(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Jacques Cartier [microforme] : documents nouveaux"

■^ ^a'>'- 



•«•.^ 




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




V 



^ 



'^0 




// 







,.V 



A^ 







/ 






^ 



^ 



1.0 



i.l 



i.25 



" IIIIM |||||M 



1-4 il 1.6 



v] 



<^ 



» 



/# 



^. 







^ aT^ ^^' 

^./ 




/^ 



^ . 



// 




om, 



y 



^ 



Photographie 

Sciences 
Corporation 




#:^A 



^^> ^i; 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N. Y. H580 

(716) 872-4503 






€^ 



Q. 



î 



f 



o 



\ 



CIHM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CIHM/ICIVIH 
Collection de 
microfiches. 




Canadien Instituts for Historical Microreproductions Institut canadien de microreproductions historiques 

1980 



ïechnical and Bibliographie Notes/Notes techniques et bibliographiques 



The Institute has attempted to obtain the best 
original copy available for filming. Features of this 
copy which may be bibliographically unique, 
which may alter any of the images in the 
reproduction, or which may significantly change 
the usuai method of filming, are checked below. 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire 
qu'il lui a été possible de se procurer. Les détails 
de cet exemplaire qui sont peut-être uniques du 
point de vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une .nage reproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dans la méthode normale de filmage 
sont indiqués ci-dessous. 



D 
D 
D 
D 



Coloured covers/ 
Couverture de couleur 

Covers damaged/ 
Couverture endommagée 

Covers rostored and/or laminated/ 
Couverture restaurée et/ou pelliculée 

Cover title missing/ 

Le titre de couverture manque 



□ Coloured maps/ 
Cartes géographiques en couleur 

□ Coloured ink (i.e. other than blue or black)/ 
Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 



n 

D 
D 



D 



Coloured plates and/or illustrations/ 
Planches et/ou illustrations er. couleur 

Bound with other matériel/ 
Relié avec d'autres documents 

Tight binding may cause shadows or distortion 
along interior margin/ 

La reliure serrée peut causer de l'ombre ou de la 
distortion le long de la marge intérieure 

Blank leaves added during restoration may 
appear within the text. Whenever possible, thesa 
hâve been omitted from filming/ 
Il se peut que certaines pages blanches ajoutées 
lors d'une restauration apparaissent dans le texte, 
mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont 
pas été filmées. 



D 

n 

D 
D 
D 
D 

n 

D 
D 

n 



Coloured pages/ 
Pages de couleur 

Pages damaged/ 
Pages endommagées 

Pages restored and/or laminated/ 
Pages restaurées et/ou pelliculées 

Pages discoloured, stained or foxed/ 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 

Pages detached/ 
Pages détachées 

Showthrough/ 
Transparence 

Quality of print varies/ 
Qualité inégale de l'impression 

Includes supplementary matériel/ 
Comprend du matériel supplémentaire 

Only édition available/ 
Seule édition disponible 

Pages wholly or partially obscured by errata 
slips, tissues, etc., hâve been refilmed to 
ensure the best possible image/ 
Les pages totalement ou partiellement 
obscurcies par un feuillet d'errata, une pelure, 
etc., ont été filmées à nouveau de façon à 
obtenir la meilleure image possible. 



D 



Additional comments:/ 
Commentaires supplémentaires: 



Q 



This item is filmed at the réduction ratio checked below/ 

Ce document est filmé au taux de réduction indiqué ci-dessous. 



10X 








14X 








18X 








22X 








26X 








30X 






















y 
































"^" 


10V 




taMi^ 


tÊÊ^^^Êâ 


IfiX 








2DX 








24X 








28X 








32X 



ails 

du 

difier 

une 

lage 



The copy filmed hère has been reproduced thanks 
to the generosity of: 

Library of the Public 
Archives of Canada 

The images appearing hère are the best quality 
possible considering the condition and iegibility 
of the original copy and in keeping with the 
filming contract spécifications. 



L'exemplaire filmé fut reproduit grâce à la 
générosité de: 

La bibliothèque des Archives 
publiques du Canada 

Les images suivantes ont été reproduites avec le 
plus grand soin, compte tenu de la condition et 
de la netteté de l'exemplaire filmé, et en 
conformité avec les conditions du contrat de 
filmage. 



Original copies in printed paper covers are filmed 
beginning with the front cover and ending on 
the last page with a printed or illustrated impres- 
sion, or the back cover when appropriate. Ail 
other original copies are filmed beginning on the 
first page with a printed or illustrated impres- 
sion, and ending on the last page with a printed 
or illustrated impression. 



The last recorded frame on each microfiche 
shall contain the symbol •^►(meaning "CON- 
TINUED "), or the symbol V (meaning "END"), 
whichever applies. 

Maps, plates, charts, etc., may be filmed at 
différent réduction ratios. Those too large to be 
entirely included in one exposure are filmed 
beginning in the upper left hand corner, left to 
right and top to bottom, as many frames as 
required. The following diagrams illustrate the 
method: 



Les exemplaires originaux dont la couverture en 
papier est imprimée sont filmés en commençant 
par le premier plat et en terminant soit par la 
dernière page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration, soit par le second 
plat, selon le cas. Tous les autres exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration et en terminant par 
la dernière page qui comporte une telle 
empreinte. 

Un des symboles suivants apparaîtra sur la 
dernière image de chaque microfiche, selon le 
cas: le symbole — ► signifie "A SUIVRE ", le 
symbole V signifie "FIN". 

Les cartes, planches, tableaux, etc., peuvent être 
filmés à des taux de réduction différents. 
Lorsque le document est trop grand pour être 
reproduit en un seul cliché, il est filmé à partir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche à droite, 
et de haut en bas, en prenant le nombre 
d'images nécessaire. Les diagrammes suivants 
illustrent la méthode. 



irrata 
to 



pelure, 
tn à 






32X 





1 2 3 

4 5 6 






JACQUES CARTIER 



,/ 



ACQUES CARTIER 



nOCUMENTS NOUVEAUX 



UKCUEILLIS PAK 



F. JOUON DES LONORAIS 



AnCIKN tLÈVli DU l'HcOLU DUS CllAKlLb 



^h^ 





PARTS 

ALPHONSE PICARD 

LIBRAIRE-ÉDITEUR 

82, rue Bonaparte, 82 
1888 



•» • • • •• • 



• •• 






Fc 



OFFERT 



SOCIÉTÉ ROYALE 



DU CANADA 



pi^liiiiiw w i i llliii n lll ^n 



■j 



tT 

/ 

'< 



>û 



I 

so 
N( 

on 
toi 
de 
Ih 
Yh 

110 

nal 



( 

par 
l'cd 
iiH'd 
vov 




iR^^Tf^^lQ 







Jacques Cartier. 



^"M^i^ji^i^ ■'^^'i''! possible longtemps encore d'ajouter 
m^jr ^"x trouvailles qui ont été faites sur Jacques 
^j>^ Cartier. Les documents si abondants de 
son époque n'ont point été explorés avec méthode. 
Nos devanciers dans leur richesse, ici comme ailleurs, 
ont laissé bien des détails qui nous font facilement 
toute une récolte. Celle-ci peut se mettre à côté des 
deux collections de documents publiés par M. Alfred 
Ramé(0, dont la perte récente est un deuil pour 
l'Histoire et l'Archéologie. D'autres y ajouteront, 
nous en avons la conviction. Les Archives natio- 
nales, en particulier, doivent contenir des trésors 



(i) Doiiimcnls inédits sur Jacques Cartier et le Canada, communiqués 
par M. Alfred Ramé, accompagnant le vova^c de 1534 publié d'après 
l'édition de 1598 par M. Michelant. (Paris, Tross, 1865.)— Documents 
inédits, Nouvelle Série, à la suite de la Relation originale du même 
voyage, découverte et publiée par les mêmes. (Paris, Tross, 1867.) 



2 — 



relativement aux premières expéditions de Vera/zano 
et de Jacques Cartier, et h la faveur royale qui les 
provoqua. Des greffes de Rouen (0 ou de Rennes 
pourront aussi sortir des renseignements nouveaux 
sur les derniers voyages du marin breton, ses procès 
et les compétitions occasionnées par Tcxploitation du 
Canada dans la seconde partie du xvi^' siècle. 

Nous n'avons pas à répéter les faits connus de la bio- 
graphie de Jacques Cartier. Il nous suffira de ren- 
voyer à l'article inséré dans la Biographie bretonne 
de Levot dont l'auteur est M. Ch. Cunat; il est re- 
produit sans modification dans Hoefer, dans les 
Voyageurs anciens d modernes de Charton et dans 
toutes les notices qui précèdent le récit des décou- 
vertes. Le travail primitif de M. Cunat a été ac- 
cepté, pour ce qui concerne la vie de Cartier, par 
M. d'Avezac dans son introduction à l'édition fac- 
similé du Second Voyage C^). Cet auteur a puisé de 
plus dans le texte des Voyaires les éléments du pre- 
mier résumé bien clair des départs, arrivées, séjours 
au Canada et retours de Cartier en France. Les in- 
vestigations plus récentes de M. Harrisse n'ont accru 

(i) M. Henry Harrisse a déjà découvert dans les Archives du Parle- 
ment de Rouen deux précieux documents sur Verazzauo qu'il a donnés 
dans excellent article par lui consacré à ce navigateur h propos du 
ivre de Henry C. Murpl.y Tbc voyage of Verar.ano, a chapter in the 
harly of History Maritime Discovery i„ America, New-York, 187s. 
[Kcviie critique, 1876, i^'' semestre, p. 17-23.) 

(2) Brief récit et succincte Narration // de la // Navigation faite 
en MDxxxv et Moxxxvi // par le capitaine // Jacques Cartier // aux îles de 
Canada, // Hochehiga, /; Saguenay et autres. // Réimpression figurée de 
1 édition originale rarissime de mdxlv, avec introduction historique 
par M. d Avezac. (Paris, Tross. 1865, xvi, 68 {'■.) ' 



' 



— 3 — 

les connaissances antérieures qu'au point de vue de 
Roherval et en ce qui touclie la biblioi^raphieCO. 

Le point de départ de nos recherches a été celui-ci. 
En examinant un arrêt de 1555 ^^^ qui concerne un 
procès soutenu par Jacques Cartier au Parlement de 
Bretagne, nous avions été intrigués de ne pouvoir 
nous rendre compte de la matière même du débat. 
N'y avait-il pas dans cette procédure l'indice d'une 
destinée de Jacques Cartier analogue à celle de 
Colomb aux prises avec les conséquences pécuniaires 
de sa découverte. Il était naturel de rechercher ce 
même procès en première instance, c'est-à-dire 
devant le tribunal de la juridiction ordinaire du Cha- 
pitre de Saint-Malo qui appelait au Parlement. Sur 
ce point nous avons échoué. Nous avons bien retrouvé 
les notes du greffier du premier degré, mais hélas rien 
de plus vide que ces mémoriaux de procédures. Pas 
un mot dans ces plumitifs n'indique ni le point de 
droit ni le point de fait, tout y est d'une insipidité 
désespérante; les noms eux-mêmes des parties ne 
révèlent rien, aucun nom de marinier figurant dans 
la liste des compagnons de Cartier, aucun nom d'ar- 
mateur, de bailleur de fonds, de victuciiUeiir , que 
nous connaissions. Grand Jehan lU^erard, l'adver- 
saire de Cartier au Parlement, et dont le nom revient 



(i) Bihliolbcca Aiiiniaiiui vclnsliisiiiui , 1, 41 5- — Notes pour servir à 
l'Histoire, à la Bibliog. et h la Girtog. de la Nouvelle France. Paris, 
Tross, 1872, (pages 1-6 et 24^-277). 

(2) Publié par M. de la Borderie dans la Rc-viie de Ihilugiie cl VcmUr, 
sous le titre de : Docmiiciiln iiu'dils sur Jtiajin's CarUci <7 w cowpagium'i. 
(Année 1880, 2'-- semestre, p. 37^-7^)- 



i 



— 4 — 

le plus souvent, ne semble avoir que des intérêts 
privés en litige avec celui-ci, intérêts difficiles à 
comprendre, car il n'était point son parent. C'était 
sans doute un procureur ad causant qui faisait juger 
les points incidents d'une affaire principale qui 
échappe. Le rôle de syndic de faillite lui conviendrait 
très bien, s'il y avait eu des fliillites alors (0. H y 
avait en tous cas bien des successions obérées de 
marins enlevés au milieu de leurs entreprises et de- 
vant un peu à tout le monde. C'est de quelque 
liquidation de ce genre qu'il s'agit. 

Notre recherche, infructueuse sur ce point, nous 
îi fait rencontrer les pièces que nous publions. Ces 
actes sont éparpillés dans une longue suite de re- 
gistres dont la lecture demande la connaissance des 
familles malouines, leurs noms, prénoms, sobriquets 
ou noms de terre, et des listes de procureurs et 
avocats du temps. 

(i) La première faillite de Saint-Mulo est, Jit-on, de 1701. 






Jacques Cartier, né en 1491 



La date admise est le 31 décembre 1494. 

Plusieurs documents inédits nous obligent à re- 
porter quelques années plus tôt la naissance de 
Jacques Cartier. 

Le 2 janvier 1548, n. st., un procès tout à fliir 
étranger à Jacques Cartier aboutit à la discussion d'un 
point de droit coutumier, « une information de 
Coutume. » Il s'agit de constater par témoin le fameux 
Privilège d'Arrêt, si favorable au commerce malouin, 
qui permettait à tout marchand, étranger ou bour- 
geois, de mener son débiteur, quel qu'il fût, devant 
le tribunal de la juridiction ordinaire de Saint-Malo. 

Appoindcment à produire pour informer 
de l'eftat fur la quelle de Moyne<^'^; d'au- 
tant que did que led. vfement a elle comprins 
en la regiilration de leur Couilume. — M"^' Ar- 



(i) Procureur. — Arcli. d'Ille-et-Vilaine, Audiences de la Juridiction 
ordinaire de Saint-Malo, année 1547, Reg. 2, à la date. 



— 6 — 

tiir TennegLiy, afgc de xlv ans, juré, purgé^^^, 
etc., diâ que des & puys xx ans y a vfement 
que on peult faire arreiler vng eftranger & 
les étrangers les vngs les aultres, & que les 
étrangers peuvent contraindre les marins en 
cefte ville dedans jour en jour, & n'a veu 
quelque contradidion, mes a eilé ainli iu^é 
céans; - - Guillaume Martin La Lande, juré, 
etc., L ans; Jehan Vivien, juré, etc., afgé de 
plus de Lx ans; Guillaume Sanlbn, geaullier, 
afgé de lv ans; Guillaume Le Deboté, afgé 
de XLiv ans; M^' Jacques Regnault, juré, afgé 
de xLvii ans; Jacques Cartier, Lvians, juré, 
etc., ideni^'-\ des & puis de xl ans; Eftienne 
Guynel, lxx ans; MaiTé le Fer, etc.. 

Le 23 décembre 1551, Jacques Cartier assiste à 
l'audience; aucun procès personnel ne l'y amène; 
mais il est fîicile de se rendre compte du motif de 
sa venue. On juge ce jour-là un fait de course aussi 
intéressant qu'ignoré de nous. Trois capitaines de 
Saint-Malo, Jullien Protêt, corsaire fameux, sur la 
Jehaimelte, GuillaumePepin Broussardière sur lejacques, 
François Cronier sur le Daulphiu, où il avait pour 
maître d'équipage Macé Jalobert, ont pris trois na- 



(i) Soiis-cntcndii : de conseil. 
(2) litc. el idem sont dans le texte. 



— 7 — 

vires flamans ou espagnols, le Faucon Blanc, V Assomp- 
tion de Biscaye, le Griffon. Le dernier était une bis- 
quine; on peut croire les autres de ces bonnes 
hourques pansues, faites pour être capturées par les 
Corsaires malouins. On procède à l'adjudication de 
bonne prise devant le tribunal ordinaire du lieu, au- 
quel s'adjoint le représentant de l'Amiral, pour sau- 
vegarder les droits royaux, en présence de Loys 
Guizanda, Corneilles Janczes, Thomas James et Pas- 
cal MeindroUe, officiers prisonniers. Le débat n'est 
pas long; il y a guerre entre l'empereur et le roi de 
France, le sénéchal adjuge. 

Ce jour même, Marie du Rocher, sœur de feu 
François du Rocher, fait entendre des témoins pour 
établir sa parenté afin d'être déclarée héritière de son 
frère. Rien de plus banal; mais hi requérante a 
l'heureuse idée de faire entendre Jacques Cartier 
après plusieurs autres. 

« Jac Cartier, lx ans, juré, etc., dict paroi 1- 
lement qu'il les congnoifToit & font frères 
& fœurs de père & mère des les l ans ^'K » 

Le 6 juin 1556, dans une curieuse affaire que nous 
donnons plus loin, Jacques Cartier déclare i.xuii ans. 

Ces déclarations qui concordent entre elles, mettent 
la naissance du Découvreur en 149 1, entre le 7 juin 
et le 23 décembre de cette année. 

(1) AudicihX's, i))2, ibid., sous le 23 ilcccmbrc i)5i. 



T 



II 



Le père de Jacques Cartier. 



I' 



m. 

m 

lll 



Il faut dégager ce qui est certain et se garder des 
attributions. Rien n'est établi en dehors des faits sui- 
vants, 

Cartier est né en 1491, nous venons de le voir. 
Le 21 août 15 10 et le 30 mai 15 19, il nomme 
deux enfants de Jehan Nouel et de Jehanne Cartier. 
On le voit encore (13 septembre 1518 et 18 avril 
1522, N. ST.), comme compère ou comme assistant 
au baptême de deux enfants de Jehan Cartier et Je- 
hanne Le Mouenne. 

Une pièce de ce recueil, enfin, fliit connaître qu'à 
la date du 19 mars 1541, il n'avait qu'une sœur 
appelée Jehanne. 

La filiation de Jacques Cartier et de Jehanne 
Cartier demeure hypothétique; aucun des Cartier 
proposés comme leurs auteurs ne répondant à ces 
données. 

Les registres de l'état civil de Saint-Malo per- 
mettent à peu près toutes les attributions. Les bap^ 
têmes ont d'énormes lacunes, manquent même tota- 
lement de 1472 à 1494; les mariages sont mention- 






ï 



— 9 — 

nés à peu près sans date jusqu'en 1553; ^^^ ilécès l'ont 
défaut. 

M. Harvut, secrétaire de la mairie de Saint-Malo, 
dans un travail très utile sur l'état civil des Carticr(0, 
a mis en avant pour père de Jacques Cartier, Jamet 
Cartier qui épousa Josselinc Jansart (2). Jamet serait 
lui-même le « haptisatus extitil Cartier », sans pré- 
nom ni mention de parents, du 4 décembre 1458(5). 
Jamet Cartier n'a pas d'entant connu du nom de 
Jacques; mais le 31 décembre 1494, il ^^ "» ^Is dont 
le prénom manque au registre. Pour nous, avec la 
nouvelle date de 149 1, celui-là ne peut plus être 
Jacques Cartier. 

Rien n'empêche que Jamet Cartier n'ait eu un 
enfant en 149 1, il faut cependant de plus lui attribuer 
Jehanne. Jean Cartier, né le 26 février 1465, n. st., 
fils de Jean et de Guillemette Baudoin, ainsi que 
Pierre et Etienne Cartier que l'on croit enfmts des 
mêmes, peuvent être proposés également et ne sont 
pas plus réfractaires à cette paternité glorieuse. 

Cartier, si prodigue de ses compérages — on le 
voit assister à 53 baptêmes et servir de parrain à 
27 nouveau-nés — ne nomme que deux enfants de 



(i) Jacques Cartier, Recherches sur sa personne et sa famille (Revue 
de Bretagne et Vendée, octobre 1884. Nantes, Griniaud.) 

(2) Il y a une famille Jansart ou Gensart ; nous avons trouvé, rue 
tendante de la chapelle N.-D. de grand puissance au Cimetière, une 
maison aux hoirs Gensart , au xvn= siècle ce nom disparaît. 

(3) Jamet ce n'est pas Jean, mais Jacques. Jamet, si on le suppose né 
en 1458, peut très bien être le mineur Jacobus que l'on voit comparaître 
comme petit compère, le 26 février 1465, au baptême d'un petit frère. 



mm 



— 10 — 



Ni? 



m 



I':.» ■ 

m 



son nom : Perrine Cartier, fille de Jehan Carrier et de 
Jehanne Le MoucnneCO (Bpt. 13 septembre 15 18), 
Robert, fils des mômes (18 avril 1522, n. st.). Il né- 
glige complètement les nombreux baptêmes d'autres 
enfants Cartier. Si l'on excepte les deux enflmts de sa 
sœur cités plus haut, aucune parenté de son chef en 
ligne paternelle ou maternelle ne paraît l'amener à ces' 
cérémonies, il semblerait donc indiqué de lui donner 
pour frère Jehan Cartier objet de cette distinction. 

On pourrait alors, considérant que Jean Cartier, 
époux de Guillemette Baudouin, a certainement un 
fils appelé Jean en 1464 et, d'après M. Harvut, une 
fille appelée Jehanne, née vers 1490, faire de lui le 
père de Jacques Cartier en 149 1 et non plus son 
grand-père par l'intermédiaire de Jamet. 

Il serait intéressant d'avoir une généalogie moins 
incomplète, mais il faut ici se résigner à ignorer. Il 
n est pas utile de rapprocher par conjecture des ho- 
monymes qu'on ne peut débrouiller qu'à partir de 
1550. Il faut se rappeler que Paramé, dans les pa- 
rages de Limoilou, Saint-Coulomb, du côté de la 
seigneurie du Hindré, sont des pépinières de Cartier, 
qui ont très bien pu venir à Saint-Malo. Ainsi le 
faisaient de toute antiquité une foule d'immigrants 
des paroisses de l'évèché, dont la parenté collatérale 
avec les habitants se perd dans la nuit des temps. 

(i) On lit au registre des mariages, dans lu période non datée, entre 
I5i2et 1517 : « Il y a convenant Jehan Chartier et Janne Le Moiienne 
de Corseult. >> Chartier et Cartier s'écrivent l'un pour l'autre. 



m 



Mariage de Jacques Cartier avec 
Catherine des Granges. 



On indique constamment 15 19 comme date de 
ce mariage, à cause de la mention « avril 15 19 » 
mise en interligne du Registre des Mariages un peu 
avant l'inscription de Jacques et de Catherine. Il y 
a bien des chances cependant pour qu'il s'agisse 
d'avril 1520. Car Tannée commençant toujours à 
Pâques à Saint-Malo, messire Lancelot Ruffier, vi- 
caire curé qui enregistrait alors les publications de 
mariage, ou celui qui a ajouté cette date au Registre, 
n'a pu inscrire « Avril 15 19 » qu'à partir du 24 avril, 
jour de Pâques de cette année, et s'il eût eu en vue 
les six derniers jdurs de ce mois nous lirions l'anno- 
tation ordinaire après Pâques. La date se lefère plu- 
tôt au premier jour d'avril appartenant encore à 1519 
suivant l'ancien style, mais à 1520 suivant le nôtre. 
La publication de trois bans signalée au Registre 
par la marque ordinaire 000, dut commencer ce 
jour même i"' avril 1520, dimanche des Rameaux, 
et le mariage avoir lieu après hi Qiiasimodo(0. 

(1) La date de 1520 peut aussi s'établir en coul'crant ks dates ap- 
proximatives des mariages voisins au Registre avec celles des baptêmes, 



T 



— 12 — 

^ Katherine Des Granges ou Des Grandies éiaii 
d'une f^imille bien plus considérable que celle de 
Cartier. Dès 1488, lors de l'emprunt forcé que 
La Trémouille entrant à Saint-Malo, mit sur les 
bourgeois, Pierre Des Granges est taxé à 140 livres, 
ce qui est la plus forte cotisation; Guillaume des 
Granges et sa belle-mère, à 57' 7^1. Ce dernier de plus 
comme concessionnaire des droits de papegaut est 
cotisé une seconde fois. Pierre ou Perrin des Granges 
possédait un jardin à Bulien, dont nous reparlerons 
à propos de la maison de Jacques Cartier, et, parmi 
d'autres biens, un des moulins du Nais, sur le 
promontoire qui faisait face à la cité Malouine(0. 

Un texte nous indique à quelle branche de cette 
fluîiille appartenait Catherine (2). Elle était fille de 
Jacques, sieur de La Ville es Gars, près Château- 
Malo, qui épousa Françoise Du Mast; d'où : Guyon, 
sieur de ]3eauprest, fermier des meiincs coutumes du 
Chapitre en 1539, mari de Gillecte Chaton, vers 
1517; — Katherine; — Pierres, né le i août 1507; 
— Collecte, mariée à Jehan de Cosmes — Alizon qui 



notamment celles des mariages de B. Cornuel de Hénant et Guillemctte 
Audieure.deG. de La Brientaye et Perrine Le Fer (Cf. Bapt., 4 mars 
1520, N. ST., 6 mars 1521, id.) 

(I) « Perrin des Grandies à caule de l'accroiilement de fou iardrin 
joingnant les murs de la vile à Buhen 2^ 6d. >> (Compte des revenu, 
de la leigneune commune, Arch. Ille-et-Vilaine, 9,279) _ « le rece- 
veur se charge avoir receu des heirs de Perrin des Grandies à caule 
de fon mouhn eftant au Nefcq qu'il acquit des heirs Colin, Hirois, 4'. 
(Propres du Cliap. A. L V., 15 13-16.) ^ 

(2) Voir plus loin à la date du 19 mai 1541. - Cf, Bapt.. 6 juin 1530, 

ZTT^V^^'^ V"f"- - °'^"' 9 septembre 1577, x6 juin i 86, 
tutdle de Julhenne des G., hlle Guillaume et Jossdine Collet 



I 






_ 13 — 

fut femme de iMacé Jalobert. Le mC'me Jacques 
parait avoir cpousc ensuite Hélaine Cheville, puis 
Anne La Choue. De ces divers mariages sont issus 
la plupart des Des Granges du xvi'-' siècle. 

Jacques des Granges était connétable de Saint- 
Malo, comme on l'a dit. Mais ces fonctions alors 
plus importantes qu'à la iin du siècle semblent avoir 
été divisées. Noble Escuyer Anthoine de Gennes 
aliàs d'Agens, qui avait épousé une Des Granges (0, 
Guillemette, sans doute tante de Catherine (2), pos- 
séda certainement la connétablie de 1494 à 15 10. Il 
fut remplacé par N..., sieur de La Noë, puis par 
René Le Maire, sieur de Tormes, qui était encore 
en fonction en 1534. Jacques Des Granges n'en est 
pas moins cité plusieurs fois comme connétable; une 
pièce fîiit même mention simultanément des deux 
connétables (5). 

Les géographes ont longtemps cherché le motif 
pour lequel Jacques Cartier avait donné le nom de 
sainte Catherine à plusieurs lieux visités pendant son 
premier voyage : <( Nous convint entrer en vng 
havre nommé faincte Katherine... Je nomme celle 
iile fainde Katherine... » Et on avait supposé qu'il 

(i) Cf. liapt., 26 août 1-197, 29 janvier 1506, \. st., i; décembre 
1520. 

(2) Il ne fandrait pas appliquer à la femme de Jacques Cartier toutes 
les mentions de Catherine Des Granges qui sont aux reo;istres. Pendant 
le premier quart du siècle, il y avait à Saint-Malo : Catherine Des Granges, 
femme de Martin De Saint Cire; et à partir du 3 septembre 1554, une 
petite Catherine Des Granges, fille de IVançois et de Gillecte I.e i^'lleurs 
et petite-fille de (luyon Des Granges. 

(3) Rpt-, 17 août 1529. — Office, 21 octobre 1335. 



— 14 ~ 

avait voulu célébrer le nom d'un de ses navires (0. 
C'était simplement le prénom de sa femme dont le 
souvenir voyageait avec le brave marin. Ne trouve- 
t-on pas parmi les désignations qui n'ont pas prévalu 
celle-ci que Ton n'a pas relevée et qui doit être 
aussi une allusion : « Trouuafmes des terres à mon- 
taignes moult haultcs & cffarables, entre lefquelles 
il y a vne apparoidante eftre vne grandie, & pour ce 
noumafmes nous ce lieu les monts des GranchesC^). » 

(r) Premier Voyage, texte nis. p. 2, p, 7. 

(2) Lor. cit., p. 14. — D'Avezac, IiitroJ. p. \r. 



\\ 



IV 



Traces d'un voyage au Brésil, 
vers 1527. 



On trouve dans les Foya^^es, particulièrement dans 
le récit de 1545, que Cartier aime à se référer à des 
notions acquises par lui dans un séjour antérieur au 
Brésil : « Ce did peuple viél en une communaulté 
de biens allez & de la forte des Brililans... 

<( Leur bled qu'ils appellent Ofify, lequel efl: gros 
comme poix, & de ce même en croift allez au Hre- 
ril('>. » 

Voici un document qui se rapporte, croyons-nous, 
à cet épisode de sa vie. 

Le penultime jour dud. moys (juillet 
1528), fut baptizée Catherine du Brezil, ^ 
fut compère noble homme Guyon Jamyn^^^, 
recteur de Saind Jagu, 3c commère, Cathe- 
rine Des Granches & Franc/oife Le Gobien 



(i) Pages 30, 31. 

(2) l'rcre d'Olivier J.iinyu mari de 'l'homassc Cartier, qui pourrait 
être une îles sœurs de Jacques. 



i6 — 

fille lie raloiic de Saind Malo;^ fut bapti/ée 
par M^' Lancelol Rufîier, vicaire curé dud. 
lieu, led. jour «îs: an que defTur. F. Trublet. 

Ne serait-ce pas une petite saiiva^'e ramenée par 
Cartier du Brésil. 

Si l'on se rappelle que ce pays était encore une 
contrée presque inconnue des Portugais eux-mêmes, 
mal limitée, à peine occupée sur deux ou trois points 
par quelques transportés, on peut voir là autre chose 
qu'un voyage de commerce à la recherche du bois 
de brésil, une tentative française pour reconnaître 
cette contrée ('). Quoiqu'il en soit, les relations de 
Jacques Cartier avec les Portugais restent à éclaircir. 
Une pièce que nous avons trouvée apprend qu'il 
avait acquis une connaissance assez approfondie de 
la langue portugaise pour être choisi comme inter- 
prète par des Portugais prisonniers à Saint-MaloC^). 
Les marins de Saint-Malo s'engageaient souvent sur 
des navires espagnols ou portugais. Cartier, avant ce 
voyage du Brésil, devait avoir navigué avec des Por- 
tugais. 

Un autre baptême, intéressant à titre différent et 
également inédit, se rapporte aux années qui précé- 
dèrent la première expédition au Canada. 

(i) Francisco de Aiulnuic (Cronint de Dom Jodo III), fait mention do 
tentatives d'expéditions organisées par 1 rançois I^^^-- dans le but de s'em- 
parer du Brésil, eu 1523 et 1524. (Cité par M. Ilarrisse, Rmn- critique, 
1876, V semestre, p. 20, note 3.) 

(2) Voyez plus loin, à la date du 10 avril 1544 (x. st.) et du 
25 mars 1557 {iiL). 



— 17 — 

Du FP de juyii mil P XXX^'>, 

« Oudiâ: jour & heure & par led. vicaire 
fut baptifé vng iilz, quel fufl né à lofpital, 
& difoyt la mère avoir nom Margueritte 
Dodeûm & le père Charles Fortin; & le fift 
nommer Jacques Cartier par Perrin Des 
Granches fils de Jacques, & Guyon Du Mats 
fils Yves fieur du Pont^'^, & marraine Robine 
Grippe. » 

(i) Arch. Saint-Malo, G G. 6, Bapt. 1519-39. 
(2) Oncle maternel de Katherine Des Granges. 



I , 



: 



r ■ I 



V 



1^ 



Cartier pendant les préparatifs du se- 
cond voyage s'emploie aux affaires de 
la communauté de Saint-Malo. 



Le 8 février 1535, n. st.(0, Charles Cheville, dé- 
puté aux États, après avoir rendu compte de sa 
mission, remontre : « qu'il a lettres fadrelTant à 
M. de La Toufche à la Vache (2), capitaine de Dinan. 
A efté ordonné que lefd. lettres luy feront portées 
& yra led. procureur & en fli compaigne Jacques 
Cartier, & efcrypvront lettres lefd. bourgeois au ca- 
pitaine de Dinan..- » 

Le lundy xxii^' jour de febvrier l'an 
mil v*^ xxxiiii (1535), jour & fefle faind 
Pierre (5), à l'abaye faind Jehan, davent 
Monfieur le capitaine. 

(i) C'est le jour où Jacques Cartier présente à la Communauté, la com- 
mission de l'Amiral du 31 octobre 1534 pour armer trois navires («/>. 
Ramé, série I, p. 6). Le passage «,::tre guillfiiiets a été négligé. 

(2) Les lettres dont il s'agit étaient afin de prier le capitaine de Dinan 
de solliciter pour eux au procès des Brefs qui se jugeait à Dinan. 

(}) Chaire de saint Pierre. — Nous donnons les listes qui suivent 
surtout afin de rectifier les noms des deux séances historiques du 8 février 
et 31 mars 1535 déjà publiées. — Arch. de Saint-Malo, B B. 4-83. 






19 — 



Aflemblée generalle des bourgeois, etc. 

Prefens, Monfieur le conneftable Régné 
Le Maire, M*^ Jehan Le JuifF^'), Monlieur le 
lieutenant de la Court de Saind Malo, 
M^ Chriflophle Salmon, procureur de lad. 
court (^), Jehan Billard, procureur des bour- 
geoys(3), Julien Cronier^^), Franczoays Gail- 
lard, Guillaume Launay, Jehan Salmon, 
Collas Phelippes, Henry Girard, Jehan Le 
Fer, Guillaume Pépin, Robin Boulain<î), 
Germens Hucheflel, Jehan Gicquel, Gilles 
Colin, Pierre GofTelin, Jehan Maingard 
Huperie(6), Jehan De May, Georges Boulain, 
Jacques Martinet, Guyon Des Granches, 
Jehan Bertré, Thomas Thebault, Robin 



(i) Sieur de Chanipdavoine, d'abord procureur de la juridiction , lieu- 
tenant depuis 1530, décédé en 1541. Il épousa Guyenne Derien. Les 
Le Juif figurent dans la liste de 1488. 

(2) Sieur de La Metteric , procureur des jurid. du Chapitre depuis 
15 31» proc. du Plessis Bertrand, mari de Jolianne du Rocher. 

(?) « Bourgeois & marchant, fieur de la Villemalleterre » eu Saint- 
Méloir, fils de Jehan Billard et Gefflote Porée, épousa Gillette Lambert. 
Procureur des Bourgeois de 1)34 à 1538, il entra en fonctions au mo- 
ment où commence le premier registre des Délibérations (21 novembre 
1534); car dans les séances qui suivent, son prédécesseur, Jullien 
Cronier, lui délivre les « muniptions de la ville » et autres choses con- 
cernant son office. 

(4) Sieur de La Rouaudaye, procureur dès 1522, ép. Laurence Porée. 

(5) « Seigneur temporel de la Vignecle en Saind Coulomb, abbé de 
la noble confrérie de Monfieur faincl Jehan Baptifte, » (Bpt., 29 no- 
vembre 1547, etc.), mari de Josseline Maingart. 

(6) Ep. Jeanne Corbon ; La Huperie, terre eu Paramé. 



20 — 



Gaultier le jeune, Jehan Esberart, Jehan 
Heurtault, Eftienne Chevalier, Gilles Def- 
champs, Guillaume Sourget, Guillaume 
Gravé, Thomas Le Breton, Amaury Cohue, 
Robin Gaultier l'efné, Thomas de La Bouille, 
M^ Jacques Cartier, Jehan Burel, Guil- 
laume Martin La Lande, Jacques Chenu, 
Lorans Boulain, Guillaume Le Deboté, Jehan 
Le HuchefleL'^ 



On s'occupe dans cette réunion d'une collision 
survenue entre les gens du procureur des bourgeois 
et les « gentilshommes » de la garnison chargés de 
réquisitionner les charrettes pour les travaux fiiits 
d'ordre du roi au Sillon. 



^ 



Cartier est encore présent le 27 février à une 
assemblée moins nombreuse où les bourgeois pren- 
nent diverses mesures au sujet de la peste qui vient 
d'éclater. 



(i) Dans cette liste et la suivante ne figurent pas tous les noms que 
l'on trouve dans les deux séances historiques imprimées du 8 février et 
du 31 mars auxquelles nous renvoyons. Quelques-uns de ceux qui 
manquent ici ont été altérés comme celui de Jcaan Boulain devant la 
Pompe ainsi nommé parce qu'il demeurait en face de la Pompe, près 
de la Grande Porte. — Ceux de Guillaume Porée Le Bois, G. Saind 
Mains, Yrelet Morel, etc. 



VI 



Choix de navires et de marins pour le 
second voyage ('>. 



Le mercredy tiers jour de mars l'an 
mil v*^ xxxiiii (1535), à l'abaye laind Jehan, 
davent mond. fieur le capitaine prefens 
M^ Pierre Le Gobien, Monfieur l'alloué de la 
court de Saind Malo, M^ Régné Le Maire, 
fieur de Termes, conneftable de Saind Malo, 
Monfieur de Bourdez, premier aulmofnier 
de Mgr de Saind Malo; auxi prefents, 
M^^ Georges Bailard, Jehan Du Lifcouet, cha- 
noines; Jacques Cartier, Jullien Cronier 
pour Jehan Billard, procureur des bourgeois, 
Jacques Chenu, Bertran Beauboys, Gilles 
May, Robin Gaultier l'elhé, Jehan de Ville- 
dieu, Robin Gaultier le jeune, Grant Jehan 
Gaillard l'efné, Jullien Protêt, Jullien du 
Boys, Thomas Thebault, Jehan Maingard, 

(i) Arch. de S.iiiit-Mdlo, Délibérations, 1534-3 >• 



— 22 — 



m 



Pierres Porée, Jehan Brifart l'efné, Robin 
Boullain, Eftienne Ricliomme, Guillaume 
Boulain fils Jehan, Guillaume Launay, 
Pierres Durant, Eftienne Chevallier, Guyon 
Serinet, Jehan Boullain viff argent, Hamon 
Gaultier, Collas Gaultier, Jehan Hacoul, 
Collas Phelippes, Georges Boulain, Joflelin 
Efberard, Pierres Jolifî, Pierres Daulphin, 
Jehan Eon, Eftienne Odiepvre, Thomas de 
La Bouille &plufieurs autres defd. bourgeois. 

Après plusieurs décisions concernant la peste qui 
commence à régner (0 : 

A efté par led. Cronier pour lefd bour- 
geoys remonftré que led. Cartier a faid arref- 
ter les navires de ceftc d. ville demendant 
que il ayd à choilir à cfgard de gens des na- 
vires tel qu'il ly plaira pour ce que la laifon 
vient pour aller en Terre neuffve. 

A efté dudid Cartier did n'avoir à debap- 
tre que on aille fur le lieu & au devant la 
ville pour choifir lefd. mariniers pour en 
pryer l'efgard de gens à ce connoiftitns. Ce 
que Robin Boullain pour le galion a con- 



(i) Le passage qui suit n'a pas été reproduit. 



— 23 — 

fenty, etc., & plufieurs aultres pareille- 
ment, etc. 

A eftédud. Cartier quidé led. galion dud. 
BoLillain & a did ne le voulloir avoir & a 
did voulloir avoir le navire dud. Eftienne 
Richomme ^'>. 



(0 Ép. Joss.^line Gaultier et mourut de la peste le 30 .loût 1557 
deux jours avant Ja:ques Qutier, d. lui sa:it issus plusieurs générations 
de Ridiomnie sieurs de La Court, armateurs aux xvi= et xvii« siècles 






<mmm 



VII 



Excuse proposée par un des compagnons 
du troisième voyage ('). 



Le vendredy quart jour de febvrier oudid 
an (1541, N. ST.), davent M. l'alloué. 

Pour la court M^ Nicollas Jocet procu- 
reur, procédant de fon office, vers Hervé 
Fleuryot & Thomas Brignon, Eftienne Che- 
valier, M*^ Guillaume Chevalier, chaincun 
parens & affins de Pierre & Ollive les Per- 
riguet, enffans feu Jehan Perriguet & Gillede 
Brignon, affin de eftre pourveu à ceulx Pierre 
& Ollive, myneurs, d'un tuteur & adminif- 
trateur; à laquelle fin a did les avoir aiournez 
à huy. Sur ce ouys les fufdids qui ont did 
que led. Fleur3/ot^^^ ell le proche & luy ap- 
partenir lad. charge ; ledid Fleuryot difant 



i 



(i) Reg. d'office, 1540-43, aux dates. 

(2) Fils de Gilles Fleuriot et Bertranne Periguet, il épousa en 1547 
Jeanne Quesnoual. 



- 25 — 

n'eftre la plus part du temps en cefte ville, 
ains eft es voyages fur mer, & mefmes eil 
l'vn des compaignons & gens de M^' Jacques 
Cartier pour le veaige de Canada où de brefî 
partiront pour aller, a efté neantmoingz fon 
excufe atendant en taire aparoir à céans, de 
quoy luy fera taid raifon de bailler la charge 
à vng aultre, a efté à celuy Fleuryot lad. 
charge baillée par le ferment qu'il a fliid de 
deubment fe y porter. 



Le 15 février 1541, n. st., Hervé Fleuryot as- 
siste en qualité de curateur au partage des biens de 
ses mineurs situés pour la plupart à Saint-Énogat; 
mais il est finalement déchargé de la tutelle par la 
pièce qui suit. Les témoins qui viennent déposer en 
sa faveur sont, sans aucun doute, des compagnons 
du troisième voyage. 

Le quart jour du moys (4 mars 1541, 

N. ST.) 

Pour ce que par cy davent Hervé Fleuryot 
avoit eflé inftitué tuteur de Pierre & Ollive 
les Perriguet jucques à eflre fceu de l'excufe 
que dift & remonftra lors de fon inftitution, 
& qu'il a efté iaid information par Raoullet 
Collin, Anthoyne Des Granches, Michel 



: 



— 26 



Hervé le jeune ^'>, etc. Lefquelz etc., jurez & 
purgez de confeil, ont did: fçavoir, led. Colin 
que led. Fleuryot a reccu denier à Dieu de 
M^ Jacques Cartier pour aller avecques luy à 
Canada; led. Des Granges aprent que led. 
Fleuryot eft chouaiti pour y aller; led. Hervé 
aprent l'avoir ouy dire aud. Cartier & a veu 
rolle ouquel eft led. Fleuryot dénommé <^^). 

A efté led. Fleuryot defchargé de lad. 
charge & tutelle, & a efté icelle baillée à 
M'^ Guillaume Chevallier qui a efté informé 
eftre le proche après led. Fleuryot & qu'il 
eft capable pour ceft effed; quelle charge il 
a prinfe. 



T 



(i) Les deux" derniers figurent dans la liste des conipjgnons de l'expé- 
dition de i<;35. 

(2) « Michel Hervé... did avoir ouy dire à Jacques Cartier que led. 
Fleuryot elloit de fes gens & a veu vng grant rolle là où led. Fleurj-ot 
ert immatriculé. » (Audiences, 4 mars 1541, m. st.). 



7 



VIII 

19 mai 1541. — Arrivée à Saint -Ma!o 
d'une chaîne de malfaiteurs pour en- 
voyer au Canada. 



Dans les Notes Historiques qui suivent la Biblio- 
graphie de la Nouvelle France (p. 243 et suiv.), 
M. Harrissc a donné plusieurs pièces concernant les 
trnnsportations nu Canada. Ce sont notamment les 
Lettres patentes en faveur de Roberval des 15 jan- 
vier et 7 février 1541 — un pouvoir délégué par le 
même Roberval à Paris le 27 février de la même 
année en présence de Jean d'Estouteville, Commis- 
saire du roi, à « Paoul de Auxilhon, feigncur de Sen- 
neterre en la fénéchaufféc de Carcaflbnne, d'extraire 
des prifons de la fénéchaulTée de CarcaObnne, Caftres, 
des juflices & juridiétions de Beziers, Narbonne, 
Alby, Limours, Alet & pais de Sault » les prison- 
niers appellans ou condamnés à mort pour les mener 
« des lieux où ilz feront prins jufques es prifons 
de Saind Malo de l'Ille en Bretaigne, 6c ce dedans 
L^ x^- d'avril prochain venant, es mains dud. fieur de 
Roberval (0. » 

C'est encore un Arrêt du Parlement de Rouen du 

(i) Harrisse, loc. cit., p. 257. 






— 28 — 

9 mars 1541 n. st. confirmant les pouvoirs de 
Robcrval à ce sujet et les rendant exécutoires dans 
son ressort; le même Arrêt mentionne la présentation 
des Lettres de Roberval à Bordeaux et à Toulouse. 
Il spécifie une réserve quant aux prisonniers détenus 
pour crime d'hérésie, lèse-Majefté au premier chef, 
fiiulce monnoie & autres crimes trop énormes. 

Il restait à voir dans la pratique la mise à exécu- 
tion de ces Arrêts. Voici la première pièce qui 
donne là dessus quelques détails. 

Si l'on possédait tous les procès-verbaux d'arrivée 
des criminels que l'on dirigeait de toutes parts sur 
Saint-Malo, on aurait tout un tableau de mœurs 
dont ce document donne un aperçu. On y relève 
ce joli trait qui f^iit penser au thème de Manon 
Lescaut retourné. Une fiancée de 18 ans, innocente, 
non accusée d'aucun cas, sur l'exigence du chef de l'es- 
corte, se fiiit attacher à la chaîne pour suivre un des 
scélérats qui paraît, il faut le dire, aussi hideux au 
physique qu'au moral. 

Le jeudy xix^ de may w^ xli, davent Mon- 
lieur ralloué ^'\ 

Gaillart, carcerier^'\ de la ville de Fijac 

en Carcy^'^; 

(1) Audiences 1541, liasse 2. 

(2) Il y a : sercelers. C'est pour nous le mot proveiival carccllcr (car- 
cerier, geôlier) estropié et pris pour un nom propre par le greffier. 

(3) Intervalle dans le ms. qui devait être rempli par renonciation des 
pouvoirs du conducteur du convoi. Le greffier attendait sans doute la 
comparution de Léonard Bernard. 



— 29 — 

Et n'a charge de délivrer les prinfonnicrs 
finon à Monfieur Roberval ou à fon commis, 
& n'a commiffion par efcript, fentence ne 
diâum. Et eftoit il interrogé en arreft â 
ThoLiloLife de l'auclorité du Parlement de 
Thouloufe, & fut délivré par Eyenard, com- 
milTaire; & à Bourdeaulx la charge defd. 
prinfonniers luy fut baillée & les amener en 
vng navire appelle Le Petit Lévrier de Dieppe; 
maiftre, Jacques Marefchal. Et did fe prefen- 
ter led. parlant pour foire le veage de Ca- 
nada, fupliant y eftre receu. 

Prefents : Yvonnet Daulphin, Pierre Du- 
rant, Olivier Gaultier, Olivier Cochon, 
Guillaume Sanfon ^'\ 

Lefd. prifonniers qui font viii hommes & 
cinq femmes : 

Lorans Bonhomme, afgé de xxv ans, 



(0 Yvonnet Le Roy, dit presque toujours Yvonnet Daulphin, un des 
principaux bourgeois, il avait épousé Bertranne Porée, fille de Laurent 
Porée La Salle — Olivier Cochon épousa Fenettc Boulai n ; Jean, son frère, 
Charlotte Maingard — Olivier Gaultier ép. Bertranne Hacoul — 
Pierre Durant se retrouve dans la liste des bourgeois du } mars 1535. Quant 
à Guillaume Samson, c'était le geôlier des prisons de S. Malo, il exer- 
çait en même temps les fonctions de sergent général (Cf. Reg. d'office, 
25 mai 1541, et Audiences, /ja^j/w). — Ces noms représentent donc une 
commission de quatre bourgeois délégués par la Communauté de ville 
auxquels le geôlier amène les prisonniers avant d'ouvrir ou avant de 
lever l'écrou. Comme le départ n'est que le 23 mai, la première sup- 
position est la plus vraisemblable. 



r 



— 30 — 

chauflcticr, l'vn d'icculx, de Mcrville^'^ près 
Thouloufe;& cftoit prinfonnierà Thouloufe 
& délivré de la prinfon de la temporal itù 
de Moiifieur par Lienard Bernard fe diilint 
com mi (Taire etc.^'^; & luy a baillé c livres; 
(&efl:oit prinfonnier pour vng baptement & 
n'eftoit uncores condampné;) & pour fon 
vin X efcus, defquels il fut refequé x livres 
pour fon port. Et luy fifl eftat à x deniers 
par jour ^'^ pour vivre; & a efté fiiid amener 
en cefte ville, & puix La Rochelle; & il y a 
environ vng moys ils n'ont receu deniers. Et 
après la diftribution tous les matins il bailloyt 
aud. interrogé x den., à François Gay, x den. 

Mondyne Boyfpye, fiancée aud. Gay, afgée 
de xviii ans, non acufée d'aucun cas, & fuft 
atachée de fon confentement par ce qu'elle 
voulloyt venir & que le commiiïiiire ne le 
voulloyt 11 elle n'eftoit athachée. 

Franczois Gay, afgé de xxvii ou xxviii ans, 
de Sainct Léonard prés Lymoges, eftoit de- 
tenu à la maifon de la ville de Thouloufe, 
& cftoit condamné parle parlement de Thou- 






(i) Le mss. porte : Mieville. 

(2) Etc. dans le texte. 

(3) On lit : pour jour. 



— 31 — 






loiifc & juc avoir fatiffaid à la condamna- 
tion , qu'ciloil condamné tenir prinlbn deux 
ans aux gallcrcs. Et, pour ce que ceulx qui ef- 
toint es galleres furent exemptez, il demeura 
prinfonnier bien vng an. Ht ce pendant pour fa 
libération il bailla xlv livres pour Vcn venir 
pardeczalims eftreataché ne enferré ^'\ dont il 
luy ofta cinq lieues dec/a Toulloufe;x livres 
pour ion port, & x livres pour chafcun des 
autres, & au parfur, fur les xxxv livres il luv 
fut fliid eftat à x deniers par jour pour vivre, 
dont tous ceulx n'ont rien receu puix vng 
mois. Et n a fa fentence pour ce qu'il fut prins 
au foir cà fept heures & au matin à fept 
heures il fut mys hors. Et n'a intencion de 
le faire ('> pour ce qu'il eft malade du mal 
filins Meen('\ 

Pierre Thomas, de xlv ans, du village de 



(i) Ces arrangements avec le commissaire, conducteur en chef de la 
chaîne, étaient légaux; ils sont spécifiés dans les pouvoirs de Saint- 
Nectaire, lieutenant de Roberval ( Harrisse, p. 256), qui en abandonnait 
le bénéfice à ses subalternes moyennant certains prélèvements à son profit. 

(2) Le voyage au Canada. 

(î) Cette locution désigne, d'après Ambroise Paré, différentes variétés 
de la gale. Nous avons sous la nniin une notice de 1628 sur le pèlerinage 
de Saint-Méen, où il est dit : « Diviis ille Mainus ciijiis atixiliuiii ad dcpd- 
leiidos e coipove furfiim plchs omnis iinphrat. » — « L'abbaye de Saint 
Meen où nombre infini de pèlerins de ce royaume cS: des nadons eftran- 
geres viennent iournellement par aumofncs, quoy que riches-, rendre 
leurs vœux pour eftre guéris de la pfore, rogne ou grolle gale. » 






— 32 — 

Vauzelle prés Thouloufe, ataché à la chaifne 
comme les autres non acufez, elloit led. 
Thomas l'vn des gardes; & pour ce que vng 
nommé Barbery, prinfonnier, f'enfuyt & 
efchappa & avoit feullement les mains en- 
ferrées & atachées o des menycles, led. com- 
mifîiiire print il interrogé & le mit à la 
chaifne. 

Jehan de Lavau, afgé de xxxvi ans, de la 
ville de Grenade prés Thouloufe, fut prins en 
la maifon de la ville de Thouloufe, acufé 
d'avoir robe vne robe & vng anneau d'or, 
combien qu'il [difoit qu'il] y avoit vne femme 
qui le luy avoit baillé, mes elle le defdifoit; 
& n'avoit lentence. Et a eflé retiré *^'^ par ce 
qu'il a poyé x livres 11 folz à la fuafion dud. 
commilîiiire ; & avoit vne couverte pour fe 
couvryr qui luy avoyt coudé iv livres, quelle 
à Bourdeaulx led. commifTaire print & ren- 
voya à ili maifon ; & pour fon eftat x livres, 
luy lift ellat à Verdum^'^ iv deniers par jour, 
& fuflent mors de faim n'euft eflé les aul- 
mofnes, & y aura dimanche vng moys qu'ilz 
ne receurent argent. 



(i) De la chaîne. 

(2) Verdun-sur-Garonne. 



33 — 



\ 



Cafleth Chapu, xl ans, natifve de Thou- 
loufe, acufée qu'elle avoit fouffert vng homme 
avecques (a fille & que à caufe de procès 
fenfuyvit bapterye, à ocafion de quoy elle 
fut conflituée prinfonniere; & bailla x efcus 
& pour fon vin vng efcu; & luy M eikt iv 
deniers par jour. 

Bernard de Mirepoix. du cofté de Roudés 
& prés de la ville de Meziere, afgé de xxx ans, 
acufé de meurdre, condemné avoir la ge- 
heyne dont il fut appelant à Thouloufe''& 
y fut prins. Et poya fon père, comme 
il did à il interrogé lxx livres & ii ducas 
pour le vin. Mes le commiflaire luy a did 
qu'il n'a reçeu que l livres, & à Verdum luy 
M eftat de xii den. par jour. 

Pierre le Canb?geur, de l'Ifle en Dodon 
en Gafcoingne, prinfoni.ier [qu'efl accufé de 
meurtre^')] à Thouloule pour entheryncr vne 
grâce à la court du fenefchal de Thouloufe. 
Il a poyé c l livres [pour la compofition] 
dont led. Lienard luy promedoit debvoir 
bailler x livres en abillementz; &luyfift eftat 
de II folz par jour, & n'a eu lefd. abillementz. 



I 



(i) Ces mots et ceux qui suivent entre [] sont barrés dans le ms. 

3 



m 



— 34 -- 

Anthoinette de Parmdis^'^, afgée de xxv ans, 
de Thouloufe, cftoit prinfoninere à Thouloufe 
pour portion chargée d'vn cas dont eftoit le 
marv d'elle accufé, fcavoir d'avoir fondu du 
métal pour faire des cloches <^'\ Et eft ion 
mary Regnault Guilhem Frapeflel mort de 
lai m pour ce qu'eftoit acouftumé à boyre de 
vin, luy qui eftoit fondeur de cloclies. Et 
bailla xviii efcuz & vne pièce d'artillerie qui 
bien valloit ouid efcuz. Et elle, elle bailla 
un efcuz & vng teflon. Et partant de Thou- 
loufe luy voullyt bailler vng efcu pour f'en 
retourner, ce qu'elle refula pour ce que elle 
voullovt fuvvre fon marv. Et luv fill eftat à 
UTi deniers par jour. 

Jehan ne de La Veerie, fille de Thouloufe 
maryée à M*-' Pierre de La Ferye, maiftre 
cordonnier à Thouloufe, acufée d'avoir 
vandu la fille, a compofé à xx livres & vng 
efcu pour le vin; condamnée à mort. Et luy 
fift efi;at un den., par jour; afgée de xxx ans. 

Mariette de La Tappye, de la ville de Muret 
prés Thouloufe, maryée, à Perroton Bélier, 



(i) On peut lire : de Pr.-.des. 

(2) Ils étaient simplement accusés d'avoir fondu des pièces de mon- 
naie au préjudice du roi : car s'il se fût agi de fabrication d'espèces 
fausses, ils eussent été exclus de la transportation. 



. — 35 — 

acufée d'avoir tué fon gendre; & n'a voit eu 
fentence. Et bailla xxv liures; & m den., 
d'cftat par jour; aigéc de xl ans. 

Pierres, de prés Caftelnau de Sernez, quatre 
lieues prés Bourdeaulx, eiloit prinfonnier à 
Bourdeaulx, acufé de homicide, condemné 
perdre la tefte. Compoia à x efcus & ne luy 
a faid eflat, & depuix Bourdeaulx luy a baillé 
deux liars par jour par deux jours pendant 
qu'il vindrent de Bourdeaulx à La Rochelle. 
Pierre Elleve, de Montgaillard, malade de. 
langueur, prinfonnier à Thouloufe, acufé de 
baptement, a compofé à xxvi efcuz foll. que 
poya yno; fien oncle Jehan de Mezme^^); n'a 
efté condemné, pourchaffoyt vng pardon. Et 
luy a efté fliid eftat x den., par jour; & ne 
fçauroit faire le veage. 

Et dyent tous les fufdids qu'ils n'ont ar- 
gent & l'ont baillé au commifîliire. 

Protefte led. Gaillart qu'il ne les gardera 
plus & qu'il veult aller ou veage & fe y offre 
tout présentement. 

Proteftent lefd. prinfonniers de leurs def- 
pens, dommaiges & interefts; & qu'il n'y a 






(i) Ou de Meziere. 



- 36 - 

rendus ny Roberval ny fes commis qui les 
recoyvent. 

Le commissaire Léonard Bernard, après avoir exé- 
cuté la lettre de sa commission et conduit sa chaîne 
à Saint-Malo, avait disparu, échappant ainsi à toutes 
les réclamations. Il s'en était allé sans doute rejoindre 
Roberval ou Saint-Nectaire et solliciter quelque autre 
besogne du même genre. 



IX 



Division entre Cartier et Roberval. 



On sait que Roberval, après de nombreux retards, 
finit par ne point s'embarquer avec Jacques Cartier 
qui leva l'ancre sans lui, le 23 mai 1541, emmenant 
la partie de l'expédition réunie à Saint-Malo. Les 
motifs de cette scission ne sont pas connus. La suite 
montra chez le délégué royal un caractère impérieux 
qui ne cessa de lui susciter des difficultés, particu- 
lièrement avec les marins. Quoi qu'il en soit, le texte 
suivant montre sa présence à Saint-xVIalo très peu de 
jours avant le départ de Cartier. 
^ Ce dut être à ce moment qu'il contracta dans cette 
ville les emprunts dont il est fait mention aux 
comptes de Cartier(0 et dont le non-payement fut 
plus tard reproché à celui-ci et à ses neveux. 

Le lundy xxiii-' de may v^ xli, l'alloué^. 

Marc Dupré, courtyer de banque de Lion, 

feft prefenté & eil venu pour bailler vng 

(i) Ramé, 1"= série, p. 26. 

(5) Arch. d'Ille-et-Vilaine, Audiences, 1541, liasse 2. 



- 38 - 

paquet de lettres au feigneur de Roberval. 

Il eft informé pour luy valloir par Jan 
Vivien, Fabi Trehouart, Befnard Michelot, 
M'^ F. Cheville, que huid jours a & plus que 
led. feigneur eft, il & fes gens, allé à Honne- 
fleur. 

De tout quoy, etc., & faid feeller, etc. 

Roberval partit seulement de La Rochelle le 1 6 avril 
I5;.2, ayant pour pilote le fameux Jean Alfonce de 
Saintonge(0. 



(i) Nous signalerons à tout hasard que le 22 jan ier 1506, n. st., 
Guilleniette des Granges, femme d'Anthoine de Gènes, connétable, 
nomme à Saint-Malo une fille d'un certain Allefons de Nantes. — Jan 
Alfonce n'alla au Canada que vers la fin de sa carrière. Il eut antérieu- 
rement une longue vie d'aventures et de voyages sur laquelle on ne 
sait à peu près rien. (Cf. Hoefer et la notice de M. Harrisse sur les 
Voyages adventurenx du capitaine Jan Alfonce.) 



I 



X 



19 mai 1541. — Testament de Jacques 
Cartier avant son départ pour le troi- 
sième voyage('). 



Endroid davent nous notaires jurez & 
reccuz en la court de Saind Malo foubz fi- 
gnans & par icelle, furent huy prefens & 
peribnnellement ellabliz Jacques Cartier, ca- 
pitaine & maiftre pillote du Roy es terres 
neuffves, & Catherine Des Granges la coni- 
paigne efpouze, fieur & dame de Lymailou, 
& bourgeoys en cefte ville & cité de Sainct 
Malo, d'vne & aultre partz. Icelle dicte Cathe- 
rine à la requefte luffizamment & qui à ce 
que enfuift groyer, tenyr & acomplir audo- 
rilee tant de fond, mary que de Jacques Des 
Granges fieur de La Ville-es-gardz, fon père, 



»» 



(i) Cet acte inédit se trouve dans deux endroits, dans le re-^istre du 
Greffe d'office de Saint-Malo, à la date du 12 novembre 1541, et dans 
le plumitif des Audiences sous le 17 du même mois, îiux Arcliives d'Ille- 
et-Vilaine. 



HBpP 



p' 



— 40 — 

fur ce prefent qui de faid luy en donne fes 
aucloritez paternelz, au tout du contenu en 
certes prefentes, a promis & juré par fon fer- 
ment &, fur hypothèque generalle de tout 
fon hien prefent & avenyr, d'icelle audorité 
jamais ne fiiire revocation; & Jehanne Car- 
tier, feur dud. Cartier, auffi prefente, n'aller 
au contraire en aucune manière. Lefqueulx, 
& chafcun fur nommez, refpedivement fe 
fubmetans & fe font fubmis avecques touz 
chaincuns leurs biens meubles & immeubles 
prefens & avenir aux pouvoir, deflroit, ju- 
rifdidion, feigneurie & obeifîance de noftre 
d. court, y fournir & obeyr droid quant au 
contenu de cèdes prefentes, fcquelles & dep- 
pendances; lefquelx & chafcun, fans aucune 
indudion ny coadion, mais de leurs pures 
& liberalles voluntez & comme mieulx leur 
a pieu, firent & font contrad enfamble l'vn 
avecques l'aultrc à tiltre de pure, mutuë & 
efgalle donne, des forme & manière qui en- 
fuyvent; par laquelle ilz & chafcun f 'entre 
font donnez l'vn à l'aultre acceptans récipro- 
quement le tout de l'vfufruid, jouifllmce & 
revenu des maifons, terres, apartenances, 
heritaiges & chofes heritelles quelconques 



— 41 — 

à eulx apartenantes foit par aqueft ou autre- 
ment en quelque manière & fans refervation 
aucune au village de Lymailou, vulgaire- 
ment appelle la inaifoii de Lymoucllou, fituées 
& eflantes es paroaifles de Paframé & de 
Saind Ydeuc & chafcune pour en jouir le 
Iburvivant d'elx la vie durante feullement 
après le décès avenu du premier decebdé, ac- 
quider&icelle entretenir en deuës & bonnes 
réparations durant que le Iburvivant en 
jouyra&ûms en foire allienation ne dyminu- 
tion en manière quelconque. Plus f'entre 
font lefd. mariez donné pour eulx, leurs hoirs 
& fuccelTeurs, le premier décédant, lalbmme 
de cent livres monnoie à eftre premièrement 
prinfe & levée fur les plus riches & princi- 
pales bagues & chaifnes d'or de leur com- 
munaultè au chouays du fourvivant jucques 
à la valleur dicelle fomme. Did & confenty 
entr'eulx, en prefence defd. Jacques Des 
Granges, Jehanne Cartier, chafcun pour eulx, 
leurs hoirs & fubcelTeurs^'^ que fi & en cas 
que ledid décès dud. Jacques Cartier premiè- 
rement aviendroit que de Hid. femme, en 



(i) Il en ressort que les seuls héritiers étaient Jacques des Granges, 
Jehanne Cartier el leurs descendants. 



T 



— 42 — 

iceluy cas durant le vivant de lad. Catheryne 
qu'elle joyra dud. lieu 8i terres de Lymouel- 
lou, celle Jehanne Cartier ou les liens hoirs 
aura & joyra, durant led. temps, de rvfufruiâ: 
jouifllmce & revenu d'vnc petite niaifon & 
jardrin derrière fituez & eftans en cefled. 
ville de Saind Malo jouxte les murailles 
d'icelle aux environs de Buhen, joignante par 
vue part la rue dud. Buhen, par aultre cn- 
droid & bout à aultre jardrin apartenante à 
Jehanne Eberard & d'un cofté le manoir de 
Buhen. Et fi le décès de lad. Catheryne pre- 
mier avenovt durant le vivant dud. Cartier 
qu'il joyroit dud. lieu 8c heritaige de Ly- 
moucllou, celuy Jacques Des Granges pour 
luy ou les Tiens fera la jouilTance, vfufruid 
& revenu d'iceulx petite maifon & jardrin 
eftans en cefted. ville comme did eft jucques 
au temps du décès dud. Cartier. Et le décès 
dud. fourvivant avenu feront tous leurs he- 
ritaiges partagez & divifez entre les héritiers 
& fubceifeurs d'iceulx mariez & chafcun 
comme apartiendra par droiâ: & couftume. 
Et, des à prefent comme des lors du décès 
du premier decedè, ont voullu & conliinty 
l'vn à l'aultre que le fourvivant en prenne & 






— 43 — 

aprchcndc la rccllc, corporelle & aduelle 
pofleflion & jouifîlmce, fans aultre moieii ne 
meftier de juftice, & fe y entre conftitu ns 
l'vn l'aultre pour le furvivant vroy poflelleur 
aud.tiltreà viaige feullemcnt comme defTus. 
Et de ce fentre font promis bon 3c deu ga- 
rantaige fur leurfd. biens, neantmoingz droid 
& couftume au contraire diflms : donneur 
n'eflre tenu garantyr la cbofe par luy donnée. 
Et les chofes toutes & cbaincune cy delTus 
lefd. parties & chaincune furnommées, & 
cbaincune prefente pour ce que luy touche, 
ont congneu eftre vroyes, de la manierre les 
ont promis & juré tenyr & acomplir, lans 
pouvoir aller ne foire au contraire, en ma- 
nière quelconque y avoir ne quérir delaiz 
aucuns, à quoy ils ont renuncé. Et partant à 
ce taire les y avons de leurs conûintemcnts 
& requelles condemnez & condempnons; 
donné à tefmoing de ce les fceaux eftabliz 
aux contradz de noflred. court. Et fut laid & 
le gré prins en cefled. ville de Saind Malo 
en la maifon & demeurance dcfd. mariez, le 
dix neuffiefme jour de may mdxli. AiiiJÏJigiiê 
Jac Cartier, G. Rebauld, F. Le Bret. 



I ) 



»» 



i'j. 



■■»: 



Itl 



XI 



20 mai 1541. — Jacques Cartier intervient 
dans une « noise. » 



M'H 



Led. jour de vandredy ^'\ Eftienne Mur 
did Alixandre, artillier ('>, demeurant en 
cefte ville, afgé de xxxiv ans ou environ, 
tefmoing juré dire vérité, & enquis d'office 
de Court delà complainde de Jehan Brillault, 
depufe que mercredy dernier à l'apres midy 
dud. jour comme le parlant eftoit en fon ou- 
vrouër belbngnant de Ion meflier ouyt pa- 
rolles de noyfe que avoit vng nommé Pierre^^^ 
ne fçayt le furnom, qu'efl ibnncur de trom- 
pette & ell maryé à vue des filles Marie 
Cochon, d'vne partie; & Jehan Brillault cor- 
donnier voifin de ce parlant, eftant celluy 
Brillault en fon ouvrouër, de l'aultre; tou- 



(i) Audiences 1541, liasse 2. 

(2) Armurier, au sens actuel de ce mot. 

(5) Peut-être le Pierre Marquier, trompette du voyage de 1535. 



- 45 

chant quelque befongnc de cordouennerye 
que avoit fliid led. Brillault au did trompette. 
Et il offroyt aud. Brillault vu folz ii deniers 
& led. Brillault difoit que il luy debvoyt & 
avoit promis vu folz & demy;& que uncores 
dempuix il y avoit faid aultre befongne. Sur 
quoy led. Pierre dift aud. Brillault qu'il 
avoit menty comme vng mefchant ; a quoy 
led. Brillault dift que il ne efloit mefchant 
comme luy; 6v: tout incontinent le parlant 
ouyt froyer vne efpée, pour quoy il fe 
doubta que c'eltoit led. Pierre qui avoit tiré à 
l'efpée. Si fortyt le parlant & veyt led. Pierre, 
quel ruoyt ovecques fon efpée nuë en l'ou- 
vrouër dud. Brillault, & alors vne fourme 
de foullyer que l'on g doyt dud. ouvrouër 
qui ataignit led. Pierre eiiviron le vifage. Et 
fur tant aryva M^^ Jacques Cartier ^'\ lequel 
blafma led. Pierre & M céder la novfe. Et à 
l'heure fortyt Jamette Hobes femme dud. 
Brillault qui fe plaingnyt aud. Cartier, monf- 
trant vne main toute llmglante, difluit que 



(i) Ce qui se comprend d'autant mieux que Jehan Brillault habitait 
près de Jacques Cartier dans la courte rue de Buhen. « Jehan Brillaud 
à caufe d'une jardrin aultrefois dom Guillaume Brillaud ou derrière de 
fa maifon... 4^. » Comptes du receveur de la Seigneurie commune, rue 
de Buhen (A. I. V. GG. 275.) 



46 



ce avoit elle led. Pierre qui ainli l'avoit blelTé. 
Et comme led. Brilhuilt fortvt hors fond. 
ouvroLiër fe plegnant aud. Cartier dud. 
Pierre; Jehan Vergier, menufyer, fourvint, 
quel liins aultre propos print led. Brillault & 
davent led. Cartier & autres plufieurs le geda 
par le poil contre terre & luy donna plu- 
fieurs coups de poign <5: luy wn eufl fiiiâ; da- 
vantage, n'eull efté led. Cartier. Et eil ce 
que depofe. 

Lovfe Mur, femme de Pierre Gallvot, 
afgéc de xxviii ans, tefmoing jure dire vé- 
rité, & enquife lefd. jour & an, depofe que 
elle cfhante mercredy dernier à l'apres midy 
dud. jour auprès de la maifon du ficur de 
Villedicu ^'^ vis à vis de Touvrouër de Jehan 
Brillault cordonnyer, vint Pierre gendre de 
Marie Cochon, fonneur de trompette, lequel 
demanda fes fouliers aud. Brillault eftant 
aud. ouvrouër & luy offryt vii^ iiii'^; & led. 
Brillault dift que il luy avoit le matin offert 
vii^ VT'^ <k que uncores il luy avoit dempuix 
faid d'auitre befongne. Sur tant fortyt noyfe, 
& tira led. Pierre fon efpée & en rua plu- 






(i) Rue de Bulien. 



— 47 ~ 

fleurs coups aud. ouvroucr, ne veyt qu'il en 
frappall perlbnne, ne y veyt la femme dud. 
Brillault. Et en l'endroicl aryva M^ Jacques 
Cartier qui fit ceiler la noyfe, & comme led. 
Brillault & la femme, quelle femme vint fe 
plaindre & montrer aud. Cartier vne main 
qu'elle avoyt toute fmglante, dilant que ce 
avoyt efté led. Pierre qui ainfi l'avoit bleflee, 
eftant ceulx Brillault & femme hors led. ou- 
vrouër furvint Jehan Vergier, menufyer, beau 
frère dud. trompette, lequel fins aultre chofe 
faire ne dire print led. Brillault au poil & le 
geâa contre terre & luy donna plufieurs 
coups, & led. Cartier les departyt. Et eft ce 
que depofe. 




On lit au pied de ces dépositions : 



Veu les attellations des deux tefmoings cy 
deffus & la plainde de partie, requiert le pro- 
cureur de lad. court adjournement perlbnneî 
& arreft fur vng appelé Pierre, trompette, 
gendre Marie Cochon, & Jehan du Ver^ricr. 
Faid le xx^ de may mil v^ xli. N. Jocet pro- 
cureur. 



-48 - 

Il n'est guère intéressant de savoir la fin de cette 
vulgaire dispute, ce qui serait d'ailleurs impossible. 
Mais tout ce qui touche les ocaipatioas de Jacques 
Cirtier à la veille de son départ ne peut manquer de 
piquer la curiosité. 



m 



XII 



12 novembre 1541. — Retour d'une partie 
de rexpédition» Mort de La Bouille. 



D'après M. d'AvezacCO, Jacques Cartier aurait ren- 
voyé en France, dès le 2 septembre 1541, deux de 
ses navires sous les ordres de Macé Jalobert. son 
beau-frère, et d'Estienne Nouel, son neveu, prenant 
lui-même le parti d'hiverner au Canada dans l'attente 
de Roberval qui ne l'avait pas rejoint. Dans la 
crainte sans doute des périls de l'hivernage qu'il 
n'avait que trop connus précédemment, il fit pour- 
voir à l'exécution de ses dernières volontés qui 
n'avaient pas été « insinuées. » 

Le ûibmady xii*^ [novembre 1541], davant 
Monfieur rAUoué. 

Jacques des Grandies ou nom & comme 
procureur de M^' Jacques Cartier 8c ûi femme, 
comme a aparu par lettres de procuration 
après la donnoifon cy après inférée affin 



ii 



«♦ 



(i) Introduction au BricJ Récit, etc., f" viir, v". 



— )0 — 



.'I 



d'inf]gnuation, quelle a efté leuë & ordonné 
eftre enregiftrée. 



Suit l'insertion de la donation 
19 mai. 



testamentaire du 



A ce retour d'une partie de l'expédition se rap- 
porte la nouvelle de la mort de La Bouille, le bras 
droit de Jacques Cartier. Il dut succomber au cours 
de ce voyage. 



i<) octobre IJ41. 

Apres information que Guillemeele Patrix 
eft capable pour avoir la curatelle de Jehanne 
Martin & Briend Les Froumont, fes enffiins 
d'elle Si de feu Thomas Froment did de 
La Bouille, fon feu mary; lefquelz enffans 
âgés de 14 ans,lachoifilTent... Allain Patrix, 
fon père, caution <"'. 

(t) Office IS40-4Î, à la Jate. 



iW 



XIII 

8 mars 1542, n. st. — Acte se référant à 
la continuation de l'expédition. 



Le ouidiefmc jour de mars mil v^ xli^'\ 
Jocelin Buflbn, fils feu Jehan Bulîbn, par 
l'information qui a eflé faide qu'il a xviii ans 
paflez... eftre bon enflmt... & aura l'admi- 
niftration de fes biens. Et efl prefente OUive 
Germain femme de Jehan BulTon l'aîné, la- 
quelle recouvrera la part de fond, mary par 
caucion de Pierre Picot; & informe, etc., que 
kd. Jehan eft à Canada au paravant le decés 
de Macée Guefdon h mère. 



fi 



(r) Office sous le 8 mars 1541. 



i« 



•il' 



h I 



î! 



XIV 



M 



Retour de Jacques Cartier. 



mï^ 



On sait et l'on peut voir dans le tableau des pré- 
sences de Cartier aux baptêmes que nous donnons à la 
fin de ce volume, que Cartier était revenu à Saint- 
Malo le 21 octobre 1542. Voici un nouvel acte de 
sa vie à Saint-Malo, peu après son retour. Il peut se 
référer aux approvisionnements de ses vaisseaux. 

Jean La Gente, chanoine, pourvu de prébende en 
1535, tirait de ses dîmes, comme les autres membres 
du Chapitre, de grandes quantités de blés dont la 
vente alimentait les bourgeois et les équipages de leurs 
navires. On retrouvera d'ailleurs plus loin Jacques 
Cartier mêlé à ces questions de prix de blé & de 
valeur du pain. C'est une preuve de plus qu'il appor- 
tait dans ses grandes entreprises des connaissances 
pratiques susceptibles d'être appréciées du peuple de 
marchands au milieu duquel il vivait. 

Le vendrcdy premier jour de décembre 
mil V^ XLii, l'alloué ^'\ 

(i) Pierre Le Gobien. — Audiences, à la date. 



lit, 



— 53 — 

Entre Monlieur La Gente, prefent; & 
M^ Jacques Regnault; à vng d'aiournement('> 
à veoirs fliire informer que valloit blé l'an 
V^ XL, fur la quelle de Regnault ; 
Capitaine Jacques Cartier juré, purgé, etc.; 
raporte que pour le temps du vi^^ de avrin-> 
v^ XL, bouexeau de froment valloyt xv fok 
tournois. 

Jehan Vivien, juré & purgé, raporte que 
bouexeau de froment fut vendu aud. Cartier 
XV f. le b. ; & eftoint les blez de Monfieur le 
Doyen. — Jehan Frommy, juré & purgé, 
raporte que le blé dud. La Gente fut vendu 
XV f. aud. Cartier & valloyt xiin. — M^ Je- 
han Bioche, etc., que froment valloyt xn & 
xini f. 

Protefte Regnault que puix la fommation pre- 
mière il a baillé aud. La Gente. — Produid 
La Gente des bullettes fignées & efcriptes de 
Dom Loys Guynel, prefent, qui recongnoiil 
& les aultres aulfi quelx efcripvit. 

Propofe Regnault avoir baillé depuis la 
première fommation ouid mil troijs boue- 
xeaux cinq godets froment. — Apiert La 

(i) Être à uiig, ctrc d'accord. 

(2) 1540, Pâques tombait le 28 mars. 




— 54 — 

Gente l'inllrumcnt de xx livres; & apiert 
vng pappier; La Gente congnoift que c'efl 
fon efcripture & diid. figne; offre Regnault 
le furplus, La Gente ^ ne querant que droid. 

(I) Nous trouvons ce même Ln Gente qualifié en 1C40 de recteur de 

W-'rde "ir''"- ^"'r -c-qucs\riginaires dt^en; ^ d 
tours, k, deux Br.çonnet, François Bohier. Guillaume Ru/é occu 
perer- suçcess.vement le siège de Sai.n-Mnlo au xvx« sied et an e'nS t" 
dans d.- , ese un grand nombre de Tourangeaux et d'A ,g vi^ 



Ifif 



m ;it^ 



iltii 



lii 



'H 



XV 



Le voyage de huit mois. 



Le troisième voyage de Jacques Cartier dura dix- 
sept mois. On trouve ce laps de temps entre le 
23 mai 1541, date de son départ, et le 21 octobre 1542, 
jour de sa réapparition aux baptêmes. 

Il est moins facile de placer le quatrième voyage 
de huit mois qui paraît bien certain cependant d'après 
cette mention aux comptes de Cartier : u pour huid 
mois que [le tiers navire] a efté à retourner quérir 
ledid Roberval au diél Canada (0. » Ces comptes 
furent rendus en juin 1544. Si l'on se reporte au 
relevé des procédures de Cartier et de ses présences 
aux baptêmes que nous donnons plus loin, on voit 
le Découvreur à Saint-Malo depuis son troisième 
retour jusqu'au 21 mars 1543, jour de Pâques. On 
l'y retrouve le 17 février 1544, ^^^"^ une pièce qui 
le montre occupé à la préparation de ses comptes. 

Cette dernière date infirme le système d'un des 
meilleurs historiens du Canada, l'abbé FerlandC^), 
qui faisait partir Cartier en automne 1543 et revenir 

(i) Ramé, i" série, p. 29. 
(2) Cours d' histoire, y. 45. 



m 



n 



Pli 



- 56 - 

en avril 1544, campagne d'hiver d'ailleurs peu vrai- 
semblable. 

Le départ en avril ou mai 1543, avec retour en 
octobre ou novembre, aurait donc toutes les proba- 
bilités, si l'on n'était forcé pour l'admettre d'élimi- 
ner une pièce qui semble accuser la présence de 
Jacques Cartier à Saint-Malo le 3 juillet 1543(0. 

Le quatrième voyage de huit mois demeure donc 
très obscur. 



mli 



J:i ^s,^^ '"" ''■"" '' ^"''"'' ^"''''"' ^' ^^" "'-''- ^-" '^'■ 



irl 



^!|: Il 



II 



I 



XVI 



10 avril 1544, n. st. — Jacques Cartier 
choisi pour interprète de Portugais. 



Le mercredy x^* de apvril avant Pafques 
v*^ XLiii, M. l'alloue prefent, Jocet procu- 
reur^'\ 

Entre M>-" Olivier Chaton, procureur fondé 
& garenteur de Jehan Clavegris prefent & 
de Jehan l'Hoftellier abfent, par led. M^ Ni- 
colas Jocet advocat, d'vne partie; 8c Anthoine 
Albarès, portegallois, prefent capitaine Car- 
tier appelle pour interprète, d'aultre; deman- 
dant led. Anthoine fommaire juftice pour 
ce qu'il a did eftre eftranger. 

Il y a adiournement décrété de Chaton 
vers Anthoine pour veoir déclarer de jufte 
conquefle le navyre dud. Anthoine ^'^ & fui- 
vant les Ordonnances & Lettres patentes du 

(1) Audience, 1544; à la date. 

(2) Il s'appelait, croyons-nous, lu lùinlasie, et avait été pris par Jehan 
Lhostellicr et Clavegris. (Cf. ibid., 27 février, 7 avril.) 



s» 



M 



58 



roy & de MonlcigncLir^'^ au jour d'hier pu- 
bliées & aparues lundy. l.ed. Anthoine par 
Icd. Cartier a diâ... 



Hl i h 






>;;! 



Nous verrons plus loin Jacques Cartier assister de 
nouveau des marins de la même nation en remplis- 
sant l'office analogue de certificateur d'interprète (^). 

(1) Le Dauphin. Les lettres patentes étaient du 30 mars 1544. 

(2) Sous le 27 mars IJ57, § xxxi. 



XVII 

ly décembre 1544. — Déposition de Car- 
tier dans une recherche de grands na- 
vires faite d'ordre du Roy. 



Ix'durc faide des Lettres envoyées pour 
faire rolle des navyres de troys cents ton- 
neaux ^'K 

On ne voit pas quelles circonstances particulières 
pouvaient en 1544 motiver cette mesure. Le roi 
avait toujours le plus grand intérêt à connaître les 
forces de la marine marchande ; les navires du com- 
merce venant dans toute occasion, par emprunt ou 
par commission, augmenter son armée navale. 

Après plusieurs témoins qui déclarent qu'il n'y a 
point de navires de plus de deux cents tonneaux. 

« Jacques Cartier juré etc.. diél que en 
toute la duché de Bretaigne il n'y en a point 



(i) AuUicuccs, 1)45-44, .i la date. 



6o 



de troys centz tonneaux W; — Guillaume 
Sourgct did qu'il n'en congnoift point de 
200 tx., etc. 



iii '.' 



(1) On sait que les deux navires de la découverte étaient chacun de 
60 tonneaux. Au second voyage la Grande Hermine avait de cent à « fix 
vingts,, tonneaux, la Petite Hermine 60, VÉmerillon -,0, et les cinq na- 
vires de 1541 jaugeaient ensemble 400 tonneaux ^ 



Pl-f 






XVIII 



1545- — Affaires diverses, 



«il- '- 



Jacques Cartier est cité le 23 avril 154^, n. st., 
parmi les témoins de la prise de possession et du 
payement du prix, 257' 5^ Tournois, d'une maison 
vendue par Jehan Davy, marinier du deuxième 
voyage, à Bertrand Jonchée & Jehanne Brisart, sa 
femme. 

Peu après on rencontre son nom dans deux 
enquêtes de police. 

Led. jour de mercredy xxvii'-^ de mav 
v^ XLv, devant M. le lieutenant, prefent 
M*-^ P. Girard pour le procureur, vers Ma- 
riette PoifTon & chafcun boullangers; fur ce 
qu'il auroit eilé prins de leur pain au marché 
où ils expofoient en vente. 

Premier a eflé veu vue tourte efcripte^'^ du 
nom de lad. Mariette, quelle ell prefente & 

(i) Les boulangers avaient une marque. Ils étaient tenus aussi d'in- 
diquer le poids par un certain nombre de trous à la surface du pain. 



i 



— 62 — 

avoue que c'cll: fon pain, & que ne le voulloyt 
vendre que i8 deniers. 

Phelipes Mallemain, juré pour le poix dud. 
pain. 

Jacques Cartier, juré. 

Item vn pain de 6 den., à Allaine Gueret, 
pefant i livre. 



iti"ii 



iS juillet IS4S' 



il 






Pour la cour M^^ Nycollas Jocet, procureur, 
vers François Menier, prefent, prifonnier, fur 
le cas d'avoir puix huiâ jours juré & blal- 
phemé le nom de Dieu execrablement; fur 
quoy en delid flagrant fut conflitué prifon- 
nier. Remonflre led. Menier qu'il efl; le plus 
fouvent en fureur & luy print... 

Enquête sur cette folie. On lit après plusieurs dé- 
positions : 

Jacques Cartier juré etc.. did qu'il a veu 
led. Menier plus d'vne xn^' de foiz [en fu- 
reur], mes qu'il est vn enfant... 

Renvoi de l'inculpé. 



î H! 



XIX 



Succession de Jacques des Granges et 
tutelle de ses enfants. 



Du mardy xviii^ de may v^ xlvi, Monsieur 
le lieutenant. 

A inllance de Alizon des Grandies & Ka- 
therine des Grandies, prefents Macé Jalobert 
& Jac Cartier; Chaton procureur; font 
evocqués les créditeurs & pretendans in- 
tereftz en la fubceiïion feu Jacques des 
Granches. 

En l'endroid compiereiit M'^ Pierre Le 
Gobien, M^' François Cheville, Jac Cartier, 
Guillaume Gravé, François Bouquin, Pierre 
Golîehn, & M^' Jac Regnault naguère recep- 
veur^'>, & Jean Bouquin en privé nom & 
comme curateur de Jehanne Menet & tuteur 
de fon lils, M'-^ Jehan Petit, procureur de la 



I»'* 



(i) Du Cliapitrc. 



'M 



- 64 - 

confrairic laind Jehan *'\ Jehan Le Roy, tous 
prefents, & Icd. Chaton oud. nom. 

Aultre adjoLirnement décrété; & ordonné 
que les biens du deffund feront certifiiez, & 
ce de jour en aultre. 

Et font prefens Guillaume des Granches 
& Jacquette des Granches; Guillaume eil 
afgé de xiii ans & la fille plus de xvi ans. 

Macé Jalobert, juré, etc., eftyme que led. 
Guillaume a plus de xiiii ans. 

M. l'alloué veult bien prendre la charge 
par provifion, atendant fçavoir fy l'ayeulle 
maternelle qui eft vivante vouldroit avoir la 
charge, fçavoir eflre tuteur 3c curateur fpe- 
cial refpedivement. 

Jac Cartier mary de Katherine des Granches, 
fille du defîund; Macé Jallobert mary de Ali- 
fon des Granches, fille dud. deffund; Michel 
Audiepvre mary Perrine Jallobert, fille defd. 
Jallobert oc femme; Ollivier Rehault mary de 
Denife des Granches, coufine germaine des 
enfïlins; M^ Ollivier Chaton mary Catherine 
Le Gobien^-); Pierre Goffelin fils Guillaume 



(i) A laquelle Jacques des ■ranges avait sans doute fait quelque legs. 

(2) Le greffier a mis par erreur Des Grandies. Olivier Chaton, sieur 
de La Jannaye, épousu G. Le Gobien, fille de l'alloué Pierre Le Gobien 
sieur des Doucts. 



- 65 



cil 



coufin germain dud. defFund; Charles Le Hu- 
chetel mary de aiiltre Denife des Grandies; 
font d'oppignion que la chargj doit eftre 
baillée à Monlieur l'alloué. 

Pour quoy & fur le refFus defd. Cartier & 
Jallobert de prendre la charge, a efté inftitué, 
par ferment, etc., caution Jannaye. 



XX 



1 546-1 )48- — Affaires diverses. 



m 



Affaire concernant des objets retenus à un mau- 
vais payeur par un hôtelier sous la date du 19 juil- 
let 1546. 

a Jac Cartier, juré; que vne felle & bride 
bien garnyz, fin que vng liarnoys, [valent] 
cent folz. 

Le 30 août 1546, affirmation de signature (i). 



2j juillet 1^48. 

Cartier, évoqué ce jour pour l'affaire de Guillaume 
Cornillet défaillant « qui a efté prins pour le roy », 
se trouve interrogé dans une enquête d'intérêt gé- 
néral. 



■ > 



(i) Voyez la pièce de 1^48 que nous avons insérée page 5, 



• 



Le Bofcq rcmonftrc que des particuliers 
difent que les Boys Gervilly, Pleudihen & 
plufieurs aultres lieulx circonvoifins font in- 
fedés de pefte à railbn de quoy plufieurs 
manoupvriers font fuys en celle ville — fur 
ce ouy le procureur, led. Le Bret^^), juré, etc. 
did qu'ils font mors environ dix perfonnes. 

Jac Cartier, juré, etc., [did] oudid mardy 
que ou villaigc de La Cocquelaye ('> efloit 
mort quatre perfonnes. 

Michel Guihoumatz did que oudid vil- 
laige font mors troys de pefle. 

On prend les mesures ordinaires, enlever les pous- 
siers, faire vuider les pourceaux hors la ville, défendre 
de garder du vieux linije. 

Et fera banny partout foubz le fié de céans 
de ne recueillyr les manouvricrs eilans des 
lieux fufpeds Ibubs xx^ d'amende. 



fs* 



(i) Le Boscq et Le Bret sont des procureurs. 
(2) La Coquenaye, sur la Rature, en Pleudihen. 



XXI 

Fondation d'un obit dans la cathédrale 
de Saint-Malo par Jacques Cartier et 
Catherine des Granges. 



! 



C'est à la date du 29 novembre 1549 que l'abbé 
Manet, qui n'indique jamais ses sources, met cette 
constitution d'obit : 

« Jacques Cartier, ficur de Limoilou pre- 
fent en nos murs & Catherine des Grandies ûi 
femme fondèrent en la Cathédrale un obit 
moyennant une fomme de 4^ forte monnaie 
de rente fur l'hypothèque de leur maifon & 
jardin fitués jouxte hôpital faint Thomas ^'^ ». 

Nous avons acquis la certitude du fliit, sans avoir 
pu rencontrer le texte de la fondation. 

Jacques Qiiartier (sic) et Catherine des Granges sont 
inscrits pour un obit simple de 3 messes, le 16 octobre 
de chaque année, sur le Livre des Obits de la cathé- 



(i) Malouins cèlchrcs, p. 52. 



Ni 



69 - 



drale de Saint-Malo que nous avons retrouvé. Main- 
tenus après la réforme des fondations en 1720, ils 
sont réunis avec neuf autres donateurs pour fliire cet 
obit simple dont la valeur n'était en tout que de 
5 1 livres 12 sous. 



tl. 



r 



i. 



^ 



3» 



If I 



XXII (^) 



29 janvier 1552, n. st. - 
Pasdalot. 



Procès de 



Jacques Cartier, témoin au procès de Pasdalot, 
reçoit une bordée d'injures de ce scélérat, pendu 
bientôt après. 

Pasdalot était un voleur qui ne manquait pas d'ori- 
ginalité. Il avait trouvé un procédé tout à fait dans 
le style du temps. Quand il était surpris commettant 
une effraction, il criait de loin au survenant : « N'ap- 
prochez pas, j'ai vu des contngiei. >» Et comme ceux 
qui avaient des rapports avec les pestiférés étaient 
tenus d'écarter les passants par leurs cris ou en agi- 
tant une longue gaule, le témoin s'enfuyait et Pas- 
dalot demeurait libre de terminer son opération. 

Nous ne pouvons que donner un ou deux extraits 
des dépositions. 

« M'= Régné le Bret, juré, etc., que envi- 
ron la laind Louys eut befoing pafTer à Jou- 



(i) Voyez p. 6, la pièce se référant à l'année 1551. — On trouve 
aussi le nom de Cartier sous le 21 juillet de cette année. 



— 71 — 

vente à matin, vcvt deux vaches atachées à 
vng efpieu que le baptelier leur dill avoir 
efté atachées par vng varlet de boufcher... & 
trouva led. Pafdalot à Brifehiine qui voulloit 
entrer chez Yvon Menier; quel Pafdalot luy 
dift qu'il n'approchaft pour ce que avoit 
couché en lieu de contagiez... 

Jacques Cartier, juré, etc/'^ — Did Paf- 
dalot que led. Cartier ell plus laron que luy 
— Did led. Cartier qu'il oyt dire aud. Paf- 
dalot qu'il avoit pris des voilles de la barque 
perdue. 

Jacques Le Fer, juré, que led. Pafdalot eft 
réputé mefchant & d'avoir tué vng nommé 
Beart & d'avoir elle en cinq ou lix voUeryes. 

Eftienne Gaillart, itL, did avoit oy dire à 
Guillaume de Sarceaulx que led. Pafdalot 
avoit de fon lart... 

Sur ce eft prononczé didum & fentence 
de mort allencontre defd. accules ^^^ 



Après le prononcé du jugement, le condamné ma- 
nifeste sa fureur par des invectives qui donnent lieu 
à de nouvelles dépositions. 



(i) Le greflîer omet sr ''^oositicn. 
(2) Pasdalot et Yvon My.11. . 



^m I 



~ J2 — 

« Jacques Cartier, Calnoiial(", Collas Tan- 
qucrel, Fabi, Jullien Protêt & chafcun difent 
que led Pafdalot a did en jurant : « Par la 
mort Dieu! fi j eftege que vouldroys, ces b... 
foulz, je leur romproys les jambes! » 



t 



H ■ 



^11 






(i) Jean Guillaume, sieur de Casnoual , beau-frère de Grand Jehan 
Eberart. 



XXIII 



i) octobre 1552. — Un baptême. 



I 



Des (Jeux portraits qui ont conservé l'image vraie 
ou traditionnelle de Jacques Cartier O, l'un nous 
offre un marin de traits énergiques, à la physionomie 
un peu renfrognée, mais bien malouine; l'autre un 
vieillard triste et rêveur qui rappelle le penseur du 
Titien. Le marin ne perd rien à la lecture de la 
pièce qui va suivre. Ne sait-on pas que les tatigues 
et les dangers qui durcissent les traits, laissent in- 
tacte, augmentent même, l'aptitude à la gaieté. Alors 
surtout les corps plus robustes avaient l'Ame plus 
saine, c'est dire plus gaie. La présence de Cartier, 
avant et après ses découvertes, à un si grand nombre 
de baptêmes qu'ils suffisent pour iixer les dates de 
sa vie, prouvent autant son humeur joyeuse que 
l'admiration de ses contemporains. Il faut en con- 
venir une fois de plus, l'exubérance du xvi^ siècle 
ne cadre pas du tout avec le système des person- 



N il 



(i) Ces deux portraits, dont le premier se trouve à l'Hôtel de Ville 
de S.nint-Malo, l'autre aux estampes de la lîibliotlièque nationale, sont 
graves dans l'édition de la Relation originale donnée par MM. Michelant 
et Kamé. 



i 



lifii 



H! 



ma II 



m 



a 



I 



— 74 — 

nages tout d'une pièce dont on aimerait à peupler 
le passé. 

Lu fabmedy xv^ oudid an (odcbrc 1552), 
fut par led. Ruffier baptifé vng fils à Tho- 
mas Le Breton & Guillemettc Forée, fii 
femme; & fut nommé Thomas; grant com- 
père Jean Porée, frère de lad. femme, & Guil- 
laume Gravé, fils iMacé, petit compt.'re, ik 
Perrine Lavocat, femme Jean Picot, com- 
mère. Faid en prellmce de capitaine Jacques 
Cartier 3c aultres bons biberons, lefd. jour & 
an. L. Ruffier, etc., J. Le Veilleux. 

Il convient cependant de remarquer qu'il y a là 
un trait de mœi.rs qui n'est pas inhérent au carac- 
tère individuel de Cartier. Un courant rabelaisien 
semble avoir passé sur le rocher de Saint-Malo avec 
unt certaine intensité pendant le milieu du xvi'^ siè- 
cle. L'influence des maîtrises de la cathédrale com- 
posées de choristes d'origine étrangère, venus de 
l'Anjou pour la plupart (0, donnent aux fêtes qui 
accompagnent le baptême une physionomie qui se 
reflète dans deux ou trois des registres de l'état 
civil d'ordinaire moins récréatifs. Les allusions à la 
benverk se multiplient. Les surnoms qui se rap- 



m f i 



(i) D'autres viennent du pays de Grenoble, d-. Saint-Jafibrin, « où 
croissent les bons vins » (Inventaire imprime des Arcb.dc C. M., GG. 6). 
— Rapf-rocher la note de la page 54 , ci-dessus. 



— 73 — 



t 



portent à cet art, tels que Bacchus, Grospichet, 
Maulvays beuveur d'eau, etc.(i\ diverses plaisante- 
ries d'un ordre inférieur, sont peut-être les seules 
manifestations de la Renaissance dans le milieu peu 
littéraire de Saint-Malo. Au môme temps on est 
obligé de réprimer le désordre des banquets des 
corporations. Les grands baptêmes qui se tenaient 
dans la même salle que prêtaient les confrères de 
Saint-Jean ne devaient pas être beaucoup plus sages; 
car une grande licence s'infiltre dans toutes les fêtes 
de la vie chrétienne. 

Il est assez curieux de trouver dans ce pays^ dès 
1 542, (' Guillaume, aultrement dit Jehan Gargantua(2). » 
On pense malgré soi à la légende qui fait venir Ra- 
belais à Saint-Malo, dont une des premières mentions 
imprimées que nous connaissions est ainsi conçue : 
« Rabelais vint apprendre de ce Cartier les termes 
de la marine & du pilotage à Sainét-Malo pour en 
chamarrer fes boutfonefques Lucianifmes & impies 
EpicuréifmesO). » 



(i) Bpt. 6 juin 1525, 15 août 1528, 5 février 1529, k. st., etc.— Un 
des baptcmes les plus gais a lieu en pleine peste (juin iS2i, (j (}. 6). 

(2) Office, 8 mars 1542, .:. sr. 

(3) Anliqnilè d'Alct, 1628, p. 50. 






XXIV 



iil- 



Sauvage baptisé à Saint-Malo postérieu- 
rement aux voyages de Cartier. 




« Le dimanche xvii^' jour de feptembre 
l'an 1)33, t'-it par vénérable & difcret meflire 
Lancelot Rufîier, vicaire curé & chanoine, 
baptizé vng iauvaige des parties de la Terre 
neuve, lequel fut nommé Jehan par Jehan 
Fleury l'efné & petit compère Ollivier Bou- 
lain 3c commère Yvonne MoreH'^; & fut bap- 
tifé en bonne conipaignie. G. Fleury <^'\ » 

Ce baptême de sauvage n'a pas été signalé, il est 
étranger à Cartier; mais il aide à démontrer la con- 
tinuité des voyages au Canada que l'on suppose, 
bien à tort, interrompus dans la période qui sépare 
Jacques Cartier des expéditions de Troïlus de Mes- 
gouez, marquis de L:' Roche. 

Depuis que Jacques Cartier eut découvert le 

(i) Pille de Ilirclet Moicl , seigneur de la Motte et de la Saudraye, 
et de Rolande de la Motte (Bpt. 22, n" v, 1536). 

(2) Arch. Saint-Malo, Reg. des Bapt. GG. 8. 



T 



m 



II 



\ 



Canada, ses compatriotes ne cessèrent d'y aller, soit 
pour pêcher dans les parages nouvellement décou- 
verts et riches en morue, soit pour faire le trafic des 
pelleteries, soit môme pour rechercher des mines. 
Ils eurent ainsi le plus grand rôle dans la conservation 
de cette colonie. Mais les expéditions qu'ils y fai- 
saient furent comprises pendant longtemps sous l'ex- 
pression générale de voyages aux terres neuves; ce 
qui rend difficile de les distinguer des voyages de 
pêche aux côtes connues antérieurement (0. 

Les débats de 1588 entre les habitants de Saint- 
Malo et les neveux de Jacques Cartier montrent les 
Malouins trafiquant régulièrement au Canada dans 
les années qui précèdent (2). On les voit dans la 
correspondance de Jacques Nouel que nous donnons 
plus loin, chercher à connaîtra la topographie de 
cette contrée. Ils durent posséder de bonne heure 
des notions assez exactes de ses ressource.-» vraies. 
Ils continuent de leur initiative privée à transporter 
des sauvages à Saint-Malo. Ils les y nourrissent, 
comme le dit un document 0), « en toute doulceur 
et amityé. » Puis les ramènent en leur pays « pour 
d'aultant plus faciliter leur trafic. •- Des deux qui 
sont amenés en 1585, l'un, principal saiivnigc, est 
nourri par Michel Protêt, sieur de La Bardelière. 
\mateur et capitaine du navire sur lequel il est 
venu. 



i*é 



I 



(i) Voyez plus loin Ij's Maloniits îi Tcne-Kenve. 

(2) Ramé, I"-" série, p. }6 et note, p. 4), 49. 

(3) //'/(/., p. 37 et note. 



p 



•■s 



XXV 



2 mars 1555, n, st. — Lettre inédite 
concernant Ls. Villegagnon(^). 



Monfieur de Launay<^'\ pour ce que pour 
l'exécution d'vne entreprinfe dont j'ay donné 
charge au fieur de La Villegaignon, Visad- 
mirai en mes pais & duché de Bretaigne, il 
lui eft befoingn de fayder de la roberge^^) Je 
Saind Malo dont vous avez charge; à cefte 
caufe je veult & vous ordonne que aiez à la 
iuy délivrer ovecques fes apareils & equip- 
paiges ou à celuy qu'il commendra pour le 
recepvoir ûms y faire faulte. Et rapportant 
la prefente lignée de ma main avecques ratif- 
fication dud. Heur de La Villegaignon de la 
délivrance que lui aurez faide ou à celuy 



(i) Audiences, sous le 20 mai 1555. 

(2) Jacques de Launay, sieur de Talvern , lieutenant de Georges de 
Bouille, gouverneur de Saint-Malo, lequel était son neveu. 

(}) Cette robergc ou ramberge était, soit un vaisseau de guerre léger 
ppartenant au roi, soit plus probablement le navire que les Maiouins 
entretenaient, la plupart du temps, pour aller à la découverte et porter 
des dépêches, et qui s'appela plus tard Im Patachc de la ville. 



r 



— 79 — 

que comme dicl eft il aura commis pour le 
recepvoir, vous ou tout aultre à qui ce 
pourra loufcher en demourerez defchargez 
par tout où il apartiendra fans difficulté; 
vous dilant à Dieu, Monfieur de Launay, 
qui vous ayt en la garde. Elcript à Fontai- 
nebleau, le 2^ jour de mars mil y^ liv. Ainfi 
fignc Henry, & au defToubs, ClaufTe. 

La Villegagnon, un des plus habiles marins du 
temps, celui qui sut porter des troupes françaises 
en Ecosse et amener Marie Stuart en France malgré 
toutes les croisières anglaises, était alors vice-amiral 
de Bretagne (0. Il était fort occupé, à la date de cette 
Lettre royale, de projets contre les Anglais qui de- 
vaient aboutir, en ce qui concerne Saint-Malo, à 
Tarmement de six navires de guerre pour le service 
du roi (2). C'était un homme à évolutions rapides; 
car dès le I2 juillet de la même année 1555, sous 
les auspices de l'amiral Coligny, il partait du Havre 
pour fonder au Brésil la colonie de Reformés libre- 
ment pratiquants dont il avait eu l'idée, colonie qui 
éprouva de nombreuses déceptions. 

(i) Consulter les Biographies et les récits originaux de l'expéd'tion 
de La Villegagnon au Brésil. 

(2) Bibliothèque nationale, Tonds français, 22310, année 1555. 



IftI 



XXVI 



Cartier dans une tutelle. 



• 



Du mardy v*^ juign mil v^ lv, ralloué & 
Le Gobien^'^ 

Pour le procureur; — Il refte pourveoir 
les enfïens de feu Robert Clinfent^'^ & 
Francoife Le Guère fa femme : Guillaume 
Cliniant, afgé de 12 ans, Robert, afgé de 
8 moys, Guillemette & Arture les Clinfans. 
Jacques Cartier, oncle des enHuis, did que 
lad. Le Guère eft capable pour avoir la charge, 
M*-^ Guillaume Fleury id., Jehan Mabille id. 
— Cauption dud, Cartier; & fera taire ion 
inventaire. 

Guillaume Clinchant, neveu de Jacques Cartier, 
doit être distingué d'un autre G. Clinchant dont le 



(î) Audiences, 1555, lleg. 2, à la date. 

(2) Le 12 juin 1552, Jacques Cartier avait nommé un fils des mêmes 
qui ne vécut pas. « Et fut nommé Jacques par Monsieur Jacques Cartier, 
sieur de Lvmovlou. » 



Si — 



nom remplit les registres du greffe criminel de hi 
juridiction. Celui-ci, né en 1554, était cordicr et fit 
carrière d'ivrogne sous le surnom de Noguet que l'on 
donnait souvent à Saint-Malo aux coureurs de nuit. 
Il finit par voler et être pendu par Arrêt de parle- 
ment du 15 juillet 1581. 



IV 



Hi, 



XXVII 

Cartier témoigne en faveur de Perrine 
Gandon accusée injustement. 



Le labmcdy leiviefme jour de juign ^'^ 
l'an mil V cinquante feix, davcnt M. le lieu- 
tenant; Le Gobien, procureu^v 

Par led. procureur & Perrine Gandon, 
prefente, vers Jehan Le Guère ('>, détenu pri- 
Ibnnierjaid venir fur le cas d'avoir calump- 
nieufement acufé lad. vefve que en la maifon 
y avoit de la chair roftye le iabmedy^^^^ der- 
nier, jour vigille, l'vn des jeunes des Quatre 
Temps de la Penthecoufte; fur lequel de- 
noncy & cherche fliide cheix lad. vefve pour 
en fçavoir la vérité, il n'y auroid efté rien 
fceu ne aprins; à raifon de qaoy auroit cfté 



(i) Audiences 1556, Reg. .-;. 

(2) On ne peut savoir si cj nom reprcscnie I.e Qiicrc (I.eker), ou 
Le Guère. 

(0 50 mai 1556. 



- 83 ~ 

conftituc prinlonnicr, & pour ce que le pro- 
cureur a vcu. 

Requiert eftre receu information du bon 
nom de lad. vetVe prefente ëc mauvais nom 
dud. Le Guère. 

Jehan Grout, afgé de xxxii ans, juré & 
purgé de confeil, dict 3c atefle congnoillrc 
Ferrine Gandon, vetVe Jullien Baucler, qui 
efl femme de bien & d'honneur, catholicque 
& bonne Xreflienne t^ n'a entendu que 
jamés elle ait fa ici au contraire. — Ht à con- 
gnoillance dud. Le Guère qu'eil portefaix î^ 
mellager que a ouy dire élire vng mauvais 
garfon, querelleur; ce qu'il a ouy dire depuis 
que led. Le Guère cil; en prifon. 

(juilhiume Secart, xxxn ans, juré etc., 
congnoift lad. vefve, il y a plus de dix ans, 
qu'elle eft réputée femme de bien, bonne 
Xrellienne & catholique & n'a entendu ni 
ouy noter de feufîVir à la mailbn de la chair 
aux jours prohibés de l'Eglife. — Et con- 
gnoift y a huid ans led. Le Guère, quel eft 
noté d'eftre larron, & l'a aultrelïois trouvé 
laefy d'vne paire de manches de fon bien. 

Jehan Gajltier Lambeftil, afgé de xxx ans, 
juré, etc., — did led. Le Guère : ne veult 



*, 






- S4 - 

croire pour ce que did que il Va gardé d'eftre 
poyé d'vne pippe d'eltouppe. — 13id Icd. 
Gaultier congnoiftre, font huid ans, lad., vefve 
qui eft femme de bien & catholicque telle 
réputée; & y a environ cincq ans qu'il con- 
gnoifl; led. Le Guère élire blafpliemateur du 
nom de Dieu, couiUuuier de f'enivrer o fes 
compaignons aultres porteteix, ^ noté d'elle 
larron; que puis troys fepmaines print vue 
pippe d'eilouppe devant l'huys dud. Gaultier, 
quelle il porta cheix Robine Bouaifart. 

Jacques Cartier, juré, etc., LXiiii ans, con- 
gnoill, font dix ans & plus, lad. veive qu'eft 
femme de bien, Xrellienne & catbolicquc 
& telle eil réputée — Ht congnoift led. Le 
Guère que a ouy dire eilre larron, compai- 
gnon du nommé Pafdalo qui fut pandu. — 
En l'endroid, Le Guère fe print à rire. 

Gilles Le Fer, juré, etc., xxxiiii ans, con- 
gnoift, font dix ans, lad. Perrine Gandon 
qu'eft femme de bien & de bon renom & 
gouvernement. Ainfi l'a congnuë par ce 
qu'elle achate à fa niaifon & ne avoir jamés 
fceu qu'elle liift aultre que femme de bien. 
— Et congnoift led. Le Guère, & a ouy dire 
à Jehan Halle, marchant de Merdrignac, quel 



H 



- 83 - 

difoit au parlant que Icd. i.c (jucrc luy a voit 
dcfrobc XI angelots & aultres monnoics qui 
cftoint enveloppés en vng ballot. 

Did led. Le Guère que tout ce que jamès 
il y eut il le rendit en niarchandifes où il 
l'avoit employé & confefl'e qu'aud. ballot y 
avoid XI pièces d'or, dont il acheta de la 
veflclle de Thomas Brignon comme pladz, 
elcuelles, vne quarte... vne fommc de bled... 

du drap did qu'il avoid trouvé led. argent 

en de la paille à F^amballe, aux forf bourgs, 
en vne maifon où Bernard Boulain l'avoit 
mené... 



Apres un long débat sur ce point l'enquête con- 
tinue. D'autres témoins viennent faire de semblables 
dépositions en (liveur de la veuve et contre T.e Guère, 
le procureur requiert la condamnation de ce dernier. 

Sur ce prononc/e Monfieur Ion didum au 
profilt dud. procureur & Perrinc Gandon cy 
après enfuivant. 

Faiûuit droid & jugement ou procès cri- 
minel pendant en la court de Saind-Malo, 
inftant le procureur d'icclle, fur le denuncy 
faid aux gens de juflice, par Jehan Le Guère 
contre Perrine Gandon, vetvc Jullien Baucler, 






A^. 



%4^ 




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




!.0 



îââ III" ''J 

^ 5 C ^= 



1 — 


- Itt 

itt 

1- 4 


l.l 




1.25 




1.4 



Il 2.2 
Il 2.0 

1.6 



6" 



v: 



^ 



/}. 






A 



"^> 






v> 



-> 




y 






/^ 



Photographie 

Sciences 
Corporation 




S 






^-i\ 




f.^ 





V 



\\ 



"9>";,.^ ^^>. "^0^ 



lV 











^^ 



^% 



çi7 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N. Y. 14580 

(716) 872-4503 






w- 



Cp, 




86 — 



a ! 



h ' 



que le fabmedy 30^ jour de may 1556 il au- 
roit veu chez lad. Gandon vne brochée de 
chair rollye, propre à prefenter davent des 
marchans Angloix là eflans. Laquelle Gan- 
don, etc.. 

Pour laquelle calumpnie & faulce dénon- 
ciation le condamnons élire mené par les 
fergens minières de la Juitice, au lieu pu- 
blicq de cefte ville, prés le collier, où fera 
monté fur vng efchafïiiult, la telle & pieds 
nudz, mains joindes, requerra grâce & par- 
don à Dieu & à Jullice, & à lad. Gandon, 
quelle y affiliera fy bon lui femble, d'avoir 
ainfi à tort & calumpnieufement faid lad. 
denunciation ; luy faifant & eil faid prohi- 
bition & deffence de ne faire pour l'avenir 
telles clameurs & denunciations faulces & 
calumpnieufes fur les peines de droid plus 
rigoreufes, quelles feront executibles contre 
luy fil contrevient; & fera par tant lod. Le 
Guère ce faid mis en liberté payant fes def- 
pens & la prinfon. Faid & arreflé le ûibmedy 
vi^ jour de juign, an predid mil v*^ lvi. Ainfi 
ligné, L. de La Mote. 









-87 



Amende honorable (0. 



Suivant laquelle fentence à laquelle a led. 
Le Guère acquiefle, a efté led. Le Guère, ced. 
jour de fiibmedy vi^ de juign, mené par les 
fergents de la court, fçavoir Guil. Sanlbn, 
geollier, Bertran Thoré, Michel Guihommatz 
& Allain Beneft, prefents, afliflans mond. fieur 
le lieutenant & led. Le Gobien procureur, 
environ les xi heures dud. jour, mené fur le 
lieu du marché de cefled. ville de Saind-Malo 
prés le collier & pillory; là où efloit drefle 
vng efchafîiiult fur lequel eftant led. Le Guère 
ayant la telle & pieds nuds, grand nombre 
de peuple affemblé aud. lieu, & prefente 
aufli lad. Perrine Gandon, a iceluy Le Guère 
à genoulx & nudz piedz faid l'amende, fuy- 
vant lad. fentence leuë de mot à mot, par la 
prononciation qu'a fliide led. Le Guère des 
mots qui enfuyvent. 



.«» 



(i) Mots en marge. 



W' 



Ml 



— 88 







II- 





Confiteor de Le Guère (0. 

Je confefTe que calumpnieufement, faul- 
cement & à tort, j'avoys accufé Perrine Gan- 
don que le labmedy des Qiiatre Temps de la 
feile de Penthccoufte dernière il y avoit de 
la chair cuitte & roftye à ia maifon, préparée 
pour fervir & donner à manger à des marins 
Angloys y eftans. Defquelles parolles & 
faulce acufation je me defdis & en requiers 
pardon à Dieu, à la Juftice & à lad. Perrine 
Gandon icy prefente. Faid led. labmedy vi*^ 
de juign mil v*^ lvi. 



(i) Hii marge. 



i 'M 

il 


_--.^* 


II 

i 
■ 
( 



I ■;■■ 



XXVIII 

Jacques Cartier est chargé d'établir une 
échelle de la valeur du blé et du prix 
du pain('). 



Led. jour de vcndredy xvii^ jour de juillet 
mil v^ Lvi, davent M. l'alloué, Choulïe pro- 
cureur. 

Entre led. procureur, quel faid evocquer 
led. M*^ Guil. Guichet, procureur des boul- 
lengers qui detault; & compierent Allain 
Gueret, Jehan de La Lande, Thomas Gille- 
bert, Guillaume Le Bourcier, Perrine Treuft, 
Jehanne Fleury, femme de Jehan Cochon, 
Jullienne Chaponnier pour elle & Jehanne 
Trublet, Jehanne Le Franczoys, femme Jehan 
Rehauk, Colline Le Maiilre, Rouelle, Je- 
hanne Bofo, qui conftituent M^ Jehan Le 
Roy leur procureur prefent; les aultres de- 
taillant. 



(i) Audiences, 1557, Kcg. I. 



il 



m 



t il 



î 



— 90 — 

Did le procureur que precedentement a 
eflé dcordé de Jacques Cartier, Thomas 
Maingart & Bertran Jourdan, pour faire 
boullenger & cuire du pain, geder & cal- 
culer de ce que peult pefer led. pain par 
chafcun bouexeau, pour eilre aflis le pris & 
poix que debvra pefer le pain pour leur con- 
fervation. — Et apiert le procureur le rap- 
port defd. commifïliires dont Icfd. boullen- 
gers & Ebrard, advocat, ont copie & temps 
pour venir deffendre, mardy prochain. 

Fin, acordent que de nouveau foit boul- 
lengé & cuyt du pain belluté pour entendre 
faire la prouve du pois dud. pain & reque- 
rans les bouUengers à leurs defpens; — & 
cuiront chez Pierre Thomas, qui a vn four; 
& conviennent commiffaires Guil. Morel, 
P. Thomas, Fr. Cronier; là où le procureur 
poura fliire affifler Jacques Cartier & aultres 
à l'alTignation à midy, etc.. 

Le fabmedy xvii^^ juillet v*^ lvi à vne heure 
après midy environ, devant M. l'alloué, 
Chouffe procureur, Jac Cartier cheix Pierre 
Thomas ^'^. 



(i) Ce qui suit n'est qu'une analyse mis^ eu marge du nis. Le texte 
est très long. 



— 91 — 

CuilTon d'vne carfonnière de froment ^^\ 

Tromperie de mettre tant de leven. 

Vingt & vne livres & demy cartercn pour 
la pafte d'vne carfonnière. 

Monte led. pain ixWi'^ la carfonnière. 

Le pain d'vne carfonnière poife xxix livres 
& demye; outre compris vng pain d'vn 
denier d'vng quarteron & demye de pafle. 

Partant a dymynuè à cuire deux livres 

9 onces & demye. 

Le dimanche xix juillet, etc., Jehan Ber- 
tré, prefent & Eftienne Le Fer. Pefèe du pain 
au jour d'hier cuyt. — Et premier le pain de 
6 deniers a eftè trovè pefer 21 onces & de- 
my, le pain de 12^^ a eftè trovè pefer 2 livres 

10 onces; la grife de 12 deniers, 3 livres 
10 onces 1/2 once. 

Le travail de Cartier subsista après lui. On voit en 
1566 la court de Saint-Malo ordonner au procureur 
fiscal de présenter : « l'eflat que fift faire Jacq.ues 
Cartier pour le prix du poids du pain, eftant entre 
les mains de Jehan Bertré prefent qui le lui bail- 
lera (-). » Il servit à faire, les années suivantes, d'ex- 



s* 



(i) Biea i ;v'j, paiinetc et cuyt. 
2) Or.u'c, JOiis le 31 jan^i;;; i$66. 



.,^:M 



il 



s 



m 






i i 



— 92 — 

cellentcs échelles de rapport du prix du pain au prix 
du blé qui ont été conservées et sont très instruc- 
tives pour la question si difficile de la valeur de l'ar- 
gent et des denrées. 

En voyant Jacques Cartier au milieu de ces dé- 
tails de pesées et de cuissons, vraiment on ne se lasse 
pas d'admirer combien la découverte d'un continent 
dérange peu, au xvi'^ siècle, les conditions normales 
de la vie. Le plus singulier ce n'est pas de voir les 
compatriotes utiliser les connaissances spéciales de 
leur grand homme dans les usages les plus vulgaires; 
c'est la simplicité de Jacques Cartier, qui a tout le 
cachet d'un autre âge. Son grand rôle de Découvreur 
ne lui avait ni acquis l'importance qui soustrait aux 
occupations banales, ni donné l'idée de s'y refuser. 



ÊJ I I 



XXIX 

Témoignage de Jacques Cartier sur la 
direction des courants aux environs 
de Saint-Malo. 



Du vendredy xxvii'^ jour de novembre 
(1556), davant Monlieur l'alloué, prefent 
Ville-cs-ouaifeaulx ^^^ procureur : prefent le 
procureur & Labé par de La Haye fon 
procureur adhéré, led. Labé prefent; vers les 
Moynetz, prefent Eveillard leur procureur. 

Pour fervir au proceix, Jac Cartier prient, 
juré dire vérité, dict que de la marée qui part 
de l'ille du Bays vient devant la ville & ne 
va à Soulidort, — & que pour le fauvaigc^'), 
il leur apartient 12 ou 13 foulz. 

Olivier Boulain did que ûxns ayde la 
marée ne auroit mené les retz dont eft quef- 
tion à Soulidort; — & pour le fauvaige apar- 
tient 12^. 

(i) M« Julien Chouffe, sieur de cette terre en S.-Jouan-des-Guérets, 

(2) Ce qui est dû à ceux qui rauvent les marchandises d'un navire 
échoué (C.(. du Cange \" Salvagium). 



— 94 



1 


l^ 




\ 


1^ 


! 
1 


( 


it 


'• 1 





kl 


1 




H 




'j^^B 


. 


JÊK 




^B 




^^p 








'^^B 




f 








1» 


"^ l 




1 |if 


^^4 


a ii 



François, d'Alcl, did que à l'on crtimc la 
marée ne fçauroit avoir mené lefd. retz au 
lieu où ils furent trouvés. 

Loys Goflelin, juré, did que l'ans ayde les 
retz ne euflent efté portées par la marée à 
Soulidort. 

Jac Boulain, juré, did que la marée qui 
pafle entre le Bay & la ville ne porte point à 
Soulidort au lieu où furent trouvées les 
retz; — & pour le fauffvaige, 12^. 

Jean Bertré, juré, defpofe ainfi que Boul- 
lain; — & pour le fauflfvaige, 12'". 

Guillaume le Deboté, juré & purgé du 
confeil, did que les retz ne enflent efté \ 
Soulidort portées fans ayde; — de pour le 
fauffvaige, 15^. 

Guillaume Le Moyne, juré, did qu'il tault 
que les retz ayent eflé portées à Soulidort 
aultrement que par l'aurée de la mer. 

Sur ce, efh prononczé par Monfieur fon dic- 
tum & fentence par efcript par lequel eft or- 
donné & adjugé pour le iliuffvaige aux Moi- 
netz 1 5 ' ; font hors cours & proceix fans def- 
pens, mifes ny interetz les vngs vers les 
aultres, les i5^poiez feullement. 



XXX 



9 mars 1 557, n. st. ~ Jacques Cartier pri- 
seur non qualifié dans un partage 
noble. 



Le mardy ix de mars v-' lvi, davent Mon- 
fieur l'alloué, après midy (^>. 

Prefents, Jehan Le Hucheflel, tuteur. 
D'autre Jehan mineur, lils feu Charles Le 
HuchefteH^^ & Denile des Granches, fa 
femme; Nicolas Eon & Robine Hucheflel, k 
femme; Jullien Cronier & Jullienne Hu- 
cheftel, ili femme; Guillaume Le Renée 8c 
Jehanne Hucheflel, fli femme; Bertran Porée 
& Jehanne Hucheflel, fa femme; Collas Eon 
le jeune & Jacquette Le Hucheflel^?), fli 
femme; lefd. femmes audorifées etc., confef- 



(i) Registres d'Audiences, année 1557, Reg. I, A la date. — Voyez 
Il'id., 10 novembre 1556, 5 juin 1557. 

(2) Bourgeois « demeurant en la ville de Saind-Malo a, sieur de La 
Roche Pitard, puis de la Metterie en Saint-Père. 
(5) Filleule de Cartier, née le xi avril 1541, n. st. 



9C, 






lantz que partage a été jugé i^ qu'ils con- 
vinrent de prifeurs nobles : Motc au Chauff, 
& Pierre du Couldray, fcigneur de la Roche, 
ôcjocelin Cheville, feigneur de Vaulerault^'^ 
tous leurs parents; & jure led. Cheville 
deubment feftre porté. Kt font aultrcs^* qu'ils 
ont commis o les prifeurs de celle | ville | & 
qu'ils tacent ce que prefentemcnt font^^Kic 
confentemcnt defd. parties entre les mains 
de Jacques Cartier, l'vn des prifeurs de celle 
ville. Et veullent que pour lefd. prifeurs de 
cefte ville, abfents lefd. prifeurs nobles, 
qu'ils baillent leur raport aud. Cartier; & 
avec ce tant de prifeurs juc à avoir veu lefd. 
prifeurs de ville; & lacent des loties; & de 
ce jour en aultre. 

Cette pièce paraît infirmer ranoblissernent de 
Jacques Cartier, dont on a souvent parlé et auquel 
on voudrait croire. 

Rien ne l'établit d'autre part. Jacques Cartier n'avait 



(i) L'armoriai de M. Potier de Coiircy signale l'anoblissement d'un 
Clieville par le duc Jean V, en 1427. Ils furent maintenus aux réforma- 
tions de la noblesse. Gilles Le ChaufF, seigneur de la Motte et du Bouays- 
au-Piel et P. du Coudra)', seigneur de la Roche du Boys-Jamyn , sont 
d'ancienne extraction. — Il est alloué aux mêmes priseurs, pour vacations 
de même nature au partage des biens de feu Jehan Guillaume, sieur de 
Casnoual, 50 solz par jour (> juin 1557). 

(2) Des mesureurs et arpenteurs. 

(î) Sous-entendu : les priseurs nobles. 



Il i 



~ 97 - 

point besoin de lettres de noblesse pour prendre 
i;i qualité de seigneur de Limoilou comme on l'a 
répété. Les plus petits propriétaires s'intitulaient 
sieurs ou seigneurs de leur terre quand il leur plai- 
sait, quoique l'usage en fût un peu moins général 
qu'à la fin du môme siècle. 

Les Bourgeois de Saint-Malo s'appelaient seigneurs 
de leur bien, fût-ce d'une maison de la ville, d'une 
hôtellerie, assujéties à des cens non rachetables; et cela 
en présence des chanoines qui en étaient téodalement 
les vrais seigneurs, sans qu'il en survînt aucune diffi- 
culté. Il y a des sieurs de Bitbcii, du Puits rogaire, etc., 
simples propriétaires de maisons dans les rues de 
ce nom, comme des sieurs ou seigneurs des Trois 
Rois, de V Image Saiul-Jacqiics y de la Corne de cerf(0^ 
hôtelleries du temps. Plusieurs de f:imillcs différentes 
pouvaient, dans les mœurs malouincs, se dire sieurs 
ou seigneurs du même village où ils avaient respecti- 
vement leurs habitations des champs. Il est même 
difficile de suivre les destinées de la terre appartenant 
à Cartier, parce que l'on en trouve le nom porté si- 
multanément par ses héritiers et par des personnes 
qui lui sont étrangères W. 

Beaucoup de bourgeois possédaient des fiefs nobles 
achetés de la noblesse des environs. Tel n'était pas 



(i) Bapt., 27 juin 1534, 3 mai 1548, 25 juillet 1562,610. (Arch. S. 
Malo, GG.). 

(2) Les CoUin , sieurs de Limoilou , paraissent héritiers Tpar Marie 
Nouel femme de Jan Collin , née le 3 octobre 1537, 1"^ ^^'^'^ ^'^^^ ^"^ 
Pierre Nouel sieur de la Boullenaye fils Jehan N. et Jehanne Cartier. 
De même Jacques Nouel, sieur de Limoilou en 1650, pouvait détenir 

7 



'.jLmsmssmBmmm. 






I ii 






- 98 - 

le cas de hi propriété que tenait Jacques Carticr^au 
village de Limoilou, qu'il avait pu enrichir d'un 
manoir, où il avait librement fait sculpter le franc 
quartier de ses armes, mais qui demeurait roturière 
et payait un censC^). 

Nous ne voyons guère avant la fin du XYi-^ siècle 
donner de lettres de noblesse à des Malouins. Jean 
Le Gobien, anobli en 1 572 pour son rôle aux États de 
Bretagne; le sénéchal Nicolas Jocet en 1575, virent 
leurs services civils récompensés de cette distinction. 
Les services de mer valurent surtout des brevets 
d'officier pensionné de la marine royde. Aussi 
la plupart de ces glorieuses familles malouines furent- 
elles déboutées à la réformation de 1668. 



1 If 



quelqu. partie de la terre de Jacques Cartier dévolue a une autre 
branche des Nouel. Mathurin Le Roy et Jeanne Pestel sa femme, qu, 
portèrent le nom de Limoilou de 1582 à 1628, semblent bien étrangers a 
la succession de Cartier. Les JolifF achetèrent des Colhn /., manon de 
Limoilou à la fin du xvi» s. et la possédaient encore en 1671. - \ oyez 
1. description du manoir de Limoilou ou des Portes-Cartier, par M. A. 
Ramé, et l'excellente vue à vol d'oiseau qui l'accompagne, a la sune de 
la Relation originale (1867, p. 65-76). 

(I) inie dépendait du bailliage de la Houssaye qui faisait partie de la 



seigneurie du Valéon. 






«CililÉiÉÉifi 



XXXI 



Derniers actes où figure Jacques 
Cartier (0. 



2) mars ij^y, n. st. 

Gcmain Levcillc, fin Faby, procureur de 
Guillaume Pépin Broufîlirdiere... & chafcun 
équipez à la guerre remonftrent avoir faid 
prinfe d'une crevelle<'>. 

Sont prefents Manuel Alfonce, maillre du 
navire crevelle, Gonûilo Gauces^^^, etc. 

Sont commis Bertran de Serences^^^ & 
Jacques Boullain pour interprètes; & a efté 
informé de leur prodliomye & fufîillince par 
Jacques Cartier (>>, Julien Crofnier & aultres. 



(i) Audiences, 1557, vol. 2 et 3, à la date. 

(2) Caravelle. 

(3) Ailleurs Yauces. 



presi 
iieur 



(4) Geiitilhomme de la garnison du château , souvent délégué pour 
ésider les assemblées de ville et représenter le lieutenant du gouvcr- 



representcr 
(5) Cf. la pièce du 10 avril 1544, n. st.; ci-dessus, p. 57. 



• 







100 — 



tï' m 



Lefd. Portugays conviennent defd. inter- 
prètes. 

Et fera fliid enquefle; — & fera deffendu 
aux mariniers de prendre aulcuns biens dud. 
navire fors & jucqu'à ce qu'il en foit ordonné 
par juftice. 

Le vendredy xxvi de juign mil v*^ lvii, 
l'alloué, Le Gobien. 

Guichet, procureur de Jehan Maingart 
produiél vers le Roy, procureur de Hervé de 
La Lande, Robin Cronier, Pierre Dyn, jurés, 
& led. Dyn juré de toutes parts. Entre Le 
Roy, procureur de Guillaume Porée Bafle- 
lande & confors, Jehan Maingard, prefent, 
viduailleur pour vn quart, efcrira par def- 
pens dedans demain midi; protefle Le Roy 
faire débouter Maingard à fliulte de fournir 
& vers Cronier, Dyn & Locquet, Le Roy 
fournilîlint efcripture & defpens. 

Fin, font concluds en efcripture, procures 
dedans vng moys Hiuf additions dedans tier 
jour. — Et au parfur à Cronier, Dyn & 
Locquet qui fe conftituent caution l'vn pour 
l'autre in folidum. 

Ils conviennent de Jullien Frotet, Guil- 
laume Pépin Broulîiirdiere, Robert Le Paige 



lOI — 



& Pierre de Beauboys, prefents jurés. — Et 
aiïignation à 2 heures après midi. 

Le Roy produid Pierre Treufl, juré; Ro- 
bert Le Paige, juré; Guillaume Pépin, juré; 
tous de toutes parts; Loys GofTelin, juré; 
Hervé Jan, Hervé de La Lande, juré de 
toutes parts; Jehan Gouverneur, juré; Jullien 
Protêt, juré; Jehan Cochon, juré; Jac Cartier, 
juré, led. Cartier, juré de toutes parts, Jehan 
Salmon, juré; Françoys Le Roy, juré, Jehan 
le Faucheux, juré. 

D'autres pièces éclaircissent ces faits de course si 
profondément oubliés. Broussardière, François Lucas, 
Julien Protêt, braves corsaires entre cent autres, sont 
inconnus à l'histoire, et, ce qui est plus étonnant, 
à Saint-MaJo illuslrè par ses marins , de M. Cunat. 
Le rôle des Malouins dans les guerres maritimes du 
xvi'^ siècle a complètement échappé aussi à l'abbé 
Manct dans ses ouvrages imprimés ou manuscrits. 

Guillaume Pépin, sieur de La Broussardière, dont 
nous avons déjà parlé, commandant le Croissant, 
François Lucas capitaine de La Lancette^ Mervé de 
La Lande, capitaine et armateur du galion Malheur, 
avaient conjointement fiiit la capture de la caravelle 
portugaise dont il s'agit (0. Les quartiers-maitres 



(i) Les maîtres d'équipage étaient Olivier Le Breton du C.roissaiil, 
Hticnnc Morin de la Lancette, Bernard Boulain du galion. 





•Il 


! 
1 



102 — 



« carteniers » qui figurent à la répartition de la prise 
sont P. Treust, Lorans Blondel, Le Fer, Julien 
Leveilleux, Robert Le Muze, Jan Hacoul, Lorans 
Apvril, Jourdan Gilbert. 

Pépin et Lucas avec Guillaume Hacoul pour lieu- 
tenant, ressortirent en course et prirent de nouveau, 
au commencement d'avril 1557, une hourque des 
Canaries qui leur fut adjugée de bonne prise, malgré 
les protestations de Symon Cornille, Lorans Hmo 
(( escripvain, » Jehan Arsac, marchand passager delà 
ville d'Anvers, disant que lorsqu'ils sortirent des 
Canaries avec la hourque « ils n'entendoint qu'il y 
euft guerre. » Hervé do La Lande, comme capitaine 
du Petit Cerf, les assistait dans cette capture et son 
navire avait été armé par Jehan Cheville proprié- 
taire et Michel Grout victuailleur; Jourdan Gollet en 
était contre-maître et Guillaume Lègues cartenier. 
Mais cette dernière croisière eut, après ce succès, 
une issue fatale pour le navire La Lancette. François 
Lucas y périt; son fils Lorans comparaît en son lieu 
et place à l'adjudication de la prise. On lit en 
marge du registre d'audience : 

« Le llibincdy de Pafques, xvii^^ de apvril 
mil v^ LVi (1557), au foir, vint nouvelle que 
le navire La Lancette eftoit perdue & quatre 
vingts fept hommes morts, & trois hommes 
ou navire Le Croijjaut ». 




— 103 — 

Dès juillet, Hervé de La Lande repartait en course 
sur un galion avec Olivier Boulain pour maître (0, 
Qiiant à Guillaume Pépin Broussardière, il mourut 
en février 15 58, n. st., ainsi que le prouve l'inven- 
taire fourni le xxi de ce mois par Gillette Le Fer, 
sa veuve. 

Nous voyons, soit dit en passant, dans cet in- 
ventaire de curieux détails sur le costume de ce 
vieux corsaire. Son coffre contenait : 

« Une cadique de camelot noire, fourrée de panne 
noire; prifée : 20 fols. 

Une cape de drap noir, bordée de veloux par dehors & 
de fatin dedans; prifée : 15 livres. 

Ung manteau de drap tamin, bordé de veloux; 
prifé : 100 fols. 

Une cafiique taffetas noir, doublé de fuftaine grife; 
prifée : 4 livres. 

Une grande robe noyre, à ufaige d'homme, bordée de 
veloux & parementée de fatin ; prifée : 24 livres. 

Une paire de chauffes rouges découpées, doublées de 
taffetas rouge; prifée : 4 livres. 

Item, une cafaque de taffetas tamin, doublée de fuflaine; 
prifée : 30 fols. 

Item, une cafaque de farge drappée, bordée de veloux 
& doublée de fuftaine; 

Ung collet de cuir de maroquin fans manche, bordé de 
veloux; prifé : 70 fols. » 

Enfin deux actes d'ordre privé sont les derniers 
où comparaisse Jacques Cartier. 



I ' 



». 



(1) Audiences, 27 mars i))7, n. st., 17 avril (/(/.)> ij ïwaî , 4 juin, 
8, 12 juillet I5S7- 



=9 



— 104 



Même joui , 2ô juin i))y. 



il 



[ • 



Pour la court, rcfte pourveoir les enffans 
myneurs de Robin Maingart & Julienne Le 
HucheteH'^ Germain Le Huchctel, Jehan Le 
Huchetel, Pierre Le Renée, Ollivier Main- 
gart, M^ Faby Trehouart. — Lad. Julienne 
Le Huchetel qui efl convoluée avec Jullien 
Cronier did que Olivier Maingard efl le 
proche & eil fufïiiant. 

Jehan Daniel did que led. Ollivier Main- 
gart efl proche & proefme & fuffiûint. 

Denife Maingard fœur dud. deffund 
Robin Maingard, idem. 

Jac Cartier, id... 

Jehan Huchetel, befoncle<^'^des mineurs, id.; 

Germain Le Huchetel, allié, id.; 

Sur ce, eil led. Ollivier Maingart inflitué 
tuteur. 



Mémo jour. 



P. Le Pilleurs, P. Chaton & Le Gobien, 
& Faby, procureur de Jehanne Chevalier 

(i) Fille de Charles Le Huchcstel et de Denise Des Granges. 
(2) Grnnd-oncle. 



— 105 — 

veufve Henri le Reculloux; — Perrine Le 
Bret, did n'avoir à debaptre payer 79^ 6 '^, 
& refuie 6 folz pour le prix de la confination ; 
fin, offre le tout lorfque la poye^') luy fera 
délivrée. 

Requiert lad. Chevalier provifion & offre 
caution Jac Cartier, prefent, qui fe y conflitue 
pour ce que lad. Chevalier l'en acquittera. 

Chaton requiert qu'il foit did qu'il a eu 
matière faire fond, arrefl, & foid déclaré à 
tenir pour lefd. 79 ' 6 ^ & 6', & celluy Faby 
condamné payer 5 ^ taxés pour les procès. 

Fin n'a Chaton à debaptre que payant 
préalablement lefd. fommes liquidées & offre 
que Faby recouvre lefd. poyes. 

Cartier fe mept caution de deux centz 
efcuz que prétend led. Le Filleurs, prefent, 
les defpens & matière d'arrefl refervez. 



s: 



R ' 



(i) Poix. 



m 



II 



il! 



XXXII 



h 



i :. 



Mort de Jacques Cartier le 
1^^ septembre 1557. 



Nous en avons rencontré la date, ignorée jusqu'ici, 
en marge d'un de ces précieux registres, juxtaposée 
à un insignifiant narré de procédure. 

Le mercredy, premier jour de leptembre 
mil v^*^ LVii, l'alloué & Le Gobien, procu- 
reur^'l 

Il efl commandé à Guillaume Aouftin, en 
la prefence de Chaton, fon procureur, de 
comparoir perfonnellement es jours & au- 
diences de court. 

Ce diâ mercredy au matin environ cinq henres 
deceda Jacques Cartier. 




(1) Audiences, à hi date. 



!l\ 




t« 



— io8 — 

De telles annotations sont rares aux Registres du 
Greffe. A peine rencontrc-t-on, à propos de quelques 
procureurs, des notes telles que celle-ci « Magijkr 
Joannes Le Roy ohiit dominica XFIII" feplcnibris ijSo, 
Deusfui mifcrealiir, amen, » ou encore sous le xii juil- 
let 1559 « Le roy Henry, noftrc bon feigneur, roy 
de France, deceda \ Paris le x*= juillet 1559, aux 
X heures du matin. » Aussi la mention de Cartier 
s'applique-t-elle peut-être autant au bon plai leur 
qu'au grand navigateur. 

Des règlements de voirie(0 établissent que la peste 
régnait cette année-là depuis le commencement de 
l'été. Il y a même sous le 30 août, dans un mé- 
mento inusité du greffier de la juridiction, une 
preuve de redoublement du fléau. 



! 1 ■'(.' 



■y ! 



; \ '•fi ' 



La nuyt précédente led. lundy (30 août 
1557), décédèrent Eflienne Richomme, 
Guillemette JolifT, Giiillaunie Faugues^'^ 

On peut croire que Jacques Cartier y succomba. 



(i) « Du fabmedj' xvii' jour de juillet oud. an (1557'. 

Ouez le ban de la court de Saind Malo que l'on faid fcavoir pour 
obvier à la corruption de l'air, maladies de perte &; aultres que on 
voyt fe préparer & régner au détriment & mortalité du peuple, il eft 
faid commandement à tous les manans it habitans de cefte ville de 
Saind Malo, quels ont des pourceaux en cefted. ville qu'ils aient i 
les tirer, faire tirer & ofter hors cefted. ville... dedans lundy prochain... 
& faire curer & nettoyer les rues chafcun endroici foy, le tout sur 
peine de x 1. d'amende & en ce qu'eft defd. pourceaux de confifcation. » 

(2) Audiences, à la date. 



XXXIII 

Donation de Catherine des Granges en 
faveur de Jean Le Gobien(0. 

Du mcrcredy, 9^^ jour de mars is6c)('\ ^i 
nonne, devant mond. fleur le lieutenant, il a 
elle, par M-' Jehan Le Gobien, prelenté l'ade 
de donation cy après. 

Par noftre court de Saind Malo ont par 
davent nous comparu perfonnellemcnt 
Katherine Des Granges dame de Limouellou, 
veufve de feu Jacques Cartier, d'vne part; & 
noble homme M^' Jan Le Gobien, fieur des 
Douetz, tous demeurans en celle ville de 
Saincl Malo, d'aultre part. Laquelle Des 
Granges nous a did que par cy davent, du- 
rant le mariage d'elle & fondid feu mari, 



(i) Registre d'ofîice , 1568-71, à la date. Les premières lignes de cet 
acte ont été copiées de nouveau à la dernière page écrite du même 
volume, puis barrées. 

(2) L'ordonnance de 1565 sur le commencement de l'année fut 
appliquée immédiatement à Saint-Malo. La date est donc juste. 



r, . -' 



t 



i mm 



110 — 



!i il ï 



II 




mcfmcs puis Icd. dcccix, il/ ont rcccu plu- 
fieurs plaifirs & libcralitcx en plulicurs & 
diverfcs fortes dud. Le Gobicn, tant aux 
procès^'^ que ont eux ladide Des Granges & 
fondid mary durant leur mariaige avccq 
plufieurs & diverfes parties que à plufieurs 
aultres affaires que a eu ladide Des Granges 
pour le deceix de fondid feu mari, où led. Le 
Gobien luy a fourvenu & efté aidant & y a 
vacqué fongncu/ement par longue efpaze 
de temps, fans en avoir eflé icelluy Le Go- 
bien aulcunement fatiffaid ny recongneu. 
Pour ces caufes, en confideration mefmes 
du lignage & parentelle d'entre lad. Des 
Granges & led. Le Gobien ^'^, & pour le bon 
efpoir que lad. Des Granges a que à l'ave- 



(i) Le Gobien figure, en effet, comme avocat dans les affaires Hbe- 
rard, surtout en 1555. Nous n'avons pas trouvé de procès, proprement 
dit, soutenu par Katherine des Grandies. Le (lobien s'occupa sans 
doute de la liquidation des affaires de Cartier. Ses voyages en cour 
comme député de la Conniiunauté purent lui fournir l'occasion de 
poursuivre le règlement des comptes de Cartier et de Roberval et d'ob- 
tenir partie de la somme de 8638! 4s 6 J dont la justification de Car- 
tier, en 1544, le rendait créancier à l'égard du roi. 

(2) Jan Le Gobien sieur des Douets, né le 21 décembre 15 17, alors 
procureur des cours de Saint-Malo, sénéchal de Chateauneuf, avait 
épousé Simonne Artur. Il était fils de Pierre Le Gobien , sieur des 
Douets et de Frotu , alloué de la juridiction, et de Marie Le Pilleurs. 
Ce dernier était cousin germain de Catherine des Granges et devait 
être fils d'une sœur de Jacques des Granges, ainsi que l'établit une 
tutelle du 18 février 1568, au Registre d'office, rapprochée de la généalo- 
gie des Le Gobien . 



— III — 



nir led. Le Gobicii lu y fera aydant en fes 
afïliircs, comme il a faid pour le ixifl'é & 
aultres bonnes conliderations à ce la mou- 
vans, lad. Des (i range s de Ton propre mou- 
vement, fans aulcune indudion nv con- 
traintc, a donné & donne par lefd. prefentcs 
purement & fmiplement pour elle & fes 
hoirs fans revocation audid Le (lobien 
acceptant pour luy, fes hoirs & caufe aiens, 
fçavoir efl la proprietté d'vne moidié de jar- 
drin, eftable & fou y eftante, fcitué en cefted. 
ville jouxte la rue de Buhen, joignant d'vn 
coflé vne maifon neufve & jardrin derrière 
apartenant/ à Marie Goubin^'\ le pignon de 
lad. maifon commun & mutuel entre deux, 
d'aultre cofté vne maifon, court & jardrin 
apartenantes à Alizon Le Gobien & fes en- 
flms,vne venelle entre deux; & par le derrière 
le jardrin de lad. Le Gobien & par le davent 
lad. rue de Buhen; quelle moytié de jardrin, 
eftable & fou apartient en propriété à lad. 
Des Granges par indivis, & l'aultre moidié 
aux héritiers de fondid mari au moien de 
l'acquefl en faid par lad. Des Granges & 



(i) Dame de la Merveille, en Saint-Coulomb. 



112 — 



fondid feu mari, lefquelz héritiers doibvent 
avoir IVfufruiâ: du tout du jardrin jucqu'au 
deceix de lad. Des Granges & après le deceix 
la moitié d'icelluy jardrin, eftable & fou en 
proprietté & poflefTion retourner aux hoirs 
de lad. des Granges ('\ Icelluy jardrin tenu de 
noitre court à debvoir de fuport des fcens an- 
xiens & oultre de payer fur lad. moidié de 
jardrin en la recepte de ^-^ [la feigneurie]... 
pour toutes rantes fauf obeifTance. De la- 
quelle moidié de jardrin, eftable Si fou, lad. 
Des Granges, tout premier fon did deceix 
avenu, f'efl dès à prefent comme dès lors 
defraefie &: départie pour elle & fes hoirs, & 
en a faefi & voiftu led. Le Gobien pour en 
jouir par heritaige luy fes hoirs & caufe aiens, 
en faire & difpofer à fa volumpté comme 
de fon propre heritaige après led. deceix 
d'icelle des Granges, laquelle a permis aud. 
Le Gobien en prendre la polTeflion réelle. Et 
pour icelle pofleflion bailler aud. Le Go- 
bien, lad. Des Granges a conftituè à fon 
procureur fpecial Charles Jonchée, avecq 
tout pouvoir pertinent; & vauldra lad. baillée 

(i) Ci-dessus, page 41. 
(2) Lacune du nis. 



■4: 



— 113 — 



& prinfc de pcfTcffion tant en abfence que 
prelence de lad. Des Granges. Laquelle pro- 
met pour elle & fes hoirs fur l'hipothecque 
de fes biens porter bon & fuffiUmt garantaige 
aud. Le Gobien de lad. prefente donation & 
que il en jouifle après fond.deceix, ûuis luy en 
eftre faid ny donne aulcun empefchement 
par fes héritiers, ne voulant lad. Des Granges 
que la claufe vtile foit vitiée par la inutille. 
Ce que defTuz a efté par led. Le Gobien ac- 
cepté & par ladide Des Granges ainfi voulu, 
confenty, promis & juré fur l'ipothecque de 
fes biens Hms aller au contraire en nulle 
manière. A tout quoy fliire & tenir de fon 
confentement l'avons condamnée & con- 
damnons par noflred. court, o fubmilLion y 
jurée & prorogation de jurifdidion, pour 
elle 3c fes hoirs à l'exécution & entherine- 
ment defd. prefentes & foubbz le feau d'icelle. 
Faid & confenty audid Saind Malo cheix 
lad. Des Granges, le mercredi douzeiefme 
jour de janvier l'an mil cinq cens foixante 
neuf. Pour la quelle Des Granges, qui a 
did ne fçavoir efcrire, a figné à fa requelle 
Jacques Odiepvre à ce prefent; fin, a led. 
Le Gobien ligné. Quelz lignes font en la 



.1» 



— 114 — 

minute demeurée vers Jean Jocet IVn des 
notaires. Ainfi figné J. Jocet, Regnault; & 
leellé. 

L'ade de donation cy defTus inférée a eflé, 
le requérant M^ Jehan Le Gobien y dénommé, 
leue & publiée & ordonné eflrc infmuée au 
papier du greffe d'office; ce que faid a eflé 
prefentement & judiciellement, & eftre dé- 
livré ade de ce aud. Le Gobien pour luy 
fervir comme de raifon. 



M. É' 



Nous avons, sous le 17 avril 1575^'^ mention de 
l'ordonnance de saisie prononcée après le décès de 
Catherine Des Grandies. 



Infiant led. procureur efl informé du de- 
ceix de Katherine Des Granges flms hoirs 
de corps en cefle ville par Jullien Lambert, 
P. Girard, G. Prebieux; la faefie appofée fur 
fes biens meubles & heritaiges eflans foubz 
ce fief & ordonné le procureur en eflre mis 
en poffelîion à fm de jouifïlmce, les Juges 
comiTiis. 

(i) Greffe d'oflice, à la date. 



.. / 






XXXIV 



La maison de Jacques Cartier. 



m 



Elle était située rue de Buhen, entre le vieux manoir 
de ce nom et l'hôpital Saint-Thomas; le jardin bor- 
dait l'antique muraille de ville dont on voit encore 
les vestiges en arrière de la Cour La Houssaie et qui 
allait de là au flanc de la tour Quiqu'en groigne. On 
y voyait de modestes dépendances primitivement 
adossées au mur d'enclos de l'hôpital. Dès le temps 
de Cartier, il s'était élevé, à la suite d'afleagements 
successifs consentis par le Chapitre, plusieurs maisons 
du côté de Saint-Thomas. Jacques Cartier ne pos- 
sédait point cette maison du chef de sa femme, 
bien que les Des Granges eussent alors plusieurs 
propriétés dans la même rue. Il l'avait acquise des 
héritiers d'écuyer Alain de La Motte, seigneur de 
Fontaines, avant 1541. Elle fut reconstruite au 
xvii" siècle, le jardin qui y attenait fut également 
remplacé par des constructions et des cours. 

Le 8 juin 1786, Ms' Courtois de Pressigny, 
le dernier évoque reconnu de Saint-Malo, après son 
entrée solennelle dans sa cathédrale , se rendit à la 
chapelle Saint-Thomas en passant « par les Halles, 
la Croix du Fief, le Canal de Mer bonne, où l'on 
tourna par la rue Saint-Thomas, celle de l'Image 



*iV 



•I» 




— ii6 — 

Notre-Dame et la rue de Biilien. » La dernière rue 
portait encore son vieux nom en 1802(0. 

La translation de l'hôpital Saint-Thomas vers 1607, 
la suppression de la Connétablie en 17 10, dans le 
courant du xviii* siècle le 4* accroissement de la 
ville qui recula le mur d'enceinte en comprenant 
dans son circuit ce qu'on appelle aujourd'hui les tra- 
vaux Saint-Thomas, avaient déjà transformé ce quar- 
tier. Enfin, de nos jours, la démolition de la vieille 
auberge des Voyageurs ou du Chene-Vert, puis de 
Tancien hôtel de France, pour faire place au Café 
Continental et au nouvel hôtel de France, l'ont rendu 
méconnaissable. La vie moderne s'exerce dans toute 
sa banalité à l'endroit où respirait Jacques Cartier, 
comme à celui tout voisin où naquit Chateaubriand. 

Voici les déclarations du receveur de la Seigneurie 
couwiiine à l'Évêque et au Chapitre, qui concernent, 
en i486, le quartier de Buhen et de Saint-Thomas. 



COMPTE DE 1486^'^ 



.ai;-' , 

Hii 



La rue Sainct-Thomas. 



Pierre Hervclin & Perrin Gcffroy, à caufe 
d'vnc maziere eftant près Saind Thomas jou- 



(i) Registre capitulaire de Saiiu-Malo. — l'trennes Malouines de 
1793. — État pour les Jilcctions connmuialcs de l'an IX. 

(2) Compte des revenus de la Seigneurie commune à l'évêque et au 
Cliapitre (Arch. dép. d'Ille-et-Vil., G. 275). 



iir 



- 117 — 



gnant le jardrin do l'ofpital, aidtrefoiz prinle 
de la feigneurie pour ediffier vng degré pour 
monter fur les murs de la ville : 6 fols. 

Colas Peilel, à caufe d'vn jardrin prins de 
la feigneurie, lequel a acquis de Guillaume 
Pafquier(^) eftant au bout du jardrin Perrin 
des Granges, comme l'on monte furs les 
murs de la ville à Buhan : i f. 

Perrin des Granges, à caufe de l'accroif- 
fance de fon jardrin jougnant les murs de la 



2^6 



ville à Bulien : 

Alain de la Motte, à caufe de û\ maifon où 
à prefent demeure, jougnant l'Ofpital de 
liiind Thomas, quelle maifon fut Margarite 
de Paris : 20'' 

Jehan May, à caufe de fon jardrin jou- 
gnant ûi maifon entre les grandes malieres 
comme l'en va au Chaftiau : 5 <". 

Jehan Brillaud, à caufe d'vn jardrin aultre- 
foiz Dom Guillaume Brillaud eflant au da- 
riere de ûi maifon ^'^ : ^d^ 

Les heirs M^^ Robert Galay, à caufe d'vne 
partie d'vne maifon eftant davant celle 






«4 



(i) Dom G. Pasquicr. — Ce jardin, en rjtr, passai Cluillaume Fb 
rard. 

(2) Il appartient à Perrin des Grandies en ijii (//';,/.). 



i 



-If 






— ii8 — 

Perrin des Granges, la rue entre deux, & 
dVn bout les murs de la ville : 25 '^. 

Bernart Guillou Ik Efliennette GofTelin, à 
caufe d'aultre partie de lad. maifon. 

Jehan Jagoret, à caufe d'vn jardrin jougnant 
le jardrin de La liouxaie : 12"^ 

Les heirs Alifon des Granges, à caufe de 
leur maifon eflant près celle Dom Guil- 
laume Brillault jougnant la maifon Pierre 
Eberard & par dariere la maifon Colin Hé- 
ron : 40 '^. 



il 



s,'- 



COMPTE DE 1622^'^ 

Rue de la Houssaye tendante à Saint- Thomas. 

Richart BouUain, fieur de La Bardoullaye 
pour les enflins Louys Gouverneur pour le 
jardin ^-^ qu'il acquit d'eulx, joignant d'vn 
collé au jardin & cour de la HoulTaye, 
d'aultre à maifon qui fut Bernart Jourdan, à 



ii 

-.4 



(i) Ardi. 1. V., G. 276. — La plupart des Comptes entre i486 et 
1622 font définit. Ceux que l'on possède jusqu'en 15 17 reproduisent 
pour cette rue les désignations du compte de 14S6. 

(2) l:n 1626 à Michel Porée, sieur du Parc, qui y fit bâtir une maison 
« qui jouaint au jardrin S: court La Houssaye » et à la maison de Gille- 
bert — en 1636, i Hscuyer Michel Porée, sieur du Parc — puis à 
Jacques Roniieu (1653). Elle était au commencement du xviii" à Esc. 
Allain Artur, sieur de Pellan. 



-^ 119 — 

prcfcnt appartenante à JofTelin Gilbert La 
Barre, baftie en vn jardin qui appartenoit à 
Janne Maingard : 12^1. 

Le vénérable milTire Pierre Le Gobien, 
archidiacre de Porhoet, chanoine de lad. 
cglife, pour vne mailbn & jardin au 
derrière, joignant d'vn cofté & bout la 
maifon de Buhen, & d'aultre cofté à la mai- 
fon de deffund Jean Picot, fieur de la Gic- 
quelays^') : 2'' 6'K 

Révérend père en Dieu miflire Guillaume 
Le Gouverneur, Monleigneur l'Evefque de 
Saind Malo, en l'acquit de M^^ Julien Crof- 
nier, fieur de Buhen & de damoilclle Guil- 
lemette Crofnier, dame de Saind Eftienne, ia 
mère, pour leurs maifons & jardin joignant 
celle dud. fieur archidiacre & à la muraille 
de cette ville ^-\ doit : 1 3 ^ 4 '^. 

M. André Pépin, fieur du Pré, fenefchal de 



um 



k...? 



» 



\> 



(i) Procureur syndic au temps de la Ligue. — Cet article est en 1636 
au nom de D"» Guyonne le Gobien, dame de La Lande Greslan, veuve 
de Josselin Cheville, laquelle était fille de Jan Le Gobien. II est en 1642 
à Jacques Nepveu, sieur de La Ville-es-dus dont les héritiers le possé- 
daient encore en 1710. 

(2) En 1636 et i6)5, à D"'^ Anne Le Gouverneur. Une des maisons 
de cet article était la maison dite de Buhen; en 1701 deux maisons 
occupant cet emplacement appartiennent l'une à Esticnne .Micé, lieute- 
nant de la juridiction ; l'autre à un héritier de Nicolas de la Haye, sieur 
de l'Orme. 



• 



:i 



il 



ili 



P i 

i i 



il; 



— 120 — 

cette ville de Saind-Malo, doit pour partyc 
des maifons & jardins de deffund Jacqui-s 
Cartier au joignant la muraille de cette ville 
de Saind-Malo : lo''. 

Plus led. fieur fenefchal pour Janne Nouel 
en partye héritière dud. deffund Jacques 
Qiiartier pour partye d'vn jardin qui luy 
appartenoit^') : lo'". 

Des deux derniers articles, le premier était en 
1636, à Guillemette Hérisson, veuve du sénéchal; 
en 1642 à Robert Romieu, sieur de la Forest & de 
Villedé; les Romieu le tenaient toujours en 1653. 

Le souvenir de Jacques Cartier s'éloigne; le rece- 
veur du Chapitre inscrit bravement en son répertoire : 
« Maifons & jardrins qui furent Jacques Gaultier. » 

Deux maisons contiguës sont bâties en 1701 sur 
cet emplacement toujours afïéagé 10 sols; Tune à la 
veuve de Nicolas Magon de la Lande, Perrine 
Grout, dont hérita Nicolas Magon, sieur de la Chi- 
paudiérc; l'autre à Claude Briand, sieur des Vallées; 
et il n'est plus fut mention dans les déclarations sui- 
vantes de jardins dans cette région. 

(i) duant il l'article de Jeanne Nouel, jardin qui touchait la cha- 
pelle Saint-Thomas, Guillemette Hérisson le possédait en 1653. Une 
maison occupée en 1701 par la veuve et les enfants de Jacques Nepveu, 
sieur de la Motte, le remplaça. Elle fut achetée avant 1710 par Escuyer 
Noël Danycan, sieur de l'Espinc. Le côté le plus voisin de la chapelle 
Saint-'l'liomas ligure aux plans de l'ingénieur (jarengeau pour le 4" ac- 
croissement lie Saiiil-Malo avec cette rubrique : portion de U'aison à 
retrancher. 







XXXV 



Signature de Jacques Cartier. 



Elle se trouve à la fin de beaucoup d'actes. Elle a, 
il faut le dire, le caractère impersonnel de toutes 
les signatures du temps. Tous ces vieux Malouins, 
ces corsaires que nous nous figurons peu lettrés, 
nous ont laissé dans des pièces authentiques, où la 
substitution d'une main de scribe n'est pas admis- 
sible, l'autographe de leur nom enrichi de fions et 
de paraphes compliqués. C'est une preuve entre bien 
d'autres de l'état avancé de l'instruction au point de 
vue de ce qui pouvait servir les intérêts commerciaux. 

La signature de Jacques Cartier fait donc honneur 
cà son professeur, c'est-à-dire, suivant toute proba- 
bilité, à Aniiel Desgrés, qui enseignait l'écriture à 
Saint-Malo en l'année 1498 (0. 






:»' 



if, 



.! 




(i) Baptêmes, sous le 5 novembre 149S. (Arcli. S. Malo. GG. i.) 



I' >jl 



' 



i-mv: 



'' i! 




XXXVI 



Homonymes et collatéraux de J. Cartier. 



Il y avait à Saint-Malo, au moment de la mort de 
Jacques Cartier, un certain nombre de personnes 
portant le nom de Cartier, nom toujours commun 
dans la haute Bretagne. Elles n'étaient, croyons- 
nous, pour la plupart et sous les réserves que 
nous avons faites plus haut(0, que des homonymes 
ou tout au plus des collatéraux très éloignés dont 
il est impossible de fixer la parenté. 

Est dans ce cas la descendance de Robert Cartier, 
qui épousa en 15 14 Ollive Éon et en 1535 Guille- 
mette Aubault; celle de François Cartier, son demi- 
frère, qui épousa Marguerite Cuff (1552-65), et de 
Thomas Cartier son autre demi-frère; attendu que, 
malgré le manque de parents, ni Jacques Cartier 
alors vivant, ni Jehannc sa sœur ou les siens, ne 
sont appelés dans la tutelle qui suit; quand on voit 
pour les conseils de fimiille de cette époque aller 
chercher les parents les plus éloignés. 



(i) Ci-dessus, page lo. 



123 - 



) 



' octobr 



C I)SI. 



François Cartier, prefcnt; Guillcmctte 
Aubault, prcfcntc; Yvonnct Aubault; pa- 
rents de Thomas Cartier & de Anne Cartier, 
mineurs; & chafcuns enfïlins de feiiz Robert 
& de la prefente Guillemette; le û\z a en- 
viron X ans & la fille iiii ans. 

Led. François Cartier, prefent, frère de 
père defd. mineurs, did qu'il a vng frère 
nommé Thomas Cartier. Robine, fœur dud. 
deffund Cartier, demande que la charge Ibit 
bailllée aud. frère ('). 



Is^nt,'. 



?!.'# 



Il est bien vraisemblable que l'un des deux Tho- 
mas mentionnés est le Thomas Cartier qui fut marié 
à Jeanne ou Julienne Serisay de 1565 à 1572. Tout 
cela enlève un nombre très considérable de Cartier 
à la parenté de Jacques. 

Si l'on admet que François Cartier, premier cité, 
n'est autre que le François Cartier né le 20 jan- 
vier 1496, N. ST., de Pierre Cartier et de Jehanne N.. . ; 
on écarte encore tous les autres descendants de 
Pierre Cartier qui épousa en second mariage Mi- 
chelle Brugallé, et eut pour enfants entre ;uitrcs 



(i) Audiences, 1551, Reg. II, .i la date. Cf. aussi le 9 octobre. 



— 124 - 

Jean, Pierre, Allain, né en 1527, qui eurent chacun 
une postérité. 

Le dernier, Allain Cartier, époux de Macée Goullay 
(1553-67), triste sire, tailleur de son état, s'enivrant, 
battant sa femme, « bonne ménagère », interdit comme 
« diot, carent de sens, dicipateur, courant les rues 
comme un fol infenfé »; pis encore « malicieufement 
portant pierres & efguilles de trcff en Tes pouchettes 
pour en ofFenfer les perfonnes », occupa pendant une 
vingtaine d'années les Bourgeois et la Justice par ses 
incartades. Relâché un grand nombre de fois, on le 
laisse à demeure enchaîné à la prison (0. Il en sort en 
1584 et on n'en parle plus après une dernière incar- 
cération. Un des enfants de ce malheureux est Fran- 
çois Cartier, homme vertueux, qui fut longtemps pré- 
sident, « abbé de la confrairie de noftre Dame de 
bonnes nouvelles pour les coufturiers, chaufletiers, 
pelletiers. » Dans les listes de signatures du temps 
de la Ligue, il est du petit nombre de ceux qui ne 
savent signer (2). 

En somme, quoiqu'il y ait encore d'autres homo- 
nymes (3), nous ne voyons pas, jusqu'à preuve con- 
traire, de collatéral avéré portant le nom de Cartier 



iîf 



(1) « Prefcut Nicollas Angot, fcrrurier, qui demande paiement d'une 
paire de menicles, de quoy il a cmmeniclé & ferré Carïier, mefnie pour 
fon fallere de l'avoir ferré de gros fers, luy ell taxé xx f. que le rece- 
veur Le Sieu ell condamné luy payer. » (51 août 1584, Reg. d'ofHce). 

(2) Office, 25 avril 1592; Reg. des délib., 1590. — Jean Cartier, 
dit Villeclier, un des contemporains de Jacques que l'on rencontre le 
plus souvent, parait aussi lui être totalement étranger (Bpt. de i)5 5> 
38, 41). 

(5) Cf. Harvut, Liste des membres de la famille (>artier {ibid., p. 7). 



— 125 

en 1557. ^-^ descendance des plus proches devait 
eux éteinte et la parenté des autres est insaisissable. 
Les homonymies sont pnfois singulières. Ainsi, le 
27 juillet 1599, deux maîtres pintiers, Tedry Busson 
et Charles Gauche se disputent un compagnon qui 
s'appelle Jacques Cartier(0. Il n'y a cependant aucun 
rapport avec le navigateur, c'est un fils de Jehan 
Charetier ou Chartier, aliàs Cartier, et de Jacquctte 
Hardy, né le 10 avril 1559, d'extraction tout à lait 
différente. 

Qiiant à la vieille demoiselle Hervée Cartier, dé- 
cédée le 9 janvier 1665, connue par tradition, au dire 
de l'abbé Manet W, le père des erreurs en fait 
d'histoire malouine, comme la dernière descendante 
de Jacques Cartier, les observations qui précèdent 
nous dispensent d'en rien dire. Si l'on s'en rapportait 
au nom d'Hervé, il Huidrait la rattacher à Maître 
Hervé Cartier, boucher en 1540(3). 

(i) Office, i la date. 

(2) Maloiinis célèbres, p. 40, 

(?) Office, 16 juillet 1540. 






r-f 



, 5i 



XXXVII 

Notes sur les compagnons de 
Jacques Cartier. 



Nous donnerons ici la liste des compagnons du 
second voyage et les notes que nous avons pu 
recueillir sur quelques-uns d'entre eux. Les 73 noms 
cités sont loin de représenter tous ceux qui passèrent 
au Canada avec Cartier en 1535, puisque celui-ci 
compte encore à la fin de décembre de cette année, 
sans doute après quelques pertes, iio présents (0. 

Le récit du second voyage, imprimé en 1545 , a 
conservé les noms de Claude de Pontbriant^ Charles 
de La Pommeraye, Jean Gouion, Jehan Poullet, 
enfin des deux sauvages rapatriés Taignoagny et 
Domagaya. 

Le dénombrement conservé au registre des déli- 
bérations des Bourgeois de Saint-Malo(2) est donc 
un rôle d'équipage composé presque exclusive- 
ment de Malouins, dans lequel les passagers propre- 
ment dits font défaut. Qjielques-uns, comme Le Cla- 



(i) Ap. d'Avezac, p. 35. — Ibid., p. 5, 22. 
(2) BB. 4-83, 31 mars IÎ35. 



— 127 - 

vier de Vitré, Jehan Davy, pelletier de profession, 
que l'on y trouve, devaient s'être engagés comme 
mariniers. Dom Guillaume Le Breton, don Antoine 
étaient sans doute aumôniers en titre pour qu'on 
les ait compris dans l'inscription officielle. L'expé- 
dition avait aussi son barbier-chirurgien et son apo- 
ticaire. 

Jacques Cartier était absent, lorsque le 31 mars 
1535, après Pâques, suivant son ordre, Thomas de 
La Bouille, Jacques Maingart et un certain PouUet, 
qui semble un facteur (0, obtinrent en présence de 
Bastille, capitaine du galion, après une bannie, 
l'insertion qui suit. Leur but était évidemment de 
s'opposer, par une dénonciation en règle des maîtres 
et compagnons, aux tentatives des armateurs étran- 
gers à l'entreprise. Ceux-ci, si l'on s'en réfère aux 
habitudes malouines, cherchaient à cette époque de 
l'année des hommes pour la pèche de Terre-Neuve. 



5 
et 



Le mcrcredy deniier jour de mars après 
Pafqiics mil w'^'^ xxxv à ïahaye Saiiiâ Jehan... 

Et a celluy Poulet aparu le rollc <k 
numbre des compaignons que led. Cartier a 



(i) C'est sans doute ce Jeliaii Poulet dont M. d'Avezac a cru que le 
nom avait été interpole dans la première impression du Brief Récit 
en 1545. Sa présence ici enlève toute raison de douter qu'il ait fait partie 
de l'expédition. L'exagération évidente de son rôle dans le Brief Récit 
peut seulement faire penser qu'il a dû participer à sa rédaction. Peut- 
être même en est-il l'auteur. On ne le retrouve point dans les registre; 
d'ttat civil de S. Malo, mais il devait être de Dol comme tous les 
Poulet. (Cf. d'Avezac, f 6, 22, ^9-40. Variantes f 52, 57, 62.) 



lit;: 



;t? 




I I 



— 128 — 

prins pour lad. navigation; & a efté mis entre 
mes mains^') pour incerer cy deflbus, & a cel- 
luy Poulet protefté de en dymyer du numbre 
de XXV à trente & d'en prendre d'aultres à fon 
chouaix. 

L'incertion defd. maiftres, compaignons, 
mariniers & pillotes fenfuyvent^'^ 



1. Jacques Cartier, cappitaine, 

2. Thomas Fourmont, maiftre de la nef. — Thomas 
Fromont, dit de La Bouille, assiste avec Cartier aux 
délibérations de la Communauté avant le voyage. Il 
fut un des rares compagnons du deuxième voyage 
qui suivirent encore le capitaine en 1541. Il n'était 
pas Breton. En 15 18, après Pâques, « Thomas 
Fromont de la paroiffe de La Trinité de Routhan 
époufe Guillemette Patrix , fils d'Allain. » C'est 
Rouen estropié, La Trinité est une paroisse voisine 
du village de La Bouille, près Rouen (3). Il a procès, 
en 1540, avec Richart Richomme et François Cro- 
uler. Ce dernier est mêlé aux affaires de Cartier (4). 

3. Guillaïune Le Breton Bastille, capitaine et pilote 

(i) De Jehan Leveillé, greffier. 

(2) Nous ne rectifions que qu.itre noms dans la liote insérée par 
M. de La Borderie dans le Collectionneur Breton (tome I, p. 179, 1862): 
II', Estienne Prunevel — IZstienne Pommerel ; 13°, Bertran Sauboscq 
— Briend Sauboscq; 24% Jehan Du Vert — Jehan Du Nort; 44*, Jehan 
Ravy — Jehan Davy. Nos autres restitutions ne sont pas des corrections 
de texte. 

(}) Voyez la tutelle de ses enfants sous le 19 octobre 1541, p. 50. 

(4) Ramé, i" Série, p. 26. 



129 — 



du cralion. — Fils d'autre GuilLiume Le Breton sieur 
de La Bastille et de Guillemette Yvon, né le 1 1 janvier 
1508, jour saint Malo, épousa Robine Desnos; d'une 
famille de marins comme prouvent les sobriquets de 
plusieurs Le Breton, Suroiiaist(^\ Nordest. On ne sait 
pas quelle parenté il pouvait avoir avec Jehan Le 
Breton qui épousa Jehanne Des Granges vers 1536 et 
avec Olivier Le Breton qui épousa Gillecte, autre nièce 
de Catherine. La Bastille est tout près de Limoi- 
lou, en Paramé. Guillaume Le Breton ne vivait plus 
le 26 février 1540, n. st., ainsi que le prouve l'or- 
ganisation de la tutelle de ses mineurs. 

4. Jacques Maingard , maijîre du galion. — Fils 
d'Allain Maingard et Collette Des Granges, né le 
22 décembre 1498. Cartier avait été parrain d'un de 
ses enfants dès le 26 février 1520, n. st.; il avait 
épousé Gillette Eberard. On le trouve le 2r juillet 
1541, après le départ, en débat avec un procu- 
reur .de mauvaise foi appelé Oliviero. Les Main- 
gard sont alors très nombreux. Dans la taxe faite 
à l'entrée de La Trémouille qui paraît propor- 
tionnelle à la fortune, Guillaume, Thomas et Joseph 
Maingard accusent leur importance bourgeoise par 
une forte quote-part. On ne peut pas rattacher avec 
cerdtude le père de Jacques Maingard aux branches 
de La Kuperie, de Belestre, de la Ville-es-ofrans, de la 
Ville-Guguen, dont il est souvent question au xv!*^ s. 



«1» 



(i) On disait ouaist, surouaist .i Saint-Malo à l'époque de Jacques 
Cartier, pourquoi donc avoir laissé dans tout le premier voyage la forme 
onaist qui n'est qu'une mauvaise lecture. 



150 




Les lacunes de l'état civil empêchent du reste 
également l'identification certaine des trois autres 
Maingard qui suivent dans la liste, Michel, Raoullet 
et Perrot. Le nom est fréquent dans les paroisses de 
Saint-Coulomb et Paramé, qui fournissaient une 
foule de mariniers aux équipages malouins. 

5. Macé Jalohert, capitaine el pilote du Corlieu. — 
Fils de Bertrand Jalohert et de Jehanne Maingard, 
épousa Alison Des Granges, sœur de Catherine, 
vers 1528. Il en eut trois hls, N..., Gilles et Perrin, 
et sept filles, les Jaloberdes en féminisant, comme 
on disait les Collines, les Chatonnes, les Bretonnes. 
Il était frère de Vigour Jalohert, procureur. Hermine 
Jalohert, née le 18 janvier 1502, peut être leur sœur; 
son nom d'Hermine, très rare à Saint-Malo, semble- 
rait avoir jUelque parenté avec la grande et la petite 
Hermine de Jacques Cartier. Macé Jalobert naviguait 
encore en 1555. C'est lui « Maiftre après Dieu du 
navire la Margiierite-Boiinadvcntiue » , qui soutient à 
cette date un procès où sont intéressés François 
Cronier et Guillaume Sequart(0. Ce procès, qui se 
déroule, au principal, devant le Parlement de Bor- 
deaux, concerne un fret de morues envoyées en 
Guyenne et est étranger au Canada proprement dit. 

6. Guillanine Le Marié, maijlrc du Courlieu. — Avait 
épousé Perrine Ruel, un de ses enfants fut le véné- 
rable messire Jean Le Marié, chanoine de Saint- 
Malo, né le 19 juillet 1528. 



(i) Revue (h Bretagne el Vendée, 1880, 2' série, p. 378, 



— ni — 



7. Laurent Boiilain. — Marie Boulain, « fille feu 
Laurent » nomme le 16 octobre 1540 un fils de 
Jourdan Maingart. 

^ 8. Eftienne Noitel. — Neveu et filleul de Jacques 
Cartier, second enfant de Jehanne Cartier et de Jan 
NoueKO, né le 21 août 15 10. Parmi les enfants de 
son second mariage, Jacques, né le 5 février 155 1, 
aussi filleul du capitaine. Ce dernier Jacques est le 
Nouel qui obtint, en 1588, comme héritier du dé- 
couvreur, un monopole pour l'exploitation du 
Canada (2). 

9. Pierre Esmery, did Talbot(^). 

10. Michel Hervé. ~ Il y a Michel Hervé l'aîné 
et Michel Hervé le jeune qui épousa, vers 1540, 
Yvonne Gravé. C'est, croyons-nous, ce dernier qui 
retourna au Canada en 1541. (Ci-dessus, p. 26.) 

11. EJiienne Pommerel. — Beau-frère de Julien 
Plancouet ci-dessous (Bapt. 8 juillet 1527). Il épousa 
Françoise Maingard vers la fin de 1536; nombreuse 
postérité. Il est souvent cité dans les Registres des 
délibérations. 

12. Michel Aitdiepvre. — Ce personnage se re- 
trouve aisément quoique son nom soit écrit dans les 
textes Audiepvre, Odieupvre, Aulievre, Dieure, Ol- 



' 1 . 



(1) Pierre Nouel, l'aîné des enfants, sieur de La BouIIenavc né le 
13 avril 1506, épouse Marie Chenu. De lui Jean Nouel La B^irre très 
influent dans sa ville à la fin du siècle. 

(2) Voyez plus loin les chapitres 38 et 39. 

n^P^' 6 février 1540 et 27 janvier 1541, au greffe, mention de 
Uurdryne Lsmery femme de N. Maingard, et aux Baptêmes le 16 juil- 
let 1549, de noble homme Jacques Hemesry, sieur de Lesnen. 



1^.2 



dyepvrc, le Lièvre, etc. Noble homme Michel Au- 
diepvre était fils ou petit-fils de Thébault Audiepvre 
et de Jehanne Pommerel. Malgré une ou deux 
générations d'alliances malouines, cette famille n'était 
pas originaire du pays. C'était une de ces familles 
de morte paies venus des endroits les plus divers , 
qui finissent par faire souche dans leurs garnisons. 
Celle-ci était vraisemblablement suisse; on voit des 
Suisses, des Allemands, tels que les de Carpan, 
René de Mayence, etc., se fixer à Saint-Malo. 
Michel Audiepvre, probablement très jeune, alla 
au Canada, fit peut-être quelques autres voyages; 
puis épousa une nièce par alliance de Cartier, Per- 
rine Jalobert, fille de Macé et d'Alison Des Granges. 
Cartier nomma l'aîné de ses enfants, puis un second, 
le premier Jacques ayant succombé. Nous retrouve- 
rons celui-ci en 1588. Michel, en 1558, est « vng 
des gentilf hommes de la garnifon du chafteau ». 
Il est souvent question de Michel Audiepvre dans 
les papiers du temps parce qu'en sa qualité de plus 
ancien gentilhomme de la garnison il préside par 
suppléance les assemblées de ville. Il exerçait aussi 
les fonctions de « commis à la Recepte des droids 
de l'Admirai fur les prinfes de guerre. » 

13. Brieiid Sauboscq. — Aliàs Saubault, mari de 
Jocehne Maingard. On a la tutelle organisée le 4 sep- 
tembre 1540, après son décès. 

14. Richard Coha^. — Famille de marins, de 
charpentiers de navires, de « gallifeflreux » ou cal- 
fats. 



vng 

|i\u ». 
dans 
plus 



lari de 
4sep- 

|is, lie 
I3U cal- 



- 133 ~ 

15. Lucas Saiimiir. 

16. François GuitaiiU , apolicaire. — Étranger. 
Etienne Salmon, Guillaume De Sarceaulx et son 
compère M*^ Adam Faschei; Jean Masgon, plus tard; 
sont les apothicaires de la ville au xvi<^ siècle. 

17. Georget Mahille. — Comme l'on peut voir 
dans les listes et statuts de la « confrairie de fainâ: 
Crefpin », la plupart des Mabille étaient cordonniers 
à Saint-Malo de père en fils depuis les temps les 
plus reculés. 

18. Guillaume Sequart , charpentier. — Les Se- 
quart ou Secart viennent de l'autre côté de la Rance, 
Saint-Énogat, Pleurtuit, Lehon (Bpt. 1508, 1520, 
1560). Ne pas confondre celui-ci, Guillaume Sequart 
de Pliirytirit qui épousa Olive Havet vers 1520, avec 
un autre Guillaume Sequart que l'on rencontre de 
1548 à 1560 environ dans des procès concernant 
précisément la morue et les armements de pêche de 
Terre-Neuve, conjointement avec Macé Jalobert(0. 
Cet autre Guillaume Sequart, qui déclare 32 ans en 
1 5 56(2), ne pouvait être comme charpentier au voyage 
de 1535. C'est d'ailleurs un habitant plus considé- 
rable, mari de Perrine Jonchée (22 avril 1554, 
ap. Pq.)î enchérisseur en 1558 à l'adjudication des 



(i) Arrêt du i8 septembre 1555. Revue de Bretagne et Vendée, iSbo, 
2' série, p. 378. — On trouve encore le concernant une sigiiilication 
(2 juin 1558), de jugement de la juridiction de Saint-Malo, concernant 
une promesse de fret de 40 pipes de morue sèche à conduire à Bor- 
deaux sur la Benoiste de Saint-Malo (Audiences à la date, feuille vo- 
lante). 

(2) Audiences, 6 juin. 




'il; 
iii ■ 



- 134 — 

deniers à lever pour le rachat du droit de Convoi, il 
met jusqu'à 4,100 livres. 

19. Robin Le Tort. — Il était d'une famille que 
l'on trouve alliée à la iin du xV s. aux Le Mée et 
aux Protêt, et au xvi*" aux Artur, aux Boullain, aux 
Eberard. 

20. Sanson RipanJt, barbier. — Les Ripault tenan- 
ciers en Saint-Méloir. 

21. François Giiillot. 

22. Guillaume Esnault, charpentier. 

23. Jehan Dabin, charpentier. — Se retrouve, le 
12 novembre 1544, témoin de Cartier dans un 
procès. 

24. Jehan du Nort, charpentier. — De Saint-Malo, 
mari d'Henriette Bertré, laquelle était d'une famille 
d' « impofteurs », c'est-à-dire de clercs des impôts. 

25. Julien Golet. — Nom malouin. 

26. Thomas Boulain. — Second Boulain faisant 
partie de l'expédition. Thomas, fils de Bernard Bou- 
lain, sieur de La Gastinaye et de Perrine Maingard, 
épousa vers 15 17 Jehanne Chenu, de lui est issu le 
Boullain sieur de La Contrie qui marqua au temps 
de la Ligue (Office, 30 mars 1573, Bapt., Mar.) 

27. Michel Philipot. — Pils de Pierre Philipot ou 
Phelipot, receveur du Chapitre en 1508 et 1522, il 
épousa Jeanne Le Huchestel, alliée aux Des Granges. 
(Bpt. depuis le 25 juin 1548). 

28. Jehan Hamcl. — Un homonyme dans une 
procédure du 9 septembre 1541 (Office). 

29. Jehan Fleiiry. — On voit au baptême d'un sau- 



135 - 



le 



un 



vage (17 septembre 1553, ci-dessus, p. 76), un Jehan 
FJeury, l'aîné, qui doit être celui-ci; il aurait pour frère 
M'^ Guillaume Fleury, chapelain de Saint-Anthoine. 
^ 30. Guillaiitm Guilbert. — Étranger, si le nom 
n'a pas été estropié par le greffier. Il y a plusieurs 
Guillaume Gillebert contemporains. 

3 1 . Colas Barbé. — Souvent cité dans les registres 
de 1540 et 41, fit partie du 3^' Voyage. Avant 
15 18, Anthoine Barbé de Paramé épouse Jeanne 
Maingart. Un autre Barbé, originaire de Saint-Jagu, 
s'était déjà établi à Saint-Malo en 1508. Le nom 'est 
commun. 

32. Lorans Gai Ilot. 

33. Guillaume Bochier. ~ Plusieurs Guillaume 
Biochet figurent aux registres du temps. 

34. Michel Bon. — M« Jehan Du Liscouet, cha- 
noine, nomme le 18 septembre 1533 ua fils de 
Michel Eon et Hylaire Fergot. On ne rencontre pas 
d'autres Michel Eon dans ces années. 

35. Jehan Anthoine. — Étranger, si le greffier ne 
s'est pas trompé, le nom d'Anthoine comme nom 
de fiimille n'existant pas à Saint-Malo à l'époque. 
Celui d'Antheaume est de souche malouine. Jehan 
Antheaulme figure dans un baptême du 31 décembre 
1530. 

36. Michel Maingard. —Voyez ci-dessus Jacques 
Maingard. 

37. Jehan Maryen. 

38. Bertrand Apvril. — Est-ce le môme Bertrand 
Apvril nommé 35 ans plus tard, le 13 mai 1570, un 



:. 



r: 



136 



des commissaires pour préparer les joutes nautiques 
en l'honneur de Charles IX entrant à Saint-Malo. 
On y vit le combat furieux d'un navire aux armes 
du roi et d'une galère mauresque qui se termina par 
l'embrasement et l'engloutissement de cette dernière. 

39. Gilles Rufjin. — Nom malouin; un Gilles 
Ruffin contemporain épousa Macée Angot en 1539. 

40. Geoffroy Olivier. — Reparaît avec Jacques 
Cartier, le 2 octobre 1538, dans une question de 
dîmes; doit être un tenancier des environs de Li- 
moilou (Audiences). 

41. Guillaume De Giteniexè. — Guernezé est le 
nom de famille depuis plusieurs générations. Dès 
1472, Jean De Guernesey épouse Thcophania (Hstien- 
nette) Maingart; Guillemette De Guernezé est femme 
de Jehan Maingart, de Rothéneuf (Bapt. 10 mars 1 5 18). 
La forme très fréquente de De Gueneré portée par 
plusieurs dynasties de procureurs malouins est sans 
doute une altération du même nom. Qiioi qu'il en 
soit, le compagnon dont il s'agit est de Saint-Malo 
sans qu'on puisse connaître sa filiation. C'est proba- 
blement le Guillaume qui épousa Marie Pestel(Bapt., 
14 novembre 1540). 

42. Eiistache Gressin. 

43. Guillciiime Allieâe. — Les Alliecte sont origi- 
naires de Saint-Malo à en juger par le premier cité au 
registre des mariages entre 1468 et 1472. Il y en a 
aussi en Saint-Méloir. Ils sont alliés à Saint-Malo à 
la vieille famille des Menfenit (1472), presque 
éteinte au commencement du xvr' siècle, et aux Des 



f 'k 



i 



137 



)ar 



en 



10 



im- 



au 

p à 
[que 
Des 



Grandies ; Robin Alliecte ayant épousé Perrinc Des 
Grandies avant 1497. Cette famille était très impor- 
tante au moment de l'emprunt de La Trémouille. 
Thomas Alliecte la représente pour i^o' 6* 6''. Guil- 
laume Alliecte, procureur et promoteur du Chapitre 
(Bpt., 18 août 1496), était sans doute le père de 
Guillaume qui partit avec Jacques Cartier; An- 
thoine Alliecte, sieur de l'Isle Gracieuse, assistant à 
un baptême Des Granches le 10 octobre 1529, se- 
rait le frère du même Guillaume. 

44. Jehan Davy. — Un certain Jehan Davy, pelle- 
tier, âgé de 70 ans au 9 septembre 1566 (Office, 
1566-68), nous semble être ce compagnon. Le 
même, le 23 avril 1545, vend une maison à Bertran 
Jonchée et parmi les témoins de cet acte on voit 
Jacques Cartier. Rien de plus naturel d'ailleurs que 
le voyage d'un pelletier au pays des fourrures. Les 
Davy paraissent venir de Saint-Père en Poulet (Ma- 
riages, août 15 18). 

45. Picnù Marqiiicr, trompecle. — Les Marquier et 
une branche des Locquet, leurs alliés, sont les trom- 
pettes jurés employés aux publications de justice. 
Pierre Marquier revint à Saint-Malo (Bapt., 10 dé- 
cembre 1539). On peut croire qu'il devint marin et 
corsaire, si c'est bien lui qui est partie dans un 
procès de restitution de prises, du 9 novembre 1564, 
à la suite de la capture de V Andrée de Bastable, 
appartenant à Pregent Botherel sieur de Beauvais(0. 

(i) Ollicc, il la date. 



«» 



138 




' H'' 



Il 5 



i.]v 



'\r 



46. Guillaume Le Gentilhomme. — Laurent le Gen- 
tillîomme qui épousa Catherine Jalobert, fille de Macé 
Jalobert et d'Alison des Granges devait être son fils 
(Bpt. 3 juillet 1566). Dans les annales de Saint-iMalo, 
beaucoup de Le Gentilhomme sont bouchers à la 
Halle et très violents. 

47. Raoïilkt Maui^ard. — Voyez ci-dessus ' ]ues 
Maingard. 

48. François Dnanlt. — Il n'y a de Duault que 
beaucoup plus tard; plusieurs Ruault à partir de 
1488. 

49. Hervé Henry. — De Saint-Malo. 

50. Yvon Le Gai. — Marinier breton. 

51. Anthoine Alieâe. — Le seul Anthoine Alliecte 
connu en 1535 épousa Robine Le Breton (Bapt., 
16 avril 1529, ap. PqJ. Il en a été parlé à propos de 
Guillaume Alliecte. 

52. Jehan Colas. 

53. Jacques Prinsault. Il épousa Julienne Le Bret, 
sœur d'Ecuyer Bertran Le Bret, sieur de La Ville- 
Aubert, gentilhomme de la garnison; ce dernier, mari, 
en 1547, de Françoise Prinsault. 

54. Dom Guillaume Le Brelon. — Dom au 
xvf siècle, dans la Haute Bretagne et particulière- 
ment à Saint-Malo, indique un prêtre et un prêtre 
séculier, spécialement même un prêtre non pourvu 
de canonicat ou du bénéfice d'une cure , un simple 
chapelain, un prêtre libre, comme nous dirions. 
Cette désignation n'a rien non plus ici du dom des 
Bénédictins. Nous insistons sur ce point parce que 



^. 



139 — 



lan, 

au 
lére- 
:ètre 
Lirvu 
m pie 
ions, 
des 
que 



M. Harrisse, dans un intérêt protestant, a cherché 
à soutenir qu'il n'y avait point de prêtres catho- 
liques dans l'expédition de Jacques Cartier (0. Il est 
bien relaté pourtant, dans le Récit même, que l'on 
disait la me$se au Canada, notamment au moment 
du scorbut. « Ht ordonna le [capitaine] que le di- 
manche enfuyvant l'on diroit audid lieu la melVe )> 
(///). d'Ave/ac, p. 33). Il serait à désirer cependant 
que l'on trouvât quelques renseignements sur ces 
deux premiers apôtres du Canada : Doni Guillaume 
Le Breton et Dom Anthoine qui le suit. Ce que 
nous avouons n\avoir pu faire. 

55. Dom Anthoine. 

56. Philippe Thomas, charpentier. 

57. Jacques du Boys. — Frère de Julienne Du Boys, 
femme d'Hstienne Nouel, celui-ci neveu de Cartier. 

58. Jiillien Planconet. — hpousa Jehanne Pom- 
mercl (Bapt., h 'uillet 1527), sœur d'Estienne Pom- 
merel ci-dessus. 

59. Jehan Go. — « Le quart jour du moys de 
juign 1531, qui eftoit la dimenche de la Trenité, fut 
baptifée une fille à Guillaume Le Marié & à Perrine 
Ruel h femme; & fut nommée Jehanne par Jehan 
Le Gos de Baflc-Bretaigne mary t^ efpoux Perrine 
Courtays, commères Catherine Des Grandies & Marie 
Le Marié... » Jean Le Goff était de la paroisse de 
Plenan, au diocèse de Cornouaille (Mar., f' 15). 



(i) Notes pour servir à l'Histoire, à ]a Bibliographie... de h Xoiivelk 
France, p. 45 et note. 



I 







» 

l: fit 



ri 

il 



il !l 












— 140 — 

60. Jehan Le Gentilhomme. — En 15 18, Jehan Le 
Gentilhomme de Paramé épouse Jeanne Richomme. 

61. Michel Donquan, charpentier. — Sans doute de 
ces ouvriers Hirois (Irlandais) nombreux à Saint-Malo. 

62. Jehan Aismery, charpentier. 

63. Perrot Maingard. — Voyez ci-dessus Jacques 
Maingard. 

64. Lucas Clavier. — Probablement un Le Clavier 
de V\tré. Uuc des branches de la famille Le Clavier 
se fixa à Saint-Malo à la fin du siècle. 

65. Goulhet Rion. 

66. Jehan Jac, de Morhihen. — Jac, marinier, dé- 
pose le 28 novembre 1534 dans une enquête sur la 
forme du guet appelé à Saint-Malo le Réveil. 

67. Pierre Nyel. — C'est, croyons-nous, Pierre 
Ruel, né le 12 janvier 1509, N. st., de Guyon Ruel 
&■ Perrine Rouxel, qui devint allié de Jacques Cartier 
par Henry Rouxel qui épousa Roberde Nouel (Bpt., 
18 mai 1539). 

68. Le Gendre EJlienne Le Blanc. — Il est flicile de 
trouver Estienne Le Blanc, sieur de Bournays, bour- 
geois, mari de Perrine Brisart. Mais la tutelle de ses 
enfans, du 19 octobre 1542, n'apprend rien de son 
gendre. Ce n'est sans doute pas Robert Fromont, 
de Fougères, marié à Gillette Le Blanc en 1556 
(Bapt., i*-' avril 1526, 10 mai 1556). 

69. Jehan Pierres. 

70. Jehan Coumyn. — Vers 15 16, un Jehan Cou- 
main épouse OUive Le Breton. 

71. Anthoine Des Granches. — Ce n'était pas. 



141 



5 56 



ou- 



)as, 



croyons-nous, un frère de Catlierine Des Grap.ches, 
car il manque au partage de Jacques Des Granges 
inséré plus haut. Il ne figure à aucun baptême Des 
Grandies. Il est ci-dessus dans la pièce du 4 mars 1 541 

(P- 25). 

72. Loitys Doiiayrcn. — Le personnage de ce nom 
a laissé quelques traces par suite des orages de son 
existence. Oiielle que fut son origine, il fait nommer, 
le 3 juillet 1533, un enfant par M*-" Robert Chouais- 
met, chanoine, et Guillaume Sanson, geôlier. Cette 
dernière relation indique qu'il était en prison, au 
moins pour dettes. Il est ardemment poursuivi, en 
1540 (28 septembre), par Loyse Freau, veuve de 
Guyon Du Tremblay, gentilhomme de la garnison et 
trompette du Château, pour avoir tué ledit Du Trem- 
bla}^, sans doute en duel. « La diète veuve a diét ne 
voulloir jamais voir led. prifonnier. » Elle obtint son 
incarcération; mais comme après le fait il s'était 
sauvé dans l'église et en avait été tiré de force, il 
excipa devant la juridiction de la franchise du lieu et 
obtint d'être remis dans son refuge, bénéficiant du 
zèle des officiers du Chapitre à défendre le privilège 
d'asile (0. Il est très vraisemblable qu'il en sortit pour 
retourner au Canada en 1541. 

73. Pierres Coupeaux. 

(i) « Sur ce, le procès-verb.il & enquefte leues & les opignions prinfes, 
maiftre Joceliii Cheville eft d'opigiiion que le prinfonnier doibt eftre 
remys cii fa fr.inchife; M° Loys de La Moue adhère. M*-' V. Le Hucheftel 
adhère, M* NicoUas Jocet adhère, M° Jacques Reguaull adhère. — • 
Veues... a efté déclaré que led. prinfonnier à matière de demander ertre 
remis en fa franchife & ordonne faifant droid qu'il y fera remys, & hs 
juges & chafcun hommes & fubjeds commis. » (Office 1540-43). 




™' 







^'■i; 
h 

■f;! 



(lia k 

ht m î» 



— I.)2 — 

74. Pierre Jonchée. — Deux Pierre Jonchée con- 
temporains ; l'un sieur de la Salmonnaye, mari de 
Jeanne Chouaisnet (Bpt., 4 novembre 1545); l'autre, 
cité dans un baptême du i" mars 1535, n. st., fils 
de Guillaume Jonchée, sieur des Croix-Gibouin en 
1549, tige des Jonchée, sieurs des Croix du xvi% 
épousa Guillemettc Pépin. Bertrand Jonchée, sieur 
des Portes , leur collatéral , eut pour enfonts le capi- 
taine Hamon Jonchée Les Portes, marin qui s'illus- 
tra dans la course, fut employé par commission 
royale au siège de la Rochelle, devint « Lieutenant 
général de l'artillerie et Pensionnaire du roi en Bre- 
tagne », et Guillaume Jonchée, sieur du Fougeras^, 
l'un des principaux chefs des bourgeois pendant la 
Ligue, que nous retrouverons ailleurs. 

En résumé, la liste de 1535 est un rôle d'équipage 
recruté surtout à Saint-Malo(0. A l'exception des pa- 
rents et des alliés de Cartier et des Des Granges, on 
y trouve peu de noms des principales fiunilles. Le dé- 
couvreur dut avoir autant de peine à trouver ses ma- 
riniers qu'il en avait eu en 1534, où l'on voit déjà 
l'hostilité des armateurs malouins se manifester (2). 
Les entreprises de Cartier entravaient beaucoup la 
pêche de la morue qui s'effectuait régulièrement 
depuis déjà longtemps. 

(i) Charles de La Pomnieraye, cité plus haut (p. 126), était neveu 
d'Olivier de La Pommeraye, chanoine de Saiut-Malo et archidiacre de 
Dinan. 

(2) Kamé, 1" Série, p. 4. 






XXXVIII 



1587. — Deux lettres de Jacques Nouel 
de Saint-Malo touchant les découvertes 
de Jacques Cartie- au Canada. 



Nous empruntons ces deux lettres, presque incon- 
nues en France, à la publication qu'en a faite en 
1843(0 la Société historique et littéraire de Québec, 
si zélée pour les études franco-canadiennes. Elles 
avaient été recueillies vers la fin du x\r siècle par 
Hackluyt(2) et ne se trouvent que dans sa collection, 
sous texte anglais, d'où il a lalki les retraduire. Il 
est piquant de voir dans cette période d'inertie en 
matière coloniale qui précède chez nous le règne 
de Henri IV, ce « monsieur anglais » mettre tout 
en œuvre pour retrouver les Relations perdues de 
Jacques Cartier et recueillir les notions personnelles 
des marins et trafiquants qui se rendaient encore à 
ce Canada si négligé. Hackluyt ne devait pas être un 



êf 



(i) Voyages Je découvertes au Canada entre le 



s années 1534 et 1542 



ocques Cartier, le sieur de Roberval, Jean Alphonse de Xancto.^ne 
etc. (Quéoec, William Cowan, 1843, P- 97-ior.) ^«"^to.„ne, 

(2) Principall iiavigatious, III, p. 242. 



.*.-. 





-- 144 - 

géographe cosmopolite , mais un excellent Anglais , 
très soucieux des intérêts de son pays. 

Les traduction et retraduction de ces lettres ont 
défiguré les noms malouins qui y figurent. Jacques 
Nouel, que nous retrouverons au chapitre suivant, 
écrit à un étudiant appelé Jean Groote, nui n'est 
autre, malgré la forme hollandaise (0 du ..om, que 
Jean Grout de Saint-Malo, fils de François Grout, 
sieur de La Ville-ès-Nou veaux, et de GuillemetteCollin, 
le même probablement que Jean Grout, sieur de La 
Ruaudaye, qui eut quelques années plus tard un rôle dans 
les procès suscités par les événements de la Ligue. Sa 
sœur, Françoise Grout, avait épousé Guillaume 
Gaultier, sieur de Lambestil, receveur des Devoirs 
de l'Ancienne Coutume en 1595, puis miseur de la 
ville, qui devient Gilles Watier dans l'ouvrage 
anglais. 

On a dans ces lettres la constatation de la dispari- 
tion rapide et presque entière des manuscrits de 
Jacques Cartier, cartes, livres de bord, etc. Une ville 
comme Saint-Malo, si elle se soucie peu de manus- 
crits littéraires, devrait, semble-t-il, être riche en 
trésors de ce genre, dont toute la valeur a dû de tout 
temps être bien comprise d'une population de ma- 

(i) Les Grout se disaient d'origine hollandaise et se rattachaient à la 
famille dont sortit Grotius (D. 'l'aillandier, tome II, p. 249, note). Il 
y a à Saint-Malo d'autres noms flamands ou hollandais : ainsi des Heyns 
(Heinsius) au commencement du xvii* siècle. Q.uoi qu'il en soit, cette 
famille était fixée à Saint-Malo avant 1488, car on la trouve dans la liste 
de l'emprunt de La Trcmouille. Le 5 octobre 1518, lendemain de son 
entrée à Saint-Malo, l'rançois L'' nomme un fils de Jean Grout le 
jeune et de Jeanne Brûle (Arch. de Saint-Malo, GG i Baptêmes). 



— 1 |.S - 

rins. 11 n'en est rien pourtant; et on en devine aisé- 
ment la cause en lisant la seconde lettre de Jacques 
Nouel. Les travaux géo^rapliiques avaient alors un 
tel intérêt pratique pour les navigateurs qui tentaient 
de nouveaux voyages dans les parages peu connus, 
qu'ils étaient appelés à être souvent reportés aux 
mêmes lieux et à courir nombre de fois les hasards 
de la mer. 



Lettre écrite à M. Jean Groote, étudiant à Paris, 
par Jacques Noël de Saint-Malo, petit-neveu de 
Jacques Cartier, relativement à la découverte 
des Saults en Canada. 

Monsieur Groote, 



lient à la 
note). Il 
Heyns 
Mt, cette 
Is la liste 
In de son 
Icrout le 
es). 



Votre beau-frère M. Gilles Watier m'a montré 
ce matin une carte publiée à Paris, dédiée à un 
nommé M. Hackluyt, gentilhomme anglois, dans 
laquelle toutes les Illes occidentales, la région du 
nouveau Mexique & les païs de Canada, Hochelaga 
& Saguenay fe trouvent compris. 

Je maintiens que la Rivière du Canada qui eft 
décrite dans cette Carte n'y eft pas placée comme 
elle fe trouve dans mon livre, lequel eft conforme à 
celui de Jacques Cartier, iki que lad. carte ne place 
pas le Grand Lac qui eft: au dellus des Saults en hi 
façon que les Sauvaiges qui demeurent aux dits 
Saults nous en ont donné connoiifaiice. Dans h fuf- 
dite carte que vous m'avez envoyée, le Grand Lac 



lO 



~ I I6 - 



^ 



f'y trouve placé trop au Nord, les faults & chûtes 
d'eau font par les 44*" degré de latitude & il n'eft pas 
aulfi difficile de paflfer qu'en fe Timagine. Les eaulx 
ne tombent pas d'aucunes hauteurs bien confidé- 
rables; ce n'eft qu'un Heu de la rivière où il y a 
mauvais fond; il ferait poffible de conftruire des 
barques au defliis des faults & il eft facile de mar- 
cher par terre jufques à la fm des 3 faults : il n'y a 
pas plus de cinq lieues de marche. 

J'ai été fur le haut d'une montagne qui eft au pied 
defd. faults, d'où j'ai pu voir lad. Rivière au delà 
defdits faults; laquelle fe monftre plus large qu'elle 
n'eft en l'endroit où nous l'avons palîee. Par le 
peuple du pais nous a été dit qu'il y avoit dix jour- 
nées de marche depuis les Saults jusqu'au Grand Lac; 
mais nous ne fçavons pas combien de lieues ils 
comptent pour une journée. 

Je ne puis pour le moment vous en écrire plus 
long, car le courrier ne peult demeurer plus long- 
temps. Je terminerai donc pour le préfent en vous 
préfentant mes meilleurs faluts, priant Dieu de vous 
accorder l'accomplilîement de tous vos défirs. 

Voftre ami affeélionné, 

jAcauES Noël. 

De Saint-Malo, avec hâte, ce 19'' de juin 1587(0. 



Mon cousin, je vous prie de me faire le plaifir de 
m'envoyer le livre qui traite de la découverte du 



(i) Ce qui suit est un post-scriptuni de la même lettre. 



— i.,7 — 

Nouveau Mexique & l'une de ces nouvelles e.rtes 

des lues occidentales que vous ave. envoyée 

^^oarebeau-WreGill^^^ 

M. HaJ<luyt Monfieur An.lois. Je ne manqueray 

Je trouver ces relations que le capital e Jacque 
Cnrt,er a écr.tes après fes deux derniers vov ,e en 

Canada. - ^^ 



Autre lettre écrite à M. Jean Groote par 
led. Jacques Noël (0. 

Monsieur Grootk, 

Je ne puis vous écrire rien davantage de tout ce 
que , a, pu trouver des écrits de feu n,o„ oncle le 
Cj.p.uune Jacques Cartier (quoique j'aie foit des re- 
cherches partOMt où d n,'a été potlible de le faire 
dans cette ville), à l'exception d'un certain livre faid 
en n,an,ere d'une Carte marine, laquelle a été rédi- 
gée de la propre main de mon oncle fufdit, c^ qui Ce 
trouve maintenant en la polTedion du fieur de Cre- 
meurW. Cette carte eft paHablement bien tracée 6c 
deffineeen ce qui regarde toute la rivière de Canada; 
ce dont ,e fûts bien certain, par ce que d'icelle j'ai 

(i) Foyagrs ih- dcconvcrtes, p. loo. 

de Sai„t-Malo, et de demoi elle r / ' -^f««'^-(^'>ault, alloué 

Grange' ou leurs e c^ a ms ' '""^^^" """ '" ^^^^'"' '" ^- 



■ 





moi-mc'me connoillancc, nulli loin que rétciuient 
les (iuilts OLi j'ai été nioi-niC'me. La haiiicur dcfd. 
Saillis eft par les 41" degrés. J'ai trouvé dans la dite 
carte, au-delïïis de l'endroit où la Rivière fe partage 
en deux, au milieu des deux branches de ladite Ri- 
vière & quelque peu plus proche de la branche qui 
court vers le Nord-Oueft, les mots qui luivent écrits 
de la main de Jacques Cartier : 

«' Par lk peupij; du Canada i;t Hochelaga, h. 
i:sT DIT : QUH c'i:sT ICI ou l'ST LA TKKRI-: DJ- Sagui:- 

NAY; CLUELLl' l.ST RICIIl- ET ARONDl- l-N Pll-RRI'S PRÉ- 
CIEUSES. » 

Et à environ 100 lieues au-deffous de cet endroit, 
j'ai trouvé les deux lignes fuivantes écrites fur ladite 
carte dans la diredion du Sud-Ouest : 

(' Ici, dans ce pays, se trouvent la canelle i:t 

Li; GIR0I-L1-: QJJV. dans LEUR LANGUE ILS APPELLENT 
CANODILLA. » 

Pour ce qui cft de mon Hvre dont je vous ai parlé, 
il eft faiél en la forme d'une Carte marine & je l'ai 
remis à mes deux fils Michel ik Jean qui prefente- 
ment font en Canada. Si à leur retour, qui fera avec 
la volonté de Dieu, vers la Sainte-Magdaleine pro- 
chaine, ils ont appris quelque chofe qui vaille la 
peine d'être rapporté, je ne manquerai pas vous le 
faire fcavoir. 



I 



XXXIX 

15^7-1 5HB. — Concession de privilèges 
au Canada accordée par le roi, puis 
retirée, aux neveux de Jacques Cartier 



I-es tm-es de cette .flaire sont éparpillés. Not,s 
allons en taire le relevé en y intercalant les pièces 
qui manquent aux deux recueils de MM. Kamé et 
Miclielant. 



1. 29 août t575. _ Brevet de capitaine pensionné 
ce l.a Marnie royale, accordé à Étietn.e Chaton, sietu- 
Je La Jannaye(u, en considération de ses services 
l-endam le siège de La Rochelle, à la reprise de 
Belle- sie lors de l'armentent de six navires tait à 
Saint-Malo contre les Kochellois, è^- stirtout pour 
avoir capturé, comme commandant d'tm de ces 




k 



m 




- 1)0 — 

navires, Jan AbrnlKini(0, secrétaire du prince tic 
Condé. Paris, à la date. 

{Riivic, v^ Scric, p. S--rf)- 

IL 26 novembre 1587. — Jacques Odieure « mar- 
chant demeurant à Saint-Malo, l'un des luccelleurs 
de leu Jac Cartier », agissant par Sébastien Odieure, 
procureur, son tVere, 6c Jacques Nouel se font déli- 
vrer par Hfliiennc Gravé & Julien Le vSieu, notaires 
royaux à Saint-Malo, un Intiijiiiiipt authentique d'un 
fragment des comptes liquidés en 1544 entre Jacques 
Cartier ik. Koberval, à l'effet d'appuyer leur demande 
de concession de privilèges au Canada fondée lur les 
pertes subies par Cartier leur oncle. 

(Raillé, V'' Série, p. 24-^2). 

Odieure se retira vite de cette affaire. Car son 
nom ne s'y trouve que dans cette pièce. Il était, 
comme nous l'avons dit (p. 132), petit-neveu par 
alliance de Cartier et son filleul. 

III. Lettres Patentes, Paris, 14 janvier 1588, oc- 
troyant à «' Effienne Chaton, ejciiier, lieur de La Jan- 
naye, & à Jacques Nouel, cappitaines de marine, 
maiftres pillotes de noftre ville de Saind-Malo de 



(i) Il tut pendu à Paris le i j août 157;. On peut voir dans Pierre 
de Lestoilc des détails sur Abraliam et Moissonnière son complice, ainsi 
que sur la conspiratioi» princicre qui tut punie en leurs personnes (.7/'. 
Micliaud, XIA', p. 59). 



1)1 — 






oc- 
Jan- 

\lo de 



l'ille en Brctaignc, nepvcuz & héritiers de detViincl 
Jacques Cartier, en l'on vivant cnppitaine ik grand 
pillote de nier » , privilège pour le trafic des mines 
& pelleteries « au pays de Canada, Conjugon èv' 
autres )•, pendant douze ans, avec concession de 
60 personnes extraites des prisons pour servir à 
l'exploitation des mines. 

Ce privilège est accordé en considération de la 
perte de 8 mille 630 livres subie par Jacques Car- 
tier, établie par le compte ci-dessus exhibé, du désir 
que Chaton et Kouel ont de continuer Ut uicinoirc 
tant de leur feu oncle que d'eux-mêmes en achevant 
ses entreprises; ce pourquoi « ils ont efi:é nourris dès 
leur jeunelfe au faicl de la marine & en enfuivant 
les mémoires, cartes & inftruétions que leur a lailîe 
leur feu oncle, leur aiant, fur fes derniers jours, recom- 
mandé l'exécution is: continuation de fon entreprinfe ••; 
Vu qu'ils ont fait par plusieurs fois led. voyage & 
qu'ils continuent même à présent d'an en an à traii- 
quer avec les sauvages, qu'ils en ont amené plusieurs 
à Saint-Malo, et qu'ils ont découvert des mines; Vu 
aussi la perte de trois pataches qu'ils ont éprouvée au 
Canada l'an passé dont le roi leur est redevable, «S: 
enfin le défaut de paiement par le roi au sieur de La 
Jannaye de deux mille deux cents écus pour ses gages 
de capitaine de la marine royale pendant les douze 
années dernières. 



is IMcrre 
icc, ainsi 
.ncs (•■'/'• 



(Riliiiê, i''^ Série, p. J.f-44). 




„ 152 — 



]y. 9 tcvricr 1588. Délibération des Bourgeois de 
Saint-Malo afin de s'opposer à ce privilège". 



?•! 



" Le ix^ jour lie fcbviicr l'an mil \ ' i.xwviii ;i TA- 
baye par devant M. de La Peraudicre, lieutenant... 
(25 présents dont Jacques Nouel). 

Sur la remontrance du Procureur(-) avoir elle ad- 
verty de plufieurs des bourgeoys is: habitans que le 
cappitaine Jacques Nouel & autres ont obtenu Lettres 
du roy de trafiquer au Canada , l'interdifant à tous 
autres pour certains ans; choie préjudiciable à la 
généralité de cefte Communauté; — il a efté délibéré 
que lefd. Lettres feront oppoiees au nom de celle 
Communaulté en la court de Parlement de ce pais & 
ailleurs que befoign fera, ik. à ceft effed confenty 
procure que led. Procureur adrelfera à vng procureur 
en la court. Pour ceft effeét, Charles Jonchée, mi- 
leur de lad. ville, baillera deniers au Procureur; ce 
qui luy fera alloué en Ion compte. » 



n 



V. 27 février 1588. - Même sujet. 




« Pour ce que cefte alfemblée a efté à l'occaiion des 
Lettres du roy obtenues par le c.ippi' , .ye 

is: cappitaine Jacques Nouel tou " ^a . que 

lefd. habitans ont penfé qu'auci qui ach nt le 



(i) Inédite (Arcli. S;iint-Malo, Dclib., i^Hô-SS. I. 
{2) Jean l'icot, ^icur de I.a Gicquelave. 



-86). 



Il des 
ve 

il le 



4 



- 1)3 -- 

nrcflc y ont iiuorcll inc(') luis déporte du raport; is: 
pour ce Pierre Le Roy, notaire roial, a elK* commis 
à raporter ce que f'ert faid. » 

VI. II mars 1588. — Avis favorable à la révoca- 
tion du privilège, pourvu que les habitants de Saint- 
Malo se substituent aux charges imposées par le roi 
à Nouel t<c à Chaton. Cet avis, signé Dounliii, paraît 
être une consultation d'avocats au Parlement de 
Rennes provoquée par les bourgeois. 

Ledit avis est ainsi motivé : les Lettres obtenues 
du roi l'ont été sur un faux donné à entendre. — Jan- 
naye n'est ni neveu ni héritier de Jacques Cartier (-). 
Ses services contre les Rochellois et autres ont été 
rendus aux dépens des habitans & sur leurs navires. 
Il n'a pu continuer les découvertes de Jacques Cartier, 
n'ayant jamais été au Canada. Il n'y a pas sujet aux 
habitants, ne serait-ce qu'à cause de son imposture, 
de lui payer les gages arriérés lui dus par le roi; 
non plus que le reliquat des créances de Jacques 
Cartier puisqu'il n'est pas son héritier. — Qiiant à 
Nouel qui fiivorise la fraude de Jannaye, les voyages 
qu'il a pu faire à la Nouvelle France, comme tant 
d'autres, ne peuvent lui constituer aucun droit. Il est 
neveu de Cartier; mais il a des cohéritiers & n'est 



(i) Germain I.cvcillc, i^rctiicr de la Coiiiniunautc. 11 se dcmit de son 
grcHc le 29 juillet 1^88, à hi suite de ces atlaires. 

(2) Etienne Chaton, né le 28 janvier 1545, n. sr., fils d'Olivier 
Chaton, sieur de La Jannaye, procureur, et de Catherine Le Cjobien , 
était par cette dernière allié des Des (îranj^cs. — II épousa '1 honiasse 
Maini^ard. 



i 



■lfl> 



154 — 



i .i.' 




intéressé à la succession de son oncle que pour une 
bien faible partie. Les habitants sont invités à établir 
ce dernier point par certificats des autres héritiers. 

{Ramé, H^ Série, p. ^4-48). 

VII. Sans date. — Annotation en marge d'une 
copie authentique des Lettres patentes du 14 jan- 
vier & de la consultation qui précède. Elle émane 
soit d'un député des Maiouins en court, soit du 
membre du Conseil du roi qui devait conclure en 
leur fiiveur, & accuse une violente hostilité à ren- 
contre des concessionnaires & des droits de Jacques 
Cnrtier. On y conteste les découvertes de celui-ci. 
On y avance qu'il est resté débiteur des habitants 
de Saint-Malo(') pour des sommes équivalentes aux 
8630 livres réclamées par lui au Roi. 

(Rame, i'-^ Série, p. S)-44)- 

VIII. 17 mars 1588. — Délibération des États de 
Bretagne réunis à Nantes, visant une requête des ha- 
bitants de Saint-Malo contre les capitaines Jannaye 
& Jacques Nouel, décidant de faire présenter au roi, 
par les députés en Cour, des remontrances à ce 
sujet, dans l'intérêt de la liberté du commerce. 

Arch. d'IUe-el-Vilaiue, Registres des Étals, C, 2642, 
p. 6)^. — {Ramé, 2^ Série, p. 10-11). 



(i) (]cc\ doit vouloir dire que le roi n'avait pas rembourse toutts 
somtnes empruntées par ses Commissain.s à des liabitants pour employer 
aux armements de Cartier. Nous voyons par exemple Roberval em- 
prunter dans ce but 1550 livres tournois à l'rançois (j'onicr (liiiinr , 
(" ,SV/7V, /). 26). 



hmmSSmSSbmI 



./2, 



kc toutes 
[mployer 
[val em- 

tllH' ) 



r (K. 



— 1)3 — 

IX. Mars 1588. — Remontrances des États de Bre- 
tagne pour obtenir l'abrogation du même privilège (0. 

Cette pièce-, du plus grand intérêt, a été découverte 
dans le fonds des États par M. Edouard Qiiesnet, ar- 
chiviste d'Ille-et-Vilaine, et publiée par lui dans les 
Mélanges d'Histoire et d'Archéologie bretonnes. Cette 
collection étant diOîcile à trouver aujourd'hui et la 
pièce manquant aux deux séries de M. Ramé, nous 
croyons utile de la donner ici. 

HXTRAICT DU CAHIER DiiS Rl'ÀlONSTKANCHS 

faicles au Roy par les gens des trois eftalz du 
pays & duché de Bretaigne extraordinaire- 
ment convocquez par auclorité de fa Majellé 
en la ville de Nantes, y arrellé & conclu le 
feiziefme jour de mars mil cinq cent quatre 
vingt huicl:, refpondu au confeil d'ellat tenu 
à Rouen le 9^ jour de juillet oudit an. 

Combien, lire, que de tout temps le com- 
merce & tralicq aid elle libre à vos fubiedz 
du pais ëc duché de Bretaigne avecq les lau- 
vaiges & aux terres neufves, pays de Canada, 
Conjugon & autres, tant des pelleteryes, pef- 
ches que autres marchandifes cie quelque 
forte que ce foit, touteffois liftienne Chaton, 

(i) Arch. d'Illc-et-Vilaiiie. Kt.its, série C, liasse Caiiadn., — Mélanges 
il'Hisloirc cl Archi'ologic brchmncs, t. 1, nSj), p. 126-7. — Il 11c subsiste 
des liemontranccs de 1588 que ce iVagment. 






f 



iH ir 




-- 1)6 - 

ficiir de La Jannaye, & Jacques Nouel, habi- 
tans de Saind Malo, fur taulx donné à en- 
tendre d'avoir taicl quelque defcouvertures 
aufdides viles auroient obtenu lettres de 
voftre Majellé le 14^ janvier dernier portant 
interdidion à tous aultres de traficquer auf- 
dids lieux pendant le temps de douze ans, 
pretendans par ce moien enipefcber la liberté 
ancienne & accoulluniée du commerce de 
ladide province en gênerai. 

A ces caufes vous plaife revocquer les 
dides lettres obtenues par les dids Chaton 
& Noël comme obreptices & ordonner que 
lans y avoir efgard il fera permis à vos fub- 
iedz de traficquer aufdides ylles avecq telle 
liberté que au paffé. 

(Rcpoiise sur ce chef,) 

Le Roy accorde la revocation des lettres 
de permilîion obtenues par le fieur de la L^n- 
naye & Jacques Noël, excepté pour le regard 
des mynieres dont il a tait la recherche & 
defcouverture. 



if 



Coi. lionne à l'original par moy, notaire 
fecretaire du Rov. Si^né Bardc^l'l. 



')7 



taire 



X. 5 mai 1588. — Arrêt du Conseil en conior- 
mité d'une requête des Malouins. Pièce inédite (^\ 

Extraict des Registres du Conseil d'Estat. 

Veu par le Roy en Ion confeil la rcquefte 
prcfentcc à Sa Alajcftc par les manans & ha- 
bitans de la ville de Sainâ Malo tendant à 
ce que pour les caufes y contenues il pleufl: 
à Sa Majefté déclarer que par ses Lettres pa- 
tentes odroyées à ElHenne Chaton Heur de 
la Jaulnaye & Jacques Noël, llidide Majeilé 
n'a entendu empefcher le commerce, traiicq 
& pefche libres es villes de Canada, Conju- 
gon & autres terres neutves cy devant del- 
couvertes, à tous fes fubiedz & en tant que 
befoing feroit pour ce regard revocquer leid. 
Lettres & reftraindre &: limiter les delfences 
accordées aufd. Chaton &: Noël pour les 
terres qu'ilz pourroient cy après defcouvrir, 
coppie d'arreil dud. confeil fur la requefte 
dud. Chaton & Noël du xiv^" janvier dernier, 
aultre coppie de Lettres patentes par eulx 
obtenues lefd. jour 3i an ; — Le Roy en son 
Conseil en entherinant lad. requefte a dé- 
claré & déclare que par lefd. Lettres patentes, 

(i) Série des litats. Série C"!, liasse ('anada. 



isS - 




fad. Majcftc n'a entendu empefcher la liberté 
du traiicq & commerce de pelleteryes & 
toutes autres fortes de marchandifes à tous 
fes fubiedz eld. viles de Canada & Conjugon 
8c de la pefche accoutumée, Ordonne que 
fefd. fubied/ continueront lefd. traficq & 
pefche en toute liberté, comme ilz avoient 
accoutumé, non obftant lefd. Lettres & Ar- 
reft & autres femblables Ledres qui pour- 
roient avoir efté obtenues par fefd. fubiedz, 
lefquelz Arreftz 8c Lettres au furplus & pour 
les terres qui feront cy après defcouvertes 
par lefd. Chaton & Noël tant feuUement for- 
tiront leur plain & entier efFed. Faid aud. 
Confeil d'eftat tenu à Paris le cinquiefme 
jour de may mil cinq cens quatre vingt/ 
huid; ligné, Forget. 

Collationné à l'original par moy, notaire 
fecretaire du Rov. Bardoul. 




XL lloLien, 9 juillet 1588. — Lettres de révoca- 
tion pure ts; simple, sur faux donné à entendre, du 
privilège accordé à Etienne Chaton is: Jacques Nouel, 
habitant., de Saint-Malo(0. 

(Rame, j''^- Série, p. .fS-^o). 



(i) Les Lettres coiitiennciit en outre iiiiu Ordonnance réglementant le 
bail du Sel. 



1)9 — 



U'C, du 

el, 



lou 



kicnt 



ant K 



Xir. î6 juillet 1)88. — Intimation des Lettres 
de révocation à Saint-Mil o. 

« Pour ce que le Procureur a faicl intimer au cappi- 
taine Jannaye les lettres du roy touchant le faict du 
Canada par Treufl, lergent roial; le plaignant led. 
cappitaine Jannaye que le lergent rapporte luy avoir 
efté aparus par original ; ce qu'il dit n'avoir fiiict &: 
pour ce l'a faid ajourner. — Pour fervir aud. Treuil 
à l'airignation a efté délibéré que led. Procureur en- 
voira à M" Pierres de La Mote à Rennes lefdites 
lettres (0. » 

On ne trouve pas de tentatives nouvelles de Nouel 
et de Chaton dans le but de recouvrer leur privilège 
ou de tirer partie de la concession de mines qui en 
subsistait, et ils semblent avoir passé condamna- 
tion (^). On ne sait s'ils reçurent quelque com- 
pensation, Chaton pour ses gages de capitaine de 
marine des ordonnances du roi en souffrance depuis 
le jour de son institution; Nouel pour ses services de 
mer sur lesquels les renseignements font défiiut. 

Les événements des années suivantes durent mettre 
lin aux faveurs de cour que le sieur de La Jannaye 
avait su se concilier, duoiqu'on ait la preuve de 



(0 Dclib. 1581-88 (H 13 7-86) à la date. 

(2) D'aprcs les Mémoires tle la Société Historique Ue Montréal 
(année 1859, p. 101), un document conservé au Canada ferait mention 
d'un certain Ravaillon comme successeur des privilèges de Nouel en 
1)91. Nous n'avons trouvé dans nos recherches aucune trace de ce 
Ravaillon. 






I 6() 





ses bonnes relations avec Mcrcœur('), il n'en fut pas 
moins banni par les Ligueurs après la prise du chh- 
teau de Saint-Malo. Il fut mis dans la catégorie des 
suspects e.N puisés sans payer de rançon. Il rentra 
dans la ville après les troubles et y mourut le 15 
mars 161 3. 

Il n'est pas douteux que Chaton et Nouel ne fussent 
les représentants d'une compagnie commerciale 
formée pour exploiter le privilège qu'ils avaient ob- 
tenu. Les dissensions intérieures de la Cr iimunauté 
accusent ces rivalités d'intérêts. Cette compagnie fut 
battue par l'ensemble de la bourgeoisie qui trouvait 
mieux son compte à la liberté. La lutte est analogue 
à celle que l'on vit en 1614 entre la ville et l'asso- 
ciation formée par Richard Boulain Bardoulaye, Jan 
Pépin Boiscleret, Allain Magon Brehaudaye, Jullien 
Gravé Le Pré , de Saint-Malo (2). 

L'action gouvernementale, surtout au xvr' siècle, 
qu'elle fût représentée par Roberval, Troïlus de 
Mesgouez marquis de la Roche, ou plus tard par 
Champhiin, ne gênait guère les trafiquants dans un 
pays aussi vaste que le Canada, qu'ils y allassent 
pour la pêche ou les pelleteries. Mais la concession 
de privilèges qui pouvait entraîner l'accaparement 
des meilleurs marchés devait provoquer des conflits. 
Bientôt les Malouins durent réunir tous leurs efforts 



(i) Dclib. 12 dccembrc 1584. Mission Jii capitaine Jannaye. 

(2) Rame, a" série, p. 59-44. — Arcli. de Saint-Malo, V. ]'. 4 — 138, 
pièce inédite. 



— i6i — 

contre le privilège de Jan Chauvin de Dieppe (0. 
Ils succombèrent judiciairement dans cette lutte mal- 
,^ré leur appel cette fois aux droits de Jacques Cartier 
et de ses compagnons. Heureusement leur vitalité 
maritime et commerciale reprit bien vite la place 
abandonnée par ces éphémères tentatives de mono- 
pole que nous ne pouvons étudier ici. 

,J;? ^'f^ ^'/ll^-^t-Vilaine, Série C, liasse Canada. - Mèlan^.rs d'Hh- 
'oneenUrcl.eolo,,c bretonnes, 1855, t. I, p. 124. _ Ramé, V Série, 



tm 



H* 



ir 



XL 



I53^"i557' — Procès de Jacques Cartier 
et son évocation dans diverses procé- 
dures('>. 




Ce qui embarrasse le plus la justice du temps, ce 
sont les interminables auditions de témoins. L'aflfiiire 
principale s'enchevêtre de multiples serments déférés 
sur le moindre incident. Les procureurs assignent un 
nombre illimité de jureurs. Ils profitent de la présence 
à l'audience d'un personnage considérable pour l'évo- 
quer dans leur cause. Aussi ne doit-on pas être sur- 
pris de rencontrer le même nom dans les afîiiires de 
la môme journée, les plus étrangères les unes aux 
autres. 

Nous donnerons un relevé de ces procédures, 
quelque ingrat qu'il paraisse, parce qu'il peut faciliter 
de nouveaux éclaircissements; de plus, leurs dates 
corroborent utilement celles des pièces que nous 
publions et celles des présences aux baptêmes. Elles 
servent par exemple à constater qu'il n'y a point de 



(i) Ardi. d'Ille-et-Vilaine, Audiences à la date; une année fait plu- 
sieur'î volumes, n^ais la série n'est pas complète. 



— I6: 



place pour un cinquième voyage, en comblant l'inter- 
valle des présences aux baptêmes, entre le 15 août 

1544 et le 27 avril 1547, que l'on ne s'expliquait 
pas. 

2 octobre [;j6\ -~ Cartier, par procureur, demandeur 
pour lui et autres nommés, aftliire de blés. 

"^ Jacques Cariier etc. , par Olivier Rchault vers Jehan 
De ourme en fou nom & procureur de François Macé, 
Rolland Ruby, Gefiroy Ollivier, Olivier BalFet, Guillaume 
Le Deboté, Guillaume Boullain, Jehan Heurtault, Charles 
Mnmgart, !• (tienne Daulphin, Jehan Baudran, Hamon 
niourame, & chafcun prefent, jureront jucq à demain; e\: 
mthvraera. 

Jeudy. — Pour le procureur au denuncy de M--- Olivier 
Rehault. « - Affaire de blés... Procédure de clem. Le 
nom de Cartier ne reparaît pas. 

ij octobre i)-j(j. . Cartier en personne. 

« Pour le regalle. ~ M^ Jacques Cartier prefente un re- 
giftre sur papier contenant l'acquift , demandant eftre receu 
A kne informer qu'il a faie^ bannyr iceluy & produicl tlief- 
moms. — Olivier Ernoul, fergent. — Déclaré qu'il in- 
forme, cS: en feront baillés adcs. » 

14 fini 1)40. — Cartier présent, assigné dans un c< des- 
troid « (énonciation) de demandeurs jurés; affiu're de dîmes 
ou de fourniture de blés. 

2/ mai 1)40. ~ Cartier présent; il s'agit, au cours 
d un procès Cheville, d'une enquête pour savoir s'il y avait 
un greffe d'ofîice à Saint-Malo à une certaine époque. On 
ue voit pas la déposition de Cartier. 

17 ^iifii 1)41- — Audience de Régale. 
« M-^ Jacques Cartier apiert ung contracl 1-iia... Prefens 
G. Pean, J. Collet & Rolland Durant, jurez; & ont effé pre- 



léf' 



- ir>, 

lents aux bannies faides par Ollivier IùmkhiI, forgent qui 
ainfi le relate & en fera baillé aclc. » 

Le greflicr s'était trop hâté de recevoir les certificateurs 
de bannies. Cartier, qui partait le 23 mai, n'eut point le 
temps de faire sa production, et l'insertion est demeurée 
inachevée au registre. 

/'•'■ décembre /j'./2. — Cartier présent. Affaire La Gente 



ci-dessus. 



p. )5. 



y janvier i)4h n. st. 
Bcrtran Menet. 



Cartier par procureur, contre 



Même jour. — Présent en personne, jure à l'évocation 
de Chaton. 

8 juin 1)4). — Par procureur, dans la môme affliire et 
dans la suivante. 

« Le vandredy viii'-' jour de juign v*-' xi.iii. 

Pour capitaine Jacques Cartier prefent par Lefné <!s: Che- 
valier; & Fabi procureur de Jacob Girondel, Vigour Jalo- 
bert; mention chez ' ' procureurs. — A l'aiournement de 
Cartier, excepte Gironael & diél atendre ; fin il procédera. 

Et apiert Cartier l'adc figné de Leveillé & déclare que 
c'eft cellui dont il parle par fon libelle etc., apiert que 
c'eft l'efcripture de Leveillé & qu'il efl: notoire. 

Propofe outre Fabi aux defpcns de Cartier; delay de ref- 
pondre à huiclaine. Somme Cartier Fabi de aller quérir 
Macé Jallobert & le rendre ici, à huidaine. » 

) juUkl 1)4). 

(( Le vandredi tier jour de juillet v^ xliii, M. l'alloué. 

Thefmoins de Fabi, procureur de [F. Hes]. 

Jehanne Cartier. 

Ceulx defoubs chez moy apelés (0 : 

Jac Cartier, 

(i) Chez le grertier. Lecture douteuse; à la page suivante du même 
registre, Cartier comparait par procureur. 



ii 



-T 165 

lilticnnc Richoinmc, Jcha.i Jioullaia cS: Vvonnot Daul- 
phiii cS: Jehan Picot, jures. Adjointe le <;,cllicr cS: no- 
taire, 1-. Hes, Georges De Beaiibois. - Baille Petit, procu- 
rcur de Guyon, les interrogatoires à Monficur. » 

ry fcvricr 1^4^, x. st. - Jacques Cartier témoin dans 
im incident du procès pendant entre P. Artur c^ Jacques 
Le 1er. ^ 

2/ février rj44, x. st. Dans une allaire entre Tho- 
mas Boulain fils Jehan et Jehan le Moyne. 

'^Jacques Cartier apiert vng dyal où y a des quictances 
particuh;er.is parniy aultres acquids qui lui font requis 
pour la '/erifhcation de Ion compte. » 

10 avril IJ44 (,W.). _ n interprète le portugais; affaire 
de course, ci-dessus, p. 57. 

S novembre 1J44. — Devant l'alloué. 

« Hntre Jacques Cartier, préfent; LcCné, préfent ; Lefné 
Pougeray, Rogues(i) c^ Girard. Mention (-\Ule Cartier chex 
luy. - Pt Robert Le Paige préfent, Pabi & Jocet. - A 
l'adjournement de Cartier qui baille conclufion, refpond 
l'aby & demande tier jour fans defpens. >> 

12 novembre 1J44. - « Entre Jacques Cartier préfent 
par Pougeray, Lefné procureur, & Fabi procureur de Ro- 
bert Le Paige préfent, procures délivrées à Cartier dedans 
vngmoys. 

'Phefmoins de Cartier : Jehan Secart, detîaillant; Guil- 
laume Blondel, def. ; Jehan Dabin, def. ; Jehan Raguidd, 
juré; Jehan Regnoul, etc. (3). 

Pabi baillera intcrrogaïuircs dedans anu\t. 



I 



il 



{i) M" Jean Kogiics, procureur. 
(2) idle. 

(0 Jehan Dabi.i du 2- voyage, charpentier; Secart, de la niûne n 
Icssion. ' 



pro- 



lii 



\60 



II 



LS^^ 



ifé 



;/ novembre i) i (. — « Prcreiit Jacques Cartier & Ro- 
bert Ricliotumc par Lel'iié »S: l'oiigeray. — Vx l'abi pro- 
cureur de I Robert Le Paigej ; 

'rhefmoins de Cartier : Jehan Secart , juré; 'l'homas 
L'IIoftellier; juré; Fran<;ois De Roy par Nicolle. 

Mouafan, juré; Ollivicr Hardoul, Ik-rtran Menet. n 

y^'' décembre i)44. — « Prefent Jacques Cartier (S: par 
Lclné & R. Le Paige. — Thelmoins de Lefné, Olivier 
Jonchée juré, G. Bloiuiel, juré. » 

ij décembre i j-i f. — Rôle des navires de 300 tonneaux, 
ci-ùcssus, p. 59. 

i(} janvier i)4), n. st. — Cartier, présent par procureur, 
commence une série d'instances, contre un certain Jocehn 
}Iamon(i). 

ly janvier ij4) (jd.). — Cartier par procureur, même 
atiairc. 

j février i)4) (/</.). — Même alfairc. 

ij février i^4j (/</.). — En personne, même affaire. 

16 février ij4) (id.). — Hn personne, témoin juré à 
l'évocation de Petit. 

I'-) février i)4) (Jd.). — Par procureur. 

2 mars ij/j {id.). — \in personne, produit des témoins. 

6 mars i)4) (Id.). — Jdem, alî'airc Jocehn Hamon. 

9 mars //./> (id.). — Idem, contre P. Jk'rnard, défaut 
d'un témoin. 

24 mars i)4) (id.). — Par procureur, Cartier contre 
P. Hasneviile. 

2; avril 1)4) (ap. iWques). — Ln personne, procédure 
concernant la maison de Jehan Davy, ci-dessus, p. 61. 



■ v 

;1 



(i) Il y a en ce niomciit (.leux Jocelin Ilanion, un qui épousa Jehanne 
l'berard, qui est un des principaux bourgeois, et l'autre, mari de Jehanne 
Gaultier. On ne peut même pas distinguer duquel il s'agit. A la lin de 
1)^7, Michel Audiepvre inler\ient. 



— 167 -- 



27 iiKii ij4j. — j-ji personne, aliaiic de boulan- 
gerie. 

2 juin i) f). — l>ar procureur, contre Jocelin llamon. 

/; juin, 6 juillet. — îilcni. 

iS juillet 1)4). — Hii personne, contre \\ Ikrnard. 

Même jour. — Autre allaire. 

16 janvier 1J46, n. st. — Par procureur, contre Jehan 
Henry, 

6 février, 16 (/</.), — IJcin, contre jocelin Hamon. 

19 février, 2, <j mars i).i6{iii.). — lin personne, contre 
Jehan Henry. 

/<V mai [)46. — lin personne, ré-union des créditeurs 
de Jacques Des Granges. 

28 juin i)4b. — Par procureur, contre Jehan Henry. 

19 juillet 1)46. — Hn personne, selle et bride (p. 66). 

14 août 1)46. — Par procureur, héritage Des Grances 

)o août 1)46. — En personne, contre Jehan Henry. 

Même jour. — Idem, contre Josselin Hamon. 

2} juin 1^47. —Par procureur, contre Jehan Henry. 

9, 20, 2j, 24 décembre i)4y. — Hn personne, encore 
contre Josselin Hamon quoiqu'on fasse mention d'une 
sentence définitive du 22 septembre 1)47. 

2 janvier 1^48, n. st. — Hn personne, ci-dessus, p. 3. 

27 juillet IJ48. — En personne, débat sur un témoin. 

Même jour. — En personne, enquête sur la peste (p. 67). 

21 juillet i))i. — Hn personne, exhibe un rapport 
d'expert, de lui signé. 

2; juillet i)-)i. — En personne, pour Marie du Rocher 
et dans une afîliire de prise, ci-dessus, p. 7. 

2C, janvier ij)-2, \. st.— En personne, artaire Pasdalot 
(p. 70). 



m 



m 



i68 - 




IB]^ "K i; { I 



IP 



12 juin i))4. — Hn personne, procès de l'abienneur 
des Obits de la cathédrale. 

M'hue jour. — Dans une saisie. 

2) juin J ))4. — « Ricliard de Saind Cire & fli femme 
par Le Roy ; Ollive Maingart par Leveillé (S: Lefné ; — 
Thefmoins de Leveillé : Villemallettere &: Jacques Cartier, 
Jehan Huchetel, Jehan Brifivt l'efné, Alain Qucnoual &; 
chalcun jurez, proteftantb. — A jeudi pour eftre de Saincl 
Cire & femme interrogez; fin, mercredy. » 

Même jour. — En personne. François Cronier le jeune 
contre Jehan Maingard ; question de compétence dans une 
affaire de bris. « Ont efté baillés à commillaires les juges 
de céans & comme [Leveillé] ne dicl que le naufraige a 
erté faiél en Bafle Bretaigne ni confeffe aulchun naufrage, 
toutcffois offVe Cronier noyer defpens du procureur de 
Maingard pour aller au lieu de Baffe Bretaigne. — Maingard 
dicl avoir les juges de Saincl PaouldeLeon àfufpeél djfant 
qu'il n'y a leur accès & ell menaffc des gentilfhommes de 
Rokou & ofi"re informer. 

Par M. l'alloué cathedrant après avoir ouy les parties 
font commis les juges de Saincl Paoul & vng nota're avecq 
les officiers. » — Appel de Maingard. 

2) juin i))4. - « Interrogatoire des témoins pour le 
naufrage. 

Collas Protêt, Julien Protêt, P. Chouuiimet, Macé Ja- 
lobert. — Jurée de thefmoins de Le Per; Jeudi. 

A l'évocation pour effre Cartier interrogé, Le rer baille 
articles, (S: jure Cartier, (S: affignation à Lundi. Fin, led. Le 
1er quitte Cartier de l'interrogation; fin, n'y fera Le Fer 
receu par defpens Cs; fur fes abiffz &: exécution etc. — 
Cartier conftitue Chaton en abfence de Leveillé » 

2^', jo juin i^J.f. — Par procureur, évocations de té- 
moins dans la même affaire. 

8 janvier ijjj, n. st. « Davent M. l'alloué prefent 






169 

Le Gobicn, procureur; Guichet, procureur de Jehan Le 
Fer & aultres de la guerre d'Hirelande(i) & M^ G. Pépin 
Broulîardiere prefent, par Eberard & Leveilieux — Thef- 
moings de Guichet : Jac Gartier, Brifart, Jehan Ghoyniet 
Loys GolTelin, jurés; Jullien Le Raiîe, Gilles BalFet, jurés,' 
protefte Pépin de reproches. » 

14 janvier /;;;. _ Même affaire. Le 3 février, l'afîliire 
des Gueniers d'Irlande se continue sans que Cartier y 
reparaisse. 

7 jitiu ijjj. — Macé Caron contre Nouelle le Corvai- 
sier « qui déclare qu'elle cft mineure & prendra Ghaton à 
procureur. Ed prêtent Jac Gartier qui prend le garant pour 
Caron & baille refpond. » 

12 juin i))j. — Par procureur, même attairc. 
14, /y, /cV //////, 10, lij juillet, 14 août ijjj. _ j^km. 
Cartier actionné comme « garanteur. » 

2(j juillet, 2, y décembre ijjj. - Cartier présent, tu- 
telle des mineurs feu Jacques Souchart, contestation de 
« parentelle. » 

<^ Jacques Cartier, juré, etc., did que led. Gaultier ell 
coLihn germain de Jannc Patrix, ayeulle des mineurs... 
ùid congnoillrc la ligne des myneurs & did que Roiilet 
Souchart efl fourd & incapable & Gaultier capable, cS: eft 
d'opinion que Gaultier foid pourveu. » 

6 juin ijj6. — Présent, enquête Gandon, ci-dessus 
p. 82. ' 

2 octobre i)j6. — . \'andred\-, l'econd jour de odobre 
v^ i.vi, davent Moiilicnr le lieutenant, environ l-j.. deux 
heures. 



lÉl 



.1) Ikms le langage du lunp. cd.x siguilic l.i cour.c sur l.s cul.s 
U .rlandc Les niuts course cl cors.drc no soin point ci us,^c; on dit I, 
guerre Cl les guerriers. La distinction q-ron a laite depuis eiure la .>u.rrc 
et 1.1 course est d'ailleurs toute de convention. " 



^^aii 



— 170 




Informe etc., par Jac Cartier, Nycollas MalchartCO; 
M"-' Gilles Chaules prelent, par Lclné, dicl avoir le matin de ce 
jour obtenu défaut fur Frère Jehan de Lefclufe & M"^ Fran- 
coys Le Do fon procureur ; quelz encore prcfentcment 
ont elle cvocqués. Et parlant led. Chaufes, procureur de 
M^ Gcffroy Trotoux le difant recleur de la paroille de Tref- 
faint, evefché de Dol; & eft en ce jour allignation pour 
eflre veues lefd. lettres, 

Eft de rechcft' enquis que led. de Lefclufe ik. Le Do, fon 
procureur, défaillent. 

Jac Cartier, Germain Leveillé, Nycollas Mafchart, Du 
Pré, médire Michel LaChoue, (Guillaume Sanfon, Jacques 
Cartier, Lifcouet, Jan Boullain, M^ Hamon LefnéC^), Jehan 
Vivien, Eftienne Raulx, Dom Jehan Le Conte, Pierre 
Guillet, Jehan JolTet, Gerofmc de Grencfé, Tavigny, Le 
Jar, M^' Jan Fougieres, coriftres, tefmoins o le lieutenant. » 

6 octobre ij)6. — « Noble homme Jehan Moro fieur de 
Maugouërou, mari, expoux & procureur de Yfabeau Tour- 
negouet, par Lefné, remonftre le décès de Jehanne Defnos 
«S: que la Court de céans alaefy par delherence... remonf- 
tre... que lad. Tournegouet le prefenie alln d'avoir la main 
Iburce. — Giiillot Odye, Djnyfe Maingart, Jac (Cartier, 
Jehan Martin Plateroche, jurés; Eftienne Guynel , P. de 
La Lande, G. Gauchart, G. Moro, fieui de La Ville-Jîarnou, 
Henry Dolo iieur de Saint-Ylaire, Pierre Dolo fon fils, Jehan 
Labé jurés; M^ Eftienne Maingard pour luy & fa femme 
protefte de l'es droicts, » 



A la 11 1 d'un volume de 15 56, le greHier a mis pour 



son usage un relevé de ses créances. 



(r) Receveur îles Obits, obiticr. 

(2) Souvent qualilié de « soliicileur, » 



— 171 — 

« Michel l-alailc, me relie de lli produclion, i loi. 
Me refte de Jac Cartier, pour fa production, 5 foiz mon- 
noie. • 

Jehan Davy, de Dol, me refte 6 folz(i). » 

Et l'article de Cartier est barré comme ayant été payé. 

(i) Voyez pour les autres présences de Jacques Cartier en 155601 
1)57' ^«■'s 5 xxviii à xxxr, ci-dessus. 



Du 



4* 



XLl 



1)54' 1)53 



Litiges avec Grand Jean 
Eberard. 



Nous avons dit au début de ce travail le peu d'in- 
térêt de cette procédure. On la trouve sous les 
21 mai, 4, 5, 12, 26 juin 1554; 8, 14, 26 janvier; 
9 février, 8 mars 1555, n. st. L'arrêt de Parle- 
ment qui donne gain de cause à Cartier est du 
28 septembre 1555 (^). 

Nous voudrions trouver quelque chose qui lit un 
peu juger des personnages dont nous citons les noms. 
Il nous est tombé sous la main une pièce qui donne un 
aperçu de la physionomie de Grand Jehan Eberard (-). 




(i) Audiences aux thitcs — Revue tic Bretagne ci l'ciuiéc, iHb'o, 2" Scii!. 
p. 379. — Nous donnerons à celui qui voudrait se replonger dans ces gri- 
moires l'explication de la vedette souvent illisible qui précède beaucoup 
d'audiences de i)54 et j). C'est Davcnl l'aulcianlt, c'est-à-dire devant 
.M' Josselin Cheville, sieur du \'aulerault en Saint-Coulomb, substitut de 
l'iillouê. — l-'abi , procureur, qui instrumente dans presque toutes les 
atl'aires cl le plus souvent pour les adversaires de C^artier, n'est autre que 
M" l'ahi 'l'reliouart, sieur du l'ont Cilles, époux de Robine Maingart. 

(2) il était procureur en titre 'i procureur de céans », et sieur de La Cha- 
pelle, il épousa i'rançoise i^ouljain vers .i)54, jHiis Denise Cuillaume 
(i)47), lille de Jehan et de (Catherine Jocet , tous de la plus ancienne 
bourgeoisie nialouine. Il était frère de ^^ Cuillaume hberard, chanoine 
de Saint-Malo. (jrand Jehan liberard mourut en Avril i>6v II v avait 
des Crand Jehan Salmon, des Cjrand Jehan Kichomme, elc, 



'#-.'"■« 



/ ) 



coup 

vaut 

.11 lie 

les 

que 

l. 



Dans une enquête provoquée par le vénérable 
messire Robert Chouaysmet, chanoine, plaignant, 
Macé Ragot « jardrinier tlemourant à Paramé » dé- 
pose « qu'eftant ou jardrin de la mailbn prebandalle 
de M*^ Robert Chouayfmet, au davant de l'eglife de 
cefte ville, ouquel jardrin eftoit led. M*-' Robert qui re- 
gardoit le parlant qui luy adrec/oit Ion jardrin qu'ell: 
ou derrière de fa maifon, eft venu oudict jardrin vn 
grand homme de la ville, nommé Grant Jehan Ebe- 
rart, lequel après eftre aryvé oud. jardrin CeU apro- 
ché dud. Chouayfmet fans le falluer. Lequel Eberart 
a dict aud. Chouayfmei; que ce ne avoit pas efté bien 
de avoir baptu fa niepce & led. Chouayfmet a dict 
qu'on luy donnoit trop de pié ik que elle avoit did 
davent plufieurs gens que on avoit deirobé 6 ton- 
neaux de fel qui eftoit oud. Hberart, lequel fel eftoit 
ou celier de la maifon dud. M'' Robert ('^^ & que led. 
Hberart eftoit prefent quant les compaignons qui 
portoient fon fel bevoynt fon vin. A quoy led. 
M'' Ebeiart a dict aud. M^' Robert qu'il avoit menty; 
(is: led. M'-' Robert a diét oud. Eberart que fil luy plai- 
foit, qu'il ne dementift; par à quoy led. liberart diCt 
que fi feroict & led. M*-' Robert que non feroicl:. Sur 
tant led. Eberart a prins led. M'' Robert au poil & 
l'a geété à cerre & foullé o les genoulx & luy a 
donné plufieurs coups de poign tant furie vifage que 
autres endroiéts, de a prins led. M"-' Robert ovecques 



(i) Le Chapitre possédait un certain nombre de celliers et de caves 
qu'il aflerniait aux habitants. Celui-ci dépendait de la prébende de 
Robert Chouavsniet. 




— 174 — 

les dens aux doiz & le mordoyt & a mordu juc îi cfu- 
zion de fang; enfcmble fangnoit led. M^^ Robert du 
nez & par autres endroids; & graffyné & meurdry 
le viGi^^e (içrnantement vng oil, lequel eft tout enflé, 
& ne pcult led. M^^ Robert veoir('). .» 

Au cri de force les voisins s'amassent, on fait 
Ikher prise à Grand Jehan Eberard. 

(l) Audiences, 28 avril 1542, N. sr. 



■m 



XLII 

Présences de Jacques Cartier aux 
Baptêmes. 

(lÏTAT Civil. ]W. SaINT-MaI.O, A lA DATE) 



21 août 15 10. Rftienne fils Jan Nouel 
& Jehannc Cartier 

20 mai 15 17. Jehan fils Jan Machard & 
iîarbe Denys .... 

2(S août 15 17. Jocelin fils Jan Le Gen- 
dre & Marie Eberard 

3 mars 15 18, n. st. Jehan fils Thomas 
Maingart & Gefielotte Menyer . . 

10 septembre 15 18. Marguerite fille 
Ellienne Baudouin & Jehanne Da- 
bellays 

13 septembre 1518. Perrine fille Jehan 
Cartier & Jehanne Le Mouenne. . 

10 novembre 15 18. Perrine fille Guil- 
laume Robert & Collette Pean (2) . 



p. cp. H. (i) 

p. cp. /'(/. 

p. cp. /(/. 

signe /(/. 

signe /(/. 

cp. /■(/. 



signe /■(/. 



(0 On sait que dans les baptêmes do ce temps il y a toujours deux 
parniiis ou compères pour les garçons, deux marraines ou commères 
pour les filles. — G. cp., p. cp. ; grand compère, petit compère. 
Signe : Cartier signe. — H, signifie que la pièce a été donnée /// 
r.xfrnso par M. Harvut, dans le travail cité plus haut auquel nous 
renvoyons. — Les actes sans mention n'ont pas été publiés et sont réu- 
nis plus loin. 

(2) Il faut signaler que l'on voit comparaître au baptême d'un autre 
enfant des mêmes du 20 septembre 1517, Raoullet Cartier, né le 
« mai i.|9.|, fils d'iùienne Cartier (Cf. p. 9, !i<rnc 20). 



- 176 — 




i6 mai i)i9. Jehan fils Bertran Gau- 
frier & femme (0 

30 mai 15 19. Jacques fils Jelian Nouel 
& Jchanne Cartier (2) 

10 juin 15 19. Henriette fille Jehan Cle- 
ron & femme [Marie Le Mcigre j . 

26 février 1520, n. st. Fils à Jacques 

Maingart «S: femme [Gillecle Fibe- 

laïUj. • . • ( . a t • . . • 

) avril 1520, \. ST. Robert fils Fedrich 
de Carpan & Katherine Le Jiou- 
teiller(>) 

n niai i).-'o. Guillaume fils Guillaume 
Launay & Jchanne Tanquerel , . 

7 avril i52i,x. st. Jocclin fils Eflienne 
Main2[art & Louife Chignon . . . 

23 juin 1)21. Jehanne fille Guillaume 
Rafel (4) & Guyonne lîafire . . . 

iS avril 1322, n. st. Robert fils Jehan 
Cartier & Jehanne Le Mouenne. . 

19 avril 1522, N. ST. Jehan fils Fedrich 

de Carpan & Jehanne Le Bouteiller. 

20 janvier 1323, x. st. Jehan fils Guil- 

laume Gandon & Jacquette Le Ta- 
neus 

27 août 1524. Jehan fils Jocelin de Flou- 

ville & Michelle Coufin 

26 octobre 1524. Bertran fils Jehan Le 
Breton & Jehanne Des Grandies . 



'A- q^- 


11. 


'A- ^p- 


/</. 


signe 


id. 



S- cp- 



signe 


H 


signe 


■iJ 


signe 


U 


signe 


/,/ 


signe 


U 



p. cp. 



siiïne 



signe 



signe 



IL 



(i) C'n. RouUette Boullaiii, femme de Jeluui Gaufirier. 

(2) P.irraiu : Dom Pierre Billart. 

(3) Cp. M" Robert Le Lcpvrcux. 

(4) Sieur du Clos Rouelle, mnvclinnd et procureur des bourireois de 
J)iuau. Il armait à Saiut-Malo. 



— I 



// 



10 mars 1525, n. st. Jclian fils Olivier 

Launay & femme [Marie Cochon]. 
15 novembre 1525. Jehan fils Jan Saind 

Meens & Guillemctte Bertré . . . 
3 janvier 1526, n. st. Pierres fils Denis 

Felouay(r) & Robinc Golay . . 
2) mars 1526, n. st. Pierres fils Henry 

Philipot & Lucalfe Le Breton, . . 
25 mars 1526, n. st. Jehan fils Robert 

Brignon & Guillemette Morin . . 

5 avril 1526, ap. Pq., Perrine fille Guil- 

laume Le Guère & Ollive Machin. 

30 avril 1529, (ip. Pq.^ Jacquemine fille 

François Guerin, seigneur de Poi- 

fieux (2) & Anne De Fontenailles . 

6 juin 1530. Enfant de l'Hôpital (ci-des- 

^us, p. 17) 

17 juillet 1530. Jehan fils de Vigour Ja- 
lobcrt & Jehanne Gicquel .... 

29 mai 1532. Jehanne fille de Macé Ja- 
lobert & Alizon Des Granges. . . 

26 septembre 1532. Bernard fils de Geor- 
ges Boullain & Perrine Du Nort. 

29 septembre 1532. Jacquette fille Jehan 
Le Camp & Guillemette Nouel . 

I" décembre 1536. Jacques fils François 
De Mycourt (3) & Florence Du Ro- 
cher 

25 mars i539j n. st. Baptôme des trois 
sauvages (imprimé plusieurs fois). 



g. cp. 




signe 


H. 


signe 


id. 


présent 


id. 


signe 


id. 


signe 


id. 



présent, 
présent, 
p. cp. 



signe. 



signe. 



cp. 



g- cp. 



g. cp. H. 



»m 



(i) Nom inconnu. En 1518, Denis Ripault, de Saint-Meloir, épouse 
Robine Golet. 

(2) Chevalier, capitaine de Saint-M-ilo. 

(3) Gentilhomme de hi garnison et contrôleur de 1' « œuvre du Châ- 
teau. » Il mourut en 1543. 



12 




iH mai 1539, N. st. Fils à Mery 

Roiixcl & Robcrdc Noucl .... g- cp. 

13 novembre 1540. Jacquctte fille An- 
thoinc De Saind-Cire & Jehamic 
Boulain cp. 

11 avril 1541, N. sr. Jacquctte fille 
Charles Le Hucheftel & femme 
I Denise Des Granges] cp. H. 

21 octobre 1542. Catherine fille René 
Moreau fieur de La Peraudière & 
damoifelle Roze Des Pallys ... cp. id. 

25 mars i543,/()//r de Pâques. Jacquette 
fille Jacques Palris & Guillemette 
Maingart cp. 

6 août 1544. Pierre fils M*^ Guil- 
laume Pépin Iklinaye & Jehanne 
Le Gobien p. cp. 

27 avril 1547, dp. Pq., Jacques fils Mi- 
chel Audicpvrc «Se Perrine Jalo- 
bert g- cp. H. 

8 décembre 1547. Perrine fille Macé 

Jalobcrt & Alizon Des Granches . présent. 

20 décembre 1548. Jacques fils Michel 

Audicpvrc & Perrine Jalobcrt. . . g. cp. 

29 janvier 1349, n. st. Jacques fils Je- 
han Le Canîs: Guillemette Noucl (i). g. cp. 

29 mars 1549, n. st. Guillemette fille 
François Crofiiier «I^ Alizon Le Go~ 
bien signe H. 

2 août 1550. Jacques fils Raoulct Grout 

& Jehanne Cheville g- cp. 

5 février 1551, n. st. Jacques fils Jac- 
ques Nouel& Servanne Le Doyen. g. cp. M. 

(i) Fille de Jcli.inne Cartier et Jelian Nouel. 



179 — 



8 septembre 1 5 5 1 . Pierre fils François 
Des Grandies (0 cS: Gillede Le ail- 
leurs 

12 juin 1552. Jacques fils Robert Clin- 
chant & Françoise Le Guère . . 

15 octobre 1552. Thomas fils Thomas 
Le lîreton (-') & Guillemette Porcic. 

19 octobre 1332. Fils à François Crof- 

nier cS: Alizon Le Gobien .... 

20 octobre 1332. Julien 7-- fils de Guil- 

laume Pépin Bdinaye & Jehanne 

Le Gobien (?) 

17 novembre 1553. Michelle fille Jehan 
Gorgeu & Martine Jalobcrt . . . 



signe H. 

g. cp. ;W. 
présent, 

p. cp. H. 

signe Id. 



signe. 



Baptêmes inédits (4). 



II. 



Le 26' jour de febvrier (1520, n. st.), //// haplifé 
ung fih à Jacques Maingan 6" fa feuimejô" fut compère 
Jacques Cartier, & François Ebernrd, & couimere Marie 
Le Filloux; haplifé par le vicaire curé dudid lieu. 

Le i</ jour diid. moys l\in mil cinq cents vi))ai & 
deulx (avril après Pâques),///^ haplifé ung fils à Federic 
Cerpan nohle Imime & fa conipaigne Catherine Le Ihn- 
teiller (s); & fut nommé Jehan par Jehan Ernaud, grant 

(i) Fils de feu Guyoïi Des Granges, 

(2) Sieur de la Bastille. 

(3) Guillaume Pépin Broussardicre est parrain. 

(4) Ces actes, ainsi que plusieu: , autres insérés ci-dessus, sont extraits 
des Registres de l'Htat civil de Saint-Malo (Arcli., série G G). 

(5) Sœur de Suzanne Le Bouteiller, qui épousa Henri Uguet, sei- ' 
gneur du Lupin. 




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




1.0 



l.l 



^i^ilM 112.5 



113.2 



«j 



m 



12.2 



2.0 



1.8 



r 


125 


1.4 


1.6 




*• 6" 




► 



*1 



'w 



e. 



^W 



^l 



àl 



^3 



eâ 




o 



7 






â 



Photographie 

Sciences 
Corporation 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N. Y, 14580 

(716) 872-4503 







w< 



Q>- 



w, 





^ 



— i8o — 

couipere, & petit compère Jacques Cartier ; & commère 
Perriue Chenu, femme de Jehan Grout l'efué. Et fut 
haptifè par M. le vicaire curé dud. lieu. 

Le x*^ jour de mars l'an que dejfus (1525, n. st.), 
fut bapti:(é un g fils à Olivier De Launay & fa jemme^ & 
fut nommé Jehan par doni Jehan La Myre^^) grant com- 
père, & petit compère Jacques Cartier, & commère Perrine 
Chenu; & haptixé par maijîre Lancelot Ru fier vicaire 
curé de Sainâ Malo. P. Martin. 

Le penultime jour dud. mois, oudiâ an (avril 1529 
après Pâques), fut par M'^ Guillaume Des Champs, 
doâeur en droiâ & officiai de Monjieur de Sainâ Malo, 
haptifé une fille à mefjire Fr anchois Giierin, chevalier, 
feigneur de Poyfieulx & cappitaine de Sainâ Malo & 
Anne De Fontenailles (-\ fa femme. Et fut nommée Jac- 
quemyne par Jehan Le Bouteiller, efcuier, feigneur de 
Mauperluys & des Landes; marrainne Jacquemyne De 
Couaifquen femme & ejpouje de Colas De Ciihnnauld, 
feigneur dud. lieu de Ciihunauld , & petite marrainne 
Perrine Du Temple dame de Monnet; & auquel haptefme 
affiferent plufeurs gens de bien en grand nombre. J. Car- 
tier prefent fut (3). 

Le XYii*^ jour dud. moys de juillet mil cinq cens trente, 
fut baptisé ung fils à Vigour Jalobert & Jehanne Gicquel 
fa jemme. Et fut nommé Jehan par Jehan Gicquel, grant 

(i) « Organiste de la cathédrale. » (Bpt., 4 avril 1530, n. st.) 

(2) Fille de Léonard de Fontenailles, seigneur de Chouppes en Anjou, 
lieutenant au ch.âteau. 

(3) Rapprochez le baptême du 6 juin 15 30, ci-dessus p. 17. 



I 



— i8i — 

compère, & Jacques Cartier, petit compère; commère 
Marie Gicquel; & fut baptisé par M= Lancelot Ruffier 
vicaire curé de Veglife cathédrale de S. Malo. J. Cartier. 
F. Du Rocher prefent fut. 

Led. jour & an & heure (29*= de may 1532) fut 
baptifé Jehanue Jalobjrt fille de Macé Ja lober t'& Alliion 
Des Granches, fa femme; & fut nommée Jehanue par 
Figour falobert, & fut grande commère Jehanue Boul- 
lain à' petite DenyJfe Maingart; & fut baptifée par 
led. M' Lancelot Ruffier vicaire fufdiâ, an prediâ. f. 
Cartier. 

Led. jour, heure & an (26 septembre 1532),///^ 
baptisé ung fils à Georges Bpullain & Perrine Du Nort, 
fa femme; & fut nommé Befnard par Befnard Boullain 
feigneur de La Gatinaie père dudit Georges, & fut petit 
compère Thomas Maingart, & commère faune Boullain 
femme de Pierre Hancelin; & fut baptifé par Af« Lancelot 
Ruffier vicaire, f. Cartier. 

Lepenultime dud . feptembre jour fainâ Michel (1532), 
//// baptifée une fille à Jehan Le Camp & Guillemcâe 
Nouel, fa femme; & fut nommée Jacquet te par Jacques 
Cartier, compère; commère Marie Chenu femme Thomas 
Maingart, & Coline Jolijf femme Michel Le Fer. Feâ 
par le vicaire curé. J. C. Cartier. 

Le vendredy premier jour de décembre l'an mil v' xxx 
Jeix, fut nommé un fils à Franc:^ois De Myconrt & Flo- 
rence Du Rochier, fa femme. Et fut nommé facques par 
facques Cartier, grant compère; & petit, Jan De La Cha- 
pelle; & commère damoijclle Marguerite De La Plefie. Et 



nm 









m^ 



mmmmm 



— 182 



il ! 



1lB»"l f- 






fut baptisé par M" Lancelot Rnffier vicaire dudit de 
Sairiâ Malo. Prefent fut J. Cartier. G. Rebâti It. 

Le dimanche dix ouiâiefme jour de may mil cinq cens 
trente nenff, fut baptisé ung enfant malle apartenant à 
Mery Roiixel & Roherde Nonel, fa femme, qui fut 
nommé par dont Guillaume Ruault,prcbfîre, pour maiflre 
Lancelot Rufjier vicaire curé. Ht furent compères, fçavoir 
le grant compère cappitaine facques Cartier, & Georges 
Du Boys petit compère, & pour commère Perrine Chenu 
femme de fehan Groult; es prefenccs de plu feu rs aultres 
tefmoins. G. Rehauld. 

Le fabmedy xii^' jour de novembre mil \^ xL,fut par 
dom Roland Columbel, fubftitud du vicaire curé, bapti:(èe 
une fille à honorable homme Anthoine De Sainâ Cyre & 
Jehanne Boulain, fa femme; & fut nommée facquetle par 
noble homme meflre facques Cartier, lieutenant gênerai 
du Roy, capitaine & pilote dud. fyre en fon entreprinje 
de la def couver le des terres de Caïuula; & fut commère 
honorable femme dame fehanne Maingart, & Alli:(on Des 
Granges. G. Eberard. 

Le xxV jour de mars mil v^ XLiii(jour de Pâques), 
jut baptifée une fille à facques Patris & Guillemette 
Maingart; quelle fut nommée facquetle par Jacques Car- 
tier, grant parin, & commère Alifon Des Granges & 
petite fehanne Le Gobien ; & baptifée par ven. & difc. 
M" Lancelot Rnffier, chanoine & vicaire curé de l'eglife 
de céans. Fet le jour comme deffus. fo. Cardonnal. 

Le mercredy vi% mois & an predid (août 1544), fut 
baptifé ung fils Guillaume Pépin Bclinaye & fehanne 



- i83 - 

Le Gohîeii, fa femme, nommé Pierre par M" Pierre Le 
Gobienfieur des Douets & alloué des Cours de Saiml Malo 
pour grant compère, & maijlre Jacques Cartier pour petit 
compère, & fut commère Marie Vincent; & fut baptijéfur 
les fous baptifmaux de l'egUje cathedral de Sainâ Malo 
par ven. & difc. M' Lancelot Ruffier, vie. curé dud. lieu, 
lefd. jour & an que deffus. O. Rehauld. 

Le jeudy S' jour dud. defcembre (1547), //// baptifé 
une fille à MaJJ'é Jalobert & Allifon Des Granges, fa 
femme; & fut nommée Jehanne par Jehan Rouxel de 
Pleudihen, & grant commère Perrine Jalobert & petite 
cm. Loreuce Le Franiouas;& fut baptifée par dont Rou- 
land Coulombel, grant chapelain de lad. egUfedeS. Malo, 
led. jour & an que deffus. Jac. Cartier prefent fut. 

Le jeudy xx'^ jour de décembre l'an mil y' xl & buiùl, 
fut baptifé ung fils à Michel Odienpvre & Perrine Jalo- 
bert, fa femme, dont fut grant compère le capitaine 
Jacques Cartier, & Authouenne De Sainâ Cire petit com- 
père, & commère Gnyonne De Sainâ Cire. Et fut nommé 
Jacques par vénérable Lancelot Ruffier vicaire curé. O. Re- 
hault. 

Le nwrdy xxix^ janvier l'an mil y' xl & huiâ (i 549, 
N. ST.), //// baptifé ung fils à Jehan Le Can & Guille- 
mette Nouel fa femme; & fut nommé Jacques par capi- 
taine Jacques Cartier, grant compère, & Jacques Rouxel 
petit, & grant commère Françoise Le Can. Faiâ par moy 
foubifignè, O. Chaton. 

Lejabmedy fécond jour d'aougjl, an prediâ mil y' cin- 
quante, par vénérable & difcrct M' Lancelot Ruffier fut 



m 



184 



m 



ii! 



! i 



I i 



baptifé luig fils à Raoulet Groitt & Jeanne Cheville fa 
femme; & fut iionuné Jacques par honnejks i^ens Jacques 
Cartier, principal compère, & Robin Pejlel, petit cp., & 
Ollive Lambert cm., lefd. jour & an. G. Langevin^^). 

Le dimanche ww" jour de novembre an mil v"= cin- 
quante cinq, fut haptifée une fille à Jehan Gorgeu & 
Martine Jalobert, Ja femme, & fut nommée Michiele par 
noble homme M*-' Michel Auliepvre compère, & Jehanne 
Phelipes grande commère. Guillemet te Henocques, petite 
commère. Et fut faiâ par vénérable & difcret M" Lan- 
celot Ruffier, chanoine & vicaire curé en l'eglife cathédrale 
de Sainâ Malo, de par moy foubxjigné, B. Briot. Jac 
Cartier (2). 



Mentions de Catherine Des Granges. 

Catherine Des Granges n'est pas en reste de fil- 
leuls. Un relevé des actes où elle figure en qualité 
de marraine complétera les notes qui précédent et 
permettra de juger d'un coup d'œil cette branche 
des relations de Jacques Cartier. On n'y voit aucun 
parent du côté de celui-ci à l'exception des Nouel. 
Catherine Des Granges ne s'y qualifie dame de Li- 
moilou qu'une fois seulement en 1550, et le titre 



(1) Voir plus haut le baptême inédit du 15 octobre 1552, p. 74. 

(2) Il n'y a point de doute sur cette signature, car le 31 octobre 1555 
Catherine Des Granges nomme un enfant de ce Gorju. Cet acte, le 
dernier baptême où comparaisse Jacques Cartier, avait son importance 
avant que l'on sût la date exacte de sa mort. 



BS^JUi,. 






- 183 - 

de temme de Jacques Cartier lui est assez rarement 
donné par le scribe. 

24 oaobre 1 5 30. (i) François fils P. BafTet & Perrine Huby. 
G. cp. Fr. Grout; petit, Gui^ Hervy; cm. Kathe- 
rine Des Grandies femme de Jacques Cartier. 

4 juin 15 31. Jehanne fille Gui^ Le Marié et Perrine Rue). 
Cp. Jehan Le Gos; g. cm. Kath. Des G., petite 
Marie Le Marié. 

9 février 1535. N. ST., Jacquette fille J. Le Bon cS: Jeh-' Du 
Frefche. Cp. Gillct Raguidel; g. cm. Kath. Des G. 
compaigne du capitaine Jacques Cartier, petite Per- 
rine Billart fille de Jan B, fieur de La Villematerre. 

30 juin 1536. Pierre fils de J. De Cofmes & CoUede Des 
Grandies. G. cp. P. Bouchier, petit Bertran Le Vidl; 
cm. Katherine Des G. femme de Jacques Cartier. 

18 février 1537. n. st. Perrine fille M^" Olivier Chaton 
fieur de La Jannaye & Cath. Le Gobien. Cp. M'^ P. 
Le Gobien père de Cath., alloué; g. cm. Kath. Des 
G. compaigne de M^ Jacques Cartier, petite, Marie 
Chenil. 

15 août i3 37.Thomafi'e fille de Guil'^ Oreal & Cath. Brun- 
net. Cp. Thomas De Saind Cire ; g. cm. Olive Bardoul, 
petite, Cath. Des G. femme & compaigne du capi- 
taine Jac Cartier, bourgeois & marchant de la ville 
& cité de Saind Malo. 

13 novembre 1537. Perrin fils Macé Jalobert & Ahfon Des 
Granches. G. cp. Perrin Des G., frère germain d'A-. 
lifon; petit, Thomas De S' Cire; cm. Cath. Des G. 

25 mars 1539, n. st. Un des trois lauvages. G. cp. M^ 
Charles De Champgirault doyen du Chapitre, petit, 
De La Verdcrie, Lieutenant; cm, Cath. Des G. 

(i) ^'oyez plus haut le baptûiic de Catherine du JJixsil (p. ij). 



,1 



j 



' :;;ii 



— 186 — 

12 décembre 1540. Allcnne fille Jacques Patris & Guiiic- 

mette Maingart. Cp. Allain Patris; g. cm. CoUede 
Des Grandies, petite, Cath. Des G. 

13 avril 1341, N. ST. Guillcmctte fille Michel Audouart &: 

Olive Houdcman. Cp. Guih' Hiiet feigneur des Trois 
Roys; g. cm. Tiennette De Villedieu, petite, Cate- 
line Des G. 

30 novembre 1541. Eftiennette fille Allain Louayfel & 
Robine Morel. Cp. Hd*-" Morel; g. cm. Cath. Des G., 
petite, Jeh*^ Morel. 

19 décembre 1541. Jehanne fille Fr. Cronicr & Alilbn Le 
Gobien. Cp. Robin Cronier; g. cm, Cath. Des G. 

19 lévrier 1542, n. st. Marie fille Eftienne Nouel & Ju- 
lienne Du Bouays. Cp. Philipin Gilbert; g. cm. 
Cath. Des G., petite, Catherine Nouel. 

8 août 1543. Michielle fille Macé Jalobert & Alifon Des 
Granchcs. Cp. Michel Audiepvre; g. cm, Cath, Des 
G., petite, Jeanne Boulain. 

Même jour. Catherine, fille des mêmes. Cp. Jacques Patris; 
g. cm, Cath, Des G,, petite, Julienne Du Bouays. 

18 mai 1346. P'rançoife fille Macé Jalobert & Alilbn Des 
Grandies. Cp. Michel Audiepvre; g, cm, Cath. Des 
G., petite, Guyonne De Saind Cire. 

6 mars 1530, N, ST, Olivier fils Guil^ Pépin fieurde La Be- 
linaye & Jeanne Le Gobien. G, cp, Olivier Chaton 
fieurde La Jannayc, petit, Allain Le Veilleux; cm, 
Cath, Des G,, dame de Limelou, 

23 novembre 1350. Janne fils Perceval Maillart & Jac- 
quette Des Granges. Cp. M^ Jehan La Choue; g. cm, 
Cath, Des G., petite, Jehanne Des Grandies. 

16 avril 133 1, N. ST. Robine fille RoullctGrout & Jehanne 
Chevalier. Cp, Robin Cronier; g. cm. Catherine Des 
G. , & Jehanne Grout. 



- 187 - 

31 oaobrei5 53- M;iccc fille Jehan Gorgcii & Martine Jalo- 
bert. Cp. Macé Jalobcrt; g. cm. Guillemette Main- 
gard, petite, Catherine Des G. 

27 août 1358. Françoife fille Michel Dyeiire & Perrine 
Jalobcrt. Cp. vénérable & difcret M-' Laurent Du 
Bois; g. cm. Trançoife Du Hreil dame de Trevalo, 
cm. Cath. Des G. 

23 novembre 1358. Françoife fille François Le Mufe cS: 
Fr^'^ Jalobcrt. Cp. Fr. Cronier fieurde La Souefnayc; 
g. cm. Robine Golfelin, cm. Catherine Des G. 

5 Janvier 1559, n. st. Perrine fille Colas Jan e\: Martine 

Jallobcrt. Cp. Michel Audicpvre; g. cm. Cath. Des 
G., petite, Françoife Courtays. 

6 août 1361. François fils Guil-' Des Granches & Jolfeline 

Collet. Cp. M^ Jan La Choue, chanoine, redeur de 
La Gouefniere ; g. cm. Guyonne Le Breton, petite, 
Cath. Des G. 

12 janvier 1362. n. st. Raoullet fils de Jehan Gallan & 
femme: petite cm. Cath. Des G. 

21 lévrier 1563, n. st. Michel fils Jehan Apvril & Gillette 

Troueffon. Cp. xVIichel Audiepvre, petit, Jacques Ri- 
chomme; cm. Catherine Des G. 

15 novembre 1563. Pierre fils P. Jalobcrt l\: Denife Du- 
rand.; cm. Cath. Des G. 

22 feptembre 1567. Mathurin fils Lorens Le Gentilhomme 

& Catherine Jalobert. G. cp. Mathurin Beaugeart, 
petit, Jacques Richomme; cm. Cath. Des Granges (0. 

(i) Quoique la tcmmc de J. Cartier ne mourût qu'au commencement 
d'avril 1575, ce n'est pas d'elle qu'il s'agit au bapt. de Michel De La 
Lande, du 22 juillet 1572 (Arch. S. Malo,(i(;. 9). Voyez plus haut, 
p. 15, note 2. 



m 




XLIII 

Les Malouins à Terre-Neuve avant 
Jacques Cartier et depuis jusqu'au 
commencement du XVIF siècle. 



:ï'li 



Dans le dernier travail historique relatif à cette 
question, on a voulu établir, en reprenant une vieille 
erreur de M. Habasque, que la pêche de Terre-Neuve 
datait à peine des dernières années du xyi*-' siècle (0. 
Les premiers navires armés sur les côtes de Bretagne 
seraient sortis des ports de Portrieux et de Binic 
seulement en 1612. Puis seraient venues les entre- 
prises des armateurs de Saint-Malo. 

La vérité est que dès la découverte du Grand Banc 
de Terre-Neuve, mise généralement en 1497, mais 
que l'on pourrait peut-être reporter quelques années 
plus haut, la pêche s'organisa et prit presque immé- 
diatement en Bretagne un caractère de régularité. 
Une intéressante Lettre de Rémission publiée par 
M. de La Borderie nous montre les marins de Da- 

(i) Le vaisseau de gnern' des pêcheurs Malouins aux Terres neuves, par 
F. du Bois Saint-Sevcrin (Revue de Bretagne et Vendée, novembre et dé- 
cembre 1877, p. 387-92, 467-75) — Habasque, Notices historiques sur 
les Coles-dn-Nord, tome 1, p. 554 et suiv''-'% 358, note i. 






iiHli 



■iém 



— i89 



houct pochant en 1510 ;\ Terre-Neuve et portant au 
retour leurs moines h vendre à Rouen (0. On peut 
noter dans leur équipage un nom bien malouin : Lau- 
rent Balainc. 

En ce qui concerne particulièrement Saint-Malo, 
nous y voyons, dès juin 15 19, séciier la morue au 
Sillon comme il s'est fiiit longtemps après (2). 

Le voyage de Terre-Neuve répété plusieurs fois 
par Jacques Cartier lui-même dut bien vraisembla- 
blement précéder sa première entreprise au-delà du 
détroit de Belle-Isle. Quoi qu'il en soit, lorsque le 
Capitaine s'occupa de former les équipages de sa 
première expédition, il dut lutter contre l'hostilité de 
ses concitoyens entravés dans leurs armements pour 
Terre-Neuve par Tenrôlement des marins dont il 
avait besoin. « Les bourgeois es: marchands de cefte 
ville taichant d'empeicher lad. navigation; taichant 
aufli à emmener ik conduire plufieurs navires de 
cefte ville aux dites parties de Terre neuffve pour 
leur proffilt particulier, ont caiché & k'id caicher 
lefdits maiftres de navires, maiftres mariniers & com- 
paignons de mer (3). » Cartier dut s'adresser à la jus- 
tice pour faire lever cet obstacle qui arrêtait com- 
plètement l'exécution de son dessein, au préjudice 
des ordres du roi. Il obtint, le 27 mars 1534, une 
défense de former les équipages de Terre-Neuve 
avant qu'il eût fait son prélèvement. Les intérêts de 

(i) Mélanges d'Histoire et d'Archéologie bretonnes, tome JI, p. 153-6. 
(2) Registre des Audiences, à la date, 
(î) A. Ramé, i'« Série, p. ,|. 



um I 



Mm 



il 

lli 



i 



190 - 



H 



ni 4 



'Il ]•!, 
■1' ' 



^1 mÊ i > p V' 



:) i 






I !» 



L 


t 



la pcchc lui étaient familiers, car il ne manque pas 
au cours de son expédition de signaler Ivvs grands 
bancs de morue qu'il lui arrive de rencontrer ('). 

Pendant et après les découvertes au Canada la 
péchc se continue ;\ Terre-Neuve et dans les parages 
nouveaux longtemps englobés dans la désignation 
générale de Terres neuves. Nous voyons le beau- 
frère de Jacques Cartier, Macé Jalobcrc « meflre 
après Dieu du navire La Mari^ucrile Boiviadvenluri' de 
Sainét-Malo », suivant la pieuse formule des marins 
du temps, François Crosnier, Guillaume Sequart, 
Thomas Maingart, Jehan Hamon, armateurs, intéres- 
sés ou fiicteurs, soutenir des procès concernant cette 
matière aux parlements de Bordeaux et de Rennes en 
1554 et 1555 (^^. Nous avons les Lettres du roi, les 
ordonnances du gouverneur de Saint-Malo, Georges de 
Bouille, qui défendent, retardent ou autorisent les 
départs de pèche selon les vicissitudes de la politique 
ou les besoins de la guerre. Ou peut citer les inter- 
dictions des 12 mars 1560, n. st.; de 1562, dont les 
Malouins sollicitaient encore la levée le 22 août(3); 
de 1568 où le gouverneur suspend par ordre du roi 
tout armement jusqu'à avoir vu de quel côté se di- 



(i) Réimpression de l'Édition de 1598 (Michcl.mt, 1865), p. 51. 
l'Mition du ms. original, p. i> « la plus grande pcfclierie de grode 
morue qu'on puifle voir aux environs du Cap Royal. » 

(2) Arch. du Parlement de Bretagne, minutes de la Grand Chambre, 
année 1555, 2" semestre, n"' 22, 45. — Doc, i:iéd. sur Jacques Cartier et 
ses compagnons, par M. de La Horderie (Revue Je Bretagne et Vendée, 
1880, tome II, p. 377). 

(3) Délibérations 1558-68, B B 5 — 84, aux dates. 



191 — 



rigcront les ennemis('), provisoire qui maigre les pro- 
messes devient définitif pour cette année. 

Le 26 mars 1569, prenant en considération les be- 
soins pressants du commerce, le gouverneur autorise 
la sortie « pour le voyage des terres neufves, fors & 
refervé les navires, biens & portions d'icculx, qui 
font aux huguenots, dont la faefie elt autorifée con- 
formément aux Ordonnances (2). » Il fallut cependant 
retarder encore le départ sur des ordres venus de la 
Cour motivés par des démonstrations maritimes des 
Anglais. Enfin, le 20 juin 1569, M. de Bouille, qui 
s'était chargé des intérêts de ses administrés, leur 
écrit : « J'ai remonftré à la Majefté que, ceulx de 
cefte ville n'ayant point accouftumé d'aller à la ha- 
rangaifon comme ceulx de Normandie & aultres pays 
qui y font ordinairement voyages, il lui pleuft lui 
accorder les licentier pour leur donner moien de gai- 
gner leurs vies. Ce qu'il luy a pieu me permettre, 
mes qu'ils aillent toufiours en mer ii fors (is: enfemble 
que les Anglois craignent de les attacquer(3). » 

La pèche se poursuit les années suivantes au mi- 
lieu des péripéties de la guerre civile. Les Malouins 
répondent le 15 avril 1573 à une demande, faite par 
M. de Bouille, de navires pour observer les ma- 
nœuvres de Montgommery qui, comme on le sut 
bientôt, allait surprendre Belle-Ille. <( N'y avoir en 
ce havre, pour le prefent, vaefîeaux preft que petits 

(0 Office, 1566-68, sous le 22 février 1568. 

(2) Office, 1568-71, sous le 6 avril 1569. 

(3) Office 1568-71, sous le i" juillet 1569. 



M 



192 




ijll. 




l'I'l 
1:1 ^ 



vaefTeaux qui vont à la Terre neufve fort chargés 
de viduaillcs , Tel, & aiïcz mal équipez de gens de 
guerre, Icfquelz ne fe pouroient prefenter à dcfcou- 
vrir l'armée du comte de Montgommery fans danger 
emincnt d'y demeurer. Neantmoins feront advertiz 
les maiftres des vaifTeaux, fils voient lad. armée en 
allant à leur voiaige, faire leur debvoir de la recon- 
gnoiftre au plus près & en venir faire advertifle- 
ment(0. » Le fait est qu'ils se hâtèrent de faire par- 
tir leurs navires, plus soucieux des intérêts de la 
pêche que des tentatives de Montgommery. Aussi 
dès le i"" mai, après que celui-ci eut pris Belle-Ifle, 
pouvaient-ils répondre avec sincérité que la meilleure 
partie de leurs navires était à Terre-Neuve ou ail- 
leurs, et refuser les vaisseaux à eux demandés pour 
reprendre sur les Huguenots leur conquête. Ils fi- 
nirent cependant par en fournir quatre à la lin du 
mois (2) qui, il f:uit le dire, une fois partis, firent le 
meilleur service. 

Au moment où tout se préparait pour la campagne 
de pêche de 1580, le 2 avril, veille de Pâques, 
M. de La Caunelaye, capitaine général des ports de 
l'évêché de Saint-Malo, apporte en toute hâte dans la 
soirée au Sénéchal les lettres suivantes qui furent 
à l'instant publiées par les carrefours et cantons « à 
grand amaftz de peuple (3). » 

Ci) Dclib. 1568-76, B B 81 — 4, à la date. 

(2) Armements maritimes des Maloiiins au xvi' siècle, par A. de La 
Bordcrie, Bulletin de la Société Archéologique d'Illc-ct-Vilaiue. Rennes, 
1866, p. 298-310. 

(?) Office 1577-8X, sous le 12 avril 1580. 






lî 



193 — 



largés 
ns de 
cfcoLi- 
iangcr 
Ivcrtiz 
ïée en 
recon- 
n'tiffe- 
■e par- 
de la 
Aussi 
Ic-Illc, 
illeure 
ou ail- 
s pour 
Ils ti- 
fin du 
rent le 

np ligne 
Mques, 
oi'ts de 
dans la 
. furent 
3ns « à 



■ A. de La 
. Rennes, 






Missives du Roy pour arrester les navires du sab- 
medi au soir de Pasques 2' d'apvril 1580. 

Par le feigneur de la Caulenaye ont eflé 
prefentées & apparues à Monfieur le feneclial 
de Saind Malo, prefent Monfieur le procureur 
fifcal, une copie de Lettres miflives du Roy 
& commiiïion de Monfeigneur de La Huno- 
days, adrefîkntes aud, fieur de la Caunelaye 
touchant l'arreil des navires affin de les faire 
publier & regiflrer. Ce que a elle ordonné; 
dont la teneur enfullt. 

Monfieur de la Hunauldaie, d'aultant que 
pour affaires qui concernent grandement le 
bien de mon royaulme & de mes fubiedz, 
je pouroys avoir befoing de bon nombre de 
navires affin de m'en fervir & aider fellond 
qu'il fera requis, je vous prie de fliire veoir 
foigneufement ceux qui fe trouveront en 
mes portz & havres de Bretaigne apparte- 
nans à mes fubiedz & aux eflrangiers propres 
pour fervir, lefquelz je veulx & entens que 
vous faides arrefler & que vous vous en af- 
feurez fans les laifler fortir hors de mefdidz 

13 



I 



I 



m: 

'si' 





m 




— 194 - 

havres, encore qu'ilz fiiffent près pour aller 
faire leurs voiaiges, jufques à ce que aultre- 
ment par moy en foit ordonné; qui eil le 
fubied de ce petit mot que je n'eflendray 
point que pour vous prier de fatiffaire foi- 
gneufement à cefte mienne intention, fup- 
pliant le Créateur, Monlieur de la Hunaul- 
daye, qu'il vous ait en (a ûiinde garde. Ef- 
cript a Paris le facziefme jour de mars 1580. 
Signé Henry. Et plus bas, Brujlart. 

Et fufcrites : à Monfieur de La Hunaul- 
daye, chevalier de mon ordre, cappitaine de 
cent hommes d'armes de mes ordonnances, 
confeiller en mon confeil privé & mon lieu- 
tenant gênerai au gouvernement de Bre- 
tagne. 

Ainfi figné par copie collation née à l'ori- 
ginal par moy fecretaire de Ms'" de La Hu- 
nauldaye , D e R i a 1 a n . 

Le seigneur de la Hunaudaye , chevalier de l'ordre 
du Roy, conseiller en son privé conseil, capitaine 
de cinquante hommes de ses ordonnances et son 
lieutenant gênerai en Bretaigne. 

Au ficur de la Caulenaye, capitaine & fu- 
pcrintendant aux portz & havres de l'evefché 



1 



1.93 



^efchè 



de Saina Malo y compris Cancalle, Salut. 
Nous vous mandons que ayez, fuyvant le 
vouloir & intention de h Majellé à nous 
donné par fes Lettres clofes efcriptcs à Paris 
le i6e jour du prefent moys de mars, figné 
Henry, & plus bas Bnijhrt; defquelles je 
vous envoyé copie que vous ferez publier 
& enregiitrer, à vous tranfporter, prenant fil 
vous eil requis les juges & officiers dud. 
evefché aux portz & havres de voflre charge, 
& y eftant, d'arrefter & faire areller tous^'s: 
chaincuns les vaiflcauz eftrangiers ou aultres 
qui fe trouveront, lefquelz vous dégagerez; 
& en chargerez defd. dégagez, & pour y avoir 
l'oeUes plus principaulx defd. portz & havres 
ou voifms d'iceulx pour en refpondre à fa 
Majefté & à nous, le tout fur les peines por- 
tées par les ordonnances de ilid. Majefté. 
Mandant aufd. officiers, hommes & fubiedz 
dud. feigneur en ced. pays, vous affilier & 
preiter tout confort, faveur, aide & raifons, 
fi meftier eft, en l'exécution de ces prefentes,' 
que nous avons pour ce lignées & faid ca- 
cheter du cachet de notz armes. A la Hu- 
naudaye, le dernier jour de mars mil cinq 
centz quatre vingtz. Ainli ligné, La Hunaul- 



i 



1 1 



.ji ' ?fflSflf'ftl 




Ij 



- 196 - 

DAYS. Par mond. fcigneur, De Ri al an, & 
fellccs. 





Dud. jour après midy (12 avril 1580) ont esté appa- 
rues par M. le Senechal les Lettres qui ensuy- 
vent. 

Monfieur le Senechal, vous lèverez les ar- 
reftz que Monfieur de la Conelaye a fliidz 
des navyres, quelz font en voftre havre & 
port de Saind Malo, par ce que fi Majeflé 
me commande ce faire; & afïin que les mar- 
chans ne fouffrent ennuy & dommaige in- 
continant cefte lettre rendue vous n'y ferez 
fliulte. Priant Dieu, Monfieur le Senechal, 
vous avoir en fi fiinde & digne garde. A 
Rennes, ce xi d'apvril 1580, ainfi figné voftre 
entièrement bon amy, La Hunauldays. 

Et en fuperkription efl efcript : à Mon- 
fieur Monfieur le fenechal de Saind Malo. 

« Les prelentes ont elle publiées à foii de trompe & 
cry publicq par les quantons accouftumez en cefte 
ville de Saind Malo par le foubz figné greffier d'ofiice 
après le fon de trompe faid par Regnaiilt Locquet, 
fergent trompette, en grand amaft de peuple, le mardy 
jour de marché I2'-" d'apvril 1580, ainfi figné J.Fay- 
NEL & R. L0CQ.UET. » 



il! ii! 



A 



197 — 



: 



On ne trouve pas d'interruption de la pêche de la 
morue les années suivantes (0. Pendant la Ligue elle 
paraît s'exercer avec la régularité qu'elle avait avant 
la guerre civile. On distrait exceptionnellement des 
équipages de Terre-Neuve, en 1590, au moment de 
la prise du château, un certain nombre de jeunes 
marins afin de renforcer la défense de la ville. Mais 
cette retenue n'a pas lieu les années suivantes, la 
cité ne court pas de danger immédiat et l'intérêt de 
la pêche est vital. 

A Terre-Neuve, les Malouins n'avaient rien à 
craindre. Leur supériorité y était si bien reconnue que 
l'on voit des marins anglais venir à Saint-Malo de- 
mander pendant la Ligue des passeports de pêche, 
qui leur sont refusés par la ville (2). Le conseil des 
bourgeois ligueurs a le bon sens d'interdire dans ces 
parages éloignés toute tentative de course sur les 
pêcheurs du parti adverse tels que les Basques et les 
Rochellois(3). Cette modération ne s'étend pas aux 
Granvillais qu'on laisse, il est vrai, tranquilles sur 
les bancs, mais que l'on guette et capture au retour 
et souvent en vue de leur propre port. 

Nous avons ainsi les procès-verbaux de prise et 
d'adjudication, et les enchères de vente, de navires 
terreneuviers de Granville, tels que Le PJerre, capturé 
par Henry Salmon; La Bonne adventure, pris par Le 



(i) Délibérations 1581-88 (BB. 7 — 86) 12 avril 1582, etc. 
5 août 1)86. 

(2) Délibérations 1590-91 (BB. 8 — 87), 11 mai 1591, 
(5) Ibid., 7 mai 1591. 



Office, 



— 198 — 

Charles, navire qui avait pour capitaine Ciiarles 
Hancelin et pour armateurs Michel Protêt sieur de 
La Bardelière et Josselin Protêt Villc-ès-Ducs(0. Le 
Guy de Jersey, sous équipage malouin, Allain 
Du Chesne, capitaine, amène à Saint-Malo, le 8 oc- 
tobre 1590, le Croissant , de Granville, qui ne por- 
tait pas moins de 32 milliers de poisson sec, 19 mil- 
liers de vert, et 5 milliers de menus poissons secs, 
dont la huitième partie, dévolue à la ville, s'adjuge 
83 écus. 

Dans tout le cours du \\f siècle, cette industrie est 
un des principaux éléments de la vie malouinc, ainsi 
que l'accusent les procès, les tutelles, les partages, 
qui permettent de la suivre année par année, sur- 
tout depuis 1550. Les navires de fiiiblc tonnage se 
subdivisent en parts nombreuses. Les plus riches 
sont rarement propriétaires uniques d'un navire entier, 
ils ont des intérêts dans plusieurs. Gillette Des 
Granges, veuve d'Olivier Le Breton, par exemple, 
est fondée pour des parts importantes dans le Crois- 
sant , la Fleur de lys, le Plnmax^(~\ Un terreneuvier 
dont il est longtemps question, le Pranrien, compte 
douze pans et le douzième licite entre les nombreux 
héritiers de Guillaume Pépin Vieille-Maison, repré- 
sente 330 livres à lui seul(3). Pour les simples ma- 
riniers la pêche avait différents modes. Tantôt associés 
sur de faibles embarcations, ils péchaient chacun 



(i) Délibérations, 8, lo, 22, 24 octobre 1590. 

(2) Audiences, 1565-66, 19 mars 1566, etc. 

(3) Office, 1563-66, 1" septembre 1564. 



mm 



harles 
;ur de 
». Le 
Allai n 

8 oc- 
e por- 

9 mil- 
; secs , 
adjuge 

trie est 
e, ainsi 
rtages , 
e, siir- 
lage se 

riches 
; entier, 
te Des 
œmple , 
e Crois- 
îneuvicr 
compte 
)mbreLix 
, repré- 
)les ma- 
associés 

chacun 



— 199 — 

pour sa part et n'avaient à déflilqucr au retour que 
le loyer du navire et les avances de celui qui avait 
avancé les vivres ou le gréement(0. Le plus sou- 
vent ils s'engageaient moyennant un pot de vin 
payé d'avance, le lot de pèche fixé avant le départ 
quant à sa proportion, puis comme éventualité un 
louage pour aller porter le poisson en Espagne ou 
ailleurs, chaque traversée nouvelle étant rétribuée 
séparément. Nous voyons en 1586 un contre-maître 
d'équipage, qui devait il est vrai toucher un peu plus 
qu'un marinier, déclarer 60 livres de pot de vin, un 
lot évalué à 45', et pour son louage de Terre-Neuve 
en Espagne 65"; le tout exécuté en cinq mois, lui 
laissant le temps libre pour d'autres voyages en 
Europe (2). La question des vivres rendait la cam- 
pagne très courte : on partait normalement dans les 
quinze derniers jours d'avril et l'on était revenu 
souvent dès le commencement d'août, au plus tard 
en septembre (0. Et toute la jeunesse malouine appre- 
nait la mer comme « paige de navire aux parties 
de Terre-Neuve. » 

Nous nous faisons peu l'idée du développement 
qu'avait dès lors pris cette pêche. Un habitant de 
Saint-Malo lisant en 1628 ce passage de Belleforest 

(1) Office, II avril 1565. 

(2) Office, 1)84-87, 16 juillet 1586. 

(3) Jan Colin parti dans la Vache, pour les Terres neuves, il y ., environ 
huit jours, attendu dans quatre ou cinq mois (Ibld., 2 avril icôO — 
Départ annoncé (Délib., 12 avril 1582). - Annonce de retour (Office 
5 août 1586). La Civière dernièrement venue {Ibid., n septembre 
1582), etc. * 



ï'il si 



lit 



'IIHI;! 



|: 





— 200 — 

« de cefte ville tous les ans part au moys de may 
une flotte de quinze ou vingt navires armées, lef- 
quelles vont auxd. Terres neuves fe charger de mo- 
ines pour la nourriture & provifion de beaucoup 
de provinces » proteste en ces mots : « Il devait dire 
de plus de foixante, car mefme en ce moys de 
may 1628, la flotte efl: de cent douze navires (0. » 
La morue prend déjà au xvi'^ siècle une grande 
importance au point de vue fiscal. La pancarte des 
droits dus au chapitre de Saint-Malo du 13 no- 
vembre 1565(2) la comprend expressément. On doit 
payer pour chaque charge de cheval de toute niolliie 
ou toute espèce de poisson sec ou vert qui sera vendu 
pour porter « ou plat pais de Bretagne » ou en 
Normandie, un denier tournois; la pipe ou charrette, 
double de la charge de cheval, deux den. maille 
tournois; à la difterence du même poisson exporté 
par la graut mer, qui est exempt de tout devoir. 
Les droits du roi , restreints également au premier cas 
d'importation aux mêmes lieux sont en 1561 pour les 
mêmes quantités de 10' et de 20^(5). Le serment 
des capitaines ou armateurs suffit pour établir la 
destination. Par une faveur spéciale, le sel chargé 
par les navires de pêche est exempt des droits de 
gabelle. 

(i) Aiitùiuitc (VAkth, p. 56. — Cf. Lcvot, Bibliographie bretonne, 
tome I, p. 170. 

(2) Arch. d'Ille-et-Vilaine, G. 274. — Arch. S. M., CC i — 23. 

(3) Cf. Délibérations de la Communauté (BB 5 — 84) sous le 11 sep- 
tembre 1561. 



% i 






201 — 



Un procès s'engage, cette année 1561, entre les 
fermiers des devoirs et les Malouins au sujet des 
« huilles provenant des poiflbns pefchés à la Terre 
neufve » que les fermiers voullaient excepter du bé- 
néfice de franchise accordé au poisson lui-même 
exporté au grand cabotage. Les États de Bretagne 
saisis de la question décidèrent le 1 1 septembre de 
la môme année que l'huile devait être exempte connne 
le poisson vu sa provenance lointaine, conformément 
aux Lettres de faveur du roi(i). 

Les États de la Ligue tentèrent d'établir des droits 
exorbitants sur toutes les marchandises et s'appli- 
quèrent, par ineptie gouvernementale ou intérêt po- 
litique, à frapper surtout l'exportation. Ils s'aliénèrent, 
en 1591, les villes maritimes et commerçantes en 
demandant une série de contributions exagérées. La 
morue importée au duché de Bretagne était taxée 
ainsi qu'il suit : « Chaque millier de morue verde, de 
la Grand Baye, i écu; moienne, 30 fols; morue parée, 
30^; morue parée du Nord appelée Forillon, 15^; 
la pipe d'huillc gralTe de poiflbn, 30^. » Celle qui 
en sortait : « Le millier de morue verde, 10 écus; 
morue parée d'Uft(2), 6 écus; Forillon, 4 écus; 
chacun cent de morue parée venant d'ailleurs, 20 fols, 
huille gralTe, 2 écus (5). » 

Les Malouins repoussèrent ces nouveaux droits 
avec énergie et surent s'en dispenser. Mais les né- 

(i) BB. 5 — 84, même date, 

(2) Unst (Shetland). 

(3) Pancarte des États de la Ligue. (Arcli. Loirc-Inlérieure, Série B. 



41 



202 



cessités du temps les contraignirent d'établir des sur- 
taxes à leur profit qui durent atteindre les produits 
multiples de la grande pcche, la baleine, le saumon, 
le hareng salé ou saur, les « congres sèches, » la 
morue qui dut payer, à son entrée seulement, 4 sols 
le millier. 

Le roi, après la réduction de Saint-Malo, ratifia 
ces impositions dont il abandonna môme une part 
aux bourgeois pour payer les dettes qu'ils avaient 
contractées pendant la guerre civile (0. 

A toute époque, les tarifs des droits d'Ancienne 
Coutume, octroi dont profitaient pour moitié les Ma- 
louins, montrent dans cette matière la prévoyance 
de l'intérêt local. Les droits d'entrée et d'issue, 
I sol, 2 sols, par charge de cheval, suivant les caté- 
gories, ne se doivent qu'en cas de vente; ce qui 
permet d'entreposer gratuitement le poisson. Les 
forains , c'est-à-dire « ceux qui font manans & de- 
meurans hors la clofture de la ville », jouissent de 
cette faveur. Mais par contre ils ne peuvent exporter, 
surtout au grand cabotage, qu'en payant des droits 
"très forts; tandis que les Bourgeois ne paient rien. 
Au cas d'association avec l'étranger, la part de l'ha- 
bitant demeure indemne. La consommation person- 
nelle est exempte de tout devoir*.-). 






(i) Arch. de Saint-Malo, 1"F i — 26, 17 octobre 1594. 

(2) P.iiicartes de 1595 (x\rch. d'Ille-et-Vilaine, G. 274), de 1605 (ibid. 
C. 804). — « Les gentilflionimes denieurans aux champs & habitans 
d'icelle ville pouront tirer hors lad. ville du vin, fer, poilToii & aultres 
cliofes pour la provilioii <Sc ufaigede leurs maifons, ainfm qu'ils ont acouf- 
tumé fans en p.ayer aucun devoir. » (1595.) 



— 203 — 

Un curieux règlement du gouverneur de Saint- 
Malo, lieutenant général en Bretagne, nous montre 
la morue entrée dans Talimentation des troupes (0. 
A jour de poisson, c'est-à-dire maigre, « fera par 
jour fourny à chaincun Ibldat vng quarteron 3c demy 
de beurre, vue petitte morue ou quatre liarans 
auecq deulx joindéesO) de poix ou de feubves, en- 
femble lad. munition de pain èc de vin... deulx 
pintes de vin ik deulx pains de munitions pefant 
vne liurc chaincun fera baillé à chaincun foldat. » 
La morue provoque dans la ville même des règle- 
ments de police spéciaux qui ne manquent pas d'ori- 
ginalité. Il est une ordonnance qui revient périodi- 
quement sur la remontrance des bourgeois commis 
à la police : « Voicy le temps où arrive le poiffon 
molue où il fe pourroit faire quelques laroncins dud. 
poiilbn pour vendre aux regrattieres de fruic^s qui 
font au davcnt de la Grand Porte. » Défense par 
suite aux « regrattieres & vendrelTes de badiouz » 
d'acheter de la morue pour des fruits aux jeunes 
marins (0. 

Puis quand les navires sont arrivés, viennent les 
prohibitions de partager le seign ou saint, les « ouilles », 
de vider les saumures ailleurs que sur le sable ou si 
bas sur la grève que la mer puisse emporter le dé- 

(i) hxtraitdu rcglcmciU intitule : Coiiiincnl on a aavi,/l„mc faire vivre 
lesjoldolspar cjiappe { Arch. Saint-Malo, BB 83-4, sous le .6 juin 
1569). ' 

(2) Ce qu'on peut tenir dans les mains jointes. 

(3) Office, 23 août 1578; Délibérations 20 février 156.., y. sr.. 20 juin 
1567, etc. ' 



1 
iii 



204 — 

c!ict(»), et les règlements concernant la grande affaire 
du séchage. C'est là un grand point, la Justice elle- 
mômc le comprend^ car on voit permettre \ des pri- 
sonniers d'aller retourner leurs morues au Sillon (-). 
Ce poisson se mêle à tout(3\ On le laisse étendre non 
seulement au Sillon, au Talard, au Bé, sur les ro- 
chers qui entourent la ville, mais encore sur les murs, 
les tours, au haut des maisons. On n'épargne qu'aux 
seuls en-bas des maisons habitées ce que les Ma- 
louins du temps eux-mêmes nomment « l'infection 
des molues )>; encore est-il que de porte en porte la 
morue trempe pour les besoins journaliers (t). 

On ne sait si le droit de Convoi supprimé en 1557 
était perçu sur les pécheurs de Terre-Neuve. C'eût 
été en tout cas une mesure fiscale sans compensation, 
car on ne trouve aucune trace de navire d'escorte 
ou de protection quelconque dans ces parages, pen- 
dant le cours du xvi"' siècle. Les Malouins s'y pro- 
tégeaient eux-mêmes. Sans consacrer des navires 
spéciaux à leur défense, ils armaient en guerre les 
plus forts des navires allant à la pêche afin de parer 
aux dangers que leur faisaient incessamment courir 
les sauvages de Terre-Neuve ou de la Nouvelle 
France ainsi que les pirates. 

(i) Office, 23 mars, 6 septembre, 3 octobre, 1569, 4 septembre 1571. 

(2) Ibid., 14 .loùt 1573. 

(3) « Deffences de non à l'advenir nieclre poiflbn molue à feicher 
au cimetière. » (Ibid., 6 octobre 1565, 4 septembre 1571, etc.) 

(4) « Mettent et expofent ordinairement leurs poiczons fecz & fallez 
à deftrampcr & debitter ou davent & à l'huis de leurs maifons & en 
jedent les eaux putrefaiiScs par icelles rues. » {Ibi<h, 23 mars 1^69.) 



— 20$ — 

L'amicincnt de ces navires se faisait d'une façon 
toute particulière. L'industrie privée louait pour 
chaque campagne aux seigneurs du voisinage les 
canons qui lui étaient nécessaires. Les propriétaires 
du Plessis-lkrtrand, de Cliâteauneuf, de Coëtquen et 
autres n'hésitaient point dans les années de sécu- 
rité \ confier pour un bon louage aux armateurs 
malouins leurs couleuvrines ou des pièces plus 
lourdes qui reprenaient au retour leur place sur les 
remparts de leurs forteresses. Un contrat de ce genre 
fait au début de la Ligue avec Guy de Ricux 
ayant mis matériellement aux mains des Bourgeois 
l'artillerie de ChAtcauneuf « un canon de batterie, 
quatre grandes couleuvrines, quatre baftardes, un 
petit canon, quatre moiennes pièces, autres pièces 
tant de fonte verte que de fer, avec leurs efpars, 
bouëttes & facres(0 ». Ceux-ci les confisquèrent dès 
que Guy de Rieux eut pris parti pour le roi. Mais 
comme le louage primitif viciait la légitimité de la 
prise de guerre, il s'en suivit un procès qui se pro- 
longea longtemps après la paix. 

Plus tard, en octobre 1610, à la suite d'un redou- 
blement d'hostilité des sauvages, les Malouins présen- 
tèrent requête au roi pour armer deux navires destinés 
à leur faire la guerre et obtinrent les Lettres et Vérifi- 
cation du Parlement nécessaires assez à temps pour uti- 
liser cet armement dans la campagne de pèche s ou- 
vrant au printemps de 161 1. Ils repartirent les frais de 



(i) Arch. de Saint-Malo, EU 4 — 123. 



n 



- 206 — 

ce convoi, suivant leurs habitudes, sur les intéressés 
de Saint-Malo ou des petits ports voisins de Cancale 
et Saint-Suliac. C'est le commencement de l'organi- 
sation réi^ulicre de l'escorte à Terre-Neuve (0. Elle 
conduisit les armateurs malouins à une longue lutte 
devant les États et le Parlement pour obtenir la 
contribution des autres villes maritimes de Bretagne 
aux dépenses d'un armement aussi onéreux. 



(1) Ramé, 2" Série, p. 34-47. — M. du Bois Saint-Séverin dans sa 
monographie Le Vaisseau de Guerre des Malouins aux Terres-Neuves, ne 
ciu aucune pièce antérieurs: à 1635 (/oc, c'I. p. 388). 






^sses 
icale 



jani- 

Ellc 

lutte 

ir la 



agne 



ans sa 

ves, ne 



XLIV 

Déclaration des havres et galais de 
Terre-Neuve et Délibérations des Bour- 
geois de Saint-Malo sur la police de la 
pêche ('), 



H.- 









Novs qui foubz fignons, déclarons, que pour 
eviiter aux périls, & dangers qui arivcnt iour- 
nellement aux Navires, Maiflres & Mariniers, qui 
naviguent, & vont aux parties de Terre neufve, pour 
y faire pefcherie de Poiffon Mollus, tant fur la prinfe 
des havres que repartition des gallais, de l'advis 
de Monfieur le Procureur des Bourgeois & autres no- 
tables habitans de cefte ville de S. Malo, qui figne- 
ront cefte prefente atteftaàon avec nous, déclarons 
nous eftre affemblés & avoir faic^ eftat c^^ mémoire de 



ri'lt^^'^^ ^^ 'I ^'^ ^'^^'^^ ^^ PARLE II MENT DE BRE- 
rAIGNE DONNE 1/ fur la Requefte y prcfentcc par les No- // blés 
Hourgeo.s de la ville de S. Malo // Sur le Règlement des Havres, k Ga. 
lays // aux parties de Terreneufve. A S. MALO. // Par Ian Bovllet 
mprimeur, / cSç Libraire. - Plaquette petit in-4", 20 pages, sans date 
d impression, de 1640 d'après l'Arrêt (Arcli. S. M., CE 4— 114) — 
Nous laissons de côté la Requête des bourgeois au Parlement, appointée 
Jes 29 et 51 mars 1640, et l'Arrêt lui-même rendu ce même 31 mars 
pièces qui ne lont que reproduire, en les abrégeant, les Délibérations 
tie la communauté de Saint-Malo. 



208 



tous les havres, & gnllais quMl y a dans la code où 
iourncllement nous allons faire peichcrie, & ayant 
meurement confideré combien chaque havre peut 
accommoder d'hommes félon les gallays qu'il y a 
en chaque havre, & que pour iceux prendre flms 
confufion & par ordre, qu'il convient que tous les 
navires allant dans les havres du Petit Meftre, & 
avenant que les navires n'y aillent, chacun navire 
fera tenu d'y envoyer Ton Bateau, ou Patache. Qui 
premier pofera l'ancre dans ledit havre du Petit 
Meftre, demeurera pour Admirai, lequel pour fignal 
de ce, mettra l'enfeigne fur fon grand mafl, & 
prendra tel havre qu'il voira bon, de le gallay necef- 
faire pour la quantité d'hommes de quoy fera équipé 
fon Navire, & de proche en proche, le maiflre du 
quel Navire, Bateau ou Patache fera tenu & obligé 
tout à l'inftant d'aller à terre, ou y envoyer vn ou 
deux defdits hommes, au chaufault du Crocq, & y 
porter vng Papier dans lequel il déclarera comme 
eftant entré le premier il demeure Admirai, pour 
avoir par preferance la choifie du havre, & gallay, 
déclarant le iour, mois & heure qu'il aura entré, &: 
le havre qu'il prend, & le fignera de fon nom, & 
l'il ne fçait figner apofera fa marque acouftumée, ou 
fera figner quelqu'vn à la requefte, ik de mefme, & 
par le mefme ordre à mefure que les Navires, Ba- 
teaux ou Pataches entreront feront le femblable, & avec 
le mefme ordre feront déclaration fur led. Papier, 
du havre qu'ils prendront, & figneront; & fi les 
Maiftres défirent laiiTer vn ou deux de leurs hommes, 









— 209 — 

audit chaufault du Crocq, pour la confervation de leurs 
droits, le pourront faire, ou de fe contenter de la dé- 
claration qu'ils auront lignée fur ledit Papier, & fe reti- 
rer chacun à fes havres au temps de leur commodité. 
. Et pour les mefmes raifons fommes pareillement 
d'advis que les chauflmlts demeurent comme à la 
couftume tous entiers (0, & avenant que, par orages 
de temps, fauvages ou autrement, lefdits chaufoults 
fuirent rompus & brifés & le débris en feroit à la 
colle ou au plain, il ne fera loifible à aucun de fen 
ûifir pour le tranfporter en autre havre ny gallay, 
qu'en l'endroit qu'il fe trouvera, où ceux qui auront 
prins ledit- gallay fen pourront fervir. Et non plus 
eft permis à aucun Maiftres ny Mariniers, de iettcr 
leur left hors de leurs Navires, dans les havres, foubs 
les peines cy après & autres plus grandes, fil y echct, 
& fi quelqu'vn contrevient aux points & conditions ci 
delTus, le Maiftre qui y contreviendra payra en fon 
propre & privé nom la fomme de quatre cens livres tour- 
nois aplicables dès à prefent à l'ofpital & maifon de 
Dieu de Saind Sauveur de celte ville de Saind Malo. 
Et fuit la Déclaration des havres & Eftimation de 
gallay s (2). 

(i) Dès le 26 mars 1615, les Bourgeois prcseutaient une requête au 
Parlement « ù ce que deffences foient faides aux particuliers qui ont des 
chauftaulx à Terrc-Neufve de non démolir ny abattre lefd. chauffaulx 
fortans dud. lieu ... Ils obtinrent une Déclaration du Conseil à ce sujet 
le 26 juin 1615 et un Arrêt d'Enregistrement le 9 septembre suivant 
(Délibération, 1606-15, Arcli. de Saint-Malo, BB 11-90. — Arcli. du 
Parlement, Registres des Lettres Royaux). 

(2) Beaucoup des noms qui suivent figurent sur les cartes marines de 
1764 publiées par ordre de Choiseul pour l'usage du commerce, ou dans 
le Pilote de Terre-Neuve édité de nos jours par le Dépôt général de 

14 



m 



-:7:s» 



— 2IO 



M 



l\' 



Au liavre du defgrat de la Grant Baie, il fe peut 
accommoder cent cinquante hommes, pour fliirc leur 
pefcherie à l'ordinaire. 

Au querquepont du defgrat & les Grands gallays 
du dehors, lept vingt hommes. 

En la bée du Griguet, quarante hommes. 

Au havre du Griguet, fix vingt dix hommes. • 

Au havre du Cap Blanc, trente hommes. 

En la bée Saincl Lunaire, fix vingt hommes. 

Au havre Saind Anthoine, quarante hommes. 

En la Cramaillere y compris la Pointe -aux-Sau- 
vages & la Grand Crevaffe, eftant entendu que le 
tout eft pour vn havre, deux cens hommes. 

Aux petittes Ouas, quatre vingt hommes. 

En Fichot, y compris les Grands Gallays & Flago 
& Calas, le tout pour vn havre, 350 hommes. 

Au havre des Iflettes, quarante cinq hommes. 

Au Grand Ouas, fix vingt hommes. 

Le Grand Saind luUien & Les Petis, le tout 
pour vn havre, y comprins l'Anfe-aux-Sauvagcs, 
140 hommes. 

L'ifle des Sainds luUiens, pour cinquante hommes. 

En la bée du Petit Maiftre qui fera deftiné pour 
deux havres pour quatre vingt hommes. 

Le Grand lafpar, vn havre, & l'on laifTera l'homme 
pour garder le havre, en la Genille, & fera pour fix 
vingt dix hommes. 



la Marine. On pourrait sans doute identifier les autres si l'on avait la 
connaissance approfondie de ces côtes, — Des mots comme (h'grat, qtier- 
qucponi, chiifaud, etc. ont à Terre-Neuve un sens technique pour lequel 
nous renvoyons aux glossaires nautiques. 



211 



Au grand Millon, pour trente hommes. 

Aux Pilliers, pour quarante hommes. 

Au defgrat de Cafrouge, pour 80 hommes. 

A la Bifche, y comprhis la Petitte qui n'eft dudit 
defgrat, y comprins la cofte d'Ouaft, 50 hommes. 

Au Grand Cafrouge & Champaga, le tout n'eft 
que vn havre pour fept vingt hommes. 

Belle Ille, pour cent hommes. 

A la couche de Carouge, y comprins les Crevaffes, 
le cap de Regnart & la cofte d'Ouaft, pour trois cens 
hommes. 

Boutitou(0, pour foixante hommes. 

Les Qiiillettes, y comprins la Pointe Blanche, pour 
cent hommes. 

Le querquepont de Grevigneuf & les Cottas, & 
cap de Lar, pour trois cens cinquante hommes. 

Le Goufre, y comprins les grands gallays^ pour 
cent hommes. 

La conche des Canaris, y comprins Rins, eft pour 
fix vingt hommes. 

Au havre de Sans-Fons, pour foixante hommes. 

En Foufché, pour cinquante homm.es. 

Aux Crevafles Robinault, pour trente hommes. 

En Orenge, y comprins Les Chas, cinquante 
hommes. 

En la Fleur de Lys, pour fix vingt dix hommes. 

En la Bée Verte, pour fix vingt hommes. 



(i) Boutitou est une terre des environs de Saint-Malo, dont le nom 
fut porté avant 1640 par les Chapelle, les Le Gouverneur et les Collia. 



212 



I 



li 



Il ■' 

■li 



il 

lis 

lu i 



Au Haut-dcs-pins, pour quarante hommes. 

Aux Grouts, pour quarante hommes. 

A riflc-à-boys, pour cinquante chiq hommes. 

En Pafquet & Parifet, tous les plateaux, dont le tout 
n'efl qu'vn havre, pour huiâ; vingt hommes. 

En Coup-de-haichc, pour quarante cinq hommes. 

En La Rochelle, pour trente hommes. 

En La Saie, pour deux cens hommes. 

Laquelle Déclaration & Suputation, Avons faide 
à tout Noftre fçavoir & cognoifllmce & nos conf- 
ciences, & ce hid & arrefté à S. Malo, ce 14^ iour 
de Mars mil fix cens quarante. 

Et eft entendu quMl demeurera toufiours vn 
homme de l'Amiral au chaufaut du Crocq pour y 
garder le livre & papier, atandant feullement que 
tous les Navires ayent pris leurs gallays & havres , 
paflTé de quoy Le Maiflre dudit Amiral en demeu- 
rera garde. Donné comme defllis, fur peine de 
quatre cens livres; & a femblé de peu d'importance, 
& a on délibéré d'obliger les Maiftres jufques à la 
fomme de mil livres. 

Signé, Thomas Tumbrel. Lan Gravé. Lui Gardin. 
lacques Romiou. Allain Le Breton. Allain Maingard. 
lan Eon. Allain Le Gouverneur. N. de La Haye. 
Pierre Pelé. Lui Picot. Olivier Beard. Guillaume 
Arfon. lan Goret. Ltn Baude. lan Arfon. Gilles 
Avice. François Le Gallays. Pierre Eon Carmen, 
lullien Loquet. Bertran Le Fer. lullien Baibot. 
Guillaume Cahoret. Guillaume Le Feubvre. Efticnne 
Tarrault. Martin Dolbecq. N. L. R. Bernard Le 



— 21? 



Gous. lacques Maquercl. Guillaume De Nouai. laii 
Buiflbn. lacqucs Angot. Lan Oger. lullien Hacoul. 
Gilles Thoré. Thomas Gouin. Nicollas Heurtault. 
Lan Richomme. 



Nous qui foubz fignons Bourgeois & habitans de 
cefte ville de Saind Malo, difons que ayant vcu & 
meurement confidcré l'ateftation & déclaration des 
havres & gallays qu'il y a aux parties de Terre 
neufve, où les Navires de cefte dite Ville ont 
acouftumé de faire pefcherie de PoilTon molue, 
ycelle fignée de notables Bourgeois & habitans de 
cefte dite Ville, armateurs de Navires pour ledit 
effaid & voyage, & de plufieurs Maiftres de Navires 
qui journellemert f'embarquent pour fiiire ladite 
pefcherie; Difons qu'il eft tres-neceflaire, voire 
grandement vtille, que cefte ade forte à fon entier 
effaid fur tous les iubjeds de û\ Majcfté, tant de la 
Province que autres, pour le bien & vtilité de tous, 
particullierement pour les perfonnes qui journelle- 
ment font tués par les fauvages, au defordre qui 
arive fur la prinfe defdits havres, t<c plufieurs autres 
qui font noyés, voire mefme eft requis ëc neceftliire 
de prefenter Requefte à Nos Seigneurs du Parlement 
de cefte Province, & les fuplier tres-humblement de 
nous y tenir la main forte, & agréer ce que deftlis, 
& nous y donner leur Arreft, en forme de Règle- 
ment, à ce qu'il foit gardé, & obfervé fur les peines 
y portées ik. autres plus grandes fil y efchct. Hn 
tefmoing de quoy nous avons ligné la prcfente 



^i^HW 



i:: 



— 214 — 

Ateflation, à Saind Malo, le quinzicfmc iour de 
Mars mil fix cens quarante. 

Signé, lan Porrée, Procureur Sindicq. Nicolas 
Frotcl. lan Pépin. I. Picquot. Eftienne Gaillard. 
I. Gautier. Pierre Pépin. lan Richomme. Luc Seré. 
Nicollas Heurtault. François Nepveu. Allain Martin, 
lullien Artur. lullien Hon. Nicollas Baudran. Pierre 
Eon. 

En la CONGREGATION & alTemblée generalle de 
Meilleurs les nobles Bourgeois ik. liabitans de cefte 
Ville ik Communauté de Sainél Malo, où prefidoit 
Efcuyer lan de Chabot fieur de l'Aubefpine, foubz 
lieutenant du gouvernement de la Ville & Chafteau 
dudit Saind Malo, foubz Monfeigneur le Marquis de 
Coùefquin , capitaine & gouverneur d'icelle Ville & 
Chafteau, a efté par noble homme lan Porée fieur 
de la Toufche Qiiebriac , Procureur Sindicq d'icelle, 
dit ik verballement remontré que plufieurs particul- 
liers Bourgeois, niarchands & habitans de ladite 
Ville, propriétaires, armateurs & vitailleurs de Navires 
ik vaiileaux qui fe préparent pour faire le voyage de 
Terre neufve à la pefcherie des PoiflTons MoUus, de 
l'an prefcnt, Tauroient prié de commettre ik députer 
quelqu'vn des bourgeois pour faire voyage à Rennes, 
atîin de prefenter Requefte à la Cour pour obtenir 
d'icelle fon arrefl: en forme de Règlement, pour la 
prinfe & fefilirement de havres & gallays dudit 
Terreneufve que y font les Navires & vaiffeaux en y 
arrivant, pour le bien ik avancement des armateurs 



? 



— 21) — 

& avitailleurs de Navires, & tous autres fubjets du 
Ro}', & confcrvation des Maiftrcs Mariniers & 
Compagnons qui voyagent audits Navires aux fins 
de l'ateftation defdits particulliers, Marcliands & 
Habitans, luy en auroyent monftré & déclaré, la- 
quelle ayant veuë & confiderée il en auroit commu- 
niqué & conféré à plufieurs des autres Bourgeois de 
ladite Ville, par l'avis defquels il auroit prié Pierre 
Eon fieur de Carman, l'vn defdits Bourgeois, de faire 
ledit voyage de Rennes, où il efl: à prefent, duquel 
il a receu lettre, par laquelle il advife ledit Sieur 
Procureur, qu'il ne fe peut rien fiiire en la demande 
dudit Règlement, foubs ladite ateftation defdits par- 
ticulliers & habitans, fi icelle n'eft approuvée & 
authorifée par ladite Communauté. C'efl: pourquoy 
il a fiiid fiùre cefle affemblée pour ouyr la ledure 
de la lettre dud. Eon, mcfme de ladite atteftation, 
& avifer & délibérer fur le tout comme il apar- 
tiendra. 

Ce que mins en délibération, & les avis & opi- 
nions des affiftans fur ce prins & requis, après avoir 
efté par le greffier foubs figné fliiâ: ledure intelligible 
& à haute voix de ladite lettre dudit Eon, qui eft en 
datte du vingt quatriefme Mars mois & an prefent 
Mil fix cens quarante ; Enfemble de ladite atteftation 
qui eft en datte des quatorze & quinziefme Mars, 
prédit mois & an, a efté conclu & délibéré que la- 
dite Atteftation fera comme elle a efté prefentement 
approuvée & authorifée par ladite Communauté & 
donné charge audit Pierre Eon Sieur de Carmen, de 



216 - 




pourfuivre le Règlement y contenu tnnt au nom 
d'icelle Communauté que defdits particulliers pro- 
priétaires armateurs ik vitailleurs defdits Navires de 
ladite Ville, ainfi ^ comme led. Hon, & le confeil de 
ladite Communauté le iugera à propos. Faiél & 
conclu en la Congrégation & aflemblée de Ville ge- 
ncrallc tenue au lieu acouftumé, le vingt fixiefme 
iour de Mars Mil iix cens quarante. 

Et pour le corps de ladite Communauté a ligné le 
fleur de La Touche, procureur Sindicq. 

Signé, Ian PoRRÎ-n, Procureur Sindicq. 

Signé, T. loNCHÎ-E, Secrétaire. 





♦;?• 



f 




Table des Matières. 



I. 
II. 
III. 

IV. 
V. 



VI. 

VII. 

VIII. 

IX. 
X. 

XI. 

XII. 

XIII. 

XIV. 
XV. 



PAGES 



Jacques Cartier, né en 149 1 ^ 

Le père de Jacques Cartier g 

Mariage de Jacques Cartier avec Catherine des 
Granges ^^ 

Traces d'un voyage au Brésil, vers 1527 15 

Cartier pendant les préparatifs du second voyage 
s'emploie aux afLiires de la communauté de 
Saint-Malo jg 

Choix de navires et de marins pour le second 
voyage 2j 

Excuse proposée par un des compagnons du troi- 
sième voyage ^a- 

19 mai 1 541. — Arrivée A Saint-Malo d'une chaîne 

de malfaiteurs pour envoyer au Canada .... 27 

Division entre Cartier et Roberval 3 y 

19 mai 1541. — Testament do Jacques Cartier 
avant son départ pour le troisième voyage ... 39 

20 mai 1541. — Jacques Cartier intervient dans 

une « noise » . . . , 
44 

Retour d'une partie de l'expédition. Mort de La 

Bouille , 

S mars 1 542, n. st. — Acte se référant à lu conti- 
nuation de l'expédition ^ j 

Retour de Jacques Cartier ^3 

Le voyage de huit mois y 



I"' 



2I« - 



PAGBS 



XVI. lo avril 1544, N. st. — Jacques Cartier choisi 

pour interprète de Portugais $7 

XVII. 17 décembre IS44. — Déposition de Cartier 

dans une recherche de grands navires laite 
d'ordre du Roy 59 

XVIII. 1545. — Affaires diverses 61 

XIX. Succession de Jacques des Granges et tutelle 

de ses enfants 63 

XX. 1 346-1 548. — Affaires diverses 66 

XXI. Fondation d'un obit dans la cathédrale de 

Saint-Malo par Jacques Cartier et Catherine 

des Granges 68 

XXII. 29 janvier 1552, n. st. — Procès de Pasdalot. 70 

XXIII. 15 octobre 1552. — Un baptême 73 

XXIV. Sauvage baptisé i\ Saint-Malo postérieurement 

aux voyages de Cartier 76 

XXV. 2 mars 1535, n. st. — Lettre inédite concer- 

nant La Villegagnon 78 

XXVI. Cartier dans une tutelle 80 

XXVII. Cartier témoigne en faveur de Perrine Gandon 

accusée injustement 82 

XXVIII. Jacques Cartier est chargé d'établir une échelle 

de la valeur du blé et du prix du pain ... 89 

XXIX. Témoignage de Jacques Cartier sur la direction 

des courants aux environs de Saint-Malo . . 95 

XXX. 9 mars 1557, N. st. — Jacques Cartier priscur 

non qualifié dans un partage noble .... 93 

XXXI. Derniers actes où ligure Jacques Cartier ... 99 

XXXII. Mort de Jacques Cartier le l'^r septembre 1337. ^06 

XXXIII. Donation de Catherine des Granges en faveur 

de Jean Le Gobien 109 

XXXIV. La maison de Jacques Cartier 113 

XXXV. Signature de Jacques Cartier 121 

XXXVI. Homonymes et collatéraux de J. Cartier . . . 122 



57 



59 
6i 

63 
66 



68 
70 

73 
76 

78 
80 



XXXVII. 
XXXVIII. 

XXXIX. 

XL. 

XLI. 
XLII. 

XLIII. 

XUV. 



— 219 — 

PAGK« 

Notes sur les compagnons do Jacques Cartier. 126 

ISH?- — Deux lettres de Jacques Nouel de 
Saint-Malo touchant les découvertes de 
Jacques Cartier au Canada ,p 

Concession de privilèges au Canada accordée 
par le roi, puis retirée, aux neveux de 
Jacques (Cartier ,^g 

Procès de Jacques Cartier et son évocation 
dans diverses procédures jgj 

Litiges avec Grand Jehan Eberard 172 

Présence de Jacques Cartier aux baptêmes — 
baptêmes inédits — mentions de Catherine 
des Granges j^^ 

Les Malouins A Terre-Neuve avant Jacques 
Cartier et depuis jusqu'au commencement 

du XVIIC siècle jyy 

Déclaration des havres et galais de Terre- 
Neuve et Délibérations des Bourgeois de 
Saint Malo sur la police de la pêche ... 207 



82 



89 

93 

95 

99 
106 



LRRATA 



^^•^ë^ ÎS. ligne i.| — 21 mars 1543, corrige:^ : 25 mars. 



109 

"5 
121 
122 



— ^ f-IJ'-OrtJ -V 9 .___ 



■( : 




H 



iMPniMi; PAR 




Alphonse LE ROY 



M P U 1 M E U K B R E V E 1 P 



A RENNES