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CLEOPHAS LACHANCE
Meurtrier «rOdelide DesiletH
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ODELIDE DESUETS
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PROCES (/
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♦ — DE
CLEOPHAS LACHANCE
'^ TROUVÉ COUPABLE DU MEURTRE
D'ODELIDE DESILETS
PRIS ET STÉNOGRAPHIÉ
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CHARLES C. BERNIER, '
DÉPUTÉ, p. 0. s. '
ARTHABASKAVIL.L.E:
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TROIS-RIVIERES
Imprimé à •' L. A CONCOROK.
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* A la demande d'un grand nombre de personnes
f|ui n'ont pas eu l'avantage d'assister à cet émouvant
procès, je me suis décidé de donner publicité à tous
les détails de cette cause. ' •
Le procureur de l'accusé, L. J. Cannon, Ecr.,
a fait valoir tous les moyens que la loi mettait à sa
disposition : il a invoqué les défauts de forme dans
l'assignation des grands jurés, réussi à faire casser
le tableau des grands jurés assignés pour le terme
d'octobre, et essayé de nouveau d'attaquer le tableau
des grands jurés, au terme de novembre ; mais après
avoir échoué dans cette tentative, il s'CvSt acharné au ^
tableau des petits jurés, alléguant entre autres cho-
ses, que les petits jurés assignés au terme d'octobre
auraient dû l'être de nouveau pour le terme de
novembre. Il a encore échoué à cet égard. "^ '•
Il ne lui restait plus qu'à faire la lutte sur le
mérite même de la cause. Oh ! quel terrain pour
combattre ! Quelle tâche ingrate à remplir ! Le prison-
nier s'étant avoué coupable quelques jours a^rès son
arrestation ! Aussi, ni'se*hasrrc.e-i-i: pas trop suroe
terrain ; mais ij cherche à atténuer la gravité du
crime de Gon clreot- eo ' se'^rfetraD ;haM 'don-ière le
lempart du défaut d'intelligeûce un prisonnier. Ici
encore, nouvelle déception, car tons les témoins sont
unanimes à dire que le prisonnier, sans être doué
d'une intelligence bien vive, en lossède néanmoins
suffisamment pour discerner le bien du mal. C'ost
tout ce que veut la loi pour rendre un homme sus-
ceptible d'être convaincu du crime de meurtre .
4 •\
Cette longue enquête a été aussi dirigée avec-
une rare habileté de la part de la Couronne, repré-
sentée par W. H. Felton, PJcr., aucun détail n'a été
omis et la preuve a été complète.
, . Pendant toute la durée du procès, le prisonnier
a montré plutôt de Tinsoueiance que de la fermeté ; il
paraissait s'être fait d'avance à l'idée du verdict qui
a couronné ce procès, si palpitant d'intérêt. *
Le prisonnier a accepté la sentence de mort
prononcée contre lui avec le même sang-froid qu'il
a toujours conservé pendant tout le temps de son
procès. Aucune émotion, pas une larme, ne sont
apparus sur sa figure à ce moment solennel, pas plus
qu'au souvenir de son infortunée victime rappelé tant
de fois. Il était peut être le teul qui ne parut pas
impressionné .
Je serai heureux, et j'aurai rempli le but que
je me propose, si cet ouvrage peut trouver un accueil
bienveillant dans les familles. On y trouvera les
funestes con&équences des passions non comprimées. ,
\j Puisse cet ouvrage inspirer dans le cœur du
lecteur, la haine pour le vice, pour ce vice qui con- .
duit ce malheureux jeune homme à l'échafaud, où ^
tantd'autijesJ'Qnt.'jIrécédé p<oi3ir;les; m^i^eî». forfaits !.j
Que la d>3t*niêi;e peaséte 'du iecteiur ;s6i; : pour ce trop .
iniortuo^ jGUttô • homme, qui bientôt va expier sur
l'échafaud .lejs.ea^cès; ^'ijn'ïçomêt't : d'.^arçiïjçnt; que
sa dernière pétis^îe *()it;aussi poûr-sa; rjha&'té .victime,
hélas T bien trop tôt moissonnée !
. Ciis, C. Bernier, .
Député P. es
Arthaba kaville, 15 Décembre, 1880.
Cour Criminelle d'Arthabaska
OHA.PITRE I.
il
t /
-o ,.. • : r
' ' . 1. ( l
LA REINE, .
"CLÉOPHAS LACHANCE,
; Objections Préliminaires-'^
TERME D'OCTOBRE 1880
■'-J'Uê
V •> i : -•
. iP OCTOBRE 1880. vj^^Àdui',
|ES grands jurés trouvent Taccusatioa
§ fondée contre le prisonnier. ' ' '■
Le prisonnier esc amené devant la
^ur.
6
L. J. Cannon, Ecr., comparaît pour
le prisonnier et produit une récusation
du tableau des grands jurés, vu qu'ils
ont été assignés par " Charles James
Powell, shérif agissant" et que M.
Powell n'esL pas shérif du district d'Ar-
thabaska, et n'a aucun pouvoir, autorité
ni juridiction d'agir comme tel.
W. H Felton, Ecr., avocat de la
Couronne, produit réponse à cette récu-
sation.
^ , > > .^ i Le 20 octobre.
^ ^ ^' Sur la récusation du tableau des
grands jurés, la Cour ordonne la preuve
des faits contenus et dans la récusation
et dans la réponse à icelle.
f^i Des témoins sont entendus de part
et d'autre. ^ ■-■-•-i^v^^;^''-- '^;---^-::^-,-,.:.-;
Le juge maintient la récusation du
tableau des grands jurés faite par le
prisonnier, casse le dit tableau, et or-
donne qu'un bref de Venh-e Facias de
novo, émané, adressé au shérif, lui enjoi-
gne d'assigner un nouveau jury sui-^
;Vant Ifb loi ; le dit bref rapportî^ble le
19 novembre prochain à 9 heures .^^M-
4 f. J~\ JT .
; ^- Terme de novembre 1880.
Le 17 novembre 1880.
Les grands jurés rapportent comme
fondée l'accusation portée contre le pri-
sonnier.
Sur sa mise en accusation, et avant
d'y répondre, L. J. Cannon,Ecr., a pré-
senté de la part de l'accusé, une récusa-
tion du tableau des grands jurés, préten-
dant qu'il n'existe aucune liste de
grands jurés faite parle shérif de ce
district, que cette liste n'est ])as revêtue
de son certificat et de sa signature, et
qu'elle n'a pas été révisée par le dit shé-
rif de ce district ; que la liste en force
est certifiée par Charles James Powell,
Ecr., shérif agissant, lequel officier n'est
pas reconnu par la loi ; et que le juge
n'ayait pas le droit de convoquer un
nouveau jury à un ajournement du
terme régulier, excepté dans certains
cas prévus par la loi, par exemple
lorsqu'un terme spécial est fixé par pro-
clamation, et non dans le cas actuel.
18 novembre.
L'honorai! j Procureur Général, pa'r
"Wé H. Felton, Ecr., a répondu à cette
8
récusation du tableau des grands jurés :
qu'il existe une liste de grands jurés
qui a été dûment préparée et révisée
suivant la loi par Charles James Powell,
Ecr., député shérif de ce district. En
vertu d*un ordre de l'honorable M.
A. Plamondon J. C. S., en date du 29
octobre dernier, et des dispositions du
Statut de la province de Québec, et que
le dit député shérif avait pleine autorité
et pouvoir de ce faire. . .
^^^> « La Cour a ordonné la preuve des
faits allégués et dans la récusation du
tableau et dans la réponse à icelle ; des
témoins ont été entendus, et des pièces
produites à Tappui des prétentions et de
da défense et de la Couronne.
^'•^ »' La Cour a renvoyé la récusation
faite par le prisonnier du tableau
des grands jurés et maintenu le dit ta-
bleau des grands j urés.
• ; Sur ce, r accusé a plaidé *^ non cou-
pable, *' et son procès a été fixé au 19.
. 19 novembre.
L. J. Cannon Ecr., avocat du F ac-
cusé, a récusé le tableau des petits jurés
pour les mêmes raisons que celles énon-
cées dans la récpsation du tableau des
grands jurés, et de plus, que les mêmes
jurés assignés au terme d'octobre au-
raient dû être assignés pour le présent
terme. .-■^.r.r ,}..> m ".^^ ^>v- --rj^.,,
La Couronne, dans sa réponse à la
' récusation dit que le tableau des petits
jurés a été régulièrement préparé. Issue
a été jointe et preuve faite sur cette
récusation.
La Cour a renvoyé la récusation
faite par Taccusé du tableau des petits
jurés, et maintenu le dit tableau.
Puis on a procédé à la formation du
jury, lequel se compose comme suit :
John Clarke, John Mooney, Wm.
Oreaves, Wm. Harrison, James John-
^ ston, Thomas Johnston jr., Godfroy
Laroche. Léon Pépin, Joseph Brunelle
Narcisse Fontaine, Nazaire Malhiot et
Etienne Dussault.
La Cour s'ajourne au 20 pour l'au-
dition des témoins.
^\0^:'.'i''>'^'-tlb ^i'i^héi i^î^ï
JO
{" .. :'^ CHAPITRE II'' -M^'fi
r « I . -• «
Preuve de la Couronne.
;n>-,^T
Arthabaskaville, 20 Novembre
1880.
i,^ :s->.j n -,•», ,. -tif-l.
'^ Adolphe Bissonnette, grand conné-
table, de la Cité de Montréal.
Q« — Vous êtes grand connétable
pour le District de Montréal ? , :.
R. — Je suis grand connétable pour
le District de Montréal, pour ce district
aussi, au moins je l'étais dernièrement.
" Q. — Voulez-vous dire aux jurés et
à la Cour, si vous avez reçu quelques
ordres d'aller à Bulstrode, et dans quel
R. — J*ai reçu ordre du Procureur
Général de la Province de Québec de
venir dans ce district, prendre des in-
formations sur un meurtre qui avait eu
lieu à St Valère de Bulstrode ; et je
suis venu ici dans le Palais de justice le
3 avril dernier.
Q. — Voulez-vous dire si vous avez,
été à Bulstrode, avec qui et quand ?
11
R. — J'ai rencontré M. Barwis, le
greffier de la Couronne, ici, et le même
jour nous sommes allés tous deux visiter
Tendroit où le meutre avait eu lieu.
• Q. — En cette occasion ? y a-t-il eu
un plan de fait représentant la localité ?
R. — Après que nous fûmes allés là
M. Barwis a fait un plan : j'étais pré-
sent. J'ai fait faire ce plan-ci qui est
exactement !a même description, seule-
ment qu'il est fait par un homme de
l'art.
Q. — Voulez-vous dire si ce plan
représente exactement la localité ?
R. — Oui, la localité où le meurtre
a eu lieu, ^v^*. , , * . . .. *^m
Quand nous sommes arrivés à la
maison du prisonnier à la barre, — ^je
dois dire que dans le temps le prison-
nier était détenu en prison — ^j'ai trouvé
deux couteaux de poche dont j'ai pris
possession, ainsi que d'une paire da
bottes qu'on m'a dit appartenir au pri-
sonnier. Ces articles là je les ai remis
entre les mains du grand connétable
d'ici, M. Richard. J'ai trouvé les deux
12
<;outeaux sur un châssis de la maison,
dans un appartement qui sert de cuisine.
» îî' Raphaël Richard, grand connétable
d'Arthabaska, est alors appelé : * '
' Q. — M. Bissonnette vous a-t-il
remis deux couteaux et une paire de
bottes ? , ,
V ; , R. — Oui, ce sont les couteaux que
je produis maintenant. . ^
Q. — Certains effets vous ont-ils été
remis en mains soit par M. Bissonnette
ou d'autres, et si oui, veuillez les pro-
duire ?
R. — Voici une paire de bottes qui
m'ont été remises en mains par M.
Bissonnette : quant aux autre» eflfets
que je produis (le témoin produit un
morceau du couvert du puits, sur lequel
il y a du sang d'un bout et des cheveux
de la victime de l'autre, un peloton de
fil, les pantalons et la jaquette du pri-
sonnier,) j'en ai apporté une partie moi--
même quand j'ai été chercher le prison^?
nier. Ce morceau de bois m'a été donné
par le père de la victime.
J'identifie les deux couteaux, mais
un particulièrement, parce que j'y aï
13
apposé mes initiales ; ceci est la paire
de bottes que j*ai prise dans la maison
du père de l'accusé.
Nous avons visité les lieux dans les
environs du puits où la défunte a été
trouvée : ce puits était fait avec un mor-
ceau d'arbre creusé et était à peu près
trois pieds hors de terre. Il n'y avait
pas d^eau dedans, mais dans le fond il y
avait de la glace et du sang. Nous avons
aussi dans le même temps trouvé une
broche à tricoter qui est semblable aux
deux qui sont ici produites, mais je ne
sais pas laquelle, vu que je ne les ai
pas marquées. ., ., ^.^^ .
/: (Le témoin explique aux jurés le
plan qu'il a produit.)
M. Barwis et moi avons pris ces
bottes et les avons mises dans les
traces qui s'adonnaient parfaitement
sur les traces, depuis l'arrière de
la maison de Babineau, jusque derrière
l'écurie du père du prisonnier. Il y
avait quelques traces à partir de la peti-
te bâtisse jusqu'à la maison Babineau»
C'étaient les mêmes ; plus loin les traces
cessaient, car il n'y avait plus de neige là.
14 ;
' Nous n'avons rien trouvé de remar-
quable à part ce que je viens de dire.
Q. — Avez-vous vu ce morceau de
bois-là? Tj î^^
R. — J'ai vu ce morceau de bois ici,
je ne Tai pas vu là-bas; il était bien
enveloppé. Il y avait du sang et des
cheveux après.
Q. — Avez-vous remarqué en cette
circonstance s'il y avait le reste du cou-
vert du puits ? ^ : i ^ ^ s
R. — Le morceau de bois qui faisait
à celui-ci restait au puits: il convenait
exactement. A . f
Q. — Voulez-vous dire si vous êtes
retourné à Bulstrode quand l'enquête a
été faite et avec qui ?
R. — Le 7 avril, je suis allé au vil-
lage de Bulstrode, avec M. Rioux, ma-
gistrat de district, M. Barwis, le premier
clerc du bureau de police de Montréal,
M. Cotret, et le grand connétable de ce
district qui était en charge du prison-
nier. Là nous avons demandé à M.
le curé de faire déterrer les restes
de la défunte ; et quand le cercueil a
été mis à découvert, nous avons empor-
15
té le cercueil dans une bâtisse près de
chez M. le curé, et là en présence du
magistrat, de l'accusé, du père de la
défunte, et d'autres personnes, nous
avons ouvert le cercueil. L'apparence
du corps avait plutôt l'air d'une person-
ne endormie que d'une morte. Elle a
été reconnue par le père de la défunte,
le prisonnier et plusieurs autres person-
nes. Elle avait une marque qui partait
de l'oeil gauche et qui allais à l'oreille ;
et sur la tête il y avait i ne coupure,
c'est-à-dire deux coupures qui se joi-
gnaient. Les docteurs Poulin et Val-
court étaient aussi présents, j'ai oublié
de les mentionner : ce sont eux qui ont
fait l'autopsie du corps. J'ai assisté à
l'autopsie du corps. J'ai assisté à l'au-
topsie faite pav les médecins, mais les
médecins diront ce qu'ils ont trouvé.
Il y avait des marques sur les mains
comme des coupures. •.
Q. — Avant l'examen devant le
Magistrat de district, avez-vous eu quel-
ques conversations avec l'accusé ?
V R. — Oui, le trois avril dans la
prison. M. Barwis était prés- nt, je pense
16
que le député-shérif y était, le gardien
de la prison et une couple d'autres per-
sonnes. M. Barwis ne s'est pas tenu là
tout le temps*;,, .- ,,;, . i, .,,j .^.ur ,jni
-a Q.— Etait-ce M. Powell ou M.'
Quesnel ? * ^ ^ ' j. i
- - R.— C'était M, Powell et M. Ques«
nel.
Q.— Voulez-vous dire si vous avez
rais le prisonnier sur ses gardes ?
V R — En voyant l'accusé je lui ai
dit:" j'ai été envoyé pour découvrir
qui a commis un meurtre près de chez
vous. " Je ne lui ai fait aucunes pro- '
messes ni menaces ; je lui ai dit que
tout ce qu'il me dirait, je serais obligé
de le faire en cour si c'était nécessaire^
et que s'il ne voulait rien me dire, il en ;
était le maître. , , , , '
^^ Question p )sée par h conseil da ^ '
-. ',, . \. , prisonnier. \;^-'^'^ ^^^^-^,^^^-^-
1^?.— -Dans cette occasion, àvez-Vous*
f dit au prisonnier que s'il subis&ait son^
procès pour meurtre, tout ce qu'il vous
aurait dit servirait de preuve contre ?
17
lui, mais dans aucun cas ne servirait de
preuve en sa faveur ?
R. — Je n'ai pas dit que ça servirait
à sa défense. Je ne lui parlais pas dans
le temps pour Taccuser du meurtre. Je
lui demandais des informations par rap-
port au meurtre.
Le témoin continue sa réponse à la
question posée par la Couronne :
., , Là il ne m'a fait aucun aveu du
meurtre. Je lui ai demandé alors s'il
avait eu connaissance de ceux qui
étaient passés ou qui étaient dans les
environs entre la maison chez lui et la
maison de la défunte. Il m'a dit qu'il
n'avait vu personne, que son père et
son frère étaient allés à un encan plus
loin. Je lui ai demandé s'il avait ce
jour-là un couteau en sa possession ; il a
répondu qu'il n'avait pas de couteau lui
appartenant, mais qu'il avait, cette jour-
née là, le couteau de son frère, qu'il
l'avait laissé sur le châssis dans la mai-
son de son père après s'en être servi. Je
lui ai demandé où étaient les bottes
qu'il portait cette journéc-là ; il m'a dit
qu'elles étaient chez son père. Je lui
2
18
ai demandé s'il connaissait bien la dé-
funte : il m'a dit que oui et qu'il Tavait
vue le dimanche à l'église, le 28 mars,
et qu'il ne l'avait pas revue depuis. Je
lui ai demandé qui était chez lui la jour-
née du meurtre, le lundi 29 mars. Il
dit qu'il y avait ses deux sœurs, sa mère,
madame Babineau, et un petit garçon
de six ans, enfant de madame Babineau.
Il me dit de plus que le père de la dé-
funte était passé chez lui dans l'avant-
midi, qu'il s'en allait au bois, qu'il est
arrêté chez l'accusé, que sa sœur Cora a
demandé au père Désilets de dire à sa
fille Odélide de venir passer l'après-midi
avec eux ; il me dit de plus qu'il était
parti avec le père de la défunte pour
aller au bois. '•
Je me iuis aperçu qu'il avait des
marques, des coupures sur les mains. Il
me dit qu'avant dîner il avait scié du
bois, qu'après dîner il avait fendu son
bois, et qu'en le fendant il était tombé
la main gauche sur sa hache, et l'autre
sur un morceau de bois ; qu'après s'être
coupé les mains, sa mère étant malade,
et pour ne pas l'effrayer, il s'était mi»
19
les mains dans ses poches de pantalon
et qu'il était monté au grenier, que là
il a pris de l'huile à brûler et s'est frot-
té les mains. Il est descendu, et sa mère
l'ayant aperçu lui a dit : '' qu'as-tu ? "
Il a répondu : "je viens de frotter mes
bottes. " Sa mère lui a dit : " Tu t'es
coupé ? " Il a répondu : " je ne voulais
pas vous le dire, ça ne valait pas la
peine. "
J'ai demandé au geôlier s'il voulait
m' apporter les habits de l'accusé; il
m'a apporté une paire de pantalons, qui
sont produites en cour, et j'ai constaté
que dans les deux poches de pantalon il
y avait du sang; ce sont les mêmes pan-
talons qui m'ont été montrés dans le
temps et que le prisonnier a réclamés
comme les siens.
Le 9 avril, après être revenu de
St. Valère de Bulstrode, ici, dans la cour,
le prisonnier m'a fait une autre décla-
ration, en présence de M. Barwis, pen-
dant l'enquête que tenait le Magistrat
de district. Le Magistrat m'avait donné
ordre de donner ma déposition, je me
suis rendu ici dans un appartement.
20
Après que le prisonnier fut arrivé^
j'étais prêt à donner ma déposition, il
me dit : " J'ai quelque chose à vous
dire^ monsieur. " La-dessus, je lui ai
dit:" Arrêtez, jeune homme, je ne
veux pas écouter ce que vous avez à
dire pour le moment, j'ai quelque chose
à dire avant. Si vous êtes pour l'aire
une déclaration qui vous accuserait, une
confession, enfin, du crime, sachez que
vous aurez un procès pour meurtre, que
vous serez certainement déclaré coupa-
ble, et qu'il est beaucoup mieux pour
vous de ne rien dire ; mais si vous insis-
tez, j'enverrai chercher M. Barwis, le
greffier de la Couronne, et si vous êtes
absolument décidé, vous ferez comme
' vous l'entendrez ; je suis obligé d'écouter
ce que vous avez à dire. Et j'ai envoyé
chercher le greffier de la Couronne.
Nous avons pris mot pour mot ce qu'il a
dit. Après avoir écrit tout ce qu'il avait
à dire, je lui ai dit: '* Ecoutez, jeune
" homme, voici le papier que j'ai écrit,
" si vous pensez que vous avez été in-
" duit, soit par menaces, promesses ou
^' autrement, dites-le, je m'en vais dé-
M
"^ chirer ce papîer-îà, et je liié croirai
-** déchargé d*être obligé de répéter ce
-** que vous avez dit. " Il dit alors :
** Non, je suis content, j'ai la conscience
" déchargée, je me trouve allégi, je ne
^* suis plus le même homme. '*
. . Sur le côté droit du cou, j'ai trouvé
une autre blessure d'un pouce et un
quart de profondeur et cinq lignes de
longueur. J'étais présent aussi qup,nd
les médecins ont fait mettre les mains
du prisonnier sur cette tache de sang, et
je vis comme eux que ça s'adonnait par-
faitement à la main du prisonnier. Ces
cheveux qui me sont montrés sont de la
même couleur que les cheveux de la
défunte ; je ne suis pas prêt à jurer que
ce sont des cheveux de femme, mais
c'en a l'air par la longueur et la couleur,
tels que je les ai vus. " : . . .
' '' La blessure dans le cou delà dé-
funte était bien à peu près de la largeur
de cette lame de couteau que j'ai identi-
fiée tout à l'heure et sur lequel sont mes
initiales. - i , : i
Le matin du 9, le prisonnier a fait
^a déclaration devant M. Barwis et moi :
22
" Apràs dîner je suis parti, sur le
grand chemin, de chez mon père, ea
gagnant du côté de la maison Babineau
qui n'est pas occupée, pour y rencontrer
Odélide Désilets, que j'avais vue du gre-
nier de chez mon père ; j'ai rencontré la
défunte, Odélide Désilets, vis-à-vis le
puits où le meurtre a eu lieu, je lui ai
demandé pour l'embrasser, elle m'a
refusé ; elle m'a repoussé et je me suis
relevé et étant lâché, j'ai sauté sur elle
en la frappant avec mes poings, et là je
l'ai jetée à terre en la tenant par le
cou.
I '^ J'ai tiré mon couteau, le même
que M. Bissonnette me montre, (ce cou-
teau est marqué de mes initiales) là elle
me Ta arraché des mains. Dans le temps
je la tenais par terre avec mes mains et
mes jambes. Là elle dit : '* Mon DieuL
il haie son couteau. " Quand elle a dit
cela, c'était avant de me l'arracher des
mains. Quand elle m'a eu arraché le
couteau, je suis parvenu à le lui arra-
cher de nouveau par l'allumelle ; c'est
dans ce temps-là que je me suis coupé
les mains. Je l'ai, avec la grosse allu-
23
melle, en lui arrachant le couteau, dar-
dée au cou. C'est ce coup qui paraissait
lors de l'enquête de M. le coroner et
de M. le Magistrat d*^ district. Après
être dardée, elle essava de se relever,
là je l'ai repoussée par terre et j'ai été
chercher l'éclat de bois, produit en cour,
à laquelle il y a une penture de clouéo.
Quand je l'ai dardée, c'était vers le
milieu du chemin. Je l'ai hâlée près du
puits, après l'avoir frappée avec le cou-
teau, afin qu'elle ne se sauve pas de m')i.
C'est alors que j'ai fendu le morceau de
bois et que je suis revenu près de la fille
à terre près du puits. Ce morceau de
bois était une partie du couvert du
puits. C'est avec mes deux mains que
j'ai fendu ce morceau de bois. Elle
était étendue par terre sur le côté droit \
elle avait la tête près du puits, et les
pieds vers le chemin. ^..|..
i *^ J'ai frappé la dite Odélide avec
mon morceau de bois sur la tempe
gauche, vers l'œil gauche. Là, elle gé-
missait fort, on aurait pu l'entendre
dans la maison d'Urbain Babineau, s'il y
avait eu quelqu'un là. Je l'ai de nou-
#.
24
veau frappé sur la tête au côté gauche.
Je tenais le morceau de bois des deux
mains. Elle a mis sa main gauche sur
sa tête à Tendroit blessé, et je l'ai de
nouveau frappée, et sa main est restée
dans ses cheveux, tenant ses cheveux ;
elle ne remuait plus. Je l'ai prise et
mise la tête la première dans le puits.
J'ai poussé ses jambes sur son corps pour
la cacher à la vue ; là elle s'est sortie
les pieds et une partie des jambes hors
du puits ; je Tai renfoncée de nouveau.
Son chapeau et son châle étaient dans
le chemin, je les ai mis dans le puits;
j'ai étendu son châle sur elle et son cha-
peau à côté d'elle. Ensuite, j'ai pris des
bouts de planches que j'ai placées au-
dessus d'elle dans le puits. Après cela,
j'ai pris trois perches que j'ai placées
debout dans le puits au-dessus du corps,
•et je suis parti du côté de chez nous, à
peu près à un demi arpent, et je suis re-
venu au puits en courant, deux fois. J'ai
regardé chaque fois dans le puits et elle
ne remuait point. Ensuite, je suis
monté par le grand chemin, où j'ai été
' me laver les mains à peu près huit ar-
25
pents en arrière de la grange chez nous,
du côté de la sucrerie. En partant,
après le meurtre, du puits, je m'aperçus
que mes mains étaient coupées.
'' Sur ma jaquette, il y avait du
sang; quelques taches que j'avais sur
ma jaquette venaient du corps d'Odélide,
les autres sur les manches venaient de
mes mains que je frottais sur les man-
ches de ma jaquette ; et aussitôt que je
m'aperçus que mes mains saignaient, je
mis mes mains dans mes poches, j'avais
alors essuyé une main sur un côté d'une
manche de ma jaquette. J'ai lavé mes
mains dans un petit auge en arrière de
la grange. Après avoir lavé mes mains,
je suis revenu sur le grand chemin, et
me suis rendu dans la grange de mon
frère Joseph Lachanco, plus haut que
chez nous, et je suis resté là pour me
reposer, car j'étais très-excité. C'est
dans ce temps-là que j'ai vu passer M. le
curé Lessard, presqu' aussi tôt après être
entré dans la grange. Il y a plusieurs
jours que je voulais faire cette déclara-
tion, mais je ne pouvais pas me décider.
Je suis content de déclarer ce crime afin
26
d'ôter tout doute sur quelques personnes
innocentes. Je fais cette déclaration,
afin que je sois déchargé d'un tel far-
deau sur ma conscience. Cette déclara-
tion est faite de mon plein gré, sans
aucune menace ou promesse, mais à ma
demande. ''
J'ai rencontré le prisonnier dans
plusieurs circonstances, A Tenquête,.
je l'ai vu cinq à six jours de suite.
Q. — D'après l'apparence du prison-
nier et d'après ce qu'il a fait et dit en
votre présence dans ces diflférentes occa-
sions, quel était l'état de sa mémoire,
de sa discrétion et de son intelligence.
V : R. — Il m'a paru un homme qui a
toute son intelligence, il parle bien, il
raisonne bien, sa mémoire m'a paru
bonne.
- Q. — Vous avez parlé de la grange
de son frère, cette grange se trouve
plus haut, et n'appert pas sur le plan ?
R.— Elle n'appert pas sur le plan»
Transqiiestionné par le Conseil de V accusé.
J'ai dit dans mon examen en chef
27
que j'ai été envoyé ici par le Procureur
Général, au mois d'avril dernier, pour
découvrir le meurtrier, j'ai vu le pri-
sonnier pour la première fois le 3 avril,
dans l'avant-midi. En cette circonstan-
ce étaient présents : le shérif, le députe
siiérif, je pense que le grand connétable
est venu, M. Barwis ; il y avait plu-
sieurs personnes ; M. Cannon y est
venu aussi. Le geôlier n'a pas été là
tout le temps parce qu'il a été chercher
quelque chose que je voulais avoir ; il
y a été la plus grande partie du temps.
Q. — Dans cette occasion-là, avez-
vous raconté quelques anecdotes au pri-
sonnier ou quelques traits d'un genre
quelconque, quant à des crimes qui
avaient été commis, et quant à des per-
sonnes qui avaient avoué leurs crimes ?
R. — Je n'ai jamais raconté d'anec-
dotes, ni d'histoires, ni fait de farces ua
prisonnier.
Q. — Vous jurez que vous n'avez pas
parlé au prisonnier en cette circonstance-
là antérieurement à la conversation que
vous venez de rapporter, de faits, de
crimes qui avaient ét^ commis, de per-
28
i8onnes avouant ou refusant d'avouer leur
•crime, ou des avantages et désavantages
-qu' ils avaient pu en retirer?
R. — Jamais.
Q. — Avez-vous parlé à d'autres per-
sonnes, en présence du prisonnier, de
faits comme ceux-là ?
R. — Non. Je puis avoir raconté au
Magistrat de district quelque chose, mais
je n'ai jamais dit qu'un homme qui était
-accusé d'un crime gagnait quelque chose
en avouant son crime.
Q — Ces faits que vous avez pu ra-
conter, c'était en présence du prison-
nier ?
R. — Ce doit être en sa présence,
parce que toute la journée nous étions
ensemble.
Q. — Vous avez parlé de traces que
TOUS avez vues sur la neige à différents
endroits indiqués sur le plan, et vous
avez juré que vous avez placé les bottes
qui ont été produites en cour comme ap-
partenant au prisonnier, dans ces em-
preintes, et que les bottes faisaient par-
faitement • '^^ ■' ^•'■•'i ^ r'"* ::•[''■:■ , :^:-^ ^-^'^û^' 'if^^d.
R. — Pas dans toutes les empreintes ;
29
mais dans une partie des empreintes ;:
ceci était le 3 avril et le meurtre avait
eu lieu le 29 mars.
Q. — Vous avez lu certaines notes
dans votre témoignage, voulez-vous dire
quand ces notes-là ont été prises ?
R. — Les notes que j*ai lues en cour,
ce sont les notes que j'ai prises lors de
la déclaration du prisonnier au fur et à
mesure qu'il me les donnait ; toutes ces
notes sont écrites par moi cette journée-
là.
Q. — Vous jurez que la déclaration
du prisonnier telle que vous venez de
lire à la cour, est mot pour mot ce que
le prisonnier vous a dit ?
R. — Autant que j'ai pu le mettre ;
même il y a des mots qui ne sont pas
beaucoup français, je les ai mis au fur et
à mesure qu'il me les donnait.
Q. — Jurez-vous que du commence-
ment de la déclaration du prisonnier
jusqu'à la fin, vous ne lui avez posé au-
cune question ?
R. — Je lui ai demandé des informa-
tions nécessairement.
Q. — Dites-vous que cette déclara-
30
tion du prisonnier a été faite spontané-
ment par lui, ou si elle a été faite à la
suite de questions que vous lui avez po-
sées ?
R. — Elle a été faite spontanément
par lui, excepté que je lui ai demandé
des explications sur quelque chose que
je ne comprenais pas.
Q. — Quand vous avez été à Bulstro-
de et que le corps a été exhumé, pen-
dant le trajet, en présence du prisonnier,
vous avez raconté quelques anecdotes,
des avantages ou désavantages que pou-
iraient retirer les personnes accusées de
crime et qui avouaient leur crime ?
R. — Je n'avais pas la charge du
prisonnier, et je n'ai pas été tout le
temps avec le prisonnier. Je ne me
rappelle pas avoir parlé au prisonnier à
part cette tois où les médecins lui
avaient fait mettre les mains sur le
morceau de bois ici produit ; et je jure
que je ne me rappelle pas avoir raconté
aucuns traits semblables en présence du
prisonnier.
Q. — Après votre première visite à
Bulstrode, vous avez dit que vous aviesi
31
trouvé deux couteaux dans la maison
chez Lachance, ayant (^s couteaux-là
^n votre possession, avez vous question-
né le prisonnier à votre retour ?
É. — Pas après être revenu, je ne me
rappelle pas lui avoir parlé : je n'ai vu
, le prisonnier qu'une fois dans la prison,
et je ne l'ai jamais revu depuis, excepté
lors de l'examen préliminaire. Te ne
lui ai parlé du couteau que dans les
environs de sa confession.
Je jure qu'avant que le prisonnier
ait fait sa déclaration, je l'ai mis sur ses
gardes ; je pense avoir dit quelque cho-
se de semblable dans ma déposition de-
vant le Magistrat. (La déposition du
témoin prise devant le Magistrat est lue
aux jurés).
Je constate par ma déposition qu'ils
y ont inséré ce qu'ils ont cru nécessaire
et pas autre chose. ; .^ ^
Autant que ça peut se faire, j'ai
pris mot pour mot, au crayon, la confes-
sion du prisonnier. (Il la montre au
conseil de l'accusé.)
Q* — Vous avez dit dans votre exa-
' men en chef que le prisonnier, ayant
32
terminé sa confession, vous lui avez dit
ceci, en tenant le papier : " voici votre
déclaration, si vous pensez que vous
avez été induit par promesses, menaces
ou autrement, dites-le, je vais déchirer
le papier et je me croirai déchargé etc.,
etc. ? Vous rappelez- vous d'avoir dit
ça?
. R. — Oui, je l'air dit.
Q. — Vous avez constaté par la par-
tie de votre déposition qui vient d'être
lue, que vous n'avez pas fait cette décla-
ration-là devant le Magistrat de
district ?
R. — J ai dit tout, et ils ont écrit ce
qu'ils ont jugé nécessaire pour faire la
cause ; ils ont mis la substance. La dé-
claration était la même que celle d'au-
jourd'hui, mais le Magistrat a pu ne pas
tout l'entendre vu qu'il a pu s'absenter.
Ce n'est pas le Magistrat qui a pris ma
déposition, mais elle a été prise sur l'or-
dre du Magistrat, par un greffier nommé
à cette fin. ; ,.n .//• :...xKé^r;'>;f., ■ .-
J'ai été avec le prisonnier pendant
quatre ou cinq jours, et d'après ce que
j'ai vu là, il m'avait Tair à être dans la
'</
33
possession de ses facultés, parce qu'il a
arrangé des histoires qui étaient bien
arrangées, et qu'un homme qui n'aurait
pas eu son bon sens, n'aurait pas pii
faire.
Mé-exanilnê.
Quand j'ai pu conter quelque af-
faire par rapport à des crimes célèbres
qui ont eu lieu, ce n'est pas au prison-
nier que j'adressais la parole, mais au
Magistrat de district, et à d'autres per-
sonnes qui auraient pu être dans la
chambre où se tenait l'enquête.
Le révérend Messire Is. KLÏE
DAUTH, curé de la paroisse de 8t. Va-
lère de Bulstrode. — Je connais le pri-
sonnier, je suis le curé du prisonnier
depuis huit ou neuf ans. J'ai eu occa-
sion de voir le prisonnier souvent depuis
plusieurs années.
Q. — Voulez-vous dire, d'après ce
que vous connaissez, d'après son appa-
rence et ses actions, quel était l'état de
«a mémoire et de son intelligence ? ^- ..
34
R. — J'ai toujours considéré le jeune
homme comme un jeune homme d*un
petit génie. ^ ^
Q. Quant à sa mémoire et à son in-
telligence ?
R.-r-Certainement que je ne puis
pas nier qu'il ait une certaine intelli-
gence et de la mémoire, qui le rendent
capable de connaître ses actions jusqu'à
un certain point.
Q. — Est-il capable de discerner
entre le bien et le mal ?
R. — Je l'ai toujours cru.
Q. — Vous avez connu la défunte ?
. R.— Oui. .
Question par la Coiu\
Q. Est-ce que le jeune homme a
communié ?
R. — Oui : il avait fait sa première
communion avant de venir dans ma pa-
roisse, et depuis qu'il est dans ma pa-
roisse, il remplissait ses devoirs reli-
gieux assez régulièrement; quand il est
venu chez nous, il communiait; je
n'avais aucun doute sur sa capacité de
remplir ses devoirs religieux. ? , j:>
35
Pur la Cour 071716.
Q. — Quelle était la couleur des che-
veux de la défunte ?
R. — Je pense qu'elle avait les che-
veux blonds; les cheveux qui sont sur
ce bois sont certainement identiques aux
cheveux de la fille, parce que j'ai eu
occasion de les confronter, lors de la
première enquête.
Q. — Avez-vous eu occasion d'aller
sur le lieu du meurtre, vers le temps de
l'enquête ?
R. — Oui. Je trouve sur ce plan-ci,
une petite étable et une laiterie près de
la maison Babineau.
Q. — Voulez- vous dire si l'accusé
vous a dit quelque chose à propos de ces
bâtisses-li\, s'il a admis avoir été dans le
voisinage avec quelqu'un, et quand ?
R. — J'ai eu, après sa déclaration
devant le Magistrat, plusieurs entretiens
avec le prisonnier, duns la prison, et là
il m'a fait certains aveux que je pour-'
rais donner à la Cour.
" • . ■'■'"*
^•^ Por Je Ornseil de V accusé,
Q. — Vous étiez dans le temps Tavi-
«eur spirituel du prisonnier ? ^,,,,5 ni
:$
36
R. — Non, je n'ai point confessé r ac-
cusé depuis quelques semaines, avant le
crime. L'accusé a manifesté le désir de
se confesser à moi, et prévoyant que je
serais appelé à témoigner dans cette
cause, j'ai cru qu'il était prudent pour
moi de refuser de le confesser et je lui
ai dit de s'adresser au curé de St. Chris-
tophe, afin de garder ma liberté d'ac-
tion.
Q. — Le prisonnier vous connaissait
alors comme le curé de sa paroisse ?
R. — Certainement.
Q. — Avant qu'il vous ait fait cette
déclaration, l'avez-vous mis sur ses gar-
des de ne rien dire, que s'il vous disait,
quelque chose vous seriez appelé en Cour,
lors de son procès, pour témoigner de
ces choses-là ?
R. — Je lui ai fait des exhortations
pour lui faire comprendre la grandeur
du crime qu'il avait commis, à plusieurs
reprises. Dès la première visite que je
lui ai faite, avant de lui faire aucune
question, j'ai reçu de lui un aveu ; je
n'étais pas seul, j'étais avec le frère du
prisonnier : ce premier aveu a été fait
I; ^spontanément sans lui foire aucune ex-
îiortation,
Par la Couronne,
Il m'a foit demander à St. Valère
de Bulstrode pendant qu*il était en pri-
son, après son aveu, par son frère
Edouard, qui est venu chez nous me
demander que son frère voulait me
voir.
Rendu en prison avec son frère, je
lui ai demandé ce qu*il voulait de moi ;
il a baissé la tête, autant que je puis
me rappeler, et a dit : " C'est moi qui
l'ai tué. " Comme on peut le concevoir,
je lui ai fait comprendre la grandeur de
ce crime. Je lui ai fait quelques remar-
ques pour lui inspirer la confiance et
l'empêcher de se porter au désespoir,
et d'espérer en la misi^ricorde de Dieu.
Il m'a fait alors le récit de la manière
dont il s'y était pris pour la tuer. Il
m'a demandé pour le confesser, je lui ai
fait la réponse que j'ai donnée tout à
l'heure devant la Cour, que je ne pou-
vais pas le confesser, lui disant de s'a-
dresser au curé de la paroisse. & = >
38
Par la Cour.
Q. — Dans ce moment, quand il a
spontanément fait cet aveu, avait-il
l'air de sentir la grandeur de son
crime ? ■''- '■■"■-' . ' •■
R. — Certainement ; il paraissait
affaissé, et il a avoué qu'il regrettait
beaucoup d'avoir fait cela.
<. : Par la Couronne,
Quand le prisonnier m'a déclaré de
la manière qu'il s'était pris pour tuer la
jeune fille, il me dit : '^ j'ai été au de-
vant de la jeune fille ; je l'ai rencontrée
à peu près à la maison qui appartient à
Urbain Babineau. Lors de notre rencon-
tre, je l'ai dépassée un peu. Je me suis
retourné et j'ai voulu la prendre , en
arrière ; (il avait l'air à hésiter à me
dire pourquoi) ; Je l'ai jetée à terre et
je l'ai frappée avec mes poings, je l'ai
menacée avec mon couteau. " ^^ •■
Je lui ai demandé : *' Est-ce que la
petite fille ne t'a rien dit; est-ce qu'elle
ne criait pas ; est-ce qu'elle ne se plai-
gnait pas?" Il m'a dit que oui. Elle
39
m'a dit : " qu'est-ce que je t'ai fait pour
que tu me maltraite ainsi ; est-il pos-
sible qu'il va se servir de son couteau
pour cette affaire, (donnant à entendre,
pour la faire consentir à cela ? )
Q. — Dans cette circonstance-là, ou
dans une autre circonstance, vous a-t-il
déclaré quelle était son intention vis-«à-
vis de cette jeune fille-là, au commence-
ment ?
R. — Dans une autre entrevue, il
m'a dit de lui-même, sans que je l'ai in-
terrogé : *^ j'avais l'intention de l'em-
mener dans la grange."
Q.— Dans quel but ? l'a-t-il dit ?
R. — Le but paraissait, d'après ce
qu'il disait, c'était dans une mauvaise
intention ; c'était facile à comprendre.
Je n'ai pas voulu lui demander pour-
quoi.
Elle lui a dit alors : " laisse-moi
tranquille, je te pardonne, je n'en par-
lerai à personne, ni à tes parents ni aux
miens," et, dit-il, j'ai toujours continué
à la frapper. ? ^. . . -.^
. Je lui ai fait quelques remarques
sur la bonté de la petite fille^ et pour-
40
quoi il avait continué à la frapper. Il
m'a répondu qu'il avait continué à la
frapper; qu'il ne se possédait pas, qu'il
était en colère.
Il présumait qu'elle avait perdu
connaissance, parce qu'elle était à terre
à côté du chemin. Il l'a traînée jusqu'au
puits. Il m'a dit : ** de rage, j'arrachai
un morceau de bois qui était après le
puits, je l'arrachai facilement à ma
grande surprise; je l'ai frappée de toute
ma force sur la tête avec ce bois, et je
me dépêchai de la jeter dans le puits."
Pendant cet aveu, son petit frère
était toujours à côté de moi, il a été té-
moin de ce que je viens de dire. Son
frère se lament. it beaucoup, il pleurait
et il lui dit alors : " Est-il possible que
tu aies fait une chose semblable ? que
t'avait fait cette petite fille-là pour la
traiter ainsi 'l '* Il n'a pas répondu à
son frère, il a baissé la tête. Son frère
lui a aussi fait cette autre remarque :
*• Que vat-on faire à présent, que va-t-
on devenir ? pourquoi n'as-tu pas pensé
à cela ?
> >
41
Il a aussi déclaré que la jeune fille
se plaignait fortement. Il ne m'a pas dit
alors si la jeune fille était dans le puits
dans le temps où en dehors : plus tard,
il m'a dit qu'elle était dans le puits,
qu'elle gémissait tellement qu'elle pou-
vait être entendue de la maison voisine,
de la maison d'Urbain Babineau, qu'il
était venu à deux ou trois reprises au
puits, pour voir si sa victime était morte
ou vivait encore.
Il m'a dit plus tard, dans une au-
tre entrevue, qu'elle gémissait encore
après l'avoir mise dans le puits ; et cet
aveu il me l'a fait encore spontanément
sans que je lui aie fait aucune question
relativement à cela.
Dans une de ces entrevues, ou dans
une autre, (car je l'ai vu quatre ou cinq
fois,) de lui-même, sans que je lui aie
demandé, il m'a dit : *• J'étais au châs-
sis du pignon, et je regardais pour voir
si elle venait ; je l'ai aperçue à peu
près vers la maison de Timothée Frigon.
En descendant, j'ai vu le couteau sur la
tablette du châssis : je l'ai pris avec
l'intention de lui faire peur et de la
42
faire consentir à mes mauvaises inten-
tions, mais non pas dans le dessein de
la tuer, " Je lui ai demandé s'il avait
l'intention de la tuer, il m'a dit que
non.
C'est à peu près tout ce que j'ai su.^
S'il y a quelque autre chose, c'est de
peu d'importance.
Q. — Avez-vous examiné le puits et
pouvez-vous dire si cette planche-ci pou-
vait correspondre au couvert du puits ?
R. — Il y avait dans le temps un
morceau de bois qui s'adaptait très-bien
à ce morceau, on pouvait certainement
dire que ces deux morceaux de boi»
devaient être unis l'un à l'autre et je suis
persuadé que ce morceau vient d'après
l'autre.
Transqaestloniiê par le conseil de V accusé,
Q. — Chez une personne de catte
intelligence-là, pensez-vous qu'il aurait
fallu une provocation plus faible que
chez une personne ayant toute la jouis-
sance de ses facultés pour lui faire per-
dre le contrôle de ses actes ?
f
43
Q. — Je le pense, parce qu'une per-
sonne d'un bon sens peut contrôler ses
actions plus facilement qu'une personne
d'un petit génie. Je suis persuadé qu'il
faut moins de chose pour provoquer une
personne d'un petit génie, qu'une per-
sonne quia tout son génie.
Q. — Lors de ces admissions dont
vous avez parlé, y avait-il d'autres per-
sonnes présentes que son frère ?
R. — Une fois, M. Laflèche, le curé
de Ste. Victoire, M. Héroux, aussi une
autre fois; il a fait les mêmes aveux à
peu près. Je l'ai visité une fois avcC
son frère, une fois avec M. Laflèche,
une autre fois avec M, Héroux, et une
autre fois je crois que j'étais seul. La
première fois que je l'ai visité, il a com-
mencé à me faire des aveux, je lui ai
demandé s'il voulait se confesser, je lui
ai dit que je ne pouvais pas le confesser.
La cour s'ajourne à lundi, le 22.
44 \
Séance du 22 novembre 1880.
Preuve de la Couronne,
RÉVÉREND F. X. LESSARD,
<îuré de la paroisse de St. Albert de
Warwick.
Q. — Avez- vous eu occasion, vers la
lin du mois de mars dernier, de passer
dans le dixième rang de Warwick.
R. — Oui, le 29 mars dernier, le
lendemain de Pâques.
Q. — D'oî^ partiez-vous et où alliez-
vous ?
R. — Je partais de St. Albert pour
aller à St. Valère, chez M. le curé
Dauth.
Q. — Voulez-vous examiner ce plan-
ci, et dire si vous avez passé dans le
chemin marqué sur ce plan ?
I R. — Je me rappelle parfaitement
avoir passé dans ce chemin.
Q. — Savez-vous s'il y avait des
maisons occupées sur ce parcours de
chemin, marqué sur ce plan ?
R. — Il y avait la maison de La-
^ chance et Désilets au coin de la route
- St. Albert.
45
Q. — Ces maisons se trouvent-elles
à droite ou à gauche du chemin ?
R. — Elles sont à droite, en descen-
dant à St. Valère ; il y a deux ou trois
maisons de l'autre côté qui sont inoc-
cupées. Dans U maison de Babineau, il
y avait des papiers dans les châssis ; on
aurait pu croire qu'elle était occupée.
Q. —A quelle heure êtes -vous parti
de chez vous ?
R. — Je ne pourrais pas préciser
l'heure ; il pouvait être, je crois, une
heure et demie à une heure trois quarts
quand je suis passé au puits en ques-
tion ; je suis parti de chez nous après
dîner.
Q. — Voulez-vous dire si vous avez
remarqué quelque chose dans les envi-
rons de ce puits-là ?
R. — En passant au puits, j'ai
remarqué du sang et des pistes, beau-
coup àe pilotage près du puits.
Q. — Ce pilotage-là, était-ce fait par
des animaux ou des personnes?
, R.— Je n'ai pas remarqué qu'il y
avait des pistes d'animaux. Je me suis
aperçu qu'il y avait des pistes humaines.
46
J'ai remarqué aussi dans l'embouchure
du puits trois perches, placées à peu près
en triangle.
Q. — Vous êtes-vous arrêté pour
examiner quelle était la cause ? . , r
R. — Non ; en passant là, j'ai pensé
qu'on avait estr( pié un cheval, et com-
me c'était près du puits, qu'on y était
allé chercher de l'eau pour le laver.
L'accusé déclare qu'il n'a pas de
transquestions à faire au témoin.
NARCISSE GELINAS, de St. Al-
bert de Warwick. — Je connais le prison-
nier à la barre, je connais aussi le
dixième rang de Warwick, et la rési-
dence du père de l'accusé.
Je sais où se trouve la maison
d'Urbain Babineau ; il y a un puits près
de là qui se trouve de l'autre côté du
chemin, vis-à-vis la maison et tout près
du chemin. J'ai eu occasion d'y aller
vers la fin de mars dernier ; j'ai vu le
puits oîi la fille a été jetée dedans. Je
ne pourrais pas dire au juste le jour,
mais c'est le matin que l'enquête du
coroner s'est tenue. J'ai remarqué du
sang autour du puits, en dehors et en
47
dedans. La neige avait été pilotée autour
du puits ; ce n'était pas un puits dont
on se servait ce printemps-là : on s'en
-était servi avant. Il y avait du sang.
Le sang avait été couvert par la neige
et la neige était fondue jusqu'au sang.
Il y avait un fil qui croisaillait les tra-
ces qui avaient été pilotées autour du
puits. Ce fil partait d'à peu près une
douzaine de pieds du puits en venant
au puits ; il était cassé à différentes pla-
ces où le pied avait été mis dessus. Ça
avait l'air que la jeune fille auraitéchap-
pé son tricotage, et qu'en se débattant
le peloton de fil se défilait et entrait
dans la neige, et que le pied avait été
mis dessus à diflérents endroits où il
avait été cassé. J'ai remarqué qu'il y
avait du sang hur le fil, j'ai vu le pelo-
ton de fil à la maison chez M. Désilets.
Je l'ai vu la première fois dans le
puits. Je pourrais le reconnaître si je
le voyais encore.
J'examine maintenant le peloton
qui m'est montré : et c'est le même fil.
J'ai remarqué aussi dos perches près
du puits; elles étaient à terre contre le
48
puits, elles étaient là quand je sui»
arrivé. Il y avait du sang sur les per-
ches ; on distinguait la place des main»
sur le milieu des perches.
J'ai été un des jurés dans Tenquête
du coroner. Dans cette circonstance-là
on a produit les habits devant les jures.
J'ai vu du sang sur une paire de culot-
tes et une blouse. Je ne me rappelle pas
avoir vu la chemise qui m'est actuelle-
ment montrée. J'ai vu les culottes : les
poches étaient pleines de sang, devant
et sur les côtés. J'ai aussi vu cette blou-
se, sur le bras droit il y avait eu du
sang extraordinairemetit, sur l'autre
manche aussi ; et dans le milieu du dos,
j'ai reitiarqué trois taches de sang. Le»
taches dans le dos étaient neuves, mai»
sur le bras droit on avait es-^ft^yé de le»
enlever. Sur le côté gauche du froc, j'ai
trouvé un petit morceau de chair, avec
un petit morceau de sang caillé.
L'accusé déclare qu'il n'a pas de
transquestions à faire au témoin.
i - ZOEL HOULE, de la paroisse de
St. Valère de Bulstrode. Je connais le
prisonnier à la barre.
49
Q. — Avez-vous formé partie du
juré, devant l'enquête du coroner sur le
aorps de la défunte ?
R— Non.
Q. — Vous êtes-vous rendu à l'en-
quête ?
, R. — Oui.
Q. — Voulez-vous dire si vous avez
vu la défunte, Odélide Désilets ?
R. — Oui. J'ai examiné les marques,
elle avait attrapé un coup sur l'oeil
droit ou l'œil gauche, je ne pourrais
pas dire lequel : elle avait l'œil en-
flé. Du côté gauche elle avait attrapé
un coup à peu près trois pouces de long.
Elle avait la bouche enflée, elle avait
des égratignures de place en place, et
un coup sur une main aussi. Je suis
allé au puits qui se trouvait vis-à-vis la
maison de Babineau, dans le chemin en
dedans du clos.
Q. — Savez-vous si ce jour-là il y
avaitbeaucoup de monde dans ce rang-là ?
R. — Le jour que le meurtre a été
commis, il n*y avait pas tant de monde
que de coutume ; il y avait un encan à
fcjte. Elizabeth, paroisse voisine, et
50
presque tout le monde y était allé, il
n'en était resté que deux ou trois.
J'examine le plan produit en cette
cause ; et ce plan représente bien la lo-
calité d'après la connaissance que j'en ai.
Les maisons qui se trouvent entre les
maisons de Lachance et Désilets étaient
inhabitées ce jour-là. Chez le père Dé-
silets, il n'y avait que lui d'homme, et
chez Lachance, que l'accusé. Le jour de
l'enquête, je suis allé chercher quelqu'un
en voiture. J'ai eu occasion de rencon-
trer le prisonnier en allant chercher cea
personnes; j'ai dit à l'accusé que le co-
roner le faisait demander lui et son père.
Je suis retourné chez Désilets ensuite.
Après lui avoir parlé, j'ai continué pour
avoir un témoin pour l'enquête, et
quand j'ai été revenu, j'ai été chez La-
chance ; j'ai demandé s'ils étaient par-
tis, et on m'a dit qu'ils étaient partis.
Q. — Quand vous êtes retourné chez
Désilets, où avez-vous trouvé le prison-
nier ^ i
;-• 4.
R. — Je l'ai trouvé dehors assis dan»
une carriole; je lui ai parlé; je lui ai
demandé : " Toi qui étais seul chez Youg^
■f- 'j.
51
<cette journée-là, tu n*as pas eu connais^-
gance de ce qui s'est passé dans le che-
min, tu n'as pas entendu crier, débattre
quelque chose dans le chemin ?" Il m'a
répondu que non, qu'il était occupé à
faire sa besogne, que son père l'avait
laissé pour faire le train chez lui, qu'il
ne posait pas que rien arriverait
comme cela ; et en parlant, il a ouvert
les mains, et j'ai aperçu des blessures
dans ses mains • Je lui ai demandé où
il s'était estropié comme çà ; il m'a ré-
pondu que c'était çn fendant du bois à
la porte de son père . Il m'a dit que les
deux pieds lui avaient glissé, qu'il était
tombé par terre, une main sur sa hache
et l'autre sur un quartier de bois. Sur
le terrain planche comme ça, ça ne m'est
jamais arrivé. Dans certaines circons-
tances, ça pourrait arriver quelques
fois, sur la glace vive. Je ne sais pas
la manière qu'il s'élance non plus; moi
ça ne m'est jamais arrivé. Suivant ma
-connaissance je n'ai pas trouvé que ça
avait du bon sens que ces coupures
auraient pu être faites de la manière
qu'il le disait. .
52
Il m'a dit qu'il avait attrapé ça le
même jour que le meurtre a été commis,
vers trois heures de l'après-midi. ^
Q. — Avez-vous entendu quelques
conversations entre d'autres personnes^
et le prisonnier ?
R. — J'ai entendu parler son père
avec lui et son beau-frère Hubert "^rdif.
Son père lui a dit : " Cléophas, tu es
douté pour avoir tué Odélide Désilets,
ils veulent envoyer chercher tes hardes,
pour voir s'il y a du sang après." Il a
répondu que ses hardes en étaient plei-
nes de sangj qu'il y en avait jusque
dans les poches de ses pantalons, qu'il
avait mis les mains dans ses poclies^
pour ne pas verser trop de sang qui
saignait de ses mains, en allant se laver.
Il a dit : '^ il y a beaucoup de sang sur
niQS hardes, je saignais sans bon sens."
Si je ne me trompe pas, l'enquête
du coroner a été tenue le 31 mars. Le
prisonnier a été appelé dans l'enquête
ensuite, quand ils lui ont demandé à
quelle heure il s'était fait ces blessures,
il a dit que c'était vers une heure et
demie, il avait dit à un autre monsieur,
53
^n dehors, que c'était à trois heures, et
qu'il s'était trompé. '
J'ai vu les habits du prisonnier ce
jour-là ; il y avait du sang à phisieurs
endroits, mais ce n'est pas moi qui ai
examiné les habits.
J'ai examiné le froc : il v avait du
sang dans le dos, comme si ça avait été
pris par une main ensanglantée.
J'ai examiné les environs du puits
quand j'ai été pour voir si je' ne recon-
naîtrais pas quelque chose. J'ai cru
reconnaître les pistes ; j'ai cru que
c'était les pistes de Cléophas Lachance.
Au meilleur de ma connaissance, je
pense que si on avait pris les bottes qui
me sont montrées et qu'on les eut mises
dans les pistée, ça aurait fait juste. Ces
bottes-là n'ont pas été montrées le jour
de l'enquête ; j'ai charroyé par là, et
j'avais eu occasion de le rencontrer tous
les jours, je connaissais ses bottes, je
connaissais ses pistes, je connaissais la
manière dont il était chaussé.
T." r
- J'ai VU un morceau du couvert du
puits à l'enquête du coroner ; le bois à
moi actuellement montré est le môme
54
qui a été produit à Tenquête. Il y avait
des cheveux après, seulement le sang
paraissait mieux qu'aujourd'hui : les-
doigts pleins de sang paraissaient sur le
bout du bois. J'ai examiné les cheveux
qui sont sur ce bois-là. Dans ce temps-là
on les a examinés avec ceux de la dé-
funte et on a trouvé que c'était les mê-
mes cheveux. On n'a pas essayé ce mor-
ceau de bois devant moi, après l'autre
morceau du puits. Suivant moi, ce mor-
ceau-ci a été cassé récemment.
L'accusé déclare qu'il n'a pas de
transquestions à faire au témoin.
JOSEPH L ACHARITÉ.— Je con-
nais le prisonnier à la barre. J'ai eu
occasion de voir l'endroit oîi le meurtre
a été commis. Je n'ai pas remarqué dans
quel temps ; il y avait de la neige. J'ai
été au puits ; j'étais avec une autre
, personne du nom de Tarte et le père
de la défunte. Le père de la défunte
nous dit qu'un gros accident était arrivé
là. M. Tarte a dit : " Il ne faut pas lais-
ser la fille là, il faut la hâler. " On a
hâlé la fille et on a été la' porter chez
M. Lachance où le prisonnier demeurait^
55
Il n'y avait pas une grosse appa-
rence près du puits ; il y avait l'appa-
rence que la fille était morte, et c'est
tout.
L'accusé déclare qu'il n'a pas de
transquestions à faire au témoin.
JEAN ISAIE TARTE, du town-
ship de Kingsey.
Q. — Etiez- vous présent quand on a
découvert le corps de cette fille qui a
été tuée ce printemps ?
R. — J'étais présent quand on l'a
hâlée du puits ; c'était autour du trente
mars, entre trois et quatre heure.s de
l'après-midi ; ça se trouvait sur le che-
min du petit Warwick. Je m*en allais à
Kingsey. Le puits était à gauche du
chemin en allant. Il y avait une maison
en face, mais qui était inhabitée, c'était
la maison d'Urbain Babineau.
Quand je suis arrivé là, on a décou-
vert la fille ; elle était dans le puits la
tête en bas, elle avait les pieds refoulé*
sur elle, à environ dix pouces du cadre
du puits. Quand elle a été hâlée, elle avait
un châle sur elle ou à côté d'elle. Je
l'ai hâlée du puits avec le père Lachan-
¥
56
ce, le père du prisonnier. Elle avait une
marque sur la tête, et sur le côté de la
joue, comme si ça avait été fait par un
coup de bâton ou quelque chose comme
ça. A Tentour du puits, il y avait du
sang à trois places que j'ai vu : il y en
avait au bord du chemin, il y en avait
à peu près à la moitié de la distance
entre le chemin et le puits, et il y en
avait au puits. J'ai connaissance qu'ils
ont trouvé un morceau du cadre du
puits ; je pense que le morceau produit
ici est bien celui-là.
J'ai remarqué la couleur des che-
veux de la défunte, je les ai confrontés
avec ceux-là et ça avait bien l'apparen-
ce comme si c'était ses cheveux.
Je ne pourrais pas dire si ce mor-
ceau a été appliqué au puits pour voir
s'il s'adaptait. -, ^ , , ,
J'ai remarqué autour du puits qu'il
y avait du sang sur trois perches et des
cheveux après une. On a confronté ces
cheveux avec ceux-là et ça paraissait
être les mêmes.
J'ai aussi vu le peloton de fil pro-
duit en cette cause; il était dans le
57
puits. Je n*ai pas remarqué les broches.
Le brin passait par dessus le cadre du
puits, et était gelé dans le bord du che-
min .
J*ai remarqué aussi qu'il y avait
des pistes qui m'ont paru être des pistes
de bottes sauvages. Les traces que j'ai
vues étaient sur le plan des bottes qui
me sont montrées.
J'ai assisté à l'enquête du coroner,
mais je n'ai pas exiuniné les habits qui
ont été produits.
L'accusé déclare qu'il n'a pas de
transquestions à faire au témoin.
PLACIDE DESILETS, de la pa-
roisse de St. Valère de Bulstrode. — Je
connais le prisonnier à la barre.
Q. — Avez-vous connu une personne
du nom d'Odélide Désilets ?
, R. — Oui ; c'est ma fille.
: Q. — Voulez-vous dire si elle est
morte aujourd'hui et quand elle est
morte ?
R. — Elle est morte le 29 mars der-
nier, si je ne me trompe pas: je suis po-
sitif que c'est dans ce temps-là. ,
-> ;^ Je demeure dans le dixième rang
58
de Warwick, dans la paroisse de St»
Valère de Bulstrode, à environ vingt
arpents de la maison de Taccusé.
Q. — Le jour du meurtre, y avait-il
un encan quelque part ?
R. — Oui, il y avait un encan dana
la paroisse de Ste. Elizabeth, à une dis-
tance de notre résidence de trois ou
quatre lieues environ.
Q. — Cette journée-là y avait-il
beaucoup d'hommes dans votre rang ?
R.— Bien peu. Je pense que depuis^
chez nous à aller chez Lachance et dans
les environs, il n'y avait que le prison-
nier et moi .
Q.: — Quels sont les hommes qui de-
meuraient dans la maison du prisonnier
à part de lui, dans ce temps-là ?
R. — Son père et un autre de ces
frères, plus jeune que lui : ils étaient
tous deux àTencan.
</■■
Q. — Votre maison et celle de La-
chance, se trouvent-elles du même -côté
du chemin ? -Hri;.^' ■"■ ^ ?■ ni. =^:u^ c i^ -; , ,-■' ■-..n;; ■-
. — UUl.
l^iHï^ Q, — Y a-t-il d'autres malsons
59
entre les vôtres sur le même côté du
chemin ?
R. — Non, mais de l'autre côté il f
en a cinq qui sont inhabitées.
Le 29 mars dernier, j'ai été chez
Lachance vers onze heures de l'avant-
midi ; il y avait une des sœurs de l'ac-
cusé du nom de Cora, Madame Tardif,
la femme de Ludger Babineau, sa mère
e£ un petit garçon de six ans, enfant de
Madame Ludger Babineau. J'ai resté là
environ un quart d'heure : ilsont invi-
té ma fille, la défunte, d'aller passer
l'après-midi avec eux autres. Le prison-
nier était alors dans la maison avec moi,
dans le même appartement, et était à
portée de nous entendre, l'appartement
étant très petit. J'ai fait la commission
à sa mère, à mon retour, ma fille étant
alors chez le voisin. Après dîner, je me
suis couché et j'ai dormi environ une
heure. Quand je me suis réveillé, ma
fille n'était pas à la maison, ma femme
me dit qu'elle était partie pour aller
ehez Lachance.
Je n'ai pas vu ma fille après cela,,
excepté le lendemain, vers quatre heu-
60
res, dans le puits chez Babineau, alors
qu'elle était morte. * i
Le lendemain du meurtre, j'ai fait
des perquisitions pour trouver ma fille ;
j'ai été chez Lachance, ils m'ont dit
qu'elle n'était pas venu là. Après avoir
été chez Lachance, j'ai rencontré un
jeune Poirier, en m'en allant chez nous.
Il me dit : " Désilets, quelle est donc
*^ cette cachette qu'il y a dans le puits
^^ chez Babineau ? " Je lui ai répondu :
^^ probablement que ce sont les sucriers
*' qui ont mis leur butin là. " Ça c'était
le lendemain du meurtre. Après avoir
rencontré ce jeune homme, j'ai été à la
maison, et j'ai retourné chez Lachance.
En passant j'ai sauté à terre et j'ai re-
gardé dans le puits, et j'ai distingué du
butin, des bottines en l'air que je croyais
être des bottes dans le temps, mais je
fie pensais pas qu'elles étaient dans les
pieds de quelqu'un. J'ai cru que c'était
du butin appartenant à quelques per-
sonnes : c'était entrelacé de bois. Il y
avait trois perches dans le puits de-
bout, et le reste était couvert avec des
morceaux de bois.
m
f' •
61
Après ça, je me suis rendu chez
La<;hance et leur ai demandé : " est-ce
bien vrai qu-elle n'est pas venue ici V
Ils m'ont dit qu'elle n'était pas venue
là. J'ai dit à Lachance : " il y a ,
quelque chose d'extraordinaire, ve-/^
nez au puits avec moi pour voir." Le
père Lachance était alors avec ses deux
fils, le prisonnier et un autre de ses
fils. Je ne me suis pas adressé au père
seul, j'ai dit : '' vous allez venir avec
moi. " Le père et son jeune fils sont em-
barqués dans ma voiture, mais le prison-
nier n'est pas venu. On s'est rendu au
puits qui était à environ cinq arpents
delà. Le père Lachance a ôté la pre-
mière perche et a aperçu que c'était elle,
et je l'ai aperçue aussi. Quand je dis
"elle" je veux dire ma fille. J'étais là
avec le père Lachance et son jeune fil»
quand M. Lacharité et M. Tarte arri- *
vèrent.
Il y avait beaucoup de sang sur les
perches dont j'ai parlé. J'ai trouvé
trois ou quatre morceaux de planche qui
étaient dans le puits. C'était bien battu
autour du puits avec les pieds, grand ;
62
<c'était des traces de pieds et il y avait
du sang à plusieurs places.
Elle avait un tricotage dans sa
poche quand elle est partie, à ce que
m'a dit ma femme; le peloton était
dans le puits avec elle, mais le tricotage
n'y était pas; le fil partait du chemin
pour aller au cadre du puitrf, à ce qu'on
a pu voir.
Le bois que j'ai été chercher,
c'était chez Lachance, de l'autre côté du
chemin. .
he morceau de bois qui m'est actuel-
lement montré a été trouvé au puits, je
le reconnais; je reconnais aussi les che-
veux qu'il y a dessus, qui sont ceux de
ma fille. Nous avons essayé ce morceau
de bois avec le morceau du couvert du
puits et ils s'adaptaient bien. On a re-
marqué quelque part sur ce morceau de
bois qu'il y avait du sang, comme une
empreinte de doigts ; ces taches étaient
bien distinctes dans le temps. Il y avait
du sang à peu près oîi sont les cheveux.
Je connais le peloton de fil qui
m'est actuellement montré: c'est le
même qu'on a trouvée Je ne sais pas si
63
c'est le même avec lequel elle était par-
tie de la maison, parce que je ne Tai pas
vue partir.
Les bottines qui me sont montrées
sont les bottines qu'elle avait dans les
pieds. Je ne puis pas dire qui a donné
ces bottines aux officiers de la Cour,
c'est moi ou ma femme : mais ce sont .
ses souliers.
< Après avoir emmené le corps de
ma fille chez Lacliance, quand on Ta
sortie du puits, je ne me rappelle pas
dans quelle position elle avait les mains.
Je me rappelle maintenant qu'elle avait t
une main dans les cheveux qu'elle
tenait fortement ; je crois que c'est la [
main droite, mais je ne puis pas jurer >
quelle main. Je savais bien alors
quelle main c'était, mais je suis vieux {
et ma mémoire me fait défaut. Elle ]
avait du mal là et du sang.
J'ai fait une déposition devant le ■{
Magistrat de district, M. Rioux, à i
Bulstrode, environ quatre ou cinq jours
a;)rès.
Quand on a trouvé le peloton de
fil il y avait du sang sur le peloton e%
64
sur le fil. Autour du puits, il y avait
des marques de sang, mais pas bien dis-
tinctes, le pUotoge était trop fort. Mais
après qu'gn Feut tirée du puits, on a
découvert le sang en grattant la neige.
'^ Après la première enquête devant
le coroner, ma fille a été inhumée t
elle a été exhumée quatre ou cinq
jours après. C'était en présence de
Mv Barwis ; il y avait aussi le Dr,
Poulin et le Dr, de Warwick et des
Messieurs de Montréal.
L'accusé déclare qu'il n'a pas de
transquestions à faire au témoin.
PIERRE LACHANCE de St. Va-
1ère de Bulstrode. — Je connais le prison-
nier, c'est mon fils. •■ ' * '
Les bottes qui me sont montrées
lui appartenaient ainsi que les pantalons^
le froc et la chemise.
J'ai eu connaissance quand Odélide
Désilets a été trouvée dans le puits de
Babineau. *^^ * "^^*-
Après le jour du meurtre j'ai re-
marqué des blessures, des coupures sur
les mains du prisonnier.
Je reconnais les couteaux qui me
65
sont montrés, ils n'appartenaient pas
plus à Tun qu'à l'autre; c'était pour
l'usage de la famille. On n'avait pas de
place attitrée pour les mettre ; on les
mettait des fois sur la table d'autres foijj
sur le châssis.
La journée de la première enquête,
il avait son froc sur le dos, il travaillait
avec moi ; ça me déplaisait de voir du
sang dessus, je le lui ai fait ôter, je l'ai
mis dans l'eau froide, je l'ai tordu et je
l'ai mis sécher.
Q. — Le 29 mars dernier, où éticz-
vous ainsi que les autres membres de
votre famille ?
R. — Moi et mon garçon, Edouard,
sommes partis le matin pour aller à un
encan à Ste. EUzabeth ; mon fils Cléo-
phas était le seul homme qui restait à la
maison.
Lorsque je nie suis aperçu que le
prisonnier avait des blessures aux mains,
je lui ai demandé comment il s'était
estropié: il m'a dit qu'il avait fendu
du bjirk, que c'était sur la glace, (ju'il
était tombé une main sur un morceau
d'épinette sèche et l'autre sur sa hache.
5
66
Q. — Placide Désilets est-il allé che«
vous pour vous demander de raccompa-
gner au puits ?
R. — Oui, c'était le 30; quand il
est venu, mes fils Edouard et Cléophas
étaient avec moi, Edouard et moi som-
mes allés au puits avec M. Désilets :
l'accusé n'est pas venu. Rendus au puitp,
on a trouvé des perches matées dans le
puits, et ensuite Odélide Désilets, dans
le puits. 11 y avait aussi des bouts de
planches. Le prisonnier n'était pas alors
au puits, mais il arrivait, et nous l'avons
fait revirer pour aller avertir la famille
qu'on emmenait la défunte à la maison ;
il était alors à deux ou trois perches du
puits.
L'accusé déclare qu'il n'a pas de
transquestions à faire au témoin.
ETIENNE VALCOURT, écuier,
médecin du village de Warwick.
-; Q. — Avez-vous été présent à l'exa-
men du corps de cette jeune fille qui a
été tuée, et si oui, dites quand et où ?
E . — Oui, j'ai été appelé deux fois à
assister à deux enquêtes qui ont eu lieu.
J'étais présent à l'enquête tenue par le
T.""' s '■'n'W' ■ ■r»'»
67
Magistrat de district à Bulstrode ; c'était
le 6 avril dernier. J'étais aussi présent
à Tenquête du coroner.
Q. — Vous avez vu le corps d'Odé-
lide Désilets ?
R. — Oui ; c'est le même corps men-
tionné par les témoins en cette cause.
Q. — Voulez- vous dire s'il y avait
des marques sur ce corps, et d'après votre
opinion, de quelle manière est-elle ve-
nue à sa mort ?
E. — Elle portait sur le côté gauche
4e la tête une large ecchymose, s' éten-
dant de l'œil à l'oreille ; l'œil ainsi que
l'oreille étaient très tuméfiés. Elle
portait aussi sur le côté gauche de la
tête, un peu plus haut, une autre bles-
sure d'à peu près trois pouces de lon-
gueur pénétrant jusqu'à l'os. Il y avait
aussi une autre petite blessure d'à peu
près un pouce de longueur, formant
triangle avec la première et pénétrant
aussi jusqu'à l'os; ces deux blessures
paraissaient avoir été faites par un ins-
trument contondant, un bâton ou quelque
chose de semblable. -^
Q. — Cet instrument-ci pouvait-il
,/
68
causer des blessures pareilles à cellesT
que vous avez vues là ? ^
; R.— Oui. ■^'-■■''^ ' -^ ' ''
Q. — Avez-vou^ vu ce bois-ci à l'en-
quête ?
«^ R. — Oui, et j'ai remarqué les che-
veux qu'il y a d'attachés après ainsi que
des taches de sans.
Q. — Vous avez confronté ces chc-
veux-là avec les cheveux de la défunte ?
R. — Oui, et ils étaient absolument
de la même couleur.
'^ Q. — Ces cheveux-là paraissaient-ils
être des cheveux d'une femme ou d'un
homme ?
R.— Ils paraissaient être ceux
d'une femme par la longueur.
• . Q. Y avait-il des marques de
sang sur ce bois-là ?
^<' R.— Oui. ' ^î-^
Q. — Avez-vcus confronté ce bois-
ci avec quelque chose ?
* R. — Nous avons fait appliquer la
main droite de l'accusé sur la tache de
sang qui se trouve à la partie la plus
étroite, et la tache correspondait parfai-
tement avec la largeur de sa main.
69
Ee du couvert.
Je n'ai pas remarqué de pistes au-
tour du puits, parce qu'il y aviiit quatre
ou cinq jours que le meurtre avait eu
lieu, et les traces étaient presque toutes
disparues.
Vis-à-vis le puits il y avait une
maison abandonnée, mais qui paraissait
habitée. Voulant suivre l'opinion que
je m'étais formée, nous allâmes, M. Bis-
sonnette et moi, en arrière de cette mai-
son pour chercher des traces. La neige
près de la maison était disparue sur
un espace d'environ dix pieds.
J'ai dressé un plan de la localité.
lie plan produit en cour a été fait
86
d'après le mien et est une bonne repré-
sentation de la localité.
En arrière de la maison, on a dé-^
couvert des pistes qui ressemblaient
d'abord à celles d'un gros chien ; parce
que la neige était en grande partie fon-
due, mais plus loin les pistes étaient
visiblement celles d'un homme. La
piste se continuait, et il était apparent
que la personne s'était arrêtée, et avait
viraillée là. Je pouvais voir que ces tra-
ces joignaient un chemin conduisant à-
la maison du prisonnier. Ça me parais-
sait comme des pistes de bottes sauva-
ges, mais elles n'étaient pas bien visi-
bles. *
Après cela, nous allâmes à la mai-
son du prisonnier. '* - »• .
M. Bissonnette prit un ou deux
couteaux sur le châssis. Il monta au
grenier et descendit une paire de bottes
sauvages, que la mère et la sœur dirent
être celles du prisonnier. (Le témoin
identifie les bottes.)
Nous retournâmes au puits avec les
Dottes, et nous partîmes alors pour notre
lemeure; mais nous nous sommes arrê-
87
tés, et sommes allés derrière Tétable de
Babineau. Nous avons trouvé des pistes
bien distinctes; la botte s'ndaptait ex-
actement à ces pistes qui donnaient une
empreinte exacte de la semelle des
bottes. Nous avons continué derrière
la grange.
A notre retour ici. Tenquete s'est
continué (le 8.)
Le D au matin, (jnelqu'un est venu
me trouver, me disant que Bissonnette
me demandait. Nous allâmes dans la
chambre des jurés; T accusé y était.
Bissonnette me dit que l'accusé désirait
faire une confession.
Le grand connétable dit au prison-
nier: '* Prenez garde, car tout ce que
vous me direz, je vais le prendre par
écrit, mot pour mot, et ça servira contre
vous lors de votre procès."
Le prisonnier dit: ^^ Depuis plu-
sieurs jours, je souffre trop, il faut que
je claire ma conscience."
Il a commencé sa confession. M.
Bissonnette a pris sa déclaration par
écrit, mot pour mot, avec soin. Le pri-
88
somiier répétait qiiel(|ues foi« plu-
bieiirs fois.
Moi, j'ai pris des notes en anglais,
avec soin, de tout ce qu'il a dit. Je l'ai
écrit au crayon. (Ici, ces notes sont lues
et traduites. )
Après que la déclaration fut faite,
mais avant que la dernière partie fut
écrite, M. Bissonnette lui dit qu'il était
prêt à la déchirer s'il le regrettait.
C'est alors qu'il a ajouté la dernière
partie : ^^ Je suis content de déclarer ce
crime etc., etc. "
A différentes reprises, dans le cours
de sa confession, il a été mis sur ses
gardes.
J'étais présent durant l'enquête te-
nue à Bulstrode devant M. Rioux. '
J'ai comparé les cheveux sur ce
morceau de bois, avec ceux de la défun-
te. J'ai vu les cheveux.
J'ai vu le prisonnier à Bulstrode,
et ici et à l'enquête, plusieurs fois. ^.
Q. — D'après ce que vous avez vu
du prisonnier et d'après ses actes et dé-
clarations, veuillez dire quel est l'état
de sa liiémoire et de son intelligence ?
89
R. — D'après ce que je connais du
prisonnier, Tayant vu en prison avec le
grand connétable, et ayant écouté atten-
tivement la conversation engagée entre
eux, et son maintien et sa conversation,
durant les deux jours à Tenquête, à
Bulstrode, je lui donnerais certainement
xsrédit pour plus d'intelligence qu'il pa-
raît en avoir. Sa mémoire m'a paru ex-
cellente. Il n'est pas ce que j'appelle-
rais un génie, mais il sait bien ce qu'il
fait.
Durant l'enquête, à Bulstrode,
quand il se disait quelque chose d'inté-
ressant, il frissonnait et regardait atten-
tivement ; sa figure devenait en trans-
piration. ^
Tratisqu^stiormé par le conseil
de r accusé.
I }
Je n'avais pas d'intérêt, excepté en
ma qualité de Greffier de la Paix, à dé-
<5ouvrir le coupable. '^
teV- - k -'■- ; i ** * ^. i * ■■ i
Il a raconté son histoire en prison
d'une manière habile, assez habile pour
90
presque me mettre à côté de la piste, et
ce avec beaucoup de tact et de mémoire.
Je ne connais rien des habitudes^^
et de la manière de vivre du prisonnier.
La Couronne déclare son enquête-
close.
>«)
CHAPITRE III.
IPreuve de la défense.
23 Novembre, 1880.
E Révérend Messire LS. ELIE
DADTII, Curé de la paroisse de St.
Valère de Bulstrode : J'ai déjà paru
comme témoin de la Couronne. Je suis
curé de la paroisse de St. Valère de
Bulstrode. Le prisonnier à la barre était
un de mes paroissiens. Je le connais
ainsi que sa famille depuis plusieurs
années-; sa famille est une famille res-
pectable. Quant au prisonnier, d'après
ce que j'en connaissais jusqu'à son accu-
sation je n'avais pas de relations intimer.
91
avec lui, je le voyais comme tous mes
paroissiens, je n'avais jamais rien enten-
du dire de mal contre lui. J'ai pu m'a-
percevoir qu'il était d'un caractère taci-
turne et sombre.
Q. — Vous rappelez-vous .la date à
laquelle le prisonnier vous a fait son
premier aveu ?
R. — C'était, je pense, le vendredi
soir, 10 avril ; c'est le jour qu'il a fait
son aveu devant le Magistrat : il a fait
son aveu le matin, et il m'a fait deman-
der le soir du même jour.
Q. — Depuis que cet assassinat a eu
lieu, à Bulstrode, avez-vous élevé un
monument quelconque dans votre
paroisse relativen $» au dit assassinat ?
Objecté par le procureur de a Cou-
ronne à cette question parce qu'elle n'a
aucune affiiire avec la présente cause.
(Objection maintenue.)
Le procureur de la Couronne décla-
re qu'il n'a pas de transquestions à
illire au témoin. "
PRUDENT LAINESSE, de St.
Albert de Warwick.
92
Q. — Vous connaissez le prisonnier
à la barre depuis plusieurs années ?
R. — Depuis qu'ils sont dans la
paroisse, depuis trois ou quatre ans.
Q. — Avez- vous connaissance quand
le prisonnier a été arrêté ?
R. — Oui ; je suis venu ici quelques
jours après, le 3 ou 4 avril.
Q. — Avez-vous vu quelqu'un ici ce
jour là, le 3 ou 4 avril dernier ?
R. — Je ne les ai pas vus, mais j'ai
entendu M. Bissonnette qui était avec
le prisonnier dans le passage de la pri-
son. J'étais bien pour voir le prisonnier;
je suis entré pour avoir la permission
d'y aller. Madame Dominique m'a dit:
" M. Bissonnette. est avec lui, il est
après l'interroger." Je les entendais par-
ler ; j'ai avancé à l'escalier. Madame
Dominique est venue avec moi et on
les a écoutés. J'entendais les différentes
questions qu'il lui faisait.
Q. — Veuillez dire ce que vous avez
alors et là entendu dire par M. Bisson-
nette, au prisonnier à la barre ?
Objecté par le procureur de la Cou-
rotine à cette question, parco que le
93
témoin Bissonnette ii*a pas été mis eir
garde fiur ces faits. (Preuve permise.)
R. — Quand je suis arrivé au pied
de l'escalier, il parlait par rapport à ses
coupures des mains : — je ne vovais pas
M. Bibsonnette, ni M. Bissonnette me
voyait. — M. Bissonnette lui disait :
" ce n'est pas comme ça que tu t'es estro-
'* pié sur ta bûche de bois, c'est avec
" un couteau que tu t'es fait ça. " J'en-
tendais le prisonnier dire que non, qu'il
s'était estropié de la manière qu'il le
disait. Le prisonnier tremblait, parce
qu'il disait : ^' tu n'as pas besoin de
" trembler pour ça, ce n'est rien, n'aies
pas peur. " Après ça il s'obstinait tou-
jours ; ça venait toujours sur la question
des coupures qu'il avait aux mains.
Une autre fois, il lui a dit : " Tu peux
" trembler, on peut trembler à moins,,
" dis'donc la vérité de suite. " J'ai en-
tendu ces paroles clairement. Il lui a
dit ensuite : '^ déclare-toi donc de suite,
" je suis un des premiers dans la justice
" ou quelque chose comme ça, en te dé-
" clarant tu ne seras pas puni comme
^* tu le seras si tu ne te déclare pas. "^
94
Après ça, je suis sorti de suite, j'ai
rencontré M. Cannon, je lui ai dit:
** Bissonnette est dans le passage qui
" questionne le prisonnier, je ne crois
" pas qu'il ait le droit de lui tirer les
'' vers du nez ; " alors M. Cannon est
monté, et je suis parti. Je n'ai pas pu
voir le prisonnier cette journée-là.
Q. — Vous avez dit là tout ce que
vous avez entendu dire par M. Bisson-
nette cette journée-là ?
R. — C'est tout ce dont je me rap-
pelle.
Je regardais ça comme une intimi-
dation au prisonnier considérant l'intel-
ligence qu'il avait; c'est pourquoi j'ai
averti M. Cannon de ça.
Q. — Après ça, M. Lainesse, vous
avez eu quelques conversations avec le
prisonnier relativement à ses confes-
sions ?
Objecté i^ar la Couronne (objec-
tion maintenue.)
Q. — D'après la connaissance géné-
rale que vous avez du prisonnier et de
son caractère, veuillez dire de quelle
95
intelligence et mémoire vous le considé"
rez doué ?
Tl. — Je le considère doué de pas
beaucoup d'intelligence, parce que géné-
ralement quand on parle de lui on l'ap-
pelle le ^fou à Lachance." Quand on
va en visite là, on ne s'occupe pas de lui,
on ne le regarde pas, on ne lui donne
pas la main ; il se cache, on ne le voit
pas à la maison,
Q. — Vous avez vu le prisonnier plu-
sieurs fois depuis qu'il est en prison ?
E.— Oui.
Q. — Voulez-vous dire si le prison-
nier avait l'air à comprendre, sa posi-
tion ?
R. — J'ai vu le prisonnier plusieurs
fois dans la prison, et il ne semblait pas
comprendre sa position.
Q. — Avez-vous assisté dernière-
ment à une entrevue entre le prisonnier
à la barre et son frère qui demeure aux
Etats ?
R. — Oui, je pense que c'est depuis
le mois d'octobre.
Q. — Son frère, partant pour les
Etats, était allé le voir en prison ?
96
R. — Oui, il lui a dit qu'il lui don-
nait la main pour la dernière fois, qu'il
lui disait un éternel adieu.
Q. — Vous dites que son jeune frère
lui a dit : ** adieu, qu'il ne le reverrait
pas?"
R. — Oui, le prisonnier n'a pas ré-
pondu, il lui a donné la main et c'est
tout, ça n'a pas paru lui faire aucune
impression.
Transquestionné par la Couro?ine.
Q. — C'est vous qui avez été chargé
de la défense du prisonnier, c'est à dire
de donner les informations à l'avocat ?
R. — Oui, j'en ai donné quand j'en
ai trouvé que je croyais fixvorables au
prisonnier ; je lui en ai donné. Je me
suis tenu à côté de l'avocat de la défen-
se et j'espère encore y aller.
Q, — Avez- vous reçu, ou devez-vous
recevoir quelque chose pour vos trou-
bles pour assister le prisonnier en cette
affaire ?
R. — Rien du tout, et je n'espère
pas en recevoir. Je ne suis pas parent
97
avec la famille du prisonnier : s'il y a
une parenté c'est de bien loin.
Q.— Lorsque vons avez été dans la
prison, que vous avez entendu parler
M. Bissonnette, y avait-il d'autres per-
sonnes ?
R. — Je n'ai pas entendu personne
autre que lui, je ne l'ai pas vu non plus.
Q. —Combien de temps ave/-vous
été en bas dans le passage ?
R. — Pas bien longtemps, environ
une dizaine de minutes ; ça me déplai-
sait un peu de le voir interrogé de
mêîue, j'ai été voir M. Cannoa et lui ai
dit ça : M. Cannon est monté immédia-
tement.
JOSEPH DOx\IINrQUE, geôlier,
du village d'Arthabaskaville :
Q. — Vous êtes gardien de la prison
commune de ce district ?
R.— Oui.
Q, — Vous rappelez-vous quand le
prisonnier à la barre a été amené en
prison ?
R. — Je n'ai pas remarqué directe-
ment la date, mais c'est entré dans mon
livre ; je sais que c'est dans le moii^
• -A ■
98
d'avril. (Le témoin va chercher le
registre en question). En référant à
mon livre, je vois qu'il est entré ici le
. premier d'avril.
Q. — Vous rappelez-vous quand M.
Uit^son nette, le grand connétable de
Montréal, est venu ici pour hx première
ibis ?
R. — Oui ; c'est quelques jours
après son entrée, mais je ne puis pas
dire la date, je n'ai pas remarqué ; c'est
dans le commencement d'avril dans tous
k'S cas, c'est peu de temps après le
meurtre.
R. — Avez-vous eu connaissance
d'une entrevue que M. Bissoxinette a
eue en prison avec le prisonnier à la
barre ?
R. — Je n'étais pas présent au com-
mence mont de la conversation que M.
Bissonnette a eue avec le prisonnier en
prison, je suis arrivé quelque temps
après. Madame Dominique avait ame-
né le prisonnier dans le passage du
troisième étage, . , . :. .. s i\. ....
Q. — Vous avez entendu M. Bisson-
nette dire quelque chose au prisonnier ?
99
R. — J'ai eu connaissance d'une
partie de son discours. Lorsque j'ai été
arrivé, M. Bissonnette lui faisait plu-
sieurs questions dont je ne me rappelle
pas absolument à présent; mais je me
rappelle qu'il a parlé des coupures sur
les mains du prisonnier ; — il avait les
deux miins coupées, deux blessures sur
une main et une sur l'autre ,
Q. — Voulez-vous dire ce que M,
Bissonnette disait au prisonnier par rap-
port à ces coupures-là ?
R. — Je ne me rappelle pas très-bien
les paroles de M. Bissonnette.
Q. — Dans le cours de la conversa-
tion que vous avez entendue, avez-vous
entendu dire d'autre chose par iM. Bis-
sonnette au prisonnier ?
R. — J'ai entendu bien des paroles,
ça été joliment long ; je n'ai pas pris
mémoire de ça, je ne suis pas capable de
rapporter tout ce qui s'est dit; je n'ai
pas une bien bonne méni )ire.
Q. — Etes- vous restc-bX ioii le
temps ? . :• :ur-: .=' "^- "' \-M. : ■■/. ':■■■.
R. — Je pense que je ne me suis pas
absenté ; ..apr,ès -que j/,g;i été arriy.é^ je me
100
suis absenté une couple de fois, mais je-
n*ai pas été longtemps. ^
Q. — Avez-vous entendu M. Bisson-
nette, lors de cette entrevue, dire quel-
que chose au prisonnier à la barre, rela-
tivement à ce que lui, le prisonnier,
tremblait ?
Objecté par la Couronne, i)arce que
cette question n'a pas été posée à Bis-
sonnette (question permise par la Cour.)
K. — Je pense que le prisonnier est
un homme extraordinairenient nerveux ;
lorsque je suis arrivé, le prisonnier
tremblait, je ne puis pas faire comme
lui parce que c'était comme un tremble-
ment de terre. Dans les difl'érentes vi-
sites qu'il a eu subséquemment, il a tou-
jours été tremblant. Autant que je me
rappelle, M. Bissonnette lui a dit : ^^ tu
n'as pas besoin d'avoir peur, je viens ici
pour savoir la vérité. Si c'est possible ;
tu n'es pas obligé de rien dire si tu
veux, mais ce que in diras^ jfî 1q pren-
drai par écrit.'* J'ai remarqué plusieurs
autres choses dont je ne me rappelle pas
maintenant., ^e . u'ai pas .connaissance
que M ,Bif?sonpette. ait forcé le prison-
— (IV ■■■^ <j '' » « â f ij, * « < » Il « I »' " .,"
<! , ■ P 1' ' > V y J) ' O „ •• I i,' S tf J " , .>
il U O l' .' I ,1 ,) u' O '0 » .• vJ U ■• • «
101
nier de répondre d'une manière ou de
l'autre.
Q. — Subséquerameut à cette entre-
vue, n'avez-vous pas dit à plusieurs per-
sonnes que M. Bissonuette avait forcé
le prisonnier à taire des déclarations?
Objecté par la Couronne à cette
question comme illégale, et parce que
n'y ayant eu aucune contessiou de faite
ce jour-là, le témoin ne peut se contre-
dire lui-même.
(Objection maintenue.)
Q. — V^ous avez déjà dit que vous
n'étiez pas en prison au commencement
de l'entrevue ?
R. — Je suis arrivé quelque temps
après ; le prisonnier était sorti dans le
passage. Je suis descendu, j'ai vu M.
Lainesse en bas avec ma femme ; je leur
ai dit qu'ils ne devaient pas rester là,
qu'ils n'avaient pas d'affaires.
Q. — Quand vous avez dit çn, M.
Lainesse est-il parti ?
R. — Je ne sais pas, je suis monté
en haut.
La Couronne déclare qu'elle n'a pas
de transquestions à faire au témoin .
102
PIERRE LACHANCE, de St.
Valère de Bulstrode. — J'ai déjà été
examiné comme témoin de la Couronn e
en cette cause. Je suis le père du pri-
sonnier à la barre.
Q. — Voulez-vous dire à la Cour,
d'après la connaissance que vous avez
de votre fils, quelle est sa mémoire, si
elle est bonne ou mauvaise ?
R.— Il n'a pas grand mémoire ; il
ne se souvient pas généralement de ce
qu'on lui dit. Une personne à qui l'on
montre ses prières et qu'au bout de huit
jours il fîûlle le lui montrer de nouveau,
c'est bien comprenable qu'il n'a pas de
mémoire.
Q. — Vous dites que vous montriez
au prisonnier ses prières, et qu'au bout
de huit jours vous étiez obligé de les
lui montrer encore ?
R.— Oui.
Q. — D'après la connaissance géné-
rale que vous avez du prisonnier, voulez-
vous nous dire de quelle intelligence
vous le considérez doué ; quelle est son
intelligence ?
R. — Son intelligence est que j'ai
103
toujours cru qu'il serait incapable de se
produire, qu'on le garderait toujours
avec nous autres ; de se produire pou\'
gagner sa vie.
Q. — Quelle âge a-t-il miin tenant,
le prisonnier à la barre ?
R. — Je pense qu'il a eu vingt-un
ans cette automne.
Q. — ^iSt-il j'amais s )rti de chez
vous pour gagner sa vie ?
R. — Nou. Je l'ai envoyé travailler
ailleurs pour changer du temps, avec
mes autres petits gars plus jeunes que
lui. ^
Q. — Voulez- vous dire si le priso^^
nier montrait une certaine prévoyance
dans ce qu'il faisait ?
R. — Non, il ni}n avait pas.
Q. — Voulez-vous dire ce que le pri-
sonnier faisait à la maison, comment il
s'amusait, connnent il passait son
temps ?
R. — Il s'amusait à faire des histoi-
res, des singeries, pren.dre le chtit,
venir de la grange avec une poule et
jouer avec ; il se berçait avec en la flat-
tant : c'était les usages d'un enfant.
104
Q. — S'amiisnit-il avec les jeunes
gaii^ Je son âge ?
R. — A ma connaissance il n'a
jamais sorti avec les jeunes gens de son
âge.
Q. — Quand vous aviez quelque
réunion d'amis à la maison, comment se
conduisait-il ?
R. — Son élément, c'était de rester
derrière le poêle ; ou s'il venait des
jeunes gens de 12 ou 13 ans, il s'amusait
avec : à part de ça il ne s'amusait pas
avec le arand monde.
Q. — Jouait-il aux cartes quand les
autres jouaient ?
R. — Non ; il a joué quelques fois
avec son frère, sa sœur et moi, quelques
fois ; il connaissait les cartes, mais il ne
savait pas jouer.
Q. — Avez- vous jamais eu occasion
de confier la conduite de vos animaux
au pi'irtonnier à la barre ?
R — J'ai essayé, mais il n'était pas
capable. Je n'aurais pas risqué de l'en-
voyer sur le chemin avec une voiture ;
il n'était pas capable de mener ni bœuf
ni chevaux.
105
Q. — Sous le rapport de la morale,
le prisonnier se coudai sait -il bien ou
mal ?
R. — On ne le prenait pas pour un
enfant d'esprit ; chez nous on ne lui a
jamais connu aucun méchant caprice. 11
était exact à ses devoirs relijçieux.
Q. — Vous êtes restes aux Etats pen-
dant un certain temps ?
R. — Oui, à Ilolyoke, dans le Mas-
sachusetts.
Q. — Pendant que vous restiez là,
la conduite du prisonnier était-elle bon-
ne sous fti rapport do la morale ?
R. — Nous n'avons jamais eu aucune
plainte contre la conduite du prisonnier.
Il a été à récole en Canada avant
qu'on ait été aux Etats, dans les pointes
d'Arthabaska et à Wotton.
Q. — Voulez-vous dire quels progrès
il faisait à l'école ; ce (pie la maîtresse
en disait ?
R. — Il a appris ses grosses lettres
et un peu de son catéchisme.
Q. — Est-ce que le prisonnier à la
barre se tenait avec ks autres enfants,
ou si la maîtresse le faisait mettre à part?
106
R. — La maîtresse de Wotton l'as-
eisait contre elle, parce qu'il était brail-
lard ; elle le prenait en compassion, elle
s'apercevait qu'il n'avait pas un gros
génie.
pTransqiLestlonnê par la Coiirovne.
Q. — Vous avez dit que le jeune
homme n'avait pas de prévoyance,
qu'entendez-vons par ça ?
R. — Quand il s'agit de faire une
chose qu'il ne comprend pas comment
travailler, qu'il peut aussi bien faire
une chose de travers que bien.
ZOEL HOULE, de St. Valère de
Bulstrode. — J'ai déjà été examiné com-
me témoin de la Couronne. Je connais
le prisonnier à la barre depuis cinq ou
six ans.
Q. — Vous avez eu connaissance du
meurtre d'Odélide Désilets ?
R. — Oui, ainsi que de l'enquête
du coroner tenue sur son corps.
Q. — Etiez-vous sur le jury ?
R. — Non, mais j'étais présent ù
l'encjuête.
107
Q — Dans le cours de renquête^
voulez-vous dire s'il vous est venu cer-
tains soupçons contre les prisonnier à la
barre, et pourquoi vous avez eu ces
soupçons ?
Objecté par la Couronne. (Objection
maintenue.)
Q. — D'après la connaissance géné-
rale que vous avez du prisonnier à la
barre, veuillez dire de quelle intelli-
gence et mémoire vous le pensez doué ?
R. — Pour ma part, je n'ai jamais
fîiit aucune affaire avec pour connaître
son jugement et sa mémoire. C'était la
première fois que je lui parlais à l'en-
quête et je trouvais qu'il répondait
passablement bien.
Q. — Veuillez dire si c'est vous qui
le premier avez eu des soupçons contre
le prisonnier à la barre ?
R. — Je ne puis pas dire ni je suis
le premier, mais je puis dire que c'est
moi qui le premier en ai parlé.
Q. — Voulez-vous dire pourquoi vous
Tavez soupçonné ?
R. — D'après ce que j'ai été voir au
puits, j'ai cru reconnaître ses pistes, et
108
ensuite je me suis fait une occasion pour
pouvoir le rencontrer ; je suis allé le
trouver chez le père Désilets. En par-
lant avec lui, je me suis aperçu qu'il
était blessé aux mains, Là je lui ai de-
mandé où il s'était fait ces blessures : il
m'a répondu que c'était en fen-
dant du bois à la porte chez son père,
que les deux pieds lui étaient glissés,
qu'il était tombé par terre, une main
sur sa hache et l'autre sur son quartier
de bois. Je lui ai demandé quel jour il
s'était estropié ; il m'a répondu que
c'était le lundi, la journée que le meur-
tre était arrivé. Il m'a dit qu'il s'était
estropié vers trois heures. Je l'ai douté
encore plus fort ; j'ai lait venir M.
Dauth, notre curé, pour lui dire les soup-
çons que j'avais.
Q. — Veuillez dire si dans cette
occasion-là, quand vous avez communi-
qué vos soupçons à M. Dauth, vous avez
caractérisé cette espèce de meurtre ?
R. — Quand j'ai parlé à M. Dauth,
je me rappelle lui avoir dit : " Je crois
^^ que c'est un coup de fou ; il y en a un
ici pas bien loiu, un fou; et je l'ai
jii
109
^^ nommé, j'ai dit : " le petit Lochance,'*
La Coaronne déclare qu'elle n'a pa»
de transqupstions à faire au témoin.
HERCULE ST. LAURENT, de
St. Valère de BuLstrode. — Je connais le
prisonnier à la barre depuis une dizaine
d'années.
Q. — Voulez-vous dire, d'après la
connaissance générale que vous avez du
prisonnier à la barr»-, d'après ses paroles
et ses Hctes. de quti de^ é d'intelligence
et de mémoire vous le considérez doué ?
R. — Je n'ai pas eu de conversation
avec lui pour connaître intimement son
éloquence.
Q. — D'après la connaissance que
vous en avez vous-même, quelle est votre
opinion, quant à son intelligence et sa
mémoire ?
R, — Je ne le prendrais pas pour uj*
homme fin, un homme d'intelligence.
La Couronne déclare qu'elle nu
pas de transquestions à faire au témoin.
JEAN Bte. St. CYR, de St. Va-
lère de Bulstrode. — Je connais le pri-
Bonnier à la barre depuis une couple
d'années si je ne me trompe pas.
110
Q. — D'après la connaissance que
vous avez du prisonnier à ia barre, vou-
lez-vous dire de quelle intelligence et
mémoire vous pensez qu'il est doué ?
R. — Sa mémoire, je ne pourrais pas
en dire grand chose ; pour moi je le
prends pour bien peu d'intelligence,
Q. — Est-ce qu'il reste loin de chez
vous ?
R. — A peu près 30 arpents.
Q. — Le voyez-vous souvent ?
R. — Pas tous les jours, mais au
moins presque tous les dimanches et
quelques fois la semaine.
Transqaedionné par ht Cauronne,
Q. — Youlez-vous dire si le prison-
nier sait la différence entre le bien et
le mal, avez-vous jamais eu occasion de
savoir qu'il ait commis quelque crime
avant cette fois-ci ?
R— Non.
Q. — Allait-il voler chez les voisins,
faisait-il des choses qui ne devaient pas
" se faire par un homme ordinaire ?
R. — Je n*en ai pas eu connaissance.
111
Q. — Pensez-vous qu'il sait quo c'est
mal que de tuer un autre ?
R. — Je le pense bien.
LUCIEN GUILLEMETTE.de St.
Albert de Warwick. — Je connais le pri-
sonnier à la barre depuis 9 ou 10 ans.
Q. — Voulez-vous nous dire, d'après
la connaissance que vous avez du prison-
nier à la barre, quelle est dans votre
opinion, son intelligence, et sa mémoire ?
R. — Suivant moi il n'en a pas gros.
Q. — x\vez-vous eu connaissance
quand le prisonnier restait aux Etats ?
R.— Oui.
Q. — Où demeurait-il dans ce temps
là ?
R. — A Holyoke ; je restais au
même endroit.
Q. — Peiidant que vous étiez à
Holyoke et que le prisonnier y était
aussi, voulez-vous nous dire qu'elle
était sa conduite : était-elle celle d'un
homme bien intelligent ?
R. — Je ne lui ai jamais vu conduire
grand chose, je n'ai pas travaillé avec
lui, mais je le voyais gagner au mouliii
tous les jours.
112
Tra7)sqnehtioirné par la Conromie^
R. — Vou.s n'avez jamais vu qu'il
ait commis aucun niccliaut acte ?
R.— Nou.
Q. — Il s'est toujours bien comporté ?
R. — Oui, il s'est comporté comme
les autres : il allnit régulièrement ù
l'église et se compoi'tait comme les
autres à l'église.
Q. — 11 avait l'habitude de remplir
ses devoirs religieux régulièrement
comme les autres ?
R — A ce que j'ai pu voir.
Q. — Quel âge avait-il quand il res-
tait à Holyoke ?
R. — 11 ne taisait rien que de com-
mencer à travailler, il était jeune.
ALCIDE POIRIER, de St. Valè-
re de Bulstrode. — Je connais le prison-
nier à la barre depuis une douzaine
d'années.
Q. — D'après la connaissance que-
vous avez du prisonnier à la barre, vou-
lez-vous nous dire de quelle intelligen-
ce et de quelle mémoire vous pensez
qu'il est doué ?
113
R. — Il est venu in'îiider à charger
des billots au bois ; (luand ma charge a
été chargée, je lui ai mis ma chargr* en
mains pour la conduire : il la menait
aussi bien à côté du chemin que dans le
chemin. Je l'ai fait arrêter et j'ai amar-
ré les cordeaux sur le dos du cheval.
Je le trouve un petit génie quant
à son intelligence, un fou ; quand je lui
parlais il me répondait oui, non. Je miv
suis aperçu que c'était un petit génie
fou •
Q. — Dans cette circonstance où le
prisonnier a sorti un voyage de billots
du bois, comnii'nt se trouvait-il à travail-
ler pour vous ?
R. — Je l'ai demandé pour venir
m'aidera charger ma charge au hois.
Après qu'elle a été chargée, je lui ai
dit:** prends mon cheval et embar-
que. " Après qu'il eut pris les cordeaux
il le menait aussi bien à côté que dans
le chemin. Quand j'ai vu ça, je l'ai fait
débarquer et j'ai attaché les cordeaux
sur mon cheval ; le cheval allait mieux
seul que conduit par lui.
8
lU
Transqucs lionne par la Couronne,
Q. — Demeurez-vous loin du prison-
nier ?
R. — Je demeure à quatre milles de
chez lui.
Q. — Aviez-vous occasion de le voir
le dimanche ?
R. — A la messe je le voyais sou-
vent.
Q. — Se comportait-il comme les
autres ?
R. — Ju ne l'ai pas toujours suivi,
mais je ne lui ai rien vu faire de mal,
Q. — Pensez-vous qu'il sait que c'est
mal que de tuer uiie personne ?
R. — C'est une chose que je ne con-
nais pas du tout : il doit le savoir.
CLOVIS St. CYR, de St. Valère
de Bulstrode. — Je connais le pri:^onnier
à la barre depuis quatre ans environ.
Q. — D'après la connaissance que
vous avez du prisonnier à la barre, vou-
lez-vous nous dire quelle est votre opi-
nion quant à son intelligence et sa mé-
moire ?
R. — Suivant moi, son intelligence
115
n'était pas bien grande, etc'evSt la même
chose quant à sa mémoire. CJhaque fois
qu'on allait là, c'était rare qu'il restait
avec nous autres ; on ne le voyait
pres([ne jamais, il s'en allait, soit dans
la cuisine, soit dehors.
Q. — Restez-vous loin de chez le
frère du prisonnier?
R. — Je reste à peu près à 15 ou
18 arpents 5 je n'y aUais pas bien sou-
vent. Au meilleur de ma connaissance
j'y ai peut-être été une dizaine de fois
pendant qu'il était à la maison. Chaque
fois que j'y ai été, c'était de cette ma-
nière qu'il se conduisait, il ne restait
pas avec nous autres. Dans certaines
circonstances que j'ai été à la maison du
prisonnier on a joué aux cartes, mais le
prisonnier n'a pas joué ; il ne se mêlait
pas avec les autres.
Trcuisqnestionyié par lu Couronne,
Q. — Avez-vous jamais eu occasion
de voir qu'il ait tué des animaux à la
maison ?
R. — Non, ni qu'il les ait maltraités.
116
Je n'ai pas connaissance qu'il se soit
jamais mal comporté. Il allait à la
messe régulièrement, il se comportait
comme les autres; il n'avait pas rhabi-
trde d'insulter personne.
HUBERT TARDIF, de St. Valère
de Bulstrode. — Je connais le prisonnier
à la barre, c'est mon beau-frère ; je le
connais depuis euviron trois ans.
Q. — D'après la connaissance que
vous en avez, voulez-vous nous dire
quelle est son intelligence et sa mé-
moire ?
R. — Je l'ai toujours pris pour un
homme d'un petit génie.
La Couronne déclare qu'elle n'a
pas de trausquostions à faire au témoin.
Fin de la Preuve de la D^^fense.
117
CHAPITRE IV.
Contre-T^reuve de
la Couronne
CHOMAS S. BARWIS, Ecr., Greffier
I^É ^^ ^^^ Paix et de la Couronne, du
village d'Arthabaskaville : — J'ai enten-
du le témoignage de Prudent Lainesse*
Au temps dont il parle j'étais avec M.
Bissonnette. J'y étais depuis le com-
mencement jusqu'à Tarrivée de M. Can-
non.
Q. — M. Lainesse a dit quelegrand
connétable aurait dit au prisonnier qu'il
serait mieux pour lui de se déclarer de
suite: voulez- vous dire s'il lui a dit
quelque chose comme cela ?
R. — Je n'ai pas entendu d'expres-
sions semblables. A plusieurs reprises,
le grand connétable a averti le prison-
nier, et entre autre il lui a dit à plu-
sieurs reprises : " Je suis envoyé par
^* le gouvernement pour tâcher de
*' découvrir quelque chose dans ce meur-
^' tre ; si vous pouvez nous donner
** quelques éclaircissements et rensei-
118
*' gnements sur cette affaire-là, comme
•* vous étiez dans la localité, et que
'* vous pouvez nous donner des informa-
*• tions, ça vous sauvera de beaucoup de
'' troubles, " J'ai compris que cela se
rapportait à ce qu'il était en prison
sous soupçon ; il ajoutait : " mais vous
^' n'êtes pas tenu de rien me dire, parce
" que je vais prendi'e tout ce que vous
'' direz en écrit, et ça pourra servir
^' contre vous." Ceci a été dit à plusieurs
reprises dans la conversation, et quel
que chose de semblable, dans ce genre là.
De temps en temps, le grand conné-
table le mettait sur ses gardes.
Je n'ai pas entendu faire aucune
offre, promesses ou menaces pour enga-
ger le prisonnier à avouer son crime,
parce que si j'avais entendu un mot com-
m3 cela, je l'aurais arrêté de suite en
ma qualité de Greffier de la Paix et de
la Couronne.
TransquestiGnué par le conseil de V accusé.
Quand le coron er est VQni dans
mon bureau avec l'enquête, j'ei lu cette
119
enquête. Je lui ai demandé s'il «ivait
arrêté quelqu'un, car d'après l'enquête
il y avait un doute : il m'a dit que non.
Je lui ai dit : ^* Il y a assez dans les dé-
^* positions pour arrêter le prisonnier ;
" si vous ne dressez pas le warnutl, je
" ferai la déposition moi-même, et j'en-
^' verrai chercher le prisomiier. "
Là-dessus, il a dressé le ivarranf et
a eavoyé chercher le prisonnier.
L'objet de l'interrogatoire du pri-
sonnier était de savoir de lui s'il pour-
rait nous indiquer quelqu'un qui aurait
pu nous donner des informations, vu
que nous étions pour aller faire une
investigation sur cette affaire. Le pri-
sonnier n'était alors arrêté, que sous
soupçon de ce meurtre.
Je ne sais pas ce que le grand con-
nétable Bissonnette avait dans son idée
mais mon idée était qu'on faisait une
investigation générale pour découvrir
qui avait commis le meurtre, lui ou un
autre, et nous voulions voir jour pour
découvrir qui était le coupable. Ou ne
lui a pas posé aucune a[uestion pour
l'inculper lui-même.
120
LViiqucte est alors close de part
et d'autre.
CHAPITRE V.
Demande que les confessions du prison-
nier soient mises de côté — Adresse
au jviry par le conseil de l'accusé —
Adresse au jury par l'avocat de la
Couronne — Charge du juge.
24 novembre 1880.
L. J. CANNON, Ecr, Conseil du
prisonnier, avant d'adresser le jury,
demande que les confessions du prison-
nier soient mises de côté et ne fassent
pas preuve contre lui, et s'exprime
comuie suit :
Qa il plaise à la Coar,
Je demande que les confessions et
admissions prouvées contre le prisonnier
dans le cours de ce procès, soient mises
de côté, parce que ces confessions et
121
admissions ont été obtenues du prison-
nier par promesses, menaces et intimi-
dation, ou, pour me servir d'un mot an-
glais qui exprime toute mon idée, par
i/ndacemeais.
Je vais de suite dire au tribunal
sur quoi je me base pour foire mettre
ces confessions de côté.
La première entrevue que le pri-
sonnier ait eue avec qui que ce soit
après son arrestation, a été le 3 avril
dernier, dans la prison, avec le grand
connétable Bissonnette ; il a dit au pri-
sonnier qu'il était envoyé ici par le gou-
vernement pour découvrir le meurtrier
d'Odélide Désilets.
M. Bissonnette, examiné comme
témoin, a juré qu'il n'avait fait aucune
promesse, qu'il ne s'était servi d'aucunes
menaces pour induire le prisonnier à
faire une confession, qu'il ne lui avait
pas dit qu'il retirerait aucun avantage
des aveux qu'il pourrait lui faire.
Lorsque le prisonnier a été appelé
à faire sa preuve, il a fait entendre le
témoin Prudent Lainesse: ce témoin
dit qu'il était aux pieds de l'escalier de
122 - "^-'■•;:^-";^:,
îa prison, le 3 avril dernier. Il a tou-
jours pris un intérêt au prisonnier, étant
un ami de la famille. Là il a entendu
le grand connétable, qui parlait au pri-
sonnier et qui lui disait : " Tu peux
" bien trembler, on tremblerait à moins :
" qu^il était un des premiers ians la
"justice, et que s'il faisait des aveux
" cela serait mieux pour lui. "
i, >f: Le geôlier, M. Dominique, a corro-
boré jusqu'à un certain point la déposi-
tion de M. Lainesse, parce qu'il nous
dit que, dans le temps, M. Bissonnette
parlait au prisonnier des coupures qu'il
avait aux mains et qu'il tremblait beau-
coup, qu'il tremblait comme un tremble-
ment de terre. Sur ces deux points le
témoin Lainesse est corroboré par Do-
minique.
Mais ct4ui qui corrobore le plus
fortement la déposition de M. Lainesse,
quant aux menaces et aux promesses
faites au prisonnier antérieurement à
sa confession, à M. Barvvis, Greffier de
la Couronne. Voici le texte même de
sa déposition : "M. Bissonnette a dit
*^ au priso)inier : Je suis envoyé par le
123
** Gouvernement pour tâcher de décou-
" vrir quelque chose quant à ce meur-
" tre; si vous pouvez nous donner
*^ quelques éclaircissements, quelques
" renseignements, comme vous êtes dans
" la localité, ce sera mieux pour vous^
" cela vous sauvera de beaucoup de
'' trouble vu que vous êtes arrêté sur
*^ soupçon, mais vous n'êtes pas obligé
" de rien nous dire parce que je serai
" obligé de tout prendre par écrit et
'' cela pourra servir contre vous. "
Voici des autorités qui démontrent
qu'il y a là suffisamment pour faire met-
tre de côté les confessions obtenues du
prisonnier. (Il cite Russell, on crimes,
vol III p. p. 367, 369, 377. Cesautorité»
démontrent en substance qu'une confes-
sion, pour être bonne, ne doit pas être
obtenue par aucune menace ou prom es-
se, quelques légères qu'elles soient. ) - ;
Si le tribunal trouve que cette con-
versation contient aucune promesse ou
menace, malgré que le prisonnier n'ait
pas fait d'admission ce jour là, malgré
que ce ne soit que le 9 avril qu'il ait
fait sa confession, je dis que ces exprès-
124
«ions tombées de la bouche du grand
connétable Bissonnette étaient suffisan-
tes pour faire mettre de côté aucunes
confessions subséquentes, parce qu'elles
devaient être faites par le prisonnier
sous l'influence des paroles que le grand
connétable lui avait adressées : " cela
*' vous sauvera beaucoup de trouble, vu
" que vous êtes arrêté sur soupçon. "
3, Russell p. 378.
Le prisonnier a dû raisonner que
s'il confessait son crime, il en retirerait
des avantages. Surtout lorsque ces pa-
roles venaient d'une personne en auto-
rité comme M. Bissonnette.
Si le tribunal décide que le premier
aveu du prisonnier, celui fait à MM. Bis-
sonnette et Barwis, dans la chambre de
l'avocat de la Couronne, a été influencé
par cette promesse de M. Bissonnette,
faite le 3 avril dernier, aucune confes-
sion subséquente serait de même nulle.
Pour toutes ces raisons, ie demande
au tribunal d'instruire le jury de ne pas
prendre en considération les confessions
et aveux prouvés contre le prisonnier.
125
Adresse au jury par le conseil de
Taccusé.
Quil iJÏaise à la Cour.
Messieurs les jurés.
Il est inutile pour moi de vous rap-
peler la gravité des devoirs et des
fonctions que vous avez à remplir. Le
prisonnier subit son procès devant vous
et de ce procès doit dépendre sa vie ou
sa mort. Vous êtes sous serment ; sous
ce serment vous avez des devoirs à rem-
plir ; mais vous n'êtes pas seuls sous
serment ; comme avocat, j'ai prêté ser-
ment et Jié par ce serment, j'ai aussi
certains devoirs à remplir. Les parents
du prisonnier m'ont demandé de pren-.
dre sa défense; mon devoir était de ne
pas refuser. Mon devoir maintenant est
de vous exposer tous les points favora-
bles au prisonnier et d'en tirer les con-
clusions que je trouve justes et raison-
nables.
Comme vous le savez, MM. les
jurés, le 30 mars dernier, on trouvait
dans Bulstrode, le corps d'une malheu-
reuse jeune fille enfoui dans un puits
126
iet portant des marques de violence.
Une pauvre jeune fille, dans la fleur de
l'âge, ravie à T affection de ses parents,
de ses amies, de ceux qui lui sont chers,
c'est là un des événements les plus tristes
que l'on puisse imaginer, et la société
doit faire tout en son pouvoir pour em-
pêcher que de pareils attentats ne se
renouvellent.
Immédiatement après cette décou-
verte, personne n'était soupçonné d'être
l'auteur de cette mort. Le coroner du
district, M. Gravel, a été notifié de la
mort d'Odélide Déi^ilets et a tenu une
enquête tel que le voulait la loi. Dans le
courâ de Tenquête, le prisonnier a été
examiné comme témoin, on a trouvé
des coupures sur ses mains et des taches
de sang sur ses habits. Ces circonstances
ont fait que des soupçons, ont plané sur
lui et il a été arrêté et mis en prison.
Il n'y a pas de doute que le fait de
la mort de cette infortunée jeune fille
iétait de nature à créer beaucoup d'indi-
gnation dans le public. Il était difficile
de s'imaginer un genre de mort plus re-
grettable que celui-là^ aussi l'indigna-
127
tion fut-elle grande contre le prisonnier
quand, le 9 avril dernier, on apprit qu'il
avait confessé être Fauteur de cette
mort violente ; on allait jusqu'à se de-
mander si le prisonnier trouverait un
avocat qui oserait entreprendre sa dé-
fense.
Si, parce que vous avez pu enten-
dre dire, avant le procès, il vous est
arrivé de vous former une opinion favo-
rable ou défavorable au prisonnier, il
est de votre devoir de vous débarrasser
de ces préjugés. Tout ce que vous avez
à faire aujourd'hui est de peser, d'exa-
miner froidement la preuve qui a été
faite devant vous et d'en venir à
la conclusion si, oui ou non, le prison-
nier à la barre est coupable de meurtre.
Il ne suffit pas, pour rapporter un
verdict de coupable, contre le prison-
nier, de constater le fait que le prison-
nier a tué Odélide Désilets. Il n'est pas
seulement accusé d'avoir tué Odélide
Désilets ; il est accusé d'avoir commis
un meurtre.^ ^^^
'' Vous me permettrez de vous dire
comment la loi définit le crime de meur-
128
ire : *^ Le meurtre est le fait de tuer
*' son prochain avec malice prémédi*
" tée. *' Il faut non-seulement le fait
de la mort de la défunte, mais aussi
l'existence d'une malice préméditée,
chez le prisonnier, lors de la commis-
sion de cette mort.
Y avait-il préméditation chez le
prisonnier, le 29 murs dernier, quand la
défunte a été tuée ?
t II faut prendre ks aveux du pri-
sonnier, qui ont été prouvés devant
vous, au complet ; avec cette confession
peut-on dire que, le 29 mars dernier, il
y avait préméditation chez le prison-
nier de tuer Odélide Désilets ?
Je vous soumets que la preuve dé-
montre tout le contraire.
' Si nous prenons les aveux du pri-
sonnier, prouvés par MM. Bissonnette
et Barwis, on voit que le prisonnier,
voyant venir la défunte, a été à sa ren-
contre seulement dans Tintention de
l'embrasser, aucune autre intention
n'est prouvée à moins que nous prenions
la confession du prisonnier tel que faite
à son curé, le Révérend M. Dauth ; le
/
129
prisonnier a dit h M. Dauth, qu'en
voyant venir Odélide Désilets du grenier
de la maison de son père, il est descendu
pour aller au devant d'elle, a pris uu
couteau qu'il y avait sur la fenêtre uni-
quement pour lui taire peur et l'emme-
ner avec lui dans une grange. Cette con-
fession démontrerait, chez le prisonnier,
l'existence d'intentions bien blCunables,
mais vous n'y trouverez aucune prémé-
ditation pour faire, de la mort d'Odélide
Désilets, un meurtre.
Vous avez entendu l'avocat de la
Couronne, au début de ce procès, vous
dire, que l'intention du prisonnier,
le 29 mars dernier, était de com-
mettre le crime de viol. Je ne veux
pas insister sur ce point; car mainte-
nant que vous connaissez le peu d'intel-
ligence du prisonnier, son caractère et
ses habitudes, il me semble inutile d'in-
sister sur le fait que, le 29 mars dernier,
quand le prisonnier a été h la rencontre
d'Odélide Désilets, il n'avait pas l'inten-
tion de la violer.
? Je soumets donc que, le 29 mars der-
nier et antérieurement au 29 mars, il
y 9 ' -y '■■,.■■:.:■'
130
n'existait chez le prisonnier, aucune
préméditation de vouloir ôter la vie à
cette malheureuse jeune lille : loin de
là!
Pour eoubtituer le crime de meur-
tre, il faut un autre élément; il faut
que la mort ait été donnée par la per-
î^onne accusée avec malice, lorsqu'elle
avait le contrôle de ses actes et qu'elle
pouvait distinguer entre le bien et le
mal, au moment même du meurtre.
Je vous demande de considérer la
preuve qui a été faite et de voir si réel-
lement le prisonnier, quand il a ôté la
vie à Odélide Désilets, pouvait distin-
guer le bien du mal ou s'il n'était pas
sous le coup d'une provocation qui lui a
fait perdre la distinction du bien et du
mal et lui '^. enlevé le contrôle de ses
actes, au moment ou le forfait a été
commis.
Que voyons-nous dans la confession
du'pri son nier V Toujours la même ver-
sion quant au commencement de cette
malheureuse rencontre. Ayant rencon-
tré Odélide Désilets, et ayant voulu
l'embrasser, celle-ci, ([ui était une jeune
131
fille robuste, l'a repoussé avec assez de
force pour le jeter sur le dos.
Je ne prétends pas, Messieurs les
jurés, vous mettre sous l'impression que
cette infortunée jeune fille, étant ainsi
assaillie, n'avait pas le droit de le re-
pousser ; non : mais il est un fait bien cer-
tain, c'est que Odélide Désilets a repous-
sé le prisonnier et l'a jeté sur le dos. Se
voyant ainsi jeté à terre, il lui est venu
un accès de rage, il ne savait plus ce
qu'il faisait. D'après la preuve, on a
trouvé sur les mains du prisonnier des
coupures considérables ; cependant, une
fois qu'il a été jeté à terre, il est deve-
nu tellement excité, il a tellement per-
du le pouvoir qu'il pouvait avoir aupa-
ravant de di.stinguer le bien du mal,
qu'il ne s'est pas aperçu qu'il s'était
coîipé les mains dans la lutte qui était
intervenue ; il ne s'en est aperçu que
vingt minutes ou une demie heure
aprèp.
Je dis que le fait d'avoir ainsi été
jeté à terre était une provocation suffi-
sante, chez le prisonnier, pour faire de
l'assassinat d'Odélide Désilets, commis
132
sur le champ, pendant qu'il était sous le^
coup d'une rage incontrôlable, un cas
d'homicide non prémédité et non un
meurtre. Je ne veux pas prétendre que
c'aurait été là une justification suffisante
pour un homme d'une intelligence ordi-
naire ; mais rappelez-vous, Messieurs
les jurés, que tous les témoins ont décrit
le prisonnier comme un homme d'un
l^etit fjénie, que vous avez affaire à un
homme d'une intelligence si faible qu'il
n'a jamais pu mener une paire de boeufs
ou des chevaux, qu'il oubliait ses prières
d'une semaine à l'autre, qu'il n'a jamais
pu, comme les autres jeunes gens de son
âge, gagner sa vie lui-même, que lors-
qn'enfant, il allait à l'écîole, la maîtres-
se le faisait asseoir à part des autres
élèves, qu'il ne sortait jamais avec les
autres jeunes gens de son âge, qu'il ne
se mêlait jamais à la conversation ni
aux amusements qui avaient lieu chez
lui, qu'il passait son temps à jouer avec
des chats et des poules, que lors de l'en-
quête du coroner, un des témoin^ de la
Couronne, Zoel Houle, a eu le premier
des soupçons contre le prisonnier, par-
133
•ce qu'il trouvait que l'assassinat d'Odé-
lide Désilets était un coup de fou et
qu'il n'y avait qu'un fou dans le canton,
le prisonnier.
Voilà l'homme à propos duquel
vous devez dire, si dans les circonstan-
ces, il y a eu provocation suffisante
pour lui faire perdre le contrôle de ses
actes, le pouvoir de distinguer le bien
du in;\l au moment de l'assassinat d'Odé-
lide Désilets.
Tl vous reste une autre question à
considérer. C'est de savoir si le prison-
nier à la barre, au moment où Odélide
Désilets a été tuée, était u!i agent libre,
ou s'il n'était pas plutôt un imbécile,
un idiot ; car dans ce cas, il vous serait
impossible d'amener un verdict de cou-
pable contre lui : s'il se trouve à la bar-
re un homme que la Providence n'a pas
voulu douer des dons de l'intelligence,
je vous dis que vous ne pouvez pas le
trouver coupable de meurtre, mais que
vous devriez déclarer, par votre verdict,
qu'il est fou, idiot, et la Cour aura à le
faire enfermer dans un asile d'aliénés ou
iiilleurs. Si vous ne trouvez pas que son
134
intelligence soit assez éteinte, qu'il soit
assez idiot ou imbécile pour le faire en-
fermer dans un asile, mais que néan-
moins il n'est pas doué d'une intelligen-
ce ordinaire, alors, messieurs les jurés,
vous n'aurez pas à trouver un verdict
de meurtre, mais, un verdict d'assassi-
nat non prémédité, contre le prisonnier
à la barre.
En trouvant un tel verdict, vous
serez loin de l'acquitter ; la Cour pourra
l'envoyer au pénitencier pour sa vie et
vous aurez rempli votre devoir en-
vers la société.
Quant à l'intelligence du prison-
nier, la Couronne a examiné comme
témoins : le Dr. Valcourt et le Dr, Pou-
lin, MM. Riou^ , Barwis, Bissonnette ;
mais toutes ces personnes n'ont vu le
prisonnier que lors du meurtre et depuis
son arrestation, et la preuve qu'ils ont
faite de l'intelligence du prisonnier ne
peut contre-balance r, il me semble, la
preuve faite par les témoins de la défen-
se, qui connaissent le prisonnier depuis
son enfance et le voyaient très-souvent.
Quels sont les faits prouvés par eux. Le
135
père (lu prisonnier nous dit que son fils
n'a jamais pu apprendre ses ^>r/^/-^>>\ que
d'une semaine à l'autre il les oubliait.
Voici un fait bien important et qui vous
démontre que le prisonnier n'avait cer-
tainement pas une mémoire ordinaire,
qu'il n'en avait même pas du tout.
Nous avons le témoii2:na«:e du rêvé-
rend M. Dauth. qui dit que le prison-
nier est un homme d'un petit génie,
qu'il était morose, taciturne, et qu'il ne
s'amusait pas avec les jeunes gens de
son âge. Vous avez eiUenlu son père
dire que le prisonnier n'avait jamais pu
laisser la maison pour gagner sa vie,
quoiqu'il fût en âge de le faire ; que son
intelligence est si faible qu'il n'a jamais^
pu lui confier le soin de ses chevaux, que
lorsqu'il allait à l'école, la maîtresse le
faisait mettre à part des autres enfants.
Vous avez le témoio:naii:e de M. Lai-
nesse qui nous parle de la visite que
son frère, partant pour les Etats, est
venu lui faire en prison ; il lui a dit
qu'il venait lui dire adieu, un adieu
peut-être éternel ; ir prisonnier n'a.[>as
paru ému, il n'a pas versé de larmes.
136
Il est en preuve que lorsqu'il ve-
nait quelqu'un à la maison chez son
père, le prisonnier passait son temps
seul près du poêle, qu'il s'amusait avec
un chat, une poule et qu'il avait plutôt
l'air d'un entant que d'un homme.
Nous avons le témoignage d'Alcide
Poirier, qui nous dit que le prisonnier
était incapable de conduire ses chevaux ;
le témoignage de Zoël Ploule qui vous a
dit qu'après avoir examiné la localité,
après avoir entendu les témoignages à
l'enquête du coroner, examiné les bles-
sures que le prisonnier avait aux mains,
il est allé trouver son curé, M. Dauth,
et lui a dit que l'assassinat d'Odélide Dé-
sik^s était un coup de fou et qu'il n'y
avait qu'un fou dans la paroisse, le pri-
sonnier à la barre.
Voilà la preuve qui a été produite
devant vons et c'est avec cette preuve
là que vous devez dire si le prisonnier
p )ssède sulïisaui:neiit d'intelligence pour
distinguer le bien du mal ou s'il n'est
pas un idiot que la loi ne tient pas res-
ponsable de ses actes.
Je ne veux pas vous entretenir
137
pi 118 longtemps de cette cause : il y a
déjà plusieurs jours que vous vous en
occupez. Tout ce que je vous demande
est de bien peser les témoignages et de
dire, d'après la preuve produite, si oui
Qu non, le prisonnier est un homme
jouissant d'une intelligence ordinaire ;
je vous demande de décider s'il n'était
pas sous le coup d'une provocation
suffisante pour lui faire perdre le con-
trôle de ses actes au momciit de l'as-
sassinat, si cette provocation n'était
pas suffisante pour lui faire perdre
la faculté de distinguer le biei: du
mal qu'il aurait pu avoir un instant
auparavant ; si le prisonnier à la barre,
lorsqu'Odélide Désilets a été tuée, avait
perdu le contrôle de ses actes et n'était
pas par conséquent susceptible de lama-
lice nécessaire pour constituer un
meurtre. Il sera de votre devoir d'ame-
ner contre lui un verdict d'assassinat
sans préméditation et le prisonnier sera
sans doute envoyé par la Cour au péni-
tencier pour sa vie. .
Si vous trouvez que le prisonnier
est un imbécile, un idiot, et c'est à vous
138
seuls de peser la preuve là-dessus, votre
devoir sera de prononcer un verdict
d'insanité et le prisonnier ne sera pas
mis en liberté mai^, il sera envoyé dans
un asile avec les autres infortunés que
la Providence a privés d'intelligence.
Je ne veux nullement atténuer l'é-
normité du fait de la mort d'Odélide
Désilets : mais supposons que cette in-
fortunée jeune fille, le 29 mars dernier,
eut rencontré un taureau furieux, un
cheval vicieux et eût été maltraitée au
point de perdre la vie, n'est-ce pas que
cette mort eût été bien triste ? Cepen-^
dant personne n'aurait pu être tenu
responsable de cette mort.
De même, messieurs les jurés, si
vous trouvez que le prisonnier n'avait
pas l'intelligence nécessaire pour distin-
guer le bien du mal et n'avait pas le
contrôle de ses actes au moment du
meurtre, vous remplirez votre devoir
vis-à-vis la société et vis-à-vis le prison-
nier, en le déclarant dans votre verdict
et en le faisant mettre dans les éta^
blissements destinés aux malheureux
privés de l'usage de la raison. iv
139
Avec ces remarques, je laisse la
cause entre vos mains, convaincu que
vous ferez justice au prisonnier et que
votre verdict servira en même temps de
protection à la société.
Si, sur aucun point en cette cause
vous avez un doute. C'est-à-dire si vous
hésitez à vous prononcer dans un sens
ou dans un autre, alors il est de votre
devoir de donner le bénéfice de ce doute
au prisonnier.
Adresse au Jury de la part de la Cou-
ronne, représentée par W. H. Fel-
ton, Ecuier.
Qail plaise à la Cour.
MM. les Jurés.
Il n'est pas de mon devoir, comme
le représentant de la Couronne, d'insis-
ter trop fortement sur l'accusation qui
vous est maintenant présentée, non plus
que sur aucune autre. Il m'incombe
seulement de vous expliquer les faits
d'une manière impartiale afin que vous
puissiez juger, sous le s(îrmentque vous
Ui)
avez prêté, si raccusation contre le pri-
sonnier à la barre est fondée, oui ou non.
Le tribunal vous donnera son opinion
sur la loi qui régit les accusations comme
la présente. Il n'est pas nécessaire, non
plus, de vous dire quelle est la gravité
de Toffense dont le prisonnier est accu-
sé. Le savant avocnt de la défense s'est
donné la peine de vous le dire lui-même,
et aussi qu'il ne prétendait pas justifier
l'acte du prisonnier.
11 n'y a que deux questions aux-
quelles je crois devoir attirer votre at-
tention :
lo. Savoir si l'accusé avait assez
d'intelligence et de mémoire pour juger
entre le bien et le mal ; 2o, savoir si le
prisonnier avait sa connaissance parfaite
lorsqu'il a tué Odélide Désilets.
Avant d'entrer dans les questions
de faityje voudrais attirer votre atten-
tion ainsi que celle de la Cour, sur la loi
qui traite des eus de meurtre ainsi que
des cas d'insanité. La loi présume que
tout homicide est un meurtre tant que
le contraire n'apparaît pas, et la Cou-
ronne n'est pas obligée de prouver de
141
malice à part lu fait de l'homicidej vu
que tout homme est présumé vouloir
les conséquences de ses actes, (ici le re-
présentant de la Couronne cite plusieurs
autorités).
Vous avez maintenant à considérer
sur la première question que je vous ai
soumise, si le prisonnier est un idiot, un
fou ou un liomuie dénué de l'intelligen-
ce nécessaire pour distinguer entre le
bien et le mal, enfin s'il est capable ou
non de commettre un crime. Sur ce
point, vous avez, de la part de la Cou-
ronne, des témoins très-intelligents et
qui n'ont aucun préjugé contre l'accusé ;
savoir, M. le grand connétable Bisson-
nette, de Montréal, M. Barvvis, Greffier
de la Couronne pour ce District, le Ré-
vérend M. Dauth, cnré de la paroisse de
Bulstrode, où le meurtre a été commis,
et où demeure aussi le prisonnier, et
enfin, les deux médecins, les Drs. Val-
court et Poulin, qui sont des personnes
capables de juger de l'intelligence du
prisonnier. Tous ces témoins ont juré de
la manière la plus positive que le pri-
isonnier avait une bonne mémoire et
142
une intelligence suffisante pour distin-
guer entre le bien et le mal et savoir la
jiature et les conséquences de Tacte
qu'il a commis. Particulièrement, M. le
curé Dauth, qui a déclaré avoir connu le
prisonnier comme son paroissien depuis
7 ou 8 ans, et que s'il avait le moindre
doute sur son intelligence, il ne l'aurait
pas admis aux sacrements de l'Eglise
comme il l'a fait depuis ce temps.
Contre cette preuve, vous avez plusieurs
des témoins de la défense qui ont témoi-
gné sur l'intelligence du prisonnier. La
plupart de ces témoins ont démontré,
dans la boîte, moins d'intelligence que
le prisonnier lui-niêîne. Et ces témoins
n'ont pu constater aucun acte de dé-
mence ou de folie d(3 la part du prison-
nier, qui allait régulièrement à la messe
avec les membres de sa famille, et s'est
toujours conduit, là comme ailleurs, en
présence du public, d'une manière fort
rationnelle. Vous avez plus, messieurs
les jurés, vous avez les déclarations de
l'accusé lui-même, et ses explications
sur tous les faits qui paraissaient l'in-
criminer. Lors de l'enquête du coroner,
143
il a si bien expliqué sa conduite, les
blessures qu'il avait sur les mains, ainsi
que les taches de sang qu'il avait à dif-
férents endroits sur ses habits, que per-
sonne n'a songé ù le soupc^'onner.
L'intelligence du prisonnier ainsi
que sa mémoire sont évidentes par ces
faits ainsi que par le fait que M. Bisson-
nette et M. Barwis ont conversé avec le
prisonnier pendant plus de deux heures,
et pendant cet espace de temps, il ne
s'est ni trompé ni contredit sur l'histoire
qu'il avait faite de ses actions la journée
du meurtre, cette histoire s'accordant
parfaitement avec les déclarations qu'il
avait faites auparavant lors de l'enquête
du coroner. Sur la seconde proposition
que j'ai faite, vous avez, messieurs les
jurés, les admissions du prisonnier rela-
tées par M. le curé Dauth, qui explique
les motifs qui ont poussé le prisonnier à
commettre ce meurtre. Il savait que la
journée en question, tous les hommes
des environs, à part le père d'Odélide
Désilets, étaient allés à un encan ; que
cette dernière devait venir visiter la
famille du prieonnier dans l'avant-midi
144
de la journée du meurtre. Le prison-
nier monte dans le haut de la maison
pour voir sa victime partir de chez elle,
distance d'environ vingt arpents. Il y
avait dans cet espace une baisseur •
d'oîi Ton pouvait voir les maisons habi-
tées d'un bord ou de l'autre. C'était
près du puits où le meurtre a eu lieu.
Le prisonnier, voyant partir Odélide
Désilets de chez elle, descendit du gre-^
nier où il l'avait aperçue, dans le but de
la rencontrer dan^ cette baisseur. Eu
sortant de la maison, il saisit un couteau
de poche qu'il trouve sur une fenêtre
près de la porte, dans le but, ainsi que
nous le dit le curé Dauth, de faire con-
sentir la jeune fille à ses désirs crimi-
nels, mais non, comme le prisonnier le
prétend, de la tuer, si le prisonnier sa-
vait si bien ce qu'il faisait et qu'il a si
bien lait ses cîilculs pour violer une
jeune fille chaste, il doit avoir assez
d'intelligence pour savoir qu'en la frap-
pant sur la tête, de toute sa force, ainsi
qu'il l'a lui-même admis, avec le bâton
qui vous a été montré et qui porte à un
bout les marques de sang causées par la
145
main du prisonnier, qui avait été coupée
par son propre couteau, lorsque «a victi-
me lui enlevait le couteau ; et à l'autre
bout, une mèche de cheveux de la dé-
funte Odélide Desilets, il devait savoir
que le coup qu'il infligeait devait être
mortel. Il a non-seulement infligé un
coup, mais deux ; chacun desquels sépa-
rément, d'après le témoignage des mé-
decins, devait être mortel.
Les faits de cette cause, tels que
prouvés par les témoins et les admissions
de Taccusé. sont assez frais dans votre
mémoire, qu'il n'est pas nécessaire pour
moi de vous les rappeler plus au long.
Qu'il suffise de vous dire que le prison-
nier a été assez impitoyable que lors-
qu'après avoir jeté la jeune tille par ter-
re dans le chemin, lorsqu'elle avait re-
fusé de consentir à ses désirs illicites, le
voyant ouvrir son couteau, elle le sup-
plie de la quitter, lui promettant de ne
déclarer les intentions qu'il avait eues à
son égard, ni aux parei»ts du prist)nnier
ni aux siens propres, il n'a pas prêté
l'oreille à ses prières ni a ses supplica-
tions. Au contraire, emporté par la vio-
146
leiice de ses passions, il Ta frappée au
€ou avec son couteau, et, de là, désirant
cocher tout vestige de son attentat, il
arrache une partie du couvercle du puits
et donne à sa victime deux coups mor-
tels sur la tête.
Le savant juge qui a si habilement
piétsidé à ce procès, vous donnera son
opinion sur la loi qui régit en matière
criminelle la preuve des admissions aux-
quelles on s* est objecté en cette cause.
Avec ces remarques, je vous sou-
mets la cause avec la plus grande con-
fiance que dans votre verdict, vous
suivrez le serment que vous avez prêté
et que vous rendrez le verdict auquel la
Couronne ainsi que le public ont droit
de s'attendre.
Vous n'aurez plus maintenant,
messieurs, qu'à écouter la charge qui
doit vous être adressée par le tribunal.
Messieurs les jurés,
Il y a six mois à peine, un murmure
d'horreur s'est élevé du sein de nos cam-
pagnes paisibles. Ce murmure a été
147
répété d'un bout du pays à l'autre. On
venait d'apprendre qu'en plein midi,
une jeune fille d'à peu près dix-huit ans,
vertueuse et pleine de santé, venait
d'être trouvée au fonds d'un puits,
couverte de blessures mortelles
et qu'elle avait dû rester dans ce
puits, vingt-six ou vingt-huit heures
au moins. Quelle a été la durée de
cette agonie ? on se le demande,
on en frissonne ! Combien de temps
avait-ello eu sa connaissance au fonds de
ce puits? La conscience s'est révoltée,
la justice s'est informée ainsi qu'elle
devait le faire ; et à la suite de longues
investigations faites avec soin, conscien-
cieusement, le prisonnier à la barre est
la personne sur laquell<e les soupçons se
sont arrêtés, comme étant l'auteur du
meurtre. Ces soupçons se sont traduits en
une accusation qui a été placée devant les
grands jurés de ce terme. Ces grands
jurés, sous leur serment, ont faitrapport
à la Cour qu'il y avait matière à procès
contre le prisonnier à la barre sur cette
accusation. ^
Maintenant, vous êtes, dans cette
148
boîte, les juges qui devez décider d'a-
bord : si cette fille a été tuée ; s'il y a
eu un meurtre, qui a commis ce meurtre;
si ce meurtre a été à la suite de provo-
cations justifiant le meurtre; enfin si la
personne qui a commis le meurtre était
dans un état mental qui la rendait res-
ponsable de ses actes.
La position que vous occupez au-
jourd'hui est bien grave : le pays a les
yeux sur vous pour que vous rendiez un
verdict, non pas suivant les dictées de
l'opinion publique, non, mais suivant la
preuve qui a été produite devant vous.
Vous avez prêté serment, messieurs,
devant Dieu, que vous écouterez les
faits de cette cause, et vous avez appelé
Dieu à témoin que, ces faits écoutés,
vous rendrez un verdict suivant les té-
moignages, et rien autrement. Voua
êtes donc juges des faits, c'est à vous à
décider sur les faits ; la Cour n'a rien à
y voir. La Cour a le droit, et c'est son
devoir de vous indiquer la manière d'in-
terpréter les faits, mais vous en êtes les
juges. ' ^
La Cour a le droit de dire ce qu'egt
149
la loi relativement aux questions de
droit qui sont soulevées dans ce débat.
Vous avez donc pour vous guider, d'un
<3Ôté la preuve, de Tautre la Cour.
Messieurs, avant de commencer
l'examen de la preuve, je dois dire ceci :
que l'accusé a eu un avantage considéra-
ble. Il a eu six mois à préparer sa dé-
fense. Ses parents, ses amis, ont eu le
temps de chercher, de trouver des preu-
ves, s'il y en avait en sa faveur. La dé-
fense qui a été présentée ici, est une
défense complète. L'accusé a eu Tavaii*'
tage d'une défense extrêmement habile,
et personne n'aurait rendu plus de jus-
tice à la cause du prisonnier que son
savant procureur.
D'abord, le prisonnier a-t-il causé
la mort d'Odélide Désilets ?
Laissons la confession de côté, et
voyons si, d'après les fiiits prouvés dans
la cause, il y aurait ou il n'y aurait pas
suffisamment pour vous permettre d'en
arriver à la conclusion relativement à
rinnocence ou à la culpabilité de Taccu-
Nous avons en preuve que cette
150
fille a été tuée et jetée dan? un puitSy.
dans le milieu d'une journée ; nous
avons en preuve que tous les environs
du puits étaient piétines : il y avait eu
évidemment lutte. Un peloton de fil
qu'elle avait apporté de chez elle a été
. trouvé au fonds du puits ; le fil dévidé
de ce peloton partait du chemin et s'é-
tendait jusqu'à la margelle du puits : il
pétait cassé à différents endroits. On
voyait qu'il y avait eu lutte.
Le prisonnier à la barre était, dans
K tout le rang, le seul homme ce jour-là.
Tous les autres hommes étaient partis
pour un encan à Ste. Elizabeth. Le pri-
sonnier est parti de chez lui, et a dû se
rendre au puits, car la preuve de sa pré-
sence existe ; il portait une paire de
bottes sauvages. Les bottes sauvages
qu'il portait ont dû faire les traces qui
étaient autour du puits ; elles s'adap-
taient précisément aux empreintes que
la neige durcie avait gardées des pas
qui avaient été faits. Ensuite, ce jeune
homme se trouve à avoir des blessures
aux mains, des blessures dont il rend
compte d'une manière que les docteurs^
151
ont déclarée ne pouvoir pas être vraie.
De plus, il était couvert de sang, son
pantalon en dégouttait : il en avait
dans ses deux poches de pantalon, sur
les manches de sa jaquette, et jusque
dans le dos : une main, déjà affaiblie
par la lutte peut-être, s'y était attachée
pour se défendre et s'y reteuir. Le té-
moin Gélinas vous dit qu'en examinant
sa jaquette, un petit morceau de chair
humaine a été trouvé à la hauteur de la
poitrine.
Voilà des circonstances bien extra-
ordinaires. De quelle manière l'accusé
en rend-il compte ? Il n'en rend compte
aucunement.
Il y a plus, cette fille a été dardée
au cou. Les médecins out décrit l'ins-
trument qui pouvait avoir ftiit cette
blessure. Un couteau a été trouvé chez
le père du prisonnier à la barre ; il
l'aurait reconnu comme n'appartenant
pas plus à un membre de la famille qu'à
l'autre, mais à la famillp. Ce couteau a
été identifié, vous l'avez vu.
Il a été prouvé à l'enquête que
cette fille avait deux blc-^sures à la tête^
152
et que chacune de ces blessures étaient
mortelles. Ces blessures ont été faites
par un instrument contondant. Un
morceau de bois a été trouvé près du
puits : des cheveux sur un bout du
i>âton et de l'autre des traces sanglan-
tes. Les doigts de l'accusé s* adaptaient
à ces traces. ' ' ' '
Avec ces laits, si le prisonnier ne
rend pas compte de sa conduite, vous
devez même avec cette seule preuve,
déclarer que le meurtre a été commis
par lui. ^ vî V -
Mais il y a plus : Y a-t-il eu provo-
cation? On a dit qu'il y avait eu provo-
cation, et que chez un individu d*une
intelligence peu développée, cette pro-
vocation était suffisante pour justifier
l'accusé. ' •-'■'■'■ '•'^■''^' ^■•■-
, 11 n'y a pas eu de provocation. La
seule preuve qui existe c'est que la jeu-
ne (il le, loin de provoquer, a été la vic-
,time d'uii assaut brutal, commis dans
des intentions malhonnêtes, et qui s'est
terminé par la mort.
On a dit que la IHle avait repoussé
le jeune homme, et que cela avait pu
153
Tenrager. En loi. ceci n'est rien. La
jeune tille accostée par le prisonnier, sol-
licitée d'une manière honteuse, la jeune
fille n'a fait que son devoir. Est-ce là
une provocation suffisante pour qu'un
homme tire son couteau et qu'il le plon-
ge dans le cou de sa victime ?
Arrivons aux admissions. Le pri-
sonnier, une fois arrêté, a été conduit à
la prison. Le 3 avril dernier, pendant
qu'il était à la prison, le grand conné-
table, M. Bissonnette, qui avait été en-
voyé pour conduire l'investigation rela-
. tivement à ce meurtre, s'est rendu au
troisième étage voir le prisonnier: il
était accompagné par M. Barwis. Le
geôlier y était, le shérif aussi, et en der-
nier lieu est entré M. Cannon, je crois.
Là, remarquons que le prisonnier
«était incarcéré sous soupçon ; il n'y
avait pas d'accusation assermentée
•contre lui. Le grand connétable Bis-
sonnette s'est rendu là non pas pour
avoir des aveux du prisonnier, mais
pour savoir des détails sur ce qui s'était
passé. Il savait que le jeune homme
«'était trouvé là dans le temps. Il lui
154
dit ceci : '' Si vous savez quelque chose^
dites-le moi/' et il Ta mis sur ses^
gardes, *' dites-moi ce que vous savez,
" mais si vous dites quelque chose
^' contre vous-même, prenez garde, car
*^ tout ce que vous me direz je vais le
*• prendre par écrit, et ça servira plus
" tard cîontre vous."
. . M. Barwis a dit que dans cette cir-
constance le grand connétable Bisson-
nette s'était servi de ces mots-ci : '' Si
" vous pouvez nous donner quelques
" renseignements sur ces matières-là^
*' comme vous étiez dans la localité, ça
" vous sauverait beaucoup de trouble,
" vu que vous êtes incarcéré sous sonp-
" çon ; mais vous n'êtes pas obligé de
" rien me dire, parce que je vais prendre
^' tout ce que vous direz en écrit, et ça
,^' pourra servir contre vous."
Un témoin a été amené de la part
de la défense, M. Prudent Lainesse. M.
Lainesse s'intéresse, de son propre aveu^
beaucoup à ce procè**. C'est un acte de
charité que de donner son appui à un
malheureux ; mais il faut remarquer
que M. Lainesse admet lui-même qu'il
155
a pris un intérêt et qu'il conserve enco-
re cet intérêt au prisonnier à la barre.
M. Lainesse nous dit que pendant cette
conversation, tenue entre M. Bissoii-
nette et le prisonnier, que lui, M. Lai-
nesse s'est trouvé avec Madame Domini-
que dans le passage de la prison, • et
qu'il aurait entendu faire certaine»
menaces au prisonnier. Ce témoignage
est en contradiction avec celui de M.
Barwis et de M. Bissonnette. Comment
se fait-il que, puisqu'il était avec Mada-
me Dominique, on n'ait pas amené celle-
ci pour corroborer son lémoignage.
Le neuf avril suivant, l'enquête
devant le Magistrat de district avait
lieu ici. M. le grand connétable Bisson-
nette se trouve dans une chambre quel-
conque ici, on l'envoie chercher.il arrive
et le prisonnier lui dit : '^ Monsieur, j'ai
quelque chose à vous dire, je veux faire
ma confession : " M. Bissonnette lui ré-
pond : "je ne veux pas prendre votre
** confession maintenant, je vai» en-
*' voyer chercher M. Barwis. M. Bar-
" wis est arrivé. "
Avant que le jeune homme viot à.
156
xjoinmencer, M. Bissoniiette Ta mis sur
«es gardes dans les termes de la loi :
" Vous n'êtes pas obligé de rien dire ;
^' tout ce que vous direz, je vais le
^' prendre par écrit et ça ira contre voua
*^ à votre procès, et vous serez pendu. '*
Le jeune homme a dit : " J'ai la cons-
^* cience chargée, bourrelée, je veux
" tout dire. "
C'est dans ces conditions que le
prisonnier à la barre a fait une déclara-
tion d'une netteté, d'une intelligence
extraordinairement remarquable. Il
avoue qu'il est coupable de tout, qu'il
est parti de chez lui à telle heure, avec
telle intention, qu'il a vu venir la jeune
fille par le pignon du châssis, qu'il
savait qu'elle avait été invitée le matin
à venir passer l'après-midi chez le père
de l'accusé. Il observe, il voit sortir la
fille, il descend ; en descendant, d'après
son propre aveu, il a vu deux couteaux,
il en prend un pour l'intimider. Il savait
que la fille devait venir : il la guette, il
l'épie. Il saisit ce couteau pour forcer la
jeune fille à consentir à sies désirs. Il
n'a pas accompli son dessein, mais il est
157
responsable de tonales actes subséquente
au premier : c'est là la loi.
Il raconte la manière dont il a frap-
pé la jeune fille alors qu'elle gémissait^
qu'il l'a frappée de toutes ses forces.
Cette première déclaration du pri-
sonnier a-t-elle été faite librement,
volontairement ? Voilà toute la ques-
tion.
La preuve à cet égard est affirma-
tive et formelle et de plus loyale,
11 faut en dire autant des aveux
que le prisonnier a faits à M, le curé
Dauth.
Le curé Dauth est venu le voir en
prison, le jeune homme l'avait fait
demander. Il n'a pas agi là comme sou
aviseur spirituel, pas du tout ; il s'est
rendu pour lui donner des consolations
et du courage. A M. Dauth il a fait là
sans aucunement être solli(;ité, des aveux
formels et complets. Il a dit à M.
Dauth tout ce qui en était. Il a fait
cette confession entièrement, pleinement
libre et cette confession est dans les mê-
mes termes, et comporte les mêmes
faits que celle qu'il a taite devant M.
158
Bissonnette. La cour vous dira que
cette confession qu'il a faite sans sollici-
tation^ c'est une preuve que vous devez
considérer comme suffisante.
La loi désire entourer de toutes les
précautions nécessaires un homme accu-
sé ; lajustiee, dans sa sollicitude n'oublie
pas qu'un innocent peut être accusé à
tort. Aussi, toutes les dépositions
prises à T enquête ont été lues au prison-
nier avant d'être signées, et on lui a
demandé s'il avait des questions à faire.
M. Rioux a procédé avec une douceur,
et des précautions extraordinaires, et
n ùÀt des questions au prisonnier dans
la forme sacramentelle du Statut :
^^ Vous n'êtes pas obligé de rien dire qui
^* puisse vous incriminer; aucunes me-
*' mutes ne peuvent avoir aucune in-
*' fluence sur vous. Vous devez spon-
*' tanément déclarer ce que vous avez à
*^ déclarer ; mais soyez sur vos gardes,
" ce que vous direz sera preuve contre
*' vous." C'est ainsi que la loi veut que
le prisonnier soit examiné. ^
Aussi, je n'ai pas été étonné de voir"
qiic la défense a reculé devant lapropo-
159
fiition qu'elle avait émise ce matin, qu'il
n'y avait pas de preuve : elle a fini par
admettre que c'est l'accusé qui a tué
cette pauvre fille.
Le prisonnier était-il sain d'esprit
quand il a tué cette jeune filîe ?
Les circonstances qui ont été prou-
vées devant vous, qui ont précédé
et suivi le meurtre, la conduite du pri-
eonnier, ses réponses, ses histoires qu'il
a. faites, messieurs, sont loin d'indiquer
que l'homme est fou, mais je préfère
référer, quant à la preuve de son intel-
ligence, aux témoignages que vous avez
entendus. C'était au défendeurà le prou-
ver : a-t-il fait cette preuve, et la Cou-
ronne a-t-elle prouvée le contraire ?
*• ' M. i^issonnette est un homme très-
intelligent ; c'est un homme qui depuis
vingt-huit ans assiste aux emjuetcs, et
qui prépare les voies à la justice. Voici
ce qu'il dit à propos de l'intelligence du
priso)mier : " D'après ce que j'ai vu et
^* entendu, son intelligence et sa mé-
*^ moire étaient parfaites, il raisonnait
*^ bien, et a arrangé des histoires qu'un
** fou n'aurait pas faites. " M. le curd
160
Dauth donne un témoignage extrême-
ment important et que je vais lire : J'ai
" toujours considéré le jeune homme
'^ comme un petit génie; il a une cer-
" tftine mémoire et une intelligence qui
'' le rendent capable de connaître ses
" actes. Je jure qu'il a toujours pu con-
'^ naître la distinction entre le bien et
*' le mal. Je n'ai jamais eu aucun doute
'• sur son intelligence pour remplir ses
'^ devoirs religieux. " Plus loin il dit :
'* Il m'a demandé pour le confesser, il
'* semblait comprendre toute l'énormité
'^de son crime." Plus loin encore il ajou-
te, dans les transquestions : '* Si j'avais
^^ eu le moindre doute qu'il n'eut pas
*^ connu la distinction entre le bien et
'' le mal, je ne lui aurais pas donné les
*' sacrements."
Le Dr. Valcourt a été entendu
comme téuioin, il a été présent à toute
l'enquête qui a été faite à Bulstrode :
Voici ce qu'il dit : '' D'après les questions
^' qui 1 ii ont été faites, le prisonnier a
** répondu à toutes les questions d'une
*^ manière sensée. "
M, Rioux, Magistrat de district, dit :
161
*^ Quant à sa mémoire, il paraissait avoir
" une mémoire ordinaire ; et quant à son
*^ intelligence, il avait F intelligence ordi-
" naire d'un homme sans éducation. *'
Le Dr. Poulin dit ceci : " Sa mé-
" moire est assez bonne et son intelii-
" gence aussi. '*
M. Barwis ; ^' D'après ce que j'ai
" vu et entendu de lui, je suis porté à
" dire qu'il est beaucoup plus intelligent
"• qu'il en a l'air. Il m'a paru être d'un
** caractère morose, seul, taciturne ; il
^' n'est pas ce qiîe j'appellerais un génie,
" mais il sait parfaitement bien ce qu'il
'' fait. " Et il ajoute qu'à l'enquête à
Bulstrode, quand il se disait quelque
chose d'important, il levait les yeux,
que ses regards décelaient un vif inté-
rêt, et qu'il baissait subitement la vue
dès qu'il s'apercevait que quelqu'un le
regardait.
Pour la défense : -
M. Dauth a été entendu, on ne lui
a pas demandé de revenir sur sa déci-
sion.
M. Lainesse, considère qu'il n'a
pas beaucoup d'expérience. *
11
162
Le troisième témoin, c est le père
de r accusé. On n'a pas demandé au père
de l'accusé s'il était capable de distin-
guer le bien du mal, pas du tout. On
lui a fait dire que des fois il prenait des
chats sur ses genoux, d'autres fois
qu'il prenait une poule et qu'il la flat-
tait. Il ajoute que ce jeune homme -
faisait ses devoirs religieux comme
nous autres»
Zoël Houle : " J'ai trouvé qu'à
^' l'enquête il répondait pas mal bien."
Le cinquième témoin, Hercule St.
Laurent : '' Je ne le prendrais pas pour
'^ un homme fin et intelligent. "
j Personne ne vous demande de dé-
clarer que celui qui a dit ça était fin
et intelligent.
- Lucien Guillemette dit que le pri-
sonnier n'a pas une grosse intelligence.
. Jl a été évident pour tout le monde que
ce témoin ne brille pas par le volume
de la sienne. ■ ;
Les témoins de la défense à part
de deux ou trois ne valent guère mieux.
Alcide Poirier : " Je le prend»
f' pour un petit génie fou. '*
163
Clovis St. Cyr dit : " que son intel-
ligence n'est pas grande. "
Hubert Tardif : " C'est un petit
génie. *'
Je vais maintenant vous dire quel-
le est la loi sur la question deTinsanité.
" Il est établi et clair, que pour
empêcher quelqu'un d'être sur le plai-
doyer de manque d'intelligence, il faut
qu'il soit prouvé d'une manière distinc-
te, qu'il n'était pas capable de distinguer
entre le bien et le mal dans le temps oîi
il a commis l'acte, et qu'il ne connaissait
pas que c'était une offense contre les lois
de Dieu et de la nature, "
La plupart des témoins ont prouvé
qu'il connaissait la difl'érence entre le
bien et le mal. Plus que cela, il y a des
témoins de la défense qui ont dit : " Je
suis bien certain qu'il savait que c'était
mal que de tuer quelqu'un.
Plus loin, l'autorité dit ceci : "Lors-
que les facultés intellectuelles existent,
c'est à dire lorsque l'homme connaît la
différence entre le bien et le mal, et que
son dérangement n'est que moral que
[c'est dans sa morale qu'il est dérangé,
164
lorsqu'il connaît bien ce qu'il fait et
qu'il sait qu'il fait mal en faisant ce
qu'il fait, mais qu'il n'avait pas le con-
trôle sur lui-même, et qu'il agit sous
cette impulsion qu'il l'obsède et qu'il ne
peut contrôler, il est également res-
ponsable. '
Voilà le résumé de la doctrine léga-
le sur ce point.
11 est d'habitude de dire à MM. les
jurés que s'il y a un doute, le bénéfice
de ce doute doit être donné à l'accusé.
Par doute, on entend un doute raison-
nable ; ce doute raisonnable ne peut ex-
ister en présence d'une preuve.
Je laisse la cause entre vos mains.
Je suis convaincu que vous comprenez
l'importance de votre devoir. Quelque
puisse être la conséquence de votre ver-
dict, vous êtes responsables devant Dieu
de rapporter un verdict vrai. Je suis
convaincu que vous donnerez toute votre
attention à cette cause, et que vous ren-
drez le seul verdict que vous devez à
Dieu et à votre pays et à votre cons-
cience.
165
CHAPITRE VI
SENTENCE DE MORT.
30 Novembre 1880.
W. H. Felton, avocat de la Couron-
ne, propose que sentence soit prononcée
contre Cléophas Lachance, et que la
proclamation d'usage soit lue.
Le crieur de la Cour, d'un ton grave
et solennel, lit la proclamation conçue
en ces termes : " Oyez, oyez, oyez 1 Le
'' Juge de Sa Majesté ordonne stricte-
" ment et commande à toutes personnes
*' de garder le silence, sous peine d'em-
" prîsonnement, pendant que Ton pro-
" nonce la sentence de mort contre le
" prisonnier à^ la barre. "
Le Greffier de la Couronne s'adresse
alors au prisonnier : *' Cléophas Lachan-
*' ce, avez-vous quelque chose à dire
pourquoi sentence de mort ne serait
" pas prononcée contre vous ?"
Le prisonnier parcourt d'un regard
l'auditoire et fixe les yeux sur son pro-
cureur comme pour implorer son secours
u
166 ' -n^ ■■..,^.,.
il.
à ce moment solennel et suprê'ûe : su-
prême, car il sait que sa vie ne lui ap-
partient plus, qu'elle est à la mercie de
la justice. Il semble être un peu plus
agité que dans le cours de son procès,
mais ne répond pas à la question qui lui
est faite. " ' -'^ ' '
* ' Alors rHonorable M. le Juge Pla-
mondon, d'une voix vivement émue, et
au milieu d'un silence que les approches
de la mort savent seules inspirer, pro-
nonce la sentence comme suit :
Sentence prononcée h 30 Novembre 1880
^ par V Hon M, A. Plamomlon^ J. C 8,
'" ' Cléophas Lachance, vous avez été
trouvé coupable du crime de meurtre
sur la personne d'Odélide Désilets.
Le verdict vous déclarant coupable
a été rendu par un jury intelligent et
consciencieux, après un procès de cinq
jours de durée, dans lequel vous avez
eu l'avantage d'une défense habile,
pleine et sans restriction.
Une jeune fille douce et pure a été
l'objet de vos coupables convoitises, et
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pour parvenir à votre bat vous avez
employé la violence. Vous l'avez épiée,
alors qu'elle sortait, en plein midi, de
la maison de son père, pour aller p isser
une après-midi dans votre famille, dont
elle était l'amie.
Avant de sortir de chez vous, vous
vous êtes armé d'un couteau pour
la contraindre par l'intimidation et la
violence à céder à vos désirs. Vous
êtes allé au-devant d'elle et l'avez
assaillie en cherchant à l'embrasser.
La vertueuse enfant vous a repoussé
avec indignation. Elle devait payer de^
sa moi t le triomphe de sa vertu.
Avec la fureur d'une bête sauvage,
vous l'avez saisie, terrassée : vous l'avez
dardée au cou et à la tête avec votre
couteau, et lorsqu'elle était étendue gé-
missant et sans connaissance sur le sol
imprégné de son sang, vous l'avez froi-
dement assommée en la frappant de
toutes vos forces, deux fois sur la têt^,
lui infligeant deux blessures mortelles.
Puis vous avez eu le courage féroce de
soulever le corps de votre victime, et de
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le précipiter, la tête la première, dans un
puits.
Pour faire disparaître les traces du
meurtre vous avez pesé de vos pieds et
de vos mains 8ur ses membres, en les re-
foulant dans le puits; puis, sur le tout
vous avez jeté quelques planches, et
vous êtes allé tranquillement plus loin
laver vos mains rouges de sang, pendant
que la pauvre Odélide Désilets conti-
nuait au fond du puits la longue et ter-
rible agonie dont Dieu seul a connu les
secrets.
La preuve contre vous a été com-
plète, et de plus vous avez admis votre
erimt librement et volontairement, et
c'est de votre bouche même que sont
tombés ces détails navrants qui font du
meurtre d'Odélide Désilets, le forfait le
plus atroce qui ait jamais été commis
dans nos cantons.
- ^: Votre habile et zélé défenseur n'a
pu s'empêcher d'admettre, devant les
jurés, que la pauvre fille était morte de
votre main. ^ v^
Vous avez cherché à prouver que
vous ne possédiez pas l'intelligence suf-
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fisante pour être tenu légalement res-
ponsable de vos actes ; mais vous avez
failli complètement dans cette tentative.
Vous avez reconnu votre crime,
vous l'avez regretté. Pour décharger
votre conscience, vous l'avez confessé
aux hommes, — et à Dieu sans doute. La
loi veut que vous portiez la peine de
Totre forfiiit.
Plus heureux que votre victime,
vous avez eu, et vous aurez encore le
loisir, avant de paraître devant Dieu,
de faire monter jusqu'à ses pieds le cri
de votre repentir. Dieu est bon ! Si la
justice humaine doit être inexorable,
les miséricordes de Dieu sont infinies.
Profitez-donc des quelques semaines qui
vous restent à vivre, pour vous prépa-
rer à votre fin.
Cléophas Lachance, le jugement et
la sentence de la Cour du Banc de la
Reine, ici, sont que vous, Cléophas La-
chance, à raison de la dite conviction de
meurtre, prononcée contre vous, en cet-
te cause, soyez conduit d'ici à la prison
commune de ce dlsti'Ict (VÀithabaska^
et que vendredi, ]e vingt-huitième jour
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de janvier prochain, en dedans des mur»
de la dite prison commune, vous soyez
pendu par le cou, en la manière pourvue
par la loi, jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Et que Dieu ait pitié de votre
âme ! . .
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