PRISE
DE
EOME
ODYSSEE DES ZOUAVES CANADIENS
DE
KOME A QUEBEC
PAR
FRANÇOIS LACHANCE
Caporal anx Zouaves Fontiflcauz
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(Extrait* du [(JourrieÀ\du 'Canoùdd)
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QUÉBEC
ATELIER TYPOGRAPHIQUE DE LEQBR BROUSSEAU
7, Rue Buadd
1870
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PRISE DE ROME.
ODYSSÉE DES ZOUAVES CANADIENS
DB
ROME A QUÉBEC.
En lisant le Journal de Québec du 9
conrant, j'ai été heureux d'y trouver un
compte-rendu de la prise de Rome, éma-
né de la plume élégante et facile du
vicomte de Kersabiec, frère du noble et
chevaleresque capitaine qu'une récente
alliance a rendu cher aux Canadiens, en
général, et aux zouaves pontificaux en
particulier.
Ce récit, quoique parfaitement correct,
ne satisfait cependant pas la louable
curiosité de nos compatriotes, dont. les
regards nous suivaient avec tant de sol-
licitude et d'amour ; car il est écrit au
point de vue purement français ; mes
vaillants frères d'armes y sont laiss/s
dans une ombre que je voudrais pouvoir
dissiper. Pour cette raison, j'ai entre-
— 4 —
pris de raconter, an point de vue cana-
dien, la glorieuse part prise par les fils
do la Nouvelle-France, à la défense de
la capitale du monde chrétien, ainsi que
les fatigues, les privations et les insultes
de toutes sortes qu'ont eu à subir les
croisés modernes, après la prise de l'an-
tiquejcité des Césars et des Papes.
I.
Personne n'ignore, que plus de deux
cents Canadiens ont contribue à écrire
cette page sombre, mais héroïque et Bubli-
rae, de l'histoire de l'Eglise ; oui, plus de
deux cents Canadiens ont pris part à ce
combat de huit heures, oii un homme lut-
tait contre dix, désespérant de la victoire,
niais'certainMc la mort ; plus de deux
cents Canadiens ont opposé leurs poitrines
aux 120 pièces d'artillerie de l'armée d'un
roi voleur et parjure, et ont ainsi élevé
un rempart vivant autour de la personne
auguste et vénérable du chef de la catho-
licité.
Le Canada catholique peut être fier,
car il a marqué sa place à côté des gran-
des nations, et ses fils l'ont noblement
représenté dans ce mélange innombra-
ble de nationalités diverses qui s'étaient
volontairement groupées autour de ce
^'^■^ H,.
'Ji^i'' .(«,■:
cher drapeau, glorieux lambeau, teint
du sang des martys de Casteliidardo et
tout rayonnant des triomphes de Mon-
te-Rotondo et de Mentana.
Au moment où les Piéniontais com-
mencèrent leurs sacrilèges opérations,
envahissant les Etats de l'Eglit^e, plu-
sieurs compagnies de zouaves occupaient
différentes petites villes du domaine pon-
tifical. Les deux compagnies qui se
trouvaient à Montefiascone, sons le com-
mandement de M. le v' comte de Saisy,
ayant été préalablement averties de la
marche de l'armée italienne, eurent le
temps de retraiter, sans engagements,
sur Viterbe, chef- lieu de la Province do
ce nom, où le lieutenant-colonel baron
de Gharettc commandait quatre compa-
gnies de zouaves, quelques dragons et
un peloton de gendarmes.
Dans la matinée du 12 septembre, le
colonel AUet reçut une dépêche télégra-
ghique qui parut aux ordres du jour du
régiment et qui était à peu prés conçue
en ces termes :
" Mon colonel,
" 15^000 Piémontais m'attaquent — Je
me bats. Adieu ! "
Cette dépêche était signée par M. de
Hésimont, capitaine à la 5e compagnie
— 6 —
du 4e bataillon, qui occupait Civitta-Cas-
tellana. Cette compagnie, où se trou-
vaient le sergeîit-major Frendergast, le
caporal Bécot et les zouaves Chagnon,
Cornellier et Chèvrefils, avait pour sous-
lieutenant, M. Sévilla, d'origine péru-
vienne, dont les glorieuses et nombreuses
blessures reçues à Mentana attestent la
bravoure et le dévouement; Outre cette
compagnie de zouave^, il y avait encore
une compagnie de discipline, commandée
par le capitaine Riiffini, des Chasseurs.
.Malgré l'énorme supériorité des forces
ennemies, appuyées d'une trentaine do
canons, les Pontificaux tinrent bon pen-
dant une heure, dans la ville, après quoi
ils se retirèrent dans le fort, où ils résis-
tèrent encore jusqu'à ce qu'il fût à peu
près croulé. Le commandant, voyant
alors que la bravoure de ses soldats était
devenue inutile, résohit de se rendre. Ce
ne fut cependant qu'après plusieurs heu-
res de pourparlers qu'on parvint à s'en-
tendre sur les termes do la capitulation.
Les deux compagnies furent faites pri-
sonnières et dirigées immédiatement sur
Florence. Elles avaient été précédées
dans cette ville par une quinzaine
d'hommes qui se trouvaient àBaçnorea,
fiousle commandement de M. de Kcrvyn,
uv
lesquels, n'ayant reçu aucun avis, avaient
été faits prisonniers.
Ces faciles triomphes semblaient rani-
mer l'ardenr des troupes italiennes.
Montetiascone et Civitta-Castellana leur
appartenaient ; il leur fallait aussi s'em-
parer de Viterbe. Cadorna, général en
chef de l'expédition, à la tête de 25,000
hommes, marcha sur la ville, qu'il trouva
évacuée par M. de Charette ; celui-ci
avait gagné Monte-E-omano et se repliait
sur liome. L'habile lieutenant-colonel
avait alors sous ses ordres six couijiagnies
de zouaves, une vingtaine de dragons
commandés par M. de Tilleul, et une
quarantaine de gendarmes. Il possédait
en outre deux pièces d'artillerie et une
mitrailleuse que les catholiques Belges,
dans l'attente de ce qu'il était facile do
prévoir, lui avaient fait parvenir.
Ce fut pendant la halte qu'il fit en cet
endroit, que les dragons, qu'il avait'
envoyés en éclaireurs, lui apprirent que
l'ennemi occupait déjà Corncto Ta-fa et
Allumiera, lui cou]iant par cette manœu-
vre la route de Civitta-Vecchia.
Loin de se laisser abattre par ce pre-
mier échec, M. cle Charette, par une
tactique admirable, parvint à déjouer
les plans du général Bixio. Profitant
— 8 —
des accidents du terrain, des brouillards
et des ténèbres de la nuit, il réussit à
conduire ses hommes, par des chemins
qu'ils se frayaient à travers la campagne,
jusqu'à Civitta-Yecchia, où il arriva,
après plusieurs l'eues de marches forcées,
sans avoir perdu un seul de ses soldats.
Tout le monde s'accorJe à dire que
cette retraite a 6tô admirable : admirable
par l'énergie et la tactique du comman-
dant, admirable par la bravoure et le
courage de ses su boi donnés. Inutile de
dire que l'heureuse arrivée de ce renfort,
au sujet duquel les autorités militaires
avaient éprouvé des craintes sérieuses,
causa une grande joie et contribua pour
beaucoup à augmenter la confiance des
défenseurs de la ville sainte.
Pendant ce temps, Rome avait été
mise en état de siège. Des barricades
et des fossés avaient été pratiqués aux
Î)ortes ; des retranchements protégeaient
es endroits où les murs tombaient en
ruine, et des sacs remplis de terre
exhaussaient les abords du Vatican et
du Pincio. Nuit et jour des patrouilles
armées parcouraient les rues, et des
avant postes avaient été établis sur dif-
férents pointa par où l'on croyait que
l'ennemi devait s'avancer. La popula-
w
— 9 —
tîon romaine, fidèle à la voix de son
Pontife et de son Père, envaliissait les
parvis de l'immense basilique de îSt.
Pierre et conjurait Dieu de lui épargner
la délivrance après laquelle, au dire des
journaux révolutionnaires, elle soupiral4:
depuis si longtemps. Toutes les casernes
étaient consignées, les militaires devant
être prêts à marcher au premier appel.
Plusieurs compagnies furent choisies
pour aller faire des reconnaissances ;
parmi celles qui se sont trouvées le pkis
souvent exposées, je mentionnerai la Icro
du 2ème bataillon, capitaine de Saint-
Marcq, lieutenant du Plessis et sous-
lieutenant Yetcli ; la 6e du 2e, capitaine
de Gastebois, lieutenant de Pely et soas-
lieutenant S. A. R. le prince de Bourhon-
Este. Malgré leurs fréquentes rencontres
avec l'ennemi, elles ne se trouvèrent
cependant pas dans la nécessite d'en
venir aux mains : ce dernier servant
toujours d'escorte à ses nombreux parle-
mentaires.
II.
Ici je me permettrai de m'arrèter sur
la marche des événements, afin de racon-
ter un trait qu'aucun journal n'a encore
publié, et qui mérite certainement d'être
— 10 -^
connu et admiré. Il se rapporte à
l'attaque qu'eut à soutenir un des avant-
postes établi sur le Mont-Mario, et à
l'héroïsme déployé en cette circonstance
par les dix liommes qui le composaient,
ainsi que par le digne sergent qui en
était râmc et la tête. Le sergent Shea,
par sa bravoure et son sang-froid, s'est
fait une réputation enviable., Ce fut lui
qui, peu de temps avant les événements
de 1861, sans autre assistance que sa
baïonnette, enfonça la porte d'une maison
où Ton avait déposé des bombes incen-
diaires, et lit prisonnier les six liommes
préposés à leur garde. Ce fut encore lui
qui, sur le champ de bataille de Mentana,
tua de sa propre main trois individus
qui le cernaient afin de le faire prison-
nier ; ce fut enfin lui qui, sur les hauteurs
où Constantin aperçut autrefois le signe
de la Rédemption, commanda les dix
licros qui aimèrent mieux mourir que de
se rendre à ceux qui les Çentouraiont,
malgré l'énorme supériorité numérique
de CCS derniers.
Attaqués par quarante lanciers pié-
montais, ils résistèrent avec assez d'a-
vantage pendant un tem2:>s considérable,
et ce ne fut queHorsque tous ses liommes
furent mis hors ^de combat que Shea,
— 11 —
couvert de neuf blessures, consentit à
abandonner le poste confié à sa vigilance
et à sa bravoure. Tout couvert de sang,
ayant de la peine à se soutenir, l'iiéroï-
qne sergent suivit ses vainqueurs jus-
qu'au camp italien, où on le fit asseoir
sur un peu de paille, en attendant que
le chirurgien vînt panser ses plaies.
On ne saurait s'imaginer toutes les insul-
tes qu'il eut à subir pendant la route.
" Baisse la tête, chien de zouave ",
lui disaient ces lâches.
— Non, répliquait le valeureux jeune
homme, non, jamais !
Plusieurs fois ils lui appliquèrent un
pistolet sur la poitrine, et ce n'est que
par l'énergique intervention du caporal
qui les commandait, que le soldat de
Pie IX a pu encore une fois revoir la
verte Erin, sa chère patrie, et presser sur
son cœur les pieux auteurs de ses jours.
Au camp piémontais, il fut immédia-
tement entouré par les officiers, à qui il
demanda un peu de tabac pour faire une
cigarette, qu'il fuma malgré les douleurs
excessives qu'il ressentait à chaque aspi-
ration. Le chirurgien étant arrivé, on
lui enleva ses habits, et lui-même, mon-
trant du doigt ses blessures, compta une,
deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit,
— 12 —
îieuf ! Les officiers, surpris de rencontrer
tant de courage, le regardaient tout
ébahis et ne pouvaient exprimer leur
ctonnement et leur admiration, qu'en
disant : " Accidente", ce qui, en italien,
veut dire beaucoup !
Apres avoir passé quelqiies jours au
milieu de ses vainqueurs, Shea fut remis
entre les mains de madame Stone, qui
le réclamait avec instance, et qui l'a
soigné avec une tendresse et un dévoue-
ment vraiment maternels. Le brave ser-.
gent a fait la traversée de Livourne à
Liverpool avec nous, et je suis heureux
de pouvoir ajouter qu'il était en parfaite
voie de guérison.
IIL
Il y avait déjà huit jours que les dîffé*
rents corps de l'armée italienne cam-
paient presque aux portes de Rome,
envoyant parlementaires sur parlemen-
taires, sans pouvoir toutefois se décider
à > commencer l'attaque sacrilège qui
devait arracher au Vicaire de Jésus-
Christ le dernier lambeau du manteau
royal posé sur ses épaules par Charle-
magne. Il y avait aussi huit jours que
la petite armée pontificale, forte d'envi-
ron 1 1,000 homrae3,at tendait, inipatiento
— 13 —
et digne, les 60,000 envahisseurs du roi
d'Ifalie.
Deux jours avant lo bombardement,
l'on apprit la reddition de Civitta-Yec-
chia. Le commandant, un Italien du
nom de Cerra, avait remis la place sans
tirer un conp de fusil, malojro les instan-
ces des officiers, qui voulaient à tout
prix se battre. Cette inqualifiable con-
duite les exaspéra au dernier degré, et
M. de Montbel, lieutenant aux Zouaves,
ayant rencontré le colonel Cerra dans la
me, l'apostropha rudemeiit, lui repro-
chant sa lâcheté et sa trahison. Voilà
vingt ans, lui dit-il, que vous mangez le
pain du Saint-Père ; vous auriez dû être
le premier à défendre ses droits, et
cependant vous êtes le premier à l'aban-
donner. Vous êtes indigne de porter
les insignes de votre grade ; et en même
temps, de Montbel, joignant l'action aux
paroles, lui arracha ses épaulettes et les
jeta loin de Ini.
Le 20 septembre, à quatre heures et
demie du matin, lo bombardement com-
mença. Les dlfiérents points attaqués fu-
rent : les Trois Arches du Chemin de Fer^
le Macao, les portes Saint-Jean de Latran,
Saint-Pancrace et Fia. Cette dernière,
surtout, eut à soufirir la principale atta-
2
-^ 14 —
qiiG ; je pnîa éa parler avec connais-
sance de cause, car j'avais le bonheur
d'y être : quorum pars fui.
Le colonel Allet, à qui avait été confié
le commandement de cette partie de la
ville, et qui avait établi son quartier
général à l'académie de France, se diri-
gea immédiatement à la villa Lndovisî,
ayant à sa suite In compagnie de M^ de
Gastebois. Ce poste était déjà occupé
par la 4e compagnie du 2e bataillon,
capitaine Berger, lieutenant Kabbé des
Ordons et sous-lieutenant Bouquet des
Chaux. Le colonel plaça les nommes
de ces deux compagnies dans nue petite
cour formée par les dépendances de la
villa et attendit l'heure d'agir. En ce
moment le feu de l'ennemi était terrible.
Les bombes, les boulets, les obus, les
grenades et les raquettes pleuvaient
littéralement sur nous. Les murs, les
toits des maison, les fenêtres les statues
de marbre, tout s'écroulait avec un
fracas épouvantable ; les arbres du jardin,
comme déracinés par un ouragan, jon-
chaient un sol couvert de verdure et do
fleurs. Ce fut pendant ce temps que
Mgr. Stonor passa. Appelé par notre
capitaine, le digne et brave aumônier
s'avança afin de nous donner «ne dcr-
1 "^
niôrc absolution. Tous les zouaves tom-
bèrent à genoux, et le ministre de Jcsus-
Chiist, le regard tourné vers le ciel,
semblant leur montrer la recompense
qui les attendait s'ils avaient le bonheur
de mourir, les bénit pour une dernière
foie. Ce spectacle était réellement su-
blime, et je suis persuadé que tous ceux
qui en ont été témoins ne l'oublieront
jamais.
Voici maintenant nn trait que je cite
avec orgueil, car il prouve la bravoure
et le sang-froid de notre colonel. Pen-
dant que nous recevions l'absolution, un
boulot lui passa à environ trois lignes de
la tète, tombant aux pieds du Prince de
Bourbon, qu'il couvrit de terre, sans ce-
pendant lui faire de mal. Fapa Allet,
l'œil serein, le visage calme, se releva,
achevant le signe de la croix et ne daigna
môme pas accorder un regard aux éclata
fumants du projectile qui, une seconde
auparavant, avait failli lui emporter la
tète.
L'artillerie piomontaise tonnait tou-
jours avec une rapidité extraordinaire,
et les deux batteries pontificales, placées
à la porte Pia, répondant coup pour
coup, causaient aux a-^siégcants des per-
tes considérables. Les forces supérieu-
— 16 —
ics de rcnnemi devaient cependant finir
par triompher, et à 10 heures, deux bro-
ches d'environ 300 verges avaient été
pratiquées chaque côte de la porte. M.
le commandant de Troussures envoya
immédiatement la compagnie de M.
Berger, ainsi que celle de M. de Couës-
BÎn, défendre l'entrée de ces deux brè-
ches, — ^la 5e compagnie du 2e bataillon,
capitaine de la Hoyde, gardant l'abord
de la porte. Un feu trôs-nourri fut échan-
gé entre les belligérants : les balles eif-
flaient d'une manière infernale, et dix-
neuf hommes de ma compagnie tombè-
rent sur le champ facré du dévouement
et de rhonneiir. La compagnie de M,
Joubert fit aussi plusieurs pertes, entre
autres celle de M, de Lestoorbeillon,
jeune gentilhomme français, qui, s'étant
un peu trop mis à découvert, fut atteint
d'une balle au front et mourut presque
instantanément. Le caporal McKenzie,
de Terrebonne, qui ee trouvait à côté de
lui, le reçut dans ses bras et le transpor-
ta plus loin au milieu d'une grêle de
projectiles qui arrivaient de tons les
points occupés par les lignes ennemies.
J'ai vu revenir McKenzie, tout con-
vert du sang de l'hérrVque martyr, et il
était vraiment magninque à voir. Un
»it
— ir —
antre fait, que j'ai vu de mes propres
yeux, et dont mon brave aini est encore
le héros, trouve naturellement sa place
ici. Pendant le bombardement, la sou-
pe fut distribuée aux zouaves, qui
n'avaient pas pris de nourriture depuis
la veille, et qui étaient exténués do
faim et de fatigue. McKenzie en avait
reçu une gamelle tOùte pleine. An
moment oii il se préparait à la boire,
une balle vient frapper sur le vase
qu'elle jette à terre, renversant aux
trois-quarts le fortifiant llqUide qu'il
contenait. Le brave jeune homme, avec
un sang- froid admirable, ramasse sa ga-
melle et achève de boire les quelques
cuillerées non renversées. Ceci est de
la bravoure, ou je ne m'y entends pas.
Il y avait déjà une heure que noua
résistions à l'ennemi, lorsque le général
en chef, obéissant à l'ordre formel du
St. Pore, qui lui avait commando d'en-
trer en pourparlers pour la reddition de
la ville, aussitôt la brèche faite, — le but
que se proposait Sa Sainteté étant obtenu,
— dépêcha un dragon auprès de M. de
Tronssures, avec injonction de faire ces*
ser le feu. Celui-ci, quoique connaissant
parfaitement le» intentions du Pape, ne
vo lut pas se fier à la parole du meesa-
— 18 —
ger, et ce no fut que lorsque M. de Fran-
ce, officier d'état-majo»*, accompagné de
plusieurs membres du corps diplomati-
que, lui eut confirme cet ordre, que le
confmandant obéit. Un drapeau blanc
fut immédiatement hissé, et les troupes
italiennes, profitant de ce répit, s'empa-
rèrent, contre toute loi militaire, de la
porte ainsi que des brèches. M. de
Troussures protesta, mais en vain : l'en-
nemi était maître !
Les deux compagnies qui se trouvaient
au Macao et aux Trois- A relies, furent
iaites prisonnières; celle qui était à la
porte Saint-Pancrace et qui comptait le
plus de Canadiens dans ses rangs, entre
autres le sergent-fourrier McGown, les
caporaux Masson,- Dostaler, Côté et
Fortier, eut la chance d'échapper à l'en-
nemi sans avoir perdu un seul homme.
Le sergent-fourrier McGown s'est fait
remarquer en cet endroit par la préci-
sion de son, tir. A quatre reprises diver-
ee^, il parvint à abattre des artilleurs
piémontais, qui voulaient à tout prix
mettre le feu à une pièce qui se Trou-
vait près de la porte. Il dut pour
cela s'exposer témérairement aux pro-
jectiles ennemie, qui ne faisaient pas
défaut. ■■ ..
vV
— 19 ---
A la porte Saint- Jean de Latran, le
sergent-major Déeilets a fait preuve d'un
grand courage en allant éteindre le feu
que les bombes incendiaires des troupes
italiennes avaient allumé dans les mate-
las qui servaient à couvrir les murs de
la porte et à en empêcher la complète
destruction. Enfin, je puis dire avec un
légitime orgueil que les Canadiens se
sont montrés, en tout et partout, dignes
de leurs ancêtres, ces braves soldats
laboureurs qui ont peuplé les bords de
notre grand fleuve et qui ont contribué,
à tant de reprises différentes, à immorta-
liser notre nom.
Pendant ce temps^ l'on discutait à la
villa Albani, oii était le quartier général
piémontais, les termes de la capitulation*
Le général Bixio, garibaldien enragé,
voulait faire passer au fil de Pépée toutes
les troupes étrangères; mais Cadorna qui,
paraît-il, s'y entend en fait de bravoure
militaire, s'opposa énergiquement à cette
cruelle et barbare proposition. Il gagna
à faire traiter en braves ceux qui s'étaient
défendus en braves, et les honneurs de
la guerre nous furent accordés. — Les ter-
mes de cette capitulation ayant été
reproduits dans la plupart des journaux,
io ne les répéterai pas ici.
— 20 —
Tontes les tronpes librea furent diri-
gées sur la place Saint-Pierre, qui appar-
tenait au Pape, ot celles qui avaient été
faites prisonnières furent conduites à la
place Colonne, au milieu des huées et
des insultes de tout genre, abondamment
prodiguées par les 10,000 individus, —
repris de justice, — accourus de tons les
points de l'Italie pour applaudir et
acclamer sur son paseage l'armée victo-
rieuse. On leur cracha à la figure, on
leur jeta des bâtons et des pierres, et lc3
grosaiôretôs les plus salea et les plus
immondes accompagnaient ces indignes
traitements. On poussa la barbarie et
l'audace jusqu'à tirer le comte de Couës-
fiin par les cheveux et la barbe, parce
que, disaient ces misérables, la barbe
portait les couleurs pontifi.cale8 : — M. de
Coucssin ayant en effet un côté de la
moustache parfaitement blond et l'autre
blanc.
La petite armée pontificale passa la
nuit sur la place Saint-Pierre. Impos-
sible de s'imaginer le coup d'œil original
et pittoresque que présentait l'immense
place éclairée par les pâles reflets des
feux de bivouac, allumés en différents
endroits par les soldats frileux.
La nuit fut horrible pour ia ville con-
— 21 —
qnîse. Les 10,000 bandits qnî suivaient
rarince italienne, assistes des forçats que
les vainqueurs s'étaient empresses de
faire sortir du bagne, s'adonnèrent à tout
ce que leur imagination barbare put lour
suggérer de honteux et de criminel. Des
pi êtres et des zouaves furent jetés vivants
dans le Tibre; d'autres furent hachés par
petits morceaux, et leurs tctes sanglantes,
mises au bout des piques, turent triom-
phalement portées dans les rues. Dire
que plus de quatre-vingt-dix assassinats
furent commis dans cette seule nuit, est
suffisant pour donner une idée des scènes
affreuses qui ont marqué l'entrée des
vainqueurs dans la capitale du monde
chrétien, — scènes qu'ils auraient certai-
nement pu réprimer, mais que, bien au
contraire, ils encouragèrent par leur
lâche et honteuse impassibilité.
Un officier italien a cependant droit à
notre admiration et à notre reconnais-
sance, car il a sauvé la vie d'un digne
compatriote, d'un brave eoldat de Pic
IX, le sergent-major Prince.
Celui-ci ayant consenti à accompagner
son lieutenant, qui désirait aller à la
chambic qu'il occupait en ville, de-
meura dans la voiture pendant que 30
dernier était monte dans ses apparte-
— 22 —
mcnts. Il fut immédiatement cntonrô
par la canaille qui encombrait la rue et
qui se préparait à lui faire un mauvais
parti, lorsqu'un officier piôraontais vint
a temps le délivrer du mauvais pas où il
s'était engagé. Ce digne officier monta
sur le devant de la voiture, et, tirant son
épée, il décrivit de si énergiques mouli-
nets, qu'il força la canaille à se retirer.
IV
Suivant les termes de la capitulation,
les troupes devaient laisser Rome le 21,
il sept heures du matin, mais, pour des
raisons inconnues, ce ne fut qu'à dix
heures que le délilô commença.
Les carabiniers Suisses sortirent les
premiers, suivis par la légion d'Antibes,
puis la Ligne, les Chasseurs, l'Artillerie,
la Gendarmerie et les Dragons. Les
Zouaves restèrent seuls sur la Flace. Le
colonel rangea les quatre bataillons en
ligne et, s'adressant à eux, le fidèle servi-
teur de l'Eglise leur dit : " Mes ami?,
voici le dernier hommage que vous allez
rendre au St. Père" ; puis, ayant com-
mandé de présenter les armes, il leva en
l'air sa vaillante épée et cria de sa voix
de Stentor : " Vive Pie IX 1" Tous les
regards bo tournèrent alors vers lo
— 23 -
Vatican, et les voix, se faisant l'interprc-*
te do tons ces cœurs unis dans un mémo
sontiment d'enthousiasme et d'araonr,
répétèrent : Vive Pie IX ! Vive Pie IX !
Aussitôt une fenêtre du Vatican s'ou-
vre, et la forme blanche du Pape, Fombla-
ble à une vision céleste, apparaît au
balcon. Pie IX prisonnier, les bras
levés vers le ciel, bénissait pour la der-
nière fois ces braves enfants accourus de
tous les points du globe pour affermir et
défendre son trône auguste et vénérable.
Ces acclamations furent suivies d'un
morne et lugubre silence. Toutes les
tigure3 étaient empreintes d'une tristesse
profonde et des larmes coulaient de tous
les yeux. Ce fut dans ces dispositions
que nous laissâmes la place St. Pierre,
pour sortir par la porte Angelica, placée
en arrière des colonnades de l'immense
basilique qui sert de tombeau au Prince
des Apôtres.
Arrivés à la porte St. Pancrace, nous
trouvâmes l^armée ennemie disposée sur
deux lignes ; les cinq généraux, entourés
de leur état-major respectif, étaient aussi
présents. Nous défilâmes au milieu de
ces vaillants soldats, qui nous présen-
taient les armes, la tète haute, le regard
fier et audacieux. Quelques Eomains
— 24 —
s'étaient rendus là afin de contcnopler ce
spectacle, qui eut lieu sans qu'un cri,
Bans qu'un sifflement vînt troubler le
silence mortel qui régnait en maître sur
cette nombrense assemblée.
Un vaste jardin avait été choisi pour
recevoir les armes, et ce fut là que noua
jetâmes par terre nos fusils à moitié bri-
sée, ainsi que nos sabres, dont il ne res-
tait plus que des tronçons. Ainsi désarmé,
le régiment continua sa marche jusqu'à
l^onte-Gaîôrc, qui se trouve eitnô à mi-
chemin entre Ilome et Civitta-Vecchia.
Il pouvait être six heures lorsque nous
arrivâmes en cet endroit. La chaleur
extrême, ainsi que la poussière que noua
soulevions sous nos pa8, avait contri-
bué pour beaucoup à rendre plus dure
et plus fatigante cette longue marche
entreprise sans que nous eussions mangé
une seule bouchée depuis presque deux
jours.
A Ponte-Galère, un train spécial nous
attendait. Les commissaires du roi
galant-homme nous entassèrent dans des
chars à bœufs, oii l'odorat souffrait d'ex-
halaisons on ne peut plus désagréables ;
puis wous partîmes pourCivitta, où nous
arrivâmes sur les 2 heures du matin.
Le régiment fut immédiatement de-
— 25 —
membre : chaque nationalité devant être
dirigée sur différents points désignés
d'avance par le gouvernement subalpin.
C'est à Livourne que les Canadiens
devaient aller pour, de là, être trans-
portés à rile d'Elbe.
Comme nous nous mettions en marche
pour aller prendre les chars qui devaient
nous conduire à notre nouvelle destina-
tion, M. de Charette, ainsi que les autres
officiera présents, vinrent ee mettre en
rang sur notre passage, afin de nous
presser la main et de nous souhaiter un
heureux voyage. " Adieu, Adieu I
disions-nous à ces nobles soldats qui nous
tendaient les mains. Adieu ! ''
— Non, mes enfants, dit le brave petit-
neveu du héros de la Vendée ; non,
ce n'est pas adieu que nous devons dire,
mais au revoir !
— C'est tout notre désir, mon colonel,
reprenions-nous en chœur: Au revoir,
au revoir !
Montés de nouveau dans ces sales et
puants wagons, nous y passâmes le reste
de la nuit ainsi que toute la journée du
lendemain. Le Ions: de la route, nous
traversions quelques petits villages tout
3
— 26 —
pavoises de drapeaux tricolore?, en BÎgno
de réjouissance pour \?l glorieuse victoire
que venait de remporter l'armée italien-
ne. Un peuple sale et couvert de hail-
lons encombrait les stations et nous exa-
minait avec une curiosité plus qu'irres-
pectueuse.
Enfin, nous arrivâmes à Livourne vers
les six heures du eoir. En descendant
des chars, ceux qui avaient quelque ar-
gent purent acheter an pain et des fruits,
ainsi que de l'eau, que les généreux
Livournais nous faisaient payer un sou
le verre. Il est bon de faire remarquer,
en passant, qu'il y avait trois jours que
nous n'avions pris aucune nourriture.
Après nous avoir fait attendre une
couple d'heures, on nous conduisit, entre
deux p'quets de soldats, par dea chemins
poussiéreux et déserts, jusqu'au lazaret
bâti sur le rivage, et qui se trouve à une
distance considérable du débarcadère.
En y arrivant, nous dûmes faire inscrire
nos noms sur un registre, et comme les
zouaves fatigués se pressaient afitt
d'en avoir fini plus tôt, un officier ita-
lien repoussa rudement le sergent Mc-
Gown, accompagnant cette brusquerie
d'un blasphème capable de chatouiller
des oreilles un peu moins dévotes que
les nôtres* ^
' . — 27 —
" Monsieur, dit McGowd, en regar-
dant lixement le blasphémateur, il me
semble que vous auriez pu me dire de
ne pas tant me hâter, sans qu'il fût né-
cessaire pour cela de jurer."
L'officier, honteux, no répliqua rien,
trouvant sans doute que la leçon était
bonne et bien appliquée ; mais, par bon-
heur, nous ne revîmes plus ce malappris.
Nous passâmes le reste do la nuit sur
des bottes de paille que l'on nous avait
idietribuées, et il serait superflu d'ajouter
que nous eûmes un sommeil calme et
profond, qui répara abondamment nos
forces épuisées.
Le letidemain, les officiers préposés à
nctre garde nous rassemblèrent sur deux
rangs, et après nous avoir distribué un
pain dur et noir, lequel devait servir
pour deux, ils nous payèrent la solde al-
louée aux prisonniers de guerre par le
gouvernement Florentin, savoir : un
franc pour les sergents, soixante centi-
mes pour les caporaux, et quarante-cinq
pour les soldats.
Plusieurs cantines avaient été en mé-
mo temps établies afin de fournir les
aliments nécessaires à notre consomma-
tion ; et c'est avec la modique somme
que nous recevionp, que devaient être
djéfrayées les dépenses de la journée.
— 28 —
C'est ainsi qno nous avons passé lea
longs jours de notre captivité— jours
d'ennui, d'attente et d'espoir.
Cependant, M. l'abbé Lnssier, aseietant-
aumônier, était encore à Rome, ignorant
complètement le sort des Canadiens, et
cette igrorance lui causait des inquiétu-
des faciles à comprendre pour ceux qui
Eavent avec quel zèle et quelle tendre
sollicitude, nos excellents aumôniers
s'intcrcEsaient à tout ce qui pouvait
avoir rapport h leurs chers zouaves. Ce
ne fut que quelques jours après la prise
de la Yille-Eterneïle, que le Rév. M.
Piclié, grâce à de fréquents voyages à
Florence, parvint, aidé du Rév. Père do
Gerlache, ainsi que de l'ambassadeur
anglais, à découvrir le lien de notre
détention, et à obtenir en même temps
la révocation de Tordre qui avait été
donné de nous conduire à l'Ile d'Elbe.
Les plus sincères remerciements sont dus
à ce bon prêtre qui, à peine arrivé en
Europe, a refusé de prendre le repos dont
il avait un si grand besoin, pour se con-
sacrer tout entier à l'amélioration de
notre sort et pour obtenir notre mise en
liberté, ainsi que notre prorapt retour
dans notre chère patrie.
Il y avait douze jours que nous
— 29 —
étions captifs dans ce lieu destiné à la
soniirance et à la misère, lorsque le 3
octobre, Mgr. Stonor, qui s'occupait des
Anglais détenus à Gênes, vint nous
apprendre que, dans Faprès midi, un
bâtiment, nolisô spécialement pour nous,
serait dans le port, prêt à nous recevoir
et à nous conduire à Liverpool, où nous
pourrions, de là, gagner l'Amérique.
Cette nouvelle fut accueillie par des
hourrahs enthousiastes. En effet, quel-
ques heures après, des chaloupes venaient
nous chercher au lazaret, dont les murs
sont baignés parles eaux de la Méditer-
ranée, afin de nous conduire à bord de
Vliidia^ qui, tout pavoisé de drapeaux, se
balançait coquettement dans le port.
Los officiers piémontais, debout sur le ri-
vage, nous regardaient partir. Des adieux
très-touchants furent échangés entre ces
premiers et quelques zouaves qui s'é-
taient trouvés avoir de fréquents rap-
ports avec eux. Je doia ajouter, à la
louange de ces militaires, qu'ils ont été
pleins d'égards pour noua, et qu'ils ont
fait tout ce qui était en leur pouvoir pour
alléger lo poids de notre captivité.
Eu arrivant à bord du vapeur, nous
trouvâ:ne3 nos confrères Anglais, qui
venaient de Gène?, et nous échangeâmea
-^ 30 —
avec eux de chaleureuses poignées de
main. Les Canadiens qne la maladie
avait retenns à l'hôpital militaire de
Rome, s'étaient aussi embarqués, prêts à
affronter, comme nous, les périls et les
fatigues d'un long voyage. En un ins-
tant les préparatifs furent faits et nous
partîmes. La nuit fut réellement magni-
fique, et notre navire, poussé par un vent
tout à fait favorable, fendait les eaux
avec une merveilleuse rapidité. Malgré
l'excessive beauté du temps, plusieurs
d^entre nous furent malades ; mais, deux
jours après, toute trace de cette inévita-
ble indisposition avait disparu pour faire
place à une santé excellente et à un ap-
pétit hors ligne. Malheureusement la
nourriture était fort mauvaise, et la quan-
tité, loin d'être suffisante. Cette nourri-
ture consistait spécialement en riz bouilli
ainsi qu'en maccaroni. Nous recevions
une tasse de café le matin, quelques bou-
chées de viande le midi et une pomme
de terre, cuite la veille, ce qui lui don-
nait un goût fort désagréable. Le bis-
cuit, mélange de chaux et de farine, était
d'une fadeur insipide, et plusieurs ne
pouvaient en manger sana être malades,
feien des fois, poussés par un appétit non
satisfait, j'ai entendu de malheureux
— 31 —
afiamés s'écrier avec un désir ardent :
" Oh I si j'avais la gamelle du St. Père I
pauvre gamelle, que j'ai tant dédaignée
autrefois, comme elle serait bien venue
aujourd'hui I "
Cependant, nous étions loin de noua
laisser abattre par ces privations et ces
raieôres : la gaieté la plus franche régnait
parmi nous, et il est fort probable qu'elle
aurait toujours fait le fond de notre
caractère, si un événement douloureux
ne fût venu tout à coup la changer en
tristesse et en deuil. Xous étions déjà
en face de Gibraltar, lorsqu'un zouave
Anglais, attaqué de consomption, rendit
son âme à Dieu, dans l'aprôs-midi du 9
octobre. Il mourut entre les bras du
Eév. M. Piché, qui le confessa plusieurs
fois, et qui contribua puissamment à lui
rendre plus doux et plus facile le terri-
ble passage de la vie à l'éternité. Lo
lendemain matin, la mer recevait dans
ses vastes fîmes la dépouille mortelle de
notre cher compagnon d'armes, et un
largQ bouillonnement, qui s'effaça pres-
que aussitôt, indiqtia seul l'endroit où le
défenseur de Pie IX s'était englouti.
Aprôi huit jours de navigation, le
temps qui avait été beau jusqu'alors,
changea tout à coup, i^ous fûmes assail-
— 82 —
lis par une afireuse tempête qui dura
trois jours et nous rait à deux doigts de
notre perte. Eu arrivant sur les côtes
d'Irlande, les chaîne? du gouvernail cae-
sèrent, et si, dans ce moment critique,
notre navire n'est pas allé se briser sur
les récifs, dont il n'était éloigné qne do
trois ou qnatre arpents, c'est du certai-
nement à la protection de Celle que nous
invoquions avec une ferveur et une con-
fiance qui ont mérité d'ôtre exaucées.
Plusieurs scènes, trc3 désagréables
alors, mais fort comiques aujourd'hui,
venaient, de temps à autre, rompre la
monotonie du voyage. La nuit, par
exemple, lorsque nous étions tous cou-
chés, le vaisseau, obéissant à l'impulsion
que lui communiquaient les vagues en
furie, faisait des bonds qui nous en-
voyaient rouler d'un flanc à l'autre : ce
qui, avec l'accompagnement des plats et
des tasses, produisait un bacchanal étour-
dissant. .
Ce mauvais temps cessa enfin, et quel-
ques heures avant d'arriver à Liverpool,
nous recevions un pilote. Celui-ci avait
quelques journaux très*récents, et qui
furent bien vite dévorés par les zouaves
avides de connaître ce qui se passait en
France et en Italie. Nous apprîmes
— 33 —
alors qu'à Arthenay, près d'Orlcans, 350
zouaves pontificaux Français, comman-
dés par Charettc, avaient soutenu "l'hon-
neur de leur patrie et que, sur ce nom-
bre, 18 seulement étaient revenus, les
autres ayant tous été massacres. Un
éclair d'orgueil illumina nos figures, et
nous poussâmes trois vigoureux liour-
ralis ! pour nos vaillants camarades qui
avaient cliangô en admiration le rire
moqueur de ces ignorants qui, lorsqu'on
leur parlait d'un soldat du Pape, le-
vaient les épaules de dédain et de mé-
pris.
YI
Le 16, nous entrions dans le port
d'une de3 plus grandes villes maritimes
du monde : nous jetions l'ancre devant
Liverpool. A peine y avail-il quelques
minutes que noua étions arrivés, que
nous vîmes se diriger vers nous un petit
vapeur, abord duquel étaient Lord Den-
bigh, M. le chanoine Moreau, le cheva-
lier Loyd, ainsi que plusieors membres
distingués de la population catholique
de la ville. Des que nous eûmes recon-
nu notre cher aumônier, cjuc nous
n'avions pas vu depuis bientôt trois
mois, ainsi que lo noble pair qui était
— 34 —
venu nons faîro visite à notre cercle, à
Eome, nous les ealuâmea par des accla-
mations entlionsiaetes. [N^ous accneilli-
pies M. Morean comme des enfants ac'
cueilleraient un père dont ils sont séparés
depuis longtemps. Je suis persuadé que
ces marques d'attachement et d'estime
ont dû lui être trôs-sensiblee, car il était
facile de s'apercevoir que c'était tout
notre cœur que nous déversions. La
présence de notre excellent aumônier au
milieu de nous, releva le moral de plu-
sieurs qui commençaient à £e laisser
abattre par les fatigues et les privations
détentes sortes que nons avions eu à
subir. Après une inspection faite par
l'officier de santé, les zouaves Anglais
nous dirent adieu et débarquèrent. Ils
^'eurent pas plus tôt foulés le sol de la
patrie, que les plus importants d'entre
eux adressèrent au Times la protesta-
tion suivante :
•' Nous, soussignés, zouaves pontifi-
" eaux, arrivant de Rome, où nous avons
^* été remplir un devoir d'amour, en dér
" fendant notre St. Fère, le Pape Pie IX
" contre ses ennemis, désirons déclarer,
" à la face du monde chrétien, la mau-
^* vaise foi du Gouvernement Flcentin.
" Par les termes de la capitulation, les
— 35 —
" honneurs de la guerre faront accordés
" à l'armée pontificale et le Goiivernc-
" ment Florentin s'engagea, de pins, à
** donner tontes les facilitée possibles
" pour le retour des troupes étrangères
" dans leur pays respectif.
" Loin d'obeerver ces conditions, nous
" fûmes, aussitôt que nous eûmes déposé
" les armes, jetés en prison, nourris au
" pain et à l'ean, pendant vingt-quatre
" heures ; gardés sous clef six jours du- '
" rant, et soumis à toutea les privations
" qui échoient aux prisonniers ordinai-
" rcs.
'* Nous pensons qu'il est de notre de-
" voir de faire cette déclaration, parco
" qu'on nons a donné à entendre qu'il
*' était généralement cru, en Angleterre,
*' que les autorités florentines se sont
" conduites comme des modèles de cour-
" toisie, et ont observé toutes les lois de
" l'honneur et de la guerre. "
Cette protestation fut signée par Char-
les Woodward, écr., Walter Maxwell,
fils de Lord ïïerries, Arthur Vansittart,
fils d'un colonel de l'Artillerie Royale,
Wilfrid Watts Rus^ell, frère du martyr
de Mentana, John Kennyon, neveu de
Lord Eennyon et Oswald Vavasour, fils
de Sir G. Vavasour.
-- 36 —
Comme on n'avait encore pris aucune
mesure concernant notre logement, noua
ne pûmes débarquer que le lendemain à
dix heures. Nous fûmes placés chez les
principales familles catholiques, qui nous
accueillirent avec une générosité admi-
rable et une bienveillance toute pater-
nelle. Nous no pourrons jamais recon-
naître ce que le3 catholiques de Livorpool
ont fait pour nous. Au milieu d'eux,
nous avons oublié les privations et les
misères auxquelles nous avions été eon-
mis, depuis plus d'un mois, pour ne plus
penser qu'aux saintes et pures joies de
la famille dont ils nous ont donné l'avant-
goût. Braves gens, que Dieu les bénisse :
qu'il leur rende au centuple les bienfaits
dont ils nous ont comblés, et que les
défenseurs de l'Eglise, qui, aujourd'hui,
jouissent du bonheur céleste, les récom-
pensent de leur profond et généreux
dévouement à la cause sacrée pour
laquelle les zouaves ont combattu, et
pour laquelle ils auraient voulu mourir.
Parmi ceux qui ont le plus fait pour
nous, je mentionnerai le marquis de
Bute, le comte de Denbigh, le major
Blundell et les RB. PP. Bénédictins,
desservants de l'église Saint-Augustin.
Ces généreux messieurs nous ont fourni
- 3? -
\q linge dont noua avions un ei grand
besoin, ainsi qu'une foule d'autres objets
trôs-neceBsaires au confort du voyage,
tels que matelas, couvertures, etc., etc.
Reconnaissance et remerciements leur
Bont dus.. Eeconnaissance de notre parc
reconnaissance de la part de nos parents
et de nos amis, reconnaissance de la part
de nos compatriotes, reconnaissance enHn
de la part de tous les catholiques de
noire belle et religieuse patrie.
Le temps que nous avons passé à
Liverpool nous a suffi pour pouvoir nous
former une idée assez juste, du ciel bru-
meux de l'Angleterre, de l'étendue de
son commerce et de la grandeur de ses
relations avec les antres pays du monde
entier. L'Angleterre est bien la reine
des mers, et tant qu'elle exercera cette
suprématie maritime, elle sera toujours
riche, grande et prospère : seules chosep,
ou à peu près, pour lesquelles, il faut
bien l'avouer, elle ait encore quelque
souci.
Les citoyens, protestants comme catho-
liques, nous ont toujours témoigné beau-
coup de respect et do sympathie, malgré
qu'ils nous examinassent avec une curio-
sité qui nous mettait un peu à la gêne.
Lorsque nous sortions dans les rues, aous
4
— 38 —
étions immédiatement entourés par une
foule avide de nous voir et, bien souvent,
des ovations d'un genre nouveau et qui
étaient par trop chaleureuses nous met-
taient dans un malaise extrême. Les
femmes nous embrassaient les maine, et
quelques-unes, même, poussèrent la dévo-
tion et le zèle, jusqu'à nous présenter
leurs chapelets afin de nous les faire
bénir, tandis que les hommes, un peu
plus sensés, se contentaient de se décou-
vrir et de nous accabler sous une foule
de souhaits, que Ife Seigneur, dans sa
profonde et insondable sagesse, exaucera
sans doute.
Après avoir passé quatre jours au sein
des chrétiennes et généreuses familles
qui nous entouraient des soins les plus
assidus et des attentions les plus délica-
tes, nous leur fîmes nos adieux- Bien
des yeux se mouillèrent alors de larmes ;
comment pouvait-il en être autrement '{
Etant réunis sur le Prince' s Landing
stage, nous nous embarquâmes à bord
d'un petit vapeur, qui nous conduisit de
l'autre côté de la rivière, oii était Vldahoy
vaisseau de la ligne Williams et
Guion, lequel devait nous conduire à
New- York. La bande de l'orphelinat
de3 Frères nous accompagnait et jouait :
-^ 39 -^
" Yive la Canadienne. " En laissant le
qnai, nous parûmes exciter beaucoup
d'intérêt, et nous fumes chaleureusement
applaudis. En retour, nous poussâmes
trois hourrabs pour les braves citoyens
de Liverpool, et le bâtiment s'éloignant
toujours, bientôt il n'y eût plus que les
chapeaux et les mouchoirs qui pussent
exprimer nos remerciementa et nos
adieux.
YII.
A peine fûmes-nous partis, que le vent
se mit à souffler avec une violence extrc^
me, et deux jours après nous étions
assaillis par une tempête qui dura neuf
jours et nous mit dans le plus grand
danger.
Il y avait déjà six jours que durait
cette tourmente lorsque, dans ia sixième
j.ournce,nous fûmes soumis à une épreuve
dont nous nous souviendrons loi'gtemps,
car elle nous causa une grande frayeur.
C'était au milieu de la nuit, et tout le
mon Je était couché. Un silence lugu-
bre, interrompu seulement par le mugis-
sement des vagues écumantes et le sit-
llement du vont dans le^ cordages, régnait
dans l'appartement. Tout a coup un
bruit épouvantable* 60 fait entendre, et
40
des montagnes d'ean, enveloppant lo
navire, tombent en se précipitant par
torrents dans lo compartiment où nous
nous trouvions. En un clin d'ceil, tout
le monde fut sur pied, s'attendant à
chaque instant ^ être submergé par
ré^ément en fureur. La mort nous appa-
raissait alors inévitable et certaine. Nons
nous jetâmes à genoux, au milieu de
l'eau qui montait toujours ; puis nous
récitâmes les litanies de la sainte Yiergc.
Nous sommes tous persuades que Celle
que TEglise désigne sous le nom si con-
fiant et si poétique à'' Etoile de la Mer y
Stella Mafis^ nous a sauvés d'un grand
danger ; car l'événement qui venait de
jeter l'épouvante parmi nous pouvait
avoir des suites que nous n'avons heu-
reusement pas eu à enregistrer. Yoici
donc ce qui venait d'avoir lien : Une
ancre, attachée an pied du grand mât,
emportée par la force des vagucF, avait,
défoncé le premier pont et était tombée
an milieu de non?, brisant dans sa chûle
les escaliers, les table?, les bancs et les
cloisons de nos cabines improvisées.
C'est dans cette circonstance que nous
fîmes un vœu à N. D. de Eonsecours,
nous engageant à aller visiter son église
en arrivant à Montréal, et à y déposer
— 41 —
un ex voio. En effet, le soir même de
notre arrivée à Montréal, nous nous som
mes empressés d'aller remercier Marie
de la protection spéciale qu'Elle nous
avait accordée en cette circonstance,
ainsi qne des faveurs signalées dont cette
bonne Mère nous a continuellement gra-
tifiés pendant les trente-un jours presque
consécutifs que nor.s avons passés sur
mer. Tous les soirs nous récitions le
chapelet et les litanies, puis, la prière
finie, nous chantions un couplet de VAve
Maris /Stella, Ces prière-, faites avec
ferveur, nous obtinrent un temps plus
favorable. 'Noue accueillîmes ce chan-
gement avec joie et reconnaissance, car
le capitaine, vieux loup de merde vingt-
deux années d'expérience, manifestait
des craintes sérieuses sur le sort du bâti-
ment, dont l'avant était tout brisé et qui
n'anrait pu tenir bien longtemps contre
. une mer pareille. Les soixante dix nau-
frages arrivés pendant cette tempête,
justifient amplement les inquiétudes du
vieux marin.
Le beau temps ramena au milieu do
nous la joie qui en était disparue, cédant
sa place aux inquiétudes do toutes sortes
'qui nous assiégeaient depuis notre départ
cIg Liserpoo^ Nous avions abord un
— 42 —
jnfortiric, aftaqnude cette terrible mala-
die pour laquelle on n'a pn encore tron-
ver de remède, et que les médecins dc-
sio^nont sous le nom do Qnal imaginaire.
Malgré qu'il eût une hante idée de la
gravité de ea maladie, il mangeait com-
me quatre, et la mêlasse, ainsi que la
viande, avaient eu l'honneur d'attirer son
attention et d'occupernne place proémi-
nente sur la liste de ses mets favoris.
Plusieurs, d'abord, s'amusèrent «à rire
de CCS innocentes gourmandises, et firent
tout ce qui était en leur pouvoir ponr les
satisfaire ; mais ensuite, ils changèrent
d'avis, et résolurent de mettre en usage
des remèdes éntjrgiques, pensant, sans
aucun doute, obtenir de pins favorables
résultats. En couFéquence, ils prirent
la resolution de lui faire peur et choisi-
rent le moment du sommeil comme
le temps le plus propice pour commettre
cet attentat contre la personne de leur
intéressant malade I Llno nuit, donc,
nous fûmes éveillés par les cris de : " Au
meurtre ! au meurtre ! ! " que répétaient
tous les échos du bord. JRien de plus
empressé que de nous diriger vers l'en-
droit d'où partaient ces lugubres appels,
ne sachant trop que penser delà possi-
bilité de l'acte sanguinaire énoncé par
ces cris et ces lamentations.
— 43 —
Une scène des plus comiques vint
alors frapper nos regards, et un rire dé-
sopilant s'empara de nous. Dans le pins
profond de la couchette apparaissait une
figure toute marquée do petite vérole et
cachée en partie par une longue et forte
barbe rousse. Deux petits yeux, d'un
noir brillant et d'un éclat peu ordinaire,
animaient seuls cette figure sur laquelle
était empreinte une peur excessive ; tan-
dis qu'un grand individu, à l'ai;* passable-
ment rébarbatif, le pied levé sur l'infor-
tuné malade^ semblait vouloir l'anéantir,
crime que celui-ci ne voulait pas laisser
comnrettre sans protester par les cris
mortels qui nous avaient éveillés un
instant auparavant. Malgré tonte la
frayeur et la couardise du pauvre diable,
nous ne pûmes nous empocher de rire
aux éclats ; et nous avions raison, car le
spectacle était d'un tragi-comique à faire
mourir de jalousie les premiers acteurs
du monde. Nous nous amusâmes beau-
coup de ce remède nouveau, qui ont
pour résultat défaire lever notre malade
et de le forcer à prendre l'air dont il
avait tant besoin.
Le temps étant magnifique, nous
pûmes, le dernier dimanche que nous
avons passé sur l'Atlantique, chanter les
u
prières do la messe, ainsi que les psaumes
des vêpres. Après cette cérémonie re-
ligieuse, M. le chanoine Moreau nons
lut les adieux adreesôs par le général
comte de Courten aux troupes pontifica-
les étrangères, dont il était le comman-
dant ; ceux de Papa Allet à son régi-
ment, ainsi que la réponse faite en cette
circonstance par M. de Charette. Ces
adieux exprimaient de beaux et nobles
sentiments, que nous partagions tous, et
auxquels nous applaudîmes avec enthou-
siasîne.
Les cris de: "Vive Pie IX! Yive
notre général ! Yive notre colonel ! "
furent répétés à plusieurs reprises, et
notre digne aumônier ayant eu la déli-
cate attention de nons faire passer de la
bière, nous bûmes à la santé de ces
nobles personnages.
Enfin, après dix-sept jours de naviga-
tion, nons saluions encore une fois les
plages du Nouveau-Monde, remplis de
joie à la pensée d'être bientôt dans notre
chère patrie.
Plusieurs messieurs, parmi lesquels se
trouv lient M. Tabbé Gratton, curé de
Terrcbonne, M. le chevalier de Eelle-
ieuille, représentant du comité Canadien,,
riion. M. Ed. Maison, M. Gustave
— 45 —
Drolet, ancien zouave pontifical, et M, lo
capitaine Boy, nous attendaient à New-
York depuis huit jours. L'hon. M.
Masson était venu au-devant de son lils,
jeune homme de 19 ans, estimé et admiré
de tous pour sou affabilité, son énergie
et son courage. Mon jeune ami est le
premier d'entre nous qui ait pu presçor
sur son cœur l'auteur chéri de ses ]o\irs,
et je suis persuadé que ce moment de
bonheur a snlii pour effacer do son sou-
venir les privations et les mieéres affreu-
ses auxquelUs il a été expoeé, comme
noue, pendant le trajet, et qu'il a sup-
portées, ce[)endant, avec un stoïcismo
tout à fait admirable.
Les catholiques de New-Yoïlc, à la
tête desquels se trouvaient le liév. M.
Quinn, curé de Saint-Pierre, et M.
McMaster, rédacteur du Frcemaii, nous
avaient préparé une brillante réception.
Un déjtûncr somptueux couronna le
programme de cette fête charmante, et
à midi précis nous prenions les chars
qui devaieut non s conduire dans notre
patrie trois lois aimée.
Les journaux ayant raconté très au
long l'itinéraire du reste de noire voyage,
je me contenterai do dire, alin de ne
pas fatiguer mes lecteurs par de3 répétiT
— 46 —
fions, que notre marche, depuis New-
Yoik jusqu'à Québec, a été ua véritable
tjioinphe.
A ces ovations nous avons oto sensi-
bles au plus haut point ; car nous les
avons considérées comme étant l'appro*
bation de l'élan religieux qui nous avait
engagés à abandonner famille et patrie,
pour aller défendre la plus sainte et la
plus noble des causes ; elles étaient l'apT
plaudissement de la conduite que nous
avons tenue à Kome, conduite qui nous
a placés si haut dans l'estime du Chef do
la Catholicité et dans la confiance do
nos supérieurs militaires ; elles étaient
encore une protci^tation spontanée et
solennelle contre l'envahissement inique
et eacrilégo des Etats de l'Eglise, par le
roi voleur qui est aujourd'hui la honte
et l'opprobre de toutes les têtes couron-
nées de l'Europe.
Maintenant, Zouaves pontificaux Ca-
nadien?, nous voilà dans notre patrie, au
sein de nos pieuses et chrétiennes famil-
le?. Tous les reg^irds sont tournes vers
nous, et nos compatriotes envient notre
bonheur. Tous auraient voulu, comme
nous, pouvoir défendre et protéger ce
trône auguste, sur lequel brille cette
grande, sainte et vénérable figure de
— 47 —
Pie IX ; mais tons ne l'ont pu, et noua
avons été d'heurciix privilégiés ! Sachons
reconnaître cette enviable faveur de la
Providence et ayons constarameut sons
les yenx la belle et fière devise de notre
drapean. Oh ! nous ne l'oublierons pas,
mes chers compagnons d'armes ! toujours
nous aimerons Dieu, et si jamais le St.
Pore réclame encore une fois notre as-
sistance, nous saurons nous réunir de
nouveau et frayer notre chemin jusqu'aux
pieds de son auguste personne en répé-
tant notre ancien mot de ralliement et
d'espoir : Yive Pie IX I
; • :
•• *•••♦..
' *■ » • • • .
, • . • î .. ;•.•.•••••