclarée. Et est li entention de nos. se teile personne, 
quant îlh serait fouradjourneis et eskuwé de jusliche, avoit alcuns biens 
moibles al defour de sa maison, en queilconque jusliche que chu fuist, que 
ladit partie demandante poirat, s'ilh li plaist, chesdis biens faire areslier 
par loy, et ycheaux faire demyneir par trois quinsaines, et al IIII^ quin* 
saine faire fourjugier et vendre par jusliche, salveit biestes frestantes * qui 
sieroient tanloist fourmangniés, lesqueiles deveronl eislre demyneez par III 
jours continueis, et al quair jour fourjugiés et vendus * par jusliche, enssi 
com de teis cas ons al useil par loy anchienement. — Et est li entention que 
quiconque seirat banni ' por les cas deseurdis , soit qu'ilh soit pris ou nom 
après sonbanissement, ilh sierat quitte envers le maieur de lieu, quant ilh 
aurai asseis fait al partie par une amende de septs soûls de bonne monoie, 
teiles que ons prenderat à lieu où chu avenrat, tant seulement paianl, avec 
les frais par li fais en sourjournant en ladit prison. 
n Adjosteil est et reserveil en chest ordinanche , que , se li partie deman- 0""«Dt ont peut i for. 

,• , •• • •djounieis cominâB- 

danle ne voloil del cause de sadit demande point procedeir sor banisse- <i«ii- «or son hon> 

* * neur. 

ment, enssi com chi*devant est declareit, ains fusl confortée del ralendre 
tant et si longement que la partie convenkue ou fouradjournée fusl trovée 
en jusliche ou en royal chemyn fours clossin ^ et commandée par le maieur 
et tes esquevins sour son honneur, enssi qu'ilh al esteil useil anchiene- 
ment, ch'esl nostre entention que li partie demandant puist de chu prendre 
entière l'une de ches II clauses qui mies ly plairai. 

M Item, est accordeis que les botellons, serjans et variés des justiches aront, foi. 8, ▼•. 
porcascon desdis adjours qu'ilh feront en leur lieu, une beghine ', etde ^dd'Mtichr ^*'*" 
commant X sols por leurs peines et salaire, sens plus avant demandeir. — 

* Bétes qai ont fait dégât oa fraiUn,\ oir le glo»- ^ CloêHn sans doute pour cloi, enelos. 

sairedeDocangBt y ftaUmm» ^ Bucore une pièce de monnaie liégeoise dont 

' Le MS. par erreur porte vmdrt» la valeur m'est inconnue. 
' Mot omis par Jean de Stavelot. 



32 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Del paix lie SMins^Tron. Item, tant com à fait de Sains-Tron S est accordeit que li paix qui fuit fait 

à Sains-Tron , enssi qu'ilh fut rapportée dierainnement en palais à Liège 
pardevant monsangneur et sadit citeit, soit tenue ^ et se puis ladit paix faite 
alcunne chouse estoit attempteit contre ladit paix^ que chu soit rappelleit, 
c'est à entendre de VII hommes qui depuis ladit paix fait ont esteit forju- 
giés, qu'ilh doient goïre et revenir à leur, enssi que ladit paix fart mention. 

i)e«fiiieiv — Item, est accordeit, aflïn que bon paix soit et demeurte à tous jours 

ferme et estable entre monsangneur et sadit citeit et leurs aidans et aier- 
dans, que toutes personnes, tant d'onne partie com d'autre, aians fiez et 
qui les avoient sus reporteit, révengnent cascon à sondit fief, et qu'ilh en 
joiessent pasieblemeiit, sens empêchement, chu adjosteit que cheauz qui 
tinent chesdis fief soient tenus del releveir et faire novelle fealteit , en tant 
que de main et de bouche, sens aultre droiture à paiier. — Item, com en 

Desenqiiesie$desxv(. chcs dcbas ct disccntious pcudaus ilh ait oyut en ladit citeit pluseurs et 

diverses procas, promesses et manechemens, tendans à très grant hontes, 
blammes et divisions pervelheux * et destructions des habitans et sorseians- 
deldit citeit et paiis, et por lesquelles la veriteit n'at point esteit oyuwe, 
mains si en at li biens de pais esteit eslongiés, por singuleirs profit et pro-^ 
motion en chu quiese et convoitise ', accordeit est, par le greit et volenteit 
de monsangneur et tout l'unyversiteit de sadit citeit, que sens delay par 
les XVI deseurnommeis enqueste soit fait, et bonne infourmation priese 
sor les prochas , promesses et manechemens devantdis, lesqueiies enquestes 
et informations ilh doient tantoist raporteir en escript pardevant monsan- 
gneur en sadit citeit, aflin que les coulpaibles soient deutement corregiés 
et punis, tellement que tous aultres y prendent exemple. — Tous lesquels 
poins, ordinanches et artycles devant declareis, nous, lidis eslus de Liège 
et conte de Louz, por nos et por nos successeurs, et nos, les maistres, 
jureis, conselhe, governeurs et tout li universiteit de ladit citeit, por nos 
enssi et por nos successeurs, promettons et avons en convent, bonnement 
et loialment, li uns de nos envers lautre, à tenir, faire et acomplir, et 
d'ycelles useir d'hors en avant à tous jours, sens alcunnement à aleir ne 

* Sur ce fait de Saint-Trond, voir Zantyiiet, porte : pmlhtux* 
AmpHêâima coUectio, vol. V, pp, 535 et 549. ' Un payillard à peu près de la même date que 

' Le texte de Louvrex, conforme à celiri des le manuscrit de Jean de Starelot, porte: en cf 

manuscrits que nous avons eus sous les yeux, quùses et eanwntieg. 



CHRONIQUE DE JEAN DE 8TAVEL0T. 



53 



veoir ou procedeir al encontre. Et que chesdit ordinanches, nos, lydis esliis 
de Liège, ferons jureir nostre officiai de Liège, le maiear et les esquevins 
de Liège et tous nos offichiers qui ors sont et qui après venront, en leur 
noveile institution. Et nos sembiamment, nos ladit universiteit, maistres 
jureis et govemeur, le ferons jureir cascon ain, qui ors sont en ladit citeit et 
qui après seront, en ' leur noveile institution, à jour del Sâins-Jaques% etc. » 



* Le nwnuserjl porte et. 

' Jean de Sta^elet n^ayani pas copié la fin du 
docmnent, noos la donnons ici d'après un des plus 
anciens manuscrits des archives de la province, 
edui coté G, 5154 , case 43. 

« Et qne cesdites ordinances, nous ledit esleu 

• de Liège el conte de Looz furons jureir nostre 
» olBcialz de Liège, ly mayeur et les esquevins 

• de Liège, et tous nos officions qui ors sont et 

• qui après venront, en leurs noveile institution. 

• Et semblament nous ladite universiteit le ferons 
» jureir cascun an les maistres, jureis et gover- 
•* neurs de ladite citeit qui ors sont et qui après 
« seront, en leur noveile institution à jour delle 

• fieste S. Jake et S. Christoph, en jurant solemp- 

• nement sor sains que d'ors en avant cascun de 
» son office userat de ce que à li affiert soloncque 
» les ordinances devantdites, et que jamais contre 

• ees présentes ordinances ne venront ne procur- 

• ront k venir, par eauz ne par aultruy, en sacreit 
» ne en appiert, en alcuns temps avenir. Et por* 

• tant que nous volons que toutes les chouses de- 
B vant declareez soyent à perpetuiteit tenuecE et 
" wardeez sans embrisier, si avons, nous lidit 

• etlea de Liège et conte de Looz, pour nous et 

• nous successeurs, nostre grant seal, et nous aussi 

• li maistres, jureis, conseilhe, governeurs, et 

• toute ly univeraeit de ladite citeit le grant seaul 

• de ladite citeit fait appendre à ces présentes 

• lettres, en signe et coroboraUon de veriteit. Et 

• avons nous lidit esleu de Liège pryet et requis 

> à nostre vénérable capitle de Liège, et à nous 

• bonnes vilhes de Huy, de Dsmant, de Tongre, 

> Saintron, Treit, Fosse, Tuwin, Cowin, Looz, 

• Haselt , Cyke et Bliese, qu'elle , por elles et pour 



» 

n 
n 
i> 

a 
a 



n 

» 
n 

» 

» 
n 
n 

n 
1» 
n 

M 

9 
• 

» 
A 

n 
n 

« 
» 

9 

n 



toute le comoin pays generalment de nostredite 
evesqueit de Liège et conteit de Looz, vuelhent 
cesty fais (faire) saieleir, et deleis ycelles de- 
moreir alencontre de cely qui ladite pais vol> 
roit effirauder ou embrisier, fuissimes nous ledit 
esleu ou nostredite citeit, voirs celi defallant 
suffisament requis et sonmicit. Et nous, li ca- 
pitle de ladite grande engliese de Liège, et nous 
aussi les bonnes vilhes devant nommeez, al 
pryer et request de nostre tres-chire et ameit 
saingneur deseurdit, avons a cestes présentes 
pais solonques le fourme devant escripte fait 
appendre, assavoir nous lidit capitle le grant 
seal de nostre engliese, et nous lesdites bonnes 
vilhes deseumommeez le seals desditez bonnes 
vilhes, en tesmongnage de veriteit. Et nous li 
officiai de Liège pour le cause de nostre office, 
et li maires et li esquevins de Liège, qui, par le 
vigeur delle pais et accord devantdis, summes 
tenus etTolons useir des ordinances deseurdites, 
en tant qu'il en puet et doit à cascuns de nous 
appartenir, avons semblament, nous ledit offi- 
ciai le seal delle officialiteit de Liège, nous 
Henry Cocn, meare de Liège pour le temps, 
pour le cause de ladite marrye, et nous Andrier 
dis Chabot et Thiry Clouz, maistres pour le 
temps de nous coesquevins de Liège, pour nous 
et pour eauz à leur requeste, les nostre sealz fait 
à ces lettres appendre en signe de veriteit. Et 
nous aussi li XVI deseumomeis , qui avons ces- 
dites ordinances fait en bonne foid pour le bin 
oommon et profit de pays, et par le greit, ottroie 
et consentement desdites II parties, avons sem- 
blament, si comme appascnteurs et accordeurs 
desdites ordinances, fait appendre à ces présentes 

8 



34 



CHRONIQUE DE JEAN DE 8TAVEL0T. 



Des enquestet fait sour 
ie« liedrois. 



L'an XIlll^ III. 



Et fut 8aieleit de monsangneur, de capitle, del citeit et tout les bonnes vîlhes 
de paiis, del officiai de Liège, des esquevins de Liège, et des XVI deseur^ 
nommeis, l'an M GCGG et 111, le XXVllI^ jour de mois d'awoust. 

Dedens la devantdit paix avoit 1 clause, que les XVI deseurnommeis dé- 
voient faire enqueste sour cheaz qui avoient destoumeit le bien de paix ad- 
venir, et qui avoient procureit à decachier monsangneur de Liège et faite 
pluseurs divers excès ; et par le vigueur de la devantdit clause lesdis XVI 
fisent enqueste, et furent pardevant eaz produs grant nombre de tesmons. 
— Item, cel ain XIIll^' et 111, le VII® jour d'octembre, apportont les XVI 
leur enqueste pardevant monsangneur de Liège et devant tout le peuple del 
citeit por chu assembleis en palais, et là fut ladite enqueste liiete toute hault 
et publement, sens nommeir les noms des tesmons. Et quant elle fut liiete, 
li universiteit del citeit, sens alleir les maistres à conseille, les mestiers 
Lo« nom des hedroû commencHout à CHcr à monsaffneur cuy il voloit avoir. Et ilh en nommât 

qui lurent oanis. v^nii g tf ■ «* i 

XVllI , en queis estoient cheaz qui s'ensiwent : Baldewin del Roche , 
maistre del citeit , Jaquemyn Badus , maistre , Lorent Lambert , maistre de 
Liège, Giles Lembert se fis, maistre Lambert Grigoire, docteur en droit 
et en loy, Golar Machar, Giles Machair son frère, Helyas de Flemale et 
Machier son frère, Ernus le Jovene, Golair le Jovene son frère, Johans 
Donneur, Johans del Berwines et Lorent son frère, Renchon Hardis, 
Les hédrois eseapeot. Emus Soicu , Golar Blaucmoync et ... * lesquelles soy absentont. — Ef 

là oit grant hahay, en cachant après eaux; mains ons leurs fist voie, si qu'ilh 
escaparent. Et portant que ons murmuroit que cheaux auroient grant 
partie, monsangneur requist aux bonnes gens del citeit qu'ilh soy armassent 
et venissent deleis li sour le marchiet de Liège , lesqueis le fisent tantoist. 



Fol.9,r». 

L'eslut vint sor \e mar- 
chiet. 



" lettres nos propres seali en signes de veriteit. 

>* Et volons, consentons et à ee nos obligons, nous 

» lidit esleu, li câpitle, li maistres, jur^, con- 

>« seilhe, gorerneurs, et toute li universiteit de 

» ladite citeit et des aultres bonnes vilhes deseur- 

X escriptes, que, s'ilh advenoit par aventnre quil 

^ falist à ces présentes alcuns on plusieurs sealz 

^ d'alcunnes ou plusieurs dec membrei devant- 

» dits, ou que li alcuns de nous ou plusieurs fust 

» ou fuissent rebellez d'ycelles à saieleir, que ce 

* nonobstant ces présentes lettres soyent et de- 



» meurent d'autreteile forche, valeur et vertut 
n que dont trestous li sealz de treslous eeauz qui 
» summes deseumommeez y fuissent appendus. 
» Cbe fut fait et donneit Tan del nativité Nostre- 
» Sangneur Jhesus Crist, M mi* et trois, XXVII! 
* jour en mois dawoust. • 

* Il y a dans le manuscrit un blanc que je ne 
sais comment remplir. Jean de Stavelot ne donne 
que dix-sept noms, et FouUon, citant Tarrèt de 
bannissement, en donne vingt. HUtoria Uodiemit, 
vol. II, p. 460, à la note. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVËLOT. 35 

« 

Et lendemain iiirent les deseurdis absentis , appelleis hedrois^ bannis fours 
de palis de Liège à tousjours mais sens rapeal. — Item, lan deseurdit, 
le XXVllI^' jour de mois d'octembre , fut , par monsangneur Jehans de Beal- 
wier, esluide Li^e, et le citeit, accordeit le modération del Loy novelle ', 
et enssi uns noveal régiment sour les ofBches et status del citeit , dont le 
tenure s'ensiiet : 

u A tous cheaz qui ches présentes lettres vieront et oront, Johans de u loy noyoïb et des 
fiealwier, par le grascc de Dieu eslus de Li^e et conte de Louz, U viee- 
doien et capitle del grant engliese de Liège, et les maislres , jureis , conseals 
et tout ly universiteit del citeit de Liège, salut en Nostr&*Sangneur et con-* 
nissaoche de veriteit. Sachent tous presens et advenir que, corn jadit, de 
temps et presidenche de révèrent peire en Dieu, de piu mémoire monsan- 
gneur £ngelbert , par la grasce de Dieu evesque de Liège , fuissent tant par 
li et par son conselhe com par nos, les maistres, conseille et toute ly uni- 
▼ersiteit de ladit citeit de Liège, faites certains modérations, additions, 
restrainctions et corrections à pluseurs poins tochans la loy de nostre paiis , 
al cause de chu qu'ilh y avoit alcuns qui estoient trop larges et alcuns trop 
estrois et discordans à raison, et pluseurs dont ilh estoit senestrement useit 
et en aient nos esquevins de Liège useit jusques à présent. — Nos li eslus 
et vicenloien, capitle, les maistres , jureis , conseals et toute ladit universi- 
teit , desirans toutes chouses en maie usée et en mal déclarée touchant ladit 
loy remettre en estât deyut, por Tavancissement de bien common et le 
profit et utiliteit de nous et de nos successeurs, avons, de common accorde , 
faite par manière de status les ordinanches chi-apres declareez, à dureir 
sens embrisier le spasse de cent ains , commenclians al jour del date de 
œst lettre continuelment ensiwans ; parmy lesqueis status, entant que des 
poins chi-apres declareis, devront cesseir et cessenmt d'hors en avant chilh 
qui en la Loy novelle et es artyeles sont declareis, portant que nos avons 
tout la bonne substancbe des poins deseurdis incorporeis en ches présentes, 
et le sourplus eorregiet et modereit, solonc chu qu'ilh ai sembleit eistre 
profitaible à nos et à cheaux qui ont esteit deputeis de part nos ; et les 
allres poins contenus en ladit Loy novelle et es artyeles, dont en ebes lettres 
ne serat point fait mention , doient demoreir en leur forches et vertut , sal- 

' Le reeaeil de Loisvrex (II, 174) ne contient qu'im extrait 4u document fui Miit. 



36 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



Des testament. 



veit et reserveit les clauzes , poins et artycles contenus en lettres del paix 
faite dierainement entre nos, appellée le Paix des XVI, lesquelles doient 
demoreir en leurs forches et vertut. 

>i Premier, se alcunne personne, soit homme ou femme, at fait ou fâche 
son testament, en sa plaine santeit ou en maladie, mains qu'ilh soit en bon 
sens et en bonne mémoire , que chis testament valhe et soit de vertut des 
biens dont li testateurs sierat puissans del faire testamens , en cas où teis 
testament poroit eistre deutement proveis par bons tesmons, ydones et 
digne de fbid, non contrestant che que teis testateurs arat après chu aleit 
sour le royal chemyn , s'ensi n'estoit qu'ilh awist cheli testament rappelleit, 
et proveit fuist suflissamment ; laquelle approvanche soy devrat faire de- 
dens V ains après chu qu'ilh constierat del mort de testateur , sauf tant que, 
s'ilh y avoit alcuns deseagiés attendans pierde ou wangne en cely testa- 
ment , que ly. tierme des V ains ne les posist loiier , anchois awissent espause 
del reclameir leur droit dedens trois ains après chu qu'iih aurat l'eage de 
XV ains acomplis. — Et semblamment volons que, s'ilh y at alcon altre 
qui soit fours de paiis ou desaizis de son corps quant li testateur trespas- 
serat, qu'ilh aiiet teile avantaige des trois ains après sa revenue ou après 
chu qu'ilh sierat lièges de son corps, com li deseagiés deseurnommeis: 
chu tant seulement adjosteit que tous testamens chi-devant fais , dont ly X 
ain de trépas de testateur ne sont encors expireis , puissent eistre approveîs 
dedens trois ains après le date de ches lettres; mains que che soit pendant 
le terme de X ains deseurdis, portant que pluseurs personnes sont depor- 
teis de teis testamens fair approveir sor le fianche de terme des X ains 
deseurescrips qui à chu estoient institueis pair le loy adonc uzée. — Item , 
que foymens * ne puissent vendre hiretages partenans al exécution de cheli 
qui foymens les aurat constitueis , sens faire sour chu proclamation de con- 
gier del justiche de lieu ou de soverain chief , par ill dymengnes, de quin- 
saines à aultres, en la faiche del engliese là teis hiretaiges siéront scitueis, 
Foi.9, V». afin que li profis de ladit exécution y soit wardeit. — Item, que après les 

Les nioibies de mors dcchcs dcs dcviccz tous Ics bicus moibles demorans de sa succession soient 

dotent paner debtes ^ ^ li»- ,.- j. 

et les exeques. «t sierontdevautramement tenus de faire ses exeques et de pauer ses debtes 



Des foymens. 



^ Exécuteurs testamentaires. Voir le glossaire idiotismi Uodiemù, publié k la fin de Tœuvre du 
de Dueange, v« fideicommisiutn, et le NomeneUUw jurisconsulte Méan, v« fewmain^ 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 37 

justement approveez , s'ilh n'estoit donc enssi que H deviers * en awist en 

aultre manière par testament rasonablement ordineit. Et en cas où les biens 

moibles ne soffiroient por ses exeques faire et ses debtes plainement paiiek* , 

fait de chu premièrement bon inventaire en fourme de droit, on devroit 

ayoir recours de sorplus aux liges hiretaiges de cheli trespasseit qu'ilh au- 

roit et tenroit ligement al jour de son trespas , et desqueis ilh sieroit adonc 

puissans de faire sa volenteit , excepteit de doiare de sa femme , en cas où De douire dei femme. 

teis déviées sieroit mariés et femme auroit doiée; liqueis doiàrs, tant que 

por la vicarie del femme ne puet estre scardeis *, vendus ne amenris , por 

cheli cas ne por altre , sens le greis del femme el del plus grant partie de ses 

manbours. 

» Item , s'ilh est alcuns bons araisniés ou qui ait besongne de justiche et comeot om doit wow 
ilh ne trueve qui sa paroUe li die, li justiche li devrat livreir parlier az fais ^ '''^' 
de cheli qui le demanderat, parmy salaire raisonable, paiiant al taxation 
de ladit justiéhe, et s'ilh n'y avoit parlier, que ly uns des esquevins fust 
tenus del dire, ou ladit justice ly rendist une journée avant, por ly proveir 
de parlier sens fraude. — Item, que nuls avant-parliers ne puist avoir ne chèque intriie» doit 

t !• ■• ii#ii !•• A •« «yoir don loy de 

demandeir por leveir une loy de forche que dois vies gros tournois, et por foreh«. 

aidier passeir I loy de forche que XII gros tant seulement, XII sols por 

le gros, paiement comptant, et por cheli salaire nel puist escondire ly par- 

liers qui requis en seirat. — Item, que nuls avant -parliers ne puist por 

son salaire, de queilconque conselhe qui prenderat por altruy, deman- De eoyii pariier doit 

deir ne avoir que I gros et demy^ teis que deviseit sont tant seulement, et ' ^^' 

s'ilh escondissoient à dire paroUes à cheaz qui les en requieroient, que la 

justiche où chu avenroit ne les lassassent dire paroUes devant eaux dedens 

demy-ain après ensiwant. — Item , que tous avant-parliers qui à présent 

malcortoisement et indiscrètement abusent de leur salaire , soient tenus de 

si^vir de leur mestiers tous cheaux qui les requeront, maiement en lieu 

où teis parliers seront sorseans, et parmy salaire compétent et raisonable, 

al decreit de juge là ly plais penderait. Et en cas où ons les voroit myneir 

al defour de lieu là ilh seroient sorseans , ons ne les poroit constraindre , 

s'ilh ne voloient aleir de leur greit. Et semblamment , se alcuns parliers 

estoit manbours ou demoreis de conselhe del partie adverse, ilh le poroit 

' Sic pour devùez ou dêviéi , défunt. * Probablement pour éehardéi, ébréchéif entamét, 

» 



58 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVBLOT. 

escondire en cas oà ilh aanMt parliers en justiche; mains s'ilh n'y a voit 
nuls altres , adonc que requis en siérait ^ ilh ne le poroit bonnement escon- 
dire , affin que cheax qui l'en requereroient ne fuisaent point negligiiés ou 
endamagiés par sa defaulte. 

i)H salaire des ju»tiehes » Item , que dcs jugcmons qui sont et siéront rendus par les esquevins de 
temporel . Licgo, ne d'aultres oevres ou approvanclies qui soy feront parderant eaux ^ 

ilh lesdis esquevins ne puissent escondire à donneir sour chu leurs lettres, 
se requis en sont, parmy XII vies gros tournois, teis que la nouvelle loy 
soie contient, assavoir les XII gros exstimets à une florin de Florënche, 
paiant à eaux tant seulement; et se li cas requiert que ly maieur y aiel à 
saieieir, qu'ilh ne les puist semblamment escondire parmy VI semblans 
gros , on moBoie à cbe pris revenant. Et les altres esquevins des frankes 
yilhes soient contens de VII gros, ensemble XII sols por le gros, et H maieur 
de II semblans gros. Et toutes aultres cours , haulte et basses , parmy V 
semblans vies gros tant soilement, ens compteit le parchon'de maieur, et 
plus avant ne puissent demandeir por queilconques lettres qu'ilh aient à 
saieieir d'hors en avant. Et quant teils approvanches soie feront , que les 
parties y soient dteez ou adjoumeez auxqueils ilh en apartenrait, et les 
tenans ou tesmons suffissament examyneis, et soit liiete publement chu de 
quoy ilh devront tesmongnier pardevant la justice et les parties. Et se les 
parties welent cheli jugement faire registreir en papires desdis esquevins , 
oos ne leur pMrat semblamment escondire, parmy VI semblans vies gros 
tournois a eaux , et l'escripture de leur secrétaire selonc le quantiteit de 
son labeure. 

Detiansaige». » Itcm, Gom ous aiict useit anchienement de faire lansages por enpronte 

d'ai^nt ou por vendaiges de cens et de rentes hiretaibles, dont pluseurs 
mab, périls, inconvenienches et deshiretanehes sont avenues de temps 

Fol. 10, r*. passeit, et avinent et moiiteplient de jour en jour, et pluseurs personups, 

maiement pluseurs jovenes gens, anchois qu'ilh aient discrétion ^ en sont 
priveis et osteis de leur avoirs et de leurs honneurs , al cause des faux lan- 
saiges qu'ilh font por avoir plus apparclhiment argent de jour en jour, ^ 
enssi tous cheaz dont les biens hiretaibles teilement knsagiés muevent ^ en 
sont priveis et enlongiiés de leurs reliiés , vestures et droitures, et ne sevent 
qui sont leur masuwiers; car sovent fois avient que, quant les tresfonsiers 
ont leur masuwiers demynei» et forjugiés , et ilh en sont rensabis et qui- 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 39 

dent avoir leurs contrewages , qu'ilh n'ont que une malhe ou 1 denier tant 
seulement que leurs masuwiers ' y at retenus en faisant son lansaige , et 
semblaminent ly proismes, qui rapperier le voroit, ne wangneroit fours que 
ladit mailhe ou denier de lansaige, partant que H lansaigeur ' resiweroit 
toute la masure por son lansaige à salveir. *— Accordeit est et statuait, por 
soreorir à t«ile inconvenieuche , que des teis lansaiges ne soit plus d'hors 
en avant useit s'ilh ne sont fais por leur juste pris, pair manière de accense 
hiretaihle , sens fraude et sens déception , ains soy fâchent toutes oevres des 
biens hiretaibles pardevant les cours et sangneurs dont ilh muevent et 
desquendent, ou pardevant leur chief. — Encors est avant ordineit que, se 
leils oevres soy font pardevant leur chief, que chis qui les prenderoit soit 
tenus de compareir dedens XL jours, anchois l'année après lesdites oevres 
faites expireez , pardevant toutes les cours dont les biens de son acqueste 
moveront et desquenderont^ et là*meismes releveir lesdis biens, affin que 
li sangneur et leur cours ayent congnissanche de leurs masuwiers, et 
qu'ilh ne soient nient oisteis de leur reliiés et droitures, et ossi que ly 
proismes qui rapperier les voiroit ne fuist point déchut de sa proismeteit 
Che tant seulement excepteit que tous lansaiges fais anchois le daute de 
ches lettres demoirent de valeur et vertut, mains qu'ilh soient ou puissent 
eistre approveis suffisamment dedens l'an après les oevres faites. 

» Item, que tous biens moibles qui auront esteit embleis, et li larchiens Des biens noibietem 
suffissament aproveis, soient quittement et liggement rendus à cheaz qui 
les reclameront et proveir poront que che soient leurs, non obstant queil- 
conque achat qui fais en soit, ne queilconque monoie qui pristeit ou paiié 
en soit par cheli qui en sierat saisis , s'ensi dont n'avient que teis biens 
ayent esteit achateis et vendus sour fore ou marchiet pubie. — Item , que 
toutes femmes mariées demorantes deleis leurs maris, qui monrat puble DefcmmMimrebaiitef. 
marchandize de vendre , achateir et regeteir denreez , soient elles et leurs 
maris en la correction del laie justiche de tous cas de marchandizes. Et se 
teile femme marchande soit veve ou à marier, qu'elles ne soient point 

' Il y a matures dans le texte, ce qui n'a pas * Il y a Umsaige dans le texte. Nous le corri- 

de aena. Les manuscrits consultés par nous por- geons en suivant les autres manuscrits qui con* 

tent tous tnoiuwien. Quant au sens de ce mot, tiennent le document. Aoyua^e signifie aUénation, 

▼otr, dans Méan , le Nomenclator idioiismi teodUn- Voir, dans Méan , le Nomênelator idiotismi teodien" 

$iâ, y moMëwy. $is. 



40 CHRONIQUE DE lEAN DE STAVELOT. 

aSrankiés por cheli point, ains obéissent aile laye justiche en leur mar- 
chandize, fesant tant seulement enssi bien com uns bons mariés feroit. 
Dec rap«ai de eourtou » Item , quaut alcunue court serat rapellée d'alcon malvaise usaige qu'elle 

de mal usaiffe. « «^ «• « «iii •• ^ «ii* 

aurat useit anchienement encontre le loy de pans , les esquevms de Liège 
com chief siéront tenus d'eaux à oisteir, dédis usaige et remettre al loy de 
paiis, et siéront les rapellans quittes des frais. — Item, quant alcunne per* 

De rapeiieir à chief. souue aurait uuc court rapelleit à son chef por faulte de loy , et li rapeais 

serat troveis rasonable, li partie apellante sierat quitte des frais, et arat 
awec che les frais et dépens qu'ilh aurat mis en lettres et saiaus de sondit 
rapeal, awec le salaire rasonable que paiet aurat à varlet, secrétaire des 
esquevins de Liège deseurdis, qui ladit court aurait adjourneit, en cas où 
tant aroit atendul ladit court que mandée fuist par le varlet deseurdit. Et 
est nostre entention que les cours rapelleie , qui soloient avoir V letres de 
rapeal, ne soient mandeez que par III lettres tant seulement, une del ofiScial 
et II par le chief. Et que ly variés des esquevins, qui serverat le commain 

Del MguHeit de chief dicraiu , soit contens de IX vies gros tournois por sa journée. — Item , s'il 

de I poevre bons. . , i *• #» • i • • i • j i • 

avenoit que aicuns platians luist si poevre, ou si mal warnis de pleiges et 
d'amis, qu'ilh ne posist assegureir de faire chief et partie del clain dont ilh 
plailiroit, et ilh poroflFrist d'entreir et entrait en la prison de sangnour 
sens partir, jusques à tant qu'ilh auroit paiiet les frais del court en cas où 
condempneis sieroit de sa querelle, li mairs de ladit court ne poroit cheli 
tantost refuseir, ains devroit sour che les frais de ladit court sourtenir, 
jusques al fin de querelle. Et en cas où li poevres bons scroit des frais con- 
dempnés, et paiier ne posist, li maire le poroit tenir s'ilh voloit à paine ' et 

Fol. 10, V. à aighe , sens travelhier altrement de ses membres , jusques à tant qu'ilh 

auroit desdis frais solutions. — Item , que tous chilles qui feront de jour 

Deforche.robeoud'ar- OU dc uuit fais où il aiict forchc , violcuche , robe ou arsin notoire, syeront 

de leurs fais meismes et tantoist en la chartre de sangneur de lieu là teis 
excès arat esteit perpetreis, voir si avant que sa justiche devrat, et en la 
chache gênerai de nos, l'esleu deseurnommeit ; et chis à cuy li excès sierat 
fais poirat partout resiwir ledit faituele, et avoir le cry de paiis por ly dé- 
tenir et livreir al sangneur; liqueis faituele devroit eistre condempneis, 
solonc le quantiteit de fourfait, de teile amende qu'ilh awist fourfait s'ilh 

* Paine pour pain. 



siens. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 44 

faist pris aile fresse culpe. Et ne li porat li soverain sires rendre le jus- 
tiche de lieu où li fais arait esteit perpetreis ^ sens le greis de sangneur de 
cheli justiche, ne deligier ^ jusques à tant qu'ilh aurat asseis fait aile partiie 
blechié; salveit en chu tontes les franchies et liberteis de nos, ladit citeit, 
et de toutes les allres frankes vilhes de nosdis paiis , en tant qu'elles pue- 
lent tochier à nos boi^ois. 

» Item, est statueit et ordineit, por tous perilhs à esquiweir, que nuls QoeoDsnedoitmyoier 
personnes, de queilconque estât qu'elle soit, qui à plaitier aurat devant j?stieiMllwM?r *^ 
nos les esquevins de Liège, pardevant aultre court, ou pardevant les mais- 
très del citeit, des causes à eaux apartenantes , ne puist ameneir awec luy 
que V personnes et I parlier tant seulement, se che ne sont tesmons qui 
por sa cause deveront tesmongnier; et qui le contraire en ferait, attainte 
sierat , envers la justiche là les plais penderait , d'on amende de VII soûls 
bonne por sa personne, et orlant por chascuns de cheaz qu'ilh amenrat 
awec iy oultre le nombre de Y personnes et de parliers premier nommeis. 
Et quiquoncques des parties , parliers , ou des personnes qui siéront de 
leur conselhe , esmoverat paroUes haynieux, vilains et malcorteux, ou soy d« chiai qui forfont 
ferat tenir sor l'autre dont debas puist susciteir, ilh siérait attains d'on ÔûenîiTs.^' *" 
voie de Rochemadut' envers cheli qui laidegiés siérait, laqueile ons li com- 
manderat tantoist incontinent à movoir dedens UI mois après ensiwant, 
mains que plainte en soit là-meisme fait. Et semblamment, quiquonkes 
dirat vilonie à maires ou aux esquevins de Liège séant en justiche ou en Deseheasquidienivi* 
jugement, al cause de leurs oiBches, ou à leur secrétaires , il paierat à cheli qù^^^nUwM- 
soilement qui viloniés et landegiés sierat, II voies de Rochemadut, à movoir ^ 
dedens III mois à aultre, en la manière devant ordinée. Et se chu estoit à 
uns esquevins ou à maieur de basse court, ilh paieroit à cheli esquevins ou 
maieur qui viloniés seroit, une voie à Rochemadut. 

» Item, nuls ne doit eistre admis à provanches de tesmons de cause tochant Des propriteii d'hire- 
propriefeit d'hiretaiges, ou contre lettres saielez de court, ou encontre re- *'** 
cort déclarée de court, ne possession nulle ne vault encontre lettres^ ou cleir 
court, se li possession n'est de XL ains on plus; mains en cas ou nuls des 

* C*esl Mn» doute le même mot que le dHugier de Gahora, était un pèlerinage trèft-fréquenté au 

dté dans le glossaire de Ducange, ▼• dejuân moyen Age. D'après Emst, HUlwre du Limbourg, 

^^f^' voh I, p. 307, une voie k Roquemadour était éva- 

' Ifotre-Danie de Roquemadour, dans le diocèse luée à dix florins d'or. ^ 

6 



42 



GHROINIQUË DE JEAN DE STAVELOT. 



De cUir d'altniy. 



parties n'aroil court ne lettres, proveir poroient tout chu que boins leur 
sembleroit, cbascon des parties par IIll quinsaines, énssi com la loy requtrt. 
•— IteiQ , ordinons et statuons que nuls esquevins lie aultres juges ou ofii» 
chiens queilconque ne puist acquière, par luy ne par altruy, dain d'altruy 
gisant en debàt à temps de son acquest, ne hiretaiges pertinans à deseagiës, 
dont li vendaiges soit fais par Tensengnement de cheli esquevins, juges ou 
oflîschien qui acquière le voroit, aflSn que toutes suspections cessent en- 
contre eaux; et siih le font, nos déclarons qu'ilh perdent ladite acqneste 
et toute chu que paiiet en auront. — Item , semblamment est nostre inten- 

beeiaio acquis. tîon et volons quc uuls pcrsounc queilconques ne puist acquière ciain d'al- 
truy, de queileconque cause que che soit, dont ons aiietà plaidier pardevant 
nuls juges, spirituels ou temporeile, sor poine de pierdre le querelle enti- 
rement, et d'iestre atains de une voie de Sains-Jake en Compostelle, à 
movoir dedens 111 mois lantoist après ensuiwant, envers cheli qui emplai- 
diés sieroit dédit clain acquis, voir se plainte en avoit faite et sadit plainte 
verifiié sens fraude. Et se teis emplaitiés por clain acquis voloit avoir le 
seriment de chely qui lairoit trait en cause par le manière devantdit, que 

De horier et varies de chis uc puist cheli serimcut escondire. — Item, statueit est et ordineit que 

des variés de maicur et des maislres, se nuls y avoit qui fust huriers ou 
tenist femme commonenient wangnant argent à son corps, soit fait et useit 
solonc la tenure de Noveal jet ', et priveis de son offisches^ — Item, est accor- 



^ Ce NovetUjetesX an sUtul municipal promul* 
gué, le 24 février 1594, par Jean de Bavière, de 
concert avec Tadministration de la cité. On le 
trouvera à sa date dans V Appendice joint à cette 
publication. Des nombreux pavillards que nous 
avons consultés, un seul contient cette pièce inté- 
ressante; c'est le MS. 483 de la bibliothèque de 
l'université de Liège. Il provient de feu M. Tavocat 
de Doncel, Tun des meilleurs patriotes de 1789, 
et le jurisconsulte le plus versé de tous ceux de son 
époque dans»la connaissance des institutions poli- 
tiques de son pays. Ce mtfnuscrit fait partie des 
précieux volumes dont sa fille, M"* Ëiéon. Jos. de 
Doncel, a fait don à sa ville natale. Sous le gou- 
vernement de Jean de Hcinsberg, en 1492« il y 
eut encore un Noveal jety appelé auisi du nom 



assez bizarre de Régiment des bâtons; c*est ainsi 
qu'on traduisait autrefois à Liège le mot lalin régi' 
men. Sur le sens de l'expression jW, on peut con- 
sulter la chronique du moine Adrien dans VAmpUs- 
sima collectio, vol. VII, page 1370, et le glossaire 
de Ducange, v<* jaetus. 

' Jean de Stavelot a singulièrement tronqué le 
document qu'il copie ici. Toutes les dispositions 
qui suivent, jusqu'à la p. 56, n'appartiennent 
pas à la Modération de la loi nowjette de Jean de 
Bavière, en 1403, mais à un autre acte portant le 
même titre et promulgué par Arnould de Hornes, 
en 1386. J'ai collationné cette partie du texte de 
Jean de Stavelot avec celui que me fournit un pa- 
villard des archives de la province de Liège, coté C, 
StfS, case 13. Comme oeini où j'ai puisé la fin de la 



GHBONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 43 

deit et statoeil que les esquevins de Liège ^ et des altres frankes vilbes 
usantes del loy de Liège , devront le lierme de demy-ain faire residenche 
en la justiehe là oiirilh siéront esquevins, affin que tout manière de gens 
aî^it plus apparelheit delivranche, se ilh ne sont por cause de necessiteit poi. u, r«. 
ou por loiai songne ^escuseis , ou par nos lidit evesque * dispenseis '. 

» Item, que lesdis esquevins, queils qu'ilh soient, ne puissent les partiies LwMnaeTiotnedoient 
qui auront à plaidier ou à besongnier pardévant eaz detriier ne radjourneir, 
fours que par trois quinsaines tant seulement; et se iih fasoient altrement 
sens le greit des parties , ilh soient tenus del rendre et paiier les frais et 
despens des parties de tout leurs journeez qu'ilh les auront travelheit et 
vexeit oullre le tierme deseurescript. — Item, que nuls esquevins n'ait 
pairt ne parchon dedens les amendes qu'ilh arait jugiet, excepteit le desdit fisquevii» n ont niem 

i... I i>* • !•• • •! piH M amendes. 

OU lait dit tant seulement, et h sires soit tenus de paner aux esquevins telles 
droitures qui leur devrait al cause de leur ofiisches. — Item , que tout 
plainte criminals qui fait siéront les esquevins soient mises et donnés par dm plainte crimynai. 
escript, et que li faitule' en aiet la copie aux frais de plaindeur, et journée 
de loy por dire et ly conselhier à respondre al seriment al plainte *' son in- 
tention. — Item, s'ilh avîent que alcuns fâche altruy vogier ^ de forche, ilh De faire ^ogier. 
devrait tantoist après le premier cry, anchois qu'ilh fnist plus avant sor li 
procedeit, laisier ou ftir savoir à lieu où iih sierat sorseans, ou à plus près 
de lieu dedens nostre dyoceise, là où ons porait alleir plus segurement, et 
par le varlet del justiehe ou par les lettres saieleez del officiai de Liège, et 
saur lesquels ons devroît raporteir rescription que li exécution aroit esteit 
fait deutement, ou altrement lidis vogemens * sierat de nulle valeur ne de 
vertut. Et se teis vogiés estoit fours de paiis ou desazis de son corps, ons 
ne pm^it procedeir avant sour ly, jusques à tant qu'ilh sieroit revenus à 
paiis , ains demoiroit li vogemens en suspense , et tout fois que ly vogiés 
voirai faire adjourneir cheli qui l'airat fait vogier, que li maires ne li puist 

PaûB de$ XVI, ce maniiscrit est Tun des plus an- Nomenelator idiolumi leod, de Méan. 

dens dm dépdc, XV»« siècle. Avec quelques-unes * Ces deui mots ne se trcniTent pas dans le texte 

des disposHions qui saxveaî , on peut aussi eom- de la Moâémtiùn de la loy nouvelle d*Arnoafd de 

la Loy nouœUe d^Engleliert de la Marck, Homes. 



de %1K^. » Vogier signifie appeler en jnstiee. Voy. le 

' Le MS. porte par erreur lesdiê etqueviM. glossaire de Ducange, y voeamentwn. 

* Non âupoiieie, eomsie porte le MS. * Citation. Voy. pYtfs haut. 

* FéUuk ou fttUnel, l'aoousé, faeti retu, dit le 



44 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Dejttgierdepaisfraii. escondîer, scDs riens prendre ne demandeir. — Item, que les esqùevins de 

Liège tant seulement, et nuls altres esqùevins, ne jugeront d'hors en avant 
de vogement de pais et frait * sour les borgois de Liege^ s^lonc la fourme des 
status del citeit; et en useront enssi que ons en at useit et que ons en use 
maintenant à presens. 

i>e jugi«r d*hoDneur » Item , que les esquevius de Liège ne puissent jugier sour honneur d'al- 

truy, se ilh n'y at VIII esqùevins à faire cheli jugement, ne nuls altres 

Dm biens noibiesaref- esquevius . se ilh u'v at à moins IIII qui soient dou siiet *. — Item, que tous 

tM9 et demyoeis. ,. .J", . - . . - # i- • * "j • 

biens moibles, quant aresteis seront fours frankiese, soient demyneis par 
trois quinsarnes, et al quarte soient forjugiés, et tous hiretaiges enssi gisant 
fours frankies soient demyneis par II plais gênerais, et al quinzaine après 
le seconde demenement en soit sazine rendue. Et dedens franchiese en soit 
enssi useit que ons en at useit anchienement, excepteit biestes mangnages* 
qui ^ dedens franchiese et defours doient eistre déminée par III jours tant 
seulement, portant que teiles biestes sieroient tantoist formangniés; et 
après se doient eistre vendue en justiclie par cry à peron , par III jours 
après continues , et chis finablement qui plus en voirat donneir chis les 
aurat. Et encors après chu arait-ilh teile avantaige, chis cuy les biestes 
aront esteit, que dedens VIII jours après chu qu'ilh aront esteis livreis les 
porat r'avoir, se il ly plaist, parmy les frais paiant et por teis deniers ' que ly 

De Tesiure de hireui- acliatcur cu arait paiict. — Item, se ilh est alcunne personne qui affaite 
^^' à altruy hieretaige gisans en pluseurs pieches, mains que ilh muevent de 

I seule sangneur et soient toute de I contrepain , ilh ne devrat que I warde 
tant seulement. 

De 1 hons mariet. » Ilcm, uuls hous marict qui aiet enfans ne puet à lit morteil de sa femme* 

ses hiretaiges porter fours de ses mains, se che n'est por departier entres ses 
enfans légitimes de sadit femme engenreis, à l'une plus et à l'autre moins, 
enssi que boin et profitauble li sembleroit, et solonc che que ilh useront de 

' Je trouve dans le texte du document de 4386 ' Alaugnante, litron dans Taete do 1386. 
pais effraiU, paix brisée, et non et fraU, comme * J'efface ici le mot êwt^ qui est de trop, 
l'écrit ici Jean de Stavelot. ' Jean de Stavdot a écrit «(m, ce qui n'a pas 

' Toujours le même mot tUte ou timOite déjà de sens, à moins qu'il n'ait oublié quelque signe 

signalé, et signifiant ici délibération. Le document abréviateur. 

de 1386, au lieu des mots dou sUei, porte le mot * J'ajoute les mots de $a femme, d'après l'acte 

d'accort. de 1386. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVËLOT 



45 



son Gonselhe; mains deshireteir ne les poroit, se che n'estoit por paiier ses 

debtes faites en plain mariages, en cas où ses biens moibles faroient^ ou se 

che n'estoit por droit necessiteit de son corps ou de prison, approveez par 

justiche, sens mal engien. — Item, que nuls ne puist frauduleusement ^'^^^^P^^''^^^ 

vendre sour hiretaiges biestes ou altres denreez por le promes* eslongier de 

sa promesteit, et en cas là debas ' siérait entre le vendeur et l'achateur de 

pris del marchandieze , que li plus saine partiie de couretiers ^ et tesmons 

qui à chu auront esleit presens, en soient creyus, non contrestant toutes 

lettres qui entre le vendeur et l'achateur sieroient contraire. — Item , s'ilh De i bons mon. 

avient que uns hons marieis fust tueis , et paix en soit fais en argent, toute 

la somme entyrement parvenrat à ses enfans euwallement, ouUre les frais foi. ii,v. 

raisonable qui aroient esteis mis en chu parsiwant par les proimes des 

enfans, ou par cheluy qui aurait parsiet le weire * ou le loy en leur nom. 

Et se ilh n'avoit enfans, sa femme en auroit la tirche part del argent por 

paiier ses debtes et por lee governeir, et le altres II thierce part parvenront 

aux plus prosmes heurs maries qui auront parsiet le were et fait ledit 

» Item , que toutes les fois que les voirs jureis des aywes * yront visenteir Des jureis d' 
alcunnes usines ou molins, ou planteront claviers' dedens frankies et bain- 
lieu, qu'ilh soient contens chascon d'eaux de II vies gros por leur journée: 
et se ilh le fasoient defours frankies et bainlieu, que chascon d'eaux qui sie- 
rat à cheval aiet VI gros turnois, et por telle salaire ilh ne le porant escon- 
dir '; et se ilh y vont à piet, chascon d'eaux aiet IIII gros turnois, et paieront 
les partiies les frais, et le bois et les draitures des ovries * qui les metteront 
en oevres et qui bâteront les clawiers. Et quant ilh feront exstimation 
d'alcuns molins, ilh doient cascon membre exstimeir por ly singuleîrement, 



aiwes. 



' Faudraienty manqueraient 
' Prmnei, proimes, priMsimes, parents. 
' Je supprime ici le mot en, qui me parait être 
de trop. 

* CoHwn, porte racte de 1386. 

* Wnr9, guerre, et plutôt la composition (werhr 
SfM) ou réparation du dommage causé. 

* Des eaux. 

"* Ager paxUHê Hauntê, dit Ducange , v* efoicMi , 
en eilant eette disposition d*après Pacte de 1355. 



Pomerium, sue loeus circa civitatem et oppida $ub 
juridktione seu virga praelorii , lit-on dans le 
NomencUUor idiotismi leod, de Méan. Ceci se rap- 
porte à une ancienne coutume qui consistait à in- 
diquer par des pieux les limites d*une juridiction. 
Voir notamment Emst, HUtoire du Lémbourg, 
vol. I, pag. .10, et le recueil de Louvrex, vol. II, 
pag.56. 

* Éconduire. 

• Ouvriers. 



46 CHRONIQUE DE JBAM DB STAVELOT. 

co»«ntons doH reie- et sor chu donncir lettres az parties, se besoo^e' en est. — Item^ se al^- 

canne personne at releveît une fiiés de sangnour dont ilh muet , et après 
chu li sires vende cheli fiiës, li bons qui relevett aurait^ serait tenus del 
releveir de noveal sangnour de main et de bouche tant seulement, mains 
nuls aultres droitures ilh ne devrait paiier tant que ilh viverait, et en 
teile manière doit-ons entendre de manbor qui porteront vestures de fiés * 

Cornent ons doit ad- por abeîs, eugliezcs, ou por aultres personnes. — Item, por queilconque 
ou de eoTens. marchaudize ou debte ou convenanche que chu soit , on poroit , en fran- 

kieze ou defours, adjourneir le borgois ou sorseans en sa maison par le 
boteiihon ou fostier de lieu par 111 adjour^ et se ilh ne comparoit ou ne 
soy oppoisoit , enssi eom loy requiert , ons ly commanderoit le debte ou le 

comeiiiftorseiaosdoieDt coTcnt al ussuric ' dc sa maisou , awec les amendes à paier dedens III jours , 

obéir à juttiche. «^ ■ «i* ii***! «i*!* • «« < «ii •« 

sour eistre banis fours del justiche et bamlieu jusques a tant que ilh auroit 

paiiet. Et se revenus estoit en la justiche et bainlieu, et proveis fuist suffis* 

samment, abens ^ siérait por cheli cas ^ et ne porat--ons aresteir aux escuwes 

Cornent lei matstres les draps dos pcrsonues qui laiiens siéront por escuweir et aisiers, etc. — 

ne soy doient useir * * ' *^ #.ii--i 

del loy. Item, que toutes personnes menantes residemment fours del citeit et des 

frankes vilhes, soient borgois ou non, doient et soient tenus del obeiir al 
justice là où ilh siéront sorseans, et là meisme steir en drois al loy de lieu, 
exeepteii preistres, clers, notaires et femmes, rêves oo à ' mariées, qui sont 
en le correxion de leur juge ordinair, et wardeit en chu les frankiez dez 
hommes de fiiez à nos, ledit evesque, enssi com ehi-aprés s'ensirat or- 
dineit et declareit *. 

» lt«m, que les maistres ne li conseal délie citeil ne des aultres bonnes 
vilhes n'ont à connoistre ne à jugier de auls cas crimynals, ne de nulle cause 
qui touche aile loy espiriluele , ains en doient laissier eovenir les euera ' 
et justiches auxqueis ilh apartinent, et que, por le droit et le loy à war- 
deir, y sont constitueis por chu à faire % excepteit et reserveit à leurs boir- 
Des Qbiiganchi^ii. goîs Icurs ststus. frankîcs et liberteîs d'antiquiteituseiez. — Item, quiconque 



1 Besoio, néceasUé. ^ Emi quê chi-aprts tkrot faUmeiéim, porte 

' naos le US., les mots dt/Ui se troDTCol après Pacte de iSSO. 

^ngUezt9, ^ Ctiert pour ooMrv. 

' Ussutie ou iisêerie, porte. " Dans Pacte de I3S6, oo Ut : et^, pmr le 

* Aberu pour aîbains. dnit et le loy à umréeit, imd mstUmU. 
^ Ce monosyllabe ne se trouve pas dans 1« MS. 



GHftONIQUfi DE jJËAN 0E STAVËI4OT. 47 

soie obligerai pa^r justîche de paiier alcuntie chouse. à pluseiirs terme <, ilb foi is, r«. 
sierat quitte por vne double warde tant soilement. — ^ Item ^ que de faire oerasay. 
laSay des mesures et des pois soit enssi useit que les esquevins stilve et 
warde , et que chascoo des esquevins de Liège ^ qui presens siérait a dit 
assay à faire , soit contens ' por sa journée de II II gros vies turnois^ et les 
autres esquevins des altrés frankes vilhes chaseon II vies gros ; et parmy 
chu ilh soient contens de foire ledit assày bien et loialment, de jours en 
jours ^ sens aultrês frais à demandeir.-**-Item, se ilh est aulcunne personne, i>«> mesares. 
queile que ilh soit, vendant vins ne cirvoise ne aultres beveraiges , quira e- 
sure d'aulcunne mesures qui n'aiet point besongne ' ou qui soit traweie ou 
retalhié après Tasay, et ly maire et les esquevins le truvent deleis le den- 
reiez de vendeur ou en son celier, teib vendeurs seirait à' XL sols de bonne 
numoie por chascon mesure , tant fois quant fois que che serait, et sierat 
la mesure acquise al saingneur. £t semblamment doit-ons useir de tous pois dm poî*. 
et des oines de tous marchans regetans ^ denrez pair conquestes, et d'aultres 
* mesures à grens '. — Item , que de toutes chouses venans vendantes ^ en mar* 
chiet pour le nourissement de toutes créatures humaines , si que de toute 
voliers, de venisons, de savesine % de oez, de fromaiges, de harens, de sa- 
mons, de tous pessons estrangnes, aient esteit et soient par revendeurs et i^^c^u que ons vende 
revenderes' tant indiscrètement nseit, et specialment en la citeit de Liège, 
que toutes manière de gens, de cleirs et de lays, en sont grossement de leur 
proveanches * endamagiés, et la citeit durement ablamée, et tous les biens 
commons astargiés et destruis, accordeit est, por chu à remédier, que une 
bonne ordinanche en soit mise en escript, et paine et correxion suflissante 
à chu instituée, dont li commons profis en soit radrechiés, etc. — Item, 
sealcuns al ovreitou fâche ovreire hulhes et chierbons, et les faiche traire Des oovragû des hui- 
à jour pasieblement parmy biens d altruy '% fosse ou burres qui soient en 
aultmy hiretaiges, et chies damaiges soit poirteis pasieblement sensresiiet ^' 

* Et non eomptets, comme porte le MS. ' Stivemef ou Mtioa^îiwt^foétes sauvages, gibier. 

' Qid n'mf point de derain cusay, lit-on dans ' Reverenderesses. 



]*aele de 1586. * De leur proveanches ne se trouTent pas dans 

* Sevwt atieini de, porte Pacte de 13S6. l'acte de 1886. 

* Ratkatam dans Taete de 1386. ** Les mots bien» d'aUrug ne sont pas dans Tacte 

* Gren» sans donte pour grains. L*acte de 1586 de 1586. 

porte : ef d'omire mesure aoatU. '* Resiiet, plainte ou poursuite. 

* Ce mot ne se trouve pas dans Tacte de 1586. 



48 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



tice convrair. 



Det burirs. 



l'espauze de XX ains , que de dont en avant oAs ne puist resiwre ne as- 
traindre cheaux qui en siéront coulpables ne leur ovriers. — - Item, se iih 

Femme doit uiMitr jus. aveuoit que alcunuo femme reschoiist alcunne malfaiteurs fours des mains 

del justiche qui pris l'auroit, ou des maistres del citeit ou des bonnes 
vilhes, ou de leurs sergans, que en cas là où elle ne laroit chu faire par 
loy à I hommes par raisons ^ que téile femme *, fuist mariée ou non fuist^ 
soit bannie X ains fours del justiche là où elle siérait sourseante à cheli 
jour; et se elle n'est sourseante à lieu là où ly excès siérait faite et avenus, 
et pris soit, li sires le tenrat tant et pourait tenir tant que li excès soit aile 
avenant del bannissement, ou enmiudreis * suffisamment al correxion del 
loy de paiis. 

» Item, que tous huriers\, tenans femmes deshoniestes de leur corps et re- 
chivans leurs biens faiîs' soiient decachiés, por tous péris et inconvenienches 
à eskiweir, et que nuls ne les puist escuseir sour eistre en teile point. — 

Des parehons d'bire- Itcm , SB ilh avient quc alcunne personne weulhe , pardevant les esquevins 

de Liège, faire parchons ou division* de leur hiretaiges, soit dedens frankies 
ou defours, nos volons que de chu ne puissent lesdis esquevins escondier, 
et volons qu'ilh en donent lettres de leurs saels saeleez aux partiies qui les 
demanderont, parmy teilez droitures que li XII"'® artycle fait mention et 
contient; mains c'este nostre entente que cheaux parchenirs ^ comparent 
dedens l'année après pardevant toutes les cours dont les biens par eaz dé- 
partiez siéront movans et deskendans , et là-meismes voissent leur lettres 
monstreir et exhibueir, et solonc le ' contenut d'ycelles leurdis biens rele- 
veir parmy le relief, et une simple warde paiant à cascunne court tant seu- 

on ne peut rappeiieir Icment , ctc. — Itcm , ordinous ct statuous que, en tous cas de rapeaux et de 

jugemens, les esquevins de Liège com chief feront les exécutions, portant 



tages. 



les esquerins. 



^ Dans Tacte de 4386, on lit : que en cas où Uh 
ne lirait ce faire à un homme par bonne raison. 
' * Les mots que tdle femme ne sont pas dans le 
manuscrit. 

' Amendé, réparé. 

* Pour ceux qui connaissent le mot allemand 
hurCf le mot hurier n'a pas besoin d'explication. 
Je crois que Ducange a eu tort de faire de ce mot 
le synonyme de houUier (glossaire, v^ hullarii)^ qui 
n'a pas tout à fait le même sens et qui, du reste, 



a une autre origine. Voir Dietz, Etymologi$ehe$ 
Wôrterb, der rom, Sprache^ ▼• houle, 

* Le MS. porte : de leur rechwam biens sans , ce 
qui est inintelligible. Nous suiyons le texte de 
l'acte de 4386. 

* Le MS. porte départir, 

^ Ce mot, qui signifie ici partageant, a parfois 
le sens de copossessevr. Voir le glossaire de Do- 
eange , t* parcennarUf et le NomencL idiot leod, 

' Et non leur, comme porte le MS. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 49 

que nulle jugemeot ne wault sens exécutions , et que leurs jugemens ne 
puissent altrepart eistres retraiés, ains demeure sens rapealz , portant qu'iih 
sont chief délie loy de paiis ; reserveit à nos ledit evesque le correxion . 
com leurs sires soverains , se ilh excedoient al encontre des serimens fais 
al cause de leurs offisches , et défendons à cas que anchois jugement rendus 
ou rappeal fait, ilhs n'aiient pooir de faire nuls commans sour les officiiens 
de nous ^ ledit evesque ne d'altres saingneurs temporeis aians halteur en 
nostre paiis , com nos et les aultres dis sangneurs desoirtrains soient tenus 
del demyneir et traitier par loy tous cheaux qui le requieront, des causes 
touchant al dit loy de nostre paiis en nostre principaul haulteur, selonc 
le tenure del paix de Fexhe en che wardeez. — Item, ordinons que nuls Que bien qu« oos doit 

, * ^ à une warde. 

esquevins de Liège ne d'aultre court usantes del loy de Liège ne prendent 
por une i;varde, quelle qu'iih soit,* que I vies gros tournois; mains se ilh y 
at alcnns d'eaux, soit à Huy ou altrepart, qui aiet useit à prendre moins 
de I vies gros por I ^arde, nos volons qu'iih le maintengnent en cheli cas 
à profit de common peuple; et en cas là où une personne auroit à faire en- 
contre pluseurs personnes por une seule cause , c'est nostre entention que 
ilh ne paient que I simple warde encontre tous ses adversaires , et cascon 
des adversaires I por li singulerement. 

» Item , volons et ordinons que lesdis esquevins de Liège soient tenus de combien om doit de i 
conseilher' tos cheauz qui les demanderont, de queilconques causez que 
che soit, touchant aile loy de paiis, soit qu'iih touche à commonnalteit de 
vilhe , à oflSciens ou à altruy, de cascon cas parmy III vies gros turnois , et 
plus avant ne puissent prendre ne demandeir. Et se ilh plaiste aile partiie 
qui eonselhier soie voirat de raporteir son fait par escript, sour lequeile ilh 
se voilrait conseilhier, faire le poroit, et lesdis esquevins li deveront, se 
ilh le requiert, rendre leur conseilhe desous le signe de leur cleir secrétaire, 
parmy 1 gros tant seulement paiant por l'escripture, etc. — Item, volons que Ly officiai doit jugier 

«•«•■a «id ■• 9 A • Il I ^^ biens moioles. 

les jnsticnes temporeils et seculeirs n ayent congnissanche de nuls causes 
de testamens ' et des bien moibles, anchois en apartient et apartenrat le 
congnissanche et jugement aile officiai de Liège, qui doit oiir et examineir foi. it, t*. 

* 

' Tout ee membre de phrase depuis el de/im- ' En iani çu'iV touchent le» biens moMes, litron 
dons a été omis par Jean de Stayelot dans Tacte de 1386. 

' Ce root a été omb par Jean de Stavelot. 



SO CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

les comptes des exécuteurs. Et quant ilh apairat par ses lettres que tous 
les biens moibles des testateurs sont justement alloweiz ' et despandus , et 
qu'ilh ne suffient point aile exécution de testament deseurdit, adonc doient 
les esquevins de Liège soffirir et laissier vendre par proclamation tant des 
hiretaiges de testateur que sa volenteit dieraine soit acomplie , et les tenure 
de son testament puissent estre deutement acomplie et exécutée; nequi- 
dent ', se li testateur avoit enfans deseagiés ', ly justiche de lieu là où ilb 
sieroit sorseans, ou leur chief, sieroient bien tenus, se requis en estoient. 
d'eaux et de leurs biens carritablement de tenseir * et wardeir. 

On» ne peut aequiera » Itcm ^ statuons ct ordiuous que nuls esquevins ne aultres juges ne of- 
m debaii. ^^''"^ fissiens, quels que ilh soient, ne puist, par ly ne pair altruy, acquieir clain 

d'altruy gisant en debait en temps de son acquieste, ne hiretaiges aparté- 
nans aux deseagiés , dont li vendaige soit fait par rensengnement de cheluy 
esquevins, juges ou oflissiens qui acquérir le voirat, affin que toutes sus- 
pections cessent contre eaux, et se ilh le font, nos déclarons que ilh pier^ 

^"X^rauffieM ^^'^ ^^^^ '^^^ acqucstc ct tout chc que paiiet en auront. — Item, ordinons que 

toutes les fois que lettres inhibitours del officiai de Liège siéront exécutées 
sour les offichiens ou justiche temporeils, des causes qui pais ne touchent 
à proprieteit des hiretages et qui appartenront aile justiche spirituele, que 
lesdis offichiens et juslicez en respondont deirement et à plain leur en- 
tention , et qu'ilhz y obéissent. Nequident che n'est point nostre entente 
que nuls cleirc soit de part nos défendus se ilh n'est cleirs notoire, excep- 
teit en cas de exécutions touchant aux biens moibles , dont li officiai at à 
cognoistre , ensi que ilh contient chy paiMieseur. Et enssi n'ait à cognoistre 
lidis offîciale des hiretages, selonc le paix des chaitres appelleé le paix 

e chief eieveis. dcs XXII, ctc. — Itcm, volons ct ordinous que, quant chief siérait eleveis 

entres partiies, pardevant queilconque court que che soit, et 1^ raines 
siéront conclûtes et auront renunchiet à leurs monstranches ', et teiles par- 
tiies, ou l'une délie, voirait après avoir I recorde de toutes leurs raines 
sour lesqueils li chief siérait esleveis, que ladit court nelle puist eseondire, 
ne sour che adoneir lettres d'eaux auz frais des partiies, parmi telle salaire 

* Alloweiz, alloués en w9\\on moderne, si^iûe ' Dans Tancien droit liégeois, oj^e signifiait ma- 
dépensée. G*est aussi le sens de despandus, jeur, et desagié, mineur. Voir le Noni. idioL ieod. 

* Cependant, toutefois. Voir le glossaire de * Défendre, protéger.. 

Ducange , y* nihilominus. ' Le MS. porte rainés, qui n*a pas de sens ici. 



CHRONIQUE. 0E JEAN DE STÂVELOT. 



51 



qir'iUi est ordineit chi-devânt eo le XVI™® artycle , afiin que chies records 

ne les raynes des partiies ne puissent eistre defraudé, ou par faveur alcunne 

nient eistre cangiés. £t aportent enssi pardevant leur chief le coppie par 

escript, affin qu'ilh puissent avoir plus apparelhié delivranche, et que les 

parties aient moins besongnes d'estre cosïengiés ' ne d'avoir parliers. Et est 

Dostre entente que, après le chief esleveit et le conclusion des raines faites^ 

les parties de donc en avant ne puissent changer leurs raines; car altre- 

ment ne valroit riens che que ladit court auroit recordeit devant. — Item, 

volons et ordinons que toutes convenancfaes de mariages faites et affaires^ cooMBtoMdoUappro- 

qui deutement sont * approveez ou d'hors en avant approvées siéront par "«g»- 

mariaves * et par boins tesmons dignes de foid, dedens lit ains après le 

sollempnization de mariages fait, soient cuert \ et waillent en toutes leur 

clases' et conditions, outretant que donc ilh fuissent faites pardevant toutes 

les cours dont les biens denommeis en dittes convenanches sieroient mo- 

vans et desquendans, ou pardevant les esquevins de Liège, corne chief; 

salve tant que, se les biens denommeit en dites convenanches de mariages 

ont esteit vendus de traips passeit, et en altruy mains transporteis pasie- 

bleiiiMit, sens reclain, veiant et nient debatant cheli qui droit et action y 

attendoit* par les convenanches deseurdites, et luy exstant en paiis et à 

son temps, que teis biens par cest manière vendus et alieneis ', demoirent 

à cheaux qui en sont en vestures et possessions, nonobstant Fordinanche 

devant rechiteez. 

» Item, statuons et ordinons que, se ilh est enssi que II personnes ou y Deivoirs jureîs. 
pluseurs aient à faire parchons de mansons ou d'aultres hiretaiges ou altres 
masures, ou * masoneir ly uns deleis l'autre, et ilh en soient en discord, et 
sour chu vuelent avoir le voire jurait por leur debas à apasenteir ou aidier 



* Nous donnons à oe texte, qui est celai de 
l'aete de i5S6, la préférence sur le texte de Jean 
de SUiT^t : mon» de hetongneê H de cœtengeê, 

* Stmi, et non eermU, comme IMerit Jean de Sta- 
Tetol. 

" L'aete de IS86 porte morMlM. On trouve 
maHemteê dans le glossaire de Roquefort; mais le 
sens donné k ce mot ne convient nullement ici où 
fl s^t de témoins sérieux. Dans le Ghu, du dmit 
fran c ms de Pr. Ragneau, on trouve le mot mariimfe 



appliqué à ceux qui font au négocieni les mariages. 

* Fanent court, lit-on dans Pacte de 4588. 
' Clauses. 

* Et non attendent, comme porte le MS. 

' Le texte de Jean de Stavelot est encore ici 
inintelligible ; il porte : à son temps at vegut que 
ieie biens par test manière at veyut qui oit esteit 
vendus et alieneis, 

' Dans Tacte de 1386, on lit : ou voisiens vuel' 
hent maiioneir H uns deleis Poutre, 



»2 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



Fol. 13, r*. 



De 1 bont de fiiês. 



htB bareteora. 



faire leurs parchons, iih doient alleir sens prendre congier al justice, chas- 
cuns d'eaux parmi 1 vies gros tumois. Et en cas ou les partiies , ou ly unes 
d'elles, ne voroient tenir che que les voir jureis en auroient determineit, 
nos volons que la justiche de lieu soit tenue , aHe requeste des partiies ou 
lune d'elles, d'aleir visenteir personelement le débat, assavoir les esque- 
vins de Liège panny VIII vies gros, sens plus avant à demandeir à une 
partie ne à l'autre, et les altres esquevins des frankes vilhes parmy 111 1 vies 
gros, sens plus avant à demandeir à une partie ne a l'autre. Et est nostre 
entente que uno maison toute entier entre ses bonnes * ne soit compteis que 
por I membre, jasoicheque ilh * convengne aller ' en divers lieu por les 
debas à disevereir, et que la partie qui tort aurait, paie les frais del jus- 
tiche, et des voirs jureis de leurs droitures, enssi que taxeb sont par^leseur. 
Et est nostre entente que les voirs jureis ne puissent vendre les mairiens, 
stoffes, ne mateirs des usines ne des edifiches qu'ilh devront exstimeir, et 
dont ilh devront jugier ^. 

» Item , semblamment avons accordeit et ordineit que des raines de four- 
ches * dont ons puet venir à loy, nuls bons fiveis à ïios l'evesque ne soie 
puist pardevant les haulteurs usantes aile loy de Liège osteir ne fair osteir. 
ne renvoiier * pardevant nos, se ilh ne vault I ain de spelle hiretaible, et se 
ilh n'at de nos ou de nos successeurs \ qui adonc sieroit, deutement rele- 
veit. — Item , com les bareteurs et gens de malvais couvent aient acoustu- 
meit que, quant ilh sont pour alcuns proidhons honieste, de bonne fayme 
et de bon couvent, arainiés de debtes, que, por traveilhier cheluy que les 
auroit arainiet et por sa debte anichileir, le mettent en clain , tantoist là<- 
meismes, de ortant ou de plus grant somme, et chies soit plus honteux 
de faire sa loy ' qui ne soit bareteurs ou ocquiveurs * qui arainiet l'aurait, 



' Batmei pour bomei, d*où le mot bonnier, 
' Et Don pas ilh n'en cmwengnê, comme a écrit 
Jean de Stavelot. 

' Ce mot est omis dans le MS. 

* Ici nous omettons une disposition de l'acte de 
1 386, reproduite à peu prés littéralement plus loin 
dans celui de 1403. 

* Fourche» ponr/bree#. 

* Oêteir ne faire renvoiier, lit-on dans Tacte de 



Tannée 4386. 

' Et non predice9$eun, comme a écrit par erreur 
Jean de Stavelot 

* L'acte de 4386 porte : d'otUretani ou de pbu 
(fronde somma que demandait ne ly $oii, el teis 
proidhomme ayet pht$ grant d^te et soit plus honr 
teux de faire sa loy. 

* Oequweur, chicaneur, homme de mauvaise foi. 
Voy. le Gloss, du dr. franc, de Ragueau, v« oequison. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 55 

dont ilh convient soventfois perdre sa debte, por cheli * honte à eskiweir : 

accordeit et ordineit est que d'hors en avant teis barreteurs ne soiet plus 

soffeirs par les juges , pardevant lesquels teiles raines soie feront , anchois 

y soit mies * remeides pair eaux convenables , solonc les congnissanches 

que ilh auront des estaux ' des parties. Et chc meismes que declareit est des 

raynes de debtes , entendons^noz et volons eistre useit de toutes plaintes <>«• p^»^^/ <>« '<><«- 

de vogemens ^ de forches, qui soie feront par teis bareteurs et ocquiveurs, 

enssi cpm deviseit est. 

» Item, que nuls borgois afforain de Liège ne soit exens délie correxion ^'" • °^Jj|f ^^^'l^ '^'^^^^^ 
del paix de Liège, ne délie justiche là où ilh siérait sourseans, se ilh n'ait p«»- 
esteit nées à Liège , ou ilh soit manans en la citeit ou bainlieu de Liège . 
ou que sa residenche ly aiet esteit quittée par nos ledit evesque. — Item^ 
comme ' par information des parties , sens cognissanche des causes et sens 
avoir puissanche raisonable de chu à faire, mains al encontre de nostre haul- 
teur et sangnorie de nos ledit evesque, et maiement délie paix de Fexhe. 
accordée et saielée par tous les estaus de nostre paiis, li citeit et pluseurs 
de nos bonnes vielhes aient acoustumeit novellement del traire aux champs 
en armes, prendre et vasteir ' les biens de nos sourseans ou des marchis- 
sans et saisir leurs courps, ardre et abattre leur mainsons, sens avoir 
recours ne resiiet à nos ledit evesque , qui summés leurs sires temporeis et coowDt ons doit aieir 
spiritueis, puissans par le grasche de Dieu et le confort de nostre paiis del 
corregier tous mailfaiteurs, et ceste coustiime soit retournée ^ aile encontre 
de nostre haulteur et jurisdiction et délie common loy de nostre paiis ap- 
provée et de antiquiteit.usée, contenantes que nuls qui fourfaiche son corps 
ne puet por chu * fourfaire son avoir, si ilh ne soy deshirtés * de son greit : 
nos, del accorde et consent de tous les membres de nostre paiis, eaux met*- 
tans de cheli cas à raisons , avons ordineit et statueit , en pardonnant lesdis 

' J*effiee ici les mou <i06(e«<, qui sont de trop, ' Le texte de 13S6 porte waster, gâter, dé- 

oomme Tattesle TaDcien texte. vaster. 

* Jftet pour mû» ' NoUoiretnent , dit Tacte de 4386 au lieu de re-. 

* Eêiaitx ^nr étaU. tourna, 

* Je supprime ici la coi^onetion et, qui est de * Ces deux mots ne sont pas dans le texte de 
trop. Jean de Stavelot. 

' Jean de Stavelot a écrit par erreur çue au * S'ilh ne i'en deihirte de son greit, porte Facte 
lieu de comme. de 4586. 



en ODzes. 



u 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVBLOT. 



Fol. 15, V». 



Dci 1 iksdtt d'esque- 
TÎns. 



excès trespasseis, que nostre citeit et les bonnes vilhes deseurdites, ne 
alcuns d'eaux, ne puissent d'hors en avant par chest manière procedeir, et 
n aient puissanche de chu à faire sans nostre greit; anchois, se ilh sentent 
aicuns de leurs boii^ois eistre grereis ou presseis par alcunne puissanche 
d'homme, ou sourseans en nostre paiis ou altrepart *, ilh en fâchent à nos 
deplaintes et demonstranches % qui de chu y devons, come sires soverains, 
mettre et porveioir de remède convenable, et nos le ferons volentiers, 
solonc la quantiteit délie excès. Et se rebelles ou negligens en astions , ja ne 
puist avenir, adonc en deveroient-ilh par le common conselhe de nostre 
paiis useir, affien que en eaux redrechant, nulles blasmes ne les puist avenir 
ne perilhes '. 

» Item , com pluseurs cours * de haulteurs et d'altres basses cours , aient 
acoustumeit, por apasenteir les parties, de plaindre soventfois de I desdit 
sens cause, si ' que pluseurs personnes , maiement de celle qui point ne sont 
délie loy infourmeis, s'accordent por dobtanche de plus grant damaigeK 
à eskiweir, et n'oisent hardiement parleir en justiche : nos , qui volons à 
chu obvieir, déclarons que ons ne puet clameir desdit aux parties , se che 
n'est de cas dont les esquevins auroient par jugement aulcunne chouze 
raporteit al somont de leur maieur dont li partiie desist alFencontre, et n'y 
puet avoir point de desdit se ilh n'y at justiche, assavoir le maieur et II 
esquevins ou plus, et se li maires et uns des esquevins ne soie plaindent tan* 
toist et là-meismes ; lyqueis desdit mont à caschon esquevins une amende 
de VII sols de bonne monoie, et à maire une aussi. Et le doiient enssi 
avoir les aultres esquevins qui n'y sont presens; lesquelles amendes ly 
maires, en la presenche de II esquevins ou plus, puet commandeur à cheli 
qui fourfait les auroit, se ilh est à lieu sorseans et troveis en veriskais % que 



' Il faut sans doute donner la préférence au 
texte de Taote de 4386 : pru$Ht par akun fntù- 
iant homme f ionearU en noêtre paUt ou aUrepari, 

* L'acte de 4386 porte remomtranehêt. 

* Nous retranchons ici deux dispositions qui 
sont reproduites plus loin à peu près littéralement, 
parce que de la Modération de 4386 elles ont passé 
dans celle de 4403. 

^ Il y a ici dans le MS. une conjonction et de tropl 



* iean de Stayelot a écrit soîe. 

' Vmriikaiiy et plut Urd «arMiif , eal la tra- 
duction du latin wMraeapmm dont on trouve r«x^ 
plication dans Dncange, au mot watêrHapimn. Le 
Nomenelator idiot» leod. le définit : Idci wm ûorn- 
NmiMf. Les mes, places publiques, sont dms oe 
cas. L'acte de 4386, au lieu de trooeie en iMm- 
Mij porte frovéii finm cheêên, ee qui revient an 
même» 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



SS 



nemeni. 



ilh les paie de soleal laisant, ou ilh entre en la ferme de sangneur, sens fier 
et sens buises \ et sens partir jusques à tant que paiiet aurait. Et se ilh est 
afforains . ly sires sierat de luy saisis jusques à tant que paiiet aurait le 
deseurdit ' entirement '. 

» Item, com soventfois ilh convient cheaux qui ont fait demyneir et four- foi. 14, 
jugier les masures de leur contrepaint, tant mettre de frais aux demyne- ^^f;||^7 ^ <>«»y- 
mens, resaeines et II H fourquemans à faire , que li amende que ilh ont par 
le defaulte de paiement ne puet stoffeir ' les frais deseurdis, dont sovent 
avient que cheaz qui ont demyneit leurs masures " sont com forceis de les 
pierdre, anchois que ilh en soiiènt tellement costengiés : nos, en redrechant 
ladit inconvenienche, avons aoordeit et statueit que, se li amende n'est 
assois suifissant por chu à rendre et paiier, que ly proismes ou li sangneur * 
qui rapperier ' voiront ches hiretaiges rendent tous les frais % voirs cheaz 
tant seulement qui mis siéront par justiche, et nient les aultres, assavoir 
wairdes, escriptures, droitures des * foistiers et frais des fourquemans, awec 
chens, rentes et relief, se relief y estoit Et que li maires et les II esque- 
vins des frankes vilhes, qui en leur frankiese feront leurdit ^° fourquemans, 
n'aient chascons d'eaux que I gros et demi vies, por chu à faire, et que les 
maires et II esquevins des plates vilhes n'aient ensemble que II vies gros, 
et que por cheli pris nelle puissent escondire *\ 

» Item, volons et ordinons que, toutesfois que aulcuqne personne aurat cemeotons 
necessiteit d'avoir une des bothelons '^ por alcuns à faire aresteir ou '* ajour- 
neir, maires ne li puist escondir, ains soit tenus de presteir, sens nuls 



doit avoir 
meoitrain . 



' Biti$e» ou buse» a ici un sens que je ne sais 
eomment expliquer. 

' Ou plntAt le deidit, comme je lis dans Tacte 
deiSSe. 

' lei encore une disposition retranchée pour les 
mêmes motifs que les deux de la page précédente. 

* Sioffeir en wallon moderne signifie étoufer, et 
ici il a le sens de couorû*. 

' L*acle de I3S6 porte qui inU de$ mayennei 
matum»; cette Tersion est claire, et celle de Jean 
de StaTdot ne Test pas du tout. 

* iA Umeengier, porte Pacte de I8S6, dont le 
texte me parait préférable à celui de Jean de Sta- 



▼elot, qui a écrit li sangneur. 

' Raprepier, porte Tacte de 1586. Ce mot a été 
expliqué précédemment. 

* L*acte de 1386 porte rtndmU les fautes. Quid? 

' Et non etf comme Ta écrit Jean de Stayelot. 

*^ le derain, porte Tacte de 1586. 

" Encore une disposition retranchée, parce que 
de Tacte de 1386 elle a passé à peu près littérale- 
ment dans celui de ti03. 

" Par bothelons ou botilUms on entend des es- 
pèces de gardes champêtres. 

" Le MS. porte e^ Nous donnons la préférence 
au texte de Taete de 1386. 



56 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

bienfais à prendre ne demandeir^ fours que le bain * por le sangneur, qui 
mont I vies gros tant seulement. Et les bothelons y sont tenus d'aleir * 
parmy leur salairs raisoinablement prendant, solonc la quantiteit de son 
labeur. 
Cornent 00» doit l'éves- w Item, uos , Iv doicu et capitle, les barons, chevaliers et escuwiers, li 

que Ussier gouer. ••ir»ii t i •!* 

citeit, les bonnes vîmes et tous les sorseans del evesqueit de Liège et con- 
Fol. i4, >». teit de Louz , avons enconvent de nostredit reveren peire en Dieu et ses 

successeurs de laissier goiier de ses halteurs et del loy de son paiis sens em- 
pechiers, et parmy chu ilh et tous ses ' successeurs ne poront faire personne 
nuls fourjugier pair leur justiches del citeit ne d'aultres frankies vilhes % 
se che n'est à peirons de cheli citeit et frankieses ^ là où teis jugemens 
deveront eistre foursporteis, et semblamment que nuls fourjegemens ne 
soie puist faire en vilhes batiches se che n'est en propre scarapne dez es- 
quevins, là où ilh auront acoustummeit de jugier. 
Cas ne doit aiieir eon- )) ' Itcm, quc nulIc pcrsonuc qucilcouquc ne puist venir à ostanche^ ne 

à nulle escondit contre lettre de son propre saiel saelez , ou de sael por li 
deutement empronteit, se che n'est por monstreir paiement par court, ou 
par bons tesmons ydones et dignes de foid , ou par quittanches saeleez de 
créditeur, ou s'ilh n'est escript sour le dos des lettres obligateurs, ou par 
reches de changeurs. Et s'ilh y at alcuns de teis debteurs qui soient hommes 
de fiiefs à nos ledit esleu, nos volons et ordinons qu'ilh en cheli cas, assa- 
voir al encontre de che que saieleit auront , ne soy puissent osteir, se leur 
fiefs ne wault I moy " de spelte hiretable ; et se tant valloit et renvoiiés 
fussent pardevant nos, partant n'est-che point nostre entente que quant 
ajourneis siéront pardevant nos , qu'ilh soy powissent par leur seriment 
escondiere al encontre de che qu'ilh auroient saieleit, mains bien poroient 
monstreir paiement par le manière devant escripte. Et semblamment volons 
eistre useit de cheaz qui sont hommes de fiief al abbeit de Sains-Lorent 

* ^atfi pour ban. de la Modération de lahy nouvette de 13S6, et re- 

* Ce mot a été omis par Jean de Stavalot commence le texte de celle de 1403. 

' Mot omis par Jean de Stavelot. ^ En copiant plus haut cette disposition, Tune 

* Villes franches. de celles que nous avons rayées comme faisant 
, * Jean de Stavelot a écrit par erreur loùWilà double emploi, Jean de Stavelot écrit excu$anche, 

mr ieiijugemmu, etc, * Moy pour mny, mmd, 

' Ici cesse ilntercalation de plusieurs articles 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 57 

et à' eostre del grant eglieze de Liège, qui pardevant les esquevins de Liège ^ g^-^^l^^^'^ol^ô'!^^^^ 

soy poroient osteir de debte por leur homaiges. — Item, com soventefois plu- |». ^«1 eguese de 

seurs personnes , qui tendent leurs enfans maries ou leur cusiens à marier De ehe que on» pro- 

haultement et richement •, en couverture de fraude et malvaise déception "* * '" ««riagc. 

leur promettent, en traitiant de mariage publement en presenche des amis 

des II partiies, grant planteit de leurs biens, sour le fianche de che qu'ilh ont 

anchois cheli traîtiet pris quittanche , obliganche, en derier à cheli qui soie 

marie % d'imoe partie de che qui H promettent et donnent en mariage , ou 

saur esperanche qu'ilh en ferat quittanche après le mariage sollempnisiet, 

si que li mariée et ses amis en sont covertement déchus et deshireteis : nos 

ordînons et statuons que d'hors en avant teiles fraudes et déceptions ne 

soient point uzeis, anchois volons que tout che qui est promis et donneit 

en mariages , tant aile une partie com al aultre , soit plainhement paiiet et 

executeit et acomplit, et que ly marieis ne puist faire quittanche ne riens 

rendre à son peire ou meire, ou à cheli qui promis ou donneit li arat, se 

che n'est de greit de sa femme et del plus grant partie de ses manbours. 

» Item, com nos lidis eslus, qui notablement summes, por le régiment De piaidier devant le» 
de nostre espiritualiteit et temporaiiteit, tant et si grossement chargiés et 
ooereis de pluseurs causes touchant Testât et honeur de nostre engliese et 
paiis , que nos ne poions longement resideir ne sourjourneir en une lieu , 
donc cheaz qui à plaidier ont pardevant nos et nos hommes feodals'sont, 
en nos parsiwant là nos avons manson et capelle, grossement endamagiés et 
Iravelhiés d'eaz et de leur amis : — Nos, desirans de che remédier, summes 
à che assentis et accordeis que, toutes fois qu'ilh nos plairat, nos commet- 
lerons et osterons * par nos lettres o vertes, de nos grant sael saieleit, une 
personne à che ydonnes, suffisante et honorable, qui sieroit nostre lieute- 
nans, pardevant laqudle et pardevant nos hommes feodas ons porait faire 
poroffes , raynier et piaitier par loy en nostre palais à Liège de tous cas 
qui point ne toucheront aile deshiretanche de nostre engliese, excepteit 
les cas touchans auz oevces et jugemens del paix et le fourjugé, et enssi les 
appealz del aneal de palais , qui faire ne soi poroient en nostre abseiiehe , 

* Non de, oomme éerit Jean de Stavelot. phrase est ainsi conçue : quUtanee ou obiiganee à 

* J*ajoule ees deux mots diaprés le texte du celi qui soy marié, etc. 

paTiUard des arehives, eoté G, SSI, ease 15. * Con$tiiueronê,dxD8 le payillard cite plus haut. 

' Dans le payillard qui Tient d'être cité, la 

8 



S8 CHRONIQUE DE JEAN DE STAYELOT. 

chu salveit et declareit que toutes plaintes soie deveront faire en nostre 
presenche , et en aurons premièrement la cognissanche. Et de donc en avant 
les causes soie poront parsiere et termyneir pardevant nostre lieutenant et 
nos hommes deseurdis, enssi com pardevant nostre propre corps, en cas 

Fol. 15, r«. là nos-meismes n'y vorons ou poirons eistre presens, reserveit les asseg^- 

ranches tant seulement, que ons poirait enssi bien impetreir à nostre lieu- 
tenant deseurdis com à nosnneismes. 

Des manboroies. » Itcm, com par Ic loy auchieuement useez toutes personnes, de queil- 

conque estât qu'elles fussent, powissent bien faire et prendre manbors por 
leur bien calengiers et leur droit en tos cas parsiere jusques aile fin de 
querelle, salveit le proprieteit de leur hiretages, et de noveal les esquevins 
de Liège, en autorisant les bareteurs, aiient acoustumett que nus ne puet 
faire manbors qui soit puissans de son droit à desraynier, s'ilh n'est fais 
entièrement poissant de sien perdre et wangnier, si qu'ilh convient que 
chilh qui prent manbour aiient de sien fianohe en cheli manbour entire- 
ment, et enssi que chilh qui teile manbornie fait' entreprent respondre 
et rendre raison por son maistre de tout chu dont ons le voirat araisnier : 
liqueis noveale uzaige n'est point rasonaibles, car parmy chu ont' bare- 
teurs et cheaz qui sont de malveis couvent et paiement, causes et coleurs 
d'eaux excuseir, et travalhent les proidhommes et gens paisibles injuste* 
ment : — Nos, en radrechanl cheli malvais usaiges, ordinons et statuons 
que chasçon puet simplement prendre manbour, s'ilh li plaist, ou cheli man* 
bor plus avant faire poissant de sien prendre' ou wangnier que la simple 
manbornie ne requiert, s'ilh ly vient à plaisier '; ne ja pour cheli manbornie 
ne siérait lidis manbours tenus de raynier * ne de respondre por son maistre 
d'aultre cause fours de cheli dont ilh aurait le partie araynié; car assi pois* 
santé est ly partie adverse de prendre manbour, se faire le wet , por aray* 
nier aultruy, com ilh est cheli partiie qui par manbour l'aurait fait araynier. 

Desmanbondesorpbe- — Itcm, que uuls maubours d'cufans orpheniés ou deseagiés^ ne dieaz qui 

, teils enfans ont en leur governanches , ne puissent auxdis enfans riens ac* 
querjr ne de leurs biens riens attraire à eaux par vendaiges^ donnation ne 
aultrement, tant que lesdis enfans soient en leur manbornie ou régiment, 

* Mot omis par Jean de SlayeloU ' Plaisir, 

' Et non iwt, comme dans le MS. * Bendre, dans le pavillard déjà cilé. 



nien. 



CHRONIQUE D£ JEAN D£ 8TAVEL0T. 59 

anchois dotent leur biens acroislre et nient alieneir, éxcèpteit, se teis 
orphenés gisoit à lit morteile en Teage de XV ains acomplis , qu'ilh posist, 
s'ilh ly plaisoit, assi bien lassier ou donneir de ses biens à sondit manbour 
com à auitruy. Et ne soie poirat de * nuls de ses biens hiretaibles desbireteir 
par quittanche queilconque, maiement de cheaz qu'ilh attent après succes- 
sion d'aultruy, se che n'est pair reportation et vesture faite enssi coni li 
loy requiert. — Item, com les albains et afforains, qui doient moins goiier ' ^ôulir^ninton^'e^ 
des frankies del citeit et des bonnes vilhes que ne fâchent les borgois, aient ^v''^'- 
par le forche del loy^ qui en chu les est trop amiable et aux borgois trop 
estroite et prejudicials, en ' avantaige que, quant ilh quassent aulcuns des 
borgois deseurdb ou les tuwent, et partir soy puelent de fait, que ilh ne 
puelent eistre corregiés de leurs honneurs, et de cas parelhe le sieroit li 
boi^ois ena>ntre Taforains, modereit est et accordeit que, se teis albains 
ou afforains tuwe ou quasse borgois, de queile baston que che soit, et prins 
soit aile fresse coulpe, qu'ilh soit justichiés de sa vie ou de ses menbres^ 
solonc la quantiteit délie excès et solonc le loy de nostre paiis; et s'ilh 
escape, qu'ilh soit forjugiés et demyneis de son honneur; et que de chu 
soy puist la plainte faire pardevant le maieur et les esquevins de Liège 
pour le cas ^ de ladit bergerie. Et en cas où uns albains ou aflforains sieroit 
tuweis par une borgois dedens frankies, ou quassiés d'armes desloiaz, qu'ilh 
n'aiet des quassures nulle amende, et del mort ne pusse eistre le borgois 
travelhiés fours que de banissement tant seulement. 

n Item , quant II personnes soie araynent l'une l'autre en justiche , soit de i>« .gws «{ui m fom 
debtes ou de convenanches de marchandiese , et ilh sont rejourneis ^ ilh lent bi«n neordeir 
soie puelent bien en cheli raccordeir % s'ilh leur plaist, sens revenir en 
justiche et sens paiier amende nulle , fours que uns vies gros , XII sols pour 
le gros, tant seulement, à maieur por I loy de debte levée, se lewée estoit, 
wardeis et reserveis en chu les abandons de saingneur, se donneis estoient 
par justiche. — Item, pftr eskiweir les énormes etpessans frais et despens, Le sauire dex cours 
et les griefe asseguranches et segureteis que les esquevins des cours afo- HJ^Si^.''^""* ^'' 
raines demandent aux partiies plaindantes , quant elles vinent à leur chief, foi. 15, v. 

' Moi omis par Jean de Stavelot. * Came, dans le parillard cité. 

* Jouir. ' Plutôt acffburiMîf, eomme dans le pavitlard. 

* f t non ou, comme dans le MS. * De cheH eoi accorder, ibid. 



60 CHRONIQUE DE JEAN DE STÂVELOT. 

nos avons ordineit et statueit que ly maires ^ les esquevins et leur elers 
jureis 5 s'ilh l'ont , des cours afforaines n'aront d'hors en avant chascon per- 
sonne à 1 chevaile ^ por une journée entière que V vies gros turnois ^ tant 
seulement) Xil sols paiement de Liège por chascon gros compteit; et s'ilh 
y at de cheaux qui commonement chevalchent à plus grant estât aval le 
paiis, ilh auront plus al avenant. Et chascon qui à piet sierat, aurait 111 
semblans gros * por se journée. Et n'est point nostre entente que nuls soit 
compteis à cheval , s'ilh n'at acoustummeit del chevalchier en ses besongnes 
singulers. Encors r'aront lesdis esquevins aux partiies les droitures qu'ilh 
auront paiiet à leur chief al cause de leur rechairgement. Et tant que des 
cours estant en le bainlieu de Liège . ordinons qu'ilh aient leurs frais raso- 
nablement) solonc leur estât, aile taxacion de chief '. 

Des tesmongnage des » f tcm , comme * pluscurs fois Ics partics blechiés soie plaindent des cas 

criminals d'alcuns personnes qui point n'auroit esteit sour le fait, et qui 
aligeront et proveir voront que, à jour et al heure que teis excès avient, ilh 
estoient en aujtres lieu , si qu'ilh estoient innocens de faite, chu debatante la 
partie deplaindante, et alligante que de nuls cas criminals ons ne doit con- 
treproveir, portant que ch'estune négative : accordeit est, et raison le wet, 
que de lieu et de temps , et nient por aultre manière, ons doit eistre admis 
à provanche de telle négative. Et s'ilh avient que chis qui par ceste ma<- 
niere escuseir soie voirat, puist suffissamment et clerement prover, par II 
tesmons ydones et sens suspicion, qu'ilh estoit altrepart enlongiiés de lieu 

comeoionspuetaydier al proprc hcurc que ly fais avient, qu'ilh en soit quitte. — Item, partant 

que alcuns welent de noveal acoustumeir, encontre droit, loy et raison, 
specialment en la citeit de Liège, que, quant alcunne personne est atbains , 
por queile cas que che soit , que nuls ne li soit aidans ne confortans en ses 
songnes singuleirs touchantes ses biens ou son hiretaige , en telle manière 
que dont ilh fuist fpurjugiés, et en voloit-ons alconfois ockiveir ^ et tra-- 
velhier les proismes et amis dédit albains, qui &'entremettoient por ly 
de cas tochans aile loy de paiis, qui point ne dependoient à cas de ladit 

^ La Modération de la loy nouvelle de 1586 en * Mot omis par Jean de SUveloU 

accordait huit. * Ockheur signifiant chicaneur, comme nous 

* Quatre, d*après lé statut de 4386. l'avons dit plus haut, le sens de ce verbe est facile 

' Ce chef, le statut de 1386 l'indiquait : c'était à saisir. 
1 echevinage de la cité. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 61 

abaînsteit : nos avons ordineit et declareit, que nuls ne doit aidier ne 
conforteir Talbain de cas por lequeile ilh est albain, ne enssy ly assisteir 
contre le borgois, por cheli borgoîs greveir de son corps; mains porche 
n'est pais teis albains eslongiés ne priveis de ses biens ne de son hiretaige 
qulUi n'en puist goiir ; et que ses proismes et amis , ou ses manbours , ne 
iy puissent en ehe aidier par loy, teilement que ons feroit à une altre 
afforains , sens nulle perilhe. 

» Item que nulle femme qui soit robée et priese pair forche^ à cry et à De femme robeie. 

hahay ^ de queilconque eaige que elle soit, ne puisse faire loianche nulle 

des faitulz qui soit de valeur, ne eaux quitteir, se * 1111 de ses plus proismes, 

dois de part peire et II de part nteire, ne sont à che suflSssamment ajour- 

neis et consentans, et que cheste loianche ne soy puist Taire fours pardevant 

la justiehe là tdie femme aurait esteit ravie , ou pardevant nos lidit esleu 

et nos hommes feodas , ou pardevant le maieur et les esquevins de Liège 

com chief. Et s'ensi est que teile femme soit deseagié , qu'elle soit par les 

faitoles, dedens XV jours après l'excès perpetreît, relivrée en mains de 

son plus proismes, ou de cheli qui adonc sierat son mambours, por faire 

sa plainte et porsiwir jusques aile exécution. Et se teis faitules estoient 

rebelles de cheli deseagiés à relivereir dedens ledit jour, qu'ilh fuissent 

Torjugiés com murdreurs , quant ly fais aurait esteit proveis. Et que teile 

deseagié ne puist faire loiianche qui valhe jusques à tant qu'ilh aurait 

XV ains acomplis. Et se les proismes ne sont resaisis *, portant ne lairat mie 

li proismes, s'ilh ly plaist, qu'ilh ne faiche la plainte par loy, et chu qu'ilh 

en ferait, se proveir puet la forche, le cry et le hahay, ilh siérait de 

valeur et vertut , et li cry de forjugé fais sour eaux com sour murdreurs. 

— Item, com ilh aiient esteit alcunne fois useit que, quant sor une fieste, D'homme non. 

à une noiches, à I danse * ou à aultre geu commenche I bestons dispor- 

veuwement, sor lequeile ilh arat homme mort, que li proismes de mort 

soy plaindent de grant nombre de gens, entres lesqueis ilh y at pluseurs 

qui sont innocemment acorus à hahay , et pluseurs qui y mettent le bien 

en départant, et des aultres qui rien n'apartinent aux partiies qui cheli 

débat ont commenchiet , et nequident si les tinent les proismes de mort 

* Le hahoff était uo cri de secours et de détresse. ' Et non sens, comme dans le MS. 
Voir notamment Polain, HisUnrt de l'ancien pays * Saisis, dans le payillard cité plus haut. 
de tM^, Tol. I, p. 39S. ^ Dyeause, ibid. 



62 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVBLOT. 

Fol. 16, r«. tous por faitiieles, laquelle cliouxe est peradheux ' et digsounante à raison : 

nos rastraindoQS teilement cheli usaiges que nuls ne soit jugiés ne corre- 
gîés dédit homecîdé, s'il n'ait ferat, lanchiet, stichiet* ou fait derement 
partie de faite ou de malvaises parolles al encontre de mort et de cheaz qui 
estoient de son costeit ^ affin que cheaux qui en sont innocens en demoi* 
rent en paix. Nequident ehe n'est point nostre entente que<, se che estoit 
d'on faite ' porveyut à priiere, mandement ou semonse d'amis, et les parties 
soy corissent sus Tune l'autre et homecide y awîst, que tous cheaz qui 
aroient esteit sour le fait aidans et confortans notoirement, et proveit fnist 
deutement, en allaissent quittes, anchois en fuissent corregiés par le loy 
de paiis. 

Des fireis. » I tcm, com cncontrc Dieu , raison et justiche ilh soit à présent useit frau- 

deleusement et malicieusement, et vaist ^ encors emperant de jour en jours, 
que , quant àlcunne parties atendent à avoir jugement pardevant nos ledit 
esleu , soit en palais ' à Liège ou altrepart là nos avons maisons et capelle, 
que chascon d'elles s'enforche par priiers ou bienfais d'avoir planteit 
d'hommes por venir à son entente et avoir jugement par ly, soit à droit ou à 
tort, portant que tous jugemens passent par la plus grant siiete, sens con- 
sidereir Testât, le sens et descretion de cheauz qui en jugent l'une envers 
l'autre , et ansy fâchent siiete et s'entremêlent awec les jugeurs pluseurtf 
personnes qui point ne sont fiveis et nuls fie£s tinent de nos, ou qui tinent 
fiefs de baretrie , qui sont de petis pris, par eaux acquis por bareteir aultruy 
et eaux afrankier del correxion del laie justiche; et par especial ly maire 
des fiveis aiiet attrait I novelle manière à leur singuleir profit et à damaige 
de toute le common paiis, qu'ilb , al requeste del partiie qui avoir le wet et 
attrait les at de son acourt % font grant assembleie de cheaz qui sont de leur 
fraterniteit , et en amonnent grant nombre sour i jugement, si que les saiges 
et les aysneis, qui sevent le loy et le coustume de paiis, ne puelent avoir 
audienche ne eislre oyus ne creus en cheli cas; et, que piies wault, lesdis 
maieurs wellent et ont attrait de noveal, por les biensfais qu'ilh en re- 



' On a déjà vu que c>st Tortographe adoptée ' D'un fait, 

par Jean de Stavelot pour périUeux. * Mot omis dans le BIS, 

* Ce mot, conserré dans le wallon moderne, ^ Non en la paù, comme porte le MS, 

signifie et^oneé, pou$$é dans, '^ Aecor^. 



CHRONIQUE DE JEAN D^ STAVELOT. 63 

choyvent, encontre nostre haulteur et jurisdiction , de faire le siete des 
hommes en nostre osteit % qui est encontre droit et l'anchien usaige de 
nostre conrt, car chu apartient et est del ofiische nostre maieur de Li^ , 
s'ilh y est presens , ou de cheli qui warde nostre parolle ou de nostre cham- 
brelens : nos , désirons de teile inconvenienche à remédier, si que ly loy de 
nostre court, qui doit eistre cranmon et enwaile à chascon , ne soit point 
par cavillation et forche de partiie encombrée, avons ordineit et statueit 
que le maieurs des fiveis ne soie entremetteront plus des chouses deseurdit^ 
excepteit qu'ilh pouront jugier com fiveis awec les aultres, et que nuls ne 
puist jugier en nostre court, ne en palais ' à Liège, s'ilh ne tient en boin 
hiretaige certain fief movant de nos , qui soit en la valeur de XX sols bonne 
monote de chens de Liège, ou de une moy ' de spelte hiretaible, et s'ilh 
n'est warnis, en cas où ilh seroit debatus, de monstreir par lettres ou par 
nostre papier qu'ilh tenist teile fief que dit est et qu'il l'awist releveit. — 
Neqoident che n*est point nostre entente que cheaz qui tinent ou tenront 
plus petis fiefs de XX sols dédit chens, on d'une muy de spelte, pierdent 
par cheste ordinanche leur hiretaiges, mains osteis siéront des jugemens 
deseurescript , et quant nosdis hommes siéront al jugement, ilh jureront 
soar sains et prenderont sour leur fealteit , se requis en sont par l'une des 
partiies ou par cheli qui nostre parolle warderat, qu'ilh n'atendent à clain 
pierde ne langue, et que riens ne les at esteis donneit ne promis por ju- 
gier de cheli cas , ne riens he prenderont devant ne après , por eaux ne pour 
allrny. Et oultre encor , que chascuns desdis fiveis soit tenus del declareir 
par loy le jugement qu'ilh renderat, s'ilh en est requis , et se declareir nelle 
savoit, ou sa déclaration fuist encontre le loy, qu'ilh soit de nulle valeur. 
— fit ordinons expressément que lesdis fiveis ne puissent donneir nuls 
conseais aux parties ne à personne queilconque , por argent ne biensfais 
prendans, devant ne après; mains ilh poront bien donneir conselhe, se 
requis en sont, sens prendre biensfais. Et ne puissent les maires des fiveis 
eseondire de ajoumeir les hommes de fief, toutes les fois que requis en sié- 
ront, por un vies gros turnois, XII sols por le gros comptant. 



- i 



H6Cel. diqué précédemment, nous corrigeons ce passage, 

* lei , comme on peu plus haut, Jean de Slave- où il ne pent être question du tribunal de paix, 
loi ■ écrit m la paii. En suivant le pavillard in- ' Moy pour muy. 



64 CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 



Desaiiuena. » Item, coiB par ccste meismes indiscrète et desordinée manière sont 

Fol. 16, V» acoustumeit par les alluens jugans entre Sainte-Marie et Sains-Lambert^ 

engliese de Liège, de jugier des allues ^ gisans fours frankies, et quicon- 
ques y puet avoir de son acort plus de partie chis l'emporte, sens peseir 
ne considereir le loy de paiis , ne porteir plus de reverenche al vies com 
al jovene , ne à saige que aux fous , dont pluseurs personnes ont esteit 
à tort et à pechiet deshireteit encontre droit et raison : — Nos avons con- 
sidereit por le melheur que , solonc che que lesdis alluens ont plainteit 
et grant nombre dez biens en leur jugement , car délie plus grant partie 
de tous les allouz de nostre dyoceise, gisans fours frankies, ilh puelent 
conoistre et jugier sens reprendement, quant les parties en vinent prendre 
droit pardevant eaux , qu'ilh sieroit plus honeste , plus rasonaible et plus 
acceptaible qu'ilh y awist court . perpétuée qui jugaist des allouz deseur^ 
dis gisans fours frankies, que dont ilh en jugent cheaux qui 'devant y 
sont appelleis, car soventfois avient que por le cause' des alluens ons 
fait pluseurs paires d'oevres d'une meismes hiretaiges contraire l'une à 
DeieourijurêedMXii Tautrc. — Et partant nos atons ordineit et accordeit qu'ilh aurait endit 
a aens t Lieg«. |.^^ court juréo ct perpetuéc de XII proidhommes , suffissans et ydones 

borgois. residens en ladit citeit de Liège, et d'une maieur enssi, desqueis 
nos lidis esleu enlirons et commetterons IIII et le maieur, le capitle IIII, 
et les maistres délie citeit, quiconques le siéront por le temps, les aul- 
très un , soiient clers ou lays , qui en leur novelle réception siéront endit 
capitle mis en fealteit, et uzeront de donc en avant des allouz deseurdis 
si que soverain court et chief , solonc la loy de Liège et les ordinanches 
chiens escriptes. Et quant li alcuns d'eaux trespasserat, chis qui por le- 
queile de nos eslut^ le capitle ou les maistres deseurdis ly trespasseis y 
auroit esteit commis et institueis, y poirat et devrat remettre 1 altre; et 
enssi et par ceste manière en sierat d'hors en avant perpetuelment uzeit. 
Liqueis maieur et alluens ne poront ne devront avoir tous ensemble por 1 
simple vesture que une double warde de II vies gros tournois tant seule- 
ment, XII sols por le gros, suppoiseit que les hiretaiges gesissent en plu- 
seurs pieches, ou por I lettre à saieleir que VIII semblans gros turnois, 
dont li maires aurait une por se parchon, et lesdis alluens le sorplus en 

1 AUue$ ou aUuenê, alleux. * Le congés, dans le pavillard déjà cité. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAYELOT. 6S 

common et à enweule ' parchon. Et uzeront en leur offische donc common 
sael awec le sael del archeprestre de Liège, qui d'anliquiteit at uzeitde 
teiles lettres à saeileir. Et auront une clerc jureis, et papier aulentike por 
registreir les oevres qui auront esteit faites pardevant eaux: liqueis arche- 
preistre ne poirat demandeir por son sael que 1 semblans vies gros tant 
seulement Et non obstante ches ordinanches , c'este nostre entente que 
toutes oevres faites des alluens deseurdis;, anchois le daute de ches lettres , 
soloDC 1 usaige acoustumeit de temps passeit, demeurent de valeur. 
» Item, com alcuns clameurs soient faites à nos l'esleu deseurdit al cause De commettre ii hom- 

11 i4>*>i i¥i 1 mes i fait dclle paix. 

de che que nos avons alcuns fois useit de commettre 11 hommes de nostre 
conseilhe à faire enqueste des cas tochans les jugemens de nostre paiis , 
et par espechial de cheaz dont par nostre mambour por le droiture de 
nostre engliese les apeals siéront fais , ou tochans enssi que les jugemens 
de nostre court, en queis attendons pierdre * ou wangne, qui semble à 
y pluseurs personnes descovenable : nos , desirans de toutes abusion re- 
mettre en estât deut à nostre poioir, summes à che assentis et acordeis 
que d'hors en avant , à nulle cause dont en nostre paix à Liège les apeals 
siéront fais par nostre mambor ', en nostre nom et por nos en nostre court, 
et dont pierde ou wangne puist à nos apartenir, là ilh besongnerat à 
mettre dois enquereurs, nos n'y comjoietterons ne porons commettre al- 
cunne personne estant de nostre conseilhe, ains y commettrons dois aul- 
tres personnes ydonnes et suffissantes sens suspicion. Et est nostre entente 
que les oiSschiens, en cuy offische ly excès sierat perpetreis, ne puist 
estre aile enqueste ne à jugement qui rendus en sierat. — Item, por re- LejaUir des enque 
sisteir aux grans et énormes frais , despens et salairs que les enquereurs 
ont acoustumeit de faire et prendre, et aux descovenables et pesantes 
segurteis qu'ilh demandent az parties qui welent proveir pardevant eaux, 
dont soventfojs les drois des poevres gens est astargiés * : nos avons ordi- 
neit et statuait que d'hors en avant teis enquereurs n'aient ne demandeir 
ne puissent por une journée, chascon d'eaux à I cheval, que demy-double 

* Pour enwaiU oa enwak, égale. mambor, comme dict est ehi-de$eur, ou deplainte 

* Pour pierde, perte. Voy. quelques ligues plus sieroit faite par noitre mambor en nottre nom et 
loin. pour, etc. 

' Le paYîllard, dont le texte nous sert à cou- * Retardé. 
tr61er celui du MS. porte : siéront fais par nostre 

9 



reurs. 



66 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Fol. 17, r». d'or^ ou' la valeur de IX vies gros tournois, XII sols por le gros, tant 

seulement. Et s'ilh ont usaige de chevalchier commonement à plus grant 
estai, ilh en auront plus al avenant; et aultre droiture, salaire ne oortosie 
lesdis enquereurs ne poront demandeir. — Item, alKn oussi que tout 

D<» cours hauiies et cours, haultes ot basses, usantes délie loy de Liège, soient tenues de uzeir 

des artycles et poins devant declareis, et oussi des aultres touclians la loy 
de paiis qui sont modereis et escris dedens le pais faite dierainement, c'on 
dist le paix des XVI, nos volons et ordinons que lesdis esquevins de 
Liège soient tenus, quant requis en siéront, de commandeir et constrain- 
dre, soit par rechargement ou par leurs lettres saeleez des 11 maistres de 
leurs consquevins aux cours devant escript, qu'ilh usent de tous les poius 
devant rechiteis^ et qu'ilh les tengnent et acomplissent , sens detriier les 
partiies, en bon foid et sens malengien. 

Leteriroenideiesque- » Itcm , aflSn quc la loy soit enwallement jngié, enssi bien à pocvre com 

à riche, et que tous jugemens puissent procedeir rasonablement, sens co- 
rumpre les juges par dons ne promesses , et por ches meismes juges war* 
deir de toutes suspicions de lowier * à prendre en teis cas de jugement, 
nos statuons et ordinons et commandons que tous les esquevins de Liège 
qui ors sont, et les alluens deseurnommeis, toutes fois que rechus siéront, 
et tous cheaux des esquevins et alluens qui après venront, siéront tenus 
de comparoir pardevant nos ledit capitle, et jureront sour sains awec Tan- 
chien seriment acoustumeit, leurs mains touchiiés sour les saintes Ewan- 
geiles, que jamais, par eaux ne par aultruy, ne feront traitiiés, convenan- 
ches, pactions ne marchandieses de nulle lowier ne bienfais à rechivoir à 
nulles des partiies qui auront à plaidier pardevant eaz , ne à altruy en leur 
nom, ne por leur cauze , devant le jugement ne après. Et né renderont nulle 
jugement ne rechaii^ement aux cours prendant chief à eaux , se les parties 
et leurs parliers n'ont anchois jureit publement sour sains, ly une en pre- 
senche de l'autre s'ilh y wet eistre, et de tous aultres là presens qui oiir le 
voront , que chascon d'elles les partiies et parliers tint et croit avoir juste 
querelle, et qu'ilh n'ont donneit ne promis por cheli cause, par eaux ne 

' En, lil-on dans le paWllard. ial, lit-on dans le glossaire de Ducange, x' Aoe- 

* Lowier et loier, bienfait^ récompense; mmnus ntim. 
quod ab eo âaiur qui aiteriui benevolentiam eap- 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 67 

par aultruy, ne feront donneîr ne promettre, devant ne après le jugement, 
or, ai^nt ne joweals qui valhe IIII deniers ou plus, à personne nulle dont 
li profit puist parvenir aux jugeurs qui en ont à jugier. Et telle et semblant 
seriment feront tontes les aultres cours de haulteurs et tenans des cours 
jureez, usantes del loy de Liège, en leur novelle réception , et le feront 
faire les partiez et parliers plattantes pardevant eaux. 

n Lesquelles mutations, addicions, correxions de ladit loy, status et ordi- ,u conclusion. 
nanches chiens contenues, awec les aultres toucbans le loy de paiis, qui 
sont modereis et esoris dedens le paix faite dierainement, c'on dist le paix 
des XVI, nos lidis esleus de Liège et conte de Louz devant nommeis, li visce- 
doien, capitle et le citeit desenrdit, por nos et pour tous aultres sorseans 
et laites del loy de chief de Liège, promettons et avons enconvent li uns 
de nos envers l'autre , et à che loialment nos obligons por nos et por nos 
successeurs, d'elles à tenir, useir, fair et acomplir fermement et continuel* 
ment pendant le tierme de cent ains à che institueis, sens proeedeir alcunne- 
ment aile encontre en toute ne en partiie, portant qu'elles sont honorables^ 
profitables et rasonables aile réparation ' délie loy et de tous les estas de 
nostre paiis. Et promettons semblamment que jamais d'hors en avant, cheli 
tierme pendant, ne recheveront noveal sangnour ne noveals offichiens, s'ilh 
ne jure soUempnement, av^ec les aultres serimens anchienement acoustum- 
meit , de tenir, faire et acomplir sens violations ches status et loy muée. — 
Et commanderons aux esquevins de Liège qui ors sont, et ja de presens 
commandons, et à tous leurs successeurs, et enssi à tout aultres cours, 
haultes et basses, dedens frankies et débours, usantes del loy de Liège, 
qu'ilh d'hors en avant, pendant le tierme de cent ains deseurdis, usent, ju- 
gent et rechairgent de tous les poins et artycles chiens contenus , et enssi 
dedareis en ladit paix des XVI par le manière et solonc la fourme devant 
ordinëe; le remanant de ladit loy de Liège dont chiens n'est faite mension, 
et oussi des altres franchies, status et liberteis de nos ladit citeit, et dez 
aultres frankes vilhes de nostredit paiis del evesqueit de Liège et oonteit de 
Louz , qui à ches ne sont contraires, demorantes en leur vigeur. Et portant foi. it, «•. 
que nos volons ches ordinances mies* corroboreir et enfourchier, nos lidis 
esleus , ly vice-doien , capitle et tout ly universiteit de la citeit sovent nom- 

j ^dxa le pavillard. • ' Mieux. 



68 GHROJNIQUE DE JEAtS DE STAVELOT. 

meis, avons à ches lettres fait appendre nostre grand saeal, en confir* 
matîon de veriteit, sour l'an de grasce M GCGC et III, le XXVIIh jour 
d'octembre. » 
La lettre des viii lo- c( In nomine Domini Amen. A tous cheàux qui ches présentes lettres vie^ 

rhunt Ifs status. ^ ^ ^ . .. •• ii««ai • •* •à. ^ 

ront et pront, nous les maistres, jureis, conselhe et toute ly universiteit de 

la citeit, franchiese et bainlieu de Liège, salut en cheli qui est salveir de 

toute le monde. Gognut chouse soit à chascon et à tons que, considereit 

diligemment le common profit, utiliteit et honneurs de nos tous, grans^ 

moiens et petis, eyut sour cKe avantrainement meur avis et délibération, 

et por refreneir et mettre remeide aux discovenables usaiges par lesqueis 

droit, raison et status poroient estre atargiés, dont grans péris, inconve- 

nienches et dissentions journéement en ladit citeit, frankiez et bainlieu 

avinent, et y pouissent * encor plus grief avenir, se al aide de Dieu par le 

La modération sor les regairt dez saiges ne fuist porveyut de remeide, en restraindant et en re- 
status dei cîteu. • .. 1><l «]11*«*a'a«1_ « «. 

dusant^ et remédiant le governement de ladite citeit a bonnes voiez et 

maours ' de common assent de nous tous, avons statueit et ordineit, statuons 

et ordinons en la manière que chi-apres sensiiet, c'est assavoir : — Pre- 

DeporteirfoursieieD- micrs , quc dc chi jôur cu avaut, aiEn que les bonnes gens soient hastive- 

questesetrapeals. .. ■•«• « -i^aa* i i â^i 

ment descombreis et puissent avoir droit et raison solonc les status, lez 
maistres et. li conseaux . siéront songneusement aux rapeaz , et porteront 
fours les enquestes des cas où commis aront esteit II jureis après les en- 
questes faites, sens prolongier; voir que c'este li entention que tout fois 
que ons sierat aux rapeals, soit de bannissement ou d'aultres cas, sor 
chequeiesjureisdoient piaiutes determyueiz' par les jureis^ de queilconque vinaul * que che soit, li 
oneoquei . ^^^^ j^ viuals, qui al cause de son offîsche doit hours porleir et liiere'^ lesdit 
rappeaux , aiient deleis et awec ly le vraie coppie des status deldit citeit , à 
teile fin, se alcuns des ofliciens, qui là presens sieroit, disoit ou voloit sour- 
tenir alcunne oppinion venant contre le status , que tantoist là-meisînes ly 
status ly fust liis, si que sour che soy remisist al droit voie dédit statut; et 
se che ne faisoit, que adonc son oppinion ou siiete fust de nulle valeur et 
ver tut. Porveyut enssi en chu que les maistres et ly conselhe , de chi jour 

^ 5tC; pour powissent. ' Termineêsf, portent les deux pavil lards cilés. 

* Mœurs sans doute. Les deux pavillards des * Vinaule ou wnave, nom donné à Liège aux 

Archives (cotés G, 351 et 352, case 15), avec les- quartiers de la ville, 

quels nous comparons notre texte, portent meures. * Lire. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



69 



eD avant, soient tenus del seiir aux rapeals del une de vinaul après l'autre. 
Et del heure qu'ilh auront commenchiet à termineir le papier del une des 
vinaul, qu'ilh soient tenus de cheli à porsiere de plainte à plainte, l'une après 
l'autre, sens entreprendre alcuns papier des autres vinals, jusques à tant 
que fineit auront cheli qui commenchiet siérait. — Ëxcepteit seulement que, 
se II personnes estoient plaintes l'une de l'autre, et li une des plaintes aux 
jureis ou rapealz fuist terminée, et li aultre non, que adonc et non altre- 
ment les jureis à ' leurs papiers, ou les maistres et conseihe aux rappeaux 
poront cheli plainte nient termineez desdites II personnes fours porteir et 
termineir avant les aultres en papier des jureis ou en rapeaulz estant; afiin 
que li une dez dois personnes aiient oussi bien son amende, si avant que 
avoir le devrait, que li aultre, sens cavillation ne maile engien. 

rt Item, portant que les jureis del citeit, par eaux, leurs clers et varlet. Desjurei». 
avoient acoustummeit de prendre assois largement leur salaire, et par spé- 
cial des cas touchans ou apartenans aux vogemens de forche, ou d'aultres 
cas où summes d'argent ne siéraient denommeis, por en chu remédier, 
acordons et ordinons que de une teile cas sour lequeile II jureis siéront 
commis , mains que ly enqueste soie faite* dedens frankiese et bainlieu, les 
jureis, por eaux, leurs clers et varlet, deveront estre contens de trois florins 
de Rins ou leur valeur; et se pour chu aleir ou chevalchier leur convenist ' 
honrs frankiese et bainlieu, se deveront lesdis jureis, clers et variés eistre 
contens chasoon d'eaux por sa personne por chascon jour de XXX sols de 
turnois, monoie courant en bourse, por leurs paines. Et H partie qui hours 
lesmonroit, lesdevrat faire leurs despens solonc leurs estas. Et de une cause foi. i8,r«. 
dont somme sierat dénommée, dedens frankiese et bainlieu , lesdis jureis , 
clers et variés siéront contens de XL lib. VII lib., monoie corante en burse, 
et de cent lib. X lib. deldite monoie, et de plus plus, et de moins moins; 
voir que c'est nostre intention que li partiie qui tourt ^ arat soit tenue de 
paiier tous les frais por li et por sa partiie adverse entièrement. — Item, 
eocor volons et acordons que les jureis , de queilconque vinal que che soit, chu «^ue jureis doiem 
por eaux , leur clerc et varlet, por une famé ' à faire dedens la citeit, fran- *'''"' ^"^ ' '""*"* 



^ Et, dans les deux mêmes pavillards. 

' Soy fâche f ibid. 

' Otf f e thtvakhUr Uur eovmki, ibîd. 



* Tourt pour tort» 

^ Ce mot doit avoir ici le sens de proclamation. 



70 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVBLOT. 

kiese erbainlieu , soient contens, sens plus avint à demandeîr, de XU iib., 
paiement liegois . et al débours deldit citeit, frankiese et bainKen , jusques 
à Huy ou semblamment oussi long, auront-ilb le double; et oultre V liewes 
à marniontant de XXX sob le jour, enssi que chinieseure soy contient en 
menbres des vogemens, oultre leurs frais paiiés, com deseur est deviseit. 

De puinteen fiiiïama- » Item, volous et acordons que, se alcunne personne soie depiaindoit de 

diifamement de y pluseurs en une seule plainte ou de personne sourdit, 
lesdis jureis, clers et variés , por le famé en cbeli cas à faire, soient contens, 
sens plus avapt à demandeir, de salaire deseure reciteit. Et enssi que les 
maires de vinale soit content délie argent del wille pour ly ; et les jureis, 
clers et variés soient contens del avoir chascon d'eaux V sols por le exécu- 
tion dédit diffammement à faire à peiron à Liège ; et que parmy cheiy pris 
ne le puissent escondire aulcunnement. — Item, por osteir tout astarge-^ 

NuUoffichicosnepuet mcnt à status, statuons et ordinons que quiconques del Sains-Jacque pro«* 

chainement venant en avant siérait jureis ou governeurs, ou porterait 
aultre office de ladit citeit, que, dedens cheli année et l'autre en après tan- 
toist ensiwant, ne puist estre maire de vinale; et parelhement quiconques 
sierat maires dédit temps en avant, ne puist Tannée de sadit marrie, ne 
Tannée après ensiwant, eistre jureis , governeurs ne altre offichiers de ladit 
citeit. Et est nostre intention que ly maires de vinale, por chascon cry de 
peiron qu'ilh ferat sour une partiie , dont solonc les status n'en doit de une 
seule cas faire que trois crys, ne puissent demandeir ne plus prendre que 
IL sols VI deniers deldit monoie. 

Lv maire de vinale (Wit >' Item, volons et ordiuons que, quant sour aulcunne personne manante 

lassiersaToirauxpar- «. r % • i «m ••«^•«< «ij* ■ «^^ 

lies. fours frankiese ly status siérait fais et termyneis, lydis maires soit tenus 

délie lassier savoir aux mainsons desdites personnes par le variés des jureis 
et à ses frais, affln, s'ilh leur plaist, qu'ilh ne soient mie decheutes délie 

Lemaistredevinaiene rapclleir. — Itcm , voIous ct ordiuous que lidis maire de vinale por Tar- 

frait albain se ehe aiii'iii) m. • m. ^ • ■ ii.* 

n'eM,etc. gcut dclle viUc d ors en avant ne puissent faire aulcune personne albain, 

s'ilh n'at esteit avantrainement par une varlet des maistres ajourneis, à sa 
bouche ou à sa maison, à sa femme ou à sa maisniez ', ou al moins à II de 
ses plus prochain voisin, en cas où ilh, sa femme et maisniez ' ne sieroient 
troveis en sa maison, pour monstreir paiement, et qu'ilh lidis maires por 

* Sur le sens de ce mot, voir le glossaire de Ducange, t« Mm$noda. 



CHRONIQUE DR JEAN DE STAVELOT. 71 

chasooQ de ches «jours ^ux parties ne puist redemandeir que V sols^ monoie 
courant en bourse. — Item, voions et ordinons que li maires de vinale comeni i plainte don 
oullrez les II anneez^ ne enssi sens les partiies à respondre et sens provan- «mè- 
ches à faire, meismes se les partiies de leur plainte, queile qu'ilh fussent, 
estoient d'accort, ne puist faire termyneir sor alcunne personne sour cuy 
sierat termineit faire crieir ', jusques à tant que li rapeal soit, se rappelleit 
estoit, en aurait jugietV Et parelhement voilons et ordinons, se aulcunne 
soy deplainte devant les jureis d'altruy, que chell deplaindant soit tenus 
de parsiere sa plainte tant qu'ilh soit terminée dedens Tan, et se che ne 
fait, que de donc en avant la plainte soit de nulle valloir. 

» Item, voilons et statuons et ordinons que d'hors en avant ly maires et chèque maire ei jurés 

^^^ * •' de vinaldoient avoir. 

les jureis des vinals, leur clerc et varlet, quant aulcunne personne beson- 
gnerait d'avoir le papier des jureis pardevant les maistres et conselhe por 
alconne plainte ou famé terminées et gisant en rapeaux, ou por aultre cas 
veioir ou fors porteir, soit tenus de cheli papier aporteir, et faire chu que 
laire en doient, parmy XX sols, monoie • corante en bourse, por eaux tous 
ensemble, et que parmy che ne le puissent escondîre. — Item, voilons et ^"•jjjjjj^jjfj*'**'*) 
ordinons que les jureis, de queilconques vinale qu'ilh soient , por oiîr tes- •»' i««»ont. 
mongnage des tesmons qui produs siéront pardevant eaux, sour queil- 
conques plaintes que che soit, d'hors en avant ne prendent salaire aulcun, fou i8,v«. 
ains les ^ oient tout pour nient. — Item, aue les jureis soient contens, por une chenue jureis euierc» 

, ■ ^^ •* , -•• doient aroir por I 

plainte a prendre aux parties, soilement de V sols, et li clers dez jureis por pia»te. 
escrire en leur papier une de diffamement soit contens de V sols'; et li 
variés enssi, dedens frankies et bainlieu, por ajourneirlcs parties por res- 
pondre soit contens por chascon adjour de II sols VI deniers , et autretant 
por chascon ajour fait à tesmons qui deveront tesmongnier; et defours 
frankiese et bainlieu soit contens por chascon liewe de avoir VII sols VI 
deniers oultre le salaire del ajour deseurdit. 

■ 

* iVe pm$t faire termineir tour akune personne * Enoore un mot omis. 

iatU pUnU êenU faiif et ne jnmt auêsi uktmnie * £iie ekre dejureù pour eecrire en leur pappir 

pereonne 9our euy serat termineii faire erieir, etc. une pleni de diffamation toU contene doirs en avant 

Texte des deox pavillards cités plus haut. de X soU, et pour une altre plent de V sols, queiU 

* Juêquee à tant que U rapeal serat rappetkit et quU soit: et ly variés aussi. Texte des deux pavil- 
jugieif ibid. lards cités plus baïut. 

■ Mot omis dans le MS. 



/ 



72 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

De de» et de varié!, <j« » Item, voloDs cnssî ct accordoDS , ensiwant les status de ladit citeit, qae 

quiconques delle Sains-Jaque prochainement venant sierat clers ou variés 
de une des vinals, que l'autre ain après continuelment ensiwant ne puist 

D.S aiiiains. eistre cler ne variés en nulle des vinals de la citeit — Item, portant que 

aulcunne fois ons at excedeit de prendre aux albains , quant ilh avoient 
satisfait aux parties, trop grant sommes d'or ou d'argent , por le contempt * 
de la vilhe en raquerant leur boirgerie, aflîn que de chi jour en avant en 
soit useit rasonablement, se volons et acordons que quiconques siérait al- 
bain , por le somme de XXV lib. ou al desous , et arait asseis fait aile partie, 
ilh devrat paier por sa borgerie à raquerir aux IIII raintiers delle vilhe 
soilement demy-florin de Rien, et por le somme de L. lib. une florin de 
Rien, et enssi todis al amontant jusques al somme de Vll<^ lib., et oultre 

D«» aib.ins desohei.- VII^ Ub. dc XV dcH. 1 dcu. £t est encore nostre intention que quiconques 

serat albain, por desobeissanche fait aile partie, s'il est chevalier, ilh paierat 
por sa borgerie à raquerir IIII florins de Riens , et s'ilh est escuwiers ou 
riche bons vivant de siens, II florins de Riens, et s'ilh est poevres bons 
labureur, demy semblans florins de Riens. 

Del iiorKeriodd Violet. » Itcm , volous ct ordiuons quc chascon qui acquérir volrat la borgerie de 

ladit citeit, assavoir del Violet', acquérir le porat d'hors en avant, solonc le 
tenure delle paix dierainnement faite a Tongre, parmyX florins de Riens 
paiant aux lUI rentiers deldit citeit, et non plus avant. — Item, que tos 

De borgoi» fours bain- chcaz qui dcmoircut fours bainlieu, qui d'hors en avant acquieront le bor- 
gerie de alcuns mestiers de ladit citeit, awec le deyut qu'ilh en paieront à 
mestier cuy borgerie acquieront, paient' oussi aux IIII rentiers del citeit 
I florin de Rien por l'afrancissement de leur borgerie, en ayuwe des neces- 
siteis deldit citeit à sourtenir; et à clerc, après chu que publiiet siéront al 
peron, por escrire en papier del Violet, X sous monoie corante en bourse. 
Et parmy chu devra goiir yteiles boirgois des frankies de ladit citeit. 

De clerc de citeit qui » Itcm , quc dc chi jour cu avant li clerc secrétaire del citeit devrat escrire 

les lettres missibles qui besongneront aux borgois dedens ladit citeit, fran- 
kies et bainlieu manans. et ly hoste del Violet ycelles saiieleir, sens salair 

' Canteru, ïbid, ' Ou bien encore pateron/, et non potanl, comme 

' C'est le nom qui servait à désigner la maison Jean de Stavelot Ta écrit, 
commune à Liège. 



lieu. 



aurftt, etc. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 73 

eo demandeir. — Item , affin que toutes chouses d'hors en avant soie pus- 
sent faire deutement , nos volons et ordinons que d'hors en avant nuls qui 
soit d'aulcuns mestiers-de ladit citeit puist acquérir I aultre mestiers, por 
lassiér cheli dont premièrement sieroit. et por porteir les offischez de cheli oos ne doit acquérir 

. ,.,, . • •* • - . -^ ^. »Hrenie$tierpf.r avoir 

mestiers quilh enssi acquieroit, ne enssi pour fair sour aultre mestier offiehes. 
siiete ne offichiers que sour cheli en queile le temps devant ilh les auront 
fait et paiiet son ost , voirs que ch' este nostre intention que teiles acque- 
rans aultres mestiers que cheli dont premiers auront uzeit, paiiet toudis 
son ost en temps de gueres en cheli mestiers où paiiet l'auroit le temps pas- 
seit, et soit quitte de son ost à l'autre mestier parmy XXX soûls paiant^ 
enssi com de temps passeit at esteit uzeit et acoustumeit. — Item, encore Qaeissenfdoieni faire 
volons et acordons que d'hors en avant nuls afforains borgois, manans fours 
del bainlieu , aprendiches ne enfans de maistres ' desous eiage , tant dedens 
frankies et bainlieu com defottrs , puist faire siiete ne élection alcuns des 
offiches de ladit citeit , à telle fien que lesdites offîches , gros et menues, 
soient plus justement donneez en temps future. 
» Item, volons et ordinons que tos cheaz qui à jour del Sains-Jaque pro- Les maistres doieotju- 

,. • 1 1 i-«ii>*i4v*iii '•*' ^^ nieot e»lre 

chamement venant siéront eslus par le grand siiete del citeit al offiche del "»!•«» dedens un 

maistrie de Liège, jurent sollempnement , les mains touchiés aux sains 

awec le seriment anchienement acoustummeit, que ilh dedens IIII ains, 

comroenchans aile essuee * de leur année continuelment l'une après l'autre 

ensiwant, ne porteront le oflSsche de ladit maistrie, meisme se par la citeit 

ledit terme pendant y estoiei^t r'esleus, maiement com' ladit citeit ne puist foi 19, r». 

absoire ne despenseir ledit seriment. Et oussi jureront que,. pour lesdites 

ofEsches avoir et tenir, par eaux ne par aultruy, en secreit ne en appert, 

n'ont donneit ne promis, ne fait donneir ne promettre, ne enssi priiet 

ne fait priier en alcunne manière. Et parelhement le devront jureir tous 

cheaux qui d'an en an siéront eslus aux oflSsches soventdites. 

n Item, avons regardeit à che que li offiche de la XXlh est une offische coment oos doit faire 
que de droit necessiteit requiert que teiles gens y soient esleus qui sachent 
la loy et les estas de paiis, et de temps passeit pair pluseurs fois ons aiiet 
esleus jovenes gens, nient expeirs et non sachans les estas de la loy de paiis 

* Et non ffUêHen, conune dans le MS. ' Maiemeni comment comme, lit-on dans les 

* Issue. deux pavillards cités. 

10 



74 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

devantdît, dont pluseurs inconvenîenehes sont avenus et dont missi y plu- 
seurs sont et ont tres^grandement travelhiés et vexeez à grant tourt ' : pour 
en chu remédier, volons et ordinons que d'hors en avant par le plus grant 
siîete de ladit cileit, solonc le tenure del Paix des XXII, tous les ains à 
jour de Sainte-Lucie soient esleus IIII souffisans borgois, saiges et discreis 
por Foffische délie XXI 1« de pairt ledit citeit à porteir, affin que toutes 
chouses soient justement et rasonablement solonc le tenure de ladit paix 
fait et ordinée. Et parelhement soient les saingneurs de vénérable capitle 
de Liège, et les barons, chevaliers awec les aultres membres de paiis, 
requis de cheli oflSsche d'hors en avant mettre et eslire gens suffisans , soy 
cognissans aile loy de paiis soventdite. 
D«f offiehei de quoy » Itcm, portant quc de temps passe! t, en eslisant les maistres et tous altres 
ons fait iMriie. offichîcns dc ladit citeit, ons aiiet tenut manière et voie descovenable, que 

ladit citeit en at esteit diffamée et oyut petit renommée, por cheli diffama- 
tion et maile renommée à mettre jus et osteir, et acquérir bon loos et bon 
nom, nos voilons, statuons et ordinons que quiquoncques , de chi jour en 
avant, en secreit ne en appeirt, par li ne par altruy, prierat, donrat, pro- 
metterat, procurrat ou presterat, ou ferat priier, donneir, procureir ou 
presteir aulcunne chouse ou biensfais, queis qu'ilh soient, por aulcunnes 
des ofiiches de la maistrie, des quatres rentiers délie citeit, des XXII, des 
fermeteurs, des VI del fore, des jureis, des governeurs, de cheaz qui cest 
présentes ordinanches auront à gardeir et executeir, à avoir et porteir ', 
yteiles, chu faisant et enssi venans al encontre de ches présentes ordi- 
nanches, mains que li fais soit deutement proveis, les parties ajourneez 
por respondre et veioir tesmons jureir, soit de son fait meismes priveis et 
osteis de son offiches , et de toutes aultres de ladit citeit, par l'espause de X 
ains entiers continuelmefit l'unck après l'autre ensiwant, et paierat aweck 
chu, dedens tiers jours après le publication fait à peron, X mars de bonne 
monoie , dont la terche part parvenrat alledit citeit , et les aultres dois pars 
à cheaz qui ches présentes ordinanches garderont et exécuteront, por eanz, 
leurs clers et variés, et pour faire pitanches aux frères meneurs où ilh 
auront leur repaire. Voir que c'est nostre intention , se teis qui siéront con- 

^ Sont a tort très grandement traveUMés et eexeit. * Auront à gardeir, exerceir et avoir porteir, Ib. 

Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 75 

veoeus et jagiés estoient mhistres de Liege^ou une des VIII de chis présentes 

ordinanches à gardeir, que jà n'avengne) que yehis soit tenus de paiier 

le double dellè poine en ai|;ent deseurdit, aile départir aile manière de- 

seurdit, si hault que sour yestre albain et priveis de leur bergerie. Et tout 

parelhement devront eistre et siéront corregiés et punies tous cheaz desdis 

maistres, des IIII rentier^, des jureis, govemeurs et jugeurs au& status, 

qui siéront convencus de avoir pris oir ou argent, beveraiges ne aultres 

biensfais à parties queilconques , ou por queilconques cas , dont aux status, 

rappeaLz et enquestes ons auroit à faire pardevant les maistres ou les jureis , 

ou conselhe de ladit citeit, mains que li fais soit deutement proveis,.les 

parties, por respondre et veioir tesmons jureir, suflSssament adjourneis. 

Item, est nostre intention que quikionques, en paroUes ou en aultres ma- o« eheut qui feront vi 

niere^ feroit ou diroit vilonie et injure aux VIII esleus à chest présente or- 

dinanche al cause de leurs offiches, ilh paierat le double amende que coh- 

tenut est en status de ladit citeit. 

o Item , portant que de temps passeit ont esteit fais pluseurs ordinanches 
por rastraindre les discovenableteis , qui par les jovenes gens soy fasoient 
en telles et parelhes cas que deseur sont touchiés , et por ycelles ordi- 
nanches adonc com dit est faire et executeir, y fuissent commis de chascon foi. i«, v». 
mestier une homme, et lidis mestier, dont grant piteit estoit, y commetis- 
sent gens pair subtiliteit nient porpenseez, qui meismes maintefois estoienlf 
acoustummeis de faire les desconvenabliteis, qu'ilh dévoient resisteir et 
corrigier; et nos sour che aviseis aiions eslus por cheli premier fois, par les 
plus grandes siietes de nos tous, VIII sufiissans , saiges et discreit personnes 
por l'offische de ches présentes ordinanche à pourteir, faire et executeir, 
assavoir sont : Lowys de Sains-Martin, escuwier, Wilhem de Flemale, ly 
vies Renier de Rengnier \ Robier de Sains-Nycholay % Johans Gelet % Giele 
de Mes ^ Denis de Jemeppe ", et Waltier de Vileir l'escohier ^ : c'est nostre 
intention que tous les ains, VIII jours devant le fieste de Tous les Sains, aile 
queile fieste li offlsche de ches présentes ordinanches commencherait et 
finerait, les maistres de Liège, qui qui le soient por les temps, et les VIII 
qui auront offichiiet por toute Tannée deseurdit, venront enssemble à la 

■ Renghevier, drappiÊr. ïbid. * GilhêdeMe$$e, tomangùns. n>id. 

* Saim Niehoiojf m Glm* Ibid. ' Denys de Jemeppe, tè bolengier. n>id. 

> Joham Goke, le oÂ^merofM. Ibid. * Li vaMmt ieofwr. Ibid. 



76 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



maison del vilhe, là lesdis maistres et les VIII deseur rechiteis, qui qoi le 
siéront por le temps, sour leur fealteis et serimens eslisent, sens parties 
et suspicion alcuns, VIII aultres personnes de ladit citeit qui point, puis le 
daute de ches lettres en avant, n'aiient porteit le$ offiches de la maistrie de 
Liège, dedens lequeile temps les maistres de ladit citeit à présent estant 
siéront compteis et. compris, por l'offische de ches présentes por l'année 
ensiwant à porteir, et por aidier toutes gens avoir droit et gardeir leur 
honneur; et enssi d'ain en ain<, tondis VIII jours devant ladit fieste : les- 
queis, enssi que dit est, eslus d'ain en ain, por plus diligenment et ewalle- 
ment en chouses deseurdit procedeir, enqueir et jugier à leur boins sens 
et savoir, jureront sollempnement, leurs mains touchiésaux sains, parde- 
vant les maistres et le conselhe, de bien et loialment faire leur offisches^ 
et de corregier et punier tous cheaz qui d'hors en avant méfieront contre 
ches ordinanches, sens entreprendre chouse qui avenue soit de temps pas- 
seit, et sens riens excedeir plus avant que ches présentes font mention. Et 
tous ches status et ordinanches deseur escriptes nos tous ensembles, et 
chascon de nos avons promis et promettons à gardeir et tenir sens embri- 
L'an M ccGC et III. sicr '. » Saiclcit del grant sael délie citeit, l'an M CGGC et III, en mois d'oc- 
comeDt les detantdit tcmbrc. — Et dcvcis savoir que Tan deseurdit fut, al requeste monsaigneur 
status arent or i- ^^ Liège, Jchaus dc Bealwier, li université! t del citeit assemblée en palais 

à Liège, et adonc fut acordeit la modération délie loy devant escript, et 
oussi le devantdit noveal régiment sour les offiches et status del citeit. et 
furent ordineez VIII personnes por ches status à wardeir. Mains asseis toist 
après, assavoir l'an XIIII<^ et V, aile issue d'awoust, fut la lettre des VIII 
brisié et anichilée. 
Del vie et mort le pap«,., L'au M CGCC ct III, Ic jour Ic Saint-Remv en octembre, al matinée, 

Bonifacbe. 



' Voici la fin de ce document telle que la 
donne le manuscrit des archives, C, 353, case iS : 
Il Et tous ces status et ordinanches deseur es- 
» criptes, nous tnit ensemble et cascun de nous 
>* avons promis et promettons à gardeir et tenire, 
» sens embrisier et venire aile encontre par nous 
» ne par atruy, en secreit ne en appert, en bonne 
n foid et loyaulment. Et volons que li maistres, 

* jureis, governeurs, conseilhe de ladite citeit, 

* et ainsi ly VIII eslus, comme dit est, d'an en an. 



n en leur cireation , aweckes leur autres serments 
» acoustumeit, les jurent a tenire fermement, sens 
» excedeir plus avant qu'il font mention. Et por- 

• tant que chu soit ferme chouse et estauble à tous 

• jours, ayons fait appendrc à ces lettres le grant 
» seaul de ladite citeit, en signe de veriteit, qui 
» furent fait Tan de grasce Nostre^ngneur J hesus- 
r^ Crist mille 1III« et trois, le XXVilI» jour de 
« mois de octembre. » 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 77 

trespassat parle maladie del gravalle le pape Bonifache, et fat ensevelis en 

ia citeit de Romme. Et devèis savcHr que quant H pape Urbain, à cuy 

temps ii grant scisme commenchat, fut trespasseit, les cardinals qui estoient 

à Romme et là entour entront el conclave , et après pluseurs jours ilh ele- 

sireat Pire de Thomacelle à pape, et fut appelleis Bonifache li VI1I<' de 

chi oom , et régnât XIll ains. Ghis Bonifache estoit de grant stature , beats 

de visaige , et estoit une preistre del nation de Neapolitane , et ne savoit 

nient scrire, et estoit el eage de XLV ains quant y fut eslus, et ne savoit Qaeit udH p«pe fut. 

]e tas que al digniteit apartenoit , et les supplications que ons li presentoit 

ilh les signoil mult indiscrètement, enssi corn ilh n'awist oncques esteit 

en court de Romme. Et les proposition que ons faisoit devant luy en con- 

sistoir, il ne les entendoit mie, porquoy aux respons ilh respondoit à sa 

grant confusion. En gramair estoit bien eloquens, mains ilh n'avoit greis 

de nulle scienches. Ilh estoit mult engenave ' délie inquerir comment ilh 

acqueroit argens, sens estre honteux, et à son temps regnoit si grandement 

symonie en court de Romme, que quikoncques qui demandoit benefisches 

ilh avoit por argent; et usure et symonie à son temps n'estoient mie en 

court de Rommè repu teis por pechiet. Ilh fut elle temporaliteit moult for- 

luneis, mains elle spiritualiteit fut moult ignorans. Ilh récupérait al Engliese 

mult de citeis, casteals et paiis, cum Vituberus, Nontisfloscone, marchiain 

Anchonitain ', Bonnoine et pluseurs aultres. Et le casteal Sains-Angle à 

Romme, qui estoit tout destruit, de argent qu'ilh avoit acquis par symonie le foi. m, r*. 

fist mult fortement refaire. Aile dierain année de sa regnation, en mois de DesenmedeiEDgiise. 

s^fembre, vinrent à Romme des sollempnes clers et légation noble de 

pairt Pire del Lune, qui fut tantoist pape après le pape Clemens d'Avin- 

gnon, qui diligemment et reveremment prioient et exhortoient le pape 

Bonifache et ses cardinals por faire union en sainte Engliese awec leur 

saingnour Pire del Lune; mains oncques lesdis ambassateurs ne porent 

avoir bonne parolle ne honieste response dédit pape Bonifache, porquoy 

mult confus s'en r'allont à grant indignation de ly. 

Apres le decesse le pape Bonifache, les cardinals de Romme eslurent à De pape inoocent. 
pape Cosmatus cardinal , qui avoit le ty tle de Sainte-Crois en Jherusalem , et 

^ EneltHy probablement la forme ancienne da placé au commencement de la seconde livraison. 
moi akmaf, signalé par M. Grandgagnage, dans son ' Ces deux mots sont bien^ positivement ainsi 
t^éiymoiog. de la langue wail.; voir VAveriUi, écrits par Jean de Stavelot. 



78 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

fut appelleîs Innocens H VI(« de chi nom. Et quant ilh fat eslus, se seule?at 
une grant discention à Romme; car cheaz qui estoient à Rorome de partie 
dez Gebellaîns voloient recupereir et r'avoir le régiment et les liberté» des 
status de Romme, mains une partie des Guelfins et des Ursins les resis^ 
toient valhamment, et par pluseurs jours soy combatirent li une partie 
contre l'autre. — Ghis pape avoit le fis de son frère, qui avoit à nom Loys, 
fors et hardis , et estoit laie et instruis en armes. Ghis une jour corit sus les 

Del tribttUtioii qa'iih Romans , par especial cheaux qui a voient le governement del citeit. et, 
le pape. outres pluseurs qui furent navreis crudeilment, un en ochist XI, por nne cer- 

taine altercation que lesdis offischiens, qui avoient le régiment, rebelloient 
encontre le pape. Por quen une très-grand clameur s'enlevât en la citeit 
por ledit occhion, si qu'ilh falit que li pape awec ses cardinals chi propre 
jour s'enfuist fours de Rome vers Vitermes; mains les cortisans qui rema-* 
nirent à Romme qui estoient del partie le pape, furent par les Romans mis 
à grant tourmens , tant de leur corps com de leurs biens. — Ghis pape Inno- 
cent, anchois qu'ilh fust eslus à pape, ilh jurât sollempnement , devant le 
collège et notaires et tesmons, que, toute fois que son adversaire Pire voiroit 
venir à union, qu'ilh cecederoit * del papaliteit por fair paix elle Engliese; 

^ mains ilh fist enssi que Urbain et Bonifache, car quant ilh fut mis en 

pasieble possession , oncques ilh ne wolt riens faire. Quant lidit pape oit 

Cornent Romans ravin; cstcit dcmy-ain fours de Romme, les Romans li envoiont priier quilh révè- 
rent a satisfaction à • - « •> S'il 1 •* • «Il ■• *•* • * *• M. 

papeinnoeMt. nist a Rommc, car s ilh y voloit revenir, ilhs li restitueroient entièrement 

son domination temporeile, et ly presenteroient les cleifs del citeit. — Ghi 
pape Innocent avoit grant délectation , quant ilh parloit aux gens lettreis et 
sufiissans, et les amoit grandement, et les promovoit où ilh poioit. Et vraie- 
ment y pluseurs avoient grant esperanche qu'ilh awist fait encor tempre*- 
ment grant bien al papaliteit, se nostre sires Dieu ne l'euwist sitoist de chi 
siècle rewasteit, car el fien del seconde année de sa pontification , en mois 
de novembre, ilh trespassat à Romme , où ilh fut ensevelis. Et deveis savoir 
que ches grans scismez et grans mais qui estoient elle Engliese et en 
peuple, avenoient por le défaut d'onne bone tieste, ch'est Tempérer} car 
Winchelair, qui estoit roy d'Allemangne et de Bohême, estoit tous sos et 

* Od serait disposé à voir ici la traduction du çais, on doit plutôt supposer un lofMia ffatomi, et 
mot latin seeedere, se retirer, abdiquer; mais cette lire ncederoit, qui» du reste, a le ment sens. 
forme n*existant pas, je crois, dans le vieux fran- 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



79 



hax , si que por se non sens venoient toutes ohes doleurs en cristiniteît. 

L'an M CCCC et lUI, aile Sains-Jake, furent fais mabtres de Liège Waltier vui u cccc ei im. 
Datin et Clouz' Textor. — Item en cel an Je vigiele de Tous les Sains, fisent ^'"*>*^^* 
cheaz de 



Mmble eoBlre non- 
MOgnear. 



une grant assemblée de gens d'armes dedens leur aeu de sains-TroD 
vilhe, et s'asemblont sour le marchiet, et s'en allont à baniers desploiés goeor à rabbie. 
vers l'abbie, là monsangneur de Liège estoit à pau de gens. Mains quant 
monsangneur seut les aultres venant vers luy , ilh issit fours del abbie aile MoDMngnmiraithTîc- 
encontre des aultres, et soy corurent sus, et assois toist cheaz de Sains-<> 
Tron soie retoumont en fiiiant; et là en furent, en cachant et resiwant 
après eaux, pluseurs pris et pluseurs qui escapont, et y pluseurs qui par 
le jugement des esquevins eurent por leurs démérites copeis les tiestes. — 
Et por cheste batalhe refisent les bonnes vilhes novelles alliianches al en- l«s bonnes yiibes fi- 
contre de leur samgneur, contondant que cheaz qui sieroient aidans le 
saingneur contre alcon bonne vilhe ou le paiis, que cheauz perdissent corps 
et avoir. — Item , l'an devant, aile issue d'avrilhe, trespassat le duc Phi- 
lippe de Bourgongne, qui fut fis de roy Johan de Franche. — Item, en chist 
année et chis tempora, trespassat le duc Albier de Hollande, peire à monsan* 
gneur Johans de Beawier. — Item, cel ain Xllll^' et IIII monstront les san- oe^Midexiidepam 
gneurs des linaiges de XII del evesqueit de Liège leurs lettres délie paix foi. m, y. 
des XII *, pardevant monsangneur de Liège et toute li universiteit del citeit, 
et à II jours après furent-elles liietes en capitle de Liège, aile cause de chu 
que cheaz de Huy voloient procedeir contre ladit paix; et li capitle et citeit 
accordont del demoreir deleis les XII deseurdis, et est teile la tenure : 

<c In nomine Domini, amen. Nos, Libiers de Landris, prevost de Fosse, u% pn» de» xii de- 
canone de Liège, Waltier de Werfeseez ', coustres , Conrars de Bierloz, che- ^rometTlK^Di! 
vaiier, Johans Boilewe de Mons, esqueviens de Liège, Pirlons de Horion, 
esqueviens de Huy, et Emus de Borne *, qui summes pris et eslus de part 
les chevaliers, les escuiers, les chevetains et universiteit, et singuleirement 



* Ckmz serait-il ici pour CoUu f La liste des 
bourgmestres, publiée par FouIIod, ainsi que le 
tUetÊtU kértUdique de Loyens, portent Nictaai 



' La paix des XU n'a pas été, que nous sachions, 
imprimée ailleurs qu*à la fin du récit de la guerre 



d*Awans et de Waroux, qui termine le Miroir def 
'nMe$ de ffetbttye ( édit. de Salbray ); encore ne Vy 



trouve -t- on que défigurée par Tidiome moderne 
qu^on lui a imposé. 

* Le pavillard des archives, coté C , S5I , case 1 5, 
me fournit le texte ancien avec lequel je compare 
celui de notre MS. Au nom de Waltier de Werfe- 
seex il ajoute la qualification de tire de MomaUe. 

* Une main plus moderne a écrit en marge : 
Emau de Beaurue. 



80 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



de part tous cheaz qui sont des liuaîges de Werfeseez, de Bierlous, dé 

Waroux, de Vileir, de Sclachiens et de Vilhe, et tous leurs aidaus , aierdans 

^xnd?\^îîJfeLTjT ®' ^^'^''^''t^ûs , d'une part; et nos, Wilhem de Baudiesen canoyne de Lîege. 

Thyri de Haneffe sires de Seraing, Loyis sires de Dypebeke ' skennissaux 
de Brabant, Johans de Roveroit, Johans Pulhes de Fermes, et Faustreis de 
Bovegnistiers , chevaliers , qui summes pris et eslus de part les chevaliers 
et escuwiers, les chevetains et universiteit, et singuleirement de part tous 
cheaz qui sont dez linaiges de Werfeseez délie partie mesire Robert jadit 
Brunneke de Wontrenge chevalier, et* dez linages d'Awans, de Hozemont, 
de Geneffe, de Rocout, de Liers, de Stiers et de Bovegnistiers, et tous leurs 
aidans, aierdans et confortans, d'aultre part: -^ Por bonne paix et accord 
fermes et estaibles ordineir et fermeir à tousjours entres les parties 
devantdit et leurs personnes entièrement de toutes les guerres, morteil* 
faites, rankeurs et haymes, malsgreis, mespressures et mailfais et mefais 
qui fais et advenus sont, tant d one part com de l'autre, et entres les per- 
sonnes singuleirs d'elles, de tout le temps passeit d'arier jusques à ors, sens 
mais à regueriier , fasons savoir à tdus nous avoir considereit en veriteit, par 
le default et la negligenche de stindre et apasenteir les mais, griefs et 
meffais qui jadis avinrent, premièrement elle paiis del evesqueit de Liège, 
grandes et horribles morteils guerres, meffais et mortaliteis, ou sont par 
leu mort avenues et susciteis, et maintenue, encontre Dieu et raison et 
droit divine et natureit, entres les linaiges, partiies aidans, aherdans et 
confortans deseurdis et leurs devantrains , por lesqueiles le paiis deseurdis 
en at esteit si desolus, et parens et amis de saine et del chair, et des gens 
d'unne nation et de une paiis, et tant d'inochens de ches mortaliteis, mais et 
meffais sont si chierement compareis, encontre droit et humaniteit, que 
leurs armes en sont de leurs corps partiie en grant perilhe de leur salus , se 
ly salveur de siècle par sa tres-grant miséricorde ne n'at merchis , que 
ch'est piteit del racordeir. — Et partant que nos avons troveit, por diligens 
traitiés fais entres nos, sens partie nulles faire en chu ne sourporteir, por 
apaisenteir, termineir et mettre à fin permanaible che que dit est, asseis 
près de qualiteit, en compensant les mortaliteis, guerres et meffais avenus 
d'arier jusques à ors entres les linaiges, parties et personnes deseurdis; et 



Et mieux Dypenbeki. 



* Ce mot ne se trouve pas dans notre MS. 



CHRONIQUB DE JEAN DE STAVELOT. 8i 

considerans oqssî , s'ilh covenoit por chascon mort, maux ou meiFais avenus 
entres elles, en common ou en singuleir, faire especials amende temporelle 
solonc lusaige de paiis, ilh convenroit pair restitueir, solonc tant de mais 
qui avenus sont, si grant quantiteit des chevaliers, des escuwiers et des 
aultres personnes aidans, ahierdans et confortans deseurdis, de paiis, des 
mestiers et de ses marchisans, aleir oultre meire ou en aultres diverses et 
lontains lieuz et voiage de chi siècle, por amendieses, que ly paiis deladit 
evesqueit sieroit si woidiiés de gens d'armes qu'ilh en poroit de legier venir 
à désolation; et awec chu que mult est à redobteir tant de cbes pèlerins 
poroient morir en leurs voiages, si que ch'est chouses possiebles, que gueres 
s'en poroient de legier resmovoir por leurs heurs et remanans, et por le 
mort d'eaux asseis plus griefs com en devant; — Et partant que nos desi- 
rons tous ches perilhes et aultres qui en poroient naistre eskiweir, et que 
bonne paix soit permanable, ferme et estauble, à la plus grant honeur 
et profit de linaiges, parties aidans, ayheirdans et confortans deseurdis 
enwailement, enssi com nos l'avont jureit et creanteit del faire de tout les 
guerres, mortaliteis, batalhes, haymes, rankeurs , malsgreis , mesprisures Foi.ti, 
et méfiais deseurdis à toujour mais : Nos , par le poioir que de chu nous est 
donneis par les linaiges, parties et personnes deseurdis, en common et en 
singuleir, et par nostre révèrent peire en Dieu, nostre tres-chiers et ameis 
sangneur , monsangneur Adulphe , par la grasche de Dieu evesque de Liège, 
et son vénérable capitle et sa citeit de Liège, et par tres-hauls , nobles et 
puissans prinche, monsangneur Johans, par celle meismes grasce roy de 
Buhangneet de Poloine, conte de Luscenborch, et par monsangneur Johan, 
par ycelle grasce aussi duc de Lotrenges, de Brabant et de Lymborch, et 
par noble et puissante bons , monsangneur Lowy , conte de Loez et Chingny , 
et par monsangneur Waltier de Juppuleu, chevalier, lieutenant adonc noble 
hons et puissans, monsangneur Johans jadit conte de Namur, par pluseurs 
lettres overtes qu'ilh nous en ont donneez , disons , statuons et pronuu- 
chons , d'acorde common de nos tous , les XII pris et enliiés devantdis , 
qu'ilh est et soit de maintenant en avant bonne paix , ferme et estaible à 
tousjours de toutes les guerres, morteifaites, batalhes, haymes , rankeurs ^ 
mortaliteis, maiisgreis, mesprisures, robes, arsiens et méfiais, en queilcon- 
cpies maniers que fais ou avenus soient, de tou le temps d'arier jusques à 
ors entres les linaiges , parties et personnes devantdit, sens reparsi wier l'une 

U 



82 CHRONIQUE DE JEAN DE»STAVELOT. 

laulre de chu, ne plainte faire à nuls sadogneurs d'hors en avant à noUes 
jours luais: lesquelles nos estîodons , cassons etannuikms entièrement, de 
maintenant en avant à perpeluiteit, par nostre présente pronunciation , sens 
recoBinoeochier ne resuscileir en temps future en manier nulle. 
L'ordinaiicbe ciel ca- » Por Tamendixe dosqueiles à faire , awec les recompensations entres nos 

pelle des XII. _ . • # - ■ « ■• « 4» • * i» 

faites en nos traties, nous statuons, pronunchons et (Mrdmous a faire et fon- 
deir, en rédemption dez votages, pèlerinages et amendes qu'il en conven- 
roit &ire ^ awec tes compensations une engliese , en une honorable et suffis- 
sante lieu que nos nomerans et députerons à ehu , en l'honneur délie meire 
Dieu et des XII apoatles , laquelle sîerat appelée rengliexe dez XII apostles, 
en lieu de paix , et slerat mémoire exemplaire et myreurs * perpétuels des 
amendes, dea mortallteis, mais gueres^ me^resures^ roubes, arsiens et 
mefiiiis devandis entirement^ por lequeile englieze commenehier et fondeir , 
nos statuons et ordinons que les premiers partiiea deaeurdites y contribue^ 
^ront, por l'amendiese de leur meffais avérée tesditea compensations , à nos ou 
à cheaz que nos députerons por che^ à leveir III mllhes V cens lib. de tour- 
nois petit, conunon paiement del change de Liège; et les secondes parties 
deseurdit, por l'arneBdiese enssi del paix de leur meffeiSy y contribueront 
IIII mllhes 11b. de celle meismes monoie, ens^i com nos les assengnerons. 
Et tout chu devrai eistre pallet dedens le jour de Tous les Sains venant 
prochainement , aweefc l'aide que nostre révèrent peire en Dieu et son véné- 
rable capîtle no^ y ont fait, de bon cuer et volonteit, de ectnl muys hire- 
talblez, por les perilhs à eskiweir de fidre les voiages deseurdis, et awec 
l'aide que les bonnes gens et les proidhommes de palis, qui le paix désirent , 
feront de leurs biens, por Dieu et por leur bonteit, à si grande oevre et 
sumptueux que faire y convenrat. — En laquelle englieze ilh aurat une 
alteit principal^ en cuer de celle englieze, qui sierat bénis en l'honneur délie 
meire Dieu, et aurat en celle englieze XII al très altels , et cascon yert bénis 
en l'honneur des XII apostles , del premier jusques aile dlerain. Et aurat 
à chascon de ches XII altels une capelle en perpetuelt, et ches XII cappe* 
lalns siéront manans et residens continuelment en lieu qui là sierat edifilet, 

' Une lettre de Bffaxîinilien I à sa fille Margue- » en an an après saurer leurs langues nioreilles. <« 

rite renferme cette phrase : « Mais je vous promets Myreur et mirwf semblent avoir le sens de remède. 

» ma ftti que je leur montrerai, k Taide de Dieu, Voir, en effet, le glossaire de Ducange, r; miro, et 

* bientôt auxdita matins, traîtres, mcoCeoys, tel eeiui de Roqaefort, v« rninr, 
» miroy et remède à rencontre que ils ne sauront 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 83 

sens avoir ne servir anlires benefiches. Et ches XII chapellains siéront tenus 
de dire cascon jour en ladite englieze les heures canonicales, et de celebreir 
et de dire messe , li une d'eauz I jour et li altre après , al grant alteit 
deseurdit, et les autres cappeliains diront leurs basses messes à leurs alteis. 
Et tous prieront à Dieu, le peire omnipotent, et à éa piwe meire, por les 
salus des armes de tous cheaz qui sont devieis et qui ont perdtit et éay ons 
at meffidtpor les guerres, morteilfai tes deseurdis, et por nos enssi les XII 
deseur eseriptes^ qui al aide de Dieu * avons cheste fait et ordinée. 
» Desqueis XII alteis nos. les XII eslus devandis, sierons patrons et col- cin eommenehe h ar- 

* •••11» Ivcle des doins des 

lecteurs, tous nos viscans, assavoir nos lez VI del premier partue deseurdit tu aiie». 

des VI alteis qui siéront fondeis aile honneur de ches VI apesUes, sains Pire. foi. ti, y*. 

sains Paul, sains Ândrier, sains Johans ewangeliste, sains Jaque le petis. 

sains Jaque le grant; et nos, les VI eslùs délie seconde partie devantdil. 

sierons enssi patrons des VI aultres qui siéront fondeis en ledit englieze en 

rhonneur des aultres VI apostles, assavoir de sains Bertremeir, de sains 

Thomas, de sains Philippe, de sains Symon, de sains Jude et de sains 

Mathier. — Et quant ly uns des nos. les partiies deseurdit, siérait déviés, des- Quaot i des xii me 

• , ., . •Il" rat, cornent on» e«- 

queiles des dois parties deseurdit quels que che soit, les chmques patrons , i>n( i «it^e. 
qui de celle partiie demoiront en vie, r esliront awec eaux une patrons, 
dedens une mois tantoist après ensiwant, une aultre personne, le plus 
ydoine et suflbsante qu'ilh sauront, à leur seriraent, en linaige de leur 
partie devantdite, qui sierat del cœstrie ' de celi mort, qui aurat le poioir 
del deviet en cheli paraige entièrement tout son viscant. Et enssi en userai- 
ons de Tune après l'autre, en parsiwant à tousjours mais. Et se les VI patrons, 
délie queile des II partiies deseurdites que che puist avenir le temps future, 
ne soie puclent acordeir del donneir I des alteis deseurdis, quant ilh 
eskeirat, que sierat de leur collation, sicom dit est, chis dons vaurat enti- 
rement de cel alteit là où li plus grant partie d'eaz s'acorderat. Et s'ilh en 
sont en discorde, en tant que les trois en soient d'one acorde de cheli don- 
oeir à une altre personne, et les aultres don acorde del donneir à une 
aultre, li dons de ches trois vaurat d'eaux en queile li vénérable capitle 
deseurdit s'acorderait. — Et deverat chis alteis eistre donneis à bonnes per- 
sonnes ydonnes et suffissant, qui siéront d'alcuns des linages de celles dis ' 

* Le texte du pavillard cî-dessus cité donne la ' Costie, Ibid., sans doute pour côté. 
forme plus ancienne : al Dieu ayouwe. ' Sans doute pour des. 



84 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

parties deseurdîs del qudie partie ilh eskierat, por avoir mémoire perpé- 
tuée de ladit eoglieze faite por les amendies deseurdit. Et lesdis cappelains 
XII deseurdis siéront perpetuelment del admission, correction et protec- 
tion de vénérable capitle de Liège deseur escript tant seulement. Et deve- 
ront eistre et siéront tos les biens qui à celle engliese siéront par fondation 
donneis et ensengniéS) et qui siéront au temps future vendus, laisiés , almo- 
neis , et qu'ilh poiroit avoir ou acquier, frans , quittes , liges et exens , et les 
affranquissons de toutes exactions, scos, débites, creneez ', giestes, priiers, 
talhes , serviches et corweez envers tous prelaus , saingneurs , juges et justi- 
ches, spirituels et temporeils , auxquels nos prions en humiliteit que ilh 
chest aifranchissement ratifient et confirment por leur bonteis , tant et si 
avant que en eaux doit et puet apartenir. 
chi font In imos »«r n Et partant oue par cheste nostrè présente pronuncialion est maintenant , 

Im melfut qui ave- • 

nir pueitnt et i«s et scrat à toujours d'hors en avant, paix ferme et estaubles de toutes les 

guerres, morteilfaites, ba talhes, haymes, rankeurs, mortaliteis, malsgriefs, 
mespresures, roubes , arsiens et méfiais deseurdis, en queilconques manire 
que fais et avenus soient, de tout le temps derier jusques à ors, entres les 
linaiges, parties et personnes devantdit, si que deseur est contenus^ nos^ 
por contresteir à chu que li maligne espirs ne les puist entres elles faire 
resusciter et removeir le temps à venir, avons, d'acort common de nos les 
XII deseurdit, et par avis diligenment, por elles maintenir en paix à perpe- 
tueit, statueit et ordineit, statuons et ordinons par chest présent pronuncia- 
tion , que tous les fois que d'hors en avant avenronl, comment que che soit 
ne eistre puist , en paiis del evesqueil et dyocese de Liège, entres les linagez, 
parties et personnes devantdites, soit de mort d'homme, soit de membre 
tolut, soit dafolure sens membre perdre, soit de plaie ovierte, de saine 
corant, de blechurez, de quassures, de batalhes, de hustiens, de pies, de 
pungnes , de paroUes, et de telles cas meismes * siéront ades ' noveals fais, à 
fait qu'ilh avenront, qui qui les faiche, lesqueis ne comparont fours que 
les faitules, et toutes altres manières de gens en demoront quittes et en 
paix, sens guerriers % à nulle jour mais. Desqueis fais les corrections siéront 
telles qui s'ensiwent : 

' Ce mot, dans TaDcien droit liégeois, avait le ' Aussitôt, 
sens de rente. * Reguerroyer, Ibid. 

' Menue dans le pavillard cité. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. SU 

» llh est à assavoir, que quiquonques des partîtes et linaiges deseurdit l< p»»ef d'iMmme 
ochirat l'autre, mort rechiverat, se teiius est, et s'ilh n'est tenus, ilh eirt 
tantoist de son fait meismes banis et decachiés hors del paiis del evesqueit 
et dyoceise deseurdit, et en la cache de sangneur de paiis, et poirat qui 
qui soit parens ou proismes à mors, al corps de cheli faitule radrechier, sens 
meffaire encontre la justiche ne les amis de cheli faitule. Et poirat cascon 
teile faitule détenir et aresteir , sens me£Fair, por ly livreir a la justiche, et 
nelle poirat nuls aidier ne confprteir, por choze qui soit ne eistre pnist; et 
s'ilh le fait, ilh iist * en point de malefaiteur en le manière deseur escript, 
nequident de chi qu'ilh aurat asseis faite aux proismes del mort ^t à sain* roi. », r«. 
gneur de paiis de cel meflEeiite, et ilh r'arait le fnmdiiese de paiis et nient 
devant, sauf qu'ilh ne porait adonc encor rentreir en terres ne en poioirs 
de sangnour de lieu où ilh aurait le fait faite devant', jusques à tant qu'ilh 
aurat asseis fait à ly. Et ne porait ly sires de paiis à teile faitule son meflEiEiis 
pardonneir, ne li assegureir ne lasier en paiis rentreir, s'ilh n'at asseis fait 
premiers aux proismes des mors de se meffais. — Et se li faitule noie le 
fais, et proveit soit por loiaule enqueste suflCMamment, atains siérait de 
son honneur si que murdreurs. Et qui metterat avant faux tesmons , en che 
cas ne ens aultres chi-desouz escript, et les mentans et les tesmons siéront 
atains de leur honneurs , et ades demoront les amis de ches partiies en paix 
de celle mort et meffaite, sens reguerroier. Et se alcuns parties ou proismes 
de celle mort voist, après le fait avenus et départit, por revengier le mort, 
alcun des proismes del faitule ochire, chis qui chu ferait siérait tantoist de 
son fait meismes banis et decachiés à tousjours mais , sens rapeal , hours 
del evesqueit de Liège et dyoceise awec, et poront les parens et les proismes 
de celle mort adrechier de leur maie aile corps de cel faitule, où qui puist 
eistre atains, sens meffaire encontre le justiche, ne les proismes de cel fai- 
tule. Et ne le porait nuls aidier, conforteir ne sortenir, sour poine d'iestre en 
son point et en son estât, et yront tantoist les biens à ses heurs, k tosjour mais. 

» Item , statuons et ordinons que quiconques des parties des linaiges 
deseurdis, soit amis et enculpeis, que ilh aiet l'homecide devantdit devant 
plainte faite sourtenut ou conforteit, ilh soy porat de cel amiese' purgier à 

* Yert. Ibid. ' Citation. Voy. le Glossaire de Ducange, v« 

' Devanidii. Ibid. amiêswra. 



86 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

son simple seriment, par enssî qii'iih devrait jureir qa'Uh ne l'at sorteont 
et ne sortîent teile homecide, ou jureir que îUi ne saToit que chis homecide 
awist le fait faite, ou qu'il en fuist amis ou eneulpeis, quant ilh vient sor 
luy ou en sa maison; et jurrait encors que de donc en avant ne le sortenrait 
ne conforterait. — Item , se oel amise est après plainte faite, puiser s'en 
poirat et devrait par II personnes dignes de foid , qui awec ly jurreront, et 
ilh enssi, qu'ilh n'at chis faitule sourtenut et nelle sourtient, et jurrat 
encore chis encnipeis par li soilement que ilh ne le sortenrat, ne confort ne 
ayde ne li ferat de donc en avant , son banissement durant devantdiL Et 
celle purgation faite enssi , chis inculpeis sierat del amiese en paix «avers 
les proismes del mort et envers le saingnour de paiis, de tout che que ons li 
Ly status et .1» p*y»« poroit por celle amiese demandeir. — Et se chis enculpeis ne se welt ou ne 
cide sorcourat. ge puct cussi purgicr , ilh eirt en point del banit deseurdit, mains ilh aurat 

après chu Vill jours de dilation de voidier le paiis devantdit. Et a'ilh avient 
enssi que les proismes des mors deseurdis aient akuns personnes de 
lînaiges et partiies de paiis deseurnommeis en suspection qu'ilh aiietsor» 
tenut ne sourtengne Thomecide devantdit, plaindre et demostreir s'en 
devrait aile justiche de lieu où chis suspicion * ou enculpeis sierat manans, 
lequeiie ons le devrait par II quinzaines faire adjoorneir par II esquevins 
de lieu, qu'ilh soie vengne de cel amize excuseir. Et chis enculpeia le 
deverat faire dedens l'une de ches II XV^^^, s'ilh est en paiis, sens maiie 
engien , pardevant la partie deplaindainte s'el y welt yestre, et pardevant le 
maieur et les esquevins de lieu, et là jurrat lidis deplaindans, première- 
ment qu'ilh tient et croit que son amiese soit vraie; et se faire ne le welt, 
chis enculpeis en serat quitte de celle amiese. Et se cel justiche estoit deiii-* 
lante de che à faire que dit est, li sires de paiis ou ses offichiens poront et 
deveront et siéront tenus, en lieu de celle justiche defalante, de celle faulte 
acomplir, enssi et dedens teile tierme que celle justiche defalante le devoit 
faire. — Et portant que por ches status et ordinanches ne deveront les 
meffais qui advenront en paiis deseurdis entres les linaiges , parties et per- 
sonnes deseur escript , compareir, et ons aiet veyut en celle paiis meismes 
ardoir mansons par le justiche le saingnour, por chu que aulcunes qui 
estoient yssus de ches maisons aloient, sens le seute et volenteit de cheaz 

' Par erreur sans doute pour nupecié. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 87 

<jui les maisons astoient y alcnns ochire^ ou por chu que après celle fait 
av^ut estoient ches iaituies rentreisen ches maisons, nous avons ordineit 
que les maisons ^ de teis innocens et ignorans ne siéront arse por ches 
yssue ou rentrée, mains lez maisons des faitules tant seuteuent; chu sai-* 
veit que cheaz de cuy mansons les faitules siéront issus du reutreis, oussi fok m,v. 
jurront sour sains , eauz tirehes des personnes dignes de foid , al request 
de saingneur de paiis ou de sa justicbe, ou délie partie blèchié, qu'ilh ne 
savoient nient de faite ; et se ilh ne weulent jureir^ ly sires de paiis les 
porail de chu corregier si que faitules. 



n Item, statuons et ordinons entres les linaiges et parties deseurdites, que Ly sutus et poine des 

•1 11 • 1 % 1 ■• * •! i_ membres toulu». 

quikonques deaux toulrat membre a aultruy^ on h tourat teile membre 
que toulut aurai, se tenus est; et déclarons membres tolut : piet ou pongne 
jus copeit, ou les II oeulx creveis ; et se ilh n'est tenus , banis sient tantoisl 
de scm fait meismes, et decachiés hours de paiis et dyoceise deseurdit^ et 
en cache del sangneur de paiis XX ains. Et s'ilh noie le fait, et proveit soit 
par loiaul enqueste souffissamment, banis sierat et decachiés en teile ma- 
nire XL ains. Et s'ilh rentre en paiis teile banissement durant» et tenus 
soit, ons li tourat teile membres que toulut aurat. Et se poront à son corps 
revengier, devant chii que justiche en siérait foite, cheaz qui seront prois-* 
mes et amis et de linaiges le blechlét dedens le paiis deldit evesqueit. Et 
encors, les XX ains ou les XL ains passeb deseurdites, qui sont pour 
1 amende le saingneur de paiis à chu mis tant soiiement, s'ilh n^est al partie 
blechié en devant accordeis, li sires de paiis ne le poirat et nelle deverat 
assegureir ne lassier en paiis rentreir, s'airat al partiie asseis fait qui est 
blechié de son mefiSaiit premièrement. Et li accordeit al partiie blechié et à 
saingneur de paiis, encors ne poraiUilh rentrdr en la terre, ne en poieurs* 
de saingneur de lieu où ilh aurat le faite fait ,. s'airat asseis fait à chis san- 
gnour ausi de son meifait. Et ne pourat enssi nus sortenir ne eonforteir 
teiles faitules en paiis deseurdit^ sour le paine qui deseur est miese à cely 
qui l'hommecide sortenrait 
» Item, statuons et ordinons entres les partiies de linaiges deseurdit, que ty sutus deroiurr 

•■ 11 i« A* fl «A t 1 •■■ • Ml • sens membre perdre. 

quikonques d eaux aultruy affolerait sens membres perdre, ilh sierat banis 
et decachiés de son fait meismes hours de paiis et dyocese devantdit, et en 

' Six mots omis dans le MS. * Pour pcioir, pouyoir? 



88 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

a cache de saîognour de paiis X aius; en queile s'ilh y rentre^ et proveit 
soit soffissamineot por loiaul enqueste, ilh sierat banîs por cest premiers 
rentreie de son fait meismes XX ains; et s'ilh y rentre après chu aultre fois, 
tous cheaz qui le poront attendre le poront prendre et détenir^ sens luy 
ochire ne afonleire S por luy livreir à sangneur del paiis , qui ne le poroit 
ne deverait quitteir ne lassier alleir en manière nulle, s'aurait asseis fait à 
ly et al partiie blechié premièrement de ses meffais. Et déclarons affolures 
celles qui serat notoire, si que d'affolure de mains entier, de brechez % de 
jambes, de piet ou d'on oeulx creveis. Et se chts cuy ons crèverait l'oulhe 
enssi n'ait que ons seul oelhe , adonc nos statuons et ordinons que chill 
oeulhe que ons li creverat enssi soit membres perdus, et que li faitule en 
soit aile amende, paine et taxation que de membre perdus, enssi que 
deseur est declareis et deviseis. 
Des plaies et détobéis- » Item, statuous ct ordiuous entres les linaiges et partiies devantdit, que 

de tous aultres menus fais que entres elles avenront en paiis devantdit, enssi 
que de membres brisiés sens afouleurs, de plaies o vertes, de batures, de 
quassures de pies, de pongne, de sanc^orant, de paroUes et teis ' fais menus, 
ly blechiés soie poirait plaindre et de chu avoir recours aile loy de paiis , 
dedens le temps que ons doit plainte faire. Et se plaindre ne soy wet aile 
loy de paiis, ilh porait, s'ilh li plaist, son mail demonstreir à cheaz de 
nos les XII deseurdis que miese * li plairat , ou qu'ilh pourat plus toist avoir 
fin '. Et chis de nos auxqueilez chu sierat demonstreit enssi , deveront à 
plus toist que pouront à chu entendre sens malengien , et prendre awec 
eaux tant de nos lez XII deseurdis que ilh en poiront avoir bonnement. Et 
chis les partiies à chu appelleis enquieront del faite, et teile amende qu'ilh 
taxeront sour les faitules, solonc le quantiteit del meffait et des personnes, 
deverait et siérait tenus de faire chis faitule, et dedens le tierme et sour 
teiles paines que ches taxeurs ordineront et injonderont à ly. Et se chis 
faitule est de chu inobediens et rebellez, et ne faiche l'amende qui enssi li 
sierat injonte , et laisse le tierme de son amendes expireir, nos statuons et 



' Affoler. * Miese pour mies, mieux. 

* Pour breues, bras. * Ce mot doit être de trop, et ne se trouve pas 

' De tous, dans les deux pavillards cités ci- daos le texte des deux pavillards. 
dessus. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 89 

ordinons et pronunchons que ilh arat par son inobedienche et rébellion en 
chu paix brisié, par lequeile ilh sierat atains de son honneur, se li blechiés 
soy plainte al jnstiche. Et celle enqueste et taxation poront faire les IIII 
de nos, ades sens plus attendre queis que chu soit, mains que les dois en 
soient d'unne partiie et les aultres de l'autre. Et quikonques de nos sierât Foi.i3,r«. 
reqais de chu à faire, ilh ne le poirat ne deverat escondire, s'il y puet adonc 
entendre bonnement; et se faire ne le puet, ilh deverat à chu deputeir en 
lieu de luy une aultre personne de son linage , le plus ydone et suffissant 
qu'ilh sarat, aour son seriment , por faire son offische en lieu de ly en ches 
chouses, jusques à tant que entendre y pourait avant bonnement sens mal- 
engin. Et chil deputeis enssi ne porat et ne deverat celle fait escondire. Et 
pronunchons et ly iiijondons qu'ilh lie l'escondisse , s'ilh n'at escûsanche 
de loial songne, sour lé foid et seriment dont ilh siérait atains s'ilh vat en- 
contre. Et se chis n'y puet entendre qui ensi requis en serat por loial songne, 
ons devrat prendre une aultre, qui pais ne soit ensi excuseis de loiaul son- 
gne. Et chis né le porait escondire; que si le fait, atens serat ' de sa foid et 
seriment briesiet. 

» Et com par teis fais menus, quant corregiés ne sont, soy puelent de legier 
grans mais et guerres reihovoir *, nos, desirans le paix del evesqueit , al aide 
de Dieu et de paiis, si fermes faire que por teis menus fais ne soy puissent 
entres les partiies et linaiges deseurdit guerres resusciteir en temps future, 
avons ordineit et ordinons que, s'ilh est aulcuns d'eaux à cuy ons fâche unck comeoionMdoitphn 
de ches fais menus, et ne soy veulhe ou ne se dengne de se malè plaindre 
al loy de paiis , dedens le temps que li loy porte , ou celle maile vuel * de- 
monstreirà nos ou à alcuns de nos, dedens teile temporal meismes, en la 
manière devantdit, se plaindre ne soy welt al loy de paiis , et welhe le mal 
porteir, sour chu pour luy revengier quant à point li venrat, que chis ble- 
chiez, le tierme del loy passeis que ilh dewist estre plains ou demonstreis, 
soit conforteis à tousjours de porteir son maile pàsieblement, puisqu'ilh ne 
s'a Yolut plaindre ne demonstreir et n'at adengniet jnstiche por son oultraige. 
Et s'ilh fait sour chu alcun fait, queile qu'ilh soit, sour le faitule ou aulcuns 
de ses proismes , chis fait siérait noveal fais, por lequeile ons aurait perdut 

' Que s'a U faUf aetahu $mU, etc. Ibid. ' Mot omis dans le MS. 

' Eimonnr, n>id. 



90 CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 

Tamende del mefaite enssi faite à ly que dit est, et sîerat punies de sieo 
fait solonc le quantiteit de son meffiiit et solonc le fourme de ehes status. — 
Item, se alcuns des linaiges et partiies deseurdis fait alcuns de ches fais 
menus, et li blechiés ne s'en welhe de se maile alleir aile loy devantdit. 
àins le demostre à nos ou à alcuns de nos , et amende en soit taxée et 
commandée sor le faitule, et chis blechiés n'en welhe prendre teile amende 
qui enssi pair nos ou les quatres de nos ou les deputeis de pairt nos li 
sierat taxée , nos statuons et ordinons que li faitule soit quitte de faite et 
de l'amende taxée, tantoistque li blechiez l'aurat refoseit ou prendre nel 
vorat, et que chis blechiés soit conforteis de donc en avant de son maile 
porteir pasieblement à tousjours mais; et s'ilh fait sour chu nulle faite, que 
chis fais soit noveas fais, por lequeile ilh sierat punies soI(Hic la loy et le 
fourme de chez status. Et partant que les menus fais deseurdis ne puissent 
mais * multipliier entres les personnes des linaiges et des partiies deseurdis 
le temps futures , nos en demorons tousjours nos visquantes ', en enquerons 
taxeurs et apaisenteurs , se ons ne le plainte aile loy devantdit, ou ons le de- 
mostre enssi à nos ou les deputeis à chu de part nos en la manire devant- 
dit». 
comeni ons remeterat » Et quant ly uus dc uos dcvicrat , dcsqueilcs des partiies deseurdit que 

une Ail quint I att- ■ "^ivri ii «** •• «i * «vi* «ii 

vient. chu soit, les y de celle partue qui siéront demoreis en vie r eshront dedens 

une mois tantoist après ensiwant awec eaz une aultre personne, le plus 
ydone et suffissant qu'ilh saront, sour leur seriment, en linaige del coistie le 
mort, qui en ches chouses et en patronaige devantdit aurait entièrement le 
poioir del deviet, tout son viskant, et enssi en userait-ons de l'une après 
D« cheas qui siéront l'autrc perpetuelmeut — Item , statuons et ordinons que, se aulcunne per- 

enculp«is qu'ilh a- - *•• * ■• • j !••*•* i • >«il • ê. 

ront «air fait alcuns sonuc dcz parliics ct Iiuaiges deseurdis soit amis ^ ou enculpeis qii ilh aiet 

fait faire aulcuns meffaite, elle soy poirat purgier par son seriment et le 
seriment * de dois aultres personnes awec li dignes de foid; et s'elle ne le 
fait, ou faire netle puist, ilh est en teile point que le fait awist faite : et de- 

> Mal Ibid. vahidite. ibid. 

* VitfOHt, Ce mot est resté dans le wallon. * Amiêêéê, Ibid. Ce mot signifie cUés, d'après 

' Nmu demorons tout nostn vykans ehti enque- Texplication donnée dans une note précédente. 

reun, taxeurs et appasenteurs , s'on ne s'en plainte L'orthographe de notre MS. doit être fautive. 

al loy devantdite, et ons ks demostre aussi à nous ■ Deux mots omis dans notr^ MS. 

ou les deputeis en ce de part nous en le manière de- 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT: 9t 

verat cdlle purgatîon faire <, en la manière que deseur est deviseit de-^heas 
qui aourtenront les malesfaiteurs. 

» Item , com en paiis del ducheit de Brabant et de eonté de Henau ^ de ommdi cheM qui ue 
Lozemborch, de Namar^ de Louz et des altres paiis marchissans aile eves* ^it^uob^iirVuii 
queit de Liège., aiient plaseurs personnes de linaiges desenrdis auxqueis ilh 
apartient dez guerres devantdit^ qui ne sont point sorseans ne del juris- 
diction temporelle nostre révèrent peire monsangneur l'evesque deseordit ^ 
et nostre entention et prommciation expresse soit que ches afforains soiient 
tous enssi ioiiës de ches ordinanches^ status, paix, accorde, compositions, foi. ts, v*-. 
amendes, taxation, contributions, poines et correxions, que sont et siéront 
par cbes mdsmes ordinandies cheaz del evesqueit de Liège : — Nos avons 
ordineit et ordinons expressément que, se ches afforains ne weulent chu 
que dit est tenir^ wardeir, faire et acomplir, et encontre vengnent ou 
fâchent, comment que chu soit ne eistre puisse le temps advenir, et fâchent 
alcon me&ite sour alcunne dez parties et lynaiges deseurdis manans en 
paiis deldit evesqueit, soit dedens celle evesqueit ou dehours qu*ilz le 
fâchent , et ly saingneur de paiis où ches fiiitules siéront sorseans et matians 
ne les constraindent en leur paiis de teiles banissement, peines et amendes 
et correxions que deseurdit est, solonc la quantiteit des mefiSaiis que ilh 
feront, li blecfaiés par ly ou par ses proismes soie poirat adrechier, sens 
roeffaire , de son maile à courps de mailsfaiteurs * et de ses proismes manans 
hours de paiis et bonnes * del evesqueit deseurdit, où qu'ilh les puist atten- 
dre; s'ilh navient donc enssi que ches proismes ne soy ' weulhent ousteîr 
de chil faite dedens XL jours pardevant le partiie blechié , et ses proismes 
devant ia justiche où li blecfaiés sieroit manans, par enssi que cheaz qui 
soie voront ousteir enssi , et jureir que ilh ne feront à chis faitules de donc 
en avant forche ne aide, demoront en paix de celle £iit quant ilh en seront 
enssi ousteis^ et ne soy pouront nuls «Irechier de celiez mailes aux prois» 
mes de celle iaifaile dedens 1111 jours après le &it avenut. Et a ses prois^ 
mes manans en la vesqueit de Liège et en bonnes deseurdis ne soie poironi; 
de riens adrechier les Uechiés ne ses proismes de celle méfiait, partant que 
booae paix est et si^^t par ches ordinanches de Umtes chouses deseurdit^ 

< FaUueU. Ibid. ' Mot omis dans le MS. 

^ Bornes. 



92 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



et que nus ne comparont les meffais fours que les faitules soilement, et 
que telles meiFais que ons ferait siéront ades noveas fais, si que deseur 
est ordineis. — Et se chis faitules afforains at proismes ou amis en Teves- 
quett et bonnes deseurdit, queis qu'ilh soit, qui le sortengne ou faiche 
confort ou aide, chis aidans et confortans enssi siéront en teile point que 
des aidans et confortains est deseur ordineit et deviseit, et enssi les aidans 
ne poront à cheli faitulez; afforains faire confort, dedens le paiis deldit 
evesqueit ne dehours , contre personne nulle qui soit manans ou sourseans 
en ladit evesqueit. Et tout en teile point siéront loiiés et loiions ches II 
partiies de linages deseurdis qui sont et siéront manans en ladit evesqueit, 
encontre les afforains qui sont et siéront des linaiges et partiez meismes 
manaiis defours l'evequeit. 

» Et partant que chis paix , acours *, status et ordinanches deseurdis sont 
faites par les raisons devantdit , et por le paiis * de ladit evesqueit en paix 
maintenir et wardeir de maile et de mechief à tousjours, nos, por le poioir 
qui de chu nos est donneis, les injondons aux partiies, linaiges, cheve- 
tainâ, aidains, ahierdains et confortans à tenir, faire et acomplir et ferme- 
ment wardeir, sens enbrisier ne venir encontre, pair eaux ne pair altray, 
en temps future, en manière nulle, en tout ne en partiie, et que ly uns 
d eauz ne puist jamais reclameir ne demandeir al aultre ne ly parsuire, por 
lez raisons ne al ocquisons des chouses qui sont avenues de tout le temps 
d'arier jusques à hors, par les guerres, morteilesfais , batalhes, haymes, 
rankeurs, mortaliteis, maisgriefs, mespresures, roubes, arsins et meffiiis 
deseurdis, sour le paine de brisier sa foid et seriment, et d'eistre à tons* 
jours mais relenquis de tous ses linaigez, parens et amis, et tous lesdis 
linaiges avoir encontre ly; et en nom de tous ses linaiges, parens et amis, 
le ' relenquissons de maintenant en avant, quoy qu'ilh ly puist avenir à 
mille jours mais; et sor paines enssi d'eistre corregiés et decachiez en le 
manière deseurdit; et prions humellement, et requérons à.nostre reveren 
peirê en Dieu * et son vénérable capitle devantdit, aux tres-noibles et puis- 
sans prinche, monsangneur Johans, par le grasce devantdit roy de Bohême, 
et monsangneur Johans , par ycelle meismes grasce dus de Brabant , mon-: 

' Accords. > Et dans le MS. 

' Et non paix, comme dans le MS. * Deux mots omis dans le MS. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELaT. 93 

sangoear Wilhem, coDte de Henau, moDsaQgneur Guyoïi^ conte de Namur, 
et monsangneur Loys, conte de Louz et deChingny, et à tous aultres san- 
gneurs. terriens, que ilh constraindent à chu, de tontes leurs poioirs, tous 
leurs subg^ des partues et lynaîges deseurescript, quejih tengnent, war- 
deot et. acomplissent fermement , sens embrisier, tout chu que deseur est foi. ^a, r«. 
dit, et les correngent solonc le fourme deseurdit, s'ilh font ou ilh vengnent 
encontre en temps future;^, en toute ou en partiie. 
. 1» Et retenons en nostre plaine poioir del declareir, de interpreiteir, de 
cprr^er, de specifiier, de amendeir, de subtraire, de modereir, d'enfour- 
chier et de noveas statueir et ordineir ', en chouses devantdit et chascon 
d'elles , par li enssi , et tant et quant et tout fois que bon nos semblerat et 
venrait à point, dedens Fan la dalte de ches présentes lettres continuelment 
ensiwant; et est nos dis et pronunciation que de ches status et ordinanches uu«is geo» sont loiié» 
ne.soiient loiiés fours que lez personnes dez linaiges , partiies, aidans et con- " '^'^"' 
fortans des deseurescrips. — Et corn nos aiions * trpveit, en nos traitiiés fais 
epscKouses deseurescript, alcuns meffais especials maile à point fais ', que 
no» ayons taxeez à certineis * amendes corporeils ', et alcuns aultres dont 
amendes astoient oiFeirt et traitiés et creanteez % ains que nos des paix de- 
seurdit traitissimes, si que proveit at esteit devant nos : c'est nos dis et pro- 
mineiations et statuons que bonne paix, fermes et estaibles soit et est tout 
maintenant et sierat perpetuelment sour le foid , seriment et poines devant- 
dit, ensssi que des aultres paix est deseurdit. Et injondons et commandons 
que les amendes que nos en avons taxeez en soiient fait, enssi et si avant 
que nos en donrons nous lettres aux partiies qui les fais amendeir et 
amendes prendres et avoir en deveront, lesqueiles lettres nos ne volons mie 
par ches lettres présentes eistre de riens viciiés, encombreis ne emperiés, 
ains les. volons toutes et cest' demoreir en leur valeur et vertus. — Et 
volons enssi que de quant que nos ferons del poioir que nos avons deseur 

' Le texte des deux pavillards cités contient deux pavillards. 
cette rédaction. plus correcte : pooir de declareir, * Sic pour certaines. 

d'inierpreieir, de eorrigier, epecifiier et amendeir, ^ Et peewùaire, lit-on encore dans le texte des 

de mbitraire, de modereir, d'cnforckier, de adjos- deux pavillards. 
teir ei nopeal statueir, etc. * Ces deux mots ne se trouvent pas dans le 

* Et non aymes, comme dans le MS. texte en question. 

^ Ce mot ne se trouve pas dans le texte des ' Pour eeetes. 



94 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVBLOT 

retenut, soit oussi fermes et estaibles quant nos ie fêtons à tousjours ^ que 
chi dedens fuist déclareis, contennt et escript, et prions derechief à révè- 
rent peire, son vénérable capitle et sa citeit desenrescript , à ses bonnes 
viihes, à touz les prinches deseurnommeis et à tons aultres saingneur ter- 
riens, que ilh, por sy grant bien de paix, welhent toutes chouzes deseur- 
dit approveir et confermeir d'eaux et de toutes leurs justiches. Et partant 
que tout chu que dit est , soit fermes chouses et estaubles à tousjours , nos 
avons à cest présentez lettrez , dezqueiies chascon des partiies en at une 
fait en dois peaux, fait* appendre nous propres saieis, chascon de nos le 
' sien , en iesmongnage de veriteit. Che fut iait et pronunehiet l'an de grasoe 
M GGGG et XXXI , le mardi après ie fieste Sains-Servais en mois de may'. » 
L«DMCGcoeiiiii. Eu roveuant à nostre mateire, Tan M CCCG et IIII, le Xil»« jour de 
^i or^" ^* ^'*^' marche, qui est le jour le Sains-Grigoire, trespasat dan Stiene de Mairies, 

ie XX!!!!"**® abbeis del monasteir Sains-Lorent par deleis Liège, cuy pro* 
vende oit une jovene clerc d'Ardenne, qui avoit adonc d'eaige XIIIl ans, 
quant ilh fut vestis et tondus tnoyne deldit engliese, liqueîs escript et 
compilât chi propre croniques, et fut appelleis en son propre nom dan 
Johans de Stavelot. Et deveis savoir que , quant lidit abbeis fut trespas- 
sett, chi propre jour meismes. Il heurs après son trespas, les confreirs 
deldit monasteir awec leur conselhe spirituele assembleis en leur capitle, 
par le grasce de Dieu, par le voie de Sains-Esperit fut eslus dan Heures 
Ade, supprieur, à XXV**^ abbeit deldit monasteir, et rechul-ilh sa confir- 
mation à palais à Liège à monsangneur Johans de Beawier, car adonc es- 
toit neutralitett, et portant ilh n'oit onques confermation à siège aposto- 
lique. Lyqueis abbeis messire Henry fut uns hons bons, sobres, justes et 
castes. Ghis quant ilh fuit fais abbeis, ilh fist de tous les biens deldit en* 
glieze inventaire, et Irovat ledit monasteir en grande désolation et povreteit; 
car ilh devoit dee debtes et dez pentions sens nombre , et tous les moynes 

' A cet jour», dans les deux pavillards. » jugiez doiient avoir respit, voira en cas li ebeauz 

* Mot omis dans le MS. » qui doiient les voie par ies XII metteront ]*ar- 

' Dans les deux pavillards, sur le texte des- " gent aile cange; assavoir est por une voie de 

quels j'ai collationné celui de nètre MS., se trouve >' Saint-Jake XX fioriens de Riens, por une voie 

Fannotation suivante ajoutée au document : » d'oultremere XL florins, por une VDÎe de Roche- 

il Ilh est assavoir que, quant les voiez (voies) » madut X florins, por uneroie de Vcndoumc V 

» jugiés que les esquevins ou les jureis délie citeit » florins de Rins. •* 

» de Liège ont respit , que les voiez départ les XII 



CHRONIQUE DE JEAN DE 8TAVEL0T. 99 

queroient et avoient leur singulariteit et propre provendes, et allaient tous 
les edifiches appartinans aldit englieses dedens et débours à ruynes , tant 
et tellement qu'ilh estoit tou près que chascon r'alaist à sa chasconne. Mains 
par Tauwe ' de Dieu et de glorieux martyr sains Lorent , et oussi par le bonne 
perseverancbe dédit abbeit^ilb ragumentat'la religion, et les edifisbes deldif 
engliese dedens et débours grandement ilb reedifiat, et son engliese, tant 
elle spiritualiteit com el temporalité! t, bonorablement le governat jusques 
al ain M CGCG et XXXV, et trespassat le 11II™<' jour de mois de septembre. 
Apres cuy trespas la digniteit ne vacat que dois beures , que dan Henris 
del Gherais fut r eslus par le voie de Sains-Espirs à X^Vi^^^ abbeis, de cuy 
nos parlerons cbi-apres. 

L'an M GCCC et V % le secon jour de septembre, soy partit monsangneur lid xiiii« et v. 
Johans de Bealwier de Liège , et cbevalcbat vers monsangneur le duc de ^dT^Lie'Jir^en °.ut 
Bourgongne à Paris, son seroige \ et amenât awec luy grant gens d'armes "«^">'<'°^ "" ^""" 
jusques al summe de IX^' chevaz, por le discorde qui estoit esmut entre le 
dttk d'Oriiens et le duk de Borgongne deseurdit, et ne revient monsangneur foi. u.y^. 
jusques al vigiele de Tous les Sains. Et quant monsangneur de Liège, awec 
sa noble chevalerie et compangnie, apprepat Parb, adonc mesire Baidevin 
deMonjardin, qui savoit chu que à chevalerie et à honnour appartenoit, 
et qui savoit le voie par toutes les ruewes de Paris, ilh ordinat comment comeoi cbeai de pam 
les gens liégeois soie dévoient avoir et alleir, et là les menat-ilh par tout la noble* Keto». 
citeit de Paris, dois et dois, dont les Parisiens et tous les sangneurs de 
Paris orent grant ammiration, dont ilh venoit à avoir à I evesque tant de 
nobles gens d'armes. — Item, adonc une vesprée les barons, prinches, HooMngneurdetiege 
contes et dus s'avisont qu'ilh yroient momeir ' et joweir aux dées al hosteit fnêSn leurarg'^iTû 
monsangneur de Lige, et quant ilh commenchont, fortune fut teilement 
por monsangneur de Liège qu'ilh les gangnat tous leur or et leur argent. 

^ Même mot que ahtde ou mde. notre wallon. 

' Régleiiienta. * D'après Roquefort, momcr signifie m c%iiwer, 

' ZantvKet parle aussi d*un voyage de Jean de faire une mascarade, et il en reste quelque chose 

Bavière k Paris , mais il le place sous Tannée 1 i02. dans le mot momerieê. Mais le glossaire de Dueange, 



Voy. AmpHseima eollectio, V, 559. v« mmnerium, contient une citation qui donne- 

* Beaa4rère» mari de la sœur. Jean sans Peur, ratt encore à ce moi un autre sens, et lui ferait 

dm de Bourgogne, avait en eflét épousé Margue- désigner un jeu de dés. 
rite de Bavière. La. forme êoroge est restée dans 



96 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Adonc uns des prinches inult yreis dest : « Quelle dyable de prieitre aUy 
» chi ? Gomment , nos gangnerat-ilh toul nostre aident ? » Adonc mon- 
sangneur de Liège soy levât del tauble, et dest en chourchant* : « Je ne suy 
>i pa preistre , et de vostre argent je n'ay que faire. » Et le prist et le jetta 
et l'espandit par tout, dont y pluseurs orent grant mervelhe de sa grant 
liberaliteit. 

L'aa M cGGG et VI. L'au M GGGC et VI fut par les cardinales de pape Grigoire et de Pire del 

'^''et^eôme^^^ Lunc cclcbreit le concilhe de Pises. Et deveis savoir que après le decesse 

TûmTprVv^"* '"^^ de pape Innocent, qui morit le jour Sains-Linair, elle présent année ', lez 

cardinales r'eslurent^ l'an M GCGG et VI, le pape Grigoire le XII"^ de thi 
nom , liqùeis estoit docteur en théologie, et sembloit que che fuist uns bons 
de conscienche et li plus convenable por faire union el Engliese que nus 
aultre, car ilh avoit d'eaige près de IlII'^ ains; liqueis, quant ilh fut eslus, 
tout chu qu'ilh avoit voweit et jureit tout parjurât, et onques del union del 
Engliese riens n'acomptat, anchois, tout le contraire, en tout manière qu'ilh 
pot l'encombrât, enssi com est escript à XXI™*' foulhu' chi-devant. Porquen 
en dit concilhe lesdis papes Grigoir et Pire del Lune , qui soie nommoit Be- 
nedich X1II™% furent par sentenche diffinitive, com scismatiques et parjures 
et sainte Engliese scandalizans , de leurs papaliteis rewasteis et priveis. Et 
quant lidit concilhe oit dureit près de III ains, ilh eslurent Alixandre V"^, 
l'an Xllll^ et IX. Adonc sainte Engliese fist obedienche à ly, et cessât le 

De «tatun de concilhe devautdit ueutraliteit. En ledit concilhe furent ordinées mult de belles ordi- 

nanches, lesqueiles siéraient longe de chi à scrire; mains se vos les voleis 
veir ou avoir, vos les trovereis en latin el monasteir de Sains-Lorent par 
deleis Liège , en libres qui furent maistre Lambert \ docteur en decreit , 
confrère deldit monasteir. 

MoaMofneur de Liège L'an XIIII^ ct VI, après Paskc, soy partit monsangneur de Liège, por 
por »Y»|^n«« «t dé- matalant*, et ostat sa court et le sael del offichialiteit de Liège, et le 

mist à Treit *. — En cel ain , le XVI"^ jour de junne , fut eclise totale de 
soleale, entre VI et VII heures al matinée. — Item, l'an devantdit, le 

' Aussi eourçant et eourchiant , en eourroul. * 11 a déjà été question précédemment de ce 

Voy. Roquefort) y eoureer. personnage. 

' Ces neuf derniers mots sont écrits en marge, * If milalMil dans Roquefort signifie coldr», dépii. 

mais de la même main que le reste du MS. • Maestricht. On peut eomparer eé récit arec 

' Sans doute feuiUe ou feuUkt. celui de ZantTliet. Ampli$$. eoiheUy V, M7 et seqq. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



97 



XXVI™^ jour de septembre, mandat monsangneur de Liège à son maieur 

de Liège qu'ilh cessast del somonre ' lez esquevins, et auxdis esquevins ilh 

mandat qu'ilh cessassent de jugier et de donneir conselh et recliairgement *, 

jasques à tant qu'ilh auroient de part ly aultre mandement. — Item , le 

XXV1I™« jour de septembre, la citeit et les bonnes vilhes de paiis de Liège oni fiit Thiri manbor. 

rechurent Thyri de Perweis à evesque, et Henri, son peire, à manbor, 

contre le volenteît de capitle. — Et deveis savoir que li motion de chis DontvîDtiidiscowen- 

* ^ ^ / tr« monstngneus et 

discors et debas commenchat entre monsangneur de Liège , Johans de Beal- *<>° F*"*- 
wier, et sa citeit et tout le paiis, tant aile cause del batalhe et discention 
que lidis prinche avoit oyut dedens la vilhe de Sains-Tron dont ilh avoit 
oyut la victoir, com des gens qui estoient appelleis hedrois ', qui estoient 
banis fours de son paiis, et qui porcachoient secreitement, par lettres qu'ilh 
envoioient secreitement à leurs amis dedens la citeit et sour les mestiers 
et eus aultres bonnes vilhes de paiis, qu'ilh y acquissent tant de partiies que 
monsangneur ne poioit mie bien goiir de sa jurisdiction spirituele et tem- 
porelle; car les maistres der citeit et des bonnes vilhe ly empechoient en 
pluseurs manières , et sourtenoient les banis de Sains-Tron qui avoient sus 
eorut monsangneur et le volrent mettre à mort awec ses aidans en ladit 
vilhe de Sains-Tron, enssi com chi-devant soy contint à pau de parolles 



^ Semoncer, Voici on passage de Jean d'Outre- 
meiise qui montre en quoi consistait le droit de 
semonce attribaé au maïeur ; il est relatif à une 
procédure criminelle, pour fait de oomplot (4531) : 
« Li eresque tenoit une escript en sa main. Si 

• appellat son maire et si donnât la ceduUe pour 

• faire lire. Et li maire le donnât à son clerc, qui 

• liesit les oomf des XXXIX qui avoient fait la 
» sédition. Atant salhit ayant Helin, qui astoit 
» mambors al evesque, lequis at fait sa plainte, 

• en disant : Maire, tourneis en droit as esque- 
" Tins, çDue sont chis tout qui le chouse ont des- 

• senrit, ches trahitres mourdreurs qui sens cause 

• Toloient mourdrir les esqueyins et les nobles 
» sens defifiancbe. Li maire li fit jureir sa plainte, 

• et que bien le voleit preveir. * Après avoir dit 
que le mambonr fit le serment exigé et produisit ses 
témoins , le ehroiiiqaeur ajoute : « Et fut proveis 



» plus crueux li fait que li mambors ne Tavoit 
» declareit en la plaint De quoy tos les prinches 
» que j'ay nommeit dessus en furent mult coro- 
» chiés, et par spécial Johans li dus de Brabant, 
» et dest que ons fesist le jugement avant. Et li 
« maire le mist en garde, et somont les esquevins, 
n lesquis se sont eonselhés. En après ont dit que 
» ilhs sont tous atains de leur honneur, si que 
» (aux trahitres. Li maire le mist en garde, et les 
» fait tos proclameir forjugiés par nom et sprnom 
• et por quile fait. » 

' Quand les cours subalternes du pays de Liège 
demandaient à Téchevinage de la cité la solution 
d'une question de droit, cela s'appelait aller à re- 
charge, 

* FUa îniquUaiiê, odùntes jtu et aequum, dit 
Zantvliet en parlant des Haidroits. AmpHu. eoU., 
V, 361. 



98 CHR0INIQ13E DE JEAN DE STAVELOT. 

Esqaevius de Tongre poF acourchiep le mateîre. — Et cheaz de Tongre enssi, por faire à mon- 

sangneur desplaisir et al encontre délie loy de paiis , ilhs banirent hours de 

Tongre les esquevins de Tongre, portant qu'ilh n'avoient nient volut jugier 

une homme de Sains-**Tron qui avoit quassiet une aultre, qui hours de 

Sains-Tron estoit banis por le fait de monsangneur , à coupeir le pongne , 

sens le rechairgement de leur chief. — Si que por chesdis cas, et pluseurs 

aultres qui trop grief sieroient à mettre en escript , lydis monsangneur soy 

Foi.s5,TO. absentât hours de Liège, et fist cesseir la loy, et oistat sa court, enssi 

MoDMDpettrnewoiotr com chi-devaut cst coutcnut. — Et sour ches motions et discors soy 

pareir e paix. gg^^^j p^^p (^^ saugueurs dc capitles et par altres bonnes gens pluseurs 

traitiiés , en suppliant à monsangneur qu'ilh vosist revenir en sadit citeit 
et mettre sour ledit capitle et les aultres membres del paiis ' des poins 
dont ilh soy deplaindoit; mains ilh n'en wot riens faire. — Et cheauz de 

Huyois refusent mon- Huy , qui dcvaut avoicut cstcit de l'acourde monsangneur, soy retour- 

nont awec cheaz de Liège, por quoy ly universiteit del citeit et des altres 
bonnes vilhes, enflammeis al encontre de leurdit sangneur, soy misent 
pluseurs fois ensemble. Et finablement ilh acordont de faire I mam- 
bor, et nomment sires Johans de Rochefort et Agymont, liqueis ne le 
wot mie accepteir; si que, par le porcache ' des hedrois qui estoient banis 
et alcuns de leurs amis, fut aultre fois accordeit qu'ilh voloient avoir et 
eslire une aultre sangnour que ledit monsangneur Johans de Beawier, et 
SLwec chu une mambour. — Adonc ilh eslurent, ultre ' le volenteit les san- 

ThiridePerweisetson gncurs dc capitlc, qui bicu leur dessent qu'ilh n'avoient nulle puissanche 
sangneur de paiis. dc chu faire , assdvoir qu'ilh eslurent à sangneur Thyrîs de Perweis , le fis 

le sires de Perweis , et sondit peire à manbor, et devoit durcir celle man- 
bornie trois ains. Et cestç élection del sangnorie et manbornie acceptont 
lydis Thiris et son peire par leur tres-grant follie, car ilh en morirent en la 
fin. Et fut ceste ordinanche fait l'an XIIII'' et VI , le XXVII"^ jour de sep- 
tembre, et en furent faites lettres, et les dévoient saileir tous les membres 
de paiis. Et chi jour meismes furent-elles saieleez degrant sael del citeit. 

Le» ^^rou Tv^inreai et Icz aultrcs aprcs Icz saiclont. — Et accordât chi jour ly universiteit del 

' G*esi-à-dire, attribuer le jugement du diffc- Voir aussi le glossaire de Doeange, v porehmcia, 
rend aux états du pays. ' Contre. 

' Porchaz dans Roquefort, poursuite, intrigue. 



absentont 
ilh ne to- 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 99 

citeit que maistre Lambert Grigoire, Baldewin del Roche, Jakemyn Badus, 
les enfans Lorent Lambert, et tous les aultres qui por hedrois avoient esteit 
baois , enssi qu'ilh contient chi-devant \ revenissent à Liège et dedens le 
paiis ligement, sique chi propre jour ilh revinrent à Liège por le plus grant 
partiie. Et estoient adonc maistres del citeit Wilhaume Datin, fis Johans Mutu-es de uege 
Datin, et Johans del Gachie V — Item, l'an XIIII® et VI, le V™« jour d'oc- 
tembre , sour chu que les sangneurs de Sains-Lambert estoient requis de 
saieleir la lettre del élection del sangnourie Thyris de Perweis et délie 
manbomie de son peire, ilh respondirent qu'ilh ne poroient, leurs hon- 
neurs et serimens wardeis , saieleir ladit lettre. Adonc fut chi jour meismes 
criet al peron à Liège que tous cheaz qui point ne voroient saieleir wedas- , 
sent' la citeit de soleal luisant, et que ons les tenroit por annemis , et cheaux 
qui voroient saieleir demorassent. 

Et par le dobte * de cry de peron y pluseurs des sangneurs de Sains-Lam- LeesangneondeSaîn» 
bert soy absentirent celuy jour, et alcuns y demoront, sour I esperanche que poruotauiii 
ly universiteit del citeit, qui lendemain fut ensemble, les tenroit por es- 
cuseis ; et soy fisent escuseir pardevant ladit universiteit, qui accordât qu'ilh 
demorassent, s'ilh voloient saieleir, car se chu ne foisoient, ons les tenroit 
por annemis. Et partant que chu ne porent faire, ilh soy absentirent à 
miez qu'ilh porent secreitement , et n'y demorat nus desdis canoy nés , fours 
que tant seulement Wilhaume, fis Baldewin délie Roche, liqueis, por l'en- 
nortement del annemis et de son peire , demorat à residenche , si que mal 
conselhiés ; car après ilh en morit en la batalhe à Othey. — Et portant que 
lidis Thiri de Perweis et sondit peire et leurs adherens , dobtans d'iestre om renuoehat à pape 

• a* • iTk 1 t * «■••de Romane. 

greveis par le sains-peire pape de nomme , desous cuy obeissancne ly pans 
de Liège avôit tondis esteit puis le scisme jusques à presens , ly universi- 
teit del citeit accordât adonc que li neutraliteit qui ja avoit esteit faite, 
enssi qu'ilh contint chi-devant, fuist. de noveal refaite, et que ons ne fe- 
siste nulle obedienche à dit pape Grigoire de Romme. — Item, Tan devant- 
dit , le X V°^ jour d'octembre , ly sires de Hynsbech , qui defitet avoit le Meaire de Hynaebereh 
paiis de Liège en le faveur et ayde de monsangneur Johans de Beawier, fist 

* Comp. avec ce ^i est dh plus haut, p. 54. Chauuée des historiens modernes. 

' On Toit que Jean de Stavelot ne connaît que ' WedasserU pour vuidastent, 

la forme populaire des noms, et les étrangers au- * Crainte, 
ront quelque peine à reconnaître ici le Jean de la 



100 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

buteir les feux à Fleron, à Mychereut et tout là attour; dont lidis Thyris 

de Perweis et les gens à chevals et grand nombre des gens de piet issirent 

fours, et siwirent après eaux de chi deleis Herves, et puis se retournent. 

LymaisoD BertraiD dei fit adonc pluseurs gens del commonalteit, et des habitans à Pont d'Ameir- 

Boverie fut abatue. . * ® . ' , , 

court et de là entour, allont vers la Boverie et brisont la maison Bertrain 

del Boverie , escuwier, et pilhont tout. Et fut après chu tout abatue par le 

Les maisons mesire volcntcit dcdit Hiambor et dc son filh. — Et enssi lendemain y pluseurs 

Jake et Hake et Hol- . , , , , • 

set furent brUtex. mals couselhiés dcl citcit allont brisier les mansons mesire Jake Chabot, 

chevalier, esquevins de Liège, mesire Hake, canoyne de Liège, et le manson 
Marsilhe de Hoizet. — Et por ches excès fut ly universiteit del citeit criée 

Fol. 86,T«. ensemble sodainement, et fut par eaux accordeit que dedens la citeit ilh ne 

fust fait plus avant de alcon maison à brisier. — Mains c'estoit leur volenteit 

De faire no^eau ca- quc ous fcsist dcs uovcals cauoyucs à Saius-Lambcrt , puisque tous les aul- 

nojnes et noveal sael •- -^it»!! i ii n i *•** i-» i « 

à rengiiese de Liège, trcs , exccpteit Wilhaumc délie Uoche , estoient tous absentis , et queles aul- 

cuns, qui estoient dierains demoreis, et qui leur avoient enconvent del de- 
moreir et de faire une noveal sael de capitle et de saieleir lesdites lettres del 
sangnorie et del manbornie , leur avoient délie tout de leurs covens defallit. 
Item, sour le fianche del acorde del dite universiteit del citeit, sires Wal- 
tier Thyris , canoyne de Sains-Bertremeir , sour alcuns bulles qu'ilh avoit 
de pape de Romme, fut recheus à canoynes de Sains-Lambert par ledit 
Thyri de Perweis, qui soy clamoit eslut de Liège et conte de Louz, et par 
sondit peire et manbor del evesqueit et par ledit Wilhame del Roche. 

Cornent Thirt et son Et aprcs chu fais , lydis Wilhame del Roche et sires Waltiier Thyris 
del sangnorie et furcut, sique capitlcs dc Licgc de Sains-Lambert, requis de saeleir ladite 

lettre del sangnorie et manbornie lesdis de Perweis ; et ilh le fisent et si acor- 

L'an xiiii« et VL dout dcl tout. — Item l'an deseurdit, le XX\l^^ jour d'octembre , soy partit 

lidil manbor del citeit awec pluseurs gens d'armes, et allât logier à Viseit 
en Tentention del chevalchier sour le sangneur de Heynsbech. Et por chu 
qu'ilh ne soy sentit mie fors asseis, ilh revoiat al universiteit del citeit 
qu'ilh le vosist siwir ; dont par chu ly universiteit accordât que les maistres 
alassent vers luy por savoir son intention , et qu'ilh le fesissent retourneir 
s'ilh poioient, se nom, ilh le siweroient quant leurs provisions sieroient 
faites; lyqueis ne wot nient retourneir, sique adonc la citeit ac<îordat délie 
issir fours le dymengne ensiwant, qui fuit la nut* de Tos les Sains. Et allont 

< Nuit. 



CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVËLOT. 101 

celle nut loeier à Viseit et là-en tour. — Mains ly conseille soy prist teiie- LvouttdeLicgetwee 

^ • lo nftnbor assêgont 

ment cel vesprée, dont ons quidoit alleir sour le sires de Heynsbech, que SâiM-Troneti«con- 

lendemain tous ly oust s'en alat vers Sains-Tron qui soy tenoit à monsan- 

gneur de Bealwier ; car ilh y avoit alcuns capitains départ ly et ses gens 

d'armes estrangnes, et y avoit oussi pluseurs canoynes de Sains-Lambert 

qui estoient absentis. £t fut ladit vilhe assegié par cheauz de Liège, de Huy, 

de Tongre et de Hasselt : là fisent-ilh moult grant damage, car ilh ardi* 

rent tous les beals forbos * et de quant qu'ilh avoit fours deldit vilhe. — Et 

partant que cheaz qui estoient dedens Sains-Tron n'estoient mie tous bons 

Beawiers, et que point de soucour ne leur venoit de leur sangneurs, pluseurs 

traitiiés soy fisent entre ledit manbor et son filh et les bonnes vilhes de- 

seurdit et cheaz de Sains-Tron ; et tant que acordeit fut que cheaz de Sains- 

Tron saieleroient le manbor et son filh , enssi que les aultres bonnes vilhes 

avoient fait, et feroient seriment à dit Thyri de Perweis com à leur noval 

sangneur, et banisseroient BoUe de Growendris et Henri Bosse, et plus ne 

sortenroient les canoynes de Sains-Lambert, mains ilh poroient issir fours 

délie vilhe, et eistre livreis salvement en la vilhe de Liewes' en Brabant. Et 

enssi fut fait awec pluseurs aultres cas, et sour che li oust de Liège soy de- 

logat» le nut le Sains-Martin revinrent. 

L'an devantdit, le XXII°><' jour de novembre, entrât monsangneur Johans 
de Beawier dedens la fortereche de Bolhon ', par l'acorde mesire Wilhame 
de Skendremale, chevalier, qui prevost en estoit adonc. Et fut ladit forte- 
reche porveyuwe de tout vitalhe par ledit monsangneur dedens V jours, et 
y mist gens d'armes et puis s'en partit. Et quant chu parvient aile connis- De «ge de Boihon. 
sanche dédit manbor et son filh , ilh allont celle part awec les gens d'armes 
de paiis qui le l'ozont lassier, partant qu'ilh fut crieit à peron, sour les 
alloiianches devantdit et sor une grant mise, que tout hommes à chevauls le 
siwist. — Et enssi cheauz de Dinant soy estoient avanchis , car li manbor et 
son fis awec leurs ensiwans les raconsewirent, et les trovont sour les thiers ^ 
deseur Bulhon , le jour le Sains- Andrier Tapostle , et là furent-ilh teilement 
d'acorde qu'ilh avallont le thier, et passont-les gens à cheval premièrement 

^ Faubourgs. Le glossaire de Rocfaefort donne " Bouillon, 
la forme farbore, * Montagnes. Encore un mot resté dans notre 

* Liau, en thiois Leeuw, wallon. 



102 CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVËLOT. 

laiwe ^ car li pont estoit brisiet. Et cheaz de Dynaot atout leurs armures et 
baniers^ à piiet et à cheval , |>assoDt oussi ladit rivière en waiiant' tout 
oultre, sens nuls perilhes à eskiweir. Et ne trovont personne qui la vilhe de 
Bulhon defendist, si qu'ilh logont trestous en ladit vilhe; car' toutes les 
gens del vilhe veirent qu'ilh passoient la rivier, de grant paiour ilh s'en- 
fuirent el fortereche por salveir leurs corps, et lassont la vilhe enssi awec 
leur biens et porveanches ; et assegont fortement le casteal , et fasoient tous 
leur besongnes dedens des toneals , et puis jettoient chist mierdre par en- 

Foi. 96, r*. giens elle fortereche , qui punoit toutes leurs chitiernes et leurs aywes, que 

grandement le greva. Et tant durât chis siège , que nuls secours ne venoit 
aux wardes de ladit fortereche; sique, après pluseurs traitiés fais par 
alcuns sangneurs et oflSchiens del terre de Luscenbourch et de dammoseal 
Evrart del Marche, tratians entres ches partiies, finablement fut acordeit 
que ladit fortereche sieroit rendue à Dieu et à Sains-Lambert, et al paiis 

Bulhon fut rendue à dc Licgc ct aldit maubor et à son filh, che prendant en nom com dit est, et 

cheaz de ladit fortereche s'en partiroient et en r'iroient savement% sens eauz 

L'an xiiii« vu. grcvcir. Et chu fut enssi fait et accordeit l'an XIIII^" et VII, le XXVIII»» 

de jenvier. Et sour chu revinrent li manbor et son filh à Liège. 

onB rendit âtts forju- Et adout fut par ledit manbor et son filh r'abandonneit aux foriuffiés, 

gies le pans. ^ ^ * ^ Je)' 

assavoir à filh Lorent Lambert et aux altres qui avoient esteit forjugiés 
por mort d'hommes, qui par eaux avoient esteit ochis à une debas qui 
avoit esteit en draprie à Liège, et qu'ilh revenissent salvement awec les 
aultres hedrois, enssi qu'ilh fisent, et par l'acorde del citeit, qui l'acordat 
lendemain de grant queremme, l'an deseurdit, le XIIII°><' jour de février. 
Le dae de Brabant. — Item , en chis tcmpora , après le trespas madame Jehanne decesse de 

Brabant, fut rechus à duc de Brabant monsangneur Anthone, le fis mon- 
sangneur Philippe, duc de Borgongne et conte de Flandre, qui en devant 
avoit esteit, par les sangneurs et conseals dédit paiis de Brabant, rechus 
à governeur por cely paiis à governeir. Et fut adonc teilement traitiiet et 
ordineit, se chez de Brabant voloient eslier à duc ledit monsangneur 
Anthone, que Andwierpe' awec ses appendiches, qui estoit adonc aparti- 

* Eau. Mot wallon toujours. * Le mot quand paraît avoir été ici omis. 

* Guéant, passant à gué. Gomme dans beau- * Sic pour êaîvement. 

coup d^autres mots le ti; remplace le g. * Anvers, en tbiois Aniwerpen, 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 103 

nant à conte de Flandre, siérait rendue à paiis de Brabant) enssi comme 

jadit avoit esteit : et enssi fut-ilh fait. Lyqueis duc Anthone oit II fis, qui 

forent appeleis Johans et Philippe, lesqueis II sangneurs furent ambdeux 

l'une après Fautres , après le trespas de leur peire Anthone , dus de Bra- 

bant; mains iih ne régnent mie longement, car ilh furent ambdeux empo* 

tioneis * dedens brief temps. Et après eaux le fut Philippe duc de Borgongne. 

qui y parvient mult subtillement, car ilh y avoit dez al très plus prochains *. 

— Item , en chis tempera , après chu que Bulhon fut rendue à manbor et à 

son filh et à paiis par le manière devantdit, fut secréement aviseit par 

ledit manbor et son filh et leurs adherens, et par especial par maistre Lam* i>« maistn Lambert 

hier — qui estoit bons mariés et estoit docteur en drois et en loys, qui en 

chu estoit le maistre conseilhier et advocaux et wardains délie parolle le* 

dit manbor et son filh, tant pardevant tout le paiis com pardevant ladit 

universiteit del citeit de Liège quant ilh estoient assembleis — qu'ilh siérait 

bon de lenvoiier quier à pape Pire del Lune , qui soie fasoit appelleir Bene- 

dich, qui demoroit en Avingnon, une confirmation del élection ledit Thyri 

de Perweis, nonobstant que les Liégeois n'awissent oncques aldit pape 

Benedich fait obedienche. 

Et por chest besongne fut envoiet Jacquemyn Badus à dit pape en Avin- Jaquemyn sadus aut 
gnon , sens chu que la citeit de Liège ne h pans ne fussent oncques por che » en Avingnoo. 
assembleis ne qu'ilh l'acordassent onques. Et pracurat tant lidit Jaquemyn , 
qu'il renvoiat dédit pape d' Avingnon bulles de ladit evesqueit qu'ilh con- LiegoissoytonrooDtà 
cedat à dit Thyri de Perweis, par le mort monsangneur Parsant de Ro- ^^^ ▼«gnon. 
chefort, qui délie élection faite par le capitle deseurdit del evesqueit avoit 
esteit osteis par le pape de Romme Clemens. Et y estoit entreis mon- 
sangneur Arnus de Hoerne, enssi que chi-devant en IIIIi^^' craniques est 
escript*. — Et celles bulles d'Avingnon furent apportée à Liège et accepteez 
par l'enortement del anemis et des hedrais, et furent tous les membres 

* Cette tradition n*aaueiin fondement ^rhistoire germain. 
B*a pu reeneilU d*iiidices d*nD empoiaonnement * Cette quatrième chronique est le quatrième 

de Jean IV et de son frère Philippe. livre de Jean d'Outreœeuse, qui, jusqu'à ce mo- 

' Mai^erite, veuve du comte Guillaume déliai- ment, n'a pas été retrouvé. Jean de Stavelot fait 

nant et mère de la malheureuse Jacqueline de Ba- ici allusion aux événements dont Zantvliet nous a 

if était, en eflfet, la tante des princes défunts, laissé le récit. AmpHês. cotkct,, V, 513 et suiv. 
que Philippe le Bon n'était que leur cousin 



104 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

par le plus grant siîte * à dit pape Benedich obeissans, et tenans ledit Thyri 
de Perweis à sangneur et esleu de Liège et conte de Louz. — Et deveis 
savoir que sour le chemyn revenant ledit Jaquemyn Badut d'Avingnon 

Badut fui pris . mains vcrs Liège, ilh fut des gens d'armes pris en Franche, et fut meneis en 
délivrât à Paris, prisou k Paris; maius ilh procurât tant à duc d'Orliens, frère al roy de 

Franche , et oussi par les lettres qu'ilh dédit manbor et son filh et le citeît 
y furent envoiiés , et saeleez de grand nombre de saels de pluseurs per- 
sonnes, par forche et par maneches, tesmongnant qu'ilh estoit bonne 
homme et qu'ilh n'a voit riens fait contre honneur, sique par teiles lettres 
et porchas lydis Badus fut lassiés hours de prison et revient à Liège sens 

GooientBadutfumaiV eucombricr. — Et por ledit Jaquemyn Badut plus honoreir et enleveir, 

qui trois ains chi*devant en gtfngnant simplement son vivre en pavant lez 
cachies ' del citeit , ladit universiteit de Liège le elisit à maistre del citeit , 

Fol. 36, T*. anchois qu'ilh fust revenus del prison de Paris, et fiste l'offische por ly de 

ladit maistrie maistre Lambert Grigoire, jusques à tant qu'ilh revinve 
dedens ladit citeit de Liège. 

L'ordinancbe de man- Et cstoit H ordînanchc tcilc ouc ly manbor, son filh et cheaz de leuV 

bor et de ses amis. , iiji»4-«i • «i» 

conselhe, et lez mais très et conselhe del citeit, et les esquevms qui furent 
par ledit esleu de Pervi^eis de noveal institueis, après chu que les aultres 
esquevins soy furent absenteis , usoient tous ensemble d'on commun con- 
selhe et accorde, sens publiier ne manifesteir leur intention de pluseurs 
chouses, portant qu'ilh doubtoient qu'ilh avoit dedens la citeit et le paiis de 
Liège grant nombre de bonnes gens dont ilh powissent eistre de leurs 
secreis accuseis, et leur intention nunchiez à dit monsangneur de Bealwier 
et à cheaz de paiis estans de sa partiie et qui dédit paiis estoient absentis. 

Les eoDseihien ledit — Et cstoicut spcciauls cousclhiers dédit manbor et son filh , Johans sires 

de Rochefort et d'Agymont, mesire Johans de Saraing chevalier; et attrai- 
rent oussi pluseurs borgois del citeit et d'aultres lieu, tant par maneches 
com par promesses et faveurs, qu'ilh furent enssi de leur conselhe. — 

Ilh fut eommandeit Aprcs ilh fut commaudcit sour les paroches par le citeit, départ ledit man- 

(fue oos païast les^ . ^ •. 

biens des absentis à bor ct SOU filh et Ics maistrcs et conselhe del citeit, que toutes personnes 

manbor» 

qui dévoient cens ou rentes à mesire Jake Chabot, Bertrain del Boverie, 
Thyri de Chenal et tous les aultres qui del citeit estoient absenteis, ne 

* Pour iieulle, délibération. * Chaussées. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 105 

paiassent fours que à Sains-Lambert aux commissars qui à chu estoient 

commis départ eaux.. — Item, en chi temporal instituât lydis Thiri de Per- Detuffragam qu« ons 

, , • i» * i» • • A -A j fist por le» ordines 

weis uns evesques des ordmes qui fust son suffragam, qui estoit devers etumorfidai. 

Harlines, et oussi uns officiai por le court de Liège. Et y faisoit-ons, tant 

par fourche com par doubtanche d'estre greveis en corps et en biens, cascon 

obéir. — Item, en chis temporal fist li duk Anthone de Brabant faire par 

ses ^ens qu'ilh envoiat à Liège pluseurs traitiiés aldit manbor et à son filh , 

et dont pluseurs journées furent tenuez en Brabant, tant sour les allianches 

des II paiis à renouveleir, com sour faire déclaration des appeals del paix , Traitiés des Barben- 

4 1 •* • n 1. A i¥f Ad. I AAi'i « •*• ' • chons à mambor de 

et de citeir en Brabant sour III cas tant seulement; et la ches traities sie- m cas. 

roient affirmeis et saieleis, li duk ne devoit plus sourtenir en paiis de Bri\- 

bant les canoynes de Sains-Lambert qui estoient absenteis del citeit et qui 

estoient sor tenus à Lovaing; et jasoicheque lesdis canoynes soy traissent, 

por le plus grant partiie, à leur département del citeit, premièrement à 

Namure , li conte de Namur, por le doubtanche d'eistre li et son paiis gre- Le eonte de Kamur 

veis par ledit manbor et son filh et le paiis de Liège, ne les wot mie sour- absenteis. 

tenir, si qu'ilh leur convient retraire à Lovay '. Mains ches traitiés ne furent 

mie adonc parfais ne accomplis, enssi que les traitieurs l'avoient enbaudit'; 

et por chu en furent les commonalteis délie citeit et des aultres bonnes 

vilhes maulcontens et inflammeis de mal à faire. — Car cheaz de Tongre 

abatirent et ardirent le Ihour et fortereche Gondenoule d'Odeur, qui estoit 

por monsangneur de Bealwier senescaul del conteit de Louz. £t enssi 

asseis toust après ilh abatirent le mairtson le damseal d'Odeur, qui soie 

tenoit adonc deleis le duc de Brabant, soy escusast que délie guerre 

esmeute entre monsangneur de Bealwier et son paiis ilh ne s'en voloit 

point melleir. 

Item, en cel ain XIIII^ et VII, le merquedis del pen'euze' samaine, qui Tout la dergerie rm 
estoit le XXIII°» jour de marche, furent mandeis en palais à Liège les hon^rquJi^'** 
prelas et les canoynes des secondars engliezes, et les XXX preistres délie 
citeit^ aile cause de sacre que ons leur voloit faire prendre sour le tytie 

* Pour Xooatn^^LouTaio, comme on le lit quel- erreur, et ces trois lignes se rattachent cvideni- 

qnes lignes plus haut. Nous ayons cru devoir ici ment au membre de phrase qui précède : jasoiche 

&ire un changement dans le texte. Le chroniqueur qw, etc. 

a mis au mot ftremièrenunt la majuscule qui in- ' Publier; enbakUr dans Roquefort, etc. 

dique une nouvelle phrase. Mais ce doit être une ' PUeme semaine, semaine sainte, 

14 



106 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Terrible ebonse de dédit Thîri de Perwcis. Et ilhs s'escusoient en disant que chu ilh ne 

poioient bonnement faire ; por quoy ilh furent en dit palais ensereis ' del 
matinée jusques à coporelhe' elle nuit, sens boire et sens manguier, et furent 
à chu constrains que por le doubte de leurs corps ilh leur covinve faire seri- 
ment aldit Thiri de Perweis, et qu'ilh prenderoient le sacre & Sains-Lam- 
bert ; et se fait ne l'awissent, ilh awissent estei t navreis alcuns ou ochis , et les 
altres mis en prison. — Et là qui veist le champ d'ai^ument entre maistre 

Del champ entres les Lambert Griffoirc et maistre Lambert de Stache, docteur en decreit, con- 

IlnwislreftLambers. a«o-¥ 4 Ji-i- ac 

frère del monasteir Sams-Lorent par deleis Liège, en arguant et en appro- 
vant chascon son oppinion par droit et par loye, ch'estoit une grant ammi- 
ration de chu à veiir et oiir. Car maistre Lambert de Sains-Lorent sortenoit 
la partie monsangueur de Beaiwier par vives raisons, et tous cheaz qui 
estoient del droit oppinion , et maistre Lambert Grigoire sortenoit le partie 
de manbor et de son filh par fallaches et argumens soufiistiques , et tant 

Fol. 97, r«. que en la fin maistre Lambert Grigoire fut conclus et convencus par ledit 

moyne de Sains-Lorent. Adonc fut ordineit et accordeit, à heure decopo- 
relhe, que tout ladict clergerie en r'iroit vers son maison , excepteit maistre 
Lambert de Sains-Lorent. Adonc mesire l'abbeit de Sains-Lorent, dan 
Henri Ade, awec son prieur et IIII de leur confrères, fisent tant à conselhe 
le mambor que mastre Lambert revient awec eaux à Sains-Lorent, par teile 
condition qu'ilh creantat de sa foid qu'ilh soie reliveroit al matinée à mam- 
bor à palais; lyqueis revient lendemain si matien que ly mambor n estoit 
encor leveit. Et quant ilh oit parleit aldit mambor à son lit et dit : « Veschi, 
» je moy relivre, » ilh soy tourne et monte sour ses chevals qu'ilh avoit là 
toupres apparelhiet, et enchevalchat sa voie vers monsangneur de Beal- 

piuMurs canoyBes de v^ier. — Et dsscis toist apres cheste grant injure faite auxdis canoynes, grant 
àeVu^J, p«'^>'«>> nombre d'eaux soie absentirent hours del citeit et de paiis , et pau en demo- 

rait; mains à Sains-Johans-Ewangliste en demorat plus que en nuls des 
altres engliezes. 

Comment u rigaiie fui Item cst assavoir que lidis Thiris de Perweis, sour le fianche de son élec- 
tion de ladit evesqueit, pretendans del faire les esquevins de Liège et les 

' Enfermés. le mol s'est transformé en côpareie. Voir à ee sujet 

* Sur ces faits voir la Chronique de Zantvliet, la jolie pîèee qui se trouve dans le recueil des poé- 

A mplisê, coU^ V, 360. La eoparMê désignait à Liège aies wallonnes de Ch» N. Simonon. 

la cloche du couvre-feu. Dans ces derniers temps, 



mtndée. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVËLOT. 107 

altres jugeurs à faire jugier le loy, mandat sa rigal et l'enviât quiere à roy 
de Behangne, qui par les électeurs de l'Empire estoit de ladit Empire de- 
poseis. Et celle rigalle qui ' aportée fut en la maison là H mambor demoroit 
en Fenclostre Sains -Lambert, et là fut-elle monstrée auxdis esquevins de 
Liège estans adonc à Liège, qui por chu dit cas y furent mandeis, et qui 
requisent à avoir jour de respit por respondre, et que leurs conesquevins y 
fussent mandeis; laquelle chouse leur fut concedeis. — Mains ilhs lesdis 
esquevins, doubtans à procedeir contre leurs serimens et honneurs, soy lm «quevins ^y ab- 
absentirent lendemain , assavoir l'an XI1II<^ et VII , le jour de bon venredis ', 
voir les esquevins qui en la citeit estoient demorans , et chevalchont en la 
vilhe de Treit, et alcuns des aultres vers Namur; et en Brabant s'en allât 
Andrier Chabot, qui après chu par maladie trespassat à Diest, là ilh sour- 
journoit. Et oussi li voweis del Roche soy absentit fours de sa fourtreche 
délie Roche, por les maneches que ons ly faisoit, et combien que son for- 
treche ne fuist point del movanche de Liège ne des meites ' dédis paiis , tout- 
voie ilh n'y oisat prendre fianche del remanir por ledit mambour, — Et 
portant que lesdis esquevins soy absentirent, si com dit est, lydis mambor 
et son filh et la commonalteit délie citeit en furent grandement enflammeis 
et perturbeis, et tous li paiis sour trois poins mandeis: assavoir del rigalle, Ly paUs fut mandei» 
laqueile ilh accordont à tenir por bonne , et que lidis Thiris fesist noveals ^^' ^*"'' 
esquevins , et oussi que tous hommes de fiefs à monsangneur de Liège rele- 
vassent de ly leur fiefs , et qui releveir ne volroit qu'ilh fuist tenus por anne- 
mis de paiis. — Et por cheste manière furent mandeis , par lettres saieleez 
dédit Thyre et de son peire le mambor et par les mais très délie citeit, plu- 
seurs chevaliers et eskuwiers et aultres gens, dont y pluseurs point ne 
comparurent. Et por chu fut par le paiis accordeit l'an devantdit, le dm fief» et eanoaeriei 
\^ jour d'avrilh, que tout chu que lidis mambor et son fis voroient faire L*an xiiiie et vu. 
des cauzes deseurdites, et oussi des canones et clergerie qui estoient absen- 
teis de paiis, et de faire noveals canones, et del donneir les provendes, ilh 
en demoroient del tout deleis eaz. Et pour le doubtanche de celle accorde y piuseort reie«oiit de 

* mambor et ton filb. 

relevont pluseurs chevaliers, eskuwiers et altres personnes leurs fiefs dédit 
Thiris de Perweis, dont chu fut grant mespresure et foUie qui le oisast 

* Ce moi semble élre de trop. ' Afeiieê ou metes, frontières, limites. 

* Le vendredi saint. 



108 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

avoir escondier. Mains oussi iih y furent y pluseurs qui furent conforteis de 
leur fief à perdre^ enssi que ons dest après chu, et qui n'astoient point 
renommeis d'eistre hommes de fiefs. Et pluseurs y oit qui relevont dédit 
Thiri de Perweis et ly fisent seriment, qui depuis soy absentirent de paiis, 
et difiiont le paiis en aidant le devantdit monsangneur de Beaiwier. * 
Des Doveais esquevins Item, eu perseveraut l'erreur qui par ledit mambor et son dit filh et leurs 
ei^df^m^i^r. ' ' adhereus estoit commenchié, ilhs ordinont tantoist après à faire dez noveals 

esquevins. Et furent les II premirs institueis, assavoir Franke, fis jadit 

Jaquemyn del Roche, et Henri Malchair le taneur, et les misent lesdis 

mambor et son fis en feialteit en capitle Sains-Lambert, pardevantWilhame 

del Roche et Wallier Thyri, qui soie dosoient * eistre capitle de ladit en- 

glicze Sains-Lambert. Et ches II noveals esquevins, pardevant lesdis ca- 

noynes, misent chi propre jour Henri del Ghachie en fealteit délie marrie 

de Liège départ ledit Thiri de Perweis, et chu fut l'an devantdit, le 

XVIme d'avrilh. — Item, le XXVI"« jour dédit mois tantoist après, lidis 

mambor et les maistres del citeit, et de cascon mestiers XX hommes armeis 

et monteis à cheval, issirent fours del citeit à pengnecheaz portans, et aliont 

Fol. t7,v. ardre et abatre le maison mesire Wilhame de Skendremale à Skendre- 

Le manwn me»ire wii- mailc , ct Ic maisou dc Johaus de Houten à Houteri, et le maison Guy de 

fut an. Sclins à Sclins, portant que lidis Johans et Guys, qui estoient esquevins 

m^i!^» dM esquê- dc Licgc, cstoicut absenteis del citeit, et estoient alleis vers Treit, et 

sdfns et opp^"y." n'avoicnt point volut à la devantdit rigalle obeiir ne jugier. — Et tantoist 

après lidis mambor awec ses gens chevalchat vers Oppey % et y loghat en- 
viron de trois jours, et abatirent le casteal mesire Adam d'Uppey et de Her- 
stat ' chevalier, jasoicheque à chidit jour ilh n'avoit encor diflieit ne porteit 
grevanche à paiis, anchois avoit, com castelains de Franchymont, bien war- 
deit ladit castellerie, que nuls n'y avoit encors riens méfiait tout le temps 
qu'ilh avoit esteit castelains, jusques à son département qu'ilh en avoit esteit 
asseis novellement osteis par ledit mambor et son filh, et s'en estoit alleis à 
Dolhen, en li excusant que del guerre ilh ne s'en voloit point meleir, mains 
que ons le laisast en paix sens ly porteir grevanche. Mains cel excusanche 
lydis mambor, son filh et son conselhe ne le vorent oncques accepteir, ains 

^ Disoient? * HersUl, lieu de naissance du deuxième Pip- 

« Oppey et Uppey, Oupeye. pin. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 109 

ly abatirent son fortereche par le manière devant escripte. — Et quant lidis 

mambor, lez maistres et les aultres gens des mestiers deseurdit furent re- t*i% maisons Andrier 

«•• «iii* • • "«Il • Chabot et Jobans 

venus a Liège, uns, chi propre jour meismes, envoiont ardre les maisons dei chîTre à weis 
Andrier Chabot à Weys \ et le maison Johans del Chievre à Chaineez *. 

Item , après chi dit excesse enssi fait, fut ly universiteit del citeit assem- 
blée , qui accordât que tous les canoynes et la clergerie , et les esquevins de 
Liège et aultres gens qui estoient absenteis del citeit, fussent banis à tous- itb fut erîeis tous les 

• • 1 «1 I II ii«i • t i» i» 't abs0iitis banis. 

jours mais, com cheaux qui solonc les novelles aUianches avoient forfait 

corps et avoir, et que li sires auroit le motié de tous leurs biens, et les. 

maistres del citeit aroient l'autre motié. Et chu fut crieit à peron à Liège 

Tan XIIII^ et VII, le III°^<' jour de may. Et estoient adonc maistres del 

citeit Wilhame Datin et Johans del Cachie, et furent commis certains Dez maistres de Liège. 

personnes por lesdis biens à leveir. — Et adonc fut justichiés une des 

variés le mambor et mis en quattres quartiers a Sainte-Walbeur, partant 

qu'ilh fut enculpeis qu'ilh devoit son maistre punîer et murdrir. Et sour 

che fut-ilh mis a gehinne, et lendemain meneis a cheval seiant devant 

I homme, et sembloit bien qu'ilh fust mors. — Item, a \l^^ jour dédit mois 

de may, fist lidis Thiris de Perweis pluseurs noveals esquevins : assavoir 

mesire Botier de Fexhe, mesire Johans de Solongne% chevalier, Robert Demoveau esquevins. 

de Sprolant, Ystaise de Lers ^ Henris del Cachie , Ser>'ais de Bealmont et 

Colar Mathier le hulheur, \|ui le devantdit jour furent mis en feialteit et 

enlreprisent à jugier età useir del loy de paiis. Et enssi ilh instituât encor 

pluseurs aultres esquevins noveals : assavoir Evrar de Lieriwe % Baldewin 

de Lardier, Pirelot délie Grevier, Ernut le jovene, le filh maistre Pire de 

Hemericpurt le fevre. 

Et asseis toist après lidis Thiris de Perweis donnât à pluseurs persqnnes, De, noveaiz canone». 
tant deile citeit com de Bruxelle et dez aultres bonnes vilhes de paiis, 
grant nombre de provendes, tant à Sains-Lambert com aux aultres secon- 
daires englieses de Liège et ëns aultres bonnes vilhes, en privant par nom 
et sornom les aultres canoynes qui estoient absenteis. Et premirement 
soy fisent rechivoir et admettre az provendes de Sains-Lambert, sires 

* Weezy hameau dépendant de la commune de nom se prononce. 

Grive^ée, près de Liège. * Seloigoe, près de Chimay. 

' Cette orthographe est j^us conforme que Tor- * Liers, près de Liège, 

ibographe adoptée : Chenée, à la manière dont ce * Liery, près de Rettine. 



ilO CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 

Hubert Corbeau d'Aleure % maistre Johans de Riwechon % maistre Wil- 
hame de Riwechon, Johans d'Ahin, Wilhame de Rosmelle, et grant 
nombre d'aultres qui furent rechus en resalhemois '. Et après chuy furent 
encor pluseurs aultres admis, le fiih Evrar de Lieriwe, le fis Gerar del 

"^"miTilirfurent?^ Cachic, Johaus Alair et pluseurs altres. — Itena l'an devant \ le judit après 
eoiieis. 1^ fîeste délie Nativiteit sains Johans-Baptiste, furent pitieusement decol- 

leis pardevant les greis del engliese Sains-Lambert à Liège, por l'acorde 
et volenteit et consentement dédit Thiri de Perweis et sondit peire, 
mambor del evesqueit, qui por chu executeir et veir faire furent aux 
fenestres del maison des esquevins de Liège, appellée le Destroit, et enssi 
par l'acorde et la plus grande siiete del commonalteit del citeit , qui por 
cely cas executeir vinrent armeis atout leur pengnechealz sour le marchiet 
à Liège , et qui de chu faire furent enflammeis par le information à eaux 
faite par Johans del Cachie , adonc maistre del citeit , Henri son frère et 
leurs adherens et les hedrois, qui toutes bonnes gens voloient fourmonteir 

Fol. i8, r«. et mettre à bas, et que cascon awist dobte d'iestre enssi decoUeis et mis à 

mort, qui contre leur intention soy voroient oppoiseir ou porteir favoir 
à monsangneur de Bealwier ne à cheaz de sa partie. — Ghi s'ensiwent 

Leinooisdflsdeeou«M. chcaz qui furcnt decoUeis, sens connissanche de fait et sens chu qu'ilh 

awissent de riens aldit mambor ne à sondit filh désobéit, ne aile citeit 
ne à paiis aulconnement forfait : messire WilRame de Horion et messire 
Wilhame son fis, ambdois chevaliers, Clouz Tector, jadit maistre de 
Liège , Johans de Cowaremme le jovenes et Johans de Sains-Martin , clers 

Y pluseurs soy absen- azdis chevalicrs. £t^ por le dobte de chesti pitieux excès, grant nombre 

de bonnes gens soy absentirent hours del citeit et de leurs maisons, doub- 
tans que ons ne leur vosist enssi fair, et remanirent tant que li chaleur 
de peuple fut refroidiet. Et pluseurs s'en allont vers Treit et altrepart qui 
point ne vorent revenir, teils que Johans de Brus, escuwiers, Weris 
Frongneceal, Henris de CoUongne et pluseurs 'aultres. 

Les abseoteis furent Eu mois dc juUc aprcs eusiwaut, fisent les devantdis mambor et son 

filh, les maistres, jureis et conselhe del citeit crieir banis par nom et par 
sournom tous les absenteis de paiis por faux parjures, vendeurs de paiis 

* Alleur. ' (Test le mois de juin, le mois des roses. 

' Russon. * La syllabe dit doit Ici avoir été omise. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. i ^ i 

et de commones, et quikonques les poroit prendre, vief ou mors , qu'ilh 

auroit XX coronnes d'or. — Item l'an deseurdit, le jour del fieste Sains- 

Remy, sour che que pluseurs traitiiés estoient sus jetteis à faire entre 

monsangneur le duc de Brabant et ledit mambor et son filh, et le citeit 

et paiis, por fair renoveleir les ailoianches entres les II paiis , et que rapor-- 

teit estoit à Liège et donneit à entendre que monsangneur de Brabant AiUftnebei entre Brâ- 

devoit venir en la vilhe de Treit, por li faire là-endroit rechivoir corn à 

sangneur, et après feroit que cheaux de Treit sieroient enssi aldit Thyri 

de Perweis obeissans et luy rechivans com evesque de Liège. — Adonc 

lydis mambor et son filh , awec l'oust de Liège , soy trairent aux champs , 

et allont logier sour le Geire et y demoront XI jours , en forant* en silhant Lost fitt gram dama^ 

ladite vilhe, coupant leurs arbres et rompant leurs soies', et ardant et 

faisant trop grant damaiges, en donnant à entendre que là ilh sourjour- 

noient en attendant la venue dédit duc de Brabant, lyqueis finablement 

vinve logier à Fletenges \ sique lidis mambor et son filh et alcuns de leurs 

conselhes, awec les ma istres délie citeit et pluseurs aultres, allont par devers 

ledit duk. qui vinve al encontre d'eaux sour les champs deseur Fletenges. 

Et là-endroit ilh trairent ensemble à part, et furent teilement d'acors sour 

certains allianches entres eaz faites et saieleez, et qui en ladit vilhe de 

Wong * furent apportée et liietes pardevant toute la commonalteit del citeit 

qui là estoit^ que li duc de Brabant vinve en ladit vilhe de Wong à pau Ly duc de Brabant 

j • • A 1 • 1 f± iM.*^ • iTi &•< vinve voir l'ost dex 

de gens veioir et salueir ladit commonalteit, qui sour le Jonkeur estoient Liéguis. 
rengiés et armeis atout leurs baniers. Et quant ilh les eut salueis en 
chevalchant devant c5hascon mestier, ilh lydis duc et li mambor et son 
fis deskendirent a piet, et montont aux fenestres délie porte Ernar Mulhar, 
et là fist li duk, par le bouche d'on de ses chevaliers, dire et poroffrir à 
ladit commonalteit grandes amisteis et d'eistre leurs boins voisiens et 
amis, et qu'ilh auroit teilâ cheaz de Treit, qui sortenoient lés absenteis^ 
qu'ilh soy metteroient à raison. Et sour chu ilh s'en r'allat en son logiche 
à Fletenges , et lendemain ilh entrât dedens la vilhe de Treit. — Et asseis 

* Forer, en wallon, signifie nourrir le bétail , dessus du sol. 

e( nUker, coaper avee la $eiUe ou iaaeille* Em- ' Leurs haies, 

ployées au figuré par le chroniqueur, ces deux ex- * Vlytingen, près de Tongres. 

pressioiis signifient donc : dévaster le pays de * Wonck, aussi près de Tongres. 
manière à en dire disparaître tout ce qui est au- 



112 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

toist ^pres chu lesdis mestiers délie citeit furent infourmeis que grant 
nombre de gens d'armes venoient siwant après ledit duk. de Brabant, del 
partie devers Dyest et devers Tielemont, sique lesdis mestiers de chu 
enfreeis et corochiés et doubtans deislre decheus, soy delogont adonc, 
et alont vers Bliese \ et logont al deseur de Elise et des Joins * et là entour 
environ de II jours. Et oussi cheaz de Huy y vinrent; sique, por le doub- 
tanche d'eaux, ches gens d'armes qui venoient après le duk retournont, 
et adonc li oust soy partit et r allât cascon en son lieu. — Et estoient 

Dei nmisirps de Liège, adouc maistrcs dcllc citcit Waltier de Fleron et Jaquemyn Badut. 

Item asseis toist après che ladit commonalteit, perchivant que li duk de 

Brabant ne leur faisoit nulle expédition de chu que embadit' leur avoit, 

. de faire cheaux de Treit à obéir et rechivoir ledit Thyri de Perweis à san- 

gneur, et de saieleir les lettres de sadit sangnorie et le mambornie sondit 

cbMs de Treit furent peirc, auchois dcviureut cheaz de Treit après la retraite dédit duc annemis 
gneur de Beaiwier. à paiis dc Licgc , ct ovrircut Icurs portes à monsangneur de Bealvtrier et à 

ses amis; de quoy cheaz de Liège furent griefement enflammeis^ et tant 
que par l'enortement de pluseurs ilh s'acordont d'alleir assegier la vilhe 

Liegois esfefent la dc Trcit. — Et issircut premièrement hours lidis niambour et son fiih 

awec Toist de Liège, et allont logier à Wong; et lendemain, assavoir le 

Fol. 38, T«. nut del feste Sainte-Katherine, le XXIII^ de novembre % ilh assegont ladit 

vilhe de Treit par dechà Mouse; et eussi fisent après cheaz de Huy, de 
Tongres, de Hasselt et lez altres del conteit de Louz et une partie de 

L'ost toydeiont Tan chcaz de Sains-Trou. Et durât chi siège jusques al VH'^^' jour de jenvier, 

par une samedit. Fan XIIII^ et VIII, qu ilh soy delogont par le grant fort 
yviert ' qu'ilh faisoit; mains cheaz de Huy soy delogont V jours devant, et 
soy retrairent cascon en son lieu. 

Emaie, moc, Faiie, £( tautoist aorcs le dcpartcmeu issirent hours cheaz de Treit et ardirent à 

Heirs , Boalein , Ri- *^^* ■•■ • • «• 

Hor forant* arâ^d^ Emalc, ct lendemain à Wong presque toute la vilhe, sens les maisons de piere. 

cheai de Treit. £(; l'autrc jour aprcs ilh ardirent à Falle, à Meirs, à Bouleirs, à Rimost, à 

Spaden, et après à Melins ', sens mettre à chu par ledit mambor et son filh 
alconne défense. — Item , en chi (emporaile que li oust de Liège estoit de- 

' Bilsen en Limbourg. il doit y ayoir ici , par erreur, un S3 pour an Si. 

* Jones ou Vieux Jones, non loin de Bilsen. ' Hiver. 

' Publié. Nous avons eu précédemment la forme * Fall, Mhcer, Bolrée, Riempst, Spauen, Me- 
ombaudU, Icn , villages situés tous dans la province actuelle 

* La Sainte-Catherine tombant le 26 novembre, do Limbourg. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 113 

vant Treit, et après chu qu'ilh soy fut départis de siège de Treit, fist si fort 

yviert et grant galée' que la rivière de Mouze tresserat, et que de Jemeppe i>ei v*^^ g«"««- 

à Liège ons cherioit sus à charois bien chargiés de bleis ou d'aultres denrées ; 

et durât celle galée plus de X semaines. Et quant ilh relingnat% les hurouz ' 

desglachons furent si hisdeuzement grans, et cressirent si grandement les 

aiwes* qu'il habatirent le pont de Gemeppe et de Sarains et le pont de Viseit LesponsdeCemeppe, 

- !i • *J u • âi âJ'A • * * 1 U 1 J- deSar.lng.deVi- 

qui estoient de bois^ et le pont d Ameircourt et pluseurs altres pons et edi- seu et d'Ameireourt 

fiches qui estoient sor les riviers; et chu fut l'an XII1I<^ et VIII, le XXVIII™^ 

jour de jenvier. — Item, après chu monsangneur de Bealwier, estant & Treit, 

fist par ses gens d'armes faire pluseurs envaiies et chevalchies sour * son 

paiis de Liège et del conteit de Lous, en ardant et silhant pluseurs vilhes et 

faisant pluseurs skermuches et embussemens, tant par devers Tongre com 

par devers Blise et aullrepart; et y avinrent mult de fais d'armes qui trop cheaz de Treit guer- 

long sieroient del tout à mettre en escript, car ilh chevalchont longtemps menî! °* ^^ * 

partout où ilh voloient, sens avoir ojg^mbrement. — Et par especial ilh 

envoiont I jour alcuns compangnons d'armes corir jusques aux lieches ^ de 

Tonirre. dont cheaz de Tongre issirent hours, et siwirent après eaux dis- cheu de Tongre per- 

® . . , ® - * • A •* 1 1» 1- dirent II« hommes. 

persement jusques sour leurs embussement, qui estoit près de Hardines 
et là entour, sique cheaz dédit embussement les corirent sus, et y oit de 
cheaux de Tongre et de Hardines et de là entour, que mors que pris, plus 
de II<5 personnes; chu fut le XVI"® jour de fevrir. 

Item, por chis grant excès fut par le mambor et son filh et le commonal- 
teit de Liège ordineit à faire une warnison à Fexhe et à Sclins, por war- Ly w»m^n de Fexhe 
deir les vilhaiges de costeit vers Treit. Mains chu nonobstant les gens 
d'armes estans à Treit ne lassoient mie por chu à chevalchier, car ilh 
revinrent en la vilhe à Wong l'an devantdit, le XXII™*» jour de marche, et 
assegont le mostier. Là ilh avoit ehs grant nombre de gens, hommes et 
femmes, qui furent requis qu'ilh soy rendissent; et ils ne le vorent mie ^y^^^^l"' *** ^^"' 
faire sor le fianche de mambor et son filh, et cheaz de Liège qui s'en allont 
celle part quant ilh le sorent; sique lesdit gens d'armes de Treit, chu apor- 
chevans, butont le feu endit mostier, siqu'ilh fut tout ars , et les gens qui 

* (Test eocore aioBi, avec le g doux , que gelée les glaçons à Tépoque de la débâcle. Voir le Dict, 

se dît en wallon. éiym, de Grandgagnage, y* herau, 
' Dégela. ♦ Le MS. porte par erreur four, 

^ Ce mot en wallon désigne eneore aujourd'hui ' Palissades. 



ii4 GHROJNIQUË D£ J£ÂN DE STAVËLOT. 

ens eatoient, excepteit les II filhs Bertran Mulhar, qui soy jettont hours del 
thour de moâtier par les cordes des clokes , lezqueis furent pris et emme- 
neis à Treit; efc y ardirent encors pluseuraaultres maisons qui y estoient 
remanus. Et puis s'en rallont vers Treitsens nulle greranche; et n'estoit 
mie adonc à Treit monsangneur de Bealwier, car ilh estoit paràevers son 
frère le duk de Hollande et alirepart, por aroir ayde et confort de sa 
guerre. — Item, à thîer jour après ledit excès avenut, issirent four^ al ad- 
joumant H mambor et son filh awec la commonalteit de Liège, étalent 
faire une embussement deleis finchastre S et enroiont corir alcuns compan* 
gnons d'armes jusques aux portes à> Treit vers Sains-Pire, et prisent II 
hommez qui d'eaux ne soy gardèrent nient, et les amenont entre cheaux 
de Liège ^ «qui sour les champs, en retournant vers Liège le chemyn de 
Huten *, les ferirent jus et les tuonL — Item, après chu fut par les devantdit 

Lywaniisoo de Heure, dc Licge ordîueit que ly warnison, qui estoit à Fexhe et à Selins sieroit 

remise à Heure deleis Huten , et ens#fut fait. Et y furent commis de casoon 
mestier une nombre de gens, lesqueils allont lendemain del grant Paske 
pardevant Treit et prisent pluseurs brebis. 

Et asseis toist après chu , revinrent cheaz de Treit faire une embusse- 
ment de gens d'armes deleis la capelle à Sains^Germain deseur Wong, et 
envoient une partie de leur gens corir* jusques aux haiies delh d'Heure, 
dont por chu ly warnison issit hours, cachant apres^les aultres sei^ ordi- 

Fol. 19, r«. nanche , sique ilh y oit y pluseurs de cel warnison abatus et pris et tuweis ; 

et pluseurs y eut qui estoient de mestier des moulniers. Et corut fayme, 
se les gens de Treit qui estoient enîbussiés deleis ladite capelle fassent 
venus avant, que la journée del victoire awistesteit leur; car en ladii war* 
nison estoient adonc la.plus grant partie des hedrois qui soy jnisent al fuir. 
— Item tan toist après, lendemain del enclouse Paske % fisent encor cheaz de 
Treit une aulire embussement vers Blise et vers Uourle ^, là ilh envoiiont 
corir aulcuns de leurs compangnons d'armes. Et cheaz de Blise et de Hourle 
et delà en tour issirent fours en eaux resiwant et cachant, tant qa'iih vinrent 
sour ledit await '; et là oit belle skermuche, et y eut del partie de cheaz de 

PrisoumonYiinetx. Blisc et de Hourlc pris que mors le nombre de VII'' et X. 

^ Caster près de Maestricbt. . * Bilsen et Hoesselt dans la province actuelle 

' Hoatain. de Limbourg. 

s Pâques close. ^ Guet. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 415 

L'an XlUI^'et VIII, le III™« jour de may, envoient ly mambor et son fis 
une quantiteit dé compangnons armeis chevalchiér en la terre de Heyns^ 
bech por porteir grevanche, portant que li sires de Hynsbech estoit aidans à 
dit princhemonsangneur Johans de Bealwier. Etenssi estoient pluseursaul- 
bres sangneurs, chevaliers et eskuwiers d'Allemangne, qui gisoient sovent ^Hey^ÎJ^i^'^où fu* 
fois elQ la vilhe de Treit, sique à devantdit jour furent grant nombre des* '«°* y ^^ p"'- 
dis compangnons de mambor jus jecteis et pris plus de XL , entres lesqueis 
furent Johans de Nayvang \ Gilis Skalart^Libier de Wihongne, Lambiert 
et Jakemy'net , frères et enfans del sereure Jakemyn Badut, awec les aultres 
qui furent emprisoneis à Hynsbech. — item, asseis toist après fisent li 
mabbor et son fis /por eaux et leur ensiwans conselheurs, dire et remons* 
treir paordevant toute Tuniversiteit del citeit que leurs ^italbes alloit à 
deflallant, et de chu estoient de certain infourmeis par alcùns de leurs 
speciâls amis estaâs dedens la vilhe de Treit; sique, se.ons voloit ràUeir 
pardevant ladit vilhe de Treit et chely assegier, ilh soy renderoient et ven- 
roient à merchis anchois XV jours: et chu leur, estoit par alounsde leurs ^\^^^^ ^'^^^ ^"^ 
amis signifiiet. Et Jakemyn Badut le dest, en vantant tout hault et puble- 
ment qu'ilh le savoit de vray et de certain par une sien cusien germain qui 
chu ly avoit rajXMrteit, et qui aloit à Treit et revenoit toutes lez fois qu'ilh 
ly plaisoit : sique, par ches infourmations et pluseurs aultres enhodissement 
et encbafemens fai& par alcuns de Hny et de Dynant, awec le infour- 
mation des faedrois, aocordeit fut qu'ilh yroient assegier la vilhe de Treit. 
— Et vinrent cheaux de Dynant premièrement aval^ et cheaux de Huy 
après, logier dedens la citeit de Liège, et puis soy partirent ly mambor eW 
son filh et ly ost de Liège awec eaux , et assegont ladit vilhe de Treit Coment Tm^ fy^ •»»«- 
Fan XilII^' et VIII, par I merquedit le dierain jour de may. Et fisent 
faire I pont sour pluseurs neis * et pontons, por passer la rivière de Mouze al 
desoire de Wike. Et de cheli costeit par delà Alouze fisent siège ^cheaz del 
citeit de Liège awec le mambor et son filh, et cheâz de .Huy et de Tqpgre et 
de Dynant fisent siège vers le porte de Guvemberghe ', et cheaz del conteit 
de Louz vers le Gampine. — Et là avoit mult sovent pluseurs skermuches 
et des hardis fais d'armes; car cheaz de Treit venoient sovent hours à trop- 

' Navagne. duit vers le Cruysberg, montagne située à trois 

' iVets pour nef$, bateaux. quarts de lieue environ de la ville. 

* Il s^agit probablement de la porte qui con- 



H6 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

peals eskermissant les oust , l'une fois à cheaz de Liège , l'autre fois aux 
Fortes skennuebts. aultres oust, lauchaut, stichaut, traiant d'arches et d'abalaistres et de plom* 

meez de plonc , les uns contre les aultres , et enssi de grosses bombardes 
dont les deven trains traioient dedens les oust; et cheaz dez oust retraioient 
dedens ladit vilhe de Treit, siqu'ilh soy portoient damaige et grevancbe 
partout là où ilh poioient. — Et affin que cheaz de Treit ne powissent 
Ly jeire fut tournée Hiulrc Icurs blcis dllc Gcirc quî passoit panny ladit vilhe de Treit, cheaz 

de Liège awec les aultres oust fisent grans fosseis, alant al desos de thier 
desoir Sains-Pire jusques à Mouse, et tournont ens ladit a3rwe délie Jeire. 
Mains jà por chu cheaux de Treit n'orent defaulte de farine ne d'avoir 
vitalhe, qui leur venoit en plusieurs manières qui sieroit long por escrire , 
et les mervelheux fais d'armes qui y furent fais. — Car ly propre corps 
dédit prinche monsangneur Johans de Bealwier estait adonc personeile- 
Dei gens d'irmes aui mcut cu ladit vilhc dc Trcit, et ffrant nombres de chevaliers et escuwiers et 

estoient à Treit aile . ,, . ,. i i i* i - ■ • 

deUvranehemonMii- dc gcus uarmcs; et avoit bien monsangneur a delivranche tous les jours 

XVi^' chevals de strangniers ', sens les borgois de ladit vilhe qui ly estoient 
apparelhiés tout les fois qu'ilh ly plaisoit. Et durât chis siège devant Treit 
Lytiege durât XVI se- l'cspause dc XVI samaiues et trois jours. 

^^^' En chis temporaile que li oust de paiis de Liège gtsoit devant Treit , 

furent aldit mambor et à son filh et auz bonnes vilhes de paiis deseurdit 

Limâmborfutdefiésde apportccz pluscurs deffianches, tant départ le duc de Hollande et conte de 

Henau, frère à monsangneur Johans de Bealwier, comme de pluseurs aultres 

sangneurs de Henau et de Hollande et d'aultres paiis ; et chu fut al entrée 

de mois d'awost Tan XilII<^ et Vlli. — Et asseis toist après lydis conte de 

Fol. 39, V*. Henau awec grant nombre de gens d'armes entrât en dit paiis de Liège, de 

^artTpaiisdf LiéSI!!! costcit d'amout en la balherie de Tuwin % et ardit là pluseurs vilhes. — 

L'engiioM de fomo Adouc fut la vilhc de Fosse, qui estoit bonne vilhe fermée, priese et wan- 

•rse^etcoTiDgenssi. guié par forchc ct par feu qui fut trais dedens ladit vilhe, si qu'elle fut 

toute yse et destruite awec l'engliese Sains -Folhien, qui estoit une belle 
engliele de canones, et ly enclostre de mansons bien édifiiez ; et fut ly corps 
Sains-Folhien emporteis en l'engliese Sainte-Waltrude à Mons en Henau. 
Et parelhement fut wangnié la vilhe et casteal de Coving', et ars et destruit. 

* Étrangers. * Courin. 

• Thuîn. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. Ul 

En cel temporaile estoit mésire Botiers de Fexhe, chevalier, départ le 
mambor et son filh, wardens délie vilhe de Tawing et de casteal awec 
alcuns compangnons d'armes, dont alcon fois il h chevalchoit awec les gens 
dédit paiis querant aventures vers les marche de Henau , là ilh ardirent 
pluseurs vilhes. Et leur avient une aventure à Myerbes ', là ilh avoit des 
gens d'armes et des borgois de Mons en Henau, si qu'ilh y eut une esker* MesireBoUeroitMker 
muche entre eaux, dont ilh y eut délie partie de cheaz de Mons y pluseurs wien. 
navreis et mors; et soy partirent cheaz de Tuwing del esplace à pau de 
perdre. — Item, asseis toist après vinrent aldit mambor, à son filh et à d«b ungneun qui eo. 

••1»- AJ¥ M. i_j j-/r» i_ J A ▼uionl défier le paiU 

pans de Liège et de Louz, grant nombre de diinanchez départ monsangneur deUege. . 
de Borgongne , duk et conte de Flandre , seroige à dis princhez le conte 
de Henau et de Hollande et monsangneur Johans de Beaiwier, et après 
départ monsangneur Guillaume, conte de Namur, et m'essire Johan son 
frere, et grant nombre d'aultres grans sangneurs de Franche, de Bor- 
gongne^ de Flandre et de pluseurs altres paiis, jusques à Sains-Jaqueme en 
Galis. — Et soy asemblont tous lesdis sangneurs en paiis de Henau, et 
lidit conte de Henau awec eaux, et deskendirent tous ensemble venant le 
chemyn par Hesbain por alleir vers Treit, por monsangneur Johans de 
Beaiwier, leur frère, et ses amis qui estoient dedens la vilhede Treit, à 
dessegier. Et quant ches novelles parvinrent à mambor, à son filh et à ses 
adherens , ilh ne le vorent mie croire , et ne voloient mie que li common 
peuple en fust infourmeis. Adonc commenchat famé à espandre entre 
eaux que sens d'armes venoient. — Et oussi ly sires de Heynsberch, qui comeDiLiegoisioyde. 
environ de XV jours devant estoit yssus hours del vilhe de Treit, et avoit vinrent ver* othèi. 
awec ly une mult grant somme de gens d'armes; ly common peuple en 
commenchat à murmureir et eaux à dobteir , et tant qu'ilh furent teilement 
d'acorde secrètement qu'ilh soy voloient delogier, si qu'ilh fisent. — Car 
cheaux de Dynant en r'allont premier à petis tropealz , affin qu'ilh ne fuis- DyiMintois deiogom. 
sent de cheaz estans à Treit appercheus. Et après chealz de Liège délo- 
gent et passont oultre le pont qu'ilh avoient fait sor les nefs, une semedis 
al adjoumant, assavoir le XXn°'<' jour de septembre. Et enssi délogent Toutiio«tBoydeiog»t 
tous les autres, et boutent les feux en leurs logiches, et r'allont chascon 
en son lieu, salveit que cheaz de Huy r'allont cheli jour awec cheaz de 

* Herbes. 



ii8 CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 

Liège logier dedans ladit citeit '. — Et affin que H peuple fuist pias enfiam- 
mais d'aleir contre leurs annemis, ilh fut dit et famé fours jecteis cfu'ilh n'y 
avoit nient plus'hault de IUI<^ glaives de leurs aneniis qui estaient embatus 
en paiis. Et por chu crieit fut chi dit jour meismes , en celle heure que 
^ li oust estoit rentreis en Liège, que toute homme, chevaliers, eskuwiers, 

clers et preistres, frans borgots et uns et aultres fussent appareUiiés, sor 
perdre corps et avoir, solonc les allianches , por lendemain al ajournée 
traire aux champs et aleir par devers leur annemis. — Et enssi fut faite; 
car lendemain, assavoir en dymengne ajournant. Tan XIIII^ et VIII, le 
XXllI™® jour de septembre, lydis mambor et ^on lEb, ly universiteit del 
citeit, et une .partie de cheaz de Uuy, car une grant partie en estoit r'aleis 
vers leur vilhe, en allont kours del oîteit, en allant vers.Othée en Hesbain. 
Et quant ilh vinrent asseisipres délie «tombe sour les ehaii^ deleis Othée, 
il aperchurent les ost et les banniers des [M'iaches et>des- saogneurs devautr 
dis , qui avoient logiet sour le Gaire en pluseurs vilhages là près , et ten- 
doient à alleir vers Treit , com cheaz qui quidoîent que iy oust de Liège y 

^'^er'dwconfituVe**^^ ^^^^ cucors. — MatHs qudut ilh soy perchurent, ilh soy misent en conroy, 
Othée. et ordinont les prinches estrangniers sodainement leurs batalhes , et cou- 

rurent sus leurs adversaires, assavoir le mambor et son fîlh et ladit com* 
monalteit del citeit et de Huy, qui avoient faite une batalhe soilement, et 
lesquels soy défendirent à commenchement mult ihardiement; mains ilh 

Fol. 30, r>. furent asseis toist tous environneis de tous cDstels'et enclouz départ lesdis 

prinches et leurs gens d'armes, en traiant sour eaux com sclayde', et en 

La baiftihe à Othée. fcraut, lauchant etstichant, sique finablement ilh furent là endroit des- 

conûs, et lydis mambor et son filh mors, et les autres presque tous mors 

Cheaz qui furent pri». OU pris; maius qui pot escapeir ilh escapat. -^ Et là furent pris pluseurs 

de cheaz qui estoient banis por hedrois, assavoir Jaquemyn Badut, liqueis 
fut après pluseurs jours livreis à cheaz de Treit , qui le jtistichont et le 
fisent mettre en IIlLquartiers ; et futpris Helyas.de Flemale, qui oit deleis 
Tongre la tieste coupée. Et furent ousst pris les II fis Lorent Lambert le 
Mangon , dont ly uns appelleis Lambert lut pendus à une espinete deleis 

* Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer de Jean de Bavière, tradition rapportée par Zant- 
que Jean de Stavelot ne dit rien de la réponse in- vliet Àmpti$$. colk, V, 3S8. 
jurieuse des Liégeois aux propositions pacifiques * Grêle. 



CHRONIQUE DE JEAJN DE STAVELOT. 119 

Wyhongne, sor le chemyn allant de Liège à Tongre^ et ly auitres apelleis 

Gieles soy tuwat luy-meismes en son logiche, là chis qui Ta voit pris l'em*- 

mynoit à Flemale. — Item furent mors sour ladit batalhe Baudewyn del 

Roche et Wilhaume son fils, canoynes de Sains-Lambert, qui par sa foUie 

estoit tout seuki demorets à Liège, quant tous les auitres canones soy 

absentirent de paiis , por la yiolenohe que ons leurs voloit faire de saileire 

les lettres del élection ledit Thyri dePerweis et del mambornie son peire, 

enssi que chi-devant est plus plainement eontenut Et y morurent encors 

pluseurs auitres chevaliers, eskuwiers, preistres, moynes, clers, femmes 

etenfans delle citeit, de banliwe, de cheaux de Huy et dez aidans ledit 

mambor et:son fitfa, à plus près que ons les pot a nombreir, V1II'>> 1II<^ Le somme de cbeaz 

LXVIII. fit des absentis de cheaux y furent mors pluseurs nobles chevaliers, ^'thée de paiis. 

cuy corps furent enporteis et reveremment ensevelis en la vilhe de Treit, 

entres lesquelles oit une moult noble banereehe chevalier de Flandre , qui 

soy faisoit appeleir le sires de Ghistel , cuy peire morut sour et encontre 

les Liegois aile batalhe à Votemme, de temps de l'evesque Adulphe del 

Marche, et le filh de chis, qui morit à Othée, morit par les Liegois en la 

guerre que monsangneur de Heynsbech oit en la conteit de Namur contre 

Philippe duc deBorgongne. Enssi morirentohes trois chevaliers sour les 

Liegois, li gransour \ puis le peire et après son filh. Et moy dieporteray 

del batalhe à tant. 

Et chelijourmeismes allont les ost desdis prinches, por l'empechemens 
des mors gisans sour les champs, logier plus aval en la champangne de- 
soire Eure^le^Tiexh et desoire Frères et Nederhem ', affin que la flaireur ' 
des mors ne leui^s por teste grevanche. — Et celle aventure et disconfiture , 
enssi avenue* sooif lès Liégeois, fut nunchiet ledit jour asseis tart en la nuit 
à monsangneur de Bealwier, qui estoit à Treit , et qui de chu riens ne sa- 
voir Si que tantoist lendemainJlh vîmre, awec ses amis de Treit, par devers Monsangneur de Beai- 
lesdis prinches ses beas*firere$ et les auitres prinches et sangneurs , remer* ^Ter^Mn^/u^di^ 
chiant delle tares-grant affection et amour 'et servich<e que fait et demonstreit 
ly avoient; mt ilh avoient de pluseurs paiis ameneit awec- eaux plus de Les gens d'armes que 
IX" armure» de fier k chevalS: — Itfem, lendemain dfe ladit batblhe soy s^uÇ'iMuîgSr'*"* 

■ Grand-sire, grand'père. » Puanteur, mot resté dans le wallon. 

' Freeren et Nederheim, prés de Tongres. 



i20 CHRONIQUE 0£ JEAN DE STAVELOT. 

I 

Cornent la citeit fut misent ensemble dedens ladit citeit de Liège pluseurs bonnes sens et frans 

gardée par les bons. , . .,,..• . , . .. ». 

borgois , qui en ladit citeit estoient deinoreis et qui point n avoient esteit 
à ladit batalhe , et prisent avis et liardiieche entre eaux de contresteir 
contre cheaz de Liège, qui en iadit erreur et malvaiseteit voroient demo- 
reir^ et butont sus une vielhe et anchiene baniere sour le marchiet à Liège, 
pardevant les greis délie engliese Sains-Lambert, portant que ons avoit fait 
entendant que cheaux , qui soy disoient canoynes de ladit engliese et des 
aultres secondaires englieses, estoient assembleis et armeis por venir sus 
corir lesdis borgois del citeit; par devers lesqueis Johans, sires de Roche- 
fort et Agymont, et mesire Johans de Saraing, chevaliers, soy trairent ei\ 
disant, solonc la motion' qu'ilh perchivoient en dis borgois, qu'ilh voloient 
deleis eaux demoreir. — Si que adonc Warnier de Bierses *, jadit maistre 
de ladit citeit, qui portoit la baniere, et grant plauteit de gens awec luy, 
allont sour l'enclostre de ladit englieze Sains-Lambert, et dedens pluseurs 
aultres enclostres, querant et cachant après ches dis novealz canoynes, 
Y pluseurs furent pris clcrs, prcistres ct laiics ffcns qui estoient del partiie del hedrie ', et en pri- 

et citeit et mis en *, ^ ^ , . ii tr- i c a i • 

. la Yioiete en prison, scut pluseurs qui furcut ameucis en prison elle Violete; et cheaz qui po- 

rent escapeir chu fut bon por eaux. — Et tantoist et incontinent lesdis 
borgois del citeit orent conselhe et avis , pour wardeir ladit citeit et les 
bonnes gens qui dedens estoient demoreis et qui point n'avoient bresseit 

Lei borgois dei citeit les mals oui cstoieut avenus, qu'ilh escriroient et envoroient par devers 

envoient traitier de,,* '^ ii« 

paix az dis san- Icur droit saugucur, ct par devcrs Ics trcs-hauls ct trcs-rcdobleis saugueurs , 

suppliant por Dieu et pour piteit qu'ilh vosissent d'eaux avoir merchis , et 
qu'ilh leur plaist à wardeir ladit citeit et les nobles englieses qui dedens 

Fol. 30 , v«. estoient et les bonnes gens , afiin qu ilh ne fussent par forche silhiés ne 

destruites. — Et por che à faire , y furent envoiiés certaines personnes de 

T XII personnes del rcligion, qui prescutout les lettres, et qui de bouche enssi fisent pitieuse- 

citeit allont parleir ^ - < ■ • • » ■ * •* • i j- 

as prinches qui à mcut ct expresscmeut le message qui cargies leur estoit, si que lesdis 

bien les rechurent. . , * » •- •- * ^ ■ t»t ■• *• ^ j é. j- 

prinches, esmeus a piteit, acceptont ladit supplication, et donnont auxdis 
religieux une plakart d'asseguranche , contenant que XII sufEssantes per- 
sonnes de ladit citeit, qui point n'avoient esteit del maile oppinion contre 
leur droit sangnour, venissent par devers eaux , et solonc chu qu'ilh sie- 

^ Sans doute pour Vémotion, ' Hedrie pour désigner l'ensemble des hedrois. 

* Bierset, près de Liège. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 121 

roient par chesdis commis départ le citeit requis, ilh leur en feroient res- 
ponsion. 

Et sour chu y furent envoies départ ladit citeit y XII honorables per- 
sonnes, qui le mardi tantoist ensiwant chevalchont vers lesdis prinches, 
lesqueiles ilh trovont ensemble , en le tente le duk de Borgongne. Et là 
endroit mesires Giele Surlé , chevalier, chargiet départ les aultres envoiez 
awec départ ladit citeit de dire la paroUe, la dest bien humblement et 
pitieusement, estant trestous lesdis commis en genos pardevant lesdis 
princes, lesqueis les rechurent amiablement. Et sour celle supplication coment im prînebes 

£• t A M^ • ± J9 :i« 1* •• !•• prisait à mercbis la 

usent tantoist response d eaux prendre a merchis, sour certains condicions cUeu. 
et ordinanches, qui leur furent là endroit donneez par escript en une ce- 
duile de papier, laquelle chi jour meismes iihs, lesdis commis, raportont 
à Liège, et le fisent liire pardevant lesdis borgois del citeit, qui por chu 
estoient assembleis pardevant la Violette , et lesqueis accordont del tout à 
tenir, faire et acomplir tout chu que en ladit cedulle estoit contenut. 
Et entres pluseurs poins estoit ordineit que les* englieses et les bor- ordinaoehes des prin- 

•yyaTT •* 1 1 Al i-4ji_«- CM de salisfaclion. 

gois il et 11 venroient sour les champs, contre leurdit redoubteis sangnour 
et pardevant les aultres prinches, à chapiron osteit, et en genulhon de 
J geno à terre , priant humelement merchis , et rendant à ly vraye obe- 
dienche, et promettant d'amendeir à ly le forfait al ordinanche de duc de 
BorgoDgne et de conte deHenau, et de chu del donneir bonne segurteit, 
laqueile chouse fut fait le venredis après la batalhe. — Encors estoit en 
ladit cedulle dedareit que , solonc ladit supplication de merchis à priieir, 
monsangneur de Liège prenderoit les bons à merchis, salveit leurs corps 
et leurs avoirs, et les malvais fussent punies; et que cheaux qui estoient 
pris en la Violette ly sieroient livreis ; et que ons ly livroit enssi Johans, san- 
gneur de Rochefort et d'Agymont , et mesire Johans de Saraing et la damme 
de Perweis , lesqueis furent pris chi jour meismes que ladit cedulle fut par 
lesdis commis raportée à Liège et liite, enssi comme dit est. Et furent lesdis 
Johans de Rochefort, mesire Johans de Seraing et grant nombre d'altres 
gens laiies, jusques al somme de XXII personnes qui estoient pris en la Vio- 
lette, meneis sour les champs deseur Graz ', à jour deseurnommeis , devant 
lesdis prinches, qui là estoient assembleis awec leur gens d'armes, por ac* 

* Gnee, près de Liège. 

16 



123 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

cepteir le supplication de priier merchis par cheaz de Liège, enssi corn dit 

est chi-devant; et là furent lesdis Johans de Rochefort, mesire Johans de 

Dei decoUeis à Gras et Seraing et les aultres ameneis awee eaux, et furent là decolleis ly une 

noies à pont dei Ar- -, , ■■■••* r^ ni • 

cbei. après 1 autre en la presénche desdis prinches. — Et en celle heure meisme 

que celle justiche soy faisoit sour lez champs, estoit à Liège mesire Johans 
sangneur de Jeumont, chevalier, et grant gens d'armes awec ly, départ 
lesdis prinches envoiiés, lesquels fisent meneir sour le pont des Arches 
tous les noveals canoynes, preistres et moynes, et alcunnes femmes qui 
estoient emprisonneis en la Violelte, et les fist tous jetteir en Mouse et 
noiier. — £t adonc revint mesire Johans de Jeumont en marchiet à Liège, 
et wot faire abattre le noble peron qui stat sour la fontaine en marchiet , 
et deshpnesteir ladit fontaine; mains mesire Renart de Huffalier \ qui tous- 
jour avoit ameit la citeit, vient gentiment a cuer de lyon et le deffendit 
qu'ilh remaint en honneur. £t après chest justiche enssi faite soy retrairent 
^ en leurs logiches lesdis prinches, qui estoient logiés en ladit vilhe de Graz, 
à Bierleur, à Jemeppe et là entour en pluseurs lieu. 

Monsangneur rentrât à £t Ic scmedit cusiwaut, tûutoist aprcs, vinve monsangneur de Liège <, 
'^^' Johans de Bealwier, dedens la citeit, et après dyneir ilh r allât logier à 

Gemeppe; et les aultres prinches ne vinrent point dedens la citeit, por 
eskiweir les perilhs de leur grant multitude de gens estans awec eaux , 
afiin qu'ilh ne fesissent dedens la citeit alcuns forfais, dont malepowist 
resusciteir et la citeit et les inhabitans piies valoir. — Item le dymengne 
ensiwant, qui fut le dierain jour de septembre, furent somons cheaz de 

Fol. 31, r*. Liège, qui estoient esliiés por le segurteil faire de tenir et acomplir le dit 

et Tordinanche des II prinches deseurdis, qu'ilh allassent à Gemeppe, là 

ueiiettrede segurteit monsaugneur dc Licgc estoit, et por saieleir le lettre de ladit segurteit, et 

tantoist ilh revenroient, enssi que ons leur fist adonc entendant Wilhame 
fis Johans Datin, qui sique maistre de Liège à chu les infourmoit et 

Dex maistres. cmcuoit ; sique , par son information, cheaz enssi esliiés soy misent al 

chemyn, les aulcuns à chevals et le plus grand nombre par eawe. Et 
quant ilhs vinrent à Jemeppe, ilhz ne trovont mie leurdit sangneur, mon- 
sangneur de Liège, car ilh estoit jà delogiés; siqu'ilh leur covinve sewir 
après, cheaux par eawe et les aultres à chevals, jusques à Huy, là ilh 

' 11 faut probablement lire Huffaliez pour Houffalise. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 123 

sourjoarnont trois jours. Et les princhés estoient logiés soiir le Hesbain. 

Et adonc fat jettée une lettre que la citeit de Liège devoit saieleir, et les 
aaltres bonnes vilhes saielont les parelhes, faisant mension comment ilh 
soy estoient remis en vraie obeissanche à leurdit sangnour, et comment ilh 
ayoient promis d'amendeir le forfait aile ordinanche des II princhés devant- 
dis^ et que por che à tenir, faire et accomplir, ilh avoîent mis certain nom- 
bre de citains et borgois des bonnes vilhes en ostaige. Et par le vigeur de Des hottagier» 
ladit lettre, dont la copie fut par ledit Wilhame Datin aportée à Huy à 
cheaz del citeit, qui quidoient simplement saieleir une lettre de segurteit, * 

furent adonc requis lesdis borgois del citeit de creanteir d'aleir à Namur , et 
nient départir sens le greit et congier de certains commis départ lesdis 
princhés. — Et furent manechiés del perdre corps et avoir cheaz qui en 
voroient eistre rebelz, enssi que lidis Wilhame Datin et Waltier son cusih De m«iatres. 
leur fisent entendant. Et enssi lesdis esliiés del citeit,, por le doblaoche 
de leurs corps et leurs biens à pierdre, creantont d'alleir en ostaiges asseis 
sodainement, car y plnseurs estoient petitement porveus d'argent, com 
cheaux qui de teile priese ne soy doubtoient alconnement. — Et quant ilh 
vinrent à INamur, là ilh sorjournont pi useurs jours, ilh leur convinve crean- Letosugierfurenido- 
teir d'aleir à Mons en Henau ; et là furent jettes les los , et partis tous lesdis 
ostagiers à motié. S'en demorait à Mons de cheaz de Liège LVl, et de cheaz De ostagie» de Liège 
de Dynant L, et de cheaz de Huy XX, et de cheaz de Tuyn et de Sains- ûenauetenFUndre. 
Tron, fut le motié à An te* en Henau; et ly aultre motié de tous lesdis 
ostaigiers furent livreis à monsangneur de Borgogne : assavoir cheaz de 
Liège et de Huy à Lyle en Flandre, et cheaz de Dynant à Arras, et les 
aultres là environ. 

Asseis toist après chu que lesdis ostagiers furent entreis en lieu de leurs 
ostageriez, fut certaine journée dénommée, à laquelle les II dis princhés 
de Borgongne et de Henau dévoient dire et pronunchier leur dit et ordi- 
nanche, enssi qu'ilh fisent en ladit vilhe de Lyle en Flandre, laquelle sen- 
tenche nos escrirons asseis toist chi-apres. — Mains point n'est à oblier 
que, par ladit sentenche, ly paiis del evesqueit de Liège et conteit de Louz Ly paiis paiiat asdis 

£ g, ■ • 1 •• ■•*«•! ■ ^ • û. 3 * sangneora II cent 

fut condempneis de paner auxdis II prmches , por leur frais et damaiges , miiCes et xx« eo- 
por eaux et leur gens d'armes sortenus en venant en chi dit paiis, à II cens 

» Alh? 



AU CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

milhes et XX"^ coronnes de Franche, à paiier dedens certains ternies qui 
furent asseis briefs, et sour le poine de II cens miihe coronnes d'abandon. 
— Et partant que les termes desdis paiemens à faire estoient trop brief , et 
oussi qu'ilh avoit en ladite sentenche pluseurs poins, lesqueils les sangneurs 
de capitle délie grant englieze de Liège ne voloient nient saieleir , jasoiche- 
que ]esdis prinches awissent pronunchiet que lydit capitle le saielast, plu- 
seurs altres joumeez furent sour chu tenues et modérations faites et apoin- 
tiés , et finablement saieleez , enssi qu'ilh appert en lettres qui sour chu en 

Des taihes qui furent sont faitcs. — Et oussi por Ics paicmeus à faire des sommes des coronnes 
tel coronnër ^^ * dcscordites , furent faites plusieurs talhes et creneez en dis paiis de Liège et 

elle conteit de Louz , et à pluseurs fois, tant dedens la citeit et bonnes vilhes 
com aval le plat paiis. Et furent oussi bien tailhiés et creneez les ostagiers 
gisant en ostage com les aultres personnes, et à plus grant sommes plus 
plantiveusement' que ne fussent les aultres, à leur contrewal de riceche, qui 
estoient à paiis demoreis, leur wangnage, marchandiese et labeur faisans. 

Dei ostagiers. — Et combicu qu'ilh lesdis ostagiers paiiassent plus grandes sommes que 

les aultres , si ne porent onques eistre quittes del ostage , jusques à tant que 
toute ladit somme fut entirement paiié; mains ilh furent pluseurs fois rela- 
xeis por revenir à paiis , et por faire financbe délie paiier leur taxation , et 
enssi de procureir à monsangneur de Liège , à vénérable capitle et aux auU 
très membres de paiis, que chascon vosist paiier sa tailhe, aiEn que lesdis 
prinches fussent paiiés et qu'ilh powissent avoir delivranche. Et tant que 

Foi.3i,>*. finablement, par Tayde et confort dédit vénérable capitle de Liège et des 

secondaires englieses de Liège et des aultres membres de paiis, dont chas- 
con paiiat sa part, ladit somme de II cens milhe et XX™ fut toute porpaiié à 
Mons en Henau , assavoir après ladit balalhe l'an de grasse M CGCG et XII, 

Des ostagiet comment Ic XX'"^' jour dc mois dc juue. Enssi furent lesdis ostagiers plus de trois 

ilh furent quittés. • -j -• *» m -•*. •* i *• J 

ams et demy en ostaige , et adonc furent quitteis tous les ostagiers de 
Liège et des aultres bonnes vilhes. 

Mains il covinve les ostagiers de Liège paiier, por aidier porfaire la 
somme deuwe auxdis prinches, et point toute leveit n'estoit qu'ilh y falloit 
encors Ih^ coronnes, lesquelles ilhs paiont de leur volenteit, por le doub- 
tanche qu'ilh ne leur covenist encor rentreir en ostaige, et par alcon mes- 

* Pour plantureusement. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 428 

aventure eistre en cheli détenus à tousjours. — Et pluseurs chouses avinrent DwBMçhM&qnitriii- 

"^ *' ••11 rODt 11690 lte890nilll6l 

al cause desdites sommes de coronnes, qui point ne furent paiiés dedens qainefurentpAuésà 

les termes sour che denommeis , que je trespas por briefteit. Nientmons aul* 

con mension je en welhe faire, por avoir mémoire et avis en temps advenir. 

Yeriteit fut que après Paske Tan X1I1I<^ et XI les deseurdis prinehes en- 

voiont leurs commis à Liège, qui rechurent une partie de leur debte, et fut 

adonc finable compte faite que ons leur demoroit en debtes de XXXV°' et 

VllI® coronnes, lesqueiles ons leur promist à paiier dedens le jour délie 

Triniteit ensiwant, sour poine de quinte denier d'abandon, à applichier à 

queilconques sangneurs et justiches que mies leur plairoit, awec tous frais 

et despens qui par lesdis commis sieroient sortenus , et tous les ostagiers , 

qui adonc estoient relaxeis, devoir rentreir en ostage. Et de chu furent faites 

lettres obligatours, saieleez de toutes les bonnes vilhes et nint de vénérable 

capitle. Nintmoins, portant que ladit somme restante ne fut point paiié aldit 

jour, ilh covinve les ostagier tous relivreir en ostaigez, là ilh demoront 

longement — £n après chu lesdis prinehes fisent donneir le quinte denier Porum que u somme 

■ ii_j «111 ni 1-/» -11- 1 ■• nefulpaiet, furent 

del abandon a duk de Brabant, lyqueis fist aresteir les biens des englieses «resteis les biens «n 
de Li^e et de paiis estans en paiis de Brabant. Et enssi fisent aresteir plu- Liegoîs forent aresteis 

!«•. •• t w • • ««Mil* 1 1" T».T. ^^ Brabant et les ot- 

seurs personnes dedit pans de Liège, qui estoient alleis al englieze INostre- ugie» renToîez en 

Dame de Ha * en pellerinage, Tan deseurdit en mois de septembre, lesquels ^' *''^ 

furent détenus en prisons en pluseurs lieu aval Brabant, tant et si longe- 

ment que la solution fuit faite aux commissars desdis prinehes en la 

manire devant rechilée, et por le quinte donnée à duk de Brabant fut paiiet 

II™ coronnes. Et les biens des englieses de Liège furent adonc deresteis % et 

les ostagiers qui estoient aresteis en Brabant furent quittés et deligiés , et 

nient devant. Et mult d'aultres displaisanches furent adonc faites , que je 

trespas por cause de briefeteit. 

très-bonnes gens, myreis-vos chi et prendeis exemple de bien faire 
et de yestre obeissans à vostre sangneur et à vos deseurtrains , o vos devais 
obéir, et faite et aidiés fair justiche des malvais; car vos aveis veyut et oyut 
chi-devant, comment, por XVIII ou XX mais conselhiés contre leur droit 
sangnour, ont esteit mult de belles et bonnes maisons et vilhes et abatues 

' Hal, près de Bruxelles, lieu de pèlerinage ' Sans doute ropposéd^arréfÀ, par conséquent: 
encore renommé aujourd'hui. mw en liberté. 



i26 CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 

et ars; les canoynes de Liège ^ les nobles, les ésquevins, les prelas, reli- 
gieux, preistres et cleirs encachiiés fours de paiis, awec leur propre san- 
gneur et son conselhe et ses offichiers spirituels et temporels; et après, 
quant milhes d'hommes furent ochis tant en ladit batalhe d'Othée com 
après, et eaux meismes, qui chu a voient bresseit, morirent tous misera* 
blement; en après, quant prêtas et clers furent priveis de leurs benefiches; 
en après, comment les borgois de paiis orent mult à souffrir en ostage en 
strangne paiis; en après, comment tout ly paiis fut apovris des grandes 
talhes et creneis que les sangneurs devan trains et defourtrains y fisent; en 
après, la virge de Dieu qui chaiit sour les sangneurs et oflichiens qui tra- 
velhont les gens subgés de paiis, tant de leurs corps com de leurs biens : 
La vengeoehe as san- assavoir premièrement monsangneur Johans duk de Borgongne fut subite- 
^ "'^' ment, sens porveanche, ochis départ monsangneur Charle le \ll^^ de chi 

nom, roy de Franche; et ly conte ^ de Henau Guilhaume morut tou lasdre 
et meseaux '; et monsangneur Guilhaume conte de Namur, li leuve H ferit 
en keu ', dont ilh en morit; et monsangneur Johans , qui fut après conte 
de Namur, fut empotioneit ^ ; lesqueis dis II contes fisent aldit guère mult 
de mais, en ardant Meffe et toutes les vilhes aval le Hesbain, où ilh venoient 
awec lesdites devant sangneurs ; en après monsangneur Johans de Beal- 
wier, qui fut enpotioneit. — En après les oflichiens de paiis : premier Bolle 
de Sains-Tron, qui fut ochis subitement, et ly maire de Liège, Thiri de 
Mabertenche, qui morit si terriblement que nuUu n'oisat remanir deleis 
luy quant ilh trespassat; après mesire Jaque Chabot, qui morit tout en mai- 
Foi. 3i,r«. neis, et sy albain qu'ilh n'oisoit alleir fours de sa maison; et le maire de 

Dynant, qui soy pendit en sa chambre par desperation; et mesire Adam 
d'Oppey, qui morit subitement sens confession; et mult d aultres, qui sie- 
roient long por escrire, qui grandement avoient fourmeneit et travelhiet 
les gens de paiis, por quoy Dieu et Sains-Lambert les corregont. 

Et deveis oussi savoir que monsangneur devantdit de Borgongne fuist 
venus une ain plus tempre sour les Liegois, por sourcourir et aidier son 
seroige monsangneur Johans de Bealwier, se chu ne fust le grant discors 
qu'ilh avoit aile encontre le duk d'Orlin , lyqueis duk d'Orlins estoit uns 

* Ce mot, ainsi que celai de GuiUiaume, a été ^ Les historiens de Namur ne font pas mention 
intercalé par une main plus moderne. de ce genre de mort du comte Gailla«me U. 

* Lépreux. ' Encore une tradition qui n'a pas de loadement. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



127 



mais tyran contre Dieu et l'engliese; car ilh sortenoit le séisme en lengliese 
contre le roy de Franche et le universiteit de Paris , et haiioit toutes gens 
d'englieses et fasoit mult de maies ; et wot deforchier la femme le duc de 
Borgongne^ dont ladit ducesse en d^emandat mult de fois vengenche à son 
marit. Por lesqueils crymes et pluseurs aultres ly duk de Borgongne l'agai- 
tiat, iine nuit quant ilh revenoit de palais de la chambre la royne^ de cuy 
commone fayme alloit qu'ilh estoient bien d'acors; et corit ly duk de Bor- 
gongne sus le duk d'Orlin, et l'ochist aile yssue de palais. Et le premier 
coup qu'ilh ly donnât ilh ly coupât le dyestre pongne, et chu fut approveit oei monie duk jor- 
par le psalme qui dist, que de luy fut chu prophetisiiet : Conlere brachium 
peecatoris, en lesquels trois mois est ly daute quant ilh fut ochis. — Et 
quant ilh fut mors et ons fist son serviche, lydit duc de Borgongne y fut 
sicom proismes et ly amis de luy; et quant ilh mist ses^ mains à bire où ly 
corps gisoit, tantoist li corps, qui par pluseurs jours avoit esteit mors^ ilh Graotmeneihedeeorps 
commencha a sangneir. Dont y pluseurs orent grant ammiration, et com- sannat. 
menchont y pluseurs a suspechier et dire que ly duc de Borgongne estoit 
coulpaible deldite mourdre , tant por ledit signe com par les maniers qu'ilh 
avoit adonc. Et quant ilh veit que ly fait ne poroit eistre celeis, ilh le 
cognut, dont ilh avient après mult de mais et en morirent mult de gens 
en Franche. — Chi s'eosiiet la coppie del sentenche fait par le duk de La «eoteDche d« duc 
Borgongne et le duk de Hollande et conte de Henau à Lyle en Flandre, de Henâu^?ontre l!1! 
sour le paiis de Liège et le conteit de Louz, en la manière que chi-apres ^''''' 
est escript toute aile longe * : 

« A tous ceux qui ces présentes lettres veront ou oront, les maire, 



' Le MS. porte par erreur nus, 

* Le texte de Jean de Stayelot D'est pas très^ 
par, et le préambule surtout est mutilé* Gela nous 
engage k donner une copie exacte du document 
qtd se troUTe encore en original aux archives de 
la prorince de Lîége. L*acte eat écrit sur trois 
feuilles de parchemin à peu près de même gran- 
deur, et qui sont reliées Tune à Tautre par six 
cordons de soie noire (un à chaque bout) , aux- 
quels pendaient des sceaux. CSelui de Jean de Ba- 
vière est le seul qui se soit conservé; il pend au 
cordon de gauche qui rattache la deuxième feuille 



à la première. Les trois feuilles forsacnt «ne charte 
de 1 mètre 90 centimètres de longueur. Au bas 
pendaient également à de doubles cordons de soie 
noire treize sceaux, qui sont perdus, à Texception 
de trois; oeux-cî sont détachés et indéchiffrables, 
sauf celui de la ville de Tbnin. Le document, qui 
est percé de plusieurs trous, porte sur le dos Tin- 
scription suivante : Lettres scellées par Us viUes du 
pays de Liège, tottchant la paix faite par le duc Jehan 
de Bowgogne et Jehan de Bwoyère, tskn de Liège, 
On peut comparer avec ce texte celui qui se trouve 
dans le 50» chap. de la chronique de Monstrelet. 



128 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

eschevins, bourgois et toutte la communaulté de la cité de Liège et des 
villes de Huy, de Dinant, de Tongre, de Saintron, de Thuin, de Loz, de 
Hasselt, de Herke, deËyke, de Brede. de Blise, de Beringhe, et tout le 
commun pays de Teveschié de Liège et de la comté de Loz, salut et con- 
gnissance de vérité. Comme tres-haus et puissans princes et nos très- 
redoubtés segneurs, nos seigneurs le duc de Bourgogne, comte de Flan- 
dres, d'Artois et de Bourgongne, palatin, seigneur de Salins et de Malines, 
et duc Guillaume de Baivieré, comte de Haynnau, de Hollande et de Zel- 
lande et segneur de Frise, par viertu des submissions que haut et puis- 
sant révérend père, monsegneur Jehan de Baivieré, par la grâce de Dieu, 
esleu de Liège et comte de Loz, notre prélat et droitturier segneur, nos 
segneurs de son vénérable chapittre de Liège et nous, apries la bataille 
avenue empries Tongre vers le tombeau d'Autel ', adviens fait en l'ordon- 
nance de nosdis segneurs les ducs, tant pour et sur le gouvernement 
desdis pays, comme pour et sur la punition des delis, crismes, mallefices, 
injures et oppressions , faittes à l'encontre de notredit prélat et segneur et 
de nosdis segneurs de son vénérable chapittre , de nous maire et eschevins 
de ladite cité de Liège, et comotions et rebellions qui ont esté commises 
darainement par pluiseurs de ladite cité et desdis lieus et pays, aient dit et 
pronunchié leurdite ordonnance , et sur ce avons baillié leurs lettres scel- 
lées de leurs grans seyaus, desquelles la teneur s'ensuit : 

» Jehan, duc de Bourgongne, comte de Flandres , d'Artois et de Bour- 
gongne, palatin, segneur de Salins et de Malines, et Guillaume, par la 
grâce de Dieu comte palatin du Rin, duc de Baivieré, comte de Haynnau, 
de Hollande et de Zellande et segneur de Frise., à tous ceuls qui ces pré- 
sentes lettres veront ou oront , salut. Comme les maistres pour lors , jurés 
et communautés de la cité et des bonnes villes du pays de Liège , de la 
conté de Loz, du pays de Hasbain, de Saintron et des autres villes, terres 
et pays appartenans à la segnourie de Liège se fuissent, de leur outragé 
et voUenté desordonnée, eslevés horiblement, et fait et perpétré par grant 
espace de temps pluiseurs commotions, rebellions et désobéissances alen- 
contre de notre tres-chier et tres-amé frère, Jean de Baivieré, esleu de 
Liège et comte de Loz, leur prélat et segneur, et de son chappittre de Liège, 

* Othée. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 129 

pendant lequel Jtemps ils avoient de fait et de force, contre le gré de tojis 
les chanonnes dudit chapitre , prins et esleue Thiery de Piereweis en leur 
prélat, et euls mis soubs le gouvernement de lui et de Henry de Horne, 
sire de Piereweis , son père , comme mambour desdis pays , pour en vou- 
loir débouter notredit frère, et enchassié les chanonnes et autres personnes 
tant de la grant église comme des secondairs églises de Liège, et pluiseurs 
autres gens d'église, nobles et autres personnes desdis pays, biepvoellans à 
notredit frère, fait prenre et hoster leurs bénéfices, biens et possessions, et 
les avenus d'euls inhumainement fait mettre et mis à mort; et de ce non 
contens , mais perseverans de mal empis en leurs erreurs , outrages et mau- 
vaistiés, fuissent venus, et à grant host et multitude de gens, mettre le 
siège devant la ville de Tret, et tenir illecques assegié notredit frère leur 
segneur et pluiseurs gens d'église, nobles et autres qui y estoient en sa 
compaignie, et avoir crueusement trait sur lui, et autrement fait pluiseurs 
assauls sur ladite ville, pour destruire, s'ils eussent peu, et mettre à mort 
icelluy notre frère et les siens , et par occisions, murdres, arsins, roberiès et 
en pluiseurs autres manières, fait et perpétré tant de outrages, mallefices, 
crismes et delis innummerables, en offence de Dieu notre créateur, de sa 
sainte église, de notredit frère, leur prélat et segneur, et de sa justice et 
segnourie, et pour expeller lui et ses bienvoellans, que abhominable chose 
estoit et est de le raconter, pour lesquelles offences, mallefices et outrages 
que sans cesser faisoient lesdits de Liège et leurs complices rebelles et 
desobeissans à notredit frère, dont par droit et raison ils avoient et dévoient 
avoir sour fait corps, avoir et touttes leurs lois, privilleges, franchises et 
libertés. Et parce que iceuls rebelles, par l'ayde et confort desdis sire de 
Piereweis et son fils et leurs aidans, avoient grant temps tenu et tenoient 
assegié et en dangier notredit frère, il lui estoit besoing et convint de 
nécessité requérir l'aide de nous et d'autres ses segneurs parens et amis : 
pourcoi nous qui vouliens , tant pour la compassion que nous adviens de 
lexpulsion desdites gens d'église, comme par inclination naturelle et au- 
trement tenus y sommes, aidier et succourir notredit frère à le getter des 
péril et dangier où il estoit par l'oppression de sesdis rebelles , et le remet- 
tre à ses eveschié et pays, et ne lui po viens fallir à si grand besoing; 
après ce que par pluiseurs fois nous adviens fait requérir et sommer not^ 
tablement lesdis rebelles d'euls désister des oppressions, injures et viol- 

17 



i30 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

lances qu'ils feisoient ainsi à leur tort à notredit frère, ^on chapittre et 
autres ses bienvoellans , et les laissier joyr de leurs bénéfices, segnouries, 
drois et biens, de coi yceux rebelles n'avoient volu entendre ne eux mettre 
de raison, nous meismes en armes à host et puissance sur les champs 
contre ledis rebelles, pour résister à leurs entreprinses et outrages, et tant 
que iceuls rebelles en tres-grant nombre, acompaigniés desdis sire de Pie- 
reweis et son fils, vindrent contre nous aus champs et vers le tombeau 
d'Autel nous livrèrent bataille, en laquelle, ainsi qu'il pleut à Notre-Segneur 
qui, de sa bonté et justice, ne vaut plus souffrir les outrages et maléfices 
desdis rebelles , et par sa digne grâce nous eusmes la victoire sur euls et 
y en demourèrent grant cantité, et entre les autres lesdis sire de Piere- 
weis et son fils, mors en la place. Apries laquelle victoire obtenue, dont 
très* humblement et de cuers devos nous remierchions et rendons grâce 
à Notre-Segneur de qui tous biens et honneurs nous viennent, et que nous 
adviens remis notredit frère à son estât et restitué en sa cité et à sesdis 
pays et lui fait avoir l'obéissance de ses subgés , et aussi remis ceuls de 
son chapittre de la grant église et des autres églises à leurs bénéfices et 
biens, tant icellui notre freré et sondit chapittre de Liège, comme ceuls 
de ladite cité et des bonnes villes dudit pays de Liège, de la comté de Loz, 
de Hasbain , de Saintron et des autres villes , terres et pays appartenans à 
ladite segnourie de Liège, pour le fait desdites commotions, rebellions et 
désobéissances, et ce que ensuiwi en estoit, se fuissent soubmis du tout à 
notre ordonnance, tant pour et sur le gouvernement desdis pays, comme 
sur et pour la punition des delis, crismes,' maléfices, injures et oppressions 
commises es dessusdites commotions et rebellions par ceuls desdites cité 
et bonnes villes de pays de Liège, de la conté de Loz et des autres villes, 
terres et pays appartenans à ladite segnourie de Liège , et sur ce nous eus- 
sent baillié leurs lettres qui sont devers nous; et avoec ce, emplus grant 
seurté et pour mieux estre tenu ce que par nous seroit ordonné , ceuls de 
ladite cité et des bonnes villes dudit pays de Liège, de la conté de Los et 
de Saintron, pour euls et les autres habitans des villes, terres et pays ap- 
partenans à ladite segnourie de Liège, eussent aussi baillié et livré plui- 
seurs hostages qui sont mis es villes et lieux à ce ordonnés de par nous, 
par viertu desquelles submissions ainsi faites et du pouvoir à nous atribué 
par icelles, délibération sur ce eue, par grant et meure délibération de 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 131 

consel, tant avoec pluiseurs de notre sang et consel comme autres, et meis- 
memenl avoec aulcuns des gens de notredit frère et de sondit chapitle de 
Liège, nous eussions, le XXIIII°^« jour du mois d'octobre Tan mil IIII^ et 
VIII darrain passé, auquel jour nous adviens fait venir en la ville de Lille 
en Flandres notredit frère et les députés en grant nombre de par ledit 
chapittre de la grant église et des autres églises de Liège , et aussi de la 
cité et bonnes villes du pays de Liège, de la conté de Los et des autres 
villes, terres et pays appartenans à ladite segnourie de Liège, en leur 
présence euls pour ce assamblés illecques , et de grant multitude d'autres 
gens , pourtant que pluiseurs des choses contenues en notre ordonnance , 
dont les aucunes, comme ci-apries sera plus à plain declairié, estoient 
affaire du costé des dessusnommés qui s'estoient soubmis en ycelle notre 
ordonnance, et par nous estoit à aviser sur ce et avoir délibération, ne po- 
voient lors avoir leur entire termination, en reservant avons, de ce que 
resteroit affaire à Tacomplissement desdites choses desquelles entire ter- 
mination ne se povoit faire lors comme dit est, la puissance aussi entire 
et vaillable comme elle âvoit esté et estoit des le jour que lesdites submis- 
sions avoient esté faites, sans d'icelle puissance à nous attribuée par viertu 
desdites submissions nous départir ou estre départis en aucune manière , 
fait dire et pronuncier publicquement, nous à ce presens, une partie de 
notredite ordonnance en la forme et manière qui sensiet : 

» Premièrement nous mettons en nos mains touttes les franchises, Dei perdre tout les 
usages, lois et privilleges que avoient et ont ceuls de la cité de Liège et des '°^ '^^' 
autres villes du pays de Liège , de la conté de Loz , du pays de Hasbain , 
de Saintron , de la terre de Bouillon et des appartenances aians privilleges , 
lois, franchises et usages, et ordonnons que ceuls de la cité de Liège et 
autres dessusnommés apporteront en la ville de Mons en Haynnau , le len- 
demain du jour de Saint-Martin prochain qui sera XII'°<' jour de novembre, 
en l'abbaye des EscoUiers audit lieu de Mons , touttes leurs lettres de pri- 
villeges, de lois, libertés et franchises, et les bailleront es mains de cer- 
taines personnes qui à icelles recevoir seront commises de par nous, et 
lesquelles seront auxdis jour et lieu ; et seront tenus ceux qui icelles lettres 
apporteront de jurer, es âmes d'euls et de ceuls qui les y auront envoie , 
que aucunes lettres de privilleges, de lois, de libertés ou de franchises ils 
n'auront delaissié frauduleusement en leur puissance. 



/ 



132 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Fol. 52, V. >> Item , ordonnons que, se aucunes lettres de privilleges, lois , franchises 

*^iiblrtêu **où uh*1ie ^^ libertés estoient delaissiés à apporter ausdis jour et lieu par deviers nos- 
serroot «porteis. jjg comuiis à cc, que dcs lors ceuls desdites cité, villes et pays de Liège et 

des appartenances en seront privés à jamais. 

Des lettreft d'aioian- » Itcm, uous ordouuous quc cs maïus d'iceux nos commis, aux jour et 
enpoHée! ""^ licus dcssus dcclairiés, touttes lettres d'alliances, confédérations ou pactions 

que ceuls desdites cité et villes ont touchant ycelles villes et pays, soit que 
lesdites alliances , confédérations ou pactions touchent icelles cité et villes 
de Tune awec l'autre, ou aucunes personnes ou villes hors desdis pays, 
seront apportées et bailliés ausdis nos commis, soubs semblable serment 
et paine comme dessus est dit es deux articles touchans les previlleges , 
pour sur ycelles lettres de previlleges, de lois, franchises et usages et 
alliances avoir advis et par nous en estre ordonné. 

Que ons ne porat ren- » Item, ordouuous quc apres la Visitation des lettres desdis previlleges , 

are fraDchiex aux #>i-* j.i*1-a«a i" i j *j *l 

Liegois seoB le con- irauchises ct IiDcrtes, et que lors on en poira rendre aucun ou de nouviei 

sente desdis san- « « -ji i«i i • m* » a ^ * 

goeurs. ordonner 'que, outre ceuls desquels il sera lors appomtie et ordonne, aux 

habitans desdites cité, villes et pays ne aucun d'euls par les evesques de 
Liège et leur chapittre ne puist estre donné nouviel previllege, que ce ne 
soit par le consel, advis et consentement de nous ou de nos successeurs, 
ducs ou contes des duchiés ou contés dessusdis. 

Di>i maistres non plus » Itcm , ordounous quc d'orcs en avant es cité, villes et pays dessusdis 
aire par ecommon. ^^ scrout aucuus ofScicrs uommcis maîstrcs, jurés, gouverneurs et ensieutes 

de mestiers ou autres officiers quelconques créés par le commun, mais des 
maintenant mettons tels officiers et l'exercice d'iceus au néant. 

Des noveais nommés » Itcm, ordonuous quc cu ladite cité et autres villes desdis pays seront 

d'offichiers, et des « iv*««ivai é. 

MiiueTins amy ain par Icur scgucur, cvcsquc dc Licgc et conte de Loz et des appartenances, 

créés et institués bailliz, prevosts, mayeurs ou autres noms d'officiers et 
aussi eschcvins, qui seront renouvelles chacun an en chacune ville accous- 
tumée d'avoir eschevinage, jusques au nombre certain selon l'exigence et 
grandeur des villes, ouquel eschevinage ou ville fremée nottable ne seront 
mis ensamble pe're et fils , deux frères , deux serouges , deux cousins ger- 
mais, ne oncle et nepveu, ne cellui qui auroit espousé la fille d'un autre, 
affin de eschiever les faveurs desordonnez qui y poroient estre, et seront 
tenus lesdis officiers à leur création de faire serment solempnel de bien 
entretenir, faire'et acomplir, chacun endroit lui, tous les poins et articles 
contenus es ordonnances faittes par nous ci-dedens declairiés. 



fais. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 133 

» Item, que ledit evesque ou segneur de Liège pora chacun an, en la fin Des e^iuevins de Liège. 

de chacun eschevinage, créer et instituer tels echevins qu'il lui plaira , soient 

ceuls qui auront esté eschevins en l'année précédente ou autres tels que 

boins lui samblera, pourveu qu'ils ne soient de linage ou affinité comme 

dessus est declairié, par lesquels eschevins seront jugiés et déterminées les 

causes appartenantes à l'eschevinage, et gouvernées les choses et biens com- 
muns appartenans es villes où ils seront institués, et que les eschevins de 

ladite cité seront tenus de rendre compte , en fin de chacune année , de leur 

administration, pardevant le segneur de Liège ou ses commis, et pardevant 

un commis de par le chapitle et un commis de par les autres églises, et des 

autres villes , pardevant ledit segneur ou ses commis tant seuUement. 
» Item, ordonnons -nous que touttes confraries de mestiers es cité et Det baniere» et con- 

villes dessusdis cessent, et des maintenant nous les mettons au néant, 

et ordonnons que les banieres d'icelles confraries et mestiers seront apor- 

tées , est assavoir celles de ladite cité par ceuls d'icelle cité ou pallais de 

notredit frère de Liège, et délivrées aus commis de par nous, à tel jour 

que yceuls nos commis leur feront savcrir, et les banieres des mestiers des- 
dites autres villes seront pareliement aportées par ceuls d'icelles villes, aus 

jour et lieu et par la manière que nos commis à ce ordonneront, pour sur 

icelles banieres par nous estre ordonné comme boin nous semblera. 
» Item, que de ladite cité ou d'aucune autre ville esdis pays de Liège et Queisgensdoienustre 

appartenances aucun ne sera réputé bourgois, s'il n'est demouré sans fraude '^'*' 

en ladite cité ou en la ville de laquelle il vodra avoir ta bourgoisie, et Foi. 53, r». 

s aucuns en y a de présent, nous anulons leurs bourgoisies. Et touttesvoies 

posé qu'ils fuissent bourgois des villes où ils seront demourans, si ne poront- 

ils eub deffendre par ladite bourgoisie, que la congnoissance des cas nou- / 

veaux mouvans pour leurs hiretages, féodaux ou autres, n'appartiengne , 

tant des personnes ou actions personnelles comme des hiretages, aux 

segneurs soubs qui ycelles personnes seront demourées et lesdis hiretages 

scitués. 

» Item, ordonnons que ores ne ou temps à venir ladite cité de Li^e, Que duIs assemblée ne 
les villes de Huy et de Dinant et autres dudit pays de Liège , dé la conté de hl% denu^^s.^' ' 
Los, du pays de Hasbain, de Buillon ne autres appartenans à lasegnouric 
de Liège, ne'se assemblent ne fassent consauls ensamble, ne l'une ville avoec 
lautre, ne congrégations quelxconcques, ne aussi les habitans de ladite cité 



1 34 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

les uns avoec les autres, et parellement d'une chacune des autres villes el 
pays \ que ce ne soit par Fauctorité, sceu et consentement de leur segneur 
esleu ou evesque de Liège , ou du chapittre de Liège , le siège de leveschié 
vacant. 

Liegois ne porteront » Itcm , ordouuous quc Ics cvcsqucs dc Liège ou autres aians l'adminis- 
«Mgneun!' "" tration dudit eveschié, ceuls du chapitle de SaintrLambert de Liège, ceuls 

de la cité de Liège et des autres villes et pays dessus declairiés , ou aucun 
d'euls , ne seront ne ne se porteront jamais en armes ou autrement à ren- 
contre du roi ou des rois de France, de nous ou de l'un de nos successeurs, 
ou de l'un de nous ducs ou comtes desdites duchiez ou contés , ne aussi à 
notre cousin le comte de Namur qui est adpresent, ne de ses successeurs 
comtes de Namur, ne contre nos pays, si nom pour l'empereur en sa com- 
paignie et qu'il y fust en sa personne , ou que le roi de France ou nous ou 
aucun de nous courussions sur lesdis pays de Liège en armes. 

Liegois dotent donneir )) Itcm , ordouuous , pour mcmorc perpétuelle de notredite victoire et en 

todis passaige à dis «ii . ^-m^ii* «<^* 

sangneur par leur signc dc la concqucstc par uous faitte desdis pays, que a tousjours mais, 
^''^^' quant nous, ou l'un de nous ou nos successeurs, ou l'un de nous ducs ou 

comtes des pays dessusdis, voldrons passer la rivière de Meuse par aucune 
partie desdis pays de Liège, de Los ou autres, le passage et rapassage 
nous soit et sera ouvert par quelconcque ville fremée , ou autre passage que 
y soit, tel qu'il nous plaira, ou à l'un de nous ou à nos successeurs, ou aux 
successeurs de l'un de nous des duchiés et contés dessusdis ou d'aucuns 
d'iceuls, soit que nous voellons passer à gens d'armes ou autrement, pour- 
veu toutesvoies que nous ne meffaçons aux gens desdites villes et passages, 
et que vivres nous soient administrés pour nos deniers, sans les renchierir 
pour ceste cause. 

Les monoies dezdis » Itcm , ordouuous quc Ics mouuoics faites et forgiés par nous, ou l'un de 
des^ueg^is!"" ^'^* nous OU uos successeurs , ducs ou comtes desdites duchiés et contés, en nos 

pays et segnouries , auront cours et seront receues et alouées es cité et pays 
de Liège, conté de Los et autres pays dessus declairiés, pour autel pris et 
valleur qu'elles auront cours et seront alouées es pays de nous ou de nos 
successeurs ou de l'un de nous. 

Del engiieze <iui devoU » Itcm , ordouuous quc au Ucu où la battaille a esté et que nous advons 

estre fondée à Othée 



Bour lex mors. 



^ Dans le pays. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 135 

obtenu victoire, une église soit fondée et faite, en laquelle seront IIII chap- 
lains et II clers, et sera garnie de casures S de callices et autres aournemens 
qui y appartiennent pour dire messes et autre tel service divin qu'il sera 
avisé, à tousjours mais perpetuelment, pour le salut des âmes de touls qui 
morurent en ladite battaille, desquelles chapelnies la collation appartenra 
à nous par Tordre et ainsi qu'il sera avisé. Et ferons à nos despens faire 
l'édification de ladite église, et pourveyr pour une fois de casures, callices 
et autres aournements qui y appartiennent , et notredit frère de Liège sur 
les confiskations à lui avenues y ordonnera II^' escus de rente par an pour 
lesdis caplains et clers : est assavoir pour chacun caplain XL escus, les clers 
chacun X escus, et XX escus pour la retenue de ladite église. 

» Item, ferons-nous que le XXIII°>® jour du mois de septembre, ouquel Dei messe Nosire-Dam- 
jour ladite battaille fu , que en tel jour chacun an perpetuelment une 
messe solempnelle de Notre-Dame sera chantée et célébrée , par les pre- 
vosts, doyen et chapitle et autres coriaux del église Saint-Lambert de Liège, 
ou cuer et au grant autel de ladite ^lise, et celui meismes jour unes ves- 
pres seront dites et chantées vegilles des mors, et le lendemain sera dite Des viaiies et messe 

m 9 * f t id 1 * i*«^ <i*d pour lesdis mors. 

et célébrée solempnelment une messe de requiem, oudit cuer et audit 

grant autel, pour les âmes des trespassés et mors en ladite battaille et tous foi.35,v". 

autres. Et de ce estre fait requérons aus autres églises collegiauls et mon- 

nasteres de ladite cité, à tous autres collèges, monnasteres ou abbayes 

d'ommes ou de femmes de tout ledit pays de Liège , de ladite comté de 

Loz et des appartenances, et requérons audit notre frère de Liège et à son Por mémoire perpétuel 

1 •-- 1 - * 44 1 à. 1- •! • • 4 leservichedexmors. 

chappittre, que sur eulx et sur touttes leurs autres églises, ils enjoignent 
par estatut lesdis services estre célébrés en chacune d'icelles églises colle- 
gialles et monnasteres , comme dit est dessus , pour memore perpétuelle 
que par icelle victoire touttes gens d'église des pays dessusdis ont esté et 
sont remis à leurs lieux paisiblement. 
» Item, ordonnons que d'ores en avant notredit frère l'esleu de Liège qui comeot les chasteau 

«_ AÉ.â. J¥» 'IJ"»* deptysdoienleislre 

a présent est, et ses successeurs evesques de Liège ou aians le administra- par casteiains gar- 
tion dudit evescbié, et, le siège vacant, ceuls du chapittre de Saint Lambert 
de Liège, institueront et metteront tel chastellain ou chapittaine et de telle 
nation qu'il leur plaira ou chastiel de Huy, y metteront aussi telle garnison 

' Chasobles. Voir le Glossaire de Ducange, y<» canilariui. 



leurs. 



i36 CHROINIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

de gens et autres habillemens et provision comme boin leur semblera et 
ainsci que franc seigneur puet et doit faire, et auront francement l'entrée et 
yssue devers la ville de Huy, entrée et yssue devers les champs, sans ce que 
ceuls de ladite ville de Huy ne autre dudit pays y puissent ne doivent 
mettre empecement aucun; et ^amblablement ordonnons des chasteaux de 
Stochem et de Buillon , quant à la constitution des chastellains et garni- 
sons. 

De cheu qui yront » Item, ordouuous que, ou cas que aucuns quels qu'ils fuissent s'efforce- 
contre le* dons de.. !•* «i*»** !**•■ • iiii 

lEngiise. roient ou vodroient, par voie de fait ou molestation desraisonnable , aller 

aucunement contre les dons ecclesiasticques ou autres dons d'offices qui 
ont esté acoustumées d'estre donneez à vie par icelluy notre frère de Liège 
et ses prédécesseurs , ceuls du chapitre de ladite cité et des pays de Liège 
seront tenus de y résister et deffendre de touttes leurs puissances, sans 
fraude ou mallengicn aucuns. 
Des maivais conspira- )> Itcm, pour cc quc dcs mauvais conspirateurs sont encores pluiseurs 

vivans et deffuys hors desdis pays de Liège et conté de Loz et se sont 
rendus es pays voisins, nous ordonnerons et commetterons certaines per- 
sonnes habilles à ce, par lesquelles sera songneusement enquis et sceu, où 
telles personnes seront, les noms d'icelles, soubs quels segneurs elles se sont 
transportées, et ce sceu, nous requerrons les segneurs soubs qui tels conspi- 
rateurs seront retrais, qu'ils les facent prendre pour la ^ délivrer à la justice 
de notredit frère de Liège , aifin que d'iceuls punitions puist estre faicte 
telle qu'il appartenra, ou au mains que iceuls segneurs dechassent et facent 
vuidier tels conspirateurs hors de leurs pays; et se on povoit obtenir que 
euls meismes en vosissent faire justice, tant mieux seroit. 

)) Item, que tous tels conspirateurs seront banis hors du pays de Liège, 
de la comté de Loz et des appartenances, comme contraires et rebelles à 
leur segneur et commoveurs de peuple. Et en outre sera crié par tout ledit 
pays de Liège et de ladite conté de Loz que aucun ne rechoive lesdls con- 
spirateurs ne aucun d'euls, ainschois s'il est aucun qui sace que esdis pays 
en y ait aucuns, il les puist prendre et amener à la plus prochaine justice 
en requérant ayde pour le segneur se mestier en a. Et ou cas que la force 
ne seroit sienne, en ce cas il sera tenu d'aller le plus tost qu'il pora le 

' Par erreur sans doute pour les. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 137 

denuncier au justicier du segneur, sur paine d'estre puni de semblable 
punitioD en corps et en biens, comme seroient et deveroient estre punis 
les conspirateurs. Et ou cas que en faisant ou voulant faire ledit esploit, 
lexploittant ou celui ou ceuls qui ad ce Taideroient blechaissent ou nauvrais- 
sent le conspirateur ou conspirateurs, ou aucuns de leurs aidans, dont mors 
sensuiwist, pour cause de chu on ne leur puist aucune chose demander; 
ainchois en seroient tenus quittes et paisibles à tous jours. 

» Item, ordonnons que les murs du chastiel et ville de Thuin , les portes Dabaire lei mur dez 
et tours seront abatus et démolis, tant ou val comme ou mont, et les fossez 
remplis , sans jamais estre ville fremée. 

» Item, que parellement de la ville de Fosses et de la ville et chastiel de 
Couving les portes , tours et murs seront abatus et démolis , et aussi tous 
murs d'attres fortifiîés, estans sur le rivage de Sambre, tous les fosseis rem- 
plis, et sans jamais estre ville ne chdstiel fremés, ne aussi lesdis attres fortif- foi. 34, r*. 
fiés, ne fossés reffais par les habitans desdites villes ne autres quelconcques. 

» Item, que les portes de la ville de Dinant soient démolies, les murs et De autre u rermeteit 
touttes les tours démolis et abatus, tant delà la rivière de Meuse comme 
dechà, dedens et dehors ladite ville, et que jamais ne puissent estre reffais 
ne rediflîés par les habitans d'icellê ville ne aultres quelxconcques. 

» Item, que ceux desdiles villes de Thuiii, Fosses, Couvin et Dinant, ods oe porou femeir 
ne autres quelxconque des cité, villes et pays dessusdis ne poront jamais de Liège. 
faire ne faire faire oa ediffier villes fremées ne fortresses quelsconcques , 
de Namur en amont, en allant devers Haynnau, entre les rivières de Meuze 
et de Sambre. 

M Item, sera* abattue une porte de la ville de Tongre, qui est devers la 
ville de Tret, et XL pies de mur à chacun leis , sans ce que jamais puissent 
estre reffais. Et seront tenus ceuls d'icellê ville de Tongre de remplir ou 
faire remplir à leurs despens les fosseis par euls fais devant ladite ville de 
Treit, en laquelle ils avoient assegié leur segneur. 

)) Item, pour ce que nous avons, à grans frais et missions, mis le pays L'ordiDnanchedepayer 
de Liège à obeyssance , à grans pertes et dommages avenues en nos segnou- * esku». 
ries et pays, comme il est assez nottoire, nous ordonnons que sur les ^ 

habitans des cité, villes et pays dessusdis sera imposé, cuellié et levé un 
ayde , eu regard aus facultés des habitans de chacun lieu , de la somme de 
ce et vint mille escus, à lever ycellui ayde au plus tost que faire se pora. 

18 



138 GHROINIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Dec osugiers. » IteiD , pouF CG qu6 pluiseuFS bostages sont bailliés et mis en nos mains 

pour entretenir nos ordonnances faittes et affaire , nous ordonnons que 
^ se , avant ce que les choses ordinées fuissent acomplies , aucun desdis bos- 
tages allast de vie à trespassément, ceuls de la ville ou des villes de laquelle 
ou desquelles lesdis bostages mors aroient esté, seront tenus de renvoyer 
et remettre personnes en tel nombre et aussi souflisans comme celui ou 
ceuls qui seroîent trespassé estoient. 

De ehei qui feront la » Item, ordoouous quc, quant on fera les lettres contenans les promesses 
dinanches. et obHgatîons de tenir les cboses qui ordonnées seront par nous , notredit 

frère de Liège, son chapittre et tous les babitans qui se sont soubmis 
voudront, consentiront, promettront et acorderont, pour euls et les autres 
desdis pays, que, ou cas que les cboses ordonnées pour le temps avenir ou 
aucune d'icelles ne seront entretenues , et que ycellui notre frère , ou ses 
successeurs evesques ou esleus de Liège, lesdis de cbapittre et ceuls des- 
dites cité et pays de Liège yroientou feroient au contraire, que ils encbe- 
roient , touttes et quantes fois et pour une cbacune fois que ce seroîent , 
empaine de CG°^ escus d or de France , ou d'autres florins d'or de France 
à la valleur d'iceuls escus : c'est assavoir en L^^ à l'empereur ou roi des 
Romains qui pour le temps seroit, au roi de France L"^ escus, et à cbacun 
de nous ou à nos successeurs es ducbiés et contés dessusdis, L^ escus, à 
prendre et lever lesdites sommes sur eus par apprebension de leurs corps 
et de leurs biens, en quelque lieu qu'ils seroient trouvés* Et avoec ce con- 
sentiront, voudront et accorderont ceuls des pays de Liège dessusdis que, 
s'il avenoit qu'ils venissent au contraire des ordonnances ou d'aucune 
d'icelles, comme dessus est dit, que dès maintenant pour lors l'evesque 
ou esleu de Liège, et l'archevesque de Conloigne qui sont ad présent ou 
seront pour le temps, et chacun d'euls , puissent mettre generalment l'inter- 
Deientredii que ledit dît esditcs cité ct viUcs dcsdis pavs dc Lieffe et des appartenances: et en 

•angoeur paroit jet- ^ i^ •' ^ *^* ^ r< ■• 

tcir sour Liegob. oultrc quc, sitost quc il y aura unicque et paisible pappe en sainte Eglise, 

que samblablement par lui puist estre fait : lequel interdit ne pora ne devra 
esire hosté ne relaxé, que premièrement ce que auroit esté fait au con- 
traire des ordonnances ne seroit reparé, ne lesdites pàines pécuniaires 
payés, comme dessus est dit. 

» Item, et s'il avenoit que tous les dessus nommés, mais une partie 
d'iceux ou aucune des villes ou aucuns de singuliers d'iceuls pays ou villes , 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 459 

feyssent au contraire desdites ordooinances ou d'aucunes d'icelles , et apries 
ce que par nous, l'un de nous ou nos successeurs, ou les successeurs de 
l'an de nous ducs ou contes desdis duchiés et contés , notredit frère ou son 
successeur evesque ou esleu de Liège, ses vicaires au lieu, ceuls de son 
chapittre et ceux de ladite cité, pour euls et tous les autres habitans des- 
dis pays, auroient esté ou seroient requis et sommés ^e faire constraindre 
et désister les empeoemens ou allans au contraire desdites ordonnances ou 
aucune d'icelles, et de reparer ce que meffait auroient en dedens un mois 
ensuiwant, et que, se euls ne s'en desisteroient ne n'auroient reparé le* 
meffait, des lors, ledit mois passé après ladite sommation, les dessusnom- 
més seroient encourus et encouroient es paines , amendes et interdis dessus 
declairiés; et neantmoins seroit reparé et remis au premier estât et deu ce Poi.^i, v». 
que fait auroient au contraire. 

» Item , est notre entention , et ainsi l'ordonnons dès maintenant, que nos comant om doit sae. 
sentences et ordonnances entirement faites seront mises par escript, et en cbes. 
seront faites lettres scellées de nos seyaux et bailliés : une à notredit frère 
de Liège et son chapittre, une à la cité de Liège, et parellement à une 
chacune des autres bonnes villes une ; lesquels notre frère de Liège et son 
chapittre, lesdites cité et villes bailleront lettres chacune, ainsi qu'il a lui 
appartenra , seellées, est assavoir : celles d'icellui notre frère et son chapittre 
de leurs grans seyaux, d'avoir agréablement receu les lettres de notre 
ordonnance, et par lesquelles ils loeront, aprouveront et prommetteront à 
tenir lesdites ordonnances; et lesdites cité et villes samblablement baille- 
ront leurs lettres seellées des grans seyaus de ladite cité et d'une chacune 
desdites villes, en euls oblegant es paines contenues esdites ordonnances. 
» Item, pour ce que pluiseurs personnes, tant gens d'Eglise, nobles 
comme autres, ont baillié pluiseurs requestes et suplications, contenans 
que, pour occasion desdites rebellions avenues oudit pays, ils ont pluiseurs 
partes declaîriés en leursdites suplications, tant paravant lesdites rebellions 
comme ycelles durans , et que nous n'y advons peu présentement entendre, 
nous aviserons ou ferons aviser sour le contenu esdites requestes au plus 
tost que faire se pora. » 

Cha que desus est contenut at csteit pronunchiet pair le commandement DeruMCCcceiviii. 
de nos sangneurs les duk deseurdis en leur presenches en la grant saile à 
Liesie, le XXIIII»"* jour d'octembre l'an M CCCC et VIII, des lettres et 



i40 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



privilèges à porteir à Mons; item , des poines de laisier aporteir les lettres ; 
item, de ordineir dez lettres des loy des alianches et de plusieurs aultres; 
item , que li evesque et li capitle ne puist donneir loy ne franchiezes sens 
le greit et Tordinanches des sangneur deseurdis '. 
Les lettres des fran*- Jj'an devautdit, le V1I1°^<' jour de novembre, toutes les lettres des fran- 
teis k MoQs, et les chizes délie citeit et des aultres bonnes vilhes de paiis de Lieffe furent en- 

baniersarsyetc., et -»m» vi • • i-i -ii i- 

piuseurs prîTeis de Dorteez a Mous eu Henau ' aux commissares deputeis de part les devantdis 

leurs benefiehes. —^ • * 

sangneurs. — Et le XVII"^ jour dudit mois de novembre furent les baniers 
Hles mestiers arses à Liège, et le XX'"^ jour de décembre y pluseurs clers, 
qui remanirent en paiis contre la volenteit monsangneur Johans de Beal- 
wier, del auctoriteit de pape , ilh les privât de leurs benefiehes et en por* 
veit dez aultres à sa volenteit; entre lesqueis fut priveis don Johan Sar- 
delhe, abbeit de Sains-Jaqueme à Liège, et l'abbeit de Florin ' de Torde 
Sains-Benoit, et tant de canoynes et de cureis par tout le paiis de Liège 
que * mervelhe. 

Myreis-vos chi, clers et layes, en queile tribulation tous ly paiis de 
Liège chaiit, par inobedienche que li peuple fist contre les gens de sainte 
Engliese et leurs jugeurs, et leur propre sangneur, et comment ly paiis fut 
mis à grande damaige et en grant seirvaige de sangneurs de strangne paiis. 
Desqueis sangneurs nos en nommerons aulcuns qui vinrent sour les Lie- 
gois, desqueis ilh en furent pluseurs ochis des Liegois sour la batailhe, et 
Lés noms dex san- euseveUs cl vilhc de Treit. — Premier y fut monsangneur Johans due de 
fo^yc^LlcgoIi?'*" Borgongne et conte de Flandre, cuy gransour fut ly roy de Franche, et 

seroige à monsangneur Johan de Bealwier, lyqueis amenât awec luy mult 
noble chevalerie de Borgongne, de Flandre, de Franche, de Picardie, de 
Normendie, de Ghampangne, de Navaire et de pluseurs aultres. — Item, 



* La sentence rendue contre Liège, après la ba- 
taille d'Othée, renferme deux parties distinctes : 
la sentence même, Texécution de la disposition qui 
enleyait leurs privilèges à la cité et aux bonnes 
villes du pays. Jean de Stavelot» comme la plu- 
part des pavillards, ne donne que la première 
partie qui porte la date de 4408. Hais le docu- 
ment conservé aux archives comprend aussi la 
seconde, qui a pour nous un intérêt plus grand 
que pour les contemporains de notre chroniqueur, 



puisqu'on y trouve Tindicatlon précise des chartes 
que les princes vainqueurs, après examen de 
celles qui leur avaient été remises, se décidèrent 
& rendre aux vaincus. A cela se rapporte ce der- 
nier alinéa de Jean de Stavelot. Cette partie de la 
sentence porte la date de 1409 j on la trouvera 
parmi les Appendices. 

' Ce mot est omis dans le MS. 

' Florenne? 

* Le MS. porte qua. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



141 



monsangneur Guillaume de Hollande, duk et Zelande de Frise ', et conte 
de Henau, liqueis estoit frère à monsangneur de Liège, qui amenât grant 
nombre de nobles gens awec. — Item , monsangneur Guilhaume, conte de 
Namur, qui amenât awec ly tous les Namurois , lyqueis n'avoit oncques 
fait aux Liegois semblant qu'ilh les dewist greveir, jusques à III jours de- 
vant ladit batalhe. Et furent ochis sour la batalhe tous cheaux que lidit 
conte amenât de paiis de Betoine \ foursmys y trois qui de grant aventure 
escapont. Item mesire Johans de Namur, qui conduisoit les archiers et fist 
grant moliestes aux Ligois. — Item , mesire Johans de Chalons , qui amenât 
grant nombre des Escochois; item Ponche, le prinche d'Orenge, et son filh, 
à noble compangnie; item le sires de'Sains-Goi^e, qui amenoit cheaz de 
Vinois; item le conte de Fribono % le mariscaul de Borgongne, et senescaul 
de Henau, et I moult noble baron de Savoie , qui estoit conte de Balme^ qui 
avoit awec luy XXXII chevaliers; item le conte de Flormont", et monsan- 
gneur Johans de Rougymont, et ly sires de Ghistelle qui avoit compangnie 
belle; et le noble sangnour d'Engien, et monsangneur conistauble de roy 
de Navaire Renier, et ly boin sangneur de Bussut % et li grans maistre de 
Prusse, et le sangneur de Raspes , et monsangneur Johans de Vergier ^ fut là 
fais noveal chevaliers et oussi lez dois enfans deMalli, et le sires deHamaide foi.^, 
et ly sangneur de Lain % et li sires de Floion , et ly sires Gaisnoit; et ly san- 
gneur de Ligne, qui avoit des nobles Hennewiers; et y fut Robers le Rouz 
qui aux Liegois fut fiers et stouz % et monsangneur Anthone de Graine '% et 
mesire Johans de Lavavilhe, et mesire Guybiert de Gorny, et le bon san- 
gneur de Goulhy, les sires de Sains-Ligier et de Beauvoir, et le sangneur 



' Sic dans le MS. Jean de Stavelot aurait dû, 
comme Ta fait le rédacteur de la sentence, écrire : 
motuangneur le due CruHtautne de Bavière, comte 
de Hamauif de Zélande, ete, 

* Béthnne sans doute. Parmi les seigneurs qui 
accompagnaient Jean sans Peur, Monstrelet place 
Johqn de Béihtme, frère au vicomte de Meaulx, 
Noos citons le texte de œ chroniqueur publié par 
la société de Thistoire de France. 

* Monstrelet, dans son ch. XLVIl, donne aussi 
une liste des principaux seigneurs qui accompa- 
gnèrent Jean sans Peur, mais elle diffère de celle 
de notre chroniqueur. Je n'y trouve aucun nom 



qui se rapproche de celui auquel cette note est 
consacrée. 

* De la Balme dans Monstrelet. 
' Florimont de Brimcu. Ibid, 

* Boussu? 
' Vergyî 

* Laon2 

' Ce mot, qu'on ne trouve ni dans Ducaoge ni 
dans Roquefort, provient sans doute du thiois 
stout, qui signifie également fier, et peut-être ici 
par extension cruel. 

'^ Quid? Monstrelet cite les seigneurs de Croy 
et de Crouy, 



i42 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

de Borgnevaul, et sire Gerart de Lalaing, et sires Guilhaume de Gandi- 
vers ', et Gaufrois de Brymont après; et si fat Anthone de Vileir, et sires 
Johans de Sains-Albaîn et de Falmangne , mesire Burdin , mesire Johans 
peruelheux et mesire Johans de Sonson; et si fut ly sire de Maris, et sires 
Gerart de Herbames, et sires Robiert de Froimoins, qui fut là fais chevalier. 
Et puis y fut mesire Vos de Roisin et ses II frères awec ly, et mesire 
Johans de Mornel , et mesire Gautier de Beavoel * ; si fut li sire de Beaufort 
awec les gens de Rochefort, et mesire Johans de Stenkerk, et mesire 
Henris del Lecque, et mesire Hue de Lansenoit, et awec dois frères qu'ilh 
avoit,,et li noble chastelains de Lens, qui avoit awec li nobles gens; et si 
fut li sire de Soupi, et awec li sires de Douchi % et de Noiswilhe le bon san- 
gnoor, et mesire Hue de Cambier, et mesire Johans de Deiroie , et mesire 
Martin de Rochemadu , qui fut fais noveale chevalier, et pluseurs aultres à 
chi jour; et mesire Geoi^ de la Trimolhe ^, et oussi y fut mesire Luk de 
Donchon, et mesire Robier de Flandre; et ly noble bastair de Diskemme; 
et mesire Bron de Ghandie et oussi cheluy de Raon % et sangneur Jaque de 
Chasteal Vilain , et le bon sangnour de Liche , qui y fut noveal chevalier, 
chis conduisoit les Carolois * qui chi jour furent valhant gens ; et y fut sires 
Johans de Jeumont, qui porchachat aux Liegois doleur, car ilh avoit pas- 
seit maint jours qu'ilh avoit esteit à Paris por Liegois à suppediteir, et à 
Liège, après la batalhe, hommez et femmez ilh jettat en Mouze , sens piteit 
et à pau de cause ; mains puisedit ilh en oit son garidon , car par le juge- 
ment de Dieu ilh morit à grant tourment; et y fut sires Ystauz de Bours % 
qui moult noblement si provat, et ly noble sires de Halhi '. chilh de Baisse* 
et chilh de Groy, sires Engorant de Burnevilhe '\ — Et VIII jours après la 
batalhe y vint ly noble conte de Nyviers, frère à monsangneur duk de 
Bourgonge, qui fut moult dolans qu'ilh n'y vient à temps. — Et estoient 
awec li ly noble conte de Jonouy, Ramacourt le sangneur poissant et Raoul 



' Champdivers dans Monstrelet. Serait-ce un * Jehan de la 7Wmoul/e dans Monstrclet. ' 

oncle d^Odette, la petite reine de Gharies Vit Voy. ' Il y a dans Monstrelet nn seigneur de Bmt. 

dans la BihHothèque de VieoU des éhartet (4* série, ' Charolois? 

tome V) tin trayail de M. Vallet de Viriville. * Guickord de Boun dans Monstrelet. 

' Bailleul? • Heilly. Ibid. 

* On trouve dans Monstrelet un seigneur d'il ney * De Rasse. Krid. 

ou d'Inchi, ** Boumonville. Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 143 

le sangnear de Tournay, et Danyel sangoeur de Berry. Gheaz vinrent après 
la besongne por aidier le sires de Borgongne; après ilh se sont départis et 
sont en leur paiis r'alleis , voirs cheaz qui n'y furent ochis , car ilh en re- 
maint à grant planteit. A nuk jours n'y puissent revenir^ car ilh ont Lie- 
gois deseirte ^ 

L'ain M CCGG et IX , le XXII'»^ jour de février, al chaiier ' de Sains-Pire Lanxiiiie et ix. 
furent lez aiwes mult grandes , et pair especial la rivière de Mouze si grant ^^^^ùx!^ ^''"''' 
et si hisdeux, rades ' et peruelheux , que ly poins des arches à Liège briesat 
et reversât, qui avait dureit environ de 111 cens et IIII" et H ains. Et chu 
fut portant que ons ne l'avoit nient bien détenus et visenteit lez fondemens 
des pilers. Et oussi adonc reversont à Namur une partie del porte devers 
Brabant, et une grant planteit des murs deleis ladit porte, et ne vbquoit 
si anchiens qui oncques veut awist lez aiewes ai grant ne si peruelheux. 
— Item en celle année, solonc le sentenche de duc de Bourgongne et le duc Dd «uise qui fut » 
de Hollande et conte de Henau, fut ly paiis taxeit de paiier GC™ et XX"* ««s» «>ur tout. 
coronnes de Franche, por quoy ilh fut fait à Liège, por paiier por le partie 
del citeit, assize sour toutes chouzes, laquelle assize durât le temps de 
XX mois et V jour; et remanirent les V cens ostagiers de paiis de Liège 
en ostaige en Henau et en Flandre III ains et VI mois. — Item en celle De ieisiiie et dai pri- 
année en concîlhe de Pize, aile Sains-Johans-Baptiste , furent par sentenche ""* '^" ^ ^^^^^' 
diffinitive, com scismatiquez et parjures et comcheaux qui faisoient grant 
skande * en l'Englieze, li pape Grigoire et Benedich de leur papaliteit pri- 
veis et dejecteis; et adonc, tantoist chu fait, les cardinals des II devantdis 
papes entront en la conclave, et le XX^ jour de mois de junne ilh eslu- 
rent monsangneur Pire de Gandie , qui estoit cardinal et avoit le ty tle des d« ^m AUxandre ir 
XII apostles preistre cardinal , qui fut del ordine des frères meneurs. Ghis 
fut nationeit del ysle de Gandie , laqueile isle est elle subjection de cheaz 
de Venize. Ghis estoit uns bons bénigne et liberaul , et avoit près de LXX 
ains quant ilh fut eslus à pape , et fut coroneis à Pize en mob de julle après 
le VI II»® jour. — Oussitoist que chis pape fut benis^ ilh defourmat tres- 
grandement les grans et les boins benefiches del cure de Romme por le 
tres*grant nombres de clers qui les demandoient, car ilh ne congnissoit nen ' foi 35, v. 

* Déserté? * Scandaie. Jean de Slayelot emploie ici le mot 

' La fête de la chaire de saint Pierre. thiois schande. 

' RoideSy rapides. * Probablement pour m. 



iU CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

ne sa voit la manire de concedeire les benefiches , et ne mettoit nulle diffe- 
renche del donneir les grans bénéficiiez az povres et ighorans clers contres 
les nobles et souflSssans maistres. Et quant ilh oit regneitX mois et IX jours, 
ilh trespassat à Bolongne le Ili™*» jour de may à IIII heure, et fut ensevelis 
en frères meneurs à Bolongne.' — Et deveis savoir que chis pape Alixandre 
quant ilh sentit qu'ilh devoit morir, ilh mandat devant luy tous ses con- 
frères les cardinals , en cuy presenches ilh rechut toutes ses droitures de 
sainte Engliese, en après ilh fist I moult excellens sermons. Et chu fait, 
uns des cardinals qui estoit penytanchier, à cuy offiche apartenoit del e$^ 
crire lès giestes et les croniques de Romme , ilh demandât à pape Alixandre 

Menreibe del nation le en disaut i « Saius pcirc, qu'ilh VOS plaisist del dire vostre paiis et gênera- 

» tion dont vos esteis yssus. » Ilh respondit : a En veriteit, je ne cognoy 
)> peire, ne meire, ne proismes, ne amis vivant sour terre de certaine. » 
Adonc dest lydit cardinal : « Comment donc esteis parvenus à telle scienche 
» et aile digniteis que vos aveis oyeut ? » Ilh respondit : — ce Ilh fut I frère 
» meneur délie ysle de Candie qui , en l'eaige de III ains , me mynat awec ly 
» aux escoUes en Engleterre, où ilh oit grant diligenche de moie à aprendre, 
» et m'amoit et faisoit de moy enssi com je fuisse son enfant, je né sçay se 
» je Festoie. Apres son decesse et trespas, je m'en allaie à Paris, où par 
» ma scienche je fus renommeis et honnoreis. Si vient en chis temporal que 
n ly dus de Melain ' envoiat ses II enfans à son cusien le roy de Franche 
» por aprendre scienches, et furent mys en ma governanche, et quant ilhs 
» furent bien apris , lydit duc remandat ses enfans et moy awec eaux. — En 
» chi temps avoit elle ducheit de Melain pluseurs evesqueez et monasteirs 
» toutes desoleez , lesqueiles pair l'aide de Dieu et le consentement de sains 
» siège de Romme nos les remetismes en boins governes, por quen ly 
» sains peire ly pape nos envoiat le capeal del cardinalteit. Et après fuymes 
» pape. » — Item, en cel année morut ly roy d'Allemagne, Rubertus de 
Beawier, et en cel année peu de temps après fut r'esleus par les électeurs 
à roy d'Allemagne Sigismondus, ly fis Karle jadit empereur. — Item, en 

Dez X Mverains eon- ccl auuéc furcut cslcus X hommcs del citeit qui furent appelleis soverains 

conselhiers, lesquels governont le common peuple I\ ams, assavoir jus- 
quesà tant que l'empereur Sigemonde vient à Liège, qui adonc rendit aux 
Liegois leurs franchiezes. 

« Milan. 



I 

1 

I 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. US 

En cel année, le dierain jour de septembre, fut prieze le vîlhe de Herke ^y^« jj* ?"•" ç*' 
parles fugitives hedrois qui estoient enfuis en Brabant. Et lendemain fut- ^|j^y^^„ *^^''^* 
elle assalhie pair Godelon de Eldren , qui adonc estoit senescal del conteit 
de Louz, qui awec ly avoit ameneis lez gens des vilhes del conteit de Louz , 
et chi jour fut Herke rewagnié. Et furent là des futules ^ pris IIII^' et XI, cmeui jusuche. 
desqueis en furent LXXII asseis près de Herke sour le roial chemin décol- 
lais, et tous sourdes ruwes poiseis; et en furent XVHI à Liège ameneis et 
decoUeis , dezquels ly uns , qui oit à nom Johans de Spaiize , fut en mar- 
chiet à Liège tou vief quarteleis, et quattre aultre chascon d'eaux qui 
estoient de ses compagnons emportont une quartier de luy jusques à lieu 
del justiche al débours del porte Sainte-Walbeur, et là furent-ilhs tous 
decoUeis et puis sour ruewes poiseis , pair I semedy, le V™^' jour de mois 
d'octembre. — Item, le VI™ jour de mois d'oclembre, furent à Huy XXX xxxàHuydecoUeis. 
borgois sour le poins * decoUeis , et awec leurs tiestes les corps en Mouze 
jecteis , portant que ons disoit qu'ilh estoient del compangnie de cheaz qui 
avoient esteit pris à Herke. — Très-bonnes gens qui chu lieseis, entendeis 
quelles terribles venganches, et en quantes manières fut flagelleis tou li 
paiis de Liège et del conteit de Louz, et fut mys à grant povreteit et en 
granfc seirvage, por l'inobedienche et rébellion de y XII ou XX de maulvo- 
lans qui chu commenchont el citeit de Liège , dont tant de milhes d'hommes 
périrent, et tant de mais avinrent et accrurent, desqueiles en grant doleur 
nos recitons. Et partant, oussitoist que aulcuns malvolans commenchent 
I maWaiseteit, ons ne se doit nullement à eaux assentir, mains tantoist ons 
les doit resisteir et coregier, affin que plus grant maul n'en puisse venir 
en temps future. — Et encor, enssi que nos créions , pair ledit rébellion fut Moruuteit à Liège. 
nostre paiis grandement flagelleis ; car asseis toist chi-apres* fut si grant 
mortaliteit, qu'ilh ifestoit en mémoire d'homme que oncque awist veyut si 
grant. — En après encor ilh nasçoient et sourvenoient en cel année dez 
grani roges soris, qui les bleis persiens ' et tous aultres nasquans de terre dm grant 
destruoient, et riens des biens des terres ne fussent remanus, se li yvier 
et ly galée ne fust temprement venus. Enssi pair pluseurs et diverses ma- 
nières fut ly paiis de Liège et de Louz, por le devantdit rébellion, mervel- 

' Sic pour faiiult on faUuelt, coupables. tion en Europe date de cette époque? Cette cul- 

' Pont ture aurait eu alors plus d'importance que de nos 

' S*agirait-U ici du sarrasin, dont Tintroduc- jours. 

•9 



sons. 



446 GHRONQUB DE JEAN DE STAVELOT. 

LatribuiatiôndeLîegt heusement afflis, laquelle miseire et tribulation durât continuelment Vil 

daral Yll ain». . i i, ^twww »»w i • • n 

ains, car ilh çommenchat lan XlIlF et III et durait eoutinuellement jus- 

xiiu«eix. ques à Tan X. — Item, l'an M CCGC et X, le III™*» jour de may, morut ly 

pape Âlixandre , enssi com dit est chi*-devant. Quant ly roy de Sicile en- 

Foi.3«,r*. tendit que ly pape Alixandre estoit mors, ilh envoiat une noble sangnour 

de son amisteit aux cardinals qui residoient à Bollongne , anchois qu'ilh 
entrassent en la conclave, lyqueis roy les recommandât tres-grandement 
son singuleire amy Johans, en priant qu'ilh le vowissent eslire à pape, et 

De johans pape xxiii« enssi Ic fiscut : lyqucis fut appelleis Johans ly XXIII^im de chi nom, et fut 

coroneis à Bollongne lan Xllll^' X, le jour le Sains-Urbain. — Ghis, pair 
pluseurs manières, scandalizat grandement sainte Engliese, et soy desho- 
nerait grandement et sa dignîteit deile papaiiteit; car en tous ses estas ilh 
sembloit inises ^ eistre une chevalier ou une prinche séculier que eistre 
pape, et por ses grans excès, enssi com vos oreis, fut-ilh après del papaiiteit 
priveis. 

L'an xiii^ et XI. L'au XIIII® ct XI, cu uiois dc septembre, soy fisent grandes assemblées de 

pluseurs prinches et gens d'armes qui loghont entour Paris, por le grant 

Dei Bor^engnon» et discort qui cstoit cutrc Ic duk dc Borgonne et lez enfans le duk d'Orliens , 

et y demoront jusques à Noël après ensiwant. — Item, l'an XIIII^ et XII 
fisent encors les II dites partiies grandes assemblées de gens d'armes por 
greveir ly une l'aultre, et tant porcachat ly duc de Borgongne que cheaux 
de Gant et pluseurs auUres borgois de ses bonnes vilhes issirent fours por 

Hani fut destroite. ly scirvir à Icurs frais et certain terme. £t fut ass^é * la vilhe de Hanz * en 

Vermendois, etpriese et destruite par les Flammens, l'an XIIII^ et XI, en 
mois de septembre. Et prisent encors en cheli temps dez aultres fortereches, 
et puis retournont arrier cbascon en son lieu. Et chu fut par le gréit de 
leurdit sangneur, car ilh estoient à ly asseis pau obeissans. — Et après le 
département des Flamens , ly duk de Borgongne awec ses gens d'armes che- 
valchat vers Paris deleis le roy, qui trait à ly le fait délie guerre que dbeaz 
d'Orliens et leurs aidans faisoient en royalme. 

Les enfana d'Orliens a Garlc, duk d'Orlieus, contc dc Blois et de Bealmont et sangneur 
Borgongne en teiie dc Guchi , Philippe, coutc dc Tcs * et de Vcrtut^ et Johans, conte d'Âg 



manière. 



* Pour mieê, mieux. > Ham. 

' Deux mots omis dans le MS. ^ Ce mot» que je ne comprends pas, ne se trouYe 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 147 

lan \ à toie Johans, qui toie dis duk de Borgongne. Por les tres-orible mur- 
dre pair toie fait en tres-grant traïson et doneir à présent ', par musdreir 
affaitiet , à la personne de nostre tres-redobteit sangneur et peire , Lowis 
dak d*Orliens , freirs germains à mon sangneur le roy nostre reverain ' san- 
gneur et le tien , non obstant pluseurs serimens, allianches et compangnies 
d'armes que avoist * à ly, et por les grans desloialteis qui aies % deshoneurs 
et malvaisteis qui as pairpetreis contre nostredit soverain sangneur, mon- 
sangneur le roy, et encontre nos en pluseurs manières , toie faisons savoir 
que de cest jour en avant nos toie nurons% de toute nostre puissanche, pair 
toutes les manières que nos porons, et encontre toie et ta desloial traïson 
appelions Dieu et raison à nostre aiide et tous proidhommes de monde. 
En tesmonnaige de veriteit nos en avons faite saieleir cest présente lettre 
de sael de moie Charte deseurnommeis. Donneit à Gargyeul \ le XVni°>« 
jour de julet l'an de grasce milhe IIII cens et XI. » — Chi s'ensiiet la res- 
ponse de duc de Borgongne : 

«< Johans , duk dé Borgongne, conte de Flandre , d'Artoise et de Borgon- La refpons de duc de 
gne, palatins, sangneur de Salin et de Marlin *, à toie Karle, qui toie dis fuTd^oriiens.'' *^ 
duk d'Orliens, à toie Philippe, qui toie dis conte de Vertut, et à toie 
Johans , qui toie dis conte d'Agolain , qui n'at gaires que aveis * envoiet 
lettre de difianche. Faisons savoir, et volons que chascon le saiche, que 
por abaitre le tres-horible traïson, pair tres-grant malvalsteit et agays à 
presens '* conspireis, machinés et faites felenoisement aile encontre de mon- 
sangnenr le roy, nostre tres-redoubteit et soverain sangnour et le tien ", 
et encontre sa très-noible génération pair Loys ton ^* peire en pluseurs et 
diverses manières , et por gardeir ledit ton " peire , faux et desloialz traitre , 
de parvenire aile finable exécution de costable ** à quoy ilh contendoit con- 

pas dans le texte que Monstrelet a inséré dans sa ' Nuirons. 

chronique, ch. LXXH. ' Jargueau, dans Monstrelet. Jargeao. 

* Aiigouléme^ ' Malines. 

' lyaguei apperuéf lit-on dans Monstrelet ' Vous avez, dans Monstrelet. 

* Probablement par erreur pour iouverain, ** Agaiz apensez. /6mI. 
comme on lit dans Monstrelet. " Le Vostre, /frid. 

* Que tu ayoies. Ibid. " Vostre. Ibid. 

* Deux mots qui n*ont pas de sens et ne se " Même observation. 
trouTcnt pas dans Monstrelet. ^* Détestable. Ibid, 



\ 



448 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

• 

tre mondit tres-redoubteis sangneur et le tien \ et enssi contre sa sengno- 
rie *, si faqsement et si notoirement que nuls proidhommes nelle devoit 
plus lassier vivre, et maiement jios, qui summes cusien germain de mon- 
dit sangneur, doyen des peires et II fois peire, et astons plus astrains à 
sadit génération que aultres queileconques de leurs parens et subgés d on 
sy fais ' desloiaul , crueil et félon traiet * lassier sour terre plus longement 
que che ne fust à mon ' tres-grant charge , avons , por mies * acquiteir loial- 
ment et fair mon ' devoir envers mon * tres-redobteis et soverain sangneur 
et sadit génération , fait morir, com ilh devoit, ledit faux et desloiaul traiiet^ 
et en chu avons fait seirviche à Dieu et à nostre tres-redobteis et soverain 
sangneur et exequiteit raison. Et por chu que toie et tesdis frères ensi- 
weis le traiche * faux , desloiaul et félon de vostredit peire , quidans par- 
Foi. 36, v^ venir aux dampnables fais à quoy y contendoit , avons à cuer tres-^ant 

lieche'^ des grandes defianches; mains de sourplus contenut en ycelles, toie 
et tesdis frères aveis mentit et menteis fausement, malvaisement et des- 
loialment, comme fauze, malvais et desloials traites que vos esteis. Dont 
allé aiide de Nostre Sangneur, qui sceit et qui cognoist la tres-entiere , par- 
fait loialteit, amour et vraie entention que tousjours avons oyut, et aurons 
tant com nos viverons, à mondit *' sangneur le roy, à sadit génération, à 
bien de son peuple et de tout son royalme, vous ferons venir à la fien et 
punition teile que tous faux, malvais et desloials traites, rebelles, deso- 
beissans et félons, com toie et tesdis frères esteis, doient venir par raison. 
En tesmongnes de chu avons faite ches lettre saieleir de nostre sael. Don- 
neit en nostre vilhe de Duay , le XIII'»® jour de mois d'awost l'an M CCCC 
Des guerres de Franche, ct XI. » -^ Et aprcs chcs diffiauches commcuchat entres lesdis sangneurs 

mult grandes guerres en es paiis desdis sangneurs, qui duroit près de 
XXX ains , dont pluseurs milhes hommes furent ochis , pluseurs grandes 
vilhes, englieses, monasteirs abatus, destrus, et les bons wangneurs des- 
robeis et exiliés de leurs maisons et paiis. 

> Sien. Ibid. * Nous. /frtd. 

* Sadite génération. Ibid. ^ Nostre. Ibid. 

' Sy fait en wallon signifie tel. Le texte de ' Même observatiom 

Monstrelet porte : ne devons ung fauU et desleal. * Trace. Ibid. 

* Traistre dans Monstrelet.. *® Léesse pour liesse. Ibid, 

> Nostre. Ibid. ' > Nostredit. Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 149 

L'an M CGCG et XII, à commenchement del esteit, fisent ly roy de L'anMccGCetxii. 
Franche et ly duk de Borgongne grans mandemens de gens d armes por 
reisiiere ' après les enfans le duk d'Orliens jadit et leurs aidans, dont ilh 
avoit pluseurs sangneurs en royalme qui fasoient parliie awec eaux, teis 
corn ly duc de Berry, oncle de roy, le duc de Borbon , le conte d'Ermynak * 
et pluseurs aultres que je ne sais nommeir. — Item, l'an XII11<^ et XIll,en- L'anMGccceixiii. 
viron del Sains-Johans-Baptiste , entrât ly duc Anthone de Brabant en la Ly duc de Brabant 
ducheit de Luscenborch, et asseghat pluseurs fortereches dez chevaliers mêXeDpaiifd'lVù' 
dédit paiis, et les abatit alcuns et les aultres ilh rechut à son obedienche; 
et environ délie Sains-Bertremeir après ilh s'en r'alat en Brabant. — Item, 
en ladit année, aile Assumption Nostre-Dame, fut assegiet la fortereche de 
Rochefort pair le bailhier de Henau et ses aidans , départ monsangneur 
Guilhaume conte de Henau, et environ délie fieste Sains-Giele ensiwant 
soy partirent dédit siège. — Item Tan M CCGC et XIIII, le XIII™^ jour de L'anxiiu^etxiiii. 
septembre, fut fait une faux paix entre le roy de Franche, qui avoit fait le 
siège devant Aras, et le duc de Borgongne. — En cel année commenchat ly 
concilhe de Gonstanche, qui durait plus de III ains. — Item, en cel ain 
XIIII<^ et XIIII, le VIIH® jour de novembre, fut à moult grant sollempni- 
teit coroneis monsangneur Sigemonde, roy de Hungrie, à roy des Romans, vemptnn sygemou- 
awec sa royne , elle vilhe d'Aze ', dyoceise de Liège. Et à jour de sa corona- Ays."* 
tion monsangneur Thyri de Meurs, archevesque de GoUongne, célébrât là 
adonc sa novelle messe. Et fut là monsangneur Johans de Beâwier, esleus 
de Liège , awec moult grant et honieste compangnie de nobles gens , awec 
les aultres prinches dont ilh en y avoit sens nombre. — Oussi y fut mesires 
Henri de Viseit, abbeit de Stavelot, et relevât le paiis de son abbie del em- De rabbea de S(ave< 
perere, et ly emperere relevât Marche et Erlon dédit abbeit. Adonc lydit *^^' 
abbeit fist ratifier ledit emperere toutes les Chartres previleges dédit paiis, 
enssi com ses devantrains avoient fait, et furent saelés dou sael d'or. Et nos 
dan Johans de Stavelot, moyne de Sains-Lorent, nos desimes VIII jours 
après cest coronation nostre novelle messe , et le desimes si longement après 
les ordines, portant que nos aviens grant desier que nostre peire y fust, 
enssi qu'ilh y fîit, car ilh covenoit eistre à commandement dédit abbeit a 
Aize, portant qu'ilh estoit uns des esquevins de Stavelot. 

' Peorsaiyre. * Aix-la-Chapelle^ 

* Anna^nae. 



i»0 CHRONIQUE D£ JEAN D£ STAVËLOT. 

La leire que li roy La Ictre que moDsaDgneur Feirnand, roy d'Aragon, envoiat à l'empereur 
roy sigmonF^r le Sygemoode por faire paix et union elle Engliese : — « Tres*excellent prin- 

che sangneur Sigismonde, roy des Romans toudis en acroissant, de Hon- 
grie , Dalmache, Croache, etc., roy, vostre tres-chier frère, Feirnande, de 
cheli meismes grasche de Aragon et de Cécile roy, salut en cheli pair 
lequeiie les roys régnent. Tres-exœllent prinche, ilh m'at esteit nonchiet 
que ly partenieux * de cheli qui pair les aultres est nommeis Johans pape, 
et oussi les labeurs et tribulations que sourlenus aveis tant pair les faux 
frères juwise ' de paiis com en tribulation de dyable et cheaux de sa secte , 
desqueis weulhiés constamment en la foid resisteir, sachans que nostre ad- 
versaire ly dyable en cheste sainte oevre est enssi com ly lyon bruant que- 
rans cuy ilh puisse devoreir '. Et vos, tres-excellens roy, soiiés feablesjusques 
à la mort, se vos seirait donnée la coronne de vie, car se Dieu est por vos, 
qui porait contre vos? et se Nostre-Sangneur vos est en ayuwes, n'aiiés 
doubte de chouses que hommes vos puist faire ; ailés esperanche en Nostre* 
Sangnour, labureis hairdiement; enssi en cest grande oevre soiiés sobre et 
en tout choises attempreis , portans en pacienche toutes tribulations , car 
pair mult de tribulatipns nous convient entreir elle royalme de chiel; per- 
severeis en vostre sains porpoise *, aflien que nostre vision soit ensemble 

Fol. 37, ro. aemplie. Et je croie que Nostre-Sangnour, par sa grant miséricorde et le 

mérite délie tres-awireux " virgene Marie, nos enlumenerait tellement que 
nous ferons sa volenteit, et adrecherait nos piiés aile voie de paix, sique nos 
puissiens veioir la fien désirée de cesti sainte oevre. — Très-excellent prinche, 
je suy apparelhiés por vivre et por morir en la persécution de si hault oevre, 
• et de eistre awec et ensemble pour subporteir toutes tribulations sorvenan-- 
tes , car Dieu est feables et ne soufférait point que nos soiiens tempteis oul- 
tre nostre puissanche, mains ferait la temptation tourneir en fruit, affien 
que nos le puissiens pourteir. — Et, très-excellent roy, je vos supplie que en 
l'amour et cremeur de Dieu, sens delasier chesti sainte besongne, sens atair- 
gement ou reculeir, affien que sour vos ne vengne li exemple Nostre-San- 

^ Partisans. avons dépouillées. 

* Hussites? * Projet. Dneange et Roquefort donnent la 

^ Cette phrase n'est pas complète. Nous ne pou- forme porpens et le yerbe porpetuer. 

vous suppléer ce <iui manque, car il ne nous a pas ' Heureux. Voy. Grandgagnage , Dictionnairt 

été possible de retrouver le document dans au- étymologique de la langue waUone, v* Atoeure. 
cune des grandes collections des conciles que nous 



CHRONIQUE DE JEAN DE SÏAVELOT. 151 

gneur en TËwangeile disant : « Y commencherait à edifîier et nelle porait 

» acomplire, t» et portant vos en delivreis fortement, constamment et feable- 

ment, affîen que vos en soiiés venkeur, tellement que aiiés mérites d'avoir 

response de Nostre-Sangnour, solonc les saintes paroUes contenantes : « Qui 

» venkerait et tenrait mes oevres jusque à la fien, je ly donraie puissanche 

B souries gens, et les tenrait en verges de fier, et seiront brisiés com vasseals 

» de potiers; enssi com je lay pris à mon peire , ly donraie-je l'estoille de 

» matien.»Tres-chier roy,li très-hauls fill) de Dieu, par le contemplation de 

la tres-awîreuxVirge, weulhe conserveir vostre tres-cheire et trës*excellent 

personne en sa grasche. Escript de ma propre main, le XXVIII'^^' jour 

d'avrilh, l'an de grasche M CCGC et XV. y> — Et enssi com li devantdit 

noble sangnour ly roy d'Aragon et de Secile at escript à très -excellent et 

sains bons Sigismonde, en depriant enssi com chi devant est escript, tout De roy sigUmonde. 

enssi ilh fist, car oncques ilh ne cessât d'alleir et de travelhier son corps 

partons paiis et en grant perilhe, jusques à tant qu'ilh oit assembleit le con- 

cilhe à Constanche, où en propre personne ilh fut longtemps, et fist tant en 

la fien que paix et union fut en sainte Englieze. — En chi temporal maistre comment maisire Lam. 

Lambert Grigoire, qui avoit sourtenut et esteit principaule conselbier de à paiais'IprM 1^ bL 

toutes les contraires et adversiteit que monsangnour Johans de Bealwier , 

esleus de Liège, avoit oyeut contre son paiis, revient pasieblement à Liège, 

et en allât à palais elle presenche monsangnour de Liège, chenus et pouihus * 

à une grant barbe , mult diffourmeis et hisdeux. Et quant ilh oit vejrut et 

oyut comment ons soie maintenoit à palais, et nullus ne le recognissoit, ilh 

vient devant monsangnour , et ly priât qu'ilh ly vosist por l'amour de Dieu 

bien faire. Et monsangnour tantoist allât à sa burse, et li donnât trois blans 

deniers appelleis bogdrais. Et trois jours après cbu qu'ilh soie fut départis 

de Liège, ilh s'envoiat grandement remerchir à monsangnour, car à teile 

jour ilh ly avoit baisiiet sa main , quant ilh ly donnât teile argent en son 

palais, et qu'ilh avoit teis vestimens vestis, et teis sangnours estoient de- 

leis, etc. Quant monsangnour et ses gens entendirent chu , ilh furent mult 

'confus et yreis^ et adonc fut criées à peron que tous cheaux qui avoient 

grans cheveal» et longes barbes les fesissent tondre ou reseir, sour paine 

d'eistre banis, et enssi fut fais. Donc mult de beaux anchiens bourgoîs. 

' Poilu. 



152 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

furent mult yreis, qui les convient faire raseir leur belles barbes auxqueiles 
ilh avoient plasanche. £t de chi jour en avant ne revient onques en chi 
paiis lidil maistre Lambier Grigoire. — En chist année monsangneur Sigis- 
monde, empereur de Romme, reconfermat les liber teis, franchies et privi- 
lèges donneis aux citains de Liège pair ses devantrains, roys et emperreurs 
d'Allemagne , lyqueis roy Sigismonde pair sa grasche at ampliet et eslargiet 
lesdis privilèges plus grandement que ses predicesseurs. £t affien que vos 
sachiés quels privilèges ont donnais, nos en ferons chi alcunment mention, 
et premier de roy Philippe escrirons chu qu'ilh donnât aux Liegois : 
Le lettre de roy Phi- « Eu uom dcllc salutc ct indivisible Triniteit , Philippe , pair debonaire 

ottroy de Dieu seconde roy des Romans, et ades en acressanche. Nostre 
benigniteit at acoustummeit de mettre son assent aux pryers des feables, 
maiement à celles qui honiestes sont et raisonables, et de mettre oevre 
diligemment à leur pais et à leur tranquilliteit : pour lesquelles chouses nos 
faisons savoir à tous les feables délie empire, qui ors sont et qui chi-apres 
venront, que nos avons rewardeit la foid et la dévotion de nos feables les 
citains de Liège qu'ilh ont oyut envers l'empire, leur recognissons plaine- 
ment leurs constummes, leurs franchiezes et tous leurs drois que Albiert, 
de pies mémoire, evesque de Liège, leur at donneit, enssi com chi-desous 
sont escriptes, et les commandons à wardeir à tousjours mais, sens em- 
brisier * : 
Fol. 37, v«. » Les citains de Liège ne doient ne talhe , ne escot, ne oste, ne nulle che- 

'^touêtdeîearw^^^^^^ valchic; malus, se alculns chasteaul délie englieze, des maisons defensaibles 

est assiz ou saisis pair anemis, ly evesque primièrement doit movoir ses gens 
d'armes ' pair XV jours , awec ses aultres ' chevaliers , borgois et gens des 
vilhes , por osteir les anemis fours ^, et dedens ches jours lidis evesque doit 
lebesongne devantditnonchierauxrcitains de Liège, et mandeir qu'ilh soient 

' Nous coUationDODs cette charte sur le texte tera mainte incorrection. Du reste, dans ce tra- 
que contient un pavillard des archives de la pro« vail de collation, nous ne modifierons la rédaction 
vince de Liège, du XV« siècle, et probablement de notre chroniqueur que là où le sens nous pa- 
un peu antérieur à Tépoque de la ratification de raitra Tcxiger impérieusement. 
Tempereur Sigismond. Grand greffé des écheviru, ' Mot omis dans notre MS. 
.Tol. coté G 25i , case 15. Le document a été pu- * Aidées dans notre MS, mot que nous ne com- 
blié par Louvrex, en latin, dans son premier to- prenons pas. 
lume (p. 3), et en français, dans le second (p. 4). * Encore un mot omis. 
En comparant ce texte avec le nôtre, on consta- 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 183 

apparelhiés, enssi que mestier est ou besongne, que après ches XV jours 
ilh puissent venir en son aide; et^ se le quinzenne passe et li besongne ne 
soit amendée, ly evesque de Liège doit envoier le lige voweit delle englieze, 
assavoir le voweit de Hesbaingne, awec XL chevaliers, lesqueis venrat 
armeis en ladit grant englize et prenderat le standairt sains Lambert, et 
jurerai en sains que cheli porterat-ilh feablement, ne n'elle lairat se mort 
ou prison nelle encombre ; et en teile manière ilh doit conduire l'oste de 
Liège et meneir jusques à lieu où li evesque seirat, et là demoront les citains 
en armes awec levesque si longement que, se Dieu le consent, chis forfait 
seirat araendeis al honeur delle englieze et de l'evesque. — Ly citains de 
Liège ne doit eistre citeis ne excommegniés à Nostre-Damme, four que pair 
sentenche de senaux , s'ilh n'avient dont que li couple soit teile dont les 
senaux n'aient point à jugier. — Se uns seirs d'altruy aiet demoreit en la 
citeit de Liège, et mors soit à Liège, sa possession et ses moibles entire- 
ment doient alleir à sa femme , ou à ses enfans, ou à ses proïsmes , s'ilh les 
at; ou ons les doit donner en almon, là où lidis seirs les aurait ordineis 
à donneir '. Et s'ilh plaist à sangneur de seirs le corps de seire emporteir, 
li porait-ons \ Ghe meismes que nos avons dit des seires dissons-nos des 
serves, s'ilh n'avient dont pair aventure qu'elle aiet enfans, desqueis ilh 
est bien droit qu'ilh voisent à seirvitude * de leur sangneur. — Nuls advo- 
weis ne puet aux citains de Liège, desous le poioir et le tytle de son advo- 
weit, prendre seirviche, ne tailhe, ne escout, se chies ne ly wet donneir 
par son volenteit propre. — Ons ne doit à nulle citains de Liège , qui soie 
venrait à commengnier ou ennolier % prendre denier, s'ilh n'elle wet donc 
pair cariteit donneir de sa lige volenteit. — Ly citains de Liège , soit homme 
ou femme, ne puet eistre destrains de nulle justiche de faire amiese*^ pour 
nulle encoupement, s'ilh n'elle poirouffre, dont par devant la justiche faire 
le welhe* pair se propre volenteit. — Ly citains de Liège, tant qu'ilh voirat 
steir en justiche pair devant le maieur et les esquevins, ne puet eistre trais 
en cause par devant plus grant justiche — Se aulcuns des citains de Liège 

* Le wntirai deviêeir à donneir, Payillard cité ' Le payillard en question porte imieie, et Jean 
plus haut. de Stayelot itnee sans abréviation. Nous avons 

' Li (otrol. Ibid. trouvé amiese dans des pavillards un peu plus mo- 

' Serrnteur dans notre ]tfS., ce qui doit être une dernes. 
erreur. • Silhe nelle offre dont pardevani Justiche et faire 

* A tomangnier ou en noiier. Même pavillard. le vuelh. Pavillard cité plus haut. 

20 



^u 



CHRONfQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



De forjugiet. 



De jureir. 

Dec bleis. 
Del cervoise. 



Dei citains. 
De larehien. 

De champion. 

Fol. 58,r«. 

Del parification del 
femme. 

Del aisiie de vin. 

Dei bani Tereiquo. 



est ferjugiés por son cutpe, de so» corps puetons faire jastiehe, mains 
toute sa possession doîl aîlerr de droit à sa femme o« à ses enfens , ou à ses 
proïsmes. — Se aulcuns ées citains de Liège tient terres four délie citeit de 
Liège, en avkune lie» en h resqaeit, itk ne doit escot ne tarlhe, n'en ne 
puet eistre destrains, qn'ilh soit à lien où ilh tient * le terre de maires, ou 
foustiers ', ou senaux, ou esqneTvns. — En maison qui soit en bain de Liège 
ne list à maeur et avx esqueTÎns de noisier ne de quérir lanron ne lair- 
chien , ne de feire scosien % se che n'est par le votenteit de ci>eK quv maint 
en la maison. — En l'englieze de Ltege , en tabeme ne en nulle mafison de 
Liège, ne list à maieur ne aux esquerins , ne à leurs ministres , de comman* 
dei r que qui qui soit vengne à ta j«stîcbe pour catbet ne pour ai;Mre coupe ' 
— S'ilk fault à atricune lige homme une ou dois^ liges tiommes por feire sa 
loy, il list bien aux citains de Liège de jureir awee chelî et porchelv', mams 
qu'ilh soit lione det ckise Dieu. — 0ns ne doit vendre pain es la eitevt de 
Liège aultrement que IIII por 1 denier, se li bleis de wassen * n'est dooe 
aile valleur de X soi» ou de plus; et enssi ne doit-ons vendre cervoise plus 
chier que IIII biehier por I denier, s'ilh n'est donc si ckier temps que ena 
vendra te moj de brais' XL deniers» et oboles ^ — One ne doit prendre 
ertains ne tenir, sens jn^ment des esquevins, — Se larehien^ ou proie, o« 
roibe, ou aulcuns prîsoniers est meneis parmy la citeit de Liage ^ ly jus^ 
tiche dette citeit le doit tenir jusque à droit faisant. — Ubsf affovains hons 
champion ^ ne puet de droit appetteir en etiamp le citain de Liège ; mains se 
aulcuns at à dire envers^ le citains, ons doit faire » cheli droit ^antiche par 
le maieur et par ks^ esquerins. — La femme, quant elle yrait à purifica- 
tion d'enfent, doit donneîr une candette et faire son offrande. — Es Liège 
doit estre faite le institution et ty assise des vine^, U fois en Fan , pair le 
conselhe del engKeze^ et des citains. -- Trois bans '^ at ly evesqife de droit 



' Enti9uoù ilh tient. ïhid. 
' Foresiien. Ibid. 

* Le mot est très-lisiblement écrit dans notre 
MS« et dans le pavillard n^ 358, et je ne sais 
quelle sicpnification lui donner; mais un autre pa- 
villard, du XV* siècle toujours, écrit aaisien, et le 
mot, prononcé à la flamande : iaiiine, aurait un 
sena en rapport avec le passage. 

* Ne à leun minisires qui qui soil vengne a tofuU 
lejustickê por cateile ne por auitre chose, Ibid. 



* Ces trois dernier» mots ae sont pas dans le 
pavillard en question. 

* Wassin signifie seigle en woiloa. 

' De spelU (épeautre) , lit-on. dans le pavillard 
cité. 

* Maiûée. Ibid. 

* NfUs affbrains hons^ ne nuls campiosu. Ibid. 
'* Des englieses. IBid. 

" Bans vins. Ibid. 



GHROMQUE DE J£AN DE 6TAV£L0T. i55 

en Tan : ly prMBiier m est de ees v»s, 8e e'este siens propre \ aile Paske; ly 
seconde de ses chaires^ devant le quaremme; ly tiers est aile Sains Johans- 
Baptiate, de jses bleis. — Wyet jcMirs deTant le Naèl et VIII jours après \ VIII i><» i>g«s Jour»- 
jdors devant le Paske^ft VIIÎ jours après, yrait ly oitains de Liège par la dteit 
Ik^meiit, ^1 teile manire qœ nuls ne Û poiratt , pair sulle cause, dedens 
ehes jovurs traire en droiL— :IIh ne list en la citeit 4e Liège à nulle reven- d« reveodeun. 
deurs que ilh achat ou revende hareos , ^ent fines ou saleis , ne poissons 
saleis ou fres, ne volîer, «le venison, jus(|ues à .tant que les ministres des 
engliezes et les variés des cleirs et des citains en auront premier achateit; 
mains., après le heure denonae^ ilh lieat bien aux revendeurs qu'ilh acha- 
tent toutes cbouses; mains ilh en doient donneirà teile marchiet^ ^e 
cheauK à<:uy iJii l'achat^-ont le donront premiers. — Ly bons qui at offîscfae d«* bar«Di. 
en la citeît de Liège de vendre barens, ne doit à une fois achateir plus de 
harens que une somae que ons appelle last , ne mètre «ns es seliers ne 
reposée. — Délie fiest Sains-Mariin jusques & Noiel^ se uns maskelier ' at Desmangons. 
adkateit porc ou vaic^ ou buef por ochîw, et varlejt de deîrs ou de citain 
le wet avoir, ilh doit donneir à masLalier -tant de soûls ou de deniers que 
la bieste auroit esteit achateie^ et se dpi4 le i)eiste prendre, et se auttre- 
ment ne puet eistre, ilh doit donneir I denier tant seulement de "wangne. 
— Chis qui vent ,1e haneas, après chu qu'ilh aurait vendut le somme que De harens. 
ans appelle last^ puet bien acbateir I anltre somme. — Se aulcuns câtains i>«* ^ebtes. 
est oonvencus de alcuns dedbltes pair devant la justice ^, ly majeur li doit 
commandeir qu'îlh paiet le debte , ou qu'ilh en donne ploige devant soleal 
cuehant '; et s'ilh nelle fiiit ne Tune ne l'autre, ilh doit entreir en la prison 
de 1 evesque, et ne s'en doit départir, outre fuist ' ly usse délie prison <yvieris, 
jusques à tant que la debte seiroit payée. — £t se aulcuns tient ou acquiert D'hiretaigei., 
biretage en la citeit de Liège, où ' ilh celle hiretaige tengne en pais ^. sens 
clain et sens calenge , ain et jour, et l'ait decenseit de donc en avani^ à 
jamais ilh les doit tenir en boane pais, n'en ne puet estre trais en droit de 
Bttllay qui soit por reclameir teile hiretaige. — fin tesmongne de ches 

' Ly premien eit des vtiu, êe c'est tiens propre. ' Mangom, Jbîd. 

Ibid. * Ces quatre mots ne sont pas dans le pavillard. 

* Vill jours dmjant ie quarmeal, et VIII jours ' Dedens soleil luisons. Ibid. 

opres, membre de phrase omis par Jean âb Sta- ' £t fuist. Uud. 

Telot, et qni se tronve dans le paviUard. ^ Et. Ibid. 



i56 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

chouses , nos avons ches présent privilèges escriptes por nous commandeit * 

Detpritiiegeideieiteit de saielcir de nostre seai. Chu fut donneit à Dure, Tan de grasce M II® et 

r» lye». VIII, le tirche nonne de junne, le X« in^iction. » — Chî s'ensyet le tenure 

del confirmation, ratification et innovation' de privilèges, liberteis et fran* 

chiezes deseurescript, translatée de latin en romans, donnée pair tres- 

comment li roy sig- excellent princhc Sigismonde, de la grasce de Dieu roy des Romans, de 

monde regrandit les.. • . . . • > . i«4ai «aii* •■ 

privilège! de Liège. HongTie , ctc, lyqucis pair sa grasche at aemplit et eslargiet lesdis privi- 
lèges plus grandement que ses predicesseurs. Chi est la tenure des privi- 
lèges le roy Sigismonde : 
u leoure de priniege c( Eu uom dcllc saiutc ct ludivisiblc Triuiteit awireuzement , amen. Sigis- 

m^^^^ ''" monde , de la grasce de Dieu roy des Romans , de Hongrie , Dalmache , 

Croach, etc., toudis en acressant, à perpetueile mémoire de chu qui s'ensyet. 
Pair le tenure de ches présentes faisons savoir à tous auxquels iih est expe- 
dyet la gloire de la majesteit royaul et li mangnificenche de sa viertut, 
laquelle tant plus est de grant loienge préparée et de plus lairges tytles de 
honour aoeurnée, com plus gracieusement espant dons gracieus à ses sub- 
gés; et, combien que elle, pair le veirtut et la debonnaireteit de sa nas- 
cenche,$oit liberaul à tous les feablés et bin mérités del sainte empire de 
Romme, nientmoins elle dengne extendre liberailment la dyestre de sa 
magnificenche à cheaux lesquels pair fayme notable sceit avoir labureit 
fervemment por les honeurs, utiliteis et profis délie sainte-empire. Et com 
les esquevins et citains délie cité de Liège , bien amés feables de nous et 
délie saint-empire*, ayent fait humelement supplication à nostre royaul 
majesteit que nos, tous et singuleirs leurs privilèges, lettres, droitures, 
liberteis, grasches, concessions, ordinanches et constummes, qui sont à 
, loyer, et aultres drois qui concedeit les ont esteis pair vénérable jadit 
Albert, evesque de Liège, et que ilh ont obtenut par tres-excellens prin- 
ches de cleirs mémoire les empereurs ou roys des Roman«, nos predices- 
seurs, et delle sainte-empire, depuis confermeis et renoveleis; et, enssi 

Fol. 38, T*. chu que lesdis esquevins savent et 'wardent por le utiliteit de bien com- 

mon, nos dengnessiens , pair la grasce de nostre auctoriteit royaul, approu- 
veir, innoveir, ratifyer et confermeir, pair che que nos considérons les 

* Fait ewrUn par noitre commandement, etc. ' Pour renovcUian ou renouteUement. 
Ibid. * Phrase omise par Jean de StaveloU 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 137 

aggreables mérites de vailhandises , la constanche de la ferme foid, et aussi 
pluseurs feables et agréables seirviches ens queis lesdis esquevins et citains 
de boins coraiges nous et le sainte-empire ont honoreit soventfois ; enssi , 
pairtant que ladit supplication sourdoit délie fontaine de raison , et que à 
cheaux qui justement demandent ons ne doit denoyer, par advis de liber- 
teit ' et d'arbitraige, de pure et franche volenteit auxdits esquevins et citains, L'an xiiii< tt xv. 
tous et singuleirs privilèges, grasces et lettres queilconques , droitures, 
liberteis , honeurs, possessions, proprieteis, exemptions et constummes, 
comment pair especiauls vocables soy ent nomméez , que ilh ladit citeit ont 
le temps passeit obtenut de nos et de cleirs memores les empereurs et roys 
de Romans , nos predicesseurs , et enssi délie sainte-empire de Romme , en 
tout et singuleirs leurs tenures, artycles, sentencfaes, poins et claux*, de 
mot à mot enssi que ilh sont escript , et tellement que donc les tenures de 
tout yches ' fuissent en ches présentes inseréez et declaréez, et enssi chu 
que lesdis esquevins savent et wardent por le utiliteit de bien common, 
supposeit que de chu par droit ou constumme en aivist * yestre fait espe- 
ciaul mention, del auctoriteit royaule romaine, nos innovons, approvons, 
ratifions, et, de la grasce de nostre especiaule benigMiteit,confermons par 
le tenure de ches présentes; pair si qu'ilh ne soit bons queilconques si 
ouseis , qui pair folle ', hairdiment ou aultrement enfrande le tenure de 
nostre présentes innovation, approbation, ratification et confirmation. Et 
se alcuns presumoit contre che atempteir, chi saiche qu'ilh encourat la grief 
offense de nostre indignation , et oussi le paine de L mars de fien or, les- 
quels volons eistre leveis à cheli qui allencontre ferait, tout fois quant fois 
dm avenrait, sens remission queileconques , dont nos déclarons à appli- 
chier le motié d'yches aux uses ' de nostre tauble ou chambre imperiaul , 
et lautre motié aile ayuwe et por cheaz qui auront souffeirt l'injure , par 
le tesmongne des présentes lettres , auxquelles est appendut le seaul de nos- 
tre majesteit. Donneit à Constanche , l'an de grasce M CCCC et XV, le X1X« 
jour de mois de février, et de nostre royalme de Hongrie, etc.. Tan XXVI II, 
et del élection de Romme le V% et délie coronation le primier. » 

* DeUbrer, lisons -nous dans nn payiUard du * Icelles. 

XYb siècle. Bibliothècpie de raniyersité de Liège, * Deuue, dans le payiUard cité plus baut^ 

MS. n* 466. • Foulte. Ibid. 

' Clauses. « Uz. U>id. 



i^ GHaûNfQDË DE JEAN DE 8TAVEL0T. 

L'an deseardit, le XU» ymr d'avrilhe, lutiaoBstreit aux frênes neoeurs 
à Lie^, pardevaaj; ^aat nombre de làorgoîs del cifteU, la devantdit coofer- 
mation del emperreur SigisnuMBide , qui pair Waltier de Mostîer estoit apor- 
tée de Gonstanche, caatenante les franohues -del citeit,, enssi que chi-devaDt 
soat escript et ea pawelhar dez esquevins. — Lyqueis Walthier de Mos- 
lier iaapetrat , ea dît conoilhe de Constaacbe , à pape de Romnie et Tempe- 
Del mytration Stins- répe, le iofulatioii et ie mettration * del abbie de Sains-Uuberl;: car adooc fut 

Hubert. ' , 

de premier «ylreis Ij abbeît de Sains-Huberl; devantdit — item , Tan^de- 
De Dynant. vautdit €0 moîs de ittay, cbeaux àe Dynant so&ont leur 'Oloke , et reprisent 

les cleis des portes del vilhe^ et eatronl en Le ferme de âangaour et repris- 
sent aulcuns qui ^stoient en prison. —En oel année, en mois de julle , s'esle- 
vat * Hermans le porgeteur et pluseurs aultres compangnons awec lay del 
citeit de Liège ^ lesquels avoient fak une alloianche ensemble de eorir la 
citeit^, et de tuweir monsangneur 4e Liege^t les bonnes gens sour leurs lis, 
piuseun decoiieis. oassî que ous famoit. Desquels le XIX^ jour de juUe en furent III decolleis , 

et lendemain IIII noiiés, XXil*' ^oar de julle enoor V deeoULeis; et enssi final 
Bataihe entre Fran- col coBSoiration. — Eo cel aiA, eu oct6miH*e le XXV^' jour, oit grant hatalhe 

chois et Eoglés. __* . n*, ni/i •*• v? i»»» 

entre i^ranchois et ckig^es^ et oi>ent Ëngles la victeir eontre Jbranchoifi. La 
fut priies et mors le iours del cievalerie de Frandbe , à VI liewes près de 
Calais , en lieu que ons dist à AnsinoourL £t y fut pris K^rle li due d'Orlien 
awec , et remanirent en Engleterre juaques à l'ain XIIII^ et XL que lidit 
duc revint en Frandie. Et morurent entres les aultres ly duc de Bars awec 

Fol. 39, r». son frene^ et li conte de Nyveirs awec son freire. Et morut encor en ladit 

batalhe li duc de Brabant, moasangneur ABtkone, liqueis fut pair son 
confesseur apporteis en Brabant aaseis près de Brunelle, elle y ilhe de Villie- 
veurt % où iÛi fut ensevelis. Et a|Mres y furent osei ensevelis ses II filhs qui 
après luy furent dus de Brabant^ assavoir monsangneur Johans^ qui régnât 
environ de VII ains, et monsangneur Philippe, qui jpegnat environ de IIII 
ains; et lurent tou dois empotioneis. Et après eaux ipair puissandie et sub«- 
tiliteit y parvient Philippe, duc de Borgoogae, qui visquoit encor quant 
chi livre fut escript. 

Miraeie de saios Fol- En cel aiu s'dpparut sains Foilhin en vision à conte Guilhaume de Henau, 

hin. 

^ La ligne qui suit prouve que le mot signifie * Se réyolta. 
le droit <le porter la mitre. * Vllvorde. 



CHRONIQUE DE J£AN DE STAVELOT. IS9 

cfisaot ^Hb rcHroîast son fietre à Fosse , ou meekief gran ly avenroit £t 
partait qu'ilh ne le fist^ y ly prist une maladie si grande en son eliief qne 
ne pofoîl doreir ne repoiseir. Et quant tib oit renvoiet, sa doUew^ ly lassât. 
— Apres, enriron de l'an XIIU® et XXIX ^ quant les guerres ftirent entre 
Lte^eoîs ci Naoraroîs, cfaeanx de Fdsae emynont k eorps sains Foillûn à 
Nyvelle, éehis le corps sainte GerCrode',. por là eîstre à segurteit, où ilh 
fist nnilt de myrades. — Et quant ons le raminat à Fosse, en passant p*nny 
anevilhaige, cheas qui le ramynont priont à une fernure qu'elle les voî- 
sîst deuBcir à boire del aighe de son pouehe \ et partant qu'eUe le refusât , 
son pncbe taotoist secbat. 

L'aaXlDl^* elXVt, k XXlUi» jour de jenyier, fisl-ons sollempne» pro* Lan xiiii< et xvi. 
eessiens à Li^e^ por le venue de pape Johans le XXIII® de cbi nom à con- 
etflie générale de Gonstanche, por le union et paix faire en noste Kietrc De eoaciibe de con- 
saînte Ëngliese, liqneis coBcilhe durait là plus de trois ains , oà fiirciit plu«- "^ *' 
senr» constitutions, status et ordinances ordinées, combien que paît de 
refaormations en fusent faites , lesqueilles vos trorereis en latie» en mona»> 
tcir de Sakis-Lorent pair deleis Liège, awec cheUes^ qui furent ordineez en 
eonctlfae derant (Prochainement faites à Pize, lesquelles y furent escript pair 
maistre Lambert de Slaebe", docteur en decreit, confrère délie dit monas- 
teir SaHis*>LoreAt, qui ta fut envoiet ambassateur départ monsangneuir de 
Liège et son capitle. — L'ain XIIII° et XVII ly roy Sigismonde fut, le jour L'anXiiii«etxvii. 
de Noël à matin , en Tenglieze Sains-Lambert ; mains ilh vient le nui devant Ly roy sigismond* 
le Noël après vespres elle citeit, en cny presenche dan Henry Ade^abbeit 
de SaÎBs-Lorent, chantât les vespres en habit pontifical ; et y esioîent toutes 
les secoodairs engltezes de Lie^. Et fnt lidit roy, awec ses nobles princfaes 
et barons , à malien le jour dédit Noël et à gr^fide messe, et fut recbeus à 
palaâs (ma, expenses monsangnear Johans de Bealwier, esleus de Liège, qui 
en chi tcmporaul herbegoit elle encloustre Sains-Lambert) à descpiendant 
de Sains-Pire, droit all'encontre del theur l'officiaulé de Liège. — Et fist 
devant leAt roy maistre Gerart Rondeal , qui estoit docteur en diviniteit , 
une mult noble sermon, et estoient là présent les prekis et les secon* 
dnirs englieses, et fuA à dit roy presenbeit pair les engliezes de Liège une tedon que oot donnât 



* Ce mot manqae dans le M S. ' Cest le même dont it est d^à parlé aux pages 

* De Feaa de son puits. 7 el 96v 



160 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

noble crois d*oir où ilh avoit pluseurs pieres précieux, laqueile crois estoit 
assize sour une ronde pomme d'oir impériale, etc. — Item, ly devantdit 
roy emprontat aux engliezes de Liège V"* florins de Riens , desquelles ilh 
donnât lettre de recognissanche delle rendre, laqueile lettre est encor 
ajourd'huy en monasteir Sains-Lorent deleis Liège, laqueile ons renflrat 
quant lidit roy revoirait lezdit Y™ florins. — Apres vinrent les borgois de 
Liège devant le palais où lidit roy herbegoit, et commenchont à criier por 
r'avoir leurs franchieses; mains quant lidit roy oit rechus plusieurs joweals 
elle citeit, lendemain del Circoncision aile ajournée, à pau de gens, pasie- 
blementet desporveuwement \ ilh soy partit delle citeit, et s'en r'allat par 
Huy et par la duchet de Lucemborch vers le concilhe gênerai à Constanche. 
Del diieme que li roy — Eu aprcs pau de tcmps, lidit roy, por le grant honneur que ly cierge- 

demandât sor l'en- • « » • i» .* 4» • * i «r « • î»ii ■ •*-•*•■■! 

giixe de Liège. ric de Licgc 11 avoit fait et dez y^ florins qu ilh ly avoient presteit , ilh de- 
mandat et impetrat à pape le dizeme sour lez biens des engliezes del dyo» 
cèse de Liège, por qu'en ly englize appelât à lencontre. Et remant encor 
De Wâiuer Datin et cussi ly appcaul jusqucs ajourd'huy. — Quant Waltiier Datin, qui estoit I 

eiieit- dcs dcscurtains conselhierz delle citeit, veiit comment lydis roy estoit sibi- 

tement départis delle citeit, secréement ilh soy traiit pardevers monsan- 
gneur Johans de Bealwier^ et par son enortement ilh ly donnât à sentir et 
à entendre que, s'ilh volloit à ladit citeit regratiier et reconcedeir fran- 
chizes, ilh auroit VI™ coronnes d'oir, et pair enssi ilh poroit oussi r'avoir 
. aux aultres bonnes vilhes de paiis grandes summes d'argent, mains qu'ilh 
leur vosist aulcunnes franchiezes concedeir et gratiier; mains anchois et 
avant que monsangneur Johans de Beaiwier posist à chu parvenir et ycelle 
summe avoir, il covinve qu'ilh awist en couvent et prometiste à dit Wal- 
tiier Datin d'avoir, fours d'ycelle summe de VI™ coronnez, XXIIII^' coronnes 
que ilh oit et decrevet * quant ilh délivrât ladit summe. — Et une fois entres 
les autres que la citeit estoit assembleitelle Veckcuert", lydit Waltier Datin 
allât redemandeir aldit peuple une demandie henteux * pour luy, et dont ly 
peuple fut mult confus; car ilh redemandât à dit peuple VI™ florins qu'il 
avoit pristeit à monsangneur Johans de Beaiwier, de temps qu'ilh demoroit 
à Treit, por meneir sa guerre contre les Liégeois. Por le grant convoitise 

* A rimproyiste. un peu plus loin le chroniqueur, de marché aux 

' Diminua, déduisit? bétcs. 

' Une place de Liège qui servait, comme le dit * Sic dans le MS. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 16i 

dédit argent oit lidit Waltier après asseis à suffrir, car pair son avarische 
et son orgiielhe ilh perdit elle fin honneur et avoir, et chaiit de bien ha ' 
bien bas. 

Qaant monsangneur oit rendu franchiez al citeit por l'argent de VI"> 
coronnes d'oir, adonc s'asemblat le common peuple ensemble Fan XUII^ et 
XVÏI, le XIIII<> jour de mois de marche, et furent esleus à maistres ou Lanxiiii'eixyii. 
deseurtrains governeurs ou conselhiers del citeit de Liège Waltier de Fie- quiXAnt ^îs^p^r 
ron et Waltier Datin , solonc le tenur del lettre de noveal régiment sour falKe. *^'*' * 
chu fait et ordineit par monsangneur Johans de Bealwier, le capitle et les 
esquevins de Liège. — En cel ain al Pcntechoste trespassat ly duc Gui- f«i. 3», ^•. 
Ihaume de Beawier, conte de Henau et duc de Hollande, Zelande, frère monltmezeiiux^"^" 
à monsangneur de Bealwier, et morut sy hisdeux lasdre que c'estoit ter- 
rible choise à veioir. Et relenquit une filhe qui avoit à nom Jake *, une veve Dei conte» de Henau 
qui avoit oût à espeuse le dalphin , premier neeis à roy de Franche, laquelle 
n'oit oncques nuls enfans; et après teilement queilement elle fut despensée ' 
pair le sains siège apostolique à jovene Johans duc de Brabant, le filh mon- 
sangeur Anthone devantdit, à cuy elle estoit de antaine enfant, et s'ate- 
noient en secon degreit^ de consanguiniteit, dont pluseurs grans mais après 
en vinrent. Chu ne fut pas mervelhe , car lidit mariage estoit contre droit 
et sainte Ënglieze, par quen li pape pau de temps après ravocat ladit dis- 
pensation et mariage. — En celle année monsangneur Johans de Bealwier 
soy départit de Liège en mois de septembre, et s'en allât vers Hollande, Mon»angneurdeBeai- 
ne oncques depuis ilh n'y revient. Et entrât dedens la vilhe de Dordrech, panî d^tle^r'* **** 
et tantoist ilh le rechurent à leur sangneur temporeile , et fisent tous à luy 
feaulteit ; et après ilh gueriat les autres bonnes vilhes jusques à tant qu'elles 
furent venues à son obedienche. Et premier en mois de novembre par ses 
gens et par les Geidrois fut assegiet et prise la vilhe de Goriken % et les 
aaltres après; mains après, pair les gens d'armes ladit Jaket, fut Gorikem 
rewangniet, et là fut ochis grant nombre de gens. 

En cel année, en concilhe de Gonstanche, fut conclus solonc les drois que 

' Haut antaine enfant), était en effet sa parente au se- 

* Jacqueline. cond degré diaprés le droit canonique, au qua- 
' Ce mot ne peut avoir d'autre sens que celui trième d'après le droit civil. 

de : mariée au moyen de dispense. * Gorcnm. 

* Jacqueline, cousine germaine de Jean IV (de 

21 



162 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

ilh falloit citeir Pire del Lune, qui soy faisoit appelleir Benedich, à sa pro- 
coment li oape Pire pre persoune, qui residoit elle royalme d'Aragon, et fut inquis par le con* 

cilhe qui sieroit si hardis, qui voroit mettre en aventure son corps del morir 
por le paix de sainte Engliese, et qui sieroit chis qui voroit alleir citeir 
Pire del Lune à sa bouche, et y pluseurs refusont la besongne. Adonc 
maistre Lambier de Stache , confrère de Sains-Lorent à Liège \ qui estoit 
residens endit concilhe, vient hardiement avant et dest que, s'ilh plaisoit 
' à Dieu que ilh morist, ilh moroit voUentier por le paix et le union del 

Englieze , et estoit prest et apparelhiés d'alleir citeir ledit Pire del Lune. 
Et luy, bien infourmeis del fait chu qu'ilh devoit faire solonc droit, ilh soy 
départit dédit concilhe , et s'en vient à Liège où ilh fist toutes ses ordinan- 
ches , enssi corn chis qui s'en alloit sens jamais à revenir. Apres ilh s'en 
allât et passât mère , et vient en Aragon à une casteal qui seioit tout emmy ' 
la mère, qui estoit appelleis Peniscola,.où ly soventdit Pire del Lune démo- 
roit. Et vient pardevant luy, et le citait solonc droit, enssi que solonc che 
apartenoit, et fist en sa presenche une mult noble sermon , dont li teyme 
fut teis : Hodie st voeem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra. — 
Et quant ilh oit tout fait, et dit chu poir quoy ilh estoit envoiet sens riens 
à mètre en obly, lydit Pire del Lune, qui stesoit appoiés sour 11 noble che* 
valiers, ilh respondit de luy-meismes et commenchat enssi : Quadraginta 
annis proximus fui generationi huic, et dixi semper : Hii errant corde. Et 
replicat toutes les parolles de sermon ledit maistre Lambert, en conclu^ 
dant pair son oppinion et sa partiie, c[u'ilh estoit drois et vraie pape, et 
que ilh feroit grant pecfaiet se ilh renunchoit al papaliteit. — Et quant 
lydit maistre Lambert oit oiit sa response, et fait chu qu'ilh devoit, et de- 
mandeit sour toutes ches chouses instrument, tantoist ilh soie départit, et 
revient droit à concilhe de Constanche, et demonstrat tout ehu qu'ilh avoit 
De pape johnn qui fut f^îi;. AdouG, solouc Ics drois , lydis Pire del Lune fut d^^radeis, priveis et 

arses ' com faux, malvais, pairjures, hérétiques et scismatiqûes. — Quant 
Balthasar Cosse, qui fuit appelleis Johans pape le XXni"^^' de chi nom, 

^ On a vu plus haut qu'il représentait au con- la viUe formaient un des trois membres de la 

cile réglise de Liège. bourgeoisie. 

' Au milieu de la mer. Le mot emmj^ se retrouve ' Déclaré digne du feu; c'était, dans les idées 

avec le même sens dans rancîenne constitution du temps, la punition méritée par Thététique.. 
municipale de Dinant, où les bourgeois d'enmt 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 163 

veîit que pair ses excès ons le priveroit, ilh s'enfuit sâ voie S et lidit maistrc 
Lambert après; et le reprist et le fausait pair sa gourge, et le mist en prison 
en une castel asseis près de Heldebercti , où ilh fut en prison une pau de 
temps; et après ilh fat lassiet fours deldit prison par le pape Martin, de 
consentement de ses confrères, car ilh priât merchis des fourfais, et pair 
l'Engliese ilh ly fut pardonneit, et de consentement des cardinals ilh fut 
refais cardinal, et enssi en bonne vie et en sainte obedienche ilh morit 
bons catholique. — Ghis pape Johans ou Balthasar Cosse oit une filh bas- 
tairt, lequeile fut une gran cleir et uns devolt bons, et vient en la fien en 
grant honneur. 

En cel an XIIII^' et XVII, quant les II devantdites papes furent priveis, D(> pape Manîn le v«. 
sicom dit est , les cardinals del obedienche des II dites papes en dit con- 
cilhe de Constanche entront en la conclave, et eslirent pair une acorde 
Odo del Collompne de Romme à pape, le propre jour del Sains-Martin en 
yvier, et fut appelleis Martin li Y™^ de chi nom; et en vinrent les novelles 
à Liège le XX^ jour de mois de novembre , por quoy toute le clergerie 
assembleie' elle grant engliese de Liège ^ et là fut fait une soUempne spéciale 
messe en rendant grasce à Dieu, — Adonc vient uns aultre messagier à 
I monasteir des cartheroux % où ilh avoit une tres-sains bons demorant, et 
bussat * à sa chambre, et li dest qu ilh estoit paix en l'Englieze. Et lydit car- foi. 4o, v. 
theroux respondit que vraiement ilh n'estoit mie encor paix, et que n'y Le prophétie de i car- 
sieroit paix, jusqu'à tant qui sieroit une pape délie maison et génération de 
Beawier , et chis refourmeroit l'Engliese elle verge de fier, et chis metteroit 
TËnglieze en grant affliction. — En devantdit sains concilhe de Constan- 
che, en queile ilh furent les \^ nations qui estoient elle subjection de 
nostre meire sainte Englieze de Romme , et de tous altres paiis y furent 
ambassateurs envoies; et là fut ventilée une question pair uns abbeis del 
ordine Sains-Benois, qui estoit délie nation de Germain , assavoir quant 
monasteir ilh avoit, pair tout le universe cristiniteit de monde , délie ordene 
Sains-Benoit; et fut fait sour chu diligent inquisition pair pluseurs à chu Quant nonMteir iih 
depnteis del ordine Sains-Benoit, et fut troveis qu'ilh y avoit de maisons Benoir/*^ '"' 

* Le wtUon dit encore aujourd'hui olifr en voie ' Chartreux. 
ti jeter en voie. * Aujourd'hui encore bouhi ou bouclU signifie 

' Le mol fui doit avoir ici été omis. en wallon frapper ayec force. 



164 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

de cloistres del ordine Sains-Benoit, esqueiles ilh avoit de moins VI moynes 
residens, quinze milh cent et sept monasteir, ne plas ne moins. — Et 
encor aile requeste dédit abbeit fut troveit et determineit, qu'ilh avoit 
oyut et esleit canoniziet pair nostre meire sainte Engliese, des sains qui 

Des Mtns del ordine avoieut esteit moyues del ordine Sains-Benoit et qui estoient en escript en 

cathologe des sains, XXXV milh llil cens et XLIX tout à point. — ^Ën chi 
temps oit si grant mortaliteit elle royalme de Portingal que ly roy morit 
et la roy ne, et tout la génération del roy et del royne, excepteit 1 seule fis 
bastart que lydit roy avoit, lyqueis estoit en lordene des frères meneurs, 

oe roy de Portingal. qui cstoit suflisan clcrs. Quaut ly remanant' de peuple qui estoient remanus 

en vie veirent chu, ilh s'en alèrent vers ledit frère meneur bastart, et le 
fisent roy, et ly donnont femme à royne à son contre-ewaul , dont ilh issit 
1 fis et 1 filhe. La filhe oit puisedit à marit Philippe duc de Borgogne et de 
Brabant, dont ilh issit I fis qui oit à nom Gharlon', qui oit à femme la 
filhe le roy de Franche. Lidit roy de Portingal oit I fis drois heure ', sicom 
dit est , et oit oussi 1 fis bastart , lequeile bastart lydit roy amoit grandement 
plus que son drois heure; por quoy ly dreus ' heure ochist son frère bas- 
tart, et ly roy, por justiche faire, banist fours de son royalme son drois fis. 
Et en temps qu'ilh residoit à Liège, où ons li fist grant honneur, son peire 
le roy morit, et fut tantoist remandeis, et fut de ses gens fais roy: liqueis 
viscoit quant chi libre fut script \ 

L'anxiui«etxviu. L'aiu XIIH^^ ct XVlll, le XXVIII"'^ jour de may, fut esleus ' dammeseal 

Evrart del Marche, quant monsangneur Johans de Bealwier oit resigneit la 
digniteit de Liège el main de Martin le pape, résident en concilhe de Con- 

Monsangneur Johans stauchc, quaut ilh oit posscdcit ladit digniteit XXVIII ains sens eistre 
ehat al digniteit et prcistrc; et fut dispeuscit dédit pape del ordene de subdyacre, et esposat 
yroan . ^^^^j^^j^^ j^ Luccmborch Ysabeal *, jadit femme à Anthone duc de Brabant 
et sa commeire. Et relenquit enssi lydit Johans de Bealwier sa vénérable 
engliese et ses fauteurs et amis, qui awec luy et por luy en tant de tribula- 
tions et de perilhes pluseurs fois avoient esleit, enssi com chi-devant alcun- 
nement est demonstreit, lyqueis les refusât al besongne tant elle citeit com 

* Il s'agit ici de Philippe le Bon et de son fils * Encore un mot wallon : scrire pour escrire. 
Charles le Hardi. ^ A mambaur, membre de phrase omis ou sous- 

* Héritier droit ou légitime. entendu. 

' En wallon on dit encore dreut pour dreit. * Elisabeth de Gorlitc. 



GHRONIQIŒ DE JEAN DE STAVËLOT. 465 

avaale ' le paiis de Liège com elle comteit *. Chis veiit II evesques de Liège 
après luy, anchois qu'illi morist. — En le Yl™® année après chu que monsan- 
ffneur Johans de Bealwier soy fut départis del citeit et oit refuseit le paiis ComentjohuMdeBeai- 
de Liège à une des chevaliers de sa court , ilh fut empotioneit de venien , 
et le jour délie Ep}rphanie aile ajournée ilh morit à grant doleur et à grant 
hisdeur, en réclamant les boins Liegois; et Irespassat en Hollande l'an 
XIIII® et XXIIli, et fut ensevelis delleis ses ancesseurs aile Haige ' en Hol- 
lande , elle monasteir des frères prescheurs. 

L'ain Xllll® et XVHI, le lUl"»® jour de may *, monsangneur Johans de Mons«ngaeur johans 
Wallenroide, docteur en drois, nationeit de paiis de Francone en Germa- iiii»eti-eyMque. 
nie, issus de noble chevalerie, par le résignation del archevesqueit de 
Rygenn * et pair le provision de pape Martin et par le résignation de Johans 
de Bealwier, enssi com devant est dit, ilh entrât noblement à Liège sicom 
evesque, le IIU" et l^^ après sains Materne, qui fut ly premier de Tongre; ^ 
et avoit mùchiet * une fin robe tabart de roge drap de Damaze , dequeile 
puisedit en furent fait à Sains-Jaque à Liège II bêliez cappes. Et fut lidit 
monsangneur Johans chevalier del ordine des sangneurs de Prusse, et 
estoient ses armes qu'ilh portoit en son paiis une roige esku à une bouche ^ 
de coroige d'argent, lesqueilz armes anticesseurs avoient conquis sour les 
Sarazins, com ilh sont chi pointe *. — En chi temporal que lydit monsan- 
gneur Johans de Wallenroide , evesque de Liège, estoit venus en la vilhe 
de Treit pour luy faire rechure aile evesqueit de Liège, Waltier Datin, 
awec aulcuns qui estoient de sa faveur, soy traiit pair devers ledit sangneur 
faisant partiie contre la citeit de Liège, affin qu'ilh lidis sangneur ne con- Der'ftToiriesfranehUe 
cédasse point à la citeit de Liège ses franchize, ne oussi del r'avoir les 
XXXIl mestiers, com ilh avoit oyut de temps devant la guerre monsan- 
gneur de Bealwier; lequeile choise estoit contre lez franchize de Liège, foi.4o,v«. 
lesquelles ilh avoit devant pluseurs fois jureit délie wardeir. — Mains tout 

^ Panni. On dit encore aujourd'hui avà à Liège {AmpUss. coU., V, 499), la date du 4 août à i'ea- 

et avau à Namur. Voir le Dictionnaire étymologique trée du nouvel évéque dans sa capitale, 

de Grandgagnage , y* avd. ' Riga. 

* De Looz, soos-entendu. * Rerétu. On dit aujourd'hui en wallon motust. 
' La Haye. ^ Sic pour boucle dans le MS. 

* Cette date doit être celle de la nomination de * Peintes. Le MS. porte en effet à la marge une 
Walenrode par le pape Martin V, aussitôt après boucle de courroie en argent au milieu d*un ècu 
la résignation de Jean de Bavière, car plus loin sur un fond de gueules. 

Jean de Stavelot assigne, comme le fait Zantviiet 



166 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

chu ne H wault riens, car ledit monsangneur, encor extant à Trait, pair le 
conseille dez aultres bonnes gens qui amoient Thonncur et les franchizes 
del citeit, ilh reconcedat XXIlII.mestiers ou XXXII, tout enssi que boin 
leur sembloit. Et adonc aile Sains-Jaque furent r eslu à deseurtains con- 

Deimaistres de Liège. sclHicrs OU Hiaistrcs , par le gcueraul peuple délie citeit, Wilheme Datin 

et Johans Golardin. Lyqueis dit monsangneur Johans evesque entrât à 
moult belle compangnie, Tan devantdit XIIIl^ et XVIII, le IIII""*' jour 
d'awoust, et fut honorablement recheus pair le clergerie et le peuple, enssi 
corn ons at à constumme. Tantoist après Waltier Datin pristat argent sour 
l'ouf&sche délie marrie^ afiin qu'ilh remanist maire, enssi com li mambour, 
dammoiseal Evrart, li avoit concedeit, quant ilh fut ordineis mambour, et 
remanit enssi maire. — Et fist lidit monsangneur de Liège, tantoist le jour 
del Assumption Nostre-Damme après ensiwant, chu que ons n avoit près 

Monsangneur ctianut dc XXX ains là devant veyut, n'en ne veit-ons après son deches plus de 

messe a Ssins-Lam- . , , 

bert en pontiGcai. tcmps dc XXVII aius ; Car ilh cantat le jour délie Assumption Nostre- 
Damme en pontificale grant messe à grant alteit elle engliéze Sains-Lam- 
bert; en après , le nut del Nativiteit Nostre-Sangneur Jhesu-Grist, à matin , 
ilh leisit le IX™^' lechon, et célébrât cely jour grant messe aile grant engliéze 
de Liège. Et enssi en ches chouses et es aultres, tant en spirituel com 
temporeile, ilh soy demonstroit drois evesque et vraie pasteur de ses ber- 
bis; car ilh estoit saige homme, bons, doux, piewe, caste, modeiste. 

Des nobles usaiçes ledit houicstc et larges à toutcs gcus , ct combicu qu'ilh awist I suffragain, pair 
evesque e lege. ^^ tre3-grant bouteit et humiliteit, pair luy-meismes ilh faisoit les sacrées 

ordines , et donnoit les coronnes aux jovenes clerchons. Et toutes les fois 
qu'ilh chantoit messe aux soUempniteit à sains, ilh mandoit tous les IIII 
abbeis de Liège, qui stesoient revestis deleis ly en pontificaul deleis le grant 
alteit, et après grant messe ilh les emenoit manguier awec ly en son palais, 
où awec les aultres sangneurs de Sains-Lambert et des aultres engliezes , et 
chevaliers, eskewiers , esquevins et borgois de paiis, grant et liberaul fieste 
et honneur leur faisoit. — Et deveis savoir que, trois mois après la venue 

Dei mestiers et offi- dcdit monsaugueur l'evesque de Liège, ly peuple de Liège reprist tous ses 
eom'devMtT'"*" auchieus usaiges, com ilh avoit devant la batalhe d'Othey,et refisent XXXII 

mestiers, maistres, jureis, governeurs, et refisent banieres, tentes, pawe- 
Ihons, et toutes aultres chouses enssi com pair devant, et refisent leurs 
congrégations et convocations en palais l'evesque, lesqueiles ilh les avoient 



GHROiNIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



167 



fait depuis le batalhe d'Olhey jusques à chi en marchiet des bîestes, que 
oos appelle commonement le Veckeurt. 

L'ap XIIII^^ et XIX, le V™ jour de mois d'avrilh , frère Bertremeir *, here- 
mite, qui estoit goverueur délie hospitaule Sains-George à Tyleur, refeîst dci hospitai à Tyieur. 
de nouveal l'ateit ' del capelle dédit hospitaule , et fut ledit jour rebenis 
lydit alteit pas mestre Thyri , evesque et suffragan à nionsangneur Johans 
eyesque de Liège, et de son license; lyqueis suffragan, anchois qu'ilh soie 
devestist après messe là chantée , ilh translatât ladit dicause ' délie celebreir 
à jour délie Sains-Giele , et y donnât XL jour de vraie pardons à tous cheaz 
qui yisiteroient ladit capelle en estât de grasce à jour devantdit. Mains ilh 
avoit esteit commenchiet et dedicassié devant cest seconde dicause cent et 
Vil ains, et y avoient pluseurs grans pardons esteit acquis pair y phiseurs, 
enssi com lettres sont sour chu fait et saeléez. — En cel ain monsangneur 
Johans de Wallenroide, evesque de Liège, fut priiés à manguier aile vilhe 
d'Alken^, le vigiele del Ascension Nostre-Sangneur, aile maison de son chai* 
rier % et stut là tout jour et lendemain le jour del Ascension en grant joie 
et solas. Et lendemain al matien li prist ly maule délie mort, et le dymen- 
gne après, à heure de médis, ilh trespassat de chi mortelle siècle, qui esto 
li XXV1II™« jour de maii. Et fist son testament et ses ordinanches , et ordi- 
nat certains exécuteurs^ qui refusent d'accepteir le fas % et enssi ses ordi- 
nanches et testament remanirent sens avoir nulle effecte, et e'nssi ses biens, 
joweals, libres, vesfimens, chevals et aultres chouses ne furent mie distri- 
bueis ne donneis où ilh les avoit ordineit et lassiet, ains furent mervelheu- 
sèment et inutillement départis, por quoy ses debteurs en pluseurs lieu en 
furent moult corochiés et malcontens. De cuy trespas de sy sains et bons 
paistre ' li clergerie et toute le peuple de paiis de Liège et de Louz furent 
mult dolains. Et fut environ de X mois evesque , et fut son corps rameneis 
d'Alken à palais à Liège ; et là ons l'alat quiere al procession , et fut aporteis 
devant le*grant alteit en mostier Sains-Lambier, où ilh fut ensevelis. — Et 
quant ses exeques furent faites elle dit engliese pair toute la clergerie de 



' Forme wallooDe da nom de Barthélémy. 
* L'autel. 

' Aussi dieasêe, fête annuelle d'une église. 
' Village situé entre Hasselt et S>-Trond. 



dui, majordome , intendant. 

* Faix, fardeau. La légende du fas du diable,, 
rocher situé près de Wanne, canton de Stayelot,, 
est connue dans tout le pays de Liège. 



* Foullon (II, 5) rend ce mot par jmmitcon- ' Pasteur. 



168 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Liège, adonc fut cncors recheus à mambor por le capitle de Liège dame- 
seai Ëvrar del Marche, por estre protecteur del englieze et défenseur de 
paiis, en délivrant à ly le baincloke et aultres sollempniteis acoustqmeil. 

Fui. 41, r«. — Et pairtant que les exécuteurs monsangneur Johans de Wallenroide ne 

vorent nient accepteir ne executeir chu qu'ilh avoit institueit et ordineit 
de ses biens, se furent mervelheusement départis et derompus, et ses 

De servan» monsiin- proisRics, auiis ct scrvitcurs houteusement priveis de leurs biens et deçà- 

gneur de Waten- , ., , i •• i • î i >.ii 

roide. chics hours de pans, ne oncques drois ne de loy quilh requerissent , ons 

Datin. n'y wot entendre et saisi t-ons tous leurs biens. Et comment Waltier Datin 

oit les chevals et des armes et aultres biens , et puisedit se s'en fist r'absour 
sour le plain palais, et fist tantoist celle siiet enregistreir, poir ly aidier 
quant mestier en seiroit. Et orent encors de ses biens Johans de Courtis, 
maistre Guillem Datin, Johans de Sarazin , Engelbert de Herstat, maistre 
Gelien, doyen de Sains-Denis, qui oit de ses libres, et pluseurs aultres 
lesqueis je ne saroie tous nommeir. Pourquen grans mais et discors en 
vinrent après entres les amis et seirviteurs de devantdit monsangneur et 
nostre paiis , et plaintes en furent faites tant devant l'emperere corn par- 
devant le pape, et en orent les marchans ide nostre paiis et la citeit, et pair 
especial cheaz qui chest grant inconvenienche avoient perpetreit, grande- 
nez maistre». ment à souffrir. — En celle année, aile Sains^Jaque, furent esleus por les 

maistres dellé* citeit, enssi com devant la batalhe, a maistre de Liège Fas«* 
tre Bare et Franchois de Bersés. 

Apres le trespas monsangneur Johan de Wallenroide, les sangneurs de 

Liège en leur capitle indesent et ordinont le jour de faire élection. Et quant 

la journée vient, qui estoit l'an M CCCC XIX, le XVI"*' jour de junne, dam- 

De monsangneur joiian mcscal Johaus , cauoyuc ct archcdyach de Hesbaing, fis de noble sangnéur 

.^vesque.' monsaugueur Johans de Heinsbech et fis à madaiiime Margrit, filhe de 

monsangneur de Genappe, elle eaige de XXIII ains, pair le grasce de Sains- 
Esperit fut esleus ou postuleis del evesqueit de Liège, le LII^^^^ après sains 
Lambert, et renunchat à son archydiaconeit de Hesbain, et tantoist ilh 
envoiat devers l'empereur por avoir sa rigalle ; mains les amis monsangneur 
jadit de Wallenroide l'astargont grandement, por la displaisanche que ons 
les avoit fait en paiis de Liège. Et quant ilh orent la rigalle , ilh vinrent à 
Florenche où li pape Martin residoit, et délie auctorileit apostolique ilh 
enpetront sa confermation et revinrent a paiis. — En celle année monsan- 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 169 

gneur Johans de Boi^ongne fut mandeis pair le dalphin de.Franche, mon- 
sangneur Karle, qu'iih venist à pau de gens por' avoir son conselhe en 
casteal de Monstraei \ Et quant lidit duc fut venus et entreis en casteal , 
tantoist les pons délie fortereche furent leveis ; adonc uns des amis le dal- 
phin vient avant à I hache, et ferit teilement Johans le duc de Borgongne Deimonjohanduede 
en la lieste , qu'ilh le fendit en deux jusques elle potrine , et fut là subite- ^^^f^- 
ment ochis. Enssi en prist sains Lambert sa venganche de son peuple 
qu'ilh ochist si crueusement sor la batalhe d'Othey. — Et deveis savoir que, 
poir le mort dédit duc, commenchat I mult grant guerre en Franche contre 
ledit Karle, dalphin; car Philippe, li noveal duc de Borgongne, fis à de- 
vantdit duc Johan , fist allianches aux Englés , lesqueis gangnont Paris et 
Ruain , et tant d'aultres vilhes en Normendie , en Picardie et aultrepart , 
que chu est une doloreux chouse à racompteir. Lesquelles guerres et fais 
d'armes vos trovereis à Sains-Denis en Franche , et portant que je ne les 
puy alleir quérir ne avoir, ne les ay pau * chi mis en escript. Et fut lidit duc 
ochis délie main le prevost de Paris , qui oit non Tanneguy Duchatel *. 

Item en celle année, le X"^® jour de mois de décembre, lidit monsangneur nouangneur ioham 
Jobans de Lous, confermeit à Fevesqueit, à grant soUempniteit entrait à Li«g0.' " '^ "* 
Liège sicom evesque, et avoit awec ly noble chevalerie, com le duc de 
Clevez , son peire sangneur de Heinsbech , son frère conte de Blankenhem, 
et pluseurs aultres nobles sangneurs. Et estoit monsangneur Tevesque et 
la plus grant partiie noire vestis , car madamme sa meire estoit novellement 
trespassée. Et furent les mestiers delle citeit armeis et rengiiés en Feronstrée 
pour luy faire honneur. Et quant ilh vient aile Destroit *, ilh allât jureir la 
loy, et fut sour les greis de Sains-Lambert recheus par les sangneurs de 
capitle, qui lemmenont al grant alteit. Et là fist-ilh le seriment acoustum- 
meit contenut en libre aux chairlre. — Et puis ilh s'en allât à palais, où ilh 
tient court oviert 111 jours. Le premier jour y furent les nobles barons , m nobieeiie quiih 
chevaliers et esquewiers qu'ilh avoit ameneis awec ly, et pluseurs sangneurs '^'* *** *"' 
de Liège; et le secon jour et le tirche y allont tous cheaux de palis qui y 
volloit alleir, chevaliers, eskuwiers, borgois, dammes et dammoiselles et 
borgeres, por veioir Testât et la nobleche qu'ilh avoit à palais. — Et tous les 

' Montereao. * Noos avons dit préoédemmeiit qu'on nommait 

* SIe pour peu? aiusi le local où siégeait Téchevinage. 

' Ce nom est en blanc dans notre manuscrit. 

22 



470 



CHRONIQUE m JEAN DE 8TAVBW)T. 



Fol. 41 , T*. 



troij joura iivoit dota ohweeis * de hn vin btain et vermelhe eo palaU qui 
toudû) coroieqt, et en bevoioat tou9 cheaux^ qui volaieat; et si aYoit devant 
le palais pair IH joura^ entre le porte de palab et le court TofiScial, en 

^ det^n'iTeVlliâu?*'''^ mute fyoïaige d'on sarayne * qui jettoit par une de mamelle de blain vin et 

de l'autre de veroielhe fora vin , et chaioit * en une cuvelair> là les gens en 
alloient boirf à quy ilh plaiaoit. Et de ehes coistaublea eatat moasangneur 

Moniangneurfutordi- i|e liegQ eu fat muU presiës^ Item eu dit mois de novembre * ^ te nut de! 

ncit preiBtra et après c? ■.. *■ 

T«qa«saereis. ^ativîteit Nostre-Sangneur jbesucariat» fut mon&augneur de Liège bénis et 

ordineis preistre^ et le nut le Letare Jherusalem ilh fut conaacrcàs evesque 
soUampnement elle engliese de Sains*liambert par 1^ trois suffragans. assa- 
voir de l'af obevesque de CoUongne et dei» eveaqu€KS de Liège et d'Oultreit *. 
Et le jour de boin Dieur après ^le pen^u;^. samaine ilh deat sa premier * 
aux Wilhemyn deleis liege. — En eel année XIX, en mois de septembre 

''*trode*et*'HÔuMd^ ^^ ^^^' ^^^^^ ^^^ ^^^ ^* bouno viUio do Mont^nSainle-Gertrud ' en Hollande, 
fut arse. awec la nobte englieae canonyale, par Tbyri le cbastelaûi de ebasteal , qui 

steaoît tou près , par feux qu'ilh traiit dedens por faire despit et dispbdbanche 
de imwwftgneur Jobans de Bealvirier et de oheaux de I>ordraeb> auxquels 

Lan M cccc et K. «hea* de Sainte*Ge?trud estoiant favoraibtes, — Itam l'an XUU® et XX mon- 

aangneur Jlohans de Lous remist en eat^t et reconcedat y pair sea lettres 

^mSSMn**"ïli2ilt ^'^'^'> ^^ P*^*'^ des XXU, delqueile ona n'avqit useit depuis la batalhe 

d'Othey, dont la teiiure est * : 

c« Johans de Heinabeeh , pair la grasce de Dieu evosque de Liège et 
conte d^ Loua, à tous eheaux qui ebes présentes letlrea veroat et oront, 
sal\it Qt cQgnis3anche de verileit. Gom enssi soit que^ asaeia toist après 
noatro venue et reeeption faite aile digniteit et sangnorie de noatre eves^ 



en estât. 



' Stfènc. 

* Tombait. 

* Par erreur pour décembre. 

* Utreebt. 

* Le mol nw99 doit ici tToir élé omis^ 
^ Gertpuyxlenberg. 

' J'ai coUationné le document qui suit avec trois 
fftvmiffdak des. ai*chive& de la provinee de Liège, 
cotés C, ca^e 13, n«* SKK, %m et 2Si. Le pre- 
mier, qui me parait être l'un des meilleurs que 



po094<k ce dép^l » et. que j'^i àéik m. roHOsloo de 
citer, esl du XV« siècle; les deux a,utre^ soQt d» 
XV1I« et du XVIIK Le dernier,, le plus, récent, 
contient un fort grand nombre d*actes; mais c^est 
I*teiTre dNm mauvais copiste, qui semble aroir 
cependant eu la. prélQeti<m de fuifc q«elqiie ehete 
de bon. Cojpvie précédemoieutt je n'apporterai 
de modification à notre MS. que là où le sens Texi- 
géra impérieusement, et j'aurai s.Qiii àfi )e dire. 
Le document a été publié par Loiivrex, vol. Il , 
p. ilS3k 



CHRONIQUE DE i£ÂN DE STAVËLOT. i71 

quiet , engUeze et pays de Liège et de Looz , nos ehiers et bien ameis , 
les maistres , jarets , govemeurs et oonselhe de nostre dteit de Liège et de 
no8 bonnes yilhes de Hay^ de Dynant^ de Tongres, de Saina-TroO) de 



Fosse^ de Tawin^ de Loui et de Hasselt, pour et en nom d'ycelle no6tre u tenara des lettres 
citeit,, des bonnes viJhes desenrdites et de tous nosdit pays generslmenti, 
se soient par pluseurt fois trais pair-devers nos, remonstrant comment de 
longtemps ^ pair especiaJ de temps de révèrent peire en Dieu , monsei- 
gneur Johans d'Erkel, jadit evesque de Liège, de bonne mémoire, nostre 
predicessenrs , euwtst esteit par luy et les trois estais de nostredis pays 
conjon^^ment ensembles', sour pluseurs debas et altercations adonc estans 
endis pays, ordonné une paisi, assavoir la paix des XXII ^ por dureir à per- 
petuiteit : de laqueile paix et des poins et artycles en yoelle contenues de 
piechat , maiesment despuis les guerres deirainement adveniMS en nostre- 
dis pays, ons n'avoit point useit ne ycelle laissiet advoir son eours, anchois 
estoient les principaûls saelles de ledit paix peirdut ou cancelleis , jasoiche^ 
que pair nostredit prédécesseurs et lesdis trois estaux de nostre pays susdis 
elle euwist estait ftiîte et ordinée pair grant et maour délibération ^ et pair ^ 
le bien publique, affien que chaseon desdis pays fuist traitiés et meneis pair 
droit et pair loy, suppliant instamment à nos pair les mestters et mais très, 
jureis, govemeurs et conseille deseurdis^ en nom et com dit est, qua, pour 
le bien et conservation d'ycheaux nosdts pays, woilhsisimes pair le boine 
adîust',con8elhede nostre vénérable capitle de Liège, des nobles barons, 
chevaliers et eskuwiers d'ycelles ^ nosdis pays , et de nostre citeit et des 
bonnes vilhes susdites s Iftdit paix de noveale concedeir, refourméir et re- 
mettre ans, en adjoustant des aultres poins nécessaires et profitaubles, se 
mestier estoit: -^Savoir faisons et cognissons par chastes présentes que nos, 
Johans de Heinsbech , evesque de Liage et conte de Lomé devantdis , con^ 
voitans et desirans grandement, com ilh affiert à nostre domination, haul- 
tettr et sangnorie, tous nous sourseans et subgés generalment de nosdis 
pays et chascuns d'eaux yestre de chi jours en avant traityés et meneis 
en tous cas a droit et à loy, solonc le paix de Fexhe faite et jurée par nos 

' La phrase qui suit jusque : depuis les guerres^ mieux, 
oe se trouTe qoe du» le paviliard n« âS9. ËUe est ■ àdvis eU Il^id. 
oependaDt nécessaire. * lyieeaux. Ibid. 

' Le parillard n» 355 porte ftor, qui conyient 



1 



172 



CHRONIQUE DE JËÂN DE STAVELOT. 



Fol.4f,r* 



prédécesseurs jadis , et pour * nos et nosdis pays , et que tous offichiens et 
jugeurs qui sont et seiront*, tant de pairt nos com aultres dededs nostredit 
pays, soyent teites et enssi estaiblis que, pour corruptions de biensfais ou 
lowiers à prendre ne aultrement, le droit ne le loy n'en soyent empechyet, 
ne enssi' aulcuns tors ou raoliestes fais à aulcuns de nosdis subgés, et que 
teis qui chu feront soyent corregyés et punies solonc leur méfiais et excès , 
avons , pair grant maour délibération de conselhe , tant de nostredit véné- 
rable capitle, des nobles barons, chevaliers et eskuwiers de nosdis pays, 
com de nostre citeit et bonnes vilhes susdites, ladit paix des XXII concé- 
dée , refourmée et remise sus por dureir à perpetuiteit. De laqueij^ paix , 
solonc chu que la coppie estoit escript en libre des chaîrtres de nostre 
englieze , la fourme et tenure s'ensyet chi-^pres ' : 

» In nomine Domini amen. A tous cheaux qui ches présentes lettres 

veiront et oront, Johans, pair legrasce de Dieu evesque de Uege et conte 

de Louz, li^ vice-doyen, archedyac et capitle de Liège, Evrairt de la Marche, 

advoweis de Hesbain, Johans de Gondet sires de Sforealmeis, Johans, sires 

LâtenunaBciiienedei d'Agymout, ct Gcrars sircs de Hers, pour nos et pour tous les chevaliers 

et eskuwiers, les maistres, les esquevins , jureis , conselhe et ly universiteit 
délie citeit de Liège, et bonnes vilhes de Huy, de Dynant, de Tongres, de 
Sains-Tron, de Fosse, de Tuwin, de Louz, de Hasselt et de toutes les 
altres bonnes vilhes, et de common pays de ladit evésquiet de Liège et 
cçnteit de Louz, salut et cognissanche de veriteit. Sachent tous presens et 
advenir que , com pair Tennortement délie ennemis del humaine lignie , 
pour le cause délie morte Johans de Harchies , jadit maistres délie bonne 
vilhe de Tuwin, des franchieses delledit bonne vilhe, et pour pluseurs 
aultres chouses touchant le régiment dédit pays, fuissent esmeus entres 
nos Fevesque, d'unne part, et nostre pays, d'aultre pairt, griefs debais, 



paix des XXH. 



' Par. Ibid. 

' Encore un membre de phrase jusque : enti 
eitablis, qui ne se trouve que dans le pavillard 
n» 259. 

' Les pavillards, et Louvrex après eux (vol. II, 
pp. 4 4B et suiv.) se sont contentés de copier la charte 
de Jean de Heinsberg. Pour les paix des XXII, 
ils renvoient au texte qui se trouve quelques 
pages plus haut. Je suis, pour cette collation, le 



pavillard n« 2K5, dont j'ai déjà signalé le mérite. 
Louvrex, qui a commis Terreur presque inexplica- 
ble de prendre la seconde paix pour la première, 
et la première pour la seconde, a donné un texte 
souvent inintelligible; on peut s*en convaincre en 
le comparant avec le nôtre. 

* Mot omis par Jean de Stavelot, et qui a son 
importance. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 173 

rankeurs, contentions) discors et dissensions, pair lesqueiles guerres, 
arsiens, rapinnes, proises^ mutullations , occhistons et mult d'altres griefs 
damaiges poloient * advenir et naistre en nostredit pays , se noslre sires 
Diea, pair sa miséricorde et piteit, n'y euwist condescendut et obitret% 
nos, pair le plaisier de nostre sires, considerans lesdis mais peruelheux, 
griefteit ^, damaiges et afflowissement de nous tous qui advenir poroient, 
solonc les debas aparammens à chu esmeus , d'une part et d'aultre , pair le 
boin conselhe, aide et traitiés que tres-noble et puissant prinche, mon- 
seigneur Winchelairs , pair la grasce de Dieu duc de Luchenborch , de 
Brabant et de Lembourc, at à chu fait et mis, en demonstrant tres-grant 
et vraie affection à nous, affin que à tous jours mais d'hors en avant aiet 
bonne paix entre nous, et que tous ly pays soit governeis raisenablement 
etdeutement, nous summes entre nous desdis debas apasenteis et acordeis 
en la manière qui s'ensyet : 

» Premièrement, summes acoirdeis, et semble raison, que toutes les MoDieigoeur jobioide 
liberteis et franchiezes délie citeit et de toutes les bonnes vilhes délie eves* franehiesedepayt. 
queit de Liège et de tout le pays , pour bien de paix , demeurent fermes 
et estaibles, sens de riens y estre effrantes ou enbriessiés d'ors en avant 
en manière nulle à tousjours mais. 

» Item, summes tous acordeis, por bien de paix, que aile bonne vilhe Dei franehietet d«iie 
de Tuwin demeure et demeurent toutes les franchiezes , et pair especial si 
avant et en telle manire qu'ilh les ont previers * pardevant tous cheaux 
qui derainement furent là envoyés de part nostre citeit et bonnes vilhes 
deseurdites, et que leursdites franchiezes leurs rafermerons ', nos li evesque 
et capitle deseurdis ; et que les pronuncialions , dis et ordinanches , fais 
pair les commis pair nos la citeit entre monseingneur Giele Chabot , che- 
valiers , et cheaz délie bonne vilhe de Tuwin , demeur à tousjours fermes 
et estaubles sens enbriesier. 

» Item , summes acordeis , por bien de paix, à che que les lUI personnes 
qui ont mis à mort Johans, jadit de Hairchies, maislre de Tuwin, demeu- 
rent à tousjours mais hours de pays. Et se en aulcuns temps advenoit 

* Pritei. Pavillftrd b« 358. * PerOt griêft. Ibid. 

* Poroien/. tt)i<L * Proveez. Ibid. 

' LaburtU, Ibid^ * Confirmeront, Und». 



174 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

qa'ilh soie acordassent aux proismes de jadit Johans de Haûrchies et à nos 

I evesque, et non portant * che fait, ne poiront-iih à nulle jour mais rentreir 
en pays délie evesqueit de Liège, se che n'est par l'aoord, consent et volen- 
teit de 1111 de capitle, IIII des bannereches et chevaliers, IIII délie citeit, 

II de Huy, II de Dynant , qui à che seront esleus. 

» Item , summes encor, por bien de paix ^ à che aeordeis d'on debas qui 
estoit d'esquevins de Tuwin , et semble bien raison, que , se aulcuns y at des 
esquevins, une ou plnseurs , qui soit ou soient deutement pair bonnes gens, 
dignes de foid, convencus ou proveis qu'ilh aiet ou aient ledit Johans de 
Hairchiei fait mettre à mort, qu'ilh soit ou soient, qui enssi seiront con«- 
vencus, en teile point que les IIII faituUes principals del mort deseurdit; 
et, s'ilh ne sont ou n'est aulcuns d'eaux, sicom dit est, convencus et troveis 
culp'aibles, dont ne les porait^ns plus avant condampneir pair raison, 
fours que solonc che qu'ilh ont meffait; et que de celle meffiiit ilh soient 
jugyés et punies solonc la loy de pays * , ou pair les XXII qui siéront eslis à 
leure vraie et bonne advis; et que, solonc le loy et ordinanches deseurdit 
desdis XXll , ilh ont meffait leur esquevinaige , et en soient priveis etous^ 
Fol. 42, V. tcîs à tousjours mais , et oultre che coregiés si avant que ilh auront meffait^ 

com dit est; et, s'ilh n'ont meffait leur skevinaige ', qu'ilh puissent rentreir 
en leur eskevinaige^ parmy amende raisonable, com dit est, délie loy, ou 
parmy ledit ordinanche des XXII , et parmy le seriment qu'ilh feront de 
wairdeir les franchieses délie bonne vilhe de Tuwin , enssi com proveit 
est que faire doient^ voire cheaux soilement desdis esquevins qui point ne 
seiront troveis coupaibles dellê mort dédit Johans de Hairchiez; et s'ilh 
est troveit qu'ilh n'ont point meffait leurs eskevinaiges ne leurs biens, que 
li vendaige qui est fait desdis biens ne soit point de valeur, et que cheaux 
qui ont leurdis biens vendut ne puissent y estre resuis * de leur homaiges % 
ne aultrement calengiéSn, par manière nulle, à nulles jours mais, soit que 
fait l'aient à tors ou à droit. 

» Item, encor summes aeordeis, por bien de paix, et est raison, que de 
chasteal de Stochemme soit fait pair les chastelains que nos l'evesque et nos 

^ Non poiirquani, Ibid. ' Sic, 

* Qui est jureye par tmu ki estas de pays, * Resis, Pavillard n* Stttf. 

membre de phrase qui se trouve dans le |MiTil- ^ Hormour, Ibîd. 

lard no 356 et qui est omis dans uotre texte. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 175 

successeurs mettrons d'hor en avant à tousjours maïs, delte seriment % ooni 
ons troverait par bonne et loi^ule enqaeste que fait fu par monsangneur 
Renart de Bei^hes et par le voweit de Horion après luy, quant tydis chas- 
teal fut pris et wangnîés, et que adonc fut acordeit, sieom ons porait troreir 
par gens dignes de foid, et par especial par les maistres délie eiteitde Liège, 
qui à temps estoient dedonc; et que awec ohe d'hors en avant soit mis endit 



ehasteaul une ohastelains de bonne eatat et délie nation ' de paya, et qui aiet Ly ebasteuin de stoe- 

... . • ^ ..i...* . bem doit eistre del 

le sien en pays, et ses proismea et ses anus, si plamtivoisement que ons nation de pay>. 
posist resuire ^ le sien , s'ilh en iaisoit maul à point 
» Item , enccNTs snmmes aoordeis, et semble raison , que ^ tous les aultres Quei* doieot eûtre uz 

« t m »iii» •• j>i* chMtelains det for- 

chasteanis et fortereches du ei^heae et pays aoient et aeiront d hors en tereebes de pays. 

avant à tousjours , pair nos l'evesque et nous auocessemrs , vm chastelaina de 

bonne estât, délie nation de pays^ qui ayent en paya leurs bîens, proiames 

et amis, et soient teiles que ona les pnisse resnire, s'ilh en laisoient riens 

contre TengliBQ et pays délie eveaqueit de Liège ; et facbrat le serîment 

anchien, et qui est acoostnmmeit et contenues est es libres des ehairtres 

delte englieze* 

» Item, sommes encore acordeia, et semble raison, que nous U evesque 
d'hors on avant ferons et metterona tou^ nos oflEiehiens , bonnes gens et 
saiges, neis et bien ahirebeis en pays delle evesqneit de Liage etoonteit de 
Louz. 

x> item , summes acordeia , poir bien de paix et pour mies govemeîr le ^e. offiden dei nation 
pays à dr<Hl et à loy, que nos li evesque avona d'hors en avant et tenrons ^^ ^^*' 
de Dostre conseille bonnes gens et saigea delle œtion de pays , et que pair 
leur conselhe govemerons toute le pays dentemenL 

» Item , summes encor acordeis à chu que XXU bonnes ^ personnes de 
bonne estât , delle nation de pays, saigea et raîsenaîbles preîdhofnmea, soy ent 
pris et estas d'b€>r8 en avant ekaseoo ain, assavoir est : IIU de capille de 
Li^e, llll des banereobes et chevaliers, lUI dette citeit, li de Hny,. H de 

* A touiintn Uurt gubgé$, Ibid. Cela ne ae com- * Zuy et lujf iien. Ibid- 

K*wi 1^ mieni qpe notre tejLte» (la payiUard du * Le mot en semble avoir été omis ici. Il ne se 

XVK« siècle , qui se trouve au nombre des manu* trouve cependant pas non plus dans le pavillard 

scriu de runiversité do Li^go (n^ iW) , au lieu de n"* 355. 

dêlh 9 irm$nt parte teUét sarmml. ' Ce mot ne se trouve pas non plus dans le pa- 

' |)«Ai dni»< Mrfton. PaviUard a» 255. vUlard susdit. 



176 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Dynant, une de Tongre, I de Sains-Tron, I de Fosse, I de Tuwio, I de 
Deixxii. Louz. I de Hasseit; lesquels XXII enssi eslus jureront sour sains , tantois 

com ilh seiront esleus ens en capitle de Liège, que ilh seiront boins et loiauls 
à nos l*evesque de Liège, le capitle, les barons , chevaliers et gens de linaigez, 
le citeit, les bonnes vilhes et tout le pays, sens porteir faveur oultre raison 
az grans , aux moyens et az petis , et que bien et loyalment feront leur offi- 
sclie, leur temps durant; lesqueis XXII, enssi serimenteis, esliront une lieu 
certain, poir y estre ensemble chascon mois une fois, se besogne est. et aile 
plainte et requeste des parties pouront et deveront sens delay enquiere sour 
tous oflichiens et jugeurs et aultres subgés de nos l'evesque, qui contre la 
paix de Fexhe et fours et encontre loy yront et feront, ou auront pris 
lowiers ou prenderont, por faire jugement ou y estre % ou escondiront pair 
forche et encontre raison argent * de cheaux qui riens n'ont ou auroient 
meffait ', ou méfieront; mains que chascuns offichiens ou jugeurs ou altres 
puist ou puissent mettre avant leurs deffenses, justes ' et raisenaibles , et 
yestre oyous de che qui voirait ou voiront mettre avant pair raison. 
Des XXII. » Item, summes acordeis que les XXII puissent raisenaiblemen t corregier * 

et punier tous offischiens et jugeurs ou aultres subgës de nous l'evesque, 
qui seroient cleirementpairjustes^provanches convencus * d'avoir empechiet 
Fol. 43, r*. la loy, ou enpecheront, ou d'avoir extourd airgent à tourt ou à maile rai- 

son , ou d'avoir pris lowiers por rendre jugement ; et que tousjours soit de 
valoir che que la plus grant partye et plus saine d'eauz ' acorderont en tous 
cas à eaux apartenans , se tous ne poioient estre d'on acourd , et que cheauz 
sour cuy ilh jugeront pierdent ou perderont tous le pays , jusques à tant 
qu'ilh auront obeyt à leurdit sentenche ; et que franchiezes ou liberteis 
nulles.ne les puist valoir ou aidier contre ledit ordinanche des XXII; et 
ne les puissiens, nos l'evesque ou aultre, rendre le pays, franchiezes ou 
liberteis nulles, jusques à tant qu'ilh auront obeyt auxdis XXII, et leur 
sentenche acomplie. Laqueile paix et acord, de point en point, enssi com 

* Ces trois derniers mots ne se trouvent pas non plée d'après le même paviiiard. 

plus dans le paviiiard susdit. * Par erreur sans doute , notre chroniqueur a 

* J'efface ici les mots on paie, qui n*ont pas de écrii justiches, 

sens, et ne se trouvent pas dans le paviiiard en * Jugier. Paviiiard n* Î55. 

question. * Devant eaux, ajoute ici le même paviiiard. 

* Mot omis par Jean de SUvelot et que je sup- ' La plus grande et saine partye d'eauz, Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 177 

deseur est dit, déclarée et ordinée, nos li evesque por nos, et nos enssi li 
capitle , les banereches et chevaliers , la citeit et bonnes vilhes et tout le 
pays deseurdis, et chascuns de nous por ly, avons promis etprometons en 
bonne foid et loialment à tenir, wardeir et acomplir, sens faire ne venir al 
encontre en aulcune manière , et nos summes obligiés et nous obligons ly 
uns envers l'autre de nient faire ne venir allencontre; et, se aulcuns de nos 
y venoit ou faisoit allencontre , et awist * cest présent paix enbrisyet , que 
jà n^avengne, nous les aultres % qui demorons deleis le paix pour nos foids 
acquiteir, astrainderons cheli ou cheaux enssi venans allencontre, en toutes 
manières que nos porons^ à cheste paix tenir, vv^ardeir et acomplir; enssi 
lavons promis et promettons li uns à l'autre en bon foid et loialment. Et 
portant que toutes les chouses deseurdites soient et demoirent à tousjours 
fermes et estaubles, si avons*nos l'evesque, li capitle, les banereches , che- 
valiers, la citeit et bonnes vilhes deseurdites à ches présentes lettres apen-. 
dut nos seals . qui furent faites et donneis l'an de grasce XIII^ LXXIII % le 
n™«^ jour de mois de décembre. 

» Item , est declareit en la paix des XXII * que la personne de monsan- 
gneur de Liège, qu'ilh n'est point loyés, ne ne soit mise à jugement des XXII, 
ne les rentes , revenues et '^ profis hiretaibles revenans en sa bourse ou à sa 
tauble, et* enssi la cleirgerie, se donc n'estoit que aulcuns cleirs viscans 
clericailement ou personnes de sainte englieses poirtassent offiches de lay 
puble; et che que jugyet est à contraire soit de nulle valoir, tant que aile 
personne monsangneur de Liège et aux personnes de sainte englieses qui 
point ne portent offische delay, et de leurs biens et heretages deseurdis; 
(outes aultres sentenches par ' eaux rendues demeurent en leurs forches 
et viertut, sens riens excedeir et yssir le tenure deldit paix. Et se ferommes • 
les XXII jureir sollempnement, d'an en ain, en leur institutions, que point 
ne jugeront les XXII d'aulcuns heritaiges, anchois laisseront jugier les 
cours et jugeurs qui jugier en doient, et, quant aile proprieteit des heri- 
taiges, deverat-ons alleir devant les cours dont ilh muvent, sens sus jetteir 

' Ou vomt. Ibid. ' Par au lieu de et dans le pavillard o^ 255. 

' A ultret tous. Ibtd. ^ Ne au lieu de et, Ibid. 

' 1576. Ibid. Je m'expliquerai tout à Theure ' Notre MS. porte par erreur pour, 

sur cette date. * Et <e feratons, dans le pavillard cité. 
* Tanf que atte paix des XXII. Ibid. 

25 



J78 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

inhibitions, se dono n'avenoit qu'ilh en fuist clameit et respondut devant 
l'ofEchiaul monsangneur de Liège K 
L« lettre de eheaux » A tous cheaux qui ches oresentes lettres veiront et oiront, Johans. par 

qui dotent eslire lez * . • . . 

^^11 la grasce de Dieu evesque de Liège, li vice-doien , les archedyakes et toute 

li capille délie grant engliese de Liège, Evrart de la Marche advoweis de 
Hesbain, Johans sires de Morea]meis% Johans sires d'Ag3naiont', Johans 
sires de Rochefprt advoweis de Dynant, Eîrnuls sines de Steine, * Johans 
sires de Wessemaile et de Palais, Godefroit sires de Harduelmont et de 
Holongnee, Johans sires de Hamaile et de Grevenbrouke , Thjrri sires 
de Saraing, Henry sires de Dipenbeike advoweis de Liège, Gerars sires 
de Herses ', Johans sires de Pietresem, Lambert sires d'Oppey, Giele de 
Jaiche sires de Hierges, chevaliers, por nos et tous les chevaliers et esku- 
wiers, les maistres, les jureis, les governeurs, le conselhe et tout le uni- 
yersiteit délie ci teit, désabonnes vilhes de Huy, de Dynant, de Tongre , de 
Sains-Tron, de Fosse, et de Tuwih, de Louz et de Hasselt, et de toutes les 
bonnes vilhes et common pays del evesqueit de Liège et conteit de Louz , 
salut en Dieu permanable et cognissanche de veriteit. Sachent tous presens 
et advenir que, corn debas, discors et altercations fuissent esnieus entre 
nos l'evesque, d'on part, et nous le pays, d'aultre part, de quoy 1 bonne 
paix * est traitiet, fait, accordée et ordinée, enssi que es lettres sor chu faites 
est expressément contenu!, eus esqueiles entres les aultres^ soie contient 
que nos li capitle, les bannereches et chevaliers, la citeit et bonnes vilhes 
devons eslire les XXH, d'an en ain, bonnes personnes *, lesquelles ont et 
auront plain poioir et auctoriteit départ nos tous de faire enqueste % al 

oi. 43, y. plaintes des partyes, sour tous offiphiers, jugeurs et subges queileconques , 

et corregier tous cheaux qu'ilh troveront avoir meffait, nous tous, qui la- 
dite paix volons bonnement tenir et aemplire ^^, faire tenir et aemplire en 

1 Ce passage est un extrait de la 5« paix des pas dans le texte du pavillard n^ 35BL 
XXII. Elle fut conclue en i 376. Louvrex ( II , 4 BO ) « Hanues. Ibid. 
la donne, mais complètement tronquée. On la trou- * Paix et accorde, Ibid. 
vera entière dans VAppendice placé à la suite de ^ Entre le» aultre» chouteê. Ibid. 
notre chroniqueur. • Devons, d'an en an, XXII personnes eslire, 

* SiredeMoreaulmeisetdeBaulheukPsiY.n^^Jili. Ibid. 

' Sire d'Agimont et Walhen, Ibid. * Départ nous de faire enqueste, Ibid. 

* Les deux personnages qui suivent ne figurent ^* AcompHre, Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



179 



chely ratifiant, avons ordineit, et encors ordinons, acordons et volons que 
tontes manières de bonnes gens, qui plaindre soie voilront, et oussi cheaux 
dont ons soie plainderait, soient grans et petis, sont et seiront départ nos 
tous * assegureis pour venir, demoreir et r allere, leurs plaintes ou defences 
porsiwant, ou leurs tesmons et amis ^ 

» Enssi est nostre intention entirement que les XXII esleus, qui sont et Bez xxii. 
sêiront, procèdent justement avant, sens nulluy à deporteir qu'ilh troveront 
avoir meffait; et ossi que nos ly evesque ne aultres ferons % ne porterons 
maltalent aux XXILqui sont ou seiront, ne aultre personne nulle, pour le 
cause des jugemens qu'ilh ont fait et feront; ains avons en couvent, leur 
jugement rendu t, de faire executeir bonnement, sens defences nulle en che 
à mettre * , c'este assavoir de fair prendre et saissier cheaux qui rebelles en 
siéront del acomplir les sentences des XXII, quant pronunchiet seiront. Et, 
se enssi estoit que nos ' li evesque ou nos offichiens fuissiens ou fuissent defal- 
lans, negligens ou rebelles de prendre telle enssi jugiet, quelle qu'ilh fuist^ 
en cas où chu advenroit, consentons et volons que li capitle, les banere- 
ches et chevaliers, la citeit et bonnes vilhes deseurdit, se enssi estoit que 
nostredit sangneur Tevesques ou ses offichiens fuist ou fuissent defalains 
de faire che que dit est et escript chi-devant, avons en couvent en bonne 
foid del faire prendre ^t tenir teis inobediens, jusques aile acomplissement 
entire délie sentenche qui pronunchiet seiroit, pour plus fermement tenir 
che que par les XXII seiroit jugiet et determineit, et portant que les 
ordinanches des XXII esleus sont faites et acordeis ' por meneir chas* 
cuns pair droit, loy et raison. Et, se enssi estoit que nuls waisist ' de. riens 
yestre contraire ou rebelle aux ordinanches que les XXII ont faite ou 
feront, que les XXII aient tondis poioir de corregier avant, solonc chu 
qu'ilh troveront le meffait, à leur bone vraie advis; car la nostre intention 



^ Tous ne se trouve pas encore ici dans le pa- 
villard n« 9btt. 

' Je change ici, d'après 1q pavillard cité, le 
texte de notre MS. qui me parait beaucoup moins 
correct, et porte :jDOiir venir, demoreir, aleir, leurs 
plaintet ou defences portiwani, eaux, leurs tesmons 
et amis, 

' Sarons au lieu de ferons. Ibid. 

* Bonnement, sens defences nulle en che à meltre. 



est an membre de phrase qui ne se trouve pas 
dans le pavillard n<> 255. 

^ Le mot nos, emprunté au pavillard en ques- 
tion, ne se trouve pas dans notre MS. 

' Notre MS. porte par erreur : soient faites est 
aceordeiSy etc. 

^ Vosist dans le pavillard cité. Vosist signifie 
voulût, et UMtisist pourrait signifia osât. 



180 



CHROiNIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



est del demoreir deleis cheaux fermement, que tous leur jugemens ven- 
gnent a effet deubt, et qu'ilh de chu à tousjours mais en demeurent quites, 
liges et en paix. 

» Et se enssi estoit, que jà navengne, que personne auleonne fesiste 
citeir ou adjourneir les XXII ou alcuns d'eaux par-devant justiche ou 
juge nulle, fuist spirituel ou temporeile, queile qu'ilb fuissent, ou les tra- 
velhassent altrement * por le cause de leur ofltches, en cas où chu adven- 
roit, avons en couvent, en bonne foidet loialment, sens faire entre nos sépa- 
ration nulle , d'eaux à défendre contre cheaz qui nuysanche leur feroient , 
et les jetterons de tous ches frais, damaiges et d^spens * qu'ilh en poroient 
avoir ne sourtenir , en queilconques manière que che fuist, ne yestrepouis- 
sent à ceste ocquison en nulle temps advenir. Et partant que les chouses 
deseurdit, départ nous aux XXII ottroyés, par teile manière que ilh doient 
etdeveront todis procedeir solonc le tenure délie paix, soient tenues et 
wardeez fermement et perpetuelment , nos Johans, evesque, li capitle et 
les chevaliers devant nommeis nous saels, les maistres, les jureis, gover- 
neurs et universiteit devantdit les seals délie citeit et des bonnes vilhes 
deseurdit, por nos et li commoins pays, avons mis ou fait mettre à ches 
présentes lettres en tesmongnâge de veriteit. Et s'ilh avient que aulcuns des 
seauls ne soit mis à ches présentes lettre, nequident nous tous deseurnom- 
meis volons que ceste ordinanche valhe et demeurt en sa plaine vertut per- 
petuelment, enssi bien com tous les saels desurdis y fussent mis entire- 
ment. Chu fut l'an de grasce M CGC LXXIIIl, en mois de marche, le promier 
jour '. 



* AlcunemerU. Ibid* 

' £t le» getlerons de lot costeê, frais, despens ne 
damaiges. Ibid. 

' Il y aurait beaucoup à dire sur ces Paix des 
XXII renouvelées par Jean de Heinsberg. Forcé 
de m*ezpliqucr à ce sujet dans une note, je vais 
résumer, avec toute la concision possible, les prin- 
cipales observations que suggèrent ces importants 
documents. 

L'ordre suivi par Jean de Stavelot est différent 
de eelui que Louvrex a adopté. Se fiant à des pa- 
villards fautifs, Louvrex qualifie Paix deuxième 
des XXII y celle qui est relative au meurtre de Jean 



de Harchies, bourgmestre de Thuin. Il suffit de 
lire cette charte, et de la comparer avec celle que 
Louvrex qualifie Première paix des XX! i y pour 
reconnaître Terreur du jurisconsulte liégeois, puis- 
que celle à laquelle il donne la priorité parle du 
tribunal des XXII comme d'une institution déjà 
existante. A cet égard, il ne peut y avoir de doute, 
et je me contenterai d'ajouter à ce qui précède, 
que mon opinion est celle de Chapeaville (III, 25), 
de Fisen (II, 127) et de Villenfagne (Recherches 
sur VhUtoire de Liège, II, 366). 

Mais si cette question n'est pas douteuse, il en 
est différemment de celle qui cancerae la date. La 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



181 



» Comme nous^ Johans de Heinsbech, evesque de Liège et conte de Louz, MAnseigaeur joiiansde 

1 •*. • I j-4 • j vvf¥ • 1 • J I '4 i. Hein8t)ech , del paix 

devant nommeit, qm ledit paix des A Ail , pair le manire que declareit est dez xxii. 
chi-devant) avons awec les trois estas de nostre pays refourmeis et remises 
sus, affin que d'hors en avant tant mies et plus deutement elle puisse 
yestre exersée, pair manire de déclaration et reformation y avons encors 
adjosteit les trois poins et artycles chi-apres ensiwant. Premiers que cheaz 
qui à cheli oflSches des XXII seiront ordineis et institueis, délie queile »-•?'««»••' ï»»"*- 
membre que che soit, soient tenus délie jureir à leur institutions et 
fâchent seriment sollempne, por cheli offiches avoir, iih n'auront don- 
nait ne promis, donront ne prometteront, par eaux ne pair aultruy, en 
secreit ne en apert, llll deniers ne le valhant, ne biensfais queileconques. 
— Item, que cheazqui enssi seiront commis auldit offiches soient gens saiges, ^oi- **y ^* 
3achains le loy, ydones, suffissans, leisechaibles * et vivans de leurs renies l* .econ poios. 



paii, donnée avec raison par notre chroniqueur 
comme la première, porte dans sa chronique la 
date du S décembre 1375. L'année 4376, donnée 
par le pavillard n« 255 , est évidemment une er- 
reur, et je oe Tai trouvée nulle part ailleurs. Je 
citerai notamment trois autres pavillards de la 
même époque, appartenant, comme le précédent, 
au dépôt des archives de la province de Liège 
(o** SSO, 354 et 253); ils assignent au document 
la date adoptée par Jean de Stavelot. 

Une troisième date : 1374, figure dans un vo- 
lume manuscrit (livre III, n* 415) du château de 
Betau, contenant une précieuse analyse du cartu- 
iaire de Saint-Lambert, faite au XVII* siècle, par 
le chanoine de Hinnisdael. Je dois d'abord faire 
remarquer que la pièce ne se trouvait dans les 
archives de cette église, ni en original, ni même 
en copie : Littera originaUs Uthu pacù non est in 
capHê, née eiiam copia. Ce sont les termes dont se 
sert Tannaliste, qui, adoptant aussi le 2 décembre, 
aura peutrétre laissé tomber de sa plume 1374 
pour 1373. En tout cas, il est permis de contester 
Texaetitade d'une date fournie par un auteur qui 
n'avait sous les yeux ni original ni copie, et qui 
se donne un démenti & lui-même. En efiet, deux 
numéros plus loin (417), l'annaliste, rappelant 
la 2« paix des XXII, lui assigne, comme Jean de 



Stavelot, la date du 1'' mars 4373, et la fait ainsi 
plus vieille que la première. 

Mais, en admettant les dates de notre chroni- 
queur, une autre difficulté se présente. Si cette 
date du 1*' mars 1373 est exacte, comment la 
concilier avec celle du 2 décembre de cette même 
année , assignée à la première paix des XXII par 
Jean de Stavelot et la plupart des pavillards? Pour 
cela, je ne vob qu'un moyen. Macs n*est pas tou- 
jours vpou avant décembre. Â Liège , quoiqu'en 
dise Foullon, il paraît qu'à cette époque l'année 
commençait encore à Pâques. Dans cette hypo- 
thèse, 4374 commençant le 2 avril, le 4^ mar? 
appartenait à 4373» Jean de Stavelot, écrivant 
dans un siècle où le nouveau mode de computer le 
temps avait prévalu, l'aura appliqué à la date de 
la deuxième paix des XXII , et le chanoine de 
Hinnisdael, travaillant cette fois sur l'original, se 
sera contenté de copier la daté qu'il avait sous les 
yeux. 

* Item nous, etc. Pavillard n« 255. 

* Le continuateur de Ducange(v« ree), citant 
cette disposition, écrii reseehabhif et donne à ce 
mot le sens de riches. Je dois dire que UQtre chro- 
niqueur a écrit fort lisiblement leisechaibtet , ou. 
peut-être krsechaibles. 



l 



182 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

ou de leur loiaul marchandieses , par especial teils gens cuy ilh ne con- 

vengne mie wangnier par labeur leurs journées por eaux à governeir *. 

LeiuepoiDs. — Item, et que lesdis XXII cheàux qui ordineit seiront départ nostredit 

citeit et bonnes vilhes , soient esleus enssi pair le manière que ons faisoit 
anchienement en temps que ladit paix fut premiers ordinée et faite, et non 
pair suyte des mestiers, com ons les faisoit derainement. Et, partant que 
toutes ches chouses pair chi-deseur escript, deviseez et declareez, et chas- 
con d'elles enssi pair nous l'evesque ottryés, rendues et concedeez, sicom 
dit est, soient tenues et gardées perpetuelment^ nos avons à chestz pré- 
sentes lettres fait mettre et appendre nostre seal , et prions et requérons à 
vénérables nous tres-chiers et ameis confrères , doien et capitle de nostre 
•englieze de Liège, et à nos chiers et biens ameis les nobles, banereches, che- 
valiers et eskuwiers, et oussi à nos chiers et bien ameis les maistres, jureis, 
governeurs, conselhe et universiteit de nostre citeit de Liège et de nos 
bonnes vilhes de Huy, de Dynant, de Tongre, de Sains-Tron, de Fosse, 
de Tuwin, de Louz et de Hasselt, que ilh et chascon d'eaux, qui pair ches 
causes par pluseurs fois ont esteit ensemble, et par cuy advis, ottroy, con- 
selhe et délibération nous avons les chouses desusdit faites, ordineez et 
concedeez volentiers, et, ycelles * ratifiant et approvant, mettre et appendre 
leurs saels à ches présentes lettres awec le nostre, en cognissanche de veri- 
teit. Et nos ly doien, les archidyakes et tout li capitle del grant englieze 
de Liège, le grant sael de ladit englieze, Evriart de la Marche sangneur 
d'Arbergh et de Nuef-Chasteal, Gerart de Havereche sangneur de Seraing, 
Johans sires de Perweis et d'Oxhem, Johan de Sconnevorst borgrave de 
Monjoie et sires de Dypenberke, Baldewin sires de Mon jardin, et Adam 
sires d'Uppey et de Herstat, pour nos et pour tous les aultres nobles, ba- 
nereches , chevaliers et escuwiers de pays de Liège et de Louz , et à leurs 
proiier et requestes, nous seaulz, les maistres, jureis, governeurs, con- 
selhe et universiteit délie citeit de Liège et des bonnes vilhes de Huy, de 
Dynant, de Tongre, de Sains-Tron, de Fosse, de Tuwin, de Louz, de 
Hasselt, pour nos et pour le common pays délie evesqueit de Liège et 
conteit de Louz, les seauls de la citeit et des bonnes vilhes susdit avons ^ 



* A governeir et sutvivre, Ibid. Dans ce pavil- 
lard Tarticle qui précède vient après le suivant. 



* Concedeez vuelheni , en ycelles. Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 183 

aile requeste de révérend peire en Dieu, nostre tres-chiers et honoreis 
sangneur, monsangneur Johans dq Heynsbecli, par le grasce de Dieu eves* 
que de Liège et conte de Louz , mis et appendus à ches présentes , awec le 
sien, en approbation et confirmation de veriteit des chouses desusdit escrip- 
tes S faites, ordineez et concedeez , délie ottroie, requeste, consent et volen- 
teit de nos et de chascuns de nous. Et por ehu les promettons et avons 
en covent à les tenir et wardeir fermement et entirement , sens enbrisiers 
ne souffrir y estre enfraites en manière aulcunne. Et se aulcuns de nous^ 
saels n'estoit mis à chest présent lettres, nequident nos voilons que ches 
ordinanches vaillent enssi bien , com tous les saels deseùrdis y fuissent mis 
entirement. 

» Chu fut fiait Tan de grasce milh quatre cent et vient. » 

En cel année Waltier Datin, por une grant sunmie d'oir et d'argent, De laitier Datin. 
empêtrait del remanire et d'yestre maire de Liège tout sa vie durant. — 
Et une pau de temps après ledit Waltier fist tant pair sublfliteit, qu'il fut 
esleus à une des XII jugeurs des nobles de paiis de Liège ', combien qu'ilh 
y awist y pluseurs qui mise ' le dévoient yestre, ou pour proismeteit ou 
pour linaige. ' — En cel année envoiat monsangneur Johans de Bealwier 
une lettre aux bons borgois délie citeit de Liège , al cause des XXIIIIc co- 
ronnes de Franche qu'ilh * ly avoit detenut des VI°> * por les frankies qu'ilh 
avoit rendut aux bons borgois de Liège, dont la tenure est teile : — 
« Johans, pair le grasce de Dieu palatin sour le Rien, duc en Bealwir, fils u lettre aue monsân> 
de Henau , de Hollande et de Zelande ^ etc. , faisons savoir à toutes per- fnvorat al eitdtr"''^ 
sonnes, à honoraibles boirgois et bonnes gens délie citeit de Liège, enssi. 
que nos H temps passeit par nostre lettre escript nos avremes et lassiet 
savoir des XXIIII<^ coronnes que Waltier Datin , por le temps de donc sou- 
verain conselhier délie citeit, à ly donneir le nos covienve, anchois que 
aidier nos vosist de avoir certaine summe d argent qui ledit bonne citeit 
premirs nous avoit donneit et redevable en estoit pour certains privileiges 
que à eaux à temps de donc leurs octriames et donnâmes; se tesmongnons 
encors par chest présent et donnons à vos et à tout bonnes personnes cog-- 

* Notre MS. porte : desusdit y estre faites, etc. : ' Mieux. 

ce qui manque de sens. * D^Atin. 

' Juridiction établie par la paix des XXH des ' Voir à ce sujet un passage précédent, p. iùQ:. 

lignages, transcrite plus haut, p. 79. Il doit y avoir, dans celui-ci quelque lacune. 



■ 
■ 
i. 



184 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

noistre ^ assavoir que ledit cas est enssi advenut parelhement que en nostre 
Fol. 41, v«. devanttraines eseript vous avons. Et parlant que entendut avons que ledit 

Waitier doit avoir dit que de ladit summe d argent redevable en estoie^ se 
vous laissons savoir que toute che est sens cause, car nous à temps de donc 
riens à luy ne deviens, ne encor n'estons parelhement, enssi que par plu- 
seurs raisons bien advoirir, se necessiteit le requ.eroit, le volriens. En tes- 
inongne desqueiles chousés si avons nostre seal à cest présent fait mettre. 
Donneit en nostre villie *, le XII"* jour de jenvier l'an M CCCC XX. » — Sour 
le tenure de ladit lettre at eseript monsangneur de Liège ^ aux maistres de 
L« tytie mon&angneur Liegc; ct soic uommoit adouc cu SCS Icttrcs cussi : Johans de Lous, san- 
LouxT *' *"*"'* * gneur de Juley, de Heinsbech et de Lewenberg, et est le sens del t«nure 

deldit lettre : 
De watier Datin. a Honoraiblcs, saiges et especials, etc., enssi com à Liège entreparlant 

de ches XXIIII^^ coronnes départ le maire, sour quoy deray nement nous par- 
tîmes de vos, avons sour che inquis la cleire veriteit à cheaux qui ledit 
argent doienl avoir delivreit, que ledit maire et lesdites XXII 11^ coronnes 
que la citeit de Liège avoit donneit à nostre bien ameit sangneur de Beal- 
wier, por quoy vous plaist solonc che aviseir et ordineir. Dieu soit garde 
de vous, etc. )> — Et pair toutes ches lettres devantdit, qui ont esteit en- 
voiet à monsangneur de Liège et aux maistres délie citeit, onques lydit 
Waitier Datin ne wot rendre lesdites XXIIII^ coronnes, ne por monsan- 
gneur de Liège ne por les maistres delle citeit, ains chaiit encors plus gran- 
dement en avarische, et n'y rewardoit droit ne loy ne seriment qu'ilh 
awist jureit ou fait; car lydis Waitier, com maire commis départ le san- 
gneur, avoit jureit à jvardeir les franchieses, le loy et enssi le paix des 
XVI, ens queiles at certains artycles contenant que une banis ne doit por 
une banissement que XXVIII sols; lydit Waitier at pluseurs fois fait le con- 
traible, car ilh at fait y pluseurs paiier, qui avoient esteit banis, des grandes 
summes de florins, qui estoit contre son seriment, de quoy y pluseurs en 
parloient grandement contre son honneur. — Encor avant de jour en jour 
lidit Waitier, maieur de la citeit de Liège, tenant le governement del citeit 
si grandement que nuls ne le osoit contresteir, lequeis avoit tout la laie 

^ Sic, sans autre désignation. Bavière, mais Jean de Heinsberg. 

^ Ici monsangneur de Liège n'est plus Jean de 



!• 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT, 185 

justiche entre ses mains, ilh avoit jureit à tous faire droit et justiche, cor- 
regier et punier tous malfailteurs venans entres ses mains et puissanche , 
sourtenoit et at sortenut et porteis pluseurs liers ', murdreurs *, mailfailteurs 
publiques et notoires, com ilh at esteit chouse notoire et publique, bien 
proveit et advoiriet. Et premirement ilh est veriteit que lidis Waltier oit 
une liers entres ses mains, atout le larchien, qui en Brabant avoit embleit 
certains plas d'argent environ de XI, lequeile liers ilh laissât escappeir et 
aleir sa voie; mains ilh detinve le larchien, et quant ilh fut fours criieit 
por le plainte qui en fut faite sour luy , ilh en fist restitution à dammoiseal 
à cuy ilh avoient esteU embleis , aile maison Gerart délie M onoie à Sains- 
Servais. — Item, quant la demoiselle de Chenal oit esteit desrobée, ilh lidis 
Watiier lassoit alleir et frequenteir desous sa puissanche les liers publiques 
et notoires, qui ledit larchin avoient fait et perpetreit, et qui meismes 
avoient en partiie dédit lairchin reporteit entres ses mains ; et quant lydit 
Waltier entendit que falme en couroit aulcunnement, et que la citeit en 
savoit parleir, ilh cognut toute publement que aulcun chouse l'en avoit 
esteit aporteit, mains ilh Tavoit rendut et relivréit à monsangneur. — Item 
enssi ilh portoit et obtenoit Radelet, qui estoit varlet et serviteurs à ly, por- 
tans ses draps et livreis , qui de pluseurs grans et énormes excès , de cas de 
crymes et fais celeis estoit enculpeis, et enssi pluseurs aultres qui estoient 
de mais nom et de mais faymes » et fuit depuis lidit Radelet justichiiés par 
loy com mailfaiteur. — Et encors avoit lidit Waltiier uns aultre usaige 
pour tenire y pluseurs en sa subjeetion : ilh avoit grande nombre de bor- 
g<ns fait avoir en couvent et creanteir à luy, quant ilh avoient faite aile 
partie et à sangneur, lidit Waltier n'estoit nient content s'ilh ne soy obli- 
goient envers ly de voies de oultre-meire ou de Sains-Jaque ou d'aultre 
pari, et de chu les faisoit obligier par sa common justiche meismes. — Et 
fioablement ilh fist pluseurs aultres énormes excès pair ly perpetreis , assa- 
voir de vendre la loy et la justiche, existemeur et rancheneur de gens à 
défait ' et de volenteit , contre droit, loy et justiche, qui jureit avoit sorlonc 
lecontennt de pluseurs plaintes, assavoir entre L ou LX plaintes, contre Poi.is,?*. 
Iny ly faite et oultrelivrées pair pluseurs partiies. — Encors ne ly soufiist 

' Larrons* ■ Si cMuit par erreur pour à d^ait, cela pour- 

' Homicides. rait signifier tn/iMtomen/. 

u 



186 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

pas mie de tant des inconvenienches à faire contre les borgois et aultres 
gens seculeirs, mains ilh soy levât contre pluseurs englieses et les fist mult 
grant displaisanches et damaiges , et pair espechials contre les tresfonsiers 
de paiis le sangneur de Sains-Lambert, et flst par II fois sereir ^ tous les 
mestiers sour eaux, et les awist affameit s'ilh powist. Mains quant Dieu veit 
chu , ilh ne povet plus porteir son grant orguelhe , car ilh suffrit qu'ilh li 
avient tant de contraires que ses sangneurs et l'engliese qu'ilh devoit seirvir 

Del déjection Watiier ct honuercir cu rcmauit en paix. — Et premier ilh entreprist une champ 

contre Johans de Bernalmont, dequeile nos parlerons chi-apres, et puis fut 
banis hours de paiis de Liège, et perdit toutes ses offiches et ses biens 
qu'ilh avoit en paiis de Liège, et nient seulement luy tou seule, mains 
grant nombre de ses amis awec. Chu que nous avons chi dit n'avient mie 
tout en une année , mains nous l'avons chy mis en ordine , pour une pau 
mies entendre porquoy ilh fut banis. Revenant à nostre mateire : — Item 

Li pape piredei Lune eu ccl anuéc H papc Pire del Lune morit en Aragon, et, après son dechesse, 

les cardinals qui estoient de son opinion revinrent aile obedienche de pape 
Martin de Romme, lesqueis de là en avant perseveront en bien. Et adonc 

Des maistres de Liège, remauit H papc Martin tou seule pape. — Item en celle année issirent, le 

nut le Sains- Jaque, fours délie maistrie de Liège Fastré Baré et Franchen 
de Biersés, et le jour le Sains-Jaque furent refais novealz maistres de Liège 
Wilhemme Datin * et Engebier de Harstat. 

xiin«xxL L'ain M CCCC et XXI, en mois de jenvier, ly conte de Meurs, monsan- 

Dei sangneurs qni fu- gueur Johaus dc Hcinsbcch, peire à monsangneur l'evesque de Liège, et 
n prisa nis e. ^^^ ^^ ^^^ g^^ ^^ j^ damseal de Buren et pluseurs aultres nobles gens 

d armes, à mandement monsangneur Johans duc de Brabant et qui awec 
luy estoient, quant ilhs vinrent à Bruxelle, ilhs furent pris et détenus et 
mis longtemps elle novelle prison dedens Bruselle, où ilhs furent longe 
temps en grant dobte de leurs corps por le peuple de Bruselle. Et nient 
longtemps après y pluseurs nobles chevaliers et gens d armes et des esque- 
vins, et pluseurs aultres delledit vilhe furent lamentablement decoUeis, et 
puis après monsangneur de Heinsbech, pour l'amour et por le porcache de 

* Fermer. Défendre aux métiers de vendre à * Frère de H^aUAter on, pour employer la forme 

une catégorie de citoyens, c'était ce qui rempla- populaire, Wathieud'Atin, 
çait à Liège Vinterdictio ignis et oçuoe des Romains. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. Ig7 

son fis levesque de Liège, ilh fut lassiet hours de prison, sour son foid de 
iuy à relivreir tout fois qu'ilh sieroit à chu sommont; mais onques depuis 
ilh n'y r'allat. — Item, en celle année, le XXI™« jour de may, Henri le roy 
d'Engleterre esposat Katherine, la filhe le roy Karle de Franche. 

En chi temporal et par pluseurs années chi-devant regnoit uns lamen- 
taible et doloreux heresiez en le royalme de Boeme, et par especial en la Det hérétiques de bo. 
citeit de Praigue. Ilh y avoit IIII manières de gens : premiers ilh y avoit 
des bons cristiens, et cheaux avoient une tres-noble et puissans chevalier à 
capitaine, qui soy faisoit appelleir monsangneur baro de Raelborch, lyqueis 
avoit asseis près de Praige VI chasteals moult fors et garnis et porveus de 
toutes necessiteis. Chis emportoit les reliques dePrage en * sa. garde, et sour- 
tenoit et defendoit toutes les personnes biens creans en Dieu. — Les aultres 
trois manières estoient hérétiques, et les nommoit-ons Wiclistin, Husis- 
tio et Orphanistin. Cheauz avoient une capitaine qui estoit appelleis Pro- 
chobius, lyqueis estoit tant redobteit et puissans, qu'ilh n'avoit si gran 
sangneur pair tout ledit royalme qui oisast dire ou faire contre sa volenteit. 
Ches hérétiques une pau chi-devant envoiont II mult grans ders de leurs 
sectes à concilhe de Constanche : ly I fut nommeis Jérôme, chis fut de 
l'ordene de prêcheurs, qui estoit mult grans et subtils clers; et ly aultre 
fut appelleis Jobans Hus , chis estoit juriste. Lesqueiles furent convencus dou hérétiques furent 
et condampneis com hérétiques, et finablement ilhs furent ars tout en *^^^'' 
cendres. — Ly devantdit Prochobius, awec ses aultres gens , destruirent et Le> hérétiques de Prage 
ardirent les nobles englieses coUegiauls qui estoient en la citeit de Prage , 
et asseis longe par defours tout altour , et par especiaul toutes Tes monasters 
d'hommes et de femmes , et prendoient et approprioient tous leurs biens et 
leurs rentes à eaux; et tous religieux qu'ilh poioient attenir, y les ochioient 
ou les ardoient, et faisoient tant de mais, chesdis renoiés cristins, que nuls 
sarazins ne poroient plus faire. — Porquen ly pape Martin envoiat une 
ligault pair tout AUemanffne et Germanie prechier la crois , liqueis fut Ly cardinal de piai- 

Il • 1 f 11 Tfci • I t • »• ivvtii» aanche vient à Liège 

appelleis ly cardinal de Plaisanche , lyqueis entrât en Liège le aaIII'''® jour . prechierUerois cou- 
de mois de junne. Et allât monsangneur de Liège awec les englieses al 
encontre de Iuy à procession jusques à la porte Sains-Linart % lyqueis car- 
dinal avoit en sa compangnie bien XLH tout de une livrée; et vient mon- 

* Ei dans le MS. " Forme wallonne de Léonard. 



188 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

sangneur de Liège à piet deleis ledit cardinal , et H baisât le piet, prist son 
cheval pair le frain, et l'enriynat jusques elle engliese Sains-Lambert^ où ilh 

Fol. 45, ▼•. fist devoltement son orison devant le grant aulteit. — Item , le XXVI°'« jour 

dédit mois , elle presenche dédit legault fut chanteit une speciaul messe à 
Sains-Lambert, et après ladit messe par maistre Gerart Rondeal, canoyne 
de Liège , fut precbiet et denonchiet de prendre la crois. 

L'an Xlin^ et XXI monsangneur Johans de Louz, evesque de Liège, le 

Monsan^neur pri»t la premier jour d'awost, prist le crois sour ses espalles et pluseurs aultres 
v7n Bdieme!^^^** awcc ly , après la spechiaul messe qui fut chantée à Sains-Lambert, et ledit 

jour meismes ilh soie partit de Liège awec ses gens qui adonc deleis luy 
estoient, et allont logier la premier nut à Melen ^ Et quant monsangneur 
yssit de Liège, mesires Adam d'Oppey, chevalier, portoit son pennecheaul. 
Et lendemain ilh soie partirent et allont logier à Eswilre \ qui estoit à dam- 
moiseal Franbrach de Vergille, lyqueis fut de donc en avant mariscal à 
monsangneur de Liège , et prist le pengneceal monsangneur et le chargat à 
porteir son frère Balduwien de Vergille, qui estoit uns bons sens paouret 
de grant coraige, et le portât tout l'oust durant. — Et sachiés que tousjours 
accressoit li oust monsangneur de Liège, enssi bien de piétons com de gens 
d'armes. Et quant monsangneur de Liège fut venus à Collongne awec ses 
gens, ilh fut mult honorablement recheus délie archevesque, et anchois 

Monsangneur d« Liège qu'ilh soic parlisscut de Collonguc, ilh furent d'acors del alleir tous en- 

s'acompangnata l'a^ ■ ■ 19 ■' m * c "ii â* û. * é. 

eheTetque de Co^ scmblc 1 uuc awcc 1 autrc cussi com confrères, com ilh usent; mains tous- 
oDgne. jours preudroieut les Liegois logiches et plaiches pour eaux, combien que 

ensemble chevalchassent. Et fisent les II dis sangneurs Mt à Collongne 
vestimens semblans , et furent II jakes de cuer vermelhe mult sueis * et bien 
odorans. Et enchevalchont enssi lesdis sangneurs vers Bohême. — Et vient 
encor en leur compangnie li conte de Ravenberch , qui estoit frère à duc 
Lei sangneurs qui s'a- dc Mout, ct Ic lamdccommaudeur * que ons dist le sangnour des Jons, qui 
n^L'^p^eurs.*^^ avoit h^mois tous vermelhe; mains quant ilh chevalchoit sens armes, ilh 

portoit deseur une blan manteile I noire crois en sa potrine. Et chevalcha- 
rent enssi tous ensemble, li une awec l'autre, tout oultre le paiis de Wasse- 

* Sans doute Melin, dans le pays de Hervé. fort, avec le sens de doux, par conséquent souph. 

* Esehweiler? * Le mot landmeitter était usité dans Tordre 
■ Saueii en wallon signifie sec, CesX plus proba- teutonique; mais il s'agit ici d'un templier. 

blement ici laforme souef, qu-on trouve dans Roque- 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 489 

faute * et ouUre les bonnes vilhes de paiis de Brehengne \ jusques en la terre 
des annemis , tant qu'ilh vinrent à Eger % qui est une belle vilhe fermée et 
notaible. Et là furent les oust des devantdis IIII sangneurs logiés aux 
champs et aux viihaiges là entour , car trop gran peuple estoit logiet dedens 
laditvilhe d'Egei^de pluseurs aultres grans sangneurs, qui enssi s'en alloient 
pair devers Prage; car par tôt cristiniteit estoit fait li commandement de- La sancneun qui pri> 
part le pape de Romme, et y avoit mult de nobles prinches et de grans Praiou. 
sangnenrs. Et tinrent tous les sangneurs délie Rien en ladit vilhe leur par- 
lement; et ott là tant de nobles gens, que nuls ne les poroit anombreir, 
sens les aultres grans sangneurs qui estoient encors altrepart ; et covient là 
demoreir tant que ons sav^ist leurs intentions là où ilh vorroient alleir. — 
Et quant ilh forent bien conselhiet, ilh soy partirent elle fin de mois 
d'awost, et chevalcharent tondis les IIII devantdis sangneurs ensembles 
awec leurs gens d'armes et de piet. Et avoient lesdis IIII sangneurs belle 
compangnie et notable et gens de fais et entreprendans , com vos oreis chi- 
apres. — Ors laray de chu une pau esteir, jusqu'à tant que je aray parleit 
des aultres nobles sangneurs qui n'estoient mie à reprendre, ains estoient 
tous notaubles, gentis et valhans. Uh y estoit ly gran oust délie noble che- 
valerie de Prusse, et en avoit awec eauz grandement plus qu'en Prusse 
n'en avoit; et y fut le markegreave de Miesse % le marchis de Brandeborch , 
le duc Loys de Heldeberch, le duc Loys de Bealwier, et tous les sangneurs 
qui estoient desous leurs dominations; et tos les sangneurs qui estoient 
delà le Rien, com ly archevesque de Trieve, de Maienche, de Spire, de 
Muster, de Vorume et tant d'aultres qu'a mervelhe. Et vinrent encor awec 
eheaz de Collongne et les Liegois , lez Flamens , Brabenchons, Hannewiers , 
Namurois, cheaz de JuUey, Geldrois, Cleves, Hollande, Selande et Friese, 
et tant d'aultres gens awec les aultres sangneurs que tout la terve e&toit 
eoverte. Et avoient tant de cherois que che estoit une grande hisdeur à 
veioir. Et quant ons vient à la rivier d'Eger % ilh y covient faire une point 
de naves, et fut à chu commis ly archevesque de Trieve; et quant ly point 
fut fais, ilhs misent bien trois jours anchois qu'ilh fussent tous passeis. Et 

* WutphaUej sans doute. * Misnie. 

* La Bavière, en allemand Bakmt * Il s'agit ici, comme on Ta vu plas haut, de la. 

* Ville de Bohème, sur la rivière du même nom rivière de ce nom qui se jette dans PElbe.. 
qiii se jette dans FElbe. 



190 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

disoient y pluseurs, se lesdis cherois fassent tous aroteis * l'une après l'autre 
et tous près, que ilhs tenroient bien X liewes et plus. — De tous ches san- 
gneurs et charois nos tairons, si revenrons à rarchevesque de CoUongne, 
à levesque de Liège , à conte de Ravenberch et à lamdcommandeur , qui 
tousjours soie tenoient ensemble eaux et leurs gens, et point ne soie depar- 
toient li uns de l'autre. Et allont si avant, qu'ilh vinrent logier al dierain 
vilhe des cristiens, laquelle ons nommoit Slacwert*; et de là soie partirent 

Fol. 46, v, qi entront aile terre de leurs anemis , assavoir de renoiées cristiens et héré- 

tiques; et estoit tous li plas paiis wauge et wendiés, car les gens s'en 
estoient tous enfuys aux bonnes vilhes et aux fortereches; mains tout li 

cacheneibooche. ^^^^ estoit si plaius dc tous bieus, que che estoit une grant bealteit à veioir. 

— Et si vos dis que, à II liewes près de Slacwert devantdit, avoit la plus fort 
vilhe et fortereche de monde, et estoit nommée Cachenelbonche ', et n'y at 
que une entrée, et siiet de tous costeis mervelheusement hault, et avoit 
dedens une beal et notaible chasteal, où ilh avoit sens nombre de beaux 
pomeals doreis. — Ors vos diray comment lesdis sangneurs soie mentirent' 
en terres de leurs anemis et mescreans, quant ilh furent tous assembleis, 
li une dechà et les aultres delà , caschon avoit des w^alles ' de feux , et 
boutarent les feux partout, dedens les maisons, les xhures * et ai^ltrepart où 
ilh veioient habitations ou demoraiges de gens. Et logarent là en une vilhe 
lin jours, por r'atendre les charois qui passeir ne poioient sitost à point 
devantdit; et en ceste vilhe ilh orent grant default de vitalhe, qui estoient 
sour leurs cherois. — Et quant ilh furent tos passeis, se soie partirent et 
alerent avant, et troverent oussi beal paiis que ons saroit troveir en Hesbay, 
et estoient les champs tous coviers de bleis mieses en tausseis et en hon- 
gnetes \ Et puis ilhs vinrent devant une fortereche où ilh estoit sus fuys une 
quantité des gens qui estoient hérétiques et mescreans, lesqueis avoient 
pris de nos bons cristiens, et coupeit pies et mains et jetteis en leurs fosseis; 

' C*est-à-dire placés. à la suite Tun de Tautre. ' Graoges. Grandgagnage , y^ Heure» 

V. Grandgagaage, y^ Arote. ' Expressions encore usitées en wallon. Nos 

* Sans doute Schlackenwerth. campagnards appellent hognettes les javelles ou 

* Katzenellenbogen. ^ poignées de grain fauché que Ton met debout pour 
^ NVt-on pas dans ce mot omis un n, et ne sécher les épis avant de former la gerbe. Les taus^ 

faut il pas lire mentinrent? teis désignent les dizeaux ou gerbes réunies par 

' Encore une expression wallonne qui signifie dix et placées aussi debout Tune contre Tautre. 
'torche 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. m 

mains ilh le «omparont chierement. — Et à prendre * le siège devant ledit 

casteal ilh awissent volentier greveis nos bons cristiens, mains nostre sires 

Dieu estoit garde de ses bons amis , car onques ne nos ' grevarent ; et soie 

awissent volentier rendus salveit corps et avoirs, mains à chu ne soie 

voirentmie assentir les sangneurs, car ilhs les voloient avoir à leur volen- 

tait, el adonc li capitaine de casteal, qui estoit nommeit Kado, fist la res- 

ponse à ses gens. Et cest nut fut mult bien gaitiet que nuls n'en fuist, et y 

faisoient les Liegois mult de hustins. — Et lendemain , quant une bom* 

barde fat trait qui trawat le mure de casteal, ly capitaine traitiat teilement 

que, ly salveit et VI altres awec, ilh rendit la fortereche de Kado. Et adonc Kado fut rendue. 

furent pair notaible cleir,qui estoit à l'archevesque de CoUongne, examineis 

cheaux qui furent troveis en ladit fortereche, et en fut 1111" et IllI troveis iiiixiatiiiiiDescreans 

qui estoient de mal creanche, et furent tous ochis. Adonc les sangneurs [«lîde^^do'!'' ''^"''' 

départirent entres eaux chu qu'ilh trovont en ladit fortereche; ilh y avoit 

grant avoir, car toutes les gens de paiis de là altour y avoient enporteis tous 

leurs avoirs. — Après ilhs soy partirent et alerent avant, tout exiliant ^ et 

ardant le paiis à diestre et à seniestre, com gens enchairneis * sour mescreans 

et qui riens ne redobtoient; et allont logier deleis les altres sangneurs qui 

logoient sour une grant Ihier deseur la rivier d'Ëger. Et asseis près de là, 

à II liewes près , seioit I bonne vilhe fermée , laqueile ne savoient point 

les mi sangneurs deseurdis , car ilh le fussent alleis assegier ; et là vinrent 

logier tous les sangneurs delà Rien, et les aultres sangneurs gisoient à 

1 autre costeit : ly marchegrave de Miese, le marchi de Brandeborch, li duc 

Loys de Bealwier et tous les aultres sangneurs qui awec eaux estoient, 

dont ilh estoit sens nombre. Et entremetant que là gisoient, weudarent 

tous cheaux délie dit vilhe, et en allèrent et enportarent le leur, car nuUus 

ne les defendoit. — Et quant ilh furent départis de là, ilh alerent mettre le 

siège pardevant une grant vilhe fermée qui estoit nommée Soulche '^; et de- Desiefe deSoukhe. 

vaut ladit vilhe avoit sens nombre de gens de tous paiis, et y avoit tant de 

tentes et de pavelhons tendus que, quant ons les veioit de longe enssi que 

de demée liewe, ilh sembloit que che fust une mult grant citeit; che estoit 

' Prendre pour entreprendre, empêcher. * Incarné n'aurait pas ici de sens, et il faut plu- 

* Ce mot semble indiquer que notre chroni- tôt supposer que Jean de Stavelot aura voulu à. 
^oeur faisait partie de Texpëdition. enchaiméê donner la signification de acharnés.. 

* Noos ayons dijà rencontré ce mot. ' Saatz sur TÉger. 



l 



i92 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

une mervelheux chouse de chu à veioir. Et avoit en chely oust pluseurs 
grans marchiés par devant les tentes des grans sangneurs , à belles tavernes 
qui vendoient de toutes tiers * de vin et de toutes manières de vitalhes ; et 
de telles marchiefs en y avoit plus de X en che oust, et leurs venoit tous* 
jours de quant qu'ilh les besongnoit, car li sauf-conduit y estoit crieis por 
venir et alleir salvement tous cristiens, eaux et leurs denreis. — Et furent 
assies les bombardes por traire en la vilhe, lesquelles trairent tout oultres 
les mures , si que ons veioit bien les trais que les bombardes faisoient. Et 
alloient les Liegois tous les jours skermuchier à eaux en une vallée asseîs 
près de la rivier, deleis I moulin là tous les jours cheaz de la vilhe venoient 
moure; et leur wangnont les Liegois et conquirent de leurs grans, etardi- 

Fol. 46, r^. r^Qt ie(}jt molin , et esteperent * toutes les vingnes dont ilh en- estoit grant 

planteit. — Et sachiés que eheaux de la vilhe de Soulche estoient tous- 
jours par delà la rivier, car nul siège n'y avoit; et parloieat aux conselhes des 
grans sangnours , et là fut tellement parleit que ly duc Loys de Bealwier 
dest aux sangneurs qui là estoient , que la vilhe devant cuy ons faisoit le 
siège avoit esteit de temps passeit à ses ancesseurs, et se ons le gangnoit^ 
ilh voloit qu'ilh li fust rendue, car ilh apartenoit à luy, et se che non, ilh 
prendroit la guerre awec ses aidans contre eheaux qui voroient faire le 
contraire. — Etadonc ly èmperere envoiat lettres à tous les sangneurs qui 
là estoient, qu'ilh ly desplaisoit qu'ilh ly ardoient et destruoient enssi son 
paiis; s'ilh y avoit des malscreans , ilh les corregeroit bien sens eaux. QuanI 

Cornent les sangneurs Icsdis saugucurs vcircnt Ic graut discord qui poroit advenir entre eaux , et 
MUS riens on pau qu'ilh dcsplalsolt à l'empererc chu que li pape les avoit commandeit, ilh 

soie départirent tous , et en r'allat chascon en son paiis. Et revient raonsan*- 
gneur à Liège aile Toussains , et à sa revenue la clergerie donnât à mon- 
sangneur une grant summe d'argent. — Ors est-ilh temps que je vos ' die 
une aultre adventure que, en temps que monsangneur de Liège revient de 
Praige , avint. Ilh resovient adonc aux amis de monsangneur Johans de 
Wallenroide, qui jadit avoit esteit evesque de Liège, de che que en dit paiis 
ons leur avoit fait et leur estoit advenus, com dit est ehi-^devant. Ilh sa- 
voient bien que monsangneur de Liège et pluseurs Liegois estoient awec 

> Mot d'origine thioiae et signifiant jorfe. > Vie par erreur dans le MS^ 

* Arracher. Esterper dans Roquefort. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 193 

les aultres sangneurs en Bohemme^ et de leur retournement savoient la 
iH>velle; et fissent I enbusse por jus jecteir les sackman, chu est à dire les 
devanttrains qui vont faire les porveanches et prendre les hosteis et les 
l^erbeiges. Et avoient fait leur enbusse aile entrée d'on buskaige, tout à plus 
"^ult; mains pair débours^ sour costeit, avoit des croliches % se mestiers 
f^ist délie fuiir^ com ilh fisent; car quant ilhs corirent sus les premiers qui 
^^*oient Liegois^ îlb soie défendirent si bien qu'ilh les covient lassier la lïmou gangnont u 
P ^iche, et s'enfuirent devers les croliches. Et Johans d'Oudeur, natureis 
ttere à monsangneur d'Oudeur, les resùirent si valhamment et si près, qu'ilh 
en prisent trois, et y perdirent pluseurs chevals, et emenarent leurs pri- 
sonniers awec eaux, et logarent celje nut en une bonne ville ferAiée, et al 
matinée quant ilh se dévoient départir, ilh leur falloit délivrer leurs pri- 
sonniers par forche, où lesdits prisonnirs furent mis à mort; dont les Lie- 
gois vowissent qu'ilh les awissent lassiet escapeir. 

Et partant que nos avons chi-dévant tant pairleit des Prailois \ se vos en 
dirons la conclusion. Quant lesdis sangneurs soie furent départis de Bo- l.» conclusion quiih 

1 ii-i- 5- ..,. «v»"* *** cbeau» de 

berne , oncques lesdis hérétiques %i mescreans n avoient esteis si malvais et P^age. 
nWoient fait tant de crueux occhisions des cristins qu'ilh fisent après. Por 
quoy Dieu ne le wot plus souffrir, et fut ledit chevalier Baro, qui avoit VI 
mult fors casteals deleis Praige, teilement espireit qu'ilh mandat en secreit 
à Albert le duc d'Ostriche qu'ilh venist atout sa^ puissanche, et soie enbus- 
sasten telle bois, et ilh le fistenssi. En chi temporale Prochobius, li capi- 
taine des Prailois hérétiques , awec XII™ malvais renoiiés cristiens faisoient 
siège, V ains après larevenuewe des devantdis sangneurs, devant une mult 
forte vilhe fermée à V liwez près de Prage , et y avoient esteit longtemps. — 
Quant monsangneur Baro soit la venuwe de devantdit duc d'Ostriche , ilh 
assemblât toutes ses gens d'armes et tous ses amis qu'ilh pot avoir là entour, 
et tout emmy le jour vient à ferant à cheval de sporonc ' dedens la citeit 
' délie viilhe * Praige awec ses gens, et ochirent hommes, femmes et enfans 
qui estoient elle dit citeit, et le gangnat à sa volenteit. Et puis envoiat crier 
en devantdit siège des renoiiés hérétiques , que la citeit de Praige estoit 
gangneit, et hommes, femmes et enfans mis à l'espée. — Adonc Prochobius 

' Marais. Crolizâstïïa Roquefort. ' On doit probablement lire : à cheval à ferant 

' Et mieux Praijoiêj un des partis hussites ap- de sporonc. 
pelé Prager, en allemand. ♦ Vieille. 

25 



iU CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

à toutes ses gens levoit le siège, et vinrent disordinéement acorrant devers 
Prage; mains quant monsangneur Baro les veiit enssi venir, ilh yssit fours 
del citeit et le corit sus gentilhement, et ly duc d'Ostriche qui estoit enbus- 
siiet vient avant et le corit sus par derier. Et là les encloirent lesdis H san- 
gneurs avisée leurs aidans, et durât la batailhe de IX heure al matinée 
jusques à VII heurs al vesprée, et là furent ochis lesdis mescreans héréti- 
ques. Quant la victoir fut nunchiet à pape, ilh en rendit grasche à Dieu pair 
specials messes et grandes processions, et puis ilh envoiat des grans clers 
prechier en ladit royalme à peuple qui estoient remanus en vie, et puis 
refurent biencreans en Dieu. — En cel année , le nut le Sains-Jaque, yssi* 

D«imasires. reut four& dclle maistrie de Liège Wilhem Datin et Engelbert, et le jour 

Sains^acque furent refais Fastré Baré et Franchois de Bersés. 

Fol. 47,1*. En cel année, le IX°»« jour d'octembre, fut veyut, environ de VI heures 

aile vesprée, en chiel une blanc crois sor lenglieze Sainte-Crois à Liège, 
et tantoist pau de jours après d'aventure le court loufficial de Liège fut tôt 

Del aywe de Hoyoui à arsc. — Eu ccl aiu , dc mois de décembre le jour del Conception Nostre- 
''^' Dame devant le Noyel, fist Hoyoul à Hu^ grans tourment et damaige; car 

ilh cressit sy grandement qu'ilh fut sour le peiron en marchiet IIII greis 
hault. Et s'en allât pair les favarges * en Gonhiruwe \ et de là entrat-ilh en 
Mouse, et sens chongier ^ ilh emplit tous les celiers de Bolengierruwe \ et 
desous le chasteal à Tresy fist-ilh à vin grant despy; car ly ayewe ' soie 
melat awec, dont les maistres y cirent damaige; et si combrisat tous les 
poins de Chanal dechi Tamont ', et pluseurs maisons et bresines emenat, et 
pluseurs toneals defonsat; et en la maison Giele de Fanchon entrât à costeit 
d'amont, et fist laens grant hustin , car ilh defonsat les toneals à vin; et soy 
noiat l'ayné Johans Burin ; et se combriesat tous les molin et les vassials 
en quen ons tint. A Sains-Remy en trésorier ' là fist Hoyoul grant destou* 
blier, car ilh moilhat les aournemens et les psallier *, et tous les sièges wolt 

Ml y a encore aujourd'hui à Hay une rue aiwe, eau. 
fmtarge. * Il s*agit probablement ici des ponts qui pa- 

' C'est ce qu'on appelle aujourd'hui VAplé, mot raissent en effet avoir été fort nombreux dans la 

qui, à Namur, désigne le marché aux poissons. partie de la ville que parcourt le Hoyoux, avant 

' Sic. N'est-ce pas plutôt dongier ou dangier, de se jeter dans la Meuse, 
retard? ' La trésorerie de saint Remy est encore bien 

* Actuellement rue des Rôtisseurs, connue à Huy. 

' Encore une nouvelle forme du root aiguë, * Psaltier, sans doute. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 195 

combrisier, et s'emynat vans et tamis de là les moulniers les avoient mis. 
Loieis en soit ly roy des chiels, car hoQS ne femme ny fut noiiés, et s'en 
y oit en grant perilh qui escappont sens et haitiiés \ 

L'an M CCCG et XXil, en mois de julle, cheaux de Dynant par forche xuiicetxxii. 
toliirent les lettres des pensions que leurs borgois avoient sour leur vilhe ^^lêûrlrd^^'^'peDsi^ 
et les ardirent , et cheaux. qui ne leur voirent donneir leurs lettres ilh les '^^"' 
bannirent. — Et al plainte de cheaux qui eurent enssi perdut leur lettres, 
monsangneur de Liège en huchat G etXLIl de Dynant al anyal de palais *, 
et finablement II por chu en furent en marchiet à Liège decolleis , et après 
X forjugiés, et les aultres por argent s'acordont à monsangneur de Liège. 
— En cel année, le nut le Sains-Jaque, yssirent fours de leurs maistrie de Dex maistreside Li«f e. 
Liège Fastré Baré et Franchen ' de Biersés , et le jour le Sains-Jaque furent 
resleus à maistres Waltier de Fleron et Wilhem Datin. — En cel ain, le 
prei^er jour des advens, les secondars engliezes de Liège cessont de chan- cesse des secondairs 
teir, jusqu'à tant que monsangneur de Liège laissât fours délie tour l'offi- ""^ '^'^' ^ ^^^^' 
ciaale ligement maistre Giele de Gliseur, canoyne de Huy; et durât ladit 
cesse XV jours. 

L'an M GGGG et XXIII, furent certaines refourmations fait après Paske L'an unie et xxiii. 
pair le concilhe provinchiale à GoUongne; et affln que les engliezes de Liège ^eogu^™''^''"'' ^""^ 
ne fussent enbrisiet de leurs franchiezes et liberteis , elles-meismes fisent 
entres eaux certaines reformations qui ne duront mie longement. — En cel 
ain, le nut le Sains-Jaque, issirent fours délie maistrie de Liège Waltier 
de Fleron et Wilhem Datin , et le jour après furent r'esleus à maistres Fastré Des maistres. 
Baré et Giele de Biersés. — En chi temps a vient que Henris de Haledas, 
balhier de Gondros, avoit fait à une de ses sourseans de paiis ranchoneir 
sens cause, dont chis s'en vient deplaindre à cheaz de Huy, lesqueis li 
vorent alleir abatre^sa maison; mains quant ilh entendit chu, ilh s'en allât 
à Huy, et fist là teilement sa paction qu'ilh paiat à eaux une grant summe 
d'ai^ent, por quoy ilh soy apasentont et furent contens. Ors y oit plus fort, 
car chu vient aile cognissanche délie citeit de Liège comment lydis avoit 
fait et s'estoit composeis à cheaux de Huy, et pair cest composition estoit 

' SetM pour MtrM, iouft. Qaant au mot Aatïtei, ' Précédemment, page 17, j'ai eu l'oeeasion de 

il désigne eneore en wallon quelque chose d'ana- parler de la juridiction de VArwMM du palais, 
logue. Voy. Grandgagnage, v* Haiti. ' Plus haut, Franchois. 



196 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Ly maUon Heoris de li faîs Droveit : adoDC cheaux de Liège envoiont de cascon nieslier une 

Haledas fui abatue -•- •- i ■ iiaJ-aja 

lapramier reize des quanliteit de gens awec leurs pengnecheais , et ardirent tout sa maison en 
tùvfe!^^^^^ * *' cendre. Ënssi perdit lidis Heoris sa maison, qu'ilh avoit rachateit à cheauz 

de Huy; je croie bien que point ne li rendirent son argent. Et chu fut ia 
premier reize * que cheaux de Liège fisent depuis la batalhe d'Othey. dont 
ilh avoit XIIII ains passeit quHlh avoit esteit. 

Lanxiiii'eixxiiii. L'aiu XIIIl^ ct XXIIU, Ic XII™« jour de jenvîer, ly duc de Clochiestre, 

frère à roy d'Engleterre, escript à Philippe le duc de Borgongne de cham- 
piere ' à luy ; car lidis duc de Borgongne estoit délie ayuwe ' Johans duc de 

jaket de Henawe fut Brabaut, qui avoit esposée Jaket la filhe et heure le duc Guilheme de Hoi- 
ci^hMtre. ''^ ^ lande et conte de Henawc^ et chi duc de Clochestre, encor viskant le duc 

Johans de Brabant, ilh espousat à femme ladit Jaket. Et por chest cause 
ilh vient en chist année le duc de Clocestre en Hanauwe, où ilh fut à plu- 
seurs rechus com sangneur. Mains finablement, par le puissanche que l^uc 
de Borgongne envoiat à son cusin Johans duc de Brabant awcc les Bra- 

Fol. 47, V. bêchons , li duc de Clocestre en r'allat en Engleterre et lassât le paiis de 

Henauwe, et son espouse Jaket remanil en Henauwe. — En cel ain XIIII^ et 
XXIIII, monsangneur de Liège, Johans de Heinsbech, aile priier des mais- 
très, conselhe et des bons borgois délie vilhe de Tongre, et ousst sur Tes- 

Deiie monastefre des perauchc quc Ics bouncs gcus y aidcroîent aile edifiier et arenteir, lidit 
regu ers a lege. niousaugneur couccdat et son auctoriteit donnât, por augmenteir le seirviche 

de Dieu, que, en lieu où li hospitaule de Tongre estoit, qu'ilh y fcfst edifîiet 
une monasteir de canoynes reguleires , vair salveit que tousjours awist là 
dedenshospitaliteit,enssi comli vénérable sires chevalier Rycaldus l'avoitde 
premier ordineit et edifîiet. Et y fut dedicassiet une capelle Tan M CGCG VI. 
Et en chist année XIIII^ et XXIIII, aile Toussains, y furent mis les premiers 
frères qui estoienl nationeit de Tongre, et dedens pau de temps furent là 
toutes les chou&es bien dispoiseit. Et Tan XIIII^ et XXVI , furent reclouses 
perpetuelement lesdis religieux, solonc les aultres monasteirs delledit 
ordene qui sont elle dyoceise de Liège, solonc le fourme et l'auctoreit et 
l'ordinaire monsangneur de Liège, et délie auctoriteit de générale captile, de 

* Mot directement dérivé de Tallemand et signi- ' Àyuwe, aide, et par extension: parti. Dans 
fiant expédition miliiaire, Voy. Dacange, y« Reisa, la lutte entre Jacqueline et son mari Jean IV, Phi- 

* GomlMittre. On trouve dans les glossaires la lippe le Bon avait embrassé les intérêts de ce der- 
forme champoier, nier. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 197 

Windesin ^ à cuy lidit monasteir fut incorporeit. — En Tan devantdit , le 

XVIme jour de juile, fut fait le novéal régiment de Liège, pour le tres-maul chi fut fait u nomi 

governe qu'ilh avoit elle cileit tant aile loy spirituel com temporeile, et "^*'"*°** ***** 

après ilh fut saeleis et jureis pair les mestiers de Liège; dont le tenure 

s'ensiiet chi-après : 

« En nom de Dieu amen. A tous cheaz qui ches présentes lettres veiront Le copie de noveai 
et oiront , nos Johans de Heinsbech, par le grasce de Dieu evesque de Liège '***'"*°' * '^** 
et conte de Loez, ly vice-doien et capitle de Liège, les maistres et esque- 
vins, jureis, conselhe et toute le universiteit de la citeit de Liège, salut en 
Dieu permanable et cognissanche de veriteit. Savoir faisons que , com nos- 
tredite citeit, qui est de noble et grant fundation , et grandement aournée 
de grans privilèges ' et libertets concedeez par le sains-siege de Romme et le 
sainte-empire, et enssi aient par nos predicesseurs esteit plusieurs ordî- 
nanches et paix faites, en accressant l'honeur, Testât et le paix del citeit et 
des manans et habitans en ycelle, nientmons par petite avertissement de 
temps passeit at esteit et est encor en pluseurs partyes foruseit d'ycelles, et 
teilement que ladit citeit at asseis petis nonie de bonne governe, et, se por- 
veyut n'y estoit, poroit eistre plus dishofdinée; et por chu a contresteir, 
et adfien que les previleiges, franchies, liberteis et paix feites deseurdites 
ne soient' interprétées ne entendues pour faire adreche aux malvais en leurs 
maliscbes, mains por le correction d'yceaulx et 1^'paix des bonnes gens, 
avons slatueit et ordineit , por le reformation et régiment de ladit citeit , les 
chouses qui chi-apres sensiwent, extraites le plus grant partye fours dezdis 
previleiges et paix faites. 

»' Promier, al point des clers et de nombre des procureurs fiscalles délie te point des ders. 
court de Liège et des court dez prevostes et des archidyackes^ et de leurs 
usages et salare, statuons et ordinons qu'ilh en soit fait et useit solon le 
contenure del paix de XVI, touchant à fais des clers, et solon le modifica- 
tion des status délie court fais par l'evesque Adulphe del Marche, et que 
ladit paix, si avant qu'ilh touche les clers et enssi le modification des status 
desenrdis , adfien que chascon pusse savoir chu de quoy ilh soy doit war- 
deir, soient mise en pileir devant le capelle Sains-Materne , en le grant en- 

* Wihdsheim? à coUationner notre texte. 

' Grandi prwikgeê, frankiete et Uberieiz, Pa- ' Ne soieni poni interpreteiz, Ibid.. 
vUIard des archiyes, n« 355, qui nous sert encore 



198 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

glieze de Liège. Et se adyocaux, procureurs, notaires ou aultres en usoient 
aultrement, et que le fait soit proveit, ilhs soient attains de XX florins de 
Rien à payer aile use del fermeteit de Liège , dedens XV jours après chu que 
commandeit ly seirat, sor paine d'excommunication, et que jamais ne pus- 
sent useir de leurdite offîche jusques à tant qu'ilh aroit payet ladit summe. 

^Ven'^lez^ ^"^^^^^ ^° '^ ^^^^ ^ portaut quc ly englieze doit estre manson de paix , et là chascon 

soie doit retraire pasieblement , statuons et ordinons que quiquionques 
ferait fraitien S briserait englieze de forche, touwerat, sticherat ou quasserat 
gens à plaies overtes deserable , ou porterat ou sacherat ' par forche gens 
hours de Tenglieze , qu'ilh soit por ledit meffait envers Dieu et l'englieze , 
voir le faite bien proveit, atains de son honneur; mains qui bateràt ou 
ferat ' aultru par coroche dedens l'englieze , sens sanck ou sens brisure de 
membre, ou faire aitie del porteir * gens four délie englieze où chu seirat 
advenus % à payer sens remission dedens XXX jours après chu que comman- 
deit ly seirat; et à une parelhe voie aile partye blechié à payer dedens XXX 
jours après sa revenue, tantoist sens remission, sour eistre banis V ains 
fours de pays de l'evesqueit de Liège et conteit de Louz. Et se banis estoit et 
revenus fusse *, qu'ilh en soitprocedeit avant selon les statuts, assavoir qu'ilh 
soit albains cent ains et une jour. 
DeforfeiriMborgoisen » Itcm, com solou lo commou provcirbc poevre bons en sa maison roy 
Fol. 48, r«. est , statuons et ordinons que quiquioncques entrerat de forche eus maison 

de borgois dedens la citeit, franchieze et banlieu, movant délie loy de 
Liège, et ly ferat forche, plaie overte ou plus grande laide \ ou à sa femme, 
maisnies, hoste ou hostesse, ilh soy poroit plaindre al loy, auz status, 
ou alheurs là mise li plairat, et, la plainte faite, seroit choregiés *, selon 
le loy ou status susdis. Et oultre chu seirat le faiteur atains, à sangneur 
et aile citeit, à une voie d'oultre meir à I ain de stut ', à payer dedens 

' Ce mot a sans doute le sens assigné par Ro- ^ Et se bannis estoit et revenus dedens lez Vans 

quefort au mot fraite, après ledit banissement, qu'ilh, etc. Ibid. 

' Tirera. Tel est le sens du verbe wallon sachi. ' Laidure. Ibid. 

' Fierat. Paviilard, n« 255. ' Pour coregiés. 

* Ou ferat atye de porteir. Ibid. ' Le mot stut ici évidemment n*a pas le sens 

' A la place de : où chu serai advenus, il y a que lui assigne le P^omenclatur idiot, leod, deMéan; 

dans le paviilard cité :t7A«eratd une voye de SafM- il signifie amende, comme dans la loi danoise 

Jake en Gatisse d'amende aile englise là il serai ra- citée par le continuateur de Ducange , y^ Stuth. 
venui, à payer, etc. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT, 199 

XXX jours après chu que commandeit ly seirat, sans rémission. Et se, pair 
aventure , plainte ne soy faisoit , ou se li plendeur n'oisoit porcachier ou 
nevosist sadite plainte V que toudis pour ledit forfaite ilh soit ledis faiteur 
atains de ladit voie à payer, com dit est. Et se defalans en astoit, qu ilh soit 
de son fais meismes ' atains de son honneur, le faite avoreit par enqueste ou 
aultrement devant le maieur et esquevins , les maistres et alcuns des jureis 
del citeit. Et, se li une des membres, ou les dois, des maieur et esquevins, 
ou maistres et jureis , n'y puelhent ou n'y veulhent eistre, que en absenche 
de cheli, ou par negligenche d'eaux suffissamment someis, que les sub* 
scrips commissaires des vinaves puissent faire ladite enqueste. Et n'est 
entenduet ceste artycle ' plus avant que en lieu là monsangneur et iy 
capitle ont leur sangnoraiges, car le$ bas sangnoraige ny entendons pont 
estre compris, se donc ilh ne s'i welhent consentire. 

» Item, affin que chascuns puiste eistre tant mise infourmeis délie loy, où ons doit mettre i». 
des status, des paix faites et des franchiezes des borgois délie citeit, dont '''^ '''<>'">"<'h» 
ilh sachent mise ce de quoy ilh soy doient wardeir, statuons et ordinons 
que la Loy mouwée \ le novelle Loy, le Paix des XII, le Paix des XY I, le Mo- 
dération d'ycelle, le Paix des XXII, le Paix de Wihongne, le Paix de Fexhe 
awec cest présente ordinanche, soient mieses où ilh soloient esteir, parel- 
hement que l'ordinanche des clers doit estre en pileir à Sains-^Lambier. 

» Item, comme ' en la citeit et alheurs , pour gens de mal famé et aultres Le point des comba- 
combateurs, soy esmovent pair pluseurs fois* bestens et debas, dont les ^*"^*' 
bonnes gens et pasiebles sont destoubleis , statuons et ordinons que de tous 
boi^ois,gens de maie famé et aultres gens qui n'ont biens, cens ne rentes, et 
porsiwent de jour en jour les tavernes , jouweurs de fauls dés , manecheurs , 
diffieures et harbaleurs de gens pour argent ou aultrement, enqueste soy 
faiche, chascon ain trois fois; et que av^ec cheaux qui sont ordineis en 
Noveal Gette* à faire l'enqueste des hurieres, ilh y soient les deputeis des 
vinnave, là Iy enqueste soy ferat. Et se li une des membres , ou les dois, des 

^ Le mot faire a ici été intercale par une main * La Lai mftee, document du règne de Jean de 

plus moderne dans le pavillard cité. Flandre. 

* Pour la detobiumche , ajoute ici le pavillard ' Notre MS. porte que. 

cité. ' Le Noueau Jet est un statut communal du 

' Je supprime ici un que qui doit être de trop règne de Jean de Bavière. 
et qui n*est pas non plus dans le pavillard cité. 



luweir homme. 



200 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

maîeur et esquevins , ou des maistres et jureis , n'y pueient ou welhent 
eistre ^ que en absenche de cely , ou par negligenche d'eaulz suffisamment 
someis, lesdis commis ^ des vinaves poroient faire Fenqueste, corn deseur 
est dit. Et quant telle homme seirat troveis par enqueste enssi de maie famé, 
qu'îlh soit pris par les variés de maieur ou des maistres , et livreis en le 
ferme de maieur, et là examineis, se borgois est, en presenche des maistres 
et des jureis ' et de leur conseille sour chu apelleis, se là eistre leur plaist, 
et chorregiés solon le forfaite. 

Le point louchant de » Itcm , quicouqucs touwe', hommc ou femme, ou ferat tuweir en la citeit 

franchieze et banlieu de Liège, serat, awec l'amende de sangnour et del 
partye, à une voie d'pultre meir à une ain de stuetà sangnour et aile citeit, 
sens remission, à payer* dedens XXX jours après chu qu'ilh aurat paix faite 
aile partye et à sangnour , voir le faite bien proveit, et que jamais ne pusse 
rentreir en la citeit, franchieze et banlieu de Liège, s'ilh ne l'at payet, et 
raporteit bone lettre délie voie et stuet deseurdite. Et se ilh rentroit ou 
revenoit dedens la citeit, franchize et banlieu, sens payer le voie et rapor- 
teir lettre, com dit est, quilh fust justichiés enssi bien qu'ilh n'euwist 
point faite paix à sangnour ne aile partye , se dont proveit n'estoit suffis* 
samment qu'ilh l'awist touweit sour son corps défendant. 

L^ iH>int de roubeir » Itcm , commc pluscurs gcus dc maie volenteit soy awanchent alchunne 

fois de femme ou filhe de boi^ois robeir, et alcune fois faire grant forche, 
dont grans mais commonement soeulent advenir, et se sont por chu les 
bonnes gens grandement dispasenteis '^ et injuriiés, statuons et ordinons à 
fait des femmes robeez que , se alcuns roube femme par forche à cry et à 
hahay , dedens la citeit, franchize et banlieu, de queileconque eiage qu'elle 
soit, que, oultre l'amende que ly loy donne, que teils soit atains, le faite 
proveis, de une voie d'oultre meir, à une ain de stuet ^ Et s'ilh avenoit que 
par séduction ou alourdement de coura tiers ou couratresses, ou par aultre 
manire queileconque, filhe desous l'eage de XII ans fut emenée par alcunne 
personne , que chis ou celle qui enssi l'emeneroit ou l'auroit alourdée , fust 

' Le mot cùmmis n'est pas dans le pavillard ' Detpaiseteis. Ibid. 
cité. * Le pavillard cité ajoaté ici : à singneur et aUe 

^ Même observation pour les mots : et des jureis. citeit. à payer sains remission dedens XXX jours 

■ Tue. après ce que commandeii ly sierat. 
* A payer sens remission, Pavillard cité. 



f'*mme. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 201 

UDC OU piuseurs, fussent chascuns, oultre l'amende que ly loy donne, à une foi. «^ «<>. 
voie d'oultre meir à payer com dit est; et nientmons que les faitueles soient 
tenues de libereir ' telle fille deseagié, save et saine % dedens VI II jours après 
l'excès perpetreis , en mains de son plus proismes ou de cely qui adonc 
seiroit troveis ' son mambors, por faire sa plainte et parsire * jusques à l'exé- 
cution. Et se telles faiteurs estoient rebelles de celle filhe deseagié de' reli- 
vreir dedans ledit jour, qu'ilhe fussent forjugyés com modereurs % quant le 
fait auroit esté proYeit. Et que telle filhe deseagié ne puest faire loanche ^ 
qui valhe, jusqu'à tant qu'elle aurat XV ans accomplis. Et se les proismes ne 
sont asasiés % portant ne lairat mie ly proismes qu'ilh ne fâche sa plainte par 
loy, et que ly faituelle n'en soit corregiés, enssi que elle' fuist mynée à cry 
et à hahay. Et se lidis faituele estoit revenus dedens la citeit et pays de- 
seurdît, sens avoir payet ladite voie et monstreit lettre , com dit est, qu'ilh 
fnst justichiés de deystre '® poingne. 

» Item , statuons et ordinons que quiqnioncques e^n pays délie evesqueit de Le point touebêAt de 
Liège et eonteit de Loez briserat triwes ou " quarantaines, prises ou gettées 
par justiche, par les XII, par les maistres del citeit, ou octroies par les par- 
tyes par amiable, et proveit soit, qu'ilh en soit useit selon loy, et oultre " 
qu'ilh perdre le deystre poingne. Et parelhement de cheaux qui défont 
asseguranches par seriment, se ilh le forfesoient après chu ou grevoient 
leurs partyes^ que adonc y cheissent en le paine deseurdite, voire se- che 
n'est de noveaule fait " recommenchiet '^ 

» Item, statuons et ordinons que quiquionques trairat dedens la citeit et Le point de traire 
banlieu dedens maison après altru, ou en maison d'altru, qu'ilh soit, oultre 
l'amende que ly loy donne , à une voie d'oultre meir à payer dedens XXX 
jours après chu que commandeit li serat à sangnour et aile citeit, sans re- 
mission, com dît est ^ voir le fait bien proveiU Ei s'ilh advenoit que teiles 



' Believreir. Ibid. • SaisU. Ibid. 

* Sam et $a (sauve). Ibid. * Ensy comme ith fuist mynée, n>id. 

* Le mot IfiMwti n^est pasdans le ptviHard. ^ Pour diettre, dvoîL 

* El porntte, Ihid. ^' Trieuwe , assegurcmche ou. Ibid. 
' De Mtte duHu^é è. " El outtre U toy. Ibid. 

* Par erreur pour moudrtiirt ou mx Êr dr ewrt, " De nottore fait. Ibid. 

assassins. ** Dans le pavilkrd cilé, celle disposition vient 

' i^ance dans le pavillard cité. après la suivante. 

26 



en 



l 



202 CHRONIQUE DE JEAIN DE STAVELOT. 

forfaisant' soy renbatist dedens la citeit ou banlieu, sens avoir payet ladit 
voie et raporteit bonne lettre, et atains fust, qu'ilh fust justichiés de deystre 
pongne , sens remission ; voir est à entendre que , se aulcunne personne 
dedens la citeit et banlieu astoit assegiés dedens maison , ilh soy poroit 
deffendre de queilconques armes qu'ilh aroit, de trait et d'aultres, sens 
chayer en lamende * deseurdit. 
De point de vogiers de » Item, portaut que ons at forfait et foruseit ' alcunnement en alcunne 

forclie». _ ii»i ■• Il t m 

partye des vogement de torches ^, statuons et ordmons, aile cause des ajours 
des vogemens , que quiquionques serat vogiés de forche et voirat sa partye 
faire ajourneir pour aligier auxdis vogements . faire le porat por payer ra- 
' tionablement le salaire des variés délie justiche , en siwant le Loy novelle 
et le Modération sour chu fait, sens chu que ly maires de Liège ne aultre 
luy puisse deffendre ou escondir, ou pair le congiet à donneir riens de- 
.mandeir ne avoir. 
Dec vogement. » Itcm, portaut quc Ics vogcmcut de forche soy font et ont esteis fais par 

pluseurs fois pair hayme, sens conscienche ou aultrement, com clerement 
apeirt de jour en jours , statuons et ordinons que chis qui ferat aulcuns 
borgois citains vogier, pour * une simple seriment ilh doit proveir deute- 
ment, pardevant le maires et les esquevins, appelleis sour chu les maistres 
et H jureis, se eistre y wellent, que cely vogement qui touche aile honneur 
soit raisonnable et de loy. Et le partye qui vogiet serat doit avoir ses alli- 
gauches et contremonstranches pardevant le maieur et les esquevins, appel- 
leis , com dit est, les maistres et II jureis , afiîn que ly borgois soit plus deu- 
tement gardeis de forche et de violenche. Et se troveit estoit adonc pair le 
maieur et esquevins , appelleis sour chu lesdis maistres et jureis , que ly 
vogement soit de loy, que cely vogement ayet son cours, enssi que avoir le 
doit selon loy; mains se troveit estoit que ly vogement ne soit de loy, que 
H partye qui vogié serait à tort, soit tantoist amendée et quitte à papier 
des sangneurs de Liège , sens riens à payer. Et se lesdis maistres et jureis 
enssi appelleis n'y voloient eistre ou fuissent negligens, sens maile engiens , 
que adonc lesdis maires et esqueviens en leur absenches puissent lesdites 

^ SorsetUns par erreur dans notre MS.;/br/ÎMfan( * Les mots de forcheê, qui semblent cependant 

d'après le pavillard cité. nécessaires, ne sont pas dans le paviilard. 

' Sam incourir l'amende. Ibid. * Par, Ibid. 
' Portant que ons at fonueit. Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 203 

eauses oyr et determyneir. Et pârelhement doit-ons entendre des afforains, 
reserveit que les maistres et jureis n'y doient eistre. 

n Item, portant que piuseurs gens qui ont affaire devant le hault jus- Coment le* esqueTîn 
tiche de Liège pour leurs plais, et les aultres por avoir rechairgement, pair 
court ou pair amiable, sont petitement par piuseurs fois desconbreis, et 
demeurent à grans frais, et négligent leur aultres besongnes, statuons et 
ordinons que dorénavant li maires et esquevins de Liège seront à plais, 
à seconde colpe de prime, tous les lundy, merquedy et venredy délie sa- 
maine, se donc ilh n'est fieste, et tous les mardy et joedy à rechairgier les 
cours, et les semedy à porteir fours les monstranches et faire les taxations 
des frais; et que en chu n'y ait nulle detrianche ne escusanche. Et s'ilh 
avenoit que alcuns de ycheauls,qui vinont par devant les esquevins, fuissent ^oi- «»> ^• 
detryes ou prolongiés oultre le tienne contenut en le Modération del No- 
velle Loy, que chu fuisse aux frais dez maires et des esquevins deseurdis ; 
lesquels frais deveront rendre aux partyes dedens trois jours après , sour 
payer le double et eistre albains : liques double devrait alieir à profit de 
saogneur et délie citeit '. Et que le sangneur et maistres de Liège qui seront 
por le temps seront * tenus de mettre ladit paine à exécution. 

» Item, que tous borgois et borgoises et aultres plaitians, s'ilh leur plaist, conem ons doit avoir 
pussent avoir et ayent lettres de tous jugemens et rechaii^emens fais par le menr ^ ^' ^"^^^ 
maieur et les esquevins de Liège, parmy leur drois paiant en ladit loy con- 
tenus, sens prolongement. Et que cely qui aurat jugement pour luy ne paie 
riens aux juges, ensiwant la loy. Et se lettres n'en welent avoir, qui le 
poissent faire registreir en regîst des esquevins, parmy paiant les drois con- 
tenat en le Modération délie Paix des XY I , assavoir chascon gros pour XII 
sons' commone manoie de Liège. Et se plus en prendoient , et proveit fuist 
suffisamment, qu'ilh fuissent tenus del rendre, et de payer encour altretant 
d emende que rechuit auroient tant de trop , com de principaule. Et se de- 
venait mettre ledit paine à exécution, com deseur est dit. — Item, statuons Combi«n ons doit de» 
et ordinons que de toutes wardes et vestures qui se feront tant délie haulte ^* ** **^** "*' 
justiche, com d'aultres hautes et bas court, ons n'en prende que le gros 
acoustummeit, et chascon gros pour XII soûls, monnoie de Liège corant 

* Notre MS. porte à tort : des sangneurt dette * Soyent. Ibid. 
filtU, Nous corrigeons d'après le pavillard. ' Assawdr por chascon gros XII souL Ibid. 



204 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Deiquinzannesàpren CD boursc, com dit est. — Item, quc ly maieur et les esquevîns ne puissent 

demandeir à queileconques personnes aulcun salaire por domandeir quin- 
sainnes et conselhier, ou por prendre congier de fair une comman ou cry 
de peron, sauf le droit de cleirs et des variés. £t se ilh en font aultre- 
ment, qu'ilh le rendent, et aultretant pour l'amende. £t en soit fait exécu- 
te point des arestez. Uon, com dit est, voir le fait proveit deutement. — Item , enssi soit useit de 

toutes arestes, commans, Iburcommans et ad jours, sens louffens * ne con- 
tredit de maires de Liège, enssi que ly Modération délie Novelle Loy fait 
mention, pour payer rasonaiblement le salaire à varlet contenut en ladit loy. 
Et, se aultrement en font, qu'ilh en soit useit com en Fartycle précèdent. 
Dee pensionsdezesque- » Itcm, quc quicouqucs sepoit d'ors cu avant institueis esquevins de Liège 

ne puisse, après son institution, accepteir ou entreprendre pensions, wages 
ou draps de sangneurs, prelas, englieses. abbie ou aultres queilconques per- 
sonnes qui ly voiroit donneir, pour eistre de leur conselhe; mains beaux 
qui l'aroient avant leurs institutions, ilh les poroit retenir, sens plus avant*. 
'^rontTe^Ion' Ihlv^ — Itcm , statuous ct ordiuous, aifin que les partyes puissent eistre tant mieà 
vesque. dcscoubrcis, que monsangneur ly evesque de Liège soit contens ' d'avoir 

awec son maieur dois esquevins de Liège de son conselhe jureit tant seule- 
"^*i!erw" ** **** ^"" ment. — Item, à point de clers, secrétaires dez esquevins et parliers, sta- 
tuons et ordinons qu'ilh en soit useit solon le Modération délie Paix des XYI 
deseurdis. Et se troveit estoit , pair enqueste ou aullre vraie provanche , 
qu'ilh avilissent plus pris que ledit Modération contient, qu'ilh soyent priveis 
de leur oiEsches l'espause de trois mois, tant de fois que chu advenroit. 
Le point toQchtnt aux )> Item, com por les grandes porchaches délie ofEche délie maistrie de 

maistres de Liège. _, .,•. ., • 

Liège, tant pair beveraiges com pair dons, promesses ou pryers, avment 
de jour en jours pluseurs mais , et griefs inconvenienches en puelent en- 
cors advenir, se porveyut n'y est convenaiblement, statuons et ordinons 
que lesdis commis , assavoir cheaux de part monsangneur qui ne sont point 
de son conselhe, et sont citains borgois a, b, c, d, etc. \ et les XYI commis 

' Pour Vofferue, comme porte le payillard cité, dique sans doute les plus hautes catégories de 
' Tous les textes que j'ai vus sont conformes à bourgeois. Aujourd'hui encore , dans certaines 
eelui de Jean de Stavelot; toutefois notre chroni- eommunes d'Allemagne, les corporations mar- 
queur semble avoir, à la fin de cette disposition , chandes les plus importantes sont désignées par 
laissé un mot en blanc. les premières lettres de Talphabet. Pour bien com- 
' Tenus, Ibid. prendre cette disposition, il faut lire dans VAppen- 
* Et sont borgoiê citairu A, B,C, Ibid. Cela in- dke la commission donnée aux trente-deux dé- 



CHRONIQUE DE JËAIN DE STÂVELOT. 20S 

des vinals deseurdis deveront le nut del Sains-Jaque, d'ors en avant, en- 
tière chascun ain trent-dois hommes, assavoir en chascon mestier une 
homme boins et ydone et désirant le bien et paix délie citeit, affin que 
ches XXXII hommes, le jour le Sains-Jaque du matin, soient mandeis et 
vengnent ensemble en certaine plache , pair * lesdis commissars tantoist 
devant nommeis à ordineir, là nulle aultre soit presens ne appelleis fours 
que eaux. Lesqueis XXXII hommes jureront sour sains, qullh n'ont pris ne Lesflrimentdeixxxii 
n atendent wangne ne lowier pour le élection qu'ih doient faire, et d'eslier tre»- 
loialment, sens pryer ou faveur des maistres, por l'année, fours de leurs 
noÀibre , qui leur semblerat a leur advis eistre ydone et suffissans alledit 
offiche délie maistriede Liège; et leserimentenssi fait, lesdis XXXII hommes 
des XXXII mestiers traieront à part, sens prendre à nuUus conselhe, et point 
ne soie partiront de ladit plache, jusques à tant qu'ilh auront esleu, pair 
acoirde ou pair le plus grande siete , II maistres por l'année , com dis sont : 
lesqueiles enssi esleus seront pair lesdis XXXII hommes , en nomme dez 
XXXII mestiers, presenteis aux vies maistres pour eaux mettre en féal tek, 
enssi qu'ilh est de constumme. — Item, statuons et ordinons que, s'ilh Dei élection des mais- 
advenoit que aulcuns desdis XXXII hommes enssi eslus ne vosist point 
accepteir ladit commission à ly enssi faite, ou que les mastres ou ly une Foi. 49, v. 
d'eaux enssi esleus ne vosist point accepteir l'offiche délie maistrie, que en 
lieu de cheaux des XXXII hommes enssi refusans soit ou soient esleus par 
lesdis commissaires aultres dedens cely mestiers dont ly refusans estoit, et 
que lydis refusans soit atains del poine de XX mars liegois de bonne 
nianoie , et que parelhement celi ou cheaz qui serait esleus à eistre maistres 
por l'année et serait refusans, qu'ilh soit atains délie poine de XX florins de 
Riens, à payer lesdites poines sens rembsion dedens XY jours après ledit 
jour Sains-Jaque , à applichier et convertir aux arlelheries et aultres neces- 
siteit délie citeit. Et^e de chu estoient refusans de payer dedens ladit 
tierme, qu'ilh soient albains X ans sens remission, et que en lieu de li enssi 
refusans lesdis XXXII hommez enlisent, et tantoist sens partir de ladit 
plache , une aultre ydone à eistre maistre pour l'année présent. 

n Item, portant que li salaire des maistres délie citeit est asseis petis, Dtisakndesoieiitres. 
solon les fauz ' et chairge qu'ilh ont; et por chu specialment que en leur 

pûtes. LottTTex f qui a publié ( L 34 ) le Règlement, ^ Pour dans le pavillard olté. 
a omis Tautre pièce. ' Pour fas, fardeau. 



206 ^ CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

temps delle mastrie ilh ont à sustenir plus grans frais et despens, desour* 
venafis de maisnyes et de chevals, statuons et ordinons que les maistres, 
quiconques le seront d'ors en avant, auront cent florins de Riens , assa- 
voir chascon L florins, à prendre LXXII frans aux Lombars, ^ le remanant 
aux chens, rentes, profis et emolemens ^ de la citeit, qui se deveront 
leveir pair une rentyer qui à chu serat deputeisi, enssi que chi-apres serat 
declareis. £t s'ilh covient chevalchter les maistres à rechargement delle 

Quant ilh convient lei citcit sour uuc joumëc OU parlement por le citeit et pays et besongne 
por le pays, corn- d'ycclie \ quc cu celi cas chascon d'eaux chevalche à IIII chevals ; et puis- 
vaiehier. scut aweo caux appelleir IlII offichiers de leur conselhe : premiers dois tles 

fevreset dois des orfèvres, et enssi de tous les mes tiers l'une après l'autre, 
quant li -cas le requérait; lesquels ofiichiers ou aultres personnes de son 
mestiers , en nom de ly pour ' son mestier commis , devront eister contains 
de II variés seulement : che sont YI chevals por lesdis conselhiers et leurs 
variés. Et que, en chu faisant, chascun maistre pour tout se chairge soit 
contains de II florins de Rins pour chascon jour, et lesdis dois ofiichiers et 
leurs variés de ung florin et demy pour chascon jour : che sont trois florins 
por les ofiichiers et leurs variés. Et s'ilh avenoit que ilh convenisse leur 
rentier et leurs cleirs delle citeit chevalchier, chascon d'eaux fusse contains 
de II chevals, et qu'ilh awissent por faire leur frais et despens por chascon 
jour de le motié de altretant que les maistres aroient, et que toute chu lidit 
rentiers soit tenus delle delivreir et de payer ligement. — Item, statuons et 
ordinons solonc * la lettre des quatres ans, que nuls qui aurait esteit maistre, 
ou qui seirat esleus maistre , ne porait ne devrat eistre esleus à eistre mais- 
tre del citeit dedens IIII * ains après chu qu'ilh aurat enssi esteit maistrez. 

Le salaire des mais- )> Itcm quc, parmy chu ' Icsdis maistres soient contains de salaire, sens 

prendre à sangneur, englieses, bonnes vilhes, boirgois ou aultres queii- 
conques lowier ou bienfais, devant ou après, pour eistre adrechiés ou 
aidiés en leurs besongnes pair lesdis maistres, ' sauf ^ que se * pour ycelle 

' YTnommens, dans le paviUard cité. ' Je supprime encore un et qui, comme le mo~ 

* Por la citeit et le sitigfieur de celle ou de pays, Ib. nosy Ilabe précédent , ne se trouve pas dans le pa- 
■ Par» Ibid. Tillard cité. 

* Mot omis par Jean de Stavelot. ' Même observation ici pour le mot tant, 
' III, porte le pavillard cité. * Mot omis dans liotre MS. et qui est nécessaire 

* Je supprime ici un que dans notre MS. au sens. 



très. 



CHRONIQUE D£ JEAN DE 6TÀVËL0T. 307 

besoQgne ilh estoit necessiteit allerequeste des parties cle chevalchier les 
maistres ou l'une d'eaus , el alcuns de conselhe> hours del citeît , que adonc 
ilh poroient prendre les despens qu'ilh auroient fais d'eaux et de leurs 
chevalsen dit.chemyn, tant seulement solon le taxe deseurdit^ sens fraude 
et maie engiens. £t se à sourplus troveit estoit ou proveit fuist par enqueste 
à faire par lesdis ' XXII commissaires y ou par alcuns boins tesmoingnaiges , 
que lesdis maistres et oonseUie ewissent, en secreit ou en apeirt, oultre 
diu que dit est, pris lowiers ou aultres biensf^s, que ilh soient priveis 
delledit offiche et d'aultres à perpetuiteit , et atains délie summe de cent, 
eoronnes de Franche , à payer et convertir aux besongnes et profis des 
artelheries et necessiteit de ladit citeit, dedens XV jours après chu que 
eommandeis li seirat, et que tantoist en lieu de eheli soit esleus une aultre 
pair les XXXIl hommes deseurdis solon le manière dèsearescript, et que 
de ce ' lezdis commissaires eu fâchent exécution* 

» Item, portant* que de temps, passait une. grande partye de maile Lesemmenidesmais. 
goveme de la citeit est venus par les priieres,. beveraiges, dons et pro* 
messes que ons at fait por avoir les maistries, statuons et ordinons que 
qaiconques seirat esleus maistres d'ors en avant de la citeit, deverat ^ avant 
son institution, elle presenche des anchiens maistres et conselhe qui eistre Foi.so,r«. 
y voront, jureirsoUempnement sour sains- que, pour avoir ladit offiche, ilh 
a'at donneit ne promis, ne donrfifrne prometterat à queileonques personne, 
par ly ne par altru, en secreit ne en apeirt, IIII deniers manoie de Liège Leserimeotdexraais- 
ou le valoir ^ etque son offiche ferat bien, et loialment, sens fraude ne 
malengien, et qm feroit* tout diligenche.de faire le profit et utiliteit deldîJt 
citeit des adventures et emolumens , et raporteir entirement sens fraude 
ens mains de rentier, sens riens concelleir ou convertir en son ' profit. 

n Item, por chu qu'ilh est bien besongne aux maistres del citeit, por les dm quntres rentiers. 
afiiftires qui de jour en jours sorvinent, avoir leurs quattres .delei$ eaux 
pour eaux conselhier et assisteir^ sens chu qu'ilh. soient aultrepart grande- 
Mi y a ici une ratore qui semble avoir porté ' Le même pavillard au lieu de portant doiuie 
sur un X. C^est bien cependant XXII qu*il faut por chu, qui semble valoir mieux, 
lire, eomme TaUeste le texte du pavillard n* 35B, * Mot omis dans notre MS. 
et les XXIi commissaires sont à distingueur des '^ Ne le vaUhain. Même pavillard. 
XXXn hommes des XXXIl métiers. « Que Hh feront. Ibid. 

' Les mots de ce sont rétabli^ d'après, le pavil- Mi y a leur dans, notre MSw 
lard eitê. 



208 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

ment ensongniés , statuons et ordinons que les quattres délie Violette ne 
soy melleronl d'ors en avant de rechivoir les rentes, emolumens , profis ou 
altres queilconques redevabliteis ou droitures délie citeit; mains y seirat 

De seul rentier délie dcputeis par le cîteit Une personne ydone à rentier, qui les leverat et 

rechurat et oussi paierait * chu qu'ilh besongnerat à payer, tant pour les 
frais des maistres, jureis, conseille, cleirs et variés qui seiront à tenir jour- 
neez ou parlement, com pair aultres necessiteis à chu afferantes, excepteit 
les frais qui seiront besongne de faire, se ons alloit en l'oust, lesqueiles 

LeserinieDt de rentier, devcront cistrc paiiés solouc advis que la citeit ordinerait. Et deverat lidis 

rentier demoreir en ladit offiche tant qu'ilh Terat bien, et renderat chascon 
ain boin compte, XV jours devant le nut le Sains-Jaque, de chu que leveit 
et rendut serait; se cruys * y at, que chu soit tantoist convertit en arteihe- 
riez et aultres necessiteit délie citeit. Et deverat lidis rentier jureir, à son 
institution, de faire ladit oiEche bien et loialment à profit et aile honneur 
délie citeit, et de rendre bons compte, en le presenchè des maistres, des 

Le salaire de rentier, quattrcs et des XXXII hommcs dcs XXXII mestiers deseurdis, et devrai 

eistre de conselhe. — Item, 'que lidit rentier soit contens por son salaire 
chascon ain de XX florins de Rien , sens plus avant riens à prendre ^. Et se 
plus prendoit et proveis fuist, qu'ilh en soit useit com des maistres est 

Le laiaire dei iiii dei dcscur dcclareit. — Item, que chascons des quattres conselhiers deseurdis 

ayet por son labure * XIII florins de Rien à payer par ^ lé rentier deseurdis. 

Des afforains borgois. )) Itcm, portaut quc ladit citcit est pluseurs fois grandement chairgié et 

travelhié de aflfbrains borgois , et en sustient despens et frais , statuons et 
ordinons que les chevaliers, eskuwiers, gens viskans de leurs, et aultres 
borgois afforains, c'est assavoir demorans fours del citeit et banlieu, extans 
en pays de Liège et de Louz, paieront por leur borgerie à dit rentier, aile 
Sains-Lambier ou à plus * aile Sains-Remy ensiwant chascun an : les cheva- 
liers I griffonn , X livres X sous por chascon griffon ; les eskewirs et les gens 
viskans de leurs, demy-griffon parelhe, et les aultres gens XL sous common 
paiement de Liège; et cheauz manans en dit pays de Liège et de Louz qui 
voront eistre d'ors en avant borgois, qu'ilh soient recheus solonc le Paix 
de Wihongne, et paient tantoist solon leur estant, à leur réception, leur 

* Et erui payerai. Même payiHard. * Salaire. Ibid. 

* Excédant de recette. V.Grandgagnage,y«Cni^. * Le MS. porte par erreur pour. 
> Demander, dans le pavillard. ' A plus tard. Pavillard n* 355. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



209 



taxe deseurdit, et de donc en avant chascon ain ledit taxe le jour Sains- 
Ijambert, com dit est. Et se aulcuns débours desdis pays weulhent estre 
borgois, qu'ilb soient recbeus solonc ledit paix, et paient, à leur institu- 
tion, n florins de Riens à dit rentier, et parelbe II florins chascon ain à dit 
jour Sains-Lambert, ou Sains-Remy à plus tard*. Et se lesdis afforains bor- 
gois, tant dedens le pays de Liège et de Louz com defours, ne paient ladit 
taxe chascon an, com dit est, que de donc en avant ilh soient priveis de 
leur borgerie. Et se raquerir le weulent, chu fâchent solonc le manière 
deseurdit; et ne soient point admis altrement jusques à tant qu'ilh auront 
payet les astargies *. Et deverat eistre cely argent enssi recbeus par ledit 
rechiveur aux deseurdis borgois afforains, convertis en artelheryes et aul- 
tres necessiteis del citeit. 

» Item, des enquestes à oyr statuons et ordinons que les jureis auxquels u point de« enqueiios 
les enquestes seiront commieses, s'ilh sont dedens le citeit ou banlieu, 
qu'ilh en fâchent aile requeste des partyes exécution dedens XL jours après 
chu qu'ilh leur seirat commis; et, s'ilh sont fours délie citeit et banlieu, 
dedens trois mois, sens fraude, et sour poine de X mars de bonne manoie, 
sens remission, à paiier par * cheaux des jureis et variés * qui seiront deSial- 
lains à aplichier com dit est. Et auront lesdis jureis, clers et variés en- 
semble ' pour enqueste faire de X denier une, et dez enquestes sens summes 
XXini livres. Et seirat li une des jureis tenus de vi^ardeir l'enqueste faite, Foi. 50, v. 
et les aultres jureis à saieleir *. 

» Item , partant que de temps passeit des enquestes et famés à fours por- J>^J*o^* et de» en. 
teir at esteit grandement abuseit, et par dons, promesses ou priiers ons 
at aleit avant, dont ons fesoit d'une proide femme une femme sourdit % et 
de une femme sourdite une proide femme, statuons et ordinons que des 
enquestes et famé à four porteir , les jureis doient porteir l'enqueste en le 
main des maistres et desdis XXXII hommes esleus des XXXII mestiers por 
Tannée, et là dire leur entente et pairtir tantoist, et lassier lesdis maistres 
et XXXn hommes ladit enqueste determineir ; et se lesdis maistres n'y pue* 
lent ou welent entendre sens malengien, que lesdis XXXII ou li plus grant 



neir. 



* Sainê-Remy msiwant à phu tard, Ibid. 

' ArriMê, Voir Grandgagnage, Y* astargi. 

' Pour, par erreur dans notre MS. 

* Jurtû, tUr$ et variés, Pavillard n? 358. 



' Ensemble ne se trouve pas dans le parillard. 
* DeUe sailler. Ibid. 

"* Débauchée. Le mot se trouve dans Roque- 
fort. 

27 



2*0 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

partiie d'eaux le puissent faire. Et deverat ladit enqueste eistre déterminée 
dedens YIII jours après chu que rechut * Taront, sour poine de X mars de 
bonne manoie à payer pair lesdis maistres et XXXII hommes defaians, sens 
remission, à applichier com dit est. Et ne deveront avoir lesdis XXXII 
hommes por chu alcuns drois, mains les maistres seulement, qui doient 
eistre contens de leur salaire acoustummeit.— Item, que parelhement soit 

Desrape«uii. uscit des rapcauls. — Item, que quiconques aiet à respondre à plainte ou à 

teyme ' fait aux status , qu'ilh puist ameneir awec ly II ou III de ses amis 
à plus, pour ly aidier, conselhier à sa response solonc le fait et les status 

De refpondre à teyme. scHs maleugien. Et pour chascuns mies à gardier de perilhe et de meffaire, 

qu'ilh puisse avoir ses.alliganches ou 'debas, et affirmeir sesdis debas et 
alliganches pair seriment; et que les tesmons qui siéront produs soyent 
oussi bien examineis sour le teyme et alliganches, com sour les plaintes 

De «quérir ciaind'aui- dcscurdit. — Itcm , affait dc acquérir clain d'auUru, qu'ilh en soit useil 

solon le modération délie Paix de Tongre. 

Det eommissars. » Item, statuous et ordiuous que les commissaires deseurdis demeurent 

en leurdit commission, tant qu'ilh feront bien. Et s'ilh venoient ou iih 
fasoient encontre les ordinanches susdit, ou fuissent negligens de faire 
l'exécution à eaux chargiés , sans maile engien , qu'ilh soient privels de leur- 
dite offiche, et atains de XX floriens de Riens à payer, com dit est, et tan- 
toist restablis de costeit meismes dont ly negligens ou forfesans seiroit *. Et 
se alcuns trespasse, départ monseigneur ou des vinables ^ que tantoist soit 
une aultre restaublis, en lieu de celi enssi trespasseis % en leurdit commis- 

DesameDde8rourfaiie8.sion, tant qu'ilh fcrout bien. — Item, statuons et ordinons aile cause délie 

exécution des amendes fourfaites pair les ordinanches deseurdites, que 
chascuns, tant délie officiaule de Liège, de maieur, des maistres délie cîteit^ 
auxquels ly exécution puet ou doit partenir en veirtut de chesti ordi- 
nanche, s'ilh estoient requis de faire ladit exécution, et ne le fesissent 
dedens YIII jours après ladit somonce faite à eaux pair lesdis commissairs , 
tantoist ensiwant que lesdis YIII jours seiront passeis, ilh soient atains délie 

* Requis, Pavillard n" 255. * Départ monsangneur et les vinables^ Ibid. 

* Tesme, Ibid. * Le membre de phrase qui suit n*est pas dans 

* Et. Ibid. le pavillard. 

* Et tantoist une auUre rettablit par te membre ' De maire et maistres dette citeit, Ibid. 
dont le négligent ou forfasant seront, Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 211 

poine de XX florins de Riens, se pair Tofficial ilh est fais % à applichier aile 
fermeteit délie citeit; et s'ilh est fourfait pair le maieur ou maistres susdis, 
qu'ilh soit convertis aux artelheries et necessiteit del citeit, com dit est. 

» Et portant qu'ilh est de necessiteit en tous fais de proveiier premier 
aux plus besongnables , et li temps ne soufre ' point de si subitement et en 
hauste poiour porveioir aux aultres pluseurs defaultes, tant de bien com- Des eommisMires. 
mon, des rivaiges, de manoez % des viniers, de cerbenaiges, des poevres 
de Gomilhon et d'aultre pollisie * , nous avons à sourplus donneit à dis 
commissaires, com en vertut de nostre commission à eaux sour chu départ 
nos faite' oultre cesti ordinanche à aviseir, et donnons puissanche d'avi* 
seir et ordineir, tousjours à nostre interprétation, recourt et correxion, 
chu que bons et expédient leur sembleroit pour le profit et utiliteit de 
peuple commonement, et aile honeur délie citeit, pays et inhabitans. 

» Toutes lesqueiles ordinanches, poins et articles devant declareis, nos 
lidis evesques de Liège et conte de Louz, pour nos et nos successeurs, ly 
vice-doien et capitle de Liège, et nos les maistres, esquevins, jureis, con- 
selhe et tout ly universiteit de Liège, pour nos enssi et nos successeurs, 
prometons et avons en couvent bonnement et loiaulment, li une de nos en- 
vers Taultre, à tenir, faire et acomplir, et d'icelles à useir d'ors en avant à 
tousjours, sens aulcunement aleir ne venir ou procedeir à l'encontre , et que 
chesdites ordinanches nos ly^ evesque de Liège et conte de Louz ferons 
jureir nostre officiale de Liège, le maieur et les esquevins de Liège deseur- Foi. bi, r. 
nommeis, qui ors sont et qui après seiront, en leur novelle institution; et 
semblamment nos ladit universiteit ferons jureir chascon an les maistres, 
jureirs et governeurs de ladit citeit, qui ors sont et qui après seront, en leurs xousofficiensdoieDtju 
novelles institution, à jour del fiesle Sains- Jake et Sains - Crestofle , en "j.^,' """""^ "** 
jurant * sollempnement sour sains que d'ors en avant chascun de son office ^ 
userat de chu que à ly affiert, solonc les ordinanches devantdis; et que 
jamais contre cheste ordinanche présente ne venront ne pourcurront à 

* lOi est farfaû» Ibid. commission stducript à eaux forche sour ehu départ 
' Ne s'afiert, Ibid. nos faite. 

* Manùies. Ibid. • Etjuront. Ibid. 

* PoUisee. Ibid. ' Les mots de son ogiee sont rétablis d*après le 
' D*après le pavillard, nous modifions ici le texte pavillard cité. 

de notmMS. qui contient cette phrase tronquée: 



212 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

venir, par eaux» ne par altruy, en secreit ne en apert, en aulcuns temps 
advenir, sens maile engien ^ Et portant que nos volons ches ordinanches 
mies corroboreir et enforchier, nos Johans evesque deseurdit * nostregran 
seial, nous ly vice-doyen et capitle deseurdit nostre grand seaul % et nos les 
maistres et esquevins, lez jureis, le conselhe et tout li universiteit deseurdit 
nostre grand seal de la citeit de Liège avons fait appendre à ches pré- 
sentes , faites et données l'an de grasce M IIII^' et XXIIII, le XV1°^^ jour de 
mois de julle. » 
Lyessaydecmeisures. Chi*apres s'cusyct H cssay dcs mesures * : 

Ly quartais de seit ' doit tenir XXYII bichiers% une pinte, une chopine 
el rivire. 

Ly demy quartais , XIII bichiers, I quarte, I chopine et demeie et rivire \ 

Ly quart part de quarlais, lY bichiers ', I quarte et une pinte. 

Ly demeie quarte de quartais trois bichiers , I pinte et I chopine. 

Ly Xyi™« part de quartais , I bichiers , I quarte , I chopine et demeie. 

Ly polengnoul * de seit I quarte , I pinte , demeie chopine et le motié de 
demeiç chopine. 
Lez DiMurs des greni. Lc mcsurc dcUc wcsdre cuitc et saye doit tenire XXX bichiers et I quarte ; 

ly mesure des fruités et des ongnons XXXIX bichiers et I quarte; ly mesure 
délie terre des folons cuite et saye XXXIIII bichiers ; ly mesure délie es- 
corche tient LXIIII bichiers et une quarte ; ly stiers délie chaaz *^ tient XII 
bichiers; ly stiers aile braixhe " tient XXIIII bichiers; ly stiers aile vt^axran- 
dre '* tient XXIIII bichiers; ly stiers à hobilhon " tient XII bichiers, 
I chopine. 

Et toutes les mesures deseurescript doyent eistre sayés *^ et mesuréez al 
anchien bichiers que ons dist le bichier Sains-Hubier. 
De stiers de muy. Ly sticrs dc muy " doit tenir XII bichiers I chopine, reis et rivire à noveal 

* Mot omis dans notre MS. * VI bichier, Ibid. 

* Même obserration. ' Poulgnoul. Ibid. Pougnelùu existe encore dans 
' Tout ce membre de pbrase, depuis : fiotM ly le dialecte namurois. 

vice-doyen, etc., est omis dans notre MS. ** Cfiatue, Ibid. Il s*agit de la chaux. 

* Le tarif qui suit ne fait point partie du règle- *' Dréche. 

ment de Heinsberg; nous continuons à en colla- " Waranche, Pavillard cité, 

tionner le texte sur le parillard n* 355. " Houblon. 

' Seile. Ibid. >« Essayés. 

* Le hiehet est une ancienne mesure. " Moy dans le pavillard cité. 
' Une copine et unch ctemt-rtvîer. Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



213 



bichiers ; ly demy-stiers Y I bichiers , ly quart III bichiers ; ly demy-quarle 

I bichiers et I quarte. 

Ly stiers ai avoine XVI bichiers, I quarte sens rivire, ly demy-stiers VIII De» avoine.. 
bichiers et I pinte ; ly quarte IIII bichiers et une chopine; ly demée quarte . 

II bichiers et demée chopine. 

Et toutes les mesures deseurdit sont provées et paeléez par bleis de 
regon bien commournée '. 

Ly mesure del larme * de miese doit tenire IX bichirs ' et I quarte d eawe Dei tarme de mie^e. 
à Doveal bichiers; ly stiers aile semenche d'oie , de navete et d'autre semen- 
che doit tenir XII bichiers réeis '. 

Ly ayme liegois moste et d'espes vien ^ doit tenir LU bichiers, mesure Devio. 
à eawe; ly demy-ayme XXVI bichiers; ly ayme liegois de cleir vin doit 
tenir XL VIII bichiers , et ly demy-ayme XXIIII bichiers. Item , ly ayme 
colongnise d'espes vin doit tenir LX bichiers, ly ayme de cleir vin LVI 
bichiers, et ly demy-ayme XXVIII bichiers. 

Et est assavoir que li pois de four * doit tenir LXVl liv. et demy colen- Des ubres. 
gniez. Item ly librais ' del laine X liv.- colongnise et demy ; ly livre del 
sendre * tient V mars colongnies, et orlant tient de fileit de lin, d'aiche et de 
laine *; et demy-livre tient II mars et demy; et li quatron tient I mars et 
une firton colongnis; et lez aultres pois en desquendant tondis moins à 
lavenant. 

Item li grosse libre de crasche et de chire ^° doit peseir IIII mars " et une 
iirton coloingines; et ly demée II mars et I onche; li quatron I mars et 
I quinzennes, qui fait X esterlins, et ly demy-quinzenne est appelée I setin, 
et poise V esterlins ". Et enssi poiés savoir que li mars colengins, dont ons 



* SontfnwféesparlMsetrogonlriencommirneez. 
Ibid. 

' Miel, eo wallon lame et tourne? 
' X Iriehiers. Hud. 

* Utui êtier d'oiUê doU terUr Xn Inehkr» meiureia 
al bkis et à noveal ItiMerê. ïhid. 

' Une aàne de moite (moût) UegoUe et de tfm 
vtm. Ibid. Qu'entendre par oet épau vint 

* Foin. 

' Ly Iherans. Payiilard cité. 
' Sainde. Ma. 



* Et çuUre tant tient delfilkit de Uen, d'ache et 
de laine, Ibid. 

** Graisse et cire. 

" V// mar». Payiliard n- 2K5. 

'* Ly quatron une mare et une ftftfmen^ et li 
aultres poixe al avenant toudis en deequendans 
mons, Ibid. La fin du document, dans le payiilard , 
diffère de notre texte; la yoici : « Et est assavoir 
» que en tout cas de pesaige nnk mars est demi 
» livre colgnies , une firton est toudis une firton 
» colgnieSy et une demi-firton est une onche colle- 



2U 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



L'anXIlIl'elXXIlIl. 



régiment. 



use à Liège. VII I" esterlins, assavoir VIII onches^ et H libre poise XVI 
onches. Si doit caschon pesan à Fassay, soit grans oa petis, desons XXV 
libres, s'iih at esteit aultres fois ensengnies, I denier bone; et cheaax qui 
n'ont point d'essay doient le double, et del quatron II deniers bone; et 
de deniy-cent IIII deniers bone, et de cent pesant VIII deniers bone ; et del 
sourplus à l'avenant. Et cel qui n'ont point d'essay doient le double. 

Revenant à nostre matère, en Tan présent XIIII^ et XXIIII, le nut del Sains- 

Jake \ issirent fours del maistriede Liège Fastré Baré et Giele de Biersés, 

Des maistres après le et lendemain, le jour le Sains-Jake, solonc le noveal régiment devant escript, 

furent par le XXXII hommes des XXXII mestiers de Liège, r'esleus à 
maistres de Liège danseal Rause de Warenz ^, qui après Tan XIII I<^ et XLI 
fut chevalier, et Giele del Fosse. 

En chi temporal à Bons-Enfans à Liège furent mis des reguleres, qui 
par longtemps devant avoit esteit une priorie toute désolée. 

Chi s'ensyet le seconde ordinanche de noveal régiment touchant à bien 
commun , qui fut fait l'an XIIII<^ et XXIIII en octembre : 

(c A tous cheaux qui ches présentes lettres veiront et oiront, Johan de 
Heinsbech , pair le grasce de Dieu evesquede Liège et conte de Louz, ly 
vice-doien et capitle de Liège, et les maistres et esquevins, jureis, cbnseilhe 
et toute le universiteit de Liège, salut en Dieu et cognissanche de veriteit. 
Gomme por le reformation de régiment de nostre citeit, tant en spiritualiteit 



Fol. 51, v». 



Ly seconde ordinanche 
de régiment touchant 
à bien commoo. 



» gnies, ly quinsien est IX esterliens, et ly setins 
» est V esterlins, si doit cesoun pessans al essay, 
» soit grans ou petis, de sous XXV livres sMlh ait 
»^ esteit aultrefois et sengnis une demi-bonne. 

» Et chist qui n'ont point d'esay doient le doblc. 

» Item des quatrons doit denir bonne. 

» Item des demy-cens IIII denir. 

» Item de cens pessans VIII denir. 

» Item de sorplus al avenant. 

n Et chil qui n'ont point d*essay li doble. » 

Ici la phrase suivante d'une éeritnre plus mo> 
dcrne : 

a Item le quart al hopc (?) doit tenir une pint 
» à vin plus que le quart à vin. » 

Encore une autre écriture pour la phrase sui- 
vante : 



> Le XXVII' jour de novembre en XV« XI fut 
» donné par recharge az eschevins de Tilleur, à 
» cabse délie bressinc banna de Tilleur, que le 
i> bichier aile bire doit tenire II quarte à vin , et le 
» quarte al bro I quarte et une pinte à vin, et que 
» le bresseur bannal ne pouvoit brasser plus haut 
» que a III parisis li bichié, lesquelz III parisis 
» valent I aidant de bonne monoic. • 

Enfin cette ligne encore toujours d'une écriture 
différente : 

« Item la tonne aile hier doit tenir XLV bichier 
» mesure de vin , ou IIU'* X quarte (?) à vin. » 

' Mot omis dans le MS. 

* Ce mot qui est très-lisiblement écrit n'est-il 
là pour Warouxf 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 213 

com ea temporaiiteit, et oussi por osteir les abus qui de temps passeit soy 
fasoîent excessivement , nous ayons, pour bien de paix et por eskiweir les 
grans perilhes et diffamations qui estoient à dobteir , et enssi por la cor- 
rexion des forfaisans, faites asseis novellement certaines ordinanches bonnes 
et raisonnables, pair lesqueiles nostredite citeit et les inhabilans en ycelle 
soy poronl governeir en tranquilliteit et repouse, enssi que pair no lettres 
sour lesdites ordinanches faites et saelée soy contient plus plainement, nos, 
ensiwant lesdites ordinanches, por continueir le bon gpverne de nostredit 
citeit du bien en mieux, avons statueit et ordineit, statuons et ordinons 
par ches présentes , d'unck common assent et acorde, chu qui s'ensyet: 
— Et promier al fait de biens common, chi s'ensyet à point de venauls ' : 

» Poirtant que de temps passeit et de présent ons at foruseit en la citeit De cbouus miuis. 
des chouzes qui soy vendent commonemeot, et spécialement de vivre , sta- 
tuons et ordinons, por osteir les abus deseurdis, por le profit et utiliteit 
eommonement de tous habîtans et conversans en ladite citeit^ grans, moyens 
et petis, que d'ors en avant revendeurs ne revendres *, recoupeurs ne recou- 
presses, cabarteurs ne cabartresses , pair eaux ne pair aultruy. ensecreit 
ne pnblement, ne puissent achateir ne fair achateir dedens franchiezes et Des revendeurs. 
banlieu, ne aleir ne faire aleir encontre queilconques denrées, assavoir 
des voliies, fromaiges, oez, fruis, venison, ne eossi pessons de douche eawe, 
ains deveront laisier venir lesditez denréez en plain marchiet de Liège. Et 
ne poiront lesdis revendeurs et revenderes ' , cabarteurs ne cabartresses , 
recopeurs ne recoperesses^ lesdites denrées por eaux ne por aultruy achateir 
ne marchandeir , jusqu'à tant que on aurai sonneit ensemble gran messe 
aile grant englieze de Liège, afilen que devant celi heure cascun, grans, 
moiens et petis, en pussent avoir pour la porveanche de leur hosteit,^ 
sens maile engien; et que cheaux qui feront encontre chu soient atains, 
poir chascun fois que chu avenroit , de demy-griffon y V libres V sols por le 
demi * -griffon , à convertier k savoir à sangneur et al citeit IlII libres , à 
raporteur XX sols, et à cely qui le commanderai V sols, à payer sans 
remission dedens trois jours après chu que commandeit ly seirat, sour 

' Cette dernière phrase, qui forme un som- Quant à la piéee, elle se trouye dans Lourrcx, 1, 50^ 

maire, ne se trmire pas dans le texte du pavlUard ' Sie pour revendressei, 

n* 981 qui nous sert à eoUationner notre texte. ' Encore pour revendnises. 

Cest, comme le n* 355, un MS^ du^XY* siècle. * Ce mot ne se trouve pas dans notre texte. 



216 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



Uez reTcndeurs. 



Fol. 5«, r». 



Dez harengressês. 



eistre banis I an fours del cîteit et banlieu; mains pour chu n'entendons 
point de riens aleir encontre de chu que les esquevins salvent et Wardent. 
— Item , statuons et ordinons que d'ors en avant ilh ne soit revendeurs ne 
revendresses, ne altres personne queilconque qui vaiche ou envoie contre 
moskes ', harens, bochois % pessons de meir fres ne salleis, de Loez, de 
Waremme, ne des aultres lieuz enssi long del citeit en echà% ne que 
l'achat pour revendre, ou les faiche demoreir derier; mains soient tous 
ameneis en plain marcheit à Liège, sens eistre herbegiés por la journée, 
qui seront venus dedens spirs, manson * ou aultres lieuz , jusques al heure 
de vendaige passeit. Et qui encontre chu ferat , qu'ilh soit atains del summe 
de trois florins de Riens, à payer et applicierje motié à saugneur , et l'autre 
motië al citeit. Et n'entendons point que dedens la ville de Treit on ne les 
puist alleir achateir. 

» Item, statuons et ordinons que quant lesdis herens, bochois % moskes 
et pessons de meir seront venus à marchiet, que tantoist ilh soiet mis à 
vendaige por unck rasonaible pris , solonc le temps. Et se ons ne poioit 
eistre d'accors à marchant , qu'ilh y euwist dois deputeis proidhommes , 
unck départ monsangneur et l'autre départ la citeit , et dois altres deputeis 
proidhommes de mestier des herengiers à chu cognissans, à eslyer par le 
maieur et maistres del citeit : lesquelles deputeis jureront sour sains que 
lesdites denréez taxeront, solonc le temps, chascunne por son pris, bien 
et loialment, sens maie engien. Et que lydis pris soit pubiyet entendaible- 
ment, affin que por cely pris cascun en puist avoir, et que les revendeurs 
et revenderesses soient tenus de cely denréez qu'ilh auront achateit re- 
vendre pour unk rasonaible denier de conqueste, et s'ilh les voloient 
revendre disrasonablement , que chu soit par l'ordinanche des IIII deputeis 
modereit, et se les IIII deputeis ne poient eistre d'acorde, que chu soit 
modereit aweck eaux par le maieur et mastres del citeit por le plus gran 
profit de bien common. — Item, statuons et ordinons que les harengers d'ors 
en avant ne vendent aultres pessons que harens, bochois, fendus *, riuves^ 



' Moules. 

* Ce mot est écrit très-lisiblement, et on lit 
bocxhou dans le pavillard n* 25i. Il est proluible- 
ment là pour hoxhon» ou 6ocftofu, qui aujourd'hui 
encore désigne à Liège les hartngt satin. Un pavil- 
lard du XVI* siècle n* S6i^ porte boukchotu* 



■ SU dans notre MS. 

* Quid? 

* Le pavillard cité écrit ici boexhos. 

* Quid? Fendmu dans le pavillard n« S6i*^. 

* Rivets. Ryutwê dans le pavillard n* â5i ; nu- 
veii dans le pavillard n* 261^. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 217 

et meirlens, sour paine de dany-griffon à applichier, com dit est, eassî 
sovent eom ilh le feroient le contraire; ains soient vendus par hommes 
dédit mestier, enssi qu'ilh at esteit acoustummeit anchienement. 

» Item, à fait de seil, statuons et ordinons que, s'ilh est nulz marchans De vendre le «eii. 
deseil qui aiet seil mis avant à mesuratge pour vendre, tous cheaux qui en 
voront adonc unck quartal ou plus le doient avoir por teile pris qu'ilh 
seirat vendut en gros ; et qui Tescondiroit à donneir , ilh seroit atains de 
I florin de Riens de paine, ou ilh seiroit banis une an fours del citeit, 
franchise et lianlieu; et que nuls cortier ne doit eistre marchans; et se DezeorUers. 
nulz venoit demandeir à cortier que vault le seil , se doit-ilh dire : Tant 
fut vendut ly dierain '. Et ne doit nulz mesureur achateir seil en gros por 
revendre à quartal. Et se alcuns marchans vendoit seil en le Gouffe ou De rendre leii. 
aitrepart, ilh nel doit mesureir, fours que à droit méssures. Et que bor- 
gois del citeit , qui soit vendeur ou vendresse , ne doit vendre seil , se ilh 
ne le livre à teilez mesures qui sont faites par les esquevins. Et s'ilh fa- 
soient le contraire de nulz des poins deseurdis ,* qu'ilh soient por chascon 
desdis fourfais atains de unck florin de Rien. — Item, que nulz marchans De marchans de seii. 
del citeit ne doit aleir à chemien fours del vilhe al encontre des estraingnes 
marchans por achateir sel ', sour incorier XX florins de Riens de paine. Et 
ne doit nulz marchans del citeit achateir seil aux estrangnes marchans aile 
Goffe, se ly marchans ne l'at anchois mis à vendaige et wardeit trois jours 
en la Goffe après sa venue , sour paine de XX florins deseurdis. Et ne doit 
nulz mesureur ' mesureir le seil, quant il at achateit et vendut à altru *. Et 
se nulz estrangnes marchans vendoit seil à nulle aultre estrangne d'amont 
en la Gauffe, que les boi^ois et marchans d'aval le vilhe en pussent avoir 
por le fore ' et marchiet qu'ilh seirat vendut aux estrangnes marchans. Et 
ne doit nulz mesureur avoir lovi^ier à vendeurs ne à l'achateurs, ne avoir 
skepëez ' fours que de leur droit deseirte ^ et mesuraige. Et doient les cor- 
tiers à toutes marchandises , là où ilh seiront, détenir le seil por les bor- Coment k leii le doit 
gois et marchans d'aval le citeit, por teile pris que ly aultres seirat vendus, 

* Dernier. Encore nn mot resté dans notre venir au commencement de la phrase, 
wallon. * Por tetlfour dans le paviUard n^ 351. 

' Mot omis dans notre texte. * Il y a un verbe flamand scheppen qui signifie 

' Mot omis dans notre texte. puiser. 

* Je biffe ici le mot metureir, qui aurait dû ^ Salaire. Déserte se trouve dans Roquefort. 

S8 



l 



218 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



De peseirle pain. 



et ne doit nulz marchans vendre seil sens les cortiers '. Et ne doit nulz 
marchans monteir le point ' ne avalleir les Blans Mures, s'ilh n'at sourjonr- 
neit m jours en la Goffe après sa venue. Et que nulz, sour paine de X florins 
de Rien, ne soy puist acompangnier à l'autre pour vendre ensemble, se 
donc ilh ne soy acompagnent en lieu où ilh achateront le seil, à Dordrexhe 
ou plus avant. Et que nulz marchans del citeit ne puist seil achateir por 
eskepeir * ne vendre en le Goffe, mains le doit mettre en sa maison s'ilh nel 
maine amont. Et se de contraire desdis poins estoit fait % que les forfesains 
soient atains del florin de Rien d'amende, et en avant s'en doit-ons ordi- 
neir solon le lettre de seil et si avant que li esquevins salve et warde. 
Et se deveront lesdites paines , se forfaites sont , applicier le motié à mon- 
sangneur, et l'autre motié aile citeit, reserveit en ches ordinanches les 
droitures de voweit, se aulcuns y at. 

» Item , à fait de pain , statuons et ordinons qu'ilh en soit useit enssi que 
ly esquevins salve et warde, et que li maire ne puist escondire d'alleir 
peseir le pain, toutes fois quant fois ilh en serat requis par les maistres 
del citeit; lesquelles maistres soient tenus sour leur fealteit de faire la 
requeste à dit maieur toutes les fois que besongne serait '. — Item, à fait de 
De vin tenant coieur. vin *, statuous et ordiuous quc uulz quclcouques vendans vins de la citeit 

de Liège ne porat faire nonchire vin tenans coleur, ne enssi embadier ^ 
tenant coleur, se celi vin enssi nonchiés et embaudîs ne tient coleur 
XII heures entiers. Et quiconques uzerat ou ferat le contraire, et pro- 
veit soit, ilh encourat la paine, et serat à une amende de lill mars de bonne 
manoie, enssi sovent que chu avenroit. Et si le winlecke * le fasoit sens 
le congier ou mandement de son maistre , qu'ilh fuist atains de teile paine 
comme deseur est contenue. — Item , statuons et ordinons que nulz vendant 
vin ne poirat faire porteir ne donneir assayer * aultre vin *^ de cheli meismes 
thoneale qui afforeis seroit pour vendre à broucke ^^ Et qui ferat ou uzerat 



Eneor de vin. 
Fol. 5t, ¥•. 
De vin. 



* Cette dernière disposition depuis: erii« doit, 
ne se trouve pas dans le pavillard n« 351. 

" Pont. 

■ Le pavillard n« 351 porte skepeir, et le o« 361*^ 
stapler, étaler, ce qui se comprend mieux. 

* Mot omis dans notre texte. 

* Le pavillard n« 351 ajoute ici : entiwant la loy. 

* A fait des viniers. ibid. 



^ Publier. Enbaldir dans Roquefort. 

* Roquefort donne au mot le sens de publication 
de vin à vendre. Le texte de la phrase lui assigne 
celui de valet ou serviteur d'un marchand. 

* Sic pour à saier, à essayer. 

" Aultre vin que. Pavillard n* 361. 
" « Broque, espèce de cheville de bois pointue, 
» dont on se sert pour boucher le trou d*an ton- 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVËLOT. 219 

le contraire, tantes fois quant fois ilh le ferat, ilh seroità teile amende 
que deseur est dit — Item , statuons et ordinons que quiquioncques ven- 
dant vin, qui metterat avant et ferat afforeir une thoneal, nel puist resto- 
peir ' por afforeir une aultre * thoneal peyeur de celi sens malengien , sour 
paine d'eistre à teile amende que deseur est contenue. 

» Item , statuons et ordinons que nuls vendant vin ne puist faire cryer ne ^ vin. 
nonchier vin d'aultre marche que de celi marche meismes dont li vien 
seiratcrus, et qui feroit le contraire, ilh seiroit al amende teile que de- 
seur est contenue, aussi sovent que ilh le feroit: assavoir qu'iih faiche 
nunchier vin de Laire ' por vin de Laire , vin de Muselle por vin de Muselle , Des viens que ons rent 
vin de Rin por vin de Rin , toute la marche rinoize * jusqu'à Sainte-GuM^ert % 
et de Sainte-Guwert en amont jusqu'à Moiente * droit vin de montangnez , 
vin d'Asay ' por vin d'Asay, vin de Beayne ' por vin de Beayne, vin de 
Baire-sour-lake * por vin de Baire, vin de Riviers por vin de Riviers, vin 
de Mes por vin de Mes, vin de Louais por vin de Lonoys, vin de pays por 
vin de pays, vin de Huy por vin de Huy, et enssi de tous aultres viens, 
chascon vien de teile marche dont ilh seroil crus. — Item, statuons et ordi- De nient meieir les 
nons , sour paine d'eistre à teile amende que deseur est contenue , que nuls 
vendant vin ne puist melleir vin de pays awec fort vin '®, soit de Rien ou 
d altre , affien que celi fort vin ne puist eistre emperiés et les bonnes gens ne 
soient engeneis; ne enssi qu'iih ne puist melleir vies vin awec noveal, 
excepteit leur respecte " , sens malengien. 

» Item, statuons et ordinons que nuls estrangnes marchans amynans vin !>«▼>» ^es ettranfnes 
estrangnes ne puist en ladit citeit mettre ne faire mettre en cellier ne en 
caves nulz estrangnes viens quelconques qu'iih fairat amyneir, se donc 
ilh ne les at promierement presenteit à boire aux viniers borgois et aultres , 
enssi que ons at acoustummeit des viens qui vinent aux stapples, afEen teile 
que ons saiche parfaitement queiles viens chu sont et de quelles marches. 

* ocaQ qu^oo a mis en perce. » Dietionnaire wallon- ^ Saint-Goar. 

françttû de Cambresier. * Maienehe. Pavillard n» 351. 

' Reboucher. Encore un mot wallon. Stopeir, ^ Au$ay. Ibid. 

boucher, se trouve dans Roquefort * Biane, ïbià, Beanne. 

* Mot omis dans notre texte. ' Able, Ibid. Aube. 

' Lare dans le pavillard n<* â5l , ce qui indique >* Pour vendre et nondiier pour four vin, ajoute 
le Tin d^Âhr. ici le pavillard n« 381. 

* Marche du Rhin ? " Resple. Ibid. 



220 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVBLOT. 

— Item, statnoDs et ordinons que nuls vendans viens ne puist faire gave- 
rêale ^ por remplir ses viens , ne enssi por geteir awee son respleite % de 
quoy ilh doit remplir ses viens. Et quiconcke le ferat, ilh seirat atains de 
teile amende que deseur est contraïue, enssi sovent que chu avenrat. 
'^tJ^'" d^'i"ch^^°' '^ Item, statuons et ordinons que monsangneur l'evesquede Liège, por iy 

et son englieze, eslirat chascon an I homme, les raaistres et conselhe, por 
eaux et por la citeit, esliront enssi I homme, et les viniers de ladit citeit 
II hommes ydones et suffissans, por visenteir et faire bonne inquisition 
sur toutes les ordinanches faites touchantes aux viens deseurdis, lesqueiles 
IIII hommes, à commenchement de leur élection, jureront soUempnement 
sour sains , en presenehe de maieur et esquevins , maistres et conselhe del 
citeit, qu'ilh exerceront et feront ladite offiche bonnement et loyalment 
sens porteir nulle faveur, et que les forfaisans raporteront à maieur ou à 
maistres deseurdis dedens III jours, sens malengien, et que ilh ne quitte- 
ront ne celleront nulz des amendes deseurdit , quant fourfaites seiront. Et 
affien teile que ches présentes reformations et ordinanches des viens soient 
à tousjours mies tenues , monsangneur l'evesque de Liège aura de toutes 
les am^ides deseurdit, quant forfait seront, la quart part^ la citeit aura enssi 
de toutes les amendes semblamment la quart part, lesdis.IIII esleus, leurs 
clers et variés, l'autre quart part, et la candelle des viniers ' l'autre quart 
part, reserveit et wardeit la droiture de voweit, s'alcunes y at, et enssi la 
Paix des clers. 

» Par tous lesqueiles status et ordinanches deseurdit nous n'entendons 
point que les aultres status et ordinanches, touchantes les artycles deseurdis, 
que ly esquevins salve et wardé, soient de riens enfrains, mains demeu- 
rent en leurs vertus , et enssi que les esquevins soient tenus de salveir et 
wardeir ches presens status et ordinanches, et ly maieur soit* tenus de 
paines devant touchiés à commandeir et mètre à exécution. Et se lidis 
maieur en estoit négligent ou defalans de faire ladite exécution dedens 
trois jours après chu que requis en seiroit sans malengien, que passeis lesdis 
trois jours les maistres del citeit poront et deveront faire l'exécution de- 
seurdit. Et nientmoins serait lydis maieur por sa dite négligence atains 

* 

^ Gauvereale, Ibid. Pour ce mot, voir Ducange, ' Voir Ducange, v* Ra^tetum. 
v» Goutta. s Le lomioaire de la eliapelle des viniers. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 221 

del summe de X mars de bonne manoie à applichier al dit cileit, et de payer 
dedens III jonrs après chu que commandeit li seroit, sor payne d'eistre 
albain. Et se les maistres estoient enssi necligens ou tardus sens malen- 
gien, qu'ilb soient atains del paine en la premier ordinanche contenue, et Foi.83,r». 
applichier comme dit est. » 

Ghi s'ensyet une modération sour les status* del citeit et cheaux qu'ilh 
ont à executeir * : 

« Item, statuons et ordinons % ensiwant les status del oit^t et la novelle un« modération sor ics 

1 .. 1 ■• « « i* •« « 1 • • j «1 - status del citeit. 

modération sour lesdis status faite % que les jureis^ de queilconques vinaves 
que chu soit, par eaux, leurs clers et varies, por une faime à faire dedens 
la citeit, franchize * soient contons , sens plus avant riens à demandeir, de 
XII livres oommon paiement de Liège, et fours* franchize dedens banlieu 
de XVIIl livres, et adehaurs desdites citeit ^ et banlieu jusqu'à Huy ou sem- 
blamment ensi longe auront^ilh le double, assavoir XXXVMivres , et oultre 
V livres à marmontant de XXX sous le jour oultre les frais paiiés. 

» Item, statuons et ordinons que, se alcune personne soy deplaindoit de Des plaintes de famés. 
diffamement de pluseurs en une seule plainte ou de personnes sourdites , 
lesdits jureis , clers ' et variés por cely famé à faire soient contens de sa- 
laire, sens plus avant rins à demandeir, de XII livres; et enssi que le maire 
de vinave soit contens del argent délie ville , et les jureis , clers et variés 
soit contens chaouns d'eaux de une demy-haye ^ por leur exécution dédit 
diffamement à faire à peron à Li^ ; et que parmy cely pris nelle pussent 
lesdis maieur, jureis^ clers et variés escondir nullement, sens prendre aultre 
louwier ou bienfais, tant aux status com aux rapeaul. 

» Item , por osteir tous atargemens aux status , statuons et ordinons que 
quikioDcques del Sains-Jake et Sains^Ghristofe prochainement venant serait 
jureis ou gouverneur ou porterat aultre offiche del citeit , que dedens cely 
année et l'autre an tantoist après ensiwant ne puist eistre maire de vinaves , De maire de Tinave. 
et parelhement que quikonques serat maire de vinave ne puisse, l'année de 

* Dans les pavillards que j^ai eohsultés, on ne * Ici^ dans le pavillard cité, vient le : sttUuofu 
trovre pas cette phrase, et les dispositions qui pré- et ordinons. 

eèdent ne forment ayec celles qui suivent quHin * El banUeSj ajoute ici le pavillard n* 351. 

seul et même document . ' Le même pavillard ajoute ici le mot frankki, 

* Dans le pavillard n« S51 , qui nous sert ici à ' Encore un mot de plus dans le même pavil- 
collationner notre texte, ces trois mots sont rem- lard. ' / 
placés par : à fait dei ëtaius» * Sur cette monnaie, voir Ducange, v« Baia. 



222 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

sadit marrie ne l'année après ensiwant, estre jureis, governeur ne auitres 
officiers de ladit citeit, et que ly maire de vinave, pour chascon cris de 
peron qu'ilh ferait sour une partie, dont solonc les status n'en doit de 1 seul 
cas faire que trois cris, ne pussent demandeir ne plus prendre que une 
demy-haye. 

» Item, statuons et ordinons que, quant sour alcune partiie manant 
fours frankiee ly status serait fais et termineis, lydis maieur soit tenus de 
lassier savoir auxmansons desdites personnes par les variés des jureis et à 
ses frais, affien, s'ilh leurs plaist, qu'iih ne soient mie dechewes de rap- 
pelleir. 

n Item, statuons et ordinons que li maire de vinave por l'argent del vilhe 
d'ors en avant ne puist faire alcune personne albain, s'ilh n'at esteit avan- 
trainement par une varlet des maistres ajourneis à sa bouche ou à sa 
femme à sa maison ou à sa maisnie, ou aile moins à ses dois plus prochains 
voisiens en cas là ilh sa femme ou maisnie ne soroient troveis en sa maison, 
por monstreir paiement, et que lydis maire por chascon de ses adjour aux 
parties ne puist demandeir que une demy-haye manoie de Liège \ 
Jureis ou gouverneurs » Itcm, statuous ct ordiuous quc tous jurcis ou * ffoverneurs del citeit ne 

ne dotent eistre par- * •* #i 

liera. pusscut dirc parolles por argent wangnant, leur année durant, par-devant 

les maistres et conselhe délie citeit. 
De maire de vinave. » Itcm, stdtuous ct ordiuous que ly maire de vinave ultre les dois années, 

ne enssi sens les parties à respondre et sens provanches à faire, meismes se 
les parties de leur plaintes, quelles qu'ilh fussent, estoient d'acordes, ne 
puist faire termyneir sor alcunne personne dont plainte * serait faite, et ne 
puist oussi alcunne personne sor cuy serat termineit faire criier jusqu'à 
tant que ly rapeal , se rapeleir estoit , en aurat jugiet : et parelhement ordi- 
nons que, se alcuns soy deplendoit devant les jureis d'aultruy, que cely 
deplendant soit tenus de parsiier sa plainte et faire sa diligenche dedens 
l'an, ou, se chu ne fait, que dont d'ors en avant * ly plainte soit de nulle 
valeur. 

)> Item , statuons et ordinons que d'ors en avant ly maire et les jureis de 

^ Manoie corant en bourse, dans le, pavillard ' Plait. U>id. 

ciU^. * Que de dont en avant. Ibi4> 

* Et.md. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 223 

vlnave, leurs clers et Variés, quant alcunne persone besongneral d'avoir le d«8 puiates deram 

papier des jureis par devant les maistres et XXXII ' des XXXII mestiers, ou 

altre part, por alcune plainte ou famé termynée ou gisant en rapeaule ou 

por altre cas, veoir hours porteir, soient tenus de cely papier aporteir et 

faire chu que faire en doient parmy II hayes manoie corante en bourse por 

eaz tous ensembles; et que parmy chu ne le pussent escondier, sour paine 

de dois mars de bonne manoie à applichier a la dite citeit. 

» Item, statuons etordinons que les jureis, de queileconques vinave qu'il Des jureis des vinaves. 
soient, por oiir tesmongnage des tesmons qui produs seiront par-devant 
eaux, sour queilconques plainte que chu soit, d'ors en avant ne prendent 
salaire alcuns , ains les oient por nient. 

» Item , statuons et ordinons * que les jureis soient contens , por une 
plainte à prendre aux parties , soilement de une demy-haie ; et li clers des foi. 53, v«. 
jureis , por escrier en leur papier une alliganche , ou por une plainte à re- Que eier» ou jureis 
quérir en vies papier, de une demy-haie, et por une plainte de diffamation 
soient contens d'ors en avant de une haie , et pour escrire de une haye ; et 
ly variés aussi dedens franchieze et banlieu , por adjourneir les partiies 
por resppndre, soient contens par chascon ajour de II sous VI deniers, et 
aultretant por chascon adjour fais aux tesmoins qui deveront tesmongnier, 
et defours franchiezes et banlieu soit pour chascon lieuwe contens d'avoir Quani oos doit iermy. 
VII sous manoie de Liège. Et deveront les jureis deseurdis termyneir II 
fois l'an , assavoir premier dedens le Noyel et l'autre seconde fois dedens 
le Sains-Johans-Baptiste, se donc n'estoit partie encontre partie dont li cas 
le requeroit, et ne deverat li maire de vinave seioir à la termynation, et 
deveront les jureis commandeir les amendes aux frais de leur maieur, sens 
riens à prendre aux parties tant az status com à rapeals. 

yy Item, que tous variés des maistres soient tenus, soit qu'iih en soient Des variés des mai 
requis ou non, de prendre, attenir et faire leur puissanche tous albains et 
de meneir en la Violete, sour paine d'eistre priveis de leur offices et de 
toutes aultres l'espause de X ans continuellement ensiwant, et parelhe- 
ment les variés de maieur soient tenus de prendre les banis et myneir en 
la ferme de sangnour, sour teile paine qui dit est des variés des maistres. 

' XXXIi hùmmiu. Ibid. le paTillard cité. 

' Les trois mots qui préeèdeal ne sont pas dans 



très. 



naiges. 



commissars. 



224 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

D«s ciers et variés des » Item , statuoDS et ordînoDS que kieonques seirat institueis clers ou 

vinaves. i * *' j 

variés en une des vinauves une année , que 1 autre année après ensiwant 
ne pust eistre institueit clers ou variés en cely meismes vinave. 

De cheaz qui ^ront » Item , statuous et ordînous que kieonques yrat ou ferat encontre de 

tous les poins touchans les status susdis , qu'il soit priveis de son offiche et 
atains de II florins de Rien, à appliciier à la eiteit. 

De usaigex de cherbe- » Item, statuous ct ordiuous à poiut des cherbunages, qu'ilh en soit 

uzeit «nssi que ly usaige de cherbunaiges et la Pais des XVI fait mension , 
lesqueils usaiges et pais thochantes à fait de cherbunaiges soient mieses par 
escript en pyleir à Sains-Lambert awec les ordinanehes noveliement fait, et 
que vos trovereis en escript chi-apres ^ ; et se les jureis en usoient aultre- 
ment et que de fait soit proveit , iih soient atains de XX florins de Rien , à 
appHchier le motié à monsangneur et l'autre motié à la eiteit. 

Des maire, maistres et » Item , statuous ct ordiuous quc ly grau maieur de Liège et les maistres 

délie eiteit soient tenus, sour leur fealteit, de lasier savoir et raporteir par 
escript, par eaux ou par leurs clers, auxdis commissaires ou à leurs ciers 
secrétaires, quant ilh le demanderont, toutes lès amendes forfaites et 
commandeez , et les noms des persones forfaisantes contres ches présentes 
ordinanehes et les devantraines , et le jour et le daute quand commandeit 
leur serait, affien que ons aiiet plus plaine cognissanche des malefateurs et 
qu'ilh soient escrips en papier desdis commissars. 

)) Item^ statuons et ordinons que ilh ne soit nuls ne nulle, de queilc- 
onques estât qu'ilh soit, qui vaiche entour les trailhes * à livres et ordinan- 
ehes en pileir, por cancelleir, coupeir, raseir, talhier, brisiier, ne faire 
violenche queileconque, sour peirdre le diestre pongne se atenus est; et 
s'ilh fait piet fucule, qu'ilh soit atains de son honneur, voire le fait bien 
proveit. 

» Toutes lesquelles ordinances deseurdites , nous et chascuns de nous , 
apar ly et ly unck envers l'autre, promettons et avons en couvent bonne- 
ment et loyalment délie wardeir et entretenir fermement à perpetuiteit 
'sens embrisier, en reservant tousjours, tant en ches présentes com en de- 
vantraines ordinanehes, s'ilh estoient en alcunnes de ses partiies obscures 

' Les mois : Et que vos trovereiê en escript ehi- * Sans doute le treittis qui recouvrait la boîte 

après ne sont pas dans le pavillard n» 251. aux Uvres et ordonnances. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 228 

ou de double entendement, que d'ycellez interpreteir et declareir par le 

conseille de nos commissars, sens fraude et maie engien. Et s'ilh advenoit, 

que ja n'avengne, que contre des deseurdites ordinanches faites, tant de 

premières com des dieraines, alcune personne, cleir ou lay, vousist por- 

cachier ' por elles infrindre ou enbrisiier, que teiles soit atains d'une voie 

d'oultremeir à paiier sens remission, le faite bien avoirité par enquestre Des forfesan» contre 

ou altrement, dedens XXX jours après chu que commandeit ly serat par 

son juge conpetens; et s'ilh estoit defallans et ilh fust clers, qu'ilh soit 

suspons del perception des frus de son bienfiche ou office l'espause de 

trois mois; et soit mis, cely espause durant, en l'encloustre ou en chairtre, 

et paie après chu ladit voie; et s'ilh astoit lay, qu'il soit bannis fours délie 

citeit et banlieu V ans sens remission, et après ce paiie encors ladite voie *; 

et en cas là atenus seroit dedens les V ans dedens frankie et banlieu, 

ledicte terme des V ans durant , ou après les V ans ', sens avoir paiet sa 

voie et raporteit bonnes lettres , qu'ilh fuist détenus en prison tant et si 

longement qu'ilh aurat paiiet XL florins de Rin, à applichier aux artilhe- ' 

ries et à aultres necessiteis délie citeit. Et portant que nos volons ches ordon- roi. 54, r«. 

nanches mies corroboreir et enfourchier, nos Johan evesque deseurdit 

nostre seal, ly vicedoyen et capitle nostre seal, et nos les maistres et esque- 

vins, jureis, conselhe et tout ly universiteit desurdis nostre seal de la citeit 

de Liège avons faite apendre & ces présentes lettres , faites et données l'an 

de grasce M GGCG et XXUI , le XXIIII<^ jour de mois d'octembre. » 

Ghi s'ensiiet chu que est declareit dedens la lettre de vénaux fait et Le lettre deireneux. 
sayelée par l'evesque Adulphe délie Marche, le capitle et la citeit, qui 
point n'estoit insereit dedens la lettre de common profit faite pair les 
commis de regyment *. 

Item que nuls ne vendre ne achat le chevreul * que XXIIII sous de tor- 
nois , le gros tournois le roy por XVIII tour, petis. 

Item le chair de livre % sens le peaul, que II sous de tornois. 

* Ou poreachast, ajoute le pavillard cité. le texte, mais seulement des extraits de la Lettre 

* Toute cette disposition depuis : et s'ilh astoit des vénales de 1517. Le document se trouve dans 
lay, etc., est omise dans notre MS. ' Louvrex, HI, 173 et suiy. 

' Même observation pour tout ce qui suit les ' CkheroiU dans le pavillard cité, 
roots : dedens frankie, etc. * Lièvre. 

* Les dispositions qui suivent ne sont pas dans 

29 



fi6 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Item le livre, atout le peaul, XXVIII deniers. 

Item le chair de conien ', sens le peaul, XXVIII deniers, et atout le peaul 
XXXII deniers. 

DesToiirs. Item le pair de pigons VI tour., et le marlars XVI tour., et lauwe* 

XII tour., et le plovier VI tour., et le neppe ' VI tour., et le pétris * XII 
tour., et le plovier d'eawe ' VI tour., et le xhilhet * gros XII tour., et le pety 
xhilet VIII tour., l'achie MX , et le givre ' XVI tour., et le faysan XXXII 
tour, et le poilh * de faysan II sous, et le koeck brureche ** XVIII deniers, 

Deipoi'iheeteappw. et le corette ** XII tour., le capon entre Paske et le Toussains XII sous, et 

entre le Toussains et Paske XVIII touttiois, le poilhe entre Paske et le 
Toussains IX tour., et entre le Toussains et Paske XII tour., les polies *' 
XII tour., Toyçon " XII, et ensi de toutes aultres, etc. Et qui contre chu 
ferat, VII sous de tournois payerat ou seirat une an banis, etc. 

Item ons ne doit paiier de areir ^^ et tuweir uncbueffe que II sous détour. ; 

d'on bakon XVIII tour., d'on porceal XII tour, et d'on moton II tour., etc. 

Item que nuls tavernier ne laiche joweir en sa taverne aux deiz , né 

acseiche *^ waure '* femme à hoir en sa taverne. 

Item qu'tlh ne soit nulz communs vendeurs de bleis en la citeit , mains 

De bi«i». qui bleis vorat vendre, selle porte ou envoie vendre par ses certains mes- 

saigës en plat marchiet overtement; et que nuls ne achat bleis dedens Liège 
en altre lieu qu'en marchiet à Liège; et que nuls n'achate ne vende bleis, 
se seirat prime sonnée à Sains-Lambiert, excepteit en chi cas les engliezes 
de Liège , lesqueiles puelent avoir une vendeur tant seulement pour vendre 
le propre bleis des soverains canones , qu'ilh auront à grenier, et nient des 

Couumi oBf dôitT0ii- canoynes de Sains-Ma terne , del Tauble, ne de nuls aultres, clercs ne lay; 

dr« les bleU. 

* Lapin. * Poule. 

* Oie. '• Coq dé brayàre. 

* Bécassine, ▼u]gairementcul-6toiic. " Gelinotte? 

* Perdrix. " Poulets. 

* PluTÎer de marais. *' Oison. 

* Le payiUard n* 359, sor lequel nous eoUation- ^* Ahorer, k Liège, encore aujourd'hui , désigne 
nons notre texte, écrit êkeilhêt, oiseau inconnu. Topération d'ouvrir la gorge de la béte abattue. 
Voy. VocabuU de$ fwms walbm$ d'animaux ^ etc., " Mot wallon signifiant attirtr, 

par Ch. Granflgagnage. '* Femme abandonnée, débauchée. Voy. le glos- 

' Bécasse? saire de Ducange y*. Wa^f 

* Grirc? 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



M7 



et que ne soit moulnier ne bolengier, qui molin tengnent, qui bleis acha- i>e moiiu. 
tent dedens Liège, por departier à aultre moulnier ne bolengier, fourquez 
pair' sa propre cuysaige, etc., sour paine de XXI sous de tour, ou III ans 
estre banis. 

Item que nuls n'achat layne fourquez en la halle. Deiuyoe. 

Item que toutes manières de gens puelent et doyent, s'ilh weulent, 
porteir à sac et aultrement , pour quere le vivre por certain et rasonable Des poneun aux sac. 
pris; et qui escondiroit Fautre à leveir son fas, VII sous pairait ou banis 
seroit I ain. Et est ly intention que gens de tous mestiers, de quoi le lieu Detoosmestimpoiaei 
qu'ilh soient, puelent et doyen t ovreir de leur mestier et eaux chevier * 
dedens; mains qu'ilh soient de bon lieu et de bon nom et qu'ilk vengnent 
pasieble. 

Item que toutes gens de mestier, qui auront en covent à aultru de faire !>•• ovnen. 
nulle ovraige^ soit à treffait' ou aultrement, accomplissent leurs covens 
eiftyrement sens detriier, sous paine de XXI sous ou d'eistre banis 
III ans, etc. 

Cbi-apres s'ensiiet coment, d'anchieneteit et à temps présent et chi-apres, d* .mestier de huUe- 
ons se doit useir de mestier de huilerie ^ 

« Promierement, usaige est et doit eistre que quikyonques comenche et i>« eonenciiier ou «c- 
fiiche heraine ' ou ayuwe faire de oevre de brèche ou de ses deniers ', par 



' Par erreur sans doute aa lieu de pour, 
' Chevier sans doute pour faire cFievance. 

* Pour à forfait f 

* Dans le pavillard n* 385, que je suis toujours 
de préféreoee, le document qui suit porte le titre: 
Che êoni U» ttsaiges de cerbenaige. Première lettre 
de cerbenaige. Puis vient une introduction omise 
par notre chroniqueur, et qui est ainsi conçue : 

• A tons eheauz qui ches présentez lettres Tcrront 

• etoront, Colairs de Bierleur, Balduwien de Ju- 
» meppe, Hanoullet de Vottemme et Vogier d^Ans, 
« voir jureis por le temps de mestier de huile - 

• rye, salut et cognissanchc de veriteit. Comme 

> ensy soit que soyons et ayons esteit à queil de 

> nous par Tespause de XXXVI ans ou plus pas- 

> seit en oflische de voir juraige enlls et establit 

> par nous singneur lez esquevins de Liège , et 

> nous tous jour ne puissiens ledit offische main- 



» tenire, par mort ou par maladye, partant que 
» cascun soit délie usaige et manyement des chicr- 
• benaige à cuy besongne est plus toist condelhyei 
» et radrechyei de son erreur, sy avons nous lydit 
» usaige et maniment pour le profis deldit mestier 
> recordeir et fait mettre en cez présentez escripts, 
» en telle manire que chi-apres est deviseit et 
» anssy que noz Pavons nseit et vuet useir de nous 
» et de nous devantrains anchinement » Plusieurs 
des termes techniques qui suivent sont expliqués 
dans un vocabulaire spécial publié par Louvrex 
avec cartes explicatives, vol. II, pp. 240 et suiv. 

' Àreine, canal souterrain dont le but est in- 
diqué dans le vocabulaire de Louvrex. 

' Cette disposition , reproduite dans la Paix de 
Saint -Jacques de 1487, porte ici : oi« aide faire par 
œuvres de bras ou de ses deniers, Voy. Louvrex , Il , 
194. 



228 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

quelle perchon qu'ilh y ait, ladit heraine doit porsiwre et le profit ou 
acqueste al devant de luy, et ses heurs ou successeurs après luy , se donc 
nelle meffont ou perdent par leurs coulpes , et enssi à cheaus qui heraines 
acquiront ou auront acquis tout ou perchon eus , à cheluy ou à cheaux qui 
fait ou comenchiet l'auroient, enssi que dit est; laqueile heraine une ou plu- 
seurs doient par toute là où elle * sont ou seiront passées demoreir frankes 
en leur droit court, pairmy queilconcques raison elles * soient passées et 
acquieses pair court, de justiche ou de tenans, par lettres ou pair simple 
covent devant bonnes gens fais , ou pair maniment anchiens ; et ne doit nuls 
hons ens dites heraines getteir ne potier, encombreir, stopeir ne redighiier, 

Fol. 54, ▼». se chu n'est pair bons covens. Et s'ilh avenoit que alcunne heraine stronlast 

ou remontaiste ', al devant quelle part que chu fuist en lieu de son droit 
court, cheaux cuy ladite heraine seroit le puet aleir requeire * et descom- 
breir % parmy les damaiges délie heretaige deseurdit, rendant aile hiretier 
à dit * dé proidhommes à chu cognissans; et se puet chis qui ladite heraine 
at fait ou aidiet faire ou acquise, com dit est, délie dit heraine aidier, soit 
desous eawe ou deseurs , en toutes necessiteis pour ovreir ses ovraiges ou 
acquestes solonc les covens des treugeurs % salveit les terraiges. 

i)es hertine». » Itcm, cstusaigc quc qulkouqucs at ou aurait ses heraines myneez * de 

chi.alle deraine pieche de ses acquestes, ilh puet, por sadit heraine salveir, 
retenir devant les tierres nient aquise tant de charbons que ladite heraine 
soit salvée, solonc le quanti teit del ovrage, aile ensengnement des jureis qui 
sont ou seront pour les temps , et lesdis charbons retenut et exstimeis par 
lesdis jureis , paiier le teiTaige à tergeur dedens trois mois après tantoist 
ensiv(rant; après lequeile terraige enssi paiiet, chis, qui retenut Tarait, porat 
ledis charbons ovreir de donc en avant si com siens, quant ilh vourait, et 
tenons tout en teile point toutes heraines eawes portantes por chierbons 
scoreir enssi bien en délivre com coran à jours, mains qu'ilh deUe dit 
délivre en amont aiet covreture ou eawe corant à droit liveal *. 

* Ilh, dans le payillard cité. ^ Tergeurs. Ibid. Ailleurs terrageurs, expres- 

* Ilh» Ibid. sion connue dans le pays de Liège. Sur le sens de 
' Stronhaùt ou foumumiaUL Ibid. ee mot et de celui de terrages, voir le vocabulaire 

* Le puet aile requier. Ibid. de Louvrex. 

' Nettoyer. Voy. le vocabulaire de Louvrex. ' Miennes dans notre MS. 

* Notre HS. porte, et ce doit être une erreur : ' Niveau. Voir le vocabulaire de Louvrex au 
à dU proittnea ou proidhommes, mot levay^ 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 229 

» Item, usaige est que qui donne ou ait donneit ovraige à ouvreir à queiie d« àoum orraige « 
terraige que chu soit, doit avoir une ovriere traieilr sor le fosse, qui se 
journée deserve suffisamment awec les aultres, qui le terraige doit conipteir 
etwardeir, à coustes^ des ovriers tenans les ovraiges; délie quelle terrage 
enssi delivereit lesdis ovriers dolent eistre quites et en paix; et s'ilh avenoit 
que ly tergeurs n'y vosist mètre une traiheur, et soie fiast de se teraige 
ens en dis ouvrières, ilh ly dolent rendre ledit terraige entirement; et se 
debais en estoit, ilh s'en dolent passeir de chu avoir bien rendut à leurs 
serimens, pair condition telle que, quant ouvrières tenans ovraige d'aultruy 
entrent ou dolent entreir en aultre terre qu'ilh n'aient ovreit qui sont de 
leur acquestes , ilh y dolent entreir pair mesure par lesdis jureis faite , et 
yssir enssi par mesure, aux coustes desdis ovi*ieres, en la presenche des ter- 
geurs ou de leurs certains messaigés à chu appelleis; et doit chis qui en la- 
dite terre est entreis, de cuy qu'ilh le tengne, ovreir et pairsivre ledit ovraige 
de jour en jour bien et loialment, sens targier, se che n'est pair forche 
d'eawe , faulte de lumire % fourche de saingeurs ' en mois d'avi^oust ou four- 
kement' d'aultruy ; et s'ilh est defalans d'ovreir, chis de cuy ilh tenroit ledit 
ovraige aile usaige de palis, le puet faire somonre par lesdis jureis qu'ilh, 
dedens quinzenne après tantoist ensiwant, ouvre et porsivre telles covens 
qu'ilh at à dit tergeurs; et se ledit ovrire se wet ou puet excuseir pair les 
songnes deseurdites, ilh le doit monstreir par les jureis deseurdis dedens 
ladit quinsaine à ses coustes, ou mettre le main aile oevre se excusanche 
n'y at , et ovreir en porsivirant ; et s'ilh che ne fait, lydis tergeurs, ledit quin- 
saine passée, doit faire ledit ovrier rajourneir par-devant lesdis jureis, aile 
quelle radjour ledis jureis dolent ledit tergeurs resaisier deldit ouvraige si 
com délie sien ; et se à celle dit ovraige avoit pluseurs parcheniers , chis 
qui seiroit plus apparelhiés , dedens ladit quinsaine , en la presenche desdis 
jureis, de mettre le main aile ovre ou de excusanche monstreir, dolent 
en leur pairchons demoreir, et se puet ly dit tergeurs porsiwre délie dit 
somonse sour les defiallans , et quant ilh aurait lesdis deSallans ousteis de- 
leurs parchons en le manière deseurdit, ilh doit de donc en avant parchon 

* Coustes pour castes, dépens. « Soùigneraige. Parillard n« â55. Sur le sens 

' Sur k sens de htmière, voir le Toeabulaire de de ee mot, voir le vocabulaire de Louvrex. 

Loovrez, an mot mitage, qui en est, dit-il, le sy- ^ Far commant. Pavillard n« 355. 

noDyine» 



230 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

faire ' à dit ovraige en lieu d'eaux, et leurs ouvraiges qui sont donneis pair 
justiche , par court ou par tenans , là où usaige n'est retenus et wardeis , ons 
les doit faire sommonre par le court là où ilh sont donneis et affaitiés. 

Del «iepartier les ter- » Iteitt , usdlgcs cst ct doit eistro quc quikonques tengne ovraiges de plu* 
'''^^' seurs terres jondantes ou marchissantes Tune à l'autre , et aient fait mes8u<- 

reir par lesdis jureis por les teraiges à départir une mesure ou dois à plus 

Foi. 55, f. pairsiwantes, que lesdis jureis tengnent por bonnes lesdis tei^urs à chu 

adjourneis ; chis qui ches mesures debaterat , s'ilh y wet faire mesureir. 
chu doit eistre à ces costes, sens les ouvriers plus astraindre. 

DeiaUiredesoTrires. » Itcm , usaigcs est quc tous ovricrs ovrains à hulhes doient avoir, s'ilh 

ovrent IIll jours le samaine ou plus, chascuns II paniers de hulhes por ses 
bottées % et nient plus se covens n'est; et s'ilh ouvrent moins de IIII jours, 
ilh n'en doient avoir que I seul; et s'ilh n'ovrent que I seul jour, ilh n'en 
doient avoir nulle paniers, fours mis avaleurs et descombreurs'; ovriers en 
pire * et en vies genges ' n'en doient avoir nulles . bottées , se ons ne gette 
le samaine dont ilh les voroient avoir, tant des hulhes que aile somme 
desdittes botées monteront, sauf chu que pair une fondeure * de I jour ou 
de il à discombreir , et le remanant ovreir aux hulhes , délie samaine ne 
doient lesdis ouvriers perdre leurs bottées, se chu n'est pair covens. 

» Item, qui donne terre por cheirbons ovreir, ilh doit livreir terre, se 
mestier est , devens le sien por faire fosseis , por cherier , por toutes assem- 
menches^ tant que ons ovrait dedens* sadit terre dont ilh at leteraige, et les 
damaiges d'aultuy terres doient paiier commonement teraiges et ovraiges, 
se entres les ovriers et ledit tergeurs ne sont aultr^ deviseis ou covens; et 
ledit terre ovreie, ons ly doit de donc en avant, se ons oevre là parmy aul- 
truy chairbons , rendre les damaiges defours terres à dit de proidhommes 
à chu conissans , et l'hiretier bien assegureis des tergeurs pair quen ilh 
n'en ait damaiges après chu. Et se puet lidis ovriers qui ledis ovraige tient 

> Ilh doit et doytni avant parehon faire. Ibid. ' Sur ce mot voir le vocabulaire de Louvrex. 

* Expression encore connue à Liège, et dési- ' Fendant? Voir à ce mot le vocabulaire de Lou- 
gnant une mesure dont le nom est sans doute tiré vrex. 

de bot, hotte. ' Aitemenehee, Pavillard cité. 

' Sur le sens de ce mot, voir le voeabulatre de ' Cette Teraion, qui est celle daptyillardQ*JI5tt, 

Louvrex, y diseomhrer^ me semble préférable à la version de notre MS., 

* Pierre. qui donne deveru. 



CHRONIQUE D£ J£AN D£ STAVELOT. 33i 

aidier delle fosse por airaige ou aultres assemenche wardeir, sens restonp- 
peir, toudis por les damaiges deseurdis rendans. 

)> Item, qui oevre altruy cherbons sens bons covens, ne meffaiche sour 
aultniy devens * terres chis cuy li hiretaige est parmy lequeile chies meffais 
est ou seroit fais, doit ou devrait rendre ortant de hulhes ou de charbons, 
ou le valhant, defours terres, sens constenges, que lidis meffais monteroit 
à piet * ou à verges mesureit, et exproveit pair mesures pair lesdis jureis , à 
commant delle justiche desous cuy lidis hiretaige giroit, aile deplainte ou 
requeste de cheluy à cuy lidis meffais seroit fais; et se chis qui ledit meffait 
renderoit ne l'avoit ovreit ne fait ovreir, ilh poroit de ses damaiges resivre 
à cheaux qui ovreit l'auroient, se lidis ovrier ne monstre adonc encontre 
cause rasonaible, et puet lidis tergeurs de donc en avant faire delle dit 
ovraige son profit. 

» Nos Johans le Koke , Wilhemme de M ontengnée manans à Ty leur ^ 
Johans Burlet et Johans Drulhés de Montengnée, voirs jureis delle dit 
mestiers de cherbenaiges , faisons savoir à tous com ly usaige etiy mani- 
mentque nos devantrains voirs jureis misent en escript, enssi qu'ilh apert 
chi-deseurs et pair plusseurs coppies qui sont endit mestiers, nos les salvohs 
et wardons, et les avons useit et maniet XVI 11 ans passeit que nos ' avons 
esleit jureis. Et portant qu'ilh y at encors pluseurs usaiges qui pais ne sont 
en escript, et de queille nos avons useit et maniet et en usons de jour en 
jour, si les avons fait mettre en escript pair nostre ders feables, afiien que 
chascuns en soit mies infourmeis *. 

» Premiers, usaige est que toi|tes heraines faisant forches * une ou plu- DeiheraiBcsrorcbuez. 
seurs, que delle aulhe* del heraine de chi aile forche qu'elle ' doient eistre 
détenues aus cqmmons frais et aux commons costanges , et del fourche en 
amont que chascon doit tenir son leveal ' à ses frais et costanges . se covens 
ne les en oustent. 

* Je lis aussi diven$ 4a^$ le pfiYUl«r4 cité; oe- docimient : En Van êelhnatwiieU Nottre S0ngn9ur 
pendant le sommaire porte cMef», qui semble pré- Jkftw Crist miihe ill' septant H $ept, chineqw 
férable. jour de feverier, 

* Paifei. Ibid. Notre texte est éyidemipent pré- * Fourche. 

férable, et fiiit allusion k un mode de mesurage. * Oêthe. Ibid. Oeil ou ouTerture» 

* Que H d^ de wnut. Uiid. « Qu'ilh. Ibid. 

* Le même paylllard assigne iei uoe date au * Niyeau» 



232 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

)) Item, usaige est et Tat-ons ' anchienement useit * que nuls qui soit de 
II ' mestiers ne doit prendre ovrage ne ovreir devant aitruy heraine por 
potier ne haveir ' aultruy heraine, sauf l'hiretier qui puet faire de son hire- 
taige son profit de luy-meismes , et ovreir son hiretaige tant seulement. 

)> Item . avons useit et maniet que nuls qui arat parchon à heraine, queile 
parchon que chu soit, s'ilh acquiert acqueste d'ovraige aile devant de son 
heraine plus et oultre son parchon montant , que les aultres parcheniers 
délie dit ovraige doient partire aile oultre plus délie acquestes oultre se 

Fol. 55, V. pairchon pair teile deniers que acquis seroit, sens en chu queire fraude ne 

malengien , et que li acquerans le laisse savoir dedens XV jours après l'ac- 
queste faites à ses compagnons parcheniers, et que dedens la quinsaine 
après chu que li acquerans ly lairait savoir, que ons li rende al marmon- 
tant de chu que paiiet en arat, salveit tondis se perchon; et se chu ne fai- 
soient lesdis parcheniers, que tantoist après ladit quinsaine que ly acqueste 
demeurt à dit acquérant \ 

Des ovraiges des hui- » Itcm -, usaigc cst ct lat^us lougcmeut uscit et maniet ', quikioncques 

soit en paiis, et ilh voie à ses oies^ veiant son ovraige, sa pairchon ovreir 
et manier XV jours ou plus profis gettans, et proveit soit suffisamment 
qu'ilh Taiet veyut, s'ilh ne le reclaime dedens ladit quinsaine après chu qui 
l'aurait veyut ovreir ou maniéré % pair justiche ou altrement, chis qui le 
manirait XV jours ou plus paisieblement, si com dit est, li doit demoreir et 
porsiere si com son bon ovraige '. 

Destergeurs. '> Itcm quaut I tcrgcurs ou I sangneurs * somonce sour ses ovriers, de 

queile ovraige que chu soit, por faute d'ovriers, nos avons useit que ons le 
doit lassier savoir à tous les parchenirs qui tinent dédit sagnoraige; mains 
se ons faisoit semonre por faute de paiement sour à queile oyrire cheli defal- 
lans doit-ons somonre ; et se dedens la quinsaine ilh ne paie ou ilh ne 
montre songne loyaulz qui suffice solonc le loy de paiis, ons devrat rendre 
saisine le tergeurs sour cheli deffallant par une adjour, enssi que ons en at 

* L'avons. Ibid. ' A dit acquérant à tous Jours tôt fraude hos- 

* Useit et manyet de nous et de nous devantrains tée. Ibid. 

que nul, etc. Ibid. ' Et l'avons useit et maniet, Ibid. 

' Sic, Le sens parait cependant indiquer comme ' Ovreir et manyer, Ibid. 
préférable le mot dédit, " Notre MS. porte : si com son bon hiretaige ou 

* Le vocabulaire de Lonyrez, v« diseombrer, ovraige. Je donne ici le texte du payiilard cité, 
donne le sens du mot rexhaver un bure, ^ * Saingneuraige, Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. . 233 

useit, et demoiront les aultres parchenirs en leurs parchons pasieblement. 

» Item^ usaige est, quant 1 tergeurs ou I sangnoraige maîne les jureis à 
son ovraige por mesureir ou visenteir sondit ovraige, et les ovrirs ne font 
mie covent solonc le tenure de leurs letres ou de leurs covens , ou solonc la 
necessiteit del ovraige mostreir pair lesdis jureis, nos avons maniet et useit 
que nos les commandons d'ovreir solonc le necessiteit dédit ovraige : 
lequeile commandement nous tenons enssi boins et enssi ferme et plus que 
une somonse; et se lesdis ovriers ou percheniers estoient troveis en defaulte 
dédit commandement à faire, et monstreit fuist suilîsament pair lesdis 
jureis , adonc devroit-ons les tergeurs ou l'hiretier enssi bien rendre saisine 
de sondit ovraige que donc qu ilh ewist esteit sommons, se donc n'avenoit 
que lesdis ovrirs monstrassent excusanche rasonable dedens ledit com- 
mandement qui soufEast solonc le loy de paiis. » 

Lan M CCCC et XXV dan Giele de Mare, prieur del engliese Sains- Lan xiiii* «i xxv. 
Seveure, à Meffe, retrovat d'aventure une bulle concédée de sains siège Dei pirdons de M«ffe. 
apostolique et del auctoritéit de pape, où ilh avoit X saels de X cardinals 
appendut, lesquelles chascon d'eaux donnoient à tous ch^aux qui pair 
dévotion visiteroient l^dit priorie, ou bien y feroient *, XL jours d'indul- 
genches. Et estoit ly sael del evesque dyocesin romput deldit bulle, qui y 
devoit mètre son assentement, por quoy ly devantdit prieur en oit conselhe 
à son peire abbeit, dan Henri, abbeit del monasteir Sains-Lorent pardeleis 
Liège, liqueis obtinet noveal consentement à révèrent peire en Dieu, mon- 
sangneur Johans de Heinsbech, evesque de Liège, lyqueis y donnât et y 
concédât encor avant XL jours de pairdons, assavoir l'an devantdit, le 
XXVI°>^ jour avrilh , enssi qu'ilh se contient plus plainement es lettres sour 
chu fait, lesqueibs sont en ladit priorie. — En ladit engliese SainsrSeveure , 
où ilh oit d'anchineteit des canoynes reguleres et oit grant religion, totvoie 
quant lesdis dévoiles et doutans Dieu canoynes furent trespasseis solonc 
le court de nature , quant li serviche de Dieu et li religion y commenchat 
à cesseir, toutes les edifiches deldit engliese commenchont del tout à ruy- 
neir, et adonc cessât tout li engliese à inhabiteir. Delqueile désolation , 
monsangneur Radulphe, le XXXIII™^ evesque de Liège, oit grant doleur; 

* U doit y avoir ici une lacune à remplir sans chose d'approchant. • 
doute par les mots : leurs dévotions, ou quelque 

30 



234 . CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Cornent à Meffe furent iiiaiiis de DIcu iospireis ilh mettit ledit engliese en la governanehe de 
moynes/" ^^^^^ Wazelih, abbeît de Sains-Lorent deleis Liège, lyqueis estoit uns bons de 

sainte vie, et ly recbergat que luy et ses successeurs, alhe honneur de Dieu 
et de ses sains , y metist d'ors en avant des religieux moyens de* son mon- 

Fol. 56,r«. nasteir por Dieu siervir, enssi qu'ilh fist el ses successeurs après luy; 

laqueile engliese enssi ruwinée, awec ses rentes aliénée, fut délie tout à tous* 
jours annexée tant en spirituele com en temporeile del ordineir et gover- 
neir. Et en prist la possession lidit abbeit délie propre main dédit evesque 

De waitifir Datio el Tan M G ct LXX. — En chis tenipora Waltier Datin et Johans de Bernai* 
iiTodÛ mont, qui estoient compeires Tune à l'autre, se discordont teilement qu'ilh 

ledit Johans appelât ledit Waltier en champs, et fut entres eaux ly champs 
loiiés. Et le cause fut partant que Waltier Datin , qui estoit maire de Liège, 
qui avoit grant desier d'acquérir à tous cousteis argent, ilh demandât à dit 
Johans de Bernalmont IIII^ coronnes de Franche , qu'ilh ly avoit fait de 
damaige et fait paiier à mesire Jake Ghaboth, jadit maire de Liège, quant 
ilh le fist prendre et mettre en prison awec Alixandre de Saraing et Baré 
Sourlet après Ja batalhe d'Othey. Lydis Johan responditque oncques ilh 
ne les fist prendre, et chu provat-ilh tantoist par Alixandre de Saraing et 
Bâré Sourlet, que oncques ilh ne furent pris ne ranchoneit par mesire Jake. 
Et Waltier dest à Johan que chest excusanche ne ly valoit, car en despit 
de son visaige ilh ly paroit lesdits IIII^' coronnes. Et Johans de Bernalmont 
respondit : « Ja tant que je suy en vie tu n'aras ne crois ne pilhe départ 
moie, car ch'est tout menchongne chu de quoy tu maines mauls frais, tra- 
hi très mourdreur, qui trahi trement as envoiet à monsangneur Johans de 
Beaiwier à Treit, pour guerrier le paiis de Liège, VI™ coronnes de Franche, 
lesqueiles tu redemandas à peuple elle Vecquecourt après la batalhe. Apres, 
sicom mourdreur, tu emmenas le peuple à Othey où tu les lyvras al mort, 
où ilh furent enssi com simples gens ochis. Et après, çom faux et malvais, 
quant la batalhe des Liegois commenchat, ty et Wilhem Datin , et tes altres 
cusins de ton amisteit, tu ennalas vers le conte de Namur, lequeis toy prist 
à prisonnier et toy ranchonnat à ta volonteit , et toy donnât de sa livrée 
une blanc chapiron , lyqueis tu rapportas jusqu'à Liège. Et tout chu que dis, 
je le weulhe proveir mon corps contre le tien une jour, et de chu je toie 
en appelle en champ. » Sour chu fut lydit champ loiiet. — En cel an, le 
Dez maistres. nut Ic Saius-Jdkc, yssircut dellc maistrie de Liège Rause de Warouz et 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 238 

Giele délie Fosse, et lendemain, le jour le Sains-Jake, furent r'eslus à 
maistres Gilbier de Seraing et Henri de Stembier. — En cel année orent 
les jureis de Liège pluseurs contentions et questions encontre les esque- dîmo» entres les es. 

.... 4. * 1 • i-A-« quevins et jureis. 

Vins de Liège, por certaines enquestes que les esquevins ne voloient jugier, 
et les jureis disoient qu'iih avoient jugiet pluseurs fois des plus mal raso- 
nables, et proveir leur voloient, et de chu soie poroffroient del mettre en 
ferme contre les esquerins; mains à chu ne vorent les esquevins entendre, 
et de chu soy esmorent depuis pluseurs grans mauls. 

L'an M CCCC et XXVI, le merquedy del peneuse samayne, par nuyt, LMXiin«etxxvi. 
avient elle ducheit de Lucemborch, en une bonne vilhe qui soie fait appel- 
leir Ëirlon, une grant mechief. Ilh y avoit uns riche bons cuy ons nommoit ^*'i^"jj"j^?/' p*' ^'^ 
Johans de Waubair, eskuwier, lyqueis avoit pluseurs compangnons qui 
jowoient à deis celledit nuyt. Ly waite * délie vilhe estoit monteit por wai- 
tier la vilhe; se veiit dou feu oussi gros que le tieste d'one homme yssir 
four délie maison dédit eskuwier, et salhit lydis feu sor le chasteal, et de 
ehasteal sour Fabbie, et de l'abbie en la vilhe de Eirlon; et furent tantoist 
tous plains de feu, si que ly chasteal et l'abbie et Ja vilhe furent toutes ars 
sens remeide, et y furent ars environ de XII personnes, hommes et 
femmes . et n'y demorait que une petit maison , et toutes les biestes qui y 
estoient furent toutes ars. — En cel année, le nuyt le Sains-Jake, yssirent »«« maistres. 
délie maistrie de Liège Gilbier de Seraing et Henry de Stembier, et len- 
demain furent r'eslus Stasin Ghaboth et Wilhemme Datin. — En chy 
temporal estoit Waltier Datin en si grant domination entres ses com- De waitier Datio. 
pangnons les esquevins de Liège, que ilh ne oisoient riens passeir, deter- 
myneîr ou jugier, se chu n'estoit par son consentement. Par quen pluseurs 
bonnes gens et engliezes y oirent grandement à souffrir et damaiges, entres 
lesqaeiles ly monasteir Sains-Lorent pardeleis Liège y oit grant damaige 
aile instanche de leur rentes, qui avoient tousjours oyut la possessions et 
solution de toutes fustalhes de bois qui passoit et venoit à point d'Avroit 
en desquendant jusqu'en Toren % et oussi de tous charbons de striveal ' 
de L banste * une, lesqueiles ilh défendit adonc del paiier, de quoy ilh en 

' Garde. > Charbon de striveai indique encore aujour- 

' Le pont de Torrent était situé sur le bras de d'hui à Liège du charbon de bois, 
la Meuse aujourd'hui comble, et près de Téglise * Manne, pannicr. 
Saint-Denis. 



236 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Fol. 56, V. resoviént Sains-Lorent temprement. Et oussi ilh fut tant hardis que sour 

les sangneurs tresfonsiers de paiis de Liège, assavoir les sangneurs de 
v^aitierDatiD serait sor Saios-Lambert. ilh fist par dois fois sereir * tous les mesticrs de Liecre sour 

le capitle de Saiot- . i • •< ■ * t i- • • t • 

Laoïberi. eaux , SI que nullus ne les oisoit pour leur argent delivreir pain, chair, vin 

ne nulle aultre necessiteit, dont mult de bonnes gens orent grant doleur 
et piteit , et lesdites vénérables sangneurs esloient en grant dangier et con- 
fusion. Pour quen lesdites vénérables sangneurs avisarent de luy à cileir à 
sa propre personne devant le pape de Romme, et entendirent qu'ilh estoit 
cl englieze Sains-Johans Ewangelisle , où ons rechivoit une canoyne, et eu 
allât tout li capille de Sains-Lambert awec notaires et tesmons vers Ten- 
gliese devantdite. Mains oussitoust que lydit Waltier entendit que ly 
capitle Sains-Lambert venoit pour luy à citeir et à luy faire chu que à 
droit apartinoit, ilh s'enfuyt en tressorier, et, pair l'ayuwe des marliers * 
délie dit engliese, ilh montât sour le celleir en la thour, et là fut-ilh asseis 
quis ' des sangneurs de Sains-Lambier et nient troveis; et quant lesdis san- 
gneurs en furent r'alleis à Sains-Lambier, ilh mandat les maistres de Liège 
et ses amis, qui le vinrent requérir à Sains-Johans. Et fut adonc tant askair * 
et avarichieux, que aux marliers, qui lavoient loialment servit et aidiet 
jetteir de grant dangier, que oncques ilh ne porent avoir de luy une blanc 
denier. Mains sains Lambert, qui tousjours prent venganche de cheaux qui 
forfont sor son paiis, et pair especial sour son engliese de Liège, ilh en 
prist temprement terrible venganche , enssi com vos oreis chi-apres. 
L'aDMCGccei XXVII. Ghi-aprcs s'ensiwent les advenues, qui avinrent Fan M GGGG et XXVII 
Besmerveîheaquiavin- par tout Ic rovalmc dc Ghastellonsme ' et d'Espangne. depuis le priestre 

rentenEspangoeen * .•', ^ ^ti-*j 

chitemp». quaremme jusque a merquedy après la grant Paske, que ly visenteur de 

la provinche de Ghastellongne délie ordre des chartroux soy partit pour 

alleir à son capitle generaul, en allant al vilhe de Ghartuze \ — Promiier 

Des croiemens de terre furcnt tcrriblcs crolcmeus ' de terre et espauwentàibles. por quoy mult de 

et de temps de peni- _, i» i • • ivT 

i«°<*he. gens d un estât et d aultre, mult espawenteis, se sont convertis a Nostre- 

Sangnour, et soy sont mys à faire penitanche mervelheusement et nient 

• J'ai déjà eu l'occasion de dire ce qu'il fallait eschar. 
entendre par la mesure de fermer les métiers. Elle ' Catalogne. 

est mieux expliquée ici que précédemment. * Certosa en Lombardic? La grande Chartreuse 

■ Marguilliers. en France? 

» Assez cherché. » Tremblements. 

* Avare. Les glossaires ont la forme etcar et 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 237 

aconstumeit, et soy sont Tune lautre pardonnais toute coroche et injures, 
et ont fait paix et se sont refourmeis en fraterneile amour, en faisant pro- 
cessions sollempnes, tant de jour com de nuyt, dedens les citeis et defours, 
et enssi en aultres vilhes alant à lieu devols longtemps, en requerans 
indulgenches et benefiches des sains là ilh les savoient. — En chi temps 
avint en la vilhe qui est appellée Ameire % à II liewes près del citeit de 
Geronde % à costeit devers les mon tangues, en laquelle at une grande abbie, 
et estoit ly abbeis sangnour deile vilhe, ilh avint que uns bons en habit 
de labureur vient à cureit délie vilhe devantdit, priant à ly qu ilh vosist 
alleir confesseir une sien compangnon, qui, por cause de maladie, estoit 
demoreis en bois qui estoit près dcldit vilhe. Ly cureis eix allât, et quant 
ilh fut près de bois, ilh veiit grant multitude de noires moynes; adonc de 
pavour ' soy tournât vers cheli qui la voit ameneit, et point ne le trovat; se 
présumât que tous ches noires moynes estoient malignes espirs^ et mult 
espawenteis, sens atargier, ilh retournât à ladit vilhe et racomptat al abbeil 
ladit avenu we. Et ly abbeit, dobtant la déception des annemis, et les 
signes qui jà coroient et de jour en jour avenoient par les crolemens dé 
terre, ilh ordinatde faire une gênerai procession fours de la vilhe de tous 
hommes, femmes et enfans, à pies descachiés et chief^ descovers et les 
cheveals deslaissiés , et que ons y portast le sains sacrement del altcit et 
les reliques des sains. Et enssi fut fait, dont ilh avient que, eaux tous fours Terribles chouses. 
délie dit vilhe yssus, s'enlevont tres-grifs tronlemens * et crolemens de terre, 
en tant que retournant et revenant à leurdit vilhe ilh trovont toute ladit 
grande abbie et tous les edifiches délie dit vilhe tomeis et chayus '^ à terre, 
teilement et si à fait que de tous ilh ne fut qui dire powist pair veriteit : foi. 57, r». 
chi fut ma maison ou ma demoraige. — I tem en chi temps meismes , entre 
ladeseurdit citeit de Geronde et la citeit de Barchinonne%en ladit royalme, 
chayrent oussi en ruyne XVIII grans vilhaiges et oussi pluseurs chasteals, 
et dedens lesdites citeis et en forbos ^ mult de hosteis et chasteals chairent 
en ruynes, et les aulcuns tout entirement, et les alcuns en partiie; et y 
fisent y pluseurs astachier ' leurs maisons de grans mairins. 

^ Amer. * Tombes. 

* Gerooe, Geranda en latin. * Barcelone. 

* Pour paour, peur. ' Faubourgs. 

* Tremblements, de /fon/er ou froiui«r, trembler. ' Étançonner. 



238 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

MerTeiiieax chouses. Item, 611 URC dutrc villie appelée Besobo ', asseis près deldit vilhe de 

Ameire, à JI liewes vers Franche, dedens les murs delle vilhe fut la terre 
overte et enssi que coppée en pluseurs lieu, dedens lesquelles overtures 
XLVill grans hosteis chairent ens enssi que en abismes; esqueiles over- 
tures ou traux* ons n'y truve point de fons. — Item, asseis près deldit 
vilhe, al defours, estoit une grant champangne plaine de frument semeit, 
laqueile affondrat et est devenus enssi que une lac d'eywe, à par ly et à 
1 de costeis dédit lac, par dedens, ilh appert par une ronde circonferenchc 
ayewe bollantc' corn se che fusse une chaudire sour I gran feu, en laqueile 
circonferenchc ons ne troeve point de fons. — Item , en la peneuse semaine, 
entre la vilhe de Ameire et le bois là*deleis deseurdit, fut la terre overte 
en ronde, al de longe et de travers, et toutes les biestes qui là furent tro- 
véez morirent toutes. Ches crevoir* sont si grant, que une vaiche ou I che- 
vaul y cntroit, et n'y fruve-ons point de fons. — Item, dedens et entour 
chesdiles fendures sont des grans traux oviers, fours desqueiles ilh yst 
hours feu et grande flaireur de soufre ardant; dont X ou XII personnes y 
estoient alleis por veioir, les V en furent tantoist mors par le flaireur de 
soufre, et les [aultres] presque à moitié mors. Item, les gens de la vilhe 
qui est deleis ledit bois, qui est appellée Loret, racontoient que pluseurs 
fois avoient veyut par jour les deseurdis noires moynes ou malignes espires 
faisant en dit bois et là entour grandes fumières de feu, et par nuit grans 
feux et grandes flammes , et ardirent et bruyrent une grande partie dédit 
bois. — Item , à VII liewes près delle citeit de Barchynonne , en une grande 
abbie, avoit I demonyake qui , par le vertu de conjuration constrains, dest 
que ilh avoit esteit av^^ec les aultres esperis à destrnire ladit vilhe de 
Ameire, et dest que de Dieu leur estoit donneit et concedeit de faire mult 

Dieu fist cesseir ladit plus grans uials cu mondc ; mains les repentans cristiens les empechoient 
niunebes (^ gens, à cliu fairc , partant qu'ilh s'astoient mis à faire penitanche et processions 

sollempnes, et por les sufFraiges et socours des sains et des saintes qui de- 
mandaient et prioient chascon jour à Dieu sens cesseir. — Item , lesdites 
chouses considérées, ilh fut et est ordineit que en toutes englieses, tant 

* Il y a, dans la direction indiquée par le chro- ' Trous, 

niquear, une petite ville du nom de Besalu, et une ' Eau bouillante, 

petite rivière du nom de Bcsos. Je n'ai pas décou- * Crevasses, fentes, 
vert un Besobo. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 239 

cathedrals que collegials et re^Ieirs, que ons fesist le serviche de Dieu 
dedens jour et nuyt eudit paiis sens cesseir. — Item, lesdis crolemens de 
terre furent si continuels que, dedens une jour natureile, alcunne fois la 
terre tronloit ' jour et nuyt V fois ou VI ou X fois , et alcunne fois XV ou 
XX fois. — Item, en chis temporal meismes elle royalme d'Ëspangne, fu- Terribles signes en es- 
rent parelhe croilement de terre, dont pluseurs bonnes vilhes fermées et 
champastes ^ et casteals et englieses cheyrent en ruywynes. — Item , ouUre 
le royalme de Galisce, envers Nostre-Dame de Fine terre, que grans serpcns, 
lesqueiles une leu ' ou I ours menoit et conduisoit, sont venus et entreis 
impétueusement en une bonne vilhe fermée où ilh avoit près de VI^ mai- 
sons, et n'y laissont hommes, ne femmes, ne biestes que toute n'aient mult 
crueusement devoreit. — Item, corut li famme commone que, en clieii 
meismes temps, que oultre la meire estoit plus grans et plus griefs crole- 
mens de terre, entres les paiiens, juwis et Sarasins infideiles. 

En cel année, le nuyt le Sains-Jake, yssirent fours del maistrie de Liège Des maistres do Liège. 
Stasin Chabot et Wilhemme Datin, et lendemain, le jour Sains-Jake, furent 
r esluys à noveal maistres de Liège Franchen de Bersés et Piron dcl Fon- 
taine. — Item en cel an, le XXI™** jour de septembre, larchevesque de 
Besenchon vient à Liège et dest messe à Sains-Lambert; et devant messe fut 
fait une générale procession par les englieses à cappesf et estoit lydit ar- 
chevesque le fis de Lonclin le prinche d'Orenge. — En chi tempora mesire 
Johans Blondeanx coroit et roboit sour nostre paiis; por quen sour chu De johan Biomieaux. 
fut mandeit ly paiis à Liège, et fut le XXII"^ jour de septembre par le paiis 
conclut que monsangneur envoiaste aqueile * capitaine à Tuwin awcc des Foi. 57, v«. 
gens d'armes, por deffendre le paiis contre mesire Johan Blondeal, qui 
coroit et prendoit sour nostre paiis, enssi qu'ilh fist, et qu ilh escriast à dux 
de Bethfort, régent de Franche, desour cuy estoit la maule manson dont 
lidit Johan Blondeal estoit capitaine, pourquoy ilh prendoit sour nostre 
paiis, etc. Et enssi à cheaux de hault.Chastelet, etc., ^ 

^ Nous yenoDS de voir le substantif formé de * Ici se trouve reproduit un passage relatif à 

ce verbe. des démêlés survenus en 44525 entre les jurés et 

* Sic pour champêtres, ce qui équivaudrait à les échevins. Nous Tomettons, pour ne pas faire 
vitte§ ouvertef eo opposition à vilUt ferméeif On dit double emploi. II sVigit du passage qui commence 
encore en allemand LantUtàdle. ainsi : En cel année orent les jureis de Liège plu- 

* Loup. seurs contentions , etc., p. S35. 

* Ou plutôt alqueU, quelque, aucun. 



240 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Lanxiiihetxxviii. L'an M CCCC et XXVllI, en mois de février le XXIIII«"« jour , li cardinal 
De ii|rait d'Engieterre d'Enffleterre lejralt entrât à Liece. et requist à monsani^neur et à le clerfirie 

c|ui vint demandeir ?«. .. 

à Lifge dei argent, que îlh vowîssent contribueir awec les aultres électeurs por envojier en- 
contre les Pralois, com ilh astoit conclut à Francfort, que caschon clers 
pairoit de XXdenirs 1. et caschon lays à son plaisirs. — Item, li XXVl'»*' jour 

Respons à cardinal. Je fevricr, tantoist après la specials messe, respondit maistre Henris Gol- 

hast, doyen de Sains-Lambert, por monsangneur et la clergrie de Liège, 
que quant ons vieroit effectuelment Faparelhe d'alleir contre les Pralois, 
monsingneur et son englieze feront com les aultres leurs voisiiens; laqueile 

De marchans liegois rcspousc n'dgTcat mic bieu à ditlegalt, etc. — Item après, en marche le 
porVhan de^\iÇ!! X1X™« jour, à la rcquestc de marchis de Brandeburge, aile cause del exé- 
cution l'evesque Johan de Wallenroide, furent alcuns marchans arestcis à 
Collongne, assavoir Gobier de Warouz, Steyn del Halle, Anthone de Gen- 
tilhomme, et Toussains de Lileal; mains depuis, portant qu'ilh estoient 
clers, ilh furent renvoies le XXI™ jour d'avrilh. — Item, le XXV"*® jour 

Tout la eierfp^ie fut ddvrilh fut toutc la clcrgne de paiis mandeit à Liège, et lendemain, le 

XXVI™» jour, fuit clerus ad Sanctum Petrum, et ibidem conclusit super peti- 
tioncs alias per legalum, que, quant ons feroit gênerai passaige contre les 
Pralois, que elle la clergerie feroit teilement que elle n'en deveroit mie eistre 
reprisse; et adonc pluseurs deputeis, qui astoient alleis parleir al doyen de 
Sains -Servais, toumont jus de planchier à Sains-Pire, et y oit pluseurs 
quassiés, etc. — Item, le XXVII™« jour de marche, ly paiis conclut pre- 
mier al requeste de legalt et des électeurs parellement com la clergerie chi- 

De sangneur Johan de dcscur; itcm, quc on defcudc quc sire Johan de Luscemburgh, chevalier, ne 

fâche mie le pont qu'ilh avoit commenchiet sour Mouse , car che seroit en 

De deux Jaques. prcjudichc des fraukcs vilhes; et que monsigneur correige Jaque de Fous- 

scux , sangneur de Morelmeit, et que ' Jaque li bastaire, balhier de Tuwin, 
portant que contre l'acorde de paiis ilh avoit faite, com ilh appert par l'en- 

De générale coneiibe qucst par Ics fcodals monsiffueur fait. — Item, l'an XII 11° et XXVIII, e^ may, 

dez prêcheurs. / » ^ ii i «n i 19 i i 1 r» 

fut tenus a Collongne une générale concilhe de 1 orde des prêcheurs. Et 
le jour de sacrement les prêcheurs de la provinche de Franche, qui eurent 
esteil à Collongne, furent à Liège à la procession, et en furent IIII''' et XIII ; 
et lendemain en vinrent bien encor chinquant. Et en remanit à Liège une 

' Sans doute pour ainsi que. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 241 

"s. 

tres-notaible docteur, màistre Raphaël, qui prêchât par pluseurs fois, tant 
devant Sains-Paul com devant Sains-Johan-en-ysIe , por la grande presse 
dou peuple qui venoit toudis à son sermon ; et devant la clergerie à part en 
capitle de Sains-Lambert et à Sains^Lorent, et à Sains-Jaque al refroitoire. 
— Item, le 11I™« jour de fenal *, Gerar Maghin, canoyne d'Amang *, fut mise 
sour Tescalle ', partant que ons li ametoit qu iih avoit fait * ochire son con- 
frère Johan le harengier. — Item, en cel année, le nuit le Sains-Jaque, issi- 
rentdel maistrie de Liège Stasin Chabot etWilhemme Datin, et lendemain, 
le jour le Sains-Jaque, furent reslus Fastré Bareis et Giele de Biersés. — 
Item, en cel année XIIII<^ et XXVIII fut fait et edifîiet la capelle jondant aile De eapeiie à saiDte- 
paroche de Sainte- Gertrude devant le monasteir de Sains-Lorent, par 
Johans Gilwar d'Avroit, parochien de Sainte-Gertrude, et fut dedicasié le 
Xlllme jour iJe mois d'awost en l'honneur de Nostre-Dame, de sains Lorent, 
de sains Anthone et de pluseurs autres sains. Et fut chu fait de consente- 
ment monsingneur Johans de Louz^ evesque de Liège, et de dan Henris foi. ss, r«. 
Ade, abbeis deldit monasteire de Sains-Lorent pardeleis Liège; laqueile 
capelle ou alteit les capelains del collégiale engliese de Sains-Martin le 
doient deservir d'onne messe cotidiaine , parmy XL moy de spelte * que lidit 
Johans y laiat en doyar. 

L'an M GCCG et XXIX, lendemain des Innocens, al porcache de Waltier xiiii<xxix. 
Datin, Johan Alair dest des parleirs sour la citeil, dont enqueste en fut fait; De jobans Aiair. 
por quoy lidit Johan Alair en fut proclameis VI ans fours del frankies de 
Liège, et que jamais ne portasse offisce el citeit; mains après les VI ans 
ilh revient à Liège, et fut longtemps compteir del hospitale Sains- Johans- 
Baptiste. — Item, ledit ain X1I1I<^ et XXIX, le XI*»^ jour de mois de jenvier, 
fut consecreis de premier ly alteit del hospital Sains-Jaque séant deleis le Dei hotpitai sainija. 
pont d'Avroit, et fut edifiiet par une compangnie d'alcuns borgois de Liège, 
qui grande dévotion avoient à sains Jaque de Gompostelle, por rechivoir 
povres gens et par especial lès peregrins. Et fut chu fait par le consente- 
ment monsingneur Johans de Lous, evesque de Liège, et de mesire Henri 
Ade, le XXV"*^ abbeit del monasteir de Sains-Lorent pardeleis Liège; et fuit 
adonc ordineit que les mambors ou les governeurs dédit hospital seroient 

* Jnin. * Faire par erreur dans le MS. 

* Amay? < Quarante rouids d*épeautre. 
' Appliqué à la torture. 

31 



242 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

tenus cascon an del rendre compte des biens dédit hospital , devant une 
abbeit de Sains-Lorent devantdit , quicunques le seroit por le temps , enssi 

Dcz maisirei. qu'ilH apert ens lettres sour chu fait. — En celle année furent eslus maistre 

de Liège Alixandre de Sarain et Waltier de Fleron. Et avient en cel année 

Les maistres furent en- pluscurs chouses. Premier furcut lesdis maistres en leur année enherbeis 

ou enpotioneîs, dont ilh les convient ambdois gésir à lit; et furent si ma- 
lades, qu'ilh covient Alixandre mettre por ly son frère Gilbier de Serangne, 
et Waltier de Fleron y mettit por li Henry del Cachie, liqueis Waltier morit 
deldit maladie. Enssi remanirent les deux maistres lieu tenans^, jusques 
al Sains-Jaque l'an XXX. — Mains ilh vos fault savoir dont vint ly envie 
et ladit puyson. Ilh avient en chi temps que les borgois de Liège soy sen- 
toient trop apresseis del loy ', et misent par escript chertains pons dont ilh 
soie doloient, et por savoir de cheaux chu que les esquevins en savoienl et 
wardoient; et soie trairent les II devantdites maistres. awec pluseurs des 

DereeoriqueUsfemi bous borcois dc mcsticr dc fcvrcs ct dcs aultres mestiers, en requérant 
quevmi. avoir uuc vraie recors d eaux les esquevins , que des poms dont ilh les 

avoient demandeit, et par escript oultredonneit une recort vraie et loyal 
* chu qu'ilh en savoient et wardoient por leurs drois paant, et que chu povis- 

sent avoir par escript, et saeleir com raison leur sembloit *. Nientmons ilh 
rendirent le recorde del frankiese de Liège, que avant ilh alloit et que long 
ilh duroit, et des clawiers '; mains aux aultres poins ne voloient entendre, 
car pluseurs fois fut-ons pardevant eaux , por tondis à avoir les recors des 
poins touchans à la ceduUe dont les maistres avoient donneit asdis esque- 
vins l'une et la parelhe détenue ^, et tondis eauz porsuwans; et tant le pro- 

LesmettiersMrontsor longarcut Ics esqucvius Quo tous Ics mcsticrs seront sour eaux*, et quant 

les esquevins. •■ .. . • .. 

ilhs orent sereis , ilh furent en dangier; — Lesquels esquevins fisent oppoi- 
seir et oppoisat Waltier Datin auxdis maistres, et à cheaz de tous les mes- 

* Dans nos communes l'expression la Lai désî- * Le mot cîaunert ou clawir» indiquait, comme 

gnait réchevinage. déjà j*ai eu occasion 4e le dire, les limites d'une 

' Cette phrase ne parait pas complète. Toute- juridiction. • 

fois, comme le sens n'est pas douteux, nous n'y ^ C'est-à-dire qu'ils avaient oonserré une copie 

proposons aucun changement. Sur cette affaire on de leur requête. 

peut consulter un travail publié par l'éditeur, en ' Encore un exemple de cette fermeture des 

4854, dans le Bulletin de VInsUtut archéologique métiers déjà signalée. 
liégeois. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVËLOT. 243 

tiers qui astoient là présent, qu'ilh avoient acoustumeit de longtemps, et waitierdAUn opposât 

oussi ilh l'avoient jureit , de nient à plaitier VIII jour devant les gamas % et 

VIII jour après, car ches raynes * furent devant le Noiel ; et oussi qu'ilh 

n'avoient point acoustumé de rendre jugement ne recors par forche , et que 

se ilh le rendoient enssi, tant que ons awist sereit sour eaux, chu varoit 

pou; mains ilh deserassent % et quant ilh seroient en jugement, ilh en 

feroient chu que raison seroit. Et tout chu fut opposeit par le vive boche 

Waltier Datin. — Et adonc orent les maistres teile conselhe et avise, qu'ilh 

leur donnarent relaxation et le temps qu'ilh demandarent; mains por chu 

n'en firent riens, anchois le prolongarent, et y metirent tant de aliter et de 

contraire que, por le default dédis recors à rendre, furent crieis albens les 

esquevins de la citeit, entre le Noiel et la Sains-Jaque l'an XXIX, et vuda<<- 

rent la citeit. Et por chu li envie nos pensons et créions del enpusement foi.ss,?». 

des maistres devantdites leur avint , enssi com vos aveis oiit. 

L'an devantdit XIIII<^ et XXX, à quermeal, qui esjtoit le Vl'^® jour de DcsjostesdeBnixeiies, 
février, furent à Bruxelle des grandes jostes. Et y estoit li dux Philippe de chiuntreLrj^têt 
Boi^ongne, monsangneur Johans de Lous, evesque de Liège, Philippe dus ^^^"' 
de Brabant^ monsigneur Johans conte de Namur et pluseurs aultres san- 
gneurs. — Item cely jour meismes vinrent à Liège les maistres de Dynant, 
et le VII™^ jour ilhs les maistres de Dynant demonstront sour le Violete , 
comment, le V"^ jours de février, signour Johan Blondeal \ capitaine del Johans Biondeai wot 
mal. manson en Chambresi , estoit neutrenalment ' yssus fours de Bovingne, ^ ' ^° ^''"' * 
luy XX"'* personne , et wot skaleir ' la thour de M ontorguelh \ mains les 
wardes l'aparchurent, qui ne dormoient mie, et avoient jà monteit, par 
skalles subtilhement fait, une partie délie thour, quant les virardes commen- 
chont à jetteir dez grandes pieres sour eaux et les reversont jus % dont 
alqoeis fiirent mors et les aultres demembreis et affoleis. Et, ehssi qu'ilh 
porent, les aultres à une ponton repassont l'aiwe et rentront en Boviogne, 

* Gamat pour jama$, fêtes. Voy. Grandga- le nom a déjà apparu une fois dans ce récit, voir 
gnage» y Jamaz. Foullon, II, iO. 

' Raisons. ' Probablement par erreur pour mâkmiment. 

* Omrisaent. Le principe, qui a engagé les trou- * Escalader. 

rères à faire du Terbe fwmer son opposé defer- ' A bas. Voir à ce mot le âktiUnmaiitt de Grand- 
mer, a aussi donné deurrer à serrer. gagnage. 

* Sur les antécédents de ce personnage, dont 



244 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

et lassont là leur eskalles, lesquelles furent enporteez à Dynant^ et les pen- 
dirent en l'engliese Nostre-Dame, où ilhs furent longtemps. — Mains quant 

Dynantois socorent cheaux de Dyuaut oirent le cris des wardes del thour de Montorguelhe , 

ilh furent mult destoubleis de chu qui les falloit enssi par nuit, et yssirent 
fours de leur vilhe. et quant ilh vinrent un pau avant, ilh trovont elle voie 
des claux à pont ' , dont alqueis * en furent navreis. Et quant ilh eurent 
cognut le fait, ilh fut tantoist diwulgeit par tout le paiis, liqueis en fut mult 

MonMngneur revint à cuflammeis. — Itcm, Ic X™® jour dc fcvrier monsangneur revint à Liège, et 
c'Utoitiyfai8ie3us dcst quc, quaut ilh entendit les 'lettres de capitle et del citeit le fais advenus 

de Montorgulhe, ilh en parlât à dux de Borgongne à Bruxelhe; mains ilh 
respondit que che nestoit mie mervelhe, et que ch'astoit son fait, car 

Les causes de fait de chcaz dc Dyuaut alloieut al encontre de la sentenche jadis après la batalhe 

d'Otey par son peire et son oncle de Hennawe rendue de ladit thour à 
réedifiier, et les avoit par pluseurs fois mandeit qu'ilh cessassent del faire 
ledit thour, mains ilh avoient respondut qu'en despit de luy ilh le porfe- 
roient , et y avoient à présent plus d'ovriers que onques n awissent oyut. 
Quant monsangneur oit chu dit à ses gens, ilh n'en furent mie contens, 
mains adonc, à la rcqueste de monsangneur, y mettit cheli besongne en 
dilation jusque tant que monsangneur auroit parleit à son paiis. — Et 

DecoDtedeNamur. mousingueur Johaus conte de Namur, quant ilh fut revenus à Namur, ilh 

chaiit en maladie et fut inpolioneit et morît par venin ^, en quaremme le 
promier jour de mois de marche tantoist après. Et parvint li conteit de 
Namur à dit duc de Burgongne ou à sa terre de Flandre, car IIII mestiers 
de Gant en paiont l'argent et le donnont à leurdite conte Philippe de Bor- 
gongne; et vendit lidit monsingneur Johans conte de Namur sa conteit 
aux Flamens , partant qu'elle movoit d'on conte de Flandre ' , et por paiier 
l'argent que Waltier Datin et Wilhemme Datin li redemandont de leur 
ranchon en casteal à Huy, elle presenche de monsingneur de danseal Evrart 
del Marche et de pluseurs aultres '. Et avoit, pau de temps là devant, lydit 

1 Des clous à pointe. ' Allusion à Tachât du comté de Namur par 

' Quelques-uns. Guy de Dampierre. 

' Pour des? ' Cette explication est plus raisonnable que 

* J'ai eu précédemment à signaler rinvraisem- celte qui a été donnée par les historiens namurois. 

blance de la tradition accueillie par notre chro- Voir entre autres ce que disent De Marne (p. 449) 

niqueur. et Galliai (II, 13â). Quant à la rançon, il s'agit 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 245 

conte oyut en volenteit del laisier sa conleit à paiis de Liège; mains por 
le grant despit que les devantdites li lisent, ilh dest qu'ilh le venderoit ou 
donroit à une si puissans sangnour, que les Namurois soie defenderoient 
bien contre les Liegois, desqueiles chouses avinrent asscis toist le contraire, 
enssi com vos oreis chi-apres. — Et quant lesdites Datin orent leur argent mstsux maiische. 
aldit conte de Namur, ilh en donont à cascon mestiers de Liège X griffons 
d'or, por eaux stoppeir les boches, et aifin qu'ilh fussent consentant à for- 
fait que ons avoit fait ledit conte à Huy ; laqueile chouse fut I trop grande 
malfait, et portant ons le comparait asseis toist là après, car por ledit 
pechiet les deux paiis en furent à grande destruction et damaige livreis. — 
Item, le XI1I1">* jour de février la citeit conclut que, nonobstant que ches La sente dei eadt. 
de Dynant requeroient de mettre fours leurs banniers , que ons r'atendist 
la sequeile de paiis sor chu mandeit, et députât la citeit aucuns por assis- 
teir les II maistres en celle mateir. — Item, lendemain toumat * del vousure 
à Sains-Lambers une piere qui ochist Piron le carpentier. — Item, mesir Foi.5»,r«. 
Goudefroit Mekink, canoyne de Liège, et awec li Johan del Rogeporte, oos eoToiat «n Bor< 
secrétaire del citeit, chevalchont vers le duc de Burgon, por assavoir son 
intention, veyut qu'ilh avoit envoiiet à Bovingne gens d'armes. — Item, 
lendemain le XXp^ jour de février, monsingneur envoiat à Dynant Wilhem 
de Vileir et Johan le Wale por aveuc Johan de Bearen qui là esloit à 
XL chevals por aidier cheauz de Dynant , et Thiry de Leuwenberge fut 
envoiet à Tuwin. — Et fut adonc envoiet à conte de Namur, se chu estoit 
son consentement chu que cheaux de Bovingne avoient fait. Ilh rescript à 
monsigneur de Liège que de chi à tant que li fait de Montorguelh fut per- 
petreit, ilh n'en savoit riens et li displaisoit; mains ly duc de Borgongne 
avoit dedens la conteit de Namur trois fortereches, assavoir: Bovingne, 
Poilevaiche et Sanson , et li ont fait , depuis qu'ilh li vendit la proprieteit de 
sadit conteit, seriment, et y met castelains à son plaisier, etc. — Item, le 
XXI jour de février monsingneur de Liège demandât à capitle et al clergerie !>«> Midirei. 
de Liège, s'ilh ly faloit tenir des soldiers, comment ilh li voroient sourvenir ; 
elles ly respondirent que parelhement qu'elles avoient faites aux aultrés 

de celle qae les dem d*Atin avaient payée au comte ses iovectiTes. Voy. plus haut p. 234. 
de Namur lors de la bataille d'Othée, et e*est à * Tomba, 

cela que faisait allusion Jean de Bernalmont dans 



246 CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 

singneurs devant luy. — Item, le XXIII"^^ jour de février furent présentées 
aux maistres de Liège des deffianches départ signeur Engelbert d'Angien. 

— Item, le XXV™® jour de février ly paiis fut ensemble, et là demonstrat 
monsingneur le fais de Montorguelh et tout che que depuis en e. toit fait, 

Le« eoDciasions de et conclut ly paiîs que si avant que cheauz de Dynant aroient droit, ilh 

remanoient deleis eaux por défendre l'honneur de paiis, et deputont aul- 
cuns por veioir s'ilh avoient juste cause. — Item, le XXVII"® jour de février 
sire Goufroit Mekink et Jehan del Rocheport revinrent à Liège de duc de 

Response de duc de Borgongnc , ct dcsseut que li duc mettoit toute cfaest besongne en salve- 
conduit jusqu'à trois samayne, nonobstant qu'ilh soie plaindoit fortement 
de damseal Evrart , de chu qu'ilh avoit fait à Chingny, et de cheaz de Dynant 
qui disoient qu'en despit de ly ilhz referoient Montorguelh, et de la pension 
qu'ilh dévoient à luy en nom de son jadit oncle Johan de Bealwier, et de 
milhe coronne hiretable qu'ilh dévoient à son jadit oncle conte de Henau , 
et que ilh sortenoient ses anemis à Dynant, Bertremier Date ' et Johan de 

QueonsnefaicherieM Bcarcu '. — Ilcm , Ic XXVIII™ jour dc fcvricr fat crieit à peron que nuls ne 

aux ambasateurs de^^ ' ^«^ wij»» 

Borgongoe. forfaichc riens aux ambatiateurs le duc de Borgongne. — Item, le dieram 

jour de février une varlet de sires de Tynes ' raportat à Liège que pluseurs 
De siège d'OriieDs. capitaius dc duc dc Borgongne s'en aloient vers le siège. que les Englës et 

Borgengnons avoient mis devant Orliens, car ly dalphin les voloit desagier. 

— Item , le premier jour de marche morit ly conte de Namur par veny n , 
enssi com dit est chi-devant; Dieu et sains Lambert li rendirent le lowier 
et chu qu'ilh.fist à Liegois sour le batalhe d'Otey. Et chi jour meisme les 

Des depaieis de paiis. dcputeis départ Ics nobles et des bonnes vtlhes demonstrarent en capitle, 

elle presenche des abbeis et des secundaires engliezes, les garnisons, et 
qu'ilh convenroit tenir bien ensemble le summe de XIIII^ armeis et 
VIl^ abalstrires por h defension de paiis, si que la clergerie y vosist con- 
tribueir; les engliezes et abbeis respondirent que sour chu ilhs respondirent 
à l'autre fois. — Item, cely jour vinrent à Liège sire Jaque de Wiezville, 

Le«u départ le due chevaUcr, ct maistrc Philippe Mongart , docteur, départ le duc de Borgon- 
e Borgongne. ^^ ^ ^^ lendemain ilhs opposont leur credenche , eoment li duc demandoit , 

* D'Âth? de ce nom. Il s'agit probablement ici de eeloi qui 

* Beauraing. est situé près de Hannut, 
' Il y a dans nos provinces plusieurs villages 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 247 

soloDC la sentenche jadit, demolier la thour de Montorguelh, et voloit ravoir Les demandies de duc 
les XVII vilhes apartinant al conteît de Namur, car ilh ne les poioit lassier ^ o'Kongn«- 
por honneur, veyut que ladit conteit de Namur est présentement à ly devo- 
lute par l^bite le conte Johan, ensiwant l'achaite que jadit avoit à H faite 
de la proprieteit de ycelle; etdemandoit V^^ coronnes de Franche que cheaz 
de Dynant dévoient à son jadit oncle Johans de Beawier, dont li action * par 
sa casînne de Hollande , awec milhe coronnes de Franche hiretaibles , les- 
queiles ilhs dévoient à son peire, oncle dédit dus jadit de Henau. — Item, 
le 111°"^ jour de marche fut respondut auxdis ambatiateurs , départ monsan- Le mpons de p«iis à 
gneur, le capille^ les deputeis des estas, que, veyut qu'il ne sont mie suffi- "* * ©rgongne. 
samment chairgiés de duc, ons envoiroit à la XV^ alcuns à Marlin * por res- 
pondre à ladit pétition , et oussi por rendre demande sour les deplaintes 
que ly paiis vorait faire. — Item , doient yssir Bertremeir d'Ate et Johan de foi. 59, y». 
Bearen la vilhe de Dynant. Item, que, se li duc ou ii paiis de Liège vue- 
lent riens attempteir, ilhz le doient lassier savoir XV jours devant '. — Item , 
H duc de Borgongne rescript que la journée ordinée à Marlin ne garderoit La journée de Mariin 
mie , mains ilh seroit à XIII>"* jour de marche à Namur, por ly à faire rechure i» due qui *'i llul 
com conte de paiis de Namur ; s'ilh plaisoit , ons y envoiast aulcuns de 
Liège. Et y alat monsingneur awec mult belle compangnie de Liegois aile 
dit journée, qui fut après Pasque. — Apres chu furent tenues pluseurs jour- 
nées entre le duc de Borgongne et monsangneur l'evesque de Liège et son 
paiis, sour pluseurs questions et responsions apartinant aldit thour et à 
aultres chouses qui sieroient longe chi tant de fois à rechiteir; mains el fien, 
por paix à avoir, ilh chairent * sour telle traitier que toutes et les singuliers Traiuéa de paix fut 
parties submetteroient leur questions , responsions et querelle al arbitraige 
et ordinanches de certaines bonnes vilhes de paiis de Flandres et del eves- 
queit de Liège, et de certains prinches et singnours expressément ordineis 
pour faire ledijte traitiet. — Et fut fait une addition que , se les conselhiers 
desdites bonnes vilhes dedens I certains terme denommeis ne se powissent 
acoordeir, que adonc li discors et li entre-deqx fust par le pape Martin so- 
lonc droit ordineit et determineit. Et quant lidit traitiet fut publiiet devant 
monsingnour de Liège, le capitle et toute le paiis awec les nobles, ilh 

* Il doit y avoir ici omission d*aii verbe. des réponses faites par les états aux demandes de 

* Malines. Philippe le Bon. 

* Ces deux dispositions font sans doute partie * Tombèrent. 



248 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

semblât à tous cheaux qui avoient à perdre, que chis traitiet estoit hono- 
rable et estoit bon del tenir et nient à refiiseir; mains ly commune peuple 
et les povres gens des mestiers de Liège ne soy vorent mie consentire 
aldite ordinanche, por le information de cheaz de Huy et de Dynant, por 
le. anchiene et grande hayme que cheaz de Dynant avoient à cheaz de 
Bovingne portant qui se coroient tousjours sus Tune l'autre, tant de pa- 
rolles com de batalhe ou d'assault; por queile cause, afiien que cheaz de 

cheai de D.vn»nt défi. Dyuaut awisscut veuganche de leurs anemis de Bovingne, toujours ilh 

enflammoient la citeit et le paiis contre cheaz del conteit de Namur. — 
Quant li chouse remanit enssi en balanche.alcuns de maie volenteit, tant 

cbi commencbe à de»- dc paiis dc Licgc com dc Namur, qui convotoient la guerre anchois les 

dimanches, commenchont az corons ^ des paiis pilheir, robeir et ardre et 
toute à destrure. — En chi temps que les chouses jokeivent enssi ', cheaz de 
Huy orent cognissanche que ons warnissoit le casteal de Bealfort, si que 
iih fisent gaitier la rivier de Mouse, si prisent une nef qui venoit à 
Bealfort, et y trovont I personne qui avoit une lettre faisant mention que 
ly chastelain , qui estoit appelleis Henris de Geive , soy porveisse de bons 
compangnons, car ons ly envoirat vin, seile et toutes porveanches de 
vitalhes , et pires et chanons ' et toute chu apartinans. — Quant cheaz de 

Del prise de Be.ifort. Huy sorcut quc ous porvcioit enssi Bealfort por greveir le paiis , ilh fisent 

gaitier la fortereche et la rivière, et tant que li une des gaites passât Mouse 
et allât à Bealfort, et le trovat tout ouverte et entrât dedens, et n'y trovat 
que II hommes, et parlont l'une à l'autre tellement que les II hommes 
lassont la fortereche et s'en allont toute parmy les bois. £t quant lidis 
gaiteur veit que ilh estoit tout seul là ens, ilh appellat ses compangnons, 
qui tantoist allont deleis luy, et se s'encloirent là dedens , et le laisont tan- 
toist savoir à Huy, lesqueis y allont tantoist et le gardont IIII jours, et 
envoiont dire le faite à Liège, et fut conclus elle Veckekeur à. Liège ^ devant 
toute le peuple, que ons le gardasse bien. Mains, anchois que ons revenisse 
de Liège, cheaz de Huy le commenchont à abatre, tant qu'ilh fut toute arse 
et abatue , et puis revinrent à Huy en aportant toute chu qu'ilh y avoient 

^ Conm signifie proprement: bout, extrémité, r'* Joker. 
et Ici frontière. ' Pierres et canons. 

^ Restaient en cet état Voyez Grandgagnage, 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 249 

troveit dedens. — Quant chu fut faite, cheaux del bonne vilhe de Gant De eheai de Gant. 
envoiontà Liège des honorables gens, maistres, chevaliers et ofEchiens de 
leur bonne vilhe, por traitier de paix ou por prendre une triwe. Mains por- 
tant que Bealfort estoit abatut, qui ne Festoit pas quant ilh soie départirent 
de leur vilhe, ilh ne porent onques venir à nuls traitiet, et ne concludirent 
riens, et en rallont enssi qu'ilh estoient venus. Mains quant ilhs revinrent Foi.eo.r*. 
à Gant, ilh furent banis fours del vilhe , partant qu'ilh n avoient faite le pais, 
enssi qu'ilh nos fut dite. — £t ons ne poioit inclineir les Liegois al paix ne à Maie ebose et maie sus- 
nuls bons traitier, portant qu'ilh avoient aqueile ^ maie suspicion sour mon- 
sangnour de Liège, qui avoit si grande amisteit à monsangnour de Borgon- 
gne. Et disoH-ons commohnement, s'ilh vosist, ilh avoit tant d'amour al 
duc de Borgongne, qu'ilh tenoit la paix ou la guerre en sa main, et qu'ilh 
ne tendoit à aultre chouse fours que del ex tordre argent à ses subgés, 
veyut les grandes amisteit et compangnies que lesdis II prinches avoient de 
temps passeis oyut ensemble. Et estoit chu mal dire, car monsingnour 
s aquitat gentilhement en ladit guerre, jusqu'à tant que ons li oit ochis ses 
prisonniers devant Golsine. — Apres commenchat la guerre mult à encha- 
feir del prendre, robeir et ardre lez II paiis l'une sour l'autre. — Et vinrent 
adonc à Namur de capitaines envoies départ le duc de Borgongne, com le 
sire de Croiie, le sire de Ghistelle, le sire de Mamyne et pluseurs al très, 
awec grant gens d'arme à chevals, qui fesoient grande damaige aux Liegois. 
— Ors avint en chi temps que, le X™^ jour de mois de julle, ons fist une De spécial messe. 
spécial messe elle engliese de Liège devant toute le clergrie et le peuple, 
que Dieu et sains Lambert vowissent gardeir le peuple , car ilh estoit ordi- 
ueit del issir fours les Liegois UU^^ jour là-apres. Et à chi propre jour fut 
del warnison de Namur Meffe arse, et n'estoient cheaz qui l'ardirentque 
IIIl^ chevals, et trovont les lichesse * deldit vilhe desereez. Et tenoit à chi 
jour et à chist heure une warnison à Meife, dedens l'aite'et le mostier, Gerar Dei faux garaisondez 
de Goreur, qui estoit eskennisal del conteit de Louz et balhier de Hesbain, '^^"' 
qui avoit bien VII" grevre * de fier à cheval , et awec ly le grau Hubien de 
Warnan, qui estoit balhier de Mouhau', qui les défendit del socourir Meffe , 

^ Encore ce mot, qui s'est déjà présenté avec le * Grèves, armure des jambes. Le chroniqueur 

sens de quelque, se sert de cette expression pour désigner les indi- 

' Plus souvent lichet, barrières. vidus, comme on se servait aussi du mot lances. 
' Mot wallon signifiant cimetière, ^ Moha. 

32 



280 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

et onques nyssirent fours, dont îlh acquiseot grant blâme à inonde; et 
Dieu et sains Lambert en prisent temprement venganche , car lidit Gerar 
fut tellement pris des Borgengnons à Namur, que onques depuis ne revint 
à Liège, et H gran Hubien asseis toist après chaiit en une grande maladie 
de quoy ilh morit à grande torment. 
Liegois s'en ^oni en u fteveuant à uostre mateire , Tan M CCCG et XXX , le XIIII™ jour de mois 

conteit de namtir. i-ni. o» • 

de julle, le jour de Sainte-Margerite, yssit fours tout ly paiis del evesquett 
de Liège, et portont lez banniers des maistres de Liège, premier por Gitbier 
de Seraing, qui por son frère Alixandre estoit commis maistre, por sa ma* 
ladie, enssi com chi-devant vos at esteit demonstreit, uns bons de bien, 
nommeis Johans de Monferan, et por Henry del Gachie, qui por Waltier de 
Fleron avoit la charge del mastrie, le portât Marsilhe de. . . '; et astoiént 
les II dis banereches II hommes honorables et suflissans. — £t enssi (ost 
qu'ilh vinrent en la conteit de Namur, ilh commenchont à ardre et destruire 
tout, sens riens à remanoir où ilh venoient. — £t vinrent premier ly oust 

Ooisin soie rendit sens dcl citcit de Licge, où ilh fiscut sicgc devant Golsin * la vilhe et le casteal , 

lesqueis sens nulle défense ilh soy rendirent al volenteit de monsingnour 
de Liège, salveis leurs vie de cheaux qui estoient elle fortereche; et prisant 
chu qu'ilh avoit el vilhe et en casteal, et en fut ameneis I cloke, dont ons 
fist 1 cloke d'heure sour le porte de Sains-Julien à Liège, — £t monsingneur 
prist ses prisonniers , et les envoiat tous loîés dedens son tente. Ors avint que 
ons commenchat à crier aux armes por les anemis qui là estoient venus , si 
que,emmetantque' H peuple s'en alloit al estour, ilh semblât bon aux wardes 

Def pnsoBDieni com- dcs prisounicr dc caux lassier aUeir leur voies pasieblement. Ghu fut apar- 

ment ilb furent ochie. ,/., ¥••- i.»***- ai» 

chut d aucuns Liegois, et commenchont a crieir et corir après eaux, et la 
furent^ilhs tous ochis de peuple de Liège. De quoy monsingneur en fut si 
dolans et corochiet qu'ilh.en plorat bien tenrement , et disant, se ilh plaisoit 
à Dieu^ ilh voroit qu'ilh dewis morir por le piteit et le gran blayme que ons 
ly avoit faite del ochire ses prisonniers à cuy ons devoit gardeir leur vies. 
Et ardirent Llegois toutes les vilhes là entour, et misent toute à destriio- 
coventiiouftdeLiege tion. — Âprcs Ic destructiou de Golzin, ly oust de Liège pensât venir devant 
uy. j^amur por là à faire le siegie ; mains par les conduseurs et governeurs de 

Ml y a ici dans le MS. uo mot omis. arait un château. 

' Golxine, yiitage près de Namur, où ie comte * Pendant que 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 2Si 

Toast li peuple de Liège fut rameius devers Huy, en fesant croire qu'ilh 

estoient maris, ou dissimulan ou por aultre volenteit fisent chu allien que Poi.eo^vo. 

ons n'y alast mie; car se ons y fust alleis, ilh awissent rendut Namur, enssi 

com les Namurois le dessent plnseurs fois après la guerre. — Pour queile 

cause li ost en fut malecontens, et chaïrent en grant confusion de chu 

qu'ilh veioient de leurs conduseurs. — En chi temporal que monsangneur 

de Liège et la citeit estoient vers Golzin , cheaux de Tongre et de Sains- De chetz de Tongre , 

Tron et del conteit de Louz wardoient le Hesbain à Wassaige, où ilh ardi- de lous. 

rent tous les arbres de là altour pour keurs * leurs vitalhes, elles vilhes awec 

anchois qu'ilh soie partissent, et y avoit bien XXX"> hommes. — Et cheaux 

de Huy à l'autre costeit s'en allont vers le Condros, et alont le premier jour 0e cheai de Huy aux- 

iogier à Ohay *; vinve là li sire de Geive % lyqueis poroffrit son chasteal al pr^eurT'foru'Mhe"! 

volenteit de cheaux de Huy, et semblamment la damme d'Emtine * les 

poroffrit son chasteal , et oussi fist la damme de Spontin leur poroffrit le 

casteal de Spontin ' del eistre al volenteit de cheaz de Huy, et eistre overte 

à eaux toute fois qu'ilh leur plairoit — Apres, cheaz de Huy soy partirent, 

et en allont tout ardant le paiis vers Aseche * por là à Iogier , et tendirent 

leurs tentes. Et quant che vient sour l'heure de soppeir entre jour et nuit , 

uns hons de Huy aparchut les Namurois encontre une grande haie , si que Alarme as Huyois qui 

•Il im^«**i t * •• m. 1 «■<•< furent lantost ren- 

ilh commenchat a crieir al arme. La veust-ons gens de grant volenteit, car giés. 

tantoist ilhs furent armeis et rengiés aux champs; là furent tantost espriese 

ches torches et falos, si que ilh y faisoit près enssi cleir com ilh fust jour. 

Quant ly sires de Groiier^ et de Maïnyne veirent que les Huyois les avoient Namurois sVn r'aiont 

aparchut, si s'en r'allont sens atargier vers Namur; et quant cheaz de Hay *^^*"''" ^'^' 

entendirent par H de leurs compangnons que les Namurois en estoient 

r aUeis,cascon soie retraihit à son logiche, et dormirent toute nuit en armes. 

— Et à secon jour après ilh soy deloghont, et en allont tout droit vers le 

fortreche d'Es ', et quant ilh vinrent si près que ilh le veirent, si soy ren- La forireche dEs soy 

gont sor les champs et fisent trois batalhes très-bien ordineez por comba- 

tre ; car ons leur avoit dit que les Namurois venoient sour eaz pour com- 

^ Ce mot parait avoir ici le sens de cuire et non Namur et Dînant. Il faut, parait-il, pour rendre 

celui de quérir, la phrase correcte, faire disparaître le verbe fist 

* Oliei près d'Andennc. ou, quatre mots pins loin, intercaler le relatif çtit. 
' Gives près de Huy. * Assesse, village situé à trois lieues de Namur. 

* Hemptinne en Gondroz. ' Plutôt de Croiie, comme précédemment. 

* Château situé à la droite de la Meuse, entre ' Asche? 



252 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

batre, et que ilh avoient bien XII^^ chevals, sens les pitons; et estoient à 
quart d'une liewe près d'eaux, et veirent cheaux de Huy leur manewarde * 
al delà d'on gran feus sour une tiers. Mains ilh orent teile conseille que ilh 
s'en r'allont devers Namur; et adonc soy rendirent cheaz del fortereche 
d'Es , salveit leurs corps, et rendirent la fortereche al volenteit de monsin- 
gneur , et cheaz de Huy y misent des compangnons por wardeir jusqu'à 
tant que monsingneur de Liège venroit là. — Et lendemain al malien soy 
partirent de Huy, et allont tout ardant le paiis de chi à Prunode '. et se 
loghont az champs , et y sturent pluseurs jours, jusques à tant que cheaz de 

DynâDiois •! Huyoii Dyuaut viurcnt devant Poillevache. Et adonc cheaz de Huy soy deloghont 
aj^g ont 01 «va- ^^ alloul dclcis cheaz de Dynant, et y misent tous ensemble le siège devant 

les boloirques' et la fortereche , qui estoient grans et fors, et commenchont 
à traire de chanons et de bombards l'une contre l'autre; et remanirent là 
enssi , jusques à tant que ly oust del citeit de Liège y vient. 

Desmaistres. Ors rcveuaut à uostrc mat'ere, quant monsingneur et ly oust de Liège 

fut venus à Huy, ilh estoit li Sains-Jaque en l'an XXX , et eslirent à Huy, 
solonc le régiment noveal, à maistre de Liège Gilbier de Seraing et Henri 
del Gachie, lesqueis avoient faite le maistrie por l'année passeit, enssi corn 
aveis oyut; et deveis savoir qu'ilh furent en paiis de Namur jusqu'à tant 

Des «squevîBs de Liège, quc ous cu rcvieut. — Et Ics csqucvius dc Licgc, qui estoient albens por 

le default que vos aveis oyut chi-devant, estoient en l'oust et servoient 
leurs mestiers; et soy repentoient de chu que tant avoient negligiés, et les 
pluseurs soie poroffrirent del faire toute chu de quoy ilh estoient tenus, et 
s'en allont et revinrent à Liège sour cauchion de chu à faire, et le fisent 
enssi com vos oreis chi-apres , et dessent que Waltier Datin les avoit tou- 
dis destourneit del faire, enssi que enqueste en fut depuis sor chu fait. 

Foi.ci,r«. — Et quant monsingneur et li oust de Liège orent dormit à Huy, et fait 

leurs maistres, sicom dit est, fut la citeit et li conselhe ensemble à Huy 

Liegois s'en vont à por vcir ct ordincir que ons feroit; et fut par une assen accordeit qu'ilh 

s en yroient par le Condros en paiis de Namur par delà Mouse. — Mains 

De cbeu (le Treit. chcaux dc Trcit, qui estoient envoiet por faire assistenche à cheaux de 

Liège, avoient dormit awec les Liegois, dont ilh en estoit H cens hommes 

' Probablement arrièrc-gardc, def7tan«r,rcster< * Pour bolwerques, remparta. 

' Purnode. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 253 

notablement armeis; tout al matinée ilh issirent hours de Huy, et ne vorent 

mie r'atendre cheauz de Liège ^ lesqueis issirent fours de Huy après médis; 

et s'en allont cheaz de Treit por eaux % et ne soy dobtoient de nullus, partant 

qu'ilh estoient si bien armeis, et entront en Condros. Et quant ilhs appre- 

pont* la vilbe de Perweis, veichi leurs anemis de Namur qui estoient res- 

ponise en bois^ qui diligemment avoient porjetteit leur nombre et leur 

puissanche, subitement et desporveyutement à pluseurs costeis les coru- 

rent sus, lesqueis enssi qu'ilh porent soy défendirent; mains y pluseurs 

deaux furent ochis, les aultres terriblement navreis. les altres qui porent 

sescapper s'enfuirent aval ' les bois, et les aultres furent pris à prisonniers 

et emmeneis à INamur. £t fut fait chi jour sour cheaz de Treit grande plaie crant penih de nient 

et gran doleur, et à cheauz de Namur grande joie et honorable victour, et 

tout por le orguelhe et le inobedienche de cheaz de Treit , qui ne vorent 

nient croire ne r'atendre les Liegois. — Et quant cheaz de Dynant et de 

Huy entendirent que les INamurois coroient sus cheaz de Treit qui les 

venoient aidier, tantoist ilh mouton t à cheval; et y fut li voweit de Huy et 

li balhier de Mouhay ' atot se bannier qui les menoit, et une pengneceal de 

Dynant, et vinrent jusques elle.propre plaiche; mains les quassiés de Treit 

leur dessent que les INamurois estoient plus de demée liewe lonche % si que 

ilh se retournont vers leurs oust. Et adonc encor ot-ilhs Bertremeir d'Ate 

et Jehan de Bearen qui les siwoient por aidier, et s'en r'allont tous en l'ost 

devant Polhevaiche. — Et cheaux de Chynée ' vinrent enssi sour le plache, cbeaidecii^nésai^oiit 

et aportont vin et viandes, et amynont des charois sour queiles ilhz remy- '^ ««vreu. 

nont en leur vilhe les mors et les navreis de Treit, et en firent chu qu'ilh 

porent. — Enssi com nos avons dite, cheaux de Liège issirent fours de Huy 

après disneir, et vinrent jusques à bois de Perweis, et passont y pluseurs 

mestiers le bois par nuit, et ne savoient riens deldit desconfiture; mains 

quant ilh furent passeit le bois, ilh leur fut dit le mechief de cheaux de 

Treit, et orent y pluseurs grande paour; mains maistre Guilhem Datin les 

rendit cuer et les réconfortât grandement , en remandant les aultres mes- 

' Cest-à-dîre ieuls. le sens de parmi. 

* Nous ayons déjà rencontré ce mot qui, dans * Moha. On a précédemment vu ce mot ortho- 

le langage de notre chroniqueur, a le sens de ap- graphie d'une manière différente. 
procher, » Long pour loin, 

' Aval {avau dans le dialecte namurois) a ici * Ciney. 



254 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

tiers qui estoient delà les bois , lesquels y vinrent tantoist sens nuls encom- 
Lipgou firent »iege de- bHers. — Aores vint monsigneur de Lieee, et le sinsneur de Hinsbèrch son 

peire vinrent tres-noblement a cheval en faisant 1 avants-garde en 11 batai- 
lles; et la citeit et les charois venoient après à grant puissanche de gens 
bien armeis , et fisent siège devant Pollevaiche awec cheaz de Huy et de 
Dynant. Et quant cheaz del fortereche veirent tant de nobles gens, ilh fu- 
rent tous enbahisjasoiche qu'ilh traiirent fours fortement de kanons; mains 
li grosse bonbarde de Huy trahit une cop, si que ilh abatit une vies parois 
en leur cyterne , si que ly ay we fut toute ordée ' ; et se ferit ladit bonbarde 
à uns aultre vies mure, si que li pire passât tout oultre à l'autre costeit del 
Gbeac d« poievaehe fortcrcche. Adonc soy rendirent à V^ jour cheauz de là dedens , salveit 

soie rendirent. , , . ■■•« -ii'i • é. ^ m. 

leurs corps et leur avoir, se que ons les laisat enssi alleir leur voie; et fut 
enssi gangnié le fortereche, et furent miese sour le maistre thour les ban- 
niers de monsingneur de Liège , délie citeit de Huy et de Dynant, si que 

Poiieyaicbe fut abatue. ons Ics vcioit bien dc Bovingne; et puis fut ladit fortereche abatue et toute 

Fol. 61, V. demolue. — Apres chu monsingnour de Hinsbèrch , le peire nostre evesque, 

awec ses gens d'Allemangne en r'allont malecontens que ons avoit abatut 
une si bieal casteal, et ne repassont mie parmy Liège, enssi qu'ilh fisent 
al venir, où ons les fist grande fieste. — Puis monsingneur de Liège et 

De siège de Bovingne. chcaux del citcit dc Huy et de Dynant s en allont devant Bovingne et y 

metirent le siège, et y furent 1 mois; et y oit pluseurs eskermuches et 
asauls , et y fisent une kat ' de bois por alleir aux bolleworck qui estoient 
horriblement fors. Et avint une jour que ons assalhit nient bien ordinée- 
ment de bonbardes , de plummés ' et de chanons. Et cheaz de Bovingne 
valhamment soy défendirent, et affoUont et ochirent pluseurs Liegois. 

De cbeaz qui amoiircnt Aprcs, duraut cussi Ic sicgc, dcvaut le Sains-Lorent, mesire de Croiier, 

capitaine de Namur, vient parlementeir et oit une secreit cooselhe à mon* 
singneur de Liège, fours des oust et asseis près; et oussi y vint Gerar de 
Goreur, qui estoit prisonier àNamur.Etfamat-ons que, de chi jour en avant, 
li cuer et corage monsingneur de Liège fut grandement amolîs, et oit de là 

* De Tadjectif otxl; sale, notre chroniqueur a constructeurà cette machine un chanoine de Saint- 
composé un verbe. Lambert 

' Chat, engin de guerre dont on trouYC la de»" * Balles de plomb. Voir le glossaire de Ducange» 

cription dans le glossaire de Roquefort. Dans son y« Plumbatae, 
Histoire de Namur (p. 357), De Marne donne pour 



le ruer de signour. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 288 

en avant I aultre corage; car, devant chi jour jusques à chi parlement, avoît 

tondis à ses gens esteit joeux et amiable, et en ' hodissant qn'ilh prendissent 

toute venganche de leurs anemis; et de chi jour ilh commenchat avoir do- 

leur et tristeche, et soie repentoit délie guerre, et n'avoit plus cure de 

prendre venganche de ses anemis. Et parelhement estoient tous les condu- 

seurs et governeurs de l'oust, et chu n'estoit mie mervelhe, car ilh fut 

raporteit en Toust que ly duc Philippe de Brabant estoit mors par venyn % LiduePhiUppedeBra- 

et que ly duc de Borgogne estoit rechus à duc de Brabant, dont tous li ebû«rduc'irducdê 

oust en fut ababis '. — En persévérant le siège, quant li kat fut parfais , li ''^"^"^' 

peuple contre la volent^t de monsingneur et de leurs governeurs qui on- 

ques n'y vorent aidier, ne sai s'ilh estoit trop court ou maie ordinanché , par 

une jour del matinée jusques àvespres ilh ne finont d'assalhir et de traire, 

sens rien profiteire. Là furent ochis et navreis pluseurs Liegois. Quant 

Liegois veirent chu, ilh buttont^ le feu en leurs logiches, et soie départirent Ly oust «oie depann 

de siège tous confus, et vinrent tous à Dynant où ilh dormirent cel nuit, funor'"^'''' 

— Et deveis savoir que li fait Wallier Datin astargat " et encombrât gran- Datin. 

dément en Toust devant Bovingne; car tout fois que la citeit estoit ensemble 

ou U oust ou à conselhe, anchois que ons powist faire nulle conclusion de 

nulle chose^ tantoist estoit mis avant départ les amis ledit Waltier que Uh 

posist revenir à Liège ou à loy , et parmy chu ons ne concludoit, ne ordi- 

noit-ons chouse qui grandement fust de valour. — Revenans à nostre ma- 

tere, le jour del décollation sains Johans- Baptiste, li oust de Liège qui 

avoit dormit à Dynant soy départit pour chascon à r'alteir en son lieu ; 

mains quant ilh revinrent à demée liewe près de Huy, Waltier Datin estoit De waïuer Datin. 

là awec aleuns de ses amis , et salwoit ' et faisoit grande reverenche à tous 

les mestiers de Liège , en depriant à eaux qu'ilh powis revenir à Liège ou à 

loy. Et fut si hardis qu'ilh revient awec eaux à Liège, et y remanit XXtIII 

jours, toudis en porcachant luy et ses amis qu'ilh posist revenir à loy. — 

£t avint, deux II jours devant l'octave Sains-Lambert, que ilh allât seir en *^ 

siège des esqueviens awec les aultres, et li fut là viceusement dit qu'ilh 

* Sic, en deux mots. Hoder, ûoporiiuier, se * Bouter encore aujourd'hui si^ifie en wallon 
trouve dans Roquefort mettre, 

* Encore une tradition qui n*a pas de fonde- ' Retarda. Ce mot wallon s*est déjà présente. 
ment. ' Saluait 

' Surpris. On trouve abbayi dans Roquefort 



256 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

n'estoit mie encor si purgiet que por là seioir; dont ilh s'en départit à grant 
confusion. — Apres avint le jour del octave Sains-Lambert , qui estoit par I 
dymengne^ et avoit tout à point passeit à chi propre jour XXII ains que la 
balalhe d'Othey avoit esteit; à chi jour vint Waltier Datin al matinée, à 
grant nombre de ses amis, en mostierSains-Lambier,et pluseurs governeurs 
et jureis del citeit s'en allont pasieblement à conseille az frères meneurs, 
et puis issirent fours et vinrent y pluseurs awec leur pennecheaz jusqu'en 
lengliese Sains-Lambiert, dont ly pennecheal des mercheniers en fut ly 
uns. Mains quant li^it Waltier les veit et oiit le grant bruit, tantoist ilh 
evanuit, muchant fours * del engliese, montant par le hault Salvenier *; et 

Fol 61, r*. quant ilh vint à Sains - Severin mult ababis et confus, ilh montât là sour 

1 cheval et s en chevalchat sa voie. Et oncques puis ilh ne rentrait al citeit; 
car ilh fut adonc récriés de noveal secondement par monsingneur et par 
les maistres et citeit com vendeur de franchieses et de loy, et faisant plu* 
seurs fois contre chu qu ilh avoit jureit par pluseurs, et nient obeissans à 
droit ne à rason ne al loy, anchois de fait et de volenteit et par forche volloit 
toute avoir à sa manière , et rentreir elle citeit contre le cris de peron. Et chi 
seconde cris aprovont les esquevins de Liège awec le premier, enssi com 
ilh est plus plainement en leurs papieres et ens papires des maistres del 
citeit. 

Del murmur contre i«8 Qrs rcveuaut à uostrc malicrc, quant ly peuple fut revenus à Liège, la 

commonalteit commenchat à murmureir, cum malecontente délie dissimu- 
lation et infideliteit de leur singneur, conduseurs et governeurs. Et mon- 
singneur et les governeurs respondoient que tout che avoit fait les rebellions 
des subgés, car ons ne les poioit adomestreir ne traitier et ne voloient faire 
que leur volonteit. Et quant cheaux de Namur veirent que li oust de Liège 
s'estoit départis, ilh s'en allont tantoist vers l'oust del conteit de Louz, 

GrsDiochisioDsorehets anchois qu'ilh sawissent le r'alée des Liegois, et trovont pluseurs foreurs 

qui astoient alleis foreir asseis long en sus de 1 oust et les corurent sus , et 
en ochirent bien à chi jour II cens qui estoient de l'oust et par especial de 
Sains-Tron. Et fut là ochis I noble singnour de Flandre, qui estoit nommeis le 
sires de Ghistel,por cuy, se ons l'awist pris à ranchon, ons awist bien r'oîut 
tous les prisonniors des Liegois qui estoient à Namur, mains ilh chaiit entre 
les commonnes, se ne pot escappeir quilh ne fut ochis, et puis le vinrent 

* Sortant de. Voir Grandgagnage, y« Mmsi. * La rue de la haute Sauvenière. 



de Loui. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 2»7 

requérir de hiraux, et fut remeneis en son paiis. Et quant cheaz del conteit 

de Louz entendirent que les Liegois en estoient r alieis, ilh en r'allont oussi. 

— Et adonc recommepchat la guerre plus forte et plus crueux que onques FoHe guem. 

navoit esteit; car les Sambrisiens ' et cheaz de Tuwin et leurs aidans de 

Dynant et d'altre part s'en allont vers Walcour, et quant ilh apprepont ladit 

vilhe, y fut qui vient à criant dedens la vilhe : a Hahay , hahay^ très-bons 

» bonnes gens, metteis-vos à salveteit. Ilh n'est rien de vos^ veschi le monde 

» qui vient; che sont les crueux Liegois qui tos vos ochiront. » Adonc chaiit 

terrible hisde' et pawour sour tous, hommes, femmes et enfans , et enfuirent 

fours délie vilhe desporveuwement, sens pau de chouse à enporteir, qu'ilh 

estoil une très-forte vilhe awec le chasteal. Adonc Liegois vinent avant et comment waieour nu 

entront elle vilhe à portes oviertes sens nulle défense, et prisent tous les ^*^°'''' 

joweaz qui estoient en l'egliese Nostre-Dame de Walcour, et puis chargont 

pluseurs chaires des biens qui estoient en ladite vilhe, car tous les villaigez 

qui estoient là altour, y avoient enporteis tous leurs avoirs. Et quant ilh 

orent miese la vilhe a seckmain ', ilh butont ens le feu, et ardirent tout le 

casteal et la vilhe, mains li engliese ne fut mie arse; et al alleir et revenir 

les Liegois ardirent en leur voies toute le paiis de Namur. — Et d'aultre cbasteiin «t Fosse fa- 

costeit les Namurois s en allont à Chastelin-sour-Sambre \ et ardirent la 

vilhe et lengliese et cheauz qui estoient dedens , et enportont les dokes et 

tout chu qu'ilh porent robéir et pilhier, et tout enssi firent-ilh à» Fosse. — 

Et puis s'en r allont en Gondros et en le balherie de Mouha , où ilh firent coodros et de Mouha 

très-grant damaige en pilhanl et en ardant ; et chu qu'ilh fesoient chu estoit 

todis en fuant. — Et cheaz de Huy ardoient tout le paiis tant dechàMouse Tembie tnbuution. 

corn delà Mouse, et allont 1 jour à M effe por combattre les Namurois , et les 

parsiwirent 1 jour, et en cachant ilh ardoient tout le paiis de IVamur là où 

ilh venoient. Et les Namurois coroient devant eaux tou butant les feux az 

vilhes de paiis de Liège, et cachont eheaux de Huy après eaux de chi aile 

cachie qui départ les paiis, et puis en r'allont à Huy. — Item , en temps que De «re de puteai am 

ons estoit devant Bovingne, li sire de Plateal s'avisât d'on follîe. et vint à "amHuy!**'"'* *' 

grant gens d'armes traire et assalhir al Stat '^ deleis Huy; mains cheaz qui 

' Habitants des bords de la Sambre. La iulte ' Saccomannum ,_ dans Ducange. Roquefort 

«Tait Hea dans le canton connu sous le nom d'En- donne le verbe sacmenter, saccager. 
tre^Sambre-etrMeuse. * CbAtelet. 

' Sans doute la même chose que hisdew, ^ Statte, un des faubourgs de Huy. 

33 



2S8 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



wardoient la vilhe et le balhier de Moha entendirent chu , ilhs issirent fonrs 

à cheval et à pies, et les cachent de chi à Selhe *. Et là en furent ochis y plu- 

seurs, et là en furent pluseurs pris tout emmy Moose, qui estoient là fuys 

, Det f(wmef de Hoy. por eaux à werandeir \ Et y corit pluseurs femmes de Huy qui enportoient 

Chu quo Huyois Bsent lauchcs, brcdairs * et grandes hurles * très-hardiement. — Une aultre fois 
* "*^°' s'en allont cheaz de Huy devant Sanson le fort chasteal , et awissent fait 

très-grant damaige aux Namurob, se che ne fust Hustin d'Heure qui le 
nunchat pasieblement et en fus en péris de mort. Et vinrent les Huyois 
devant Sanson al matinée , droitement que ons lassoit fours le herde de 
chasteal ; mais cheaz de casteal les aperchurent, et commenchont à traire 
Tune à l'autre firement. Et quant les Huyots veireni qu'ilh ne feroient riens, 
si ardirent toute le wauz * desous Sanson et les molins, et revinrent tout 
ardant le paiis jusques à Huy. — Et y oit encbrs pluseurs altres batalhes 
et skermuches , et pluseurs aultres grans mais et damaiges, tant d'une 
costeit com de l'autre, et y oit pluseurs prisonniers ranchonneis d'on 
costeit et d'aultre, que nos laions por cause de brifteit, car iih seroit trop 
longe de tout à scrire. Car la guerre fut longe, et y fist-ons tant de mais 
qu ilh avoit passeit H cens ans que Liegois ne Namurois ne fisent tant de 

Le nombre des Tîihes mals; Car Ics Liegois aba tirent et ardirent en la conteit de Namur lU cens 
^eJiniât^t!mw. vilhcs ct XVII champaîstcs ', et XXXIH mansons defensaibles com fortere- 

ches, et XVII molins molant; et les Namurois en r'ardirent presque ortant, 

Bee triwes entre Li»- eu paîis dc Liegc, dc vilhcs ct hamcauz champaistes. — En chi temporal 

dedens teile tribulation fut, entre les deux saingneurs de Liège et de Bor<- 
gongne, ordinée une triwe de II ains , voir en teile manire , s'ilh estoit nuls 
des II singneurs qui vosist recommenchier la guerre, ilh le devoit lassier 
savoir à son adverse partie trois mois anchois qu'ilh recommenchast. Et 



* Seille, vis-à-vb d'Andenne, sur la rire gauche 
de la Meuse. 

* Warandir, garantir, dans Roquefort 

* Bredain ou bredan étaient des couteaux dont 
Tusage était défendu par les satuts municipaux de 
la cité. 

* Espèce de massue. Roquefort a bouHette et 
bQurlotte. 

' Wauz en wallon désigne la paille destinée à 
couvrir les -toits. Par extension, le mot peut indi- 



quer ici les amas de pailles et même les meules 
de grain. Je dois dire toutefois que dans le MS. il 
n'existe pas de différence entre Vn et Vu, et qu'on 
peut aussi bien lire wanx que wauz ; mais je ne 
vois pas d'explication raisonnable à présenter avec 
la première variante. 

' Nous avons déjà rencontré ce mot qui désigne 
les villes ouvertes. Du reste il ne faut pas se mé- 
prendre à ce nom de ville qui, dans notre chro- 
niqueur, n'indique souvent que des villages. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 2S9 

dedeos ches JI ains furent tenues pluseurs jûarnées^ et fut ordinée une 

paix, enssi com vos chi oreis après, quant nos venrons à chi temps.. — 

Apres, quant les esquevins qui estoient albains, et sour cauchion qu'ilh ^^^^'^^^J^H* 

avoient donneit, furent revraïus à Liège, enssi com dit est chi-devant, li qvette dei ferres. 

mestiers des fevres awec les maistres, por et en nom de toute la citeit, ilh 

requisent auxdis esquevins, en fâche de justiche, qu'ilh rendissent ledis 

recors. Et ilh le fisent enssi com chi-apres s ensiiet ' : 

c< A tous cheaz qui ches présentes lettres veront et oront, ly meire et les Fot.6t, y. 
esquevins de Liège salut en Dieu permanable et cognissanche de veriteit. 
Sachent tous que par-devant nos sont comparus en propre personnes 
honorables, saiges et discreis, les maistres et le bon mestier des fevres 
délie citeit de Liège, partiie faisant por et en nom de tout la citeit general- 
ment, demandant de nous avoir record d'alcuns poins par eaux à nous 
oultre donneis par escript, enssi que chi-apres seront escrips particuleire- 
ment, sour lesqueils, par nous heyut ensemble conselhe , advis et délibéra- 
tion, avons dit, recordeit et declareit, sour cascfaons d'ycheaz artycles, 
chu qui s ensiiet : 

» Premier , à premier artyele faisant mention que avant la franchiese de lî promir «rtyeu. 
Liège s'extent, ne en queile lieu por tous les borgois, disons et recordons B«ponie. 
et wardons que li franchiese de Liège, de costeit d'amont, dure et s'extent 
jusques à clau * à pont d'Avroit, et toute Sains-Ghristofre à main diestre, 
assavoir de costeit vers Saint-Lorent, et enssi le ruwalle Sains-Mychiel 
sour ladite franchiese; et tout droit amont jusques à granfeynal ' planteit 
alleneontre del court séante allencontre de poncheal de Sains*Giele, et 
li aultre bonne * qui stat deleis le voie deseure les terres de Saint- Giele 
fours de Werixhas ; et de là tout amont la voie deseure délie enclouse de 
charneur ' de Sains-Giele, jusques aile maison qui fuit Henrion le Danheal; 
et puis ons rent' en la voie qui tent de Sains-Giele à Sains -Nycholay en 
Glen, aile deistre main, al devant des cours noveilement edifiiés qui so- 
loient eistre bois, et revenant jusques aux dois grans arbres qui sont sour 

' La pièce a été ptibliée par LoaYrez » Il , 39 et ' J*ai déjà eu roccasioa de faire remarquer cette 

suiv. forme ancienne équivalant à borne, 
' Clou. ' Charnier? 

* Pierre serrant de limite. * Rentre. 



. 260 CHRONIQUE DE JEAN DE 6TAVEL0T. 

le Tiege > allencontre délie «voie et délie vilhe de Sains-Nycholay; et toute 
le vilhe de Sains-Nycholay est délie justiche d'Âvroit, excepteit les mai- 
sons c'on dist Sottin , et le court et l'assiese de celle maison qui fuit Gerart 

Fol. 6s,r«. aile Songne séant aile encontre del vilhe, et le maison qui fuit Lam<* 

biert Grant Gilon atout lassiese; et puis ons rent en le ruwalle c'on dist 
WatealcortiS) tôt aval en revenant vers Molins, tout solonc le gouteal * de 
Malgarnie; et tout le manson et tenure de Malgarnie, et le maison et le 

oà avant THt la fran. teuure del Paolrie % excepteit le preit tant seulement sont de ladite fran- 

cbieze de Liège. , • 

chiese; et délie Pantrie on traverse le royal chemin, et rent-ons en le ruwalle 
c on dist Spervier-ruwalle en amont * le riwe jusques à moUn de Comilbon, 
lequeile molin giest fours franchize; et de là ons vat à main diestre jus- 
ques aile maison séante en le Meaux ^ qui jadit fut Radut le filavier, et tout 
amont le ruwalle del Meaux à main diestre jusques au coron* des haies délie 
Meaux; et de cheli coron revenant oultre al main seneistre, tout parmy le 
paseal ^ qui tent à alleir jusques al preit c'on dist à Malbeirt-Fontaine, et 
puis tout amont le thier ' de Crisseugnée jusques à Busson, et de là al deseur 
de Xhovemont, si que toute Xhovemont demeurt de ladite franchiese; et 
en vat-ons jusques aux Fosseit, et de Fosseit jUsques aile Spînete, et délie 
Spinete toute le voie jusques aile bressine ' c'on dist Valyauldevant '^^ la- 
quelle bressine n'est point del franchise, et ensiwant ladite voie, tôt jour 
à main diestre jusques aile crois des nuves bressines , et en est à main 
senestre ly xhur ** et li jardin qui fuit Wilhem des nuves bressines, mains 
la grant maison de jadit Wilhem n'en est nient; et de jardin de dit Wilhem 
ons revint oultre à main seneistre tous les fons des terres jusques al 
deseurtrain coirs '* del vilhe de Votemme, droit aile ruwalle c'on dist des 
Surlés, et tout le ruwalle à main deistre jusques aile bressine, et délie 
bressine jusques aux champs toudis à main deistre, et puis en desquen- 

' Tiegt oa tixhe indique ud chemin avec acco- * Elle îmoz, portent les deux pavillards cites, 

tements soumis à la vaine pâture. * Bout, extrémité. 

* J'ai collationné le texte du premier article du ' Sentier. 
Record sur celui des pavillards 253 et 355 des ' Montagne, 
archives de la province. L'un porte gotheal, et * Brasserie. 

l'autre ^otei7. ?^ VaÛ devant ei vali adevant, portent les pa- 

■ Paneterie. villards 353 et 355. 

* Le pavillard 365 porte : Spervier-ruwaHe , et " Grange. 

toute ladite mwalle et amont, etc. " Bout, extrémité, comme cwron. 



vint. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 261 

dant tout solont les haiies de Votemme en passant deleis le Boxeteal ' , tout 
le Tiege jusques aux grans aveaux \ deseur Bernalmont à main seneistre^ 
au deseur délie Prealle^ et de cely aval revenant az chaieneals * lingnant *' 
tout oultre au desos jusques aux liches * de Crommouse, stesante deleis le 
porte les heurs Wilhem de Grommouse, et de là tout fendant l'aiwe de 
Mouse jusques aux haies de preit de Sains-Denys, lequeile preit entier est 
de ladite franchiese, et de dite preit jusques aile clawier de point Ameir- 
court. 

» Item, au secon point* faisant mention queile fait que li borgois citain Ly taeoode «rtycie est 
fâche fours de ladite franchiese à une afforain, queile franchiese li borgois gôu faii^foun fran- 
at de soy à deffendre dédit faite ou d'unne admiese à chu semblant ' dont •"•**** ''""*• 
lesdis maistres avoient exhibueit le coppie d'une instrument et jugement 
rendus par nous predicesseurs esquevins, contenant teiles pairleirs : 

}> L'an del nattvitcit Nostre^Signeur Jhesucris mllh trois cens et sissante, 
le vinte-sept jour de feuvrier, de temps Tybaul de Lardier, Johan Waldo- 
real, maistres de Liège por le temps, fuit jugiet et sentenchiet par les sentenciM d«sesque 
esquevins de Liège, aile ocquison de filh le pai^e de Lymont , qui tuwat I 
homme à Momale, c[ui delivreit fut de prison si que borgois, portant que li 
homme ne fut mie froidement mort; sour chu les proismes soy plaindirent 
devant le roayeur et les esquevins de Liege^ lesqueis esquevins aile re- 
queste desdis maistres raportarent par plaine siiete , sens débat, que la dite 
plainte n'astoit point de valoir, portant que li mort n estoit point borgoîs, 
et que li fais fut fait fours franchiese; maire en fealteit por monsingneur 
Jaqueme Chabot, chevalier, Rause de Warouz, esquevins; là presens', lidis 
monsingneur Jaqueme, monsingneur Jaqueme * de Hacourt, Hubien Har- 
duyn qui le jugement portât fours, Jaquemair de Meffe, Jacob de Meulant 
et ledit Johans WaldoreaU 

' Buxheteal, dans le pavillard 255. ' Pour collitionner le reste du dociuneot, j'ai 

* ilfealetaveoul, dansIe8payîll&rds35SetS55. dû me contenter de deux pavillards appartenant 

* Chayenez et chaienez, dans les pavillards 352 toujours au dépôt des archives de Liège, mais 
et 255. plus modernes que les précédents ; ils portent les 

* Lcmgeant Le texte da pavtllard 252 diffère n^ 258 et 261. Le n« 258 est une bonne eopie 
ki et porte : az chayenez qui stoiU saur les terrée à du XVII* siècle. 

deweur dee veignes, et de ces chaienez Ungnant, etc. ' Semblanche, par erreur sans doute, dans no- 

Q semble donc y avoir une lacune dans notre MS. tre MS. 

* Barrières. * Rauee, dans le pavillard 258. 



262 CHRONIQUE OE JEAN DE STAVfiLOT. 

Aiir* («n(cDeh« à» ta- » Chcli Doiot rocordoDS, savons «t werdons se que franchiese , soloat l'en- 

tendement et overture des trois membres, assavoir de monaii^eur, <le sa 
vénérable engliese et del citeit, assavoir se une boi^ois, demorant dedens 
franchiese et banlieu, alast de fait porveyut toetr ou ochier I bomme fours 
franchiese et banlieu , ou que tuast ou fesist tueir, pour <nr ou pour argent 
ou pour auUres bienfais, alcunne personne, que teiles eussi faisant, awec 
tous aultres semblans malvais cas, fiiist ou fuissent uns ou plusseurs, ne 
Foi.63,T«. goiissent point des franchieses susdites; et parelhement est entendut que 

ÀUré de mal non et tous chcas Qui sont OU troveis seiront, par bonnes provanches ou par juire 

mal famine. * - - i . 1,4. 1 1 i- / 

compétent, yestre de mal nom et de mal faymme, et que de ycheli fran- 
chiese ne goiissent en manière alcunne. 
Ly iiii« artvcie de » Hem , au thiicr artycle faisant mention se une borflois doit eistre pris 

prendre le borgois. , ^ ^ «^ . . . 

sens jugement de jusliche et sens condempnation de juge, et se pris, est 
ou estoit , sllh doit paiier argent aile ferme , ne combien se paiier le doit, 

Respons par reeors. nous disous ct rccordons , demoraut deleis chu que par nos predioes- 

seurs en al esteit recordeis, et deleis chu que nous meismes en avons jugiiet, 
que ons ne puet une borgois citain prendre sens jiq^ment et condempna- 
tion de loy et de jusliche; et awec chu disons et déclarons que ly maieur 

^'eisiT^'^'' 00* <ioit ou son thorier soit contens por sa f^me de quattre bogdrais *, et que plus 
ferme dont borgois. avant u en puist avoir ne demandier, veihut que monsingneur i^ de chu 

esteit contens. 

Le iiii« artycle de bor- u Itcm, au quatt artyclc contenant queile amende li borgois doit avoir, 

se ons le prent ou ons le fait prendre à tort et de volmteit, sens loy et sens 

Respons fait par le re- jugcment , disous ct rccordous. salvons et wardons por loy que , sllhsembloit 

cors des esqiieTÎns. , • j»ii i^ • • % 11 » ■■ ■ 

a une ou aucun ' qu ilh fuist pris a tort, plendre s en puet aile loy, ans statua 
ou ailheur là mies li plairai; et se troveis est que pris soit à tort^ cheH qui 
laroit fait prendre seroit tenus de luy desdamagier, et d'amendeir le forfait 
solonc le cas, quant de chu ilh conslerat suffisamment aux juges pardevant 
lesquels teile plainte soy feroit. 
Le causion de maire » Déclarant avanl que, quant ly maieur et ses varies metteront le main 

ou de ses Taries. -, ••♦ii- g» i-- 

aile requesle des partues a alcuns et le momronl ' en ferme , que li maieur 
ou ses variés , ou liqueil qui le main y mefterat, prende seguriteit et causion 

' Monnaie dont la Taleur m*est inconnue. lard StfS. 

* S'ilh semblait à aucun, lit-on dans le paril- ' Mèneront. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAYELOT. 265 

saflSsante * à cely qui prendre le ferait , por yceluy resuyre , se troveit ,est 
que pris soit à tort, affin que cely qui enssi pris seroit en puist ralleir quitte 
et lige sens aultre porsuyte de plaite, et que les frais por yceluy prisonier 
en luy deligant &is et sustenus, soient à luy incontinent restitueis par le 
mâieur solonc le taxation déjuge, et que de chu soit fait expédition par les 
esquevins, dedeos tiier jour après chu que requis en seront. 

i> Item, à chynqueyme artyde contenant se les esquevins ne aultres ont 
à cognoistre ne à jugier de fait ne de dit que les maistres del citeit et con- 
selhe fâchent ne diîent por la cibeit et en nom délie citeit, dont lesdis mais- 
tres ont exhibueit le eoppie d'un instrument fait par Johan délie Vilhe 
jadit, dequdle ly tenure s'ensiiet en teile manere : 

i> A tous cheaux qui cesti présent puble instrument veront et oiront, um instrunent. 
nous les maistres, esquevins , jureis et la communiteit de la citeit de Liège 
salut et cognissanche de veriteiL Sachent tuis presens et advenir que l'an 
del nativiteit Nostre-Singnour M CGC et XU, le X» indiction, le IX'' jour 
de moisdejenvier, Johan de Point*, maistre de nous devantdis, en plaine 
obedienche en consistoire sur Saint-Michiel , où les maistres, les jureis et 
les coDseals de nostre citeit soy suelent assembleir et estre por besongnes 
de nos et de nostre cileit, là présent singneur Johan de Saint -Martin, 
esquevin et maistre, enssi awec ledit Johan, de nous et de nosdit citeit, et 
les jureis de celle année, et monsingneur Johan Surlet, chevalier, esquevin 
de nostre citeit, qui fuit maistre de nostre citeit délie année devant passée, 
et les jureis meismes de cel année, mist avant teile question que, se de 
fait on de dit que les maistres et les jureis de nostre citeit de temps pas- 
seit aiient feit ou dit, et de temps advenir fâchent ou diient , ensemble ou 
chascon , par ly en nom de nous et por les besongnes de nous et de nostre 
citeit, se les esquevins de nostre citeit ou aultres en ont à cognoistre et à 
jugier encontre les maistres et les jureis. 

» Geste ocquison * mise avant eidit de part ledit Johan, ilh-*meisme, si ^ 
com maistre, fuit là tantoist somons, sour sa fealteit , qu'ilh en desist son 
advis , lyqueis en dest son advis ; et ades , por l'amendement de son com- 

1 Le paTiUard n«S5S ajoate îei ipwriei fnix, intérêts populaires et perdit la vie, peu de mois 

et ces mots se trouTent aussi dans le texte de Loa- après la date iei indiquée, dans le sanglant épisode 

Très. de La mal Saint-Martin, 

* Jean Dupont, le maitre à temps qui trahit les ' Quettion, dans Lourrex et dans le pav. 35S. 



264 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

pangnon maistre devanldit et de toas les jureis de cel année et del ain de 
devant, que là furent présent en ceste manere, ith dest qu'ilh avoit apris 
aux ancliiens jureis, et par les ovres et les fais pluseurs avenier ' de temps 
qui passeit est en nostre citeit, desquels ovres et fais chi-apres sont conte- 
nus et reciteis pluseurs cas, que de fait nulle ne de dit nuls que les mais- 
Foi. 64, r*. très ou les jureis, soient tuit ensemble ou pariiie d'eaux, aiient fait ou dit, 

dient ou fâchent en nom et por les bésongnes de nos et de nostre citeit, 
que les esquevins de Liège ne al très n'en ont à C(^noistre, ne n'en doiient 
jugier sour lesdis maistres et jureis ne sour altruy * d'eaux. 

» Et furent là recordeis pluseurs cas qui advenus estoient de temps de chà 
arier, par les maistres et les jureis de nostre citeit qui adonc astoient, por 
lesqueis fais ons n'alat onques encontre eaux , ne n'en jugarent leâ esque- 
vins qui adont furent, si com del maison saingneur Mathon ' defours chas- 
teal, adonc esquevins de Liège, que les maistres et les jureis brisarent à I 
hye * por les bésongnes de nostre citeit, et enssi délie maison de Dragon en 
le ruwe de Point et del maison Morsea sour Mouse. que les maistres et les 
jureis brisarent, là présent Olmier de Othée% adonc mayeur de Liège en 
fealteit mis de part l'evesque Johan de Flandre, qui mist le fait en le warde 
des esquevins qui presens y furent, et enssi del maison Henry de Crinke- 
berghe séant a Saint-Albert en ysle, que ly une des maistres et alcuns des 
jureis avec li brisarent, et prisent dedens deux enfans cusins aldit Henry^ 
por Alixandre fil singneur Henry de Sains-Servais, que roesire Giele de 
Hukebach * avoit pris, douqueil fait ons se wot plaindre de fratin; mains aile 
requestc des maistres et des jureis, qui chu avoient fait en nom de nostre 
citeit et por nos, ilh fut raporteit et dit, de part les esquevins de nostre 
citeit qui adonc furent, que ledit fait, portant que lesdis maistres et les 
jureis qui le fiesent por nos et en nom de nostre citeit, ilh n'en avoient à, 
jugier ne n'en jugeroient sour yceals. 
"^ M Pluseurs aultres cas furent là recordeis, si que del thour rofficial, qui 
est le prison l'evesque, qui pluseurs fois at esteit brisié par les maistres et 

* Par erreur sans doute pour avenus, ce que ' Maston dans Louvrex. 

porte entre autres le texte de Louvrex. * H s'agit probablement d'une hie, instrument 

* Encore ici il convient sans doute de substi- qui sert à enfoncer les pilotis. 

tuer alcun à altruy. Cependant tous les textes que ^ Le paviilard 258 ajoute ici le mot eiquyer^ 

j'ai consultes sont conformes au nôtre* ** Ilaclebaet, paviilard n* 258. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 268 

les jureis, que onques esquevins n'en jugat; et enssi le fait que cheaux de 
Huy fiesent àHerbecheez \ qui ardirent le court de Herbecheez; et des 
maistres et des jureis de Tongre, qui brisarent le maison et le prison 
levesque à Tongre pour leur franchieses à wardeir, et jettarent fours une 
de leurs borgois que ly maire de Tongre y avoit mis. — Et après chu que 
lidis Johan de Point, maistre, oet dit son advis teile com par deseur est 
dit et recordeit, ons fist siiete à tous les jureis del an de devant et de celle 
année, lesqueis et maistres et jureis, vies et noveals, siwirent: entres les- 
quels furent com jureit et maistres sires Johan de Sains-Martin, màistre 
awec ledit Johans de Pont, del année d'awan, et mesires Johan Surlet si 
com maistre d'antain awec Johan le Moyne le taneur, sires Henry de Sains- 
Servais et sires Fastreit Bareit des Gambges. 

» £n tesmongnages et en ramembranches desdis chouses à tousjours , nos 
avons fait ches chouses escripre, et sor chu faire cest présent puble instru- 
ment par Johan dit délie Ville, puble notaire et notaire de nostre citeit, et 
signeit de son signe aconstummeit , alqueil d'abondanche nos avons fait 
pendre le plus grant seaul de nostre citeit en tesmongnage de veriteit. — Et 
je Johan dit de la Ville, puble del auctoriteit impérial notaire devantdis, 
qui à ches chouses dittes, recordeez et suiviez ' par les maistres et les jureis 
devantdis fuy présent , je à leurs mandement les ay chi-dedens escript et en 
ay fait chest présent puble instrument de ma main propre, l'an, l'indiction, 
le mois et le jour deseurdis, et signeit je l'ay de mon signe aconstumeit. 

» Icelluy point et coppie d'instrument déclarons et recordons et salvons Re<»n <>«<iii înitm 
et wardons si que franchiese, solonc le ouverture et déclarations desdis 
trois membres , assavoir qu'ilh soit entendus en bonne manière et sens 
fraude et malengien, et fours mis et osteis malvais usaiges, malische et , 

seneistre entendement , voier ' en wardant le haulteur de monsingneur, les 
franchieses et liberteis del engliese, et les franchieses des bons borgois de 
ladit citeit et banlieu, et enssi en bienfaisant, c'est à entendre que nuls de 
celés franchieses ne soiient servant ne aidant à chis ou à cheaz qui sour 
lombre et ocquison de chelles franchieses diroit ou diroient, feroit ou 
feroient maul ou excès. 

' ffepehée dans Loarrez» aujourdlioi Hoptée. * Pour votre. 
' Seélétê, pavillard n* 358. 

34 



266 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Le yi« ariycie de con- » Item , au siîeseme artycle , contenant se cheaz ^ qui sont de conselhe del 
et la coDseihe del cîteit, pueleut eistre de conselhe de singneur ne d'aultre, en secreit ne en 

appert, contre le paix, le profit et les franchieses; enssi comment cheaux 
qui che feront doient eistre corregiés, quant che feront ou feroient; sour 

Fol. r>4, V. lequeile artycle lesdis màistres ont exhibueit le coppie de une lettre jadil 

faite sour une accord entres les maistres, nos predicesseurs , esquevins, 
jureis et conselhe deldit citeit, dont le tenure s'ensiiet en teile manière de 
mot à mot : 

La lettre exhibuêe par » Nous Ics maistrcs, esqucvius, jurcis et tout la commonalteit de la citeit 

les maistres aux es-j*. m • •«« •« <iaa «a^'. 

quevint. de Liège, faisons savoir a tous qui ches présentes lettres yeiront et oiront 

que, por wardeir les franchieses, les droitures, le paix et le profit de nos 
et de nostredite citeit, summes-nous commonement et tuit ensemble accor- 
deit à che, qu'en tous cas qui toucheront les franchieses, le j>aix, les droi- 
tures et le profit de nostre citeit et de nous, soit parmy estatut ou par 
aultre manière, nous serons, tout ensemble et cascon de nous por li aidant 
et tout à une, encontre tous cheaz qui encontre les franchieses, les droitures, 
le paix et le proflit de nous et de nostre citeit yroit'ou voroit alleir; ne n'en 
doit nuls, qui sont de conselhe del ville ne borgois, estre de conselhe de 
singnour ne d'aultruy, encontre les franchieses, les droitures, le paix et le 
proffit de nostre citeit et de nos, en secreit ne en appert; nous nos summes 
enssi commonement et tout ensemble accordeit à chu que nuls, qui soit de 
conselhe del ville, ne borgois ne aultre , ne puet n'en ne doit entreprendre 
esquevinaige des esquevins de nostre citeit, encontre le volenteit délie es- 
quevin sour cuy ons voroit Tesquevinaige entreprendre; et se qui qui soit de 
nos vat encontre ches chouses et ceste ordinanche , en tout ou en partiie , 
nous avons fait et faisons por statut de maintenant, qu'ilh soit priveis de 
conselhe del vilhe, et oisteis ilh, sa femme et ses enfans à tousjours de la 
borgesie de nostre citeit, et est albains sens rappelleir, en teile manière que 
franchiese ne la loy de la ville ne ly doit aidier ne valloir. — Ches chouses 
et cheste ordinanche et cesti estatus nous les maistres, les esquevins et les 
jureis devantdit cascon por li avons promis à wardeir et à tenir par seri- 
ment et par foid pleine , en teile manière que nous ne vorons n'en ne soffe- 
rons à venir encontre à nostre loyal poioir, en tout ne en partiie, et che 
ineismes seriment doit faire cascon esquevin en sa noveliteit, et cascun 
maistre et cascun jureit aussi en sa novelliteit. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. Î67 

» Et por chu que ches chouses demeurent fermes et e$taubles à tous jours 
et ades amendement ' , nous avons pendut à ches présentes lettres le seal de 
nostre citeit, awec les seals des hommes saiges, singnours Henry Pollarde, 
Lowy Surlet., Thiry de Sains - Servais , Jaques de Lardier, Jaquemyn 
Chabot, Johan de Sains-Martin , Gerar Pipelet, Jaquemyn del Coir, Johan 
de Lardier , Johan Surlet , Henry de Sains-Servais , Frankair de Sains- 
Servais , Lambier del Fontaine , et de Giele dit Gilair des Cambge , esque- 
vins de Liège. — Et nous les esquevins devant nommeis, en tesmongnage 
de ches deseurdites et que nous nos y summes obligiés , avons pendus nous 
seals à ches présentes lettres awec le seaul de nostre citeit devantdit. Chu 
fut fait publement en plaine obedienche sour Sains-Michel, en Tan del 
incarnation Nostre-Singnour milhe dois cens nonant-nuefe , le nuit del 
Sains-Servais , en may . 

» Gelluy point tenons et recordons , savons et wardons com une acord lc record. 
fait entre le citeit et nous predicesseurs esquevins par franchieses, si avant 
et en teile manière que fisent nous predicesseurs, vehut etconsidereit que 
la lettre sour chu fait comprent que les XHIl esquevins nous predicesseurs, 
qui adonc estoient, avoyent à ycelle lettre appendut leurs propres seals 
awec le grande seaul délie citeit. 

» Item, à septemme artycle, contenant quant une borgeois est banis por Lyyii<ar(yciedebi- 
deshobeissanche par les estatus, quant li borgois at fait aile partiie blechié, 
assavoir combien ilh doit à saingneur, et se li borgois doit altre chouse que 
à maire des vinale que contenut est en dit status, et se li saingneur en doit 
autretant ou plus avoir que la citeit de banissement por deshobeissanche : 
de celi point demorons deleis chu que eus status en est escript et deviseit , Le record. 
déclarons et salvons avant, de greit et consentement mondis saingneur, que 
quant une personne serait bannie ou albaine por deshobeissanche cent ans 
et un jour, solonc lesdis status, qu'ilh paiiet à saingneur et al citeit chin- 
ques griflfons, assavoir IX' livres, X sous common paiement de Liège por Foi.65,r«. 
cascun griffons comptant, le motié aux uses de mondis saingnour et l'autre 
motié aile citeit. 

» Item ) aile owiiteme , contenant se vogement de forche n'est point cas Ly viii* «rtycie de 

Togement de ïbrcbe. 

' Le payillard n* 261 et Louvrex portent: et * Louvrex et les deux pavillards cités donnent X 
ade$ par amendement. au lieu de IX. 



268 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

cryminals, Vehut que, se une borgois falloit à diere et passeîr sa loy, li 
sires auroit le borgois attain de li faire morrier de paine capitale, s'ilh li 
plaisoit, oussi bien que tuweit ewist une homme, afiien teile que les bor- 

Record. gois puisseut avoir les coppies des plaintes se c'est cas cryminals, por eaux 

gardeir et wardeir ' leur vie et honneur : disons que nos avons useit et ju- 
giiet de nient avoir les coppies des vogement; mains puisque nostredit très- 
redouteit saingneur, monseingneur de Liège, Fat oullre donneit et gratiiet 
à sa citeit, aile priiere d'alcuns de sadit esgliese, de nous-meismes et de 
pluseurs borgois, nous salvons et wardons et serat useit que les borgois 
aront et les jugerons d'avoir les coppies de telles plaintes, et quinzaine por 
eaux à conselhier, quant sommons en serons solonc loy. 

Le ix« aHycie eom- » ttcm, à nuefcmmc artycle, contenant, assavoir comment li maire de 

BMit li naairo doit ■• • •■ •*!•* i»i •«•^ai»* j"*.*, *â." é, ^l_ • 

gardeir la citeit. Licgc, qui qui Ic soit , Qoit gardcir la citeit et 1 at gardeit et waitiiet anchie- 

nement, et comment ilh doit prendre bonnes personnes et honiestes bor- 
gois de la citeit à ses variés, por wardeir et waitier honiestement la citeit 
awec li , et donneir les variés par escript aux maistres , pour quoy ons sache 
queils gens che sont pour faire leur offîche honeistement, et aussi queil 

RMord. nombre des variés li maire doit avoir : disons que li maire de Liège en fâche 

chu que à son office en apartient, et déclarons, salvons et wardons qu^'ilh 
en soit useit par le manière qui s'ensiiet: — Première li maire de la citeit 
doit eslire et prendre des bonnes personnes et honiestes borgois de la citait 

Des variés de maire, à SCS varlés, por wardicr et waitier awec li ladite citeit ', lesqueis variés 

doit donneir en escript aux maistres delledit citeit, pour quoy on sache 
cheaux qui sont ses variés pour ladit citeit à wardeir et waitier, et que nuls 
aultres fours que cheaz deseurdis ne soy entremellent de ladit citeit à 
wardier. 

Cornent les variés de » Itcm, chcauz cussi cslis ct pHs ct douucis par escript auxdis maistres^ 
Ti^cMidtiM^r' lydis maire les doit faire jureir de bien et loyalment wardeir ladit citeit^ 

enssi com. chi-apres s'ensiiet, assavoir est s'ilh avient que ils trovent ou 
encontrent par nuit une personne honeiste et de bonne fayme , soit délie 
citeit ou estrangne, allant honestement par la citeit, celle personne, se ilhs 
le cognissent, lassier alleir le doientpasieblement, et se chist personne est 

' iVarder et garantir, pavillard n* 258. ici le pavillard n* 258. 

* Cognissant (m bonnet gens de ladite cité, ajoute 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 269 

estrangne et ne le cognissent, conduire le doient jusques à son hosteal por 

savoir lestât délie personne et dont ilh est. — Item. s*ilh trouvent ou xu qu«» geoi let i^ar- 

. ,. ■■••ia'*' doient nucttre les 

encontrent alcunne personne suspectueuse , allant avaul la citeit oultre mains par nuit. 
heure deshoneistement, ou qu'ilh soit de maul faynie ou qui fâche destour- 
hier à aultruy, cheli doient et puelent prendre et tenir ' jusques à jour 
solonc l'estant de ly, à celle fien qu'on sache la condition de ly. 

» Item, à diiesemme artycle , faisant mention , assavoir auz esquevins Le x* artyde de bien 
chu qu'ilh savent et wardent de bien common, enssi que la lettre dele con- 
firmation délie empereur qui maintenant est, qu'on appelle Sigismond, et 
chu soit aoverte et declareit por le bien common délie citeit et profit 
d'y celle : nous demorons, salvons et wardons qu'ilh en soit useit selonc le R«poM f«r lesque- 
contenut de regyment. 

» Item, aile onzeme artycle, faisant mention , assavoir che que les esque- Lyxuartyeiedeemo- 
vinasalvent et wardent des monoies et aussi de ches diverses monoies qui 
courent et poroient corire le temps advenir, por resisteir aux grans et hor- 
ribles damaiges qui en sont et poroient encor advenire se proveyut n'y 
estoit, disons et recordons, savons et wardons che que à chesti cause en Respons d'eaqueTini. 
est escript et contenut en pawelhair. 

n Item, au duzemme artycle, contenant comment cheaux qui sont com- lî xii« artyde de» 

, . , , * * wardent de biea 

mis à gardeir le utiliteit de bien common de quoy toute personne doit common. 
vivre, s'ilh ne le gardent loyalment et prendent faus lowiers et argent, en 
prejudiche et encombrement de bien common , comment ilhs doient eistre 
corregiés et crieis à peron de leurs meffais : en disons et déclarons que 
volentiers jugerons les amendes des forfaisans et venans encontre de bien 
common, solonc l'exigenche de fait, quant requis et somons en serons solonc 
loy et en vertut dédit regyment. 

» Item, le traseme artycle, au fait des banis pour debte, pour couvent ^^^^}^'' ^^^[i*^?** 
ou por marchandiese , salvons et wardons et déclarons par loy que les foi.66,t«. 
baais por debte, por couvent et por marchandieses doiient eistre quitte à ^^jMdwIa^rT* 
signour, parmy sept soûls de teile monoie qui courat à lieu où teile bannis 
seirat crieis, solonc le contenut délie Paix des Sauses ' c'on dist la novelle 
modération, dont li tenure del clause à chu faisant mention est teile: La cUuse deidit que» 
— Quiquoncques serat banis por les cas deseurdis, soit qu'ilh soit pris 

' £h fnriion, ajoute le paYÎilard n* 958. ' Pour Seize. 



lion. 



270 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

ou nom après sondît bannissement , iih serat quitte envers ledit mayeur de 
sept souIs de bonne monnoie, teiles que ons prenderait à lieu où avenrait, 
tant seulement paiiant, awec les frais par li fais en sourjoumant en ladite 
prison. 

Le xiiiio .riyde de » Item, au quatrazemme artycle, sor chu que lesdis maistres^en nom 

com deseure, demandent avoir recordeit en quelle paine cheli ou cheanz qui 
feroit ou feroient as bannis ou albains de villain cas confort, assistenche 
ne ayde, inchiroit ou inchiroient, sens attendre ' que cheaz por debtes, por 

Le recor» de» esque- covcut OU marchandiesc y soient compris de riens; avons dit et recor- 

vins sor chu. , ^ « i i 

dcis, savons et wardons, nous raportant à une clause des estatus contenant 
chu qui s'ensiiet : 

» Item, quiquioncques a essien, soit bons soit femme, sostenrat albain 
en ladît citeit, en son hosteil ouailheur, ne li ferat forche * ne auwe 
encontre le saingnour ne ses justiches ou borgois ou borgoises de Liège, et 

Recorde de rrandiiese. provcit soît, albain scrat de son fait meismes. — Item, disons avant par 

frankiese que tous cheaz qui vilain cas fâchent dedens la franchiese de 
Liège, qu'ilh soient à tousjours mais albains, et tous cheaux qui les susten- 
ront ne aideront, tout en telle point soient, com cheaz seiront qui les fais 
feront, c este à entendre les vilains fais d'eistre albains à tousjours mais ; et 
qui ' mefferont envers teiles albains , ilhs ne mefferont riens, n en ne seront 
de riens atains. 

Le xve artycic des es- » Item, au dcraiu artycle , contenant chu que les esquevins de Liège sa- 
''Tdent de legi- vcnt et wafdcut de regyment qui est loy, et aultres bonnes ordinanches 

que li esquevins sauve et warde, que nous avons tous jureis, qui giest en 
pyleir de Sains-Lambier, et que tout che soit declareit expressément par 
les esquevins , de quoy li faute et li clameur de la citeit vient et est au 
maistres del citeit donnée par chirographe , aflSn qu'ilh fesissent de chu 
exécution por le bien, profit et utiliteit common délie citeit, enssi qu'ilh 
appert point par point, artycle par artycle, com cheauz qui diligent leur 
seriment et qui n'ont point d exécution, mains la citeit et les maistres ont 

Record d'esquevins. dc chu fait tcuir ^ l'exccution : demorons deleis le contenut dédit regyment. 

• 

* Entendre, porte le pavillard n^ 358. * J'oipets ici les mots feront et, qui ne sont pas 

* Par erreur sans doute pour confort , mot que dans le payillard n« 358 et semblent de trop, 
porte le pavillard n» 358. * Faire tenu, pavillard n« 358. 



wai 

ment. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 271 

enssi qu'ilh giest par escript, et le tenons por loy, sorlons le fourme et ma* 
niere que jureit Tavons, et ossi demorons deleis aultres pais faites et aultres 
bonnes ordinanches qui sont à loer, et por le bien common useez par loy, 
et solonc les modérations et modifications sour ycelles faites, confermeez et 
saelées desdis sainghours et capitle de Liège. 

» Lequeile record, ouverture et déclaration enssi par nous faite, com dit 
est, fours porteit , recordeit et declareil, en la presenche de Johan Symon , 
mambour générale de mondis saingnour por che en nostre lieu aconstumeit 
sour le Destroit personeilmentconstitueit, qui riens nalighatà lencontre, 
fut par noble homme Johan del Boverie, singnour de Vyanne, hauls voweit 
et soverain mayeur de Liège, aile requeste de Gielbeirt de Seraing, escuier. 
et de Henry del Gachie, maistres por le temps délie bonne citeit, qui pour Desmaûtret. 
chu en paiarent audit maire les drois, asâavoir une escus ' philippus, mis en 
le warde, retenanche et parfaite mémoire de nous les esquevins de Liège 
qui à chu faire fummes presens. Et portant que chu soit ferme chouse et 
estauble, si avons nos li mayeur deseurnommeis et nos Jaqueme de 
Gothem, Henry PoUairde, chevaliers, Henry Coen, Renkin de Bersés, 
Rause de Gudegôven singnour de Gorsem , Renier Vrolo , Johan le Pollain 
de Hoilongne, Johan Gulardien de Warouz, Thiry de Fleron saingnour 
d' A tri ve, Henry de Sumangne dit de Hallendas, Franke saingnour délie 
Roche advoweit de Fleron, Johan le Pollain saingnour de Warouz et Giele foi. ee, r«. 
le pantier heritable au monsaingneur de Liège, avons et cascon de nous 
appendut et fait appendre à ches présentes nostres propres seals en signe 
et tesmongne de veriteit. Ghu fut dit, recordeit et declareit en la manière L'aaxiiiieetxxx. 
devant escript, l'an del nativiteit Nostre-Saingnour Jhesu-Crist milhe 
qualtre cens et trente, le penultimme jour de septembre. » 

Ors , revenant à nostre matere délie damagheuse et honteuse guerre que Dei guem dei conteii 
les Liégeois oirent contre le duc Philippe de Borgongne et contre cheaux 
del conteit de Namur, pour et aile cause de Mont-Orguel deleis Dynant , 
enssi com est escript chi-devant, dedens la triwe qui fut priese de H ans 
furent, de part monsangneur de Liège et les saingneurs de capitle, de part 
les nobles, la citeit et les bonnes villes de paiis de Liège, tenues pluseurs 
journées en Flandre et en Brabant; et y fut li conte de Meurs, frère al ar- De conte d^Meun. 

* £^fi e$cH$ d'or, pavilUrd n« 258. 



272 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

chevcsque de GoUongne, qui grandement s aquittat entre les dois partiies se 
coni moiiens, à cuy les voirens xhohiers ' donnont une mult noble et riche 
chapeal de pentrie *. Et finablement la paix fat fait enssi com la tenure chi- 
' après s'ensiiet : 

La tenure dei p«i& en. (( A tous chcauz qui ches presentes lettres veiront et oront, Johans de 
gepgnons et Namu- Hensberch , par la grasce de Dieu evesque de Liège et conte deLouz^(li) 

doyen et capitle de l'engliese de Liège, les nobles^ les mais très, esquevins, 
conseille, borgois, et toute la commonalteit de la citeit de Liège et des 
vilhes de Huy,de Dynant, de Tongre, de Sains-Tron,de Fosse, de Tuwing, 
de Covin, de Louz, de Hasselt, de Herke, de Eyke, de Breide *, de Blize, 
de Beringhen et de toute le common paiis del evesqueit de Liège et de la 
conteit de Louz, salut et cognisanche de veriteit. Com pour venier à pais^ 
union et concorde , et faire cesseir guerre et discention et debas exstantes 
desya, et qui sont apparentes d'estre plus grandes, se, par la grasce de 
nostre saingneur, n'y estoit porveit et altre ^ boin moyen trové, entre tres- 
hals et tres-puissans prinche et tres-redouteis saingneur monsaingneur 

Les tyUes de due de Philippe, duc dc Borgouguc, dc Lotringe, de Brabant et de Lemborge, 

conte de Flandre, d'Artois, de Borgongne et de Namur, et nous, por le 
cause des grandes offenses et damaiges par nos, le saingnour de Hensberch 
et aultres nous aydans, fais, dis et perpetreis à nostredit saingnour le duc 
en^ son paiis et conteit de Namur, l'année prochain passée, ly estans lors 
abscens de ses paiis , les commis et deputeis de part ycellu monsaingneur 
le duc d'unne part, et cheaz de nos evesque et des trois estaus des paiis de 

Les moîeos del pais Licgc ct dc Locz dcscurdis d'aultrc, ayent, par le boin moyen, sains * et 
BorT^ngnôn!?'* *' discrctiou dc uoblc ct puissans saingneur le conte de Meeurs et de tres- 

reveren peire en Dieu l'archevesque de Collongne , auxqueis cascon de nous 
les partiies avons grande amour et confidenche, pour le apointier et accor- 
deir s'ilh plaist à nos les partiies deseurdites, les poins et artycles qui s'en- 
siient, enssi que par nosdis commis nous at esteit raporteit. 

» Promier, que nos evesque et le saingnour de Hensberch , nostre peir, 
en nos personnes., et les gens de trois estaus desdis paiis de Liège et de 

< Marchands pelletiers., à collationner notre texte. Quant au document, il 

' Pelleterie. n'a pas été publié par Louttcx, et il est, croyons- 

* Brée. nous, inédit. 

* Akun, dans le pavlilard n* 2K3 qui nous sert * Sent, ïbid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 273 

Loez, par leurs deputeis en nombre de XX persons et * plus, venroins en la 

ville de Marlines, le XX™® jour de décembre prochain venant, par devers 

mondit saingneur le duc , qui lors y sera * à compangnie de gens de son La mnd urvaige aue 

conselhe et de ses paiis, teils et en teile nombre qu'ilh ly plaira, et illuc deforgonpie. 

tous à une genos devant li , nos le evesque por nos * et ledis saingneur de 

Hensberg, nostre peir^ et por tous cheauz des trois estaus de nos paiis de 

Liège et Loez dirons, ou par personnes notaibles ferons dire, en thiex ou 

en franchois : tres-hault et tres*puissant prinche et tres-redobteis sain- u rapenunehe «t bu. 

. * * . miliation des Lie- 

gneur, nos cognissons bien que nous avons mespris envers vos, et que gob cootn Borgoo- 

aveis oyut cause de prendre displaisanche al encontre de nos , al occasion 

des maniers que avons tenues envers vos, et des damaiges par nos fais en 

vostre conteit de Namur , dont nos summes dolans de tous nos cuers qu'ilh 

est ensi advenus, et se à faire Taveurimes, por riens nellu furimes *. Et por 

chu que sour toute chouse mondaine desirons eistre en vostre. bonne foi.66,t«. 

grasce et bunnevolenche , nos vos supplions tres-humelement qu'ilh vou 

plais nos ton pardonneir, et nous nous ' offerons d'estre d'or en avant vos 

boias voysins. et de vos servir contre les Pragois mescreans: c'este assa* Liegou doient serrir 

,, • • <v j Borgongnons à III 

voir nos 1 evesque, en nostre personne, ou par capitaine sutnsante de part cens combnuns. 
nos à trois cens combatans à nous dispens, VI mois durant, quant ilh 
vos plairat le nos signiGier ou faire savoir H mois devant. 

» Item, que en dedens le jour de Noyel, qui serait en Tan 'mil llli<^ 
et XXXIil, solonc la daute de la court * de Franche, nos ferons faire et 
fondeir en l'englieze de la Boissiers ', en laquelle paroche est situvée et 
assize la maison de Golsine, une novelle cappelle garnie de calix et d'aul- DecapeiuqueUegois 

, n A * -1 . 68cnt d'amende. 

très ornemens nécessaires a ycelle, et une messe perpétuelle cascon jour 
por le salut et remeide des armes des subgés d'ycellu monsangneur le duc 
qui furent tueis illuc, et de tous aultres mors à l'occasion de ceste guerre. 
n Item, por chu que en paiis de Namur ont pair nos esteit abatus plu- 
seurs casteals, thours et mansons notables appartenant à mondis sangneur 

' A u. Ibid. * Et te à faire Vaoient, pour rien$ le feriem, Ibid. 

' Je supplée iei deux mots d'après le pavillard ' Je sapplée un second nous d'après le pavil- 

«té. lard cité. 

' Zaiitvliet trouve ëU*ange que episcojnu eoram ' Conte par erreur dans le US. 

principe saeeulari hoc modo $e humilieL Ampl coU.^ ^ Bossière , entre Nàmur et Gembloux. 
V, 428. 

35 



274 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

le duc et à ses subgés , dont ilh est tourblé non paix soylement por le 
damaige, mains principalment por chu qu'ilh y est grandement folleit en 
son honneur, et que la thour de Montorguelhe, qui est cause et commen- 
chement de tous les mais advenus % nos,affien d'apasier monsangneur le 
duc et le repareir alconnement del deshonneur qui en celiu at esteit fait, 
et por eviteir que novelle guerre n'avengne aile occasion d'ycelle thour, 
Licgois abattirent leur cu cas qu'ilh dcmoroit en estant, ferons abattre et demolier tou jus * la de- 

thour de Montor- *j«4«i i «ii m ^ • t9 jj 

luihe. vantdite thour, por laquelle chose ' faire 1 en commencera dedens une mois 

à compteir de jour de la daute de ceste; et serat parabatne de fons en 
comble dedens quatres mois prochainement après ensiwant , sens qu'à 
jamais elle puist estre reedifiié ne refaite, ne aultre thour ou forti6cation 
faite ne edifiet entre Dynant et Bovingne, plus près de la vilhe de Bo- 
vingne que est à présent la clôture de la ville de Dynant, où est assize la 
porte d'ycelle ville nommée Sains-Ândrier, se che n estoit de consentement 
de nostre avantdis sangnoùr le duc, ou de ses heurs et successeurs conte 
ou contesse de Namur, le foins * toutevoie et hirtaige d'ycelle thour démo- 
rant où ilh doit appartenir. 

» Item, por repareir les chasteaux et maisons de nos avantdis sangneur 
le duc abatus et démolies, et por les damaiges fais à luy et aux englieses, 
vassaux et subgés en sa conteit de Namur, et por les frais enssy que ycellu 
monsangneur le duc a eut en ladite guerre, nos li paierons, et à nos frais et 
perilhe ferons paiier et delivereir en la ville de Lovangne % es mains de ses 
Liegoia paioDt c miih commîs à chc, Id sommc de cent milh nobles d'oir d'Engleterre, teile coni 
Borg'l^ngnê. commoualment seront pris et aloweis * es paiis de Brabant et de Flandre, 

aux termes chi-apres declareis : assavoir XXV milh nobles, qui est la quarte 
part, dedens le jour de la Sains- Johan-Baptiste prochainement venant, qui 
sera en l'an milh lllh et XXXIl; les aultres XXV milh nobles, dedens le 
jour de Noyel prochainement après ensiwant, qui sera en dit ain milh II1I<^ 
et XXXII ; les altres XXV milh nobles, dedens le jour de Sains-Johan Bap- 
tiste après ensiwant, qui sera en l'an milh IIII^' et XXXIII, et les altres XXV"> 
nobles , qui parfont lesdis cent milh nobles , à Noyel prochainement après 

* H doit y avoir ici un membre de phrase omis. * Pour fons, fonds. 
' Tout à bas. * Louvain. 

* Ce mot est omis dans le MS. * Dépenses, usés. 



CHRONIQUE 0E JEAN DE STAVELOT. 478 

ensivant, en dit ain milh IllI^^ et XXXIII, qui serat de JNoyel prochaine- 
ment venant en dois ains. Toutevoie ilh est accordeis que les XXVi° no- 
bles nos porons acquiteir por chascunne termyne por LX™ florins de 
Riens, de la forge des quatres eslizeurs de la sainte-empire, ou par LVII°> 
et \^ peites ' forgiés à Lovangne deraynement, ou d'aultre monoie cursable 
en dis paiis de Brabant et de Flandre , solon le cours que y auront lesdis 
nobles, flprins ou peitres qui présentement sont forgiés % aux termes deseur 
declareis, al dit de trois changeurs, Tune de Brabant, l'autre de Flandre, 
et le thier de Liège. 

» Item, est apointié et accordeit, affin que la paix soit d'hors en avant 
fermement ' tenue, sens chu que por occasion des chouses passeis alchun 
débat ou discors noveal sourde ou puiste advenier, que nos consenterons et 
accorderjons que la demande aultrefois par nos faite et que faire porimmes 
d'avoir réparation, amende et reedification de pluseurs englieses et villes 
de paiis de Liège, lesquelles après la paix deyrannement * faite et cryée foi.67, r«. 
ont esteit ars, destruites et violées par cheaux de Henau» enssi que nos Des Henewier c^ui ont 
maintenons d'avoir restaublissement , réparation et amende de pluseurs 
excès fais et perpetreis en dit paiis de Liège, après ycelle paix, par les 
officiers et aultres âubgés dédit paiis de Henau; d'avoir restitution, amende 
et réparation de pluseurs arsiens, pillaiges, roberies et butiens que main- 
tenons eistre fais et perpetreis en paiis de Boulhon , par cheaz de la con- 
teit de Rethés '^ estans lors en governement de mondit sangnour le duc; 
d'avoir l'abandon et misse que maintenons eistre forfaite pair cheauk de 
Bovingne, qui sens deffianche ou sommation dolent avoir sustenut cheauz 
qai firent l'assault et voloient gangnier la thour de Montorgoulhe; d'avoir 
réparation de dis de Bovingne de chu que, pardesus segur * estant, ilh ont D'Erches et de bo- 
en paiis de Liège pries pluseurs grosses pieres, et les ont gettées en la 
rivière de Monse por empechier le court de l'aewe; d'avoir réparation de 
pluseurs aultres damaiges, injures et vilonies que disons eistre perpetreis 

' JHetres, paviUard cité. II s'agit d'une monnaie ' Rethel. 

d'argent frappée à Lonvain, et qui portait le buste ' Sentir ou steur dans le payillard cité. Plus loin 

de saint Pieire, patron de cette ville. on trouve dans notre MS. segutieU pour sécurité, 

' Se forgeni, Ibid. et seeurteit dans le pavillard. Segur eêtant ou iceur 

^ Mot suppléé d'après le pavillard cité. eetarU signifierait alors la trêve durant. 

* Apree la paix deraine de Liège» Ibid. 



276 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

par lesdis de Bovingne et aultres de paiis de Namur ^ pendant ledit segure 
estant, sour cheaz de Dynant et aultres de paiis de Liège, et generalment 
que toutes paines, demandes et pairsieules que nous porimmes faire al 
occasion de paix enfrinte, d'injures, daniaiges, et de toutes aultres chouses 
advenues et passées seront abolies, et que jamais n'en serait fait alcunne 
porsieute par nos ou nos successeurs. 

» Et pareillement est apontié et accordé que mondis saingnour le duc 
consenterat et accorderat que la demande autrefois par ly faite ou que faire 
poroit d'avoir * les poins * declareis es lettres de ladit paix de Liège, al 
occasion del infraction d'ycelle par nos ou les alcuns de nous ou nos predi- 

Del pension de Dy- ccsscurs, d'avoir Ics ariraiges de la pension donneit ' par la vilhe de Dynant 

à feu monsaingneur le duc Johan de Bealwier, jadit esleu de Liège et 
conte de Loez, oncke de mondit saingnour le duc de Borgongne, montant 
à VII^ coronnes ou aultre some de deniers ' de rente par ain , d'avoir répa- 
ration et amendes des injures et excès qui ont esteit fais par alcuns subgés 
de paiis de Liege^ de Loez et de Boulhon, es conteis et paiis de Henav et 
de Rethés, et en la terre de Casteal Renare ' dont mondit saingnour le duc 
at le gouvernement. Et semblamment de pluseurs injures, attemptation , 
damages et excès commis et perpetreis par les subgés de paiis de Liège et 
de Loez, contre et en prejudiches de cheaz de Bovingne et aultres subgés 
de la conteît de Namur, et generalment que toutes paines, demandes et 
porsieutes que mondis saingnour le duc faire poroit al occasion de paix 
enfraite, d'injures, damaiges et de toutes aultres chouses advenues et pas- 
seis, seront abolies, si que jamais n'en serait faite demande ou porsieute par 

De« corps sains qui fu- li OU SCS succcsseurs. — Maius quant aux corps sains et coUeiges de Lobes 
reniiraosporiew. j^jjg trausportcis à Biuches, dont nos avons aultrefois faite demande et 

porsieute, ilh est ordineis que les bulles et allres lettres et munimans qui 
sont de et sour ledit transport, seront veues ' et visentées par clers de 
drois ayans cognisanche en telles matiers ^ qui por chu s'asembleront à 
Lovaingne en dedens le Sains-Johans prochainement venant, et yceiles 

* Tout ce membre de phrase, depuis : que la ' ChAteau Renaud, entre Monthermé et Char- 
demande, est suppléé d'aprèsie payillard cité. leville, dcp. des Ârdennes. 

* Les paines. Ibid. * Venues dans le MS., comme encore deux lignes 
' ûeue. Ibid. plus bas. 

* Deviens dans le MS. • ^ Maniers dans le MS. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 277 

venes, en ordtneront enssi qu'ilh apartenrat de raison, et chu que pair 
eaux en serat ordineis serat et deVerat eistre mis en exécution et acompli 
dedens VI mois tantoist après ensiwant. 

» Item, quant à la restitution que nos avons aultrefois requise de cer- i><» hireuiges gisan» 
tains hiretaiges gisans en Henau et d*aultres biens appartenans aux subgés 
de Liège, qui longe temps après ladit paix nos disons eistre pris et détenus, 
et des levées et profis d'ycheaz depuis le temps que pris et détenus ont 
esteit, et de * la demande que mondis saingneur le duc at aultrefois faite 
d'avoir la rente deue* par la ville de Dynant à feu monsaingneur le duc Wii- 
hem de Beaiwier, conte de Henau, montant à milhe florin par ain, à hirtage 
que ycellu monsaingnour le duc dest à ly estre transporté par madamme 
de Henau, sa chusine, et des arirages qui en sont esceus, ilh n'en serat 
point determineit pair chestepaix, mains chascuns en porat porsuwier son 
droit par loy ou justiche, enssi que boin et expédient li semblerat, et serat 
quant à chu à chascuns faite brive expédition de justiche sens contredit. 

» Item, quant à XVII villaiges, dont altrefois question at esteit en court foi. 67, f . 
de Romme entre le predicesseur de mon avantdit seigneur le duk, conte ^* ^^' ^'^''''' 
de Namur, et les prédécesseurs * de nos et le * capitle de Liège, ilh est 
apointié, se en dedens ledis terme del Sains-Johans mondit saingnour le ^^onfdilLrîïf^îfeTi 
duc puet monstreir que sesdis precesseurs ayent oyut sentenche sor le jj^j® **»««« «* Na- 
possession dycelles vilhaiges, ou qu'ilh en ayent esteit en possession par 
temps covenables et eut esteit debuteis sens sentenche ou jugement, en chi 
cas mondis saingnour le duc en serat en possession, et sour le petitoire ^ 
lesdis clers, veyut le droit des partiies, en ordineront, sommeront % et de 
plain aussi qu'ilh apartenrat de raison , et leur ordinanche sour che serat 
miese à exécution. 

yy Item, que tous banis et decachiés al ocquison de ceste présente guerre , Detbanît et decachiéi 
et cheas qui s'en sont absenteis et melleis d'unck costeit et d'aultre, et ***' ^^^' 
generallement cheaz qui ont leurs mansons, fortereches , fisses * et tenemens 
empesciés pendant ceste guerre et al occasion d ycelle, retourneroit à paiis 

' Que daiLS le pavillard cité. ^ Le mot est très-distinctement écrit N'est-ce 

' Détenue par erreur dans nôtre MS. point par erreur pour souverainement T Le pavil> 

* Membre de phrase omis dans notre MS. de- lard cité porte sommetinë. 

puis : de mon avantdit. * Pour fiiés, fîefs. 
' De dans le MS. 



278 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

et à leurs fisses , terres, hiretaiges , fortereches , mansons et aultres leurs 
biens queileconques, enssi qu'ilh les trouveront, por en joiier d'hor en 
avant, enssi qu'iih faisoient avant cestedite guerre, sens fraude et mal- 
engien. 

Des prisonniers dei- )> Item , que tous prisouuiers d'unk costeitet d'aultre, et tout argent de 

guerre. ranchou non paiiet, seront, par le vertu de ceste paix, quites et mis à délivre 

de leur prison et ranchon, dedens le Noyel prochaynement venant; mains 

toute ranchon d'argent ' paiiet demeurent paiiet, sens chu que de ches 

chouses jamais puist eistre faite demande ou parsieute. 

De chef qui ne poront » Itcm , s'ilh ddvcuoit, quc Dicu ne plaist, que cheaux de Dynant, ou 
tenir udii paix. alcuus aultrcs dc paiis de Liège on de Loez, fussent refusans d'accepteir 

et de saielier ceste paix , en chi cas ilh en seiroient exclus et demoroient en 
guerre, et ne goyeront alcunnement des chouzes contenues espoins chi- 
desus specifîiés ne d'alcuns d'ycheaz , et enssi leur portion rationable de 
payement de la summe de cent milh nobles deseurdis deverat eistre raba- 
tus et défalquée d'y celle somme. Et nous, les aultres qui l'accepterons et 
le sayelerons, prometterons loyalment et de bonne foide que nos ne ferons 
auxdis refusans confoirt ne ayde, en queileconques manière que chu soit, 
anchois de toute nostre poioir et par toute voie possible, sens fixion , fraude 
ou malengien , ayderons à réduire ycelles ' refusans à faire obeisanche a 
cestedite paix, et à l'entretenement et exécution d'ycelle et de tous les 
poins et artycles y compris, avecke de paiier leur portion de ladite summe 
et les despens qui sortenus seront à eaux constraindre et réduire à obey- 
sanche. 

L'otiiiRance des Lie )) Itcm , sc fault avoit cu l'acomplissemcnt de serviche de l'édification et 

fondation de la capelle et de la démolition, de la tour, dont es trois premiers 
artycles est faite mention, ou en alcuns d'ycheaz, que Dieu ne welhe, en 
chi cas cheaz, à qui iih tenroit et qui y metteroient empêchement ou n'en 
furoient leur deveur, seroient tenus et reputeis infracteurs de paix, et corne 
encontre teils l'en procederoit ou poroit procedeir. Et awec chu, por plus 
grant segurteit, consenterons et acorderons que l'archevesque de Gollongne, 
métropolitains desdis paiis de Liège et de Loez, prQ3ens et advenir, porat, 
dedens une mois après chu que ammonstreit les en aurat, mettre cesse et 

* Tous argent de ranchon. Pav. cité. « Yceulx, Ibid.'* 



gois. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 279 

eotredite es citeis et vilhes deseurnommeis , et generalment en toutes les 
aultres plaches et lieux dedil paiis de Liège et de Loez et des appartenans , 
qui seront refusans, empechains ou non faisans leur devoir en chouses 
deseurdites, et semblamment porat eistre fait par nostre sains-peire le 
pape; lequeile interdite * ne porat ne deverat eistre osteit ne relaxeit en aul- 
cune manière^ que premier chu dont len avroit esteit et seront fust acom- 
plis ^ Et quant aile argent, s'ilh avenoit, que ne Dieu ne welhe, que l'en 
fust en default del paiier, à dit lieu de Lovangne, à chascunne des termines 
desns declareis^, la quarte pars entièrement de ladite somme de cent milh 
nobles , et que l'en attendist XV jours là-apres ledit termines , en chi cas l'en 
encouroit la paine de X nobles teils que dis sont, por chascon jour dont l'en 
seroit en default après lesdis XV jours passeis, laqueile paine en chi cas l'en 
seroit tenus de paiier awec le principaule et sens ycellu alcunnement Foi.68,r«. 
ameyrier '. 

» Savoir (aisons que les poins et artycles deseur declareis, nos, sor Le serimem des Lîe 
ycheaux oyut advis à grande et roaeure délibération de conseil , avons por ^ ^' 
bien de paix accepteit, accordeit, loyeit et greieit, acceptons, accordons, 
loyons et gréions par le tenure de cestes présentes, promettans pour nos et 
nos successeurs, par nos foides^ serimens et honours, et sor les saintes ewan- 
geiles de Dieu por chu manuellement touchiés, et cascon de nos si avant que 
touchier nos puet, de tenir , gardeir et acomplir bien et loialment ycheaz 
poins et cascon d'eaz,en tant et si avant que regardier nos puelent, sens fair,e 
ou aleir, ne souffrir estre fait ou aleH, par nos ne par aultre, directement 
ne indirectement, al encontre en alcunne manier. Et se les chouses speci- 
fiiés chi-desus ou alcunnes d'y celles n'estoient faites, acomplis et entrete- 
nus de nostre costeit , ou que nos ou alcuns de nos fussimes al encontre , 
que Dieu ne veulhe, nos, por nos et nosdis successeurs, voloins, consentons 
et accordons des ma tenant^ que lors cheli ou cheaux de nostre part qui * chu 
ven roi t, seroit tenus et reputeis por infracteurs de paix, et com 'contre teile 
len puist procedeir, et awec chu que sentenche de cesse et interdicte soit 
jettée es citeis, villes et sor cheaz par ' cuy che venroit, et enssi que nos 

* Ceise et interdit, porte le pavillard. * Que lors eelli ou ceuix de part nos par cuy, etc. 

* Dont Von avroit estet et seroit en defauUe fuist Pavillard pité. 
acompHs, Payîllard cité. * Et que com. Ibid. 

' Amenrir. Ibid. Amoindrir. * Por dans le MS. 



280 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

enchirains en la paine telle et par la manier com desus est declareit. Et 
quant à chu avons obligiet expressément et specialment nos et tous les 
borgois , manans et habitans de la citeit et des villes de plat paiis de Liège 
et de Loes deseurdis , et chascon de nos et d'eaz et de nos successeurs et 
les leurs, awec tous nos biens et les leurs , moibles et immeubles queilcun- 
ques, por eistre aresteis, tant por la paine com por le principaule, en 
toutes villes et lieu, quéilequepart que nos et eaux, et nos biens et les leurs, 
poroint eistre troveis et apprehendeis, nonobstant que particulerment ne 
soyons ne ne soient à chu obligiés, en nos propres personnes ne en leurs, 
et nos en submettons à la cohercion , compulsion et constrainte de nostre 
sains-peire le pape, de l'empereur, de roy de Franche et de dis archevesque 
de Gollongne, et de tous aultres prelauz, prinches, saingneurs,loys et jus- 
tiches queileconques , soient les nos ou aultres, renunchons quant à chu 
plainement et par expresse à toutes fintes * , allégations , deffenses et toutes 
aultres chouzes queilconques que nos porimmes, ou nosdis successeurs po- 
roient, ou à alchunn de nos ou d'eaux poroient venier en aide ou avantaige ', 
contre et en préjudice des poins deseur declareis ou alcuns d'ycheaz , en 
alcunne manier, et à droit disant générale renunciation non valoir, chu 
sains ' toute fraude et malengien. Et volons et consentons que à vidimus de 
ches présentes, faites sor saeaul autentike, que foid soitadjostée com à l'o- 
riginatile. 
Lessaiognoursouipor- » Ëu tesmoncnaffe de chu nos Johans de Hensberch , evesque de Liège et 

eachont et 8ft«loot le _ , /i-v ■ • i i i • r«- i i ¥t i 

paix entre Liegois coute QB Locz, (11) doycu ct capitle* dc Licgc, nos Lirnouls de Hamale 

saingnour de Oedeur , de Trasgnies , de Silly et de Nanuy , Eirnouls d'Or- 
dinghen saingnour de Huldeberghe, Thiry saingnour de Momale et de 
Brèves, chevaliers, Jacque de Fosseux saingnour de Morealmeis, Wilhem 
de AIscen * saingnour de Hamale , Henry de Bastongne saingnour de Vor- 
gelsanck, de Zonove et de Honthalen, Chairle de la ftivier saingnour de 
Heers et de Hermale, Eirnus de Cowaremme saingnour de Nyel , et Rauze 
de Gugoven saingnour de Gorsehem , eskuwiers , por nos et tous les altres 
nobles deseurdis desdis paiis de Liège et de Loes, et nos les maistres, 

.' Pour feintes sans doate. Faites dans le pa- en aiede evantaige contre et au préjudice, etc. Ibid. 
yillard cité. * Cetâans. Ibid. 

^ Poroient meetre avant, diere, propoeeir et oW- * A Uteren, Ibid. 

gier qui nous ou à nosdis successeurs poroient venier 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 284 

maires, esquevins, conseil, borgois et commonalteit de ladite citeit de 

Liège et des villes de Huy, de Dynant, de Tongre, de Sain-Tron , de Fosse, Les noms des viues qui 

de Tuwing, de Coving, de Loez, de Hasselt, de Herke, d'Ëycke, de Breide , Uego^s et^B^rgon* 

de Blise et de Beringhen deseurdis, avons fais mettre et appendre les grans ^^"'' 

sayels de nos et des citeit et villes deseurnommeis à ches présentes, faites 

et donneis le X\^^ jour de décembre l'an de grasce M GCGG et XXXI. » 

Ghi s'ensiiet la lettre cnie le duc de Borsonffne at oultre donneit, al cause Letre de partie due de 

. ■••« s© ' Borgongne «|u'ilh at 

del paix entre Liegois et Borgongnons : «i^re donneit por le 

« Philippe, par le grasce de Dieu duc de Borgongne, etc., à tous 
eheauz etc. Comme, por venir à paix, union et accorde, et faire cesseir les 
guerres, discentions et debas estains desya, et qui sontapparans d'estre foi.68,t«. 
plus grandes se par la grasce de Dieu nostre sier n'y astoit porveyut et al- 
cuns bon moyen troveit, entre nos et reverens peire en Dieu, l'evesque de 
Liège et conte de Loez, et les estauz de ses paiis de Liège et de Loez , por 
les causes des grandes offenses et damaiges par ycheaux de Liège et le 
saingnour de Hensberch et aultres leurs aydans fais, dis et perpetreis à 
nos subgés en nostre paiis et conteit de Namur, l'année prochainement 
passeit, nos exstans lors absens de nos paiis et occupeis en certains grans 
affaires que par honneur ne poysmes bonnement delaisier, les commis et 
depnteis de part nos, d'unne pair, et cheaux de la vesqueit et des estaus 
de paiis de Liège et de Loez deseurdis, d'aultre, ayent, par le bien, moyen, 
sens et discrétion de tres-reverens l'archevesque de CoUongne et de noble 
homme le com^ de Meeurs, auxqueiles cascunne des partiies avoint grande 
amour et confîdenche, après pluseurs journées sour chu tenues, accordeit 
certains traitiés de paix contenues et declareit es letres qui sour chu ont 
esteit sayeléez et à nos balhiés, ledis evesque, le capitle, les nobles et les 
villes de pairs de Liège et de Loez, desquelles la tenure s'ensiiet: à tous 
cheaz etc.. Savoir faisons que les letres deseurdis transcriptes , et tous les 
peins et artycles qui y sont contenus et chascuns d'ycheaz, sor ycelles 
letres oyut advis et délibération par nostre conseil, nos, tant por honneur 
et reverenche de Dieu et eviteir l'effusion de saincg chrestien, comme por 
les biens si grans qui vinent de paix , et à la supplication tres«-humble de 
pluseurs de nos subgés et d'aultres, avons accepteit, accordeit, loyeit et 
greieit, acceptons, accordons, loyons et greyons par le tenure de cestes 
présentes, promettons en bonne foid et sour nostre honneur, por nos, nous 

36 



282 CHRONIQUE DE JEAN DE ST AVELOT. 

heures et successeurs, de tenir et gardeir, et fair tenir et gardeir ycheaux 
poins et chescuns d'eaux, en tant et si avant que touchier nos puelent, sens 
fair ou aleir, ne soffrier eistre faite ou alleir, directement ou indirectement, 
al encontre en alchunne manier, chu sens toute fraude et malengien. Se 
donnons en mandement à tons nos justichiers, officiers et subgés, presens 
et advenier, leurs lieutenant, et à chascuns d'eaux si com à li appartenrat, 
que les letres deseurs incorporels et toute le contenut en ycelles tengnent et 
gardent, fâchent tenier et gardeir de point en point solonc leur fourme et 
tenure, sens faire ou aleir, ne sof&ier eistre fait ou aleit, al encontre en 
alchunne manier, car enssi nos plaist-ilh estre fait. En tesmongnage, etc. » 

Des XVII villes. Vcschi Ics uoms des XVII vilhes, desquelles at pluseurs fois esteit dis- 

cors entre le capitle de Liège et le conte de Namur, desquelles XVil villes 
ons at fait mention en la paix chi-devant : la premier est Tamynes , Bogniés, 
Meirtines, Gerpines, Natoie, Sorines, Fumale, Haneche, Verlaines , Benne- 
rêez, Fontenélles, Libois de Covers de Choroit \ Gordines, Rasonmezeez, 
Gilliers *, Fontenélles deleis Walcourt et Marsines. 

Ors revenant à nostre matere, quant la paix fut ordinée et fait enssi com 
dit est, lî citeit fut assemblée en palais levesque, por aviseir le manière où là 
les cent milhe nobles seroient pris, et enssi largent por arenteir hiretages 
et les aournement det oapelle de Golsine. Et fut troveit en la fin, et fut paiiet 
et acomplit; mains chu fiit à mult très-gran dangier et costange. Et al 
derain paiement des quatres , si ne fussent les bons borgois del citeit et les 
secondairs englieses de Liège , ons awist perdus les trois devantrains paie- 
ment, et fusse recommenchiet la guère, qui jamais de cheaz qui avoient fait 
le paix ne fust falie; Et fist tant ladite citeit, que dedens trois jours le dierain 
paiement fut &is et paîiés et acomplis; mains cheaz qui pmatont l'argent 
le r'oirent asseis longement, et par especial les secondaires englieses et les 
abbies dei citeit ne r'oirent onques leur prustres ^ sor I grande summe près. 

Lan xiiiieelxxxi. — En ccl ain M CCGC et XXXI , le XX® jour de février, morit li pape Mar- 
tin le V^ de chi nom en la citeit de Romme , quant ilh oit regneit Xllil 
ains et près de III mois XII jours, et fut ensevelis en la citeit.de Romme, 

Fol. 69, r«. et vacat li siège XIX jours. — En temporal de chi pape Martin fisent mult 

* Sié. J'ignore ce que cela désigne. • Sabstantif du verbe prtister, prêter, qui ap- 

* Gilly. parait dctix lignes plus haut.. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 285 

de mais les hérétiques delle hérésie des husses el royalme de Bohemme, 
enssi com devant est dit^ et furent dois fois contre eaux les cristiens de plu- 
seurs paiis, et riens n'y profitont. Mains en la fin, quant ilhs eurent mult 
denglieses, de vilhes et de casteals ars et destruites, et mult de bons reli- 
gieuses et de cristins arses et ochis , ilhs furent destruis. 

Apres le mort dédit pape Martin fut r eluis Gabriel li cardinal de Seine *, ^ p»p« Eugène. 
qui estoit ' del nation de Venise, lan XIIII^ et XXXI le III» jour de mar- 
che, et fut ooroneis le XII* jour dédit mois, et fut appelleis Ëugenius li 
IIII^ de chi nom. — Chis pape Eugène, en court de Romme et à Romme 
en sa première année, eut mult assouffrir par une des eusins le devantdit 
pape Martin, son prédécesseur, qui avoit à nom le prinche de Salerne. Chis d« prinche de saieme. 
prinché fut fais mult grans et puissans, par le promotion dédit pape et de 
son tressoir, dont ilh estoit devenus mult riche, car lidit pape Martin amoit 
mult fort ses carneles amis. Chis prinche avoit desous sa domination mult 
de casleais et de fortereches enlour Romme qui apartinoi0kit al engliese , 
par lesqueiles ilh commenchat le pape Eugène fortement à gueroier. Et 
avint, I jour devant l'Ascention, qu'ilh entrât en Romme aveque ses gens 
d'armes par le porte Saint-Bastin ' , por gangnier la citeit; mains les corti- 
sans, tant par jetteir de pier com d'altre deffenses, les corirent sus valham- 
ment et les fisent reculeir et retourneir. — Por lequeile fait lidit prinche 
fut mult corochiet, et partant fist-ilh mult de mais aux cortlsans et pere- 
griens de Romme, en ochiant alcuns et en despolhant les altres, de cheas 
qui venoient hours et des altres qui y aloient ; por quoy ilh vint grant 
chier temps à Romme, et mult grant tribulation. Mains après, en mois de 
septembre, fut fait li paix entre le pape et ledit prinche; mains ilh ne passât 
gaire de temps après qu'ilh oit mult à souffrir des Romans , et si s'enfuit 
fors de Romme, et n'y rentrât dedens X ans là après, en allant par les citeis 
de Ytalie et Lombardie, enssi que chi-apres dirons. Lyqueis pape Eugène 
fut grandement persecuteis et decachiés par les Romans , et oit tout sa re- 
gnation mult d'adversiteis. Et en la fin révient-ilh à Romme , où ilh réparât 
notablement et refourmat pluseurs englizes. Et en l'an XflII^ el XLVII, le 
XXIII* jour de février, morut lydît pape Eugène in la citeit de Romme, 

' Sienne. * Saint Sébastien. 

* Ettosoitdama le HS. 



me. 



284 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

« 

quant ilh eut esleit pape XV ains XI mois et XXI jour, et fut eBSevelîs ea 
lenglize Sains-Pire , deleis le pape Eugène le troizemme de chi nom. Et 
après luy vacat ly siège XVI jours. — En cel année XI1II« et XXXI , al Sainl- 
Des maistres de Liège. Jaque ct Saint-Christofre, furent fais maistres de Liège Franchois de 
Lan xniieet xxxiL Bicrsés et Clouses del Chivre. — En Tain XIIII» et XXXIl furent, al Saint- 
Jaque et Saint-Christofle, fais maistres de Liège Wilhemme Datin et Johan 
de Lévrier. Par ches H maistres fut li noveal régiment brisiet que tout li 
peuple avoit jureit; car les maistres de Liège furent fais en cel an à suet 
et à croie ^ , par lenortement des faux ceduUes qui furent porteez aval les 
vinables del citeit, le jour del Nostre-Damme devant la Visitation. Et fut 
relansegiet ^ por Wilhem Datin, Fastré Baré Surlet, por le sédition qu'ilh 
avint en cel ain '. 
Del sédition (luiibartiit L'aiu del uativitcit JNostre-Singneur Jhesucrist milh CCCG et XXXII , le 
sitaUoÔ iN^t'A-Dam' jour dcl visitatiou Nostre-Damme 9 al octave Sains-Johans-Baptiste, avoîent 

près de XI m<lis esteit maistres de Liège nostre maistre Franchois de Bersés 
et Clouse * del Chivre ^ , à cuy temps et jour devantdit avint une grant con- 
fusion , et près muit grant mais et perilhe en la citeit de Liège, al cause de 
Wallier Datin, qui , par droit et par loy, estoit banis fours del citeit de Liège 
por les causes devant escript. — Et avisoient tosjours ses proismes et amis 
comment lidit Wallier poroit ravoir paix, si que, entre les altres chouses, 

* Le sens de ces expressions «ieti<e et crot> (craie) recueillant les suffrages au moyen' de lignes de 

est facile à déterminer. Il n'en est pas de même craie {raie* di croie) que Ton inscrivait sous les 

de Topération à laquelle elles se rapportent Com- noms des candidats. 

parer ce que dit M. Ferdinand Henaux {Histoire ' Dans notre ancien droit coutomier, lamager 

de l'ancien pays de Liège, p. i6i] avec un passage est synonyme d'aliéner. Je ne saisis pas le rapport 

du travail publié par l'éditeur, dans le Bulletin de qui peut exister entre ce mot, ainsi entendu, et le 

VInstUui archéologique liégeois, année 1854. Voici, relansegiet de notre chroniqueur. Ce que ce der- 

je crois, comment il faut expliquer la chose.. Avant nier veut dire est cependant bien clair : Goillaame 

le règlement de Heinsbcrg, la nomination des deux Datin , impliqué dans la conspiration du jour des 

maîtres à temps ou bourgmestres était confiée à Rois, fut remplacé comme bourgmestre par Fastré 

XXXH électeurs choisis par les métiers; le rè^ Baré Surlet. 

giement ta confia à XXil commissaires spéciale- * Le récit qui vient inunédiatement après , est 

ment désignés a cet effet. Demander de faire lei précisément celui de la sédition qu'annonce ici le 

maistres à sieute et à craie, c'était, en d'autres chroniqueur, en faisant connaître d'avance un des 

termes (on le verra plus loin par les détails dans résultats : Tclection illégale de Guillaume Datin. 
lesquels entre notre chroniqueur), demander que * Pour Claes, Nicolas. 

les XXXII électeurs fussent nommés de nouveau ' Loyens, daim son Recueil héraldique, donne la. 

dans les sieutes ou assemblées des métiers, et en forme francisée iDel Chievre. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 285 

fut le jour del Visitation devantdit fait I grant assemblée de ses amis de 
common peuple en pluseurs lieu à Liège, assavoir à Sains-Servais, à Sains- 
Sevriens , en Vinale dlsle et altrepart. — Chi jour meismes fut monsin- 
gnour Johans de Los , evesque <le Liège, en grant perilhe en pluseurs lieu, 
* et aveque luy pluseurs sangnours del engliese de Liège, por leur drois san- 
gnour Tevesque assisteir. Promirement, al pont d'isle avoient les proismes 
de cheaux Datin et leurs amis grant nombre de gens , et portoient aveque 
eaux une banire tres-orde, où avoit I personnaige qui estoit appeileit le Dei banire de che» 
y mage des nawés ' , et faisoient grant rébellion al encontre de monsingneur 
levesque, et disant pluseurs grans , rigoreux et orgulheux parleirs. Et es- 
toient cheaux qui portoient la parolle por cheaz Datin: Johan Hanteal, 
Johan de Tilhou et Wynant le charpentier principalment, et pluseurs altres 
qui les estoient assistens^. Et li evesque, aveque les sangneurs qui estoient De revendue qui «ppa. 

«• ■•«« 11 11 ii*«i i>« MOtoit le common. 

aveque h, parloient a eaux par douches paroIIes,com chen qui les voloit foi.69,v«. 
rapaisenteir et remetre à bonne voie. 

Et en cel heure estoit li evesque aveque ses sangnours de son capitle, 
sens armes et sens basions * : là veit*-ilh venir grant nombre de gens qui 
avaloient aval le Sablonier *, qui acoroient com chiens enragiés de Sains- 
Hubert, et de là en amont jusque à Montengnée, qui faisoient semblant de 
tout jus à ferir cheauz qu'ilh troveroient. Dont li evesque et sa compangnie lî evesque fut en pt- 
s enfuit por le dobte de leurs corps, et vinrent devant les greis ^ de mar- 
chiet; là li evesques trovat les II maislres de Liège aveque bien pau de 
gens, et dest enssi aux maistres : « Maistres, penseis à vos, car je ne say que 
» ches gens vuelent faire; ilh acurent enssi com gens qui sont fours de leurs 
» sens. » — Et tantost vinrent cheaz Datin après Fevesque, et brisont les 
fenestres del Violet de glaives et de bastons. Dont li evesque, quant ilh les 
veit chu faire, ilh soy retrahit en Tarvoil ' devant la halle des drapiers, car 

* Naw, nawaif signifie paresseux. Cette sale * Les degrés. On appelait ainsi l'escalier de la 
bannière représentait sans doute une caricature porte de Saint-Lambert qui donnait sur le marche, 
politique faisant allusion à une institution du rè- * Arvau, à Liège, indique une sorte de passage 
glement de Heinsberg, celle peut-être des vingt- couvert; ils y étaient en assez grand nombre, et 
deux commissaires. quand il y avait guerre dans la cité, on les fer- 

' Voœgeneriea, dit le continuateur de Ducange mait pour se fortifier dans les rues où ils condul- 
(v* basto) , qua quodvirarmorum gcntu tignifieatur. saient. 

* La Sauvcnière. 



wour. 



286 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

ilh n'avoit nulles armures sor H ^ et wardat bien ledit arvoil à mies qu'ilh 

Les maisire» furent eo pot. — Les 11 maîstrcs de Lîege furent en cel heure en gnint perilhe d'eistre 

pi^ri I e mon. |||Qp3 ^^ pluseurs de cheaz Dafin. Ilh y oit uns appelleit le clerc de Mon- 

tengnée aveque des altres, qui vot espeteir * nostre maistre Franchois de 
Bersés d'une glaive parmy le visaige , et l'awist ocfais ou grandement na* 
vreit, se Johans Lambot, li varlet des bresseurs, n'awist fours ferut le cop 
d'on betfalcon % dont li glaive li chaiit sus les espalles et ridât ' oultre sens 
navreir; et por cheli fait en morit-ilh puisedit povre bons aval le paiis. — 
Adonc desent les bons borgois qui là estoient , dont ilh en y avoit asseis 
pau , car ons en veit chi jours asseis pou aval la citeit, et desent : c( Maistres, 
» se vos demoreis chi, ilh vos ochiront; monteis sus la Violet, et meteis 
» vostre conselhe ensemble, ou vos parleis à peuple por luy à r*apasenteir<, 
» et se sacliiés à eaux qu'ilh sont demandans. » Et tantoist là-meismes furent 
Les pengnecheais sont tous les peugnecheals dc tous les mestiers de Liège sour le marchiet apor- 

teis, et les maistres stesoient aux fenestres sus la Violet hault et disoient : 

Les maLstros parlent à « Bcais sanguours , quc nos demandeis ? disoient-ilhs à peuple. Nos estons 

peupe. ^^ j^ ^1^. ^^,^1^1 innocens; nos en avons parleit à monsangnour de Liège, et 

» nos a dit que demain metrat^ons ensemble cheaz qui le régiment doient 
» gardeir et modereir. n — Cheaz Datin et leur compliches leur cry et leur 
volenteit estoit qu'ilh voloient refaire les maistres à sut et à croie % mains 
ilh ne Tosoient plainement dire, partant que tout li peuple avoit jureit dei 
régiment obtenir et wardeir. Et enssi pretendoient-ilh de faire tout le 
peuple innocemment* parjure. — Mains ilh crioient tout hault : « Maistres, 
)) par le sanc Dieu, vos nos aveis malvaisement trahit, car vos aveis saieleit 
)> al duc de Bourgogne cent et L milhe nobles, et vos nos fesiés croire que 
)> nos n'en deviens payer que cent inille '. » Et les maistres disoient que 
ch'estoit veriteit) car que cent milh n'en avoient-ilh saieleit. — Et covient- 
ilh, por le fureur de peuple et por les maies conselhiés qui estoient entre 
De coffre as franchies, eaux por cufoweir % quc tantoist ons alast queire le coufTre là les franchieses 

' Le sens n'est pas douteux. Quant au mot, que ' Glissa, 

je ne trouve ni dans Oucange ni dans Roquefort, * Voir p. S84 la note i. 

ne viendrait-il pas du latin expetere? ' Allusion à la somme promise à Philippe le 

* Le statut municipal intitulé assez étrange* Bon par le traité de Halines inséré plus haut 

ment : Régiment des bastotis (i432), porte bec de * Fomenter, nourrir, du latin foverel En lié- 

falcon, expression qui indique la forme de Tarme. geois on dit efoweir. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. * 287 

del citeit sont elle tressorie de SainsJaqueme, et fut apporteit sus des 

tynals * com chu fust I fietre, car ilh estoit grau et pessant, et fut apporteit 

sus la Violet. Et fut tantost desereis et oorrumpus, et trovont les maistres 

de chu qu'ilh disoient en veriteit, car la citeit et les bonnes vilbes n'avoient 

saieleit que C™ nobles; se li capitle et les nobles^ por venir à paix ^ avoient 

plus avant saieleit, je m'en raporté à chu que fait en est. — Et là avoit des 

très mais conselhiés de cheaz Datin, car iihs voloient les maistres jetteir violence as mautre». 

fours del Violet par les fenestres. Adonc en criant priont pluseurs bon bor- 

gois de la citeit à Wilhem Datin, jadit maistre, qui à leur fais estoit del tout 

adherans, por obtenir sa partie, et disoient les bons borgois à li : « Maistre ^ 

» vuilhiés le peuple r'apasenteir, car vos veieis que leS' maistres ne peulent 

» avoir audienche de parleir, car li peuple ne seit qu'ilh vuelt faire ne 

» dire. » — Et Wilhem Datin respondit : « Je ne saroy de quoy parleir por 

» le peuple apaisenteir. » -^ « Maistres, si freis très-bien, car les maistres por 

M le temps ont dit que monsingnour de Liège ferat demain mètre ensemble 

» les membres qui ont le régiment ordineit, por faire le melheur que ons FoK7o,r«. 

» porat troveir en wardant les seriment des borgois. » — Adonc parlât 

Wilhem Datin, qui stesoit à piet devant les greitaveque eaux, et deleis ses De wiibem Dnin. 

aimis haltement, et ilh fut mult bien oiit, car la fieste et li obstat estoient 

par son conselhe ordineit. 

Et dest Wilhem Dalin teis parleirs : c« Maistres , entres ches chouses ne 
v> faulUilh que apointement* Ons tient chi le peuple en grande chaleur sens 
» rien à faire , car ilh ne demande fours que r's^voir ses franchieses enssi 
» qu'ilh les at eus anchiei^ement, cb'est-à-dire de faire les maistres à suyt et à 
» croie ; » et enssi feisoit-ilh tout le peuple parjure qui en estoit innocens. — 
Et les^ maistres respondirent, qui estoient en grant dobte de leurs corps et 
qui oieient là pluseurs maies paroUes , qu'ilh estoient contens de quant * 
que ons en voroit ordineir del faire tout lé melheur. Et adonc soy retrahi^ 
rent les mestiers et tous les pengneelieais, etalcuns y avoit qui avoient les Le peuple fut oppei- 
grandes baniers tout altour de marchiet jusques al riwe des Meneurs ' ; et 

* Ce mot3e trouTe dans Dacange, lUynouard ' L^HS^^^ri^ded^quanU 

et Roquefocl, avec le seDS de gros bâAon. II existe . ' La rue des Mioeurs. C'était' daii^ réglise des 

en liégeois sons la forme êindf %l Remacle, daos Mineurs qa'av(iien^. Ueu. çeriaM>«s i^uaifiQS des 

son dicttoanaire, le àéûniiijoyg pourportâr deuv méUccs.. 
Maux d'eau mr une épaule^ 



senteit. 



l 



288 CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 

là-meismes furent tous les mestiers ensemble, por rapaisenteir com ilhs 
furent, et de là soy departirent-ilh et en rallont à leurs mansons la plus 

Def drapiers. grant partie. — Et les drapiers gardont chi jour leur halle, entres lesqueis 

avoit des gennulhons, com chi-apres serait declareis plus avant; et chi jour 
fut mult béais et clers et fist bien chaut. Enssi passât chi jour sens perilbe. 
— Et lendemain furent les maistres elle grande englieze de Liège, aveque 
eaux pluseurs offichiens , dont ilh en y avoit de II oppinions : alcuns ne 

Le ii« jour. voloicut fours quc paix et bien , mains la plus grant partie estoit del faveur 

de cheaz Datin, enssi qu'ilh fasoient semblant; car chi jour ilh avoient 
tant de braieurs ^ aveque eaux assembleis, que ons les dobtoit et faisoit-ons 
semblant d'eistre de leur partie. Car Blancbarbe et Loren le bateur , qui 
estoient des viésweriers % et Colet, le b'astart de Lavoir, aveque pluseurs 
altres de Montengnées et d'altre lieu , ne faisoient que rabaweir et mane- 
chier les bonnes gens, qui ne demandoient fours que paix et bien; lesqueis 
trois devantdit furent, puisedit, ochis crueusement par jnstiche. 

De Lorent le bafeure. Chis qui cstoit appcUcis Lorcut cstoit batcur \ jasoiche qu'ilh fust des 

viésv^eriers , ilh estoit et feroit aux marteas por ses journées, et savoit mult 
bien parleir en son lengaige ; et li donnoient cheaz Datin or et argent por 
faire ses bridaiges et por suire leurs malvais oppinions, qui duront jusques 
aux Trois Roys chi-apres prochainement venant. Et adonc ful-ilh mis à 
mort, et Blancbarbe sor I ruwe fut mis, et Colet de Lavoir fut ochis el 
estour en marchiet, enssi com nos dirons chi-apres. — Lendemain del 
Nostre-Damme devantdit montont les maistres sus la Violet, et avoient 
aveque eaux et leur conselhe grans argumens por les parties. Car s'ilh * 
vowissent cheaux Datin dire et leur bienvoilhans que li peuple alast saint 
Lambert sachier ' fours de son fietre, et ochire tous les sangnours de son 
engliese, se avoient-ilh le peuple à chu induit et enorteit, por venir à leur 

Les ordinanches des oppiuiou qui cstoit maie, com ilh moy semble. — Ilh ordinont que ons de- 

voit par les vinables faire, gaitier par nuit et gens d'armes assembleir , com 

' Braire, qui, dans le dialecte namurois, ne s'em- de la batterie de cuivre, 
ploie gaère que pour signifier pleurer, s'emploie * Le langage de notre chroniqueur n*est pas ici 

aussi dans le dialecte liégeois pour signifier crier, très-dàir; cet Uh et les suivants doivent s'appli- 

Le substantif figure ici dans ce dernier sens. quer non aux ^ maîtres de la cité, mais aux agents 

' Fripiers. Voir Ducange, v« viezeria» dos Datin nommés plus haut 

* C'est-à-dire qu'il appartenait au bon métier ' Tirer. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 289 

fisent, et le faisoient por le simple peuple faire parjure, affio qu'ilh venis- 
sent à leurs oppinions : eh'estoit del faire II maistres à leur volenteit et à 
suyte et à croie, enssi com ons avoit fait anchienement, contre le régiment 
que tout le peuple avoit jureit, sens chu qu'ilh vowissent consentir que, 
par les membres qui avoient fait le régiment, fust changiet ne modereit. Et 
enssi perâeveront^ilh en leur maie oppinion jusques al jour del Saint-Jaque 
tantoist après >, dont ilh oit entre eaux mains grans estours à cheli jour del 
Saint-Jaque , lesqueis ne saroie escrire , partant que je ne puy et ne poioy 
aval la citeit' de Liège frequenteir à ma volenteit, partant que je ne suy 
mie seculeir. 

Le jour del Saint-Jaqueme l'an devatitdit , por le maie enortement de coment ie« maittre» 
cheaz Datin furent ensemble les mestiers, et fisent leurs offichiens- enssi Jaque. 
qu'ilh avoient aconstummeit, et les braieurs de cheaz Datin fesoient grant 
partie et porcache de faire le.s maistres à suyte et à croie, enssi com dit est. 
Dont por leur braiement les commissars ne soie oisont mètre ensemble 
por faire élection des XXXII ' hommes des mestiers del citeit de Liège, ains foi. 70, v. 
fisent faut lesdis braieurs et les amis et cheaz Datin, qu'ilh fisent les mes- 
tiers faire élection de II maistres por eaux à governeir; mains bien pau en lm mautru furent 
avoit ens es mestiers qui fesissent élection , car de teis y avoit qui nom- ment. 
moient les II maistres * et n'avoient en leur mestiers que III ou IIII roies , 
et alcuns VIII ou X ', car li plus grande nombre ne voloit nient eslire 
II maistres, partant qu'ilh dobtoient Dieu et leurs armes, et voloient gar- 
deir leur seriment qu'ilh avoient jureit por gardeir le noveal régiment. -^ 
Chi jour meismes del Saint-Jaqueme furent maistres de Liège Wilhem quî furent waisires. 
Datin et Johans de Lévrier, et tienvent mult grande estât, et orent tous 
les offichiens cheli jour deleis eaux là ilh avoient puissanche et qui estoient 
de leurs parties. — Lendemain fut li conselhe ensemble sus la Violet, com 
ilh est aconstummeit, et là oit-ilh dit pluseurs parleirs par Wilhem Datin 
qui bien en savoit la manière, affin qu'ilh posist mies venir à chu à quoy 
ilh pretendoit et ensiwant leurs oppinions, partant qu'ilh avoient dois mais- 

' XXX par erreur dans le MS. buait aux XXII commissaires la nomioation de 

" Ce passage prouve qu'il s'agissait de faire ces XXXlI électeurs. 
nommer directement par les métiers les XXXlI * 11 s'agit encore ici des lignes de craie dont on 

électeurs, chargés de choisir les deux maîtres à se servait pour compter les suffrages. V. la note 1, 

temps; tandis que le règlement de Heinsberg attri- p. i84. 

37 



290 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

très à leur volenteit. Et par especial Wilhem Datin estoit chis qullbs de- 
mandoient, car son compangnon, qui aveque H estoit maistre, ne lavoit 
onques plus esteit, por quoy ilh noisoit mie si avant parleir que donc ilh 
Tawist esteit altrefois. Et ne fesoient cheaz Datin conte ne cure de li. fours 
que de Wilhem qui de leur fait estoit tout informeit, car che estoit cheli 
dont tout la puissanche et aiide poioit venir à Waltier Datin. 

Cheli jour meismes fut ordineit, por le malichieuseteit de AVilhem Datin 
et de ses amis, sour le conseille, que les commisars qui estoient bons et 
notables borgois et qui ne demandoient que paix et bonne amour nourir 
en la citeit ' , et eaux ostant de leurs ofliches, com ilh pretendoit. les fist ois» 
teir eaux et leurs maisnies le domination del porteir I baston, dont la citeit 
les avoit privilegiet del porteir por le raison de leur ofliches, qui n'est mie 
profitable à eaux. — Le dymengne après le Saint-Jaqueme, fisent les II mais- 
tres mètre la commonalteit ensemble en grant palais del evesque à Liège, 
^ et là soy reraerchiont-ilh à peuple del grant honeur que ons les avoit fait, 

enssi com aconstummeit estoit des II maistres del faire, al premier fois que 
li peuple estoit ensemble. Et là dest Wilhem Datin que la plus grant songne 
qu'ilh avoit ch estoit de nourir paix en la citeit, dont sa volenteit estoit le 
contrable % enssi com le plus grant partie dé peuple le creioit. — A cheli 
temps soy tenoient en silench&Fastreit Bareit Surlet, Alixandre de Seraing 
et ses II frères, Gilbier et Johans, et Johans de Bernalmont, et Henri del 
Cachie, et Franchois de Bersés, et pluseurs altres qui estoient leurs bien» 
De waliier Datin. volhans coutrc Walthicr et Wilhem Datin , partant que Waltier estoit si 

gran et si orgulheux qu'ilh ne tenoit riens de nuUuy , quant bon li sembloit, 
ne de sangnour, ne del englieze, ne des chevaliers, ne des escuwiers de paiis, 
auxqueis mult ilh desplaisoit qu'ilh estoit si sormonteis dcseur eaux, que 
nuls ne poioit avoir droit ne raison, quant ilh voloit. — La chouse, com je 
croie, por quoy ilh fut le plus défait et humiliiet et fours cachiet, che fut 
parlant qu'ilh fut rebelle et contrable al engliese de Liège et as sangnours 
de Saint»Lambert ; ne fut che nient. grant despît faire asdis sangneurs de 

■ ' Ml doit manquer ici Un membre de phrase, primant un ou plusieurs mots. Nous reproduisons 

Heureusement, on comprend ce qu'a voulu dire avec une fidélité scrupuleuse, sauf à proposer 

le chroniqueur. Dans les deux ou trois pages qui quelquefois une interprétation dont nous laissons 

suivent, son style est souvent difficile à compren- Tappréciation au lecteur, 
dre , et ne devient clair qu'en ajoutant ou en sup- * Pour eotUrairt, 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 291 

Liège, quant ilh veit que contre eâux ilh ne poioit resisteir, qu'ilh fist le 
peuple mètre ensemble en palais de Liège ' ? — Et fist la plus grant partie des 
mestiers sor lesdis sangaours sereir par son enortement, dont ilh cpvenoit 
lesdis sangneurs mandeir à vivre fours de la citeit, que nus ne ' oisoit 
vendre à eaux à boire ne à mangier, chu que ons ne feroit mie as Juys ne 
as Sarazins; car qui est entre eaux cascon en at por ses deniers paiant. 

Après, quant Wilhem Datin fut el domination d'eistre maistre de Liège, De wiibem Dai 
sa domination voloit maintenir, et voloit faire croire à peuple qu'ilh les 
voloit gardeir leur drois; mains ons poioit de legier perchivoir que che 
n'estoit fours que por ravoir Waltier Datin son cusin '; et aveque li n'es- 
toient fours que hulheurs, et alcuns altres qu'iih avoit acquis dedens les Foi.7i,r«. 
aitres mestiers, enssi qu'ilh apparut en la gehinne de Lorent chi-apres, 
qui fut quarteleit à Liège devant les greis en marchiet, com cheaz qui y 
estoient le veirent, et aveque le gehinne de Blanckebarbe, qui fut mors et 
ochis par justiche elle vilhe de Treit par leurs démérites, dont chi-apres 
seront les gehinnes escriptes. — Apres, Wilhem Datin, tousjours li tenant 
la citeit en ses majns com ilh pensoit, ilh * faisoit toudis aldit Waltier grant 
assistenche, et pretendoit toudis de li à rameneir à Liege^ car, par le puis- 
sanche dédit Waltier, ilh avoient ensenble entre eaux deux benefiches et 
altres biens à sangnour, ensi qu'ilh voloient, et les rechivoient por leurs 
enfans dedens les secondars englieses de Liège, comme Sains-Martin, Sains- 
Poul et Sains-Johans , partant qu'ilh pretendoient avoir les grans benefiches 
par le putssanche de peuple. — Encor quant Wilhem fut maistre, et en tour 
le Saint-Jaqueme, et les gais * estoient par le citeit enssi com dit est, une 
jour fut que Wilhem por son sens * avoit fait les hulheurs tous mandeis, 
ensiwant che que la citeit avoit acordeit que tous les hulheurs fussent à Deshaiheurs. 
leurs gais del nuit, dont ilh en y oit tres-gran nombre, car- ons sceit bien 

' ie n'ai pas mis ici sans hésitation un point ' Et non son frère, comme le disent Fisen (II, 

dlnterrogation, et je l'ai fait parce qu'il m'a paru 197) et Bouille (II, 19). 

que c'était le meilleur moyen de rendre intelli- * Et dans le MS. 

gible la pensée du chroniqueur. On pourrait encore '^ Guets. On désigne par ce mot les gens de mé- 

pour cela user d'un autre procédé, et au lieu de tier chargés de veiller an maintien de la tran- 

ne fut che nient grant despit, lire : ne fut cbe nient quillité dans la ville. 

que grant despit. * De lui-même , proprio motu. 

* Ne que nue ne dans le MS. 



m. 



292 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

que hulheurs est I notable et honorable mestier; et là ilh ot pluseurs de 
notables et riches borgois, et l'ont longtemps esteit, dont la plus grant par- 
tie n'y demandoit que paix. — Dont cel nuit les hulheurs fisent mult de 
rebosies ' par le citeit aux portes où ilhs estoient commis, et gardont des 

De^ texeurs. portcs plus d'ounc , partant que li bon mestier des t^xeur des teules * n'est 

point si grant com sont les hulheurs , jasoiche que ons troveroit bien que 
les petis mestiers de la citeit ont fait pluseurs fois des béais fais d'armes et 
d'honeur; car encor que veriteit sott, quant ons fut devant Hisbech ' por 
abatre et exilhier, les texeur fisent I gais, et furent si près de la ville et del 
fortereche qu'ilh ardirent les pont de Hinsberch. Dont ons ne se doit point 
mervelhier se les hulheurs, qui tant estoient grans et pussans, gardoient 
pluseurs portes , car ons sceit bien et puet-ons croire que 4es hulheurs , 
quant ilh sont tous assembleis, ilh sont bien XVI® ou 11"^ hommes, et texeur 
n'estoient, n'en ne sont, nient plus de VI^^ ou Vll^^ hommes desous leur 
banier. Et partant fut-ilh ordineit que les texeurs garderaient la porte 
Sainte-Walbeur, à cel nuit qu'ilh * gai tout les II mestiers devantdit; et les 
hulheurs penssont eistre maistre de la citeit celle nuitée, partant qu'ilh 
avoient grant nombre de gens.— Mains les maistres de la citeit qui dévoient 
le peuple et la citeit gardeir, je ne die mie que che fust de temps Wilhem 
Datîn de temps devantdit^ car ons puite bien penseir que quant Wilhem 
Datin fut maistre, qu'ilh pensont tout avoir à leur volenteit, com cheli 
neutie hulheurs ' gai tout aveque texeurs leurs confrères. 

De» bttibeariei texture. Ghestc uuit furcut cnscmblc hulhcurs et texeurs, et gardoient les hul- 
heurs la citeit, et le pcnsoient avoir cel nuit en leur mains por faire leur 
plaisier; et les texeurs qui gardoient Sainte-Walbeur *, partant que leur 
mestier n'estoit point de si grant pussanche com les hulheurs, se gardoient 
les hulheurs les altres portes. Or fut-ilh enssi que les maistres qui avoient 
esteit devant Wilhem Datin avoient ordineit que, quant ons avoit la nuit 
gailiet, ons revenoit par le marchiet, et revenoient faire leur mostre ' par- 

' Quîd? » Sans doute pour : com cheU neutie que hui- 

* Tisseurs de toiles, tisserands. heurs, etc. 

' D'après ce qui suit, Hisbech est la même chose * Il doit manquer ici un membre de phrase, à 

qnfi Hinsberch. moins peutr-étre de supprimer le relatif ^t après : 

* Il faut probablement donner & ce qu'iUi le et les texeurs. 
sens de que. Cette façon de parler est familière à ^ Montre, 
notre chroniqueur. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. ^ 293 

devant la Violet cascon mestier por li; et vinrent les hulheurs devant, com 
cheaz qai por 1 enortement de Waltier Datin et Wilhem pensoient eistre 
sormonteit de la citeit et tenir en leur subjection, com devant est dit plu- 
senrs fois. Et les maistres, qui adonc estoient, orent grant peine de la 
citeit cel nuit bien à gardeir ; car pluseurs bons borgois , qui ne demandoient 
fours que del remanir en paix et en cel demoreir, avoient grande paour 
de * la citeit, des englieses et des bons borgois qui n avoient allre songneque 
la citeit tenir en amour et en honour, por * cheaz Datin qui avoient grant 
volenteit de leur oppinion à tenir et à acomplir. — Or fut-ilh enssi que les 
maistres qui adonc estoient, assavoir Franchois de Bersés et Clouse del 
Chievre, les hulheurs vinrent eus en marchiet par les Chenaux % et par 
devant les frères Meneurs aveque grant nombre de gens, com cheaz qui fo?. 7i,v. 
tenoient la citeit en leur mains, enssi que saquemannes ^ qui avoient la citeit 
gangniet; et quant ilhs furent en marchiet, hulheurs avoient grant puis- 
sanche, et pensoient à chi jour avoir *la citeit à leur volenteit com je 
croie. Et faisoient les mestiers une thour altour de marchiet, tous armeis 
notablement atout leur puissanche ; et les hulheurs qui quidoient estre si 
puissans , par l'enortement de Waltier Datin et Wilhem vinrent fours sour 
le marchiet, et avoi^it aveque eaux grans gens s'ilh ftissent ' tous favorables 
aveque Waltier et Wilhem. Or avint enssi que les II maistres del citeit 
de Liège avoient bien penseit et considereit le volenteit de Waltier Datin et 
Wilhem, et por leur obstade ' et rébellion à resîsteir, ilh firent à Liège plu- 
seurs demandeir de leurs amis et des borgois des bons mestiers, qui contre 
le rébellion de cheaux Datin estoient aerdant \ — Cheli jour fut li marchiet 
et la Violet, li maison des maistres, mult bien garnie de bonnes gens 
d'armes et de bons borgois, par especial altour de marchiet environneis 
de bonnes gens, et en avoient devant Novis * XII ou XIIII borgois, aveque 
leur variés mult bien armeis, et altre part. — Apres chu avinrent pluseurs 

> De doit avoir ici le seos de pouv. * On a d^abord écrit abttaee ou obslate, puis 

' Par signifie ici à cause de, du c ou du f (lettres qui ne se distinguent guère 

' La me des Chenaux est la partie de la rue Tune de Tautre) on a fait un d. On trouvera plus 

derrière le palais comprise entre le pied de Pier- loin, très-lisiblement écrite, la forme obitat, obsta- 

reose et la rue des Ravets. de et empêchement. 

* Pillards. Saquemem dans Roquefort ^ Aidant. 

' Si toutefois ils étaient, etc.? ' La rue Neuvice, nowu vtcu». 



294 ' CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

grandes murmur par le citeit, partant que cfaeaz Datin voloient tou&jours 
De eheac Datin. soriHonteir * ia citeit, comme cheauz qui quidoient WaltierDatin dedens 

la citeit toudis ravoir. Et partant lesdis maistres, qui tousjours voloient 
la citeit tenir en honnour, fisent tant que cheaz Datin ne parvinrent mie 
à leur volenteit; car cheaz Datin estoient si fort et si présumptueux que 
les juges n'osoient contre eaux jugier por le dobte qu'ilh les fasoient. Car 
cheaz Datin aveque les borges ' furent al maison maistre Henri Huffel , 
canoyne de Liège et abbeit seculeir de Dynant, et vorent qu'ilh jujaste par 
forche contre Johans de Bernalmont. — Dont lidit maistre Henri respon- 
dit qu'il ne le poioit faire, partant qu'ilh estoit tou seul; « mains se vos 
» voleischisierecomXXII,se lejugiés, se soiésjuges et parties. > Et plusieurs 
altres chouses furent adonc mult maie faites que je saroie mal racompteir, 
jusques aux grandes aighes ' qui furent entour le Noyei de temps Wilhem 
Datin; mains nostre maistre Johans de Lévrier, son compangnon , estoit de 
tout ladit rébellion innocens. 
L'anxuii'eixxxiii. Nc soiés point mervelheux de pluseurs chouses qu'ilh avinrent entre le 

Noyel et le VI^ ' jour de jenvier, que ons dist la fieste des Trois Rois. La 
Del sédition m Trois nuit des Trois Roys, qui fut al commenchement de l'an XHI^ et XXXI II , 

estoient maistre de Liège Wilhem Datin et Johan de Lévrier devantdit; 
celle nuit fisent cheaz Datin pluseurs assembleis en pluseurs lieu : assa- 
voir à Sains*- Servais al maison Wilhem Datin, en Ysle et altrepart en 
pluseurs liçu, com ilh apparut cel nuit. Car Wilhem Datin avoit en sa 
maison grans gens, et enssi avoit Gerart d« Goreurt, son cusin, en Ysle 
al maison de chier ' deleis les mangons *; et là oit mult grans gens cel nuit 
Gerart devantdit, com cheli qui estoit por Watier Datin et Wilhem infor- 
meis. — En cel nuit cheaux del maison Gerart de Goreur alont sus corir les 
borgeois en l'Isleal de fevre% jasoiche que pluseurs resîstenche furent contre 
chu miese. Car les borgois d'Isle aperchurent le sédition et le volenteit de 

» Formanteir dans le MS, ce qui doit être une * Maison de ciré ou pcuirétrcdu cerfr 

erreur. • Bouchers. • 

* Borgiers? On donnait ce nom aux fabricants ' C'est le quartier compris entre ia me dû Pont 
d'une espèce de toile. Ducangc, v« borgesia, Scu- d'Ile et celle de la Cathédrale. La petite rue Lutai 
lement je doute que ce métier existAt à Liège. des fevres, qui aboutit an centre du passage, est une 

^ Grandes eaux. corruption de la dénomination employée par notre 

* V' par erreur dans le MS, chroniqueur. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



295 



cheaz Datin et de leurs compliches; et fut adonc ochis en l'isleal des 
fevres, devant la maison Lambert des Balanches, I compangnon appelleis 
Fastreit, et fut raporteit com mort, com ilh fut, al maison dédit Gerart de 
Goreur, balhier de Hesbain, et avoit servit longtemps Andrier de Lairdieu. comment h Pontdisie 
— Apres chu gardont les borgois d'Isle cheli nuit le Pont dlsle notable- 
ment, et quant ilhs soy sentirent fort por resisteir contre Gerart de 
Goreur et ses compliches, se visont-ilh I lieu et s'en ailont-iih vers le Pont 
d'Isle al entrée vers les Prêcheurs ^ Et portant qu'ilh soy dobtoient dédit 
Gerart ou des siens, qu'il ne laissast savoir à Wiihem Datin et les siens 
que li Pont d'Isle les estoit gangniés, et qu'ilh ne poioient ne n'osoicnt 
bien por cheaz qui le pont gardoient passeir '; car les bons borgois qui gar- 
doient le Pont d'Isle avoient fait brisier les pons de Mouchet ' deleis Saint- 
Martin en Ysle, si que nus n'y poioit passeir, por à Wiihem Datin ne as 
siens aleir riens renuncfaier; et tout nuit accressoient les bonnes gens qui 
gardoient le pont. — Et quant cheaz del maison ledit Gerart aperchurent 
qu'ilh ne porent oultre passeir, si en furent-ilhs corochiés. Adonc alcuns Foi.79,r«. 
d'eaux s'avisont et s'en allont sour l'isleal à hochet * as Treis \ et fisent rele- 
veir alcuns des ponteniers qui là passont les gens por leur argent as pon- . 
tons ' ; et là passât uns appelleis Johans de Tilhou ^ et aveque li pluseurs al très. 
Et de là s'en allât tou droit ledit Johans de Tilhou vers le maison Wil- ons anunehat à wii- 

, , * • hem Datin le fait. 

hem Datin à Sains-Servais là il demorait ; et là li dest-ilh tôt l'obstat que 
ons faisoit al Pont d'Isle, et comment Fastreit avoit esteit Qchis en l'Ueal 
des fevres, et comment les pons de Mouchet estoient brisiet, et tousjours 
acressoient gens à ses anemis, dont ilhs ne savoient nient bien comment 
faire. Et orent grans parleirs ensemble, que je ne soroie pas dire, sor chu 
comment ilh feroient avant. — Adonc envoiat tantoist Wiihem Datin 
veioir s'il y avoit nuUus qui voisist alleir al maison Gerart, son cusin , et 



1 Dominicains. La salle de spectacle occupe 
actuellement le terrain sur lequel se trouvait Té- 
glise des dominicains. 

* 11 doit encS>re ici manquer un membre de 
phrase. 

* 11 y a encore aujourd'hui une rue Hoosset; 
elle fait communiquer la rue de la Cathédrale avec 
celle de la Sirène. 

* L'isleal à hoéhét comprenait le quartier où fut 



construit le collège des jésuites, devenu de nos 
jours Tuniversité. 

• * Le passage d'eau, trajectunu On y arrivait 
en passant sous le passage couvert situé entre le 
palais épiscopal et le séminaire. 

* A Liège on se sert encore des expressions 
ponton et pontonnier pour bateau et batelier. 

' On peut également lire TiUion. Je donne la 
préférence à un nom qu'on retrouve encore à Liège. 



296 • CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

appelât Piron Bôrget qui estoit des mangons, et estoit governeur de son 
mestiér à eel jour, partant qu'ilh estoit de vinable de Saint-Seryais,et demo- 
roit à Saint-Hubert deleis le Laide Ruwalle*. Et partant qu'iih conissoit bien 
les gens de là entour , ilh parlât tantoist à U femmes de sa conissanche : 
une fut appellée Maroie Polhon et fut filhe à Lowy Polhon qui fut messa- 
gier des XH. Celle femme estoit bien favorable, lée et les siens, à Waltier 
et Wiihem Datin et à leurs compliches , et estoit che I femme de malvais 
coraige. Et là leur fut-ilh dit, par Wiihem Datin, Henri Brech et ledit 
Piron et leurs capitaine et leurs complices, qu'elle allast al maison Gerart 
de Goreur savoir comment ons si portoit; et elle le fist aveque sadit corn- 

Deoi remmes mMM- paugnc. — Adouc cllcs priscnt une lanterne et le boutont desous leur 
^^^' henques. Et quant elles vinrent al Pont d'Isle, elles trovont là grant nombre 

de gens qui bien le pont gardoient ; et quant elles vinrent sus le pont , asseis 
près de la moine *, elles furent d'alcuns araisoneit, et les fut demandeit où 
elles alloient, dont il en fut asseis pau respondutpar elles, fours que des 
mais parleirs. Et en alont tou droit al maison Gerart de Goreurt, car 
H compangnons de pont les parsuirent tant qu'iih les veirent eus entrer. 
^Et là trovont-elles Fastreit mors desous les greis, asseis près del entrée del- 
dit maison. Chis Fastreis estoit I grans,, fors et pussans bons; se elles en 
furent enhisdée je ne moy, enmervelhe point; mains chest Maroie Polhon 
devantdit estoit et tenoit-ons de si maie coraige, que je ne say selle oit 
paour ou non. Et de là entront-elles en la saule où Gerart de Goreur 
estoit, et avoit deleis luy grans gens dedens ses saules et ses chambres, et 
là parlont-elles à Gerart pluseurs parleirs ; car les H compagnons les par- 
siwont jusque à la porte deldit maison, et puis n'oisont-aleir plus avant, 
partant qu'iih soie dobtoient d'eistre aperchus. Et ne vos saroie dire les 
parleirs qu'iih oit entre eaux là-dedens. 

Del maison Wiihem Or moy tardy dcI maison Gerart de Goreur, et parleray del maison Wii- 
hem Datin. Là ilh aplovoit ' toudis graus gens, partant qu'il avoit fait recou- 
peir * as vilhes de Ains, Molins, Montengnée et Grase aveque leurs appen- 
diches. Et tantoist revoiat encor Wiihem Dalin II compangnons : assavoir 

' Appelée main tenant d'un nom encore plus * Pleuvait, e'estrk-dire arrivaU en grand nombre, 

énergique : mdite ruwalle. * Nous avons déjà rencontré co mot qui , à 

* Quid? Liège, signifie donner Talarme. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 297 

Balduin Rusar et Lowy Fraisant; et les avoit Wilhem Datin tous II fait 

variés des maistres , et les envoiat tou deux al maison Gerart de G'oreur . 

dire que li et ses gens passassent oultre le Pont d'Isle ; car ilh estoit près de 

trois heures après méenuit, et li compangnon Wilhem Datin, assavoir 

Johans de Lévrier, qui estoit maistre por le temps aveque li, estoit venus d« Johans de Lévrier. 

sus la Violet, aveque li bien pau de gens. Car del obstat de Wilhem Datin 

estoît-ilh innocens , et les bons borgois qui ne demandoient fours que paix 

lavoient fait leveir, partant qu'ilh sentoieilt mult grant remoure ^ qui soie 

monteplioit aval la citeit. Et avoit Johans de Lévrier mandeit Wilhem 

Datin 11 ou trois fois par ' certains messaiges, com ilh disoit; car les bonnes • 

gens qui estoient deleis li , qui dobtoient le grant mechief qui là poioit 

avenir, disoient: « Maistre, mandeis vostre compangnon, affin que ons 

» mette le grant jeonselhe del citeit ensemble, por quoy ons puist ches 

» chouses, qui si grandement puelent multipliier, estindre et rapaisier. » 

— Et adonc soy partit Wilhem Datin, et tou droit al Violet deleis son wiihem Doiin Tim »i 

compangnon qui là estoit mult triste et ababis, comme chis qui ne savoit foi.7i/v«. 

donc celle obstat venoit. Et là s'asseiit Wilhem Datin deleis li chabas % là 

ons tient les plais des maistres à la tauble; et là oit-ilh pluseurs parleirs, 

car ilh y oit grans gens. 

Je moy taray des maistres , si parleray de Balduyn Rusar et de Lowy De Baiduin Ruuir et 
Fraisent, qui s'en vont vers le Pont d'Isle por aleir al maison Gerart de ^' 
Goreur. Et là trovonl^ilh grans gens qui les vont aresnier \ et demandont 
dont ilhs venoient et où ilh aloient. Et ilhs respondirent qu'ils aloient as 
treiste ' al maison Johan de Tilhou. Et estoient là alcuns qui gardoient le 
pont qui dessent : ce Par le sanc Dieu , ferons-les jus , car ilhs ne demandent 
» n'en ne cachent nuls biens; qui nos en voroit croire, les feroit tantoist 
» jus. » — Et Balduin Rusair estoit et fut tondis asseis cortois, et estoit ameis 
de pluseurs bonnes gens; mains Wilhem Datin l'avoit fait variés des mais- 
tres, com j'ai dit devant, dont ilh estoit tenus de li à servir, mains que chu 
fust en bien faisant; dont ilh fist mal de li enssi servir, contre cheaux dont 

* Rumeur, brait. ' Sans doute pour a$ Treis, On a m (p. 395) 
' Por dans le MS. où était ce passage d'eau. Ce nom désignait aussi 

* Qmdf jan quartier, et au coin formé par les rues du Vert- 

* Aborder en adressant la parole. Voy. Grand- bois et des Prémontrés, se trouvait une église ap- 
gagnage» y ortUnL pelée Saint-Nicolas au Tré. 

38 



298 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



De Giele de Bersés. 



li bien li venoit. Et Loys Fraisant, qui aveque li estoit, chis estoit de plus 
de gens haiis; et partant que lidit Balduin n'estoit mie enssi hays , passont- 
ilhs le Pont d'Isle , et en allont vers la maison Gerart de Goreur. Por quoy 
Balduin Rusair, qui bien estoit ameis dépeuple, en fuit puisedit banis 
aveque les altres fours de Liège, et demorat puisedit à Namure en grant 
povreteit. Et Lowy Fraisant qui aveque li estoit, qui estoit hulheur, démo- 
rait enssi à Namure et y fut cabarteur. Et quant ilhs furent passeis le pont, 
ilh vinrent al maison Gerart de Goreur, et les dessent : ci Que feseis-vos 
» chis ? Nostre maistre Wilhem Datin est avaleis , et est aleis sus la Violet. » 

^^iM^^ '* '^^*" ^^' — ^<I^Q<^ dc^t Gerart de Goreur, à Johan de Boisée et à cheaz qui estoient 

là, qu'ilh les falloit armeir, car Wilhem son oncle estoit venus aval sus la 
Violet; et Giele Bersés , qui demoroit as malhés * devant le Pont d'Isle, qui 
sentoit que leur obstat n'estoit pais bonne , ilh l'awist yolentier destour- 
neit, et soy partit del maison le soventdit Gerart, et vint deleis ses voisiens, 
al piet de Pont d'Isle. — Et là estoient grant gens tantoist venus del cachie ' 
et d'Avroit, qui estoient passeit l'aighe aux pontons et entreis ens, et mu- 
chiet ' ,desous le postiche * de rivaige de Saint-Poul ; et vinrent à piet de 
Pont d'Isle, et fisent partie aveque les borgois qui gardoient le pont, et là 
dessent*ilh qu'ilh ne sa voient que chu estoit à dire, car ilhs avoient eut ' 
tout nuit recopeir en pluseurs lieu, et partant s'estoientrilh aventureis por 
savoir s'ilh faloit riens en la citeit. — Adonc dessent les bons boi^ois : 
« Allons vers le porte de pont d'Avroit, et en allont quere les clefs, en 
» disant li portier poroit teiles gens lassier dont nos en poriens tous pies 
» valoir. i> De là soy partirent*ilh, et s'en allont vers la porte d'Avroit tous 
ensemble, et fisent releveir le portier, et prisent les clefs et les aportont 
aveque eaux. — Et tantoist qu'ilh furent passeit le maison Gerart de Goreur, 
soie partit lidit Gerart aveque toutes ses gens , qui avoit envoiet veioir se 
les pons de Mouchet estoient brisiés ; et passont oultre le Pont d'Isle , et 
vinrent tou droit al Violet, et soy asseit lidis Gerart deleis Wilhem Datin 



Dt cheas d'ATroil. 



G«rftrt TiDl al Violet. 



' Au maillet, enseigne encore conservée au- 
jourd'hui à une maison, qui n'est plus celle de 
répoque à laquelle écrivait lean de Stavelot. 

' Chaussée de Saint-Gilles. 

' Muchier signifie ici entrer. 

4 Pour comprendre cela , il faut se représenter 



existant le bras de la Meuse aujourd'hui comblé 
et qui forme les quais d'Avroy et de la Sauvenière. 
Le rivage de Saint-Paul se trouvait à rentrée de 
la rue Asinelle, et il y avait là un arvau. 
* Par erreur sans doute pour ùhUf entendu. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 299 

son oncle. — Et quant cheaz dlsle orent les clefs délie porte d'Avroit, ilh 

revinrent vers le Pont d'fsle, et là orent-ilh ensenble conselhe comment 

ilh feroient, car la journée approchoit et alcuns dessent : ce Que faisons 

» chi ? Gerart de Goreur et les siens sont partis et ses sont aleis vers la 

» Violet, là disoient-ilh que chu n'estoit por nuls bien; nos avons paour 

» qu'ilh ne donnent nos gens à souffrir. » — Adonc dessent cheaz de Tlsleal 

des fevres : ce Par le sanc Dieu, li banire de nostre mestier est al maison 

» Gerart del Veckeur; prendons ensenble l'aventure et si allons tout 

» droit; » com ilhs fisent, et passont oultre le Pont dlsle, et en allont 

devers Toren, passant desous le thour de Saint-Denis, et aval sour Mouse 

sour M arnières-ruwe ; et en passant devant le pont des Arches vinrent-ilhs Fevre Tiorent ei vec* 

amont le rue de Pont; là tournont les fevres en la Veckeur. — Et cheaz qui 

estoient des altres mestiers , cascon en r'alat desous son pengneceal à mies 

qu'ilh pot , car les bons mestiers de la citeit estoient esmovus ; pau y avoit 

de mestier qu'ilh n'y awist une quantiteit de gens ensenble sour leurs Poi.Ts^ro. 

chambres ens en marchiet, où ilhs estoient à chu ordineit. 

Ors nos tairons de cheaux qui avoient gardeit le Pont d'Isle, et parlerons »« |H>nt des Arche» 
de cheaz qui cel nutie gardont le pont des Arches. Principalement IIII pen- 
gnecheals de llll mestiers y avoit qui avoient baniers ou pengnecheals : 
moniers y estoient pussant, ilhs y avoient leur grant banire; pesseurs 
aveque leur pengneceal ; enssi avoient les cureurs * et li bon mestier des 
teneurs, jasoiche que entre eaux avoit division. — Car Andrier de Lair- DeAndrierdeLardieu. 
dieu, qui estoit del mestier des taneurs, qui demorat devant le puche deleis 
Saint-Folhin , avoit cel nutie grans gens en sa maison por sorcorir Wilhem 
Datin et les siens. Et estoit lidit Andrier très -notablement armeis; et 
quant ilh veit que cheaz qui gardoient le pont s'enforchoient, ilh issit fours 
de sa maison li et ses gens , et passât parmi cheaz qui gardoient le pont ; et 
passât li et ses gens sens riens à dire, com cheli qui sembloit eistre coro- 
chiés, car ons li avoit raporteit que Fastreit son varlet estoit ochis en TIs- 
leal des fevres , et gisoit mors desous les greis al entrée del maison Gerart 
de Goreur. Et passont oultre le pont des Arches , et vinrent par Nouvis 
en marchiet et jusques al Violet, et allont veioir Wilhem Datin et Gerart 
sus la Violet comment ilh se portoient, et là parlont-ilh en secreit ensemble, 
nient ne sai-ge que y furent les parleirs. — Et tantoist après chu issit fours 

^ Métier des blancbisseors de toiles. 



300 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

del Violet ledit Andrier aveque ses gens, et soy metirent à faire des boll- 
vorke devant mangenie en marchiet contre les hughes * des pesseurs; et 
y oit mains banckes ' de mangons altreveir de marchiet ordineit, aveques 
pluseurs grand banstes et chierpains ' de pesseurs. Car lidit Andrier estoit 
li maislre del ordineir, car ilh avoit parsuit en pluseurs paiis les guerres, et 
partant savoit-ilh bien que à chu apartenoit del faire bolorques. Chu fut 
damage que onques aveques Wilhem Datin ilh soy tournât, car ilh cove- 
noit bien deleis le sangnour en la citeit. — Or me tarai-ge de li , se parleray 

D«s 1111 mastien oui dcs llll bous mestîers qui gardoient le pont des Arches, et des bonnes gens 
Arches. qui demoroicnt delà Mouse. El tantoist y vinrent grans gens de mestier 

des fevres aveque leur pengneceal de bon vinal d'oultre Meuse, et estoient 
desous les 11 enfans délie Semme \ assavoir Gile et Golar, et Desier le bla- 
vier et pluseurs altres que je ne saroie racompteir, et vinrent deleis les altres 
bons borgois aveque leur pengneceal qui gardoient le pont des Arches. 

Et là orent-ilhs ensemble grant conselhe , et fisent monteir à cheval I com- 
pagnon de mestier des moniers , et len voiont vers le pont d'Ameircourt sor 
son cheval, parlant que les aighes estoient si grant que ons n'y poioit encor 
nient bien alleir à piet en pluseurs lieu. — Ghis compangnon avoit à nom 

De Haie le monier. Halc ; ilh haioit fort Waltier Datin, partant qu'ilh li avoit volut enforchier 

son hiretaige qui li estoit succedeit de père et de meire, que veriteit soit 
ch'cstoit I petit preis deleis le grant preis de Sains-*Denis , appartenant al 
prevosteit de Sains-Denis, dont maistre Lambert, le fis WaKier Datin, 
Festoit adonc. Chis Haie chevalchat fort cel nutie, car tondis ilh crioit aux 
armes mult haultement par le pont d'Ameircourt d'aval et d'amont, à Lon- 
dos, à Weis, à Pevilhe et jusques à Brechoul. Et fut jusques à Robertmont, 
et crioit tondis : « Aux armes, laurons, leveis-vos! Aleis aiidier nos gens 
» tantoist sens astargier qui gardent le pont des Arches; car cheaz Datin 
» sont à grans gens en marchiet, ilh ne finont à nuit del recoupeir, dont 
» ilh ont grans gens assembleit por nos tous ochire et murdrir. Por Dieu , 
» les aleis tantoist aidier et socorir. » Et cascon soy levoit hasteulemenl de 
cheaz qui en avoient la volenteit, et venoient devers le pont des Arches, et 

' Ëtaux. une double banse, 

* Bancs. * Il existe encore h Liège des individus du nom 

' Banste ou banse esl la manne ordinaire; la de DeUemme. 
ehicrpaine ou eherpaineesi une manne plus grande. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 301 

enssi vint H ajournée. — Ors escuteis d'onne aitre obstat, qui estoit ordinée Dei obsut qui fut en 

par une qui estoit nommais Johans Hanteis et son fis et pluseurs altres , 

qui avoit son obstat sour Mouse al maison Johan Wiglon, qui en fut depuis 

grandement corregiet de penanche et de son avoir. Gheli Johan Hantea, 

altrement dis le fostier delBoverie, chis estoit mult fortement aherdant al 

partie Waltier et Wilhem Datin. llh voloit entreprendre cheli nutie une De Fofiier de fw- 

obstat et I fait mult fort, car quant ilh entendit que cheaz de delà Mouse 

estoient ensemble et gardoient le pont des Arches, il appellat Winan le foi.75,v«. 

carpentier, qui demoroit en ysle, et dest : ce Par le sanc Dieu, ches gens 

» sont ensemble mult fort par delà le pont des Arches; je say bien nagier, 

» et tu es un carpenlier : allons coupeir ou soiier ^ une des arches de pont 

» (car li grant pont estoit adonc tou de bois), aflin que ches gens ne pus- 

» sent oultre passeir, car ilh sont hardis et plains de grant coraige, et se 

» nos n'y metons remède , par leur pussanche nostre obstat serat tout cor- 

n rumpue et destruite. » Enssi le lesmongnont Lorent et Blancbarbe, qui 

estoient aidans et confortans à Waltier Datin et à Wilhem. Ly jour com- 

menchoit à pondre, donc lidit fostier ne pot acomplir sa volenteit. 

Or moy taray de li, et parleray de Wilhem Datin qui estoit sus la Violet, comment ons gardoit 
et ses gens qui estoient altour et gardoient fort les chaines en marchiet, et chU poMm a'iïT'^ 
par especial cel qui tendoit vers le chenal *. Et en estoit li capitaine I appel- 
le! t Kunot Fraisain, et chis estoit li avant-parlier ' cel nutie et li capitaine, d« Kunoi FraîMin. 
et aveque li avoit pluseurs altres que je ne say nommeir; et enssi estoit- 
ilh varlet des maistres; ilh avoit pluseurs ofliches en la citeit là ilh avoit 
très-bien son vivre, qui par cheli fait li furent tous oistées, et en fut fours 
cachiet de la citeit, et morit à Bovingne en grant povreteit. — Ors reve- 
nons as bolorkes qui furent sus le marchiet mult bien ordineis, sens fault De borioke de mar- 
por faire grant moliestre *, se Dieu al proier de Nostre-Damme sainte Marie 
et saint Lambert, qui donnont as bons borgois del porveir de remeide. 
Les bons borgois, qui estoient à cel heure sous la Violet et de conselle 
del bonne % disoient : ce Maistres, nous avons grant mervelhe de chu 

' Scier. ' une espèce d*avoué. Ce mot désigne ici Findividu 

' Sans doute le eanal qui se trouvait à Tendroit préposé à la conduite d'une escouade de conjurés. 

où se trouve aujourd'hui rentrée de la rue Royale * Aujourd'hui tnolUesse, chagrin, dommage. 

Yen le Marché. » J'ignore ce que cela signifie. Peut-être y a-t-il 

* Bans Fancienne procédure, Favant-parlier était un mot omis, cité par exemple. 



302 



CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 



De WilheiD Dalin. 



Des hulhears. 



Des ferres. 



» que ODS fait là fours, car nos y veions bolorkeir, et si veions chi- 
» en tour grans gens assembleir; nos ne savons à quoy chu se puet servir 
» del assembleir chi tant de gens. » — Respondit Wilhem Datin : ce S'ilh en 
)> at chi assembleit, enssi en ont les altres assembleit. » Car ilh avoit ses des- 
pies ' qui ne fasoient fours que aleir et venir par les vinables et mestiers , 
dont ilh savoit tout chu que ons faisoit par la citeit, et dest que nule maie 
par li avenroit. Et li contrable estoit avenus tant al maison Gerart de Go- 
reur et en sa maison meismes , al maison Andrier de Lairdieu et Johan 
Wiglon , dont je vos ay chi-devant plus plainement parleit. Ilh poioit avoir 
en pluseurs altres lieu parmy la citeit des altres assembleis que je ne say 
racompteir. — £t les bonnes gens qui ne demandoient fours que bien et 
paix disoient : « Maistre, que voleis faire? Car nous veions grans gens, nos 
» ne savons à quoy chu puet servir : ilh nos semble que chu soit por la citeit 
» destruire et le peuple ochire et mètre à bas. » Et ilh respondit que par 
cheli malhet qu'ilh en sa main tenoit, qu'ilh ne volroit que nule maie po- 
sist por li ne por les siens en la citeit avenir. Et tondis gens acressoient 
deleis luy, et je croie qu'ilh y avoit pluseurs qui ne sa voient à quoy chuchi 
poioit servir. 

Ors moy taray de li , se parleray de pluseurs bons mestiers qui estoient 
en leurs chambres sus le marchiet à Liège secréement, et par especial 
grant cop des hulheurs qui estoient as grandes Ballanches deleis le fachon \ 
qui fasoient grant semblant del four à yssir, et d'aleir aidier cheaz qui es- 
toient dedens le bolorke qui stesoit asseis près de riwe des Pesseurs '; mains 
ilhs ne Tosoient bien faire por les altres mestiers qui stesoient tout altour 
et devant eaux. — Quant li jour fut leveis et ilh avoit lassiet le nyveir \ 
adonc les fevres soy partirent del Veskekour, et vinrent alcuns fours délie 
ruwalle del Vesquecourt qui vint sour Feronstrée *, et 1 partie par le grant 
ruwe de Pont, tant qu'ilhs furent ensemble à riwe qui vint des frères flle- 



* Pour espies, espions. 

' Le faucon, encore renseigne d'une maison 
située à rentrée de la rue de ce nom qui condui- 
sait du Marché à la place yerte, parallèlement à 
la rue sous la Tour. 

' Rue des Pécheurs ou Pecheurue. Nous ferons 
toutefois remarquer que cette rue se trouve sur 



la rive droite de la Meuse, et qu'ici, comme en- 
core un peu plus loin, il semble être question 
d-une rue voisine du Marché où fut livré le com- 
bat. 

* Et il avait cessé de neiger. 

* La rue de la Clef. 



CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 303 

Deurs asseis près del gaole *. Et là vinrent deleis eais karliers et merchiers Kariien^merchierset 
et soieurs \ qui astoient logiés delà le riwe des Meneurs devers drapperie '. 
— Quant les altres mestiers, qui estoient ens en marchiet sour leurs cham- 
bres, veirent les fevres atout leur grant banire, aveque les altres qui n'a voient 
fours que pengnecheals, cascon avalât les degreis là où ilhs estoient, et 
misent leurs pengnecheais deleis le banire des fevres, excepteit les hu- 
Iheurs et les drappiers qui estoient en leur halle, jasoiche que je ne vulhe oesdrapie». 
point nietre por cheli fait les drapiers aveque les hulheurs. — Chu por 
quen les drapiers estoient si longens % che estoit por Servais Sufflet et ses foi. n,r>. 
enfans, et Julien de Lhierneur, qui estoient grandement favorables as Âtins : 
dont les drappiers estoient par eaux teilement enorteis et encombreis, 
qu'ilh ne soy porent partir jusqu'à tant que li estour estoit jà passeit. Et 
après chi jour en furent-ilhs grandement corregiés, car Servais Soufflet en 
fut longement en prison , et fut li et sens enfans priveis de mestier por 
cheli fait, et enssi fut Julien. 

Ors moy taray de chu , si revenray à ma matere des fevres et des altres 
mestiers, qui estoient sus le marchiet deleis le riwe des Meneurs; et s en 
allont tou droit vers la Violet et les greis de Saint-Lambert , là ilh avoît 
grans gens de cheaux Datin. — Et les mangons estoient atout leur peu- !>«> Hangon». 
gneceal dedens mangnie '. Ilh avoit entre eaux trahison , car quant ilh vei- 
rent venir les altres mestiers, cheli qui por toit leur pengneceal le gettat 
jus à terre, en une corotte ' devant mangnie. Adonc fuirent-ilh tous leurs 
voies , car ilhs orent paour d'eistre jus férus des fevres et des altres , et leur 
pengneceal fut releveis par une de leur mestier, qui oit nom Henri Rêver- 
seis. Ilh y oit entre eaux pluseurs de corochiés grandement, com les 
Borghet et des altres qui avoient grant puissanche endit mestier. — Or 
revenray as altres mestiers, qui estoient à piet de pont des Arches. Les Das mestiers qui som 
molniers avoient leur grant banire , et les altres n'avoient que des pengne- * ^"* ^"*' 
ceais, com taneurs, pesseurs , cureurs % et une pengneceal des carliers *. Et 
aveque eaux estoient les bonnes gens de vinable de delà Mouse , qui tous 

* Maison ayant une cage, gaiole, pour enseigne. * Lento, tardifs. 

Elle est située sur le Marché au coin de la me du ' Pour mangonie, boucherie. 

^ont. • Rigole, en dialecte namurois couro. 

* Les scieurs de long. ' Blanchisseurs de toiles. 
' La halle des Drapiers. * Charrons. 



304 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

ensemble passont le grant pont, et vinrent par Noufvis. — Or les laray 

chi eommeoehe 11 es- âleîr SUS le Marchiet, si revenray as fevres et aux altres pui estoient deleis 

le fontaine en marchiet. Et cheais Datin estoient devant la Violet et sus 
les greis en la plache, qui traioient vers les fevres de daires et d'abalais- 
très ; et alcuns estoient sus le Destroit qui enssi traioient. Et avoient deleis 
eaux des colouvres de coivre ' por traire vers cheaux de l'autre partie; car 
ilh furent la trovée quant ilh s'enfuirent. 

Adonc gettont les femmes I grant jouppe * sor cheais d'Atin , et tantoist 
furent les bolorkes corrumpus et abatus. Et cheli qui le banire des fevres 

D< coiart Coquelet, portoit estoit uns pussans bons, et avoit nom Golart Coquelet. Ilh estoit 

mult fort armeis, com à I teile homme et besongne apartenoit. Ilh salhit 
oultre le riM^e des Pesseurs par teile forche et par si grant vertu, que alcuns 
dessent qu'ilh si rumpit. — Et en cel heure vinrent les bonnes gens de delà 
Mouse sor merchiet % qui estoient enssi fors que les fevres et les altres qui 
estoient aveque eaux. Et là soy partirent IIII compangnons qui estoient mult 
bien armeis, et avoient IIII grans espaffus en leurs mains, et en cenglont * 
tout le marchiet en criant haultement : « Où sont ches trahitres Datin ? » 

Let Atios forent ochii — Et Ics hulhcurs, qui cstoieut devant les Ballanches, r'enfuirent tous ens, 

et eurent grant hisde quant ilhs veirentsi grans gens venir deleis les altres; 
et allont rompir les palhouz et brisrer les pareux '; et si s'enfuirent alcuns 
et y pluseurs par deriers vers les Meneurs et altre part. Et ensalhirent y 
pluseurs dedens les plummes d'avides al maison Hanzé le cabarteurs, qui 
riens n'y perdit; car ilh en oit des bonnes panchiers *, por eaux conduire et 
mètre fours del voie de cheaux qui les queroient. — Les fevres, qui estoient 
devant le riwe des Pesseurs, se combatoient fort à cheas Datin; et là fut 
mors I des Atins, appelleis Colet de Laveur, qui estoit uns faux awotrons', 
car ilh avoit longtemps servit Fastreit Baré Surlet, liqueis l'avoit mis al 
offiche qu'ilh avoit, car ilh estoit variés des maistres et portoit le peron. — 

Les AtiAt t'enfuirait Adouc Quaut chcaz Datiu aperchurent le banire des moniers et les pen- 

deMonfit. T r r 

* Par couhuvres de cuivre notre chroniqueur ' Palhouz et poreux indiquent des cloisons et 
veut sans doute désigner les pièces d'artillerie des murs. 

nommées autrefois eoukiorine», * Récompense, payement? C'est le sens du mot 

* Cri. Voy. Grandgagnage, y* jouper. latin penêio, qui parait avoir fourni à notre chro- 

* Sur le Marché. niqueur Texpression dont il se sert ici. 

* Battre, frapper. ' Enfant adultérin. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 305 

gneceais qui estoient aveques , et ilhs veirent tant de gens yssir ' fours de 
Noufvis, adonc cheas Datin fuyrent tous leurs voies. Une grant quantiteit 
s'enfuit dedens l'englise Saint-Lambert, et Gerart de Goreur, qui estoit comnem y piuwurs 
balhier de Hesbain , s'enfuit en Palais deleis monsingnour l'evesque , qui •***pp**"*- 
chi jour meismes l'emenat fours de Liège par derier et par le porte Sainte- 
Walbeur. Et d'altre costeit asseis s'enfuirent par desous le thour Saint- 
Lambert, qui en allont vers Saint-Severin et à Sains -Servais, aveque foi.74,v«. 
Wilhem Datin qui en allât amont les greis Saint-Pire, et vint fours à pos- 
tiche aux chenaux' en allant vers sa maison à Saint-Servais. — Piron Borget 
et pluseurs altres de môlins de Sainte-Magriet et de Montengnée astoient 
devant Saint-Hubert, et quidoient là faire une assemblée ; mains cascon les 
lassoit qui faire l'oisoit, et revenoit vers le marchiet; car li cris des fevres 
estoit: a Où sont-ilh les trahitres qui nos vuelent r'oisteîr nos frankies? » 
Et en revinrent pluseurs desous leurs mestiers, qui ne furent mie aperchus 
qu'ilh fussent aidans et aherdans aveque cheaux Datin. Ilh n'awist esteit ' 
grant nombre bonis , s'ilh n'aM^issent dissimulet leur volenteit. 

Apres chu en fut corregiet une grant quantiteit par leur mestier meismes ; 
et quant ilh oîrent dire que Wilhem Datin s'en alloit fours de Liège vers 
Montengnée, ilh furent tous ababis et perdirent cors, et s'en allèrent leurs 
voies après luy , et onques depuis ne revinrent. Une altre partie de cheaux 
Datin, qui estoient al Violet, s'enfuirent vers le chenal, qui mouchont par 
les ruwals deseur Merchoul et Sovrenpont, et furent buteis en pluseurs 
lieu. — Li engliese Sains-Lambert estoit serée; là ons chantoit les matines, Des Mogneur» saipt- 
jasoiche que les sangnours de Saint-Lambert .ne fussent mie del partie de '" *'* *"****' 
cheaux Datin le plus grant partie ; mains estoit partant que li peuple ne 
tuwast ou navrast en lengliese cheaz Datin qui dedens s'estoient werandis. 
— Et quant Mathier, leur marlier, vint en leur xhour et dest: a Cheaux Datin 
» sont fuis leur voies, et les fevres sont maistres et ont gangniet les greis et 
» obtenut la plache. » — Et de là se partirent alcuns des fevres et des altres 
et corirent vers les Ballanches sor les hulheurs, et de cheaz qui y furent comment ons fi«i âpre» 
troveis en fist-ons grant dissciple ^ car ilh y oit des mors en la maison , et 
les altres furent fours getteis par les fenestres des planchiers ' ton viefs 

* Yêtii dans le MS., ce qui doit être une erreur. ' Sans doute pour : ilh en awiêt esteit, 
' J'ai déjà îadiqné remplacement de la rue des * Pour discipline, dans le sens de châtiments 
Chenaux. » Étages. 

59 



306 



CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVËLOT. 



Status Dobte. 



chaius et creveteis ', et par devant et par derier là ons les trovoit; mains ilh 
en y avoit alcun^ de Hesbain qui pont n'estoient hulhears, qui estoient 
mandeis et estoient là venus innocemment, dont ous eut d'eaz merchi de 
tuweir, mains ilh furent emeneis en la Violet. 

Ors sont tous les mestiers assembleis sour le Marchiet , fours mis les 
hulheurs qui n'y estoient pont, jasoiche qu'iih avoit y pluseurs en leurs 
mestier oui p estoient pont favorables à clieaux Datin. *— Adonc Bareit 
Surlet et Henris del Cachie aloient entre les mestiers por eaux à mètre en 
ordinanche, et fasoient gardeir l'arvoil devant le halle qui vat vers le Pa- 
lais. £t Alixandre de Serain et Gilbert son frère tenoient ensemble leurs 
conrois vers les ^eis , et Franohois de Bersés et Glouse del Chivre estoient 
vers le fontaine, asseis près angle ', por ordineir les altrês mestiers se rien& 
y faloit. — De chesti plache après soy partirent les fevres^ les moniers et 
aveque eaux des altres pengneceais, et emenont aveque eaux Johans de 
Lévrier, qui estoit maistre del citeit aveque Wilhem Datin por le temps, 
jasoiche que deldit sédition ilh ne savoit à parleir, com ilh disoit , et enssi 
fut-ilh troveis proidhons et remànit maistre tout son temps , et l'emenont 
vers Ysle aux maisons Gerart de Goreur et Johans de Boisée. Et chu ,fe- 
soient-ilh partant qu'iih dobtoient le sangnour, car solonc les franchieses 
del Giteit et les anchiens usaiges, ons ne puet chu que les mai^tres de Liega 
font en leur offiches de. riens, attempteir al loy depaiis, ilh furent saiges de 
chu à aviseir. Ons les envoiat maie vers Ysle , car s'ilh s'en fussent alleis 
vers Saint^everin , ilh awissent troveit Wilhem Datin et ses aidans qui 
s'enfuioient; et quant ilh vinrent, en Ysle, ilh n'y trovont nulluy fours que 
leurs maisons^ là ilh fisent grant dissipe li peuple qui tout estoit despereis; 
ons ne s'en doit point mervdhier. — De là revinrent vers le marchiet deleis 
les altres, et là fut le citeit ensemble saur le piet, et alont monbeir les 
maistres sor le maison del ayle ' aux fenestres, et portoit Bareit Surlet, qui 



. ' On dit encore à Liège crevinter, meurtrir. 

' On peut lire atègle et angle, notre chroni- 
queur n'accentuant pas. Dans la première hypo- 
thèse» il est peut^tre fait allusion à une enseigne 
du quartier; dans la seconde, qui nous parait la 
plus probable, ce mot indiquerait le coin de la 
rue. Voir Ducange, y« anglare. 

' S'agit-il ici d'un édifice particulier qui portait 



ce nom, ou bien Jean de Stavelot s'est-il trompé, 
et a-t-il écrit ayU pour \nthef Voilà une alterna- 
tive sur laquelle je ne puis me prononcer. Je ferai 
seulement remarquer que l'expression maifoi» de 
vUU doit être plus moderne, et que le chroniqueur, 
quand il a besoin de la nommer, se sert toujours 
de Texpression propre : la Violeite. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 507 

pluseurs fois avoit esteit lïiaistre de Liège, le parolle; et enssi parlât Johans 

de Lévrier qui roaistre estoit. Et l'escusoût tous cheaux qui là estoieut, 

qui l'avoient cel nute troveit com uns .proidhoînme. — Et là fut-ilh pro- Foi.75,r«. 

poiseit que, solonc les franchies del Giteit, les trahitres ons les devoit exi- 

Ihier , et dévoient perdre corps et avoir. Et cheli propre jour, qui estoit le 

jour des Trois Roys, environ de grant messe chantée , ilh soy partirent 

cheaz des mestiers, et en alont I quantiteit vers Montengnée ; là fisent-ilh 

grant dissippe des maisons Watier et Wilhem Datin . car ilh les ardirent Le* maisons waitier 

■ - . /. • 1 ■•.111 ** Wilhem furent 

toutes en cendre, et awissent enssi fait de toute la vilhe, se les bonnes gens •■^* 

n'awissent le peuple r'apaiçenteit. — Et lendemain semblamment r allont- 

ilh ardre la thour de Boisée, qui estoit à Johans de Boisée et à Weri son LathoordeBoUéerui 

ane* 

fis, et fisent grant dissippe de la maison ledit Johans, qui estoit belle et 

notable; et awissent arses les II grengnes ' et la maison qui estoientas san- 

gnours de Saint-Lambert, si ne fussent les bonnes gens qui les deffendi- 

rent, partant qu'elles faisoient contrepain à cherewaige * de Boisée. — De 

là revinrent-ilhs à Liège, et lendemain taiitoist ilh soy partirent, et s'en 

alloni-ilhs vers Wonghe sor le Gaire, et ardirent le maison qui estoit à iih ardirent à wonge. 

Johans de Harche, qui estoit belle et bonne; car ilh y avoit 1 bonne thour 

et estoit bien fort por gens à werandir Jà dedens, car li Gaire alloit tout 

altonr. Et de là chi jour-*meismes revinrent-ilh à Liège; ilh orent tantoist 

faite leur journée, car Ji feu fort les aidât, si sont fort esplotiet, car chi jour. 

faisoit-ilh si grant froit et avoit si fort galeit, et estoit li biese si trenchant, 

que nus bons ne poioit dureir. -^ Et une pau après ilhs r'allont à Goreur, coreur fut arse. 

et ardirent lé maison Gerart de Goreur; ilhli fisent mult grant damaige. 

Ilh faisoit adonc mult lait, car ilh avoit nyveit et plu. Et revinrent après 

chu en la citeit de Liège. 

A Liège ne faisoit-ons riens en cheli temps ou pau d'ovrage de nuls 
mestiers. Apres , le XIII°"' jour de jenvier, fut la citeit ensemble en Palais 
à Liège , et là fut Bareis Surlet fais maistre de Liège p6r le remanant de Bareu fut maiitre». 
tout l'année aveque Johans de Lévrier. Là fut-ilh ordineis que cascon 
d'eaux feroit I varlet des maistres, assavoir Bareis Surlet^ Alixandre de Dec varies des mais- 
Serain et Gilbert son frère, Henris del Gachie, Franchois de Bersés et 
Clouse del Gyvre. — Apres, cheaux de Liège ardirent à Froitmont, deleis le ProimoDt fut arse. 

* Granges. • Ferme. 



308 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Bovrie, le maison Johans Hanteis. Là n'oit que I seul pengneceal; chu fut 
des maistres en nom de tout la citeit, et li portât 1 taneur qui oit nom 
Johans Pilhwoteal. Ly maison Andrier de Lardieu hochive* fort adonc; 
car les fevres, et alcuns al très qui passoient devant en allant vers Froymont, 
hochivent leur marteals et leur espaffus, et disoient à ladite maison : « Par 
» Dieu , vos hochiés ; » mains portant qu'ilh devoit I gran treffon % ons le 
lassât, et revinrent à Liège. 

Revenant à nostre matere de jour des Trois Roys, quant cheaux Datin 
furent enssi honteusement encachiés et desconfis, y pluseurs qui avoient 
esteit aidans et confortans à eaux se absentirent et s'enfuirent; entres les- 
queis s'absentât li devantdit Lorent, qui avoit esteit si fort por cheaz Datin, 
et ne se oisat lassier troveir por le peuple, et s'enfuit as Escoliers ' à Liège; 
et là fut-ilh troveit de peuple en I celier tou plain d'aighe, et fut ameneit 
en la Violet, et là dest-ilh sens destrention % oyant tous cheaz qui oiir le 

Le pkiitne Lorent d« voloicnt, tout l'ordinanchc de cheaz Datins. — Et confessât et dest chu 
c eat DatiD. ^^^ chi-aprcs s'ensiiet de sa lige volenteit : que ilh avoit oiit dire Gerart 

de Goreur, Johans le fostier de Froymont et son fil, Piron Borget, Henri 
Brech, Bastin de Molin, Johans de Harche, Wilhem de Harche, Johans 
Colletey, Colar Blancbarbe, Giles Salhet, qui estoient capitaines deldit 
sédition, et pluseurs altres,que par le beal sang que ons feroit jus ' tous 
cheaux qui contre leur oppinion voroient resisteir, et par especial nostre 
maistre Bareit, nostre maistre Gilbert de Serain , Henri del Cachie, Fran- 
chen de Bersés, et enssi les fevres. — Item, oiit dire Johans de Harche à 
fis le fostier en mostier Saint4jambert, que par le sang Dieu ilh avoient le 
^ baston, mains se nuls ne voloit commenchier, ilh commencheroit; car plus 
rawaderoit-ons , pies valroit, car ilh avoient une des maistres banière à 
leur commandement ; mains certe ilh tenoit Johans de Lévrier por I bons 

Fol. 75, y*. proidhons et por l bon marchans, et que de chi fait tlh ne savoit parleir 

et en estoit innocens et nient coupable. 

Del i^ehinne Lorent de Itcm , ilh dcst qu'îlh fut cuvoict, Ic uuit quc la trahisou se devoit faire, al 

fait des Atins. 

^ Branlait. Voy. Grandgagnage, v^ hosù saires, est sans doute le substantif du verbe lalio 

* Rente foncière. distringere, forcer à faire quelque chose. Il signifie 
' Le monastère des Écoliers dans le quartier donc ici une déclaration toute volontaire. 

d'Outremeuse. ' Qu*on mettrait à bas, qu'on abattrait, 

* Ce mot, que je ne trouve pas dans les glo3- 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 309 

maison Gerart de Goreur qui estoit balhier de Hesbain , el là dest li bal- 
hier à li qu'ilh alast al maison Johan de Tilhou, et venissent deleis li tous 
anneis. Et adonc Johans de Tilhou et pluseurs altres vinrent tous armeis 
al maison ledit balhier. Adonc veiit-ilh Giles de Bersés resachier le strouke * 
d'onne baniere blanke, où ilh avoit eus alcunne coleur de noir, dedens le 
maison , et dest : « Béais sangnours, avisons-nos.» Et adonc dest Johans de 
Tilhou qu'ilh soy retrairoit en son vinable ; et adonc dest Giles de Bersés 
que chu estoit li melheur, car plus de gens auroient, mies valroit por eaux. 
— Item, ilh dest qu'ilh savoit bien que Giles Salhet fist recoupeir, le nuit 
que li trahison devoit avenir, à Sainte-Magriet , à Ains, à Montengnée et 
altre part, por avoir les gens de leur aiide. Et après chu ilh oiit dire Giles 
Salhet, que Wilhem Datin avoit dit que ses amis se retraissent as Balan- 
ches. — Item , ilh dest que ilh oiit dire Gerart de Goreur que ons wardasse 
bien le porte d' Aroit * , affin qu'ilh en fussent maistres por lassier ens leur 
amis del banlieu ou d'altre part; car Johans Toussaint faisoit I wait à Avroit 
que U balhier li faisoit faire; car de chi à Huy n'avoit-ilh mie IIII hommes 
qui fussent contraire à leur oppinion. — Apres ilh veit Johans de Hesbain, 
qui enportoit le banire fours del maison ledit balhier; mains adonc furent- 
ilh maïs d'accort, dont ilh covient ens resachier ledit banire. Adonc.dest li 
balhier : « Sereis l'husserie '. » — Et après chu dest li balhier à dit Lorent 
qu'ilh alast à Sains-Servais veioir noslre maistre Wilhem, por savoir en 
queile pont ilh estoit. Adonc respondit lidit Lorent que li pas estoit sereis 
à Pont d'Isle. — Et adonc dest li balhier qu'ilh s'en allassent sour Mouse , 
et là troveroient-ilh iinc ponton. Et adonc s'en allont-ilh passeir Mouse , et 
vinrent al maison Wilhem Datin; mains quant ilh vinrent laens, ons les 
dest qu'ilh estoit lavai \ et adonc s'en allont-ilh vers le maison Giles le 
proidhomme, et oïrent crier: al arme. 

Et dest avant que , quant li mestier dez fevres fut ensemble as Meneurs , 
que Johans de Tilhou vient as treest ' en disant que ons s'armast. Et cheli 
jour del vesprée Johans de Tilhou et Ernul Maelfrait eurent armeis en 

' Ce mot est encore usité pour désigner la * Loin de là, éloigné, 
hampe d'un drapeau. ^ On a yu en effet précédemment que Jean du 

' Pour Jvroit. Thilou habitait le quartier de Saint- Nicolas au 

' Fermez la porte. Tré. 



510 CHROMQIIE DE JEAN DE 8TAVEL0T. 

leur maison X ou XII compangnons. — Item , ilh dest avant que I jour 
qu'ih estoient en mostier Saint-Lambert, qu'ilh disoient l'une à l'autre que 
Waltier Datin revenroit en la citeit; car cheaz nel voloient nient r'avoir^ 
qui avoient paour que Waltier Datin ne les fesisse compareir le promesse 
que ons avoit fait à madamme de Borgongne, et certe * s'ilh revenoit ilh 
diroit tout la chouse. — Item , ilh dest que li balhier des Hesbain avoit dit 
qu'ilh li feroit avoir le verge * affin que remanisse deleis li, car ilh savoit 
bien que li maire estoit leur bons amis. — Item, ilh dest qu'ilh avoit oyut 
dire le balhier de Hesbain, que monsangnour le mandat le jour que les 
fevres furent ensemble as Meneurs, et li dest qu'il soy retraisse et fesisse 
resomonr les vernais % car por li n'oroient point de default. Et adonc li dest 
li balhier : « Monsangnour, je ne le croie mie, car j'ay des bons amis qui 
» m'ont lassiet savoir que les fevres sont bien d'aeort del mettre les esplois 
n en vos mains. » Adonc dest monsangnour : c< Ne crois-tu point, pensse-tu 
» tout savoir?» — Et sourplus dest-ilh que ilh ne savoit point justement 
tous les secreis qui estoient entre les capitaines, ne conunent ne quant le 
citeit devoit estre trahie, et s'ilh fussent venus à leur fais comment ons se 
devoit useir; mains ilh creioit, se ons poioit attrappeir alcuns desdis capi- 
taines , que ons saroit adonc tout leur volonteit et le trahison. Et dest avant 
* que Servais Soufflet, quant ilh parloit de Waltier Datin, ilh disoit qu'ilh 
estoit fors asseis sour son mêstier et plus que nostre maistre Bareit, et avoit 
bien pussanche del faire revenir Waltier Datin à loi. — Et quant lidit Lo- 
rent oit tout chu dit en presenche de maire et des esquevins, ilh fut livret 
à maieur qui estoit por le temps, que ons nommoit Ystause Chabot, san- 

Foi. 76, r>. gnour de Mosaie , qui demoroit el cachie de Preit , à piet de pont des Arches. 

Comment Loront fut — Liqucis maicur fist faire dédit Lurent une tres-crueuse justidie ; car, por 

donneir aux altres exemple, ilh fist mètre I banc devant le Destroit et les 
greis de marchiet, el ameneir ledit Lorent devant li, qui savait nmilt bien 
parleir, et cognut devant la justiche, assavoir maieur et esquevins de Liège , 

^ Voilà un mot qui s'est déjà présenté à la page blique. Certains employés portaient une verge çu 

508, ligne 27, et que nous reproduisons, ne pou- un bâton comme signe de leur qualité, 
vaut déchiffrer autrement les trois lettres dont il ' J'avoue humblement ne rien comprendre à 

ïte compose dans le MS. : un csurmantë d'une cette expression, ile^omoitre peut signifier rappe- 

abréviation et suivi de la syllabe te. 1er; mais qu*indique le mot vernais ou vervais? 

' II y a ici une allusion à quelque fonction pu- 



justicbiet. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 3H 

et tout le peuple qui estoit là assembleis très-grand nombre de gens, tout 
chu que devant avoit dit et confesseit Et là oit*ilh coupeit le tieste. De là 
fut-ilh mis sus une banc, et en fist maistre Gopkin, qui estoit bochier de 
Treit, quatre quartiers, lesqueis quartiers ons mist et sa tieste aux portes 
ou à plus près- de la citeit de Liège, et les traienoit lidit Copkin en I banste 
loiet d'onne corde en lieu où ilh les voloit avoir. Et après luy s'en alont 
pluseurs jovenes enfans por chu veioir; et son corps fut, quant les membres 
furent distribueis, mis en la banste devantdit, qui remanit tout jour tant 
qu'ilh awist asseneis les membres devant les greis Saint-Lambert, qui estoit 
crueux et hisdeux chouse à veir. Et puis fuit li remanant de corps herchiet * 
en ladit banste sus le grant pont, et jetteis en Mouse. Et fut enssi cel justiohe 
fait à Liège l'an devantdit XIII<^ et XXXllI , le X® jour de mois de jenvier. 
Apres chu fut pris à Treit Colet * Blancbarbe, qui avoit esteit mult favo- 
rable à cheaz Datin^ et at cognut.et gehit sens tenir, ne yestre travelhiés ne 
stendus', et deleis lequeile ilh est demoreis plainement jusqu'à sa mort; chi- 
' après s'ensiiet le manire comment. — Premier demorat lidit Colar Blanc- LegebinneCoietBianc 

' ^ , • , barbe. 

barbe entirement deleis Je confession et testamens le devantdit Lorent^ 
com de li en at dit et gehit. Et dest encor plus avant qu'ilh devoit avoir, 
des devantdis milhe florins, et.seroient pris as biens de cheaux qui ne se- 
roient aidans à Waltier Datin« — El dest avant que. ohest obstat fut fait et 
ordinée al maison Wilhem Datin trois jours devant que, le remour avient ; 
et chu ordinarent Wilhemi Datin, .Gerart de Goreur, le jovene Waltier 
Datin ^ Wilhem de Harche^ Henri Brech, Johan Nyvar, Piron Borget, 
Winan le carpentier, le jovene Renkin Orban et le joveoe Bonem. — Et 
dest avant que chest obstat fut fait, por ches personnes chirs^res escript à 
ferir jus et por tueîr en leur maisons ou altrepart, assavoir : Fastreit Bareit 
Surlet, Henri delCacbie^ Joh^n.de Bernamont, Alixandre de Serain, Clouz 
del Gyvre, Andrierde HaoourX et Gerar. del.Vesquecaurt.Et. tout. ches 
chouses dévoient eistre faites por Waltier à ens r avoir.et ramineir, et pour 
mètre la citeit. à leur volenteit. — Et dest encore que les .personnes chif- ' 
aprea escriptes.furent consentans àtoutes ches^bstat^ et y.aviissent.esteit 

* Traîné. Voy. Grandgagnage , v« hierchû torture à laquelle étaient d'ordinaire soumis les 

' Ailleurs Colar. accusés, surtout les récalcitrants. 

' TraoaiUét et étendu» sont des allusions à la 



31 i CHRONIQUE DE JEAN D£ STAVËLOT. 

aîdans et confortans en toutes manières, assavoir sont : Johans d'Awilhin-^ 
camps ^ Hervis, Servais Sofllet, Lambert Datin, Winant le varlet, Waltier 
Dalin , Wilhem son rechuvoir, le fis Johan de Burgilay^ Johans demorant 
desous Saint-George , et Arnus Mealfrais. — Et por chi fait Gerart de Go- 
reur donnât à dit Golar une fois II florins et VIII croustert ^, et à li-meismes 
donnat-ilh encor une altre fois une florin, et le joveue Waltier Datin li 
donnât XIIII bogdrahes'; et cheli argent li donnarent-Ilh portant qu'ilh 
frequentoit et alloit entre les compangnons, por atraire et à li eistre aidant 
et confortant deldit obstat. Et Wilhem de Harche donnât à dit Golart , en 
i'engliese Saint-Lambert, I florin, lequeile ilh le donnât en le presenche de 
Wilhem Tentalheur, demorant en Pereux '; mains por quoy che estoit à 
faire, ilh ne le savoit. 

Apres dest lidit Colar que ' tout ches chouses at parsuit Wilhem Datin, 
com dit est, et conselhiet del fair ; mains ilh en voloit avoir ses mains nettes , 
et n'en voloit riens savoir. — Item , environ d'une heure après méenuit 
de matin, que toutes les chouses estoient jà commenchié, veit lidit Colar 
Henri del Gachie; adonc tantoist de là alat-ilh al maison Wilhem Datin , 
Fol. 76, V. « et là trovat-ilh bien plus de cent hommes armeis, et là dest-ilh comment 

ilh avoit veyut Henri del Gachie qui s'en aloit; adonc dessent-ilhs tout 
ensemble qu'ilh avoient tres-mal fait, en disant que che estoit leur dolant 
qu'ilh ne l'avoient cachiet ou assegiet en alcunne maison. — Et enssi An- 
drier de Lairdieu et Giles de Namure avoient une summe de gens armeis 
en leur maison. Et dest qu'ilh fut à Liège presens là Giles del Stouve fut 
tueis, et en avoit fait bonne paix. — Et dest avant que Antonne de Beghine 
avoit eyut enssi de chesti argent, et enssi Johan de Hesbain; et Johan de 
Tilhou, Arnus Maelfrail et Wynan le carpentier enssi. Et tenoit lidis Golar 
que toutes les personnes et les armeis qui estoient en leur maisons armeis, 
avoient eyut de cheli argent. — Ghi-apres s'ensiwent cheaux qui del obstat 
savoient à parleir, assavoir : Pirar le blavier, Lowy Fraisant, Balduin 
Roisar, Pirlot le governeur des hulheurs, lesqueis III personnes derains 
nommeis furent envoiet de part Wilhem Datin al maison Gerart de Goreur 

' Kreuzer. « Je retranche ici les mots Wilhem Datin, qui 

* Plus haut bogdrais, évidemment sont de trop. 

' Pierreuse. 



CHRONIQUE DE J£âN DE STAVELOT. 313 

après méenuit, por ledit remour qui estoit enssi esmows. Et savoient enssi 
à parleir de chesli obstat le fostier de Froimont et son fil, et le jovene Gile 
Pangnol. -^ Item, tant que del fait de jour del Visitation Nostre-Damme, 
dest-ilh que uns appelleis Pangnoceal, qui estoit marlier de Sainl-Severin , 
chis escript et fist les fauses cedulles par l'ordinanche Pirar le blavier, 
Johan Nyvar, Henri Brech ; et tant que de monsangnour de Liège , ne 
savoit lidis Colar riens en maniers nulle. — Chi s'ensiwent cheaz qui sor- 
tenoient gens armeis en leur maisons : Andrier de Lairdieu, Johans de 
Namure le taneure, Henry Brech, Joben Nyvar, Gerart de Goreur et pi li- 
seurs altres. £t disoient l'une à l'autre qu'ilh aroient bien II maistres; mains 
de Johans de Lévrier ilh ne savoit riens. Por le tesmongnage de tout chu 
que dit est, aye je, Oloffe Happair, maire de Treit, mon sael par desus 
appHchiet en singne de veriteit, l'an XIII1<^ et XXXIII, le XX^^ jour de 
mois de jenvier. Et le devant gehinne fut lidit Colar Blancbarbe justi- 
chiiet el vilhe de Treit, et fut mis sus une rue *; et cognut tout le devantdit 
sédition, semblamment que avoit fait Lorent à Liège. Et Colart de Lavoir, 
dont j'ay parleit chi-devant, avoit une très-male lenge et estoit de mult 
malvais parleirs; chis fut mors crueusement al débat des Trois Roys à 
Liège. Et fut mis à mort lidit Colar Blancbarbe à Treit, l'an devantdit, le 
XVIII™* jour de mois de jenvier. 

Et deveis savoir que, por cel sédition qui fut fait por cheaux Datin, fu- Datmaitonsqtii furent 
rent arses leurs maisons, enssi com devant est dit et chi-apres esdript: 
assavoir l'an XIIII<^ et XXXIII, le VI^* jour de jenvier, qui estoit le jour des 
Trois Roys, le commonalteit de Liège ardirent les maisons Waltier Datin 
et Wilhem son cusin à Montengnée , et le maison Johans de Boisée à Boisée, 
et le maison Gile Salhet à Molins. — Item , en l'an devantdit , lé VI^ jour 
de jenvier, ardirent cheaz de Liège II maisons à Fromont, assavoir le 
maison le fostier et de son fis , et chi propre jour le maison Lambert Datin 
à Grivengnée. — Item, en l'an devantdit, en mois de jenvier le IX^' jour, 
ardirent cheaz de Liège àWonghe IIII maisons , assavoir à Johan de Harche 
et à Wilhem de Harche son fil et II altres. Et en l'an devantdit, le IIH*' jour 
de mois de février, ardirent cheaz de Liège le maison Gerart de Goreur à 
Goreur, qui estoit balhier de Hesbain , et le maison Colar Orban à Berlo. 

* U étant d*ordinaire employé par notre ehroni- queur pour oti, on comprend qu*il s'agit ici de rmte. 

40 



arses. 



314 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

— Apres chu, quant ilh furent revenus en la citeit, por eistre en paix en 
la citeit, adonc furent faites enquestes por le roie de paiis de cheaux qui 
estoient, enssi que maistre Johans Beusiin, canoyne de Liège -et officiai, 
qui estoit I mult suffissant clerc, liqueis les appelloit seditores et traditores, 

Cornent letAtîDs furent ch' est-à-dirc scditcurs et trahitres. Et quant li enqueste fut faite sour eaux 

bien et suffissamment et jugiés par loy, adonc Fan devant (dit) XII II« et 
XXXIII , le secon jour de mois d'avrilh , en furent crieis banis LU, aveques 
leur femmes et leurs enfans qui estoient deseur eaiges \ et exccpteit cheaz 
qui estoient fours dei governanche de père et de mère, et furent comman- 
deis et crieis de part monsangnour de Liège, si com de sa hault court et 

Fui. 77, r*. sangnorie, fours del paiis del evesqueit de Liège et le conteit de Louz, si 

com malvais, parjure, trahitre et sediteur de bonne vilhe, à tousjours mais. 

Les noms des banis i — Et furcut leurs nommes * teiles de cheaz qui furent banis à tousjours : 

Wilhem Datin, Gerart de Goreur, Johans de Harche, Waltier Datin le 
jovene, Johans de Hesbain, Anthone de Beghine, Andrier de Lardieu, le 
jovene Burdunne, Piron Borget, Henri Brech, Henroleal Beagobair, Giele 
le proidhomme, Giele Salhet, Golar de MefTe, Melin de Sainte -Magriete, 
Wynant le carpentier, Lowy Fraisen, Golar Garin, Counot Fraisen, Hu- 
bier Godair, Balduin Roisar, Piron Ameron, Balduien le canoyne, Gerar 
Mienderon, BasUn de Molin, Constant de Frère, Wilhem de Harche, Ren- 
kin Urban, le jovene Johans Nyvair, Mathonet de Hervé, Wery de Boisée, 
Pirar le blavier, Jaqueminet Mienderon, Renart Borget, Johans de Brigiley, 
le clerc de Montengnée, Johans Malvehin, petis Johan le porteur, Johans 
le fostier de Froymont, Lambert le fis Wynant de Wisseleit, Lambert de 
Tyleur, Giele de Namur, Herwin de Waremme, Johans d'Awelhinchamps , 
Johans de Tilhou, Ernouls Meafrails, Johans fis Piron Borget*. Et furent 
tous les devandis banis com sediteurs, trahitres, malfaiteurs et parjures, 
enssi qu'elle lettre sour chu fait'apert clerement. 

cheas qui furent bannis Et le sccou jour aprcs, l'an ct Ic moîs dcvautdit, le semedi devant le 
a années e argen . g^^j^ Paskc , cn furcut eucor bauis dcs borgois de Liège, por ledit sédition , 

chinquaui personnes à certaines annéez et à certaine summe d'argent, por 

' Deseur a ici le sens de dessous, et cela re- noms. On peut la comparer avec celle que con- 

pond au mot deseagiés (mineurs) qui figure dans tient »la sentence de bannissement, pièce publiée 

la sentence de bannissement. par M. de Ram, dans ses Dùcumenis relatifs aux 

* Sans doute pour noms, troubles du pays de Liège, p. 5S9. 

' Cette liste ne comprend que quarante-sept 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 315 

le temps de VIII ains fours del citeit^ franchiese et banlieu de Liège. Et 
fut ordineit que l'argent que ons rechurent * à eaux seroit convertis al repa- * 
ration de pont dez Arches, que ons avoit adonc commenchiet à refaire tou 
nove. — Assavoir sont les personnes : premier Giele deBersés, jadit maistre 
del citeît, fut commandeit à 11^ florins de Riens et une voie d'oui tre-mere 
et à VIII ains de stut '; et tout enssi Johans de Bolséez et à II^' ' florins de 
Riens; et Lambert Datin enssi et à III^ florins de Riens; et Pirlo de 
Tyleur enssi et à G florins de Riens; et Lambert le maire enssi et à G flo- 
rins de Riens ; et le jovene Bonem d'Otz enssi et G florins de Riens ; Johans 
Galhe et G florins; Johans de Laitre, qui estoit bolengier, et G florins de 
Riens; Johans de Frères le bastart et G florins de Riens; Johans Gollet de 
Montengnée et G florins; et Wilhem de Bregileit et G florins; Huvv^et 
Brech et G florins; Gerart Huart et G florins; le Rente de Jupilhe et G flo- 
rins ; Pangnoteal le marlier enssi et L florins de Riens ; Wilhem d'Aleur et 
L florins; Stassin de Fexe, Loroar de Treiste et L florins; Henroteal le sen- 
drier et L florins ; Wilhem de Gerbonage et L florins ; Romant de Monse 
et L florins; Johans de Sonnerée et L florins; Johans son fils et L florins; 
Wilhem de Pereuse le corbesier, et Johan Wynant le carpentier, enssi que 
les lettres en sont fait sour chu. — Apres en furent à chi propre jour de- Desbanisànuinsde 
vantdit pluseurs banis à trois ains de stute, assavoir : Libier d'Andeur et à 
III^ pesains florins de Riens et à I voie d'oultre-mere ; et Johans Bbrlé enssi 
et à IIi<^ florins de Riens; et Johans de Houtem, le fis Gonrard de Lar- 
dier, à III^ florins ; et Johans Wigelot et à Ih florins ; Lowy le proid- 
homme et à II<^ florins; Wilhem Rausin et à 11^ florins; Ranskin, le fis 
Johans Symon, et à 1I<^ florins; Libier del Stoile et à II^' florins; et Robert 
de Mons et cent florins ; Bertholet le pexheur et G florins ; Gile le sellier 
tout en teile manire excepteit qu'ilh ne doit point d'argent; Rencheveal del 
Ven , Johan Mackelet , Gile Pangnoul , le jovene Henri Sollo le bolengier, 
Pirchon fis Jaquemien le paveur, Mathon Libier le serwier, Johan de Ho- 
deige, Clamenche d'Anhel, Gerars des trois pucelles, tous cheaz parelhe- 
ment com le deseurdit Giele le sellier. — De cheaz qui furent banis à I ain De cheai qai furent 
de stut : premier Govrart de Lardier à une ain de stut et milhe * florins de 

' Sk sans doute pour reehwrùii, recevroit. * Sic en toates lettres. N'est-ce pas encore une 

' Sur le sens du mot, voir Ducange, r* muleta, erreur, et ne faut-il pas Ure : ceni f 
* Le HS., par erreur évidemment, porte H". 



316 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Riens; Johans de Pont à I ain et L floriens de Riens: et Piroton del Roche 
»*" à XL floriens de Riens; et Goffin de Bois parelhement; excepteit del argent 
Rigaul de Lardier, Jaqueminet Pakeal, Piron Maire et Johannien Soufflet. 
En tesmongnage com devant. 

Des aitres banis. Apres furcnt banis des altres une ain, com Johans de Sarazins à une 

voie d'oultre-meire et II cens florins de Riens; et enssi Johans del Wauz et 

Fol. 77, V. L flor.; Golart le sellier parelhement, excepteit del argent; Henri le tinne- 

lier de Treist, Johan Mathier le cheron, Alixandre d'Agymont, Anthone 
Pangnole, Linar de Ben, bresseur, Mathe le viswarier ', Jordain de Monten- 
gnée, Johan Soiron, Gile damme Emme le hulheur, Gile Godin, Johan 
Lambinon et le gran Giele de Messe, mangon, tous furent enssi com ledit 
Golar le sellier, enssi qu'ilh est el lettre sour chu fait. Et des altres qui 
furent corregiés à voies d'oultre-mere, et en ont les pluseurs paiiet, alcuns 

Comment les aidann de eu revinrcut ct alcuus v rcmanireut. — Et les mestiers en nom de peuple. 

ches banit furent ^ •' r Jr ' 

punies divenement. qui uc demaudoit fours que justiche et raison, fisent enquestes sour tous 

leurs mestiers des personnes qui estoient favorables à cheaz Datin , et en 
furent grandement corregiés, com adonc ilh apparut, tant en voiage com en 
argent. Et deveis savoir que tous cheas devantdis, qui furent enssi corregiés 
por cheaz Datin, fut ordineit que jamais ne porteroient offiches en la citeit*. 
— Quant toutes ches chouses furent enssi fait com dit est , ons soy dobtat 
de trahison des absentis et de leurs amis qui estoient remanus en paiis, por 
quoy ilh fut fait telle ordinanche por grau bien et sens fraud. 
DesXhommesdeihaiie. Et premier fut ordlucit IIII" hommes, qui jour et nuit poroient porteir 

armes et basions por eistre deleis les maistres del citeit, aflln, se riens se 
removoit, qu'ilh powissent wardeir le peuple et la citeit de perilhez; les- 
quels IIII"^ hommes asseis pau après en cel propre année furent remuweis % 
et fut ordineis que des XXXII mestiers de cascon mestiers seroit I homme 
ordin'eit, enssi com dit est. Et encor eldit année furent-ilh altrement refait 
et ordineis, car des XXXII mestiers devantdit fut-ilh ordineit que de 
cascon mestiers ilh seroient esleus X hommes, qui jureroient qu'ilh warde- 
roient les maistres et la citeit se nuls perilhs s esmovoit, et se les esquevins 

^ Le fripier. amendes , Fisen donne pour chiffre total la somme 

> Le frère Adrien {Apliss. coU., IV, 1208) et de 7390 florins du Rhin. 

Fisen (II, 200), sans doute d'après ce chroni- * Remweis, éloignés, abolis. 

queur, en évaluent le nombre à 350. Quant aux 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 517 

esloDgoient de faire loy, qu'ilh le feroient faire, et parelhement les XVI \ et 
del faire wardeir le common profit et le regyment. — Et furent ches X 
borgois de cascoD mestiers appelleis les X délie halle, car tout fois que 
mestiers estoit ou seroit, ilh s'asembloient ou asembleroient sour ledit halle 
des taneurs , jondant al Violet, qui est la maison del vilhe là lés inaistres 
soloient commonement resideir et eistre, et là avoir conselhe entre eaux 
del faire et ordineir chu qu'ilh les sembleroit bon et profitable por le 
citeit et le paiis. Et remanirent longetemps lesdis X hommes del halle, et 
quant li uns moroit, ons r elisoit une altre feable qui le fideliteit com les 
altres avoient fait ; mains en y at plus por le présent que X; de chu n'apar- 
tient pais à moy del parleir. — Apres en cel année fut ordinée I letre par 
manire d'alloianche, saelée de grant sael de la citeit et desXXXll mestiers, 
enssi com vos le trovereis chi-apres, se nos en poions avoir la coppie — que- 
reis-le sour LXXX *, — laqueile lettre fait mention de la grant sédition de 
cheaux Datiu'et leurs aidans, et le liist-ons tous les ains devant le peuple 
en marchiet le jour des Trois sains Roys , por avoir sovenanche del victoir 
que le peuple del citeit eut contre cheaux Datin cheli nuit, tant de jour com 
del nuit. Et en font les mestiers en la citeit grant fieste et joie, en démons- Dei6«»(equisoyraità 
trant grant amour li uns à l'autre, et soy donnent pluseurs fois des beaux *'**^* 
dons et presens en sovenanche deldit journée. Et fait-ons cheli jour trois 
grans feux sour le marchiet, et y art-ons maintes torches et fallos sour le 
Violet et sus le Destroit, car les sangnours et esquevins de Liège en font 
grant fieste aveque les mestiers et les altres bons borgois; et les bons mes- 
tiers de la citeit en mynent sour leurs chambres en marchiet grant fieste , 
cheli jour et la nuit ensiwant anuelment, de trompes, de nakars et de me- 
nestreis , et y font pluseurs enbattemens , et fopt là leur roys , et y cantent 
Noyel , Noyel et pluseurs altres chanchons en grant solas. — En cel année 
en mois de may furent Waltier Datin et Wilhem, et tous cheaux qui avoient foi. 78, f. 
esteit banis aveque eaux hours de paiis de Liège, decachiés hours de paiis 
de Brabant. 

Et affin que vos sachiés plus plainement de cheaux Datin, nos procede- 

* H s'agit ici d'une juridiction inférieure établie ment se trouve en cflTet plus loin, p. 525. On le 
par le règlement de Heinsberg et appelée h$ XVI trouve aussi dans un volume auquel nous avons 
«Im vinoMê. déjà renvoyé : DoeummU relatifs aux troubles du 

* Cest-à-dire au feuillet 80 du MS. Le docu- pays de Liège, p. 39i. 



518 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVËLOT. 

m 

rons d'eaux avant, affin que vos en sachiés plus plainement parleir sens 
corrumpre le mateire, et puis retournerons aux altres avenues qui avinrent 
el présente année^ et aux altres chi-apres jusques al temps que (che) libre fut 

Deitribuiatîondeches escrîpt. — £t premier deveis savoir que l'an devantdit XIill<^ et XXXIH, 

en mois de junne, li grant balhier de Brabant vinvet à Liewes ^ à grant 
forche de ses gens d'armes , et prist cheaux qu'ilh pove attrapeir de cheaux 
qui estoient banis four de Liège al cause de Waltier et Wilhem Datin, et en 
prist-ilh llll, assavoir : Piron leblavier. Johan de Tilhou, Piron Borget et 
Johans de Berginlée *. Et pau de jour là-apres les emenat-ilh en une altre 
fortereche en Brabant, là ilh les metit à gehinne, et les mist à grant tour- 

DesbiensdechesDatin. ment. — Apres fut en cel année ordineit que tous les biens et hiretaiges des 

devantdis banis furent annexeis et appropriiés à la citeit, com sediteurs et 
trahitres, et en fist-ons enquesles par tous les vinables de Liège se ons en 
savoit nuls; et por ches biens à leveir furent commis ceiiains borgois, les- 
queis ons renoveloit tous les ains, et tenoient elle maison de Belle Coste ' 
en Feronstrée, lesqueis en doient compte tous les ains devant les maistres 
et le conselhe del citeit; s'ilh le font bien , à moy riens n'en appartient. — 
Et fut li cry fait al Peron l'an devantdit XIIII^' et XXXIIl , le XXV111«>« jour 
de novembre, sor tous cheaux qui lettres, chens, rentes, hiretaiges ne ^ à 
treschens tenoient des deseurdis ou de leurs compliches devantdis , le ve* 
nissent cognostre dedens VllI jours , et les venissent paiier à cheaux qui 
estoient de part la citeit, sour eistre en teile point por le cause de chu que 
les deseursnommeis et leurs compliches n'avoient point acompli che que 

De cris de peron. iujoins leur estoit, eussî qu'ilh est contenus en cris sour che fait et en tes- 

mongnage proclameis le XXVUl"'^ jour de novembre Tan Xllll^' et XXXIIl. 
— Apres fut fais chi cris à Peron à Liège en teile manire : ons fait assavoir, 
de part les maistres et conselhe del citeit de Liège et li universiteit des 
XXXII mestiers de Liège, et premier que tous cheaux devantdites qui sont 
criés et publiiés à steir ^ fours del citeit, qui poronl tuweir Waltier Datin , 

' Léau. particule ne, Treschens signifie un loyer, preiium 

' Bcrgilez, près de Waremme. ex locatione, dit Méan, et les hiretaiges à treschens 

^ Enseigne d'une maison située à rentrée de la sont des immeubles pour Tusage desquels on paye 

rue Feronstrée, vers le Marché. D'après la tradition au propriétaire une somme convenue. 

locale, c'est là que mourut l'empereur Henri IV. ' Ce mot a le sens de stare, d'où il es\ formé di-* 

* Je ne vois pas trop ce que vient Ici faire cette rectement. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 319 

Wilhem Datin et Gerart de Goreur, ou qui les amonront prisonnier en la Le cm contre <hm 
citeit et les liveront aux maistres , siéront quitte de leurdite stut et de leurs 
voies. — Et se alcuns sorseans ou non sorseans dedens la citeit et paiis, qui 
poront les devantdites tuweir, auront 11I<^ griffons; et qui les amonront pri- 
sonniers, com dit est, auront V^^ griffons. Item , que tous cheaux qui poront 
tuweir Waltier Dattn le jovene, Johans de Harche, Wilhem de Harche, De cheai qui ocEiront 
Gicle le proidhomme, Henri Brech, Renkin Urbain, le jovene Weri de **'*"* 
Boisée^ Johans le fostier de Fromont, Lambier son fis, Johans de Tilhou, 
Ernuls Mafreals , Andrier de Lairdieu , Giele Salhet et Gostain de Frères , 
auront por cascon G griffons; et qui les poront ameneir prisonier, com 
dit est, auront G et L griffons d'or. Et parelhement que tous cheaux qui 
poront tuweir Thiri le mangon, Piron Borget, Herwin de Waremme et 
Anthone des Beghines, auront XXV griffons; et por eaux ameneir^ com 
dit est, chinquant griffons. 

Item, en l'an XI1H<> et XXXIIII, le XIX^ jour de jen vier, furent decoleis, Des ii qui furent dccoi- 
en marchiet.à Liège, Renart le cheron et Symon le berweteur *, partant *"P"''*' *" 
qu'ilh avoient compangniet et sortenut aqueis des banis, qui estoient de 
grant cris fours del citeit des compliches de cheaux Datin. — Item, l'an 
XIIQ® et XXXV, le XX« jour d'awost, fut decolleis, en marchiet devant les 
greis Saint-Lambert, Heris de Ghabot, partant qu'ilh avoit esteit troveis Henri de chabot fut 
qu'ilh avoit aidiet et parleit à I appelleit Andrier de Lairdieu *. — Et cheli 
jour qu'ilh y avoit parleit fist lidît Andrier de Lairdieu I ors ' fais, car ilh 
prist I preistre, assavoir le prieur de Beafais *, et Femynat envoie ' en une De prcur de Bénirai» 
fortereche fours de nostre paiis com prisonier, et le ranchonat, dont lidit 
Henri de Ghabot en estoit demoreis *, qui en oit le paiement devant escript, 
car ilh en morlt. — Et por cheli fait honist lidît Andrier une soreur qu'ilh De Jammejehannede 
avoit, qui estoit une bonne marchant et de grant governe et de bonne re- foi. ts, t«. 
nommée por toutes gens; et s'enfuit à Treit enssi qu'elle pot, et y demorat 



* Le brouctteur. wallon et signifiant dehors. 

* Un des conjurés placés dans la catégorie des * Cela signifie probablement que Henri Chabot 
bannis , pour le meurtre desquels on promettait était présent quand le prêtre fut arrêté et ran- 
une récompense de cent griffons. çonné. Le paiement qui vient ensuite est une iro- 

' Ors pour ord, sale. nie, et le mot doit être pris dans le sens de récom^ 

* Beaufays. , • pense» 

* Expression encore fort usitée dans le pays 



320 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

longement à gran dangîer et povrement. — Et en fut enssi une sien frère 
De dan johao de L»r- quî oît nooi dan Johaus de Lardieu^ qui estoit moyne et snpprieur del 

monasteir de Saint -Lorent deleis Liège; chis fut mis en chartre en sondit 
monasteir de part ledit citeit , car sour luy fut fait enqueste et fut bien pro- 
veit^ tant par luy com par aitruy, qu'ilh avoit parleit, aidiet et conforteit 
sondit frère Andrier de Lardieu. Mains quant ilh y oit esteit III mois et 
XXIX (jours) , ilh escappat par l'aide d'on jovene moyne deldit engliese ^ 
qu'ilh avoit sedut, qui estoit dieque, qui avoit nom frère Johans de Ballan- 
che en Pereuse. Et s'en allont neutrenailment dedens mâtine avale le paiis^ 
porquen y pluseurs en orent à souffrir, enssi com vos oreis après. 
De maistre Urobert L'au M CCCC ct XXXVI , Ic XV« jour dc mois de may, fut pris li fis mais- 
ain.caooybe. ^^^ Walticr Datiu ^ cuy ons appelloit maistre Lambert Datin. qui estoit 

docteur en drois et en loy mult sufiissant, et estoit canoyne del grant en- 
gliese de Liège de Saint-Lambert et prevos de Saint-Denis, canoyne de 
Saint-Martin et de Saint-Poul en Liège, et canoyne de grant engliese à 
Outreit ' et acolit de pape: et vos dirons le manière comment ilh fut pris. 
— Premier vos deveis savoir que lidis Waltier Datin avoit une rente elle 
terre de Dolhen , à une vilhe appellée Geléemont % asseis près de Rosmel '; 
là ilh Waltier Datin avoit cent muy de spelte, qui ly estoient venus de part 
une femme qu'ilh avoit eut, qui fut filhe à uns appelleit Johans de Bruisse, 
et estoient Waltier de lAanole et Wilhem de Manole, canoynes de Saint- 
Lambert, oncles de ladit femme. — Gheli maistre Lambert avoit une journée 
à Juléemont, partant que ladit rente ons ne voloit nient paiier à Waltier 
Datin son père; por quoy la citeit de Liège, qui at grant puissanche, cuy 
Dieu vuelhe maintenir en honeur, avoit et encor at des bons amis cuy Dieu 

De johan GiouE de vi- vuclhc tous gardcir, dont li uns appelleit Johans Clous de Viseit, maire, 
'^'^' est venus as maistres del citeit qui estoient por le temps, assavoir nostre 

De Henri del Cachie. maistrc Heuris dcl Cachlc et son compangnon qui estoit lieutenant de nostre 

maistre Giele de Messe, qui estoit aleis aveque le peuple de Liège vers Bos- 
senove* et le Hau Castelet, où ilh destruirent mult de maison d&robeurs. Et 
dest lidis Clous que le devantdit maistre Lambert devoit eistre à teile jour à 

1 Utrecht * On trouvera plos loui un réeit de cette ezpé- 

* Julémont. dition de Boienove. 

* Hameau dépendant de Battice. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 321 

Geiéemont, et que ilh y envoiassent puissanche por luy prendre , car ave* 
que eaux ilh yroit, ilh y sayoil bien les voies et le chemien. Et les maistres 
le fisent enssi, car ilhs y envoiont des valhans gens. Ch'estoit chouse rai- 
sonable que nostre maistre Henri del Cachie ne lassast point la citeit, par- 
tant que son compangnon estoit devant Bossenove, enssi corn dit est. — 
Ilh y envoiat uns appelleis Clous del Ciiievre, qui avoit esteit maistre del 
citeit, et aveque luy pluseurs notables bons compangnons , partant que ilh 
Henris del Cachie sentoit cheli Clous hardis et uns bons de grant corraige, 
com ilh estoit. Et enssi lidit Henris, qui estoit maistre del citeit, fust trop 
corochiet s'ilh awissent fauseit dédit maistre Lambert à prendre, car mult 
ons redobtoit sa grant subtiliteit et scienche. 

Et quant ilhs vinrent asseis près de Geléemont en I bosquet , là trovont- 
ilh ledit Johans Clous de Viseit qui là les avoit mis lieu et journée , et avoit 
deleis * luy pluseurs bons compangnons de Viseit et de là-en tour. Et là rema- 
nirent-ilhs ton quois dedens les bosquages, et ordinont certains compan- 
gnons, tant à chevals com à piet, por aviseir et gardeir le passaige par où 
lidit maistre Lambert passeroit ou venroit, qui estoit dedens la vilhe de 
Treit, et pluseurs en fisent monteir sour les grans arbres, car ilhs fussent 
mult corochiés s'ilh les fust escappeis , mult bien fesoient gardeir les pas , 
et soie tenoient en bois mult secrètement. Et cheli Johans Clouz , les gens 
que aveque li avoit et luy-meismes, savoient mult bien la voie par où ilh 
devoit venir; l'heure et le temps approchant que ilh devoit venir, les gaites 
aperchurent qu'ilh venoit bien monteis à II chevals, enssi com uns notau- Poi 79,f«. 
ble sangnour qu'ilh estoit; et tantoist que les gaites le veirent venir, ilh 
acururent aux capitaines, qui estoient Clous del Chievre et Johans de Ber- 
nalmont. Adonc ilh vint, et les capitaines sour les champs vinrent et son- 
gnont de li à encloure, car ilh estoit bien monteis. 

Adonc tantoist les capitaines rescriont en disant : c< Avant tarons, soions GommentmtisireLâin- 
» tous proidhommes qu'ilh ne nos escap ; car ch'est l'homme en monde qui ^ ^^*' 

» plus nos puet greveir. » — ce Par le sanc Dieu , dest Clous del Chievre qui 
» principale capitaine estoit, se je y voie homme qui ne fâche son devoir 
» por son cheval à trènchier ', la citeit est riche asseis por luy à rendre : je 

' Auprès de. le sens d'épargner, signification que ne donnent 

^ * Le chroniqueur semble prendre ce mot dans pas les glossaires. 

4i 



322 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



De Colair Coelet. 



» le diray aux maistres qai le diront à peuple. » Adonc furent tous cheaz 
qui là estoient hardis comme porc sangleis^et furent troveis tous proid* 
hommes, et montont sour les champs et ont bien gardeis les pas. — Et fut 
enclouse et pris sens nulle deffense par I compangnon appelleis Colair Go- 
det; se père avoit esteit banereche de fevre, et portât le banier dédit mes- 
tier quant li grant sédition fut la nuit des Roys. Et cheli Colair estoit variés 
des maistres, et en fut porcheli priese mult bien loweis, qui n'avint nient 
sovent à cheaux qui servent la commone, partant que en la commone at 
tant de maistres que ons ne les puet bien servir. En dont ch'est I tort, car 
veritaublement je croie que la commone de Liège ne demande que droit et 
justiche quant ilh est bien informeit , et fait grant pechiet qui les infourme 
contre raison. — Cheli Colet * oit le cheval sor quoy lidit maistre Lambert 
seioit, partant qu'ilh y vint tou premier, et qu'ilh le prist et le metit jus de 
son cheval, qui estoit beaux et bons, com ons disoit, et enssi ons li veit 
longtemps chevalchier aval le citeit; et fist remonteir maistre Lambert sor 
son cheval qu'ilh chevalchoit quant ilh le prist. — Et fut pris le varlet ledit 
maistre Lambert par les gens Johans Clouse de Viseit; et le prist I appelleis 
GerartdeThier de Viseit, et orent cheaux de Viseit son cheval. 

Ilh s'enlevât là grant discors, por les chevals sor quoy maistre Lambert et 

son varlet chevalchoient, et en fut entre eaux grant stril ^ partant que che 

estoient gens qui savoient les passaiges, dont les capitaines disoient qu'ilh 

ne les dévoient point avoir, car solonc raison, puisque Colet avoit pris le 

Discortporieteheviu. cheval maistrc Lambert, ilh le devoit avoir, com ilh eut. — Et eut encoir 

lidit Colet des grandes parchons des hulhiers appartinantes à Waltier Datin 
et Wilhem, et en fut depuis riche homme, et en fist faire une notauble 
maison à Sainte-JMagriet defours les resteais, là ilh demoroit en temps que 
je escrip chi libre ; ilh se passasse bien d'onne plus petite maison à jour del 
sédition. — Ors revenrai-ge à maistre Lambert, qui futameneis par derier 
Geléemont, qui avoit esteit pris sour le chemien qui vat de Geléemont à 
Treit; et fut ameneis sens chu qu'ilh awist rescosse ne hahay de patis de 
Lemborch; ne li castelan de Lemborch, qui adonc estoit mesire Renart de 
Berch chevalier, en cuy officheet halteur de Doihen ilh estoit pris, ne fist 



De Gerart de Thier. 



De maistre Lambert. 



* Plus haut Cockt. 

* Querelle, dispute. Ce mot est, plus directe- 



ment que eêtrif, formé de Fallemand streit. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 323 

onques deffense par K ne les siens sorseans de la terre^ fours que les com- 
mones gens et les pastureals qui aloient veioir les gens d'armes passeir^ qui 
ne saVoient dont chu venoit. — Ilh fut ameneis fours de paiis de Brabant 
par deriér le fortereche de Sève % li et son varlet ^ et par Thospitale Saint- 
Germain, et pa^ont parmi le petit Wande ^ De là vinrent-ilh à Jupilhe; 
partant qu'ilh y avoit tant de gens, por Iny mies à wardeir, ilh prisent 1 
bateal et montont sour Mouse, et vinrent à Harsta ' deleis Cronmouse. De 
là furent ilhs emeneis, li maistre et li varlet, tou dois en le thour de Ber- 
nalmont '; et là iurent-ilhs assis à soppeir, car ilh estoit jà tart el nuit. — 
Adonc lidit maistre Lambert fut de pluseurs raisons araisonneit del grande 
sédition de son père et de ses amis, auxqiieiles pou ilh respondit, et re-* 
manit elle prison en Bernalmont pluseurs jours. Et de là fut-ilh ameneis 
sour les champs, et fut asseneis ' sor 1 bure sor le voie qui tent de Bernal- 
mont à Boxtea '. Chi bure est appelleis le Gurgule; ilh fut jetteis dedens par F01.79, t». 
nuit , et anchois qu'ilh y fust jetteis^ enssi que alcuns disoient, ilh fut férus 
d'en marteal sour son tieste. — Et cheaz qui li jettont, furent Renchon de commentoiaiitreLam- 
Point et Olivier de Roial aveuque pluseurs altres. Et puis revinrent à « >° »« »• 

Liège à mëennuit à cheaz qui gaitoient la citeit, partant que li peuple de 
Liège estoit vers Bosennove et altre part fours de paiis , en disant : c( Maistre 
» Lambert Datin est mors, ons ne le vierat jamais plus. » Dont une grant 
partie d'eaux en fut mult liiés et joians, car ilh le dobtoient fortement, por 
le grant scienche et subtiliteit qu'ilh àvoit et por sa puissanche. 

Ilhs quidoient mult bien celeir le lieu là ilh estoit, et là ilh l'avoient 
jetfeit; mains les pastureals, qui gardoient vaches et porcheaz, berbis et 
agneais, aloient soventjoweir en tour ledit bure, com enfans ont à cons- 
tomme del faire. Cheli bure n'estoit nient grandement parfond ; par quen 
là ilh regardoient dedens cheli bure, ilh» veioient al fons une homme 
qui gisoit là mors, et avoit muchiet ^ un blanc sarot'. Ilhs le dessent à leurs commeniiiuiistraLam- 
gens, com enfans fpnt. Dont les novelles en vinrent as maistres de Liège, 
par quen cheaz qui en savoient à parleir dessent que che estoit maistre 

' Châleaa dont 11 ne reste plus que des mines, * Au-dessus de Herstal. 

sur les hauteurs k la droite de la Meuse, près de * Frappé. Assermer daus Roquefort. 

Waodre. * Bouchtay, hameau de Vottem. 

* Wandre. ' Revêtu. 

• Herstal. • Sarrau. 



/ 



324 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Lambert Datin. Ilh fut premier aperchus par lesdis pasiureais par I ven- 
redis. £t les maistres, quant ilh aperchureat que le peuple en poroit par- 
leir et murmureir grandement, ilh envoient III de leurs variés qui bien le 
voie à dit bure savoient — car je croie qu'ilh y avoient esteit quant ilh y fut 
jetteis, et lavoient eaux-mesmes jetteis lavai — por jeteir sus del terre affin 
qu'ilh ne fust nient plus enssi veus; et en y gettont bien legierement : car 
vos saveis que, quant ilh sont en teile valtrie, ou variés com des maistres, 
ilhs se passent mult bien de grandement à labureir; car li plus grant partie 
s'i met por eskivireir le labeur, mains ilh hantent mult volen tiers les tavernes; 
car ch'est la plus grant songne qu'ilh ont; aveque les galois * ilh sont tous. 
— En celle fosse remanit enterreis lidit maistre Lambert environ d'on aiu, 
que ons pensoit qu'ilh fust rewasteis % partant que ons ne le veioit plus enssi 
com ons soloit faire. Dont les hulheurs, à cuy lidit bure estoit, leur prist 
sens de cheli bure raleleir ' et aleir ens; et quant ilh furent ens avaleis, ilh 
trovont là dedens maistre Lambert qui estoit fort consummis, partant que 
les variés, dont j'ay chi-devant parleit, n avoient nient sour li jetteit grande- 
ment de terre, dfiin qu'ilh awissent plus toist faite leur journée , enssi qu'ilh 
font volenlier por r'alleir plus toist à la taverne. — Et les ovriers, qui en bure 
estoient, quant ilh le trovont, ilh commenchont ha^ à crier, en disant : c< Par 
» le sang Dieu, veschi 1 bons mors, qu'en ferons? nos lairons ovre, nos ne 
» volons plus chi ovreir. » Adonc dessent les maistres délie ovraige : « N'y 
» aconteis riens, béais enfans, metei-le en pannier, et nos le sacherons sus ^ 
» et le metterons en terre , car toute terre est bénite. » Cheli maistre fut 
I bons proidhons, ons l'appelloit Colair de Tav. Et fist enierreir ledit mais- 
tre Lambert sus les champs, une oine parfon. De là dient alcuns qu'ilh fut 
oisteit et ensevelis à Sainle-Foid , deleis Saint-Linart ; et les altres dient 
qu'ilh fut mis as Croisiers dedens; mains vraiement je n'en saie à présent la 
veriteit , car je le diroie. 
Le confirmation de» Aprcs, l'aiu XHIJc et XXXVII, Ic XIIII"" jour dc mois de Julie, impetront 

al empire d'AUemangne , et en après revinrent nostre maistre Henris del 
Gachie, et awec li danseais Johans de Floions et maistre Anthone, clers 

* Prubablemeul pour galloises, femmes de mau- ' Reprendre un ouvrage, 

vaise vie. * Haut. 

' Retiré. ^ Nous le Urcrous en haut. 



biens de ches Datinftl 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 323 

del citeit de Liège, qui furent euvoiet de part les maistres et le conselhe 
del citeil de Liège al einperreur Sigismonde, al cause de Waltier Datin et 
Wîlhem son cusin et leurs complices ; et raportont lettre dédit emperreur^ 
dont li sens est teile que^se enssi estoit que ilh estoit infourmeit que cheaux 
Datin awissent fait et machineit infideliteit et sédition contre la citeit de 
Liège, enssi que notoire estoit solonc la sentenche que sour chu en estoit 
rendue, et por ledit transgression et grant malfait, qui estoit contre les pri- 
vilèges deldit citeit que les emperreurs y avoient donneit d'anchienement, F01.80, r^. 
lidit emperreur concédât et donnât à leveir et mettre al réparation del citeit 
les biens des devantdites Waltier Datin et Wilhem aveque leurs com- 
plices. Et de chu lidit emperreur en envoiat une lettre saelée de son saele Lettrcsconireiesbien» 
aux esquevins de Liège, qu'ilhs en jugassent quant ilhs en seroient requis 
solonc loy et solonc les status del citeit qui estoient concedeis de part les 
emperreurs, et que cbes biens fussent en nom dédit emperreur^ les maistres 
del citeit et le conselhe del citeit governeis, et fussent convertis al utiliteit 
et necessiteit del citeit. Et l'autre lettre fut de part ledit emperreur donneit 
et envoiet aux maistres et conselhiers deldit citeit : donneit ambdois l'ain 
M CCCC et XXXVll, le XIIII™ jour de mois de juUe. — Item l'ain XII1I<^ 
et XXXVIII, le III™ jour de mob de jenvier, fut ochis à Namur Wilhem wnhemD.tinfutoehis. 
Datin, jadit maistre de Liège, qui estoit uns de principal del sédition 
devantdit, et s'enfuirent les faitueles en une mostier, et furent pris en dit 
mostier, et furent tous trois mis à mort. Por quoy monsaingnour de Liège 
jettatune cesse * sour cheaz qui avoient violeit ledit engliese; mains les Na- 
murois appelloht al encontre. 

Chis après s'ensiiet la letre des allianches* entre les mestiers de Liège, Leietredesaïuanehe» 
por et al cause del sédition qui fut faite à Liège par cheauz Datin et leurs ^•?^L^»*8*»"*^«"*f«'*^* 
aidans, l'an M CCCC et XXXIII. 

u A tous cheaux qui ches présentes letres veront et oront, les maistres, 
jureis, conselhe de la citeit de Liège, et toutes les personnes et universiteit 
generalment des bons mestiers des fevres, chairliers, cheruwiers, mol- lm ooms de» xxxii 
niers, bolengiers, vingnerons, hulheurs, prexheurs *, toneliers et sclaideurs, "'* *'" '^ '*^^** 
porteurs , bresseurs, drappiers, retondeurs , entalheups , vairenscohirs , vies- 

> Interdit. Liège, etc., p. 391. 

' Cet acte a été publié par M. de Ram, dans " Par erreur, sans doute, pour pexfuursj pè- 
ses Documents relatifs aux troubles du pays de ctieurs. 



326 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

warîer^ nayveurs, soyeurs, maremers, carpentiers, mâchons, covreurs, cor- 
deweaiers, corbesiers, texeurs, cureurs et toiliers, herengiers et fruitiers, 
mangons , taneurs , chandelon et flokeniers , merchiers , oirfevres del citeil 
franchisse et banlieu de Liège, salut en Dieu. Savoir faisons que, comme 
picha,por les griefs et horribles deplaintes,remonstranehes et famé publique 

De waitier Datin. qui soy faisoicut sour et en le personne de Waltier Datin de Montengnée, 

à celi temps grand maire et esquevin de Liège, des grans, énormes et détes- 
tables excès, fais et perpetreis par ledit Waltier al encontre délie loy, des 
franchieses, paix, honeur et profit délie cité, lesquels avoit pluseurs fois 
jureis. tant en vendant ycelles nos franchieses en temps que ' hault et puisant 
prinche monsaingnour Johan de Beawier, esleu de Liège et conte de Looz, 
de bonne mémoire, comme de pluseurs altres forfais par ledit Waltier perpe- 
treis envers pluseurs et grand nombre de singuleirs personnes, contre droit, 
loy et les franchieses délie citeit, et dont, pour de che savoir le veriteit, et 
droit, raison et equiteit voloir maintenir, et des excès devantdîs savoir la 
droit et juste veriteit, ilh at esteit, par nostre tres-reverend peire en Dieu, 
hault et puissant prinche et redobté singnour monsingnour de Liège, com- 
mis et instaublis alcuns de son noble eonselhe, et parelhement par nos la 
cité, les maistres, jureis, ^Icuns de nos borgois etcommissairs, lesquels, ensi- 
want nos franchieses et régiment que les esquevins salve et warde par loy, 
et en presenche de alcuns deputeis de part les saingnours de vénérable 
capitle de Liège, faite enqueste et inquisition deu, comme puissans en teile 
cas comme d'on des membres de la citeit, porveu que les esquevins de Liège 
astoient por Ihors absens délie citeit; et fuist par eaux troveis que, avant et 
anchois que feu mondis signour de Beawier polsisse pervenir ne de nos la 
citeit avoir le summe de Vl"> coronnes de Franche por nos franchies à 
ravoir, ilh covinveque ilh prometisse à donneir aldit Waltier Datin XXIIII^^ 
coronnes de Franches, enssiqu ilh s'en apparoit tant par dois letres patentes 
^aeleez dédit monsaingneur de Bealwier, qui pluseurs fois nos ont esteit en 
palais episcopale monstreez et liietes , comme par le tesmongnage et deposi- 

Foi.8o,v«. tion de nobles et valhant et notables personnes; et que après ilh awissent 

troveit que le prescript Waltier Datin avoit, par pluseurs fois, et à pluseurs 
et grand nombre de gens, pris por une banissement grant nombre d'oir et 

' De? 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 327 

d'ai^ent, dont,8olonc loy et le Paix des XVI qu'ilh avoit jureit, ilh ne devoit 
avoir ne demandeir por I banissement que sept sols de bonne monoie lie- 
gois , comme cely cas à plain nos constat par le cognissanche meisme que 
lidit Waltier eii fist par devant nos , endit Palais à Liège, et enssi par devant 
les esquevÎDS, dont le contraire avoit jureit. — Et enssi awissent enques- Les artvciM contre wat- 
teit des altres en pluseurs poins et artycles dont ledit Waltiier avoient tro- 
veit calpable, tant de l'oir, argent et joweals qui avoient esteit pris et 
embleis en le maison de damehel Jehanne, femme jadit Thiri de Chenal, 
jadit esquevin de Liège, dont lidit Waltiier devoit bien savoir à parleir et 
supporteir yceiles et che voloir concelleir, comme de pluseurs altres excès 
et énormes fais dont les enquestes et plaintes sour che faites continent, les- 
quelles seroient trop longes à escrire, et dont por cause de briefteit nos en 
raportons aux enquestes qui en ont esteit faites et que faire s'en poront. — 
En yiertu desquelles desplaintes, inquisitions , enquestes et provanches, 
ilh, lydis Waltier Datin, fut de part nostredit tres-redobté signour monsin- 
gnourde Liège crieis et publiiés banis fours de ses paiis de Liège et de commeni waiii«r d» . 
Looz à tousjours por ses démérites, et enssi de part nos la citeit crieis et 
publiiés albains fours délie citeit, franchiese et banlieu à tousjours mais, 
sens rappeaul , comme vendeurs de franchieses, enssi qu'ilh appert es crys 
sor che fais, registreit en papire autentike des maistres de ladit cite. — Et 
dont après ledit Waltier, par sa folie ^ outraige, pau amirant les crys sor 
che fais, revenisse en ycelle citeit, dont en obtenant et observant nos fran- 
chieses fnist par nos fourschachiés , et por le porchache , priier et emova- 
tions qui fait avoient esteit par les binvoilhans et amis dédit Waltier, ilh 
fuist par nos le citeit entirement ordineit et passeit que nos toute ly uni- 
versiteit de ladit citeit, franchiese et banlieu de Li^e, et cascon de nous 
par ly^ jurymes soUempnement sour sains, comme nos fesymes , que jamais 
le temps future contre lesdis crys fais sour le personne de prénommé Wal- 
tier Datin nos n'irymes ', procurimes ne ferimes procureir ne de che aultre 
siiete. — Et ilh soit enssi que, non obstant les deplaintes, remonstranches, 
fammes, enquestes, cognissanche, crys, publications, siietes et seriment, 
dont ehi devant est fait mention, ilh ait esteit, par le enorte et porcache 
dédit Waltier, et enssi par le confort, assistenches et alloîanches de Wil- 

' Jwymes dans le MS. 



328 CHRONIQUE DE JEAPl DE STAVELOT. 

haime Datio son cusin^ en temps qu'ilh estoit maistre de Liège, et altres 
leurs complices, porcachiet, procureit et fait exhortation ad ce, que lidit 
Waltier posist, contre nous serimens, franchieses et les crys sour che fais, 
revenir en la citeit de Liège, en donnant faussement à entendre que lydis 
Waltier n avoit pont esteit myneis ne traitiiés par droit ne par loy. — Et de 
fait, aperchivant que à leurs falses et traites exhortations ilh ne poroient 
parvenir sens séditions, trahisons, obsattes et armées faire, ilhs , tousjours 
perseverans en leur iniquiteis , et por nos tous et le citeit generalmeht sup- 
pediteir, avoir à bas et à leur volenteit, se parvenir y polsissent.,apie Dieu 
nostre Créateur n'at pont volut consentir, fisent pluseurs armées et ob- 
sattes, crys, hahay et séditions, tant de jours comme de nuit, en portant 
une des pengneceal del citeit et altres, en recopant et faisant recopeir et 
crieir aux armes en pluseurs vilhes, tant à Montengnée, à Ans, comme en 
altres vilhes en le Hesbaing et ailheurs. — Et enssi de fait ad che porveut. 
Fol. 81, r*. nos corirent sus, battant, stichant, lanchant et traiant d'arches et d'abalas- 

tres, tant en llleal des fevres comme sur le marchiet à Liège. — Enssi que 
principalment et évidemment apparut le nuit des Roys, Tan X1II1<^ et 
XXXIII, à laqueile journée , se Nostre-Signour, Nostre- Damme et li glo- 
rieu martyr saint Lambiert n'y awissent porveyut, et se troveis n'awis- 
simes esteit porveyus, ilh apparut que nos astimes faussement trahis, et le 
citeit mis à bas et à volenteit. — Si que tout che que dit est par deseur bin 
considereit, par grand advis et meure délibération, et por d'icelli jour en 
avant remediier à che que teiles porcaches, exhortations, séditions, trahi- 
sons, obsattes, armées, crys et hahay, qui sont les plus hauls crismes 
ennemy et contraires à justiches des altres ne soy fâchent ', et affin que 
d'ors en avant nos puissons l'une ailes * aultres fraternelment useir nos vies 
en uniteit, amour et tranquilliteit, et que reputeis ne soiions de nuls cas 
contre droit, loy et raison, et por remediier aile punition et correction 
principalment dédit Waltier, de Wilhem son cusin, et de plusseurs leurs 
complices, une bonne enqueste deu par loy et solonc nos franchieses ait 
esteit fait par maistres et jureis. — En laqueile enqueste ledit Wilhem 

' Je supplée , d'après le texte des Documents sont nécessaires pour compléter la phrase. 
relatif» mtx trot^les du pays de Liège, etc., ces * Sans doute pour adiez, auprès, 

trois derniers roots qui manquent dans le MS. et 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 329 

• 

Datîn et aultres pluseurs ses complices notoires sont troveis sediteurs^ 
traittes, malfaiteurs de vilains cas et parjures, comme ceals qui voloient 
faire sédition et traïson en le cité et avoir ycelle à bas et à leurs volenteit, 
enssi que de part hault et puissant prinche , nostre tres-chier et redobté 
singnour monsingnour de Liège, de maire et esquevins de Liège et de la 
citeit, ont esteit crieis et publiiés al peron à Liège, enssi qu'ilh est conte- 
nut es crys sour che fais, lesqueis sont dedens ches présentes infichiiés et 
annexeis. — i^os les maistres, jureis, conselhe et boins mestiers deseurdis, Leseriiiientdepeupi«. 
por nos et por tout le cileit generalment, promettons et avons en couvent 
li une de nos envers l'autre, comme loials, fidèles et catoliques, sour nos- 
tre part de paradis et sour le dampnation de nos aymes , que nos tenons 
et à tousjours tenrons por ferme et estauble les enquestes faites sour le 
personne de Waltier Datin, les siiettes, crys et seriment sour che par nos 
fais, comme che tenons yestre fait solonc droit, loy et les franchieses délie 
citeit, et enssi considéré que par les esquevins de Liège at esteit jtigiiet les 
enquestes et cry fais sour ledit Waltier yestre fais par loy et solon les fran- 
chieses délie citeik, enssi qu'ilh appert ens letres sour che faites et saeleez 
desdis maire et esquevins de Liège. — Et avant promettons et avons en cou- 
vent comme deseur, por nous, nous heurs et successeurs, li une de nos 
envers l'autre, et sour le dampnation de nostre ayme, de tenir, et tenons 
por juste, ferme et estauble les enquestes et crys fais sours le devantnom- 
meis Wilhem Datin et ses complices notoires, com des altres cris à ceste 
occasion fais ou que ons poroit faire tochant che que dit est, sens pourca- 
cbier ne procureir, ne souffrir porcachier ne procureir, en secreit ou en 
appert, allencontre. — Anchois, se ly une de nos ensemble ou les alcuns 
de' nos à par ly aperchi vîmes ou poymes aperchivoir queileconque mou- 
tion S porchache, priier, assemblées qui soy fesissent contre che que dit 
est. tantoist che par nos sceyut et pervenut à nostre cognissanche, le nun- 
cherons as maistres ou conselhe et boins borgois del citeit, nous tous en- 
sembles, ou les alcuns de nos les susdis boins maistres, se ensemble ne 
poy Dîmes eistre ou venir, metteriens remeides, et contresterimes de fait 
contre tous cheals qui che faire et obtenir volroient. — Et se en che faisant 
les alcuns de nos lesdis maistres et boins mestiers ou singuleirs personnes 

> Pour motion , émotion. 

42 



330 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

avoient queîique besongne, perilles, dommages ou dobte, nos de présent 
pour doncques le prendons en nostre sauf-garde et protection^ et les jet- 
terons et oistérons de' tous perilies, damaiges, frais et dispens^ là iihs 
seroient par cheli cas incheus ou poroient incheoir. 

Fol. 81, V». » Et avons ordineit^ statuet, accordeit, promis et creanteit^ et par ches 

présentes lelres ordinons, statuons, accordons, promettons et creantons 
comme deseur que, s'ilh advenoit, que Dieu ne vueihe, que nulle personne, 

De eheas qui feront dc queîique estat qui fuisse, alaisse, procurasse, porchachasse , ou fesisse 

contre lesdit ordi- ,,. ii« •ii mii j*a« j 

nancbe. alleir, porchactiier ne procureir aliencontre de che que dit est par deseur, 

que tantost che seyut et par bonne enqueste ou altres provanches solonc 
loy ou les franchieses del citeit mis à cleirs, ycelle personne, se altenus 
estoit, devrat incontinent sens* remission rechivre payne capitaile. — Et se 
attenir ons ne le puet, devrat eistre cryeis et publiiés al peron à Liège à 
tousjours mais albain , et sa femme et enfans oisteis et priveis de toutes 
franchieses et Hberteis de ladite citeit et de tous lesdis boins mestiers, sens 
remission. — Et enssi qui ne soit nuls quiv, pour le fait advenut sour lesdis 
sediteurs et traitres, tant devant et le nuit des Roys comme des fais qui 
puis cheli en sont advenus , soy plende ne fâche revengement ne roaneche , 
ne queilque entendement ou semblant de ly à revengier, sour incheoir en 
le indignation délie cité et eistre albain à tousjours de ladit cité, attendu 
que che que fait en at esteit tenons por nostre fait entirementi — En priant 
et requérant à tous juges là teiles plaintes poroient parvenir, et par espe* 
cial commandant à teils qui les status del citeit ont et auront à jugier , 
que de teiles plaintes iih ne se vuelent de riens entremelleir ne jugier. — 
Leterimentdesaïuins Eu oultrc , ct solon Ics crys ct publicatious fais sour les personnes qui 

sont banis et albains à stuit, enssi qu'ilh est contenut et les noms ' escrips 
es crys sour che fais, y teils enssi publiiés feront à leurs revenue teile seri- 
ment que chi -après est contenut et deviseit, par -devant les maistres, 
esquevins, jureis et conselhe del citeit : 

« Vos jureis sollempnement, sour sains et sour le dampnatîon de vostre 
}> ayme, que jamais en vostre vivant ne sereis en lieu ne à conselhe là ilh 
» doie advenir, ne aedier à conselhier, celleir ne sortenir del advenir sedi- 
n tion et traïson en la citeit entres les borgois ethabitans d'icelle. En après 

* A leurs nonu, porte le texte des Documents relatifs aux troubles du pays de Liège. 



CHRONIQUE DE JËAIN DE STAVELOT. 331 

jureis solleoipnement, sour sains, que jamais à Waltier Datin , à Wilhem 
Datin ne à lears complices notoires, derainement publiiés par nostre 
tres-reverend peire en Dieu et nostre tres-redobteit singnour monsin- 
gnour de Liège, de maieur et esquevins de Liège, et des mais très, jureis, 
conselhe et universiteit de ladite citeit et franchiese et banlieu, comme 
sediteurs, traittes, malfaiteurs et parjures, enssi qu'ilh est contenut es 
crys sour ce fais à cheaux ou à celles qui porteir favoir ne escuseir les 
voiront, ne que jamais ne fereis aiede, conselhe, assistenche, n'en ne 
procureis n'en ne souffrereis à procureir à vostre loial poioir, de nuit ne 
de jour, d'eaux à revenir en la citeit ne paiis de Liège et de Looz. — Et 
oultre vos jureis com desçurs que jamais por le fait del sédition et traïson 
de part cheaux Datin et leurs complicbes advenue , ne pour chouse qui 
vos soit advenut, ne fereis, souffereis ne fereis faire à personne qui à celle 
sédition et traïson de part lesdis Waltier et Wilhem et leursdis com- 
plices aiet fait contraire, gravanche, damaige ne destourbier, en corps 
ne en bien, ne de nuit ne de jour, en secreit ne en appert, par vos ne 
par aultre, en nulle manière, ne que jamais ne impetreis ne fereis impe- 
treir à pape, legaul ne altre, délie faire alleir ne venir allencontre de 
che présent seriment. » 
» £t teile seriment feront tous cheaux qui sont tenus de voies et altre- 
ment envers la citeit. Et enssi tous cheaux qui par Tenqueste que les mais- 
Ires, esquevins et jureis doient faire en le banlieu et altre part, qui seront 
troveis avoir esteis aidans et confortans en plusseurs manires et altrement 
auxdis notoires sediteurs et traittes. Et oultre plus s'obligeront par-devant 
le maieur et esquevins de Liège, sihault que sour leurs honneurs, corps 
et avoir, que jamais n'yront allencontre de che que dit est. Et avant ferons Foi. ss, r*. 
nous et cascon de nos les boins borsois des boins mestiers teil seriment Le triment des me»- 
que declareit est chi-desous, et sens delay, et enssi tous cheaux qui en 
temps future voiront, eistre borgois d'ycelle cité , à leur novelle institution : 

« Vous jureis sollempnement, sour sains et sour le dampnation de vostre Le seriment dos no- 

. . "^ . ,. Il » j ••' j- veaîs borgois. 

ayme, que jamais VOS ne sereis en heu ne conselhe ou vos doues aedier 
à conselhier, celleir ne sourtenir del advenir sédition et traïson en le cité 
» de Liège, ne que jamais à Waltier Datin, à Wilhelm Datin ne à leurs 
» complices notoires, sediteurs, traitres, malfaiteurs et parjures, ne aussy 
» à cheaux ou à celles qui aedier, porteir faveur ne excuseir les volroient, 






332 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

» ne que jamais ne fereis aiede, conselhe ne assistenche^ ne ne procureis ne 
o souffereis à procureir d'eaux revenir en le cité et paiis de Liège et du 
» Looz. » 

Les^aibaios »« w>rte- » Iteui , avous ordineit, promis et creanteit, et par ches présentes ordi- 

nons, promettons et creantons comme deseur^ que jamais tous cheaux 
qui sont banis et albains, à stuit et à voies, ou qui les poront eistre \ ne 
porteront ofiiches en nuls de nosdis boins mestiers, n'en ne feront siietes 
ne croies. — Et portant que che soit ferme chouse et estauble.) et à tousjours 
entirement tenue sens embrisier, nos les maistres, jureis et conselhe de- 
seurdis avons faites apendre' à ches présentes le grant sael de ladite cité, et 
nos les governeurs, jureis et toutes les personnes et universiteit des boins 
mestiers deseurdis, et cascon de nos mestiers à par ly, avons fait appendre 
nous propres saels, en tesmongnaige et corroboration de veriteit. Qui furent 
faites et donneez sour Tain quattre cens et XXXllI, le XV^ jour d'abrilb. » 
Copie faite par nos le maieqr et les esquevins de Liège , extrait hours de 
papire aux banissement des cas cryminals. « L'an X1I1I<^ etXXXllI, le se- 

Le copie de papire aux coud jour d'avriUi, furcut crycis bannis, et commandeis départ monsain- 

banisseiuent. it* • i ii. «• • ^ i "'iii 

gnour de Liège, si que de sa halteur et saingnorie, fours de pans délie 
evesqueit de Liège et conteit de Looz à tousjours, Wilhelm Datin, Gerar 
de Goreur, Johan de Harche et leurs aultres compliches, enssi comme chi 
devant sont nommeis sour LXXVII *, comme sediteurs, traittres, mailfai- 
teurs et parjures, par le raison de ché qu'ilh est bien et deutement proveit 
qu'ilhs ont fait obsattès, mandeit gens dedens et débours la cité et fait re- 
Decheaz Datin de gran coupcirà pluscurs vilhcs, ct fait nutrenalmcnt' pluseurs grandes assembleez 
crys anis. ^^ obsatlcs dc gcus armcis en pluseurs maisons et plaiches sour le mar- 

chiet à Liège \ atout une pengnecheals del cité, et allèrent de fait porveu 
por corir sus le boins mestiers délie cité, en trayant enssi d'arches et 
d'arbalaistres , por faire sédition et traïson en la citeit et avoir ycelle à bas et 
à leur volenteit. — Et fut là meismes publiiet qu'ilh ne fusse nuls ne nulle 

* Le texte des Documents relatifs aux troubles relatifs aux troubles du pays de Liège, p. 389. 
du pays de Liège ajoute ici: solone loy, ou les ' Nous avons déjà reocontré cette expression, 

frankieses del cité et syetes d'icelles. qui parait bien signifier nuitamment. 

' Ce chiffre indique encore le feuillet du MS. ^ Le texte des Documents porte ici : sour te 

où sont nommés les bannis. Voir plus haut p. 31B, marchiet et altrepart, et venus à tres^rand nombre 

et comparer avec Tacte publié dans les Documents de gens armeis sour le mardtiet à Liège. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 535 

w 
m 

qui de chi jour en avant les fesisse confort ne aiede, sour eistre en teîle 
point. £t là meismes furent tous les deseurnommeis cryeis banis à tous- 
jours fours délie franchiese délie cité de Liège, por les cas deseurdis. par 
nous le niaieur et les esquevins de Liège en la manière deseur dicte. 

» Item , ensiwant les franchieses délie citeit furent tous les deseurnom- 
meis, leurs femmes et enfans, excepteit cheaux qui estoient deseagiés, et 
aussi cheaz qui estoient fours de leurs governe et mambornie, cryeis 
albains fours délie citeit, franchiese et banlieu, par maistres, conselhe et 
universiteit delledite cité, franchiese et banlieu, à tousjours mais, sens 
rappeal , de quen loy ne franchiese délie cité ne les doient aedier ne valeur ', 
com sediteurs, traitles, malfaiteurs de vilain cas et parjure, par le raison 
de che qu'ilh est bien et deutement proveit qu'ilhs ont fait obsattes , man- foi. sa, t». 
deit gens dedens et débours la cité, fait recoupeir à pluseurs vilhes, et fait 
nutrenalment grandes assembleez et obsattes de gens armeis en pluseurs 
maisons et plaiche en la cité, et venus à très -grand nombre de gens 
armeis sour le marchiet à Liège, atout unie des pongneceals délie cité, et 
allèrent de fait corir sus alcuns boins mestiers délie citeit^ combattans, 
stichans, lanchans et trayans d'arches et d'arbalastres après eaux por faire 
sédition et traison en le cité et avoir ycelle à bas et à leur volenteit. — Et 
aussi portant qu'ilh ontalleit alkncontre des franchieses, droitures, paix, 
honeurs et profit deldite cité, comme cheaux qui les avoient jureis plu- 
seurs fois. — Et avant que tous cheaux qui les aederont, sourtenront ou 
procurront, feront confort, aide ne assistenche en manière nulle, de che 
jour en avant, seront en telle point. — Et qui plus est, qui mefferat ou 
mefferoient aux deseurnommeis ensi albains com dit est, ilh ne mciTeroit 
ne méfieront, nen ne seront por che de rins attenus. — Et que femmes et 
enfans vuydent dedens thiers jours , et que ne soit nuls ne nulle qui fâche 
à leurs corps queilque desplaisiers dedens lesdis trois jours. — Et en tes- 
mongne des maistres et universiteit deseurdis, lesquels crys deseurdis 
furent par Wilhem de Velroux, submaieur por le temps en fealteit, por 
Stasin Chabot singnour de Omenzee, soveraiiî maieur de Liège, là présent 
aile requeste Pastreit Bareit Surlet, escuwiers, Johans de Lévrier, mais- 
tres, et pluseurs de conselhe en nom délie cité, mis en le v^arde de nos les 
esquevins là présent, assavoir: Coen Hullongne, Gulairdin Fleron, Roiche' 

' Sans doute pour valoir, ' Roche dans les Documents, etc. 



334 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Warouz , pannetir, Baîré et Vilieir. Donné par copie sus les saels Wilhem 
de Velroux, submaire deseurdit, Johans le Pollen de Waroux et Henry 
Goen, nos maistres pour les temps et connesquevins de Liège ^ desqueis 
usons tous ensembles en teil et semblancas, sor Tan, mois et jour deseur 
script. » 

Fol. 85, r». Revenant à nostre mateire où nous laviens lassiet, Tan M GCCC XXXIII , 

assavoir est que l'an devantdit, le XXV® jour de mois de février, furent 

Des robeur sour Lie- asscmblcis pluscurs capitaincs de pluseurs fortereches et garnison des mar- 
ches al tour de nostre paiis, delqueile summe estoit CGC et XVI chevals^ et 
y estoient les capitaines de Montagny et de Mont de Saint-Gornée, de Bos- 
nove, de Hau Ghastelet, de Vilhi et Vilieir. et de pluseurs aultres forte- 
reches, lesqueis entront por leur maie aventure à Govin, lendemain del 
Saint-Mathier \ qui estoit le jour de quermeal '. £t mangnont chi jour tartes, 
et fioons , et fromaiges, et tout chouse qu'ilh trovont, et ne gardont point 
le premier jour de queremme, enssi com cristiens ont à constumme et 
doient faire par droit. £t despoulhont et robunt tout ladit vilhe de Govin, 
et prisent VIII prisonniers deldit vilhe. — Et après ilhs ardirent II maisons 
delledit vilhe, et dessent à cheaz qui estoient fuys elle fortereche qu'ilh 
arderoient toute la vilhe se ilh ne le rachatoient. Et fut rachatée ladit 
vilhe XIIII<^ clinkar d'oir, et emmenont aveque eaux chis qui estoit rema* 
nus del paiier ledit argent. Et enssi en rallont-ilh à grant joie, et enpor» 
tout grant avoir. — Quant li balhier de Govin aperchut qu'il en ralloient, 
ilh fist recoupeir et sonneir aval le paiis, et vinrent aveque li environ 
de quatre-vins chevals ei^ pluseurs pitons, et estoient aveque li capitains 
Oust d'Ablen et Gerar de Thilhi , et pluseurs aultres gentis et hardis com- 
pangnons de paiis de Liège, et les resewirent-ilh hours de paii&de Liège 
plus de IX liewe, c|u'ilh ne mangnont tout jour ne tout nuit jusqu'à tant 
qu'ilh orent victoire de leurs anemis. — Et quant ilhs vinrent en une 
vilhe là ilhs entendirent que leurs anemis estoient, ilhs s'asemblont et 
orent teile conseilhe que Gerart de Thilhi , qui savoit parleir leur langatge, 
les yroit porjetteir et regardeir leurs maintins, et emenat aveque li X bons 
hardis compangnons. — Et quant ilh appreppont le vilhe, ilhs trovont les 

* Saint -Ma thias. le sens de premier jour du carême. 

* La phrase suivante donne à cette expression 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 335 

II waites qui pensoient que nuUus ne les resewisse; et quant lès gaites les 
veirent, ilhs demandont en béais franchois : a Qui vit? qui esteis-vos? queis 
» est li cry? » Et li devandit Gerart respondit en béais franchois qu'ilh 
estoient de leur compangnie, et qu'ilh amenoit encours des prisonniers; 
enssi pasieblement yinrent-ilhs elle dit vilhe, que se faisoit appelleir Ha- 
nappe. — Et de hosteile à hosteile entroit lidit Gerart, et demandoit qu'ilh 
powis herbegier aveque eaux^, et cascon le refusoit, car tous les logiches 
estoient plains de gens et de chevals. Et quant lidit Gerart oit considereit et 
demandeit à cascon hosteile quant personne ilh y avoit herbegant ^ ; et en Liegois oreot victoire 
chesti vilhe n'y estoient i\ient tous, car oultre le rivier estoit la plus grant 
partie. — Et quant lidit Gerart oit bin regardeit et veyut tout leur forche, 
ilh et ses compangnons revinrent deleis leurs altres gens, et ordinont que à 
quatres costeis ilhs les assalheroient et buteroient les feux dedens les pre- 
miers maisons, pour eaux à donneir clarteit, car chè estoit par nuit et fai- 
soit asseis ténébreux. Et fîsent tout enssi. ^— Et gentyment les assalhirent en 
criant fortement: c< Nostre-Damme aile assay, et Agymont al rexhousse. » 
Et quant ilh oîrent che dit, ilhs criont all'encontre : « Nostre-Damme al 
» defFense, et Engleterre al rexhousse. » Et les larons quant ilhs veirent que 
ly forche n'estoit mie à eaux, adonc vint li uns des plus grans capitaines, 
et priât s'ilh y avoit nuls gentis bons qu'ilh le presisse à prisonnier, et ilh 
renderoient tout le perdre et le priese et les prisoniers, et donnerait XV^ 
salut d'or. Là fut-ilh ochis et arses avèques tous ses compangnons, et ardi- 
rent tout les maisons là ilhs estoient herbegiet , et ne prisent onques per- 
sonnes à merchi de tous cheaux qu'ilh porent attenir. Et en fut ochis que 
ars lïIP et XVI. 

L'ain devant, le XXIX^' jour de mois de may, dan Henri délie Cherais, Dei banioe dei perier 
proveur dei monasteir de Saint-Lorent, qui après en fut abbeit , prist et oit 
plaine usanche et pasieble possession dei heraine dei perier' Saint-Lorent, ^ 
et le propre jour devantdit le fist-ilh par chenais ' de bois tourneir dedens Poi. ss, ?«. 
les buies de plonke dei fontaine, por venir et servir en ledit abbie de Saint- 
Lorent de bonne ayewe et à grant planteit. — En cel ain, le dierain jour 
de may, assavoir le jour dei Pentechoste , ly saint-peire le pape Eugène co- 

^ Encore une phrase qui parait incomplète. ' Ghéneaux. 

• Carrière. 



336 CHRONIQUE DE JEAN DE STÀVELOT. 

L'empereur sigismoii- Tonat l'empereuF Sigismonde del troisayme coronne en la citeit de Romme. 

Et quant ilh eut esteit coroneis , enssi que la constumroe en est, ilh vint sus 
le pont^ où ilh fist X chevaliers. — En cel ain, le jour le Saint-Jaqueme et 

Des maistrei. Sdint-Christofre, furent fais maistres délie citeit Fastré Baré Surlet et Bal- 

duin de Lardier, et furent fais solonc le noveal regyment par les XXXII 
hommes de mestier enlis par les commissairs. — En cel ain exhibunt à 
Liège alcuns juwis jadit, qui à présent estoient devenus cristiens, certains 
bulles de pape de Romme, qui certifioient que bien cent juwis estoient de- 

Myracie de Nostre- veuuç cHstiens , car Nostre-Damme sainte Marie s'estoit apparut à Nathan, 
sion de c juwi». qui csloit maistrc del loy des juwis, qui tenoit spn fil Jhesucrist en démon- 

strant V plaies : pour lequeile rayracle lydit Nathan fist dire messe, et après 
messe ilh se fist baptezier, et tantoist après bien cent de ses amis. Et avint 
che en Allemangne en le présent année. 

Lanxiiii«etxxxiiii. Apres, cu ccl année X111I<^ et XXXllII, fut fait une spécial messe à Saint- 
Lambert , en rendant grasce à Jhesucrist qui avoit donneit as bons cristiens 

Grantoeehisiondeahe dcllc vclhc Prailc ct à leurs aidans, qui le jour délie Ascension avoient gan- 
reiques e raie. ^^^^^ |^ uovc Plailc, et mctircut tous les hérétiques qu'ilh porent atrapeir 

al espée là dedens, et en fut à chest fois plus de VIII'" ochis que noiiet. — 
Et après les hérétiques, qui avoient fait le siège devant le bonne vilhe de 
Belsenne \ quant ilh seurent que lenovePraile estoit gangnié, ilh soy dépar- 
tirent et revinrent, et eslirent une plache emmy les champs por ratendre et 
rasonleir * toutes les vilhes et les gens qui estoient de leur aide : pour qooy 
Albert li duc d'Ostrich à grant puissanche, et aveque cheaz délie citeit de 
Praigue et cheaz del vilhe de Besen, les corurent sus à tous costeis, anchois 
que leurs compangnons y venissent. Et commenchat la batalhe emmy le 
jour,' et durât le nuit apries, et le secon jour jusque à II heures, sens cessa- 
Terribieoechisiond'he tion. — Et fut H summc qui là furcut ochis des hérétiques environ de 

XXII"', entres lesquels fut ochis Prochopius , qui estoit leur principal capi- 
taine , et estoit del ordre des frères meneurs , et l'autre capitaine oit nom 
Lupus et pluseurs altres. — Apres encors li remanant desdis hérétiques 
rassemblont une gran nombre de gens por eaux à revengier et reconioien- 
chier leur guère ; pour quen les devantdis bons cristiens se rassemblont et 
les corurent sus, et en ochirent tant que mervelhe. Et une grant quantiteit 

' Sans doute la ville de Pilsen. * Rassembler, réunir. 



retiques. 






CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 337 

s'enfuirent en une bonne vilhe fermée qui estoit de leur aide, et furent là 
dedens tous ars et la vilhe aveque eaux. — En cel ain à Saint- Jaqueme Desmautres. 
furent maistres de Liège Ali&andre de Sarangne * et Gerart del Yesque- 
court. 

En cel ain, le IIII<' jour de mois de septembre, à XII heures emmy le jour, 
trespassat ly vénérable abbeit de Saint-Lorent, dan Henri Ade, de cuy 
ayme aietDieu merchi, car che fut chis qui remist ladit monasteir en reli- 
gion et reformation et en tout bonnes ordinanches, enssi corn nos dirons 
chi-apres. Et chi propre jour, à V heures après médis, fut r'eslus dan Henris 
del Gherais à abbeit deldit monasteir par le voie de Saint-Esperit. 

Revenant à nostre mateire, l'an devantdit, assavoir XIIII® et XXXIIII, le foi. iot, f«. 
11* jour d'octembre, environ de IX heures al vesprée, s'enlevât une mult L**rxnii'"xxxnii. 
terrible vens , et fut li teu de plonc del monasteir de Saint-Lorent laide- 
ment descoviert, et tremblât tout H dorteur et les altres maisons et offi- 
chines deldit engliese, et furent les arbres des jardiens presque tous raiis ' 
et conbrisiiés , et nient seulement en ledit monasteir, mains enssi parelhe- 
ment aux aultres englieses, maisons, boveries, jardiens et bois par l'eves- 
queit de Liège; car li thour de Saint-Linart deleis Liège en fut abatue 
jusque as clokes, et le thour de mostier Saint-Martin à Viseit, et li thour 
d'Ëyke, et pluseurs altres maisons en pluseurs lieu furent abatue , mains les 
gens furent gardeis. — L'an XlIIl^'et XXXV, le jour del invention sainte croix, L'an xiiii« ei xxxv. 
fut chorus sus * mesire Nychol de Mamedy, canoine de Sains-Martin, en son 
enclostre de Sains-Martin , et fut lanchiet de une glaive parmy le corps , 
de quoy le trosemme jour après ilh morut. Et quant ilh fut mors, les trois 
englieses coUegials de Saint-Martin, Sains-Poul et Sains-Johans, atout 
leur habit ecclesiaste et leurs crois abassiet en herchant * à terre, l'enporta- 
rent en palais, et le monstrarent et le presentarent à monsangneur l'evesque 
de Liège, en monstrant les plaies , chantant et disant à monsangneur lamen- 
tablement comment ons avoit fait à son clerc. Apres chu fut raporteis à 
Sains-Martin et ensevelis. Et remanit enssi la chouse; car ilh n'oit frère ne 
amis qui s'en voisit gramment melleir plus avant. — En cel ain, al Saint- 

* Seraing. ' Arrachés. 

* Il y a ici, sans qu'il apparaisse de lacune dans * Couru sus. 
Ir récit, omission- de yingt-trois feuillets. * Traînant. 

43 



338 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

ocs maistrei. Jaquc , furciit inaîstres de Liège Henri del Cachie et Giele de Messe. — Apres. 

en mois d'awosl le XX^"^ jour, fut deeolleit en marchiet à Liège Henri de 
Chabot, partant qu'ilh avoit parleit et fait confort à Andrier de Lairedieu^ 
enssi com chi-devant est declareit. — En cel ain , en mois d'awost, fut tenus 
une grans conselhe à Aras, por traitier de paix entre le roy de Franche, le 
roy d'Engleterre et le duc de Borgongne , où ilh oit des cardinals envoies 
de part le concilhe de Baize ', et y oit pluseurs dus , contes et barons , et 
pluseurs archevesques et evesques et mult de grans clers. — A queile par- 
lement monsangneur de Liège, Johans de Looz, y fut mandeit de part le 

De eooseihe d;Aras où duc dc Borgouguc, qui estoit dus de Brabant et de pluseurs altres paiis , et . 
FrinchoisêtBorgelir- al priicr dc capîtlc de Liège et de conselhe délie citeit de Liège, y allât 

ledit evesque à noble compangnie des trois estas de paiis de Liège , tous 
blans vestis par deseur et foreis de roige par desous; et estoient toutes 
creveis le branke à rons tra ', si que ons veioit le roige forure ; et alat là 
monsangnour levesque à H cens chevals , tous enssi habituels ' comme dit 
est. — Et fut teilement li conseais tenus, que paix fut fait entre le roy de 
Franche, qui oit nom Karle le VU°><> de chi nom, et Philippe le duc de Bor- 
gongne, dont les Englés en oirent grant indignation al encontre de duc de 
Borgongne, qui les avoit lassiet et eaux refuseit. Et chis gran bien et cel 
paix lisent principalment les cardinals et les clers qui estoient en chi tem- 
poral deleis le pape Eugène, qui adonc estoit résident à Florenche, et enssi 
par cheas qui estoient là envoiet de part le conselhe de Baselle. Et fut 
acomplie et saelée la devantdit paix Fan devantdit, le XXl^' jour de mois 
de septembre, et est telle la tenure deldit paix fait à Arras. 

La tenure del paix d'À c( Philippe , par Ic grascc dc Dieu duc de Borgongne , de Brabant , de Lem- 

borc , etc. Savoir faisons à tous presens et advenir que comme , por et affin 
de parvenir à paix générale de ce royaulme, aient esteit tenues pluseurs 
journées, conventions et assembleez, et mismement en nostre vilhe et cité 
d'Auxoie et en la ville de Corbeel, et derainement at este accordé de tenir 
en ceste nostre vilhe d'Aras certaines journées et conventions sour ce fait 
de la paix générale, à laquelle mon tres-redobleis sengnour le roy Chairlois 
at envoiiet et soiient venus nos tres-chiers et tres-aimeis frères et cusiens 

' Sic pour Baizle, Bàle. lottes ou braies {kraecae)k crevés de forme ronde. 

' Ronds trous. Il s'agit sans doute ici de eu- ' Par erreur probablement pour habUléi, 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 339 

le duc de Bourbun et d'Avergne, le conte de Richemont, conistauble de LMoomsdefMDgneurs 
Franche, le conte de Vendôme, grant maistre d'oistel, et tres-reverend père ?fti^. 
en Dieu l'archevesque et duc de Rains, chancelier, Christofle de Harcourt, 
Giellebert sengnour de la Faiete, mariscal de Franche, maistre Adam de Foi. 107, y. 
Gambray, premier président en parlement, et maistre Johans Tudert, doyen 
de Paris, conselleir et maistre des requestes de l'oistel de roy, et Guilhem 
Charectier, Estienne Moriau ', aussi ses chancellier, Johans Chatenier et Ro- 
bert Maillier, secretairs de monseingnour le roy, et tous ses ambasseurs; et, 
de la part de nostre tres-chiers sengnour le roy d'Engleterre , y sont venus 
tres-reverend peire en Dieu l'archevesque d'Iorcke , nos ameis cusiens les 
contes de Hongtincon et de Soufforle, révérends peire en Dieu les evesques 
de Norant*, Saint-David et de Lisiaulx, et pluseurs aultres gens d'Engle- 
terre et séculiers ambasseurs de nostre tres-chiers sengnour et cusien d'En- 
gletert*e; et enssi y soions venus et comparus en nostre personne, à com- 
pangnie de pluseurs de nostre sang et aultres nos feals vassauls et subgés en 
gran nombre. A laqueile convention et journée de part nostre saint-peire le 
pappe Eugène ait esté envoiet tres-reverend père en Dieu, nostre tres-chier 
et especial amis le cardinal de Sainte-Crois, atout boin et suffisant poyoir 
de nostre saint-pere ; et de part le saint conciele de Baesle samblamment 
aient este envoiiés et soiienl venus tres-reverend père en Dieu, nostre tres- 
chier et amé cousien li cardinal de Cypre , tres-reverends pères en Dieu , les 
evesque de Bo&one' etd'Albingne, Nycolas, prevost de Traconnie, Guilhem 
Hugues, archidyacre de Mes en Lottraine, ambasseurs d'ycelui conciele et 
ayans pooir suffisant sour ce dudit conciele. Par-devant lesqueis cardinals, 
legaulx et ambasseurs de nostredit saint-pere et du saint conciele, soient 
comparus lesdis ambasseurs de France, d'une part, et d'Engleterre, d'autre, 
et nos enssi en nostre personne, toute fois qu'ilh at este bussongne, et par 
ycheax ambasseurs aient esté faites pluseurs overtures et oblations d'on 
costé et d'autre. Et combien que finablement de la part de mondit sen- 
gnour le roy par sesdis ambasseurs aient este faites aux gens et ambasseurs 
d'Engleterre grandes et notables offires et oblations, affin de parvenir à ladite 

* Et non Marcel f comme récrit par erreur Jean ne sera pas nécessaire, 

de Stavelot. Je oollationne ce texte sur celui de la * Pour Nanvich. 

chronique de Monstrelet (H, 187), et je le conser- • Vérone, dans Monstrclet. 
verai du reste soi^eusemcnt là où une correction 



340 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

paix générale, lesquelles, comme ilh sembloit auxdis cardinals et autres 
legaulx et ambasseurs de nostredit saint-pere et de conciele, estoient justes 
et raisenables, et ne les poyoient ou dévoient raissonablement escondier ou 
reffuseir lesdis ambasseurs d'Engleterre,'et que lesdis cardinalx de Sainte- 
Crois et de Cypre et autres ambasseurs du saint conciele euissent priet et 
requis à ycheaux ambasseurs d'Engleterre de les accepteir, en leur dissant 
et remonstrant que autrement, ou cas qu'ils ne voldroient entendre par 
effecte à ladit paix générale, ilz avoient charge et commandement de nostre- 
dit saint-pere et du saint conciele de nos exhorteir, requerier et someir 
de entendre aveque mondit sengneur le roy à paix particuleire et union 
aveque luy, en tant que touchier nos poiont, toutesvois les ambassadeurs 
d'Engleterre n'ont volut accepteir les ouffres à eaux faites, mains se sont 
départis de nostredit ville d'Aras sens aucune conclusion , ne sens voloir 
prendre ne accepteir jour certain de retourneir. Por quoy nos, après le 
département par lesdis cardinalx et autres legaulz et ambasseurs de nostre> 
dit saint-pere et du conciel, ayons esté exhorté, requis et someit de voloir 
entendre par effecte à ladit paix particuleire et reunion aveque mondit 
sengnour le roy, moienant que, por le cas de la mort de feu nostre tres- 
chier sangnour et père, cuy Dieu perdoint, et por nostre in ter est en ceste 
partie, nos soient, de part mondit sengnour le roy et ses ambasseurs deseur- 
nommeis à ce suflissament fondés, por luy et en son nom faites ouffres si 
raissonables , affien de satisfaction, recompensation et autrement, que en 
deverons estre contens : lesquelles ouffres par lesdis ambasseurs de celuy 
mondit sengnour le roy aient esté bailliés par escript en une roUe de papier 
auxdis cardinalx et ambasseurs de conciele et par ycheaux avons * présen- 
tées, duquelle roUe le contenut de mot à mot s'ensiiet : 
» Chu sont les offres que nos Chairle le duc de Bourbunn etd'Avergne, 
Fol. 108, r«. Artus conte de Richemont, conistauble de Franche, Loys conte de Bour- 

'vrln'^. * '*^ *" boun et conte de Vendôme , Renaut archevesque et duc de Rains , chan- 

cellier de Franche, Christofre de Harcourl, Gillebert sengnour de laFayete, 

mariscal de France, Adam de Cambray, président en parlement, et Johan 

Tudert, doyen de Paris, consellier et maistres des requestes, Guillem 

^ Charetier, Estienne Moriau % consellier, Johan Chatenier et Robert Mallier. 

' Par erreur sans doute pour à nous. comme il Ta fait plus haut. 

* Le chroniqueur n'a plus écrit ici Mareet, 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 341 

secrétaires, et tous ambasseurs de Ghairlois ' roy de France, nostre sove- 
rain sengnour, estaîns présentement en la ville d'Aras , faysons, pour et ou 
nom du roy, à monseingnour le duc de Borgongne et de Brabant, por son 
interest et querelle qu'il a et puet avoir aile encontre du roy , tant à cause 
de la mort de feu monseingnour Johan duc de Borgongne, son père, 
comme autrement, affien de parvenir aveque luy à traitiet de paix et con- 
corde. , 

» Premièrement, que le roy dira, ou par ses gens notables soflissamment 
fondés fera dier à mondit sengnour de Borgongne . que la mort de mon- 
sengnour le duc Johan, son père, cuy Dieu absolle, fut iniquement et mal- 
vaisement faite* par cheaux qui perpetrirent ledit cas, et par malvais consel, 
et lui en at todis displait et de présent displait de tout son cuer, et que, se 
il euist sceu ledit cas, et eu teile eiage et entendement qu'il a de présent, il 
euist obviet à son poyoir; mains il estoit bien jovenne, et avoit por lors 
petite cognissanche, et ne fut point si avisé que de y porveioir; et priera à 
inonsengnour de Borgogne que toutes rancuers ou haymes qu'il puet avoir 
alencontre de luy à cause de ce, il l'oest de son cuer, et que entre eaux ait 
bonne paix et amour ; et se fera de ce expresse mention es letres qui seront 
faites de l'acorde et traitiet entre eaulx. 

» Item, que tous cheaux qui perpetrarent ledit malvais cas ou en furent 
consentans, le roy abandonera, et fera toute diligence possible de les faire 
prendre et apprehendeir, quelque part que troveis poroint estre, poreistre 
pugnis en corps et en biens, et se apprehendre ' ne puelent estre , les banira 
et fera banier à toujours, sans grâce ne rapeaul, hors du royalme et daul- 
phineit, avoeque confiscation de tous leurs biens, et seront hors de tous 
traytiés. 

» Item , ne souffera le roy aucuns d'eaux estre receptez ou favorisiés en 
aucun lieu de son obéissance, et fera cryeir et publiier par tous les lieus 
deldit royalme et daulphineit aconstummeis de faire crys et publications, 
que acuns ne les recept ou favorisie,sour paine de confiscation de corps et 
de biens. 

» Item, et que mondit sengnour de Borgongne, le plus toist qu'ilh pora 
bonnement après ledit acorde passé, nomera cheaux dont ilh est ou sera 

' Sk. Cfiarles, dans Monstrdet. ' Sans doute pour appréhendés, comme il est 

' Mot omis par notre chroniqueur. dans Monstrelet. 



542 CHROiNlQUË D£ JEAN DE STAVELOT. 

lors informé qui perpetrirent ledit malvais cas ou en furent consentains^ 
aflin que incontinent et dilligemment soit procedeit allencontre d'eaux de 
la part du roy com desus est dit. Et en oultre, por ce que mondit sengnour 
de Borgongne n at point encores avoir vraie cognissance, ne donné infor- 
mation de tous cheaux qui perpetrirent ledit malvais cas ou en forent con- 
sentans, toutes les fois que chi-apres en sera deutement informé ' d aucuns 
autres , ilh les pora nommeir et signifier par ses letres patentes ou aultre- 
ment suflissamment à roy^ lequel en che cas sera tenus de faire procedeir 
tantoist et dilligemment par le manier desusdit, etc. 

» Item, que por larme doudit feu monseingnour le duc de Borgongne 
et de feu messire Archebaut de Fones * sengnour de Novaille \ qui fut mort 
avec luy, et de tous aultres trespasseis à causes des divisions et gueres de 
che royalme, seront faites les fondations et édifices qui s'ensiwent: ch'est 
assavoir en l'engliese de Monstreau, en laqueile fut premiers enterreis le 
corps * doudit feu monseingnour le duc Johans, serat fondée une capelle 
et cappelain ' d'onne messe basse de requiem cascon jour perpetuelment, 
laqueile sera rentée et dotée convenablement de rentes amorties jusqu'à la 
Fol. 108, v«. somme de LX Ib. par. par an, et garnie de calix et aournemens d'engUese 

bien et suffissamment, et tout aux despens du roy; et laqueile capelle 
sera à la collation de mondit sengnour et ses successeurs dus de Boi^ngne 
à tousjours. 

» Item, que en ladit ville de Monstreail, ou à plus près d'ycelle que faire 
soy pora bonnement, sera faite, construite et edifiié par le roy et à ses frais 
et despens une engliese, covent et monasteire de chartroux, ch'est à savoir 
por 1 prieux et Xll religieux, avoeque les clostre, salles, refroitoires , 
grangnes et autres édifices qui y seront necessars et covengnables ; et les- 
queiles chartroux, ch'est assavoir une priéux et XII religieux, seront fon- 
deis par le roy de bonnes rentes et revenues annuelles et perpetueles , et 
bien amorties suffissamment et convenablement, tant por le vivre des reli- 
gieux et entretenement du divien service, comme por le sustenement des 
édifices don monasteire et autrement, et jusqu'à la somme de VIII^ Ib. par. 
de revenue par an, à l'ordinanceet p&r Tadvis de tres-reverend père en 

' Mot omis par notre chroniqueur. * Mot omis. 

* De Foix, dans Monstrelet ' Chapelainie, dans Monstrelct. 

' Noaille», Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 343 

Dieii^ monseigneur le cardinale de Sainte- Crois, ou d'icelui ou cheaux 
qu'il vora à che commetre. 

» Item , et que sour ie point dédit Monstreau , en lieu où fut faite ledit 
malvais cas, sera faite et edifiié, et bin entaillié et entretenue à tousjours, 
une belle crois, as despens du roy, et de teile faction et enssi qu'il sera 
avisé par ledit monseignour le cardinale ou ses commis. 

» l(«m, et qu'en l'engliese des chairtroux de Dijon, en* laquelle giist et 
repoise à présent le corps dudit feu monseignour le duc Johan, sera fondée 
par le roy et à ses despens une autre messe de requiem , qui sera dit cas- 
chon jour perpeluelment à grant auteile de ladite engliese, à teile heure 
qui sera avisée, et laqueile fondation sera dotée et assennée de bonnes 
rentes amorties jusqu'à la summe de cent livres par. de revenue par an, et 
enssi garnie de calix et aournemens d'engliese, comme desus. 

» Item, et que lesdites fondations et édifices seront commenchiés à faire 
le plus toist que faire soy pora bonnement, en especial commenchera-l'en 
à dire et celebreir lesdites messes incontinent après ledit accorde passé; et 
à regarde des édifices qui se doient faire en ladite ville de Monstreau , ou 
à plus près d'ycelle, l'en y commenchera à ovreir dedens trois mois après 
che que ladit ville de Monstreau sera réduite en l'obeisance, et continurat- 
l'en dilligemment et sans interruption, tellement que tous yoheaux édifices 
seront asomeis ^ et parfais dedens V ans après ensuyvant; et quant auxdis 
fondations, l'en y busongra ' sans delay le plus toist que faire se pora bon- 
nement. Et por ces causes, tan toist après ledit accorde passé, sera faite et 
assommié la fondation de la haulte messe es chartroux les Dijon, dont des- 
sus est fait mention , aveque che qui en depent, ch'est assavoir les livres, 
calice et aultres chouses à ce nécessaires; et aussi y sera dit et célébrée aux 
despens du roy la basse messe cotidiane qui doit eistre fondée en l'engliese 
de Monstreau , jusques à ce que ladit ville de Monstreau sera réduite en 
l'obeysance du roy ; et à surplus , touchant les édifices et fondations qui se 
doient faire en ladit ville de Monstreau, ou au plus près d'ycelle, de la part 
du roy, sera miesse, dedens lesdis trois mois après que y celle ville de 
Monstreau sera réduite en l'obeysance du roy, es mains de celuy ou cheaux 

' Terminés. Le mot est dans Roquefort. Le texte * Poor be$<mgnera. 
modernisé de Monstrelet porte achevés. 



344 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

que y vodra commetre ledit monseignour le cardinal de Sainte^Crois , cer- 
taine sumnie d'argent suflissante por conimenchier à faire lesdis édifices 
et achateir lesdis calices, livres, ornemens et aultres chouses à che neces- 
sars et covengnables; et d'autre part seront aussi lors avissées, assises et 
delivereez les rentes desus declareez, montant por ledit lieu de Monstreau 
VIII<^ LX Ib! par. par ain , bien revenans et segurement amorties et assises 
au plus près que bonnement faire se pora dédit lieu de Monstreau, sans y 
FM. io9,r«. comprendre les cent Ib. par. de rente par an, qui tantoist doient eistre 

assises por le fondation de ladite hautte messe es chartroux les Dijon. 

» Item, et que en recompensa lion des joyaulx et autres biens meubles 
que avoit feu monseignour Johan au temps de son deches, qui furent pries 
et perdus, et por en avoir et achateir des autres en lieu dycheaux, le roy 
paiera et fera baillier, reaiment et de fait, à mondit sengnour de Borgogne 
la summe de L*" vies escûs d'or, du pois de LXIIII au marck de Troies, 
VIII oncfaes por le marck, à XXIIII caras et une quart de remeide d'aloy ', 
ou aultre monoie d'or coursable à la valeur, aux termines qui s'ensuivent, 
ch'est assavoir XV™ de Pasques prochaynement venans en ung an, qui çom- 
menchera l'an mille III1<' XXXVII, et XV™ as Pasques enssyvans mille 
II1I<^ XXXVIII, et les XX™ qui resteroint aux termynes des Pasques aussi 
esqueiles commenchera l'an mille IIII^ XXXIX *; et aveque che sera sauveit 
et réservé à mondit sengnour de Borgongne son occasion ' et porsuite à 
regarde de belle colleir de feu mondit sengnour le duc Johan^, allencontre 
de tous cheaux qui l'ont eut et ont, por l'avoir et recovreir por ledis col- 
leir et joyaux avoir à son profit ^, en oultre et par-dessus lesdis L mille 
escus. 

» Item , et que ' de la part du roy à mondit sengnour de Borgongne , por 
partie de son interest , seront deslaysiés et aveque che bailliés et transpor- 
teis de noveal , por luy, ses hoirs procréés de son corps et les hoirs de ses 
hoirs , en dischendant tousjours en directe ligne , se soient maries ou femel- 
les, les terres et sengnouries qui s'ensuivent : ch'est assavoir les cité et con- 

' Et à vingt-quatre karati d'alai, dans Mons- * Occation, œchùison, oehaisùn, aehoise a le 

iretet. sens d'action, 

* Et let XX^ qui réitérant, aux Paque$ emui- * Pour Vavoir et recouvrer et partiitement autre$ 

vants, qui sera Van mit quatre cent trente-neuf, joyaux à son profit, dans Monstrelet. 
Ibid. * Quant par erreur dans le MS. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 345 

teit de Mascon, ensemble ' toutes les villes, bailleries, terres, cens, rentes 
et revenues queileconques , qui sont et appartenent, et doient oompeteir et 
appartenir en demaine au roy ' et à la coronne de France, et en portant les 
bailieries royalx ' de Mascon et Saint-Guegon et es metes d'ycheux, aveque 
toutes les appertenanches et appendlches d'ycelle conté de Mascon et autres 
sengnories que tient et doit tenier le roy en demaine et de demaine % en et 
par tout les bailieries de Mascon et Saint-Guegon , tant en fieses ' et arier- 
fieses , confiscation , patronages d englieses , collations de bénéfices comme 
en autres drois et profis quelleconques , sans y riens retenir de la part du 
roy de che qui toiche et puet touchier la demaine, sengnourie et jurisdic- 
tion ordinaire des contés et lieux deseurdis; et est salve et reserveit au 
roy seulement * les fieses et homaiges des chouses desusdites, et le resort et 
soverainteis des englieses et subgés d'ycelles de fondation royale, es metes 
deseurdites bailieries enclavées en ycheux % et le droit de régal, là où ilh 
y a lieu, et autres drois royaulx appartenans d'anchiniteit à la couronne 
de France es bailieries deseurdis, por de ladite cité et conteitde Mascon, 
ensemble des villes, bailieries, terres et demaines desusdites, joyr et uzeir 
par mondit séngnour et sesdis hoirs à tousjours, et les tenier en foy et 
homaige du roy et de la coronne du France, et en parrie soubs le resort 
du roy et de sa court de parlement , sans moyen , parellement et en teile 
franchize , drois , prérogatives , com les autres paires de France. 

» Item, et aveque che de la part du roy seront transportées et bailliés à 
moudit séngnour de Bourgongne, et à ycelui de ses hoirs légitime procréés 
de son corps à quelle il delaysèra après son deches ladite conteit de Mascon 
tous les profis et emolumens quelconques qui escheront es dites bailieries 
royaux de Mascon et de Saint-Guegon, à cause des drois royals et sove- 
rainté appartenans au rois en ycheux bailieries, soient -par le moyen de la 
garde et soverainiteit des englies qui sont de fondation royaulx, et des 
subgés d'ycheux, drois de régals et autrement, tant en confiscation por 
quelle que cas que ce soit, en amendes et explois de justiche, le profit et 

' La cité et comté de Màcon el Saint-Jangon et ' Pour fiée , fiefs. 

les mettee d'ieeux, et avec ce ensemble. Monstrelet ' Semblablement dans Monstrelet. 

' Mot omis. ^ Elani auxdite baUUages el es mettes enclavées 

* Et par tous les villages royaux. Monstrelet. en iceitx» Ibid. 

* En domaine ancien. Ibid. 

44 



346 CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 

Fol. 109, V. emoliment de la monnoie* comme en autres profis queileconques , por 

joyr par monsingnour de Bourgoiigne et sondit hoir, pendant leur vie 
et du survivant d eux, tant seulement en et par la manière qui s'ensuit : 
c'est à savoir qu'à la nomination de mondit sengneur . de Bourgogne .^ et 
de sondit hoir après lui, ly roy commetera et ordinera celui qui sera balliu 
de Mascon por mondit sengnour de Borgongnci, juge royale et commis de 
part lui , à cognostre de tous cas royals et autres cbouses prooedans des bail- 
leries, lieux et enclavemens deseurdis, aussi avant et tout en la fourme et 
maneire que l'ont fait et aconstummé de faire par chi-devant les baillives 
royaulx de Mascon et de Saint-*Guegon qui ont esté du temps passé , le* 
queile bailliu de Saint*Guegon est et sera aboli par che moyen; et semblam- 
ment seront commis par le roy, à la nomination de mondis sengnour de 
Bourgongne et de sondit hoir, tos autres officiers nécessaires por lexercî- 
teit de ladite jurisdiction et drois royaulx tant castelains, capitaines, pre* 
vostes, sergans comme receveurs et autres qui exerceront leursdis offices, 
au nom du roy, au profit de mondis seingneur de Boi^ongne et de sondit 
hoir après luy, com dit est. 

» Item , et semblamment de la part du roy seront transportées et bailliés 
à mondis seingnour de Bourgongne, et à sondit hoir après luy, tous les 
profis des aydes, ch'est assavoir de grenier à sel, IlII™^ ' de vin vendu en 
detaile, impositions de toutes denrées, taillies, fouages, aydes et subven- 
tions queilleconques qui ont ou auront cours i» et qui sont ou seront impo- 
sées es élections de Mascon^ Ghaion, Ostun * et Langres, si avant que 
ycelles élections se estendent et por tant la ducheit ' de Bourgongne et 
conté de Ghairlois, et ladit conté de Mascon et tout le paiis masconois^ 
et es villes et terres queilconques enclauvés en ycelle ducheit, conteit et 
paiis, por joyr de la part de mondit. sengneur de Bourgongne et de son 
hoir après lui, de toutes lesdites aydes , tailles et autres subventions, en 
avoir le profit durant le cours de leur vie et du surivs^t d'eux; auquel 
mondit sengneur de Bourgogne et à sondit hoir appartendra la nomi- 
nation de tous les officiers à che necessars , soient clers , esleus et rece- 

' Ce mot que nous suppléons d'après le texte hoir pendant leur vie , est omis dans le MS. 
de Monstrelet, est ainsi écrit dans notre MS. : ' Quatrièmes. 

mann, < Autun. 

* Tout ce membre de phrase depuis : et son dit " En et par le pays et duché. Monstrelet. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 347 

vers et autres, et au roy la commission et institution comme desus. 

» Item, et enssi sera par le roy transportée et baillié à mondit sengneur 
de Boui^ngne à tosjours, 'por lui et por ses hoirs légitimes procreeis de 
son corps, et les hoirs de ses hoirs procreeis de leurs corps, soient maries ou 
femelles, deschendus en droit lingne, en hiretage perpétuel la citeit et con- 
teit d'Âuxoire aveque toutes ses appartenances, tant et parellement comme 
de tout en tout chi-desus est contenut de la dpnation deMascon, etc., en- 
terrement, etc., item de la quitance des aydes, etc., ^ 

» Item, et enssi seront par le roy transportées et bailliés à mondit sen- 
gnour de Bourgogne, por lui et ses hoirs légitimes procreeis de son corps, 
et les hoirs de ses hoirs procreeis de leurs corps, soient maries ou femelles, 
deschendus en ligne directe, à tousjours et en hiretage perpetuele, les chas- 
teaux, villes et chastelenies de Bare-sour-Sayne, ensemble toutes leurs ap- 
partenances et appendiches d'yoelles chastelenie, tant en demaines, juris- 
diction , justice , fieste, etc., et del tout parellement comme s'ensiiet en la 
devantdit^ donation et transportation de la conteit de Mascon , etc., '. 

» Item, et enssi de la part du roy sera transportée et baillié à mondit 
sengnour de Bourgongne, por lui et ses hoirs, comtes de Bourgongne, à 
toujours en hirtaige perpétuel, la garde de l'abbie de Luxole, ensemble 
tous les drois, profis et emolimens queileconques appartenaps à ladite 
garde, etc. 

)) Item, et enssi seront por le roy transporteez et bailliés à. mondit sen- 
gnour de Bourgongne, por lui et ses hoirs maries procrées de son corps, 
et les hoirs de ses hoirs marles^ tant seulement, procreeis de leurs corps et 
descendans d'eaux en lingne directe, à toujours en hiretaige perpétuel, les 
chasteaulx, villes, chastelainies et prevostés foraines de Peronne, Mondi- 
dier et Roy, aveque toutes leurs appartenances et appendices queilconques , 
tant en demaine, justice, jurisdiction , fieses, etc., et del tout parellement, 
comme se contient en la devantdite donation et transport de la conteit de 
Mascon, etc, 

» Item, et en oultre de la part du roy sera delaissié à mondit sengnour 
de Bourgongne, et à celui de ses hoirs à queile après son deches il laissera 

* Dans notre MS. ces etc. représentent le texte ' Même observation pour cet etc. et tous ceux 
de deux articles. qui suivent. 



348 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

Fol. f 10, r*. la conté d'Artois, la composition * des aydes en dit conteit d'Artois, resors 

et enclauvement dycelles, montant à présent à XII1I"> frans par an, sans 
che que mondit sengnour ne sondit hoirs après lui soient abstrains d'avoir 
autres don et ottroy du roy ne de ses successeurs^ etc. 

)) Item, que le roy baillera à mondit sengnour de Bourgogne por luy^ 
ses hoirs et ayans cause à tousjours toutes les ci teis, villes, fortresses, terres 
et sengnouries appartenant à la couronne de France de et sour * le rivier de 
Some, d'ung costeit et d'autre, comme Sains -Quintien, Corbie, Amiens, 
Abbeville et autres; ensembles toute la conté de Ponlieu, dechà et delà 
ladite rivier de Some, Dorlans, Saint -Riquier, Crivecuer, Alleux et Mor- 
tangue, avec leurs appartenances et appendiches queileconques , et toutes 
autres terres qui puelent appartenier à ladite coronne de France despuis 
ladite rivier de Some inclusivement, entrant de costé d'Artois, de Flandre 
et de Haynau, tant du royaulme comme de l'empire, et en comprendant 
aussi au regarde des villes séantes sor ladite rivier de Somme, de costé de 
la France, les banlieues et eschevinaiges d'ycelles villes, por joyrde part 
mondit sengnour de Bourgongne, sesdis hoirs et ayans cause, etc., jusqu'à 
rachat entirement de part le roy de la some de I1II<^ mille escus d'oir pa- 
relles comme desus aux L mille escus, etc. — item, nonobstant que la conté 
de Tournay remaint au roy, nientmoins elle paierai à duc de Bourgongne 
l'argent que solon leurs traitiel covent li ont del paiier entirement, etc.. et 
aurat le duc de Bourgongne jusqu'à plainne rachat des deseurdis Illi<^ mille 
escus en desusdis sengnories tous profis, haulteurs, jurisdiction^ comme en 
deseurdis transports et ordinances de Mascon , etc. 

» Item, aurat le deseurdit monsengnour de Bourgongne la conté de 
BoUongoe-sour-meir toute sa vie et de ses enfans maries tant seulement, 
parellement comme en l'artycle delà donation de Mascon, à cause des 
profis , jurisdiction , aydes , etc. 

» Item, doient avoir en ses mains le duc de Bourbun et d'Avergne le 
conté de Gien , por transporteir et delivreir à Johan de Bourgongne conte 
de Stamps ', jusqu'à tant que es le conte de Stamps arat suffissamment 
mostreit le transport que feu le duc de Berry fist à feu monseigneur Johan 

* Compensation dans M onstrelet. ' Comte dXtampes. 

* Deauê. Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 349 

de BourgODgne; car, che fait, doit eistre ladite conteit de Gyen à dit conte 
de Stamps, hoirs par le vigeur de transport à ly fais par monsengnour de 
Bourgogne , etc. 

» Item, que par le roy sera restttueit et paiiet à monseigneur le conte 
de Nevers et à dit monseigneur de Stamps son frère, la some de XXXII"* 
VllI^ escus d'or % que feu monsengnour le roy Chairle deraine trespassé fist 
prendre en l'engliese de Ruen *, etc. 

» Item, que mondit sengneur de Bourgongne ne sera tenus de faire 
aucune foy et bornage ne serviohe au roy des terres et sengnories qu'il 
tient à présent ou royalme de France , ne de celles qu'il doit avoir par che 
présent traitié, et parellement de celles qui escheier li poroient, tant seu- 
lement sa vie durant , etc. 

» Item, que il ne puist porteir à dit monsengnour de Bourgongne au- 
cune prejudiche allencontre des tenures des articles precedens , quant y 
nomera, escrira ou autrement recognostra le roy Ghairlois desusdit, son 
soverain sengnour, etc. 

» Item, et au regarde des feaulx et subgés de mondit sengnour de Bor- 
gongne , des sengnouries qu'ilh a et tient et doit avoir par che présent 
traitiet, et qui escheiier li poront durant les vies du roy et de luy, suppo- 
seit qu'il tinont aucuns fises de roy, ne poront eistre constrains de servi- 
che, etc., à roy, etc. 

» Item, et toutesvoies s'il avenoit que les Anglois, ou autres leurs aliés, 
fesissent gueres chy-apres à mondit sengnour de Borgongne ou à ses paiis 
et subgés, à l'occasion de che présent traitiet et acorde ou autrement, le roy 
sera tenu de sorcorier et aydier à mondit sengnour de Bourgongne, et à 
ses paiis et subgés auxqueis l'en feroit guerres, soit par meir ou par terre, 
à toute puissanche ou autrement^ solonc que le cas le requerat, ettout enssi 
com por son propre fait, etc. 

» Item, et que de la part du roy et de ses successeurs roys de Franche, 
ne sera fait priesse, ne souffrent faire ' par les prinches et sengnours de- 
seurdis aucune paix, traitié ou accorde aveque son adversaire et cheux de la 
part d'Engleterre , sans le signifier à mondit sengnour de Bourgongne et foi. ho, 

* Le texte de Monstrelet porte 3S,200. ' Ne sera faite ni promise, ni souffert faire, 

* Rouen. Monstrelet. 



330 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

à son hiretire principale après lui , et sans leur expresses consentement . 
et les appeller et comprendre, se compris y vuellent eistre, proveu que 
parellement soit fait de la part de mondit sengneur de Bourgongne et de 
son héritier principaule. au regarde et en tant comme il touche la guerre 
d entre France et Engleterre. 

n Item , et que mondit sengneur de Bourgongne et tous ses feaulx subgés 
et autres , qui par chi-devant ont porteit en armes 1 ensengne de mondit 
sengneur, ch'est assavoir la crois Saint-Andrieu , ne seront point conslrains 
de prendre ne portier autre ensengne, en quelque mandement ou armée 
qu'ilz soient, en che royaulme ou dehors, soit en la presenche du roy ou 
des conistaubles et mariscaulz , et soient à ses gaiges ou soudeez ou autre- 
ment. 

» Item , que li roy fera restitueir et desdamagier de leurs perdes ray^ 
sonables, et aussi de leurs ranchons, cheux qui furent pris li jour de la 
mort de feu monseingneur le duc Johan, cui Dieu absoile , et qui perdirent 
leurs biens et furent grandement ranchoneis. 

» Item , que à sourplus abolition générale soit faite de tous cas avenus 
et de toutes chouses dites, passées et faites à l'occasion des divisions de ce 
royalme, excepteit à regarde de cheux qui perpetrirent ledit malvais cas, 
ou furent consentans de la mort de feu mondit seingneur le duc Johan de 
Borgongne, lesqueis seront et demoront hors de tous traitiés; et que à 
sourplus chascun, d'ung costé et d'autre, retourne au sien, ch'est assavoir 
les gens d'englieses à leurs englieses et bénéfices , et les seculeirs à leurs 
terres , rentes , heritaiges et possessions et biens immeubles, en Testât qu'il 
sont, réservé à regarde des terres et sengnories estans en la conteit de 
Bourgongne, lesquelles mondit seingneur de Bourgongne, et feu monsei- 
gneur son père , ont eevus et retenues , ou ont donneez à autrui com con- 
fîsqueis à eaux à cause desdites guerres et divisions , lesqueiles seront et 
demoront, nonobstant ladite abolition et acorde, à ceux qui les tinent et 
possident; mains partout ailleurs chascun revenra à ses terres et hirtaiges, 
com dit est, sans che que por le démolition, empiremens, gardes de places 
ou réparations quelconques, on puist riens demandeir l'ung à l'autre, et 
sera chascun tenus quittes des hiretaiges ; mains au regarde des meubles 
pris à eux d'un costé ou d'autre, jamais ne pore estre faite aucune querelle 
ou question d'un costé ne d'autre. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 351 

» Item , et que par che présent traitié soient estintes et abolies toutes 
injures, malivolences et ranceurs, tant de parolles et de fait comme autre- 
ment, advenues ci-devant à l'occasion des ' divisions, partialiteis et gueres, 
et tant d'unne part que d'autre, sans che que aucun en* pust aucunne 
chouse demandeir, ne faire question ne porsuîte, par proches ne autre- 
ment, ne reprocher, ne donneir blasme, por avoir tenu aucunne partie, 
et qui feront ou diront le contraire, soient pugnis comme transgresseurs 
de paix solonc la qualité de meflTait. 

» Item, en che présent traitiet seront compris expressément, de la part 
de monseingnêur de Bourgogne, toutes les gens d'englieses, nobles, bones 
villes et autres, de quelconque estât qu'il soient, qui ont tenut son partie 
et de feu mondit seingneur son peire, et joyeront du benefiche de che 
présent traitiet, tant au regarde de l'abolition comme du recovreir et avoir 
tous leurs heritaiges et biens immeubles à eux empechiés, tant ou royaulme 
que en Dalphiné, à l'occasion desdites divisions, porveu qu'il accepteront 
che présent traitiçt et volroyent joyçr •. 

» Item, et consentera le roy, et de che baillera ses letres, que, s'il avenoit 
chi-apres que de sa part fust enfraint che présent traitiet, ses vassaux, 
feaulx , subgés et serviteurs, presens et à venier, ne soient plus tenus de luy 
obeiier ne servir, mains soient tenus des lors de servier mondit seingneur de 
Bourgoogne et ses successeurs allencontre de lui; et que en dit cas, tant qu£ 
lesdis feaulx, vassaulx, subgés et serviteurs porôient estre tenus paravi^nt 
envers le roy, soient quittes, sans che que por le temps après a venier, il 
leur pust eistre imputeit à cherge ou reproche, ne que l'en puist rien de- 
mandeir, et que, des maintenant por lors, le roy leur commande de enssi 
faire, et les quitte et descherge de tout obligation et serimens, ou cas des- foi. m, r». 
susdit;. et parellement soit fait et conscenti de mondit seingneur du Bour- 
gongne, au regarde de ses vauasaux, feaulx, sul^s et serviteurs. 

» Item, et serûRt de la part 'du roy faites les promesses, obligations et 
submissions, thouchant l'entrelenement de che présent traitiet, es mains 
de monseingnour le cardinale de Sainte-Croix, legaltlde nostre saine t père 

* Membre de phrase omis depuis comme autre- article omis dans le MS., et contenant, de la part 

meni, etc. du roi , renonciation à son alliance avec Tempereur 

' Evx ne, porte par erreur le M S. contre le duc de Bourgogne. 
^ Jouïr. Suit dans le texte de Monstrelet un '^ 



352 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

le pape Eugène ^ et de monseingnour le cardinale de Cypre et aultres am- 
basseurs du saint eonciele de Baeselle, le plus ample que l'en poura aviseir, 
et sor les paines d'excommunication, aggravation, reaggravation ou inter- 
dit en ses terres et sengnouries, et autrement le plus avant que la censure 
de FËngliese pora estendre en cest partie, solonc la puissance que en ont 
mesdis sengnours les cardinaulx de nostre saint-pere le pape et du con- 
cielle, porveu que parellêment soit fait du costé mondit sengnour de Bour- 
gongne. 

» Item , avec che fera le roy aveque son saelle baillier à mondit sengnour 
de Bourgongne les saelles des prinches et sengnours de son sang et de son 
obeysanche, comme de monsengnour le duc d'Anjoue, Charlois son frère, de 
mondit sengnour le duc de Bourbuns, monseingnour le conte de Riche- 
mont, monseingnour le conte de Vendôme, le conte de Fois, le conte 
d'Armynas \ le conte de Perdrleant ' et autres que l'en avissera, esquelles 
saeles desdis prinches sera incorporé le saele du roy ; et promettront de 
maintenier de leur part le contenut de dit saelle, et s'il c^toit effraint en la 
part du roy, de en che cas estre aydans et confortans à mondit sengnour 
de Bourgnogne et les siens allencontre du roy; et parellêment sera fait du 
costé de mondît sengnour de Bourgongne. 

» Item , et que parellêment le roy fera baillier semblan saelle des gens 
d'englieses, des autres nobles et des bonnes villes de che royalme de son 
obeyssance, ch'est assavoir cheux desdites gens d englieses, nobles et bones 
villes que mondit sengnour voudra nommeir, aveque segurteit de paines 
corporelles et peccunielles, et autres segureteis que messengnours les car- 
dinales et autres prelais chy envoiiés de part nostre saint-pere et le saint 
eonciele de Baeselle aviseront y appartenier. 

» Item , et s'il avenoit qu'il eust aucune fault ou obmissions en l'acom- 
plissement d'alcuns des artycles desu«dis,ou aucunnes infraxions ou atemp- 
tances fais contre le contenus desdis artycles , 4'unne part et d'autre , che 
non obstant ceste présent paix , traitiet ou accorde seront et demoront vail- 
labiés et en leur plaine force, vertu et vigeur, et ne sera por tant ycelle 
paix, traitié Ou accorde réputée cassée ne annullée, mains les attemptances 
seront reparées, et les chouses malefaites contre ycelle paix amendées, et 

' D'Auvergne, MoDStrelet. * Perdiae. Ibid. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 553 

enssi les defaultes et obmissions acomplies et exécutées deutement, tout 
solonc que desus est escript, et à che constrainds ceux qu'il appartendra, 
par la forme et manier et sour les paines dessus declareez. 

)> Et despuis comme ayons esté derechieff tres-instamment exhorteis, 
requis et summées, par lesdis cardinalx et ambasseurs du saint concielle.» 
de Yoloir entendre et nos inclineir et condescendre, moyennant les offres 
dessusdites qui leur sembloit eistre raisonables et ne les devions ou porions 
de raison reffuseir, enssi qu'il nos ont dit, à paix et reunion aveque mondit 
sengnour le roy, en nos dissant et remonstrant en oultre que en^si le de- 
vons faire solonque Dieu, raison et toute honeur, non obstant les serimens, 
promesses et alliances pieça faites entre feu nostre tres-chier sengnour le 
roy d'Engleterre derraine trespasseit et nos, pour pluseurs grandes causes 
et raisons à nos remostrées et alligités par lesdis cardinalx et autres am- 
basseurs dessusdis de part nosdis saint-pere le pape et concielle, nos, por 
révérence de Dieu, principaulement por la pitié et grande compassion que 
avoins du povre peuple de chedit royalme qui tant at souffert en tos estaus, 
et aux priiers, requestes et sommations à nos faites par lesdis cardinalx et 
ambasseurs de par nostredit saint-pere et le saint concielle de Baesselle, foi. m, v». 
que nos tenons et reputons pour commandement, et comme prinche catho- 
lique et obeysant filz d'engliese , eeu sor che grant advis et meure délibé- 
ration de consel aveque pluseurs grans sengneurs de nostre sang, linage et 
aultres nos feaulx subgés, vaussaulx et adherains, advoins en ceste partie 
fait et faysons bonne, loyal, ferme, segure et entière paix et reunion aveque 
mondit sengnour le roy et ses successeurs, moyennant les offres et autres 
chouses chi-dessus escriptes , qui , de la part de mondit sengnour le roy, 
nous doient eistre faites et acomplies , et lesquelles offres , de nostre part et 
en tant qu'il nos thouche, advoins aggreables, et les acceptains des main- 
tenant consentons et faisons les renunchiations , promesses, submissions et 
autres chouses dessus déclarées qui sont affaire de nostre part; et recognis- 
sons mondit sengnour le roy Gharle nostre soveraip sengnour au regarde 
des titres et sengnories que advoins en che royalme ; promettons por nos , 
nos hoirs et successeurs, par la foy et seriment de nostre corps, et en pa- 
roile de prinche sour nostre honeur et l'obligation de tous nos biens pre- 
sens et advenir quelleconques, ladite paix et reunion, en toutes et singuleirs 
choses dessusdites et transcriptes, tenier, gardeir, entretenir et acomplir, et 

45 



354 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

faire gardeir, tenier et entretenir et accomplier, de nostre pari et en tant 
que tbouchier nos puet. irrévocablement et à tousjours de point en points 
tout et par le fournie et manier dessus escripts, sans faire ou venir, ne 
souffrier faire ou venier au contraire, covertement ou en appert, ou autre- 
ment en quelleconque manier que che soit. Et por les chouses dessusdicles 
et chascunne d ycelle tenier et entretenier et accomplir, nos submeltons à 
la choercion, compulsion et constrainte de nostre saint^pere le pape, du 
saint concielle, et à toutes courtes tant d'engliese come seculeirs, vouUoins 
et ottrions par ycelles et cascunne d ycelle eistre constrains et compelleis 
par le censure délie engliese, tant et si avant qu'il semblera expédient 
ausdis cardinalx, legaulx et ambasseurs de nostre saint-peire et du saint 
concielle; en cas où fault aura de nostre part es choses devantdites ou 
aucunne d ycelles, renunchons à toutes obligations et exceptions, tant de 
droit comme de fait, que poriemes dire et alligier au contraire, et en espe- 
cial au droit dissant que générale renunchiation ne vault se Tespoeial ne 
précède, et tout sans fraude, barrât ou malengien. Et afSn que che soit 
fernoe chouse et estauble, nos avons fait mètre nostre saelle à ches pré- 
sentes, donneez en nostre ville d'Aras, le XX1>^ jour de septembre l'an de 
grasce milh quatre cens et XXX chinque. » 

De Jaque le basurt. Beveuaut à uostrc maticrc, et por parleir tout ensemble délie reze de 

Bosenove, nos retournerons une pau arrier, assavoir à l'an milh CCCC 
et XXXIlii. En mois d'awoust, Jaque le bastar, capitaine de Morealmeit, 
fut decolleis à Liège , portant qu'ilh estoit crieis albain four del çiteit por 
vilain cas ; car lidit Jaque s'enbatit en la citeit de Liège sor le save-conduit 
de monsangnour de Liège, sans le greit délie citeit. Si fut pris et mis en la 
Violele, et fut la citeit ensemble por li. Si dest nostre maistre Baldewin de 
Lardier, qui estoit adonc maistre délie citeit aveque Barleit Surlet, que 
ledit Jaque avoit la mort deservie solonc les franquies del citeit, partant 
qu'ilh estoit crieis fours por vilains cas, et partant qu'ilh s'estoit renbatut 
à Liège, sens le greit délie citeit, sour le sau-conduit de monsangnour 
levesque. — Car lidis Jaque estoit venus à Liège faire appelleir à l'aneal 
de Palais pluseurs Liegois de Tuvi^in, qui s'en deplaindirent aux maistres 
que Jaque les travelhoit sens cause, et estoit aussi crieit fours délie citeit; 
por quoy li peuple en fut durement corocheit, et de chu monsangnour en 

Fol. fi3,r«. fut malle contens de chu que ons l'avoit pris sour se saùf-conduit ; mains 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 



555 



chu n'y valît riens, car ons li coupât le chief. — Et por chest mort surdit Desrobeurssusiepay». 
grant guère en paiis pardevers Covin , Tuwin et le Sambrien ' ; car Jaque 
avoît un bastart que ons appelloit Tristan , qui se traiit fours du paiis de 
Liège, et puis deffiat tout le paiis de Liège, et fist grant maile et damaige 
al abbie d'Ayne *. Car le jour, al matin, ilh vient aveque ses compangnons 
aldit abbie, et tuont une jovene homme qui estoit cusien (al) abbeit d'Ayne, 
et puis enmenont les chevals l'abbeit aile Tremalle ' sour le Sambrien , où 
ilh avoit une warnison à une forlereche que ons appelloit Bosnove % qui De Bosenove. 
portoit grant contraire et damaige aile vilhe de Covin et au paiis de là 
entour, d'ardre, de robeir, de tuweir gens et d'emyneir prisons. — Et en la 
fien prisent-ilh le balhier de Tuwin, cuy ons nommoit Johans Dyves, et 
trois gentilhes hommes aveque ly, sens leurs variés et pluseurs aultres. — 
De chu fut la citeit de Liège malecontente contre monsangneur Tevesque , 
qu'ilh lassoit enssi son paiis silhier et destruire, por quoy monsangnour y 
envoiat aulcuns compangnons de son hosteit et des aultres gentis gens, 
mains cheaux de Bosenove ne lassont mie por chu à faire leur voleur; car 
les gens que li evesque avait là envoiet n estoient mie fors asseis por leurs 
anemis à contresteir. — Et après y envoiat monsangneur une escuwier que Dei défense du pa}<. 
ons appelloit Giele de Floion et pluseurs autres , lesqueis compangnons 
yssirent fours de Covin, le mardy qui fut le premier jour de resailhe mois, . 
environ de cent ou VI" chevalz, et corirent devant le fortereche de Bose- 
nove , et prisent le proie et sturent longement là. — Adonc cheaux de 
Bosenove s'asemblarent , et yssirent fours de leur fortereche environ de 
C chevals, et metirent derier eauz environ de L archiers englés et pichars , 
et resurent après les Liegois bien II liewes long, et les escriont de longe \ 
et nos gens les ratendirent. Et adonc cheaux de Bosenove sailhirent jus de 



* Pays de la Sambre et peut-être le district 
connu sous le nom d'Entre-Sambre<et-Meuse. 

* Aine, sur la Sambre, près de Thuin. 

' Plus loin TraiieneaL Serait-ce Traigneau, 
hameau dépendant de Viilers-deux-Églises. 

* Monstrelet, qui a aussi consacré un chapitre 
(11, 300) à Texpédition que va retracer Jean de 
Stavelot, écrit Boussenoch. Ce manoir, détruit par 
les Liégeois, a complètement disparu. Il faut en 
chercher remplacement dans la commune de la 



Neuville-aux-Tourneurs, arrondissement de Ro- 
croy. Là existent aujourd'hui deux hauts four- 
neaux, dont Tun porte le nom de Bosnau : c'est 
•notre Bosenove. Il est alimenté par les eaux d*uu 
étang du même nom d'où sort un ruisseau aussi 
appelé Bosnau. Une rieille ferme, près de Tusine, 
parait occuper la place du manoir détruit. On 
peut consulter à ce sujet VUistoire du diocèse de 
LaoHf par dom Lelong, p. 575. 
' De loin. 



356 GHROiMQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

leurs chevalz et chommenchoDt à traire vers cheaux de Tuwîd, et cheaux 
à chevalz corirent avant radement. 

Là fut Oste d'Abley, qui estoit une gentilhhoniine de paiis de Liège, 

passeis d'on fier de lanche parmi le corps, de quoy ilh morit, et puis dëcou- 

pont et tuwont 1 des compangnons délie court monsangneur, cuy ons ap- 

pelloit Biernier, qui estoit botelhier à palais; là oit fort esquermuche d*un 

Le warnîson de Tu- costé ct d'autrc, mains les archiers travelhoient mult les Liegois de leurs 

win fut desconfie. .. mii •* i»i !•*■ i * 

trais ^ par quoy un les convient par forche reculeir et les aulcuns toumeir 
en fuit. — Et là fut Giele de Floion quassietet pris, et enssi Lambert de 
Quartier, qui estoit aveque luy, durement quassiés, et tous les compan- 
gnons del court monsangnour furent pris , excepteit Gerart le pantier et 
une sien variés, et escapat li meire de Covin, et fut pris uns des freire mon- 
sangnour bastair, et li maistre botelhier et son frère et pluseurs aultres, 
desqueis ilh en fut pris ensemble XXXVI, et XX mors. Et furent lesdis pri- 
soniers emeneis aile fortereche de Bosenove, et soy metirent à ranchon^ 
et puis yssirent fours de prison. — Adonc fut priese journée à Bruxelle le 
derain jour de resalhe, là li conte de Ligni devoit eistre et son conselhe, 
et monsangneur de Liège et son conselhe , et dameseais Evrar del Marche, 
por enquérir de tort et par cuy ilh venoit, et por savoir lesqueiles forte- 

Journée de paix à rcchcs Hdit coutc dc Lyguy vorat avowcir. — Et enviât lidit daniseais Evrart 

aldite journée alcuns gentishommes de son conselhe, lesqueis passarenl 
parmy Namur, se arestont cheaux de Namur lesdites gens damseais Evrart 
sour sau-condut. — Aile dite journée allont alcuns délie cîteit de Liège et 
des nobles, enssi des bonnes villes, et fut traitiet et conclut que nus de 

Fol. 119, >-. paiis marchisans ne devoit corir ne lassier faire course parmy leurs paiis., 

et se nuls faisoit course ne armée, que les paiis marchissans les doiient 
deffendre et resçoire * si com leurs anemis. — Pour quoy monsangnour 

De johan de Bearen. de Licgc Ic lassdt savoir à Johau de Bearen * qu'ilh ne passât n'en ne 

rapassat parmy son paiis, por porteir damaige aux paiis marchissans. si 
hault que sour perdre son amisteit et d'yestre son anemis; por quoy lidit 
Johan escriat aux maistres et aux XXXII mestiers de Liège à cascon salus 

AUianches. et amistcit, et priât al citeit qu'on le tenisse por escuseit, veut chu qu'il li 

avoit perdut le sien par les Borgengnons passant parmy le paiis de Liège. 

' Roquefurt donne la forme reçoivre, accepter. * Beaurain. 



CHRONIQUE D£ JEAN DE STAVELOT. 357 

Par chest accorde ne lassont mie cheaux de Bosenove qu'ilh ne corissent 
sus le paiis de Liège là hault. — Et quant Giele de Floion oit paiiet son De Gieie de pioion. 
ranchon, se'soy remontât et chevalchat en paiis de là hault, por veioir s'ilh 
poroit riens ravoir de ses perdes. Se li fut aviertis cpi'ilh avoit I petite for- 
tereche asseeis près de Covin que ons appelioit Peu ^, laqueiie estoit au 
conte de Wademont, et le tenoit en fief de monsangneur de ( Liège) ^ et n'y 
avoit nient grant warnison, liqueile Giele fist tant à cheaux qui estoient 
dedens ladite fortereche qu'ils le lassèrent dedens * ; et adonc lidis Giele 
lenforchat de bollewarque et de vitalhes , et y metit gens de part luy. — Et 
adonc monsangneur escript audit Giele qu'ilh vosist ladit fortereche reli- 
vreir à conte de Wademont, et lidis Giele respondit qu'ilh n'en feroit riens, 
car ilh avoit esteit jetteis jus par les gens le conte de Wademont; et de- 
dens chi temporal monsangneur chevalchat là hault à belle compangniejde 
gens. Adonc Giele de Floion vint vers la citeit de Liege^ et remonstrat com- 
ment ilh avoit priese ledit fortereche de Peu, et comment monsangneur 
voloit qu'ilh le relivrast sus, mains ilh en voloit faire par le conselhe délie 
citeit. Et adonc les maistres et le conselhe del citeit conclurent et dessent 
que Giele tenist ladite fortereche, en nom dçlle citeit, tant et éi longement 
que monsangneur revenroit — Et le semedy devant le Saint-Bertremeir^ DePhiif)oti]eSavegni 
Philippot de Savengni, capitaine de Bosenove, et Tristan le bastar Jaque 
de Salle, atout VI" fier de Janche, vinrent elle terre qui estoit adonc apar- 
tenant ' à messier Engelbert d'Enghien au Han * et à Nalines, asseis près de 
Tuwin, et levont les biestes de lli ou de lill vilhes, et avoient bien pris 
LXVII prisoniers, et fut près pris Collar de Hollande; à poine escappat- 
ilh sour l'aitre à Han; et là fut ochis une de ses variés, et dois des variés le 
sires d'Angien. — Et adonc cheaz de Tuwin furent somons. Se vinrent à 
pies et au chevals celle part là les. gens d'armes dévoient repasseir; là oit- 
iih grant viscoche ", et les covient par forche lassier alleir les prisoniers et 
les biestes. Et adonc Tristan avoit pris VU hommes de Nalines , lesquels * 
hommes, al ayde d'une filhe que ly une d'eaux avoit, fut ochis lidit Tristan; Tnsun fut ochis. 
car elle le sachat jus de son cheval en une fosseit , là ilh fut ochis. Et enssi ^m defenie de pays. 

* Pesche? * Ham-<sar-Heure. 

* Le mot entrer, ou quelque autre équivalent, * Nous trouverons plus loin le verbe vescocher, 
parait avoir ici été omis.. dans le sens de résister. 

* Le MS. porte aptU, * Sans doute par erreur pour desqueit. 



358 CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 

prist saint Lambert venganche de Tristan le bastart de Salle, qui esloit de 
grande renommée. Et les aultres s'enfuirent enssi qu'ils porent Et adonc 
cheaux de Han firent metlre ledit Tristan en terre bénit; mains cheaz de 
Tuwin vinrent là et le defoirent, et le misent sus une ruwe com mur- 
dreur. 

L an devantdit XUII^ et XXXV, en mois d'octembre , après çhe que Phil- 
lepot de Savengny, capitaine de Bosenove, esloit alleis eorir devers Yvez \ 
liqueis fut rencontreis d'un chevalier de Franche, et fut lidit Philpot pris 

De gran mat Philpot. ct pluscurs aultrcs avcquc ly; mains ilh ne passât mie longtemps que lidit 

Philpot fut ranchis et revint à Bosenove, et refist encor lidit Philpot 
I course sour le terre de Florines , et prist bien milh biestes à cornes et piu« 
seurs prisoniers, et emenat tout vers fiosenove. — Et VllI (jours) là après, 
revint lidit Philpot devers Covin elle terre de Bossut % par un dymengne, 
elle heure que les gens estoient à messe, et assegat lidit Philpot aveque ses 

Fol. 115, r\ gens le mostier de Bossut; et là escapat le chevalier qui estoit sangnour del 

dit ville à grant paine; et les aultres gens qui estoient en mostier furent 
pris, et cheaux qui ne se voirent point rendre furent decoupeis et quassiés, 

Terrible eruait«it de si quc U sauc salhit SUS l'austcit; ct H preistre qui faisoit l'offische délie 

messe fut pris, et les femmes et enfans, et furent fortement batus^, et puis 
furent emeneis, et emenont biestes et tous leurs biens. — Et tantoist vin- 
rent après à pont et l'avalont, et troverent 1 cheron ' de Lovain à trois 
harnois chargiés de denreez venant de Dynant; se detellont les chevals et 
les emenont, et valoient bien II<^ florins, et emenont aveque llli compan- 
gnons de Dynant qui estoient aveque les harnas. Et adonc vinrent gens de 
paiis de là hault, en deplaindant au monsangneur et aux maistres de Liège, 
comment ilhs estoient meneis , et por l'amour de Dieu que ons y voisist 
porveiir de remeide, car ilhs ne poioient plus enssi che endurcir. — Adonc 

Levesque aut à Dy- mousangueur montât à cheval et allât à Dynant; et quant on sceut la venue 

de monsangneur là, se vinve messire Engelbert d'Enguy et le sire de Sen- 
seille, le sire* de Bousut et pluseurs aultres de paiis de là hault, por avoir 
conselhe comment ons poroit faire de ches gens robeurs qui avoient si 
grànt puissanche; car ons entendoit que Franchois et Borgengnons se 

' Yves, dans le canton de Walcourt. ' Non un charron, mais un charretier, 

• Sans doute Bossut-lez-Walcourt. 



nanl. 



CHRONIQUE DE JEAN DE STAVELOT. 559 

assembloient l'un au l'autre à grant puissanche por corir sus le paiis de 
Liège, pour quoy ils trovarent à conselhe que monsangneur n'estoit mie 
asseis puissans pour alleir avant. — Et adonc monsangneur et pluseurs de 
Dynant et délie terre de Bulhon revinrent à Liège, et fut miese la citeit 
ensemble le dymengne devant le Toussains, l'an devantdit XIIIi<^ et XXXV. 
El là fut remonstreit par cheaux de Dynant toutes les avenues devantdites 
et pluseurs aultres, en priant por Dieu que ons les vuelhe aydier à puis- 
sanche et tantoist, car monsangneur et les chevaliers avoient abandonneit 
foutes leurs puissanche. — Adonc fut dit et remonstreit comment, al de- 
raine guère que ons oit al conté de Namur, ons avoit dit que la citeit avpit 
fait la guère, se n'en voloit la citeit plus avoir le nom lie le charge, se che 
n'estoit pour l'enwal de tous les membres de paiis; se passât par tous les 
niestiers que tous les membres fussent mandeis lantoist et tou brief, car la 
cité en voloit