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Full text of "Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468)"

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SOCIETE 



DES 



ANCIENS TEXTES FRANÇAIS 



CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 



Le Puy, imprimerie de Marchcssou fils, boulevard Saint-Laurent, 23. 



CHRONIQUE 

DU 

MONT-SAINT-MICHEL 

(1343- 1468) 

PUBLIÉE AVEC KOTES ET PIÈCES DIVERSES 

RELATIVES AU UONT SAINT-UICMEL ET A LADÉF^NSE NATIONALE 

F.n BASSE NORMANDIE PENDANT l' OCCUPATION ANGLAISE 



SIMÉON LUGE 

TOME 1 




V 



1 1 



PARIS 

LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT ET C", 

56, RUE JACOB, 56 



MDCCCLXXIX 



A LA PATRIE NORMANDE 



JE DEDIE CETTE PUBLICATION 



INSPIREE PAR L'AMOUR PROFOND 

DU PAYS NATAL 



ET LE CULTE PIEUX 
DE TOUTES SES GLOIRES 



INTRODUCTION 



Après rincomparable épisode de Jeanne d*Arc, la 
merveille de notre histoire et ^expression sublime de 
rame du peuple de France au moyen âge, la résis- 
tance du Mont-Saint-Michel aux Anglais, pendant les 
trente*trois années que dura leur domination eii Nor- 
mandie, de 141 7 à 1450, est certainement un des faits 
les plus saisissants et les plus glorieux de nos annales 
au xv« siècle. La première campagne de Henri V sur 
le continent est de 141 5, mais le conquérant s^était 
alors contenté de prendre Harâeur; son apparition 
n'avait été, pour ainsi dire, qu'un éclair bientôt suivi 
du coup de foudre d^Azincourt. Le i^' août 141 7, le 
roi anglais débarquait devant Touques et reprenait, 
pour la poursuivre cette fois sans interruption et Ta- 
chever entièrement, Tœuvre, à peine ébauchée deux 
ans auparavant, de la conquête de la Normandie. 
Inaugurée par la prise du petit château de Touques, 
continuée par la reddition de Caen le 4 septembre 
1417, de Cherbourg le 29 septembre de Tannée sui- 
vante, de Rouen le 19 janvier 141 9, de Gisors, huit 
mois plus tard, le 1 7 septembre, l'occupation du du- 



VIII CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

ché était consommée avant la fin de 1 4 1 g . Cette seconde 
campagne où les talents militaires de Henri Y avaient 
triomphé d^efforts parfois héroïques % mais toujours 
isolés ^, s^était prolongée pendant deux ans environ. 
Tel en fut le résultat que la domination anglaise, après 
avoir poussé en avant, du nord au midi, du couchant 
au levant, ses ondes victorieuses, finit par couvrir en 
quelque sorte la Normandie tout entière; et le roi de 
France, le débile Charles VI,. n'aurait conservé dans 
cette grande province aucune parcelle de territoire, si 
ce flot de l'invasion n'était venu se briser, comme la 
mer montante lorsqu'elle se précipite sur les grèves 
d'Ardevon et de Beauvoir, contre le tx>cher du Mont- 
Saint-Michel. 

Ce rocher escarpé dont la célèbre abbaye couronne 
le sommet était devenu, surtout depuis le milieu du 
xiv^ siècle, une véritable place de guerre. Capitaines 
de cette place en même temps qu*abbés, les religieux 
qui s'étaient succédé à la tête du monastère pendant le 
règne de Charles VI, notamment les deux da:niers, 
Pierre le Roy et Robert Joli vet, avaient rivalisé de zèle 
pour compléter les fortifications du Mont-Saint-MicheL 
Protégé ainsi par Part et par la nature, isolé au milieu 
de grèves dangereuses que recouvre périodiquement 
le flux de la mer, entouré depuis des siècles de je ne 
sais quelle terreur religieuse, adossé au midi à la Bre- 



1. Â Caen, à Falaise, à Cherbourg, à Rauen. 

2 . tt Dum singuli pugnant, universi vincuntur », â dit Tite Live. 
Voyez Texcellent mémoire de M. Léon Puiseux à qui nous em- 
pruntons cette heureuse citation {Mémt lus à la Sorbonne, année 
1866. p. 325). 



INTRODUCTION IX 

tagnc dont la neutralité le couvrait d'une manière in- 
directe, un tel lieu devait être et fut réellement le der- 
nier et inviolable boulevard de la défense nationale en 
Normandie. Quiconque aimait trop la terre natale 
pour se résoudre à s'en éloigner et abhorrait trop les 
conquérants pour se résigner à vivre sous leur joug, 
vint chercher au Mont-Saînt-Michel un suprême re»- 
fiage. Pendant toute la durée de l'occupation anglaise, 
la garnison du Mont ne cessa de se dresser en face 
des envahisseurs comme une protestation militante du 
patriotisme français et de l'honneur normand. En de- 
hors même d'opérations militaires et de démônstra- 
tionis offensives contre les nouveaux maîtres du Coten- 
tin, le seul fait dé la présence de cette garnison sur ce 
sommet tant convoité était comme un défi lancé per« 
pétuellement aux Anglais d'Avranches, de Tombe- 
laine, d'Ardevon, de Genest, de Pontorson, des Pas, 
qui ne pouvaient jeter un regard à Phorizon sans se 
heurter aussitôt à l'imprenable forteresse, point de 
mire de si nombreux, si acharnés et si impuissants 
efforts. Assiégés ou du moins bloqués sans relâche 
pendant vingt-six ans, depuis 141 8 jusqu'à la trêve 
conclue entre Charles VII et Henri VI en 1444, les 
défenseurs du Mont-Saint Michel soutinrent victorieu- 
sement la lutte jusqu'au bout et se créèrent sur leur 
coin de rocher une petite Normandie qui leur rappe- 
lait la grande, devenue la proie de l'étranger: 

Ils conservèrent les titres et les olBSces inhérents à 
l'administration du pays conquis, alors même que ces 
titres et ces offices ne répondaient plus à la réalité. 
Cela résulte de quelques-uns des documents dont nous 



X CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

publions ici le texte pour la première fois; on y verra 
notamment que, pendant une certaine période de Toc- 
cupation, à côté du bailli anglais du Cotentin, du vi- 
comte anglais d'Avranches, il y eut au Mont-Saint-Mi- 
chel un bailli français du Cotentin et un vicomte fran- 
çais d'Avranches. Touchante fiction du patriotisme 
qui vous remet en mémoire ces beaux vers du poète : 

Procéda, etparvam Trojam, simulataque magnis 
Pergama, et arentem Xanthi cognomine rivum 
Agnosco, Scœœque amplector liminaportœ >. 

On ne saurait nier, par conséquent, le vif intérêt 
^u'ofire notre publication au point de vue patrioti- 
que. Au point de vue scientifique, l'importance d^un 
recueil où Ton a groupé les documents de toute na- 
ture qui peuvent servir à élucider l'un des épisodes 
les plus dramatiques de nos annales au xv® siècle, n'est 
pas moindre et n'a pas besoin d'être démontrée. A le 
bien prendre, c'est l'application à l'étude de Thistoire 
de cette niéthode du microscope dont remploi a re* 
nouvelé, dans ces dernières années, les branches les 
plus importantes des sciences naturelles. A l'exemple 
des anatomistes et des physiologistes contemporains 
qui s'efforcent de scruter dans ce qu'ils appellent une 
cellule tous les phénomènes de l'organisation humaine, 
nous avons essayé de composer un ensemble de docu- 
ments où tout œil exercé pourra surprendre sur un 
théâtre restreint et nettement circonscrit la décompo- 
sition et la résurrection de la vie nationale sous le rè- 

î.ASneid., lib. III, vers 349 à 35i. 



^ ^ 



^ 



INTRODUCTION XI 

gne de Charles VIL Nous disons la décomposition et 
la résurrection parce que, pour les peuples comme 
pour les individus, la vie n'est qu'un acheminement 
vers Ut mort, comme la mort elle-même n'est qu'une 
transition à une vie nouvelle. 

Notre publication comprend deux parties bien dis- 
tinctes : i"" une chronique inédite du Mont-Saint-Mi- 
chel ; 2° des pièces diverses relatives à la défense 
nationale en basse Normandie pendant Inoccupation 
anglaise. Nous allons dire successivement quelques 
mots de ces deux parties du présent volume. 



I 



La chronique du Mont-Saint-Michel commence en 
4343 et finit en 1468; elle embrasse ainsi un peu 
plus que la seconde moitié du xiv^ siècle et que la 
première moitié du xv®. On peut la diviser en deux 
parties d'étendue à peu près égale, mais d^un carac- 
tère très-différent : la première partie^ qui va de 1 343 
à 1448, n'est guère qu^un rapide sommaire où l'his- 
toire d'une année n'est parfois représentée que par la 
mention d'un seul fait. La seconde partie, qui s'étend de 
1448 à 1 468, a un peu plus d'étendue que la première, 
et par suite le courant de la narration s'y déroule avec 
plus d'ampleur, puisque le récit de ces vingt années 
tient autant et même plus de place que le résumé 
écourté d'une période de plus d'un siècle. 

L'auteur de cette chronique ne s'est pas fait con- 
naître, mais il y a lieu de croire, suivant la conjeaure 



XII CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MIGHEL 

émiseftkt fin du dernier siède par la Porte dû Theil "*, 
qpie nous aycms id des notes historiques prises par un 
ou plutôt par plusieurs religieux du Mont-Saint-Mi- 
chel. Mille indices trahissent cette origine avec la der- 
nière évidence. Ainsi , ks événements relatife à la 
basse N(x*mandie et à cette partie de la Bretagne qui 
confine a la célèbre abbaye sont relevés avec un soin 
particulier que Textrême concision , les nombreuises et 
importantes omissions dont le chrcxiiqueur est coutu- 
mier, font encore ressortir. Charles VI va*t-il en pè- 
lerinage au Mont- Saint-Michel au mois de février 
1 394, on n^a garde de passer sous silence cet incident 
dont il n'est fait aucune mention dans d'autres chro- 
niques de la même époque beaucoup plus détaillées. 
En marge de la mention d'un duel qui eut lieu à 
Nantes en 1 386 entre Robert de Beaumanôir et I^rre 
de Tourneminé, on écrit les lignes suivantes : «c Moni- 
seigncur Pierres fut abbé de céans en cest an mil 
CGC un" VI ^ ». Or, le personnage qu'on désigne par 
cette périphrase familière et significative «l'abbé de 
céans », c'est Pierre le Roy, né à Orval au dk>cèse 
de Coutances, successivement abbé de Saint-Taurin 
d'Évreux et de Lessay, qui fut élu en effet abbé du 
Mont-Saint-Michd en remfdacement de Gefiroi de 



X. Notices et extraits des manuscrits delà Bibliothèque du Roi, 
Paris, 178g, in-4% t. II, p. 3o2 à 3 14. La dissertation de la Porte du 
Theil, relative à It chronique que nous publions, fait partie d'un 
travail plus éteadu où cet académicien a décrit successivement les 
divers articles contenus dans le manuscrit n* SôgQ du foads latin , 
à la Bibliothèque du Roi. 

2. F* 59. Cf. p. t6 de notre édition. 



INTRODUCTION XIII 

ScïYon, mort le dernier février i386 (a. st.). Plus 
loin, la mort de ce même Pierre le Roy est mention* 
née à Ift date de 141 o (a. st.). Tandis que le chroni- 
queur consacre à peine une ligne ou un mauvais vers 
latin à rappeler les plus grands événements du règne 
de Charles VII, il n'oublie pas de mentionner qu'en 
1420, le Couesnon, rivière qui se jette dans la baie 
du Montr Saint-Michel, s'est détourné de son cours, 
et que, le 20 septembre 1 421, l'église diu Mont s'est 
écroulée. Plusieurs faits y sont datés, soit de la Saint- 
Aubert, c'est-à-dite du 18 juin, jour anniversaire de 
Texhumation des restes de saint Aubert, évêque d'A*^ 
vranches, trouvés miraculeusement au Mont en 966 % 
soit de la Saint-Michel d'octobre, en d'autres termes, 
du 1 6 octobre, en souvenir de la première apparition 
de Tarchange saint Michel à saint Aubert qui aurait 
eu lieu en 708 ». 

Outre que ces deux fêtes sont particulières au dio- 
cèse d'Avranches, les annalistes du Mont*Saint-Mi- 
diel devaient affectionner d'autant plus cette manière 
de dater que la Saint-Michel d'octobre et la Saint- 
Aubert rappelaient deux miracles dont l'un avait pré- 
sidé à la fondation, de leur abbaye et dont l'autre se 
rapportait à son vénéré fondateur. Enfin, les princi- 
paux faits de guerre dont les alentours de la célèbre 
abbaye et même l'Avranchin tout entier ont été le 
théâtre pendant l'occupation de la Normandie par les 

1. La mort de saint Aubert est rapportée généralement au 10 sep- 
tembre 723. 

2. Dom Jean Huynes, Histoire générale du Mont- Saint-Michel, 
publiée par Ë. de Robillard de Beaurepaire, 1, 12, i3, 40. 



I 
XIV CHRONIQUE DU MONT*SAINT-MICHET. 

Anglais, de 1417 à 1450, sont racontés ici avec une 
prédilection marquée et presque toujours avec une pré- 
cision chronologique et topographique que Ton ne re- 
trouve pas dans les autres chroniques du xv^ siècle. 
Par exemple, à la date du jeudi 3i juillet 1438, on y 
mentionne en ces termes la capture faite par les An- 
glais de cent soudoyers de la garnison du Mont : « En 
cel an (i438), le derrain jour de juillet, les Anglois 
prindrent à Ardevon viron cent des gens a pié de ceste 
place. » Ailleurs, à la date du mercredi 1 5 octobre 
1449, ^^ ^^ V^^ François, duc de Bretagne, au re- 
tour de son expédition en basse Normandie, vint lo- 
ger avec les seigneurs de son armée « en ceste ville dti 
Mont Saint Michiel. » 

Après ces citations, il semblera peut-être superflu 
d'énumérer tous les arguments qui militent en faveur 
de l'opinion de la Porte du Theil et démontrent To- 
rigine montoise de notre chronique. Qu'il nous suffise 
d'ajouter que ces arguments ont paru décisifs à notre 
savant maître, M. Léopold Delisle, dont le jugement 
fait autorité dans toutes les branches de l'érudition ap- 
pliquée à l'histoire de France en général et de Nor- 
mandie en particulier. L'auteur de V Histoire du châ- 
teau et des sires de Saint-Saupeur-le-Vicomte ^ a 
appelé de nouveau l'attention sur cette chronique 
qu'il n'a pas hésité à désigner sous ce titre : Chroni- 
que du Mont-Saint-Michel ^ et à laquelle il n'a pas 
dédaigné d'emprunter sept pages reproduites littéra- 



I. Paris, 1867, I vol. in-8. 
^, P. 257. 



INTRODUCTION XV 

lement et insérées dans le texte même de son livre ^ 
La Porte du Theil a supposé que la fin de notre 
chronique, qui va de 1462 à 1468, n'était pas, comme 
la partie antérieure à la première de ces dates, Poëu- 
vre d'un moine du Mont-Saint-Michel. « A cette an- 
née 1462 commence une nouvelle continuation, écrite 
d'une autre main et d^un autre caractère que ce qui 
précède ; et dans ce qui suit, on ne trouve plus aucune 
particularité relative au Mont-Saint-Michel. Il n'est 
pas même parlé du pèlerinage que le roi Louis XI fit 
en ce lieu après la reprise entière de la Normandie en 
1465. Une pareille omission, jointe à l'observation 
que je viens de faire sur le changement d^écriture et 
de caractère, démontre presque évidemment que cette 
dernière partie de la chronique dont je donne ici la 
notice^ est l'ouvrage d'un rédacteur différent de celui 
à qui on doit la partie qui embrasse depuis 1 366 jus- 
qu'en 1462, et même que ce nouveau rédacteur n'é- 
tait pas, comme l'autre, un religieux du monastère du 
Mont-Saint-Michel. Mais vraisemblablement il était 
établi en Normandie ou en Bretagne, car il paroît n'a^ 
voir été instruit, du moins ne s'être occupé, que de 
ce qui se passa dans ces deux provinces ^. » 

Il est certain qu'à partir de 1462 l'écriture du ma- 
nuscrit est d'une autre main que celle qui précède; 
mais les chroniqueurs, au moyen âge comme de nos 

1. p. 268 à 274. Un fragment très-court de la chronique du 
Mont-Saint-Michel, comprenant la partie du récit relative à Jeanne 
d'Arc, a aussi été publié en 1847 par M. Jules Quicherat. Procès, 
t. IV, p. 3i3 et 314. 

2, Notices et extraits. II, 3 11. 



XVI CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

jours, dictaient souvent leurs œuvres k des secrétaires, 
et l'on s^exposerait aux plus graves erreurs en suppo- 
sant, à Texemple de la Porte du Theil, que, toutes 
les fois que l'écriture change, l'on a affaire à un nou- 
veau narrateur. Cette dernière partie contient d'ail- 
leurs, quoiqu^en dise le savant académicien, plus 
d'une particularité relative au Mont-Saint-Michel. 
Non-seulement l'on a grand soin d^y relever la fidé- 
lité que les religieux gardèrent à Louis XI pendant la 
guerre du Bien public, mais encore on y trouve mê- 
lée, à l'histcMre générale la mention suivante : « Eu dit 
an mil iiii*^ Lxiin, le xxi« jour d'aoust, mouryt messîre 
Louys d'Estouteville, seigneur d'Estouteville, de Ham- 
bye, Bricquebec, Moyon, Chantelou, Gassé et Apillé, 
grant seneschal de Normandie et gouverneur iapi- 
taine de Rouen et du Mont-Saint-Michiel.» Quel au- 
tre qu'un annaliste de la célèbre abbaye aurait consi- 
gné avec cette précision la date de la mort d'un 
guerrier qui avait été capitaine du Mont pendant 
trente-neuf ans, de 1425 à 1464? Du reste, un siècle 
environ après la date où s'arrête notre chronique, en 
1672, le manuscrit unique qui a servi de base â la 
présente édition faisait encore partie de la bibliothèque 
du Mont-Saint-Michel, comme le prouve la mention 
suivante inscrite au verso du dernier feuillet : « L'an 
de grâce mil y^ lxxii, resplendissoyt une estoyle entre 
le Mont et Canquale sy très grande qu'il senbloyt que 
ce fust la lune. Oncques jamays homme vivans n'en 
vit de pareillez, et etoyt unne chose mervileuse que de 
la voyr en telle façon. » Si cette observation astrono- 
mique, dont nous garantissons du reste moins que 



\ 



INTRODUCTION XVII 



g^^ersoime Texaictitude, n'avait pas échappé â l^atten*- 
tion dt la Porte du Theil^ sans aucun xioute ce critique 
sagace y aurait vu comme nous la prrave que la 
chronique^ dont il a donné le premier une si conscien- 
cieuse analyse, est dans son entier l'œuvre des reli- 
gieux du Mont-^aint^MicheL 

Nous disons l'œuvre des religieux, et non pas d'an 
rdigieux, car il y a tout lieu de supposer que les élé- 
ments qui sont entrés dans la rédaction de cette chro* 
nique ont été recueillis par divers auteurs. Ainsi, quoi* 
que quelques-unes dés notes relatives au règne de 
Qiaries Y semblent émaner d'un contemporain très- 
bien informé, notamment celles qui se rapportent à la 
campagne de Normandie en iSyS, il n'en est pas 
moins probable qu'elles ont dû être, nous ne dirons pas 
classées, mais plutôt brouillées après coup par quel« 
qu'un qui ne savait pas k premier mot de Fhistoirè de 
cette période. Autrement, on ne s'expliquerait pas cer- 
taines fautes de chronol(^e vraiment grossières, 
comme l'avènement de Charles V mentionné après la 
di^vaudiée du duc de Lancastre en France, ou en* 
core les principaux événements des huit dernières an* 
nées de ce règne placés dix ans avant leur date réelle* 
D'ailleurs, bien que le texte ne se compose guère que 
de simples notes mises sans art à la suite les unes des 
autres, la manière du rédaaeur n'est cependant pûA 
partout la même. A ce point de vue, la partie de notre 
chronique qui va depuis la bataille d'Azincourt en 
141 5 jusqu'au siège du Mont-Saint-Michel par les 
Anglais en 1434, offre une particularité curieuse. 
L'auteur de cette partie, qui était sans doute un moine 



XVIII CHRONIQUE DU MONT-SAINT- MICHEL 

bel esprit, pour faire parade de son érudition et de 
son talent poétique, a intercalé de place en place au 
milieu de sa prose de greffier un vers latin mnémoni- 
que destiné à célébrer chaque grand événement et à 
en rappeler le souvenir. C'était le temps où le Pogge 
et d'autres grands humanistes inauguraient brillam- 
ment en Italie la renaissance de la poésie et des lettres 
latines. Sous cette influence, le versificateur en titre 
de la cour de Charles Vil, Jacques Milet, venait de 
composer nombre de poëmes, sans compter des épita^ 
phes qui étaient hélas! des poëmes <• Notre versifica- 
teur est un émule de Jacques Milet avec moins de 
verve et plus de solécismes, et Ton sent à peine en le 
lisant qu'un souffle de renaissance commence à nous 
arriver d'Italie par-dessus les Alpes, tant le froid de 
nous ne savons quelle barbarie scolastique semble 
avoir glacé ce souffle au passage. 

Sauf cette bizarre intercalation de vers latins mné- 
moniques, la première moitié du texte que nous pu<- 
blions, qui nous donne le résumé fort tronqué, il est 
vrai, de plus d^un siècle, puisqu'elle va de 1 343 à 1447, 
cette première moitié, disons-nous, ofire un caractère 
assez uniforme, et il y faut chercher, pour n^être pas 
déçu, d'arides annales plutôt qu'une chronique pro-* 
prement dite. La seconde moitié, au contraire, com- 
prend seulement une période de vingt années, de 

I . Pour se faire une idée juste de la poésie latine en France au 
xv« siècle, il suffit de lire Tune des œuvres les plus vantées de Jac- 
ques Milet^ l'épitaphe d'Agnès Sorel. Voici le premier vers de ce 
chef-d'œuvre : 

Fulgor Apollineus rutilantes luxque Diane, etc. 



INTRODUCTrON XIX 

1448 à 1468. Ici, la narration, sans cesser d'être suc- 
dncte, prend tout-à-coup un certain développement 
qu^elle n'avait pas auparavant, et l'on ne peut douter 
un seul instant que le chroniqueur n'ait été le contem- 
porain et parfois même le témoin oculaire des événe- 
ments qu'il a racontés. L'expédition de François, duc 
de Bretagne, et d'Arthur de Richemont dans PA- 
vranchin, le Bessin et le Cotentin en 1449 ^^ H^^ ^^^ 
le premier épisode écrit dans cette nouvelle manière, 
et c'est ce que nous avons encore aujourd'hui de plus 
exact sur la glorieuse campagne qui consomma l'ex- 
pulsion des Anglais de la basse Normandie. L'auteur 
couronne le récit de cette campagne par une réflexion 
où il laisse percer pour la première fois ses sentiments 
personnels : « Et ainxi fut le pais délivré des Anglois 
qui par l'espace de xxxiii ans l'avoient occupé, et 
fut toult recouvert par force. Car a chascune ville fail- 
lit mettre siège, et les mettre en tel neccessité que il 
lour convenoit se rendre ou mourir. Dieu leur doint 
courage dejatnèsny revenir! » 

Le récit de la guerre, dite du Bien public, termine 
notre chronique. L'auteur s'est attaché principalement 
à raconter les faits dont la Normandie a été le théâ- 
tre, et il nous donne, à ce point de vue, certains rensei- 
gnements qu'on ne trouve pas ailleurs. Cette partie de 
son œuvre ne se recommande pas seulement par les 
faits noaveaux qu'elle contient, mais encore par l'es- 
prit qui l'anime. On y voit clairement que, si la plu- 
part des grands seigneurs et des membres du haut 
clergé de Normandie se laissèrent entraîner dans la 
ligue du Bien public, en revanche le menu peuple de 



XX CHRONIQUE DU M0NT-SA.1NT-M1CHEL 

cette province, notamment dans le Cotentin, T Avran- 
chin et la région de Mortain, prît ouvertement parti 
pour Louis XI contre ses adversaires ^ 

Le texte de cette édition est établi d'après le manus- 
crit n^ 5696 du fonds latin, à la Bibliothèque Natio- 
nale, le seul exemplaire de la Chronique du Mont- 
Saint-Mich^ qui ait été signalé jusqu'à ce jour. Ce 
manuscrit, longuemoit décrit et même analysé en dé* 
tail au siècle dernier par la Porte du Theil, est un 
in-folio, relié en parchemin blanc, contenant 68 feuil- 
lets paginés au recto ou 1 36 pages à deux colonnes. 
La chronique du Mont-Saint-Michel est le dernier des 
ouvrages contenus dans le manuscrit 5696. L'écriture 
de cette chronique, qui va du feuillet 5 7 verso au feuil- 
let 68, est du xv^ siècle, tandis que celle des fragments 
d^ouvrages ou opuscules qui précèdent, est du xiv® siè- 
cle. Voici rindication sommaire de ces opuscules : 

i*' Fragment de l'Histoire de la guerre de Troie, 
par Guido de Colonna (Ub, XXXII à XXXV '). 



ï . Dans une lettre de rémission datée de Moatacgis et octroyée 
par Louis XI en juillet 1466 à un certain nombre de ses sujets 
de basse Normandie qui avaient commis, à titre de revanche, quel- 
ques excès contre leurs voisins les Bretons, on lit que, a pour ré- 
sister à la mauvaise et dannable entreprinse d'aucuns noz subgetz 
qui s*estoient eslevez et rebellez contre nous, nous eussions or- 
donné faire venir par devers nous en nostre bonne ville de Paris 
certain nombre de nos subgetz du bailliage de Coustentin, de la 
conté de Mortaing, et des vioontés de Caen, Vire et Avranckes, 
pour nous servir contre les dis rebelles et desobeissans, ce que 
nos dis subgetz firent voulentiers. » Arch. Nat., sect. hist., JJ 194, 
n<» 170. 

2. Ms. iat. 5696^ f» I à 7 v«; la Porte du Theil, Notices, II, 2%4 à 
256. 



INTRCMKJCnON XXI 



2^ Lettre adressée en 1226 par le pape Hono- 
rius III à Tempereur Frédéric ' II. 

3<> Lettre safis date adressée par Bonifoce VIII au 
clei|(é de France ^ 

4^ Lettre adressée en 1327 par les Romains au 

pape Jeao XXII ^. 

-^^ HJatoire do n^iMMdes Deux Skiles de i s5o à 
< >7^t pi' Salle ou Saba de Maleq[>ina ^ 

6» DîMnbc d« 1 3a vers latins, divisés en 33 qua^ 
itaios risiéa, conive Tempereur Louis de Baiière ^ 

7^ Trais lettres du papie Innocent III adressées, U 
pwnière à Philippe-Augooie, la seconde aux prinoes 
d'AUenagne, la troisième i Jean sans Terre ^. 

8« Lettre adressée en 1340 par Édouatd III, roi 
d'Angleterre, au pape Benoît XII 7. 

9<^ Abr^é de la chronique française de Guillaume 
de Naogis et de sa continuation jusqu'à rav&nement 
de 'Philippe de Valois ^. 

Entre la fin de cet abrégé et le commencement de 
notre chronique, les feuillets 56 V' et 67 r^ ont été 



I. Jifl.lat 5696, f*a Y«àM>;lsFOiteduTheil,iV;9r.,a56àa69. 
s. iMdét f» m; fift. Nçiu 270 à 273. 

3. làiiL, f> 10 r« et v»; id,, Np$., %7^ & 2176. 

4. Ibid., f> 10 v« & 37 (Iç fb 3S a été Uiisé en blanc) ; i4., Not. 

«77. 

6. Ibid., f> 39 V* à 41 ; id,, NoU^ 279 à 289. 

7. /M., f> 41 Y*^; «^«9 iVb/f» 290. 

8. IW.,^ 44 A 5^; /4f*,iVa^M 291 à 3o2. 

9« Un de cee hoœinet de bien qui entretiennent en province le 
culte désintéressé des bonnes études, M. Laisné, ancien principal du 

T. I 



XX II CHRONIQUE DU MONT-SAJNT-MICHEÏ- 



II 



Quel que soit Tintérêt de la chronique du Mont- 
Saint-Michel) nous croyons que les pièces diverses pu^ 
bliées à la suite de cette chronique sont plus impor^ 
tantes encore. Nous les avons choisies et annotées de 
telle sorte que Ton y trouvera, nous l'espérons du 
moins, tous les éléments d'une histoire du Mont-Saint- 
Michel et de la basse Normandie pendant l'occupa- 
tion anglaise. Cette histoire, nous nous proposons, 3i 
Dieu nous donne vie et santé, de l'écrire un jour; et 

collège d'Avranches et président de la Société archéologique de 
cette ville, après avoir projeté la publication de la Chronique du 
Mont-Saint-Michel, avait généreusement renoncé à son projet en 
notre faveur ; il vient de mourir au moment où nous écrivions ces 
lignes. Nous avons également à cœur de nommer et de remercier 
ici un autre compatriote, le savant et obligeant M. Dubosc, qui 
nous a si libéralement ouvert ces archives de la Manche dont il a 
été le conservateur pendant plus de quarante ans. Personne n'aime 
plus, personne ne connaît mieux notre cher Gotentin que ce vail* 
lant archiviste arraché à ses travaux et cloué depuis près d'une 
année sur son lit par un accident cruel. Enfin, nous remercions de 
tout cœur nos frères d'Alsace et de Lorraine restés fidèles à la 
France. Nous leur devons, en partie du moins, l'idée d'entrepren- 
dre cette publication. Ce que nos ancêtres du xv* Jsiède ont enduré 
d'humiliations, de vexations et de souffrances de tout genre sous le 
joug anglais^ nous l'avons mieux compris, nous l'avons plus vive- 
ment senti lorsque les malheurs récents de notre pays nous ont 
fait le témoin des angoisses de tant d'exilés, et nous avons cru 
rendre à leur constance un hommage indirect en rassemblant pieu- 
sement les monuments de la résistance patriotique des Normands 
nos pères. * 



INTRODUCTION 



XXIIl 



comme d'ailleurs nous nous sommes efforcé de mon- 
trer dans les notes Tintérêt quWrent nos documents 
au point de vue de l'histoire, soit générale, soit locale, 
ce que nous pourrions dire ici ferait double emploi 
avec le commentaire perpétuel dont nous avons ac- 
compagné, toutes les fois que cela nous a paru utile, 
le texte de chaque pièce. Ce texte est, en outre, précédé 
d'une analyse succincte qui en donne la substance. 
Qu^il nous suffise d'y renvoyer le lecteur. Il n'y a 
pas une de ces pièces, les érudits compétents le ver- 
ront de prime abord, qui n'apporte quelque fait nou- 
veau ou ne rectifie quelque erreur accréditée; et c'est 
en les étudiant dans leur ensemble qu'on parviendra à 
se représenter sous son véritable jour la situation mi- 
litaire, administrative, économique de la basse Nor- 
mandie sous la domination étrangère. Une table et un 
glossaire termineront le second volume et compléte- 
ront notre publication. 



Âgon, au Carouge, 6 août 1879. 



CHRONIQUE 



DU 



MONT-SAINT-MICHEL 



9\^%^^ g' ^ ^^^^i^* *^ • r -^/v^*»» 



Uan mil iiic xliii, fist le roy venir xv deniers a troys*. 

L'an mil iiic xlvi, le dit roy Phelippe combatit contre 
les Angloys à Cressy *, et y fut Poriflambe portée. L'un 
et l'autre moult de gens y perdy, mes toutes fois le roy 
de France fut desconfit et s'enfouyt a Amyens. Et de 
Crecy le roy d'Engleterre se partît et alla assegier Ka- 
leys qui bien se tint ung an et plus ^. 

L'an xLvii, le roy Phelippe et Jehan son filx, duc de 
Normendie, assemblèrent grans gens pour devoir lever 



1. Allusion à la célèbre ordonnance de Philippe VI de Valois 
rendue à Paris le 22 août 1343 (Ordonn., II, i83 à 186). Six ans 
avant la promulgation de cette ordonnance, en i336, ce roi avait 
tellement affaibli la monnaie qu'en 1342 le sou ne contenait plus 
que i5 grains d'argent. En i343, Philippe revint à la forte mon- 
naie, mais pour peu de temps. Il y eut alors les deux tiers de 
perte sur ce que l'on possédait en argent, parce que les gros tour- 
noi» de saint Louis, qui valaient auparavant 3 sous 9 deniers, fu- 
rent mis à i5 deniers tournois. Les autres monnaies furent dimi- 
nuées à proportion. 

2. Cette bataille fut livrée le samedi 26 août 1346 à Crécy (auj. 
Crécy-en-Ponthîeu, Somme, arr. Abbeville). 

3. Edouard III, roi d'Angleterre, mit le siège devant Calais le 
3 septembre 1346, et les assiégés se rendirent le vendredi 3 août 
de l'année suivante : le siège avait duré par conséquent onze mois. 



2 CHRONIQUE 

le dît siège ^, mes en la fin il convint rendre la place au 
dit roy d'Angleterre Edouart. 

En cel an, fut la bataille a la Roche Darîen * en Bre- 
taigne, et la fut prins le duc de Bretaigne, c'est assaver 
Charles de Bloys et plusieurs de ses barons. 

L'an mil iii<^ xlviii, fut la grant mortalité ^. 

L'an mil iii<^ xlix, le dit roy Piielippe espousa la rayne 
Blanche, fille du roy de Navarre *. 

L'an mil iii^ l ^, mourut le dit roy Phelippe. . 

Après que le dit roy Phelippe fut trespassé, fut roy de 
France Jehan son filz qui estoit duc de Normendie. 

L'an mil ni^ lui, le roy de Navarre, par mauves con- 
seil, fist moyrir le connestable de France, Charles d'Es- 
paigne a Leigle ^. Et la commencèrent les rumours, 
doulours et meschiefs qui puys ont esté en royaulme de 
France. Et adonc le roy Jehan fist traitier au dit roy de 
Navarre, qui par le congié du roy alla a Paris et se 
excusa, et furent d'acort '^. Et adonc furent assises les 
terres ensuivant au dit roy de Navarre, c'est assaver la 

1 . Philippe de Valois^ arrivé à Sangatte près Calais le vendredi 
27 juillet i347, décampa le jeudi 2 août. Le lendemain, la ville de 
Calais ouvrit ses portes aux Anglais. 

2. Cette bataille se livra le 20 juin 1847 à la Roche-Derrien 
(Côtes-du-Nord, arr. Lannion). 

3. Le chroniqueur veut parler de la fapieuse peste de 1348. 
Voyez sur cette peste les documents indiqués dans notre édition 
des Chroniques de J. Froissart, IV, xzxviii, note 4, et en outre 
l'ouvrage intitulé ; Histoire de la peste noire {i346-i35o), par 
A. Philippe, Paris^ in-8, i853. 

4. Philippe VI épousa en secondes noces Blanche de Navarre, 
fille de Philippe III, roi de Navarre, et de Jeanne de France, par 
contrat passé à Brie-Comte -Robert le 29 janvier i35o (n, st.). 

5. Le dimanche 22 août. 

6. Charles d'Espagne fut assassiné le 6 janvier i354. 

7. Les lettres de rémission, octroyées à Charles II, roi de Na- 
varre et comte d'Évreux, sur le fait du meurtre du connétable 
Charles d'£spagne, furent entérinées, au Parlemeent en séance du 
roi, le 4 mars 1334. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 3 

viconté de Biaumont \ la baronnie de Bretuil', la 
baronnie deConches, la viconté d^Orbec et la viconté de 
Ponteaudemer, la viconté de Valongnez et de Karenten, 
en recompenssasion deLx mille livres de rente qu^il pre- 
noit sur les cofres du roy, tant pour le mariage de sa 
femme que pour le retour de la conté d^Espaigne ^. 

En Tan mil m^ uni ^ le dit roy de Navarre, a grant 
compaignéede gens d^armes, vint arriver à Cherbourc. 
Quant le roy de France le sceut, il envola devers luy 
plusieurs seigneurs qui le menèrent à Paris. Et lors out 
bon acort entre les deux roys. Et s^en retourna le dit 
roy de Navarre, et la royne de Navarre demoura avec 
la royne de France. ^ 

Iceluy roy Jehan out un filz de la contesse de Boul- 
longne ^ qui avoit esté femme du filz aisné du duc de 
Bourgongne, c'est assaver Charles le V' qui après luy 
fut roy, le duc d'Anjou, le duc de Bourgongne et le 
duc de Berry. 

1 . Beaumont-le-Roger, Eure, arr. Bernay. 

2. Breteuil-8ur-Iton, Eure, arr. Évreux. 

3. Le traité, qui est analysé ici d'une manière fort inexacte, est le 
traité conclu à Valognes le lo septembre i355, confirmé parle roi 
Jean à Paris le 24 de ce mois (Secousse, Recueil de pièces sur 
Charles II, roi de Ncofarre, bS^z à 596). Beaumont, Breteuil, Con- 
ches et les autres villes citées appartenaient depuis longtemps au 
roi de Navarre qui autorisa le roi de France à mettre un châtelain à 
Évreux, Pont-Audemer, Cherbourg, Gavray, Mortain, Avranches 
et Carentan. Le roi de Navarre réclamait 120,000 écus. Le roi 
Jean lui en accorda 100,000, moyennant quoi les deux princes se 
donnèrent une quittance réciproque de tout ce qu'ils pouvaient se 
devoir l'un à l'autre. 

4. C'est au mois d'août i3Sb, et non en i354, que le roi de 
Navarre débarqua à Cherbourg. 

5. Jean, alors duc de Normandie, eut les quatre fils dont les noms 
suivent, non de Jeanne de Boulogne sa seconde femme qu'il épousa 
le ig février i35o (n.st.), mais de sa première femme Bonne 
de Luxembourg mariée à Melun en mai i332 et morte en l'abbaye 
de Maubuisson le ix septembre iJ4g. 






4 CHRONIQUE 

En Tan mil iii^ lv, le roy d'Angleterre Edouart fist 
une chevauchée en Picardie *. Et sy tost comme le roy 
de France le sceut, il alla a Pancontre, luy et le roy de 
Navarre, a grant gent, et le parsuyrent jucquez a Kalès. 
En cel an, le roi de Navarre fut fait lieutenant en 
Bretaigne. Et la sepmaine de devant Pasques, le duc de 
Normendie donna a disnèr au roy de Navarre et a grant 
foison de chevaliers. Et la le roy vint et fist prendre le 
dit roy de Navarre et plusieurs aultres dont aucuns 
furent mors et les aultres menez en Chastelet '. Dont 
monseigneur Jehan de Friquans se partit sans congé et 
s'en alla devers le roy d'Angleterre. Et le roy de Na- 
varre fut mené en Picardie et gardé en ung chastel 
longuement. 

En l'an mil ni^ lvi, monseigneur Phelippe de Na- 
varre et plusieurs aultres vindrent a Chierbourc, et la 
fut monseigneur Godefroy de Harcourt. Et lors le dit 
Phelippe fist deffier le roy de France ^. Et adonc com- 
mensa la guerre qui puys dura longuement, quant le 
dit Phelippe alla quérir le duc de Lencastre qui a grans 
gens vint en Costentin ^ et de la se partit et alla lever 
le siège qui estoit a Ponteaudemer des gens du roy de 
France. Et de la se partirent le dit duc et le conte 
Phelippe et le duc de Bretaigne, et chevauchèrent 
jucquez a Verneil ^ et prindrentla tour et la ville. Et de 



1. Sur cette chevauchée d*Édouard III en Boulonnais et en 
Artois et la marche du roi Jean à la rencontre de son adversaire 
au mois de novembre i355, voyez les notes de notre édition des 
Chroniques de J. Froissart, V, lui à lvii. 

2. L'arrestation du roi de Navarre eut lieu à Rouen le mardi 
5 avril i356. 

3. Godefroi de Harcourt fit hommage à Edouard 111 et le recon- 
nut roi de France le i8 juillet i356. 

4. La descente de Henri de Derby, duc de Lancastre, dans le 
Cotentin eut lieu au mois de juin i356. 

5. Auj. Verneuil-sur-Avrc, Eure, arr. Évreux. 



nu MONT-SAINT-MICHEL 5 

la se partirent bien en haste, quar le roy de France 
avoit asssmblé grant ost pour venir su^ euls, lesquieulx 
se partirent de Costemin et allèrent mettre le siège a 
Renez ' en Bretaigne. Et monseigneur Phelippe s'en 
alla en Angleterre parler au roy Edouari et faire hom- 
mage et aliance au dit roy. 

En Tan mil in^^ lvi *, fut la bataille ^ a deux lieues de 
Potiers ou le roy Jehan fut prius et plusieurs aultres 
chevaliers et escuyers par le prince de Gales, ainsné iîlz 
de Edouart, roy d'Angleterre. Quant le roy Jehan fut 
prins, la terre trembla. En ce temps, retourna Phelippe^ 
d'Angleterre et vint en Bessin et prini Usigny '■ et 
Creuly^et alla jucquez devant Chartres. Et de la alla 
parler au duc de Lencastre, qui estoit au siège devant 
Renez, le requérant que il luy rendist le chastel et la 
ville d'Avrenches que ses gens avoient prins sur ung 
chevalier de Navarre, lequel chastel fut rendu au dit 
messire Phelippe '. 



1. Henri, duc de Ltncutre, mit le siège deraot Rennes du 
1 octobre i35â au i juillet tîbj. 

7, La bataille de Poitiers se livra sur le plateau de Maupertuis 
(auj. la Cardinerie, lieu dit de la commune de Nouaillé, Vienne, 
arr. Poitiers, c. la ViÉledieu, à 2 lieues au sud-est de Poitiers), le 
lundi ig septembre t?i6, 

3. AprÈs le mot bataille, te manuscrii ajoute : de Cockerel. L'er- 
reur est tellement grossière qu'on ne peut l'attribuer qu'à une dis- 
traction du scribe. 

4. U s'agit ici évidemment de Ptùlippe de Navarre dont le chro- 
niqueur a mentionné quelques lignes plus haut le passage en An- 
gleterre. On lit dan» le manuscrit : le roy Phelippe, et l'additionde 
ces mots : le roy, provient sans doute d'un copiste ignare. 

5. Isigny, Calvados, arr. Bayeui. 

6. Creuill}', Calvados, arr. Csen. 

7. Ce fait curieux n'est relaté que par notre chronique, mais il 
n'en est pas moins tris-rraîsemblable. Richard u Cholle, connéta- 
ble de la garnison d'Avranchcs, et Guillaume de Tutlebery, an- 
glois, receveur d'Avranches n, sont mentionnés dans des lettres de 
rémission accordées le 16 août lîSy par Robert de Clsrmont, sire 



r 



b CHRONIQUE 

Le dit roy Jehan, prisonnier, comme dit est, paia 
moult grant finance et toute fais mourut en Angleterre. 

En ce temps, fut délivré par les trois Estas le roy de 
Navarre et s'en vint a Mante et d'ilec a Paris et parla au 
roy Charle qui encore estoit duc de Normendîe et roy- 
gent le royaulme. En Tan Lvn, le roy de Navarre fut dé- 
livré par les trois Estaz\ 

En Van lviii, le roy de Navarre vint devant Paris o 
grant compaignée de Navarrois, d'Anglois et aultrez. 
Monseigneur le roygent fist très bien garder la ville. Et 
adonc fut mort le prevost des [marchands*] et grant 
foison des plus grans bourgeois de Paris, pource qu'ilz 
avoient porté le fait du roi de Navarre et des Anglois. 
Et lors le roy de Navarre se retira et print plusieurs for- 
teressez eu royaulme. 

En Pan lix, le roy de Navarre fist sa pais avecq le roy- 
gent^ et se départit d'avec monseigneur Thomas de 
Hollande, Anglois. 

En l'an mil iii^ lx, le roy d'Angleterre Edouart, le 
prince de Galez et le duc de Lencastre chevauchèrent 
jucquez devant Paris ^. Et adonc fut la grant famine. Et 
s'en retourna le dit roy par le Neufbourc la ou le roy de 



de Bosmont, maréchal et lieutenant du duc de Normandie, à Colin 
Talevazy clerc, de la paroisse de Bâciily. Arch. Nat., JJ89, n" 181. 
X . Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre, détenu au château 
d*Ârleux, fut mis en liberté par Jean de Picquigny le mercredi 8 no- 
vembre 1357. La veille, c'est-à-dire le mardi 7, Robert le Coq, 
évéque de Laon, avait fait réunir de nouveau à Peiris les États géné- 
raux. 

2. Au lieu de marchands, on lit dans le manuscrit mareschaulx, 

3. Le traité de paix dont il s*agit ici fut conclu à Pontoise le 
mercredi 21 août i339. 

4. Débarqué à Calais le mercredi 3o octobre i35q, Edouard III 
assiégea Reims du mercredi 4 décembre suivant au dimanche 
I" janvier i36o et se tint devant Paris, en Thôtel de Chanteloup lez 
Arpajon, du mardi 11 mars au lundi 6 avril z36o. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 7 

Navarre parla a luy, et par Honnefleu ^ s'en alla en An- 
gleterre, et le roy de Navarre a Chîerbourc. Les Anglois 
demeurèrent en Costentin, qui prindrent un hostel 
nommé AroudevîUe* et un aultre apellé Garnetot^ 
Celuy an, Navarrois mistrent le sîege a Aroudeville el 
le prindrent. 

L'an mil ui9 lxiiii, commensa a régner Charles le 
quint, ainsné iSlz du roy Jehan *. 

L'an dessus dit^, le roy de Navarre alla en Angleterre 
parler au roy et s'en retourna en France, et fist sa paix 
avecques le roy de France a Vernon et luy fist hommage 
de ses terres du royaulme. 

L'an mil iii<^ Lx[x]ni *, fut la bataille de Toulouse ou les 
Anglôîs furent desconfiz par les gens monseigneur d'An- 
jou. L'an dessus dit, le duc de Lencastre et lé duc de Bre- 



1 . Notre chroniqueur est ici plus exact que le rédacteur des Gran- 
des Chroniques qui dit, par erreur, qu'Edouard III s*embarqua à 
Harfieur. Voyez notre édition des Chroniques de J, Froissart, VI, 
page VII, note 3. 

2. Au). Éroùdeville, Mafiche, arr. Valognes, c. Montebourg. 

3. Auj. château de la commune de Rauville-la-PIace, Manche, 
arr, Valognes, c. Saint-Sauveur-le- Vicomte. 

4. Dans le ms. lat. n» 5696, f" 58 v% i"col., cet alinéa est placé, 
sans doute par une erreur du scribe, à la suite des deux alinéas sui- 
vants. 

5. Quoique nous ayons cru devoir rétablir cet alinéa à sa vraie 
place, il reste encore une lacune. De Tavènement de Charles V en 
1364, on passe tout à coup au voyage de Charles, roi de Navarre, en 
Angleterre, qui eut lieu en septembre ou octobre 1 370, et à la paix de 
Vemôn conclue à la suite de l'entrevue des deux rois de France et 
de Navarre dans cette ville le 29 mars 1371 (n. st.). Secousse, Re- 
cueii de pièces f p. 3 16. 

6. Il y a ici dans le manuscrit, tel qu'il nous est parvenu, une la- 
cune de neuf ans, de i364 à 1373. Le copiste du manuscrit n» 5696, 
comme s'il eût voulu combler cette lacune, a placé dix ans avant 
leur date réelle tous les événements compris entre 1373 et i38o. 
Nous avons rétabli entre crochets le chiffre romain x qui restitue 
ces faits à leur place véritable. 



8 CHRONIQUE 

taigne et plusieurs aultres descendirent a Kaleis et allé* 
rent tout du lonc du royaulme de France et firent moult 
de maulx, mes le bon Bertran du Glesquin, connestable 
de France, les tint si court quMl convint par force de fain 
qu'il en mourut sans nombre. Le duc de Lencastre se 
retrait a Bordeaulx a pou de gens \ 

L'an dessus dit, monseigneur Pierres de Navarre vint 
en France devers le roy et fut lieutenant de son père et 
se gouvernoit par Ferrando*. 

En Tan mil iii°lx[x]vi, le pappe Gregore alla a Romme 
et la mourut ^. Et lors commensa la division de Teglise, 
et dient aucuns que ce fut par le cardinal d'Amiens *. Et 
fut esleu ung archevesque du Bar et fut nommé Urbain ^. 
Et après ly fut esleu le cardinal de Genève et fut nommé 
Clément ^. L'an dessus dit, le duc de Bretaigne alla en 
Engleterre, et fut la duchié mise en la main du roy et 
baillée en garde a trois des barons de Bretaigne, c'est as- 
saver a monseigneur Bertran, connestable de France, 
monseigneur de Rohan et monseigneur de Clisson. 

1 . La chevauchée de Jean, duc de Lancastre, et de Jean^ comte 
de Montfort et duc de Bretagne, à travers la France, eut lieu pendant 
la seconde moitié de i3j3. 

2. Dans la chronique n? 3416 du fonds Joursanvault, aujourd'hui 
conservée au British Muséum, on lit la mention suivante presque 
identique à celle de notre chronique : « En Tan iu*'lxxiiii, NU' Pier- 
ron de Navarre vint en France devers le roy et fut lieutenant de son 
père ; mes toutefois il se gouvernoit par Ferrando en toutes choses. » 
Cité par M. Vallet de Viriville, Bibl. de V École des Chartes, VIII, 1 1 3 . 

3. Grégoire XI, neveu de Clément VI, après avoir séjourné à Avi- 
gnon depuis le jour de son sacre le 3 janvier 1371, rentra à Rome 
le 17 janvier 1377 et y mourut le 27 mars 1378. 

4. Jean de la Grange, évêque d'Amiens et cardinal, Tun des plus 
ntimes conseillers de Charles V. 

5. Urbain VI, auparavant archevêque de Bari, élu pape à Rome 
le 9 avril 1-378. 

6. Clément VII, auparavant Robert de Genève, successivement évê- 
que de Thérouanne, puis de Cambrai, élu à Fondi le 21 septembre 
1378 par i5 des cardinaux qui avaient élu Urbain VI. 



r 



DU MONT-SAINT-MICHEL 9 

Vàtï Lx[x]vii, monseigneur Charles de Navarre vint 
en France ^ o grant nombre de chevaliers et escuyers et 
aultrez entre lesquieux estoit Jaquet de Ruix lequel fut 
prins a Corbeil ^ et mené a Paris. Et monseigneur Charles 
alla devers le roy a Cenliz, et en la parfin le roy le fist 
arrester et partie de ceulz qui estoient avecques luy, par 
especial Ferrando. Et fut amené le dit monseigneur 
Charles devant Bretueil au siège qui estoit devant, que 
monseigneur le connestable tenoit, lequel chastel fut 
prins. Monseigneur Pierres de Navarre, qui estoit de- 
dens, fut meney devers le roy ^. 

Et de la monseigneur de Bourgoigne et monseigneur 
de Bourbon et monseigneur le connestable allèrent de- 
vant Bernay lequel fut prins *, Et avec ce furent 'prins 
Beaumont et Orbec. Monseigneur Tadmiral alla devant 



1. Pierre de Navarre, comte de Mortain, second fils de Charles le 
Mauvais, arriva de Navarre en Normandie un peu avant le 8 juillet 
1376 (BibJ. Nat., Quittances, XXII, 1771); mais Charles de Navarre, 
comte de Beaumont, ne vint rejoindre son frère cadet que rers le 
mois de mars 1378. 

2. Jacquet de Rue, chambellan du roi de Navarre, fut arrêté par 
ordte de Charles V et amené prisonnier à Corbeil le 20 mars 1378 
(n. st.). 

3. Le siège fut mis devant Breteuil (auj. Breteuil-sur-Iton, Eure, 
arr. Evreux) dès le lundi 12 avril 1378, parles ducs de Bourgogne 
et de Bourbon et Charles de Navarre; et ce château n'était pas encore 
tombé au pouvoir des Français le 5 mai suivant. La prise de Bre- 
teuil doit être peu postérieure à celle de Beaumont-Ie-Roger, qui eut 
lieu le 6 mai, ainsi qu'il résulte de lettres de rémission accordées 
par le comte de Harcourt et Bureau, sire delà Rivière, et datées de 
Beaumont le 6 mai 1378 ;Arch. Nat., JJ 1x2, n» 344). Comme le dit 
avec raison le chroniqueur, on trouva dans cette place Pierre de 
Navarre, comte de Mortain, second fils de Charles le Mauvais. 

4. Pierre du Tertre, l'un des principaux conseillers du roi de Na- 
varre en ses possessions de Normandie, rendit la tour de Bernay,.]e 
lundi 19 avril 1378, à Philippe, duc de Bourgogne, et à Bertrand 
du Guesclin. Secousse, Recueil de pièces sur Charles II, p. 404 et 
405. 



I O CHRONIQUE 

Pontaudemer et Tassega ^ Et mes aultres seigneurs allè- 
rent en Costcntin et monseigneur Charles avecques eulx, 
et leur fut rendu Carenten et Valongnez *. Et de la allè- 
rent [a] Avrenchez ' qui leur fut rendu. 

Et puis allèrent a Renieville * et fut prins et le capi- 
taine mort. Et d'ilec allèrent a Gavrey, et mistrent le 
siège devant et les engins, et y eut ung grant assault. Et 
en la fin le chastel se rendit a monseigneur Charles, et 
le dit monseigneur Charles le rendit au roy ^. Et d'ilec 
allèrent a Mortaing, et y fut mis le siège qui dura lon- 
guement qui fut prins •. Et après Tinchebray ^ se rendit. 
Et dMlec monseigneur Charles alla a Ponteaudemer ou 



1. Le siège de Pont-Audemer fut spécialement commis à Jeao de 
Vienne^ amiral de France, dès la première quinzaine d'avril iS-jS, 
Toutefois, cette place ne se rendit que le i3 juin suivant, à Bertrand 
du Guesclin. Secousse, Recueil, p. 447. 

2. Ces deux forteresses se rendirent à Philippe, duc de Bourgo- 
gne, à Charles de Navarre et à Bertrand du Guesclin. La reddition 
de Carentan est du 25 avril iSyS, et celle de Valognes du lende- 
main 26 avril. Philippe, duc de Bourgogne, était encore à Valognes 
le 28 avril (Arch. Nat., JJ 1 13, n* 78'. 

3. Il 7 a lieu de croire que Bertrand du Guesclin occupa Avran- 
ches le 29 avril 1378, car un certain nombre d'hommes d*armes à la 
solde du connétable firent montre le dit jour dans cette ville. 

4. Régnéville, Manche, arr. Coutances, c. Montmartin-sur-Mer* 
Le i" juin 1376, Gomez Lorenz était capitaine de cette place pour 
le roi de Navarre. (Bibl. Nat., Quitt.. XXII, 1788). 

5. Assiégé par du Guesclin, dès les premiers jours de mai 1378 
et certainement avant le 5 de ce mois, le château de Gavray (Manche, 
arr. Coutances) se rendit le 3i mai. 

6. Après avoir mis le siège devant Gavray le 5 mai, Bertrand du 
Guesclin fit une chevauchée devant Mortain où un acte mentionne 
sa présence à la date du 20 mai, a le connestable de France estant 
et tenant le siège devant le chastel de Mortain ». Martin Paullet, ca- 
pitaine de Mortain pour le roi de Navarre, rendit le château à Ber- 
trand moyennant le payement de 2,000 francs d'ôr. 

7. A la fin d'avril 1378, Bertrand du Guesclin acheta de Jean de 
Picquigny, écuyer, les château et châtellenie de Tinchebrai (Orne, 
pfr. Pom front). 



DU MONT-SAINT-MICHEL I 1 

monseigneur Padmiral tenoît le siège, lequel chastel fut 
rendu au dit monseigneur Charles ; et il le rendît aux 
gens du roy *. Et après allèrent a Evreux qui leur fut 
rendu *, et après a Pacy ', a Nogent le Roy *, Ennet ^^ 
Yvry •, Bretueil, Nonnencourt "^ qui leur furent renduz. 
Et ainsi mistrent tout en la main du roy. 

L^an dessus dit, furent abatuz xvi des chasteaulx au 
roy de Navarre, c^est assaver Avrenchez ', Gavrey, Mor- 
taing, Tinchebrey, Orbec, Ponteaudemer, Berney, Beau- 
mont le Rogier, Bretueil, Nonnencourt •, Evreux^ Pacy, 
Ennet, Nogent et Breval *®. Et vi en demoura, c'est assa- 
ver Couches, Renieville, Carenten, Valongnes et Chier- 



1 . La reddition de Font-Audemer est, comme nous Tavons dit plus 
haut, du i3 juin 1378. 

2. La reddition d*Évreux doit être antérieure au 3o juin 1378, 
Jour où Charles V accorda des lettres de rémission à Barradaco de 
Barrante, né en Navarre, « lequel a procuré et conseillié de tout son 
puToir à mettre le chastel d'Evreux en noz mains, n Arch. Nat., 
JJ II 3, n* 18. Secousse, Recueil, p. 438. 

3. La reddition de Pacy (Pacy-sur-Eure, arr. Évreux) doit être du 
mercredi 3o juin 1378. Le château fut rendu par Ligier d*Orgessin, 
capitaine pour le roi de Navarre (Arch. Nat., JJ ii3, n* 16; Secousse, 
Recueil, n* 18, p. 438 et 439). 

4. Auj. Nojent, Eure-et-Loir, arr. Dreux. 

5. Auj. Anet, Eure-et-Loir, arr. Dreux. 

6. Auj. Ivry-la-Bataille, Eure, arr. Évreux, c. Saint-André. 

7. Nonancourt, Eure, arr. Évreux. 

8. Par acte daté de Beauté-sur-Marne le 14 juillet 1378, Charles V 
donna l'ordre de démolir les forteresses de Pont-Audemer, Orbec, 
Breteuil, Rugles, Mortaîn, Avranches et Gavray (Arch. Nat., K 5i, 
n* 34^ A Mortain, les travaux de démolition commencèrent le 8 août 
et finirent le 24 du même mois. 

9. Par un autre acte daté de Senlis le 2 septembre 1 378, Charles V 
donna Tordre d'abattre les châteaux de Pacy, Anet et Nonancourt 
(Arch. Nat., K 5i, n* 36). 

10. Pierre de Saint-Martin, capitaine de Bréval (Seîne-et-Oise, arr. 
Mantes, c. Bonnières) pour le roi de Navarre, rendit ce château peu 
avant le 29 juillet 1378. (Arch. Nat., JJ 1 1 3, n« 74; Secousse, Jtecueil^ 
p. 444 et 443.) 



V 



f 2 CHRONIQUE 

bourc. Et river ensuivant, monseigneur le connestable 
mist le siège a Chierbourc ', et la fut le dit monseigneur 
Charles*, monseigneur deClisson, monseigneur Tadmi- 
ral, monseigneur Dammartin et plusieurs aultres che- 
valiers et escuyers. Au dit siège fut prins monseigneur 
de Longueville, frère de monseigneur le connestable \ 
monseigneur Guillaume Crespin, sire de Mauny *, et aul- 
tres par les Anglois. Et adonc le siège fut levé, je ne scey 
par qui. Et lors demoura garde de la frontière pour le 
roy monseigneur Guillaume des Bordes^. 



X. L'investissement de Cherbourg commença dès le mois de juillet 
X 378, car des lettres de rémission de Charles V, datées du Bols de 
Vincennes le 29 juillet de cette année, mentionnent le cri fait que 
a chascun ostast ses biens d'environ Chierebourg ». (Arch. Nat., 
JJ 1 1 b, n« 87 ; Secousse, Recueil, p. 443.) — Le 1 •' août 1 378, Charles, 
roi de Navarre et comte d'Évreux, engagea Cherbourg pour trois 
ans à l'Angleterre à la condition que Richard II lui fournirait^ chaque 
année, pendant 4 mois, 5oo hommes d*armes et 5oo archers qui le 
serviraient à leurs frais (Rymer, VII, 20 1). Une garnison anglaise vint, 
en vertu de cette convention^ occuper Cherbourg où un acte en si- 
gnale la présence dès le mois d'octobre 1378 (Arch. Nat., JJ ii3, 
n" 260; Secousse, Recueil, p. 460 et 45 1). A la date du 3 décembre 
de cette année, Bertrand du Guesclin était logé à l'abbaye de Cher- 
bourg et Gai Chrestien, bailli de Rouen et de Gisors, ordonnait de 
payer dix charpentiers qui avaient travaillé à mettre cette abbaye 
en bon état de défense. 

2. Le 3 novembre 1 378^Jean le Franc payait 80 livres parisis pour 
un achat de vins fait par ordre de Charles de Navarre, « pour mener 
au siège devant Chierebourc » Arch. Nat., K 326, {• 2. 

3. Olivier du Guesclin, sire de la Roche Tesson, banneret, fut fait 
prisonnier par les Anglais peu après le 17 novembre 1378, jour où 
il fit montre à Valognes avec 8 chevaliers bacheliers et 48 écuyers 
(Dom Morice, Preuves^ II, 390.) 

4. Ce Mauny, qui appartenait alors aux Crespin, est un ancien fief 
situé en Saint-Nicolas-d'Attez, Eure, arr. Évreux, c, Breteuil. 

b, Guillaume Guenaut, seigneur des Bordes, qui fut plus tard cham- 
bellan de Charles VI et gardien de l'oriflamme. L'ancien fief et 
château de Bordes ou des Bordes était situé à Pressigny-le7 Petite 
Indre-et-Loire, arr. Loches, c. du Grand -Pressigny. 



DU MONT-SAINT-MiCHEL l3 

L^an mil iii^ lx[x]viii, fut la bataille de la Hogue le 
jour Saint-Martin d^estey ^, et la fut prins mon dit sire 
des Bordes et plusieurs aultres. Après vint monseigneur 
Tadmiral * pour tenir la frontière a Montebourc qui fut 
depuys et tantost desenparey et vint tout a Carenten. 

En Tan mil in^ lx[x3ix, alla refreschir le chastel de 
Lehon ^. 

Van dessus dit, le bon connestable monseigneur Ber- 
tran mourut en Languedoc * et fut aporté a Paris et en- 
terré a Saint Denys. Icest roy Charles quint eut deulx 
filz, Charles qui fut roy après luy ; le second out nom 
Louys, qui fut duc d'Orleens, qui fut tué a Paris. 

L'an mil in«iiii«, Charles VI* commensa a régner, et 
cel an fut couronné a Rains. Et assez tost après les fron- 
tières de Normendie furent muées, et y furent mis mon- 
seigneur de Hambuye ^ monseigneur de la Fertey ® et 
monseigneur de Torigny '. 

I La fête de Saint-Martin d'été ou, comme dit Froissart, de Saint- 
Martin le Bouillant se célèbre le 4 juillet. L'engagement où Guillaume 
des Bordes fut fait prisonnier eut lieu, par conséquent, le 4 juillet 
1379. C'est par erreur que notre chronique rapporte cet événement 
à Tannée iSyS. 

2. Par acte daté deMontargis le 16 juillet iSyg, Charles V retint 
Jean de Vienne, amiral de France, à 400 hommes d'armes de crue 
et à 100 francs d'état par mois décrue, en sus de ses gages ordinai- 
res. Jean de Vienne passa en revue les hommes d'armes à sa solde, 
à Avranches le 2 juillet, à Montebourg le 19 juillet, à Carentan le 
18 septembre 1379 (Dom Morice, Hisi. de Bretagne, Preuves, II, 
408). 

3. Côtes-du-Nord, arr. et c. Dinan. Les démêlés provoqués par 
l'essai de réunion de la Bretagne à la Couronne^ qui remplirent Tan- 
née 1379, ne sont représentés dans notre chronique que par cette 
mention incomplète et insignifiante. 

4. Bertrand du Guesclin mourut au siège mis devant Châteauneui* 
de-Randon (Lozère, arr. Mende), le vendredi i3 juillet i38o. 

5. Guillaume Paynel, ch" banneret, sire de Hambye (Manche, arr. 
Coutances, c. Gavray). 

6. Le sire de la Ferté était maréchal de Normandie. 

7. Hervé de Mauny, ch«' banneret^ neveu à la mode de Bretagne de 



1 4 CHRONIQUE 

L'an mil m- nu" et ung, le premier jour de may, de- 
vam Cbierbourc furent prins plusieurs Anglois par 
nionseîgn«iiJM: Nicole Paynel ^ en la forest de Briz *. 

L'an mil iii*hh"ii, se rebellèrent les communes con- 
tre le roy et ne vouUoient paier les aindes du roy, tant 
en France que par toult le royaulme et en Languedoc et 
especial en Flandres. Et pour celuy an, viron la Sainte 
Katherine ^, le roy alla en Flandres, et la une femme 
portoit la baniére des Flamans ; en la fin^ y[l] furent 
desconâz, et la famé morte. 

Assez tost après, les Flamans partirent de Gand et vin- 
drent a rencontre du roy a Rosebec * , et estoit leur 
capitaine monseigneur Phelippe d'Autevelle; et la fut la 
bauîlle, et furent les Flamens deseonfis et mors bien 
xxn™, et leur capitaine mort. Et de la le roy retourna a 
Paris et le mist en grant obéissance et Rouen auxi et les 
aultres qui se estoient rebellez. 

L'an dessus dit, les Anglois descendirent en Flandres 
et prindrent plusieurs villes et tuèrent bien x mille Fla- 
mans. Lors le roy assembla le grigneur ost que roy qui 
eust onc esté en France puys cent ans, comme l'en dî- 
soit ; et fist tant par le conseil de ses oncles de Berry, de 
Bourgoigne et de Bourbon que les Anglois furent des- 
confiz sans coup ferir et s'en allèrent en Angleterre ^. 

Bertrand du Guesclin, sire de Torigni (auj. Torigni-sur-Vire, Man- 
che, arr. Saint-Lô). 

1 . Nicole Paynel s^étaitdéjà distingué sous Charles V^ car ce prince, 
par acte daté de Melun le 23 novembre 1377, lui avait fait don de 
5oo francs d*or. 

2. Brix^ Manche, arr. et c. Valognes. 

3. 25 novembre. 

4. Auj. Roosbeke-sur-Swalm, Belgique, prov. Flandre orientale, 
arr. Âudenarde, c. Hoorebeke-Sainte- Marie, à 27 kil. de Gand. La 
bataille se livra le 27 novembre i382. 

6. Cette seconde expédition de Charles VI en Flandre eut lieu en 
i383. Le 16 août de cette année, le jeune roi donna rendez-vous à 
ses troupes à Arras et rentra en Flandre avec une armée aussi nom- 



DU MONT-SAINT'MICHEL l5 

Van dessusdit, le roy se maria a la fille du duc de Ba- 
vière *, rouge dont il out m filz et ini filles. Les deux pre- 
miers filz moururent ains que leun père. Le ui® ^, nommé 
Charles, fut roy après luy. La première fille^ nommée 
Ysabel ^ , fut mariée au roy d'Angleterre, nommé Ri- 
chart, celuy que le duc de Lencastre fist mourir. La 
11^ fille fut mariée au duc de Bretaigne '', la ui^ nonaain 
a Poyçy ^. La nii^ ^ fut longuement sans marier juc- 
quez ad ce que le roy d'Angleterre vint en Normendie 
qui l'espousa, et eut nom Katherine ^. 



bireuse que CQUe de Roosebekc. Il força les Anglais à battre en re-- 
U^ite, et une trêve fut conclue à Leulinghem le 26 janvier i3S4^.. 

1. Isabeau de Bavière^ fille d'Etienne II, dit le Jeune, duc de Ba- 
vière^ et de Thadée Visconti, dite de Milan^ sa première femme, fut 
mariée à l'âge de 14 ans à Amiens, le 17 juillet i385. 

2. Charles VII n'était que le cinquième fils de Charles VI et d*Zsa- 
beau de Bavière. Charles^ né le 25 septembre i386 et mort le 
28 décembre de la même année; Charles, né le 6 février iSga et mort 
le i3 décembre 1401; Louis, duc de Guyenne, né le 22 janvier 1397 
et mort le 18 décembre 141 3 ; Jean, duc de Touraine, né le 3 1 août 1398 
et mort le b avril 1417, étalent les aînés du futur Charles Vil qui 
naquit le 21 ou le 22 février 1403. Charles VI et Isabeau eurent douze 
enfants. 

3. Isabelle de France, née le 9 novembre 1389 et mariée à Ri- 
chard II par le traité passé à Paris, le 9 mars x 396, n'était que la se- 
conde fille de Charles VI et d'Isabeau de Bavière. L'aînée était Jeanne 
de France, née le 14 juin i388 et morte ^n 1390. V. Vallet de Viri- 
ville, Bibl. de V Ecole des Chartes, xix, 473 à 492. 

4. Jeanne de France, née le 24 janvier 1 391, mariée à Jean VI, duc 
de Bretagne, le 19 septembre 1396 et morte à Vannes le 26 sep- 
tembre 1433. 

5. Marie de France, née le 24 août i393, religieuse à Poissy, 
morte le 19 août 1438. 

6. Notre chroniqueur se trompe. La cinquième fille de Charles VI 
et d'Isabeau de Bavière, ne fut pas Catherine, mais Michelle de 
France, née le 10 ou 12 janvier 139 3, mariée en juin 1409 à Philippe 
dit le Bon, duc de Bourgogne, morte sans enfants à Gand en 1422. 

7. Catherine, la sixième fille de Charles VI et d'Isabeau de Bavièse, 
née le 27 octobre 140 1, mariée le 2 juin 1420 en l'église Saint-Jean 
de Troyes à Henri V, roi d'Angleterre, dont elle eut Henri VI. Re- 



I G CHRONIQUE 

L'an mil iii*^ iiii" vi \ fut la bataille devant le duc a 
Nantes entre monseigneur Robert de [Beaumanoir] * et 
monseigneur Pierres de Tournemine, et fut le dit mon- 
seigneur Pierres déconfit en champ. L'an dessus dit, en 
out ung aultre a Paris devant le roy entre monseigneur 
Jehan de Carrougez et monseigneur Jaques le Gris, et fut 
le dit Jaquez desconfit et mort en champ '. 

En Pan dessus dit *, out un grant débat entre le duc de 
Bretaigne et monseigneur de Clisson, connestable de 
France, et de fait le duc le fist prendre et mettre en pri-' 
son a Venues. Et par force le tînt tant qu'il luy rendit 
touz ses chasteaux et touz ceux de Jehan de Blois que le 
dit connestable tenoit en sa main et cent mille frans 
qu'il paia au duc. 

L'an dessus dit, monseigneur Robert de Guitey ^ as- 
mariée secrètement à Owen Tudor, elle en eut Edmond Tudor, 
comte de Richemont, père de Henri VII. Elle mourut en 1438. 

I. On lit en marge la note suivante dont l'écriture est du 
XV' siècle : a Monseigneur Pierres (sous-entendu : le Roy) fut abbé de 
céans en cest an mil ccc iiiixx yi.n F* 59. 

2. Le scribe a écrit par erreur Beauvoir. Ce duel, provoqué par 
Tassassinat de Jean, sire de Beaumanoir, frère aîné de Robert de 
Beaumanoir, eut lieu à Nantes le jeudi 20 décembre 1 386. Le procès- 
verbal de ce combat singulier, contenant la description détaillée des 
armes offensives et défensives, est le document le plus précieux que 
nous connaissions pour l'histoire du costume militaire à la fin du 
XIV» siècle. Dom Morice, Hist de Bretagne, Preuves, n, 498 à 5ii. 

3. Jacques le Gris, écuyer, était accusé de viol commis sur la per- 
sonne de la dame de Carrouges (Orne, arr. Alençon) . Le samedi 
i5 septembre i386, le Parlement accorda le gage de bataille, et le 
duel eut lieu le samedi après Noël 29 décembre suivant près de Saint- 
Martin des Champs. Jacques le Gris eut le dessous et fut traîné au 
gibet. Cf. le Grand parangon des nouvelles, édit. de 1 869, p. 46 à 67. 

4. La convention imposée par Jean, duc de Bretagne, à Olivier, 
sire de Clisson, est du 27 juin 1387 (Dom Morice, Preuves de Vhis 
toire de Bretagne^ II, 640 à 542). 

5. Le I*' novembre 1391, messire Robert de Guitté (Côtes-du- 
Nord, arr. Dinan, c. Saint-Jouan-de-l'Isle;, fit montre à Saint-Malo 
avec un autre chevalier, 10 écuyers et 6 arbalétriers (/^/^., 676 et 



DU MONT-SAÏNT-MICHEL I7 

sembla grant compaignie, tant de France que de Bretai- 
gne, et prindrent Saint Malou qui estoit lors en la main 
du duc. 

VsLti dessus dit, Jehan de Bretaigne fut délivré par 
monseigneur de Clisson, connestable, qui luy presta 
Lx mille frans et de lx mille bailla obligacion^ Et tan- 
tost, viron Noël, vint en Bretaigne et le connestable o 
grant nombre de gens d^armes et y out grande meucion 
de guerre; mes le duc se mist en la volenté du roy en 
toutezchossez. Et leva le siège de devant Rostelain ^ quMl 
y tenoit et rendit en la main du roy touz les chasteaux 
de Jehan de Bretaigne et de monseigneur le connestable 
et Pargent a Tordonnance du roy*. 

En cel an, out ung parlement a Paris, et y fut fait 
raccord du duc et de monseigneur de Clisson, connesta- 
ble, et de Jehan de Bretaigne, et s^en alla le duc en Bre- 
taigne. 

L'an dessus dit, se fist une armée a Harfleu de viii ga- 
léez et aultre navire, et en fut chief monseigneur Ja- 
quez de Montmor^ avec Tadmiral d'Espaigne. 

L'an dessus dit, fut fait Pacort du duc de Bretaigne et 
du conte de Longueville, et demoura la Guierche * au duc 



577). Par une bulle datée d'Avignon le 3 juin 1394, le pape Clé- 
ment VU céda Saint-Malo au roi de France {Ibid,, 626 à G29). 

1. Rostrenen, Çôtes-du -Nord, arr. Guingamp. 

2. Le 20 juillet i388, Charles VI pris pour arbitre prononça un ju- 
gement sur les différends entre le duc et le sire de Clisson. Dom 
Morice, Preuves de Vhist. de Bretagne ^ II, 552 à 555. 

3. Ce Jacques de Montmor avait commandé, en 1372, avec son 
frère Morelet, une expédition navale sur les côtes du Poitou dont 
nous publierons le compte dans nos Documents inédits relatifs à 
Bertrand du Guescîin, 

4. Auj. la Guerche-de-BretagAs, Ille-et-Vilaine, arr. Vitré. C'est 
sans doute à l'occasion de cette vente de la Guerche à Jean, duc de 
Bretagne» que Charles VI, par acte daté de Paris en septembre 1391, 
confirma l'échange fait par Bertrand du Guescîin de sa seigneurie 



(8 * . CHRONIOlffi 

par XVI mille frans que le due paia au conte et Taquitta 
devers la duchesse du Bar ^ le douayre de Longueville, 
et auxi Paquitta envers madame de Laval ^ pour son 
douaiire de monseigneur le connestable Benran. 

Vàn mil iii^ im^juii, le roy. de France fut au Mont 
Saiat Michiel en pèlerinage ^ et y fonda une chapelle de 
cent livrées de rente. 

L*an mil in^ini»*xvi, fut la journée de Hongrie ^ la où 
furent monseigneur de Bourgoigne et moult grant quan- 
tité de chevaliers et escuyers du royaulme de France que 
jiz perdirent. Environ ce temps, le roy alla au Mans ^ ou 
il repceut la maladie qui luy dura jucquez a la fin. 

En ce temps, Henry, duc de Lencastre, fîst mourir le 
roy Richart d'Angleterre et fist tant qu'il fut roy d'An- 
gleterre après ly. Et Ysabel, que le dit Richart avoit 
espousée, s'en revint en France, qui puys fut famé au fîlz 
monseigneur le duc d'Orleens dont dessus est faite men- 
cion ®. 

L'an mil iiii*vn, monseigneur le duc d'Orleens, frère 

du Thuit contre celle de la Guerche appartenant à Jean, comte 
d'Alençon. Hay du Chastelet, JFft5^ de Bertrand du Guesclin^ p. 466. 

1 . lolande de Bar, veuve de Philippe de Navarre, comte de Lon- 
gueville, n'avait cessé de protester, pendant toute la durée du rè- 
gne de Charles V^ contre la donation du comté de Longueville à 
Bertrand du Guesclin. 

2. Jeanne de Laval, seconde femme de Bertrand du Guesclin. 

3. Deux actes, émanés de Charles VI, sont datés du Mont-Saint- 
Michel le i5 février 1894 (n. st.). Ordonn., VII, Sgo et Sgi. Arch, 
NaU, JJ i45. n» Sôg. " 

4. Allusion à la victoire remportée par les Turcs à Nicopolis le 
28 octobre iBgG. 

5. Le premier accès de folie dont le roi Charles VI fut atteint, en 
traversant la forêt du Mans, remonte au 5 août i Sga. 

6. Isabelle de France, la seconde des filles de Charles VI et d'Isa- 
beau de Bavière, mariée en premières noces le 9 mars iSgô (n. st.'ï 
à Richard II, revenue en France au mois d'août 140 1, se remaria à 
Compiègne le 29 juin 1406 à Charles, comte d'Angoulème, puis duc 
d'Orléans. 



DU MONT-SAI^t-MICHEL IQ 

du roy dessus dit, fut tué a Paris le jour Saint Clé- 
ment ^ et fut de par monseigneur de Bourgoigne. En 
cel an, fut le grant yver. 

L'an mil nn<^viu, monseigneur de Bourgoigne fut au 
Liège ou il fist mourir bien xxviii mille Legeois *. 

L'an mil im^^ix fut le concile a Pise la ou fut esleu 
Alixandre quint ^, et lors cessa la division et le cisme de 
l'église, qui estoit commencée virôn Tan mil in<'Lx[x]yi. 

L'^an mil mi^'x, trespassa le dit pape Alexandre'* eu moys 
de moy, après lequel fut esleu pappe Jehan XX [III]™®^. 

£n cel an, mourut monseigneur Tabbé'du Mont, 
Pierre le Roy ^. En celuy an, fut la grant chierté. 

L'an mil mi^i, le duc deClarence ^ descendit es Ho- 
gues, a bien vni mille ou plus, le x^ jour d'aoust, et tra- 
versa la basse Normendie et s'en retourna par Bord^auix 
en Angleterre. 

L'an mil nn«xv, le roy d'Angleterre *, fils de Henry duc 



X. Le jour Saint Qément, c'est le 23 novembre. Jean sans Peur^ 
duc de Bourgogne, fit assassiner, le 23 novembre 1407, Louis^ duc 
d*Orléans, rue Vieille du Temple, à peu de distance de Thôtel Bar- 
bette habité par la reine Isabeau de Bavière. 

2. D'après la chronique de Pierre Cochon, la bataille se livra le 
21 septembre 1408 devant Tongres(auj. Belgique, prov. Limbourg, 
à 20 kil. de Hasselt), et il y périt de .28,000 à 3o,ooo Liégeois. 

3. Alexandre V, nommé auparavant Pierre Philarge, né d'une 
pauvre famille de Fîle de Candie, fut élu pape à Tâge de 70 ans, le 
26 juin 140g. 

4. Alexandre V mourut à Bologne le 3 mai 141 o. 

5. Jean XXIII fut élu pape à Bologne le 17 mai 1410. 

6. Pierre le Roi, né à Orval (Manche) arr. Coutances, c. Mont- 
martin -sur-Mer), abbé du Mont- Saint-Michel de i386 à 1411, 
mourut à Bologne le 11 février 141 1 (n. st.). 

7. Thomas, duc de Clarence, descendu à Saint«Vaast-de-Ia-Hougue 
(Maiiche, arr. Valogne, c. Quettehou) le 10 août 1412, était venu 
au secours des Armagnacs qui Favaient appelé à leur aide contre les 
Bourguignons. 

8. Henri V, roi d'Angleterre, avait succédé à Henri IV mort le 
20 mars 1413. 



20 CHRONIQUE 

de Lencastre, vint devaiit Harfleu et y mist le siège et 
Iny fut rendu ; et en s'en retournant vers Kaloeas fut par- 
suy de la grigneur partie des iiables de cest royaulmc 
qu'il desconfist [a] Agincourt ^ laquelle deaconfiture 
fut nommée la mauvaise journée» quar monseigneur 
d'Alençon, de Breban, de Bar, le comte de Nevers y 
moururent et plusieurs aultres. Monseigneur d'Orleens, 
Monseigneur le duc de Bourbon» monseigneur le eomte 
de Ricbemont et moult d'autres y furent prins : laquelle 
journée d'Agincourt et plusiQur^ autres choses qui sont 
advenues depuys l'en ponroit savoir aisément par cer- 
tains vers fasans mencion de chascune chose particulier 
rement, mes il est a noter que les lettres, qui font nom- 
bre, enseignent en quel an telle chose advint : 

HeV ! nlMIs » oCtobrI GaLLos Confreglt AgInCoVrt. 

C'est pour saver en quel an la dicte journée fut» ce fut l'an 
mil iiii^xv ®. 

L'an mil mi^xvn, la vigille Saint Lorens *, yceluy roy 
d'Angleterre retourna en Norm^tidie et descendit a To- 
qua près Caen et print assez tost après la ditte ville de 
Caen : 



1. Azincourt, Pas-de-Calais, arr. Saint- Paul^sur-Ternoiae, ç. k 
Parcq. Cette bataille se livra le vendredi a5 octobre 1415. 

2. ta Porte du Theil avait lu : In même, (Notices et exUraitf des 
manuscrits de la Bibliothèque du Roi, 1789, t. II, p. Soô.) 

3. La Porte du Theil fait suivre la citation de ce passage de la ré- 
flexion suivante : « J'avoue que je oe suis pas en état de marquer 
précisément celles des lettres de ce vers qui formeroient i^fective- 
ment la date de 14x5. » Nous imprimons en grandes capittksj 
outre les majuscules, les lettres M, C, L, X, V, I, qui constitusat 
le chronogramme contenu dans chaque vers . 

4. La veille Saint-Laurent, c'est le 9 août. Par lettre datée de 
son château de Touques (Calvados, arr. et c. P<mt-l'£tôque), le 
9 août 1407, Henri V écrivit à la commune de Londres pour lui afti- 
noncer la prise du château de Touques qui le rendait maître de la 
vicomte d*Âuge. Delpit, Documents français en Angleterre, p. su^ 



DU MONT-SATNT-MICHEL 21 

InICIens > PardVs CadoMI LoCa VIrgIne « Ledit 

En cel an, mourut le pape Jehan ^ et après fut le pape 
Martin ^. 

L'an mil iiu^xviii, Rouen fut prins par le dit roy 
d'Angleterre ^. En cest an xviii, se partit de Paris mon- 
seigneur le Daulphin qui depuys fut roy et fut enporté 
e^tre braz % et adonc fut la grant murtrerie a Paris : 

SUb lano CaLCat VI RothoMagI LoCa PardUs. 

, Il y mourut bien xxx mille personnes de fain, tant tin- 
drent longuement pour garder leur loyaulté. 
L'an mil im'^xix, monseigneur le duc de Bourgoigne ''^ 

1 , La Porte 4u Theil avait lu : Inricus, 

2. La Vierge est celui des douze signes du zodiaque qui corres- 
pond au mois d'août. Henri V mit en effet le siège devant Caen le 
i8 août 1417. Après une résistance héroïque, cette ville fut prise 
d'assaut le 4 septembre 141 7. Le château ne capitula que le 1 7 sep- 
tembre. 

';$. Le pape Jean XXIII fut déposé au concile de Constance^ le 
29 mai 1415. Jean XXUI mourut le 22 novembre 1419. 

4. Jean XXIII se démit volontairement du pontificat à Florence le 
i3 mai 141 9 dans les mains de Martin V qui avait été élu pape au 
concile de Constance le 11 novembre 141 7. 

5. Le 29 juillet 1418^ Henri V commença le blocus de Rouen. Le 
slëge dura près de six mois, et les assiégés y perdirent cinquante ou 
soixante mille âmes. Henri V fit son entrée dans la capitale de la 
Normandie le 20 janvier 1419. La ville de Gisors, défendue par 
Lionnet de Bournon ville, capitula le 11 et se rendit le 17 septem- 
bre 141 9. A cette dernière date, le château tenait encore (Bibl. 
NaU, quitt.. t. 52, n* 5419). Cherbourg était devenu anglais le 
29 septembre 14 18. Toutes les autres places de basse Normandie, 
sauf le Mont-Saint-Micheî, s*étaient aussi rendues. Falaise, assiégé 
le !«'' décembre 141 7, avait capitulé le 20 et s'était rendu le 2 jan- 
vier 14 18. 

6. Le dimanche 29 mai 1418, jour de l'entrée des Bourguignons à 
Paris et du massacre des Armagnacs,Tanneguy Duchâtel, prévôt de 
Paris, emporta demi-nu dans ses bras le jeune Dauphin, depuis Char- 
les VII, alors âgé de quinze ans, pour le soustraire aux envahisseurs. 

7. Le dimanche 10 septembre 141 9, Jean sjins Peur, <lûc de Bour- 



22 CHRONIQUE 

qui avoît fait tuer monseigneur d'Orleens,, fut ausi tué 
en sjsptembre : 

SIC dVCe, BVrgVndI, septeMbrî, Cède Caretls! 

En cel an mesmes, le duc de Bretaigne fut prins par 
le conte de Paintievre, et tantost après les gens du duc 
firent tant qu'il destruirent toutes les forteresses : 

FLent oCVLIs, Medio febrVI ^ Britones, dVCe Capto. 

L'an mesmes, le jour Saint Aubert*, les Françoys prin- 
drent sur les Anglois d'assault Avrenches et l'endemaiii 
auxi Pontorson. 

L'an mil mi^x, la rivière de Caynon ^ passa et courut 
lonc temps entre le Mont et Tumbelaine. En ce mesme 
an, monseigneur le comte d'Aubmalle vint au Mont 
Saint Michiel le premier jour de may * et print posses- 
sion de par le roy de la capitainerie de la place. 

gogne, fut tué sur le pont de Montereau par des hommes d'armes 
de l'escorte du Dauphin. 

1. Februi est une licence poétique pour februarii ou februario. 
Jean VI, duc de Bretagne, fut en eftet pris dans un guet-apens par 
Olivier de Blois, comte de Penthièvre, vers le milieu de février 14 19 
ou 1420 (n. st.). 

2. Le jour Saint-Âubert, c'est le 18 juin. Cette reprise d'Âvranches 
et de Pontorson par les Français, le 18 juin 141 9, n'a pas été mention- 
née par les historiens de Charles VI. C'est dans le cours de cette 
même campagne que le fameux Âmbroise de Loré (Orne, arr. Dom- 
front, c. Juvigny) reprit aux Anglais Beaumont-le-Vicomte (Sarthe, 
arr. Mamers) et fut fait chevalier. 

3. Le Couesnon est une rivière qui prend sa source à Saint-Pierre- 
des-Landes (Mayenne), passe à Antrain et Pontorson et se jette dans 
la baie du Mont-Saint-Michel après un cours de 90 kilomètres. 

4. Ce fut le départ de Robert Jolivet, à la fois abbé et capitaine du 
Mont-Saint-Michel, qui quitta son abbaye pour aller faire sa sou- 
mission à Henri V, roi d'Angleterre, devenu régent de France en vertu 
du traité de Troyes, ce fut, disons-nous, le départ de Robert Jolivet 
qui donna lieu à la nomination de Jean de Harcourt, comte d'Au- 
male, comme capitaine du Mont-Saint-Michel. Dès le 21 mai 1420, 
Robert avait quitté son abbaye puisque, dans un procès- verbal, 



DU MONT-SAINT-MICHEL 2 5 

En cel an, le roy de France et dame Katherine furent 
baillez au roy d'Angleterre, en may '. 

L'an mil im«xx *, le duc de Clarence, o grant partie 
des nobles d'Angleterre, fut desconfit et mort à Baugié 
en Vallée : 

Mors apVd AndegaVIs Vos InfICIt, AngLICe CLarens! 

L'an mil iiii«xxn, mourut le roy d'Angleterre : 
Cor VVLt septeMber ^ VICennIs CLaVdere Pardo. 

En cel an, deceda semblablement le roy Charles VI"'% 
roy de France : 

SeXtVs obit KaroLVs oCtobrI * peCtore CLeMens. 

dressé à cette date^ de la prise de possession par le comte d*Âu- 
maie d'un certain nombre de joyaux de Téglise du Mont-Saint- 
Michel, on mentionne « Tabsence de l'abbé dudit lieu ». L'abbé re- 
négat ne tarda pas à recevoir le prix de sa défection. Par acte daté 
du siège devant Melun le 29 octobre 1421, Henri V, roi d'Angle- 
terre, héritier et régent de France^ donna Tordre de mettre entre les 
mains de Robert tous les biens et revenus du Mont-Saint-Michel 
(Neusiria pia, p. SgS). Quant à Jean de Harcourt , il prend déjà, 
dans l'acte en date du 21 mai dont il vient d'être question, le titre 
de « lieutenant du roi et du régent, ayant la garde des abbaye, 
forteresse et ville du Mont-Saint-Michel. » Voyez le n" V de nos 
Pièces diverses. 

1. Allusion au traité de Troyes, promulgué le 21 mai 1420, et sti- 
pulant le mariage de Henri V avec Catherine de France, fille de 
Charles VI et d'Isabeau de Bavière. 

2. Le samedi saint 22 mars 142 1, Thomas de Lancastre, duc de 
Clarence^ frère de Henri V, fut battu et tué à Baugé (auj. chef-lieu 
d'arr. de Maine-et-Loire, entre Beaufort et la Flèche) par une petite 
armée franco-écossaise sous les ordres de Jean Stuart, comte de 
Buchan. 

3. Henri V mourut au bois de Vincennes le lundi 3i août 1422, âgé 
de 35 ans et 26 jours. Par conséquent, notre chroniqueur se trompe 
en rapportant au mois de septembre la mort du roi anglais. 

4. On lit dans le manuscrit ociober^ et nous avons cru devoir cor- 
riger ce solécisme. Châles VI mourut de la fièvre quarte dans son 
hôtel de Saint-PauY le 21 octobre 1422, âgé de 54 ans. 



\\ 



24 CHRONIQUE 

En cel an, monseigneur d^Aubmalle gaigna a Mon- 
tagu ^ sur les Ânglois. 

Anno Domini mitlesîmo quadringentesimo vigesimo 
primo, ecclesia ista, cunctis illesis, cecidit in vigilia 
Sancti Mathei '. 

L'an mil iiii«xxi[ii] ^, le m jour de juUet, fut né mon- 
seigneur le dauphin, nommé Louys. 

En cel an, monseigneur d^Aubmalle desconiist le sire 
de la Pôle et viron mil v*' Anglois en sa compaignie a la 
Gravelle : 

AngLorVM pVLLos ContrlVlt LIbra * GraVeLLe. 
En cel an ^, les Anglois vindrent a Tumbelaine, le 



1 . Le château de Montagu, dont on voit encore aujourd'hui les 
ruines, était situé dans la paroisse de Montanei (Manche, arr. Âvran- 
ches, c. Saint-James), à un kilomètre au sud-est de Téglise et à l'en- 
trée des gorges septentrionales de la forêt de Blanchelande. Cette sei- 
gneurie, appelée aussi le fief de la grande verge d'Argouges, était 
le chef-lieu d'une châtellenie dont relevaient Sacey, Vessey, Boucey, 
Argouges, Carnet et Montanel. Comte de Guiton-Villeberge, Mém. 
de la Société d'archéologie d*Avranches, IV, 329. 

2. La veille de Saint-Mathieu correspond au samedi 20 septembre 
142 1. Les auteurs du Gallia Christiana (XI, 528) ont constaté à cette 
date, peut-être d'après notre chronique, l'écroulement du chœur de 
l'église du Mont-Saint-Michel. La reconstruction de ce chœur ne fut 
commencée qu'en 1460 par les soins du cardinal Guillaume d'£s- 
touteville, abbé commendataire du Mont-Saint-Michel. 

'6. La date de 142 1, qu'on lit dans le manuscrit, doit provenir 
d'une distraction du scribe. Louis Dauphin, depuis Louis XI, fils 
de Charles VII et de Marie d'Anjou, naquità Bourges le 3 juillet 1423. 

4. La Livre (balance) est celui des signes du zodiaque qui cor- 
respond au mois de septembre. William Pôle, comte de Su£Folk, 
fut en effet battu à la Gravelle (Mayenne, arr. Laval, c. Loiron) 
ou plutôt à la Brossinière, le 26 septembre 1423, par Jean VIII de 
Harcourt, comte d'Aumale, capitaine du Mont-Saint-Mi chel. 

5. Ces mots se réfèrent à la date de 1423, année où se livra le 
xombat de la Brossinière. D'après ce passage, les Anglais auraient 
occupé Tombelaine (rocher haut de 140 mètres situé au milieu des 



DU MONT-SAINT-MICHEL 25 

xr* jour de fcbvrier, et le fortifièrent mervoilleusement 
pour tenir les gens du Mont en subjecion ; mes les gens 
de la garnison du Mont leur firent plus de dommage et 
a mer et a terre, comme a gaigner leurs vesseaulx, affon- 
drer les aultres et aultrement, qu'il ne firent a ceulx du 
Mont. 

Environ ce temps ou au devant, il estoit venu une 
grande armée d'Escoce ^ bien x»", la ou estoit le connes- 
table d'Escoce, le comte de Boucan qui puys fut connes- 
table de France *, et moult d'aultres vaillans gens de 
guerre, a Fainde du roy de France, qui moult vaillement 
se portèrent en gardant leur loyaulté au roy nostre sire. 

L'an mil iiii^xxiiii, le xvii"® jour d'aoust, les Anglois 
gaignérent la journée de Verneul, la ou fut prins mon- 
seigneur d'Alenson ^ et plusieurs aultres, et fut le jour 

sables, à 3 kil. environ au nord du Mont-Saint-Michel, où Pon avait 
construit un prieuré), le ii février 1423. Cette occupation est*cer- 
tainement postérieure à 1420, année où l'influence des marées, 
détournant le Couesnon de son cours ordinaire, fît passer pen- 
dant quelque temps cette rivière entre le Mont et Tombelaine, 
de sorte que les Anglais d'Avranches purent fortifier à loisir ce der- 
nier point sans être incommodés par la garnison française du Mont- 
Saint-Michel. Elle est même postérieure au 27 juillet 1422, jour 
où les religieux du Mont-Saint-Michel déclarèrent prendre, avec le 
consentement de Jean le Juif^ prieur de Tombelaine, 3ooo de plomb 
qui devaient être afiectés tant à des citernes qu'à d'autres construc- 
tions^ en s'engageant à rendre ce plomb ou à en rembourser la va- 
leur audit prieur. Voyez le n« XIV de nos Pièces diverses. 

1. £n janvier ou février 1421, quatre à cinq mille Écossais^ en 
voyés au secours du dauphin, débarquèrent à la Rochelle sous la 
conduite du comte de Buchan, de Jean Stuart de Oarnley, cousin du 
comte, connétable des Écossais, et d'Archibald Douglas, comte de 
Wigton. 

2. Jean Stuart, comte de Buchan, fut fait connétable de France du 
i«r au 5 avril 142 1, en récompense de la victoire qu'il avait rempor- 
tée sur les Anglais à Baugé le samedi 22 mars précédent. 

3. Jean II. duc d'Alençon, celui que Jeanne d'Arc appelait o le 
befiu duc I), était, à titre de comte du Perche, seigneur de Verneuil 
(Verneuil-sur-Avre, Eure, arr. Évreux). Fait prisonnier dans la 



26 CHRONIQUE 

des Octaves Saint-Lorens ^. Monseigneur le connes- 
table, c'est assaver le conte de Boucan, monseigneur 
d^'Aubmalle * et moult d'aultres de France et d'Escoce y 
moururent: 

Fit prope VernoLIVM LaVs angLICa CaVda Leonls^ 

En ce mesme an, les Anglois mistrent une bas- 
tille devant le Mont - Saint - Michiel *, a Arde- 



)ournée du i8 août 1424, ]e duc d*AIençon ne fut mis en liberté 
qu'en 1427, après avoir payé une forte rançon aux Anglais. 

1. Comme la Saint-Laurent tombe le 10 août, le 18 de ce mois 
se trouve être en effet le jour des Octaves. 

2. Outre Jean Stuart, comte de Buchan, connétable de France, et 
Jean VIU de Harcourt, comte d'Aumale, les Français perdirent à 
Verneuil Archibald Douglas, duc de Touraine; James, son fils; les 
comtes de Tonnerre et de Ventadour; Guillaume, le dernier des vi- 
comtes de Narbonne de la maison de Lara. 

3. Allusion au Lion, celui des signes du zodiaque qui correspond 
au mois de juillet. 

4. Dès le 24 et le 26 août 1424, presque au lendemain de leur 
victoire à Verneuil, on voit les Anglais s'apprêter à mettre le siège 
devant le Mont-Saint-Michel. Jean, duc de Bedford^ régent de 
France, confia la direction des opérations à l'un de ses favoris. 
Sir Nicolas Burdett, chevalier, bailli du Cotentin pour le roi d'An- 
gleterre, grand bouteiller de Normandie. La mort du comte d'Au- 
male, qui venait d'être tué à Verneuil, privait de son chef la garni- 
son du Mont; mais Jean de la Haye, baron de Coulonces (Calvados, 
arr. et c. Vire), capitaine de Mayenne^ appelé par Jean Gonault» 
vicaire général de l'abbaye depuis le départ de Robert Jolivet en 
1420, vint au secours des assiégés. Les garnisons anglaises des 
places du Cotentin, notamment celles de Coutances, de Saint-Lô, 
d'Avranches, de Cherbourg, de Régnéville, du Pont-d'Ouve et du 
Parc-rÉvêque, fournirent des détachements qui prirent part au 
siège. D'un mandement de Bedford daté de Rouen le 26 août 1424, 
il résulte que le total des forces assiégeantes s'élevait alors à i3o 
hommes d'armes auxquels on avait adjoint un nombre proportion- 
îiel d'archers ; et comme il y avait toujoiKs, dans le système mili- 
taire anglais de cette époque, 3 archers par homme d'armes, et 
qu'en outre chaque homme avait un coustilier et un serviteur, on 
voit que les Anglais avaient affecté spécialement au blocus du 



DU MONT-SAINT-MICHEL 27 

von ^, le XVII» jour de septenbre, laquelle y fut jucquez 
au xxiiii® jour de febvrier l'an mil ini^^xxvii, que les An- 
glois mesmes ardirent et desenparérent, seuUement pour 
paour des Françoys qui venoient devant eulx. 

L'an dessus dit, en ce mesme mois ^, le jour Saint 
Michiel, les Anglois assiégèrent par mer le Mont Saint 
Michiel, qui s'en fuyrent ains qu'il fut un jours. 

L^an mil nn<^xxv, les dis Anglois mistrent de rechief 
siège a la mer devant le dit Mont, o grant force de navi- 
rez, desquieulz Lorens Hauldain ^ estoit capitaine, qui 
furent combatuz par monseigneur d'Auzebosc *, monsei- 

Mont-Saint-Michel 780 combattants (h" XXX et XXXI des Pièces 
diverses), 

1. Manche, arr. Avranches, c. Pontorson. D'après un mandement 
de Nicolas Burdett, en date du 23 décembre 1424, on commença 
la construction de la bastille d'Ardevon le i3 septembre de cette 
année (n" XXXIXU Dès le 12 novembre, Burdett, capitaine de cette 
bastille, y faisait montre de 20 lances et de 60 archers à cheval 
(n* XXXTX). 

2. Le 24 septembre 1424, Bertin Entwessall, écuyer, lieutenant 
en Normandie du comte de Suffolk, amiral, chargé d'assiéger par 
mer le Mont-Saint-Michel, fit montre devant cette place pour un 
moisiivec 28 hommes d'armes, 84 archers et 24 mariniers {Bibl. 
Nat.y ms. fr. n* 14546, f" 8). 

.3 Laurent Haulden, écuyer anglais, était capitaine de Tombe- 
laine. Nicolas Burdett ayant été fait prisonnier par la garnison du 
Mont avant le 12 mai 1425, Laurent Haulden prit le commande- 
ment en chef des forces assiégeantes sous la haute direction de Ro^ 
bert Jolivet, qi^i s'intitulait a conseiller et commissaire du roi d'An- 
gleterre en la Basse Marche de Normandie pour le recouvrement 
de la place du Mont Saint-Michel ». (N- XLVI à XLIX des Pièces 
diverses.) A la date du i3 juin suivant, Jean Helmen, écuyer, était 
lieutenant de la bastille d'Ardevon au lieu et place de Nicolas Bur- 
dett resté entre les mains des Français ; il avait sous ses ordres 
43 hommes d'armes et 102 archers à cheval. Le blocus effectif du 
Mont, commencé le 12 septembre 1424, durait depuis dix mois et 
un jour, à la date du i3 juin 1425 (n° L). 

4. Louis d'Estoutevillc , seigneur d'Auzebosc (Seine- Inférieure, 
arr. et c. Yvetot), fils aîné de Jean II, seigneur d'Estouteville, alors 
prisonnier en Angleterre, où on le retenait captif depuis la bataille 



^8 CHRONIQUE 

gneur de Beoufort ^ les bourgois de Saint Mâlou et plu- 
sieurs aultres chevaliers, escuyers etaultres: 

MaCLoVII Pardis dat VVLnera CanCer Mn Vadis. 

L'an mil iiii^xxvi, les François et des Bretons fortifiè- 
rent . Pontourson la ou les Anglois mistrent tahtost le 

d'Azincourt. Au commencement de mars 1425^ Charles VII avait 
nommé capitaine du Mont-Saint-Michel Jean, surnommé le bâtard 
d'Orléans, comte de Mortain, vicomte de Saint-Sauveur, seigneur 
de Valbonnais, grand chambellan de France, Tillustre guerrier qui 
devait devenir si populaire sous le nom de Dunois ; mais celui-ci, 
après avoir approvisionné et ravitaillé la place et avoir reçu 
le serment de fidélité des hommes d'armes de la garnison, avait 
délégué ses pouvoirs à un brave chevalier bas-normand, à Nicole. 
Paynel, seigneur de Bricqueville (N«' XLV et LUI des Pièces 
diverses] j qui ne tarda pas à le remplacer tout-à-fait lorsqu'il fut 
entraîné, le 3 août 1425 (N" XL), dans la disgrâce où le président 
Louvet, son beau-père, tomba dès les premiers mois de cette année. 
Le 26 octobre suivant, Nicole Paynel lui-même fut invité à remet- 
tre ses pouvoirs à Louis d'Estouteville (N" LUI). Nommé par Char- 
les VII capitaine du Mont le 2 septembre 1426 (N" LU), Louis 
d'Estouteville conserva cette charge jusqu'à sa mort qui eut lieu le 
21 août 1464. 

1 . Briand de Chateaubriand, V« du nom, chevalier banneret, sire 
de Beaufort, du chef de son père Bertrand I"' du nom^ et du Plessis 
Bertrand, du chef de sa mère Thiphaine du Guesciin, fille unique 
et seule héritière de Pierre du Guesciin en qui s^éteignit la branche 
aînée de cette illustre ii^aison, Briand de Chateaubriand avait 
passé dès le 7 décembre 1423 une transaction avec Geoffroi de Maies- 
troit, ch*% sire de Combourg et de Oerval, ainsi qu'avec Raoul, sire 
de Coetquen, pour secourir le Mont-Saint-Michel dont les Anglais 
avaient entrepris de faire le siège. Il porta secours aux assiégés à 
la tête d'une flottille armée à Saint-Malo. Briand de Chateaubriand 
avait adopté les armes de sa mère, c'est-à-dire colles des du Gues- 
ciin de la branche aînée, les mêmes, sauf la brisure, que celles du 
connétable de Charles V. Sur l'importance de la flotille armée en 
course par la garnison française du Mont-Saint-Michel avec le con- 
cours des habitants de Saint-Malo, voyez les n" XVII, LI, LVI et 
LXVI des Pièces diverses. 

2. Le Cancer est celui des signes du zodiaque qui correspond au 
mois de juin. 



HPSiVVmVMV0BHHWBBHVMBIlHW^^^«k*"-~'*a*«-.'*'- ■■ ' -^ ^^ 



DU MONT-SAINT-MICHEL 29 

siège ^ Et pour empesdiier le dit si^, le buroa de Cou- 
loncez et plusieurs aultres chevaliers et escuyers, tant 
de France que de Bretaigne, se ordonnèrent moult no- 
tablement au Mont Saint Michiel : toutèz idz y furent 
desconfia a la Gueintre ^ le jeudi absolu^ et.y mourut le 
dit baron '. 

L'an dessus dit, les^Brelons fortifièrent Saifit Jame de 
fievron *, qui j furent desconfiz et mis en fujte par les 
Anglois. Et la estoit monseigneur le connestable, c^ 
assaver Arthur, frère du duc : 

DespICIt arMorICos BeVro sVb PIsCIbVs * arCVs. 

L'an mil mi^xxvn, ks Anglois mîstrent le si^e 
a Montargis qui y furent desconfiz : 



1. Ce siège de Pontorson par les Anglaia est postfrieur de près 
d*wi SA à la défaite des Français à Saint-James de Beuvron, ra^ 
contée dans l'alinéa suivant. Grâce à une aide spéciale de 5q,qoo 
livres votée par les États, Richard de Beauchamp, comte de Wâr^ 
wick* put assiéger Pontorson, du 9^7 février au 8 mai. 14^7,^ à la 
tête d'un corpa d'armée composé de 600 hommes d'armes et de 
i»8oo hommes de trait, en tout 3,5oo combattants. 

2. La Gueintre est le nom d'une petite rivière qui sa jette daai» i^i 
baie du Mont-Saint-Michel, entre Huynes et Courtils. 

3. Cet avantage aurait été remporté, d'après notre chsroaiqaegr, le 
jeudi saint 17 avril 1427 (n. st.). Le dief de la troupe aaglsûse vM^r 
torieuse dans cette rencontre était lord Thomas Scales. La <^of^ique 
n^ 3416 du fonds Joursanvauit, conservée aujourd'hui au Briti^ 
Muséum, ajoute : « Et poiur ce que le dit baron de Coulonces por« 
toit les âoquara a sa devise, le dit seigneur de Scalles les porta tou- 
jours depuis en signe de vaillance, et lessa les seraines qu'il portoit 
en précèdent. » Cité d'après M. Vallet de Viriville, BibL de l'École 
des Chartes^ VlH, 112. 

4. Les Bretons ne venaient pas pour fortifier Saint-James, mais 
pour mettre le siège devant cette place alors occupée par. les Aa^ 
«Ws. 

5. Le signe des Poissons correspond su mois de février, Toutefois 
la déconfiture d'Arthur, coj;nt^ de Riclp^mont» 4ev^u^ Sskit-J%i|i^% 
due à une panique qui s'empara de troupes novices recrutées d^jfi 
veille, n'eut lieu que le mercredi 6 mars 1426 ou 1426 (n. st.). 



30 CHRONIQUE 

ClrCa Montargis VoLVcns Lco » LlLIa IWIt. 

L'an mU iiu^^xvni, le vi^ jour de mars ^, la Pucelle 
vint au roy : 

PLaVsa sVbll FranCos sVbPIsCIbVs^aLMa PVeLLa. 

L'an mil im^toxiz, la ditte Pucelle leva si^e qui es- 
toit devant Orleens la ou il avoit des plus diverses bastil- 
lez et aultres fortificacions qui fussent de tout le temps 
de ceste guerre : 

ECCe PVeLLa VaLensGeMInIs* IVVat AVreLIanos. 

En cel an, la ditte Pucelle print Jargeau ou estoit le 
conte de Suforc et ses deux frères et plus de v<^ An- 
glois, et fut le xix™^ ^ de juing. Le sabmedy ensuivant, 

1. Le Lion est celui des signes du zodiaque qui correspond au 
mois de juillet. C'est, en effet; au commencement du mois de juillet 
1427, que les Anglais, sous les ordres de Richard de Beauchamp, 
comte de Warwick, et de Wlliam de la Pôle, comte de Sufïblk, vinrent 
mettre le siège devant Montargis* mais c'est seulement le 5 septem- 
bre suivant que le bâtard d'Orléans et Etienne de Vignoles (auj. ha- 
meau de la commune de Castera-Vignoles, Haute-Garonne^ arr. 
Saint-Gaudens^ c. Boulogne), dit la Hire, forcèrent Tennemi à le- 
ver le siège. 

2. Cette date, ramenée à notre manière actuelle de compter, où 
rannée commence, non à Pâques, mais le i" janvier, est parfieiite- 
nàent exacte et ne se trouve que dans notre chronique. Pnrtie de 
Vaucouleurs le 25 février, Jeanne d*Arc, après onze jours de trajet, 
arriva à Chinon, où résidait alors Charles VH, lé 6 mars 1429. Ici 
commence le court fragment publié par M. Jules Quicherat. Pro^ 
ces de Jeanne dArc^ t. IV, p. 3i3 et 314. 

3. Le signe des Poissons correspond au mois de février. 

4. Le signe des Gémeaux correspond au mois de mai. Les An- 
glais levèrent le siège d'Orléans à la suite de l'assaut infructueux 
livré le 7 mai 142g. 

5. C'est le dimanche 12 juin, et non le 19 de ce mois, que la Pu- 
celle prit d'assaut Jargeau (Loiret, arr. Orléans) où elle fit prison- 
•niers lé comte de Suffolk et Jean de la Pôle, son frère. Un autre 
firère du comte, Alexandre de la Pôle, perdit la vie dans cette af- 
fi&ire. 



DU MONT-ISAINTrMlCHEL 3l 

elle vint a Beaugencé ^ ou il avoit grant force d- Anglois 
qui se rendirent a elle auxi tost. Item, icel sabmedi jour 
Sàiat Aubert *, elle parsuyt le sire de Tallebot, Scalles 
et aultres Anglois bien quatre mille qui furent descoti^^ 
fiz, et le dit Tallebot prins a Patey : 

hta PUeLLa, feraM, CanCro ^ fUIt a Pâte VICtrIX. 

L'an dessus dit, la ditte Pueelle mena couronner 1^ 
roy Charles VIP a Rains qui fut couronné le xvii« jour 
de juUet ^ : 

Grata PVeLLa, sCIo, KaroLI seXtl bone na|:e, 
ReMIs ad saCra te sistit et In IVLIo. 

Le roy et elle firent de grans conquez et s'en retour- 
nèrent droit a Tours et Ghinon et es marches d'iceluy 
pais dont la Pueelle se partit et retourna es Françoys qui 
estoient en pais de France et la fut prinse des Bourgoi- 
gnons a Gompîegne l'an mil iiiic xxx : 

NVnG Gadlt In GeMInls^ BVrgVndo VInCta PVeLLa. 

1. Bsaugency, Loiret, arr. Orléans. 

2. Les Anglais, SOUS l6s ordres de John Talbot, de Thomas Sca- 
les, de John Ffastolf, furent mis en déroute par la Pueelle à Coinces 
(Loiret, arr. Orléans, c. Patay), prèsPatay, le samedi i8 juin 142g. 
Plus de deux mille Anglais furent tués. Talbotet Scales furent faits pri- 
sonniers. Ffastolf seul réussit à opérer sa retraite en bon ordre dans 
la direction d'Étampes et de Corbeil. Le saint Aubert, dont la fête 
se célèbre le 18 juin et ne figure pas sur la plupart des martyrolo» 
ges, est saint Aubert, évêque d'Avranches, mort le xo septembre 
723. Le 18 juin est Tanniversaire du jour où les restes de ce prélat 
furent trouvés comme par miracle au Monl-Saint-Michel où il avait 
été apporté après sa mort. La mention, plusieurs fois répétée, de cet 
annivjsrsaire, particulier au diocèse d'Avranches, est un des nom- 
breux signes qui trahissent l'origine montoise de notre manuscrit. 

3. Le signe du Cancer correspond au mois de juin. 

4. Le dimanche 17 juillet 1429, Charles VII, après avoir été fait 
chevalier par Jean, duc d'Alençon, fut sacré roi de France en pré- 
sence de la Pueelle dans VégliseSaint-Denis de Reims par Regnauld 
de Chartres, chancelier de France, archevéque-duc de Reims. 

5. Nous avons déjà dit que le signe des Gémeaux correspond au 



32 CHRONIQUE 

\ 

Les Bourgoignons, qui avoient prins la ditte Pucelle, 
la vendirent aux Ânglois ^ 

L^an dessus dit, les François gaignérent une grande 
journée en Languedoc sur le prince d'Orenge et àultres 
Bourgoignons, viron le jour Saint Barnabe * : 

IVVenIs CInCtVM Vos Cassât, orengICe prlnceps! 

En cel an, la Hyre gaigna Louviers ^. 
En cel an, le xxv* jour d'octobre *, le conte de Van- 
dosme et le mareschal de Bousac levèrent et desconfi- 

« 

rent le siège que tenoient Aiiglois et Bourgoignons de- 
vant Compaigne : 

IVXta CoMpendos oCtobrI LILIa VInCVnt. 
En Tan dessus dit, le xix® jour de mars ^, Anglois et 

mois de mai. Cest, en effet, le mercredi 24 mai \\ho que Jeanne 
d'Arc fut livrée aux Bourguignons qui assiégeaient Compiègne, 
peut-être à l'instigation de Georges de la Trémouille, par Guillaume 
de Flavy, créature de Georges, chargé par Charles VII de la dé- 
fense de la place assiégée. 

i. Le 21 novembre 1430, Jeanne d'Arc fut livrée aux Anglais par 
Jean de Luxembourg, qui reçut en échange une somme de 10,000 li- 
vres, votée par les États de Normandie. Jeanne arriva à Rouen le 
28 décembre suivant, 

2. Cest précisément le 11 juin 1480, jour de la Saint-Barnabe, que 
les Français, sous les ordres du jeune Raoul de Gaucourt, de Hum- 
bert de Groslée; sénéchal de Lyon, et du nicrcenaire castillan Ro- 
drigo de Villa-Andrando, comte de Ribadeo, remportèrent sur 
Louis de Chalon, prince d'Orange et sire d'Arlay, la bataille d'An- 
thon (Isère, arr. Vienne, c. Meyzieu). 

3. L'occupation de Louviers par Etienne de Vignoles, dit laHire, 
eut lieu dès le mois de décembre 1429, et non en 1430. Vallet de 
Viriyille, Histoire de Charles VII, II, 238. 

4. Louis de Bourbon, comte de Vendôme, et Jean de Brosse, sei- 
gneur de Boussac et de Sainte-Sévère, maréchal de France, délivrè- 
rent Coropiègne assiégé par les Bourguignons depuis le 20 mai 
1430, du 24 au 28 octobre de cette année. 

5. Lagny avait été repris aux Anglais entre le 26 août et le 7 sep- 
tembre 1429. De nombreux actes, d'accord avec ce passage de notre 



DU MONT-SAINT-MICHEL 33 

Bourguignons furent desconfiz a Lengny bien mille 
et vc 

L'an mil mi^'xxxi,- le penultime jour de may ^ les An- 
glois ardirent la Pucelle qu'ilz avoient achatée des Bour- 
goignons. Cel jour mesmes, les Anglois assegérent Lou- 
viers ou il furent bien demy an *, et ilz perdirent moult de 
leurs gens. 

En Tan mil im'^xxxii, les Anglois mistient le siège a 
Saint Céleri ^ ou ilz furent desconfiz, et fut viron le moys 
de may. 



chronique, mentionnent le siège de Lagny par les Anglais à la fin 
de mars 148 1 (n. st.). 

1. Cette date est parfaitement exacte. Jeanne d'Arc fut brûlée à 
Rouen sur la place du Vieux-Marché le mercredi 3o mai 143 1. 

2. Le lendemain même du supplice de la Pucelle, les Anglais 
mirent le siège devant Louviers où la Hire réussit à se maintenir 
pendant cinq mois; mais, ce hardi partisan ayant été fait prison- 
nier dans une sortie, les Anglais rentrèrent en vainqueurs dans 
Louviers, le 26 octobre 143 1 (Arch. Nat., sect. hist.,jj 175, n** 46, 
148, 245, 293. K 63, liasse i3, n* 26 et 27). Le 22 juillet 143 1, 
Robert de Willoughby, comte de Vendôme et de Beaumont-sur- 
Oise, sire de Willoughby, de Mondoubleau (Loir-et-Cher, arr. 
Vendôme) et de Beaumesnil (Eure, arr. Bernay), datait une lettre 
de rémission du siège devant Louviers (jj 176, n* i32). 

3. Sans doute Saint-Ceneri-le-Gérei (Orne, arr. et c. ouest d'Alen- 
çon), au confluent de la Sarthe et du Sarthon, où Ton voit les ruines 
d*un château et une forge dite Forge de la bataille. Une lettre de 
rémission, datée d'Argentan le i5 décembre 143 1 et mentionnant 
l'occupation, par les Français^ de a Saint-Senerin le Géré » et des par- 
ties de Gennes, du Bois (jj 176, n* 116), permet d'identifier sûre- 
ment le Saint-Celeri ou Celerin des chroniques avec Saint-Ceneri- 
le-Gérei. Le célèbre Pierre de Brézé, alors jeune écuyer, fut fait 
chevalier à la prise de cette place qui se rendit aux Français vers 
le milieu de 142g. Pendant la seconde moitié de cette année, 
à la suite des premiers exploits de la Pucelle et du sacre de Char- 
les VII à Reims, Aunou près de Séez (jj 175, n* 19), Sainte-Su- 
zanne (jj 175, n* 370), Laval, dans le Maine, Bonsmoulins (Orne, 
arr. Mortagne, c. Moulins-la-Marche), Chailloué (Orne, arr. Alen- 
çon, c. Séez) et plusieurs autres places de cette région avaient été 
reprises par les Français. Robert de Willoughby, lieutenant du roi 



rib 



34 CHiOX.QCE 

Eo celuy an et moys. fut né k s^ond filz do roj 
nommé laquez '. 

L'an et moys dessus dit, les Angloîs mistreot le siège 
a Lengny dont ilz se partirent a leor grant deshon- 
neur *. 

En ce temps, le pape Martin trespassa, 

Après lequel fut Eugenius ^. 

L'an xxxui, le concile de Balle commença ^. 

L'an mil un'xxxxun, le lundi de Quasimodo ^, une 
grant partie de ceste ville du Mont fut arse. 

L'an dessus dit, le sire de Secalles ^, a compaigne de 

d'Angleterre et du duc de Bedford es basses marches de Nonnandie, 
dont on consute la présence à Falaise (Bibl. Xat., quitt., t. 64, 
n* 1692,., à Argentan (jj 173, n'* 210,211, 116, 119) età Avranches 
(jj tyb, n* 122) de la fin de noTeml>re 143 1 à mars 1432. fit une 
chevauchée en avril et mai de cette dernière année pour le recou- 
vrement des places perdues deux ans auparavant. 

1. Jacques de France, né en 1432, mourut à Tours le 2 mars 
1438 (n. st.). 

2. Le I' mai 1432, le siège fut mis de nouveau par les Anglais 
devant Lagny et levé par le duc de Bedford entre le 10 et le 
20 août suivant. 

3. Martin V mourut à Rome dans la nuit du 20 au 21 fé- 
vrier 1431 et eut pour successeur Eugène IV, élu pape le 3 mars 
suivant. 

4. Par un mandement daté de Bâle le 3o avril 1433, les évêques 
de Bretagne sont convoqués au concile. Dom Morice, Preuves^ 11, 
1256. 

5. Lundi 5 avril 1434. 

6. Thomas, sire de Scales, qui donna Tassaul au Mont-Saint-Mi- 
chel le 17 juin 1434, fut repoussé avec perte par la garnison du 
Mont sous les ordres de Louis d'Estouteville et blessé, mais non 
tué, dans cette rencontre, était alors capitaine de Ûomfront (Arch, 
Nat., K 63, n* 84) sous John Fitz-Alan Maltravers, comte d*Arun- 
del, que Bedford avait nommé lieutenant général du roi d'Angle- 
terre tt pour faire la guerre dans les pays entre la Seine, la Loire et 
la mer », du i*' juin 1433 au 1 • mai 1434 (Arch. Nat., K 63, 
n"24î)). Sir John Ffastolf était, à la même époque, capitaine d'A- 
lençon (K 63, n* 283). Le comte d'Arundel fut nommé duc de Tou- 
raine le 8 septembre 1434. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 35, 

bien viii mille Anglois et aultres, mist le sieg« devant le 
Mont Saint Michiel ou il amena de plus divers abille- 
mens qui eussent esté de tout le temps de ceste guerre et 
bâtit la ville et le fenîl de canons, bombarde et aultre 
trait. Et après y donna ung assault, et fut le xvii^ jour de 
juing la ou il morut, comme l'en disoit, et au devant du 
dit assault et en s'en retournant bien ^.., sans qu'il mou- 
rust nul des gens de la place ne qu'il en y eust guerez de 
blecez, qui est chosse que l'en pourroit dire miraculeuse ; 
et de la s^en retournèrent marriz et confus, la mercy Dieu 
et de monseigneur saint Michiel qui a toujours gardé et 
garde la place : 

Pardos IVgVLaVIt CanCro, MIChaeL, tVa VIrtVs. 

Après cela, les dis Anglois, voians qu'ilz ne povaient 
aultre chose faire, mistrent une bastille a Ardevon ^ la ou 
elle avoit aultrefais esté, et fut le jour de la Magdalaine 
qui y fut jucquez a la feste Sainte Agnès ^ que les diz An- 
glois ardirent et désemparèrent, de paour de monseigneur 
d'Alençon * qui venoit et vint de fait a Avranches et a 
eulx, s'ilz ne s'en fussent allez. 

1. Il y a ici une lacune dans le manuscrit. 

2. Manche, arr. Avranches, c. Pontorson. Par acte daté de Rouen 
le 19 août 1434, Henri VI fit grâce à Guillaume Cressewell, An- 
glais, âgé de trente ans, qui, environ la Madeleine dernièrement 
passée (22 juillet 1434), a se feust parti de la bastille df Ardevon en 
la compaignie de Guillaume Fouques, Thomas Choudelay, Thomas 
Bardai, ou ilz avoient esté en la compaignie de nostre amé et féal 
ch*' Thomas, seigneur de Scales et autres, pour le fait du siège du 
Mont Saint Michiel. » Voyez nos Pièces diverses, à cette date. 
— Outre cette bastille d' Ardevon et celle de Tombelaine dont le ca- 
pitaine avait alors pour lieutenant Maikyn Eflangowich (jj 175, n» 
35o), les Anglais élevèrent une troisième bastide aux Pas (Manche, 
arr. Avranches, c. Pontorson), au sud d'Ardevon, sur le chemin de 
Pontorson à Avranches (Dom Huynes, II, 12 3, note 2I. 

3. 21 janvier 1435. 

4. Les villages du Bessin, en se soulevant, et Jean II, duc d*Alen- 
çon, en occupant Tabbaye de Savigny (auj. Savigny-le-Vieux, Man- 



36 CHRONIQUE 

En cel an mesmes, les Apglois firent anner le people de 
Normendie ^ 

En celuy an, fut le plus gnmt yver qui fust de mémoire 
4e homme, quar il mourut tant d'oyseaulx, de bestes et 
de poissons que ce fut ménroilleuse diosse. 

L'an mil nn ^ xxxy, le cardinal de Cipre * et le cardinal 
de la Croix ^ traictérent de paix entre le roy et monsei- 
gneur de Bourgoigne tant et tellement que [a] Arraz * en 
Picardie l'acort fut fait. 

L'an dessus dit, les Boemez, qui avoient tenu'de grans 



che, arr. Mortaîn, c. Le Teilleul) près de Saint-Hilaire-du-Har- 
couet, opérèrent une diversion très-utile au d^agement du 
Mont-Saint-Michel. Arch. NaU, K 63, n* 34>6. 

1. Aucun historien du règne de Charles VII n'a mis en lumière 
ce fiiit capital. Tandis que Pierre de Brézé, secondé par l'influence 
alors toute-puissante d'Agnès Sorel, eut à lutter pendant dix ans 
avant d'obtenir l'organisation des francs archers, les Anglais n'a- 
vaient pas craint d'appliquer, dès 1434, cette organisation à la Nor- 
mandie, province récemment conquise. A vrai dire, la célèbre or- 
donnance du 28 avril 1448 (Ordonn., XIV, i}^ Tune des causes des 
succès militaires de la fin du règne de Charles VII, ne fiit que l'a- 
doption heureuse, quoiqu'un peu tardive, de ia création anglaise 
mentionnée par notre chroniqueur. Dès le i*' dimanche d'avril 1434, 
les paroissiens de Besneville (Manche, arr. Valognes, c. Saint-Sau- 
veur-le-Vicomte) furent convoqués en assemblée générale pour 
tt eulx abiller en estât de defence pour résister contre noz ennemis 
qui pardessus la mer povoient ou porroient legierement descendre 
ou dit pais, se guet, garde et resistence n'y estoient faictes. » Au- 
près du cimetière de tous les villages furent établies, dès lors, des 
buttes de terre, véritables champs de tir, où les paroissiens valides 
étaient tenus de s'exercer tous les dimanches au tir de Tare {Ardi, 
Nat,, jj 175, n» 309). Voyez, à cette date, nos Pièces diverses. 

2. Hugues de Lusignan, fils de Janus, roi de Chypre, cardinal, 
délégué du concile de Bâle. 

3. Nicolas Albergati, cardinal de Sainte-Croix, légat du Saint- 
Siège. 

4. Le traité d'Arras, date de la réconciliation entre Charles VU 
et Philippe le Bon, duc de Bourgogne, fut signé le 21 septembre 
1435. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 3 7 

errours contre la fay, se révoquèrent au concilie de Balle 
qui lors tenoit et s'en revindrent a nostre fay. 

L'an dessus dit, environ Noël, les François recouvrè- 
rent Dieppe S Harfleu *, Meulenc^, Houdenc, le Boys 
de Vincennes *, Corbeil et moult d'aultres forteresses en 
France. 

L an dessus dit, le duc de Bedefort ^ mourut. 

En cel an mesmes, le tiers filz de France fut né et a 
nom Phillippe après monseigneur de Bourgoigne. Ei\^vi- 
ron ce temps, vint nouvelles que la Pucelle estoit encore 
vive et qu'elle estoit mariée a ung chevalier nommé mon- 
seigneur Robert de Ahemaises ^. 

L'an mil un ^ xxxvi, tantost après Pasques "^^ Paris fut 



1. Charles des Marais reprit Dieppe aux Anglais le 28 octobre 
1435. 

2. Les Français reprirent Harfleur à la fin de décembre 1435 en 
même temps que Fécamp, Montivilliers, Tancarville et la plupart 
des places du pays de Caux. 

3. Le 24 septembre 1435^ le jour même où Saint-Denis s'était 
rendu par capitulation aux Anglais, les Français s'emparèrent du 
pont fortifié de Meulan. 

4. Le 19 février 1436, les Français prirent possession du Bois de 
Vincennes et de Beauté-sur-Marne; ils occupèrent aussi, dans le 
courant de ce mois, Brie-Comte-Robert et Corbeil. 

5. Jean, duc de Bedford, régent de France pour son neveu Henri VI, 
mourut au manoir de Chantereine près Rouen le 14 septembre 
1435, à l'âge de quarante-huit ans. Isabeau de Bavière mourut à 
Paris, à Thôtel Saint- Paul, le 26 septembre 1435, quinze jours seu- 
lement après Bedford. 

6. Claude, la plus connue des fausses Pucelles avec celle du Mans, 
se montra pour la première fois, le 20 mai 1436, à la Grange-aux- 
Ormes près Saint-Privat, puis fut présentée à des seigneurs de Metz 
et se maria en novembre de la même année à un chevalier lorrain 
nommé Robert des Armoises. 

7. En 1436, Pâques tomba Je 8 avril. Les Français, sous les or- 
dres d'Arthur, comte de Richemont, de Jean de Villiers, dit le ma- 
réchal de rile-Adam, de Jean, bâtard d*Orléans, rentrèrent dans 
Paris le vendredi i3 avril 1436. 



38 CHRONIQI^E 

recouvrcy et mis en la subjecîon de son souverain sei- 
gneur. 

En cel an, Jehan de la Roche et monseigneur de Loheac 
et monseigneur de Bueil vindrent a Grantville et Tempa- 
rérent \ mes trestost se partirent honteusement. 

En celuy an, viron la Saint Jehan, monseigneur le 
Daulphin espousa la fille du roy d'Escoce ^. 

En cel an, le premier lundy de jullet, fut la grande 
grésille qui destruit tout la ou elle chaït, qui estoit grosse, 
telle y avoit, comme ung [eufj de geline. 

L'an mil ini«xxxvn, viron la Saint Martin d'yver, le 
roy se mist sus et print Montreul ou fault Yonne ^. Et 
tantost après Montargis ^ fut recouvert et achaté par ar- 



1. Jean de la Roche, André de Lohéac et Jean de Beuil occupè- 
rent Granville (Manche, arr. Avranches) et s'y fortifièrent au com- 
mencement du mois de mai 1436. Le 26 mai de cette année, Hue 
Spencer, écuyer, bailli de Cotentin pour le roi d'Angleterre, qui 
résidait au château de Régnéville (Manche, arr. Coutances, c. 
Montmartin-sur-Merj, fit payer 3 7 sous 6 deniers à Martin Doublet, 
messager, pour être allé le 12 mai de Coutances à Caen porter 
à sir John Ffastolf des lettres closes de Richard Harrington, 
chevalier, bailli de Caen, et du lieutenant de Coutances a con- 
tenant qu'ilz àvoient eu nQUvelles par le lieutenant et vicomte 
d' Avranches que celui qui se dit duc d'Âlençon, Charles d'Anjou 
et le comte de Pardiac, ennemis du roy nostre sire, se dévoient 
joindre avec les sires de Loheac, la Roche, de Bueil et autres 
adversaires, qui estoient venus a Granville, aveques autres nou- 
velles d*iceulx ennemis estans au dit Granville, lesquels faisoient 
fortîfficacions entour leur logis. » Voyez, à cette date, nos Pièces 
diverses. 

2. Le mariage de Louis Dauphin, depuis Louis XI, et de Margue- 
rite d'Ecosse eut lieu à Tours, dans la cathédrale de Saint-Gacien, 
le 25 juin 1436. 

3. Assiégé par Charles VII en personne, le château de Montereau- 
faut- Yonne se rendit le 22 octobre 1487. Le 12 novembre suivant, 
le roi de France, absent de Paris depuis dix-neuf ans, fit son en- 
trée solennelle dans la capitale de son royaume. 

4. Montargis se rendit par composition au commencement de 
1438. 



DU MONT-SAINT-MICHEL Og 

gent de François TArragonnais ^ nepveu de Perrinet 
Grasset. 

En cel an, le dit Grasset^ qui avott fait plus de grief 
au roy et a son party que Bourgoignon qui fust en 
monde et lenoit la Cheritey sur Laire * et plusieurs aul- 
tres forteresses, fîst son acort au roy et tantost après 
mourait. 

L'an xxxvni, le jour Saint George ^ après Pasques, fist 
le grant ^ent qui ardit tout par ou il passa. 

En cel an, le derrain jour de juillet ^, les Anglois prin- 
drent a Ardevon viron cent dès gens a pié de ceste place. 
En celuy an, fut le bel aoust. 

En celuy an, viron Noël, Dreux et Chevreuse furent 
mis en Tobeissance du roy par le capitaine de Dreux et se 
tourna françois. 

L an mil xxxix, viron le moys de juUet, les Grecs, les 
Arméniens et les Russiens se reduyrent a nostre foy, qui 
avoienttenu moult de opinions contre Teglise romaine. 

En cel an mesme, ceulx du concilie de Basle^ procédè- 
rent contre le pape Eugène jucquez a le desposer ^ et es- 
leurent en pappe le duc de Savoie, ® mes le roy de France 
tint tousours la partie Eugène. 

En cel an, viron la grant Saint Michiel, Jehan de 
la Roche vint emparer Pontourson, et monseigneur 

1. François de Surrienne, dit TÂragonais, oncle de Rodrigue 
Borgia qui devint pape en 1492 sous le nom d^ Alexandre VI, ma- 
rié à Ëtiennette de Grèseville, nièce et pupille de Perrinet Grasset. 

2. La Charité-sur-Loire, Nièvre, arr. Cosne. 

3. 23 avril 1438. 

4. Les Anglais d'Avranches et de Tombelaine remportèrent cet 
avantage à Ardevon le jeudi 3i juillet 1438. 

5 . Les évêques réunis à Bâle déposèrent Eugène IV le 22 juin 
1439, le jour même où ce pape signait le décret d'union des Égli- 
ses latine et grecque. 

6. Amédée VIII, duc de Savoie, élu pape à Bâle le b novembre 
1439, fut couronné le 24 juillet 1440, prit le nom de Félix V et fut 
reconnu seulement par quelques États secondaires de l'Allemagne. 



40 CHRONIQUE 

du Bueul, Saint Jamc de Bevron; et moult tost après 
monseigneur le connestable et monseigneur d'Alenczon 
vindrent après. Et tous ensemble mistrent le siège de- 
vant Avrenches le jour Saint André ^ Et firent les Fran- 
çois une grande destrousse sur les Anglois la ou fut prins 
Bertin et plusieurs aultres. Toute fois, toute la compai- 
gnie se partit de devant Avrenches, et ne fut point prinse, 
et lessérent les bonbardes et aultres canons de ceste place 
et désemparèrent Pontourson et Saint Jame. * Et incon- 
tinent après, le sire de Scales fortifia Gavrey ^ et Grant- 
ville * ou Jehan de la Roche se cuydoit logier. 

1. 3o novembre 1439. Le siège, mis devant Avranches à cette 
date par Arthur, comte de Richemont, connétable de France, Jean If, 
duc d*Alençon, Jean de Beuil et Jean de la Roche^ à la tête d*envi- 
ron six mille hommes, était déjà levé le 27 décembre suivant. 
Charles VII, qui se trouvait alors à Angers, témoigna un vif mé- 
contentement de cet insuccès aux principaux chefs de Texpédition. 
Il Fattribua en partie à la a coquinaille », femm^s^ pages, varlets, 
bonne seulement à détruire le peuple, que les combattants avaient, 
selon Tusage, traînée après eux, et il ordonna de réduire désormais 
chaque cavalier à trois chevaux par lance et.les archers à trois che- 
vaux pour deux archers. G. Gruel dans Petitot, VIII, 5 12 -et 5i3. 

2. Ce passage de notre chronique est heureusement complété par 
le fragment suivant de la chronique n'* ^SiS du fonds Joursanvault, 
conservée depuis 1839 au British Muséum : a Et après ces choses 
faites, monseigneur de Bueil, lieutenant du duc d'Alenchon, qui 
avoit emparé la ville de Saint Jame de Bevron, la desempara et fist 
bouter le feu dedens et se retrait lui ^t ses gens a la ville et au 
chasteau de Sainte Suzenne que, pendant le temps qu*il avoit esté 
au dît lieu de Saint Jame, il avoit gaingnyé par le moyen d'aucuns 
Englès qui lui vindrent et mistrent ses gens dedens. « (Bibl. de 
V École des Chartes, VIII, 112, art. de M. Vallet de Virmlle). En 
juillet 1440, Guichard de Vallée était capitaine de la garnison fran- 
çaise de Sainte-Suzanne, à la tête de trente-cinq lances. (Arch, Nat»^ 
JJ i76,n'* 32.) 

3. Gavray, Manche, arr. Coutances. Cette forteresse, qui avait été 
en partie démolie par Tordre de Charles V en iSyS, commandait 
le cours de la Sienne et la route de Coutances à Avranches. 

4. Ce qu'on appelle à Granville le Roc n'avait pas été jusqu'alors 
un centre de population, et l'on n'y avait encore élevé aucunes 



DU MONT-SAINT-MICHEL 41 

En Tân mil iiii^'xl, eu moys d^aoust, les Anglois mis- 
trent le siège a Harfleu, et en la fin leur fut rendu. Et 
tantost après, les François réparèrent Louviers et Cou- 
ches. 

En cel an, viron Noël, monseigneur d'Orleens fut 
délivré, qui avoit esté prins {a] Agincourt, a la mauvaise 
journée. 

Uan xLi, eu moys de may, le roy vint a Creel ^ et le 
print. Et de la vint a Pontaise qu'il print d'assault*, et y 
out moult grant nombre d' Anglois mors, et prins plus 
de mil. En yceluy an, Evreux fut prins d'eschelle ^. 

constructions privées. On y avait bâti seulement une église sous 
l'invocation de Notre-Dame, et cette église était, de vieille date, le 
but de Tun des pèlerinages les plus vénérés de la basse Normandie 
et les plus fréquentés, surtout par les marins de ces parages. En 
1439, les Anglais, comprenant la parti qull y avait à tirer, pour 
compléter au nord le blocus du Mont-Saint-Michel, de ce promon- 
toire escarpé, y créèrent un centre de population et y élevèrent des 
fortifications [Arck. Nat,, sect. hist., jj 177, n^ 164 et i65). 

1. Creil (Oise, arr. Senlis) était au pouvoir des Anglais depuis 
le 20 juin 1434, jour où Georges^ bâtard de Senneterre (auj. la 
Ferté-Senneterre, Loiret, arr. Orléans), capitaine de cette forte- 
resse pour Charles VII, Tavait rendue par composition à Jean, sire 
de Talbot, de Furnival et de Walford, lieutenant de Henri VI et 
son capitaine général en T Ile-de-France (-4rcA. Nat, ^jj 175, n» 3i3). 
Creil fut repris par les Français, après sept ans et quatre jours 
d'occupation, le 24 juin 1441. 

2. Pontoise, investi du 3 au 6 juin 1441, fut pris par Charles VU 
en personne, à la suite d'un assaut général, le vendredi 29 septem* 
bre suivant, le jour de la fête de saint Michel. Charles VII, comme 
pour témoigner sa reconnaissance à ce saint à la protection duquel 
il se croyait redevable de son su^ès, par lettres datées de Paris le 
17 octobre 1441, prit alors sous sa protection spéciale l'église, l'ab- 
baye, la forteresse et la ville du Mont qu'il investit de toutes les 
prérogatives de la sauve-garde royale accompagnée de garde-gar- 
dienne. 

3. Evreux fut reprisaux Anglais le i5 septembre 1441 par Pierre 
de Brézé, seigneur de la Varenne, sénéchal du Poitou, Jean de 
Brézé, frère de Pierre, et Robert de Floques, dit Floquet (jj 176, 

. ïi" 383). Floquet fut nommé en récompense bailli et capitaine de 



42 CHRONIQUE 

L'an mil iiii«xlii, le roy alla a la journée de Tartas * 
qui estoit a rendre aux Anglois, ou les combatre a la vi- 
gille Saint Jehan Baptiste. Et avoit bien en la compaî- 
gnée du roy et de monseigneur le Daulphin m ^ lances 
de VI à vu"* archîers et de m a iiii mille arbalestriers et 
moult d^aultres la ou les Anglois ne vindrent point, et 
par tant délivra la ville et les ostages. Et de la vint a 
Saint Sever, qui est le cap de Gascoigne, quMl print d^as- 
sault. Et deux jours après vint mettre le siège devant 
Ax *, une moult forte cité, et la se vint rendre au roy 
moult de grans seigneurs. 

Le jeudy ii™« jour d^aoust, le roy fist donner Tasault 
au boulevert de la cité, et y estoit monseigneur le Daul- 
phin en personne. Et fut prins le dit bouUevert et le 
premier portai de la ville. Et après fut prinse la ditte cité 
et moult d^aultres citez, villez et forteressez ^. Après s'en 



la ville ainsi reconquise, et Pierre de Brézé reçut en don les châ- 
teaux de Nogent-le-Roi,d'Anet, de Brevalet de Montchauvet (m 177. 
n* 94). Poton^ seigneur de Sainterailies (auj. Xaintrailles, Lot-et^ 
Garonne, arr. Nérac,c.Lavardac), bailli du Berry, premier écuyer de 
corps et maître de Fécurie du roi, qui avait participé à la prise d'É- 
vreux, faillit tout compromettre et provoqua une insurrection des 
habitants de cette ville par ses excès et ceux des écorcheurs placés 
sous ses ordres. Par acte daté de Saumur le 23 décembre 1441, 
Charles Vil fit grâce à un certain Jean Charretier que Poton avait 
institué a butinier du butin après la prinse de la ville d'Evreux v 
jj 176, r" 390. 

1. Landes, arr. Mont-de-Marsati, c. Saint-Sevcr. Tartas, qui s'é- 
tait rendu par capitulation aux Anglais à la fin de 144 1, après six 
mois de siège, devait, en vertu de cette capitulation, rester entre les 
mains des assiégeants après le 20 juin 1442, si, dans est inter* 
valle, Charles VII n'arrivait pas au secours de la place assiégée 
avec des forces supérieures. Au jour dit, Charles VII parut devant 
Tartas avec 1600 combattants et recouvra ainsi cette ville (jj 179, 
n» i3). 

2. Auj. Dax, Landes. 

3. Cette campagne se termina par le siège de la Réole qui se ren- 
dit le 8 décembre 1442. 



m 



DU MONT-SAINT-MICHEL 43 

I 

retourna pardesa Et envoia monseigneur le Daulphin 
a Dieppe que les Anglois avoient assiégé et mis deux 
mervoilleusez bastilles garnies de canons^ de trait et 
des meilleurs gens Tallebot, que mon dit seigneur print 
d'assault ^ 

En cel an xlti, le jeudi viii« de novembre, fut prins 
Grantville sur les gens du sire de Scalles, d'eschelle *. 

« 

1. Le x5 août 1443, Louis Dauphin força Talbot à lever le siège 
mis par le capitaine anglais devant Dieppe dès le moift de novem- 
bre 1442 (jj 176, n°* 247, 314). Sur les exploits des marins de 
Dieppe, voyez aux Archives Nationales le registre coté X 4800 
£•• 235 et 236. 

2. Le jeudi 8 novembre 1442, les Français, sous les ordres de 
GeofFroi de Couvran et d'Olivier de Bron ou de Broons, envoyés par 
le connétable Arthur de Richemont^ reprirent aux Anglais^ non- 
seulement le vieux Granville, représenté à peu près aujourd'hui 
par la ville basse, mais encore la ville haute ou le Roc que l'ennemi 
avait occupé et fortifié, comme nous l'avons dit plus haut, en 1439 
(jj 177, n'» 164 et i65), Verjs le 25 décembre 1442, le roi d'Angle- 
terre manda à Andrieu Ogard, chevalier, et à Simon Morbier, l'un de 
ses trésoriers, de se transporter, en compagnie de Tévêque de 
Bayeux (le fameux Pierre Cauchon que Henri VI opposait à Zenon 

. de Castiglione), son conseiller, et de Gui de la Vilette, son général 
conseiller sur le fait des aides, « vers les marches du lieu de 
Grantville, de présent détenu et ocupé par noz ennemis et adver- 
saires, pour illec communiquer avecques nostre amé et féal con- 
seiller et seneschal de Normandie, le sire de Scalles, et autres ca- 
pitaines estans en sa compaignie, sur le fait de Ja resistence et 
deboutement de noz diz ennemis et recouvrement de la place d'i- 
cellui lieu de Grantville. » Arch.Nat,, K 67, n» 21 5. — Thomas, 
sire de Scales, sénéchal de Normandie pour Henri VI, servit du 
1 5 août ati 29 novembre 1 443 en la frontière de Granville à la tête 
de cinquante-une lances à cheval et de trois cent dix-huit archers 
(K 67, n" 218). Une flottille fut armée à Jersey et à Guemesey, dès 
le mois de janvier 1443, pour bloquer Granville du côté de la mer 
(Mém. de la Soc. cParchéologie d'Avranches, IV, ^48). Cette le- 
vée de boucliers n'aboutit à aucun résultat, et Granville resta fran- 
çais. En 1446, Jean de Lorraine, que Charles VII qualifie son 
«. amé cousin », était capitaine de la garnison. Au mois de mars 
de cette année, le roi de France exempta des aides pour la guerre 
quiconque viendrait demeurer en la place de Granville (jj 177, 



44 CHRONIQUE 

L^an mil iiii^liii, le duc de Sumarcet ^ descendit es 
Hogues o grosse compaignée et alla, en faissant moult 
de maulx, jusquez à la Guierche ' qu^il print et puys s^en 
retourna en Normendie. 

En cel an, monseigneur le Daulphin alla en Guyenne 
et print la conté d^Armignac ^. 

En Tan mil iin^xLiiii, les trévez furent prinsez entre 
les deux princes de France et d'Angleterre ''. 

En iceluy an, monseigneur Tabbé Robert du Mont 
trespassa a Rouen le xvii'^ jour de juUet ^, qui donna 
moult de beaulx ornemens et calicez et aultres chosses 
au dit lieu du Mont. 

En Tan mil imx^'Lvii, la raine de France * vint au 
Mont en pèlerinage le xx° jour de juing. 

L'an ^ mil iiii^xLvni, le lundy au matin vigille de la 

n" 164)^ et il y fonda deux foires et un marché le samedi de chaque 
semaine (jj 177, n* i65). 

1. Au commencement d'août 1443, Jean de Beaufort, duc de 
Somerset, capitaine d'Avranches et de Tombelaine, descendit à 
Cherbourg à la tête d*un corps d'armée (Arch. Nat,, K 68, n' 19). 

2. Auj. la Guerche - de - Bretagne, lUe-et- Vilaine, arr. Vitré. 
Dans le cours de cette chevauchée, qui eut lieu au commence- 
ment de décembre 1443, le duc de Somerset mit à composition 
Beaumont-le-Vicomte (Sarthe, arr. Mamers). Arck, Nat, K 67, 
n* 21^. 

3 . Louis Dauphin ût la guerre à Jean IV, comte d'Armagnac, et 
occupa, au nom du roi son père, toutes les places du Commin- 
geois, du Rouergue et de l'Armagnac, en mars et avril 1444. 

4. Ce traité de trêves fut signé à Tours le 20 mai 1444. 

5. Robert Jolivet, né à Montpinchon (Manche, arr. Coutances, 
c. Cerisy-la>Salle), qui avait succédé le 18 juin 1411 à Pierre le 
Roy comme abbé du Mont-Saint-Michel, mourut à Rouen le 17 juin 
1444 et fut enterré dans l'église paroissiale de Saint-Michel de 
cette ville (Gall. Christ., XI, 528). 

6. La reine Marie d'Anjou, femme de Charles VII, vint en pèle- 
rinage au Mont-Saint-Michel et y fit ses dévotions, du lundi 19 au 
25 juin 1447, ^^ compagnie de la princesse Éléonore d'Ecosse et 
de plusieurs ducs et duchesses. 

7. Ici commence l'extrait de la chronique du Mont-Saint -Michel 



DU MONT-SAINT-MICHEL 46 

Nostre Dame marcesque \ vint nommé sire Françoys 
PArragonnois tenant le party des Anglois, en sa corn- 
paignie bien quatre ou cinq cens Anglois, conprins ce 
que encore duroient les trêves d'entre le roy nostre sire 
et le roy d'Angleterre, esquelles estoient comprins le 
duc de Bretaigne et le duc de Bourgoigne : iceulx An- 
gloys prindrent d'eschelle sur le duc de Bretaigne la 
ville de Foulgierez, pourquoy les dittes trêves furent 
rompues. Et dedens six sepmaines après, Floquet, 
capitaine françoys, print sur les diz Anglois le Pont 
de l'Arche ^ ; item, bientost après Couches ^, parquoy 
les Anglois s'esbahyrent, pour ce que ilz cuidoient 
que les François eussent prins le Pont de l'Arche 
pour faire rendre la ville de Foulgieres. Et en cel 
temps, le roy envoia par tout son royaulme faire sa- 
voir aux garnisons que certaine partie se rendist a 
Louviers et Evreux qui pour lors et au devant des 
dittes trêves estoient franchoises ; l'autre partie se ren- 
dist es marches de Bretaigne , connestable et aultres 
plusieurs du party du roy, qui furent illecques de- 

que notre savant maître, M. Léopold Delisle, a publié dans son 
Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le^ Vicomte, 
Valognes, 1867, in-8, p. 268. 

1. La Notre-Dame marcesque ou en mars, c'est TAnnonciation. 
La prise de Fougères par François de Surrienne, dit TArago- 
nais, eut lieu en effet le lundi 24 mars 1449 (n. st.), veille de 
TAnnonciation. Dom Morice, Preuves de Vhistoire de Bretagne, 

II, 1475. 

2. Du 7 au 22 avril 1449, Fioquet, bailli d'Évreux et Tun des 

conservateurs des trêves , aidé de Jacques de Clermont, fit une 
tentative contre la ville de Mantes occupée par les Anglais (Dom 
Hovict, Preuves, II, 1475); et le 16 mai suivant, il s'empara par 
surprise de Pont-de-l' Arche où lord William Falcon bridge, l'un 
des plénipotentiaires du roi d'Angleterre, fut fait prisonnier (Ibid,, 

1477)- 

3. Conches-en-Ouche, Eure, arr. Evreux. Avant le 28 juin 1449. 

Conches et Gerberoy (Oise, arn Beauvais, c. Songeons) tombèrent 
au pouvoir de» Français {Ibid., 1477 et 1478.; 



46 , CHRONIQUE 

puys la prinse de Foulgieres ^ jucquez à l'entrée du 
duc en Normendie. Et entretant furent prins les 
chasteaulx de Saint Jame de Bevron ^ et de Mor- 
taing qui avoient esté reparez par les Anglois durant les 
trêves. 

Item, pendant le temps du siège de Foulgieres, furent 
prins les chasteaux deCondé sur Noireau ^ et de Thury ^, 
partie d^emblée et partie de force, par les gens des garni- 
sons de Mortaing et de Thorigney ^. 



1. François, duc de Bretagne, et le connétable Arthur deRi- 
chemont, entrèrent en campagne pour reprendre Fougères {Arch, 
Nat, JJ 179, n** 327 et 354) en avril et mai 1449. Dès le 3 mai, 
ils avaient mis le siège devant Avranches où ils firent donner 
toute Fartillerie de Bretagne (Dom Morice, Preuves, 11, 1445 et 
1446^). Cette ville n'était défendue que par une garnison de cent 
soixante à deux cents Anglais, et le 12 de ce mois, François, duc 
de Bretagne, donna à Pierre de la Marzelière, chevalier, son cham- 
bellan, la maison sise es faubourgs d' Avranches, qui avait appar- 
tenu à tt Jehan Lampet, lors capitaine d'ilecq. » Ibid., 1620 et 

l52I. 

2. Auj. Saint-James, Manche, arr. Avranches. Les travaux de 
fortification, exécutes par les Anglais à Saint-James et à Mortain 
depuis la trêve conclue à Tours le 20 mai 1444, avaient été consi* 
dérés par le Conseil du roi de France comme une violation de 
cette trêve; et le 20 juin 1449 ^ ^^ conférence de Saint-Ouen, 
Guillaume Cousinot s'en plaignit au nom de Charles VII (Ibid,^ 
1464 et 1465). Les négociations entre les ambassadeurs français 
et anglais furent rompues à l'abbaye de Bonport le 4 juillet (Ibid., 
i5o6 à i5o8), et les Français surprirent Verneuille 19 de ce mois. 
D'un autre côté, un traité d'alliance offensive et défensive entre 
François, duc de Bretagne, et Charles VII avait été signé à Rennes 
dès le 17 juin précédent (Ibid., 14^1 à 1454) et confirmé par le roi 
de France aux Roches-Tranchelion en Touraine (rendez-vous de 
chasse dans la forêt de Crissay) le 27 du même mois (Ibid., 
iSio). Les Bretons, comme nous l'avons vu, étaient déjà entrés en 
campagne par le siège de Fougères et d' Avranches. Ils s'emparè- 
rent de Saint-James, du 12 au 18 août 1449. 

3. Calvados, arr. Vire. 

4. Thury-^Harcourt, Calvados, arr. Falaise. 

5. Torigni ou Torigni-sur-Vire, Manche, arr. Saint-Lô 



DU MONT-SA.INT-MICHEL , 47 

L'an mil iiii^^xlix, le sabmedy vi«, jour de septembre, 
Franchois, duc de Bretaingne \ vint au Mont Saint Mi- 
chiel a heure de vespres avecques grant compaignée de 
seigneurs, nobles et aultres gens d'armes comme Artur, 
connestable de France, le conte de Laval, le seigneur de 
Loheac *, mareschal de France, son frère Jacques, mon- 
seigneur frère du conte de Saint ^ Pol. Louys, sire d'Es- 
touteville, capitaine du Mont Saint Michiel, pour lors y 
estoit. Item, avecques estoient plusieurs barons de Bre- 
taigne, comme de Malestroit, de -la Hynaudoie , de 
Quintin, de Thorigny, le sire de Bousac et plusieurs 
aultres chevaliers et escuyers, laquelle compaignée loga 
entre les rivières ^. Lequel duc et compaignée se parti- 
rent le lundi ^ matin a vi heures et allèrent logier a 
Grantville et environ, et avecques luy, le dit sire d'Es- 
touteville et de Briquebec son fils segond ^, et laissa son 
fils ainsnè, monseigneur de Moyon "^j son lieutenant au 



1. Par acte daté de Dinan, le 4 septembre 1449, François II, 
duc de Bretagne, avait institué son frère, Pierre de Bretagne, lieu- 
tenant général dans le duché pendant son absence (Oom Morice, 
Preuves, II, i5i4). 

2. André de Laval, seigneur de Lohéac et de Rais, lait chevalier 
à Tâge de douze ou^ selon une autre version, de seize ans au com- 
bat de la Brossinière le 26 septembre 1423 et créé maréchal de 
France en 1439, en remplacement de Pierre de Rieux, seigneur de 
Rochefort. 

3. Jacques de Luxembourg. Louis de Luxembourg, comte de 
Saint-Paul, frère aîné de Jacques, opérait alors dans la haute Nor- 
mandie à la tête d'un corps d'armée. 

4. Par ce mot les rivières, il faut entendre les trois rivières 
principales : la Séiune, la Sée et le Couesnon, qui viennent se jeter 
dans la baie du Mont-Saint-Michel. 

5. Lundi 8 septembre 1449. 

6. Jean d'Estouteville, sire de Bricquebec (Manche, arr. Valo- 
gnes), second fils de Louis, sire d'Estoutevil^e , et de Jeanne 
Paynel. 

7. Michel d'fistouteville, sire de Moyon (Manche, arr. Saint-Lô, 
c. Tessy), fils aîné de Louis, sire d'Estouteville, et de Jeanne Pay* 



48 CHRONIQUE 

dit Mont. Et le dimenche devant ^ fut chargie et envoyée 
par la mer la bonbarde et plusieurs aultres canons et ar- 
tillerie du Mont a descendre au dit Grantville, pour por- 
ter devant Coustances que tenoient les Anglois ou ar- 
riva la compaignée le mercredy x® jour du dit moys. Et 
le vendredy ensuivant * fut rendue au roy de France 
Charles en la main des diz seigneurs. Et adoncques les 
diz seigneurs, le dit jour, mirent ung capitaine en la ditte 
ville et allèrent devant Saint Lo. Et en iceluy jour s'en- 



nel. On ne connaît ni la date précise du mariage de Louis d'Es- 
touteville et de Jeanne Paynel, ni celle de la naissance de leur 
fils aîné, mais ces deux faits doivent être postérieurs au 26 oc- 
tobre 1425, jour où Nicole Paynel, père de Jeanne Paynel, lieu- 
tenant du bâtard d'Orléans dans la capitainerie du Mont, fut 
invité par le roi Charles VU à remettre ses pouvoirs à son futur 
gendre institué capitaine en remplacement dudit bâtard. Le ma- 
riage de Louis d'Estouteville avec Tunique héritière de toutes les 
branches des Paynel, semble avoir eu lieu antérieurement au 17 
novembre de cette même année 1425, puisque dans un acte, en 
date de ce jour, le nouveau capitaine du Mont prend pour la pre- 
mière fois le titre de sire de Moyon, (Voyez le n" LIX de nos 
Pièces diverses.) 

1. Le dimanche 7 septembre 1449. 

2. Vendredi 12 septembre 1449. Cette date est parfaitement 
exacte. La grosse bombarde dont le chroniqueur vient de parler 
fut dressée dans le jardin des Jacobins, et aussitôt les habitants, 
qui étaient restés toujours français de cœur aussi bien que tout le 
pays d'alentour (témoin ce pauvre « cousturier » ou tailleur d'ha- 
bits de Notre -Dame- de -Cenilly qui déclarait, en 1432, aux 
gardiens de la porte de Coutances, où il était allé un lundi au 
marché, que, quoiqu'il eût été fait prisonnier deux fois par les Ar- 
magnacs, il les aimait mieux que les Anglais et le roi Charles plus 
que Henri d'Angleterre (voyez le n' XCIV de nos Pièces diver- 
ses); et aussitôt, disons-nous, les habitants déclarèrent«qu'ils vou- 
laient ouvrir, leurs portes aux assiégeants. Le traité de capitulation, 
daté du 12 septembre 1449, a été publié par M. Léopold Quenault 
(Recherches sur la ville de Coutances^ 2" édit., p. 20 à 23). Jean 
de Casti^lione, évêque de Coutances depuis le 1" septembre 1444, 
prêta serment de fidélité à Charles VU le 3 novembre 1449 Oali. 
Christ, f XI, 892. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 49 

fuirent les Anglois du chasteau de Chantelou ^, ouquel, 
après ce, le dit sire d'Estouteville envoia gens pour le 
garder. 

Après ce que le dit vendredy fut partie Tavantgarde 
pour aller devant Saint Lo ou estoit dedens sire Bertin * 
Antoesil, chevalier anglois, lors bailly de Costentin, la 
ditte ville se rendit le lundi ensuyvant ^, et avecques ce le 
chasteau de ^ Motte * TEvesque. Adoncques se départit 
Tost dont les uns allèrent devant Thorigney ^, devant 
Hambuye ®, devant [la Haie] du Puys '', devant Pi- 

1. Manche, arr. Coutances, c. Bréhal. Le fief de Chanteloup appar- 
tenait à Louis, sire d'Estoutevllle, du chef de sa femme Jeanne 
Paynel, dont le père, Nicole Paynel, en était seigneur. Quant aux 
seigneuries beaucoup plus importantes de Hambye, de Bricquebec 
et de Moyon, Nicole Paynel ne les avait recueillies par héritage 
qu^après la mort de ses deux frères aînés, Guillaume VII du nom, 
et Fouques Paynel IV du nom. Grâce à cette extinction des au- 
tres branches des Paynel, la fille unique de Nicole, déjà dame de 
Gacé (Orne, arr. Argentan) et d'Appilly (château situé en Saint- 
Senier-sous-Avranches, Manche, arr. et c. Avranches) du chef de sa 
mère, Jeanne de Champagne, Jeanne Paynel, disons-nous, était de- 
venue la plus riche héritière de basse Normandie. 

2. Ce Bertin avait succédé à Hue Spencer, qui était encore bailli 
du Cotentin pour le roi d'Angleterre à la fin de 1448. 

3. Lundi i5 septembre 1449. Cette date est confirmée par un 
acte, daté de Saint Lo le 16 septembre 144g, en vertu duquel 
François !•% duc de Bretagne, reconnaît avoir retenu Pierre de la 
Marzelière avec quinze lances et vingt archers (Dom Morice, Preu- 
ves, II, i5i4). 

4. Château de la commune de Saint- Ébremond- de -Bon -Fossé 
(Manche, arr. Saint-Lô, c. Canisy). Cette Motte était une maison de 
campagne des évêques de Coutances, et remontait probablement à 
révêque saint Laud qui a donné son nom au chef-lieu du départe- 
ment. 

5. Torigni-sur-Vire, Manche, arr. Saint-Lô. 

6. Hambye, Manche, arr. Coutances, c. Gavray. 

7. La Haye-du-Puits, Manche, arr. Coutances. On Ht dans le 
ms. : Vabbaye du Puits. Le château de la Haye-du-Puits et proba- 
blement aussi celui de Laulne et la bastille de Beuzeville se rendi- 
rent à Odet d'Aydie et à Robin Malortie, écuyer, de la suite de 



• -- ■ 



5o CHRONIQUE 

rou ^, devant Coulonbiéres * et devant Regnieville, qui 
furent toulx rendus devant le vendredy ensuivant , sauf 
Regnieville qui fut rendue le vendredy ^ ensuivant. 

Lors se rasemblèrent a Saint Lo en conseil, et le ven- 
dredy xxvi"* jour de septembre allèrent devant Carenten. 
Et le jeudy précédant ^ prindrent certains capitaines et 
compaignons du Bois le chasteau du Hommet ^. Et après 
ce que le dit siège fut devant Carenten, n'y furent que 



Pierre de Brézé {Arch, Nat., JJ 179, n» 278; Blondel, p. 97; J. Char- 
tier^ II, 125; Mathieu d*£scouchy, I, 202). 

1. Manche, arr. Coutances, c. Lessay. Par acte daté de Montils- 
lez-Tours le 16 mars 1451 (n. st.), Charles VII confia à Louis, sire 
d'Estouteville, la garde du château de Pirou. pris sur les Anglais, 
jusqu'à rissue du procès pendant entre le sire du Hommet, d'une 
part, et Thomas Dubois, chevalier, au sujet de la propriété du dit 
château {Arch. Nat., K 68, n» 47). 

2. Calvados, arr. Bayeux, c. Trévières. 

3. Le vendredi 19 septembre 1449. Après la prise de Coutances 
et de Saint-Lô, André de Laval, sire de Lohéac et de Rais, maré- 
chal de France, à la tête de sa compagnie renforcée d'un certain 
nombre de bourgeois de Coutances, alla mettre le siège devant le 
château de Régnéville qui, de 1486 à 1448^ avait été la résidence 
habituelle de Hue Spencer, bailli du Cotentin pour Henri VI, sans 
doute à cause du petit port placé là à l'embouchure de la Sienne, 
par où ce fonctionnaire pouvait se tenir en communication facile et 
constante avec les îles anglaises de Jersey et de Guernesey. R^né- 
ville capitula le 1 9 septembre, quatre jours après Saint-Lô et sept 
jours après Coutances. Quatre mois environ après la reddition de 
cette place, le 24 janvier 1450, Charles VII récompensa André de 
Laval en le nommant capitaine et gardien du château de Régné- 
ville (Anselme, Hist, généal.y VII, 72). 

4. Le jeudi 25 septembre 1449. 

5. Auj- le Homme^d'Arthenay, Manche, arr. Saint-Lô, c. Saint- 
Jean-de-Daye. Le château du Hommet ne fut pas pris par des 
troupes régulières, mais par des paysans révoltés qui s'étaient réfu- 
giés de vieille date dans le bois des Landes, sur les bords de la' 
Loque, dans le bois du Hommet, sur la. rive droite de la Therette, 
et dans la forêt de Neuilly, sur la rive droite de l'EUe et de la 
Vire, d'où ils ihquiétaient les garnisons anglaises du Hommet, 
de Saint-Lô et de Carentan. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 5r 

jucquez au mardy ensuivant ^, ouquel jour se rendirent, 
ou estoient six ou sept vins Angiois qui s'en allèrent cbas- 
cun ung baston peley de seut ^ en leur main. Les Pons 
d'Ouve ^ ydonc furent prins d'assault, le chasteau de 
Nully * par composicion et aussy Lausne ^. Après lequel 
jour entra partie dudit ost ou clos Costentin, et dès au 
devant y avoient este plus de m mille hommes. 

Et lors s'en retourna le duc, le connestaUe, le sire 
d'Estouteville et aultres plusieurs a Constances ou furent 
jucquez au lundy ensuivant ^. Et entretant les gens d'ar- 
mes, qui estoient eu dit clos de Costentin, prindrent par 
composicion la ville de Valongnes '^. Et lors furent man- 
dez hastivement pour venir a Gavrey ou mistrent le siège 



1. Le mardi 3o septembre 1449. Le 2 octobre, c'est-à-dire le sur- 
lendemain de la reddition de Carentan, Arthur, comte de Riche- 
mont, seigneur de Parthenay, connétable de France, était encore 
dans cette forteresse d'où il a daté un traité de capitulation accordé 
aux habitants de Neuilly-rÉvêque {Arch. Nat., JJ i85, n* 64}. Par 
acte daté de Rouen en novembre 1449, Charles Vil accorda aux 
bourgeois de Carentan la restitution de tous les biens dont ils 
jouissaient avant leur soumission, nonobstant tous dons qui au- 
raient pu en être faits à d'autres (Ordonn., XIV, 74). 

2. Ce mot est encore usité aujourd'hui dans le patois normand, 
pour désigner le sureau. 

3. Les Ponts-d'Ouve sont aujourd'hui un hameau de Saint-Côme- 
du-Mont, Manche, arr. Saint-Lô, c. Carentan. 

4. Auj. Neuilly, Calvados, arr. Bayeux^ c. Isigny. On disait or- 
dinairement, au moyen âge, Neuilly TÉvêque, parce que cette sei- 
gneurie appartenait aux évêques de Bayeux. On a vu plus haut 
que le traité de capitulation accordé par Richemont aux habitants 
de Neuilly est daté de Carentan le 2 octobre 1449. La prise de 
Neuilly a été mentionnée par Thomas Basin dans un passage où le 
très-savant éditeur de la chronique de Tévêque de Lisieux a lu 
tt Milleyum, castrum episcopi Bajocensis », au lieu de a Nulleyum » 
qui est la bonne leçon. Thomas Basin, éd. Jules Quicherat, I, 222. 

5. Laulne, Manche, arr. Coutances, c. la Haye-du-Puits. 

6. Lundi 6 octobre 1449. 

7. Le traité de capitulation de Valognes est resté inconnu jusqu'à 
ce jour et, par conséquent, on ne connaît pas la date exacte de la 



.«i - ''- 1 IJBMIW^^ .J!L^. ^^^ — 



52 CHRONIQUE 

le dit lundy en la compaignie du dit connestable. Et ne 
partit point le duc de Coustances de cy atant que Gavrey 
fut prins par composicion le sabmedy ensuivant xi"^^ jour 
d'octobre ^ 

Lors le lundy ensuivant partit le duc et toult^ [sonost] 
pour aller devant Vire, et au soir arrivèrent a Villedieu la 
ou furent toult Tendemain a tenir conseil pour nouvelles 
qui leur vindrent qu'ilz vousissent aller devant Foulgieres 
pour secourre le siège qu'avoit premier mis messire Pierres 
de Bretaigne ^, frère segond du dit duc, en la compagnie 
de plusieurs barons du pais, le dimenche v"® jour d'octo- 
bre. Et yceluy mercredy ^, passa Tost devant Avrenchez et 
vindrent logier entre les rivières ^ et la signourie en ceste 
ville du Mont Saint Michiel. Après disner, partit le duc 
et le connestable, et allèrent logier a Entraing ®. 



reddition de cette ville aux Français, mais cette reddition eut lieu 
certainement peu après celle de Carentan, c'est-à-dire pendant la 
première quinzaine d'octobre 144g. Valognes se rendit sans doute 
à Abel Rouault, écuyer poitevin, frère du fameux Joachim Rouault. 
II est certain du moins qu'Abel Rouault fut mis à la tête de la gar- 
nison française de cette forteresse. 

1. Le siège de Gavray (Manche, arr. Coutances) avait duré, par 
conséquent, six jours. Le capitaine anglais, André TroUoppe, ne se 
rendit qu'après une résistance désespérée (Biondel, p. 102 à 107; 
J. Chartier, II, 126; Mathieu d'Escouchy, I, 2o3 et 204). 

2. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer combien cette 
orthographe est défectueuse, mais nous la conservons parce qu'elle 
trahit peut-être un nouveau scribe, sinon même un nouveau rédac- 
teur de cette partie de la chronique conservée dans le ms. 5696. 

3. Avant de s'éloigner de ses états, François I*' avait institué son 
second frère, Pierre de Bretagne, son lieutenant dans le duché 
pendant son absence. 

4. Mercredi i5 octobre 1449. 

5. Ces rivières sont la Sée, la Selune et le Couesnon qui se jet- 
tent dans la baie du Mont-Saint-Michel. Le chroniqueur veut dire 
que le gros de l'armée vint camper près du confluent de ces riviè- 
res, tandis que les chefs s'allèrent loger au Mont-Saint-Michel. 

6. Antrain ou Antrain-sur-Couesnon, Ille-et-Vilaine, arr. Fou- 
gères. 



DU MONT-SAÏNT-MICHEL 53 

Et monseigneur d'Estouteville partit le vendredy ^ 
après eulx a aller au dit lieu ou l'atendoient. Le dit 
jcudy ®, les gens d'armes arrivèrent devant Foulgieres et y 
furent jucquez au jeudy ^ cinq"® Jour de novembre, pen- 
dant lequel temps furent moult travaillez de guerre, de 
l'artielerie de dens et de grant mortalité d'espidemie^ par 
quoy furent contraings de donner composicion aux An- 
glois qui s'en allèrent avecques leurs chevaulx et bernois 
et ung petit paquet devant ou derrière d'eulx. Et dont 
après se départit l'ost^ cbascun a sa garnison et lieu juc- 
quez a certain temps, pour eulx refrescbir, eulx et leur 
bernois, qui estoit granment endommagé ^. 

Item, après la prinse du Pont de l'Arcbe et de Conches, 
s'asemblérent bien vni^ Anglois a Ponteaudemer, pour 
frapper sur les François, et incontinent que les diz Fran- 
çois le sceurent; eulx estans dedens le dit lieu de Ponteau- 
demer, et la que mors que prins furent bien vii°, et la 
ville prinse d'assault, et eulx estans dedens. Ce fut le 
mardy devant la feste de Nostre Dame my aoust ^. Des 

1. Le vendredi 17 octobre 1449. 

2. Le jeudi 16 octobre. 

3. Il y a ici une erreur, sinon sur le quantième, au moins sur le 
jour de la semaine correspondante ce quantième. En 1449, comme 
Ta déjà fait remarquer M. Léopold Delisle {Hist, du château de 
Saints auveur, p. 271, note 5), le 5 novembre tomba un mercredi 
et non un jeudi. 

4. Leà assiégés n'avaient pas moins souffert que les assiégeants. 
Aussi, le duc François I""' exempta, par acte daté de Dinan le 12 dé- 
cembre X449, les habitants de Fougères du payement des tailles et 
subsides (Dom Morice, Preuves , II, i5i5 et i5i6). 

5. Mardi 12 août 1449. ^i^^^sti le 8 août par un corps d*armée 
placé sous les ordjres de Jean, bâtard d'Orléans, et de Pierre de 
Brézé, sénéchal de Poitou, Pont-Audemer se rendit le 12 de ce 
mois. Par acte daté de cette ville le 21 août 1449, Jean, bâtard 
d'Orléans, comte de Danois et de Longueville, grand chambellan 
de France et capitaine général sur le fait de la guerre, fit payer 
trente livres tournois à Jean Doucereau, secrétaire de Pierre de 
Brézé, qui avait préservé de la destruction les archives de Pont- 



.y 



54 CHRONIQUE 

signeurs de France y estoient le conte de Saint Pol, le 
conte de Dunois, sire Pierres de Braisé, seneschal de 
Poitu, et Floquet avecques plusieurs aultres capitaines. 
Lors après ce allèrent devant Lisieux le vendredi ensui- 
vant ^ et le dimenche * d'après l'evesque du dit lieu fist 
la conpossicion et se rendy aux François, et la estoit 
monseigneur de Brainville. 

Item, le vendredi Tendemain du jour Saint Michiel 
d'octobre ^, les dis François entrèrent dedens la ville de 
Rouen par conposicion, le roy estant a Sainte Katherine 
de Rouen * qui ung pou devant avoit esté prins. Eu chas- 
teau de Rouen et palais lors estoient Emond, duc de 
Sommercbet, le sire de Tallebot et leurs femmes et en- 
fans qui se rendirent par composicion. Le dit Sommer- 
cbet, pour soy en aller, rendit Cbasteau Gaillart ^, Cau- 



Audemer pendant le siège de cette place forte par les Français 
(Arch, Nat,, K 68, n* 35). 

1 . Le vendredi 1 5 août. 

2. Le dimanche 17 août. Le traité de la capitulation de Lisieux, 
négocié par Thomas Basin, évêque de cette ville, est daté, non du 
dimanche 17 août, mais du samedi x6 août 1449 (Thomas Basin^ 
Chronique t éd. de M. J. Quicherat^ IV, 174). " 

3. La Saint-Michel d'octobre (la « Saint-Michel du Péril » de la 
Chanson de Roland, selon la remarque judicieuse et neuve de 
M. Léon Gautier), fête particulière aux diocèses d*Âvranches et de 
Coutances, est l'anniversaire de la première apparition de l'archange 
à saint Aubert qui aurait eu lieu le 16 octobre 708. La date don- 
née par notre chroniqueur correspond, par conséquent, au vendredi 
17 octobre. C'est, en effet, la date du traité de capitulation conclu 
entre Charles VII et les bourgeois de Rouen; mais le premier 
contingent de troupes françaises n'entra dans cette ville que le i g oc- 
tobre 1449. 

4. Charles VII ne quitta Pont-de-l' Arche et n'occupa avec de 
l'artillerie la hauteur de Sainte-Catherine que le 19 octobre. 

5. Le Château-Gaillard (situé aux Andelys, Eure) ne fut point 
cédé en vertu d'une convention. Assiégé par Charles VII en personne 
le lundi 29 septembre 1449, ce château fut réduit à capituler par 
Pierre de Brézéle 28 novembre suivant. 



DU MONT-SAINT-MICHEL b5 

debec, Arques, Tanquerville *, Montivilier et quarante 
mille salus, et debvoit rendre Honnefleu ^. Il s'en vint a 
Caen, sa femme et ses filles, et lessaen hostage le dit Talle- 
bot, son propre et seul filz et le filz de sa femme ^. 

Lors après mist le roy le siège a Herfieu a qui les An- 
glois dedens le nombre de xviii ^ le rendirent, les feries 
de Noël * ensuivant, dont les ungs s'en allèrent en An- 
gleterre et les aultrez vindrent a Caen. Et a Honnefieu, 
depuys viron le vnP® jour de janvier, le roy fist mettre le 
siège par Floquet qui eult charge de ii^ lances et avecques 
luy les frans archiers et aultres capitaines du nombre de 
cinq a vi™ hommes. Le roy adonc bailla a monseigneur 
le duc d'Alençon le sîgneur de Erval et Poton chargé 
de 11^ lances, pour aller mettre le siège a Fresnay ^, qui 
refurent mandez pour aller a Honnefieu ou estoient de 
vij a viiic Anglois qui se rendirent le xvi™« jour de febvrier, 
après ce qu'il avoient esté bien xv jours en composicion. 

Durant le siège de Harfieu, furent destroussez bien u<^ 
Anglois, et quarante de la garnison de Vire, qui venoient 
de courir de Mortaing. Ce fut fait par Jouachim Rouault^ 
messire Geffray de Couvren '' et Denisot. 

1. Tancarville, Seine-Inférieure, arr. le Havre, c. Saint-Romain. 

2. Honfleur, Calvados, arr. Pont-l'Évêque. Somerset promit, en 
outre, de rendre Lillebonne. 

3. Le sire de Roos, fils d*un premier lit de la duchesse de So- 
merset. Le duc de Somerset quitta Rouen le 4 novembre et Char- 
les VII fit son entrée solennelle dans cette ville le xo novem- 
bre I449> 

4. Par fériés de Noôl^ il faut entendre les jours de la semaine qui 
suit Noël. Assiégé le 8 décembre 1449 par Charles Vil, Dunois^ 
Pierre de Brézé et les frères Bureau, Harfleur se rendit dans les der- 
niers jours de ce mois^ puisqu'une lettre du roi, en date du i*"' jan- 
vier 1460, informa l'archevêque de Rouen de la prise de cette place. 

5. Fresnay-le- Vicomte, Sarthe, arr. Mamers. 

6. Joachim Rouault avait servi sous Richemont dans l'expédition 
de basse Normandie et avait été placé à la tête de la garnison de 
Saint-Lô après la prise de cette vilie. 

7. GeofiProi de Couvran était capitaine de Coutances. 



56 CHRONIQUE 

Après la prinse de Valongnez et de Carenten, il descen- 
dit en Costentin une armée d'Angleterre qui mistrent le 
siège a Vaiongnes et l'eurent par composicion '. Et de la, 
en cuydant aller a [Bayeux] et a Caen aux aultres An- 
glois, il furent chevauchés par monseigneur de Clere- 
mont 2, ainsné filz de monseigneur de Bourbon, qui les 
tint tant que Artur de Bretaigne^ connestable de France, 
fust venu. Et quant le dit connestable fut arrivé a 
Fourmygnye 3, les Anglois y furent desconfis, et y en 
mourut en champ trois mille vii^lxxiiii 4^ et d'aultres 



I. Débarqué à Cherbourg à la tête de deux à trois mille hommes 
vers la mi- mars 1450, Thomas Kyriel força Abel Rouault à lui 
rendre Valognes dès le 27 du même mois. Le 1" avril 1460, Abel 
Rouault et Arthur de Montauban, bailli du Cotentin, avaient ap- 
pelé en toute hâte à leur secours François I*"*, duc de Bretagne, 
Prégent de Coetivy, amiral de France, André de Lohéac, maréchal 
de France, enfin Arthur de Richemont, connétable de France, qui 
se trouvait alors à Messac (Ille-et-Vilaine, arr. Redon, c. Bain). 
Comme le mandat de payement délivré en faveur des deux messa- 
gers à cheval, envoyés en Bretagne par le bailli du Cotentin, est daté 
du i*"' avril 1450 avant Pâques, u selon Tusage du diocèse de Cou- 
tances », et que Tusage dont il est ici question consistait dans la 
substitution de Noël à Pâques comme date du commencement de 
Tannée, c'est par erreur que Tacte analysé dans les lignes qui pré- 
cèdent a été rapporté au r'' avril 1451 (Jules Tardif, Monuments 
historiques, cartons des rois, p. 47g, n» 2 388). 

2. Jean de Bourbon, comte de Clermont, marié par contrat 
du 23 décembre 1446 à Jeanne de France, Taînée des filles de 
Charles VII et de Marie d'Anjou, avait été nommé, au commence- 
ment de 1450, lieutenant général en basse Normandie. 

3. Formigny, Calvados, arr. Bayeux, c. Trévières. La bataille se 
livra devant ce village le mercredi i5 avril 1450. 

4. Ce chiffre est emprunté à un bulletin ofl&ciel, rédigé sur le 
champ de bataille, dont M. Delisle a retrouvé et publié un fragment 
(Hist. du château de Saint-Sauveur, p. 273, note 2). Ce document 
se termine ainsi ; « Somme qu'il y a des mortz m"'vn''LXxni, et 
des prisonniers de douze a quatorze cens, ainsi que Tom les a peu 
conter ». Quatre jours après la bataille de Formigny. par lettre 
datée de Saint- Lô le dimanche 19 avril, Prégent de Goêiivy, 



DU MONT-SAINT- MICHEL 5? 



/ 



plusieurs en la poursuyte. Et plusieurs furent prison- 
niers, et n'y mourut pas vi hommes des gens du roy de 
France. 

En Tan mil iiii*' cinquante, vîron le commencement de 
juing S le duc de Bretaigne, acompaigné des dessus nom- 
mez, vint devant Avrenches, et la furent bien xv jours et 
firent batre de grosses bonbardez. Et en la fin les Anglois 
s'en allèrent par composicion le xii"« jour de juing, 
chascun un bâton en sa main. 

Et auxi tost après, le xvi^ du dit moys, les Anglois de 
Tumbelaine lessérent la place au duc et ses dis gens, et 
en portèrent leurs biens. 

amiral de France, transmettait à son ami Pierre de Carné, seigneur 
de la Touche, la nouvelle de la victoire de Formigny. Pierre de 
Carné faisait partie du corps d^armée qui avait mis le siège devant 
Caen et se trouvait alors sous les murs de cette ville. Prégent 
ajoutait que, le lendemain lundi 20 avril, ils devaient quitter 
Saint-Lô pour aller mettre le siège devant Vire, et que Char- 
les VII avait mandé par Floquet qu'il fallait envoyer Dunois avec 
5oo lances mettre le siège devant Avranches (Dom Morice, Preuves, 
II, 1621]. 

I. Il doit y avoir ici une erreur de date. La reddition d'Avran- 
ches au roi de France eut lieu, non en juin, mais au plus tard le 
12 mai 1460 {Ibid.j i52o). C'est ainsi qu'il faut préciser la date d^ 
traité par lequel Charles VII, qui se trouvait alors à Argentan, accorda 
aux habitants d' Avranches, nouvellement soumis à son obéissance, la 
confirmation de leurs privilèges et la paisible jouissance de leurs 
biens et possessions {Ordonn.^ XIV, 91). Cette reddition se fil 
certainement avant le i3 mai, date de la nomination de Louis, sire 
d'Estouteville, capitaine du Mont-Saint-Michel, comme capitaine 
et gouverneur d' Avranches {Mém, de la Société d'archéologie 
d* Avranches, IV, 238). Quant à François, duc de Bretagne, qui 
avait fait étrangler son frère Gilles de Bretagne le 25 avril de cette 
année, on sait qu'il arriva au Mont-Saint-Michel cinq semaines 
ertviron après cet attentat, le dimanche 31 mai, fête de la Trinité. 
Il y demeura huit jours pendant lesquels il fit dire des messes pour 
*e repos de Gilles. C'est alors que, d'après une tradition populairej" 
un cordelier aurait ajourné le duc fratricide à comparaître devant 
Dieu au bout de quarante jours pour rendre raison du meurtre de 
son frère (Dora Huynes, Hist. du Mont- Saint- Michel^ 11, 52). 



58 



CHRONIQUE 



Et lorsque le dit siège d'Avrenchez estoit, fut mis par 
ces gens du roy le siège a Bayeux < et fut battu de bon- 
bardez. Et s'en allèrent les Anglois par composicion, 
chascun ung bâton en sa main, comme Hz s'en estoient 
allez d'Avrenchez et de Carenten. 

En celuy an, viron le commencement du dît moys de 
juing, les gens du roy vindrent devant Caen, et après le 
roy s'aproucha et vint au siège ». Et la estoit le gouver- 
nant, et se rendirent au roy et s'en allèrent avecques leurs 
biens le primicr jour de juillet. 

Après fut mis le siège a Faloise 3 et a Dan front 4, toult 
a une fais par les gens du roy, qui furent tost renduz. 

Et de la toulx ensemble s en allèrent a Chierbourc ^ qui 



1. Bayeux capitula le i6 et se rendit aux Français le 21 mai 
1450. Par acte daté d*Argentan en mai 1450^ Charles VII accorda 
aux habitants de Bayeux, nouvellement soumis à son obéissance, 
Tabolition de tous délits antérieurs et les rétablit dans tous les 
droits, franchises et privilèges dont ils jouissaient avant Foccupation 
anglaise {Ordonn., XIV, g3), 

2. Charles VII, après avoir résidé à Argentan au moins jusqu'au 
19 mai (Arch. Nai., K 68, r." 41), puis à Alençon, à Essai et à 
Carentan, partit de cette dernière ville vers le 5 juin 1430, afin de 
diriger en personne le siège de Caen. Le roi était logé à l*abbaye 
d*Ardenne (en Saint-Germain -la- Blanche -Herbe, Calvados, arr. 
et c. Caen) le 25 juin (Ordonn. ^ XV, 5o8). Par acte daté de Caen 
le 24 du même mois, Edmond de Beaufort, duc de Somerset, 
traitant pour le roi d'Angleterre, conclut avec Jean, comte de 
Dunois, traitant pour le roi de France, une convention relative à 
la reddition de Caen. En vertu de cette convention, le duc de 
Somerset devait évacuer la ville le i*"" juillet, s'il n'était secouru 
auparavant (K 68, 1.* 45). Charles VII fit son entrée solennelle 
dans la capitale de la basse Normandie le 6 juillet 1450. 

3. Du 6 au i3 juillet 1450, Charles VII assiégea en personne 
Falaise qui capitula le 10 et se rendit le 20 du même mois. 

> 4. Domfront, assiégé le i3 juillet, se rendit le 2 août 1450. 

5. Arthur, comte de Richemont, connétable de France, avait fait 
des préparatifs pour mettre le siège devant Cherbourg dès la fin 
de juin 1450, car, par acte daté de Caen le 3o de ce mois, il donna 
ordre au vicomte d'Avranches d'assembler un certain nombre de 



DU MONT-SAINT-MICHEL DQ 

eetoit toute la derraine place de Normendie a recouvrer, 
qui fut tant batu que les Angloîs le rendirent le xii"" jour 
du moys d'aoust Tan mil iiii' cinquante ^ Et ainxi fut 
le pais délivré des Anglois qui par l'espace de xxxiii ans 
Tavoient occupé, et fut toult recouvert par force. Car a 
chascune ville faillit mettre siège, et les mettre en tel 
neccessité que il lour convenoit se rendre ou mourir. Dieu 
leur doint courage de jamès n'y revenir ! 

Après le conquest et recouvrement du pais de Normen- 
die, ainxi fait par le roy Charles VII*, roy de France, 
il envoia son armée en Guyenne, qui estoit occupé des 
Anglois passé avoît m® ans, qui par leur vaillance et 
grande diligence, par sièges, assauls et batement de pla- 
ces recouvrèrent toult yceluy pais, tant que en l'an 
mil iiii^^ui toute la duché fut recouverte et mise en 
Tobeissance dû roy de France * . Et fut la ville de 
Baionne la derrainiere recouverte ^, ou il advint ung biau 

charpentiers et de maçons pour les employer au siège de Cherbourg 
occupé par les Anglais (K 68, n* 43). Jacques Cœur, en prêtant à 
Charles Vil 60,000 livres pour le recouvrement de Cherbourg 
{Bibl. Nat., cabinet des titres originaux, au mot Cœur), les frères 
Gaspard et Jean Bureau, par l'emploi heureux et vraiment nouveau 
qu'ils surent faire de l'artillerie, contribuèrent en première ligne 
au succès de l'entreprise. Toutefois, un assaut, livré avant la fin de 
juillet, coûta la vie à l'amiral Prégent de Coêtivy et au brave 
Tugdual de Kermoisan, dit le Bourgeois. 

1 . Cette date est parfaitement exacte. Cherbourg se rendit et fut 
évacué par les Anglais le mercredi 12 août 1450. On trouvera 
parmi les Pièces diverses publiées par ordre chronologique à la 
suite de la Chronique du Mont- Saint-Michel, l'acte de capitulation 
conclu entre Arthur, comte de RicHemont , et Jean de Bourbon , 
comte de Clermont, d'une part, et Thomas Gower, écuyer, capitaine 
de Cherbourg , de l'autre, lequel acte fut ratifié par Charles VII à 
Écouché pendant la seconde quinzaine du mois d'août 1460 (Arch 
Nat., JJ i85, n« 75). 

2. Jean, comte de Dunois, fit son entrée solennelle à Bordeaux 
le 29 juin 1451. 

3. Assiégée le 6 août 145 1, la ville de Bayonne se rendit par 
traité à Jean^ comte de Dunois, le 20 du même mois, 



---- ' 



6o CHRONIQUE 

miracle. C'est assaver que, le jour que il se rendirent/ 
une nue noire y vint entour Teure de my jour, en laquelle 
avoit une grande croix blanche qui se tint sur la ditte 
ville par l'espace d'un grant quart d'eure, qui estoit 
signifiance que Dieu vouloit que yceluy pais fust rendu 
a celuy qui portoit la croix blanche, a qui il estoit de 
droit et de rayson, puysque Dieu y envoiet les ensaignes 
de France. Et par tant il ne demoura aux Englois, en 
Tan mil mi^Lii, en toute France^ que la ville de Caleys. 

Mes, environ ung an après, les bourgois de Bordeaulx, 
qui n'estoient pas encor bons françois, envolèrent en 
Angleterre et firent tant que Tallebot avecques une 
grande armée d'Angleterre vindrent au dit lieu de 
Bordeaulx et luy rendirent la ville '. Et conquesta yceluy 
Tallebot plusieurs villes en yceluy pais. 

Mes bientost après le roy envoia son armée, et mistrent 
le siège a une ville nommée CastiUon ^. Et quant Talle- 
bot le sceut, il vint luy et toulx les Anglois et Gascons 
que il peult trouver, et entra dedens la ville a ung ser. 
Et Tendemain au matin ^ il vindrent assaglir les François 
qui s'estoient fortifiez en leur siège. Aux quieulx Fran- 
çois Dieu ayda en tel manière que ilz desconfirent les dis 
Anglois et Gascons qui estoient plus en nombre de la 
nioitié que les François. Et y mourut le dit Tallebot 4 et 
des Anglois et des Gascons sans nombre. 



1 . Talbot, à la tête de quatre à cinq mille Anglais, rentra dans 
Bordeaux le 22 octobre 1452, 

2. Auj. Castillon-sur-Dordogne, Gironde, arr. Libourne. Le corps 
d*arniée, envoyé par Charles VII et placé sous les ordres des 
maréchaux de France, de Jean Bureau et de Joachim Rouault, 
mit le siège devant Casti lion le i3 juillet 1453. 

3. La bataille de Castillon fut livrée le mardi 17 juillet 1453. 

4. Jean, lord et vicomte Lisle, fils de Talbot et de sa seconde 
femme Marguerite Beauchamp, fille du comte de Warwick. fut tué 
aux côtés de son père, et cette double mort a inspiré à Shakes- 
peare, dans son Henri VII ^ (acte iv, scène 7) la fameuse apostro- 
phe de Talbot devant le cadavre de son fils. Cest que Talbot fut 



? 



M 



DU MONT-SAINT-MICHEL 6l 

Et lors furent reboutées et recouvertez toutez les dittes 
villes de Guyenne et mises toutes en la main du roy de 
France en Tan mil im<^ cinquante et quatre. 

En Tan mil iiii<^ cinquante et ^in, la dtichié d'Alenczon 
fut attribué[e] et unie a la couronne de France, pour ce 
que Jehan d'Alenczon ^, qui estoit duc du pais d'Alenc- 
zon, avoit commis crime, en tant qu'il avoit voulu faire 
venir les Anglois en Normendie et en France, pour con- 
quérir le pais. 

En yceluy temps, estoit monseigneur le daulphin 
nommé Louys, ainsné filz du roy Charles VII"*, en Bour- 
goigne avecques le duc de Bourgoigne, la ou il s*en estoit 
fuy, pour crainte et doubte de son père, dès l'an précè- 
dent, qui estoit Tan mil nn« lvii. Et estoit débat entre 
eulx par les mauvais rappors des serviteurs des deux 
princes. 

En Tan mil iiii^lix *, se meut guerre en Angleterre en- 
tre le duc d'Iorch qui se dîsoit her du roy Richart, que le 
duc de Lencastre fist tuer pour estre roy, contre le filz du 
roy Henry de Lencastre^ conquereur en France, nommé 
ausssi Henry de Lencastre. Et y eut en yceluy an moult 
de debatz et de batailles par entre eulx. 

Eu dit an mil mr cinquante neuf, monseigneur de Ca- 
labre ^, filx du roy de Cécile, duc d'Angeou, alla a Gen- 

au xv« siècle, comme Chandos l'avait été au siècle précédent, le 
héros le plus populaire de l'Angleterre. 

1. Arrêté à Paris le 27 mai 1456 dans §on hôtel de l'Étoile, rue 
Saint- Antoine^ Jean 11^ duc d'Alençon, fut condamné à mort le 
10 octobre 1458. On lui fit grâce de la vie, mais ses possessions, 
et notamment le duché d'Alençon, furent confisquées. 

2. La lutte armée entre le prétendant Richard, duc d'Yorck, dont 
la marque distinctive était la rose blanche, et le roi Henri VI, de 
la maison de Lancastre, dont les partisans portaient la rose rouge, 
cette lutte armée avait commencé dès 1452. Charles VII prit 
parti pour Henri VI, marié à Marguerite d'Anjou. 

3. Jean de Lorraine, fils de René d'Anjou, capitaine du roi de 
France à Gênes. 



«.•••' 



62 CHRONIQUE 

nez, acompaigné de monseigneur de Castiilon et de plu- 
sieurs gens d'armes queleroy Charles VII°'« leur bailla 
pour ainder aux Genetaoys ^ contre le duc de Millon ^ et 
contre les Venissiens. Depuys se partit de Gennez et s'en 
alla en Cecille pour conquérir le royaulme et la duché de 
Calabre que son père avoit perdue contre le roy d'Arra- 
gon qui l'avoit sur luy conquise. Et Foccupoit ung bastard 
du dit roy d'Arragon que le pappe avoit légitimé a tenir 
le dit royaulme après la mort de son père contre le droit 
des héritiers. Et fut le duc de Calabre repceu des contes 
et barons et firent guerre au dit bastard en celuy an et en 
Tan mil mi^^Lx^, tant que il ne demouraau bastard que 
Naples, Gayette * et une aultre ville eu dit pais, qui n'o- 
béissent au dit duc de Calabre. Et en l'an mil nu<^Lxi, fut 
le dit bastard mys en grant neccessitey et eust perdu le 
pais, sy n'eust esté le dit pappe Plus ^ qui luy aindoit de 
l'argent de F Eglise a soustenir sa mauvaise cause. 

En l'an mil im^LX, le débat du roy Henry de Lencastre 
et du duc d'Yorch se renforça en telle manière que^ en la 
fin d*yceluy an, en moins de trois moys, ilz eurent plus 
de VI journées en guerre. Et mourit tant de noblesse 
d'Engleterre que mervoilles. Et le duc d'Yorch y mourit® 
et ducs et contes, barons et seigneurs grant nombre, et de 
gens de guerre et de menu peuple sans nombre. Et dura 
ycelle grande guerre jucquez eu mois de may l'an 
mil nii^Lxi, et y eut le roy Henry du pire pour yceluy an. 

1. Génois. 

2. Milan. 

3. Par acte daté de Tours le 5 juin 1460, Charles VII assigna à son 
beau-frère, René d'Anjou, 5 5, 000 livres pour recouvrer la Sicile. 

4. Gaôte. 

3. Éneas Pjccolomini, élu pape le 27 août 1458 sous le nom de 
Pie II, avait donné l'investiture du royaume de Naples à D. Fer- 
dinand, bâtard d'Alfonse d'Aragon. 

6. Le 24 décembre 1460, Marguerite d'Anjou, femme de Henri VI, 
gagna la bataille de Wakefield sur Richard, duc d'Yorck, qui fut 
tué dans Faction. 



DU MONT-SATNT-MICHEL 63 

En l'an mil uii^lx!, le filz du duc dTorch, nommé 
Ëdouart, se fist couronner en roy d'Angleterre ^ Et luy 
obeyrent ceulx d'Angleterre, et ceulx de Gallez obeyrent 
au roy Henry. Et se retira le roy Henry, luy, sa femme 
et son filz prince de Galles, en Escosse, et jouysset de 
Gallez. Et Edouart s'en alla a Londres ou il estoit obey 
en Angleterre. 

En yceluy an mil iiii<^xi, mourit * Charles VU"®, roy 
de France, qui àvoit esté eil sa jonesse débouté par les 
Bourgoignons et par les Anglois presque hors de tout son 
royaulme, lequel en la fin, comme dit est, le recouvra 
toult excepté la ville de Gallois, et recouvra Guyenne dont 
ses prédécesseurs n'avoient jouy par Tespace de plus de 
ni® ans. Cestuy roy tint bonne justice en son temps et fist 
pramatique sension ^ voulant que les ordinaires donnas- 
sent les bénéfices, chascun en sa collacion, et que les bé- 
néfices qui se doibvent faire par élection se esleussent se- 
lon droit, et ayma T Eglise et fist moult de bien eu 
royaulme, et régna depuys la mort du roy Charles VI""' 
son père, qui mourit Tan mil mi^xxii, jucquez au dit an 
mil iiu*^Lxi. 

En celuy an mil mi^'Lxi, commensa a régner et fut cou- 
ronné roy Louys X[I]"»« àt ce nom, roy de France. Et 
s'en vint de Bourgoigne en France après la mort du roy 
Charles VI 1""^ son père et fut couronné a Rains ^. Et puys 
fist son entrée a Paris, acompaigney du duc de Bourgoi- 



1. Edouard IV, fils du duc d'Yorck, fut proclamé roi d'Angle- 
terre à Tâge de dix- neuf ans, le 5 mars 1461. 

2. Charles VII mourut à Mehun-sur-Yèvre le 22 juillet 146 1. 

3. La Pragmatique Sanction fut donnée à Bourges, sous le pon- 
tificat d'Eugène IV et pendant la tenue du concile de Bâle, le 7 juil- 
let 1438. 

4. Louis XI, né le 3 juillet 1423 à Bourges, fut sacré à Reims le 
j5 août 1461 par Tarchevéque Juvénal des Ursins. Le chroniqueur 
le désigne toujours sous le nom de Louis X, classification erronée 
qu'on retrouve chez d'autres écrivains de la fin du xv* siècle. 



64 CHRONIQUE 

gne, du duc d'Orleens, de monseigneur de Charolois, filz 
du dit duc de Bourgoigne, du duc de Bourbon et des con- 
tes et barons et seigneurs, tant et si grandes pompes que 
oncquez mes n'avoit esté mémoire qu'on eust faît sy très 
pompeuse entrée de ville comme fut celle de Paris a celle 
fois. 

Eu dit an mil iiii'^lxi ^ le dit roy Louys XI"® cassa la 
Pramatique Sanction que son père avoit du conseil de 
toultz les estaz de son royadlme ordenée sans les estatz, 
et auxi cassa gaigez de v^ lances de gens de guerre que 
son père avoit ordenez a garder les villes de dessur la mer 
par loult son royaulme, c'est assaver en Guyenne, Poi- 
tou et Normendie. Et restitua a Jehan d'Alenczon * la 
duché d'Alenczon qui avoit esté confisquée et unye a la 
couronne de France, par jugement des pers de France, 
pour la forfaiture du dit Jehan d'Alenczon qui avoit cuydé 
faire venir les Anglois en France. Et semblablement res- 
titua au conte d'Arminac ^ la conté du dit lieu qui avoit 
esté appliquée au demaine du roy pour ses démérites. 

Eu dit an mil iiii^lxi, ledit roy Loys maria sa seur 
Magdalaine ^ au filz au conte de Fouys auquel filz, a cause 
de sa mère, appartenoit le royaulme de Navarre. Et maria 
une sienne fille au filz du duc de Calabre, filx du roy de 
Cécile. Et fist le mariage de la fille monseigneur le duc 
d'Alanczon et du filx ainsné de Laval, filx du conte de 
Laval. 

1. Le 27 novembre. 

2. Par acte daté de Tours le 11 octobre 1461, Louis XI remit 
Jean II, duc d'Âiençon, en possession de ses biens confisqués (An- 
selme, III, 268 à 270). 

3. Le II octobre 1461^ Louis XI accorda des lettres d'abolition à 
Jean, V du nom, comte d'Armagnac, condamné au bannissement 
par arrêt du 14 mai 1460. 

4. Madeleine de France, sœur puînée de Louis XI, fut mariée à 
Gaston de Foix, prince de Viane, vicomte de Castelbon, par con- 
trat passé à Lescar le 16 janvier, ratifié à Saint- Jean-d'Angély le 
i«' février et accompli le 7 mars 14Û2 (n. st.). 



DU MONT-SAINT-MICHEL 65 

Eu dit an, le roy Louys alla a Bordeauk et eu 
royaulme de Navarre, ou la, luy et le roy d'Arragon oc- 
cupant le dit royaulme de Navarre, fist appointement tel 
que le dit roy d'Arragon delessa le royaulme de Navarre 
au filz du conte de Fouyes ^ dessus dit, et se consenty que 
après sa mort il fust roy d'Arragon. Et a celle cause le 
roy Louys luy bailla gens d'armez pour ainder au dit 
roy d'Arragon a se deffendre des Castelains * qui luy fe- 
soient guerre ^. 

En Tan mil iiii^'Lxir, ledit roy Louys vint en Normen- 
die et fut repceu a Rouen le plus ponpeusement de jamès 
et fut en pluseurs villes de la ditte duchié. Et le 
xxvi^e jour d aoust, eu dit an, fut qu Mont Saint Mi- 
chiel, acompaigné de monseigneur Charles, duc deBerry, 
son frère, du prince de Navarre filz monseigneur le conte 
de Fouyes, du prince de Pymont, filz monseigneur de 
Calabre, du conte de BouUongne, du conte de la Marche 
et de plusieurs au^es seigneurs. Et s'en retourna du dit 
Mont le xxvin* jour du dit moys d'aoust et alla couchier 
a Avrenchez et donna et mist en offrende en l'autel de 
monseigneur saint Michiel six cens escuz. 

En iceluy an mil nii*^LXii, le dit roi Louys envoia des 
gens d'armes au roy d'Arragon qui estoient luy et la 
roigne assiégés des Castelains. Et y fut le conte de 
Fouyes et plusieurs signeurs« Et levèrent le dit siège et 



1. Gastbn, IV* du nom, ccmtede Foix et de Bigorre, vicomte de 
Béarn, pair de France, avait épousé, par contrat du 22 décem- 
bre 1434 confirmé le 3o juillet i436, Éléonore de Navarre et d*A- 
ragon, fille de D. Juan II, roi d'Aragon, et de Blanche, reine de 
Navarre, sa seconde femme. Le fils du comte dont il est question 
ici est Gaston de Foix, prince de Viane, beau-frère de Louis XI. 

2. Catalans. 

3. Le 12 avril 1462, Louis XI, étant à Bordeaux, prêta aussi 
3oo,ooo écus à D. Juan II, roi d'Aragon, moyennant la cession du 
Roussillon et de la Cerdagne que ce dernier s'était réservé la faculté 
de racheter. 

5 



it^^,^i^a^^mm^^mm^ÊÊ^^i^^^^^^^amÊmmÊmmmÊ^mm^aÊm 



b6 CHRONIQUE 

conquirent la conté de Rousillon, qui avoit esté aultre 
fais du royaulme, en quoy est la ville de Parpignen. Et 
firent les dis gens d'armes grant guerre aux Castelains, de 
quoy le roy d'Espaigne voulit rompre les aliances d'entre 
luy et le roy de France, disant que, selon le contenu des 
dittes aliances, le roy de France ne debvoit ayder au roy 
d'Arragon son adversaire, ne le roy d'Espaigne au roy 
d'Kngleterre adversaire du roy de France. Toutez fois, en 
fin et conclusion, par bons moyens ilz assemblèrent en* 
semble à Dacs S en la fin de Bordelois, es marches d'Es- 
paigne, ou furent de nouveau les dittes aliances d*entre les 
roys de France et d'Espaigne confermées tout de nou- 
veau. 

En Tan mil mi^^Lxiii, le dit roy Louys desgaiga du duc 
de Bourgoigne Saint Gangou ^, Hostun ^ et Langres, la 
conté d'Ausseure *, la chastelainie de Bar sur Saine, la 
garde de Tabbaie de Luxu ^, les villes, chasteaux et pre- 
vostez de Peronne, Montdidier et Roye, Saint Quentin, 
Corbie, Amyens, AbevîUe, la conté de Ponthieu, Saint 
Riquier, Creveceur, Alleux ®, Mortaigne "^ et aultres vil- 
les estantes sur la rivière de Somme, plusseurs aultres 
villes et seignouries plus a plain desclairées en Tapointe- 
ment fait a Aras^ entre le roy Charles VII™" et le dit duc 
de Bourgoigne. Lesquelles villes, contés et seignouries le 
dit roy Charles engaiga au dit duc de Bourgoigne en la 



1 . Auj. Dax, Landes, arr. Mont-de-Marsan. Cette entrevue entre 
Louis XI et D. Enrique IV, roi de Castille et de Léon, eut lieu 
sur la rive française de ia Bidassoa au milieu du mois d'avril i463, 

2. Âuj. Saint-Gengoux-Ie-Royal, Saône-et-Loire, arr. Mâcon. 

3. Autun. 

4. Auxerre. 

5. Luxeuil^ Haute-Saône, arr. Lure. 

6. Arleux ou Arleux-du-Nord, Nord, arr. Douai. ' 

7. Mortagne, Nox:d, arr. Valenciennes, c. Saint-Amand-les- 
Eaux. 

8. Par le traité d'Arras, le 21 septembre 1435. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 67 

somme de quatre cens mille vieulx escuz, pour 4a mort 
de feu duc de Bourgoigne qui fut tué a Montereul faut 
Yonne. Et le dit roy Louys les desgaiga etmist hors de la 
main du dit duc de Bourgoigne au dit an mil quatre 
censLxju^ 

En Tan mil iiii^lxi, lxii et Lxiir, fut grant mortalité en 
Bretaigne, en Angou, en Maine et en la Basse Normen- 
die. 

En l'an mil mi^Lxini, Tiver fut grant, si grant n'avoit 
esté passez estoient xxx ans, et furent les neefz ^ plus gran- 
des qu on ne les avoit veues de mémoire de homme. 

Eu dit an mil iiuPLxmi, le xxi° jour d'aûust, mouryt 
messire Louys d'Estouteville, seigneur d'Estouteville ^, 
de Hambye, Bricquebec, Moyon, Qiahtelou, Gassé et 
Apillé *, grant seneschal de Normendie ^ et gouverneur 
capitaine de Rouen et du Mont Saint Michiel. 



1. La commission donnée pour le rachat est du 21 août 1463. Le 
payement fut fait en deux fois, et les deux quittances du duc de 
Bourgogne sont datées Tune du 12 septembre, Tautre du 8 octobre 
de la même année. Enfin^ la remise aux commissaires délégués par 
le roi de France des terres engagées eut lieu le i*"* novembre 1463 
(Lenglet-Dufresnoy, CommineSj H, 394 et 395;. 

2. Les neiges^ nives. 

3. Âuj. Estouteville-Ecalles, Seine-Inférieuie, arr. Rouen, c. Bu- 
chy. Louis d'Estouteville avait hérité de cette seigneurie vers 
1436^ après la mort de son père Jean II. Il possédait en outre, 
comme nous avons déjà eu Toccasion de le dire, les seigneuries de 
Hambye, de Bricquebec, de Moyon, de Chanteloup et d'Appilly, 
situées aujourd'hui dans le département de la Manche, du chef de 
sa femme Jeanne Paynel qui lui avait aussi apporté en dot le fief 
de Gacé, actuellement commune du département de TOrne. Jeanne 
Paynel elle-même tenait ces deux derniers fiefs de sa mère Jeanne 
de Champagne, fille unique de Jean de Champagne, seigneur d'Ap- 
pilly, et d'Agnès du Merle, dame de Gacé. 

4. Auj. Appiily, château situé en Saint-Senier-sous-Avranches, 
Manche, arr. et c. Avranches. 

5. Louis, seigneur d'Estouteville, était en outre grand bouteiller 
de France, au moins depuis le 28 mars 1443 (Anselme, Hist. gé- 



08 CHRONIQUE 

Eu dit an mil iiii<'LXim, il eut ung pou de contradicion 
et malcontentement entre le roy Louys et le duc de Bour- 
goigne et le filz du dit duc de Charolais, et toutefois en 
celuy an n'y eut point de guerre entre eulx. 

Eu dit an mil nu^^Lxmi, eut grant esmocion de guerre 
entre le dit roy Loys et le duc de Brethaigne, pour ce que 
le roy demandoit au duc la regale des églises cathédrales 
de sa duchié et que aussi le duc ne meist plus en ses let- 
tres par la grâce de Dieu ne ne feist mon noie blanche. Et 
demande aussi ie roy la ville de Foulgieres et celle de 
Saint Malo et la conté de Nantes et plussieurs aultres 
chosses. Et furent envolés de par le roy et de par le duc, 
d'une part et d'aultre, plussieurs enbassades. Et eu mois 
de febvrier estoit Tapointement fait a Poitiers et acordé. 
Et debvoit aller le duc devers le roy, mes monseigneur 
Charles, duc de Berry et frère du roy, s'en partit d*avec- 
ques lé roy viron le un jour de mars ^ Et s'en ala au duc 
en Bretaigne mal comptent du roy, pour ce qu'il n'avoit 
pas assez grande pension du roy pour tenir son estât et 
n'avoit son partage comme frère segond du roy. Et fist le 

néal,, VIII, 58 1). Il ne laissa que deux fils, Michel et Jean d'Estou- 
teville. Cest de Louis d*Estouteville que le patriote Robert Blondel 
a tracé ce beau portrait rapporté à tort par M. Jules Quicherat à Jean 
d*Estouteville, sire de Torcy, grand maître des arbalétriers (éd. de 
Thomas Basin, I, 216^ note 8) : « Potens et consultus proposi tique 
tenax, héros d'Estouteville^ generosis et materna sorte locupletis- 
simis duobus ejusliberisillustratus,exercitatissimosbello, neminem 
supra, commilitones, qui tôt labores, tôt, per mare et terram, péri- 
cula, pro sacratissimœ rupis Sancti Michaelis cotiser vatione, 
tulerunt, cumBritonum exercitu ad junxit. » Blondel, AssertioNor- 
mannice, 1. III, ci. 

I . Odet d'Âydie, ancien capitaine de Charles VII, destitué par 
Louis XI, qui enleva à Poitiers Charles, duc de Berry, avait été 
envoyé au roi par le duc de Bretagne le 2 mars 1463. Odet pro- 
fita, pour opérer cet enlèvement, d'une absence de Louis XI qui 
était allé en pèlerinage à Notre-Dame du Puy, en Anjou. Thomas 
Basin, Hist» des règnes de Charles Vil et de Louis XI, édition 
J. Quicherat, II, 99, note 2. 




dOB 



DU MONT-SAfNT-MICHEL 69 

dit duc de Berry aliance o monseigneur de Bourbon ^ le- 
quel s'en partit semblablement de la court du roy et s'en 
ala a Bourges pour faire aliance pour monseigneur de 
Berry et en Bourbonnois et assembler gens d'armes. Et 
tindrent les dis pais de Berry et de Bourbon avecques 
monseigneur de Berry. Le roy, qui estoit a Poitiers, en- 
vola a Partenay, laquelle ville se voulut rebeller. Toutez 
fois, quant ilz virent la personne du roy, ilz obéirent. Et 
envoia aussi par toutes les bonnes villes de son royaulme 
et aux grans signeurs et capitaines, pour savoir lesquieulx 
luy obeiroient et lesquieulx ne luy vouldroient obéir. 

Monseigneur de Bourbon print eu dit mois de tnars 
monseigneur de Croissole ^, grant seneschal de Poitou, et 
monseigneur du TrainePqui avoit esté chancelier du roy 
Charles Vll"® et ung nommé Darioles * et les fist mener 
a Luxon ^ en Bourbonnois. Et commensa a faire guerre 
au roy le dit monseigneur de Bourbon et print aussi le 
grant seneschal du.... ®, qui venoit du pais de Provence 
au roy qui estoit a Saumur. 

En la fin du mois de mars, eu dit an, le duc de Bretai*- 
gne mena monseigneur de Berry de Nantes a Ancenis et 
droit a Angiers et jucquez a la Roche au Duc '^. Le roy 
en ouyt des nouvelles et cuyda rompre chemin entre Bre- 

• 

1. Jean II, duc de Bourbon. 

2. Louis, seigneur de Crussol. 

3. Guillaume Jouvenel des Ursins, seigneur de Trainel (Aube, 
arr. et c. Nogent-sur-Seine), nommé par Charles VII chancelier de 
France le 16 juin 1445, avait été désappointé de sa charge en 1461 
et remplacé par Pierre de Morvilliers. 

4. Maître Pierre d'Oriolle, qui devint chancelier de France le 
:|6 juin 1472. 

5. Auj. Lusson, château de la commune d*Â!tbinges (Cher, arr. 
Bourges, c. les Âix-d'Angilion). 

6. Il y a ici un mot laissé en blanc dans le manuscrit. 

7. Le duc de Bretagne et le roi de Sicile curent une conférence 
à la Roche-au-Duc dans les premiers jours d'avril 1463 {Mélanges, 
publiés dans la collection des documents inédits, II, 211). s 



70 CHRONIQUE 

taigne et Angiers aux desios dis, mes le duc de Bretaigne 
en fut adverty et soudainement s'en retourna et monsei- 
gneur de Berry a Nantes. 

Le XXV* jour d apvril l'an mil ini^LxyY partit le roy 
Louys dessus dit de Tours o vm*" lances et s'en alla a 
Bourges pour faire guerre au duc de Bourbon qui tepoit 
Berry et son pais. Et se rendit tout le pais de Berry en 
l'obéissance du roy, excepté la ville de Bourges que le roy 
lessa désobéissante et passa oultre en Bourbonnois. Et 
envoia devant luy a Saint Âmand Lallier \ le sire de la 
Barde ^, le bailly de Rouen ^, Salezart ^ et les gens du se- 
neschal de Poitou qui le prindrent d assault et xn hom- 
mes d'armes et bien xxn hommes de guerre a pîé qui 
estoient eu dit Saint Amand. Et x aultres hommes d'ar- 
mes qui estoient en la ditte place s'enfuyrent o monsei- 
gneur de Charlus au cfaasteau de Monront ^. 

Après la prinse de Saint Amand, les gens du roy assié- 
gèrent Monront, bien forte place, et ne tint que ung jour, 
et Tendemain, ix™* jour de moy, eu dit an mil uii«lxv, fut 
rendue au roy. Après la prinse de Monront, les gens du 
roy allèrent a Monluxon ® qui fut rendu au roy le lundi 
lin' jour du dit mois de moy. Le jeudi ensivant, xvi">' jour 
du dit mois, partirent les gens d'armes du roy a aller a 
Hérisson ^ qui fut rendu au roy. 

Eu mois de juing ensivant mil iiii'^lxv, monseigneur de 
Charoleis, filz aisné de Bourgoigne, se partit de Bourgoi- 
gne avecques viron xv» Bourgoignons et vint jucquez a 



1. Saint- Amand-Lallier est aujourd'hui une section de Saint- 
Amand-Mont-Rond (Cher). 

2. Jacques d'Ëstuer, seigneur de la Barde. 

3. Guillaume II Cousinot de Montreuil, bailli de Rouen depuis 
la reddition de cette ville en novembre 1449. 

4. Jean de Salazar. 

5. Auj. Mont-Rond, section de Saint-Amand-Mont-Rond. 

6. Auj. Montluçon (Allier). 

7. Hérisson (Allier* arr. MonUuçon). 



I 



DU MONT-SAINT-MICHEL 7I 

Saint Denis en France, et estoit ovccques luy ie conte de 
Saint Pol ^ et le bastard de Bourgoigne * et plusieurs aul- 
tres seigneurs. Et les chevaucha toult leur chemin Joachin 
Rouault, mareschal de France ^, ovecques viuj^ lances 
jucquez a Paris en metant tousjours en alant devant eulx 
gens d*armes es places ou ilz dévoient passer. 

Eu dit moys de juing, les Bretons firent une grant ar- 
mée de environ x ou xn™ dont estoient les principaulx 
chiefs monseigneur de Berry, frère du roy, le duc de Bre- 
thaigne acompaigncs du bastard d'Orleens, de Jehan de 
Lorreine, du sire de Loheac et plusieurs seigneurs, le tout 
aux despens du duc de Bretaigne. Et au commencement 
du moys de jullet, partirent de Brethaigne, pour aller 
droit a Paris, et prindrent leur chemin a passer a Bouche- 
maine '* près d'Angiers. Et de la tirèrent a Chasteaudun 
dont estoit sire le bastard d'Orleens ^ et ne furent point 
combatuz ne empeschés aux passages par monseigneur le 
conte du Maine ® que le roy avoit fait son lieutenant gê- 
nerai, et luy avoir ordonné viii^ lances pour garder les 
dis Bretons de passer en France. 

Le roy estant en Bourbonnois eu moys de juing, vin- 
drent a luy les seigneurs de Nemours ''', d'Alebret * et le 
comte d'Arminac ®, eulx fesans fors pour monseigneur de 
Bourbon, pour traiter d'apointement. Et eu commence- 

1 . Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol. 

2. Sans doute Antoine, dit le grand bâtard de Bourgogne. 

3. Joachim Rouault avait été fait maréchal de France aussitôt 
, après Tavènement de Louis XI, par lettres données à Avesnes en 

Hainaut le 3 août 1461. 

4. Maine-et-Loire, arr. et c. Angers. 

5. Jean, bâtard d'Orléans, avait été créé par Charles Vlï comte 
de Dunois et vicomte de Châteaudun le 21 juillet 1439. 

6 . Charles d'Anjou, comte du Maine. 

7. Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. 

8. Charles, II du nom, sire d'Albret, comte de Dreux et vicomte 
de Tartas. 

9. Jean V, comte d'Armagnac. < 



72 CHRONIQUE 

ment du tnoys de jullet, devant Rion, furent prtnses trê- 
ves entre le roy et les dis seigneuis durantes jucquez au 
xV** jour d aoust. Et par ce moyen rendit le roy les pla- 
cez qui avoient esté prinses en Bourbonnois, et furent les 
prisonniers, tant d'un costé que d'aultre, renduz. 

Quant le roy eut prins les dittes trévez, il se partit de 
Bourbonnois et s'en ala a Orleens mettre entre les Bour- 
goignons, qui estoient près Paris, et les Bretons, quiestoient 
a Chasteaudun, et manda au conte du Maine que luy et 
son armée de viii^^ lances se allassent mettre en la ville de 
Chartres, qui ainssi le firent. 

Le XV* jour du dit moys de jullet mil iiii^lxv, le dit roy 
Loys partit d'Orleens pour aller a Paris et combatre les 
Bourgoignons qui estoient a Montlehery ^ et au Port 
Saint Clou ^, entre Paris et Orleens. Et semblablement 
partit le dit conte du Maine de Chartres, le dit jour, 
pour se rendre au roy. Et se joingnyrent ensemble le roy 
avccques mille lances et le dit conte ovecques viii^ lances, 
Tendemain xvi* jour de jullet, au matin, a deux heures de 
Montlehery. Et la fist le roy ses ordonnances pour com- 
batre les dis Bourgoignons. Et ordonna que les vm^' lan- 
ces du dit conte feroient Tavantgarde, et le roy ovecques 
mille lances feroit la bataille. Les capitaines de Tavant- 
garde estoient le sire de la Barde, Guarguesalle ^, Floquet *^ 
le sire du Lau ^, le sire de Montauban ®, GiefTroy la Hyre, 

1 . Montlhéry (Seine-et-Oise, arr. Corbeil, c. Arpajon). 

2. Auj. Saint-Cloud (Eure-et-Loir, arr. et c. Chftteaudun). 

3. Jean de Guarguesalle, originaire du Dauphiné, seigneur de 
Coulaines et de Bocé, avait été institué premier écuyer de corps et 
grand maître de Técurie de Louis XI en 146 1, aussitôt après l'avè- 
nement de ce prince à la couronne. * 

4. Robert Je FJoques, dit Floquet, sire de Floques (Seine-Infé- 
rieure, arr. Dieppe, c. Eu), nommé bailli d'Evreux après la prise 
de cette ville le i5 septembre 1441, chevalier et chambellan du roi, 
maréchal hérédital de Normandie. ' 

5. Antoine du Lau, sénéchal de Guyenne. 

6. Jean de Montauban, accusé d'avoir étouffé, en 1450, Gilles de 



DU MONT-SAINT-MICHEL ji 

les gens du conte de Boullongne ^ et les gens du dit conte 
du Maine. En chascune compaignée avoit'cent lances. Et 
o le roy estoient les gens de monseigneur d'AIenczon, 
messire Pierres de Broisé *, Malortie, Poisson de Rivière, 
/ Salezart et plusieurs aultres capitaines. 

Le dit xvi™« jour de juUet, les gens de l'avantgarde du 
roy trouvèrent les Bourgoignons en bataille au devant 
d'eulx viron auprès de Montlehery a la descente d'une 
montaigne. Et comme les gens du roy aprouchérent des 
dis Bourgoignons, les dis Bourgoignons firent descharger 
leur artielerie qu'ilz avoient la assortée et tuèrent plu- 
sieurs chevàulx et aucuns gens de ce premier tret de ca- 
nons et couleuvrines, environ x heures estoit. Non obs- 
tant, les gens du roy se mistrent en bataille devant les dis 
Bourgoignons. Et après vint le roy et la bataille, qui plus 
loing que la ditte avantgarde se tindrent des dis Bourgoi- 
gnons. Et envoia le roy quérir son artielerie qui estoit a 
troys lieues de luy. Et ariva mestre Gerault^, mestre ca- 
nonnier d'icelle, environ deux heures après medy ; et lors- 
qu'il eut tiré contre les dis Bourgoignons, ilz partirent a 
fraper sur ceulx de Tavantgarde du roy. Et comme ilz 
, aprouchiérent d'icelle, ceulx qui portoient les enseignez 

Bretagne dont il était le gardien, nommé à Tavènement de Louis XI 
amiral de France et grand maître des eaux et forêts en remplace- 
ment de Jean de Beuil et du comte de Tancarville (Thomas Basin, 
éd. J. Quicherat^ II, 19 et 20}. 

1 . Bertrand de la Tour, dauphin d*Âuvergne et comte de Bou- 
logne. 

2. Pierre de Brézé, né vers 14 10 près de Saumur, seigneur de la 
Varenne et de Brissac^ fait chevalier par le comte du Maine devant 
Saint-Qéneri, sénéchal d'Anjou en 1437, sénéchal de Poitou en 
1440, comte d'Évreux et chambellan du roi en 1441, membre in- 
fluent du Grai/d Conseil de la fin de 1443 à 1450, capitaine et châ- 
telain de Rouen le 10 novembre 1449, gi^&i^d sénéchal de Norman- 
die en septembre 1450. 

3. En 1462, ce maître Girault, qualifié maître artilleur, avait 
servi dans Tartillerie de Tarmée de Catalogne à la tête d'une batte- 
rie de douze canons^amenés de Saint-Jean-d'Angély. 



y4 CHRONIQUE 

des capitaines du roy tournèrent le dos. Et s'enfuyrent 
ceulx de la ditte avantgarde mescbantement, sans coup 
ferir. Et en tuèrent les Bourgoignons de cent a vi« des 
gens du roy entre lesquieulx fut tué messire Pierre de 
Broisé, qui estoit parti de la bataille d*ovecques le roy 
pour cuyder rallier les gens de la ditte avantgarde. Et fut 
tué aussi Floquet et le sire de Creully ^ Quant le roy vit 
que son avantgarde estoit en fuyte, il fist entrer la bataille 
sur les dis Bourgoignons, et estoit environ trois heures 
après medy. Et coaibatireut si bien toute jour contre les 
Bourgoignons qu'il en demoura en champ de xnn a xv^ de 
mors, et y furent tuez plusieurs chevaliers et escuyers, et 
s'enfuyrent de nu a v™ de Bourgoignons. 

Et furent prins les seigneurs de Crevecuer, de Ymeris, 
de Miraumont, de Plahmours et plusieurs aultres sei- 
gneurs. Et furent tuez les dis Bourgoignons qui s*en fuy- 
rent du Montlehery, plusieurs tant es vignes que es bois, 
par les gens de Joachin ^, des gens de Paris et des gens du 
pais. Et s'en vint couchier le roy iceluy jour a Corbeil. 

Le jeudy xvni* jour du dit moys ^, le roy entra en Paris 
ou il fut repceu notablement. Les Bourgoignons, qui es- 
toient a Montlehery, se retirèrent a Estampes '* ou la vin- 
drent a eulx monseigneur de Berry, le duc de Bretaigne 
et leur armée, et y furent environ ung moys ensemble. 
Et de la s'en vindrent mettre autour de Paris, tant a Saint 
Denis que au Bois de Vincenne, a Saint Mor des Fossez 
et au Pont ^. 

Les dis Bourgoignons et Bretons venuz entour Paris, 



1. Creully (Calvados, arr. Caen). ^ 

2. Joachim Rouault. 

'6. La bataille de Montlhéry se livra le mardi i6 juillet 1465. 
Thomas Basin n'a pas mentionné ce séjour de Louis Xi à Paris, le 
jeudi 18. avant son départ pour Rouen. Basin, éd. J. Quicherat, IL, 

122. 

4. Le 19 juillet. 

3 . Charenton-le*Pont ^Seine, arr. Sceaux). 



DU MONT-SAINT-MICHEL 76 

le roy se partit de Paris * et vint a Rouen pour assembler 
les Normans a luy venir ainder contre les dessus dis, qui 
puys s'en retourna a Paris ^^ les Normans après o si grant 
nombre qu'ilz requirent au roy de donner bataille aux 
Bourgoîgnons. Et mist le roy garnisons en ses villes, au 
dessoubz et au dessus des Bourgoîgnons et Bretons, et par 
toulz les pons et passages, en telle manière que les vivres 
leur faillirent. Et sy n*eust esté que le roy cstoit trahy de 
cieulx en qui il se fiet et que les dis ducz de Berry et de 
Bretaigne et Charoleys avoient atiré a eulx toute la plus 
grant part des nobles du royaume, il leur eust convenu 
s'enfuir villainement; mes par les bons ouvriés qui con* 
duysoient l'œuvre, fut trouvé manière de faire trêves en- 
tre le roy et les dis seigneurs, durant lesquelles les dis 
ducz et seigneurs s'avitaillérent et trouvèrent aliance o 
ung nommé Loys Sorbier, lieutenant de Joacfain Rouault, 
qui leur bailla par trahison la ville de Pontoise, viron la 
fin du moys de septembre ^. 

Et le xxvu' jour du dit moys, la dame de Mauny 4 et 
l'evesque de Baieux ^ baillèrent au dit duc de Berry la 
ville de Rouen, et partant eurent les dis ducz les passa- 
ges pour avitaillier leur ost. Pour quoy, fut le roy con- 
traint de faire composicion o ^eulx, a leurvouUoir, telle 



1. Le 10 août. 

2. Le 28 août. 

3. Le 21 septembre. 

4. Jeanne du Bec Crespin, veuve de Pierre de Brézé, dame de 
Mauny (auj. hameau de Saint-Nicolas-d'Attez, Eure, arr. Évreux, 
c. Breteuil). Jeanne accusait Louis XI d'avoir fait assassiner Pierre 
de Brézé par ses propres soldats à la bataille de Montlhéry. Elle 
obtint plus tard grâce pour sa trahison, et les lettres de rémis- 
sion qui lui furent accordées ont été publiées par Lenglet-Dufres- 
noy. CommineSf II, 566. 

3. Louis de Harcourt, évêque de Bayeux et patriarche de Jérusa- 
lem, fils naturel de Jean VIII de Harcourt, comte d*Aumale. 

6. En patois bas-normand, o s'emploie encore aujourd'hui au 
sens de la proposition avec. 



76 CHRONIQUE 

quUl ensuit \ c^est assavoir que monseigneur de Berry 
auroit la duchié de Normendie entière avecques cer- 
taine pension, sur laquelle duchié il fourniroit de 
v° lances pour la garde de son pais aux despens du pais; 
item, que monseigneur Charoleis auroit les contez de 
BouUongne et de Guyenne pour luy et ses hoirs masles 
et les places et pais desgaigés et le bailliage de Verman- 
days a sa vie et deux cens mille escus a paier en quatre ans ; 
item, que monseigneur de Bourbon seroit gouverneur 
de Guyenne et capitaine de Bordeaulx et sire de la du- 
chié d'Auvergne avecques cent lances et deux cens mille 
escus, tant pour le mariage de madame sa femme que 
pour la reconpense du dommage qui avoif esté fait en 
son pais; item, que monseigneur de Calabre > auroit les 
places de Vaucouleur 3, Monteclére 4 Mouxon 5 et Es- 
pinat ^, es marches de Lorrenhe, et cent mille escus, et 
luy debvoit ainder le roy a conquester la cité de Mes; 
item, que monseigneur de Saint Pol seroit connestable 
de France et conte deGuyse; item, que monseigneur 
de Dunois seroit remis en toutes ses seigneuries et se- 
roit desdommaigé des biens qui avoient esté prins en 
ses maisons, et sy auroit ses pensions; item, que mon- 
seigneur d'Armignac auroit une seigneurie appellée le 
Franc Pas 7 qui appartient au roy et vault xii"* livres de 
rente et auroit cent lances; item, que monseigneur de 
Nemours auroit cent lances et certaine reconpense et 



1. Louis XI signa deux traités : l'un à Conflans, le 3 octobre 
1465, avec le comte de Charoiais; Taulre à Paris, le a 7 octobre 
suivant, avec les autres princes confédérés. Ordonn,, XVI, 378, 

2. Jean d'Anjou, duc de Calabre et de Lorraine. 

3. Vaucouleurs, Meuse, arr. Commercy. 

4. Monteclair, château situé à Ândelot, Haute-Marne, arr. 
Chaumont, démoli sous Louis XUI. 

5. Mousson, Meurthe, arr. Nancy, c. Pont-à Mousson. 

6. Épinal, Vosges. 

7. La situation de ce fief nous est inconnue. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 77 

seroit gouverneur de Champaigne ou de Plsle de France. 
Item, monseigneur d^Allebret auroit toutes les terres du 
chasteau du Buz % lesquelles terres tenoit le sire de 
Kandal 2, pour reconpense seroit gouverneur de Rous- 
sillon. Item, monseigneur du Bueul ^ seroit admirai de 
France avecques cent lances et ses cappitainerîes et pen- 
sions comme devant. Item, monseigneur de Loheac 4 
seroit mareschal de France et auroit cent lances et sa 
pension comme devant. Item, du duc de Bretaîgne n'es- 
toit point ordonné, ne semblablement de Jehan mon sei- 
gneur 5, du conte de Dammartin ^ ne de plusieurs aultres. 
Incontinent les choses dessus dittes verballement 
acordées du roy, toutes les villes de Normendie se tour- 
nèrent devers le duc de Berry, frère du roy, et en eult 
yceluy sire pocession par gens de par luy eu moys d'oc- 
tobre de toutes les places de la ditte duchié, excepté des 
places et villes de Vernon, Gaillart, Louviers, le Pont 
de PArche, Faloise, Chierbourg et le Mont Saint Mi- 
chiel. Pour lesquelles rendre, le roy, contraint a ce faire, 
envoia le sire de Maupas 7, son commissaire, pour les 
délivrer et baillier au sire de Saint Symon, commissaire 



1. Auj. la Teste-de-Buch, Girohde» arr. Bordeaux. 

2. Jean de Foix, comte de Candalle (auj. château situé dans la 
commune de Doazit, Landes, arr. Saint-Sever, c. Mugron) et de 
Benauge (auj. château situé dans la commune d'Arbis, Gironde, 
arr. la Réole, c. Targon), captai de Buch. 

3. Jean de Beui!, dépossédé en 1461 de Toffice d'amiral de France 
au profit de Jean de Montauban, auteur pu plutôt Tun des au- 
teurs du roman de chevalerie intitulé le Jouvencel. 

4. André de Laval, sire de Lohéac et de Rais, suspendu de sa 
charge de maréchal de France par Louis XI, en 1461. 

5. Ces mots a Jean mon seigneur » ne désigneraient-ils pas Jean 
d*Estouteville, devenu capitaine du Mont-Saint-Michel et de Tom- 
belaine après la mort de son père Louis? (Anselme^ VIII, gi.j 

6. Antoine de Chabannes, comte de Dammartin. 

7. Jean du Mesnil-Simon, seigneur de Maupas, conseiller du roi 
et sénéchal de Limousin sous Charles VIT. 



7© CHRONIQUE 

taigne et Angiers aux dessus dis, mes le duc de Bretaigne 
en fut adverty et soudainement s'en retourna et monsei- 
gneur de Berry a Nantes. 

Le XXV* jour d'apvril Tan mil rai«Lxv, partit le roy 
Louys dessus dit de Tours o vm« lances et s'en alla a 
Bourges pour faire guerre au duc de Bourbon qui tepoit 
Berry et son pais. Et se rendit tout le pais de Berry en 
Tobeissance du roy, excepté la ville de Bourges que le roy 
lessa désobéissante et passa oultre en Bourbonnois. Et 
envoia devant luy a Saint Âmand Lallier ^, le sire de la 
Barde ^, le baiUy de Rouen ^, Salezart * et les gens du se- 
neschal de Poitou qui le prindrent d assault et xn hom- 
mes d'armes et bien xxn hommes de guerre a pie qui 
estoient eu dit Saint Amand. Et x aultres hommes d'ar- 
mes qui estoient en la ditte place s'enfuyrent o monsel* 
gneur de Charlus au cfaasteau de Monront ^. 

Après la prinse de Saint Amand, les gens du roy assié- 
gèrent Monront, bien forte place, et ne tint que ung jour, 
et l'endemain, ix"« jour de moy, eu dit an mil mi«Lxv, fut 
rendue au roy. Après la prinse de Monront, les gens du 
roy allèrent a Monluxon ^ qui fut rendu au roy le lundi 
xin« jour du dit mois de moy. Le jeudi ensivant, xvi"»« jour 
du dit mois, partirent les gens d'armes du roy a aller a 
Hérisson ^ qui fut' rendu au roy. 

Eu mois de juing ensivant mil iiii^'lxv, monseigneur de 
Charoleis, filz aisné de Bourgoigne, se partit de Bourgoi- 
gne avecques viron xv^ Bourgoignons et vint jucquez a 



1. Saint- Amand-Lallier est aujourd'hui une section de Saint- 
Amand-Mont-Rond (Cher). 

2. Jacques d'Estuer, seigneur de la Barde. 

3. Guillaume II Cousinot de Montreuil, bailli de Rouen depuis 
la reddition de cette ville en novembre 1449. 

4. Jean de Salazar. 

3. Auj. Mont-Rond, section de Saint-Amand-Mont-Rond. 

6. Auj. Montluçon (Allier). 

7. Hérisson (Allier, arr. MonUuçon). 



DU MONT-SAINT-MICHEL 7I 

Saint Denis en France, et estoit ovecques luy le conte de 
Saint Pol * et le bastard de Bourgoigne * et plusieurs aul- 
tres seigneurs. Et les chevaucha toult leur chemin Joachin 
Rouault, mareschal de France ^, ovecques vm" lances 
jucquez a Paris en metant tousjours en alant devant eulx 
gens d'armes es places ou ilz dévoient passer. 

Eu dit moys de juing, les Bretons firent une grant ar- 
mée de environ x ou xn» dont estoient les principaulx 
chiefs monseigneur de Berry, frère du roy, le duc de Bre- 
thaigne acompaignés du bastard d'Orleens, de Jehan de 
Lorreine, du sire de Loheac et plusieurs seigneurs, le tout 
aux despens du duc de Bretaigne. Et au commencement 
du moys de jullet, partirent de Brethaigne, pour aller 
droit a Paris, et prindrent leur chemin a passer a Bouche- 
maine * près d'Angiers. Et de la tirèrent a Chasteaudun 
dont estoit sire le bastard d'Orleens ^ et ne furent point 
combatuz ne empesch^ aux passages par monseigneur le 
conte du Maine ^ que le roy avoit fait son lieutenant gê- 
nerai, et luy avoit ordonné viii*^ lances pour garder les 
dis Bretons de passer en France. 

Le roy estant en Bourbonnois eu moys de juing, vin- 
drent a luy les seigneurs de Nemours '', d'Alebret * et le 
comte d'Arminac ^, eulx fesans fors pour monseigneur de 
Bourbon, pour traiter d'apointement. Et eu commence- 

X. Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol. 

2. Sans doute Antoine, dit le grand bâtard de Bourgogne. 

3. Joachim Rouault avait été fait maréchal de France aussitôt 
, après Tavènement de Lovis XI, par lettres données à Avesnes en 

Hainaut le 3 août 1461. 

4. Maine-et-Loire, arr. et c. Angers. 

5. Jean, bâtard d'Orléans, avait été créé par Charles VII comte 
de Dunois et vicomte de Châteaudun le 21 juillet 1439. 

6. Charles d*Anjou, comte du Maine. 

7. Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. 

8. Charles, H du nom, sire d'Albret, comte de Dreux et vicomte 
de Tartas. 

9. Jean V, comte d'Armagnac. 



64 CHRONIQUE 

gne, du duc d'Orleens, de monseigneur de Charolois, filz 
du dit duc de Bourgoigne, du duc de Bourbon et des con- 
tes et barons et seigneurs, tant et si grandes pompes que 
oncquez mes n'avoit esté mémoire qu'on eust fait sy très 
pompeuse entrée de ville comme fut celle de Paris a celle 
fois. 

Eu dit an mil ihiclxi \ le dit roy Louys XI"»® cassa la 
Pramatique Sanction que son père avoit du conseil de 
toultz les estaz de son royaiilme ordenée sans les estatz, 
et auxi cassa gaigez de v*' lances de gens de guerre que 
son père avoit ordenez a garder les villes de dessur la mer 
par toult son royaulme, c'est assaver en Guyenne, Poi- 
tou et Normendie. Et restitua a Jehan d'Alenczon ^ la 
duché d*Alenczon qui avoit esté confisquée et unye a la 
couronne de France, par jugement des pers de France, 
pour la forfaiture du dit Jehan d'Alenczon qui avoit cuydé 
faire venir les Anglois en France. Et semblablement res- 
titua au conte d'Arminac ^ la conté du dit lieu qui avoit 
esté appliquée au demaine du roy pour ses démérites. 

Eu dit an mil iih^lxi, ledit roy Loys maria sa seur 
Magdalaine ^ au filz au conte de Fouys auquel filz, a cause 
de sa mère, appartenoit le royaulme de Navarre. Et maria 
une sienne fille au filz du duc de Calabre, filx du roy de 
Cécile. Et fist le mariage de la fille monseigneur le duc 
d'Alanczon et du filx ainsné de Laval, filx du conte de 
Laval. 

1. Le 27 novembre. 

2. Par acte daté de Tours le 11 octobre 1461, Louis X[ remit 
Jean II, duc d'Alençon, en possession de ses biens confisqués (An- 
selme, III; 268 à 270). 

3. Le II octobre 146 1, Louis XI accorda des lettres d'abolition à 
Jean, V du nom, comte d'Armagnac, condamné au bannissement 
par arrêt du 14 mai 1460. 

4. Madeleine de France, sœur puînée de Louis XI, fut mariée à 
Gaston de Foix, prince de Viane, vicomte de Castelbon, par con- 
trat passé à Lescar le 16 janvier, ratifié à Saint-Jcan-d'Angély le 
!«•• février et accompli le 7 mars 1462 (n. st.). 



DU MONT-SAINT-MICHEL 65 

Eu dit an, le roy Louys alla a Bordeaulx et eu 
royaulme de Navarre, ou la, luy et le roy d'Arragon oc- 
cupant le dit royaulme de Navarre, fist appointement tel 
que le dit roy d'Arragon delessa le royaulme de Navarre 
au filz du conte de Fouyes ^ dessusdit, et se consenty que 
après sa mort il fust roy d'Arragon. Et a celle cause le 
roy Louys luy bailla gens d'armez pour ainder au dit 
roy d'Arragon a se deffendre des Castelains ^ qui luy fe- 
soient guerre ^. 

En Tan mil uii^lxu^ ledit roy Louys vint en Normen- 
die et fut repceu a Rouen le plus ponpeusement de jamès 
et fut en pluseurs villes de la ditte duchié. Et le 
xxvi>n« jour d aoust, eu dit an, fut 4u Mont Saint Mi- 
chiel, acompaigné de monseigneur Charles, duc deBerry, 
son frère, du prince de Navarre filz monseigneur le conte 
de Fouyes, du prince de Pymont, filz monseigneur de 
Calabre, du conte de Boullongne, du conte de la Marche 
et de plusieurs autres seigneurs. Et s'en retourna du dit 
Mont le xxvm^ jour du dit moys d'aoust et alla couchier 
a Avrenchez et donna et mist en offrende en l'autel de 
monseigneur saint Michiel six cens escuz. 

En iceluy an mil iiii^lxii, le dit roi Louys envoia des 
gens d'armes au roy d'Arragon qui estoient luy et la 
roigne assiégés des Castelains. Et y fut le conte de 
Fouyes et plusieurs signeurs. Et levèrent le dit siège et 



1. Gastbn, IV< du nom, comte de Foix et de Bigorre, vicomte de 
Béarn, pair de France, avait épousé, par contrat du 22 décem- 
bre 1434 confirmé le 3o juillet i436, Éléonore de Navarre et d*A- 
ragon, fille de D. Juan II, roi d* Aragon, et de Blanche, reine de 
Navarre, sa seconde femme. Le fils du comte dont il est question 
ici est Gaston de Foix, prince de Viane, beau-frère de Louis XI. 

2. Catalans. 

3. Le 12 avril 1462, Louis XI, étant à Bordeaux, prêta aussi 
3oo,ooo écus à D. Juan II, roi d'Aragon, moyennant la cession du 
Roussillon et de la Cerdagne que ce dernier s*étalt réservé la faculté 
de racheter. 

5 



b6 CHRONIQUE 

conquirent la conté de Rousillon, qui avoit esté aultre 
fais du royaulme, en quoy est la ville de Parpignen. Et 
firent les dis gens d'armes grant guerre aux Castelains, de 
quoy le roy d'Espaîgne voulit rompre les aliances d'entre 
luy et le roy de France, disant que, selon le contenu des 
dittes aliances, le roy de France ne debvoit ayder au roy 
d'Arragon son adversaire, ne le roy d'Espaigne au roy 
d'Kngleterre adversaire du roy de France. Toutez fois, en 
fin et conclusion, par bons moyens ilz assemblèrent en- 
semble à Dacs ^ en la fin de Bordelois, es marches d'Es- 
paigne, ou furent de nouveau les dittes aliances d*entre les 
roy s de France et d'Espaigne confermées tout de nou- 
veau. 

En Tan mil mi^Lxiii, le dit roy Louys desgaiga du duc 
de Bourgoigne Saint Gangou ^, Hostun ^ et Langres, la 
conté d'Ausseure *, la chastelainie de Bar sur Saine, la 
garde de Tabbaie de Luxu^, les villes, cbasteaux et pre- 
vostez de Peronne, Montdidier et Roye, Saint Quentin, 
Corbie, Amyens, Abeville, la conté de Ponthieu, Saint 
Riquier, Creveceur, Alleux *, Mortaigne "^ et aultres vil- 
les estantes sur la rivière de Somme, plusseurs aultres 
villes et seignouries plus a plain desclairées en l'apointe- 
ment fait a Aras* entre le roy Charles VII"® et le dit duc 
de Bourgoigne. Lesquelles villes , contés et seignouries le 
dit roy Charles engaiga au dit duc de Bourgoigne en la 



X . Auj. Dax, Landes, arr. Mont-de-Marsan. Cette entrevue entre 
Louis XI et D. Enrique IV, roi de Castille et de Léon, eut lieu 
sur la rive française de la Bidassoa au milieu du mois d'avril 1463. 

2. Auj. Saint-Gengoux-le-Royal, Saône-et-Loire, arr. Mâcon. 

3. Autun. 

4. Auxerre. 

5. Luzeuil, Haute-Saône, arr. Lure. 

6. Arleux ou Arleux-du-Nord, Nord, arr. Douai. ' 

7. Mortagne, Nord, arr. Valenciennes^ c. Saint-Amand-les- 
Eaux. 

8. Par le traité d'Arras, le 21 septembre 1435. 



}àm^Êm^^^^ÊÊÊÈamÊ^m^Ê^^^k,.^mmm^Ê^m^ÊÊ^^^miSm 



DU MONT-SAINT-MICHEL 67 

somme de quatre cens mille vieulx escuz, pour ia mort 
de feu duc de fiourgoigne qui fut tué a Montereul faut 
Yonne. Et le dit roy Louys les desgaiga etmist hors de la 
main du dit duc de Bourgoigne au dit an mil quatre 
cens Lxiu^ 

En Tan mil iiit^Lxi, lxii et Lxur, fut grant mortalité en 
Bretaigne, en Angou, en Maine et en la Basse Normen- 
die. 

En l'an mil iiii<'lxiiii, Tiver fut grant, si grant n avoit 
esté passez estoient xxx ans, et furent les neefz ^ plus gran- 
des qu'on ne les avoit veues de mémoire de homme. 

Eu dit an mil iiu<^lxuu, le xxi<^ jour d'aoust, mouryt 
messire Louys d'Estouteville, seigneur d*Estouteville ^, 
de Hambye, Bricquebec, Moyon, Chantelou» Gassé et 
Apillé *j grant seneschal de Normendie ^ et gouverneur 
capitaine de Rouen et du Mont Saint Michiel. 



1. La commission donnée pour le rachat est du 21 août 1463. Le 
payement fut fait en deux fois, et les deux quittances du duc de 
Bourgogne sont datées Tune du 12 septembre, Tautre du 8 octobre 
de la même année. Enfin^ la remise aux commissaires délégués par 
le roi de France des terres engagées eut lieu le i" novembre 1463 
(Lenglet-Dufresnoy, CommineSy II, 394 et '^(^b). 

2. Les neiges, nivcs. 

3. Auj. Estouteville-Écalles, Seine- Inférieure, arr. Rouen, c. Bu- 
chy. Louis d*£stouteville avait hérité de cette seigneurie vers 
1436^ après la mort de son père Jean H. Il possédait en outre, 
comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, les seigneuries de 
Hambye, de Bricquebec , de Moyon, de Chanteloup et d*Âppilly, 
situées aujourd'hui dans le département de la Manche, du chef de 
sa femme Jeanne Paynel qui lui avait aussi apporté en dot le tief 
de Gacé, actuellement commune du département de l'Orne. Jeanne 
Paynel elle-même tenait ces deux derniers fiefs de sa mère Jeanne 
de Champagne, fille unique de Jean de Champagne, seigneur d'Ap- 
pilly, et d'Agnès du Merle, dame de Gacé. 

4. Auj. Appiily, château situé en Saint-Senier-sous-Avranches, 
Manche, arr. et c. Avranches. 

5. Louis, seigneur d'Estouteville, était en outre grand bouteiller 
de France, au moins depuis le 28 mars 1443 (Anselme, Hist. gé- 



68 CHRONIQUE 

Eu dit an mil im<'Lxiui^ il eut ung pou de contradicion 
et malcontentement entre le roy Louys et le duc de Bour- 
goigne et le filz du dit duc de Charolais, et toutefois en 
celuy an n'y eut point de guerre entre eulx. 

Eu dit an mil nn<^Lxmi, eut grant esmocion de guerre 
entre le dit roy Loys et le duc de Brethaigne, pour ce que 
le roy demandoit au duc la regale des églises cathédrales 
de sa duchié et que aussi le duc ne meist plus en ses let- 
tres par la grâce de Dieu ne ne feist monnoie blanche. Et 
demande aussi le roy la ville de Foulgieres et celle de 
Saint Malo et la conté de Nantes et plussieurs aultres 
chosses. Et furent envolés de par le roy et de par le duc, 
d'une part et d'aultre, plussieurs enbassades. Et eu mois 
de febvrier estoit l'apointement fait a Poitiers et acordé. 
Et debvoit aller le duc devers le roy, mes monseigneur 
Charles, duc de Berry et frère du roy, s'en partit d'avec- 
ques le roy viron le nu jour de mars ^ Et s'en ala au duc 
en Bretaigne mal comptent du roy, pour ce qu'il n'avoit 
pas assez grande pension du roy pour tenir son estât et 
n'avoit son partage comme frère segond du roy. Et fist le 

néaL, VIIT, 58 1). Il ne laissa que deux fils, Michel et Jean d*£stou- 
teville. Cest de Louis d*Estouteville que le patriote Robert Blondel 
a tracé ce beau portrait rapporté à tort par M. Jules Quicherat à Jean 
d*Estouteville, sire de Torcy, grand maître des arbalétriers (éd. de 
Thomas Basin, I, 216^ note 8) : a Potens et consultus proposi tique 
tenaz, héros d*£stouteville, generosis et materna sorte locupletis- 
simis duobusejusliberisillustratus,exercitatissimosbello, neminem 
supra, commilitones, qui tôt labores, tôt, per mareetterram, péri- 
cula, pro sacratissîmœ rupis Sancti Michaelis conservatione, 
tulerunt, cumBritonum ezercitu adjunxit. » Blondel, AssertioNor- 
mannice, 1. III, ci. 

I . Odet d'Âydie, ancien capitaine de Charles VII, destitué par 
Louis XI, qui enleva à Poitiers Charles, duc de Berry, avait été 
envoyé au roi par le duc de Bretagne le 2 mars 1463. Odet pro- 
fita, pour opérer cet enlèvement, d'une absence de Louis XI qui 
était allé en pèlerinage à Notre-Dame du Puy, en Anjou. Thomas 
Basin, Hist, des règnes de Charles VII et de Louis XI, édition 
J. Quicherat, II, 99, note 2. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 69 

• 

dit duc de Berry aliance o monseigneur de Bourbon ^ le- 
quel s'en partit semblablement de la court du roy et s>n 
ala a Bourges pour faire aliance pour monseigneur de 
Berry et en Bourbonnois et assembler gens d'armes. Et 
tindrent les dis pais de Berry et de Bourbon avecques 
monseigneur de Berry. Le roy, qui estoit a Poitiers, en- 
vola a Partenay, laquelle ville se voulut rebeller. Toutez 
fois, quant ilz virent la personne du roy, ilz obéirent. Et 
envoia aussi par toutes les bonnes villes de son royaulme 
et aux grans signeurs et capitaines, pour savoir lesquieulx 
luy obeiroient et lesquieulx ne luy vouidroient obéir. 

Monseigneur de Bourbon print eu dit mois de tnars 
monseigneur de Croissole ', grant seneschal de Poitou, et 
monseigneur du TrainePqui avoit esté chancelier du roy 
Charles VI I'^^' et ung nommé Darioles * et les fist mener 
a Luxon ^ en Bourbonnois. Et commensa a faire guerre 
au roy le dit monseigneur de Bourbon et print aussi le 
grant seneschal du.... ^, qui venoit du pais de Provence 
au roy qui estoit a Saumur. 

En la fin du mois de mars, eu dit an, le duc de Bretai- 
gne mena monseigneur de Berry de Nantes a Ancenis et 
droit a Angiers et jucquez a la Roche au Duc ''. Le roy 
en ouyt des nouvelles et cuyda rompre chemin entre Bre* 



1. Jean II, duc de Bourbon. 

2. Louis, seigneur de Crussol. 

3. Guillaume Jouvenel des Ursins, seigneur de Tratnel (Aube, 
arr. et c. Nogent-sur-Seine), nommé par Charles VII chancelier de 
France le 16 juin 1445, avait été désappointé de sa charge en 1461 
et remplacé par Pierre de Morvilliers. 

4. Maître Pierre d'OriolIe, qui devint chancelier de France le 
^6 juin 1472. 

5. Auj. Lusson, château de la commune d'Akbinges (Cher, arr. 
Bourges, c. les Aix-d'Angillon). 

6. Il y a ici un mot laissé en blanc dans le manuscrit. 

7. Le duc de Bretagne et le roi de Sicile curent une conférence 
à la Roche-au-Duc dans les premiers jours d'avril 1465 (Mélanges, 
publiés dans la collection des documents inédits. H, 211). 



78 CHRONIQUE 

du sire de Charoleys, lequel avoit charge de les baillier 
au commissaire du dit sire de Berry. 

Et avoit tenu la place de Grantville pour le roy 
comme les dessus dittes, mes meschantement fut rendue 
par aucuns qui estoient dedens la ditte place au devant 
que les dis commissaires du roy, de Charoleis et du duc 
de Berry, y vensissent. Et obéirent les dittes places, 
Vernon, Gaillart, Louviers, le Pont de TArche, Fallaise, 
aus dis commissaires du roy et luy rendirent les villes. 
Et le Mont Saint Michiel et Chierbourg dissimulèrent, 
pour saver plus a plain de la volenté du roy. 

Le duc de Bretaigne, avecques son armée qu'il avoit 
de Bretons amenèrent le dit duc de Berry de Paris 
jucquez a sainte Katherine de Rouen ou fut prins 
terme de faire son entrée en son [duchié] S le xxv* jour de 
novembre eu dit an mil mi*' lxv. Et eu dit lieu de Sainte 
Katherine du Mont de Rouan conceuprent une envie 
les gens du duc de Berry et les Normans contre le duc 
de Bretaigne et ses gens pour le gouvernement du pais 
de Normendie, dont le duc de Bretaigne, pour le ser- 
vice quUl avoit fait au dit duc de Berry, demandoit la 
plus part pour pourvoir ses gens qui avoient servi au 
dit duc de Berry contre le roy. 

Et par especial demandoit les cappitaineries et offices 
de la Basse Normendie, c'est assavoir du bailliage de 
Caen et du bailliage de Costentin. Et les gens du dit 
duc de Berry et les Normans, considerans que ce n'es- 
toit pas le profit du pais, trouvèrent de tirer hors de la 
main du dit duc de Bretaigne du dit lieu de Sainte Ka- 
therine le dit duc de Berry, et le firent entrer en la ville 
de Rouen le dit xxv« jour de novembre *. 



1. Lacune d'un mot dans le manuscrit. 

2. Cette cérémonie eut lieu le 10 décembre 1465, diaprés le re- 
gistre capituiaire de Téglise de Rouen. Th. Basin, éd. J. Quiche- 
rat, II, 147, note I. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 79 

Quant le dit duc de Bretaigne vit que Ten luy avoit 
osté le dit duc de Berry, luy et ses gens s^en allèrent au 
Pont de TArche, et de la espcrisit au dit duc de Berry 
quMl vousist parler a luy pour prendre congié de luy. 
Lesquieux ducz assemblèrent au Pon Saint Ouen ' et 
prindrent congiè Pun de Tautre. Et se partit le duc de 
Bretaigne pour s^en venir en son pais, passant par les 
villes et places de la duchiè de Normendie ou le dit duc 
de Berry avoit mandé que on le laisast entrer et que on 
luy feist grant chiére, et s^en vint a Caen et de Caen a 
Bayeux. 

Pour le malcontentement que le dit duc de Bretaigne 
eult a Sainte Katherine de Rouan d^avoir esté vlli« 
pende par les gens du duc de Berry et par les Normans, 
et que aussi le roy avoit ses gens d^armes en Maine et 
en Anjou, et assembloit gens de touz costez pour faire 
guerre en Bretaigne, le dit duc de Bretaigne envoia de* 
vers le roy hastivement ung homme luy faire savoir que, 
s^il luy plaisoit, il vouloit avoir avecques luy aliance. 

Pour laquelle chose, le roy envoia devers le dit duc de 
Bretaigne son admirai, sire de Montauban, et son ma- 
reschal, Joachim Rouault, qui trouvèrent le dit duc a 
la ville de Bayeux le xn« jour de décembre, les quiéux 
prindrent aliance de par le roy ovecques le dit duc. Et 
fist rendre le dit duc de Bretaigne toutes les places de 
Caen, Bayeux, Saint Lo, Avrenches, Coustances, Ca- 
renten, Vire, Valongnes, Gavrey, que ses gens avoient 
fait rendre au dit duc de Berry. Et le Mont Saint Michiel 
et Chierbourg, qui tousjours avoient tenu d'o * le roy, se 



1. Auj. hameau de la commune de Gouy, Seine-Inférieure, arr. 
Rouen, c. Boos. 

2. Cette locution d*o, dont Tusage s*est conservé dans le patois 
bas-normand, est composée de la préposition de^ avec élision de 
e, et de o employé, comme nous Tavons plus haut, au sens de 
avec. 



8o CHRONIQUE 

desclairérent de rechief estre au roy et non au dit duc de 
Bcrry, 

La ditte aliance prinse par les dis admirai et mares- 
chai avecques le dit duc de Bretaigne, le dit mareschal, 
acompaigné de Anthoine de Chabennes, comte de Dam- 
martin, duquel le roy avoit esté paravant malconptent 
qui par ce moien fist son acort et eult charge du roy de 
gens de guerre, allèrent devers le roy qui estoit a Or» 
leens, pour le faire venir en Nomendie pour recouvrer 
la ditte duchié, lequel envoia monseigneur de Bourbon, 
qui estoit de son aliance, a Evreux que il mist en To- 
beissance du roy et Vernon semblablement. Et envoia 
le dit comte de Dammartin a Harâeu qu^il mist en Po- 
beissance du roy. Et s^en vint le roy a Falaise qu^i[l} 
trouva obéissante a luy, et s^en vint a Caen ou vint a lui 
le dit duc de Bretaigne viron la feste de Noël i, et en- 
voia a Honneâeu ^, Lisieux qui se rendirent au roy. 

Et en la fin du mois de décembre se partit le roy d*o- 
vecques le dit duc de Bretaigne et s^en alla a Ponteau- 
demer, et de Ponteaudemer alla mettre le siège a 
Louviers, puis après au Pont de TArche ^ qui tantost 
luy furent renduz. Et paravant ceulx de Diepe et de 
Caudebec vindrent faire Fobeissance au roy. Et gène- 
rallement toultes les places obéirent au roy, excepté 
Rouan ou estoit le dit duc de Berry et la ditte place de 
Grantville, avant le viii* jour de janvier mil iiii<^ lxv 4. 

Et le baillif de Costentin, ovecques les nobles et francs 
archiers du bailli de Costentin, alla mettre le siège de* 
vant la ditte place de Grantville. 

Le X* jour de janvier, eu dit an mil mi« lxv, ceulx de 

1. Le 23 décembre 1465. Ordonn», XVI, 448. 

2. Honfleur. 

3. Louis Sorbier, le même qui avait livré Pontoise au comte de 
Charolais, livra, par une nouvelle trahison, Pont-de-l' Arche à 
Louis XI, le 9 janvier 1466. 

4. Le 8 janvier 146G (n. st.). 



DU MONT-SAINT-MICHEL 8l 

Rouan envoiércnt devers le roy au Pont de T Arche pour 
faire oposicion et appointement de rendre la ville de 
Rouan au roy < . Le dix vii* jour du dit mois, les dessus 
dis de Rouan obeyrent au roy, et fut prendre possl^s- 
sion monseigneur de Bourbon, monseigneur de Cresot >, 
seneschal de Poitou, et plusieurs aultres seigneurs. 

Et se partit de la le dit duc de Berry et s^en vint au 
duc de Bretaigne a Honneâeu ou y furent certains jours. 
Et de la vindrent a Caen ou furent Mctes plusieurs ou- 
vertures de la part du roy au dit duc de Berry de lay 
baillier pais pour son partage, tant du Daulphihf, de 
certaine partie de Languedoc, de la conté de Saintonge, 
pbur une offérture, et de la conté de Poitou et de k 
conté de Touraine, pour une aultre, et semblablement 
de la comté de Champaigne; mes, pour ce que le roy 
vouloit retenir a luy certaines places en iceulx pais quHl 
offroit a son frère, il ne les voulut accepter. 

Et le vl* jour de febvrier enssuivant, se partirent les 
dis ducz de Berry et de Bretaigne souldainement de 
Caen. Et le vni* jour du dit mois, furent et arrivèrent 
en Bretaigne, ainssi comme en se déifiant du roy qu'i[l] 
ne leur voulsist faire aucune traverse. 

Eu dit VI* jour de février mil mi* lxv, fut itndue là 
ditte place de Grantville au roy qui avoît tenu contre le 
roy viron cinq sepmaines. Et fut celle de toute la duchié 
de Normendie qui âst derrainement obéissance au roy \ 



1. Le discours adressé p«r Louis XI, ]e i3 janvier 14669 aux 
Rouennais qui étaient venus traiter avec lui à 'Pont*de«rÂrche, a 
été publié dans la collection des Documents inéditu. Mélanges, 
II, 419. 

2. Loiais de Gnissol, séRéohat de Poitou et grand panctier de 
France (ftats i467).Mfc*. Nat.,^i 1^4, n» 218. 

S. Dfeinsceifâ gtferre, dite du Bien publie, les populations m- 
tëtts de Basse Ntyrmandie pfïvtsn parti, en gétiérsl, pofnr le roi 
contre les princes coalisés et ivutamment contre le dac jàt Breta- 
gne. £n juillet 1466, Louis XI accorda des lettres de rémission 



Mte 



82 CHRONIQUE 

En Pan mil iin^ Lxvir, eu mois d^octobre, vindrent les 
Bretons de par monseigneur de Berry entrer en Nor- 
mendie, cuydans recouvrer la duchié > . Et s^en aléren 



générale aux habitants du Cotentin^ du comté de Mortain, des vi- 
comtes de Caen» Vire et Avranches, qui avaient pris les armes de 
leur chef afin de repousser les Bretons (Arch. Nat., sect. hist., JJ 
194, n- 170). 

I. Notre savant maître, M. Jules Quicberat, pour qui le règne 
4e Louis XI n*a pas de secrets, a le premier signalé une sorte d'af- 
filiation ou de chouannerie qui se reforma en 1466 et 1467, dans 
cette partie de la Basse Normandie appelée le Bocage et notamment 
dans le val de Vire, et que Louis XI mit à profit en 146S pour ex- 
pulser les Bretons de cette région. Nous disons que cette affi- 
îiatÎQn, toveloppée à Torigine du secret le plus absolu et le plus 
inviolable, se reconstitua plutôt qu'elle ne se forma en 1466 et 
J467, parce que,, comme nous le montrerons ailleurs, il y a de 
bonnes raisons de croire qu'elle remontait à l'époque de l'occupa- 
tion anglaise. Les gkrs qui se livrèrent à cette guerre de partisans, 
d'abord contre les Anglais alors maîtres de la Normandie, et plus 
tard» à l'époque de, la guerre dite du Bien public, contre les Bre- 
tons envahisseurs, s'appelaient les Galants de la FeuilléCy sans 
doute parcequ*ils cherchaient volontiers un abri et un refuge sous 
Tépaisseur des feuillages et dans les fourrés des bois. Dans 
une lettre de rémission de Louis XI, datée de Beaugency en janvier 
14Ô7 (n. st.), Pierre Hossart, archer, lieutenant de Raymonnet de 
.Boessi, capitaine du château de Gavray, demeurant au donjon du 
dit château, prie Raoulet le FouUon, a qui se disoit estre ung des 
galans de lafeutlie », « qu'il n'entrast plus en sa dicte chambre 
ne aucuns des galans de la feullie, desqùel!( avoit lors grant nom- 
bre au dit lieu de Gavray, • {Arch. Nat,, JJ 194, n* 227. — Par 
un autre acte daté de Chartres, en mai 1467, Louis XI fit rémis^ 
sion à Jean Carbon nel, écuyer, qui, depuis Noél 1466, avait a hanté 
et fréquenté avec les Galans de la feuillée » en plusieurs lieux et 
.notamment aux environs de Torigni (JJ 226 >, n* i3).'En 1472, 
Jean de la Motte se fit aussi délivrer des lettres de grâce pour 
flfétte mis, au temps des divisions passées (guerre du Bien public), 
et tt abandonné en nostre service en la con^pagnie des Gallans de 
la feuillée, pour résister aux grans mauls et dommaiges que fai- 
soiezlt aucuns Bretons qui pilloient et desroboient cbascun jour 
Qoz.subgectz en nostre pays et duché de Normandie. » JJ 197» 
n* 333. ^ Basin, éd. Quicherat, II, i63, note i. 



ir ^. 



DU MONT-SAINT-MICHEL 83 

devant Coustances qui incontinent leur fut rendue pour 
et eu nom du dit sire de Berry par les Bourguignons et 
autres estans dedens. Et viron huit jours après, s^en 
vint le dit duc de Berry de Bretaigne a Avrenches 
qu4[l] trouva obéissante a luy par les Bretons qui es- 
taient demoùrez eh garnison de par le roy/ Et sembla- 
blement les Bretons, qui estoient en garnison pour le 
roy a Baieux, a Caen, Carenten, Gavray et en plusieurs 
autres places, baillèrent et tindrent les dittes places pour 
le duc de Berry et non pour le roy. 

Item, après la prinse de Coustances, allèrent les Bre* 
tons mettre le siège devant Saint Lo qui tint bon pour 
le roy. Et bientost après les gens du roy vindrent fra- 
per sur le siège, et la y eult plusieurs des Bretons mors 
et prins. Et de la se levèrent les Bretons et s'en alérent 
honteusement. 

Et Pan dessus dit, eu mois de décembre, le dit duc de 
Berry, frère du roy, qui estoit a Avrenches, ne passa 
point plus avant en Normendie, doublant que le roy ne 
le feist assiéger, [et] s'en partit d' Avrenches et s'en re-* 
tourna en Bretaigne o bien pou de gens. 

En Pan mil iiii^' lxvui, viron le mois de juillet, mon- 
seigneur l'admirai et le baillif de Costentin et plusieurs 
autres seigneurs alèrent mettre le siège devant Cous- 
tances qui tint viron xv jours. Et en la fin, par compo« 
sicion, les Bretons rendirent la ville au roy, et s'en al* 
lèrent eulz et leurs biens sauvez. Et pour ce que ceulx 
de la place avoient sy tost rendue la ville aux Bretons, 
le roy en fist abatre les murs au raz de là terre ^ 

Eu dit an, viron le mois d'aoust, quant le roy sceut 
que son dit frère et les Bretons avoient gaignè les dittes 
places, il assembla son armée devers Angiers pour me* 
ner guerre en Bretaigne. Et s'en allèrent ses gens mettre 

1 . Ces fortifications, que Louis XI fit démolir vers le milieu de 
1468, remontaient aux premières années du règne de Charles Y. 



84 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

le ûege devant Ancenix > qui tantost fut prias, et la y 
euh plusieurs Bretons mors et prins. Et bientost après 
les dis ducz de Bretaigne et de Berry demandèrent trê- 
ves et YOûlurent traitter d^appointement aveques le roy. 
Et adonqiies le roy envoya devers son dit frère, duc de 
Berry^ en luy mandant qu^il voulsist venir devers luy 
a trêves et qu^il lui bailleroit si bonne pencion que il 
devroit estre bien content, a quoy son dit frère obéit. 
Et adonques vindrent assembler le roy et son dit frère 
entre Ancenix et Angiers, leurs armées esuns d^un costé 
et d^aultre. Et a rassemblée pleurèrent Tun contre Fau- 
tre, tant qu^ilz furent longuement sans pover parler 
Tun a Pautre. Et puis après parlèrent longuement en-* 
semble loing de toutes gens. Et en la fin Tapointement 
de eulx doix fut que le roy bailla a son frère la duchié 
de Guyenne aveques ui« lances et l mille de pencion et 
plusieurs aultres villes et pais. A quoy son dit frère se 
tint pour bien comptent, par aincy que Ancenix seroit 
rendu au duc de Bretaigne. Et a celle heure promist son 
frère au roy de non jenmès aller a rencontre de luy, et 
prindrent et usèrent c Corpus Domini » ensemble^ en si- 
gne de bonne paix et union entre les deux princes >. Et 
de la sVn ala son dit frère prendre possession du pais de 
Guyenne ou il fut certain temps. Et partant les Bretons^ 
qui tenoient Avrenchès et les autres places en Normen-* 
die, ttndirent les dittès places au roy et vuyd^c^it Nor« 
mendie et s^en allèrent en Bretaigne. 

1. Ancenis, Loire-Ihférieure. 

2. Le traité, passéà AncenU le 10 septembre 1468 entre Louis XI 
et François II, duc de Bretagne, a été publié par Lenglet-Dufre&- 
noy, Commines, III, 9. Cf. Thomas Basin, éd. J. Quicherat, II, 
188 à 190. 

FIN DE LA CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 



PIÈCES DIVERSES 

RELATIVES AU MONT- SAINT- MICHEL 

ET A LA DÉFENSE NATIONALE EN BASSE NORMANDIE 
PENDANT l'occupation ANGLAISE 



PIÈCES DIVERSES 

RELATIVES AU MONT- SAINT- MICHEL 

ET A LA DÉFENSE NATIONALE EN BASSE NORMANDIE 
PENDANT l'occupation ANGLAISE 



141 8, 4 SEPTEMBRE, MONT-SAINT-MICHEL 

Vidimus par Laurent le Grant, sénéchal du Mont-Saint-Michel, 
d'un acte de Charles Vly daté de Paris le 3 août précédent, au- 
torisant Vahhé et les religieux du Mont, qui ont dépensé plus de 
10,000 francs pour creuser une grande citerne en roche vive 
et pour se défendre contre les attaques des Anglais occupant 
les alentours avec des forces considérables y à prendre sur, les 
vicomtes d'Avranches, de Coutances, le receveur des aides d'A- 
vranches et le maître particulier de la monnaie de Saint-L6, 
une somme de i,5oo livres tournois destinée au payement des 
gens d'armes et de trait de la garnison du dît Mont, 

A tous ceulx qui ces lettres verront Laure'ns le Grant, 
seneschai du Mont Saint Michiel ou péril de la mer, salut. 
Savoir faisons que, Tan de grâce mil quatre cens et dix 
huit, le iiii^ jour du mois de septembre, veismes et dilligean- 
ment regardasmes unes lettres du roy nostre sire, en simple 
queue, seellées dé cire jaune, avecques uneç lettres de 
messeigneurs les generaulx conseillers et commissaires du 
dit, seigneur sur le fait et gouvernement de toutes ses finan- 
ces, atachées es dictes lettres soubz Tun de leurs singnés, 
desquelles lettres les teneurs ensuivent. 



88 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

Charles, par la grâce de Dieu roy de France, a nez amez 
et feaulx les (;eneraulz et cpmoiissaires ordonnez sur le fiadt 
de toutes noz finances, salut et dilleccion. Receue avons 
l'umble supplicacion de nos amez les religieux, abbé et 
couvent du Mont Saint Michiel ou péril de la mer contenant 
que, comme iceulz supplians, pour la très grant neccessité 
et deffaulte qu'ilz avoient d'eaue doulce au dit lieu du 
Mont Saint Michiel, lequel est assis en mer es fins et ex- 
tremitez de nostre pais de Nermendie, aient fait faire, puis 
un an ença, en icelluy lieu une grant citerne i en roche visve 
pour retenir eaues et pour résister a rencontre de noz 
anciens ennemis et adversaires d'Angleterre qui de jour en 
jour s'efforcent de usurper nostre seignourie, nous et noz 
subgez grever a leur povoir, aient fût pluseurs autres grans 
euvres et reparacions pour la seurté du dit lieu, et aussi leur 
ait convenu faire pluseurs provisions de vivres et autres 
choses neccessaires et tenu un grant nombre de gens d'armes 
et de trait au dit lieu, pour la garde et defifence d'icelluy, a 
leurs propres coustz et despens, sans avoir de nous aucune 
ayde, esquelles choses les diz supplians ont fraie et emploie 
plus de dix mil frana ou environ, tant des biens de leur 
dicte église comme par empruns, et tant que pour le présent 
il n'est pas a eulz aucunement possible de plus soustenir, 
gouverner ne souldoier les diz gens d'armez, attendu qu'ilz 
n'oot ne perçoivent un seul denier des rentes et revenues a 
eulx appartenans, lesquellez sont toutes entièrement situées 
es pais que iceulx noz ennemis tiennent et occuppent, se sur 
ce ne leur est pas nous pourveu de remède convenable, si 
comme ilz dient, requérant humblement icelluy. Pour ce 
est il que nous, ces choses considérées, voulans aucunement 



I. Ce passage provre, contrairament à l'opmioa aénératamaot reçM, que 
Tane au moins des citernes do MoDUSaint-Miclysl est anl^rieare à GviUaviiie 
d'Cstottteville et aux travaux exécutés en 1460 (Corroyer, D^scriptiçn de l'ab- 
ba^e du Afont'Saint'hfichel, p. 193). Sir John de Asahton, bailli du Coten- 
tin, adressait de Coutances à Henri V, le 1 5 juin 1430, une lettre confiden- 
tielle, en anglais, où Ton trouve les lignes suivantes relatives k la citenie 
mentionnée tn 1418 : « Yair (jr est pour th) cisteme in ye qwich yair water 
is wonte to be kepped ys broston so yat for takke of water, and of wode yai 
myght abide noon gret distresse and sege were layde about yaim. » iAfém. de 
la Soc. des Ant. de Norm., XXIII, 234, n« 1376.) 



PIÈCES DIVERSES 8g 

sttppoftêr les 4iz supi^ians des charges qu'ils ont eues et 
ont a cause de la dicte garde, et aussi pour leur aider a 
résister a nos die ennemis anciens et adversaires d'Angleterre 
qui en grant puissance se sont logiez environ le dit lieu du 
Mont SaintMichiel a l'entencion de prendre et domraagier 
icelltty lieu, que Dieu ne vueilile ! a iceulx supplians avons 
ordonné et ordonnons avoir et prendre pour ceste fois 
la somme de quinze cens livres, tournois sur les vicontec 
du dit lieu d'Âvrenches >, de Coustances^, le receveur des 
aides au dit lieu d'Avrenches et le raaistre particulier de la 
monnoie de Saint Lo 3, pour icelle somme convertir et em» 
ploîer ou paement des diz gens d'armes et de trait et autres 
choses neccessaires pour la deffense d'icelluy. Si vous man* 
dons et commettons par ces présentes que incontinent et 
sans delay vous faites veoir et visiter les estas clés receptes 
des diz vicontes, receveur et maistre particulier de la dicte 
monnoye bien et dilligenment; et, sur ce que par la fin 
d'iceuix estas apparra par eulx estre a nous deu, faites paier, 
baillier et délivrer incontinent aus diz supplianz jusquez a 
la dicte somme de quinze cens livres tournois a eulx par 
nous ainsy ordonné estre prise sur c&, comme dit est, et ad 
ce les faites contraindre et aussi a moustrer les diz estas, 
tout par la fourme et manière qu'il est acoustumé de faire 
pour Aoz propres debtes, ausquelz nous par ces mesmes 



I. Ce mandement de Charles VI est du 3 août 1418, et à cette date le Con- 
seil du roi de France ignorait sans doute encore l'entrée des Anglais dans 
Avranches dont la capitulation est du 14 juillet précédent (kfém, de la Soc» 
des Ant. de Norm., X^U, 33, n« ai 3). Henri V avait même nommé queK 
ques-uns des principaux fonctionnaires de la vicomte d'Avranches avant la red- 
dition de cette ville, puisque quelques-unes de ces nominations sont datées des 
13 mai {Ibid., 21 et 33, n* 141) et 6 juillet {Ibid., 3i, n* 309) 1418. 

s. La garnison de Coutances, placée sous les ordres de Nicolas ou Nicole 
Paynal, chevalier, seigneur de BHo^uevitte, tv«it capitulé dès le 16 mars 1418 
(,Mém. de la Soc. des Ant. de Norm,, XV, 267). Le 3i août de cette année, 
Jean Hune, vicomte de Coutances pour le roi de France,^ était à Rennes, en 
Bretagne, où il s'était réfugié, laissant dans le ckftteau de Régneville les papiers 
de sa recette qui étaient ainsi tombés entre les mains des Anglais (Arch, du 
dép. de la àiatiche, série H, n* 15344). 

3. Satiit-L6, défendu par une garnison que commandaient Jean Tesson et 
Guillaume Carbonnel, chevaliers, s^tait rendu le samedi 13 mars 141 8 à Hum- 
phrey, duc de Gkwcester, frère de Henri V (Mém. de la Soc. des Ant. de 
Nom., XV, 267, 368). 



90 CHRONIQUE DU N0NT-SÀ1NT-NICHEL 

présentes mandons que ainsy le facent. Et de ce faire vous 
donnons povoir, auctorité et mandement especial. Mandons 
et coqamandons aussi a tous noz justiciers, officiers et subgez 
que a vous, vos commis et depputez, en ce faisant, obéissent 
et entendent dilligenment. Et, par rapportant ces. présentes 
ou vidimus d'icelles fait soubz seel royal avecques quittance 
sur ce des diz supplians, nous voulions que tout ce qui baillé 
aura esté par les diz vicontes, receveur et maistre particulier 
de la monnoye, soit alloué en leurs comptes et rabatu de 
leurs receptes par noz amez et feaulx gens de noz comptes 
a Paris ausquelz nous mandons et enjoingnons expressément 
que ainsy le facent sans aucun contredit, car ainsy nous 
plaist il estre fait, non obstans quelzconques ordonnances, 
mandemens ou deffenses ad ce contraires. Donné a Paris 
le m» jour d'aoust Tan de grâce mil quatre cens et dix huit, 
et de nostre règne le xxxviii«. Ainsy signé : par le roy. N. du 
Quesnoy. 

Item, ensuit la teneur des lettres des diz commissaires. 

Les generaulx conseillers et commissaires ordonnez par le 
roy nostre sire sur le fait et gouvernement de toutes ses 
finances, a Guillaume Biote i, salut. Veues par nous les lettres 
du roy nostre dit seignour ausquelles ces présentes sont 
atachées soubz Tun de noz signez, faisant mencion des re* 
ligieux, abbé et couvent du Mont Sainte Michiel ausquels 
icelluy seigneur, pour les causes es dictes lettres contenues, 
a octroie la somme de quinze cens livres tournois a icelle 
prendre sur les vicontes d'Âvrenches, de Coustances, le 
receveur des aidez au dit lieu d'Âvrenches et sur le maistre 
particulier de la monnoie de Saint Lo, pour icelle somme 
convertir et emploier ou paiement de certaines gens d'armes 
et de trait et autres choses neccessaires pour la deffense du 
dit lieu du Mont ; nous, pour acomplir le contenu es dictes 
lettres, vous mandons que incontinent, ces lettres veues, 
vous vous transportez par devers les diz vicontes, receveur et 



I . Guillaume Biote, écuyer, habitant d'Avranches, seigneur de la Rocbe au 
Beuf {Arch. Nat., P 290 ', n«« 24 et 35), ne tarda pas à se rallier aux enva- 
hisseurs et fut nommé par Henri V, en récompense de sa soumission, vicomte 
de Carentan, le 1 1 mars 1422 {Mém. de la Soc. des Ant. de Norm,, XXIII, 
23o, n^ i3i7) 



PIÈCES DIVERSES gi 

maistre particulier de la dicte moimoie et les estas de leurs 
receptes veez et visités et, sur ce qui par la fin d'iceulx estas 
vous apparra par eulx estre deu au roy nostre dit seigneur, 
faites paier, baillier et délivrer incontinent et sans aucun 
delay aus diz religieux, abbé et couvent la dicte somme dé 
quinze cens livres tournois, et ad ce les contraignez et faictes 
contraindre par la fourme et manière qu'il est acoustumé a 
faire pour les propres debtez du roy nostre dit seigneur. 
Âusquelz viconte'z, receveur et maistre particulier nous 
mandons que ainsy le facent. De ce faire vous donnons 
povoir, mandons et commandons a tous a qui il appartendra 
que a vous et a voz commis, en ce faisant, soit obey pour 
les causes, et tout par la fourme et manière que le roy nostre 
dit seigneur le veult et mande par ses dictes lettres. Donné 
a Paris le vii<» jour d'aoust Tan mil cccc et dix huit. Ainsi 
signé. G. Gente. 

En tesmoing de ce, nous avons mis ad ce présent tran- 
script ou vidimus le grant seel aux causes de la dicte senes- 
chaussée du dit lieu du Mont, en Tan et jour premier dessus 
diz. Collacion faicte aux lettres originaulx par moy G. Biote 
et par moy Dieulefîst. 

(Arch. du dép, de la Manche^ série H, n^ i5343.) 



II 

I4I9 (n. st.), 17 FÉVRIER, PONTORSON 

Jeavij seigneur d^Arundel et de Maltravers ^ délivre une lettre de 
sauvegarde à Michel de la Tuise^ de Carentan '. 

Jehan, seigneur d'Ârondel et de Maltravers, conservateur 



I. Cette pièce, dont nous publions le texte d'après un vidimus de Julien Ca- 
ruel, garde du scel des obligations de la vicomte de Carentan, en date du 
34 octobre 1419, nous oiTre la formule de ces « bullettes » ou « bullettes de 
ligeance » que tout Normand devait se faire délivrer, pour n'être pas inquiété 
par les Anglais et pour obtenir la restitution de ses biens englobés dans la con- 



92 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

des trievbs i en ceste partie, a toux ceulx qui ces présentes 
lettres verront ou orront, salut. Savoir frisons nous avoir 
prins et mis en nostre protteccion et sauvegarde de nostre 
souverain seignour le roy Henry, par la grâce de Dieu roy 
de France, d'Engleterre, duc de Normendie et seigneur d'Ir- 
lande, Michiel de la Tuise, de la parroisse de Carenten, qui 
est son homme lige |uré en fourme deue, aveeques toux ses 
héritages, femme, famille et biens quelxconques. Donné a 
Pontorsson ^ le xvir> jour de février l'an mil niic et xviu. 

(BibL NaUy Quittances^ t. 52, n^S438.) 



III 

141 9 (n. 8t.)^ 5 MARS, CÔUTANCBS 

Lettres de sauvegarde dHiprées par Jean AssketOfiy chevalier, ca^- 
pitaine de Coutances, bailli du Cotentitt, à Colin Bataille, de 
Carentan. 

Sachent tous nous Johan Âssheton ^, chevalier, cappitaine 
de Coustances, bailli de Costentin et commissaire du roy 



fiscation en masse, décrétée par Henri V le 9 février 14 19, de toutes les pro- 
priétés privées de la Normandie (Tdém. de la Soc. des Ant, de Norm,, XXIII, 
53, ne 297). 

1. Par acte daté de a cité royale de Bayeux le 7 mars 14 18, Henri V avait 
institué Jean Arundell de Lichet Maltravers et Roland Leyntale, chevaliers, 
ainsi que maître Jean Stokes, docteur en lois, conservateurs des trêves conclues 
avec Yolande d'Aragon, reine de Jérusalem et de Sicile, et Louis, fils de Yo- 

ande, duc d'Anjou {Mém. de la Soc. des Ant. de Norm., XV, 289, col. i). 

2. En décembre 1418, Jean Arundell de Maltravers, quttUfié notre cousin 
« noster consanguineus » par Henri V, avait succédé comme capitaine des chft- 
teau et ville de Pontorson à Jean Gray {Ibid., XXIII, 117, n« 711). Le man- 
dement, dont nous publions le texte, prouve que la nomination de Jean, sei- 
gneur d' Arundell, comme capitaine de Pontorson, rapportée par Bréquigny au 
mois de décembre 14 19, doit être reculée d'un an et remonte à la fin de 1418. 
Dès le 12 juin 1419, Arundell fut remplacé dans la capitainerie de Pontorson 
par Guillaume de la Pôle, comte de SuiTolk {Ibid., 99, n» 610). 

3. Par acte daté de la cHi royale de Bayeux le r4 mars 1418, Henri Y 



PIÈCES DIVERSES 97 

chascun trois mars demye once ou environ, deux cens escuz 
en or, une coupe d'or pesante... mars trois unces, sur la- 
quelle il avoit ung baloy et plusieurs perles avec un eguiére 
d'or pesant neuf unces et demye, desquelles couppe et eguiére 
il appartient, comme l'en dit, certaine porcion a dame Jaq- 
[uemine] i, veufve de feu monseigneur Nicolle Paisnel, jadis 
chevalier et seigneur de Briqueville 3, et l'autre porcion 
avecques autres biens dessus desclairés sont et appartiennent 
a la dicte église du Mont. En tesmoing desquelles choses, 
nous avons mis nostre seel a ces présentes, pour leur valloir 
descharge et quittance, les en acquiter en garentie vers touz 
et contre tous ou temps advenir. Donné au dit lieu du Mont 
Saint Michel le xxi« jour de moy l'an mil iiiic vingt. Ainsy si- 
gné : par monseigneur le conte et lieutenant. N. de Friboys. 

(Arch. du dép, de la Manche, série H, «<» i535o.) 



VI 



1420, 27 MAI, HONT-SAINT-MICHJSL 

J^tn de Harcourtt comte d'Aumale, lieutenant du roi et du régent^ 
gardien des abbaye, ville et forteresse du MontSaint-Michel, 
en présence des seigneurs d'Aui^ebosCf des Biards, de tnessire 
Jean d'Annebault, de Colin Boucan et autres, confirme les pri- 
vilèges des religieux, en récompense de leur fidélité éprouvée 
et en révérence de cette sainte place, 

Jehan de Harcourt, conte d'Âubmalle, lieutenant de mon- 



zow (î, devant une voyelle, est pour y) to wittc yat after yat ye erlc of Au- 
xnarll and ye frenssh men, yat weren wit bim, were departed out of ye Mounte» 
and hadde taken wit yaîm ye tresour yat yer... in departynge of y is good 
emonge yaim, yer fel gret debate and was gret figthe, and yat yay kepe ye good 
emonge yam selven and bien avysed to sende yat Dolfyn no parte yerof... » 
{Ibid.) 

1 . Jacquemine ou Jacqueline de Varennes, veuve de Raoul Tesson, seigneur 
du Grippon, remariée en iBqô à Nicolas Paynel, seigneur de Bricqueville. 

2. Attj. Bricqueville-sur-Mer, Manche, arr. Coutances, c. Bréhal. 



94 CHRONIQUE DU MONT-SATNT-MICHEL 

tre amé et féal conseillier de mon seigneur et de nous Robert i, 
abbé du Mont Saint Michiel ou péril de la mer, ou pais de 
Normandie, contenant que, comme la ville et chastel du dit 
lieu du Mont Saint Michiel soit assis en port de mer, en 
frontière des anciens ennemis et adversaires de mon dit sei- 
gneur et nostres les Anglois, estans a présent ou dit pais 'de 
Normandie, et pour ce soit besoing de fortiffier, garder et 
emparer icelle ville et chastel si et par tele manière que par 
deffault d'emparement, garde et fortifficacion, elle ne chiee 
es mains des diz ennemis, laquelle chose, obstant la grant 
guerre que font les diz anciens ennemis au dit suppliant et 
par especial es rentes, revenues et appartenances apparte- 
nans au dit lieu et lesquelles ou au moins grant partie et re- 
venue d'icelles ilz détiennent ; prennent et occuppent, et 
aussi es bourgois, manans et habitans et autres gens retrayans 
en icelle, dont le dit suppliant et aussi le$ diz bourgois, ma- 
nans et habitans sont moult diminuez et apovris de leurs 
chevanches, il ne pourroit ne n'auroit de quoy garder, for- 
tifier, ne emparer icelle place des emparemens et fortiffîca- 
cions qui y faillent et sont a présent neccessaires , sinon 
par aucun aide, ait advisé, pour le bien de la dicte place et 
de tout le pais d'environ, et pour icelle tousjours entrete- 
nir en Tobbeissance de mon dit seigneur et nostre et éviter 
les grans [grie£s] qui par deffault des dictes reparacions se 
pourroient ensuir en la dicte ville, mesmement que les diz 
anciens ennemis sont et viennent chascun jour devant icelle >, 

• ' I. Robert lolivet, né à Montpi'nchon (Manche, arr. Contances, c. Cerisy-la- 
Salle), abbé du Mont-Saint-Michel après la mort de Pierre Le Roy survenne à 
Bologne le 14 février 141 1, avait été maintenu, comme son prédécesseur^ dans 
la capitainerie du Mont, en vertu de lettres patentes de Charles YI du 18 juin 
de cette année (Dom Huynes, II, 98 à 100). La bulle du pape Jean XXIII, ins- 
tituant Robert Jolivet abbé du Mont- Saint-Michel, est datée du 22 mars l'an 
premier de son pontificat, c'est-à-dire du 22 mars 141 1, puisque . Balthazar 
Cossa, élu pape à Bologne le 17 mai 1410, ne fut sacré et couronné sous le 
twm de Jean XXIII que le 25 mai de cette année. Robert Jolivet pr8ta serment 
au roi, comme abbé du Mont-Saint-Michel, le 18 |uin 141 1 {Arck, Nat., 
P 267 », n« 549). 

' 3. On peut inférer de ee passage que les défenseurs du Mont-Saint-Michel, 
qui avaient réussi à reprendre aux Anglais Avranches et Pontorson vers la mi- 
juin 1419 {Mim. de la Soc. des Ant. de Norm., XXIII, 100, n» 617 ; Lobi- 
neau, Hist. de Bref,, Preuves, col. 965), avaient déjà perdu leurs avantages et 
se trouvaient de nouveau réduits à la défensive au mois de novembre suivant. 



PIÈCES DIVERSES gS 

estre mis et assis en la dicte ville un aide jusques à trois ans 
prochainement venant, c'est assavoir sur chascune queue de 
bon vin vendue a détail en la dicte ville vint solz tournois, sur 
chascune queue de vin du creu < du pais dix solz tournois, 
sur chascune queue de sydre cinq solz tournois, sur chas- 
cune queue de bon vin descendue ou havre de la dicte ville 
vint solz tournois et sur chascune queue de menuz boires 
dix solz tournois. Et lequel aide sera prins, levé, receu et 
exigé, sus tous les vendeurs, tant nobles, gens d'église comme 
autres, ce que le dit suppliant n'oseroit bonnement , faire, 
combien que ce feust pour emploier et convertir en ce que 
dit est, sans avoir sur ce de nous congié et licence, si comme 
il dit, requérant humblement iceuls. Pour ce est il que nous, 
ces choses considérées et les bons et agréables services que 
le dit suppliant a faiz a mon seigneur et a nous a la garde et 
defifense de la dicte place et Tobeissance de lui et de nous, 
fait chascun jour et espérons que encores face ou temps ad- 
venir, et aussi que nous voulons et desirons icelle estre, at- 
tendu le lieu oii elle est assise, fortifiiée et emparée si et par 
tele manière que par defifault d'emparement et fortifficacion 
elle ne chiee es mains des diz ennemis, et que nostre enten- 
cion n'est pas d'empeschier le bien et prouffit de la chose 
publique, au dit suppliant avons octroie et octroyons par 
ces présentes, de Tauctorité royal dont nous usons, que d'o- 
res en avant, de cy a trois ans prouchain venans, il puisse 
lever et mettre sur le dit aide ou impost dessus declairé, ou 
îcellui baille a ferme au plus offrant et derrain enchéris- 
seur..., et que tous les deniers qui en ystront soient conver- 
tiz et emploiez es dictes fortifficacions, reparacions et empa- 
remens et non ailleurs, car ainsi nous plaist il et voulons 

estre fait Donné en nostre ville de Bourges le xin® jour de 

novembre l'an de grâce mil cccc et dix neuf. Par monsei* 
gneur le régent daulphin , a la relacion du Conseil. Alain. 
(Or. se.) 

(Arch, du dép, de la Manche, série H, n^ i534y bis.) 

I. On est en droit de conclure de cette mention du cru du pays, non-sealemftnt 
que Ton récoltait du vin dans TAvranchin en 141 9, mais encore que ce vin était 
l'objet d'un commerce assez important pour devenir ce qu'en terme de finance 
on appelle une matière imposable. Seulement, en opposant le vin du cru au 



g6 CHRONIQUE DU MONT-SAiNT*MICHEL 



X42O, ZI MAI, MONT-SAINT -MICHEL 

Jean de Harcourt, comte cTAwnate, lieutenant du roi et du régent, 
et ayant la garde des abbaye , forteresse et ville du Mont* 
Saînt'Mlchel, en l'absence de fabbi et en présence des religieux, 
fait pretïêre en Id trésùrtrie de ta dite abbaye un certain nom- 
bre de joyau» ci-desseds énumérés appartenani mur dits reU-- 
gienx et à Jacqueline, veuve de Nicole Paytiely dtevalier.et eà^ 
gneur de Brieqaeville, 

t 
N0U6 Jehan d'Harecourt , conte d'Aubm&lle > , lieutenant 
de nostre seigneur le roy et de monseigneur le reg^it et 
ayant la gard^ des abaye et forteresse et ville du Moat Saint 
Michel, avons fait prendre en la trésorerie de la dicte église 
certaias biens cy après desdairés, ad ce presens aucuns des 
religieux d'icelle en Tabsence de Tabbé ^ du dit lieu, c'est a sa- 
voir six l^naps 3 d'argent 9 pié dorés et esmaillés,. pesaas 



boA vin et en le soumettant à des droits moitié moindres, la chancellerie royale 
indiqM ddâremeM la médioere qualité dn prodedt des YigHôbles ba^-ttoniiMida. 

1. Jean VIII de Hanxrart, cdinte d'Aamale et de Mortain, adgaenr d^Ait- 
vers, né le 9 avril 1396, 4t«it fila de Jean VI2» eorate de Harooiur^ et de Marie 
d'Alençon. 

2. Cet abbé est Robert Jolivet qui, d'après les historiens du Mont-Saint*Mï- 
tM, tt'atirait quitté son abbaye pour faire sa soumission au roi d*Angieteme 
<|ii^ i42d. 11 est certain que, dès le 9 mai 14.19^ Henri V, qui se trouvait 
alOTfc au «hâteau 0e Veraon, délivra des lettres de «taf-conduit « pro Robcito 
Jolesfeit {liseï : Jolivet), abbate Sancti Michaelis. usque ad presenciam régis 
cum XX personis veniendo. » (Mém. de la Soc. des Ant. de Norm., Xtllî, 221, 
11* i26t, art. 25). Cette démarche avait été sans doute provoquée par Ib do- 
flAtioD à Jean Skelton, k $ù mars précédent, des biens de Risbert Jdlvet €t de 
ses ttktm Jean, Richard et Guillaame, fils de feu Jean Jolivet, ch«r (Ibid., 65, 
n« 346 ; Reg. des donSj p. 81). C'est par erreur que les deux savants éditeurs 

^ des extraits de Bréquigçy ont imprimé « Tolivet », au lieu de Jolivet. — D'un 
autre côté, dans une lettre ci-dessus mentionnée, en date du i5 juin 1420, 
adressée par sir John de Asshton, bailli du Cotentin, à Henri V, on lit ce qui 
suit : « AIso yat abbot of ye Mount has sent for safe condute for to corne 
to zMir obeysshaas... » (Ibid,, XXIII, 254, n* 1376.) 

3. La lettre du bailli de Cotentin au roi d'Angleterre contient, an sujet de 
cette prise de possession par le duc d'Aumale d'une partie dn trésor du Mont- 
Saiat-Michel, les plus curieux détails : « Moste hegh and myghty prince, like 



^■■i 



PIÈCES DIVERSES 97 

chascun trois mars demye once ou environ, deux cens escuz 
en or, une coupe d'or pesante... mars trois unces, sur la- 
quelle il avoit ung baloy et plusieurs perles avec un eguiére 
d'or pesant neuf unces et demye, desquelles couppe et eguiére 
il appartient, comme l'en dit, certaine porcion a dame Jaq- 
[uemine] i, veufve de feu monseigneur NicoUe Paisnel , jadis 
chevalier et seigneur de Briqueville 3, et l'autre porcion 
avecques autres biens dessus desclaîrés sont et appartiennent 
a la dicte église du Mont. En tesmoing desquelles choses, 
nous avons mis nostre seel a ces présentes, pour leur valloir 
descharge et quittance, les en acquiter en garentîe vers touz 
et contre tous ou temps advenir. Donné au dit lieu du Mont 
Saint Michel le xxi« jour de moy l'an mil iiiic vingt. Ainsy si- 
gné : par monseigneur le conte et lieutenant. N. de Friboys. 

(Arch, du dép, de la Manche, série H, «<» i535o.) 



VI 



1420, 27 MAI, MONT-SAINT-MICHJSL 

Jean de HarcourU comte d'Aumale, lieutenant du roi et du régent, 
gardien des abbaye, ville et forteresse du Mont- Saint-Michel, 
en présence des seigneurs d'Au^ebosc^ des Biards, de messire 
Jean d'Annebault, de Colin Boucan et autres, confirme les pri- 
vilèges des religieux, en récompense de leur fidélité éprouvée 
et en révérence de cette sainte place, 

Jehan de Harcourt, conte d'Âubmalle, lieutenant de mon- 



zow (;{, devant une voyelle, est pour y) to witte yat after yat ye erle of Au- 
xnarll and ye frenssh roen, yat werenwitbim, were departed out of ye Mounte, 
and hadde taken wit yaîm ye tresour yat yer... in departynge of y is good 
emonge yaim, yer fel gret debate and was gret figthe, and yat yay kepe ye good 
emonge yam selven and bien avysed to sende yat DoUyn no parte yerof... » 

(/wa.) 

1 . Jacquemine ou Jacqueline de Varennes, veuve de Raoul Tesson, seigneur 
du Grippon, remariée en 1396 à Nicolas Paynel, seigneur deBricqueville. 

2. Attj. Bricqueville-sur-Mer, Manche, arr. Goutances, c. Bréhal. 



98 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

seigneur le roy et dé mooseigoeur le regeot le royaiune, 
daulphin de Viennois, et garde des abb«ye, ville et forteresce 
du Mont Saint Michiel, a tous ceulx qui ces présentes let- 
tres Terront, salut. Conune pour <^vier a la malice, dampn»- 
ble propos et entencion des Angloiz, ennemis anciens de 
monseigneur le roy, de mon dit seigneur le r^ent et de ce 
royaume, lesquels ennemis ont par plusieurs foiz et divers 
moyens essayé de entrer es dictes abbaye, ville et forteresce, 
et la occupper et tenir en l'obéissance des diz ennemis, nous 
y soyons n'a gueres venuz et, moyennant la grâce de Nostre 
Sire, y sommes entrez, et soit de présent du tout en la bonne 
obéissance de monseigneur le régent, et pour et ou nom de 
lui en ayons prins la garde et y mis certaine provision de 
gens d'armes, de trait et deffensables, pour la tuicion, garde 
et deffense d'icelle, et a ce que elle puist plus seurement es- 
tre gardée, conservée et tenue en Tobeissance de mon dit 
seigneur; et il soit ainsi que les dis religieux nous ayent sup- 
plié et requis que, pour occasion de ces choses, leurs drois, 
nobleces, privilèges, prérogatives et anciennes libertez ne 
puissent estre deperiz ou aboliz, savoir faisons que nous, 
ces choses considérées et le très grant et bon vouloir que les 
dis religieux ont tousjours eu et ont a mon dit seigneur, 
ainsi qu'ilz Tont bien monstre par eCTeit, et en révérence de 
ceste saincte place et du divin service qui par prérogative de 
especial faveur doit estre soubstenu, conservé et augmenté, 
nous, en tant que faire le povons, avons voulu, octroyé et 
declairé et par ces présentes voulons, octroyons et declai- 
rons les dis religieux estre et demourer, joir et user des an- 
ciens droiz, privilèges, prérogatives, franchises, noblesces, 
honneurs et libertez dont ilz ont acoustumé joir et user es 
temps passez, après la iin et conclusion des dis ennemis, sans ce 
que les choses dessus dictes leur puissent ne doyent porter pré- 
judice aladiminucion de leurs diz privilèges, noblesces et droiz 
ne autrement, sauf et réservé en touz cas la provision et ordon- 
nance de mon dit seigneur le régent. En tesmoing de ce, nous 
avons fait mettre nostre scel a ces présentes. Donné au Mont 
Saint Michiel le xxvii« jour de may Tan mil cccc vingt. Par mon- 
seigneur le conte et lieutenant, presens les sires d'Âusbosc i, 

I. Louis d'Ëntoutcvillc, ûli aîné de Jean II, sire d'Hstouteviile, alors prison- 



PIECES DIVERSES 99 

des Biars i, messire Jehan d'Onnebaut 2, Colin Boucan 3 et 
autres. N. de Fribois. 
(Or. se.) 
(Arch. du dép, de la Manchey série Hy n9 i534g.) 

nier en Angleterre, et de Marguerite de Harcourt, s'intitulait alors sire d'Auze- 
bosc ; il ne prit le titre de sire d'Estoute ville qu'après la mort de son père arri- 
vée avant le 9 février 1436. Dès lê 26 mars 1418, Henri V avait donné à Jean 
Harpedenoe, chevalier, les seigneuries de Chanteloup, d'Appilly et de Créances 
confisquées sur Jeanne de la Champagne, belle-mère du seigneur d'Auzebosc, 
« que fuerunt Johanne de Champayn, que fuit uxor Nicholai Paignel adhuc 
absentis », et valant 800 écus par ad {Mém. de la Soc,, des Ant. de Norm., XXIII, 
19, n* 79). Le 10 avril 1419, le roi d'Angleterre concéda à Jean de la Pôle, 
chevalier, les fief et seigneurie de Moyon et de « Maynusseron » (sans doute 
Mesnîl-Ceron, Manche, arr. Saint-Lô, c. Percy), sis au bailliage de Cotentin et 
évalués à 1000 écus de revenu par an, « que fuerunt Nicholai Paynell, chivaler 
jamdefuncti, et que Ludovicusde Fouleville (/ùe^ : d'Estouteville), chivaler 
adhuc rebellis, ut de jure uxoris sue^ filie predicti Nicholai, nuper tenuit • 
(/«a., 69, n« 373). 

I . Guillaume le Soterel, baron des Biards (Manche, arr. Mortain, c. Isigny), 
marié à Marguerite du Plessis. Après avoir défendu son chftteau contre les Aa- 
glais, vers la fin de 141 8, avec une énergie dont la légende populaire a con- 
servé le souvenir (Sauvage, Légendes normandes, 2> éd., p. 82 et 83), cet in- 
trépide chevalier était allé s'enfermer dans le Mont-Saint-Michel pour y continuer 
la lutte contre les envahisseurs. Aussi, le 19 avril 1419, Henri V avait confis- 
qué tout ce que le baron des Biards possédait dans le bailliage de Cotentin, 
évalué à 800 écus de revenu annuel, et Pavait donné à Thomas Bowet {Mém. 
de la Soc. des Ant. de Norm., XXIII, 77, n« 432). Le i5 juin 1420, le bailli 
da Cotentin mentionne la présence de Guillaume le Soterel dans la ville du 
Mont-Saint*Michel dont les remparts récexQment élevés formaient la première 
ligne de défense de l'abbaye : « be nethe in ye toun (du Mont-Saint-Michel) ys 
ye baron of Byars » (Ibid., 2^4, n» i37(>). Dans l'arrangement intervenu en 
1430 entre le comte d'Aumale et les religieux du Mont-Saint-Michel, que l'on 
a rapporté par erreur à l'année 1440, le baron des Biards est aussi l'un des 
trois conunissaires désignés pour fiiire observer cet arrangement dans la ville 
du Mont {Ibid., XY, 21 3, col. i). 

3. Jean d'Annebault, fils de feu Raoul, seigneur d'Annebault, (auj. Appeville 
dit Ânnebault, Eure, arr. Pont-Audemer, c. Montfort-sur-Risle) et de Catherine 
le Bouteiller, dont le douaire se composait de fiefs sis à Maisy en la vicomte de 
Bayeux {Ihid., XXIII, 28, n« 188). Jean d'Annebault avait été l'un des coura- 
geux défenseurs de la Roche*Guyon et s'était fait délivrer, après la reddition de 
ce château, un sauf-conduit pour se rendre en France {Ibid., 221, n» 1261). 
Le 16 janvier 1421, Henri V donna à Jean Bourghop, écuyer, les fiefs dits 
d'Oenville et de Manteville, « que fuerunt Johannis d'Enebaut et Guillelmi Pa- 
vioty militum, hue usqueinobediencium» {Ibid., 167, n«9i6}. Le i«rmai 1418, 
le fief d'Annebault, dans la vicomte de Caen (Calvados, arr. Pont-1'Évêque 
c. Dozulé), avait été donné i Thomas Chappel, écuyer (Ibid,, 18, n« 12 5), qui 
en fit aveu à Henri V le 26 novembre suivant iArch. Nat., P 3o6, n* 3o). 

3. Le 5 mai 1419, Henri Y donna i Robert Seguin les terres confisquées de 



lOO CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 



VII 

1420, 3l UÂt, ATRANCHBS 

Procès-verbal de l'exécution, par ordre de Guillaume Gautier, vî- 
comté d'Avranches, d'un certain nombre de « brigands • y dé» 
nommés, qui ont été livrés au dit vicomte, du 4 novembre 141g 
au 23 avril 1420, par Edmond Charles, écuyer, lieutenant du 
comte de Suffolk, seigneur de Hambye, de Bricquebec^ amiral 
de Normandie et capitaine d'Avranches, 

A touz ceulx qui ces présentes lettres verront, Guillaume 
Gautier, viconte d'Âvrenches, salut. Savoir faisons que par 
noble escuier Esmon Charles, lieutenant de monseigneur le 
conte de Suffolk, seigneur de Hambuye >, de Briquebec, 
admirai de Normendie et cappitaine d'Âvrenches, nous ont 
esté baillez et livrez es prisons du roy nostre sire pluseurs 
larrons et brigans, prins et amenez au dit lieu d'Âvrenches 

Nicolas Boucan, absent, sises au bailliage de Coteotin et rapportant 100 écus 
par an {Mim. de la Soc. des Ant. de Norm., XXIII, 89, n« 533 : Reg. des 
dons, 93). Nicolas Boucan tenait du seigneur du Grippon le fief noble de Mi- 
souard, situé alors en Lolif et aujourd'hui enMontviron (Manche, arr. Avranches, 
c. Sartilly). Deux lieux dits de Subligny, le rocher Boucan et la Boueanière, 
semblent conserver le souvenir de la famille, éteinte depuis longtemps, à la- 
quelle appartenait Nicolas (LeHéricher, Avranchinmtmumental,ll, 134, 638). 

I. Par acte daté ds sa cité de Bayeux le i3 mars 1418^ Henri V avait donné 
à son très-cher cousin Guillaume ou William, comte de Sufficdk, les châteaux et 
domaines de Hambye et de Bricquebec, évalués à 3 5oo écus de revenu annuel, 
qui avaient appartenu à feu Fouqnes Paynel, en son vivant chevalier ban- 
neret et seigneur des dits lieux (Mém. de la Soc. des Ant, de Norm., 
zv, a54>. Cette donation était faite au mépris des droits de Jeanne Paynel, 
fille unique et héritière de Fouques Paynel et de Marguerite de Dînant que 
l'on dit (La Chenaye- Desbois, Dict. de la noblesse, xi, 334) avoir été 
fiancée dès 1416 au trop fameux Gilles de Laval, baron de Rais, et être 
morte la veille de ses noces. Jeanne Paynel fut confiée pendant sa minorité à la 
tutelle de Jacqueline Paynel sa tante, remariée à Jean de Fayel, vicomte de 
Breteuil, et dame de Chantilly du chef de Pierre d'Orgemont son premier mari. 
La tante et la nièce étaient toutes les deux enfermées dans le château de Chan- 
tiily où elles avaient tenu jusqu'alors le parti du dauphin Charles, depuis 
Charles VII, lorsque, par l'entremise de Jacques Paynel, écuyer, seigneur d'O- 
londe, le seul membre de la famille des Paynel qui se fût rattaché au parti an- 
glo-bourguignon, la garnison de ce château fit sa soumission à Charles VI, 
c'est-à-dire à Henri V, au mois de novembre 143 1 ÇArch. Nat., JJ 172, n* 358). 



PIECES DIVERSES 10 1 

par les aucuns Engloiz d'icelle garnison, affin d'en faire 
justice, c'est assavoir : Yvon Paien, Guillaume le Fëvre, 
natifz du pais de Bretaigne , lesqueulx , pour leurs démérites 
et ce qu'il fut trouvé qu'ilz estoient larrons et brigans, furent 
le nii« jour de novembre derrain passé exécutez et penduz ; 
Guillaume Hamelin, de la paroisse du Mesnil Beufx i, le- 
quel, pour tant qu'il fut ti'ouvé par sa confession qu'il avoit 
esté et chevauchié en la compaignye des brigans, fut icelui 
iiii« jour de novembre condampné a faire en la dicte viconté 
l'office de U haulte justice du roy nostre souverain seigneur; 
Jehan Herpe, du Grippon, > lequel pour ses démérites fut 
escoUeté le xvii« jour du dit moys de novembre; item, 
Mîchiel Toubon, de Saint Senier 3, Michîel Soutif , de la 
paroisse de On 4, qui semblablement, le xiiii<' jour du moys de 
février prouchaîn ensuyant, pour leurs démérites furent es- 
colletez et mis a execucîon ; item, Jehan Megret, de la par- 
roisse de Quernet ^, lequel pour ses démérites fut exécuté et 
pendu le xx® jour du dit moys ensuyant; item, Macé le Bas, 
de Cherencé le Héron 6, Perrin de Holleville, natif de 
Boullongne sur la mer, Guillaume de la Fresnoye, de Saint 
Jame de Bevron, Guillaume Jamet, de Saint Jehan du 

Couroil 7, Jehan. Poytevin, de Tirepied 8, Peppin, de la 

Chése Baudouin 9, et Pierres d'Aunoy, d'icelle parroisse de la 
Chése, touz lesqueulx, le xxix» jour du moys de mars der- 
rain passé, furent pour leurs démentes exécutez et penduz, 
exexpté le dit Macé le Bas qui fut escolletté ; item, Laurens 
de Querville, dit le Boullengier, de la parroisse de Brecte- 
roville «o, Perrin le Hagueron, de Hambuye, et Guillaume le 
Sachier, de Sacé", qui semblablement le pemûletier (sic) 



I Le Mesnil-Boeufs, Manche, arr. Mortain, c. Saint-Sauveur-Lendeliii. 

2. Âuj. hameau de la commune des Chambres, Manche, arr. Avranches,'c 
la Haye-Pesnel. 

3. Saint-Senier-sous-Avranches, Manche, arr. et c. Avranches. 

4. Auj. Saint-Martin-d'On, Calvados, arr. Vire, c. le Bény-Bocage. 

5. Âuj. Carnet, Manche, arr. Avranches, c. Saint-James. 

6. Chérencé-Ie-Héron, Manche, arr. Avranches, c. Villedieu. 

7. Saint-Jean-du-Corail-des-Bois, Manche, arr. Avranches, c. Brécey. 

8. Manche, arr. Avranches, c. Brécey. 

9. La Chaise-Baudoin, Manche, arr. Avranches, c. Brécey. 

10. Brectouville, Manche, arr. Saint-L6, c. Torigni. 

1 1. Sacey, Manche, arr. Avranches, c. Pontorson. 



103 CHRONIQUE DU MONT-SAlNT«MICHEI. 

d'iceluy moys de mars furent pour leurs démérites exécutes 
et penduz; item, Jehan d'Aunoy, de la Chése Baudouin, 
lequel fut escolletté le premier jour du moys d'avril derrain 
passé; item, Roui d'Aunoy, d'icelle parroisse de la Chése, 
qui pour ses démérites fut exécuté et pendu le xxiix« jour du 
dit moys d'avril, et Jehan...., de la parroisse de Saint 
Medart de Cellant x, qui pour ses démérites a aujourd'uy 
esté exécuté et pendu. Toutes lesquelles choses, nous, par 
ces présentes, certifiions a touz a qui il appartendra avoir 
esté faictes. Donné au dit lieu d'Avrenches soubz le grant 
seel aux causes de la dicte viconté, le derrain jour de may 
Tan mil quatre cens et vingt. Fromont. 

(BibL Nat,, Quittances, t. 52, «<> 5524,) 



VIII 

1420, 2 3 JUIN, POITIERS 

Le dauphin Charles, régent du royaume, duc de Berry, de Tou- 
raine et comte de Poitou, institue Jean, duc d'Alençon , comte 
du Perche, vicomte de Beaumont et seigneur de Fougères, et 
Jean de Harcourt, comte d'Aumale, ses cousins ^ en qualité de 
lieutenants et capitaines généraux dans le duché de Normandie^ 
le duché d'Alençon, le comté du Perche et la vicomte de Beau- 
mont, avec pleins pouvoirs pour faire la guerre aux Anglais 
dans les dits pays, 

Charles, filz du roy de France, régent le royaume, daul- 
phin de Viennois, duc de Berry, de Touraine et conte de 
Poictou, a touz ceulx qui ces présentes lettres verront, sa- 
lut. Comme les Englois, anciens ennemis et adversaires de 
monseigneur et nostres, aient prins et occupé et encore tien- 
nent et occupent tout le pais et duchié de Normendie et 
pluseurs villes et forteresses en pluseurs parties et contrées 
de ce royaume, en persévérant en leur dampnabie entre- 

I . CeUand, le grand et le petit, Manche, arr. Avranches, c. Brécey. 



PIÈCES DIVERSES îo3 

prise, s'efforcent de jour en jour d'avoir et usurper la sei- 
gneurie de mon dit seigneur, lequel leur a esté livre et -baillé 
par aucuns traittres ses subgiez, corfumpuz par dons et 
promesses des diz ennemis, lesquelx traittres ont par certain 
temps détenu la personne de mon dit seigneur hors de li- 
berté; et il soit ainsi que nous soions délibérez de résister 
aus diz ennemis, moiennant le bon aide de Dieu et de nostre 
bon droit et des bons et loyaulx parens, yassaulx, subgiez, 
amis, allez et bienvueillans de mon dit seigneur et nostres, 
et iceulx rebouter, et recouvrer et remettre en Tobbeissancce 
de mon dit seigneur et nostre les pais, villes et forteresses 
qu'ilz occuppent et s'efforcent de lui usurper et, pour les 
grans occupacions que de présent avons en pluseurs lieux a 
cause des diz ennemis, nous ne povons partout estre eh per- 
sonne, par quoy est de neccessité en nostre abscence de pour- 
veoir de personne ou personnes qui puissent représenter la 
nostre, mesmement qu'ilz soient du sanc et lignage de mon 
dit seigneur et nostre et puissent eulx emploier en recouvre- 
ment' du dit pais, reducion des diz subgiez et habitans en 
icelui et autrement et en ce avoir auctorité, faveur, puis* 
sance et adhésion de gens, savoir faisons que nous, qui de 
tout nostre cuer desirons en ce pourveoir, ainsi que dit est, 
considérant l'eurgent neccessité qui est de ce faire, et con- 
fians a plain de noz très chiers et très amez cousins le duc 
d'Alençon, conte du Perche, viconte de Beaumont et sei- 
gneur de Fougieres, et Jehan de Harcourt », conte d'Aub- 
male, mesmement pour la grant prouchaineté de lignage 
dont ilz attiennent a mon seigneur et nous, et que leurs ter- 
res et seigneuries, de présent usurpées et occupées par les 
diz ennemis, sont pour la plus grant partie situées au dit 
pais et duchié de Normendie et par ainsi après nous sont 
plus tenuz d'eulx y emploier que autres, et plus puent savoir 
de Testât du dit pais et trouver plus preste obbeissance, 
iceulx nos cousins et chascun d'eulx, de nostre certaine 



1. Jean VIII de Harcoart, comte d'Aumale, était, par sa grand'mère pater- 
nelle Catherine de Bourbon, qui, mariée le 14 octobre i359, vécut jusqu'au 
9 avril 1^27, le cousin issu de germain du dauphin Charles, depuis Char- 
les VJI, et, par sa mère Marie d'Alençon, le cousin germain de Jean II, duc 
d'Alençon, fils de Jean I, comte, puis duc d'Alençon, frère de Marie. 



I04 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

science, plaine puissance et auctorité royal, avons aujourd'ui 
faiz, commis, ordonnez et establiz et par ces présentes fai- 
sons, commettons, establissons et ordonnons, de par mon dit 
seigneur et nous, noz lieutenans et cappitaines generaulx ou 
dit pais et duchié de Normendie, et avecques ce en toutes 
les seigneuries et terres de nostre dit cousin d'Âlençon, tant 
en ses conté de Perche, viconté de Beaumont, terres fran« 
czoises que autres, en quelconques pais et contrées qu'ilz 
soient situées et assises, pour y représenter nostre personne 
en nostre absence, en tout ce que sera au bien et bonne re- 
ducion, garde et deffence du dit pais de Normendie et des 
seigneuries et terres de nostre dit cousin d'Âlençon, comme 
dit est; et, de Tauctorité et plaine puissance que dessus, 
avons donné et donnons a nos diz cousins, lieuxtenans et 
cappitaines generaulx et chascun d'eulx, iceulx estans en- 
semble ou par parties, plain povoir, auctorité et mandement 
especial de réduire ou faire réduire et remettre, par force» et 
puissance d'armes, par composicions ou autrement, toutes 
les villes, cités, chasteaulx, forteresses et gens, de quelque 
estât qu'ilz soient, qui par les diz Anglois et rebelles de mon 
dit seigneur et de nous, par force et puissance d'armes ou 
autrement de leur voulante auroient esté et seroient en Tob* 
beissance des diz Anglois et rebelles contre et ou préjudice 
de mon dit seigneur et de nous, de leur pardonner plaine- 
ment le dit cas et touz autres crimes, maléfices et delitz par 
eulx commis et perpétrez, soient de lesze majesté ou autres, 
regardans et concernans l'obbeissance et adhesioà aus diz 
Anglois et rebelles, de faire démolir, arraser et abatre les vil- 
les, chasteaulx et forteresses qui par nos diz cousins, lieux- 
tenans et cappitaines generaulx ou l'un d'eulx du dit pais et 
duchié et des dictes terres et seigneuries d'icelui nostre cou- 
sin d'Alençon seront prinses, réduites et remises en l'obbeis* 
sance de mon dit seigneur et nostre et autres qu'i[i] leur sem- 
blera estre expédient et qui ne seront prouffitables a tenir, 
et celles qui seront tenables et proufiitables a garder, faire 
reparer et remettre en bon et suffisant estât et les avitailler 
ainsi qu'ilz verront estre a faire, de y commettre et ordonner 
cappitaines et garnisons de gens d'armes et de trait et de def- 
fence, et touz autres officiers nécessaires et convenables, tant 
en justice comme de guerre et autrement, par manière de 



PIÈCES DIVERSES Io5 

provision et jusques ad ce que par nous en soit autrement 
ordonné, de mander, convoquer ou faire mander ou convo- 
quer et assembler partout ou bon leur semblera touz prelaz, 
abbés et autres gens d'église, contes, barons, chevaliers et 
autres gens, nobles, bourgoys conseilliers, et marchans et 
toute manière de gens d'armes et de trs^t et deffence, peuple 
habillé pour deffence, manouvres, voittures et charrois d'î- 
cellui pais et des dittes terres et seigneuries de nostre dit 
cousin d'Âlençon et des diz pais, de faire et faire faire guetz, 
ouvrages, meneuvres et charrois, de jours et de nuiz, par 
touz lieux et places où il sera par nos diz cousins, lieuxte- 
nans et cappitaines generaulx ou par l'un d'eulx ou leurs 
depputez et commis advisé estre expédient et nécessaire, 
de contraindre ou faire contraindre par eulx ou leurs diz 
depputez, par prinse de corps et de biens et par toutes voyes 
raisonnables, mesmement les gens d'église, par prinse et de- 
tencion de leur temporel, de aller ou envoler avecques eulx 
et leurs gens, soit pour assaillir ou deffendre contre les diz 
ennemis et rebelles ou autrement les grever, de prendre ou 
faire prendre, arrester et mettre en la main de mon dit sei- 
gneur et nostre, crier, subhaster, vendre et adenerer touz 
les biens meubles des diz ennemis et rebelles ou desobbeis- 
sans, de leurs adherens, faicteurs et complices notoires, et 
convertir et emploier ce que en vendra au prouffit de mon- 
seigneur et de nous ou fait de la guerre, ainsi que bon leur 
semblera, non obstant quelxconques opposicions ou appella- 
cions : pour lesquelles nous ne voulons estre diferé de con- 
vertir gens d'armes en gens de trait et gens de trait en gens 
d'armes, les archers en arbalestriers et par semblable les ar- 
balestriers en ^chiers, de faire ou faire faire traictiés et com« 
posicions quelxconques au bien et redicion du dit pais, en 

l'obbeissance de mon dit seigneur et de nous Si donnons 

mandement a touz baillifs, seneschaulx, vicontes, cappitai* 
nés.... Donné a Poictiers le join^ jour de juign l'an de grâce 
mil une et vingt >. Ainsi signé : par monseigneur le régent 
daulphin, en son conseil. âlaiH. 

(Arch, du dép. de la Manche, série H, n^ i535i.) 

I. Nous publions cette pièce d'après un vidimus du 28 juin 1420 scellé du 
sceau aux contrats de la cour de Saumur. 



Io6 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 



IX 

/ 

1430, l'^XoUT, DURTAL 

Montre de Louis d'Estouteville , seigneur d*Au:[ebosc, chevalier 
banneret, i chevalier bachelier et 14 écuyers, 

La montre de messire Loys d'Estouteville, seigneur d'Ause- 
bosc, chevalier banneret, d'un autre chevalier bachelier et 
de quatorze escuiers de sa compaingnie, receuz a Durestal < 
le premier jour d'aoust mil iiiic et vingt. 

Premièrement. Le dit messire Loys d'Estouteville 2, ban- 
neret. Messire Jehan Salmon, chevalier bachelier. Jehan du 
\Hertroy, Pierres de Buydalle, Richart le Long, Guillaume 
de Chambon, le bastard Salmon, Pierre des Aubuefs, Guil- 
laume de Poitou, Ambroys Pasteau, Guillaume de Chargié, 
Pierre de Chargié, Jehan Cantour, Gervaiz de la Planche, 
Gillot de Posay, Jehan de Montguyon, escuiers. 

(Bibl. Nat,y Titres scellés de Clairambault , vol, 45, 

f 3382 vo.; 

1. Âuj. Durtal, Maine-et-Loire, arr. Ba âgé. Cest sans cloute peu après la 
reprise d'Âvranches, c'est-à-dire pendant la seconde moitié de 14 19, que Louis 
d'Estouteville, avec Taide de la garnison française du Mont-Saint-Michel, avait 
reconquis sur les Anglais Chanteloup, Appilly, Créances, dont il était seigneur 
du chef de sa femme Jeanne Paynel et dont Henri V l'avait dépouillé, le 36 mars 
1418, au profit de Jean Harpedenne {Mém, de la Soc. des Ant. de Norm., 
XXIII, 9, n° 79), « de quibus idem Harpeden per vint et potentiam inimi- 
coruM nostrorum disseisitus extiterat ». Le 7 septembre 1420, Jean, seigneur 
de Grey, qui avait profité de l'expédition du seigneur d'Auzebosc en Anjou, 
attestée par la montre ci-jointe, pour lui enlevée de nouveau ces mlme& chftteaux 
et seigneuries, se les fît donner par Henri V {Ibid., 147, n» 858). Toutefois, le 
30 août de cette année, les Français du Mont-Saint-Michel avaient déjà repris 
l'offensive et menaçaient de nouveau Avranches. Edmond Charles, lieutenant du 
comte de Suffolk, dut augmenter les défenses de cette place, « contre laquelle 
l'en disoit venir les anemis et adversaires du roy, pour icelle assalir et pren- 
dre » (BiW. Nat., Quitt., t. 52, n« 5547). 

2. Par acte daté de Durtal le 1 5 août 1420, Louis d'Estouteville, chevalier 
banneret, donna quittance de 3 16 livres tournois pour ses gages et ceux de 
ses gens d'armes, « en la compaignie de messeigncurs les duc d'Alançon et 
conte d'Aubmalle. n {Bibl. Nat., Clairambault, vol. 45, f» 3385). 



.a^k._^B^b 



PIÈCES DIVERSES 107 



1421^ I*' AVRIL, TOURS 

Jean de Harcourt, comte d'Âumale, lieutenant du roi et du ré- 
gent, capitaine et gardien des abbaye y ville et forteresse du 
Mont' Saint-Michel , mande à Olivier de Mauny, sire de Thié^ 
ville, son cousin et son lieutenant au dit lieu du Mont, d'im- 
poser, selon les usages de la guerre, des appatissemenis sur les 
villes^ paroisses et forteresses voisines du Mont occupées par les 
Anglais, et de remettre le produit de ces appatissemenis à Jean 
des Wys, 

Jehan de Harecourt, conte d'Aubmalle, lieutenant gênerai 
pour monseigneur le roy et monseigneur le régent le royaume 
daulphin de Viennois ou pays de Normandie, cappitaine et 
garde des abbaye, ville et forteresce du Mont Saint Michiel, 
a nostre très chier et amé cousin messire Olivier de Mauny, 
sire de Tieuville i, nostre lieutenant au dit lieu du Mont, 

I. Auj. Thiéville, Calvados, an*. Lisieux, c. Saint-Pierre-sur-Dives. Oli- 
vier de Mauny, qualifié ici sire de Thiéville, était le fils d'Olivier de Mauny 
marié avant le 7 avril iBgS (n. st.) à Catherine de Thiéville, dame deThié- 
viile, du Mesnil-Gamier, de Vains et de Chantore (Anselme, II, 411), et le 
petit-fils de Hervé de Mauny, sire de Torigni, mort en 141 1 et dfe Marie de 
Craon^ dame de Saint-Aignan, la première femme du dit Hervé, morte avant 
le 22 décembre 1401. Cet Olivier de Mauny, marié à Blanche d'Avaugour 
par contrat du 28 avril 142 1, mourut sans enfants en 1424 (Ménage, 
Hist, de Sablé f pp. 396, 398, 399). Quant à Olivier de Mauny, sire 
de Torigni, père d'Olivier de Mauny, sire de Thiéville, il était certaine- 
ment mort en 1437 lorsque Catherine de Thiéville, sa veuve, fonda en Tab- 
baye du Mont-Saint-Michel où il avait été enterré deux messes par semaine et 
un obit pour le reps de Tâme de son mari (Thomas le Roy, I, 373). Cette fonda- 
tion fut confirmée le 4 août 1439 par Marguerite de Mauny, fille d'Olivier de 
Mauny, sire de Torigni, et de Catherine de Thiéville, unique sœur d'Olivier de 
Mauny, sire de Thiéville (Anselme, V, 38 1). Mariée par contrat du 18 avril 
143 1 à Jean Goyon, sire de Matignon et de la Roche Goyon, Marguerite de 
Mauny transporta l'opulent héritage des Thiéville et de cette branche des 
Mauny, notamment la baronnie de l'orlgni, dans la maison de Goyon qui 
s'est confondue à la suite d'une alliance et en vertu d'une substitution avec celle 
de Grimaldi-Monaco et n'a pas cessé de posséder cette baronnie jusqu'à l'épo- 
que de la Révolution. Il faut bien se garder de confondre Olivier de Mauny, 
sire de Thiéville, avec son cousin Olivier de Mauny, sire de Lesnen, l'un des 
membres les plus actifs du Conseil du roi Charles VI en 1416 et 14 17 [Arçh. 



Io8 CHRONIQUE DU M0NT-S\1NT-MICHEL 

salut. Nous voulons et par vertu du povoir dont nous usons 
vous mandons que vous mettez sus, assignez et asseez appa- 
tissemens sur les villes, chasteaujx, forteresces et parroisses 
des marches du dît lieu du Mont et autres estans ou dit 
pays de Normandie, usurpées et occuppées par les Ânglois, 
ennemis de ce royaume, ainsi qu'il est acoustumé de faire 
selon Pestât de la guerre. Et les deniers qui en ystront et 
vendront voulons estre receuz par nostre amé et féal Jehan 
des Wys auquel nous mandons et avec ce dounons plain 
povoir et mandement especial de ce faire, parmy ce qu'il 
nous en sera tenuz rendre compte et reliqua ou et quant il 
appartendra et requis en sera, et en ceste présente commis- 
sion vacquez et entendez diligenment, chascun endroit soy. 
Et d'abondant voulons que vous et le dit des Wys vous 
puissez aider de ces présentes, tant au regard de vous que 
d'icellui des Wys, a la reddicion des comptes qu'il en rendra. 
Donné a Tours le premier jour d'avril Tan mil cccc vingt et 
un après Pasques. 

Par Monseigneur le conte, lieutenant et capitaine. N. de 
Fribois. 
(Or. se.) 

(Arch. du dép. de la Manche, série H, «» i5353,) 



XI 

1421, 8 AVRIL, TOURS 

Jean de Harcourt, comte d^Aumale, donne quittance de 3ooo /i- 
vres tournois qu'il reçoit en prêt des supérieur et religieux du 
Mont-Sàint-Michel par la main de Geffroi Cholet, prieur de 
Villamer, religieux du dit Mont, son conseiller, et qu^il s'en- 
gage à rendre pour le terme de la Sainte Jean (24 juin) prochain. 

Nous, Jehan de Harecourt, conte d'Aubmalle, congnoissons 



Uat.j JJ 169, a« 121, 160, 300, 25o, 417, 493), lliéroiqae défenseur du châ- 
teau de Falaise en décembre 14 17 et janvier 14 18 {Mém. de la Soc. des Ant. 
deNorm. XV, 25i, 253, 271 et 272). 



PtÈCES DIVERSES lOQ 

et confessons avoir eu et receti de religieux et honnestes 
hommes et noz très chiers et bien amez en Dieu les sup- 
prieur et aultrez religieux du Mont Saint Michiel en péril 
de la mer, la somme de trois mil livres tournois i, monnoye 
courant, que les dis religieux nous ont fait délivrer et bail* 
lier en pur prest par la moin de nostre amé et féal conseil- 
lier mestre GefFroy Cholet, prieur de Villamers a, et reli- 
gieux du dit lieu du Mont, laquelle somme de trois mil 
livres tournois monnoie dicte nous promettons rendre et 
poier ou faire rendre et poier bien et loyalment aux dis 
religieux dedens le jour de la feste Saint Jehan Baptiste 
prochain venant, sur l'obligacion de touz nos biens presens 
et advenir, en nous rendant toutes foiz ou a personne 
commise de par nous ceste présente obligacion laquelle pour 
téismoing de ce nous advons fait seeller de nostre seel et 
signée dé nostre saing manuel. Donné a Tours le huitième 
jour d'avril 3 l'an de grâce mil iiii^ vingt ung après Pasques 4. 
(Arck. du dép. de la Manche, série H, n^ 15354-) 

i. Il résulte d\ine décharge, donnée le 1 5 avril 1426 aux religieux du Mont* 
Saint-Michel, par les doyen et chapitre de Notre-Dame de Bayeux, que le comte 
d'Aumale fit aussi argent d'une partie des joyaux de cette église renfermés 
avec des reliques dans trois caisses et appartenant au dit chapitre. Les religieux 
du Mont, à qui ces joyaux avaient été confiés à titre dedëpdt, essayèrent en vain 
de s'opposer à ce qu'ils considéraient comme une profimation : « ipsi (religiosi) 
invicem congregati, sacras quandoque vestes induentes, processionem et missam 
soUennem, ad Dei et sanctorum quorum sunt reliquie veneracionem, célébran- 
tes, aggredientibus inhibentes ex parte Dei et sancti Michaelis, ne sacra tange- 
rent manibus propbanis, ipsos pluries ab inceptis arcuerunt ipsorumque officio 
multa preservata sunt. » {Arch. du dép% de la Manche, série H, n* i33i3). 

2« Auj. Villamée, Ille-et- Vilaine^ arr. Fougères, c. Louvigné-du-Désert. 
Le prieuré de Saint-Martin de Villamer, qui avait été donné par Mceo, évoque 
de Rennes, à l'abbaye du Mont-Saint-Michel d'où il est distant d'environ cinq 
lieues anciennes, était situé au diocèse de Rennes, près des sources du Beuvron. 

3. Dix jours seulement avant la date de ce mandement, le 22 mars 142 1, le 
comte d'Aumale avait pris une part glorieuse à la victoire de Baugé remportée 
sur les Anglais de Thomas Lancastre, duc de Clarence, par une armée franco- 
écossaise. Le I*' octobre suivant,. Jean de Harcourt était encore en Anjou où 
il passa une revue à Durtal ; il avait alors sous ses ordres cinq chevaliers ban- 
nerets, les mêmes sans doute qu'il avait commandés à la journée de Baugé, 
Louis d'Estoute ville, sire d'Auzebosc, Charles de Mauny, sire de Lingèvres, 
Charles d'Esneval, Guillaume Martel, sire de Bacqueville, Louis Martel, et en 
outre 2 chevaliers bacheliers et 20 écuyers (La Roque, Hi$t. de la maison de 
Harcourt, lY, i683j. 

4. Vidimus du 14 septembre 1431, scellé du sceau de la vicomte d'Avranches. 



I20 CHRONIQUE DU MONT*S4IMT-li(lCHEL 

crû, de par le roy nostre Muveraiii seigneur et de par trez 
excellent et puissant prince monseigneur le duc de Bethe- 
ford, gouverneur de Normendie, que toutes gens, de quel- 
que estât ou condicion qu'ilz soient, qui se tiennent sur le 
plEÛs, Yoisent et tournent tantost et hastivement devers leurs 
capitaines, quelque part qu'ils soient; et ceulx qui ne sont 
soubz capitaines se y mettent le plus tost que faire se pourra, 
sur paine de forsfaire leurs chevaulx et bernois et leurs 
corps, a la volenté du prince; et avecques ce que vous faciez 
crier et deffendre, de par le roy nostre dit souverain seigneur 
et de par mon dit seigneur le gouverneur, que nuls, de quel- 
que estât ou condicion qu'ilz soient, ne voisent em pderi- 
nage au Mont Saint Michiel, sur paine de confiscacion de 
corps et de biens. Et se vous en trouvés aucuns qui, depuis 
les diz criz et publicacions, aient fait le contraire, mettez 
iceulx es prisons du roy nostre dit souverain seigneur jus- 
quez ad ce que aultrement y ait esté pourveu et ordonné. 
Et gardés que deffault n'y ait. Donné a Caen le xi« jour 
d'octobre l'an mil iiii<^ xxii. Pié de Fust. 

{BibL Nat., Quittances, t. 53, «• 5776,) 



XVII 

1432, DECEMBRE* YEaMOM 

Henri VI, roi de France et d'Angleterre, donne à Nicolas Burdett, 
écuyer, en récompense des services rendus par le dit écuyer à 
Jean, duc de Bedford, régent de France, les terres et seigneuries 
de Bonneboscq et de Manneville-la-Pipard, 

« 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle- 
terre, savoir faisons a tous presens et avenir que nous, con- 
siderans les bons et aggreables services que afàiz a nostre 
très çhier et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de 
France, duc de Bedfort, fait chascun jour, et espérons que 



PIECES DIVERSES 121 

encores face, ou temps avenir, nostre amé Nicolas Burdet >, 
escuier, a icellui, par l'advis de nostre dit oncle , de grâce es- 
pecial, pleine puissance et auctorité royal, avons donné, 
cédé, transporté et delaissié et par la teneur de ces présentes 
cédons, transportons et délaissons les terres et seigneuries 
de Bonnebos 3, en Teveschié de Lisieux, ou bailliage de 
Rouen, ManneVille ^t Pimphart 3, avecques toutes leurs ap* 
partenances et appendances, que souloit tenir Basille Jen, 
escuier, ensemble toutes les terres, seigneuries, rentes, rêve* 
nues et possessions que jadiz furent au sire de Momey 4, che- 
valier, situéez et assises es bailliages de Rouen et de Caux et 
ailleurs en nostre pais de Normendie..., jusquez a la valeur 
de mil escuz d'or de revenue par an... Donné a Vernon, ou 
moys de décembre, Tan de grâce mil cccc vînt et deux, et de 
nostre règne le premier. Ainsi signé : par le roy, a la rela- 
cion de monseigneur le régent de France duc de Bedfort 

J. MlLET. 

(Arch. Nat., sect. hist., JJ 172, «» ^91-) 

I. Dès le 7 mars 1430, Nicolas Bardett, écuyer, originaire du comté de 
Worchester (Carte; Catal» des rolles, II, 246), marié à Jeanne Bruin, de 
Bramcott, dans te comté de Warwick {Peerage of the british empire, id66, 
au mot Burdett), avait reçu en don de Henri V la seigneurie du Teilleul 
(Manche, arr. Mortain) confisquée sur Geoffiroi d'Oissey, écuyer rebelle, et Cathe- 
rine de Harcourt sa femme (Re§^. des dans, p. 1 5o). Grand bouteiHer du duché 
de Normandie et de Jean, duc de Bedibid, régent db Francs, Bnrdçtt s'était fait 
donner, le 14 mars 1433 (n. st.X 1« seigneurie de Dampierre en Caux (Arc&. 
Nat., JJ 17a, no 525). Un document, en date du 7 juillet de cette année, nous 
le m<Mitre faisant mettre en cave à Vernon, par les soins de Jean Poivre, son 
lieutenant, deux queues de vin pleines « aotailéea n destinées à la table du régent 
[Bibl,Nat., Pièces originales, vol. 463, dossier io3o3, no 6). Le 17 septembre 
suivant, il était capitaine de NeulcbflliBl de Uneourt et de Torcy (Jbid., Quitt, 
t. 55, no 108). Du reste, les Burdett d'Angleterre étaient venus du pays de Caux 
où des gentilshommes du nom de Bourdet tenaient encore des fiefs au xv« siècle. 

3. Auj. Bomiebosq, Calvados, arr. Pont^l'Évêque, c. Cambremer. 

3. Auj. ManneviUe-la-Pipard, Calvados, arr. Blangy, c. Pont-l'évCqu«. Les 
scribes de la cfaanoellttrie du doc de Bedfiord ont défiguré ce nom de lieu con- 
prné où ils ont vu à tort deox localités distinctes. 

4. Pierre, seigneur de Momay, de Gaule et de la Ferté-Hubert, dit Gauluet, 
possédait i^nateurs sôgnearies dans le pays de Ganx da chef de sa femme R<h> 
bine de Saint-^Brisson, veave de Robert d'Estouteville, setgneur du Boudwt 
(Anselme, VIII, gS; VI, 281}. 



122 CHRONIQUE BU MCfNT^SAINT-MICHEL 



XVIII 

<Mfi« ^ gnerre tbi ia gamiacm amgiaise de Ckêrbmitg, à Vcù* 
easion de, ta piriseptir. un hakinier émMt pori^ ai4ê é'umt emtffe 
de Pooie^ d'un baleinier de Samt-^alQ mwié for des gens du 
dit Saint'Malo^du. Mont^aini^Michel et du pays de Caux, 

Gaings de Guerr;«. 

Cristûfl^ Huet» lance a cheval, avecques plusieurs autres 
de la dkte place cy après dénommez partirent le xxix® jour 
de janvier et alérent en la mer dedens ung ballenier du dit 
lieu de Chierebourg et une petite escafTe i de la Polie ^-«pour 
aller au secour et aide d'un ballenier d'Angleterre qui com« 
batoit avec ung autre ballenier de Saint Malo, lequel balle- 
nier de Saint Malo fii prins par les gens du dit ballenier 
d'Angleterre et a eulx rendu ainssoys que le& diz baleinier 
ée Cfeiercboilrg etescaffe de la PoUe peussent aftiver a eulx, 
îesqudr Cristofle et ses compaignons reVîndrent le dit jour. 
Et semblablement vindrent avec eulx ceulx du dit ballenier 
d.^ Angleterre aii> dit lieu de Chierebourg et admenérent tous 
•nseittbleie dit baiienâerde^SaîntMalo^ dedena lequel estorent 
des gens dt Bretatingne, du dît Saint Malo 5, du Mont Saint 

«4 €80809, petite cfflbflwatfon, dniatmseaphaW^t» M, Ot&98a$^i»iMi^ 
^«^ eu mot 5^4^. 

3. Poble; pott 4» nir du wd 4e PAngletarre, à l'émet de Portsmeuth^ dane k 
conti «le Doreet. 

3. Cette )»ièee cet surtout Uttéreesdate en ce ^'elle nous montre <ies gène 
d'armes de la garnison fraaçaâ» da Mdnt^Snnt-ftlieliel âinant la course contre 
tse Anglais, à la f n de 14» ou. dans tes premiers foiifs de fanWer 1433, sur 
un nairine «rmd à SainmMitlo et e»O0Hi}ïagaie de marinsdtt pays de Caux, peut- 
€tre de Dieppe. Dès les premiers méis de 143^, Henri V s'étaft vu forcé de 
prendre deemeenres -pour mettre ks. e^s mâridlemales del^Angtetarre àl'abri 
dès inottrsions des Bi«lons>(il#^. dêia Soe, dts Am. de Hwm,, XXfll, a5>, 
»e 1 38b),' Dans le courant de Mai de cette année, d«ft aMrins de cette nation 
avaient capturé un navire de Cardiffprès de Harfleur et l'avaient amené à la gar- 
nison française du Crotoy (Jbîd,, 254, no 1377). Au commencement de Tannée 
suivante, des corsaires de Saint-Malo n'avaient pas* craint de pénétrer fusque 



nltCB& MVEKSBS 123 

Michiel i et des povres gens du pais de Caux, et en espedal 
des femmes et petiz enfiems avec de leur menu mesnage 
comme poz, paelles, vaisselle d'estain et autres tels choses, 
lequel vaissel, prisonniers et toutes autres choses qui dedens 
estoient furent vendus et livres en diverses parties au plus 
offrant. Dont les diz Cristofle et ses compaignons, qui furent 
a icelle aide ont eu pour leur paine et sallaire les parties cy 
après desclairées. 

(BibL Nat.f Quittances, U 53, «• Sjgi.) 



dwift I« h«vn à%. Caen où îH âTÛnt fût mûQ btsat tor det mnBhandiMft ap» 
pfurtezunt à no négociant de cette ville nonuni Séraphin Labbd (4rck Nat,, 
JJ 1 72, no 268). Cest dans ce même havre de Caen qu'en juillet 1423 Guil- 
laume de la Pôle, comte de Soflblk, seigneur de Hambye et de Bricquebec, ami- 
ffll 4e ftomaiÂt, fit annor os « baldnier Cannes », monté par 8 hommes 
dtafBieft et »S arcte^ mtfre las mmis» at ^estini au sM^^a 4oCroto]r(aiK. 
Na(.» Quitta t. 53^flo ag). 

I. Le 6 avril de cette année 142 3, par acte daté de Bourgs, Charles VII, 
préservé des snites d'une chute dans fécroulement dtine maison où il se trouvait 
à ra Vaclwlla Us h ootolwa préoéda n t «t attribnanf ton sahit en cette ciroon- 
alanca 4 la.prqfeocliaii.de iMUt JliçM, « noolantca igttnr monastaBium Saiicti 
Mifbvidis in pcciçnlo mafia, Abriocenais.dioceais» jmraculosa ravalaaione et sur 
pernlsauxiliis institutum. a I>omino et Archangelo beatissiroo dedicatun^ noa- 
tros jiredecessores inclîtissimos digna veneracione coluisse, devocione visitasse, 
tottiaamûsaeetaenpar atfipliaasa ftrvoribm nacnoo alfeccionis habtmdancia 
Cofimi ffmww peQKtvo at. intepsEsaUliler «d|«Qn«^ aonm.tateaaéD «aitl* 
gua^dfgnamputainiUi nt a4 ipawa nwmilanwanoatra ■ davoci^aia cariiai m»' 
tetur et régie muoificencie dona sentiat in Status nostri felicius incrementum 
et anhne remedinm sempitemum, quatinus iprius Archangeli baatissimi sa- 
latifttodaocu at piissimo intsrventa, quam iotkna^cum Maciacolhmn, regno 
pndaase et as hoa^Hwa trioaipban mamamor «, avait 4>tné, ptor le-oéléteM 
tion d'nna a^esaa solaonaNa la ii octohiade chaqaa année, lao tivpM 4a, nnte 
annuelle et perpétuelle aux religieUK du Moot-Saint-Michel, « quorom fidem 
et virtutis cons|anciam habuimus expertas, ut locum illum percelebremet inex- 
pvgnabilom, intar guarraroffl angvatias et liestiiim oppida intrinsecoramque 
fxmàtn^ soimD slDd«> maTiiniaqoe peàcolia nb nostas didonis obadianoia cn- 
noae fideliterqne reddiderint •. Tontafeis, oatta doaatioq aa fiUpréiwitéc et eir 
registrée à la Chambre des Comptes que le 39 janvier 1426 {Arch. Nat., 
J 467, no 96). En outre, à la date du 11 mai 1433, le roi de France avait fait 
payer an comte d'Anmale une somme de jSi livres destinée à la mise en eut 
da défensa du Mottt-Saint*Micllal(La Roque, Hitt. de la maison de Rarcourt, 
m, 496) ; al le 7 da ca mois Jaan da Haroourt avait fait appro vi sionner la 
fortaresaa oonflée à aa garda^ par laa soins da GnlHanme le PresCrel : i« de 
t40 livres da salpêtre fin ; aa de 60 livres de soufre ; 3» d'un mllHer de trait 
commun; 40 da 5o pelatooa de fil à arbaMa (/W., IV, I685^ 



122 CHRONIQUE BU MONT^SAINT-MICHEL 



XVIII ^ 

3L. 

Q^n» es guerre de la gantiam angiaisê de Cheràmitg, è Vœ- '^ 

easion de. ia ptrisepûr m hakimer du dit poré^ aidé é'um ema^e 
de Pooley. d'un haleinier de Samt-^alo mwté fur des gens du 
dit Saint'Malo^ du Mont-^ainh-Michel et du pays de doux, 

Gatngs db Guerre. 

Cristûfl^ Huet» lance a cheval, avecques plusieurs autres ^ % 
de la dicte place cy après dénommez partirent le xxix® jour 
de janvier et alérent en la mer dedens ung ballenier du dit 

lieu de Chierebourg et une petite escaffe i de la Polie >, pour % . 

aller au secour et aide d'un ballenier d'Angleterre qui com- >i ^ 

batoit avec ung autre ballenier de Saint Malo, lequel balle- ** 
nier de Saint Malo fii prîns par les gens du dit ballenier 

dfAingletçrr^ et a eulx rendu ainssoys que les diz baleinier ^^ 

ée Clneretoi^g et«9caffe de la PoUe peusseiat aftiver a eulx, •. ^ 






-« 



% . 



îesqudr Cristofle et ses compaignons reVîndrent le dît jour. 
Et semblablement vlndrent avec eulx céulx du dit ballenier 
d^Axigleterre au dit lieu de Chierebourg et admenérent tous 
«asettbleiedftboiienkrdeSftiatMalo^dedâiialequeleseorent ^** 

des gens de Bretïdngttc, du dk Saint Malo 5, du Mont Saint 

i 

»« EftMfi^ petite cfflbflwatfoiv dnlsttkigcapha» Voyea M, GlrnsoÊtetiémii'' 
^9,9i^tacsisê{lffà. , 

3. Pocild; f>ott 4» nMr du tod 4e PAngletsrre, à l'omet de Portenouth^ dans le .^ ' < 

conté et Doreet. 

3. Cette )»ièee cet snrcoat Uttéreeeaate en ce ^"lelle nous mentre des gem 
d'armes de It gtrniaon française du Mont^Sniit-Michel îmmÉt la course contre 
tse Anglais, èlafnde 14» ou^dass les prèmieK joats de ^anirier 1433, sur 
un ttaifire tnoA à SaiatvMalo et e» O0Hi}ïagiiie de marias du pays de Ceux, peut- 
€tre de Dieppe. Dès les premiers mèi» de I43«^ Henri V s'était vu fcrôé de 
ffrandre deeiaesares -pour mettre les c^s mérldioiiales deT'Angletepre àl'abri 
des inoonion» des BKeio]»(il#^. de la Soc* dn Am. de Nérm,, XXKl, 355, 
»e 1 3ib),< Dana le courant de atai de eette année, dat nfearins de cette nation 
avaient capturé un navire de Cardiff près de Harfleur et l'avaient amené à la gar- 
nison française du Crotoy {IMd,, 254, no 1 377). Au commencement de Tannée 
suivante, des corsaires de Saint-Malo n'avaient pas' craint de pénétrer jusque 



t*IJSCBS DIVERSES 123 

Michiel i et des povres gens du pais de Caux, et en especial 
des femmes et petiz enfims avec de leur menu mesnage 
comme poz, paelles, vaisselle d'estain et autres telz choses, 
lequel vâissel, prisonniers et toutes autres choses qui dedens 
estoient furent venduz et livrez en diverses parties au plus 
offrant. Dont les diz Cristofle et ses compaignons, qui furent 
a icelle aide ont eu pour leur paine et saliaire les parties cy 
après desclairées. 

(Bibl. NcU,y Quittances^ t. 53, n9 Sjgi,) 



dMft te h«vn da Çsea où iJ« ATaknt £ût OAtii btsat tor du mwchiindiacft tp» 
piu'teiMUit èi un négocûant de cette vtUe nommi Sényphin Labbé {Arch, Nat., 
JJ 173, no 368). Cest dans ce même havre dç Caen qu'en juillet 1433 Guil- 
tenme de la Pôle, conte de Saflblk, seigneur de Hambye et de Bricquebec» ami- 
ral <|e Mdrmaidia, lit tnner un « btl^ier d'amies ir, monté par 9 hommes 
d^amiea et ±5t MTob^ca^ o«tr» ica mmi^ Qt daitàaà au alèc« doCrotoy (BiU. 
Ma(,.Quitt>» t. 53^aoa8). 

I. Le 6 avril de cette, aon^ 14^3, par acte daté d^ Bourg^s^ Charles VII, 
préservé des suites d'une chute dans Técroulement d'Une maison où il se trouvait 
à Tir RMhdle le m ooiobM préoMent et attribaaftf «m sshit en cette circon- 
almce à l»,prqloc|iciiLde mal Miçlieiy « noolontes igitnr nonastecium Saacti 
I4jçh«^8 in pçciçnlQ m^U, Abrincensis.dioçeais,, miraculoaa revalaoÎQne et au» 
pernis' auxiliis institutum. a DomJno et Archangelo beatissimo dedic^tvm» nos- 
tros j)redecessores incHtissimos digna veneracione coluisse, devocione visitasse, 
tenis^amûstfo ecaei&per adipliaete ftrvorièuB nocnon aflisccionis habundancia 
Oifm^ Vt»mm pQqpRtm et. iotepaEskiliCBr « diemia i<v tonaa,kàt&tÊaéa 9«estU 
^i&^ ài$aum pytuniiSk ut ad i^rain manaaferiwin noatre . ciavoçi^aie ouritM màr 
tetur et régie munificencie dona sei^tiat in Status nostri felicius incremeiitum 
et anhne remedium sempitemum, quatinus ipsîus Archangeli bçatissimi sa- 
lotiibrodeole et piiasimo interventi, ^uem intima, eamfidociacelhmis, regno 
pf)edeaae et ex koa^bua triiunpiiare meoeanHO' ; avait idoftné, peurkbOâMbm^ 
tioa d'une qeaae acdeoneUe le ii octobre de chaque aaoéi^ lao livyaa 4e, mste 
annuelle et perpétuelle aux religieux du Mont-Saint-Midiel, « quorum fidem 
et virtutis cons|anciam habulmus expertas, ut locum iHum percelebremet inex- 
psgnaibilem, inter guerrarmn angeatiaa et heatiura oppida intrinseconmiqne 
Icwitea^ ammo atudip nmimuqne peciculi» aab noat» dicionis obediancia ca- 
noae fideliterque reddiderînt ». Toutafiaisi cette doaatioQ ae fijlpréawptéei et ear- 
registrée à la Chambre des Comptes que le 29 janvier 1435 (Arch, Hat,, 
J 467, no 96). En outre, à la date du 11 mai 1433, le roi de France avait fait 
payer au comte d'Anmale une somme de 751 livres destinée à la mise en état 
de défense du Mont-Satnt-Mtdiel (La Roque, Hht, de la maison de Hareourt, 
lUf 496) ; et le 7 de ce moi» Jean de Hareourt avait fait appro vis io n ner la 
fortereaae confiée à sa garde, par les soins de GniHaume le Prestre! : 10 de 
140 livres de salpêtre fin ; sa de 60 livres de soufre ; 3o d'un niIlHer de trait 
commun; 40 de 5o peletona de fil à arbeMe {Ibid*, iV, i685^ 



124 CHRONIQUE DU MONT-SAIMT-MICHEL 



XIX 

t 

1423, JUIN, BOIS DE VlNCLNNeS 

Henri VI donne à Thomas le Bourgs demeurant à Bayeux et 
lieutenant du vicomte du dit lieu, les biens confisqués des rebelles 
y dénommés, 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'AngLe* 
terre, savoir bisons a tous presens et avenir que nous, 
considerans les bons et aggreables services que Thomas le 
Bourg, nostre homme et lige subget demourant a Bayeux, a 
fais a feu nostre très chier seigneur et përe, cui Dieu par« 
doint , a nous et a nostre très chier et très amé oncle Jehan, 
régent nostre royaume de France, duc de Bedford, ou fut 
et exercice de justice, tant en l'office de lieutenant de nostre 
viconte de Bayeux qu'il a exercé longuement comme autre* 
ment, fait chascun jour, et eH>erons que face ou temps ad« 
venir, et que, en hayne et contempt de la bonne justice 
qu'il nous a faicte et acomplie sur les brigans et autres noz 
ennemis et adversaires, ses hostelz, manoirs et autres édifices 
qu'il avoit au ^lat pays lui ont esté et sont destruis et desers 
par les dis ennemis, et ses heritaîges et possessions demourez 
en non valoir pour ce qu'il n'a trouvé ne trouve aucun qui 
pour doubte des diz brigans, qui chascun jour repairent et 
conversent es lieux ou les diz heritaiges sont assis, les ait 
osé ne ose labourer, et que pour ce il n'a eu de feu nostre 
dit seigneur et père ne de nous aucun don ne autre remu- 
neraclon, et autres causes et consideracions a ce nous mou- 
vans, au dit Thomas [le] Bourg >, pour lui et ses hoirs masles 
légitimes descendans de lui en droicte ligne, avons, par 



I. En décembre 1 43 1, Thomas le Boorc, lieuteotot général de Jean Bnmel, 
vicomte de Bayeux, avait fait vendre aux enchères i Sainte-Croix sur la Mer et 
à Banville, en la vicomte de Bayeux, les biens meubles de Thomas et de Grin- 
gore Bourgueze et de Thomas Fillot, par le ministère de Raoul de Mathan et 
de Jean Lenterin^ sergents {BibL Nat,, Quitt, t. 53, no 3686). 



PIÈCBS IHVËItSES 125 

Tadvis de nostre dît oncle, donné, cédé, transporté et délais» 
sié, donnons, cédons, transportons et délaissons, de grâce 
especial, par ces présentes, toutes les terres, cens, rentes, 
revenues, héritages et possessions, que Jehanne de Guilly, 
ve^e feu Guillaume d'Octeville, et Jehan de Villiers souloient 
avoir et tenir ou bailliage de Caen et en la viconté du dit 
Bayeux et ailleurs a Tenviron, avecques leurs appartenances 
et appendances quelzconques, ensemble un hostel que 
Jehan du Boscq, prestre, souloit avoir et possider au dit 
lieu de Bayeux, en la rue de Saint Nicolas de Courtilx, 
avecques les court, jardins, louages et autres appartenances, 
ainsi que tout se comporte et extend, le tout a la valeur de 
soixante douze livres tournois de rente ou revenue par an, 
eu regart a ce qu'ilz valoient ores quinze ans a, a nous 
advenues, escheues et appartenantes, parce que la dicte vefve 
et aussi les diz de Cuilly, de Villiers et du Bosq se sont 
absentez de nostre seigneurie et renduz a nous rebelles et 
desobeissans... Si. donnons en mandement jaux bailli de 
Caen et viconte de Bayeux... Donné au bois de Vinciennes 
ou mois de juing Tan dé grâce mil CGCcxxni, et le premier 
de nostre règne. Ainsi signé : par le roy, a la relacion 
de monseigneur le régent le royaume de France, duc de 
Bedford. R. Veret. 

(Arch, Nat, sect* hist.y JJ lySy «<> 2^4,) 



XX 

142 3, 30 JUILLET, MANTES 

Henri V/, sur le rapport de son oncle Jean , duc de Bedford, 
régent de France, charge son cousin Jean de la Pôle, chevalier^ 
de recouvrer la p^ce, forteresse et église du MonUSaint'Michàl^ 
soit par voie amiable, grâce à ^entremise de l'abbé du Mont et 
de Jean Popkam, chevalier, seigneur de Torigni, ses conseillers^ 



I 20 CHRONIQUE. OU MONT-SàWT-MlCHEL 

soit par U/^rce et au moyta ^m siégeai ¥ue 4ià^iel il «Mlp* 
rise le dit Jean à appeler sous les arme* Ums les nobles des 
idniiàgés de Caen et de Cotenth. 

tienry s par lagrace de Dieu ray d» Viaw^ et d'AngU- 
UTT^G^ a . tout ce^x <)ui ces: preteatet letfrf» V4nr9n^ satet 
SavAÎr laiscms €^\^^ pour ù siognU^e coafieoise ^^ OM» 
avons ^ seos, vaillance, loyaullé et bçnae dilâftoce é^ 
odsue ajxké et feai cousin Johan la Pôle ', chev»lier, ieeUftii, 
par Tadvis de aostre très cbier oK très vné oade JebM, 
ressent nostr« royaume de France, dw de Bedfordi avons 
commis, ordonné et depputé, commettona, offdoaneas ^ 
députons et lui avons donné et octroyé «t par ces pnaseaftBs 
donnons et octroyons povoîr ot auctorité de requérir de par 
nous et aostre dit oncle ceulx qui détiennent tt QCC9MffeDX 
ja place, forteresse et £^;Use du Mont Saêit tticliiel que ite 
la rendent et mettent en nostre obeîsaan^^ 4« îceUe ifàac^ 
recevoir avecques ceuâxqui ladetie^Ment qui se ¥OU}drofl(t 
mettre en nostre dicte obéissance, de leur réméré let par« 
donner, se mestier est, tous crimes «et deiicts plu* $uix oom- 
mis a Toocasion de la guerre, excité de Ja mort de feu 
xiostre cousin de Bourgongne, de recevoir d'eulx le seremenit 
de la paix final et qu'ilz demourront tlq% bons et l<^aulai 
subgez et de leur baillier sur ce ses lettres, lesquelles nous 
conserverons, se requis en sommes, de procéder par toutes 
voyes et manières possibles, soit par force d'armes, par voye 
amiable ou autrement, pour avoir et recouvrer Tobeissance 
de la dicte place et de povoir mettre et establir siège pour 
ceste cause, tant par mer comme par terre, de povoir pour 
ce mander et assembler tous les nobles et autres des bail* 
liages de Caen et de Costentin qui ont acoustumé aler 
en armes, soient gens d'armes ou gens de trait, tant des 
, garnisons des diz bailliages comme autres, de les contraindre 
a aller devers lui pour la cause dessus dicte, les veoir, 

1. Nous publions cette pièce d'après un vidimus de Girard Çigonche, 
vicomte de Coutances,- en date du i6 août 1433. 

a* Jean de la Pôle, comme noUs avons eu déjà l'occasion de le faire remar* 
quer (voyez pins bailt, p* 98, note i), avait été gratifié, le 10 avril 1419, de 
Immoiife de\Moyoa coâfis^uée sur Jeanne Paynel, femme de Louis d'Estoute- 
ville. 



PiBCfiS MVfiltBBfi 127 

conduire et gouverner durant le temps du dit siège et qu'ils 
seront en sa compaignie, les pugnir et corriger, selon ce 
que les cas le requerront, toutesfoiz que ilz feront faulte et 
n'obéiront a ce qui leur sera commandé et ordonné pour le 
bien du dit siège et de ce qui leur sera chargié de par nous 
ou nostre dit oncle, de faire faire et ordonner tous abille- 
mens des guerre neccessaîre$ a fiiit de skg^ Et aveeques oe 
lui avons donné ^ donnons povoîr de tratctîer et composer 
ay^t^ues ceulx qmdette&nent et occuppent la dicte phtce du 
Mont Sainit Michîel 0u autres que besoing sera, pour tcelle 
avoir et recouvrer par voye amiable, appeliez a ce fdre noz 
amez et feaulx conseilliers l'abbé du dit lieu du Mont et 
Jeb«n Pophaîn, chevalier, seigaéur de Tborigny ^^ ou l^un 
d'eulx, et par leur bon adviset oonseid. Et gefiei<aâment a<vo«i6 
donnent xKtrayé^ donnons et odroyons a nostre ditcoumn 
Jehan la {V)le povoir, auctorité et mandement ^spécial de 
làire/et: exécuter tomtes choses neccessaÂpes et convenabkls 
|Mmr la cefôouvrance de la dicte place, ce q«ie l^peut^dt^dèit 
«faiFô en tel cas. Si donnons ien mandemeasut, par^^Bs meones 
presu^les, a nostre dit conaisin (^e^en «oiite diligence il «leicte 
«a execMicioa les choses dessus dictes a kiî commises^ comme 
;dit-e9tv«t<a toiiz nos vassaulx, pistîciers, officiers et subj^teis 
ei a c]iMSt$Cttn d'euk, que ^ lui etajses commis et depputeiz ^n 
«este partie obéissent et entemdent diligemment <et<}tâ presti^it 
oçnxi^j confort <et aide, chascun (endroit soy, selon ce >qtr^ 
ien seront requis. En tesmoing de ce, nous avons &n<t mettre 
a ces présentes, nostre seel ordonné «n l'absence du grant. 
Dooné a Mante le xxx^ jour de juillet l'an de grâce ifiil 
^u^Eklre cens vînt et trois, et de nostre règne le premier, 
eeeUé de nostre seel ordonné en Pabsenoe du granit. Ainsi 
signé : Par le roy, a la relacion de monseigneur le régent, 
4uc.de Bedford. J. MoiET. 

(Brbl. Nat., Quittances, t, 55, n» g4.) 

I. Le 5 mai 1418, Henri V avait donné à Jean Popham Torigqi (Manche, 
arr% Saint-Ld) et Planquery (Calvados, arr. Bàyeax, c. Balleroy) valant 
3,ooDjGa«raiii]ea .par Aa<if^. de la Soc. dés AiU. de Nàrm,, XXIII, n« i3i; 
Ségf des dons, p» 24). Les Popham-étaient aeigneors de Wellington, cdana le 
.comté de Somerset (Càmden, Britannia., p. i63). 



128 CHRON[QUE DU MONT-SAINT-MICHEL 



XXI 

1423, AOUT* PARIS 

Bémi$$imi och'ùyée for Henri VI à Jean Sterre, écuyer anglais, 
au sujet du meurtre de Jean Avicet , brigand natif de la forêt 
de Saint^Sever, qui s'était emparé des chevaux du dit écuyer 
estimés 100 livres^ pendant que celui-ci était friscnnier au Mùnt- 
Saint'MicheU 

Henry, par la grâce de Dieu roy. de France et d'Angleterre, 
savoir faisons a tous presens et avenir nous avoir receu 
Tumble supplicacion de Jehan Sterre, escuier du pays d'An- 
gleterre, contenant que. comme, après ce qu'il eust esté prins 
prisonnier en nostre service et mené au Mont Saint Miehiel 
et illec détenu par aucun temps en très griesves et estroictes 
prisons, un. nommé Jehan . Avicet, brigant et gaitteur de 
chemins, natif de la forest de Saint Sevoir en Normandie, 
eust prins aucuns des gens et serviteurs du dit suppliant et 
leur [eust] osté ses propres chevaulx qui bien valoient cent 
livres et plus, desquelz il entendoit délivrer son corps des 
dictes prisons ; pour laquelle cause et perte des dictes gens et 
chevaulx, et que le dit suppliant n'a voit autre chose dont 
bonnement se peust racheter, il lui convint si longuement 
demourer es dictes prisons qu'il fut en péril de y finer ses 
jours;. et il soit ainsi que, aucun temps après que le dit 
suppliant fut délivré des dictes prisons, ainsi qu'il chevau- 
choit querant les brigans . qui continuelment estoient en 
aguet sur le .pays, il eust d'avanture trouvé le dit Advicet, 
lequel, jasoit ce que auparavant il se feust plusieurs et di- 
verses fois mis et rendu en nostre obéissance et fsït les 
serem'ens en tel cas acoustumez et icelle obéissance delaissié 
et retourné avec noz ennemis, soubz umbre de la grâce et 
abolîcion générale par nous faicte ou mois de mars derrain 
passé, par laquelle entre autres choses nous avions octroyé 
a tous les absens du pays de Normandie, abulletez et non abul* 
letez, qui plus d'une fois n'auroient eu grâce, [qu'il] peussent 
retourner en nostre dicte obéissance dedans la Saint Jehan 



PIÈCES DIVERSES I29 

Baptiste derrain passée, se estoit parti du dit lieu du Mont 
Saint Michiel et venu, comme Ten dit, rendre en no$tre 
dicte obéissance es mains du cappitaine de Vire ou son 
lieutenant, combien que, selon raison et la teneur de la dicte 
aboiicion, le dit capitaine ne le peust ou deust avoir fait, 
attendu que par plusieurs fois le dit Advicet avoit esté 
abuUeté et depuis soy parti de nostre obéissance dessus dicte 

et après y retourné Si donnons en mandement par ces 

présentes aux bailiiz de Caen et de Coustentin Donné 

a Parb ou mois d'aoust l'an de grâce mil quatre cens et 
vint trois, et de nostre règne le premier. Ainsi signé : par 
le roy, a la relacion de monseigneur le régent le royaume 
de France, duc de Bedford. R. Veret. 

(Arch. Nat,y sect. hist.y JJ ij2y «0 840.) 



XXII 

1424 'n. st.), ï"' JANVIER 

Thomas Burgh, institué capitaine d'Avranches en remplacement 
du comte de Suffolk, déclare qu il a fait sa première entrée dans 
cette ville le 10 décembre précédent* 

Sachent touz que je Tliomas Burgh i, cappitain de la 



1. Par acte daté d'Évreux le i*^ avril 1419, Henri V avait donné à Thomas 
Burgh, écuyer, la terre de la Luthumière, enclave de la forêt de Brix, con- 
fisquée sur Jean de la Haye, dit Piquet, écuyer, l'un des signataires de la capi- 
tulation de Cherbourg, ainsi que les possessions de Raoul de Montauban, che- 
valier rebelle, dans le bailliage de Cotentin, le tout évalué à 800 écus de revenu 
par an, moyennant la redevance d'un « boar-spear » ou'épieu pour la chasse au 
sanglier livrable au château de Cherbourg {Mém. de la Soc, des Ant. de Norm., 
XXIII, 66, no 349). Thomas Burgh était sans doute renommé comme chasseur, 
car il fut investi, le i3 avril 1420, de l'office de louvetier dans les vicomtes 
d'Auge, d'Orbec, du Pontautou et de Pont-Audemer (Ibid., i36, no 796). Cet 
écuyer était en outre capitaine de Valognes ; ayant été fait prisonnier par les 
Français < per fortunam guerre », peut-être à la bataille de Baugé, il fut 
remplacé dans cette capitainerie, le 14 avril 1421, par un autre écuyer 



I > 



l3o CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

ville et forteresse d'Avrenches, confesse avoir prins et receu 
le K charge, garde et governance du dictes ville et forteresse 



anglais nommé Jean Botiller ou Butler (Ibid., %2y, no lagS). Jean Bnrgh 
{IbU., n<M 419, 1027, 1084, 1289, 1390, i3ii) et Richard Bnrgh {IHd., 
no 399), écuyers, qui furent aussi comblés des faveurs de Henri Y, étaient pro- 
bablement les frères de Thomas Burgh.' Trois mois environ avant la nomination 
de Thomas Burgh comme capitaine d'Avranches, par actes datés de Mantes, les 
34 et 26 septembre 1433, Thomas Btount, chevalier, et Lorens Waren, écnyer, 
naguères bailli du Cotentin, avaient été institués capitaines, le premier, de 
Saint-LÔ, avec une garnison de 20 hommes d'armes, i3 à cheval, 7 à pied, et 
de 60 archers {BibL Nat., Quitt., t. 55, no 118), le second, de CouUnces, 
aussi avec une garnison de 20 hommes d'armes, 16 à cheval^ 4 à pied, et de 
60 archers (Jbid,, no 127). Ces deux nouveaux capitaines, dont l'un, Lorens 
Waren, était déjà lieutenant de la garnison de Coutanoes, remplaçaient Guil- 
laume de la Pôle, comte de Su£folk, parti pour une expédition dans le Maine 
où il se faisait battre à la Brossinière par le comte d'Aumale et Ambroise 
de Loré, au moment même où Bedford signait ces nominations, c'est-à-dire le 
26 septembre 1423. Les deux frères de la Pôle, Guillaume et Jean, furent 
faits prisonniers dans cette journée par les Français, et Guillaume ne recouvra 
la liberté qu'en payant une rançon de 20,000 livres. Ces la Pôle étaient origi- 
naires de Hull ou Kingston-upon-HuU, port de mer situé à l'est de l'Angle- 
terre, dans le comté d'York, près de ^embouchure du Humber, l'un des plus 
fréquentés au moyen flge par les marchands des Flandres, de la Hollande et des 
villes anséatiques. Guillaume de la Pôle, comte de Suffolk, seigneur de Ham- 
bye et de Bricquebec, et Jean de la Pôle, seigneur de Moyon, étaient fils de 
Michel de la Pôle, chancelier d'Angleterre, créé comte dd Suifolk par Richard H 
le 29 octobre i385, et petits-fils de Guillaume de la Pôle, riche armateur de 
Kingston-upon-HulI, anobli par Edouard III. Michel de la Pôle, frère de Guil- 
laume et de Jean, avait été tué à la bataille d'Azinoourt, et un autre de leurs 
frères, Alexandre de la Pôle, eut le mime sort à l'afiaire de Jargeau (voyez plus 
haut, p. 36, note 5). Henri VI érigea le comté de Su£folk en marquisat en fa- 
veur de Guillaume de la Pôle, à condition qu'il porterait une verge d'or sur- 
montée d'une colombe au couronnement des rois, et une verge d'ivoire, surmon- 
tée du même oiseau, au couronnement des reines d'Angleterre (Camden, Brl- 
tannia, p. 34.1). Un des établissements de charité de Kingston, appelé Charter 
Hoiise, a été fondé en 1384 P^r Michel de la Foie, premier comte de Suffolk, au- 
quel on attribue aussi une réparation des fortifications de cette ville exécutée 
en 1378. 

1. Nous respectoi^s le mauvais français de cet homme d'armes, issu d'une 
famille d'origine normande, établie dans le comté de Chester et en Cornouaille 
après la conquête, dont une des branches, transplantée en Irlande, est représentée 
encore aujourd'hui par les comtes de Clanricarde. L'endenture passée entre Jean, 
duc de Bedford, régent de France, et Thomas Burgh, écuyer, à l'occasion de la 
nomination de celui-ci comme capitaine d'Avranches, est datée de Rouen le 
22 octobre 1423. Cette endenture stipule que le nouveau capitaine n'aura pas 
sous ses ordres moins de 40 hommes d'armes et de 120 archers à cheval, de 
20 mmes d'armes et de 60 archers à pied. ('Bibl. Nat,^ Quitt., t. 55, 



PIÈCES DIVERSES l3l 

et en icellc avoir premièrement entrée, comme cappitain 
d'icelle, le x™« jour de décembre darrein passé. La déli- 
vrance de quelle me fut faicte par Roger HuUefeld, escuier, 
a ce commis et député en nom de hault et puissant seigneur 
conte de SuflFolk, n'a gaires cappitain d'icelle. En tesmoigne 
de quelle chose a ce présente endenture devers le dit conte 
demurrante, j'ay mis mon signet et signe manuelle, le pre- 
mier jour de janvier Tan mil cccczzni. Burgh >. 

(Bibl. Nat.y Quittances, t. 55, «• 1 84*) 



XXII 

1424 (n. st.}» 16 JANVIER, Cabn 

Le trésorier et gouverneur général des finances du duché de Nor^ 
mandie mande à Pierre Surreau, receveur général des dites 
finances, de payer à Richard Wydevile, grand sénéchal de 
Normandie et capitaine de Caen, pour le payement des sou^ 
doyers de sa retenue^ 1 5g4 livres 16 sous 2 deniers tournois, 
à prélever sur l'aide de 80,000 Uvres tournois octroyée par les 
États de Normandie pour la solde des gens d'armes et spéciale'- 
ment pour la réduction du Mont-Saint-Michel, d'Ivry et autres 
places. 

Le trésorier et gouverneur gênerai des finances ou pais et 

n« 14a.) Une endenture postérieure, datée de Caen le 6 décembre suivant, 
spécifie qu'il sera fait i la garnison un payement Immédiat de 1,000 Uvres 
tournois, « obstant ce que les gens d'armes et de traict et autres, qui estoient 
en la dicte ville, au temps qu'elle fût assegie par no\ ennemis, ont gasté et 
consommé les vivres et provisions qui y estoient, le dit capitaine et ses gens 
ne se oseroient bonnement bouter en ycelle sans avoir avant toute œuvre 
aucun prest dont ilz puissent faire leurs provisions et eulx avitaillier. » fBibL 
Nat., Quitt.^ 55, n* 169). Ces dernières lignes font allusion au siège mis. de- 
vant Avranches et à la chevauchée faite devant Saint-LÔ, en octobre 1 423, par 
Jean de Harcourt, comte d'Aumale, capitaine, du Mont-Saint-Michel, secondé 
par Louis d'Estouteville, sire d'Auzebosc, après la victoire remportée sur les 
Anglais à la Brossinière le 36 septembre précédent. (La Roque, Hist. de la 
maison de Harcourt, III, 496, Soi .1 
I. Signature autographe. 



l32 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

duchié dé Normendie a fait recevoir par Pierre Surreau, 
receveur général des dictes finances, de Guillaume Biote, 
viconte de Carenten, sur ce qu'il peut et pourra devoir a 
cause de sa recepte de Taide de quatre vint mil livres tour^ 
nois ordonnez présentement estre mis sus pour le paiement 
des souldoiers du dit duchié, subjuguer les places du Mont 
Saint Michiel, Yvry et autres voisines d'icellul pats, entrete- 
nir justice et extirper les brygans, la somme de quinze cens 
quatre vins quatorze livres seize solz deux deniers tournois, 
par assignacion faicte a noble homme Richart Widevillei, 
grant seneschal de Normendie et capitaine de Caen, pour le 
paiement des souldoiers de sa retenue. Escript a Caen soubz 
les signet du dit trésorier et saing manuel d'icellui receveur 
gênerai, le xvi« jour de janvier Tan mil cccc vint et trois. 

P. SURREAU. 

(Arch. du dép, de la Manche, fonds Danquin.) 



1. Le x^f février 14191 Richard Wydevile, écuyer, avait reçu ea don les 
terres de Préaux et de Dangu confisquées sur Pierre de Bourbon {Mém* de la 
Soc, des ÀsU, de Nortn. XXIII, nos 381 et 534). Le 16 novembre de la infime 
année, il. avait été nommé bailli de Gisors et de Vemon (/bid.^ no 690), séné- 
chal du duché de Normandie, le 18 janvier 1421 {Ibid., no 924), trésorier gé- 
néral du dit duché le 1er septembre 1423 {Bibl.Nat., Quitt., t. 53, no 5750), 
grand sénéchal de Normandie, le 11 mars 1423 [Ibid.,t 55, no 47), enfin capitaine 
de Caen, le 19 septembre soivant (iircA. iVâ^., K 63, no 74). Richard Wydevile 
ou de Wideville, dont le nom indique une origine normande, était seigneur de 
Grafton (auj . Grafton-Regis, dans le comté de Northampton, à la limite sud- 
est de ce comté), petit village dont l'église, placée sous l'invocation de Notre- 
Dame, contient les tombeaux des principaux membres de la famille Wydevile, 
illustrée par le mariage secret d'Elisabeth, fille de Richard Wydevile, avec le roi 
Edouard IV. Grafton n'est qu'à quelques lieues à l'ouest de Newport-Pagnell 
ou Paganel, petite ville du comté de Buckingham qui doit son surnom à Hllnstre 
famille normande des Paynel. Un peu au nord de Grafton, la seigneurie de Blis- 
worth appartenait à une autre famille normande, les Wake, barons de Wake 
et d'Ëstoteville ou Estouteville (Camden, Britannia, p. 375). — Bedford se 
prépara i opérer cette réduction du Mont-Sàint-Michel dont il est question plus 
haut, dés le commencement d'avril 1424. Du 9 au 17 de ce mois, Robert Jo-^ 
tivet, l'abbé renégat devenu le conseiller du régent, fut mandé de Rouen à 
Paris « pour aucunes choses touchans le fait du Mont Saint Michiel • {Bibl. 
Nat,, ms. fr. n* 4485, f* 335). 



_ _J 



PIÈCES DIVERSES ]33 



XXIV 

1424, 30 AVftIL 

Procès-verbal, dressé par Guillaume Breion, bailli de Caen, de 
l'exécution, faite à Bayeux le 28 de ce mois, d'une femme nom- 
mée Thomasse RaouU de la paroisse d^Esquay, enfouie toute 
vivante comme complice des « brigands ennemis du roi ». 

A tous ceulx qui ces lettres verront, Guillaume Breton, 
chevalier, bailli de Caen, salut. Savoir faisons que par Jehan 
le Courtois i-fut prinse et admenée Thomasse Raoul, de la 
paroisse d'Esquay s, et mise es prisons du roy nostre sire au 
dit lieu de Baieux, pour avoir conseillië et conforté les 
brigans et anemis 3 du roy nostre dît seigneur ; et illeques 
pour ses démérites a esté condempnée a estre enfouye toute 
vyve, qui le fat Tendemain de la dicte condèmpnacion 
faicte le xxviii» jour de cest présent moiz d'avril iiiic xxiiii. 
Et ce certiffîons a tous a qu'il appartient par ces présentes. 
En tesmoing desquelles choses, nous, au jour d'uy derrain 
jour du dit moiz d'avril, ou dit an, avons seellées ces pre* 
sentes du petit seel aux causes du dit bailliage. Donné 
comme dessus. 

(Bibl. Nat.y Quittances, t, 56, no 245,) 



1 . L« 3 mai suivant, ce Jean le Courtois^ qui devait être Normand, ains 
que son nom l'indique, et qui est mentionné comme demeurant à Bayeux, 
reçut de Jean Buroel, vicomte du dit lieu, un salaire de 6 livres tournois 
pour avoir dénoncé et livré sa compatriote. (BibL Nat., Quitt., t. 56, n« 25o.) 

2. Auj. Esquay-sur-Seulles, Calvados-, arr. Bayeux, c. Ryes. 

3. On voit par ce procès-verbal, . comme par Tune des pièces précédentes 
(voyez plus haut, no xix), la résistance énergique que les habitants du Bessîn 
opposèrent à la domination anglaise, notamment en 1423 et 1424. Le châ- 
timent ipfligé à la pauvre Thomasse Raoul accuse l'atrocité de la répression. 



.■mm. .»../>._ 



|34 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 



XXV 

1424, ivw, Paris 

Rémission octroyée par Henri VI à Etienne le Roy, de Brain^^ 
ville, pris et mis en prison par les Anglais de la garnison de 
Coutances sous Vinculpaiion de complicité dans divers actes de 
brigandage commis au mois d'août 1423 par les ennemis du 
bois de Courbefosse. 

. Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle- 
terre, savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir 
receue Tumble supplicacion de Estienne le Roy, povre 
homme de labour, aagié de xlvi ans ou environ, chargié de 
femme, demourant a Brainville >, près de Coustances, con- 
tenant comme, environ le mois d'aoust derrain passé, Guil- 
lot Ami, Michiel du Fresne et pluseuris autres brigans en 
leur eompaignie feussent venuz en la parroisse de Saint 
Martin de Montsourvent s, près du dit Coustances, en un 
hostel ou ilz prindrent un Anglois nommé Wilequin Roche- 
bondon et plusieurs Normans en sa eompaignie, entre les- 
quels estoit Perrin le Roy, filz du dit suppliant, et les 
amenèrent prisonniers ou bois de Courbefosse ^,' et aussi 
prindrent au dit lieu de Montsourvent, qui est ung village 
loing de forteresse, pluseurs chevaulx d' Anglois qui estoient 
logiez au dit lieu, et le landemain raençonnérent le dit 
Anglois et aussi le dit Perrin et les en renvoyèrent. Et 
quant icellui Anglois fut retourné, il mist sus au dit Perrin 
et dist a ceulx a qui les chevaulx estoient que ce avoit esté 
par le dit Perrin, lesquelz Anglois s'en alèrent chez le dit 
suppliant ou ilz prindrent tous ses biens et les vendirent, en 
le menassant que, se ilz le tenoient, que ilz le tueroient. 



I. Manche, arr. Coutances, c. Saint-Malo-de-la-Lande. 
3. Montsarvent, Manche, arr. Coutances, c. Saint-Malo de-Ia-Lande. 
3 Bois situé sur la rive gauche du Thar, entre la Haye^Pesnet et Saint-Pierre- 
Langers. 



PIÈCES DIVERSES l35 

Pour la crainte desquelz, icellui suppliant se traist arrière et 
s'en ala jusques a Saint Paer i sur la mer ou il avoit de ses 
parens et après retourna a Gratos s, près du dit Coustances, 
dont il estoit na^if pour cuider recouvrer aucuns de ses 
biens. Auquel lieu il ^t prins des brigans qui le gardèrent 
un jour arecques eulx et au soir lui dirent qu'il yroit atten- 
dre au Pont de la Roque 3. Lequel de fait, par contrainte et 
crainte d'iceulx brigans, y ala et les y attendi. Lesquelz y 
vindrent et amenèrent une jument chargée de biens; et 
quant ilz furent a Montmartin 4, ilz lui baillèrent la dicte 
jument et biens. Et laquelle il leur mena jusques a Saint 
Aubin des Preauz ^ et la leur laissa. Et de la se départit 
d'avecques eulx, et onques puis ne les vit ne ne parla ne 
fréquenta avecques eulx; mais a tousjours depuis esté ou 
pays de Saint Paer pour gangnier sa vie a servir gens et porté 
du pain a Tombelaine. Et après s'en retourna au dit lieu de 
Gratot et, environ Pasques fleuries derrain passées, fut prins 
au dit Brainville près du dit Gratot par les Anglob de la 
garnison de Coustances et mené es prisons du dit lieu ou il 
est a grant povreté et misère... Si donnons en mandement 
par ces présentes au bailli de Coustentin.... Donné a Paris 
ou mois de juing 6 l'an de grâce mil iiiic xxmi, et de nostre 
règne le second. Ainsi signé : par le roy, a la relacion du 
Conseil. J. de Rinel. 

(Arch. Nat.y sect. kist, JJ ij2, ii» 488.) 



I. Saint-Pair, Manche, arr. Âvranches^ c. Granville. 

a. Gratot, Manche, arr. Contances, c. Saint-Malo-de-la-Lande. 

3. Hameau de Heugueville, Manche, arr. Coutances, c. Saint-Malo-de*la-Lande . 

4. Manche, arr. Coutances. 
S.Manche, arr. Coutances, c. Granville. 

6. Le 7 de ce mâme mois de juin 1434, Jean du Sanssay, écuyer, passa une 
revue au Mont-Saint-Micbel. Cet écuyer avait alors sous ses ordres 2 cheva- 
liers bacheliers, Jean de la Haye du Bouillon et Jean de la Haye d'Éroude- 
ville ; 17 écuyers, Jean et Jacques Paynel, Huguelin et Robin Flambart, Guil- 
laume de Mucy, Thomas de Percy, Jean Gohier, Jean de M eulx, Jean Sachart, 
Richard de Clinchamp, Jean Beausemis, Robin de Fontenay, Guillaume aux 
Épaules, Jean Desquielle, Robin de Ver, Louis de Carantilly, Robert Reinel et 
17 archers à cheval (D. Morice, Preuves de Vhist, de Bretagne, H, 1144 et 
1145). 



I 1 8 CHRONIQUE DD B»ONT-SAINT-MICHEL 

coiite de 9afiblk r, d'ttiltre put, tesmoîngne qtré le ê^t conte 
Ht eV âtmottre devers le dit fnofiselgneur le régent, pour la 
seofaité et garde du pays de Coustamice^ et dTAWanches, des 
chastel et ville de Saint^Lo ei de là viSe de Constances, du 
idur de la date de oéste présente endenture jusques a la feste 
de Salnt-Miclûd pi^ucMn ensuivant, c'est assavoir le dit 
terme continuelment démourant avecques* lui sur la sauve-* 
garde et sceurtë des die pays et des dictes villes et chastel 
dncquaste hémmes d'armés et cent cincquante archiers tous 
a cheval armez et arrayez c<Mnme a leur estât appartient, c'^est 
assavoir vint hommes d'armes et soixante archiers pour Fa>« 
compaigaier dans ses chevauchées pour la garde et sceurté 
des diz pays, autres vint hommes d'armes et soixante archiers 
pour la garde du chastel de Saint-Lo, et.les aultres dix hom« 
mes d'armés et trente archiers pour la garde, sceufté et def* 
fense de la ville de Coastancés. Et prendra de gaiges.... Et a 
le dit monseigneur le conte «mpris^ sauvement garder a son 
povoir les dictes villes et chastel par lui ou son depptïté quel- 
conque pour qui il vouldra rendre, et de garder et deffendre 
a son povoir les diz pays d'Avranches et de Coustances a 
l'onneur et prouffit de monseigneur le régent, sanz livrer 
icelles places fors a lui ou a son certain commandement. En 
tesmoingnance desquelles choses, a la partie de ceste pré- 
sente endenture demourante devers le dit conte , le dit 'mon- 
seigneur le régent a fait mettre son seel. Donné a Vernon le 



1. William de la Pôle, quatrième comte de Saffolk, récemment promu che- 
valier de la Jarretière en remplacement de Thomas, duc de Clarenc^ tué à la 
bataille de Ban^ le as mars 14s i (Beltz, Memorials of the otder, p. 1 58). Le 
choix d'un personnage tel que le comte de Suffolk, comme capitaine de Saint-Lô 
et de Coatanoesi et le rt&forcemeat des garnison» ani^aises, voisines du Mont- 
Saiat-Mkhtl, avaient été rendus néceasairea par suite de deux petite avantages 
remportés par le comte d'Anmale as moi» d^ût précédent dans le cours d'une 
chevauchée entreprise pour forcer les Anglais à lever le siège de Dangu (Eure, 
arr. les Andelys, c. Gisors), défendu par le Roussia^ le premier, près de Ber- 
nay, où Ambroise de Loré et Jean de la Haye, baron de Couloaces, avaient 
mis en déroute 5oo Anglais et où Jean de Harcourt avait été fait chevalier par 
le vicomte de Narbonne ; le second, au retour de cette expédition, entre Mou- 
Uns-la-Marche et Mortagne, où Philippe Branche, battu par les Françaisi avait 
laissé plusieurs centaines des siens sur le champ de bataille CLa Roque, HisU 
de la maison de Harcourt, IV, i685 ; Chron, du religieux de Saint-Denis, 
VI, 47.f, 476, i^7%iGe$te 4t$ woMsf, 186 et (87). 



PIÈCES DIVERSES iSy 



XXVII 

X424; 2 JUILLET, VeRNON 

Henri VI défend aux sàudoyers, nouvellement venus d'Angleterre 
et payés de leurs gages jusqu'au mois de novembre, de s'en^^ 
râler avant cette date sous des capitaines autres que ceux avec 
lesquels ils ont passé la mer, 

Henri, par la grâce de Dieuroy de France et d'Angleterre, 
an bailli de Costantin ou a son lieutenant, salut. Il est venu 
a la congnoissance de nostre très chier et très amé oncle 
Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedibrd, 
que plusieurs gens d'armes et detrayt, nouvellement venus de 
nostre royaume d'Angeleterre en nostre royaume de France, 
lesquelz nous avons fait paier pour jusques au mois de novem- 
bre prochainement venant, ont laissié et laissent un chascun 
jour leurs cappitaines soubz qui ilz estoient ordonnés, et pour 
nous fraulder et décevoir et prendre doubles gaîges, se vont 
offrir a plusieurs cappitaines de noz duchié et pais de Norman- 
die, dont grans inconveniens et perilz se pourroient ensuir ; 
car, quant nostre dit oncle cuideroit avoir grans prestz et ap- 
pareilliés pour servir et les emploier en nos affaires et beson- 
gnes et reboutement de nos ennemis, il se trouveroit des- 
pourveu et desnué de puissance de gens, ce que ne voulons 
soufiErir en aucune manière ; et pour ce, par Tadvis et deli" 
beracion de nostre dit oncle, vous mandons, commandons 
et enjoingnons très expressément que en toute diligence vous 
faciès crier et publier par tous les lieux de vostre bailliage ou 
Ton a acoustumé de faire crix et publicacions, et en faisant 
deffence de par nous a toutes gens d'armes et de trayt, nou- 
vellement venus de nostre dit royaume d'Angleterre, que, 
sur paine de la hart et de confîscacion de leurs terres, heri- 
taiges et biens quelzconques, ilz ne soient si hardis de eulz 
mettre ne tenir avecques quelzconques cappitaines, devant 
le dit mois de novembre, [aultres que ceux] soubz qui ilz sont 
venus deçà la mèr devers lesquelx nous voulons et leur 
mandons qu'ilz se trayent incontinent, et semblablement que 



l38 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

quelxconque cappitaine de nostre dit duchié de Normendie 
ne soit si hardi, sur la dicte paine, de les prendre ne retenir 
a gaiges, en souldées ne autrement, devant le dit mois de 
novembre. Et ou cas que trouvères aucuns des dessus diz 
gens d'armes et de trayt estans sans leurs dis cappîtaines, 
trois jours après la publication de ces présentes, prennes les 
et sans delay ou depport les punisses corporelment de la 
paine dessus dicte et pareillement les cappitaines qui les 
auront prins et retenus contre nostre présente volonté et 
ordonnance. De ce faire vous donnons povoir, auctorité et 
mandement especial, mandons et commandons a tous nos 
justiciers, officiers et subgiez que a vous en ce faisant obéis- 
sent et entendent diligemment et vous prestent et baillent 
conseil, confort et aide, se mestier est et requis en sont 
Donné a Vernon le second jour de juillet l'an de grâce 
mil cccxxiiii, et le second de nostre règne. Par le roy, a la 
relacion de monseigneur le régent, duc de Bedford. J. Rinel. 

(Bibl. Nat., Quittances, t, 56, tt9 285.) 



XXVIII 

1424, 10 JUILLET. — 1423^ 2g AVRIL 

Frais de garde, pendant huit mois commençant le jo juillet 1424, 
de Raoultt ou Raoul Murdrac, écuyer, remis comme otage à 
Thomas Burgh, capitaine d'Avranches, par Henri Murdrac, 
oncle du dit Raoul, lequel Henri avait reçu du dit capitaine une 
somme de 1,000 écus d'or pour livrer pcr trahison la ville du 
Mont^Saint'Michel . 

A Guillaume Biote, vicomte de Carenten, qu'il avoit paiez 
a Jehan Bourdet, escuier, lieutenant de monseigneur Nicolas 
Bourdet, chevalier, capitaine de Carenten, et a autres pour 
leur paine et salaire d'avoir gardé, par l'espace de vin mois 
commençant le x« jour de juillet mil cccc xxiiii RaouUet 
Murdrac, escuier, a eulx baillé a garder de par le roy nostre 



PIÈCES DIVERSES iSg 

sire par Thomas Bburg, escuier, capitaine d'Avranches, 
comme hostager baillié en hostage au dit Thomas par Henri 
Murdrac, oncle du dit Raoul, pour sceurté de entretenir et 
acompMr certaines promesses et convenances faictes p^r le dit 
Henry au dit Thomas Bourg touchant la reddition de la 
ville du Mont Saint Michiel ou pour restituer la somme de 
mil escus d'or i que le dit Thomas en avoit receuz du dit re- 
ceveur gênerai et qu'il bailla au dit Henry pour la cause 
dessus dicte , et pour avoir trouvé son vivre et neccessitez, le 
dit temps durant, dont il a esté ordonné et tauxé pour chascun 
mois VI livres tournois ; par mandement de monseigneur du 
Mont Saint Michiel, commissaire etc., donné le xxix<» jour 
d'avril ccccxxv, cy rendu, et quittance du dit viconte faicte le 

XXV® jour de juing ensuivant ccccxxv xlviii livres 

tournois. 

(Bibl, Nat,y ms. fr. «o 44giy /> 41.) 



I • On verra plas loin (no xxxv*. que le duc de Bedford avait ordonnancé cette 
somme de 1000 écus d'or, salaire d'une infâme trahison, par lettres patentes 
datées de Paris le 12 avril 1424 (n. st.). Thomas BurgJi, capitaine d'Avran- 
ches, donna quittance de cette somme lef 27 de ce mois, mais elle ne dut être 
remise à Henri Murdrac que le jour où il livra son neveu comme otage, c'est-à* 
dire le 8 juillet suivant. Dans l'intervalle, les Anglais, qui avaient intérêt à 
entretenir des relations avec le Mont-Saint-Mldiel et à se renseigner sur l'état 
de cette forteresse sans éveiller les soupçons, eurent recours pour cela à l'inter- 
médiaire d'un certain Jean, évêque de Julin (ancien évêché situé sur la rive 
droite et près de l'embouchure de l'Oder, transféré en 11 88 à Gamin, prov. de 
Poméranie), imposé comme coadjuteur ou plutôt comme suppléant à Jean de 
Saint-Avit, évêque d'Avranches, devenu suspect aux envahisseurs. A la date du 
24 juin 1424, ce personnage, que nous n'hésitons pas à considérer comme une 
sorte d'espion épiscopal, avait réussi à s'introduire au Mont d'où il a daté une 
lettre de non-préjudice accordée aux religieux en présence de quatre des défen- 
seurs de cette place, deux chevaliers, Guillaume de Nantray et Raoul de Mons, 
et deux écuyers, Jean de Sainte-Marie et Richard de Glinchamp. En voyant 
l'évéque de Julin^ créature des Anglais, forcer l'entrée du Mont-Saint-Michel 
sous prétexte de visite pastorale^ quelques jours seulement avant la conclusion 
de l'ignoble marché passé avec Murdrac, à la veille des opérations d'un long 
siège, il nous est impossible de ne pas concevoir quelques doutes sur la sincérité 
du suppléant de Jean de Saint-Avit, lorsqu'il écrit qu'il est venu « adminis- 
trando subjectis ovibus pabula doctrine salutaris et beatissimum archangelum 
deprecandi causa » (Arch. du dép. de la Manche, fonds de l'évêché d'Avranches). 



140 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 



XXX 

1424, 23 JUILLET, RoUBlf 

Jean, régent de France, duc de Bedford, mande de faire acheter^ 
jusqu'à concurrence de 8g3 livres i5 sous tournois, dans Us 
vicomtes de Coutances et de Carentan, les seules parties du 
bailliage de Cotentin où l'on soit sûr de trouver des vivres, 
l'approvisionnement pour un mois de la garnison de Tombelaine, 
dont Laurent Haulden, écuyer, est capitaine, et qui se compose 
de 3o hommes d'armes à cheval et de go archers. 

Jehan, régent le royaume de France, duc de Bedford, a 
nostre très chier et bien amé escuier Hamon de Belkenap i, 
trésorier et gênerai gouverneur de noz finances en France 
et en Normendie et a nostre bien amé Pierre Surreau, rece- 
veur gênera des dictes finances, salut et dilection. Pour 
consideracion de ce que nostre bien amé Laurent Haulden, 
escuier, cappitaine de Tombelaine, ne les gens d^armes et de 
trait de la garnison du dit lieu de Tombelaine ne pourroient 
bonnement avoir ne recouvrer vivres, s'ilz ne les prenoient 
es vicontés de Constances et de Carenten et ou pais d'envi- 
ron, et pour obvier aux fraudes et griefz qui en prenant les 
diz vivres pourroient estre commis et autres causes et consi- 
deracions a ce nous mouvans, voulions, vous mandons et en- 
joingnons expressément et a chascun de vous, si comme a 
lui appartendra, que par le bailli de Costentin, appelles et 
presens avecques lui les vicontés des diz lieux de Costentin 
et de Carenten, vous faictes prendre sur les habitans des dic- 
tes vicontés, par juste et raisonnable pris, des blés, vins, fa- 
rines, bestail et autres vivres et provisions jusques a la 

I. Dans les premiers mois de 1433, Hamon Belknap, écuyer, avait remplacé' 
Richard Wydevile, institué grand sénéchal du duché de Normandie, dans la 
charge de trésorier et gouverneur général des finances de France et de Nor- 
mandie, aux gages de 600 livres parisis par an [BibL Nat., ms. fr. 4485, fb 160). 
Le 10 janvier 1434, Belknap se fit donner les biens confisqués d'Alice Malherbe, 
femme de Jean de la Haye, baron de Coulonces {Arch. Nat., JJ 172, no 545). 



♦ 



PIÈCES DIVERSES 141 



somme ou valleur de viiic iiiiu xiii livres xv sous tournois ou 
environ que se peuent monter les gaiges et regards du dit 
cappitaine, de trente hommes d'armes a cheval, sa personne 
en ce comprinse, et de iiiixx et x archiers, pour le premier 
moiz du quartier d'an commenchant après Pasques derrain 
passées, et les baillier et délivrer, pour le dit pris, au dit 
cappitaine et a ses dictes gens d'armes et de trait ou a leur 
certain commandement, en deducion et rabat de ce qui leur 
est et sera deu pour leurs diz gaiges, en faisant paier iceulz 
vivres par les diz vicontes des deniers de leurs receptes aux 
personnes de qui ilz seront prins, ou leur faisant déduire et 
rabàtre sur ce qu'ilz doivent ou devront a monseigneur le 
roy et a nous 1, pour quelle cause que ce soit ou puist estre, 
tellement qu'ilz en doient estre contens. Et par raportant 
ces présentes que voulions estre garand a vous et autres a 
qui ce pourra touchier avec monstres ou reveues et quittas* 
ces sur ce suf6isans , nous voulions et mandons icelle 
somme de viiic iiiixx xiii livres xv sous tournois estre allouée 
es comptes de vous, du recepveur gênerai ou d'autres qui 
paie l'aura ou auront par noz très chiers et bien amés les 
gens des comptes de monseigneur le roy a Paris et partout 
aillieurs ou besoing sera, sans aucun contredit, non obstant 
mandement ou deffence a ce contraire. Donné a Rouen 
soubz nostre seel le xxiii* jour de juillet l'an de grâce mil 
iixic xxiui. Par monseigneur le régent le royaume de France, 
duc de Bedford. R. Veret. 

{BibL Nat., Quittances, t. 56, n^ 3oo.) 



I. Cette mesure nous révèle la misère croissante des campagnes de Norman- 
die et spécialement de PAvranchin. On y avait reçu la nouvelle que Jean, duc 
d'Alençon, et Jean de Harcourt, comte d'Âumale, s'avançaient à la tête d'une 
armée de secours rassemblée à Tours, à Angers et au Mans (La Roque, Hist. 
de la maison de Harcourt, IV, i683, 168 5, 1686), et l'on s'y préparait alors, 
en faisant la guerre de partisans (Arch. Nat., JJ 173, n» 18, 52o), à un sou- 
lèvement en masse. Ce fut sur ces entrefaites, le 19 juillet 1424, que Bedford 
supprima la Chambre des Comptes, établie à Caen par le gouvernement anglais, 
et la réunit à celle de Paris (fiibL Nat., ms. fr. n« 4485, t« 408). 



142 CHRONIQUE DU MONT-SAINT- MICHEL 



XXXI 

1424, AOUT^ ROUEM 

Lettre de rémisshtè^ çctrqyée par Henri VI à Robin Eàme, de 
Beaumont-U'Roger, mentiùimant une panique des valets et de 
quelques hommes d'armes de Varmée anglaise à la bataille de 
Verneuil et un soulèvement en masse des habitants des villages 
où les fuyards avaient apporté la nouvelle de cette pamque» 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle- 
terre, faisons savoir a tous presens et avenir nous avoir re« 
ceu Tumble supplicacion de Robin Esme, aagié de xl ans 
ou environ, chargié de femme et enfans, demeurant a Beau* 
mont le Rogier i ou bailliage d'Evreux, contenant comme, 
le. xviii* jour d'aoust derrain passé qui fut le landemain de la 
victoire 2 que nostre benoist Créateur nous a voulu de sa 
grâce envoier devant Vernuel 3 soubz le gouvernement de 
nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent le 
royaume de France, duc de Bedford, pluseurs variez, pages 
et autres gens de lasche courage se faussent partiz de la ba- 
taille et compaignie de nostre dit oncle et eussent publié en 
pluseurs lieux de nostre pais de Normendie que nostre dit 
oncle estoit desconfît et la bataille perdue pour nous, a l'oc- 
casion de laquelle rîmeur autres personnes se feussent mises 
sus, en induisant le dit suppliant et pluseurs autres simples 



1. Beauroont-Ie-Roger, Eure, arr. Bernay. 

2. Il s'agit ici de la célèbre victoire de Verneuil remportée sur les Français, 
le jeudi 17 août 1424, par Jean, duc de Bedford. Jean de Harcourt, comte 
d'Aumale, capitaine du Mont-Saint-Michel, périt glorieusement dans cette 
journée, et c'est à ce titre que nous publions ici plusieurs documents relatifs à 
une affaire dont Pheureuse issue aurait soulevé la Normandie tout entière 
contre les envahisseurs et dont Pinsuccès eut pour effet, en consolidant la domi- 
nation anglaise dans cette province, de rendre possible le fameux siège mis de- 
vant le Mont-Saint-Micbel pendant la seconde moitié de 1424 et la première 
moitié de 1425. 

3. Vemeuil-sur-Âvre, Eure, arr. Evreux. 



PIÈCES DIVERSES 143 

gens de villages et autres de nostre obéissance afin de eulx 
mettre sus pour eulx rebeller a rencontre de nous et de don* 
ner aide et confort a noz ennemis et adversaires; par Tindu- 
cion desquelz le dit suppliant, souldainement souspris, s'es- 
mut avec eulx et lut le dit jour en la compaignie de pluseurs 
de ses voisins en un hamel, nommé la Foutelloye >, au des- 
sus du dit Beaumont, ou icellui suppliant oy dire que deux 
hommes venans de la dicte bataille avoient esté par aucuns 
de ses diz voisins menez au bois dont Tun avoit esté occis, 
sans ce toutesvoies que icellui suppliant east esté présent ne 
de ce esté consentant ou coulpable en aucune manière, mais 
se feust parti paravant le dit fait de la compaignie des diz 
voisins qui icellui cas avoient commis ; tantost après lesquel- 
les nouvelles venues de la dicte victoire, le dit suppliant, sa«* 
chant la faulte et mençonge que on avoit donné a entendre 
aus diz simples gens, ayant desplaisance de la dicte entre- 
prinse et de ce qu'il s'estoît mis sus avec les autres; s'est re- 
traitée plus doulcement qu'il a peu, combien qu'il n'ose ne 
oseroit seurement demourer ne repairier en son lieu et do- 
micile, doublant rigueur de justice, se nostre grâce et misé- 
ricorde ne lui est sur ce impartie, si comme il dit, requérant 
humblement iceulx : pour ce est il que nous, ces choses con- 
sidérées, en l'onneur et révérence de Nostre Seigneur, et 
pour éviter la destruccion et depopulacion du pais qui autre- 
ment se pourroit ensuîr, voulans miséricorde... avons ou dit 
cas quitté remis et pardonné.., pourveu que le dit suppliant 
ne soit gentilhomme, n'ait esté principal capitaine ne con- 
duiseur de la dicte assemblée ne consentant ou coulpable 
d'aucun murtre ou obmicide, et paiera a nostre amé Durant 
de Tieuville, escuier, commis a recevoir les amandes es par- 
ties d'Auge, la somme de dix livres tournoiz ou autre plus 
grant somme qu'il pourra paier selon sa faculté, pour icelle 
estre convertie es ouvrages de nostre forteresse de Harfleu. 
Si donnons en mandement au bailli d'Evreux... Donné a 
Rouen 2, ou mois d'aoust Tan de grâce mil ccccxxiui, et .de 



t . La Foutelaie est un des hameaux de Beaumont-le-Roger ( Aug. le Prévost, 
Mémoires sur le département de rSure, I, 219}. 

2. Rémission semblable datée de Paris et octroyée en septembre 1424 à Jean 
le Pourry, fils aîné de maître Thomas le Pourry, demeurant à Bernay (JJ 172, 



144 CHRONIQUE DU MONT-SAINT- MICHEL 

nostre règne le second. Ainsi signé : par le roy, a la relacion 
du grant Conseil tenu par monseigneur le régent, duc de 
Bedford. J. Rinbl. 



{Arch, Nat.y sect. hist.f JJ 172^ «• 62g,) 



XXXII 

1424, 8 AOUT, Carentait 

Jean Coquet, lieutenant général de Nicolas Burdett, bailli du 
Cotentin, transmet au vicomte de Cherbourg une lettre close 
adressée, en date du x*' aoiît^ au nom de Jean, duc de Bed/ord, 
régent de France, au dit bailli et lui enjoignant de prendre des 
mesures pour qit aucun des soudqyers nouvellement venus d'An- 
gleterre ne puisse y retourner et s'embarquer dans un des ports 
de son bailliage, s'il n'est muni c^une bulletie ou autorisation 
spéciale délivrée par le dit régent . 

Jehan Coquet, lieutenant gênerai de noble homme Nico- 
las Bourdet, escuier, grant boutillier de Normendie et bailli 
de Costentin x, commissaire, du roy nostre souverain seigneur 
en ceste partie, au vicomte de Chierrebourgh ou a son lieu- 



n* G%7^ ; autre semblable, datée de Rouen en janvier 1425 (n. st.) et octroyée & 
Jean le Seneschal, écuyer, de Bemay (JJ 172, n» 614); autre semblable, oc- 
troyée en août 1424 à Guillaume Byan, dePont-Audemer (JJ 172, n* 586); 
autre semblable, datée de Rouen et octroyée en septembre 1424 à trente-huit 
prévenus y dénommés (JJ 172, n«57o); autre semblable, octroyée le 3 novem- 
bre 1425 à Jean Pieddelièvre, de Pont-Audemer (JJ 173, n« iio). 

I. Le 14 juin 1423, Simon Fleet, écuyer, avait été nommé bailli de Cotentîn 
et capitaine de Carentan pour un an, à dater du jour de sa nomination {Bibl. 
Nat., ms. fr. no 14546, fo 8 vo ); il succédait dans cette charge à Lorens 
Waren, écuyer, qui lui-même avait été substitué à Jean d^Assheton avant le 
19 janvier de cette année ÇArch. Nat., JJ 173, no i5o). Fleet était encore bailli 
du Cotentin et capitaine de Carentan le 16 janvier 1424 (Bibl. Nat., ms. 
no 4485, fo 81): mais il fut remplacé, dès. le 29 avril suivant, avant que son 
année d'exercice fllt expirée, par Nicolas Burdett, grand bouteiller de Nor- 
mandie {Arclu Nat. K 63, no i o). 



PIÈCES DIVERSES 146 

tenant, sehit. Receu ayons' unes lettres closes de monseigneur 
le régent le royaulme dé France, duc de Bedfôrd, seellées 
de son signet en cire vermeille et sigillées en marge : Rinely 
dont la teneur enssuit. 

De par le régent le royaulme de France, duc de Bedfford; 
Chier et bien amé, pour ce que nous avons entendu que plu- 
sieurs gens de gerre, qui nouvellement estoient venus en ce 
pais de France du pais d'Angleterre, tous souldoyers et paies 
par monseigneur le roy jusques a la Toussains prouchain 
venant, se départent ung chascun jour de la compaignie de 
leurs cappitaines et s'en retournent en Engleterre contre et 
ou grant préjudice et dommage de mon dit seigneur et em- 
peschement de ses affaires de p^t.decha, nous vous mandons 
et commandons de par mon dit seigneur et de par nous, sur la 
foy et loyaulté que lui devés et a paine d'estre griefment pu* 
gnis, que ne souffres passer es mettes de vostre bailliage 
quelconque personne du royaulme d'Angleterre pour retour^ 
ner ou dit royaulme, s'il n'a bullette ou ensaignement de 
nous. Et avecques ce mettes tel remède et si grant dîlligence 
es navires estans sur les pors de mer que aucun n'y passe 
sans congîé. Et se vous trouvés aucun qui se soit départis 
des dis cappitaines et n'ait bullette de nous, prenés le ou 
faictes prendre et mettes en prbon fermée, sans en faire 
quelconque délivrance sans nostre ordonnance et comman- 
dement. Et gardés que en ce n'ait faulte [aussi] chier que 
doubtés nous courrouchier et que de ce voullés respondre 
a mon dit seigneur et a nous. Chier et bien amé, Nostre Sire 
soit garde de vous. Donné a Rouen soubz nostre signet le 
premier jour d^aoust. 

Voulions aussy et vous mandons que tous hommes d'ar- 
mes et archiés du royaulme d'Angleterre, que trouvères vi- 
vans sur le pais ou faisans pilleries, roberies ou aultres ex- 
torcions au povre peuple, vous les prenés et mettes en 
prison, en les pugnissant selon ce que aultreffois vous a esté 
mandé de par monseigneur le roy et de par nous aussy. Si* 
gné : RiNEL. 

Pour le contenu esquelles lettres dessus transcriptes acom- 
plir, nous vous mandons, commandons et a ce faire com- 
mettons que le contenu en icelles vous accomplîssiés de 
point en point bien et deuement, selon la fourme et teneur 

10 



146 CHRONIQUE DC MONT- SAINT-MICHEL 

d'icelles. Ce:f(sict^ Sans deffauh* Doané a Cai-enten le yui« 
jour d'aoust Tan mil quatre .cens vingt quatre; Et estoit es* 
cript en la subscripcion des dictes lettres : A oostre dûer et 
bien amé le bailli de Costentin ou a son lieutenant Pro 
rege. 

{BibL Nqt„ Quittances, t, 56, n9 3o6,] 



XXXIII 

1424, 24 AOUT, ROUBK 

Henri VI, roi de France et ii^ Angleterre , mande au vicomte de 
Carentan de requérir des charpentiers, moyennant une juste 
indemnité, des chariots et charettes en vue du transport de pou^ 
très et autres matériaux de fortification, et de mettre ces char- 
pentiers ainsi que ces charettes à la disposition de Nicolas 
Burdett, chevalier, bailli du Cotentin, chargé de faire le siège 
du Mont-Saint'MicheU 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle* 
terre, au viconte de Carenten ou a son lieutenant, salut, 
ÏPour ce que nous avons nouvellement ordonné et commis 
nostre amé et féal chevalier Nicolas Bourdet, bailli de Cos- 
tentin, a mettre et tenir le siège devant le Mont Saint Mi* 
chiel et que, pour la fortifficacion du dit siège, fauldra avoir 
bois merrien et autres choses neccessaires, nous vous man- 
dons et commettons que, par Tordonnance et commande- 
ment du dit bailli, vous faites pourveoir de charrettes, her* 
noiz et charpentiers, pour le fait d'icellui siège, et iceulx 
faites aler, conduire et mener au dit siège, en paiant paf* 
vous raisonnablement les frais, missions et despens qu'il 
fauldra pour les diz charrios, charrettes, charpentiers et au- 
tres gens, àps deniers qui sont ordonnez pour le recouvre- 
ment d'icellui Mont. De ce faire vous donnons povoir et 
mandement especial par ces présentes, mandons et comman* 



. PIÈCES DIVERSES 147 

dofis a tous nos justiciers, officiers et subgiez que a vous, 
en ce faisant, obéissent et entendent deligemment et vous 
prestent et donnent conseil , confort et aide , se mestier est 
et par vous en sont requis. Donné a Rouen le xxtni« jour 
d'aoust I Fan de grâce mil uiic vint et quatre, et le second de 
nostre règne. Par le roy, a la relacion de monseigneur 1^ 
régent, duc de Bedfbrd. J. Rinel. 

(Bibl. Nat., Quittances, t. 56, «« 3o8,) 



XXXIV 

1424, 26 AOUT, Rouen 

Jean, régent de France, duc de Bedford, informe Hemon de 
Belknapp , trésorier et gouverneur général des finances, qu'il 
a chargé Nicolas Burdett, bailli du Cotentin, de réduire eît sou 
obéissance la forteresse du Mont-Saint'-Michel au péril de la 
mer, et l'invite à faire payer pendant toute la durée du siège 
les gages de 6 hommes d'armes composant l'escorte du dit 
bailli f de 34 autres hommes d'armes, enfin de go hommes 
(tarmes et d'un nombre proportionnel d'archers détachés des 
garnisons de Coutances, de Saint-Lô, d'Avranches, de Cherbourg, 
de Régnéville, du Pont-^Ouve et du Parc-l'Évéque. 

Jehan, régent le royaume de France, duc de Bedford, a 
nostre très chier et bien amé escuier Hemon de Belkenap, 
trésorier et gênerai gouverneur de noz finances en France et 
en Normendie, salut et dileccion. Comme pour réduire et 
remettre a nostre obéissance les ville, place et forteresse du 



I. Ce mandement est postérieur de biût jours seulement à la bataille de 
Vemeuil où Jean de Harcourt, comte d'Aumale, capitaine du Mont-Saint-Michel, 
av«it péri avec l'élite de la noblesse normaïkle. On remarquera que Nicolas 
Bordett» auparavant écuyer, reçoit ici pour la première fois la qualification de 
cbevalier. Le bailli du Cotentin avait gagné cette promotion à la journée du 
17 août 1434 où il avait sc^i avec six lances et dix-huit archers à cheval 
{Bibl, Nat., ms. fr. no 14546, fo 4 vu ). 



148 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

Mont Saint Michiel ou péril de la mer, a présent occuppée 
par les ennemis et adversaires de monseigneur le ^ roy et 
nostres, nous ayons commis et ordonné nostre très chier et 
bien amé chevalier, messire Nicolas Burdet, bailli de Gous« 
tantin, a assegier, mettre, tenir et continuer le siège devant 
la dicte place jusques a ce qu'elle soit remise et reduicte en 
la dicte obéissance et, pour ce faire, avoir et tenir continuel- 
ment avecques lui six hommes d'armes de sa charge et rete- 
nue qu'il a pour Taccompaignier en Texcercice du dit office 
de bailli, et autres xxxiiii hommes d'armes et les archiers; 
item, du capitaine de la garnison de Constances, douce hom- 
mes d'armes ; de celle de Saint Lo, dix hommes d'armes ; de 
celle d'Âvranches, quarante hommes d'armes ; de celle de 
Cesarbourg, seize hommes d'aimes; de celle de Renne- 
ville, deux hommes d'armes ; de celle de Pont d'Ove, un 
homme d'armes ; de celle du Parc l'Evesque, neuf hommes 
d'armes, et de chascune les archiers qui y appartiennent >, 
pour lesquelz il aura et prendra gaiges, c'est assavoir pour 
lui et autres chevaliers bacheliers, deux soiz esterlins le jour, 
pour homme d'armes douze deniers esterlins le jour, mon- 
noie d'Angleterre avecques regards accoustumez, et pour 
chascun archier six deniers esterlins de la dicte monnoye, le 
noble d'Angleterre compté pour six solz huit deniers ester- 
lins d'icelle monnoie. Si voulons, vous mandons et enjoin- 
gnons expressément que par nostre bien amé Pierre Sur- 
reau, receveur gênerai de noz finances, vous, des deniers 
ordonnez pour la dicte recouvrance du dit Mont Saint Mi- 
chiel, faites faire au dit bailli prest et payement avant la 
main des gaiges et regards des dis xxxiiii hommes d'armes et 
les archiers, pour deux mois entiers a commencier le jour de 
ses premières monstres, et des deniers de sa recepte gênerai, 
au dit Bourdet les gaiges de ses dis six hommes d'armes et 
les archiers, et semblablement a chascun des autres les gai- 

I. Dans Porgamsation des armées anglaises^ an xy« siècle, la proportion des 
archers par rapport anx hommes d'armes était de trois contre un. Cette propor- 
tion est de règle et à peu près invariable. D'où il suit que le doc de Bedford 
metuit sous les ordres de Nicolas Burdett, bailU de Cotentin, en Tuedu siège 
du Mont-Saint-Micbel, i3o hommes d'armes et 390 archers; et comme chaque 
hommes d'armes était escorté d'un page et d'un coutilier, et que chaque couple 
d'archers avait un servant, cela représente environ 1,000 combattants. 



PIÈCES DIVERSES 149 

ges et regards, pour un mois entier a commtncier le jour de 
leurs premières monstresi et d'ilecques. en avant de mois en 
mois, selon leurs monstres et reveues, tant et si longuement 
que le dit siège durera. Donné a Rouen soubz nostre seel le 
xzvi* jour d^aoust l'an de grâce mil cccc vingt et quatre. Par 
monseigneur le régent le royaume de France, duc de Bed* 
ford. R. Vbrxt. 

(Bibl. Nat.f QuittanceSf t. 56^ »• 3og*) 



XXXV 

1424, 8 SBPTSMBftB. — 1435, Tt» JANVIER 

Cmnpie des payements faits pendant les cinq premiers mois du 
siège du Mùnt'Saint^Michel, à Nicolas Burdett^ chevalier^ bailli 
du Cotentin^ chargé de diriger les opérations du dit siège^ ainsi 
qu'aux capitaines de Coutances, de Saint-Lô^ d'Avranches , de 
Cherbourg^ de Régnéville^ du Pont-d'Ouve et du Parc-l'Évéque, 
qui ont servi sous les ordres de Burdett^ avec une partie de leurs 
garnisons, et à Bertin de Entwistle, lieutenant de l'amiral comte 
de Suffolk, commis à tenir le siège par mer devant la dite place. 

Autres deniers paiez par le dit receveur gênerai (Pierre 
Surreaui receveur gênerai de Normandie), par l'ordonnance 
de mon dit seigoeur le régent a plusieurs capitaines de gens 
d'armes et de traict et autres, pour redduire et mettre en l'ob- 
beissance du roy et de mon dit seigneur la ville, place et 
forteresse du Mont Saint Michiel que tiennent et occuppent 
les ennemis du roy nostre sire, desquels capitaines et autres 
gens la declaracion s'ensuit. 

Et premièrement a Thomas Bourgh, escuier, capitaine 
d'Avrenches, auquel, par l'ordonnance de mon dit seigneur 
le régent et de raesseigneurs du Conseil du roy nostre sire a 
Rouen, ont esté bailliez comptent par les vicontes de Caen, 
Bayeux, Carentan et Coustaxlces, et dont le dit receveur gê- 
nerai leur a pour ce baillé leurs descharges, comme dit est cy 



l50 CHRONIQUE OU MONT^-SAIVr-MICHEL 

dessus en la reeepte de ce présent compte, par la ffiaia de 
Jehan Brinkslay, maistre des comptes du rcy nbstre sire a 
Gaen, la somme de mil escuz » d'or, pour icelle tourner, 
convâTtir et employer par le dit Thomas Boui^en certaines 
besongnes et afÊdres a lui ordonnées par m<Mi dit se^^neur le 
régent pour faire le recouTcement du dit Mont Saint Michiel, 
comme par lettres patentes de mon dit seigneur données a 
Paris le xii« jour d'avril Tan mil cccc xxm avant Pasques, 
avec les lettres de mes diz seigneurs du Conseil du roy a 
Rouen données le xvi« jour du dit moys cy rendues, appert; 
pour ce, par vertu des dictes lettres, et quittance du dit 
Thomas Bourgh faicte le xxvii« jour du dit moys ensuivant 
cy rendue, mil escuz d'or, du pris chascun escu de xxxv sous 
tournois, valent a xvnc l livres tournois. 

A monseigneur Nicolas Bourdet, chevalier, bailli du Cons- 
tentin, commis et ordonné par mon dit seigneur le régent a 
assegier, mettre, tenir et continuer le siège devant la dicte 
place du Mont Saint Michel jusques a ce qu'elle soit subju* 
guée, réduite et mise en l'obéissance du roy et de mon dit 
seigneur ; et pour ce faire, avoir et tenir continuelment avec 
lui six hommes d'armes de sa charge et retenue, pour l'exer- 
cice de son dit office de bailly, et auttes xxxiiii hommes d'ar- 
mes et les archiers; de la garnison de Coustances, douze 
hommes d'armes ; de celle de Saint Lo, x hommes d'armes ; 
de celle d'Avrenches, xl hommes d'armes ; de celle de Ce- 
sarbourgh, xvi hommes d'armes; de celle de Regneville, 
Il hommes d'armes ; de celle de Pont d'Oe 3, ung homme 
d'armes ; de celle du Parc TEvesque 3, ne hommes d'armes ; et 
de chascune les archiers qui y appartiennent aux gaiges pour 
lui et autres chevaliers bàch^liîêrs, ii esteHins pâpjour; et, 
pour chascun homme d'armes, xii deniers avec regards 
acoustumés, et, chascun archier, vi deniers par jour de la 
dicte monnoie, comme par lettres de garant de mon dit s^ 
gneur le régent données a Rouen le xxvi* jour d'abust Tan 

I . Cette somme ât i,oooécinf d'or, ordonnancée dès le is avril 1424(0. st.), 
était destinée à acheter le traître Heftrl Mardrac (voyez plus baut le ho xrvin}. 

9. Pont-d'Ouve, aaj.lieu dit de Saiot-Cosme-dii-Moltt, Manche, arr.Vaiognes, 
c. Carentan. 

3. Manoir fortifié des évêques d'Âvranches situé à Sainte-Pience (Manche, 
arr. Avranches, c. la Haje-Pesnel). 



PIÈCES OtlTEIlSES l5( 

(il GOGC xuv, e ap t éUcB par moadh se^neor le traiorier le 
•vni* jour de septtsnlwe ensuivant, par lesquelles est mandé 
«a dit recevenr gênerai qu'il faoe paiement avant la main au 
dit bailli pouf deux moys entiers, cooittiénçans le jour de ses 
premiéies monstres, des gaiges et ragards des diexL hommes 
d'armes et les archiersa cheval, et samblablement a chascundes 
autres, pourtin moys entier commençant le jour de leurs dictes 
premières- monstres, et d'illec en avant de moys en moysf tant 
et si longuement que le dit siège durera, cy rendues, appert; 
pour ce, a lui payé, par vertu des dictes lettres, pour les 
gaiges et regards de lui, xxxix autres hommes d'armes et 
vin archiers a cheval des dictes retenues, pour leur service 
au dit siège de deux moys commençant le vni* jonr de sep- 
tembre mil ccccteim qu'il fist ses premières monstres de ses 
dictes gens pardevant Guillaume Biote, viconte de Carentan, 
a ce commis par mon dit seigneur le régent, par quittance 
de lui, faicte le xi* jour du dit moys de septembre, cy ren«> 
due, avec les dictes lettres... « u^ une m livres vi sous viii de» 
niers tournois. 

A lui (Nicolas Bourdet), auquel ont esté payez par le dit 
receveur des deniers de la dicte recepte, par l'ordonnance de 
mon dit seigneur le régent et de mes diz seigneurs du 
Conseil, pour son regard des deux moys dessuz diz, au feur 
de L livres tournois par moys pour le dit regard, par quit- 
tance de lui faicte le x« jour de septembre iiiic xxiiii, cy 
rendue c livres tournois. 

A monseigneur Laurens Waren, chevalier, capitaine de 
Coustances, auquel ont esté payez par le dit receveur gênerai 
des deniers de la dite recepte, par vertu des lettres cy dessus 
rendues, pour les gaiges et regards de lui, xi autres hommes 
d'armes et xxxvi archiers a cheval i de sa retenue, pour leur 
service jfait au dit siège du premier moys, commençant le 
XII» jour du dît moys de septembre, qu'il fist ses premières 
monstres devant le dit bailli a ce commis, par quittance de 
lui kàctd le xiu® jour du dit moys de septembre, cy rendue 
a^ec les dictes monstres nio lxvii livres x sous tournois. 



!• La garnison dt Coatances se composait, depuis le 26 septembre 1433, de 
20 hommes d'armes, 16 à cheval, 4 à pied, et de 60 archers (voyez pins haut 
le Qo zzit, note i). Lorens Waren avait été fait chevalier à Vemcail. 



lb% CHRONIQUE DU MONT^SAilfT-MlCHEL 

A meoseignenr Thomas Blond S chenlser, capitaine de 
Saint Lo, auqual comme dessus ont esté payes par le dit r^ 
ceveur gênerai, par vertu des dictes lettres, pour les gaiges 
et regards de x hommes d'armes et de zzx archiers a cheval s 
de sa retenue, pour leur service du premier moys au dit 
siège commençant le xii* jour de s^tembre qu'Ù fist ses 
monstres des dictés gens pardevant le dit bailli, par quittance 
de lui fiaicte, le xif jour de septembre, cy rendue avecques les 

dictes monstres u^ luin xvu livres xviii sous lui deniers 

tournois. 

A Thomas Bourgh, escuier, capitaine d'Avrenches, auquel 
comme dessus ont est4 paies pat le dit receveur gênerai, par 
.vertu des dictes lettres, pour les gaiges et regards du dit 
escuier, xzzpc autres hommes d'armes et vm archiers a 
cheval 3 de sa retenue, pour leur service du premier moys 
du dit siège, commençant le iz« jour du dit moys de septembre, 
qu'il fist ses premières monstres de ses dictes gens pardevant 
le dit bailli, par quittance de Jefiicot le Bougre son trésorier, 
faicte le x« jour du dit moys de septembre ccccxxiiu, cy 
rendue avec les dictes monstres..... xi<? imnxi livres xui sous 
un deniers tournois. 

A monseigneur Waultier de.Hongrefford 4, chevalier, capi<« 



I. Blond «st la traduction française de Blount qui était le nom de ce chera- 
lier. 

3. La gaiiiiion de Saint-Lo se composait, depuis le 34 septembre 1433, de 
so hommea d'armes, i3 à cheral, 7 à pied, et de 60 archers (voycs leae txa, 
twtei). 

3. I>epuis la nomination de Thomas Burgh comme capitaine d'Avranches, 
c'est-à-dire depuis le 33 octobre 1433, la garnison de cette place comprenait 
60 hommes d'ùmes, 40 à cheval, 3o à pied, et 180 archers, iso i cheval, 60 à 
pied (voies le n» zxn, sott 3). 

4. Dès le II août 1418, au moment où il venait de mettre le siège devant 
Rouen, Henri V avait institué Walter de Hungerford, chevalier, sénéchal, de 
son hdCel, capitaine des château et ville de Cherbourg (Mim, de la Soc, des 
Ant. de Narm,, XXIIi, n« 319), douze fours avant la capitulation, signée le 
sa aoftt seulement, et plus de six semaines avant ia reddition qui n'eut tien que 
le 39 septembre suivant (/èitf., n* 331). Le 30 décembre de cette même année, 
Hungerford avait été gratifié de la baroonie du Hommet (auj. le Hommet- 
d'Arthenay, Manche, arr. Saint-LÔ), confisquée sur Guillaume de ViUiers, 
•eigneur de Montenay, moyennant la redevance d'une lanoe où serait attschée 
une queue de renard, « cum cauda vulpis depeodenti •, payable au château de 
Rouen le jour de l'&altation de la Sainte Croix Çlbid,, n* 3 53) ; le 3 1 janvier 14 19, 



PiiCeS Di¥EBSES l53 

tûse de Cesftrbomi^ auquel ont esté payes cMime dessus 
parle dit receveur getleral des deniers de la dicte rec^e, 
par vertu des dictes lettres, pour les gaiges et regards de 
XVI hommes d'armes ei xlviii archiers a ahevalde sa rete- 
nue, pour leur servie» du premier -moys au dit siège com* 
meaçant le xii* jour de septembre qu'il fist ses monstres par- 
devant le dit bailli, par quittance de Guillaume Volsionne, 
escuier, son lieutenant, fidcte le x^ jour de septembre cgccxuiif, 
cy rendue.... luie lxxvi livres- xiii sous iui deniers tournois. 
A lui (Walter de Hungecford), capitaine de RegneviUe, au- 
quel ont esté paiez par le dit receveur gênerai, des deniers de 
la dicte recepte, par vertu des dictes lettres, pour les gaiges 
et regards de deux hommes d'armes et six archiers a cheval 
de sa retenue, pour leur service dupretsiermeysau ditsiege, 
commençant le x« jour du dit raoys de septembre, qu'il fist 
ses monstres de ses dictes gens pardevant le dit bailli, par 



de la baronnie de Varengnebec (Manche, arr. Coutances, c. la Hayedu-Puits), que 
Henri V avait èa soin de réserver en faveur de Walter le four où il avait donné à 
Jean Grey, créé comte de TancarviUe, les dépouilles de Jacques de Harooifft et 
de Marguerite de Melun sa femme (Jbid., n« 380) ; le i3 janvier 142 1, de la terre 
deToumy, près de Vemon {Ibid., n" 911): le 19 mai de la même année, des 
seigneuries de Bréauté, de Neuville et de Sainte-Colombe, en Caux, confisquées 
sur Roger de Bréanté, Marguerite d'Estoutevilk, David de Brimeu et Marie de 
Montmor (Jbid,, n* 994). L'effectif de la gamisoo. de Cherbourg, en 1493 
et 1434, était de 40 hommes d'armes, 30 achevai et 20 i pied, et de 130 ar- 
chers (Arch. Nat., K 62, n» 7 10 ; Bibl.Nat., Quitt., t. 55, no 139). La capi- 
tainerie de Régnéville (Manche, arr. Coutances, c. Montmartin) avait d'abord 
été donnée & Jean Gheyny, par acte du si juin 1419 (/Hém. de ia Soc. de$ 
Ani. de Norm., XXIII, no 61 3) ; mais, peu après l'avènement de Henri Yî, le 
i«r octobre 1433, Bedford plaça cette capitainerie dans la même main que celle 
de Cherbourg et les confia l'une et l'autre i Walter de Hungerford (Bibl. Nat., 
Quitt., t. 53, no 5764). En 1433 et 1434, le capitaine de Cherbourg et de 
R^néville avait à la fois pour lieutenant et pour receveur GetUanme ou VHh- 
liam Wolstoone (/d«^., t. 55, no 33; Bibl. Nat., vas. fr., no 4491, 16 5 1). La 
seigneurie de Hungerford, possédée jusqu'à ces derniers temps par la famille 
de œ nom, est située & la limite des comtés de Berks et de Wilta et i peu près 
à mi-chemin de Londres et de Bristol. Sir Walter, lord Hungerioid, marié à 
Catherine Peuerejl, fut installé en qualité de chevalier de la Jarretière le 3 mai 
1431 en^remplacement deHugh Stafibrd, lord Bourchier, mort le 35 octabre:i4ao 
{Belti, MemoriaU of tke order oftke Garter, p. i5S). L'égUse de Hungerford, 
dédiée à saint Laurent, contient les monuments funéraires des priocipauk: memr 
breede cett^ famille, notamment ceux de Robert» pcemter hud Hungerford, et de 
Walter^ capitaine de Cfaerboug et trésorier d^Aiigietecre iQtmAm,'Brùaimia; 
p. 3a4etao5}. 



l54 CHRONIQUE DO MKI^AmT- MICHEL 

quittanee falcte par le dit Gnillauine Volstonne, son Ueufé- 
naot, le dit jour, cy rendue avec les dictes monstres.... lix li- 
vres XI sous VIII deniers tournois. 

A Robert Sallemerch, escuier, capitaine du Parc PEvesque >, 
auquel comme dessus ont esté payes par le dit receveur, des 
deniers de la dicte recepte, par vertu des dictes lettres, pour 
les gaiges et regards de lui, vin autres hommes d'armes et 
XXVII archiers a cheval de sa retenue, pour leur service d'un 
moys au dit siège commençant le xn« jour du dit moys de 
^tembre qu'il est ses monstres pardevant le dit bailli, par 
quittance de lui, faicte le xiii« jour du dit moys, cy rendue 

«vesques les dictes monstres. . iic lxvih livres 

n sous VI deniers tournois. 

A Guillaume Rostelant >, escuier, capitaine du Pont d'Oc, 
«uquel ont esté payez comme dessus par le dit receveur gê- 
nerai, des deniers de la dicte recepte, par vertu des <Ëctes 
lettres, pour les gaiges et regards d'un homme d'armes et 
trois archiers a cheval de sa dicte retenue, pour leur serviee 
d?un moys au dit siège, commençant le x« jour du dit moys 
de septembre, qu'il en iîst monstres pardevant le dit bailli, 
par quittance de luy, faicte le dit jour, cy rendue avecques les 
dictes monstres... xxix livres xv sous x deniers tournois. 

Au dit monseigneur Nicc^as Bourdet, chevalier, bailli de 
Cohstentin, et commis, comme dit est dessu2, par mon dit 
seigneur le régent a tenir le dit siège, auquel ont esté payez 
par le dit receveur geaeral^ desi deniers de la dicte recepte^ 
ÎMir vertu des. dictes lettres et d\ines autres lettres de mon dit 
"seigneur le régent, données le xxvn« jour d'octobre ensuivant 
iiiic xxiiii, expédiées par mon dit çeigneur le trésorier le 
x^ix<^ jour du dit moys ensuyvant, cy rendues, pour les, gaiges 
et regards de xx hommes d'armes et lx archiers a cheval des 



I. Le 14 novembre 1423, Peflectifde là garnison du Parc-l'ÉTSqae, pltoée 
•ous lesonlres de Robert Salmerch, était de i3 hommes d'armes le capitaine 
compris, 9 à cheval, 4 à pied, et de 39 archers {Bibl, Nat., ms. fr. no 14^46^ 
fri7). 

■ 2. Guillaume Rotheland, éouyer, nommé capitaine du Poot-KTOBVe le 
s I mai 1418 (Mém. de la Soc. dH Ant» d» N&rm,, XXIII, «« i95)^ avait été 
maintenu dan» ces fonctions d'année en année {Bibi. Nat.^ Quitt., t. 55, no 57^ 
U 53, no II I). 9 homme» d'armés seulement 1 à cheval, i à pied, et 6 archers, 
3 à cheval, 3 à pied, tenaient garnison dans ce petit chftteau (lb*rf., ne 5760). 



WÈCEB DIVERSES l55 

gens d'armes et de tcaict dessus die, estftfis au dit siège sonbe 
le gouvernement du dit bailli, pour leur service du second 
moys commençant le xii<^ jour d'octobre cgccxxiiii, dont il a 
fait monstre pardevant le dit viconte de Carenten a ce com* 
mis, par quittance de lifi, fatcte le xii* jour de novembre, cy 
rendue avec les dictes lettres.... vc nipx xv livres xvi sous 
vui deniers tournois. 

A lui, par vertu des dictes lettres, pour les gaiges et regards 
de lui, XXXIX autres hommes d'armes et vt» archlers a chevid 
de sa dicte reténue, pour leur service du tiers moys au dit 
dege commençantle xi« jour de novembre ensuivant cccc xxii, 
et dont il a fiait monstre pardevant le dit viconte le xx>iii« 
jour du dit moys a la bastide d'Ârdevon dei^nt le dit Mont, 
par quittance de lui, faicte le xii<^ jour du dit moys ensuivant, 

cy rendue avecqùes les dictes monstres xiic une 

livre XIII sous lui deniers tournois. 

A lui, par vertu des dictes lettres, pour les gaiges et regards 
de XX hommes d'armes et lx archiers a cheval des'dictes re- 
tenues, pour leur service au dit siège du moys de janvier en- 
suivant cccc xxiiii dont il a fait monstre a la dicte bastide 
pardevant monseigneur Guillaume Hodallé x, chevalier, grant 
seneschal de Normandie, le yiii^ jour du dit moys de janvier, 
par quittance de lui faicte lexiii» jour du dit lôoys, cy rendue 
avecqùes les dictes monstres.... vc î«i" xv livres xvi sous 
viii deniers tournois. 

. A lui, par vertu des dictes lettres, pour les gaiges, regards 
de lui, XXXIX autres hommes d'armes et vi^^c archiers a cheval 
de sa dicte retenue, pour leur service du r^^ moys au dit 
siège et dont il a fait monstre pardevant mon dit Seigneur le 
grant seneschal a la dicte bastide le dit vni« jour de jan* 
vier cccc xxiiii, par quittance de lui, faicte le xiii* jour du dit 



• 1. Le 24 novembre 1419, Guillaume Hodehal ou HodaRe avait été mis en 
fKMsession <Ies cKftteauet seigneurie de Charruel, situés à Sacey (Manche, arr. 
Avranches, c. Pontorson) et confisqués sur Robert Ie'C4iarpentier, « escuyer 
rebelle », l'un dés plus braves défenseurs du Mont-Saint-Michel, qui les tenait 
dit 4hef d^live de^ Goetivy sa femme (Re^. des dons, p. t3i}. Ce chevalier 
anglais avait succédé à Ribhârd Wydevile, dans ht charge de grand sénéchal 
d» Normandie, vers le milieu de 1414 {Bibl, Mat.j mss. fr. no 4485, fo 92 et 
004491,^89). 



)56 CHRONIQUE DU M0NT*SA1NT-MICHEL 

iB03rs, cy rendue avec les dictes monstres xiic nne 

livres xin sous un deniers tournois. 

A Bertin de Entwessuil >, escuier, lieutenant en Norman* 
die de monseigneur le conte de Su£Folk, admirai delà mer; 
et commis a tenir le siège par mer devant la dicte place du 
Mont Saint Michel, a la charge de xxvm hommes d'armes, 
sa personne en ce comprinse, iiiimiii archiers et zxim mari- 
niers, aux gaiges pour lui ii sous d'esterlins par jour, pour 
chascun des diz autres hommes d'armes xii deniers avecques 
regards acoustumez, et pour chascun archier et marinier 
VI deniers de la dicte monnoye, et pour le louage des vais* 
seaulx telles sommes d'argent qu'il ^roit advisé par le dît 
bailli de Constentin, a commencier iceulx gaiges le jour de 
leurs premières monstres tant et sy longuement que le dit 
siège durera, comme par lettres de mon dit seigneur le re» 
gent données a Rouen le xxvi* jour d'aoust l'an^mii cgccxxiui, 
expédiées par mon dit seigneur le trésorier le xvi* jour de 
septembre ensuivant , par lesquelles est mandé au dit rece- 
veur qu'il paye les gaiges et regards du dit escuier, de ses 
dictes gens et mariniers, appert; pour ce, a lui payé, par 
vertu des dictes lettres, pour les gaiges et regards de lui^ 
XXVII autres hommes d'armes, lui^iin archiers et xxiiii mari«« 
niers dessus diz, pour leur service par eulx fait devant le dit 
Mont Saint Michiel, pour un moys entier commençant le 
xxini* jour de septembre mil ccccxxiiii qu'il fist les monstres 
de ses dictes gens pardevant le dit viconte 4fi Carenten a ce 
commis par mon dit seigneur le régent, par quittance de lui, 
faicte le viii* jour d'octobre ensuivant, cy rendue avec les 
dictes monstres.... ixc lxiiii livres ni sous iiii deniers toxir* 
nois. 

I. Le 8 février I43i, Bertin de Entwittle, écnyer, fit iiommage à Henri V : 
te de la baronnie de Bricqaebec, en la Yicomté de Valognes, confisquée lùr 
Louis d'Estouterille et Jeanne Paynel sa femme ; ao de NeuTtUe^n-Besain, 
«n la vicomte de Bayeiiz(^cA. Nat., P 967 \ no 451). Fait prisonnier à la 
journée de Jargeau le.» juin 1429, le comte, de Sufplk avait été réduit à vendre 
à Bertin, un de ses lieutenants, la première de ces seigneuries, dont Henri V 
liû avait fiût don le 6 mai 1419, pour avoir de quoi payv sa raaçpn. EBtwiaâe^ 
d'où Bertin tirait son nom, écrit EtUwewUl on BtUwjBtsaU dans les actes fraiir 
(ais du zv* siècle, est un village du comté de Lancaster, sitné à cinq lieue» 
nord-ouest de Manchester (de GerviUe, Mém. de la $0€. des AtU, de Norm^, 
année i'Sa4, v* partie, p. 354). .. ,. 



PIÈCES DIVERSES iB'J 

\ 

. .Somma xim uiic m livres xv sous toor- 

nois. 

(Bihl Nat.y ms. fr. »• 44^5, J^3xx à 317.) 



XXXVI 

1424, 10 SEPTEMBRE 

GuiUaume. Rosteland^ écuy^r, capitaine du PoiU^d'Ouife , donne 
quittance à Pierre Surreau, receveur général des finances de 
Normandie, de 2g livres i5 sous 10 deniers tournois , à valoir 
sur les gages de i homme d'armes et de 3 archers à cheval 
que le dit Guillaume envoie présentement au siège mis devant le 
Mont'Saint'Michel par Nicolas Burdett^ bailli du Cotentin. 



Saichent tuit que je Guillaume Rosteland, escuier, cappt« 
taine de Pont d'Ove, confesse avoir eu et receu de Pierre 
Surreau, receveur gênerai des finances de Normandie, la 
somme de vingt neuf liyres quinze solz dix deniers tournois 
en prest. et paiement des gaiges et regars de ung honune 
d'armes et trois archiers a cheval . que je . envoyé présente* 
me^t au. siège ordonné par monseigneur le régent le royaume 
d^. France , . duc de Bedford , estre mis et tenu devant le 
Mont Saint Michiel par monseigneur Nicolas Bourdet, che-* 
valier, bailli de Coustentin, a. desservir par ung. mois en- 
tier commençant le x« jour, de ce présent mois que nous, en 
ayons, fait monstre pardevant le dit bailli, tant au dit siiege 
comme ailleurs ou il plaira au roy nostre seigneur et a mon 
dit seigneur le régent ; ce pnesent paiement a moy fait par le 
dit receveur gênerai par vertu des lettres de garant de mon 
dit seigneur le régent, données le xxvi* jour d'aoust Tan mil 
qçccxxini, expédiées. par. le trésorier et gouverneur. gênerai 
d^, dictes, finances. De laquelle sQmme.de xxix livras xv sok 
X 4emers tournois dessus dictes je .me tiens pour contens et 
bien paie et en quitte le roy nostre seigneur, mon dit sei- 



l58 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

* 

* 

gnear le regeat, k dit receveur gênerai et tous attires. 'En 
tesmoing de ce, j'ay seellé ceste quittance de mon signet lé 
%• jour de septembre Tan mil cccc vint quatre. 

(Arch. Nat,, sect, hist,, K 62, n^ jj^ .) 



XXXVII 

» 

1424, l3 SEPTEMBRE 

Lorens Waren, chevalier, capitaine de Coutances, donne quittance 
à Pierre Surreau, receveur général de Normandie, de 36y li^ 
près 10 sous tournois, à valoir sur ses gages et ceux de 11 au- 
tres kommes d^armes et de 36 archers à cheval de sa retenue 
qu'il doit mener présentement au siège mis devant le Mont-Saint- 
Michel par Nicolas Burdett, bailli du Cotentin, 

Saichent tuit que no^us Lorens Waren, chevalier, capitaine 
de Coustances, confessons avoir eu et receu de Pierre Suiv 
reau, receveur gênerai de Normendie, la somme de trois 
cens soixante sept livres dix soLs tournois, en prest et paie- 
ment des gaiges et regars de nous, un2e autres hommes d'ar^ 
mes et trante six archiers a cheval de nostre retenue, que 
nous devons mener présentement au siège ordonné par mon* 
seigneur le régent le royaume de France, duc de Bedfort, 
estre mis devant le Mont Saint Michiel par messire Nicolas 
Bourdet, chevalier, bailli de Coustentin, a desservir, pour le 
premier mois du dit siège commençant le xn'' jour de ce 
présent mois de septembre que nous avons fait noz monstres 
devant le dit bailli, tant au dit siège comme ailleurs ou il 
plaira au roy nostre seigneur et a mon dît seigneur le ré- 
gent ; ce présent paiement a nous fait par le dît receveur gê- 
nerai par vertu des lettres de garant de mon dit seigneur le 
régent, données le xxvi<* jour d'aoust darrenier passé, expe-»- 
diées par le U'esorier de Normendie. De laquelle somme dé- 
nie Lxvii livres x sous tournois dessus dicte nous noz tenons 



PIÈCES DIVERSES ibg 

pour contem, et en quittons le toy noàtre soigne^, nicta <fil 
seigneur le 'régent, le dit receveur gênerai et tous autres. Etl 
tesmoing de ce, nous avons seelé ceste présente quittance de 
nostre seel le xiii* jour de septembre Tan mil quatre cens et 
vint quatre. 

(Arch. Nàt.f sect. hist.y K 62, n9 11 6.) 



XXXVIII 



# 



1424, 2i 6BPTB¥BRE 

Montre de 6 hommes (f armes et de 14 archers composant V^ec- 
tif de la garnison du château de Régnépille, dont 2 hommes 
d^armes et 8 archers sont employés au siège du Mont -Saint» 
Michel. 

Les monstres des gentz d'armes et archièrs de la retenue 
de messire Wautier Himgerford, chevalier, capitaine de Re* 
nierville , prinses par Johan Brynkeley, esquier, lieutenant 
gênerai de la seneschalsie de Normendie, le xu jour de sep« 
tembre l'an u iiii* xxrv. 

Hommes d'armes : 
William Wolston ', c. » ; Robert Brygham, p. 3; William 



I. William 00 Oaillaame Wolston, écuycr, lieutenant à Régnéville et rece* 
Vear de Walter de Hungerford, s'était fait donner, à l'exemple de son maître, 
une bonne part dans la dépouille des seigneurs de Normandie restés fidèles à la 
cause française. Par acte daté de Rouen le 29 septembre 1430, il fit 
hommage à Henri VI des fiefs suivants : i« Ver, 3* Corbigny, 3* Linver- 
yille, 4« Boisroger, en la vicomte de Coutances ; 5* Ravenoville, en la vicomte 
de Careaun; 6« Fréville, 7" Saint-6ermain-le-GailIard, 8* Goberville, en la 
vicomte de Volognes; 9* Ghrtstot, en la vicomte de Gaen ÇArch. Nat., P 367 1, 
n* 453). 

3. La lettre c, suivie d'un point, désigne un homme d'armes ou un archer à 
cheval. 

3. Lft lettre p., tuivio d'un point, désigne un homme d'armes ou un archer à 
pied. 



l6o CHRONIQUE DU MONT-SAiNT-MICHEt 

Huei 1 9 p.; Thomas Argentyn, p.;— Thomas Penaax, Waiil* 
tier fioley, au siège de Mount Saint Michel. 

4 « 

Archiers: 

Johan Havey, c; Johan Cook, p.; Johan Boy, p.; Thomas 
Clobbere, p.; Johan Dotescombe, c; Johan Argenton, c. — 
William Baduale, Piers Hankeford, William Cotoun, Johan 
Clerc, Ricart Grayson, Robert Reysoh, William Sporiere, 
Robert Jonessonne, toutz a dit siège de Mount. 

(BibL Nat., ms, fr. «• 6538, f" 68, «<>• 58 et 5g.) 



XXXIX 

1424, 3l OCTOBEE, BASTILLE d'aEDEVON 

Nicolas Burdettf bailli du Cotentirit commissaire et capitaine dé- 
puté pour tenir le siège du Mont-Saint-Michel ^ mande^au vir 
comte de Carentan de payer à Jean Fay^ bourgeois de CoU'^ 
tances t un millier de chaussetrapes, 6 livres de clous à latte^ 
to livres de fil destiné à faire des cordes d^arbalètes^ lesquels 
objets ont été achetés pour mettre en bon état de défense la bas-^ 
tille d'Ardevon^ élevée devant la forteresse du dit Mont-Saint- 
Michel, 

Nicolas Bourdet, chevalier, seigneur de Bonneboz, grant 
bouteiller de Normendie, bailli de Costentin, commissaire et 
capitaine de par le roy nostre sire et mon très redoubté sei- 
gneur monseigneur le régent le royaume de France, duc de 
Bedford, pour tenir le siège du Mont Saint Michiel, au vi- 
conte de Carenten, salut. Comme pour la seurté, tuiscion et 
deffense de la bastille d'Ârdevon devant la ville et forteresse 
du Mont Saint Michiel, laquelle nous avons fait faire, par 
Tordenance et commandement du roy nostre dit seigneur et 

I. Ce nom est écrit Hewet dans une montre de la mêmegBmiioo, en date du 

9 février 1424 (n. st.). 



J 



PIÈCES DIVERSES l6l 

de très hauit et puissant prince monseigneur le régent le 
royaume de France, duc de Bedfprd, nous aions fait prendre 
en la ville de Coustances, en Tostel de Jehan Fay, bourgois 
du dit lieu, un millier de cauquetrapes qui ont esté tauxées 
et prises a xii livres tournois, vi livres de clou a late pour 
couvrir en la dicte bastille au prix de xv sous chascun mil- 
lier, dix livres de fil por faire cordes a erbalâystres, au prix 
de II sous VI deniers la livre, toutes lesquelles parties se mon- 
tent en somme toute xvii livres xv sous tournois, sî vous 
mandon que, des deniers de vostre recepte, vous paiez et 
délivrez ux dit le Faye la dicte somme de xvii livres xv sous 
tournois et, par rapportant ces présentes ovecque quitance 
du dit Faye, nous prions et requérons a nos signeurs les 
gens; des comptez du roy nostre sire que la dicte somme ilz 
alouent en voz comptes et rabatent de vostre dicte recepte, 
ainâi qu'il appartient. Donné en la dicte bastille le derrain 
jour d'octobre Taii mil iiiic xxiiii. J. de Mante. 

(BibL Nat,y Pièces originales, voL 462, dossier io,3o3f 
n** 4, au mot Bourdet.) 



XL 



1424, NOVEMBRE, PARIS 

Rémission octroyée par Henri VI aux deux frères Jean dits 
Hurel, communs en biens, Vainé laboureur, le cadet maître d'école, 
rançonnés à 3i francs d*or par les Anglais de la garnison 
d'Essai pour avoir donné asile à un petit enfant de sept à huit 
ans qui leur avait été confié vers le mois de septembre 1421 
par Robin Lorieult tenant le parti des ennemis» 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle- 
terre, savoir faisons a tous presens et avenir nous avoir re- 
ceu Tumble supplicacion et requeste des parens et amis 
charnelz de Jehan et Jehan, diz Hurel, frères, communs en 
biens, noz hommes subgiez n'agaires demourans en la pa- 

^ II 



102 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHBL 

roisse de Saint Estienne de Courtainnes < ou bailliage d'A« 
lençon, l'un d'iceulx frérés, c^est assavoir Tainsné, soy entre- 
mettant du fait de labour, et l'autre povre escoUier soy 
entremettant pour avoir sa povre vie et substentacion de fait 
d'escoiage et de moustrer science et doctrine > a son povoir 
a enfans que père et mère lui vueillent baillier , contenant 
comme, environ la Purifîcacion Nostre Dame derrain passée 
eut deux ans, iceulx frères lors et depuis demourans en la 
dicte parroîsse de Saint Estienne de Courtaines, vint par 
nuit en Tostel d'iceulx frères un nommé Robin Lorieult, 
acompaigné de onze ou douze personnes tous tenans le parti 
de noz ennemis et adversaires, lequel Lorieult dist aus diz 
frères ces parolles ou semblables en substance : a Vous, 
Jehan Hurel, et vous, maistre d'escoUe, son frère, je viens 
yssi devers vous. J^ay un petit enfant de Taage de sept a huit 
ans. Il convient que vous le me gardez, nourriciez, gouver- 
nez et doctrinez en vostre escolle bien et deuement, ainsi 
que bien faire le saurez, et je le vous desserviray une autre 
foiz en aucun endroit. » Et sans ce que par le dit Lorieult 
leur feust baillié alors ou depuis or, argent ne autre chose 
pour la nourreture et escoUage et despence du dit enfant, 
iceulz frères, doubtans les maies entreprises du dit Lorieult 
et ses complices, se chargèrent de la garde du dit enfant 
pour Dieu et en euvre dé charité, sans ce que depuis le dit 
bail le dit Lorieult, père du dit enfant, ait conversé ou ar» 
resté en aucune manière depuis le dit temps que une foiz ou 
deux a Tostel des dis frères en passant son chemin avecques 
nos diz ennemis et sans arrester ou dit hostel. Depuis lequel 
temps le dit enfant a tousjours demouré avecques les dis Hu- 
rel frères jusques a nagaires que, par intercession et moien 
d'aucunes personnes leurs haineus et malveillans, le cas des* 
sus dit a esté anoncé a aucuns des gens de la garnison de 



I . Auj . Saint-Étienne-sur-Sarthe, section de la commune de Saint- Aubin- 
de-Courteraie, Orne, arr. Mortagne, c. Baaoches-sur-Hoène. 

3. Nous publions ici cette curieuse pièce parcequ'on y trouve la preuve que, 
malgré la désorganisation résultant de l'occupation anglaise, une petite paroisse 
de basse Normandie, qui n'est aujourd'hui qu'une section de commune, était 
pourvue d-'une école dont le maître, vivant en communauté de biens avec un 
laboureur son frère, se cliargeait de l'éd|icatioa du fils d'iia proscris Robin Lo- 
rieult, re»té fidèle à la cause française. 



PIÈCES DIVERSES l63 

nostre Yû\e et chastél d'Essay >, disans que les dis frères 
avoient gardé^ nourry et gouverné, recellé et tenu a l'escolle 
par l'espace de deux ans ou plus un enfant d'un homme te» 
nant nostre parti contraire. Et donc sans arrest, impétueuse- 
ment et de félon courage, iceulx gens de nostre dicte garni- 
son d'Essay vindrent en l'ostel des diz frères, la nuitée des 
Mors derrain passée, en laquelle ilz trouvèrent l'un d'iceulx 
frères, c'est assavoir le dit laboureur, lequel ilz prindrent, 
lièrent et menèrent a telle loy que par leur dure contrainte 
et oppression il leur promist paier la somme de xxxi francs 
d'or, sans le jfnener devers les gens de nostre justice... Si 
donnons en mandement par ces présentes aux bailliz de 
Caen et d'Alençon... Donné a Paris ou mois de novembre 
l'an de grâce mil ccccxxuii, et de nostre règne le tiers. Ainsi 
signé. Par le roy, a la relacion du Conseil. Ogbr. 

(Arch, Nat,y sect. hist., JJ 1^3, n9 jg, /^ io>) 



XLI 



1424, 10 NOVEMBRE 

Nicolas Btttdeit, bailli du Coteniin, commissaire et capitaine 
chargé par le roi et par le régent de France défaire le siège 
du Mont-Saint'Michel, mande au vicomte de Carentan de payer 
le coût des accessoires de six arbalètes à haussepied et aussi de 
deux chaînes destinées au pont-leuis ttune bastille nouvellement 
construite à Ardevon en vue du blocus du dit Mont^Saint^Michel, 

. Nicolas Burdet, chevalier, sire de Bonnebos, grant bou- 
tillier de Normendie, bailli de Costentin, commissaire et 



I. Essai, Orne, ftrr. Alençoo, c. le Mesle-sur-Sarthe. Le capitaine de la gar* 
nison anglaise d'Essai était alors Richard Ghetin, écuyer {Bibl. Nat., ms. fr. 
n* 4485, fM 84, 107), qui fiit remplacé le i» novembre 1434 par Guillaume 
Oidalle, chevalier {IHd.f ms. fr. n» 4491, f* 82), et cette garnison se composait 
de 6 hommes d'armes, dont 3 à cheval et 3 à pied, et de 18 archers. 11 y avait 



^^^mtmmm^œammmm 



164 CHRONIQUE DU MÛNT-SATNT-MICHEL 

cmppitaiae de par le roy nostre souverain seigneur et de par 
très hault et très puissant prince et mon très redoubté sei- 
gneur monseigneur le régent le royaulme de France, duc de 
Bedford, pour tenir par la terre le siège devant la place et 
forteresse du Mont Saint Michiel, au viconte de Carenten 
ou [a son lieutenant], salut. Comme, pour la fortifficacion 
d'une bastille que avons Mt faire a Ârdevon devant la dicte 
place du Mont, par le commandement et ordonnance du roy 
Qostre dit seigneur et de mon dit seigneur le régent, pour 
subjuguer et mettre en Tobeissance du roy nostre dît sei- 
gneur la dicte place du Mont, nous avons Mt faire et forgier 
du fer du roy nostre dit seigneur a Jehan de la Haie, mares* 
chai, deux caynes avecques plusieurs boiteaux, chevillez et 
liens au pont levant d'icelle bastille, et aussi six chevillez et 
six cros pour le fait de six tabletes a tendre arbalestes a hau« 
chepîé, lesquelles choses nous avons tauxées, eu sur ce le 
rapport de plusieurs ouvriers et gens en ce recongnoîssans, 
a la somme de douze livres dix solz, sy vous mandons et en- 
chargeons de par le roy nostre dit seigneur que, des deniers 
de vostre recepte, vous paiez et délivrez au dit mareschal la 
somme de xii livres x solz devant dicte et, par rapportant 
ces présentes avecques quittance suffisante du dit, nous re- 
querons a nos seigneurs les gens des comptes du roy nostre 
dit seigneur a Paris que icelle somme ilz vous allouent en 
vos prochains comptes et rabatent de vostre dicte recepte, 
ainssi qull appartendra. Donné pour tesmoing de ce souht 
le petit seel aux causes du dit bailliage, le x« jour de novem- 
bre Tan mil niic xxini. J. de Mante. 

(BibL Nat.j Quittances^ t. 56, n» 345.) 



tout près d'Essai, à Montperroux (Orne, arr. Alençon), une importante confré- 
rie de Notre-Dame dont les statuts nous ont été conservés avec la liste des mem- 
bres de cette confrérie depuis la fin du ziv* siècle, et l'on y ?oit figurer les noms 
des capitaines anglais d'Essai (Arch, Nat,, K 1200). 



PtiCES DIVBIttES i65 



XLII 

Momtre de 20 lances et de 60 archers de la retenue de Nicolas 
Burdett, hailli du Cotentin et capitaine de la bastille d'Arde^ 
von, pour tenir le siège devant le Mont^Saint-Michel, prise 
devant la dite bastille par Guillaume Biote, vicomte de Carenian, 

Monstre de xx lances et lx archiers de la retenue de mes- 
sire Nicole Bourdet, chevalier, bailli de Constantin et cap* 
pitaine de la bastide d'Ârdevon, pour tenir le siège par terre 
devant le Mont Saint Michiel, prise devant la dicte bastide 
par moy Guillaume Biotte, viconte de Carenten, commis- 
saire de monseigneur le régent en ceste partie, le douzième 
jour de novembre Pan mil ccccxxixii. Et premièrement 

Lances a cheval : 

Jehan Wade. William Michel. Jehan Sterre '.Thomas How- 
ton. William HiUe. Thomas Lobbys. Jehan Alain. Jehan He- 
rye, James of Are. Richart Hogh. Gycon Hybard. Wautier 
Smalley. Jehan HiUe. Jehan Snelle. William Redeman. Ro* 
bin Johnson. Jehan Lewes. Phelippin Godfrey. Richar So- 
refer. Jehan le Petit. 

Archiers a cheval : 

Emond Grenelane. GefTery Gaby. Jehan of Hely. Jehan 
Protwiclv Richart Hykes. Jehan Jacson. Jehan Blackemor. 
Thomas Pontier. Jehan Trumpet. Pierres Rebe. Thomas of 
Kent. Robert Gedrington. Richart Wyght. Henry Jehan. 
Andreu Perche. Robert of Borowe. Thomas Rowley. Ray- 
nt4d Man. Jehan Furnest. Jehan Honne. Thomas Legge. 
Thomas HoUin. Richart Man. William Brewer. Jehan Wil- 
liamson. Richar Alewyn. William Smyth. Richart Phelippe. 



1. C'est ce Jean ou John Sterre qui t'était fait octroyer en aoftt 1433 la lettre 
de Témiseioa dont noai avons publié le teste (Voyez plue haut le n* XXI, p. 128 
et 139). 



]56 CHRONIQUE DU MONT'-SAINT-MICHEL 



iB03rs, cy rendue a?ec les dictes monstres xjic xxnt 

livres xin sous iiii deniers tournois. 

A Bertin de Entwessull i, escuier, lieutenant en Norman* 
die de monseigneur le conte de SufFolk, admirai de la mer; 
et commis a tenir le siège par mer devant la dicte place du 
Mont Saint Michel, a la charge de xxviii hommes d'armes, 
sa personne en ce comprinse, iinmiii ardûers et zxjiii mari* 
niers, aux gaiges pour lui ii sous d'esterlins par jour, pour 
cliascun des diz autres hommes d'armes xii deniers avecques 
regards acoustumez, et pour chascun archier et marinier 
VI deniers de la dicte monnoye, et pour le louage des vais- 
seaulx telles sommes d'argent qu'il seroit advisé par le dit 
bailli de Constentin, a commencier iceulx gaiges le jour de 
leurs premières monstres tant et sy longuement que le dit 
siège durera, comme par lettres de mon dit seigneur le re* 
gent données a Rouen le xxvi* jour d'aoust Tan mil cgccxxiiii, 
expédiées par mon dit seigneur le trésorier le xvi^ iour de 
septembre ensuivant , par lesquelles est mandé au ditrece* 
veur qu'il paye les gaiges et regards du dit escuier, de ses 
dictes gens et mariniers, appert ; pour ce, a lui payé, par 
vertu des dictes lettres, pour les gaiges et regards de lui^ 
XXVII autres hommes d'armes, mi^mi archiers et xxiiii mari<* 
niers dessus diz, pour leur service par eulx fait devant le dit 
Mont Saint Michiel, pour un moys entier commençant le 
xxini* jour de septembre mil ccccxxnii qu'il fist les monstres 
de ses dictes gens pardevant le dit viconte de Carenten a ce 
commis par mon dit seigneur le régent, par quittance de lui, 
faicte le vni« jour d'octobre ensuivant, cy rendue avec les 
dictes monstres.... ixc lxuii livres in sous un deniers tour» 
nois. 

I. Le 8 février 1431, Bertm de Entwittie, écuyer, fit iiommage à Henri V : 
10 de la baronnie de Bricquebec, en la yicomté de Valognes, confisquée sur 
Louis d'Estottterille et Jeanne Paynel sa femme ; ao de Nenville-en-Besain, 
en la vicomte de Bayeux(^cA. Nat,,P 267 >, no 451). Fait prisonnier à la 
journée de Jargeau le j3 juin 1439, le comte, de Sufplk avait été réduit à vendre 
à Bertin» un de ses lieutenants, la première de ces seigneuries, dont Henri V 
Int avait fait don le 6 mai 1419, pour avoir de quoi paygr sa r«içpn. Entwiitle» 
d'où Bertin tirait son .nom, écrit EntmessuU on BntwiessaU dans les actes ùv^ 
çais du x\* siècle, est un village du comté de Lancaster, situé à cinq lieue» 
nord-ouest de Manchester (de GerviUe, Mém, de la Soc. des Ant, de Norm^, 
année 1^34, v* partie, p. 254). ^ .. 



PJÈCES DIVERSES 167 

gaires, pour aucunes nouvelles certaines qui nous estoient 
entrevenues des ennemis et adversaires du roy nostre dit 
seigneur, qui estoient assemblez et encorres sont a puissance 
sur les champs bien près de ces basses marches, tous prestz 
courir devant nous en cestè bastille d'Ârdevon et ailleurs 
sur le dit pais, vous aions envoyé nostre mandement patent 
pour faire savoir, tant par cry gênerai que autrement, deue- 
mènt a tous les nobles et non nobles de vostre viconté, tant 
Ângloîs, Normans que autres, qui ont acoustumé eulx ar- 
mer, se meissent sur en armes et fussent dès en jour d'ier 
en certain lieu auprès d'Âvrenches ou ilz verroient autres 
Ânglois assembler pour faire service au roy nostre dit sei- 
gneur, ainsi que ordonné leur seroit, sur paine de confisca- 
tion de corps et de biens et d'estre repputez pour traîstres 
et desobeissans au roy nostre dit seigneur dont vous ne eulx 
n'^vés fait aucune diligence, dont nous sommes très mal 
comptens et penssons a vous en pugnir griefment. Et neant- 
moyns, pour ce que nous sommes deuement acertenez de 
l'assemblée des diz adversaires et de leur dicte venue qui est 
toute preste d'entrer es dictes marches, nous, pour résister a 
leur dampnable entreprinse au mieux que pourrons pour le 
bien et proffit d'icellui seigneur et de son pais, vous man* 
dons de rechief et très expressément enjoingnons, de par le 
roy nostre dit seigneur et mon très redoublé seigneur mon- 
seigneur le régent le royaume de France, duc de Bedford, 
et nous, que tantost et sans delay vous faictes de rechief sa- 
voir, tant par cry gênerai, a son de trompe que autrement, 
deuement a tous les diz nobles et autres, qui ont acoustumé 
eulz armer en vostre dicte viconté, [qu'il] se mettent prompte* 
ment sur en armes, chascun selon sa puissance, et se trayent 
hastivement et dedens jeudy prochainement venant, montez 
en armes suffisanment, au dit lieu d'auprès Avrenches , ainsi 
que par nostre aultre mandement leur estoit mandé faire sur 
les paines dessus dictes, pour faire service au roy nostre dit 
seigneur, a mon dit seigneur le régent et a nous, en nous 
certifiîant dedens le dit temps de tout ce que fait en avez a 
fin deue. Donné en la bastille d'Ârdevon le samedi xxv' jour 
de novembre l'an mil niic xxini. J. de Mante. 

(BibL Nat., Quittances, t. 56, «« 35o.) 



|68 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 



XLIV 

1424, 28 NOVEMBRE, PAEIS 

Henri VI mande aux baillis et vicomtes de Caen et du Cotentin^ à 
la requête de maître Pierre de Clinchamp, maître es arts et l'un 
des familiers de Vévéque de Ljondres^ fils de feu Guillaume de 
Clinchamp et de Robinesa seconde femme, de mettre la diteRobine, 
le dit Pierre et ses frères et sœurs germains, en possession des 
biens qui leur ont été restitués par lettres patentes de Henri F, 
quoique Richard et Colin, dits de Clinchamp, fils du dit feu Guil- 
laume et de sa première femme et frères consanguins du dit 
Pierre, soient allés depuis longtemps hors de Vobéissance du roi 
éC Angleterre et n'aient pas cessé de tenir le parti des ennemis. 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle- 
terre, savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir 
esté humblement exposé pour la partie de nostre amé mais- 
tre Pierre de Clinchamp, maistre es ars et familier conti- 
nuel de nostre amé et féal conseillier Tevesque de Londres >, 
contenant que, jasoit ce que despieça f^u Guillaume de Clin- 
champ s, jadis son père , et Robine 3, a présent vesve du dit 
Guillaume, et aussi le dit suppliant, Jehan, Perrault, Tho- 
mas, Guillaume, Guillemet, Perrine, Âlienor et autres, ses 
frères et seurs, eussent et aient obtenu lettres patentes de feu 
nostre très chier seigneur et père, cui Dieu pardoint, sur la 
restitucion et délivrance de leurs terres, cens, rentes, reve- 
nues, héritages et possessions, avec de leurs appartenances 

1 . Jean ou John Kempe, d'abord chapelain de Henri V dont il était en même 
temps l'historiographe et Fun des favoris, évêque de Chichester le 26 jaillet 
1421, de Londres le 30 août suivant, archevêque d'York le 8 avril 1436, car- 
dinal le 18 décembre 1439, archevêque de Canterburyle 2x juillet 1452, mort 
le 22 mars 1454. 

2. Le 8 novembre 1419, Henri V maintint Guillaume de Clinchamp, écuyer, 
en possession de ses biens et héritages {Reg, des dons, p. 128). 

3. Est-ce cette Robine, désignée sous le nom de t madame de Clinchamp », 
qui obtint de Henri V, le 16 avril 1418, des lettres de répit pour faire hommage 
de seigneuries qui lui avaient été données par le roi d'Angleterre? (Ibid., p. 17 
et 18.) 



PIÈCES DIVERSES 169 

et appendances, et que d'icelles ilz aient joy et usé paisible- 
ment et encore font de présent, neantmoins, soubz umbre 
de ce que Richard i et Colin, diz de Clinchamp, frères du 
dit suppliant, et enfans du dit feu Guillaume, jadis son père, 
et d'une autre femme qu'il eut espousée paravant la dicte 
Robine, mère du dit suppliant, par leur simplesse, mauvais 
conseil ou desplaisance, se partirent despieça du lieu de leur 
nativité et s'en alérent hors de l'obéissance de nostre dit feu 
seigneur et père et de nous, ne onques puis ne retournèrent 
ne ne scet le dit suppliant se ilz sont mors ou vifs 2, il doubte 
que, pour leur absence, aucuns noz officiers ou aultres ne 
voulsissent es biens demourez du decez de leur dit fiçu père 
mettre ou donner aucun empeschement qui pourroit redon- 
der en son très grant grief et préjudice, se par nous ne lui 
est sur ce pourveu de nostre grâce, si comme il dit, requé- 
rant humblement icelle. Pour ce est il que nous, ces choses 
considérées et les bons oc aggreables services que le dit mais- 
tre Pierre de Clinchamp a faiz a feu nostre dit seigneur et 
père en la compaignie de nostre dit conseillier l'evesque de 
Londres et autrement, et qu'il fait chascun jour a nous «t a 
nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent nostre 
royaume de France, duc de Bedford 3... Si donnons en man- 
dement... aux baillis et vicontes de Caen et Coustantin... 
Donné a Paris le xxviu* jour de novembre l'an de grâce mil 
cccc xxiiii, e| de nostre règne le tiers. Ainsi signé : par le 
roy, a la relacion de monseigneur le régent le royaume de 
France, duc de Bedford. Parker. 

(Arch. Nat.y sect. hist,, JJ ij3, «<> 37,) 

I. Richard et Colin de Clinchamp faisaient partie de la garnison du Mont- 
Saint-Michel daiis la compagnie de Guillaame des Biards, chevalier banneret, à 
la date du iv |ain 143 1 (voyez plaa haut, n* XIII). 

a. Sur la liste desdéfensean du Moat dressée en 1437, Richard de Clinchamp 
figure sous le n* 64 (D. Huyoes» Hist. du MotU-SaitU-Michel, éd. E. de Ro> 
billard de Beaurepairè, II, 1 17). 

3. Si les Anglais comblaient de faveurs les membres du clergé ralliés à leur 
parti, en revanche les Normands restés fidèles étaient sans pitié pour ces rené- 
gats. C'est ainsi que les « brigands » du Bessin prirent plaisir à dévaliser le 
prieur de Lingèvres trahi par son propre chapelain {Arch, Nat., JJ 173, n* 73). 



m 



IJO CHRONIQUE DU MONT-SAINT- MICHEL 



XLV 

1424, 23 DiCEMBKE, BASTILLE D^ARCEVON 

Nicolas Burdett, bailli du Cotentin^ commissaire délégué par 
le roi et le régent de France pour tenir par terre le siège 
devant le Mont^Saint^Mickel, mande au vicomte de Carentan 
de payer 53 livres tournois à Richard Colihert qui a travaillé 
pendant cent deux jours entiers, depuis le i3 septembre précé- 
dent, à la construction de la bastille dtArdevon, en qualité de 
nudtre des amvres de la dite bastille, 

Nicolas Burdet, chevalier, seigneur de Bonneboz, grant 
bouteillier de Normandie, bailli de Costentîn, commissaire 
et cappitaine de par le roy nostre souverain seigneur et de 
très hault et puissant prince et mon très redoubté seigneur 
monseigneur (le régent le royaume de France, duc de Bed- 
ford, pour tenir par la terre le siège devant la place et forte- 
resse du Mont Saint Michiel, au viconte de Carenten ou a 
son lieutenant, salut. Comme pour subjuger, recouvrer et 
mettre en l'obéissance du roy nostre souverain seigneur la 
ville et forteresse du dit Mont Saint Michiel, nous avons 
fait faire et ediffier auprès de la dicte place une bastille si- 
tuée et assise a la rive d'Ârdevon le plus près que avons peu 
de la dicte forteresse et, pour icelle edifiîer, avons fait venir 
Richart Colibert, cherpentier, lequel, par Tavis et delibera- 
cion de plusieurs des gens et officiers du roy nostre dit sei- 
gneur et par le conseil des autres charpentiers et ouvriers, 
pour faire ediffier icelle bastille, avons ordonné, commis et 
establi le dit Colibert mestre des euvres de la dicte bastille, et 
fieiit faire plusieurs abiliemens pour assaillir la dicte place du 
Mont Saint Michiel en laquelle il a continuellement besoin- 
gné et ouvré par le temps et espasse de cent deux jours en- 
tiers commençans le xiii' jour de septembre derrain passé, 
pour chascun desquiehc jours et aussi pour quatre jours de 
venir et s'en retourner a sa maison qui est a xiiii lieues ou 
environ de la dicte bastille, nous lui avons taussé et tauxons 
par ces présentes dix soulx tournois par jour qui montent 



fja CHRONIQUE DU MONT«SAiNT-MlCHEL 

Ât février ccocxxiin pardevant Goillmime Biote, TÎconte de 
Carenten, par quittance de lui fûcte le xiif« jour de février mil 
jccccxznii zuci" livres un sous lui deniers tournois» 

A lui, pour les gaiges et regars de lui et de ses dictes gens^ 
pour leur service du vu"^ mois du dit siège, dont il a fait mons* 
tre pardevant le dit Biote le xvi»« jour de mars en suivant mil 
ccccxxim, par quittance de lui faicte le xx« jour de mars en- 
suivant ccccxxiiii, de plus grant somme . . « . xiici livres 
xui sous un deniers tournois. 

A lui, pour les gaiges et regars de xx hommes et lx aichiers 
a cheval, pour leur service du mois de février au dit sieg^ du 
Mont Saint Michiel, dont il a fait monstre le xi« jour du dit 
mois de février devant la dicte place pardevant le dit Biote, 
par quittance de lui faicte le xiu« le jour de février ccccxxiui 
vc mi^xxv livres xvi sous vui deniers tournois. 

A lui, pour le mois de mars ensuivant, dont il a fait mons- 
tre le xvi« jour du dit mois pardevant le dit viconte, par quit- 
tance de lui faicte le xx« jour du dit mois. . . v c nn^xv livres 
XVI sous vni deniers tournois. 

A Guillaume Biote, viconte de Càrenten, pour les gaiges 
et regars de lui et m archiers a cheval, pour son service de 
vn^xn jours du dit siège du Mont, commençans le xn»« jour de 
septembre ccccxxini et finans le x" jour de fevrief ensuivant 
tous inclus, dont il a fait monstre et certifiîé par le dit Bourdet 
du dit service, par mandement et quittance faicte xiu« jour 
jour de février ccccxxini, le dit mandement donné le un« jour 
de décembre ccccxxini, servant pour tout le temps que le dit 
siège y sera vuux livres xviu sous x deniers tour- 
nois. 

A lui, pour semblable cause, pour inini jours commençans 
le xi« jour de février et finans le n« jour de may ensuivant in- 
clus, par quittance faicte xi« jour du dit mois. . . uu^i livres 
tournois. 

A lui, comptent a Jehan Helmen, escuier, lieutenant, 
pour les gaiges et regars du dit Jehan Helmen, xlvi autres 
hommes d'armes et vi^ix archiers, tous a cheval, dont a Uât 
monstre le vim jour de may nn c xxv a la bastide de Ardevon 
pardevant révérend père en Dieu monseigneur du Mont Saint 
Michiel et Guillaume Biote, viconte de Càrenten, a ce com- 
mis etc. , pour servir le roy nostre sire a la dicte bastide et siège 

/ 



PIÈCES DIVERSES ' lyS 

parterre devant le dit Mont xmcxL livres iiii sous 

II deniers tournois. 

A lui, comptent au dit Jehan Elmen, lieutenant, pour les 
gaiges et regars de lui, xliii autres hommes d'armes et cii ar- 
chiersr a cheval de la retenue de mon dit seigneur le bailly, 
dont il a feit monstre a la dicte bastide de Ardevon le xii« jour 
de juing ensuivant ccccxxv pardevant mon dit seigneur du 
Mont a ce commis etc., pour servir le roy comme dessus au dit 
siège par terre devant le dit Mont Saint Michiel. . . xiclx li- 
vres XVI sou6 viii deniers tournois. 

A monseigneur Lorens Waren, capitaine de Coustances, 
pour les gaiges et regars de lui, xi autres hommes d'armes et 
XXXVI archiers a cheval de sa compaignie, pour leur service 
d'un mois a la bastille d' Ardevon et siège de la terre devant 
le Mont Saint Michiel commençant le v« jour de may cccc 
vint cinq qu'il fist monstre de ses dictes gens par devant 
monseigneur du Mont Saint Michiel, commissaire du roy 
nostre sire m c lxvii livres x sous tournois. 

A Lorens Hauden, escuier, capitaine de Tombellaine, a la 
charge de xx hommes d'armes a cheval lui compris, x hom- 
mes d'armes a pie et nii^x archîers de sa retenue, pour la 
sauvegarde de la dicte place et faire guerre a ceulx du Mont 
Saint Michiel comme pour garder la mer, pour i mois com- 
mençant le xviii<> jour de février ccccxxiiii qu'il fist ses mons* 
très pardevant Jehan Broe, escuier, lieutenant de monseigneur 
le capitaine de Coustances, et Guillaume Biote, viconte de 
Carenten, par vertu de lettres de garant de monseigneur le' 
régent données le xiii" jour de janvier ccccxxiiii, tant et si 
longuement que le siège durera .... vin c xii livres x sous 
tournois. 

A lui, pour les gaiges et regars de dix hommes d'armes a che* 
val, et VI a pié et xlv hommes de trait pour la sauvegarde du 
dit lieu, pour leur service d'un mois entier et dont ilz ont fait 
monstre le xii« jour de may mil ccccxxv pardevant Guillaume 

Biote, vicomte de Carenten nu c xii livres xviii sous 

nu deniers tournois. 

A lui, pour les gaiges et regars de x hommes d'armes a 
cheval, v a pié et xlv archiers, pour la sauvegarde du dit lieu, 
pour leur service d'un mois entier au dit lieu de Thombelaine 
commençant le xviii« jour de may ccccxxv, dont il a fait mons* 



174 CHRONIQUE DU MOMT-SAiNT-MtCHEL 

trç te xin" )Our de juiag ensuivant ccocxzv piyr devant Guil- 
laume Biote, viconte de Garenten. . . . inicvi livres v sous 
tournois. 

Mémoire de lut rabattre sur le premier paiement qu'il ara, 
pour zx ars et XX trousses de flesches a lui délivrées par le mais- 
tre de rartillerie xxii de janvier ccccxxiiii, xl livres tournois. 
Item, pour xx fusti de lance a lui délivrez le dit jour, xx livres 
tournois. 

A lui pour les gaiges et regars de x hommes d'armes a che* 
val, cinq a pie et xliii archiers de sa dicte retenue desservis par 
XIII jours commençans le xviii^ jour de jung ccccxxv et finans 
le derrein jour du dit mois, dont monstres ont esté faictes le 
dit derrain jour de jung pardevant Hemon Charles a ce com- 
mis etc viii*^ XI livres xiu sous ii deniers tournois. 

Paie par quittance de Lorens Haudein faicte en papier le 
X? jour de juillet iiii c xxv. 

{Bibl, Nat,^ ms. fr. ti9 449 h /** 90, 91 et 48 v^,) 



XLVII 

1423 (n. st.), 9 jAMTmi 

Certificat de Jean Orenge, lieutenant en la vicomte de Vire €tu 
bailli de Caen, délivré à l'occasion de la fourniture de xo pipes 
de vin de pays, de 20 pipes de cidre, de 12 quartiers et demi 
de froment et de 10 pièces d*aumaille faite par Jean Gourdel, 
vicomte de VirCy à la garnison de Tombelaine^ et fixant, d'après 
estimation de treize tavemiers, bouchers et boulangers, le prix 
de la pipe de vin de pays à 10 livres tournois, delà pipe de ci" 
dre à 8 livres tournois, du quartier de froment mesure de Vire 
à 10 sous et de la pièce d'aumaiUe à. 8 limres tournois. 

A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Jehan 
Oîenge le jeune, lieutenant en la viconte de Vire de noble 
homme monseigneur le bailli de Caen, salut. Savoir faisons 
que aujourd'uy ix« jour de janvier Tan mil lui c xxiiii, nous 



PIÈCES pivER$;ss 175 

est ai^fii?R par. vidisse de.ceruines Içitttres rpy^ulx, comn^fi il 
estoit niaa4é aux vicontes d« Vire ex dç Carentea qu^ po^r 
U provision de la place de Tombelaiae et pour advitaillier 
cêuU qui tiennent icelle place pour résister aux adversaires; 
du roy nostre seigneur estans eu Mont Saint Michiel et autres 
qui les pourroient envahir, ilz feissent finance aux despens 
du roy de vingt pippes de vin de pais, quarante pippes de 
sidre et servaizes, xxv quartiers de fourment et vingt pièces 
d'aumailles, desquieulx vivres et advitaillemens Jehan Gour- 
del, a présent viconte de Vire i, avoit paie et contenté en la 
dicte place de la moittié des diz vivr.es, c'est assavoir x pip- 
pes de vin de pais, xx pipes de sidre, xii quartiers et demy 
de fourment et x piecez d'aumaille ; et nous ait le dit viconte 
requis faire tauxer et aprecier les. diz vivres bien et deue* 
ment, affin d'en rendre compte : pour quoy, nous avons 
fait venir par devant nous Jehan Chauveau, Jehan Sevestre, 
Raoul Toustain, Guillaume Hervieu^ Jehan des Hezes, Ri- 
chart Fortin, Jehan le Bouchier, Jehan Chantelou, Jehan 
Porquet, Jehan Fourmentin, Guillaume Buallen , Jehan 
Fleury et Jehan TEstourmy, bourgois taverniçrs, bouchi.«rs 
et boulengiers, lesquieulx nous fismes jurer que bien et 
loiaument ilz feroient la dicte tauxacion. Et par eux fi^t. 
tauxé et aprecié que pippe de vin de pais valloit au temps 
de la dicte provision x livres tournois, pippe de sidre. 
VIII livres tournois >, quartier de fourment mesure de Vire 
X sous, pièce d'aumaille viii livres tournois. Et ce certifiions 
a tous qu'il appartient, de laquelle apreciacion ainsi faicte 



I. Le 14 férrier 1421, Jean Âuzeré avait été institué vicomte de Vire en 
remplacement de Michel Gourdel {Mém. de la Soc. des, Ant, de Iform., XXIII, 
n* 958). Anzeré exerça ces fonctions jusque vers la fin de 1^124 (Bibl. Nat,, 
m. fr. n* 4483, n» 62, 94); il eut pour successeur Jean Gourdel. 

3. Le vin et le cidre étaient alors fort chers aux environs de Vire, et il ré- 
sulte d'une lettre de rémission octroyée par Henri VI à un laboureur de Cou- 
lonces (Calvados, arr. et c. Vire), nommé Richard Meslier, que les paysans 
de cette région étaient souvent réduits A boire de l'eau. A Joonet Pennier qui 
avait fait demander du vin d'un dîner de noces pour régulée Hegna)xlt Rouaut,^ 
écuyer du pays, Richard Meslier n'avait envoyé que de l'eau, et comme Pennier se 
plaignait en disant que ce n'était pas là ce qu'on donnait à boire aux gentils* 
hommes, Richard Meslier répondit, • par manière d'esbatement et eomme a son 
singulier amy, qu'il ne se souciast de ce et que eulx mesmes en buvoUnt bien 
souvent » {Arch. Nat.^ JJ 173, n« 45). 



176 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MrCHEL 

le dit yicoiite nous a requis ces lettres pour lui vâUoir sur 
ses comptes ce que raison sera: Donné a Vire soubx le seel 
dont nous usons eu dit office de lieutenant, en l'an et )our 
dessus diz. Orxngs. 
(Bihl. Nat.y Quittances, t, 56, n^Syo,) 



XLVIII 

1425 (a. 8t.}, 14 JANVIER 

Évaluation à 8 saluts d'or, équivalant à 12 livres tournois ^ des 
gains de guerre de Nicolas Burdett, naguères capitaine de 
Neufchdtel et de Torcy, qui certifie n'avoir eu aucuns gains de 
guerre durant le temps quHl a été capitaine de Carentan et 
bailli du Cotentin, parce que les brigands faits prisonniers ont 
été exécutés aussi bien à la Bastille i qu'ailleurs. 

De monseigneur Nicolas Bourdet, chevalier, n'a gaires capi- 
taine du chastel et ville de Neufchastel et de Torchy, auquel 
ont esté rabatus par le dit receveur gênerai, sur ses gaingnes 
de la dicte cappitainerie en la despence de ce [compte, la 
somme de viii saluz d'or et vint solz tournois en monnoie ap- 
partenans au roy nostre sire, pour toutes les tierces et gaingnes 
de guerre que il eut ne receut onques durant le temps qu'il a 
esté capitaine desdiz lieux. Et du temps qu'il a esté capitaine 
de Carenten et bailli de Constantin, il certiffie qu'il n'a eu 
nulles gaingnes de guerre , nulz appatiz, pris brigans qu'ilz 
n'aient esté exécutez, aussi bien à la Bastille comme ailleurs, 
ne provisions ne vivres pris sur le pays qu'il ne ait paiez 
et fait paier, comme par certifficacion de lui, faicte le xiiii« jour 
de janvier l'an milccccxxim cy rendue, appert. Pour ce, îcy, 
VIII saluz d'or, chacun salut a value au pris de xxx sous tour- 
nois, valent xii livres tournois; avec yceulx xx sous tournois 
font pour tout xin livres tournois. 

(Bibl. Nat., ms.fr, n^ 448S, p i3y.) 

I . La Bastille désigne la bastille d'Ardevon que Nicolas Bardett avait fait 
construire pendant les derniers mois de 1424. 



PIÈCES J)IVEIÏ5ES 177 



XLIX 

1425 (n. st.), 14 JANVIER 

Nicolas Burdett, bailli du Cotentin, commissaire ordonné pour 
le siège et le blocus du Mont-Saint-Michel, donne quittance de 
640 livres z8 sous 6 deniers tournois^ à valoir sur la somme 
imposée aux paroisses de la vicomte de Mortain pour leur part 
contributive dans les frais de construction d'une bastille et au- 
tres dépenses nécessitées par le blocus du Mont-Saint-MicheL 

Saichent < tuit que nous Nicolas Bourdet, chevalier, sei- 
gneur de Bonneboz, establi bailli de Constantin et commis- 
saire ordonné par le roy nostre sire a tenir siège et faire 
faire certaine bastide pour le dit seigneur devant la ville et 
forteresse du Mont Saint Michiel occupez par ses ennemis et 
adversaires estans au dit lieu, confessons avoir eu et receu 
d'aucuns habitans des villes et parroisses de la viconté de 
Mortaing, par la main de Digon Hilton, sergent royal en la 
dicte viconté et commis de par nous a faire venir ens et ap- 
porter devers nous ^u dit siège les sommes de deniers a quoy 
les diz habitans ont esté par nous imposez et condempnez 
pour aidier et contribuer aux euvres d'icelle bastide et clos- 
ture du dit siège, la somme de six cens quarante livres dix 
huit solz six deniers tournois sur et en deducion de ce que 
dit est. De laquelle somme de vi c xl livres xvui sous vi deniers 
tournois nous nous tenons pour bien contens et en quittons 
les diz imposez et condampnez et aussi le dit Digon et tous 
autres qu'il appartient. Tesmoing noz seel et seing manuel 
Cy mis le xiiii® jour de janvier l'an mil quatre cens et vint et 
quatre. Bourdet. 

(Bibl. Nat.f Quittances, f. 56, no 3yr,) 

I. Nous publions cette quittance d'après un vtdimut de Simon Morbier, 
chevalier, seigneur de ViUiers, conseiller du roi et garde de la prévôté de Pa- 
ris, en date du lundi x2 aviil 1438» 

la 



178 CHRONIQUE DU MdNT-SÂlNT-MICHEL 



1425 (n. tt.)f U FéVRIBR 

Nicolas Burdêtt , commissaire ordonné par le roi pour tenir siège 
et faire bastide devant le Mont- Saint-Michel, donne quittance 
d'une somme de 1,240 livres 12 sous 6 deniers tournois recou" 
vrêe en certaines paroisses de la vicomte de Valognes, à valoir 
tant sur les impositions levées pour la construction d'une baS' 
tille devant le dit Mont que sur les amendes encourues pour avoir 
fait défaut à l'occasion du dit siège. 

Saichent tuît que nous Nicolas Bourdet, chevalier, sei- 
gneur de Bonnebos, grant boutillîer de Normendie, com- 
missaire ordonné par le roy nostre sire a tenir siège 
et faire bastide pour icellui sire devant la ville et forte- 
resse du Mont Saint Michiel occuppée par ses annemis et 
adversaires, confessons avoir eu et receu de Jehan Millehain 
par nous chargié et ordonné dealer quérir, recevoir et du pais 
faire apporter au dit siège les deniers que l'en pourroit avoir 
et recouvrer des habitans d'aucunes villes et parroisses de la 
viconté de Valongnes, tant de leurs composicionsfaictes pour 
faire la dicte bastide et entretenir le dit siège comme des 
amendes en quoy aucuns des diz habitans sont encouruz par 
ce qu'ilz ont esté reffusans et delaians de venir ou envoyer 
au fait dessus dit, la somme de douze cens quarante livres 
douze solz six deniers tournois, c'est assavoir a trois paie- 
mens qu'il a esté quérir au dît lieu de Valongnes et appor- 
ter devers nous au dit siège, unze cens cinq livres douze solz 
six deniers tournois en deniers comptans, et six vins quinze 
livres tournois que par nostre ordonnance il a fraiez et mis 
pour les salaires et despens de lui n<^ a cheval, et de vu com- 
paignons archiers estans avecques lui pour la seureté de lui et 
de la finance, par trois volages ^ par lui fais a aler quérir et 



I. N0Q8 publieas cette quittance d'après un yidimus de Simon Morhier, 
garde de la prévôté de Paris, en date du lundi is avril 1438. 
a. On voit par une quittance en date du i3 janvier 1428 (n. st.} que Jean 



PIÈCES DIVERSES 17g 

upporter la djct» somoa^ , c'est assavoir pour chascun yoiage 
quaraona cinq livres touroois doat aous avons ses lettres de 
quittance. De laquelle somme de xii ^ xl livres xu sous vi d^ 
niers tournois nous nous tenoqs pour bien contens, et d'icelle 
le quittons et promettons acquittier envers et contre tous 
soubz Tobligacion de touz noz biens quelzconques. Tesmoing 
nostre seel et seing manuel cy mis le xii» )our de février Tan 
mil quatre cens vint et quatre. Bourdet. 

(ÈibL Nat., Quittances^ t. 56, n^ 385.) 



LI 

1425 (n. «t.)' VARS, PARIS 

Rémission octroyée par Henri VI à Mon Utote, natif du Mtsnil^ 
Drey^ ancien soudoyer du Mont^Saint^Michel, pris dans les 
grèves du dit Mont, enfermé au Parc^i'Évéque, rançonné et 
remis en liberté par les Anglais deux ans et demi auparavant^ 
lequel^ depuis environ deux mois, se tient avec Raoul le Prévost 
dans les bois voisins du dit Mont-Saint- Michel oit il met à ran^ 
çon les sujets du roi de France et d'Angleterre, 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle* 
terre, savoir faisons a tous presens et avenir a nous avoir 
esté humblement exposé de la partie des amis charnelz de 
Jehan TOste, aagié de xxiiii ans ou environ, natif de Mesni- 
dré > en la viconté de Constances, comme, au temps de la 



Millehain, lieutenant de Bordett, fit trois voyages d*Arde?on à Valognes, le 
premier le a novembre 1424, le second le 38 du même mois» le troiaiteie 
le 1 9 décembre, en compagnie d'un guide, d'un homme d'armes à cheval et de 
6 archers, pour recueillir et apporter au bailli du Cotientin 1 240 livres 1 2 sous 
6 deniers tournois à valoir sur « la somme a quoi les manans des villes et 
paroisses de la vicomte de Valongnes estoient tauxés pour convertir es ou- 
vrages et autres besongnes du siège du Mont Saint Michiel. » (^BibL Nat., 
Quitt., t. 59, n» 827.) 
I. Le Mesnil-Drey, Manche, arr. Âvranchcs, c. la Haye-Pesnel. 



l8o CHRONfQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

descente que fîst feu nostre très chier seigneur et père le 
roy d'Angleterre, que Dieu pardoint, au pais de Normen- 
die, le dit Jehannin, qui tout le temps paravant avoit de-* 
mouré ou dit pays de Normendie avec ses amis, se tint et 
demoura en icellui en Tobeissance de nostre dit feu père 
)usques a ce que, pour aucunes pertes qui lui survîndrent, 
il se parti du dit pays et s'en ala au Mont Saint Michiel a 
un lieues ou environ du dit Mesnildré, ouquel lieu il fut 
par aucun temps avec ceulx du dit lieu, et depuis il fut 
prins es grèves du dit Mont Saint Michiel par aucuns de 
noz subgiez et mis prisonnier au Parc l'Evesque, et ylec 
fut raençonné et lui fut tout pardonné et, sa raençon paiée, 
se mist demeurer avec aucuns de nostre pays d'Angleterre 
avec lesquelz il a demouré l'espace de deux ans et demi ou 
environ, en les servant bien et loyaument de son povoir; 
et, deux mois a ou environ, le dit Jehannin s'est parti de 
leur compaignie par le mauvais conseil de un nommé 
Raoul le Prévost avec lequel Raoul le dit Jehannin est aie 
es bois estans près du dit Mont Saint Michiel es quelz bois 
les dis Raoul et Jehannin ont rançonné aucuns de noz sub- 
giez et les contrainct a leur paier, les aucuns un franc, les 
autres deux, et ce que d'eulx ilz ont peu avoir sans de- 
tencion de prison ne leur mal faire de leurs corps, et aussi 
ont prins ou rançonné aucuns chevaulx ou jumens. Pour 
lesquelles choses ainsi prises par les dis Raoul et Jehannin 
qui sont de très petite valeur, le dit Jehannin l'Oste, qui a 
bonne voulentè de retourner avec ses amis et vivre et 
mourir en nostre obéissance, ne oseroit retourner en icellui 
pays ne ailleurs en nostre obéissance, se nostre grâce et mi- 
séricorde.... Si donnons en mandement par ces présentes ^u 
bailli de Constantin.... Donné a Paris ou mois de mars l'an 
de grâce mil ccccxxiiii, et de nostre règne le tiers. Ainsi 
signé. Par le Conseil. Oger. 

(Arck, Nat.y sect. hist,, JJ lyS, n9 g g, /> 5o i^,) 



PIÈCES DIVERSES l8l 



LU 

Z423 (n. 8t.)> 8, 24, 25, 26 MAE8 ET 9 AVRIL 

Compte de divers payements faits à Thomas de Clamorgan, 
écuyêr, verdier de la forêt de Brotonne, et à Jean Guedon, gre^- 
netier de Rouen, chargés en vertu d'une commission royale du 
8 mars 1425 fn. st,), d'affréter un certain nombre de vaisseaux 
pour le fait du siège du Mont-Saint-Miehel. 

A Thomas de Clamorgam i, escuier, verdier de la forest de 
Broutonne, et a Jehan Guedon, grenetîer de Rouen, commis 
a prandre le navire pour le fait du siège du Mont Saint Mi- 
chiel, ausquielz ont esté paiez par le dit receveur la somme de 
XVI livres tournois , pour viii jours qu'ilz ont vaquié a pran- 
dre certain nombre de navire pour le fait du siège du Mont 
Saint Michiel, par vertu des lettres de commission du roy nos- 
tre sire données a Paris le vin" jour de mars milccccxxiiii, par 

quittance faicte le xxiiii* jour du dit mois xvi livres 

tournois. 



I. Jacques de Clamorgan, frère de Thomas, avait prêté serment de fidélité 
à Hemri V et avait été maintenu en possession de ses biens et héritages dès le 
10 mars 141 9 (ilfdfm. de la Soc. desAnt. de Norm.fXyiUÎ, n* 1243; Reg.des 
dons, p. 59). l« 8 juin 1420, Thomas de Clamorgan reçut en don du roi 
d'Angleterre les fiefîs de Guillaume le Forestier, rebelle, fils de Robert le 
Forestier, aïeul de Thomas (Itid., n« 11 23): le 14 décembre suivant, il 
fut admis à recueillir l'héritage de Thomasse de Clamorgan {Ibid., n* 1277) ; 
et le 3 1 mai de Tannée suivante, il fut investi de l'office de verderie et garde 
de la forêt de Brotonne (Ibid., n» 1292), tandis que Colin de Clamorgan, 
l'un de ses cousins sans doute, obtenait la sergenterie des landes de Vateville en 
la dite forêt {Ibid.^ n* 1 3o5). Le 1 1 décembre 1 424, Thomas de Clamorgan, 
seigneur de Cosqueville (Manche, arr. Cherbourg, c. Saint- Pierre-Église), 
fit aveu à Henri VI, du chef de Catherine d'Ârgouges sa femme, d'un demi-fief 
de chevalier, dit le fief du champ du Boul, mouvant de la châtellenie de 
Vire, borné d'un côté par le comté de Mortain et de l'autre par la forêt 
de Saint-Sever (Arch, Nat.^ P 3o6, no 226). Robert de Clamorgan, frère 
de Jacques et de Thomas, et Jean de Clamorgan restèrent fidèles à la 
cause française, et Charles VI], en récompense de leur fidélité, donna à Jean 
et à Robert, en 1446 et 1453, les biens de Raoul le Sage, leur cousin, mort 
en 1438 dans le parti anglais dont il était l'un des chefs {Arch» Nat,, 
U I95,n«85). 



MBBM 



l82 CHRONIQUE DU MONT-SAIMT-MICHEL 

j 

A eulx, pour certains despens fois avec pluseurs des mais^ 
très et marigniers du navire pris en la fosse de Leure i pour 
le fait du dit siège et avec despens fais a la cause dessus dicte, 
par tauxacion de monseigneur du Mont Saint Michiel 2 faicte 
le XXV" jour de mars ensuivant et quittance d'eulx faicte le 
XXVI» jour du dit mois x livres tournois. 

Au dit Thomas de Clamorgam, en prest sur les voiages a 
lui ordonnés faire pour le fait du dit navire , par une quit- 
tance faicte le xxv* jour de mars, viu livres tournois ; et par 
une autre qnittance faicte le ix« jour d'avril ensuivant, x livres 
tournois ; pour ce xviii livres tournois. 

(Bihl. Nat.f nu. fr, »• 44g i, p 40 v*.) 



LUI 

1423 (n. 8t.)t 12 IIAII8, PAEIS 

Mandement des trésoriers et gouverneurs généraux de toutes les 
finances de Henri VI en France et en Normandie, relatif à 
la levée de diverses sommes votées dans l'assemblée des trois 
Étais tenue à Paris au mois d'octobre précédent, et notamment 
à la levée <fe 12,000 livres tournois sur les vicomtes de la rive 
gauche de la Seine, excepté celles éCAlençon, d'Essai, d^Argen^' 
tan,d^Exmes et de Domfront, lesquelles 12,000 livres sont des^ 
tinées au payement des gens d'armes et de trait qui sont et 
seront devant le Mont-Saint-Michel, tant par mer que par terre. 

Les trésoriers et generaulx gouverneurs de toutes les 
finances du roy nostre sire en France et en Normendie, aux 
esleuz sur le fait des aides a Monstereul et Bernay et au 



I. L'an des bassins du port actael da Havre^ le bassin de Leure, occupe 
Pemplaoement et a conservé le nom du mouillage que l'on appelait au moyen 
ftge la Fosse de Leure. 

3. Robert Jolivet, abbé du Mont-Saint-Michel. 



PIÈCES DIVERSES |83 

vicomte du dit lieu, salut. Receues par nous les lettres du 
roy nostre dit seigneur, données a Paris le ix<^ jour de ce 
présent mois, par lesquelles nous est mandé et commis 
asseoir, faire cueillir, lever et recevoir la somme de soixante 
quinze mil livres tournois sur les bourgois, manans et habi« 
tans du duchié de Normendie et pais de conqueste d'envi- 
ron, c'est assavoir soixante mil livres tournois pour le second 
paiement de la somme de neuf vins mil livres tournois or- 
donnée par le dit seigneur estre levée sur les diz pais a trois 
termes, c'est assavoir en janvier derrain passé, avril et juillet 
prochain venant, pour les convertir tant ou paiement des douze 
cens lances et les archiers ordonnez par le dit seigneur pour 
le conduit de la guerre de ceste présente année commencée 
le premier jour d'octobre derrain passé, c'est assavoir qua- 
tre cens lances ou pais de France, quatre cens lances gîsans 
es garnisons de Normendie, et quatre cens lances et les 
archiers pour la conqueste du Maine et pais d'environ, 
comme en canons, pouldres, abillemens de guerre et autres 
choses a ce nécessaires, selon l'advis et accord prins et fait 
en l'assemblée des gens des trois Estas des diz royaume de 
France, duchié de Normendie et pais de conqueste faicte a 
Paris ou dit mois d'octobre derrain passé, deux mil livres 
tournois sur les vicontez du bailliage de Gaulx pour les con- 
vertir en certains ouvrages ordonnez par le roy nostre sire 
estre faiz en la ville de Harfleu, trois cens trente trois livres 
VI sous VIII deniers tournois sur les vicontés d'Âuge, Orbec 
et Pontaudemer pour le tiers de mil livres tournois que 
les habitans d'icelles vicontez ont requiz au roy nostre sire 
estre levées sur eulx aus diz trois termes pour les convertir 
en certains ouvrages neccessaires en la ville de Lisieux, et 
douze mil livres tournois sur les vicontez d'oultre la ri- 
vière de Saine, hors mises les vicontez d'Âlençon, Essay, Ar^ 
genten, Exmes et Dampfront, pour ce qu'elles font frontière 
contre les ennemiz du Maine, pour convertir ou paiement 
des gens d'armes et de trait qui sont et seront au siège devant 
le Mont Saint Michiel, tant par mer comme par terre i..é 



I. Suit le dispositif relatif à l'assiette de 65o livres tournois sur les habi- 
tants des vicomtes de Montreuil (auj. Montreuil-l'Ârgillé, Eure, arr. Bemay, c. 
Broglie} et de Bernay. 



184 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

Donné a Paris le xii* jour de mars l'an mil cccc vint et 
quatre. R. de Bailly. 

(Arch. Nau'y sect. hist.y K 62^ «• l'j.) 



LIY 

1425 (n. 8t.)» DU 14 MAftS AU l5 JUILLBT 

Montant de l'indemnité allouée à Robert Jolivet, abbé du Mont^ 
Saint-Michel f à l'occasion du voyage fait par le dit abbé en 
basse Normandie^ notamment à la bastille d'Ardevon et à Tom- 
belaine, du 14 mars au j 5 juillet 1425, pour le siège mis par 
mer devant le Mont-Saint^Michel, 

A monseigneur Robert, abbé du Mont Saint Michiel, pour 
la parpaie du voiage par lui fait a Harfleu , Caen, Saint Lo , 
Carenten, Coustances, la bastide de Ardevon et Tombellaine, 
pour le fait du siège par mer devant le Mont Saint Michiel et 
autres grosses besongnes a lui enchargées faire pour le roy, le 
dit voiage commençant le xnii» jour de mars ccccxxiin et finant 
le xv^ jour de juillet ensuivant ccccxxv tous inclus, ouquel 
temps a vimciiii jours, au pris de vi livres tournois par jour a 
lui tauxées par monseigneur le régent, par ses lettres données 
le vn« jour de mars mil cccc xxnii, expédiées le ix« jour de 
mars ensuivant, dout il a receu cy dessus u9 xl livres, et cy 
par quittance faicte le xxv« jour du dit mois de juillet ensui- 
vant vc nii livres tournois. 

(BibL Nat,, tns./r, n9 44g i y f^ 18 v^.) 



PIÈCES DIVERSES l85 



LV 

1425, DU t7 MARS AU 20 JUIN I 

Compte des payements faits pour la solde des équipages et 
l'affrètement d'une flotte de 20 navires (j hourque , 2 barges, 
3 nefs, 8 baleiniers ou galiotes et 6 autres bateaux de moindre 
tonnage), frétés à Rouen, Dan:(ig, Londres, Orwell, Winchel^ 
sea, Porismouth, Dieppe, Granville, Southampton, Blainville, 
Guernesey, Caen, amenés devant le Mont » Saint -Michel par 
Richard Povoir, écuyer, sous les ordres de Lorens Hauden, 
capitaine de Tombelaine et capitaine général de la dite flotte, 
et affectés au blocus mis par mer devant le dit Mont-Saint' 
Michel, 

Deniers paiez pour le siège par mer devant le dit Mont. 

i« A Richart Povoir, escuier, pour sa paine et despens d'a- 
voir assemblé et mené le navire au siège devant le Mont Saint 
Michiel, par sa quittance faicte le xyti« jour de mars Tan mil 
ccccxxiiii ; paie xx livres tournois. 

2« A Jehan Guedon, grenetier de Rouen, par mandement 
de monseigneur du Mont Saint Michiel, commissaire en ceste 
partie, donné le xxx« jour de mars ensuivant, et quittance du 
dit Guedon faicte le xî« jour d'avril ensuivant, vi«ini livres 
tournois, laquelle somme le dit Guedon emploia et converti 



X . Le 20 juin et le 9 juillet (cf. p. 202) 1425 sont les dates extrêmes des quit- 
tances mentionnées dans les comptes que nous publions. C'est vers la fin de Juin 
qu'eut lieu l'engagement à la suite duquel les défenseurs du Mont, secondés par 
les Bretons de Saint-Malo, battirent les Anglais qui les assiégeaient à la fois par 
terre et par mer (voyez plus haut, p. 28). Il y a lieu de supposer que les navires, 
dont notre compte donne la description, restèrent au pouvoir des vainqueurs, 
car on ne s'expliquerait pas autrement la domination véritable que la marine du 
Mont- Saint-Michel exerça dans tout le détroit de la Manche, depuis Saint-Malo 
jusqu'à Calais, pendant la seconde moitié de 1425.. Plusieurs des pièces dont 
on trouvera ci-après le texte attestent qu'il y eut alors un moment - où la 
garnison française du Mont fut absolument maîtresse de la mer. Ce compte a 
été parfaitement analysé par M. Charles de Beaurepaire {Afém. de la Soc. des 
Ant, de Norm., xxiv, 219 à 221). 



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l86 CHRONIQUE DU MONT-SAINT- MICHEL 

OU paiement du navire parti de Rouen pour aller au dit si^ 
par la manière qui s'ensuit, c'est assavoir : 

A Guillaume Brest, breton, pour lui et ix autres compai- 
gnons, XXX livres tournois ; a Wautier Benoist, englois, mais* 
tre d'un autre vaissel, xx livres tournois; a Jehan Goden, ma- 
riniel, c sous tournois ; item, a Denis Baillet et Denis des 
Mons, maistres d'une autre nef, a chacun x livres, sont xx li- 
vres tournois ; a Jehan du Saulx et autres, a chascun c sous 
tournois, sont xlv livres tournois; a Jehannin Havyn mis en 
la dîcte nef, mi livides tournois. Pour tout viuiiii livres tournois. 

3» A Mathieu de Luttesensson , maistre d'une hourque < 
nommée la Cristofle^ de Dansque 3, en Allemaingne, pour les 
gaiges de lui et de xl compaignons estans dedens pour servir 
le roy nostre sire et monseigneur le régent en son siège en la 
mer devant le dit Mont Saint Michiel, soubz le gouvernement 
Lorens Hauden, capitaine de Thombellaine, et pour le firait 
de sa dicte nef, pour un mois commençant le xini* jour d'a- 
vril ccccxxv, premier mois de son service, par quittance faicte 
le xiin« jour du dit mois d'avril ini c livres tournois. 

A lui, pour les gaiges de lui et des dictes gens et pour le 
frait de sa dîcte hourque, pour le second mois du service des- 
sus dit, et dont il a fait monstre le xix« jour de may ccccxxv 
pardevant Guillaume Biote, viconte de Carenten, etc., cy 
rendue, par quittance faicte le dit xix« jour de may, comptant 
par Guillaume Biote inic livres tournois. 

A Olivier Capuchet et Cardin Tiron, lamans de la hour- 
que dessus dicte, pour leurs gaiges d'un mois entier commen- 
çant le xxiiii* jour d'avril uiic xxv qu'il fîi marchandé avec 
eulx, par Tordonnance de monseigneur du Mont, de gouver- 
ner et conduire la dicte hourque avec le maistre et compai- 
gnons dessus diz, au pris de x livres tournois par mois a 
chascun d'eulx, par quittance faicte le xxi« jour de may en- 



1. J[al a esuyé de décrire la hoarqae dans son Archéologie navale 
(t. II, p. il S); dans son Glossaire nautique (p. 835), il dit simplement 
que howqwt est le nom d'un navire de transport. Du nombre des hommes 
composant Téquipage et du chiffre de l'indemnité mensuelle allouée dans 
notre compte au maître de la Cristoflet il y a lieu de conclure que la 
hourque, dont on n'a pas pris soin d'indiquer le tonnage, était un navire 
de moyenne importance. 

2 . Danzig, -• sur la Baltique, à l'embouchure de la Vistule. 



PIÈCES MVESSES f%J 

suivant cccczxv, comptent par Guillaume J^ote , vieonte de 
Carenten xz livres tournois. 

A eulx, pour le second mois de leur service, par quittance 
£ûcte le xx« jour de juing ensuivant ... xx livres tournois. 

Au dit Mathieu de Lutesson, maistre de la dicte hourque, 
par quittance de Lorens Haudein, escuier, capitaine geajeral 
du navire estant au dit siège par mer, pour leurs gaiges et 
irait de la dicte hourque, pour le tiers mois du dit siège par 
mer dont il a fait monstre devant le dit Biote ou havre de 
Cancalle > devant le dit Mont, le xvi* jour de juing ensui- 
vant ccccxxv iiiic livres tournois. 

49 A Richart Rou, an^ois, homme d'armes et maistre d'une 
barge nommée Marie^ de Londres, tant pour les gaiges et 
regars de lui, quatre contremaistres, 1 charpentier de nefis, 
pour chascun d'eulx ix deniers esterlins, xux compaignons 
manguiers et gens de deffence a vi deniers esterlins par )Our, 
comme pour le salaire et frait de sa dicte nef portant vuna 
tonneaux s louée ii^ xl livres tournois par mois, pour ieitr 
service d'un mois commençant le xi* jour d'avril ccccxxv 
qu'il iist ses mcmstres de ses dictes gens pardevant Guillaume 
Biote, viconte de Carenten, par quittance faicte Le xv* jour 
d'avril v^xxxvii livres v sous x dentés tournois. 

A lui, pour les gaiges de lui et des compaignons dessus dtz 
et pour le frait de la dicte nef du second mois de leur ser* 
vice devant le dit Mont Saint Michiel, et dont il a fait mons* 
tre pardevant Guillaume Biote, viconte de Carenten, a ce 
commis, etc., le xxix* jour de may ccccxxv, par quittaxkce 

faicte le dit jour, comptent par le dit Biote v^xxxvii 

livres v sous x deniers tournois. 

A lui, pour semblable cause, pour leur service du tiers 
mois du dit siège du Mont par mer, dont il a fait monstre de 
ses gens pardevant le viconte de Carenten le xvi« jour de 



I. Gancale, Ille^t-Vilaine, arr. Saint-Malo. 

a La Marie, de Londres, jaugeant 1 60 tonneaux et montée par 49 Ikmbiims 
d*éqaipage, devait être une « barge » de première grandeur. Il est questioo 
plus loin d'aae antre barge, du port de Soothampton, qui ne jaugeait que 
60 tonneaux. Ces chiffres nous donnent à peu près les deux termes extrIaMS 
du tonnage de la barge, qui était, comme Ta trè84>ien yu Jal, un navire de 
moyenne grandeur. Voyez le Glossaire nautique, au mot Barge, p. 347 et 
348. 



]86 CHRONIQUE DU MONT-SAINT*MlGHBL 

îtting Misuivant ccccxxv, par quittance âûcte le zix* îour du 
dit mois de îuing, comptent par le dit Biote. . . v cxzxvii li- 
vres V sous X deniers tournois. 

50 A Wautier Dubois, maistre d'une nef k d'Engleterre, 
nommée la Trinité^ d'Orweul s, portant vi<x tonneaux, pour 
les gaiges de lui, xxix autres compaignons marigniers et gens 
de defifence de sa dicte nef et pour le fret d'icelle, pour leur 
service d'un mois commençant le xi« jour d'avril ccccxxv 
qu'il fist ses monstres pardevant le dit viconte, par quittance 
de lui faicte le xv* jour du dit mois. ... 11 c inva. x livres 
tournois. 

A lui, pour les gaiges de lui et des xxx compaignons des« 
sus diz et pour le frait de son dit vaissel, pour le second mois 
de leur service au dit Mont, et dont il ont fait monstre a 
Chaussey ^ le xafi jour de may ccccxxv pardevant Guillaume 
Biote, viconte de Carenten ace commis, etc., par quittance 
de lui faicte le dit jour, comptent par le dit viconte. . . ne 
im^a X livres tournois. 

A lui, pour semblable cause, pour leur service du tiers 
mois du dit siège par mer, dont il a fait monstre pardevant 
le dit viconte, ou havre de Cancalle, devant le dit Mont 
Saint Michiel, le xvi« jour de juing ensuivant ccccxxv, par 
quittance faicte le xx« jour du dit mois de juing ensuivant, 
comptent par le dit Biote u c unxx x livres tournois. 

G» A Ricart Seneylam, englois, maistre d'une nef nommée 
la Gorge, de Vinsessoy 4, pour les gaiges de lui, xix autres 
compaignons de la dicte nef et pour le fret d'icelle, au pris 
de Lxxviii livres xv sous tournois par mois, pour leur ser- 
vice d'un mois devant le dit Mont Saint Michiel commençant 

1 . Il ne semble pas que « nef » ait ici un sens spécifique. Gomme le mot 
« vaissel » que l'on trouvera plus loin, c nef » parait être employé, dans 
ce passage de notre compte, avec Tacception de navire en général. 

2. Auj. Orwell, mouillage situé à Tembouchure dé la rivière Gipping, 
en aval de la ville d'Ipswich, dans le comté de Suffolk. Ixs Vernon, d'ori- 
gine normande, célèbres dans les fastes de la marine anglaise, comptent 
parmi leurs titres nobiliaires celui de vicomtes Orwell. 

3. Chausey, archipel composé de petites îles reliées presque toutes entre 
.elles à marée basse et situées à 10 ou 1 3 kilomètres de Granville (Manche, 

arr. Avranclîes). 

4. Sans doute Winchelsea, Tun des Cinq Ports, dans le comté de Susses, 
au nord-est de Hastings et au sud-ouest de Rye. 



PIÈCES DIVERSES 189 

le dit XI* jour d'avril ccccxzv qu'il fist ses monstres parde- 
vant le dit viconte, par quittance de lui faicte le iT* jour 
d'avril ensuivant. . : ixuui livres xv sous toùmots; 

A lui, pour les gaiges de lui et de ses diz compaignons et 
pour le fret de la dicte nef du second mois de leur service fait 
et a faire par la mer devant le dit Mont Saint Michiel, et 
dont il a fait monstre le xix« jour de may l'an mil ccccxxv 
par devant Guillaume Biote, viconte de Carenten, a ce com« 
mis, etc., par quittance faicte le dit jour, comptent par le dit 
viconte de Carenten ixxzni livres tournois. 

A lui, pour semblable cause, pour leur service du tiers 
mois du dit siège, dont il a fait monstre pardevant le dit vi- 
conte, le XVI» jour de juing ensuivant ccccxxv, ou havre de 
Cancalle, par quittance faicte le xix« jour de juing ensuivant, 
comptent par le dit viconte. . . . nt«iii livtes xv sous tour- 
nois. 

7<» A Jaques Apaurisson, maistre d^un ballenier d'Engle- 
terre nommé le Cristofle^ de Mileblou i, portant xxx ton* 
neaux 2, pour les gaiges de lui a x livres tournois par mois, 
et de XX autres compaignons a c sous tournois par mois, dont 
il a fait monstre devant le dit viconte le xn« jour du dit mois 
d'avril, pour leiir service d'un mois commençant le dixime 
jour d'avril, et pour le fret du dit ballenier a xxx livres tour- 
nois par mois, par quittance faicte le xix« jour de may en- 
suivant par Lorens Hauden, capitaine. . . . vu» livres tour- 
nois. 

8» A Vautier Benest, maistre d'un balenier nommé 77ro- 
tnas^ de Portsamour 3^ pour les gaiges de lui, un hommes en 
sa compaîgnie, et pour le frait du dit balenier, pour leur ser- 
vice d'un mois au dit siège du Mont commençant le xvi» jour 
d'avril mil ccccxxv qu'il fist ses monstres pardevant le dit 
viconte, par quittance de lui faicte le xvii™* jour du dit mois 

I. Peut-être Millbrook, petit port da comté de Hants ou Hampshire, situé 
à quelques kilomètres au nord-ouest de Southampton. 

a. II est fait mention plus loin de deux autres baleiniers jaugeant, l'un 
appelé la Trinité, de Dieppe, 4S tonneaux, l'autre, du port de Southamp- 
ton, 3 1 tonneaux. Ces chiffres semblent indiquer que le baleinier, appelé aussi 
galiote, venait immédiatement après la barge au point de vue du tonnage. 

3. Portsmouth, célèbre port de mer situé dans la partie méridionale du 
Hampshire,. en face de nie de Wight. 



190 CHRONIQUE DU MONT-SAiNT-MICHEL 

d'ftTril XXXV livres % sous tooitioU. 

A lui, pour les gaiges àthtittde st s dû compaignons et 
pentr le fret du dit balenier, du second mois de leur service 
lait et a iaàTt par la mer devant le dit Mont Saint Miduel, et 
dont il a fait monstre le xix« jour de may Tan mil ccccxxv 
pardevasCGuillaume Bîote, viconte de Carenten, a ce comaMS^ 
par quittance de Lorens Haudain faicte le dit jour, comptent 
par le dit Biote xxxv libres x sous tournois. 

A lui, pour pareille cause, pour les gaiges de lui et ses corn* 
paignofis, pour le tiers mois du dit siège par mer, dont il a 
foit monstre pardevant le dit viconte le xvi« jour de juing 
ensuivant, par quittance faicte le xix« jour du dit mois, comp- 
tent par le dit viconte xxxv livres x sous tournois. 

90 A Jehan I>oubté,maistred'un balenierde Dieppe nommé 
la TVtftt'r^, du dit lieu, Jehan Turpinet, Jehannet Doubté le 
Jeune, Freminet Gosselin et Robin Campion, contremaistres 
du dit balenier, pour les gaiges d'eulx, xxxin autres compai« 
gnons, et pour le frait de la dicte nef portant xlv tonneaux^ 

p6ur leur service d'un mois au dit siège commençant le 

jour. . . . , par quittances d'eulx faictes le xxix« jour de mars 
et xxvii** jour d'avril ensuivant. ... iiclxi livres tournois. 

io<» A Robert du Val, Adam Montmartin et Gascoing, la« 
mens, ordonnez mener et conduire le navire dessus dit de 
devant Estrehem i jusques devant la dicte place du Mont 
Saint Michiel, pour leurs gaiges d'un mois a quoy ilz se sont 
submis servir le dit navire, le dit mois commençant le xvi* 
jour d'avril, par quittance d'eulx m, chascun c sous tournois; 
paie. XV livres tournois. 

I lo A Damours le Boulfy, maistre d'un vaissel de Grant- 
ville > portant xv tonneaux , pour les gaiges de lui et 



t. Âuj. Oaîstreham, Calvados, arr. Caen, c. Douvres, sur la rive droite 
et à l'embouchure de TOrne. 

3. Granville, Manche, arr. Âvranches. La création par les Anglais d'une 
forteresse sur ce qu*on appelle à Granville le Roc et les privilèges ocû^yéa 
à cette localité au détriment de Saint-Pair par Charles VII, après que cette 
forteresse fut tombée au pouvoir des Français, toutes ces causes développè- 
rent tellement l'importance de Granville qu'on le classait déjà, dans un ou* 
vrage composé de 1453 à 1461, parmi les principaux ports de France 
{Le Débat des Itérants et armes, éd. P. Meyer, p. 27). Toutefois^ ce passage 
de notre compte prouve qu'il y avait à GranTille un port d'une certaine im* 



PIÈCES DIVERSES igi 

xvn hommes de défiance en sa compaignie, tant mamiers que 
gens de trait estans dedens le dit Taisseli, pour le premier 
mois de son service au dit siège par mer devant le dit Moax 
Saint Michiel, et dont il a fait monstre pardevant ttionsei* 
gnear du Mont a Reneville i le vui« jour de may cccczxv cy 
rendue, par quittance faicte le xx« jour du dit mois de mayi 
comptent par Guillaume Biote, viconte de Carenten... viuiiU* 
vres tournois. 

12^ A Roger Kyde, bourgois de Hantonne >, maistre après 
Dieu d'une barge portant lx tonneaux et d'un ballenier por* 
tant XXXI tonnels, du dit lieu de Hantonne, pour les gaiges 
de lui, xiu autres hommes d'armes et lxvi autres hommes de 
deffence, que archiers, que mariniers, estaos soubz le dit 
Roger dedens la dicte barge et balenier, et pour les frets des 
diz vaisseaux, pour le service d'un mois par la mer a siège 
devant le dit Mont Saint Michiel, et dont il a fait monstre le 
xxxiu® jour d'avril ccccxxv pardevant Lorens Haudein, es- 
cuier a ce commis, cy rendue, par. quittance faicte lexx» jour 
de may ensuivant ccccxxv, comptent par Girardt Pigonche, 
viconte de Constances v c lvi livres tournois. 

A lui, pour le second mois du dit siège, pour les gaiges 4e 
lui, des diz xiii autres hommes d'armes et lxvi autres com-« 
paignons de deffence, et pour le frait des diz deux vaisseaux, 
par quittance faicte le v« jour de juing ensuivant ccccxxv, 
comptent par le dit Girart Pigonche. . . . v^lvi livres tour- 
nois. 

1 3^ A Thomas Fauvel, maistre d'un balenier ou galiote de 
Blainville ^, pour les gaiges de lui et xvi autres compaignons 
de deffence estans dedens le dit b^^nier, et pour le frait du 
dit vaissel, pour leur service d'un mois par la mer devant le 
dit Mont Saint Michiel, et dont il a fait monstre a Reneville 



portance,; armant des navires pour la pêche et le petit cabotage, dès 1435, c'est- 
à-dire bien des années avant qae des fortifications eussent été élevées sur 
le Roc par les Anglais. 

1. Régné ville, Manche, arr. Coutances, c. Montmartin, petit port situé sur 
la rive gauche et à l'embouchure de la Sienne. 

2. Auj. Southampton, port de mer situé dans le Hampshire, au nord- 
ouest de Portsmouth. 

3. Manche, arr. Coutances^ c Saint-Malo-de-la-Lande, petit port situé un 
peu au nord de Régnéville. 



192 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

pardevant monseigneur du Mpnt le vu* jour de may ccccxxv 
cy rendue, par quittance faicte le dit jour, comptent par 

Guillaume Biote, viconte de.Carenten uu^x livres 

tournois. 

A lui, pour semblable cause, pour leur service du [deuxième] 
mois au dit siège devant le Mont, dont il a fait monstre par- 
devant le dit Guillaume Biote le xvi« jour de juing ensuivant 
nu c XXV, par quittance de lui faicte le xvn« jour du dit mois, 
comptent par le dit viconte de Garenten .... uii^x livres 
tournois. 

140 Â Denis le Marchant, escuier, capitaine d'un balenier 
nommé la Pitié, de Guesnerié i, Pierre Nicolas, escuier, ca- 
pitaine d'un autre balenier nommé la Marie^ du dit lieu, et 
a Hemon Henry, escuier, capitaine d'un autre balenier 
nommé la Trinité^ du dit lieu, pour les gaigesd'eulx, xxix au- 
tres hommes d'armes et iiii^ocxi hommes de deifence, tant 
archiers que mariniers, estans soubz eulx dedens les diz m 
vaisseaulx, et dont ilz ont fait trois monstres pardevant Gull* 
laume Biote, viconte de Garenten, le xvii» jour de may 
ccccxxv, ou havre de Ghausy, et pour les frais des diz trois 
vaisseaux, montant par mois le dit fret vi^^xix livres tournois, 
pour leur service du premier mois du dit siège par mer de- 
vant le dit Mont Saint Michiel, par quittance des diz Denis 
et Pierre Nicolas, eulx faisans fors du dit Hemon, faicte le 
XXX* jour de may cccxxv, comptent par Girart Pigonche, vi- 
conte de Goustances ixc xiiii livres v sous tournois. 

1 5» A Jehan Gaumartin, capitaine de la galiote nommée 
la Marie^ de Gaen, et Guillot Michiel, maistre soubz Dieu 
d'icelle galiote, pour les gaiges d'eulx, viii autres hommes 
d'armes et xii hommes, tant de trait comme mariniers, pour 
leur service du premier mois au dit siège par mer devant le 
dit Mont Saint Michiel, dont ilz ont fait monstre pardevant 
Guillaume Biote, viconte de Garenten, ou havre de Renier- 
ville, le v« jour de juing mil ccccxxv cy rendue, par quittance 
faicte le dit jour, comptent par Girart Pigonche, viconte de 



I . Guernesey. Les Le Marchand, de Guernesey et de Jersey, avaient profité 
de la conquête anglaise pour se faire céder dans le Cotentin des seigneu' 
ries confisquées sur des gentilshommes normands restés fidèles à la cause 
française. 



PIÈCES DIVERSES IqS 

Coustânces. . . . iiii^zii livres xiii sous vu deniers tournois. 
, A eulx, par autre quittance faicte le iii« jour de may pré- 
cèdent, comptent par Raoul d'Estampes, viconte de Caen 
vi« livres tournois. 

i6o A Robin Hoquigny et Jehan le Mengnem, de la* ba- 
ronnie de Saint Paer i, marigniers et lamans, pour le con- 
duit et sceurté du navire dessus dit, pour leurs gaiges d'un 
mois entier commençant le vni" jour de may ccccxxv, qu'il 
fu marchandé avec eulx par l'ordonnance de monseigneur 
du Mont Saint Michiel pour servir le roy nostre sire ou dit 
navire par mer devant le dit Mont Saint Michiel, au pris de 
G sous tournois par mois chascun d'eulx, par quittance faicte 
le xxi« jour de may ccccxxv, comptent par Guillaume Biote, 
viconte de Carenten x livres tournois. 

1 70 A Lorens Hauden , escuier, cappitaine de Tombellaine 
et commis par le roy nostre sire et monseigneur le régent le 
-royaume de France, duc de Bedfort, mettre et tenir le siège 
par la mer devant la place du dit Mont Saint Michiel, pour 
les gaiges et regars de lui, lvi autres hommes d'armes et 
CI archiers dont il a fait monstre en la ville d'Oistrehem le 
xxi« jour d'avril ccccxxv par devant monseigneur du Mont, 
commissaire gênerai du roy, le dit receveur gênerai et Guil- 
laume Biote, viconte de Carenten, pour leur service d'un mois 
par la mer au dit siège du Mont, commençant le dit xxi» jour 
d'avril, par quittance faicte le dit jour ; par jour vi livres 
xuiisous IX deniers obole parisis; montent xxx jours iic 11 li- 
vres un sous nu deniers oboles esterlins ; valent. . . xiiic xlvui 
livres 11 sous vi deniers tournois. 

A lui, par autre quittance non grossée, pour les gaiges et 
regars de lui, lxxiii autres hommes d'armes et vi»vii archiers, 
dont il a fait monstre le xxi« jour de may ensuivant ccccxxv 
par devant Guillaume Biote, viconte de Carenten, a ce com- 
mis de par le roy nostre sire ; par jour viii livres xii sous 
XI deniers oboles esterlins ; montent xxx jours iic ux livres 

XIII sous IX deniers esterlins ; valent xviic xxix livres 

XI SOUS' VIII deniers. 



I. Saint-Pair, Manche, arr. Avrancbes, c. Granville. Saint-Pair était le 
chef-lieu d'une des quatre baronnies appartenant à Tabbaye du Mont-Saint- 
Michel. 

i3 



194 CHRONIQUE DU MONT-SA1NT-MICHBL 

A lui, par autre quittance nod grossée, pour les gaigea <t 
regars de lxxii hommes d'armes et *ftisax ai^chiers d^ot il a 
fait monstre le xxi« jour de juing ensuivant pardevant le dit 
viconte de Carenten a ce commis pour servir le roy nostre 
sire par la mer au dit siège du Mont Saint Michiel; par jour 

IX livres i sou vi deniers esterlins ; montent xxx jours iic uczn 
livres v esterlins, qui valent a tournois . . . xviiic xv livres 

ournois. 

A lui, ou a Jehan Archingam, pour les gaiges de lui, xi au« 
res hommes d'armes. ... et x archiers, dont il a fait mon»-' 
tre en la ville de Harrefleu « le xii« jour d'avril ccccxxv par- 
devant le dit viconte de Carenten, pour leur service d'un 
mois au dit siège par mer commençant le dit xip jour d'avril, 
par quittance ; par jour xxii sous ix deniers esterlins; montent 
xxx jours xxxiiii livres ii sous vi deniers esterlins ; valent. . . 
ne xxvii livres x sous tournois. 

i8<> A Jehan Scacle, englois, cappitaine de xii laf&ces et 
XXXVI archiers a cheval, pour leur service d'un mois au dit 
siège du Mont par la mer commençant le xmi jour d'avril 
ccccxxv qu'il fist ses monstres pardevant le dit viconte ; est 
par jour xx sous ix deniers esterlins ; montent xxx jours lui 
livres xii sous vi deniers esterlins qui valent, et paie par quit- 
tance de lui faicte le xv« jour du dit mois. . . iiic lvu livres 

X sous tournois. 

A lui, pour les gaiges et regars de lui, des dictes lances et 
XXXVI archiers, pour leur service du second mois au dit siège, 
dont il a fait monstres pardevant le dit viconte le xix« jour 
de may ensuivant, par quittance de lui faicte le xx* jour du 
dit mois, comptent par la main du dit viconte de Caren- 
ten iiic Lvii livres x sous tour- 
nois. 

A lui, comptant a Thomas Hamseford et Baudouin Athel- 
lée, escuiers, du nombre des dictes xii lances, pour les gaiges 
et regars d'eulx et de ix autres hommes en leur compaignie 
de la retenue du dit Scacle et de xxx archiers dont ilz ont 
fait monstre pardevant le dit viconte, le xvt« jour de juing 
ensuivant, par quittance faicte le xvi« jour du dit mois; 



I. Harfleur^ Seine-Inférieure, arr. le Havre, c. Montivilliert. 



PIÈCES DIVERSES igS 

coxnptent par le dityîconte 4e C«reiiten. ... iiic jui Uyres 
im jsous II 4ejaier$ tournoi^. 

{Btbl, Nat.^ ms, fr. n^ 44g i, />■ g2 à gy.) 



LVI 

1425 (n. 8t.), 28 MARS, TOUM 

Jean, bâtard e^OHéans ^ comte de Mortcdn, vicomte de Saint-' 
Sauveur, seigneur de Valbonnais^ grand chambellan de France^ 
capitaine, gardien et gouverneur des abbaye^ ville et forteresse 
du Mont-Saint-Michel, mande à son cousin Nicole Paynel, sei- 
gneur de Bricqueville, son lieutenant au dit lieu du Mont, de 
laisser jouir les vicaire et couvent du dit Mont du produit des 
contributions de guerre mises sur un certain nombre de paroisses 
ci-dessous énumérées, situées dans les baronnies d'Ardevon^ de 
Genest , de Saint-Pair et de Bretteville, 

Jehan, Bastart d'Orléans, conte de Mortaing i, vîcontede 
Saint Sauveur, seigneur de Vaulbonnois 2, grant chambellan 
de France, capj^itaine , garde et gouverneur des abbaye, 
ville et forteresse du Mont Saint Michel, a nostre très chier 
et féal cousin messire Nicole Painel ^ , seigneur de Brique- 
ville, nostre lieutenant au dit lieu du Mont et a cil qui ou 
temps avenir sera pour nous ordonné lieutenant au dit lieu 
en Tabscence du dit seigneur de Briqueville et a chascun 

1 . Les deux titres de comte de Mortain et de yicomte de Saint-Saavear 
(Saint-Sauveur-le-Vicomte, Manche, arr. Valognes), donnés par Charles VII au 
bâtard d'Orléans, avaient alors un caractère purement nominal. Le bâtard arait 
succédé dans la possession du titre de comte de Mortain, en même temps que 
dans la capitainerie du Mont, à Jean de Harcourt, comte d'Aumale. tué à Ver- 
neuil le 17 août 1424. Dès le 28 mars 1419, Henri V avait donné la sei- 
gneurie de Saint-Sauveur-le- Vicomte à Jean de Robersart, chevalier originaire 
du Hainaut, l^n des favoris de la fameuse Jacqueline, veuve du duc de Tou- 
raine [Mém. de la Soc. des Ant, de Norm., XXIII, n« 340). 

2. Valbonnais, Isère, arr. Grenoble. 

3. Sur Nicole Paynel, voyez plus haut p. 891 note 2, et p. 1 10, note 1 • 



196 CHRONIQUE DU MONT-SAINT- MICHEL 

I 

d'eulx, si comme a lui appartiendra, salut. Savoir vous 
faisons que, pour consideracion et en faveur de ce que reli- 
gieux et honnestes hommes noz très chiers et bien ame2 en 
Dieu les vicaire et couvent du dit lieu du Mont, pour la 
vraie et entière loialté qu'ilz ont touzjours voulu tenir et 
garder envers monseigneur le roy et sa seigneurie ont moult 
souffert et souffrent et sont du tout privez des rentes et re- 
venues ordinaires de leur dit moustier, leur avons ottroié, 
laissié et baillié les appatis des terres et parroisses subgettes 
et tenues du dit moustier, par especial des parroisses dont 
plaine declaracion est faite cy après, c'est assavoir, en la 
baronnie de Ardevon , Ardevon , Huysnes > , Beauvoir » , 
Espas 3,Tanie 4, Curé ^, Marcé 6, Saint Benoist de Bevron 7, 
la Croix 8, Villiers 9, Vessé »o, Ceaulx " ; en la baronnie de 
Gênez, Gênez 13^ Dragié ^3, Saint Jehan le Thomas 14, Saint 
Michel des Loups i^, Bouillon i^ ; en la baronnie de Saint 
Paer, Saint Paer, Granville, Saint Aulbin des Preaulx *7, 
Saint Planchés 18^ Saint Johan des Champs 19, Saint Ursin^o, 
le Mesnil Drieu »", Breville^a^ Coudeville 23^ DonviUe 24, 



1. Huisnes, Manche, arr. Arranches, c. Pontorson. 

2. Ibid. 

3. Les Pas, ibid. 
4.. Tanis, ibid, 

5. Curey, ibid, 

6. Marcey, ibid, 

7. Autrefois paroisse, auj. hameau de Saint James de Beuvron, arr. Avranches. 

8. La Croix- Avranchin, c. Saint-James. 

9. Ibid, 

10. Vessey, c. Pontorson. 

1 1. Céaux, arr. Avranches, c. Ducey. 

12. Genest, arr. Avranches, t. Sartilly. 
i3. ûragey, ibid, 

14. Saint-Jean-Ie-Thomas, ibid. 

1 5. Ibid. 

16. Arr. Avranches, c. Granville. 

17. Saint- Aubin-des-Préaux, ibid. 

18. Saint-Planchers, ibid. 

19. Saint- Jean-des-Champs, arr. Avranches, c. la Haye-Pesnel 

20. Ibid. 

21. Le Mesnil-Drey, ibid. 

22. Bréville, Manche, arr. Coutances, c. Bréhal. 

23. Ibid. 

24. Arr. Avranches, c. Granville. 



PIÈCES DIVERSES I97 

Anquetoville <, Saint Ligier ^\ en la baroniiie de Brethe- 
ville, Breteville 3, Verson 4, Evrecy, et Danjohan 5, a 
en prendre, lever, percevoir et avoir d'icy en avant ce qu'ilz 
pourront, pour leur aider a la sustentacion de leur vie et 
estât, affin que le divin service puist continuelment estre ce* 
lebré en la dicte abbaye, ainsi que iceulx religieux l'ont 
touzjours bien fait ou temps passé et selon leur saint ordre 
et religion, ce que nous desirons de tout nostre cueur, et 
aussi, pour estre participans en leurs biens faiz et prières. Si 
vous mandons et expressément commandons et a chascun 
de vous, si comme a lui appartendra, que des appatissemens, 
composicions ou contribucions des parroisses dessus nom* 
mees ot de chascune d'icelles vous faictes, souffrez et laissez 
les diz religieux joir et exploittier paisiblement, sans les em- 
pescher ne souffrir par autres estre empeschiés, defféndans 
de par mon dit seigneur le roy et nous a tous gens d'armes 
et de trait, archiers, arbalestriers et autres gens suivans la 
guerre, subgiez de mon dit seigneur le roy, et nous prions, 
requérons tous aultres, amis, alliez et bienveillans de mon 
dit seigneur que les dictes parroisses ilz ne pillent, appatis- 
sent ou composent ne rançonnent, prennent appatis, inju- 
rient, oppriment, grievent ou damagent en aucune manière 
les dictes parroisses ne habitanz en icelles ne aucun 
d'eulx.. 6.. subgiez et obbeissans a mon dit seigneur le roy,ains 
les préservent, gardent et deffendent de tous ceulx qui ce 
vouldroient faire.. 7.. au contraire de ces présentes et deles- 
sèment d'icelles. Et pour ce que, obstans les grans affaires et 
charges que avons d'aultre part pour le bien de ce royaume, 
nous ne povons pas vacquier ne entendre a avoir la cognois- 
sance des deliz, maléfices, excès et abus qui pourroient estre 
faiz aus devant dis parroissiens durant le temps de cestes, 
nous, de nostre certaine science et pour certaines causes et 
consideracions ad ce nous mouvans, avons commis et or- 

I. Ânctoville, c. Bréhal. 

3. Saint-Léger, c. la Haye-Pesnel. 

3. Bretteville-sur-Odon, Calvados, arr. Caen. 

4. Arr. Caen, c. Évrecy. 

5. Dora Jean, Manche, arr. Saint-LO, c. Tessy-sur-Vire. 

6. Il y a ici un trou dans le parchemin qui a rendu un mot illisible. 

7. Mot illisible. 



ig8 CHRONIQUE DU MONT«-SAINT-MICHEL 

donné et par vertu du dit povoir commettons et ordonnons 
TOUS nos dix lieuztenans, et chascun de vous a avotr la co- 
gnoissance, juridkion et disposicion des diz mallefices, delitz, 
êhuz et icieulz reparez et corrigez, par bonne et briefre 
justice et selon leur exigence, sans nulle faveur, si que ce 
soit ezample et terreur aux malfaitteurs, vous mandans et 
expressément enjoignans ainsi le faire. Et d'abundant vou- 
lons, ottroyons et ordonnons que iceulx religieux se puis- 
sent faire paier et contenter de leurs revenues et autres de- 
voirs, en ce qu'ilz en pourront recouvrer et avoir, non obs- 
tans que leurs subgîez, hommes et tenans d'eulx soient a 
eulx ou a autres appatissez ou composez, a laquelle occasion 
ne entendons ne voulons leur estre ou tourner a préjudice ou 
dommage ; ainçois, qu'ilz en puissent joir et percepvoir ce 
qu'ilz en pourront recouvrer, comme dit est. De ce faittes 
vous, les devant diz subgiez, tant que en doiez estre reconnus 
de bonne obéissance, et vous, les dis amis, alliez et bienveil- 
lans, que vouldriez estre fait pour vous, sur quanque vous 
amez le bien de mon dit seigneur le roy, en prestant aus diz 
religieux toute faveur licite. Donné a Tours le xxviii* « jour 
de mars Tan mil quatre cens vint et quatre avant Pasques. 
J. Bastart d'Orléans. 

Par monseigneur le conte, Voaste et son trésorier pr»- 
sens. F. Champeaux. 

(Arch, du dép. de la Manche^ série Hy n^ iSJSj,) 



I. Trois semainet enyiron ayant la date de cette charte, le 9 mars 14s 5 
n. st.)» les religieux da Mont-Saint-Michel, réunis en séance solennelle sous 
la présidence de Jean Gonault, vicaire général de l'abbaye en Tabsence de Ro- 
bert Jolivet, avaient déclaré accepter une donation faite en leur faveur par 
Charles VU le 6 avril 1433 pour la célébration d'un anniversaire (voyez plus 
haut, p. ia3, note i). L'acte dont il s'agit se termine par ces mots : « Datum 
et concordatum unanimiter in capitulo nostro, nobis ibidem per camptne wni- 
tum more solito existentibus et congregatis » {Arch. Nat,^ J 467, n* 96). As- 
siégés depuis plus de six mois par les Anglais, les religieux du Mont n'en 
étaient pas moins restés, comme on le voit, unanimes dans leur fldéUté patrio- 
tique. 



PJÈCES DIVEtSES 19g 



LVII 

1425, 12 «AI, GOTTTAÎfCES 

Aû^eri JMivet, ahhé du Mw^Sà¥Ht-Mi€^h consnHler ekt roi 
»on eommisioire m hasse Nmnmandie pour le rtcouwremêM 
dM Mont-Saint'Micheh fnmde à Pierre Surreau^ receveur gêné-- 
rai de Normandie, de payer les gages des gens d'armes cont" 
posant la garnison de la bastille d'Ardevon contre présentation 
des quittances de Jean Elman et de James d'Aye, écuyers^ lieu- 
tenant et maréchal de la dite bastille, chargés de la garder depuis 
que Nicolas Burdett, bailli du Cotentin et capitaine de la dite 
bastille d'Ardevon pour tenir le siège devant le Mont- Saint- 
Michel, a été fait prisonnier par les ennemis, 

Robert, par la permission divine humble abbé du Mont 
Saint Michiel ou péril de la mer, conseiller du roy nostre 
seigneur et commissaire d'icellui seigneur ou pais de la basse 
marche de Normendie pour le recouvrement de la place du 
dit Mont Saint Michiel, a nostre bien amé Pierre Surreau, 
recepveur gênerai de Normendie, salut. Pour ce que puis n'a 
gaires messire Nicolas Bourdet, chevalier, bailli de Costen-x 
tin et cappitaine de la bastille d'Ardevon pour tenir le siège 
par la terre devant la place du dit Mont Saint Michiel, ait 
esté prins par les ennemis et adverssaires du roy nostre dit 
seigneur et }a dicte bastille demourée en garde a Jehan El- 
man et James d'Aye, escuiers, lieuxtenant et mareschal de la 
dicte bastille, pour quoy ne pourries avoir ne recouvrer du 
dit cappitaine les quittances qui sont nécessaires pour le 
paiement des gens d'armes et de trait estans dedens icelle 
ba^tiUç, et affin que le paiement n'en soit rettardé ou délaie, 
et pQur obvier aux inconveniens qui s'en pourroient ensuir, 
nous vous mandons et expressément enjoingnons que, des de- 
niers par vous receus ou a recepvoir pour le recouvrement 
de la dicte place, vous bailliés et délivrés en prest et paie- 
ment des gaiges et regards des gens d'armes et de trait rete- 
nuz pour la garde de la dicte bastille au dit lieuxtenant et 
mareschal ou à l'un d'eulx ce qu'est ou sera deu aux soûl- 



200 CHRONIQUE DC MONT-SAINT-MICâEL 

doiers d'icelle bastille, et dont il apparra par monstre deue- 
ment faicte, en prenant quittance des diz lieutenant et ma- 
reschal ou de l'un d'eulx, laquelle vous sera d'autelle et 
semblable valeur comme celle du dit messire NicoUe Bour- 
det, enparavant que il fust prins des diz ennemis. Et par 
rapportant ces présentes, la quittance d'eulx ou de Tun 
d'eulx. aveques les dictes monstres, ce que leur aurés paie 
vous sera aloué en vos comptes et rabatu de vostre receptc 
par ceulz a qui il appartendra. Donné a G>ustances le xii« jour 
de may l'an mil une vingt et cinq. R. Abbas i. 

(Arch. Nat.jsect, hist., K 62, n^ 18 *.) 



LVIII 

1425, 19 MAI, CUAUSEY 

Montre de Jean Scacîe, écuyer, retenu à la charge de 12 lances 
et 36 archers par Robert Jolivet, abbé du Mont-Saint* Michel , 
pour servir sous les ordres de Lorens Hauden, écuyer, au siège 
mis devant la dite place du Mont-Saint-Michel, 

Ensuit la monstre de Jehan Scacle, escuier, retenu par re* 
verend père en Dieu monseigneur l'abbé du Mont Saint Mi- 
chiel, commissaire du roy nostre sire, a la charge de xu lan- 
ces et xxxvi archiers, pour servir au siège devant le Mont 
^ Saint Michiel soubz le gouvernement et en la compaignie de 
Laurens Hautain, escuier, et oultre le nombre a lui ordené 
pour mettre et tenir le dit siège de la mer, faicte a Chausy a 
par nous Guillaume Biote, viconte de Carenten le xix»« jour 
de may Tan mil iiii c xxv, desquelz les noms et surnoms en- 
suivent. Et premièrement 



I. Signature autographe. - ^ 

9» Au|. Chausey, archipel d'îlots rocheux situé à 12 kîl. de Granvilie. 



PIÈCES DIVERSES 201 

•« 

Hommes d'armes : 

Jehan Scacle. Jehan Rose. Guillaume Salibery. Perrin 
Guascon. Thomas Chacreley. Jehan Willetonne. Guillaume 
Stantonne. John Glocestre. Guillaume Hames. Jehan Car- 
ley. Baudoin Âtellée. Thomas Hamforde. Somme : xii lan- 
ces. 

Archiers 
(Les noms manquent.) 

{Arch. Ncu.j sect. hist.y K 62, n^ j8 3.) 



LIX 

1425, DU 21 MAI AU 3t JUILLET 

Compte des payements faits à Guillaume de la Pôle, comte de 
Sufolk, retenu par le régent, duc de Bedford, pour assiéger 
par mer le Mont-Saint-Mickel, pour sa solde et celle de joo 
lances ou hommes d'armes et de 3 00 archers pendant ^g jours 
commençant le 1 3 juin. 

A monseigneur le conte de SulFolk et de Dreux ordonné 
par monseigneur le régent le royaume de France, duc de 
Bedford, gouverneur et capitaine gênerai des gens d'armes et 
de trait ordonnés, tant pour la bastille ediffiée a Ardevon- 
comme pour destraindre et assiéger par mer la place du Mont 
Saint Michiel, depuis le xxi^ jour de may iiiic xxv jusques a 
la saint Michiel prouchain ensuivant, a la charge de cent 
hommes d'armes et les archiers tous a cheval , c'est assavoir 
pour la dicte bastide xl hommes d'armes et les archiers, ou 
navire qui estoit et seroit ordonné pour le dit fait autres 
XL hommes d'armes et les archiers, et xx hommes d'armes et, 
les archiers pour chevauchier avec lui et le acompaigner par-, 
tout ou il vouldra aler pour les affaires du roy et de monsei- 
gneur le régent, aux gaiges pour lui i noble d'or par jour 



wmm 



302 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

avec les gaiges de lui banneret, ensemble telle autre somme 
de deniers que messire Nicolas Bourdet, chevalier, bailli -de 
Coustantin et capitaine de la dicte bastide, devoit avoir et 
prendre pour son estât par chascun mois, et par homme d'ar* 
mes a cheval, xii deniers esterlins, et pour archier, vi deniers 
esterlins, comme par endenteures, etc. 

A lui paie, pour les gaiges, estât ou regars de lui, eu pris 
dessus dit, de lix autres hommes d'armes et ix^z archiers de 
sa dicte retenue desservis par xlix jours commençans le ziii* 
jour du mois de juing qu'il fist ses premières monstres de ses 
dictes gens par devant monseigneur Tabbé du Mont Saim Mi- 
chiel, et depuis en a fait autres monstres le xiu« jour de juilllet 
CGGCxxv pardevant Thomas Bourg a ce commis tant a la 
garde de la dicte bastide d'Ârdevon comme pour chevauchier 
avec lui . . . iii« lxxiii livres xiiii sous vu deniers tournois. 

 lui, auquel mon dit seigneur du Mont Saint Michiel a 
ordonné le nombre de xl lances et vi^ archiers tous a che- 
val, pour un mois entier commençant le jour des premières 
monstres qu'il en feroit devant Thomas Bourg commis a 
icelles recevoir, oultre et pardessus les lx lances dessus dictes, 
pour ce que le dit nombre de lx lances n'estent pas souifi* 
sant atendu la puissance > que l'en disok que tes annemis du 
roj nostre dit sire avoient es parties d'environ le dît Mont 
Saint Michiel, aux gaiges dessus diz, comme par lettres de 
mandement de mon dit seigneur l'abbe' du Mont données le 
xxix« jour de juing iiiic xxv cy rendues puet apparoir. Pour 
ce, a lui paie par vertu des dictes lettres, pour les gaiges et 
regars des dictes xl lances et vi» archiers a cheval et pour 
leur service d'un mois commençant le premier jour de juillet 
ensuivant qu'il fist ses premières monstres pardevant le dit 
Thomas Bourg et fini le derrain jour du dit mois inclus, par 

quittftBce faicte le ix« jour du dit mois de juillet 

xic un» XI livres xiii sous iv deniers. 

pSibL Nat., ms. fr. «« 44g ly /> gi-) 

I . Ces lignes semblent faire allusion à la victoire remportée sur mer par les 
défenseurs du Mont-Saint-Michel, d^>ù il y aurait lieu de conclure que cette 
▼iGliére «it «Blârkire de quelques jours SMlcmtat au 37 juin 143 5^ 



PTÈGSS DIVERSES 2û3 



LX 



1423, 8 mm, cocrrAifcvs 

Robert Jolitet, ab&é du Moni-Saint-Michel , conseiller et commis- 
saire du roi erwofé en basse Normandie pour le recouvrement de 
im place du MotU^aint-Michel avec pouvoir d^augmenter le nom- 
bre des gens d'armes ei de trait employés au siège du dit Mont 
tant par terre que par mer^ mande à Pierre Surreau, receveur 
général de Normandie, de payer les gages de la garnison de la 
bastille d*Ardevon contre présentation des quittances de Jean 
Elman, écuyer, lieutenant de Nicolas Burdett, capitaine de la 
dite bastille, dont le dit Jean tient la place depuis que Burdett 
a été fait prisonnier par les ennemis. 

Robert, par la permission divine abbé du Mont Saint Mi« 
chiel, conseillier et commissaire du roy nostre sire, envoie 
ou pais de la basse marche de Normendie pour le recouvre- 
ment de la place du dit Mont Saint-Michiel, aiant povoir de 
augmenter et acroistre le nombre des gens d'armes et de 
trait ordonnés pour tenir siège devant lé dit Mont, tant par 
terre comme par mer, a npstre bien aimé Pierre Surreau, re- 
ceveur gênerai de Normendie, salut. Pour ce que puis n'a 
gaires messire NicoUas Bourdet, chevalier, bailli de Costentin 
et cappitaine de la bastille d'Ârdevon pour tenir le siège par 
la terre devant la dicte place du Mont Saint Michiel, ait esté 
prins par les ennemis et adversaires du roy nostre dit sei- 
gneur, et la dicte bastille demourée en la garde de Jehan 
Elman, escuier, son lieutenant en la dicte bastille, par quoy 
ne pourries avoir ne recouvrer du dit cappitaine quittances 
qui sont neccessaires pour le poiement des gens d'armes et de 
trait estans dedens icelle bastille, et afiin que le poiement 
n'en soit retardé ou delaié, et pour obvier aux inconveniens 
qui s'en pourroient ensuir, nous* vous mandons et expressé- 
ment enjoignons que, des deniers par vous receus ou a 
recevoir pour le recouvrement de la dicte place, vous bail- 
liés et délivrés en prest et poiement, des gaiges et regars des 



204 CHRONIQUE OU MONT-SAINT- MICHEL 

gens d'armes et de trait retenus pour la garde de la dicte 
bastille, au dit lieutenant, ce qu'est ou sera deu aux soul- 
doiers d'icelle bastille, et dont il apparra par monstre deue- 
ment faicte, en prenant quittance du dit lieutenant, laquelle 
vous seca d'autelle et semblable valeur comme celle du dit 
messire Nicolas Bourdet, chevalier, enparavant qu'il fust 
prins par les diz ennemis. Et par raportant ces présentes, ia 
quittance ou quittances du dit Elman avecques les dictes 
monstres, ce que leur aviez paie vous sera aloué en • vos 
comptes et rabatu de vostre recepte par ceulz a qui il appar- 
tendra. Donné a Constances soubz nostre seel le viii* jour 
de juing Tan mil nii c xxv. R. Abbas >. 

(Arch. Nat.y sect. hist.y K 62, n^ 18 K) 



Ltî 

1425, l3 JUIN, ARDSVON 

Jean Helmen y écuyer, lieutenant et gardien de la bastille d^Ar- 
devon pour Nicolas Burdett , bailli du Cotentin , capitaine 
de la dite bastille, à présent détenu prisonnier au Mont- 
Saint'Mickel , donne quittance à Pierre Surreau, receveur 
général de Normandie, de 1160 livres 16 sous 8 deniers tour~ 
nois, pour ses gages et ceux de 43 autres hommes d'armes et 
de J02 archers à cheval, pendant le neuvième mois du siège du 
dit Mont, commençant le 12 mai 142 5, après, montre faite au 
dit lieu d'Ardevon le 12 juin par devant Robert Jolivet, abbé du 
Mont'Saint-MicheL 

Saichent tuit que je Jehan Helmen 3, escuier, lieutenant et 
garde de. la bastille d'Ardevon pour monseigneur Nicolas 

1. Signature autographe. On remarquera que les deux actes, émanés de Ro- 
bert Jolivet, ne sont datés ni d'Ardevon ni d'Avranches, mais de Coutances : 
Tabbé renégat avait soin, malgré la mission militaire dont Bedford l'avait 
chargé, de se tenir autant que possible à distance respectueuse de son abbayç» 

2. Ce nom est écrit Elman dans l'acte précédent. 



PIÈCES DIVERSES '205 

Bourdet, chevalier, bailli de Coustentin, commis et ordonné 
a la garde de la dicte bastide et a tenir le siège par la terre 
devant le Mont Saint Michiel, a présent prisonnier des an- 
nemis du roy nostre sire au dit Mont Saint Michiel, confesse 
avoir eu et receu de Pierre Surreau, receveur gênerai de 
Normendie, la somme de unze cens soixante livres seize solz 
huit deniers tournois, en prest et paiement des gaiges et re- 
gars de moy, xlui autres hommes d'armes et cent deux 
archers a cheval de la retenue de mon dit seigneur le bailly 
pour la dicte bastide et siège par terre, desservis et a desser- 
vir pour le ix® mois du dit siège commençant le xii^ jour du 
dit mois de may ccccxxv, et dont j'ay fait monstre au dit lieu 
d'Ârdevon pardevant monseigneur du Mont Saint Michiel, 
commissaire du roy nostre sire, le xii* jour de ce présent 
mois de juing; ce paiement a moy fait par le dit receveur 
gênerai par vertu des lettres de mandement de mon dit sei- 
gneur du Mont données le viii® jour de ce présent mois. De 
laquelle somme de xi c lx livres xvi sous viii deniers tour- 
nois dessus dicte je me tiens pour contens et bien paie et en 
quitte le roy nostre sire, le dit receveur gênerai et tous au- 
tres. En tesmoing de ce, j'ay seeïlé ces présentes lettres de 
mon seel le xin« jour de juing i l'an mil cccc et vint cinq. 

(Arch. Nat., sect. hist., K 62^ n^ i& ^.) 



I. On remarquera que postérieurement à la date du i3 juillet 1425, on ne 
trouve aucune montre relative au siège du Mout-Saint-Michel. Les Anglais le- 
vèrent sans doute ce siège après leur défaite navale de la fin de ce mois (voyez 
plus haut, p. 28 et 202). Dès le 9 octobre 1420, le dauphin Charles avait autorisé 
l'établissement d'un atelier monétaire au Mont-Saint-Michel (Lecointre-Dupont, 
Lettres sur l'histoire monétaire de Normandie^ p. i35 à i38). Le 8 septem- 
bre 1425, Charles VII, voulant récompenser les défenseurs du Mont, leur céda 
pour un an ses droits sur ce monnayage, une moitié aux chevaliers et écuyers, 
et l'autre moitié aux religieux (/Wrf., p. iBg). Enfin, le 24 avril de l'année sui- 
vante, il renouvela cette cession pour trois ans, considérant que « la dicte place 
- et ville du Mont est assise en la mer, sur la frontière de nos anciens ennemis 
d'Angleterre et autres leurs alliez et, a l'occasion de ce, nos diz ennemis leur ont 
fait, porté et mené guerre et mis devant la dicte place, par terre et par mer, 
siège et bastilles pour les vouloir prendre et destruire, ou contempt de ce qu'ilz 
ont esté tousjours et encores sont vrais et loyaulx subgiez et obeissans a nous 
• et a nostre couronne de France ». ÇJbid.^ p. 139a 141). 



%q6 chronique mi MONT'SAINT-MTCHEL 



LXil 

Rémission octroyée par Henri VI à Alexandre DoitneU prétng, 
natif de SainUContesi, détenu dans les prisons de Vévéqne de 
Bayeux pour s'être entremis de percevoir, au mois defé»rier 
1423 (n, st,), au moment ou les Anglais assiégeaient Sacey, les 
contributions de guerre levées par les ennemis du Mont-Saint'» 
Michel sur les paroisses de Colombelles, de Saint-Contest^ de Hé- 
rouville, de Périers, de Ouistreham et de Blainville, près Caen. 

Henri, par la grâce de Dieu roy de France et d'Aagleteri*, 
savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir reoeu 
Tumble supplicacion de Alixandre JDoisnel >, presse, naltf du 
diocèse de Bayeux, contenant coaune, dès le mois de février 
mil ccccxxii, il se feust parti du dit pays pour aler en Bfe^ 
taigne veoir un sien pareot en la compaigaie de plusieurs 
Ângloiz qui aloient au siège a Sacy >, et pour ce qu'il ne pQt 
passer oultre ne aler ou dit pays de Bretaigne, s'en voult re^ 
tourner au lieu de sa nativité, mais en retournant fiit prins 
par brigans et mené prisonnier au Mont Saint Michiel ou il 
fut détenu par plusieurs journées et tant que, pour ce qu'il 
n'avoit de quoy payer rançon, noz ennemis qui la estoient 
lui donnèrent congté de soy en aler sans riens payer, parmi 



I . Alocandre Doisnel appartenait sans doute à la même famille que Raoal 
Doueaoel, aussi prêtre, qui fit aveu à Charles VI, le 26 février 1415 (n. st.) : 
t« du fief de Telle dont le chef était situé en la paroisse de la Cainbe (Calvados, 
arr. Bayeux, c. Isigny) et qui s'étendait en celle de Saint-Germain-du-Pert ; 
a* du fief de Mailloc, situé également à la Cambe {Arch. Nat,, P 3o6, Ji« 84.). 
Cet aveu nous donne la situation précise de la maison forte de Telle dont nous 
n'avions pu naguères déterminer l'emplacement {HUt. de B. du CuescUti; la 
Jeunesse de Bertrand , p. 485). La rémission accordée à Alexandre Doisnel eat 
surtout intéressante parce qu'elle nous montre que, dès les premiers mois de 
1423, plusieurs paroisses situées pour ainsi dire dans la banlieue de Caen, 
étaient de gré ou de force tributaires de la garnison française du Mont-Saiat- 
Michel. 

3. Sans doute Sacey, Manche, arr. Avranches» c. Poatorson. 



* Places DivBitsBS 107 

ce qn^ kinr :prDnist porter eedoles de apy atisie i n ms a aH'- 
citaes parroines d'emprès Caen, c'est aasarok CoulimM* 
les I, Saint Contest s, Merouvilk^, Pemers4, Estrehatt^, 
et Bcasi^e 6^ duquel lieu de Saint Contest il est natif, pour 
appatissier les parroissiens et habitans des dictes parrolses m 
nos dis eanemb du dit lieu du Mont, et ce fût retovnser 
pardeiners eubt au dk lieu du Mont pour leur porter respoase 
de ce qu'il auroit fait, lesquelles cedules le dit suppliant par «a 
sîm[dece présenta sans le congié et sceu de justice aux habi* 
tans des dictes parroisses a qui elles se adreçoient, ainsi que 
promis l'avoit, pour lesquelles causes le dit suppliant «vit 
esté prins par nostre bailli de Caen et mis à gehine et tour^ 
ment très durement ou il eust confessé les choses dessus 
dictes, et aussi qu'il vouloit retourner pardevers nos dis 
ennemis leur pourter response de ce qu'il avoit fait et des 
nouvelles, pour ce qu'il avoit promis par la foy de son corps 
de y retourner, et ou cas qu'il feust retourné au dit lieu du 
Mont, oye sa dicte response par nos dis ennemis, se icelle ne 
leur eust esté aggreable, ilz feussent venuz courir et piller les 
dictes parroisses. Et combien que son entention ne feust on- 
ques de retourner et ne soit retourné pardevers les dis enne- 
mis, supposé que promis leur eust et que sa confession le 
porte, neantmoins pour les dis cas, dès le dit mois de février 
mil ccccxii, il fut condempné par le lieutenant de nostre dit 
bailli de Caen a estre pugni et exécuté a mort par nostre 
justice laye comme de crime de leze majesté, ce qu'il ne fut 
pas, obstant ce que par l'ordonnance de la cour de nostre 
Eschequier lors séant il fut rendu a nostre amé et féal con- 
seillier l'evesque de Bayeux, comme son juge competant et 
ordinaire, es prisons duquel il a depuis esté et encore est de- 
tenu prisonnier, moult durement enferré en grant povreté, 
peine et misère de son corps et est en adventure de y finer 
en brief misérablement ses jours, se nostre grâce et miseri- 



I. Colombellesi Caivados, arr. Caen» c. Troarn* 
3. Calvados, arr. etc.Caeo. 

3. Calvados, arr. et c. Caen. 

4. Périers, Calvados, arr. Caen, c. Douvres. 

5. Ouistrduun, Calvados, arr. Caen, c. Dourres. 

6. PtMit-être BUiavtUe, Calvados, arr. Caen, c. Douvrea. 



wiÊm 



208 CHRONIQUE OU M0NT<-SA1NT-MICHEL 

corde ne lui éstok sur. ce impartie, en nous humUemént re- 
quérant que, considéré la longue et tiure pénitence qu''il a 
pour ce soufferte et endurée par Fespace de deux ans et demi 
ou environ, qu'il est ung très simple povre chappellain qui 
ne fut onques renommé de fréquenter ne feiyoriser les dis 
brigans et que, pour lors qu'il porta les dictes cedules, une 
grant partie des habitans du dit pays payoit et faisoit appa« 
tissemens aus dis ennemis, il nous plaise a lui sur ce impar* 
tir nostre dicte grâce. Pour ce est il que nous, voulans 0n 
ceste partie grâce et miséricorde Si donnons en mande- 
ment au bailli de Caen et a tous noz autres justiciers.... 
Donné a Paris, ou mois d'octobre, l'an de grâce mil cccc et 
•vint cinq, et de nostre règne le tiers. Ainsi signé. Par le roy, 
à la relacion du Conseil. E. Lombart. 

(Arch. Nat.y sect. hist., JJ 17 3, «<> 252, f^* i25 v^ et 
126,) 



LXIII 

1425, 19 OCTOBRE, UONT-SAINT-MICHEL 

Vidimus par Guillaume Paynel, clerc, garde des sceaux des obli- 
gations de la vicomte d'Avranches, et par Guillaume Artur, ta^ 
bellion juré du -roi, de lettres patentes, datées de Poitiers le 
2 septembre 1425 , par lesquelles Charles VU nommé stm 
cousin, conseiller et chambellan, Louis d'Estouteville, seigneur 
d*Au:(ebosc9 capitaine de la place et forteresse du Mont" 
Saint-Michel , en remplacement du bâtard d'Orléans , lequel 
capitaine prêta serment le 8 octobre entre les mains du comte de 
Richemont, connétable dé France. 

 tous ceulx qui ces lettres verront ou orront, Guillaume 
Painel, clerc, garde des seaulx des obligacions de la viconté 
d'Avrenches, salut. Savoir faisons que Guillaume Artur, tab- 
bellion juré du roy nostre sire, nous a tesmoingné avoir 
veu et leu de mot a mot et diligeanment regardé et examiné 



PIÈCES DIVERSES 209 

certaines lettres royaulx scellées en double queue et cire jaune, 
saines et entières en seel et en escripture, sans aucun vice 
ou suspicion, contenantes la fourme qui en suit. 

Charles, par la grâce de Dieu roy de France, a tous ceulx 
qui ces présentes lettres verront, salut. Savoir faisons que, 
confîens entièrement des sens, loyaulté, vaillance et bonne 
diligence de nostre chier et féal cousin, conseillier et cham- 
bellan Loys d'Estouteville, chevalier, seigneur d'Âuseboch, 
et considerans les grans et notables services que lui et les 
siens nous ont faiz, tant en noz guerres que autrement, en 
plusieurs manières, nous, de nostre certaine science, avons 
icellui nostre cousin fait, ordonné et establi, faisons, ordon- 
nons et establissons par ces présentes cappitaine de par nous 
de la place et forteresse du Mont Saint Michiel en lieu du 
bastard d'Orléans, lequel, pour certaines cônsideracions qui 
a ce nous meuvent, nous en avons deschargié et par ces 
présentes en deschargons du tout, pour icelui office de cap- 
pitaine avoir et tenir d'ores en avant par le dit d'Âuseboch, 
nostre cousin, aux prérogatives, gaiges, droîz et prouffiz et 
emolumens acoustumez et qui y appartiennent, tant comme 
il nous plaira. Si donnons en mandement par ces mesmes 
présentes a nostre très chier et amé cousin et connestable le 
conte de Richemont que, prins et receu du dit seigneur d'Âu- 
seboch le serement acoustumé de faire en tel cas, icellui 
mette et institue ou face mettre et instituer de par nous en 
possession et saisine du dit office de cappitaine, et d'icelui, 
ensemble des diz gaiges, droiz et prou£&z, le face et seuffre 
joir et user plainement et paisiblement et a lui en ce obéir 
et entendre de tous ceulx qu'il appartendra es choses tou- 
chans et regardans le dit office, oste et déboute d'icelui le dit 
bastard d'Orléans et tout aultre, lequel, comme dessus est 
dit, nous mesmes en ostons et déboutons du tout par ces 
dictes présentes. Par lesquelles mandons a celui qui a acous- 
tumé de paier les diz gaiges qu'il les paie de cy en avant au 
dit seigneur d'Auseboch et non a aultres, aux termes et en 
la manière acoustumez. Et par rapportant ces présentes ou 
vidimus d'icelles fait soubz seel royal ou autentique, pour 
une foiz seulement, et quittance sur ce souffisant, nous vou- 
lons et mandons tout ce que paie lui en sera estre aloué es 
comptes et rabatu de la recepte de celui qui paie l'aura par 

14 



2IO CHRONIQUE DU MONT- SAINT-- MICHEL 

nos amez et feaulz geos de nos comptes^ sans contredit «u* 
cuA. En tesmoing de ce, nous avons fiait mettre nostre seel 
a ces dictes présentes. Donné a Poictiers le second jour de 
septembre Tan de grâce mil cccc vint et cinq, et de nostre 
règne le tiers. Ainsi signé : par le roy, la rayne de Secile et 
le sire de Gyac presens i* 

En tesmoing desquelles choses nous garde dessus dit, a la 
relacion du dit tabellion, avons seellé cest présent tnaascript 
ou vidimus des seaulx des obligacions de la dicte viconté. Ce 
fut fait le xix°^« jour de octobre l'an de grâce mil cccc vingt 
et cinq. 

(Arch. du dép, de la Manche, série H, «• j53S8,) 



LXIV 

1425; 26 OCTOBRE, CH AU VIGNY 

Charles VII mande au sire de Bncqueville^ chevalier^ son cham^ 
hellan, commis à la garde et capitainerie du Mont-Saint-Michel, 
aux religieux du dit lieu ainsi qu'aux gentilshommes et compa^ 
gnons de la garnison, de ne plus différer de recevoir son cousin 
Louis d'Estouteville, seigneur d'Aui^ebosc, en qualité de capi^ 
taine du dit Mont. 

Charles, par la grâce de Dieu roy de France, a nostre 
amé et féal chevalier et chambellan le sire de Briqueville 2, 
commis a la garde et capitainerie du Mont Saint Michel, 
aux religieux du dit lieu et aux gentilz hommes et compai- 
gnons de la garnison d'ilec, salut et dileccion. Remonstré 



1. Suit le procès-verbal de la prestation de serment rédigé en latin : « Près- 
titit jaramentttm solitum in nunibus domini constabularii, octava die octobris 
anno predicto cccc"« xzv, ac etiam predictum domimun d'Estouteville, per 
tradicionem presentium, in possessionem dicti loci poauit et investivit, me pré- 
sente. Camus. « 

2. Nicole Paynel, seigneur de Bricqueville, lieutenant de la capitainerie du 
Mont en l'absence de Louis d'£stouteville qui prêta serment comme capitaine, 
d'après la note précédente, le 8 octobre 1425. 



PfàCfiS DIVERSES 2 1 1 

nous a esté de la partie de nostre chier et féal cousin Loys 
d'Estouteville, seigneur d'Âusebosc, que, combien que par 
noz lettres dont il tous est apparu et pour les causes dedens 
contenues, nous l'ayons fait et ordonné cappitaine et garde 
de la dicte place du Mont Saint Michel et en ayons deschar- 
gié le bastart d'Orléans, neantmoins, soubz umbre de cer- 
tains seremens ou promesses par vous fais au dit bastart et 
de voz seellez a lui baillez ou autrement, et aussy de certains 
privilegez que vous religieux dites avoir de non recepvoir 
aucun en capitaine en la dicte place, sinon l'abbé du dit lieu, 
vous avez différé et faictes encore de recevoir nostre dit 
cousin en capitaine d'icelle place et de luy faire sur ce les 
obéissance et serement qui y appartiennent, et pour ce que, 
<:onsideré par nous la disposicion du temps et le besoing 
qu'il est de pourveoir a la garde et deffense de la dicte place 
de personne a nous seure et feable et qui a ce vacque et en- 
tende en personne, voulans nos dictes lettres avoir et sortir 
leur plain effect, nous vous mandons bien expressément et 
a chascun de vous, comme a lui appartendra, que, non obs- 
tans les dis seremens et promesses fais au dit bastart ou a 
autres pour lui, voz seelle^ sur ce baillez et les advitaille- 
mens, habillemens et autres choses quelconques qui de par 
le dit bastart ont esté mises et baillées en la dicte place, dont 
nous vous avons quittez et deschargez, quittons et deschar- 
gons par ces présentes et vous en promettons garantir par- 
tout ou mestier sera, ensemble les dis privilegez auxquelz 
nous ne voulons estre derogué en ceste partie, mais, sans 
préjudice d'iceulx pour le temps avenir, vous nostre dit cou- 
sin recevez en capitaine et garde de la dicte place et l'ob- 
beissez et faites obéir tout selon nos dictes lettres. Donné a 
Chauvegny le xxvi^ jour d'octobre l'an de grâce mil quatre cens 
vint cinq, et le quart de nostre règne. Par le roy, le conte de 
Foix, l'admirai, les sires de Graville et de Giac et autres pre- 
sens. BuDE <. 

(Arch. du dép. de la Manche^ série H, n^ iSJêo,) 



I. Cette même pièce se retrouve incluse dans un vidimas de Guillaume 
Paynel, clerc, garde des sceaux des obligations de la vicomte d'Avranches, en 
date du i8 novembre 1425 (série H, n* i5362). 



212 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MfCHEL 



LXV 

1425, 28 OCTOBRE. CHATEAU DB MONTMURAlf 

Jean V/, duc de Bretagne, comte de Montfort et de Richmond, fait 
saifoir à ses receveurs de la traite de 20 sous par pipe de vin levée 
sur les vins exportés d^ Anjou et du Maine en Bretagne, qu^il 
exempte de la dite traite 200 pipes de vin expédiées par les 
dames de Laval et de Vitré pour l'approvisionnement de leurs 
forteresses et garnisons i. 

Jehan, par la grâce de Dieu duc de Bretaigne, comte de 
Montfort et de Richemond, aux recepveurs commis et 
ordonnez a recepvoir la traitte de vingt soulz par pippe de 
vin passans et issans hors des pais d'Anjou et du Maine, ou a 
leurs lieutenans, salut. Comme il soit ainsi que monsegneur 
le roy ^ nous ait baillé en nostre main la revenue de la dicte 
trette pour certaines et justes causes pour en joyr par l'es- 
pace de certain temps et durant icellui en ordonner et dis« 
poser comme bon nous semblera et que sera nostre bon 
plaisir, savoir faisons que nous, a la requeste et humble 
prière de noz très chieres et très amées tante et cousine les 
dammes de Laval 3 et de Vitré 4 et pour amour et contempla* 



1. Nous pablipns ici cette pièce, quoiqu'elle ne se rapporte pas directement 
au Mont-Saint-Michel et à la basse Normandie, parce qu'elle explique comment 
la forteresse du Mont, même bloquée par les Anglais, put se ravitailler par la 
Bretagne. 

2. La plus grande partie du Maine étant alors occupée par les Anglais, 
Charles VII n'aurait pu percevoir à cette date qu'une très-faible partie du 
produit de cette traite. En la cédant temporairement au duc de Bretagne, le 
roi de France ne faisait perdre qu'assez peu de chose i son trésor et acquérait 
un tiXre solide à la reconnaissance et à l'amitié de Jean VI. 

3. Jeanne de Laval, dite l'aînée, veuve en premières noces de Bertrand 
du Guesclin et en secondes noces de Gui XII, comte de Laval, morte à Laval 
le 27 décembre 1433. 

4. Anne ou Jeanne de Laval, dite la jeune, fille unique de Gui XII, comte 
de Laval et de Jeanne l'aînée, mariée à Vitré le 22 janvier 1404 au sire de 
Montfort. L^un des fils de la dame de Vitré, André de Laval, sire de Lohéac, 
était dès lors avec Ambroise de Loré et le baron de Coulonces l'un des plus ter- 
ribles adversaires des Anglais sur les frontières du Maine et de la basse Nor- 
mandie.* 



J 



PIÈCES DIVERSES 21 3 

cion d'icelles, leur avons aujourd'ui donné et octroie et par 
ces présentes donnons et octroions le devoir et issue de 
la traitte de deux cens pippes de vin pour la provision et 
estorement de leurs fortepesses et maysons. Si vous mandons 
et commandons et a chascun de vous, par tant que a lui 
appartenra, que vous sueffrez et lessez franchement et quit- 
tement aux gens et facteurs de nos dictes tante et cousine 
tirer, mener et passer le nombre de deux cens pipes de vin 
hors des dis pais d'Ângeou et du Maine sans sur ne par 
cause de ce leur faire paier nul ne aucun devoir de la dicte 
traitte, ne leur faire ne donner aucun destourbier, ennuy ou 
empeschement en aucune manière, car ainsi le voulons et 
nous plaist estre fait... Donné au chasteau de Montmuron i, 
le xxvxii* jour d'octobre Tan mil cccc vingt et cinq. Par le 
duc, de son commandement, presens vous, l'evesque de 
Saint Malo et autres. A. Lenevou. 

(BibL Nat,, Quittances, t. Sj, m 4go.) 



LXVI 

1425, 29 OCTOBRE^ MAYENNE 

Guillaume de la Pôle, comte de Suffolk et de Dreux, seigneur de 
Hambye, de Bricquebec et de Craon, lieutenant général des bail- 
liages de Caen, de Cotentin et des basses marches de Normandie, 
connétable de V armée de Thomas de Montagu, comte de Salis^ 
bury, institué capitaine général sur le fait de la guerre au 
royaume de France, certifie que Jean Gourdel, vicomte de Vire, 
a servi pendant 45 jours au siège mis devant Mayenne, en qua- 
lité de gouverneur des charrettes, des charpentiers, pionniers, 
maçons et manœuvres de sa vicomte, 

Guillaume de la Polie, conte de Suffolk et de Dreux, sei-^ 



I. Auj. Montmaran, château situé en la commune des Ifs, lUe-et- Vilaine, 
arr. Montfort, c. Bécherel. Ce château appartenait â la comtesse de Laval, 
dame de Tinténlac, dont le duc de Bretagne était alors l'hôte. 



214 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHBL 

gneur de Hambye, de Briquebec et de Craon, lieutenant ge* 
neral pour le roy nostre sire des bailliages de Caen et de 
Coustentin et aultres pais es basses marches de Normendie, 
connestable de Tost de monseigneur de Salisbury cappitaine 
gênerai ordonné par le roy nostre dit seigneur sur le fait de 
la genre en son royaume de France, certifions a toulx que 
Jehan Gourdel, viconte de Vire, a par nostre ordonnance et 
commandement servi au siège devant Maine la Juhez pour le 
gouvernement des charettes, charpentiers, pionniers, maçons 
et manouvriers de sa dicte viconté, ouquel voyage il a esté et 
vaqué par l'espace de xlv jours, comme lui estoit ordonné, 
et dont le dit viconte n'a eu aucun paiement ne satisfacion. 
De laquelle chose le dit viconte nous a requis ces lettres 
pour lui valloir en ses comptes ce qu'il appartendra. Donné 
au dit lieu de Maine la Juhez, soubz le seel de noz armes, le 
xzix« jour d'octobre l'an mil mic xxv. 

(BibL NaLy Quittances, t. Sy^ n9 486,) 



LXVII 

1425, 30 OCTOBRE, PARIS 

Rémission octroyée par Henri VI à RoHn Lambert, bourgeois et 
marchand de Rouen ^ menacé de procès et d'amende par le pro^ 
cureur du roi en la dite ville, pour avoir acheté un sauf-conduit 
au bâtard d'Orléans, capitaine du Mont^Saint^Michel^ et aussi 
pour avoir payé rançon à des marins de Saint'Malo, ennemis 
des Anglais, qui avaient capturé trois de ses vaisseaux dans le 
trajet du pays de Flandre à Rouen, 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, 
a tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Savoir 
faisons a tous presens et advenir nous avoir receu l'umble 
supplicacion de Robin Lambert, bourgois et marchant de 
Rouen, contenant comme, en ceste présente année, il eust 



^ 



FIÊCES DIVERSES 21 5 

entencion de faire mener et conduire des denrées et mar- 
chandises es pays de Flandres et ailleurs en nostre obéissance 
et de nos allez, et en faire ramener d'autres du dit pays de 
Flandres et autres parties des lieux et pays estans en nostre 
dicte obéissance en nostre ville de Rouen et ailleurs soubz 
nostre dicte obéissance ; et, pour plus seurement faire con- 
duire et mener ses dictes denrées et marchandises et esche- 
ver aux inconveniens et dommaiges qui lui eussent peu ad- 
venir par le fait, prises ou occasion de noz ennemis ou 
adversaires qui tousjours sont en aguet pour prendre et 
empeschier nos loyaulx hommes et subgiez, tant par mer 
comme par terre, eust icellui suppliant pourchacié un sauf- 
conduit qui lui fut donné par le bastard d'Orléans, que l'en 
dit estre cappitaine du Mont Saint Michiel i, afin que plus 
seurement il peust faire mener et conduire ses dictes denrées 
et marchandises et eschever aux inconveniens, pertes et 
dommaiges qui lui eussent peu advenir, se ils eussent esté 
trouvez ou encontréz par aucuns de nos dis ennemis ou ad- 
versaires : toutes voies, non obstant icellui saufconduit et 
contre icellui, certaine quantité de denrées et marchandises, 
estans çn trois vaisseaux, venans du pays de Flandres pour 
estre admenez a Rouen, appartenans au dit suppliant et a 
plusieurs autres ses compaignons de nostre dicte ville de 
Rouen, ont esté prises par aucuns de noz ennemis et adver- 
saires de Saint Malo, du pays de Bretaigne, lesquelles den- 
rées et marchandises il lui a convenu raençonner et raquitter 
de nos dis ennemis, et lui ont cousté pour lui et ses compai- 
gnons près d'autant ou environ comme il leur avoient cousté 
ou premier achat, comprins en ce que par nos dis ennemis 
en avoit esté prins et dissipé que il ne peut avoir ne recou- 
vrer, en quoy il a perdu une grant partie de sa chevance. Ce 



I. Ce sauf-conduit dut être délivré entre le 28 mars 1435, date de l'acte où 
Jean, bâtard d'Orléans, est mentionné pour la première fols comme capitaine 
du Mont-Saint-Michel, et le 2 septembre de la même année, date du remplace- 
ment du bâtard dans la capitainerie du Mont, par Louis d'Estouteville. Un tel 
acte, sollicité par un armateur dont les navires faisaient le transit entre les 
Flandres et Rouen, ne montre pas seulement à quel point la victoire navale, 
remportée sur les Anglais vers la fin de juin 1425, avait rendu les défenseurs du 
Mont-Saint-Micbel maîtres de la mer ; il atteste encore le puissant effet moral 
et le retentissement lointain de cette victoirct 



2l6 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

non obstant, nostre procureur ou aucuns noz officiers au dit 
lieu de Rouen ont voulu et veullent mettre et tenir en procès 
le dit suppliant, pour cause et occasion de ce qu'il a prins et 
receu le dit saufconduit du dit bastard d'Orléans, lequel lui 
avoit esté envoyé ainsi que plusieurs en pourchassoient a 
avoir pour leur seurté et de leurs denrées et marchandises^ 
sur espérance de plus seurment les conduire en nostre pays 
et obéissance et de noz allez, et le veullent pour ce traittier a 
amende, disans que faire ne le povoit sans nostre octroy ou 
noz commis et depputez ayans povoir de ce faire... Donné a 
Paris le pénultième jour d'octobre Tan de grâce mil luic xxv, 
et de nostre règne le iiii™«. Ainsi signé : par le roy, a la rela- 
cion de monseigneur le régent, duc de Bedford. 

(Arch, Nat,, sect. hist., JJ lyS, n^ 266,) 



LXVIII 

1425, NOVEMBRE, PARIS 

Rémission octroyée par Henri VI à Baudet de Limon, chirur^ 
gien, demeurant à Évreux, poursuivi pour s'être fait délivrer, 
deux ans auparavant, un sauf-conduit par le comte d'Aumale, 
capitaine du Mont-Saint-MicheU afin d'aller en Bretagne vendre 
de la draperie et pour avoir payé rançon à Ambroise de Loré, 
capitaine de Sainte^ Suzanne , qui Pavait fait prisonnier. 

Henry par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, 
savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir receu 
l'umble supplicacion de Baudet de Limon, povre homme 
cirurgien, demourant en nostre ville d'Evreux, contenant 
comme, alors et au devant longtemps que nostre ville 
d'Evreux feust mise et reduicte en nostre obéissance, le dit 
suppliant, avec sa femme et famille, feussent et ayent depuis 
tousjours esté résidant et demourant en nostre dicte ville et 
en nostre obéissance, et soubz icelle se soit tousjours bien et 



PIÈCES DIVERSES 217 

oyaument maintenu et gouverné eomme nostre bon, vray 
et loyal subget, lequel suppliant et Jehan Sauvage, coustu-* 
rier, demourant au dit lieu d'Evreux, puis deux ans ença ou 
environ, en entencion de aucune chose gangnier pour avoir 

a vie et estât d'eulx et de leurs gens, se soient mis en 
adventure, en la compaignie de plusieurs merchans des par- 
ties de Bernay, pour aler au pays de Bretaigne mener et 
porter de la mierchandise de draps et pour rapporter d'autre 
merchandise ; esquelles parties de Bretaigne les dis suppliant 
et Sauvage àvoient mené chascun six draps et , pour plus 
seurement faire, eust le dit suppliant, par congié de justice, 
obtenu un saufconduit du sire d'Aulmalle > pour lui et ung 
homme en sa compaignie ; lesquelz suppliant et Sauvage et 
aussi Almaury le Charpentier, de Beaumont le Rogier », en 
eulx retournant du dit voyage, es forbours de Tinteniac 3 ou 
près d'ilec, ou dit pays de Bretaigne, ayent esté raençonnez 
de noz ennemis et adversaires et menez prisonniers en la 
forteresse de Sainte Suzanne 4, lors estant occupée de nos 
dis ennemis et adversaires ; auquel lieu les dessus dis aient 
esté certain temps prisonniers, et après ce le dit suppliant 
ait esté délivré des dictes prisons a la caucion du dit Jehan 
Sauvage, pour et afin de pourchassier la délivrance de leurs 
corps et biens, moyennant toutes voies l'aide de nostre très 
chier et très amé oncle le duc de Bretaigne, pour ce que eulx 
et aussi le dit Charpentier avoient esté prins ou dit pays de 
Bretaigne ouquel nos dis ennemis, par abstinence de guerre 
ou autrement, ne povoient ou dévoient courir, comme l'en 
disoit; lequel suppliant, en pourchassant la délivrance de lui 
et des dis Sauvage et Charpentier, ait esté en plusieurs lieux 
et villes du dit pays de Bretaigne, et aussi se soit transporté 
à Engiers et en autres villes et lieux hors de nostre dicte 
obéissance ; auquel lieu d'Ângiers il ait convenu que le dit 
suppliant ait fait convenir et adjourner Âmbroise de Loré, 
lors cappitaine de la dicte forteresse de Sainte Suzanne, sur 



I. Jean de Harcourt, comte d'Aumale, capitaine du Mont-Saint-Michel, 
tué à la bataille de Verneuil le 18 août 1424. 
3. Beaumont-le-Roger, Eure, arr. Bernay. 

3. Tinteniac, lUe-et-Vilaine, arr. Saint-Malo. 

4. Sainte-Suzanne, Mayenne, arr. Laval. 



3l8 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

le fait de la prise d'icelltii suppliant et des dis SauTage et 
Charpentier; auquel lieu d'Angiers le dit cappitaine eust 
promis et enconvenancié, es mains de Richard de Bretaigne 
et en la présence des dames qui se disoient duchesses d'Aléa- 
çon et autres, que les dis Sauvage et Charpentier et leurs 

biens il mettroit a plaine délivrance Si donnons en man« 

dément par ces présentes au bailli d'Evreux ou a son lieute-^ 
nant... Donné a Paris ou mois de novembre Tan de grâce 
mil cccc et vint cinq, et le quart de nostre règne. Ainsi 
signé : es requestes par vous tenues de l'ordonnance de 
monseigneur le régent de France, duc de Bedford. J. Milbt. 

(Arch. Nat,y sect, hist,y JJ ij3, «• 284.) 



LXIX 

142b, NOVEMBRE, PARIS 

Rémission octroyée par Henri VI à Noël Jean, dit Gaux, demeu- 
rant à Grand-Camp, inculpé de complicité avec Raoul le Cornu, 
aussi natif de Grand-Camp, lequel Raouly après avoir quitté sa 
maison depuis trois ans pour aller demeurer à Saint-MalO'^- 
Vile, était revenu, vers le mois dejuillçt 142 5 y en compagnie de 
trois inconnus, dans son pays natal d'où il avait fait voile vers 
Cherbourg sur une barque volée à Ernoult Hébert, au moment 
où une flottille de baleiniers mettait à rançon le littoral duBessin, 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, 
savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir receu 
l'umble supplicacion de Noël Jehan, dit Gaux, povre homme 
laboureur chargié de femme et d'enfans, demourant a Grant 
Camp I en Normandie en nostre bailliage de Caen, contenant 
comme, depuis trois ans ença ou environ, ung nommé 
Raoul le Cornu, qui est natif de la dicte ville, se feust parti 
d'icelle ville et aie demourer à Saint Malo de Tille, en de- 

I . Grand-Camp, Calvados, arr. Bayeax, c. Isigny. 



PIÈCES DIVERSES 2lQ 

laissant au dit Grant Camp sa femme et mesnage, et quatre 
mois a ou environ i, le dit Raoul feust venu par nuyt en 
l'ostel de sa dicte femme et, lui ylec arrivé, eust envoyé par 
îcelle femme quérir le dit suppliant qui estoit et est demou- 
rans prés du dit hostel, lequel suppliant y feust aie et eust 
porté ou fait porter avant soy deux poz de servoîse et une 
ïbuasse ; et eulx estans ensemble le dît Raoul dist qu'il estoit 
la venu pour soy rendre et mettre en nostre obéissance, dont 
le dit suppliant fut très joyeui:, cuidant que icellui Raoul lui 
deist vérité. Et lors estoient avec lui trois autres hommes, 
incongneuz au dit suppliant, qui semblablement disoient 
qu'ilz se vouloient rendre a nous et eulx mettre en nostre 
dicte obéissance et qu'ilz s'en yroient rendre avec les hermi- 
tes de riUe qui sont assez prés du dit lieu de Grant Camp 
jusques a ce qu'ilz eussent obtenu de nous leurs remissions 
de ce qu'ilz avoient esté et demouré au dit Saint Malo, et en 
cest estât demourérent trois jours au dit lieu. Après lesquelz 
trois jours passez, le dit Raoul et ses compaignons dirent au 
dit suppliant et a ung nommé Rogier Onfiroy, dit Guergan, 
laboureur et voisin d'icellui Raoul, qui la estoit venu, qu'ilz 
s'en vouloient aler, dont iceulx suppliant et Rogier furent 
très mal contens, veu les promesses des dessus dis precedens, 
en leur disant que, se ilz eussent sceu leur voulenté, ilz ne 
les eussent onques esté veoir ne iceulx acompaigniez. Et, en 
conclusion, les dessus dis Raoul et ses compaignons s'en 
alérent et les dis suppliant et Rogier les convoyèrent jusques 
sur le perrail ^ de la mer qui est a ung trait d'arc près du 
dit hostel et la les laissiérent, cuidans qu'ilz s'en deussent 
aler ; et, quant aus dis suppliant et Rogier, ilz s'en retournè- 
rent en leurs maisons. Lesquelz Raoul et ses compaignons, 
après leur dit parlement, alérent, comme on dit, en la dicte 
nuyt mesmes adviser un bastel qui estoit sur la coste de la 
mer, a demie lieue du lieu ou les dis suppliant et Rogier les 

I. Cette date à laquelle est rapporté l'incident raconté dans la lettre de 
rémission datée de novembre 1426, correspond aux premiers jours de juillet 
de cette année, et c'est alors que la flottille du Mont-Saint-Michel, composée 
en grande partie des navires pris aux Anglais et armée en course à Saint-Malo, 
parait avoir joué le rôle le plus actif et le plus important. 

a. Le perrail ou mieux le perrai, c'est le bord , la partie pierrée de la 
grève où le flux de la mer charrie les galets. 



220 CHRONIQUE OU MONT-SAINT-MICHEL 

laissèrent, en Tabsence et au desceu d'iceulx suppliant et 
Rogier ; et, ce fait, en la dicte nuyt mesmes, retournèrent 
de rechief, comme on dit, en Tostel de la femme du dit 
Raoul. Et au surplus, le landemain, ilz alèrent quérir et 
prendre le dit bastel, sans ce que le dit suppliant en sceust 
quelque chose ne que ilz deyintrent. Et Tendemain ou <ieux 
jours après ou environ le dit suppliant, qui avoit a faire et 
besongnier ou pays de Constentin pour acheter des poissons 
salez, parti a cheval de son hostel et, en alant son chemin, 
et lui estant a quinze lieues ou environ de son dit hostel, vit 
en la mer un bastel qu'il ne congnoissoit, et cuida que en 
icellui feussent pescheurs, et pour ce leur iist signe qu'ilz 
venissent a lui afin d'acheter d'eux des poissons, s'ilz en 
eussent eu, lesquelz y vindrent. Et, eulx venuz, icellui sup* 
pliant fut moult merveille de ce que en icellui estoient les dis 
Raoul et ses compaignons. Et eulx estans près l'un de l'autre, 
iceulx Raoul et ses compaignons demandèrent au dit sup*> 
pliant se il savoit aucunes nouvelles, lequel leur dist qu'il avoit 
oy dire que le navire de leurs compaignons estoit d'aval Chil- 
bourc ^ Et avec ce leur dist le dit suppliant telz parolles : 
« Vous avez prins le bastel Emoul Hébert, qui a esté très 
mal fait. » A quoy ilz respondirent qu'il estoit vray que 
prins l'avoyent, mais ilz disoient que icellui bastel estoit 
tout pourry. Et lors icellui suppliant leur dist que, se aucun 
leur demandoit qui ilz estoient, que ilz deissent que ilz es- 
toient du Port en Bessin 3 prisonniers et qu'ilz portoient 
leur rançon aux baleiniers 3, et qu'ilz s'en alassent hastive- 
ment, ou que l'en les pourroit bien aler veoir, et atant se 
parti d'eulx et ala son chemin ou dit pays de Constentin, 
sans plus les veoir.... Si donnons en mandement par ces 
mesmes présentes au bailli de Caen a son siège de Bayeux, 
au vicomte du dit lieu de Bayeux.... Donné a Paris ou mois 



1. Cherbourg. Le « navire r dont il est ici question, c'est la flottille dont 
Raoul le Cornu et ses compagnons s'étaient détachés pendant quelques jours 
pour toucher terre à Grant-Camp. 

2. Port-en-Bessin, Calvados, arr. Bayeuz, c. Ryes. 

3. Ces baleiniers qui opéraient des descentes où ils faisaient des prison- 
niers et mettaient ainsi à rançon les villages du littoral, éuient les bâtiments 
dont se composait la flottille du Mont-Saint-Michel et de Saint-Malo. 



PIÈCES DIVERSES 221 

de novembre Tan de grâce mil cccc etzxv et de nostre règne 
le quart. Ainsi signé : par le roy, a la relacion du Conseil. 
L. Calot. 

(Arch. Nat., sect, hisu, JJ iy3j rfi 278.) 



LXX 

1425, 17 NOVEMBRE, M0NT-8AINT-MIGHBL 

Louis d'Estouteville, seigneur d*Au:{ebosc et de Moyon^ capitaine 
de la forteresse du Mont-Saint-MicheU à la requête des reli^ 
gieux, vicaire et couvent du dit lieu, enjoint à tous gens d'ar^ 
mes : 2^ de ne pas mettre de femmes à demeurer dans l'abbaye; 
2* de n'y pas renfermer de prisonnier de guerre^ sauf le cas 
d'absolue nécessité et du consentement des religieux; 3' de lais^ 
ser jouir les dits religieux des contributions militaires mises sur 
les terres appartenant à l'abbaye et aussi de leur justice ordi- 
naire; 4* de laisser en paix les hommes vivant sur leurs dites 
terres, pourvu que ceux-ci ne s'entremettent pas du métier des 
armes, 

Louys d'Estouteville, sire d'Âusebosc et de Moyon, capi- 
taine et garde de la ville et forteresce du Mont Saint Michiel, 
a tous ceulx qui ces lettres verront, salut. Les religieux, vi- 
caire et couvent du dit lieu nous ont exposé que par aulcun 
temps passé aulcuns de ceste garnison, par faveurs, importu- 
nité de requérir ou aultrement, contre leur volenté, ont mis 
a demourer femmes en la dicte abbaye ou préjudice d'eulx et 
de leur religion et sans considérer la sanctité du lieu et les 
grans scandale et inconveniens qui s'en povoient ensuir; 
mesmement y ont mis Angloys et aultres en prison, non 
obstant que ce soit lieu de devocion et seulement ordonné 
au divin service et a Dieu prier ; nous ont aussi requis qu'ils 
puissent joir sans empeschement des appatiz des terres de 
l'église et de leur justice ordinaire et des droiz appartenans 
au dit moustier, sans ce que soubz umbre de la gerre il leur 
soit en ce fait aucune chose en leur préjudice. Et nous, pour 



Biki 



222 CHRONIQUE DU MONT-SiUNT-MICHEL 

révérence de Dieu et de monseigaeur saint Midâd et afin 
qu'ik puissent continuer le divin service dévotement, en 
paix et sans turbacion, voulons et expressément leur octroîons 
qu'ilz ne seuffrent ne ne laissent demourer femmes i, de quel- 
que estât, en la dicte abbaye ne semblablement y mettre pri- 
sonniers que ce ne soit pour aucune grant cause et de leur 
propre consentement. Et voulons aussi qu'ils joissent des ap- 
patiz de leurs dictes terres et ne voulons que leurs hommes 
soient couruz, pilliez, foulez ne indeuement opprimez, pour- 
veu qu'ilz se tiennent a leurs maisons et labeurs, sans soy 
entremettre du fait de la gerre, et semblablement qu'ilz usent 
et joissent, par eulx et leurs officiers, de leur justice ordinaire 
en la ville du dit lieu et aillours et generaulment des droiz, 
libertés et franchises de la dicte église, en quoy nous les 
voulons estre tenuz et gardez et promettons garder et main- 
tenir a nostre puissance. Si deffendons de par monseigneur 
le roy et nous a touz a qui U appartient que ou contraire de 
ce que dit est ne molestent les diz religieux, leurs officiers, 
hommes et subgiz perturbent ou empeschent en aulcune 
manière. En tesmoing de ce, nous avons seellé ces présentes 
de nostre seau et y mis nostre signe manuel. Fait au dit lieu 
du Mont Saint Michiel, le xvii« jour de novembre Tan 
mil iiiic vingt cinq. Louys. 
(Orig. se.) 

(Arch, dudép. de la Manche, série H, «° i536i,) 



I . Cet acte n'e&t qoe la confirmation abrégée des principaux articles des* 
ventions arrêtées en 1420 entre les religieux du Mont et Jean de Harcourt, 
comte d'Aumale, lorsque celui-ci était venu prendre possession de la capitai- 
nerie de cette place {Mém, de la Soc, des Ant. de Norm., XV, 212 et 21 3}. 
Les cinq religieux nommés dans l'acte de 1420 sont D. Robert Baudren, 
D. Raoul Letellier, D. Jean Picard, D. Thomas Poisson et D. Jacqnes On- 
froy. A cette date, les principaux défenseurs de la ville du Mont-Saint-Michel 
ou de la première ligne de fortifications étaient le baron des Biards, Nicole 
Paynel et Colin Boucan, tandis qu'Olivier de Mauny, seigneur de Thiéville, 
lieutenant du comte d'Aumale, l^outs de Toumebu, Jean du Merle, Jean des 
Wys étaient préposés plus spécialement i la garde de la seconde enceinte (cf. 
plus haut, p. 99 et 1 14). 



PIÈCES DIVERSES 223 



LXXI 

14^5, 20 NOVEMBllE, MONT-SAINT-mCHEL 

Vidimus par QuUlaume FayneHy elere, garée dès sceaux des obîi-' 
gatkms de ia vicomte d'Avranches, et Guillaume Artmr, tabéUiùn 
juré du roi au siège du Mont^Saint-Mickel, de lettres closes, 
datées de Poitiers et adressées par Charles VU le 3 août pr^" 
cèdent au lieutenant du capitaine, aux chevaliers, écuyers et 
autres gens de la garnison du dit Mont, pour leur défendre de 
laisser pénétrer dans la dite place le bâtard d^Orléans, sous 
Quelque prétexte que ce soit, 

A tous ceuiz qui ces présentes lettres verront ou orront, 
Guillaume Paynel, clerc, garde des seaulx des obligacions de 
la viconté d'Âvrenches, salut. Savoir faisons que Guillaume 
Artur, tabellion juré du roy nostre sire eu siège du Mont 
Saint Michiel auquel nous adjoustons foy, nous a tesmoingné 
et relaté avoir veu, visité et diligeanment regardé de mot a 
mot unes lettres qui avoient esté closes, escriptes en parche- 
min, lesquelles avoit envoi[é]es le roy nostre dit seigneur es 
lieutenant du cappitaine, chevaliers et escuiers et aultres gens 
du Mont Saint Michiel, saines et entières, contenans la fourme 
qui ensuit. 

Noz amez et feaulx, pour aucunes choses dont sommes in« 
fourmes, lesquelles pourroient grandement touchier le péril 
et dangier d'une grant partie de nostre seignourie, vous 
mandons et dépendons, sur tant qu'envers nous doubtez fail^ 
lir et mesprendre, que, jusquez vous aiez aultres nouvelles 
de nous et bien certaines, vous ne lessiez ne souffriez entrer 
en la place du Mont Saint Michiel, soubz umbre d'aucune 
puissance par nous donnée ne aultrement, a quelque coulour 
que ce soit, le bastard d'Orléans i ne aucuns des siens, mes se 



t. Jean, bâtard d^Orléans, né yefs 1402, s'était marié en juin 1422 à Marie 
Louvet, dite vulgairement la Louvette, fille de Jean Louvet, sire de Mirandol, 
président de Provence, alors l'un des favoris et des conseillers les plus écoutéa 
du dauphin Charles (Vallet de Viriville, Hist. de Charles VII, l, 325). U 



224 CHRONIQUE DU MONT*SAfNT-MICHEL 

ilz s'en voulpient efforcier, y contrestez a tout povoir ; et ne 
lui faictez, quant ad ce ne aultrement, quelconque obéissance, 
sur tant que doubtez nous couroucier. Donné a Poitiers le 
tiers jour d'aoust. 

Et en la marge du dessus avoit : de par le roy. Et en 
Taultre marge du bas estoit ainsi signé : Charles. Pxcart. Et 
en la superscription, en la queue des dictes lettres, estoit es- 
cript : a noz amez etfeaulz les lieutenant du cappitaine et les 
chevaliers et escuiers, et aultres gens de la garnison du 
Mont Saint Michiel. 

En tesmoing desquelles choses, a la relacion du dit tabel- 
lion, cest présent transcript ou vidimus a esté seellé du seel 
dessus dit. Donné au dit lieu du dit Mont Tan de grâce 
mil cccc vingt et cinq, le xx"»« jour de novembre. Artur. 

(Arch. dudép, delà Manche, série H, n9 iSSSy bis.) 



5 juillet 1425, lorsque Yolande d'Aragon qui, de concert avec Arthur, comte 
de Richemont, conjurait la perte du président de Provence depuis le mois de nui 
précédent (Id., Biographie Didot, art. Louvet), parvint à faire révoquer tous les 
pouvoirs de Jean Louvet, le bâtard fut naturellement enveloppé dans la disgrâce 
de son beau-père ; et c'est surtout à cette circonstance qu'il faut attribuer sa révo- 
cation comme capitaine du Mont-Saint-Michel et son remplacement par Louis 
d'Estouteville. Toutefois, les expressions dont se sert Charles VII : « pour 
aucunes choses dont sommes infourmés, lesquelles pourroient grandement tou- 
chier It péril et dangier d'une grant partie de nostre seignourie », suggè- 
rent une autre explication. Jean, bâtard d'Orléans, témoigna toujours un dé- 
vouement absolu à Charles, duc d'Orléans, son frère légitime, son bienfaiteur 
et son protecteur, prisonnier en Angleterre. Or, nous avons un traité où 
Charles, plus soucieux de recouvrer sa liberté que de sauvegarder les intérêts 
de son pays, s'engage à faire reconnaître Henri VI comme vrai roi de France 
et souverain seigneur, « pro vero rege Francise et domino eorum supremo », 
non seulement dans ses apanages, mais encore à la Rochelle et au Mont-Saint- 
Michel. Ce traité, il est vrai, porte la date du 14 août 1433 (Rymer, IV, pars m 
et IV, 197 à 199); mais la mention du Mont-Saint-Michel ne semble-t-elle pas 
indiquer que les premières bases des négociations avaient dû être posées vers 
le milieu de 1425, après la levée du siège de cette place, alors que le bâtard d'Or- 
léans, qui n'avait rien à refuser au duc Charles, était encore capitaine de la 
célèbre forteresse dont les héroïques défenseurs venaient de déjouer tous les 
efforts des Anglais ? 



PIÈCES DIVERSES 325 



LXXII 

1425, 26 NOVSMBKE, PAR» 

Henri VI ordonne à tous capitaines de forteresses au royaume 
de France, et spécialement dans le duché de Normandie, à leurs 
lieutenants ou autres leurs commis : i* de recevoir au guet 
celui qui pour la nuit le devra faire ou son suppléant, pounw 
que celui'Ci ait vingt ans ou au-dessus et soit bien connu en la 
place ; 2* de donner le mot d'ordre de la nuit en français de 
telle sorte que ceux qui feront le guet le puissent comprendre ; 
3* ^imposer comme amende à ceux qui feront défaut au dit guet, 
trois blancs, du i*' avril au i** octobre, quatre blancs, du i^'oC' 
tobre au x** avril, le double en cas de récidive; 4* d'infliger 
V emprisonnement et une amende arbitraire à ceux qui feront dé- 
faut trois fois successivement; 5* de mettre aux fers par les 
pieds pendant toute la journée du lendemain quiconque aura été 
trouvé la veille dormant pendant le guet; 6^ de n'imposer aU" 
cunes prestations à l'habitant, pour réparations de douves et de 
fossés, sans l'avis du bailli, 

Henry >, par la grâce de Dieu roy de France et d*Engle< 
terre, a tous ceulz qui ces présentes lettres verront, salut. 
Comme par la clameur et grant complainte des gens des bon- 
nes villes et autres, noz subgés de nostre duchié de Normen- 
die et autres noz seigneuries, faicte a nostre très chier et très 
amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de 
Bedford, nous avons eu congnoissance que les cappitaines 
des dictes bonnes villes, places et forteresses de nos diz pais 
et seigneuries ou aucuns d'eulx leurs lieuxtenans ou commis 
contraingnent indeuement nos diz subgés a leur paier pour 
cause et a ^occasion des guetz qui se font es villes, places et 
forteresses, dont la garde est commise aus diz cappitaines, 
grans, excessives et importables sommes de deniers, les uns 



t . Nous publions ce mandement d'après un vidimus de Laurent Guedon, 
lieutenant général de Thomas Maistresson, écuyer, bailli de Caudebec, daté de 
Caudebec le 34 décembre 1425 

i5 



226 CHRONIQUE DU MONT*SAINT-MICHEL 

plus les autres mains, selon leur voulenté, les prouffiz des- 
quelx aucuns d^ceulx cappitaines baillent pour eulz a ferme 
pour grans sommes de deniers, et aucuneffois contraingnent 
nos diz subgés a composer a eulx pour ceste cause et en lie« 
vent et exigent grans finances lesquelles ilz atribuent a leur 
proufifit, et a ce faire tiennent et ymaginent plusieurs soubti- 
ves et exquises voyes et manières contre Dieu, raison et 
conscience, c'est assavoir en donnant les aucuns des diz Odi^ 
pitaines ou leurs commis aucuneffois, pour le non de la nuit, 
motz estranges, que par ce bonnement ne peuent rapporter 
ne entendre ceulx qui ont a faire le dit guet, affin de leur 
imposer que en oubliant le dit non ilz aient fait faulte, et 
aucuneffois en faisant la cerche par leur guet, se ilz ne leur 
respondent hastivement et a cop, leur imposent que ilz dor^ 
ment, et soubz umbre de ce aucuneffois les bâtent et traveil« 
lent griefment ; et aussi plusieurs des diz cappitaines ou 
leurs commis refusent et ne vueillent souffrir gaitier ceulx 
qui le doivent faire, jasoit ce qu'ilz soient a ce soufi&sans et 
se offrent a ce pour le voulloir faire et, qui plus est, soubz 
umbre de reparacions de douves et de fossés, font assembler 
devers eulx ou leurs commis plusieurs de noz subgés tant et 
si souvent que il leur plaist et, se ilz ne viennent ou font 
leur plaisir, les mettent en prison ou ilz les détiennent a 
grant travail et despense jusques a ce qu'ilz aient d'eulx ce 
qu'ilx leur vueillent demander, et par ces voyes et autrement 
en plusieurs manières traveillent nos diz subgés affin de ex- 
torquer et exiger d'eulx grosses et excessives sommes de de- 
niers, et de fait les exigent et extorquent, comme dit est; a 
Toccasion desquelx griefs et exactions plusieurs des habitans 
des bonnes villes sont contrains eulx départir et absenter, 
par quoy les dictes villes sont diminuées et se diminuent 
très grandement chascun jour ; et avecques ce plusieurs des 
diz cappitaines indeuement, de leur propre auctorité, con- 
traingnent souventeffois de faire guet en leurs places les ma- 
nans et habitans des villages hors des mettes de leurs chaste- 
leries et qui d'ancienneté ne autrement n'y sont tenus ; et 
se iceulx habitans ne le font ou composent avecques eulx 
a leur plaisir, les bâtent, navrent et aucuneffois les tuent, 
ou autrement les^ traictent tellement et si inhumainement 
que il leur convient de fuir de nostre dit pais et laissier 



PifeCES DIVERSES 227 

leurs* maisons au très grant dommage et préjudice de 
nous et de nos diz pais et aussi de nos diz subgés^ et 
plus pourroit estre, se sur ce n*estoit pourveu; — savoir fai- 
sons que, pour obvier et pourveoir aux abuz, maulx et 
dommages dessus diz et plusieurs aultres que iceulz cappî- 
taines, leurs lieuxtenans et commis ont fais et font chascun 
jour en diverses manières, nous, par l'advis de nostre dit on- 
cle et par grant et meure deliberacion de conseil, avons or- 
dené et ordenons par ces présentes, par manière de provi- 
sion et jusques a ce que par nous ou nostre dit oncle en soit 
autrement ordené, que d'ores en avant chascun cappitaine, 
lieutenant ou autre son commis sera tenu recevoir a ^on 
guet cellui qui pour la nuit le devra faire en son chief, ou 
autre pour lui qui soit personne d'aage de vint ans et au des- 
sus, demourant et bien congneu en la ville ou village dont 
devra estre la personne ordenée pour la nuit pour le dit 
guet. Et baillera le dit cappîtaine , son lieutenant ou commis 
le nom de la nuit en langage françois ou autre tel que ceulx 
qui feront le guet puissent raisonnablement entendre. Et 
se aucun est deffaillant d'estre ou envoyer au dit guet, 
comme dit est, paiera pour amende du dit deffault au cappi- 
taine de la place, pour la nuit qu'il sera deffaillant, se c'est 
eu temps d'esté, depuis le premier jour d'avril jusques au 
premier jour d'octobre, trois blans, et pour le temps d'iver, 
c'est assavoir depuis le premier jour d'octobre jusques au 
premier jour d'avril, quatre blans, pour convertir eu sallaire 
cellui qui aura fait le guet en l'absence du deffaillant et non 
ailleurs. Et se aucun fait deux deffaulx successivement, il 
paiera pour le second deffault, selon le temps, double amende 
et, pour le tiers deffault, paiera semblablement que au se- 
cond. Se il fait trois deffaulx successivement, si sera avecques 
ce emprisonné le deffaillant et pugny par le bailli ou viconte 
du lieu d'amende arbitraire comme de delict commun. Et en 
oultre avons ordené et ordenons que, se aucuns sont trouvés 
dormans en faisant leur guet, par tout le jour de l'ende- 
main'ilz soient mis es ceps par les pies. Et avecques ce avons 
dèfTendu et deffendons très estroictement a tous noz cappi- 
taines et autrez, quelx qu'ilz soient, que, pour reparacions 
de douves ou de fossés, eulx ou aucuns d'eulx ne convoquent 
ou assemblent noz subgés sans l'advis de nostre bailli et au- 



2a8 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHBL 

très noz officiers du lieu et que, se oultre l'ordonnance dessus 
dicte, aucun cappitaine, son lieutenant ou commis prent ou 
lieve aucune chose, il sera constraint a restituer ce qu'il aura 
plus prins qu'il ne lui est permis par ceste présente orde- 
nance, et a l'amender envers nous du quadruple par retenue 
sur ses gaiges et, se ik ne souffisent, par arrest et explecta- 
cion de ses autres biens exploittables et sur peine d'en estre 
autrement très griefment puni, se mestier est. Si donnons en 
mandement a tous nozbailliz, cappitaines, justiciers... Donné 
a Paris le xxyi« jour de novembre l'an de grâce mil quatre 
cens vint cinq, et de nostre règne le iiii*. Par le roy, a la re* 
lacion de monseigneur le régent le royaume de France, duc 
de Bedford. J. Milxt. 

(BibL Nat., Quittances, t. Sy, n9 5 20.) 



LXXIII 

1425, a8 NOVBMBRB, AVaANCHIS 

Colin de Srée, de Moidrey, déclare en présence de Jean le Grand, 
lieutenant général de Vigor de Saint-Gabriel, vicomte ttAvran- 
chesy qu'il a vendu à Guillaume Biote, vicomte de Carentan, sept 
milliers de clou à latte destinés à la couverture en ardoise de 
trois maisons construites en la bastille d'Ardevon pour le fait 
du siège du Mont-Saint^MicheL 

A tou« ceulx qui ces présentes lettres verront, Jehan le 
Grant, lieutenant gênerai de Vigor de Saint Gabriel, viconte 
d'Âvrenches, salut. Savoir faisons que, le zxviii* jour de no- 
vembre Tan mil quatre cens xxv, devant nous au dit lieu 
d'Âvrenches fut présent Colin de Brée, de la paroisse de 
Maidré, qui congnut et confessa avoir vendu a Guillaume 
Biote, viconte de Carenten, sept milliers de clou a latte pour 
empleer en la couverture de la pierre ardaise sur troys mai- 
sons faictes en la bastille d'Ardevon pour le fait du siège es- 



PIÈCES DIVERSES 22g 

tant devant le Mont Saint Michîel, par le prix de quinze 
soulz tournois chascun millier du dit clou qui vallent en 
grosse somme cent cinq soulz tournois. Lesquelz cent cinq 
soulz tournois le dit Colin congnut et confessa avoir eu et 
receu du dit viconte pour la cause dessus dicte et en quitta 
le roy nostre sire, le dit viconte et touz aultres a qui quit« 
tance en appartient. En tesmoing desquelles choses nous 
avons mis a ces présentes le seel dont nous usons eu dit of- 
fice, et pour gregneur congnoissance et aprobacion, a nostre 
requeste y a esté mis le grant seel aux causes de la dicte vi- 
conte l'an et jour dessus diz. Lk Grant. 

(BibL Nat.y Quittances^ t, 5/, n9 5 21.) 



LXXIV 
1425, pfaaniWy PARIS 

Réndision octroyée pcar Henri VI à Pierre le Montée de Saint- 
Contest près Caen, qui était allé, depuis le mois dé juillet pré» 
cèdent, tenir garnison à Mayenne^la-Jukel sous le baron de 
Coulonces. 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle- 
terre, savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir re«. 
ceu l'umble supplicacion des parens et amis charnelz de 
Pierre le Monté, povre jeune home laboureur, aagié de 
XXVIII ans ou environ, nadf de la parroisse de Saint Contest 
d^Âcye I près de Caen, ou diocèse de Bayeux, chargié de 
femme et d'un petit enfant, contenant comme le dit Pierre 
tout son temps et jeune aage ait esté homme paisible, de 
bonnes meurs et honneste conversacion, demeurant en la 
dicte parroisse, et fdt son labour et marchandise bien et pai- 
siblement, mesmement depuis la conqueste faicte de nostre 

I. Attj. Saint-Gontest, Calyadof, arr. et c. Gasii. 



^SàÊÊÊÊàmmm^mmBÊ^ÉÊÊÊÊÊmmmmÊÊmÊaaÊtaeBSÊm^ÊÊmmÊSÊÊ^mÊmÊim 



IIH»I Iv >■ 



2a8 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHBL 

très noz officiers du lieu et que, se oultre l'ordonnance dessus 
dicte, aucun cappitaine, son lieutenant ou commis prent ou 
lieve aucune chose, il sera constraint a restituer ce qu'il aura 
plus prins qu'il ne lui est permis par ceste présente orde- 
nance, et a l'amender envers nous du quadruple par retenue 
sur ses gaiges et, se ilz ne souffisent, par arrest et explecta- 
cion de ses autres biens exploittables et sur peine d'en estre 
autrement très griefment puni, se mestier est. Si donnons en 
mandement a tous nozbailliz, cappitaines, justiciers... Donné 
a Paris le zxvi* jour de novembre l'an de grâce mil quatre 
cens vint cinq, et de nostre règne le nn«. Parle roy, a la re- 
lacion de monseigneur le régent le royaume de France, duc 
de Bedford. J. Milet. 

(BiU. Nat., Quittances, t. Sy, n» 520.) 



LXXIII 

1425, a8 NOVBMBRB, AVaMiCHIS 

Colin de Brée, de Moidrey, déclare en présence de Jean le Grand, 
lieutenant général de Vigor de Saint- Gabriel, vicomte itAvran- 
cheSf qu'il a vendu à Guillaume Biote, vicomte de Carentan, sept 
milliers de clou à latte destinés à la couverture en ardoise de 
trois maisons construites en la bastille d'Ardevon pour le fait 
du siège du Mont-Saint^Michel, 

A tou« ceulx qui ces présentes lettres verront, Jehan le 
Grant, lieutenant gênerai de Vigor de Saint Gabriel, viconte 
d'Âvrenches, salut. Savoir faisons que, le xxviii» jour de no- 
vembre l'an mil quatre cens xxv, devant nous au dit lieu 
d'Avrenches fut présent Colin de Brée, de la paroisse de 
Maidré, qui congnut et confessa avoir vendu a Guillaume 
Biote, viconte de Carenten, sept milliers de clou a latte pour 
empleer en la couverture de la pierre ardaise sur troys mai- 
sons faictes en la bastille d'Ardevon pour le fait du siège es- 



PIÈCES DIVERSES 22g 

tant devant le Mont Saint Michiel, par le prix de quinze 
soulz tournois chascun millier du dit clou qui vallent en 
grosse somme cent cinq soulz tournois. Lesquelz cent cinq 
soulz tournois le dit Colin congnut et confessa avoir eu et 
receu du dit viconte pour la cause dessus dicte et en quitta 
le roy nostre sire, le dit viconte et touz aultres a qui quit« 
tance en appartient. En tesmoing desquelles choses nous 
avons mis a ces présentes le seel dont nous usons eu dit of- 
fice, et pour gregneur congnoissance et aprobacion , a nostre 
requeste y a esté mis le grant seel aux causes de la dicte vi* 
conté Tan et jour dessus diz. Lk Grant. 

(BibL Nat.y Quittances^ t, 5/, «• 52 j.) 



LXXIV 

1425, DJCEMBRE, PARIS 

Rèmiision octroyée par Henri VI à Pierre le Monté, de Saint- 
Contestp'ès Caen, qui était allé, depuis le mois dé Juillet pré' 
cédenty tenir garnison à Mayenne-la-Jukel sous le baron de 
Coulonces, 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle- 
terre, savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir re-. 
ceu Tumble supplicacîon des parens et amis charnelz de 
Pierre le Monté, povre jeune home laboureur, aagié de 
xxvni ans ou environ, natif de la parroisse de Saint Contest 
d'Âcye I près de Caen, ou diocèse de Bayeux, chargié de 
femme et d'un petit enfant, contenant comme le dit Pierre 
tout son temps et jeune aage ait esté homme paisible, de 
bonnes meurs et honneste conversacion, demourant en la 
dicte parroisse, et fait son labour et marchandise bien et pai- 
siblement, mesmement depuis la conqueste faicte de nostre 

I. Attj. Saint-Gontest, Calvadof, arr. et c. Gasii. 



t$0 CHKONIQUS DU MONT^SAINT- MICHEL 

pays de Nonnandie par feu nostre très chier seigneur et père 
le roy Henry, cui Dieu pardoint, et sans soy estre entremis 
de £ût de guerre en aucune manière ; et il soit ainsi que, en- 
won le mois de fuiUet-derrain passé, par le conseil etmduc- 
don d'un nommé Drouet de Versson qui dist a icellui Pierre 
que lé baron de Coulonsses >, qui estoit au Maine la Julie» >, 
lui mandoit qu'il alast parler a luy au dit lieu du Meine ou 
autre part ou il seroit, et que il avoit grant voulante de le 
veoir, pour le plaisir que le dit Pierre lui avoit fait de lui 
avoir donné une martre privée, ainsi qu'il passoit pardevant 
Tostel du père du dit Pierre, icellui Pierre, qui est jeune, 
non cuidant lors gueres mesprendre, ala au dit lieu du Meine 
la Juhés, ou il a depuis esté en la compaignie de plusieurs 
gens de guerre tenans le parti contraire a nous. Pendant le- 
quel temps qu'il a esté en leur compaignie, il a esté présent 
ou ilz ont fait plusieurs courses en villes et sur noz subgiez, 
prins prisonniers et mis a raençon aucuns de nos diz subgiez, 
merchans, gens de guerre et autres, desquelles raençons icel- 
lui suppliant a eu pour sa part et porcion de xxx a xl livres 
tournois ou environ en toutes choses, ne scet qui sont les 
personnes de qui il les a eues. Lequel Pierre, adverti de la 
désobéissance et mesprison qu'il commettoit envers nous, et 

I. Jean de la Haye, seigneur de Coulonces (Calvados, arr. et c. Vire), dit le 
baron de Coulonces, parce qu'il était chevalier banneret, fils de Guillaume delà 
Haye et de Lace de Feuguerolles, petit-fils de Jean de la Haye et de Jeanne 
Paynel, dame d'Agneaux (Manche, arr. et c. Saint-L6). Le barcm de Cou- 
lonces fut dans la vallée de la Vire le principal chef de ce parti national dont 
Olivier Bachelin est resté la personnification la plus populaire. La baronnie de 
< Coulonces comprenait les neuf prévôtés de Coulonces, de Saint-Manvieu, d'Afr- 

nebceq, de Boisnantier en la paroisse de Landelles, de Gouvets, de Margueray, 
de Saint^Aobin, de Saint-^ver et de Gast (Arch. NaL, P 3o6, n» 33$). Le 
i» mars 14 18, Henri V confisqua la baronnie de Coolonces valant 800 livres 
tournois de revenu annuel et la donna 4 un « chevalier nonuné Louis Bourgolse 
^ (Mém. de la Soc, des Ant. de Norm., XV, s 5 7, col. s ; Reg.des dons, p.' la)* 

Un dcuyer anglais, Raoul Nevill, fut gratifié le 3 avril suivant du surplus des 

biens de Jean de la Haye [Reg. des dons, p. i5). Le baron de Coulonces avait 

1^ épousé Alice Malherbe dont les biens furent ansii confiiqués et donnés^ le 

\ ^ 10 janvier 1424, comme nous l'avons déjà fait remarquer (voyez plus haut, 

1^ p. 140, note i) à l'anglais Belknap, trésorier et .général gouverneur des financée 

de Henri VI en France et en Normandie. 

a. Mayenne la Jubel, ancien nom de la ville de Mayenne, aujourd'hui chef- 
lieu d'arrondissement du département de ce nom. 



rièCES DtVERéES »33* 

elllq^ et 'iè Àââ^ré Vt^t le qrMtrlëtfiè. Ainsi ^^ : par U 
asfi a îa ^MAeddh du <Sônteil. Nvblli^. 



LXXVï 

142^, 3 DECEMBRE, MEHUN-&nR-YèvftE 

'aiiTr/^Jf t^>/ ttbytrniè 'apnuiHè au 2tïonr-S'àm-M}chèî Jean, s'ei- 
f^tfr 'àé OraifHh, iMitfê dè^ ïtrhàléittéH de France, tn rhn^ptà- 
HttwM i»é ^éàfn, MtàHl iFVfiéèni, ^ 9'Hàft fait prêter sihmtt 
'êkfiêêUtiimr Ult retlf/Mx, ên^kennietê et éewf&s èe îa^fm^ 
Wtiipn dm dit Mmt avmnt d'appropiâiomÊêr de vivre» ia forte^ 
•f*fM» ahuri tfiamde par Vemusmi; et le roi de France déoUtr^ 
^44çlk^^é» de ce sermetU tous ceux qtd i'ont prêté. . 

GlMEits^ pif I* gnce d€ Dktt r«y de France, a tous ^euix* 
xfA coi imsâttle^ kttres vtitoat, salât Goiame autf<effois par 
MU iatMs {MRtttesY'et pour aucanes consideraciotts q^i lors 
m^S'AlOinmciit, vcxtt eu^isoiis commis et ordonne Jehan, 
tfWÉitd fÊQtlmoM^ cappîMne et gardé de la place et forte* 
mmt <ltt Mmr SfthH Mkhiel a laquelle garde il eust esté re» 
tiCll p«r Us MligieTn, ebevdUiere et eseuiers de la garnisoh du 
Mtleft,- «t par tttciift temps eust foy et usé du dit office, et 
Ihiptii^ pour «ueunescatieeaet omsàderadôns qui àd ce nous 
Mt ltte«f 4'èlÉ akm» desehargé et y commis nostre anvé et féal 
cIliMiat MMifi ly selgatur de GraviMe, ibaia&e ^tes arbaHes» 



I. Jean Malet V da nom, aire de ôravine et de Màfcooésis, avait sbcèêd^ le 
f* aoftt 14^9 à Tean de Tôrsay dons la charge de màttrè des Aitolétriers de 
Prande (Aiieekne, HiM^. généat.i VlIIi 8i et 87). La nMbyiàtkm «1 sei^béiir de 
OHhrtUs oorame capitaine da Mqnt-Saint-Mioliei ecMble être restée lettre mokte^ 
et l'acte, en date du 3 dioembre 14a S, dont nens publions le texte ci-contre, est 
le aeal où il en soit fait mention. Cette nomination avait sans donte été provo- 
qwte par lea éMeoMe qoer nnoontra Lonis d'Ettouteville pour se Aire recon- 
ilallie.o«attift mpUttlkm da Mont en réaiplaeemeiit dn bitard dt)rléaiw; étCMr* 
les VU annula sans doBleies lettres de provision accordées i ica»Milor*dèa 



mi 



iSt CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

dirt4Bi4it liftmoÈqiw^v iltHmfe le dit 9q*w,am M 
leroit pomr puisscnot que il <iMt, tt 1» dit Hanet M mn^ 
foaài que si fcroit Bt lors se tteuion paroles aitogftifiés 
Ofttre tûlxy tk q>nèt«e dep«tlrsnt«Mi conWÊi^ l\Ai â» fsNh* 
tfo et s^cn alérent oIhbcibi «n soa hostel fusques au «otr d^ 
œliiii ^onr. A laquelle keiife, qui eidoît wprh sdiil «oookeié, 
le dit suppliant partit de son dit hostel une hscht es gileif% 
en sa main pour cuider aler faire le guet en leur église pour 
résister contre les brigans t, ^nsi que par justice avoit esté 
ordonné le faire au pays auparavant. En alant a laquelle 
église, non sachant que le dit Harace feust hors de son hos- 
tel et n'y pensoit aucunement, trouva le dit Harace qui es- 
toit d'un costé d'une haye ou closture de terre i^ipartenant ^ 
au dit suppliant, et le dit suppliant de l'autre cos^. Et pour 
ce que le dit Harace prenoit et vouloit emporter une brao^^be 
de la closture de la baya du dit aii^ppUiupit au desf^aisir d'iceJU 
lui suppliant, icellui suppliant lui dist qu'il la laissast et qirtl 
1^ l'ftg^igrtefoitpas; lequel Hareoe dist que si itrok ttledte 
«t autres et qu?il aveit pwté «t passereit par la dicie bveche. 
Et sur ce se meurent pardles arrtigafites entre tvlx. Entre 
lesquelles, le dit Harace dist au dît suppliant qu!3 estoltsinis* 
traiteur de brigans; ou contempt et de^t desquelles pa- 
roUes et force que lui faisoit le dit Harace d'enqxuter partie . 
de la ^iosture de sa dicte haye oontre sa veialen^yle âtesup* 
pUant tempté de l'eimetBi ièry le (tit Haraeede la diétl liaelie . 
im cop seul par la leste, a sac^, a playe, a test eassé Mde»^. 
couvert. El depuis fet mené le dit Haraee é la didé agUie , 
par aucuns de ses amis ayiAt e&core boa senSf parole et n^ 
moire, et deux jours après ou enviroa) pour nÂsoA d^iciiUti 
cap, flMrt s'ensuy en la persofiae du ^ Harace.... Qfmié.a 
Pteîa ou mois de decembre-Taft de yraee aiil^ uapo et iriftgn 



I. Cm • brigands « et sont aatrw qpe les Nonnsads rwtte fidèlet ft la canw 
françaîM. Si les Anglais, malgré la victoire qu'ils avaient remportée i Ver- 
neoil six mois anpaTXvant, faisaient fiûre le gvec dans tontes les ^ses àé as» 
tentin en fanvicp i4»5, il yalirad'!eac«ictar»quilas4edrllé4ls»liaMOMtsafe 
cstU régiaa Aait alonbicn mal asaniieet snrtont qnt le parti national avait 
conservé beaucoup d'adhérents en basse Normandie. Il ne fût pas oublier d'ail- 
leurs que le siège mis devant le Mont-Saint-Mîchel depuis les premiers jours de 
septembre 1424 avait obligé les envahisseurs à diminuer reAcÛf des garaisoi» 
au moyen desquelles iU tenaient en respect k pays «mqwa. 



^.^ - 



nieEs MVEiSEs * 235 

-eônvenient, reprouche ou dommage a cause de nostre ser- 
vice et de la bonne garde de la dicte place, iceulx religieux, 
cheyaliers et escuiers avons deschargiez et deschargeons par 
ces présentes des dictes promesses et autres obligacions que 
Uz ont faictes au dit bastard par leurs scellez et seremens 
aiifôî faiz, comme dessus est dit, a cause de la dicte place , et 
les en promettons garder de dommage, tenir et faire tenir 
quittes et paisibles envers le dit bastard et tous autres, sans 
ce que aucune charge d'onneur, interestz ou domm^e leur 
en puist estre donné, fait ou porté ou aucune chose deman- 
dée pour le temps advenir par le dit bastard ne autres quel- 
conques par fourme de procès, représailles ou autre droit 
d'armes ou autrement, en quelque manière que ce soit. Si 
donnons en mandement par ces présentes a tous chieÊB de noz 
guerres, justiciers et officiers, presens et advenir et a chascun 
d'eulx, comme a lui appartendra, que de nostre présente des- 
charge, declaracion et acquit facent et seufilrent les diz relir 
gieux, chevaliers et escuiers jouir et user, sans les souffrir es- 
tre travailliez, molestez ou empeschiez a cause des dictas 
'promesses ores ne pour le temps advenir ; ainçois, se aucun 
empeschement, charge, travail ou molesté leur estoit pour ce 
donné; le mettent et ramainent ou facent mettre et ramener 
tantostet sans delay au premier estât et deu, car ainsi nous 
plaîst il estre fait, et aus diz religieux, chevaliers et escuiers 
'l'avons octroie et octroions par ces présentes, ausquelles en 
tesmoîng de ce nous avons fait mettre nostre seel. Donné a 
Mehun sur Yvre le iii« jour de décembre l'an de grâce mil 
quatre cens vint cinq, et de nostre règne le quart. Par le 
roy en son conseil ouquel la royne de Cicile, messeigneurs les 
•contes de Foix et de Vandosme, vous, l'arcevesque de Thou* 
louze, l'evesque de Laon et autres estoient. Alain. 

(Areh, du dép, de la Manche, série H, «« i5364.) 



234 CHRONIQUE DU MONT^SAINT-MICHEL 

triera de France et mandé aus dû religieux, chevaliers et es- 
cuiera icelui de GraviUe recevoir et lui obéir comme cappi- 
taine et non desormaiz recevoir en la dicte place ne donner 
obéissance au dit bastard d'Orliens; et il soit ainsi que les 
diz religieux, chevaliera et escuiera nous aient £ût exposer 
que a la réception du dit bastard il leur ait fait jurer non 
rendre la dicte place, sinon a nous, nostre ainsné filz en per- 
sonne ou au dit bastard; et en oultre, pour ce que icelui 
bastard mist aucunes provisions de vivres et autres choses en 
la dicte place, qui pour lora en defifaut de vivres estoit en 
dangier de perdicion, prist serement des diz religieux, cheva- 
liera et escuiers, et lequel, pour la nécessité que ilz avoient 
des diz vivres lesquelx autrement il n'eust point bail- 
liez, lui firent promptement que, ou cas que la dicte place 
seroit mise en autres mains que du dit bastard, ilz seroient 
tenus de lui rendre les diz vivres et autres provisions ou leur 
juste estimacion, desquelles promesses et seremens il prinst 
d'eulx leura seellez, que il a encores devera soy; et pour ce 
doubtent que, attendue la dicte promesse et ce que nous 
avons deschargé le dit bastard du dit office de capitaine et 
garde, en quoy et en toutes autres choses ilz sont prestz de 
nous obéir, comme raison est, icelui bastard lez vueiUe con* 
traindre par vertu des dictes promesses et seellez a lui rendre 
les diz vivres et provisions ou leur juste valeur, combien que 
iceulx vivres soient pieça despensez, en nous humblement 
suppliant que, comme ilz aient fait les dictes promesses pour 
garder la dicte place en nostre obéissance et que tous sere* 
mens qui se font en tel cas a nos officiera ou commis a cause 
de noz places doivent estre entendus avecquez nostre bon 
plaisir et interprétez par nous, nous leur vueillons sur ce 
pourveoir de remède et les en garder ou faire garder de re- 
prouche, perte ou dommage, mesmement que les dis vivres 
n'ont pas esté prins ne exploictiez pour leura particuliers 
prouffiz, mez ont esté despensez pour nous et de par nous a 
la garde de la dicte place. Pour quoy, nous, ces choses con- 
sidérées, qui ne vouldrions les dessus dis cheoir en aucun in« 

qu'U eut reçu la noufelle que Louis d'EstouteviUe, dont la nomination avait 
précédé celle du seigneur de GraviUe» était enfin parvenu à prendre pwtession de 
sa capitainerie. 



MteES DIVEftSES ' 235 

^nivenient, reprouche ou dommage a cause de nostre ser- 
vice et de la bonne garde de la dicte place, iceulx religieux, 
chevaliers et escuiers avons deschargiez et deschargeons par 
ces présentes des dictes promesses et autres obligacions que 
Ûi ont faictes au dit bastard par leurs scellez et seremens 
ainsi faiz, comme dessus est dit, a Cause de la dicte place , et 
I^ en promettons garder de dommage, tenir et faire tenir 
quittes et paisibles envers le dit bastard et tous autres, sans 
ce que aucune charge d'onneur, interestz ou dommage leur 
en puist estre donné, fait ou porté ou aucune chose deman- 
dée pour le t^nps advenir par le dit bastard ne autres quel- 
conques par fourme de procès, représailles ou autre droit 
d'armes ou autrement, en quelque manière que ce soit. Si 
donnons en mandement par ces présentes a tous chiefz de noz 
guerres, justiciers et officiers^ presens et advenir et a chascun 
d'eulx, comme a lui appartendra, que de nostre présente des- 

■ charge, declaracion et acquit facent et seufilrent les diz reli- 
gieux, chevaliers et escuiers jouir et user, sans les souffrir es- 
tre travailliez, molestez ou empeschiez a cause des dictas 
promesses ores ne pour le temps advenir ; ainçois, se aucun 
empeschement, charge, travail ou molesté leur estoitpour ce 
donné; le mettent et ramainent ou facent mettre et ramener 

-tantost et sans delay au premier estât et deu, car ainsi nous 
plaist il estre fait, et aus diz religieux, chevaliers et escuiers 

l'avons octroie et octroions par ces présentes, ausquelles en 
tesmoing de ce nous avons fait mettre nostre seel. Donné a 

' Mehun sur Yvre le ïh« jour de décembre Tan de grâce mil 
quatre cens vint cinq, et de nostre règne le quart. Par le 
roy en son conseil ouquel la royne de Cicile, messeigneurs les 

' contes de Foix et de Vandosme, vous, Tarcevesque de Thou- 

"Ibuze, l'evesque de Laon et autres estoient. Alain. 

, (Areh. du dép. de la Manche, série H, «<> i5364.) 



\ i 



336 CHRONIQUE DU MONT«SAINT-MlCHEL 



LXXVII 

1426 (n. St.\ 1*' XAM 

Jtan Lucas, dit Frérot, de Rouen, donne quittance de 20 $ùus 
tournois qui lui ont été alloués à titre de salaire pour porter en 
toute hâte plusieurs lettres closes adressées par le comte de Suf- 
folk tant aux capitaines de Touques^ de Honfleur, de Caudebec 
qv^à Rouen et relatives au siège mis par les Français devant 
Saint* James de Beuvrûn, 

A tous ceulx qui ces lettres verront, Jehan d'Anneville,, 
garde du seel des obligacions de la viconté de Coustances, 
salut. Sachent tous que par devant... tabellion juré au siège du 
dit lieu de Coustances fut présent Jehan Lucas, dit Frérot, 
de Rouen, qui confessa avoir eu et receu de Girart Pigonche, 
viconte du dit lieu, la somme de vingt soulz tournois pour 
porter hastivement plusieurs lettres closes de hault et puis- 
sant seigneur monseigneur le conte de SuiFolk tant aux cap- 
pitaines de Toque, Honnefleu, Caudebec que a Rouen, tou- 
chant les nouvelles et fait du siège tenu par les annemis et 
adversaires du roy nostre sire devant la place de Saint 
Jame de Bevron : de laquelle somme de xx sous tournois le 
dit suppliant se tient pour bien content et paie et en quitte 
le dit viconte et tous aultres. En tesmoing de ce, nous, a la 
requeste du dit Jehan, avons mis a ces lettres le séel de la 
dicte viconté, sauf aultrui droit, le premier jour de mars 
l'an mil cccc vingt et cinq. 

(BiU. Nat., Quittances^ t. Sy^ n^ 55 1.) 



PIÈCES DIVfiltSBS 337 



LXXVIII 

14169 âYMJL^ PA&It 

JUmistimt octroyée par Henri VI à Laurent Odion, tabellion^ if- 
meiÊTont au Pont4'Abbé en basse Normandie, sénéchal de la 
baronnie d*Orglandes pour Jean d'Ouessey^ chevalier et baron 
^ Or glandes, au sujet du meurtre du valet d'un Anglais nommé 
Fildelin, neveu ou du moins parent de Raoul Nevill, seigneur 
d^Émondeville, 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle* 
terre, savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir re* 
ceu Tumble supplicacion de Laurens Odion, tabellion pour 
nous et demourant en la ville de Pont TAbbé > en Constan« 
tin, chargié de femme etmesnage, contenant que, le xv« jour 
du mois de mars derrain passé, vint au dit lieu du Pont 
TAbbé, en la viconté de Valongnes, ung Anglois nommé 
Fildelin, qui se dit ou que l'en dit estre nepveu ou parent de 
Raoul Neuville, chevalier, seigneur d'Emondeville >, icellui 
Anglois, acompaignié d'un varlet nommé Guillaume natif, 
comme il disoit, de nostre bonne ville de Rouen, et d'un 
petit page, pour soy logier et repaistre au dit lieu du Pont 
l'Abbé, comme il disoit, lequel Anglois, en soy portant et 
alant du dit lieu du Pont l'Abbé, ses di2 varlet et page en sa 
compaignie, trouva ung jeune homme nommé Richard le 
Gigan qui estoit pour gangnier sa journée avecques le dit 
suppliant, lequel Gigan estoit aie sur le cheval du dit sup« 
pliant porter trois ou quatre boisseaux de froment pour 
mouldre au moulin du dit lieu du Pont l'Abbé. Lequel An* 
glois, en venant et alant contre les ordonnances royaux et 
en vilipendant et froissant icelles, print de fait et de force, 
oultre le gré et voulenté du dit le Gigan, icellui cheval et 



t. Pont-l'Abbé, aaj. tection de la commune de Pictoville, Manche, arr. 
Valognes» c. Sainte-Mère-Eglise. 
a. ÉmofldeviUe, Manche, arr. Valognes, c. Monteboorg. 



,S,.i-—- 



r**^t *■■ 



2a8 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHBL 

très noz officiers du lieu et que, se ouitre Tordonnance dessus 
dicte, aucun cappitaine, son lieutenant ou commis prent ou 
lieve aucune chose, il sera constraint a restituer ce qu'il aura 
plus prins qu'il ne lui est permis par ceste présente orde- 
nance, et a l'amender envers nous du quadruple par retenue 
sur ses gaiges et, se ilz ne souffisent, par arrest et explecta- 
cion de ses autres biens exploittables et sur peine d'en estre 
autrement très griefment puni, se mestier est. Si donnons en 
mandement a tous nozbailliz, cappitaines, justiciers... Donné 
a Paris le xxvi^ jour de novembre l'an de grâce mil quatre 
cens vint cinq, et de nostre règne le iiii*. Par le roy, a la re- 
lacion de monseigneur le régent le royaume de France, duc 
de Bedford. J. Milst. 

(BiU. Nat.y Quittances^ t. Sj, ii« 5 20.) 



LXXIII 

1425, a8 NOVBMBRB, AVaANCHBS 

Colin de Brée, de Moidrey, déclare en présence de Jean le Grand, 
lieutenant général de Vigor de Saint- Gabriel, vicomte ^Avran-- 
ches, qu'il a vendu à Guillaume Biote, vicomte de Carentan, sept 
milliers de clou à latte destinés à la couverture en ardoise de 
trois maisons construites en la bastille d'Ardevon pour le fait 
du siège du Mont-Saint^MicheL 

A touz ceulx qui ces présentes lettres verront, Jehan le 
Grant, lieutenant gênerai de Vigor de Saint Gabriel, viconte 
d'Âvrenches, salut. Savoir faisons que , le xxvui* jour de no- 
vembre l'an mil quatre cens xxv, devant nous au dit lieu 
d'Avrenches fut présent Colin de Brée, de la paroisse de 
Maidré, qui congnut et confessa avoir vendu a Guillaume 
Biote, viconte de Carenten, sept milliers de clou a latte pour 
empleer en la couverture de la pierre ardaise sur troys mai- 
sons faictes en la bastille d'Ardevon pour le fait du siège es- 



PIÈCES DIVERSES 22g 

tant devant le Mont Saint Michiel, par le prix de quinze 
soulz tournois chascun millier du dit clou qui vallent en 
grosse somme cent cinq soulz tournois. Lesquelz cent cinq 
soulz tournois le dit Colin congnut et confessa avoir eu et 
receu du dit viconte pour la cause dessus dicte et en quitta 
le roy nostre sire, le dit viconte et touz aultres a qui quit« 
tance en appartient. En tesmoing desquelles choses nous 
avons mis a ces présentes le seel dont nous usons eu dit of- 
fice, et pour gregneur congnoissance et aprobacion, a nostre 
requeste y a esté mis le grant seel aux causes de la dicte vi- 
conte l'an et jour dessus diz. Le Grant. 

(Bibl. Nat.y Quittances, t. 5/, «• 52 1.) 



LXXIV 

1423, otiCBXBIUe, PARIS 

JUmiision octroyée par Henri VI à Pierre le Montée de Saint- 
Contestprès Caen^ qui était alîéy depuis le mois de juillet pré^ 
cédenty tenir garnison à Mayenne-ta-Jukel sous le baron de 
Coulonces. 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle- 
terre, savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir re-. 
ceu l'umble supplicacion des parens et amis charnelz de 
Pierre le Monté, povre jeune home laboureur, aagié de 
XXVIII ans ou environ, natif de la parroisse de Saint Contest 
d'Acye 1 près de Caen, ou diocèse de Bayeux, chargié de 
femme et d'un petit enifant, contenant comme le dit Pierre 
tout son temps et jeune aage ait esté homme paisible, de 
bonnes meurs et honneste conversacion, demourant en la 
dicte parroisse, et fait son labour et marchandise bien et pai- 
siblement, mesmement depuis la conqueste faicte de nostre 

I. Attj. Saint-Gontest, Calvadof, arr. et c. Caen. 



d3o CHKONIQUS DU MONT*-SAINT- MICHEL 

pays d^ Nonnandie par feu nostre très chier seigneur et père 
le roy Henry, cui Dieu pardoint , et sans soy estre entremis 
de £ût de guerre en aucune manière ; et il soit ainsi que, en- 
won le mois de fuillet derrain passé, par le conseil et tnduc- 
Gton d'un nommé Drouet de Versson qui dist a icellui Pierre 
que le baron de Coulonsses i, qui estoit au Maine la Juhés ^, 
lui mandoit qu'il alast parler a luy au dit lieu du Meine ou 
autre part ou il seroit, et que il avoit grant voulenté de le 
veoir, pour le plaisir que le dit Pierre lui avoit fait de lui 
avoir donné une martre privée, ainsi qu'il passoît pardevant 
l'ostel du père du dit Pierre, icellui Pierre, qui est jeune, 
non cuidant lors gueres mesprendre, ala au dit lieu du Meine 
la Jubés, ou il a depuis esté en la compaignie de plusieurs 
gens de guerre tenans le parti contraire a nous. Pendant le- 
quel temps qu'il a esté en leur compaignie, il a esté présent 
ou ilz ont fait plusieurs courses en villes et sur noz subgiez, 
prins prisonniers et mis a raençon aucuns de nos diz subgiez, 
mercbans, gens de guerre et autres, desquelles raençons icel- 
lui suppliant a eu pour sa part et porcion de xxx a xl livres 
tournois ou environ en toutes choses, ne scet qui sont les 
personnes de qui il les a eues. Lequel Pierre, adverti de la 
désobéissance et mesprison qu'il commettoit envers nous, et 



I. Jean de la Haye, seigneur de Coulonces (Calvados, arr. et c. Vire), dit le 
baron de Coulonces, parce qu'il était chevalier banneret, fils de Guillaume delà 
Haye et de Lace de Feuguerolles, petit-fils de Jean de la Haye et de Jeanne 
Paynel, dame d'Agneaus (Manche, arr. et c. Saint-L6). Le baron de Gon- 
lonces fut dans la vallée de la Vire le principal chef de ce parti nationaldont 
Olivier Bachelin est resté la personnification la plus populaire. La baronnie de 
Coulonces comprenait les neuf prévôtés de Coulonces, de Saint-Manvieu, d'Aft- 
nebceq, de Boîsnantier en la paroisse de Landelles, de Gouvets, de Margueray, 
de Saiat^ahin, de Sainl^Sever et de Gast (Arch. Nat., P 3o6, n» 33$). Le 
i** mars 1418, Henri V confisqua la baronnie de Coulonces valant 800 livres 
tournois de revenu annuel et la donna à un « chevalier nommé Louis Bourgoiae 
(Sfim. de la Soc» des Ant. de Norm., XV, s 5 7, col. 2 ; Réf. des dons, p.' la). 
Un dcuyer anglais, Raoul Nevill, fut gratifié le 3 avril suivant du surplus des 
biens de Jean de la Haye {Reg. des dons, p. i5). Le baron de Gouloncea avait 
épousé Alice Malherbe dont les bien» furent anMi confisqués et doané«^ le 
10 janvier 1424, comme nous l'avons déjà fait remarquer (voyez plus ht«^ 
p. 140, note i) à l'anglais Belknap, trésorier et .général gouverneur des finances 
de Henri VI en France et en Normandie. 

a. Mayenne la Juhel, ancien nom de la ville de Mayenne, aujourd'hui chef- 
lieu d'arrondissement du département de ce nom. 



PIÈCES DIVERSES 24 1 

gnoit et ala parler a lui. Et tantost monta a cheval le dit 
Anglois et revint en Tostel du dit suppliant ou l'en lui avoit 
dit que le dit suppliant estoit entré. Et s'efforça le dit An« 
glois de vouloir bouter le feu ou dît hostel du dit suppliant, 
s'il n'eust esté refroidie par autres Anglois et moult d'autres 
gens qui la estoient. Lequel Guillaume, varlet du dit An« 
glois, lui estant au lit acouchié malade, pour cause de la 
dicte bateure et coup a lui donné par le dit suppliant, après 
ce qu'il se fut confessé et adrecé de sa conscience, dist et de- 
claira de sa voulenté, presens plusieurs gens et notables 
personnes, qu'il pardonnoit et de fait pardonna au dit sup- 
pliant sa mort et ce qu'il lui avoit fait, ou cas qu'il yroit de 
vie a trespas, et que ce qui lui avoit esté fait le dit suppliant 
l'avoit fait en son défendant, et que, s'il ne se feust deffendu 
ou fouy hastivement, le tilt Fildelin, anglois, son maistre, et 
lui eussent tué et mis a mort le dit suppliant. Et le lundi 
prouchain ensuivant xviii* jour du dît mois de mars, pour 
cause d'icelle blecure et bateure, le dit Guillaume, varlet du 
dit Anglois, ala de vie a trespas i. Pour cause et occasion 
duquel cas et fait dessus dît.... Si donnons en mandement 
au bailli de Constantin et vicontes du dit bailliage.... Donné 
a Paris ou mois d'avril l'an de grâce mil cccc et vint six, et 
de nostre règne le quart. Ainsi signé : es requestes de 
l'ostel par vous tenues, esquelles l'evesque de Beauvais, 
les seigneurs de Chastillon et de Rancé et autres estoient. 

FONTENOY. 

(Arch. Nat.y sect. hist.j JJ lySf «• 3 g g, f^ ig2 v^ ei 

ig3). 



t. Des rixes sanglantes avaient lieu tous les jours entre les hommes d'armes 
des garnisons anglaises ou leurs valets et les Normands. Le i5 avril 1436, «ne 
lettre de rémission fut octroyée au nom de Henri YI à Jean Casu, deMontrabot 
en la vicomte de Bayeux (Manche, arr. Saint-LÔ, c. TorigniX qui avait tné 
d'un coup de hache le valet de Jean Clifton, homme d'armes anglais, ravis- 
seur du plus beau, de ses agneaux (ilrcA. NaL, JJ 173, n« 426}. 



16 



iaiBUÉfi£2bMl 



lit CHRONIQUE OU MONT-SMNT-MICHEL 

dill ju dit Hfmo6 qM^ se tt toMît te (tfl pjq|^ 
leroit pMtr puisscn» que il «uot, tt le ditHanci Ivà tmf^- 
pondi que si fooit Bt Ion se nseurara paroles «nogftifies 
«itre «ulx, tl eptéexe depwtirent «ui «conUM fM âe fsMh- 
tre et s'en altfitnt dmscvn «n son hesiel f iisques au «sir <H* 
cellvi joor« A laq[iiefle teure, qui eetoit après solefl «Dooldé, 
le (Ut suppliant partit de son dit hostel une hache de gàem 
en sa main pour cuider aler faire le guet en leur église pour 
résister contre les brigans t, ^nsi que par justice avoit esté 
ordonné le faire au pays auparavant. En alant a laquelle 
église, non sachant que le dit Harace feust hors de son hos- 
tel et n'y pensoit aucunement, trouva le dit Harace qui es- 
toit d'un, costé d'une haye ou closture de terre appartenant > 
au dit suppliant, et le dit suppliant de l'autre cos^é. Et pour 
ce que le dit Harace prenoit et vouloit emporter une brfuiche 
de la closture de la baye dti.dit supplimpit au desplaisir d'tcelr 
lui suppliant, iceUui siq>pliant lui dist qu'il la laiasast et qo^ 
1^ r^a^pMiteroitipas; lequei Harace dkt que si leroit et iesMe 
es autres et qufil avcdt peaaé «et panserok pftr la dicie bnehe. 
Bt sur ce se meursnt paroUes arrogantes entre eult. Ëtttre 
lesquelles, le dit Harace dbt au dit suppliant quSi esxoltstms- 
traiteur de brigans; ou contempt et despit desquelles pa-, 
r<^es et force que lui faisoit le dit Harace d'emporter partie r 
de htL closture de sa dicte haye contre sa vMlentéy le d^sup- 
pliant tempté de l'eimetni fery le dit Harace de Ift tUifi htftlie . 
un cop seul par la leste, a saag^ a playe, a test eeesd Uâm^. , 
couvert Et depuis fut mené le dit Hara^ n la i&m «glise» ; 
par aucuns de ^^ amis ay£ait encore bon senS) parole et m^ 
moire, et deux jours aprèsou envireii} pour ratson d'icelint 
cep, oMirt s'eneuy en la personne du dit Harecé.... Qennt a 
PiBtftft ou mois de deeembre-t^an de greee aiil nniBi al vti^ . 



I. Cm « brigands » at aoot autres qv« les NdrouiBds restte fidàles a la cause 
française. Si les Anglais, malgré la victoire qu'ils avaient remportée à Ver- 
neuil six mois auparavant, faisaient faire le gnet dans fontes les ^ses ^ Oo» 
«sntin en janvier 14»^, il y a iieud'eft conclare-qua la s4ettrilé 4le» hakltMlts de 
otite ré^oB était alors bien mal asaurâeet svrtont que le parti aatioiial avsit 
conservé beaucoup d'adhérents en basse Normandie. H no fiant pas oublier d'ail- 
leurs que le siège mis devant le Mont-Saint-Michel depuis lea premiers jours de 
septembre 1434 avait obligé les envahisseurs à dimimier l'eflfeclîf des gafoisoiis 
au mojen desquelles ils tenaient en vespecl le pays QOiiqai% 



^ 



uteB^ iWBiaE» 94^ 



I43k6, «Al, JIOVfN 

octroyée par H4nri VI à Jacq$êes Fillie^ de Di^pa^ 
accusé 4e 9* être rend» complice, à la suite d'un voyage fait en 
Bretagne en 2423, des « écumeurs de mer » de Saint-Malo de 
Vile. 

• 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle-» 
terre, savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir 
esté exposé de la partie des parens et amis cfaarnelz de Jac- 
jfiues Fjllie, iils de feu Michiel Fillie, demourans en la ville 
i§» Dieppe, aoz vrais subgie^ et obéissons, que, en Tan 
4nil ccGCxiiii que paix et aliance estoient entre noz hommes 
et subigez et ^psCre très clûer et très amé onde le duc ép 
Bretaigne et ses subgiez, et que Ten povoit aler marchandai 
ment et autrement de Fun pais en l'autre sans nulle reprehen- 
sion, le dit Jaquet, qui lors estoit de jeune ^age comme de 
xvui ans ou environ et lequel n'avoit point de père, entra 
en un vaissel du dit pais de Bretaigne qui lors estoit venu 
marchandement en icelle ville de Dieppe, et s'en ala dedans 
icellui vaissel en icellui pais de Bretaigne, pour y cuidîer 
trouver maistre a demourer marchandement, lequel maistre 
il ne pot trouver, pour ce qu'il n'estoit pas de la nacion du 
dit pais de Bretaigne. Et pour ce, par sa jeunesse et son 
petit sens il fut soudainement meu a passef le pais et aler 
par terre jusques en la ville de la Rochelle, en laquelle il 
demoura assez pou de temps, non cognoissant certainement 
l'inconvénient qui lui en povoit ensuir. Tantost après les- 
quelles choses, il se party et retray en la dicte ville de 
Dieppe ou auprès d'icelle, pensant y estre seurement, pour 
ce qu'il n'avoit porté ne fait aucune guerre a nous ne a nos 
dis hommes et subgez, dont lui, adverti de l'inconvénient 
qui a l'occasion de ce qu'il estoit alez en la dicte viUe de 
la RqpheUe, comme dit .est, lui povoit ensuir, se parti, 
^^bUat .rigueur de justice, du dît pais de Dieppe et s'en re- 



234 CHRONIQUE DU MONrr--SAINT-MICHEL 

triera de France et mandé aus diz religieux, chevaliers et es« 
cuiers icelui de GraviUe recevoir et lui obéir comme cappi- 
taine et non désormais recevoir en la dicte place ne donner 
obéissance au dit bastard d'Orliens ; et il soit ainsi que les 
diz religieux, chevaliera et escuiers nous aient fait exposer 
que a la réception du dit bastard il leur ait fait jurer non 
rendre la dicte place, sinon a nous, nostre ainsné filz en per- 
sonne ou au dit bastard; et en oultre, pour ce que icelui 
bastard mist aucunes provisions de vivres et autres choses en 
la dicte place, qui pour lors en delFaut de vivres estoit en 
dangier de perdicion, prist serement des diz religieux, cheva- 
liera et escuiers, et lequel, pour la nécessité que ilz avoient 
des diz vivres lesquelx autrement il n'eust point bail« 
liez, lui firent promptement que, ou cas que la dicte place 
seroit mise en autres mains que du dit bastard, ilz seroient 
tenus de lui rendre les diz vivres et autres provisions ou leur 
juste estimacion, desquelles promesses et seremens il prinst 
d'eulx leura seellez, que il a encores devera soy; et pour ce 
doubtent que, attendue la dicte promesse et ce que nous 
avons deschargé le dit bastard du dit office de capitaine et 
garde, en quoy et en toutes autres choses ilz sont prestz de 
nous obéir, comme raison est, icelui bastard lez vueille con« 
traindre par vertu des dictes promesses et seellez a lui rendre 
les diz vivres et provisions ou leur juste valeur, combien que 
iceulx vivres soient pieça despensez, en nous humblement 
suppliant que, comme ilz aient fait les dictes promesses pour 
garder la dicte place en nostre obéissance et que tous sere-* 
mens qui se font en tel cas a nos officiera ou commis a cause 
de noz places doivent estre entendus avecquez nostre bon 
plaisir et interprétez par nous, nous leur vueillons sur ce 
pourveoir de remède et les en garder ou faire garder de re« 
prouche, perte ou dommage, mesmement que les dis vivres 
n'ont pas esté prins ne exploictiez pour leura particuliers 
prouffiz, mez ont esté despensez pour nous et de par nous a 
la garde de la dicte place. Pour quoy, nous, ces choses con- 
sidérées, qui ne vouldrions les dessus dis cheoir en aucun in« 



qu'il eat reçu la nouvelle que Louis d'Estouteville, dont la nomination «Tait 
précédé celle du seigneur de Graville, était enfin parvenu à prendre poMesûon de 
sa capitainerie. 



MkMfti 



J 



Fiàees DiveifôEs * 235 

^nvenient, reprouche ou dommage a cause de nostre ser- 
vice et de la bonne garde de la dicte place, iceulx religieux, 
chevaliers et escuiers avons deschargiez et deschargeons par 
ces présentes des dictes promesses et autres obligacions que 
â2 ont faictês au dit bastard par leurs seellez et seremens 
ftinsi faiz, comme dessus est dit, a cause de la dicte place, et 
lés en promettons garder de dommage, tenir et faire tenir 
quittes et paisibles envers le dit bastard et tous autres, sans 
ce que aucune charge d'onneur, interestz ou dommage leur 
en puist estre donné, fait ou porté ou aucune chose deman- 
dée pour le temps advenir par le dit bastard ne autres quel» 
conques par fourme de procès, représailles ou autre droit 
d'armes ou autrement, en quelque manière que ce soit. Si 
donnons en mandement par ces présentes a tous chieÊE de noz 
■guerres, justiciers et officiers^ presens et advenir et a chascun 
d'eulx, comme a lui appartendra, que de nostre présente des- 
charge, declaracion et acquit facent et seufirent les diz reli^ 
gieux, chevaliers et escuiers jouir et user, sans les souffrir es- 
tre travailliez, molestez ou empeschiez a cause des dictes 
promesses ores ne pour le temps advenir ; ainçois, se aucun 
empeschement, charge, travail ou molesté leur estoit pour ce 
donné, le mettent et ramainent ou facent mettre et ramener 
-tantostet sans delay au premier estât et deu, car ainsi nous 
plaist il estre fait, et aus diz religieux, chevaliers et escuiers 
■l'avons octroie et octroions par ces présentes, ausquelles en 
tesmoing de ce nous avons fait mettre nostre seel. Donné a 
Mehun sur Yvre le ni« jour de décembre Tan de grâce mil 
quatre cens vint cinq, et de nostre règne le quart. Par le 
roy en son conseil ouquel la royne de Cicile, messeigneurs les 
•contes de Foix et de Vandosme, vous, l'arcevesque de Thou* 
^Ibuze, Tevesque de Laon et autres estoient. Alain. 

(Arch. du dép, de la Manche, série H, «<> i5364.) 



24<> CHRONIQUE Dtl MONT-SAtNT-MlCHEL 

longuement détenu prisontlfer, et jùsqtiés û eé qué,'p6Àr sa- 
voir qu'il en seroitfait, considéré que onques il'avolt esté 
rendu, icellui exposant, du consentement et par te moîeâ de 
Guillaume Godbec, escuier anglois, a qui il estoit prison- 
nier, fut mené et envoyé en la cotùpaignie et gàfde <f icellui 
Godebec son maistre devers nostre très chier et amé cousin 
le coûte de Suffolk, tenant lors le siège a Maine la Jnhez, 
et de ce lui fut baillé saufconduit de par nostre dit cousin 
durant le temps et terme d'un mois ender, moyennant et 
parmi ce que de ce faire et de retourner au dit lieu de Ham« 
buie dedans le dît temps d'un tiiois. Icellui exposant fut 
plaigé par Phelippe de la Haïe », chevalier, Jehan de Ma- 
thon, prestre, et Guillaume de Mathon, escuier, en là peine 
de mil escuz d'or alans en cas de deffault a nostre dit cou- 
sin le conte, et soubz umbre de ce mesmes que icellui expo- 
sant disoit et affermoit par sa foy aux dessus dis, qui a bonne 
foy et intencion avoient fait la dicte plevine, que son ferme 
proupos et voulenté estoit de soy mettre et réduire en nostre 
obéissance et y demourer désormais comme ung de no2 
vrays et loyaulx subgez, se a ce le voulions recevoir. Et il 
soit ainsi que, par vertu du dit saufconduit, le dit exposant 
ait esté mené par son dit maistre devers icellui nostre cou- 
sin de Suffolk au dit lieu de Maine pour savoir s'il seroit receu 
comme prisonnier de guerre ou s'il seroit pugny criminel- 
ment, lequel nostre cousin declaira qu'il demouroit et seroit 
prisonnier de guerre a son dit maistre, et après fut mis a 
raençon et finance par icellui son maistre a la somme de 
deux cens escuz, dix mars d'argent et une panne de martres 
de la valeur de trente escuz. Pour laquelle raençon paier et 
recouvrer, icellui exposant, par le moien et du consente- 
ment de son dit maistre, retourna au Mont Saint Micbiel, 
espérant retourner assez a temps au dit lieu de Hambuie, 
durant le temps du dit saufonduit, pour paier sa dicte 
raençon et descharger ses dis pleiges, laquelle chose il ne pot 
pas faire ne sa finance recouvrer le dit temps, mais tantost 
après recouvra icelle raençon et finance. Et fut fait, de par 

t. riitliinte d6 la Htye, teigneor de te Htye Hfte (&«f. la Hi^e-ieHéMidl). 
Philippe de la Haye était le firère atné de Jean de la Haye, seigneur de Bean- 
ooudray, l'un des défenseurs du Mont-Saint-Michel. 



PliCES DIVERSES 247 

M dti sM dto pl^igés, suppiicAcioû et re^ueste tant a nostre 
dit ^otisia de SufTolk que a autres, par plusieurs fois, que on 
lui voulsist donner saufconduit et seurté de venir paier 
iceile raençofi, en deschargant ses dis pleîges de la dicte 
plevine et soy mettre en nostre obéissance, faire le serment 
et de ce baillier pleiges, se mestier estoit, a quoy on ne Ta 
voulu ne osé recevoir ne lui donner le dit saufconduit de 
soy venir rendre, sans avoir sur ce noz lettres de congié et 
licence. Et a dit et respondu nostre dit cousin de Sufifolk 
que, se a ce il est receu, il sera content de la dicte plevine, 
pourveu qu'il se rendist es dictes prisons au dit lieu de 
Hambuie.... Si donnons en mandement par ces mesmes 
présentes aux bailliz de Rouen, de Caen, Constantin... Donné 
a Rouen ou mois de may Tan de grâce mil cccc et vint six, 
et de nostre règne le quart. Ainsi signé : par le conseil es- 
tant en Teschequier. Adam. 

(Arch. Nai.^i sect. hisi., JJ 17J, n» S38.) 



LXXXII 

1426, 3 fOIV, MONT-SAniT-MtCHBL 

Richard Lombart, vicomte d'Apranches, qui a fuit dresser éesfoiir^ 
ches patibulaires dans les grèves du Mont-Saint^Miehel pour 
Vexécution d'un condamné, et Louis d^Estouteville^ sire d'Aw^e- 
bosc et de Moyon, capitaine du Mont-Saint^Michel^ qui fait ex- 
traire des pierres à idtir et du a sablon » du rocher du dit 
Mont pour la construction d^urte poterne devant les maisons 
ayant appartenu à Jamet le Gay, Richard Lombart et Louis 
d*Estouteville certifient en présence des religieux et du vicaire 
apostolique de Vabbaye du Mont^Saint^Mickel , que Véreetiwi 
des dites four^s et la dite construction ne portent en rien ai' 
teinte aux droits de propriété de l'abbaye. 

A «Hiz eaufat qui ùH tèttres veftitMit, Richard Lombart, vf- 
éont6 (TA^refiChes, salùt. Savoir faisons que, le tiers jour du 



34S CHRONIQUE DU MONT-SàlNT-MICHEL 

moyt de jung Tan mil lui c ving «iz, se prateatéreat^devanc 
nous religieux hommes et hoanestes les vicaire apostolique 
et couvent du moustier du Mont Saint Michiel ies^^ 
nous dbtrent et exposèrent que anciennement le duc de Nor* 
mendie, entre autres choses, avoit donné et aumosnë a eulx 
et le dit moustier la ville, place et rocher du dit lieu du 
Mont avecquez les grèves ad ce appartenans, desquelles cIxk 
ses iceulx religieux disoient avoir, depuys le temps de la dicte 
donacion, jouy paisiblement et gardé la possession et saisim 
le temps et espace de quatre cens ans et plus. Non obstant 
leurs dictes possessions, droiz et saisine, les diz religieux di« 
soient de nouvel avoir esté fait cpmmencier de maçonnerie 
certaine oeuvre ou édifice, ou dehors 'de la dicte ville, devattt 
les maisons qui furent feu Jamet le Gey et ailleurs, en leur 
dit héritage, place et rochier, comme dit est, et par chascun 
)Our avoit esté pris et faîsoit Ten prendre, perroier et tyrer 
en leur dit rocher quarrel, pierres a maçonner et sablon^ et 
en ce faisant, en aucuns lieux depecier et ruyner aucunes 
édifices faictes par eulx et leurs hommes et subgiez, en dimi- 
nuant leur droit et apetissement de leur dit rochier. Et aveo- 
ques ce disoient les dîz religieux que de nouvel nous avions 
fait mettre, lever et asseoir fourches ou gibet en leurs dictes 
grèves, qui unques mes n'estoit advenu au devant de ceste 
guerre, et fait faire justice de certaine personne lequel avoit 
esté condampné par jugement en leur dicte ville, fait et en- 
trepris plusieurs autres exploiz non acoustumez estre faiz en 
la dicte ville au devant de la dicte guerre, en nous requérant 
que leurs dictes possessions et saisines nous les voulsissions 
garder et maintenir, offrans a deuement ensaigner du don 
dessus dit et de leur dicte possession, se mestier estpit, par 
Chartres, confirmacions de princes, tesmoings ou aultrement, 
comme il appartendroit. Auxquelx religieux nous respondi- 
mes que, quant pour le temps de présent, nous ne querions 
estre infourmez de leurs droiz ou possessions plus avant que 
nous estions, quar nous n'avions fait ou n'entendions fdre 
en la dicte ville ou place aucunes choses en leur préjudice ne 
de leur dit moustier ne acquérir au roy nostre sire nouvel 
droit en possession ou aultrement. Et quant estoit des dictes 
fourches ou gibet mis et levé en leurs dictes greuves, comme 
dit est, nous l'avions fait par l'auctorité de nostre officie- et 



K 



FliCES DIVERSES 249 

que bonnemeiit ne poToit ailleurs astre faicte la dicte justice 
et condampnacion, pour occasion de la dicte guerre. Et en 
tant que tonchoit le sourplus, c'est assavoir la edificacion de 
Teuyre dessus dicte, prinse de quarrel, pierres a maçonner et 
sablon, comme dessus est dit, hault' et puissant seigneur 
Louys d'Estoteville ', sire d'Ausebosc et de Moyon, cappitaine 
des abbaye, ville et forteresce du dit lieu, par qui comman* 
devient etordenance avoit esté fait ce que dessus est dit, qui 
présent estoit et lequel avoit esté a toutes les choses a nous 
exposée», comme dit est, dist et respondît aux diz religieux 
que, par le conseil, deliberacion et avis de plusieurs cheva- 
liers, escuyers et autres notables personnes, il avoit fait com- 
meacier la dicte oeuvre ou édifice de maçonnerie et pour ce 
fiut prendre carrel, pierres et sablon pour Temparement et 
fortificacion de la dicte ville et place, en laquelle oeuvre ou 
édifice estoit avisé ou ordonné avoir une huysserie pour sail- 
lir ,et yessir hors gens d'armes de la dicte ville, toutes foiz 
que mestier seroit, dedens les dictes grèves, ou se retraire 
des dictes grèves en la dicte ville. Lesquelles choses iL avoit 
£aicte$ pour le bien du roy nostre dit sire et de la dicte place 
et par l'auctorité de son dit office, et n'entendoit ou vouloit, 
en ce £ûsant, acquérir aulcun droit, seignourie ou possession 
au roy nostre dit sire ou a aultres, et semblablement vou* 
h>it;et entendoit estre fait en toutes les oeuvres ou édifices 
faictes ou a flaire en la dicte place, le dit temps de la guerre 
durant, . mes vouloit que la saisine et possession et. tout le 
droit en fust et demourast es diz religieux en Testât et ma« 
niere que eulx l'avoient et possidoient au devant de la dicte 
guerre. Oultre, les diz religieux firent retenue et protestacion 
que les choses dessus touchées ne leur feissent ou portassent 
aulcun préjudice, et surtout et en toutes choses retenoie^t 
leurs raisons sauves, et de ce que dit est nous requiçtrent ces 
présentes lesquelles nous leur ottroiasmes. En tesmoing des- 
quelles choses nous dessus dit viconte les avons scellées du 
grant seel aux causes de la dicte vjconté en l'an et jour des- 
sus di2. LOMBAHT, 

(Arch, du dép, de la Manche, série H, «• iSJôy.) 

I. Cette charte et U suivante permettent de déterminer avec précision la pajrt 



•5o CHRONIQUE DU MONT-SAiNT-MICHEL 



LXXXIII 

1416, JUILLET, MONT-CAIMT-MICHEL 

LduU ^Esitmievilie, sire d'Au:(ebose et de Moyon, capitaine du 
Mont'SaitU-Michel, déclare que le fait de la construction d^une 
tour ronde et d'une poterne dont il a pris finitiative pour com- 
pléter les défenses de la place, ne porte aucmte atteinte aux 
droits de propriété de l'abbaye» 

Louys d'Estoutevillc, sire d'Ausebosc et de Moyon, càpî- 
taine pour monseigneur le roy des abbaye, ville et ^ôf tefesce 
du Mont Saint Michiel, a tous ceulx qui ces lettres verront, 
salut. Comme pour l'emparement et fortlficacîon de ceste 
dicte place du Mont, eu ad ce Tadvis et deliberacion de plu- 
saurs, ayons fait faire aulcunes oeuvres et de présent entre* 
prins a faire édifier une manière de tour ronde avecques une 
huisserie en icelle pour yssir hors, quant mestier serôit, en 
l'endroit et yssue des maisons qui furent féu Jamet le Gay la 
ûu encores est une pace ou pavage faicte par icelluy Jamet; 
et les religieux, vicaire et couvent du moustier du dit lieu 
soyent venue pardevers nous la ou nous estions accompai- 
gniez de plusieurs personnes nobles et aultres, en faisant la 
dicte oeuvre commencer, qui nous ayent signifié que toutes 
les grèves et paces hors la ligne des maisons et generatulment 
tout le rocher, hors les lieux subjectz en rentes aux diz reli-^ 
gieuz, sunt Teritage du dit moustier donné anciennement a 
icellui avec toutes noblesces, dignitez et libértez que le 
prince y avoit ; et en especial, ou regard des dictes paces ou 
pavemens qui sunt ou ont esté faiz aux yssues des maisons 
devers la grève, les diz religieux les ont baillées o rente a qui 
il leur a pieu, o condicion telle qu41z les pevent faire depe* 
cet et dater, quant il leur plaist, sans ce que les preneurs 
puissent aller a rencontre; et nous ayent iceulx religieux 



qui revient i Louif d'Estouteville dani les fortifications du MoiiC-SdaMlicbel et 
Ifl date exacte des constructions dues à son initiatiye. Cf. Corroyer, Description 
du Mont'Saint^4di€hel,p, Éjî et 373. 



PIÈGES rirlVEItdES 25l 

particulièrement moiistré par lettres comment le dit feu Ja- 
met le Gey confessa non avoir ou reclamer aucun droit, pos- 
session ou chalenge de édifier ou mesnager sans le consente- 
ment, congié et licence des diz religieux a l'endroit de la 
dicte pace ou nous entendons de présent édifier, mes la prist 
d'eux icellui Jamet le Gey a certaine rente annuelle a la con- 
dicion dessus dicte. Et afin que la dicté edificacîon par nous 
entreprise poiu* monseigneur le roy par auctorité de noâtre 
office et pour la nécessité de la guerre ne puisse acquérir 
aulcun droit, chalenge ou possession a mon dit seigneur le 
roy ou aultres ou contraire de leurs droitures et privilèges 
anciens, ayent fait iceulx religieux protestacion devant nous 
que ceste présente edificacion ou aultres par nous faictes ou a 
faire et toutes slultres innovations non accoustumées estre 
ifaictes en ceste dicte place ou devant de ceste guerre ne puist 
ou doye tourner ou préjudice d'eulx et le dit moustier es 
temps avenir, et de ce nous ayent requis très instamment 
leur baîUîer noz lettres, savoir faisons que nous, sachans 
que mon dit seigneur le roy leur a donné les siennes lettres 
générales en ceste matere et toutes aultres touchantes ceste 
guerre de non y estre prejudicîez, et nous pareillement les 
nbstres en gênerai, qui ne voulons aussi ne n'entendons que 
édifice ou aultre chose nouvelle que nous façons ou façons 
faire, pour raison de la guerre, par auctorité de nostre dit 
office de capitaine ou aultremént, face ou porte préjudice 
aux diz religieux ou le dit moustier pour le temps avenir, 
leur en avons donné de rechief et en particulier cestes pré- 
sentes noz lettres seèllées de nostre propre seau pour tes- 
moing des choses dessus dictes. Ce fut fait au dit lieu du 

Mont Saint Michiel le jour de juillet Tan 

mil nii c vingt six x. 

(Arch, du dép, de la Manche^ sérîê H, n*^ iS3€8.) 

I. A la date c«tte charte, c'est^-djre vers le milieu de 1426$ PAvnuuhin était 
teUement dépeuplé par l'émigration et par la. guerr» qu'où lit dans un fragment 
de compte, en date du ao juin de cette année, qu'à Saint-James et à Pontorsoa 
< ne demeure aucune personne, excepté gens de guerre ■ (fiibl. Nat., Quitt. 




352 CmONIQUE DU MONT-SAINT-IIIGHEL 



LXXXIV 
1426, 27 firmoBSf PARIS 

Rémission octroyée par Henri VI à Thomas Morisse, de lÂngre-^ 
villet qui avait tué deux pages demeurant alors au château de 
Bricqueville-sur-Mer^ lesquels pages étaient au service d'un An- 
glais nommé Jean Hunt, de la garnison de la Bastille, 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angle- 
terre, savoir faisons a tous presens et advenir nous avoir oye 
Tumble supplicacion de Thomas Morisse, povre homme la- 
boureur de braz chargié de femme et de trois petiz enfans, 
de la parroisse de Lingreville > ou diocèse de Coustances, 
contenant comme, quatre ans a ou environ, le dit suppliant 
estant en son hostel, escardant de la laine, et tout nu en sa 
chemise, feussent venuz en son dit hostel deux pages ou 
variez, aagiez chascun d'eulx de dix huit ans ou environ, de- 
mourans lors ou chastel de Brique ville sur la mer s, que on 
disoit estre pages ou variez d'un nommé Jehan Hoint, An- 
glois, de la garnison de la Bastille 3, lesquelz deux pages ou 
variez, par force et contre le gré et voulenté du dit suppliant 
et de sa dicte femme, feussent entrez en son dit hostel et, 
rompu Puis d'icellui et eulx entrez, commencèrent a frapper 
et batre très fort de leurs espées icellui . suppliant et sa dicte 
femme, et de fait, se icellui suppliant ne se feust mis a dé- 
fense, l'eussent tué ou au moins très griefment affolé et ble- 
cié. Pour laquelle cause et pour obvier a leur mauvais et 
dampnable propos, eust tant fait qu'il eust osté a l'un des dis 
pages sa dicte espée, de laquelle, en repellant force contre 
force, il eust donné plusieurs cops sur les dis pages telement 



t. Lingrerille, Manche, arr.'Coutances, c. Montmartin-sur-Mer. 

3. BricqneYilte-sur-Mer, Manche, arr. Coatances, c: Bréhal. Ces garnisons 
étaient échelonnées sur tout le littoral de la presqu'île à cause de la terreur 
qn^nspirait aux Anglais la flotte du Mont-Saint-Michel. 

3. Ces mots > la Bastille » désignent peut-être la bastille d'Ardevon ; mais 
alors llocident raconté daas la lettre de rémission ne pourrait remonter plus 
haut que la fin de 1434. 



PtèCES DIVERSES 353 

que, a Toccasioii d'iceulx, assez tôst après ils alérent de yje 
a trespassement. Après lequel cas ainsi advenu, icelui sup* 
pliant, troublé en son bon sens et entendement, et coùrrou« 
cié du dît cas ainsi avenu, se feust parti lui et sa dicte femme 
de son hostel et emporté un dé leurs petiz enfans, délaissant 
tous leurs biens >sans riens emporter, fors tant seulement son 
corset ou pourpoint. Et assez tost après les Anglois de la 
garnison du dit lieu de Brîqueville prindrent et emportèrent 
les biens du dit suppliant, ardirent sa maison et une autre 

quiestoît a un sien voisin Si donnons en mandement 

aux bailli de Constantin et viconte de Coustances. Donné a 
Paris le iivii** jour du mois de septembre Tan de grâce mil 
cccc et vint six, et de nostre règne le quart. Ainsi signé : es 
requestes par vous ténues ou Tevesque de Beauvais, messire 
Jehan le Clerc, messire Jehan de Courcelles, Tarcediacre de 
Paris, maistre Pierre de Marigny, maistre Thomas de la 
Marche et autres estoient J. Milet. 



(Arck. Nat.f aect. hist.^ JJ ijSy »• 4g3,) 



LXXX V 

1427 (n. st.), Il JANVIER, PARIS 

Henri VI mande aux trésoriers et généraux gouverneurs de ses 
finances en France et en Normandie de faire payer par Pierre 
Surreauy son receveur général en Normandie, 3,ooo livres 
tournois à son cousin le comte de Warwick et d^Aumale, qu'il a 
chargé de mettre le siège devant la ville de Pontorson, de nou^ 
veau occupée et fortifiée par l'ennemi, à la tête d'une armée de 
600 hommes d'armes et de j,8oo hommes de trait, tous à c/ke- 
val, 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d^Angle* 
terre, a noz amez et feaulx les trésoriers et generaulx gou- 
verneurs de noz finances en France et en Normendie, salut 
etdilection. Pour ce que présentement, par lardeliberacion 



254 CHRONIQUS W MONT^^SAiHT-llfCHEL 

4e 99s|M MiMeO) 4kV09s or^QM^ notu» ville de PontonMi, 
de nouvel emp^r^ et occuppée par nos enxiemt» rebellée et 
desabejbsens, estre recouvrée et assiégée par nostre très 
«jljyier et très amé coxisin le conte de Warwyk et d'Aun^alle 
et en sa compaignie, pour ycelluy siège xpeure et tenir, 
avoir le nombre de six cens hommes d'armes et dix huit 
cens hommes de trait tous a cheval, duquel nombre seront 
les deux cens lances ordonnées pour les champs soubz son 
gouvernement, les cent lances envoyées derrenierement de 
nostre pays d'Angleterre soubz son dit gouvernement povix 
le temps qu'ilz ont a servir pour le paiement a eulx fiait pu 
dit pays d'Angleterre, cinquante lances qu'il pourra prendra 
des lances a cheval ordonnées et retenues pour les garnisons 
gisans es forteresses du pays de Normendie, et du demour 
rant montant a deux cens cinquante lances pour le premier 
mois et pour le second finant au derrtnier jour de mars on 
plus durant le dit second mois, s'il^ esfoient a siège, troîs 
cens cinquante lances et les archiers, comprins les diz venuz 
d'Angleterre, nostre dit cousin s'est chargié de finer et de 
endenter avec aucuns cappitaines par lui advisez aux gaiges 
acoustumez parmi ce que l'en lui fera prest promptement de 
la somme de trois mil livres tournois, afin d'en faire prest 
aux capitaines avec lesquelx il endentera pour le dît fait et 
siège. Nous vous mandons et expressément enjoingnons que 
par Pierre Surreau, nostre receveur gênerai de Normendie, 
et des deniers de sa recepte vous faîtes promptement faire 
prest et paiement a nostre dit cousin de la somme de trois 
mil livres tournois dessus dicte pour prester aux capitaines 
qu'il retendra pour le dit fait, et au jour de leurs monstres 
qu'ilz feront pour aler assiéger la dicte place, plain paiement 
poulr le premier mois d'icellui siège des dictes deux cens cin- 
quante lances de nouvelle retenue sur leur paiement et aux 
deux cens lances ordonnées pour tenir les champs, et aussy 
aux cinquante lances ordonnées estre prînses sur tes garni- 
sons gisans en Normendie, et au xv** jour du dit mois de 
mars paiement pour le second mois des trois cens cinquante 
lances dessus dictes, comprises les cent lances .dessus. cUctes 
derrenierement venues d'Angleterre^ eulx e^axis a. siège, et 
seton les endenteuf es qui^ar nostre dit.aouska seront iaicess 
avecififi dÛB capitaines. Et par rapportant ces .présentes, avec 



piicBS MvntsBS t55 

4uituuice àû aoitre dit cousin taat Mnlement, ea tant ^'11 
touche les dictes trois mil livres tournois de p»st; et en tut 
q^'il touche les autres parties dessus déclarées, monstres, rep> 
yeues, vidimus des endenteures et mandement de nostre dit 
^usin avec quittance suffisante des capitaines, nous vouloas 
tout ce que par le dit receveur gênerai aura esté paie aux 
causes dessus dictes estre alloué en ses comptes et rabatu de 
sa 4icte recepte par noz amez et feaulx gens de noz comptes 
a Paris, auxquelz nous mandons et enjoingnons expressé- 
ment que ainsi le facent sans contredit ou difficulté quelcon* 
ques. Donné a Paris le xi« jour de janvier Fan de grâce mil cooc 
et vint six, et de nostre règne le cinquiesme, soubz nostre 
seel ordonné en Tabsence du grant Par le roy, a la reladon 
du grant Conseil. J. Miust. 

(Arch, NaUf sect. hist., K 62, «• 32.) 



LXXXVI 

1427 (n. st.), 10 MARS, aouBir 

Hmnon Betktmp, écuyer, trésorier et général gouverneur des 
ftmanus de fronce et Normandie^ et Pierre Surreau, receveur 
général des dites finances en Normandie, mandent aux élus sur 
le fait des aides à Valognes et à Cherbourg de procéder à Vae^ 
siette de 2,340 livres tournois sur les haèitants de la vicomte de 
Valognes pour leur part et portion des 5o,ooo livres tournois 
octroyées au roi, tant à Paris qu'à Cœn et à Saint-'Lô, par la 
plus grande partie des villes de Normandie^ pour le recouvre^ 
ment de la forteresse de Pontorson récemment emparée et déte- 
nue par Vennemi, 

Hamon Belknap, escuier, trésorier et genend gouverneur 
des finances de France et Normendie, et Pierre Surreau, 
receveur gênerai des dictes finances en Normendie, commis- 
saires du roy nostre sire en ceste partie, aux esleuz sur le 
fait des aides a Valloignes et Chierbourg et au viconte du dit 



256 CHRONIQUE DU MONIVSAINT-MICHEL 

lieu ou a leurs lieuxtenans, salut. Receues par nous les \tt>^ 
tresduroy nostre sire données a Amiens le ii« jour de ce 
présent mois de mars par lesquelles nous est mandé et com*- 
mis asseoir, faire cueillir, lever et recevoir la somme de cin- 
quante mil livres tournois octroiée au roy nostre dit sei- 
gneur et a son conseil par la plus grant partie des villes du 
pais et duché de Normendie et pais de conqueste, tant a Pa- 
ris, Caen et Saint Lo, pour le recouvrement de la ville de 
Pontorson nouvellement emparée et détenue par les enne- 
mis du dit seigneur, pour laquelle recouvrer ont esté mis 
sus vic lances d'Engleterre et xviiic archiers soubz le gouver- 
ment, de monseigneur le conte de Warwyck, lieutenant du 
roy ou dit pais.de Normendie : nous, eu conseil et délibéra* 
cion sur ce avec plusieurs des conseiUiers du roy nostre dit 
seigneur, affin que le paiement des dictes vic lances et 
xviiic archiers estans devant la dicte place de Pontorson i et 
besongnans au recouvrement d'icelle puisse estre entretenu 
et ce qui desja leur a esté paie par emprunpt èstre restitué, 
avons ordonné et ordonnons par ces présentes estre assis, 
cueilli et levé la somme de deux mil trois cens xl livres tour- 
nois sur les habitans de la dicte ville et viconté de Valloi- 
gnes et Chierbourg, pour leur cotte part et porcion de la 
dicte somme de l» livres tournois, par assiettes deuement 
par vous faictes sur chascune des villes et parroisses d'icelle 
viconté, non compris en ce les gens d'église, nobles, vivans 
noblement, fréquentant les armes ou qui par importance de 
corps ea sont excusez par la coustume du pais et misérables 
personnes, lesquelx , selon ce que acoustumé est, en sont 
exemps. Si vous mandons. . . . Donné a Rouen le x"« jour 
de mars Tan mil cccc vint et six. J. Boileaue. 

(BiU. Nat.y Quittances, t. 58, n9 68g.) 

1. Cf. Ouillaume Gruel, dans la collection de Petitot, VIII, 438 à 441. D'a- 
près Gruel, les Anglais mirent le siège devant Pontorson le jeudi gras (27 fé- 
vrier) 1437. Voyez plus haut, p. 39, note i . 



PIÈCES DIVERSES 267 



LXXXVII 

1427 (n. 8t.}t 1 1 MARS, EN L'OST DEVANT PONTOR80N 

Richard dt Beauckamp, comte de Warwick et d'Aumale, lieute- 
nant général du roi. et du régent en Normandie, Anjou, Maine 
et es parties de Bretagne, mande à Jean Lenfant et à Robert 
Holme, écuyers, de recevoir en son lieu et pla£e les montres de 
5o hommes d'armes et des archers de la retenue de Jean Fas^ 
tolf, chevalier y grand-maître d'hôtel du régent, qui servent au 
siège de Pontorson. 

Richard de Beauchamp, conte de Warwyk et d'Âumalle, 
seigçieur le Despensier et . de Tlsle, capitaine et lieutenant 
gênerai du roy et de monseigneur le régent sur le fait de la 
guerre en Normandie, Anjou, le Maine et es parties de Bre-- 
taigne, a noz chiers et bienamez Jehan Nenfifant 1 et Robert 
Holme, escuiers, salut. Savoir vous faisons que, pour ce que 
bonnement ne povons vacquier ne entendre en nostre per* 
sonne a prendre, veoir et recevoir les monstres ou reveues 
de cincquante hommes d'armes et les archiers de la charge et 
retenue de nostre très chier et bienamé messire Jehan Fas- 
toff, chevalier, grant maistre d'ostel de mon dit seigneur le 
régent, a lui ordonnez pour le fait du siège de Pontorson, 
obstant certaines grandes autres occupacions que avons de 
présent pour le fait des guerres du roy nostre dit seigneur es 
diz pais, nous, confîans en vos sens, loyaulté et bonne dili- 
gence, vous avons commis et députez, commettons et dépu- 
tons Donné soubz nostre seel, en nostre ost devant 

Pontorson le xi« jour de mars l'an mil cccc vint et six. 
Par monseigneur le conte, capitaine et lieutenant gênerai. 
J. Boulent. 

(BibLNat, Quittances, t, 5*, n» 6gi.) 

1. Nenffant est pour Lenffant. La substitution de N initial à L résulte d'un 

vice de prononciation assez répandu que notre scribe a noté servilement. Le 

I» octobre 1419, Jean Lenfant, écuyer, fit hommage à Henri V {Reg. des dons, 

p. 124) qui lui concéda le 22 septembre 142 1 la sergenteriedeConchesCMi^. 

de la Soc, des Ant, de Norm., XXIII, io33). 

17 



CHRONIQra 00 IWWT^UNT-iaCllEL 



Lxxxvm 

1437 (n. M.), Il AnoL, rtMtt 

UmH VI «Iwnw à «m cmmAi GnU/mm dt ta Pwk, êowtu * At^ 
fiMettUDmx, Uê ckJiêau et weignim-i* i* Ckmmtmr «Awi 
4«e la terreet sagtuMrk deCritpiaiid'iinrtMméiialtiiàSao 
livrtt tounmit, tituitt daiu U bailli^ 4» CoKhUm, lofuttlt 
leigtuMrita ont éli cor^piiti mot Jeanni PMyml et Louit 
d'EtlauteviUe, cÂen^ier, ton mari, rtteHet. 

Heniy, par la grâce de Dieu roj de Fnmce et d'Ange 
terre, savoir &is(»u a tous présent et aveoir que noos, con- 
siderans les graos et notablei services que nostre uai et féal 
cousin Guillaume de la Pôle, coaM de Su961k et de Dreux, 
a taiz te temps passé a Elu nostre trea chier seigneur et père, 
cui Dieu pardoînt, tant ou fait de ses guerres comme autre- 
ment, fait encore chascun jour a nous et a nostre très chier 
et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de Frafiee, 
duc de Bedford, en plusieurs et diverses manières, et cspe-> 
rons que encore fiice ou temps avenir, a icellui nostre cou- 
sin, par l'advis de nostre dit oncle, avons donné, cédé, trans- 
porté et delaissié et par la teneur de ces présentes, de nostre 
grâce especîal, plaine puissance et auctorité royal, donnons, 
cédons, transportons et délaissons les chastel, terre et sei- 
gneurie de Chantdou >, ensemble la terre et seigneurie d* 
Créances ', avecques leurs appartenances et appendmces 
quelzconques, situées et assises ou bailliage de Constantin, 
en la valeur de cinq cens livres tournois de revenue par 
chascun an, eu regard a ce qu'elles valoient l'an mil quatre 
cens et dix, lesquelz chastel, terres et seigneuries jadis fuient 
et appartindrent a Jehanne Paynel et sont de présent a nous 
escheues et appartenans par confiscation, par la rebeUiwi et 

t. Cbuitehap, Muicbt,4rr. Cootuuu, c.CréulGci.CtiutelMp4Ultlit«ie 
pUrirnooialB dont Jum» Paynd tviit UriU ds wn père N icols P>tw1. Uajam, 
Himbyc, Bricqu*b«c os renanat k Jcuuw qa'iprè* la mort de lu ooclM M de 
ItnrpoiUiiU. 

1. Critactt, Manctic, *rr. ConUocoi, c. Lmu^. 



V 



pjècœ mvKttBS a 59 

cj^vati^r, sonomry) pommû^ pnx/^ «9^ ot aostre ^etgneu- 
rie, pi>ur îç«ul¥ cUs^fel^ lers^ «t 80igii«urie&, ensAuble leurs 
dk^ appaUftflLAAces ^ app^datices «a la valeur dessus dicte 
9[¥çiT, tenir et poasid^ par otà^Ut dit cousia de Su£folk et 
s^s ^ç^ masles Ic^^qi^ venans de lui en directe ligne 
c^mput de leur prc^re chose p^etuelment, bereditablement 
e| ^ tpusîpiirç ]>)iaîa^m^t et paifiblement^ en disant et 
payant \ps chai^es^ droiz et devoirs pour ce deulz et acous- 
tumez, pourveu tputesyoies que les dis chastel, terres et sei- 
gneurie ne sçi\e^% de nostre ancien domaine de Normandie, 
n'excèdent la dicte somme de cinq cens livres tournois et 
n -aient par avant la date de ces p]:)esenles esté données a au- 
tre personne par feu nostre dit sdgneur et père, nous ou 
nostre dit oacle. Si donncws en mandement par ces mesmes 
présentes a nos amez et feaulx gens de noz comptes, treso^ 
riers et gener^uU gouverneurs de noz finances en France et 

en Normandie, au bailli de Constantin Donné a Paris 

le ui« jour d'avril l^an 4e gcace mil ini « xxvi avant Pasquts, 
et de nostre r^gne le quint Ainsi signé : Par le coy, a la re- 
IsM^pn de moAiMiîgiieur le régent de France , duc ée Bed- 
ford. J. Mjust. 

(Arch. Nat,^ sect, hisi., J[J lyS^ n» 684.) 



LXXKIK 

1427, 20 iVW, POITÏEaS 

Charité VU fmà don d'une scmme de 3oo firami à méâire Ni^ 
colas dp Voitinfs, son secrétaire, qu^il a enpoyé à deux reprises 
rmfUaUlfir le Mout-Saint-Michel assiégé par terre eu janvier, 
février, mars 1425 (n, st»f, et par mer eu mai, juin et juillet 
de la même année. 

Charles, par la grâce de Dieu roy de France, a nostre amé 
et féal président de noz comptes Tevesque de Laon, gênerai 



r..« 



y 



f* 



260 CHRONIQUE DU MONT-SAÎNT-MICHEL 

conseiller sur le fait et gouvernement de noz finances en 
nostre pays de Languedoc, salut et dilection. Savoir vous 
faisons que, pour recompenser nostre amé et féal clerc no* 
taire et secrétaire maistre Nicolas de Voisines des peines, 
travaulx et despens qu'il a euz et soustenuz es mois de jan- 
vier, février et mars mil cgggxxiiii pour aler advitaillier le 
Mont Saint Michiel qui lors estoit assiegié par la terre des 
Anglois noz anciens ennemis, et aussi pour les despens par 
lui faiz en ung autre voyage que nostre dit secrétaire fist es 
moys de may, juing et juillet ensuivant mil ccccxxv, pour 
lever le dit' siège que les diz Anglois y tenoient par la mér, 
lequel siège levé et les diz Anglois mors et desconfiz, icellui 
nostre secrétaire advitailla de rechief la dite place, et autres 
causes a ce nous mouvans, nous a icellui de Voisines, nostre 
secrétaire, avons donné et donnons de grâce especial par ces 
présentes la somme de trois cens livres tournois, a icelle 
prendre' et avoir pour une foiz des deniers de nos dites finan- 
ces de Languedoc. Si vous mandons et enjoignons que par 
nostre amé et féal Jehan Seaume, trésorier gênerai de nos 
dites finances de Languedoc, ou autre par nous commis ou a 
commettre pour le temps advenir ou dit office de tresorief 
gênerai, vous des deniers de sa recepte tant ordinaire que 
extraordinaire faites paier, baillier et délivrer au dit de Voisi- 
nes ou a son certain mandement la dite somme de trois cens 
livres tournois, laquelle , par raportant ces présentes et quit- 
tance sur ce de nostre dit secrétaire seulement, nous voulons 
estre allouée es comptes et rabatue de la recepte du dit Jehan 
Seaume ou d'autre qui paiée l'aura par noz amez et feaulx 
gens de noz comptes, ausquelx nous mandons que ainsi le 
facent sans aucun contredit ou difficulté, non obstans que 
des diz voyages n'apparre autrement que par ces présentes... 
Donné a Poictiers le xx» jour de juing l'an de grâce mil 
cccc vint et sept, et de nostre règne le quart, soubz nostre seel 
ordonné en Tabsence du grant. Par le roy, les seigneurs de 
Beaumont et de Treignac, le Camus de Beaulieu et plusieurs 
autres presens. Bude. 

\fiihl, Nat.j Pièces originales, au mot Voisines ; document 
communiqué par M. Léopold Delisle.) 



PIËCES DIVERSES 26 1 



XG 

1427, 16 JUILLET 

Hamon Belknap, écuyer, trésorier et gouverneur général de toutes 
les finances du roi de France et d'Angleterre^ et Pierre Sur- 
reau, receveur général des dites finances en Normandie, char- 
gent Jean Josse, écuyer, maréchal de la garnison de Pontorson, 
et Vigor de Saint-Gabriel, vicOmte dfAvranches, de recevoir les 
montres des 20 hommes d'armes et des 60 archers qui compo- 
sent la garnison de Tombelaine sous Thomas Burgh, écuyer^ 
capitaine ifAvranches, 

Hemon Belknap, escuier, trésorier et gênerai gouverneur 
de toutes les finances du roy nostre sire tant en France 
que en Normendie, Pierre Surreau, receveur gênerai des dic- 
tes finances en Nôrmendie, et Jehan Chambellan, contre- 
rouleur d'îcelle recepte générale, commissaires dii roy nos- 
tre dit seigneur et de monseigneur le régent le royaume de 
France duc de Bedford en ceste partie, a Jehan Josse, es- 
cuier, mareschal de la garnison de Pontorson, et a Vigor de 
Saint Gabriel, viconte d'Avrenches, salut. Savoir vous fai- 
sons que, pour ce que présentement sommes occuppez eh 
certains. grans affaires a nous enchargiez par mon dit sei- 
gneur le régent, par quoy vacquer et entendre ne potons de 
présent a aler a Avrenches pour ilec prendre et recevoir les 
monstres de vint hommes d'armes, c'est assavoir xv a cheval 
et cinq a pié avec soixante archiers nouvellement ordonnez 
pour la garde et seurté de Tombelaine en la compaignie et 
soubz le gouvernement de Thomas Bourg, escuier, capitaine 
d' Avrenches, nous vous avons commis a icelles monstres 
des diz xx hommes et lx archiers prendre, veoir et recevoir 
pour et ou lieu de nous, et vous avons donné et donnons 
par ces présentes povoir et auctorité de par le roy nostre dit 
sire et mon dit seigneur le régent de icelles prandre et rece- 
voir en la manière acoustumée, en nous certiffîant deue- 
ment soubz voz signez des noms et seurnoms d'iceulx gens 



201 CHRONIQUE 1)0 MONT-SAtNT-MICHEL 

d'armes et de trait, de la manière de leurs habillemeas et de 
quelz hamois ilz seront deffaillans, comme acoustumé est a 
faire en tel cas. Si donnons en mandement au dit capitaine 
et aux dictes gens d'armes et archiers et a chascun d'eulx 
que en toutes choses touchans ceste présente commission 
a vous obéissent et entendent diligemment. Donné soubz 
noz signez le xvi« jour de juillet Tan mil cccc vint et sept. 

J. BOILEAU. 

(BibL Nat.f Quittances, t. 5g, «• 752.) 



XCI 

1427, 18 AOtrr 

Nmm de dimrs chatretiers, originaires d^un certain nonére êe 
paroisset > de la vicomte d'Apranckes, qui ont reçu da GuH'^ 
tourne BlaHcbaston, vicomte de CoutaneeSf ig2 livres, à raison 
de 20 sous tournois par jour et par charettCf « pour ckàscun 
jour qu^il:( ont seryy pour mener de Saint Jante de Bevron a 
Pontôrson ^ durant et après la demolicion de la dicte forteresse 
de Saint Jame, les artilleries, canons et merrien de portes et 
garîtes lors estans au dit lieu de Saint Jame,,,, comme plus a 
plaîn est contenu et desclairé en la cerHfficacion de hâult et 
puissant seigneur monseigneur de Tàlbot et de FàUrnival, capi» 
taiwe du dit lieu de Pùniorsôn, » 

(Bitl. Nat,, Quittances, t» 5p, «• 761*) 

1 . Cm paroisses sont celles de Sainte-Pieoce, de « Brasses », de la Chaise, de la 
Triotté, de Rouffigny, de Cbérencé, de Bourguenolles, de Lolif, de la Rochelle^ 
de Tirapted, de Vémix, de Saint-Georges-de-Liyoye, de Saint^Jean et Saint- 
Nicolas, de SatnWeaa-de-la-Haize, de Plomb, de Dacey, Saiot-Osvin, de Céauz, 
de Poilley, des Pas, de SatntJanies-de-Beuvron, de la Croix et de ViiUers. 

2. D'après Guillaume Gruel, Poatorson s'était rendu au Anglais, après un 
siège qui durait depuis plus.de neuf semaines, le 8 mai 1437 (Gruel, dans Peti- 
tôt, VIII, 441). Le jeudi 17 avril 1427, Jean de la Ha^, baron de Coulonces, 
s'était finit tuer sur les bords d'une petite rivière nommée la Ouontrs, au Baa- 
Coortils, près de l'endroit où elle se jette dans la baie du Mont-Satnt-Michei, en 
voulant porter secours à la place assiégée (Voyez plus haut, p. 29, notes 2 et 3}. 
Cf. du Paz, Hist, généaL de Bretagne, p. 258. 



pnkcn mvBRSEs 263 



XCII 



I4371 17 KOVniBRI 

Ondimumce M Hmni VI inpiiomt les hommes tt armes, auxquels 
des fiefs ont été donnés en Normandie, à faire résidence per- 
sotmelle sur leurs dits fiefs avant le terme de Pâques prochain, 
sous peine de dépossession, « vu que grant partie de ceuLf aus- 
queUi nostre dit seigneur et père (Henri V) et nous avons fait 
don et octroy de terres et seigneuries en France et especialment 
en Normendie, n'ont depuis fait ne font encore les servides et 
devoirs qu'ils sont tenus de faire, par quoy nous a convenu 
ekascun an emfoier en nostre dit royaume de France plus grant 
mmkv de gens dormes et de trait de nostre dit royaume, paie^ 
et aoÊ/idoiex de no% deniers d*Engleterre, q^il n'eust convenu, 
^il^ eussent esté sur leurs terres et seigneuries, n 

(Bihl. Nat,, Quittances, t, S g, «« 797O 



XCIII 

1428 (n. 8t.)» 9 iANVlBR 

Richard de Beauchamp, comte de Warwick et d'Aumale, capitaine 
et lieutenant général par tout le royaume de France, certifie un 
état des munitions livrées par Jean Harbotel, écuyer, maître 
des ordonnances de l'artillerie, pour le siège de Pontorson. 

Nous Richart de Beauchamp, conte de Warewyk et d'Au- 
maUe, seigneur le Despensier et de Tlsle, capitaine et lieute- 
nant gênerai du roy et de monseigneur le régent le royaume 
de France, duc de Bedford, par tout le royaume de France, 
certifions que pour le fait du siège de Pontorson ont esté 
baillées et distribuées par Jehan Harbotel, escuier, maistre 
des ordonnances de l'artillerie de mon dit seigneur le régent, 
les artilleries et habillemens de guerre qui ensuivent, c'est 



4.*, 



264 CHRONIQUE DU tHONT-SàlNT-MICHEL 

• 

assavoir : deux mil deux cens livres de pouldre a canon. 
Item, six milliers cinq cens de trait commun. Item, deux 
milliers cinq cens de dondaines. Item, quatre milliers deux cens 
cinquante des dictes dondaines. Item , trante huit pavais." 
Item, douze pavais qui furent emprumptez a Rouen. Item, 
quatre pavaisines. Item, ung falot. Item, cent tourteaux. 
Item, quarante cinq sarpes a bois. Item, quinze congnëes a 
fendre bois. Item, deux engins a poulies doubles. Item, trois 
engins sangles. Item, soixante livres de fil d'Envers. Item, 
trente livres d'acier. Item, douze cens livres de fer d'Espain» 
gne. Item, quatre cens pelés, c'est assavoir un cent de fer- 
rées, et trois cens non ferrées. Item, deux cens quarante 
picquois. Item, mil toises de cordaige. Item, ung grant cha- 
ble. Item, cinq cens fusées. Item, trois cens quarante mail- 
lez de plom. ttem, douze lanternes et cinq arbalestres rom- 
pues et cassées. Toutes lesquelles artilleries et hàbl^emens 
dessus dis ont esté baillées et distribuées par le dit maistre, 
par nostre commandement et ordonnance et a sa descharge ; 
et pour lui valoir en ses comptes lui avons baillées et accor- 
dées ces présentes lettres certifficatoires ausquelles, en tes- 
moing de ce, nous avons fait mettre nostre signet le xx* four 
de jenvyer l'an mil cccc et vint sept. 

(Bibl. Nat.j Quittances, t, Sg, n9 740.) 



XCIV 

1428 (n« st.), 14 FéraiBR, paris 

Henri VI retient Jean Harpeley, chevalier, bailli du Coteniin, à 
la charge de 20 hommes d'armes et de 100 archers tous à che^ 
val, pour tenir garnison à Genest ou à Saint-Léonard et bloquer 
le Mont- Saint-Michel; il mande à ses trésoriers de payer les 
gens d'armes ainsi retenus pour huit mois sur un subside qui 
doit être levé es marches voisines du dit Mont, si toutefois ceux 
du pays consentent à payer ce subside, 

Henry, etc., a nos amez et feaulx conseiliiers les trésoriers 
et generaulx gouverneurs de toutes noz finances tant en 



PIÈCES DIVERSES 205 

France; comme on Normiandie, salut et dileçtion. Savoir fai- 
sons. que ^^parTadvis. et deliberacion de nostre très chier et 
très amé oncle Jehan, régent notre royaume de. France, duc 
de Be^fbrd, et des gens ^de nostre grant conseil, nous. avons 
ordonné «et retenu, ordonnons, et retenons par ces présentes 
nostre amé et féal chevalier Jehan Harpelay, bailli.de Cons- 
tantin, a la charge de vint hommes d'armes et cent archiers, 
tous a cheval, pour iceulx establir a Génois ou a Saint Lie- 
nart, pour restraindre et contraindre de vivres et autres ai- 
des noz ennemis estans au Mont Saint Michiel et faire tous 
autres exploiz de guerre au prouffit et seurté de noz bons et 
loyaulx subgez des dictes marches et expeller et extirper les 
brigans et autres ennemis et adversaires, lesquelz vint hom- 
mes d'armes et cent archiers tous a cheval ', comme dit est, 
nous voulons estre paiez pour huit mois entiers a compter 
du jour de lejurs premières monstres, selon la coustume 
d'Angleterre, des deniers qui ystront de certain aide qui sera 
mis sus es dictes marches pour ceste cause et autres choses 
touchans la seurté du dit pais et les exploiz et diligence de 
guerre qui se fera contre ceulx du dit Mont et autres enne- 
mis t voulans ; opprimer . la dicte , marche, ou cas toutevoyes 
que ceulx du pais se consentiront a paier le dit aide. Si vou- 
lons et vous mandons que par nostre bien iamé Pierre Sur- 
reau, receveur gênerai de Normendie, vous faites paier des diz 
deniers les diz vint hommes d'armes et cent archiers de leurs 
gaiges et souldées, selon leurs monstres et reveues, de mois 

I. Le registre de comptabilité de Pierre Sarreau, rcc^eor général. de Nor^ 
mandie, pour l'exercice de 1428- 1429, donne le détail du payement de ces 
hommes d'armes depuis le 14 février 1428 jusqu'au 8 juillet 1429 (Bibl.Nat.f 
vas. fr. n» 4488, f» 241 à 244). Le 8 janvier 1428, Eliot Lebret,' lieutenant à 
Saint-Lôde Jean Bumel, vicomte de Carentan, fit savoir que 70 bourgeois de 
Saint-Lô, parmi lesquels on remarque Colin Varroc, .maître Jean Varroc, maî- 
tre Guillaume Chesnel, maître Jean Letousé, Jean le Jolivet, Thomas Thibout, 
Guiot Go, Perrin Chouquée, Robin Cauvelande, Jean Bloville, Guillaume Vio- 
lette, Jean Escourtemer, Guillaume le Jolis, Jourdain le Touroudel, que ces 
70 bourgeois, disons-nous, s'étaient portés fort pour tous les autres bourgeois 
de Saint-Lô di) recouvrement de la somme de i3o livres tournois à valoir sur 
l'aide octroyée ^r les gens des bonnes villes du Cotentin : i* pour l'entretien 
de 20 lances*^ et de 100 archers ; 2^ pour la construction d'une bastide à Genest 
et à Saint-Léonard ; 3* pour le salaire de maître Richard Colibert, charpentier, 
demeurant près de Coutances, chargé de diriger cette construction (Bibl, Nat., 
Qaitt., t. 60, n« 1014). 



M 



i*Sgtl^ 



«kl 



f 6é CHRONIQUE VO MiMT««AmT*MlCHEL 



eft oHÉi) îuifiies a àiili moii «dBliinteitteàt flttmrrans à 
cotoifMt thf jiMt)* de letin okISs ntonstriM, s^on la <fiicli( 
o0O5tiiMt ct Afi|^cMfi^« Sa) par nopiportânt ces pfcsetttt^ ou 
fidtei» #icdkS) «ce... Donne a Pafis le xini* foor de fe^ 
nter l'te de gmee imfi cecc Tint «t sept, et de hostrtttp» 
le ■M'*. PiMT le ftyy^ a la leinttoii de tnoose^ineiir hfTC^ciit^ 
dnc de Bédford. I. m Rnntt. 

(BibL Na$., QuiUances^ t. Sg, if» 938.) 



xcv 

1428 ^. st.), II MARS, SAINT-L^ 

Rênftnrtdê 20 lances et de ivo artkers ôctrùjréà Jean HarpeUy^ 
bâHU âk Cùtentfn, pour presser phu étr o i te m e n t ta garmeon 
française du Motit^Samt-Mkkel; et Pote par fretf« bourgeoh, 
dipàtés des ville» de Comaacee, de Carentaut de Vahgne» et de 
Sains-IÀ, d'une tdiUe de S^oo lieree tounude à répartir entre 
les vicomOés du baUUage de Cotentm pour ^entretien de li de 
ces lances et de 52 de ces archers^ 

A itmts eeulK qui ces lettM» yermiit, Jéhui Burael, vicome 
de Carenten, salut. Comme par très hault et puissant seigneur 
iii<!toseig^Mur le regent le royaume de Franee, duc de Bed* 
ford, ettssMt e^é envolées certaines lettres <iloses aux bour« 
^ois, manans et habitans des bonnes villes du bailliage de 
CoiMtantin contenant en effect que rever^id père en Dieu 
monseigneur l'evesque de Constances >, maistre Anguerande 
Campront, chanoine du dit lieu de Coustances, et Benard le 
Cointe, escuier, nommés en icelles, fussent creux de ce qu'il 
diroient et raporteroient aux diz bourgoiz et habitans, pour 
le bien et seigneum du roy nostre souverain seigneur et du 
pays, a quoy il avoit esté avisé de mon dit seigneur le ré- 
gent et par le conseil du roy nostre dit seigneur que, pour 

I. Philibert de Montjeu, évêquede Cotttaiicesdei424& 1439. 



P)tC«!5 MVBK6ES i6j 

tepÊkàér^ fcMatefr et tenir eà desfttsêe les «d^erMires et 
ékaètiâi de Mstfe Mmréràin sd^iMûr qàl ^déiudétet ek ocettj^ 
pettHà^place an Mont Saint Midriel et aûsd pour abattie et 
mettre ata i^efisuit certains apatists qtie il vouidroient cnetHiT) 
eaceràer et lerer sur le pay^ sttbget éxt raj nostre dit séi^ 
gtteur^ et ptar ^ndre et de^tmire les brigans qtii conver^ 
Sent ôQ dit pays ', que c'estoit chose bonne et prouffitable que 
flOible homme mon^gneur Jehan Harpeley, cheyaHbr, bailH 
Constantin, eust charge de tînt lances et cent architfrs otrl- 
ire et pài^deâus les gens d'armes de son ordonnance, pour 
huit mois a commencer du jour que Hz feroient leurs mons- 
tres et fenissans les dis huit mois accomplis, dont es d!es{>ens 
du roy nostre souverain seigneur seroient paies pour les dis 
huit mob deulx lances et quarante huit archiers, et le sour- 
plus montans a ^x huit lances et chinquante deulx archiers 
seroient paies es despens des habitans du dît bailliage de 
Constantin et res^rt ancien d'icellui, et estre le paiement 
des dis dix huit lances et chinquante deulx archiers assb 
cueilly et levé sttr eulx par forme de taille, en cas que a ce 
les dis habitttns se vouldrdient CMseniâr ; tovoir faisons que 
au jour d'ui 3ù"»« de mars Pan mil cccc vingt sept, a S«int 
Lo, devant nous viconte dessus dit, après que les choses des* 
sus dictes eurent esté eïpbsées par les dis révérend père en 
Dieu, Campront et Cointe, en la présence de Jehan le Paé, 
bourgois de Constances, ad ce commis et depputé pour la 
dkte ville, de maigre Ouillautte fe Fevre et Guillaume Pe^- 



t. Ces « br^sadhi », Mu qoeUtiaes-aiit éitient surtoat te Han6màdè ti^ 
b«Ue% iafeataint ptrtîsaliàreBieDt le gnnid chemûi de Saiot-LÔ à Carcntao. Lt 

19 mars 1428, Jean Harpeley, bailli du Cotentin, fit payer i5 livres toamois à 
Eliot Lebret, lieutenant à Saint-Lô du vicomte de Carentan, qui avait passé 
neuf jours à faire élargir avec des houes et des pics « ta cavée d'au dessus du 
Pont Ikbert (Manche, arr. SainMA c. Saint<Kto-Daye), tellement que on puisse 
passer a pié, a cheval et a eharrey ». Suivi d'une escorte composée de 7 hom- 
mes d'armes pris dans la garnison anglaise de Saint-Lô, Eliot Lebret s'était 
rendu sur les lieux et avait fait couper on brûler les taillis qui bordaient en 
cet endroit le grand chemin de Saint-Lô à Carentan. Le terrain ainsi déblayé, 
on avait ouvert une tranchée pour élargir la voie, afin que ce chemin fût feit 
« de si grant largesse que sur ioeUui chemin les brigans, ennemis et adversaires 
du roy^ qui fréquentent continuelment tant de jour que de nuyt a guetier les 
chemins du Pont Hébert, ne s'i puissent désormais embuschier, muchierne gue- 
tter icelhii chemhi » (B/M. tfat., Quitt., t. 59, n« 855;. 



268 CHRONIQUE DU MONT-SÀINT-MICHEL 

$0Q, bourgois de Girenten, ad ce comoiiset depputës pour la 
dicte ville, de maistre Pierres de la Roque et Thomas le 
Cauf, bourgoiz de Vallongnes, ad ce commis et def^utés 
pour la dicte ville, et de Nicolas Voyer, Raoul Rouillart^ 
Guillaume Jehan, maistre Jehan le Tousé, Thomas Matenot, 
Jehan le Jollivet, Jehan le Tenneur et Guillaume Cauvin, 
bourgoiz de Saint Lo, ad ce commis et depputës pour la 
dicte ville, et de plusieurs des gens et o£Bciers du roynostre 
dit seigneur ad ce appelles, iceulx bourgoiz dessus nommés, 
eu nom que dessus, après ce que par plusieurs journées ilz 
ourent eu grant deliberacion et advis ensemble, distrent et 
respondirent que, en obbeissant et en obtempérant aus dictes 
lettres de mon dit semeur le régent, ilz se consentoient et 
estoient d'acord que sur les dis habitans du dit bailliage de 
Constantin et ressort ancien dlcellui fiist prins, assis, cueilli 
et levey par forme de taille la somme de cinq mille trois 
cens livres tournois pour les causes qui ensuivent, c'est assa- 
voir : pour le paiement des dictes dix huit lances et chin- 
quante deulz archiers, trois mil neuf cens soixante dix livres 
tournois a quoy le paiement se povoit monter pour les dis 
huit mois, au feur de quinze livres tournois par mois pour 
chascune lance, et de cent soulz par mois pour chascun ar- 
chier oultre et pardessus ce qui paie doit estre par le roy 
nostre dit seigneur; et au dit monseigneur le bailli, pour em- 
ployer a la fortifficacion du logis, tant pour lui que pour 
ceulx de sa retenue, soit a Gênez ou a Saint Lienart, au 
mielz qu'il verra convenir, et pour plusieurs cousteages qu'il 
lui esconvendra faire en la besongne, tant en espies, messa- 
ges que autrement, la somme de sept cens chinquante livres 
tournois, sans ce que iceulx habitans se consentent que le dit 
bailli ne autre puisse créer ne imposer aucune autre charge 
sur eulx a la cause dessus dicte ; et aus dis monseigneur Te- 
vesque, Campront et Cointe, pour avoir esté a Paris pour le 
fait de la dicte besongne pardevers mon dit seigneur le ré- 
gent et le conseil du roy nostre dit seigneur ou ilz ont vacqué 
par le temps et espasse de quarante sept jours; et pour plu- 
sieurs fraiz, cousteages et missions par eulx fais et ensuis a 
cause de ce, la somme de quatre cens chinquante livres tour- 
nois, par composicion faicte avesques eulx, laquelle ilz 
ourent agréable, et pour plusieurs autres frais et missions 



PIÈCES DIVERSES 269 

neccessairespour le fait de la dicte besongne, tant pour impe- 
trer et pourchassier les lettres de Tacomplissement de ce que 
dit est, la somme de six vihgs dix livres tournois y sera mise 
et employée sur la dicte somme de cinq mille trois cens tour- 
nois ; a paier icelle somme a deulx termes, c'est assavoir la 
moittié eu mois d'avril prouchain venant, et Fautre moittié eu 
mois de septembre après ensuivant. LaqueUe somme fut de- 
partie par les vicontes du dit bailliage, en la présence du dit 
monseigneur le bailli et de plusieurs des gens et officiers du 
roy nostre sire et du consentement des bourgoiz dessus nom- 
més, en la manière qui ensuit, c'est assavoir : la viconté de 
Constances et ressort ancien d'iceUe, a la somme de mil 
cinq cens livres toumob ; la viconté de Carenten et ressort 
ancien d'icelle, a la somme de mil huit cens livres tournois ; 
la viconté de Vallongnes et ressort ancien d'icelle, a la somme 
de douze cens livres tournois; et les vicontes d'Avrenches 
et de Mortaing et ressort ancien d'iceUes, a la somme de 
huit cens livres tournois. Donné pour tesmoing de ce, soubz 
le grant seel aux causes de la dicte viconté de Carenten, en 
Tan et unziesme jour de mars dessus dis. Lebret. 

(Bibl. Nat.y Quittances, t. 5g, n^ 853.) 



XCVI 

I4i8, 9 AVaa, aoukit 

Mandement adresié par Hamon Beîknap, écuyêf, trésorier et gou*- 
verneur général des finances du roi Henri VI en France et en 
Normandie^ et par Pierre Swrreau, receveur général des dites 
finances en Normandie^ au vicomte de Carentan ainsi qi^aux élus 
sur le fait des aides en la dite vicomte, faisant mention : /• d'une 
aide de j 20,000 livres tournois octroyée à Rouen au mois de 
septembre précédent par les trois États de Normandie; a* de 
3,000 livres tournois votées pour le payement de 4 hommes d'ar- 
mes et de 100 archers chargés de la protection des chemins en 
sus de ceux qui avaient été institués Vannée précédente; 3* de 



^-1 



070 CHRONIQUE DD MONT^SâlNT-MICHEL 

5^3oo lm€9 UmrwéM (mp a téêr sut Jn kMU^ dtê Gu k ml ^ 
pour Vwirêtàai à Geimt <m à SaitU^léonaré M r8 hof/wf^ 
d^^rmn «r 4f 5:i ^rcilicr^ ckargfs de klçguer le Mont-Saiti^ 

H«i»M Belkoap, newmj tr^aorier et ^eoeml gouverneur 
dos finanoeft 4u poy uostre sire en Fiaooe et ea Normeii* 
dîe et Pierre Surreau, ceceveur générât des d&ciee fiiMua- 
oes en Normendle, cosxuaîssaires du dit seigneur en oesie 
partie, aux esleus sur le £ût des aides ordoimei^ pour la 
guerre a Carenten et au yisoonte du dit lieu ou a leurs 
Ueuxienans, sidut. Receues par nous les lettres du vof aoslre 
dit seigneur données a Paris le xv»* |our de mars derrenteee* 
ment passé par lesqueUes nous est mandé asseoir, faire cuôl- 
lir, lever et reoeroir, dedens le yui* jour de may prouchaine* 
ment venant, la somme de soixante mil livres tournois pour le 
second et derrenier paiement de l'aide des yiu m tournois oc- 
troyé au roy nostre seigneur par les gens des trois Estas du 
duché de Normendie et pays de conqueste laicte par feu de 
bonne membre son feu seigneur et père, dont Dieu ait Tame, 
en rassemblée faicte a Rouen ou moys de septembre derrenier 
passé, pour convertir ou paiement des gens d'armes et de 
trait ordonnez pour ceste présente année a la garde des bon- 
nes villes et forteresses du dit duché et pays de conqueste et 
expulser les brigans, a ce que les bons et ioyaulx subgex du 
dit seigneur demourant en yceulx puissent seurement faire 
leurs marchandises et labours; trois mil livres tournois, 
pour convertir ou paiement de quatre lances et cent archiers 
derrain ordonnez pour la garde et seurté des chemins oultre 
ceiix qui dès l'année passée y estaient ordonnez, et deux mil 
VI CL livres tournois sur les habitans du bailliage de Cous- 
tantin pour la moitié de v^ iiic livres tournois, par yeeulx 
habitaas advisée estre mise sus, cneillie et levée sur eulx a 
deux termes, pour convertir ou paiement de xviii hmces et 
LU archiers par eulx advisez estre mis a Geneiz > ou Saint 
Lienart ^ près du Mont Saint Michiel, pour destraindre de 



1 . Geneat, Manche, arr. Avranches, c. Sartilly. 

2. Aaf. Saint-Léenard, 4iaiaeau 4e la commune de Vains, Manche, arr. et c. 
Avrancfaes. 



i»iàGflS MVBRSBft t7{ 



wnt^ Al autics oboaes its ctmtMMi du dit uàgmar «touiB 
au dit Mont : nous, ame t«r cô ^advis q| d«tllMrai* 
don.... Donné a Rouen le neuf»* jour d'avril Tan mil cccc 
et vint huit après Pasques. Doileaue. 

(Arch. Nta.y sect. hist., K 63, «• i.) 



XCVII 



1428, 10 MAI, PARIS 



Commission de capitaine des château et fortereue de TmmMêine 
donnée pour six moij, commençant le i«' april 142^^ 4 Thomas 
Burgh, écuyer, à la charge de i5 hommes d'armes à cheval, 
de 5 hommes d'armes à pied et de 60 archers. 



JehaOi régent le royaume de France, duc de Bedfevd, a 
nos trèS'Chiers et bienamee àes trésoriers et generaulx gotn 
veraeurs des fiaanoes de France «t de Normaiidbie, sahit et 
dilecûon. Conmie nous avons bailiié en garde a nostre chier 
et bien amé Thomas Bour;^ escuier, pour et ou nom de 
monseignettr k roy, les chastel et forteresse de Thombe* 
layne et d'iceilui licHCi le aioBs netegoi capitatiie pour demi an 
commei^ant le preaûer iour d'awil derrain passé et A m o 
sant a la Saint Michel prouchtda venant, a la charge de 
quinze hommes d^armes a cheval sa personne non com« 
prinse, cinq hommes d'armes a pié et soixante archiers 
montez et arraiez comme il appartient, aux gaiges c'est assa- 
vqîf: poui- homme d'armes a cheval douze deniers d'esitërtins 
avecques regars acoustumez, pour homme d'armes a pié huit 
deniers d'esterlins, et pour chascun archier six deniers d'e»^ 
terlins le your monnoye dessus dicte, en prenant le noble 
d'Angleterre pour six solz huit deniers d'esterlins dicelle 
moanoye, dont icellui capitaine serd tenu de faire mons^ 
très... Donné a Paris le dix»* jour de may Tan de grâce mil 



272 CHRONIQUE DU MONTRAI NT-MICHEL 

CGGC vint et huit. Par monseigntur le régent le roymusne de 
France, duc de Bedford. Bradshawk. 

{BibL Nat,y Quittances, t. 5^, w^ 881.) 



XCVIII 

1428, 17 SEPTEMBKB, ROUEN 

MandemetU de Henri VI prescrivant, en vue du recouvrement du 
Jdont-Saint'Michel et du siège qui doit être mis^ au retour de la 
belle saison^ par terre comme par mer, devant cette /oi*teresse, 
une levée extraordinaire sur tous les contribuables du duché de 
Normandie montant à 3 0,000 livres tournois et payable en 
deux termes, moitié à la Chandeleur i4^g, moitié à la Pente- 
côte suivante. 

Henry, etc., a noz chiers et bien amez Hamon Belkanap, 
escuier, trésorier gênerai de toutes noz finances en France 
et Normendie, et Pierre Surreau, receveur gênerai de noz 
dictes finances en Normendie, salut et diieccion. Comme, 
pour la recouvrance du Mont Saint Michiel > qui longuement 
a esté et est encores tenu par noz ennemis et adversaires qui 
moult durement ont opprimé et encores oppriment noz bons 
et loyaulx subgez, soit besoing et expédient d'avoir grosses 
finances d'argent dont ne pourrions bonnement finer sans 
l'aide de noz subgez, nous, qui avons conclu de entendre. 



ft 



I. Vers le milieu de 1428, les Français avaient r6aoi un petit corps d'armée 
k Montaudin (Mayenne, arr. Mayenne, c. Landivy) d'où ils menaçaient Pontor- 
son : et vers le 2 septembre de cette année, Thomas Bur^ capitaine d'Avitin- 
ches, fit porter un message de Saint-Lô au bailli du Cotentin pour lui annoncer 
que « certains ennemis, par manière de hostilité, estoient assemblés i Montau- 
din pour venir ou pais de Normendie • (BibL Nat., Quitt., t. 60, n« 933). 
C'est alors que les Anglais renforcèrent la garnison de Pontorson. Le 18 8ep-> 
tembre 1428, Thomas, sire de Scales, chevalier banneret, fut nommé capitaine 
de cette forteresse, et Teffectif de la garnison fut porté k 80 hommes d'armes et 
240 archers, tous à cheval [Ibid., no 957). 



PIÈCES DIVERSES 273 

par le plaisir de Nostre Seigneur, la saison d'esté prou* 
chaine, a la dicte recouvrance, tant par sièges quj seront 
mis par mer et par terre comme autrement, avons ordonné 
que, pour emploier en Tannée dessus dicte, sera mise sus 
generalment en nostre dit duché de Normendie et pais de 
conqueste la somme de trente mil livres tournois * pour une 
foiz, oultre et pardessus les octroys qui derrenierement nous 
ont esté faiz generalment par noz subgez de noz diz duchié 
et pais, a laquelle contribueront seulement toutes personnes, 
de quelque estât ou condicion qu'ilz soient, tant juges, ad- 
vocas, procureurs, officiers, sergens, monnoyers, arbales* 
triers et autres quelconques qui n'ont acoustumé d'estre 
assiz a taille, exceptez gens d'église qui contribueront par 
autre voye, nobles vivans noblement et frequentans les ar- 
mes, lesquels serviront en leurs personnes par autre voye. 



1. Il ne semble pas que le mandement dont nous publions le texte ci-contre 
ait jamais été mis à exécution. A la fin d'août et dans les premiers jours de sep- 
tembre 1428 les habitants des bailliages de Caen et de Cotentin avaient voté une 
aide spéciale de a 5, 000 livres dont le produit devait être exclusivement affecté 
au recouvrement du Mont-Saint-Michel. Les réclamations des habitants des 
autres bailliages de Normandie firent sans doute révoquer l'ordonnance rendue i 
Rouen le 17 septembre; il est certain du moins qae deux mandements en date 
des 14 septembre 1428 et 22 février 1429 (n. st.) prescrivent de ne lever l'aide 
apécialei de 25,000 livres, votée pour le recouvrement du Mont-Saint-Michel, 
que sur les manants des deux bailliages de Caen et de Cotentin {Bibi. Nat., ma. 
fr. n« 4488, fo* 3, 5 et 6). D'ailleurs, nous avons le compte détaillé de Pierre 
SUrreau, receveur général de Normandie, pour l'année 1429, et l'on y voit que 
les divers vicomtes de ces deux bailliages sont les seuls qui aient versé dans la 
caisse de Surreau des sommes, provenant de la perception de l'aide spéciale de 
25,000 livres {Ibid., f«» ma 11 3, 144 à i5i). Nous possédons un état des 
paroisses sujettes à faire guet en la forteresse de Coutances, daté du mois de 
septembre 1428, et nous y voyons à quel degré de misère et de dépopulation 
tant d'exactions accumulées avaient réduit ce beau pays. Â Coutances, par exem- 
ple, y compris les paroisses de Saint-Pierre, de Saint-Nicolas et les ^ubourgs, 
on comptait alors 320 feux seulement; à Nicorps, 29 feux ; à Courcy, 60 feux ; 
à Cambemon, 5ofeux; àMonthuchon, 20 feux; à la Vendelée et à Servigny, 
34 feux, 17 dans chacune de ces deux paroisses ; à Saucey, 40 feux; au Hom- 
méel, 25 feux; à Âncteville, 35 feux; à Montsurvent, 52 feux; à Muneville-le- 
Bingard, 80 feux; à Montpinchon, 90 feux, etc. Chaque feu était tenu de faire 
le guet de 3o nuits en 3o nuits. Les paroisses les plus éloignées de Coutances, 
telles que Quettreville, où l'on comptait 100 feux, et Marchésieux, dont la popu- 
lation était évaluée à 60 feux, s'exemptaient du guet en payant une redevance 
annuelle de 10 sous par feu, et le produit de ces redevances s'éleva en 1428 à 
764 livres 10 sous tournois {Bibl. Nat., Quitt., t. 60, n" 964). 

18 



.. ». 



274 CHRONIQtm 110 IR)l^-^9Ann*-MICHBL 

exceptée aussi eeulx qui but ac^^rUstuiné d'esér e aMiê et iiâ|^ 
Ms a taille sans fraude. Si vous mandou», commanderas et 
enjoignons expressément, en commettant, se mestiet* est, 
par ces présentes, que par les esl'eut et aulnes qu'il appart»&- 
dra et ainsi que adviseref estf e a £edre pour le mieuii Hf^yus 
faites imposer, asseoir et mettre sur les personnes de là ^àtk* 
dicion dessus dicte, par juste et égale porcion, ayans re^^aM 
et consîderacion a la faculté et puissance d'un chascun, la 
dicte somme de trente mil liyres tournois, a icelle paier et 
cueillir a deux termes, c'est assavoir la moitié a la Chande- 
leur prouchain venant, et l'autre moitié a la Penthecouste 
après ensuivant, pour emplioier et convertir a la dicte recou- 
vrance et non autre part, en contraignant et faisant contraindre 
tous ceulx qui seront pour ce a contraindre par toutes voyes 
deues et raisonnables, et ainsi qu'il est acoustumé d^ ûdre 
pour nos propres debtes. Toutevoyes, s'il y à aucuns des 
dessus diz juges et officiers ou autres qui ayment mienix 
contribuer a part libéralement que estre assiz a taille, noms 
voulons que a ce soient receuz, pourveu qu'ils baillent iMS^i 
grant somme comme ilz feroient sUz estoient impose^ et 
non autrement, et que de telz particuliers, s'aucuns en y 
avoit, recepte soit faicte a part, pour avoir congnoissance de 
ceulx qui par ceste manière contribueront... Donné a Rouen 
le XVII* jout de septembre î'aû de grâce mil cccc vint et huit, 
et de nostre règne le six™«. Par le roy, a la relacion de mon- 
seigneur le régent, duc de Bedford. I. de Rihbl. 

(BibL Na$., QjuittanceSj t. 60, ii« g46.) 



fftàeis JMVBISBS ; 275 



.'» 



XCIX 



1428, 20 SEPTEMBRE 



Henri VI mande à ses trésoriers de payer 65o livres tournois à 
Jean Harpeley^ bailli de Cotentin^ à titre de complément d'in- 
demnité des dépenses f évaluées à 1,400 livres tournois, que le dit 

- bailli a faites pour la construction d'une bastide à Genest en vue 
du blocus et du recouvrement du Mont-Saint^MicheU 



■ A messire Jehan Harpdey, chevalier, bailli de Çoustantin, 
. kquçl s'est trait devers le roy nostre sire et lui a exposé que, 
^pour faire faire une bastide a Genetz près du Mont Saint 
Michiel pour yllec tenir frontière contre les ennemis et ad- 
«vexsaires qui occupoient et occultent le dit lieu du Mont 
^ Saint Michiel, laquelle bastide il avoit ordonnée et disposée 
par rordonnanice de monseigneur le régent le royaume de 
vFrasice, duc de Bedford, et du Conseil du roy nostre dit sei* 
--giieur, il avait fraie «t despendu une grant somme d'argent 
moulant a xon^ livres toursiois ou environ, sur quoy il avoit 
vçAXé restitua 4» lac somme vu^ l livres tournois ou environ, 
et lui estoit encore deu a cesie cause vic l livres tournois; de 
laquelle somme il ait requis au roy avoir paiement et satis- 
faction. Pourquoy le roy nostre dit seigneur, par ses dictes 
lettres adreçans aux trésoriers et generaulx gouverneurs 
des finances de France et Normendie, données le xx« jour 
de septembre mil ccccxxvni, expédiées le second jour d'octo- 
bre ensuivant, a voulu et mandé que par le dit receveur gê- 
nerai de Normendie feissent paier et délivrer au dit chevalier 
ou a son certain commandement la dicte somme de vi^ l li- 
vres tournois des deniers de l'aide mis sus pour la recou- 
vrance du dit Mont Saint Michiel et que, par rapportant les 
dictes lettres et quittance du dit chevalier de la dicte somme 
de vic L livres tournois, icelle seroit allouée es comptes du 
dit receveur et rabatue de sa recepte sans contredit. Par 
vertu desquelles lettres et quittance du dit chevalier cy ren- 



ite 



276 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

due lé dit receveur prant cy la dicte somme a lui paie 
de vic L livres tournois. 

(Bibl. Nat, ms. fr,^ «« 4488 jf* 211,) 



1429, DU 4 AU 29 AVRIL 

Noms des nobles de basse Normandie, passés en revue à Vemon 
le 4 avril et à Paris le 28 du même mois, qui ont escorté un 
convoi de vivres destiné au ravitaillement de l'armée anglaise 
devant Orléans, 



Messire Jehan d'Oissy, messire Jehan Fortescu, chevaliers^ 
et Jehan Sauvage, escuier, chiefz de monstres d'aucuns des 
nobles des vicontez de Coustances, Carénten et Valongnes... . 
î— Messire Raoul de Percy, chevalier, et Jehan Ferfil, escuier, 
chiefs de monstres des nobles de la viconté de Baieux... — 
Henry d'Esquay, escuier, noble de la dite viconté de Baieux... 

— Jehan, seigneur et baron de Courcy,- escuier, chief dé 
monstres des nobles de la viconté de Faloise... '— Thomas 
de Mpndrevillé, escuier, chief de' monstres des nobles de la 
viconté de Vire. — Messire Thomas du Bois, chevalier, chief 
de monstres des nobles de la viconté de Caen... — Jehan le 
Gillart, escuier, chief de monstres des nobles de la viconté 
d'Auge... — Guillaume de Gouvys, escuier, pour Henry de 
Gouvys, chief de monstres des nobles delà viconté d'Orbec... 

— Jehan de Garrel, escuier, chief de monstres des nobles des 

vicontez d'Argenten et Dempfront . 

» 

(Bibl. nat,, ms.fr. n» 4488, f^ 4^3 à 476.) 

I. Le corps d'armée, convoqué à Vemon par un mandement en 4ate du 
29 mars 1429 et recruté parmi les nobles des diverses parties de la Normandie, 
comprenait 200 hommes d'armes et 600 archers {Bibl. Nat., Quitt., t. 60, 
u» 1086). Cf. Mantellier, Hist. du siège d'Orléans, p. 22i7. 



PIÈCES DIVERSES 277 



CI 

1429, 6 AVRIL, YERNON 

Jean Harpeley^ chevalier^ bailli du Cotentitit capitaine de 20 hom- 
mes d'armes et de 100 archers à cheval postés à Genest pour 
bloquer le Mont-Saint-MicheU donne quittance à Pierre Sur- 
reau, receveur général de Normandie^ de yg5 livres 16 sous 
8 deniers tournois, pour ses gages et ceux des gens d^armes 
placés sous ses ordres, du 24 février au 23 mars, après montre 
passée le 22 mars par devant Vigor de Saint-Gabriel, vicomte 
d'Avranches , et George Nessefleld, 

Sachent tous que nous Jehan Harpeley, chevalier, bailli 
de.Cpnstentin et cappitaine de vint hommes d'armes et. cent 
archiers a cheval a nous ordonnez avoir et tenir a Genetz, 
pour constraindre de vivres et autres nécessités les ennemis 
et adversaires du roy nostre sire estans au Mont Saint Mi- 
chiel, expulser les brigans et faire autres exploiz de guerre au 
prouffit du roy nostre sire, confessons avoir eu et receu de 
Pierre Surreau, receveur gênerai de Normandie, la somme 
de sept cens quatre vins quinze livres seze solz huit deniers 
tournois en prest et payement des gages et regars des dis vint 
hommes d'armes et cent archiers a cheval de nostre dicte 
rétenue, desservis pour ung mois commençant le xxiiii^ jour 
de février et finissant le xxiii® jour de mars ensuivant 
cccc xxxviii darrain passé tous incluz, dont nous avons fait 
nionstre le xxn*» jour du dit mois dé mars par devant Vigor 
de Saint Gabriel, viconte d'Avranches, et George Nesfeld a 
ce commis. En laquelle somme sont comprins quatre livres 
tournois qui rabatues nous ont esté par le dit receveur pour 
deux d'iceulx hommes d'armes deffaillans a la monstre de 
harnoiz de jambe, pour chascun d'iceulx vint sous tournois 
pour le dit mois ; ce payement a nous fait par le dit receveur 
gênerai par vertu des lettres du roy nostre sire données a 
Rouen le xx^ jour de septembre darrain passé, expédiées par 
messeigneurs les trésoriers de France et Normandie. De 



278 CHRONIQUE DO MOirNSAIIfr-MICHEL 

laquelle somme de yiic iinn xy lÎTres zyi sous rm denien 
tournois nous sommes et nous tenons pour contens, et en 
quittons le roy nostre dît seigneur, le dit receveur et tous 
autres. En tesmoing de ce, nous avons signé ceste présente 
quittance de nostre saing manuel et seellée de nostre signe 
a Vemon le vi« jour d'avrilTan mil ccoc et vint neuf. J. Har- 

FKLEY. 

{Arck. du dép» de la Manche^ fonds Danquin,) 



en 

1429, 8 AVUL, PAUS 

Meari VI mMkde à Pierre SmrreaUt JOit receveur gènMti» Nor^^ 
mandie^ en exécution ^une buUe dupapeMmrtin K, defrooUder 
au recùmfremeiU de deux décimes sur ies revenus ds tous les bi^ 
méftces eeelésiasiiques de Normandie, lesquels décimas doiveni 
être employés à la défense du pays et spécialement à Vexpul" 
sion des gens dt armes ennemis tenant garnison au Mont-Saint" 
Michel, 

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'An^eCerre^ 
a nostre amé Pierre Surreau^ nostre rççeyeur gênerai de 
Normandie, salut. Comme par buUe$ de nostre saint père le 
pape octroiées a nous et a nostre très chier et très amé oncle 
Jehan, régent nostre royaume de France, due de Bedford^ 
les gens d'église de nostre pais de Normandie, par octroiz 
iaiz par eulx, soient tenuz envers nous en dewi disgiesmes ou 
équivalentes sommes pour convertir et emploier a la def- 
fense d'icellui pais et par especial pour l'expulsion de nos 
adversaires estans en la place du Mont Saint Michiel, et sur 
ce le procès ait este' deuement fait par nostre amé et féal 
conseillier l'evesque de Beauvaiz i, juge apostolique ea eeat^ 



f . Pierre Ctndion, évêque de Beauvais da 4 leptembre 1430 à 14?!. Le i3 
mars 1429, Gascbon, député par le pape Martia V pour pfésiderà la )méb4a 



pat ti^t kque) a^ ordené ^ chascuç âiocm €om,gussair€& et 

r«c#T«:4ir» P9Ur ioV^^fH* ^ (^^i^r, Uvi^r, ^eiUir et recevQÎr 
l0s dis dû^esiB^, n^u^ vo^ m >j>d a a^ et commettons par ces 
pi^eseAt^ que vou^ P^9^^ ^ recev^ 4e& dis receyeurs ou 
commis paitioiliers les dei^iers des dixiesmes de^siçi» db ea 
faUant en ayde de droit coatraindre a ce tous cei43^ qui pour 
ceste cause seront imposez a paier leur impost par prinse, ar* 
restet détention de leurs biens et temporel, reservez les biens 
sacrez de Teglise qui sôût exceptez par les dictes bulles, non 
obstans opposicions ou appellations a ce contraires, et tout 
selon la forme des procès sur ce faiz; et les deniers qui en 
Tendront emploiez et convertissiez ou paiement des gens 
d'armes et de trait et autres choses neccessaires pour les faiz 
et affaires dessus dictes, selon les monstres et reveues qui 



doable dédme octroyé i Henri VI sur les revenas des bénéfices ecclésiastiques 
de Normandie, avait confié la levée de ce double décime dans le diocèse de 
Bayeuit à Richard Portefaix, chanoine de cette ville; som la hante surveillanee 
du pnenrde Saint-^Ld de Ronen et dé maître Raon! Roaatel, dflctcur en «Mcret, 
trtsorîer et chanoiiic de R«oen (MM. Nat., Qaîtt., t. ^, n» 1 06^). Le clergé 
bas-normand s'opposa do tantes sas 4Qneft à la levée de ce doable décime;. Ri- 
chard Portefaix» qui appartenait à l'use dea mçilleuiies fiamilles du Bessip, eut 
l»au frapper d*excommunicatfon et même dMnterdit les gens d'église récalcitrants, 
il n'était encore parvenu à recouvrer que des sommes insignifiantes dans les 
premiers mois de i43o; et le 19 janvier de cette année, il exhalait en ces ter- 
mes son mécontentement dans une circulaire datée de Ba]reux et adressée à tous 
Ites ecclésias;tiques du diopèse : « Jampridem alacriter increpati extitïmus super 
hoc quod decimam primo impositam non recepimus, quod tamen culpe nostre 
minime est imputandum, sed vobis domlnis prelatis ac ceteris viris eccitsîasti- 
ois' qui- sententias snspensioBis^ excommnnicafkMiis et aggraTadonis ajp ctiam 
interdicti, in vos, oollegia vestra ae ecclc^as vestras respective latas, n,oo for- 
midatis nec sustinere veremini, in magnum prejudicium animarum vestrarum, 
prout jam suspenai, excommunicati et aggravati diu extîtistis per processum 
^cti execntoris (Pierre Canchon), in valvis eccleaie Bajocenus et aliis ploribua 
lods appositum » (BiM. Nat, Quitt., t. 61, n* 126S; cf. Màn» de laSoeêété 
de if histoire de Paris et de VIle-de-Françe, V, 3qi à ao5). Le clergé nor- 
mand en général n'aimait pas les Anglais. En 1436, un religieux deTabbayede 
Préaux, Jean de Guillevflle, quitta son abbaye et s'enrôla sous les ordres d'un 
célèbre chef de bande nommé Gnillaume ou Guillemin Halley. Ces « ootlaws • 
firent trembler pendant quelque temps la région de Pont-Audemer et des envi- 
ions (4rcA. JVâl.» JJ 173, n" 5i3, 5i5, 534). Au mois d'avril 1428, quatre re- 
ligieux de l'ordre des i^rères Prêcheurs, du couvent de Caen, étaient prison- 
niers i Rouen sous l'inculpation d*avoir commis plusieurs crimes de lèse-ma- 
jeslé, «t leur prieur mahre Jean Jobart rédamait en vain leur mise en liberté 
[mu. Nat., Quitt., U 59, n« ^2). 



28o CHRONIQUE DO MONT-SAINT-MICHEL 

seront deuement fiiictes des dîz gens d'armes et de trait par 
les commissaires qui a ce sont ou seront ordenez et commis. 
El par rapportant cespresentes«.. Donné a Paris le yiii^« jour 
d*ayril l'an de grâce mil cccc vint et neuf après Pasques, et 
de nostre règne le septiesme. Par le roy, a la relacion du 
conseil tenu par monseigneur le régent, duc de Bedford. 

J. MlLET. 

(BibL Nat,f Quittances, t. 60, it« 1073.) 



cm 

1429, l5 AVRIL, PARIS 

Henri VI mande à ses trésoriers tt employer les 2,5 00 livres 
tournois prùvenani de Vaide spéciale^ levée dans les deux baillia- 
ges de Caen et de CateHtin,à acheter 11,000 saints d'or, et dé 
porter en Angleterre la dite somme destinée au payement des 
gens d^armes et des navires qui doivent assiéger par mer lé 
Mont'Saint'Michel, 

» 

A Guillaume Biote, vicoûte de Caen, et Jehan Anzeré,' 
procureurs des habitans des bailliages de Caen et Constentin, 
suffisamment fondez^ quant a ce par vertu de quatre pro- 
curacions faictes et passées les xii , xiiii , xviii de fe-' 
vrier ccccxxviii et le xxviii« d'avril ccccxxix pour les bour-' 
gois et habitans des villes de Caen, Baîeux, Carenten et 
Saint Lo es diz bailliages, ausquelx ou nom que dessus a esté 
baillée et délivrée par Pierre Surreau, receveur gênerai de 
Normendie, la somme de vint cinq mil livres tournois qui 
octroyée et accordée avoit esté par les habitans des dis 
bailliages estre cueillie et levée sur eulx et assise avec et 
pardessus leurs assietes et impostz des premiers et second 
paiemens de l'aide de ix^^m livres tournois octroyé au roi 
nostre dit seigneur par les gens des trois Estas du pais et 
duchié de Normendie en l'assemblée faicte a Rouen au moys 
de septembre ccccxxviii, pour et en entencion de ypelîe 



PIÈCES DIVERSES 28 1 

somme de xxvm . livres tournois astre cosiyertie et employée ou. 
recouvrement de la place et forteresse du Mont-Saint-Mi- 
chiel... Par autres lettres du roy nostre dit seigneur données 
a Paris le xv<» jour d'avril mil ccccxxix ensuivant est mandé 
que par'ycelui receveur gênerai feust achetée la somme 
de. xiK salus d'or et ycelle bailliée et délivrée a yceulx pro- 
cureurs pour la porter ou pays d'Angleterre et convertir ou 
paiement de certain nombre de gens d'armes et de trait, 
vaisseaulx et navires nedcessaires et convenables lors avisez 
et ordonnez estre mis sus pour mettre et tenir le dit siège 
devant le dit Mont par la mer, selon l'ordonnance sur ce- 
faicte, laquelle somme de xi 11 salus d'qr, avec ce que cioustera 
pour changede monnoie a or, seroit alloée es comptes du dit 
receveur et rabatue de sa recepte, comme par les^ dictes cy 
rendues appert. Pour ce ycy, par vertu des dictes lettres, 
comptant aus dessus diz procureurs, c'est assavoir en ùu^ sa-' 
lus d'or, au pris de xxvii sous vi deniers tournois pièce, 
vM V c livres tournois ; et xix m yc livres tournois en blanche 
monnoie sur le dit impost ordonné estre cueilli es diz bail- 
liages, par quittance des diz deux procureurs fieiicte le dit 
vurjour de juing mil ccccxxix cy rendue.......... xxy^ livres' 

tournois. > 
(BibL Nat,, ms, fr. m 4488, fi^ 2 14 et 21S.) 



CIV 

1429, PU 27 MAI AU 3 JUIN 

Articles de compte mentionnant des correspondances échangées 
entre le grand Conseil de Henri VI, d'une part, Robert Jolivèu 
abbé du Mont- Saint-Michel, et Raoul le Sage, de Vautre^ au 
sujet des préparatifs faits en Angleterre pour le recrutement 
d'un corps d'armée et l'équipement d* une flotte destinés à assiéger 
par terre et par mer le Mont-Saint-MicheU 

* . ■ • • ' 

 révérend père en. Dieu monseigneur Robert, abbé, du 

Mont Saint Michiel, conseillier du roy nostre sire, pour le 



»8a CHRONIQUE DO NONTrSAIlIT-MICHEL 

Plt|c|0ii^t de kok îours commeiifans le xxvii» jour de ma^ 
CQffflMT et fioens le tien ymir de jumg ensuivent inclux, 
<m^^j% efferiBj^ eypir veicques au voyage par lui fait, de la 
viil# 4# Rouen es villes de Gamaches et Eu pardevers nés^ 
seigg^urs l'abbé dç FescaJQQpf CQO^illier, et maistre Jehan de 
Einel, sfsçretaire du roy nostre dit seigneur, venans d'An-i 
gletefr^, et pardevera monseigneur de Saint Pierre ^ estant 
au fik Qaniacheçi pQur plusieurs hesongnes et affaires tou- 
chans le hiei»^ 4u roy nostre sire, pour occasion du siège ad- 
visé est^e mis piir mer et par teire devant la place du Mont 
Saint Miç)iiel Qccuppée par les ennemis, la garde et seurté 
d€;s ville et ^hastel du Crotoy et autres choses toi|chaiis le 
bîex^ d'icellui seigneuir, au dit pris de vi livres toomois par 
iour a lui tauxer, comme dit est dessus ; par quittance de luy 
faiçtfi le UH* |our de )uing mil gccgxzix cy rendu .. . j ... . 
zLviu Ifvces ^«unM>is. 

(BiU. Nai.j ms, fr. «• 4488^ />• 625 et 626.} 

A GuiUi^ume Poulain, messaigier a cheval, auquel a esté 
paie la somme de vu livres «eous tournois, pour avoir porté 
de Rouen a Gamaches en Vimeu, ou mois de may ccccxzix et 
ou dit mois de juing ensuivant,, lettres closes de par monsei- 
gneur le chancelier de France et grant Conseil du roy nos- 
tre sire adressans a monseigneur l'abbé du Mont Saint Mt- 
chiel et Raoul le Saige, chevalier, conseilliers d'iceUui 
seigneur ; iUec a séjourné trois jours en attendant par leur 
commandement leurs lettres closes, pour porter d'illec a Pa- 
ris a mon dit seigneur le chancellier, avec le double des ins- 
tructions et responces aportées d'Angleterre par messeigneurs 



I. J^wA le S^e, seigneur de S^iat-Pierre («u|. Saist-Pieife-Eg^se, If an- 
che, arr. Cherbourg), fil» 4e Pierre k Sage et d'une Pic^uet de la Haye, élu du 
diocèse de Coutances en 1403, maître des requêtes de Thôtel de Charles VI le 
3o |uin 1409; gouyemenr dii Ponthieu en 1413, chancelier du duc de Tonraîne 
en 1414, marié avant' le i5 novembre 141 6 à Jeanne de Hénin, dame de Hénin 
et de Bossu en Halnaut^ seigneur de Laviers et marédiai hérédital de Pontl^eu 
en 1416, rallié aux Anglais dès 1418, conseiller du roi d'Angleterre en 1430, 
gratifié par Henri V de la seigneurie de Roncheville en 143 1 et par Henri VI ou 
plutôt par Bedford de ceBe de Gamaches en T434 (G. Salge, NÔtepàvt servir 



nftCES DIVEISES 28% 



P^b4 de Fei^cmp» R«9mI S^nteHler, obevaUtr, ai 
J.oha^ 49l Rifiel, s^cretsure 4'ijceUui stigo^uiF, bicfcs ou dit 
pays d'Angleterre, sur Farmée et navire ordonné venir 0|<st- 
tre le siège par mer devant la place du Mont Saint Michiel, 
et en icelTe ville de Paris a séjourné autres trois jours en at- 
tendant par le commandement de mon dit seigneur le chan- 
cçilrer autres lettres closes de lui et du grant Conseil adres- 
sans a mes diz seigneurs Tabbé du Mont et Raoul le Saige 
estans au dit Gamaches ; ouquel voiage le dit Poulain a va- 
q^ûé icn jours, tant en allant, séjournant que retournant. 
Pour ce cy, par quittance faicte le vin* jour du dit mois de 

jtiing mil ccccxxix cy rendue vu livres x sbùs 

tournois. 



cv 

1429, 8 JUILLET 

Àrtiûlès de compte menUmmant : i^ des préparatifs faits par let 
gami$<ms françt^ses du Mant^Saîni'Michel et de la Granetle 
pùur meàre la siège demnt Bemtortmt; a» la dSmolÙtim det 
. fortificadouM de la dUa place et la renfaréemen$àtdit0ee$ee gar^ 
. m^a$s atigl^esi» not^unment dc^çeUes d^Amwnchas at da Tomèa* 
mne, par l'adjonctiw, d^unf p^tk 4fs genf ^jvpsm 4KI Mpyaieni 
auparavant au dit lieu de Pontorson. 

A Guillaume Poulain, messaigier a cheval, auquel a esté 
paie la somme de xlv sous tournois, pour avoir porté hasti- 
vement de la ville de Rouen a Harfieu lettres closes de par 
le bailly de Constantin adressans a messeigneurs Fabbé du 
Mont et de Saint Pierre, chevalier, eonseilliers du roy nos- 
tre sire, tbuchans certaine armée que l'en disoit que faisoient 
les ennemis du roy nostre sire estans au Mont Saint Michiel, 
la Gravelle et autres places pour aller mettre le siège devant 



984 CHRONIQUE DU MONTAS AINT-MICHEL 

Pontorson... Pour ce icy, par quittance Êdcte le viii* jour du 

dit mois de juillet, cy rendue xlv sous tournois. 

(BibL Nat., ms, fr. ti9 4488, f 7 33,) 

A Thomas Bourg, escuier, capitaine d'Avranches, lequel 
par l'ordonnance de monseigneur le bailli de Constantin ait 
prîns et receu en la dicte ville d'Avranches, avec les gens 
estans soubz lui en garnison de sa retenue ordinairç au dit 
lieu, Jehan Joxe, escuier, xuii autres hommes d'armes et les 
archiers tous a cheval en plus grant nombre, du nombre des 
iiiiu hommes d'armes et les archiers a cheval qui estoient de 
la retenue et garnison de Pontorson, soubz monseigneur de 
Scales, chevalier, capitaine du dit lieu, auparavant la demo« 
licion du dit lieu de Pontorson, lesquelx, après la demolicion 
dessus dicte faicte de la dicte place pour certaines causés au 
c<>mmencement du moys de juillet mil ccccxxix, furent par 
Tadvis du dit monseigneur le bailli de Constantin mis et or- 
donnez en diverses places. Entre lesquelles, ont esté mis en 
la dicte ville d'Avranches le dit Jehan Joxe, xliii autres hom- 
mes d'armes et les archiers par l'ordonnance de mes diz sei- 
gneurs du Conseil a Rouen, pour la garde, seurté et deffense. 
d'icelle ville, et en la garnison de Tombelaine, un hommes 
d'armes et xxxv archiers a cheval de creue venuz du dit Pon- 
torson, oultre les dictes garnisons ordinaires, pour y servir 
jusques a la Saint Michiel ensuivant l'an mil ccccxxix ou 
jusques a ce qu'il autrement en fexist ordonné, lesquelx ou 
partie d'iceulx y. ont servy depuis le viii« jour de juillet des- 
sus dit jusques.au derrain jour de septembre ensuivant, sans 
avoir paiement de leurs gaiges fors que durant ledit temps 
leur a esté fait certain prest, tant en provisions de vivres que 
en argent, par les vicontes d'Avranches et de Constances. 
Et pour ce et autres causes, contenues et déclarées es lettres 
patentes du roy nostre sire données a Paris le vni« jour d'oc- 
tobre mil ccccxxix, est mandé par. ycelles estre paie par le 
dit receveur, gênerai les gaiges et regars des diz hommes 
d'armes et archiers..., par quittance .du dit Thomas Bourg, 
escuier , faicte le xvui<* jour du dit moys d'octobre . mil. 

ccccxxix, cy rendue. milL livres 

XVI sous VIII deniers tournois. 

(Ib%d,,f^*482et483,) 



PIÈCES DIVERSES 285 



CVI 

1429, 8 JUU4.BT 

Montré de ta garnison de Tombelaine, composée de 23 lances, 
dont 17 à cheval et 6 à pied, et de 55 archers^ passée par Jean 
Josse et Vigor de Saint-Gabriel^ vicomte d*Avranches, en pré- 
sence de George Nesiéfield, contrôleur delà dite garnison, * 

Ce sont les monstres des gens d'armes et de trait de lagar^ 
nison de Tombellaine prinses par Jehan Josse et Vigor de 
Saint Gabriel, viconte d'Avrenches, a ce commis en la pré- 
sence de George Nessefeld >, escuier,contreroulleurde la dicte 
garnison, pour le mois de juillet, le viii^ jour du dit moys, 
Vàn mil iiii^ et xxix. 

Lances : 

Jehan Nessefild. Guillaume NessefUd*. Guillaume Hillec-^ 
ton. Adam Warde. Thomas Boterel. Georges Nessefild. Guil- 
laume Strewde. Thomas de Whirst : les dessus diz armés et 
ordonnés suffisamment, — Thomas Personne. Hion Sactin. 
Hion Creston. Jehan Creston. Jehan Sactin. Gieffrei de 
Whirst. Jehan Lavicton. Christoire de Whirst. Jehan Be- 



I. Le 28 avril 1419, Henri V avait donné à George Nessefield, éca^ner, les 
biens confisqués de Jean des Pas, écuyer rebelle {Mém. de la Soc. des Ant. de 
Norm., XXIII, n« 490}. Le 8 mai de Tannée suivante, George avait été nommé 
capitaine des château et ville de Vire (Ibid., n* 838), et avait été remplacé dans 
ces fonctions le 14 janvier 142 1 par Walter Fitz-Walter (Ihid,, n* 912). Cet 
office de contrôleur ou d'inspecteur, que George Nessefield remplissait en 14B8 
auprès de la garnison d'Âvranches, était fort important. Les contrôleurs des 
garnisons anglaises de Normandie ne relevaient que du duc de Bedfbrd avec qui 
ils correspondaient directement^ 

2.. Le 7 mai 1419, Guillaume Neesefield, écuyer, sans doute l*uti des frères de 
George Nessefield, s'était fait donner par Henri V Timportante seigneurie de 
Ducey (Manche, arr. Avranches), rapportant annuellement 3oo écus,. dont 
Jean de Meulan, chevalier, et Hector de Pontbriant, écuyer absent, se dispu- 
taient la possession {Ibid,, n» bSj; Reg. des dons, p. 117 et 118). Le 2 dé- 
cembre 1430, Guillaume Nessefield fit hommage à Henri VI, par acte daté d« 
Rouen, de ce fief de Ducey, sis en la vicomte d'Âvranches, qui lui avait été 
donné dix ans environ auparavant par Henri V [Arch. Nat., P 267», n« 45*). 



2fS6 CHRONIQUB DO MOMT-SàlKT-MICHEL 

champ. Henry Norton. Robert Crosseby* Jehan Houillier). 

Jehan Butillier. Guillaume Keif. Robert Yeop. Somme .: 
xxin lances, xvu a cheval, vi a pié. 

Archkrs : 
Pierres Ourey. Thomas Orîen. Thomas Rinston. Jehan Fer- 
ding. Jehan Robourg. Guillaume Roussel. Jehan Jaques. Jelum 
Prestrel. Jehan Esbestr^. Menry Armurier. Philippe Basset. 
Henry Baron. Thomas Mayn. Jdian Allaio. Thomas Kouke. 
Richart Philippe. Thomas Clives. Morice Brom. William Wa- 
cesse. William Barbier. Jehan Cherp : les dis archiers ordon- 
nés suffisamment. — Jehan Taillefer. Philippe Rousse. Jehan 
Perrey. Henry Vigot. Guillaume BoUay. Robert Howton. 
Jehan Sandrey. Allain Ratford. Jehan de Tîeullierès. Raoul 
Genres. Ricart Riwerwarde. Ricard Stansford. Jehan Lau- 
rier. William Croston. Jehan Laige. Ricart Sandrey. Jehan 
Brom. Jehan Boudes. Jaquet BIschart. Ricart Brânseby. Je- 
han Broc. Guillaume Brunet. Jehan Vigueroux. Jéhàn Pe- 
tit. Robert Walton. Germain Hais. Symonnet le Feiyre. 
Jehan du Bisson. Jehan Tremain. Perrin Hemdis. Thomas 
Hospas. Thomas Dautid. William Martin. Henry Coucytry. 
Somme : lv archiers. 

[Arch. Nat., sect. hisU^K 63, n9yK) 



CVII 

I4S9, l3 JUILLET 

Jean Corhissier^ lieutenant du maître des eaux et forêts de Gour^ 
nay et Neufchateî, donne quittofiçe d'une somm^ de 8 S iwres 
tournois à lui assignée comme indemnité d'un voyage de 44 jours 
Jait en Angleterre^ par ordre de Jean, duc de Bed/ord, ea com- 
pagnie de Jean Chambellain, contrôleur de la recette généraie 
de Normandie, €^n de pourchasser navires et gens de guerre 
pour mettre le siège par mer devant le Mont-Saint^Michel. 

Saichent tuit que je Jehan Corbissier, lieutenant 4u mab- 
l;re d^s eaues et lorest? es vicontez de Goumay et Neufchaa- 



tri, CMfto^ dv«ir eu et reoeu dé Pierre Surreaù, twttêar 
gênerai de Normandie, la somoMe tle qtmtra vhis haie fims 
touroois 9, m»Y twoée et «rdoaaée par metaeigttCQfs du 
grant Conseil du roy nostre sire en Noria— liiv pour mg 
voiage par moy fait ou royaume d'Angleterre^ par leur or- 
donnance et cominandement, en la compaignie de Jehan 
Quimbfllamt ^atrerolleùr de la dicte reoepte ij^nerale de 
Normandie, pour ilec soliciter, pourcfaaeier et pourveoirdli- 
yobr naves et gens de gecre pour meto^ le siège par mer de- 
yavt le Mont Saint Michiel, ainsi que adviséestoit par mon- 
seigneur le ffc^nt et mes diz seigneuis du conseâ. Ouquel 
vqyitge j'ay vacqué xlhii iours..., comme il appert par let- 
tres de mandement de mes diz seigneurs données a Rouen le 
xii® jour de ce présent mois... £n tesmoing de ce, fey seellée 
. ceste présente quittance de mon seel et signée de mon saing 
jiianiiel le ziu* jour de juillet Tan aâ code et vint neuf. 

J. CORBISISR. 

(Bihl, Nat,, Quittances, t. 61, n® X//7-) 



CVIII 



1439, ao JUiUtiT 

Montre d^un détachement de renfort ajouié pendant un mois à 
l'effectif ordinaire de la garnison de Coutances^ comgosi de 
s lance à cheval, de 20 archers à cheval avec capeline, trousse^ 
gros pourpoint et épie ; montre passée par Jean Green^ Itèads- 
nant de monseigneur de Talbot, et Fouquet Qaffes, Ueutenant de 
Jean Harpeiey, MIU du Cotentin, 



Cy ensuit les nons d'une lance et vingt archers a cheval 
ordonnés par messeigneurs du Conseil du roy nostre sire en 
Normandie a estre pour ung mois en gamiâson a Cous-» 
tances pour renforchier la garnison du dit lieu de Coustan^ 



!Â98 chronique du MONT-SAiNT-MICHEL 

ces, icellni moys commenchant le xx« jour de juillet mil çcoc 
vingt neuf.' Et premièrement 

Richart Groford, lescuier, lance a clieval, monté «C' armé 
bien et suffisamment. 

Ârchiers a cheval : 

Jehan de Croville. Colin Tourgis. Guillaume de Wychege- 
nes. Rogier Glassebourc. Gi^illaume Armercy. James Ahauld. 
Richart de Lespine. Richart Mente. Jehan Brocquesot. Digon 
Marlaon. Nicolas Fleschier. Robert Birchiel. Jehan Bissel. 
Jennequin Franchin. Thomas le Pesant. Simon le Preu- 
domme. Estienne Meriel. Richart Hacgnart. Pierre Mocol. 
Jehan Martin. Tous montés a cheval et habillés de cappeline 
avecq trousse, gros parpoint et espée. 

Tous lesquieulx dessus nommés ont esté par devant nous 
Jehan Grain, .lieutenant de la dicte ville de Coustances pour 
monseigneur de Tallebost, et Fouquet Gaffes, lieutenant côm- 
mb de messire Jehan Harppelley, chevalier, bailli de Costen- 
tin, commis en ceste partie de mes seigneurs du Conseil du roy 
nostre sire en Normandie et iceulx veus en monstres, ainsi 
qu'il est acoustumé faire en tel cas, et selon le contenu en 
nostre commission, lesquelz sont bien et deuement habillés, 
ainsi que dessus est dit, et hommes abîllés a estre passés a 
monstre '. Et ce certifiions a tous a qui il appartient, tes- 



1. Après la tentative infructueuse des Français contre Paris, les Anglais 
Aemblent avoir craint que Jeanne d*Arc n*entreprît une expédition en basse Nor- 
mandie pour dégager le Mont-Saint-Michel. liest certain que le duc d'Alençon 
pro|eta alors cette expédition ; mais l'opposition des conseillers les plus influents 
.de Charles VII, jaloux de la bonne entente qui n'avait cessé de régner entre la 
Pncelte et le « beau duc », ne permit pas de réaliser ce projet. « Poy de temps 
'-après,'liti^ondafis la chronique de Perceval de Cagny, 'le ditd'Alençon assembla 
f gens pour entrer on pays de Normendie, vers les marches de Bretaigne et du 
iiaine^ etpoar ee foire rèquist et fist requerre le roy que il lui pleust lui bailler 
la FoeeUe, et'que<par le moien d'elle plusieurs se metroient en sa compaignie 
0^ ne se bougeroient, se elle ne faisoit.Ie chemin. Messire Regnault de Chartres, 
le seigneur de la Tremoille, le sire de Gancourt, qui lors gouvernaient le corps 
du roy et le fait de sa guerre, ne voidrent oncques consentir ne faire ne souf- 
frir que la Pucelle et le duc d'Alençon fussent ensemble; ne depuis ne la poeult 
'recouvrer.» (J. Quicherat,' Procès de Jeanne d'Arc, IV, 3o). Ces mots « le 
.pays' de Normande, vers les marches de Bretagne et du Maine », ne peuvent 
«désigner que PAvranchin, et l'oncoâiprénd'd'ailleurs que les Français' avaient 
jumt intérêt à opérer d'abord dans cette région où îls pouvaient s'appuyer sur 



PIÈCES OIVEESBS 289 

.moings nos saingz manuelz cy mis Tan et jour dessus pre* 
miers diz. Grene. Gaffés. 

(Arch, Nat,y sèct. hisu, K 63 j «« 7^.; 



CIX 



1429, 17 AOUT 

Article de compte mentionnant le renforcement de la garnison 
anglaise de Saint-Lo à l'occasion de plusieurs chevauchées faites 
par les Français devant cette ville pour essayer de la prendre, 

A messire Raoul Tesson >, chevalier, seigneur du Grippon, 
et a Pierre le Boulengier, clerc du bailliage de Constantin^ 



rimprenable forteresse du Mont-Saint-Michel. QuoiquUl en soit, les Anglais 
renforcèrent vers le milieu de 1439 toutes leurs garnisons de basse Normandie, 
« icelles creues mises es moys de . juillet, aoust et septembre mil ccccxziz, 
pour la garde et deffense des dictes places et pays de Normendie, a roccasion dtt 
siège d*Orleans qui estoit levé par les eimemis qui lors se mettoient sus a grosse 
.puissance pour conquérir pays » {BibL Nat., ms. fr. n« 4488, f'477}. Unch^ 
valier normand rallié aux Anglais, Raoul Bouteiller, fut chargé de tenir les 
champs et de visiter les places de basse Normandie à la tâte de 60 hommes 
d*armes et de 180 archers {Ibid., f* 478.'. La garnison de Falaise, dont Talbot 
était capitaine et Thomas Gower lieutenant, reçut 6 hommes d^armes et 3o aiw 
chers à cheval de renfort {Ibid., f'* 481 et 482} ; celle de Coutances, dont TaW 
bot était aussi capitaine, a lances à cheval et 70 archers de renfort sous Guil<» 
laume de Clamorgan, Richard Crawford et Philippe Guemon, écuyers (Ibid., 
fM 485 à 487) ; celle de Vire, a hommes d'armes à cheval et 18 archers de ren* 
fort sous Guillaume Nessefield (Ibid,, fo 487) ; celle de Bayeux, 3 lances et 14 
archers de renfort sous Guillaume Lindeley {Idid,, fo 489); celle de Caen, 
6 hommes d*armes à cheval et 3o archers de renfort sous Thomas Hossequin» 
son {Ibid., fo 400). Nous publions ci-dessus les articles de compte où il est fait 
mention des renforts que reçurent à la même date les garnisons anglaises de 
Saint-Lô, d*Avranches et de Tombelaine 

I. Raoul Tesson, marié à Béatrix de Ryes CBibl. Nat., Quitt., t. 59, n« 921), 
s'était soumis de bonne heure à la domination anglaise. Le 9 avril 1422, il s'était 
fait donner par Henri V, alors campé avec son armée devant Meaux, les' biens 
confiqués de Jean Tesson, chevalier, son frère, qui s'était retiré en France où 
il était mort plutôt que de prêter serment de fidélité à l'envahisseur Odim% 

19 



290 CHRON1Q0C nv MONT-SAINT-MICHEL 

«iifttd Pferre le 'Boulengier fut ordonné et inandé pttr'hles 
dis seigneurs du Conseil, ou moys d^aoust mil ccccxxix, qu'il 
retenist et meist en garnison en la ville de Saint Lo xxx ar- 
chiers ou arbalestriers pour iUec servir a la sauvegarde du 
dit lieu pour ung moys et depuis, c'est assavoir le xvii* jour 
du dit moys d'aoust ensuivant, mes dis seigneurs, pour 
l'absence et emprisonnement de monseigneur le conte de 
Suffolk^ capittûne d'icelle ville, et obvier aux iiiconveaiens 
qui se povoient ensuyr au dit Heu par deffault de y avt)ir 
chief et capitaine, mesmes que a ce temps les ennemis en 
grant nombre avoient couru plusieurs foys devant ycelle 
ville pour essayer a ycelle prendre, ordonnèrent et com« 
misrent le dit messire Raoul Tesson a estre chief et gouvèN 
neur de la dicte capitainerie du dit lieu a la charge et retenue 
de deux hommes d'armes a cheval, lui comprins, et xl ar- 
chiers ou arbalestriers a cheval, comprins ou dit nombfé 
les xxx archiers ou arbalestriers mis par le dit Bbulengier, 
comme dit est, îusques a ung moys entier commençant 4ie 
xxt« îour du dit moys d'aoust... Cy rendu avec quittance 4t 
luy faicte le dit xxi« jour d'aoust comptant par la main dn 
viconte de Carentén... cl livres tournois. 

(Bibt, Nat,, ms.fr. n<» 4488, '/* 488.) 



•de la Soe. des Ant, de Nitrm., XXill, n*^ i3aa). Le 1 1 Mpteittbre r45o^ Raûttl 
Tesson fit hommage à Henri VI à Rouen de ta aeigaettrie du Grippon {àii|. 
hameau de la commune des Chambres, Manche» arr. Arranshes, c. la Hàyçr 
Pesnel), mouvant du roi de France et d'Angleterre, duc de Konnandie, à cause 
de sa Ttoomté^d'ATranches ^iirtAr. Nat,,^. i6y^, n* 459). En 1452, le fei- 
goeur du Grippon quitu bnisqaement le parti anglais et et railla, comme nèas 
le verrons, i la cause française sous rinftnence du duc d'AJençdn fArch. 'Nai.^ 
JJ 175, n« 284.) 



nèCES DIVERSES I9 1 



1429^ 18 ACUTy VÀLOteKM 

^Pknl^ de lu 'Roque, *Ueutenant du bailli de Cc^ntH, pùmde ûe 
: titrer S5 9om à deux me$sagers qui tmt porté de Saint^Lâ à 
- Vidognes deux mandemmti des gens du Conseil du roi d^Af^ 
, gleterre séant à Rouen, dont l'un recommande de ne laisser 

s* embarquer, pour passer la mer, aucuns gens d'armes anglais, 

gallois ni autres. 



«Pierre de la Roque, lientenaot gênerai de noble homme 
^q^oseigneur Jehan Harpelley, cheTalier, bailH de Consten^ 
ùo, au YÎconte de Valtokignes, salut. 'Nous avons tanxé a 
^^han £scourtemer et Estienne Eseourtemer, pour leur 
^ine et travail d'estre venus de âeiint Lo a Vallotai^nes'et 
#yoîr apporté devers nous deux .mandemeas de nos seigneuns 
les gens tenans le Conseil du roy nostre sire a Rouen, 
l'un pour le fait du secours de la ville d'Evreux donné a 
Rouen ; et l'autre, pour garder que aucuns Anglois, Gallois 
ne autres gens d'armes ne fussent lessiés passer la mer, 
Âotaié au dit lieu, lesquelx Esoourtemer sont venus ensem- 
ble, pour la doubte et dangier qui estoit sur le chemin et 
pour ce que bonnement l'en n'eust peu trouver homme seul 
qui eust voulu entreprendre le voiaige, la somme de trente 
.cinq soubz tournois. Sy vous mandons... Donné a Valloin» 
gnès le XVIII* jour d'aoust l'an mil uiic xxix '. P. de la 
Roque. 

(Bibl, Nat.y Quittances, t. 60, w» ii3o.) 

I. Cette pièce^ dont noas avons déjà donné le texte {Mim, de la Soc, de 
fhist, de Paris, V, 3o5 et 3o6), est si importante au point de vue de l'histoire 
de la iMSse Normandie pendant Poccupation anglaise, que nous croyons devoir 
la publier ici pour la seconde fois. On 7 voit que les merveilleux succès de 
Jeanne d'Arc avaient provoqué, dans les rangs des soudoyers anglais, une pa- 
nique qui était à son comble vers le milieu de 1429. 



.99^ CHRONIQUE DU MONT-SiUNT-MICHEL 



CXI 

1429, 3l DECEMBRE 

Rançùns payées par André de SemUly etiPerrin d^AuxmSf de ia 
garnison française du Mùnt^SaùU''MicheU faits prisonniers sur 

' la grève par Edouard Beauchamp et Christophe de Weist^ hom- 
mes d'armes de la garnison anglaise de Tombelaine. 

Edouart Beauchamp a ung prisonnier; noAmé Aodrieu 
Samilly, de la garnison du Mont Saint Michiel, rançonné 
-dix huit saluz d'or, prins sur la grève devant la dicte |>lace 
•de Thombelaine. 

Christofle de Weist a ung priscmnier, nommé Perrin 
d'Aucey, de la garnison du dit lieu du Mont Saint Miclii^» 
rançonné vint saluz d'or, prins sur la grève devant la dicte 
place de Thombelaine. 

(BibL Nat., Quittances, t. 61, «» /220.) 



CXII 

14^ (n. 9t.)t l3 MARS, ROtIBM 

Je^9 duc de Bedfordt régent de France^ institue pour deux mois 
et demi Guillaume de la Pôle, comte de Suffolk et de DreuXt 
lieutenant du roi d'Angleterre es bailliages de Caen et de Coten- 
tin, avec un détachement de 38 hommes d'armes et de 114 ar^ 
chers payés aux frais du trésor royale et met sous les ordres 
du dit comte les 62 hommes d'armes et les 206 ar chère mis sur 
pied naguère pour la défense de la basse Normandie et là ré- 
duction des forteresses occûpéu par Fenoemi , 

Jehan, régent le royaume de France, duc de fiedford, a 
nostre très chier et bien amé messîre Thomas Blount, che- 



PIÈCES MVERSES SpS 

■ * .* ' . ■ • 

vàlier, trésorier et gênerai gouverneur de toutes les finances 
de monseigneur le roy ou duchié dé Normendie, isalutet dî- 
lection. Comme de nouvel nous ayons fait, ordonne et re* 
tenu nostre très chier et très Amé cousin Guillaume Pôle, 
conte de Suffolk et de Dreux, lieutenant de monseigneur le 
roy et le nostre sur le fait de la guerre es bailliaiges de Caen 
et de Constantin, du jour d'icy jusques au premier jour dé 
fuiftgprouchàinement venant;- parmi ce que nostredit cou- 
sin aura' et tendra continuftlment avecques lui etentour sa 
personne trente huit hommes d^armes et cen^- et quatorze 
archiers, tous a cheval, sa personne en ce non comprinse, 
et les personnes de deux chevaliers bachelers en ce comprin- 
ses, pour iceulx tenir, avoir et emploier ou service de mon 
dit seigneur le ;'oy et le nostiie, tant pour chevauchier parmi 
les dis bailliages pour la sauvegarde et seureté d'iceulx et du 
pays des basses marches d'environ comme pour la recou- 
vrante de certaines places et forteresses tenues et occuppées 
ou dit pays par noz ennemis et adversaires, reboutement 
-d^tceidx et leur faire guerre» oultre et pardessus le nombre 
de soixante deux hommes d'armes et de deux cens et six ar- 
chiers qui n^ueres avoient par nous esté ordonnez estre 
côttduitz et menez pour la recouvrance et seufeté du dit 
pays et reboutement des diz ennemis par les capitaines qui 
ensuivent, c'est assavoir, par messirè Edouard Weure, che- 
valier, capitaine de Saint Lo, dix hommes d'armes et trente 
archiers natifz d'Angleterre, sa personne non comprinse; 
par- messire Raoul Tesson, cheValier, cinq hommes d'armes 
et quinze archiers ou arbalestriers, sa personne comprinse ; 
par messire Guillaume Fortescu, chevalier, quatre hommes 
d'armes et douze hommes de trait, sa personne comprinse ; 
par messire Jehan Fauc, chevalier, quatre hommes d^arnies 
et douze archiers ou hommes de trait, sà personne com- 
prinse ; par messire Robert de FrevîUe, chevalier, seigneur 
de Pirou, trois hommes d'armes et neuf hommes dé trait,* 
sa personne comprinse; par messire Guillaume des Moulins,: 
chevalier, deux hommes et six hommes de trait, sa personne 
comprinse; par Henry Standisch, escuier, capitaine d'Ex- 
mes, vint hommes d'armes et quatre vings archiers, sa per- 
sonne comprinse ; par Emond Charles, escuier, dix hommes- 
d'armes et trente archiers, sa personne comprinse ; par Jehan 



JI94 CHRONIQUS PO MmTHMONT-MICHEL 

d'Âgglomgm^ «wmtr^ de» h— nw» tf tno» ^ six hoania» d». 
imVM |^«rsciM« wiftpiiiiait» et p^r GiiUhMtisiii (fa|:'CI««ei^ 
gHi, mcimr^ dçuxrhowwioi d'4iifiie$ «ti m b«mmet<ia'Miiv 
sa p«nonne compriuse, Iqiw «i «Qhç¥alt. Iiia9q[j«tl3(.m^.)M?9M 
mes d'armes et iic et vi archiecs seront et avons enn 
donné et ordoanoâs estre d'ores eni availt eet^nks/et tnenea 
par nostre dit cousin jusqyues au dit premier jour de juiqg 
prouckain venant. Et se aînsâ«^»ttak que le» dis capitaines ne 
feussenl fournis, chascun endroit soy, de son dit nombre, 
nostre dit cousin sera tenu ds parfoumir tdut ce qu'il s'en 
deffauldira. Pour lesquels soixante deux hommes d'armes et 
cent et xiiii archiers et aussi .pour ceulx que icellul nostre 
cousin fournira pour le dit nombre parfournir, s'au^ms en 
lournist, dont il fera mpnstses, il mira et pp^dra gaîgiss, c'est 
assavoir : pour chevalier bachellier, deux sola eeterlins le 
jojtc monnoie! d^AsgktertevfMmr b^nuKe dtettiBaf. dettift 
deuersr e^erlios le «jour de> ht dicte lAonAOÎe-aveequeiP îe-> 
fioés aecoustum^; et pour chascnn archier, sîr dettief» ^ê»^ 
tedin&ie jour d'icelle momioie, en preiiant le noblot d^A)v 
gieterret pour six sX>\z huit deniers esteiliAs monncne dâssus 
dicte ou autre monnoie coursable en France a la valeur. Et 
avecques ce, afin que icellui nostre cousin se puisse tBaigiilY. 
emploier .ou dit ^rvice etplus htenQumUeaient'mnsMir 
et eouttenir son esiat, il aura et prendra la sosmne^ de^ trcÀ 
ems trente trois livtcis ér eols huîn djeniece toumoia- pas 
ehascui^ mois durant le terme de son dit office do Ueuleiiaiit^ 
dotttprest et paiement lui sei^ §Btt tant dfa dis hejpmta 
d^armea et archiers comme poo» &m dit estât pour UAgsiMi 
e'est assavoir : pour xv jours avant la main, incontiiieiit set 
premières monstres faiete^ des dis hommea d-anàes erar« 
«piliers, lesquelles il sera teau de- faire en la vittedeCaen edi^ 
viron lexxn'^^iour de ce présent mois de mars pardevant les 
aresoriet et receveur geiierauU de Normend» ou leurs con»* 
mis; et pour les autres xv jours,, en la fia du dit mots; et 
pour le aeurplus du temps dessus dit, en la fia d^ledhii) ûstosi 
aes: monstres ou neveuea des .finances du dudiié de Normeiip 
4ie ; iceijdx gaiges et regards commençans . le îour des dictes 
premières monstres, comme paf ^odeslemnés.sur cafaietta 
-entre nous et nostre .dit couski' of» ^oses et. aattres pevint 
:plus a plein apparoir. Nous vous mandons et expreasettoot 



i4èc&$ tyHrERBËs sq(& 

etHfiiii00PO6.«>. 9oiliv( 8<Hibi^ Hftltire ^«Ir a Raii«|: te qnm«:' 

vint et neuf. Par monseigneur le^ segellt !e cojrttotmei 

Fran<^é, duc de Bedford. Bradshawe. 

» • .. ■ . 

(Bibl Nai.j QuUtaneegj u 62^ ii« i2g3.) 



tmmfmmt^m-^m^'^m 



CXIII 

I43Q (n. 8t.), % A^L, 6AllfT-L^ 

jfiterî S tOfU l i^, écuymy capMnc €U^o.laiÊcès.H dASùordiêts 
Achcvaldu,nomtirei.des iS^.Umc^ et d«s Soq ortAers piacét 

. Mouf-Mis Qr4r/^ du eoffUe d€. Si^f^t HeêamuinldH roi es imUimges. 

. ^. Coftt et de Quentin, dmme quUUmce^ de. 6g5 Utnyes iS soua 
8 deniers tournois, pourséOi^ages et ottofi des,Mts gens dt^m^s 

. pendant un mois, 

Siùclieat tuil que )e Henry Stauubohs^ etcuiec, Gtfriteîfie 
de ^ iancf^j et iin^ axchets a cheval dv^ nombre dm clam, 
ces QX iifi ajsch^i» a ciselai, ordonnés par le. voy iBostre» sire a 
monseigneur, let comte de SoffonlK, Ueutenant d» roy nnatre 
sicB-es. bailliages de €aen et Cousteatin^ pour faire guerre 
aux annemia du roy nostre dit seigneur, con£Q$fte avoir eu ^ 
receude Piecre Surreau, receveur gf^neral d« NocflMuUej» la 
somnie de six oçns quatre, vin^ quîjgiiie livres, sei^e solsiloiàt 
deniers tournois, pour le paieoAent d^ gaiges. eft.cegafs é^ 
moy. el de toioes mes dictes geçs pour leur senriii^.jd'ttâ 
«Mâs entier commenfant au jour d'uy que oo^s avons âét 
ao$^, pseϔeres monstres en ceste vjUe de Saint La par 4ef. 
Tant monseigneur le bailly de Gouslenlin.et Nicolas. Fraitnf 
ceys a ce commis par monseigneur le trésorier de Normen:* 
die. De laquelle somme de vi<: lux^ xv livres xvi sous viix d&> 
niers tournois dessus dicte je me^tiens pour contens et bien 
psdé et en quitte le roy nostre dit seigneur, le dit receveur 
.gênerai et tous autres. En tesmoing de ce^ j'ay seel^é ceste 



296 CHRONIQUE DQ. NONT-^ASHT-MICHEL 

pres^te quittance de monseel et signé de -mon iMteg ma- 
noel a Saint Lo, le in* jour d'avril Tan -mil cccc et -vint neuf 
avant- Pasqiies. H. Standyss. 

(Arch. Nat., seet. hist.y K 63, «• 7*9.) 



CXIV 

1430 (n. st.), 3 AVRIL, SAINT-LÔ 



Montre de 5 lances et de tS archers à cheval de la retenue d'Ed- 
mond Charles, icuyer, capitaine de 10 lances et de 3 o archers 
à cheval, du nombre des 100 lances et des 3 00 archers à ck^^ 
val, placés sous les ordres du comte de Suffolk et de Dreux, 
lieutenant du roi en basse Normandie, chargé spécialement de 
faire la guerre aux ennemis qui tiennent garnison à Montmorel, 
à Montaudin et au Mont-Saint^MicheL 

C'est la monstre de cinq lances et xvi archers a cheval de 
la retenue Emond Charles, escuier, retenu par le roy nostre 
sire capitaine de x lances et xx% archers a cheval du nombre 
des c lances et iii^ archers a cheval ordonnés a monseigneur 
le conte de Suffork et de Dreux, lieutenant du roy Bostre- 
dit seigneur ou bas pais de Normendie, pour faire guerre^ 
aux ennemis du roy nostre seigneur estans a Môntmorèl*," 
Montaudain >, Mont Saint Michiel et ailleurs où pais d'envi- 
ron en Âvranchin; icelle monstre prinse a Saint Lo le 
m» jour d'avril l'an mil ccccxxix avant Pasques, par nous 
Jehan Harpelay, chevalier, baiUy de Çpustentin, et Nicolas- 
Fraunceys, contréroleur des ' gens d'armes et -de trait du dit: 
lieu de Saint Lo, a ce commis par messeigneurs les ti'esorier- 
e% receveur gênerai de Normendie. 



I. Abbaye située au diocèse d*Avranch^ ^*^» 1& commune de.Poiliey, 
Manche, arr. Avranches, c. Ducey. Cette abbaye était alors occupée par les 
Français. 

3. Auj. Montaudin, Mayenne, arr. Mayenne^ c. Landivy. 



Bt¥EIl9ES 297- 

Emond CBarles. Guillaume Vaulx. Johan Georges, GuUr. 
laume Cambernon. Jehan Guy bon. 

Archiers : 

Guillaume Gotebed. Nicolas Haie. Guillaume Herton. Ro«. 
bert Cusiner. Johan Blak. Perrin Jourdan. Robert Dowlfeld. 
Robin Tyrel. Johan Vulmare. Thomas Grene;- Waulter Jo- 
han. Richard Hykys. Robert Othkwpld. Smukyn Speik. Tho- 
mas Hue. Colin Perier. Thienpt Guyays. 

Riens rabatu pour la faulte du bernois 4e jambe, par l'or- 
donnance de monseigneur le conte, pour les causes conte^ 
nues en la fin, des monstres d^.dlt monseigoeur le coQ|e 

Harpeley. Ffraunceys. 

... . ■ " ' • • 

{Arek: Nat., seet. kist., K 63, n» 7".) • 



cxv 

1430 (n. ST.), 3 AVRIL, SAINT-LÔ 

* ■ . . « 

Montre de Jean Foriescu^ chevalier, de 4 lances et de 12 archers 
à cheval de sa compagnie ^ dû nombre des 100 lances et des 
3 00 archers ordonnés sous le comte de Suffolk pour faire guerre 
aux ennemis étant à Montmorely àMontaudin, du Mont-Saint- 
Michel et ailleurs dans VAvrançhin» 

Motistre de ira lances et xir archiers a cheval de la retenue 
de messire Jehan Fdrtescu, chevalier, du nombre des c lances 
et luc. archiers ordonnez soubz le gouvernement de monsei- 
gneur le conte de SufFork, lieutenant du roy sur le fait de 
sa guerre ou bas -pays de Normandie, pour £ûre guerre aux 
ennemis du roy nostre sire estans a Montmorel, Montau*!- 
dain, Mont Saint Michiel et ailleurs au pays d'Avranchin, 
prise a Saint Lo le iu« jour , d'avril mil cccc vint neuf avant 
Pasques par nous Jehan Harpelay, chevalier, bailli de Cous^ 



99& CHRONIQUE W ->MWXMI9NT-M1CHEL 

taïKlm, «t Nkokis Ffaafoys, conu^nfiim'hà^ Inigffpisoo di^. 
dit li^ii de SaÎAt Lo^ ? C6 commis par me^igi^m;^ kfjt^^çn^-^ 
lier et receveur gênerai dé Normandie,, j^remiereja^ ii* 

Hommes d'armes : , j 

Messîre Jehan Fortescu, chevalier. Thomas du Bosc^: 
Jellao^ Martyr. Guillaume Vauqnelm, sans bernois de ji^be^. 

^sTchiws: ,:; 

Jehan Neel: CoUn Josset. l'Aisne. Guillaume. Poisson^ Con 
Un Josset le Jeune. Simon Poulet./ Jçhan de BeusevjUle, 
Jehan le Ncdr. Jehan Regnault. Thomas Parler. Perrin 
Blessot. Johan Moureton. Johan Pilet. ISfoel.Lepaperiere. ' 

Riens rabatu pour la faulte du bernois de. jambe paj^ 
Fordonnance de monseigneur le conte, pour les cause^ 
contenues en la fin des monstres du dît monsei^^iff Iç^ 
conte. En tesmoing de ce, nous avons signé ces pre$ente9'de 
nos seings manuelz, Tan et jour dessus diz. J. HAiu>sueiç; 
Ffraunckys. , ::i ^^ 

' (BfM. -Nat:, Titres sceUés et Clairambault, ifàl. £6;g^ 
p 4655 v«.) 



CXVI 

1430, i5 KAr 

Quittance de Robert de Fréviîle^ écuyer^ seigneur de Pirou, 
homme d'armes du nombre des looMncesr et dfis 3 20 archers 
mis sur pied sous les Offdres du comte de Si^olk pour laproteçr 
tion et d^ense de la basse Normandie. 

Sachent tuit que; ]» Robert de« Freville S escuicsr, seign^sur 



I. Le Q août 1430, Robert de Fréville, écayer, fit hommage aurai ^em-i VI à 
Rtnien : i* du fief de Plron fMftnche, arr. Contances, c. Lesaay), mouvant de la 
vicomte de Coutoaces ; 2» da fief dtt Montbray {Mancbe, arr. SiûbM^ c. 



de Pfroû) confesse avoir eu et receii de Pierre Surtéau, 
reêérëûr générai de Normandie, la sommé de dix neuf litres 
quinze sok din deniers tonmoiz, en prest et payement dès 
gages et regars de ung homme d'armes à cheval et ung 
archier, moy non comprins, du nombre des c lances et 
m fi SX archiers ordonnez estre en la basse Normandie sèubz 
nSOfiseigneiir le conl» de Sofftflky lieutenant du.> ro^; OMUra 
sire es bailliages de Caen et Constantin, pour la proteceion 
et deffense delà dicte basse Normandie, pour leur service en 
imite fNMe ibsrdie d'un mets eommençant lé In-ettief fonir 
éenïa^preseiit, ^kmtj'ayUét monstres lé -t^ jour du dir-moia 
j^rdévant Thomas dé Clamdrgan, viconre de Coustanoeset 
Jehan Grene, escuier a ce commis. De laquelle sommé 
de xnt livres zv sous x deniers tournois, fe suis et me tien 
peter eofitena^etJbien paie et^eo aiy qutii *et qtfito pa»' ees 
I^^SiâtH le-voy noitre sire, le dit reoeveufr* getferal^ et-MW 
itoesb En lesmoîa^ do ces Y^y signé ceete pteseaie qitiK 
«ttd« dir moasaing OMiMiel et seèllee de mtmsmàhnaimjmkP 
damay l'an mil cocc ettreate. Blommë. 



Ptrey^f moDvuit de la vicomte de Vire {Arck. Ifàt,, ^>67*, ii« 467). 
JiiM|iifmiwidfrla Iftjev ^^ àt VbSUpp^ de te H^f, teiaiew dé f%tQ9 «l d» 
Mootbray, et veuve de Fonquea 4» AWe» frèni de Yun depidàfimieoredn Moai- 
Saint-Micbel,. avait apporté ces denx •figpoppr^ i t^obact dft FrdviU«^ aoa «a* 
coud mari. (Ibid., P 3o6, n« %i6). 



300 CHRONIQUE OB lieNTrSi^RfT-M ICHEL 



CXVII 

14)1, 10 DÉCEMBRE, MANTES 

Mmtêâi<M ocitqyéepay Henri VI à Jean Dcmnitlet, tailleur d^ha- 
Mis à Noire^Damerde*(>nilfy en Cotentin, mis es fers et Jeté 
au fond d^unsk basse fosse peur avoir dit en état d'ivresse, un 
lundi ^il était allé au marché de Coutances, aux gardiens de 
la porte d'entrée de la dite ville de Coutances ^e^ quoiqu'il eût 
été fait prisonnier deux fois par les Arm^gnacs^ il aimait mieux 
le roi Charles de France que Henri d^ Angleterre, 

Henry, pac la griaca de Dku.roy de France et d^Angle^ 
ti^rre, savoir fusons a tous preçens et advenir nous avoir ro- 
ceu Tumble supplicacion de Jehan Donnillet, povre simple 
homme c<Misturier ijdelaparroisseNostre DamedeCeniiUe ? 
ou bailliage de Coustentin, ancien homme, aagié de ur.ans 
ou environ, chargié de femme et de sept petiz enfans» détenu 
prisonnier ennoz prisons a Coustances, contenant comme, 
ou mois de septembre derrain passé, il feust venu a un jour 
de lundi au.mercUé au dit lieu de Constances, ou il avoit a 
besoingnier, et la. avecques autres de sa congnoissaace £dust 
aie boireen la taverne telement et si largement qu'il feust 
cheu en yvresse et en tel estât -que par trop boire il ne savoit 
qu'il disoit ne qu'il faisoit, mais aloit ce dit jour par les rues 
de la dicte ville de Coustances sans chaperon comme un fol 
desmesuré ; et ce dit jour, en yssant a la porte d'icele ville 
par l'aide de deux de ses voisins qui l'emmenoient et tenoient 
par dessoubz ses deux aisselles, pour ce qu'il ne se povoit 
soustenir ne aler par chemin pour la grant charge du vin 
qu'il avoit trop prins, lui estant ainsi abuvré, dist aux por- 
tiers de la dicte porte qu'il avoit esté prisonnier par deux 
foiz des Ârmignaz 3, mais encore les amoit il mieulx qu'il ne 
faisoit les Ânglois et amoit mieulx le roy de France Charles 



1. Goustorier, taillear d'habits. 

2. Notre-Dame-de-Cenilly, Manche, arr. Coutances, c. Cerisy^ia-Salle. 

3. Armagnacs ou partisans de Charlçs VU. 



PIÈCES 1NVBIISE8 301 

qu'il ne ùâsxÀt le roy Henry d'Angleterre. Pour laquele 
cause, les diz portiers jnenërent lendit poTjre. suppliant devers 
le lieutenant du capitaine de la dicte ville,- lequel demanda a 
icelui suppliant lequel il amoit mieulxou le roy Henry ou le 
roy Charles; et il.reqpondi,.çommea tesmoingnié le dit lieu- 
tenant, que il amoit inieulz le roy Charles. Et par tant le dit 
lieutenant le eust envoie pardevers le viconte du dit lieu de 
Constances par lequel il éa ioterrogué et examiné se il avoit 
dit et confessé les dictes paroles par, lui avoir esté dictes. Sur 
quoy a esté par le dît viconte tesmoingnié que, combien que 
il Teust adverti et lui récité ce que dît est, si avoît il devant 
lui confessé avoir dît les dictes paroles. Et pour celle cause 
le dit viconte le eust envoie et fait mettre prisonnier en nos 
dictes prisons au dit liu ou il a pour ce -esté détenu par l'es- 
pace de deux mois ou environ es fers et en la fosse a grant 
povreté et misère. Et pour le dit cas icelui suppliant a esté 
-mis en jugement es assises du dit Constances. Et les choses 
dessus dictes recitées et tesmoingnées par le dit viconte en la 
présence du dit suppliant et pour savoir qu'il en estoit, a esté 
le dit suppliant prins par serement et juré de dire et raporter 
la venté de ce qui en estoit : lequel a raporté et dit ou de- 
f^sé par le serement qu'il lui fu enjoinct que il ne savoit ne 
h'avoit aucun mémoire que il en eust aucune chose dit ne 
parlé, ne se il fu mené au dit lieutenant du capitaine ne au 
dit viconte, et que onques ne les vit ne n'en parla a eulx ledit 
jour qu'il sceust. Et si fu tesmoingnié par le geôlier des dictes 
^prisons que il estoit aie l'endemain devers lui en la fosse ou il 
estoit es fers, mais il l'avoit trouvé encore endormy, et lors^ 
que il l'avoit esveillié, avoit esté icelui suppliant tout esmer^ 
•veillié ou il estoit. Et quant il se trouva ylec enferré et en la 
dicte fosse, commença a plourer et a demander qui l'avoit 
mis ylec et pourquoy il y estoit. Après lesqueles choses ainsi 
Gaietés, et que on lui ot demandé se il s'en raportoit aux tes- 
moîngs qui avoient oy ce qu'il avoit dit des dictes paroles, il 
-respondl que oil et n'en sauvoît aucun, en jurant pat* son 
^m^ que il nous amoit mieulx que il ne faisoit les autres noz 
adversaires. Sur quoy le lieutenant du bailli du dit Constan- 
tin, qui tenoit les dictes assises, examina plusieurs tesmoings 
qui déposèrent qu'il avoit dit les dictes paroles ; mais aussi 
déposèrent que le dit suppliant estoit adonc en l'estat et 



# '^ I " 



3o4 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

cas dessus dit avok «sié fait par les dessus diz, et que le dit 
suppliant avoit esté avec eulx. Et combien* que de son fait 
n'ait eu. autre chose que dit est, neantmoins doublant ri- 
gueur de la justice, icelui suppliant s'en absenta et s'en ala 
demourer au pais de Bretaigne et encores demeure... Si don- 
nons en mandement par ces mesmes présentes au bailli 4e 
Constantin... Donné a Paris le xzi« jour du mois de décem- 
bre Tan de grâce mil ccccxxxi, et de nostre règne le z»«. 
Ainsi signé : es requestes par vous tenues ou les evesques de 
Beauvais et de Noyon, le conte de Warrewik, les abbez de 
Fescamp et du Mont Saint Michiel, le grant maistre d'ostel^ 
le chambellan, le sire de Saint Pierre et plusieurs autres es* 
toient. J. MiLST. 

(Arch, Nat., sect. kist., JJ l'/Sy n^47,) 



XIXIX 

1432 (n. st.)) 26 FÉVRIER, AYRANCHES 

Rémission octroyée par Robert de Willoughiy, comte deVendâm^ 
et de Beaumont, seigneur de Willoughby et de Beaumesnil, lieu- 
tenant du roi Henri VI et du régent duc de Bedford es basses 
marches de Normandie, à Colin Gillebert, laboureur, de la Ro^ 

. chelle en la vicomte d'Avranches, naguères demeurant à Tombe- 
laine avec un des soudoyers de la garnison de cette place, dé- 
tenu dans les prisons d'Avranches pour avoir payé rançon à un 
brigandt nommé Toustain, demeurant à « Mausson y>, et pour 
avoir eu des accointances sur le plat pays avec les ennemis, 

Robert de Wylughby, conte dje VendQS]3(ie et de Beaur 
mont, seigneur de Wylughby et de Beaumesnil, lieutenant 
du roy nostre souverain seigneur et de monseigneur le régent 
le royaume de France duc de Bedford en Normandie et es 
basses marches du dit pais, savoir faisons a tous presens et 
advenir nous avoir receu Tumble supplicacion d'aucuns des 
parens et amis de Colin Gillebert, de la parroisse de la Ro- 



^îi[dt,^ti ôbèfesëm 'au dk eomknândlîafétit, s'éh %etlit psrrJSi 
^fkin dk hôsKel 'et M #Hto ^le xlft ^Whirn^m kt atitfés en 
4festd'-a^t«i-iidtotaé'CdHh^e®fèiem, lïe sttvok la cause fàvtt^ 
<^fQdy, oui^el%Mél èsioiem'lb^ez d^suAc Attgfois'lét'uti^or- 
inant. Bt qutuit ils vitudreiit devaiit le dit 'ho^el du dit Bné^ 
^6n, iedtii Maîngret et aùtrte de 'la cdtnpaigiilîe diâtrem au 
dit suppliant : « îl y à iitans'des Aiig^ois qui "out féih 
plusieurs malefechons 'en *tna sergenterie, et pour ce il les 
convient prendre et -tuer. » 'et lors le ciît suppliant respondi 
au dit Maingret et autres cie sti compaignie par'téie ma- 
nière : a Je ne fil onque a murdrir ne ne seray, tant comme 
je vive. Et m'en vueil aler, car se je eusse cuidié ce que 
vous me dittes, je n'eusse onques parti de mon hostel, et 
^ n'avez pas bien £ait de me y faire venir. » Et le dit Maingret 
et autres de la dicte compaignie distrent au dit suppliant 
qu'ilz le tueroient, ou il seroit avec eulx. Et lors le dit 
Maingret, qui tenoit un bouge i, s'efforça d'en fraper le dit 
suppliant ; et semblablement les autres compaignons lui dis- 
lï^nt que Hz le tueroient, se il n'entroît avec eùlx^ Et ioz% le 
dit suppliant, pour doubte et crainte de ce que dit est, entra 
aved les dessus dîz ou dit hostel ou estoîent les diz deux Ân« 
glois et Normant. Et baillèrent icelui Maingret et autres 
compaignons au dit suppliant la chandele a porter. Et après 
vindrent en la chambre ou estoient les diz Ânglois et Npr- 
tâfuft'et les prîndrentet mistrent hors du dit hostel, eh di- 
sant que icehii suppliant en feroit ht punicion, lequel sup- 
{Pliant, eeoyant, se e^chappa d'avec eulx. Et lors menéfeiit 
aux douis ^de la Fuillie 3 les diz Anglois et Kormant, ou* 
quel lieu les diz Maingret et autres de sa compaignie les get>^ 
térent en iceulx douis, è'est assavoir l'un d'iceulx Anglois et 
Normant, et l'autre Anglois leur eschapa. Et tantost après 
ieelui Anglois, qui estoit eschapé, dist a la justice confme le 



' t ,$mjt de €aliôâlt ou de terpd emmtuohée à rextrémité' d*iia bftie&. 
; 2. « Doiùt » «igiiifie encore «ujo^rdliiii» (bios divers patoie, ina lavoir ét«bJt 
sur un cours d'eau. 

3. La Feuillie, Manche, an*. Couunces, c. Lessay. Ces c douits » ont sub- 
sisté jusqu'à nos jourrmr fe boni de la'rfnèfé d^Ay. 



wm 



3o4 CHtONIQUB DU MONT-SAINT-MICHEL 

cas dessus dit avoit«slé ftit par les dessus diz, et que le dît 
suppliant avoit esté avec eulx. Et combien* que de son fajlt 
n'ait eu. autre chose que dit est, neantmoins doublant ri- 
gueur de la justice, icelui suppliant s'en absenta et s'en ala 
demourer au pais de Bretaigne et encores demeure... Si don^ 
nons en mandement par ces mesmes présentes au bailli dp 
Constantin... Donné a Paris le xxi« jour du mois de décem- 
bre Tan de grâce mil ccccxxxi, et de nostre règne le x»». 
Ainsi signé : es requestes par vous tenues ou les evesques de 
Beauvais et de Noyon, le conte de Warrewik, les abbez de 
Fescamp et du Mont Saint Michiel, le grant maistre d'ostel^ 
le chambellan, le sire de Saint Pierre et plusieurs autres es* 
toient. J. MiLET. 

(Arch. Nat., sect. hist,, JJ lyS, n^47.) 



1432 (n. st.), 26 FévRIER, AYRANCHES 

Rémission octroyée par Robert de Wîlloughty, comte deVendam^ 
et de Beaumont, seigneur de Willoughby et de Beaumesnil, lieu*- 
tenant du roi Henri VI et du régent duc de Bedford es basses 
. marches de Normandie, à Colin Gillebert, laboureur, de la Ruh- 
. chelle en la vicomte d'Avranches, naguères demeurant à Tombe- 
laine avec un des soudoyers de la garnison de cette place, dé* 
tenu dans les prisons d'Avranches pour avoir payé rançon à un 
brigand, nommé Toustain, demeurant à a Mausson v, et pour 
avoir eu des accointances sur le plat pays avec les ennemis* 

Robert de Wylughby, conte d.!e Vendosme et de Beaur 
mont, seigneur de Wylughby et de Beaumesnil, lieutenant 
du roy nostre souverain seigneur et de monseigneur le régent 
le royaume de France duc de Bedford en Normandie et es 
basses marches du dit pais, savoir faisons a tous presens et 
advenir nous avoir receu Tumble supplicacion d'aucuns des 
parens et amis de Colin Gillebert, de la parroisse de la Ro- 



PIÈCES DtVBRSES 



3o5 



chelle I en la viconté d'Avrenches, povre homme de labour 
aagié de xviii ans ou environ, chargié de femme et enfans, 
contenant que, depuis n'a .gaires, le dbt Gillebert feust de- 
mourant a la place de Tombèlaine avec un des souldoiers 
4'icele, et en alant a son adventure fu rançonné sur les 
champs par un brigant nommé Toùstain, pour lors démou- 
lant a Mausson, qui le voulu fsûre mourir et getter en la fi- 
vière, et pour éviter le péril, de mort en quoy il estoit, ice« 
lui Giilebert se accorda a servir et demourer avec le dit 
Toùstain, sans plus retourner au dit, lieu de Tombelaxœ:, et 
par ce moien le dit Gillebert, non sachant avoir offensé, s'en 
feust aie demourer sur le plat pays, et aucunes foiz a con- 
versé avec les ennemis du roy nostre dit seigneur^ sans faire 
ou porter fait de guerre a aucuns des subgez du dit sei« 
gneur ne demourer en aucune forteresce occuppée par les 
dis ennemis, si non par le temps et espace de demy an ; et 
cependant, depuis n'a gaires^ le dit Guillebert a esté prins 
d'aucuns des subgez du roy nostre dit seigneur et amené 
prisonnier es prisons d'Âvranches ou il est encore détenu..., 
par vertu du povoîr a nous donné et commis en ceste partie 
_par le roy nostre dît seigneur par ses lettres patentes don- 
nées a Rouen le xiiii» jour de novembre de'rrain passé... Si 
donnons en mandement aux bailli de Constantin et viconte 
d'^Avrenches... Donné a Avrenches le xxvi® jour dé- fqvriçr 
l'an de grâce mil ccccxxxi 2. 

- {Ar€h% Nat.^sect, kist.y JJ lyS, «* 122,] 



1. Manche, arr. Avranches, c. la Haye-Pesnel. 

2, La confirmation de cette lettre de rémission par Henri Vf ou plutôt par 
le duc d& Bedford, est datée de Paris le 7 juin 1432 • 



20 



/n?^' ' ^^ '" 1*^ 



_._..J 



3o6 CHRONIQUE 00 . MONT-SAINT-MICHEL 



CXX 

X43a^ 26 AYtLtL, TOMBVLÂINE 

' George Ness^eld, contrôleur des gens alarmes et de trait de ta 
' garnhon de Tombetaine, donne quittance de 67 Hvres 12 sous 
4 deiUers tournois^ pour ses gages et ceux de deux archers pen- 
dant Us mois d^ocMre, de nove$nUre et de décembre j^Bi. 

Sachent tult que je George Nessefeld, contreroleur des 
gens d'armes et de trait de la garnison de Thombelaine, con- 
fesse avoir e\i et receu de Pierre Surreau, receveur gênerai 
de Normandie, la somme de soixante sept livres douze solz 
'quatre deniers tournois en prest et payement des gages et 
regart de moy et de deux archiers ' de ma compaingnie a moy 
ordonnés avoir et tenir au dit lieu de Thombelaine pour 
l'exercice de moni dit office et sauvegarde du dit lieu, desr 
servis pai- les mois d'octobre, novembre et décembre. dar^ 
Vain passez, au pris pour ma personne jusques au premier 
dû dit mois de décembre acoustumé a homme d'armes a 
cheval, et depuis le dit premier jour de décembre jusques 
en la fin dMceiui mois au pris acoustumé a homme d'or* 
mes a pié, et pour les dis deux archiers au pris acous« 
tumé, dont j'ay fait monstre avec les antres .gens d'armes et 
de trait de la dicte garnison comme il appartient, le dit 
payement a moy fait selon l'ordonnance du roy nostre sire 
sur ce faicte. De laquelle somme de lxvu livres xii sous 
liu deniers tournois je suis content et bien paie et en quitte 
par ces présentes le roy nostre dit seigneur, le dit receveur 
et tous autres. En tesmoing de ce, j'ay seellé ces présentes 
de mon seel le xxvi® jour d'avril l'an mil cccc et trente 
deux. 

(Arch. Nat., sect. hist.y K63y n^ ig*.) 

I. Ces deux archers étaient attachés spécialement à la personne du contrô- 
leur et le secondaient dans Texerctoe de sa charge. 



PIÈCES DIVEESES }07 



CXXI 



t43a, 5 UAjf TOUBELAINB 



Montre de 22 lanus à cheval^ de 8 lances à pied et de 7^ archers t 
composant VeffeciiJ de la garnison de Tombelaine, sous les or-- 
dres de Guillaume de la Pole^ comte de Suffolk^ capitaine du 
dit lieu» 



C'est kl monstre ou reveue des gens d'armes et de trait de 
la garnison de Tumbelaine de la retenue de monseigneur le 
conte de Sufiolk, cappitaine du dit lieu de Tumbelaine^ 
prinse au dit lieu le y jour de may par Vigor de Saint Ga« 
hriel, viconte d'Avranches, et Jehan Boby, commissaires de 
meseeigneurs les trésorier et receveur gênerai de Normendie^ 
pour le dit mojs de may mil quatre cens trente et deu]|, 
présent Georges Nessefeki, escuier, contreroUeur de la dicte 
garnison. Premièrement 

Lances a cheval' : 

. Thomas Cht9val,lieut6nant de TombeUine. Jamys Claydun. 
George Nessefeld. Hew CroxUMCi. Johan Bechein. Cri»tor 
Birdefley. Roger Ghadurton. Haukyn Breton. ThoiiKatf 
Farclouf. Laurens Kay« William Stroud. Harry Chaduitoa. 
Johan Croxton. Cristor Adewyst. Johan Buttiller. Thomas 
Owen. Thomas Symson. Gybon Swynbique. Laurens Far- 
clouf. Robin Ttdbot. Johain Taillefer, normant 1 : xsii lances 
à cheval. 



1 . Ce Jean Taillefer, mentionné ici comme Normand, était sans doute origi^ 
naire du village de la Terregatte, en la vicomte d'Avranches, subdivisé en deux 
paroisses, Saint-Laurent et Saint-Aubin, où les chefs de douze familles de 
gentilshommes tenant fiefs dans ce village s'appelaient ■ les Douze Pair 
de la Terregatte » (Voyez plus haut, p. iia, note 2). Les noms de ces 
Douze Pairs figurent encore dans un état de la noblesse de Normandie dressé 
en 1463, et Ton distingue parmi eux un Guillaume Taillefer (Recherche de 
Mont faut f édit. Labbey de la Roque, p. 65 et 66.) 



jj.^^ 



3o8 CHRONIQUE DU M0NT*SA1NT-MICHEL 

Lances a pié : 

Gyfferay de Wyst. Hygyn Holt. Robert Ecop. William 
Launey. Ricart Stanfort. William Rasbothum. William 
Dowse. Thomas Alissandre : viii lances a pié. 

Archiers : 

Harr Darby. Ricart BuUoc. William Qerc. William Am- 
durston. Thomas Couk. Hew Wilkynson. Davy Poves, Wil- 
liam Hàrreson. Johan Willym. Johan Howden. Thomas 
Gyffray. Thomas Horspas. Johan Mumror. Johan Gerid. 
Johan Alayn. Johan of War. Thomas Chambir. Johan Agâz. 
William Hopwod. Harr Johan. Johan Budil. Johan Dodistom. 
Johan Gayton. William Martin. Johan Boresop. William 
Johanson. William Crissewell. Thomas Marchai. Jôhan 
Oswestir. Ricart Colman. Perrin Befnaise. William Lisbu- 
rel. Johan Lofîevre. Johan Fronde. Johan Huchonson. 
Johail Bischart^ Johan Doewray. Ricart Alliby. Williant 
Meauit. Colin Perot. Thomas Rixton. William Barbtir. 
Jôhah Win. Roger Hordley. *Johan Jacques. Rauf Dik/ 
Nicolas Broun. Roger Stevenson. Johan Cherman. Johâti 
Sàudir. Hei*r Mumror, aiment^ et est canonnief. Jphan^ 
Bloundel. Thomas Clives. Johan Chbrlay. Adam JohansŒu 
Robert Standich. Johan Gripmaker. Thomas Gayn. Johan 
Gallanton. Thomas Dautre. William Martin. Robert Johan** 
son. Ricart Hippis. Michel Morel. Johan of Scabil. Henry 
Banim. Roger Hill. Symkyn Héron. William François: 
Johan of Bolton. Johan du Bisson. Waltèr Ofton. Johan 
Erodwey. Ricart Barton. William Herley. Johian Stançon. 
Ricart Weston* Johan Esceller: lxxviii archiers. Vigor. Boby. 

(BibL NaUf Titres scellés de Clairambault, vqL 201, 
p 8420.) 



PliCES DIVERSES SoQ 



CXXII 

1432, 8 JUIN, ANGERS 

Jean II, duc d^Alençon, comte du Perche, vicomte de Beaumont^ 

" lieutenant général du roi Charles VII, donne pendant un an aux 

'vicaire et religieux de Vahhaye du Mont^Saint-Michel^ réduits 

: par l'occupation anglaise et la désertion de leur abbé à un tel 

~. degré de pauvreté qu'ils ont dû vendre la plupart des joyaux 

et calices de leur église, le produit des contributions militaires, 

impôts et subsides mis par les gens larmes de la garnison du 

. MoiU.Mur toutes les terres et paroisses appartenant à la dite ab' 

taye. 

Jehan, duc d'Alençon, conte du Perche et viconte de 
Beaumont, lieutenant gênerai de monseigneur le roy, a tous 
ceuhc qui ces présentes lettres verront, salut. De la partie 
de noz chiers et bien âmes en Dieu les religieux, vicaire et 
09uvent de Teglise et monastère du Mont Saint Michiel ou 
péril de la mer nous a esté exposé en griefvement complain* 
gaant comme, pour acquitter et maintenir leurs loyautés 
eavers mon dit seigneur le roy et la couronne de France et 
pour garder et tenir le dit monastère en la bonne et vraye 
obéissance de mon dit seigneur, ils aienS depuis l'encom-^ 
mencement de ces présentes guerres souffert et soustenu 
noult de grans pertes et dommages, et par longue conti- 
sniacion, pour avoir leur vie et sustentacion, aient degasté e^ 
consummé tous leurs biens et mesmement la plus part des 
joyaulx et calices de la dicte église parceque leurs rentes et 
revenues sont et ont esté de long temps occuppées et em« 
pesohées par les Anglois, anciens ennemis de ce royaume, et 
aussi que leur abbé, tenant et favorisant le dampnable party 
des dis ennemis, prend et applique a son singulier prpfilt tout 
ce qu'il peut ravir et avoir des dictes rentes et revenues, en 
tant que iceulx religieux, en continuant le divin service et 
eulx continueiment tenans en leur dit monastère, sont venus 
et cheus en grant povreté et indigence, et pour ce se feus- 
sent japieça traiz les aucuns d'iceulx religieux pardevers mon 



3fO CHRONIQUE IMJ MONT-SÂTNT-MICHEL 

dit seigneur le roy pour lui dire et remoustrer le povre et 
piteux estât de la dicte église, requerans sa gracieuse provi- 
sion. A quoy mon dit seigneur^ aiant regart a la bonne 
loyauté que tousjours ont eue et gardée les dis religieux en- 
vers luy et la dicte couronne et a leurs pertes et dommages 
dessus dis, voulant leur pourveoir de bon et convenable re- 
mède, inclinant a leur supplicacion et requeste, leur isust 
laissîé, dpnné et octroie jusques a certain temps les appas- 
tLs, imposez, aides et subsides de toutes et chascuiies lesp^r- 
roisses des baronnies et terres d'Aïdevon, Gêner» Samt 
Paer et de BretheviUe, ieelles patroiskes plus a plaint dedai* 
rées es lettres' de mon dit seigneur le roy sur ce octroie 
aus dis religieus estans encores en vertu, et lesquelles ilz 6nt 
parderers eulx. Ce neantmoins, et )asoit ce que par icelles 
soit expressément commandé a tous chiefs de guerre', capi- 
taines et autres tenans le party de mon dit seigneur que aux 
pàrrdissiéfls, manans et habitans dei dictes parroisses ne de- 
mandent aucuns appastfz ou autre exaction de finance, mais 
en seufirent et laisseïit les diz religieux joir et user paisible- 
ment selon le don et octroy a eulx fait par mon dit seigneur, 
pluseurs capitaines et autres gens de guerre qui de leur auc- 
torité se soht retraiz en aucunes places et forteresces puis 
n'a gaires emparées et autres tenans ce dît party, non vou- 
lans obéir aux lettres de mon dit seigneur, ont prins et châs- 
cun )our prengnent pluseurs des manans et habitans d'fcèl* 
les parroisses, les courent, pillent et raençonnent a grosses 
et excessives hommes de finances a eulx importables et si 
griefvement les traictent et oppriment qu'il leur convient 
p9LT neccessité laisser et abandonner le pais et leurs tnaisons 
et démeures en grant esclande et lésion de justice et de la 
chose publique, ou grief préjudice et dommage et comme 
total destruction de Testât, gouvernement et soustien des dis 
Religieux et monastère lequel par ce leur cbnvendra du tout 
laisser et abandonner et autre part quérir leur vie dont s'en- 
suivroit Tintermission et cessement du divin service qui tant 
dévotement et en grant honneur et révérence est acoustumé 
estre fait en la dicte église, se sur ce ne leur est pourveu de 
remède convenable, ainsi qu'ilz nous ont fait exposer, en 

• 

I. Voyez plas haut ces lettres, p. ig$ k 198. 



Pièces DIVERSES î I 1 

nous humbteaMnt requerfttit icelluy. Pour té est il que 

iKms, çotisidèrafislagrfint, bonne âAïgSticé et ftiine persévé- 
rance que les diz religieux ont eu et tousjours ont ényers 
mon dit seigneur le roy et sa seigneurie, sans aucunement 
yàrier en si grandes adversités et mOlèstacions des ennemis, 
eomme chiètôcun peut savoir, voulans a hostre povoir les y 
entretenir et garder, et les lettres de mon dit seigneur le rby 
a eubc octroiées avoir et sortir leur plein et entier effect, 
ainsi que raison est, a iceulx religieux, par vertu de nostré 
Heutenance et de l'autorité et commission a nous baillée par 
mon dit seigneur, tant sur le fait et gouvernement de sa 
guerre et de la distribucîon et particement des appastis dé 
la frontière que autrement, avons donné, octroie et dé- 
laissé, donnons, oictroions et délaissons • par ces présentes 
fusques a ung an acomply prochainement venant tous et 
chascuns ieis appastiz, impostz, aidés et subsides de toutes 
les parroisses tenues d'eulx et du dit monastère, expresse- 
n^nt et determineement declairées et nommées es diètes let- 
tres de mon dit s^gneur le roy, a celle fin et iotencion que 
les dis religieux puissent avoir aucun aide et confort des dic- 
tes parroisses et terres pour aidier a la sustentacion de leur 
vie et continuacîon du dit divin service et ad ce qu'ils 
n'aient cause de laissier et abandonner la dicte église et aussi 
que les subgiz et habitans des dictes parroisses, par les op- 
pressions dessus dictes, n'aient cause d'abandonner le pais 
et leurs habitacions. Si donnons en mandemant a tous chiefa; 
de guerre, capitaines, chevaliers, escuiers, gens d'armes et de 
trait et autres suivans la guerre, obeissans et subgiz de mon 
dit seigneur le roy et nostres que du contenu es dictes let- 
tres de mon dit seigneur, ensemble de ces présentes, facênt, 
seuffrent et laissent les dis religieux, leurs dis hommes et 
subgiz, parroissiens et habitans des dictes parroisses joir et 
user pleinement et paisiblement, sans aucunement les tra« 
vaillier ne aucun d'eulx molester, endommager ou émpes* 
chier au contraire, en leur defiiendant et très estroictemênt 
enjoingnant par vertu de l'auctorité dessus dicte que les dis* 
parroissiens et habitans ilz ne courent, pillent, raençonnent 
ou appasticent ne autrement les grîefvent ou endommagent 
en quelque manière que ce soit. Et pour ce que peut estre 
aucuns rebelles et desobeissans qui le temps passé ont tant 



3(2 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

acoustumé les piUeries.et de^rdonnées exactions 3ur le peur 
pie vouldroiettt, en continuant leur mauvais et dampnable* 
propos, aler a rencontre des lettres de mon dit seigneur le 
roy et nostres, nous avons commis et ordonné, commettons 
et ordonnons par ces présentes Fougieres, nostre poursui«r 
vant, et en son absence le premier herault, sergent ou trom* 
pette de guerre qui sur ce sera requis de la partie des dis 
religieux ou de leurs dis hommes et subgiz, toutes et quan- 
tes foiz que mestier sera, il se transporte aux lieux et places 
que lui feront savoir et signifieront les dis rdigieux, leurs 
hommes et subgiz, et illec face lecture et exhibicion des die-: 
tes lettres royaulx et nostres, et s'aucuns delitz ou attemptaz 
estoient ou avoicnt esté faiz, commis ou perpétrez a Tencon* 
tre d'icelles, face exprès commandement par mon dit sei- 
gneur et nous a tous ceulx qu'il appartendra que tantost et 
sanz delay ilz le reparent et remettent au premier estât et 
deu, et en cas d'opposicion, reffuz ou delay, assigne joue 
brief et compettent aux opposans, reffusans ou delaians, sur 
certaines et grosses peines, a comparoir personelment par* 
devant nous ou noz commis ad ce, pour dire les causes de 
leur opposicion, refifuz ou delay, respondre au procureur de 
mon dit seigneur le roy et nostres a teles fins qu'ilz voul'« 
dront contre eulzet chascun d'eulx dire et proposer, et poùr^ 
faire aux parties, icelles oyes, bon et brief acomplissement de 
justice, en certifiant en ce cas des jours assignez et de tput ce. 
que fait y aura esté nous ou noz dis pommis. Mandons aussi 
a tous capitaines, justiciers, officiers et autres [qu'il] appartenra, 
audit nostre poursuivant ou autres faisant et exploittant ceste 
présente commission, pour l'entérinement des dictes lettres, 
obéir et entendre et leur prester et donner aide et faveur, 
en tant que mestier seroit, car ainsi le voulons et nous plaist 
estre fait, et de Tauctorité que dessus aus dis religieux l'a- 
vons octroie et octroions de grâce especial par ces présentes, 
non obstant quelzconques lettres ou impetracions au con* 
traire, et au vidimus de ces présentes voulons pleine foy 
estre adjoustée. Donné a Angiers le viii"^« jour de juing l'an 
mil €ccc trente deux. Par monseigneur le duc, lieutenant 
gênerai, en son Conseil. Bouvier. 

{Arch. dudép, de la Manche, série H, «• i5oi4,) 



PIÈCES DIVERSES 3l3 



CXXIII 

1433^ XO JUIN 

Robert Josel, lieutenant général de Hue Spencer, écuyer, bailli 
du Cotentin, mande au vicomte de Coutances de payer 20 sous 
tournois à Martin Morisse^ messager à pied, pour avoir porté 
de Coutances à Valognes une lettre close adressée par le lieute- 
nant du capitaine du dit lieu de Coutances au seigneur ^ Saint' 
Pierre afin de lui annoncer que les ennemis s'asseMblent es 
basses marches pour venir mettre te siège devant Avranckes. 

Robert Josel, lieutenant gênerai de Hae Spencier, escuier, 
bailli de Costentin, au viconte de Coustances ou a son lieu* 
tenant, salut. Nous vous mandons que, des deniers de vostre 
recepte, vous paiez et délivrez a Martin Morbse, messagîer 
a pie, la somme de vint solz tournois que taùxés lui avons 
pour sa paine et sallaire d'estre aie Jporter] du dit lieu de 
Coustances a Vallongnes, par vostre commandement et or- 
donnance et par la deliberacîon de Tadvocat et conseil du 
roy nostre sire au <lit lieu de Coustances, unes lettres closes 
adressantes a monseigneur de Saint Pierre, conseiller du 
rôy nostre sire, a lui rescriptes par le lieutenant du cappi* 
taine du dit lieu de Coustances et vous faisant mencion que 
par le lieutenant du capitaine et viconte d'Avrenches vous 
ayoit^sté rescript qu'ilz avoient eu nouvelles que les enne*. 
mis et adverssaires du roy nostre sire se assembloient es 
basses marches pour venir mettre siège devant la dicte ville 
d'Avranches. Euquel voiage le dit Martin a vacqué, tant en 
alant, séjournant au dit lieu de Vallongnes a atendre certai- 
nés lettres closes que rescripvoit mon dit seigneur de Saint 
Pierre aus dis lieutenant et viconte d'Avranches et a messire 
Giefifroi Fauvel, pour plusieurs causes touchans grandement 
le proufiît du roy nostre dit seigneur et seureté de son pays, 
que retournant au dit lieu de Coustances, par l'espace de 
deux jours et demy commençans le v« jour du mois de juîng 
derraln passé, comme tesmoingné nous a esté par vous des 
diz advocat et conseulz d'icellui seigneur. Et par rapportant 
ces présentes aveques quittance souiBsant, nous requérons a 



MH^^^ 



«k».^^-. '"nin^ 1' MmitàÉâ 



3 14 CHRONIQUE DU MONT-^AINT-MICHEL 

nosseigneurs les gens des comptes a Paris que icelle sonune 
vous aloent en vostre prochain compte et rabatent de vostre 
recepte, ainsy qu'il appartendra. Donné pour tesmoing de 
ce, soubz nostre seel dont nous usons eu dit office de lieute- 
nant, Tan mil ccccc xxxii le x™« jour de juing. Dixnis. 

(Arch. du dép, de la Manche^ fonds Danquiru) 



GXXIV 

1432, X8 JUIN, YALOGMM 

R^oèéri JoHvet, ahèédu Mmt-Saint^Michélytt Ramd le Sûge, «o- 
gneur de Sahit^Pierrej de Renehe^iUe et de Laviers, conéeithri 
du roi Henri VI, nuaideni à Robert Josel, lieutenant dm baiUi 
de Cùtentm» à Jean Green, Ueittenant du capitaine de Coutancesi. 
et à Rickard Butet, substitut du procureur du roi au bailliage 
de Çotentin, de recevoir les montres de Sx hommes d'armes et 
de x5B archers ordonnés sur les marches de VAvranchin. 

Robert, par la permission divine humble abbé du Mont 
Saint Michel, et Raoul le Sage, chevalier, seigneur de Saint 
Pierre, de Roncheville ' et de Laviers*, conseilliers du roy 

I. RoncheviHe, auj. hameaa de Saint-Martin-aux-Chartrains, Calyados, arr. 
et c. Pont-rÉTS^ue. Le 19 fniilet 1421, par acte daté de Mantes, Henri V avait 
donné i Raoul k Sage la seigneurie À Ronche^Ue, naguère oQ&fisqnée sur 
Gui, mineur^ héritier du seigneur de la Roc)>e-Gttyon, et Perrette de la Rivière, 
mère du dit Gui, rebelles, concédée ensuite à Thomas, duc deClarence, devenue 
vacante par la mort de ce dernier tué à la bataille de Baugé {Mém, de la Soc. 
desÂMt, deNorm., XXHI, no ioo5: Arch. Nat., P s63, no 4B). Au mo>yeii 
8ge Ropcbeville formait une paroisse dont l'église était soas rinvocationde 
saint Nicolas. Le seigneur prenait le titre de vicomte de Roncbeville et préten- 
dait être le premier baron de Normandie; il devait un service de cinq dieva- 
liers en temps de guerre et avait le privilège de « porter le draghon au duc de 
Normandie enaon ost » (Areh. Nat., P 277*, n» i ; Gallia ehristiana,- XI, 
Instrumenta, col. 3 16, n* i). Le vicomte de Ronch^irille avait dans sa juridicfioa 
la ville de Honfleur où il possédait un hôtel dit Hôtel de RancMeviUe. ^usi, 
Henri V, dans Tacte de donation précité, eut soin d^excepter et de se. réserver 
la ville de Honfleur (XrcA. Nat., JJ 17$, lï* 58). La seigneurie, vicomte et ba- 
ronnie de Roncbeville dépendait de la vicomte d*Auge et du bailliage de Rouen. 

;a. An|. lAviers-la-Grand ou Gcand^Laviers, ^mme, arr..etc. Ahtevifle. 



PIÈCES DIVERSES 3l5 

nostre sire, a Riobert losd, lieatentnt genend die Hne Sf^èn"- 
eiér, escoier, bafflf éè Gostentin, lequel est eneorres a Ventf 
èfi ^<m dit bailliage, Jehan Grene, escuièr, lieiitehant dû 
càp()ftaintè -de Coustances, et RIehapt Buitet, *^ubstitu dti pro-^ 
cureur ' du' roy nostre dit seigneur au dit bailliage, salut. 
Pouf ce que vacquier et entendre ne povons a aller prendre 
et recevoir lés monstres et rereues de cinquante une lances 
cheval et les archiers a Taferant, de nouvel par l'ordon- 
nance de monseigneur le gouvernant et régent le royaume 
de France, duc de Bedfiford, par nous ordonnés servir le roy 
nostre dit seigneur sur les champs es marches 4'Avrenchain 
et ailleurs en la basse marche de Normendie contre et au 
reboutement des adversaires du roy nostre dit seigneur qui 
de présent sont et se mettent sus vers icellee marches en in« 
tencion de grever le roy nostre dît seigneur, ses pays et sub- 
gés, du nombre de iiic lances et ixc archiers a cheval nague« 
res ordonnés soubs le sire de Wilkby pour le recouvrement 
de Bonsmoulins ', ChailloueP et autres places lors occuppées 
par les dis adversaires, lequel sires de WiUeby a nagueres 
mené devers mon dit seigneur le régent au siège de Laigni ' 
grant partie des dictes gens, c'est assavoir : soubs messire 
Raoul Tesson, chevalier baneret, xxi lances et les archiers a 
Taferant, dont il aura et finera dix lances et les archiers ; 
messire Thomas de Thiboutot, chevalier, cinq lances et les 
archiers, leurs personnes comprinses; et messire Jean For- 
tescu, chevalier bacheler, six autres lances et les archiers, sa 
personne et un autre chevalier bacheler comprins; soubz 
messire Guillaume CrafTord, xx lances et les archiers, lui 
comprins; et soubs messire Thierry de Robessart, Chevalier, 
deux lances et les archiers, lui comprins, pour un inois com- 
mençant le jour de leurs premières monstres, nous vous 
avons commis et commettons par ces présentes et chascun 
de vous a icelles monstres et reveues prendre et recevoir 
pour le dit mois. Si vous mandons et a chascun de vous 
que a icelles monstres et reveues prendre et recevoir vous 



- I. Bonmoulins, Orae, arr. Moitagiie,c« MoaIiiii-l»rMArplw. 

2. Au). Chaillooé, Orne, arr. Aleaçon, c Sées. 

3. Lagny, Seine-et-Mame, arr. Meauz. Sur le siège de I<agny/ voyez plus 
haut, p. 34, note?. 



3l6 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

Tacquiés et entendes diligenment en passant a Iceiles ceulx 
que en vos consciences vous • verres estre suffisaoment a 
passer, et cassant ceux qui seront a casser. Et certiffies 
deuement des noms et surnoms des dictes gens, de la nuH 
niere de leurs habillemens , comme accoustumé est de ftirq 
en tel cas... Donné a Valloignes, soubs noz signés, le 
XVIII* jour de juing Tan mil mic trente deux. J. de Crvcs. - 

(BibL Nat.j Quittances, t. 64, n» 1844.) 



cxxv 

143a, 19 UJÏK, L0CHK8 

Charles VU mande à tous huissiers ^ sergents^ hérauts et poursuis 
vants d* armes ou Jt trompilles 9, d'ajourner à comparaitre devant 
le duc d'Alençon, lieutenant général en Normandie, ou devant le 
Parlement séant à Poitiers, quiconque voudrait empêcher les W- 
Caire et religieux de l'abbaye du Mont^ Saint-Michel de jouir, 
du produit des contributions militaires levées sur leurs baronnies 
dtArdevon et de Genest, notamment le capitaine de Laval. 

•Charles, par la grâce de Dieu roy de France, au premier 
nostre huissier ou sergent d'armes, herault, poursuivant d'ar- 
mes ou trompille qui sur ce sera requis, salut. Noz bien 
amez les vicaire, religieux et couvent de l'abbaye du Mont 
Saint Michiel nous ont fait exposer, en compleignant, disans 
que, combien que pour leur aidier a vivre et a soustenir 
leur estât et continuer le service divin en la dicte église, 
pour honneur et révérence de Dieu et de monseigneur saint 
Michiel, nous leur ayons octroyez e; donnez tous les appatiz 
des terres et seigneuries de la dicte église, c'est assavoir 
en la baronnie d'Ardevon, Ardevon, Huysnes, les Pas, Beau- 
voir, Tanu, Curé, Vessé, la Croix, Ceaulx, Marcé, Villiers et 
Saint Benoist de Bevron; en la baronnie de Gênez, Gênez, 
Bacillie, Dragîé, Samt Jehan le Thomas, Saint Michiel des 



PIÈCES DIVERSES ZlJ 

Loupx et Bdullon et (f autres contenus en noz lettres ' sur ce 
felctes pour certain temps declairé en icelies, et que ayoiis 
^expressément mandé a tous no2 chief^ de guerre, capitaines^ 
justiciers et officiers les en faire et souffrir joirefuser; 
iieantmàins pluseurs capitaines et gens de guerre de nostre 
service leur ont donné et donnent chascun jour sur ce plu- 
seurs destourbiers et empesçhemens , contreignent leurs 
hommes de leurs dictes terres a leur paier et bailler les dis 
appatiz, les prennent et lievent de fait, ameinent leurs diz 
hommes prisonniers et autrement les y troublent et empes- 
chent tellement qu'ilz n'en pevent joîr et en ont souffert et 
souffrent pluseurs heccessitez, et mesmement les capitaines 
des places de Laval * et d'autres voisines des dictes terres et 
seigneuries, eii leur très gratit préjudice et dommage,, comme 
ilz nous ont fait remoustrer, requerans nostre provision. 
Pour ce est il que nous, eu sur ce consideracion et a la grant 
charge que les diz supplians ont a supporter pour avoir leur 
vivre, estât et sustentacion et pour la continuacion du divin 
service, et aussi que de présent ilz n'ont comme nulles reve- 
nues ou proufiiz dont ilz puissent vivre, voulans qos dictes 
lettres d'octroy sur les diz appatiz leur estre entérinées selon 
leur teneur, te mandons et commettons par ces présentes 
que tu faces exprès commandement de par nous a tous ca- 
pitaines et gens de guerre de nostre dit service, tant du dit 
lieu de Laval que autres, ou a leurs lieuxtenans et a tous 
autres qu'il appartendra, que plus ne troublent ou empes- 
chént les diz supplians ou fait des diz appatiz, mais les leur 
laissent avoir, lever et recevoir, tout selon la forme et te- 
neur de nos dictes lettres, sans aucunement donner ou souf-* 
frir donner aux hommes et subgiez de leurs dictes terres au- 
cun empeschement au contraire; ainçois, s'ilz en avoient 
I^rîns aucuns a prisonniers ou autrement leur avoient mis 
ou donné empeschement, les délivrent avecques leurs biexis 
et les diz empesçhemens mettent a plaine délivrance, en leur 
sigoiffiant la teneur de nos dictes lettres et icelles publiant 



t. Cf. p. 195 à 198, 3o9 i 3i2. 

-2. Le 9 mars .1428, l*albot s^Ëtait- rendu maître de Lairal par escalade, .mais 
le 25 septembre de Padaée suivante cette ville avait été reprise par tes Français 
sous les ordres de Raoul du Bouchet 



^Êm 



3l8 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

par cry puUic^ $e mestter est^ es lieux et ptUoes ou il «ppai^ 
tiendra et dont tu seras requis^ a ce que aucun n'en .ptttsae 
prétendre igaorance< Et ou cas que aucuns en seront reli^ 
sans ou se y opposeront ^ ad)Ourne les sur certaines et 
grans peines a comparoir a certain brief )our par devant 
nostre tris cbier et très amé nepveu» le duc d'Âlençon, nosf 
tre lieutenant gênerai^ sur le fait de la guerre euduchii de 
Normendie et es pais marchissans, ou. en noatre court de 
parlement a Poictiers, pour en veoir ordonner^ comme i| 
appartendra de raison, en certifiant deuement nostre éSt 
lieutenant ou les gens de nostre dit parlement de ce que fiait 
en aura$> ausquelz nous mandons que siur ce lacent et don» 
nçnt aus diz religieux et couvent bonne et briefve provisiois. 
De ce faire te donnons plein povoir, auctorîté^ commission 
e^ mandement especial, mandons et commandons a tous noc^ 
justiciers, officiers et subgiez que a toy en ceste partie obéis» 
sent et entendent diligemment. Dozmé a Loches le xix« ^our 
de ]uîng Tan de grâce mil.cccc trente deux, et de nostre ro-*^ 
gne le dixi°«.. Par le roy. Courtaillss. 

fArch. éuéép, ^e la Manche, série If, «• tSoïS } 



CXXVI 

1432, 5 JUILLET 

Robert Jolivet, abbé du Mont^SaitU-MicheU et Raoul le Sage^ 
chevalier^ seigneur de Saint-Pierre^ vicomte de Roncheviîle, 

' tHatéchal hérêdttal de FonthieUy conseïtters et commissaires du 
rot Henri Vî, en vertu et une délégation da dit roi datée de Parts' 
le ^4 fhrkr prétédeitf, accoréhrtt des lettres de gtdèe â 
Mfekttt^ le Pisgnyj rtagvère ¥^iMle, qui est i^eim faire sm èeth 
mission, 

ik tous ceulx qui ces lettres verront, Robert, par la per- 
mission dfvifit abbé du Mont Saint Miehid, et Raoul le 



PIÈCES DIVERSES 3l9 

Salgfl^.cfaevftUer^'seigDeiirdé Saint Piem J^ vkoatti de.Rôi^ 
chfiv^e. ^ymareschsà Ji«£edital de Pondeu, conseillers «t 
coBuaissaBres du roy nostre sire: en ceste fMurtie, srioA te 
qu'il. appeirt par nostre commission dom la tene^nr ensoit : 

Henry, par, la grâce de Dieu roy de l^rànce et d'i^gle- 
teff», a.tous ceulx que ces présentes lettres verront, salut. 
SaYQsr Toiis âdsons que nous, singnliereni^st cônfians «!s 
gtans sens, loyaulté et bonne dil^ence de nov imez et fraulic 
«oilseiUiers, Tabbé du Mont Saint Michkl, Jehan Ffastolf, 
grant snaistre d'ostél de nosire très chiei' et très amé oncle 
Jelnn^. gouvernant et regéiit nostre royaume de France, 
dnc dé Bedford, et Raoul, le Saige, dMValier, seigneur de 
Saint Pierre, ieeulx ou les deux diceulx, par l'advk et deli- 
beradon dfi ntistre xiit onck^avons commis et commettons 
et. leur avons donné et donnons plain povoir, auctorité et 
mandement especial de traictîer, communiquer, appoinctier 
et conclure afin de venir en nostre obéissance et subgeccion 
avec tous seigneurs, ducs, contes, barons, chevaliers,, es« 
cuiers et autres, qui vouldront venir soubz îceles noz subgec» 
cion et obéissance, de les y recevpir pour et ou nom de 
nous, de prendre d'eulx le serement d'estre et demourer noz 
bons et loyaulx vassaulx, subgez et obeissans, et generalment 
de faire toutes autres choses, pour le bien de nous et de 
nostre seigneurie, qui sont en tel cas requises et neccessai* 
res, promettant en parole de roy avoir aggreable, ferme et 
estable tout ce qui par les dessus diz ou les deux d'iceulx 
sera fût, traictié, appoinctié et accordé es choses dessus dic- 
tes, leurs circonstances et dépendances. En tesmoing de ce, 
âous avons fait mettre nostre seel a ces présentes. Donné en 
nostre ville de Paris le xnii* jour de février l'an de grâce 
mil ectxxxi, et de nostre règne le dix«*. 

Salut. Savoir faisons que, aujourd'uy cinq™» jour dé juillet 
mil ccccxxxii, devant nous s'est comparu Richard lePegny^ 
iêquei nous receusmes en l'obéissance du roy nostre dit sei« 
^atnt par vei^u de nostre commission, et de lui receusmeâ 
le serement d'estre et demourer vray, obéissant et subgiet 
du roy nostre dit seigneur, de garder et tenir la paix final 



t. Auj. Saiat-PMfreȣgUM^ Manche, arr. Chotboorg. 
3. Sur RoncheTille, voyez plus haut, p. 3 14, note i. 



3:^0 CHRONIQUE OU MONT-SAINT-MICHEL 

*Éûcte: entre les royaumes de France et d'i^gleterre et viVre 
:90\xht ioele obeissiemce et subgéccion. Si donnons en mande- 
ment a tous les officiers etsiibges duroy nostre dit seigneur» 
prions et requerons.tous autres seigneurs, capitaines de gens 
.d'armess et de trîût, gardes de villes et forteresces, pons, 
ports. et passages, que le dit Richard, le Pegny, $& femme, 
.^nfons et serviteurs nos sùbgez, avec tous leurs biens et cho- 
;ses quelconques^ il£ facent, seufirentet laissent estre et de- 
mourer en la dicte obéissance et subgéccion, sans leur don- 
ner ne soufifrir estre fait, mis ou donné aucim dèstoûrbier 
ou empeschement en corps ou biens ne autrement en aucune 
^manière. Et sera tenu prendre le dit Ridiard lé Pegny lettre 
Ae confirmacion > du roy nostre dit seigneut de ceste pré- 
sente grâce, dedens un an a compter du jour de la date dé 
ces présentes. En tesmoing de ce, nous avons mis noz seaulx 
a ces présentes faictes le cinq»* jour de juillet l'an de grâce 
mil ccccxzxu >• 

(Arch. Nat.y sect. hist., JJ j'^S, n^ ^9^0 



.: cxxvii 

• • • 

1432, 25 JUILLET, AHBQlSfi 

». 

Charles VU confisque et donne aux religieux, prieur et couvent du 
, Jdoni^Saint^Mickel, tous les biens acquis en Normandie et ail-- 
. leurs par frère Robert Jolivet^ leur abbé, qui s'est rendu cou^ 
^ pable du crime de lèse-majesté en embrassant le parti des An^ 
. gUiiSy 

m 

\ Charles, par la grâce de Dieu roy de France, savoir fai- 
sons a touz presens et avenir que noz bien amez les reli« 

^ * • 

i , Cette Gonfimuitioxiy où se trouvent yidimées les' $leui( pièces dont nons ?»• 
nons de donner le texte, est datée dé Mantes le dimanche 3o novembre 143s. 

2. Cette pièce est dépourvue de date de lieu, mais comme elle concerne un 
habitant de Saint-Lo, Robert Jolivet et Raoul le Sage se trouvaient sans doute 
dans cette ville au moment où elle fut délivrée, c'est-A-dlre le 5 juillet 1432. 



PIÈCES DIVERSES 321 

gieux, prieur et couvent du Mont Saint Michiel nous ont 
humblement fait dire et remoustrer que frère Robert, a pré- 
sent abbé du dit lieu du Mont Saint Michiel, est tout notoi- 
rement demourant en l'obéissance de no2 anciens ennemis 
les Anglois et de leur Conseil, en les soustenant , confortant 
et favorisant de tout son povoir a rencontre de nous, par 
quoy il a commis crime de lèse magesté et par ce forfait 
et confisqué envers nous corps et biens pour en povoir par 
nous disposer et ordonner a nostre bon plaisir et voulenté, 
en nous humblement requérant que, attendu ce que dit est 
et que leur dit abbé prent et reçoit ou fait prendre, cueillir, 
lever et recevoir pour et ou nom de lui tous les cens, rentes, 
revenues de la dicte abbaie et aussi celles que les diz reli- 
gieux, prieur et couvent ont ou pais de Normendie et ail- 
leurs en l'obéissance de nos diz ennemis et d'iceulx fait a 
son plaisir et voulenté, sans ce qu'il en ait mis ne emploie 
aucune chose en la dicte abbaie ne en plusieurs autres cho- 
ses qu'il est tenu de faire aus diz religieux, prieur et cou- 
vent, il leur a convenu vendre et engaiger plusieurs des 
joyaulx et reliques de leur église et ei^x endebter en plu- 
sieurs lieux, qu'il nous plaise leur donner et octroier toutes 
les rentes, revenues, cens, heritaiges et autres biens que le dit 
Robert, abbé du dit lieu du Mont Saint Michiel, puet avoir 
acquis ou dit pais de Normendie et ailleurs en l'obéissance 
des diz ennemis, lesquelles rentes, revenues, cens et autres 
heritaiges, ainsi acquises par le dit abbé, de raison leur de- 
vroient et doivent appartenir, attendu mesmement qu'il a prins 
toutes leurs revenues et est leur abbé, se n'estoit le dit 
crime de lèse magesté par lui ainsi commis, comme dessus est 
dit. Pourquoy nous, ces choses^onsiderées, la grant et bonne 
loyauté que les diz religieux, prieur et couvent ont tous] ours 
eue et encores ont envers nous, tant a garder le dit lieu du 
Mont Saint Michiel en nostre bonne et vraye obéissance 
comme autrement en plusieurs manières, les grans pertes et 
dommaiges que iiz ont eues et soustenues en leurs heritai- 
ges, cens, rentes et revenues qu'ilz ont ou dit pais de Nor- 
mendie et ailleurs, pour leur loyauté garder envers nous, et 
aussi que de raison les choses acquises par leur dit père abbé 
ont esté et sont faictes en partie de la revenue des heritaiges, 
cens et rentes qu'ilz avoient et ont en l'obéissance des diz 

21 



322 CHRONIQUE DU MONT-SAINT-MICHEL 

ennemis, et leur <k^t appaitemr, se n'eslok la diète confisca- 
tioii, aus diz religieux, prieur et oouyent, pour ces causes «t 
autres qui ad oe nous ont meu et meuvent, avons ou cas 
dessus dit donné, cédé et tranq^orfé et delaissié, ^oiummw, 
cédons, transportons et délaissons de grâce especiai, pleine 
puissance et auctorité royal, par .ces présentes, tous les beri^ 
taiges, cens, rentes et iwenues quelconques que le dk frère 
Robert, leur abbé, puet avoir acquises en la doclvié de Nor- 
mendie et ailleurs en nostre royaume en Pobeissanoe des die 
ennemis, pour en joyr et user a tousjours par les ^ reli« 
gieux, prieur et couvent, en prendre, cueillir, lever et perce- 
voir les fnxiz, revenues ^t emolumens et en faire ^ disposer 
comme de leur propre chose, en faisant les liommaiges et 
paiant toutesvoies les cens, rentes, revenues -et ^kôix et de^- 
voirs, s'aucuns en sont pour ce deu2, «t ou â appartendra. 
Si donnons en mandement par ces mesmes présentes a nos 
amez feaulx gens de nos comptes , trésoriers et ^neradlx 
conseîlliers par nous ordonnez sur le fait et gouverne- 
ment de toutes nos finances, aux baillife de Coustentin ' et 
d'Evreux et a touz noz autres justiciers ou a leurs Heuxte- 
nans, presens et avenir, et a chascun d'eulx, se comme a lui 
appartendra, que de noz presens don, cession et transport 
facent^ seufTrent et laissent les diz religieux, prieur et cou* 
vent du dit lieu du Mont Saint Michiel joyr et user pleine- 
ment et paisiblement a tousjours comme de leur propre 
chose, et les en mettent ou facent mettre en po8se«ton «t 
saisine, sans leur y mettre ou donner ne souffrir estre mis ou 

donné aucun destourbier ou empeschement au contraire 

Donné a Amboise le vint cinq» jour de juillet î*an de ^ce 
mil quatre cens trente deux, et de nostre règne le dix»<*. 

(iàftcA. dud^. d^ la Manche^ série H^ n^ i Soi 64 

I. Voyez l'introduction, p. ix etx. 

FIN OU TOME PREMIER 
M L4 CHRONIQUE AU |IOIIT-«AIKF-)M|CHEL 



ERRATA 



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Page II, 'note 4, au lieu de : Nojent, lises^ Nogent. 

— 31. ligne 8, — : Sub... Pardus, lise^ SVb... P)ardVs« 
-> 22 f ligne 6, après : forteresses, ajoute:^ : du dit conte. 

— 27, — 12, en note, au lieu de : XXX et XXXI, lisei( 

XXXm et XXXIV. 

— 27, note I, ligne 4, au lieu de : XXXIX, lise{ XLV. 

— 27, — I, — 6, — : XXXIX, /we-f XLll. 

-27,-3,-7, - : XLVI à XLIX, lise^ LVII 

— 27, note 3, — i3, — : L, lise^ LXI. 

— 28, ligne 14, en note, — : XLV et LUI, tise^ LVI 

etLXlV. 

— 28, ligne 16, en note, — : XL, lise:( LXXI. 
-.28,-19, — — ; LUI, lises LXIV. 

— a8, - 20, - - : LU, lise^ LXIII. 

— 28, note X, lignes i5 et 16, au lieu de : XVII, LI, LVI, 

LXVI, lise:( XVIII, LU, LV, LVIII. LïX, LXII, LXVII, 
LXIX, LXXX. 

— 29, ligne II, au lieu de : arCVs, /fsejf aCtVs. 

— 32, — 6, - : IVVenIs, lise^ IVnIVs. 

— 43, note 2, ligne 11, ces mots : ou de Broons, sont à sup- 

primer. 

— 48, les lignes 10 à 22, en note, sont à supprimer. 

^ 48, note 2, ligne 10, au lieu de : XCIV, lise^ CXVII. 

— 75, — 6, — 2, — : proposition, lise^ préposi- 

tion. 

— 107, lignes 5 et 7, au lieu de : appatissements, lise^ «appa- 

tissements » ou contributions militaires. 

— 2o5, note i, ligne 3, au lieu de : de ce mois, lise^ du mois 

précédent. 

— 238, note 2, ligne 3, — : avût fait donné, lise:( vnxi 

donné. 

— 258, note i, ligne i, — : c. Créances, //se:f c. Bréhal. 

— 266, n9 XCV, — 2 du texte, au lieu de : très, lise:( très. 

— 267, note I, — 6, tffi lieu de : Saint^de-Daye, /ûef Saint- 

Jean-de-Daye. 

— 269, ligne 7, au lieu de : après, lise^ après. 

— 273, note I, ligne 22, au lieu de : Saucey, lise^ Sauss^. 



Le Puy, imprimerie Marcheisoa fils, boulevard Saint-Laurent, 33 



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