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Full text of "Procès de Cléophas Lachance trouvé coupable du meurtre d'Odélide Désilets [microforme]"

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CLEOPHAS LACHANCE 

Meurtrier «rOdelide DesiletH 






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ODELIDE DESUETS 

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PROCES (/ 



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♦ — DE 

CLEOPHAS LACHANCE 

'^ TROUVÉ COUPABLE DU MEURTRE 

D'ODELIDE DESILETS 

PRIS ET STÉNOGRAPHIÉ 

.^:.. .-' / PAR— '' ""■■.•'■;•- 

CHARLES C. BERNIER, ' 

DÉPUTÉ, p. 0. s. ' 

ARTHABASKAVIL.L.E: 



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TROIS-RIVIERES 

Imprimé à •' L. A CONCOROK. 

>' 1881 



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■ ♦•♦- 



* A la demande d'un grand nombre de personnes 
f|ui n'ont pas eu l'avantage d'assister à cet émouvant 
procès, je me suis décidé de donner publicité à tous 
les détails de cette cause. ' • 

Le procureur de l'accusé, L. J. Cannon, Ecr., 
a fait valoir tous les moyens que la loi mettait à sa 
disposition : il a invoqué les défauts de forme dans 
l'assignation des grands jurés, réussi à faire casser 
le tableau des grands jurés assignés pour le terme 
d'octobre, et essayé de nouveau d'attaquer le tableau 
des grands jurés, au terme de novembre ; mais après 
avoir échoué dans cette tentative, il s'CvSt acharné au ^ 
tableau des petits jurés, alléguant entre autres cho- 
ses, que les petits jurés assignés au terme d'octobre 
auraient dû l'être de nouveau pour le terme de 
novembre. Il a encore échoué à cet égard. "^ '• 

Il ne lui restait plus qu'à faire la lutte sur le 
mérite même de la cause. Oh ! quel terrain pour 
combattre ! Quelle tâche ingrate à remplir ! Le prison- 
nier s'étant avoué coupable quelques jours a^rès son 
arrestation ! Aussi, ni'se*hasrrc.e-i-i: pas trop suroe 
terrain ; mais ij cherche à atténuer la gravité du 
crime de Gon clreot- eo ' se'^rfetraD ;haM 'don-ière le 
lempart du défaut d'intelligeûce un prisonnier. Ici 
encore, nouvelle déception, car tons les témoins sont 
unanimes à dire que le prisonnier, sans être doué 
d'une intelligence bien vive, en lossède néanmoins 
suffisamment pour discerner le bien du mal. C'ost 
tout ce que veut la loi pour rendre un homme sus- 
ceptible d'être convaincu du crime de meurtre . 



4 •\ 

Cette longue enquête a été aussi dirigée avec- 
une rare habileté de la part de la Couronne, repré- 
sentée par W. H. Felton, PJcr., aucun détail n'a été 
omis et la preuve a été complète. 
, . Pendant toute la durée du procès, le prisonnier 
a montré plutôt de Tinsoueiance que de la fermeté ; il 
paraissait s'être fait d'avance à l'idée du verdict qui 
a couronné ce procès, si palpitant d'intérêt. * 

Le prisonnier a accepté la sentence de mort 
prononcée contre lui avec le même sang-froid qu'il 
a toujours conservé pendant tout le temps de son 
procès. Aucune émotion, pas une larme, ne sont 
apparus sur sa figure à ce moment solennel, pas plus 
qu'au souvenir de son infortunée victime rappelé tant 
de fois. Il était peut être le teul qui ne parut pas 
impressionné . 

Je serai heureux, et j'aurai rempli le but que 
je me propose, si cet ouvrage peut trouver un accueil 
bienveillant dans les familles. On y trouvera les 
funestes con&équences des passions non comprimées. , 
\j Puisse cet ouvrage inspirer dans le cœur du 
lecteur, la haine pour le vice, pour ce vice qui con- . 
duit ce malheureux jeune homme à l'échafaud, où ^ 
tantd'autijesJ'Qnt.'jIrécédé p<oi3ir;les; m^i^eî». forfaits !.j 
Que la d>3t*niêi;e peaséte 'du iecteiur ;s6i; : pour ce trop . 
iniortuo^ jGUttô • homme, qui bientôt va expier sur 
l'échafaud .lejs.ea^cès; ^'ijn'ïçomêt't : d'.^arçiïjçnt; que 
sa dernière pétis^îe *()it;aussi poûr-sa; rjha&'té .victime, 
hélas T bien trop tôt moissonnée ! 

. Ciis, C. Bernier, . 

Député P. es 

Arthaba kaville, 15 Décembre, 1880. 



Cour Criminelle d'Arthabaska 



OHA.PITRE I. 



il 



t / 



-o ,.. • : r 

' ' . 1. ( l 



LA REINE, . 
"CLÉOPHAS LACHANCE, 



; Objections Préliminaires-'^ 



TERME D'OCTOBRE 1880 



■'-J'Uê 



V •> i : -• 



. iP OCTOBRE 1880. vj^^Àdui', 

|ES grands jurés trouvent Taccusatioa 
§ fondée contre le prisonnier. ' ' '■ 
Le prisonnier esc amené devant la 
^ur. 




6 



L. J. Cannon, Ecr., comparaît pour 
le prisonnier et produit une récusation 
du tableau des grands jurés, vu qu'ils 
ont été assignés par " Charles James 
Powell, shérif agissant" et que M. 
Powell n'esL pas shérif du district d'Ar- 
thabaska, et n'a aucun pouvoir, autorité 
ni juridiction d'agir comme tel. 

W. H Felton, Ecr., avocat de la 
Couronne, produit réponse à cette récu- 
sation. 

^ , > > .^ i Le 20 octobre. 

^ ^ ^' Sur la récusation du tableau des 
grands jurés, la Cour ordonne la preuve 
des faits contenus et dans la récusation 
et dans la réponse à icelle. 

f^i Des témoins sont entendus de part 
et d'autre. ^ ■-■-•-i^v^^;^''-- '^;---^-::^-,-,.:.-; 

Le juge maintient la récusation du 
tableau des grands jurés faite par le 
prisonnier, casse le dit tableau, et or- 
donne qu'un bref de Venh-e Facias de 
novo, émané, adressé au shérif, lui enjoi- 
gne d'assigner un nouveau jury sui-^ 
;Vant Ifb loi ; le dit bref rapportî^ble le 
19 novembre prochain à 9 heures .^^M- 



4 f. J~\ JT . 



; ^- Terme de novembre 1880. 

Le 17 novembre 1880. 

Les grands jurés rapportent comme 
fondée l'accusation portée contre le pri- 
sonnier. 

Sur sa mise en accusation, et avant 
d'y répondre, L. J. Cannon,Ecr., a pré- 
senté de la part de l'accusé, une récusa- 
tion du tableau des grands jurés, préten- 
dant qu'il n'existe aucune liste de 
grands jurés faite parle shérif de ce 
district, que cette liste n'est ])as revêtue 
de son certificat et de sa signature, et 
qu'elle n'a pas été révisée par le dit shé- 
rif de ce district ; que la liste en force 
est certifiée par Charles James Powell, 
Ecr., shérif agissant, lequel officier n'est 
pas reconnu par la loi ; et que le juge 
n'ayait pas le droit de convoquer un 
nouveau jury à un ajournement du 
terme régulier, excepté dans certains 
cas prévus par la loi, par exemple 
lorsqu'un terme spécial est fixé par pro- 
clamation, et non dans le cas actuel. 

18 novembre. 

L'honorai! j Procureur Général, pa'r 
"Wé H. Felton, Ecr., a répondu à cette 



8 



récusation du tableau des grands jurés : 
qu'il existe une liste de grands jurés 
qui a été dûment préparée et révisée 
suivant la loi par Charles James Powell, 
Ecr., député shérif de ce district. En 
vertu d*un ordre de l'honorable M. 
A. Plamondon J. C. S., en date du 29 
octobre dernier, et des dispositions du 
Statut de la province de Québec, et que 
le dit député shérif avait pleine autorité 
et pouvoir de ce faire. . . 
^^^> « La Cour a ordonné la preuve des 
faits allégués et dans la récusation du 
tableau et dans la réponse à icelle ; des 
témoins ont été entendus, et des pièces 
produites à Tappui des prétentions et de 
da défense et de la Couronne. 
^'•^ »' La Cour a renvoyé la récusation 
faite par le prisonnier du tableau 
des grands jurés et maintenu le dit ta- 
bleau des grands j urés. 
• ; Sur ce, r accusé a plaidé *^ non cou- 
pable, *' et son procès a été fixé au 19. 

. 19 novembre. 
L. J. Cannon Ecr., avocat du F ac- 
cusé, a récusé le tableau des petits jurés 
pour les mêmes raisons que celles énon- 



cées dans la récpsation du tableau des 
grands jurés, et de plus, que les mêmes 
jurés assignés au terme d'octobre au- 
raient dû être assignés pour le présent 
terme. .-■^.r.r ,}..> m ".^^ ^>v- --rj^.,, 

La Couronne, dans sa réponse à la 

' récusation dit que le tableau des petits 

jurés a été régulièrement préparé. Issue 

a été jointe et preuve faite sur cette 

récusation. 

La Cour a renvoyé la récusation 
faite par Taccusé du tableau des petits 
jurés, et maintenu le dit tableau. 

Puis on a procédé à la formation du 
jury, lequel se compose comme suit : 

John Clarke, John Mooney, Wm. 
Oreaves, Wm. Harrison, James John- 
^ ston, Thomas Johnston jr., Godfroy 
Laroche. Léon Pépin, Joseph Brunelle 
Narcisse Fontaine, Nazaire Malhiot et 
Etienne Dussault. 

La Cour s'ajourne au 20 pour l'au- 
dition des témoins. 






^\0^:'.'i''>'^'-tlb ^i'i^héi i^î^ï 






JO 
{" .. :'^ CHAPITRE II'' -M^'fi 






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Preuve de la Couronne. 



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Arthabaskaville, 20 Novembre 
1880. 



i,^ :s->.j n -,•», ,. -tif-l. 



'^ Adolphe Bissonnette, grand conné- 
table, de la Cité de Montréal. 

Q« — Vous êtes grand connétable 
pour le District de Montréal ? , :. 

R. — Je suis grand connétable pour 
le District de Montréal, pour ce district 
aussi, au moins je l'étais dernièrement. 
" Q. — Voulez-vous dire aux jurés et 
à la Cour, si vous avez reçu quelques 
ordres d'aller à Bulstrode, et dans quel 

R. — J*ai reçu ordre du Procureur 
Général de la Province de Québec de 
venir dans ce district, prendre des in- 
formations sur un meurtre qui avait eu 
lieu à St Valère de Bulstrode ; et je 
suis venu ici dans le Palais de justice le 
3 avril dernier. 

Q. — Voulez-vous dire si vous avez, 
été à Bulstrode, avec qui et quand ? 



11 






R. — J'ai rencontré M. Barwis, le 
greffier de la Couronne, ici, et le même 
jour nous sommes allés tous deux visiter 
Tendroit où le meutre avait eu lieu. 

• Q. — En cette occasion ? y a-t-il eu 
un plan de fait représentant la localité ? 

R. — Après que nous fûmes allés là 
M. Barwis a fait un plan : j'étais pré- 
sent. J'ai fait faire ce plan-ci qui est 
exactement !a même description, seule- 
ment qu'il est fait par un homme de 
l'art. 

Q. — Voulez-vous dire si ce plan 
représente exactement la localité ? 

R. — Oui, la localité où le meurtre 
a eu lieu, ^v^*. , , * . . .. *^m 

Quand nous sommes arrivés à la 
maison du prisonnier à la barre, — ^je 
dois dire que dans le temps le prison- 
nier était détenu en prison — ^j'ai trouvé 
deux couteaux de poche dont j'ai pris 
possession, ainsi que d'une paire da 
bottes qu'on m'a dit appartenir au pri- 
sonnier. Ces articles là je les ai remis 
entre les mains du grand connétable 
d'ici, M. Richard. J'ai trouvé les deux 



12 



<;outeaux sur un châssis de la maison, 
dans un appartement qui sert de cuisine. 
» îî' Raphaël Richard, grand connétable 
d'Arthabaska, est alors appelé : * ' 

' Q. — M. Bissonnette vous a-t-il 
remis deux couteaux et une paire de 
bottes ? , , 

V ; , R. — Oui, ce sont les couteaux que 
je produis maintenant. . ^ 

Q. — Certains effets vous ont-ils été 
remis en mains soit par M. Bissonnette 
ou d'autres, et si oui, veuillez les pro- 
duire ? 

R. — Voici une paire de bottes qui 
m'ont été remises en mains par M. 
Bissonnette : quant aux autre» eflfets 
que je produis (le témoin produit un 
morceau du couvert du puits, sur lequel 
il y a du sang d'un bout et des cheveux 
de la victime de l'autre, un peloton de 
fil, les pantalons et la jaquette du pri- 
sonnier,) j'en ai apporté une partie moi-- 
même quand j'ai été chercher le prison^? 
nier. Ce morceau de bois m'a été donné 
par le père de la victime. 

J'identifie les deux couteaux, mais 
un particulièrement, parce que j'y aï 



13 



apposé mes initiales ; ceci est la paire 
de bottes que j*ai prise dans la maison 
du père de l'accusé. 

Nous avons visité les lieux dans les 
environs du puits où la défunte a été 
trouvée : ce puits était fait avec un mor- 
ceau d'arbre creusé et était à peu près 
trois pieds hors de terre. Il n'y avait 
pas d^eau dedans, mais dans le fond il y 
avait de la glace et du sang. Nous avons 
aussi dans le même temps trouvé une 
broche à tricoter qui est semblable aux 
deux qui sont ici produites, mais je ne 
sais pas laquelle, vu que je ne les ai 
pas marquées. ., ., ^.^^ . 

/: (Le témoin explique aux jurés le 
plan qu'il a produit.) 

M. Barwis et moi avons pris ces 
bottes et les avons mises dans les 
traces qui s'adonnaient parfaitement 
sur les traces, depuis l'arrière de 
la maison de Babineau, jusque derrière 
l'écurie du père du prisonnier. Il y 
avait quelques traces à partir de la peti- 
te bâtisse jusqu'à la maison Babineau» 
C'étaient les mêmes ; plus loin les traces 
cessaient, car il n'y avait plus de neige là. 



14 ; 

' Nous n'avons rien trouvé de remar- 
quable à part ce que je viens de dire. 
Q. — Avez-vous vu ce morceau de 
bois-là? Tj î^^ 

R. — J'ai vu ce morceau de bois ici, 
je ne Tai pas vu là-bas; il était bien 
enveloppé. Il y avait du sang et des 
cheveux après. 

Q. — Avez-vous remarqué en cette 
circonstance s'il y avait le reste du cou- 
vert du puits ? ^ : i ^ ^ s 

R. — Le morceau de bois qui faisait 
à celui-ci restait au puits: il convenait 
exactement. A . f 

Q. — Voulez-vous dire si vous êtes 
retourné à Bulstrode quand l'enquête a 
été faite et avec qui ? 

R. — Le 7 avril, je suis allé au vil- 
lage de Bulstrode, avec M. Rioux, ma- 
gistrat de district, M. Barwis, le premier 
clerc du bureau de police de Montréal, 
M. Cotret, et le grand connétable de ce 
district qui était en charge du prison- 
nier. Là nous avons demandé à M. 
le curé de faire déterrer les restes 
de la défunte ; et quand le cercueil a 
été mis à découvert, nous avons empor- 



15 



té le cercueil dans une bâtisse près de 
chez M. le curé, et là en présence du 
magistrat, de l'accusé, du père de la 
défunte, et d'autres personnes, nous 
avons ouvert le cercueil. L'apparence 
du corps avait plutôt l'air d'une person- 
ne endormie que d'une morte. Elle a 
été reconnue par le père de la défunte, 
le prisonnier et plusieurs autres person- 
nes. Elle avait une marque qui partait 
de l'oeil gauche et qui allais à l'oreille ; 
et sur la tête il y avait i ne coupure, 
c'est-à-dire deux coupures qui se joi- 
gnaient. Les docteurs Poulin et Val- 
court étaient aussi présents, j'ai oublié 
de les mentionner : ce sont eux qui ont 
fait l'autopsie du corps. J'ai assisté à 
l'autopsie du corps. J'ai assisté à l'au- 
topsie faite pav les médecins, mais les 
médecins diront ce qu'ils ont trouvé. 
Il y avait des marques sur les mains 
comme des coupures. •. 

Q. — Avant l'examen devant le 
Magistrat de district, avez-vous eu quel- 
ques conversations avec l'accusé ? 

V R. — Oui, le trois avril dans la 
prison. M. Barwis était prés- nt, je pense 



16 

que le député-shérif y était, le gardien 
de la prison et une couple d'autres per- 
sonnes. M. Barwis ne s'est pas tenu là 
tout le temps*;,, .- ,,;, . i, .,,j .^.ur ,jni 

-a Q.— Etait-ce M. Powell ou M.' 
Quesnel ? * ^ ^ ' j. i 

- - R.— C'était M, Powell et M. Ques« 
nel. 

Q.— Voulez-vous dire si vous avez 
rais le prisonnier sur ses gardes ? 

V R — En voyant l'accusé je lui ai 
dit:" j'ai été envoyé pour découvrir 
qui a commis un meurtre près de chez 
vous. " Je ne lui ai fait aucunes pro- ' 
messes ni menaces ; je lui ai dit que 
tout ce qu'il me dirait, je serais obligé 
de le faire en cour si c'était nécessaire^ 
et que s'il ne voulait rien me dire, il en ; 
était le maître. , , , , ' 

^^ Question p )sée par h conseil da ^ ' 

-. ',, . \. , prisonnier. \;^-'^'^ ^^^^-^,^^^-^- 

1^?.— -Dans cette occasion, àvez-Vous* 
f dit au prisonnier que s'il subis&ait son^ 
procès pour meurtre, tout ce qu'il vous 
aurait dit servirait de preuve contre ? 



17 



lui, mais dans aucun cas ne servirait de 
preuve en sa faveur ? 

R. — Je n'ai pas dit que ça servirait 
à sa défense. Je ne lui parlais pas dans 
le temps pour Taccuser du meurtre. Je 
lui demandais des informations par rap- 
port au meurtre. 

Le témoin continue sa réponse à la 
question posée par la Couronne : 
., , Là il ne m'a fait aucun aveu du 
meurtre. Je lui ai demandé alors s'il 
avait eu connaissance de ceux qui 
étaient passés ou qui étaient dans les 
environs entre la maison chez lui et la 
maison de la défunte. Il m'a dit qu'il 
n'avait vu personne, que son père et 
son frère étaient allés à un encan plus 
loin. Je lui ai demandé s'il avait ce 
jour-là un couteau en sa possession ; il a 
répondu qu'il n'avait pas de couteau lui 
appartenant, mais qu'il avait, cette jour- 
née là, le couteau de son frère, qu'il 
l'avait laissé sur le châssis dans la mai- 
son de son père après s'en être servi. Je 
lui ai demandé où étaient les bottes 
qu'il portait cette journéc-là ; il m'a dit 

qu'elles étaient chez son père. Je lui 
2 



18 



ai demandé s'il connaissait bien la dé- 
funte : il m'a dit que oui et qu'il Tavait 
vue le dimanche à l'église, le 28 mars, 
et qu'il ne l'avait pas revue depuis. Je 
lui ai demandé qui était chez lui la jour- 
née du meurtre, le lundi 29 mars. Il 
dit qu'il y avait ses deux sœurs, sa mère, 
madame Babineau, et un petit garçon 
de six ans, enfant de madame Babineau. 
Il me dit de plus que le père de la dé- 
funte était passé chez lui dans l'avant- 
midi, qu'il s'en allait au bois, qu'il est 
arrêté chez l'accusé, que sa sœur Cora a 
demandé au père Désilets de dire à sa 
fille Odélide de venir passer l'après-midi 
avec eux ; il me dit de plus qu'il était 
parti avec le père de la défunte pour 
aller au bois. '• 

Je me iuis aperçu qu'il avait des 
marques, des coupures sur les mains. Il 
me dit qu'avant dîner il avait scié du 
bois, qu'après dîner il avait fendu son 
bois, et qu'en le fendant il était tombé 
la main gauche sur sa hache, et l'autre 
sur un morceau de bois ; qu'après s'être 
coupé les mains, sa mère étant malade, 
et pour ne pas l'effrayer, il s'était mi» 



19 



les mains dans ses poches de pantalon 
et qu'il était monté au grenier, que là 
il a pris de l'huile à brûler et s'est frot- 
té les mains. Il est descendu, et sa mère 
l'ayant aperçu lui a dit : '' qu'as-tu ? " 
Il a répondu : "je viens de frotter mes 
bottes. " Sa mère lui a dit : " Tu t'es 
coupé ? " Il a répondu : " je ne voulais 
pas vous le dire, ça ne valait pas la 
peine. " 

J'ai demandé au geôlier s'il voulait 
m' apporter les habits de l'accusé; il 
m'a apporté une paire de pantalons, qui 
sont produites en cour, et j'ai constaté 
que dans les deux poches de pantalon il 
y avait du sang; ce sont les mêmes pan- 
talons qui m'ont été montrés dans le 
temps et que le prisonnier a réclamés 
comme les siens. 

Le 9 avril, après être revenu de 
St. Valère de Bulstrode, ici, dans la cour, 
le prisonnier m'a fait une autre décla- 
ration, en présence de M. Barwis, pen- 
dant l'enquête que tenait le Magistrat 
de district. Le Magistrat m'avait donné 
ordre de donner ma déposition, je me 
suis rendu ici dans un appartement. 



20 



Après que le prisonnier fut arrivé^ 
j'étais prêt à donner ma déposition, il 
me dit : " J'ai quelque chose à vous 
dire^ monsieur. " La-dessus, je lui ai 
dit:" Arrêtez, jeune homme, je ne 
veux pas écouter ce que vous avez à 
dire pour le moment, j'ai quelque chose 
à dire avant. Si vous êtes pour l'aire 
une déclaration qui vous accuserait, une 
confession, enfin, du crime, sachez que 
vous aurez un procès pour meurtre, que 
vous serez certainement déclaré coupa- 
ble, et qu'il est beaucoup mieux pour 
vous de ne rien dire ; mais si vous insis- 
tez, j'enverrai chercher M. Barwis, le 
greffier de la Couronne, et si vous êtes 
absolument décidé, vous ferez comme 
' vous l'entendrez ; je suis obligé d'écouter 
ce que vous avez à dire. Et j'ai envoyé 
chercher le greffier de la Couronne. 
Nous avons pris mot pour mot ce qu'il a 
dit. Après avoir écrit tout ce qu'il avait 
à dire, je lui ai dit: '* Ecoutez, jeune 
" homme, voici le papier que j'ai écrit, 
" si vous pensez que vous avez été in- 
" duit, soit par menaces, promesses ou 
^' autrement, dites-le, je m'en vais dé- 



M 



"^ chirer ce papîer-îà, et je liié croirai 
-** déchargé d*être obligé de répéter ce 
-** que vous avez dit. " Il dit alors : 
** Non, je suis content, j'ai la conscience 
" déchargée, je me trouve allégi, je ne 
^* suis plus le même homme. '* 
. . Sur le côté droit du cou, j'ai trouvé 
une autre blessure d'un pouce et un 
quart de profondeur et cinq lignes de 
longueur. J'étais présent aussi qup,nd 
les médecins ont fait mettre les mains 
du prisonnier sur cette tache de sang, et 
je vis comme eux que ça s'adonnait par- 
faitement à la main du prisonnier. Ces 
cheveux qui me sont montrés sont de la 
même couleur que les cheveux de la 
défunte ; je ne suis pas prêt à jurer que 
ce sont des cheveux de femme, mais 
c'en a l'air par la longueur et la couleur, 
tels que je les ai vus. " : . . . 

' '' La blessure dans le cou delà dé- 
funte était bien à peu près de la largeur 
de cette lame de couteau que j'ai identi- 
fiée tout à l'heure et sur lequel sont mes 
initiales. - i , : i 

Le matin du 9, le prisonnier a fait 
^a déclaration devant M. Barwis et moi : 



22 



" Apràs dîner je suis parti, sur le 
grand chemin, de chez mon père, ea 
gagnant du côté de la maison Babineau 
qui n'est pas occupée, pour y rencontrer 
Odélide Désilets, que j'avais vue du gre- 
nier de chez mon père ; j'ai rencontré la 
défunte, Odélide Désilets, vis-à-vis le 
puits où le meurtre a eu lieu, je lui ai 
demandé pour l'embrasser, elle m'a 
refusé ; elle m'a repoussé et je me suis 
relevé et étant lâché, j'ai sauté sur elle 
en la frappant avec mes poings, et là je 
l'ai jetée à terre en la tenant par le 
cou. 

I '^ J'ai tiré mon couteau, le même 
que M. Bissonnette me montre, (ce cou- 
teau est marqué de mes initiales) là elle 
me Ta arraché des mains. Dans le temps 
je la tenais par terre avec mes mains et 
mes jambes. Là elle dit : '* Mon DieuL 
il haie son couteau. " Quand elle a dit 
cela, c'était avant de me l'arracher des 
mains. Quand elle m'a eu arraché le 
couteau, je suis parvenu à le lui arra- 
cher de nouveau par l'allumelle ; c'est 
dans ce temps-là que je me suis coupé 
les mains. Je l'ai, avec la grosse allu- 



23 



melle, en lui arrachant le couteau, dar- 
dée au cou. C'est ce coup qui paraissait 
lors de l'enquête de M. le coroner et 
de M. le Magistrat d*^ district. Après 
être dardée, elle essava de se relever, 
là je l'ai repoussée par terre et j'ai été 
chercher l'éclat de bois, produit en cour, 
à laquelle il y a une penture de clouéo. 
Quand je l'ai dardée, c'était vers le 
milieu du chemin. Je l'ai hâlée près du 
puits, après l'avoir frappée avec le cou- 
teau, afin qu'elle ne se sauve pas de m')i. 
C'est alors que j'ai fendu le morceau de 
bois et que je suis revenu près de la fille 
à terre près du puits. Ce morceau de 
bois était une partie du couvert du 
puits. C'est avec mes deux mains que 
j'ai fendu ce morceau de bois. Elle 
était étendue par terre sur le côté droit \ 
elle avait la tête près du puits, et les 
pieds vers le chemin. ^..|.. 

i *^ J'ai frappé la dite Odélide avec 
mon morceau de bois sur la tempe 
gauche, vers l'œil gauche. Là, elle gé- 
missait fort, on aurait pu l'entendre 
dans la maison d'Urbain Babineau, s'il y 
avait eu quelqu'un là. Je l'ai de nou- 



#. 



24 



veau frappé sur la tête au côté gauche. 
Je tenais le morceau de bois des deux 
mains. Elle a mis sa main gauche sur 
sa tête à Tendroit blessé, et je l'ai de 
nouveau frappée, et sa main est restée 
dans ses cheveux, tenant ses cheveux ; 
elle ne remuait plus. Je l'ai prise et 
mise la tête la première dans le puits. 
J'ai poussé ses jambes sur son corps pour 
la cacher à la vue ; là elle s'est sortie 
les pieds et une partie des jambes hors 
du puits ; je Tai renfoncée de nouveau. 
Son chapeau et son châle étaient dans 
le chemin, je les ai mis dans le puits; 
j'ai étendu son châle sur elle et son cha- 
peau à côté d'elle. Ensuite, j'ai pris des 
bouts de planches que j'ai placées au- 
dessus d'elle dans le puits. Après cela, 
j'ai pris trois perches que j'ai placées 
debout dans le puits au-dessus du corps, 
•et je suis parti du côté de chez nous, à 
peu près à un demi arpent, et je suis re- 
venu au puits en courant, deux fois. J'ai 
regardé chaque fois dans le puits et elle 
ne remuait point. Ensuite, je suis 
monté par le grand chemin, où j'ai été 
' me laver les mains à peu près huit ar- 



25 



pents en arrière de la grange chez nous, 
du côté de la sucrerie. En partant, 
après le meurtre, du puits, je m'aperçus 
que mes mains étaient coupées. 

'' Sur ma jaquette, il y avait du 
sang; quelques taches que j'avais sur 
ma jaquette venaient du corps d'Odélide, 
les autres sur les manches venaient de 
mes mains que je frottais sur les man- 
ches de ma jaquette ; et aussitôt que je 
m'aperçus que mes mains saignaient, je 
mis mes mains dans mes poches, j'avais 
alors essuyé une main sur un côté d'une 
manche de ma jaquette. J'ai lavé mes 
mains dans un petit auge en arrière de 
la grange. Après avoir lavé mes mains, 
je suis revenu sur le grand chemin, et 
me suis rendu dans la grange de mon 
frère Joseph Lachanco, plus haut que 
chez nous, et je suis resté là pour me 
reposer, car j'étais très-excité. C'est 
dans ce temps-là que j'ai vu passer M. le 
curé Lessard, presqu' aussi tôt après être 
entré dans la grange. Il y a plusieurs 
jours que je voulais faire cette déclara- 
tion, mais je ne pouvais pas me décider. 
Je suis content de déclarer ce crime afin 



26 



d'ôter tout doute sur quelques personnes 
innocentes. Je fais cette déclaration, 
afin que je sois déchargé d'un tel far- 
deau sur ma conscience. Cette déclara- 
tion est faite de mon plein gré, sans 
aucune menace ou promesse, mais à ma 
demande. '' 

J'ai rencontré le prisonnier dans 
plusieurs circonstances, A Tenquête,. 
je l'ai vu cinq à six jours de suite. 

Q. — D'après l'apparence du prison- 
nier et d'après ce qu'il a fait et dit en 
votre présence dans ces diflférentes occa- 
sions, quel était l'état de sa mémoire, 
de sa discrétion et de son intelligence. 
V : R. — Il m'a paru un homme qui a 
toute son intelligence, il parle bien, il 
raisonne bien, sa mémoire m'a paru 
bonne. 

- Q. — Vous avez parlé de la grange 
de son frère, cette grange se trouve 
plus haut, et n'appert pas sur le plan ? 
R.— Elle n'appert pas sur le plan» 






Transqiiestionné par le Conseil de V accusé. 
J'ai dit dans mon examen en chef 



27 



que j'ai été envoyé ici par le Procureur 
Général, au mois d'avril dernier, pour 
découvrir le meurtrier, j'ai vu le pri- 
sonnier pour la première fois le 3 avril, 
dans l'avant-midi. En cette circonstan- 
ce étaient présents : le shérif, le députe 
siiérif, je pense que le grand connétable 
est venu, M. Barwis ; il y avait plu- 
sieurs personnes ; M. Cannon y est 
venu aussi. Le geôlier n'a pas été là 
tout le temps parce qu'il a été chercher 
quelque chose que je voulais avoir ; il 
y a été la plus grande partie du temps. 

Q. — Dans cette occasion-là, avez- 
vous raconté quelques anecdotes au pri- 
sonnier ou quelques traits d'un genre 
quelconque, quant à des crimes qui 
avaient été commis, et quant à des per- 
sonnes qui avaient avoué leurs crimes ? 

R. — Je n'ai jamais raconté d'anec- 
dotes, ni d'histoires, ni fait de farces ua 
prisonnier. 

Q. — Vous jurez que vous n'avez pas 
parlé au prisonnier en cette circonstance- 
là antérieurement à la conversation que 
vous venez de rapporter, de faits, de 
crimes qui avaient ét^ commis, de per- 



28 



i8onnes avouant ou refusant d'avouer leur 
•crime, ou des avantages et désavantages 
-qu' ils avaient pu en retirer? 

R. — Jamais. 

Q. — Avez-vous parlé à d'autres per- 
sonnes, en présence du prisonnier, de 
faits comme ceux-là ? 

R. — Non. Je puis avoir raconté au 
Magistrat de district quelque chose, mais 
je n'ai jamais dit qu'un homme qui était 
-accusé d'un crime gagnait quelque chose 
en avouant son crime. 

Q — Ces faits que vous avez pu ra- 
conter, c'était en présence du prison- 
nier ? 

R. — Ce doit être en sa présence, 
parce que toute la journée nous étions 
ensemble. 

Q. — Vous avez parlé de traces que 
TOUS avez vues sur la neige à différents 
endroits indiqués sur le plan, et vous 
avez juré que vous avez placé les bottes 
qui ont été produites en cour comme ap- 
partenant au prisonnier, dans ces em- 
preintes, et que les bottes faisaient par- 
faitement • '^^ ■' ^•'■•'i ^ r'"* ::•[''■:■ , :^:-^ ^-^'^û^' 'if^^d. 

R. — Pas dans toutes les empreintes ; 



29 



mais dans une partie des empreintes ;: 
ceci était le 3 avril et le meurtre avait 
eu lieu le 29 mars. 

Q. — Vous avez lu certaines notes 
dans votre témoignage, voulez-vous dire 
quand ces notes-là ont été prises ? 

R. — Les notes que j*ai lues en cour, 
ce sont les notes que j'ai prises lors de 
la déclaration du prisonnier au fur et à 
mesure qu'il me les donnait ; toutes ces 
notes sont écrites par moi cette journée- 
là. 

Q. — Vous jurez que la déclaration 
du prisonnier telle que vous venez de 
lire à la cour, est mot pour mot ce que 
le prisonnier vous a dit ? 

R. — Autant que j'ai pu le mettre ; 
même il y a des mots qui ne sont pas 
beaucoup français, je les ai mis au fur et 
à mesure qu'il me les donnait. 

Q. — Jurez-vous que du commence- 
ment de la déclaration du prisonnier 
jusqu'à la fin, vous ne lui avez posé au- 
cune question ? 

R. — Je lui ai demandé des informa- 
tions nécessairement. 

Q. — Dites-vous que cette déclara- 



30 



tion du prisonnier a été faite spontané- 
ment par lui, ou si elle a été faite à la 
suite de questions que vous lui avez po- 
sées ? 

R. — Elle a été faite spontanément 
par lui, excepté que je lui ai demandé 
des explications sur quelque chose que 
je ne comprenais pas. 

Q. — Quand vous avez été à Bulstro- 
de et que le corps a été exhumé, pen- 
dant le trajet, en présence du prisonnier, 
vous avez raconté quelques anecdotes, 
des avantages ou désavantages que pou- 
iraient retirer les personnes accusées de 
crime et qui avouaient leur crime ? 

R. — Je n'avais pas la charge du 
prisonnier, et je n'ai pas été tout le 
temps avec le prisonnier. Je ne me 
rappelle pas avoir parlé au prisonnier à 
part cette tois où les médecins lui 
avaient fait mettre les mains sur le 
morceau de bois ici produit ; et je jure 
que je ne me rappelle pas avoir raconté 
aucuns traits semblables en présence du 
prisonnier. 

Q. — Après votre première visite à 
Bulstrode, vous avez dit que vous aviesi 



31 



trouvé deux couteaux dans la maison 
chez Lachance, ayant (^s couteaux-là 
^n votre possession, avez vous question- 
né le prisonnier à votre retour ? 

É. — Pas après être revenu, je ne me 
rappelle pas lui avoir parlé : je n'ai vu 
, le prisonnier qu'une fois dans la prison, 
et je ne l'ai jamais revu depuis, excepté 
lors de l'examen préliminaire. Te ne 
lui ai parlé du couteau que dans les 
environs de sa confession. 

Je jure qu'avant que le prisonnier 
ait fait sa déclaration, je l'ai mis sur ses 
gardes ; je pense avoir dit quelque cho- 
se de semblable dans ma déposition de- 
vant le Magistrat. (La déposition du 
témoin prise devant le Magistrat est lue 
aux jurés). 

Je constate par ma déposition qu'ils 
y ont inséré ce qu'ils ont cru nécessaire 
et pas autre chose. ; .^ ^ 

Autant que ça peut se faire, j'ai 
pris mot pour mot, au crayon, la confes- 
sion du prisonnier. (Il la montre au 
conseil de l'accusé.) 

Q* — Vous avez dit dans votre exa- 
' men en chef que le prisonnier, ayant 



32 



terminé sa confession, vous lui avez dit 
ceci, en tenant le papier : " voici votre 
déclaration, si vous pensez que vous 
avez été induit par promesses, menaces 
ou autrement, dites-le, je vais déchirer 
le papier et je me croirai déchargé etc., 
etc. ? Vous rappelez- vous d'avoir dit 
ça? 

. R. — Oui, je l'air dit. 

Q. — Vous avez constaté par la par- 
tie de votre déposition qui vient d'être 
lue, que vous n'avez pas fait cette décla- 
ration-là devant le Magistrat de 
district ? 

R. — J ai dit tout, et ils ont écrit ce 
qu'ils ont jugé nécessaire pour faire la 
cause ; ils ont mis la substance. La dé- 
claration était la même que celle d'au- 
jourd'hui, mais le Magistrat a pu ne pas 
tout l'entendre vu qu'il a pu s'absenter. 
Ce n'est pas le Magistrat qui a pris ma 
déposition, mais elle a été prise sur l'or- 
dre du Magistrat, par un greffier nommé 
à cette fin. ; ,.n .//• :...xKé^r;'>;f., ■ .- 

J'ai été avec le prisonnier pendant 
quatre ou cinq jours, et d'après ce que 
j'ai vu là, il m'avait Tair à être dans la 



'</ 



33 



possession de ses facultés, parce qu'il a 
arrangé des histoires qui étaient bien 
arrangées, et qu'un homme qui n'aurait 
pas eu son bon sens, n'aurait pas pii 
faire. 

Mé-exanilnê. 

Quand j'ai pu conter quelque af- 
faire par rapport à des crimes célèbres 
qui ont eu lieu, ce n'est pas au prison- 
nier que j'adressais la parole, mais au 
Magistrat de district, et à d'autres per- 
sonnes qui auraient pu être dans la 
chambre où se tenait l'enquête. 

Le révérend Messire Is. KLÏE 
DAUTH, curé de la paroisse de 8t. Va- 
lère de Bulstrode. — Je connais le pri- 
sonnier, je suis le curé du prisonnier 
depuis huit ou neuf ans. J'ai eu occa- 
sion de voir le prisonnier souvent depuis 
plusieurs années. 

Q. — Voulez-vous dire, d'après ce 
que vous connaissez, d'après son appa- 
rence et ses actions, quel était l'état de 
«a mémoire et de son intelligence ? ^- .. 






34 



R. — J'ai toujours considéré le jeune 
homme comme un jeune homme d*un 
petit génie. ^ ^ 

Q. Quant à sa mémoire et à son in- 
telligence ? 

R.-r-Certainement que je ne puis 
pas nier qu'il ait une certaine intelli- 
gence et de la mémoire, qui le rendent 
capable de connaître ses actions jusqu'à 
un certain point. 

Q. — Est-il capable de discerner 
entre le bien et le mal ? 

R. — Je l'ai toujours cru. 

Q. — Vous avez connu la défunte ? 
. R.— Oui. . 

Question par la Coiu\ 

Q. Est-ce que le jeune homme a 
communié ? 

R. — Oui : il avait fait sa première 
communion avant de venir dans ma pa- 
roisse, et depuis qu'il est dans ma pa- 
roisse, il remplissait ses devoirs reli- 
gieux assez régulièrement; quand il est 
venu chez nous, il communiait; je 
n'avais aucun doute sur sa capacité de 
remplir ses devoirs religieux. ? , j:> 



35 

Pur la Cour 071716. 

Q. — Quelle était la couleur des che- 
veux de la défunte ? 

R. — Je pense qu'elle avait les che- 
veux blonds; les cheveux qui sont sur 
ce bois sont certainement identiques aux 
cheveux de la fille, parce que j'ai eu 
occasion de les confronter, lors de la 
première enquête. 

Q. — Avez-vous eu occasion d'aller 
sur le lieu du meurtre, vers le temps de 
l'enquête ? 

R. — Oui. Je trouve sur ce plan-ci, 
une petite étable et une laiterie près de 
la maison Babineau. 

Q. — Voulez- vous dire si l'accusé 
vous a dit quelque chose à propos de ces 
bâtisses-li\, s'il a admis avoir été dans le 
voisinage avec quelqu'un, et quand ? 

R. — J'ai eu, après sa déclaration 
devant le Magistrat, plusieurs entretiens 
avec le prisonnier, duns la prison, et là 
il m'a fait certains aveux que je pour-' 

rais donner à la Cour. 

" • . ■'■'"* 

^•^ Por Je Ornseil de V accusé, 

Q. — Vous étiez dans le temps Tavi- 

«eur spirituel du prisonnier ? ^,,,,5 ni 



:$ 



36 



R. — Non, je n'ai point confessé r ac- 
cusé depuis quelques semaines, avant le 
crime. L'accusé a manifesté le désir de 
se confesser à moi, et prévoyant que je 
serais appelé à témoigner dans cette 
cause, j'ai cru qu'il était prudent pour 
moi de refuser de le confesser et je lui 
ai dit de s'adresser au curé de St. Chris- 
tophe, afin de garder ma liberté d'ac- 
tion. 

Q. — Le prisonnier vous connaissait 
alors comme le curé de sa paroisse ? 

R. — Certainement. 

Q. — Avant qu'il vous ait fait cette 
déclaration, l'avez-vous mis sur ses gar- 
des de ne rien dire, que s'il vous disait, 
quelque chose vous seriez appelé en Cour, 
lors de son procès, pour témoigner de 
ces choses-là ? 

R. — Je lui ai fait des exhortations 
pour lui faire comprendre la grandeur 
du crime qu'il avait commis, à plusieurs 
reprises. Dès la première visite que je 
lui ai faite, avant de lui faire aucune 
question, j'ai reçu de lui un aveu ; je 
n'étais pas seul, j'étais avec le frère du 
prisonnier : ce premier aveu a été fait 



I; ^spontanément sans lui foire aucune ex- 
îiortation, 

Par la Couronne, 

Il m'a foit demander à St. Valère 
de Bulstrode pendant qu*il était en pri- 
son, après son aveu, par son frère 
Edouard, qui est venu chez nous me 
demander que son frère voulait me 
voir. 

Rendu en prison avec son frère, je 
lui ai demandé ce qu*il voulait de moi ; 
il a baissé la tête, autant que je puis 
me rappeler, et a dit : " C'est moi qui 
l'ai tué. " Comme on peut le concevoir, 
je lui ai fait comprendre la grandeur de 
ce crime. Je lui ai fait quelques remar- 
ques pour lui inspirer la confiance et 
l'empêcher de se porter au désespoir, 
et d'espérer en la misi^ricorde de Dieu. 
Il m'a fait alors le récit de la manière 
dont il s'y était pris pour la tuer. Il 
m'a demandé pour le confesser, je lui ai 
fait la réponse que j'ai donnée tout à 
l'heure devant la Cour, que je ne pou- 
vais pas le confesser, lui disant de s'a- 
dresser au curé de la paroisse. & = > 






38 

Par la Cour. 

Q. — Dans ce moment, quand il a 
spontanément fait cet aveu, avait-il 
l'air de sentir la grandeur de son 
crime ? ■''- '■■"■-' . ' •■ 

R. — Certainement ; il paraissait 
affaissé, et il a avoué qu'il regrettait 
beaucoup d'avoir fait cela. 

<. : Par la Couronne, 

Quand le prisonnier m'a déclaré de 
la manière qu'il s'était pris pour tuer la 
jeune fille, il me dit : '^ j'ai été au de- 
vant de la jeune fille ; je l'ai rencontrée 
à peu près à la maison qui appartient à 
Urbain Babineau. Lors de notre rencon- 
tre, je l'ai dépassée un peu. Je me suis 
retourné et j'ai voulu la prendre , en 
arrière ; (il avait l'air à hésiter à me 
dire pourquoi) ; Je l'ai jetée à terre et 
je l'ai frappée avec mes poings, je l'ai 
menacée avec mon couteau. " ^^ •■ 

Je lui ai demandé : *' Est-ce que la 
petite fille ne t'a rien dit; est-ce qu'elle 
ne criait pas ; est-ce qu'elle ne se plai- 
gnait pas?" Il m'a dit que oui. Elle 



39 



m'a dit : " qu'est-ce que je t'ai fait pour 
que tu me maltraite ainsi ; est-il pos- 
sible qu'il va se servir de son couteau 
pour cette affaire, (donnant à entendre, 
pour la faire consentir à cela ? ) 

Q. — Dans cette circonstance-là, ou 
dans une autre circonstance, vous a-t-il 
déclaré quelle était son intention vis-«à- 
vis de cette jeune fille-là, au commence- 
ment ? 

R. — Dans une autre entrevue, il 
m'a dit de lui-même, sans que je l'ai in- 
terrogé : *^ j'avais l'intention de l'em- 
mener dans la grange." 

Q.— Dans quel but ? l'a-t-il dit ? 

R. — Le but paraissait, d'après ce 
qu'il disait, c'était dans une mauvaise 
intention ; c'était facile à comprendre. 
Je n'ai pas voulu lui demander pour- 
quoi. 

Elle lui a dit alors : " laisse-moi 
tranquille, je te pardonne, je n'en par- 
lerai à personne, ni à tes parents ni aux 
miens," et, dit-il, j'ai toujours continué 
à la frapper. ? ^. . . -.^ 
. Je lui ai fait quelques remarques 
sur la bonté de la petite fille^ et pour- 



40 



quoi il avait continué à la frapper. Il 
m'a répondu qu'il avait continué à la 
frapper; qu'il ne se possédait pas, qu'il 
était en colère. 

Il présumait qu'elle avait perdu 
connaissance, parce qu'elle était à terre 
à côté du chemin. Il l'a traînée jusqu'au 
puits. Il m'a dit : ** de rage, j'arrachai 
un morceau de bois qui était après le 
puits, je l'arrachai facilement à ma 
grande surprise; je l'ai frappée de toute 
ma force sur la tête avec ce bois, et je 
me dépêchai de la jeter dans le puits." 

Pendant cet aveu, son petit frère 
était toujours à côté de moi, il a été té- 
moin de ce que je viens de dire. Son 
frère se lament. it beaucoup, il pleurait 
et il lui dit alors : " Est-il possible que 
tu aies fait une chose semblable ? que 
t'avait fait cette petite fille-là pour la 
traiter ainsi 'l '* Il n'a pas répondu à 
son frère, il a baissé la tête. Son frère 
lui a aussi fait cette autre remarque : 
*• Que vat-on faire à présent, que va-t- 
on devenir ? pourquoi n'as-tu pas pensé 
à cela ? 



> > 



41 



Il a aussi déclaré que la jeune fille 
se plaignait fortement. Il ne m'a pas dit 
alors si la jeune fille était dans le puits 
dans le temps où en dehors : plus tard, 
il m'a dit qu'elle était dans le puits, 
qu'elle gémissait tellement qu'elle pou- 
vait être entendue de la maison voisine, 
de la maison d'Urbain Babineau, qu'il 
était venu à deux ou trois reprises au 
puits, pour voir si sa victime était morte 
ou vivait encore. 

Il m'a dit plus tard, dans une au- 
tre entrevue, qu'elle gémissait encore 
après l'avoir mise dans le puits ; et cet 
aveu il me l'a fait encore spontanément 
sans que je lui aie fait aucune question 
relativement à cela. 

Dans une de ces entrevues, ou dans 
une autre, (car je l'ai vu quatre ou cinq 
fois,) de lui-même, sans que je lui aie 
demandé, il m'a dit : *• J'étais au châs- 
sis du pignon, et je regardais pour voir 
si elle venait ; je l'ai aperçue à peu 
près vers la maison de Timothée Frigon. 
En descendant, j'ai vu le couteau sur la 
tablette du châssis : je l'ai pris avec 
l'intention de lui faire peur et de la 



42 



faire consentir à mes mauvaises inten- 
tions, mais non pas dans le dessein de 
la tuer, " Je lui ai demandé s'il avait 
l'intention de la tuer, il m'a dit que 
non. 

C'est à peu près tout ce que j'ai su.^ 
S'il y a quelque autre chose, c'est de 
peu d'importance. 

Q. — Avez-vous examiné le puits et 
pouvez-vous dire si cette planche-ci pou- 
vait correspondre au couvert du puits ? 

R. — Il y avait dans le temps un 
morceau de bois qui s'adaptait très-bien 
à ce morceau, on pouvait certainement 
dire que ces deux morceaux de boi» 
devaient être unis l'un à l'autre et je suis 
persuadé que ce morceau vient d'après 
l'autre. 

Transqaestloniiê par le conseil de V accusé, 

Q. — Chez une personne de catte 
intelligence-là, pensez-vous qu'il aurait 
fallu une provocation plus faible que 
chez une personne ayant toute la jouis- 
sance de ses facultés pour lui faire per- 
dre le contrôle de ses actes ? 



f 



43 



Q. — Je le pense, parce qu'une per- 
sonne d'un bon sens peut contrôler ses 
actions plus facilement qu'une personne 
d'un petit génie. Je suis persuadé qu'il 
faut moins de chose pour provoquer une 
personne d'un petit génie, qu'une per- 
sonne quia tout son génie. 

Q. — Lors de ces admissions dont 
vous avez parlé, y avait-il d'autres per- 
sonnes présentes que son frère ? 

R. — Une fois, M. Laflèche, le curé 
de Ste. Victoire, M. Héroux, aussi une 
autre fois; il a fait les mêmes aveux à 
peu près. Je l'ai visité une fois avcC 
son frère, une fois avec M. Laflèche, 
une autre fois avec M, Héroux, et une 
autre fois je crois que j'étais seul. La 
première fois que je l'ai visité, il a com- 
mencé à me faire des aveux, je lui ai 
demandé s'il voulait se confesser, je lui 
ai dit que je ne pouvais pas le confesser. 

La cour s'ajourne à lundi, le 22. 






44 \ 

Séance du 22 novembre 1880. 

Preuve de la Couronne, 

RÉVÉREND F. X. LESSARD, 

<îuré de la paroisse de St. Albert de 
Warwick. 

Q. — Avez- vous eu occasion, vers la 
lin du mois de mars dernier, de passer 
dans le dixième rang de Warwick. 

R. — Oui, le 29 mars dernier, le 
lendemain de Pâques. 

Q. — D'oî^ partiez-vous et où alliez- 
vous ? 

R. — Je partais de St. Albert pour 
aller à St. Valère, chez M. le curé 
Dauth. 

Q. — Voulez-vous examiner ce plan- 
ci, et dire si vous avez passé dans le 
chemin marqué sur ce plan ? 
I R. — Je me rappelle parfaitement 

avoir passé dans ce chemin. 

Q. — Savez-vous s'il y avait des 
maisons occupées sur ce parcours de 
chemin, marqué sur ce plan ? 

R. — Il y avait la maison de La- 
^ chance et Désilets au coin de la route 
- St. Albert. 



45 



Q. — Ces maisons se trouvent-elles 
à droite ou à gauche du chemin ? 

R. — Elles sont à droite, en descen- 
dant à St. Valère ; il y a deux ou trois 
maisons de l'autre côté qui sont inoc- 
cupées. Dans U maison de Babineau, il 
y avait des papiers dans les châssis ; on 
aurait pu croire qu'elle était occupée. 

Q. —A quelle heure êtes -vous parti 
de chez vous ? 

R. — Je ne pourrais pas préciser 
l'heure ; il pouvait être, je crois, une 
heure et demie à une heure trois quarts 
quand je suis passé au puits en ques- 
tion ; je suis parti de chez nous après 
dîner. 

Q. — Voulez-vous dire si vous avez 
remarqué quelque chose dans les envi- 
rons de ce puits-là ? 

R. — En passant au puits, j'ai 
remarqué du sang et des pistes, beau- 
coup àe pilotage près du puits. 

Q. — Ce pilotage-là, était-ce fait par 
des animaux ou des personnes? 

, R.— Je n'ai pas remarqué qu'il y 
avait des pistes d'animaux. Je me suis 
aperçu qu'il y avait des pistes humaines. 



46 



J'ai remarqué aussi dans l'embouchure 
du puits trois perches, placées à peu près 
en triangle. 

Q. — Vous êtes-vous arrêté pour 
examiner quelle était la cause ? . , r 

R. — Non ; en passant là, j'ai pensé 
qu'on avait estr( pié un cheval, et com- 
me c'était près du puits, qu'on y était 
allé chercher de l'eau pour le laver. 

L'accusé déclare qu'il n'a pas de 
transquestions à faire au témoin. 

NARCISSE GELINAS, de St. Al- 
bert de Warwick. — Je connais le prison- 
nier à la barre, je connais aussi le 
dixième rang de Warwick, et la rési- 
dence du père de l'accusé. 

Je sais où se trouve la maison 
d'Urbain Babineau ; il y a un puits près 
de là qui se trouve de l'autre côté du 
chemin, vis-à-vis la maison et tout près 
du chemin. J'ai eu occasion d'y aller 
vers la fin de mars dernier ; j'ai vu le 
puits oîi la fille a été jetée dedans. Je 
ne pourrais pas dire au juste le jour, 
mais c'est le matin que l'enquête du 
coroner s'est tenue. J'ai remarqué du 
sang autour du puits, en dehors et en 



47 



dedans. La neige avait été pilotée autour 
du puits ; ce n'était pas un puits dont 
on se servait ce printemps-là : on s'en 
-était servi avant. Il y avait du sang. 
Le sang avait été couvert par la neige 
et la neige était fondue jusqu'au sang. 
Il y avait un fil qui croisaillait les tra- 
ces qui avaient été pilotées autour du 
puits. Ce fil partait d'à peu près une 
douzaine de pieds du puits en venant 
au puits ; il était cassé à différentes pla- 
ces où le pied avait été mis dessus. Ça 
avait l'air que la jeune fille auraitéchap- 
pé son tricotage, et qu'en se débattant 
le peloton de fil se défilait et entrait 
dans la neige, et que le pied avait été 
mis dessus à diflérents endroits où il 
avait été cassé. J'ai remarqué qu'il y 
avait du sang hur le fil, j'ai vu le pelo- 
ton de fil à la maison chez M. Désilets. 

Je l'ai vu la première fois dans le 
puits. Je pourrais le reconnaître si je 
le voyais encore. 

J'examine maintenant le peloton 
qui m'est montré : et c'est le même fil. 

J'ai remarqué aussi dos perches près 
du puits; elles étaient à terre contre le 



48 



puits, elles étaient là quand je sui» 
arrivé. Il y avait du sang sur les per- 
ches ; on distinguait la place des main» 
sur le milieu des perches. 

J'ai été un des jurés dans Tenquête 
du coroner. Dans cette circonstance-là 
on a produit les habits devant les jures. 
J'ai vu du sang sur une paire de culot- 
tes et une blouse. Je ne me rappelle pas 
avoir vu la chemise qui m'est actuelle- 
ment montrée. J'ai vu les culottes : les 
poches étaient pleines de sang, devant 
et sur les côtés. J'ai aussi vu cette blou- 
se, sur le bras droit il y avait eu du 
sang extraordinairemetit, sur l'autre 
manche aussi ; et dans le milieu du dos, 
j'ai reitiarqué trois taches de sang. Le» 
taches dans le dos étaient neuves, mai» 
sur le bras droit on avait es-^ft^yé de le» 
enlever. Sur le côté gauche du froc, j'ai 
trouvé un petit morceau de chair, avec 
un petit morceau de sang caillé. 

L'accusé déclare qu'il n'a pas de 
transquestions à faire au témoin. 
i - ZOEL HOULE, de la paroisse de 
St. Valère de Bulstrode. Je connais le 
prisonnier à la barre. 



49 



Q. — Avez-vous formé partie du 
juré, devant l'enquête du coroner sur le 
aorps de la défunte ? 

R— Non. 

Q. — Vous êtes-vous rendu à l'en- 
quête ? 
, R. — Oui. 

Q. — Voulez-vous dire si vous avez 
vu la défunte, Odélide Désilets ? 

R. — Oui. J'ai examiné les marques, 
elle avait attrapé un coup sur l'oeil 
droit ou l'œil gauche, je ne pourrais 
pas dire lequel : elle avait l'œil en- 
flé. Du côté gauche elle avait attrapé 
un coup à peu près trois pouces de long. 
Elle avait la bouche enflée, elle avait 
des égratignures de place en place, et 
un coup sur une main aussi. Je suis 
allé au puits qui se trouvait vis-à-vis la 
maison de Babineau, dans le chemin en 
dedans du clos. 

Q. — Savez-vous si ce jour-là il y 
avaitbeaucoup de monde dans ce rang-là ? 

R. — Le jour que le meurtre a été 
commis, il n*y avait pas tant de monde 
que de coutume ; il y avait un encan à 
fcjte. Elizabeth, paroisse voisine, et 



50 



presque tout le monde y était allé, il 
n'en était resté que deux ou trois. 

J'examine le plan produit en cette 
cause ; et ce plan représente bien la lo- 
calité d'après la connaissance que j'en ai. 
Les maisons qui se trouvent entre les 
maisons de Lachance et Désilets étaient 
inhabitées ce jour-là. Chez le père Dé- 
silets, il n'y avait que lui d'homme, et 
chez Lachance, que l'accusé. Le jour de 
l'enquête, je suis allé chercher quelqu'un 
en voiture. J'ai eu occasion de rencon- 
trer le prisonnier en allant chercher cea 
personnes; j'ai dit à l'accusé que le co- 
roner le faisait demander lui et son père. 
Je suis retourné chez Désilets ensuite. 
Après lui avoir parlé, j'ai continué pour 
avoir un témoin pour l'enquête, et 
quand j'ai été revenu, j'ai été chez La- 
chance ; j'ai demandé s'ils étaient par- 
tis, et on m'a dit qu'ils étaient partis. 

Q. — Quand vous êtes retourné chez 
Désilets, où avez-vous trouvé le prison- 
nier ^ i 



;-• 4. 



R. — Je l'ai trouvé dehors assis dan» 
une carriole; je lui ai parlé; je lui ai 
demandé : " Toi qui étais seul chez Youg^ 



■f- 'j. 



51 



<cette journée-là, tu n*as pas eu connais^- 
gance de ce qui s'est passé dans le che- 
min, tu n'as pas entendu crier, débattre 
quelque chose dans le chemin ?" Il m'a 
répondu que non, qu'il était occupé à 
faire sa besogne, que son père l'avait 
laissé pour faire le train chez lui, qu'il 
ne posait pas que rien arriverait 
comme cela ; et en parlant, il a ouvert 
les mains, et j'ai aperçu des blessures 
dans ses mains • Je lui ai demandé où 
il s'était estropié comme çà ; il m'a ré- 
pondu que c'était çn fendant du bois à 
la porte de son père . Il m'a dit que les 
deux pieds lui avaient glissé, qu'il était 
tombé par terre, une main sur sa hache 
et l'autre sur un quartier de bois. Sur 
le terrain planche comme ça, ça ne m'est 
jamais arrivé. Dans certaines circons- 
tances, ça pourrait arriver quelques 
fois, sur la glace vive. Je ne sais pas 
la manière qu'il s'élance non plus; moi 
ça ne m'est jamais arrivé. Suivant ma 
-connaissance je n'ai pas trouvé que ça 
avait du bon sens que ces coupures 
auraient pu être faites de la manière 
qu'il le disait. . 



52 



Il m'a dit qu'il avait attrapé ça le 
même jour que le meurtre a été commis, 
vers trois heures de l'après-midi. ^ 

Q. — Avez-vous entendu quelques 
conversations entre d'autres personnes^ 
et le prisonnier ? 

R. — J'ai entendu parler son père 
avec lui et son beau-frère Hubert "^rdif. 
Son père lui a dit : " Cléophas, tu es 
douté pour avoir tué Odélide Désilets, 
ils veulent envoyer chercher tes hardes, 
pour voir s'il y a du sang après." Il a 
répondu que ses hardes en étaient plei- 
nes de sangj qu'il y en avait jusque 
dans les poches de ses pantalons, qu'il 
avait mis les mains dans ses poclies^ 
pour ne pas verser trop de sang qui 
saignait de ses mains, en allant se laver. 
Il a dit : '^ il y a beaucoup de sang sur 
niQS hardes, je saignais sans bon sens." 

Si je ne me trompe pas, l'enquête 
du coroner a été tenue le 31 mars. Le 
prisonnier a été appelé dans l'enquête 
ensuite, quand ils lui ont demandé à 
quelle heure il s'était fait ces blessures, 
il a dit que c'était vers une heure et 
demie, il avait dit à un autre monsieur, 



53 



^n dehors, que c'était à trois heures, et 
qu'il s'était trompé. ' 

J'ai vu les habits du prisonnier ce 
jour-là ; il y avait du sang à phisieurs 
endroits, mais ce n'est pas moi qui ai 
examiné les habits. 

J'ai examiné le froc : il v avait du 
sang dans le dos, comme si ça avait été 
pris par une main ensanglantée. 

J'ai examiné les environs du puits 
quand j'ai été pour voir si je' ne recon- 
naîtrais pas quelque chose. J'ai cru 
reconnaître les pistes ; j'ai cru que 
c'était les pistes de Cléophas Lachance. 
Au meilleur de ma connaissance, je 
pense que si on avait pris les bottes qui 
me sont montrées et qu'on les eut mises 
dans les pistée, ça aurait fait juste. Ces 
bottes-là n'ont pas été montrées le jour 
de l'enquête ; j'ai charroyé par là, et 
j'avais eu occasion de le rencontrer tous 
les jours, je connaissais ses bottes, je 
connaissais ses pistes, je connaissais la 
manière dont il était chaussé. 

T." r 

- J'ai VU un morceau du couvert du 
puits à l'enquête du coroner ; le bois à 
moi actuellement montré est le môme 



54 



qui a été produit à Tenquête. Il y avait 
des cheveux après, seulement le sang 
paraissait mieux qu'aujourd'hui : les- 
doigts pleins de sang paraissaient sur le 
bout du bois. J'ai examiné les cheveux 
qui sont sur ce bois-là. Dans ce temps-là 
on les a examinés avec ceux de la dé- 
funte et on a trouvé que c'était les mê- 
mes cheveux. On n'a pas essayé ce mor- 
ceau de bois devant moi, après l'autre 
morceau du puits. Suivant moi, ce mor- 
ceau-ci a été cassé récemment. 

L'accusé déclare qu'il n'a pas de 
transquestions à faire au témoin. 

JOSEPH L ACHARITÉ.— Je con- 
nais le prisonnier à la barre. J'ai eu 
occasion de voir l'endroit oîi le meurtre 
a été commis. Je n'ai pas remarqué dans 
quel temps ; il y avait de la neige. J'ai 
été au puits ; j'étais avec une autre 
, personne du nom de Tarte et le père 
de la défunte. Le père de la défunte 
nous dit qu'un gros accident était arrivé 
là. M. Tarte a dit : " Il ne faut pas lais- 
ser la fille là, il faut la hâler. " On a 
hâlé la fille et on a été la' porter chez 
M. Lachance où le prisonnier demeurait^ 



55 



Il n'y avait pas une grosse appa- 
rence près du puits ; il y avait l'appa- 
rence que la fille était morte, et c'est 
tout. 

L'accusé déclare qu'il n'a pas de 
transquestions à faire au témoin. 

JEAN ISAIE TARTE, du town- 
ship de Kingsey. 

Q. — Etiez- vous présent quand on a 
découvert le corps de cette fille qui a 
été tuée ce printemps ? 

R. — J'étais présent quand on l'a 
hâlée du puits ; c'était autour du trente 
mars, entre trois et quatre heure.s de 
l'après-midi ; ça se trouvait sur le che- 
min du petit Warwick. Je m*en allais à 
Kingsey. Le puits était à gauche du 
chemin en allant. Il y avait une maison 
en face, mais qui était inhabitée, c'était 
la maison d'Urbain Babineau. 

Quand je suis arrivé là, on a décou- 
vert la fille ; elle était dans le puits la 
tête en bas, elle avait les pieds refoulé* 
sur elle, à environ dix pouces du cadre 
du puits. Quand elle a été hâlée, elle avait 
un châle sur elle ou à côté d'elle. Je 
l'ai hâlée du puits avec le père Lachan- 



¥ 



56 



ce, le père du prisonnier. Elle avait une 
marque sur la tête, et sur le côté de la 
joue, comme si ça avait été fait par un 
coup de bâton ou quelque chose comme 
ça. A Tentour du puits, il y avait du 
sang à trois places que j'ai vu : il y en 
avait au bord du chemin, il y en avait 
à peu près à la moitié de la distance 
entre le chemin et le puits, et il y en 
avait au puits. J'ai connaissance qu'ils 
ont trouvé un morceau du cadre du 
puits ; je pense que le morceau produit 
ici est bien celui-là. 

J'ai remarqué la couleur des che- 
veux de la défunte, je les ai confrontés 
avec ceux-là et ça avait bien l'apparen- 
ce comme si c'était ses cheveux. 

Je ne pourrais pas dire si ce mor- 
ceau a été appliqué au puits pour voir 
s'il s'adaptait. -, ^ , , , 

J'ai remarqué autour du puits qu'il 
y avait du sang sur trois perches et des 
cheveux après une. On a confronté ces 
cheveux avec ceux-là et ça paraissait 
être les mêmes. 

J'ai aussi vu le peloton de fil pro- 
duit en cette cause; il était dans le 



57 



puits. Je n*ai pas remarqué les broches. 
Le brin passait par dessus le cadre du 
puits, et était gelé dans le bord du che- 
min . 

J*ai remarqué aussi qu'il y avait 
des pistes qui m'ont paru être des pistes 
de bottes sauvages. Les traces que j'ai 
vues étaient sur le plan des bottes qui 
me sont montrées. 

J'ai assisté à l'enquête du coroner, 
mais je n'ai pas exiuniné les habits qui 
ont été produits. 

L'accusé déclare qu'il n'a pas de 
transquestions à faire au témoin. 

PLACIDE DESILETS, de la pa- 
roisse de St. Valère de Bulstrode. — Je 
connais le prisonnier à la barre. 

Q. — Avez-vous connu une personne 
du nom d'Odélide Désilets ? 
, R. — Oui ; c'est ma fille. 
: Q. — Voulez-vous dire si elle est 
morte aujourd'hui et quand elle est 
morte ? 

R. — Elle est morte le 29 mars der- 
nier, si je ne me trompe pas: je suis po- 
sitif que c'est dans ce temps-là. , 
-> ;^ Je demeure dans le dixième rang 



58 

de Warwick, dans la paroisse de St» 
Valère de Bulstrode, à environ vingt 
arpents de la maison de Taccusé. 

Q. — Le jour du meurtre, y avait-il 
un encan quelque part ? 

R. — Oui, il y avait un encan dana 
la paroisse de Ste. Elizabeth, à une dis- 
tance de notre résidence de trois ou 
quatre lieues environ. 

Q. — Cette journée-là y avait-il 
beaucoup d'hommes dans votre rang ? 

R.— Bien peu. Je pense que depuis^ 
chez nous à aller chez Lachance et dans 
les environs, il n'y avait que le prison- 
nier et moi . 

Q.: — Quels sont les hommes qui de- 
meuraient dans la maison du prisonnier 
à part de lui, dans ce temps-là ? 

R. — Son père et un autre de ces 
frères, plus jeune que lui : ils étaient 

tous deux àTencan. 

</■■ 

Q. — Votre maison et celle de La- 
chance, se trouvent-elles du même -côté 
du chemin ? -Hri;.^' ■"■ ^ ?■ ni. =^:u^ c i^ -; , ,-■' ■-..n;; ■- 

. — UUl. 

l^iHï^ Q, — Y a-t-il d'autres malsons 



59 



entre les vôtres sur le même côté du 
chemin ? 

R. — Non, mais de l'autre côté il f 
en a cinq qui sont inhabitées. 

Le 29 mars dernier, j'ai été chez 
Lachance vers onze heures de l'avant- 
midi ; il y avait une des sœurs de l'ac- 
cusé du nom de Cora, Madame Tardif, 
la femme de Ludger Babineau, sa mère 
e£ un petit garçon de six ans, enfant de 
Madame Ludger Babineau. J'ai resté là 
environ un quart d'heure : ilsont invi- 
té ma fille, la défunte, d'aller passer 
l'après-midi avec eux autres. Le prison- 
nier était alors dans la maison avec moi, 
dans le même appartement, et était à 
portée de nous entendre, l'appartement 
étant très petit. J'ai fait la commission 
à sa mère, à mon retour, ma fille étant 
alors chez le voisin. Après dîner, je me 
suis couché et j'ai dormi environ une 
heure. Quand je me suis réveillé, ma 
fille n'était pas à la maison, ma femme 
me dit qu'elle était partie pour aller 
ehez Lachance. 

Je n'ai pas vu ma fille après cela,, 
excepté le lendemain, vers quatre heu- 



60 



res, dans le puits chez Babineau, alors 
qu'elle était morte. * i 

Le lendemain du meurtre, j'ai fait 
des perquisitions pour trouver ma fille ; 
j'ai été chez Lachance, ils m'ont dit 
qu'elle n'était pas venu là. Après avoir 
été chez Lachance, j'ai rencontré un 
jeune Poirier, en m'en allant chez nous. 
Il me dit : " Désilets, quelle est donc 
*^ cette cachette qu'il y a dans le puits 
^^ chez Babineau ? " Je lui ai répondu : 
^^ probablement que ce sont les sucriers 
*' qui ont mis leur butin là. " Ça c'était 
le lendemain du meurtre. Après avoir 
rencontré ce jeune homme, j'ai été à la 
maison, et j'ai retourné chez Lachance. 
En passant j'ai sauté à terre et j'ai re- 
gardé dans le puits, et j'ai distingué du 
butin, des bottines en l'air que je croyais 
être des bottes dans le temps, mais je 
fie pensais pas qu'elles étaient dans les 
pieds de quelqu'un. J'ai cru que c'était 
du butin appartenant à quelques per- 
sonnes : c'était entrelacé de bois. Il y 
avait trois perches dans le puits de- 
bout, et le reste était couvert avec des 
morceaux de bois. 



m 



f' • 



61 



Après ça, je me suis rendu chez 
La<;hance et leur ai demandé : " est-ce 
bien vrai qu-elle n'est pas venue ici V 
Ils m'ont dit qu'elle n'était pas venue 
là. J'ai dit à Lachance : " il y a , 
quelque chose d'extraordinaire, ve-/^ 
nez au puits avec moi pour voir." Le 
père Lachance était alors avec ses deux 
fils, le prisonnier et un autre de ses 
fils. Je ne me suis pas adressé au père 
seul, j'ai dit : '' vous allez venir avec 
moi. " Le père et son jeune fils sont em- 
barqués dans ma voiture, mais le prison- 
nier n'est pas venu. On s'est rendu au 
puits qui était à environ cinq arpents 
delà. Le père Lachance a ôté la pre- 
mière perche et a aperçu que c'était elle, 
et je l'ai aperçue aussi. Quand je dis 
"elle" je veux dire ma fille. J'étais là 
avec le père Lachance et son jeune fil» 
quand M. Lacharité et M. Tarte arri- * 
vèrent. 

Il y avait beaucoup de sang sur les 
perches dont j'ai parlé. J'ai trouvé 
trois ou quatre morceaux de planche qui 
étaient dans le puits. C'était bien battu 
autour du puits avec les pieds, grand ; 



62 



<c'était des traces de pieds et il y avait 
du sang à plusieurs places. 

Elle avait un tricotage dans sa 
poche quand elle est partie, à ce que 
m'a dit ma femme; le peloton était 
dans le puits avec elle, mais le tricotage 
n'y était pas; le fil partait du chemin 
pour aller au cadre du puitrf, à ce qu'on 
a pu voir. 

Le bois que j'ai été chercher, 
c'était chez Lachance, de l'autre côté du 
chemin. . 

he morceau de bois qui m'est actuel- 
lement montré a été trouvé au puits, je 
le reconnais; je reconnais aussi les che- 
veux qu'il y a dessus, qui sont ceux de 
ma fille. Nous avons essayé ce morceau 
de bois avec le morceau du couvert du 
puits et ils s'adaptaient bien. On a re- 
marqué quelque part sur ce morceau de 
bois qu'il y avait du sang, comme une 
empreinte de doigts ; ces taches étaient 
bien distinctes dans le temps. Il y avait 
du sang à peu près oîi sont les cheveux. 

Je connais le peloton de fil qui 
m'est actuellement montré: c'est le 
même qu'on a trouvée Je ne sais pas si 



63 



c'est le même avec lequel elle était par- 
tie de la maison, parce que je ne Tai pas 
vue partir. 

Les bottines qui me sont montrées 
sont les bottines qu'elle avait dans les 
pieds. Je ne puis pas dire qui a donné 
ces bottines aux officiers de la Cour, 
c'est moi ou ma femme : mais ce sont . 
ses souliers. 

< Après avoir emmené le corps de 
ma fille chez Lacliance, quand on Ta 
sortie du puits, je ne me rappelle pas 
dans quelle position elle avait les mains. 
Je me rappelle maintenant qu'elle avait t 
une main dans les cheveux qu'elle 
tenait fortement ; je crois que c'est la [ 
main droite, mais je ne puis pas jurer > 
quelle main. Je savais bien alors 
quelle main c'était, mais je suis vieux { 
et ma mémoire me fait défaut. Elle ] 
avait du mal là et du sang. 

J'ai fait une déposition devant le ■{ 
Magistrat de district, M. Rioux, à i 
Bulstrode, environ quatre ou cinq jours 
a;)rès. 

Quand on a trouvé le peloton de 
fil il y avait du sang sur le peloton e% 



64 



sur le fil. Autour du puits, il y avait 
des marques de sang, mais pas bien dis- 
tinctes, le pUotoge était trop fort. Mais 
après qu'gn Feut tirée du puits, on a 
découvert le sang en grattant la neige. 
'^ Après la première enquête devant 
le coroner, ma fille a été inhumée t 
elle a été exhumée quatre ou cinq 
jours après. C'était en présence de 
Mv Barwis ; il y avait aussi le Dr, 
Poulin et le Dr, de Warwick et des 
Messieurs de Montréal. 

L'accusé déclare qu'il n'a pas de 
transquestions à faire au témoin. 

PIERRE LACHANCE de St. Va- 
1ère de Bulstrode. — Je connais le prison- 
nier, c'est mon fils. •■ ' * ' 

Les bottes qui me sont montrées 
lui appartenaient ainsi que les pantalons^ 
le froc et la chemise. 

J'ai eu connaissance quand Odélide 
Désilets a été trouvée dans le puits de 
Babineau. *^^ * "^^*- 

Après le jour du meurtre j'ai re- 
marqué des blessures, des coupures sur 
les mains du prisonnier. 

Je reconnais les couteaux qui me 



65 



sont montrés, ils n'appartenaient pas 
plus à Tun qu'à l'autre; c'était pour 
l'usage de la famille. On n'avait pas de 
place attitrée pour les mettre ; on les 
mettait des fois sur la table d'autres foijj 
sur le châssis. 

La journée de la première enquête, 
il avait son froc sur le dos, il travaillait 
avec moi ; ça me déplaisait de voir du 
sang dessus, je le lui ai fait ôter, je l'ai 
mis dans l'eau froide, je l'ai tordu et je 
l'ai mis sécher. 

Q. — Le 29 mars dernier, où éticz- 
vous ainsi que les autres membres de 
votre famille ? 

R. — Moi et mon garçon, Edouard, 
sommes partis le matin pour aller à un 
encan à Ste. EUzabeth ; mon fils Cléo- 
phas était le seul homme qui restait à la 
maison. 

Lorsque je nie suis aperçu que le 
prisonnier avait des blessures aux mains, 
je lui ai demandé comment il s'était 
estropié: il m'a dit qu'il avait fendu 
du bjirk, que c'était sur la glace, (ju'il 
était tombé une main sur un morceau 
d'épinette sèche et l'autre sur sa hache. 
5 



66 



Q. — Placide Désilets est-il allé che« 
vous pour vous demander de raccompa- 
gner au puits ? 

R. — Oui, c'était le 30; quand il 
est venu, mes fils Edouard et Cléophas 
étaient avec moi, Edouard et moi som- 
mes allés au puits avec M. Désilets : 
l'accusé n'est pas venu. Rendus au puitp, 
on a trouvé des perches matées dans le 
puits, et ensuite Odélide Désilets, dans 
le puits. 11 y avait aussi des bouts de 
planches. Le prisonnier n'était pas alors 
au puits, mais il arrivait, et nous l'avons 
fait revirer pour aller avertir la famille 
qu'on emmenait la défunte à la maison ; 
il était alors à deux ou trois perches du 
puits. 

L'accusé déclare qu'il n'a pas de 
transquestions à faire au témoin. 

ETIENNE VALCOURT, écuier, 
médecin du village de Warwick. 
-; Q. — Avez-vous été présent à l'exa- 
men du corps de cette jeune fille qui a 
été tuée, et si oui, dites quand et où ? 

E . — Oui, j'ai été appelé deux fois à 
assister à deux enquêtes qui ont eu lieu. 
J'étais présent à l'enquête tenue par le 



T.""' s '■'n'W' ■ ■r»'» 



67 



Magistrat de district à Bulstrode ; c'était 
le 6 avril dernier. J'étais aussi présent 
à Tenquête du coroner. 

Q. — Vous avez vu le corps d'Odé- 
lide Désilets ? 

R. — Oui ; c'est le même corps men- 
tionné par les témoins en cette cause. 

Q. — Voulez- vous dire s'il y avait 
des marques sur ce corps, et d'après votre 
opinion, de quelle manière est-elle ve- 
nue à sa mort ? 

E. — Elle portait sur le côté gauche 
4e la tête une large ecchymose, s' éten- 
dant de l'œil à l'oreille ; l'œil ainsi que 
l'oreille étaient très tuméfiés. Elle 
portait aussi sur le côté gauche de la 
tête, un peu plus haut, une autre bles- 
sure d'à peu près trois pouces de lon- 
gueur pénétrant jusqu'à l'os. Il y avait 
aussi une autre petite blessure d'à peu 
près un pouce de longueur, formant 
triangle avec la première et pénétrant 
aussi jusqu'à l'os; ces deux blessures 
paraissaient avoir été faites par un ins- 
trument contondant, un bâton ou quelque 
chose de semblable. -^ 

Q. — Cet instrument-ci pouvait-il 



,/ 



68 



causer des blessures pareilles à cellesT 
que vous avez vues là ? ^ 

; R.— Oui. ■^'-■■''^ ' -^ ' '' 

Q. — Avez-vou^ vu ce bois-ci à l'en- 
quête ? 

«^ R. — Oui, et j'ai remarqué les che- 
veux qu'il y a d'attachés après ainsi que 
des taches de sans. 

Q. — Vous avez confronté ces chc- 
veux-là avec les cheveux de la défunte ? 

R. — Oui, et ils étaient absolument 
de la même couleur. 

'^ Q. — Ces cheveux-là paraissaient-ils 
être des cheveux d'une femme ou d'un 
homme ? 

R.— Ils paraissaient être ceux 
d'une femme par la longueur. 
• . Q. Y avait-il des marques de 
sang sur ce bois-là ? 



^<' R.— Oui. ' ^î-^ 



Q. — Avez-vcus confronté ce bois- 
ci avec quelque chose ? 
* R. — Nous avons fait appliquer la 
main droite de l'accusé sur la tache de 
sang qui se trouve à la partie la plus 
étroite, et la tache correspondait parfai- 
tement avec la largeur de sa main. 



69 



Ee du couvert. 

Je n'ai pas remarqué de pistes au- 
tour du puits, parce qu'il y aviiit quatre 
ou cinq jours que le meurtre avait eu 
lieu, et les traces étaient presque toutes 
disparues. 

Vis-à-vis le puits il y avait une 
maison abandonnée, mais qui paraissait 
habitée. Voulant suivre l'opinion que 
je m'étais formée, nous allâmes, M. Bis- 
sonnette et moi, en arrière de cette mai- 
son pour chercher des traces. La neige 
près de la maison était disparue sur 
un espace d'environ dix pieds. 

J'ai dressé un plan de la localité. 
lie plan produit en cour a été fait 



86 



d'après le mien et est une bonne repré- 
sentation de la localité. 

En arrière de la maison, on a dé-^ 
couvert des pistes qui ressemblaient 
d'abord à celles d'un gros chien ; parce 
que la neige était en grande partie fon- 
due, mais plus loin les pistes étaient 
visiblement celles d'un homme. La 
piste se continuait, et il était apparent 
que la personne s'était arrêtée, et avait 
viraillée là. Je pouvais voir que ces tra- 
ces joignaient un chemin conduisant à- 
la maison du prisonnier. Ça me parais- 
sait comme des pistes de bottes sauva- 
ges, mais elles n'étaient pas bien visi- 
bles. * 

Après cela, nous allâmes à la mai- 
son du prisonnier. '* - »• . 

M. Bissonnette prit un ou deux 
couteaux sur le châssis. Il monta au 
grenier et descendit une paire de bottes 
sauvages, que la mère et la sœur dirent 
être celles du prisonnier. (Le témoin 
identifie les bottes.) 

Nous retournâmes au puits avec les 
Dottes, et nous partîmes alors pour notre 
lemeure; mais nous nous sommes arrê- 



87 



tés, et sommes allés derrière Tétable de 
Babineau. Nous avons trouvé des pistes 
bien distinctes; la botte s'ndaptait ex- 
actement à ces pistes qui donnaient une 
empreinte exacte de la semelle des 
bottes. Nous avons continué derrière 
la grange. 

A notre retour ici. Tenquete s'est 
continué (le 8.) 

Le D au matin, (jnelqu'un est venu 
me trouver, me disant que Bissonnette 
me demandait. Nous allâmes dans la 
chambre des jurés; T accusé y était. 
Bissonnette me dit que l'accusé désirait 
faire une confession. 

Le grand connétable dit au prison- 
nier: '* Prenez garde, car tout ce que 
vous me direz, je vais le prendre par 
écrit, mot pour mot, et ça servira contre 
vous lors de votre procès." 

Le prisonnier dit: ^^ Depuis plu- 
sieurs jours, je souffre trop, il faut que 
je claire ma conscience." 

Il a commencé sa confession. M. 
Bissonnette a pris sa déclaration par 
écrit, mot pour mot, avec soin. Le pri- 



88 



somiier répétait qiiel(|ues foi« plu- 
bieiirs fois. 

Moi, j'ai pris des notes en anglais, 
avec soin, de tout ce qu'il a dit. Je l'ai 
écrit au crayon. (Ici, ces notes sont lues 
et traduites. ) 

Après que la déclaration fut faite, 
mais avant que la dernière partie fut 
écrite, M. Bissonnette lui dit qu'il était 
prêt à la déchirer s'il le regrettait. 
C'est alors qu'il a ajouté la dernière 
partie : ^^ Je suis content de déclarer ce 
crime etc., etc. " 

A différentes reprises, dans le cours 
de sa confession, il a été mis sur ses 
gardes. 

J'étais présent durant l'enquête te- 
nue à Bulstrode devant M. Rioux. ' 

J'ai comparé les cheveux sur ce 
morceau de bois, avec ceux de la défun- 
te. J'ai vu les cheveux. 

J'ai vu le prisonnier à Bulstrode, 
et ici et à l'enquête, plusieurs fois. ^. 

Q. — D'après ce que vous avez vu 
du prisonnier et d'après ses actes et dé- 
clarations, veuillez dire quel est l'état 
de sa liiémoire et de son intelligence ? 



89 



R. — D'après ce que je connais du 
prisonnier, Tayant vu en prison avec le 
grand connétable, et ayant écouté atten- 
tivement la conversation engagée entre 
eux, et son maintien et sa conversation, 
durant les deux jours à Tenquête, à 
Bulstrode, je lui donnerais certainement 
xsrédit pour plus d'intelligence qu'il pa- 
raît en avoir. Sa mémoire m'a paru ex- 
cellente. Il n'est pas ce que j'appelle- 
rais un génie, mais il sait bien ce qu'il 
fait. 

Durant l'enquête, à Bulstrode, 
quand il se disait quelque chose d'inté- 
ressant, il frissonnait et regardait atten- 
tivement ; sa figure devenait en trans- 
piration. ^ 

Tratisqu^stiormé par le conseil 
de r accusé. 



I } 



Je n'avais pas d'intérêt, excepté en 
ma qualité de Greffier de la Paix, à dé- 
<5ouvrir le coupable. '^ 

teV- - k -'■- ; i ** * ^. i * ■■ i 

Il a raconté son histoire en prison 
d'une manière habile, assez habile pour 



90 



presque me mettre à côté de la piste, et 
ce avec beaucoup de tact et de mémoire. 

Je ne connais rien des habitudes^^ 
et de la manière de vivre du prisonnier. 

La Couronne déclare son enquête- 
close. 




>«) 



CHAPITRE III. 

IPreuve de la défense. 

23 Novembre, 1880. 

E Révérend Messire LS. ELIE 
DADTII, Curé de la paroisse de St. 
Valère de Bulstrode : J'ai déjà paru 
comme témoin de la Couronne. Je suis 
curé de la paroisse de St. Valère de 
Bulstrode. Le prisonnier à la barre était 
un de mes paroissiens. Je le connais 
ainsi que sa famille depuis plusieurs 
années-; sa famille est une famille res- 
pectable. Quant au prisonnier, d'après 
ce que j'en connaissais jusqu'à son accu- 
sation je n'avais pas de relations intimer. 



91 



avec lui, je le voyais comme tous mes 
paroissiens, je n'avais jamais rien enten- 
du dire de mal contre lui. J'ai pu m'a- 
percevoir qu'il était d'un caractère taci- 
turne et sombre. 

Q. — Vous rappelez-vous .la date à 
laquelle le prisonnier vous a fait son 
premier aveu ? 

R. — C'était, je pense, le vendredi 
soir, 10 avril ; c'est le jour qu'il a fait 
son aveu devant le Magistrat : il a fait 
son aveu le matin, et il m'a fait deman- 
der le soir du même jour. 

Q. — Depuis que cet assassinat a eu 
lieu, à Bulstrode, avez-vous élevé un 
monument quelconque dans votre 
paroisse relativen $» au dit assassinat ? 

Objecté par le procureur de a Cou- 
ronne à cette question parce qu'elle n'a 
aucune affiiire avec la présente cause. 
(Objection maintenue.) 

Le procureur de la Couronne décla- 
re qu'il n'a pas de transquestions à 
illire au témoin. " 

PRUDENT LAINESSE, de St. 
Albert de Warwick. 



92 



Q. — Vous connaissez le prisonnier 
à la barre depuis plusieurs années ? 

R. — Depuis qu'ils sont dans la 
paroisse, depuis trois ou quatre ans. 

Q. — Avez- vous connaissance quand 
le prisonnier a été arrêté ? 

R. — Oui ; je suis venu ici quelques 
jours après, le 3 ou 4 avril. 

Q. — Avez-vous vu quelqu'un ici ce 
jour là, le 3 ou 4 avril dernier ? 

R. — Je ne les ai pas vus, mais j'ai 
entendu M. Bissonnette qui était avec 
le prisonnier dans le passage de la pri- 
son. J'étais bien pour voir le prisonnier; 
je suis entré pour avoir la permission 
d'y aller. Madame Dominique m'a dit: 
" M. Bissonnette. est avec lui, il est 
après l'interroger." Je les entendais par- 
ler ; j'ai avancé à l'escalier. Madame 
Dominique est venue avec moi et on 
les a écoutés. J'entendais les différentes 
questions qu'il lui faisait. 

Q. — Veuillez dire ce que vous avez 
alors et là entendu dire par M. Bisson- 
nette, au prisonnier à la barre ? 

Objecté par le procureur de la Cou- 
rotine à cette question, parco que le 



93 



témoin Bissonnette ii*a pas été mis eir 
garde fiur ces faits. (Preuve permise.) 
R. — Quand je suis arrivé au pied 
de l'escalier, il parlait par rapport à ses 
coupures des mains : — je ne vovais pas 
M. Bibsonnette, ni M. Bissonnette me 
voyait. — M. Bissonnette lui disait : 
" ce n'est pas comme ça que tu t'es estro- 
'* pié sur ta bûche de bois, c'est avec 
" un couteau que tu t'es fait ça. " J'en- 
tendais le prisonnier dire que non, qu'il 
s'était estropié de la manière qu'il le 
disait. Le prisonnier tremblait, parce 
qu'il disait : ^' tu n'as pas besoin de 
" trembler pour ça, ce n'est rien, n'aies 
pas peur. " Après ça il s'obstinait tou- 
jours ; ça venait toujours sur la question 
des coupures qu'il avait aux mains. 
Une autre fois, il lui a dit : " Tu peux 
" trembler, on peut trembler à moins,, 
" dis'donc la vérité de suite. " J'ai en- 
tendu ces paroles clairement. Il lui a 
dit ensuite : '^ déclare-toi donc de suite, 
" je suis un des premiers dans la justice 
" ou quelque chose comme ça, en te dé- 
" clarant tu ne seras pas puni comme 
^* tu le seras si tu ne te déclare pas. "^ 



94 



Après ça, je suis sorti de suite, j'ai 
rencontré M. Cannon, je lui ai dit: 
** Bissonnette est dans le passage qui 
" questionne le prisonnier, je ne crois 
" pas qu'il ait le droit de lui tirer les 
'' vers du nez ; " alors M. Cannon est 
monté, et je suis parti. Je n'ai pas pu 
voir le prisonnier cette journée-là. 

Q. — Vous avez dit là tout ce que 
vous avez entendu dire par M. Bisson- 
nette cette journée-là ? 

R. — C'est tout ce dont je me rap- 
pelle. 

Je regardais ça comme une intimi- 
dation au prisonnier considérant l'intel- 
ligence qu'il avait; c'est pourquoi j'ai 
averti M. Cannon de ça. 

Q. — Après ça, M. Lainesse, vous 
avez eu quelques conversations avec le 
prisonnier relativement à ses confes- 
sions ? 

Objecté i^ar la Couronne (objec- 
tion maintenue.) 

Q. — D'après la connaissance géné- 
rale que vous avez du prisonnier et de 
son caractère, veuillez dire de quelle 



95 



intelligence et mémoire vous le considé" 
rez doué ? 

Tl. — Je le considère doué de pas 
beaucoup d'intelligence, parce que géné- 
ralement quand on parle de lui on l'ap- 
pelle le ^fou à Lachance." Quand on 
va en visite là, on ne s'occupe pas de lui, 
on ne le regarde pas, on ne lui donne 
pas la main ; il se cache, on ne le voit 
pas à la maison, 

Q. — Vous avez vu le prisonnier plu- 
sieurs fois depuis qu'il est en prison ? 

E.— Oui. 

Q. — Voulez-vous dire si le prison- 
nier avait l'air à comprendre, sa posi- 
tion ? 

R. — J'ai vu le prisonnier plusieurs 
fois dans la prison, et il ne semblait pas 
comprendre sa position. 

Q. — Avez-vous assisté dernière- 
ment à une entrevue entre le prisonnier 
à la barre et son frère qui demeure aux 
Etats ? 

R. — Oui, je pense que c'est depuis 
le mois d'octobre. 

Q. — Son frère, partant pour les 
Etats, était allé le voir en prison ? 



96 



R. — Oui, il lui a dit qu'il lui don- 
nait la main pour la dernière fois, qu'il 
lui disait un éternel adieu. 

Q. — Vous dites que son jeune frère 
lui a dit : ** adieu, qu'il ne le reverrait 
pas?" 

R. — Oui, le prisonnier n'a pas ré- 
pondu, il lui a donné la main et c'est 
tout, ça n'a pas paru lui faire aucune 
impression. 

Transquestionné par la Couro?ine. 

Q. — C'est vous qui avez été chargé 
de la défense du prisonnier, c'est à dire 
de donner les informations à l'avocat ? 

R. — Oui, j'en ai donné quand j'en 
ai trouvé que je croyais fixvorables au 
prisonnier ; je lui en ai donné. Je me 
suis tenu à côté de l'avocat de la défen- 
se et j'espère encore y aller. 

Q, — Avez- vous reçu, ou devez-vous 
recevoir quelque chose pour vos trou- 
bles pour assister le prisonnier en cette 
affaire ? 

R. — Rien du tout, et je n'espère 
pas en recevoir. Je ne suis pas parent 



97 



avec la famille du prisonnier : s'il y a 
une parenté c'est de bien loin. 

Q.— Lorsque vons avez été dans la 
prison, que vous avez entendu parler 
M. Bissonnette, y avait-il d'autres per- 
sonnes ? 

R. — Je n'ai pas entendu personne 
autre que lui, je ne l'ai pas vu non plus. 

Q. —Combien de temps ave/-vous 
été en bas dans le passage ? 

R. — Pas bien longtemps, environ 
une dizaine de minutes ; ça me déplai- 
sait un peu de le voir interrogé de 
mêîue, j'ai été voir M. Cannoa et lui ai 
dit ça : M. Cannon est monté immédia- 
tement. 

JOSEPH DOx\IINrQUE, geôlier, 
du village d'Arthabaskaville : 

Q. — Vous êtes gardien de la prison 
commune de ce district ? 

R.— Oui. 

Q, — Vous rappelez-vous quand le 
prisonnier à la barre a été amené en 
prison ? 

R. — Je n'ai pas remarqué directe- 
ment la date, mais c'est entré dans mon 
livre ; je sais que c'est dans le moii^ 

• -A ■ 



98 



d'avril. (Le témoin va chercher le 
registre en question). En référant à 
mon livre, je vois qu'il est entré ici le 
. premier d'avril. 

Q. — Vous rappelez-vous quand M. 
Uit^son nette, le grand connétable de 
Montréal, est venu ici pour hx première 
ibis ? 

R. — Oui ; c'est quelques jours 
après son entrée, mais je ne puis pas 
dire la date, je n'ai pas remarqué ; c'est 
dans le commencement d'avril dans tous 
k'S cas, c'est peu de temps après le 
meurtre. 

R. — Avez-vous eu connaissance 
d'une entrevue que M. Bissoxinette a 
eue en prison avec le prisonnier à la 
barre ? 

R. — Je n'étais pas présent au com- 
mence mont de la conversation que M. 
Bissonnette a eue avec le prisonnier en 
prison, je suis arrivé quelque temps 
après. Madame Dominique avait ame- 
né le prisonnier dans le passage du 
troisième étage, . , . :. .. s i\. .... 

Q. — Vous avez entendu M. Bisson- 
nette dire quelque chose au prisonnier ? 



99 



R. — J'ai eu connaissance d'une 
partie de son discours. Lorsque j'ai été 
arrivé, M. Bissonnette lui faisait plu- 
sieurs questions dont je ne me rappelle 
pas absolument à présent; mais je me 
rappelle qu'il a parlé des coupures sur 
les mains du prisonnier ; — il avait les 
deux miins coupées, deux blessures sur 
une main et une sur l'autre , 

Q. — Voulez-vous dire ce que M, 
Bissonnette disait au prisonnier par rap- 
port à ces coupures-là ? 

R. — Je ne me rappelle pas très-bien 
les paroles de M. Bissonnette. 

Q. — Dans le cours de la conversa- 
tion que vous avez entendue, avez-vous 
entendu dire d'autre chose par iM. Bis- 
sonnette au prisonnier ? 

R. — J'ai entendu bien des paroles, 
ça été joliment long ; je n'ai pas pris 
mémoire de ça, je ne suis pas capable de 
rapporter tout ce qui s'est dit; je n'ai 
pas une bien bonne méni )ire. 

Q. — Etes- vous restc-bX ioii le 
temps ? . :• :ur-: .=' "^- "' \-M. : ■■/. ':■■■. 

R. — Je pense que je ne me suis pas 
absenté ; ..apr,ès -que j/,g;i été arriy.é^ je me 



100 

suis absenté une couple de fois, mais je- 
n*ai pas été longtemps. ^ 

Q. — Avez-vous entendu M. Bisson- 
nette, lors de cette entrevue, dire quel- 
que chose au prisonnier à la barre, rela- 
tivement à ce que lui, le prisonnier, 
tremblait ? 

Objecté par la Couronne, i)arce que 
cette question n'a pas été posée à Bis- 
sonnette (question permise par la Cour.) 

K. — Je pense que le prisonnier est 
un homme extraordinairenient nerveux ; 
lorsque je suis arrivé, le prisonnier 
tremblait, je ne puis pas faire comme 
lui parce que c'était comme un tremble- 
ment de terre. Dans les difl'érentes vi- 
sites qu'il a eu subséquemment, il a tou- 
jours été tremblant. Autant que je me 
rappelle, M. Bissonnette lui a dit : ^^ tu 
n'as pas besoin d'avoir peur, je viens ici 
pour savoir la vérité. Si c'est possible ; 
tu n'es pas obligé de rien dire si tu 
veux, mais ce que in diras^ jfî 1q pren- 
drai par écrit.'* J'ai remarqué plusieurs 
autres choses dont je ne me rappelle pas 
maintenant., ^e . u'ai pas .connaissance 
que M ,Bif?sonpette. ait forcé le prison- 

— (IV ■■■^ <j '' » « â f ij, * « < » Il « I »' " .," 

<! , ■ P 1' ' > V y J) ' O „ •• I i,' S tf J " , .> 

il U O l' .' I ,1 ,) u' O '0 » .• vJ U ■• • « 



101 



nier de répondre d'une manière ou de 
l'autre. 

Q. — Subséquerameut à cette entre- 
vue, n'avez-vous pas dit à plusieurs per- 
sonnes que M. Bissonuette avait forcé 
le prisonnier à taire des déclarations? 

Objecté par la Couronne à cette 
question comme illégale, et parce que 
n'y ayant eu aucune contessiou de faite 
ce jour-là, le témoin ne peut se contre- 
dire lui-même. 

(Objection maintenue.) 

Q. — V^ous avez déjà dit que vous 
n'étiez pas en prison au commencement 
de l'entrevue ? 

R. — Je suis arrivé quelque temps 
après ; le prisonnier était sorti dans le 
passage. Je suis descendu, j'ai vu M. 
Lainesse en bas avec ma femme ; je leur 
ai dit qu'ils ne devaient pas rester là, 
qu'ils n'avaient pas d'affaires. 

Q. — Quand vous avez dit çn, M. 
Lainesse est-il parti ? 

R. — Je ne sais pas, je suis monté 
en haut. 

La Couronne déclare qu'elle n'a pas 
de transquestions à faire au témoin . 






102 

PIERRE LACHANCE, de St. 
Valère de Bulstrode. — J'ai déjà été 
examiné comme témoin de la Couronn e 
en cette cause. Je suis le père du pri- 
sonnier à la barre. 

Q. — Voulez-vous dire à la Cour, 
d'après la connaissance que vous avez 
de votre fils, quelle est sa mémoire, si 
elle est bonne ou mauvaise ? 

R.— Il n'a pas grand mémoire ; il 
ne se souvient pas généralement de ce 
qu'on lui dit. Une personne à qui l'on 
montre ses prières et qu'au bout de huit 
jours il fîûlle le lui montrer de nouveau, 
c'est bien comprenable qu'il n'a pas de 
mémoire. 

Q. — Vous dites que vous montriez 
au prisonnier ses prières, et qu'au bout 
de huit jours vous étiez obligé de les 
lui montrer encore ? 

R.— Oui. 

Q. — D'après la connaissance géné- 
rale que vous avez du prisonnier, voulez- 
vous nous dire de quelle intelligence 
vous le considérez doué ; quelle est son 
intelligence ? 

R. — Son intelligence est que j'ai 



103 

toujours cru qu'il serait incapable de se 
produire, qu'on le garderait toujours 
avec nous autres ; de se produire pou\' 
gagner sa vie. 

Q. — Quelle âge a-t-il miin tenant, 
le prisonnier à la barre ? 

R. — Je pense qu'il a eu vingt-un 
ans cette automne. 

Q. — ^iSt-il j'amais s )rti de chez 
vous pour gagner sa vie ? 

R. — Nou. Je l'ai envoyé travailler 
ailleurs pour changer du temps, avec 
mes autres petits gars plus jeunes que 
lui. ^ 

Q. — Voulez- vous dire si le priso^^ 
nier montrait une certaine prévoyance 
dans ce qu'il faisait ? 

R. — Non, il ni}n avait pas. 

Q. — Voulez-vous dire ce que le pri- 
sonnier faisait à la maison, comment il 
s'amusait, connnent il passait son 
temps ? 

R. — Il s'amusait à faire des histoi- 
res, des singeries, pren.dre le chtit, 
venir de la grange avec une poule et 
jouer avec ; il se berçait avec en la flat- 
tant : c'était les usages d'un enfant. 



104 

Q. — S'amiisnit-il avec les jeunes 
gaii^ Je son âge ? 

R. — A ma connaissance il n'a 
jamais sorti avec les jeunes gens de son 
âge. 

Q. — Quand vous aviez quelque 
réunion d'amis à la maison, comment se 
conduisait-il ? 

R. — Son élément, c'était de rester 

derrière le poêle ; ou s'il venait des 

jeunes gens de 12 ou 13 ans, il s'amusait 

avec : à part de ça il ne s'amusait pas 

avec le arand monde. 

Q. — Jouait-il aux cartes quand les 
autres jouaient ? 

R. — Non ; il a joué quelques fois 
avec son frère, sa sœur et moi, quelques 
fois ; il connaissait les cartes, mais il ne 
savait pas jouer. 

Q. — Avez- vous jamais eu occasion 
de confier la conduite de vos animaux 
au pi'irtonnier à la barre ? 

R — J'ai essayé, mais il n'était pas 
capable. Je n'aurais pas risqué de l'en- 
voyer sur le chemin avec une voiture ; 
il n'était pas capable de mener ni bœuf 
ni chevaux. 



105 

Q. — Sous le rapport de la morale, 
le prisonnier se coudai sait -il bien ou 
mal ? 

R. — On ne le prenait pas pour un 
enfant d'esprit ; chez nous on ne lui a 
jamais connu aucun méchant caprice. 11 
était exact à ses devoirs relijçieux. 

Q. — Vous êtes restes aux Etats pen- 
dant un certain temps ? 

R. — Oui, à Ilolyoke, dans le Mas- 
sachusetts. 

Q. — Pendant que vous restiez là, 
la conduite du prisonnier était-elle bon- 
ne sous fti rapport do la morale ? 

R. — Nous n'avons jamais eu aucune 
plainte contre la conduite du prisonnier. 

Il a été à récole en Canada avant 
qu'on ait été aux Etats, dans les pointes 
d'Arthabaska et à Wotton. 

Q. — Voulez-vous dire quels progrès 
il faisait à l'école ; ce (pie la maîtresse 
en disait ? 

R. — Il a appris ses grosses lettres 
et un peu de son catéchisme. 

Q. — Est-ce que le prisonnier à la 
barre se tenait avec ks autres enfants, 
ou si la maîtresse le faisait mettre à part? 



106 

R. — La maîtresse de Wotton l'as- 
eisait contre elle, parce qu'il était brail- 
lard ; elle le prenait en compassion, elle 
s'apercevait qu'il n'avait pas un gros 
génie. 

pTransqiLestlonnê par la Coiirovne. 

Q. — Vous avez dit que le jeune 
homme n'avait pas de prévoyance, 
qu'entendez-vons par ça ? 

R. — Quand il s'agit de faire une 
chose qu'il ne comprend pas comment 
travailler, qu'il peut aussi bien faire 
une chose de travers que bien. 

ZOEL HOULE, de St. Valère de 
Bulstrode. — J'ai déjà été examiné com- 
me témoin de la Couronne. Je connais 
le prisonnier à la barre depuis cinq ou 
six ans. 

Q. — Vous avez eu connaissance du 
meurtre d'Odélide Désilets ? 

R. — Oui, ainsi que de l'enquête 
du coroner tenue sur son corps. 

Q. — Etiez-vous sur le jury ? 

R. — Non, mais j'étais présent ù 
l'encjuête. 



107 

Q — Dans le cours de renquête^ 
voulez-vous dire s'il vous est venu cer- 
tains soupçons contre les prisonnier à la 
barre, et pourquoi vous avez eu ces 
soupçons ? 

Objecté par la Couronne. (Objection 
maintenue.) 

Q. — D'après la connaissance géné- 
rale que vous avez du prisonnier à la 
barre, veuillez dire de quelle intelli- 
gence et mémoire vous le pensez doué ? 

R. — Pour ma part, je n'ai jamais 
fîiit aucune affaire avec pour connaître 
son jugement et sa mémoire. C'était la 
première fois que je lui parlais à l'en- 
quête et je trouvais qu'il répondait 
passablement bien. 

Q. — Veuillez dire si c'est vous qui 
le premier avez eu des soupçons contre 
le prisonnier à la barre ? 

R. — Je ne puis pas dire ni je suis 
le premier, mais je puis dire que c'est 
moi qui le premier en ai parlé. 

Q. — Voulez-vous dire pourquoi vous 
Tavez soupçonné ? 

R. — D'après ce que j'ai été voir au 
puits, j'ai cru reconnaître ses pistes, et 



108 

ensuite je me suis fait une occasion pour 
pouvoir le rencontrer ; je suis allé le 
trouver chez le père Désilets. En par- 
lant avec lui, je me suis aperçu qu'il 
était blessé aux mains, Là je lui ai de- 
mandé où il s'était fait ces blessures : il 
m'a répondu que c'était en fen- 
dant du bois à la porte chez son père, 
que les deux pieds lui étaient glissés, 
qu'il était tombé par terre, une main 
sur sa hache et l'autre sur son quartier 
de bois. Je lui ai demandé quel jour il 
s'était estropié ; il m'a répondu que 
c'était le lundi, la journée que le meur- 
tre était arrivé. Il m'a dit qu'il s'était 
estropié vers trois heures. Je l'ai douté 
encore plus fort ; j'ai lait venir M. 
Dauth, notre curé, pour lui dire les soup- 
çons que j'avais. 

Q. — Veuillez dire si dans cette 
occasion-là, quand vous avez communi- 
qué vos soupçons à M. Dauth, vous avez 
caractérisé cette espèce de meurtre ? 

R. — Quand j'ai parlé à M. Dauth, 
je me rappelle lui avoir dit : " Je crois 
^^ que c'est un coup de fou ; il y en a un 
ici pas bien loiu, un fou; et je l'ai 



jii 



109 

^^ nommé, j'ai dit : " le petit Lochance,'* 

La Coaronne déclare qu'elle n'a pa» 
de transqupstions à faire au témoin. 

HERCULE ST. LAURENT, de 
St. Valère de BuLstrode. — Je connais le 
prisonnier à la barre depuis une dizaine 
d'années. 

Q. — Voulez-vous dire, d'après la 
connaissance générale que vous avez du 
prisonnier à la barr»-, d'après ses paroles 
et ses Hctes. de quti de^ é d'intelligence 
et de mémoire vous le considérez doué ? 

R. — Je n'ai pas eu de conversation 
avec lui pour connaître intimement son 
éloquence. 

Q. — D'après la connaissance que 
vous en avez vous-même, quelle est votre 
opinion, quant à son intelligence et sa 
mémoire ? 

R, — Je ne le prendrais pas pour uj* 
homme fin, un homme d'intelligence. 

La Couronne déclare qu'elle nu 
pas de transquestions à faire au témoin. 

JEAN Bte. St. CYR, de St. Va- 
lère de Bulstrode. — Je connais le pri- 
Bonnier à la barre depuis une couple 
d'années si je ne me trompe pas. 



110 

Q. — D'après la connaissance que 
vous avez du prisonnier à ia barre, vou- 
lez-vous dire de quelle intelligence et 
mémoire vous pensez qu'il est doué ? 

R. — Sa mémoire, je ne pourrais pas 
en dire grand chose ; pour moi je le 
prends pour bien peu d'intelligence, 

Q. — Est-ce qu'il reste loin de chez 
vous ? 

R. — A peu près 30 arpents. 

Q. — Le voyez-vous souvent ? 

R. — Pas tous les jours, mais au 
moins presque tous les dimanches et 
quelques fois la semaine. 

Transqaedionné par ht Cauronne, 

Q. — Youlez-vous dire si le prison- 
nier sait la différence entre le bien et 
le mal, avez-vous jamais eu occasion de 
savoir qu'il ait commis quelque crime 
avant cette fois-ci ? 

R— Non. 

Q. — Allait-il voler chez les voisins, 
faisait-il des choses qui ne devaient pas 
" se faire par un homme ordinaire ? 

R. — Je n*en ai pas eu connaissance. 



111 



Q. — Pensez-vous qu'il sait quo c'est 
mal que de tuer un autre ? 
R. — Je le pense bien. 
LUCIEN GUILLEMETTE.de St. 

Albert de Warwick. — Je connais le pri- 
sonnier à la barre depuis 9 ou 10 ans. 

Q. — Voulez-vous nous dire, d'après 
la connaissance que vous avez du prison- 
nier à la barre, quelle est dans votre 
opinion, son intelligence, et sa mémoire ? 

R. — Suivant moi il n'en a pas gros. 

Q. — x\vez-vous eu connaissance 
quand le prisonnier restait aux Etats ? 

R.— Oui. 

Q. — Où demeurait-il dans ce temps 
là ? 

R. — A Holyoke ; je restais au 
même endroit. 

Q. — Peiidant que vous étiez à 
Holyoke et que le prisonnier y était 
aussi, voulez-vous nous dire qu'elle 
était sa conduite : était-elle celle d'un 
homme bien intelligent ? 

R. — Je ne lui ai jamais vu conduire 
grand chose, je n'ai pas travaillé avec 
lui, mais je le voyais gagner au mouliii 
tous les jours. 



112 
Tra7)sqnehtioirné par la Conromie^ 

R. — Vou.s n'avez jamais vu qu'il 
ait commis aucun niccliaut acte ? 

R.— Nou. 

Q. — Il s'est toujours bien comporté ? 

R. — Oui, il s'est comporté comme 
les autres : il allnit régulièrement ù 
l'église et se compoi'tait comme les 
autres à l'église. 

Q. — 11 avait l'habitude de remplir 
ses devoirs religieux régulièrement 
comme les autres ? 

R — A ce que j'ai pu voir. 

Q. — Quel âge avait-il quand il res- 
tait à Holyoke ? 

R. — 11 ne taisait rien que de com- 
mencer à travailler, il était jeune. 

ALCIDE POIRIER, de St. Valè- 
re de Bulstrode. — Je connais le prison- 
nier à la barre depuis une douzaine 
d'années. 

Q. — D'après la connaissance que- 
vous avez du prisonnier à la barre, vou- 
lez-vous nous dire de quelle intelligen- 
ce et de quelle mémoire vous pensez 
qu'il est doué ? 



113 

R. — Il est venu in'îiider à charger 
des billots au bois ; (luand ma charge a 
été chargée, je lui ai mis ma chargr* en 
mains pour la conduire : il la menait 
aussi bien à côté du chemin que dans le 
chemin. Je l'ai fait arrêter et j'ai amar- 
ré les cordeaux sur le dos du cheval. 

Je le trouve un petit génie quant 
à son intelligence, un fou ; quand je lui 
parlais il me répondait oui, non. Je miv 
suis aperçu que c'était un petit génie 
fou • 

Q. — Dans cette circonstance où le 
prisonnier a sorti un voyage de billots 
du bois, comnii'nt se trouvait-il à travail- 
ler pour vous ? 

R. — Je l'ai demandé pour venir 
m'aidera charger ma charge au hois. 
Après qu'elle a été chargée, je lui ai 
dit:** prends mon cheval et embar- 
que. " Après qu'il eut pris les cordeaux 
il le menait aussi bien à côté que dans 
le chemin. Quand j'ai vu ça, je l'ai fait 
débarquer et j'ai attaché les cordeaux 
sur mon cheval ; le cheval allait mieux 

seul que conduit par lui. 
8 



lU 

Transqucs lionne par la Couronne, 

Q. — Demeurez-vous loin du prison- 
nier ? 

R. — Je demeure à quatre milles de 
chez lui. 

Q. — Aviez-vous occasion de le voir 
le dimanche ? 

R. — A la messe je le voyais sou- 
vent. 

Q. — Se comportait-il comme les 
autres ? 

R. — Ju ne l'ai pas toujours suivi, 
mais je ne lui ai rien vu faire de mal, 

Q. — Pensez-vous qu'il sait que c'est 
mal que de tuer uiie personne ? 

R. — C'est une chose que je ne con- 
nais pas du tout : il doit le savoir. 

CLOVIS St. CYR, de St. Valère 
de Bulstrode. — Je connais le pri:^onnier 
à la barre depuis quatre ans environ. 

Q. — D'après la connaissance que 
vous avez du prisonnier à la barre, vou- 
lez-vous nous dire quelle est votre opi- 
nion quant à son intelligence et sa mé- 
moire ? 

R. — Suivant moi, son intelligence 



115 

n'était pas bien grande, etc'evSt la même 
chose quant à sa mémoire. CJhaque fois 
qu'on allait là, c'était rare qu'il restait 
avec nous autres ; on ne le voyait 
pres([ne jamais, il s'en allait, soit dans 
la cuisine, soit dehors. 

Q. — Restez-vous loin de chez le 
frère du prisonnier? 

R. — Je reste à peu près à 15 ou 
18 arpents 5 je n'y aUais pas bien sou- 
vent. Au meilleur de ma connaissance 
j'y ai peut-être été une dizaine de fois 
pendant qu'il était à la maison. Chaque 
fois que j'y ai été, c'était de cette ma- 
nière qu'il se conduisait, il ne restait 
pas avec nous autres. Dans certaines 
circonstances que j'ai été à la maison du 
prisonnier on a joué aux cartes, mais le 
prisonnier n'a pas joué ; il ne se mêlait 
pas avec les autres. 

Trcuisqnestionyié par lu Couronne, 

Q. — Avez-vous jamais eu occasion 
de voir qu'il ait tué des animaux à la 
maison ? 

R. — Non, ni qu'il les ait maltraités. 



116 

Je n'ai pas connaissance qu'il se soit 
jamais mal comporté. Il allait à la 
messe régulièrement, il se comportait 
comme les autres; il n'avait pas rhabi- 
trde d'insulter personne. 

HUBERT TARDIF, de St. Valère 
de Bulstrode. — Je connais le prisonnier 
à la barre, c'est mon beau-frère ; je le 
connais depuis euviron trois ans. 

Q. — D'après la connaissance que 
vous en avez, voulez-vous nous dire 
quelle est son intelligence et sa mé- 
moire ? 

R. — Je l'ai toujours pris pour un 
homme d'un petit génie. 

La Couronne déclare qu'elle n'a 
pas de trausquostions à faire au témoin. 

Fin de la Preuve de la D^^fense. 



117 
CHAPITRE IV. 

Contre-T^reuve de 
la Couronne 

CHOMAS S. BARWIS, Ecr., Greffier 
I^É ^^ ^^^ Paix et de la Couronne, du 
village d'Arthabaskaville : — J'ai enten- 
du le témoignage de Prudent Lainesse* 
Au temps dont il parle j'étais avec M. 
Bissonnette. J'y étais depuis le com- 
mencement jusqu'à Tarrivée de M. Can- 
non. 

Q. — M. Lainesse a dit quelegrand 
connétable aurait dit au prisonnier qu'il 
serait mieux pour lui de se déclarer de 
suite: voulez- vous dire s'il lui a dit 
quelque chose comme cela ? 

R. — Je n'ai pas entendu d'expres- 
sions semblables. A plusieurs reprises, 
le grand connétable a averti le prison- 
nier, et entre autre il lui a dit à plu- 
sieurs reprises : " Je suis envoyé par 
^* le gouvernement pour tâcher de 
*' découvrir quelque chose dans ce meur- 
^' tre ; si vous pouvez nous donner 
** quelques éclaircissements et rensei- 



118 

*' gnements sur cette affaire-là, comme 
•* vous étiez dans la localité, et que 
'* vous pouvez nous donner des informa- 
*• tions, ça vous sauvera de beaucoup de 
'' troubles, " J'ai compris que cela se 
rapportait à ce qu'il était en prison 
sous soupçon ; il ajoutait : " mais vous 
^' n'êtes pas tenu de rien me dire, parce 
" que je vais prendi'e tout ce que vous 
'' direz en écrit, et ça pourra servir 
^' contre vous." Ceci a été dit à plusieurs 
reprises dans la conversation, et quel 
que chose de semblable, dans ce genre là. 

De temps en temps, le grand conné- 
table le mettait sur ses gardes. 

Je n'ai pas entendu faire aucune 
offre, promesses ou menaces pour enga- 
ger le prisonnier à avouer son crime, 
parce que si j'avais entendu un mot com- 
m3 cela, je l'aurais arrêté de suite en 
ma qualité de Greffier de la Paix et de 
la Couronne. 

TransquestiGnué par le conseil de V accusé. 

Quand le coron er est VQni dans 
mon bureau avec l'enquête, j'ei lu cette 



119 

enquête. Je lui ai demandé s'il «ivait 
arrêté quelqu'un, car d'après l'enquête 
il y avait un doute : il m'a dit que non. 
Je lui ai dit : ^* Il y a assez dans les dé- 
^* positions pour arrêter le prisonnier ; 
" si vous ne dressez pas le warnutl, je 
" ferai la déposition moi-même, et j'en- 
^' verrai chercher le prisomiier. " 

Là-dessus, il a dressé le ivarranf et 
a eavoyé chercher le prisonnier. 

L'objet de l'interrogatoire du pri- 
sonnier était de savoir de lui s'il pour- 
rait nous indiquer quelqu'un qui aurait 
pu nous donner des informations, vu 
que nous étions pour aller faire une 
investigation sur cette affaire. Le pri- 
sonnier n'était alors arrêté, que sous 
soupçon de ce meurtre. 

Je ne sais pas ce que le grand con- 
nétable Bissonnette avait dans son idée 
mais mon idée était qu'on faisait une 
investigation générale pour découvrir 
qui avait commis le meurtre, lui ou un 
autre, et nous voulions voir jour pour 
découvrir qui était le coupable. Ou ne 
lui a pas posé aucune a[uestion pour 
l'inculper lui-même. 



120 

LViiqucte est alors close de part 
et d'autre. 



CHAPITRE V. 

Demande que les confessions du prison- 
nier soient mises de côté — Adresse 
au jviry par le conseil de l'accusé — 
Adresse au jury par l'avocat de la 
Couronne — Charge du juge. 

24 novembre 1880. 

L. J. CANNON, Ecr, Conseil du 
prisonnier, avant d'adresser le jury, 
demande que les confessions du prison- 
nier soient mises de côté et ne fassent 
pas preuve contre lui, et s'exprime 
comuie suit : 

Qa il plaise à la Coar, 

Je demande que les confessions et 
admissions prouvées contre le prisonnier 
dans le cours de ce procès, soient mises 
de côté, parce que ces confessions et 



121 



admissions ont été obtenues du prison- 
nier par promesses, menaces et intimi- 
dation, ou, pour me servir d'un mot an- 
glais qui exprime toute mon idée, par 
i/ndacemeais. 

Je vais de suite dire au tribunal 
sur quoi je me base pour foire mettre 
ces confessions de côté. 

La première entrevue que le pri- 
sonnier ait eue avec qui que ce soit 
après son arrestation, a été le 3 avril 
dernier, dans la prison, avec le grand 
connétable Bissonnette ; il a dit au pri- 
sonnier qu'il était envoyé ici par le gou- 
vernement pour découvrir le meurtrier 
d'Odélide Désilets. 

M. Bissonnette, examiné comme 
témoin, a juré qu'il n'avait fait aucune 
promesse, qu'il ne s'était servi d'aucunes 
menaces pour induire le prisonnier à 
faire une confession, qu'il ne lui avait 
pas dit qu'il retirerait aucun avantage 
des aveux qu'il pourrait lui faire. 

Lorsque le prisonnier a été appelé 
à faire sa preuve, il a fait entendre le 
témoin Prudent Lainesse: ce témoin 
dit qu'il était aux pieds de l'escalier de 



122 - "^-'■•;:^-";^:, 

îa prison, le 3 avril dernier. Il a tou- 
jours pris un intérêt au prisonnier, étant 
un ami de la famille. Là il a entendu 
le grand connétable, qui parlait au pri- 
sonnier et qui lui disait : " Tu peux 
" bien trembler, on tremblerait à moins : 
" qu^il était un des premiers ians la 
"justice, et que s'il faisait des aveux 
" cela serait mieux pour lui. " 
i, >f: Le geôlier, M. Dominique, a corro- 
boré jusqu'à un certain point la déposi- 
tion de M. Lainesse, parce qu'il nous 
dit que, dans le temps, M. Bissonnette 
parlait au prisonnier des coupures qu'il 
avait aux mains et qu'il tremblait beau- 
coup, qu'il tremblait comme un tremble- 
ment de terre. Sur ces deux points le 
témoin Lainesse est corroboré par Do- 
minique. 

Mais ct4ui qui corrobore le plus 
fortement la déposition de M. Lainesse, 
quant aux menaces et aux promesses 
faites au prisonnier antérieurement à 
sa confession, à M. Barvvis, Greffier de 
la Couronne. Voici le texte même de 
sa déposition : "M. Bissonnette a dit 
*^ au priso)inier : Je suis envoyé par le 



123 

** Gouvernement pour tâcher de décou- 
" vrir quelque chose quant à ce meur- 
" tre; si vous pouvez nous donner 
*^ quelques éclaircissements, quelques 
" renseignements, comme vous êtes dans 
" la localité, ce sera mieux pour vous^ 
" cela vous sauvera de beaucoup de 
'' trouble vu que vous êtes arrêté sur 
*^ soupçon, mais vous n'êtes pas obligé 
" de rien nous dire parce que je serai 
" obligé de tout prendre par écrit et 
'' cela pourra servir contre vous. " 

Voici des autorités qui démontrent 
qu'il y a là suffisamment pour faire met- 
tre de côté les confessions obtenues du 
prisonnier. (Il cite Russell, on crimes, 
vol III p. p. 367, 369, 377. Cesautorité» 
démontrent en substance qu'une confes- 
sion, pour être bonne, ne doit pas être 
obtenue par aucune menace ou prom es- 
se, quelques légères qu'elles soient. ) - ; 

Si le tribunal trouve que cette con- 
versation contient aucune promesse ou 
menace, malgré que le prisonnier n'ait 
pas fait d'admission ce jour là, malgré 
que ce ne soit que le 9 avril qu'il ait 
fait sa confession, je dis que ces exprès- 



124 

«ions tombées de la bouche du grand 
connétable Bissonnette étaient suffisan- 
tes pour faire mettre de côté aucunes 
confessions subséquentes, parce qu'elles 
devaient être faites par le prisonnier 
sous l'influence des paroles que le grand 
connétable lui avait adressées : " cela 
*' vous sauvera beaucoup de trouble, vu 
" que vous êtes arrêté sur soupçon. " 
3, Russell p. 378. 

Le prisonnier a dû raisonner que 
s'il confessait son crime, il en retirerait 
des avantages. Surtout lorsque ces pa- 
roles venaient d'une personne en auto- 
rité comme M. Bissonnette. 

Si le tribunal décide que le premier 
aveu du prisonnier, celui fait à MM. Bis- 
sonnette et Barwis, dans la chambre de 
l'avocat de la Couronne, a été influencé 
par cette promesse de M. Bissonnette, 
faite le 3 avril dernier, aucune confes- 
sion subséquente serait de même nulle. 

Pour toutes ces raisons, ie demande 
au tribunal d'instruire le jury de ne pas 
prendre en considération les confessions 
et aveux prouvés contre le prisonnier. 



125 

Adresse au jury par le conseil de 
Taccusé. 

Quil iJÏaise à la Cour. 
Messieurs les jurés. 

Il est inutile pour moi de vous rap- 
peler la gravité des devoirs et des 
fonctions que vous avez à remplir. Le 
prisonnier subit son procès devant vous 
et de ce procès doit dépendre sa vie ou 
sa mort. Vous êtes sous serment ; sous 
ce serment vous avez des devoirs à rem- 
plir ; mais vous n'êtes pas seuls sous 
serment ; comme avocat, j'ai prêté ser- 
ment et Jié par ce serment, j'ai aussi 
certains devoirs à remplir. Les parents 
du prisonnier m'ont demandé de pren-. 
dre sa défense; mon devoir était de ne 
pas refuser. Mon devoir maintenant est 
de vous exposer tous les points favora- 
bles au prisonnier et d'en tirer les con- 
clusions que je trouve justes et raison- 
nables. 

Comme vous le savez, MM. les 
jurés, le 30 mars dernier, on trouvait 
dans Bulstrode, le corps d'une malheu- 
reuse jeune fille enfoui dans un puits 



126 

iet portant des marques de violence. 
Une pauvre jeune fille, dans la fleur de 
l'âge, ravie à T affection de ses parents, 
de ses amies, de ceux qui lui sont chers, 
c'est là un des événements les plus tristes 
que l'on puisse imaginer, et la société 
doit faire tout en son pouvoir pour em- 
pêcher que de pareils attentats ne se 
renouvellent. 

Immédiatement après cette décou- 
verte, personne n'était soupçonné d'être 
l'auteur de cette mort. Le coroner du 
district, M. Gravel, a été notifié de la 
mort d'Odélide Déi^ilets et a tenu une 
enquête tel que le voulait la loi. Dans le 
courâ de Tenquête, le prisonnier a été 
examiné comme témoin, on a trouvé 
des coupures sur ses mains et des taches 
de sang sur ses habits. Ces circonstances 
ont fait que des soupçons, ont plané sur 
lui et il a été arrêté et mis en prison. 

Il n'y a pas de doute que le fait de 
la mort de cette infortunée jeune fille 
iétait de nature à créer beaucoup d'indi- 
gnation dans le public. Il était difficile 
de s'imaginer un genre de mort plus re- 
grettable que celui-là^ aussi l'indigna- 



127 



tion fut-elle grande contre le prisonnier 
quand, le 9 avril dernier, on apprit qu'il 
avait confessé être Fauteur de cette 
mort violente ; on allait jusqu'à se de- 
mander si le prisonnier trouverait un 
avocat qui oserait entreprendre sa dé- 
fense. 

Si, parce que vous avez pu enten- 
dre dire, avant le procès, il vous est 
arrivé de vous former une opinion favo- 
rable ou défavorable au prisonnier, il 
est de votre devoir de vous débarrasser 
de ces préjugés. Tout ce que vous avez 
à faire aujourd'hui est de peser, d'exa- 
miner froidement la preuve qui a été 
faite devant vous et d'en venir à 
la conclusion si, oui ou non, le prison- 
nier à la barre est coupable de meurtre. 

Il ne suffit pas, pour rapporter un 
verdict de coupable, contre le prison- 
nier, de constater le fait que le prison- 
nier a tué Odélide Désilets. Il n'est pas 
seulement accusé d'avoir tué Odélide 
Désilets ; il est accusé d'avoir commis 
un meurtre.^ ^^^ 

'' Vous me permettrez de vous dire 
comment la loi définit le crime de meur- 



128 

ire : *^ Le meurtre est le fait de tuer 
*' son prochain avec malice prémédi* 
" tée. *' Il faut non-seulement le fait 
de la mort de la défunte, mais aussi 
l'existence d'une malice préméditée, 
chez le prisonnier, lors de la commis- 
sion de cette mort. 

Y avait-il préméditation chez le 
prisonnier, le 29 murs dernier, quand la 
défunte a été tuée ? 

t II faut prendre ks aveux du pri- 
sonnier, qui ont été prouvés devant 
vous, au complet ; avec cette confession 
peut-on dire que, le 29 mars dernier, il 
y avait préméditation chez le prison- 
nier de tuer Odélide Désilets ? 

Je vous soumets que la preuve dé- 
montre tout le contraire. 
' Si nous prenons les aveux du pri- 
sonnier, prouvés par MM. Bissonnette 
et Barwis, on voit que le prisonnier, 
voyant venir la défunte, a été à sa ren- 
contre seulement dans Tintention de 
l'embrasser, aucune autre intention 
n'est prouvée à moins que nous prenions 
la confession du prisonnier tel que faite 
à son curé, le Révérend M. Dauth ; le 



/ 



129 

prisonnier a dit h M. Dauth, qu'en 
voyant venir Odélide Désilets du grenier 
de la maison de son père, il est descendu 
pour aller au devant d'elle, a pris uu 
couteau qu'il y avait sur la fenêtre uni- 
quement pour lui taire peur et l'emme- 
ner avec lui dans une grange. Cette con- 
fession démontrerait, chez le prisonnier, 
l'existence d'intentions bien blCunables, 
mais vous n'y trouverez aucune prémé- 
ditation pour faire, de la mort d'Odélide 
Désilets, un meurtre. 

Vous avez entendu l'avocat de la 
Couronne, au début de ce procès, vous 
dire, que l'intention du prisonnier, 
le 29 mars dernier, était de com- 
mettre le crime de viol. Je ne veux 
pas insister sur ce point; car mainte- 
nant que vous connaissez le peu d'intel- 
ligence du prisonnier, son caractère et 
ses habitudes, il me semble inutile d'in- 
sister sur le fait que, le 29 mars dernier, 
quand le prisonnier a été h la rencontre 
d'Odélide Désilets, il n'avait pas l'inten- 
tion de la violer. 

? Je soumets donc que, le 29 mars der- 
nier et antérieurement au 29 mars, il 
y 9 ' -y '■■,.■■:.:■' 



130 

n'existait chez le prisonnier, aucune 
préméditation de vouloir ôter la vie à 
cette malheureuse jeune lille : loin de 
là! 

Pour eoubtituer le crime de meur- 
tre, il faut un autre élément; il faut 
que la mort ait été donnée par la per- 
î^onne accusée avec malice, lorsqu'elle 
avait le contrôle de ses actes et qu'elle 
pouvait distinguer entre le bien et le 
mal, au moment même du meurtre. 

Je vous demande de considérer la 
preuve qui a été faite et de voir si réel- 
lement le prisonnier, quand il a ôté la 
vie à Odélide Désilets, pouvait distin- 
guer le bien du mal ou s'il n'était pas 
sous le coup d'une provocation qui lui a 
fait perdre la distinction du bien et du 
mal et lui '^. enlevé le contrôle de ses 
actes, au moment ou le forfait a été 
commis. 

Que voyons-nous dans la confession 
du'pri son nier V Toujours la même ver- 
sion quant au commencement de cette 
malheureuse rencontre. Ayant rencon- 
tré Odélide Désilets, et ayant voulu 
l'embrasser, celle-ci, ([ui était une jeune 



131 



fille robuste, l'a repoussé avec assez de 
force pour le jeter sur le dos. 

Je ne prétends pas, Messieurs les 
jurés, vous mettre sous l'impression que 
cette infortunée jeune fille, étant ainsi 
assaillie, n'avait pas le droit de le re- 
pousser ; non : mais il est un fait bien cer- 
tain, c'est que Odélide Désilets a repous- 
sé le prisonnier et l'a jeté sur le dos. Se 
voyant ainsi jeté à terre, il lui est venu 
un accès de rage, il ne savait plus ce 
qu'il faisait. D'après la preuve, on a 
trouvé sur les mains du prisonnier des 
coupures considérables ; cependant, une 
fois qu'il a été jeté à terre, il est deve- 
nu tellement excité, il a tellement per- 
du le pouvoir qu'il pouvait avoir aupa- 
ravant de di.stinguer le bien du mal, 
qu'il ne s'est pas aperçu qu'il s'était 
coîipé les mains dans la lutte qui était 
intervenue ; il ne s'en est aperçu que 
vingt minutes ou une demie heure 
aprèp. 

Je dis que le fait d'avoir ainsi été 
jeté à terre était une provocation suffi- 
sante, chez le prisonnier, pour faire de 
l'assassinat d'Odélide Désilets, commis 



132 

sur le champ, pendant qu'il était sous le^ 
coup d'une rage incontrôlable, un cas 
d'homicide non prémédité et non un 
meurtre. Je ne veux pas prétendre que 
c'aurait été là une justification suffisante 
pour un homme d'une intelligence ordi- 
naire ; mais rappelez-vous, Messieurs 
les jurés, que tous les témoins ont décrit 
le prisonnier comme un homme d'un 
l^etit fjénie, que vous avez affaire à un 
homme d'une intelligence si faible qu'il 
n'a jamais pu mener une paire de boeufs 
ou des chevaux, qu'il oubliait ses prières 
d'une semaine à l'autre, qu'il n'a jamais 
pu, comme les autres jeunes gens de son 
âge, gagner sa vie lui-même, que lors- 
qn'enfant, il allait à l'écîole, la maîtres- 
se le faisait asseoir à part des autres 
élèves, qu'il ne sortait jamais avec les 
autres jeunes gens de son âge, qu'il ne 
se mêlait jamais à la conversation ni 
aux amusements qui avaient lieu chez 
lui, qu'il passait son temps à jouer avec 
des chats et des poules, que lors de l'en- 
quête du coroner, un des témoin^ de la 
Couronne, Zoel Houle, a eu le premier 
des soupçons contre le prisonnier, par- 



133 



•ce qu'il trouvait que l'assassinat d'Odé- 
lide Désilets était un coup de fou et 
qu'il n'y avait qu'un fou dans le canton, 
le prisonnier. 

Voilà l'homme à propos duquel 
vous devez dire, si dans les circonstan- 
ces, il y a eu provocation suffisante 
pour lui faire perdre le contrôle de ses 
actes, le pouvoir de distinguer le bien 
du in;\l au moment de l'assassinat d'Odé- 
lide Désilets. 

Tl vous reste une autre question à 
considérer. C'est de savoir si le prison- 
nier à la barre, au moment où Odélide 
Désilets a été tuée, était u!i agent libre, 
ou s'il n'était pas plutôt un imbécile, 
un idiot ; car dans ce cas, il vous serait 
impossible d'amener un verdict de cou- 
pable contre lui : s'il se trouve à la bar- 
re un homme que la Providence n'a pas 
voulu douer des dons de l'intelligence, 
je vous dis que vous ne pouvez pas le 
trouver coupable de meurtre, mais que 
vous devriez déclarer, par votre verdict, 
qu'il est fou, idiot, et la Cour aura à le 
faire enfermer dans un asile d'aliénés ou 
iiilleurs. Si vous ne trouvez pas que son 



134 

intelligence soit assez éteinte, qu'il soit 
assez idiot ou imbécile pour le faire en- 
fermer dans un asile, mais que néan- 
moins il n'est pas doué d'une intelligen- 
ce ordinaire, alors, messieurs les jurés, 
vous n'aurez pas à trouver un verdict 
de meurtre, mais, un verdict d'assassi- 
nat non prémédité, contre le prisonnier 
à la barre. 

En trouvant un tel verdict, vous 
serez loin de l'acquitter ; la Cour pourra 
l'envoyer au pénitencier pour sa vie et 
vous aurez rempli votre devoir en- 
vers la société. 

Quant à l'intelligence du prison- 
nier, la Couronne a examiné comme 
témoins : le Dr. Valcourt et le Dr, Pou- 
lin, MM. Riou^ , Barwis, Bissonnette ; 
mais toutes ces personnes n'ont vu le 
prisonnier que lors du meurtre et depuis 
son arrestation, et la preuve qu'ils ont 
faite de l'intelligence du prisonnier ne 
peut contre-balance r, il me semble, la 
preuve faite par les témoins de la défen- 
se, qui connaissent le prisonnier depuis 
son enfance et le voyaient très-souvent. 
Quels sont les faits prouvés par eux. Le 



135 

père (lu prisonnier nous dit que son fils 
n'a jamais pu apprendre ses ^>r/^/-^>>\ que 
d'une semaine à l'autre il les oubliait. 
Voici un fait bien important et qui vous 
démontre que le prisonnier n'avait cer- 
tainement pas une mémoire ordinaire, 
qu'il n'en avait même pas du tout. 

Nous avons le témoii2:na«:e du rêvé- 
rend M. Dauth. qui dit que le prison- 
nier est un homme d'un petit génie, 
qu'il était morose, taciturne, et qu'il ne 
s'amusait pas avec les jeunes gens de 
son âge. Vous avez eiUenlu son père 
dire que le prisonnier n'avait jamais pu 
laisser la maison pour gagner sa vie, 
quoiqu'il fût en âge de le faire ; que son 
intelligence est si faible qu'il n'a jamais^ 
pu lui confier le soin de ses chevaux, que 
lorsqu'il allait à l'école, la maîtresse le 
faisait mettre à part des autres enfants. 
Vous avez le témoio:naii:e de M. Lai- 
nesse qui nous parle de la visite que 
son frère, partant pour les Etats, est 
venu lui faire en prison ; il lui a dit 
qu'il venait lui dire adieu, un adieu 
peut-être éternel ; ir prisonnier n'a.[>as 
paru ému, il n'a pas versé de larmes. 



136 

Il est en preuve que lorsqu'il ve- 
nait quelqu'un à la maison chez son 
père, le prisonnier passait son temps 
seul près du poêle, qu'il s'amusait avec 
un chat, une poule et qu'il avait plutôt 
l'air d'un entant que d'un homme. 

Nous avons le témoignage d'Alcide 
Poirier, qui nous dit que le prisonnier 
était incapable de conduire ses chevaux ; 
le témoignage de Zoël Ploule qui vous a 
dit qu'après avoir examiné la localité, 
après avoir entendu les témoignages à 
l'enquête du coroner, examiné les bles- 
sures que le prisonnier avait aux mains, 
il est allé trouver son curé, M. Dauth, 
et lui a dit que l'assassinat d'Odélide Dé- 
sik^s était un coup de fou et qu'il n'y 
avait qu'un fou dans la paroisse, le pri- 
sonnier à la barre. 

Voilà la preuve qui a été produite 
devant vons et c'est avec cette preuve 
là que vous devez dire si le prisonnier 
p )ssède sulïisaui:neiit d'intelligence pour 
distinguer le bien du mal ou s'il n'est 
pas un idiot que la loi ne tient pas res- 
ponsable de ses actes. 

Je ne veux pas vous entretenir 



137 



pi 118 longtemps de cette cause : il y a 
déjà plusieurs jours que vous vous en 
occupez. Tout ce que je vous demande 
est de bien peser les témoignages et de 
dire, d'après la preuve produite, si oui 
Qu non, le prisonnier est un homme 
jouissant d'une intelligence ordinaire ; 
je vous demande de décider s'il n'était 
pas sous le coup d'une provocation 
suffisante pour lui faire perdre le con- 
trôle de ses actes au momciit de l'as- 
sassinat, si cette provocation n'était 
pas suffisante pour lui faire perdre 
la faculté de distinguer le biei: du 
mal qu'il aurait pu avoir un instant 
auparavant ; si le prisonnier à la barre, 
lorsqu'Odélide Désilets a été tuée, avait 
perdu le contrôle de ses actes et n'était 
pas par conséquent susceptible de lama- 
lice nécessaire pour constituer un 
meurtre. Il sera de votre devoir d'ame- 
ner contre lui un verdict d'assassinat 
sans préméditation et le prisonnier sera 
sans doute envoyé par la Cour au péni- 
tencier pour sa vie. . 

Si vous trouvez que le prisonnier 
est un imbécile, un idiot, et c'est à vous 



138 

seuls de peser la preuve là-dessus, votre 
devoir sera de prononcer un verdict 
d'insanité et le prisonnier ne sera pas 
mis en liberté mai^, il sera envoyé dans 
un asile avec les autres infortunés que 
la Providence a privés d'intelligence. 

Je ne veux nullement atténuer l'é- 
normité du fait de la mort d'Odélide 
Désilets : mais supposons que cette in- 
fortunée jeune fille, le 29 mars dernier, 
eut rencontré un taureau furieux, un 
cheval vicieux et eût été maltraitée au 
point de perdre la vie, n'est-ce pas que 
cette mort eût été bien triste ? Cepen-^ 
dant personne n'aurait pu être tenu 
responsable de cette mort. 

De même, messieurs les jurés, si 
vous trouvez que le prisonnier n'avait 
pas l'intelligence nécessaire pour distin- 
guer le bien du mal et n'avait pas le 
contrôle de ses actes au moment du 
meurtre, vous remplirez votre devoir 
vis-à-vis la société et vis-à-vis le prison- 
nier, en le déclarant dans votre verdict 
et en le faisant mettre dans les éta^ 
blissements destinés aux malheureux 
privés de l'usage de la raison. iv 



139 

Avec ces remarques, je laisse la 
cause entre vos mains, convaincu que 
vous ferez justice au prisonnier et que 
votre verdict servira en même temps de 
protection à la société. 

Si, sur aucun point en cette cause 
vous avez un doute. C'est-à-dire si vous 
hésitez à vous prononcer dans un sens 
ou dans un autre, alors il est de votre 
devoir de donner le bénéfice de ce doute 
au prisonnier. 



Adresse au Jury de la part de la Cou- 
ronne, représentée par W. H. Fel- 
ton, Ecuier. 

Qail plaise à la Cour. 

MM. les Jurés. 

Il n'est pas de mon devoir, comme 
le représentant de la Couronne, d'insis- 
ter trop fortement sur l'accusation qui 
vous est maintenant présentée, non plus 
que sur aucune autre. Il m'incombe 
seulement de vous expliquer les faits 
d'une manière impartiale afin que vous 
puissiez juger, sous le s(îrmentque vous 



Ui) 

avez prêté, si raccusation contre le pri- 
sonnier à la barre est fondée, oui ou non. 
Le tribunal vous donnera son opinion 
sur la loi qui régit les accusations comme 
la présente. Il n'est pas nécessaire, non 
plus, de vous dire quelle est la gravité 
de Toffense dont le prisonnier est accu- 
sé. Le savant avocnt de la défense s'est 
donné la peine de vous le dire lui-même, 
et aussi qu'il ne prétendait pas justifier 
l'acte du prisonnier. 

11 n'y a que deux questions aux- 
quelles je crois devoir attirer votre at- 
tention : 

lo. Savoir si l'accusé avait assez 
d'intelligence et de mémoire pour juger 
entre le bien et le mal ; 2o, savoir si le 
prisonnier avait sa connaissance parfaite 
lorsqu'il a tué Odélide Désilets. 

Avant d'entrer dans les questions 
de faityje voudrais attirer votre atten- 
tion ainsi que celle de la Cour, sur la loi 
qui traite des eus de meurtre ainsi que 
des cas d'insanité. La loi présume que 
tout homicide est un meurtre tant que 
le contraire n'apparaît pas, et la Cou- 
ronne n'est pas obligée de prouver de 



141 

malice à part lu fait de l'homicidej vu 
que tout homme est présumé vouloir 
les conséquences de ses actes, (ici le re- 
présentant de la Couronne cite plusieurs 
autorités). 

Vous avez maintenant à considérer 
sur la première question que je vous ai 
soumise, si le prisonnier est un idiot, un 
fou ou un liomuie dénué de l'intelligen- 
ce nécessaire pour distinguer entre le 
bien et le mal, enfin s'il est capable ou 
non de commettre un crime. Sur ce 
point, vous avez, de la part de la Cou- 
ronne, des témoins très-intelligents et 
qui n'ont aucun préjugé contre l'accusé ; 
savoir, M. le grand connétable Bisson- 
nette, de Montréal, M. Barvvis, Greffier 
de la Couronne pour ce District, le Ré- 
vérend M. Dauth, cnré de la paroisse de 
Bulstrode, où le meurtre a été commis, 
et où demeure aussi le prisonnier, et 
enfin, les deux médecins, les Drs. Val- 
court et Poulin, qui sont des personnes 
capables de juger de l'intelligence du 
prisonnier. Tous ces témoins ont juré de 
la manière la plus positive que le pri- 
isonnier avait une bonne mémoire et 



142 

une intelligence suffisante pour distin- 
guer entre le bien et le mal et savoir la 
jiature et les conséquences de Tacte 
qu'il a commis. Particulièrement, M. le 
curé Dauth, qui a déclaré avoir connu le 
prisonnier comme son paroissien depuis 
7 ou 8 ans, et que s'il avait le moindre 
doute sur son intelligence, il ne l'aurait 
pas admis aux sacrements de l'Eglise 
comme il l'a fait depuis ce temps. 
Contre cette preuve, vous avez plusieurs 
des témoins de la défense qui ont témoi- 
gné sur l'intelligence du prisonnier. La 
plupart de ces témoins ont démontré, 
dans la boîte, moins d'intelligence que 
le prisonnier lui-niêîne. Et ces témoins 
n'ont pu constater aucun acte de dé- 
mence ou de folie d(3 la part du prison- 
nier, qui allait régulièrement à la messe 
avec les membres de sa famille, et s'est 
toujours conduit, là comme ailleurs, en 
présence du public, d'une manière fort 
rationnelle. Vous avez plus, messieurs 
les jurés, vous avez les déclarations de 
l'accusé lui-même, et ses explications 
sur tous les faits qui paraissaient l'in- 
criminer. Lors de l'enquête du coroner, 



143 



il a si bien expliqué sa conduite, les 
blessures qu'il avait sur les mains, ainsi 
que les taches de sang qu'il avait à dif- 
férents endroits sur ses habits, que per- 
sonne n'a songé ù le soupc^'onner. 

L'intelligence du prisonnier ainsi 
que sa mémoire sont évidentes par ces 
faits ainsi que par le fait que M. Bisson- 
nette et M. Barwis ont conversé avec le 
prisonnier pendant plus de deux heures, 
et pendant cet espace de temps, il ne 
s'est ni trompé ni contredit sur l'histoire 
qu'il avait faite de ses actions la journée 
du meurtre, cette histoire s'accordant 
parfaitement avec les déclarations qu'il 
avait faites auparavant lors de l'enquête 
du coroner. Sur la seconde proposition 
que j'ai faite, vous avez, messieurs les 
jurés, les admissions du prisonnier rela- 
tées par M. le curé Dauth, qui explique 
les motifs qui ont poussé le prisonnier à 
commettre ce meurtre. Il savait que la 
journée en question, tous les hommes 
des environs, à part le père d'Odélide 
Désilets, étaient allés à un encan ; que 
cette dernière devait venir visiter la 
famille du prieonnier dans l'avant-midi 



144 

de la journée du meurtre. Le prison- 
nier monte dans le haut de la maison 
pour voir sa victime partir de chez elle, 
distance d'environ vingt arpents. Il y 
avait dans cet espace une baisseur • 
d'oîi Ton pouvait voir les maisons habi- 
tées d'un bord ou de l'autre. C'était 
près du puits où le meurtre a eu lieu. 
Le prisonnier, voyant partir Odélide 
Désilets de chez elle, descendit du gre-^ 
nier où il l'avait aperçue, dans le but de 
la rencontrer dan^ cette baisseur. Eu 
sortant de la maison, il saisit un couteau 
de poche qu'il trouve sur une fenêtre 
près de la porte, dans le but, ainsi que 
nous le dit le curé Dauth, de faire con- 
sentir la jeune fille à ses désirs crimi- 
nels, mais non, comme le prisonnier le 
prétend, de la tuer, si le prisonnier sa- 
vait si bien ce qu'il faisait et qu'il a si 
bien lait ses cîilculs pour violer une 
jeune fille chaste, il doit avoir assez 
d'intelligence pour savoir qu'en la frap- 
pant sur la tête, de toute sa force, ainsi 
qu'il l'a lui-même admis, avec le bâton 
qui vous a été montré et qui porte à un 
bout les marques de sang causées par la 



145 

main du prisonnier, qui avait été coupée 
par son propre couteau, lorsque «a victi- 
me lui enlevait le couteau ; et à l'autre 
bout, une mèche de cheveux de la dé- 
funte Odélide Desilets, il devait savoir 
que le coup qu'il infligeait devait être 
mortel. Il a non-seulement infligé un 
coup, mais deux ; chacun desquels sépa- 
rément, d'après le témoignage des mé- 
decins, devait être mortel. 

Les faits de cette cause, tels que 
prouvés par les témoins et les admissions 
de Taccusé. sont assez frais dans votre 
mémoire, qu'il n'est pas nécessaire pour 
moi de vous les rappeler plus au long. 
Qu'il suffise de vous dire que le prison- 
nier a été assez impitoyable que lors- 
qu'après avoir jeté la jeune tille par ter- 
re dans le chemin, lorsqu'elle avait re- 
fusé de consentir à ses désirs illicites, le 
voyant ouvrir son couteau, elle le sup- 
plie de la quitter, lui promettant de ne 
déclarer les intentions qu'il avait eues à 
son égard, ni aux parei»ts du prist)nnier 
ni aux siens propres, il n'a pas prêté 
l'oreille à ses prières ni a ses supplica- 
tions. Au contraire, emporté par la vio- 



146 

leiice de ses passions, il Ta frappée au 
€ou avec son couteau, et, de là, désirant 
cocher tout vestige de son attentat, il 
arrache une partie du couvercle du puits 
et donne à sa victime deux coups mor- 
tels sur la tête. 

Le savant juge qui a si habilement 
piétsidé à ce procès, vous donnera son 
opinion sur la loi qui régit en matière 
criminelle la preuve des admissions aux- 
quelles on s* est objecté en cette cause. 

Avec ces remarques, je vous sou- 
mets la cause avec la plus grande con- 
fiance que dans votre verdict, vous 
suivrez le serment que vous avez prêté 
et que vous rendrez le verdict auquel la 
Couronne ainsi que le public ont droit 
de s'attendre. 

Vous n'aurez plus maintenant, 
messieurs, qu'à écouter la charge qui 
doit vous être adressée par le tribunal. 



Messieurs les jurés, 

Il y a six mois à peine, un murmure 
d'horreur s'est élevé du sein de nos cam- 
pagnes paisibles. Ce murmure a été 



147 

répété d'un bout du pays à l'autre. On 
venait d'apprendre qu'en plein midi, 
une jeune fille d'à peu près dix-huit ans, 
vertueuse et pleine de santé, venait 
d'être trouvée au fonds d'un puits, 
couverte de blessures mortelles 
et qu'elle avait dû rester dans ce 
puits, vingt-six ou vingt-huit heures 
au moins. Quelle a été la durée de 
cette agonie ? on se le demande, 
on en frissonne ! Combien de temps 
avait-ello eu sa connaissance au fonds de 
ce puits? La conscience s'est révoltée, 
la justice s'est informée ainsi qu'elle 
devait le faire ; et à la suite de longues 
investigations faites avec soin, conscien- 
cieusement, le prisonnier à la barre est 
la personne sur laquell<e les soupçons se 
sont arrêtés, comme étant l'auteur du 
meurtre. Ces soupçons se sont traduits en 
une accusation qui a été placée devant les 
grands jurés de ce terme. Ces grands 
jurés, sous leur serment, ont faitrapport 
à la Cour qu'il y avait matière à procès 
contre le prisonnier à la barre sur cette 
accusation. ^ 

Maintenant, vous êtes, dans cette 



148 



boîte, les juges qui devez décider d'a- 
bord : si cette fille a été tuée ; s'il y a 
eu un meurtre, qui a commis ce meurtre; 
si ce meurtre a été à la suite de provo- 
cations justifiant le meurtre; enfin si la 
personne qui a commis le meurtre était 
dans un état mental qui la rendait res- 
ponsable de ses actes. 

La position que vous occupez au- 
jourd'hui est bien grave : le pays a les 
yeux sur vous pour que vous rendiez un 
verdict, non pas suivant les dictées de 
l'opinion publique, non, mais suivant la 
preuve qui a été produite devant vous. 
Vous avez prêté serment, messieurs, 
devant Dieu, que vous écouterez les 
faits de cette cause, et vous avez appelé 
Dieu à témoin que, ces faits écoutés, 
vous rendrez un verdict suivant les té- 
moignages, et rien autrement. Voua 
êtes donc juges des faits, c'est à vous à 
décider sur les faits ; la Cour n'a rien à 
y voir. La Cour a le droit, et c'est son 
devoir de vous indiquer la manière d'in- 
terpréter les faits, mais vous en êtes les 
juges. ' ^ 

La Cour a le droit de dire ce qu'egt 



149 

la loi relativement aux questions de 
droit qui sont soulevées dans ce débat. 
Vous avez donc pour vous guider, d'un 
<3Ôté la preuve, de Tautre la Cour. 

Messieurs, avant de commencer 
l'examen de la preuve, je dois dire ceci : 
que l'accusé a eu un avantage considéra- 
ble. Il a eu six mois à préparer sa dé- 
fense. Ses parents, ses amis, ont eu le 
temps de chercher, de trouver des preu- 
ves, s'il y en avait en sa faveur. La dé- 
fense qui a été présentée ici, est une 
défense complète. L'accusé a eu Tavaii*' 
tage d'une défense extrêmement habile, 
et personne n'aurait rendu plus de jus- 
tice à la cause du prisonnier que son 
savant procureur. 

D'abord, le prisonnier a-t-il causé 
la mort d'Odélide Désilets ? 

Laissons la confession de côté, et 
voyons si, d'après les fiiits prouvés dans 
la cause, il y aurait ou il n'y aurait pas 
suffisamment pour vous permettre d'en 
arriver à la conclusion relativement à 
rinnocence ou à la culpabilité de Taccu- 

Nous avons en preuve que cette 



150 

fille a été tuée et jetée dan? un puitSy. 
dans le milieu d'une journée ; nous 
avons en preuve que tous les environs 
du puits étaient piétines : il y avait eu 
évidemment lutte. Un peloton de fil 
qu'elle avait apporté de chez elle a été 

. trouvé au fonds du puits ; le fil dévidé 
de ce peloton partait du chemin et s'é- 
tendait jusqu'à la margelle du puits : il 

pétait cassé à différents endroits. On 
voyait qu'il y avait eu lutte. 

Le prisonnier à la barre était, dans 

K tout le rang, le seul homme ce jour-là. 
Tous les autres hommes étaient partis 
pour un encan à Ste. Elizabeth. Le pri- 
sonnier est parti de chez lui, et a dû se 
rendre au puits, car la preuve de sa pré- 
sence existe ; il portait une paire de 
bottes sauvages. Les bottes sauvages 
qu'il portait ont dû faire les traces qui 
étaient autour du puits ; elles s'adap- 
taient précisément aux empreintes que 
la neige durcie avait gardées des pas 
qui avaient été faits. Ensuite, ce jeune 
homme se trouve à avoir des blessures 
aux mains, des blessures dont il rend 
compte d'une manière que les docteurs^ 



151 



ont déclarée ne pouvoir pas être vraie. 
De plus, il était couvert de sang, son 
pantalon en dégouttait : il en avait 
dans ses deux poches de pantalon, sur 
les manches de sa jaquette, et jusque 
dans le dos : une main, déjà affaiblie 
par la lutte peut-être, s'y était attachée 
pour se défendre et s'y reteuir. Le té- 
moin Gélinas vous dit qu'en examinant 
sa jaquette, un petit morceau de chair 
humaine a été trouvé à la hauteur de la 
poitrine. 

Voilà des circonstances bien extra- 
ordinaires. De quelle manière l'accusé 
en rend-il compte ? Il n'en rend compte 
aucunement. 

Il y a plus, cette fille a été dardée 
au cou. Les médecins out décrit l'ins- 
trument qui pouvait avoir ftiit cette 
blessure. Un couteau a été trouvé chez 
le père du prisonnier à la barre ; il 
l'aurait reconnu comme n'appartenant 
pas plus à un membre de la famille qu'à 
l'autre, mais à la famillp. Ce couteau a 
été identifié, vous l'avez vu. 

Il a été prouvé à l'enquête que 
cette fille avait deux blc-^sures à la tête^ 



152 

et que chacune de ces blessures étaient 
mortelles. Ces blessures ont été faites 
par un instrument contondant. Un 
morceau de bois a été trouvé près du 
puits : des cheveux sur un bout du 
i>âton et de l'autre des traces sanglan- 
tes. Les doigts de l'accusé s* adaptaient 
à ces traces. ' ' ' ' 

Avec ces laits, si le prisonnier ne 
rend pas compte de sa conduite, vous 
devez même avec cette seule preuve, 
déclarer que le meurtre a été commis 
par lui. ^ vî V - 

Mais il y a plus : Y a-t-il eu provo- 
cation? On a dit qu'il y avait eu provo- 
cation, et que chez un individu d*une 
intelligence peu développée, cette pro- 
vocation était suffisante pour justifier 
l'accusé. ' •-'■'■'■ '•'^■''^' ^■•■- 

, 11 n'y a pas eu de provocation. La 

seule preuve qui existe c'est que la jeu- 
ne (il le, loin de provoquer, a été la vic- 
,time d'uii assaut brutal, commis dans 
des intentions malhonnêtes, et qui s'est 
terminé par la mort. 

On a dit que la IHle avait repoussé 
le jeune homme, et que cela avait pu 



153 



Tenrager. En loi. ceci n'est rien. La 
jeune tille accostée par le prisonnier, sol- 
licitée d'une manière honteuse, la jeune 
fille n'a fait que son devoir. Est-ce là 
une provocation suffisante pour qu'un 
homme tire son couteau et qu'il le plon- 
ge dans le cou de sa victime ? 

Arrivons aux admissions. Le pri- 
sonnier, une fois arrêté, a été conduit à 
la prison. Le 3 avril dernier, pendant 
qu'il était à la prison, le grand conné- 
table, M. Bissonnette, qui avait été en- 
voyé pour conduire l'investigation rela- 
. tivement à ce meurtre, s'est rendu au 
troisième étage voir le prisonnier: il 
était accompagné par M. Barwis. Le 
geôlier y était, le shérif aussi, et en der- 
nier lieu est entré M. Cannon, je crois. 

Là, remarquons que le prisonnier 
«était incarcéré sous soupçon ; il n'y 
avait pas d'accusation assermentée 
•contre lui. Le grand connétable Bis- 
sonnette s'est rendu là non pas pour 
avoir des aveux du prisonnier, mais 
pour savoir des détails sur ce qui s'était 
passé. Il savait que le jeune homme 
«'était trouvé là dans le temps. Il lui 



154 

dit ceci : '' Si vous savez quelque chose^ 
dites-le moi/' et il Ta mis sur ses^ 
gardes, *' dites-moi ce que vous savez, 
" mais si vous dites quelque chose 
^' contre vous-même, prenez garde, car 
*^ tout ce que vous me direz je vais le 
*• prendre par écrit, et ça servira plus 
" tard cîontre vous." 
. . M. Barwis a dit que dans cette cir- 
constance le grand connétable Bisson- 
nette s'était servi de ces mots-ci : '' Si 
" vous pouvez nous donner quelques 
" renseignements sur ces matières-là^ 
*' comme vous étiez dans la localité, ça 
" vous sauverait beaucoup de trouble, 
" vu que vous êtes incarcéré sous sonp- 
" çon ; mais vous n'êtes pas obligé de 
" rien me dire, parce que je vais prendre 
^' tout ce que vous direz en écrit, et ça 
,^' pourra servir contre vous." 

Un témoin a été amené de la part 
de la défense, M. Prudent Lainesse. M. 
Lainesse s'intéresse, de son propre aveu^ 
beaucoup à ce procè**. C'est un acte de 
charité que de donner son appui à un 
malheureux ; mais il faut remarquer 
que M. Lainesse admet lui-même qu'il 



155 

a pris un intérêt et qu'il conserve enco- 
re cet intérêt au prisonnier à la barre. 
M. Lainesse nous dit que pendant cette 
conversation, tenue entre M. Bissoii- 
nette et le prisonnier, que lui, M. Lai- 
nesse s'est trouvé avec Madame Domini- 
que dans le passage de la prison, • et 
qu'il aurait entendu faire certaine» 
menaces au prisonnier. Ce témoignage 
est en contradiction avec celui de M. 
Barwis et de M. Bissonnette. Comment 
se fait-il que, puisqu'il était avec Mada- 
me Dominique, on n'ait pas amené celle- 
ci pour corroborer son lémoignage. 

Le neuf avril suivant, l'enquête 
devant le Magistrat de district avait 
lieu ici. M. le grand connétable Bisson- 
nette se trouve dans une chambre quel- 
conque ici, on l'envoie chercher.il arrive 
et le prisonnier lui dit : '^ Monsieur, j'ai 
quelque chose à vous dire, je veux faire 
ma confession : " M. Bissonnette lui ré- 
pond : "je ne veux pas prendre votre 
** confession maintenant, je vai» en- 
*' voyer chercher M. Barwis. M. Bar- 
" wis est arrivé. " 

Avant que le jeune homme viot à. 



156 



xjoinmencer, M. Bissoniiette Ta mis sur 
«es gardes dans les termes de la loi : 
" Vous n'êtes pas obligé de rien dire ; 
^' tout ce que vous direz, je vais le 
^' prendre par écrit et ça ira contre voua 
*^ à votre procès, et vous serez pendu. '* 
Le jeune homme a dit : " J'ai la cons- 
^* cience chargée, bourrelée, je veux 
" tout dire. " 

C'est dans ces conditions que le 
prisonnier à la barre a fait une déclara- 
tion d'une netteté, d'une intelligence 
extraordinairement remarquable. Il 
avoue qu'il est coupable de tout, qu'il 
est parti de chez lui à telle heure, avec 
telle intention, qu'il a vu venir la jeune 
fille par le pignon du châssis, qu'il 
savait qu'elle avait été invitée le matin 
à venir passer l'après-midi chez le père 
de l'accusé. Il observe, il voit sortir la 
fille, il descend ; en descendant, d'après 
son propre aveu, il a vu deux couteaux, 
il en prend un pour l'intimider. Il savait 
que la fille devait venir : il la guette, il 
l'épie. Il saisit ce couteau pour forcer la 
jeune fille à consentir à sies désirs. Il 
n'a pas accompli son dessein, mais il est 



157 



responsable de tonales actes subséquente 
au premier : c'est là la loi. 

Il raconte la manière dont il a frap- 
pé la jeune fille alors qu'elle gémissait^ 
qu'il l'a frappée de toutes ses forces. 

Cette première déclaration du pri- 
sonnier a-t-elle été faite librement, 
volontairement ? Voilà toute la ques- 
tion. 

La preuve à cet égard est affirma- 
tive et formelle et de plus loyale, 

11 faut en dire autant des aveux 
que le prisonnier a faits à M, le curé 
Dauth. 

Le curé Dauth est venu le voir en 
prison, le jeune homme l'avait fait 
demander. Il n'a pas agi là comme sou 
aviseur spirituel, pas du tout ; il s'est 
rendu pour lui donner des consolations 
et du courage. A M. Dauth il a fait là 
sans aucunement être solli(;ité, des aveux 
formels et complets. Il a dit à M. 
Dauth tout ce qui en était. Il a fait 
cette confession entièrement, pleinement 
libre et cette confession est dans les mê- 
mes termes, et comporte les mêmes 
faits que celle qu'il a taite devant M. 



158 

Bissonnette. La cour vous dira que 
cette confession qu'il a faite sans sollici- 
tation^ c'est une preuve que vous devez 
considérer comme suffisante. 

La loi désire entourer de toutes les 
précautions nécessaires un homme accu- 
sé ; lajustiee, dans sa sollicitude n'oublie 
pas qu'un innocent peut être accusé à 
tort. Aussi, toutes les dépositions 
prises à T enquête ont été lues au prison- 
nier avant d'être signées, et on lui a 
demandé s'il avait des questions à faire. 
M. Rioux a procédé avec une douceur, 
et des précautions extraordinaires, et 
n ùÀt des questions au prisonnier dans 
la forme sacramentelle du Statut : 
^^ Vous n'êtes pas obligé de rien dire qui 
^* puisse vous incriminer; aucunes me- 
*' mutes ne peuvent avoir aucune in- 
*' fluence sur vous. Vous devez spon- 
*' tanément déclarer ce que vous avez à 
*^ déclarer ; mais soyez sur vos gardes, 
" ce que vous direz sera preuve contre 
*' vous." C'est ainsi que la loi veut que 
le prisonnier soit examiné. ^ 

Aussi, je n'ai pas été étonné de voir" 
qiic la défense a reculé devant lapropo- 



159 



fiition qu'elle avait émise ce matin, qu'il 
n'y avait pas de preuve : elle a fini par 
admettre que c'est l'accusé qui a tué 
cette pauvre fille. 

Le prisonnier était-il sain d'esprit 
quand il a tué cette jeune filîe ? 

Les circonstances qui ont été prou- 
vées devant vous, qui ont précédé 
et suivi le meurtre, la conduite du pri- 
eonnier, ses réponses, ses histoires qu'il 
a. faites, messieurs, sont loin d'indiquer 
que l'homme est fou, mais je préfère 
référer, quant à la preuve de son intel- 
ligence, aux témoignages que vous avez 
entendus. C'était au défendeurà le prou- 
ver : a-t-il fait cette preuve, et la Cou- 
ronne a-t-elle prouvée le contraire ? 
*• ' M. i^issonnette est un homme très- 
intelligent ; c'est un homme qui depuis 
vingt-huit ans assiste aux emjuetcs, et 
qui prépare les voies à la justice. Voici 
ce qu'il dit à propos de l'intelligence du 
priso)mier : " D'après ce que j'ai vu et 
^* entendu, son intelligence et sa mé- 
*^ moire étaient parfaites, il raisonnait 
*^ bien, et a arrangé des histoires qu'un 
** fou n'aurait pas faites. " M. le curd 



160 

Dauth donne un témoignage extrême- 
ment important et que je vais lire : J'ai 
" toujours considéré le jeune homme 
'^ comme un petit génie; il a une cer- 
" tftine mémoire et une intelligence qui 
'' le rendent capable de connaître ses 
" actes. Je jure qu'il a toujours pu con- 
'^ naître la distinction entre le bien et 
*' le mal. Je n'ai jamais eu aucun doute 
'• sur son intelligence pour remplir ses 
'^ devoirs religieux. " Plus loin il dit : 
'* Il m'a demandé pour le confesser, il 
'* semblait comprendre toute l'énormité 
'^de son crime." Plus loin encore il ajou- 
te, dans les transquestions : '* Si j'avais 
^^ eu le moindre doute qu'il n'eut pas 
*^ connu la distinction entre le bien et 
'' le mal, je ne lui aurais pas donné les 
*' sacrements." 

Le Dr. Valcourt a été entendu 
comme téuioin, il a été présent à toute 
l'enquête qui a été faite à Bulstrode : 
Voici ce qu'il dit : '' D'après les questions 
^' qui 1 ii ont été faites, le prisonnier a 
** répondu à toutes les questions d'une 
*^ manière sensée. " 

M, Rioux, Magistrat de district, dit : 



161 

*^ Quant à sa mémoire, il paraissait avoir 
" une mémoire ordinaire ; et quant à son 
*^ intelligence, il avait F intelligence ordi- 
" naire d'un homme sans éducation. *' 

Le Dr. Poulin dit ceci : " Sa mé- 
" moire est assez bonne et son intelii- 
" gence aussi. '* 

M. Barwis ; ^' D'après ce que j'ai 
" vu et entendu de lui, je suis porté à 
" dire qu'il est beaucoup plus intelligent 
"• qu'il en a l'air. Il m'a paru être d'un 
** caractère morose, seul, taciturne ; il 
^' n'est pas ce qiîe j'appellerais un génie, 
" mais il sait parfaitement bien ce qu'il 
'' fait. " Et il ajoute qu'à l'enquête à 
Bulstrode, quand il se disait quelque 
chose d'important, il levait les yeux, 
que ses regards décelaient un vif inté- 
rêt, et qu'il baissait subitement la vue 
dès qu'il s'apercevait que quelqu'un le 
regardait. 

Pour la défense : - 

M. Dauth a été entendu, on ne lui 
a pas demandé de revenir sur sa déci- 
sion. 

M. Lainesse, considère qu'il n'a 
pas beaucoup d'expérience. * 

11 



162 

Le troisième témoin, c est le père 
de r accusé. On n'a pas demandé au père 
de l'accusé s'il était capable de distin- 
guer le bien du mal, pas du tout. On 
lui a fait dire que des fois il prenait des 
chats sur ses genoux, d'autres fois 
qu'il prenait une poule et qu'il la flat- 
tait. Il ajoute que ce jeune homme - 
faisait ses devoirs religieux comme 
nous autres» 

Zoël Houle : " J'ai trouvé qu'à 

^' l'enquête il répondait pas mal bien." 

Le cinquième témoin, Hercule St. 

Laurent : '' Je ne le prendrais pas pour 

'^ un homme fin et intelligent. " 

j Personne ne vous demande de dé- 
clarer que celui qui a dit ça était fin 
et intelligent. 

- Lucien Guillemette dit que le pri- 
sonnier n'a pas une grosse intelligence. 
. Jl a été évident pour tout le monde que 
ce témoin ne brille pas par le volume 
de la sienne. ■ ; 

Les témoins de la défense à part 
de deux ou trois ne valent guère mieux. 
Alcide Poirier : " Je le prend» 
f' pour un petit génie fou. '* 



163 



Clovis St. Cyr dit : " que son intel- 
ligence n'est pas grande. " 

Hubert Tardif : " C'est un petit 
génie. *' 

Je vais maintenant vous dire quel- 
le est la loi sur la question deTinsanité. 

" Il est établi et clair, que pour 
empêcher quelqu'un d'être sur le plai- 
doyer de manque d'intelligence, il faut 
qu'il soit prouvé d'une manière distinc- 
te, qu'il n'était pas capable de distinguer 
entre le bien et le mal dans le temps oîi 
il a commis l'acte, et qu'il ne connaissait 
pas que c'était une offense contre les lois 
de Dieu et de la nature, " 

La plupart des témoins ont prouvé 
qu'il connaissait la difl'érence entre le 
bien et le mal. Plus que cela, il y a des 
témoins de la défense qui ont dit : " Je 
suis bien certain qu'il savait que c'était 
mal que de tuer quelqu'un. 

Plus loin, l'autorité dit ceci : "Lors- 
que les facultés intellectuelles existent, 
c'est à dire lorsque l'homme connaît la 
différence entre le bien et le mal, et que 
son dérangement n'est que moral que 
[c'est dans sa morale qu'il est dérangé, 



164 

lorsqu'il connaît bien ce qu'il fait et 
qu'il sait qu'il fait mal en faisant ce 
qu'il fait, mais qu'il n'avait pas le con- 
trôle sur lui-même, et qu'il agit sous 
cette impulsion qu'il l'obsède et qu'il ne 
peut contrôler, il est également res- 
ponsable. ' 

Voilà le résumé de la doctrine léga- 
le sur ce point. 

11 est d'habitude de dire à MM. les 
jurés que s'il y a un doute, le bénéfice 
de ce doute doit être donné à l'accusé. 
Par doute, on entend un doute raison- 
nable ; ce doute raisonnable ne peut ex- 
ister en présence d'une preuve. 

Je laisse la cause entre vos mains. 
Je suis convaincu que vous comprenez 
l'importance de votre devoir. Quelque 
puisse être la conséquence de votre ver- 
dict, vous êtes responsables devant Dieu 
de rapporter un verdict vrai. Je suis 
convaincu que vous donnerez toute votre 
attention à cette cause, et que vous ren- 
drez le seul verdict que vous devez à 
Dieu et à votre pays et à votre cons- 
cience. 



165 

CHAPITRE VI 

SENTENCE DE MORT. 

30 Novembre 1880. 

W. H. Felton, avocat de la Couron- 
ne, propose que sentence soit prononcée 
contre Cléophas Lachance, et que la 
proclamation d'usage soit lue. 

Le crieur de la Cour, d'un ton grave 
et solennel, lit la proclamation conçue 
en ces termes : " Oyez, oyez, oyez 1 Le 
'' Juge de Sa Majesté ordonne stricte- 
" ment et commande à toutes personnes 
*' de garder le silence, sous peine d'em- 
" prîsonnement, pendant que Ton pro- 
" nonce la sentence de mort contre le 
" prisonnier à^ la barre. " 

Le Greffier de la Couronne s'adresse 
alors au prisonnier : *' Cléophas Lachan- 
*' ce, avez-vous quelque chose à dire 
pourquoi sentence de mort ne serait 
" pas prononcée contre vous ?" 

Le prisonnier parcourt d'un regard 
l'auditoire et fixe les yeux sur son pro- 
cureur comme pour implorer son secours 



u 



166 ' -n^ ■■..,^.,. 

il. 

à ce moment solennel et suprê'ûe : su- 
prême, car il sait que sa vie ne lui ap- 
partient plus, qu'elle est à la mercie de 
la justice. Il semble être un peu plus 
agité que dans le cours de son procès, 
mais ne répond pas à la question qui lui 
est faite. " ' -'^ ' ' 

* ' Alors rHonorable M. le Juge Pla- 
mondon, d'une voix vivement émue, et 
au milieu d'un silence que les approches 
de la mort savent seules inspirer, pro- 
nonce la sentence comme suit : 

Sentence prononcée h 30 Novembre 1880 
^ par V Hon M, A. Plamomlon^ J. C 8, 

'" ' Cléophas Lachance, vous avez été 
trouvé coupable du crime de meurtre 
sur la personne d'Odélide Désilets. 

Le verdict vous déclarant coupable 
a été rendu par un jury intelligent et 
consciencieux, après un procès de cinq 
jours de durée, dans lequel vous avez 
eu l'avantage d'une défense habile, 
pleine et sans restriction. 

Une jeune fille douce et pure a été 
l'objet de vos coupables convoitises, et 



167 

pour parvenir à votre bat vous avez 
employé la violence. Vous l'avez épiée, 
alors qu'elle sortait, en plein midi, de 
la maison de son père, pour aller p isser 
une après-midi dans votre famille, dont 
elle était l'amie. 

Avant de sortir de chez vous, vous 
vous êtes armé d'un couteau pour 
la contraindre par l'intimidation et la 
violence à céder à vos désirs. Vous 
êtes allé au-devant d'elle et l'avez 
assaillie en cherchant à l'embrasser. 
La vertueuse enfant vous a repoussé 
avec indignation. Elle devait payer de^ 
sa moi t le triomphe de sa vertu. 

Avec la fureur d'une bête sauvage, 
vous l'avez saisie, terrassée : vous l'avez 
dardée au cou et à la tête avec votre 
couteau, et lorsqu'elle était étendue gé- 
missant et sans connaissance sur le sol 
imprégné de son sang, vous l'avez froi- 
dement assommée en la frappant de 
toutes vos forces, deux fois sur la têt^, 
lui infligeant deux blessures mortelles. 
Puis vous avez eu le courage féroce de 
soulever le corps de votre victime, et de 



168 

le précipiter, la tête la première, dans un 
puits. 

Pour faire disparaître les traces du 
meurtre vous avez pesé de vos pieds et 
de vos mains 8ur ses membres, en les re- 
foulant dans le puits; puis, sur le tout 
vous avez jeté quelques planches, et 
vous êtes allé tranquillement plus loin 
laver vos mains rouges de sang, pendant 
que la pauvre Odélide Désilets conti- 
nuait au fond du puits la longue et ter- 
rible agonie dont Dieu seul a connu les 
secrets. 

La preuve contre vous a été com- 
plète, et de plus vous avez admis votre 
erimt librement et volontairement, et 
c'est de votre bouche même que sont 
tombés ces détails navrants qui font du 
meurtre d'Odélide Désilets, le forfait le 
plus atroce qui ait jamais été commis 
dans nos cantons. 

- ^: Votre habile et zélé défenseur n'a 
pu s'empêcher d'admettre, devant les 
jurés, que la pauvre fille était morte de 
votre main. ^ v^ 

Vous avez cherché à prouver que 
vous ne possédiez pas l'intelligence suf- 



169 

fisante pour être tenu légalement res- 
ponsable de vos actes ; mais vous avez 
failli complètement dans cette tentative. 

Vous avez reconnu votre crime, 
vous l'avez regretté. Pour décharger 
votre conscience, vous l'avez confessé 
aux hommes, — et à Dieu sans doute. La 
loi veut que vous portiez la peine de 
Totre forfiiit. 

Plus heureux que votre victime, 
vous avez eu, et vous aurez encore le 
loisir, avant de paraître devant Dieu, 
de faire monter jusqu'à ses pieds le cri 
de votre repentir. Dieu est bon ! Si la 
justice humaine doit être inexorable, 
les miséricordes de Dieu sont infinies. 
Profitez-donc des quelques semaines qui 
vous restent à vivre, pour vous prépa- 
rer à votre fin. 

Cléophas Lachance, le jugement et 
la sentence de la Cour du Banc de la 
Reine, ici, sont que vous, Cléophas La- 
chance, à raison de la dite conviction de 
meurtre, prononcée contre vous, en cet- 
te cause, soyez conduit d'ici à la prison 
commune de ce dlsti'Ict (VÀithabaska^ 
et que vendredi, ]e vingt-huitième jour 



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170 

■ . ■* ^ 

de janvier prochain, en dedans des mur» 
de la dite prison commune, vous soyez 
pendu par le cou, en la manière pourvue 
par la loi, jusqu'à ce que mort s'ensuive. 
Et que Dieu ait pitié de votre 

âme ! . . 

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