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L'HOMME ET SA CHUTE
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Mon meilleur OuOrage 1 , , *
L'HOMME
ET
SA CHUTE
PAR
Henry LACROIX
DEUXIEME EDITION
Prix : 1 Franc
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PARIS
LIBRAIRIE
DES
SCIENCES PSYCHOLOGIQUES
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1,
RUE Gh\BANAIS, I
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1891 ^
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PRÉFACE
La première édition de cet opu=?cule parut à
Montréal (Canada, Amérique), en 1866. De la pré-
face originale, je ne reproduis que les deux para-
graphes suivants; le reste, étant d'un intérêt
purement local, je l'omets.
Chaque chapitre de cet écrit est le produit d'une
inspiration (consciente) différente. Les inspira-
teurs montent les degrés de la pensée, présentant
une gradation de théorie dont le dernier terme
est abstrait ou philosophique. Aucun d'eux, néan-
moins, ne se pose en autorité absolue, à l'instar
des faibles intelligences ; tous comprennent que
Tavenir recèle des aspects nouveaux de la vérité
et que la lumière qui éclaire toutes choses est en-
core loin d'être bien connue.
On verra que les lumières nouvelles s'annon-
cent comme hypothèses dans l'autre monde
comme dans celui-ci, et que là chacun est libre
Il
de les accepter ou de ne i^is les accepter. Le pro-
grès existe dans l'autre monde comme sur la terre,
et ses habitants, par conséquent, occupent des
degrés différents d'intellectualité.
Ma médiumnité s' étant considérablement déve-
loppée depuis 1860, on a pu m'inspirer davantage
et me faire comprendre autrement ou mieux cer-
tains points qui se trouvent plus ou moins enta-
chés, on pourrait dire, de teintes théologiques —
fruits de l'éducation première. Ainsi, par exemple,
la personnalité du Christ, qu'on représente
comme ayant inauguré notre ère morale, ne se-
rait véritablement que celle d'Apollonius de
Tyane ! Mais cela n'est pas d'une grande impor-
tance, excepté au point de vue historique. La sub-
stitution de nom n'altère en rien la sublimité de
la morale et des enseignements qui nous ont été
transmis — et qui furent le produit naturel et lo-
gique du travail et du développement de l'huma-
nité, et non pas celui d'un individu quelconque !
Même dans le monde fluidique, le grand nombre
des désincarnés qui a subi la discipline terrestre
religieuse de l'école chrétienne, croit fermement
à la personnalité de Jésus. Les initiés seuls, dans
les hautes sphères, savent ce qui en est. Et, de
plus, le grand réformateur ou médium, Apollo-
nius de Tyane, est forcé, en conséquence des no-
tions arrêtées des Chrétiens dans l'autre monde,
III
de se présenter à eux sous le voile et le nom dont
on Ta aflfublé généralement. Les lois psychologi-
ques s'exercent en haut comme en bas, et les
esprits avancés ou grands sont souvent obliges,
pour un temps, de se mettre au niveau des petits,
pour pouvoir être reçus parmi eux et les aider.
Quant à l'idée de Dieu — que chacun fait à son
image — la notion panthéiste, des anciens sages,
de « Tout dans Un, et de Un dans Tout », semble
être celle que les plus grands Esprits accueillent
de préférence. Suivant eux, la « Collectivité des
âmes ou des intelligences pures constitue vérita-
blement la Cause Universelle », Je partage en-
tièrement cette idée philosophique — qui n'ex-
clut nullement l'individualité .
Je voudrais aussi faire part à mes nouveaux lec-
teurs. Européens, d'une théorie qui me fut com-
muniquée par l'esprit d'Eugène Sue, il y a un bon
nombre d'années, sur la formation des globes. Je
me contenterai de donner un simple aperçu de
l'idée lumineuse et pratique que ce bel esprit
français me développa, dans son action fluidique
et matérielle. « Il n'y a, dit-il, que trois molé-
cules : V angulaire y V allongée et la sphériquey qui
forment les mondes et leurs êtres — l'une succé-
dant à l'autre jusqu'à entier développement et
Vf
donnant suite k des ères différentes, dans Thistolrô
individuelle et générale. »
Je me plais h rendre hommage au grand écri-
vain en donnant le Jour k son Idée, venue de
source, dans son pays.
HENRY LACROIX.
Paris, 1801.
L'HOMME ET SA CHUTE
»—*
APERÇU GÉNÉRAL
L'homme vient de Dieu et en est l'expression la plus
vivante, la plus parfaite.
L'homme existe dans trois états successivement : à
l'état d'dmej à l'état d'esprit et à l'état matériel.
L'homme est l'agent de Dieu pour organiser la ma-
tière et la mouler dans toutes les formes désirables.
A l'état d'âme l'homme est dans son état primitif et
contemple dans toute sa pureté la puissance, l'amour
et la sagesse du Père Eternel.
A l'état d'esprit l'homme a un voile sur les yeux et
ne peut se rendre compte que d'une faible partie de la
nature de Dieu et de la sienne : il est déjà exilé de sa
patrie et n'en a qu'un confus et faible souvenir.
A l'état matériel l'homme remplit, en quelque sorte,
l'office de manœuvre. Ses deux états précédents lui
semblent hyperboliques et tous ses eflforts d'intelligence
pour arriver à la connaissance des causes se trouvent
entravés par des difficultés innombrables.
L'intelligence divine traverse la nature entière,mais,
comme la lumière du soleil, elle agit d'une manière
directe ou indirecte sur les autres intelligences suivant
'♦•
leur état de réceptivité. Le monde spirituel recevant
plus directement l'intelligence divine en profite plus
largement et la comprend mieux que le monde maté-
riel.
L'homme à l'état d'esprit agit sur les fluides qu'il
transmet à l'homme matériel pour être concrets. —
Voilà, en quelques mots, tout le mystère de la mission
humaine expliqué.
La chute de l'homme de son état d'àme, ou divin, à
l'état spirituel, peut être expliquée de bien des ma-
nières, suivant la nature de l'examen. La chute de
l'état spirituel à l'état matériel est sujette aussi à bien
des explications.
Dans toute société il existe trois classes : la classe
physique, la classe morale et la classe intellectuelle.
Cette dernière représente toujours une plus forte
somme de vérité.
L'homme physique ne voit guère que la terre, parce
qu'il s'y établit de bonne foi et y travaille avec courage
et persévérance. L'homme moral ne voit guère que le
ciel — ou le monde spirituel — et n'accomplit sa mis-
sion terrestre qu'avec une certaine répugnance; sa
pensée se reporte presque continuellement au second
étage de la vie; il juge toujours mal la vie matérielle,
car il ne s'y livre pas; il est sur la terre pour soulager
les souffrances du premier, et non pour les augmenter ;
sa lumière, comme celle de la lune, n'est qu'une chose
d'emprunt et ne saurait servir pour éclairer sûrement
et en dernier ressort les hommes. L'homme intellectuel
représente le soleil de la sphère mentale ; sa pensée
jaillit dans tous les sens et éclaire toutes choses.
La classe morale a toujours enseigné que la chute de
l'homme, de son état primitif, était due à la désobéis-
sance, à une violation de devoirs. La cl<isse morale
— 3 —
représente le cœur de Torganisme social ; comme lui
elle devrait être aimante et voir partout l'amour et nott
la haine : faillissant à cette mission, son intelligence
devient en quelque sorte nulle et impropre à guider ses
enfants. La tête de l'organisme social, ou la classe in-
tellectuelle, interprète d'une manière bien différente
la chute de l'homme, et se complaît à voir dans le Père
Eternel les qualités les plus larges, les plus généreuses,
les plus sages.
Durant la première ère sur la terre la pensée hu-
maine avait un caractère physique ou grossier. L'idée
de Dieu était informe, et toute autre connaissance com-
portait aussi un caractère rudimentaire; c'était la con-
séquence indispensable de cette ère; néanmoins, lorsque
cette ère arriva à son développement intellectuel, de
vastes pensées philosophiques, (^ui émerveillent encore
les penseurs, se firent jour. Cet âge a semé des germes
qui fructifieront dans celui-ci.
Si le grand prophète, qui donna son nom ta l'ère que
nous traversons encore, ne communiqua pas tout le
savoir qui était en lui, c'est qu'il ne pouvait et ne de-
vait pas dépasser sa mission d'initiateur. Le grand
cœur que percèrent l'ignorance et la cupidité avait une
intelligence éclairée qui embrassait autre chose que le
sens purement moral de la vie; mais pour se faire cora-
prendie il dut souvent employer le langage de l'époque
et même celui de la tradition, tout grossier qu'il était.
Au-dessus, néanmoins, de ce langage, plane, en gerbes
brillantes, celui de ramour,de la tolérance et des pensées
hardies d'un autre ordre. Le Christ savait que la doc-
trine dont il était dépositaire n'arriverait à son état de
maturité que lorsque l'âge intellectuel serait venu. Il
ne pouvait, en conséquence, enseigner à ses frères que
ce qu'ils pouvaient bien comprendre. Les lacunes qu'il
i^
a laissées dans ses enseignements n'étaient pas une
preuve de son incompétence à les remplir, et signifient
que ce devoir nous incombait.
Nous entrons aujourd'hui dans l'âge intellectuel de
notre ère, ou de la seconde ère. A mesure que la mis-
sion terrestre de l'homme avance, les idées prennent
un plus grand essor et saisissent mieux la vérité.
L'humanité terrestre reçoit aujourd'hui des révéla-
tions nouvelles auxquelles elle a droit et qui sont né-
cessaires à l'âge dans lequel elle entre. Les barrières
disparaissent et l'intelligence entre dans de nouveaux
horizons dont la beauté resplendissante émerveille de
bonheur ceux qui les parcourent. Le libre examen se
défait de ses entraves et trouve la démonstration là où
l'obscurité existait. De glorieuses perspectives se dévoi-
lent et se déroulent à l'envi au-delà de toute expres-
sion. Le bonheur se fait déjà pour les malheureux de
toutes espèces, non seulement par des promesses, mais
par des réalisations fécondes, par un changement de
conditions d'autant plus grandes qu'elles embrassent à
la fois la vie présente et la vie future.
L'autorité, dite Maternelle, assistera bientôt, tout
le dit, à l'émancipation de ses enfants et se complaira
à leurs nouvelles habitudes, à leur nouvel ordre d'idées
et à leur indépendance ; ses enseignements, ne conve-
nant plus à ses enfants devenus hommes, serviront,
après avoir subi quelques modifications importantes,
provoquées par le nouvel âge dans Tordre social et dans
celui de sa propre existence, et par les rudes et utiles
leçons de l'expérience passée, aux générations qui sur-
giront de son sein.
Le dernier âge de la première ère terrestre, disons-
nous, a semé des vérités qui s'épanouiront avec une
magnificence inouïe. Les sages de l'antiquité ont avancé
— 5 —
des théories qui réclament impérieusement aujourd'hui
l'attention des penseurs. L'intellectualité de la première
ère va se répéter dans la seconde et faire jaillir des
idées d'une importance immense. Le temps est arrivé
pour éclaircir bien des mystères. La « bonne nouvelle »
est annoncée et la « terre promise, » remplie de ri-
chesses de toutes sortes, est signalée.
L'auteur de cet écrit a été inspiré d'une nouvelle ver-
sion sur la « chute de l'homme ». Voici l'exposé succinct
et clair de cette révélation :
Lorsque Dieu manifesta le désir de créer cette planète,
nous, hommes, — à l'état d'àmes, — répondîmes à ce
désir par un élan spontané d'action. La chute que nous
fîmes d'abord, de l'état d'âme à l'état d'esprit, occa-
sionna en nous des conditions gênantes qui s'accrurent
davantage à l'état matériel, lorsque nous prîmes l'orga-
nisme par lequel nous agissons à présent. Le travail
matériel comporte toujours la gêne dans les mouve-
ments et dans les actions et amène des perturbations
là où il a lieu; voilà ce qui explique les événements pas-
sés, qui pont, en très faible partie, rapportés par l'his-
toire et la tradition. Ces événements, ou ces troubles,
ont été de différentes natures ; mais ils ont tous eu pour
objet, d'une manière directe ou indirecte, de concourir
au développement de notre planète.
D'après la version accréditée encore de nos jours
par le grand nombre sur la « chute de Phomrae », —
des anges rebelles furent chassés d'un lieu de délices
dans des régions bien mal favorisées, où la douleur
régnait en maîtresse. La seconde chute (sur la terre),
pâle reflet en quelque sorte de la première, lui succéda;
là le travail devint suant. Ces deux chutes (dont la
seconde n'est que la conséquence naturelle de la pre-
mière), ou ces deux faits de l'histoire de l'homme, jus-
— 6 —
qu'aujourd'hui si mal envisagés, ont été tellement en-
veloppés des langes de l'enfance, ou d'erreurs, que la
pensée humaine, éclairée des âges passés et du présent,
ne les a acceptés que sous bénéfice d'inventaire. Tout
ce que la pensée conçoit renferme la vérité, mais toute
chose a une enveloppe plus ou moins épaisse, en raison
des circonstances qui l'entourent. Si la chute de
l'homme a été envisagée jusqu'à présent d'une manière
si défavorable pour notre espèce, et par contre-coup
pour le Père Eternel, c'est que le temps n'était pas
encore venu d'avoir une appréciation plus juste de ce
grand fait.
Il est maintenant proclamé (par les inspirateurs de
cet écrit) que la chute de l'homme, n'a pas été causée
par un acte blâmable de sa part, et que cette chute n'est
pas ce qu'on prétend. L'homme, en descendant de son
état divin pour remplir une mission matérielle, n'a pas
encouru ou subi de dépréciation dans sa valeur réelle,
et ne s'est pas attiré de malédictions en se faisant
l'instrument du Créateur vis-à-vis de la nature maté-
rielle. Le sentiment du devoir, du dévouement et de
l'amour seul a causé la chute de l'homme, ou un chan-
içement passager dans ses conditions d'existence ; son
-exil des régions éthérées a été un exil volontaire, nul-
lement provoqué par la transgression d'aucun devoir,
par la violation d'aucun sentiment, par le moindre af-
faiblissement de son intelligence. L'homme, à l'état
d'àme, est en pleine et entière jouissance de toutes ses
facultés et ne saurait faillir, ou se tromper, jusqu'à la
révolte ; la lumière qui l'entoure là est tellement
grande, ou parfaite, que l'erreur, ou le trouble, ne sau-
rait y pénétrer,
La pensée terrestre s'est t^^op appuyée sur l'efïet ;
elle a vu un châtiment là où il n'y a que les consé-
t y
quences du dévouement ; de douloureux effets lui ont
fait croire à un méfait comme cause. L'homme ne pou-
vait pas remonter à son passé avant d'avoir amené un
certain développement dans son présent, et, il n'y at-
teindra, même par la pensée, d'une manière positive,
que lorsque l'ère intellectuelle éclairera la terre. Le
monde spirituel même ne saurait encore voir dans ce
passé qui a précédé notre mission actuelle ; les plus
avancés de cette sphère ne sauraient pénétrer encore
d'une manière lucide dans le séjour bienheureux d'où
nous sommes tous sortis et où nous retournerons tous
sans distinction.
Les notions consolantes sont toujours bonnes pour le
cœur, et les notions simples et claires sont celles qui
conviennent le mieux à l'intelligence. La présente ver-
sion sur la « chute de l'homme, » révélée à l'auteur,
lui semble offrir de grandes, d'immenses consolations
et des idées d'un caractère simple et très élevé à la
fois.
Los grandes vérités ne recherchent pas la mise en
scène ou même les démonstrations détaillées, lors-
qu'elles s'annoncent ; elles procèdent simplement, et le
grenier et la crèche, le plus souvent, servent à leur
naissance. L'inspiration qui a donné lieu à cet écrit est
venue soudainement annoncer, en quelques mots, à
l'auteur, la cause et la raison de la chute de l'homme.
Que ceux qui trouvent cette raison sage s'y rallient et
la proclament : c'est leur devoir. La « bonne nou-
velle » donne des ailes à ses disciples et les inonde de
Jumière.
La chute de l'homme est une glorieuse épopée que
nous avons ravalée, mais dont nous devons être fiers ;
les misères et les difficultés de la vie spirituelle et de
la vie matérielle, quelque nombreuses et pénibles
— 8 —
qu'elles paraissent, n'ont qu'une durée éphémère et
servent au grand but de la mission créatrice assignée à
l'homme. Les difficultés vaincues par nous dans le
passé, sur cette terre, nous enseignent que l'avenir
n'est pas sombre, mais brillant et accessible à tous.
Tout vient de Dieu, tout retourne à Dieu.
APERÇUS PARTICULIERS.
I
Les hommes gorgés de théologie ne sauraient com-
prendre et admettre la nouvelle version sur la chute
de l'homme, telle qu'elle est présentée dans ce qui pré-
cède ; le dyspeptique trouve la nourriture simple sans
goût ni saveur ; il en est de même pour l'intelligence
qui a été faussée par la notion de Vabsolu,
Les hommes non formés seront plus aptes à se ranger
sous la nouvelle lumière que cet écrit réfléchit, et à la
reconnaître comme bienfaisante, belle, grande et digne
d'éclairer la création entière, que ceux qui se targuent
de savoir.
L'homme physique et l'homme intellectuel sont deux
extrêmes qui se rencontrent et s'entendent plus faci-
lement que ne le font l'homme moral et Thomme in-
tellectuel. Ce dernier trouvera d'abord, dans la nou-
velle révélation sur le sujet "^u question, sinon une
certitude positive, du moins quelque chose qui mérite
et appelle lattention et Texamen. Ce monde souffre
— 9 —
tellement sous l'empire d'enseignements rudimen-
taires, partant de certains lieux, et qui dénaturent non
seulement l'homme, mais Dieu aussi, que Thomme in-
tellectuel, à quelque nuance qu'il appartienne, en
voyant cette révélation, l'accueillera, sinon à bras ou-
verts, au moins avec cordialité.
Toute idée qui relève l'homme à ses propres yeux et
qui embrasse toute l'humanité, sans distinction de
classe ou d'individus, est une amie dont on ne saurait
trop reconnaître le mérite. Il est toujours bon d'aimer
le bien et toujours digne de saluer les g' andes vérités
qui éclairent.
Il y en a qui vivent d'inductions et d'autres de dé-
ductions. Les premiers n'étant pas assez hauts ' lacés
sur l'échelle de la vie pour déduire le bien, vu l'obscu-
rité qui les entoure, sont portés à induire le mal en
toutes choses.
Les systèmes absolus ont toujours été dictés par
l'ignorance et ont invariablement reçu le jour dans les
époques où les hommes méconnaissaient ou négligeaient
leurs droits et couraient après les fantômes de l'intérêt
purement personnel. Ainsi les systèmes absolus, quelque
tyranniques qu'ils soient, sont aussi bien dus aux ad-
ministrés qu'aux administrateurs ; les troubles qu'ils
engendrent pendant leur durée ne forment pas, néan-
moins, des maux absolus. Le mal n'est que relatif et
sert aux grandes fins de l'harmonie.
Il serait oiseux de méconnaître l'autorité aux pou-
voirs que les hommes ont établis, lorsqu'ils fonctionnent
dans l'intérêt général ; mais il est toujours loisible
et juste de combattre ces pouvoirs lorsqu'ils dépas-
sent les bornes d > la justice, de l'amour et du bon
sens. Tout pouvoir qui prétend être absolu est tout sim-
plement ridicule et anarchique et doit être condamné
— 10 —
à périr. L'organisme individuel ûst le patron sur le-
quel devraient se former et se guider tous les orga-
nismes sociaux ; c'est la tête ou l'inlelligence qui est
appelée à gouverner partout en dernier ressort, et non
pas le cœur ou le sentiment.
Ces digressions ne sont ni inutiles ni mal placées ;
les événements du jour les justifient et elles se prêtent
bien au sujet que nous examinons. Lorsque l'intelli-
gence embrasse une partie de la nature, elle voit
presque tout, tellement tout est intimement lié.
Ce qui est devant nous renferme le plan général de
la question ; en y ajoutant des détails on n'en aug-
mentera pas la valeur ; le germe renferme tout pour
celui qui sait et veut voir. Nous ne voulons pas néan-
moins être absolus^ comme ceux à qui nous repro-
chons ce défaut capital; les curieux de bonne foi
méritent bien la bienveillance de la part de ceux qui
prétendent en avoir pour tous.
Les explications que nous consentons à fournir à
l'appui de la nouvelle révélation sur la a chute de
l'homme », disous-nous encore, n'auront pas l'effet de
satisfaire le grand nombre ; le« autres même ne sau-
ront y trouver une démonstration de nature mathéma-
tique, comme beaucoup d'entre eux, peut-être, le dési-
reraient. La conviction véritable est toujours le résultat
de pénibles et longs examens, pour ceux qui pensent ;
la conviction qui naît toute formée, au moyen d'une
autorité quelconque, est généralement de mauvais aloi
et disparaît promptement.
Pour les hommes terrestres, bien des vérités que
nous connaissons ne sont au plus que des hypothèses.
Devons-nous nous attendre à rendre clair et plausible
pour tous, pour le moment du moins, ce qui pour le
grand nombre d'entre nous est en quelque sorte lettre
— 11 —
close ? Nous pourrions même dire que iou«5 écrivons
ceci pour l'avenir. La manifestation do la lumière, de
toute sorte, se fait graduellement et ne saurait agir
autrement.
On s'imagine faussement sur la terre que le monde
spirituel est le lieu de la perfection. L'article que nous
apprécions maintenant dit le contraire ; et nous
sommes de cet avis. Le progrés a lieu sur les globes et
autour deux ; les êtres qui peuplent les mondes spiri-
tuels sont tous attachés à des globes d'une manière par-
ticulière. L'émigration de la sphère matérielle à la
sphère spirituelle, et vice versa (répétée très souvent
pour tous sans distinction), ne présuppose pas que
chaque étape dans un sens ou l'autre, soit la dernière.
La perfection n'est pas chose aussi facile à atteindre
qu'on se l'imagine sur la terre ou, du moins, elle n'ar-
rive pas aussi promptement qu'on le croit. Le moi est
bien aussi parfait qu'il peut l'être partout, mais sa
manifestation sur la terre et dans sa couche spirituelle
subit des modifications constantes à mesure qu'il
avance dans sa mission.
La variété de développement que l'on trouve parmi
les hommes sur la terre et parmi nous, nous enseigne
que l'émigration de l'homme de l'état normal, ou pri-
mitif, n'a pas eu lieu dans un seul et même temps. Sur la
terre, les hommes noirs, rouges et blancs (qui se dis-
tinguent dans le monde spirituel séparément par des
émanations en rapport avec leurs états particuliers),
représentent certainement trois manifestations dis-
tinctes de l'homme à des degrés différents de perfection,
sinon dans l'essence, du moins dans la forme. Est-il
sage de supposer que les noirs soient des retardataires
obstinés et endurcis qui n'ont pas voulu marcher avec
les autres et concourir à la mission générale, et que les
— 12 —
rouges n'aient rempli qu'à demi leurs devoirs?.. (La
pluralité d'existences sur la terre n'est nullement pour
nous un fait douteux, et nous ne l'écartons pas dans les
considérations présentes.) Il est plus simple, plus rai-
sonnable, d'admettre la pluralité de chutes, d'émigra-
tions du séjour ou de l'état divin, qu'une seule. A chaque
transformation de l'être à l'état matériel, et vice versa,
l'homme perd connaissance de son identité et de ses
faits et gestes, et il doit en être de même pour la trans-
formation de l'état spirituel, et vice versa.
Le monde spirituel est en communication constante
avec le monde divin; les plus avancés d'entre nous,
néanmoins, ne sauraient encore apercevoir ceux qui
leur parlent de ce monde supérieur. Ceux qui ont pré-
tendu, à diverses époques sur la terre, être en commu-
nication directe, d'une manière visible, audible, etc.,
avec le Père Eternel, ont généralement été de bonne
foi en imaginant que les êtres resplendissants qui leur
apparaissaient et qui leur parlaient, au nom du Tout-
Puissant, étaient Dieu lui-même. Il est des êtres parmi
nous qui seraient pris pour Dieu même s'ils se mon-
traient à quelques-uns de leurs frères, tellement ils
sont beaux et purifiés des attaches matérielles; pour
d'autres plus avancés, ces mêmes êtres n'offriraient
rien détonnant.
Nous soutenons que toute idée renferme la vérité ;
par conséquent nous sommes prêts à admettre que les
révélations qui ont été faites, en temps quelconque à
la terre, renfermaient le vrai dans la proportion exigée
par l'état des intelligences d'alors, auxquelles elles
s'adressaient, ce qui n'implique nullement la négation
de développements ultérieurs. La révélation ne saurait
être arrêtée sans que la Source suprême d'où elle part
en premier lieu fût tarie, ce qui est inadmissible. Les
— 13 —
révélations qui ont lieu maintenant auront aussi néces-
sairement à subir bien des transformations dans l'ave-
nir avant d'atteindre au but assigné par la pensée di-
vine et les efforts de l'homme. Toutes les révélations,
néanmoins, conservent un type de parenté, qu'il est
facile de reconnaître, malgré les diverses formes dont
elles sont revêtues ; l'apparence change, mais le fond
reste. Ce quelque chose, qui ne change pas, ne se pèse
pas, ne se voit et ne se s'analyse pas, chacun en a cons-
cience sans pouvoir se l'expliquer. Les idées rudimen-
taires qui ont présidé dans les premiers âges do cette
terre à son développement et à celui de ses êtres de
toute espèce, quelque méprisées qu'elles soient aujour-
d'hui, existent encore quoique sous une apparence
moins âpre. Le présent et le passé sont rattachés de
toutes manières et ont au fond le même caractère ; les
aspérités seules du passé s'effacent en devenant présent.
Le développement moral et intellectuel de l'homme
n'a lieu que par un changement dans l'ordre physique
et matériel de ce qui l'entoure ; voilà ce qui prouve
d'une manière irréfragable que notre mission est ma-
térielle, lorsque nous descendons de notre état primitif
et normal.
Il est tout naturel pour l'homme terrestre de supposer
que l'état moral est la plus haute expression possible
de la perfection, car il est dans l'ère où cette idée doit
avoir encore cours.
Le mal, le bien et le mieux sont trois choses qui re-
présentent trois états de la pensée humaine, et aussi
trois états différents dans ce qui frappe les sens. L'ère
physique, on pourrait dire, représente le mal, ou le
rudimentaire ; l'ère morale le bien, et l'ère intellectuelle
le mieux, ou le très bien. Vouloir néanmoins faire com-
prendre à la majorité (pendant la durée du bien) que le
— 14 —
mieux ou le très bien est appelé i\ le remplacer de
toute manière — en donnant aux idées morales, telles
qu'elles sont révélées et entendues, un autre sens, ou
une autre forme, ce qui pour la majorité représente
toujours un désastre, une perte réelle, la destruction,
l'anarchie et l'anéantissement radical de toute vérité,
— cela, disons-nous, serait entreprondro une tâche in-
commensurable et semer pour ne récolter ({ue plus tard.
Les gardiens de la loi morale dans les deux sphères,
matérielle et spirituelle, ont pour mission de sauvegar-
der le dépôt qu'ils surveillent et de le faire fructifier
jus([u'aux dernières limites. Le statu quo ue saurait être
le bien radical nulle part. Parmi les gardiens de la loi
morale dans le monde spirituel, il s'en trouve un grand
nombre, comme sur la terre, qui s'imaginent quo l'in-
térêt est une chose défendue; ils ci'oient que le capital
qu'ils surveillent doit toujours rester le môme; les ré
volutions seules leur dessillent les yeux, comme à leurs
représentants terrestres, à qui ils servent souvent d'ins-
pirateurs. Si on peut accuser le ciel^ ou notre monde,
de renfermer des agents si peu éclaii'és et si obstinés
dans leur manière de voir, c'est quo, comme le monde
matériel, le ciel se nourrit aussi de violence. Que d'êtres
parmi nous, comme parmi vous, qui ne peuvent pas voir
une idée ! Nous vous les envoyons, vous nous les ren-
voyez. Nous avons néanmoins, parmi nous, comme sur
la terre, mais en plus grand nombre, des êtres moraux
actifs, qui ne se contentent pas de dormir sur le bien
acquis, mais qui en augmentent la somme. Les sainu
strictement contemplateurs n'ont partout qu'un mérite
négatif; pour ceux-là les chutes semblent éternelles.
Mais, dira-t-on « vous donnez à l'ère actuelle le nom
de bien^ et pourtant le mal y existe, et vous devez le
reconnaître ». Ce mal, ajouteront tous les êtres absolus
— 15 —
«le l'ordro moral, « est une tache oi-iginelle transmise
par l'hérédité et dont un très petit nombre pourra se
débarrasser ».
L'ère morale, ou du bien, renferme certainement une
partie de ce qui représentait la première ère; l'homme
noir, ou primitif, et les (qualités rudimentaires y sont
réellement aussi bien que l'homme blanc et les qualités
éclatantes. Cela prouve-t-il <iuo cet état de choses soit
contraire aux lois de la nature, et que ce mal ({ue vous
faites si absolu^ ne doive pas s'y trouver? Lo mal, cet
ai{j:uiIlon du bien, est assurément mal envisa«,'é dans le
sens subjectif, et ne mérite pas tout le blâme qu'on lui
attribue.
Vous ne voudriez pas recounaitre ce que vous fûtes
dans le premier à<?e de cette terre, s'il vous était donné
de vous transporter à ce temps. Le pro«,'rès matériel et
social qui a été amené sur ce «xlobe a aussi déterminé
le progrés dans l'organisme humain et dans les mani-
festations du moi. Raisonnez donc assez juste pour re-
connaître cela ; ce calcul est bien simple à établir. Que
ceux qui se vantent d'être lojziques le prouvent par
leurs raisonnements, sans quoi ils ne sauraient être des
autorités.
L'ère noire, ou Tére physique, a été inaugurée sur la
terre par l'homme noir! Mais, direz-vous, vous hommes
blancs qui méprisez souvent vos frères noirs jusqu'au
point d'en faire encore des esclaves : — o nous n'avons
jamais été noirs I ! ». — Les privilèges ne sont pas re-
connus dans le Gode naturel. Vous tous, vous avez été
noirs, et bien noirs, et avez eu les traits grossiers, au
physique, au moral et à l'intellectuel, qui distinguent
les races les plus rudimentaires de l'Afrique. Vous
avez tous été cannibales de la pire espèce — à l'état
d'hommes noirs et à l'état d'hommes rouges. Les noirs
— 16 —
et les rouges qui se trouvent encore sur votre terre n'y
sont que par le fait d'immigrations subséquentes à
votre première venue et représentent des chutes nou-
velles de l'état d'âme. — Voilà ce que nous enseigne le
travail de nos intelligences; l'induction et la déduction
nous ont conduits à reconnaître cette doctrine, ébau-
chée par les sages de la première ère. L'homme or-
gueilleux et présomptueux ne saurait admettre cette
doctrine. La vérité choque les passions, mais elle réjouit
la vertu et la raison. Nous, nous reconnaissons bien
avoir subi ces différents états inférieurs dans nos exis-
tences passées, et cela ne nous rabaisse nullement dans
notre pensée. L'homme dans sa condition de mission-
naire est nécessairement sujet aux troubles et aux vi-
cissitudes qu'il rencontre. D'après tous les systèmes
ayant cours dans Tordre moral, le séjour de la terre
serait pour Thomme une expiation, dont le but serait
de le racheter de ses méfaits antérieurs. La présente
version sur la chute n'est-elle pas plus propre à expli-
quer ce fait, tant controversé, que celles qui l'ont pré-
cédée ? N'est-ce pas là un progrès sur le passé ?
L'homme apprendra désormais à ne plus avoir honte
de lui-même, ni du Père Eternel, car, il faut bien le
dire, tous ceux qui ont voulu analyser les doctrines
admises sur la terre et les concilier avec la nature de
Dieu, telle que le for intérieur la perçoit, ont toujours
rencontré un trouble douloureux dans de tels examens.
La pensée se révolte à l'idée de faire du Père Eternel
un être vengeur, bien autrement implacable que le
père humain. Non, la pensée humaine, nécessairement
bornée, ou psychologisée (pour nous servir d'un mot
nouveau) dans les deux premiers états généraux de son
existeuce matérielle et spirituelle, ne saurait connaître
la vérité aussi largement que lorsqu'elle s'est afïr
— 17 —
chie de ces deux états et qu'elle occupe l'état intellec-
tuel.
La pensée ne saurait admettre de barrières infran-
chissables lorsqu'elles s'inspirent des hautes facultés
de l'intelligence. La mission seule retient l'homme sur
la terre et dans le monde spirituel ; mais cette mission
est bien loin d'être éternelle. Voyez les progrés accom-
plis et ceux qui se font journellement, cela est quelque
chose, cela compte. Ne pleurons donc pas sur notre dé-
laissement imaginaire, sur nos fautes, sur la lenteur
avec laquelle nous procédons dans notre mission. L'a-
venir ne saurait être aussi obscur que le passé et même
le présent pour aucun des enfants de Dieu : ce titre
seul ne dit-il pas tout ? L'avenir si ;ardemment attendu
de tous, qui inaugurera la fin de la mission de chacun
dans les deux sphères, matérielle et spirituelle, ne peut
pas se trouver dans la nuit de l'éternité; de plus,
l'homme fatigué sur la terre ne va-t-il pas récupérer
ses forces dans notre sphère et jouir là de ce qui lui
manquait? Le sommeil journalier même ne sert-il pas
à adoucir ses peines, à part toutes les jouissances do-
mestiques ou autres, petites ou grandes, qu'il rencontre
en tous temps et en tous lieux ?
Ceux qui sont encore dans le noir et le sombre de
leurs deux existences, terrestre et spirituelle, voient
nécessairement noir et sombre ; mais ceux qui veulent
s'émanciper et qui désirent lire couramment dans les
mystères de la vie et se rendre compte et raison de
toutes choses, ne doivent pas être arrêtés par les alar-
mistes qui voient des dangers et la perdition partout ;
ils doivent faire des miracles au moyen de la connais-
sance des mystères et n'en laisser le monopole à aucune
classe spécialej comme vous diriez. Ce mot ainsi que
îelui à' absolu f représente une absurdité, ou un contre-
— 18 —
sens, que l'observation mûrie fera reconnaître comme
tel.
« L'homme à l'état d'Esprit agit sur les fluides qu'il
transmet à l'homme matèi'iel pour être rendus con-
crets. » — Voilà, en quelques mots, un exposé qui ren-
ferme toute la mission de l'homme. L'idée, la combinai-
son et la formation de toutes choses existantes sur la
terre ont pour source immédiate le monde spirituel.
En effet, rieu n'existe sur la terre qui n'ait auparavant
vu le jour dans notre monde, comprenant entièrement
les trois ordres des connaissances, à savoir : scienti-
fiques, morales et philosophiques. L'artisan, le cultiva-
teur, le mécanicien, le chimiste, le botaniste., l'astro-
nome, le moraliste, le philosophe, etc., s'inspirent tous,
plus ou moins, de nos régions et copient tout simple-
ment nos œuvres, d'une manière consciente ou incons-
ciente.
Ceux qui partent de la terre avec la conviction que
le travail ne leur sera plus imposé et que le but défini-
tif est atteint, demeurent quelquefois assez longtemps
sans prendre une part active au mouvement qui se fait
autour d'eux, mais cela ne dure guère; la voix de la
conscience et celle de l'exemple les réveillent bientôt
de leur léthargie. Le bonheur complet, tant souhaité,
ne s'annonce qu'en partie seulement ; voilà une nouvelle
déception qui leur communique de nouvelles idées et
qui les prépare à l'avancement.
En donnant à Jésus de Nazareth le titre de l'homme-
Dieuy les chrétiens, qui ne prétendent croire qu'en un
seulDievLj violentent la raison et tombent dans l'idolâ-
trie qu'ils reprochent aux autres. Comme titre honori-
fique exprimant la reconnaissance et l'admiration, le
mot d'homme divin a été souvent employé à l'égard
d'autres prophètes ; les titres flatteurs de cette espèce,
— 19 —
néanmoins, n'ont aucune raison d'être; le bienfaiteur
ne fait que remplir son devoir en dotant ses semblables
de ses inspii'ations et ne réclame pas la reconnaissance
exagérée qui ne fait que rabaisser ceux qui l'expriment.
Le bienfaiteur est humble et sa mémoire ne doit pas
être placée sur le piédestal de l'idolâtrie. Un frère ne
doit pas être déifié dans la pensée de ceux qui le ché-
rissent.
Il est toujours dangereux d'accorder à ses semblables
une place trop grande dans ses affections; le cœur trop
rempli nuit au libre exercice de l'intelligence et en
trouble l'action. Les émotions sont agréables aux carac-
tères faibles, mais elles deviennent même pour eux un
poison, lorsqu'ils s y abandonnent trop souvent et trop
longtemps; le même air devient vicié et mortel à force
d'être respiré. L'initiateur à qui l'on confère le titre et
les privilèges d'Autorité absolue est par là isolé de ses
amis trop zélés, ou fanatiques, et se trouve dans l'im-
possibilité de les secourir au besoin. L'individualité
appartient à tout homme, et malheur à celui qui en fait
volontairement peu de cas ou qui l'abandonne.
Que l'existence qui vous attend ne vous semble pas
menaçante ; le Dieu vengeur — comme idée — est de
l'ancienne révélation et n'a aucune raison d'être dans
la nouvelle.
En admettant la chute de l'homme dans le sens ordi-
naire, on met fortement en 'doute l'existence du pro-
grès si on ne le nie pas positivement. La philosophie
reconnaît le progrès, et la morale pleure le plus souvent
sur « la décadence de l'humanité ». Que fait donc la
science? Elle travaille à les servir l'un et l'autre sui-
vant la nature des circonstances. La philosophie est la
manifestation intellectuelle du mot, — la morale n'en
est que la manifestation secondaire, ou inférieure, et la
— 20 —
science n'en est que la manifestation rudimentaire. Le-
quel de ces trois régnes offre à l'homme le plus d'avan-
tages ?
Les événements qui ont lieu actuellement sur la terre
ne sont pas dus en entier à ses habitants. Le temps est
arrivé pour une grande transformation qui se fera en
dépit des empêchements de toutes sortes. Le monde spi-
rituel communique en ce moment une nouvelle direc-
tion au monde matériel et y prépare un nouvel ordre
de choses dont le grand nombre ne se doute pas .
Que de révolutions dans l'ordre moral n'ont-elles pas
déjà eu lieu sur la terre 1 C'est l'intelligence qui les a
provoquées toutes, et les événements d'un ordre phy-
sique ou politique, ont toujours servi à les amener, du
moins celles qui avaient une importance majeure.
N'allez donc pas croire que les idées philosophiques
soient sans valeur et sans effet sur les destinées et
qu'elles n'aient pas la préséance sur toutes les autres.
Le fluide invisible, impalpable et vaporeux qui part du
cerveau et parcourt sans bruit les réseaux nerveux,
met en mouvement tout l'organisme physique de
l'homme et lui fait accomplir des choses merveilleuses.
Il en est de même des idées philosophiques dans l'orga-
nisme social ; le cœur, ou les êtres moraux de cet or-
ganisme ont beau offrir de l'opposition et se révolter
contre toute nouvelle direction, ils sont toujours forcés
de se rendre à la volonté supérieure qui les domine et
qui ne s'exerce que dans l'intérêt général. L'être dans
l'état moral n'est pas positivement un être raison-
nable : il ne l'est que négativement, et, comme tel, son
rôle dans la société se borne, en thèse générale, à
transmettre aux enfants les messages que lui confie
l'agent supérieur. Cet agent ne croit pas et ne peut
enseigner à croire à des chutes absolues, ni aux créa-
— 21 —
tions surnaturelles, soit dans le sens physique, soit dans
le sens moral, soit dans tout autre sens.
L'état moral n*est qu'un état de transition, de som-
meil, où le cœur est plus actif que l'intelligence. L'être
qui subit cet état dans la première phase est plus intel-
ligent que lorsqu'il entre dans la seconde phase; l'his-
toire depuis dix-huit cents ans passés vous le prouve
sur une grande échelle. Pourquoi est-il alors moins in-
telligent ? C'est parce que dans la première phase il est
actif, il lutte, tandis que dans la seconde il est négatif,
ou conservateur, — il dort et il rêve. Les rêves dispa-
raîtront avec le réveil prochain.
II
En s'incarnant sur la terre, l'homme apporte avec lui
un itinéraire tracé d'avance, qu'il suit sinon dans tous
les détails du moins dans l'ensemble. Mais, dira-t-on, où
est le libre arbitre et son action ? En répondant par
cette question — « l'homme à l'état d'esprit n'est-il pas
un être pensant et prévoyant »? — on aura de suite la
solution. Le voyage que l'homme entreprend sur la
terre, qui lui est familière, n'est pas d'une longue durée
à ses yeux, et, s'il ne se rend pas à la destination dési-
rée, au but proposé, il retourne à sa demeure pour re-
commencer une autre fois. De plus, l'incarnation n'est
pas une chose pénible pour celui qui la recherche ; le
grand nombre la désire et l'appelle de ses vœux. Ceux
qui ont été le plus malheureux sur la terre, ceux sur-
tout qui l'ont été par des fautes dites volontaires, de-
mandent à grands cris la réincarnation. Le mouve-
ment est essentiel à l'être physique, et la terre offre
— 22 —
fortement cette condition particulière ; c'est pourquoi
les êtres physiques recherchent la terre avec ardeur et
s'y établissent avec joie. — Mettons le voile et l'amour
de la charité devant nos yeux, lorsque, le Code moral
à la main, nous voulons 'critiquer et apprécier les ac-
tions de ces êtres pendant leurs séjours sur la terre et
au moment de leur départ, et, au lieu de condamner,
nous saurons plaindre.
En se faisant le manœuvre du Créateur, l'homme ne
se noircit pas seulement au physique ; son cœur et son
intelligence perdent leur éclat primitif en traversant la
nature spirituelle et la nature matérielle. Ceux qui ont
été blanchis à force de réincarnations devraient se
souvenir de leurs états passés, lorsqu'ils étaient aussi
noirs de toutes manières, que ceux qu'ils condamnent
souvent si implacablement. Si l'étincelle divine chez
l'être physique est tellement imperceptible quelquefois,
c'est qu'elle est partie du Grand Centre plus tard que
colle qui apparaît si brillante chez l'être moral ou l'être
intellectuel. Celui qui vous paraît si immonde, si vil,
si méprisable, si coupable, si vous le voulez, sort du
lieu de délices incommensurables où vous voulez ren-
trer. Il en est parti comme vous, il y retournera comme
vous. L'heure de son départ est récente, la vôtre est
déjà lointaine.
Ah I ne proscrivez pas de la terre l'homme que vous
appelez coupable, ni au nom de la justice, ni au nom de
la morale, car vous agissez sans sagesse. Les fautes
que vous lui reprochez sont celles que vous commettez
souvent encore en vous-même. Les fautes ne demandent
que des conditions favorables pour devenir des vertus.
Ah, mes frères! qui pleurez sur les souffrances et les
fautes de vos proches et qui étendez autour d'eux les
bras de l'amour pour les protéger et les sauver, que
— 23 —
n'agissez-vous de même envers ces malheureux qui
sortent de l'embrassement diyin I Ah I ne mettez pas
sur leurs fronts le sceau de la réprobation. L'homme
qui aime bien pardonne facilement. N'aimez-vous donc
pas? Aimez si vous voulez être aimés. Aimez tous les
hommes, car ils sont tous vos frères ; n'en condamnez
aucun, car ils seront tous sauvés. Ne portez plus de
jugements inutiles.
La loi de l'amour est venue pour éclairer le monde
et vos cœurs, non pour l'obscurcir et vous endurcir.
Le soleil vous éclaire tous et vous prodigue ses caresses
avec amour : de même la lumière divine s'étend sur
tous les êtres et les embrasse. Tous les mondes sont
éclairés de la même lumière et tous les cœurs en re-
çoivent la chaleur. Ne dites donc pas qu'il y en a de mau-
dits. S'il existe des coins reculés quelque part qui for-
ment des ombresjdes précipices qui retiennent l'obscu-
rité, de nouveaux venus dans le champ du travail ma-
tériel qui faillissent parfois et succombent, des evfants
dans la nouvelle vie, et qui, moins expérimentés que
vous, commettent des écarts que vous avez vous-
même commis, — c'est que cela est encore utile à
l'harmonie et au développement.
Aimez-vous les uns les autres. — Ces paroles divi-
nes, les lèvres humaines les répètent; mais elles doivent
être répétées et senties par le cœur, par tous ceux qui
croient en Dieu, en son amour infini.
Ceux qui croient à l'efficacité de l'amour doivent s'en
servir plus pour les autres que pour eux-mêmes. Frap-
per le malheureux qui a succombé et qui souffre, c'est
l'endurcir et lui communiquer la haine. Que de mal-
heureux ainsi dotés par vous pullulent au-dessus de vos
têtes et empoisonnent votre atmosphère morale! En
douteriez-vous ?
— 24 —
La justice implacable sévit journellement contre ce
que vous nommez V écume de votre monde. C'est un le-
vain qui fermente autour de vous, qui s'introduit dans
le sein de vos familles et les désole. Les expulsés ne
font que sortir de l'organisme matériel et ne s'éloignent
pas pour cela du lieu qui leur a été assigné par la pen-
sée divine. Vous les condamnez et leur enjoignez de
s'éloigner de vous, mais ils restent là où ils doivent et
où ils ont droit de rester. Ceux que vous nommez les
ennemis de la société sont encore parmi vous après leur
expulsion, quoiqu'à l'état d'invisibles, et sont plus à
craindre alors qu'avec l'enveloppe que vous leur ôtez
ou que vous les forcez d'abandonner en ne veillant pas
à leurs besoins.
L'homme, éclairé par le code moral, a une mission
bien grande à remplir. Que de fronts ruisselants n*a-t-il
pas à essuyer 1 Que de cœurs meurtris par la douleur
ne s'offrent- ils pas à son amour pour être consolés ! que
de souffraDces de toutes sortes ne se présentent-elles pas
à la portée de son ministère 1
L'homme moral a-t-il le droit d'assombrir sa pensée
de chimères épouvantables et de les lancer sur ses
frères, présents et absents?... Doit-il se faire l'acolyte
des furies des mondes invisibles à ses yeux, et leur
supposer le pouvoir d'intervertir l'ordre et la nature
même de Dieu ?... L'homme physique peut avoir des
idées rudimentaires, mais l'homme moral ne le doit pas,
car l'amour qu'il accepte pour guide ne vit que de dé-
vouement et d'abnégation. Les noirceurs de l'homme
physique ne doivent pas déteindre sur l'homme moral
au point d'obscurcir sa vision et de troubler le cours de
ses actions ; c'est l'homme moral qui doit influer sur
l'homme physique et répandre sur lui des espérances
salutaires et certaines et les grands reflets de la charité
— 25 —
fraternelle. L'homme physique est homme de foi, et
l'homme moral ou d'espérance doit savoir lui communi-
quer les hautes qualités qui appartiennent à sa nature.
L'homme d'espérance ne croit pas, dans le véritable
sens du mot : il attend ; lorsqu'il croit il ne croit qu'au
passé. Pourquoi donc ne croirait-il pas à l'avenir puis-
que cela lui est annoncé ?
Vivre d'espérance et d'amour, c'est pour l'homme
moral vivre de bonheur et dans le bonheur. Ceux qui
s'échappent de la sphère morale pour entrer dans la
suivante, peuvent sembler à l'homme moral avoir perdu
de leur mérite. Les premiers pas dans l'intellectualité
sont nécessairement et naturellement physiques et
n'offrent pas d'abord les avantages visibles et les grâces
qui ne sont pas les suites du développement dans tout
état. L'homme d'amour n'a-t-il pas aussi été physique
dans sa sphère ? — Que l'homme d'amour qui se fait
le guide des autres s'inspire des hautes qualités de son
état et de sa position responsable, et qu'il sache bénir
aussi bien les partants que les venants; à ce signe,
l'homme de bien se fera connaître et reconnaître de
tous. Ce développement de l'amour n'est inaccessible
pour personne et tous doivent y tendre de toutes leurs
forces. Les grands cœurs ne sauraient avoir trop d'es-
pérance et d'amour; aimer au-delà du visible n'est pas
aimer follement. Sachez donc, vous qui embrassez des
familles nombreuses qui se laissent guider si docile-
ment sous votre tutelle et par vos conseils, bénir et
aimer ceux qui sortent de vos troupeaux : la condam-
nation n'appartient pas à votre ministère. Aimez les
absents comme les présents et étendez visiblement sur
eux vos sourires et vos grâces. Si vous agissez ainsi,
vos brebis ne vous en aimeront que davantage et là fra-
ternité ne sera pas un vain mot.
— 2« —
La barbarie qui a imaginé des peines sans relâche
pour le méchant, s'est servie d'un sentiment auquel vous
ne devez pas avoir recours. La pensée sous le régime
moral n'est pas liée aussi étroitement qu'auparavant
et doit embrasser un horizon plus grand ; occupant un
étage supérieur, elle doit voir plus et mieux qu'autre-
fois. — Les lieux de tourments existent toujours, car
la création est constante, ce qui cause, en un certain
sens, — l'éternité des peines. — Cette version, qui est
la vraie, a déjà été comprise et admise par les hommes
d'élite sur la terre, mais le plus souvent par la croyance
à la pluralité d'existences : le temps amène une lu-
mière plus grande, et le progrés dans la création ap-
porte nécessairement le développement dans les idées.
Que ceux qui voudraient voirie pourquoi de l'existence
des idées rudimentaires dans le passé, se demandent
pourquoi ils ont été enfants avant d'être adolescents et
hommes, pourquoi ils ont eu les habitudes, les goûts et
les idées de cet âge, et leur étonnement cessera.
La morale enseigne à aimer et non à haïr, à condam-
ner et à punir, de près ou de loin. Que veulent donc
dire ces croyances impies qui se trouvent encore parmi
les sommités officielles de la nouvelle loi?... Est-ce
un reste des âges barbares que les hommes ont encore
voulu garder et qu'ils se complaisent à caresser ? Un
pareil alliage défigure trop aujourd'hui la loi morale et
lui assigne des bornes, des limites qui ne lui convien-
nent pas. L'amour de Dieu s'étend sur tous les hommes
indistinctement et les élève tous vers lui. Pourquoi
donc vouloir reculer aux âges passés, aux idées gros-
sières, lorsque les lumières nouvelles sont si belles, si
glorieuses?... Pourquoi les guides des masses se font-ils
un devoir de croire à la puissance de l'esprit du mal,
qui est déchu de son empire depuis l'avènement de la
— 27 -
loi d'amour?... Croient-ils que la nouvelle loi soit
inférieure, en théorie et en pratique, à la première?
— Pourquoi donc le proclamer? C'est que l'amour chez
eux est encore à l'état d'adolescence et rempli des pas-
sions do cet âge.
Le chemin de la vie de l'homme, lorsqu'il s'exile de
sa patrie, offre toujours pour tous les mêmes difficultés;
mais, direz-vous, les accidents peuvent retarder celui-
ci et non celui-là. Tous commencent la vie mission-
naire au même point et rencontrent par conséquent
les même accidents ou les mêmes difficultés, pour mieux
dire. Mais, direz-vous encore, « si l'émigration de
l'homme à l'état d'dme est constante, celui qui arrive
maintenant pour la première fois sur ce globe, ou dans
sa couche spirituelle, ne peut pas y rencontrer les
mêmes di(ficultés que ceux (jui l'ont précédé ? » Si la
création n'était pas constante, cette objection serait
juste; mais comme elle est constante, cette objection
est sans force. Ceux qui arrivent maintenant sur cette
terre avec les caractères de la bestialité en quelque
sorte, sont encore bien avancés relativement aux habi-
tants d'autres planètes, sur lesquelles beaucoup d'entre
vous ont laissé leurs empreintes. Il est des saisons pé-
riodiques dans l'histoire de toutes les planètes, où une
partie de leurs habitants émigrent dans d'autres globes,
comme vous-même vous émigrez de temps à autre
d'un pays à un autre.
La science vous offre des aperçus sur l'histoire pri-
mitive de votre globe qui démontrent un commence-
ment bien grossier; les découvertes dans ce sens no
sont pas encore épuisées. La science de la logique et de
l'analyse mentale fait voir clairement, sans fouiller ail-
leurs que dans l'intelligence, que l'existence du pro-
grès étant chose certaine, le commencement de tout
— 2S -
sur la terre a dû avoir lieu au bas do l'ëchello.La chute
de Thommo sur la terre, prise dans le sens littéral ou
textuel, ne s'accorde pas avec les données scientifl(iues
et philosophiques : les mots mal coordonnés cachent le
sens véritable. L'homme pur est devenu impur, dit-on ;
ses conditions d' existence sont devenues impures sans nul
doute, mais voilà tout. L'agent direct du Créateur est
tellement rapproché de son Père, par tousses attributs,
que sa déchéance — telle qu'elle est présentée — ne
peut pas avoir lieu.
Si les êtres les plus avancés parmi ceux qui sont
encore sur la terre, régis par la lumière morale, n'ad-
mettent pas la pureté inaltérable et indestructible du
mot, en tous temps et tous lieux, l'inspirateur de ce
chapitre, éclairé par la même lumière dans la sphère
qui vous domine, l'admet ainsi qu'un grand nombre
d'autres habitants du même lieu.
Le péché contre le Saint-Esprit, ce qui n'a pas encore
été défini sur la terre, consiste dans le non-dévelop-
pement de l'intelligence; c'est un mal qui diminue de
jour en jour et qui finira par disparaître du globe ter-
restre. Le monde spirituel éclaire continuellement le
monde rudimentaire et enlève petit à petit le bandeau
de l'ignorance qui recouvre les yeux de ses habitants.
Le libre arbitre, dont on fait tant de cas sur la terre,
n'est pas aussi grand qu'on le prétend. Les rouages de
l'organisme humain sur la terre ne sont pas aussi dé-
veloppés que ceux des êtres dits invisibles, et ne fonc-
tionnent pas avec la même précision, la même délica-
tesse et la même force, et, par conséquent, la volonté
par leur usage ne peut pas encore produire les mêmes
résultats. L'organisme spirituel est supérieur à l'orga-
nisme matériel et malgré cela il subit continuellement
des changements, afin d'amener un ordre de choses
— 2U —
plus élevé. Lo libre arbitre de la sphère spirituelle est
uccessairoinent soumis à la grande Pensée Directrice ;
à part cela, nos classes exercent une cei^taine influence
l'une sur l'autre en raison de leurs positions respec-
tives. Lo libre arbitre collectif subit l'action des mêmes
lois que lo libre arbitre dans le sons individuel ou res-
treint. Le monde véritablement céleste représente la
têto du Grand Organisme qui comprend toutes les
sphères. Les mondes spirituels en représentent le cœur
et les mondes matériels les extrémités et le corps. L'in-
telligence domine les sentiments et les sentiments do-
minent les passions; l'homme passionnel ou l'homme
(le la terre peut-il donc prétendre à un libre arbitre
absolu ou même considérable ?
S'il est important pour l'homme sur la terre d'avoir
une foi religieuse découlant de sa connaissance de la
loi morale, il n'est pas nécessaire pour lui, quand il est
arrivé à un certain degré de développement, d'avoir un
culte extérieur. Du complexe on arrive au simple; le
simple est le vrai au plus haut degré.
La foi religieuse d'un peuple, comme celle de l'homme
individuel, indique son état moral; le degré de l'effet
fait connaître le degré de la cause. La foi est un effet et
non une cause. La foi est une chose extérieure ; la mo-
rale est une chose intérieure. L'intérieur gouverne
toujours l'extérieur, et l'extérieur est une image plus
ou moins grossière de l'état du développement inté-
rieur. La morale est la foi et la foi est sa manifestation ;
laquelle donc occupe le plus haut rang?
\\ faut avoir la grâce, dites-vous, pour croire. Il faut
aussi avoir des bras pour pouvoir travailler ; les bras
néanmoins ne valent pas la tête qui dirige. La foi di-
rige bien les actions, direz-vous; mais les actions, ou la
vie pratique, font changer la foi, répondrions-nous. La
— 30 —
foi se fait plus forte, plus belle, plus grande dans
l'homme nouveau ou renouvelé. La foi du père et celle
de l'enfant sont un même rayon de l'astre moral, mais
l'enfant en absorbe plus directement l'influence. Le
nouveau-né qui a subi une longue suite d'existence ma-
térielles a plus de puissance, de chaleur et de lumières
que celui qui est en arrière de lui sous ce rapport. Le
supérieur n'est véritablement pas toujours le père.
Que de changements les articles de foi n'ont-ils pas
subis avec les âges écoulés! Que de changements ne su-
biront-ils pas encore avec les âges futurs ! La grande
roue du temps marche toujours et élimine toutes
choses. Vouloir arrêter le développement de la foi c'est
vouloir l'impossible.
La perfection de la foi réside dans la charité la plus
grande, la plus illimitée. La chanté ^mi7ée n'est qu'une
chose nominale. La charité s'exerce envers le prochain,
quelque éloigné qu'il soit, sous tous les rapports. La
charité, telle quelle est enseignée et pratiquée sur la
terre, est très incomplète. Est-ce là une charité, la fille
légitime de l'amour? Le dogme qui n'est charitable que
pour ceux qui admettent ses articles est encore loin
d'avoir la charité complète : il est encore dans les
langes du développement. L'espérance et la charité ne
sont pas deux furies qui damnent ceux qui ne croient
pas à certains dogmes.
L'oreille qui se fait sourde aux cris de détresse, de
quelque part qu'ils viennent, est l'esclave d'un cœur
bien peu charitable, bien peu éclairé. Le baume de
l'amour — la charité— n'est pas destiné à ceux qui ne
souffrent pas, mais à ceux qui souffrent, et les grandes
souffrances le réclament davantage. Pourquoi donc
proscrire l'exercice de la charité et de l'amour quelque
part, — là où ils peuvent faire tant de bien? Un cachot
— 31 —
éclairé par l'amour perd son ignominie et rachète ou
élève celui qui s'y trouve, quelque rabaissé qu'il soit;
plus le cachot sera sombre, plus cette lumière paraîtra
belle et sera bienfaisante à celui qui la recevra : les
bonnes choses ne sont jamais refusées lorsqu'elles sont
olTertes par le cœur !
La fraternité universelle n'est pas un vain mot et
nous devons lui rendre hommage dans la personne de
tous les malheureux. La fraternité impose des devoirs
qu'aucune convention ou régie écrite ne saurait dé-
truire. Où est celui sur la terre qui n'ait pas quelqu'un de
ses proches dans une condition malheureuse dans l'au-
tre monde?... Qui osera délibérément et sans remords
— dumner les siens, même tacitement ? — Est-ce celui
qui enseigne la charité?...
Si l'homme devient plus éclairé, plus clairvoyant, en
passant de la sphère matérielle à la sphère spirituelle,
cela n'exclut pas la possibilité de réaliser sur la terre
les conditions de l'état supérieur. Il incombe aux chefs
spirituels de la terre d'être dans des conditions spiri-
tuelles afin qu'ils soient en état de recevoir les dons du
ciel. Si les chefs manqueni de charité et d'amour, qu'ad-
viendra-t-il donc des troupeaux ?
L'assimilation des deux sphères n'est pas encore
dans un état bien avancé, c'est pourquoi les rapports
de leurs êtres sont entourés de bien des difficultés. Que
les chefs de la terre recherchent le concours et l'aide
de leurs ouailles pour provoquer le rapprochement des
deux sphères : l'effort collectif produit l'élévation de
tous. La lumière n'est pas le partage d'un nombre ou
d'une classe quelconque ; le grand en se faisant petit
avec les petits s'élève et les élève, bien plus qu'en se
faisant grand envers eux.
Que l'amour de la terre se ligue avec l'amour du ciel
— 32 —
en faveur des malheureux frères pour qui l'espérance
est sombre. Que les portes jusqu'à présent défendues
d'une part par l'ignorance, soient vigoureusement
assaillies de cette part par les bras puissants de l'amour
et ces PORTES céderont infailliblement. L'organisme
spirituel a besoin du concours de l'organisme matériel
pour pouvoir bien fonctionner et remplir ses différentes
missions. L'unité d'action conduit au développement
du tout. L'organisme divin ne pose pas de limites à
l'action de l'amour et du bien. Celui qui élève un damné
attire sur lui les sourires divins. L'amour de Dieu ne
connaît pas de limites ; pourquoi donc ses agents en
connaîtraient-ils ?
Mais, dira-t-cn, la révélation a toujours enseigné à
l'homme terrestre : que le pécheur ne peut pas entrer
dans le royaume du juste, et que des peines éternelles
l'attendent après le trépas. La Révélation ne saurait
se contredire, direz-vous. — En proclamant aujour-
d'hui le salut de tous, la Révélation nouvelle ne brise
pas les fondements essentiels de toutes celles qui l'ont
précédée. La vérité, pour être comprise de l'homme à
l'état d'enfance, doit se revêtir de formes convenables à
cet état ; l'adolescence même est toujours incapable de
recevoir la vérité complète ; jusqu'à sa maturité
l'homme terrestre devra donc s'attendre à voir des
changements dans la Révélation.
La révélation ne procède jamais d'une manière ab-
solue, puisqu'elle n'embrasse toujours qu'un petit nom-
bre de croyants d'abord. En proclamant le salut de
tous, ou l'amour infini, la révélation du jour ne s'at-
tend pas à réaliser un succès immédiat et général ; la
conversion ne dépassera pas les bornes du possible, du
nécessaire. L'ancien levai a devra nécessairement en-
core avoir cours sur la terre et s'individualiser pendant
— 33 —
bien des âges encore dans une foule d'hommes pré-
posés à les recevoir.
Cette révélation n'est pas plus inexorable dans son ac-
tion que les autres ne l'ont été ; elle ne force personne
à croire , elle se fie à l'avenir bien plus qu'au présent
pour avoir de nombreux adhérents. Les incarnations
nouvelles sur la terre rempliront infailliblement les
cadres du bataillon sacré de l'amour ; le progrés qui
attire les éprouvés attire aussi les réprouvés.
Mais, dira-t-on, la révélation actuelle ne comporte
pas le caractère des révélations passées : elle n'a pas
enfanté une Autorité visible munie de pouvoirs surpre-
nants ou miraculeux. Non ! L'amour éclairé ne commande
et ne s'impose pas, il invite : il s'immisce dans tous les
rangs sociaux non comme une autorité mais comme un
ami. La révélation actuelle a déjà des millions d'agents ;
elle parle pas bien des bouches et s'exprime même de
diverses manières qui paraissent contradictoires au pre-
mier abord. Elle procède en cela comme toutes les ré-
vélations précédentes ont procédé ; elle a produit des
faits surprenants, dits miraculeux, en grand nombre
partout, et elle tient en réserve des manifestations d'un
ordre supérieur à tous ceux-là qui auront lieu au mo-
ment convenable.
L'autorité aigrit ceux qui la subissent et devient im-
puissante dans son action lorsque l'homme est émancipé
par le développement du cœur et de l'intelligence. Que
sont tous les hommes en réalité les uns à l'égard des
autres, sinon des égaux? La fraternité donne à tous les
même droits. Les âges barbares et incomplets seuls
font des distinctions entre les hommes. Ceux qui repré-
sentent encore ces âges seront les seuls qui ne se ran-
geront pas sous la nourelle bannière. La terre a encore
3
— 34 —
besoin d'hommes physiques de toutes sortes et ils naî-
tront et renaîtront encore sur la terre durant bien des
siècles à venir.
La répartition des rôles dans la vie procréatrice de
l'homme amène nécessairement des distinctions d'em-
plois (que tous subissent) et qui jusqu'aujourd'hui ont
été envisagés comme comportant une distinction réelle
de valeur aux points de vue collectif et individuel. Le
voile de l'avenir devient transparent aujourd'hui pour
un grand nombre de travailleurs, pour ceux qui sont à
l'œuvre depuis longtemps ; ceux-là n'apercevront plus
la Divinité durant cette mission à travers un voile som-
bre et menaçant, et ils pourront encourager leurs
frères dans leurs peines en leur montrant un terme
plus ou moins éloigné pour chacun, où tous jouiront
encore de la plénitude du bonheur.
Tous les yeux s'élèvent vers l'invisible et interro-
gent l'espace sur la nature de l'inconnu ; toutes les in-
telligences sont avides de savoir et sont portées à l'ana-
lyse. Personne ne se rebute réellement à la recherche
de la vérité, malgré les innombrables difficultés qui en
défendent l'approche. L'avidité de l'intelligence dépasse
celle des sens et des passions et ne peut être assouvie
ni sur la terre ni dans notre sphère. L'homme par son
intelligence aspire au Très-Haut, même quand il est
dans les profondeurs du irès-bas. Le souvenir de l'état
normal est une lumière microscopique dans l'intelli-
gence de chacun, mais cette lumière suffit pour guider
tous les hommes au — point de départ — qui est le
point final de chaque mission procréatrice.
L'ère rudimentaire élève de nombreux autels où là
Divinité est représentée sous une foule de formes gros-
sières. Comment l'idée de Dieu ne serait-elle pas in-
— •Ali —
forme pour l'homme lorsque son entourage est rude et
menaçant?... Les fantômes obscurs ne naissent-ils pas
dans l'obscurité ?
L'adoration polythéiste représente toujours un état
rudimentaire, l'adoration trinitaire un état plus avancé,
et l'adoration unitaire l'état complet, celui vers lequel
tous les cultes et tous les hommes tendent et auquel
tous arriveront.
Durant les premiers cages de la terre, l'homme ren-
contre une nature en quelque sorte implacable qui le
terrasse souvent dans le combat et qui le force à changer
fréquemment d'organismes pour la vaincre. La réin-
carnation est alors fréquente. Le mouvement est alors
grandiose, gigantesque, éperdument féroce ; le siffle-
ment des atomes, dans leurs courses effrénées, en-
gendre des tempêtes efïroyables autour de l'homme et
en lui ; la vie est pour lui un combat continuel et sans
merci, où il est forcé d'employer des moyens en raison
de la résistance et de l'état des choses. — L'homme,
simplement moral, s'il assistait aux commencements de
l'habitation d'une planète quelconque, frémirait de dé-
goût et d'horreur, et dans son ignorance, à cette vue,
il implorerait la Justice Éternelle pour faire cesser cet
état de choses épouvantable, où l'extermination de
l'homme par Thommea lieu incessamment avec des ra-
fmements de sauvagerie incroyables. En élevant les yeux,
cet être moral apercevrait alors des anges resplendis-
sants qui, au lieu de frémir d'horreur sur ce tableau,
lui adresseraient des sourires encourageants. — Voir
n'est pas toujours comprendre.
L'homme adore ses premières œuvres, comme l'en-
fant s'extasie sur ses premiers dessins ou tout autre
travail de ses mains. L'homme à l'état rudimentaire
croit à tout ce qu'il voit et prête à toutes choses dont
— 36 —
ses sens ne peuvent se rendre compte des vertus ex-
traordinaires. Les astres deviennent pour lui des di-
vinités ; les éléments des furies qu'il combat et qu'il
cherche à apaiser par des sacrifices de toutes sortes ;
ses semblables qui se distinguent en quelque manière
deviennent des génies bons ou mauvais iiui exercent
un contrôle immédiat et arbitraire. Voilà ce qui dis-
tingue l'homme durant les premiers âges terrestres.
Le déchaînement des passions arrive dans tous les âges
lorsque de grandes révolutions viennent changer l'ordre
des choses; le règne des êtres physiques a alors lieu.
Voulez-vous faire disparaître les idoles, les autels
rougis de sang, les sacrifices qui outragent vos sens
et votre raison, les préjugés et le fanatisme de vos frères
qui vivent presqu'à l'état de bestialité, enseignez-leur
d'abord les premiers éléments de la science de la vie
active, qui sont d'un ordre physique ; rendez leur position
matérielle moins précaire, ardue et difficile. Lorsque le
bien-être matériel se fait sentir, l'homme, dans toutes
les conditions, devient prêt à embrasser la morale et à
suivre ses leçons. Ce genre de sacerdoce est celui qui
réussira toujours le mieux auprès des malheureux
qu'on veut relever. Le ministère de l'amour sacre celui
qui est charitable ; l'ordination véritable consiste dans
les actes, et le vœu n'est réellement utile que lorsqu'il
se manifeste au profit d'autrui.
Pour abolir le règne de l'idolâtrie chez les nations
barbares, il faut d'abord purger ses propres temples,
ceux de pierre et ceux de chair, de tout ce qui peut faire
un pendant à ce que l'on veut abolir ailleurs. Comment
voulez-vous faire croire aux peuples sauvages qu'ils
ne doivent reconnaître et n'adorer quun seul Dieu si
■vous en reconnaissez et en adorez plusieurs vous-
même?... L'homme à l'état rudimentaire, comme l'en-
— 37 —
fant, a souvent une logique qui est de nature à surprendre,
celui qui veut l'enseigner. La vérité à l'état physique
est hardie et vive et ne veut souvent reconnaître sa
sœur — la vérité morale -- que lorsque celle-ci est
réellement aimante et éclairée. Voilà ce qui pourrait
en grande partie expliquer le peu de conversion que la
vérité morale a effectuée chez les nations qui ne recon-
naissent pas encore la vérité au delà de ses premières
phases.
La Mère Chrétienne (ou l'Église) a tenu des Conciles
où la voix des pasteurs seule s'est fait entendre. Il in-
combe aujourd'hui aux fidèles d'avoir leur tour. Ce
sont les fidèles qui forment l'Église, qui en sont la base,
le centre et le couronnement. La grande et glorieuse
République chrétienne impose à chacun de ses mem-
bres le devoir de prendre une part délibérante à la chose
commune. Le suffrage universel est la conséquence
naturelle de toute république. Les représentants qui
fonctionnent à vie deviennent virtuellement des dicta-
teurs et donnent à toute espèce de république une na-
ture monarchique qui devient une anarchie.
Il est aujourd'hui plus que jamais du devoir de ceux
qui sont dans l'Église Mère et de ceux qui en sont sé-
parés en partie ou tout à fait, soit par suite des Ré-
formes ou par le fait de l'incrédulité, — de revendiquer
leurs droits, de rétablir les bases communes qui ont été
violées par la Hiérarchie.
Le mot Église a depuis longtemps un sens tellement
perverti et faux, même parmi les gens soi-disant éclai-
rés, qu'il est rendu méconnaissable et incompris. Ce
mot comporte pour le grand nombre — l'Autorité ! —
l'autorité absolue, contre laquelle ni Thomme ni Dieu
même ne sauraient intervenir. Aussi le mot Église est-
il vu et entendu avec répugnance,avec horreur,parceux
— H8 —
qui aiment et qui conuaissent la valeur de la liberté.
Le mot Chrétien aussi a acquis une triste célébrité,
et beaucoup d'hommes abhorrent ce nom, car il ex-
prime pour eux toute autre chose que ce qu'il comprend
et signifie réellement. Ce nom a été tellement un man-
teau pour couvrir des horreurs, qu'il cause parfois de
l'effroi et du dégoût. Ce ne sont pas les fidèles qui ont
outragé ce nom. Non ! mais bien ceux qui devaient le
sauvegarder de toute impureté, de toute souillure. Si la
République Spirituelle n'eût eu que des représentants
mobiles, élus à court mandat par les représentés, les
annales chrétiennes ne seraient pas tellement rougies
de sang.
La République Spirituelle, dont Jésus de Nazareth
fut l'initiateur par excellence, embrassait tous les
hommes avec les bras de l'amour, et repoussait les hié-
rarchies permanentes qui l'auraient souillée et corrom-
pue, — comme cela est arrivé depuis. Le Christ ne fit
pas la guerre à l'ancien ordre de choses pour le rétablir
sur les bases nouvelles qu'il fonda. Il ne fouetta pas la
hiérarchie de sa parole éloquente et sévère parfois pour
la faire revivre dans la personne de ses apôtres ou de
ceux qui se feraient leurs successeurs. L'enfant du
jpeuple n'aspirait pas aux honneurs puérils de la royauté,
dans aucun sens, et ne conseilla pas à ses frères, de
tous les âges, de retomber dans le culte du veau d'or.
Il enseigna la charité, l'amour et la tolérance comme
seuls dogmes, et le mépris des honneurs, des immunités
et des privilèges.
Les classes privilégiées ont été de tous temps les en-
nemis les plus acharnés, les plus dangereux du peuple,
soit dans le sens matériel, soit dans le sens spirituel.
Dans le sens spirituel, ce danger est encore plus immi-
nent que dans l'autre sens. Obscurcir l'horizon poli-
— 39 —
tique ou économique n'égale pas en funestes effets l'ob-
scurcissement de l'horizon spirituel. Une famille royale
s'éteint bientôt, mais une royauté cléricale ne s'éteint
que très difficilement, tellement elle s'enracine profon-
dément dans le corps social. Une eau souvent renouvelée
communique la santé au corps. Une foi souvent re-
nouvelée se purifie et s'élève, et les administrateurs sou-
vent renouvelés conservent un caractère digne, qu'ils
perdent infailliblement dans la condition contraire.
La République Spirituelle ne pose pas les administrés
ou les fidèles dans une condition de dépendance servile.
L'administrateur, individuel ou collectif, n'est en réa-
lité, qu'un porte- voix des pensées de la majorité des
représentés, et ne vaut jamais ceux qu'il représente.
La République Spirituelle ou chrétienne a-t-elle con-
servé son caractère primitif? Ses représentants ont-ils
été humbles et soumis aux règles du principe qui a pré-
sidé à la formation de la grande et glorieuse Répu-
blique ?. . . Non ! La représentation a été une chose forcée
où les fidèles, les peuples, n'ont pas eu de voix, mais
où l'ambition, l'amour du pouvoir et de semblables mo-
biles condamnables seuls ont parlé et agi.
Il est aujourd'hui grandement temps que ceux qui
aiment le gouvernement représentatif dans sa véritable
essence s'efforcent et se fassent un devoir sacré de le
rétablir sur ses bases normales. La société n'a pas seu-
lement besoin de Conférences politiques. Il est encore
plus urgent pour elle en ce moment que des Confé-
rences d'un ordre spirituel aient lieu, et que ces confé-
rences d'un ordre spirituel aient des bases larges et so-
lides, représentant librement toutes les opinions, les
désirs et les besoins de tous les peuples indistinctement.
Les conférences sectaires n'apporteraient que des re-
mèdes adultérés et vicieux et ne guériraient pas les
— 40 —
plaies vives et sanglantes de la société. Le seul pro-
gramme convenable pour de telles conférences devrait
être : l'amour de la vérité et de la bonne entente. Avec
de telles conditions, l'Esprit Saint, ou l'Intelligence»
descendrait sur de telles conférences et les illuminerait
au profit de tous les hommes.
On pourra supposer que des conférences, d'un ordre
spirituel et libre, n'auraient aucun effet sur les destinées
futures et qu'elles ne se raient propres qu'à engendrer
des discordes encore plus grandes que celles qui exis-
tent déjà ; mais de telles suppositions seraient fausses.
On ne travaille pas dans la voie du bien sans obtenir
des résultats La sagesse des nations ne s'exerce pas
seulement dans le domaine politique et scientifique ; les
questions religieuses absorbent aussi l'attention et l'é-
tude des masses aussi bien que de ceux qui en font un
métier. L'habit ne fait pas l'apôtre. Cela est certain.
Pourquoi donc ae voir d'apôtres qu'en ceux qui portent
une robe ou un habit différent de celui du commun des
mortels ? Pourquoi prêter à leurs possesseurs une puis-
sance en dehors de leur ministère et leur supposer des
qualités qu'ils sont loin de revendiquer généralement?. . .
Les directeurs des consciences connaissent moins les
consciences que leurs possesseurs et ne peuvent s'assu-
rer de leurs régies particulières aussi bien que ceux qui
en subissent le poids et qui en entendent le souffle in-
térieur. Les médecins spirituels n'opèrent pas autant
de guérisons qu'ils le supposent; par leur organisation
et leur esprit de corps, ils arrivent à exercer une forte
puissance sur la société dans le sens politique, et se
servent souvent de cette influence, de cette puissance,
d'une manière condamnable, au détriment du bien gé-
néral. Ils ne sont jamais au niveau du progrès et des
nécessités des siècles. — Les représentants spirituels
— 41 —
devraient nécessairement être des hommes pratiques et
d'action, et susceptibles de voir dans l'avenir autre
chose que la désolation pour le grand nombre de ceux
qu'ils représentent. Ceux qui redoutent l'avenir ne sau-
raient y guider sûrement les autres.
Quelques entraves que les hiérarchies puissent inven-
ter et mettre au-devant des mesures et des événements
prochains, cela n'empêchera pas l'émancipation de
ceux qu'ils tiennent en servitude. Des conférences indé-
pendantes auront lieu, où seront débattus les mystères
de la pensée et les miraculeux pouvoirs de tous les
hommes. Le régne de l'absolutisme fuira au devant des
lumières nouvelles que feront naître ces Conférences
— ces immenses Conciles des peuples — où les privi-
lèges seront inconnus et foulés aux pieds.
Quatorze siècles passés ont été très activement em-
ployés pour construire et étayer un échafaudage spiri-
tuel qui n'en a que le nom ; mais cet échafaudage crou-
lera dans un temps prochain.
En consultant les révélations anciennes, on trouvera
des prédictions qui ont trait à cette époque, aux événe-
ments grandioses qui ne tarderont guère à avoir lieu.
Les réactions, qui ont pour point de mire une immense
étendue de difficultés, ont tout naturellement une im-
mense puissance pour agir.
Au commencement de cette ère, les docteurs spirituels
(malgré tout leur savoir) ne surent pas se plier aux cir-
constances, au nouvel ordre de choses, à ses sages le-
çons, mais ils combattirent contre la destinée qui inau-
gurait visiblement ses décrets, et ils crurent la vaincre
en faisant immoler celui qui en était le plus actif, le
plus dévoué et le plus éclairé. La hiérarchie, savante et
puissante, se fit délatrice et tacha ses autels du sang
— 42 —
d^une grande victime. Poiuo inutile î Le nouvel ordre
de choses prit une plus forte extension et se nourrit des
difficultés et des persécutions. — La hiérarchie du jour
saura-telle profiter de cette leçon, de cet enseigne-
ment, et suivre une marche opposée à celle de cette
première ? Saura-t-elle mettre ses intérêts de côté et
prendre ceux du peuple? Saura-t-elle se faire humble
et conQante dans la Providence et accepter de bonne
grâce la part qu'elle veut lui allouer dans les destinées
futures ? Saura-t-elle voir, dans les signes du temps, une
inexorable volonté et la réalisation des choses pré-
dites?... Non! Les émules par excellence du conserva-
tisme ne verront, n'entendront et n'agiront guère
mieux que leurs prédécesseurs judaïques.
Les événements spirites du jour sont les avant-cou-
reurs de la régénération de la République Spirituelle
ou du christianisme. Les hiérarchies ne comprennent
pas la signification de ces événements et s'obstinent à
voir des faits démoniaques, des enseignements men-
songers, dans les manifestations et les doctrines que
ces événements provoquent. Ils ont des yeux et ne
voient pas ; ils ont des oreilles et n'entendent pas. Ils
ferment leurs yeux et bouchent leurs oreilles, afin de
ne pas voir et de ne pas entendre. Peines inutiles! les
événements marchent et le statu quo se dérange et in-
quiète, quoi qu'on en dise, ceux qui le maintiennent.
Le peuple aime les miracles, car ils lui enseignent
qu'il peut aussi en faire. Le peuple aime les doctrines
simples et sait les comprendre malgré les faux ensei-
gnements dont on le nourrit aux sources officielles. L<i
peuple croit en Dieu, en sa paternité réelle et non er
sa paternité nominale; il aime son père comme un en-
lant, avec foi, avec tout l'attachement et l'expansior
~ 4» —
possibles, et so croit aimé de mémo do Diou. On a
efFrayé lo peuple avec des fantômes; les fantômes sont
ses amis et le prouvent aujourd'hui en l'instruisant.
III
L'abord d'un précipice est souvent difficile lorsque
les sens seuls sont éveillés à son aspect. Le danger ins-
pire la crainte et émeut profondément l'homme lorsque
le savoir et l'expérience ne viennent pas à son secours
pour le soutenir et l'encourager. L'ignorance est le
plus grand précipice que l'homme puisse rencontrer, et,
s'il ne cherche pas constamment à l'éviter par la vo-
lonté, le travail et la persévérance, il arrivera pour lui
un moment où il se croira perdu, malgré la vue du ciel
bleu, des fleurs épanouies et des magnificences de la
nature qui sourient au Créateur et aux créatures.
Je vois, hélas, partout des voiles recouvrant toutes
choses. L'homme sur la terre ne se fait aucun scrupule
d'écarter celui qui cache la science et de puiser à pleines
mains dans ce trésor tout matériel, à vrai dire. Voyez
l'énergie, la persévérance employées pour acquérir
des notions élémentaires sur la vie humaine. Je con-
temple avec étonnement quelquefois l'avidité du savoir
matériel de l'homme, lorsque ma vue se porte sur les
trésors autrement précieux qu'on néglige encore de
connaître et d'apprécier.
La science est électrique et refroidit l'intelligence de
l'homme. L'œil du savant ne voit que les os ou la struc-
ture grossière des choses ; pour lui il n'existe pas de
prisme éclatant, de couleurs brillantes, de nuances qui
s'aiment et s'enchaînent étroitement dans un embras-
sement indissoluble. La poésie des choses, qui forme
_ 44
leur véritable vie, n'existe pas pour la science et pour
celui qui s'en inspire. On chercherait vainement dans
les traités académiques les hautes conceptions de la
pensée, le vol élevé qui fait voir et connaître la nature
intime et indestructible des choses.
La science traite avec les os. Quoique vrai, cet apho-
risme peut sembler dur. Si un des apôtres de la morale
amoindrit ainsi le rôle circonscrit de la science, il est
prêt à admettre que la morale, malgré la supériorité
qui la distingue de la science, n'est auprès des choses
universelles que la partie charnelle.
Le scientifique et le moraliste sont deux êtres de la
famille humaine préposés à deux missions différentes.
Le premier est le pionnier auprès de la nature maté-
rielle et des idées qui servent à la développer; le second
remplit un rôle plus élevé et dispose d'un cercle plus
étendu d'idées; mais ni l'un ni l'autre, ni les deux réu-
nis, ne sauraient prétendre au plus haut emploi auprès
de la création et se croire investis de la suprématie de
la pensée ou de la vérité qui dirige en dernier res-
sort.
Le scientifique est aux choses matérielles ce que le
moraliste est aux choses spirituelles. La pensée pour le
premier est à l'état concret ; pour le second elle est à
l'état fiuidique. La nature entière se transforme pour
ces deux êtres dans ces deux états, et toute cette mani-
festation différente n'est après tout que l'expression de
leurs deux états individuels, le prolongement extérieur
de leurs pensées différentes.
Le penseur superficiel sourira à cette définition ; le
matérialiste la trouvera vague, et le spiritualiste in-
complet la trouvera trop matérialiste.
L'homme, le plus grand et le plus parfait des êtres
après Dieu, n'est pas toujours nécessairement empri-
— 45 —
sonné dans les organismes, plus ou moins différents
dans leurs formes, dont il se sert pour agir, soit auprès
de la nature matérielle ou de la nature spirituelle, et
il ne se trouve pas toujours en contact immédiat avec
la manifestation de sa pensée.
La science enseigne que l'organisme c'est l'homme.
On ne saurait plus matérialiser cette pensée que par
cet axiome. On reconnaît par là que la science ne joue
qu'un rôle rudimentaire et qu'elle circonscrit bien
étroitement les capacités de l'être humain; elle ne
s'arroge que le visible dans ses conditions présentes et
elle proscrit présentement ce qu'elle est forcée d'ad-
mettre plus tard : l'invisible ou le spirituel.
La science spiritualise et divinise, on pourrait dire,
la matière dans sa plus haute expression, en faisant de
l'organisme humain le plus haut idéal, la cause princi-
pale de tout développement ; si son cercle d'observation
et d'étude ne s'étend pas au-delà du visible, c'est que sa
mission se borne à ce rôle ; on aurait tort de lui vouloir
des ailes quand la sagesse divine lui assigne une mis-
sion plantureuse sur la terre et dans le visible.
La science proscrit l'invisible ou le spirituel lorsqu'il
s'annonce et qu'il se rend visible à sa sœur cadette, la
morale ; mais elle régularise et méthodise plus tard ce
que cette dernière rassemble; elle le fait, il est vrai,
aveclenteur, avec beaucoup de circonspection et d'après
des règles qui lui paraissent justes et irréfutables : en
cela elle remplit tout simplement sa mission et son de-
voir.
La morale, embrassant l'étude du spirituel, a un im-
mense champ d'observation ; ses adeptes, par la clair-
voyance, s'élancent à perte de vue dans les régions
de la mentalité, lorsqu'ils ne s'attachent pas au
matérialisme de la terre, lorsqu'ils se dévouent pure
— 4G —
ment et simplement à leur mission. La morale, néan-
moins, est circonscrite aussi comme la science dans un
cercle donné, au-delà duquel elle ne saurait aller sans
s'embrouiller et se perdre. Au-delà du spirituel se
trouve le divin ou l'éther. Ceux qui occupent ce régne
de la pensée chérissent la philosophie au moyen de la-
quelle ils pénétrent partout. La philosophie ou l'état
divin de la pensée humaine se résume dans des notions
simples et claires que la science sait quelquefois ad-
mettre, mais que la morale répudie souvent même
après examen.
L'antagonisme est une condition naturelle nécessaire
à l'organisation et au développement de la matière.
L'homme qui part du séjour divin pour remplir la mis-
sion ordinaire, se trouve nécessairement en antago-
nisme avec ses semblables qui sont dans d'autres états
que celui qu'il occupe. Les trois états distinctifs de la
vie humaine ont certainement l'effet de rendre la ma-
nifestation de la pensée de l'homme différente dans
chacun de ces états et de donner à son organisme une
manifestation différente aussi, mais le moi reste bien
longtemps, sinon toujours, inaltérable partout et eu
tous lieux.
La chute de l'homme a perdu son caractère noir et
repoussant, son entourage de théories rudimentaires
et grossières qui fatiguai nt l'intelligence et faisaient
souffrir le cœur. Le développement matériel amené sur
cette planète permet aujourd'hui à une partie de ses
habitants de recevoir des révélations plus avancées et
d'envisager la chute d'une toute autre manière.
La démonstration théorique de cette révélation faite
en ce moment par '^rxQ simple assertion, ne saurait
satisfaire ceux qui croient plus au tangible qu'à l'ins-
piration de leurs pensées, ni même ceux qui admettent
47 —
la révélation comme chose incontestable et qui y croient
par le lait de l'éducation ou de la transmission. La
conviction est plus souvent une affaire d'habitude que
de raisonnement pour un grand nombre, pour ceux
surtout qui poursuivent les idées rapprochées du maté-
riel, ou celles qui se fixent superficiellement sur le
spirituel. Une idée quelconque n'atteint réellement
son apogée d'existence qu'après avoir traversé l'état
matériel et l'état spirituel. De toutes celles qui existent
sur la terre aucune n'a encore complété ces deux étapes ;
aussi reviennent-elles chacune à des temps périodiques
sous une forme plus ou moins différente chaque fois,
pour se défaire des entraves qui les embarrassent et
pour agir d'une manière plus efficace sur l'organisme
intellectuel de l'homme et par contre-coup sur toutes
les parties de la nature matérielle qui l'entourent.
La philosophie du paganisme revit et revient dans
les temps modernes d'une manière incontestable. Les
sublimes idées de l'antiquité, après un long ensevelisse-
ment, apparaissent de nouveau dans l'horizon mental
du jour et le cinglent de ses vives lumières. Quels sont
les esprits forts qui pendant l'intervalle de ces deux
époques ont pu croire à la métempsycose ou à la signifi-
cation que cette doctrine comportait réellement pour
ceux qui la professaient? Cette idée sommeillait pendant
ce temps pour les habitants de la terre. L'homme
ancien et l'homme nouveau se rallient aujourd'hui
bien étroitement de plus d'une manière en entretenant
les mêmes ordres d'idées. Le nouveau et l'ancien se
donnent une main fraternelle et le baiser de la bonne
entente. Qui aurait cru à une conversion si difficile,
en apparence du moins, et si grande par les résultats
qu'elle fait déjà naître à vue d'œil?
On chercherait vainement à faire croire à l'homme
— 48 —
dont la foi est encore enchaînée, que la chute a été un
acte volontaire de la part de chacun ; que les misères
de l'existence matérielle, sans compter celles qui ont
lieu dans l'existence spirituelle, furent non seulement
acceptées mais avidement recherchées par chacun des
êtres qui peuplent et font agir ce monde. Les chapitres
précédents offrent une suite précieuse d'exposés pro-
pres à convaincre celui qui est déjà initié aux doctrines
renouvelées du jour ; mais celui qui est encore imbu des
enseignements officiels et qui ne cherche pas le progrés
de l'idée traitera dédaigneusement celle qui est propre
à élever ses semblables et lui-même.
On fait beaucoup de cas du raisonnement et de la
logique; mais il est certain que ces deux agents de la
pensée n'ont pas toute l'importance qu'on leur assigne.
Ces deux agents ne pénètrent pas dans le for intérieur
de l'intelligence ; ils ne représentent réellement qu'une
partie inférieure ou extérieure de cette plus haute
faculté de l'être humain. Le degré de la manifestation
de la pensée de l'homme terrestre et de l'homme dans
la région spirituelle, ne décèle tout simplement que le
degré auquel il est rendu dans sa mission. Celui qui
est encore nouveau dans cette mission possède un orga-
nisme grossier, propre à ne remplir que des œuvres
rudimentaires. En prenant le raisonnement et la
logique comme critérium, pour juger cet homme on
dirait : voilà un être inférieur, une intelligence gros-
sière ! C'est au moyen du raisonnement et de la logique
que les peuples primitifs de la terre jugèrent que Dieu
était un être sanguinaire, animé des plus terribles
passions. C'est par ce moyen que les scientifiques recon-
naissent à la matière le pouvoir de se transformer
sans aucune aide extérieure. C'est par ce moyen que
le moraliste imagine les théories les plus divergentes
— 49 —
sur la nature de Dieu et sur la mission de l'homme.
C'est par ce moyen que l'homme proscrit le savoir, et
c'est par un moyen tout autre, qui n'est guère connu,
qu'il est forcé d'admettre ce qu'il a méconnu d'abord.
La science se sert du raisonnement et de la logique
comme d'huissiers pour introduire dans son temple les
idées, étrangères pour elle, qui sont déjà connues et
reconnues ailleurs : de la morale et de la philosophie.
La science a pour rôle principal de vulgariser les idées
et de les rendre, pour ainsi dire, tangibles, afin qu'elles
agissent directement et fortement sur la matière.
La morale se sert aussi, dis-je, du raisonnement et
de la logique, mais elle le fait plutôt comme moyen
auxiliaire qu'autrement. La meilleure preuve qu'elle
n'en fait qu'un petit usage, c'est que ces codes ne
sauraient supporter un examen sérieux de cette sorte.
Le glaneur ramasse toujours plus de paille que de gram
dans son travail. La morale est une glaneuse ou une
porteuse d'idées, agissant entre la philosophie et la
science ; son raisonnement et sa logique ne lui viennent
que par ses rapports, plus ou moins constants, avec la
science ; ils ne lui viennent nullement de la philosophie
qui voit et connaît par le seul fait de sa proximité
immédiate avec la lumière.
La morale qui est aussi l'interprète naturelle auprès
de la science des grandes et simples idées de la philo-
sophie, quoique recevant ses lumières directement de
cette dernière, ne sait pas comprendre l'importance
des idées dont elle est la porteuse. Lorsqu'elle se
mêle de raisonner avec la science, ses arguments sont
toujours faibles quoique assez souvent violents.
Ces dissertations forment la bise indispensable pour
asseoir, à mon point de vue, la question que je traite
en ce moment. En établissant aussi succinctement que
4
— 50 —
je viens de le faire les vastes et les simples rouages
de l'organisation universelle, j'ai voulu préparer d'a-
vance mes frères terrestres à admettre cet enchaîne-
ment de faits comme cho e incontestable et comme
étant propre à réhabiliter l'idée méconnue de la dignité
de l'homme.
La pensée est le produit direct de Dieu, comme la
lumière physique est le produit direct du soleil.
L'homme ne forme pas la pensée : il l'absorbe de Dieu.
La pensée est le sens général de l'idée; l'idée est la
forme, la manifestation spirituelle de la pensée.
L'homme physique et l'homme moral reçoivent les
idées dans des conditions différentes ; pour le premier
les idées ont un caractère obscur, en raison de son
éloignement du Grand Centre ; pour le second elles ont
un caractère semi-obscur, vague et indéfinissable. Les
idées, néanmoins, arrivent à l'homme, dans tout état,
suivant les besoins généraux et particuliers. La ré-
flexion de la pensée divine sur l'organisme intellectuel
de l'homme, dans tout état, est constante, comme la
réfraction de cette pensée vers Dieu l'est également.
L'homme est nécessaire à Dieu, comme Dieu est néces-
saire à l'homme.
Toutes les idées sont des certitudes ; si elles ne le
paraissent pas toujours au point de vue général, elles
le sont toujours au point de vue particulier ou person-
nel, pour celui qui les reçoit. Les idées quoique éter-
nelles, comme la source d'où elles proviennent, n'en
subissent pas moins pour tout cela des naissances
périodiques avec des manifestations différentes. La
renaissance des idées est aussi indubitablement vraie
que la renaissance de l'homme, et vice versa.
Les idées qui ont présidé à la formation et a a déve-
loppement des mondes complets, au point de vue ma-
— 51 —
tériel, sont les mêmes qui viennent former les mondes
nouveaux et les développer jusqu'au même point que
les autres. Dieu préside à la formation et au dévelop-
pement de tous les mondes et l'homme exécute ses con-
ceptions. Dieu ne se fatigue pas de concevoir et l'homme
ne se fatigue pas d'exécuter.
Dieu n'est pas moins puissant et sage au commence-
ment de n'importe quelle œuvre qu'il ne Test à la fin.
La cause ne change pas quoique ses effets se multiplient
continuellement à travers des degrés qui servent à leur
donner une forme et des existences différentes. Dieu
est la cause médiate, l'homme la cause immédiate
auprès de toutes espèces d'organisations matérielles et
spirituelles. La cause immédiate ne change pas plus en
réalité que ne le fait la cause médiate. Dieu est tou-
jours Dieu et l'homme toujours homme, malgré les degrés
de leurs manifestations respectives et immédiates au-
près de la nature matérielle et de la nature spirituelle.
L'induction qui est le propre de la science sert à la
connaissance des effets, mais non pas à la connaissance
des causes. La déduction qui est le propre de la philo-
sophie se trouve seule en rapport efficace avec les
causes. Tout enseignement qui ne provient pas direc-
tement de la déduction manque de la vertu essentielle.
Ceux qui proviennent de la morale sous forme dogma-
tique pèchent toujours contre le sens pratique et n'ont
à vrai dire que la rêverie pour domaine.
L'humanité terrestre entre aujourd'hui dans une
phase d'existence où les enseignements de la morale
perdent beaucoup de leur ancien lustre. La morale
tout en perdant gagne beaucoup par le développement
que ses enseignements subissent par le fait des idées
d'un ordre philosophique qui surgissent de toutes parts.
La morale renaît aujourd'hui dans des corps plus déve-
— 52 —
loppés et elle pourra se manifester d'une manière plus
avantageuse pour elle-même et pour l'humanité ter-
restre entière. Ceux, hélas, qui sont encore nouveaux
dans le champ difficile de la vie pratique, seront les
témoins de la rénovation de la morale par la réhabili
tation de ses institutions et de ses coutumes, des mœurs
et des idées de ceux qui les représentent officiellement,
— une chose pénible à contempler! Les révolutions sont
toujours terribles pour ceux qui ne savent voir et com-
prendre que leurs détails, que leurs effets immédiats.
La morale ne retient pas longtemps l'homme dans ses
bras sans l'énerver, sans le rendre impropre, en quel-
que sorte, à sa mission ; son embrassement est fébrile
comme celui de la compagne de l'homme. Malheur à
celui qui s'endort sur son sein et qui néglige de tendre
plus haut, d'aspirer à la philosophie !
Les enseignements officiels de la morale, par la voie
de la théologie, apprennent à l'homme des choses qu'il
se hâte d'oublier du moment qu'il s'émancipe de sa
tutelle. Ce n'est pas l'ingratitude qui éloigne l'homme
de cette maîtresse et de ses maîtres et qui lui inspire
de l'aversion ou de l'indiff'érence qui éloignent l'adoles-
cent de sa mère et du toit qui l'a protégé. L'enfant
émancipé de la tutelle de sa mère sait bientôt lui
donner des conseils et des leçons utiles : de même
l'homme émancipé des liens théologiques sait bientôt
rassembler des idées d'un ordre supérieur. La mère ne
sait pas blâmer et maudire son fils qui s'éloigne d'elle
et qui professe une foi indépendante ; de même la théo-
logie devrait agir envers ceux qui la quittent et qui
s'inspirent à une autre source.
Le faible et le fort de la morale, c'est de rabaisser
l'homme dans sa propre estime et par contre-coup de
rabaisser la Divinité. Cette assertion n'est pas seulement
— 53 —
basée sur quelques-uns des enseignements de la théolo-
gie, mais sur la plupart. L'inspirateur de ce chapitre,
après un long professorat de théologie sur la terre,
sincèrement suivi, s'aperçoit aujourd'hui que ses ensei-
gnements d'autrefois n'étaient qu'un reflet obscurci de
la lumière divine, et que les lumières morales du jour,
commentées et expliquées par les docteurs de l'autel,
ne sont nullement propres à relever l'humanité terrestre
de son état ni à lui donner des notions claires et pré-
cises sur son origine, sur sa destinée, présente et
future, ni sur la nature de Dieu.
L'aveugle qui tâtonne ses pas et qui craint à tout
moment des précipices, agit exactement comme font les
théologiens dans leur marche sur la terre ; les plus
éclairés ne pérorent d'après aucun principe et leurs
inductions sont autant de vaines théories. La théologie
est un assemblage hétérogène de molécules d'idées qui
s'enflamment sur la terre à la manière de l'hydrogène,
sans éclairer personne. Que peut-on voir à travers une
lumière sombre et trouble, sinon des fantômes fantas-
tiques !
Que font voir les lumières de la théologie.^... des
monstres ! La nature entière apparaît lugubre et révol-
tante. Dieu même semble être le plus terrible ennemi
de l'homme et de ses œuvres. Le ciel est un chaos par
le manque de mouvement, ou de vie active, qui est la
première condition en toute chose. On cherche en vain
à voir à travers cette nébuleuse lumière un rayon bien
distinct d'amour et de sagesse. On frissonne d'effroi et
de stupeur à la vue des guerroyantes manifestations de
la Divinité qui foule sous ses pieds... ses enfants ! On
cherche en vain le but avoué ou probable de telles
scènes, de telles horreurs. La somme nette et explica-
tive de tout ce cauchemar n*est propre qu'à prouver de
— 54 —
la manière la plus irréfragable, pour tout homme en
possession du sens commun : que l'être humain apparaît
comme étant un million de fois meilleur que Dieu.
Toutes les idées, ai-je dit, sont des certitudes. Com-
ment réconcilier cet axiome avec les idées de la théo-
logie reconnues par moi comme mensongères? Le
mensonge est un mauvais emploi ou une perception
oblique de la vérité ; par conséquent, je donne une atté-
nuation importante à ce mot. Les lumières morales
n'appartiennent qu'à l'ordre négatif, et comme telles
elles ne représentent qu'un côté obscur de l'intelli-
gence.
L'homme, en partant du séjour divin, ne va pas à la
recherche de Dieu (telle n'est pas sa mission) ; il s'en
éloigne pour chercher la matière, pour travailler la
matière et pour former des mondes habitables. La mo-
rale, par la voix de son interprète, — la théologie —
enseigne que l'homme a été chassé du séjour divin et
que sa mission ne consiste qu'à chercher Dieu. La phi-
sophie, quelque élémentaire qu'elle soit encore sur la
terre, enseigne que l'homme est un être nécessairement
progressif, par conséquent qu'il ne saurait se perdre
et qu'il n'a jamais été perdu.
Arrêtons-nous un instant sur ces deux idées si diffé-
rentes et embrassons avec l'œil de l'intelligence l'hori-
zon lointain qui se dévoile. L'infini ne renferme pas
l'erreur et ne décourage pas celui qui l'interroge. La
nature est active partout; nulle part le vide ne se
trouve. La pensée ailée ne connaît pas la distance. Que
ceux qui ne peuvent nous suivre ne nous accusent pas
de folie et d'intentions mauvaises.
Les vagues du présent et de l'avenir déferlent sur
nous et nous inondent parfois, mais nous surnageons
bientôt après. Les difficultés idéales ne détruisent pas
— 55 —
les capacités de l'intelligence, elles se brisent elles-
mêmes en l'assaillant.
Le présent ne nous apporte que l'écume de l'avenir.
L'homme sur la terre ne se contente pas de rester sur
le rivage des mers ; son ardeur et son courage le pous-
sent à des entreprises lointaines sur ces nappes im-
menses pour lui ; il va chercher au loin l'inconnu et
l'invisible. Des milliers et des milliers d'entreprises mal-
heureuses, accompagnées de désastres indescriptibles,
ne l'empêchent pas de s'exposer de nouveau aux mêmes
périls, pour découvrir ce qui reste encore à être connu.
Traite-t-on de fous ceux qui s'aventurent ainsi ? Doit-on
par là même traiter de fous ceux qui s'aventurent sur
les mers inconnues de l'avenir et qui vont chercher les
terres fermes de la pensée ?
Que ceux qui ne veulent pas entreprendre un voyage
de long cours sur cet élément, si peu connu encore, se
fassent caboteurs et parcourent les côtes mêmes qui les
entourent. Examinez et connaissez la miniature, si
vous n'avez pas la hardiesse et le courage d'aller con-
templer et de connaître le grand, l'immense tableau qui
se déroule au loin. Prenez la loupe de l'examen et non
pas des verres obscurs pour accomplir ce travail. Inter-
rogez les faits du jour si vous ne pouvez en comprendre
les aspirations. Foulez la terre avec amour et non
avec dégoût; aimez cette mère nourricière qui fournit
à vos besoins matériels et qui se pare de fleurs pour
plaire à vos sens. Regardez le ciel bleu et le ciel sombre,
comme étant deux conditions nécessaires au développe-
ment de toutes choses. Tout en formant partie de la
masse humaine, sachez conserver votre individualité.
Tout organisme intellectuel est appelé à agir par lui-
même.
Examinez attentivement l'organisme individuel, que
— bê-
la science nomme le moi, et que la morale dédaigne.
Voyez si cet assemblage d'organes, de molécules
réunies en un seul tout, forme réellement le principe
individuel, l'être enfin. La science et la morale recon-
naissent rindividualité humaine. La science ne lui assi-
gne une existence que sur la terre ; la morale, tout en
lui reconnaissant une existence terrestre» dans l'orga-
nisme physique, prétend néanmoins que l'individualité
n'existe complètement que dans la région spirituelle.
La science et la morale en raisonnant ainsi, en arrivant
à ces deux définitions différentes, ne dépassent pas les
points de vue de leurs sphères respectives; elles ne
sauraient voir au-delà de l'horizon qui les entoure,
dans lequel elles sont renfermées. L'aspiration de la
science c'est de faire de la terre un paradis ; c'est le but
qu'elle se propose et qu'elle poursuit constamment.
Quelle est l'aspiration de la morale ? Demandez à ses
professeui's qui sont mécontents du séjour terrestre. Ne
diront-ils pas que la morale a la mission de préparer
l'homme au bonheur final du séjour spirituel? Aux yeux
de la science, l'existence terrestre représente réelle-
ment la mission première et finale de l'homme. Aux
yeux de la morale, l'existence spirituelle est la seule
où l'homme puisse trouver le bonheur complet et où il
doive se fixer pour toujours après son départ de la
terre. La morale se trompe-t-elle par cette déclaration?
L'eau qui s'évapore se spiritualise, mais elle descend
sur la terre en rosée ou en pluie ; de même l'homme
redescend sur la terre après un séjour plus ou moins
long dans la région spirituelle qui entoure la terre, La
science et la morale ne sont pas encore arrivées au dé-
veloppement nécessaire pour constater et reconnaître
ce fait ; mais ce fait n'en existe pas moins pour cela.
Mais laissons de côté ces faits inconnus pour le grand
— 57 —
nombre et occupons-nous de ceux qui, quoique admis,
sont en réalité bien peu connus.
On établit la déchéance de l'homme avec l'évidence
palpable du progrès devant les yeux. Comment quali-
fier le raisonnement de ceux qui déraisonnent ainsi?
Mais, diront les sectateurs de la science, ce sont les
acolytes de la morale qui commettent cette absurdité ;
nous, nous traitons avec les faits I
La parole qui rend compte d'une idée est fluidiciue
aussi bien que l'idée elle-même, mais l'idée se symbo-
lise ou se matérialise pour les sens matériels dans un
fait. Au point de vue de l'œuvre, la parole est inférieure
à la main agissante ; par là même la morale est infé-
rieure à la science dans la mission créatrice de l'homme.
La science prêche la terre ; la morale prêche le ciel qui
entoure la terre. Il est évident que la science a la rai-
son de son côté. L'homme se brutalise nécessairement
pour organiser et développer la matière. Il vaudrait
autant s'attendre à ce que le mineur de charbon ne se
salît pas en travaillant, que de croire que l'homme
puisse faire un monde sans être sujet aux difficultés qui
appartiennent à une telle œuvre, sans se noircir à un
tel travail.
C'est le spirituel qui descend vers le matériel ; c'est
le ciel qui s'incarne sur la terre. Dans quel but? La rai-
son en est bien évidente pour tous, car tous s'y soumet-
tent : c'est de travailler au globe qui vous porte. La
mission de l'homme est certainement matérielle. Le
travail des mains, celui du cœur, celui de l'intelligence,
se reportent toujours sur quelque objet matériel, d'une
sorte ou d'une autre.
L'homme ne doit pas s'attendre à éviter de suite tous
les embarras qui pavent sa route. La morale crie et
— 58 —
prêche contre les embarras ; la science les étudie, les
analyse et les utilise.
Les idées qui traversent le cerveau passent à travers
le cœur, mais pour se rendre aux mains. La main est
l'agent actif de l'intelligence : le cœur n'est qu'un foyer
négatif comme le zinc dans une batterie.
Quelque positive que soit la science et quelque abso-
lue que prétende être la morale, ni l'une ni l'autre sur
la terre et même dans le monde spirituel, dés à pré-
sent, ne sauraient dire où se trouve le moi qui ques-
tionne et qui répond par ses appareils organiques.
Mais dira-t-on, où est l'homme s'il n'est pas dans son
organisme? L'homme est-il un mythe?
IV
L'organisme humain est un automate qui, par l'ar-
rangement de ses rouages, agit d'après la pensée qui
l'a fa'^onné. La science et la morale veulent que cela
soit l'homme. Ces deux agents de la pensée ne font que
tenir compte du progrès matériel et spirituel, comme
l'aiguille d'une pendule marque l'heure du temps qui
s'écoule. Il vaudrait autant dire qu'une pendule est un
ouvrier, que de dire que l'organisme humain peut plus
qu'un organisme de l'ordre animal ou que tout autre
organisme dans les régnes inférieurs, qu'on doive le
considérer comme le moi lui-même?
La science a ses données exactes ; la morale a ses
données absolues; l'une et l'autre, néanmoins, ont
une atmosphère éthérée que les profanes ne res-
pirent guère, ou, lorsqu'ils la respirent, ils ne voient
rien ou ne comprennent rien. On nomme cela la philo-
sophie naturelle et la philosophie morale; mais la philo-
— 59 —
Sophie pure est encore à venir sur la terre et même
dans son ciel ou dans son atmosphère spirituelle.
Cerveaux humains, fonctionnez sur la terre ; faites
agir l'organisme qui dépend de vous; de toutes ma-
nières le développement matériel en sera le résultat.
La morale vous dira : le développement spirituel en
sera le résultat. La pluie descend sur la terre pour la
fertiliser ; de même le spirituel descend et redescend
dans l'humanité terrestre pour la développer.
Les organismes humains se perfectionnent, et vous
dites : c'est l'homme, le moi, qui se perfectionne.
L'homme, dites-vous, est un effet et en même temps
une cause ; mais tout autre effet au-dessous de lui n'est-
il pas également une cause vis-à-vis de choses encore
inférieures? L'enchaînement ininterrompu de la na-
ture, depuis l'objet le plus infime, n'existant encore
qu'à l'état d'atome simplement, jusqu'à l'objet ou l'être
le plus développé qui se rapproche le plus du Créateur
ou de la Source Suprême de toute vie, ne démontre
pas qu'aucune de ces parties externes de la pensée pri-
mordiale soit douée de la qualité d'individualité dans le
véritable sens du mot.
La parole est toujours un obstacle à la pensée quoi-
qu'elle soit son aide. Malgré tout ce qui a été dit sur la
terre et dans son ciel sur la nature de l'homme, on
n'est pas encore parvenu à le définir, pas plus qu on n'a
pu définir Dieu. Tout est question ouverte. L'infini
ouvre ses bras à toutes les idées et les embrasse toutes
avec amour. Tous les organismes ou les êtres, si vous
voulez, s'entre-choquent et se brisent pour renaître
dans d'autres conditions.
La parole se révêle aujourd'hui sur la terre d'une
manière bien différente d'autrefois. Les acceptions ont
changé; les modifications successives lui ont donné un
— co -
autre sens qu'elle n'avait pas.. L'abstrait s'est simpli-
fié; est-ce à dire qu'il soit arrivé à son dernier terme
de développement? L'infini n'existe-t-il pas aussi bien
en avant qu'en arriére?
On donne le nom d'hypothèse à toute idée nouvelle
non sanctionnée par l'opinion publique, ou par ceux
qui s'en font les directeurs. La marche progressive de
la pensée est lente mais sûre. Toute idée arriye dans
ce monde avec un droit incontestable, quoique souvent
contesté. Toute idée renferme une essence que l'oppo-
sition elle-même fait connaître et apprécier. La gran-
deur de l'opposition décèle généralement la valeur ou
la grandeur de l'idée qu'elle attaque. Il importe donc
plutôt de s'en réjouir que de s'en chagriner. L'opposi-
tion est certainement le meilleur porte-voix que toute
nouvelle idée puisse désirer. L'esprit d'opposition, ou
l'esprit conservateur, peut-il savoir se taire dans son
propre intérêt ? Le conservatisme est toujours le pré-
sent s'achai*nant contre l'avenir ; le présent par ses
cris et ses violences fait connaître son mal et le mérite
de l'avenir qui le remplace.
Le mouvement intellectuel est constant, mais il y a
des périodes où il est plus accentué ou pl.us visible.
XIX* siècle, que tu es grand ! tu es grand de tous les
siècles passés et ta haute taille te permet de voir dans
un brillant avenir. Tes yeux interrogent sans crainte
l'invisible et ta parole redit aux hommes les anciens
mystères oubliés et les proclame avec de nouveaux dé-
veloppements. Le génie inspire et anime le grand nom-
bre au lieu d'être restreint, comme autrefois, dans quel-
ques cerveaux isolés. Tu vis pour tous; tu embrasses
tout dans une étreinte suprême d'amour et d'intelli-
gence. Ta main mâle et hardie ose soulever le voile de
l'inconnu pour faire connaître les merveilleux secrets
— Gi-
de la nature. Tu cueilleras en conséquence une im-
mense somme de vérités.
éternité 1 Ta voix est grondeuse et menaçante pour
les oreilles peu développées. Tous les sens à l'étatrudi-
mentaire redisent la pensée divine, mais sur des notes
élémentaires. Ces cordes de l'organisme humain sont
les interprètes de la pensée divine auprès de la nature
matérielle. Le concert individuel ou collectif qu'elles
forment lorsque le souffle divin les effleure est de triple
nature ; la puissance, l'amour et l'intelligence en for-
ment l'essence ; mais chacune de ces notes se distingue
par une infinité de nuances particulières à son espèce.
La manifestation d'un même son à travers la distance
varie de nature dans son parcours : de même la puis-
sance, l'amour et l'intelligence sont différents dans
leur manifestation suivant les âges et en raison du
développement des organismes humains qui servent à
les accuser.
La pensée divine se divise ou se répand sur toutes choses
lorsqu'elle s'échappe du Grand Centre qui l'élabore ; elle
traverse l'organisme humain individuel ei collectif et
se répand sur tous ceux qui forment les règnes infé-
rieurs de la nature. Est-ce à dire que le rayonnement
de la pensée du cerveau humain soit une action indé-
pendante, relevant du libre-arbitre de cet être ou de
cet organisme? L'immédiat n'est que l'expansion du
médiat. En faisant de toutes les idées consacrées et re-
connues le piédestal d'une nouvelle interprétation cos-
mopolitaine, on ne les viole nullement dans leur pureté
intrinsèque, on ne les voue pas au mépris, pas plus
qu'on ne méprise dans la famille le père et la mère qui
s'éclipseut pour faire place à leurs continuateurs — les
enfants. — La famille se continue toujours, mais dans
de nouvelles conditions : de même les idées. L'enfant
— 62 —
n'est pas une profanation du père et de la mère : de
même les idées nouvelles ne sont pas une profanation
des idées reconnues ou consacrées.
La morale s'est beaucoup préoccupée du libre ar-
bitre, ainsi que la science. Les docteurs de ces deux
ordres ont beaucoup tâtonné sur ce sujet sans l'épuiser,
ni même sans lui donner une physionomie satisfaisante.
Les penseurs de tout ordre ont toujours vu la fatalité
venir renrerser, en partie du moins, leurs théories les
mieux conçues et les mieux arrangées ; la plupart ont
pris la fatalité pour le hasard, comme si cette idée
valait grand'chose dans le raisonnement. C'est la mo-
rale surtout qui s'est faite le prôneur et le défenseur par
exellence du libre arbitre. La science ne s'est pas faite
absolue sur ce point, souvent au contraire elle s'est ac-
quis la réputation de matérialiste par ses idées tant soit
peu fatalistes.
La morale veut que l'homme soit responsable de ses
actions; elle fait la Cause Suprême impeccable en théorie,
mais très faillible en pratique, en réalité; elle rend l'effet
responsable, mais la cause irresponsable. La glorifica-
tion de l'Être Suprême est un élan naturel, une réfrac-
tion logique, mais cet élan n'est bien exprimé que lors-
qu'il s'élabore dans l'intelligence, ou que l'intelligence
le guide. Le sentiment est le propre des natures faibles.
La glorification de l'Être Suprême par le seul fait du
sentiment n'est au plus qu'une fumée ; celle qui se fait
au moyen de l'intelligence est une vive lumière.
Celui qui ne veut ou qui ne peut théoriser que sur
l'effet et qui craint d'envisager la cause ne peut guère
s'attendre à arriver à aucune conclusion raisonnable.
Il serait oiseux néanmoins de s'attendre à ce que la
morale soit jamais réellement sérieuse et forte dans le
raisonnement; la femme ne devient jamais homme : la
— «3 —
morale ne devient jamais science et encore bien moins
philosophie. La science, la morale et la philosophie sont
trois états distincts de la pensée divine qui ne se démon-
trent sur les globes qu'à des ères différentes, comme
effet général.
L'ère morale actuelle ne reconnaîtra pas, du moins
otfîciellement, les vérités essentielles qui seront pro-
clamées par quelques bouches sur la nature de la Cause
Suprême, malgré les démonstrations les plus éclatantes
qui lui seront offertes. L'homme sage ne s'attend pas à
voir une plante fleurir avant son temps. L'éclosion gé-
nérale de la philosophie n'arrivera que lorsque l'ère
morale aura rempli sa mission sur la terre. Cela, néan-
moins, ne saurait entraver l'action de ceux qui sont
préposés à lui préparer ses voies. Tous les mécanismes
intellectuels expriment la pensée divine, mais tous ne
sont pas doués au même point de la faculté d'en expri-
mer les hautes notions.
Reconnaître que l'homme dans les deux états, maté-
riel et spirituel, n'est qu'un organisme, ou une chose,
comme tous les autres organismes ou les autres choses
au-dessous du régne humain, c'est jeter un terrible
brandon parmi les théories admises et même parmi
celles qui n'ont pas cette qualité officielle et qui sont
sensées être bien avancées. Les traits les plus enveni-
més pleuvront contre cette doctrine. Celles qui ont
précédé celles-ci n'ont-elles pas eu à subir le même sort?
Cela a-t-il eu l'efïet de causer leur mort, ou bien de
leur communiquer une plus grande vitalité?
C'est du matérialisme raffiné que cette doctrine, di-
ront ceux qui marchent dans les sentiers battus, dans
les routes commodes. C'est un horrible blasphémecontre
la vérité que cette inique théorie, diront ceux qui tâ-
tonnent partout sans rien comprendre. Quoi que vous
^- Cl —
fassiez les uns et les autres, cette doctrine fleurira sur
la terre et dans vos cerveaux : elle aura l'effet d'émous-
ser les passions grossières qui l'activent aujourd'hui.
Qu'importe d'où cette idée vienne immédiatement!
Elle ne saurait perdre en valeur ni par la discussion
ni par la persécution. Cette idée vient de la Source
d'où toutes les autres sont venues. Elle vient en germe
comme toutes les autres ont commencé, et comme toutes
les autres elle fleurira et étendra ses rameaux victo-
rieux et bienfaisants.
C'est une révélation I diront par moquerie les pessi-
mistes et les illuminés à courte vue. C'est la folie dé -
chaînée ! diront les premiers. C'est le diable qui souffle
cela I dirontles derniers. — Que n'a-t-on pas dit contre
tout ce qui a grandi sur la terre ?
L'élaboration des idées dans le cerveau humain est un
fait constant et évident, diront les scientifiques et même
les moralistes, malgré leurs réticences habituelles dans
le raisonnement. L'homme a le libre arbitre, puisqu'il
l'exerce tous les jours. Sa volonté personnelle ne se
déraontre-t-elle pas constamment dans les moindres
actes ? La volonté n'est-elle pas le meilleur témoigaage
du libre arbitre?... Ce libre arbitre, sachez bien que
tous les mécanismes des règnes inférieurs l'ont égale-
ment. S'ils ne l'expriment pas dans le langage humain
et de la même" manière que leurs aînés, ils l'expriment
dans le leur et de la manière qui leur est naturelle ;
voilà la seule différence.
Ce que vous appelez vie inerte, dans le langage
scientifique, est doué de mouvements, de volonté dans
le même sens que chez l'homme. Ce que le moraliste
nomme perversité est une sage dispensation qui sert à
maintenir l'équilibre et à amener le progrès. Imaginez
d'abord une batterie sans pôle négatif, avant de nier
— 6S —
l'utilité et la nécessité de la vie inerte et de la perver-
sité. Trouvez d'abord les lois naturelles en défaut avant
de vous croire supérieurs à elles et indépendants d'elles
dans vos conceptions et dans vos actions. Pouvoir dire :
je veux, et même agir en conséquence, cela ne prouve
pas la liberté de volonté et l'indépendance de ceux qui
ne veulent et n'agissent que comme instruments.
Il y a trois courants qui agissent sur le cerveau hu-
main, dans toutes les sphères, et ces courants provien-
nent de la Source Suprême, qui forme, alimente et dé-
veloppe tous les organismes. Le cerveau humain est
disposé de manière à recevoir chacun de ces courants
séparément ; à travers l'organisme entier il y a des
voies où chacun de ces courants circule et provoque
des actions opposées qui se marient dans l'ensemble.
Vous dites: je veux ; mais cette volonté est triple. La
volonté générale comme la volonté individuelle (pour
parler le langage reçu) prend trois intonations diffé-
rentes qui s'entrechoquent et se joignent dans un même
accord dans l'ensemble.
Si l'homme, ou l'organisme humain, sert de porte-
Voix et d'instrument à Dieu auprès de tout ce qui lui
Bst inférieur, cela ne le rend pas le maître de ses ac-
ions et de ses destinées, cela ne le constitue pas cause
rentable. L'outil qui fabrique un objet quelconque
l'est pas l'ouvrier. L'homme qui est l'œuvre et l'outil
le Dieu n'est pas autre chose qu'un organisme à l'usage
le la pensée divine. La volonté en l'homme, qui pro-
luit, qui détruit et qui amène des changements dans
es choses, démontre-t-elle réellement le libre arbitre
umain, ou simplement le libre arbitre de la Cause Su-
•rême ?... Un raisonnement circonscrit ne saurait ar-
iver à une définition satisfaisante sur ce sujet. Il est
atteur pour l'homme de se croire un agent indépen-
5
— Go-
dant, dont toutes les pensées et les actions relèvent de
lui-même : mais cette présomption ne reposant que sur
des indices vagues qui changent continuellement d'as-
pect et de nature, n'est pas propre à satisfai -e l'aspi-
ration élevée qui tend à la découverte de plu^ grands
horizons. La recherche de l'inconnu ne se borne pas
qu'aux choses matérielles, ou aux choses spirituelles.
La plus grande découverte a obtenir est celle qui sert
de clef à toutes les autres. Quelle est cette découverte?
On dit que l'homme est un microcosme, par consé-
quent la connaissance de l'homme est la connaissance
par excellence. Que la morale parle de la connaissance
de Dieu comme étant la connaissance suprême, c'est
redire en d' utres termes la même chose. Que la science
veuille que l'homme n'existe qu'à l'état matériel, c'est
voir exactement ce qu'il lui incombe de connaître pour
le moment.
N'allez pas à la science pour apprendre des connais-
sances spirituelles, même celles qui concernent direc-
tement la nature intime de l'homme. La science n'est
appelée qu'à voir la structure extérieure de tous les
organismes. La science et la morale ne sont que des
agents officiels qui tiennent surtout à la lettre dans
leurs deux états. Regardez le bagage de documents qu'il
faut à la science et à la morale pour s'expliquer. Que
d'in-folios pour former leurs bibliothèques ! La science
est forcée de beaucoup parler et de beaucoup écrire,
pour que la lumière se fasse. La morale est également
forcée de beaucoup tâtonner pour pouvoir s'assimiler
même les reflets des lumières qui lui viennent de la
science et de la philosophie. La morale, lumière pâle et
vacillante, agit sur les marées des idées et en provoque
le flux et le reflux, sous la direction inconsciente pour
elle de la philosophie : elle fait le beau temps et le mau-
— 67 —
vais temps sur la terre et même dans la sphère spirituelle
de chaque globe ; elle provoque des tempêtes épouvan-
tables à des époques déterminées, non par elle-même^
mais par la philosophie qui la dirige. Cette mère des
idées conçoit dans la souffrance ; elle crie, elle pleure
lorsqu'elle est forcée d'émettre le fruit que la philosophie
a mia dans son sein ; elle aime, elle caresse et elle dé-
fend courageusement ce fruit tant qu'il n'est pas arrivé
à maturité, tant qu'il se complaît sous sa tutelle mater-
nelle ; mais du moment qu'il s'émancipe de celle-ci et
qu'il accepte la tutelle paternelle — de la philosophie,
— cette mère tonne et lance des éclairs qui illuminent
tout en dehors d'elle-même.
Si cette description n'est pi. ^ propre à éclairer ceux
qui ont les yeux ouverts, que faudra-t-il donc pour ceux
qui les ont fermés et qui tâtonnent leur chemin au tra-
vers de la vie ?
De même que la tête ne forme, sous le rapport du vo-
lume, qu'une faible partie de l'organisme humain, ainsi
les sommités du corps social ne sont qu'en petit nom-
bre. Les sommités scientifiques et morales ne sont pas
revêtues du vêtement de la popularité parmi la masse
de leurs confrères respectifs.
La science officielle repousse de son sein ceux de ses
membres qui dépassent leur corps et qui en forment la
tête ; de même la morale officielle repousse et condamne
ceux de ses membres qui embrassent les horizons éle-
vés de l'amour et de la charité. La science philoso-
phique et la morale philosophique sont deux hauteurs
où se résument la pensée sous ces deux aspects, et où
ne sauraient vivre ceux qui sont nourris de passions
grossières, ou qui ont encore à subir un travail violent,
La science et la morale ont chacune une tête contre
laquelle se révoltent constamment ceux qui n'en for-
— H« —
ment que le corps. La terre et le ciel sont aussi deux
rebelles qui violentent le monde des causes. De cet
antagonisme naissent la variété, l'harmonie et le
progrés. L'antagonisme est une chose évidente même
entre deux molécules de n'importe quel régne.
Les maladies, ou Tétat négatif, sont représentées au
spirituel, ou au moral, sous le nom de vices. Pour le
philosophe scientifique et moral, ce sont deux états
inhérents à l'organisme matériel et spirituel, qui rem-
plissent un rôle important dans la vie. Ne demandez
pas néanmoins la sanction du grand nombre pour re-
connaître cette théorie, car elle vous ferait défaut.
Les idées qu'un chacun reçoit et qui prennent une
forme de système philosophique sont un dépôt sacré
qui a la conscience pour dispensateur immédiat.
Mais, diront le moraliste passionnel et le moraliste
superficiel, la pensée divine ne saurait s'accuser sous
des aspects si opposés ? Ils ajouteront : si l'homme n'est
simplement qu'un organisme, il n'a aucune volonté à
exercer, aucune responsabilité à encourir ; l'évidence
prouv , néanmoins, que le libre arbitre humain existe
et que toute contravention aux lois est suivie de péna-
lités; la conscience n'est-elle pas une chose person-
nelle qui guide, qui retient et qui souffre elle-même de
toute contravention et qui fait souffrir l'organisme
matériel et l'organisme spirituel même?
La pensée divine en se manifestant d'une manière
générale sous trois aspects différents au moyen des
trois classes de l'humanité, soit dans la région maté-
rielle, soit dans la région spirituelle, ou sous des
nuances différentes encore dans chaque organisme
humain, connu maintenant sous le nom d'individua-
lité, quoiqu étant soumise dans l'action, dans chaque
classe et dans chaque individu, au contrôle régulateur
— «ç —
de la conscience, il ne s'ensuit pas que ce pilote fasse
partie immédiate de la machine*
Le vice et la vertu sont-ils deux choses qui provien-
nent de la pensée divine? Le mal et le bien peuvent-ils
avoir une même source ? En répondant oui à ces deux
questions qui ont un même sens.c'est faire un paradoxe
insoutenable aux yeux de la logique ordinaire et ré-
volter ceux qui sont encore dans les bas-fonds de la
vie intellectuelle.
La CAUSE produit tout effet et est responsable de
toute action !
Cela est simple comme une addition, mais ne sera ad-
mis que par ceux qui peuvent le comprendre.
Le langage, la théorie, «'exprimant et se formant au
moyen de l'organisme humain, quoique dénotant la
pensée divine, fait voir aussi en même temps l'état et la
valeur de l'organisme reproducteur. Le développement
matériel ou social et le développement spirituel ou
moral produisent nécessairement des actions en con-
séquence. La civilisation du jour sur la terre est su-
périeure à ce qu'elle était ; cela est ainsi parce que
l'organisme humain est plus développé que dans les
âges précédents. Cet état est difficile à définir, à établir,
si on ne regarde que la forme extérieure de l'orga-
nisme humain ; la plus grande facilité du bien-être
pour le grand nombre, n'est-elle pas aussi un indice
certain de la différence entre ces âges ?
C'est au moyen de la volonté et du libre arbitre hu-
main, direz-vous, que ce changement a été obtenu.
Tout progrés, ajouterez-vous, est dû au travail dirigé
par la pensée humaine. Qu'est-ce que le cerveau hu-
main au moyen duquel la pensée se manifeste et qui la
répand par toutes les voies de l'organisme entier?...
Physiologistes, vous n'en connaissez rien, ou très peu
— 7U —
de chose. Psychologistes, vous n'en saisissez encore
que quelques rayons qui s'en échappent. Foyer mi-
croscopique, tantôt ardent.tantôt pâle et tantôt obscur,
tu ne reflètes rien par toi-même. Les lumières et les
ombres que tu reproduis sous tant de milliards de
formes éthérëes, fluidiques et accentuées,dans quelque
sphère que tu sois, rapproché ou éloigné de l'Eternelle
Intelligence qui t'anime de ses rayons, tu n'es qu'un
miroir convexe par le haut et concave par le bas.
La pensée divine qui se reflète sur cette terre et sur
chacun des organismes de toute espèce qu'elle ren-
ferme, se manifeste ailleurs dans d'autres mondes au-
trement grands que celui-ci, et plus avancés sous tous
les rapports. Le moi qui se répercute dans chaque or-
ganisme, dans tous les mondes existants, n'est simple-
ment qu'un écho de l'Individualité Eternelle et Créa-
trice. Chaque bouche qui dit : je suis, répète faible-
ment ce que tous les rayons de la peusée divine révè-
lent depuis toute éternité dans l'espace de l'infini.
L'organisme animal, végétal et minéral ne disent-ils
pas aussi : je suis, dans le langage qu'il leur est donné
d'avoir? Est-ce parce que l'organisme humain le dit
.d'une manière difïérente des autres que cela importe
beaucoup et fait une différence dans l'essence de la
question?
Des milliardsde milliards de mondes se forment dans
l'ombre et croissent et se développent d'abord avec
difficulté ou lentement, comme tout commencement de
travail quelconque. La période physique est sombre
parce qu'elle naît dans l'obscurité. L'existence physique
d'un monde, ou de milliards de mondes à la fois, com-
prenant l'existence de tous les organismes qui servent
à les former et à les développer dans ce premier état,
est de bien courte durée comme point véritable. Cette
— 71 —
période est grosso néanmoins crévénements particu-
liers et généraux aux yeux de l'humanité qui façonne
ces mondes à ce premier degré. Que d'archives pour
les contenir ! Arrive la seconde période, ou l'aurore
précédée du petit jour. On assiste à des mouvements
qui se déûnissent dans des œuvres plus avancées, plus
uniformes ; les parties se joignent et se cimentent plus
étroitement. La fraternité naît et impose ses lois à
tous les règnes. L'aurore, néanmoins, quelque beau
qu'il soit, n'est pas le jour. La période intermédiaire a
naturellement trois nuances distinctes, comme toute
autre période. La dernière nuance illumine déjà ce
monde. Qu'arrivera-t-il ?
Le monde marche en avant et non en arriére ; le
progrés, par conséquent, est le résultat qui viendra
rendre cet âge supérieur à celui qui vient de s'écouler.
Les idées nouvelles, ou renouvelées, qui inaugurent ce
troisième ùgo de l'ère morale actuelle se dessinent
hardiment et prennent déjà un essor prodigieux. La
synthèse morale se forme sous des auspices favorables;
les entraves qu'elle rencontre sur son chemin sont dos
moyens qui contribuent plutôt en sa faveur qu'elles ne
lui nuisent. Il n'est pas dans la nature des choses que
les changements qui s'opèrent en aucun tenu ren-
contrent l'approbation du grand nombre et surtout des
têtes officielles qui commandent en grande mesure à
l'opinion publique; l'ignorance d'une part et l'ambi-
tion de l'autre font toujours que les idées nouvelles
sont méconnues dans leur nature et leurs tendances :
en heurtant les intérêts plutôt que les opinions reçues
du monde officiel de toutes les classes, elles s'exposent
de ces deux côtés à une mauvaise réception.
Il y a des idées qui semblent des montagnes infran-
chissables à quelques-uns et qui paraissent à d'autres
— 72 —
des précipices béants de perdition. Le petit nombre, lui,
regarde tout froidement et avec intérêt. Les différentes
classes d'êtres agissent d'une manière particulière,
suivant leurs différents états et d'après la forme des
idées qu'elles reçoivent et pou j lesquelles elles sont pré-
posées. De cette variété d'états et d'individus naissent
le mouvement, le progrès et l'harmonie qui ne se dé-
montrent qu'à ceux qui savent bien voir.
On se sert souvent indifféremment des mots idée et
pensée pour exprimer la même chose. La pensée est un
tout qui comprend trois ordres d'idées ou de nuances par-
ticulières. Les idées ont aussi leurs nuances, comme la
pensée, et même chaque atome d'idée est triplement
nuancé.
La pensée divine, pourrait-on croire, met bien du
temps à se manifester sur cette terre, puisque nous ne
sommes encore arrivés qu'à la manifestation intermé-
diaire ou à la nuance seconde de cette pensée et de ses
effets; mais que sont les milliards de siècles dans la
balance du temps? D'après le système exposé dans
cet écrit, ce serait la pensée divine elle-même, dans
son prolongement extérieur au moins, qui témoigne-
rait de la lenteur de la marche des choses, puisque
l'homme n'est représenté que comme un organisme.
Comment réconcilier cela avec les données intuitives
de la perfection inaltérable de la Cause dans toutes ses
parties ? Raisonnerons-nous sur ce point qui paraît si
difficile, si inexplicable ? Tout s'explique par le raison-
nement quand les idées sont devenues des faits, mais
non autrement. A quoi donc alors servirait le raison-
nement sur ce sujet? Le raisonnement appliqué aux
idées qui n'ont pas encore droit de cité sur la terre, ne
sert qu'à déblayer leurs voies d'entrée, à épousseter lesj
rayons qu'elles occuperont dans le cerveau. L'auteur
— r^ —
ou les auteurs de cet écrit présentent le fruit de leurs
inspirations, dont ils ne prétendent même pas expliquer
le modus operandi.
Toute idée est le représentant d'un principe qui la
gouverne. Le raisonnement terrestre établit que tout
effet est le produit d'une cause. Partant de ce point ad-
mis, que serait-ce donc que la manifestation entière de
la nature, aussi bien dans l'ordre des idées que dans
celui des faits, sinon le produit direct delà Cause nom-
mée Dieu I
Au point de vue de la science et même de la morale,
le changement en toute chose, d'où découle le progrès,
et qui procède par la destruction ou la transformation,
pour arriver à ce résultat, est reconnu comme juste et
nécessaire. Pour amener cette destruction ou cette
transformation, ne faut-il pas que la pensée divine,
dans chacune de ses nuances, soit armée du moyen
propre à l'exécution?
Tous les systè nés sont des assemblages d'idées qui
concourent au développement de toutes choses. Ceux
qui ont le titre de nouveautés ont parfois un caractère
qui ne plaît guère au grand nombre et à ceux qui le
dirigent, et ils sont stigmatisés dès leur naissance ou
leur apparition par l'opinion publique. L'incompris a
toujours les honneurs du dédain et de la persécution.
Le succès immédiat n'est le résultat que des idées déjà
connues, arrangées dans une forme nouvelle.
Le système, dont cet écrit représente une ébauche,
sera certainement voué au mépris de ceux qui ne peu-
vent voir au-delà des opinions reçues. L'aveuglement
n'est pas une condition favorable pour voir au-delà. La
découverte du Nouveau -Monde et la relation de ses
merveilles, semblaient aux anciens une mythologie
propre seulement à amuser ^' 'pagination. Il y a encore
— 7 4
beaucoup d'anciens sur la terre qui se moqueront de
toute découverte dans le domaine des idées qu'ils pré-
tendent officiellement cultiver et connaître à fond. Le
champ de l'inconnu est infini et il n'est peuplé de chi-
mères que pour ceux qui le méconnaissent.
Il est bien évident que les lois qui régissent la nature,
par le concours des organismes de toutes sortes, procè-
dent chacune d'une manière diff*érente dans leur action.
Chacune des lois étant individualisée, il s'ensuit que
leurs êtres procèdent à la mission commune d'une ma-
nière difïérente. Les trois classes de l'ordre humain
sont nécessairement forcées de voir et de comprendre
toutes les questions sous les trois points de vue parais-
sant opposés l'un à l'autre d'une manière absolue. Voilà
ce qui, amène les conflits, d'où naît le progrès. Chaque
classe veut faire prévaloir sa manière de voir et obte-
nir la suprématie du contrôle.
Dans l'inspiration qui nous arrive, la pensée divine,
en partant de son centre, se dirige extérieurement sous
la forme de trois rayons pour animer d'une manière
difïérente les molécules, ou les êtres de l'atmosphère
infinie qui l'entoure. L'unité agit sur la pluralité qui
.Venvironno et lui prête sa vitalité à des degrés diffé-
rents, suivant le rayon qui s'en échappe et qui f rapide
cette pluralité. Il est bien évident que tout effet pro-
vient d'une ^ause ; par conséquent il est tout simple
d'admettre, jusqu'à preuve du contraire, que ce qui est
nommé bien et mal provient de la Cause.
Puisque le raisonnement est le moyen dont les
hommes terrestres veulent se servir pour lire dans le
grand livre de la vérité, servons-nous-en de temps à
autre pour confondre leur ignorance et leur présomp-
tion. Toute lumière directe produit des effets différents
de celle qui est indirecte et pâle. L'ombre est aussi
— 75 —
productive, mais d'effets misérables ou rudimentaires,
dans tous les régnes de la nature.
L'homme se prévaut de ses capacités intellectuelles
qui le placent au-dessus du régne animal comme maître
et directeur. Les organismes de tous les régnes ne con-
tribuent-ils pas tous à la mission commune du dévelop-
pement terrestre? Où est l'organisme de n'importe quel
règne, quelque chétif et misérable qu'il parusse, qui
ne soit point doué de l'intelligence divine pour l'animer
et le diriger? Le microscope révèle le mouvement et
par conséquent la vie dans tous les régnes ; les mobiles
humains se retrouvent caractérisés bien distinctement
dans les étages inférieurs. Qu'est-ce qui distingue donc
l'homme des autres organismes ? Son génie créateur !
Son immortalité ! Sa puissance ! Mais tous les autres
organismes partagent ces dons avec riioinmo. Une
graine quelconque a en elle tout un monde d'efïets ; un
grain de sable est un réceptable aussi bien favorisé de la
pensée divine que l'est l'organisme humain.
L'état matériel, l'état spirituel ou fiuidique et l'état
éthéré, appartiennent certainement à toute espèce
d'organisme et à toutes les molécules qui les composent.
Le langage humain est encore si peu développé qu'il
distingue souvent le mot lieu de celui (Vétat dans les
questions abstraites. Le lieu dans l'infmil... logiciens
et rêveurs, pouvez-vous comprendre et expliquer cela?
La chimie éclaire le monde invisible matériel et ce
flambeau décèle des existences spirituelles et éthérées,
que les préjugés ou l'ignorance méconnaissent. Les
règnes inférieurs ont des états supérieurs correspon-
dant en tout point à ceux de l'homme. L'homme meurt
pour atteindre un état supérieur ; l'animal, le végétal
et le minéral également. La partie spirituelle et la
partie éthérée de toute chose ne s'éloignent guère en
— 76 —
réalité de la partie riidimentaire ou sombre et se trou-
vent toujours liées à elle.
Bonnes gens, qui croyez à un paradis éloigné, bien
éloigné 1 sachez donc qu'il vous touche de toute part.
Si un état nouveau signifie un déplacement radical, où
se trouve donc la liaison ?
L*homme qui devient éclairé sur la terre n'a pas
besoin de chercher un paradis en dehors de là, car il
s'en trouve environné et pénétré de toute part. Mais
quelque éclairé qu'il soit, il ne pourra éviter de subir
de nouveau, les états qu'il a déjà parcourus ou subis.
Mais, dira-t-on, le progrés n'est donc qu'une condi-
tion qui commence à l'ombre pour finir et recommencer
au point de départ. C'est en effet ainsi que nous l'envi-
sageons. L'enfance se retrouve dans la vieillesse.
Pour ceux qui sucent encore à la mamelle de la
morale et qui ne sont pas initiés aux hauts enseigne-
ments, cette doctrine devra paraître déplorable; aussi
se garderont-ils de l'examiner, de l'étudier. Le savoir
néanmoins devient tôt ou tard le partage de tous ; la
lumière succède à l'obscurité.
A chaque émanation des rayons divins vers le cerveau
humain, l'homme ne se trouve-t-il pas détrompé ou
habillé à neuf d'idées nouvelles? Où est celui qui ne
perd pas ce qu'il possède et qu'il chérit ardemment ?
L'homme nouveau ne se rebâtit pas tout à coup, mais
graduellement. Il en est de même des idées qui pren-
nent la forme de doctrines; l'une s'enchevêtre dans
l'autre à travers les âges peu à peu et sans secousses
violentes pour ceux qui savent suivre la marche des
choses.
Cette doctrine n'est pas nouvelle sur la terre comme
germe, même productif de certaines applications isolées
ou partielles. Le progrés est une succession qui s'épuise
— 77 —
pour renaître sous d'autres formes. Le progrés semble
infini à l'œil étonné ; mais nous lui voyons, sinon un
terme, du moins un recommencement. Celui qui dit par
chacun des atomes de la nature entière : Je suis,
trouve éternellement en dehors de lui-même, non pas
des êtres qui violentent sa pensée, sa volonté, mais une
atmosphère qu'il anime par son rayonnement. Ce
rayonnement est tantôt physique, tantôt moral, tantôt
intellectuel, ou, il est sombre, pâle et éclatant, suivant
que Dieu fait la nuit, l'aurore, ou le grand jour autour
de lui.
Ne trouve-t-on pas sur la terre que l'obscurité enfante
des créations rudimentaires ou grossières, que la lumière
pâle en engendre d'analogues, et que la lumière vive
produit des effets bien développés ?
La nature de la cause et ses degrés de manifestation
se lisent, se témoignent dans les effets.
Cette doctrine subira une variété de modifications
nouvelles qui changeront le caractère de ses nuances ;
la forme changera, mais le fond restera. L'avenir qui se
dévoile continuellement ne démontre toutes ses beautés
qu'à la grande lumière. La grande lumière se fera un
jour sur cette terre comme sur d'autres globes plus
avancés.
L'ère païenne a eu son âge philosophique ; l'ère chré-
tienne ou l'ère actuelle commence à entrer dans le
sien. Le xviii* siècle a annoncé la grandeur du siècle
actuel. C'est un précurseur qui a brisé la terre des
idées nouvelles et qui n'a fait qu'entrevoir l'horizon
nouveau qui se dévoile aujourd'hui. La révolution des
âges est bien plus grande et tranchée que celle des siè-
cles, en ce sens qu'elle représente une plus forte somme
de changements dans les idées.
La Réforme qui a été le commencement du second
— 78 —
âge de cette ère, a remué de fond en comble les idées
de l'époque précédente et leur adonné d'autres formes.
Les siècles précédents, qui formèrent le premier âge de
cette ère, avaient été les témoins de bien des révolutions
dans le domaine des idées ; mais à l'avènement d'aucun
d'eux on ne vit briller aussi nettement, aussi puissam-
ment, un changement dans l'ordre général des idées et
des choses. Voilà ce qui démontre que la révolution des
âges l'emporte beaucoup en intérêt et en importance
sur la révolution des siècles, qui n'en forment que la
partie .
La ligne de démarcation entre l'âge actuel et celui
de la Réforme se présente à nos yeux sous la forme
d'événements tranchés que méconnut le xv!!!" siècle,
malgré toute sa hardiesse et son savoir. Les âges de
chaque ère se ressemblent et ont une même nature
dans l'action, comme cela est exemplifié dans tous les
êtres humains de l'enfance à l'adolescence, et de l'ado-
lescence à la vitalité.
L'âge intellectuel de cette ère, qui ne fait que com-
mencer, à vrai dire, arbore un drapeau aussi hardi-
ment dessiné que celui qu'arborèrent les anciens sages
de l'ère païenne, et, il lui ressemble en ceci, qu'il
représente une nuance nette et éclatante à la fois;
le fond et la forme des deux se ressemblent tellement
qu'on se croirait transporté au même âge. L'âge actuel,
qui ne fait que d'apparaître, s'empare déjà des idées
particulières, ayant forme de doctrine, de l'âge païen.
L'ère physique, ou païenne, a eu son apogée dans la
philosophie de son dernier âge. Cet âge rassembla en
corps les idées des âges précédents et en forma un Code
qui fait encore l'admiration des hommes éclairés de ce
siècle. Les sages de l'antiquité étaient le produit naturel
de cet âge qui allait clore la première ère. Arrivée à sa
— 79 —
dernière expression, cette ère se faisait mûre et grande
par de nouvolles conceptions dont un grand nombre
sont restées incomprises même jusqu'à ce jour. Les
âges et les ères se répètent toujours, quoique dans de
nouvelles conditions. L'âge philosophique des anciens
a eu lieu ; l'ère actuelle peut-elle éviter d'avoir le sien?
Il vaudrait autant s'attendre à ce que l'adolescent ne
devînt pas homme, que de croire qu'elle puisse être
privée d'un âge intellectuel ou philosophique. Toutes
les idées d'une ère sont forcées de se résumer dans un
Code philosophique ou explicatif, lorsque son dernier
âge est arrivé. C'est un travail qui semble peut-être
impossible et inutile à ceux qui vivent dans l'ombre et
qui s'y complaisent, mais la destinée ne manque jamais
d'agents pour la servir et remplir ses vues.
Les anciens commencent aujourd'hui à renaître et à
secouer les vieilles cendres qu'ils ont laissées derrière
eux sur cette terre ; nouveaux Lazares, ils commencent
déjà à donner signe de vie : bientôt ils marcheront.
Qui mieux que les anciens sages pourrait développer
les idées en germe qui descendirent en gerbes de feu
sur leurs tètes? Mais peuvent-ils renaître sur cette
terre et donner suite aux hautes conceptions dont ils
furent les réceptacles? Ceux qui ne savent pas voir et
lire dans les idées et les événements du jour, trouve-
ront certainement cette question oiseuse et même ridi-
cule, mais l'assertion dans ce cas est bien appuyée et
motivée par l'intelligence des faits.
Rien n'est détruit, ou annihilé, et tout se répète dans
de nouvelles conditions. Quelle impossibilité, quelle
invraisemblance y aurait-il donc alors, à ce que les
anciens sages revinssent sur la terre pour servir au
développement des idées qu'ils promulguèrent dans
l'antiquité ? La renaissance des choses est un fait qui
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n'arrive que par la renaissance des idées. Si les idées
renaissent, qu'est-ce qui empêchera donc leurs orga-
nismes de renaître ? Rappelez-vous que tout organisme
qui disparaît par la mort de la terre, existe encore
à l'état spirituel, et qu'il n'est pas plus impossible, plus
impraticable de le rappeler à l'état concret sur la terre,
que de condenser les gaz qui se trouvent dans l'atmos-
phère. Des conditions sont nécessaires pour amener ce
dernier résultat : des conditions, limitées par la néces-
sité, sont aussi nécessaires pour amener le premier.
Toute idée, ou tout corps d'idée, qui n'est pas rendue
à la phase philosophique, est nécessairement bornée
dans sa manifestation. C'est le grand jour qui éclaire
bien. La lumière de second ordre n'éclaire toujours que
confusément.
La renaissance dans le domaine purement matériel
au physique n'est pas un secret pour la science, ou du
moins pour ceux qui en possèdent les hautes notions.
Les éclaireurs qui annoncent aujourd'hui la phase
nouvelle se divisent sur divers points de doctrine.
Pourrait-il en être autrement? Si le positif et le négatif
dans un même corps n'échangeaient pas leurs éclairs,
où serait donc le progrés? Leurs divergences ne peuvent
qu'éveiller les échos lointains et leur faire répéter la
leçon qu'ils apprendront ainsi malgré eux. Tant que
le monde dira oui et non, il ne pourra que marcher de
l'avant. Les générations futures sont toujours les héri-
tières des grands trésors de ces deux conjoints que
l'ignorance croit mal assortis.
Depuis le commencement de cette ère les idées qui
se rapportent aux choses spirituelles ont subi de nou-
velles et nombreuses modifications. Partout elles ont
formé de nouveaux centres, amenant ainsi la décentra
lisation, surtout depuis l'avènement de la Réforme.
— M -•
Les dogmes se sont multipliés et les hommes ont
battu le fer chaud do la discussion. Chacun s'appuie
sur des piliers qui manquent de chapiteaux ; mais le
temps et le travail finiront par amener ce détail néces-
saire, et, lorsque ce détail pour chacun de ces piliers
sera fait, le tout formera un assemblage complet qui
n'exigera pour devenir un bel édifice spirituel, qu'un
toit construit par la philosophie pure.
Les passions religieuses servent de main-d'œuvre à
ce travail gigantesque. Chaque centre se croit en
mesure et en possession du droit divin, et cette foi
collective qui, on détail, paraît si inconcevablement
obscure et même absurde à certains hommes, quelque
incomplète qu'elle soit encore, malgré le travail de
tous les âges passés qui ont aidé à la formuler, pré-
sente déjcâ à l'œil clairvoyant une sublime création
spirituelle.
Tous les hommes qui s'arrogent le droit divin pour
proclamer la sainteté de leurs causes respectives, ne
faussent pas la vérité. Que vaudrait la Toute-Puissance,
si elle pouvait être réellement bravée ou vaincue, en
aucun temps, en quoique ce soit, sur aucun des détails
de la nature, par les petits êtres qui en font partie?
Celui qui peut saisir et comprendre la profondeur, la
largeur et la hauteur de cette simple question, ne sau-
rait un seul instant vaciller sur la réponse. Tous les
hommes ont le droit divin pour eux. L'organisme de
n'importe quel règne, celui qui rampe péniblement et
qui vit par la destruction, celui qui s'ébat gracieuse-
ment au soleil des jouissances, et celui qui plane au-
dessus des autres comme mobile principal, tous sont
animés et fatalement dirigés par la Cause invisible
nommée Dieu.
L'assertkm. «de.part. et d'auire, au droit divin, est
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un Cl i qui remplit l'univers et qui se répercute dans
chacune des molécules qui le composent. La négation
qui roule ses tonnerres et lance ses feux sur toutes les
couches de la création sert à faire tourner la grande
roue qui distribue partout le progrés.
Pari», - Typ. A, pAWt s"! ^^ Madrrâe,'
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