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Full text of "Monographies et esquisses [microforme]"

IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




1.0 



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Photographie 

Sciences 
Corporation 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N. Y. 14580 

(716) 872-4503 





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CIHM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CIHM/ICIVIH 
Collection de 
microfiches. 




Canadien institute for Historical Microreproductions 



Institut canadien de microreproductions historiques 



1980 



Technical and Bibliographie Notes/Notes techniques et bibliographiques 



The Institute has attempted to obtain the best 
original copy available for filming. Features of this 
copy which may be bibliographically unique, 
which may alter any of the images in the 
reproduction, or which may significantly change 
the usual method of filming, are checked below. 



ri 



Coloured covers/ 
Couverture de couleur 



n Covers damaged/ 
Couverture endommagée 



□ Covers restored and/or laminated/ 
Couverture restaurée et/ou pelliculée 

□ Cover title missing/ 
Le titre de couverture manque 



L'Institut a microfilmé le mjilleur exemplaire 
qu'il lui a été possible de se procurer. Les détails 
de cet exemplaire qui sont peut-être uniques du 
point de vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une image reproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dans la méthode normale de filmage 
sont indiqués ci-dessous. 

□ Coloured pages/ 
Pages de couleur 

□ Pages damaged/ 
Pages endommagées 

□ Pages restored and/or laminated/ 
Pages restaurées et/ou pelliculées 



\i 



Pages discoloured, stained or foxed/ 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 



D 
D 

n 

D 
D 



□ 



Coloured maps/ 

Cartes géographiques en couleur 

Coloured ink (i.e. other than blue or black)/ 
Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 

Coloured plates and/or illustrations/ 
Planches et/ou illustrations en couleur 

Bound with other matériel/ 
Relié avec d'autres documents 

Tight binding may cause shadows or distortion 
along interior margin/ 

La reliure serrée peut causer de l'ombre ou de la 
distortion le long de la marge intérieure 

Blank leaves added during restoration may 
appear within the text. Whenever possible, thèse 
hâve been omitted from filming/ 
Il se peut que certaines pages blanches ajoutées 
lors d'une restauration apparaissent dans le texte, 
mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont 
pas été filmées. 



□Pages detached/ 
Pages détachées 

J 

C~i Showthrough/ 
iJ Transparence 

j — I Quality of print varies/ 
I I Qualité inégale de l'imr 



D 



pression 



négale 

supple 
Comprend du matériel supplémentaire 



I — I Includes supplementary matériel/ 



□ Only édition available/ 
Seule édition disponible 



Pages wholly or partially obscured by errata 
slips, tissues, etc., hâve been refilmed to 
ensure the best possible image/ 
Les pages totalement ou partiellement 
obscurcies par un feuillet d'errata, une pelure, 
etc., ont été filmées à nouveau de façon à 
obtenir la meilleure image possible. 



D 



Additionai comments:/ 
Commentaires supplémentaires: 



rV 



10X 



This item is filmed at the réduction ratio checked below/ 

Ce document est filmé au taux de réduction indiqué ci-dessous. 

14X 18X 22X 



26X 



30X 



12X 



16X 



20X 



24X 



28X 



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32X 



tails 
du 

idifier 
une 
nage 



The copy filmed hère has been reproduced thanks 
to the generosity of: 

National Library of Canada 



The images appearing hère are the best quality 
possible considering the condition and legibility 
of the original copy and in keeping with the 
filming contract spécifications. 



Original copies in printed paper covers are filmed 
beginning with the front cover and ending on 
the last page with a printed or illustrated impres- 
sion, or the back cover when appropriate. AH 
other original copies are filmed beginning on the 
first page with a printed or illustrated impres- 
sion, and ending on the last page with a printed 
or illustrated impression. 



The last recorded frame on each microfiche 
shall contain the symbol — i»- (meaning "COIVI- 
TINUED"), or the symbol V (meaning "END"), 
whichever applies. 

Maps, plates, charts, etc., may be filmed at 
différent réduction ratios. Those too large to be 
entirely included in one exposure are filmed 
beginni. c ^^ the upper left hand corner, left to 
right ai.d to.s '•• bottom, as many f rames as 
required. Tr. ' -llowing diagrams illustrate the 
method: 



L'exemplaire filmé fut reproduit grâce à la 
générosité de: 

Bibliothèque nationale du Canada 



Les images suivantes ont été reproduites avec le 
plus grand soin, compte tenu de la condition et 
de la netteté de l'exemplaire filmé, et en 
conformité avec les conditions du contrat de 
filmage. 

Les exemplaires originaux dont la couverture en 
papier est imprimée sont filmés en commençant 
par le premier plat et en terminant soit par la 
dernière page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration, soit par le second 
plat, selon le cas. Tous les autres exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration et en terminant par 
la dernière page qui comporte une telle 
empreinte. 

Un des symboles suivants apparaîtra sur la 
dernière image de chaque microfiche, selon le 
cas: le symbole — ♦- signifie "A SUIVRE ", le 
symbole V signifie "FIN". 

Les cartes, planches, tableaux, etc., peuvent être 
filmés à des taux de réduction différents. 
Lorsque le document est trop grand pour être 
reproduit en un seul cliché, il est filmé à paitir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche à droite, 
et de haut en bas, en prenant le nombre 
d'images nécessaire. Les diagrammes suivants 
illustrent la méthode. 



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MONOGRAPHIES 






ET 



ESQUISSES 







J IM LeA4oine 






QVA'MEC: 

IMPRIMEIUK DK JOS.-G. GlXGRAS & ClE. 

i88; 



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PSûJ.g' 



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2 » 6 fi ô 2 



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MONOGRAPHIES 



ET 



ESQUISSES 



PAR 



J. M. LeMOINE 

"'tTaf^'oV'' ?r^' "-.""'"'" ^' """rive de 
^rru, etc., a membre de plusieurs Sociétés Historiques. 



^°. 



(?^ 



'''Zfoa:'dn'^::^X^'o\^ÏÙ^':^'' Par.omo„t, par Théophile LoV«.«,„r, d.n, U 



A MONSIBUR 



Auteur d'"En Amérique et eu Europe, etc., etc. 



ET 



CORDIAL SOUVENIR. 



"'^^ijisaaw 



TA.BLE ZDHe n^^^TIER.ES. 



I PARTIE 

MoNiKJHAPIiriCS Dlù NOS III.STOUIENS MUDKKXES : dôdi.'s 

Il Xavier Mtirmit'i' I 

Noti't' hintoiic : deux Ecoles ,") 

Ef'ol-E ANOI.AISE 

L(i iîiiioii MiisiTcs 7 

Williiiiii Sinitli 1,') 

lîolxTt Cliristio ;;.{ 

SiimiK'l .). Wiitsdii 40 

• lolin Chiultis Dont.; 44 

Hoiirv II. Milos 4.S 

W. li. Witliiwv 51 

John MoMiilIrn 5;; 

1'" rancis Paikuuin T)"! 

'u'orgf Stowint. ,\v 4r);j 

Ef'i'LE l-1JANQAl.SE. 

Bibaïuf «7 

(îaineau 70 

Fcrland lO 

Kaillon SO 

.hic(iites Viger 84 

<i. n. Fiuil.ault 85 

Henjaniin Suite 89 

L'Alihé Laverdicre <i;i 

l/AI)l)é Voiioaii '.)() 

L'.\l)l)é Tangiiay î).s 

L'.VIjbé Louis Bois 407 

LES AUUIIIVES DU CANADA. 

.MTENDlt'E l(»l 

N''otes et Edaiicissemenls : — Madame do St-J^um'ent... 107 
Le Clievalier .Idlm.stone I0*,> 

ETUDES ETIlNO(iUAl'lllQi:ES : dédiées à, M. U-on de l{o.sny. 115 
Les Races Aborigènes île r.\méi'i<iue — Les Ecossais 
dans la Noiivolle-Erance Ils 

L'As.sociatiou .Américaine i>our le ^n'ogrès des scienc(.'s 
etc., à (iuéboc 120 

L'.Vssociation Rritanni(iue pour le progrès d^ix scion- 
ces etc., à (Québec \2'.i 

Hites Mortuaires des Aborigènes d"Améri(jue — ''onl'é- 

leuce 12") 

J'ei'.sonnel de l'Associatio:» Kiitanniiiue, à Montréal.., 145 



II 



II PARTIE 

VILLAS A('T()ITI{ DK (irftHKC ; EsquinsoM, aMiôo» ù M. Boi\j. 

Suite I.jl 

llotol <lu <ioiiv«'cnomont — Miuioir Sowoll 157 

liundoti IjOctgo 103 

L'Asile ClminiH'lro KV.» 

Battlofieia Cottage 174 

Murclimont 17â 

Elm «îrovo 170 

Wolii-lield 177 

Thoniliill IWd 

S|)onc('r Wood 1H2 

SjxiiKHT (lianm' 1H7 

Sauios lyO 

Montiijiiu' ('oltagf 191 

Kirk Elle ", 1% 

Sr )ii.s-l('s-Hois 1 '.'7 

Ik'iuuore PJH 

liaidliold 2(»l 

C'ataracou v '203 

('lonuoiit' 204 

Tlie Ilighlamls 20« 

Beauvoir 212 

Uaveiisuoo( 1 21') 

Meadowhaiik 220 

Dornal 226 

Loiigvvood , 22S 

Uedclyrte 232 

Boisl;iillaiit 23H 

Boimont 240 

llolland Fana 245 

Bollevuo 251 

Jlamwood 253 

Vltamont 255 

Bui»nockI)iuii 257 

Hingfiold 25.S 

Auvergne 270 

t'oucy-le-Castel 273 

Villa Mastaï 275 

Le Manoir Seigneurial, Beauport 279 

Haldimand llouse » , 28J' 

Montmorency Cottage 295 

Lit résidence d'été dit liord Dutl'erin 303 

LES JARDINS ANCIENS E'I' MODERNES.—Esquisse dediéo 

à rilon. IL (i. ,loly 320 

ETl^DE SUR SIR WALTKW SCOTT: dédiée à M. L. II. Fréchetto 351 

VVai.tkk Scott, i»oèto 371 

Bord r Minstreisy 372 

Liiij of thc Lad Mindrel 373 

Marmion 379 

Lady of the Lokc 3H1 

hokehy 3S4 

The Lord of thc Iski^ 389 

Waltkk Scott, ron ancier 393 



nr 

fl^uverUy 

..M,... Ivanhoe ; 3'.n» 

Hoiithicr "iut« h i non. .Juge 

Les Lacs du r'iiVnhoriiim'i ■*•*•♦ 

LçsKuinoHdcMolroseAMH.y 

APi'ENDK^' '°*'^'^''''-^" '''"^t«'^" 'lesir \v;ii;;;;-^;;otv;:::::;;:;v m 

•leorge Stewait, jr . 

Les destinées de'lr. race ■miVrio-saxonnô""p"n"V;""- ^'^^ 

d'après rrevost-Pamdol '='"'*'''''""'' ^» -\Jnen(,ue, 
Notice sur M. L'Abbô ]}oi« "*♦'"'' 



AVIS AU LECTEUR, 



Ces md-langes d'histoire, de biographie, d'archéologie, de 
critique, etc., sont destinés à servir de complément et de con- 

œuvre de 



publié en 1S72 

les descriptions se 



tinuation à I'Album du Touriste, 
fantaisie, comme l'on sait. 

Quant aux villas des environs de Québec, 
suivent en ordre régulier. 

Le Touriste, aux mois des feuilles, pourra débuter par V An- 
cien Manoir Sewell [l'Hôtel du Gouvernement] avoisinant la 
porte St-Louis, côtoyer, livre en main, la Grande Allé:, à Spen- 
cer- Wood ; continuer jusqu'au Cap Rouge ; puis, retracer ses pas, 
en longeant le chemin Ste-Foye, au Montplaisant, franchir le 
Pont Dorchester ; se rendre au Gros Pin ; de là, au Château 
Bigot, à Charlesbourg ; redescendre des hauteurs à la voie publi- 
que de Beauport, filer jusqu'à la chute Montmorency, faire étape, 
pour le goûter, en ce pittoresque endroit ; revenir en ville et termi- 
ner sa course en dedans des murs par la visite à la Citadelle, sur le 
Gap-aux Diamants, où Lord Dufferm en 1872 faisait préparer la 
résidence d'été de nos Vice-Rois. Durée de cette promenade 
d'antiquaire : au moins deux jours. 

Nos villas sont dans leur plus beau, à la saison des feuilles et 
des fleurs, — depuis Juin à la mie- Septembre. 

Une simple course sur le grand chemin, sans pénétrer à l'inté- 
rieur des domaines et sous le toit même de ces fraîches retraites, 
perdues la plupart sous l'ombrelle des bois, invisibles de la voie 
publique, ne saurait donner qu'une idée incomplète du charme 
des paysages. 

Inutile de rappeler au lecteur que la plupart des études histo 
riques recueillies dans ce volume ont été préparées à diverses 
époques, quelques-unes bien antérieurement à la recrudescence 
récente des regrettables animosités civiles qui menacent de com- 
pliquer, ou de retarder la solution des problèmes de l'avenir. 

Des absences forcées, d'auttes causes également incontrô- 
lables ont privé l'auteur de la faculté de revoir les épreuves du 
livre, lequel aurait dû ûtrc livré à la publicité au commencement 
de Juillet dernier. 

1er Décembre 1885. 



d ?irc>iK>icnr fVciLMc: £^lla:niic:^ 



D<^ !' Acadciiiic Française 



Cher Moxsikuk. 



Je n'ai pas oublie tna promesse, non plus que les paroles 
affectueuses que vous m'adressiez, le 9 août i8.Si,au No i, 
rue Saint Thomas d'Aquin. Du reste, je connaissais déjà 
depuis Ionf;temps l'intérêt que vous portez atout ce qui se 
rattache à ce Canada, où vous ave/ passé de si agréables 
moments. 

Quand vous m'accueilliez sous votre toit hospitalier, 
j'arrivais, si vous vous en rappelez, d'un pèlerinai;e au 
berceau de mes ancêtres français, à Pitres, près de Pont-de- 
r Arche.eri Normandie — "station militaire sous les Romains," 
a écrit l'annaliste de Pitres, "aussi bien que résidence ro\'aIe 
mérovingienne, palais et chàteau-fort pour les princes de 
la deuxième race, néanmoins ravagé au neuvième siècle 
par les féroces corsaires du Nord dont les caravelles remon- 
taient la Seine, au point que l'effroi public se traduisait 
par cette prière suprême', ce cri du jK'uple : " A f/iroi\' 
Xoniiaiifioni'in. libira lu-s, Pomiiu." — X'oilàce que m'en dit 
r histoire. 

Quelques mois plus tard, je vous expédiai ma conférence 
sur Rouen, Pitres, (i) etc., comme pièce ])robante de mon 
passage en ces endroits. Il m'awiit été d'ailleurs facile de 
me renseigner. J'étais po'teur de kltres de recommanda- 
tions auprès du savant abbé \'aurabourg, curé et historien 
de Pitres. (2). L'excellent abbé ht plus que de m'accueillir 
gracieusement ; en peu de temps il m'avait déroulé les 
annales de cet antique village, populeux jailis, chox'é des 



(I \ "Kiliinbiircli — Itnuon — York — (iliiiip-i's — Iiii]irivi-ioii- — Cniitras't-'."I'.(r. Ile Mil v 
Villilislicr. ' IJuùboo, lf<>l. 

CJ) Xutico sur l'itro.-. p.ir .V. Vavirafiouiv. l'ui-ô do Titres, Du'musoii x i"u;. 
Impriinciir.^. l'an». lî^Tii. 



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rois et des évêqiics, faiiieux, même Jiu neiwièmc siècle, 

et maintenant simple paroisse avec une population d'à 

peine mille âmes, et dont la de'cadence a fait dire à un 

vieux chroniciueur : ''ILvasit in cxcj^ni i/omiiiis l'ica/iiin." 

* * 
* 

Ma dciulîle ori;j,"ine m'imposait un second pèlerinage 

Je tenais a voir la patrie cie mes autres ancêtres non 
moins vénérés — !es aïeux de ma mère —sur les rives classi- 
ques de la Tv/eed, en Ecosse. 

Je réalisais là un des rêves dont s'était bercé ma jeu- 
nesse : contempler Abbotsford, le pittoresque château du 
plus beau génie de l'Ecosse, Sir Walter Scott. 

Vous m'aviez recommandé de visiter Melro-^o .\bbey, 
où Randolph avait déposé le cœur de l'héroïque siniverain 
de ee pays, Robert liruce ; vous aviez, été as-ez bon de 
m'offrir l'excellente biographie (3)que !e sort lie l'illustre et 
infortuné prince vous avait inspirée, car v(jus connaissiez 
mon admiration pour les martiales figures de la Calédonie, 
ses lacs mignons, ses bruyères odorantes et empourprées, 
ses pics coiffés de brouillards, ses crans escarpés et 
sublimes, chantés par Ossian, iîurns, Scott, Allan Cun- 
ningham, Christopher North. 

Vous vf)us rappelez, sans doute, V(jus être informé, en 
même temps, du progrès des lettres canadiennes, depuis 
votre passage parmi nous, en 1850. Cette courte étape dans 
vos nombreux et lointains voyages nous a valu c[uelques 
pages sympathiques dans votre volume "/:/«- Amîriqiic et 
eu liitropc. Il fut également question entre nous d',"s 
travaux de maints hommes de lettres canadiens dispaïus 
depuis 1850, mais non oubliés, écrivains identifiés pour 
ainsi dire aux recherches historiques et aux antiquités 
canadiennes — nos illustres morts — : Garnea' , I'>rland, 
Kibaud, Faillon, Laverdière, Faribault, Viger. 



Ci) Biiliert Hriite : coiiDiiviit un ri'coïK/iiic? un roynumo, par Xavier Marinier, de 
'Académie Kran<,ai»c ; dernière fditioii. (rari*. Hachette it Cie, 1,'Sl.) 



Il m'est vciiu l'iJee d,. • ■ ^ 

'listoriqucs des différentes eVnl'"T '^"'"'^"°' silhouettes 
dy .-ntercaler des d" ^T ''" ™''-»'"- <f.verses ; 
'- hc,.,„es éntinent ; r. ;^;^°?'f- --"'■fiqucs „; 
position officielle au noLZ ^ '' P"^"^' ''" 1"- 
»'e.^t faît dans le pavs 2- '"°"^'^""^''" littéraire <„,; 
de nos archives n';lna'!r' ""^ ""'-■«■■"" ^t conserva.iln 

't:it':r::f^"--^-n~d:~"-- 

'•avantage d'. Z Z:::^^'' '^■'"'"'"'' ^^ '^' ™ 

t-ve places:::; : rttir^- ■^■■- '--" 

"e. bien voulu .nadn^ettr; da c^ """'"'"' °" ^«"^ 
vos travaux, de vos veill, d. '";'"'"-•""« «n>oin ,lc 

-^'3-ie.vousaure.rait„„,.;j:.,r;zrr;p:::^^ 



spencer Gran 



se. près Québec, rerjufn iSSs. 



L'AUTKlR. 



NOS HISTORIENS 



Le caractère complexe de notre population, la diversité 
de l'idiome, des us et coutumes, des traditions, du culte en 
Canada, les changements de régime, les luttes (i) achar- 
nées entre les races ont dû nécessairement donner naissance 
à de:ri appréciations et des comptes-reccms divers des 
événements, et partager nos historiens en deux groupes, 
deux écoles. L'imagination de l'annaliste se niodifiait à 
son insu, selon sa nationalité : selon la voix du sang, au 
dire de quelques-uns. 

Ce serait donc chimérique que de chercher chez, nos 
historiens, unité de sentiments, impartialité absolue, mal- 
gré la droiture, l'indépendance d'opinions qui caractérisent 
un bon nombre d'entre eux. 

Le temps doit être venu où l'on puisse jeter un cou{)- 
d'œil calme, même sur les questions brûlantes de notre 
passé, juger à tête reposée des hommes et des événements. 

L^n nouveau pacte constitutionnel, convoite, :iccepté de 
tous les partis — notre petit peuple devenu grand. — de nou- 
veaux besoins éclos de circonstances nouvelles — des intérêts 
beaucoup plus vastes — des torts réparcs — les exigences du 
commerce : ne voilà-L-il pas autant de motifs, pour inau- 
gurer une ère d'apaiscmert,d'oubli d'un passé lointain, non 
regretté ? 

Si le démagogue trouve encore pâture et lorce en ré- 
suscitant de vieilles rancunes de races ou de partis, le vr;ii 
patriote, chaque matin, salue l'étendard du Canada con- 
fédéré, où est inscrite la devise " L'UxiON' I'ait la F-HU'i: " 



(1) X. M. — Dopiii" iiut! (•l'^ liiiiica iiiit éti' ti-iici'es, h' Vi"'»'"^*' ''iiivniit, (Hipriiiilc A iimi 
iiiti'rossant,' (■tuile r>'COiiiiiu'iit lue ili'viint la .S'iin'i'fi' l-tuyah' ihi Ciuniln. \kiv M. (iiurLii' 
lliyc' t,. li. I)., Profsf.sciir cU" littiTature au ionrk.'o Jlaiiitolia, ù WiiniiiHL'. ('«t vriiii 
ccirrolioror ce (lurj'avMiiL'o : "Owiiigto tlio rocoiit iicrioil ot iiiany oCtlio iv.-iit*. it is 
" lUIHeult to Kivf tliciii ;i faitliful trcatiiiont. NvitUout croatim; .iniiiiOfity on tlic iiaii "(' 
'■ frieiids of thi> Htill livini{. Jforoovcr tlio ptro:i,« political war, :i;iii.-irrntly iinlitionnus 
'■ tu iiur f'anaciiaii soil. ri'iiili'rs it iiiiist (litTicult toi tli'j liistoiian. to li-mt liis siihjcit 
" ili^iiassiouately." 



Bercé de ces idées, je vais tenter de présenter en ce 
petit travail un aperçu successif de nos historiens mo- 
dernes les plus marquants, signalant leurs écrits, leurs 
états de service, le milieu où ils ont vécu, sans me pro- 
noncer sur le mérite des diverses c(;ples ; ce soin, je le 
laisserai au lecteur. 



CHAPlTr.E I. 



Le Barcii Maseres, Publiciste (i 

1 73 1-- 1824. 

La période de 1774 à 1791, c'est-à-dire, les dix-sept 
années de notre existence coloniale rét^ics par la constitu- 
tion octroyée en 1774, et connue sous le nom d'" .-Icd' de 
Québec ", sans être la plus brillante, mérite assurément 
l'attention sérieuse de tous ceux qui désirent étudier notre 
passé. l'>re toutefois difficile à débrouiller : heureusement, 
les pièces pour la décrire, dans le principe assez rares et 
d'accès difficile, se multiplient rapidement, grâce à l'ouver- 
ture à Ottawa d'un Ikireau des Archives, (Record Office), 
sous les auspices du Département de IMgriculture. 

L'annaliste moderne trouvera la tâche beaucoup moins 

ardue qu'elle ne l'était au temps où nos historiens, Gar- 

neau, Hibaud, h'erland, etc., élaboraient si péniblement, 

faute de matériaux suffisants, leurs excellents écrits. 

Sachons i;ré à nos hommes d'I'Ltat d'avoir fondé dans la 

Capitale un dépôt, pour la collection, la chissification et la 
conservation de nos archives, pour sauvegarder en quel- 
que sorte ces lambeaux dispersés de notre histoire. 



/ 



Il I .M. Ijimau Oiuiiiirn coiiniu' «lùt losi'i rit:' ilu li.irim MiisCrrs.si- riittiicliiiiit iiii CtiiKiila : 

1(1. Mi'iiKiirf l'i lu ili/i'Ust" tVini l'Ian (J'aile itn iiarli-mciif l'nut- l'i'tiihlin!<i'ni''iil ili:s 
lin (/(• ^1 lir<i}'iii(f lie (Jiirhi'<' liiiilrc li-,i (/hjii-tiini.i ilc if- ('iii/in i, Jioiiili'ii, 177ii ; 

•J(i. .1 lui I lit ion iif si'vurul ciiiiiiiiissiiiiis nnil ntlii'r lnihlii- iiinlriiiiioils. i>rnriril iiii/ 
'rviii Ilin M'iji'sty'K Jiiijiiil iiillii"ritii,ii>i,l fllirr inijirr.i. nhiliru; fn \<irtli Aiiiarim , 
.viHcc tlii' i;,t,iiuest n/tlie Itrititili uniin in 17il". Im. 177'.'. /). /i. :ill .■ 

:in. I^infhi'c ('iiniiiiis!iiii)is. On, 1771 ; 

■t. Al) aiciiii ,}t ('/ lin l'i-d'iiiliinix II/ thc lii-ilisli iniil l'ti^er l'mtfslnt.t itilutl'ilnnl i 
l'f flic l>nifincv o/ (Jmln'r in Sui-fli Ainuriin, in nnUr !" nlitnin n Hmim .\f Astumhlij 
m tluit priirinci'. Ilo, )'. II. 2iM ; 

'<i>. A Vicie iif f lie Ciril <!nr,'rnnii lit 'nul iiil>nini«hiition nf Justin in tlic liriiviiin: 
II/ l'a ini lin. n-!iilr il irns s-njijrrl ^l tin Crnwn »/' /'n/ii.'c" <i-r. (.1/ .S'i 

(lu. .A il il il in nul /m /Il rs iimiiininij Un iirnvince nf <,'i((7i('i',ili'Ktiius;'isi.'rvir (l'^piiriniui.' 
[\\\ vciliiiiu' piVfLdcnt. Do, 177ii. \i. \i. Mu. 

7n. Thi('n)UiilinnFrtilr'liIvr,in firn il inhnines, IntiiX'vn fin Knql isinnn n iinil n 
h'ii nihninn sittliil in (.'nnnilii. ilnnrini/ llm sentiment nf tlie hnll; uf fhe freelmlilei-s 
nf Ciniiida ronce rninij thc Inle (,Unl,ev Ait : nifli snnie fensnns ns un tliv Hnstnn 
l'Inirter Aet : inul in> nttcnijit tn shun- fhe r/rent e.riiedienry nf inimeiU'ilelii rejienlinii 
liiitli tliese lets nf }'iirlin)netif nml if makinçi snine ntlier nsefnl reiinlnfiniis nml 
enneessinyis In ll's ilnjeslifs snlijerts. ns n iirminil fur n iienneilintinn vitli tlie 
l'niteil Cnliiniefi in Anierien'. Dn. Vnl. 1, 177ii. Vol JI d' Vnl 111. 177!i. 

^. < nensionnl Ei.sinis : ehiellii imlit irnl nml histiirieal, Dn. 'l"'.t. On trouvi' dans (•■■ 
voluiiu' ili'a (ioc'uiiioiits relatifs à rAiiii'ri(|iii', et " An nemnnf nj thc noblesse or ijentnj 
in l'n ninlii , " 



8 



LE IJARON MASERES 



m 



On a pu effectuer depuis la confédération ce qui était 
impossible ou presqu'impossible, avant 1S67 : avoir accès 
aux archives publiques de la Métropole, puiser lar^oni^nt le 
précieux minerai dans ces mines littéraires si riches que 
renferment le Ih-itish Mnscuiii, le War office, la Tour de 
Londres et les divers ministères. 

L'on sait que les autorités métropolitaine-, pour des 
raisons qu'il serait trop Ions; d'énumérer ici, avaient 
apposé les scellés de l'Etat à une foule de docuinents, 
indispensables comme matériaux pour l'histoire, mis à 
notre disposition depuis que le Canada s'est développé 
en une vaste et puissante Confédération Plusieurs 
éminents léf^istes anglais, san.s visiter le pays, l'avocat- 
Géneral Sir James Marriott, les Procureurs et Solli- 
citeurs Généraux, \'orke, de Grey, Thurlow, Wedder 
burne, au moyen des rapports officiels. Réquisitoires et 
Mémoires qu'ils ont été appelés à présenter au roi George 
III, sur les affaires coloniales, se trouvent identifies avec 
cette époque, ou font partie de son histoire. D'autres, 
comme le juge Mabane, et le baron Masères ont joui de 
l'avantage de se renseigner sur les lieux mêmes, par suite 
de leur séjour et de leur position officielle parmi nous. 
Ils sont devenue, par la nature des choses témoins oculai- 
res de nos luttes ; ils ont pu étudier, voir de leurs yeux 
les phases émouvantes de cette ère de transition. \j\\ 
anticjuaire distingué, M. l'abbé Bois, a fait la biographie 
du premier, le consciencieux juge Mabane, mort, près de 
cette ville, à Woodfield.en 1792 ; je vais tâcher d'esquisser 
rapidemei't la carrière du second, le baron Masères, de 
1766-69 Procureur-Général du Roi d'Angleterre en 
Canada, et pendant plusieurs années résidant à Québec. 



* * 
* 



Le 19 mai 1S24, l'Angleterre prenait le deuil pour la 
perte d'un de ses plus éminents enfants, Francis Masères, 
Baron de l'Echiquier, légiste, mathématicien, linguiste, his- 
torien, publiciste ; la voix populaire le nommait le "Vétéran. 



MONOGRAriIIE 



de la science", la littérature le proclamait la Mécène des 
hommes de lettres de la Grande-Bretagne. 

Cette année là, la mort avait mis un terme à ses travaux 
littéraires, si vastes, si variés : Masères, chrétien fervent 
avait dit adieu au monde, à ses pompes, à ses vanités, à 
l'âge avancé de 93 ans, retiré à sa belle villa de Reigate, 
dans le comté de Surrey ; l'amitié inscrivait pour devise 
sur le marbre de sa tombe : " Quaiido u/liiin iiivoi'uiin 
IHxnm'. Quand verra-t-on son pareil ? 

Si Francis Masères, en dépit de son nom, fut par ses 
goûts, ses aspirations, ses convictions, sa loyauté, un vrai ^\\'?, 
d'Albion — un anglais type, l'on pourrait dire ; — il n'oublia 
jamais, et il en donna d'abondantes preuves, que pour ses 
pères, il fut une autre patrie que l'Angleterre et que la 
vieille France pour laquelle ils avaient été prêts à prodi- 
guer leur sang, possédait le ilépôt sacré de leurs cendres. 

L"n écrivain Anglais a dit " Qu'il faut trois générations 
pour faire " un Knglish gentleman, " un vrai gentilhomme." 
Trois gérérations avaient suffi pour faire de Masères un 
véritable Anglais. 

l-'rancis Masères naquit à Londres, le 15 décembre 
1731. Son père y pratiquait la médecine, dans Rroad-street, 
Soho. Son aïeul, né en France, professait la religion dans 
laquelle étaient nés Henri IV, Catherine de Rohan, Condé, 
Coligny. 

Trois de ses frèios servaient comme officiers tlans 
l'armée française. 

La révocation de l'hMit de Nantes, en 16S5, pour la 
famille Masères, comme pour nombres d'autres familles 
distinguées, fut le signal du départ. Préférant l'exil au 
sacrifice de ses convictions religieuses, M. Masères, l'aïeu! 
du Baron, fit voile pour l'Angleterre. 

Le roi Guillaume III, discernant son mérite, lui donna, 
du service militaire en Irlande et plus tard en Portugal, 
d'où il revint avec le grade de colonel. 

Son fils, devenu médecin, ayant plus tard quitté Broad- 



10 



I,H IIARON MASKKKS 



strcet, acquit une demeure dans Rathbonc Place : cette 
résidence passa à son petit-fils John, le frère de 1"' rancis ; 
plus tard, elle échut au Baron lui-même qui y passa bien 
des moments açjrcables sans toutefois l'occuper permanem- 
nient. 

l*>ancis Mascres fjradua à l'Université de Cambridge, en 
1752-1755. Le jeune maître-cs-arts " montrade bonne 
heure de rares aptitudes pour les sciences et les lettres. Il 
les cultivait avec un entrain extraordinaire et avec un 
succès marqué, sans beaucoup se soucier d'amasser de 
fjrands biens ; cependant cette déesse capricieuse, que 
l'on nomme la l*"ortune, fut loin de lui être ingrate. 

Pendant son séjour à Cambridge, il publia une étude 
sous le titre *' A Dissertation on the nci^^ative sii^n in Alj^'-i- 
l'ra, containing a dcinoustration of thc rnle concfrningtt : 
le but de cet écrit était d'applanir la voie aux élèves cjui 
abordent pour la première fois cette science. 

M. Masères quitta l'Université pour se livrer à l'étude 
du droit. Admis au barreau, il suivit les cours de circuit, 
sans toutefois s'y distinguer ; et cependant plus tard, sa 
connaissance de la jurisprudence anglaise, comme science, 
était telle que les membres des deux chambres tenaient à 
honneur de le consulter. Puis vint sa mission au Canada, 
comme Procureur-Général. Kn 1765, la promulgation de 
l'acte des Timbres avait mis en feu toute la Nouvelle An- 
gleterre ; pendant la période qui s'écoula depuis cette 
date jusqu'à son retour en Angleterre, en 1773, le savant 
jurisconsulte rendit des services signalés à la couronne : le 
roî le nomma Cnrsitor Baron of iJic Exdicqncr, charge qu'il 
remplit jusqu'à sa mort. Après avoir cessé d'être Procureur- 
Général, il occupa comniH procureur ou iigent pour la 
minorité protestante de Québec, auprès de la Métropole, et 
revendiqua ses droits civils et religieux. Il fut un des pre- 
miers de ce groupe d'hommes instruits : Etienne Charest, 
Adam Lymburner, L. J. Papiueau, D. B. Viger, John Neil- 
son, James Stuart, Arthur Roebuck, auxquels la minorité 



Mi»N()(iR.\l'IIII 



I I 



anglaise ou la majorité française en ce pays confia des 
mandats publics auprès des autorités impériales. Imi 1779, 
le Ri'corthr de Londres constitua le baron Masères son 
député ; en 17S0, la Cour du Conseil Commun l'honora 
de la présidence de la Cour du Shérif pour la ville de L(M1- 
dres, emploi qu'il tésit,Mia en 1822, deux ans avant sa 
mort. 

L'année 17S4 le trouvait activement immiscé dans un 
démêlé cpii agitait la Boiiiti Royale de Lontlres, à propos 
de la démission ilu mathématicien Ilutton. 

V.x\ iSoo, il publia une dissertation ''On t/ie Risoliition 
of affectai Algchraic Equations'' enrichie des notes et des 
méthodes île divers savants. 

Bien (jue notre ancien Procureur-Général nous soit 
connu surtout par ses volumineux écrits,! \) Mémoires,R-:p- 
ports sur les affaires nubH([ues du Canada, de 1766 à 1791, 
ce furent les sciences exactes, le droit public, la philoso- 
phie, l'histoire parlementaire de l'Angleterre qui fourni- 
rent un aliment à sa soif de tout connaître, et le champ où 
il cueillit les plus beaux fleurons de sa Cf)nronne. Il.'-em- 
ble presqu'impossible que toas les travaux littéraires et 
scientifiques auxquels son nom se trouve associé.soient éclos 
du cerveau d'i'.n seul hunitne. Plus d'une fois, il aida de sa 



(Il Li- 110111 cir iMiiMirs. ((iiiiiiir aiitiiir nu c ilitmi.M r:i(t.iclic> ;iii.\ rcril h suivants .pii li:ii 
ti'tit (II' iiiatln''iiiiitii'ii(w. il'lii-it'ilii', (11' ilinit imlilic, irironinnii' luilitiiiiic, de piiU Miii|iir 
ri'liv'ii'iisi' ; 

I. 'l'iii' HliiiiriitH ri( ri.iiii' 'rritroïKiirnl i> , nilh a ilr'sii'tictidii dii ttic liât lUc , iind ii-'.c 
(if liiitTHiitliiiis, •• ITlIii. .'■vn, 

'.'. " Mipiiti'si|iiii'ii. Virwh cif tlii' l'iiii^lisl) Cciiisliliitidii ti'aiifhitccl \\ illi iinti s. ' ITM.'-mi 

:'.. " Tlu' riiiuiiilis ol'tlii' Dociviiio (pf lati' aiiiuiitii's "■ 17^:i, 1 viil ^ — Jii. 

4. 'l'iii' Mddi'iati' lirtdiiiicr ; cr a iiripj.osal In l'niriit sciiiic al>iiMs in tlic pi'i-fiil csla- 
lilisliiiiciit of'tlir Ctiiiiili ni l>;ni;l nul. IT'M.Nvn. 

â. Kni|iiiry iiitn tlic '■xtciit ni' l'nv.cr ni' iurii's nii triait* for ('riiiiiiial \Vnliii}it<, I7'iJ,.''V(> 

li. Scriiitorcs l.niiari'liiiiici 17'iI-Imi7. t; vnis, lin. 

7. lirriiniiilli's llDcIniii' id ririauiatinii- uiid ('niriliiiiatioii-^ uitli ; nnii l'riiici|il('s ol' 
alL'clira. 17!l!i, i^vip. 

s, •■ IVIay's IliHtiH'y ot' tlic rarliaiiitlil nf Kiiulaml, svliicli I'ilmii W Xnv. lilln , a lU'Wi'di- 
tinii witli :i inifai'i- '" l.'-'l::, I tn. 

il. ■' 'l'iirci' Traits ]>iiblislM'il in Anistcnlaiii in li!'.i|. .iiid twn iiiidir tlu' niiin' nf l.i't- 
tcrs ot' (ii'nt'ral liUdlnw in l'àlinnnd Scvninnr aiidnllicr | iT^ons : .a niw rdiiimi «iih a 
prrfai'O " IHi:^, 4t(i. 

10. •' Tlio Irisli Holii-llidii ; or .a Uislnrv ni' tlic atlcinjits ni' ilii' Jrisli l'aiiists In i xlfr- 
imto tlip Proti'stants : tiy Sir .Inliii Tciuplir; ii luw édition witli a prrl'acc.U Ki, •lin. 

II. The Cbvso of l'opcry and l'npifli l'aiiis tn thi' Civil (inviriimrnt and l'iciti staiit 
Cliuioh of Kniîlanil " riiirintcd in ^ vols, isn;. 

12. '• JMt'inoirs of tlie iiiost niatfiial 'rr.insacliniis in Kn;;laiiil, fnr ion yo.irs. iin-i'cdinu 
tlic Ki'volutinn in Hit-8 "' liy, laines Welwnnd, Ih^iii, >-\t\\. 

i;i. " Selpct Tracts relatinu tn tlio Civil Wars in linuhuid, teniji. Chas. I. and Croin- 
ivoll rsurpation " It^l.'i, •! vols '-vn. , 

14. " View of the aneient l'onstitutinn nf tlie i^injlisli l'ailiaim lit "". 



\a: harox m.^skrks 



fortune, à la publication de recherches scientifiques faites 
p;ir d'autres, et plus d'un écrivain désireux de f.ivoriser la 
science de ses conquêtes, sans en avoir les moyens, 
s'adressa au Mécène Anglais, rarement en vain. Ainsi, 
en 1S02, il fournit à M. John Ilellins les fonds p»)ur éditer 
une œuvre que lui, Masères, admirait fort: la traduction ilu 
savant traité composé par Donna A(;ni:si, sous le titre 
Institntioiii y Inalytichc, 

L'arfjent. i^ ses yeux, n'était (^u'un moyen de faire une 
bonne u'uvre. Il porta en une occasion le désintéressement 
au point tle prêter pour vinijt ans et sans intérêt, <à un 
écrivain pauvre, une somme de six mille piastres, pour 
publier ses écrits, et cependant, à sa mort, il laissa plus de 
fortune qu'on avait droit de le supposer, vu sa libéralité 
proverbiale. 

Pendant son séjour, à Québec, il put étudier de près les 
besoins de la colonie, apprécier la mal-administration ou le 
vice du système judiciaire bâtard qui y existait, se rensei- 
gner sur le malaise [:jénéral des anciens et des nouveaux su- 
jets, leurs tiraillements mutuels, les réformes à faire dans la 
jurisprudence ancienne et nouvelle, lîien que ferme soutien 
du trône, il n'hésita pas à se prononcer contre la prétention 
du Roi, sur un point d'une importance vitale aux Canadiens. 
Masères, devenu l'rocu.-'eur-Général de la l'rovince de 
Québec, dit Bibaud-jeune, " nia au Koi le pouvoir qu'il 
s'était arroi^é de législater pour le Canada, indépen- 
damment de son l'arlement ; " les lois françaises 
avaient été selon lui, les lois de la colonie,de 1/64 à 1774 ; 
l'avocat Général Marriott maintenait le contraire. 

Ardent ami des libertés populaires, il avait auprès du 
roi le tort d'être Whig ; ennemi de l'arbitraire et de l'into- 
lérance religieuse, il se montra constamment favorable au 
maintien de l'ordre et de l'autorité publique. L'étude des 
classiques Grecs et Latins ht ses délices, en tout 
temps. Ses auteurs favoris parmi les anciens étaient 
Homère, Lucain, Horace: il les lisait, les relisait ; il les 



MON(»(iKAI'IIIi: 



13 



savait par ciour, disait-on. Milton, parmi les niodcrncs, 
lui était chei-. Il affectionnait fort et parlait avec pureté 
la langue de ses pères, le français, mais le bon vieux fran- 
çais, siècle Louis XIV, l'idiome de Racine, de Corneille 
'le Sévigné. Il riait de bon C(cur de ce qu'il nommait 
l'argot parisien et badinait ceux des émigrés français 
qui fréquentaient ses salons, sur leur famélique accent mo- 
derne, tout en les comblant de bons procédés ; sa bourse 
et sa table étaient à leur disposition ; on y voyait, disent 
les Mémoires du temps, des Archevêques, des Kvêques et 
autres membres éminents du clergé échappés à la guil- 
lotine de Robespierre. On y remarquait surtout un mem- 
bre du Parlement de Taris, banni de I'"ranct;, lequel trou- 
va pour lui et sa famille une affectueuse hospitalité à la 
villa de Masères, à Reigate. 

Si le baron Masères abhorrait les nivcleurs de 93 et les 
doctrines subversives de \''oltair e, 1 sut néanmoins appré- 
cier les bons écrits de l'auteur de Zaïre, etc. Sans morgue, 
d'une intégrité inflexible, doué d'un heureux tempéram- 
ment.d'une humeur enjouée et égale, hospilalier à l'extrême, 
il n'avait pas de plus grande jouissance que de s'entourer 
dans sa charmante résidence de compagne, de quelques 
amis lettrés comme lui, surtout de mathématiciens. Le 
dogmatisme tranchant,parfois brutal du ctilèbre Dr Samuel 
Johnson lui agaçait les nerfs : une fois il rencontra le vieil 
ours chez son libraire. Le bénédictin de Londres se mit 
comme à l'ordinaire à fronder les auteurs contemporains, 
entr'autrcs Ilumc et Voltaire : c'en fut assez. Il déclara 
qu'il ne désirait jamais rencontrer Johnson. 

On cite parmi ses amusements le jeu d'échecs. Il savait 
perdre la partie avec tant de bonhomie qu'un de .-^es amis 
disait de Masères, qu'il était le seul joueur de ses connais- 
sances sur la figure duquel on ne pouvait lire une vic- 
toire ou une défaite. 

Esprit pratique, il préférait à la méthode de démonstra- 
tion philosophique de Newton, celle de Huyghens et de 



w 



maam 



H 



l.V. HAROX .N[ASKRKS 



Galilée, comme étant plus claire et, partant, plus à la portée 
de la jeunesse. 

Les mémoires du temps revêlent le " Vétéran de 'a 
science", dans l'intimité du foyer, sous un aspect affectueux 
et qui rappelle la piété et la simplicité révérentieuse de 
l'illustre Newton, lequel par respect pour l'Etre suprême 
qu'il nommait '"le gentUhomme d'en haut, " ne prononçait 
jamais son nom sans se découvrir. 

Il pratiqua jusqu'à sa dernière heure le train de vie digne 
et rangé, l'exquise politesse, la mise simple mais soignée 
des hommes de robe des anciens jours, portant le tricorne, 
la grosse perruque poudrée, le blanc jabot, etc. 

A qui aime à repeupler le vieux Québec de ceux qui 
en parcouraient j^dis les rues en chair et en os, l'imagina- 
tion ne peut manquer de rappeler parmi les scènes de cette 
ère \'oisine du grand siège, lorsque 527 édifices publics et 
privés démolis par les bombe-* de Wolfe et de Saunders, 
avaient surgi de leurs cendres, la douce figure du courtois 
fonctionnaire se dirigeant par la place d'Armes vers le Châ- 
teau, ou par la côte du Palais vers l'Intendance.en quête des 
documents confiés à l'archiviste j. A. Panet : brefs de com 
niissions,octrois du domaine public, patentes de noblesse 
française, pour le guider dans son important travail(i) ; oU' 
bien, causant avec le juriste Cugnct, au coin d'une rue, sur 
la coutume de Paris ; ou bien assistant aux séances du Con- 
seil Supérieur présidé par le Uauverucur de la colonie ;, 
ou bien encore, qui sait, à l'instar de nos laborieux honnnes 
de robe d'aujourd'hui, se procurant l'exercice ou l'agrément 
de la promenade quotidienne, obligée, sur la (irai/âe Allct 
ou chemin St-Louis. 



(1) "An aci-'Diuit iil'tlii.' iii>liU'9si' or (ifiitry in ('aii:iil.i. 



il 



William Smith, Historien 
1769-1S47. 

William Smith, le second fils du juge William Smith de 
Québec, naquit à New -York, le 7 février 1769, la môme 
année que Napoléon. Il fut envoyé à Londres, où il acquit 
son instruction' à " Kensington Granimar School ' ; le 
23 octobre 1786, il débarquait à Québec avec son père, 
fameux loyaliste — qui avait été nommé juge eu chef du 
Bas-Canada, 'e 1er septembre 1785. 

Afin de faire connaître l'entourage et le milieu social où 
s'écoula la jeunesse du futur historien, il n'est pas hors 
de propos d'esquisser ici rapidement la carrière et les anté- 
cédents de son savant père. 

L'honorable juge en chef Smith naquit à New- York, le 
iS juin 1728. Il suivit un cours classique au collège Yale, 
dans le Connecticut, où il passa plusieurs années ; il s'y 
distingua surtout par ses profondes connaissances du Grec 
cr même de l'IIébrcux, ainsi qnc par ses aptitudes pour les 
mathématiques. Nommé d'abord membre du conseil de 
Sa Majesté, le roi de la Grande-Bretagne, il fut fait plus 
tard juge du Banc du Roi pour la province de la Nouvelle 
York ; finalement, il atteignit la haute dignité de juge en 
chef de la Nouvelle York, le 24 avril 1780. Lorsque la 
révolte des colonies éclata, il se distingua par sa fidélité au 
Roi ; plus tard, il sacrifiait courageusement son avenir et 
quittait New-York dans le même vaisseau qui portait les 
troupes de Sa Majesté, ainsi qae notre gouverneur aimé, 
Sir Guy Carleton. M. Smith débarquait à IMymouth, 
le 16 janvier 1784. Pour récompenser sa loyauté, ses 
services à la couronne, et vu ija grande science légale et ses 
éminentes qualités personnelles, George III le nomma 



i6 



WILLIAM SMITH 



juge en chef du Bas-Canada. Il accompagna son ami Lord 
Dorchester au Canada, dans la frégate " Thistle. '' 
Tout deux débarquaient, le 23 octobre i786, sous le 
Cap-aux-Diamant^ : l'un pour s'installer avec pompe au 
Château St-Louis, l'autre en quête d'une résidence conve- 
nable pour un juge en chef, venu des vieux pays. A en 
juger d'après le contenu d'une longue et curieuse lettre 
qu'il adressait cette automne là à sa femme, Janet 
Livingston, à New- York, il était assez difficile de se 
procurer ici parmi les maisons à louer — un logement con- 
venable à son rang et au train de vie qu'il était accoutumé 
de mener. 

Nous ne pouvons nous refu-er le plaisir de citer un 
passage ou deux de cette letcre (reproduite tn extenso à la 
page 388 de Picturesquc Qitcbcc,) laquelle tout en jetant 
du jour sur les goiiîs litt<^raires du jeune historien, lève le 
voile qui enveloppe les allures sociales du monde fashiou- 
able de la vieille capitale au temps où florissait le juge-en- 
chef Smith. 

" Québec, 10 décembre, 17S6 

Ma chère Janet, 

** Je n'ai pu encore, dit-il, trouver un logement conve- 
nable pour louer. 

" \\\ nous faudrait un salon — une chambre à dîner — une 
pièce pour ma bibliothèque — une chambre à coucher pour 
nous — une pour nos filles — une chambre à coucher pour 
Haie et William — une autre pour votre lh>n!>t (house- 
keeperj et une autre pour votre coifîeuse. Moore et un 
autre serviteur occuperaient la huitième pièce. Je doute si 
parmi les maisons à louer, à Québec, il s'en trouve une 
comme cela ; sans parler du logement qu'il nous faudrait 
pour nos serviteurs secondaires — lesquels, je pense, de- 
vraient être, de préférence, des nègres que nous ferions ve- 
nir de New-York ; ils nous causeraient moins d'embarras. 
Je donne à mon serviteur Thomas 24 guinées, et cela réuni 
au salaire de trois serviteurs que vous ferez venir d'An- 



MONOGRAPHIE 



17 



gleterre, portera cet item, à £100 sterling par année. Si 
vous emmenez avec vous des nègres, de New- York, tâchez 
que ce soit des gens fiables. Pour le service de la table, il 

nous fnudra constamment quatre valets bien mis 

{puis il discourt de la politique chez nos voisins.) " Notre 
hiver est commencé et cependant je ne le réalise pas. Les 
poêles du Canada, disposée dans les passages, tempèrent 
l'air par toute la maison. Je m'assieds d'ordinaire au coin 
de la cheminée — ce qui me donne 71 à 72 degrés du ther- 
momètre : c'est-à-dire une température d'été. La carriole 
couverte, le casque en pelleterie et le pardessus — ce sont 
là des objets de Inxe dont l'on se sert en voyaffe seule- 
ment. La carriole ordinaire suffit en ville. La réception 
officielle de jeudi dernier le prouve : cinquante dames en 
coiffures brillantes, et pas un ruban, pas une boucle déran- 
gée. Tout se passa d'aptes l'étiquette anglaise, excepté la 
cérémonie du baiser (the ceremony of kissing) que Milord 
D (Dorchester ?) se réserva à lui seul. 

"Son aide-de-camp escorta Ici dames à travers une salle 
où lui et moi .nous les attendions. Elles reçurent le baiser 
sur les deux joues et furent reconduites au salon du châ- 
teau, en arrièi»e, où nous nous réunîmes quand la foule eut 
diminué. Les messieurs entraient par une autre porte. 
Puis, on servit le thé ; i)U s vint le jeu de cartes, etc., le tout 
jusqu'à dix heures. Je laissai votre fils à la fête, pour entre- 
tenir la beauté du bal — une d ime Williams, épouse du 
major Williams et fille de Sir Joh 1 Gibbons, de Windford, 
— une personne de gentilles manières et de bonne maison. 
Nous dansâmes ce jour-là aussi chez !e Lt -Gouverneur, la 
général Hope,(i)que vous avez du connaître. Il fréquentait 
alors, comme le Col. Harry Hoi)e, le salon du général 
Robertson ; il est neveu de Lord Hopetown, en Ecosse, 
et de Lord Darlington ('par le second mariage de sa mère) 
en Angleterre. Sa table est montée dans un excellent 
goût. 



(1) Le gouverneur Hope expira ùl Québec en 1787— ce fut lui qui permit aus Canadien» 
de bâtir la Porto Hope ou de la canoterie, rasée en 1S71 — elle portait son nom. 

ii 



r8 



WILLIAM .SMITH 



" William (le futur historien) qui sait ie latin et le français 
mieux que sa propre langue, m'importune pour lui acheter 
une collection desClassiques : achetez la lui,si vous le pouvez, 
au moyen d'une traite de £is sterliug que vous m'enver- 
rez dans une lettre à Ryland. 

" Il y a ici une bonne bibliothèque et mes amis en ont 
aussi : i) 

Puis l'honorable juge communiquait à sa fidèle moitié 
plusieurs rumeurs et nouvelles affectant les "Whigs améri- 
cains, " et terminait sa missive avec les mots suivants : 
"Adieu ! " The broad hand of heaven protect you." 

\V. S. 

Le juge en chef Smith a lui aussi légué à la postérité, 

en outre de ses écrits judiciaires, un travail historique fort 

recherché de nos jours parmi les bibliophiles : " History 

oft/ic -l^rovincc of Ncxv- York, froin thcfirst scttlannit to tJic 

ycar 1734, " grand in-folio. 

Il joua un rôle fort important dans les assemblées publi- 
ques où s'élaborait le programme de l'union d» s colonies 
en Amérique. <3n a étéjusqu'à dire qu'il conçut le plan 
de constitution qui régit maintenant l'union américaine. 
Une feuille de l^oston, en 1825, contenait le trait suivant : 

{From thc Boston Mirror, 1825,^) 

'- The foUowing was related by Dr. Mitchell iiimself, and \ve 
wouch for its authenticity : 

•' Anecdote of William Smith, Esqiiirc, the historian of New 
York, and the late chief justice of I.ower Canada, rccommended 
to American histcrians. 

" This éloquent nian, having been an adhèrent to the royal 
cause during the révolution, lefc ihe city of New-York in 17S3, 
with the British Troops, and was afterwards rewarded by his 
sovereign with a high jiidiciary office at Québec. Judge Smith, 
although thus removed from Ihe place of his origin, ahvays con- 
templatod the politics of his native coimtry with pecuhar solici- 
tude. 

'• One evening in the year 17S9, when Dr. Mitchell was in 
Québec, and passingthe evening at the chief jusdce's house, the 

(1( Cette bibliothùque a dû être la Çuetec ii6rnri/, tàbliotht'que publique fondée en 
1779, par Lord Dorchtster et incorporée en 16C9, dans celle de la nociHé Hitéraire et 
historique. 



MON'OGRAiilIË 



•9 



leading subject of conversation was the new fédéral consiitution 
then under the considération of the States, on the reconimenda- 
tion of the convention, which sat at Philadelphia, 1787. Mr 
Smith, who had been somewhat indisposed for several days, reti- 
red to his chamber with Mr Grant, one of the members of the 
législative coimcil, at an early hour ; in a short time, Mr Grant 
came forth and invitcd Dr Mitchcll, in Mr Smith s name, to 
walk from the parlour into Mr Smith's stiidy, and sit with them. 
Mr Mitchell was conducted to a sofa and seated besides the 
chief justice, before whom stood a table, supporting a large biui- 
dle of papers. Mr Smith resmned the subject of American poli- 
tics, and untied his papers ; after searching among them a while,. 
he unfolded a certain one which, he said, was written about the 
time the colonial commotions grew violent in i-;75,and contained 
a plan or system of government, sketched ont by hiraself 
then, and which nearly resembled the constitution afterwards- 
proposed by the fédéral convention of the L'nitcd States. He 
then read the contents - the pièce was long and elaborate, and 
written with much beauty and spirit. — *' This, sir, (added he,. 
after tinishing it,) is the copy of a letter. which I sent to a mem- 
ber of Congress m 1775, w]io was an intimate friend of Gênera'. 
Washington. You may trace to this source the sentiments in 
favor of a more energetic govermnent for your country, contained 
m the comm^mder in chief's circular letter, and from this 
îhere can be no douI)t that ihe citizens of ah the States derived 
their leading hints for your new forni of governnient." Thus you 
see the great and original outlitie of your national constitu- 
tion were drawn by a ma", \\hom the laws of his native land 
proscribcii and forced away from its shores "' 

Il est même possible que si !-i roi eût adopté le plan de- 
réforme et de gouvernement que M. Smith lui soumit 
avant 1774, le lien colonial eût duré quelques années de 
plus. Doué par la nature d'une grande éloquence, éminent 
légiste, chrétien fervent, l'honorable juge était lié d'amitié 
avec plusieurs des écrivains les plus distingués d'alors — 
entr'autrcs avec le célèbre historien de l'Amérique, 
Robertson ; sa lidélité au roi ni valut l'emprisonnement 
dans le manoir Livingston ; plus tard, il fut élargi et 
envoyé comme cartel, à New- York. 

Il avait épousé le 8 novembre 1752, Janet, fillede James 
Livingston, de New-York. Une de ses filles devint plus 
tard l'épouse du juge en chef, l'honorable Jonathan Sewell.. 

Le juge en chef Smith rendait l'âme, à Québec, le 6 



20 



WILLIAM SMITH 



il. 



décembre 1793, dans la même maison où expirait en 1847 
son fils — c'est maintenant la résidence du shérif AUeyn, 
Tue Saint Louis. Le prince Edouard, quatrième fils de 
George III, duc de Kent, et père de notre Souveraine, 
itaisait partie du cortège funèbre du savant juge. 

Le juge Smith était aussi propriétaire du site sur la rue 
St-Louis, occupé maintenant par la somptueuse demeure que 
son gendre, le juge en chef Sewell, y construisit plus tard, ci- 
devant l'Hôtel du Gouvernement.Telle fut la carrière d'abord 
troublée, plus tard bien remplie, du juge en chef William 
Smith : tel vécut, tel expira le respecté, l'érudit, le fastueux 
père du futur historien du Canada, l'hon. juge en chef 
William Smith. 



* * 

* 



Quand le jeune Smith mit le pied sur le sol canadien,en 
1786, il n'avait pas dix- sept ans. 

On a pu voir que si ses goûts littéraires lattiraient vers 
l'étude des classiques, sa naissance, sa jeunesse, ses manières 
courtoises lui avaient ouvert, dès le début, la porte des 
salons de Lady Maria Dorchester, au château St-Louis. 

Il est permis de croire qu'avec l'élite de la société du 
temp?, il fit acte de présence aux brillantes réceptions 
officielles et aux feux d'artifice organisés, le 21 août 1787, 
par Son Excellence, on honneur de la visite du troisième 
fils du roi — le jeune prince William Henry, duc de 
Clarence — couronné en 1827, comme Guillaume IV — ^jour 
de gala pour la ville entière. Le royal niidshipman laissa 
des souvenirs assez galants, à Québec. On est toutefois 
surpris de ne pas rencontrer le nom de William Smith, 
inscrit à côté de celui du juge en chef, son père, sur la liste 
de ceux qui accoururent au château St-Louis, le 6 avril 
1789, à l'invitation de Lord Dorchester, pour fonder sous 
ses auspices une société d'agriculture. La Gazette de Québec 
de cette année là contient le rôle des personnages marquants 
des deux nationalités qui tinrent à honneur de seconder le 



MONOGRAPHIE 



21 



gouverneur en chef, dans sa généreuse entreprise. Milord 
Dorchester étai', et à bon droit, estimé de tout le monde.. 
Il est toutefois possible que la lecture des " Classiques "" 
et la vie de salon avaient plus d'attrait pour un jouvenceau 
de vingt printemps, en parfaite santé» que de graves disser- 
tations sur l'agronomie, sur l'amélioration des races bovines 
et la création de concours aratoires ! Suivons donc la foule 
qui va s'inscrire au château St- Louis, fière de seconder le 
gouverneur, le " sauveur de la colonie, " Lord Dorchester, 
dans son patriotique projet : nous y trouverons une 
excellente occasion de faire connaissance avec le personnel 
de ce vieux Québec de 1789 — déjà si loin de nous — auquel 
le futur historien de la colonie restera identifié pendant 
soixante ans et plus. 

Bien que l'on se plaise à répéter qu'il y avait peu ou 
point d'entente entre les deux races qui se disputaient lesoï 
— les anciens et les nouveaux sujets, — on ne s'en douterait 
guère à en juger par les noms accoles à la liste de la 
Gazette de Québec : 



17S7. 



KOLi: DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE 

<,)UEBEC EN 17S9. 

Révd Philippe Tosey, chapelain militaire ; T. Monk, 
procureur-général ; G. E. Taschereau, Peter Stewart 
Malcolm Fraser, William Lindsay, J. B. Deschencaujohn 
Lees, J. Renaud, Mathew Lymburner, John Blackwood, 
M. L. Germain, A. Panet, P. L. l^anet, A. DeGaspc,. 
St-Jean Port Joly ; M. 01. Ayhvin ; l'Evêque de 
Québec ; M. Bailly, coadjuteur ; Dr. T. Mervi-i Nooth, 
Henry Motz, Jenkins Williams, Isaac Ogden, j ge de 
la cour de Vice-Amirauté ; Messire Panet, curé de 
1^ Rivière Quelle ; Sir Thomas Mills, François Danibourgès, 
Capt, Fraser, 34e bat., Cenelm Chandler, J. F. Cugnet, J. 
F., M.Pierre Florence, Rivière-Ouelle ; Capt. Rotson, T. 
Arthur Coffin, Capt. Chas. St-Ours, Aug. G lapion, supérieur. 



22 



WILLIAM SMITH 



!|ï' 



des Jésuites ; A. Hubert, curé de Québec ; Juchereau 
Duchesnay, L. de Salaberry, P. Panet, P. C, M. Gravé, 
sup. du séminaire ; John Craigie, Berthelot D'Artigny, 
Perrault-l'aîr.é ; George AUsopp, Robert Lester, Alex. 
Davidson, le juge en chef Smith, les honorables Hugh 
Finlay, Thos. Dunn, Ed. Harrison, John Co lins. Adam 
Mabane, J. G. C. De Léry, Geo. Pownall, Henry CaldweU, 
William Grant, François Baby, Samuel Holland, George 
Davidson, Chs. De Lanaudière, Lecompte Dupré, Major 
Mathew. " 

Cette liste résume à peu près tout ce qu'il y avait de 
plus distingué dans ou autour de la vieille capitale, en 
1789 : l'Etat, le clergé, la robe, le commerce, les professions, 
jusqu'au sport, rien n'y manque, car Sir Thomas Mills, 
l'hon. dis. De Lanaudière, le Capt. St. Ours, étaient des 
sportincn de haute pègre • le cheval De Lanaudière, 
Corbeau, la jument de Sir Thomas Mills, Coquette, et 
Niagara, le coursier du capt. St-Ours, ont fait parler d'eux 
cette année là. (voir la Gazette de Quebee). 

On est charmé de voir tant de noms distingués sur l' 
rôle de la première société d'agriculture, fondée àQi'ébec : 
De Salaberry, Juchereau Duchesnay, Panet, Taschereau, 
Dambourgès, — le héros du Sault-au-Matelot ; Berthelot 
D'Artigny, Perrault, l'aîné, — le vieux négociant français de 
l'anci'în régime, qui avait son comptoir sur la rue Saint- 
Pierre — J. B. Desclieneau, ci-devant propriétaire de vastes 
voûtes et magasins, sur le site où la Banque de Québec fut 
co'istruite en 1S62 — A. De Gaspé, seigneur de St-Jean 
Port Joly, qui avec ses collègues, AL Couillard, seigneur de 
St. Thomas, et De Beaujeu, seigneur de l'Ile aux Grues, 
accompagnés du belliqueux curé Bailly, (i) conduisaient 
un détachement de milice pour porter secours à Lord 
Dorchester, bloqué dans Québec par les Bostonnais, en 



(1) Messiro Bailly iirav^mont blessj ii ce malhoiiroux combat, expira à ^Hl^l)ital•' 
iflùiii'ral le :!() mai 17i)4. Ou y voit son buste de Kraiuljur naturelle, copié plus tant pa 
M. l'huuondou. Il fut iiiliMiu.)A In l'ointe aux Tremblas, pr;'s QuObin.'. 



MOXOGRAl'IHK 23 

1775 : — Le colonel Lecompte Dupré, la terreur des 
Yankees : — F'rançois Bab>, les dfux avocats Cugnet. 

L'Eglise et la haute éducation sont représentées par 
l'Evêque de Québec et son coadjuteur, le martial Messire 
Bailly, évidemment membre de l'église militante, 
évêqne de Capse — mort en 1794 ; le bon curé Hubert, 
victime en 1792, d'un si triste naufrage, en face de Québec ; 
le père Glapion, supérieur des Jésuites ; Messire Gravé, 
supérieur du séminaire des Missions Etrangères, Messire 
Panet, curé de la rivière Quelle, plus tard évêque de 
Québec. 

Puis, vient toute un-* troupe de hauts dignitaires : le 
juge en chet Smith, le juge Isaac Ogden, le procureur- 
général Monk, le solliciteur-général Jenkins Williams, 
Thon. Hugh Fitday, député-maître des postes, le successeur 
du fameux Benjamin Franklin, Ths. Dunn, président du 
"Conseil, l'hon. Adam Mabane, juge intègre et méîecin dé- 
voué, dont notre vieil ami, M. l'abbé Bois,- nous a donné une 
intéressante biographie, l'hon. Mathew Lymburner, négo- 
ciant distingué i'hon.'Georo'e Pownall, secrétaire-provin- 
cial, Thon. Williant Grant, l'époux de la baronne de Lon- 
gueuil : tous deux ont laissé leur nom h. deux rues du fau- 
bourg Saint-Roch, la rue Grant et la rue Uaroniic. On voit 
encore des traces de leur magnifique manoir et de leur parc, 
à l'ouest de la manufacture de meubles de M. J. O. Val- 
lièrcs, rue Saint- Valier ; l'hon. Samuel HoUand, le compa- 
gnon d'armes deWolfe, aux Plaines d'Abraham, arpenteur 
•et ingénieur militaire, en renom ici et cà 1 Ile du Prince- 
Edouard. 

MatheT\- Lymburner, Peter Stewart, John Lees, John 
Blackwood, Ob. Ayluin, Robert Lester, représentaient le 
haut commerce. 

Saluons Alexander Davidson, plus tard paie-maître de 
Lord Ne'son et son am' ; le même qui en 1782, arracha 
presque de foro^ l'impressionnable et vaillant marin au 



24 



WILLIAM SMITH 



doux sourire d'une Juliette Ccanadienne, Mi -s Simpson, la 
beauté sans pareille de Québec ; puis, le major Muthcws, 
secrétaire de Lord Dorchester, le même qui plus tard 
épousa la ravissante Hélène de Lord Nelson. 

Mais, je m'arrête, car cette liste des agricu teurs émé- 
rites de Québec, en 1789, nos vénérés ancêtres, me fourni- 
rait matière pour un robuste /// quarto de chroniques et de 
mémoires des anciens jour-. 



* * 



Une autre mesure d'une incontestable utilité publique 
signala encore l'année I7<S9: l'ouverture du grand pont 
sur la rivière St-Charles, ceuvre que Lord Dorchester 
honora de sa puissante protection, et qui avait pour objet 
de relier la rive nord (Beauport, Charlesbourg, etc.,) à la 
cit^, au lieu de l'ancien bac du régime français ; ce pont 
prit le nom de Son Excellence, qu'il a conservé depuis. Il 
fut placé plus près du site du pont liickell ; plus tard, on le , 
nomma le vieux pont, quand le pont actuel lui succéda, en 
1822. 

Le futur historien fit sans doute acte de présence à cette 
fête. 

Un autre incident qui dut fort intéresser la famille 
Smith, ce fut l'arrivée à Québec, le 7 août 1791, dans le 
vaisseau de guerre Résistance, du Prince-Edouard, le fils 
du roi de la Grande-Bretagne, George IH, le protecteur 
avoué de l'hon. juge en chef Smith. Il y eut lever au châ- 
teau et bal ; le monde fashionabUy agité et intrigué, se 
pressait à la réception officielle. Une question d'un inté- 
rêt majeur chez \ts grands de l'époque se présentait. Se 
Excellence recevrait-il le Prince-Edouard seul, ou souhai- 
terait-il aussi une bienvenue officielle à la belle comtesse 
française, Alphonsine Bernardine, Julie Mongenet, de St 
Laurent, veuve du col. de Fortisson, (i) que l'on disait 



(1) La belle comtesse vécut vinçtt-huit ans avec le prince Kdouaril, le père de notre Sou- 
veniine. Elle fut traitée avec tous les égards dus l't une légitime épouse. L'année du mariage 
du Princa, en 1818,1e Col. de Koteniburg, mentionne dans une lettre, à M. de Salaberry quo: 
madame St-Luurent se retira cette année 1& dans un couvent, en France. 



monograpuil 



25- 



être l'épouàe du Prince, en vertu d'une de ces alliances 
morganatiques, usitées au siècle dernier? Le débat sur 
cette question de légitimité devint encore plus vif, lors- 
que l'on apprit que l'évèque de Capse avait accepté ma- 
dame de St-Laurent, le 2 juillet 1792, pour marraine 
d'un des fils de Salaberry. 

Il y avait pourtant pour les bons citadins de Québec en 
1 791, d'autres préoccupations, d'autres sujets moins gais 
au milieu des réjouissances publiques, en l'honneur du fils 
du roi, qui devait faire de Québec le lieu de sa résidence 
pour trois années consécutives. De temps à autre, le pa- 
quebot apportait d'alarmantes nouvelles d'outre-mer. \Jn 
vieux trône, une noble lignée jadis l'idole de la cité de 
Champlain, s'écroulait avec un épouvantable fracas sur les 
rives de la Seine. Le ciel était gros d'orages ; le drapeau 
rouge devait être bientôt arboré là où avait flotté pendant 
une longue série de siècles le pavillon aimé de St. Louis. 

N'y avait-il pas aussi une autre surprenante rumeur ? 
Celle d'un nouveau pacte politique, d'une constitution 
nouvelle, incomprise de la majorité du p-'uple : la consti- 
tution de 1791 avec son régime représentatif? Quelle part 
le juge en chef Smith, le faiseur de constitutions, eût-il 
dans ce changement ? Que pensa-t-il de la première réu- 
nion de notre législature en décembre 1792 ? Quelle 
opinion exprima-t-il à son fils, le futur historien, sur cette 
nouvelle phase de nos destinées ? Quelle influence, si au- 
cune, ce père chéri, érudit, expérimenté, a-t-il exercé sur 
les appréciations que le fils fit, plus tard, des principaux 
événements de nos atmales ? 

Voilà autant de questions à résoudre. 






* * 

* 



Le jeune William Smith, en 1791, avait atteint sa 
vingt-deuxième année. Il a donc dû jouir de facilités,, 
toutes spéciales pour étudier et approfondir les caus^'s et 



■26 



WII.MA.M SMITH 



t 



les circonstances qui avaient présidé à la nouvelle consti- 
tution de 1791, cela, sous l'œil et l'inspiration immédiate 
de son illustre père qui y avait eu une large part. Le projet 
de la nouvelle loi avait été préparé par le secrétaire d'ICtat, 
William Windham Grenville.on conformité aux instructions 
qu'il avait reçues du Conseil Privé ; puis, renvo\-é à Lord 
Dorchester pour être revu et amendé, avec injonction de 
consulter le juge en chef Smith. Après mûres délibérations, 
Son Excel'ence et son aviseur firent subir à la mesure 
d'importantes modifications ; le projet fut renvo\-é en 
Angleterre, soumis au parlement, discut.^ et finalement 
adopté. Autant que les circonstances le pcrmettai'jnt, on 
avait tenti d'en emprunter le.-) dispositions à la constitution 
anglaise. Voici la composition du Conseil Mxécutii et du 
Conseil Législatif, sous la nouvelle loi : 

6(fV/j677 /i.nr// /■//:— William Smith, juge en chef, Paul 
Roc de St. Ours, Hugh Finhiy, l'rançois Haby, Thos. 
Dunn, Joseph L. de Longueuil, Pierre Panet et Adam 
Mabanc. 

Conseil Li'i^islatif \ — William Smith, jui^e en chef, J. C. 
Chaussegros de Léry, Hugh P'inlay, Thomas Dunn, P-^ul 
Roc de St. Ours, Joseph L. de Longueuil, Edward I Larrison, 
Frs. Baby, John Collins, Chs, De Lanaudière, George 
Pownall, John Fraser et Sir John Johnston. 

Les élections des membres pour la Chambre d'Assemblée 
qui se firent en juin 1792, Honnèrent pour résultat 34 
Canadiens- P>ançais et 16 Canadiens-Anglais. 

Les Canadiens-Français eurent donc la grande majorité 
des sièges ; mais la première place sur le banc judiciaire, 
au Conseil Exécutif, au Conseil Législatif, était dévolue au 
juge en chef Smith. 

Papineau-père, Bédard, Panet, avaient donc eu raison ; 
le nouveau système représentatif, ainsi que la division du 
Canada en deux provinces livreraient aux canadiens-français 
la suprématie du pouvoir législatif. Unnouvelétat de choses 
■allait surgir : le règne de l'absolutisme français, le régime 



MONOCRAl'HIF. 



27 



iofamant de Hi'got, le refîne militaire anglais étaient mort", 
bien morts. Ilosannah! 

Les 10,000 loj'.'ilistes ( l'nitcd l'.mpirc loyalists) de la 
pcrtion-ouest du Canada, les United Empire loyalists de 
la section-est, présidés par les U. E. L. Smith, Scwell et 
autres ; plus, la y;rande ninjorité française (à preuve les 
requêtes au parlement impérial qu'on avait fait signer de 
1783 à 1790^ dcmand.iit-nt une constitution calquée sur 
celle de la mère-patrie. Chose assez singulière, la facticn 
dominante, la minorité anglaise s'aperçut, mais trop tard, 
que le système représentatif remettrait le pouvoir législatif 
aux mains de ces nouveaux sujets, (]u'ils considéraient 
comme race conquise, qu'ils affectionnaient si peu. 

Revenons à notre historien. 

La mort soudaine du juge en chef dans toute la maturité 
de son talent et à l'âge comparativement peu avancé de 65 
ans, en 1793, non-seulement fut un événement douloureux, 
mais encore une perte irréparable pour William Smith, jr. 
Le juge en chef était bien plus qu'un tendre père pour son 
fils ; c'était un protecteur puissant par ses relations social s 
dans la mère-patrie d'où pour le Canada venaient alors, 
titres, honneurs, dignité, avenir. Il lui restait, il est vrai, 
d'autres amis de son père, de puissants amis même, entre 
autres, l'hon. Herman W'istius Ryland, l'aviseur cauteleux 
de tant de gouverneurs, le confident, plus ta'd. de Sir 
James Henry Craig, l'instigateur zélé de cette poli- 
tique soupçonneuse et arbitraire qui fit des mart\'rs 
;politique3 de lîédard, Taschcreau. Hlanche% le 17 mars, 
1810. 

Est-ce dans l'intimité de cet hablect infiitigable franco- 
phobe, Ryland, que l'historien du Canada a puisé quelques- 
'unes de ses inspirations ? Sur ce point et bii;n d'autres 
•l'histoire contemporaine nous fait défaut. 

La puissante protection d'un homme éminent en 
-Angleterre, Lord Bathurst, secrétaire d'Etat, ne fut pas 
•.invoquée en vain. Grâce à ce dernier, William Smith. 



H 



28 



WILLIAM SMITH 



homme de lettres, devenait, en 1814, l'honorable William. 
Smith, membre du Conseil Exécutif du Bas-Canada ; et 
l'année suivante, en 1815, il ajoutait à cette dignité, la 
charge fort lucrative de Greffier de la Chambre d'Assemblée, 
celle de Maître-en -Chancellerie. 

La réunion de tant de dignités sur une seule tête ne 
porta pas toujours chance à l'heureux titulaire ; l'étoile de 
la famille Smith parut pâlir, sans toutefois s'éclipser, à 
Québec, en 1838. Cette année-là, comme l'on sait. Lord 
G'-ey avait envoyé comme haut commissaire et Gouver- 
neur-Général, en Canada, son fougueux gendre, l'habile 
comte de Durham. Il y avait peu d'abus plus criants 
parmi les nombreux abus dont souffraient la colonie, que 
le cumul des emplois publics sur un seul fonctionnaire ; on 
nommait ces employés p/um/isàs ; q land ils faisaient rem- 
plir pendant leur absence les charges par des députés, on 
qualifiait l'abus d\ibscjiteis)n et eux, d'absciitecs. L'hon. 
William Smith était />///ra//j-/é' (i^, pluraliste renforcé ; ce 
qui était pire, aux yeux des patriotes d'alors, ce bnveaucratc, 
appartenait à ce groupe d'heureux favoris de la fortune, 
qui de temps immémorial avaient eu l'oreille des gouver- 
neurs et qui eiig'obaient tout, jusqu'au moindres parcelles 
de patronage. 

On dénonça M. Smith au grand redresseur de torts, à 
Lord Durham, qui, dit- on, le somma de venir en sa pré- 
sence, dire si c'était vrai qu'il cumulait tant de places. 

M. Smith plaida coupable et reçut ordre d'adresser par 
la poste du lendemain, une lettre au noble lord, lui 
marquant lequel de ces emplois, M. Smith entendait 
retenir ; l'hon. Conseiller Exécutif se démit de c -tte charge 



(1) (\'t alms ilafiiit de loin. Du Ciilvot décrit comme suit ce qui se passait vers 17i?4 : 
•■ l'iucfs de 51. JRibaue, chiruriiion de la Garnison, 200 livres st^;; membre du Con- 
seil ljé(lislatif. Uni liv. ; jnife de» Plaidoyers communs, ."«on livres: Commissaire faisant 
les fonctions de Jupe en chef, environ 300 livres, .jupe de la cour des prérogatives, loolbs : 
totiil. 12011 strlg. Places de SI. Fraser. — \.:\ demie-iiaie de capitaine, loii livres, strlK ; 
Membre du Conseil Législatif, loo livres. Juge des plaidoyers communs, 500 livres ; juge 
de la Cour des Prérogatives, 100 livres; Trésorier, environ 4oo livres; total 1200 livres 
strlg. Places de M. de Houville. — Juge .le s Plaidoyers Communs, "lOO livres, strlg; Juge 
lie la Cour des Prérogatives loo livres ; total, oiio livres strlg iBib.wd, Histoire du 
Ciiiuidij, T'nne II, P *;<). 120o livres sterling au siècle dernier équivahiient à 2400 livres 
Bterling, du cours .)ctuel=ù Slo,uoo. 



monographif: 



2^ 



pour retenir l'autre où l'honneur était moindre, mais où le 
traitement valait plus : celle de Greffier du Parlement. 

En 1818, l'historien prit une part active dans le projet 
formé par la veuve du Général Richard Montgomery, 
d'obtenir de Sir John Coope Sherbrooke, les restes du 
Général. Il avait, paraît-il, informé la veuve Montgomery 
qu'il existait encore à Québec, une personne capab e d'in- 
diquer l'endroit où M. Montgomery avait été inhumé, 
43 ans auf ravant : James Thompson, présent aux funé- 
railles. {Harpcr s Magazine, février iSS^, />age SS7-^ 

Disons un mot de ses écrits. 

Si la longue carrière officielle de l'hon. Conseiller Exé- 
cutif est insuffisante par elle seule pour le tirer de l'oubli, 
il n'en a pas été ainsi, quoi qu'en ait prétendu une très 
haute autorité, du travail historique de ce laborieux écri- 
vain. 

Toute incomplète, tout partiale que soit son *' Histoire 
du Canada, " elle continue d'avoir pour lecteurs les 
cinquante-cinq millions qui parlent en Amérique la langue 
de Shakespeare et c'e Milton. 

Ces volumes sont devenus tellement rares qu'il-î se ven- 
dent à un pri. assez élevé. 

Chez nos compatriotes anglais, Smith continue d'être une 
source de renseignements prisés. 

Les écrivains modernes, tant anglais que français, n'ont 
pas encore pris sa place chez ceux qui appartiennent à la 
race anglo-saxonne. William Smith n'a pas le style bril- 
lant, chaleureux, alléchant de Macaulay ; ce n'est pas un 
écrivain philosophe comme Gibbon, copieux comme 
Lingard, coloré et hardi comme Froude. Il a néanmoins 
un mérite incontestable : la clarté, la concision. Il s'efforce 
même d'être impartial, nous aimons à le croire ; eût-il vécu 
plus tard, dans un autre milieu, avec moins d'attaches à 
un ordre de choses exclusif, suranné, il est possible qu'il 
eût adopté des idées plus larges. 



30 



WILLIAM SMITH 



X'oublÈons pas que M. Smith a é.rit en un temps où la 
tâche de l'historien était de beaucoup pkis ardue qu'à 
l'époque où nous sommes. L'art du typographe n'avait 
alors rien fait pour les archivo3 canadiennes ; des piles de 
manuscrits moisis, vermoulus, raturés, souvent presqu'iliisi 
blés, encombraient les voûtes souterraines du vieux palais 
épiscopal à Québec, où étaient les bureaux des divers 
ministères, où se rt^'unissait notre parlement. Le site de 
cette ancienne structure, en 1834, servit pour la construc- 
tion du somptueux palais législatif incendié en i!^54, et où 
brûlait, en 1883, la masure qui lui succéda. Cet écrivain 
tut un avantage sur ses successeurs, qu'il ne prisa j as assez. 
Il lui fut donné d'avoir accès au moins h deux, sinon à 
trois des cahiers q ui constituaient le yoiirua/ ihs yîsnitcs 
au siècle dernier ; il ne nous en reste qu'un seul. 

U Histoire du Canada de Smith, comme je l'ai dit précé- 
demment, .sous forme de note et d appendice, renferme 
des matériaux précieux pour l'histoire ; citons entr'autres 
documents, \\\\ journal très étendu par un officier de la 
garnison, du blocus de Québec, par Arnold et Montgomery, 
en 1775 ; les commissions de nos premiers vice-rois; des 
statistiques du recensement, du commerce, delà navigation, 
^<::r, tableaux météorologiques ; et, finalement, un curieux 
rapport avec pièces probantes, d'un comité sur l'éducation 
créé en 1787 et continué jusqu'à 1789, présidé par son père, 
le juge en chcl. On y discute une foule de questions dont 
quelques-unes sont loin d'avoir, après un siècle, perdu de 
leur actualité : l'éducation populaire, a haute éducation, 
l'emploi des revenus des biens des Jésuites, la création 
d'une université ; cette dernière question paraît avoir 
soulevé une petite tempête épiscopale, à en juger par les 
mémoires, soumis au président du comité, l'hon. juge 
Smith, (i) par Mgr l'évêque de Québec et par son coadju- 
teur, l'évêque de Capse. 



(1) Voir la page suivante pour cette note. 



moxograpiiif: 



5^ 



Le comité qui s'était réuni le 26 novembre 1789 était 
composé comme suit : le Juge en chef, MM. Grant, Dunn, 
Baby. De l.ery, Dupré. 

Ce fut John Neilsoti, ie propriétaire de la Gazette de 
Québec, plus tard le vieux patriote si longtemps membre 
pour le comté de Québec, qui imprima à Québec, l'histoire 
de M. Smith sous le titre suivant : " History of Canada 
froJH its Jîi'st discovcry ta thc ycar i/Ç)i,/'y William Sniit/i, 
Esqiiirc, CUrk of thc Parliaincnt and niastcv in C/ianccry 
of tlic Province of Lozccr Canada: in two volumes. '' Xe 
quid falsi deccre audeat, ne qui veri non audeat." 
fjuebec 

Printed for the Author 

By John ?NeiIson, 181 5. 

Le 1er tome renferme 388 j^-igcs avec un v-ppendice de 
72 pjiges. Le 2ème tome content 235 pages: l'ouvrage 
se divise en époques, représentées par dix chapitres tel 
que suit: Chapitre L traité de la découverte du Canada, 
à 1674 ; Chapitre II, depuis 1674, au siège de Québec, 
par Phipps, en 1690; Chapitre III se termine au temps 
de la nomination du marquis de Vaudreuil connne Gou- 
verneur, ^n 1703; Chapitre IV relate ce qui a eu lieu 
jusqu'à !'administrat''')n du marquis de Hcauharnois, en 
[726 ; Chapitre V^ contient l'historique des événements 
jusqu'à 1752; Cha[)itre \'I, a re ation de ce qui eut lieu 
de 1752- 17 59; Chapitre Vil, ce qui se passa au Canada 
jusqu'au traité de Versailles en 1763 ; Chapitre VIII, les 
événements de 1764, au siège de i"75 ; chapitre IX, depuis, 
1775 à la convention de Saratoga, en 1777; Chapitre X, 



1!) Voici 11' priMmljuli' ili' \\\ Iftln- <h' iiMii^rJLïiii'iir <li' C'apsi' ; 

Li'tti'i' ili' ("Imrli'H Fnini.'ois Biilly, coiuliutiMir il" (^m'ixv' et Ovimui" titiil;iir<' dv Capsi', 
i!;iti!o <!»' l:i l'ointi' aux TrciniiU'-i, â avril IT'.tii, a<lri'!<sî'0 A l'Iifin. AVilliaiii Siiiitli, 
pn'sidint d'im comité ilii f'oiisoil Kxieutit' do t^iiiéliro, sur uni' rrfVrouco du ('iinacil, 
Uiuiiiant li-s mosun'i» à )irt'iidre pour eiicdUTatriT l'éducatidu. 

.Aldiisimir et Messieura — Daus un rniiport d'un inuiité du cnnxoil, sur la question do 
l'iiluration, ijni ui'.i récemment été trananii:^, j'ai vu iinn lettre, signée Jean l'raiieoii 
Hubert, évéïiuu de (Québec : l'ayant parcourue avec l'attention la jilus soutenue, sans 
reconnaître le style ni le langaKe de l'illustre prélat, que les Canadiens sont si heureux 
d'avoir pour leur chef, je con(,oia, malgré le respect que j'ai pour l'hon. Président et le» 
autres membres du comité, que cette lettre entière est une fabrication [imposition] 
inventée au nom do notre Prélat bien-aimé'ct une rapsodie mal bâtie, que l'on a eu 
l'effronterie de présenter sous son nom vénéré 



.32 



WILLIAM SMITH 



î^' 



Si 



depuis la convention de Saratoga, en 1777, jusqu'à l'éta- 
blissement de la constitution en 1791. 

M. Smith, qui avait épousé Mlle Sarah Webber, fille de 
l'amiral Charles Webber, du Hampshire, Angleterre, per- 
dit son épouse le 26 janvier 1S19. 

Vers cette époque, il acquérait au Cap-Rouge, un do- 
maine bien boisé, où il se bâtit une jolie maison de cam- 
pagne, Lougiijood ; là, sa famille, composée de deux fils et 
de trois filles, passait chaque année la belle saison. 

L'hon. M. Smith semble avoir mené une existence fort 
paisible, fort retirée, absorbé par les soins de famille et 
partageant ses heures entre -es livres et quelques rares 
amis. Il expirait, le 17 décemb'e 1847, dans sa résidence, 
rue St-Louis, maintenant la demeure du shérif Alleyn, à 
l'âge de 78 ans : cette maison e>t devenue historique ; les 
■prisonniers de guerre en i S 14, le Col. Scott et autres y 
ayant été internés. 

Mes souvenirs se rattachent à l'année de sa mort. Je 
crois presqu'entendre le glas solennel de la cloche de la 
cathédrale anglicane, lorsque son cortège funèbre défilait, 
dans la rue St-Lcuis en décembre 1847, devant les fenê- 
tres du bureau de Mtre Jos. Noël Bossé f'plus tard l'hon. 
juge Bossé>, mon respecté patron, chez qui je faisais mon 
droit de 1845 à 1850. J'ai cru qu'il ne serait pas étran- 
ger à mon sujet de noter le milieu social, l'entourage où 
s'écoula la jeunesse dorée et l'âge mur de l'histot en. Si 
au lieu d avoir consacré ses veilles a nous préparer deux 
octavo, précieux surtout par leurs pièces justificatives, 
appendices, etc., comme " matériaux pour 1 histoire, " il 
nous eût donné à l'instar de son contemporain, Philippe 
de Gaspé, ses souvenirs intimes, des mémoires sur les pre- 
mières années du régime anglais, que de pages palpitantes, 
^que d'utiles renseignements, il etàt pu nous léguer ? 



R. Christie. Histcrisn 



178S-1S56. 

Les AitNahs CdiiaiUcinics de l'honorable William Snutn, 
trouvèrent un digne Ovintinuateur en !a {.lersonne de son 
contemporain, rex-dé[)uté de la Gaspésie, M, Christie. 

Robert Christie vit le jour à Windsor, dans 1 1 Nou- 
velle-Ecosse, en 178S. » 

Il s'adonna alors au comtiierce, à Halifax; i)ius tarti. il 
s'établissait h (Québec, où il étudiait le droit sous l'honora- 
ble Edward Bowen, qui était nonjnié ju!;îe de la c<.ur du 
Banc du l^oi, pour le' Bas-Canada, en 1812, et décédait, en 
1865, jnge en chef de cette cour. II pratiqua au barreau 
pendant quelques années, (ij \'a\ 18 m, ]\I, Christie s'em- 
barquait pour Londres. 

Sir James Henry Craii^, le i^ouverneur du Canada, soujj- 
çonna le jeune légiste, mais à tort, comme ee dernier le 
prétend, d'avoir fait ce voyage dans le but d'aider le révé- 
rend messire (plus lard Monseigneur j l'icssis, dans sa mis- 
sion auprès de lonl l'athur.^t, à prop'O.-; dos affaires du dio- 
cèse et des biens de^ Jésuites. 

Revenu au Canada, AI. Christie préludait par de fortes 
études à la carrière que la politique lui réservait : puis, il 
s'alliait à une ancienne et respectable famille canadienne, 
en épousant mademoiselle Olivette Doucet, tante de feu 
l^ierre-Antoine Doucet, juge de police. 

Avec ses occupation^ parlementaires, ?>!. Christie mep.ait 
de front d'importants travaux littéraire:-, se rattach.an.t à 
l'histoire liu Canada. 

Comine il n'existe aucu'je biographie de l'historien, ii 
nous a été impossible de préciser à quoi il pouvait devoir le 

1 1 1 V;ii lsJ'J-2:l, il oiT-ipuit i.iiiiiii",[)rnciiri-iir d iii« ili'f.x c i;;s"s .(tii firent i!u ;pi-;:it au Ijmi-- 
rc:!!!. !•! (ic'i l'un (1, :• jiKu î'.im "ix )il,iul,Mir- (1 ' <,liirliic. M. (ri'-.)rf;c AriioM, c'tait iuti-ri s.^i' : 
Ariuiltl i-.v. Iloyl- .7 ((/. i-t ;Mrl'Ii. rs'iii c». Aniolil ; i-il ctti- iliTiiiiTi' cius.', il iilifliit iiii 
viTiUti.p.i M- liIiclU' ; SUT! Milv T-iiiiri' .-tuit l'él'i l'iriit Aii.lri'w Sîunr:, p.'re du iui.''.' fi) i;lii?l' 
actuel. 



34 



K, CIIKISTIl. 



Si 



t>- ervcilleux ascendant qu'il sut acquérir, dans ce vaste 
di-.trict de Gaspé, cjui comprenait, au début, les comtés 
de Bon ivcnture et de Gaspé. 

l'endant plus d'un quart de siècle, la Gasjiésie fut, pour 
lui, une espèce de " terre promise ", un château-fort, une 
tribune d'où il défiait les foudres du parlement de Québec. 
Le fougueux dictateur Papineau, (i) put bien, à diverses 
reprises, faire prononcer à ses dociles adhérents, i'ukaseou 
ordre d'expulsion du revêche député Gaspésien : Chr stie 
n'avait qu'à souifîcr le mot d'ordre à ses " libres et indé- 
pendants " électeurs, de suit*", on lui renouvelait sans 
désemparer son mandat. [2] Il en fut ainsi en 1828, lors 
de sa première élection. On l'expulsait, il était réélu, 
et puis on l'expulsait encore. Dominique Mondelet avait, 
lui aussi, été expulsé. Ezekiel Ilart fut, en 1808, expulsé 
parce qu'il n'admettait pas le Nouveau-Testament comme 
règle de foi. 

Christie fut réélu six fois. {Histoire Parlonciiîaire. Vol. 
III p. 448.) 

Le crime de Christie était d'avoir avi^é comme président 
de la Cour des Sessions de Quartier, le chef de l'Exécutif, à 
propos de la démission de certains fonctionnaires publics. 

On n'eut jamais à lui reprocher une trahison, une défail- 
lai.cc. î>:i fiuélité à son drapeau, pour Christie, c'était une 
religion. Au rc-tc, il y avait alors parmi l'industrieuse et 
intelligente [)opulati(in du district "inférieur" de Gaspé, 
une cl.is^c d'hommes inaccessibles aux appâts de la corrup- 
tion • lectoiale, également peu disposés à subir ce qu'ils 
nommaient l,i dictature du Frcnch party. 



|l] JI. ( hrUtic, iiiin'î! l'iîuioii di'sl'auaJas, ,i ri'troiivi' dans la iiouvillo Ir^fislatuvo son 
.iiHiiii iulvrra lire, .\[. l'iiiiiiiiau, l't, c'f (|ui fait hoiiiu'ur il l'un et n raiitri', ils su hout 
rniiicliiiucnt riciim'ilits. M. Christie a nn'mo rtc.u riiosiiitalitù «lu crliMiri.' tribun li son 
ilii.tiau ili> -Montc-li -llo, mir l'Ottawa, l'i iit-«tr.' ont-ils tausii K'"''>^''''n<^^iit tlo leurs 
anciennes liittrs, se rapiiflant le l'ani.'ux vers ilc Virtfilc : Forsan et Ikci' otiiii viettiiiiisse 
invdhit. iF.-X. (liirni'nii, sa vie et ses œvvrfn,) 1'. O. Chaiiveau, Pe. XXXVll. 




: ; 



MONOLiRAl'lIIL 



35 



Les United Eui\nrc Loyalists, établis à Ncw-Carlisle, à 
Douglastown, à la l'ointe Saint-Picrrc, à Percé, au ba^^sin 
de Ga^I)C : les O'IIar.i, les Sheppanl, les Coffin, les Annett, 
les Huyle, les IMuri-^on, les Kennedy, les McPherson, les 
Jolr.iston, les McConnell, les Thompson et consorts, 
avaient leur mot à dire dans le choix d'un représentant, 
en Chambre. M. Christie ne reparaît au parlement qu'a- 
près l'union des provinces, en 1841. Hattua" pollen 1854 
i! crut que pour lui le temti-; était vt nu de dire adieu à la 
carrière parlenier:taire et il r^e réfut,na dans le calme de la 
vie privée, pauvre, mais fier (;t respecté. 

D ns sa verte vieilhsse, fort de ,.a longue expérience- 
parlementaire, il iitiii.a SCS loisirs à la composition de 
l'histoire parlementaire de l'éiJoque où le Canada recevait 
ses institutions représentatives, sa nouvelle constitution, 
en I79[, là où se terminait le travail de Smith, à venir à 
la promulLjation de :a nouvelle constitution qui réunissait, 
le Bas au Haut-Canada : un espace de cinquante ans. 

Pendant les années de luttes où son vieux collègue en 
Cliambre, John Neilson, rédigeait avec tant d'autorité la 
Gar.iîic de Qncbcc, M. Christie, plus d'une fois, lui avait 
prêté le concours de sa plume vigoureuse. L'habile publi- 
Ci.-te Neilson étant passé de vie à trépa--, en 1848, AI. 
Chri tie favorisa de sa collaboration le Qncbcc Mercury ; 
Icuiile fondée ci Québec, par AI. Thom is C iry, en 1S05, et 
qui plus tard passa pour être l'organe du I[ig]i Clturch 
pixrty, tout en prenant une part fort active à la politique 
du jour. Ceci avait lieu au temps où W'm. Kenible (1) 
d'abord et M. \\. Kimlin, plus tard, en ccupaient le fau- 
teuil éJitorial. Au n )P.;bre des do.-urne;;ts précieux qui s'y 
trouvent, (igure à ia date du 12 .loùt 1853, une intéres- 
sante biographie de son vieil ami, le juge en chef delà 
cour du b;inc de la Reine, sir Jame> Sîuart, une i^^^ plus 
hautes intelligences de notre banc judiciaire. Avec ses 

ni William Koml.K», jouviialisfi? (listiii>^iu', nu fu Aiial>'t^!fr'\ roilitroi r> l/,.)v.ir,. 



36 



k, CIIKISTIK 



' I' 



antécédents, ses souvc'iiirs parlemontaires, son âpre indé- 
pendance de caractère qui frisait presque l'excontricitc, 
M. Christie a dû trouver assez rucjo parfois, U tâciie qu'il 
s'était imposée de " faire l'histoire impartiale " de ces 
mêmes luttes, où son rôle, sans être prédominant, fut plus 
d'une fois fort accentué. 

L'historien signale au lecteur quatre époque-! bien dis 
tnictes, dans la période des cinqu.mte années écoulées de 
1791 à i84i : 

lo " Depuis l'établissement de la constitution, de 1791 
à iSio: vingt années (jui semblaient promettre un avenir 
ionjif et prospère ; mais l'horizon politique commença, vers 
la fin de Cc? terme, à se charger do nuages ; l'esprit de 
parti prévalut de plus en plus, aitlé des préjugés nationaux ; 
l'harmonie qui jusque là avait existé entre les deux races 
s'affaiblissait. 

2o. Depuis 1810, qnrit l'AsscmbléL' Législative se fit 
fort de pourvoir aux dépenses du gouvernement ci\'il de la 
province, (que préalablement elle n'avait rencontré 
qu'en partie, l'excédent clant à la charge de la cai-^sc 
militaire), jusqu'à l'année i S [S, quand la Chambre d'As- 
semblée, à la suite de cette offre, fut appelée à pourvoir à 
ces dépenses d'une manière ronstitutionnclle. Ce laps de 
temps comprend la courte période de la guerre américaine 
de 1S12, ère brillante, ère glorieuse au Has aussi bien 
qu'au Haut-Canada, où les deux races rivalisèrent de 
loyauté, de patriotisme, de bravoure, d ms la défense con- 
tre l'envahisseur, de leurs autels, de leurs foyers. 

?)0 Depuis 18 18 à 1828, l'époque des "conflits financiers" 
période de cabales, d'agitation suscitée par les chef.-f de par- 
tis, — de tiraillements entre le pouvoir législatif et l'exécu- 
tif,relativement à la liste civile, — de troubles, dont l'issue fut 
un appel au gouvernement de la métropole et au parlement 
du Royaume-Uni, au moyen de la fameuse requête qu'on 
prétendit avoir été signée, en i82S,par 87,ooo habitants du 
Bas-Canada, se plaignant des griefs de 1827, requête qui fut 



MONOCKArilIt: 



37 



l'occasion d'un rapport présenté par la Chambre des Com- 
munes, en 1S28, connu sous le nom de Report of thc Ca- 
nada Comniittcc, et qui donna naissance à encore plus de 
griefs que ceux auxquels on avait voulu remédier. 

•lo L'époque, depuis 1S28, où le "plan de conciliation ' 
recommandé par le susdit rapport fat mis en opération 
jusqu'à l'année 1837, dans laquelle l'on vit avorter complète- 
ment ce i)roj{;t, ainsi qu'on l'avait prcdit, par la répudiation 
ormelle de la constitution de lap.irt du corps représentatif, 
et par des .soulèvements dans le Bas et dans le Haut- 
Canada ; cette année-là et la suivante, il y a eu de déplo- 
rible.N événements qui, en 1S40, amenaient l'acte d'Union, 
réunissait les deux provinces eu un.' seul»:, comme panacée 
.lux lUiUK existante, mjun-e dont l'avenir dévoilera la 
ju>tice ou l'injustice." Tel fut le programme que s'était 
tracé le vieux député. 

L'histoire de Christ'e comprend six tomes : le sixième, 
curieux recueil de lettres et de ilépêches officielles, est fort 
précieux. U histoire parlementaire est loin d'être une œuvre 
ti'.igrément, comme composition littéraire ; M. Christie 
eii avertit ses lecteurs le })remier. 

L'on e^^r, surpris de voir le grave historien interrompre 
son récit pour y intercaler une douz;dne de pages 
de )jrusc française et anglaise que lui fournie son vieil ami, 
Jacques Viger, comme réquisitoire contre l'authenticité de 
la Légende du Chien d'Or, due à la plume élégante de notre 
regretté ami, Auguste Soulard. 

Un vice capital de l'histoire parlementaire de Christie 
c'e,->t l'absence d'index à cette conq>ilation, ainsi que le 
man.jue de méthode dans la dis]JO.sition de cette encrme 
masse de Rapports de Comités, de Résolutions, de Procès- 
verbaux de séances, de statistiques du commerce, etc.; 
cela nuit beaucoup à l'utilité de l'teuvrc, comme livre à 
consulter. 

Malgré tou ■ ces défauts sérieux, c'est un riche répertoire 
de renseignements, dans lequel ctux qui sont venus après 



% 



r— 



3S 



CIIRISTIF, 



le vieil historien, sont allés puiser largement, sans toujours 
lui en tenir compte. 

Bien que Robert Christie appartient à ce que l'on est 
convenu d'appeler l'école anglaise en histoire, il ne fut pas 
partisan de l'oligarchie coloniale qui jadis accaparait toutes 
les places, à l'exclusion du parti populaire. Il semble avoir 
provoqué les colères de Papineau, Bourdage, etc., surtout 
pour avoir ma'ntenula politique personnelle de Lord Dal- 
housie, le chef de l'exécutif, qui l'avait f onstamment honoré 
de sa confiance et de son utile protection. Il 'utta contre les 
bureaucrates, en faveur du parti colonial anglais, opposé à 
ce groupe, (i) V\amilier par ses relations de familles ,''2) et 
sa longue résidence parmi nous, avec les us et coutumes 
du peuple de nos campagnes, il ne perdit aucune occasion 
de rendre justice à sa moralité, à sa bravoure, à son intel- 
ligence. Aidé dans ses recherches par h\aribault, Viger, 
Vallières et autres amis, c'était un membre marquant de 
ce groupe d'esorits d'élite, cette petite république littéraire, 



fl| Eu l.s:i7,i^t iDunti'inin .l'ipir.iv lut, il y iiviiit dnn 1' [T.iuti't dim li^ H:is (' i!i:i'l», un 
parti iint?liiis, biiMi ipi.' p mi iiniulin'ux, opiios.'' un l'".iinil,y (.'oiiipiiot. ('Iiv nous, ce pirti 
fut rcprcsi'iiti' d'.iljonl p ir Joliu \ 'iUou. ('iithii.Tt, Cavilliiu', |iUi'i tard par \Volfrc><l ot 
Uobcrt Ni'lsou, T. S. liruwu, li>slii', O'tîalla^ ii m. 

Ij.'ti (Ircville ^[,^m tirt, Vol. [El, P. li'>, mous la dut ■ d i 2 > IVoli. \^\'i moutiouuiMit niin 
ri!Miari|U.al)U' lettre udivHsée i\ M. H'-nry Taylor, di" Ijoudros, pur lu «cfr^tairr d'' lu 
(louiuiissioii (rosford, M. T. Kr.'d Tiuk KIliutt, neveu d'' fjonl .Minto, Iiinui'lli'.si'ldu 
Greville contient uu^ exjellen'e ■'^.|llis^^' d ••* partis "t de la politii|i ■ ili 11 laCan i li. 
Cette lettre fut soumise aux ministres ungluis, ([ui y uttueli.'M—nt liiaueoup d'i'upnrte.ne '. 
Voici ce (lu'ou lit, sous la date du "24 oct. lS3.'i : '■ l'eople hâve beeii .icenstoiUL'il in 
Kuitlund todieur of only two parties in Canada, the I';n'.ilis1i aud th(> Fruieh, Imt th'^re 
are in tact tliree parties, tlie oHi ùal, th ■ Eniilisli and the Krencli, besides some important 
Krencli classes altO'^ 'tlier distinct froin th.; ]) irty wliicli nocs by tliat iiame. 

Tlu! ofticiul — ;ir as tin- Prvucli terni is, IJureaucratic )) irty, — is couiposed of a f-w old 
nitni, lioldina the hi«liest oflrtcos. Tiiey seem to be fond of i)rivileifes, jealoua of interfér- 
ence, and ready to take ofïenco at any inquiry into popular allocations. ... 

Very différent froiu this feeble corps, is th.- real. " Rni^lisli party " It is coniposod of 
nll the niorchants, witli an admixturo of considérable Landliolders, and of some of the 
youn^er and more intelligont Civil otfi jers. It possesaos ?nucli intelligence, miicli wtaltli 
and still more crédit 

This imposing body, nioroover, lias great advantaaf at the présent moment in tha 
modération of tone which it ciin .assume in contrast to the violence of its a<lver8arie3... 

It is fully as ambitions of douiinion as the Kreiicli party, and, in my opinion, preparcd 
to setik it by more unscrupulous means 

L'on se demande pouniuoi, I3 pirti poniiliire français ne s'nUia pas avec ce (missant 
parti anglais, opposé comme l'autre i\ la bureaucratie ? 

llieport nf CantuUan Archiver, hy D. Brtjmntr, 188.1, p. lOu, 



[i] N.-B. — Il résidait d'abord dans la maison qu'occupait feu M. W. D. Campbell, 
N. P., faisant face au monument de Wolfe et Montcalm,au jardin du Fort, puis sur la rue 
•Christie ; lo conseil de Ville, donna ce nom ft cette rue en honneur de l'historien, elle 
avoisine la rue Garneau. — Il pasia la belle saison pendant nombre d'années, dans une 
belle grande maison, qu'il possédait sur la berge de la rivière Ristigoucho vis-à-ris de 
Oampbellton, entouré do ses livres, et exploitant ses pAcheries au saumon à l'embouchure 
de cette rivière. 



MONOGRAIMIIE 



39 



iino 

d" la 

•lirn 

ili. 

;!Hl.''. 

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th>r 
)Ttaut 



mI .)f 

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dont s'enorgueillissait la vieille cipitilc aux juurs des 
Smith, Garne.iu, Ferlaiid, DcGaspé, Thoinpsoi. etc. 

Que de fois, nous nous rappelons avoir vu le beau, sy.n- 
pathique et respectable vieillard, à la démirche grav^\ 
vêtu comme au temps de nos i^rands-pères, parcourir en 
causant avec quelques amis aussi antiques que lui, cette 
superbe terrasse que lord Durham nou^ fit érigrer en 1S3.S, 
surtout le matin, en été, en attendant (]ue la voix d:.' 
l'orateur aux Communes, ou l'huissier audiencier de Sir 
James Stuart, au palais de justice voisin, annonçât .;ue la 
séance était ouverte. 

Robert Christie termiimit sa carrière à Québec, le ij 
octobre 1856; ses restes reposent à Sillery, dans la belle 
nécropole rurale, le cimetière du Mount-IIermon. Uu 
émincnt confrère, plus tard, assistant-juge, feu J. H, 
Parkin, dressa l'inscription et éj)itarihc suivante sur le 
marbre de sa tombe : 

In memorv of Rop.f.kt C!îi;i>rii:, Esi). 

'■ A native of Nova Scotia : lie early adopted Canada as liis 
country, and during a lon^ life Kiithûilly servcd hini. Iiî llie 
uar, iti 1S12, as a captain, 4th liati.. he deleiulud lier frontier : 
m peace, during upwanh of 30 years, lie watclicd ovcr her iiue- 
rests as niember of Parliameiit f.ir the county of (îaspc ; and in 
the rctirement of his latter years, recordcd her annais as lier 
historian. 

He died, at Québec, on the i ^tli oclol'er, 1S56, agcd r)S, 
leavingbehind him the memory of a puro career and incorriijni- 
ble character. "' 

Intcgcr vitcc sct'lcrisqut pnrns. 



» 



i<>J:iut 



Samuel J. Watson, Historien. 



I > 



•)/ 



.-•■;i, 



En vain thcrclicr.iit-on dan.; Ic^ annale^ de cette jeune 
province d'Ontario, de ces scènes émouvantes de siè;^es, 



lie CCS nasa 



rds d 



e ^:;'ucrre, di.' ces dranMticjues .situations qui 



font !o cliarnie de notre histoire. 

Cliez nos voisin-, tout n'-.-.; que d'hier ; leurs ann^i _.s 
datent à i)eu jM-ès de l'établissement de cette énergique 
colonie d'éinij^rés rcj'iiiistis échat)[)ée aux mauvais traite- 
monts dont les menaçait la jeune république de Washing- 
ton ; les United Enipux Loj>jlis's,i\': 17X3 

J. es lioninif:s d'Etat. Anglais comprirent de suite le parti 
qu'ils pourraient tirer de la bravoure et des rancunes de 
ces partisans de la nidnarcliie, pour protét,'er le Canada 
monarciiitiuf contre le voisinage de leurs anciennes colonies 
révoltées. 



)rt d.es Uni tu) lùufiirc Lcjui/ists était triste, 



'rs 



besoins urgents. 1 .e parlement impérial affecta .{■ 3.30c > 
pour !t iir \-enir en aide; chaque coK»n en outre avait d. 
un octroi gratuit de deux cents acres d(j teire, en Canada, 
ainsi ([u'à des in>trLunents arat<jires, i.t de^ provisions de 
b<;>uchc, jK'ur comu'iencer la culture. Les partisans de la- 
inonarchie tempérée croyaient donc .u'oir préjjaré sur nos. 
frontières à l'Ouest, un lempart, une digue effective contre- 
l'envah.ir'enient des idées républicaines. 

Ivuinés de fortune, mais fort^ tle leur i^rc -.tige social et 
[)leins de confiance dans les [)romesses de leur souverain,^ 

ns des 



les coi 



es 



les 25,000 loyalistes se fixèrent sur ton 

colonies anglaises, surtout clans les provinces maritimes (i) 

où ils fondèrent, en 1784, Saint-Jea 



n. 



au 



N( 



veau-. 
Hrunswick, et Sorel, près ."^lontréal. Ils eurent bientôt créé 



ili M,') I') se flx'Toiit e\ l'Uo tUi 
Uniuswick. 



u.'.-K.lviir.I, à la Xoivolh' E 



osae et au >i)iiv«.'imt. 



a 



MONOdkAiiiii: 4r 

des villes sans beaucoup s'occuper des anciens habitants 
du sol et de leurs traditions, — bien déciilés à }■ implanter 
les lois, les usages, la forme de gouvernement libre de 
leurs pèr.^s, au-delà de l'Océan. Un ;^M*and nombre de ces 
émit;"rés ou de leurs descendants jouèrent un rôle prédomi- 
nant en Canada : les Haldv.in, les l-'dmsley, les AUcock, les 
iJeW'itt, les White, les Robinson, les Smith, les Sewell les 
Shernoud,les Merritt, les lioulton, les Mcl'herson, les Gam- 
bie,les Macauley, les Strachan. Ontar o put réclamer une 
autre classe de Loyalistes, en 1797, les l^mi^rés IVançais 
auxquels le Gouvernetiient Impérial accorda des terres dans 
le Canton de Windham, II. ('. : le Dr. Scaddinget après 
lui, l'archiviste Hrymner nous fournissent sur cette brillante 
immigration qui fut de courte durée, d'intéressants détails : 

■• It niay bo inlercsling, dii lîrymner, lo \v<[c the iiauies, 
raiiks, and graïUs of Uuid iikuIc to ihe Ireiich Liiyalisls ii! ihe 
seltlenient of Windham. Tliesc 1 liave condenscd froui sovcral 
documents, aaiong tlic original païK-rs in ilie Military corres 
pondciice (C djo; Scttlers 1801 lo 1S08.) 

AcRKS. 

Comte de Pui.sayc 850 

Cl.) m te de Chalus, Muret h.il de Canip.ColoiiL-l 650 

M. h'AUcgrc. Major (ieutl-ial du DiUrict de \'anni'S, Colc- 

"^•1 450 

VicomiL- de Chalus, Adjiidanl ()< . cral. Colonel 350 

M. de .Marseuil, Major de Divi.^. . Cieutf;.antCo!uucl.... 300 
M. l^iieiton de St. Cieorge, Major de Division, Lieulenaïu- 

Colonel ^00 

.\I. de Farcy. Aide-de Camp, (Capitaine 350 

M. Renoult, ('apitainc sans coniniiàsion . 150 

M. Segeant, Lieutenant sans eomniission 150 

The following noncommissioned olticers or soldiers, 

ojoute t il, namcly, l'ouchartl, Furon, Langevin, Jîugle 

and Marchand, received a hundred acres each. 500 

■' Mr. Renoult was, besides, rcconnnended for a gran'. oi' 1 200 
acres and Mr. Segeant for a grant of 500 acres 

•' The name of Mr. Hoiteau, Adjutant Cieneral of the District 
of Rennes et Fougères, with the rank of Lieutenant-Colonel, 
appears in the list of those holding military rank but not in the 
table of distribution of the lands. .So far as can be ascertained, 
only one tamily. that of Mr. Quettonde St. George, is now repre- 
sented in Canada. '' 



» 



42 



SAMUEL T. WATSOX 



Si le passé du Canada Français éveille peu d'émotions 
chez les descendants de ces loyalistes, ils aiment néanmoins 
à perpétuer le souvenir des rudes commencements de leur 
propre existence coloniale, des épreuves et des dangers 
encourus par les hardis pionniers à qui ils devaient la vie. 

L'origine du régime constitutionnel que PittetGrenville 
leur octro}èrcnt, en 1791, aussi bien que leurs propres 
luttes contre l'oligarchie qui pesait sur chaque section du 
Canada, — leur dévouement en 18 12 — leurs jours sanglants 
de 1837-38, pour anéantir un état de choses intolérable à 
tout homme libre — leurs développements — leur progrès 
incroyable en richesses, en population ( i) depuis l'ère de la 
Confédération : ce sont-là autant d'agréables thèmes à bro- 
der pour leurs historiens, autant de poèmes à chanter pour 
leurs poètes ! 

' e malheur, c'est que les historiens et les poète sont 
rares chez eux î 

L'atmosphère du /)<>// et du //.vw/'tv' était peu favorable 
à la muse de l'histoire. Muddy Littlc York semblait plus 
sympathique aux disciples de Plutus qu'aux fils d'Apollon 

Si le Haut-Canada a été pauvre en historiens 1 1 en 
poètes, sa presse périodique fut riche en vigoureux journa- 
listes, en économistes, en penseurs : quelques-uns d'entre 
eux se sont livrera d'importants travaux, en histoire.surtout 
l'histoire constitutionnelle et parlementaire de leur pro- 
vince. 

11 est permis de regretter que la mort ait enlevé trop tôt 
un jeune journaliste Irlandais, dont les écrits sont ma'^qués 
au coin du talent. 

Samuel-James Watson naquit à Armagh, en Irlande, en 
1S37, et fit ses études à l'académie de Belfast. A l'âge de 
vingt ans, il vint chercher fortune au Canada, fit ses 
premières armes dans le journalisme où il se distingua par 
l'exactitude et l'habileté avec lesquelles, il rendit compte 



(1) En 178:1. la population du Hnut-r in.tda ùtiiit ilW pou pri^s 2,00i) âmes et colle du 
Ban, de liii),UUU. Àluintenaut 1» populutiun d'Uiitiirio uxcùdo colle do notre provinct.'. 



MONOGRAPHIE 



43 



comme reporter des débats parlementaires sur l'important 
projet de loi sanctionné en 1S67, connu sous le nom de 
XActe de la Confédération. 

Ses aptitudes lui ouvraient en 1871, la porte à l'im- 
portante char<îe de bibliothécaire de la Chambre d'As- 
semblée d'Ontario, où il se signala par la préparation d'un 
Catalogue des livres de cette bibliothèque, lequel lui valut 
beaucoup d'éloges. Vers cette date, il s'éprit des annales 
canadiennes et préluda à ca genre de travail par un roman 
historique f^ur le Massacre de Lachine, en 1689, ayant 
pour titre : Paix Killkk, or the Massacre of Lachine 
a Canadian Romance, 1870. 

En 1874, parut le premier volume de son histoire cons- 
titutionnelle : Tiia Constitntional History of Canada : la 
mort le surprit avant la publication du II volume, bien 
que dans l'intervalle il mît au jour, en 1876, un drame 
institulé Ravlan,-A Drama. 

Puis, en 1879, il traitait un sujet que M. Alpheus Todd 
semble presqu'avoir épuisé: T//e Pozjer of Par/ia ment, ^i^n^i 
compter plusieurs autres. 

M. Watson expirait à Toronto, le 31 octobre 1881 : 



)ptôt 

r-Qués 



i 



II 



John Charles Dent, Historien^ 

1841. 

Voici M. Dent, l'un des plus brillants journalistes 
d'Ontario, porteur de deux superbes volumes, de 500 
pages (i) chacun, imprimes sur beau papier, avec 
caractères neufs, luxe de portraits, de paysages, dessinés 
quelques-uns par la princesse Louise. Une copieuse table 
de matières rend facile l'accès à ces robustes iii' quarto 

pour référence. 

Si, à notre point de vue, la florissante province d'On- 
tario a été dans le passé, pauvre en historiens, sousjc rap- 
port des journalistes elle a été riche, très-riche. Il est facile 
de s'expliquer l'empire que la presse quotidienne exerce 
sur sa population instruite quand on songe qu'elle a 
conîpté, qu'elle compte encore, parmi ses publicistes, des 
écrivains comme Goldwin Smith, la plus forte plume 
anglaise de l'Amérique entière ; les deux Brown, George 
l'aîné, et son plus jeune frère, John Gordon Brown; Wil- 
liam Lyon McKenzie, Charles Lindsay, William A. Mc- 
DoLigali, Morrison, Blackburn, lieattie, Sheppard, Samuel 
J. Watson, John Charles Dent, Martin J. Griffin, Roberts» 
et un groupe de littérateurs plus jeunes encore, actifs, 
amateurs de l'étude et pleins de talents. 

M. Dent nous était déjà connu — avantageusement même 
— par son beau livre " The Canadian Portrait Gallcry, " (3) 
et les pages qu'il vient de tracer dans " Canada siiicc thc 
Union <y 1841 " resteront comme un monument de labo- 
rieuses et utiles recherches. 

Il y a chez M. Dent de grandes qualités, des qualités 
que parmi les annalistes de notre pays tourmenté de divi- 
sions politiques, d'antagonisme de races, etc., l'on ne tiouve 
pas à toutes les portes. Il y a de l'impartialité, de la dali- 

(Il Tlir Inst iortv ycar.; : V.tividii niiirc fkf l'nion 0/ 1841.— Hy John Ciiurle» J)ciit— 
Oeori,''' Virtiio, piilplislier!^, Toroino 1^8;•. 

(:ii U ont uiitr'HUtros jiour colla))()r;iti.'iir« : fiooruc StPwart, jr., ilc (^iiùlicc, ot Sir 
FraiiciB iltuckii, de Moiitréiil. 



MONOGRAPHIE 



45 



catesse dans les jugements formulés par lui ; il serait diffi- 
cile de dire à quelle école politique il appartient. 

Et s'il ne nous enthousiasme pas toujours lorsqu'il 
nous dévoile la carrière ardue, les nobles aspirations, les 
luttes désespérées de ces mâles et patriotiques fij^ures de 
1837-38, les Papineau, les Viger, les Lafontaine, les Morin, 
les Taché, les Cartier, c'est, croyons-nous,parce qu'il n'a pu, 
comme nous, assister au douloureux spectacle de la patrie 
agonisante, voir les acteurs à l'œuvre, les prendre sur 
le vif. M. Dent a grandi dans un autre milieu, dans une 
autre ère, subissant d'autres influences, d'autres convictions ; 
il n'était tenu que d'être le froid, l'impartial historien d'une 
époque. Aussi, avec la J//;/<r7r,devons-nous répéter : C'est 
peut-être la première fois que l'histoire politique (du Cana.la) 
est écrite par une main anglaise sans le parti pris de tou- 
jours dire du mal des Canadiens-Français." 

Il est toutefois regrettable que cet écrivain n'ait ou 
l'avantage, comme en ce moment M. C H. Farnham, de 
séjourner parmi nous quelque temps. K\\ se familiarisant 
avec no- us et coutumes, avec la vie intime du peuple dps 
campagnes, il aurait pu sans doute se garantir contre 
quelques appréciations qui nous semblent hasardées 
et plus que risquées. Jcixn-Baptistc est de trop bor.ne 
lignée pour toujours faire queue. Le mode de concession 
de nos terres, sous laucicn régime seigneurial, avait moins 

d'inconvénients que M. Dent lui en prête En fait de 

culture moderne, nos bons amis du Haut-Canada, en 1841, 
aussi bien qu? nos cultivateurs de Québec, avaient encore 
bien des choses à apprendre, car l'agriculture améliorée, 
chimique, date, au plus, du commencement du siècle. Les 
élections à coup de InUoii. à MontrcAl, en 1841, eussent 
mérité, il nous semble, une note de censure plus forte que 
M. Dent leur applique, à moins que l'histoire ait été singu- 
lièrement injuste à Lord Sydenham. Si l'annaliste des 
dcrmlrcs quarante années n'a qu'à dire à ses lecteurs d'On- 
tario, pour que \\ chose soit admise, qu'avant l'Union des 



46 



JOHN CHARLES DENT 



Provinces en 1841, le Clergé Catholique du Bas-Canada,, 
était opposé en principe [Vol I P. 54] à l'éducation popu- 
laire, cet av"acé, ou je me trompe fort, ne saurait passer 
par chez nous sans réclamation. 

Les silhouettes de nos !::^ouverneur? : Kapjot, Cathcart, 
Elgin, Mead, Monck, Lisgar et autres, sont tracées de 
main de maître, et «|uand son pinceau délié nous redonne 
sur 1.1 toile du passé, les chefs politiques, les demi-dieux de 
l'époque, Draper, Lafontaine, lialdwin, Sullivan, McNab, 
Caron, Plincks, Harrison, on se croit reporté a cette ère si 
palpitante de 184 1-9, à ce temps, hélas ! éloigné, où MM. 
Lafontaine, Draper, Caron, avec leur "crise ministérielle," 
bouleversaient le pays entier ; où tout, jusqu'aux cha- 
peaux, avait une mine revôchc, une allure à pic ou comme 
l'on disait : une allure " à la crise ministérielle. " 

Avant de lire M. Dent, nous avions de la difficulté à 
embrasser sous ses multiples aspects cette affreuse mesure 
de spoliation — le traité Ashburton — l'œuvre, dirons-nous, 
de l'mcurie ou de l'ignorance de la métropole ; et si l'histo- 
rien Torontonien a administré une verte tlagellation à 
l'agent principal, au grand moteur dans cette gigantesque 
fraude qui nous a enlevé au moyen de cartes géographi- 
ques forgées, une si vaste portion de notre territoire — 
à Daniel Webster. — ce dernier, certes, ne l'avait pas 
volée. 

Quel vaste panorama pendant ces quarante années, 
1 841-81, M. Dent ne déroule-t-il pas à nos avides regards ? 
L'incendie du Parlement à Montréal, en 1849, et tous 
SV-: tristes souvenirs, l'abolition des réserves du clergé 
anglican, l'abolition de la tenure .seigneuriale vu 1854. la 
qucstiiMi orageuse de la double majorité en chambre, les 
curieuses et incessantes évolutions de-; partis, la thèse ladis 
si brûlante de Kep hy Pop, — la représentation d'après le 
chiffre de la population —jusqu'au </o.7/;/t .i7//(,i^<' ; finale- 
ment le couronnement de notre œuvre nationale: l'inaugu- 
ration du nouveau régime de la confédération des Provinces 



MONOGRAPIIIK 



47 



en 1.S67 : voilà autant de phases importantes de notre 
existence coloniale où M. Dent jette des tlots de lumièic. 

John Charles Dent naquit à Kcndal, (..mité de West- 
moreland, Angleterr-» le 8 novembre, 1S41. Il vint au 
C*inada fort jeune, accompag'né de ses parents qui se fixè- 
rent dans le voisinaç;e de Brantford, Haut-Canada. Il 
reçut les premiers éléments de l'éducation, à Brantford et 
Compléta sort cours à l'Université de Toronto. Il fit son 
droit en cette dernière ville et reçut son diplôme comme 
" procureur et .solliciteur," au terme d'automne de ivSr)5. 
En octobre 1866, il épousait Mademoi.sellc IClsio Mcintosh, 
fille de ]M. Alex. McIntosh, de Woodstock, H. G. l'eu de 
temps après, il retourna en Anf^lc^terre et se dévoua à la 
littérature et au journalisme. Il fut at^réi^é au personnel 
éditorial du [^rand journal an_i;lais, le Daily Tclcgrapli et 
devint le collaborateur de plusimirs revues et publications 
périodiques ans^laises. 

Puis, on le voit revenir au Canada en 1876 ; pendant 
quatre années, il fut un des actifs écriv.iins du Globclx 
Toronto. Il mettait de côté en 18S0, la [lame acérée du 
journaliste pour se dévouer entièremt Mt à la carrière 
littéraire. 

M. Dent, en ce moment, élabore une Listcirj en deux 
volumes, de l'insurrection du Ilaut-Canaùa en 1837-08. 

Plusieurs poèmes et hi.-^toriettes de M. Dent ornent les 
colonnes des Rcviits et des ^^rands journaux de l'Angle- 
terre. Helford's Magaciiiit en 1877, contenait une fraîche 
nouvoilc i'ititulée : " TllK CrKkUARD SI'RKK T MV>rr.KV " 
feuvre d'imagination créée par M. Dent: cette historiette 
étrange pu'Dliée sous le voil': de l'anonyiiic fut beaucoup 
lue et admirée. 

Ses contributions à 'a littérature canadienne sont : 

lo. The Caitadiaii Portrait liallcry, 4 vo's. 40. 

2o. T/it- Last Forty- Y cars : Canada si/wt' tlic Union 
1S41 — 2 vols Royal octavo, 



48 



TOUX CHARLES DENT 



3o. Toronto., Past and Prcscnt, {Ilistorical ami Descriptive,) 
a mémorial vol. for thc scnii-ccntctiuial of 1S84. 



k 



Le Dr H. H. Miles, L. 



D., D. G. L. 



Henry Hopper Miles, l'historien, est natif de Londies, 
Ang eierre, où il vit le jour pour la première fois, le iS 
octobre 1818. Son père était Lieutenant dans la Marine 
Royale. 

Il commença ses études à Exeter, dans le Devonshire ; 
puis il se rendit à Edimbourg et à Aberdeen, en Ecosse, 
pour y compléter ses cours dans les sciences, aussi bien 
que dans la médecine, sans toutefois ne jamais pratiquer 
l'art d'Esculapc, qu'il avait d'abord adopté comme profes- 
sion. 

En 1845, on le rencontre absorbé cians les travaux 

ardus de l'enseimiement à LennoxviUe, Cantons :ie rj:lst, 
comme professeur de mathématiques et de philosophie 
naturelle à Bisfiop\'; Co//t[ç< Il a rempli aussi peniiant 
vingt et un ans, les fonctions de Vice- Principal de ce 
florissant collège. 

En 1S62, ses aptitudes le firent choisir pour accduipa- 
gner Sir William Logaii, l'illuatre géologue, délégué du 
Canada à l'exposition Internat onale, tenue cette année là 
dans la capitale de l'Empire i^ritannique : le Dr Miles 
était spécialement préposé à la surveillance des intérêts 
des Cantons de l'Est, en rapport avec les objets exposés 

Il avait, en 185S, jDris part comme Lù/i/nr, aux confé- 
rences données au JlAr/îanics IusiitittL\[x Montréal, sur des 
sujets se rattachant à l'hN'giène des résidences privées, 
aussi bien qu'à celle des maisons d'ivcole. 

En 1S66, il résignait sa charge à iiis/iop''s Col/tgc, pour 
accepter la position fort responsable de Secrétaire du 
Département de l'Education de la Province de Québec, 
branche anglaise. L'Université d'Aberdceu, en 1863, 
l'Université de McGill Collcgc, à Montréal, en l 'èGG, lui 
conféraient chacune, un degré. 

Les Instituteurs Protestants de cette Province en 1877 
le nommèrent Président de leur association. 

K 



;)0 



LE DR H. ir. MILES 



c 



V.n iSSo, il fut élu Président de la Société de Géogra- 
phie de Québec, fondée par l'Hon. P. Fortin, M. P. 

C'est surtout par ses travaux historiques que le Dr 
Miles s'est fait connaître. 

Il est l'auteur des traités suivants, destinés plus spéciale- 
ment à l'usage des écoles et approuvés par le Conseil de 
l'Instruction Publique: 

Chîhis Ilistory of Canada, — ScJiool History of Canada et 
un traité beaucoup plus étendu intitule : Canada nndcr 
.thc i'rcncli Kcginic. Quelques-uns de ces volumes ont 
atteint une seconde et môme une troisième édition. 

Ce travail recevra, paraît-il, plus tard son complément 
sous le titre : Canada nndcr Ih'itish Rnlc, 1759-1867. 

On rencontre dans les ^Mémoires de la Socictc Littc'rain 
ri Iliston'qnc, quelques excellentes études du Dr. Miles- 
\ln 1879, il adressait à une Rcrnc, de Toronto, le Canadian 
Hlont/dy, de fort judicieuses observations sur le séjour de 
l'amiral Nelson, à Québec, en 17S2. Le j on mal etc., de 
Thompson avait été mis à la diposition du savant histo- 
rien ; il en usa largement. 

C)n lui doit également un Mémoire important, où il dis- 
cute le système d'éducation fourni par les Lycées (///i,''// 
Si'//(>û/s) de Québec, de Montréal, de Kingston, comme 
ayant pris la place des I\.(yal Grannnar Sc/ioo/s, créées par 
la Couronne Anglaise en ces villes, au commencement du 
sciccle : les arguments employés par le Dr. Miles auraient, 
parait-il, exercé de rintluencc sur l'action du Gouverne- 
ment, en l'induisant à CDutinuer les octrois publics pour 
cet objet. 

Le travail du Di. Mile> " Canada undcr thc FrcncJ: Kc- 
ginu\ " enrichi de planche.-^, cartes, etc., est fort utile, et 
nul doute que si le savant historien protestant se fût 
trouvé dans un autre milieu, il aurait eu ses coudées fran- 
ches, et ses appréciations de plusieurs incidents du passé, 
auraient eu un caractère plus tranché. 



■I 1. 



W. H. Withrcw, Historien 



i \. 



j ■■ 



Au nombre des travaux hi.storiqui.';s de; longue haleine 
sur le Canada, entrepris par les hommes de Icttre.i d'( )n- 
tario, notons l'histoire populaire (i) tle la Confédération 
Canadienne ( 1608-1878) écrite par M. William II. With- 
rcw M. A., professeur dans un des priiici[)au\ collôges de 
Toronto. 

C'est un rcçit simple, animé, impartial, croj-jus-iiou'; 
des événements tant anciens que modernes dont Us huit 
provinces du Canada Confédéré ont été le théâtre. M. 
Withrow, éloquent pasteur méthodiste, di-court avec élo<jes 
des travaux, des souffrances, des succès de nos j^remiers 
missionnaires. 

Son œuvre foui mille de renseigneuents sur l'origine d s 
Indiens, leurs ancienne^ migrations, iours u; et coutumes, 
sur les développements, les ressource-; .igricnles, industrielles 
commerciales, minières, etc., des divi-rses provinces, sur les 
sièges, les invasions quelles eurv.!it a .subu\ sur mille inci- 
dents dont la Connaissance ne sauiait être a.-^sez vulgarisée 
parmi les diverses races qui compoieiil notre populatioii. 

Afin d'agir plus si^n-ement et i)lus rapidement sur l'ima- 
gination du peuple. M. Withrow a intercalé dans le texte 
de sonin-qiiitrto, beau volume de 634 pages.toute une série 
de dessins sur bois et aus^i quelques gravures sur acier 
d'une riche exécution. Il semble avoir rendu un service 
réel à l'élément anglai.-^ d'Ontario, des provinces maritimes, 
aussi bien i^u'a celui de l'o est, en etraçantles annales 
du Canada, en un st\-le châtié, quelquefois très orné, sans 
parti pris de rabaisser aucune nationalité en particulier. 

M. Withrow éditait tout récemment une des revues les 
plus populaires d'Ontario : Le Ca/iadinn Mcthodist Jlirr-ii- 



t^) A J'iifilii-' Jliif'iiy 1/ Ihe D'iiiiiiiimi 4'/ Ciiiiiiihi. fioin iliscoviTy of America to 
llie inesi'iit tiiiu\ ly \V."u! Witliiow, JI. A.' Uliutratcd. Hoston— Toronto 1^^7S'. 



52 



\v. II. wrriiKow 



.:///t. Il est l'auteur des œuvres suivantes: Catacoiiibs of 
Rome Sc/iool History of Canada. Toutefois ceux qui 
tiennent à analyser, à peser les autorités sur letiquclles un 
historien s'appuie, aimeraient ù rencontrer soit en marge, 
soit au bas des pages, les noms des auteurs dont il emprunte 
un fait ou une appréciation. 



c 



John MacMuUen. Historien. Journaliste. 



Au moment où se consolidait, pour le Canada-Uni, l'ère 
de réhabilitation, d'expansion, de réformes, inaugurée p. 



ir 
ée 



Lafontaine, Haldwin, Morin, Ilincks, etc., just-: une ann 
après le règlement fijial des deux grandes questions 
brûlantes du temps : la Ttiinrc Scigiiiiirialc et les Rcscncs 



fin Chr. 



■htdi 



eau, parais 



sait ît Hrockville II. C, en 



1855, l'histoire popu!ai:e{ lydu Canada, de John MacMullen. 
Ce fut un progrès réel en histoire : le Haut 



illit 



tel ; r 



'itait 



ms 



Canada 
conteste. 



1 accuei 

L'écrivain, dans ce volume, fait preuve d impartiante, 
d'une grande industrie, de recherches conscienticuses, 
étendues, sur la population, l't'migration, le commerce, 
l'agriculture, l'éducation — bref, de plusieurs des qualités de 
l'historien. 

M. MaCiMuUcn, dans une édition subséquente mena son 
travail jusqu'à l'année i8''>S ; ce qui lui fournit l'occasion 
de compléter le récit de ce qui avait eu lieu, depuis l'Union, 
en 1S41, jusqu'à la Confédération en 1S67, et d'}- insérer 
entre autres sujets, de savantes étude sur l'étendue des 
pouvoirs locaux et généraux de nos gouvernements. 

L'école libérale a reproché à M. MacMulîen d'êtr,' un 
conservateur cà tous crins, au point même de trouver 
couleur de rose le doiiNc s/iiijjlc de 1858. 

Partisan avoué des traditions britanniques, l'auteur ;-e 
plaît à préconiser la supériorité du Haut quelquefois au 
détriment du Bas-Canada. Tout en faisant une large part 
à l'attitude, au patriotisme des Canadiens des anciens jours, 
on sent qu'il préférait que cette colonie, passée au.x mains 
de l'Angleterre, fût, dès 1791, devenue Anglaise ou en tout 
et partout homogène avec la métropole. Il entasse des 



(1) " TliL' Hiatory of Caiiaila frnni its fir?t discovery to tlio j)ivsont tim.^, liy John 
MacMullkn-, autlior of Ciim;i fini' B'irrink I! )'>in, or tin; BriHuh Anini ovi'/. ■ 
Brockville, H. C. ISJ.'. 



54 



lollN MacMUl.l.L-N 



stali.'tiqiKs pour clcmoiitrcr le 'Urcn 



it d 



es ilcpt.nscs auni!-. 



uistrativcs, !c ripii,i;,;c doiib'c. complexe que nécessite 
l'us.'iLïe cle.> lieux !arj;ue» dans la go'.i\'erne de cttte .'-ec- 



tmii-ci, la iiU)M)> nclie en ressources et en priiuilation. 

L histoire de MacMulien, bien qu'elle fasse autorité', n'est 
pas exempte d'erreurs. M. Dent lui en reproche une assez 
l^frave, relativement à l'attitude avant 1S51, qu'il prête, sur 
la question des A'(.N\7'rr.o/// C 7(7;^'; •', à Robert Jîaldwin, le 
père du r^ouverncnu lit responsabledans le Haut-Canada 

Sir h'rancis Ilincks impute ces défectuosités au manque 
d'une bonne bibliothèque consultative, à JJrockvillc, 
iiire de MacMu'len vitlejou . On [)ourrait ajouter 



ou 



'hi-^ti 



que l'absence d'un bon index a ej^^aleinent amoindri l'utilité 
de ce travail i)our qui \"cut le consulter. 

M. MacMullen, ardent polémiste, a i'éi.liL;é depuis 1866 
le J/('///Aj/-, journal conservât ur de lirockville. ICn 1846,1! 
publiait à Londres, son premier ouvrai^e ci-devant cité : 



Camp aiiil llarrac/c A' 



' i!U. 



Francis Parkiran 



L,i présence, en iS5(, sur l'aiciie tic rii'stoirc, lIu sa\. int 
américain l'arknKin, étraiv^er a nos luttes, n'a}'ant par s.i 
nationalité, ses sympathies, rit-n tic commun avec les 
vainqueurs et les vamcus, affirmait l'existenc»' d'une tri)is- 
ième école en histoire, que nous pourrions i ommer l'école 
américaine. 

i'"rancis l'arkman est ne à lîoston, le |6 septembre I''^J3' 
Son enfance s'écou'a près îles L^ramls bois, à l.i résidence 



lie son <:rand-pere, a l inteneur du Massachusetts . de la,, 
vraisemblablement lui sont venues ses premières ve léité.s 



a \'ie 



forest 



lere. 



lui iS^o. corn 



4'^'. 



imença >a vie de colle,;*: 



^t à 



//, 



iin\ii\i 



Colletât, près de lîoston, (pi'il fit son cours d'études. 

ICn 1S43. il entreprit un vo}-ai;c en lùiin'pe, en piissmt 
jxir Rome, Gibraltar et Malte ; puis, ifinontaiit par le 
nord de l'Italie, il traversa la Suisse et pas^a par l'aris. 
et Londres. Il reprit ensuite ses cours à Camhridfje, et en 
1844,11 subissait ses examens. Il étudia d'abord le droit: son 
esprit aident, romanesque, sa passion pouf les vos'aL,^es ie 
poussaient, en 1846, à faite une expédition assex ruile au 
sein des Montagnes Rocheuses. 

1/aventureux vo}-arreur )• vécut jieiuiant pi' sieurs mois 
de la vie sauvage, parmi les tribus J.i\-erses, les •'Uiwint 
dans leurs grandes chasses. 

C'-Nt là où il prit cette connaissance [)rof<Mule ilu c:irac- 
tère sauvage ainsi que les matériaux pour ses splendi'.ies 
descriptions de l'homme da^ bois. 

Insensible à la fatigue, avide de tout connaître, inic- 
cesslb'e à la peur, il tenta des courses dans la forêt, bien 
au-delà de ses forces, et y contracta une infirmité (]ul l'in- 
commoda p us de trente aii>-. 



■II 

I 



feS 



56 



FRANCIS TARKMAX 



■P 



Dès ses plus jeunes années, M. Parkman avait résolu 
d'écrire l'histoire de la domination française en Amérique. 

L'origine, le dév^cloppomen': et la décadence de l'in- 
fluence française en Amérique, ofifrcnt une suite de scènes 
d'un intérêt frappant clans l'histoire moderne, La lutte 
longue et acharnée que se livrèrent la l'rance et l'Angle- 
terre et qui se termina par le triomphe de la race anglo- 
saxonne, eut sur les destinées de ce continent des résultats 
incalculables 

L'bi-^toirc des deux colonies française et anglaise a 
mis en regard deux s\'stèmes opposés : la Monarchie et la 
République, la Féodalité et la Démocratie 

" Ces deux s\-stèmes exprimés par deux croyances reli- 
gieuses, le Catholisime et le Protestantisme, ont fait res- 
sortir avec éclat le genre si différent des deux races. " 
{l'ab/'c If. K. CûSi^raiii.) 

I\I. Parkman a traité l'histoire du Canada, 1 534-1760 
par époques, choisissant et ex[)osant l'événement 
principal, quelquefois la figure 1,1 plus saillante : il ne lui 
reste qu'à ajouter \\n seul anneau, pour compléter la chaîne 
de ses récits. 

II débuta en 1851, par l'histoire de la conspiration de 
Pontiac," ce génie étonnant qui par son éloquence, sa bra- 
voure, son astuce contrebalam.'a pendant quelque temps, 
toute la puissance de l'Angleterre dans l'ouest du Canada. 

¥a\ 1858-39, ii fit un second voyage en lùu-ope, et 
recueillit dans les archives coloniales de Londres et de 
Paris, une foule de documents historiques. Un troisième 
voyage à Paris eut lieu dix ans après, pendant l'hiver de 
1868-69. L Histoire de la fccdalitc au Canada, dont Fron- 
tenac est le plus remarquable représentant, nécessita un 
quatrièaie voyage en Europe, pour compulser les archi- 
ves françaises. 

Puis, viendra le Jlatx Rcgiinc en Canada : il en est qui 
ont trouvé que l'historien de Boston y avait vu les choses 
irop en noir, dans l'antique cité de Champlain. 



MONOGRAPHIK 



57 



L Etude sur les Jcsuitcs, 1S69, a plus d'avantages par sa 
série de tableaux éblouissants du zèle de nos premiers 
missionnaires et la peinture véridique de leurs souffrances. 

En 1878, paraissait la belle biographie de Frontenac. 

M. Parknian publiait, dans l'automne de 1SS4, les deux 
volumes ' MoxrCALM " et "\Vc)Ll-'r. " qui ont absorbé 
tous ses loisirs depuis 187S et ditnt on a ùemandc ])lu- 
sieurs tirages. 

Ce dramatique récit au sujet de deux héros dont la renom- 
mée a pénétré dans toutes les parties du inonde, a encore 
ajouté quelques fleurons à la couronne de l'annaliste du 
Canada primitif. 

La mort de Jumonville, la bataille de la Monongahéla et 
reN'i)u!sion des Acadiens, en 1755, suscitercMit sans doute 
des contradicteurs à M. Parkman. Sans justisfier la dis- 
persion des Acadiens, il affirme que deux alternatives 
existaient pour ces pauvres délaissés dont la France titdes 
jouets si longtemps, sans pouvoir les protéger à l'heure 
suprême de leur déchéance. Province conquise, où ses habi- 
tants devaient accepter le sort des vaincus, devenir ujets 
anglais.prèter le serment d'allégeance comme le firent leurs 
voisins à Québec, quatre ans plus tard, ou bien évacuer la 
place et retourner en l'Vance. iVyant refus^^ l'une ou l'autre 
alternative, il ne restait au vainqueur selon les idées du 
temps, qu'un parti à prendre. 

Les écrivains français qui trouvent atroce, inouï, le sort 
subit par ces infortunés Acadiei.s, en 1755, ne devraient 
pas oublier qu-» c'e^t le traitement même que le roi de 
France réservait, en lôSQ.à la colonie de la Xouvelle-Vork, 
si ses vceu.x eussent été exaucés et si les arnîcs françaises 
eussent prévalu en ce pays. 

" Acceptez ou rejetez mes conclusions, " semble dire 
Parkman, mais " voici les fliits " C'est de l'histoire, de 
l'histoire véridique et austère, qu'il nous offre, et non la 
poésie séduisante du chantre d'Fvangéline, — Longfellow. 



58 



FRANCIS l'AkK.MAN 



CcLix ijui >c SL-nteit du i'ardcur pour le combat ont 
inaint-jnaîit une belle occasion de rompre une lance avec 
l'arknian ; L- malheur c'est que plusieurs des lettres et des 
documents qu'il invoque n'existent pas encore en Canada: 
les aura-t-on plus tard ? Je l'cspere. 

Il nous a été donné récemment de voir sur les rayons 
de la bibliothèque de la Sociéié Historique du Massachus- 
setts, à Boston, les liasses de manuscrits, de lettres, etc., que 
M. Parkman a fait copier en France et en Angleterre^ 
pour le i^uidcr dans j-a bioi^raphie île Montcalm et de 
W'oife, trente iii folio reliés, embrassant au-delà de huit 
mille pages de mémoires, de lettres, et qui n'existent pas 
chez nous. Ils ont dû coûter à l'infatigable chercheur, de 
fortes sommes, des veilles inouies, voyages sur vo\'ages en 
Europe, etc. 

Au nombre d.es rei)rojhes que l'on a f<iits à l'historien de- 
Boston, un des j;lus communs, et, selon mol, l'un des i)lus 
étranges, c'est qu'il e>t loin d'ap[)r(icier l'ancien ordre i.le 
choses, ei; la colonie, au point tle vue (.le l'écri^Min catho- 
lique ; M. l'arkman ne s'est jamais dont)é c^iaime écrivain 
catholique. 

Quelque soit le verdict que la [jostérité reserve à ses 
écrits, on ne saurait luirefu-er une science pri, fonde de son 
sujet, des renseignements puis'^^s aux sources même, de 
rii)déper.dance dans ses jugements, le tout joint à cette 
magie de style qui enlève le lecteur. 

Xon-seulenîcnt le.-, travaux historiques de M. l'arkman 
jouiront d'une grand.e réputation, dans sa patrie, fière de 
ses Bancroft, de ses Irving, de ses l'rescott, de se-; Motley, 
mais ses succès ont mètiic réussi à battre en brèche le 
dédain ipie l'Angleterre ' idis affichait, pour les ceuvrcs 
intellectuelles, nées sur le sol américain. 

" W'ho reads an american book .•• " " Oui lit un auteur 
américain, " s'écriait à Londres, il y a une trentaine d'an- 
nées, le célèbre Sydney Snrth. Ce temps est loin : la 
presse de Londres, les Revues les plus en vogue, le West- 



MONOGRAI'HIE 



59t 



iiiiiisicr Rcviciv, •, i ) JUocki^'oiui's Mûgar.iiic, XAihcuœnin etc., 
prodiguent des concerts de louanges à l'cminent annaliste, 

du Nouveau- M onde. 

.Moi aussi, diins mon séjour à lîoston, j'ai pu me con- 
vaincre, avec l'abbé Casgra'n " de l'immense service que 
M, i'arkman a rendu à notre pays, par ses travaux histo- 
riques, " sans me croire tenu d'en accepte* en tous points 
'es conclusions. 

L'on peut juger de l'avidité avec laquelle on recherche 
les écrits de l'éminent histor en, par le nombre (2) d'édi- 
tions qui s'en écoulent chaque année : il est de ses ouvrages 
qui en sont rendus à la di.v -septième édition, tel qu'il 
ap'pert [uir ''annonce de ses libraires, la puissante maison 

Littic, Brov.n & Cie., Boston. 

Francis Parknian, [).u' la famille l^rooks, de Boston, est 

lié à celle de feu le sénateur Brij^ham, de cette ville, aussi 
bien i.u'à celle de feu le juge George O'Kill .Stuart, en son 
vivant de Québec, et dont il fut souvent le commensal en 
même temps qu'il l'était de feu Hubert LaRue. Professeur de 
Chimie.à l'Université- Laval, {)endantses fréquentes visites 
en notre vi;le, en cjnête de matériaux [)our ses travaux his- 
toriques. 

Il) Ml', l'nrliiiinii, \v1m. il' A!r l!;iiUTiit't will f.ii'nivn us l'or siiviu';- sd, i» tin' iii'i-st 
tiiiiii'iit Aimiit.ui lii^tiiiiiiii imw iilixi'. ... '" — l>l<nl,ii-'HiiVs Miuinxiiic. 

■■ Tlirii' is lui Aiiirii(.:iii wiilrr liviiiit wluisc \voik:< ;iri' lonkrd for willi iiioiv l'amMiic^s 
aiiil 11 Mil xvitli ni' m' |iK'.'is;iri' liy a otImiii ■las-iu!' riMil: i'-, \vliicii,\vi':in' u'hiil ti> kiiow, il:iil.v 
iii('i'ia>i> iii niiniiur, tli.-:ii t Iium' uf M v l'ai liinaii. Tu an i-.-'m' of clii t imi lir ailil-; a urao' 
lit' iiaiTativr ;iihI a iiictiiriMiiir iiilnijiijj- \vl)icli iiivr^t lli.' iiu i<'.,'iits ho dr.-n'ii'M < wiili an 
nitci'cst wliicli ni'Vir llaus. " — .Un;/./ -('ic a/ Ami l'ii eu JHnfnry. 

" Inilfi il, tliis i|iialily of ii"i'tii'al fascina' ii m alwa.vs a|>{ii'ai's in Mr l'arkiiiaii's writini,"', 
ami invi >ts tlii'iii witli a clLaini wliicli lii'liiii^!« tii ticliims dl'tlii' iinaunnatimi ; l'iit tliis 
iliii's mit at ail iniiiaii liis vulinin s .as trntlil'iil ami miIjii- liisturical iiaivativi'.s. Uis styli' 
H i"'rf"rt f(ir its iiiir]i(isi'. "" — litli-riml lutuil lùiii'ir. 

'l'Iii' f.iiiihoi. Alhi Diriiiii, \i) a ri'\iiw ni' l-'iaiicis Varkiniiirs 1,-ist Imcik, ■Wnll'i' ami, 
Mniilialiii, ^ lys : — '■ 'l'Iu' wiiik ii>it iiiil.vi''inliniis thr vii'ws \vi' liavi' iirrviniisl.v r.xpii'ssi'il, 
tliat >Ir I'arkman v ink» aiii.iii'.' tlii' 'ii-st liistiiric.il «rltcrsnt' liis cnuiHry, luit jnsiitics 
tlif aililition tliit Iiisi'laci' iNalonj.'siili' <it' tlic i,'ri'atc^:t liiatoriiiiis wliiivi^ wnrksair Kiiulisli 
tlassics, " 

" In intiTi'st tliis wnrk l'xrci'ds aii.v muil wiiirh li.is ln'iii imlillsln'il ilnrini! tlu' .vcar. 
Kvrry l'iim' Inar» iinniiKtakalili' iiii)iri's3 nf powir. — pi.wrr ol'iiatiriu invi'stittatina, jniu-i'i- 
l'f ilraiii.uic coiicfiitiiin, imwor of iiliilosoliliic tlioiijjl.t, [Muir of iiiitorial ilittinu. " — 
liiisfini Trinisri-iiit. 

i;il Tlic ('iins|iir.iry of l'oiitiac. 2 vols, N'intli Ililitlon. 
Tlii' Ori'uon i'rail. ! vul, Si'viiitli Kililion. 
Frami' ami Kn^lainl in Xortli Aiin'riia. 7 voN. 
Vi/. : — 

1. l'iiiiii'i'rs of Kiaïu'i' in tlu' Xi w-WnrIil. Si'vcnti'ontli Kdition. 
Il, Tlii' .Ii-siiits in Nort h Aiinrica. Fourtci ntli Filitimi. 
m. l„iSallr and llii' I lisiov.ry of tlic ( inat Wfst. lih voiitli Kilition. 
IV. Tli ■ (iM Ki'-'iiiii' in Can.id I. lOialitli Kdition. 
V. t (lunt I-'roiit'iiiic ,iml Niw Kraiii'i'. Sivi^ntli Kdition. 
VI. VU. -Montiilin .V Wnlf.'. J Vols. Sicoml Kdition. 



I- 



saoi 



60 



TRAXCIS r.VkK.MAN 



En 1850, il épousa Miss Catherine Bigelow, fille du Dr 
Jacob Bigelow, l'éminent médecin de l^oston. 

Madame Parkman est décédée en i S5 S, laissant deux filles, 
qui naguères visitaient Québec avec leur père. Toutes deux 
sont mariées : l'aînée à un monsieur Charles C. Coffm ; 
elle demeure à Longwood, près de lioston. La cadette est 
mariée à un monsieur T. Jefferson Coolidge ; elle demeure 
en France, la plupart du temps ; à Paris. Aladame Coftin 
rési ie à peu de distance du charmant cottage encadré de 
feuillage que son père occupe, l'été, à Jainaïca Plaiii, au 
bord d'un lac eu miniature, nommé Jamaïca Pond: déli- 
cieux séjour à trois milles de Boston et où l'historien cul- 
tive avec une sollicitude extrême les roses de toutes les 
variétés II est un des membres actifs de la Socictc iV Hor- 
ticulture du Massachusetts et a trouvé assez de lo'sir pour 
publier un volume (i) de luxe sur la cultiu-e de cette reine 
des fleurs, la rose. Dès que ses brillantes amies ont suc- 
combé aux froids baisers de novembre, Î\I. Parkman dit 
adieu à Jamaïca Plain et prend ses quartiers d'hiver chez 
sa sœur Mlle Nellie Parkman, au No. 50, Chesnut street, 
près de Pcacou Ilill, dans le \'oisinage du State Housc. 

Honoré depuis plusieurs années de l'importante charge 
de Directeur ( Trustée) de l'Université de Harvard, à 
Cambridge, près de Boston, M. Parkman partage ses 
heures entre cette ilorissante Université, les bibliothèques 
de sa ville natale et cette charmante société d'hommes 
d'élite qui donne tant de relief à l'Athènes du Nouveau- 
Monde: Agassiz, Rob. C. Winthrop, Howells, lo juge en 
Chef Gray, Charles Francis Adams, le botaniste Asa Gray, 
le poëtc Oliver Wendell Holmes et bien d'autre-. 

(1) The Hocik ot' ii'Hos. 



CHAPITRE II 



Société Royale du Canada 

l'ATRON ET PRf.SIDENT HONORAIRE : 
;B«o Emlkee le Très Hooerakle V\Rl(l'IS BE Vmi, K. T. P. C, G»uv(ricHr Grotral 4ii Caitaa 

OFFICIERS POUR L'ANNÉE Ï 882-83 : 

PRÉOIOBOT - . Srn .T. W. nA\VS(>N'. Kt., C. M. rr>, LI.. O., F. R. S 
ViCK-PRÈfilDBNT : - i.Ho.N. V.S. O. CHAUVEAC, IiL. D., Docttrr i^s-Ijettres. 

PREMIÈRE SECTION: LittiratHre Fran(aise,Arckéo/ogie 
Histoire et sujets congénères. 

pR^aiDlirr : - S. M. IjbMOIN'K, Membro du la Sooiétû Américaine Ac Friinco. 
VlcB-l'«fe»iDB.NT : - »\\ri'HKH 1>K SAIXT-MArRlCK. Membre de la Société (lo« 

(li'ii8 di- I^'ttres ilf France. 
«ECKtTAiBB : > UKNJAMtN SCLTK. 

MEMBRES KONI^ATEURS : 

liÈni!) fI,'ABBfe) D. 1"»., Univertité lAvul, Québec. 

Boi» [i/ABBf:] MnHkinoMUé, (JiiéWo. 

BoL'KA8*A Napoléon], Montréal. 

Casouain |L'>abbé], Docteur és-liettreS, Officier do l'tniitruction Publique de France 

Québec. 
CuAUVKAf [L'Hos P. .1. O,], IiU I)., Docteur ùa-Lettres, Officier de l'Instruction 

Publii|ue de l^runce, Montréal. 
DeCasks [Pai;i.1, (Québec. 
l)fNN, [Oscar], (Québec 
Vabrk [l'Hon. Hkotoh], Sénateur, Québec. 
Vauc.iikr i)h Saint-Mauricb, m. p., Membre de la Société des Gens de Iicttret ôh 

France, Quéliec, 
FRfecilKrrB fIy)L'i» H.] LL.D., Lauréat do rAcadéinic Fran<,'aiae, Montréal. 
IjE Oenurb [Nai-olAonI, Ouébec. 

Le Maî (PAMPin'r.K), HiliMotbécaire de la léKialature provinciale, Québec. 
Le Moink [,1. M.| Président ■•■ la Société Littéraire et ai«tori<|ue, Québec. 
MaroiiaN'u, (i/Hon. F. (J.) Saint-Jean, (Québec. 
MAHMKVrK, (.losKl'll], Québec. 

RoLTMiER, (1,'Ho.s. .Ii'dE), Docteur és-Lettre», Québec. 
Sl-lte [REN.tAMi.\], Ottawa. 
Tanciuav [i,'AHnft], Ottawa. 
TA.S8fe [.losEPHl M. P-, Ottawra. 

Vehrgau [i.'abbë], Docteur és-Lettre», Officier d'Académie de France, Principal de 
l'Ecole Xunnale Jikvtiueg'Oartler, Montréal. 




NOS QUATRE HISTORIENS MODERNES. BIBAUD, GARNEAD; 

FERLAND, FAILLON. 

Ettulc lue devant la Socictc Royale, le 2^ tuai i882> 



Mkssikukh. — L'objet de cette solennelle réunion est 
bien propre, ce semble, à causer aux Canadiens-Françai» 
de douces surprises,^ d agréables émotions. 

Le Marquis d • Lorne, le représentant de notre Souve- 
raine, désireux de lafsser sur les rives du Saint-Laurent 
un utile souvenir, aussi bien qu'un durable monument de 
son administration, a fait choix d'un certain nombre d'^ 
ceux qui s'occupent de science et de littérature, pour fon- 
der, sous ses auspices, une association littéraire, destinée 
osons le croire, à porter les plus heureux, fruits. II ne s'agit 
plis d'un projet de société. La Société Royale du Canada 
pour le progrès des sciences et des lettres, n'est plus à 
l'état de" projet, ell- est passée dans le domaine des faits. 

Messieurs, que les temps sont changés ! Nous sommes 
loin, bfen loin de l'ère néfaste où le peuple Canadien, par 
la voix des députés, était, chaque année, appelé à faire la 
lutte, lutt'i inégale, quelquefois acharnée, pour réclamer 
ce que la foi des traités lui avait garanti, les institutions, 
les ois, a langue de ses pères. 

Aujourd'hui, le Vie-Roi de la vieille Angleterre, plein 
de bon vouloir pour ceux qui parlent la langue française, 
se complaît à leur faire un- large part dans l'exécution de 
son généreux projet, en assignant une section entière de 
la Société Royale du Canada aux hommes de sciences ou 
de lettres lis plus zélés qu'il a pu trouver dans cette 
nationalité, afin de perpétuer par les travaux de l'esprit, 
les traditiojis, les souvenirs, i'hi.-,toi c d'un peuple jeune, 
cruellement délaissé.longtemps méconnu, assur.^ment digne 
d'un m.'illeur sort —le peuple Canadien. Oui, messieurs, 



MONOGRAPHIES 



63 



l'initiative dans cette idée de progrès, à cette nouvelle 
piiase de nos destinées nous la devons à Lord Lone, le 
patron, le pcre de la Société Royalf^ du Canada. Si le 
temps le permettait, il serait intéressant de résumer comme 
étude et enseignement, la carrière officielle de nos Vice* 
Roi-i, depuis l'immortel Champlain, "marin, explorateur, 
guerrier, administrateur, géogra^^he et savant," jusqu'à 
rho.nine d'Etat aux larges vues qui nousarrivaient.en 1878, 
avec l'aimable princesse, son épouse, (1) placée si près du 
trône de la Grande- Iketagne. En présence de gens si bien 
renseignés, la tâche serait superflue. Toutefois, parmi les 
hommes distingués qui, sous le régime français, ont pré* 
sidé aux destinées de la colonie, je ne saurais passer sous 
silence le savant Comte de la Galissonnière. Le portrait 
enchanteur qu ■ nous en a tracé le philosophe suédois. 
Peter Kalm, son hôte au château Saint- Louis, en 1749, 
suffit pour rendre à jamais vivace et respectée la mémoire 
de cet ami des lettres. 

Ceux d'entre nous qui, comme résultat de la lutte san- 
glante mais féconde, provoquée, en 1837, par Louis Joseph 
Papineau, attendaient anxieusement le réveil des intelli- 
gences chez notre peuple, ont dû voir avec joie les œuvres 
des Bibaud, des Garneau, des Ferland, des Faillon paraître 
justement à temps pour dissiper les ténèbres et les préjugés 
qui obscurcissaient notre passé, pour éclairer les adminis- 
trateurs éminents, sympathiques et lettrés, qui à de rares 
intervalles nous venaient d'outre-mer, tels que les Comtes 
d'Elgin, de Dufferin, le Marquis de Lorne. Oui, messieurs» 
ne craignons pas de le dire, de le proclamer hautement, 
c'est à la plume de nos hommes de lettres, au crayon de 
nos historiens, autant qu'au sang de nos martyrs politiques, 
que le Canada français doit le recouvrement, la restaura- 
tion des titres de sa nationalité. 

Abordons l'un des principaux objets qui doit occuper 
l'attention de cette section, l'histoi e du Canada. Ceci me 

(Il Siiii AUi-8»(> Riiy.ilc la princonvu Louiio, quatrième fille do Sa Miyeité, la Reiue d* 
lu UruuJu Urctiiguf. 



1 



64 



PfOS QUATRE HISTORIENS MODERNES 



fournira l'occasion d'esquisser en quelques lignes la carrière, 
le génie, les traits distinctifs de ceux de nos écrivains 
modernes que l'on peut considérer comme les pères et les 
créateurs de nos annales : Bibaud, (l) Garneau, (2) Ferland 
(3) Faillon. (4) Je les mentionne d'après Icu/ ordre chro- 
nologique. Rien de plus naturel au Canadien-Français 
que de tenir aux us et coutumes, aux traditions, à l'idiome 
de ses pères. La situation toute exceptionnelle que le sort 
des armes, en 1759^ lui a faite en le transformant en sujet 
Britannique ; l'attitude plus qu'indifférente, presque hostile 
où il se trouve vis-à-vis de cette colossale république 
voisine, Anglo-Saxonne de langage, de culte, de mœurs, 
de traditions ; le douloureux souvenir de l'accueil que les 
races latines ont même de nos jours rencontré en Amérique, 
témoins :Ie sort tragique de Maximilien, et ce terrible cri 
de ralliement de nos voisins, le Manifest Destiny, (5) qui 
n'attend qu'une drconstance favorable pour retentir de 
nouveau, tout semble de nature à tenir les descendants de 
la vieille France en éveil; et si leurs pères,retrânchés derrière 
les traités de 1759 et 1763, ont trouvé sous l'égide de la 
Grande Bretagne, paix et sécurité, les fils, par leur fidélité 
au nouveau souverain aussi bien que par leur persis- 
tance à lutter pour leurs droits, ont su conquérir et trouver 
dans la nouvelle constitution de 1867, de nouvelles 
garanties, plus d'espace, plus de liberté. 

La voix de Lafayette et de Rochambeau, les arguments 
spécieux de Franklin et de l'Evêque de Baltimore,Carroll, 
au siècle dernier, ont bien pu préoccuper le Canadien- 
Français un instant, mais le séduire — jamais \ Sentinelle 

(1) Histoire du Csnacra, M. Ifibaud, 1ère Edition, ISit-tS. 

(il) Histoire du Canada, V .-X Uarmau, 1ère Ki<rition 3 VcA., 1IT45. 

(3) Ccxin d'Histoire du Canada, J. K A. Fcriand., 2-Vai8., IHffT. 

(4) Hiatcire de la Coloaio Ir'huiçaiao eu Canada, Imitriinerie ItNipart, Tfxryl é Ci», 
Paris, iHori. 

[r>] \jo Manifesi I>estinj/, sécTtiinantR fiifnire do rliétnrii|ii(r, Uctrne' son* doute pour 
ngaillarder liion d>m '* <|UittrR juHlota "futurs, par un dfs l'i'ésidents lc8'p4uR iinrf|uant|i 
dns Ktats-Uuis, M. Muiin>o. Cbttu doctrinn prTitend assiuiicr du pur la ffi-cntrapliiu vt la 
** manifostn dostiuiVe, cimnne itpauaifo tliial h I» Or.iiui" R>')pulili(|uo Ati|<lo-S.txonne, 
«réie par (Irtorun Washinuton et sou saj^e avi^aur, H'iijaniin Franklin, l'anuiwn Mattre- 
(fénéral d'ts Postes du Canada, le continent entier de l'Ain iriquo du Kord. La lUiotrijve' 
liunroe" n'est p<M encore un but aocoiupU 1 sachona le bien. 



MONOGRAl'lIIKS 



65 



t9 

lu 



incorraptible, il est reste tîdole au vieux drapeau de i'An- 

II le tint haut alor.-:, comme il le fit, en 
il l'eût fait, en iS6o, si sa Souveraine l'eût 



glete 

18 12, comme 



rre en 1775. 



appe 



lé sous les armes pi 



)ur ven</or l'honneur de son 



pavillon insulté -.ur le tillac du vapeur Ti\nt, par le Co 



m- 



tnouore 



Will 



i\es. 



A mes yeux, la présence dans cette société d'i'.ncscctiorJ 
entière exclusivement réservée aux lettres française-;., 
signifie beaucoup ; j'y vois encore plus qu'une idée de 



me que le culte de la littérature et d 



e-i- 



progrès, plus mèi 
sciences ; c'est pour le Canada-Français comme la réalisa- 
tion d'un beau rêve, l'épanouissement, d'une sereine matinée 
après (.les nuits et de-, jours orageux ; c'est la justillcation 
des luttes de son passe, pour sauvegard-M- ce .;ui Iiîi est u; 
puis cher — sa langue, ^o\\ histoire, ses institutions ; 'enfi 11 
c'est le couronnement d'une politique impéri.^le, ju-,te.et 
généreuse, où pour lui l'égalité sociale marche de pair avec 
la conservation de ses traditions nationales, avec le déve- 
loppement de sa littérature naiss;inte. 

Messieurs, je crois don^: interpréter vo-; sentimeiit> et 
les niions en réijétaiit : " Honneur <iu protecteur des 
lettres ^jui, plein d'amour, de respect pour l'idior.iv.' de 
Milton et de Shakespeare, sa langue niateruclle enfin, i 
su faire une si large place ilans cette société à celle i\c 
Bossuet et de Racine', oui est 'a notre ! ilonneur au géné- 



reux iiomme d'Etat, nouveau La Galist 



onniere, (]ui :i .-u 



associer à son titre <.!e rei^ré^entant d'un des plus -lorieux 
empires modernes, celui de protecteur des Muses, d'an'.- 
bassadeur du progrès intellectuel et social ! " 

Entrons en matière. Au nond^re des études digiies de 
fixer i'attentiori d'honnnes sérieux et patriotiques, plaçons 
au premier rang l'histoire de son pa)'s. Je élis" les hommes 
sérieux et patriotiques," car pour écrire cette histoire il faut 
non-seulement un esprit sérieux, cultivé, il faut en outre 
qu'à la science ilu passé, viennent s'ajouter l'amour du 
beau aussi bien que l'amour de la patrie. Quel est enha 



66 



NOS QUATRE HISTOUiEN'S MODERNES 



le secret du charme de notre historien national, sinon ce 
patriotisme profond, ardeut, dont les accents résonnent à 
l'oreille, comme le son de la trompette sur le champ de 
bataille ? En parlant de Garncau, un (i) d« nos écrivains 
avait en effet raison de dire : " On sent partout que le 
frisson du patriotfsme a passe sur ces pages : " lùicou- 
rageons donc surtout les études qui tendent à vulgariser, 
à rectifier dans ses plus petits détails l'histoire du sol (jui 
nous a vu naître. " Les annales de notre Canada, il est 
vrai, n'ont pas ce cachet d'antiquité, empreint sur les 
pays de l'ancien continent," a dit M. l'Abbé Ferland. * * * 
^' Tandis que les temps historiques de l'ICuropc ont une 
étendue ou, pour mieux dire, une profondeur qui fera 
toujours le désespoir des arciiéologues, au Canada, il suffit 
de remonter à deux siècles et demi pour assister avec 
Champlain à la fondation du fort et de " l'Abitation de 
Kebeck. " \]\\ siècle en arrière et l'on arrive aux pro- 
fondes ténèbres dans le sein desquelles ont pris naissance 
les traditions huronncs et algonquines. En revanciic, 
rhi.stoirc du Canada jouit d'un avantage inconnu aux 
liistoires européennes, qui, en remontant le cours du temps, 
vont se perdre dans les ténèbres de la fable. Au Canada 
l'histoire a assisté à la naissance du peuple dont elle décrit 
l'enfance et qu'elle voit arriver à l'âge viril. Elle l'a connu 
dans toute sa faiblesse ; elle a reçu ses plaintes lorsqu'il 
était tout petit et souffreteux ; elle a entendu ses premiers 
chants de joie ; elle est préparée à le suivre et à l'encou- 
rager dans les luttes que recèle encore l'avenir." Vous 
vous rappelez tous ces mémorables paroles. 

Je ne saurais vous offrir, en ce moment, rien de plus 
acceptable, j'ose croire, qu'un rapide coup d'oeil sur la vie 
et les œuvres de nos quatre historiens modernes : Bidaud, 
Garneau, Ferland, Paillon. 



[1] L'iibbi H. R. Cnsgiain. 



Bibaud 



lU- 
lUS 



Michel liibaud naquit à la Cote-dcs-Xcigcs, près de 
Montréal, le 20 janvier 17S2. Issu d'une ancienne famille 
française qui s'ëtaif fixée au Canada, il fit un cours d'études 
au collège de St. Raphaël, et plus tard il- étudia sous le 
vénérable Messirc Roque. Le Spcciiniciir Canadien, dont il 
épousa de bonne heure les doctrines libérales, contient un 
grand nombre de ses premiers écrits. 

En 181 5, il fonda à Montréal Wuivorc des Canada qu'il 
continua de rédiger jusqu'en 1S19. Dins ces deux feuilles, 
il formula un protêt énergique contre le projet d'union du 
Haut et du Bas Canada qu'on agitait alors. On trouve 
encore, dans les collections de nos bibliophiles, les séries 
mensuelles d'une publication fort populaire, fondée par lui 
en 1825 — la Bibliothlqnc Canadienne — répertoire anecdo- 
tique, historique et i)oétique. \\v\ 1S30, cette utile Rerne 
dut s'effacer devant le premier volume de poésies cana- 
diennes, Epitres, Satires, Cnansons, par M. Bibaud. Kri 
1832 parut son Magazin du Bas Canada, interrompu après 
deux ans d'existence. Le Magasin du />as Canada eut 
pour successeur \' Observateur Canadien, ICn 1842, après 
une précaire existence d'une année, expirait un autre 
enfant de sa féconde plume, Xlineyelopédie Canadienne, lin 
1843 parut " revue, corrigée, augmentée. " la seconde 
édition de son Histoire du Canada, sons la domination 
française, dont une première édition avait vu le jour à 
Montréal en 1837 — au fort de la tourmente révolution- 
naire. 

En 1844, il fit suivre ce volume d'un autre, intitulé : 
Histoire du Canada et des Canadiens sons la domination 
anglaise. Pendant tout le cours de sa longue et laborieuse 
carrière, M. Michel Bibaud trouvait des loisirs pour ali- 
menter de ses écrits la presse quotidienne. Enfin la mort 



68 



lilIJAUl) 



venait : urpreiulro ce vétéran cie notre littérature, à l'âge 
de 75 ins, le 3 août 1S57, à Montréal, dans les bureaux 
de l'exploration géolo;_,Mque du Canada, où il était employé 
comme tr.iducteur français. 

Je laisserai de côté les premiers essais en prose et en 
vers de M. i»ibaud, pour aborder de suite celui de ses 
ouvr.i;Tt!S qui nous intéresse le plus, son IJistoin du Canada, 
l'œuvie qui, au rapport tle M. Lareau, rendit remarquable 
dans l'histoire des lettres canadienrics, l'année 1844. 

Hibaud a tenté, par ce durable monument de son érudi- 
tion, iL rencontrer un besoin urgent, de combler une 
grande lacune. On avait bien l'estimable et volumineuse 
histoire du père Charlcvoix, mais elle n'embrasse qu'une 
partie de nos annales et s'arrête à 17 J5. Un avait aussi 
les œuvres de Smith, de Danville, de Raynal, mais ni les 
uns, ni les autre-, ne nous ont donné une relation com- 
plète, ni exacte. 

Hibaud n'a ni les profondes études de l'"erland — ni 
l'esprit philosophique de Garneau — ni ce merveilleux don 
de pénétration et J'ar.aiyse qui distingue M. Paillon. Son 
principal mérite e-.t d'avoir îVa}-é la route poiu- ses labo- 
rieux successeurs, de leur avoir aplani la voie, en leur 
indiqu iiit les sources où ils pourraient puiser. 

Au re.-.te, cjux (|ui lui ont succédé ont eu l'avantage de 
consulter des documents mis au jour trop iard pour être 
utilisés dans ses travaux. Car, chez i;ou-^, la découverte, 
la r.'stauration de nos archives, la manifestation au grand 
jour des mati'viaux pour no.re Iiistcjire est de fraîche 
date. 

Dans un style sobre, peu colore, BibauJ a narré ce qui 
s'est passé au Canada depuis le berceau de la colonie, 
sans toujours jeter un coup d'ceil au delà de l'océan, ou 
même au-delà de la frontière, pour remonter aux causes, 
dévoiler les motifs secrets des puissances européennes, 
faire ressortir l'influence que la guerre de l'indépendance 
des Etats-Unis a eue sur nos der.tinées coloniales. 



MoNoGkAiiin: 



69 



M. liibaud, ctroitcnicnt associe pr.r ses nombreux écrits 
en vers et en prose, ù l'aurore de notre jeune littérature, 
laissa à soti p.'»y?, à sa famille, un nom respecté, une envia- 
ble réputation. 



il 



^ 



Garneau. 



D'après !■-_' " Diccioaiuiiru Géncaiogique " de l'Abbé 
C. Tanguay, le fondateur de la famille de François Xavier 
Garneau faisait partie de la nombreuse émigraiion venue 
au Canada, du Poitou, en 1655. L'aïeul de M. Garneau 
e'tait un riche cultivateur de Saint-Augustin, près Québec, 
et son sympatlîique bioL?raphe, M. l'abb' Henri Raymond 
Casgrain, s'appuyant sur l>'s données de M. l'abbé Tanguay, 
assigne, comme jour de .,a naissance à Québec, le 15 juin 
18J9. Avant d'entrer eu cléricature chez fou M. Archsbald 
Camph"", notaire, le studieux jeune homme apprenait les 
rudiments de li langue dans une des écoles fondées par un 
homme de bien et un ami des lettres, Joseph François 
Perrault, dc.it le patriotisire et les éminents services, 
viennent Q''.tre signalés d'une tnanière si heureuse par le 
Docteur Prospcr 15ender, de Québec, son biographe, [i] 

L'amour des voyages dévorait le jeune étudiant et après 
une intéres.>,ante excursim dans le Golfe Saint-I<aurcnt, 
les Provinces I^.Laritimes et le Haut Canada, en 1S28, le futur 
historien s'embarquait pour l'F^urope le 20 juin 183 1. A 
Londres, Garneau se plaisait à assiste! aux débats du 
Parlement Impérial, oi!i il entendit souvent parler Daniel 
O'Connell, Lord John Ru:;sell, Lo'-J Stan'ey, [Sir] Robert 
Peel, Richard 1 auior Sheil, Joseph Plume, Arthur H. 
Roebuck. 

L'Hon. Denis Benj. Viger, député par la Chambre 
d'Assemblée du Bas-Canada auprès du gouvernement 
impérial, se trouvait alors à Londres. Il alla le visiter et 
devint plus tard son secrétaire, puis il séjourna pendant 
quelque temps à Paris et il repartait pour le Canada le 10 
mai 1833. De retour dans ses foyers, M. Garneau s'associa 
comme notaire, pendant un an, avec M. Besserer, alors 

(1) '' Ulii aiul New Can.ida,'" Uawson Bros,. ^loutreal. 



MONOGRAPHIE 



71 



membre do la. v'hambre d'Assemblée ; puis, il entra 
comme comptable dans une banque ; il n'y fit que passer. 
Ses brillants essais poétiques : Les Oiseaux Blancs, L'Hiver, 
et Le Dernier Hnron, datent dç cette féconde période de 
ï'^S-'S?' I^' ^- Garneau, comme poète, n'a été apprécié 
qu'à demi : il est consolant de savoir que la plume élégante 
de M. Jhauveau va tenter de mettre à sa place sur le 
Par:iasse du Canada l'illustre écrivain. En 1840, M. 
Garneau jetait les bases de son Histoire du Canada. L-i 
premier volume était livré à ses avides lecteurs en 1845, le 
second en 1846, le troisième en 1S48. Le récit s'arrêtait 
à l'établissement de la constitution, en 1791. M. Garr.eau 
publiait en 1S52 une scconnc: édition de son histoire. Son 
travail s'arrêtait à l'acte d'Utiion des deux Canada C 1840). 
Une troisième édition de X Histoire du Canada vit le jour 
en 1859. M. Andrew Bell, de Montréal, en 1860, en 
donna une traduction any;laise fort peu satisfaisant*^'. ICn 
1855, M. Garneau faisait insère* dans les colonnes du 
Journal de Québec le Voyage en Angleterre et en France. Ce 
fut en 1843 que se tirent sentir les premières atteintesde la 
cruelle maladie — l'épilepsie- qui vingt-trois ans plus tard 
le conduisit au tombeau. Pendant quelque temps on le 
rencontra tlans les bureaux de la Chan;bre d'Assemblée 
comme ^ous-traducteur. Vax 1844, il fut nommé greifier 
de la Cité uv. Québec ; en 1846, il faillit succomber à une 
attaque de lièvre typhoïde.. Il continua néanmoins, avec 
une exactitude exemplaire, à remplir les fonctions de 
greffier de la cité jusqu'en mai 1864. L'ne recrudescence 
de son vieux mal h; força à résigner son emploi ; et le 
Conseil de \''ille lui vota, on reconnaissance des services 
qu'il avait rendus à la cité,une pens.on de retiaite de£joo 
<ir année. Il décédait à Québec le 3 février 18G6. V.w 
1867, un mausolée, fruit d'une contribution nationale, 
recevait les restes mortels de l'illustre historien. Que vou^ 
dirais-je, messieurs, que vous ne sacniez déjcà, sur la vie et 
le-j teuvres de ce grand citoyen, de ce vrai patriote ." Dos 



;2 



C'.ARNEAL' 



relitions per,-:onncUes, intimes même, avec notre cminent 
coîiipatriote, pendant les dernières années de sa vie, sa 
préicnce suu5 mon toit à une réunion d'iiomm^s de lettres 
que certaines circonstances m'empêcheront toujours 
d'oublier, [ij la part (^ue jV îi\s appelé à prendre co.nme 
président du conutc' de la souscription nationale à son 
mausolée en 1S67, par la démission du président, Sir 
Xarci-^c ]•', Helleau, nommé en juillet de cette année aux 
fonctions de Lieutenant-Gouverneur de la Province de 
Çjuébec, le succès de mes démarches auprès du vieil ami 
de M. Garneau, l'Hon. 1'. J. O. Chauveau. alors Premier 
Ministre de notre Province, que je conviai à venir faire 
Pelote du icc;retté défunt à l'occasion de l'inauL^uration de 
ce monument au cimetière Pelmont, — ce qui nous a valu le 
mac^nifique discours que vous connaissez tous. — ce sont là 
ai'cant de doux: souvenirs, que je pourrais ajouter aux 
esquisses du t^rand historien tracées avec tant de s\-mpa- 
thie. de justice, d'éléi^ance par MM. Cas;;rain. Chauveau, 
Larcau, Darveau et autres. Je vous ai dit qu'il existe 
trois éditions de VHistoiir dit Canada, par Garneau. Il 
doit m'être permis de dire, j'o-e croire, que l'amour filial 
de M. Alfred Garneau nous promet sous peu une 
quatrième édition, laquelle sera enrichie d'une biographie 
de l'iiistorien écrite, par l'Hon. M. Chauveau. Elle résu- 



ili VuKi (■.' (111 ' \\w fiinriiit iiinii ionnnl. .1 iiropii'' il'niii' pi'tili' r.-i!ni'>ii 'l"Moi;iin''.s ilr 
Irttrfs, ilaiis m.i m:piiili' s.'lTi' a Sillcrv, p.ir ui!" tir.li' JiiunhM' d'ii.'lc.'ir.' l>i.4. ],.■ tiMiili" 
Il liurlu- ilni iiaiiiii \v% irais ciiii\ivi"i iTaloT? : — l'ii «r.nul ivriLiiunt pivdciupait 
TAhi >rii|ii ■ lli'it.iiuii'Hii' touti- iiitir-n'. Sons I.i prosidriic-î du ivirn tti' Sir Kti.-iiiu' 
T:i^-iu', rti.''rf( ait daii- roiif.'iiiti' du l'arli'm"iit u t^iii'lx'O, un «luliidiiu iniiMwaiit. ofi 
fi:r'irai'-ut !• -^ di iiuui'S (!.■ touti'suos pnivim'i's. Il s'agissait, p lur filiapii' r à d.' uravos 
«•"!uidii'atiiuis. di' pivsi'Uter à nntn' uii'ticipiili' W" c idri' d'un U'Uivcau parti-iDUstitutumui'l 
ji.'.r iiotn- ( aiiaila. I,,'-- ^iirrrs|ioii(t luts di's iivauils jdurnaux di' i'Antrl"ti'rri' ■.■! di's 
K':it*-rMis s'rtaicut douiii' riMid('/-v(Uis à (^urhoi: piuir V''Usi'i:.'ii,'r li' puldic *\w w i|iii »"}• 
|ia-9iTait. l'ariiii 1 .s " lious " du .jiiurnalisnu' installis ilaus la vii'ill>' t'apitalr. If plus 
c .iiiiu itaiî sansooutii'dit K' spii'itui'l li.'Oijji' Auu'ustus Sala, cnrrcspnudant du 7'. /r;;rii;i/(. 
Cruiid.joMi'ii il cl' Il ïndi'i'S. A la sollii itatioii di' i|ui l'iucs lanuliiTs. il fut déciil ■ diiivitci, 
â iiiif pi'tilr l'i ti' l'ji uupi'tre, los liounui's li's mii'ux piisis dans 11 itrc nii>ndi' liit.Tairi', 
jii>-ir l-ur faiiv t'aii'' li. cnuiiais-ani'i' d.- M. Sala, rt. au licsdiii, )iii;ii- le n'iis.-iu'Mrr sur 01' 
i|'r fuucliait au Canada. 1.,'s iuvitùs, sans itii' iiouilnrux, irprési iitaiiiit (!■ s tali'iits ot 
<!■•> spi-rialitcs d ■ plusiiMiis ij.'ui'.'s : d'aiioid, un" d 'S plus t'iirtcs i)luui 's ilu joiirnalisnii^ 
en Iwil, l'Hon. Ji)s..|ih CaucliDU ; un tin causeur l't un savant, i •■ pumri' l'i'ut'i'sseni 
Muli-rt l,:i!{ne. cK-i'éd.' si préniatui'i''Ui''nt imni' l.i si'icni'i' ; un puliiicist.' ilistin^'iu'-. .Icau 
i'uarl.» Taolié ; nos d-ux liistorii'us. (raincan l't Korland. li'àmL' dr la l'cti' ilait 1.- 
fpiritui'l, !•■ c.ii.stiipiM (u'orufi' Sala. H oausait ou framais avoo un" siniiulii'ii' f'aciliti-. 
I.'al'ti,' KitI nid s 'nildait avoir ii'couvii' sa vii'ill" verve yfauliuse ; r,aKui' d.r.ieliait ses 
tr.iits anl -m» a limite et à jj:aui'lii ; Taelié se crnjait en iijnsi'ii'uco tenu île le tiiutredirc 
••Il tout i-t partout ; le «rave (i.irne.iu écoutait en souri, lut les fines r.'iiartn s de Sal'i. 
<V:t.- réunion d'esprits d'élite, doue" et triste il la fois par l'-^ tro.iées i|U.' lu mort y il 
fait«"«. restera lon^leuips gravée ,lans ni 1 niénioire. 



MOXOGKAI'IIIL 



73 



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liri' 
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mera, n'en doutons pas, fout ce qui a été dit jusqu'ici sur 
le compte de l'éminen' annaliste de notre passé, (i). Si 
vous me demandez laquelle des trois éditions je préfère- 
je vous répondrai avec M. Lareau : " L'édition de 1845, 
la première, celle qui renferme 'e premier jet, le fruit de la 
pensée intime de l'écrivain, l'opinion raisonnée du philo- 
sophe et du penseur. " Ce qui frappe en feuilletant les 
pages de M. Garncau, c'est l'élévation des idées, l'indépen- 
dance de ses appréciations, le courage de ses convictions, 
la sûreté de ses jugements, le tout couronné d'un indicible 
élan de patriotique enthous iasnie. On pourrait dire qu'au- 
cun genre de gloire ne lui a manqué ; si l'avenir lui réser- 
vait une couronne d'immortelles, quelques uns de ses con- 
temporains, au moyen d'acer'oes critiques, surent lui pré- 
parer une couronne d'épines qu'il trouva parfois pesante à 

porter 

" Pour apprécier avec justice et impartialité l'œuvre de 
M. Garneau, " a dit M. l'abbé Henri Raymond Casgrain, 
" il faut se reporter à l'époque où il a commencé à écrire. 
Jl traçait les premières pages de scn histoire au lendemain 
des luttes sanglantes de 1S37, au moment où l'oligarchie 
triomphante venait de consommer la grande iniquité de 
l'union des deux Canada, lorsque par cet acte elle croyait 
avoir mis le pied sur la gorge de la nationalité canadienne. 
La terre était encore fraîche sur la tombe des victime • de 
l'échafaud et leur ombre sanglante se dressait sans cesse 
devant la pensée de l'historien, tandisquc du fond de leur 
lointain exil les gémissements des canadiens expatriés, 
leur prêtant une voix lugubre, venait troubler le silence 
de ses veilles. " 

Le cadre qu2 je me suis tracé me défend de discourir au 
long v'e nos quatre historiens, Bibaud, Garneau, l'erland, 
Paillon. 

Je ne saurais assez louer le discours préliminaire de 
V Histoire du Cmiada de Garneau. C'est une admirable 

|1) M. Cliauv'Hii, ilepuis cintc date, S') iii:ii I88i, s'i'st iioîiloinoiit ainiiitti' ili' la 
ti'\. lii" i|uo lui iiui"w,iit l'aiiiitii'. 



74 



GARNtAU 



revue des découvertes, des iispir.itions, du progrès de trois 
siècles, où raffranchisseinint de la petuée. le réveil des 
intelligences, l'émigration européenne en Amérique, sont 
notés et traités d ^ main de maître. 

Comme l'a dit un jeune et laborieux littérateur mois- 
sonné à la fleur de l'âge, Ls. M. Darvcau, \ Histoire du 
CanadiX, par Garncau, ' n'es', pas seulement un livre 
admirable, mais c'est comme un monument impérissable 
où l'auteur avait gravé avec le poinçon de l'historien tous 
les hauts faits pour ainsi dire légendaires, toutes les actions 
héroïques, tous les événements mémorables, tous les tra- 
vaux herculéens, toutes les découvertes presqu'incroyables 
dont le Canada a été le théâtre depuis sa découverte jusqu'à 
l'époque de l'union des deux .provinces canad cnnes en 
1840, Il a f.iit, avec le pinceau brillant et correct d'un 
artiste, et en mèm_* tempi avec la verve et l'entrain d'un 
poète, le tableau de la découverte du Canada, la descrip-. 
tton topographique du pays, des mœurs, des habitudes, 
des vices, des qualités, des goûts, des aptitudes, en un mot 
du caractère des aborigènes, enfin, .des discussions, des • 
débats parlementaires luttes pacifiques bien qu'émou- 
vantes et pleines de dangers et d'incertitude pour l'avenir 
de notre race. Ces différents sujets sont traités avec une 
admirable lucidité de style, des aperçus pleins de finesse et 
d'à propos, des déductions savantes, d'une portée remar- 
quable. " 

J'aime, messieurs, à vous rappeler ce que nos intelli- 
gences d'élite ont pensé d 1 granil écrivain. 

M. Darveau emprunte à un profes.-.eur distingué, M. 
l'abbé Ed. Méthof, quejo désirerais voir dans cette réunion, 
l'appréciation qu'il faisait de deux de nos historiens, Fer- 
land et Garneau, à l'Université Laval, à l'inauguration de 
son cours de littérature de 1861-62. Pour faire le parallèle 
des deux historiens, il se servait d'une figure aussi belle 
que bien appropriée. Il comparait V Histoire du Canada à 
" un colossal et magnifique palais dont l'architecture était 



Il 



MONOGRAPHIE 



75 



noble, sévère, correcte, belle et magistrale, frappant 
d'étornonient et d'admiration le regard du visiteur, " et le 
Cours d'Histoire du Canada à " un parc immense, ou bien 
encore à un grand jardin charmant, plein d'ombre, de 
fruits et de fleurs, où le promeneur fatigué passe et oublie 
les heures en parcourant à pas distraits, et sans but précis, 
des sentiers, des avenues resplendissants de verdure, et 
cmaillés de fleurs et de feuillage, jusqu'à ce qu'enfin, 
gagné par la poésie du lieu et plongé dans une douce 
rêverie, il s'égare dans les mille cercles de ce labyrinthe 
enchanteur. " 

Ce serait téméraire de ma part de prétendre ajouter 
aucune nuance, aucun ornement à c^î charmant croquis de 
M. l'abbé Méthot. 



■X 



Ferland 



C'est à la métropole cointncrcialc de la Province de 
Québec, à Montréal, que revient l'honr.eur d'avoir Jonné 
le jour au savant historien l'erland. Jean lîaptiste Antoine 
Ferland naquit à Montréal, le jour de Xoél, 1S05. Il des- 
cendait d'une ancienne f^iniille du Poitou, dont un des 
membres vini s'établir dans i'Ile d'Orléans, vers le milieu 
du dix-septième siècle. Son père Antoine Ferland, oriin- 
iiaire de Saint Pierre, étant mort jeune, sa mère Elisabeth 
Lebrun Duplessis, fille d'un des quatre avocats qui demeu- 
rèrent en Canada après la session, alla se fixer en 1S13, 
à Kingston, où le jeune F'erland, avec l'usage de ia langue 
anglaise, apprit aussi les rudiments de la langue française, 
sous l'abbé Gaulin, plus tard évèque de Kingston. Puis on 
le trouve au collège de Nicolet. Là, Mgr. l'iessi--, remar- 
quant ses aptitudes, le choisit comme son secrétaire. Plus 
tard, abandonnant cotte charge pour l'enseignement, le 
jeune lévite devient professeur de rhétorique et de philoso- 
phie au collège de Nicolet. Il reçut les ordres sacrés en 
182S et, sur le champ, fut nommé vicaire à Québec. En 
18.S4, lors de l'épidémie du choléra, il devint chapelain 
de l'Hôpital de Marine; en 1848,11 était supérieur du 
collège de Nicolet. 

Depuis 18 50, il était attaché à la cathédrale de Québec, 
membre du conseil de l'évêque, chapelain de la garnison, 
doyen de la faculté des arts et professeur d'histoi-e du 
Canada à l'Université Laval. En 1854, il desservait Saint 
Colomb de Sillery, près Québec ; ce qui lui fournit l'occa- 
sion de publier dans le Jonnuxl de Québec des notes histo- 
riques pour compléter le beau travail sur le commandeur 
de Sillery, dû à la plume de l'érudit abbé Louis Bois. Le 
'premier écrit de M. Ferland, qui révéla l'étendue de ses 
recherches, et la sûreté de son jugement en matière litté- 



Moxor.K'\riiii-: 



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raire, fut sa verte réplique — brochure de 79 pa^i^es — aux 
insinuations malveillantes, aux données inexactes conte- 
nues dans r Histoire dn C(Via<ia de l'abbé Brasseur de 
Bourbourg, jeune prêtre français qui, en i<S52, visitait le 
Canada. Puis parurent ses Notes sur les Ke\''istres de Xotn 
Dame de Quebee, utile compilation dont le public denian- 
uait, plus t'.rd, une seconde édition. ICn iSfl:, paraissait 
dans le /'Vî'i/- Caiiadiei; un travail fort précieux de l'abbé 
[•"erland sur h\ Gaspésic, intitulé: Journal d'iDt voyage sur 
la côte de iiospc, " " l^oyage au Labrador, " ''Louis Olivier 
Gaviae/ic \ " en 1JS63. A\>tiee bioi^raphiqiie sur Mgr. Josepl; 
Oetave Plessis, t'v^qiie de Onêkc. C'est plus qu'une sympa- 
tiiique biofîrai)liie d'un ji^rard évéque, injustement attacjué 
par l'abbé r»ras.-.eur ; c'est un résumé de l'histoire rcli- 
i^ieuse et politique de la [jrovince de Québec, de I7',^i à 
1825. Son inagtiiuii opxs enfin, le Cours dLiistoire du 
Canada 1 534-1 75^;, contenant le résumé de ses mémora- 
bles leçons co'.nme professeur d'histoire à l'Université- 
Laval, vit le jour en 1861, c'est-à-dire que le premier 
volume se publiait .sous sa direction cette année-là, a 
l'atelier de M. Cote, La mort terminait à Québec, le 8 
janvier i8i')4, les jours bien remplis de ce savant. Ln 
autre hounne dévoué ci érudit, i'abbé Chs. Laveniière, 
mort aussi à Québec, en i:\~3, se chargeait di: mettre en 
ordre les matériaux et les notes l,;is.sés par l'abbé T'erianti, 
pour le second volume (ie son (i>uvre, îequi \ p.irnt à Qué- 
bec en 1S65. 

Chfz l'abbé FerlaU'.i, comme écrivain, il y a deux h^m- 
mes tout à fait distincts. ï! y a d'abord rcléj,'ant, le !^;ra- 
cieux rhroniqueur, esquissant iivec 'inc verve toute [gau- 
loise la carrière accidentée et mystérieuse du légendaire 
pirate de l'Ile d'Anticosti, Louis Olivier Gamache. ses 
relations quotidiennes avec son familier, le IVince des 
Ténèbres, etc. Puis, la scène chancre, c'est un polémiste 
vigoureux, frappant d'estoc et de taille, donnant des 
eçons d'histoire, quelquefois de bienséance, à un jeime 



7» 



FERLAND 



écrivain français irréfléchi, l'abbé Brasseur de Rourbourg ; 
ou bien encore, un antiquaire, nouveau Monteil, exhumant, 
sur l'origine de nos familles mille détails curieux et incon- 
nus, tirés des archives poudreuses de nos églises parois- 
siales 

» 

Chez M. Ferland, il y a surtout le docte, le grave pro- 
fesseur d'histoire — comblant avec un^ rare industrie les 
lacunes.corrigeant les erreurs de dates chez ses devanciers ; 
méthodique en tout, annaliste infatigable développant, 
avec un rare talent, les origines, les épreuves, les succès de 
cette mission de la vieille France dans la nouvelle, qu'il 
préconise comme providentielle.^ Il en est qui prétendent 
trouver dans le Cours iV Histoire du Canada les annales 
seules du progrès du catholicisme dans la colonie, mais il 
est facile d'y découvrir un programme bien plus vaste. 

Dans une lettre que M. Garneau adressait à M. l'abbé 
Ferland en 1^61, le remerciant pour le premier volume du 
Cours d'Histoire dit Canada qu il avait eu la complaisance 
de lui envoyer, nous trouvons des lignes qui font égale- 
ment honneur aux deux hommes : " M. Garneau est 
passé chez M. Ferland pour lui exprimer personnellement 
toute sa reconnaissance et parler avec lui de leur chère 
patrie, mais il n'a pas été assez heureux pour le rencontrer. 
M. Garneau aurait voulu causer avec une des lumières du 
Canada sur la foi qu'on doit avoir en notre nationalité et 
sur les moyens à suivre pour en assurer la consommation. 
Celui qui a su développer avec tant d'exactitude nos 
origines historiques doit être pénétré plus qu'un autre des 
sentiments de la foi. " 

L'on trouve chez le vénérable historien trois éminentes 
qualités : érudition, pureté de style, charme indicible de 
diction. Ajoutons à cela, dans le commerce de la vie, une 
aimable franchise, une constante loyauté dans ses procédés, 
de la noblesse dans les sentiments, Une prodigieuse mé- 



MONOGRAPHIE 



79 



moire de faits, de dates, toujours à la disposition de ceux 
qui le consultaient, et l'on aura une idée du mérite de ce 
savant si justement re^:;rctté. 



Faillcn. 



IlticiuK" Miclicl l'aillon ncuiuit à Tarascun, clcpartc- 
iiicnt lies 15ouclicH ilu Rhône, le icr mai 1799. 

Vers 1.S12 il alla coinnicncer ses études cla>isiquc.'s au 
co'lcL^c d'Avii^nou. L'attm).s[)hcrc rclij^icusc ilc cet atiti- 
c|ue séjour des l'apcs, au inoyen-age, depuis le XI le au 
XlVe siècle, semble avoir exercé une durable inlluencc 
sur le jeune l'aillon. 

\'f;rs l'année iSi.S, il vint à l'aris faire son covu's de 
thcolotiie, et entra à St. Sulpicc vers 1820. 

i'n 1S29 on le retrouve directeur du Séminaire tle l'aris. 

l'ne lie ses premières entreprises littéraires fut d'es- 
(.lui.^r.er la c.urière de IM. Olier, fondateur de St. Sulpice, 
lequel, <'omme l'on sait, avait pris une lart^e part à la colo- 
nisation tle la Nouvellc-l'Var.ce — surtout, à l'établissement 
de V'i!K>Maric. 

iva 1854, M. l^'aillon publiait la "Vie de la Vénérable 
Marguerite Bourgeois, " fomlatrice de la Congrégration de 
Notre Dame, qui vint au Canada avec INI. de Maisonneuve, 
le fondateur de IMontréal, Vers le même temps paraissait 
en deux volumes 8vo., une biographie de Mademoiselle 
Mance — fondatrice de l'IIôtel-Dieu — et une biographie 
de iMadame d'\'ouvil!e, fondatrice des Sœurs Grises 
(Sœurs de Charité) en Oanaila. 

C'est par ces importants travaux, (|ui embrassent une 
notable partie de notre histoire, (ju'il préludait à son œuvre 
principale, ï llistoipr de la Coloiiit friviçaisi eu Canada. 

Ce Colossal travail, imprimé avec luxe à l'aris, devait 
comprendre dix volumes, in-quarto, dont trois seulement 
ont paru — deux en 1865 — le 3e, en 1S67 

Il ne va pas au-delà de i()75, mais l'infatigable annaliste 
a laissé les matériaux, pour mener le récit jusqu'à l'année 
1759. 



l'Ai M. ON 



8i 



Dans le but de se rcn.-,eigncr sur les lieux, Tabbc l'aillon 
entreprit trois voyages au Canada. 

11 arrivait à Montréal en 1S49. ropnrtait en 1.S50. reve- 
nait en 1S54. Il y séjourna trois années, de 1S58 à i.sr,, 
obère de travail, livré à d'incessantes recherches, employant 
comme copistes six assistants, trois secrétaires. Aux joins 
SI sombres pour la l-rance de l'annér ,871, M. lail]..., 
expirait à Paris, le 25 octobre, àj,ré de 72 ans. 

Saluons ce zélé chercheur-ce travailleur infatigable qui 
a pass.^ au Canada sept an nées de sa laborieuse existence 
poiu- compléter nos annales, et ,iui. par ses travaux, ses 
recherches colossales, a mérité le nom de liénédictin de la 
Aouvcile I<" tance. 

\)v son récit qui devait s'étendre depuis la première 
r.av.-aiion de Jacques-Cartier, jusqu'à la hn de l'occupa- 
tion du .^ouvernement fran^-^is en i;6o. il n'y a eu nue 
trois volumes de terminés; ils nous conduisent jus.ma 
1 année 1675. ■' ' 

Pour remplir le cadre que messire Faillon s'était tracé 
.1 reste encore à publier sept volumes ; et, si nous sommes 
bien rensei-nes. nous avons lieu de croire que cette tâche, 
herculéenne sera menée à bonne fin. 

Si l'on veut juger de l'étendue de ses recherches, on .n 
trouvera la preuve dans les citations qu'il donne si abon- 
damincnt à la marge des pages. Les ouvrages cjui concer- 
nent LVmerique sont comme Von sait fort nombreux 
Charlevo.x en cite à lui seul plus de quatre-vingts ; on •■•, 
retrouve la plupart, dans les citations de M. Faijlon • ii 
tjiut de plus y ajouter d'autres sources considérables 
d inlormations, où il est allé puiser-. 

" Il a, " dit son biographe. M. Desma/.ures. " parcour , 
les actes de l'ICtat Civil des principales paroisses dn 
Canada; il a lu les documents déposés dans les communau- 
ics religieuses du pays et ensuite les documents des mai- 
sons-mères de ces communautés, en hVance ; il a compulsé 
les archives de la marine, celles du ministère des affaires 




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82 



MONOGRArHIK 



étrangères, celles du ministère de la guerre, du dépôt des 
fortifications, les archives de] l'Etat, les manuscrits des' 
grandes bibliothèques de Paris, du séminaire de St-Sulpice, 
c^e la préfecture de Versailles, de l'archevêché et de la pré- 
fecture de Rouen, du Musée lîritannique, " ajoutons, de la 
Propagande, à Rome. 

" IJans son introduction où il pan'e des premiers voya- 
ges du commencement du seizième siècle accomplis par 
Jacques-Cartier, il ne se contente pas de faire mention des 
opinions des principaux auteurs sur la date des pre- 
mières explorations du continent transatlantique, mais il 
les cite, tels que Davity, qui écrivait en 1660, Brutel delà 
Rivière en 1727, l'Art de vérifier les dates, et Ramusio : 
en indiquant avec soin l'édition, l'endroit, la page, de 
manière à faciliter toute recherche à ceux qui voudraient 
vérifier les textes, les constater et en apprécier la valeur. 
Ensuite il prend le récit de Jacques-Cartier et l'analyse, 
puis ie commente avec les réflexions les plus judicieuses ; 
enfin il prend soin de l'appuyer des pièces justificatives 
qu'il a su trouver en grand nombre ; il cite les lettres 
patentes de François 1er, accordées à Jacques-Cartier en 
1540, sur la recommandation instante de Philippe de 
Chabot, grand amiral de P'rance ; il cite encore les passa- 
ges des relations de Champlain, de Lescarbot, du pilote 
Alphonse de la Saintongc, qui confirment les assertions de 
leur illustre devancier. " 

Voilà sous quels traits M, l'abbé Desmazures nous 
révèle l'historien Paillon, et bien que chez ce dernier je 
cherche en vain cet élan de patriotique enthousiasme de 
l'historien enfant dn sol, François-Xavier Garneau, je 
vous avouerai que pour sa profonde science, grande est 
mon admiration. Je regrette, toutefois, oserai-je vous le 
dire, de rencontrer dans l'habile annaliste, non l'historien 
impai'tial de l'origine et des progrès de tout un peuple, 
mais plutôt l'historien de la grande cité de Ville-Marie, 
Je panégyriste perpétuel de l'ordre de St-Sulpice — dont M. 



FAILLOX 



83 



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Paillon a décrit si bien le fondateur, M. Olier — et souvent, 
le dépréciateur de Québec et de son éminent prélat, 
Monseigneur de Laval. 

Voilà, messieurs, une courte esquisse de la vie et des 
travaux de ces hommes estimables, à des titres divers-, 
mais qui en possèdent tous un que nous ne pouvons 
méconnaître, je veux dire, un titre bien établi à notre 
reconnaissance 

Puisse leur exemple trouver de nombreux imitateurs ! 
Le champ de notre liistoireest assez vaste, assez riche pour 
que l'on puisse trouver h y cflancr, même après des mois- 
sonneurs aussi laborieux, aussi infatisrables ! 



Le Ccmmandeur Yiger, Antiquaire. 

Je lie ."-aurais mieux esquisser M. Viger que ne l'a fait M 
Larea". 

Jacques Vigcr naquit à Montréal en 1787, ety mourut en 
185S. 11 fit .^ts études à l'ancien collège de Montréal qui 
portait alors le nom de collège !£t. Raphaël. Servit dans 
la campagne de 1812 comme officier sous le commandant 
de Salaberry. Passa la plus grande partie de sa vie à 
collectionner les documents historiques se rattachant à 
l'histoire du pay.":^. Tout le monde connaît la fameuse 
" Sabredache," chronique variée et intéressante qui parut 
en partie dans la BibliotJùqnc Canadienne et \ Encyclopcdic 
Canadienne de ]\Iichel Bibaud. 

Le Commandeur Viger n'a presque rien écrit et c</en- 
dant.comme antiquaire, il jouit d'une réputation sans exem- 
ple. Cette réputation que la tradition nous a apportée, 
est passée à l'état légendaire. Elle fait de lui un des plu.-; 
curieux types de notre histoire littéraire. " Habile critique 
antiquaire, numismatiste et héraldis'e, lieutenant-colonel 
de milice, premier maire de Montréal (i\ ancien ins- 
pecteur des ponts et chaussées, Commandeur de l'Ordre 
romain de St. Grégoire-le-Grand, membre lionoraire de 
l'Institut rol)'teclinique, classe des lettres et ci-devant 
Président de la société nationale de St. Jean-lîaptiste, 
— patron distingué des Beaux- Arts, il formait le p'us bel 
album existant en Canada pour lequel il retrouvait, et fai- 
sait peindre en miniature ou graver les portraits de nos célé- 
brités." 



(1) Vif-'cr fut l'iu iiiniro de IMoutiviil iii IMIJ. tt fut rociUiimiiinU' ]iav Loiil liosfonl 
IKiur un i-iviii' au Conseil Kxi'-cutif. " M. Jiiniui s Viucr, dit JI. df l'uiliusiiuc, est lo 
Bi-nOdictin du C'jiuiidu, uu unuvLau Siuiuuuso, \\\\ luvsidi'Ut irûnault, il n'a pas fait ini- 
Iirimtr nu livre d'arilu'ulonie o\i de triti<|ue lii^itotiqui' et il est ci.iiuu au drl:\ do la 
fnmtii're ; dcH savants d'Aiuérii|ue et d'Jùiroiiu le tonsultcnt sur les f.iits les ]ilus 
aïK'ieiis on les iilus oliseursde notre histoire connue nu eoufiultait autrefois les oracles do 
Trévoux et de St. Manr, connue on consulte aujourd'hui VArl de vérifieriez dcitcK. Il 
semble être i\ lui seul une académie des Inscriptions et IJelUs-Lettres. ùuc sociCtù royale, 
au iihitôt nationale, très nationale, des antiquaires 



G. B. Faribault, Antic^uaire. 



En pénétrai'i': dans la bibliothèque dj la Sx-ictc Lifte-'- 
mire et Historique de Qiie'bee, un des premiers objets qui 
frappe la vue est un tableau à l'huile, un buste peint aux 
-frais de la Société elle-même, par l'artiste canadien Tliéo- 
phile Hamel. 

Le concierge ne manquera pas de vous informer, si vous 
êtes étranger, que c'est le portrait d'un des présidents les 
plus distingués, les plus dévoués de l'association, — celui 
de M. Faribault — l'érudit antiquaire, le vieil ami de Jared 
Sparks, de Bancroft, de Jacques Viger, des historiens Gar- 
neau, Christie, Ferland, de DeGaspé, Thompson, Laver- 
dière et Casgrain. 

Laissons à ce dernier,son sympathique biographe, le soin 
de nous le faire connaître : 

" Geurges-Bartitklemi Farihault est né à Québec, !e 3 
■décembre 17S9. Comme la plupart des jeunes gens de son temps, 
il ne fit pas de cours d'études régulier. Il fréquenta, pendant 
quelques années, l'école d'un professeur écossais de Qué'oec, 
M. Jolin Fraser, ancien vétéran de l'armée du général Wolfe. 

Après avoir suivi les leçons du vieux professeur, M. Faribault 
compléta ses études par lui-même, à force d'énergie et de persé- 
vérance. 

Il se livra ensuite à l'étude du droit chez l'honorable 
J. A. Panet, et fut admis au barreau de Québec en iSii. Pen- 
dant la guerre de tS[2, il servit dans les rangs des milices cana- 
diennes. 

Quoiqu'il se soit peu livré d la pratique de sa profession, 

néanmoins il en avait acquis une connaissance approfondie 

ainsi que l'attestent plusieurs causes difficiles qui lui ont été 

référées comme praticien, par les tribunaux, et qu'il sut démêler 

, avec une rare habileté. 

Dès cette époque, il manifesta un gofit prononcé pour les 
■études historiques qui devaient remplir une si large part dans 
son existence. 

En 1S22, il entra au service de la Chambre d'Assemblée du 
Ras-Canada, et passa successivement par les grades d'écrivain, 
■de greffier de comité et de traducteur français. En 1S32, il fut 



86 



MOXOGRAriUE 



promu au poste d'Assistant Gretiier, en remplacement de M. Bou- 
tillier A l'époque de l'L'nion des deux Canadas (1S40), il devint 
Assistant Grel'tier. de l'Assemblée Législative, poste qu'il occupa 
jus(]u'en KS55. 

A part les devoirs de sa charge, il consacra, durant cette 
longue période, une partie considérable de son temps à la forma- 
tion d une collection d'ouvrages et de documents imp'Ttants 
relatifs à l'Histoire du Canada. Cette collection s'élevait .. plus 
de i6oo volumes, lorsqu'il eut la douleur de la voir complètement 
détruite j^ar 1 incendie des édifices du Parlement à Montréal en 
1849. Sans perdre courage, l'infatigable archéologue se remit de 
nouveau à l'ceuvre et recommença une seconde collection. Ce 
fut jKiur conijiléter ce long travail cpie la Chambre d'Assemblée 
le députa en Kuro[ieen 1851. 

Il [jartit de Ouébcc le 3 octobre, accomiKigné de Madame 
Faribault et de sa t'ille. Après un court séjour a Xew-Vork, il 
s'embarcpia pour Londres où il séjourna jjeu de jours et arriva 
à Paris le 10 novembre. Il y inniva un ami dévoué des Canadiens 
dans la personne de M. de Tuibusque qui lui fut d'un secours 
immense pour ses recherches II l'aida de ses conseils et l'in- 
troduisit lui même auprès des dilïjrenis ministères. 

'l'ont semblait présager le plus heureux succès, lorsque les 
événements du 2 décembre vinrent entraver toutes ses démar 
ches. Les réponses aux demandes qu'il avait faites aux différents 
ministres firent surtout retardées [)endant un temps considérable. 
.Mais d'autres circonstances bien autrement douloureuses inter- 
romi)irent soudainement sa mission en le jilongeant dans la jikis 
protbnde afiliction. Madame Faribault, dont la santé avait été 
ébranlée par la frayeur (|ue lui avaient causée les graves incidents 
du Coup d'Etat, tomba davigereusement malade, et fut enlevée à 
la tendresse de son é[)oux dans le cours du mois de ntars 1852. 
.anéanti par ce chijc t'uneste, et malade lui même depuis i)lu 
sieurs semiines il fut longtemps iiicapable de reprendre ses occu- 
pations. 

Instruit de son malheur et de la situatioii précaire de sa santé, 
le gouvernement canadien envoya de Londres son agent, M. 
Wicksteed, pour lui prêter assistance. 

Partout, dans les différents ministères, auprès des secrétai.es 
des diverses Académies, il reçut le i)lus bienveillant accueil. 

'' De généreuses et magnifiques donations dignes de la France. 
'• dit-il dans son rapp<ort, me lurent t'alites i)our la bibliothèque, 
" quoique plusieurs de ces ouvrages lui avaient été présentés en 
" 1S49 ^^ m'est impossibU' en ce moment d'en développer 
" toutes les richesses et leur importance, mais la valeur en peut 
" être estimée a plus de ^^400 sterling 

A son retour en Canada, l'Assemblée législative vota à M. 
Faribault une gratification de ^253 en reconnaissance de l'habi 



(]. i). KAKir.Ai r/r 



^^' 



let(j cl de rintclligcncc qu'il .ivait déployées dans l'accomiilissc 
ment de sa mis^^ion. 

Grâce à ses soins continuels, la nouvelle bibliothèque avait 
atteint le chiffre de 3,oco volumes, lorsque dans la nuit tatale du 
ler février 1854, rincendie du magnitique iialais du gouvcnne 
ment, à Quéliec, en réduisit encore luie partie en cendres Près 
de 700 volumes périrent dans, les tlammes, parmi lesque's se 
trouvait un nombre considéralilc de publications ilu seizième et 
du dix- se])tième siècle, dont plusieurs ne pourraient iieiitètre 
plus jamais être rem])lacées. 

L'année suivante, il offrit sa démission à la Chambre d'As:em- 
blée (jui lui alloua, en témoignage des services éminents iju'il 
avait rendus au pays, luie pension de retraite de £400. 

C'est à son initiative et à ses généreux sacrifices, aidés de 
(juclques dons patriotiques, (jue nous devons le superbe monu- 
ment élevé à Montcalm, dans l'église des Ursulines, et qui fut 
solennellement inauguré, le 13 septembre 1S59, anniversaire de 
la bataille des plaines d'Abraham. 

.\. cette oecasion le dernier descendant de l'ini^iortel guerrier, 
le comte Victor de .NEontcalm écrivait à \'. Faribauit, tn lui 
e.\])rimani toute sa reconnaissance, ces nobles paroles où respire 
la grande âme du héros : 

" Arriiire-petit-fils et den.ier rejeton de la famille 

" du Marqtiis de Montcalm, je ne saurais assez exprimer ma pro 
'■ fonde émotion en lisant les généreuses intentions des habitants 
" de Québec. Retrouver si vivante et si chère, après im siècle 
" entier, la mémoire de nion aïeul, est chose l>ien douce à mon 
'• cieur, Mon bonheur serait complet si je pouvais me trouver 
" au milieu de vous, le i,:; septembre, et exprnner toute ma recon- 
'' naissance a mes compatriotes. N'ais si. hélas ! une iaible santé 
'• me retient fixé sur le sol de notre vieille l'rance, crt)yez, liion 
" sieur, et soyez assez hon pour le redu'e à tiuis, ([ue le cour 
" canadien de mon grand-père battra dans ma poitrine, le jour 
'* de ce glorieux anniversaire, avec autant de ù)rce que jadis le 
'■' sien en défendant Québec." 

Ni. l-'aribault était un des fondateurs de la Société Historique 
de (Québec, et l'im ^Je se» iiremiers l)ienfaiteurs. La société a 
voulu en perpétuer le souvenir en faisant suspendre, tlans la salle 
de ses séances, son jtortrait qui est inie des meilleures peintures 
du gendre de M. Faribauit, notre excellent artiste, \i. Théophile 
Hamel. 

Dans la vie privée, M. Faribauit était le modèle du gentil- 
homme accompli. Au milieu de notre siècle dèmocrati(|ue, oiï 
1 on n'aspire plus qu'a effacer toute distinction dans la société, il 
est une aristocratie oue l'on ne i)arviendra jamais à détruire : 
c'est celle de 1 urbanité, de la politesse des manières, de la dignité 
et de la noblesse des sentiments M. l'aribault appartenait à cette 
aristocratie qui ne passera pas. Humble et modeste comme le 



88 



Muxor;R\i'iiii-: 



vrai mérite, sa parfaite éducation, l'exquise délicatesse de ses 
procédés, le rayon de gaieté douce qui reluisait sur sa physiono- 
mie, l'attrait d'une érudition qui n'avait rien que d'agréable, don- 
naient il sa conversation un charme et une grâce intarissables. 

Sa maison était le rendez-vous de toutes les illustrations 
étrangères qui venaient visiter notre ville ; il eût été difficile de 
trouver, pour nous représtMiter, un type plus parfait, et un meil- 
leur interprète de nos héroïcpies annales. 

Ses funér.iilles ont eu lieu au milieu d un grand concours com- 
posé de l'élite des citoyens de Québec Les coins du poêle étaient 
l)ortés ])ar les Honorables R. Iv Caron, Louis Panet, Messieurs 
Cliarlcs Langevin, Jean Langevin. Ph. A. De Gaspé et le com 
missaii'e général James 'rhomi)son. Le service a été chanté jiar 
iSL l'abbé Laverdière, ei l'absoute faite par M. l'abbé Casgrain. 

Les restes de ^L Faribault reposent au cimetière de Notre- 
Dame de lîelmont, près des cendres de notre historien Cîarneau 



B. Suite. Poète. Antiquaire, Historien. 



Le président de la .S'(',7Va'/v(U'(?/(^/// Canada, i ère section, 
M. Benjamin Suite n.Tciuit aux Trois-Rivières en 1841. 
De bonne lieure il lit preuve de j^oûts et d'aptitudes litté- 
raires fort prononcées : ses premières poésies en sont 
une preuv' indéniable. Le temjis est maintenant éloi;Tné 
où wn spirituel collègue, membre de la Société Royale du 
Canada, lui auss', poète à ses heures, l'abbé Dawson, 
d'Ottawa, surnommait Suite, à cause de sa jeunesse et de 
son nom — "le Benjamin de la famille de nos poètes Cana- 
diens." 

Maintenant le jeune Trîfluvien d'autrefois s'est épanoui 
en un grave historien. AL Suite s'est noblement acquitté des 
obligations que lui imposait l'amour du sol natal, en écri- 
vant les annales de sa ville chérie : Trois-Rivières. l^Ue 
lui doi": aussi la fondation de l'Institut Littéraire, dont il fut 
le premier président. 

Voici comme M. Lareau, peignait à son début ce jeune 
nourrisson des Muses : " Le style de M. Suite se rapproche 
plus de la chanson que de l'élégie ou de la tragédie. On 
s'aperoit que ses instincts ou ses étude-» l'ont porté plus 
vers Béranger, Pierre Dupont et Desaugiers, que vers Hugo, 
Lamartine ou Auguste Barbier. Parfois cependant, on 
croit saisir comme une strophe de Musset qui rase d'une 
aile légère quelques pages amourevises des Laurcnticimcsy 

" Suite chante, dit M. Routhier, le Canada et ses beautés, 
ses droits et ses devoirs, ses douleurs et ses espérances. 
Il évoque le passé et en célèbre toutes les gloires et rap- 
pelle le présent et en traduit les leçons ; il s'élance vers 
l'avenir et flatte nos rêves d'or. C'est un hymne qui se 
répète, et dont les échos vont sur tous les sentiers réveiller 
le patriotisme endormi." ( i) 



w 



90 



M()N(J(iK.\l I1I1-; 



" Il n'a, ajoute Larc.ui, ni la vit;uoiir lyrique de l'ré- 
chctte, ni la douceur it-ietTablc de Lenra)', ni luènic l'onc- 
lion patriotique de Créniazie, mais en revanch^', sa poésie 
est plus pétillante, sa phrase plus claire et plus égale, son 
esprit [)lus franchement gaulois." 

M. Suite a commencé à publier des vers en 1S60 sous 
des noms de plume. La première pièce signée de son nom 
véritable a povu- titre Lis Canotiers du Saint-Laurent, 1S61. 
Après avoir publié quelques pièces dans le Journal de 
l'Instrnetion Publique, il devint également collaborateur 
de la Revue Canadienne qui se fondait en 1864, et depuis 
vingt ans il a été le plus constant écrivain de cette der- 
nière publication, en prose et en vers. C'c.^t là qu'il mit au 
jour (1868J ses premiers articles sur la question du déboi- 
sement de nos forêts, articles qui lui valurent du coup une 
renommée de prosateur comme il en avait déjcà acquis une 
de poète. Vax 1870 l'éditeur de la Revue Canadienne 
imprima un recueil des poésies de M. Suite sous un titre 
bien appropii.^ : Les Lanrentienn^s. La même année, le 
même eiliteur imprima la première partie de X Histoire des 
Trois-Rivieres, travail tout d'érudition. 

Depuis lors, AI. Suite a tenté plusieurs genres en litté- 
rature : la chronitpic, la nouvelle ou petit roman, ia critique, 
la conférence {jariée ou plutôt imiirovisée où il excelle. 

lùi 1 871, l'éditeur de Xts. Revue Canadienne i)ublia /-'/:". t/t'- 
dition Militaire de Manitoihï, un travail dont es sources 
sont de première valeur et qui sera toujours consulté. 

l'".n 1873, i)arut Ac Canada en Jîurope, qui, répandu à 
profusion à Paris, attira les \-eux ^X^:.:^ français sur notre 
pays. On a reproclié à AL Suite d'avoir trop vivement 
piqué l'amour-propre àc^ Fra.içais. Il répond : ''il fallait 
les faire asseoir sur une pelotte d'épingles ; je l'ai fait. 

En 1876, M. Suite, qui sortait de la présidence de l'Ins- 
titut Canadien-Français d'Ottawa, inaugurant un édifice qui 
coûtait plus de $20,000, publia aux ateliers du journal Zc 
Canada une histoire fort curieuse de l'élément français dans 



SUI.TE 



91 



la c,;[)it.'ile fv^léialc. iJans les réunions qui marquèrent 
l'ouverture du nouveau temple littéraire ou p:irla pour la 
première fois d'une académie ou société royale. 

ICn i^7^'-'JJ, AI. Suite publia un volume en livraisons. 
intitulé : J/t'/iiu^'-cs iV Histoire et de Littérature. 

En 1879 parut /wî Chronique TriJ//i:'ie>///e,un<^ro<, volume 
édité par la Keviie Canadienne, dans lequel M. Suite se 
donne le malin plaisir de traiter 25 ans de l'Histoire des 
Trois-Rivières, pour montrer aux Tritluviens ce qu'ils 
perdent à ne pas vouloir payer pour une liistoire complète 
de leur vdle. 

L'atelier du Canada fOttawa; publia LiS Chants Xou- 
veanx ( ibSo), recueil de vers qui fait suite aux Lanrentieiuies. 

Réunissant tout un carton de plans et dessins inédits du 
i^ème siècle, M. Suite tk graver ces belles pages par 
Desbarats, en 1S81, et intitula le tout '\llbnni de Phistoin 
(/es Trois-Rivicres. 

En même temps, un volume renfermant des poésies de 
tous les poètes canadiens-français voyait le jour, sous les 
auspices des Soirées Canadiennes. M. Suite \' ajouta une 
préface, un volume plutôt, donnant l'histoire de la poésie 
frani;aise en Canada. 

Lorsque parut, en 1SS2 le premier volume de VJ/istoin 
des Canadiens-Français nous aurions cru M. Suite épuisé 
de produire. Pas du tout. Les huit volumes étaient com- 
plétés en 1884. C'est une revue historicjue de ce qu'ont 
été les Canadiens- l'ranrais à toutes les époques de' l'his- 
toire du Canada. 

Pour s'amuser, ou pour changer de ton, il écrivit (1884) 
la vie du célèbre athlète Montferrand. 

Cette année 1S85, il vient d'ajouter de sa bonne grâce 
un index de 12,000 notes aux c^uatre gros volumes de 
documents historiques publiés par le gouvernement de 
Québec. Ce travail double l'importance de la collection, 
entière. 



^ 



92 



MON(i(;i;AIilIi: 



Il a sous presse en ce moment \x\\q llistoin de la paroisse 
•ic St François du Lac qui abonde en nouveauté^. 

Avec tout cela, correspondant îides Revins d'I'Airopeet 
des l'^tats-Unis, officier de la Socii'tc Royale du Canada, 
donnant des articles aux Soirées Canadiennes, à la Rex'nc 
Canadienne, à la Minerve, c'est un travailleur qui ne s'arrête 
pas. L'année prochaine comnienceronl à paraître trois 
volumes de ces articles disperse.'! dans vinj^t publications 
et que nous avons hâte de voir réunis aux h'vrcs du même 
auteur. Couraj^e, M. Suite, continuez ! \lw modifiant quel- 
ques passaf^es dans vos (eu\res historiques, surtout en 
ajoutant au bas des pages, autant cpie faire se peut, les 
autorités sur lesquelles vous vous appuyez, vous irez loin. 



L'afcfcs Laverdiare. 



A la rentrée des classes du l'etit Séminaire de Ouébec, 
le 1er septembre 1S39, je me rappelle parmi mes condis- 
ciples, un tout jeune paysan tie la côte de lîeaupré, dont 
le nom, par son étrangeté, avait frappé " l'espiègle jeu- 
nesse" qui l'entourait et qui en çut fait des gorges-chaudes, 
sans la crainte salutaire de la férule du régent, le bon l'ère 
J-Jaillargé. 

Le petit villageois se nommait alors Cauchon tout 
court. Comme il était de mode de pourvoir chaque cama- 
rade d'un sobriquet, sans en exempter môme le maître de 
classe, (lui, on le désignait comme le " l'ère Suisse," à 
cause de sa prédilection pour des écureuils approvoisés qu'il 
gardait), on octroya de suite et sans réclame au nouvel 
arrivé, le surnom peu euphonique de Petit CancJion. Grâce 
pour ce souvenir intime d'années envolées ! 

Charles Honoré Cauchon do Lavcrdière naquit au Châ 
teau-Kicher, chef-lieu du comté de ?iIontmorcn:y, le 8 octo- 
bre, 1826. Aprèsavoir vu son nom figurer bien des fois aux 
examins, sur le Palinarc, il recevait en 1851 l'ordre de la 
prêtrise. 11 se nommait alors Laverdière : c'était un loj-al 
caractère, sans morgue, sar.s prétention, toujours prêt a 
rendre service. 

Pendant les vingt deux années t^ui vont suivre, nous ver- 
rons le laborieux abbé Laverdière, — agreg.' au Séminaire 
comme bibliothécaire, — à toutes les heures d.u jour et sou- 
vent de la nuit même, plongé dans un série de travaux 
historiques et littéraires qui eussent fait pâlir d'ennui 
Scaiiger et Monteith et qui font regretter qu'un trépas 
prématuré ait ravi à la science ce rude clierchcur, lorsque 
sa tâche ne semblait encore qu'à demie remplie. 

M. Laverdière fut secondé dans ses travaux par une 



94 



MONOGRAPHIE 



rare puissance d'analyse jointe à une prodigieuse mémoire 
de dates et de faits. 

Il me semble encore entendre le cri de surprise, de dou- 
leur de tout Québec, lorsque la triste nouvelle se repandit 
que notre excellent compagnon de Séminaire, en 1839, 
plus tard le collaborateur estimé de MM. Ferland, Cas- 
grain, venait de succomber à une attaque d'apoplexie fou- 
droyante, le 10 octobre 1873, au moment même où il entrait 
chez son librair<" M. P. G. Delisle, pour lui remettre des 
(•preuves corrigées la veille 

Je ne saurais signaler ici qu^î les principaux travaux du 
docte abbé : la réédition des œuvres de Champlain, fon- 
dateur de Québec et premier gouverneur de la colonie : 
monument de longues et patientes recherches pour collec- 
tionner, mettre en ordre, annoter les diverses éditions des 
voyages du grand géographe. 

" T.'ouvrage contient : Le voyage de Champlain aux 
Indes Occidentales, précédé d'une notice biographique 
de Champlain; le voyage de 1603; l'édition de 161 3, 
c'est-à-dire les voyages à l'Acadie de i6o4 à 1607, et les 
voyages au Canada depuis la fondation de Québec 1608, jus- 
qu'en 1613, avec fac simili photo-lithographique de 
toutes les cartes et vignettes \- compris la rarissime grande 
carte de 16 12, et la petite carte de 1613, cii sou vray 
vh'ridicN, le quatrième: l'édition de 1632, première et 
seconde partie, avec la Grande Carte et sa Table ; le Traité 
de la Marine ; le Catéchisme en Huron du Père Brébœuf ; 
l'Oraison Dominicale, traduite en Montagnais par le Père 
Massé ; une dissertation sur les cartes de Champlain ; un 
dictionnaire topographique du Canada ancien ; des pièces 
justificatives et une table générale des œuvres de Cham- 
plain. 

" Le catalogue des ouvrages que l'abbé Laverdière à 
publiés ou dont il a surveillé l'impression, est considérable. 
Outre les œuvres de Champlain et le journal des Jésuites, 
il faut encore porter à son crédit : Les " Relations des 



L'AliP-l': LAVLRDIKRE 



95 



Jésuites," trois volumes compactes, grand in-octavo, de 
^plusieurs centaines de pages ; le cours d'Histoire du Ca- 
nada," par M. Ferland, seconde partie de 1663 à 1759 ; 
l'Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducation ; 
plusieurs petits opuscules, entre autres " Notre-Dame de 
Recouvrance de Québec," h la mémoire du R. V. Massé, 
S. J. ; plusieurs livres de chant, entre autres : "le Chanson- 
nier des Collèges," " les Cantiques à l'usage des maisons 
d'éducation," trois éditions des Chants Liturgiques," la 
dernière édition du Graduel ot du Vespéral," la *' Semaine 
Sainte," le "Rituel Romain." "La dernière œuvre qu'il espé- 
rait pouvoir livrer bientôt h la publicité, est le " Paroissien 
Noté, "' œuvre destinée à populariser au milieu de nous le 
chant de nos égliscs(Lareaui; ajoutons y'^ Histoire du Canada 
à Vitsagc des Diaisons d'ediieatioii, — destinée à faciliter et à 
rendre agréable aux élèves, l'étude de nos annale»,— et la 
brochure qu'il prépara, conjointement avec l'abbé Casgrain, 
sur la découverte du Tombeau de Champlaîn d'où origina 
la mémorable " Querelle des antiquaires." 



Hospice A. Yerreau, D. L., Antiquaire 



L'abbé Verreau, Principal de l'Ecole Normale Jacques- 
Cartier, à Montréal, naquit à l'Islet, P. O., le 6 sept, 182S. 
Il entra comme élève au Petit Séminaire de Québec, dans 
la sixième classe vers 1S39. Il acheva son cours au collège 
de Ste Thérèse, dont il devint plus tard Directeur des 
Etudes ; on lui avait conféré la prêtrise en 1847. 

I^n 1856, M. Verreau se rendit à Montréal, et au mois 
de mars de l'année suivante, à l'ouverture de l'Ecole 
Normale, en cette ville, il en fut nommé le Principal, posi- 
tion qu'il a toujours continua d'occuper depuis. 

Messire Verreau avait dès le début manifesté du goût 
pour les études sérieuses. Il donna tous ses loisirs aux 
recherches historiques en rapport avec les annales cana- 
diennes. 

Son volume sur l'Invasion A\\ Canada, en 1775, publié 
on 1873, accuse un travail consciencieux, éclairé et soutenu. 
Les notes du savant annaliste, les lettres et autres pièces 
publiées dans l'appendice, ajoutent beaucoup cà la valeur 
de cette publication. 

Messire Verreau s'est montré un collectionneur infati- 
gable. Sa bibliothèque si riche en ouvrages sur le Canada, 
en mémoires, anciennes lettres, cartes, manuscrits, docu- 
nients archéologiques, font ''admiration et l'édification 
(le nos antiquaires, 

lui 1873, le gouvernement fédéral l'associait à l'érudit 
et infatigable archiviste du Département de l'Agriculture, 
M. Douglas lîrymner, pour dresser un relevé des docu- 
ments inédits sur l'histoire du Canada, enfouis au Britislt 
Muséum, aux Archives nationales et aux différents minis- 
tères à Londres, à Paris, à Rome, etc. Les résultats de 
cette mission font la matière de divers Rapports du Dépar- 
tement de l'Agriculture, soumis au Parlement d'Ottawa, et 



I 

HOSPICK A. VERREAU 
pleins d'utiles renseignements r ^kk - ,- '^^ 

f Lettres à l'Univ^rsitTI ttl r" "' ''°"""- 

dc la société des antiqua ret de v '"""'[.^ ->'--'^Po.uIant 
fuction Publique de France '^"™=""^"'' "«''" d'Ins- 

untf ~Y:.^^^^^^^ Canada contient 

qui Jacques Viger sen,bk avo ,^"'?^"="" "» Canada, à 

E" .S8., Son Excel! ncJrVr^"'"" '"""'^••■"• 
à M. rabbé Verreat, u„ 2l 7"'"' '' ^°'"^ °«™ya- 

^" Canada qu'il venai "de ::;:: tut ': T''' =^°-"'- 
Je la Société Historique de W i , ''''"''' '''■e.-<ide,..t 

°"t donné beaucoup 3ë retf '""'' ' '^''"'-■"^ -^ ---'^ 

^n trouve dans' 1^-s U',. ■ 
P'"--eur., conférences du ;.tt:t abbé" '" '■""'■■"■■ '''^''' 



l ' 




Iv'Àbbe 'Tangua.y, Antiquiaire. 



Cyprien Tanguay, membre de la Société i^oyale du 
Canada, naquit à Québec en 1819, fit ses classes au Petit 
Séminaire de cette ville, fut ordonné prêtre en 1S43 et 
desservit d'abord les paroisses de St-Luc et des Troif- 
ristoles. La même année il fut nommé vicaire à St-Gcr- 
main de Rimouski, et en 1846, curé de St-Raymond et de 
St-13asile. 

Nommé plus tard à la cure de Rimouski, il eut le plaisir 
d')^ surveiller la construction de la superbe cathédrale de 
la présente ville de St-Germaiii. En 1862, il desservait 
Ste-Iiénédine, comté de Dorchester. 

En IS65, l'hon. Thos. D'Arcy McGee, ministre d'agri- 
culture, lui offrait la position qu'il occupe encore dans le 
burciu des statistiques à Ottawa. Il s'y dévoua tout entier 
à la préparation des tables et autres statistiques des 
quatrième et cinquième volumes du recensement. 

Ivii 1867, le gouvernement le députait à Paris pour 
scruter les archives françaises, où il découvrit plusieurs 
pièces fort importantes pour l'histoire des Acadiens et 
qu'on avait cru perdues. Je ne puis mieux faire que de 
répéter ici ce qu'en dit M. Lareau sans toutefois partager 
entièrement le point de vue tout à f^iit utilitaire auquel le 
brillant publiciste envisage le gigantesque trawiil de l'abbé 
Tanguay : 

"L'abbé Tanguay s'est imposé une lâche ardue, hérissée de 
mille difficultés et dont le résultat, comme il le dit lui-mênic. 
semblait hypodiélique, eu entreprenant d'écrire la généalogie des 
premiers colons. Dire ce qu'il a fallu d'énergie, de courage et de 
persérérance pour composer cet ouvrage, qui peut être utile et 
intéressant au public, mais qui, pour l'écrivain, ne devait offrir 
qu'un intérêt bien médiocre, est chose qui se comprend facile- 
ment. Aller de paroisse en paroisse, feuilleter les registres de 
l'état civil aux greffes et dans les fabriques ; établir la filiation 
dans la su'te des degrés, recueillir la tradition orale des 



L ABBE TANC.UAY 



99 



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Issce do 
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Igeet de 
[Utile cl 
lit offrir 
facile- 
àtres de 
I filiation 
lie des 



vieillards, consulter les papiers domestiques, de ces papiers 
vieux, à 1 encre jaune, illisible, à l'orthographe ancienne ; passer 
en France pour y compléter ces recherches, visiter les archives 
du ministère de la marine et d'ailleurs : tels sont courtement 
résumés, les travaux que s'est imposés l'abbé 'languay j^our 
livrer à la ])ub licite des renseignements dune exactitude 
aproximativement parfaite. 

" Ce document, élevé à la gloire de nos ancêtres, a beaucoup 
d originalité et aura toujours de l'actualité pour le peuple cana 
dien. Il pourra, ])lus tard, être continué par d'autres personnes 
dévouées et ainsi nous aurons luie généalogie continue de notre 
race. Aucnn peuple, que je sache, n'a eu dès son origine cette 
heureuse idée de résumer ses registres originaux. L'auteur a 
donc créé une œuvre éminemment nationale et il a rai.son quand 
il ajoute que pour répondre à l'esprit national qui existe chez 
notre peuple et pour favoriser le goût des recherches scientifi 
ques qui s'est produit chez la jeunesse depuis quelques années, 
il fallait qu'un monument inipérissal)le prou' .it d une manière 
exemplaire au monde entier que si l'hiïiloire di, Canada est une 
de celles qui offrent le plus d'intérêt au lecteur, '1 s'en trouve aussi 
une autre dans laquelle il peut connaître tout r. la fois l'origine 
de sa famille et en suivre la fili.ition jus([u'à nos jours. 

" T.e Dictionnaire i:;iiicaIo^'< que Jes familles Canadiennes est 
en oiiUe un ouvrage d'une grande utilité aux maisons d'éduca-. 
tion, à la judicature, à l'I-^glise et à toutes les familles. Le pre 
micr Noiiune contient lliistoire de la formation des noms de 
familles, leur variation et leurs surnoms, en outre, près de 
30.CC0 ii',fiirinati>ns généalogiques à commencer de l'anrièc 
^i6oS 

•• Nous devons encore à M. l'abhé Tanguay un autre ouvrage 
du même genre que la généalogie: \>t Répertoire i:;éiicral du 
tienne canadien, ou, en d'autres termes, dictionnaire biographi- 
que des membres du clergé depuis l'établissement de la ' olonie 
jusqu'à nos jours. On conçoit de suite 1 importance de cet 
ouvrage. Il convenait que le clergé canadien fût ai)])elé à revivre 
dans un livre (jui enseignera aux genératiop.s futures le nom de 
ces hommes dévoués, de ces pasteurs charitables, de ces citf)yens 
distingués qui ont tant tait pour l'avancement moral de leurs 
compatriotes. 

" Le travail de M. l'abbé Tanguay se divise en deux parties. 
La première contient une liste des Évêques depuis l'établisse- 
ment de la colonie jusqu'à nos jours ; iniis, vient une liste des 
jorêtres depuis l'établissement du pays jusqu'à la conquête. La 
seconde partie renferme les noms de tous les prêtres qui ont 
résidé en Canada depuis la conquête jusqu'à nos jours. Le lout 
se termine par une liste alphabétique de 34 pages qui facil te 
considérablement les recherches. Les noms sont disposés par 



100 



MONOGRAPHIE 



ordre chronologique et c'est la date des ordinations qui règle 
cet ordre. 

" Cet ouvrage est le tableau le plus complet qui ait été publié 
jusqu'à ce jour de tous les prêtres qui ont desservi l'Kglise du 
Canada depuis sa découverte, l.e seul travail que nous possé- 
dions dans ce genre est celui de l'abbé Noisr.ux pu!)Hé en 1S33. 
Mais ce travad n'était pas exempt d'erreurs assez imijortantos, 
que le commandeur Viger, dans un ouvrage inédit, a rele- 
vées. 

"• Nous a\'ons lieu de croire que le livre de M. l'abbé Tanguay 
est plus exact que ceux qui l'ont précédé. " 

Appelé en 1882 par Son Excellence le Marquis de 
Lorne, à prendre place dans les rant^.s de la société scien- 
tifique, dont réminent homme d'Etat a doté le Canada, 
l'abbé Tanguay a lu devant la 1ère Section, en mai 1SS2, le 
travail suivant: Sur les Familles du Canada; en i883, 
Etude sur les noms \ en 1884: Etude sur la famille de 
Catalogne. 

Le public sérieux attend avec impatience la continua- 
tion du Dietionnaire généalogique du savant ubbé. 



Les ^\rcliives dta Canada.. 



Etude lue devant la Société Royale du Canada, le 23 vu-ii 

1883 

Messieurs, — Parmi les sujets dignes d.* tixer l'attention 
de ceux qui s'>)ccupent d'études historiques, je \\<i\\ connais 
aucun d'un intérêt majeur à celui de la collection, du clis- 
sement et de la garde des archives du Canada. 

Si les démarches prises et les résultats obtenu-^ par les 
diverses administrations qui depuis dix ans se sont suc- 
cédé, à Ottawa, sont de nature à nous réjouir, n'allez pas 
croire pour tout cela que la tâche soit achevée, que le der- 
nier mot soit dit. 

La création d'un lîureaudes archives publiques ou plutôt 
l'érection d'une division du Dép irtement de l'At^riculture, 
à Ottawa, en un dépôt d'archives, date de 1872 ; plusieurs 
hommes d'Etat peuvent avec raison réclamer leur quote- 
part dans cette onivre de progrès. Cependant un nom s'y 
rattache davantage : celui de son premier archiviste, M. 
Douglas Brymner, dont les rapports annuels, (i) soumis à 
la Législature, jeftent beaucoup de jour sur cette question. 

M. Brymner a eu aussi pour collaborateur un anti- 
quaire quf^ vous connaissez tous : M. l'Abbé H. Verreau. 
Ces deux chercheurs ont eu mission d'aller fouiller dans 
les archives de l'Europe et d'y puiser nombre de docu- 
ments, de manuscrits indispensables pour étudier, bien 
comprendre, bien compiler nos annales. 

Les remarques que je me permettrai, tout en lemerciant 
nos hommes d'Etat pour l'intérêt qu'ils ont manifesté dans 
cette question, n'ont d'autre but que celui de stimuler le 
zèle de nos antiquaires à de nouvelles découvertes. 



(1) Reports on Public Archivea to Mlnister of Agriculture, Ottawa, 1872, 1873, 1874, 
1881, 1882. 



I02 



CONFERENCE 



Cette intéressante étude des archives est fort vaste. Elle 
se présente soas un double aspect : 

10. L'histoire des huit provinces de l'Amérique Britan- 
nique du Nord, autrement dit, de la Confédération cana- 
dienne. 

20, L'histoire de la Confédération canadienne depuis la 
date de son établissement, ler juillet 1S67. 

Je n'ai pas la prétention de vous renseigner sur les 
sources de notre histoire : vous les connaissez comme moi, 
ces glorieuses, ces dramatiques annales de la plus ancienne, 
de la plus pittoresque province de la Confédération : la 
province de Québec Vous savez également combien de 
difficultés ont été aplanies pour l'historien moderne, par 
l'impression en beaux volumes de ces mille et un manuscrits 
et mémoires vermoulus, raturés, illisibles, qui, dans le 
passé faisaient pâlir nos antiquaires : les Relations, le 
Jounial des Jésuites, les compte-rendus, les correspondan- 
ces officielles de nos Gouverneurs, de nos Intendants; les 
journaux circonstanciés do.^ divers sièges de notre vieille 
capitale, etc. 

Si vous me demandez si réellement il existe à l'étranger 
grand nombre de ces antiques documents, que dirai-je, 
de ces lambeaux de la patrie dispe rsés, je vous répondrai 
qu'ils peuvent se compter, non pas par centaines, mais par 
milliers ; que le contenu de la plupart nous est encore 
entièrement inconnu ; que partant, il est impossible 
d'écrire une histoire complète, circonstanciée de la Confé- 
dération, sans avoir accès à ces sources de renseignements. 
A peine une des grandes capitales de l'Europe, une des 
villes maritimes de la France, notre ancienne mère-patrie, 
qui n'en possède quelque riche dépôt ou quelques frag- 
ments : Londres, Paris, St. Petersbourg, Rome, Copenha- 
gue, Amsterdam, Madrid, Bruxelles, Berlin, Rouen, 
Rochefort, Le Havre, Dieppe, Bordeaux, Marseilles, etc. 
Au reste sur ce point, si vous désirez vous renseigner spé- 
cialement, consultez l'excellent rapport que M. l'abbé 



N(JS ARCHIVES 



103 



ii-je, 

idraî 

par 

Icore 

dble 

mfé- 

:nts. 

des 

Itrie. 

rag- 

iha- 

len, 

letc. 

Ipé- 
)bé 



Verrcau prcsciitiit à la Lé^^islaturc fcJcrdlc le 31 dccciii- 
brc 1S74. 

Je n'ai jaiiiai'^ été plus vivement impressionné de l'im- 
portance que les grandes nations de l'Europe attachent 
aux dépôts de leurs archives nationales, que lorsque je 
pénétrais tout récemment dans la vaste salle circulaire du 
British Miisciuii [\) à Londres. Après avoir contemplé les 
amas de parchemins, de records, de rôles, etc., enfouis sur 
les raj'ons des magnifiques bibliothèques de l'université 
de Cambridge, du War ojjîcc, de la Tour de Londres, etc, il 
m'eût fallu des mois entiers pour compulser les 2,647 
volumes de la collection qui m'intéressait le plus, la collec- 
tion Ilaldiinand et le^ nombreux volumes manuscrits du co- 
lonel Bouquet. Si notre métropole est si riche en matériaux 
pour son histoire et pour l'histoire de ses grandes colonies, 
il ne faut pas oublier qu'elle s'étudie à collectionner et à 
conserver ses archives publiques depuis huit cents a'is. Une 
partie notable de ces mêmes archives, comme vous savez,, 
a été perdue de i 135 à 127J, aussi bien que pendant les 
guerres sanglantes des Deux Roses (1455 à 1461A 

Edouard III, en 1473, dans une ordonnance, faisdt dé- 
clarer que ' les archives publiques sont considérées comme 
le témoignage de la nation, et il est ordonné qu'elles soient 
accessibles à tous les sujets du roi." 

Sous le règne d'I'^lizabeth 0559-1603) une enquête fut 
instituée au sujet des archives du Parlement. "Jacques I 
(1617) eut l'idée de créer un bureau de papiers d'Etat et 
un bureau des archives générales. Charles 1er nomma une 
commission chargée de rechercher toutes les archives apijar- 
tenant à la couronne." J'emprunte ces citations à M» 
Brymner. Au reste ce.^ enquêtes furent continuées par la 
Reine Anne, par George I, George III, George II. Et si 
la Couronne crut devoir intervenir et affecter de fortes 
sommes pour sauvegarder, restaurer, recueillir et classer 



Ml Ï4t' lirifish 3[ii9i'\tin continuait 47,(>!>3 voluiiuns luaiuiscrits, lors de lu visite da 
Jl. J). Jirvniuor. (Voir raiiport l^sl, |p. 4(i.) 



I04 



CONFKKKNCK 



les archives du royaume, ce n'était pas sans besoin. Il n'y 
a pas qu'en Canada, où des documents précieux pour la 
science et l'histoire ont été perdus à jamais, relégués qu'ils 
étaient dans d'humides caveaux, tels que nos palais de 



justice en avaient encore tout récemmen 



t, teL 



:s ou 11 en 



existe encore, je regrette de l'avouer ; " ainsi, on déciMivril 
les archives de la chancellerie de l'ICchiquier, à Lon- 



qu'. 



dtc.^, étaient entassées ilans 600 sacs excessivenients sales, 
dans des hangards formant dé[)en'Jances des écuries du 
l\o\. Ces hani^ards contenaient, eiitassé>, ilans l'état le 
j>lus déplorable, 4,13'^ pieds cubes d'archives nationales ; 
à part la poussière accumulée pendant plusieurs siècles, on 
trouva tous les documents excessivement humides, lorsque 
les opérations commencèrent. Quelques-uns étaient insé- 
par.iblement collés aux murs de pierre. On pouvait voir 
de nombreux fragments qui avaient échappé aux ravaç^es 
complets de la vermine, et plusieurs en étaient au dernier 
(.li|.M-é de putréfaction. La détérioration et l'humidité en 
avaient rendu un grand nombre si fragiles que l'on pouvait 
à peine les toucher ; d'autres, i)articidièremcnt ceux qui 
étaient en forme de rouleau, étaient tellement colles ensem- 
ble qu'il était impossible de les dérouler. On y touva em- 
pâtés cinq ou six squelettes de rats, et des os de cette 
vermine étaient distribués dans toute la masse ; c'était un 
véritable charnier, et lorsque l'on commença à remuer ces 
archives nationales, on employa un chien pour faire la chasse 
aux rats que l'on avait dérangés dans leurs retraites." Sous 
des formes non moins déplorables, la même incurie, les 
mêmes désastres ont frappé, ont détruit même en Canada, 
une majeure partie des matériaux les plus indispensables 
pour compiler nos annales. 

Vous connaissez l'histoire du manuscrit du Journal des 
Jcsuitcs, arraché à la boîte au bois du gardien de l'ancien 
Parlement » Québec, juste au moment où il allait servir de 
combustible : une partie au moins, comme par miracle, a 
échappé au vandalisme. 



NOS ARCHIVES 



105 



qui 



des 
icîen 
Ir de 
le, a 



Je me rappellerai toujours, quoiqu'avec regret, un petit 
incident dont je fus tctuoin dans mes tournées officielles, 
dans le comté de Tortneuf. On m'avait invité à inspecter 
le site et les ruines de l'historiciue I'\)rt Jacques-Cartier 
sur la rive escarpée de la rivière qui porte ce nom, ;ivinp[t- 
sept milles en haut de Québec. 

J'étais en effet bien curieux d'aller étudier, sur les lieuK 
mêmes, le fier donjon où l'héroïque Lévis, après la terrible 
journée i.lu 13 >epttMiibre 1759, était allé caserner -;a 
poi^Miée de braves, et où les troupes françaises sous le 
marquis d'Alberj^otti avaient tenu bon jusqu'au ler sep- 
tembre 1760 ; plusieurs familles françaises occupaient 
les environs du fort, et communiquaient chaque jour par 
lettre ou autrement avec la garnison. Il y avait, m'avait- 
on dit, chez une famille des environs, portant un vieux 
nom historique, des liasses de lettres se rattachant à cette 
désastreuse période. Après avoir scruté les fossés, les 
ravelins, les ouvrages en terre du fameux fort, j'allai cogner 
à la porte d'une opulente métairie qui était sensée possé- 
der les trésors que je viens d'indiquer. Je demandai ce que 
l'on avait fait de toutes ces lettres, etc. On me répondit 
que le temps avait été où le grenier regorgeait de lettres 
ou paperasses écrites avec cette antique calligra[)liie fran- 
çaise que vous connaissez tous, mais qu'il n'en restait plus ; 
que la portion que la vieille ménagère de céans n'avait 
pas employée à allumer son feu, un fabricant de papier 
de Québec, M. Reid, l'avait achetée à trois centins la livre 
pour l'employer comme matière première. 

Voilà la triste histoire de mille et un documents histo- 
riques de valeur qui existaient naguère chez nous, et qui 
maintenant sont introuvables. 

Messieurs, les temps ont changé ; une ère nouvelle, une 
ère de réhabilitation a lui pour les lettres. Nos hommes 
d'Etat pris d'un beau zèle pour tout ce qui se rattache au 
progrès intellectuel ou moral, se sont donné la main, ont 
déclaré la guerre aux préjugés du passé ; voilà, comment, 



io6 



conii;ri:nce 



il se f.iit ijuc ilci)ui.s dix .in>, tl'innoiiibr;iblos séries île lettres, 
de mémoires, de documents olTiciels, de papiers de famil'e 
même, oubliés ilaiis les {grands dépots d'archives au-delà 
des mers, ont repris le chemin de la patrie et n'attendent 
dans les voûtes du bureau à Ottawa, que la main ou l'œil 
scrutateur de l'antiquaire ou de l'historien pour les 
mettre au grand jour. Avant bien longtemps, le reproche 
que l'on nous jette à la figure qu'il est impossible d'écrire 
une histoire complète ilu Canada, n'aura plus de raison 
d'être. 

L'avenir nous prépare, osons le croire, (.le douces sur- 
prises ; la collection des documents, classés et soigneuse- 
ment gardés à Ottawa, se développera avec le concours 
des provinces en un vaste dépôt d'archives nationales, et 
préparera, pour nos historiens, le couronnement du majes- 
tueux édifice auquel servent d'appuis et de colonnes, les 
noms vénérés des Hibaud, Garneau, Ferland et Failloti. 



Madame de st. -Laurent, baronne de Fortlsson, etait-olle 
mariée an Prince-Edouard 7 



" A l'une des séances rL-ccntts de la Sorii'/r Zi/tt^riiirc if ///s- 
/orii/ur de Quil'fi., il fut lu i)ar un des vit e-[ résidents, le docteur 
\V. Anderson, de cette ville, une étude intéressante sur les rela 
lions ([ui existèrent en 1791-23 entre le père de notre gracieuse 
souveraine, le duc de Kent, mieux lonnu en Canada sous le titre 
de l'rince Kdouard, et le dé])uté jjour le comté de (Juébec, M. 
Louis de Salaherry, le père du héros de Clifiteauguay. Désireux 
de voir une justice tardive faite à la mémoire d'un honnête 
nomme,- le duc de Kent, —indignement colomnié, le docteur 
Anderson a essayé d'anéantir les vieilles calomnies amoncelées 
par l'intrigue autoui de la mémoire du père de notre souveraine, 
par la publication de la voluniineuse corresjjondance échangée 
entre le l'rince lùlouard et la famille de Salaheiry jjendant un 
quart de siècle Ceux qui désirent avoir un avant goût du sujet 
trouveront c'ans les compte-rendus de la Société, maintenant 
sous presse, queUpies unes des lettres ; mais le dévelo):)pement 
entier de la généreuse idée du docteur Anderson ne se fera que 
par la publication de la biographie et des lettres du l'rince, -en- 
treprise pour laquelle le docteur transige maintenant avec la 
grande maison ; ongmans, de Londres. Le sujet nous reporte 
a une époque assez intéressante de notre histoire. Pour le mo- 
ment, nous nous contenterons de piovoquer une discussion sui la 
([uesiioii en tète de cet éciit. La présence d'une élégante dame 
française à Québec, en 1791 : sa bienveillance, son amabilité, le 
rôle qu'elle joua dans notre société, sa position équivoque aux 
yeux de certaines personnes, vis-à-vis du Royal Duc, voihà des 
choses (jui ne peuvent être un mystère pour itersonne. 

Son nom tel qu il se trouve au registre de baptême d'Edouard- 
Alphonse De Salaberry se lit comme suit : AI|)honse-Thérèse- 
Bernadine Julie de Niontgenet de Saint Laurent, baronne de 
Fortisson. Elle paraît avoir oté la veuve du colonel Fortisson. 
d' Etait-elle mariée secrètement au l'rince- Kdouard où n'a t elle 
été que sa maîtresse pendant les vingt iiuit années qu'elle i)ré- 
sida à sa table, qu elle jouit, sans jamais la perdre, de la con- 
fiance entière de 1 excellent duc? Voilà le problème à résoudre. 



(1) Ou Ut dans In l)io«rn|)hi(Mt(> Monsoi«ii('nr Hubert, iiiipc 2'J7 : " Miulami" ili- <li" Saint- 
Laurout a i-ti' élcvéi' au rau^ ilo Haronm- de Kdi-tissDu, iiar lo Koi Louis XVI II, apré» la 
mort (if Son Altessf k- Duc de Knit, pour plaire i\ la Cour d'Au^leterre «(ui lui avait 
donné asile à lui-mf'uu' sous le T!-ti\w de Honaiiarte, ayant assuré i\ Madame de Fortis- 
son inu- pension et un logement ù l'amirauté de Paris. Ou a cru dans le temps ijuo la 
Duc de Kent avait été mirié secréteuient ii la liarounn d.i Saiut-Lmrout, comme lo 
l'rince do (rallcs était nuiriCi lï Madame duFitz Maurice." 

(Extrait d'un inrmoire.) 



io8 



APrKXDICE 



Il es: certain que les lois du trône empOchaient le Duc de la 
reconnaître comme épouse si elle l'était. Un décret du parle- 
ment sjus Cliarlc:; 1er, créait félonie le mariage d'un prince du 
sang avec une femme catholique et le Royal maria^^^c scttlement 
Act, passé sous George III, pour annuler le mariage d un des 
frères d'i l 'rince Edouard, le dui; de Sussex, avec lady Aiigusta 
Murray, frappait d'illégitimité le fd.s du duc de Sussex, le col. 
D'Esté, et portait des ])unitions exemplaires contre les ministres 
de la religion (]ui oseraient célébrer des mariages des |)rinces du 
sang, sans l'autorité du parlement. Dans ime lettre de la 
correspondance du duc de Rent,le major général De Roitenhurg, 
père du général qui présidait plus tard à nos milices, mentionne 
sous Kl date de "septembre i8[9,(|ue madame deSt-Laureiu s'est 
retirée dans un couvent ■n\ France, " peu de temps avant le 
mariage du Prince avec la mère de notre Reine. évêque de 
Capse aurait-il permis à la maîtresse d'un jirince de répondre de 
l'éducation chrétienne d'un enfant porté au baptême ? Nous ne le 
croyons pas. 

Extrait des registres de baptêmes de Beauport. 

" Le deux de juillet, mil sept cent quatre-vingt douze, par 
nous, soussigné, évêque de Cai)se, présence de messire Renault, 
curé de lîeauport, a été baptisé Kdouard- Alphonse, né le vingt 
de juin dernier, du légitime mariage de monsieur Ignace- Michel 
Louis-Antoine de S:ilaberry, écuyer, seigneur de Montmorency, 
l'un des juges de paix de Sa Majesté, et de dame Catherine de 
Hertel. Le parrain a été Son Altesse Royale monseigneur le 
prince Edouard d'Angleterre, chevalier du très-noble ordre de la 
Jarretière et de 1 ordre très-illustre de Saint-Patrice, colonel du 
régiment royal /usiniers commandant à Québec, ctc , etc. ; la 
marraine, madame Alphonsine-Thérèse-liernadine-Julie de 
Montgenet de St Laurent, baronne de Fortisson,qui ont signé avec 
nous. (Si^i^ué,) Edouard, prince de Grande Bretagne, Montgenet 
de St-Laurent, baronne de Fortisson ; Hertel de Salaberry ; 
John Vesey ; Edmund Byng, Lt. Roy, Fusilliers Irl. ; Aug. 
Wetherall, capitaine, ne régiment ; Renault, ptre. ; Adélaïde de 
Salaberry; John Haie ; Wm. Henry Digby, lient, royal /usiniers 
de Salaberry ; Chs. de Salaberry ; Chas. Thomas, C, C. P. 

" Signé, t Charles-François, 

*' Evêque de Capse. ' 
Quvbcc, y ni il et 1867. 



Le chevalier Johnstone, l'aide-de-camp de L9vî, enl759. 

Le nom de l' écossais Johnstone se trouve souvent mClé aux 
incidents de la campagne de 1759. 

Pour se rendre compte du rôle des diverses nationalités, — sur 
coût des Ecossais — représentés d ce drame sanglant, il faut jeter 
un regard en arrière et consulter les annales de l'antique Calé- 
donie. 

Au dix-huitième siècle, le i)arti des Stuarl, bien que proscrit, 
avait encore beaucoup d'adliérents, en Ecosse, surtout parmi 
les Montagnards ou Hi^hlandcrs, dont la majorité, s'ils profes- 
saient un culte {quelconque, se disaient Catholiciues- Romains. 

De temps immémorial, dans leurs grandes crises, ils tournaient 
d'ordinaire les yeux vers la France : la France reconnaissante, 
croyaient-ils, devait être aussi prête à les aider qu'ils l'avaient 
été à lui porter secours quand il s'agissait de réprimer l'arro- 
gance de l'ennemi d'outre-Manche, le peuple anglais. A Eeaugé, 
en 1420, et ailleurs, le sang le plus noble de l'Ecosse avait rougi 
le sol Français, jjour aider à repousser le Saxon envahisseur 

La France avait généreusement reconnu le dévouement et les 
services des féroces Montagnards, " qui, en guerre, ne donnaient, 
ni ne demandaient de (}uariier.'' 

Des titres nobiliaires français, des honneurs marqués avaient 
été le partage des nobles maisons écossaises : les Ûouglas, les 
Hamilton, les Lennox, etc 

Un noble d'Ecosse, le comte de Bucan, avait été nommé même 
grand-connétable de France. Cette entente cordiale ne devait 
pas être éternelle, et, au moment, en 1745, où l'Ecosse avait 
le plus besoin du secours de la France, où elle comptait môme 
l'avoir, il se trouva qti'elle avait compté sans ses hôtes : indè 
irœ 

Si l'hospitalité et la bravoure d'un Montagnard d'Ecosse sont 
proverbiales, on sait que sa rancune est inextinguible ; c'est ce 
qui arriva en 1745. Si Johnstone, Tryon, McEacl^ern et autres, 
durent s'expatrier pour se soustraire à la hache du bourreau, 
qui allait abattre les nobles têtes de Lovât, Kilmarnoch, Balme- 
rino, un grand nombre de Montagnards, en Ecosse, gardèrent 
rancune à la France de les avoir abandonnés et accoururent 
môm^' sous le drapeau anglais, s'enrôler, en 1756, sous le chef du 
clan Fraser, pour se venger en Amérique de l'ingratitude de 
leurs alliés d'Europe ; les relations du siège nous apprennent 
que les day mores écossais frappèrent drù et fort à Louisbourg et 
à Québec. 

Pitt ne s'était pas fait illusion en s'adressant aux Highlan 
ders de Fraser, pour redresser leurs torts encore plus que ceux 



IIO 



APPENDICE 



de la Grande Bretagne, contre la France. Quelqu'un lui ayant 
fait la remarque qu il était dangereux d enrégimenter les Sauva- 
ges d'Ecosse, de leur donner des armes, en 1757, douze années 
seulement, après le désastre de CuUoden, qui avait mené à 
l'échafaud Lord Lovât, le chef de ce Clan : " Ne craignez rien," 
aurait-il dit, " je réponds de leur fidélité, avec leurs dispositions 
présentes contre la France. " 

Il y avait donc des Ecossais dans les deux camps, au conflit 
de 1759. 

En cette conjoncture, des Ecossais occupaient même de hautes 
positions en Canada. Le iSseptembec 1759, un Ecossais, le géné- 
ral Murray, réclamait les clefs de Québec, d'un descendant 
d'Ecossais, le chevalier de Ramsey : et les Mémoires de ce der- 
nier, publiés en 1861, par \o. Société Littéraire et Historique, h. la 
demande d'un de ses membres les plus éminents, M. G. J>. Fari- 
bault, a prouvé que la ville n'avait pas capitulé une journée trop 
tôt. 

La Société Littéraire et Historique a cru rendre un service à 
l'histoire canadienne en publiant, en 1S67, dans la série des 
Relations du siège, les trois (\\ Mémoires attribués au chevalier 
Johnstone, puisés dans les Ar;hivc& de la i:;ucrrc i\ Paris, et dont 
s\. P. L. Morin, dessinateur, alors attaché au Bureau des Terres 
de la Couronne, avai*. fait une copie ])our la bibliothèque parle- 
mentaire du Canada. 

^'()ici sous quels traits l'historien ^^'iiliam Ho\v!it ])eii\t le 
che\'-alier Johnstone, auteur d'un fort intéressant compte rendu 
sur la bataille Je CuUodeu, en 1745. où il avait eu sa lar^^^e part 
des dangers : 

"La carrière du chevalier Johnstone vous produit Teffct d un 
roman lièrissè d'aventures désespérées, de périls im[)rèvus, de 
hasards incroyables ; Ion dirait un des émouvants récits de 
1 auteur de A\'averley. Ça rap[ielle les incidents et les héros de 
Sir Walter Scott. 

"1-e chevalier était fils unique de James Johnstone, niarchand 
d Edimbourg. Par son origine et ses alliances, sa famille se 
rattac'.'iait à quelques-unes des premières maisons de l'Ecosse. 

'•^a scour, Cècilia, épousa l.,ord Rollo, qui hérita en 1765, du 
titre et des propriétés de cette noble famille. Quant à lui, il 
avait SCS entrées dans les premiers cercles de la capitale ; lady 
.lane Douglas, alors en grand crédit, lui fit l'accueil affectueux 
d'une parente. 

"Elevé dans les ]M-incipes religieux des Jacol^ites, à la première 
nouvelle de l apparition du prince Charles Edouard en Ecosse, il 
quitta Edimbourg— se réfugia à. la résidence de lord Rollo, près 
de Perth, où il attendit l'approche du prince— lui-même fut l'un 



(1) t'ampiiiK'ii of TiOiiisboiirp, IT.'iii-").'^. 

iliiilouno in lliuli's, lit^twi'Oii Moiitcalm ami Wulf'.', 1730. 

C:iiniiai){u of l'tiU iu Canada. 



LE CIILVALILR JOHXSTOXE 



III 



lu 
il 



des premiers gentilshommes, jjarmi les lo7V-landcrs, à se ranger 
sous le drapeau de l'héritier des Stuart. 

*"Il servit comme aide de camp de lord George Murray, et 
aussi du prince Charles Edouard ; après la bataille de Preston- 
Pans, on lui conféra un brevet de capitaine. Il prit [)art à tous 
les mouvements des insurgés qui i)récédèrent la déttite de 
Culloden. 

"De ce sanglant champ de bataille, il s esquiva et après des 
périls sans nombre, il se réfugia à Killihuntly ; la châtelaine de 
céans. Madame Gordon, Un offrit avec une hutte dans les monta- 
gnes le soin d'un petit troupeau de moutons, afin de faire croire 
qu'il était un pâtre ; mais sou caractère remuant, énergique, lui 
rendit impossible ce genre de vie 

•'11 s'enfuit, et vint à Rothiemu'-f'hus, dont le jeune seigneur 
le pressa de faire sa soumission aux autorités, conseil qu'il 
avait donné à d'autres, voir à Lord IJahnerino. Pour lui cet 
acte eût été, comme il le fut pour Lord Balmerino, un arrêt de 
mort. 

'■De maison en maison, de ville en ville, il trouvait moyen de 
s'évader après d'incroyables hasards et sous tous les espèces de 
déguisements. Il allaic et venait, entouré de soldats anglais, dont 
la mission était de tout dévaster ; son sang bouillonnait à la vue 
de toutes ces atrocités, mais se faire connaître, manifester la 
moindre émotion, lui eût valu une mort certaine. 

" Il s'installa, pendant dix sept jours, sous le toit d'un paysan 
très pauvre, du nom de Samuel, à GlenPosscn, tandis que la 
fille de la maison était de garde au sentier de la montagne qui 
menait à Glen-Possen. Revenir à l'klinil)ourg, tel était son rêve, 
si c'était réalisable ; puis, s'évader et se cacher en Angleterre ; 
enfin traverser la .Manche : il avait cent chaiîces contre une de 
ne pas réussir dans ce projet désespéré. 

•' Des soldats à tous les points : les issues soigneusement gar- 
dées, fortes pénalités et punitions exemplaires contre les bate- 
liers qui oseraient transjjorter un rebelle à la rive opposée de la 
Tay ou du Forth ; ses instances engagèrent deux jeunes demoi- 
selles à le conduire ,i la rame, de l'autre côté de la Tay : mais 
il éprouva toutes les peines imaginables, aiirès un voyage fati- 
guant à l'extrême dans le Fifeshire, à pénétrer dans Edimbourg 
en traversant le Forth. 

" Le récit de ses négociations et de ses désai)pointemcnls à 
Dubbiesïdes, où des i)êcheurs avaient d abord refusé de le tra- 
verser, mais où il réussit ennn à trouver un jeune gentilliomme 
aidé d'un pêcheur ivre, qui lui rendit ce service — ressemble fort 
aux dramatiques aventures de Waverley. h Leith, une cachette 
sûre l'attendait, grâce à l'amitié de sa vieille nourrice ; à Drums- 
Icagh, Lady Jane Douglas lui rendit un semblable office. Puis, il 
se dirigea vers la frontière anglaise, déguisé comme un colpor- 
teur écossais, avec un pony pour monture. 



112 



APPENDICE 



•' (Ihemin faisant, il fil rencontre d'une espèce de Cartouche, 
un voleur de grand chemin ; plus tard, d'un personnage mysté- 
rieux qui le suivit dans l'auberge à Stamford, s'installa à la môme 
table et après un co])icux repas, le questionna sur les insurgés en 
l'ùcosse. Il parvint à éluder cet importun atroce, en lui cédant, 
a moitié prix, quelques mouchoirs indiens de sa pacotille. Arrivé 
à Londres, où ses amis le tinrent longtemps caché, il eut une 
aventure fort intéressante pour *lui où l'amour joua son rôle. 
Tendant cette captivité, plus d'une fois il put voir passer, de ses 
fenêtres, cjuelques-uns de ses infortunés compatriotes, que l'on 
menait à la boucherie à 'J'owcr Hlll. Un jour, son hôte le 
convia, comme passe-temps, à l'accompagner à Tower Hill, pour 
y voir exécuter deux rebelles : les J>ords Kilmarnock et 
Balmeiino. 

" En fin de compte, il mit le pied en Hollande,— déguisé 
comme l'un des serviteurs de son amie I^ady Jane Douglas ; — il 
accepta une commission d'enseigne dans l'armée française, vint 
à l-ouisbourg, en Ainériquc. ffit la camjKigne de Québec et de 
Montréal, i 759- 1 7('>o), et revint en France où l'attendaient l'indi- 
gence et la vieillesse. Tel vécut, tel exjjira, un des Jacobites de 
1745. Combien d'autres, et de plus infortunés encore, dont 
l'histoire ne fait aucune mention. " 

Howilt ne donne pas l'année de son décès ; en référant au 
magniiique travail ( i) de ]M. Francisque Michel, sur le rôle joué 
et la carrière fournie eu France, depuis 1420, par les braves et 
aventureux fils de la Calédonie, on voit que le chevalier ne fut 
pas le seul qui vint en Américpie servir sous le drapeau blanc 
après la terrible défaite à CuUoden ; il y eut encore le chevalier 
Tryon, le brave McEachren (|ui prirent du service dans 1 armée 
Française, pour échapper à Tower Flill. Johnstone fît voile 
pour Louisbourg vers 1748, et j)rit une part active à la défense 
de cette place forte. 

(1] "Les Ecossais en France," Tonio IT. 



A MOXSIKUR 



LEON DE ROSNY 



AXCIEX PRÉSIDEXT 



De r Institution Ethnographique 



DE FRANCE. 



ai 3ll. £coii bc c^îo:»iuj 



Iiisiiintioii lithnograpJnc, Paris. 



Cher Monsieur, 



Tout en me croyant honoré en recevant de vous un 
Diplôme comme le Déléj^ué Régional de votre Association 
pour la province de Québec, je ne me suis pas dissimulé 
que cette distinction m'imposait une tâche assez sérieuse. 

Cette tâche, comment la remplir, cloué que je suis à 
mon bureau par la loi sacrée du devoir ? 

Si je comprends bien les fonctions d'un de vos déléi^ués 
en Amérique, ce sont surtout d'em'égistrer dans leurs 
rapports les découvertes .successives que la .'^cience fait 
sur cette terre de l'ouest, au nio)'en de ses infatii;"ablcs 
missionnaires daîis l'Amérique Centi'ale, dans la vallée de 
rOhio etc., où le cric et le pic livrent chaque jour à la 
curiosité de-, savants tant de my.^térieuses épaves d'un 
autre âge. 

Inutile p<.HU- moi de penser à prendre part à ces dccon- 
vcrtcs, à CCS attrayantes conquêtes do l'intelligence. 

Mais les horizons de riCthnographie, comme vous me 
l'ave-i fait remarquer, quand je vous fis visite, 4/ Avenue 
Duquesne, Paris, sont vastes et variés. Si nous tenons 
beaucoup, me dites-vous, à étudier l'origine, les dialectes, 
les migrations de ces races pré-historiques, enfouies sous 
le sol, l'origine, les migrations, les us et coutumes des 
races modernes du Nouveau-Monde qui habitent sa surface, 
font également le sujet de nos études, de nos méditations, 
les grands mouvements de la science, la présence et les 
écrits des savants et des archéologues ont pour nous un 
intérêt constant. 



ii6 



l.THNOGRAl'HII': 



KiicouiMgc par ces ^féiiércuses paroles et comptant par> 
dessus tout sur votre extrême indulgence, je consentis a 
accepter un rôle cri rapport avec votre association p urvu 
qu'il fût dans la mesure de mes forces. 

Voilà comment je me trouve dans le cas de vous men- 
tionner mes modestes travaux ; la première Etude (i) sur 
l'origine et la composition de notre population parut en 
1873, (.ians un recueil que je publiai alors sous le nom de 
Maplc Lcavcs. Je m'étudiai à démontrer le caractère 
complexe du peuple canadien, recruté d'abord au moyen 
des colons Normands, lîretons, etc., puis, par une forte 
émigratio" des Iles Britan liques et des Provinces 
Anglaises de l'Amérique. 

Tout le temps que j'ai présidé à li Société Littéraire et 
HistoriquCy j'ai favorisé de toutes mes forces le mouve- 
ment qui s'y faisait en faveur des études historiques, pour 
collectionner, classificr, conserver nos archives canadiennes 
ainsi que pour créer un musée zoologiciuc et archéologique. 

De temps à autre des voix du dehors nous redisaient 
que nous devrions faire plus au Canada pour l'archéologie. 
En 1S73, un jeune officier de la marine française, ami des 
sciences, le lieutenant A. Schlumbcrgcr dont la corvette 
était mouillée dans la rade de Québec, m'adressait la 
lettre suivante : 

LKS IIACK.S Al{()iaii;-NKS DM LA XOrVi'lLLK-FRAXCE 



"' Adonis, ' le iS août 1S74. 
'■•A. M.J.M.LeMoinc, 

Président de la. Société Littéraire et Historique de Quélwe- 
" Monsieur, 

•' I^a courtoisie et ramabilité avec Icsciuelles vous rn'avez ret^u 
dans votre charmante résidence de Spencer Grange, pendant 
mes deux voyages au Canada, m'encouragent à vous adresser la 
liste des renseignements que la société d'anthropologie de Paris 
serait très-heureuse de pouvoir se procurer. J'ai copié textuelle- 
ment la note que mon ami, le docteur 1 ouis Vmcent, m'a remise 
à mon départ de France. La réponse à toutes ces questions 
exigeait des recherches que mon court séjour à Québec ne m'a 

(1) Tlic Blemeiits of our Xationality. 



T.KOX DF, ROSXY 



117 



kit 
la 
is 

le 
Is 



pas permis d'entreprendre. Je vous serais donc très reconnaissant, 
monsieur.pour tout ce que vous jiourrie/, me faire parvenir sur ce 
sujet. Je vous j^rierais donc de ne m envoyer ipie les réijonses 
que vous pourrie/ me douiuT vous même ou (ju'il vous serait 
facile de vous procurer. .S'il était jjossible d'avoir des crânes, 
et s'il existait un ])h-)tograplie ayant des épreuves originales 
jiouvant donner des renseignements scientifiques, je vous serais 
reconnaissant de me le faire savoir ; car je i)ourrais me procurer 
ces objets ])ar l'entremise de M. Chevalier, notre consul-général 

" Votre très dévoué. 

Anoi.riiE .Scm.u.Mr.ERCKR. 

Lieutenant de vaisseau 

La société d'anthropologie de Paris serait heureuse si Mdusieiir 
l'officier en second de X.Lioiiis ]K)Uvait recueillir a son intention 
les documents suivants : 

1. Quelles sont les races qui habitent aujourd'hui le Canada ? 

2. (^uels sont les caractères de la race indigène iiroiircmenr 
dite, c'est-à dire des Indiens, et quels sont ceux des iiiitis ijui se 
sont produits par suite du mélange de la race primitive avec les 
différentes races Conquérantes. 

3 Hresser le tableau suivant dans lequel on indiquera : 

1. La taille de 1 homme f nombre des observations.) 

2. La taille de la femme, (nombre des observations. > 

■X. La distance de I ■ -,.11,. 
„ -^ , M- , :• I e suiet debout, 

rombilic au col. ) 

4. La distance de l'épine iliaque antéro supérieure au col. 

6. La longueur du j)ied. 

7. La longueur de l;i main mesurée de l'extrémité du doigt 
médius au milieu d'une ligne réunissant les deux ai»ophyses 
styloïdes. 

S La couleur de la peau 

9. L'âge do puberté chez les jeunes filles et le " retour de 
l'âge ' chez les femmes. 

Enfin quelques renseignements sur la langue Je ces peuples, 
et sur les analogies que 1 on peut y rencontrer avec les langues 
des nations européennes, (Français, Anglais, Allemand, 
Espagnol.) 

Rapporter s'il est possible des crânes d'Indiens ainsi que des 
photograpiiies ou djs dessins. 

Ne pas omettre d'indiquer avec quelques détails, leurs prati- 
ques re igieuses et leurs habitudes 

Le Médecin de première classe de /a Marine 

Louis Vincent, 

D. M. P. 

Membre de la Société d'.Anthropologie de Paris. 



ii 



Il8 



KTIINOCKAI'IIIK 



Je lui exprimaî mes regrets de ce que le Canada scienti- 
fique n'avait en ce moment que des clhiiic/ics, des travaux 
en perspective à lui signaler sur les antiquités Indiennes. 

Les rapi^orts du bureau de l'Ethnologie fondé depuis à 
Washington, n'existaient pas alors. Je n'ai eu que plus 
tard l'occasion de me convaincre par un examen de cer- 
tains vastes (I) musées archéologiques chez nos voisin^^ de 
l'étendue et de l'importance l\c> documents modernes, 
qui jettent tant de jour sur les habitants préhistoriques 
du sol américain, 

T''n iSSi, la suprématie d'une race ("2^ énergique dans 
la tlircction et la construction de la grande voie ferrée, — le 
chemin de fer canadien du Pacifique, — destinée à ouvrir 
aux capitaux étrangers et à l'émigration européenne, notre 
riche et immense territoire au Xord Ouest, me donna l'idée 
de rechercher au point de \ue ethnographique, le rôle 
dominant de la race Ecossaise, même en la Nouvelle- 
France, étude {■]) que la SoiiL-tc' Littéraire et Historique 
jugea digne de reproduction en ;-cs Mémoires. 

Plus tard, au banquet national de la Société Saint 
André, tenu à Québec, je fus invité à donner un court 
sommaire de cette conférence ; j'en emprunte le compte^ 
rendu à un des journaux du jour : 

LK P.ANQUKT DK LA SAIxXT-AXDRÉ. 



''Nos compatriotes écossais ont couronné leur fête patronale 
par un l)an(iuct dans la grande siiUe du collège Morrin. 

"Rarement il nous a été donné d assister ta une fête aussi char- 
mante sous tous les rapports. Les Kcossais sont généralement 
reconnus ])ar leur tlegme et leur apparence grave et sérieuse. 
Dans leurs rapports sociaux, ce sont les plus gais compagnons 
au monde. A voir, hier soir, l'entrain, 1 enthousiasme que soule- 
vait chaque parole patriotique et éloquente des orateurs, à 
entendre les chants et les bravos, on se serait cru au milieu d'une 



(Il I.i' 7'i((?/iir?!/ .VK.fi'Kiii, ii ('aml)riilni'. l'ii» Boston l'st riclio en cnllcctions <tc eràiiea 
iiidiiiis, l'ii usti'usiU's (ioiiicstiiim's. en oliji'ts de potiTii-. do tissus, d"uriiius, di'S haliitanta 
jirimitit's du Jli'xiiiuo, de l'AnuTituie l'ciitiiili'. 

Vl) lifiirési'iit^e par MM. tii'orKi' Sti'plifiis, Donald, A. Sniitli, Duncan Mclntjrc, 
Boliirt H. AnKUs, Mortoii lîoso A Co. 

CHi " The Scdt in Xeic France. " Conférence lue devant la Snciité Littéraire et 
JlistoriqHe, nov. Ib.'.'l. 



l.KdN DE KCSNV 



119 



a 
ine 

lues 
et 



de CCS rcuniuns bruyanlcri de gaiol-J qui disliiiguciit si Mcn la 
race iVanV'd.so. 

•• l.a salle du bamiiicl pitsciitaii un cmi]) d'n.il UKignifuiut'. 1 c 
portrait de St-AndrO dominait, artisliciucineiu envelo[)i>é d;uis 
les plis de.i drai)eaux de la société où 1 on jx^iivait lire r;.; et là 
les niscriplions : "Nenio nie inipune Lacessit, ' "Touch nie 
Gif ye daur,'' "Miseris siicciirrere iliscite.'' "Tak tcni ofyoïuMiin. 
in Mist'ortune." "Desiperein loco.' '-Weel tiiued naltin." 

'• Environ 60 convives prirent place autour des tables tlKiiL;éev. 

" C'est l'hon. 1). A. Ross, ipii occupait le tai'teuil de 
la présidence. 11 avait à sa droite M. le maire I an^^elier, pi.ls M. 
Tims, président de la Société St l'atri<:e ; à sa j,'auclie, le .ieut.- 
Col. Cotton, commandant de la t;arnisi)n. 

"M. Harjicr, recteur du High School, agissait comme ' iiL-j ;é 
sident, ayant a sa ilroite M 1'". Oliver, représentant lu :m 1 .eii. 
St-(.!eorge, et a sa gauche M JM. l.eMoine, aiicien président 
de la Société Littéraire et Jfistorique. 

''Après avoir fait lionneur aux toasts d'usage, !a Reine, ie 'ion- 
verneur-dénéral le 1 ieutenantCiouverncur. le président proposa 
la santé du Maire et de la Corporation de Qiiéljec. 

'•L'hon. M. liangclier fut très heureux dans sa réponse. Il fut 
l'objel d'une véritable ovation lorscju'il se leva pour piailer. et 
fut fréquemment applaudi pendant son ciscours. 

"La santé principale : "I/l-'.cossc et ses entants" avait été 
dévolue à l'hon. 1). A. Koss. L c.\ l'rocureur Ciénéral s'en 
acquitta avec cet esprit, cette verve (;ui égayaient au;ret'ois les. 
Chambres. 

"M. le rresident proposa ensuite ; "la terre où nous viviuis," 
et incita S'. J M. Le ^loiue, A y répondre. 

*'\'oici ses remarques r-.i ont été cha'eureusemeiit accueillies 
par tous les convive.s : 

J/. le Présidait, J/cSsicur.-; 

Je vcus remercie de tout ci.e'.;; ie 
vos paroles généreuses à mon adresse. Je vous dirai qiie .parrui 
les recherches hlstoritjues qu'il m'a été donné de iaire, celles iui 
avaient l'our but d'éclairer la ([uestion des éléments ([lù eut: .-.t. 
dans la com[*osition de la nationalité l'anadienne, m'ont d>..i;ié 
des résultats ijui m ont fort surpris. A ]iareille date, il y a deux 
ans, je prenais pour sujet de conférence, dans cette saile même, 
le suivant : The Scot in New France, L'Ecossais en Canada," et 
si ^L Francis(pae Ndchel, dans son magnifique '«ulume '" l.'i,- 
cossais en France " nous a révélé de si étranges choses sur la 
position imj)ortante de vos conijiatriotes en ï-'rance, même au 
quinzième siècle, je fus a-'Sez heureux, je crois, pour retrac::r a 
carrière de vtjs laborieux et intelligents coini:)atriotes même 
jusqu'au berceau de la colonie. Je signalai même parmi les 1 iC' 
compagnons de Cartier des noms d'une consonnance écossaise 
fort signiticative, puis je vous désignai notre historique champ 




\2i) 



KriiN'oiikAi'iiii: 



do bataille, lus l'Iaiiics d'A!)rah;iip, la proprioii: de maître .-\l)ra 
ham Maitiii. dit rK(H)s.>ais, pilote tlii Kni do l''raiu:o Puis je 
Iro'ivai sous la doiuina'ion iVauvaisf, dans les prisons. 1 aimable 
el brave oltlcier «le l'armée, le major Stob ), né a lllasj;o\v en 
1727, prisonnier île guerre avec un nommé Clark et un 1 t. Ste 
venson.peiulaiU quaire années, «755-9, iei même. 11 ét;'.il si aima- 
ble— disent les J/<'v//(V/('^ du temps - que les d.imes l'rançaisc's 
de (Québec se l'arrachaient. J'uis, en 1750, un serviteur dévoué du 
roi de l'ranee. mais pourtani de descenilmce écoss.iise, le 
commandant de garnison de <^Uiébec en septembre 1759, le 
niajoi' de Kanisey. (^nand la tortune de l.i guerre le tor(,'a a 
remettre les cU f-> de notre ville, a (jui les remi'. il ^ A un autre 
Ecossais, le (iénéral James Murr.iy. Puis, vimt une ■-erle de gou- 
verneurs écossais, et tons amis du progrès et des lettres : le 
l)i: 'de Riehmond ; le Comte tl': Dalhou^ie, le fondateur de la 
société Historique en 1S24 ; l'éloquent Comte d Klgin : puis 
not!-e lettré Viee Koi, le .Marquis de l.orne. le f.tndateur de la 
Société Koyale ])our le ]irogrés des sciences et des lettres. Jeté/, 
un coupd'teil siu' nos hommes d'!'',tat. (Ji'.e \()ye/.-vous dans 
nf)t"e province ? l'n l^cossais, appelé et rappelé c(nnme ministre 
(Us l'mances, .M Robertson. et assez audacieux pour entrepren- 
dre celte tâche plus cpriuimaine. \'oyez à. Ontario, les .\htc 
keii'ie, les Mowat, les b'raser, les lirown, — Mackenzie chargé 
])endant cin(i ans des destinées de cette vaste i)U'Ssance. Mais 
vo\ t;/. au dessus de tout celte granile figure écossaise, la gloire 
su|'réme de 1. Amérique r)ritanni(pie. celle de Sir John A. Mac 
donald. A ([ui devons-nous en C^anada la première jiresse ;i im- 
])rimer ? A des ICcossais, Cilmore et ]jrown. Kt puis celte ma- 
gnifique ligne océanique, à (jni la devons-nous ? Aux Allan, des 
Kcossais. Ces princes de la finance, Duncan Mcintyre. Sle|)hens, 
Angus. ces maîtres du Nord C)uest, qui sont-ils ? Des Kcossais. 
Oui, M le Président, vos compatriotes ont en effet raison de 
])orter haut la tête. Pour peu que leur marche de conquérants 
continue, ils courent risque de dominer tout." 



Je dois noter ici deux incidents récents, propres à pro- 
mouvoir le goût des sciences en Canada et à faire connaî- 
tre du même coup les avantages que notre jeune mais 
vaste pays oftVe comme séjour aux populations PLuropé- 
ciines : la présence et les .séances publiques, à Montréal, 
en 1S82, Clc l'Associniioii jbiicricninc pour le progiis di la 
sciciici-, à l'Université McGill Orand nombre dn ses mem- 
bres se rendirent à Québec ; les citoyens leur donnèrent 
un banquet, dans le cours d'une excursion par eau qui 
fut orîTanisée à nos frais dans le beau havre de Québec. 



I-KON im; kosnv 



121 



Des adresses de félicitalioii-, kur furent présentée-; de 
la part de notre municipalité. V.u ma qvialité de Président 
de la S:>rii'/i' /-/7A/v?//\ </ Ilistoriiju', je fut char^^é de leur 
souhaiter la bieiuenuc. ce i;ue Je fis dans les termes sui- 
vants : 



)ro- 
lai- 
lais 
ipé- 
:al, 
\la 
|m- 
Int 
^ui 



QUKliKC AND i IS 1 1 ISI'OK I C l'ASl". 

"W(î inserl tlif remarks wlucii n(Ci)iiii)anie(l ilio iiislorical notes 
prepared hy liie rresident of tlio laloraiv ami Historical Society 



.Ml 



iiiU'S Mcl licrson l.e.Mdiiic, at ilic 



M( 



ilar 



) 'iir cxr.ursioii and 



lunclicon given to tlie Dclegales of liie American Association for 
the Advaiiecmenl of Science, on tlicir visil lu (^Mcliec,2C)th Auuast, 

" Ladies and (lenUomen, -The annals of iliis vasulependency 
of Cîreat ]'iitain,wliicli \ve are proiid lo call oiir coinUry, vaster even 
in extcnl tlian tlio lcrriti>ry of yoiir prospérons re])nl)!ic.are divided 
into iwo dislincl parts l'ho firsl cenuiry and a half iCjcS to 
ly^g — represents ihe I-Vench domination, l'hough lotally alicn in 
its ainis and aspirations from ihc ï-nc.ceeding ])ort!oii, it lias 
neveitheless for (,)uehec 



an 



esnecial charm, niost endear 



inL 



mcmories. It was the fruitful era of early discovery, niissionary /,eal 
and heroisni, wcallhy fnr trading conipanies — sliall \ve call tlieni 
inonoi)olics — incessant wars witli the ferocious aborigincs and 
sHiiguinary rsids into the adjoining Hritisli jirovincc^. W'iien the 
colony expanded, an enlarged colonial ontfil called into existence 
more ]io\verful machinery, more direct intervention ofilie french 
nionarch : a Royal (lovemment in 1663, to save and secure the 
cnmbersome System based on die Seigniorial Tenm-e in land ; a 
mild form of feudalism imiilanted nt Qnebec by the Grand Monar- 
que. It would take me fir beyond the limits 1 hâve ])rescribed 
myself, were I to imravel tho langled web of early colonial rnle or 
misrule, which nntil llie con(|uesi l)y lîritain in 1759, tlourished, 
under the lily banner oftlie IJourbons. on yonder sublime cliff Let 
us revert then to that haunted dreaniland of the past ; let us 
glanée at a period anterior to ihe f )ndation of Jamestown in 
1607, even much anterior to the fondation of Ste. Augnstine. in 
Florida. On the north bank of the river St Charles, about a mile 
from its entrance, Jacques-Cartier wintered in 1535 ; the"Crande 
Hermine," 1 20 tons ; the " Petite Hermine,' 60 tons ; the '' Kmeril- 
lon, " 40 tons ; and hère anchored in August 1860, Captain Vine 
Hall's leviathan, the (Ireat ICeastern," of 22,500 tons ! What 
terror the shipping news that morning of September, 1535, must 
■hâve caused to swarthy Donnacona. the Chieftain of the Indian 
(Froquois or Huron) town of Stadacona I the tirst wave of fo- 



122 



AMLKIC \X ASSOCIATION 



rcigii imasion liad sur^cil round ihc Iiidian wigv.ains wiiich 
liiied the nunb.crn dcclivity nf the i)hilcau un whicli Québec 
now stands flielwien Hope Ciato and ihc Coteau Ste-Clene- 
viève). Of course you ave aware this was not (iarlier's lirst visit 
to the land ot the norlh ; his keel had. in 1534, furrowcd tlie 
banks of Ncwfoinidland and ils eternal fogs ; in 154 1-2, he had 
wintcred a iew miles higher tlian \vc now are-- at Caji Rouge — 
west of Québec, 'l'hen, therc o'^cius in our annals of ICuropeau 
scttlt-nu'iU a gap of more than hilf a century. No trace, nor des 
cendants on Canadian soil, of .lacciues L'arlier's adventurous 
comrades. 'J'he wheel of time revolves ; on a suhry Jiily morning 
i3rd July, 160S), the venerated founder of Québec — Samuel de 
Chaniitlain ccpially famous as an explorer, a discoverer, a geo- 
grapher, a dauntless leader, and v/hat to us, 1 think, immeasu- 
rably superior, a (lod fearing (.'.hrislian gentleman with his 
hardy liltle IkuuI of Xormau artificers, soldiers and f.irniers, 
aniidst die oak and maple grevés oi the louer town, laid the 
first stone ui' the '' habitation '' or résidence, so pleasanlly, so 
graiihically de.'^cribed by your illuslrious co'.intrynien, Parkman 
and Howells. 

Ladies and gentlemen, [ iiave proniised you the briefest of 
discourses ; but if. insiead of pointing uut to you the historical 
spots, brougiu under your notice in the course of oiu' excursion, 
it were my lot 10 address, as a C'anadian annalist, such a distin- 
guishcd audience as 1 see hcre, what glowiiig pictures of 'soldier- 
like dariiig, of Christian endurance, of heroic self-sacrifice, coiil J 
be sinmnoned from the pregnant pages of Ch.aniplain's journal, 
and iVom ihat quaiiu repository of Canadian hisiory, the Rela- 
tions 0/ t/ii- .hsnitt's ; you would, or I am much mistaken, be dee- 
ply moved with the sioiy of the trials, sufferings and dévotion ta 
king and coimiry of the denizens of this old rock; your heart 
would wanu towards that i)icturesiiue promontoiy — souietinies, 
seemingiy dear, to sunny old France. One occasionally would 
be tempted to forgive lier cruel désertion of lier offs[U-i;ig in its 
hour of trial. 

From the woml) of a distant j'.ast would corne forth a taie oi 
deadly ihough not hopelesss struggles with savage or civilized 
foes a taie harrowint;, not liowever devoid of tiset"ul lessons. 
The narrative would become darker, more dreary, when to the 
critelly nf Jndian foemen would be added, as oft' was the case, 
the horrors of a lamine or the pitiless severity of a uorthern 
winter. A ransient gleam of sunshine would light up the 
canvass when perchance the genius of a Talon, the wisdom of a 
C(jlbert, or the martial spirit oi a Frontenac succeeded in 
awakening a faint, canadian écho o\\ the banks of the Seine. In 
ihose winding, narrow, nneven streets, \.\w ibrest avenues of 
Montniagny and Tracy, which now resound to no other sounds 
but the din of toil and tralRc, you would meet a martial array of 



I.i:CN IL KOSNV 



1^3 



llo 



learlcss, {;ny cavaliers, and pluiv.cd waniois, hiiriying to ihe city 
baltltineius to icpcl thc niaraiiding sa\aj,fc t.r ilic tue fiom Old 
or Ntw l'higlaiiu, c([i;ariy obitcts cf dicad. Fidni ihc vcry dcck, 
of ihis sttanicr. with the waïul ()f ihc historiaii yuu could conjure 
tlie ihrilling speetaclc of ixnvciliil tlects in 1621;, in 1690 and in 
1 759, anchored at tlie very !-iiol wlicrc \ve now lie, belching 
forUi 5-hot and shcU on llit slurdv old tortress, or else watch 
tlotillas cf l'irtli bark can(!es ladtn with litlie, tatlocd, painted 
warriors. landing on that bcach, bearing jH'ace ofterings 10 great 
Ononibio. \'arit'd, indeed, wouid be ib" ])anorama which hisiory 
woiild unroll. Finally. you niight cast a glance un ihat crusliing 
i3lh cl" Seplember, 1759, whicli closed tlie i)ageant of b'rench 
rule on our '■hores, — wlien Montcalm and ah the patriolism of 
the yeomanry lead by tlie Clanadian Gcntilsitoiinitcs — tlie I.on- 
giienils \'audreuil, De Beaiijeu, de St Oins, de I-a Naudière, 
t^ic, was ])o\verless against the rapacity and protligacy of Jîigot 

and his fellow jilundercvs and parasites 

Thèse were the dark days of the colony i ndcr b'rench rule : a 
glimpse of the doings in those tinies suftices to explain wb.y 
French Canada, deserted by France, bclraycd by sonie of lier 
owii pL'oplo, accejjted so readily as wfjit accompli the new 
reginie ; why, liavmg once swurn icalty to ihe new banner 
iniplaïUed on that citadel by the genius of a Cliatluuii, il dosed 
us ears and sleeled it.s heart even against the blandishnients of 
the gênerons Lafayette — lield ont in the nai.ie of that grand old 
pairint and father of your country, Cleorges A'ashington. ' 

Une semblable réunion avec s .nccs ^oienucllcs a eu 
lieu à Montréal en août 18CS4, (S,^ \a part de l'Association 
Britannique pour le progrès de 'a science sous 1 1 présidence 
de Lord RayleiLjh, 

Mille membres de cette célèbre société, fiuuléc à York, 
en 1831 oar Sir Ik-njamin ]>rcv, ster et qui a réuni (.lans 
vSon sein les noms les plus illustres (i) de la science dans le 
Royaume- Uni, traversèrent l'océan p'jur leiiir en Canada, 
leur coUL^rès annuel et pour discuter avec les sav.mts de 
l'Amérique les [M-oblèmes cpil pré.iccupent les intelliç^encos 
modernes. 

Une députation de près de 6ûO membres accepta l'hos- 
pitalité de la vieille capitale et vint à Québec. C'était une 



(1) Ifcrsclull. niiiii|ilin y l>;ivy, lli'ilMit Sjniicr, nookcr, ItiuKliihl, Mure lusnii, 
Biirwiii, lliixliy, 'r.viiilall, Lvtl, SiMittiswnoili', l{icli;iiil tiwi'ii 'A.C. Uaiiiniiy, Siinirii», 
("iirpciitiT ; parmi la liaiiti' ii'ililisii' : !>■ l'iiiici' Allicrt, lis Iliic« ili' Xiirtliiiiiilii'i'laiiil, 
(il.' I!iui'lt'iii,'li, il'Artryll. h's Maniiiis di' I.aii-ilowiii', di' Hii'a(lall)am', di' Nnrlliainptnii, 
les Ciiinti'i l''it/.\villiaMi, Uiiiiiiijtoii, llaimwliy, lU' Kossc, !,i)nls K^ritnii, Wrnttcsliyj 
llajli'i),'li- 



124 



IJRITISIl ASSOCIATION 



occasion solennelle et qui ne se répétera probablement pas 
en ce siècle.pour le Canada, de faire connaître son territoire 
et ses ressources. Le Marquis de Lansdoivne, notre Vice- 
Roi, ses ministres, les Professeurs des Universités, nos 
hommes de sciences et de lettres, les membres de la 
Socictc Royale dit Canada, tous se crurent honoris de 
prendre part à ce mémorable congrès de la science. 

Elle s'était tracé un programme fort attrayant pour 
l'archéologie et l'ethnogrciphie, comme vous verrez : 

" I. The Native Races of America : their Physical Characters 

and Origin. 
II. Civilisation of America bcibro the time of Cokniibus. with 
])articular référence to eaiHer intercourse witli the Old 
^^•orld. 
III Archccology of North America ; ancient mounds and earth- 
works, chffdwcUintîs and village "houses, stone architec- 
ture of Mexico and Central America, &c. 
IV. Native l.anguages of America. 

V. European Colonisation and its eflects on the Native Tribes 
of America " 

Dans l'étucic suivante lue cievant la Socictc Royale le 23 
mai iSS4, jetentai défaire connaîtreles travaux du Bureau 
d'Ethnologie établi chez nos voisins sous les auspices du 
Siiiit/isoiiiau Institiifc ; 



Les Aborigènes d'AiTi-erique — 
Leurs rites mortutaires 

Etude lue devant la Socictc Royale du Canada, le 22 mai 

18S4. 

Messieurs,- Les amis de l'histoire et de l'archéologie 
parmi vous me sauront gré, j'ose le croire, de leur sou- 
mettre quelques observations sur les rites mortuaires des 
aborigènes de l'Amérique. 

N'allez pas croire que Sagard, ]\Iarc Lescarbot, Lafitau, 
Perrot, Charlevoix et les écrivains qui leur ont succédé 
nous aient donné le dernier mot sur tout ce qui se rattache 
à cette question si complexe : l'origine de l'homme rouge 
d'Amérique — le farouche roi de ces contrées, et que les pre- 
miers, explorateurs y rencontrèrent au commencement du 
seizième siècle ou avant. 

L'archéologie américaine — l'américanisme, comme on 
dit en France — l'étude philologique et ethnologique des 
races primitives de ce continent, ces innombrables tribus 
échelonnées du Labrador aux Montagnes Rocheuses — de- 
puis le Mississipi jusqu'à la mer Paciuque — voilà, n'en 
doi'tons pas, un sujet d'un intérêt majeur pour une asso- 
ciation comme la nôtre. 

Pourquoi le Canada français n'aurait-il pas ses archéo- 
logues aussi bien que ses poètes et ses littérateurs? ¥a\ ce 
moment, la France scientifique s'occupe activement de 
l'Archéologie de l'Amérique ; et la Société anierieaine de 
France, établie en 1857, compte parmi ses fondateurs toute 
une pléiade de savants, tels que Maltc-l^run, Alfred Maury, 
liurnouf, Bonnetty, Cortambert, Léon de Rosny et Madicr 
de Montjau. 

Chez nos compatriotes d'une autre origine, au Canada, 
l'on voit un groupe de zélés chercheurs : MAL Dawson» 
Wilson, Campbell, Reade,Whiteaves, Mathews, Hind, dont 



Ï26 



ETUDK 



les écrits ont jeté beaucoup de jour sur tout ce qui se 
rattache aux peuplades indiennes, leur origine, leur 
mythologie, leurs croyances religieuses, leurs superstitions, 
leurs dialectes si variés, leur conformation phj'sique, leurs 
rites et cérémonies funèbres, etc. 

Jusqu'au moment où cette société vit le jour, ces savants 
avaient été laissés à leurs eftorts individuels. Ils étaient 
sans organisation, sans aide de l'Etat, sans musée national 
pour recueillir les curieux monuments, les vestiges de ces 
races éteintes, leurs hiéroglyphes, leurs sculptures sur 
pierre ou sur bois, les symboles des tribus, leurs ustensiles 
domestiques, les armes des gueriier.^, les crânes et les sque- 
lettes. Une ère nouvelle a donc commencé ; il nous est 
permis de dire : Alîior tiudiiiiiis. 

Examinons maintenant où en est l'archéologie chez nos 
voisins. 

C'est surtout Ilenr}- Schoolcraft qui a fait de l'archéo- 
logie une spécialité aux l'kats-Unis. 

Ses voyages, ses recherches ont absorbé ni us de trente 
années de son existcîicc. Au reste ]\I. Schoolcraft a joui 
de rares avantages pour étudier rhomme ^it> boi?, pour 
soulever un coin du voile qui couvre cette étrange nature, 
pour pénétrer à travers l'ccorce de cette organisation excep- 
tionnelle, inaccessible au progrès, aux lumières de la civilisa- 
tion. Il a vécu de longues années parmi les aborigènes, 
où il épousa la petitc-fille d'un grand chef, une femme 
douée des plus éminentes qualités du cœur et de l'esprit. 
L'idée de son magnifique travail, dont le premier volume 
vit le jour en 1860, fut conçue en 1S46. Cette année-là, 
avec l'appui de plusieurs amis de la science, Schoolcraft 
présenta un mémoire au Congrès, l'invitant à s'enquérir 
de l'histoire, de la condition et de la destinée des races 
indiennes des Etats-Unis. Le 4 mars 1847, le Congrès 
donna instruction au secrétaire de la guerre, dont relevait 
le Bureau des Bniivagcs, de faire préparer un rapport sur 
cette matière, et M. Schoolcraft fut chargé de le dresser. 



I.KS AlîORIClEVES DAMKRIOUE 



12; 



)n,t:rrcs 



Les six in-quarto de Schoolcraft (i) enrichis de nom- 
breuses gravures, de planches coloriées, de dessins fort 
variés et exécutés avec luxe, ont servi pour ainsi dire de 
point de départ à la plupart des archéologues qui sont 
venus après lui, et le nombre en est grand. 

Mais passons sous silence les recherches de Schoolcraft, 
Catlin, Hubert Bancroft, Haie, Abbott, etc., toutes pré- 
cieuses qu'elles sont, pour signaler les travaux des archéo- 
logues du bureau d'ethnologie de Washington, présidé par 
le major J. \V. Powell, cette partie du moins qui a trait 
aux rites funèbres des peuplades sauvages. Que d'études 
profondes à faire sur les langues indiennes, ces douze cents 
dialectes dont on a constante l'existence en Amérique ! 

Que de points d'onalogie et de comparaison entre les 
vocabulaires, (2) la construction de la phrase, la conson- 
nance des mots, la pictographic, les hiéroglyphes de ces 
races, et le langage, les us et coutumes des peuplades de 
r.Vsie et de l'Europe ! L'homme blanc, l'homme rouge, 
l'homme noir ont-ils tous une commune et unique origine ? 
Nous le pensons. l'ien que certains écrivains aient pré- 
tendu qu'il se rencontrait en Amérique des ruines qui 
remontent à ^inq siècles après la fondation de Babx'lonnc, 
on n'a pas encore rien découvert qui dénote chez nos 
aborigènes une civilisation avancée, des art?, perfectionnés, 
— pas même chez les incuiid luiiidcrs, constructeurs de 
monticules de l'Amérique Centrale. L'archéologie chez 
nous ne ressem'ule nullement à celle de la \icille ICurope, 
où une colonne sculptée, un torso antique, comme l'a dit le 
professeur Wilson, révêle l'ère de Thémistocle lU 
d'Auguste. Chez nous, l'historien des âges préhistoriques 
trouve peu de matériaux pour exercer sa science, tar.dis 
que l'archéologue, bien qu il manque de traditions sur 
l'époque antérieure à la découverte du c^'Utinent, recueille 



(Il •' Aurilivi:s oc Abouigixai. kxowi.v.dhi of tho l'iiitnl State.-', " bv Uiiiry i;. 
Schoolcraft, L. h. 1). rUilaildiiliia, ISii i. 

(■2) Voir la confôroiico lue ilovant la Soeii-té l.itt 'Taire et Ilistnri.iuc, à (^l'cbcc. le 17 
ilécembrc ISJO, par Jf. le iirofessi'ur .T. eaïui'liell, 51. A., ib' Montréal. 



128 



ETUDE 



une aiîipie moisson parmi les ruines et les naonunients 
dont rori<^ine semble postérieure à cette date, et peut en. 
tirer de lumineuses conclusions. 

Le domaine de l'archéologie en ^\mérique est beaucoup 
trop vaste jour être exploré en un seul jour. I'"tudions, 
Messieurs, pour le quart d'heure, l'aborigène sous un des 
aspects les plus hitéressants de son étrange nature : la 
sépulture donnée à ses morts. Il y a au moins sept modes 
principaux de sépulture chez les races indiennes : 

lo L'enfouissement des cadavres dans des fosses ou 
excavations, dans des tertres élevés de main d'homme, 
dans des huttes, sous des tentes, ou bien encore au fond 
des cavernes. 

:^o L'embaumement, qui consiste à transformer les dé- 
pouilles mortelles en momies, avant de les confier à la 
terre, aux cavernes, ;iux tentes, ou à îles échafauds élevés 
sur le sol, ou à des charniers ou ossuitilcs, etc. 

;]o Le dépôt du cadavre dans une urne. 

4o La sépulture dans les arbres creux ou -ous des mon- 
ceau.x d'écorce ou de pierre, à la surlace du sol. 

âo La crématio!! partielle ou totale des corps, et le 
dépôt subséquent des os calcinés ou dis cenulres dans des 
urnes ou des boîtes hissées sur des échafauds ou des 
arbres, etc. 

(!o La sépulture aérienne, laquelle consiste à déposer 
les cadavres dans des huttes ou bien Liicure de les enfer- 



mer 



dan; 



(.les 



P 



n"ot 



:es 



ou 



0.^::^ boîtes éievée.i sur des esta- 



cades ou poteaux, ou bien déposées à la surface de la terre. 
Quelquefois la dépouille des jeunes ei 
dans dc^ paniers, puis sus 



ifants était enfermée 



pendue p.ux rameaux des arbres. 



L; 



i seini 



Itui 



a)U.' 



l'onc 



e, ou ilans des pirogues que 



l'on lançait à la dérive, etc. 

Le i rocédé le plus usité semble avoir été l'inhumation 
sous terre. " Les L-oquois de la Nouvelle York, dit vSchool- 
nt un trou profond ; on y enfouissait le 



cra 
cad 



ft 



creusai 
avre du défunt 



iresse sur ses 



pied 



s ou ramasse sur ses 



LES AIOKIGÈMS I/AMKKIQUÉ 



I29'' 



ou 



le 
es 
os 

ser 
;r- 

•e. 
ce 

le 



hanches. On recouvrait le trou avec des troncs d'arbres ; 
afin de garantir le corps du contact avec la terre qui lé 
recouvrait. Puis on élevait le sol en forme de tertre ou de 
retranchement sphérique. Le mort était revêtu de ses- 
plus beaux habits ; on lui faisait don de wampumet autres 
effets. Les parents tenaient la fosse dégarnie d'herbes et 
s'y rendaient à diverses reprises pour y faire des lamenta- 
tions." 

L'historien lawson (i) décrit comme suit les rites funè- 
bres des Indiens qui jadis habitaient les Carolines : " Chez 
les tribus de la Caroline, la sépulture des moits était 
accompagnée de cérémonies particulières dont l'étendue 
et le goût se mesuraient au rang des tiépassés. On plaçait 
d'abord le corps sur un brancard de branches, puis on le 
reléguait dans une hutte construite pour l'occasion, où les 
parents, les cheveux en désordre, venaient le pleurer pen- 
dant un jour et une nuit. Ceux qui devaient prendre part 
aux funérailles s'acheminaient vers la bourgade, et, che- 
min faisant, ils arrachaient des épaules de ceux qu'ils r-^'n- 
contraient les couvertures et vêtements qu'ils jugeaient 
nécessaires à la cérémonie. On en revêtait le cadavre puis 
on le recouvrait de deux ou trois nattes de joncs ou de 
cannes. 

"Le cercueil était fait de cannes tressées, ou de joncs 
creux, liés aux extrémités. Quand tout était prêt pour la 
sépulture, on transportait le corps, de la hutte où il avait 
été d'abord déposé, dans un verger de pêchers où uv 
autre brancard le recevait. Là se réunissaient la famille 
du défunt, sa tribu et les invités. 

"Le jongleur, ayant commandé le silence, prononçait 
I oraison funèbre du mort, racontait sa bravoure, son habi- 
leté, son patriotisme, ses richesses, son prestige parmi les 
guerriers, commentant sur le vide que sa mort allait causer 
et exhortant les survivants à le remnlaceren marchant sur 
ses^traces, décrivant le bonheur qui l'attendait dans le 

(1) Hist. of Carolina, 17U, ,,. ig], cité par Schoolcraft, page 93. 



m^m 



■no 



ETUDE 



pays des esprits où il était rendu, et couronnant sa haran- 
fjue par une allusion aux principales traditions de la tribu, 
"l-'inalement le cadavre était porté de ce brancard à la 
fosse par quatre jeunes gens, escortés pav les parents, le 
roi, les vieillards, la nation entière. Une fois arrivé au 
sépulcre, profond de six pieds et long de huit ou peu s'en 
f.uit. où l'on avait solidement enfoncé dans le sol deux 
fourches sur lesquelles reposait une perclie. on tnatclassait 
U: fond du sépulcre d'écorccs d'arbre ; ou y déposait le 
corps avec les deux ceintures ou lanières qui avaient ser\'i 
à porter le cercueil ; on plaçait ensuite nombre de bùche> 
de pin résineux appu}-écs sur la perche, pour servir cl'cM-ne- 
ments autour du mort. Alors on ajoutait Ov la terre en 
forme de voûte pour garantir le cadavre du contact de 
l'air." Après un certain temps on l'exliumait et on dépo- 
sait; les os dénudés dans l'ossuaire, que Dclîry et Lafitau 
nomment le " Quiogo/.on." Les rites funèbres chez ces peu- 
pies ont subi plusieurs modification';, depuis ces lointaines' 
époques. On se sert da^•an^^gc de cercueils, cl le înort a 
toujours la tête vers l'ouc.-t. On a supprimé l'oraison funè- 
bre ; mais le festin des mort- ot les autres ccrémonic-; de 
deuil se pratiquent toujours. 

Les Crées et les Séminoles tle la l'ioride, en 1S55, enter- 
raient les morts de la manière suivante : " Quand < i) uii 
membre de la famille meurt, les jjarcnts inhument le mort 
il (j'j itre [Meds de.pr<)foni!eur à i)eu près, daiis un trou 
ri)!V,i c;eubé sous la hutlc ou le rocher même où il expir,\. 
< )n place le cadavre dans i.i fosse, dans l'attitude d'une 
personne assise — enveloppée d'une couverture et les jam- 
bes recourbées et liées ensemble. 

".Si c'est un guerrier, on le tatoue ; on lui donne son 
calumet, ses armes, ses décorations. On ajoute à la fosse 
des baguettes liées à un cercle. On recouvre le tout d'une 
couche de terre suffisamment forte pour supporter le poids 



ut Hist. lud. Tribes of l'. S. \>-,r,, pt. V. p. -.ÎT.i. 



LKS AliuKIGKNKS 1) A.MKklOfE 



131 



d'un homme. Les parents hurlen: 



en public quatre jours durant. Quand le d 



Èi tue-tête et [)leurent 



cfunt a été de 



son vivant un homme émincut, sa fanu-lle quitte son 
ancienne résidence pour s'en construire une nouveile. per- 
suadée que là où gisent les os de ses morts, le lieu e>t 
infesté d'esprits et de spectres malfaisants." 

Les Comanches ont un mode particulier Hc disposer de 
leurs morts, sans s'occuper du contact des rotes avec la 
terre : 

" Quand (I) un C'omanche tire à sa fin et que lé râle de 
l'agonie va faiblissant, on profite de ce que le corps e^t 
encore dnud et flexible pour lui replier ie^ genoux sur la 
poitrine et les jambes sous ics cuisses. Vn 1u: pU,ie les 
bras sur chaque côté de l'estomac et on lui courbe la tête 
sur les genoux au moyen d'une laniùre qui l,, retient fe-- 
mement dans cette position. Alors on envelopn,- lo corps 
d une couverture, et une seconde lanière affern-ÏL '<« tout • 
de sorte eue le déRint semble être un objet rond .t corn- 
pact. ( )n lie le cadavre .ur le .!o:. d'un cheval ; une squa^v 
monte en crMupe. ou deux A:mme- Marchent de chiqu.^ 
cote au cneval pour tenir le dcf^mt en place jus-nù-u lieu 
de la sépulture. Puis on le jette dans i'oxcavation or-^o.. 
rce. Le mort n'a d'autre cortège funèbre que deux ou trci, 
temmes. L on transporte d'ordinaire le corps à l'ouest d- 
ia bourgade, et on l'enfouit sans façon dans une des :;.-o- 
fondes ravines ou .W//.V/.- du pavs t!es Co:nancii.>>- \>, 
enterre le guerrier avec ^on arc et sc> ilèches. mais aprè^ 
avoir rompu ces dernière.. On dépose aussi dans la tombe 
la selle de son clieval et autres objets de valeur Puis on 
recouvre la fosse de fagots, de terre, et que quefois d. 
pierre. 

Parmi les cérémonies funèbres, notons la coutume de 
tuer, près de la fosse, le meilleur cheval du défunt, oour 
donner occasion à ce dernier de faire acte de présence 



(n Annual Report oftho Bureau of Ethnolog; 



'.V, U. S., 1S70-60 



, r- 93. 



ETUDE 



dans l'autre monde Mir nue monture vigoureuse et bien 
caparaçonnée. 

Anciennement, si le défunt avait été un chef ou une 
personne d'importance, possesseur de vastes troupeaux de 
chevaux sauvaj^as, on lui sacrifiait de deux cents à trois 
cents de ces derniers. 

Les Cumanches et les Wichitas — bons cavaliers — racon- 
tent le trait suivant, pour prouver la nécessite de pourvoir 
les morts d'équipages convenables, au moment où ils 
abordent Je séjour des bienheureux : 

" Un jour, un Comanche, vieux, pauvre et sans parents, 
mourut, (.l'uekiues membres de la tribu furent d'avis qu'il 
importait peu quelle monture il aurait pour faire son entrée 
dans le pays des ombres. On tua donc près de sa tombe 
une vieille haridelle qui avait une oreille pendante. Peu 
de semaines après la sépulture du pauvre homme, il revint 
monté sur la même rosse, fatigué et affamé. Il se rendit 
en premier lieu au camp des Wichitas où il était bien 
connu, et tlcmanda des vîvres ; mais sa mine liideuse, ses 
yeux L-teints, ses joues creuses inspirèrent de l'effroi à tous 
les spectateurs ; ils ^c sauvèrent. Un guerrier doué d'un 
courage plus robuste que ses compagnons se hasarda à lui 
présenter au bout d'une longue perche un morceau de 
viande. Le défunt s'.^ rendit ensuite à son propre camp, 
où il inspira, si c'était possible, une terreur encore plus vive 
que chex les Wichitas. Comanches et W'ichitas quittèrent 
l'endroit, et allèrent s'établir ailleurs. 

" L'âme en peine questionnée pourquoi elle était revenue 
de la sorte parmi les vivants, fit réponse que lorsqu'elle 
s'était présentée à la porte du paradis, les gardiens avaient 
refusé net de le laisser passer outre sur sa misérable 
monture. Elle avait donc le triste parti de revenir en ce 
monde rejoindre ceux dont la lésinerie lui avait procuré 
cette triste haridelle. Depuis ce temps, nul Comanche 
trépassé ne s'est mis en route pour le royaume du soleil 
Douchant, sans être pourvu d'un coursier capable de faire 



LES Al;OKIC.i:NLS d'amkrioue 



133 



îiiue 
'elle 
lient 
lable 
ce 
;uré 
liche 
)leil 
faire 



honneur à son cavalier, aussi bien qu'aux amis qui le 
fournissent. 

" Le cortè;,rc: quitte la hutte du côté du soleil couchant, 
afin que le trépassé puisse accompagner l'astre du jour au 
pays des ombres. Ses mânes se mettent en route le soir 
même du lendemain de sa mort. 

" On brûle la hutte, les couvertures, ks habits, les objets 
de prix du défunt, tout, excepté ce q ji a été enterré avec 

lui-même, ses voitures, ses harnais L'on pleure, l'on se 

lamente, l'on se dépouille de ses vêtements pour se revêtir 
de haillons. Une jeune épouse, une mère dévouée se fera 
des incisions aux bras, au corps, avec des couteaux ou des 
ciseaux de pierre, au point de tomber en défaillance par 
la perte du sang. On engage des pleureuses versées dans 
l'art de se lamenter. Les proches se dénudent le ciâne 
de cheveux, en tout ou en partie. Si le défunt était un 
chef, les jeunes guerriers se coupent la chevelure du côté 
gauche. 

" Durant les premiers jours qui suivent la mort, le deuil 
se continue surtout au lever ou au coucher du soleil, car le 
Coinanche ad -re le so'eil. Pour un guerrier mort en été, 
le deuil dure jusqu'à la chute des feuilles. Quant à celui 
qui expire en hiver, on continue de le pleurer jusqu'à ce 
que les feui.les reverdissent. " 

*• Chose digne de remarque, ajoute le Dr. H. C. Yarrow, 
les rites funèbres chez les Comanches sont presques iden- 
tiques avec celui de certaines tribus de l'Afrique... L'usage 
de louer des personnes pour pleurer date de la plus haute 

antiquité. 

SÉPULTURES HORS DE TERRE 

Ceux qui sont curieux de connaître les modifications 
■que les sépultures indiennes ont subies là où les mission- 
naires ont pénétré, liront avec intérêt la partie du mémoire 
•du Dr Yarrow, qui décrit les cérémonies funèbres des 
Pueblos, au Nouveau-Mexique, d'après le Juge Antony 
Joseph. 



Ii4 



ETUDE 



!î 



On y remarquera, cntr'autres, la coutume singulière de 
la tribu des Caddoes, qui ne confient pas à la terre la 
dépouille de leurs guerriers morts sur le champ de bataille, 
mais s'en remettent aux bêtes fauves et aux oiseaux de 
proie du soin de les faire disparaître, — le sort de c^'s guer- 
riers dans le pays des âmes étant réputé préférable à celui 
de ceux qui meurent de mort naturelle. Au reste cette 
pratique de jeter les cadavres à la voierie existait chez les 
anciens Perses, les Mèdes, les l'arthes, les Illyricns, etc., 
au rapport de Hruhier et de Pierre Meuret. Tout ce cha- 
pitre du mémoire, où sont décrits les divers modes de 
sépulture mentionnés dans les récits de voyages anciens 
et modernes, mérite un examen attentif. (. litiiiial Report 
of lUircau of litluioloij;}\ U. S. 1879-80, p. 101-3.J 



CVSTES ou TUMliKAUX EX riERKE 



Ce genre de sépulture semble surtout avoir été prati- 
qué dans les ICtats du Tennessee, de l'Illinois, du Ken- 
tucky, ainsi que dans l'iVmérique Centrale. (Report of 
JUtriiin of h'.thuology, p. i I3.>) 

On remarque chez ces aborigènes la même préoccupa 
tion que celle que nous avons notée plus haut : préserver 
le cadavre du contact de la terre, après la mort. A cette 
fin on creusait le sol de douze à dix-huit pouces de pro- 
fondeur, puis l'on confectionnait, au moyen de pierres 
plates, une espèce de tombe, quelquefois en y ajoutant 
une pierre en guise de couvercle. Les tombeaux des races 
primitives de la Gaule, trouvés près de Solutré, France» 
en 1873, ressemblaient à ceux qui furent découverts par 
Moses Fiske, au Tennessee. Les cadavres avaient été vrai- 
semblablement repliés, comme si la personne était assise. 
Quelquefois les tombeaux des hommes contenaient des 
pipes, des marteaux, des dards de flèches en pierre ; on 
trouvait aussi des morceaux de poterie, des perles, etc» 
dans celui des femmes. 



I.i:S AliOUICHNKS D'AMr.UI.^UK 



«3.^ 



L'archcolo^uc Hancroit (i) ilccrit comme suit le mcxlc 
do M^'pulturc par cystc, chez les Dorachcs de l'Aïueiiiiue 
Centrale: " A Vera^nia, les Doraches avaient deux modes 
de sépulture. Le tombeau des chefs était fait de picffes 
plates, relevées solidement ; on y déposait des urnes [(ré" 
cicuses re'uplies de vin et de nourriture pour les morts. 
Un enterrait le peuple dans des tranchées où étaient 
>sés des cruches de vin et des vases remplis de maïs ; 

reste de la tranchée était rempli de pierres. l".n (jueU 
qucs endroits de Panama et de Darwin, les chefs et 'es 
t^rands, seuls, recevaient des honneurs funèbres. Ch ' ''.• 
peuple, dès tju'un individu sentait les approches .'c la' 
mort, il s'acheminait ou se faisait conduire vers la h)ièc 
par son éi)ouse, sa famille ou ses amis, ijui lui apportaient 
des épis de bleds ou des gâteaux et un vase rempli d'eau, 
puis le laissaient à son sort, exposé souvent à la voracité 
lies bêtes fauves. D'aures, plui respectueux envers leurs 
morts, les enfermaient dans dcri séjndcres. où ils prati- 
quaient des niches pour recevoir du vin et du. maïs, qu'ils 
rf ivelaient chaque année. Chez certaines peu[>l.Kles, 
(- la mère expirait avec un enfant h la mamellr en- 

fant vivant était déposé sur le sein de sa mère et en: ré 
avec elle, afin qu'elle pîit l'allaiter même au-'.lclà de la 
tombe." (//. Inxiicroft). 

La tendresse maternelle avait c!ie;: ces peuples des 
secrets, des mystères que ne comprcu.iit {)as même Milie- 
voye, quand il chantait en vers .si Inrm jnieu.>c les sé[)ul- 
tures indiennes du Canada : 

ln'3 vi'ii.x li'V.'s au ciel, l.i nu'ii' cl.siiki' 
S'aiiprinlii' iivci.' li'iiti'iir dr l'i'iiiiit niaiisoli'', 
Kt, s(iu|iir;iiit le nuiii ilr l'i't oiiCaiit ilii'ii, 
Ki'liaiiil s-,ir siiii toiiiln'aii lo lait <|iii l'ci'it iiniini. 

SÉrui/ruRKs dans li:s jertkiis. 



Comme le bureau d'ethnologie de Washington doit pri>- 
chainement publier un volume spécial sur ce genre de 
sépulture, le savant Dr. Yarrow s'est contenté de présenter 



C) Xat. Kaci'S ut tlio racifk' Matis. l>74,Vol, I„ \i. 7(<0. 




136 



ETUDE 



daiiî son mémoire un aperçu des exeuiples les plus frappants 
de sépultures sous tertres — qu'il nomme hurlais In inoiiiids 
— découverts dans les Etats du Missouri, du Tennessee 
de rOhio, de l'IUinois. de la Floride et de la Caroline du 
nord. 

Ces tertres sont construits en terre, en sable, quelquefois 
en pierre, de quatre à quinze pieds de hiuteur sur trente 
à ceiu pieds de longueur. Ils sont creux, et sous ces dômes 
ou chambres mortuaires se rencontrent les squelettes sou- 
vent partiellement calcinés des anciens habitants, accom- 
pagnés d'objets en pierre ou d'articles de poterie. La cré- 
mation partielle était-elle usitée chez ce^ peuples et les 
tertres n'étaient-ils que des cimetières ou lieux de dépôts 
secondaires pour les restes calcinés des guerriers ? Voilà 
autant de problèmes à résoudre. L'ethnographe Yarrow 
c ôt cette partie de son .travail par la description d'un de 
les cimetières ind ,ns dans la Caroline du Nord, découvert 
en I1S71, par le Dr. J. M. Spainhour. Il mentionne un 
autel au centre. On y trouva trois squelettes qui semblaient 
avoir été inhumés d'après une méthode précise. L'est, 
l'ouest et le sud de la chambre étaient occupés, mais non 
le nord. On voyait, par la présence et la disposition des 
tomahawks, des colliers et autres objets, que les occupants 
devaient avoir été des chefs. 

SÉPULTURES D.\XS OU SOUS LES WlGWAMS 

Butel de Dumont décrit comme suit un mode de sépulture 
usité chez certaines peuplades de la Louisiane, en 1750 : 

" Les Paskagoulas et les Billoxis n'enterrent point leur 
Chef, lorsqu'il est décédé, mais ils font sécher son cadavre 
au feu et à la fumée, de façon qu'ils en font un vrai sque- 
lette. Après l'avoir réduit en cet état, ils le portent au 
Temple ('car ils en ont eu, ainsi que les Natchez), et le 
mettent à la place de son prédécesseur, qu'ils tirent de 
l'endroit qu'il occupait, pour le porter avec les corps de 
leurs autres chef, dans le fond du temple, où ils sont tous 



rappaiits 
' in?niids 
ennessee 
oline du 

elquefois 
nr trente 
es dômes 
îttessou- 
., accom- 

La cré- 

îs et les 

e dépôts 

? Voilà 

Varrow 
i d'un de 
écouvert 
jnne un 
mblaient 

nais non 
ion des 
cupants 



LES ABORIGÈXES D'AMÉRIQUK 



137 



[pulture 
[75:3 : 
int leur 
ladavre 
sque- 
:nt au 
|, et le 
lent de 
Irps de 

t tOUî 



•rangés de suite et dressés sur leurs pieds comme des statues. 
A l'égard du dernier mort, il est exposé à l'entrée de ce 
Temple sur une espèce d'autel ou de table de cannes, et 
•couvert d'une natte très fine travaillée fort proprement ,.'n 
carreaux rouges et jaunes avec l'écorce de ces mêmes 
cannes. Le cadavre du Chef est exposé au milieu de cette 
table, droit sur ses pieds, soutenu par derrière par une 
longue perche peinte en rouge, dont le bout passe au-dessus 
de sa tête, et à laquelle il est attaché parle milieu du corps 
avec une liane. D'une main il tient un casse-tête ou une 
petite hache, de Vautre une pipe ; et au-dessus de sa tête 
est attaché, au bout de la perche qui le soutient, le calumet 
le plus fameux de tous ceux qui lui ont été présentés 
pendant sa vie. Du reste cette table n'est guère élevée de 
terre que d'un demi-pied ; mais elle a au moins six pieds 
de largeur et dix de longueur. 

C'est sur cette table qu'on vient tous les jours servir à 
manger à ce Chef mort, en mettant devant lui des plats 
de sagamité, du bled grolé ou boucané, etc. C'est là aussi 
qu'au commencement de toutes les récoltes ses sujets vont 
lui offrir les prémices de tous les fruits qu'ils peuvent re- 
cueillir. Tout ce qui lui est présenté de la sorte reste sur 
cette table ; et, comme la porte de ce Temple est toujours 
ouverte, qu'il n'y a personne préposée pour y veiller, que 
d'ailleurs il est éloigné du vill".- , d'un grand quart de 
lieue, il arrive que ce sont ordinairement des étrangers, 
chasseurs ou sauvages, qui profitent de ces mets et de ces 
fruits, ou qu'ils sont consommés par les animaux. Mais 
cela est égal à ces sauvages ; et, moins il en reste lorsqu'ils 
y retournent le lendemain, plus ils sont dans la joie disant 
que leur Chef a bien mangé, et que par conséquent il est 
content d'eux, quoiqu'il les ait abandonnés. Pour leur 
ouvrir les yeux sur l'extravagance de cette pratique, on 
a beau leur représenter, ce qu'iU ne peuvent s'empêcher 
de voir eux-mêmes, que ce n'est pas ce mort qui mange ; 
lils répondent que si ce n'est pas lui, c'est toujours lui au 



138 



ETUDE 



moins qui oftVe à qui il lui plaît ce qui a été mis sur la. 
table ; qu'après tout c'était )a prutique de leur père, de 
leur mère, de leur parents ; qu'ils n'ont pas plus d'esprit, 
qu'eux, et qu'ils ne sauraient mieux faire que de suivre 
leur exemple. 

C'est aussi devant cette table, que, pendant quelques 
mois,la veuve du Chef, ses enfants, ses plus proches parents,, 
viennent de temps en temps lui rendre visite et lui faire 
leurs harangues, comme s'il était en état de les entendre. 
Les uns lui demandent pourquoi il s'est laissé mourir avant 
eux. D'autres lui disent que s'il est mort ce n'est point de 
leur faute ; que c'est lui-même qui s'est tué par telle débau- 
che ou par tel effort ; enfin, s'il y a eu quelque défaut 
dans son gouvernement, on prend ce temps-là pour le lui 
reprocher. Cependant ils finissent toujours leur harangue,, 
en lui disant de n'être pas fâché contre eux, de bien man- 
ger, et qu'ils auront toujours bien soin de lui. " 



L.\ CREMATION. 

Cette cérémonie mortuaire est vieille comme le monde» 

C'était par une sereine journée d'automne, sous le bleu 
ciel d'Italie. On préparait un bûcher sur le rivage, à 
l'ombre des noires forêts qui bordent la Méditerrannée. 
D'un côté la magnifique baie rie Spezzia ; de l'autre une 
antique ville latine ; en face, des groupes d'îles verdoyantes 
comme des corbeilles de fleurs flottant sur l'onde ; partout 
une nature vaste, radieuse, favorable à l'inspiration. 

Le feu sacré s'allumait pour des rites funèbres ; on 
roulait dans le brasier des troncs d'arbre .«, des débris de 
naufrage ; on préparait l'encens et le vin du sacrifice. 

Pour qui donc ce bûcher / Est-ce pour un guerrier 
Etrusque, quelque explorateur fameux de Carthage, 
englouti par le perfide élément, quelque navigateur de Tyr 
ou de Sidon, victime des fureurs de Neptune, ou un com- 
patriote de Menœachus ou d'Archemorus occis pendant la 
guerre deThèbes / Nullement, messieurs les historiens et 



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LES ABORIGENES D'aMERIQUK 



139 



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archéologues. Nous ne sommes ni dans l'âge préhistorique 
ni aux temps moins reculés mais encore obscurs où une 
louve bienveillante allaitait deux enfants sur le mont 
Palatin. Nous sommes en plein dix-neuvième siècle. La 
scène se passe à Villa Reggio, près de Livcurne. Et vous, 
messieurs les poètes, (i) ne soyez pas trop scandalisés si 
l'on vous dit ce qui advint, en septembre 1S22, aux 
restes d'un des vôtres, l'illustre poète ShcUey, après son. 
fatal naufrage sur la Méditerrannée, 

Oui de vous a oublié que Lord Byron, accompagné de 
Leigh Hunt, Trelawney, le capitaine Shenley et un autre 
ami, confia aux flammes la dépouille meurtrie de son 
malheureux ami, Percy Bysshe Shelley, noyé dans la baie 
de Spezzia ? 

Est-ce que cet exemple donné par le pocte anglais 
porterait ses fruits de nos jours ? 

Tout récemment la pres.se des Etats-Unis abondait en 
détails sur les cas de c?émation qu'un célèbre médecin 
français [2] tentait naguère à Washington, où i' avait établi 
à grands frais un laboratoire icrematorium) pour cet objet 
(3) Les journaux de Londres signalaient récemment au 
delà de cent cas de crémation d«ns le Royaume-Uni. 

Revenons à nos sauvages. 

La crémation est un procédé usité non seulement parmi 
les tribus sauvages à l'ouest des Montagnes Rocheuses, 
mais parmi celles qu sont groupées à l'est. Elle était en 
honneur chez les Grecs, les Romains, les peuples asiatiques. 
Elle menace même de s'introduire chez les moderries. Bien 
qu'il existe de l'aiialogie entre cette pratique chez les anciens 
et chez les peuplades de l'Amérique du Nord, elle en diffère à 



[I] n no faut jiiis ouhlior i|uo les poi'tes les jilua (lisitii«iU'S iln ("an.id.i, MM. Fri'-clu'tte, 
Suite, Li'iiiiiy et Marchand, font pnrtip de \n prpiniiTe goctiondp l.i Société Hovidi'. 

ii) Le I>r. .Tuli-s Ix-innym', récpinnient décédé i'i Wagliinifton. 

[:{] Lo ^ mai cournnt, on faigiiit subir lu crémation à Washington aux restes mortel» 
du profescnr Samuel (i. (îross. 



I40 



ETUDE 



certains points.et donne lieu à d'intéressantes dissertations. 
Schoocraft, (i) Stephen Powo;, (2) Ross Cox, (3) Henry 
Gilman, (4) A. S. Tift'any, onv tour à tour jeté du jour sur 
cette question. 

Chez certains peuples, on attendait sept ou huit jours 
avant d'allumer le bûcher, afin de donner le temps aux 
parents de bien constater l'identité du mort. Chez d'autres 
on brûlait avec le cadavre tout ce qui avait appartenu au, 
défunt ; puis on enfouissait les cendres dans un trou. 

Henry Gilman signale la découverte d'un tertre, en 
Floride, rempli de restes humains, et où des crânes avaient 
été réservés pour lecueillir les cendres. On ne voyait sur ces 
crânes aucune trace de feu. Chez certaines tribus de l'Oré- 
gon, la crémation des cadavres était l'occasion d'afitVeux 
traitements pour les veuves des morts. Elles étaient tenues 
de recueillir les restes, de les envelopper dans de l'écorce, 
et de les porter sur leur dos pendant plusieurs années. 
Elles devenaient comme les esclaves de la tribu dont elles 
subissaient les mauvais traitements, au point qu'elles 
cherchaient quelquefois dans le suicide un ternie à leurs 
maux. Selon ces barbares, le feu du bûcher avait pour 
effet de dégager du corps l'âme qui s'élevait avec la fumée 
vers le soleil, et qui regagnait les régions fortunées dans 
l'ouest. 

SÉPULTURES AÉRIENNES DANS LES ARBRES OU SUR DES 

ÉCHAFAUDS 



Ce mode de sépulture est fort usité, même de nos jours, 
parmi certaines tribus de Sioux et de Dakotas. 

On place les cadavres, couchés sur le dos et emmaillotés 
dans des peaux ou des couvertures assujetties par des 
lanières, dans des arbres, si les rameaux offrent de^ ap- 
puis convenables ; et l'on n'a recours à des échafauds que 



[1] Hist. IndinnTrihos nf tho Unite.l States, 1854, Part IV, p. 224. 

[•i] Cont. to X. A. Etluiol, 1877, t. III, p. 341. 

L3] AdventureB du tho Columbia Hiver, 1M31, t. H, p. 387. 

[4] American Xaturalist, Xovomber, 1878, p. 7J3. 



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LES ABORIGÈNES D'AMÉRIQUE 



141 



lorsqu'il n'y a pas d'arbres dans le voisinage. Ces écha- 
fauds sont des objets sacrés, et quand une tribu ennemie 
ne les respectait pas, la mort des coupables seule expiait 
l'offense. Quand le cadavre a passé deux ans ainsi exposé, 
quelquefois on le met en terre. Ce sont des femmes — les 
femmes les plus âgées — qui se chargent de» préparatifs de 
l'inhumation et du deuil. 

M. William J. Cleveland a fourni une description fort 
détaillée de ce genre de sépulture chez une tribu de Sioux,. 
au Nébraska. 

Il y ajoute des détails très intéressants sur une autre 
coutume funéraire de ces peuplades, laquelle, sans être gé- 
nérale, nous semble fort curieuse. Il la nomme kccpiug the 
^//^j'/, ce qui pourrait se traduire pa.r couscn'L'r V esprit du 
mort. L'on enlève du crâne du trépassé un peu de che- 
veux que l'on enveloppe dans un morceau d'indienne ou 
autre tissu, jusqu'à ce que ie rouleau atteigne au moins 
deux pieds de longueur et dix pouces en diamètre ; puis 
l'on enferme le tout dans un étui fait de peaux, badi- 
geonné en couleurs variées et voyantes. On dépose l'étui 
sur deux supports croisés comme suit : A^ — - A', en face 
d'une hutte réservée à cet objet. On accumule dans cette 
hutte des offrandes de toute espèce que l'on distribue en 
dons, lorsqu'il y en a suffisamment. Quelquefois il s't'coule 
une ou plusieurs années avant cette dernière cérémonie. 
On entasse les offrandes en pile, à l'extrémité de la hutte. 
Elles ne doivent pas être dérangées avant le moment de 
leur distribution. Les hommes et les enfants màlcs sont 
seuls admis dans cette hutte, hormis l'épouse du d funt, à 
qui il est permis d'y pénétrer, pourvu que ce soit de grand 
matin. Les hommes peuvent y entrer pour fumer et cau- 
ser. Les femmes sont tenues de verser la cendre de leur 
pipe au centre de la hutte ; et elle y demeure intacte, tant 
que la distribution des offrandes n'a pas eu lieu. Ceux 
qui mangent en ce lieu n'oublient jamais de aéposer quel- 
ques mets sous l'étui mortuaire, pour l'esprit du trépassé. 



kîs 



142 



ÉTUDE 



f 



Il n'est loisible à personne d'enlever ces comestibles, à 
moins d'y être contraint par la faim ; en ce cas, il est même 
permis à un e'tranger qui ne connaissait pas le défunt 
d'enlever ces metb. 

L'époque de la distribution venue, les amis du défunt 
ainsi que ceux qui doivent avoir leur part des présents, 
sont convoqués à la hutte, et le gardien — généralement 
un proche parent — leur distribue les dons. Le rouleau 
contenant les cheveux du mort est ouvert, et l'on ajoute 
aux offrandes quelques petites mèches de ces cheveux. 

La cérémonie se répète quelquefois à diverses reprises. 
Tout lo temps qui précède la distribution des cheveux, la 
hutte, aussi bien que le rouleau, est regardée comme un 
objet sacré, mais pas au delà. Il semble que les parents 
et amis du défunt ne veulent ni voir ni retenir aucun 
objet en leur possession qui aurait appartenu au mort i)en- 
dant sa vie, et qui leur en rappellerait le souvenir. On di- 
rait qu'il s'agit de bannir aussi vite que possible la mé- 
moire du trépasse M. Cleveland ajoute nonobstant qu t.- 
ces Indiens croient tous que chacun est doué d'un esprit 
qui survit à la dissolution du CDrps ; le corps meurt, mais 
l'esprit se réunit, dar.s le paj's des âmes, aux autres es- 
prits amis qu'il a connus en ce monde. Pour eux la mort 
est un profond sommeil. " Il s'est endormi à telle ou telle 
époque," vou'j diront-ils, en parlant des morts ; mais ces 
coutumes comme bien a'autres s'affaiblissent sensiblement. 
' Les Dakotas confient leurs morts aux cimes des arbres, 
quand les rameaux inférieurs, ne leur offrent pas des appuis 
convenables," dit le Dr L. S. Turner, chirurgien dans l'armée 
américaine, et qui a passé six années de sa vie parmi ces 
sauvages. " Dans tout le cours de mon existence, ajoute-t-il, 
j'ai vu peu de chose de plus navrant que le spectacle d'un 
des anciens de la tribu s'acheminant, chaque jour, au dé- 
clin du soleil, vers la tombe de son enfant, et donnant 
libre cours à sa douleur avec des accents à fendre les 



Li:S AHOKIGÈNES D'AMÉKIQUK 



143 



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pierres ; puis de voir, à la nuit tombante, le vieillard 
attristé reprendre, comme un morne fantôme, le sentier 
qui le ramène à son wigwam solitaire. Quelquefois il y 
avait à ce tableau une teinte de tristesse additionnelle, c'est 
lorsque je voyais u:i père inconsolable allumer en sanglo- 
tant un petit feu sous la tombe aérienne de son fils, puis 
interrompre ses lamentations pour fumer en silence." 

Au reste, messieurs, ces tombeaux aériens mollement 
bercés par le zéphir, sous la verte ramée des bois, le poète 
Delille vous les a fait connaître encore mieux que ne le 
sauraient faire les archéologues de l'Amérique entière : 

'■ I.^, (l'un fils (|ui iTi'st lilii!', lu tcml.iv iihtc o:i di'tiil 
A «li's nimi'aux voi qiis vient iicinlrc le cinnii'il. 
Kli : (nii'I soin imiivait iiiii'iix l'iiiisojor sa .ii'uir> oinliro ! 
Au lii'ii (rrti-i" riit'iTiiir' ilaiij la ili'mrui'r Hiir.ibro, 
Simpi'iKlu sur la tcriv et n'ijardant les li.ux, 
(^uoiiiuf mort, di's vivants il attire Ir.s y. ux. 
liA, souvent mius le lils vient rciidser le père ; 
I/i, 8i"S S'i'urs en pli'Uiant aceoinpai^nent leur niO're , 
Ij'oIsv'uu viout y cliaiiter, l'arlire y vim>ii' des pieu!'', 
Lui prête son aliri, l'i^inliaunu' de ses iletirs ; 
Des premiers (eux du ,iour sa tcindie se colore ; 
Jies doux zéphirs du soir, )e doux vent d;! l'aurore, 
lîalancent mollement ee \>rri ieux tard 'ae., 
Kt sa tiunlie riante l'st eiuore un liiu'ei'au . 
De l'anuiur maternel iUusi'iu tnuelianto : " 

Messieurs, je crains avoir dépassé les limites que j'ai dû 
me tracer pour cette conférence, et cependant je n'ai fait 
qu'effleurer mon sujet. 

Sans prétendre vous avoir ouvert en cette matière de 
nouveaux horizons, j'ai cru que le temps était venu 
d'attirer votre attention sur les études faites par des 
archéologues américains, ainsi que sur les intéressantes 
recherches, de même que sur les travaux importants de ce 
groupe de savants et d'antiquaires alimentés par le Bnnan 
(V Etlinologic dans la république voisine, et auxquels le 
iSmifhsoniau Itistitutc de Washington prête son prestige 
et sa puissante protection. 

Bien que l'archéologue, au Canada, soit privé de bien 
des avantages accessibles à son confrère des Etats-Unis, il 
n'est pas tout à fait sans ressources, sans aide. L'explo- 
ration géologique et scientifique de notre sol, qui se pour- 
suit sans relâche chaque année, les rapports publics par le 



•44 



ÉTUDE 



bureau des sauvages, sur l'état des races indiennes, voilà 
des sources de renseignements, une coopération toute 
acquise, qu'il ne saurait négliger. L'idée heureuse du 
marquis de Lornc de doter cette Société d'un musée 
national, à Ottawa, où seront recueillis les antiquités, les 
monuments, les reste des races primitives, aussi bien que 
des spécimens d'histoire naturelle, va nous assurer des 
facilités nouvelles pour étudier chaque phase de notre 
mystérieux pa^sé. 

Avec l'intelligence que Dieu nous a départie, les ensei- 
gnements puisés dans nos lycées, et l'amour de la science 
implanté dans nos cœurs, rien n'empêche que cette société 
n'emboîte au moins le pas derrière la florissante association 
que James Smithson fondait à Washington en 1846 — dans 
la voie du progrès intellectuel et des découvertes curieuses 
ou utiles qui distinguent si éminemment l'époque où nous 
vivons. 



Ll] Depuis (luo ii's li^'uis ont ùfi'^ tnu'ùi-s, un savant distintiui', 31. Mattliew, iln Saiiit- 
jL'iin, X.-H., viiut (11! i^ittnalcr l:i ilùcouvciti! d.s iiiiiios irunc Ijnui'k'adc iuilieniu', sur les 
rivca di! lu riviiro liofaliro, dans 1«' Xouvoau-Jli unswirk, (jui dato do ràyo iiréliistoriqm;. 
Ij'onulit dili'Lfui' ili' la Sociéfi' IIistori(|iii' do AVinniini;, lo imifossour liryci', imiitionni! 
dos soimltuios indionnos au Manitoba, ilo l'àiro dos hmitiul liHililt:):'!, et le Canada savant 
attend avoo inipationoo la i)ul)lioati(>n di'a roclierolies du lli' .f.-.C Tacliù s-ir los séiml- 
turol indiennes découvertes pur lui sur les rives du lac Sinicoe. 



Si' 



I 



L'A.s;socicition T3ritaiii:iique pour 
le progrès des Sciei^ces;. 



On trouve dans le journal, le Star, iniblié à Montréal, la liste 
suivante des membres du Bureau de Uirection ou des olliciers 
des diverses sections de l'association, réunis en congrès scienti 
tiques à Montréal, le 27 août 1SS4. 

La réunion comptait au-delà de mille personnes. 

Président— The Right Hon. the Lord Rayleigh, M A, D C 
L F R S, F R A S, F R G S, Professor of Expérimental 
Physics in the University of Cambridge. 

Vice-Presldents — His Fxcellency thc Govcrnor-General of 
Canada, G C M G, the Right lion Sir John Alexander ^Licdonald 
KGB, D C L, the Right Hon Sir Lyon Playfair, KGB, 
LL D, F R S li and E, the Hon Sir Alexander Tilloch Galt, 
G C M G, D C L, the Hon Sir Charles Tupper, K C M G, 
Sir Joseph Dalton Hooker, K C S I, C B, M D D C L, LL D, 
F R S, the Hon Chief Justice Sir Antoine Aimé Dorion,C M G, 
the Hon Pierre J O Chauveau, LL D, Principal J W I^'anson, 
C M G, M A, LL D, F R S, F G S, Professor Edward 
Frankland, M D, L) C L, Ph D, F R S, F C S, Mr Wm Haies 
Kingston, M D, Mr T Sterry Hunt, M A, D Se, LL D, F R S, 

Cieneral treasurcr — Professor A W Williamson, Ph D, \A^ i). 
F R S, who will be represented in Montréal by Professor ] S 
Burdon Sanderson, M 1), LL D, F R S. 

General secretaries-Capîain Douglas Galton, (1 t>, !)(.'!, 
F R S, F L S, F G S, F R G S, A G Vernon ifarcoiirt, :\ \ 
F R S, V P C S. 

Secretary — Professor T G Bonney, D Se, F R S, i ' S \ 
Près G S 

Local secretaries t"or the meeting at Montréal r S K i 'awson, 
Mr R A Ramsay, Mr S Rivard. Mr S C' Stevenson aiiJ Mr 'l'hos 
^Vhite, M \'. 

Local trcasurer for ihe meeting at Montréal : Mr [•" W'olfi.'rst.in 
i'homas. 

The sections are the foUowing : — 

A. — Mathematical and Physical Science — Président, Professer 
Sir William Thomson, M A, I.L D, I) C L, F R S L Oc K, 
F RAS: vice-présidents, Professor J B Cherriman, .\[ A : ] 
W L Glaisher, M A, F R S, F RAS; secretaries, Charles li 
Carpmael, M A ; Professor Alex Johnson. M A, LL D : Pro 
fesser O J Lodge, D Se j D MacAlister, M A, M B, B Se. f Re- 
corder/ 



10 



14^ 



l'association britannique 



B. — Chemical Science— Président, Professer H. E. Roscoe, 
Ph 1), I L D, V R S, F C S ; vice-présidents, Professer Dewar, 
M A, F R S, F C S ; Professer 13 J Harrington, B A, Ph 1) ; 
secrcturies, Professor P Phillips Bcdson, U Se, F C S f'Recor- 
dcr) ; H B Dixon, M A, F C S ; T Macfarlane ; Professor W H 
Pike. 

C - (îeology— Président, W T lîlanford, F R S, Sec G S, 
F R (i S ; ^'icc-Presidents, Professor T Rupert Jones, F R S. 
F G S ; A R C Selwyn, M. D, F R S, F G S ; Secretaries, F 
Adanis, B Ap Se ; G M Dawson, D Se, F G S ; W Topley. 
F G S r Recorder) ; W Whitakcr, lî A, F G S. 

l)—15iology— Professor H N Mosely, M A. F R S, F L S, 
F R (i S, F Z S ; Vice Présidents, W h Carpentex G B, M D, 
J. I), F R S, F L S, F G S ; Professor George Lawson, l'h L>, 
1,1. ]) ; Secretaries, Professor W Osier, M D ; Howard Saun- 
dcrs. ]•" L S, 1' Z S f Recorderj ; A Sedgwick, B A ; Professor 
k Kanisay AVright, M A, B Se. 

!•; — Geographv — Président, General Sir J M Lefroy, BC; 
K C M C, F RS ; F S A, Vice Président R G S ; Vice-Hre- 
sidents Colonel Rhodes, P i. Sclatcr, M A, Ph U, F R S, 
\' 1. S, F G S, F R G S ; Secretaries, R Bell, M D, LL D, 
("r )'■ G S ; Rev Abbe Latlammc ; F G Ravcnstein, F R S ; 
Î-: C Rye, F Z S ^ Recorder). 

F — Ixononiic Science and Statistics — Président, Sir R Tem- 
])le P,art, G C S I, C I F, I) C L, LL D, F R G S ; Vice-Pre 
sident, J B ALirtin, I\I A, F S S ; Professor J Clark Murray, 
LL 1) ; Secretaries, Professor H S FoxwcU, M A, F S S ; J S 
McLennan, B A ; Constantine INIolly (Recorder ; Professor J 
Watson, M A. LL 1). 

G - Mechanical Science — Président, Sir F J Bramwell, F R 
S. M Inst C E ; vice-présidents, Profesior H T Bovey, M A ; 
P G J] Westmacott, M Inst G K ; secretaries. A T Atchison, 
M A. C 1*: ; J Kennedy, C E ; L Lesage, C V. ; H T Wood, 
IJ A (recorder). 

li—Anthropology- Président, E B Tylor, D C L, LL D, 
F R S; vice jiresidents, Professor W Boyd Dawkins, M A, 
[' R S, F S A, F G S .; Professor Daniel Wilson, LL D, F R 
S 1", ; secretaries, G W Bloxom. M A ; F i/ S (recorderj ; Rev J 
Campbell, M A ; Walter Hurst B Se ; J M LeMoine. 



S*' ;.;* 



Roscoe, 
>r Dewar, 
l, Ph 1) ; 

fRecor- 
iov W H 

5ec G S, 
, ¥ R S. 
taries, F 
' Topley. 

% V L S, 
E, M D, 

n, Ph L», 
rd Saun- 
Prolossor 

)>•, BC; 
Vicc-Pre- 
F R S, 
), LL D, 
T' R S ; 

R Tem- 
rice-Pre 
[ Murray, 

S; JS 
)fessor J 

;11, F R 

Y, NI A ; 

tchison, 

Wood, 

LL D, 
s, M A, 
D, F H 

1: Rev J 



II PARTIE 



ESQUISSES 



i;. fi 



A Mox^lKi :K' 



BEiXjAMiN SULTE 



l'RKSIDENT 



Prcmià-c SccH.,n de h S.ciélc Royale 



DU CANADA 




d 91t. !?i»cnjaniiit SiiTlv 

Historien, Antiquaire, Poï/f, (te. 



" ,1'aiini' los sDuvi'iiirî! r\<).|iH'^ par l'iiistiiirc, 
<)i"i le patriotiMiiii', l'iiiliiriiii do nos jour!', 
Se raiiiiiu' soudain à co foyer do gluir". •' 

[SL'I/I'K, " I.Lïi i'IONXlhUS ■'.! 

Cher Antiquaire, 

Il ne serait peut-être p is satis intérêt de jeter un c )up- 
d'œil sur les premiers établissements et défrichements aux 
environs de la plus ancienne cité du Canada, afin do réunir 
en un seul dossier, comme matériaux pour l'histoire, les 
noms des hommes marquants qui, pendant le siècle et 
demi que dura la domination française, devinrent «jrands 
propriétaires autour de Québec. 

Pour se guider dans cette étude, on a les cahiers de l'In- 
tendance, les papiers-terriers, les vie lies cartes et anciens 
plans, les réfjistres du domaine public, les patentes 
anglaises, h'S archives d'Ottawa et de Québec : ces arcliives 
compulsées avec soin, nous fourniraient d.e singulières 
révé'ations. 

A part les courmunautés religieuses : les Récollets, les 
Jésuites, les Dames (Jrsulines, les Hospitalières, le Séin- 
naire des Missions Etrangères, que l'on rcnco'itre 
comme concessionnaires du domaine du roi de 
France ou des grandes compagnies, monopoles îu 
commerce, si vous l'aimez mieu.v, et éternels cauche- 
mars le il Nouvelle-France, l'on rencontre, dis-je, 
une foule de noms qui nous reportent au berceau, à l'âge 
mur ou à la décadence de la colonie française. Nommons le 
Dr Robert Gififard, le seigneur de Beauport, en 1634 ; le 
Commandeur de Sillery, Noël Brulart, le généreux fonda- 
teur de Sillery, en 1637 ; Pierre Puyseau, seigneur de Ste- 
Foye, en 1641 et du fief Saint-Michel vendu plus tartl à 



152 



IJKNÎAMIN SULTL 



Noël Juchereau des Chatelets ; le Procureur Général Ruette 
d'^V teuil, Jean Juchereau de la Ferté, Jean Juchereau de 
More, seit^neurs des Hefs dans le voisinage de Sillery ; le 
gouverneui' Dailleboust, seigneur du fîef Coulonge, à 
Sillery, subséquemnient vendu aux Messieurs du Sémi- 
naire ; MM. Repentigny, Joaquin dit Thilibert en 1740, 
{est-ce le Philibert qui en 1735, posait à Québec la pre- 
mière pierre du Cldcn d'or /) ; Joseph Gaspard Chausse- 
gros de Lery, en 1762 — tous grands propriétaires à Sillery, 
le botaniste Gomin ; l'cvcque de Québec, Pierre Herman 
Dosquet. Le Sieur de Gaudarville était également pro- 
priétaire d'une seigneurie, à l'ouest de Sillery, à laquelle il 
légua son nom. 

Puis l'on trouve le comte de Talon, célèbre intendant, 
Baron d'Orsainville, fier de ses vastes domaines à Char- 
lesbourg, à Ste-Foye ctc ; Louis de Lauzon concession- 
naire du fief de la Citière et d'un autre fief au Cap Ivouge ; 
Simon LeMaître, propriétaire, en 1636, de cette vaste 
côte di Laitzon vis-à-vis Québec, plus tard acquise par le 
Col. II. Caldwell. Les rives fertiles de la Chaudière sont 
partagées, en 1736, de par le roi, entre les sieurs Rigaud 
de Yaudreuil. Thomas Jacques Taschercau et Fleury de 
la Gorgendièrc, tous bons et loyaux sujets. Jean Bourdon, 
génie universel, arpenteur et ingénieur en ^hef, géographe 
tt grand voyageur, plus tard, procureur-général de la 
Nouvelle-France, se fait inscrire pour de jolis fiefs dans la 
banlieue: le fief Saint l-'rançois, vers Ste-Foye, Saint- 
Jean, près du coteau Sainte-Geneviève, site de la vieille 
chapelle, où il était tenu de construire un petit fort pour 
bombarder les Iroquois. 

Messire Jean LeSueur, son ami, ancien curé de Saint- 
Sauveur, en Normandie, obtenait en 16^-^ et en 1653 à 
l'emplacement de l'ancienne commune d ^uébec, déclarée 
inutile, deux fiefs — au.xquels il légua le nom de son ancienne 
cure — Saint Sauveur. Le " vénérable et discret (i) 



|1J l'.'rm "< il ' su p:iti'ntc' 



ESQUISSES 



153 



Int- 
3 à 

Irce 
Ine 



aumônier «les Hospitalières raftolait du siwrt. Grand 
pêcheur de saumon, au rapport du Journal t/is ycsiiitts, il 
se choisit sur fief un les rives de la poisonneu.->e rivière St- 
Charles. 

Est-ce que la florissante jeune paroisse de St-Sauveur, 
pour perpétuer le nom et les goûts de son digiie fondateur 
ne devrait pas fonder un club de pêche — le club 
LeSueur ? 

Jean Taché, ' Syndic des marchands, " " l'homme 
intègre et d'esprit " des anciennes mémoires, avait une 
belle terre à Ste-Foye, plus tard, " IioUand Farm, " sous 
le nouveau régime. Nous en reparlerons plu < tard. 

En 1755, le major-do-ville, Hughes l'can, avait décou- 
vert que pour mettre le comble à sa félicité, il lui fallait, 
en sus de ses autres seigneuries, afin d'arrondir ses 
domaines, un petit fief en aval de la seigneurie de St- 
Michel — le fief de la Livaudière — et cet excellent AT. Frs. 
Bigot, qui remplissait, en la Nouvelle l'rance, pour son 
royal maître, non pas l'office de vice-roi, mais, cntr'autres, 
celui de vice-mari pour ce bon major de ville, 'e lui accorda 



généreusement. 



Un autre fonctionnaire du vertueux iiitendant, le com- 
plaisant M. Cadet, jadis boucher à Ciiarlesbourg, qui lui 
aussi avait le bonheur ou le malheur d'avoir une jolie 
femme, acquit un vaste domaine, aboutissant au chemin 
de la petite rivière St-Charles, décrit aux vieux titres sous 
le nom de " Ferme Cadet. " 

Voyez comme la matière fournit et je ne suis cependant 
-qu'au début. Tous ces seigneurs de fiefs ou grands pro- 
priétaires autour de Québec avaient-ils des manoirs ou 
même de simples résidences sur leurs terres ? Je ne le 
crois pas : Robert Giftard, Puyseau, Talon étaient les 
•exceptions sans doute. 

On sait que le chirurgien Giffard avait une petite loge, 
«on une loge franc-maçonnique, 'bien entendu — ur les 
bords du ruisseau de l'ours, à Heauport, pourvue sans doute 



m: 



154 



liENJAMIN SULTE 



d'un de ces longs fusils français, à pierre, dont on trouve 
encore des échantillons dans les paroisses giboyeuses du 
bas du fleuve. L'histoire nous dit que le vénérable seigneur 
de Ste-Foye et du fief St-Michel, à Sillery, M. Puyseau, 
s'était bâti sur ce dernier, dans l'anse St-Michel, près de 
cette pointe qui porte son nom un peu altéré, Xvl pointe à 
Pizcan, une somptueuse demeure, qui était regardée dans 
le temps comme le " Bijou du Canada. " Il mit généreu- 
sement cette maison à la disposition de M. de Maisonneuve 
et autres fondateurs de Montréal, où ils passèrent l'hiver 
de 1O41-42. 

Quant à Talon, bien que je ne sois pas dispo-ié à en- 
gendrer chicane à nos romanciers et à cette légion de 
charmants chroniqueurs qui ont identifié le Château-Bi- 
got avec l'amant d'Angélique Péan, j'ai souvent, en l'ab- 
sence de preuves que Bigot le fit construire, été enclin à 
lui assigner un origine bien plus ancienne. 

Pourquoi ne serait-ce pas le château ou fort de la Baronie 
des Islets, (1) du comte Jean Talon ? L'on sait la 
peine qu'il se donna de faire venir de France des colons 
pour sa colonie modèle à Chirlesbourg, laquelle compre- 
nait Bourg-le Roi, Bourg-la Reine, lîourg Talon, dont les 
concessions rayonnaient toutes vers un centre commun avec 
un petit fort, sans doute comme protection contre les 
sauvages. 

A une demanJe écrite que je fis au savant abbé l'erland 
pour renseignements sur le dit château, il me fit 
réponse qu'il était aussi intrigué que cjui que ce fût sur 
l'origine de cette masure. (2) 



(11 S;i iiutiiit' iMiiti' <|iii' II' li:iiit 1 1 |jiiiss:iiit l!;iriiii il M'i^miir haut jiisticii'r aurait 
droit iroriifir ilis «rdli'!*, un Ltilict l'i (luatrc ixitiaiix. là u\\ il 1.' juuira à |in)|"i^> <lauH 
lï'ti'Uiliiii ili' sa liarniii.' it chustilkTii', aussi un iiotuau avec uu collifr on l'ir, sur l'ciui'l 
siTout jjravrrs «es ariui's, " 

(l'irci- Itii.l T'iiurt' si'HjMfurialo P. 41.'i. | 

\'i] .le tr'>uvu dans mus lartDua uni' uoto df IV niinont Uigtorioudont jodétaclu- l'extrait 
nuivaut : 

" Artlii'vi'clii' de (^ui'lii 1 juin 18til. 

" lia li'Ki'lldn du Oliàtoau-lliKot d(i\^ 1ii'aUi'iiii|> |>lnii ^ l'iMm^Mnatiiiu .|U':\ la rt'alitt'' ; Ii'. 
terrain sur li'ijui'l il l'st apiiartcnait autrefois au tii'f de la Triiiiti' a<rordt', cntr.' Iii4ip A 
l(i.')0 ;\ M. Di'uis. Vendu plus tard à ^Monseiiiui'Ur de l-av,i!. il fut niorcelO dans 1. s profon- 
di'urti. l.orH(|ut' M. Talon voulut fornnr sa Karonie des l^<ll'ts, il réunit à ses terreg du 
Bouru lloyal, iiuel<iuea niorcuuux du tief do li» Triuit6 et purticulièrenient In i)attiu oC» 



ESQUISSES 



155 



Il ajouta que le club des Barons y mappjeait au com- 
mencement du siècle de succulents dîners ; que la chambre 
souterraine, où nos romanciers avaient rélégué l'infortunée 
Caroline, aurait bien pu servir comme cave, pour conserver 
leur vin au club de viveurs, dont le voyageur John Lambert 
nous a laissé une si vive description. M. John Stewart, 
courtier de douanes, de cette ville, a eu l'obligeance de me 
communiquer une assez longue lettre, écrite du Château 
même ('alors nommé l'IIermitage) par un de ses ancêtres 
retiré là pendant le blocus des Yankees, en 1775-76. 

Feu \V. Crawford, jadis propriétaire du château et delà 
terre où ce château était érigé, m'ayant donné communica- 
tion de ses titres, j'y ai lu que le 26 juin 1780 la propriété, 
par acte notarié, devant Jean Antoine Panet, était 
passée à trois négociants fort connus à Québec à cette 
époque, MM. Simon Fraser, Jean Lecs, jr., et William 
Wilson. 

l'^n 1S19. au rapport de feu M, F. Wys<-% «-^c Québec, la 
maison était en un état de conservation parfait. Au reste 
j'ai traité cette question fort au long dans mon dernier 
volume, Pictiiresqnc Qucbcc. 

Le Château Bigot appartient maintenant à M. Léger 
Brousseau, 



liiait 
liliii'l 



I.! 



Deux siècles s'écouleront, la beauté de ces sites, leur 
fertilité, leur salubrité, mieux connues, les feront apprécier 
encore d'avantage. 

Avec les institutions libres de la Grande Bretagne, 
accourreront d'au delà de l'océan, des colons de la classe 
instruite, de riches industriels, des capitalistes. 

Les grèves et les bocages du Cap Rouge, les hauteurs 
de Sillery, de Ste-Foye, de Beauport, de Charlesbourg, 
les belles prairies de la Petite Rivière Saint-Charles trou- 
est 11' l'Iiàtcati-HitfKt. J'ai oiitiinlii aiitrofuis iliri' ;i Mi'sniro ])(>nicrs (|iii! Talnii l'oni- 
meiii,ii 1^ liiitir son manoir au lii-u iiirtHL' ou sont les ruiiii'S — iiuo plus tard co manoir 
vendu avec lt'8 ti-rrc» fut réparé et ai;raudi. Je suis utc. 

[Si|jciiéJ J. U, A. Fehlano, Ptrb. 



156 



niCNlAMlX SULTE 



1^1:^1 






veront sans peine des acheteurs '.l'carth àuiigcr (1) anglais 
se propagera. 

Les nouveaux arrivés achèteront avec em ires ^e ment, 
seigneuries, fermes, moulins, pouvoirs d'eau etc., pour faire 
en grand l'exploitation des céréales et des bois du Canada. 
Plus tard, l'Eglise, la magistrature, la robe y dresseront 
ses tentes. 

Bientôt surgira sur chaque domaine, un manoir, une 
riante villa ou un cottage orné. 

D'heureuses spéculations commerciales y feront naître, 
conservatoires, orangeries, exquis jardinets anglais, avenues 
ombragées, serpentantes, volières, viviers, étangs, glacières, 
etc. 

John Bull devenu riche n'est pas homme à claquemurer 
sa vigoureuse progéniture dans l'enceinte étroite d'une cité 
populeuse, mal drainée, etc., enfouissant ses épargnes dans 
sa paillasse de lit ou dans un vieux chausson. Il lui faut 
du confort, de l'air, de l'espace, de la liberté. Certes, il 
n'a pas, selon moi, tout-à-fait tort. 

Telle est l'origine de bien des villas autour de Québec 
que j'essayerai de vous peindre, vous indic^mnt qui les a 
fondées, qui les habite, l'origine de leur nom. l'ourqueces 
peintures par leur uniformité de traits, leur r-s^embLince, 
ne vous fatiguent pas, j'y mêlerai mille bribes d'hist.iire, 
souvenirs de familles, antiquailles, anecdotes de sport, etc. 



(1) l'ilti)ri'si|iu' i'xpri>3-iii)u iiivi'iitri' pnr li> ci'li'liro (•ssuj/isfc Uulpli Wahlo Kiiktsoii 
nuti'ur ilo ri;tucl • sur li' ji 'iiplo iiiiirlais iutitiiU'i' : EiKjlish Traiti- 



HOTEL DU GOUVERNEMENT, Rue St-Louis 

Avant d'esquisser les villa.-î extra mitros, notons en pas- 
sant l'antique manoir des Sewell sur la rue St-Louis, dont 
le gouvernement canadien sous l'Union faisait l'acquisition, 
moyenn.iMt $20,000, le 11 novembre 1854, pour wwc école 
nautique. 

Le ^gouvernement ayant change d'avis en 185S, y ins- 
talla en 1S59 le Dcpartciiient des Post-:s, qui y séjourna jus- 
qu'en 1865, lors de la translation à Ottawa des Bureaux 
Publics. Ce fut aussi le Bureau du Gouverneur Général, 
Lord Monck, de 1860 à 1865. Le premier lieutenant-gou- 
verneur sous la confédération, Sir N. I'. lîelleau, y fufins- 
tallé, f n 1H67 : son conseil siégeait dans la grande sal'e au 
second. 

Le lot comprenrî 31,000 pieds carrés : sur deux côtés 
de la va«te cour qu'occupait jadis le jardin des Seuell a été 
construit l'arsenal et le dépôt de munitions de guerre des 
volontaires, de l'artillerie et de la cavalerie, etc. 

Ce spacieux et solide édifice date d'assez loin, (i) 
Comme résidence du fameux juge en chef et homme 
d'Etat, Jonathan Sewcll, et comme'Bureaux, Publics, elle 
évoque tout un essaim de souvenirs. 

Se> appartements sp.'^.cieux, ses ..mples corridors, ses 
grands esca'fors (Mit été téinoiii-- de bien de-. lèt<:>, de bien 
descicuils tic famille, à l'ère des Scwcl! ; plus tari.!, de bien 
des discussions acrimonieuses -ur la chose pubiiq' e. Là, 
e-it morte Jai;et Livingst(Mi, née à Xe\'.-\'ork, la veuve du 
Juge-en-chef William Smith, en 18 ly. Le juge Sewell y 
expirait lui-même le 12 novnibre \'^'^y) ; puis, sa veuve, 
le 26 mai 1849, femme remarquable par ses qualités per- 
sonnelles, le charme de ses conversations. 



d» Sur un pliin drosHi' par un arpoiitoiir proviiu'ial, .Tiistin Mi'Cartliy, en ilate «lu 15 
adi'it, 1803, lu maison cnt dt'-crite coiiiinc étant en voie do construction : son nouveau 
maître on prit possession en IHoS. 



158 



HOTEL DU GOUVERNEMENT 



Que d'incident?, de changements politiques y ont été 
débattus, réglés ! Que d'orageuses séances du Conseil 
Exécutif, ont eu lieu dans ces salles. 

• « 
Le 1er juillet 1793, le terrain qui ava t appartenu à 
l'honorable John Cochranc, fut adjugé par ventejudiciaire 
au Juge-en-chef Smith, beau père du Juge-en-chef Sewell, 
pour la somme de ;^8oo : lopin de terre assez considé- 
rable et alors inculte et qui embrassait vers e sud, une 
portion des glacis actuels. En 1.S29, les autorités militaires, 
en acquéraient une li.sière au sud, pour agrandir leur 
domaine que couronne la citadelle actuelle, qui fut 
commencée vers 1823 et terminée vers 1830. 

A la mort du Jugc-en-chef Smith, le 6 décembre 1793, 
ce terrain fut partagé entre les membres de sa famille ; la 
portion à l'est échut à son fils William, plus tard, 
l'historien du Canada : il s'y bâtit une demeure confor- 
table (maintenant la résidence du shérif Alleyn). Le lot 
voisin à l'ouest échut à une des filles du juge Smith : elle 
épousa le colonel (plustjrdle généraUDoyle. (i) La pattie 
ouest tomba en héritage à celle de ses filles qui unit sa des- 
tinée au Juge Sewell et où s'écoula une si notable partie de 
la carrière accidentée de ce roue diplomate, de ce légiste 
distingué, de 1805 à 1839. (2) 

(1) liC Hifi" «li's rrsiili'iiips lie l'Uon irufio A. H. K'mtliicr it df JI. •losipli (liiill.iuinc 
KosaC' M. !'■ t'st i'iitl;ivé «liius lo terrain iiolu'tù eu 17li:t, |>ar lu .Iiij;i-t'ii-<lu'f Smith. 

Cl) A ceux i|ui tiiiiiu'iit h ri>mi;iitri" l:i r:irtr d.' l';incii'ii (^iiMn i>, ji' |iiiis olî.ir Ich 
ronsiiijiiiiiinits ;intluiiti(|ii(s suivants sur l>!i linix, inàci' à l'oMii-'ciMK ' il'aii ilis (ils 
(lii jii(.'i' S.wi'll, Il l{i V KclMiiinil W. S"\vi 11. Cit ail itv ditiiniiiairi' ii liiiMijvciiiIi nii'ttrc à 
ma ili-;io>'ition '.r: titn'» di-si pniiiriéti's ilr 'tcin prn' : 

lo 18 avril ITui, Louis Hom nrArtiu'ii.v vcmlit ^'> Krnnvois Majiili'Ic'"'- îliH'tti',i,hi'valiiT. 
RoiKU'Ur il'Auti iiil, iiar acte devant Cliaiiiliellnn, on deux lots, une i'tendue de si ]it 
ariHiàtH eu sMiierlleie, iréti iidnnt :■» ;i ariienl" en front sur la (îr.mde Allée (m rue St- 
Ijouis, eji (.atruant vers ie Caji au.-; Iiiamantv. 

'2n liOnis Uouer, sieur d'ArliKny vend à IM. Huette d'Autenil \mr acte du l.'i avril ITe] 
ctdu '2'' nuii ITii.'i. 

:fo Aete de vente du 8 juin 1724. par devant liarlial. V.u vertu du^iui 1 acte, l'ierre 
Ruitti' d'Anteuil, écr, sieui 5!oliitii"'ri', aKissant coninie l'idcureur. (lour François 
MavrdeleiiU! Kuette, chevalier, sci|ineur d'Anteuil, vend et cède au sieur Haquet. 

4i) liO .1i> avril I7i7, Louis Uouer d'Artiijny, par ncto do vnnte cède ses propriétés aux 
Dames l'rsulines. 

'lO Miidanio de Vir^er vend ces lots l'i M. lUinn, par acte du nnùt 1704, jiar devant 
Maitro Saillant. M. Dunu vend à Jean Druianiond, !•.> 11 avril I7G8, par acte devant 
l'anet. notaire. 

t'io .1. Drummond vend & Callender, 22 oct. 1779, devant Hartlielot et Pauet, uotairea. 

7o t'allendcr vend à J. Cochrane, 4 oct. 1781, devant A. l'anet, notaire. 

80 liC juge en chef Smith achùto uu shérif en 17U3. 

(U'Autcuil laissa son nom à lu rue qui diviee ces lots.) 



ESQUISSES 



159 



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* * 



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L'imagination aime à se reporter h cette période 
■ agitée de notre politique coloniale, où le Chef de l'Exécu- 
tif, le Chevalier Craig, prétendait régenter nos Communes, 
comme jadis il donnait ses ordres à la tête de son régiment ; 
à cette époque où l'Ogre de Corse engageait un duel à ou- 
trance avec le Léopard liritannique ; où tout ce qui avait un 
nom français en Europe ou en Amérique causait des crises de 
nerfs aux fils d'Albion, où la bureaucratie coloniale,sous l'ins- 
j?iration du trop fameux Ilerman W'istius Ryland, obsédait 
le représentant de la Grande lireiagne au Château St-Louis, 
d'incessantes plaintes, de détails de complots découverts ; 
bref, de mille ténébreuses intrigues, contre le vaillant petit 
peuple que le roi de J'Vancc avait si Ikhenicnt déserte. . ur 
les rives du St-Laurent. Cette période fut celle où Jonathan 
Sewell, — d'abord Procureur et avocat général, plus tanl 
cumulant les fonctions de juge-en-chef, d'orateur du 
Conseil Législatif, de Président du Conseil Executif, — 
exerça dans toute sa plénitude sa redoutable dictature. 

Silencieux murs du vieux manoir, ne pourriez vous nous 
répéter quelques uns des astucieux conseils que le Dicta- 
teur adressa eu cette enceinte à ce roué francopliobe 
Ryland, sur la marche à suivre, pour museler ces bouillants 
patriotes : IManchet, lîédard, Taschereau ! dogues incor- 
ruptibles de quart autour du dép('^t (le nos libertés! 



*• 
* * 



Les temps et la scène changent : uiîc odeur cL* j.x/udre 
pénètre jusque dans l'étude 'Ju grand Juge : le canon 
gronde sur la frontière ; Ryhuul est vu moins souvent au 
palais, car le nouveau maître Sir George Prévost, n'a que 
faire de ses conseils. Les Voltigeurs courent à la frontière 
pour prouver à Ryland que les Canadiens, en 1812, sont 
ce que furent leurs pères en 1775, de loyaux sujets de Sa 
Majesté George III, — qu'ils ne sont pas foncièrement mau- 
vais pour être d'extraction française. La guerre finie, la 



i6o 



MOTEL DU r.OUVKRXKMKNT 



Il ' 






lutte rocoinincnce on Cliainbrc, violente, cchevelée comme 
par le passe. M. Sewell plus influent, plus soup'e, plus 
courtois, plus savant que jamais, du fond de son fastueux 
manoir, gouverne le i ays pour ainsi dire par son prestige 
social. Les gouverneurs-généraux ne font rien sans le 
consulter, sans qu'il puiiise toutefois dissiper pour eux les 
nuages noirs qui montent à l'horizon, gros de la tem 
pétc de 1S37-38. 

M. Chauveau, dans une intéressante étude sur le vieux 
Québec, retrace un incident qui vers 1832, faisait passer 
un mauvais quart-d'heure à l'éminent magistrat (Sewell). 
Un jeune étudiant en droit, destiné plus tard à jouer un 
rôle marquant, fut alors le Gambetta du mouvement popu- 
laire (i) 



* 



Habitué du château St-Louis, M. Sewell se partageait 
l'existence entre l'étude de la jurisprudence, du droit par- 
lementaire, ses séances judiciaires et officielles et les joies 
paisibles, assez nombreuses pour lui du foyer domestique. 
Ce porter faniilias modèle semblait absorbé par les devoirs 
et la responsabilité de la paternité : faire baptiser, élever, 
Ltablir, donner en mariage sa nombreuse et belle progé- 
iiituic (il fut pèro de vingt-deux enfants, la plupart d'un 
physifjLK.' remarquable). A plusieurs de ses fds, il légua de 
riches métairies à Sie-Foye, .sur la Petite rivicvc Saint- 
Charle>, à IV iliiier, à Charlcsbourg. 

l'ciulant la vac.nce en été, on eût pu le rencontrer sous les 
frais peupliers d'Auvergne, sa villa, au pied de la côte de 
Charlesbuurg, absorbé dans Grotius, Puffendorff, Gibbon, 

(Il " ,li' ni" siiii\ irii^ l'Ui-ùiM', ilit ^I. C'KiuMini, ili' l'i motion iToiliiiti' i>,ir rniiiirisoii- 
;ii'iiii'iit (11' MM. ri'.c'.'V c t UiiviriiMV. Ilaus li ^ disrour» i|iii iumit ]irimom'L'a ilaiiâ lu 
rii.iiiiiii'r. il 1 m (nir<iiim iK' lit 11 volutiuii <1,' |'-:M et (li's funirusi s oriloiiiiaucrs coutiv la 
|in'!?^<i'. l'hisiriii's ji'iiiu'x LTiH!' l'oi'lrn ut (les coLMnli's trii'olori'H. 

A l;i !-uiti' iriiiii' Kranilc ri'isiinlili'i' poimliiiii', à t^ui'ix'C, uiii! procession iiarouniit les 
ni. 'S ili.intiint /i( yinv^vilinisc rt la ]'iirisirniif : on alla li'H chautrr aussi nous les fiiu'- 
tiiv< (le la prison, i t sons (elles iln .iiif.;e en-elief Sewell, pré.sidcnt iln t'onsi'il Ii('f.jislatif, 
uni lut, (lit-on, très iIïimjx- ii.ir cette (h'.nioiistration. liO ,juj,'o-en-clief occupait la maison 
uni n {((■ ili puis riiiMel (lu gonverneiiient, pn'^s de l'Ksplanade. l'anni le» jeunes ^lens 
ipii faisaient partie de la ijrocession bo trouvait Sir Narcisse Holloau, (lui no Bo doutait 
ancre (in'il serait installi' )ilns tard, dans cet édifice comnio licutenant-KOiivernour ; 
.M .M. Wiuteret Koy et MM. (lautliicr et Hossé, qui tous les quatre ont été juges ilepuis.'* 
(liiogruphiu du F. X. Uarncau, p. c. XXXVIII), 



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i:soL'issi:>; 



1^)1 



MontoMiuicu. Aux longues soirées d'iuitomiic, \c jii^c-.ii- 
chef, entouré d'amis et de parents, allait savourer à s<<ii' 
théâtre, rue Stc-llélèiie, près la porte du l'alais, les grands 
tragédien; Koan et K'Miib'e dam Ifaniht, ICUen Tree, * 
dans Io)i, etc. (2) 

A la porte voisine du théâtre, se trouvait l'église ou 
ciia[)elle c|u'il avait fondée, Triiiity d'iitrcli, où officiait un 
doses fils (il en avait iler.x dans les ordres sacrés) : là, se 
voit sur un marbre s.i pompeuse épitaphe : cette combi- 
naison du sacré et du profane était un sujet tlhilarité 
pour les familiers du lettré et excentritjue vieillard. 

Dès 1 b 14, le juge Seuell, en tout temps préoccupé de l'ave- 
nir de sa patrie adoptive, cjui l'avait comblé de dignités et de 
richesses, s'était posé et avait résolu le problème 
dont les Provinces Canadiennes ne trouvèrent la solution 
pratique, dans la Confédération Canadienne, (ju'en 1S67. 
On lui concède maintenant sans conteste l'honneur d'a- 
voir le premier songé à l'L'nion de toutes les colonies ISri- 
tanniques de l'Amérique, pour en constituer un tout com- 
pacte et viable. 

Le juge Sewell prenait sa retraite en 1S3.S, à l'âge de 
Jl ans, avec une pension de $4ooo par année. 

Sa succession sur le banc judiciaire passait à r.inclcn 
procureur-général i'hon. James Stuart, é:iiinent légi-te^ 
lui aussi créé par l'Angloteire, H.ironnet et Jugc--.<n cli-f, 1 
la recommandation du Comte de Durliani, qui ivait 
exprimé sa surprise, à son arrivée, qu'un ,u-oc it ..ussi 
distingué n'eût pas été promu av uu. 

;r * 

La maison Sewell, plus tard l'Uotcl du (,jouverneui'.;nt 
de la Province, est maintenant la résidence officicllo ilu 
Consul Général d Espagne, Iliustrissimo Signor Conde le 
Premio-Real. 



il) Jj' tliO.it 11" Scwoll imvirt l'ii l^.;j .1 , te ;u'iiiiM il'l'iiia IMi' la KaNri iiir .!■ -»t-l\t- 
trici-, l't ciiiiviTti on 1111 ùilllloo a;i;)i»n(iiaiit à tvtti' Iluliai'. lia vi ■ill ■ c-u.i|ii'lli' — Tiiniiii 
Ciiiticlh Kiirlarui' St-Staninlas, cxUti' oui on', l'.n iNi'i. l<' jutti- S .w. 11 avrr Taido (rmi'i! 
i.oinpat^nio, dota (iuùla'c «fiin vast.' lnitel — vis-A-vis la /Viin- •''.li-mc.'; — ITiii'iu Jlntel 
ri'Ct'iiimtfiit Ir» linit'aux du Jourind ile (Jn^bcc — niiinti'nant lu dOiMt d-.' m ■!•( ri,.s 
do M. Morgan. ' ' 

II 



■■ 






l62 



HOTEL nu GOUVERNEMENT 



ïi 



Restaurée, peinte à neuf, pimpante, ornée de 
beaux arbres, d'odorants parterres de fleurs, c'est toute une 
décoration pour cette paitiede la Rue St-Louis. Les jours 
de gala, le pavillon rouge et jaune de Castille et d'Arra- 
goii flot e au mai en face de la résidence du consul. 



c de 
itc une 
:s jours 
:l'Arra- 






BANDON-LODGE- Grande Allée. 



Lintê to (I <Jiiefier Helle, in 1782 : 

" Sure jdii will riitliiT li"!"'!! Iip iii.v ciill, 
8iiK'L' licitiity iiiiil (jiic'lii'i'ii l':tir ii,viii|ihi' 1 Riiiif, 

lli'iici'fnrtli Dinnii in Mi«ii S— lu— ii iii'i>, 
An imlilu iiMil iiiiijrntii' in lier air ; 

Voilîi un nom emprunte non aux " rives fleuries de 
la Seine, " mais bien plutôt à la beri^e poudreuse et affairée 
de la Tamise ou de la Shannon. Ça vous reporte .uix 
premières années du ré^imj an;.ïlais prescju'à l'ère néfaste 
où notre Nouvelle-France était si cruellement désertée par 
la vieille France de Louis XV 

J'ai lu dans les Mcnuuns inédits de M. James Thompson 
Dcpiity Commismry Gcitcral — pour lui conserver son titre 
officiel — un passatje qui jette du jour sur un des premiers 
tenanciers de Bandox Lonci:. {\) 

Les mémoires de M. James Thompson, fils, se recom- 
mandent, non seulement à cause du caractère frano et 
honorable, des connaissances intimes des lieux de ce véné- 
rable ami de l'auteur des •' /ii!ttc!:s Caïuuiiciis ", P. /\. 
DeGaspé ; mais encore à raison de la part importante 
que M. James Thompson, fils, a eue dans la préparation 
du y^v/r/zr?/ de son respecté père, James Thompson, Sr. 
Ce robuste (2) Hi^dilander avait commencé sa carrière 
militaire sous le général Wolfe, à Louisbourg, en 1758, 
comme " volunteer " dans le fameux /Sth xC\^<^\\W{i\\\.,Frascr s 
Ilighlandcrs. Il comptait avoir une commission d'officier, 

(1) "SAfNDKiiS Si.Mi'soN. — lie vsi\* l'iovost M.irslKil il) Wolfr'" îinii.v, lit tlii' iilViiin of 
liOiiisljdurK, QiU'lii'c iiiiil .Mmitrciil, iiml loiisin <it iiiy t^itlur. JIi' iPHidivl in tliiit Imiisc 
tho iicarcst to Suint Kniiis (iiiti-, oiitniilf, wliirli li.ia iiot undrivimo iiiiy ixtrriial altiTa- 
tioii Bini'i) I W113 il Ijoy." (E.ctratt 1/ M'iii rim nt' <' un. [ninriil Hhh Tli<niiii.iiitt.} 

(•2) lie scrKciit Tlionipsoii (lovait en cfTit «tro jiliia (|i'(> rolmstc — >iri vi'iitalilo UiTciili' 
— si Toi» njoutf foi iV uni' cutri'f (le BDli ./oioïKi/ iln sir«i' di' IT'.^i, oi'j il tiidirc ciiiniiie 
préposi'' an Horvici' dos anilinlanc h. Il iiaraitrait qu'intrc Ir jour du corntiat h' l.i Hi|ie. 
et le lu, date di- l.i capitulation, on traversait en canot à St-,losi|ili <!>' I,i.vi^ les Mi-^his 
truu(,'ai8 — i|u • l'on portait «iirdi'S civiéros d'i dùtiariadrr • i"i l'i^i/lisc St-.Io-n'pli convcrtii! 
en liùpital, distance dW peu près iiuatre milles. ]je seru'int Thompson, trouvant (|u>' le 
Hcrvicc 8(! faisait trop lentement selon ses désirs — eliar;,'eant sur ses larges l'paides un 
soldat fran(,'ais blessi> — le porta du di'barcadère i\ Li'vis à Ti^Kliso de St-Joseph sans rc 
reposer — reurettant seulement d'avoir A la tâche ruiné son nnifonne. l/honJuKu Henry 
Uluck, (lui l'avait bien connu, nous disait ([ue '• Thompson was n liig giant. " 



164 



IJAXDON-LODGE 



mais soM .inii et protecteur le C.ijjit.iiiie Bdillie ayant été 
tué à Liuisbourgeii 175'"), M. Tlvinipion consentit à sei \'ir 
comme volontaire. A la bataille des l'iaines d'Abraham, 
il fut ch ircjc du soin des hôpitaux comme //ûs/>i/a/ Soxùru/ ; 
puis il fut promu, commu* officier dans l'ordonnance en 
177-,, à la 'position importante irOvcrstcr <>/ Works de la 
gani - jn, <;t comme tel prit une part fort active aux modes 
de (.léfei'se juj^és nécessaires pour exclure de Québec nos 
amis les Hostonnais de 1775. Respecté [i] de tous, choyé 
des {gouverneurs île Québec, il expirait en cette ville, en 
1030 à l'iVj^c patriarcal de 'ft ans. C'était un homme d'une 
stature colossale. Revenons aux Mémoires laissé-; par M. 
James 'rhoi!î[>son. t'ils. Il y est consi|.;né en toutes lettres: 
que le canurade de bivouac, le cousin de son père, 
Saunders Simpson, vers le temps de la cession, résidait 
danb l'antique maison " la plus proche de îa porte St-Louis 
en dehors. " Cette maison " la plus j)rochc " rasée vers 
1M7Î poiH" faire place aux fa.4utn;ses résidences modernes 
ei cet endroit, était bien " Bandon Lodge, " occupée 
pendant p'usieurs années, comme maison de pension par 
madame Torrance. 

Chacun se ra[)pclle, sur la Grand: A/h-c, ce modeste 
mais solide corps de loijjis, en pierres,d'un étage, avec cour, 
écuries, etc.. entouré d'un mur passablement lésardé, fai- 
sant \ vo:. au chc l'in du roi, ombrat^é do i-ieupliers tic Lom- 
b 'io et ceint d'une t'orto haie de lila-. Morne, perdue 
sou> d;:i il >:;■> de verdure, m lis mjn içantc, l.i vieide métairie 
avait conserve, mal-^ré la mousse des ans. quelque chose 
de respectable dans sa dés^aîne, sui ce^ avant-poste des 
Pîaii'.es d'iVbiaham. XaçjutTe, il me fu'" .lonné der.mcont.'cr 



(1( M. .). (i. linrUii', il.iiis K(v, M'Uiiiiiffu, |>.iW'' 17J,' st toiiilH' dnis utirsiiimilii'ii' rrrotii 
suv 11" <i"i te il'.i vi'ki'ikIiIi- .M(UilaK":ii'<l- Silim Al. liiirf II', M. riioiiiii^iin aurait 8iiivi Mlxit'- 
ln'i Liiiil l):ill;oiisio en iMjii, (|ui liiurait iiistalli'comm'cim"ii l'ui' (li'acaniriu'H. A l'a'rivro 
il',' J.iinl l.,illi(.iisic', il y avait (lijà j1 ai/s ijao .1^' 'J''")mii«on, |ii'tii était tlxi'i à Qiiiboo. 
Il m' l'n! jamais ' loiii'iiTK'' il.' lasiriics ; "■ (!• ■• ITT.i il itait " Kvcisci'r cf Wi'rks " 
Miiiiiitc.'iil.rit ili's Travaux ('ii la (iaïuisdii, ayant jivi'n uni' iiart active- il-.ii , la iU:''cii!<.' do 
la villr. Kstinic ilc tout le iimaili', ou le nxlnriliait surtinil â cauHi'f! louil (l'aiiccdott-s 
Idil iiossi'ilail sur li niiii.- ili' LnuiiliDurg. eu ITls, uv i-iliii di' (.[uùboc', ou \7M, «nrli-blo- 
lU", l'i 17"â; i>lun d'uiu^ t'î.ir, il fut iuviti'i :'. iliiii r au (lu'itt'an. 

11 a laissi' d'assez v()luMiiii''Ux uiouioiroH uuiuu-iintH nue la S'fiété Litli'r-.tiii; et Ilis~ 
toi i'inc a aclit't'' ; de sts luritiers. 



ESQUISSF.S 



165 



'ant otc 
: à SCI \'ir 
br;ili.ini, 
'<c}\ij^caiit ; 
lancc CM 
s do la 
\ 111 odes 
ébcc nos 
s, clioyc 
ville, cil 
ne d'une 
, par M. 
s lettres : 
DM père, 

rciidait 
St-Louis 
Lsée ver. s 
modernes 

occupée 
sion [jar 



nodestc 

ce cour, 

•de. fai- 

ie Loîu- 

perd uc 

uéliirie 

le chose 

stc des 

contrer 



lllirli' iVP'Ul 

1 sui\ i ;'i 'liii''- 

A rii'rivru 

à Qiuljcc. 

1 lU'ft'iiSt' (Ifi 
kran'edotcs 
|), iniilc lilo- 

ic cl Ilia^ 



quelque chose d'analogue, mais beaucoup plus vaste et 
tout hérissé de grands, de niartials souvenirs : la métairie 
de liougoumont, sur la plaine historique de Waterloo. 

Baii(ioit(\) Lo<fj{i, il nous semble, eût pu réclamer sa 
quote-part dans plusieurs incidents du passé orageux de 
notre forteresse. Il a dû lier connaissance intime en 1759, 
avec les bombes anglaise-; ; en 1760 avec les boulets de 
Lévis ; en 1775-7^^ avec les billes de Moiitgoinery (2), 
d'Arnold et de Wooster. 

Quelles traces de cette résidence existent aujourd'hui ? 
Peut-être quelques bloci de pierre dans les fondations de la 
demeure princière de l'ho!!. ]o^. Sii.;hyn, — notrj estimé 
concitoyen, — résidence lîatie coniine toutes ses voisines à 
vingt iiieds en arrière de la ligne de la rue aûii d,: iwéiiigei' 
plus tard un boulevard, pour se conformer au plan et tlevis 
du gouvernement, à la vente des lots. 

Après le départ de notre g irnison impériale, en 1S71, 
le Canada confédéré accepta du gouvernement impérial 
plusieurs terrains, qu'il mit eu vente, e:itrautres ce-; lots 
sur 1,. Grande iVllée, où plusieurs amis da progi-èi. a\Mnt 
foi dans l'avenir, ont érigé Ls b>;!Ies tjrrasso^ ([iii eiij^)!ivent 
les abords de la cité, à ptrtir des j'nîttes-à-Xepveu ju-.qu'à 
la nouvelle porte St-Louis. Grâce au^: honorabLrs .MM. 
Langeiier, Shehyn, Garneau ; grà:e à MM. Ilamol, Hilo- 
deau, Joseph, Turcotte, Daqujt, Stavel\'. R Oi, le nouveau 
Québec, comme Ncw-Jùfiuihiir^i;;, se dév'eloppe à côté de 
la vieille ville avec tant de rapidité que bient(')t, quand le 
parc projeté de la province de Québjc. sou^ l'heureuse ins- 
piration do MM. LeSage et Taché, sera entré d.in-, le 
domaine des fûts accomplis, tout ce quartier i.leviendra 



(1) H:uul)M est 11' nom il'iiiio villi- iliiii:- !>' Sml <!•> l'hitm'l.'. 

\i\ I, ^ .'p il Vriiil>ri' 17r."i, Il Mt lin ' iriirlill.'ric, I, im'», l(r,ii|ii:iil :'i 'iiiilr.' i- -iit^ m 
(li'rt murs, vU ii-vis la y^tU- il, mi", un ■ tmtt.'ri.' il^' rini( iiio •"< l.'Lt'T't i-t d'nii o 
(iiinr liuinlrir.i'i- et in.'i'MiliiT l:i ville' . :i'i i'iii.|iii"ni • .joiiv il ■ l'i'li^' il il", li' i,'.-ii'T:il M 
(/i>in TV v.n lit inM|iii'ti'r i-n p •r.-mnni' citti li itt.Tii' ll^lltl■^f,■• ■l'un r.li-iiiir'i' m •iit nim 
ri ' «Mtiiiinx, i-i'i(i|ilis ili- ni'ij', ipii' l'on .-irrixait i-l ipii- !>• Iri>iil imiiu' 'liiit ; on nnniini 
fi)rtitic':itiini mm ■ a'<nrzil":l |>lnii.l-i 1,1 liltt.Tii- '/''(■■■ 1-. KUr «" tr>'.n!<'t si fiilliif rt n r 
i<,'i' i\ ru'.tilliTii' |Mii-c<;niti' il ■ (' irli'tun i|iii lii t'miilio.v.i ili'n ninr-t, ipii- MinKtfoini'ry li 
or.lr.' un ('.i|iit:iin" 1/inili il l'.-va ui'i-, r' i(Hi mt lii-n. 0,ifc •</ ll'i(i/iiii;/fii»i. luir \V 
iiijli'n Irvmu, Vol. II. |i. liii. KilitiDn il' l-^SÎ.» 



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MliT 
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Xlifi- 

inna 
aKli- 



% 



166 



BANDON-LODGE 



pour la vieille capitale un vrai décor, objet d'intérêt pour 
les étrangers, d'admiration pour tout Québec. 






« * 



Mais enfin, me direz-vous : "Voilà qui est bien, mai* 
pourquoi tant de peine pour décrire une villa qui n'existe 
qu'à l'état de souvenir ?" 

Voilà, précisément, où je voulais en venir : c'est ce sou- 
venir que je me propose de restaurer, d'exhumer de l'ou- 
bli, des cendres qu.» cent ans y ont accumulées. 

Nous sommes en 1782. Quel est ce vaisseau de guerre 
mouille en rade sous les canons du Cap-aux Diamants 
avec pavillon anglais ? 

C'est le S/ofl/> of zi<ar, Albeniarlc, de 26 canons, com- 
mandé par le jeune capitaine Iloratio Nelson. 

Si vous avez 'lu respect pour le génie, inclinez-vous de- 
vant le futur Vttinqueur à Aboukir, à Trafalgar, à Copen- 
hague, le Titan de la mer qui a changé la carte de l'Europe 
au profit de l'Angleterre. 

Mais le futur foudre de guerre n'a que vingr-quatre ans. 
Accueilli au château St-Louis et dans les meilleures mai- 
sons de Québec, il semble on 17S3, plutôt se rappeler 
qu'il n'a que vingt-quatre .ms que rêver à foudroyer 
l'ennemi traditionnel de l'Angleterre. Vous savez 
sa glorieuse devise sur le tillac de son vaisseau le " Vie- 
tory " : " EncL.AND EXI'KCIS EVKRY M AN TO-DAV TO DO 
MIS DUTV." \'A\ bien, une autre devise anglaise lui siérait 
mieux à Québec : " T'is love tiiat marks tifk wokld 

GO ROUND." 

Il s'est épris d'une Québecquoise d'une ravissante beauté. 
Ses biographes Southe}', Lamartine et autres nous le re- 
putent : le nt)m de cette Hélène est Mary Simpson, fille du 
maître de Invidem-Lodgc, parente des Thompson et des 
Prentice, uu Chicii-d'Or. 

L'auteur de V Histoire des Girondivs nous dépeint comme 
suit le délire amoureux du jeune capitaine : 



ESQUISSES 



167 



•• Au printemps de 1782, le brick A/ôcwarU, commandé 
par Nelson, reçut ordre de retourner en Amérique. En 
approchant des côtes du Canada, Nels )n fut poursuivi et 
entouré par quatre frégates françaises, dont il allait être 
la proie ; mais préférant là porte de son vaisseau à riuuui- 
liation de se rendre, il lança son brick à pleines voiles sur 
des bas-fonds, où la mer mugissante menaçait de l'échouer 
à chaque vague. Son adresse et son bonheur lui firent 
franchir cette barre que des frégates ne pouvaient appro- 
cher. Il passa quelques mois à Québec. ICpris d'une 
ardente passion pour une belle Canadienne d'une classe 
inférieure à son rang, il n'hésita pas à sacrifier son ambi- 
tion à son amour, et à quitter le service pour épo ser celle 
qu'il aimait, au moment où l'escadre faisait voile pour 
rEur(»pe. 

" Les officiers, inquiets de son délire, descendirent à 
terre pour l'arracher à son idole, et lui firent violence pour 
le rapporter à son bord. On pressentit dès cette épocjue 
que l'amour, cette ambition insatiable des âmes tendres, 
serait recueil de sa vie. " [Nelson par ./. DcLa::iart\iu\ 
page *6 — Hachette 1859.] 

" Précédemment à la scène mentionnée \y\x Soutiie\' et 
Lamartine, XAlbcviarlc, qui avait fait voile, était à l'a-u-ie 
au tvou St-Patricc, Ile d'Orléans, lorsqu'un matin, un 
familier de Nelson, Alex. Davidson, au rapport d(.; Southe)-, 
— M. Lj-mburner, au dire de l'historien Smith — rencontra 
le capitaine Nelson à la laisse- V^ille et s'enquit de la cause 
de son retour à C)uébcc. Nelson avoua ingénument (lue 
la vie lui était intolérable sans la présence de celle (ju'il 
aimait. 

— Mais, lui dit Davidson, si vous prenez femme à votre 
âg<-, vous ruinez du coup votre avenir dans la marine. 

— Eh bien .' soit, répliqua Nelson. Je consens à renoncer 
à tout, à Westminster .' bbey même, pour é[)ouscr la belle 
Canadienne. 



tt 



ITjS 



l'.ANP.iN-I.niXiK 



C'est «ilors que ses amis juj;crcnt urfjent de l'arracher 
de >uite .lUX tloux sourires de sa Juliette, laquelle. aU 
rapport de l'iii^torieti Miles, qui a fait de sérieuses recher- 
ches pour tlébrouiller cette affaire de C(Lur, épousa plus 
tard le major I\I.ithe\vs. secrétaire de Lord Dorchester, et 
passa à Londres avec son époux, qui plus tard fut nommé 
gouverneur de Clulsca llospital. Madame Matliews expirait 
à Londres à un âije avancé en 1.^30, conservant jusqu'à la 
fin le tendre souvenir de son prenîier amour. Miss 
Simpson était vraisemblablement amie des nièces de Miles 
l'rentice. le lUiniface du vieux café qui alors existait sur 
le >ite où notre lUireau de poste a été éri^é depuis — le 
Cliii:i d'or. Il a fallu déchiffrer bien des anciennes lettres, 
des documents vermoulus récemments découverts, pour 
identifier !a belle personne à laquelle Southcy et 
iJeLamartine font allusion sans la nommer. 

Voilà donc un des souvenirs de /><i/nfoii-Lo({'j'r. 

Je ne i)uis dire si le propriétaire actuel retiendra à sa 
fastueuse résidence le nom d'autrefois; je 'espère. (\) 
Vous avouerez, mon cher antiquaire, (]u'il y a ici d'amples 
matériaux pour un joli roman historique, et que l'héroïne 
de notre ami ^Llrmettc. Mlle île Rochebrune, ^vc fut pas 
la Ncule belle Canadienne, aux anc.ens jours, ])our qui la 
Orande- Allée eut (\c^ charmes. 



<U 1». |"ii>' cini' ron limiod dut i'! ■• IviciM «. M. Siicliyii m n^t.nii-.' m n.iil !■ imni il 

IVitllIi'lHT Hi>lll\nti-Li>llih • 



r\: i 



u 



"Ja'ASILE CHAMPETHE. Grande Allée 



.1- sn 



(I753-IS44) 

'■ \\'i" caii m:iki' dur livi's siiMiiiir 
Ami, ili'|i:ii iiiij, li'iiM' ln'hiiid 111, 
KoiUiU'iiit? un tlic hiikI uI' tiiiii'." 

]<(iMiKKI.I.ci« 

S/a, viator ! Au sortir de l'antique cite, saluez, en pas- 
sant, la villa ensoleillée où ^.'écoulèrent tant de jours bien 
remplis d'un vrai patriote, Josceph François l'errault, le 
vénérable pionnier, en cette ville, de l'éducation popu- 
laire. 

Au haut de cet historiijue plateau, sur le côté nord de 
la Graudi-AlL'c, que nos pères désignaient sous le nom de 
Jhittcs Ni-pvcii, et nos contemporains, sous celui de Côte à 
Perrault, vo}'ez, à l'extrémité d'une ombreuse avenue, une 
lon^^ue maison blanche, à lui étajje, avec mansarde, mode 
•d'habitation simple, assez usité encore il y a une quaran- 
taine d'années, mais en désaccord avec le faste moderne. 
Le grand mai près de la piazza n'annonce pas la présence 
d'un capitaine de milice des anciens jours mais simple- 
ment le séjour d'un opulent constructeur de navires, M. H. 
Dinning, qui ne manque jamais d'y arborer le pavillon du 
Canada, le ler juillet de chaque année, — l^ou.hiion Day. 

Ces Buttes qui dominent notre mémorable champ de 
bataille, nous associent en effet aux souvenirs les plus pal- 
pitants des annales de notre ville; près de là se rencon- 
trèrent, en 1759, IMontcalm et W'olfe ; en 1760, Lévis et 
Murray ; et en 1775-76, la soldatesque cupide d'Arnold y 
pénétra plus d'une fois malgré le chevaleresque Guy Car- 
leton. 

Pour peindre ce champêtre réduit, il suffit d'ouvrir l'ex- 
cellente biographie de son fondateut, M. Perrault, écrite 
par son petit-fils, le Or Prosper Bendcr. Voilà, sachez-le 




I! ! 



( 

Ht 



170 



l'asile CHAMPETRE 



bien, une de nos plus anciennes villas, Julvioiit, Hollaïui- 
Hoiisc, Poxvdl- Place et Haldimand Hoiisc exceptées. 

Rien de plus pittoresque que ce.site aux long jours 
d'éti. A 1 ouest, les fertiles campagnes de Sillery, de Stc- 
Foye, accidentées de grands bois, de gras pâturages, de 
vastes champs de blé ; au nord, quelque peu dans le loin- 
tain, Ciiarlesbourg, Beauport, etc., avec leurs blanches 
maisonnettes échelonnées au versant des Laurentides ; 
au sud, les Plaines d'Abraham flanquées de leur quatre 
massives tours Martcllo, sentinelles oubliées d'un ennemi 
qui ne reviendra plus; à leU, le subliinj Cap-aux-Dia- 
mants ; les murs austères de la cité, hérissés de canons ; 
puis, les verdoyants beaucages de l'Isle d'Orléans tennent 
la vue. Inimitable mise-en-scène ! 

La résidence du vénérable protono'aire, érigée sur un 
lot de quatre arpents, entourée d'un mur solide, nous dit 
son biogiaphe, était un modèle de bon goût, de confort. 
Laborieux, patriotique, lettré, il lui fallait un local ample 
et bien aéré pour ses livres chéris, sa bibliothèque où se 
passait une notable partie de son existence : cette pièce 
était située dans un des pavillons ; à une extrémité, dans 
U'i pavillon scnblable et surmonté, comme l'autre, d'une 
petite tourelle Normande, se trouvait un mignon réduit, 
pourvu d'un calorifère ; c'était un conservatoire pour 
héberger pendant l'hiver les fleurs txotiques — la première 
serre-chaude, dit-on, construite à Québec. 

Les allées du jardin se perdaient sous de grands arbres. 
Des parterres semés de fleurs de toutes espèces, un étang 
pour les oiseaux de basse-cour, etc., un amp e jardin po- 
tager.un verger abondamment planté d'arbres fruitiers bien 
choisis ; aux angles du jardin, de grands vases remplis de 
fleurs : rien ne semblait avoir été omis dans ce petit Eden, 
dont le maître était horticulteur. Aoriste, agriculteur, 
homme de lettres, philantrope. 

Au dessus de la porte d'entrée, était inscrit en lettres. 
d'or : Asj'le Champrtre. 



ESQUISSES 



171 



Si M. Perrault avait su se ménager des jouissances in- 
times à l'intérieur de son foyer, il s'en était créé de plus 
vives au dehors, en consacrant sa fortune et ses veilles à 
la diffusion de l'éducation parmi le peuple, (i) 

Par la date de sa naissance, le spirituel et excentrique 
patriarche remontait à l'ancien rct^imc français, étant né, 
le 1er juin 1753. 

Le traité de 1763 rappella son père et sa f.unille à 
Québec, cette année-là ; le fils fit ses études a m Petit Sémi- 
naire. Son aïeul, François IVrrault. était lils du Dr Jo- 
seph François Perrault qui av.iit pratiqué la chirurgie en 
la cité de Cosiie-sur-Loire, diocèse d'Osaire. Etabli en Ca- 
nada au commencement du siècle dernier, il y épousa Mlle 
Carcy, fille de M. Page Carcy, le 2 nov. 171 5. l'.igé Carcy, 
fut maître du Havre à Québec. C'est de lui que la célèbre 
pointe-à-Carcy, où est construite la douane, a pris son 
nom, croyons-nous. 

A l'âge de 19 ans, c'est à-dire en 1772, le jeune Perrault 
s'embarcpiait, avec ses parents, dans un petit vaisseau- 
côtier pour la Nouvelle-Orléans, où son père avait or.vcrt 
une maison de commerce, pour la vente des pelleteries. 

Après une traversée périlleuse, il atteignit cette \ille où 
il séjourna plusieurs années aprè-i s'être arrêté à Cuba et à 
St-Domingue. 

Dans une excursion qu'il entreprit au fort de la guerre 
de l'indépendandance des Provinces ingl lises, aux Illi- 
nois, en 1778, il fut fait prisonnier par !es liKliens -. t n'é- 
chappa au massacre de ses compagnons de voyage que 
par une espèce de» miracle ; après avoir subi îles souffran- 
ces inouies dans les forêts de l'ouest, il fut livré c mme 
prisonnier aux autorités anglaises du h'ort de Détroit. 

Meurtri, exténué, couvert de cicatrices, il s'adressa à 
so!i oncle maternel, M. Jacques Dupéron Haby, qui faisait 
la traite en cet endroit ; celui-ci en prit soin, le rendit à la 



[1] il avait fimdr do si's deuiiT» pliisiciira l'culcs, dans lo voiaiiiatio ; il fut lo pn iiikt a 
y iutroJiiire lu «ystùme de Lancafitt-r alors ou vouuc. 



172 



L'ASII.K CIIAMI'KTKE 



santé et l'expédia SOUS escorte au gouverneur Halcliiuand, 
à Québec. 

De retoui au Canada, aidé d'un emprunt effectué de 
son oncle Haby, ilnnt il devint l'a<;ent, il ouvrit un com- 
merce de pelleteries à Montréal, près \\ porte (/ds Rvcollits, 

Le lo janvier 1782, il y épousait Délie Ursule McCarthy, 
fille du major McCarthy : seize ans plus tard, la mort lui 
ravissait à (^>aébec sa compaç^ne dévouée. Son comn;erce 
ne prospéra qu'à demie. Comme il n'y avait à Montréal 
que quatre avocat', prati'iuants, M. l'errault s'adonna à 
l'étude, et bietitôt, à la pratique du droit, comme moyen 
de subsistance pour lui-même et sa famille. 

iji 1795, Lord Dorchester K: nomma greffier de la Paix 
à Québec, charge devenue vacante par le transfert de M. 
Pierre l'anet, nommé juge à Montréal. II vint donc à 
Québec. 

lui 1797, il fut fait " Régistraire des naissances, de-? 
mariages et décès " ; protonotaire de la Cour du IVanc du 
Roi, en 1S02, charge qu'il occuiia jusqu'à son décès. M. 
Perrault rc|)ré-ienta en chambre le comté de Ilun'Jngdon 
pendant les cincj sessions du troisième parlemen. et \' 
présenta des projets de loi pour amender le mode d'éduca- 
tion. I".n iSj3 il accourait sous les drapeaux comuie Lt. 
Colonel de milice : mais rin>,tructi()n tlu peui)le, l'amélio- 
ration du sort des masses, tel fut le rêve de >a jeunesse, de 
son âge mùr et de sa vieillesse. Ses écrits sont fort nom- 
breux et pleins d 1 mérite. ( i ) 

(1) X.-H. — No;n l'iiiMniutiTuiis :i:i tiM\ iiil (lu Dr II lui •!• 1,1 liste di'S ÎTrits il ■ .M .Iim, 
Fr*. l'irruull ; 

lo on 17WI, " l." juni' ili' r.iix cl nlli 'irr il.' iiiroiss'. pour la inoviiu"; <li' tiui'lR'C. " 
'io t'U l.siKI, " S.'i'Diiili' iililioii ilc> la tt'ailMi'tiiin il' la lui rarliin"ii!air<', " 
;i() l'ii iwi.l, " Diituiiimiirr piiitalil'it al)iVL:r ili'o Un* ft iv^li't ilii l'nrli'nu'iit l'roviiicial 
du HasCaiiaila. " 
•lo eu I'<lii, •• (^\ii'^tii)iiH rt Ki'piiiHi's Hiir li- droit civil du ItanC.inail i. " 
i'kj eu IHl:l, '• Mauiii-I drs Ilm-iHiiMs ili' la Cour ilu 11. u" du Koi ilu di'<trict il" (Jiiilicc." 
tio en 1«1 1, " i^ucliou-i et Ki'iionsc^ »ur le l»i:''t Criiuiliel. " 
7o l'U J>Vi, " Manuel iirati^iui' d ■ l'Ilciile Kléii.ef.iaire. " 

K) en 1^J^, " Dxiraits lui iuve,dents lin s dii Uc^i'-tri' île In l'révoati! d.' (Jnéliec. " 
',•0 eu 1M2.I, '• Kxtraits ou précédent» «le» arrêts tiren^des'Kejistivs du ciuiseil sup< rieur 
•di' (^uéliee." 

liio en INl >, ■' Traité d.' l.t (ir;ind • et l'iilite Culture, •! voU. " 

Hi> en lf<:iiP, ' l'ian raiioumé il'Kduealion (i.inral.' et l'enuai ente. " 

IJo en 1SI2, " .Moyens il>' l'in^erver mu Institution», notre l,,iiiv.'up et niH Lois. •' 

i:iii en \y.\i, " AlMéiie de l'iii'itiore du Catiaila, l.iiH ;\ ITHI. " 

(Suite de cette note sur la l'ago sui\ inte.) 



ESQUISSES 



^75 



lin 1SJ4, il sfCDiulail ciicty;iquciiicnt le Com'c «.le 
Dalhousic coiniiu: i'un cic'i membres fow 'ateurs île ia 
Sofii/i' Lithyairc et llis(i>rii]in: Pviuiaiit les troubles poli- 
tiques lie 1<'>37-3Î^. il i)ariaj.;eait les iile-t-s modérées île 
Ouesnel — de Xeilson — de Cuvilliti- et blâmait le parti 
extrême de l'ancienue chauil)re d'assemblée. Son biographe 
nous rai)[)elle les touchantes joies du fo)-er (jui ré^Miaieiit 
à Wlsyli C/taiiipi'trc au temjis ^\\ vieux patriote ; M. Perrault 
parta<;eait ses loisir; entre sa famille, ses amis et 
ses laborieuses occupation- littéraires, en attendant calme 
et résigné les ombres île cette nuit sans aurore pour tous 
— et qui terminait M)n utile carrière, le 4 avril 1 S44 — ;i 
rà;4e de 91 ans. 



1 1.» m isu, •• Al>ivtf,". (|.> riii^ti.irc <lii Caiia") i, I7;>1 ;\ \*Vt. " 

l'ii l'ii is:;(i, '• Aluvi,''' ili' l'lli<t.iir,' ilii Caiiaila lHl."ià 1M:I. " 

li'iii «Il \^M, " 'l'iaiti' cl" iiii 'Il riih' V .tii'itiiiri'. " 

17o ni l>.i.!, " ('mil' limai à l'ii^ itfc il-i lialiitaiit:!, tant iiiii'ji'ii:i .nie iioiivoaiix. .li| lias- 
Caiiaila. " 

I~o fil IM.lçi, " 'rrallé cl'au'i-ir'ultnr" ail'iplo aiii'lliiia; ilii ltas-<'alia<l.i, "' 



Sans compter les écrits suivants : 



l'iaiilnyi'rr» ilaii^i il'ux caiisis l'i Irlir.'^ , .Mml.l.s il'iiilrii' il." iiro<viIiin'!< niix tiTiini >h 
la ('mil' Siipcvii'iiii' ; iimiIiIiii il'i'iitiii s (!•' iHdiiMliiros aux !• riiu» île Cmir Iiil'vriiuio. 
M Hi'icli's piiiir ('iisri^iici' la laiiuii" Aiiulai»>'. 
•' ■• l.atiii'' 
■' " riam,ais'" 

" " " ". " l'Arilliiiivlii|UO 

•' " '■ " " l'ns iKi' ili< «lliilirs rih'*ti-< rt tiTr'slrOJ 

" " ■• •' I, 'S l'Xaimtis diM iH'<il>'< priniairoj 

Mann' 1 puir oini'iiipcr le ili's-ijii liiiralr.' 
\'n'i.iMlaii<'H rt voi' ilmiairi'H l''i'aiii;aii. * 

lli^tcl|n! irAii«liti'|-n'. 

Ilisloiri' Saiiito ;rri('nvc< (!•> la n liuioii iliirtii uni', 
l'ri'iivi s lia Cliiistia.Mii-iiiii', lr:uliiit il" ri>|iatriiiil, il ■ I!. \ naril. 
Manuel à l'ii-ia,'" ih ■< liiiltW'i'H il" la ('.nir. 

AIiiiM 1 |ioiir liiiiii-i li'< [larii- ■■ il' m illi"iii.;''i|iir-. ai>plii'iliI.M a-ix ari" ot m'Hori 
Maiiiii'l pKiii' la tiMiti" lira liviis à parlii'H ^iiiipi M't iIdiiI'U'. 
Maiiiiil iMiar l'étinl" du (•iiiiiiiitc". 
MaiiU'l, poar 1'. '''.il' i!"* KfiK'^ s'rnTv) liii's. 



Battlefield Cottage 

Voilà un nom d'une nature fort belliqueuse, n'est-ce pas ? 

Le vieux cotta^^c bâti par feu le lt.-col. Chs. Campbell, du 
•990 régiment — père de M. Archibald Campbell, proto- 
notaire- 'djoint de la cour Supérieure, se dresse, avec sa 
garniture de grands arbres forestiers, sur le fameux champ 
de bataille même où se décidait le sort de tout un continent, 
le 13 septembre 1759. Les années passées, on aurait pu voir 
dans le jardin un puits assez profond. A ce puits se rat- 
tache un étrange souvenir. S'il en est un qui ne doit pas 
l'avoir oublié, c'est assurément notre ami M. A. Campbell 
qui cnl.int, faillit )• perdre la vie. 

Son père décida alors de combler ce puits. C'était 
pourtant un puits qui avait dû s'enorgueillir de son 
passé, car le dit 13 septembre 1759, on y avait puisé libé- 
ralement, pour rafraîchir les lèvres brûlantc< d'un mori- 
bond qui reposait sur l'herbe, à quelques pas, cà l'endroit 
même où en 1S32, les soldats d'Albion élevaient un 
monument (1) ii l'heureux rival de Montcalm. Ce moribond 
se nommait James Wolfc. 

L'occupant de Hatthficd Cottage, M. Charlebois, cons- 
tructeur des édifices du l'arlcnient Provincial, sedoute-t il 
que, chez lui, le sol eit spécialement fertile en j^'rand-^ 
souvenirs, et que les puits, .-/ils j^ouvaieiit parler, pouraicnt 
avoir leur mot à dire ? 



I \\ 



llcic irici 



vil 'liiKInl :- 

" 'l'Iii' «irk ilii •< ariii' ciiilii lo tln' nin-nri, Mt- \:iv;rr Aliilouiii, wli i j.ii< cxii'iit.il i; 
in il vriv ;il)li' i.iaiiiHi, iniil r tlii' ilir •iliiiii n'' Mr. JHuichloek, (.f tlir Hnyul i;ii_'iii''ir 
lli'iiiiil meut lidiri .1 il. ••JL'ii clniwii liy LdiiI AyliinT. 

'l'Iir -pot uliiT' WiillV n ciivrii \\\* tliinl ami di'.'itli ^volllllt\^•a^ in finiit i.f tlii- ri'Ioiilit 
and risiiiv' U'i'iiiiil, sonn'w liât on tlii' liulit ami in ailvaiin nf tin' nionuiuiiit. H'j «as 
lin lui' liiirni' lu tlic Vi .ir. ami siiiipuilrd a^tainil a riuk lavinu l'ii thr siirlacr. 

In a sinall liclil. IIm' prnpirls nf thr l.id' .Mr .Mniilnad, thc uni' in wliit 11 tin' nioiiumetit 
in sitnatid and tlii' propirty of l'Iiailis Caniplull, \'.*i\., fidin alioiit tilty yardt dui- 
lioitli uf tln' fcilnmn, imnn'iliatly jnininu' tin' l'cni-r, niay lu' Hi'i'n lli'' r.inain!* of ih" 
wcll wln-ni'i" Widfi' was j-nppli. il willi «atiT, wln'n layinK liiint and dyin;; on thc siiot. 
now inarki'il liv tlii' colmnn. Tlii^ lias ln'i'ii rvcr known to tlic nid inlialiitants of 
thr in'lKhljorliood a.i \Volti''s Wi'll. <y/i'.v/. 1/ Cinmî./, VuMV, /'. lo;.) 



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MARCHMONT, Grande Allée. 

Quatre-vingts acres d'un terrain amélioré, fertile et 
planche, sur le côté sud du chemin du roi, à l'ouest des 
Plaines d'Abraham, dont une haute clôture les sépare — 
frang s d'une haie d'aubépine dominée d'un verdoyant 
cordon d'érables, de jeunes chênes, d'épinettes rouges, de 
gracieux bouleaux semôs dans la haie à dix mètres de 
distance les uns des autres : voilà la magnifique métairie, 
sur la Grande-Allée, à un mille et demi de Québec, où M. 
Thos lieckett, de la maison Dobell & Cie, Président de la 
Société d'Agriculture du comté de Québec, a . levé son 
superbe petit château. On le découvre indistinctement du 
chemin, tapi sous Je feuillage qui couronne la cime du cap 
altier, au pied duquel murmure notre fleuve roi, après avoir 
déposé sur la rive les ratleaux du propriétaire. 

Occupé en 1819 par Sir John Ilarvey, le commandant 
de la garnison, Marchmont a successivement hébergé sous 
ses frais ombrages, pendant la belle saison, l'évèque 
anglican Mountain, ainsi que d'autres éminents citoyens 
de la capitale. L'historique ruisseau Saint Denis par où 
grimpa Wolfe, sur les hauteurs, en 1759, l'avoisine à l'ouest. 

Ce domaine, le plus avantageusement situé que je con- 
naisse autour de Québec comme exploitation agricole, 
passa il y a une quarantaine d'. innées, à M. John Gilmour, 
un des associés influents de l'ancienne et puissante maison 
écossaise, l'oUock, Gilmcnir is: Cic, de Gl.tsgow. .\I. Gihnoui 
ajouta au corps de logis un co!'.>crvatoiri- pour les tleiirs, 
et des serres-chaudes pour la culture de la vigne ; à sa 
mort qui eut lieu récemment, le lieutcu.int-colonel l'^erdi- 
nand TurnbuU, inspecteur de nos écoles de cavalerie, y 
séjourna l'espace de deux années, avant de s'installer à 
Clermont, deux milles à l'ouest. 

D'où lui vient le nom de Marchmont .' A'iSc-io, mon cher 
antiquaire. 




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ELM GROVE. Grande-Aile^. 

Au nombre des riches propriétés qui firent partie de la- 
succession de feu George Burns Symes et qui échurent à' 
sa fille, Madame la Marquise de Bassano, l'on peut men- 
tionner le beau domaine en face de Wolfefield. 

Possédé d'abord par M. John Saxton Campbell, cons- 
tructeur de navires et qui y vécut nombre d'années, le do- 
maine fut acquis en 1850, par M. Joseph Kright Boswell 
qui y éleva une spacieuse villa, au sein d'une plantation 
d'arbres de haute futaie où l'orme prédomine. On ap- 
pela l'endroit Elm Grave : bocage des ormes. Au départ 
de M. Boswell, la Marquise de Bassano loua Elm Grove, 
en 1878, cà son Excellence, l'ablégat papal, Monseigneur 
Conroy, qui y passa l'été. 

Elm Grove, depuis quelques années, a été acquis par M. 
John Burstall, et sous les soins de cet homme de goût, la 
villa a pris son rang, comme une des maisons de campa- 
gne de première classe autour de Québec. 




WOLKBKIBLID, Grancle-Allee. 

"Jjos oinlires «le la nuit — lo pivciiiicù cscalnilo par Wolfe — 
reiiiiiiiv uuo s,i poijjnéc île liruvi's iloniia iV l'Angleterre — la 
tiloriciisp catastioi)lu! qui termina sa eairiùrn iK même Oii 

elU' avait commencé Ou jmurrait scruter l'histoire 

;incicnne entière et les fastes de la j)hi!osoi)hie on outre, 
■aani rencontrer un fait d'armes plus glorieux. — William l'rrr 

Le succè-s qui couronna le débarquement à SiUery des 
soldats anglais qui prirent Québec, en 1759, de même que 
les charmes du paysage, prêtent à Wolfefield un intérêt tout 
particulier. 

L'un des premiers à gravir la falaise où le ruisseau 
Saint Denis s'est creusé un lit. fut l'intrépide Major John 
Haie, plus tard général, à la tête d'une, compagnie du 
brave Régiment de Lascelles, le 47me. 

L'ordre de marche prescrit par Wolfe, pour escalader 
ce sentier abrupte, fut celui usité par les Sauvages dans 
les bois, un seul homme de front : " Indian file " dit un 
historien anglais. 

A l'extrémité ' : iardin de Wolfefield, on discerne 
encore à ileur do tcn quelques faibles vestiges d'un 
corps-dc- garde français c/i nos miliciens, au nombre de 
cent, en grande partie de Lorette, avaient été placi's on 
faction, sous les ordres du traître ou inepte Capitaine de 
Vergor, (i) le protégé de Bigot : les miliciens tirèrent sur 
les soldats du Major Haie ; puis, disent de vieux mémoi- 
res, croyant qu'ils avaient affaire à l'armée anglaise entière, 
ils prirent la fuite ou se rendirent prisonniers 1 veo leur 
commandant blessé au talon, lequel avait crié : " Sauvez- 
vous ! 

Ceci se passait peu après minuit le 13 septembre 1759 ; 
Wolfe bien que malade et souffrant, organisa de suite, un 
service spécial pour transférer des bateaux au bord du 




(1) N. B. "Co capitaino avait avec lui beaucoup d'habitants de Lorette, dont lo lion 
était i\ la portée do ce poste ; ils lui demandùrcnt la pcnniasion d'aller travailler la unit 
chez eux ; il la leur accord» : on prétend que co fut il condition d'aller aussi travailler 
pour lui, sur imo terre qu'il avait dans cette paroisse." Mémoires sur les affaires lUi 
Caimiîii 1740-CO, p. 114. 



m 



17S 



WOLFEFIELD 




fleuve, des provisions et des munitions de guerre, que l'on 
transportait à force de bras, au haut du plateau élevé en 
cet endroit de plus de cent pieds, 

Oii utilisa pour cette rude besot^ne, les marins de la 
flotte ; le valeureux chef les attendait au haut, où ils arri- 
vaient haletants sous leurs fardeaux et épuisés de fatigue. 
Il leur faisait distribuer des spiritueux ; les encourageait 
de ses paroles et leur promettait une victoire certaine 
et prompte. 

A quatre heures du matin, les bataillons anglais prenaient 
leur position, déployés sur Je plateau à l'est en face du site 
où a été depuis érigé le petit château de Marchmont. 

Au printemps de iSio, une semaine après les 
funérailles du Col. Henry Caldwell, com.me il se plaisait à 
le répéter, un jeune anglais débarquait à la basse-ville de 
Québec: ce jeune étianger, ayant vom Wiliam Price, 
était destiné à prendre une position dominante dans les 
sphères du haut commerce. Ses nombreux moulins, entre 
Québec et Rimouski, ses vastes scieries, ses fermes, ses 
grandes exploitations agricoles, dans les environs de Chi- 
coutimi, le firent nommer plus tard " Le Roi du Sague- 
nay." 

M. Price avait succédé a une autre célébrité locale au 
Sagucnay : M. Peter McLeod. 

Associé de la puissante maison Goldie & Co„ de Lon- 
dres, M. Price, par son esprit d'initiative, son caractère 
honorable, ses succès dans l'exploitation di. produit de 
nos forêts, devint bientôt, dans la rue Saint-Pierre, une dos 
sommités de notre moide commercial. 

Vu l'état affreux de l'hj-giène publique à Québec et la 
défectuosité du drainage dans la ville — M. Price se hâta 
de se choisir une résidence, loin des miasmes de la cité ; 
il venait d'épouser Mlle Charlotte Stewart, fille 
de M. Charles Gray Stewart, Contrôleur des Douanes à 
Québec : quelques années plus tard le ciel bénissait l'u- 
nion, par une famille patriarchale quant au nombre. 



ESQUISSES 



179 



e l'on 
vé en 

de la 
s arri- 
atigue. 
rageait 
ertaine 



Le cottage que le Capitaine Kenelm Chandler avait 
acquis de M. David Munro, sur la rive du ruisseau Saint- 
Denis, près de Spencer Wood, le tentait : il en fit l'acqui- 
sition et lui conféra un nom fort approprié — qu'il porte 
encore : Wolfefield. 

William Price décédait à Wolfefield en mars 1867. 

Le domaine paternel est maintenant occupé par ses 
filles el leur frère, M. John Evaii Price. 



enaient 
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I- ' 



THORNHILL, Sillery 





Vîisoiiiiii'r il'u.. ouro.m, j'ecoiinnia le plaisir 
De Koi'itcr, tnua l(>s soirs, un inomi'Ht Ai' loiair. 
Je; niitri" IcntcmL'ut chez moi, je me iUl:is30 

•îi- tvavirac un .jnrilinj oùj'oconte, on iiiinThiint, 
lit'S ailicux que les iiida font au soleil couchant. 

[CdlTÉE, Promenades et Iiitiriews. 

Une solide maison de campagne datant de 1823, rebâtie 
tn ce joli site — voisin des Plaines d'Abraham — par feu M. 
Alexander Simpson, alors ge'rant de la succursale de la 
Banque de Montréal, à Québec. 

Perchée au haut d'un tertre au nord de la Grande 
Allée, à un mille de la barrière de péage, ^on distingue du 
chemin, à demi voilée par un bouquet de verts sapins, la 
villa de M. Archibald Campbell, Protonotaire-ad joint de 
la Cour Supérieure. Elle tient son nom d'une 
épaisse garniture d'aubépines qui court le long du coteau. 

Une avenue bordée d'arbres, entre deux vallons, mène à 
la résidence, bien pourvue de jardins, de pelouses, de 
balcons. Le fondateur M. Simpson semble avoir été 
amateur de ce confort national, à la foi solide et élégant : 
EngUsJi Couifort : ou en voit des traces non équivoques dans 
son logis et dans son ameublement. Les portes d'entrée sont 
d'acajou solide ainsi que d'autres objets antiques. 

Au temps où notre sympathique Vice- Roi le Comte 
d'Elgin tenait sa brillante cour à Spencer VVood qu'il 
aimait tant, (\) il avait pour premier-ministre l'habile 
financier, Francis Hincks, qui a expiré le iSfaoût 1885. 

Pour être plus près de son chef. Sir Francis Hincks fit 
l'aquisition deThornhill, ou s'écoulèrent pour lui quelques- 
uns des jours les mieux remplis de sa carrière si longue, 



[1] Ou prêtait h. Lord Elgin, les paroles <\ ui suivent dans un do ses di8cour8,au sujet de 
Spencer Wood. •' Net only 'would I gpond hère the rcst of iny life, but ofter my death, 
I should like my bones to rsst in this beautifut spot. <> 



Inisir 
(■ loUir. 
liisau 



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Lau sujet de 
my death, 



ESQUISSES 



181 



et si accidentée ; que d'épineuses questions alors réglées à 

Spencer Wood entre la poire et le fromage ! 

On a dit qu'au siècle dernier Thornhi'l avait été la 
métairie du Lieut. Gouverneur Hector Théophilus Cramahé 
et que pendant cette automne de 1775, si palpitante d'émo- 
tions pour nos grands-pères, messieurs les Bostonais firent 
une visite à ses poulaillers et montrèrent leur appréciation 
de ses grasses volailles. 



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ÎUM'. 



' SPENCER-WOOD. 

"ïlirough thy procn tirovos aiid doop roccdlnR howerg 
IjOvciI Siicnci-r Wond ! liow ofton liavo I striiyod, 
Or iiiuscd awiiy flio cmImi. uiilirokon lioura, 
Iti'iieatli 801111! liioiul oak"s tool, rifrosliinR sliado." 

(l'OL'iii on Spciircr M'ooil, Ailam Kidd, 1820.) 

Du côté sud du chemin Saint-Louis, à deux milles des 
murs de la ville, gît, sous un dôme de verdure, le domaine 
le plus pittoresque de Sillery — d'aucuns diraient, du Ca- 
nada : Spencer Wood. 

De 1780 à 1796, on connaissait cette célèbre résidence 
vice-royale sous le nom de Powell Place, du nom de son 
propriétaire alors, le Général Henry Watson Powell. Elle 
prit ensuite le nom de Spencer Wood du très honorable 
Spencer PercevaU'illustre parent de l'hon. Michael H. Per- 
ceval, dont la famille demeura propriétaire du domaine 
depuis 1S16 jusqu'en 1833 ; alors Spencer Wood fut 
acheté par feu M. Henry Atkinson, négociant riche et 
avantageusement connu à Québec. 

L'hon. H. Perceval, membre de l'Exécutif et du Conseil 
législatif, fut aussi percepteur impérial des Douanes de 
Sa Majesté, à Québec jusqu'à sa mort, arrivée en mer, le 
12 octobre 1829. Son traitement annuel était de huit mille 
louis sterling. Les Perceval y vécurent d'une façon fort 
distinguée pendant plusieurs années. Québec conserve 
encore d'agréables souvenirs de leurs brillantes réceptions. 

De même que plusieurs villas royales d'Angleterre et de 
France, Spencer Wood a eu ses alternatives de splendeur, 
d'isolement et d'abandon, quelque courtes qu'elles aient 
été. 

Jusqu'en 1849, Spencer W^ood comprenait la propriété 
voisine. Spencer Grange. Cette année-là, M. Atkinson 
vendit la plus grande moitié de sa propriété au gouver- 
nement, pour servir de résidence à l'aimable et hospitalier 
gouverneur, le ccmte d'E'gin, en se réservant la plus pe- 



ESQUISSKS 



183 



Ipriété 

tinson 

luver- 

italier 

3 pe- 



tite moitié, sur laquelle il érigea des eonservatoires de 
fleurs, des serres, etc., beaucoup plus considérables que ne 
le sont ceux de Spencer Wood p'"oprement dit. 

Il y a une description du jardin de Spencer-Wood dans 
\ Encyclopcdia of Gardcniiig, à la page 341, et aussi dans 
le Gardencrs Magazine de 1837, à la page 467. C'est à un 
jardinier paysagiste, M. P. Lowe, maintenant en chxri,'e 
du conservatoire de Cataraqui, que le jardin de Spencer- 
Wood était redevable d'être cultivé avec un goût si 
exquis et d'avoir été un objet de curiosité [jour tous k's 
étrangers iiui visitaient Québec. 

Nous pourrions rappeler le temps où cette pro- 
priété s'étendait depuis Wolfefield, dans le voisinage de 
Marchmont, jusqu'au méandriqu; ruisseau IJelle-liorne, 
qui coule tout juste au-delà de la loge du concierge à 
Woodfield, vers l'ouest ; le ruisseau historique Saint- 
Denis, que le lient. Général Wolfe, gravit pour vaincre 
ou mourir, le traversant à Thornhili. C'était alors un 
domaine de plus de cent acres, — digne résidence pour le 
plus fier baron que l'Aiigleterre eut pu nous envoyer 
comme vice-roi. Borné à l'est et à l'ouest par deux ruis- 
seaux ; isolé de la grande route par un épais bocage de 
chênes, érables, pins et ormes, — forêt pour ainsi dire 
vierge, ne livrant que ça et là passage à la lumière à travers 
le labyrinthe de ses avenues ; paysage saisissant, dont les 
ombrages estompaient les teintes douces des tapis tle ver- 
dure: le tout était digne d'une demeure ducale, (i j 

Un jardin féerique de fleurs était situé en arrière du 
château au nord ; jadis, il eut le [)rivilège d'attirer bien 
des regards. Il y avait aussi un grand jardin fruitier et 
potager bien entretena ; il était émaillé de i)late-bandes 
de fleurs ; le centre était orné de la plus charmante fontaine 
circulaire en marbre blanc*, alimentée par un filet d'eau 
vive du ruisseau Belle-Borne, au moyen d'un appareil 



I; 



[Ij Ia" li'ctour lU'siroux <li< so roiiscimior iiliis amvloini'ut sur ci'tti! lii'lli' résitlciici- ont. 
prié tUi rcfOriT ,1 lii (U'acrii)t ion couti'uui' dans V Whiim Aii. Tourintectii, lu dt'si'iiptioii 
encore iilus ilctaiUùo dans le PictHres<pic Quehvc. 



i84 



sri:\CER-wooi) 






hydraulique sous terre ; des balcons, des belvédères 
étaient érigés dans des endroits exposés au-dessMs de 
précipices béants, et sur deux pointes, l'une rej^ardint 
Sillcry et l'autre, l'île d'Orléans ; ce fut le lieu de maiutes 
gaies réunions où l'on prenait le thé, où l'on faisait sauter 
le Champagne. Faut-il' aussi mentionner les pavillons, 
les chaises rustiques perdues dans les bocages, un superbï 
boulingrin et des places de jeux de paume. 

La villa elle-même renfermait une collection choisie de 
peintures de grands-maîtres, une bibliothèque bien assortie 
d'ouvrages rares et de valeur, de missels romains cnlumi- 
né'-, de riches portefeuilles avec gravures curieuses, de 
statues antiques, de gracieuses statuettes, de médailles, 
d'objets d'art acquis par le propriétaire durant quatre 
années de séjour en Italie, en France et en Allemagne ; 
c'est ainsi que nous nous rappelons Spencer Wood aux 
jours radieux du passé alors quec'était la résidence choyée 
d'un homme de goût, feu M. Henrj' Atkinson, président 
de la société d'horticulture de Québec. 

Au commencement du siècle, Spencer Wood, comm^ 
nous l'avons c;éjà dit, était connu sous le nom de Powell 
Place. 

Son Excellence Sir James Henry Craig y passa les étés 
de 1S07, 1808, 1S09 et 18 10 ; mais l'air salubre de Powell 
Place ne put effectuer la cure de la craelle maladie qui 
l'obsédait 

L'historien Robert Christie a conservé, entr'autres 
documents, une curieuse lettre de Sir Jamss à son secré- 
taire et chargé d'affaires, à Londres, l'hon. Herman^Wistius 
Ryland, en date de Powell Place, le 6 août 18 10. Dans 
cette lettre, il caractérise dans un langage un peu parlemen- 
taire le coup-d'état qui avait fait consigner à un donjon, 
à Québec, trois des membres les plus marquants de la 
législature: MM. Bédard, Taschereau et Blanchet, avec 
JVI. Lefiançois, imprimeur du Canadien, pour s'être livrés 



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r.S(.>uissi':s 



185 



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^rés 



dans ce journal à certains coniinentaires sur politique 
coloniale de Sir James. 

Voici cette lettre : 

"Sn< Ja.mks Craii; A M. Rvlanh. 

"Québec, Powcll Place, 6 août iSio 
"Mon cher Ryland, 

"Jusqu'au moment où j'ai pris la plume, je pensais 
avoir beaucoup à vous dire, et à l'heure qu'il est, je me trouve 
pour ainsi dire sans sujet''* ''. Nous sommes restés bien tran- 
quilles ; tout ce qui se fait, se fiùt en silence Je n'ai aucune rai- 
son de penser cependant qu'il soit survenu de changement dans 
l'espiit public ; je crois qu'il reste dans le mOme état. (I.'évéque) 
Plesais, au retour de sa tournée, a reconnu devant moi qu'il a 
raison de penser que quelques-uns de ses curés ne se sont pas 
conduits comme ils auraient dû le faire ; il achève en ce mo- 
ment le reste de ses visites. 

"Blanchette et Taschereau ont été tous deux relâchés par suite 
de mauvaise santé ; le premier est allé à Kamouraska prendre des 
bains ; le dernier n'est sorti que ces jours-ci. 11 a envoyé de- 
mander au juge-en chef (Sewell j s'il consentirait à le recevoir ; 
celui-ci a répondu qu'il n'avait aucune objection. Le juge en 
chef est convaincu qu'il est jnarfaitement converti. Il lui a assuré 
qu'il croyait de son devoir de saisir toute occasion publique de 
montrer, par tout acte qu'on lui indiquerait de faire, son acte de 
contrition de sa conduite passée." (1) 

Si les noms des visitants illustres sur le registre de 
Spencer-Wood peut rehausser l'intérêt que la place peut 
avoir, on pourrait rappeler celui de Son A. R. le prince de 
Galles, qui visita en 1860 ce site, plus d'une fois parcouru 
et admiré de 1791 à 1794 par son aïeul, le prince 
Edouard, duc de Kent, dans ses promenades autour de 
Québec avec la séduisante baronne de Saint-Laurent. On 
peut signaler aussi entre tous ceux qui furent familiers 
avec les airs de Spencer Wood, deux autres princes 
royaux, le duc d'Edimbourg et le prince Alfred, la Prin- 
cesse Louise, le Prince Léopold avec forces ducs, et comtes, 
les ducs de Newcastle, de Manchester, de Ikickingham, 
d.Argyll, le prince Napoléon, les généraux Grant, Sher- 
man, etc. 



[1] Sir James, ou nous nous trompons fort, se faisait illusion en ceci. [J. M. L.] 



i86 



Sl'lCNCEK \V0( )D 



Depuis la Confédération, Sir \. F. HcUcau et les lieu- 
tcnaïUs-j^ouvcrneurs Caron, Letellicr de Saint Just, et 
Robitaille ont successivement occupé Spencer-Wood. 
L'IIon. L. R. Masson, en prenait possession comme Lt, 
Gouverneur, le 7 nov. 1884, le jour même de l'anniversaire 
de sa naissance. Amateur de l'histoire catiadicnne, il vient 
d'y installer sa riche collection de livres, etc., de Mémoires, 
de Hrochures, se rattachant à notre histoire. 

Spencer Wood est devenu la propriété de la province de 
Québec au temps de la Confédération, par don gratuit de 
la Puissance, fi la condition expresse qu'elle continuerait 
comme par le passé à être la résiilence gubernatoriale. 
Réduite maintenant de moitié en étendue, son entretien 
est bien minime, comparé à l'époque où, résidence d'un 
simple particulier (M. .VtVinson,) elle comprenait le 
domaine voisin. 



8PENCER GRANGE 



" l'ii ni.l iiiMrt lo fiMill;iL"i' 

l'ii ininiDir (hina li'^ Ihih."'— | Vir imi llruci : L,n Hi'iin.] 

Lorsque Spencer Wood devint la résidence vire-roj-ale 
de Lord Elpjin, l'ancien maître du domaine, feu Henry 
Atkinson en réserva la plus petite moitié, h l'ouest où il 
se fit conr.truire une 'jolie villa qu'il nomaii Spencer 
Granj^e. [i] 

Le gouvernement y eriy;ea ,-i l'est une liante muraille en 
briques, entre les deux domaines, pour la culture des 
fruits e!i espaliers. Sjjencor Grange, qui comprend à peu 
près quarante acres de terre, se rétrécit vers le rteuve, en 
une pointe d'un arpent de front ; un pittoresque pavillon 
ou belvédère, penché au dessus d'une murmurante casca- 
telle créée par le ruisseau Bi-f/c J'onic, domine cette pointe, 
d'où l'on obtient une charmante vue du fleuve. 

Bientôt l'on vit surgir à cet endroit des serres, des con- 
servatoires, des parterres, une bibliothèque, plus considé- 
rables que ce qui s'était vu à Spencer Wood même. 

Le paj'sage aux deux places n'est pas identique. L'in- 
comparable spectacle du fleuve, etc., en ce dernier lieu, est 
remplacé par des charmes d'un autre genre : c'est la forêt 
combinée avec la mise en scène d'un parc anglais en mini- 
ture : "a Woodlaiid Scciic' comme l'entendait celui qui en 
conçut ridée. 

Un coquet castel au milieu d'iui bois, ([c:=, massifs de 
chênes, d'érables, etc., groupés symétriquement au sein 
d'une verte prairie ; une longue avenue, frangée d'un côté 
d'arbres forestiers ; de l'autre, d'une haie vive, mène à la 
demeure. En face un orme séculaire, des sentiers (2) déro- 
bés dans la forêt p'imitive à l'ouest, longeant l'historique 

[1] Hi-iimie, on AiiKloterrc, s'oiuploir iKmr désigner 'ine inétairio oriiùP, combinmit l:i 
vie lie cluiteau, avec des occuii.itious aprieoks. 

(2) Le iihis i)ittoros(itio de ces sentiers, A Tourst, a étù nonini6 l'Avenue Aiuliibon , 
pour perpétuer le souvenir de 1.1 vrtsence en ces emlroits, eu 1«4J, du i>rinc'0 deâ natu- 
ralistes lie l'Aniériiiue, Jean-Jacques Auduliun. 






ïSS 



SPENCER GRANGE 



ruisseau Belle-Borne, dont le cours intercepté dans ses 
méandres, alimente un petit étang, abreuvoir chéri des 
grives et des merles à l'aube, puis se irécipitant à une 
hauteur d'une centaine de pieds dans Woodficld Ifarhor 
après avoir reflété au soleil levant les prismes de l'arc-en- 
ciel ; deux jardins,run pour les fruits, l'autre pour les fleurs, 
disposés en terrasses et ceints de haies de lilas et d'arbus- 
tes pour masquer les clôtures et les bâtiments de ferme : 
tels sont .es agréments les plus notables que M. Atkinson 
se plut à semer sur son nouveau domaine. 

Ajoutez-y une pelouse unie ou boulingrin pour le 
croquet et le lazcn tennis, une volière, un musée ornitholo- 
gique et archéologique, une nouv^elle façade plus imposante 
au corps de logis, surmonté d'une tourelle, où flotte, les 
jours de gala, le pavillon du Canada, présenté pour Spencer 
Grange, par les propriétaires des villas environnantes : et 
vous aurez une idée de cette résidence depuis qu'elle passa 
en 1860 à celui qui trace ces lignes : 

BULLETIN ORNITHOLOGIOUE 

Mif^fction friiitanurc des oiseau. \\ 

" Le ler juin dernier, il y avait chez M. et Mme Ornithos, à 
Sillery, la réception ordinaire du printemps : bien que bruyante 
et nombreuse, il y manquait, nous dit notrre reporter, plusieurs 
personnages, j.résents à la réunion précédente. . 

Tout se passa avec un merveilleux entrain ; les toilettes, sur- 
tout les toilettes masculines étaient lestes, pimpantes, bien 
assorties, — quelques-unes môme fon chic. 

Au lieu de la grande migration printanière, on eût crû qu'il 
s'agissait d'une noce : la température pourtant était froide, et le 
temps n'était pas '"aux oiseaux" ; des l'abord, ce gai monde 
semblait un tant soit peu attristé ; on eût dit qu'ils regrettaient 
l'absence de leurs pardessus et de leurs paletoti d'hiver. Peut- 
être cette préoccupation ét,ait-elle due à la présence d'un érne- 
rillon qui rôdait dans les environs. La réception eut lieu au salon 
principal, c'est-à-dire au musée ; le dôme verdoyant d'un grand 
orme voisin servait à ces visiteurs ailés, de salle d'at 
tente. Voici quelques détails pour les curieux : le laquais de 
service a eu l'obligeance de passer à notre reporter, . M. Colibri, 
les cartes de ces dames et messieurs : tous paraissaient fiers de 



II 



ESQUISSES 



1S9 



l'il 

le 

Ide 

sut 



leurs prérogatives et avaient leurs noms et prénoms inscrits pré- 
tentieusement sur leurs cartes de visite. 

L'élément clérical, représenté par des rccollcts et des nonnes, 
brillait au premier ranj,^ : c'était M. Ampelis Cedrorum et la 
vcihxQ. Junco Ilyemalis ; le cardinal des années précédentes, 
// sii^nor Pyrani^a Rubra brillait par son absence. 

D'autres artistes, d'un rare talent, s'empressaient de présenter 
leurs hommages au maître de céans : Monsieur et madame 
Tnrdus Migratorius et leurs entants gros comme père et 
mère — qui entrèrent au salon en se trémoussant, sautillant, 
gazouillant, avec un adorable abandon. Les fils portaient 
manteau noir-gris et veste rousse ; leurs sœurs, mantilles grises et 
fichu roux brun. 

On remarquait il signor Melospiza Melodia, ténor distingué, 
accompagné de sa jeune épouse, madame Mclod'a., née Rossi- 
gnol ; puis, trois beaux chanteurs : VLW. Pcnnsyhanicns, Lcu- 
cophrys et IHiacus, de l'illustre famille des pinsons, suivis d'un 
éminent artiste., à la voix sonore, I\L Turdus Solitarius., et son 
cousin, l'harmonieux baryton, l^urdns Wilsoni, dont les notes 
limpides, aériennes ont jeté tant de lustre sur cette nombreuse 
lignée des Grives : leurs accents respectifs ressemblent à ceux 
de la flûte et du haut-bois On parut fort scandalisé des cris 
discordants d'un couple de mainates pourpres qui se jouèrent un 
instant au commet de l'orme ci-devant mentionné : leur voix 
était comme le grinrement d'une brouette. Un geai bleu ajoutait 
à cette cacophonie ; il n'eut pas les honneurs de la présenta- 
tion ; en somme, un beau succès couronna les efforts de ces vir- 
tuoses, qui s'éloignèrent .fans se dire adieu." (L'Electeur., 24 
Juillet 18S4.) 

X.-B. — L'idéo do cette /tiH^at'sie semblû avoir tl'tO cmpnmtûc i\ un compto-rcndii do 
soiii'ilfible nature drossO par lo côl''bro ])r Couoi, lo si-and oriiitlioljïisto américain. 



i 




|! :î 




(i; SAMOS — Woodfield, Sillery 

La pittoresque résidence d'e'té d'uii prélat français, en 
'733. et la voie publique qui y conduisait, à Sillery, ont 
emprunt.4 toutes deux leur nom au titre épiscopal de Mon- 
seigneur Dosquet, évêque titulaire de Samos et seigneur 
de céans, au siècle dernier. 

Il appert, en référant aux relations du siège des Boston- 
nais en 1775-6, que le site avait continué de porter le nom 
de Samos. Je suis porté à croire que ce fut un de ses pro- 
priétaires des mieux connus, Thon. William Sheppard 
qui, vers 1S16, changea le nom de Samos, en celui de^\'ood- 
field. M. Sheppard quittait Woodfield en 1847 et cette 
magnifique propriété passait, par vente du shérif, à M. 
Thos. Gibb, qui l'échangea avec son frère James Gibb, 
l'ancien président de la iMtuqiic de Québec, contre son 
domaine de Bellevue, sur le chemin Ste Foye. Cette région 
bocagère a été transformée en nécropole en 18S0, sous le 
vocable de -SV Pairick's Cciitctcry. C'est sous les pins mur- 
murants de Samos que les fils de St Patrice, transplantés 
sur nos rives, vont maintenant goûter le long sommeil, et 
l'oubli de leurs nombreux griefs, réels ou imaginaires en 
la verte Erin. Que la terre leur soit légère ! 



fja coinpiiciiio (!<• l:i Nouvelle FraïKi'. en ir;4ii, sous radministiatidu <lu Cluvalii r lie 
Mniitnia.^'iiy, ( uiitrila et' terrain, di' trois ariJiiits ilr front à .Ii'an lioiivart dit Lafortuiif. 
.Ii'an Jloiivart M-ndait. en llil'.l. à r.artlu'di'Miy (iandin. Y.w ITnJ le lot était im-sOdé par 
(iiiillaunii' l'riL'é dit Cariv. F.ii ITiit. Nicliolas de la Xoiiiller l'aelu !:• et li' revendit en 
IT.'ll à Jlonsei'^iieur iio^(|iii t, i \é<|iie de Samos. J)n 17il:J. le Séminaire des ]\Iis-io-as 
Ktranevre^s à (,ie,éliec', ifmtéd.'i à 'l'Immas Ainsliy la partie nù s'élevait la ré.-idi'iice de' 
rKvecjiio l)0!-i|net. Le .lu'je Adam Alatiane, en (it l'aciiuisition ru ITiil'. Il y expirait fil 
17:1:2: sa su'ur l)enloi^elle Xsabella Ma!)::ne l'acheta en 17!iJ «'t le revendit en Isu,") à 
rilon. j'NIatliew r.ell. l/llon. William ^lleppard. t'on^!eiller Lé'^iislatil', en fit rac<|uiHi- 
tiepu en l^lli et l'oecupa ,jusi|u'en l'-17. Ce 1/eau domaine tut alors niorselé et eoneéilé eu 
petits lots à nue rente annuelle de six livres dans la liartiu à l'ouest du clieniin de 
"^ainos et forma le xillaeed" Siu'j'pardviili — nom (luo les canadions-franenis ont elu\lij.Té 
en celui de liergerviUe. 



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MONTAGUE COTTAGE, Sillery 

"I kiio'.v ly tho smokc wliicli so uriiccfiilly curli-.l 
Alxivi' tlio uvotn «ood tliat a cuttaKii \vin iioar,'" 

(MOORK'S WooDi'iXKEn.) 

Cher confrère, 

Ce nom va vous remettre en mémoire une af^rcable page 
de la littérature anglaise du Canada, au temps de Lord 
Dorchester. 

Depuis iS8o, le citadin errant ou le touriste séduit par 
le charme du paysage, côtoyant la voie publique qui con- 
duit au Cap Rouge, remarque sur le côté nord du chemin, 
à Sillery, voisin de la maison d'école, style gothique, offerte 
en don à la paroisse par le; lord Bishop ÎMountain, un joli 
cottage, pourvu d'une ample piazza, d'un riant jardin, le 
tout perdu sous l'ombrelle des grands pins du bois Gomin. 
Une vigoureuse plantation d'arbres forestiers y tempère en 
été l'ardeur du soleil : c'est la résidence de 1\I. Alfred P. 
Wheeler, officier de douane, préposé à la surveillance des 
steamers et des voiliers atlantiques ; ces arbres fores- 
tiers, ce sont ceux-là même qu'il )• a plantés, arrosés, 
choyés avec une sollicitude maternelle, égale à celle que 
notre agriculteur éméritc, Henri Gustave Joly, liéploie 
pour ses chères érables à Giguère. 

Je ne sais d'autre motif qui ait pu induire I\r. Whecler à 
fixer ses pénates sur ce coin de l'ancien et vaste domaine 
du col. Caldwcll — dénommé aux ancien-; titres : "Sws 
Bruit," — à part du charme de l'endroit, que cet ardent-culte 
des lettres, qu'il puisa vraisemblablement, dans les salles 
c'assiques de l'Université d'Oxford — ^on .Ir-na Mater — et 
son respect pour les "voix du passé litcéraire." 

Le site, pour sûr, abonde en souvenirs, en romanesques 
souvenirs, d'où la littérature se dégage comme un suave 
arôme : le vase retient longtemps la senteur des roses 
qu'on y a pressées. 



'I 
II 



li ) 



192 



MOXTAGUE COTTAGE 



It r4 



m 



M. Wheelcr, frère cadet .le l'hi-storieii anglais, J. Trilboys: 
Wheeler, raffole de Scott, Moore, Wordsworth, Shelley, 
Byron, Shenstonc, Swinburiie, surtout de Tennyson. 

Les poésies harmonieuses du .'auréat anglais lui sont 
aussi familières que son ikiicr. 

Plus d'une fois, il nous a intéresse par ses profondes dis- 
sertations, aux séances de la Socictc littéraire et historique, 
sur les ineffables beautés d'Enoch Ardcii, Maiid, The Priii 
eess TitnbnetoH, petit poëme peu connu des lecteurs de 
Tennyson, mais méritant de Tètie davantage, comme nous 
l'a dit M. Wheeler. 

Le laïrd de Montagne Cottage savait au reste que le plus 
ancien, sinon le plus palpitant roman de mœurs canadiennes, 
"The history of Eniily Hlontagne" avait, au siècle dernier, 
vu le jour à quelques pas seulement de son cottage et que 
l'amant préféré (S.'Einily, le séduisant col. Rivers, n'était 
autre, si l'on en croit un antiquaire jadis en renom, — feu 
l'hon William Sheppard, de Woodfield, Sillery, — que le 
brave et beau colonel Caldwel'i, alors propriétaire de Sans 
Ih-nit. 

Nul doute que M. Wheeler ne fût sous l'empire de cette 
pensée lorsqu'il signait son titre d'achat avec les repré- 
sentants de feu l'honorable juge George Okill Stuart.qui lui 
cédait ce lambeau de Ilolland Farm, ancien démembre- 
ment de San^i Bruit. Le nom de Montagne qu'il a donné 
à sa jolie résidence commémore donc deux carrières, celle 
de l'héroïnij du roman, iMiiily Montagne, et celle du 
héros d'icelui, le col. Caldwell, un des premiers propriétaires 
du site. 

Que de fois, en effet, la belle Emiiy, si jamais elle a 
existé ailleurs que dans le roman de madame Brooke, a 
dû, au siècle dernier, laisser errer ses pas dans cette ré- 
gion bocagère — avant de succomber à la flamme qui lui 
fit préférer un simple colonel, à la couronne de brillants 
que le b^au, le riche, le séduisant Sir George lui ofifrait ! 

Je parierai que nonobstant votre science de bénédictin 



KSQUISSLS 



Ï93 



a 

', a 
iié- 
llui 
iuts 
lit! 
tin 



sur toul ce qui se îPittache au Canada, le roman de ma- 
dame îîrooke, juisqu'à présent, a été pour vous un livre 
clos ] que to'iit au plus vous n'en connaisse/, que le titre J 

Eh bien 3 moi qui Tai lu en entier, je vais vous venir en' 
aide. D'abord, je vous dirai que je n'en sais qu'un 
seul exemplaire dans tout Québec. Prenons les choses ai) «vo. 

Il y av"ait vers ce temps, au château Saint- Lo''i>, un 
vice-roi, aussi populaire qu'il était amateur des lettres : 
Guy Carleton, plus tard Lord Dorchester. Il parait avoir 
accepté la dédicace d'une œuvre littéraire, en quatre volu- 
mes, portant pour titre : " 'JV^c ///sto/y cf lluiily Mpu- 



tas^-itc. 

o 



C'était une série de lettres échangées entre ICmily Mou- 
tacjue et sa piquante et coquette amie, Bella Fermor, d'utie 
part, et des militaires en garnison à Québec, à Montréal, 
à New- York, aussi bien que des lords anglais à Londres, 
les amis du père d'Emily, d'autre part. Les épîtres d'I^- 
mily et de son intéressante confidente, Bella, sont datées 
de Sillery, et ont été écrites en ijGG-y. 

Les vieux Quchcc Giii'dc Juniks, rédigés ici, en 1829-31, 
par .le colonel Cockburn, par jîourne et autres, répètent que 
la maison où avait résidé la "divine" Emily, avoisinait cuttc 
antique et solide structure en pierres-Kiimarnock — qu ; les 
familles MacXider vjt Graddon ontsuccessivcmcnL occuuéc 
à Sillery depuis le commencement du :•; ccIj. Air, i'^-an:; ; 
Brooke, si l'on en croit ses titres, à la première page de son 
œuvre publiée à Londres, le 22 mars 1769, était déjà 
connue du monde lettré, par un autre roman, intitulé : 
" LADV JULIA .MAXDEVILLE." La tradition veut qu'elle ait 
été l'épouse de l'aumônier d'un des régiments stationnés 
alors à Québec : elle passait vraisemblablement la belle 
saison à Sillery. Voilà tout ce que j'ai pu trouver sur son 
compte. Son roman est une peinture des mœurs du temps : 
une photographie de la société officielle de la capitale, 
mais susceptible d'amélioration. 




u 



194 



MONTAGUE COTTACIK 



Elle nous donne d'agréables esquisses des bals an Châ- 
teau, des pic-nics et partis de plaisir au lac Saint-Charles, à 
la chute Montmorency, des re'unions du Tctudeiii Club ^n 
hiver, et des cabines pour pêcher la petite morue sur la 
rivière Saint-Charles, à cette morne saison, sans oublier 
les grands dîners officiel et le rôle important que les jeunes 
militaires jouaient, dans 1 1 société contemporaine, — avec de 
gracieux tableaux de nos paj'sages, — de notre fleuve- 
roi, — de notre nature grandiose, —de notre beau Canada. 

On se croirait peJque dans le vieux Québec que nous 
avons tous connu et goûté, an temps où notre forteresse 
avait l'éclat et les honneurs d'une 'nombreuse garnison. 
Les séduisantes (i) peintures d'Kmily Montagne et de ses 
amies eurent pour effet d'amener au Canada plusieurs 
familles des rives de la Tamise. Je ne garantirais pas 
qu'elles aient trouvé ici tout aussi couleur de rose que 
l'habile Mme lîrooke le leur avait reorésenté. 



Il] 



(Iii:i.i.A KiMMini! TO jnss Eivi;i:s| 



" Oli ! \vi' aiM vastly tolio pitiol ; iu> licanx at ail at tho soiiorars, only alio'.it six tn 
oiio ; a iiri'tty i)n)|iortii)ii,aiiil wliat l lioiu' always to soo. Wi- — tin' lailios \ iiu'aii — drink 
clincnlato witli llii\ (ii'in'ial ti>-iiioirow, and lu' Kivi's us a l)all on Tliiirailay ; yoii would 
iiot kuow (v>iu.'l)i'c a,i,'ain,n()ltiiii,i,' Imt sniilini; l'aciM now ail i,'ay aaiiovi'i' was: tin» «woati'st 
couiitiy iii tlii' wnrld. Novit l'xju'c-t tosco nie in Kniflanil aiiain ; ono is ivally sonu'hudy 
lii'ii'. I liavo l)00u askod to dauco by only twcnty scwu 



lÎKi-L.v Fi;i;3ioi!. 



" Sii.LKi;v ; ciglit in tho cvcniug, 

(tîlil.I.\ Vr.ItMOli TO LUCY lilVKUS] 

'• Alj-i)liiti'Iy, Luoy, 1 will niarry a savacrc^ and turn sipiaw, fa protty soft nanio for an 
Iiuliaii l'rinocaa ! Ni^vrr was anytliinu; sd (lidi'/litl'iil as tlu'ir livt'H. Thi'y talk (if IVonoli 
liusl)ands, Imt ooininomt nio to an lndi.in,onc wlio lots liis wifc raniblo livo liundicd niili's 
witliout askin;{\vlii'ri! slii' is Lfoini,'. 

1 \v,is sittini; nftor ilinnor, willi a hnok, inatliickft of liawtliorn ni'ir tlip I)oacli, 
vluMi a loud lauiçli calli'd niy atl'Mition to tli" l'ivi'i', wlicru 1 sau' a cauo : ol' savatccs 
niakinij' to tlio slioro. 'l'Iicri! wcr.- six wonirn and tv.o or tliroi' cliililri'n, witliont onc 
inan auioniïst tln^ni. Tlu'y landi'd and tii'd tlu' c-ano,> to tlir root ol'a trci-, antl (indinu 
ont llu> niost aiJ!n>al)li!, aliady Hjiot aniou',' tii ■ bniln's witli whie-li tli^ b.'at'li was <'ovi'ri'(l, 
wliii'li liaippi'nod to W. vcry near nir, nndi' a lii'i'. on wliicli \.\\-\ laid somu' C.sli to liroil. 
und t'i'ti'liin'j wati^r l'roni tho rivi'i', s.it dov.n ou Ihc urass to th'iv IriiLTul n'past l stolc 
HOl'tly to Ihiî housi", and ordi-riiui a ■«■i-vant to Iirin;^' -^onM wino and colil in'ovisiotis, 
retnrn"d to niy S!iua\v>;. 1 aski'd tlinn in Ir.'nch if th' y wi'io fioni Lorctti', tlioy s.hook 
thi'ir li'ads — l repi'at.'d tii" i|u>'sl ion in Kui,'li;ili, wh 'u tli,' oM 'st of thi' wonuMi told nie 
thoy ^v■•l■o not ; that th;'ir Counti-y wa^ on thu hoidorn of Xi'w-Kn^land ; tliat tlniir 
Iiusl)and) b^'in^ on a liuntini,' i)ai'iy in tlio woods, cnriosity and tiio di'siiv tn sco thi'ir 
brothrcn tho Knijliflh who had oan(i\ifr('d (Jnrlu'c, had bnui^lit tlioni np tlin j^roat rivor, 
ilown which thoy wonhl rotnrn as sonn as tlny had sooii ^fontroal. Sho conrt> ously 
askod mi' to sit down aiul oat witli tlioni, wliich 1 oonipliod with and jn-odiicod niy jiart 
of tlio foait. Wo soon bocanio «ood ooiniiany and britrliti-nod tho ohain of friondship 
with two bottli'sof wino, which pnt thi'ni in >.noh spiriti tliat thoy danood, sanii, sliook 
me by tho hand, and ifrow ho fond of ni" that I bo!j;an to bo afraid' 1 sliould not oasily 
not vid of theni. 

Adiou! my father is jiist conio in, and his bronsilit sonio eompaiiy with him froni 
. Quoboo to siii>per. 

B. FEnjion. 



i Châ- 
larles, à 
Club en 

sur la 
oublier 
\ jeunes 
avec de 

fleuve- 
Canada. 
,e nous 
rtcresse 
arnison. 
t de ses 
)lusicurs 
ais pas 
3se que 



iliout six to 

ii'uu— ilriiik 

you wmild 

lu' SWOUtl'st 

ilv somi''i(Hly 



amc for an 

|lk lit' fivncli 

nUoil iiiiU's 

tlio lioncli, 
lui' H;iv;it{i'3 
Jilli;nit oin' 
liul limliii'j: 

|n cilVi'V.'ll, 

te) Imiil, 
|ist l stolc 
jirovisimis, 
Ihcy shnok 
loutolil me 
~ tli:it tlii'ir 
seo tlioir 
■al livi'r, 
r)urt> ously 
my l'art 
|rrion(lslii|> 
shouk 
l)()t oasily 

hiin froin 



ESQUISSES 



195 



Son roman, tiré à une seconde édition, ne ferait pas 
aujourd'hui la fortune d'un libraire. Ses héroïnes et ses 
héros sont généralement trop parfaits ; leur langage est 
guindé, froid, diffus : des Lovelace — des Pamela — des 
Clarissa Harlowe, — tels que Richardson nous les donne. 
Quant à moi, mon cher antiquaire, je préfère la coquette, 
la gaie Bella Fcrmor, à la tendre, à la "divine" Emily. 

Bella ajoute de par temps à autre, d'aimablcr, petits 
Postscriptnm à ses billets : "Adieu, Emily, I am going 
to ramble in the woods and pick berries with a little 
smiling civil captain who is enamoured of me. A pretty 
rural amusement for lovers." N'est-ce pas ? En effet, quel 
charmant passe-temps, un vrai rêve d'Arcadie, pour une 
donzelle do seize ans ! 

Mais je m'arrête. Parles extraits ci-joints vous pourrez 
juger du roman de madame Brooke — En tous cas, 
vous ne trouverez pas malséant que M. Wheeler ait jugé 
ta propos de perpétuer la mémoire d'Emily Montagne 
et vous approuverez, j'espère, les vers de Moore qu'il s'est 
choisis comme devise. 

L'on doit à M. Wheeler la fontaine St. MichacVs UW/, 
récemment ouverte au public. 




l! 



KIRK-SLLA 

Joli nom écossais importé de la Calédonîe par un de 
ses possesseurs les plus populaires,' M. James Gillespie, 
négociant de Québec, pour perpétuer ici le souvenir d'une 
résidence de famille, en Ecosse. 

Kirk-Elka faisait face à Cataracoui et se dressait fièrc 
ment sur les hauteurs de Sillery. Un revers de fortune la 
fit passer à un prince de la finance de la rue St-Pierre, M. 
Ed. Burstal!, qui y sema largement ses écus. A son départ 
pour l'Europe, Kirk-Ella devint la proie des flammes et ne 
fut rebâtie que plus tard. Pendant quelques années, elle 
fut la propriété du fils unique du millionnaire, M. Chs. E. 
Levey, M. Ernest Levey. Vendue par décret, elle échut 
à M, Robert Campbell, jeune membre du barreau de 
Québec, et fils de feu le major Campbell, de Saint-IIilaire, 
près Montréal. M. Campbell s'y livre à l'horticulture sur 
une grande échelle. M. Campbell est également connu 
oour son dévouement aux intérêts du vieux Québec, 
aux jours de gala et de carnaval. Quand il s'agit d'orga- 
niser une fête littéraire ou sociale, une exposition hor- 
ticole où il faut du travail, du dévouemeni, du savoir- 
faire, on peut compter sur cet excellent citoyen pour sa 
collaboration. 



e.: $\fî' 



SOUS-LES-BOIS, Sillery 

Sous le dôme d'un bocage épais se cache à quelques 
milles de Québec, sur le chemin du Cap-Rouge, une 
élégante et modeste habitation, que le regard du pas- 
sant devine au fond d'une longue allée, couverte d'ombrage. 
Cette résidence, où vivait naguère une de nos familles 
canadiennes des mieux connues et des plus estimées — 
celle de M. Errol Boyd Lindsay — s'efface entièrement 
aujourd'hui devant un vaste et superbe édifice qui se 
nomme le couvent de Jésus-Marii;, dont M. l'abbé 
Octave Audct est le respecté aumônier. 

Au milieu des érables et dea chênes, où les oiseaux fai- 
saient leurs nids, s'est élevé un nid de science et de vertu, 
où d'autres petits oiseaux voltigent et babillent. 

Une pièce d'eau pourvue de légères nacelles pour les 
, élèves, de beaux parterres, des balcons, des alcôves de 
verdure ajoutent un charme indicible au paysage. 

A l'avenir le promeneur qui se laisse entraîner sur le 
chemin du Cap-Rouge ne jettera plus seulement un coup 
d'œil en passant dans ce lieu. Il s'y arrêtera, et, s'il s'in- 
téresse à l'éducation, il ira visiter l'établissement et en 
sortira enchanté. Si c'est une femme, elle regrettera de 
n'être plus enfant pour y passer quelques années. 

Les jeunes filles y trouveront ce qu'il faut à la, vie, — 
«des fleurs, de l'air et de la lumière. 



w < 



BENMORK. Slllery. 

Voilà un nom qui me semblait avoir été importe par le 
colonel Wm Rhodes des régions pastorales du Yorkshire, 
Angleterre, où le Nemrod de Sillery a vu le jour : un 
mien ami me dit que la villa portait ce nom, même à 
l'époque reculée où elle était la résidence d'été de notre 
mémorable "Secrétaire Perpétuel" l'hon. Dominick Daly, 
plus tard gouverneur de Terreneuve, etc. Que le point 
reste pour nous au opcncd question^ à moins que vous ne le 
jugiez digne d'être déféré à l'arbitrage de la Société Royale, 

La parole est à l'abbé Provancher : 

LA VILLA DU COL. RHODES 

"Il n'est peut être pas de ville dans l'Amérique du Nord, qui 
puisse offrir dans ses environs un panorama aussi pittoresque et 
aussi varié que Québec, la capitale de notre Province. 
De son enceinte même, pour peu que vous vous déplaciez, vous 
avez à chaque fois des points de vue des plus agréables. Charles- 
bourg, dont les maisons pressées aiitour de son église forment 
un village si compacte ; Lorette, qui a l'air de vouloir se cacher 
derrière ses petites collines ; Eoauport, dont les maisons anti- 
ques sembleraient une rue détachée d'une ville, avec les boutiques 
qui la bordent, pour titre étalée dans la campagne ; la Canar- 
dière, avec ses champs et ses bosquets ; l'Ile d'Orléans qui s'ar- 
rondit si gracieusement au dessus de l'eau ; tels sont les points 
qui arrêtent la vue au Nord et au Nord-Est. Et si vous jetez le 
. regard de l'autre côté du fleuve, c'est la i'ointe Lévis qui semble 
s'avancer pour protéger la ville ; c'est St Joseph que domine son 
église ; Bienville, avec la fraîcheur de ses jeunes années ; Notre 
Dame, avec son église, son collège, son hospice, etc., qui domine 
toute la rade et semble échanger des saluts avec la citadelle,, 
sans s'occuper des nombreux vaisseaux que le flux et le reflux 
promènent à ses pieds, etc., etc Si, maintenant, sortant dç 1 en- 
ceinte de la eité, vous vous aventurez sur le Chemin St Louis 
et de Ste Foye, ce sont partout, villas, beaucages, jardins si 
attrayants que vous vous prenez parfois à maugréer contre la 
vigueur des coursiers qui entraînent votre véhicule avec une 
vitesse qui vous permet à peine d'efileurer du regard le riche 
paysage qui se déploie devant vous. 

Mais voilà que ces deux derniers chemins vont offrir aux tou- 
ristes et au.x amateurs un autre intérêt que la simple ^ ue de 




LSQUISSES 



I9Q 



tou- 
de 



coqufitos villas, avec leurs avenues ombragées, leurs jardins 
émaillés de lleiirs, leurs riants bosquets, etc., dans les institutions 
et les exploitations qui commencent à s'y développer. 

En effet, tout en laissant de coté les magnifiques couvents de 
Bcllevueet de Jésus Marie, qui semblent vouloir faire accroire 
aux élèves que ,es labeurs de l'étude ne seront plus (pi'une récré- 
ation sous leurs toits, nous avons ;i Spencer Grange, M. LeMoine 
avec sa riche collection ornithologiste et si culture de vignes ; à 
Bcnmore, le colonel Khodcs, avec sa culture de fraises et son 
élevage de coelioas, eti; , etc II m'a été donné hier, en compa 
gnie de cpielques auns, de pouvoir visiter c« dernier établisse- 
ment, et je crois pouvoir intéresser vos lecteurs en leur donna it 
(luclques détails :ur ce (pie j'ai pu y remar(iuer. 

. es trois pièces de fraises réunies peuveiit former une aire de 
quatre arpents environs. Les pieds sont à une dista'ice île i j à 
15 pouces dans le rang, et les rangs sont espacés de deux à trois 
pieds les uns les autres. Partout, le terram est dans un partait 
état de propreté, et chaque pied ou talle est entouré d'un fort 
lien en paille, afin que, dans les pUnes, les fruits ne soient pas 
souillés par la boue que les gouttelettes font jaillir en tombant. 
Cette paille ne contribue pas ])eu aussi à entretenir une fraiciieu 
bien nécessaire aux plantes dans les temps diî sécheresse. Le 
sol, de sa nature, est léger et assez pauvre ; mais de copieux 
engrais viennent de temps a autre raviver sa force de production 
lorsqu'elle commence à s'affaiblir. Toutefois, le sol ne nous a 
paru que médiocrement engraissé, et cependant les plantes et les 
fruits étaient partout d'une vigueur (|ui ne laisse rien ,i désirer. 
Dans certains endroits où la cueillette n'avait jkis été faite depuis 
quelques jours, l'abondance des fruits était telle (pielle pouvait 
défier toute compétition ; et malgré cotte abondance, ces fruits 
étaient juteux, savoureux, et d un volume parfois extraordinaire. 
Les espèces auxquelles on donne la préférence sont entr'autres 
la "Jucunda," le "Triomphe de Gand," la '-Wilson's Albaay,' • 
"U'ilson's Seedling," (Filmores, Birr s New Pine J 
' On emploie de 20 à 25 femmes, tous les deux ou trois jours, 
pour In cueillette des fraises. Les fruits sont recueillis dans de 
petites boîtes carrées que le colonel fait venir des Etats L'nis, 
chaque boîte contenant environ une pinte. On donne aux 
cueuilleuses 4 centms par boîte ; et plus d'une d'elles à ce prix 
gagne jusqu'il $1.50 dans environ trois-quarts de jour. Ces. 
fraises se vendent 25 centins la boîte sur nos marchés ; mais 
toute la récolte est vendue d'avance par contrat à un marchand 
qui, comme on le comprend, peut trouver dans ce prix un profit 
raisonnable sur ce qu'il paye au producteur. 

Le colonel croit pouvoir fournir cette année environ 16,000 
boîtes de fraises, et tout indique, quoique ce ne soit encore qu'un 
début, que la production pourrait aller bien au-delà. En suppo- 
sant que le prix du contrat ne fût que de 10 centins la boîte, au 



ÎOO 



IIKX.MORK 



lieu de 25,16,0000 bvîttes formeraient la jolie somme de Si, 600, • 
ce (]ui donnerait $400 pai' arpent. Je me plais d'autant plus à 
signaler ce succès, (jue depuis plus de 20 ans, je n'ai cessé île 
niVfforcor, notamment dans mon /V',i,y/- 6'(r//(?<//V//, de persuader 
nies compalriolcs des grands avantages qu'ils ])ouvaient recueillir 
de la culture des fruits dans le voisinage des villes j'ai pu 
remaripier aussi, à côté de son champ de fraises, des pièces 
d'asperges, de rhubarbe, etc., de dimensions assez considérables. 

^l après avoir savouré les délicieuses fraises du colonel et 
admiré les nombreuses et rares tleurs de ses parterres, vous 
passez à sa i)orchcrie, vous ne serez pas moins étonné, ])our peu 
ijue vous soyioz t;!nt sfiit peu cultiv.iteur, de pouvoir coniiUer là 
143 individus de l'espèce porcine des ])lus belles races connues. 
J,a construùlion de la bâtisse, sa distribution, son aménagement, 
tout anmnice ici i'élevcur intelligent cl l'économii-te entendu. Un 
paie $200 [)ar année |)our les restes d un de nos grands hôte's 
de la cité ; ces restes, têtes, tronçons de (oissons, do volailles, 
légumes, débris, etc., sont jetés dans une chaudière et mélanges 
avec, im peu de son, ])our la nourriture des porcs, qui engraissent 
à vue d'ceil avec ce régime, l-'.t comme toutes 1-s parties doivent 
se tenir, dans une exploitation rurale, on apporte de la terre 
d'une savanne voisine, i)our en couvrir d'une forte ccniche les 
cases extérieures des porcs, t.'ctle terre, fouillée et pétrie par les 
animaux, imprégnée de leur mine et mêlée à leurs excréments, 
forme un engiais dune exce'lente (lualité pour rendre au sol les 
sucs cj! e la culture lui a enlevés. 

La routine, plus partiel lièrement en agriculture peut-être, 
(pi'en toute ;;ulre branche, est dillicile à vaincre; mais si tous 
les amis du jirogrès mettaient au service de la cause agricole le 
même zèle qu'y déploie le colonel Rhodes, on verrait, avant 
qu'il soit longieuips, d'heureux changements se faire remarquer 
de toutes piirts. '' 

li'abbé PROV.VNcnifR 
Québec, 15 juillet 1S71. 

Depuis que M. l'abbé a tracé ces lignes, le Col. Riiodcs, 
.s'est surtout adonné à la culture des fleurs, en serres- 
chaudes, pour l'ornetnentation des banquets, baKs et autres 
solennités publiques. Comme Président de la Société de 
Géographie, il prenait une part active aux réunions de 
l\4ssûciatioii Britauuiqitc, à Montréal, en 1884. 



jodcs, 
;rres- 
[utres 
de 
lis de 



BARDFIELD 

L'cvêque anglican actuel, le Lord IMsliop Williams a 
eu pour prédécesseur un prélat dont la science, l'aménité 
de caractère, la distinction de manières étaient ailmises de 
tous : le Lord Hishop George Jehtjsaphat Mountain. Ses 
aptitudes poétiques, son heureux culte des muses, a valu 
à notro littérature un cliarmant recueil de poésies descrip- 
tives et lyriques dans un petit volume illust- et publié à 
Londres, en 1S46, sous le titre de l'isliop Moiiutaiiis songs 
of tltc ]\'i/(knicss (i) où il raconte et chante les incidents 
de ses missions à la Rivière Rouge, en 1S44. Vers la date 
où le public instruit admirait le plus son (euvre poétique, 
il fut question à une réunion d'amis chez lui, nous a-t-on 
dit, de donner un nom à la villa qu'il venait tl'acquérir de 
I\L r. Ikirnct, négociant distingué de Ouébjc. vVprè-; un 
assez vif débat, il fut convenu qu'on adopterait pour la 
villa, un nom qui résumerait les attribut-^ comme poète 
<.lu nouveau maître et l'on nomma la icsidence : 

liARDl'iKLl) — li'clianiiidii polie 

Voilà, disent les uns, l'origine du nom de la i)ittoresque 
demeure de AI. Albert II. Kurniss qui couronne les hau- 
teurs boisées, au v^^rsant nord du chemin du Cap-Rouge, 
Sillery. 

lîardfield occupe un plateau élevé. Une jolie avenue qui 
serpente sous de vers sapins y conduit par une douce 



(1) S()N(iS OK Tiii; wiLDKiiNKss : hcitir/ Il rdUvcfiini nf jnifiiif. uritteu in ncmr tlilTtri'itt 
partHo/thii ferritiiry iif the I[iiiIsi>h's }i.iy ('di/i/'kh;/, hik/ in tin- Wihin nf l'anmlu, 
un tltc roiitti to that tcrritury in ilie sjiri/i</ mitl siiniiiiif nf 1^14 ,• inti-mpersid irith 
sotne I1,VSTH\TIVE XOTKS, liy Cii'oïKi' J. Mountain D. 1). J^iinl Jiisliop of Montréal (sini'e 
ol'l^iu'bec), London frinicis et John Jiivitir/liin, I^lii. 

V2) ]jo Lonl Kvi'iiuu Mountain,, mort il yiu'ln.'c l'ii iMi:!, n;iqnit il St Andrfwa, N'or- 
wick, Angleterre!, Il) 'J7 juillet 17»!t. Son père fut noiniiié évéïiuo anKlican ili.' (iuél)ce, 
on 1711"), li la reconnuandation (lu célèbre Williimi l'itt, iiu'il avait eonnu ii Caniljridgn, 
la famille était (l'extraction fran(,ai3e : elle avait émigré île l-Vanee i\ la révocatvon do 
l'Kdit de Nantes et s'était établie i\ Norfolk, où elle ac<iuit un petit domaine nommé 
ïhwato Hall : le premier évèiiuc et aa famille, en arrivant fl t^uébec, louèrent Wood- 
fipld où se passa la jeunesse du futur évèiiue jusqu'en IHii'J ; il passa trois ans il March- 
mont, de 1838 l'k 1841, et s'établit finalement à Uardtleld, en IsfiS. ("e nom est emprunté 
A celui d'un domaine de famille en Angleterre, Liltle liarilfield Jliill, comté d'Kssex, 




202 



BARDFIELD 



■ « - 

1 



montée. M, Furniss partage ses heures entre une exploi- 
tation soignée de sa ferme, et ses livres. De vastes planta- 
tions de fraises, de rhubarbe, des couches de champignons, 
etc., y sont en pleine culture sous les soins d'un habile 
jardinier maraîcher. 




Gi- 
ta- 
ns, 
)ile 



CATARACOUI, Sillery. 

Le domaine de Flore par excellence. 

Allez y surtout à cette saison glacée de février, ou la 
nature morne et captive est drappée dans son blanc et 
froid linceuil. 

Pénétrez sous le dôme de ce suave conservatoire, l'or- 
gueil du jardinier émérite, M. Peter Lowe, et lorsque la 
rafifale gronde au dehors — que le frimas dépose sur le 
verre ses fantastiques arabesques, jouissez de l'effet magique 
de cette luxuriante floraison tropicale. 

Les orangers, les camélias, les rliododendrons,les wisterias, 
les roses, les lauriers, les hyacinthes étalent leurs corolles 
resplendissantes, tandis que le réséda, le daphne, l'hélio- 
trope et mille autres plantes vous enivrent de leurs parfums 
pénétrants. 

Qu'y a-t-il de commun entre le féerique séjour que 
notre millionnaire Charles E. Levey achetait de M. Burs- 
tall, au départ de Sir Edmund Walker Head, notre gou- 
verneur, qui l'avait occupé après l'incendie de Spencer 
Wood, et l'ancien fort construit par Frontenac à Kings- 
ton : voilà, mon cher antiquaire, un insondable mystère 
que je n'ai jamais pu pénétrer. Question réservée pour 
l'arbitrage de V Association Britannique^ quand elle reviendra 
au pays, ou pour éclaircissement devant la Société Royale 
du Canada. Avis aux intéressé.-,. 



CLERMONT. Sillery 



I 



.l'aiiiio, (■) turc ln'iiic, nù (Icinncnt nos aï.'ux 
Ti'S lai's il'a/.ur, an fonda dos linis hainionieux 

(tfi iiiiirniiiiv uiH'oiidi' limiiidi' : 
Tes cntiiiMX (''inailli''rt do liaiiicaiix éclatants 
(^ui 30 miieiit au loin dans lc>a lluta trausiiaranls 

De ton flcuvi' laiffo ot iai>ido. 

(Hijinnc n lu indrit' et itu.i- n'i'enj'.) 

II. ,1. ('. KlSBT, 

Ce nom vous reporte aux rives de la Seine, aux portes 
de Paris, aussi bien qu'à celles de l'IIudson, près de New- 
York, où le Chancelier' Livingstone possédait un superbe 
manoir connu sous le nom de Clermont. Livingstone éfait 
allié par les femmes à ce malencontreux général d - brigade, 
'':lichard Montgomery, qui terminait tragiquement ses 
jours à Prcs-de- Ville, en 1775. Le site du manoir de l'Hon. 
R. E. Caron, choisi en 1850, est éminemment historique ; 
c'est là même, d'après l'historien Ferland, que les féroces 
Iroquois, en 1655, massacraient le frère Liégeois, et où fut 
trouvé son cadavre, moins la tête, enlevée par ces barbares ; 
ses restes furent inhumés dans la chapelle du Collège des 
Jésuites, à Québec. Le panorama qui se déroule à cet 
endroit par un temps clair est des plus grandioses ; de la 
coupole du château, vers le sud, l'ceil saisit dans le loin- 
tain le contours des montagnes jusque dans le Vermont 
même. 

Clermont, lieu chéri, pendant près d'un quart de siècle, 
d'une de nos familles les plus distinguées, celle de l'Hon. 
R. E. Caron et où la société Québecquoise recevait une 
hospitalité large et affectueuse! 

M, Caron descend de Robert Caron, un des premiers 
colons de la côte de Beaupré. Robert Caron était père de 
Marie Caron, l'épouse de Jean Picard. 

L'historien Ferland raconte un incident de ce temps 
•éloigne qui peint bien l'état d'alarme, où les éruptions des 
■barbares Iroquois et autres indiens avaient réduit la colonie 
implantée par Champlain : 



ESQUISSES 



2C5. 



lonie 



' Le 4 Juin 1660, huit Ilurons qui avaient passé aux 
Iroquois débarquaient à Ste Anne et saisirent l'héroïque 
mère de famille Marie Caron avec ses quatres jeunes 
enfants dans une maison qui existe encore, pendant que 
le reste de la famil e était aux champs A la nouvelle du 
désastre le gouverneur d'Argenson plaça des Algonquins 
en vedette à Lévis où le canot des Murons devait passer. 

" A la première décharge, deux sauvages furent tués et 
deux ou trois, bleues. T,a prisonnière ayant levé la tète au 
Pioment où elle entendit des voix amies, fut ellemênie 
frappée d'une balle, qui tua en même temps un de ces 
enfants. Elle expira quelques jours après à l'irôtcl-Dieu, 
remerciant Dieu avec grande joie, de ce qu'il avait délivré 
sa jeune famille des mains de ces barbares. " 

(Cours (V Histoire du Canada, Vol. I. Page 454J 

M. Caron quittait en 1850, Spencer-Grange, qu'il avait 
occupé plusieurs saisons, comme résidence d'été, pour se 
rendre à Clormont, — où il séjourna jusqu'à son départ 
pour Spencer Wood, en 1872. Voici ce que nous écrivions 
dans les Feuilles d'Erable, en 186^, en décrivant ce site : 

" Il existe pour plusieurs de nos vétérans politiques un 
agréable sujet de réflexion : c'est l'espoir qu'au terme d'une 
carrière longue et ardue, consacrée à défendre les droits 
d'une nationalité opprimée, la patrie reconnaissante leur 
reserve couronnes et honneurs ; bref, une récompense pro- 
portionnée à leur mérite ; et si, à ses honneurs, vient 
s'ajouter la richesse, n'eNt-cj pas là, le comble de la félicité 
terrestre; ? " 

lit pourtant, l'honneur suprême, le couroimemeni; de la 
brillante carrière de l'honorable M. Caron ne lui arrivait 
que plusieurs années plus tard, en 1872, lor.-qu il disait 
adieu à sa villa, où entouré de sa nombreuse famille et du 
respect de ses concitoyens, il avait écoulé tant d'heureux 
jours, pour aller prendre à Spencer Wood les rênes de la 
province de Québec, comme lieutenant-gouverneur. 

J'oubliais de vous dire que la robe et la magistrature 



-206 



CLERMONT 



furent de tout temps également bien représentées, à SiUery. 
Il y a de cela deux siècles et plus, le procureur-général 
Ruette d'Auteuil, personnage considérable dans la colonie, 
y venait passer la belle saison : il en est parmi les vivants 
qui se rappellent aussi quand le Procureur- Général, Charles 
Richard Ogden, l'assistant-juge Andrew, W. Cochrane, 
M. le juge J. K. Ramsay, R. S. M. Bouchette et autres 
hommes de robe, résidaient aux environs. 

Je ne sais si tous ceux qui vont admirer à Clermont les 
verts bocages, les avenues ombreuses qui serpentent sous 
de grands arbres, les parterres si artistement alignés, les 
haies touffues, barrières contre lèvent du Nord, les vistas 
ou points-dc-vue tailles dans la forêt primitive ; je ne sais, 
dis-je, s'ils connaissent tous le nom de l'habile jardinier- 
paysagiste qui a présidé au plan et à la création de ces 
gracieuses choses : eh bien / le jardinier paysagiste de 
Clermont, ce fut l'excellente châtelaine. 

Clermont était bien l'œuvre de madame Caron, couvre 
qu'elle avait inventée ou créée sans doute, pour retremper le 
courage, les forces d'un époux chéri après d'orageuses 
luttes parlementaires ou de longues heures de bureau, à 
son étude dans la rue St-Louis. Qui sait si madame Caron 
n'avait pas lu et médité sur ce charmant passage de ]\Iorcl. 
dans sa Tlicoric des Jardins : 

"La campagne, des utiles présents que la nature nous 
prodigue, théâtre de sa magnificence et de sa libéralité, la 
campagne c>t pour celui qui l'habite, l'asile du bonhc! r et 
des jouissances ; la vie s'y coule sans inquiétr.de et .sans 
remords dan- (.les occupations agréables et fructueuses ; 
l'âme y est saine et le cœur en paix. Son : -éjour calme 
la violence des passions destructives et malfiisantes, et 
entretient, par une douce fermentation, la bienveillance 
pour ses semblables et tous les sentiments honnête.-;. 
L'homme débile y recouvre ses forces ; le malade, sa santé. 
Elle procure le plus salutaire délassement au citadin labo- 
rieux qui vient s'y distraire des travaux de la ville 

elle fait les délices de la vieillesse et l'espoir des jeunes 
gens. Le philosophe l'aime la contemple et s'en occupe ; 



ESQUISSES 



207 



nous 

[c, la 

r et 

sans 

lises ; 

lai me 

k et 

lance 

létes. 

lin té. 

libo- 



le sage en connaît la prix et en jouit ; les poètes la chantent, 
les peintres l'imitent ; son attrait se fait sentir à tous les 
cœurs ; il est indépendant des caprices, de la mode et de 
la variation des opinions. Vin un mot la campagne a eu et 
aura des partisans, et la nature des admirateurs dans tous 
les siècles. Plus les mœurs seront simples et pures, moins 
le goût sera corrompu, plus les biens et les plaisirs qu'elle 
procure seront recherchés." 

Clermont, après avoir été habité par M. Thos. lîeckett, 
vient de passer aux mains du col. Ferdinand Turnbull, 
inspecteur cfe nos écoles de cavalerie, qui arrive en ce mo- 
ment de la campagne du Nord-Ouest. 



Lines 



THE HIGHLANDS : Sillery. 



Pour le quart d'heure, arrière l'histoiie, — les antiquailles» 
la poésie même avec tout son parfum enivrant ! Vive la 
chasse ! Vive le sport ! 

Retraçons, pour l'instruction et l'édification d'une pos- 
térité reculée, une page palpitante de vénerie, identifiée 
avec une de nos radieuses villas : TiiE iiigiilands, — sur 
les hauteurs de Sillery^ à quatre milles de Québec. 

Allons par une tiède après-midi d'automne, mais avant 
la chute des feuilles, chevaucher sur cette ombreuse route 
du Cap Rouge, là où le père Le Jeune, dit Casgrain, (i) 
enseignait la grammaire algonquine aux "Filles-Blanches" 
de la Duchesse d'Aiguillon, les Hospitalières j où, en 1641 
le vieux seigneur Puyseau a dû plus d'une fois conduire 
ses hôtes, M. de Maisonncuve, Mlle Jeanne Mance et con- 
sorts ; là où caracolaient, en 1664, le fastueux Marquis de 
Tracy et son éclatant état-major ; plus d'un siècle et demi 
plus tard, en 1838, le non moins fastueux comte de Du- 
rham et les gardes de la Reine Victoria ; où notre ami 
Marmette nous présente, avec tant d'entrain, l'héroïne de 
son roman, Berthc de Rochebrune, galopant en croupe, 
soutenue par le bras vigoureux de son amant Raoul de 
lîeaulac, un des braves officiers canadiens de La Roche- 
Beaucourt, qui patrouillait sur ces hauteurs, en 1759. 

Si vous avez quelque vénération pour ce grand saint qui, 
veille sur les jours des chasseurs, Saint Hubert, inclinez- 
vous en passant devant cette somptueuse loge, au nord du 
chemin, d'un sportsmau distingué, connue sous le nom The 
HigJdands : car c'est là qu'origina en i S77, grâce au pro- 
priétaire d'alors, M. Charles V. Temple, petit-fils du juge 
en chef Sewell, le premier, le seul club de chasse à courre 



11) Histoire lîc Vllûtd-Dicit page 82. 



ESQUISSES 



tC^ 



lu 

'ic 

je 
re 



que l'on ait encore vu en ces parages : le stadacona F(jx 
IIUNT. Là, fut hébergée à grands frais, pendant plusieurs- 
années, la bruyante meute du club. 

L'idée de M. Temple était sans doute excellente, bien» 
qu'elle entrainât des dépenses assez considérables. 

Il se mit en tête de doter sa ville natale d'une de ces 
associations de chasseurs qui font les délices du sport, en 
France, et surtout en Angleterre. 

Il y avait à Québec, de bons chevaux, d'intrépides ca- 
valiers, comme il en faut pour le stccple-cJiasc, pour suivre 
à travers la campagne, franchissant d'un bond : haies, clô- 
tures, ruisseaux, — la meute sur la piste du renard, au risque> 
sur un faux pas de sa monture, de se rompre les os. Il y 
en avait à Québec, comme il en est à Montréal, à Toronto, 
des veneurs dont les exploits feraient honneur aux vieux 
pays. Pourquoi donc Québec comme Montréal et Toronto 
n'aurait-il pas son Fox Jluiit, son club de chasse ? 

Le sporty en 1 877 était bien vu en haut lieu. Notre sympa- 
tique vice-roi, Lord Dufferin, y portait un vif intérêt. M. 
Temple organisa un chenil à sa villa, avec douze chiens 
d'abord. D'autres amateurs, le col. Turnbull, M. J. U. 
Laird, le Maire de Québec, Owcn Murphy, M. C. Sharp'u:.'-. 
M. A. C. Stuart lui vinrent en aide ; chacun, do lui fournir 
d'autres bons spécimens de Fox Hoiinds. Bref, le ciu;iiil 
fut bientôt au grand complet. I,e comte de DiiifL!!!! 
accepta la présidence du club naissant ; le cotninaii l.ini 
de notre garnison, le lieutenant-colonel T.-P-. Sti\iii;rc, lUt 
choisi comme vice-président , M TcinpU; cônwiie " (}i\t;if] 
Veneur " et secrétaire-trésorier ; le pcrson;icI des uieuibre ;, 
petit d'abord, s'accrut rapidement. 

En 1880, l'association se reorL^aïu'sa sur une ncHiveîlc 
base. Son Excellence, le Marquis de Lorne, en priî; la }>i é- 
sidence ; Son Honneur, le lieutenant-gouverneur Théodore 
Robitaille fut nommé vice-président ; le commandant de la 
batterie A, le colonel Irwin, fut choisi comme ''Mustcr of 
thc houndsy M. Temple et le colonel Andrew C. Stuart^ 

u 




ip^ 



210 



THE HIGULANDS 




comme "Whips" : le major Jas. Patton et le Capt. Wilson 

comme "veneurs," avec un nombreux personnel de mem- 
bres et d'amis, comme souscripteurs. 

Oïl y comptait entr'autros les lieutenant-colonels Turn- 
bull, Forsyth, Colfer, le capitaine Sheppard, A. D. C, le 
capitaine A. Hunt, 8e R. R,, MM. \V. Griffith, William de 
Léry. D. D. Young, \V. Tozcr W. E. Holmes, Thos. Steven- 
son, Jos. Laird, Thos. Beckett, Chs. Sharples, James Gibb, 
li. J. Haie honorable C. Harbord, A. D. C, du marquis de 
Lorne, le juge de l'olice Chauveau, le jugc-en-chef An- 
drew Stuart, Edmond Joly, David Morgan, le capitaine 
James Rhodes, George Thomson, R To/.er, William West, 
William Breakey. 

Les dames, — celles qui s'en sentaient le courage aii 
moins, — ctaieut admises à suivre à cheval la meute ; les 
réunions, ou JLrf, avaient lieu d'ordinaire, le samedi, à 
midi, en automne. A part ces réunions hebdomadaires, le 
club organisa, sous le patronage de Son Excellence le 
marquis de Lorne et de Son Honneur le lieutenant-gouver- 
neur Robitaille, un slccplc-chasc annuel. En iSSo, une 
solennelle réunion fut fixée pour le 27 octobre : (i) grande 
affluence d'habits rouges, ce jour-là. 

Le lieutenant-gouverneur, comme vice-président, convia 
vers cette date les membres du club, ainsi que leurs invités, 
à un somptueux déjeuner à la fourchette, à Spencer-Wood. 

Il y eut beaucoup d'entrain, à cette mémorable réunion 
de Nemrod et d'Amazones : la photographie fut chargée 
de reproduire le joyeux groupe ; ici. comme à Montréal 
et Toronto, les dames accoururent, bien montées, sur 
leurs robustes palefrois. Oii y voyait entre autres, madame 
Irwin, épouse du commandant de la garnison. Mme 
Davenport, célèbre écuyère de Lévis ; Mme Jephson, de 
Thornhill ; Mme Whitehead, épouse du col. Whitehead, de 
Montréal ; Mlle LeMoine, de Spencer-Grange ; Mlle 






(1) L'habit rouge du «iJori , fort éclatant, n'avait rien de commun par les souvenirs, 
aveu les uniformes militaires anglais. 



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Inion 
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l, de 
VÎUe 



ESQUISSES 



211 






Aima Stuart, fille du juge-en-chef Andrew Stuart, et plu- 
sieurs autres dont les noms nous échappent. 

Le Stadacona H uni a eu bien des incct, à Loretta, à Ste- 
Foye, à Charlesbourg, à Lévis. Une malencontreuse aven- 
ture à ce dernier lieu, où l'agneau favori du curé de l'en- 
droit fut, par erreur, occis par la meute, tandis que sieur 
renard gagna le bois brandissant, à sa suite, le trophé 
tant convoité, sa queue — mit tellement en verve la barde 
de l'association, le capt Peters, qu'il intercala dans le 
compte-rendu de la réunion de ce jour le quatrain suivant : 

■"TliP iirifst lie had n littlc lamb, 
But it \v!(S vory stupid 
Got Ijillcil liy Mtadiicoiia îioumra 
Leil 011 liy iiii>taiu C'uiiid.'' 

Le jovial capitaine "Cupid" (i) guide en ce moment les 
pas, ou mieux les aviron.-; de nos voyageurs canadiens 
vers les cataractes du Xil. 

Que Dieu lui soit en garde à lui et à eux ! 
Québec, ler Février 1SS5. 



(1) Le Caiiitaino Wilson Uo la IJatterio A. 



tenirs, 



BBAUVOIR, Sillery 



Voici K'H lifMix <hi'r8 !i mit n'vcrii' . 
Voici les jirùB, (ioiit j'ai cliniiti' Ich ilcurj). 

Ça me semble un nom tle fantaisie inspiré au premier 
propriétaire, Thon. John Stewart, par la beauté du paysage 
aussi bien que par l'essaim d'intcressants souvenirs qui y 
bourdonnent. M. Stewart légua cette propriété à son gen- 
dre, feu M. Henry LeMesurier ; sa veuve la céda avec les 
vastes estacailes, etc., sur le flcuve.à AI. Richard R. Dobell, 
le propriétaire actuel. » 

Que d'incidents pour l'historien dans toute cette côte 
St-Michel, patrouillée chaque jour, pendant l'été de 1/59, 
par la cavalerie du capitaine LaRocheboaucourt, et où 
l'amoureux capitaine rencontra son ainie Mlle de Roche- 
brune. 

Dans cette vaste anse, au bas de la côte si gracieuse- 
ment arrondie, combien de liéroïnes chrétieimes, parmi 
ces blanches llospitalicrcs de la duchesse d'Aiguillon, ont 
foulé les sentiers ombragés de la vieille mission de Sillery, 
dociles à la voix et aux enseignements du bon père Knne- 
mond Massé, qui y dort du suprême sommeil sous les 
voûtes de sa petite église, depuis le 12 nui 1646! Je 
me rappelle avec plaisir la célébration du .':9 Juin 1870: 
une foule recueillie s'était réunie en ce lieu pour faire la 
dédicace du joli monument élevé en l'honneur du dévoué 
missionnaire, Ennemond Massé, aussi bien que du fonda- 
teur de la mission, en 1637, le commandeur de Sillery : 
M. Dobell, appelé à prendre la parole, à propos du mo- 
nument auquel lui et son associé, M. lîeckett, avaient si 
généreusement contribué, s'exprima comme suit : 

Messieurs, 

L'un des noms gravés sur le marbre de ce monu- 
ment rappelle une carrière pleine d'intérêt. A l'époque où celui 



ESQUISSES 



213 



[a 

I / 



qui le portait entra dans la vie, la France occupait le centre de 
la gloire chevaleresque. Peu d'années auparavant, elle avait vu 
sur son territoire, quatre dos plus puissants souverains de l'Europe 
se donner la main sur le fameux " Champ du Drap d'or. " 

Parmi le groupe de jeunes nobles qui se réunissait à la Cour, 
nul n'avait un avenir jjIus brillant que le jeune Noël Brulart de 
Sillery. Il naquit on l'année 1577, le jour de Noël et à cause de 
cette coïncidence, reçut au baptOme le nom de Noël. Son père 
appartenait à une familk: respectable de Savoie. On le destina 
de bonne heure à l'ordre des chevaliers de Malte. Il fut envoyé 
dans cette île à l'âge de 18 ans pour y compléter son éducation. 
Là, il gagna en peu de temps la confiance du grand maître, qui, 
dit-on, remarqua en lui des talents hors ligne et le nomma son 
page. De retour X Paris, après douze ans d absence, il fut admis 
à la Cour, devint bientôt le favori de Marie de Médicis qui lui 
confér:i. le titre de chevalier. Nommé plus tard ambassadeur 
aux cours d'l''spagnc et de Rome, il semblait devoir atteindre 
successivement le sonunet des grandeurs humaines. Tout ce 
qui pouvait enilanmier l'ambition d'un jeune soldat, brillait devant 
ses yeux. Il avait la renommée des armes, la réputation d'un 
diplomate habile et la faveur de la première cour d'Europe. 

Ce fut au plus beau milieu de cette carrière de prospérité, 
pendant qu'il se rendait à Rome comme ambassadeur, qu'il se 
décida à jeter de côté tous les honneurs qu'il regardait comme 
de vains jouets et cpii étaient incapables de satisfaire une âme 
inquiète. Il abandonna tout pour se dévouer complètement au 
service de Dieu. Il entra dans l'état ecclésiasiitjue où son zèle 
l'entraîna à consacrer ses immenses revenus aux intérêts de sa 
religion — et, particulièrement, aux missions étrangères. Il fit 
de nombreuses donations, et pourvut à l'établissement d'une rési- 
dence de sauvages chrétiens. Ce fut sur le terrain où nous 
sommes réunis, A l'endroit même où ce monument est élevé, que 
les premiers fruits de ses nobles offrandes furent répandus." 

{Journal de Québec, 30 Juin 1S70 ) 

Inutile de vous répéter tout ce que les journaux ou la 
commune renomnée vous diront du charme incomparable 
de Beauvoir, de ces serres à raisin, de ses étangs, de ses 
fleurs et Je la généreuse hospitalité du maître de céans, M. 
Dobell. 

Bien que vos goûts soient ceux d'un antiquaire, que vous 
xdAoVCxQ?, à^Elzcvirs Q\.à^ Inclinables, je dois vous signaler 
en passant un point où Beauvoir laisse dans l'ombre toutes 
Jes .villas voisines : la merveilleuse verdure, le velouté de 



314 



BEAUVOIR 



ses pelouses, ce que les Anglais nomment lat^'ii. Cela nous 
donne une idée du gazon du Devonshire, le pays de la 
crème, du cidre, du fromage — le jardin de l'Angleterre ; ou 
bien encore, des prés verdoyants de la Verte, très Verte 
ErJn. Sachez que, pour s'assurer un gazon semblable, il 
faut des années de culture, de fréquents arrosages, d'in- 
croyables soins. Je n'exagère rien. Il en est peu en notre 
Canada qui savent produire du vrai gazon, même parmi 
la Plutocratie la plus huppée. 



RAYENSWOOD. Cap Rcuge 

"l'niir riioimiic (lu Nord, lii iiii^li'iin, c'ciit IVibri Joiirtiiiliir, 
11' fiiyiT lie lïtmli', li' Hiitictiuiiri' (I^^ iillcctlnti». ( 'l'il lu 
'|U'il ((iiici'iitri' HDM cxisti'iici', c'i'Ht lu i|u'il M- pliiit l'i iiimr- 
»iii\ ri' «iM trnviiM\, rt sr «L'in-nr de ni" riiiitfii"'", -\ iililirii 
i<i'M fi'li'H ili' fiiiiiillc. Il iiiiiir Cl Itc ili'iiii'iiri' oi"! coiiKtaiiiiiii'nt 
il iiripi'iilii' MM liiiiivi-iiil Hdiivi'lili' il'i s|>rit rt ili' (ii'iir ; il '':i 
)i:il'i r ('(iMiiiir un Dinciiii <'(ii|Mrt puir miii iiiil," 

X. MvH.MIIh. 

Ravtns\voo(.I, (^ui couronne l.i crête des hauteurs au 
Cap RoiiLje, à six milles de Québec, est vu démembrement 
de Mcado'u'bivik, — l'ancien domaine du lieutenant-gouver- 
neur Cramahc, en 1762, — acquis de M. Jt.hn Porter, vers 
1846 par M. Samuel Wright, de Québec. Ce dernier s'y 
bâtit un simple chalet ; le tout devenait, en 1849, la pro- 
priété de M. William Ilerring, de l'opulente maison Chs. 
E. Levey & Cie. M. Ilerring a fait Ravenswood ce qu'il 
est. Amant de la vie rurale et possesseur d'une ample 
fortune, notre ami avait le site qui lui convenait, pour 
donner essor à ses goûts d'horticulteur et de planteur d'ar- 
bres forestiers (i) : un pittoresque domaine au sein de la 
forêt primitive. Cette forêt, il saura la façonner à sa guist; , 
le chalet deviendra bientôt un petit château. 

(1) J'ai pu y couBtiiter les v-nrictis suivantes . 

lidis liliiiic, [Tilleul] TU in .Imcn'nnu). 

lit' tic Fni/iii ft rriniinca 

Jli'risicr rouge Hviiilti liiilii.' 

IlouK'uu Jk'tiild jniliyruccil. 

XoyiT tenilro .hiyhiii." ciiiii'-k. 

Crdrc! lilaiic TliKJd On iiJvtitnViH. 

Corisicr ii «ruppcs ('eninus r/)';//iiii(ii''. 

IVtito mcriao (Vr.i.sKs l'ixu.iiiIrnnii'H. 

Driiio blanc l'hniin Aïncrirriii-t. 

'irnic rougu I'Idius /iilf<( it( ruhrii- 

Truchc Ahiis ('(inadensis. 

Noyor dur Citrvu itlh.i. 

Unis dur ... Ostrya Yirfiinica. 

Krablo Acer H<tri liarinum. 

riaine Arerriihrittn 

Cliéni! rougo (Jnercnn rulira 

C'hôno blanc Uuer-UH alhn. 

l'in ronge rinus resinn.'ia. 

Pin blanc .• Piuiin strtihna. 

l'in jaune Piiik.i kiiVi». 

Tremble Paiitiluii tremtdoide.i. 

Epinette blanche Ahies (ilha. 

Kpinctte noire Abiea nigra. 

Kpinette ronge Larix Americana. 

Senelier Cratregua cuccinea. 

Saule noir Salix nigra. 

Tulipier Liriodendron tulipifera. 




I i 



2l6 



R.\VEXS\VOOD 



A l'est de Ravenswood, il plantera des arbres ; à l'ouest, 
des arbres ; au nord, encore des arbres : de grands chênes — 
de sveltc;^ érables — des ormes gracieux. Vers le sud, l'œil 
plongeant à travers dc^ trouées pratiquées dans la lisière 
au bnis qui frange la voie publique, saisira le contour de 
la côte opposée du St-Laurent. 

A l'ouest du manoir, se voit une jolie plantation d'ar- 
bustes indigènes et exotiques: Sijriuga — Wigielia — rosiers 
— Khodoiiciidroii — Sf^iria — flox blanc et pourpre, laurîers- 
rc'St's — Dciitsia Scahrn — cormier — arbiitiis, Roses de Guel- 
dress, c.hevicfcui'Ies en parterre-^, solitaires ou groupés en 
massifs. 

11 y a cjuclques années le châtelain transplantait de la 
forêt avoisinante un bol orme, à la pelouse gazonnée qui 
fait face à la porte d'entrée. 

Cette délicite entreniise a été couronnée d'un plein suc- 
sès : c'est maintenant un arbre inajestucux ; on été, pleifl 
d'ombrage, fa vonible aux nid-;. 

A rc.'it de la mai-on, protégé de haie.s hautes et touft'ues, 
i! )■ a un de ce^ boiis vieux jardins canadiens f M. Herring 
n'aime pas les llcurj .mi serre) sans art, mais regorgeant de 
fruits, de fleurs, de fruits, de légumes. Voisine de l'ave- 
nue qui serpente, sous des arbres de haute futaie, il )• a 
up.c jolie nappe d'eau, alimentée par une fontaine, qui 
jaillit au s», in des fougères et des mousses sauvages : une 
r»ubébinc gigantesque lui prête son ombre. Là, chaque 
matin, le maitre vient jeter en pâture à des truites alertes, 
ses bonnes amies, des mouche;, des sauterelles ou des 
miettes de pain. 

j'ai contemplé Ravenswood sous bien des aspects : mes 
pas ont suivi les courbes de sa gracieuse avenue pen- 
dant quelques-unes de ces soirées merveilleuses de septem- 
bre où la hme à son plein, vous inonde de ces rayons dia- 
phanes si pleine de fraîcheur. Je l'ai visité en juin, lors- 
qu'il avait re^u de la saison sa parure printanière ; 



ESQUISSES 



217 



jamais je n'oublierai une scène d'hiver dont je fus témoin , 
en revenant de ce champêtre castel. 



* 



Ami lecteur, vos chasses d hiver vous ont-elles jamais 
conduit à cette ia.son, au sein de nos grands bois, à l'heure 
mystique où la chaste Diane laisse choir ses pâles reflets 
sur la nature assoupie ? 

Avez-vous jamais subi cette mystérieuse influence, 
échappé tout frais de la vie ai^itéc des cites, gravissant 
l'âpre sentier de la montagne, laissant loin par derrière, do 
vastes plaines éclatantes de blancheur ; ou bien, chcini- 
nant en silence sous les arceaux odorants des pins ou dc^ 
vertes cpinettes, sans autre compagnon de route que votre 
I.cfaucheux en bandoulière — sans autre lirait pour vous 
distraire que le hô'ement étouffé du grand hiboux, 
alarmé par la lueur de votre feu — .-.ans autre soii dans l'air 
que le craquement des taillis, causé par h course fiirtive 
d'un lièvre — d'un renard affamé •- ou d'un caribou hroii- 
tant l'écorse et les bourgeons lîu l/intar.a .' (i) 

Hardi chasseur que vous êtes, v.his c^t-il arrive, à la 
tombée du jou; épuisé par ui^e marche infructueuse, d'a- 
bandonner la p. .te rougie de sang et de remettre au len- 
demain le coup de mort que vous rescrvic/ au cerf que 
votre balle a atteint ? 

Pouvez-vous vous rappeler la lassitude extrême qui 
alourdissait vos pas à votre rentrée au camp, tout ruisse- 
lant de sueurs, presque sutToqué par les flocons de neige, 
au point que le pétillement de votre feu, alimenté par 
votre ^dèle guide " Sl-oui " [2] frappait \'os sen>, dans 
cette solitude, comme les accents d'une musique céleste, ou 
bien encore, comme le rayon bienfaisant d'un premier 
soleil d'..\vril ! 

Vous êtes-vous jamais, aventureux pêclieur, hasardé, 
sous la direction d'un guide expérimenté, à pénétrer en ces 



(1) hoii iV Orignal, nourrituro f;ivorite du ciirilmu et do l'oritual. 

(J) ("0 f'i Ul'UX ù'iiidc et sachom di's Uiirou-i di" Lorotti> vient d'oxpirer i\ r;'ii:o di 

8S IIIIB. 



2l8 



RAVENSWOOD 



régions lointaines du Grand Nord, pour ravir au Lac des 
Neiges, ses grosses truites, franchissant en raquettes, lacs, 
montagnes et vallées, pendant les froids inexorables de 
janvier ? 

S'il vous a été donné de goûter ces béatitudes, vous 
pouvez vous vanter de connaître quelques-une^ des félicités 
que le Roi des frimas réserve en notre pays à ses élus ; 
mais il est encore d'autres spectacles, non moins attrayants, 
que ce capricieux Père Arctique nous permet de contem 
pler sans fatigue. 

J'ai souvenance, une belle matinée de mars — il y a de 
cela quelques années — d'être revenu de Ravenswood au 
moment où l'astre radieux du jour versait à flots sa lu- 
mière empourprée et fécondante, bien que la sève printa- 
nièrc n'eût pas encore monté aux cimes des chênes et des 
merisiers. 

La veille, une de ces tempêtes que l'équinoxe de mars 
nous ramène chaque année, nous redonnait sa rafale, ses 
neiges, ses poudreries : cette année-là, il y avait variante. 

D'abord, froid ; puis, neige et d%el : le produit se fondit 
en pleurs, qui se crystaiisèrent en une variété de luisants 
objets, sou^ mille formes fantastiques. 

Chaque arbre du chemin (et l'on sait qu'à Sillery, la 
voie publique ressemble à une avenue forestière) selon sa 
nature, sa fibre, cédait à l'embrassement glacé de l'aquilon. 
Les uns, comme le chêne rouge ou l'érable, moins pliants 
de caractère, faisaient mine de tenir bon; d'autres, plus 
flexibles, se courbaient à terre sous le poids des glaçons : 
tels, l'accacia et le bouleau argenté, ornement indispensable 
de nos parcs. 

Fort singulière était l'allure des saules dorés ; belles cap- 
tives éplorées, leur blonde chevelure ondoyée d'ambre, de 
saphirs, d'émeraudc, irrisée des rayons du soleil, retombait 
avec un beau désordre vers le sol ; la bise les agitait, les 
caressait. C'était brillant, varié, gracieux comme la cein- 
ture d'Iris. 



ESQUISSES 



2I^> 



A certains angles du chemin, un grand arbre se dressait 
audessus de ses voisins, comme fier de son ample ramure ; 
et la Fée qui avait créé toutes ces splendeurs, où était elle ? 
Aux abords des villas, on distinguait de loin, à leur teinte 
rose, des grappes de sorbier, de l'année précédente : bon- 
bons savoureux que des troupes de [i] bouvreuils d'un 
rouge plus foncé se disputaient, tout en faisant entendre 
leur ramage tendre, mélancolique, — une note courte en 
unison avec ce paysage glacé. 

C'était ravissant au grand jour. 

La nuit prépara d'autres surprises. 

Les rayons argentins de la lune, se répercutant sous ces 
colonnades resplendissantes, faisaient l'effet de lustres or- 
né.-, de girandoles, ou sa pâle clarté se décomposait en 
spectres lumineux. Quand le vent du soir s'engouffrait 
sous ces flèches ëtincelantes, on entendait un cliquetis de 
verglas entrechoqué, qui ajoutait encore nu mystère : 
féerie vivante, curieuses fantaisies de la nature, on eût cru 
errer sous les voûtes de palais enchantés ! 

M. Ilerring a fait de son manoir une maison modèle 
pour le confort, sans donner dans le luxe eft'rcné que l'on 
rencontre dans quelques-unes des résidences princièrcs de 
Montréal : il lui a choisi un nom fort commun en Angle- 
terre, son pays natal, bien que dans ses bois, les corneilles 
et non les corbeaux doivent tenir le haut du pavé : Ravexs- 
WOOD. 



0) Piuiis KmicU'ator — l'ino Gro3 bcak. 



MKADOWBANK, Sillery 

Hector Théophile Cramahé, secrétah'e da gouverneur 
Murray, plus tard Lieutenant-Gouverneur, profita du dé- 
part des Français pour faire à Sillery l'acquisition d'un des 
plus beaux et des plus vastes domaines de l'endroit. A en 
juger d'après l'inventaire détaillé, annexé à l'acte de vente 
que nous avons par devers nous, ce n'était pas une terre 
ôiluxbitant, mais évidemment une belle métairie, abondain- 
meiit pourvue de chevaux, de vaches, de moutons, etc. 
Entre autres objets de luxe, en ces* temps primitifs, il est 
fait mention à l'inventaire "d'une glacière ; " les seigneurs 
seuls, nous pensons, en 1 762, se bâtissaient des glacières 
pour frapper leurs vins ou préserver leurs viandes fraîches. 

Il est vrai que le propriétaire qui décampait pour la 
belle France était un seigneur, — un haut et puissant sei- 
gneur — un chevalier de l'ordre royal et militaire de St- 
Louis : Joseph Gaspard Chaussegros de Léry. L'acte de 
vente pas.;é devant Sanguinet et Panet, notaires, porte 
pour date \C\ sept. 176.?. 

(Le lieutenant-gouverneur) Cramahé était donc riche pro- 
priétaire, à Sillery, en 1762 et aussi, en 1775, comme on le 
verra en feuilletant la relation du siège de Québec, écrite 
par un témoin oculaire et un des envahisseurs de notre soi 
t^" 1775, Joseph Henry, âgé de 17 ans, volontaire sous 
Arnold et prisonnier de guerre dans la prison militaire 
appelé.} Dauphine, pi es de la porte St-Jean, pendant quel- 
ques temps ; puis, prisonnier de guerre sous bonne garde, 
dans l'ancien couvent des Récollet?, jusqu'à la fin ù'août 
1776. Il devint juge plus tard. Cette intéressante relation 
forme un volume de près de 200 pages, (i) 



(I) " Au acounito anil intcii'dtiiiiç nccouiit ot'tli.i h.irdsliips aiid r>uff<'riiiss of tin' Imiul 
of luToos wlio travorsoil tlie \vildi'riiL'3« iii tho campuiKii a«ain.-it (^lU'beo, in i77."i, l)y 
■lolin Josoph Hoiiry, Ksi|uiri', late l'rcsidoiit of tlie aecuud judioial distriot of l'oiiusylva- 
iiia, liancastiT, printcd by William (iriM-ii, I^l'.'."' 

Hi'iiiy iMait nii b. Iiaiu'a><tor, rciiUBylvanie, li' 4 juin 1758 ; il g'eiiriM.i en 177"j,;i l'âtte da 
17 ana, comme volontaire dans un régimont iovi' i\ Lancastcr, «t qui devait faire partie 
de rarmêe d'Arnold, alors à Doston ; il expira on li^J5, untouro du rosiK'ct do ses conci- 
toyens et do l'amour de ses enfanta. 



ESQUISSE 



221 



le pro- 
on le 
écrite 
re sol 
sous 
i ta ire 
quel- 
.^arcie, 
l'août 
ation 



lu- l.aiid 
i77:i, liy 
liusylva- 

ll'àiro <la 

Iiartii! 

bs conci- 



Au fur et à mesure que les compagnons attristes de 
Montcalm et de Vaudrcuil s'embarquaient pour la vieille 
France, nous avons vu de hauts personnages venus avec 
eu à la suite de Wolfe, acquérir, moyennant finance, les 
plus beaux domaines dans les environs de Québec : les 
conquérants, ici, ne firent pas de confiscations à la mode 
européenne. Au reste, les articles de la capitulation s'y 
opposaient. 

L'Angleterre, en 1633, avait restitué Québec a la Franco 
après l'avoir occupé près de quatre ans ; (i) en agirait-elle 
de môme en 1759 ? cela semblait peu probable. 

La perte du Canada était un embarras de moins. 

A la cour de T^ouis XV, on se fichait comme de l'an 
quarante "des quinze tuilles arpents de neige perdus pour 
a ]''rance, "enfin le roi et madame Pomf)adour dormiraient 
contents." 

Cependant, le cas où le Canada serait rendu, méritait 
considération. Parmi les émii^rants, il y avait des gens 
prudent.^, fort prévoyants même ; de cc nombre était le 
Sieur Joseph Gaspard Chausscgros de Léry. — On trouve 
en,suitc au contrat de vente ilu 16 sept. 1762, où il est re- 
présenté par son procureur, M. Jean Max l^andrièvc, 
"commi.ssaire préposé à rembarquement des hVançais en 
cette colonie," on trouve, dis-jc, une clause stipulant que 
si le Canada e.st reteriu par l'Angleten-c, ce serr. une vt^nte, 
moyennant le prix de 12,000 livres. Si au contraire, !c 
C":;iada t:;t rendu à la hVance. ce w-.: .-^ci.. (^u'uii bail, dcint 
!a vente représentera l'intérêt des «.Ici/c nu'lle livre,-. Capi- 
talisées a 6 p. c. 

Parmi Ic.-^ titres de propriété, que feu M. Jc/hn Porter a 
légués à un propriétaire récent, le Col. Anùrcw Stuart, il se 
trouve un acte de concession fort ancien, datant du 23 
janvier 1652, celui de Gilles FLsnart, le premier conces- 
sionnaire. Il appert aussi que les anciens voisins, les Ilamcl 



(!) Il iiaraitrait que ruil des motifs les plus luiissaiita jioiir r .tto ii'stittition, im lui lu 
IirouicBSCfiuc Louis Xlll fit ùl Charles 1er d'AnKlftcrro ilo solder do suite les 40(i,000 écus 
■ lui restaient ducs sur le douaiic de la roineHcuricttc, son Opousc, si l'ou rendait QuObec. 



•222 



MEADOWBANK 



et les Routier, se dessaisirent par divers actes de ventes 
entre 1735 et 1740, de plusieurs lots, au profit des auteurs 
des propriétaires actuels : entre autres titres translatifs de 
propriété l'on voit celui du 6 avril 1740, où Antoine Rou- 
tier et son épouse vendent une terre au Sieur Joaquin dit 
Philibert. Qui était ce Joaquin dit Philibert de i74o ? 

Etait-ce le même que "Joaquin dit Philibert," qui, en 
1735, posait la première pierre de l'antique édifice plus 
tard "P""reema&on Hall" la salle des P'rincs-maçons, sur le 
site duquel est érigé le Bureau de Poste actuel, rue Buade / 

Ceci nous fournirait-il la solution de la mystérieuse 
inscription du chien : "Qui ronge l'os ' laquelle ins- 
cription intrigue les antiquaires de temps immémorial et 
existait à coup siîr, le 18 septembre 1759, quand Québec 
capitula, puisque le capitaine John Knox, un des officiers 
de Wolfe, la reproduit intégralement au Tome II de so n 
journal du siège. 

Laissons au juge Henry la tâche de nous décrire les rares 
aptitudes de sa "bande de héros" les congréganistes (^i) 
pour vider les caves, les salons^ les écuries et les poulail- 
liers des Royalistes de Québec, insensibles aux cb.armes 
de la liberté. 

" La petite armée d'Arnold avait retraité à la Pointe- 
aux-Trembles, le 25 nov. (177s)' Le 2 décembre elle 
rebroussa chemin, revint vers Québec et atteignit le soir 
même, Ste-P^oyc... 

"Le 12 décembre, officiers et soldats n'avaient d'autres 
vêtements que des fragments de leurs hardes d'été qu'ils 
portaient pendant leur désastreuse course : voilà tout ce 
qu'ils avaient pu sauver. Il y avait alors trois pieds de 



neige. 



" Un beau matin, un individu survint et s' adressant à 
Simpson, l'officier en faction, il lui dit : Qu'à peu près 
deux milles en remontant le St-Laurent il y avait une 



[1] Les mémoirca du tciuix uoiumeut cougri^gaiiistes les cnvoyùB du Coiigrfs : les 
choses out chaugù 



ESQUISSES 



223 



50ir 

tiutres 

qu'ils 

lut ce 

Ils de 

lant à 
près 
une 

trOs : les 



maison de campagne, appartenant au gouverneur Croniie 
/ Cramahé ? ) — bien pourvue de tout ce qui manquait à 
l'armce, il s'offrit de nous y conduire. On commanda de 
suite des carrioles. La maison du gouverneur était un 
élégant logis, coquettement situé sur la rive escarpée du 
fleuve, à peu de distance d'une (i) chapelle 

" Bien qu'en plein hiver, le site accusait le goût exquis 
et l'abondante richesse du propriétaire. La porte était fer- 
mée : nous cognâmes ; la porte principale nous fut ouverte 
par une Irlandaise, un colosse tel, que je n'ai jamais ren- 
contré son pareil chez le sexe féminin, C'éMit la gardienne 
de la maison : ses réponses <à nos questions portaient un 
certain cachet de franchise et d'affabilité, 

" Elle nous fit entrer dans la cuisine : une vaste salle 
bien garnie de ces objets que les bons vivants considèrent 
indispensables à la jouissance de la vie Nous y trouvâmes, 
entassés dans un coin, cinq à six serviteurs canadiens, 
tremblant d'effroi. En examinant le local, nous découvrî- 
mes une trappe, par où l'on pénétrait dans la cave. Nos 
troupiers s'y aventurèrent et firent main basse sur. le conte- 
nu : tinettes de beurre sans nombre, saindoux, suif, bœuf, 
lard, poisson, sel : tout devint notre proie. Tandis que nos 
soldats furetaient dans ce réduit, notre lieutenant y descen- 
cendit pour hâter les opérations. Quant à moi, on m'avait 
placé en faction au haut de la trappe, adossé au mur et 
mon fusil en joue comme sentinelle ; j'avais pour mot 
d'ordre de surveiller les serviteurs. Ma bonne amie, l'Irlan 
daise, m'invita vivement à descendre tl.ui- iacave ; son (!cs- 
scin était de nous y enfermer tous, 

" Heureusement sa ruse était trop transparente ; ayant 
vidé cave et cuisine, nous chargeâmes !e butin dans les 
carrioles ; puis, l'on se dipersa à travers les autres appar- 
tements ; c'est là que régnait l'élégance. Les murs et les 
cloisons étaient tapissés avec goût ; de belles gravures, des 



[1] Eu 1775, il n'y avait i\ Sillery d'.autre cUiipollc (ni:" colle (l"s Jùsuites, — coUo où. 
lo rovd rùro Énueinouil Ma;j6 avait Hé entorro on mai ItilO ; un joli petit inouutueut tu 
inarfjvic lo situ. 



i; 



224 



MKADOWBANK 



cartes soigneuscMuent faites, accusaient la main de 
maîtres. Une superbe vue de la cité de Philadelphie, sur 
une grande échelle, prise des environs de Coopcrs Ferry 
fixa mes regards et me causa quelques remords, mais la 
guerre et la science, sur les champs de bataille, se respec- 
tent peu ; la science succombe dans le tumulte. 

"Nous fûmes bien plus sensibles aux charmes des lits de 
plumes douillets, des beaux couvre-pieds, des couvertes 
roses qui ornaient les dortoirs. Il y en avait à profusion : 
wow^ prÎDics le tout. Les angles et les coins dans les car- 
rioles servirent de réceptacle aux petits articles. 

"Notre cupidité ne put résister à la tentation d'enlever 
plusieurs douzaine de couteaux et de fourchettes à gaine, 
d'un fini rare, ainsi qu'un lot de couteaux pour le dessert. 
D'autres objets de bien moins de valeur, ou d'une petite 
utilité, disparurent également sous l'étreinte avide des 
troupiers. 

"Dans une salle en arrière, il y avait un canapé en aca- 
jou artistement sculpté, avec coussins moelleux et couver- 
ture de soie figurée ; nos carrioles étaient surchargées 

d'effets. Plus de place, pas môme pour le canapé Mais 

les coussins île soie, nous trouvâmes moyen de les em- 
porter, 

"Ayant débarrassé Son Excellence de tous les objets 
pour nous ck première nécessité, nous nous mimes en 
route, accompagnés des pieuses bénédictions de la gar- 
dienne du logis ; clic i^emblait toute surprise que nous 
u'eu^sion-; pas -.-nlevé phis d'effets. Peut-être avait-elle ses 

réserves mentales qui sait .' mais ce n'était pas 

notre affaire. 

"Arrivés près de la Chapelle, nous rencontrâmes une 
escouade des nôtres — commandée par Morgan : eux aussi, 
ils venaient faire comme nous. L'officier en charge parut 
chagriné à la vue de nos dépouilles opimes. Il continua 
son chemin et acheva de piller la maison et les écuries de 
ce qui y restait. 






\^'^k 



I.S'^JUISSKS 



225 



les 



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en 

tar- 

)US 

[ses 
bas 

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"Grande fut la joie chez nos soldats qui se partagèrent 
en frère les objets enlevés." 

Puis le 13 décembre, le juge Henry nous raconte une 
autre expédition de même nature et accompagnée des 
mêmes résultats, qui eut lieu à une autre riche métairie 
près de Québec. Tout en condamnant au point de vue' 
de la morale ces brigandages d'une soldatesque effrénée, 
il se console philosopiu'quement par le fait — que les. 
Royalistes {Tories) seuls, de Québec, étaient pillés. 

Pour la description détaillée de Mcadozubank, voir 
Pic turc s que Québec, P''^go 390-3' 



15 



DORNAL, Cap Rouge 

rendant ia mémorable invasion des Hastonnais, en 1776, 
naissait à Dornal, petite ville ou village de l'Ecosse, un 
•enfant du sexe masculin, destine à fournir, dans sa patrie 
tl'adoption — le Canada — une longue et glorieuse carrière- 
John Neilson. Tout jeune encore, on le trouve, immiscé 
au journalisme comme propriétaire et pendant quarante 
an?, rédacteur de la vieille Gazette de Québec, la plus an- 
cienne de nos feuilles périodiques, fondée en 1764 2t éteinte 
en 1874 — apics cent dix ans d'existence. 

Connu surtout vers la fin de sa carrière, comme le Nestor 
de la presse, l'habile, l'infatigable et patriotique député pour 
le comté de Québec avait été désigné par le parti de M. 
Papineau, en chambre, comme délégué de la colonie pour 
faire connaître à la métropole, nos griefs, en 1 822. Il fonda, 
au Cap-Rouge, Dorna!, il y a plus d'un demi-siècle et y 
expirait, à l'àgc patriarcal de 72 ans, en janvier 1S48, res- 
pecté de tous, pour la sincérité de ses convictions, aimé 
des Canadiens-français à cause de sa chaude sympathie 
pour leur cause, bien qu'il eut crijt de son devoir de les 
avertir que la lutte armée que l'on conseillait contre la 
puissante Angleterre était inconstitutionnelle et ne saurait 
aboutir qu'à un désastre : ses sages conseils, comme ceux 
de Ouesnel, Cuvillier et autres, ne purent prévaloir 

lîien que le Canada eut été le théâtre de ses succès ora- 
toire=, littéraires et politiques, M. Neilson conserva jusqu'à 
sa dernière heure un souvenir vivace de son pays natal — 
le pays de Wallace, de Burns, de Scott ; il en perpétua 
pour lui la mémoire, dans le nom de sa villa, 

" Kt dulcis iiiorions rcmiuiscitur Argos. " 

Dornal, drapé de verdure, se dresse sur le versant du 
sud du chemin du Cap-Rouge, dans les plis de cette impé- 
nétrable forêt qui voila pour un temps les vols sacrilèges 



\( m 



ESQUISSES 



227 



■et les crimei de Chambers ( i ) et de sa troupe, il y a un demi 
siècle. 

Nos pères à cotte époque ne parlaient jamais du bois du 
Cap-Roiigc sans tressaillir d'effroi : c'était leur forêt noire. 

La villa avoisine ces carrières de pierre où Cambray, Ga- 
gnon, Mathieu, Waterworth et consorts allèrent se tapir dans 
une petite forge, pour faire fondre en lingots les argenteries 
dérobées le 10 février 1335, à la chapelle de la Congréga- 
tion, qui fait face à l'Esplanade, à Québec, savoir : " une 
lampe d'argent, valant ^,'20 ; un crucifix, ^10 ; une statue 
de la Vierge, ;^ 50 ; quatre candélabres, ^10 et deux 
chandeliers, ^2.10. " Vol n:emorable. 

M. John Neilson, le propriétaire actuel de Dornal, fils 
aîné de l'hon. John Xeilson, nous racontait réaemment 
l'effroi que lui causa alors la rencontre fortuite de ces mal- 
faiteurs, une froide journée où, jeune enfant, il revenait de 
la forêt où il était allé tendre pour les lièvres et les perdrix. 

Les goijts prononcés de Î\L John Xeilson pour l'ornitho- 
lagie datent-ils de cette ère reculée ? Je ne le sais ; mais 
ce que je sais, c'est qu'il e^^t un de nos meilleurs observa- 
teurs du monde ailé et que ses écrits sur ce sujet dans la 
presse anglaise lui ont valu des cl^f;\s chaleureux de la 
part des naturalistes des Etats-Unis : voilà pour Dornal. 



Ci) L<:n U'v'h'^l'in^ ilii cc/i'H'— l'ai ."^L Fr?. I!o:>l An.ii'r?— 1'?:;7. 



IJ)XCV\Vn(^I), Cap Rou^e 



i7<^9-i«47 



" llil'r, lllrli' Wllrt lillluliill'i ni' (i1(l, tllill' SMIH \Vl'(']iiMt/, 
ll.i|il,v iif liivrr.' iiuiii' ivrr \s ill I.jkiw, 
\Vlii>-.i' !■><■>' wiiit HiMiWiiiil a limiiliiil sliH'iiliig 

Vi'iir« iiL,'i>. 
Tlm ((lin«t ()(' Il Kiirdiii hiniti^ tliiHi'ii, 
A uli'illc of liniililioixl iiii'l llidiii cncIriHCH 

TIh' Sl|ll.ll'l' kIi>|M' (il'llll' lllll^SlllMll■■IH liril 

Wliero tliif wti'iU tliiit «n w unrii Irom ttio nnivi.s ol' itn 1U3. .1 

N'iiw lie (liMil. 
Tiii' fli'lil fiills HdiitliWiiril, al>i'ii|>t .iiiil Imiki'ii, 
Ti> tlii' low liiHt vi\nf ill' tlic Imii,' Imii' liiiid, 
If a ntcp kIiouIcI «(iiind iir a unnl lie siicikni 
WiiiiM il Klumt luit liso at tlir stranyï' uncst'H liaiiil." 

Su iiiliiinif — Ki)iiSAKi;N (Iakdkn 

De longue date j'avais nicclitc faire une visite à la ma- 
sure déiabrce qui jadis fut une demeure ensoleillée, 
attrayante : Longwood — au Cap-Kouf;c, près Québec. 

Le hasard voulut que le trajet eut lieu, une de ces après- 
midi ternes et froides du mois de mai, qui n'est pas tou- 
jours le mois des feuilles, tant s'en faut. 

Longwood avoisine Dornal, le beau manoir de "-'u 
Thon. John Neilson, le Snj^'-c du Cap-Rougc, dit M. B; 
sur le côté nord de la voie publique. 

C'est là que séjourna, nombre d'années, l'opulent, le 
laborieux historien du Canada, William Smith ; là, s'était 
écoulé le soir de sa longue carrière officielle. 

Où puisa-t-il ce singulier nom, Longuood Pl'emprunta-t- 
il à la dernière demeure, à l'historique chalet, où le con- 
temporain [i] de l'hon. William Smith, Napoléon 1er, 
terminait ses jours, à Ste-Hélène, sous l'écrou de Sir 
Hudson Lowe ? Le Cap- Rouge et ses verdoyants et pai- 
sibles bosquets devinrent-ils, comme Ste-Hélène le fut 
pour le Petit Caporal, un havre de repos, aprèa des jours 
orageux 



? 



[1] Napoléon 1er, le duc de Wellington et l'histtrienSmitli, naquirent tous trois en 
1769. 



i:s()Uissi;s 



Î2() 



m 



Le site, en ce iiiotnent, n'a d'autres attraits que 
ceux de son rustique paysn<;e et de ses plantations fores- 
tières. 

La masure, longue de quatre-vingt et large de près de 
quarante pieds, n'a qu'un étage : vaste structure en bois, 
avec une fenêtre en ogive, droit au dessus de la porte 
d'entrée, destinée à éclairer cette partie clés mansardes. 
Les longues salies au premii;r, ses mansareles spacieuses, 
ont dû rendre ce séjour spécialement commode comme 
résidence d'été. La maison dans l'origine était évidemment 
peinte en jaune ; — elle est d'un jaune terne maintenant ; 
les Persiennes, à quelque phase de leur existence, ont du 
être vertes. Quand je vis Long^vood, la villa me sembla 
aussi triste, aussi délabrée que h.'s neiges et les aucans de 
plusieurs années peuvent rendre une demeure inhabitée. 

A l'extérieur, il y avait, selon l'exprc-sion du ijoète 
Swinburne, " le spectre d'un jardin," cpii semblait me 
narguer ; et (juand le concierge fit tourner la clef dans la 
serrure rouillée de la porte de ce séjour désolé, aux plan- 
chers disjoints, aux fondations effondrées, aux ténébreuse:?" 
chambres avec leurs volets f fines, je m'attendais presque 
de rencontrer, à l'intérieur, ■ spectrt. du vieil historien. 
Citons encore l'harmonieux barde Swinburne : 



" A!l witliiii is (laik us ni^lit ; 
Iii tl»' wiiiilinvH H iKi litrlit ; 
Ami lui iMuniuir :it tlif donr, 
Si) t'ri'iiMi lit ou ils liiii^'c hi'forc.'" 

Cependant, le temps avait é é où les accents de la harpe 
les roulades du piano, le mouvement de pas légers, des 
réunions d'amis ou d'amants et leur doux parler avaient 
éveillé de joyeux échos dans les salons maintenait silen- 
cieux de Le gv/ood ! La tradition redisait que jadis de 
somptueux binquets, des soirées brillantes, de grands bals 
étaient à l'ordre du jour, dans ce lointain passé où Québec 
se gaudissait de sa frigante garnison militaire, et pendant 
la belle saison, de nombreuses frégates, mouillées en rade, 
sous les canons de sa menaçante citadelle. 



: 1 





*\'V 



230 



LONGWOOD 



Et ces nrbres muets, mngniflqnes rideaux, 
Ont prêté leur tt-nture à maints riants tableaux. 
Ils ont vu les valets dans les vastes corbeillec, 
l'orterles blonds «ùteaux et les noires bouteilles, 
Mettre au bniu, dans le tiot du limpide courant, 
Ijes flocons de cristal pleins d'un vin transparent, 
Kt mollement couchés sous les ombres épaisses, 
lies jeunes gens d'alors et leurs jeunes maîtresses 

Où doue sont ces rieurs ? Où la dance folâtre ? 
Où donc ceH pieds mignons, ces épaules d'albfttre ? 
Où toute cette joie ? Où les neiges d'autan. 



AUGIER. 



Et lui le seigneur de céans, à combien de bals, au club- 
[i] des Barons ? à combien de banquets annuels avec les 
vétérans de 1775, chez Menut ? [2] à combien de Ici'crs au 
château St- Louis, l'avait-il pas assisté, depuis le mémo- 
rable lever du 6 décembre 17S6, où Son Excellence, Lord 
Dorchester s'était réservé le monopole des baisers, tel que 
le digne père de l'historien, Thon, juge-en-chef Smith l'a 
si bien décrit, dans sa lettre à son épouse ? à combien de 
fêt :s champêtres, à Powell Place, n'avait-il pas pris part, 
au temps où notre admirable raconteur, M. De Gaspé, allait 
manger de la crème à la glace chez Sir James H. Craig ? à 
combien de joviales soirées chez le Duc de Richmond, M. 
Smith n'a-t-il pas été pré.sent, sans compter les réunions lit- 
téraires du comte de Dalhousie, les réceptions de Lord 
Aj'lmer, les fêtes de Lord Gosford et, plus tard, les diners 
de Spencer- Wood ? 

L'hon. William Smith, fils du savant juge en chef de 
New- York, en 17S0, juge en chef du Canada, en Î7S5, était 
certainement un des personnages les plus considérables en 
cette ville, penilant plus d'un demi-siècle ; son rang élevé 
comme membre de l'exécutif, grâce à Lord Bathurst, son 
protecteur ; ses autres importantes clmrges publiques ; ses 
goiHs cultivés, littéraires ; ^ses recherches incessantes au 
profit des annales canadiennes, en un temps où nos archi* 



(1) Le Club des Barons existait en l.-^ii.l. Les ni''i!Ooin!its l.s iil;is; Imppés d.' l'époque en 
faisaient partie ; I'Ikui. Matlii>« lii'Il. mort en l>4',i, Tolin lilfukwoodet autres. La «rando 
m.iJDiité se comiiosait d anijlais. L'hon. t'hs du la NauUiire, mort en IMl, eu était 
membre. 

[l'J Alexaudre SIenut. maître d'hôtel et cni-'inier céli'bre de nos nuiioiis gouver- 
neurs, avait ouvert une lnitillrrio en renom sur le chemin de la petite rivière Saint- 
Charles : on la iionini.iit le lHne lloiixe : les vétérans du siège de 1775, Caldwell, Fraser 
et autres s'y rendaient pour le urnnd diuer annuel (lu ol décembre, en souvenir do la 
défaite des yankees, au Sault-au-3Iatelot. 



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Iratiiii! 

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piivev- 

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r'rnspr 

|(lo la 



ESQUISSES 



231 



ves, voilées au commun des mortels, entouies dans les 
voûtes souterraines de l'ancienne Chambre d'Assemblée 
au haut de la cote la Montagne, n'éta: accessibles qu'à 
d'infatigables chercheurs comme M. Smith : tf'ut concourt 
;\ prêter de l'intérêt au temps, aux travaux et au souvenir 
du vieux maître de Longwood. 

Mais pour l'hon. conseiller Exécutif, parmi les nombreu- 
ses autommes qu'il avait bravées, \. en vint une où les 
arbres qu'il avait plantés refusèrent de lui prêter leurdo'.i\ 
ombrage ; où les roses qu'il avait cultivées, semblèrent lui 
redonner moins de parfum ; où les avenues de ce jardin,. 
si artistiquemen'" disposées, cessèrent de réjouir ses yeux 
affaiblis. Il le croyait au moins. 

C'est alors qu'il jugea que le temps était venu de dire 
adieu à son petit Eden du Cap-Rouge ; qu'il se hâta de 
regagner ses quartiers d'hiver à Québec, avant que la nuit, 
la nuit profonde et sans réveil, n'appesantit sa paupière. 

Le 17 décembre 1847, ceux qui lui étaient chers lui 
fermèrent les yeux, à l'eige de /S ans, à sa maison de ville, 
rue St Louis, à Québec. 

Il avait légué Longwood à son i'ils Charles Webber, qui 
y pas >a plusieurs étés avec son épouse ; en 1879, Char es 
Webber Smith expirait, en Angleterre. 

Depuis ce temp, 'e silence rè.4ne eu maître dans les 
salles de Lonr.vOjJ déserté, (i^ On peut encore lui appli- 
quer les ifj^nes tracées par Swinburne : 

•■ N'ot 11 flowor to 1)0 yiro*t oftii ■ l'i^u th it falN luit. 
• Ai tlu' li'art ot :i docul iiiau tlio sci'il-i.lDts ar.' dry, 

l'iMMi th.; tliickets ot'lliorii» \v!i.>noo tlio iiitfUtiuij.ili; c.i!l-i lUt, 
l-'oiil.l sliL' c;'.!l, tiijro woiv iiovor a rusj to roj.'ly. " 



(IJ UoiniiS iiu',' c'L'ci a l'tO l'crit, 1j3ii','\voO'.1 p. ù'.j iljinoli. 



RSDCLYFFE, Cap Rouge 



Cher M. Suite. Vous vous rappelez sans doute, avoir 
remarqué dans mon salon, parmi les tableaux, etc., se rat- 
tachant à l'histoire canadienne, deux lithographies, portant 
la signature de la célèbre société Lemercier, à Paris. Je 
crois vous avoir dit alors que je les prisais comme souvenir 
de famille, légués à Madame LcMoîne par son vieil oncle, 
M. Henry Atkinson. 

L'une rappelle la fastueuse résidence de l'oncle à Spencer 
Wood, incendiée, le 12 naars 1860, reconstruite en iS(3r,en 
vertu d'un vote de la Législature, sous le ministère John 
Sandfield McDonald, certainement avec moins d'élé- 
gance, bien que plus vaste, que lorsqu'elle hébergeait 
avant 1850, l'opulent et lettré négociant que je viens de 
nommer. 

L'autre lithographie représente le cottage orne, mainte- 
nant Redclyffe, au haut de l'antique cap, à huit milles de 
Québec, connu à l'histoire sous le nom de Cap- Rouge, à 
cause de la couleur du so\ 

Ce tableau vous retrace la vallée de St-Auo-ustin ; au 
bas, on discerne d'abord le pont du village ; puis, une 
petite rivière qui serpente v rs le nord. A son point de 
jonction avec le St-Laurent, elle offre un hable en mi- 
niature, abri contre les vents d'ouest, du nord, du 
nord -est. 

•J'ai aussi dû vous dire que dans cette villa du Cap- 
Rouge s'écoula l'enfance de votre ami, mon épouse. 
Examinons en détail le local. 

Le pittoresque cottage de M. Atkinson, qui date de 
1820, aggrandi depuis, appartenant maintenant à M.» 
Amos Bowen. Voyez le, perché comme un aire d'aigle, 
parmi les verts sapins qui couronnent le cap escarpé 
haut de près de deux cents pieds ; le majestueux St- 



KSQUISSSE 



233 



de 

île, 
rpé 
St- 



Laurent en baigne la base, laissant tout juste aux voitures 
un étroit sentier, un prolongement de la ruî Champlain. 
A l'ouest de la piazze de cette habitation aérienne, surtout 
du petit pavillon accroché au liane du cap, i'ti.Ml cmbra-sc, 
vers le sud-ouest, un panorama immense. 

A l'est et à l'ouest se prolongent à perte de vue, les 
Hots azurés du grand llcuve, sillonné de navires, de 
vapeurs, de radeaux, de remorqueurs. 

Au sud, Etchemin et ses estacadcs, ses moulins ; St- 
Nicolas, la mugissante cataracte de la Chaudière, taillées 
dans les falaise.s abruptes de la côte ; en aval, près- 
qu'invisible par la distance, la chaîne altière des monta- 
gnes groupées sur nos frontières et celles du Vermont. 

A l'ouest, St-Augustin, ses cham[)s de blé, ses ver- 
doyants bocages, " ses chênes, ses aubépines blanches, 
ces vignes sauvages, " ses belles érablières, sa fertile vallée, 
ses grèves jonchées de bois quarré ; puis les blanches 
maisouncttes des hcaïunicrs, dispersées rà et là : vues du 
haut du cap par un beau soir d'été, ne dirait-on pas des 
camps de cygnes ou de mauves endormies sur la rive. 

Au lever et au coucher du soleil, pendant la belle saison, 
l'ensemble des objets là cet endroit a quelque chose de 
ravissant. Il en est qui en préfèrent le spectacle à celui 
que présentent Spencer Wood et Woodfield. Je suis de ce 
nombre, -le puis en parler sciemment, pour l'avoir goûté 
plus d'une fois. Oui sait si au charme du lieu, il ne s'en 
mêlait pour moi un autre, que le paysage seul ne saurait 
donner } 

M. Atkinson, en se taillant un domaine en plein bois, 
fit comme aurait fait un hpbile jardinier paysagiste. '1 
appela à t.on secours, il sut adapter le paj's, les nrbrcs, les 
rivières, les collines et vallées au tableau qu'il entemlait 
créer, — un paysage difficile à égaler même à Sillery où la 
nature a tant fait. 

Le ^ite à sa disposition, un plateau bien boisé avait en 
superficie plus de cents acres et une exposition méridionale. 




1^^ 



234 



KF.DCLYFFE 



Il eut bientôt dr.^isé un plan, une carte du lieu. Parterres, 
à Heurs, vc^er, boulingrin pour un Archer]) Club, jardin 
potager, pâturages, fontaine jaillissante, sentiers perdus 
dans la forêt aboutissant à un ruisseau ou à un siège rus- 
tique, haies vives pour masquer les fossés ou les clôtures : 
tout naîtra, se transformera, se terminera comme par en- 
chantement. De grands arbtcs, géants de la forêt primitive 
devront céder sous la hache de son garde-forestier, bien 
qu'il soit un de ceux profondément convaincu de la vérité 
de la maxime : 

" (^111 l^livri- vaut r.ii ;iilin' inittMsti' et tout on tliMira? 

J^'liMiiiim' fait «'Il six iiiiiis lin livre et .ii'j iiu-illi-'urs, 

Diuu mut cent ans à l'aiie un < lune. " 

Ce lieu, comme ayant été lendroit où séjournaient .iac- 
ques-Cartier et Roberval, le premier en 1541-42, le 
second en 1543-44, se recommande spécialement à l'atten- 
tion de l'historien et de l'antiquaire. 

Voici comment on le trouve mentionné au volume de 
Hawkins, llistorical Pictnrc of Qitcbcc, publié, en 1834. 
Nous touchons à un point fort intéressant dans l'histoire 
locale ; on a prétendu que les vieux historiens semblaient 
ignorer le dernier voyage de Cartier. Il en est parmi eux qui 
lui font établir un fort au Cap IJreton, et qui confondent 
ses opérations avec celles de Roberval. Le lieu exact ovi 
Cartier passa son seconl hiver, au Canada, n'est pas con- 
signé dans aucune publication qui nous est connue. Voici 
comment llaiklu}'t le décrit: "■ Aprls lesquelles choses, le dit 
Capitaine fut avec deux barques aiuoiit la Riviire aitdelà de 
Canada,'' il s'agit du promontoire de Québec — " et du Port 
de Sainte Croix, p^^ur y voir un Havre et nue petite Rii'ier 
qui est environ quatre lieues plus outre, (i) laquelle fut troii- 

(1) l'ne note an l)at; ■!(! l;i \yA\io, <li' la licUiiion i/ct ViXjiiiji's île .Tif'iiit.i-Curlier.. 
pwhl'ii-t' [y.if \:> S:iii,'ti' nili'i'iiire i-l )ii«liii-iiiuf, en 1.' 1.!, aioule " Anjonrd'iuii la 1 
niontoire ilu Cap l{oni.'e."' ]<a relation iln troisième vnyau(' e>^t trailnito île Jlaekl 
{Hiiikliii/I's ('n//( (7(')ii II/ Kiirhi Wiy.i'ics, Trunls miil l>i.ii m rrirs, J.iiiiihni, l.ilo.j 

L'ne seconde noie à la luige 7t de ja Kel.itnin porte " l,a <le»ei iption ilonnéi' par ( 
tier de eette Hiviere et Imvre, correspond parlaitunent à la pcL-^ition de la h'ifii'fc 
i'iil'-li'iiitijc, située ;\ trois lieues et demie di' l^uéliee : et leu délaiU qu'il noua iloniu' 
tout lesenvirouM di'ci'tte Kivière nous ntracent exacti ment ; leCap-ltonixe craujourd'li 
une partie de la l'cnét i|ui avoisine ce l'ap lUi coté du Sud <lu Klenve .St-I,aurent, ai 
.[ne le terrain pitué di' l'autre coté et à l'ouest dii la ft'iviiri' iln l'it)i-I,'iiiiiji\ leii 
fiinue nue espèce di' plateau et s'élève ensuite en l'ornu' d'anii'liitliéatre. " t'ette note 
parait de la rédaction de l'uucicu Président de la Huviité litliraire vt historitiue, 
li. l-'anljault. 



ro- 

uyt 

'aV- 
lUi 
sur 
ni ; 
usi 
uel 
nio 

a. 



LSQUISSES 



235 



Jro- 
|iiyt 

':iV- 

lui ; 
\ns\ 

liiio 

Ici. 



Vi'e mcillairc et plus conuiiodc pour y iucttr>i ses navires à 

Jlot et les placer, que Vautre 

Ln. dite R iï 'icre est petite, ■ et n 'a pas 

plus de cinquante pas de largeur, et les navires tirant de 
trois brasses d'eau peuvent y entrer de pleine nier, et tl basse 

mer, Une s'y trouve qu'un chenal d'un pied ou environ 

L'entrée de cette Rivière est devers le Sud, et elle va tournant 
vers le Nord eu serpentant ; et à l'entrée d'icclle vers l'Est, i^ 
y a un Promontoire liant et roide oit nous pratiquâincs un 
chemin en manière de double montée, et an sommet, nous y 
fîmes un Fort, pour la garde du Fort qui était au bas, ainsi 
que des Navires et de tout ce qui pouvait passer tant par le 
grand Fleuve que par cette petite Rivière." Oui, demande 
Hawkins, ù la lecture de cette description si précise peut 
douter que l'embouchure de la petite rivière du Cap-Rouge, 
ne fut la station choisie par Jacques-Cartier, pour le lieu 
de son second hivernage en Canada. 

Sa peinture de la nature du sol et du paysage des doux 
côtés de la rivière du Cap-Rouge, est d'une exactitude 
aussi frappante que l'extrait que nous venons de donner. 

'■ r.ij lieu précis où Jacques Cartier construisit son second fort — 
agrandi plus tard par Roberval— a été déterminé par une pcr 
sonne instruite de Québec, comme ayant été au sommet du cap 
même, i)eu distant de la belle villa et dépendances de M. H. 
Atkinson, c'est-à dire à une distance d'un acr-;, au nord de sa 
demeure où l'on voit lui tertre artificiel, planté d'arbres, accusant 
une grande antiquité, et comme il ne paraît lias que l'on y cons- 
truit des retranchements, soit dans le cours de la cami)agne d^ 
1759 — ou pendant le blocus de <,)uéhec, par les Américains en 
1775, il est extrêmement ])robal)le que c est l;i qu'il faut aller 
charclier le site si intéressant et les restes du vieux fort en (pies- 
tion. 

Jacques-Cartier, à son retour du fort de Charlesbourg Royal, 
eut occasion de se convaincre que les soupçons qu'il entretenait 
quant aux dispositions hostiles des Aborigènes éuiient bien fon- 
dés 11 fat intbrmé que les indigènes se tenaient à l'écart, loin du 
fort et qu'ils avaient cessé de lui emporter comme par le i>assé, 
du poisson et des provisions Quel(iues-uns des siens qui étaient 
allés à Stadacona lui firent part qu'un rassemblement d'Indiens 
plus nombreux ([u'a l'ordinaire y avait en lieu, et comme il avait 
toujours conclu que de tels rassemblements présageaieni un 




Il ) 






•236 



REDCLYFFE 



danger prochain, il disposa tout dans le fort en prévision d'une 
attaque. 

Au moment critique et cel t au regret de tous ceux qui s'inté- 
ressent aux annales canadiennes, la relation du troisième voyage 
de Cartier se termine brusquement. On ne peut rien savoir de 
ce qui se passa au Cap-Rouge. Il est probable qu'il n'y eut pas 
de collision entre Cartier et les Aborigènes, bien que la position 
des Français à raison de l'infériorité de leur no.aibre a dû lui 
causer beaucoup d'anxiété. 

On a vu que Roberval, malgré ses hautes dignités et son ca- 
ractère entreprenant, ne remplit qu'une année plus tard, l'enga- 
gement qu'il avait pris de suivre Cartier, avec les munitions né- 
cessaires à la fondation d'un établissement. 

Cette année là, le Lieutenant-du Roi avait approvisionné trois 
grands navires, en grande partie aux. dépens du roi, y avait ras- 
semblé deux cents personnes — plusieurs de bonne maison, — 
et des colons des deux sexes. Il fit voile de La Rochelle, le 16 
Avril, 1543, sous la conduite d'un pilote expérimenté, du nom de 
Jean Alphonse, de Saintonge. Les vents de l'ouest l'empêchèrent 
d'aborder à Terre-Neuve, avant le 7 Juin Le 8, il entrait dans 
la rade de St-Jean, où il trouva dix sept vaisseaux, occupés à 
faire la pèche. Pendant son séjour en cet endroit, il éprouvait 
une désagréable surprise, par l'arrivée de Jacciues-Cartier, revc 
nant du Canada, où il avait été envoyé l'année i)récédente avec 
cinq vaisseaux. Cartier avait hiverné au fort ci-devant désigné ; 
il allégua comme raison i^our la(iuelle, il l'avait abandonné 
" qu'avec sa petite troupe, il no pouvait faire face aux sauvages 
qui chaciue jDur le harcelaient. "Il persista néanmoins à faire 
un rapport avantageux de la richesse et de la fertilité du nou- 
veau pays. D'après la relation du voyage du Roberval dans Hac- 
kluyt " Cartier aurait exhibé des échantillons d'or trouvés au 
Canada, qui, soumis au creuset, donnèrent de bons résultats. Il 
était aussi porteur de diamants trouvés au promontoire de Que 
bec, d'où le Caf> aux Diamants a emprunté son nom. Le 
Lieutenant-Général f Roberval) q»i avait emmené des renforts 
en hommes si importants et des secours si considérables en mu- 
nitions pour 1 établissement, pressa fort Cartier de retourner au 
Cap- Rouge, mais sans succès * 

11 est fort vraisemblable (]uc les Français peu disposés à 
affronter un hiver pénible en Canada, ne permirent pas ia leur 
chef, de suivre la fortune et d'épouser les idées particulières, de 
Roberval. 

Qui sait si l'amour du pays ne prévalut pas sur l'attrait des 
aventures, et si, à 1 instar d'individus qui croient avoir rempli 
leur part du contrat qu'ils avaient entrepris, ils refusèrent d en- 
courir de nouveaux périls sous un nouveau chef? Pour échapper 
à une rupture ouverte, Cartier leva l ancre dans le cours de la 
nuit et fit toute voile pour la France. 



ESQUISSES 



237 



fut' 

)rts 

tmi- 

au 



Il est impossible de ne pas regretter qu'une si glorieuse entre- 
prise ne se soit terminée d'une manière si peu digne. S"il eut 
regagné son fort, avec les secours puissants que Roberval lui 
fournissait, il est fort probable que l'établissement eut eu une 
existence permanente. Cartier ne fit pas d'autre voyage au 
Canadi ; il s'occupa à terminer une carte hydrographique, (|u'il 
avait dressée de sa propre main. Kn 15S7, elle existait encore 
à St-Malo. en la possession d'un de ses neveux, Jacques Noël, 
qui plus tard montra beaucoup d'ardeur à développer le vaste 
pays découvert par son oncle. On a de lui deux lettres, relatives 
aux chartes et aux écrits de Jacques-Carlier : la première, écrite 
en 15S7 et les autres, une année ou deux plus tard ; il y men- 
tionne que ses deux fils, Michel et Jean Noël, étaient alors au 
Canada et qu il attendait leur retour. Cartier expira quelque 
temps ap'rès être revenu en France, après avoir sacrifié sa for. 
tune, dans ses projets de découverte. Comme indemnité pour 
les pertes subies p?r leur oncle, ce Jacques Noël et un autre 
neveu, de la Nauray Ghâton, reçurent en 1588, un privilège 
exclusif de faire le commerce du Canada, pendant douze ans : 
privilège qui fut révoqué quatre années plus tard." 



a 
nir 
Ide 



^' 



l! ' 



BOISBRILLANT, Ste Koye 



r t 



" Dans h', «•iiliiic du »oir, il fait liim d • l'cntord'i' 
Il fait Ikjii d°aH|)iri'i' daiiH un air frai» <'t dnux 
('(•8 odeuiH de (lazoïig, ci'h parfums d'iicrljc tendre 
(^ui du talus dcH jin-a, 8"('l(''vtiit jusi|u'i^ iinu»."' 

(IjA Vie Uluai-k, Autran.) 

Pour qui a visité le champêtre séjour de M. LeSage à 
cette intéressante saison où nos bois-francs reçoivent leur 
plus riche, leur suprême décor, — les teintes éblouissantes 
de l'automne, — nul nom ne semble mieux approprié au 
site. 

Il y a autre chose, voyez vous, à Stc-Foyc, que le mo- 
nument des lîraves de i/Co, le champ de bataille de Mur- 
ray. Des bouquets de verdure variés qui couronnent les 
hauteurs, il en est peu en octobre qui captivent davantage 
l'œil du touriste, que le bois multicolore qui sert de dôme 
et de rideau à l'ancienne métairie de feu George Honoré 
Simard, jadis membre du parlement canadien. On l'aper- 
çoit de la voie publique, comme une verte girandole, nuan- 
cée d'or, de bronze, d'écarlate, de rose, à l'extrémité de la 
superbe avenue viacadaiinscc cj[u'il y pratiqua. 

Ce joli domaine a passé depuis à M. Siméon LeSage 
député-ministre des Travaux Publics, qui en a rej^tauni, 
embelli le corps de logis principal. 

Comme moi, vous avez pu remarquer que piusieui lus- 
tres se sont écoulés depuis que Taimable chronitjueur de la 
RcvHC CanadicitUi, S. LeSage, a dit adieu aux prér.émaillés 
de fleurs et aux parterres des lettres canadien r es pour se 
vouer à la vie prosaïque et affairée d'un fonctionnaire pu- 
blic : maintenant les seuls prés, les parterr. s, les uniques 
champs qu'il affectionne, ce sont ceux de Pomone et de 
Cérès. 

Vous, mon cher historien, qui depuis de longues années 
êtes claquemuré dans un département à Ottawa, vcus ne 



ESQUISSES 



239 



lus- 

LiUcS 

lir se 
pu- 
]ues 
de 



soupçonnez pas — peut-être vous ne saurez jamais — tout ce 
■que la vie des champs a de charme, la solitude des bois 
d'inénarrables jouissances ! 

Je me trompe ; n'est-ce pas vous qui en 1866. en ce é- 
brant les coteaux de la Haie-du-Febvro, avez écrit : 

Le.i blés Botit boniix. Los chniiips sont vitU. 
Li' siir toniho Bar lu jirairii', 
L'oisi'iui ri''ipi''ti! SCS coiioiTts, 
Jo m'ciiivro do poùsin ! 



Jloti pii'il froiasn les doux ^a/oiis 
Tous iirirfuinijsdo tli'iirs »auvii«e», 
L'od'Mir ilufl l'oins luontc aux lUiiison», 
Plus (Ir liruit dans K'S pàturaKcs. 

iLci Lunrenlifviici}. 

Si un bon matin, vous vous éveilliez, avide de repos, 
d'air, de liberté, vous écri:int : fi^o rus ; mon cher, don- 
nant à tous les di.'ibles i JuCreux, ITennepin, la Potheric, 
les Relations d-:s Jcsuitcs, je vous dirais : Cinglez vers l'an- 
cienne capitale, allez chez notre excellent agronome 
LeSagc, étudier les résultats de la cendre ou du phosphate 
sur les prairies — admirer les formes de ses lùrks/iirc, de 
ses Aldcrncy et de ses Clydc, soit à Innsbri/lant, soit à sa 
ferme modèle du lac St-Jean, à Iberville, si vous en avez 
le loisir ; vous y verrez bien d'autres belles choses. 

A lioisbrillant, il y a plus qu'une savante exploitation 
astronomique. A certaines heures du jour, il y des soleils 
d'automne d'une incomparable douceur ; — à l'est, au nord, 
à l'ouest, des coups d'œil ravissants sur tout le parcours 
de cette pittoresque vallée du St- Charles, à vos pieds, 
•où serpente vers l'est la rivière à laquelle le Grand Vicaire 
de Pontoise, Charles de Boues laissa son nom, il }• a plus 
de deux siècles ; vous y verrez encore uu spectacle d'une 
magnificence à rendre envieuse la magicienne Armide en 
ses jardins enchantes, lorsque l'érable, le chêne, le hêtre, 
les grands pins abandonnent aux zéphirs leurs chevelures 
roses, acanthes, bronzées ou encore vertes, en ces jours 
enivrants de mélancolie, voisins de l'été de la St-Martin. 






Inees 

is ne 



BELMONT, Ste Foye. 





rroprietaircs : Ulî. PI*. Jésuites, 1649 — l'Intendant Talon, 
1670 — le général James Murray, 1765 — Sir John Cald- 
well, 18 10, — John W. Dunscomb, 185 1 — Geo. Wake- 
ham, 1885. 

" Sur iM'ttc miini' plaiiio " 

(jui vit fuir U'a Ki'antg dont ma )ii'iisi'0 oat pleiiiv, 
Un c0111l1.1t olympique l'Ht pucorc cnKnRt' ; 
D'un cuti', fVst Murray, l'illustre caiiitninc, 
De l'autre LôviH qui veut, dans sa noble liaino, 
(^uo riioiiiieur français soit veiiKé. 

(Lca Qiiélji'cqiioincs, 11'. C/inj'iiiii») 

Si je ne puis, très cher antiquaire, vou.s faire part de l'o- 
rigine du nom de cette ville, agréez au moins que je vous 
esquisse, cicrrcntc calamo, ce petit château des seigneurs 
Caldwell, converti comme vous savez, depuis quelques 
années, par M. Wakeham, le propriétaire actuel, en j\fai- 
son de Santc\ pour le traitement de ceux qui abusent du 
jus bienveillant de la treille. 

C'est pour le coup, mon cher historien, que je devrais 
vous emprunter cette magique baguette qui vous sert à 
repeupler notre passé. 

J'aimerais fort, voyez-vous, à évoquer quelques-uns de 
ces pâles fantômes qui chaque automne, au jour fatidique 
des Trépasses, à minuit sonnant, sont tenus de se donner 
rendez-vous en ce morne manoir — à l'intérieur aussi bien 
qu'à l'extérieur — de se grouper comme jadis à l'abri des 
chênes et des pins séculaires de Belmont — hôtes et convi- 
ves ou hommes de guerre. 

— Crémazie n'aurait-il pas fait un pèlerinage au cime- 
tière Belmont, avant d'écrire *' La Promaïadc des Trois 
Morts r'— 

Quand pour la première fois — ^j'étais alors dans l'âge des 
illusions — mes pas retentirent dans ces longs corridors» 



' 4*i: 



i:s(.)Uissi.s 



24 1 



cotte suite do chambres, un tant soît peu sombres, silen- 
cieuses, désertes (la maison était inhabitée) ; quand je 
traversai celte spacieuse salle à manger — à riches lambris 
cintrés, restes fastueux d'un autre âge ; quej'évccjuai les sou- 
venirs, les martiales légendes de l'antique manoir, les tradi- 
tions 'le cette hospitalité .*ans boine tics Caldu'ell, dont 
trois générations y avaient succédé aux anciens mailres 
aous la domination française, j'éfirouvai, v<nis i"av(Mie- 

rai'je, malgré moi, d'étranges émotions 

Ces grands arbres, qui ont survécu à la foret primitive, tut.- 
suis-je dit, de combien d'embuscades indiennes, de com- 
bien de sanglantes luttes n'ont-ils pas été les nuieL^-. 
témoins, depuis l'ère reculée où le féroce aborigène décapi- 
tait aux environs, un p«.u au sud, vers SilLr)-, ce pauvre- 
frère l^iégeois, en 1655, jusqu'à l'époque où Kichard 
Montgomcry y [)arquait, pour l'hiver, ses hordes indisci- 
plinées, en novembre i7/'5! 

" Arlirca. ..8f»orû9l tîiaiiuo nuit sur loiir-) luMiidiOH 
Ij'ii iiiorU vont PU iiltur.iiit Si'i'lior leurs toili-s l)l!inclio.<, 
Kt l'M joyi'Ux lutins, iiut.ur ilo li'urH virux triiiifs, 
1ju« in'titd niiitis vcluii vitmicnt ilanscr ini ruml " 

"Iit:s CilfcNKS'' i?i(îi;i(.e. 

L'imagination, cette aimable folle du logis me prèiant 
ses ailes vagabondes, je croyais y voir une escouade de 
militaires de Louis XV, caracolant sur leurs petits chevaux 
normands, des portes de Québec vers Ic:: pittoresques hau- 
teurs de Stc-Foyc ; je les voyais plus tard, .issis sou.-, !e 
dôme touffu des bois, pour le goûter du 'uuli, trinquant 
gaiement leurs verres ifhur inajoriDii, et faisaiil retentir les 
échos d'alentour des bruyantes santés qu'ils portaient au 
maréchal Saxe — car la nouvelle de la victoire de l'onte- 
noy [i] venait d'être notifiée au lieutenant du roi de 
France, en son Château St-Louis : on était en 1745. 

iVttention, mon brave historien! un autre incident encore 
plus palpitant invite le l>can uioiidc de la vieille capitale à ce 
chemin de Ste Foye, faisant face à Belmont, le Hyàc Park 
de Québec, au rapport d'Emily Montagne : on cause, on 




[1] La bataille avait liou le 11 mai 1743. 



1(1 



242 



llKLMONT 





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s'interroge, on se réjouit, on répète à diverses reprises : 
"Carillon" "Montcalin," "Nos Milices," avec tles vivats ; 
c'est que, voyez-vous, la grande nouvelle du jour, la vic- 
toire du «S juillet 175''^, l.i jinirnéc de- Carillon, ost dans 
toutes les bouches. 



* 



Cunî^cdie/ maintenant cotte agréable mais quelquefois 
peu sûre messagère q'ii a nom rimai^ination, et laissi.-/. 
vnui conduire par votre bonne amie, la muse de l'hi-'loire. 
liigot et sa triste séquelle a passe ; l'iiori/.ori s'est assombri. 
Que voyez-vous par celte humide journée de se()tembre 
1759, là-bas, à l'est, dans la vallée du St-Charlcs ? \Jn 
peloton, confus de fu}'ards, me ilite.s-vous, traînant à la 
hâte vers !e pont de bateaux qui les sépare du camp à 
Beaupurt, un drapeau blanc, maculé de bouc, souillé, dé 
cliiré par les ronces du chemin de Ste-Foye ; ce sont "nos 
t;ens" qui partent pour ne jamais revenir, et leurs féroces 
poursuivants, ce sont les Moiitn^nnrds de Fraser, ces ter- 
ribles pii!ti'<Jiipc's de LouisbourL^ et d*^^ plaines d'Abraham, 
" qui ne donnent, ni ne demandent ;uicun quartier." 






Va [)uis, mon cher historien, la toile mouvante de l'his- 
toire se déroule encore et vous présente un autre si)ectacle, 
une fanlasmaç^oric qui semble vous réjouir. 

VA\ bien ! ivji, cette fi-is les rôles ont clian!.;é. 

Les fu)'ard.s C' sont les terribles /r/'/A'.s'y,Y/'t;>' de M urra\-, 
et les poursuivants, ce sont les soldats de I.évi.--. iios milices 
et les sauvages. On est au jS avril 17G0 ; des mare< de 
sang rougissent la neige du chemin ; les sauvages scalpent 
sans relâche sur tout ce d maiiie ■ 11 s'élève lîelmont : 
riiistoire nous a conservé tons les détails de la sangl'uite 
journée. 

Puis la scène subit une autre transformati- ici 

en novembre 1775. 

Les mousquetaires de Rhode-Isla: es i..i init de 
New- York, les francs-tireurs du Verni ut, campés sur les 



ES(^UISSES 



243 



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les 



hauteurs de Sillery et de Ste-I''oye, ont eu soin en arrivant 
de s'approprier la maison de campagne du ^'éiieral 
Murr.iy — fiisant niain-hasse sur ses bœufs, ses mouton-, 
ses chèvres, ses porcs. 

A Noël, 1775 — bombance en ci's lieux pour ton-, ces 
messieurs, mais nun pas au jottr <A' l\xn. Car, la veille, la 
prison ou la fuite réclamera tous ces héros (jui s'éreintent 
s'immolent, pour noui apporter en don la liberté dont nous 
faisons 11 : tous ceux, dis-je, que la mort n'.i pas marcpi-'s 
au front, à l'fès-deA'ilIc et au Sault-au-Matelot. 

i\ux embûches d^r, sauvaj^es, au siftlemeiit des balles, 
au bruit du canon et des fanfare-; ,L;uerrièies aux " nom- 
breuses chevelures accrochées aux buissons du chemin," 
en 1^)55, 1759. I7<''0, 1775, un tout autre état de cIioncs a 
succédé, une ère d'apaisement. 



# 



L'opu ente famille des Caldwell s'y installera pendant 
la belle saison : les Caldwell, dont le chef, le col. Ilcnry 
Caldwell, après s'être distinLjué sous le général Wolfc, aux 
Plaines d'Abraham, commamla avec bonheur la milice 
anglaise do Québec, i)end;int tout le blocus de 1775-76. Il 
expirait en iSio, receveur général de la I'ro\'ince. Son fils 
John, a)'anL hérité d'un titre nobliaire en Irlande, devint 
Sir John Caldwell — il était seigneur de la >eigncurie de 
Lauzon, divisée et suhdi\'i>ée depuis c-n une dizaine de 
paroisses, dans le comté de Lévis. 

Sir John jiossédait de grands moulins, de \'ahtes scieries, à 
la Rivièrc-du-Loup, en bas ; là Lévis et ailleurs, occupant 
une partie de l'année un joli et solide manoir, qu'il s'était 
fait construire dans le beaucagc, près de la rive, à ICtchemin. 

l'apineau, Neilson, 15ourdages, vers ce temps, lui firent 
passer de mauvais quarts d'heure en chambre, et pour 
cause. 

Il expira à Boston, en 1S42 — laissant Iklmontàsonfils, 
Sir Henry Caldwell, mort vers 1S60. J'ai donné dans le 
Pictiircsqiic Qucbcc un compte-rendu de certains banquets 




•I!l 



»44 



BELMONT 



WP 



pantagruéliques qui rtuni>saicnt jadis la bonne société de 
la vieille capitale ri Helmont. Si vous désirer savoir com- 
ment je m'y suii i)ris pour retracer la série des pro- 
priétaires de céans, je vous dirai que quand j'écrivis les 
Map/is Lca^rs, tu 1865, mon vieil ami, M. Dunscomb, 
alors percepteur des Douanes, eut l'obligeance de me pas- 
ser ses titres de propriété : et voilà. 

Le 30 déc. 1S57, la l'.ibrique de Xotrc-Dame 
de Québec fit l'acquisitioi^. (.'.e cinquante-sept arpents 
en superficie du parc de IJcîniont pour la nécro- 
pole i\\x\ porte ce nom et où dorment maintenant du long 
sommeil nombre de Québéquois ; cntr'autres, l'historien 
Garneau, et l'antiquaire l'^aribault. 



Quant au domaine même, il comprenait primitivement 
450 arpents de terre ; des fenêtres de IJclmont, le spec- 
tacle des campagnes environnantes est grandiose et frap- 
pant à l'extrême. On peut compter presque douze clochers 
d'église, etc. 



I 

3ï 

■* 

% 



HOLIvAND FAl'iXT. Ste-Koye 



Cette riche métairie, sur le chemin Ste-l'^oye, à cîeux 
milles de la cité, rappelle par ses maîtres l'ancien aussi 
bien que le nouveau rét^ime — leurs progrès, leurs vicissi- 
tudes, leur renaissance. 

l^n 1740, sous ces sapins, a dû se dresser une de ses 
antiques demeures en pierre, à un étage, passablement 
étroites, à pignons pointus, à fenêtres à petits carreaux 
comme l'en en voit encore, — épaves d'un au*re âge, — le 
long de la côte de lîeauprc, la maison de campagne de^ 
ce respectable sj-ndic des marchands, Jean Taché, l'ancêtre 
de Sir K. V. Taché. Il tenait ses comptoirs sur la rue St- 
Pierrc, en la basse-ville de Québec et possédait ai.;,>si le 
site et la bâtisse où s'imprime maii.tenant le .^fcniing- 
Chrouiclc. 

C'est là vraisemblablemiMit qu'il venait en villégiature 
aux étés qui suivirent son mariage en 1742, avec Demoi- 
selle Marie-y\nne Jo'iet. île Alingan. pctite-HlIe du célèbre 
découvreur du Mississippi, Louis Joliet. 

Sous ce toit champêtre, plus d'une fois, la bonne société 
de la capitale a dû venir s'asseoir, conviée par le riclic, 
intègre et lettré membre du Conseil Supérieur, M. Jean 
Taché : le quartier était faslnouahlc. 

Le vertueux fonctionnaire, à l'instar de ses collègues, 
venu de la vieille l'rance, était, lui ausf-i, tourmenté fie 
ce à quoi les Angla's ont donné le nom pittores(jue de 
<:artli /iiiiiiiir, une incurab e convoitise de biens-fonds, 
comme nous avons eu occasion de le remarquer chez les 
plus distingués d'entre eux : Giffard, Montmagny, Talon, 
de Léry, Repentigny, Juchereau Duchesnay, Jean liourdon, 
Taschcreau, La Gorgendière, etc. 

Les compagnons d'armes de Wolfe étaient pris du 
même mal, Murray Cramahc, Caldwell, Holland, Cameron, 



n 



246 



IIOLLAND FARM 



les Ross, etc., etc. Tous ces messieurs s'évertuèrent à deve- 
nir grands propriétaires autour de Québec ; les seigneuries 
surtout les tentaient, celles mises en vente par des proprié- 
taires repassant en France. On achetait alors ; pas de con- 
fiscations : les articles de la capitulation s'y opposaient. 
On n'était pas à Grand-Pré, mais à Québec, les gens ne 
refusaient pas de prêter le serment (i) d'allégeance. Il 
manière de traiter les vaincus variait : et le précédent que 
Louis XIV désirait établir en 1689, ne fut pas suivi, par 
George III, à Québec ; il l'avait en ^Vcadie. 

Quant à Lord Jeffery Amherst qui avait risqué ses pré- 
cieux jours, pour prêter main-forte à Wolfe, et qui l'année 
suivante, imposait la loi du vainqueur'^ Lévis, il ne se co:»- 
•tentait pas d'une simple sei^nieurie, voir même une barbn- 
nic, Warili hnugcr chez lui était à l'état chronique. Il 
réclama pour sa royale part — cy^o noniiuur Lco, — la riche 
successioii des Jésuites, yi) dévolue l\ la couronne de la 
Grande-Bretagne, à la suppression de l'ordre par le S. Père ; 
pendant près de quarante ans, lui et les siens ne cessèrent 
de faire valoir cette réclamation. Finalement, le souverain 
ne trouva d'autre alternative pmir ne pas froisser le haut 



ili Voii-i ce (|m' 1.' uraiid loi (■•(■rivait ;( >m\ % icc-roi trAiin''i'i(iu(', en lii^;l : 

'• >i iiaiiiii l("a lialtit.'dits de l;i Xinivclli -Vdik il se trouve des ciUlKiIiiiiici^ di' la fM:- 
liti' di'S(|ii(l,s il ri-(iyc ce ludivoir assurer, il i.dinra les laisser Jaud Unira habitations, 
u](r.' s 1( iir avoir tait j.n'tcr «criiiciit de tid. litc à Sa Jlajcstd' 

Il l^oiirra aussi Hi, nier, s'il le, jiii.'e ;\ luciios, des artisans et antres i;en.s d''" service 
ii(;-cess. . ires pimr la eiiltiirc d( s terres, ou putir travailler aux forntiealions, en (pialitù 
de jirisoiuiiers. . . . 11 tant retenir en iiri^oii les nfiieiers it h s i.riiuip.'dix lialiitaiits, 
des(|iiels on jioiirrait retiicr des r:in(,'otis. :\ iTtt.-ird de tons les autres ('trantrers (i-i'k.i- i/iu' 
»(' .sdiir yiir.' i''ri'ii' .ii.f.) luiiiinies, Ceniines et (iilant". Sa 5Iajest(' trouve ii jiropos (|u"il 
soient iiiis hors de la eoloni,' et envoyez .'i l.'i Xouvelle-Anyleterre, l'i la l'euiisylvanie, ou 
en d'autres endroits .[u'il jii!.'era à iiropiu, ]iar mer ou parterre, enS( inide au S(;-|iarenient 
le tout sniviint (|u'il trouvera plus sur [■(■ar le-^ di^siper (t enip.dier ipTeu se reuiiis- 
sani ils ne puis-ent dmDier oeeasioii A des entreprises CMiitre cette Colonio." — Hroad- 
liend— New- York. Col. Itoe» IX, liiu'.) 

Vi(U'. /.e /.'■■;/.> 7>eiMiM'i/'(', 7 ,/»i'/i li:si ; 7t' lei'iu'.v^cc i" 7'('ii .")(•/?'(', même H<ife;le 
yiiui'.tfi ô Friiiili'iiiic, ))i(»;c iliifc : niilii' ilii /i'k;/'"' riniifii i'i'/, vinitc ilutc ; le ii'oi/ ua 
Siiiir (If lu ('o(liiiii''rv, HioHc ihitc : Chintipiiinij mi wiiiistrc lii iKir. I'mSM. 

l'ntre les instructions (|ue le roi d'Au'.ili t. rre dunna au Col. I,av\ renée, ]iour la dis- 
persion des Acadiens, (t celles (|in' eini de Fraïuc donna à Krontenae pour la disper- 
sioiia d( s hal'iiants de la Nouvelle-V uk, oui m- pivt( raient pas le serinent d'iilU'geaiice, 
il y a cette dilîerenee : le jueniier ''t oe i|uil (h'sirait, l'autre ne le piM. 

(;!) M. <>. David, dans une ' .' adress('(' nu J/oiiife, ('■niiiuO'ro les lilens de l'ordrn 
coiniru' suit : Seiunenrie Notre-i lame des AtiHcs, l'iiarh ^l>onr^' ; seitineurie «le St-lia- 
hriel (Ml les deux l,(Mcîtes. seiuneurie de Sillery, juvs (,iU(liee, seiLrneurie de Héli'iir, 
seiuMieurie du Cl]! de la MaL'd' leine, seitfneurie (l(> Haliscan, Isle St-C'hristovhe, Hei(,'neil- 
rie de la l'rairie de la Maudeleine, vis-a-vi^* Montréal. Nie a un Heaiix, Kief de l'achimiy, 
en la cite des 'l'rois-Ki vi('r(S, Kief de la Vnelierie de .st-Uoi 11 de (^iK'liec, une tonne pji''« 
de St-Nicolas — un lot d.ins la Haute-Ville, de t^u^diee, deux autres lot.s eu cette ville, 
le Chaiiip de Mars à Montréal, situ do l'Hôtel de Ville et du l'ulaia de Juatioe, à Moût, 
réal. 



ESQU1SSI-:S 



247 



et puissant seigneur que de lui Hiire voter, par son parle- 
ment, à Westminster, à lui et à ses ayans-cause, une forte 
pension viagère, en vertu du statut impérial 43, George 
III, chap. 159. 

Je serais porte à croire, sans toutefois pouvoir l'affirmer 
positivement, que llolland I'\'irm, vers Ijf'-S, faisait p irtie 
du fertile domaine (qui comprenait S.i/is h'uit) [losséd:' \)\.^ 
le général Murray, à Ste-Foye. 

l-^n 1775, le général de brigade, R:ch.u\l Montgomciy 
en prenant po:vsession avec son cori)^ e.\pédit!<')nnaire, des 
hauteurs de Stc-Foyc, établissait en nox'embre son quarnir- 
général à la maison du majoi Ilollanil : Jared S[)arks, 
l'historien de Washington, nous a conservé plusieurs lettres 
de Montgomery, écrites de llolland I'"nrm. 

Revenons à notre s}'ndic des Marchand^, Jean Taché 
Sur son compte nous en saurons sans d.iute plus long 
quani-l notre romancier Alarmette aura écrit la biographie 
de son digne aïeul : les ihémoires du temps nous le font 
voir partant pour Ver^>aiile>^, quelques années avant- la 
grande catastrophe de 1759, porteur des placets et suppli- 
que de nos pères, cxpo'^ant leurs no:nbreux; griefs, denwn- 
dant des réformes dans l'administration, de l'aide pour I a 
colonie aux abois. C'est aussi vers ce teiiqjs que le chemin 
Ste-Fo\e, au dire de ilawkins, deven lit la [jromena'le 1 la 
mode pour le beau monde : " The f uorite drive of t!ic 
Canadian lielle, bcforc tlîe conquest." 

S'agirait-il de la belle Madame De Lér\- qui lors d: sa 
présentation, avec son époux, au roi Geurge II, en irrJ. 
provoqua le tutteur complim^mt du galant monarque. 
'' Ff suih arc ail iny Jh':j Canadian su!>j,its, [ havc ini/<\(l 
niadi a conquest. " 

Le malencontreux général Montgomery a dû y prendre 
son dernier repas, le soir du 30 déceudjrc 1775, s'étant mis 
on marche longtemps avant l'aube, le ;: de ce mois, pour 
trouver un trépas prématuré, à Près-de-\'ille. 

En 1780, cette métairie devenait la propriété du majcr 



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248 



IIOI.I.AXD FARM 




Saimicl Holland, un des braves lieutenants du général 
anglais, à la bataille des Plaines d'Abraham ; au dire du 
colonel Joseph Bouchette (i) son parent, il se trouvait près 
de W'olfe; lorsqu'il expira, — il eu hérita d'une paire de 
pistolets, qui plus tard jouèrent un fort triste rôle pour 
le major, comnio on le verra. 

Samuel ITolIand, savant officier du génie, avait aussi 
fait des études spéciales comme arpenteur. 

Ce furent ses aptitudes comme tel, et son mérite per- 
sonnel, qui lui valurent du gouvernemeut anglais, la charge 
grassement rétribuée, d'arpenteur général pour toute 
l'Aîiiériquc jîritannique du nord et de membre tlu conseil 
exécutif. 

I! fut cîiargé de plusieurs missions ofncielles, pcnu" 
détLrmiiier ]-., limite-; du domaine public, entre autres 
endroit'^, à l'Ile du l'rince Iviouard. 

Il no'is est permi-. de cioire que l'im des premiers ar[)en- 
tages i.\v. brave militaire s'opérait sur sa terre, à Ste-h'o\"e, 
à en juger par le pi'ocès-verbal. inséré dans les titres de 
cette propriété où l'étendue du terraiii est constatée jus- 
qu'au (jiiatrt'hitU'ùiius (Vitu pouic : la métairie à cette époque 
e..L désignée comme a}'ant "en superficie, mesure fraiiçaise 
deux cents ^-ix arjjents, une perche, sept pieds, huit poncées 
et quatre-huitièmes d'un pouce :" ii ne badinait pas sur les 
questions de limites, comnie l'on voit. 

Le Major 1 loll.Mid expira en 1801, lais.-.arit |;luM"eurs 
enfants, issus de son mariage avec Marie Josephte Rolette : 
Frcdericlc lîrahni. John h'rcderick, Charlotte, Susanne et 
George lloUand, leur léguant par un testament devant 
Ch-,. Voyer, N. T., entre autres propriétés, le site du jardin 
du fort St-Louis, avoisinant 'a nouvelle Terrasse Dufferin. 

Il s'était préparé au milieu de son domaine un petit 
cimetière privé où devnit reposer ses cendres et celles des 
membres de sa fam^ t. L'enclos entouré d'un mur 
.solide, était ombragé d'un pin majestueux, lequel, à raison 

(1) lioiu'liettc'8 BrUt^h /> uiuniuiis iit BiHish y.'Pth A)ii<:ri'i\ vol. I p. 23'J. 



ESQUISSES 



249 



du rôle qu'on lui prêtait dans un duel mémorable, est 
devenu légendaire (i^. Dans cette rencontre, le fils chéri 
du Major Holland avait été niorteliement blessé ; le duel, 
disait-on, avait eu lieu sous le ' l'in de Holland" lui-mcMnc. 

Un contemporain de ce triste crame a eu l'obligeance 
de me communiquer le" note suivante : "En 1799 je me 
trouvais à Montréal : la ville entière retentissait il'un inci- 
dent bien lugubre pour la famille îlollancl, de Québec, où se 
mêlaient l'amour, la jalousie, la vengeance. i\u siècle der- 
nier, deux hommes se défiaient en un combat h mort, non 
sous le y/// (fc I lollaud, à Québec, comme on l'a dit, mais 
à Winduiill Point, à la l\)inte St-Charles, à Montréal. 
L'un, c'était l'enseigne Samuel Holland, du 60 Régt, l'autre 
le Capt ShœJde, dont le régiment était stationné à 
Montréal: c'était un combat à mort; l'un dii^; d(;ux 
devait succomber, l'injure était une de celles que l'on ne 
pardonne pas. Le vieux major Holland, paraît-il, reçu 
une lettre de son fils, expliquait l'affaire, alléguant (|u'il 
n'était pas coupable de ce dont t'U l'accusait: pmur toute 
réponse, le jière lui expédia par un courrier ses i)isto!et.s — 
ceux mentionnés plus haut, ajoutant le billet suivant : 
" Samuel, mon fils, ces pistolet:- me furent donnés [)ar 
mon ami, le général Wolfe, le jour de sa mort : sers-toi en 
pour tenir sans tache le vieux nom de notre famille 

La cause du duel, la voici : le capitaine Shœdtle a\ait 
conçu des soupçons injurieux sur le compte tle son 
épouse, — le nom du jeune Holland s'\- trouvait mêlé à 
tort. 

iV la preuiière décharge, le jeune Holland s'affaissa; il 
eut assez de force pour se dres>er >ur un genou, tira sur 
son adversaire; Shœdde r-^çut la balle dans son avant- 
bras qui recouvrait sa poitrine. 

Le jeune Holland fut porté au Mcrcliaitfs CofftC Ifousc, 
sur la petite ruelle, près du fleuve, à Montréal, connue 
comme rue Capital, où il expira dans d'atroces souffrances. 




(U ItiisL' par uiio t('miu"'to on If*"!. 



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V l 



250 



IIOI.L.^XD lAKM 



L'enseigne Holland servait dans un régiment com- 
mandé par le major Patrick I^Iurray, parent de l'ancien 
gouverneur de Québec. 

Je devins fort intime avec lui vers l'année 1809; il ven- 
dit plus tard sa commission et acheta la seigneurie d'Ar- 
gonteuil. On exonérait Ilolland, mais on blâmait Shœdde 
pour les soupçons i;on fondés qu'il avait conçus." (i ) 

Un autre incident moins tra^^nque se rattache à Holland 
Farm ; il menaça lui aussi de se terminer par un duel, 
mais il se développa en un n;ariaj,'e en haut lieu : Lord 
Dorchester, !<• général Doylc, le i>rocureur-général Jona- 
than Sewcll, le médecin de la garnison, le Dr Longmore, 
un dv^ Ilolland, et un mon.-ieur ou demoiselle Nf^villc, y 
eurent tous leur mot à dire. Voir J^icinnsquc Qncbcc, 
pour [)lfts amples détails : tout Québec retentit de ce 
scandale. 

Ilolland Farm, en iSi/, passait à M. William Wilson, 
employé des Douanes Impériales, à Québec, et plaideur 
renforcé, sans être Xormantl : ce beau tlomaine, en i843, 
faisait les délices f\\\x\ nouveau maître, le procureur de 
M. \Vil>;o!i, feu Gev)rL;e Olcill Stuarr, jilus tard ju,;e de la 
Cour de Vice-Amirauté. M. Stuart vendit cette n'siilence 
à M. Robert Casseh, alors géraîit de la banque dtî l'Amé- 
rique du Non.!, à Québec. 

Ilolland l-'arm .'qqiariient ir.aintdKint à l'honorable 
James George Ross, sénateur. 

il) .'Miiii vii'il :u[ii, W. H. ni'iiili'i>iiii, ilciut ,)>' 'ii'n« ci> viiisi'ijn' iiniil l'xiiiiait .'t JCoiui- 
aoii, loiiili! il ' j\l<'u;i'iti(, iii ;ivril ll-.-.'i, à l'.i(.'f ù ■ li'ii ;ins l't 41 joiiiv. • 

W fut \\\\ (1rs )iiimipinix iiuul.tti nrx, on lcl7, ili' T-l v.si(C((ii<f ijo fjili'^cc i-M\tyc Ic/cit- 
fl siiiLlaiii'-trisoiiiT il'ivi'llo luiiilaiit plus li'iia ijuart lU- bii^uli". 



BELLEYUS, Chemin Sts-Foye 

A deux milles de la Hxsiliquo, sur le chemin Stc-lMiyc, 
s'élève la résidence connu j sous ce nom, construite on i S4-- 
4S par feu Julien Chouina'd, marchand respu'ctéqui lit p.-n- 
ilant trente-cinq .111 ^ tic _^n'anJes affaires h Québ jc. l^Ueest 
bâtie sur un emplacement voisin de 1 1 propriété de-; héritiers 
Toiirancjcau, à une centaiiie de [)ieds des fondation-; d i 
moulin Dumont, immortalisé parla bataille de 1760, et dont 
le site est marqué par le superbe monument érigé par la 
Société St-Jcan-15aptiste de Québec. C'est dans le petit 
ravin, arrosé par un ruisseau qui sépare ces deux proprié- 
tés que furent trouvés les ossemonts des braves tombés 
autour du moulin Dumont dans cette mémorable journée. 
Le Docteur Robitaillo a raconté dan*? l'histoire de la Fi'fc 
XationiîU (hs CaïuKUciis-Fnvifais, cilcbrcc à Quibcc h 24 
juin 18S0, (i) la découverte de ces restes précieux. 

Var une belle ai)rès-midi du mois de septembre 1S53 
dit-i!, je diriç^eais mes pas vers le chemin Ste-h\)ye, en 
compai^nie de l'historien Garncauettle M. L. G. llaillargé, 
avocat, jusqu'à l'endroit 011 étaient les fondation-; du mou- 
lin Dumont Assis sur les ruines du moulin Dumont où 

la lutte avait été la plus acharnée et la plus meurtrière,ayant, 
à notre droite la chaussée de Ste-Foyc, (pie les troupes 
avaient traversée pou*' se mettre en liinie sur le cli.imp de 
bataille, devant nous les p'aines d'iVbraham sur lesquelles 
pour la dernière fois la valeur de l'armée française et de 
la milice canadienne commandées par le cjénéral de I.évis, 
notre historien national, animé par un noble enthousiasme 
au souvenir de ce crlorieux fut d'armes, non-; fit un récit 



II) M. Climiinnvilest PaïiMilili-.M. H..I. .f. It. Cliniiin.u-a, :iiit.Mii-ili-l;i"f\/,> \,'li ,n /^•," 
qui a rcmiili avi-o liomi 'ur iii-iiil:mt ■|ii:itri' .m-' Iii cli^iri,'!' ili! l'i-i-î'iil.'nt il.> l'iintitiit (';iii.i- 
ilii'ii (11- (j'uili.T, l't a jiiililir pliisii'iir-! <'imlV-r>-tii'i!s it ilisrniirs ciiiisi^iir'.'i liiis Ir'.-i luJiiMi- 
rea (11- l'ln>titiit et ciitr'aiitri-s iiu.' i-luili' -ur M. (!■• >[:iisomir'iivi'. 

^r. Clioiiiiiiii-il. l'chi'viii u iniiirtiiT St-T.ouia au Coiisi'il ili' Villi- <r')iiiia cimi au-', vii-ut 
JVtrt' i'iu l'i-ésiilent trùin-ral île la Société St Ji-iiu-Huiitisto do (^uétu'c. 






252 



r.ELLKVUE 



plein de feu de li lutte suprême de nos ancêtres pour con- 
server à laJFrancc un sol arrosé du sanfj de ses enfants. 
Il y avait quatre-vint^t-quator/.e ans que ces braves repo- 
saient du sommeil de la mort dans un i)arfait oubli, sur 
le sol même que K.-ur vaillance avait illustre. Dans le fonds 
du ravin nous trouvâmes quelques débris (pii évidemment 
étaient des restes d'ossements humains. Il était impossible 
de se méprendre sur la natuie de ces fragments d'os que 
nous tenions dans nos mains." 

M. Chouinard rpcueillit pieusement à Bellevue ces pré- 
cieuses dépouilles trouvées presque toutes sur sa piojjriété, 
et quand la Société St-Jean lîaiiiiste tle Québec eu^. décidé 
de leur donner une sépulture solennelle, il offrit «rénéreu- 
sement tout le terrain nécessaire à prendre chez lui pour 
les confier de nouveau à la terre et même pour leur ériger 
un monument. Deux fois il ouvrit sa maison et ses jardins 
à la foule immense qui se i)ressait pour assister aux fêtes 
du 5 juin 1854, pour la trans'ation des restes mortels des 
l'raves de 1760, etle iS juillet 1855, jour de la pose de 
la première pi :rre du monument des braves, à Ste-h'oye. 

Le 5 juin 18-34 1^ cercueil contenant les ossements des 
braves fut déposé en terre dans un coin du terrain de M. 
Chouinard, bén' iiar l'ICglise. L'année suivante il fut 
exhumé de nouveau et dispose dans la voûte pratiqué dans 
la base du monument actuel. La société St-Jean-Baptiste 
ne crut pas devoir accepter l'offre d'un terrain faite par 
M. Chouinard. IClle craignait que l'érection de ce monu- 
ment considérable ne masquât la belle résidence de Belle- 
vue. ]\Iais elle exprima hautement sa reconnaissance pour 
cette offre libérale et i)Our l'hospitalité généreuse qui lui 
avait été accordée. Bellevue, après la mort de M. Choui- 
nard, a été successivement loué à Madame Douglas, à feu 
M. G. Mountai 1 et au juge Beaudry, l'un des codificateurs. 
Elle a été vendue en 1866 à M. J. W. Dunscomb, per- 
cepteur des douanes, maintenant en retraite. 



irs. 
Icr- 



KkUWOOD, Chemin SU-Foye 



'H')\v 



rt it is wlii'ii iii.itlii'i' l'amy rock:, 
ni lirniii, to -'auMt'T tlinnuli ;i wiio.I, 



TIn' wiiyw.'i 

Ail (ild pl.icr. t'iill lit' luiiiiy 11 lovi ly li 



kI. 



r ill lii is, Ki><'" uiiiouiH, ami Kiiiimil liourri in tloiks. 



An.t wilil rosi> tipiDi', iipon Imwtliorii atocUs ! 



{iVordsxryrtli I 



Vous qui r.uTole/. di: contrastes, en tcnit, venez, par une 
radicr.st,' matinée de jnillet, hunier dans cette léj^non pas- 
torale de Ste-Foye, les parfums des mignons [)arterrcs du 
Cr(esus Québécois — M. Robert Ilaniilton. 

Allons visiter la riante villa, lorsque le JariHincf l'cas- 
sais aura donné les dernières touches à son éblouis- 
sante toilette. Puis, transportons-nous en esprit, dans le 
passé au inênie site, par une rr()ide et orageuse journée 
d'hiver, à l'époque d'alarmes, de, privations, de souffrances, 
dont le capitaine Knox nous a laissé une peinture si sai- 
sissante, dans sa relation du siège de 1759; ( i) l'intrépide 
compagnon de Wolfe nous décrira une de ces mornes 
scènes d'hiver dont il fut le témoin, en ces lieux, au siècle 
dernier : l'aquilon fouettant de son haleine glacée, les 
troncs dénudés des chênes — restes de la forêt primitive ou 
saisissant à la chevelure les vieux pins — croissance plus 
moderne — qui garnissent la voie jjublique : puis au sein 
de la raffale, âc^ escouades de troupiers anglais, attelés 
comme des bêtes de somme aux traîneaux à bois, huit par 
huit, haletant, maugréant, épuisés, voitur.int leurs fardeaux 
insolites — ie bois de chauffage, à travers les neiges, vers la 
cité lointair.e, aux bivoaacs de la garnison, pour réchauffer 
leurs camarades malades, affamés, aux abois, privés quel- 
quefois du nécessaire même : voilà telle que laguerrenous 

(1) "dur trarrison, uow uii(lcr„'(H's iiKicililili' ('at;','u", iiot oiily v.itliiii Imt witlioiit 
tln' \vall3, boiiiK oliliKi'il to liiail and slcinh lioiiu- tirrwooil fiom tlic l'nri'st of Sto-Foyi- 
whii'h is ncar fiJur niilrx (listant, aiul tliioii(,'li siiDW uf a iiuri)!iK«in!,' diptli : ciHlit nlrn 
are allowcd tn oacli 8lt'ii<li, wlio are yoki'd to it in t't)\ii)lcs liy a tut of ri'Kiilar lianions, 
hi-siilrs onc nian who Kuidi's it lichind witli a loiiK stout polo, to ki'op it cjonrof ruts and 
uthor ol)Stni(tion8. Wc aro told tlint Monsionr de Jii'vis ia niakinK uroat proparritiou» 
Cor t ho loiitr nu'ditntod nssault on thi» idneu — Quclipc — with wliich w« nro nionaci'd. 
l'IiristmaH is Haid to 1)0 tlio tinip fixcd for tliis entreprise, and Monsieur saya ; "if ho 
succced lio shnll lie promotod'to bu Maréchal île France, and if ho fail, ('nnnda wili ho 
lost, for lie vrill give it up."'— A'iiox's Journal of Siège of (Québec, Vol. IJ, P. 224. 



'•'1 

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254 



IIAMWOOD 



la peint, cette historique route de Ste-Foye, le 7 décembre 

1759. 

Mais le souflle déictère cic Hellone a passé. Il ne leste 
de traces, de souvenirs d'une ère néfaste, à part quclciues 
boulets ron_t;és de rouille — quelques tronçons de baj'on- 
nettcs, de vieux sabres, que la statue majestueuse de la 
martiale déesse — de Helîone — que nous présentait en 1863. 
le l'rincc Louis-Napoléon. Une douce paix, une atmos- 
phère rassurante rèi^nc aux alentours : au lieu de scène de 
carnage, a\i lieu d'attirail de ^Ljuerre, on voit de vastes 
prairies, des moissons jaunissantes, une culture [jcrfcc- 
tionnéc, da^ saules, des cyprès, des acacias mariant leur 
ombrat;e aux allées du jardin dont l'éclat, la fraîcheur, les 
arômes rappellent celui d'Alcinoiis. 

Nul part ailleurs sinon aux Tuileries et en Ecosse, ai-je 
vu des résultats plus heureux de ce stj'le nouveau, exquis 
des jardins anj^lais, nommé carpct ganhning, et qui con- 
siste à figurer des arabesques, de f;racicuscs tapisseries, — 
tout un pa)'saq;c — au moyen de contrastes produits par 
des plantes et des fleurs de couleurs vives, groupées, isolées 
ou combinées par une main savante : art merveilleux d s 
Le Notre modernes, mais fantaisies que l'homme riche peut 
seul se permettre. 

Le cottage orné de AL Ilamilton s'élève ;iu centre de 
ce site féerique ; il doit son origine au prédécesseur du 
propriétaire actuel, à M. J. Leaycraft qui le construisit 
vers 1S50 : le nom de la villa, Hamwood, est celui d\\ 
manoir des llanilton, 0.1 c ^mtcdc Meath, Llande : nvi sou- 
venir des vieux pa\'s. 




ALTAMONT. (WKSTFIELD) Ste-Foye 

riii' liiiwtlinrn liii"li, wit'i si'ats IhiumIIi llic Hlmil" 
l'iir l.ilkiiiu iiji' aiiil v, liisiMriiitr lnv 'i-i iirnli'. 

Que j'aimerais à vous ilcpciiulre tout le [:ittorcs(]uc 
décors de notre vieux Québec, ses anciens manoirs au fond 
de verts bocages — ses j.;ais castels modernes étalés au 
grand jour sur les hauteurs — -les riches métairies dans K's 
plaines ! 

Qu'il me serait agréable de vous décrire, tie sai^ir au 
passade, les mille et un souvenirs du passé — qui voltigent 
autour de ces doux nids — séjour de la santé — de la j) lix 
domestique, perdus dans les bois du Cap-l\.ouge — de Ste- 
l^'oj'c — sur la côte de lîcauportet de Çharlesbourg ! 

Il en est tout un groupe au I\Iont{)laisant. 

Voyez LONd DliSlR — la charmante demeure du juge 
Casault ; "Caveof thc W'ind" — bien iKiinmée — la résidence 
aérée de l'évêque anglican, Williams, assise au haut de la 
colline qui surplombe Saint-Sauveur ; sa voisine i;Dt;F.ii!i,i,, 
radieuse villa du juge en chef Stuart ; puis vient le solide 
manoir du sénateur i'^ugène Chinic. 

A Sillcry, l'on voit le joli cottage sur la berge de l'his- 
torique ruisseau Saint-Denis, auquel le propriétaire, AI. 
[sraël J. Tarte, a donné le nom de Cottage St-Deuis, et 
combien d'autres ; mais je m'arrête, réiiuinéra'ion er, serait 
presque aussi longue que celle des vais'^eau.v d'IIomer. 

Voici néanmoins une demeure doiit le caractère exige 
une mentioa plus spéciale. \Vi:s['iii;L[) hit fo:uléj aux 
premières années du siècle, par un émiiient citadin, feu 
I\I. Charles Grey Stewart, Comi^troieur des Douanes Impé' 
riales, à Québec. Les possesseurs actuels, l'hon. David 
Alexandre Ross et son épouse, grantls amateurs de fleurs, 
ont cru devoir lui donner les honneurs d'un nouveau bap- 
tême : ils l'appellent aL'I'AMONT, parcequ'ellc se trouve au 
haut de la montagne au pied de laquelle vient expirer le 



m 



356 



AI/lAMdNT 



I 

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Hois Hijoii, jadis, croyons-nous, vinc des tlcpcndances de- 
là villa, où les chasseurs allaient au comnienecnient ilu 
siècle tirer la bécasse rou^e sur les hauteurs et la bécassine 
dans la plaine humide, au bas. 

Altaniont meublé avec un goût exquis, est sis au haut 
du i)lateau cjui descend en talus vers la cime du cap : des 
sources naturelles — de beaux f^rands arbres, des haies gra- 
cieuses donnent fertilité, fraîcheur, onibrnge au jardin. Le 
site fait [)artie tlu chaini) de bataille, où Lévis et Murray 
se rencontraient en batnille rangée, le 28 avril 1760. 

L/objet le plus frappant dans le jardin, en aval de la 
rt'sidence, est une aubépine gigantesque — dironj-nou:; 
centeïiaire, dont la ramée pendante se prolonge au loin, 
r-'xistait elle en cet endroit à la sanglante journée de Stc- 
Foye ? et, s'il lui eut été donné comme aux chênes de 
Dodone, la faculté d'articuler, de se plaindre, n'aurait-elle 
pas à gémir des atrocités que les friscnrs de Lévis, les 
Indiens, ce même 28 avril 1760, ont commises peut-être 
sous son ombrage ? 

Nous l'avons décrite en détail dan-i les Esquisses que 
nous publiions, en 1865 — sous le nom de Maplv Lcavcs. 
Cette aubépine était alors la gloire et l'orgueil de Westfield, 
au temps de l'ancien propriétaire, feu John Thomson. 

M. et Madame Ross, lui assurent une protection — un 
soin tout spécial. 



EANNOCKBURN, Chemin Ste Foye 

Cher antiquaire. 

Loin de moi la prctrntioM de vous rendre parfaitement 
claire l'oritrine du nom de toutes nos villas. 

Dans bien des cas, plusieurs des propriétaires orij^inaux 
ont depuis lon^tem[)s rejoint la " jurande majt)rité " au 
pays des ombres. 

Pour d'autres qui de leur vivant firent florès ici- bas, u 
peine a-t-il survécu iioiniiiis iimbra. 

Les incidents d'où certaines villas empruntèrent leur 
nom'ont perdu leur actualité et sont à peine reconnaissa- 
bles sous la, mousse et le lierre des années entassées. 

Ainsi, il ne reste à Québec que peu de contemporains 
d'un excellent et lettré officier supérieur des Douanes 
Impériales, en 1850, M, John Bruce, qui, pour perpétuer 
le souvenir de son illustre ancêtre, Robert Bruce, le vain- 
queur des Anglais, à la sanglante bataille de Bauuockburn^ 
près Stirling, le 24 juin, 13 15, nommait son cottage orni?, 
sur le chemin Ste Foye, près du monument des braves de 
1760: lîANNOCKliURX. 



17 



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RINGFIELD, {Ferme des Ailles) CnAki.Esnouiu; 



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4 






Voiià lin site clKiinpètiv sur l;i rive nord di; !a rivière 
vSaiiit Chnrlcs, le C a ///;r- Ce;/ Inif du ùcvc Siv^avd — la ri\-ière 
Saintc-C'rnix li-i capitaine Malouin, bien riche en sou\-e- 
nirs — si riciie e:i un mot, que l'intcrêt qu'il éveille doit 
primer celui de tous les autres sites autor.r de Oué'>ec — 
disons mieux, du Canada entier. 

Ailleurs, j'exprimai l'ide'e que l'on imurrait en quel- 
que sorte, le considérer comme le berce lu et la tombe de 
la domination française au C;\r,ada. 

Voyons : 

ici hiverna, en i535-3;''>, l'immortel découvreur de Motre 
pa\'s, Jacques-Cartier, La croix et rinscri[>tion qu'il éri- 
geait ;"• la l'ointe-aux- Lièvres, \-is-à-vis Rii;gficld, le 3 mai 
1 53Ô, é.'aprcs Ic-i instructions de son souverain h'rançois 
1er: " J-'!\y/::\'sr/,'s J^riiuns /Vt rm/iii Fnv.wTn;-: R.x 
rcgiiat, " rappellent ces tciiips recules, aussi bien tjue la 
coque de la /\'//û' lliniiinc, exhumée do la berge du ruis- 
seau Lairct ^voisinant, par feu ^\L Jos. Hamel, ingénieur 
de la cité, en 1843 ; abondante curée pour nos a-ttiquaires 
que tout cela. 

Ici même, vers midi, le 13 .'.eptenibre 1759, au (juirlier- 
géncral de Vaudreui , s'o["ièra le ralliement su;M"êm;' dj- 
troupes de l'^'ance, dispcr.-.écs après la journée de-; 
plaines d'Abraham ; ici, vc;-. neuf heures du soir, eiTirée-, 
épuisée.-, les cohorti's du '■ ]v(v' Ucs l''r:inc-~," se disiiciit 
un dernier adieu sur le point de s'élancer au p.is de 
cour.-e t)ar les routes fangeuses de Charles!) nng, L'>.-ette. 
etc.. vers le fort Jacques-Cartier: ici, se [iroclamait ce 
soir-là, la grar.de, l'étonnante nouvelle que le drame wirié, 
jadis si brillant, alors .li tragique de La d-iminatioti f'a:i- 
çaise en Amérique, venait de se clore. 



ESQUISSES 



259 



Voyons ce que l'histoire raconte relativetneiit au lieu 
de riiivernaj^e de Jacques-Cartier. 

A la page 48, de la rcLitioii du second voyage de Jacques- 
Cartier, republice par ia S<vicfc' Littirnii'i et Iiistori(pic île 
Québec, en iS43,onlit ; "Lv lundi, onzième jour d'octobre, 
nous arrivâmes au Ilable de Sainte Croix, où e.-taient nos 
navires, et trouvasnies cpie le.-> mai.-trr-i et mariniers qui 
estaient demeurés avaient Tiit un tort devant les dits 
navires, tout clos dec;ros>(j^ pièces de bois plantées debout, 
joii^nant les unes au\ ••.•itrc-s, et tout à l'entoar !.;arni 
d'artillerie, en ordre poui- .-.e défen Ire contre tout le pays." 
A la pat^e 52, on lit encore : " Le capitaine fit renforcer 
le fort tout à l'entour de l^tos fossés, lar<;es et profonds 
avec portes à pont le\'is et renforts de ranL;'s ou pans de 
bois au contraire des premiers, et fut ordonné pour le _c;"uet 

de la nuit cinquante hommes à (juatre quirts, et à 

chacun changement tles dits quarts les trompettes son- 
nantes, ce qui fut lait se'on la dite ortioiinance " 

Cne note au pied de la relation, ajoute : " ( )n pense que 
ce fort a dû être bâti à l'endroit où la petite ri\'ièie Lairet 
se decharf;c dans la rivière Saint-Cliarle-^. 



//(i :,'■:,','.'''■■ ]''i.:!!tr: vf One--:: 



oij: i" 



licé 1 183 ; awiit 



dit : 

" L'endroit exact dans ';i rivière Saint Charles où Jac- 
ques-Cartier avait ancré -^ la wii^s-m, -emble, d'après 
bonne autorité, avoir été au sitt' du ./V.v.r potit, ''un jk-u 
plus haut que le pont Dorchc>ter actuel y où à marée basse 
il y a un gué, près de l'Hôpital de Marine. Il est évident 
cjue ce dut être sur la ri\'e est, dans le voisinage de la 
résidence actuelle ( 1S34) de Clis. Smith, écuier. puisqu'il 
est fait mention que les sauvages avaient fréque.nment à 
tra\'erser li rivière quand ils .allaient à Stalacoiiè, f lire 
\'isitc à leurs ami^, le> ]'"ra!iç u-". 

Le savant al)bé Faiili>n discute .lu long les textes de 
Charlevoix et du père Lec'.erc et adopte l'idée que Jac- 



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RIXGFIEI.D 



ques-Cartier hiverna, en i53"")-36, à la rivière Saint-Charles 
et non à la rivière Jacques-Cartier, [i] 

Voir aussi le texte de Clianiplaiii, commenté par l'abbé 
Laverdièro. 

Un de nos antiquaires, feu Aniab'.e Berthelot, discutant 
le rapport de la découverte de l.i coque de la Petite Her- 
mine, à 11 Ferme des .Vn^jes, dressé en 1S43 par M. Jos. 
Hamel, ingénieur de 1 1 cité, dit p. 3 : "Il ne me fut pas 
difficile en suivant attentivement le texte du second 
voyaçje de Jacques-Cartier, tel (jue nous le donne I^escar- 
bot, de prouver jusqu'à l'évidence que ce navigateur 
Malouin avait réellement passé l'hiver à la rivière St- 
Charles, et non à celle qui porte aujourd'hui le nom de 
Jacques-Cartier ; et je crois que depuis ma dissertation, il 
n'est resté en ce pays aucun doute à ce sujet. ' 

Ainsi, malgré les assertions confuses de Charlevoix, il 
est à peu près certain que, pendant l'automne de 1535, le 
grand chef Donnacona, le roi de la bourgade voisine de 
Stadaconè, à bien des fois traversé le Saint-Charles pour 
venir en ces environs fumer le calumet de la paix avec 
les envoyés du "Roi des Francs," François 1er. 

La découverte, le vingt-cinq aoiît 1843, des restes de la 
Petite Ilcrtiiiiic, sur la rive du ruisseau Lairet, qui se 
réunit à la rivière St-Charles, à la Fcnnc des A)igcs, cau- 
sa un grand émoi parmi les antiquaires de la vieille capi- 
tale : la presse entière, anglaise et française, prit part au 
débat. L'hon. John Neilson, dans la Gazette de Québec, 
\V. Kemble. dans le Mercury, le Cauadicn, sous l'habile 
direction de M. Ronald Macdonald, se passionnèrent pour 
l'étrange découverte de M. Hamel, laquelle ramenait à la 
surface les débris encore sains, bien que noirs comme 
l'ébène, de la vaillante petite barque de 60 tonneaux 
commandée par le grand capitaine Malouin, enfouie dr ns 
la rive vaseuse du ruisseau, pendant 307 ans. 



[1] Hiitoire de U OolonU FraaçAiM aa Caoad», p. 4M. 



ESQUISSES 



261 



A l'invitation de M. Hamel, la Société Littéraire et His- 
torique de Québec, présidée alors par Thon. William Shep- 
pard, avec un antiquaire énicrite pour vice-président, 
Georges Barthélemi Faribault, se plaça à la tête du mou- 
vement ; tous les .mciens textes furent examinés de nou- 
veau, scrutés, commentés ; on faisait des pèlerinages aux 
rives du classique ruisseau ; des Ilots d'encre coulèrent 
dans la presse quotidienne ; de savantes brochures furent 
écrites. J'ai recueilli un grand nombre de ces écrits, dans 
l'appendice de rictiiresq/ie Québec; je vous y réfère. 

Tels sont les souvenirs cjui se rattachent au site, au 
temps de Jacques-Cartier. 

Enjambons maintenant un espace de deux cent vingt- 
trois ans. On est au 13 septembre 1759, et ^'*-'''"^ midi: 
quelques décharges de inousqueterie leteiitissent au loin ; 
de vagues clameurs da:)-; les fiubiiurgs : des lamentations 
dans la ville. 

La côte à Coton, la côte tl'Abrah un, quelques solitai- 
res sentiers près des hauteurs de .Stc l'"o}'c, sont encombrés 
de fuyaids épouvantés ; le régiment de \Vebb, les cla\-- 
mores de Fraser, les grenadiers de Carleton fauchent drù 
parmi les guerriers sans chefs aux unifi)rmcs blancs : 
Burton leur intercepte la vole, malgré nos braves rr.incs- 
tirturs canadiens cachée, tlcrrière les maisons ou [)crdus 
dans les biou^>sailles, vers le coteau Sainte- Geneviève. 

Deleiida est L'art /ni^i^v : l'itt l'avait juré en Angleterre: 
Delciid.i est Carthiv^.' répétèrent en chœur, W'olfe, 
Amherst, l'rideaux, Stan\vi.\, en Amérique ; et le troupier 
d'Albion en avalant sa ruquille de viiille Jamaïque répé- 
tait chaque soir, comme le dit le capitaine Knox, ce cri 
sous une autre forme Ih'itis't cj/ows liu cr.-jy I-'i\ v 7 /"'/V, 
fiort ami garrisoii in Aiiicrica ! 

Oui, c'est '.jien çi: le /'.■ l'idis de Hreiinu-;, /h//a, 
liorrida bella ! 

Braves si^ldats du Rv/il i\. )ussill,):i, tlj 15.Mni, dj Liii- 
guedoc, de GuienuL", et v >.is w)^ amis, intrépides coinpa- 



262 



RINGI-IELD 




gnons cîe Moatcalm, à Carillon, miliciens de la Nouvelle 
France, pliez, pliez le \'ieux drapeau que vous aimez, 
tant. J\v 1 Ictis ! 



'I-'iiii Huit li^iiini r. f'iii-1 it ^jiHy — 
Oiif tiii tlioiiHauds liiiiliil it (.'hiilly. 
Ami 11 11 tiiiiMfMiiils \vilil!.\. ir};iill.v, 

Swur.' it «IiiikM riiirvcr wavi' ; 
•^uoif tliiit t'iii'iiiMirs «wc.nl iiiiihl luvor 
lli'iiit» !iki' tlirir-' iiiiw iinil ilisscviT, 
'l'ill tllat tl:ii; s)iniiM tli.,it fnrcviT 

(fer tlii'ir Inidipin nr tiM'ir Knivo. 

riirl il : for llic lifÉii- tli:i' iidor.' it, 
I.iivi' tlic (dit (l.:i(l h:iiii!-i tli.it l.or.' it, 
\Vi i';i t'iir tli.i^i- that l'.ll inrurr it. 
r.ii-liii tlids.' whii trailiil aiiil t.iii' it, 
.\'Hi i.li ' wildl.v tlny il.i'lcri' it, 
.\..\v x<> tiirl iiiiil fdUl it to. 

■•Kiiit lliat l.riiiiri- : tiMi'. "lii L'iiry. 
Vi't 'ti-i vM'i'alJK'il aroiiiMl \\ llli L'iur.v. 
.\liil «111 livi: in -nui.' ami .-«tiiiy — 

Tliimuli it'i r.iliU ,ir>- in tlu- iliist : 
l'iir it- l'ami' on luiiililir iiau'i s, 
l'ciiliiil liy ]i(i(ts ami liy sau'is, 
Sliall L'o ^■lllmllll!.' (liiwii thi- aiff" — 

Fiirl it!< i'ohls tliouuli nnw wo inust. 

•■|"iiîl Ihat Iianiior. soflly, slowly, 
TiViit il vrciitl.v — it i!> Iml.v — 

l'dP it ilroiipf aliiiVf 11'.' diail, 
T'inili it mit, iinrull it m\4 i. 
!.• I it ilrd.i|i tli'Tr-, rii>-l. 1 '11-. \. r. 
l-'iir il" |M iipli''.'< 1j..|h'!' an ilr.i,!."' 



Ln nuit venue, la retraite se fit au.-;.-.i rapidement que 
rcpuL-cmcnt des soldats le permettait. L'artillerie, les 
munition-, une partie des bagages furent lai.^sccs à leur sort, 
lîougain ville rejoi,:;iiit les siens, près du Cap -Rouge au 
peint du jour. "Le .-oir même du 14, au rapport do l'aide 
de Camji de Lc\is, !e chevalier johnstone, les fi'\-ards 
arri\èTe:it à la l'ointe -.lUX-Tremblcs où ils couchèrent : le 
lendemain, IL campaient sur les rives du Jacques-Cartier. 
Les Anglais, voyant les tentes françaises dressées comme 
à l'oidinaire, à IV'aujiort. étaient loin de soupçonner la 
fuite de leur ennemi, lîelcou'', un des oft^^ciers de la cava- 
lerie de Laroche lîeaucourt, étant revenu deux jours plus 
tartl au camp, trouva tout comme on l'avait laisse, (i) 



ili l/oinvaui- à innii". «il MinM'iit Mil iiîiDiiin'' (1.111* Il s vla'ini'.s d-.i sii'ui-, i^tait iiiu' 
li"d(.ntli . (III iitr nicliiiiiciit, 'riu;i'' cri ITi'. tii aval du iiuiit di' liatcaiix sut' !■• M-Cliailcs 
r.K |(irti'iii i|iii fai-.iil faii' un .--'-( 'Iiarl' •* .lait |i.trlii- iii Imis dit'i>iii!iii> jiar dis |iiiiix ou 
):îili!'siidc)<, et Cl lie i|i\i lainait lace à llci'iiiiiirt itait en terre f'ctti' ridiiutc i>u l'inr, 
i\'.\r)iit!i, de la t'urine d'ini iieiitauni.. . i di reeinivril !t peu |>ri's ilcnx ikick. Ce (|ni eu 
vi'1.1' — lin iliaiii|i circulaire ii l'uv/ii -^h dni'i ".i villa d ■ M. l'arke a pris snii nom, enioiiiv 
d'un lo-'^e i|iie la cliMi rue ■'ciiilde iiiipiiii-Miite à ciinililii' — à une idcvatiou de plv» ili> 
(iniii/e I iedn du (uté de llcanpiirt. il i «t l'vidiiit >|ii" les travaux clilrc|iriH j'onr rortifi'i 
11' t'Hliili d'.' Heiinport — iiiii >'é|. ndait d l'onvr.iife à cornes à la chute do ^lontinoieiicj 



ESQUISSKS 



263 



"Il entra avec son détachement dans l'ouvraffe à cornes, 
mit le feu aux pièces pointées sur les hauteurs d'Abraliam 
où était le camp des Anjdais. Cette décharge alarma fort 
ces messieurs." 

Les incidents qui précéilèrent la retraite de l'année et qui 
se passèrent aux environs de l'ouvraj^e à cornes, ont été si 
vivemei'.t narrés par un témoin oculaire, que nous croyons 
devoir Its reproduire ici 

Cette relation du chevalier Jolinstone e-t une des pul« i- 
cations récentes tle la .Va/VA' Liftii\i!i\ </ I/istoriijnc de 
Québec. 

"L'armée française mise en fuite, ilit Jn]in,-.tone, se dis- 
persa et s'évada vers la ville. Peu entrèrent à Québec ; 
le ç,Mos des troupes descendit les hauteurs d'Abraham, vis- 
à-\"is t!u palais de l'hitendant, se diriijjeant vers l'ouvrac^e 
à cornes, et côtoyant les rives du St-Charl'j-;. Voyant qu'il 
était impossible de rallier nos .soldats, je me déterminai à 
descendre le coteau, près du moulin n vent, (2) dan-; 1j 
voisinai^e de la boulan^^erie, et, de là, à travers les pàtu- 
rai,res (\x Vacherie^ vers l'ouvraL^'e à cornes, bien déterminé 
à ne pas approcher 'Ac la ville, de crainte d'y être cerné 
avec une ['.irt!.: de notre armée ; ce qui eut été possible 
si les vainqueurs cusseiu tiré ti)'.;t l'avantagée qu'ils pou- 
vaient de leur succès. 11 e>t vr.u cpu la laurt de leur com- 
mandant en chef, un événement qui ne manque jamais de 
causer le désordre et la confusion dan., une armi:e quei- 

— .'Mt Un LtlC !':l't, tiii uni' KlMIlil.' iV-ll.||.' ; i! l'ill.ill rii'll IllKlU i|U'UilJ COi'VOc ltOi.»lli 

poiir iii-'irr à Itoaiio tiu iiiin ti'llf c'iitii-|iri'< •. 

"M (1 • ^^'l!^t<■.•tIlll.!ln•iv^■ ,; (^ni'-li-i- (.t.- M-Litri'-nl), i «miii.upl.i t.i it li- iii'iinio |)oiii' tri- 
vaill'-r il .1":4 r<;r:iui!iriiii'iit :< i|iii Cui'.'iit tr.i'vH vi-ri »\v' i>;i')i-i' iv)miii'''0 11 '.iitiion. 
Cimiii" il ivnxiiit <|u • ■•< iiiivr.lv'"-! ii." 'l'rai.'iit \>.\* i-ii Mut. :ivtiit r-inivt? iloj vais-ii'. 'ix 
iiiiil lii, r.' i|iii ;M)iiir.iit l'tru il'uii id'ir a l'ui'i-.-, il l'iiknv.i un 'inir'! ù M. di! [ji'ivia, (tii 
.'•tait .1 .^Tl>lltlv;^l, ■!•• cimMiiiiiliT •.'.•!i.''viil-Mii"iit finis livi Iioiuiii'm il-' i"( )j;i>;ivt'riii'in Mit 
il'.' il.M.' 11. Iw ;i (^(ii.li^'t:, <■! i|it lin avilit h «-iDiu il'iiii cmi» il- iiinin. Il L'iivny.i ii' u>'t i''«ar<l 
lie* onlr.!( priH'i» l't l'imroiiiiis (laiH lo.itca 11'!» ii.iroinHi'H, i|iii iiiiri'iit to;it Ui moiiil i ou 
mouvouu'Ut. 

( 1/ •iii'iiii .< MIC /<•« t<[}'ci!ri-H ihi r.iiMi/.i I7l')-((ii.) 

Final ■'iir-iit il' V.iiulii'iiiî il.Mili'iu' Ut (!ciiitiai{i'iit il-> Mjutrra! jujnr lm Hitrvi.-i 
Sir lit il»' 1, l'i'i ii.'rioiiiK' 1 s.'hIimii Mit. 

l,' : i-iitii il ' rotiviMj'i l'ii t-iT.", H'ii- 1:1 iiro|iri .''t.^ il ' M. l'ark'i soiit «m nui) niy<.i :i.'i'n 
■ I ' phii !• iiii'iix autour <l i fj'i-li-c. il i l'i'r,' il • 17'i t. 

DU '< Ml ' t'!ii.'iit «ji vi.il"iti ut il'.siu.i • M |i ir i'IiistoriiMi ■•'•rltiiiil, iiui oti faisait ui'.iu • 
OH. 0,1 l'a troavi! un oxclli-iit il -iHiii iltiiK lu L(r.iiiil viiliim I il- .r-lïry. Illi(')r<j •// tli-: 
JSritiiih I) iiiiiiii tn, l'ii yurfk ninj .S'm'/i .imrrii'i, ITil'i. 

!.'> l.'i !• liu.'rf il' ce mouliii ixijti'lit l'iK-ni'. iir."s il: l"|[".|iit:il (iéiural. 




lî î 



264 



Kixciir.i.i) 



conque peut servir d'excuse aux Anglais d'avoir négligé 
de prendre toute notre armée prisonnière. 

"L'ouvrage à cornes était en f,\ce de la rivière St-Char- 
le.-., large d'environ 70 pieds ; cette rivière lui valait mieux 
qu'un fossé de mains d'hommes. Son front qui f.iisait face 
à cette rivière et aux hauteurs, était composé de palis ades 
fortes et hautes enfoncées perpendiculairement dans le sol 
avec meurtrières pour tirer plusieurs grosses pièces d'artil- 
lerie. La rivière est profonde et guéable à marée basse, à 
la portée d'un mousquet devant le fort : cela en rend la 
prise plu -. ilifficilo du côté du vSaint-Charles cpue du côté 
opposé où il est construit de terre et faisait face à lîoauport, 
bien qu'il présentait de ce côté un aspect plus formidable, 
et certaineiner.t quo l'ouvrage à cornes ne pouvait être 
captm-é de ce côté par un assaut des Anglais tant que ces 
derniers seraient sur la rive opposée. A la vue des soldats 
sur la plame où était la boulangerie. Monguet et Lamotte. 
deux vieux capitaines du régiment do Hearn, s'adressèrent 
avec véhémence à M. de Vaudreuil, lui disant "que l'ou- 
vrage à cornes serait i)ris en un clin-J'u'il, par un assaut, 
le sabre au poing, que nous serions tous passés au fii de 
l'épée : que rien ne pouvait nous sauver qu'une prompte 
capitulation de la colonie entière aux Anglais ;" Vau- 
dreuil leur répondit qu'un fort tel que l'ouvrage à cornes 
ne se prenait pas si facilement. 

"lîrcf, ilh'éleva un cri général dans le fort pour couper le 
pont de bateaux. Il est bon de remarquer qu'à peine un 
quart de notre année avait réussi à l'atteindre et que si 
l'on eût coupé le pont de bateau::, le reste de nos soldats 
eut été abandonné de l'autre côté, comme des victimes au 
vainqueur. Le régiment Royal Roussillon était en ce 
moment à une portée de fusil de l'ouvrage à cornes, se 
disposant à franchir les pontons. Comme je m'étais déjà 
trouvé dans de semblables aventures, je ne perdis pas mon 
sang-froid et possédant encore quelques restes de l'estime 
que l'armée avait pour moi, à cause de la confiance que 



ESQUISSES 



265 



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MM. Lévis et Montcalin nie montraient publiquement, je 
je m'adressai à M. Ilugon, qui cotninandait, lui demandant 
une passe pour entrer thuis l'ouvraj^e à cornes, et je le priai 
de m'accompagner au pont. Nous }• arrivâmes en courant 
et sans nous enquérir qui avait donné ordre de le couper 
nous en chassâmes les soldats dont les haches levées 
allaient en un instant exécuter cet ordre insensé. M. de 
Vaudreuil était alors enfenné avec M. l'Intendant et quel- 
ques autres personnes dans une maison qui se trouvait 
dans l'intérieur de l'ouvraijje à cornes. Je soupçonnai qu'ils 
méditaient un piojet de capitulation (générale et j'entrai 
dans la maison où je n'eus que le temps de voir M. l'In- 
tendant, .ivec une plume à la main, ipii écrivait sur une 
feuille de papier lorsque AI. de Vaudreuil me tlit que je 
n'avais pas affaire là. Lui ayant répliipié tpie ce qu'il me 
disait était vrai, je me retirai en colère de les voir sonj^er à 
abandonner si ii^nominieusement une colonie pour la pré- 
servation de laquelle tant de sinj^ et d'ari;ent avait été 
prodij^ués. lin quittant la maison, je rencontrai M. Dalquicr, 
un brave et honnête homme, avancé en à^^c, qui comman- 
dait le régiment tle lîearn, avec les marques d'un brave 
officier sur toute sa personne, — d'innombrables blessures. 

" Je lui dis qu'on discutait en dedans de la maison la 
reddition tlu Canada à l'Angleterre, par une capitulation, 
et je le priai de se hâter d'y entrer pour défendre la cause 
du roi et sauvegarJer Ijs intérêts de .sa patrie, [i] Je 
le tMu'ttai en:;uite pour rejoindre l'oularier au ravin de 
Heauport, mais l'ayant rencontré à trois ou quatre cents 
pas de l'ouvrage à cornes où il se rendait, je l'informai de 
ce que l'on y discutait. 

Il me répondit que, plutôt ue consentir à une capitula- 
tion, il verserait la dernière giiutte de son sang. Il me dit 
de faire de sa mii-;on de sa t^ule la mienne, m_' conseilla 
d'y aller m'y reposer et.donnant de l'épcrDU àson elieval, il 



(1) On ii.ji'ti' sur i'.' ravin nui iiitoionpl'' 1.» voic^ pulilicim', un suliil > |Mmt soiiti'iiu sur 
•uiio iU!ii,<)!morii' vis-i\-vis dos inoiiliiis tlo M.M. Koiiainl .v llrmvii. ^^ li 'aiiport. 



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266 



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s'clança, rapide comme l'éclair, vers l'ouvrage à cornes." 



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Riny;fielcl se fait remarquer par sou étendue, parmi cette 
gracieuse série de cottages cn/c's qui franç;ent le côté 
oue-it du chemin de Charlcsbourg, au Gros Pin ; l'endroit 
ci-devant se nommait Smithville, d'après le riche pro[)rié- 
taire, feu M. dis Smith, possesseur ilu so' ; il se plut à 
y tailler des domaines pour la patriarchale famille des 
Smith, où M. Parke trouvait wac excellente compagne, 
intrépide et amante du s/>c'/-/ comme son époux. Le chof 
de ce nombreux clan, I\I. dis. Smith, occupa [jcndant île 
longues années, la maison située .sur la rive nord du St- 
Charles, plus tard la propriété de Î^I. Arch. Laurie, maia- 
tenant appartenant à ^1. Owen Murphy, ex-maire de 
Québec. Ce site est undémemlvrement de l'ancienne Fcnuc 
r/i'.c .///^'i.i-, près tlu ruisseau lairet, là où dînait, chez les 
RU. PP. Jésuites, lùnery de Cacii, le 6 août, i6j2, 

C'c.-t au milieu d'une avenue, semi-circul.iire, ombragée 
d'arbres de haute futaie, (pie s'élève la villa de M. Parke, 
homme f 'rt connu CiMunie L;rand constructcin- et armateur 
de navire.--, aux jours pro.;pères où nos braves ciiarpenticrs 
de vaisseaux vivaient dans l'abomlance, .-.ans le concours 
de la ^"(T/V'/iw/t' /<'<vv/ ; si connu était iM, Parkc que l'on 
disait de lui, qu'il avait lancé de ses cluintiers une Hotte 
entii;re, si/ixaute-.-.ei/.e n.avires de long cours ; c'était vrai. 

M. Parke, ilenuis près d'un dcnii-.-.iècle, jouit de la réini- 
tatiiin d'être le premier ll'i'ii/', le patriarche du Turf à 
Ouél)cc. Il naissait au commencement du siècle à i5elfast, 
Irlande, et s'établi-s. lit ici vers iSji. L'.derte octogénaire 
ne l.mce [)lus de iti\ ircs .-^ur ie S ;u'nî;- Charles ; mais il a le 
pas presipu; au.^si le.te, l'ieil aussi \'ir, le poignet aussi 
ferni'.' que lorsipie — il y a de çi wwc ([uarantaine d'années 
— comme })résident du jour, avecsc.i six chevaux en flèche, 
il battait la marche .mûrement et fièrement au club Ciw 
Tandem, à Lord Caledon et autres 1 ificiers des Gardes, 



ES()U1SSES 



267 



iiu milieu des carrefours les plus tortueux de la Bassc-villc 
ou des ftiubourpjs de Québec. Vn jour, comme président 
il choisit Rini,fficld, comme lieu^ra»"rât, pour l\iire le sa//;/- 
l''n's, et trente-quatre taiiiùin trouvèrent place dans la 
vaste cour et la lawn de la vil'a. 

J'ai sur le rayon de ma bibliothèque éticjueté " Incu- 
nables" un mignon volume, relié en maroquin vert, doré 
sur tranches, intitulé " l'K.Tl KK oF Qur.i:i:<'." Dix-sept 
dessins en taille douce lui donnent du relief; c'est un (>ué- 
bec-Gu de, tir'' à sa seconde édition, en sept \^},\, écrit 
pt.raît-il, par un ICcossais lettré de li vieille capitale, M. 
l^ourne ; illustré par un t;raveur écossais de mérite, 
James Smillie ; imi)rimé par MM. V. et W. Ruthven, les 
mêmes, je crois, qui sept ans plus tard, imprimèrent pour 
M. ?\. iVubin son s[)irituel Jùvitûsijiii'. A la paç;e o, du dit 
volume, il y a une jolie t;ravure sur acier où se voit, à 
l'ouest, le Palais de Justice ; à côté, la cathédrale ani^li- 
cane ; au nord, \ l'iiiou Jlôtcl (maintenant dépôt de mer- 
cerie de M. Mort^an) ; à l'est, le château llaUlimand 
(l'ICcole Normale actuelle^ bien gardé i)ar de vi;^ilantcs 
sentinelles : c'est un paN'sapje d'hiver. 

De la nie St-Loui^, trottine un terre-neuve -attelé à un 
traîneau crânement diri;^a: par un alerte '_,^1Inin, ([ui, 
debout sur son traîneau, fait claquer son luuet: c'est 
comme aux premiers jours de la colonie 

-\ l'ouest de la Pliuc <{' .Irnu:;, on disceiiic d(.n'v mili- 
taires en capote ; des soldat-; vraisemblaljlemcnt du 71e 
Montafi^iiarvls, alors stationné à Ou'Jb.-c. L'un tient à la 
inaîn r//.7/7//i7//V/'/.r in-trnnieiiL nati'in.ij, la \î;c, et semble 
se préparer à donner le >i^;nal du départ ; un piciuet de 
soklats— ^iixcaiii's ji^iiard — traverse la voie pui)li(iue, pour 
yA X sentinelle de faction aux Inneaux du O'uniiissa' 

riat, nnîntenant les (Quartiers du maj'ir debri^^idi'. Autour 
de la Place d'Ar.n;s, dont le parcours d'hiver est marqué 
de ihilissis de s.ipins, circulent alk\^remcnt ('le temps à 
autre un Uaduv se mate, se cabre) une longue fde d'équi 



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368 



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pages à deux chevaux, des tniKiciit, dont les fringantes 
montures, portant aigrettes, panaches, ceintures de gre- 
lots, ont la queue coupée, courte et carrée, bobtail connue 
dit le sport ; ils ressemblent aux Inintcrs angUis ; de nos 
jours les bobtail on\. disparu, pour faire place aux crinière;, 
longues et flottantes, aux queues carrées, mais plus lon- 
gues. 

C'est la réunion hebdomadaire — ou mcit de jeudi, du 
fameux Driviiii^ Club, formé vers 1829, sous l'administra- 
tion de Sir James Kempt. Les chevaux piaffent, blan- 
chissent d'écume le mors : vite. Excellence, monte/.. On 
attend que sa seigneurie, chautlement vêtue, nuuiie il'un 
manchon d'ours, de dimensions phénoménales, descende 
les gradins du Château pour prendre la place d'honneur. 
Le voici qui se blottit à côté de son aide-de-cainp, à (jui il 
passe les guides. Le vice-président sonne du cors ; le 
Montagnard fait crier sa cornemuse et la gaie cavalcade se 
lance au grand trot vers la rue La I'\ibri(iue. L'artiste de 
ce dessin, le lieutenant Wallacc, du 71e Montagnards, 
semble avoir été tort heureux à saisir tous les objets vus 
du corps de garde voisin du Château. 

Continuons : il est une heure de relevée ; à trois heures 
vous pourrez voir nos gaillards déboucher sur la glace au 
pied du Cône, à Montmorency, ou bien attablés à la 
fameuse hôtellerie — le JUiii Ifoiisi — sur le chemin de la 
petite rivière St-Charles, ou encore au Cap-Rouge chez 
Kostka llamel, ou bien chez Déry à Lorecto. Le code du 
club est d'une sévérité draconienne ; pour la moindre 
infraction, vite une amende, etc., c'est au moyen des 
amendes que l'on rencontre les menues dépenses. 

C'est au président de la semaine à fixer d'avance à la 
campagne, le lieu d'arrêt, chaque fois que le club sort. Il 
n'y a qu'un spécifique pour prévenir la congélation, après 
une longue course, c'est une razade de Mnllcd Wiiic" ; vin 
épicé auquel nos pères ont conféré le nom de sang-gris. 
C'est au vice président à préparer et à faire servir cette 



ESQUISSES 



269 



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délectable einbroisie. sous peine d'amende de censure. 
Gare au pauvre vice prt5sident, si dans la presse du départ 
il a oublié le Mitllcd 'i<.>iiic. Il »i dii l'enfermer chaud dans 
une cruche ou amphore enveloppée d'une couverte, et le 
précieux l>a/>j' bien enmaillotté a dû être déposé douillet- 
tement dans les fonds de la carriole du vice président : 
malheur au vice président, s'il mettait en danger, par le 

froid, les jours du Cliih, fauteduj<j'//i,'-^'7v.ï traditionnel 

Je remercie mon vieil ami M. Parke des renseigne- 
ments qu'il m'a si obligeamment fournis, à propos de son 
Club favori.. 

Québec, Décembre 18S4. 





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AUVERGNE, Charlesbourg 



Au pied de la côte de Clarihiu, à Charlesbourg^, à l'est 
du plat'îau, surnommé Gros Pin, le touriste saisit de loin 
sous de verts bocages, les blanches demeures d'un village 
canadien, l'ancien ha îieau Auvergne. Quel est l'Auvergnat 
parmi les anciens colons, qui se laissa aller à la jouissance de 
perpétuer par ce nom le souvenir du doux pays de France ? 
Notre ami, l'antiquaire Tangua}', pourra peut-être vous en 
donner des nouvelles. • 

Oui sait/ un de ces laborieux colons que l'intendant 
Talon y plaçait vers 1675, pour inaugurer sa colonie 
modèle ? Toujours est-il qu'en 1832, le juge en chef de la 
province. I\I. Scwell, séduit par le charme de l'endroit, s'y 
érigea nn chalet. Auvergne, le nom du village, devint 
celui de la villa du juge. O que j'aimerais à repeupler de 
ses hôtes et intéressants visiteurs, l'historique ch.àlct, à 
l'époque où l'éniincnt juriste l'occupait 

Comme homme de lettre, légiste, homme politique, fonc- 
tionnaire d'état, ^î. .Scwell a fourni une longée et bril'anto 
carrière, .\yant adhéré au parti tlu roi Georges III, d.ans 
le vif conilit qui donna aux provinces de la Xouvcllc- 
Aug'ietLrre icu;- indépen. lance ''1775-S3), ce princ; >e 
souv<int, en tijiiius et licii, de ia fidélité de ^on sujet \\o^- 
tcnnai>. 

\}q fortes étud.e-, une hcur..u-e mémoire, des talonts ■ 
tl'un ordre >u[.iérieur, une grande dignité '.ie tenue 
ouvrirent bientôt au fameux i^uifiil l-lmpirc Lvyalist, l,i 
porte à toutes les dignité;. 

Jonathan Sewell, naquit à Cambridge, dans la colonie 
de Massac/iiissitfs Jnu\ en 1766. 



ESQUISSKS 



271 



Son père était rrocurcur-Général de la colonie. A la suite 
-de l'insurrection, M. Sewcll, père, crût devoir cmifjrer en 
Angleterre. Son fils fit ses classes à un Graïuiiiar Sc/iool, 
à lîristol ; puis, il accompagna s'en père, lorsque ce der- 
nier 5C rendit à St-John, N. Il, en 1785 ; y lit son dr^it 
sous l'émincnt avocat, plus tard, le juge \\'ard Chipman. 

Jonathan Sewell y pratiqua sa profession pendant une 
anne'e. Le jeune avocat vint chcrclier fortune en notre 
ville, en 1789, et }• fut di[)'ômé membre du barreau, cette 
année même. 

Son exellent père exjjirait à St-John, X. B, en 179'). 

Nommé solliciteur-général à (.^>iiébec, en 1793 ; procu- 
veur-général, avocat-général, juge de la cour de \'ice-7\mi- 
rauté, en 1795, l'habile légiste devenait juge-en-chef de la 
l'rovince de Québec (i) et l'résidcnt du Conseil l'exécutif, 
en i8c8. Il représenta à la Chambre pendant trois 
parlements consécutifs, le bourg de William Henry 
(SoreU. 

Orateur du Co.;- ■! Législatif en 1809, il ne lui a 
manqué que la haute cluirgc de Gouverneur-Général pour 
couronner dignement tant de distinctions flattcu-es. Mais 
en 1808 comme plus tard, nos gouverne'urs-généraux nous 
arrivaient de Dovn i nj:; st iwi 'i.owi dressés. Il fusait bon alors 
de se prononcer carrément pour l.i couromio, sang trop 
s'occuper du peuple 

l'ourcp:ui cet ardent .ur.i des .\rgl:iis ail i-t-il eherclicr 
Lir. nom français pour .--a maison de c>;!np,ignc .■' .M\'. tèrc ! 
y\u\"crgne, (.listant d'à ])ju près -.mo ilemi-heu dv. 't\"''on- 



(1) 1j.' Jiiso Sowi'll, siict'Sàoiir i^ii is;',s (lu .Juc"' M'illiiiiu':. iiiti-.- .-uitris n'idinii-s t'i 
ini-xliticntions, iiitroiliiisit nu Palais, la ifi-aiidi' k luif iiHiuii'U'', le costiuui' iiiii'iwilut des 
!iii('ii'ii3 jours, l'obi's (l'hi'iiiiiiu', îriii'iiu;', ftf., tonimi' aux vieux pays. 

l'iii' sontiMici' (11' lunvt, eu couroriMiiurlli', iirnnonci'i' par li' .jnjii'-l'U-clirf, cntiiuiv il.> 
!»i't (luatrc rollrgui'i-, tous eu urauil cdstuMic otliciil, ùcait un iuciili'Ut fort iiii|iosaut. 
Sir .lauu's Stuart, qui lui sufcOda, eu IS;!f, vcrsounair»' iiiajosttioux iiuaut à la statiiro, 
(l'uuo l'i'Uilitiou vaste, ot.ainat(ui', lui aussi, ili'i- t'onui's ju(lii-iaiiva auli jut"!, cousorv;» le 
ti'ioorue l't laissa clioivriuMiuiur. 



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272 



AUVERGNE 



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daire château Bigot, à Charlesbourg, est depuis plusieurs- 
années, la propriété <le M. George Alford — petit-fils et 
héritier de feu le millionnaire George Pozer. 

Ce vieux célibataire s'y livre avec ardeur à l'horticul- 
ture, mais le solitaire maître d'Auvergne a trouvé dans 
sa riche bibliothèque, d'excellents, de constants, de vrais 
amis. 




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COUCV IvK CASTKL 



IVtit donjon aux allures [)ro?que ftiodalcs, tlaïuiin.' ii'un 
b>)is, >,ur la riv(^ sud de la l'ctite Rivicre St-Charlcs, avec 
plateforme, couleiivriiies t.t pierriers. Par <^on nom, il rap- 
pelle Kl |)atrie dc.^ ancêtres maternels de l'in:)!!, Louis 
Panet, le fondateur : les J)adelart tle Cv)ucy le-Castcl, en 
l'icardie. Le nom du Dr l>adelart, j;>ar les .--oins qM'il [)ro- 
di;;ua aux blessé-, (i) au ct)mbat des Plaines d'Abrairun, 
est associé à raneien ré;.;"iine, et au Uijueeau, par l'uLip- et 
lont^ue carrière qu'il fournit connne médecin, suus les 
généraux Murrav et Car le ton. 

L'hon. L'iuis l'antt, partageait ses loisirs entre' son 
petit castel, ses amis, ses livres, ses oiseaux auxquels il 
avait construit une jolie volière, et les plaisirs de la cb.is^e 
et tle la pèche qu'il allait chaque semaine i;oûter à :on 
chalet solitaire et pittoresque de Lorette — Castorville. 

Ce beTU vieillard closait nnL'"uèreime hoiinrab^.- cirr.'re 



a I n^v. (.[■■ 90 an-, re;.M 



:cte ixiur i'.iim.Miité 



U) Li'.i ar$nc:i_ilii l> .c'.uv !lathlr.rl.—M. .Ju'ii.-s' Tlionipjon, (ils, co.isii(iij 1} t!;i.' -.ui- 
v.iiit (l.ii.r; 8is iiiv'imiin'n im'-'lUn. Apivs avoii' décrit iilusii'tira mitres contoiiiiKi 'lài.-- i!ii 
:iiôn;<' il.^ 17.V1, il nioutr : " Joiiii i'niiH'V. " 11 jv.Mt un dar.jT'^rcux coup <lo s;il»iv i-ir lo 
iVout u l:i 'n'.tailK- (l.';i rh.hii'S (l"Ahr;iiiiii!i, 1.) J.i sijiti )iil)ri' U.i:»,. Kpiiii^i', il s»! 1 li-js.! 
■ l'.iiir lui- lo [ir.yjm, !■■ (!■; \ iippuy,'' t.ur iiiio i-lritun-. Vn o!iiruvr,'it ii il s troiiiii-s lr:int;t!it:ps, 
viiVHiit iiu>! Hcsc;>iiuir.i<l>'S (i!i;(hnt, ty.- i-tHra eu ariiriv ut Vi-iR'oiili-a Jouu rr;.i,--:.>v. ■!i;ut 1 i 
ijU't'aii''' tsaimiait al).inil;ii!iiu'.!nt. Ij • cliinirnii'ii si- mit lîo Miilc à ]):iiis; r si iili'^j-iiro ; 
(iiiis, il ii^ t'oiistituii :-i)u iJii. (iniik-!' dr k'U'iiv, lui (I''!ivr;»nt ses avmof, l'.'s-ii'fla no tor.uis- 
tiiic'iit iju'i'ii iiii |ii tdl; t (!■■ iiDclii' a di'iix coups, Iji^'ii inniUii l'U ur{{i'ut, il vvc I03 initiais 
!HM' la ciilasHi) ( 1'. 1!.) l'hiii|>ii(> Ji.-ii!'lari. 

John Friisor ot 11- cliinirgii-n liMu<;;ii.-i, par 1.' ouitc ('>vi!irout fort li-Vâ tl":iîiiitir : iU 
iHaicut viiisiuii. Iji' pviiiiii'r Oliùt pi'ii)rirt:iir,' il- ]:i iiiiii<oii, niu cUsi .[ardin», plus livivl 
ocTUln'i' par l'rn V. llarliuaii, iHJritVf (maintciMnt par MM. ."Md.juin, avoMte) taudis ipio 
I,' î)r liailclart,poKS,Ml;iit oïdlc vcisi:i'> de Jl. CliarU'i l'aii.t |1.' lot arté rfbàti otest .n-'-npi 
inaintMKiiit p.ir la ivHidrnrv di! \illrdu \i\'^c .loan Tlioi 'raaclicviaii) in'tit iih d;i li.i\v 
leur ii.id.darl, 1i-h dcMi:c lots t-i' r.'joi.'.di;;!;! un arrioro. 

'\\. l'i-.asi V y ouvrit l:i iirciriièri' ùroli' anglaii-i! Ii'iiu.' à (Jurlnv. 

^1. V'ra; er i'ondit lo iii.Htolct ou qurv;tjou t'i sou jiroiuii'r maitrn tu ISIO t>l jo doviiis lo 
locati.iio do i'.ornard l'auct, le pi'tit-IUs du l)ootc\ir Baddart. litriuud l'aui't ôtait uiou 
.uni : il luv lit pr,''.«Liit du Huiidil ])it^tolot qui av;'it app.irii'uu i'i. -oa .irraiid-pi'.rc. .)oli> 
itardai t" ans, et h' U! iir]iti'uiliri' ).^."'.i, lo ecutiouu' a!iuivor'<:iiro do la li.'itaillo lUvs Vir.inos, 
.j'oii ii.i n stitutiou à nu do.s dosooiHiaut.s du Doctonr l'.adilart, lo ilonuaut :\ M. .lolni 
l'anot, Corouor do (iiu'ljoo, lU.-; do lioruard l'auit. l,o df)otour li.idi'lart l't M. John l'r •, ht, 
attoi.uuiiout tous doux un àifo l'art avaru'o 1 1 l'urout jUHijp.'.'i la fin do loiirs .jour j, di> 
eluuuls aiui.i. IjO Dr l'.adolart avait l:i iircstauco di.Lfiio d'un .u'oiililhornuu! : il pc^'-t.-iit 
oonstauiniont rt'iiéo au ocMo, si-lou la modo du touiiis." 




la 



(Mciii')irs of J.in. Thoiniisoii, Doputy Criiniiisnanj Gcnerd, l*".^ 



<t 






■ 







1! I 



274 



COUCY LE CASTEL 



franchise de son caractère : un excellent type (fes Anciens 
Canadiens. 

Depuis 1861, cette villa est devenue la résidence d'été 
de l'hon. Jean Thomas Taschereau, ri-devant l'un des 
juges de la cour Suprême du Canada. 



M " ■^■^' 






VILLA IVIASTAI 



O «loriisi flpiriti do pli l)Osclii, 
<) Kco, () aiitri f'osfhi, o clipiiri' linfo, 
O fiirctriito iiirifc, o iiKi'''Hti l'uni 
() Satiri, « >Silviini, i> Riiiiii, c Driadi 
Xiiiiidi l'd Aiiiadriiidi, (i Somiieo 
(> ri'iuli, o N'uiiL'f. 

Sann-azzaho. 

Vers 1845, le chirurgien le plus en renom de Québec, M. 
le Docteur James Douglas, s'érigeait sur la rive ouest de 
la rivière des Taupières, à la Canardière, un beau manoir, 
avec ample jardin potager, sans omettre l'accessoire indis- 
pensable d'une villa canadienne : un jardin abondamment 
pourvu de fruits, de plantes, de fleurs indigènes et exo- 
tiques. 

Favorisé de la fortune, homme de goût autant qu'il était 
amant des sciencees et des lettres. M. le Docteur Douglas, 
de retour de la ville, passait ses heures de loisirs dans sa 
bibliothèque, son jardin, sa serre, etc. 

Bientôt, il ajouta à sa résidence, une vaste salle dans une 
aile, où il déposa, ses peintures, ses statues antiques, etc. 
Puis, il érigea, à une extrémité de sa villa, wn jardin d' hi- 
ver- pour sa collection de fleurs tropicales et autres ainsi 
qu'une serre pour le raisin, à l'autre extrémité. 

Natif d'Ecosse, le Docteur Douglas voulut perpétuer le 
souvenir du sol natal, en donnant à son manoir, — un 
nom — Glenalla, — qui lui rappellerait les montagnes, les lacs 
et les pics de l'antique Calcdonie, chantés par 
Ojsian et Hurns. Le i ays au reste était { ittoresque et 
tavorable aux embellissements. 

En face, les toits et les flèches luisantes du vieux Qué- 
bec ; si rade alors couverte d'une forêt de mâts — couron- 
née de son imposante citadelle ; à l'ouest, le populeux 
faubourg St-Roch, les rives verdoyantes du Saint-Charles 
— ses bruyants chantiers de navires, (ceci se voyait avant 
qu'il fut question de la Socictc de bord) ; à l'est, l'Ile d'Or- 



Twffl 



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*■ < 



76 



VIM,A MASTAf 





Icans SCS massifs de verdure, ses ^'racieux coteaux ; au 
nord, le sombre rideau tles ! aurentides. 

La rivière des Taupières est un petit cours d'eau histo- 
rique : nouveau Scammandre, il évoque de martials sou- 
venirs. ICn 1690 — en 1739 — en 1775 — 6, on eut pu voir 
embusqués .'U' ses bonis, les mousquetaires du sci^^neur 
Juchcreau, les fantassins de Montcalm, ou les ardentes 
milices de Guy Carleton, prêt-; à repousser les envahisseurs 
du sol. En 18 14, la rivières des 'l'aupières à l'ouest et le 
ruisseau de l'Ours, à l'est définissaient la limite de la /^r/Wd' 
accordée aux prisonniers de f.fr.erre américains. 

A la partie est du site, un lopin d'environ soixante 
arpents, on voyait .sur la berc;e (.le cette rivière la 
longue maison blanche de feu le juge DeBonnc, jadis pro- 
priétaire du sol. 

Revenons au fondateur de Glenalla. 

M. Douglas, s'était t'pris des découvertes modernes de 
la science.surtout de ce que les voyageurs avaient exhume 
dans l'ancien royaume des Pharaon. Tour étudier sur les 
lieux mêmes, les papyrus, les inscriptions, les monuments, 
les momies des braves gens qui florissaient au temps de 
Checps et de Nechno, il fit voiîe pour l'Orient', avec :-on 
fils, plus tar'i profes.icur de cluaiie ;iu collège jMorriii et l'un 
des zélés l'.ré.-idents de la Sociiti LitfJrairc' tt llist.niqnc, 
et passa \)xc.-, de deux année;-> dans ces contrées lointaines. 

11 en revhit ;ivec. tout un ch:'.rgement de naviie de 
reliques : antiquités l>rusques,Grecqucs, Romaines, momies, 
statues entres autre celle de X lisclavc grec, de XAvcuglc àa 
Pompci, etc., tableaux, peinture des grands maîtres. Il 
déposa sa riche collection de momies ICgyptiennes dans 
son musée archéologique. — Une savante horticulture égale- 
ment régnait à Glenalla, Xj'a mode d'ornementation qui 
distinguait cette vilb, ce fut ses pittoresques ponts en fd-de- 
fer suspendus au-dessus des pièces d'eau et des niéandies 
de la rivière des Taupières : c'était beau à contempler, 
mais les oscillations du pont suspendu vous donnaient le 



KS()U1SSI.S 



l'jale- 

quî 

ll-de- 

hclies 

ipler, 

it le 



vcrtifïc ; les momies, les momies brunes et 
TEi^yptc : voilà ce qui surtout aPéchait les 
à dix lieues à la ronde. 



277 

racornies de 
archc'olosfucs 



Aux anniversaires marquant-, M. Dou'jias, entoure de 



(lueUjues savants, commt 



iui, avid'js scrutateurs des secrets 



du passe, se faisait fête dede'rouler de ses bandelettes une 



le s 



es moimcs. 



Dés^ager ses vieux I^g\ptiens des vêtements qui les 
emmaillottaient en entier, excepté la figure ; c'tudier les 



ou 



lurrcrics ensevelie.- 



avec les 



petites pièces d'or 

propriétaires ; recuei^ir les pLiulants d'orrilles ou les bra- 



cclet> de ces antiques danu;s ; leur a^si;^ncr un état, une 
position so'ciale au temps de Sesostris : toutes jouissances 
exquises pour l'excentrique archéologue ilc la Canardière. 

Il se passa un incident assez i)laisant à l'un des congrès 
scientifiques du vieil Ivsculape. 

Il avait convie quelques gros bonnets de la science de 
Québec, pour assist-r au di'ronlogv d'une momi'; qu'il avait 
prononcée être une princesse ou du moins une femme de 
qualité, ayant découx'ert dans sa cassette, des fragments de 
bijouterie en or. 

" Qui scait, avait ajouté l'ingénieux archéologue si ce ne 
fut pas une autre Cléojiatre, au temps de Chcops ? Grande 
était l'attente, grande, la curiosité des vieux savants : 
mais, bientôt, un éclat de rire homérique ébranla jusqu'au 
toit du musée: la princesse se trouva être un l^gyptien 

M. Douglas ayant vu engloutir son ample fortune dans 
des exploitations minières, se vit forcé de dire adieu à 
Glenalla, en 1876 • se retira à Philadelphie, avec ceux de 
ses trésors archéologiques qu'il prisait d'avantage. Quel- 
ques uns de ses I^gyptiens furent acquis par l'Université 
Laval, pour son Musée, où ils attirent encore bien des 
regards. 

En 1877 le Dr J. E. J. Landry, propriétaire de V Asile des 
Aliènes, acheta la Villa, et eu changea le nom en celui de 
Villa Mastaï — nom de la fiimille du souverain Pontife, 



T fil 



)m 




278 



VILLA MASTAI 



Pie IX alors régnant. A la morl du Docteur Landry, la 
Villa Mastaï passa à son fils, RI. A. C. P. R. Landry, Dé- 
puté aux Communes, pour le grand comté de Montniagny. 
Ce savant agronome a substitué aux momies et aux sta- 
tues grecques, etc., une riche collection de livres sur l'his- 
toire du Canada et sur la littérature française : ce n'est pas 
moi qui m'en plaindrai. 



'm 




s 
d 



LE MANOIR SEIGNEURIAL, Beauport 

1634.1S79 




"l'r.Ttorian licre, Vra'toriaii tla-iv, I iiiiiid tlio lii^giiiR o't.'' 

(li'ANTiyrAiiiK, Wdller S' nlf). 

Nou^ voilà bien au temps héroïque de la fc'odalité cana- 
dienne. 

Qui de noas, pendant nos excursions à la chute de Mont- 
morency, en été, ou au cône, en hiver, n'a jeté en passant 
un regard scrutateur sur cet antique et massif manoir des 
Duchesnay, en face de Québec, en deçà de l'église de 
Beauport ? A combien d'étranges scènes n'a-t-il pas été 
associé depuis le berceau de la colonie ! 

Le 30 juillet 1640 y commémore une date rcmarciuablc: 
l'exécution sur un des censitaires, de la sentence du l;ou- 
verneur de Montmagny. Guion (Dion !), car c'était son 
nom, à genoux, tête nue, sans épée, tri éperons, cognait à 
la porte principale du manoir pour rendre foi et hommage. 
En l'absence du très haut et puissant seigneur, Robert 
Giffard, son fermier, lioullé vint ouvrir et lui entendit 
répétiir la formule obligée de.-, censitaires : 

'^Monsieur De Beauport, mousicitr De Beauport, vtousienr 
De Beauport, je vous fais et porte la foi et Jiouuiiage que Je 
suis teuu de vous porter à eause de luon fief du Ihiissou 
duquel je suis hoininc de foi, releva ut de votre seigneurie de 
Beauport, lequel ni appartient au moyen du contrat que nous 
avons passé ensemble par devant Roussel, à Mortaigne, l: [4 
mars 1634, vous déclarant que je vous offre payer les droits 
seigneuriaux et féodaux quand dus seront, vous requérant 
me recevoir à la dite foy et hommage ^ 

Ce Guion, comme l'a remarqué l'abbé Ferland, était 
maçon de métier ; c'était en outre l'homme de lettres, le 
scribe de la paroisse : il existe encore un contrat de mariage 
dres^^é par lui, un des plus anciens documents de ce genre 



;8o 



i.i; M.woik i)U(.:iii;sNAV 







connu parmi ni>u-;, ot portant peur ilatc le Fôjuillct IÔ3^). 
( )n y voit I.i .si;^naturi.' liu .sc'i^iKur (iiffard ainsi que celles 
tic l'iaïK'ois Btilanjj^cr et tic N'ool Lan^lois : l.'s autres par- 
tics présentes )' apposèrent leur croix. 

La chirur;4icn I\()!)ert GiiVaril fut acte ile présence pour 
la iireniièrc foi.; sur n()-> rive-, en 1627. l*",ii i5j^, il fut fait 
pri;-onnicr do tjueiTc par les anç^lais, sur la llotte iK; Koc- 
uiont. 1 )(• retour ici, il obtint la concession de la '^eijxneurie 
(ie In.Muport cl iVun autre va'-ti; domaine .'ur 1 • Saint- 
CMiarle.'-. On sait le rc?l.- importan". (jue lui et K> iv-ns ont 
joué ilans la color.ie. Oui ifniore la f^Iorieu-ie cariièri.,' de 
Cette m:Mti. lie fuiiilii.^ de> Uiiclie n i)', ^ur tou^ no^chimps 
de li.itaille ? au ■' è;^- ; de l'hip >> i a li'njo, ,iu ;.nM:i 1 -.iè^-e 
de I/Sy, au 1)1.1. as de 1775. à Château_q;uay, en loi.;. 

l'n de Lur-. aiicélres, Nicolas Juchereau il'.- St-lJenis, 
se di-,tinj;'ua tellement, au siè.^e de l6yo, que le roi de 
l'"rance lui octro)M dcr. lettres de noblesse. "Le sieur 
de St-])enis, seiL;"ncur de lîeauport, dit Charlevoix, com- 
mandait ses Inbitants ; il a\'at i)lus de soixante aiH et 
combattait avec l)eaacoui) de v.ileur, jusqu'à ce (pi'il eut 
un bras cas.sé d\\n coup de feu. Le roi récompen--a peu 
de temps rqtrè-, -on zèle en lui accordant des iett'es de 
noblesse." 

Un de ;-es f\]>. se di-tingui à la Louisiane : deux 
cueillirent des lauriers à Châteaugua}' : le vieux nom 
c-t encore diy;iiemeiit porté, par les descendants, dans 
l'armée, la robe, etc. 

Pendant l'été de 1759, le manoir seis^aicurial devint le 
quartier-u^énéral de Montcilm ; le col. lîonu^n, J. Lossing, 
hi^t rien américain, recommandablc par ses écrits sur la 
période de 1775, dessina en juillet 185S — le vieux manoir 
pour llarpcrs Magazine, où il fii^ura, en janvier 1859 ; 
d'où il fut copié pour orner une esquisse qui parut en mai 
iSSi, dans \ Illnstratcd Ncii's, de Montréal. 

Kn l'automne d 1 1775, nos amis les ]îoîto*inais firent 
•une descente au manoir des belliqueux scii^neurs Duchés 



/* '*■ 



KSQUISSKS 



281 



[inoir 

|«59 ; 
mai 

Irent 
Iches 



nay et en niîrent riuleinent à contribution les laiteries, 
les basses-cours, etc., tel ([u'i! .iijpert \k\v une lettre dont nous 
devons communication h l'obligeance de M. Henri Duclies- 
nay, de Ste-Marie, ina;^nstr.it de police et inspecteur des 
mines à la Ikauce. [1] L'' m moir seiL;"neuria!, assez niaisif 
pour Mjrvir de fort contre les Indiens, couronne d'une 
manière pitturestjue une [uii'e éniinence, sur 'es ri» es du 
r;iissi\V! de l'O/ii's, en vue de I i cité, du Ci">lé '-ud de la voie 
publi(]ue : le ftni, ce siinpiterncl tléau dv (Jncbcc, y passa 
en l'autoinne i\c 1 S79 ; il ne ncns en le-te ((u'iine triste 
ruine. 

Pendant l'été de 1S80, des ouvriers aliéché-i [)ar ces 
k'o'eniii's u-écs, "de trésors français enfouis en cet ». ndrt)it 
pa.r l'état major de Montcahn" en creusant dan.-, la maçonne, 
découvrirent une [ilaque circulaire de [)lonia ou d'étain, 
qu'ils reun"rent aux propriétaires. IMadaine Gu;,;\-, qui 
maintenant possède le manoir et la terre seigneuriale de 
Heauport, eut l'heureuse idée de défjoser pour examen cette 
insc'iption à la salle de la Sd-ic'/i' L///i-r'.r/ir et Jlisfon'onc. 
L'iii-cri[)tion était composée des lettres suivantes : 

I. li. S. M. I. A. 



LA\ i^ 



0-1 



L1-: 



M 



25.JVlLLET,IE.ETI<:.l'i.A 

imikmi1':r1':.p.c.gifart 
siciGXKUR. Di:-ci<:-Lii:v 

Ces lettres sont <iravées profondément quoique avec 
rudesse, dans la plaque : au-djssous. il cxis'e des traces 
plus indistinctes d'écriture, — ça peut être une cotte d'armes. 
— Au-dessus de ces caractères, on voit un cceur renversé, 
dont jaillissent des flammes, \cm\\\ lies sont enclavées dans 
un cœur plus grand et dont la [)ointe est en bas. 

Cette trouvaille mit nos antiquaires en émoi et donna 
lieu à plusieurs écrits dans la pres.se anglaise et française. 

(1) Voir l'iiiiiiomlico. 



282 



i.r. ^rA^■()lR duchesnav 




Ouclques-utie.s trouveront place en cette esquisse : 
The Beauport Manoir Inscription 

Tu Ihc Kilitor iif ihe Mnininij Chrunicle 

" W'hilst regrcUiiig the loss of the coins and documents accom- 
panying the inscription of the lîeauport Manor, on account of the 
îight it niight hâve thrown on this rcmote incident of Canadiau 
bistory,lcl us examine the case as it stands. 

This rude i'^scriptiop of 25th July, 1634, gives priorily as to 
date to the iJeauport-Manor over any ancient structure extent in 
Canada this day. The érection of the manor would seem to hâve 
preceded by three years tlie foundation of the Jesuits Sillery 
résidence, now owncd by ^Jessrs. Dobell and 15eckctt, which 
dates, of July, 1637. AVho preparcd the inscription ? Who engra- 
ved the letters ? AN'ho eut on llie lead ihe figure of tlie " llaming 
heart " ? The stars ? Are they lieraldic ? 'What did they ty])ify ? 
Did the plate conie out ready i)repared from France ? Had the 
Acadi'niic i/is Inscriptions, etc.. or any othcr académie, any hand 
in the business ? 

The lead plate was imbeddcd in solid masonry. It is too rude 
to be the woik of an engravcr. Could it hâve been dcsigned by 
Surgeon Gilart, the Laiid of lïcauiioit, and eut on the lead- 
plaie by the scribe and soTant of the seltkiiient, Jean Guion 
(Dion ?^ whose peniuan^hii) in the wording uf two niarriages con 
tracts, daling from i()3('). lias bcen biought lo Iight by an indefa- 
tigable seareher uf the past— the Abbé lerland ? l'robably. 

15ut if the Icllered lîeauport stone masou, who hcver rose to 
be a Hugh Miller \vhate\er may »have been his abililies, did 
utili/e his talents, in i()34, lo [«roduce a durable record, in order 
10 perpelualc the tlale uf foundaliun (A' llùs manor, lie subse- 
qucnti\- gut at lcg_,erhLads willi his worlliy seigneur, probably 
owiiig U) ihe litigious taste wiiich lus native Perche liatl instillcd 
in hiin. l'ciche, \ve ail know. is not vcry distant from Xormandy, 
the liol bcd of tends aiul litigaliun, antl might hâve caught the 
inleclion Irom this neighborhood. 

Governur Montmagny, in the spaceofeight short years, had 
been called on to adjiidicate on six eonirovcrsies wliich had 
arisen between Ciifut and his \assals, touching bonndaries and 
seignorial rights ; ihungh the learned historian l''erland has failed 
to i)aiticulari/.e wlielhcr among those eoiitroversed rights, was 
included the /Jroit c/c Chapons and the/^/v// du Seigneur. Could 
the latler unchaste, but eherishcd right of some Scotch antl (ier- 
man leudal lords, by a inisapprehension of our law, in the datk 
days of the eolony, hâve been claimed by siicli an exacting sei- 
gneur as .\[. de Ciitart ? One thinks not. 

He that as it may, ihe stone mason awX savant, JeanCuion, 
had refiised to do feudal hommage to "' Monsieur de Beauport,,'' 



KSOUISSKS 



283. 



I"» 



and on thc 2ûth fiily, 1640, six years after thedate ofthe inscrip- 
tion, under sentence rendered by Governor de Montmagny, he 
was niade to do so. 

Who will decipher the I. H. S. — M. I. A., the letters at the 
the top of the plate ? Is there no descendant of the haiiglity 
Seiiinior of Beauport, Robert Gifart, to give us his biogra- 
phy, and tell us of his sporting days ; of the black and grey 
ducks, brant, widgeon, teal, s lipe and ciirlew, etc., which infes- 
ted tlie marsliy banks ot the stream -the Ruisseau ifr l'Ours, on 
which he had located, tîrst his shooting box, and afterwards his 
little fort or block house, against Iroquois aggression no doubt ? 
Gilart was a keen sportsman, tradition repeats. Did the locality gct 
the nanie of Canard'u-re on account ofthe Canards, the ducks, he 
had bagged in his time ? Wlu) will enlighten us on -"Il ihcse 

points ? Whcre are our " Oldbucks' ? 

*** 

Québec, 8tliApriI, 1S80. 

Query — Would I. H. S., stand for Jcsiis Ihuiiiiiurn Sal- 
vator ? and M. I. A. {or Maria-jostp/iiis- A/mal — the lloly 
Faniil)- — asks Dr W. Marsdcn. 

i.i'.rrur. m: (.omik u'orsonni-ns 
.-/ )/. /. M Lc}[oinc, 

l'rcsidcnt de la Socii'tc Ltftiraivc et Historiijue, Qiiél)ee,etc . 
Cher Monsieur, 

Notre lettre du ler avril, publiée dans le .]fori!iii^- Ciironielc, 
en grou[)anl, autour du premier manoir cmadiL-n. des grands 
noms canadiens, des faits historiques et des iravliiions, semble 
vouloir nous fai:e regretter ericore plus la perte d'un mMiumcnt 
dont il ne reste i)lus (lu'une phu[ue île plomb gravée sans art, 
avec une inscription sans oriogra|ihe. Je suis allé, comme bien 
d'autres, voir ce morceau de plomb, (|ui contient autant ipie 
rimprim-M'ie peut le représenter, l'inscription suivante : 

i. H. s. M. I. A. 
!.A\ 10,^4 ],1-: 

NT F. 

15 iviid'/r iK Erivi'i.A 

PRKMII'IRK ^CGIKAR^ 
S1•:IGX]■:VR 1)1', CV. la FA' 

La première ligne a été, sans doute, gravée avec une ]>i)inte. 
l'incision jjIus indécise est aussi moins profonde, de même que 
les lettres ntk ajoutées audessus de PLA. pour fiire le mot 
planté, que l'art du graveur ou la largeur du ciseau n avait pas 
su contenir dans la troisième ligne. 



284 



LE MANOIR DUCHESNAV. 



Les lettres des trois dernières lignes ont été coupées avec un 
ciseau de un demi pouce de large, l'incision est nette et bien 
dessinée ; on voit encore les ligne-; (pii ont été tracées dans 
toute la largeur de la plaque, au nnj_\'en d'une pointe pour guider 
le ciseau du graveur. 

Dans le centre de la plaque, or. disiingne avec peine un écus- 
son portant un c^eur renversé et llamnié ; au centre de l'c-cu, 
trois étoiles. Impossible de dire si elles sont posées en face ou 
sur un champ ([uelconque. Le tout a dû être sr.rmonié d'un 
lieaunie, car on voit encore de chupie ci")té de l'écu des lignes 
courbes multiples cpii doivent nécessairement représemer les 
lambrequins ; sur le C'")té gauche, un bout de banderole, mais 
!'(?;■/ /.■.■/(• a dû abandonner s i première idée, car le hau' de la 
l)an(.lerole se perd dans le-; lignes du lambi'c quia. 

J'ai lu dans la letlie qui accompagnait l'envo: de madame 
Gugv, cpie les ouvriers, (jui avaijiit ir.ivaillé aux ruines, disaient 
avoir trouve la plaque de plomb roulée avec certains d icaments 
qui seraient tombes en |)0ussière au toucher. La cliosc nn' 
p>aralt impossible Le dessous de ia plaque indique qu'elle a été 
posée ù plat sur un lit de mortier ; et la partie gravée, du moins 
celle où sont gravées les armoiries, cpi'une pierre pesante a été 
placée dessus, et c'est par l'entl^ncement de sa suiface inéga'e 
que la pliq^art des lignes gravées ont été détruites. On voit 
encore dans le i)lomb oxidé, l'empreinte d'une coqudle ])étririée 
qui se trouvait agrégée au calcaire. 

l']n roulant le bloc suj^érieur, les ouvriers ont ])u plier l-j 
métal ; de là, l'erreur de croire que la plaque était roulée ; elle a 
dû, comme toutes clioses de ce genre, être placée dans une 
cavité comme fond, où on avaitfdéposé le document tombé en 
poussière et les •• (ju.elques sous ' (pie ces Iioîinètes o .vriersont 
gardés pour eux, sans doute, sans en connaître la valeur. 

Peu habitué à lire de telles inscriptions, mais connaissant la 
piété des ])remiers colons du Canada, j'essayait de donner un 
sens courant à l'inscription et je trriuvai ([u'on pcuivait lire ceci : 

Jcsi! Houiiiimn Salvaiorc, Maria InnuacttlaWi A/tst'icc. 

fSous les auspices ou la i)rotection de Jésus, Sauveur des 
hommes et de MarieJmmaculée.) 

L'an 1634, 'e 

25 juillet — je -été plantée 

première jiar (wu pour) C. (chirur ) Ciifart, Seigneur de ce lieu. 

Jusqu'à présent la chose se lit bien, 1'^ sens en est raisonnable 
et i)ositif. .Supposant le chirurgien un homme instruit et lettré, 
l'inscription latine se complète d'elle-même. Mais, hélas 1 il y a 
un mais, -la lettre C avant (lifart me trouble un peu. (Jomiue je 
n'ai sous la main aucun volume, aucune tradition du temps à 



liSQUISSKS 



285 



consulter, je suis obligé de m'en tenir aux coijespondances de 
journaux, et je trouve dans toutes le pronom de Uobo t — cc qui 



lieu. 

Inable 
lettré , 
lil y a 
|iie je 

liPS 



a 



ne commence pas du tout par un L ! Mais le C., le mallieunnix 
C, ne serait-il pas l'initiale de Cloutier, le charpentii.'r ou l'en- 
trepreiieur avec lequel (iifart avait tait un contrat à Mortaigne, 
le 14 mars 1634, (p;atre mois à peu prés avant la ]X)se de la 
première jnerre / Alors il faudrait lire : j'ai été ])lantée jiar 
Cloutier, (iitart étant seigneur de ce lieu. 

Je m'arrête, le souvenir de icrtai/îiS inscrijnions sur certain 
/(','.'/ vient troubler toutes ces belles s])éculations. A tor'-e de 
vouloir être .>-(/:•<?///, 0:1 poin-rait faire dire à Robert (lifart des 
choses qu'il n'a jamais pensées. 

Si. aj)rés tour, ce (jifart n'était pas .ui:<a//f, et ([u'il eut voulu 
dire ]>ar 1. IL S., Jésus-Christ, et -\J. 1. A.. Maria ; ce serait 
trop fort. — J aimerais mieux la théorie de M. le Dr Marsden cl 
de M. liédard. Mixria, Joacliiin, yln/ui. Le 25 juillet étant l:i 
tête de saint Joachini, il serait plus raisonnable de penser qu'on 
aurait mis la construction du premier manoir canadien sous la 
protection et les auspices du saint du jour. 

Reste à savoir si la Saint Jacques se fêtait le 25 juillet, la 
Saint Joachin le 26, en l'an, de Notre Seigneur 1034 

.ie laisse à d'autres de mieux trouver. 

Quoicpi'il en soit, cette date 1634 est un centenaire mémo 
rable, car c' est en 1634 que Jacques-Cartier visita le gohe Saint- 
r^aurent et c'est en 1534, qu il remonta notre beau llcuve jusqu'à 
floch.elaga, cent ans avant la in-emiére concession sei^rneuriale 
de lleauport. 

J'ai l'honneur d'être, 
onsieur, 

\'()'.re liumble serviteur, 

Cte d'()RS().N'X!:\s 

L'iN'.vruiiTiox Di; .MAXoin ]>K nr.Ai/rok'i'. 

Carmi xint masse de vieux cfocuments que je possède, concei 
nanc la seigneurie de j'eauport et ses seigneurs, j'ai trouvé le 
reçu suivant : 

" Je soussigné, confesse avoir reçu un billet de cent cinquante 
livres de monsieu de Heauport, pour ce qu'il m'avait promis 
pour iaire sa bâtisse de logi.s de Beauport. 

•' l-'aict ce 27 ième juillet 1642. 

•'P. Cl.U.ST.' 

Cela donnerait peut-être une explication des abréviations 
''' P. C". '' de l'inscription trouvée dans les ruines du vieux 
manoir. 

Kn effet, il est loisible de supposer que cet architecte a fait ce 
que ses confrères modernes font encore, et qu'il a gravé ses ini- 







286 



LE MANOIR DUCHESXAV 



tisles sur l'inscription commémorative de la pose de la première 
pierre /Arw/d'v (/ans la bâtisse de Bcauport. 

H. J. J. DUCHESNAV 

La Bcaiice, 14 avril, 1S81. 

LA LETTRE DE H. V. 

( Ar.iîÉ HospicK Verreau ? ) 
Uuc relique historique. 

La Minerve a publié 1 inscription de la plaque trouvée à Beau- 
port l 'ii. Journal de Québee l'a reproduite aussi ; mais avec une 
•certaine différence I^our l'étude des personnes éloignées et pour 
lutiiité de la science, il est bien désirable qu'on en prenne de 
nombreuses impressions sur i)]âtre. Si madame Gugy accorde la 
permission nécessaire, elle méritera certainement Ja reconnais- 
sance de ceux qui étudient n(jtre histoire. 

Il ]>araît que le dernier chiffre de I.i date se lit avec difficulté. 
Jl est toutefois très important de le déterminer avec toute la 
précision possible. 

A mes yeux la date du 25 juillet entraîne plusieurs consé- 
quences qui disparaissent avec un autre chiffre. 

I. Le vingt-cinq juillet est consacré à l'apôtre Saint Jacques- 
le Majeur. Ne peut-on pas traduire le second groupe triliuére, 
M. J. A , par Majori Jacobo Apostolo. Le premier groupe, si 
connu d'ailleurs, étant latin, il est nature à supposer que le second 
l'est aussi. 

IL La fête de Suint Jacques-le-Majeur, qui tombait un mardi 
en 1634 était chômée : par coiîsé(]uent les travaux serviles ont 
dûs être suspendus ce jour-là. 

III. Le même jour, 25. juillet 1634, Robert Giffard assistait à 
un mariage à Québec, ce qui peut expliquer pourquoi il était 
remplacé, à Beauport, par son fils Charles. 

!NIais la pose de la pierre angulaire d'une simple maison, un 
jour de grande fête, me semble ditîicile à explic^uer, qu'on veuille 
ou non y faire intervenir les cérémonies de la religion. 

L'expression : Je été plantée offre aussi une difficullé. A cette 
épo(pie ou faisait de noml)rcuscs fautes d"orthogr,i;)lic. mais ou 
avait presque toujours le mot ])ri)jirc. 

Il est bien vrai qu'en termes d'architecture, on disait :'ianter 
un édifiée \iO\\x\assL0!r sur la maçonnerie de ses fondements . ■ 
mais je ne sache jias (^u'on ait dit : //i?,7/('r les pierres des fon 
déments. 

Celte pla([ue n'aurait-elle i)as été destinée à une cioix plantée 
à l'endroit que Giffard voulait défricher ? 

11 est d'autant plus naturel qu'il ait commencé ses travaux par 

cet acte de foi qu'iJ devait songer de faire bâtir une église prés 

•d' 'Mneure Dans cette supposition, on s'explique facilement 



ESQUISSES 



287 



:c;tc 
011 

[///('/■ 

\fi/s ; 

ïon 

Intce 



-que la croix ait été plantée un jour de fête solennelle, où tout le 
monde, surtout à cette époque, devait vaquer à ses devoirs reli- 
gieux. Je vois dans les Archives de Beauport, par Monseigneur 
Langevin, que la maison deGiffard, d'après M. Ferland, devait 
être plus pi es de la petite rivière que le manoir actuel. 

C. Giffiird, qui est désigné comme seigneur de Beauport, est 
le fils de Robert. Il était né en France et devait être encore 
assez jeune. C'est de lui que parle le /(^z/rz/ti-/ des Jésuites en 
disant que le fils de M. Giffiird passa en France, en 1646, avec 
plusieurs jeunes gens "tous fripons pour la plupart qui avaient 
fait miWe pièces à l'autre voyage, et on donnait à tous de grands 
appointements." 

Ce 28 octobre, il était parram et il s'embarquait le 31. 

Il n'est plus question do lui après cette date, soit qu'il ait 
renoncé au Canada, soit qu'il ait j^éri pi'ématurément. Le père 
reprit sa seigneurie de Beauport qu'il fit agrandir le mieux 
qu'il put. 

r. S — En écrivant ce qui précède, j'étais un jieu pressé; 
j'aurais dû remarquer cependant que, sous la lettre C, les lec- 
teurs ne pouvaient deviner le prénom du jeune seigneur de 
Beauport. Il s'appelait Charles^ et devait être né en France, 
comme sa sœur Marie., qui devint Madame de la Ferlé. 

Dans l'intérêt de nos lecteurs, je ferai remarquer que le Dic- 
tionnaire GénéalogiQUc renferme à l'article Giffako, certaines 
erreurs. Ainsi Françoise qui commence l'article est la môme que 
Marie Françoise qui la termine : elle se fit religieuse à riiùlel 
Dieu, h'époviiie de/ean/nc/iereau de /a Fertè fut Marie, née 
en France, puisque son contrat de Mariage, en 1645, la dit "âgée 
de 17 ans environ," ce qui reporte sa naissance vers 1628, 
Charles assiste et signe au contrat. Ce n'est pas Robert Gijfurd \ 
mais son i\\% Joseph., dont le corps fut transporlé à la cathédrale, 
le 13 décembre 1705." 



* * 
* 



Le manoir de Beauport, après être reste pendant près 
de deux siècles en la possession de la famille Duchcsnay, 
passa au col. B. C. A. Gug\-, il y a trente ans et plus. T.c 
colonel s')' bâtit to>it auprès une demeure plu-^ moderne ; il 
a acquis des héritiers de Salaberry, le domaine adjacent. 
La propriété est tnaintenant ^occupée par daine \'euve 
Gutrv et son 'jondrc M. II. Rv'and. 



par 
■près 
lient 



w 



HALDIMAND-HOUSE, Montmorency 






Au nombre (.\c~, s[)L'Ctac!es ^n'andiosos que la nature a 
senics si libéralement, autour de notre ville, nommons en 
premier lieu la chute de Montmorenc)' — ijui borne à l'est 
la 'florissante paroisse de Bcau[)ort, à sept milles de Québec 

Dans un évasement ou bissin creusé dans la rive nord 
du St-Laurent, la fameuse cascade tombe avec fracas, 
d'une liautcur qui vous donne îe vertige. Sa blanche écume 
irriséc des rayons solaires, vue du ileuvc, vous fait l'etTet 
d'un colossal rideau de satin blanc ou bien encore, d'un 
fleuve de k^'!, eu ébullition, d'où lui est venu le nom popu- 
laire La l'iic/h', bicii longtemps après le nom historique 
qui rappelle un éminent prélat, Laval de Montmorency, 
et u)\ Vice-Roi distingué. Le volume îles eaux tombantes 
est moindre, il est vrai, que celui de la cataracte de Niagara, 
mais l'onde impétueuse se précipite de bien plus haut ; 
l'élévation est de deux cent cinquante et un pieds, — deux 
cent cinquante pieds d'après noitcJicttc s Tûpography. 

[^ j -> ( t 

i , _j — f. 

Notre cascade, si majestueuse, si pittoresque en été 
f^uand i'arc-en-ciel il!un''.ine ses bouillons, sait varier ses 
,is5)ects seloTi les .^ai-ous. Aux sombres jours d ? l'hiver 
une montagne, ou cône glacé, créée par le revolin des 
eaux, [)résente à sa cime ime glissade, où la descente se 
fait avec une rapidité vertigineuse ; quelcjues fois, ^on 
intérieure se transforme, sous 'a main, de l'homme, en un 
vaste et fééricjue palais, où tout est de glace : parquet, 
sièges, can;ipés, girondoles, tables mêmes, tout excepté les 
,orbets et les friandises appétissantes que l'on y sert mo}'en- 
iiant ilnai^.ce. 

Ça rappelle, ce palais de glace érigé, en 17S7, par cette 
astucieuse et cruelle czarine de Russie, Catherine c^ue 
Carlyle surnomma "un Louis quatorze en jupons" et que 



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Ictte 



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Ique 



ESQUISSES 289 

ces admirateurs en France nommèrent "La Simiramis :ki 

nord." 

Le poète anglais Cowper décrit comme suit cette. 

merveille. 

"Silently lis a ilroam the fabric rose ; 

ice upon ice, the wuU-udjustud partg. 

Lamps pracofuUy disposée!, aiul of ail kuei, 

Illumine everj- siilo 

So atood thu liright prodi^ty 

Mirror ncoded none 

Wlicra nll waa vitrcous ; but in ordor due 

Convivial table and commodious Beat. 

Sofa, and couch, and high-built-throne august. 

a ecene 

(tf pvnnescont glory, once a stream, 
And Boon to glido into a Btream again." 

(Th$ TjilK-Book V. 1»7). 

Madame H. C. Romanofif, dans ses vers, dépeint un 
palais de glace où une czarine de Russie, mère de Pierre-le- 
Grand, qui monta sur le trône vers 1730, avait fait prépa- 
rer la couche nuptiale de l'infortuné prince Michel Gal- 
litzin, en punition d'avoir quitté l'église grecque pour 
l'église latine. 

Le site, si favorisé de la nature, se recommande aussi à 
l'antiquaire et à l'historien, par les traces, les monuments, 
la mémoire des luttes héroïques du passé. 

Sur les rives est et ouest de la chute, en juillet 1759, 
étaient campés en regard les escadrons des deux fières 
nations, qui après s'être mesurées en un duel mémorable, 
sur la plage de Beauport, au bas de la falaise, le 31 juillet 
de cette année-là, devaient, cinq semaines plus tard, sur les 
plaines d'Abraham, régler le sort de tout un continent. 

Le sol est en effet fertile en grands souvenirs. Plusieurs 
des hommes les plus marquants de nos annales, à diverses 
reprises, l'ont foulée cette verdoyante côte de Beaupré : 
Jacques- Cartier, Champlain, Giffard, Laval, Ste-IIélèac, 
Juchercau Duchesnay, l'hips, Arnold, Wolfe, Montcalm 
Lévîs, Bougainville, de Vaudreuil, Murray, Cook, le 
Prince Edouard, les généraux américains, Chandler, Win- 
chester, prisonniers de guerre en 18 14, les DeSalaberry : 
sans compter les ducs, comtes et marquis, gouverneurs 
du pays sous les deux régimes. 

19 



■m 



II 



K ' 



l'^ïî 





290 



HALDIMAND IIOUSE 



Kn examinant les deux rives du Montmorency, hérissées 
pendant le grand siège des tentes blanches des régiments 
Royal-Roussillon, de LaSarre, de Guienne, etc., et, sur la 
pointe de l'Ange-Gardien, des bivouacs des farouches 
^lontagnards d'Ecosse, etc., on trouve des éclats d'obus, 
de inortiers, des boulets rongés d'une rouille centenaire 
etc., cotnine au temps de Virgile : 

"l'n jiiMi' 11' lulimiivnr il.uis 01'» m^iii ■« siiUiUi 
Où (loninMit li'9 ili'liris di' tant ilr biitiiilloiis. 
lli'iiiiiint iivco If Hiip li'iir aiilHiiic (li''iiiiiiilli'. 
'l'i'inivi'ra sons so« pas (loj il.inU roiiiîos ilr i-ouill ■ ' 

Sé'.luit par le ciiarmc de cet âpre paysage, vSir l-'rccleric 
Ilaldimand, gouverneur de cette colonie, en 1779, s'}- était 
érigé une villa, dont le pavillon surplombait la chute même. 

Les mémoires de la baronne de Riedessel | i] récennnent 
H\rcs à la publicité, nous en donne une intéressante des- 
cription, lors de sa \'isite en 17S2. La pai'olc est à cette 
belle et noble dame : 

"Nous passâmes fort agréablement plusieurs semaines à 

Québec, pendant l'été de 17S2 [de retour de Ncw-'S'ork'. j 

"Le général llaldimanci s'était construit une maison au 



(I) i'i'.'ili'i ika vnii TiLis-ow, iilu'; taril liarou'-io <1 ' IUoiIimspI, naiinit on All'.iiiii;ii:\ cii 
174ii. S m |i'iv OL'iiipait sous l''!-.'MlrTic IL >iu jioati' iiiilitaire ('■K'V.''. li:i l'i'OUtliiiLv' lui 
avait l'ait ili/!i d'uiu' iioiabiTiisi! fuiiiilh'. A TàsTo do K! ans, t-u ITiJl, sa lillo, la l);"llt> 
vipruc Alli'iiiaiidi? aux youx lili'us, aux diri'S (Us inôinoii'os, riiousa ^t. Kii'dos^scl, un 
lii'illarJ iiiilitaiiv attaclu'' à nu ivtrimi'Ut de l'aiitassins. Kn 177(1, le capitiiiiiiMl',' liicd^'.ssi'l 
l'ut cliaiui' du conmiandiMncnt du fontiu'ji'i'.t niilitair,? du 1,01)0 lioiunies, formant partie 
des lii,7ni fournis à l'An^dotorro d'aiirOs li'S triiitos, liors d'un corps do froupos do 'io,00l) 
lioninii.-i promis jiar los petits Ktata do rAlloniatïno, pour aidor la K>"aiulo ]!rota«no i'V 
mettre à la raison SOS iiir)\iiioos rovoltoos do l'Am^Ticiue : do e''tto lutte prolongée et 
fratiioiilo n:niuit, en IT^-I, rL'iiion Aniérieaino, en vertu du traite sijîué il cet otlot par 
l'opiniatro, lii'ii ijin^ délM)niiaire,(loortro III. Le baron do iviedossel mettait pied ;\ terr,> 
avec ses troupiers, à (^luéb.'c. h' ^juin 177il ; sa jeune l'^pouso et sa tondre famille, au lieu 
de le rejoindre, par suite d'événements ineoiitnMalilos, ne )mt faire le trajet que le jiriii- 
temp:< suivani, au jrvaml rotrrot do M. le ban.n et di' madano' la baronne : le 11 juin 1T7V. 
elle débaniuait à (iuél)"0, do la l'iévato niv-laiso lUttiiiU-, spéciali'nient cbi'.ruéo de 1 i 
l'aire i'."-s.M- '11 Amoriipio, i)our rejoindre son époux eliéri et diurii- d' Tétro. Hàtons- 
iious d suixie rieToiiiue épiniso, trainaut à sa suite trois enfants ou bas àî^o, à ti'avors 
les m.llo (bumers. 1 os scènes de. earna'j'.', les borp'urs do la faim et d" la fatijfuo (|i!i l'at- 
tendaient pendant cotîe terrilde lutli'. ofi son inélu'iinla'olo cimra'.^e, sa doiua'ur, les char- 
mes lie son esprit et sa ravissante îiyiire lui iiréparaiont des aventures presiiii'ineroyable?. 
Jl faut Lire et ivlire ses lettris .alïeutuousi s écriti>-; dans la solitude de latente, rp.iel'i'.ios 
fois sur le eliamp il' bataille, i^l des personnes i|ui lui étaient elu'res, par delà les nier?, 
pour conipiindr'" eo i|iio le oioiir d'une mère jiout eimtonir d'ai-imes ib' tendresse, au-«i 
bien que po'ir aibnirer les insondables secrets, l.'. iiKiin secourablo do la Providence, an 
seiii dos i;raiulos calamités liumaiiies. Comme fi mme, comme éi)ouso, comme m'''ro, 
niad'inie de Kied ossol a droit i\ une place distini;uée parmi les femmes fortes et pures du 
»iècle 011 elle vécut. 

Honorée dos souverains d'Anij:letoriv autant ipio dos pr'ncos allemaiuls, chérie do -ia 
faiiiille, elle terminait i\ lierlin.uno liuicriio ot brillante carrière, on I^HH, ii ràjre do 02 ans. 



ESQUISSES 



291, 



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mer?, 

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iin>re, 
nos du 

d'2 sa 
\'-2 ans. 



haut de la rive, laquelle structure, il nomma "Montmo- 
rency House," d'après la célèbre chute voisine qui porte 
ce nom. 

"Il nous y mena [le général et moi]. 

"C'était sa marotte ; pour sûr, le site en était incompa- 
rable. Cette fameuse cataracte de Alontmorenc)' s'élance 
d'une hauteur de cent soixante trois pieds avec un bruit 
effroyable — à travers une .çorge taillée entre deux préci- 
pices. Juste au moment où le général nous indiquait ce 
magnifique spectacle, je ri-quai par hasard la remarque 
qu'un belvédère, érigé au dessus de la chute même, ferait 
un effet splcndide. 

"Trois semaines plu^ tard, il nous conduisit une seconde 
fois à la chute. Nous eûmes à gravir un sentier fort à 
pic ; nous franchîmes des rochers escarpés, reliés par 
des petits ponts suspendus, comme l'on en voit dans les 
jardins chinois. Une fois au haut, il me tendit la main 
pour m'aider à pénétrer dans un réduit aérien qui surplom- 
bait la cataracte même, li s'extasiait de mon courage, je 
m'y étais hazardée sans hésiter un instant. 

"Avec un guide aussi sûr que vous, lui dis-je, je n'ai pas 
éprouvé un moment d'alarme. Puis il nous fit voir comment 
le pavillon adhérait au précipice : il tenait à la rive même 
par huit fortes poutres tendues au dessus de la cataracte. 
Elles étaient fermes pour un tiers- de leur longueur dans le 
roc même : le pavillon reposait sur ces poutres. On y con- 
templait un point de vue plein de majesté, mais aussi plein 
d'effroi. Le fracas des eaux tombantes était ^i assourdis- 
sant, que l'on n'y pouvait tenir que qucl(-[ue.-i instants. 

"En aval de la chute, le- jjcchcur> prL-nncnt de beilfs 
truites ; mais en une certaine occasion, il en coûta laA'ieà 
un militaire anglais. Pour atterrir le poisson, il se vit con- 
traint de sauter d'une roche \ l'autre ; son pied glissa et 
l'onde l'engloutit : on ne trouva au bas que quelques 
membres épars et meurtris seulement." 



* 
* * 



»92 



HALDIMAND HOUSE 



Voici pour Haldimand House un maître nouveau, d'une 
illustre lignée celui-là. Il en fera ses délices chique été, de 
1791 à 1794 

Jeudi, le 11 août 1791, grande commotion chez cet 
important élément de notre population, le monde officiel, 
aussi bien que dans les rangs dcsfashionables. Deux vais- 
seaux de guerre anglais, V Ulysses et la Resolution jetaient 
l'ancre sous nos bastions, ayant à leur bord, après une 
traversée de sept semaines de Gibraltar, le 7e régiment de 
VdiX\t^ss\ns, Royal Fnsilcers, comm2Lndé ^2ir le quatrième 
fils du roi de la Grande Bretagne, Edward, Duc de Kent, 
le futur père de notre reine. 

C'était un athlétique gaillard de vingt-cinq ans, plein 
de santé et de bravoure. L'aménité de son caractère, ses 
manières courtoises, sa verte jeunesse le rendirent bientôt 
le toutou du beau sexe de tous les degrés. A l'exception 
de son frère, le Duc de Clarence, plus tard Guillaume IV 
et qui ne fit que passer en 1787, jamais Québec n'avait 
été honoré de la présence d'un prince du sang. Milord 
Dorchester, qui devait sous peu faire voile pour l'Angle- 
terre, se hâta d'annoncer un grand lever officiel au château 
Saint-Louis, pour souhaitef la bienvenue au fils de son roi. 

Serait-il possible de restaurer le monde officiel, les noms 
des hauts dignitaires, des membres de la noblesse qui à ce 
mémorable lever du 12 aïoût 1791— firent acte de pré- 
sence, à l'invitation d'un gouverneur aussi chéri que l'était 
Milord Dorchester ? Essayons. 

Voici, a la droite de Son Excellence, !e Lt. Gouverneur, 
le général Alured Clarke, auquel il doit sous peu remettre 
les rênes de l'administration pendant son absence : puis 
des juges, des Conseillers Législatifs en robe, en jabot, 
avec queue, ample perruque, poudrés à blanc par le perru- 
quier fashionable M. Jean Laforme ; d'abord le savant 
juge en chef l'hon. William Smith ; le juge Mabane, grave 
et préoccupé comme à l'ordinaire ; le Secrétaire Provincial, 
Pownall ; les hon. MM. Finlay, Dunn Harrison, Collins, 



ESQUISSES 



293 



Caldwell, MM. Lymburner, Haie ; puis, des noms connus à 
l'armée, dans la robe, au forum ; quelques-uns inscrit-j en 
grosses lettres, sur des parchemins aux armes de la France : 
de Longueuil, Haby, de Bonne, Duchesnay, Dunières, 
Gueroult, de Lotbinière, de St-Ours, Dambour^ès, de 
Rocheblave, de Rouville, de Houcherville, Lecompte Du- 
pré, de liellestre, de Tonnancourt, Panet, de Salaberry. 

Je vous entends vous écrier: " Ces braves gens y étaient- 
ils tous à ce lever ? " 

Je ne le jurerai pas : comme loyaux sujets, autant 
qu'en leur qualité de grands dignitaires, ils devaient s'y 
trouver, s'il étaient à Québec ; tel le voulait l'usage. 

L'après-midi il y eut, pour les dames, réception au châ- 
teau, miis avec moindre entrain. La renommée aux cent 
bouches répétait que la belle jeune femme que le Duc de 
Kent avait amenée avec lui de Gibraltar n'était pas 
Duchesse : Alphonsine Thérèse Bernadine Julie de Mont- 
genet de Saint Laurent, Baronne de Fortisson ; — feu M. 
Fortisson paraît avoir été colonel dans l'armée française. 

Une dame portant un nom illustre et que je nommerais 
si cela n'était pas indiscret, fit la moue : " elle n'irait pas 
au château de crainte d'être présentée à Mme de St-Lau- 
rent " laquelle pourtant ne fut pas présente à la réception. 

La séduisante française vécut vingt-huit ans avec le 
Prince Edouard. Désabusée des grandeurs de ce monde, 
elle s'arrachait, en 18 18, aux charmes d'une union morga- 
natique pour redemander à la solitude du cloître l'oubli du 

passé 

* 
* * 

Le célèbre voyageur Isaac Weld nous peint en aoiît 
1796 la villa Haldimand, à peu près sous les mêmes traits 
que la Baronne de Riedessel le fit, en 1782. 

La majeure partie de Haldimand House subsiste 
comme le Prince Edouord la laissa : on y voit encore 
son cabinet de travail, une couchette et nne table en noyer 
qui lui appartinrent. 



294 



HALDIMAND HOUSE 






M. l'atterson, .seigneur de Hcauport et propriétaire 
des grands moulins et usines qui l'avoisinent, en fit l'ac- 
quisition vers 1 815, et y vécut nombre d'années. 

Son gendre M. George Eenson Hall lui succéda ; Haldi- 
mand Ilouse, meublé avec luxe, entouré d'un parterre 
de fleurs, et de gazon est maintenant occupée par M. 
Patterson Hall, le fils aine de M. George Iknron Hall, 
l'ancien propriétaire. 



MONTMORENCY COTTAGE, Beauporl 



A q\u;lquc.s acres en aval d'IIaldiniancl Ilcnise, au Sault 
Montmorency, et tout près du bord de la chute même, M. 
l'cter l'atterson, (natif de Whitb>-, Angleterre,' établi à 
Québec, veis 1790, et possesseur des vastes scierie'^ au bas), 
y érigeait, vers le commencement du siècle, un corps de 
logis pour le gérant de ses moulins. 

M. George lîenson Hall, son homme de confiance et 
plus tard son gendre, occupa nombre d'années cette loge, 
avant son installation au manoir principal. . 

Agrandie et améliorée, la loge devint bientôt une pitto- 
rc.sciue villa : elle se dresse si près de la mugisante cata- 
racte, (pic le vent du nord-est porte le revolin tles cp.ux 
jusque sur sa toiture, tandis que le _^/(is-as perpétuel et 
assourdissant de l'eau tourbillonnante, assoupit les 
sens : il est difficile tle s'y soustraire à l'inlluence des pavots 
de Morphtie. IJes escaliers, liauts et roides conduisent aux 
belvédères <pii surplombent la chute. 

En avant de la résidence et courant en une pciitc 
douce jusqu'aux bords escarpés du cap, il règne un ga/.on 
velouté, encairant un délicieux jardinet, bien rempli de 
fleurs, avec bordure en pâquerettes roses. Le parterre vous 
plaira, j'en suis sûr: une mosaïque de giroflées, de pel.irgo- 
r.iums, de balsamines, roses, veinées, panachées, blanches ; 
de tlox écarlate, d'agérates bleu-claire, de lobélies blancs, 
bleu-foncé ; de dahlias pourpres, roux, souff're ; de lavetide 
musquée, de pourpier multicolore, de salpiglossis variés. 

Près de la piazze, une rangée de soleils éclatants, (l'hé- 
liante) hommage à Oscar Wilde, proclament la nouvelle 
école esthétique. 

Même à la morte saison, la villa n'est pas sans fleurs, 



296 



MONTMORENXV COTTAGE 



sans parfums, grâce à un petit jardin d'hiver, chauffé à la 
vapeur, dont l'appareil est dans la demeure même. 

Ce champêtre réduit, c'est la résidence de celle des 
filles de M. Hall, qui épousa M. Herbert M. Price. 

En parlant de Haldîmand House, j'ai dit que l'endroit 
abondait en traces et en souvenirs du grand siège : toute 
celte région de la côte de Beaupré ayant été pendant deux 
mois le théâtre de la lutte acharnée et des passes-d'armes 
journalières, entre les troupes françaises et anglaises. 

Si jamais la fantaisie vous prend de vous renseigner 
minutieusement sur les incidents militaires qui se passèrent 
en ce local, vous ne sauriez trouver un cicérone plus 
versé, plus compétent que notre ami M. Herbert Price, 
zélé membre de la Socictc Littéraire et Historique. M. Price 
a fait une étude toute spéciale des opérations de 
Wolfe et de Montcalm, pendant l'été de 1759. Il a 
réussi à collectionner une foule de relations du grand 
siège — des cartes et mémoires des officiers qui y ont pris 
part, — des gravures et tableaux des flottes anglaises à cette 
inti-ressante époque ; il est en voie de s'ériger un petit 
musée pour héberger tous ses trésors — ses antiquailles : 
vieux canons, anciens fusils, obus, boulets, sabres, bayon- 
nettes rongées de rouille, éclats de bombes, calumets, dards 
de flèches indiennes, couteaux de poche, ces curieux cou- 
teaux à gaîne du siècle dernier. Tout récemment il faisait 
l'acquisition d une antique pièce de 24 — où la rouille a 
gravé de profondes rides ; un des canons repêchés au Cap 
/j/7//t-' vis-à-vis l'Ile aux Grues au nord, par le capitaine 
Antonin Lavoie, de l'Ile en question — à l'endroit où VEle- 
p/uvit, frégate française, sombrait, le ler septembre 1729. 
Ce vaisseau commandé par le Comte de Vaudreuil, portait 
entr'autres personnes marquantes : Monseigneur Dosquet, 
évêque de Samos, l'Intendant Hocquart ; tous y faillirent 
perdre la vie. 

M. Price, au moyen des anciennes vues prises du tillac 
des frégates anglaises — par les capitaines Short et Smyth 



ESQUISSES 



297 



la 



€n 1759 — au moyen des cartes et des relations du siège, 
et en feuilletant le journal si détaillé du capitaine John 
Knox, de l'officier du génie MacKellar, mais surtout par 
un examen minutieux du site des deux camps à Beauport 
et à l'Ange-Gardien pendant leurs opérations depuis le 9 
juillet au 2 septembre 1/59, vous fait comme toucher du 
doigt, chaque progrès, chaque reculade des deux géné- 
raux. 

Les deux incidents les plus marquants de l'occupation 
militaire de cette région sont : l'embuscade meu'-trière des 
sauvages sous de Langlade, au gué d'en haut, sur le Mont- 
morency, le 25 juillet, et le combat si désastreux pour 
Wolfc, au gué d'en bas, sur le fleuve St- Laurent, le 31 
juillet, i759- 

Un nom doit surnager à la suite des événements du 25 
juillet de cette année là, un nom auquel l'histoire aura à ren- 
dre une justice tardive : celui du vaillant Charles de Lan- 
glade, le héros de Montmorency en 1759, comme il l'avait 
été de la bataille de Monongahcla, le 9 juillet 1755, à la 
défaite de Braddock. 

Charles de Langlade, intrépide chef et ami des Peaux- 
Rouges, si renommé pour ses exploits dans \di petite ^tcyrc, 
(i) semble avoir été un peu de l'école de Hertel de Rou- 
ville, avec la vigueur physique qui distingua Luc de la 
Corne St-Luc. 

Né en 1729, à Michellimakinac, il terminait sa carrière 
aventureuse en 1800, après avoir échappé aux hasards de 
quatre-vingt-dix-neuf combats et escarmouches, dit son 
biographe Tassé. Comme la Corne, lorsque sa patrie subit 
ses nouveaux maîtres, il accepta loyalement la situation, 
€t se montra un sujet fidèle et dévoué de George IIL 



(1) Di'GiTe, l'iiii des comiiagnoiia ik' I/aii«lii(i ■, aftiime quo personne uo savait mon- 
trer plus (le sang-froid que lui sur un ehanip de hatuille. Il semblait se comi)laire au 
milieu du elinuetis des armes et des cris des eomtiattants. Il raeonto qu'un jour des 
décharges trop rapides ayant 6clmulTé son fusil nu point de ne pous'oir s'en servir pen- 
dant quelques instants, il tira sa pipe de sa poche, la remplit de tabac, battit le bri(iuet, 
j)uis l'alluma, paraissant aussi calme au milieu de la canonnade et du sifflement des 
}>alles, qui) s'il ertt été tranquillement assis ,iu feu du bivouac. 

(LcH CiinatUins lie l'OiU'st, Tnini: T, Tusse.) 



ww 



il 



igS 



M ONTMOR KNC V COTTAG E 







Le 17 août dernier, accompagné de M. Price, j'allai exa- 
miner lei Sûùhs et le gué de la rivière Montmorency, à 
deux milles plus haut que la chiite, où il y a maintenant 
un moulin à scier le bois, appartenant au séminaire de 
Québec. 

^\près avoir lu et comparé les relations de Knox, de 
MacKellar, du journal de Jean Claude Panet, sur- 
tout celui du Chevalier Johnstone, il nous fut facile de 
suivre dans les bois, le sentier par où Wolfe avait lance 
ses 2,000 soldats pour traverser le gué et prendre en flanc, 
le camp français retranché sur les hauteurs de lîeauport. 
Le Montmorency à cet endroit est large d'à peu près 1 50 
pas ; la rive ouest, au gué, garnie de retranchements en 
terre, dont on voit sensiblement les restes, domine la rive 
opposée d'une vingtaine de pieds ; de cette élévation et 
protégé par ses retranchements, il eût été facile à Lévis, 
de foudroyer le détachement anglais campé à ses pieds 
sur la rive est, tandis que les Indiens de Langlade, perdus 
sous un épais rideau de la forêt, l'eussent pris en revers. 
Langlade était si convaincu du résultat de son hardi projet, 
qu'il fit deux visites au camp de Lévis, à la chute, deux mil- 
les plus bas, redoublant d'iftstance,mais en vain pour obtenir 
de Levis un ordre ou lettre écrite, autorisant M. de Repen- 
tigny à traverser le gué, à la tête de ses 1 100 canadiens, 
stationnés à ce lieu, pour donner main forte aux sauvages. 
Ils demeurèrent, comme dit une relation, embusqués 
"ventre-à-terre" pendant cinq heures, dans les bois, inaper- 
çus des anglais ; et i)erdant enfin patience et sans attendre 
d'autres secours, ils firent feu sur l'ennemi — lui tuant et 
blessant de cent à cent cinquante hommes — ne perdant 
que deux des leurs. 

En examinant la configurarion du sol, les accidents du 
terrain, la protection que la lorêt environnante offrait aux 
Peaux- Rouges, pour leur genre particulier d'attaque, on 
est porté à croire qu'eussent-ils été appuyés des iioo 
Canadiens commandés par M. de Repentigny, le détache- 



I ■ 



ESQUISSES 



299 



du 

lUX 

on 

lOÛ 

élé- 



ment de Wolfe eût .succombe jusqu'au dernier homme, 
sous les balles invisibles d'un ennemi insaisissable. 

L'ingénieur en chef, le major Patrick McKellar, dan^ 
son journal, dont une copie en manuscrit découverte parmi 
les M. S S du Sergent James Thompson, a été publiée à 
Québec, en 1872, par le Docteur \Vm. Jas. .Vnderson, ex- 
Président de la SciIl'i'c Lit(,:yairc et Historique, raconte 
d'une manière toute différente les incidents de cette 
embuscade et fixe à 55 le nombre des tués et des blessés 
de l'armée anglaise. Selon McKellar, cette ambus- 
cade aurait eu lieu le 26 juillet. Tassé mentionne le 25 
juillet, (i) 



( 1) Jii.Y 20111. — .Miout tliroc (iVlnck thi< inornina, flu' (ti'iitnal iiml lUiK-(i>'iicr;il 
-Miirriiy, «itli tlu- li.'itli Jli'Kimi'iit, tivc Ceinpiiuii'.'* of ],ii:lit-lnf'aiitry ami ono nf tlu'. 
KruiK»'''^. iii'il two ti.'lil-)iir<''s. si't, mit IVoiii .MoiitiiiDrciui-t'iiinp tu roi-'iiiinoitfi' rwo fuiiU: 
uImiiii tivc niilfH itliui-f tln' l-':ill~. Al'trr w.' Ii:iil |.rociT.li'(l iil'u'it a luil.' .-iml :i liait', tlio 
ficlil liiiTi'S wi'i-i' sent liaili to (.'anip, tlh' ;;r.)/(iiini''i!itf liiii bul to U''t tliom ou. About 
lialf-way liftw.'fu tln' caïaii .iiid lli' fnnl tln' r.iîiil paisi's tlininvli a ri'iiiiirkaliL' raviiiH, 
wliicli is a'iiiiit .T'Hi yards Imitt, V'TV iiariMW, ami tli t li.iuUs cru r.icli ^id" .-ihov.' 2ii fcet 
liiv'li, aiid .<o Hti'i'ii a« tu admit uf no (JUtK't luit wlnn' tli" road //r(.<.st'.s'. l'poii tlio mardi 
ui' wtrf rn'i|Ui>Mily ch.dli'ii'-'rd l.y tli"- l'iuiiiy Irom tli<! niipuKitr side of tin- river, for 
th. 'y oljsiTVi'd ail onr miom im'iits willi yri'at viL,':laii--'-. rpon uiir eoiiiinii to tln' iirar.-Bt 
l'on! \vi> Couud tli-,-y liid a Ijlrast-worl» t l'^on^'id 'raid • cxtr'a npoii th.' opp ).<iti' Itallk. 
< In our sidi' 01' tlii' ri vr thiTi' was .iii oprii spatv of ;!rauiid witli :i lioiisr lu tlic ciitri-' oC 
it ; ami ou tlii' h ft oi this ojK'îiiiiK tlu' l'oad lo the lord j)assi.'.s tlirouifli woodd. Our 
'l'ioops w.'i'i' iiow dr.iwu l'p, to ]h- iti n'a<lim'S3 lu ca.^-.' ofl)"Ui;.? uttaok.'d, llic it.'ith aci'os.s 
tlic road, .lud th' l.ivrlit- 1 nCaiit ly ii]ioii t lu- ri^ht alouv tlu- >kirtrt of an oponiuvr, tho 
whidi' so !'ar in Ih.' wooils a< to lii' iviiiiv.ah'd. 'l'a.' fnrd ..nd tli.' Kmaiiy'H work.s and 
J'oi'itioii wio-c tih'U rc<'nioi..itp.(|, ;ind thi' lompauy of KaULf. rn with a l-'n'iu-li dosi^rtcr 
was F.'ut lo ri'conuoitiv thi' oth.T l-'oi-d, whinh i- .iho'il a niih' hiu'hiT up. H.'twi'cii M auj 
Il o'dock thiT.' wi'ri' alioiii thirty Caiiailiaiis aiid liidiani sn-ii /oiiiy iuto t!ii' Uoiii«, 
upon wliiih thi'i-i- wa..' a pl.ilooii of tliL- S.'.th ouli'red tluoutiii thi' wood-i tn'twccn tliuiii 
ami tli' river, to altaik tlii'ui. Just as tlu' platooii luarcln'd oiT it waa fir.'d iijiou, a.iid 
thi' otliri'r wiHiinK'd liy tiiiHi' vi'ry ii"Hpl ', wli.i lia.l liy this tiiii • i;ot roand tlii'iu into 
tlii! Woods, liiit tli" platoon lii'iM^'.ioim'ilhy a couipany of L''_'lil-lufauii'y, tli^'V wiTii 
«0011 ii"atiii hack acrois thi' Itivcr. 'l'h.'i'i' wuh //a n .111 .Viiil.ii.-i'.id.' laid, m cis" of a 
second attarlv, wliich was hy ijosiiu',' a Coiiipiny of Ijiu'lit-lufautry on au advaucod 
emiionci' ni'.ir tiii' rivt'V in the woods, and lu low tli" niii'iiiiiL,', wiili onli'rs, if atlack.'d, 
to ri'tnat liirk alonj tli'^ ro.nl, whii'li would h'ad tlu' rm'iay, if tli -y p.'i'.sui'd. iuto tlie 
tire of tlii' H itt.iliun, au'l nivi- a fair eh inc- of C'iittiuj,' olî tlii'ir i-.'trcat with tli;' làKlit- 
liil'antry. 'l'Ii 'ri' w ti- («m o!li"r aih mu^ .u.'Ous l'iuinrni'.'.s takrii piis.si';i-iion of at llie s.iiiiu 
timo, — uni with two ('oiiipauii's on our l''lr ll.ink. Ui'.ar th' liu'ir. and thi otiii'r with 
oUi' Company in tlii' i-.'.'ir of th'- ^aiu' lliiik, U). un th.' riu'ht uf tli' K la.l. Ahout on.! 
.l'oloL'k a iK'taclinii'iit of lilti'i'ii huudivd (' iiiadiius and liulian.4 rr.'-fsi'd tlni river coiisi- 
d Tahlo way K^oi'/ th" op niii'.;, and, inarchiiij il )wn iiujii'ni'ivi'd. uml 'r covr of itB- 
banks, jj'it up .-i niviu" iip'iii tli.' ri.(ht of tli" ailvain-'l l.mlit-tnfiiiicry i-.iiiijiinnj mi'iia 
tiiiittil. 'l'Ii!' ot}ir"r l'.iiiiiii iii.|iui.r 'li'it l'uiui' iny k.'pt tlii'iu in pl.iy till ho rail, d in hiiç 
si'utrii'H, and tli.'u i-i'lifatiil, ar.ordin..' to 1 lid'r.s ; luit th ' Kii.'my, iusti'ad of piTsiiino 
liini, as w.is r.Np,'i't''il. .ilou'.' tii,' roui, .'ud.'avoi'i'd lu train th" ll.■l^■h^ wli.'ro th" tliri', 
companii'a win' posti'd. \V'.i"ii tli-y uot u '.ir it, tlu' two Compaiiii'S, itiilh-rrtivi'ii 
wlu'i'h'd aiid alt.u'ki'il thi'ir il inrk, whii-li h. 'in.- quitu iiiii'xp"iti'd, tlu'y iustaiitly liirui'd 
thi'ir liai'lv.-^ ; aiid tlir hitrlit-lufaiitry l'omiiirf upou tluir r-ar ;it th" naiu" tiiii.', tlii'y 
WiT.' so.m drivi'ii into th.' rivi-r, ic/o/'i' llir;/ siitT'r.'d v.'ry '■onsiiI"ratily in iTossiii./.lu'inn 
iiuiti'*ii'.-ii to our th-f. W,' did not Kiirn tli" iiiiiiihir of tlu'ir killi'.l and w.nind'il but 
th" Indians wm' .li~i.irit.'iL fr.nii tliis d;iy"s lo^s, lo>' ill tlu- r.':!l ot tlu- l'.iinpai(,'ii 

W" had f'ifty-tivr iiii'ii killi'.I aud w.i".iiiti'il. olli '.'rs iii.'liidi'd. Onr flilif t kss icir.i* in 
piu'sniii'j th.' l'iuiuy luuiu' to tlic riv r froiii th ■ Uroa^-tworks upon th'r oiiposit" hiuikn, 
wli.'r.' thiir luimln'rs, rxrliisivi' of thos.' tint attacki'd us, aiu.iant.'d, as wi' w.t) after- 
warils iuforiiii'd, to two thons and tiv.' Iiiiudnd iiu'ii '. AftiT liiii yiiiit th" ili'ad, our di'lat'h- 
iiu'iit waH ordi'i'i'd to t'arry otT llu' w.iaiul.'d aiul n'turii to Ciinp, wliirh was l'ff'cti'.l 
withoiit iiioli'3tati..n. 'l'iiis l'onl is alio'it l'i'i \ar.ls luo.i.l and ahoiit 4 fi'i't di'i'ii ; tlm 
watiT is siuooth, (I iiij iuy( j'cijii'i/. Tliu opposit" liauk in vi'i-y sto"jp aud tlio patli-wjy 



I l'Wi.. 



• .1 



300 



MONTMORENCY O )TTAGE 



^«t 




L'Historien Garneau décrit comme suit l'engagement 
du 31 juillet 1759, au gué du Sault Montmorency : 

" Comme la rive gauche, à l'embouchure de cette rivière, f^le 
Montmorency) est plus élevée que la droite, il f'Wolfe) fit aug- 
menter les batteries qu'il y avait déjà dressées et qui plongeaient 
sur les retrauchements de «lontcalm II y porta le nombre des 
canons et dos mortiers ou obusiers à plus de soixante. Il fit 
échouer sur des rochers a fleur d'eau deux transports, armés 
chacun de quatorze pièces de canon, 1 un à droite et l'autre à 
gauche d'une petite redoute eu terre que les Français avaient 
élevée sur le rivage ; placée au pied de la roule de Courville, 
elle défendait à la fois l'entrée de cette route, qui conduisait iur 
la hauteur qu'occupait l'armée, et le ].\assage d'un gué qui est au 
bas de la chùie Le feu de ces transports, en se croisant sur la 
redoute, devait la réduire au sileuce et couvrir li marche des 
assaillants. Le lameux vaisseau, le Centurion, de soixante canons, 
(2) monté par l'amnalSaunders, vint ensuite s'embusquer vis-à-vis 
de la chfUe et le plus i)rés possible, pour protéger au passage du 
gué, les troujjes qui devaient descendre du Cam[) di l'Ange 
Gardien. Ainsi cent dix-huit bouches à feu environ allaient 
tonner contre l'aile gauche de l'armée de Montcalra. 

Entre onze heures et midi, le 31 juillet, elles commencèrent à 
tirer. Dans le même temps le général Wolfe préparait ses colon- 
nes d'attac^ue. Plus de quinze cents berges étaient en mouvement 
sur le bassin de Québec Douze cents grenadiers et une partie 
de la brigade de Alonckton s'embarquèrent à la Pointe-Lévis 
pour venir débarquer entre le Centurion et les transports 
échoués. , ^ 

Une seconde colonne composée des brigades Murray et Town- 
shend, descendit des hauteurs de l'Ange-Gardien pour venir, 
par le gué, se réunir à la première colonne au haut de la route 
de ( ourville, afin d'aborder ensemble les retranchements qui 
l'avoisinaient. Ces deux corps formaient six mille hommes. Un 
troisième de deux mille soldats chargé de remonter la rive 

iiiirrow. The other font rt'coimoitred by tliB Hi.ngorn is hetiieen 2 iiiui tliroe hundrod 
yarils l)road ; iu iiiissiiis it thore aro somo isla ids to croupi iii tlie iniddle of tin; rivfr. 
'l'Ile bottom is smootli and tlio water sluUlnw, with a sentie curreut. The road to it on 
the Coast-side passoa tliioiiKh a morasa covored with thick wood, and almost imprarti- 
cabh', whic'h is probal)!} thr loason why the Kni-aiy Kave so little atti'utimi to it, fur 
they liad neithrr nn'ii nor worka thcro. Fioni thesi' loids tlicre is anothor load which 
leads to "li'Angt'-Oardiou." 

(1) " Not cvpu the "Vii'tcry," wliore Xeilsoii diod, was a nioro faniou» and favorite 
«hiji among liritixh sailors Ihan tlie old Ceiitiirinn ; in 1710, it was «s her captaiw that 
Aiwon led hiâ Uttle siiuadron ou tlieir venturous vovat^e to " put a girdle round the 
carth " 

In 17.')U, ghc covered Wolfe's Inuding at Québec ; and it is a little odd, that at the 
moment the two future circuninavigatora, Cook and liougainville, arnied on opposite 
■Bides, were présent with ship whoso famé rested on ita haviug performed tlie saine 
feat 

Her ligure, head — a lion, exquisitoiy carved in wood is still preaerved at tho G-reeuwich 
Hoapitaî." 

CWintlirop Stirgeut TJie History o/ an expeiUtii-n agaiiist furt Tmiuenne in 1755, 
,p. 139, in note.) 



ESQUISSES 



.^01 



rie 



Town- 

venir, 
roule 
ils qui 
Un 
a rive 

uinilvocl 
i; river, 
to it 011 

mpriiet i- 
it, t'en- 

ul whitli 



at lit tlip 

opposite 

t)u' samc' 

irooinvich 

III 1755, 



galiche du Montmorency, devait franchir cette rivière à un gué 
situé à une lieue environ de la chute, et qui était gardé par un 
détachement aux ordres de M. de Repentigny. A une heure 
les trois colonnes s'avançaient en diligence. Ce plan d'attaque 
eût été trop compliqu-^ pour des troupes moins disciplinées ijuc 
celles du général Wolfe 

Montcalm, d'abord incertain sur le point qui allait Ctre assailli, 
avait lait porter sur toute la ligne l'ordre de se tenir partout prôt 
à recevoir leurs ennemis à leur approche ; le général Lévis envoya 
cinq cents hommes à M. de Repentigny et demanda quelques 
bataillons du centre qui le soutiendraient lui-même au besoin. A 
deux heures, Montcalm vint examiner la situation de sa gauche ; 
il en parcourut les lignes, approuva les dispositions de Léris et 
donna de nouveaux ordres. Trois bataillons de réguliers, avec 
quelques miliciens des Trois-Riviôres se portèrent à l'aile gauche ; 
la plus grand partie de ses troupes se placèrent en réserve sur le 
chemin de Beauport, et le reste se dirigea rapidement vers le 
gué que défendait M. de Repentigny. Cet officier avait été atta- 
qué par la colonne anglaise et l'avait repoussée après lui avoir tué 
«u mis hors de combat quelques hommes. La retraite de ce corps 
permit au renfort de revenir sur le théâtre de la principale 
attaque. 

Les berges qui portaient la colonne de la Pointe-Lé vis, com- 
mandée par le général Wolfe en personne, après avoir fait plu- 
sieurs évolutions comme pour tromper les français sur le lieu de 
la descente se dirigèrent tout à coup vers les transports échoués . 

Mais la marée était basse ; une chaîne de cailloux et de 
rochers arrêta quelque temps une partie de la flottille ; enfin 
l'obstacle fut passé, et douze cents grenadiers avec deux cents 
hommes d'autres troupes s'élancèrent à terre sur une grève 
spacieuse et unie. Ils devaient s'avancer en quatre divisions et la 
demi brigade Monckton, débarquée derrière eux, devait les sou- 
tenir. I ar quelque malentendu la demi-brigade les suivait de trop 
loin quand ils entrèrent en action. Ils marchèrent au son d'ime 
musique guerrière, à la redoute qui fermait l'entrée de la route de 
Courville. La redoute avait été évacuée. Les grenadiers s'y 
arrêtèrent un instant peur se disposer à assaillir les retranche- 
ments de M. de Lévis, qui étaient à une petite portée de fusil. 
Toutes les batteries de Wolfe faisaient pleuvoir sur cette partie 
du camp, une grêle de bombes et de boulets, ([ue les milices 
Canadiennes essuyaient sans perdre de leur contenance calme et 
assurée. Les assaillants s'étant formés se présentèrent la baïon- 
nette au bout du fusil. Leur uniforme de grenadiers contrastait 
avec le costimie de leurs adversaires, enveloppés d'une légère 
capote serrée autour des reins. Les Canadiens avaient pour sup- 
pléer d la discipline des troupes régulières, leur courage et la 
justice remarquable de leur tir. Ils attendirent froidement que 
les cnnen>'« fussent à quelques verges seulement de leur ligne, 



302 



MONTMOREN'CY COTTAGE 





pour les coucher en joue. Alors (i) ils firent des décharges si 
rapides et si meurtrières qu'en i)eu de temps les colonnes anglai 
ses, malgré tous les efforts de leurs oflîciers, se rompirent et pri- 
rent la fuite ; elles cherchèrent d'abord un abri contre les balles 
derrière la redoute, puis, n'ayant pu se reformer elles allèrent se 
réfugier derrière le reste do leur armée, déployée un peu plus 
loin. En ce moment il survint un violent orage de pluie et de 
tonnerie, qui déroba les combattants à h vue les uns des autres 
et dont le bruit jilus imposant fit taire toutes les rumeurs de la 
bataille. 

Lorsque le brouillard se dissipa, on aperçut les anglais qui se 
rembarquaient avec leurs blessés, après avoir mis le feu aux 
transports échoués Ils se retiraient connue ils étaient venus, 
les uns dans leurs l)erges et les autres par le gué Le feu de leur 
nombreuse artillerie se ])rolongea jusqu'au soir, et l'on estime 
qu'elle tira trois niillo coups de canon dans celte journée ; on n'a- 
vait pour y répondre qu'une di/aine de pièces qui ne laissaient 
pas que d'incommoder beaucoup les troupes de débarquement. 
La perte des français, causée presipi'entièreineui; jvir cette arme, 
fat peu considérable si l'on considère qu ils furent plus de six 
heures exposés à une pluie de projectiles. Les ennemis eurent 
environ cinq cents morts et blessés, [nirmi lesquels il y avait un 
grand nombre d'i Ùiciers." I 2] 

Un simple ercaniin du local suffit pour expliquer re'chec 
du détachement de W'olfe ; les troupes de Lévis étaient 
embusquées derrière des retranchements en. terre protégés 
de fascines et d'arbres : h est fort intéressant d'en exami- 
ner même aujourd'hui les restes en suivant la rive escarpée 
et en bien des endroits taillés à pic, de Beauport, à partir 
du Sault Montmorency jusqu'au manoir Duchesnay, sur la 
propriété Gusi^y. Va\ bien des endroits cette rive a plus de 
150 pieds de hauteur ; le détachement anglais dont une 
partie était venue de l'Ange Gardien, par le gué d'en bas 
à marée basse, et l'autre était débarquée de la flotte, on 
berges, s'était frtimé sur la grève sans abri, cx[)Osé à la 
pluie dcti balles et des boulets qui leur venait d'en haut de 
la part d'un ennemi qui savait tirer et qu'il lui était impos- 
sible d'atteindre, à moins de le prendre aussi en revers par 



O) . . . .Tlu'ii' iiii'ii of uU urnis, in t)i'.' troiiolios, Iny cool till tlioy wcro suro of tlicii- 
iiiîirk ; tlii'v tlu'u iioiiri'il tlioir sliot liko nliowors ni' liail, wliicli cauioil our biavo grciiîi- 
iliors to faU vory fast. (Journal d'un officier iiuglais.) 

(2) nistoirc du Caiiula, — Ganioau— Tome II. 1'. P. -iH-l, nuatriOms idition. 



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par 

tlic'ir 



KSQUISSES 



303 



lé gué d'en haut sur le Montmorency, combinant l'attaque, 
non s(;ulement avec le secours de la flotte, mais encore au 
moyen d'une nombreuse artillerie, placée sur l'extrcme 
pointe est delà rive escarpée de la chute, à l'endroit, qtii 
commandait le camp de Lévis. Les deux généraux parais- 
sent avoir été tous deux en défaut, Lévis pour a^-oir par 
son indocisision manqué le coup que les sauvages de Lan- 
glade lui avaient proposé et Wolfe pour s'être trop fié au 
courage reconnu de ses troupes, sans étudier le terrain où 
il avait à manœuvrer. 

Il semble étonnant qu'un seul desesso'dats ait échappé, 
et comme le dit Johnstone, il (lût remercier r"orage do 
pluie et de tonnerre" qui contribua si puissamment à le 
tirer de ce mauvais pas. (i) 

Knox nous présente les sauvages selon leur habitude 
scalpant les morts et les blessés, avec beaucoup d'entrain. (2) 



(1) "Quand notre coiiipnpnio ilo Kriii;uliei> ( i\t iittciut lo voisiiuiçie des Frum;aisje vis 
(listiuoti'iiU'iit ;\Ioiitf;iIiu : il ét.iit À clicviil. :ill;iit et vcnuit avrc aiiiiiiMtion au iiiiliiMi <Ii' 
si-s troiiin's l't leur diiiiiKiit l'urdru dr l':iin' t'i'U. I)i' fiiitc, il,- tiivri'iit. imus tuant un lion 
uouibri' d''S !ii'.tri.'S, jo iir puis iiio rapiM'lt-r h'justr lujiiiliiv. Nous no K'ur rOlioudimcs pa?, 
c'eût i'ti' inutile ; ils étaifiit paif'aitLini.'ut i\ l'alui, au moyen de leurs retraui'lieun-Mt>. 

nous ne pouvions diseeinev de li'ur personne (pio la cime de leurs eliapeuux ( inlre 

lut alors donné lie retraiter à nos eanots, teinis i\ tlot, jiour nous recvoir. La marée 
étai'.t alors liasse, nous eûmes à Iraneliir un lony espaee de plajj'e ;\ travers la vase. 

Allan Canu'rou, seriient dans notre eonipa;jiiie, voyant sur notre uauelie uni' petiti' 
l.attern' armée de deux jiièces et osti U'^ildenient sans eanonniers, crut ou'il i;ouriait 
l'emiiéclier <le nous harasser dansuotr'j retraite : il ramassa deux liaiouetteu (pii ■;isaii nt 
sur la grévi' et se dirii^'ea soûl vers ei'tte batterie, il enl'on(,a la pointe de ces Ijaïoimettes 
ilans la luudéro des canons et y rassii la l'oin'.e de ces deux leiyonuettcs. 

[Jj (^uand les Franeais nous virent .ainsi retraiter, ils envoyérint leurs sauvaees sealju r 
et massacrer nos Messes, exposés sur le rivaye. IJe ce uomlire était le lii'Utin.int l'eyt.ui, 
du liataillon lîiiind Aiti-ririui, cfravemeut Me,-ié et ijui s'était traiiu'^ aussi loin ipii' la 
douleur le lui eut permis, (^uaud les Peaux Kou'.'es se furent acquittés do leur triste heso- 
true sur les pauvres diabU^s les plus voisins des batterii's françaises, ils retracèrent leurs 
pas, tous, excepté deux i[ui ayant découvert le' liieutenant IVyton, devinrent avides d'en 
faire la <'apture. Par hasard ce dernier se trouva avoir nu fusil à deux couji-i, charj,'é; or 
connue il avait été témoin do leur barbarie sur ceux de ses eamar.ules blessés i|u'ils 
"vaii'iit pu saisir, il se ijersuada i|U'l!s le massacreraient s'ils ue'ttai 'lit la main s'ii' lui. 
lUiireu-em.'nt, :i ne piTclit pas.son >:'.Mu-froid •■! attendant le mom/nt où le sauv iiri' le 
pî;'.s prés de lui vint à portée de l'u>il, il le coucha en jo-.n- et l'e.batli; : l'.nitre luilii'U. 
croyant que le lieutenant n'aurait jias le temps <le ri'ch iruer son arme, courut viis lui, 
brandissant son casse-téte pour le -iealii 'r i le lieutenant lui envoya l'autr,' coup droit 
dai' ; la poitrine et le sauvas/e tomba mort à s": jiied'*. N'oiis fûmes iiuitti s d's sauvais 
pour ee jour-là. mais nous les r.ueontrami s [.lus tard. 

Au moniout o''i le lii utt liant l''ytou Hi;..i:i ainsi à terre, épuisé par le. P'.rte de »;ui 
saim- et ses elforts. il fut aeeosté iiar le -eruent t'auieioii, qui n'avait d'autre moyen de 
lui porter secours c;u'eii le jiortant dans ses br is. l'ar.ienui était un liouiiue d'une haute 
st.it lire et d'uni' force jieu cimimun ■. Il attaiha le fusil du lieutenant avec le sien sur 
.ses éliaules, en Iiumlouliére, et dit à M. l'eytou de lui eiubarciui'r su!' I" (b.s et de le tenir 
|>ar le col. t'omm'' la distance à ]i,-ireoiu;r était yralide, il et.iit forcé ib- teuiiis en t'inp* 
de le déposer à ti'rre atiii de prendiv hab'ini' lui-même et ans ù ji.iar soulaui r le jiauvre 
lieutenant, dont la blessure était exeessiveiu'ut douloureure-:. l)o cette sorte, il le porta 
à un des canots anulais où il le déposa, ajoutant "Monsieur, vinlà tout c que je jiiiis 
faire pour vous, Je vous souhaite de vous rétablir." — Joiirih'l iiii'i.lil l'i' >'''".7«' ifc 17j:t, 
teint l'iir If mriicitf JiniHS Tliompsi'ii. cité par Uawkins. 




304 



MONTMORENCY COTTAGE 



J'ai mentionné plus haut les vastes moulins et usines 
dûs à l'énergie de M. Peter Patterson, au bas de la chute. 
M. Price me fit voir les conduits et appareils que l'oit vient 
d'y poser, pour fournir la puissance motrice à l'électricité, 
au moyen de laquelle, l'on entend éclairer tout Québec. 



Il H- 



II 



■i,-?a 




l\ KliSIDKNCK D'KTE DE lOKD DIFFERLN-Cap aux Diamants 



Le joli mois de mai, qui au dire de Tennyson et de 
bien d'autres fait battre plus vite le cœur des amants, nous 
apportant des feuilles et des fleurs — est aussi le signal du 
départ des citadins, pour nos riantes campagnes autour de 
Québec. De nos jours, un homme de goût, trouvait moyen 
de jouir du grand air de la campagne, sans sortir des murs, 
et se créait un délicieux et frais séjour où la nature elle- 
même s'était chargée des principaux décors. 

Notre cité a accueilli bien des Gouverneurs depuis ce 
lettré Marquis de la Galissonnière, dont le botaniste sué- 
dois, Peter Kalm, son hôte au château St-Louis. en 1748, 
nous a tracé une peinture si flatteuse. 

Nul gouverneur cependant, n'a laissé un souvenir aus?i 
vivace ; nul, n'a par son départ, causé autant de regrets 
que celui qui, en 1872, cherchait un asile contre les ardeurs 
de la canicule, en notre citadelle escarpée : le comte de 
Dufferin, l'ami, le bienfaiteur de Québec. Nul, n'a paru 
subir au même degré le charme de tout ce dont notre 
vieille ville s'enorgueillit davantai^-e : ses antiques souve- 
nirs — SCS monuments historiques — ses sites sublimes, — son 
fleuve majestueux. 

Qui, en effet, eût jamais songé que ce roc sourcilleux du 
Cap-aux-diamants, avec ses bastions hérissés de canons — 
ses lourdes casemates à l'épreuve des bombes etc., eût pu, 
au besoin, se transformer en une gracieuse résidence vice- 
royale où le représentant de sa Majesté, la reine Victoria a 
depuis tenu sa brillante cour et donné tant de banquets 
hospitaliers. C'est pourtant ce qui a eu lieu. 

Le Cap-aux-diamants a de tout temps commandé l'admi- 
ration des touristes, par ses points de vue grandioses. 

Le site est d'un pittoresque achevé : cette superbe ter- 
rasse, qui court le long du cap, surplombant le fleuve, à u 



3o6 



I.ORD DUKFERIN 



M ît- 



Y- m 




hauteur de 350 pieds offre des facilités rares pour !es 
grandes réceptions officielles. 

Je défie la nature la moins impressionablede contempler 
sans émotion, de ce poste, par delà les nues, le panorama 
toujours neuf que déroulent les campagnes environnantes. 

C'est imposant, c'est sublime, à la clarté du jour, par une 
sereine matinée ; mai-5 au cripuscule, sou? la voûte étoilée, 
le coup d'œil plongeant dans l'abîme béant à vos pieds, 
à je ne sais quoi de solennel et de ravissant. A l'ouest, 
au sud, à l'est, la basse-ville et Lévis avec leurs étince- 
lants réverbères, le gaz et la lumière électrique ; le port 
semé de grands navire?, sous la citadelle même ; de temps à 
antre, de majestueuses frégates immobiles sur leurs ancres ; 
à la jetée de la compagnie AUan, à vo^. pieds, quelques 
uns de leurs Léviathans : le Parisian ou le SarDiatian, etc. 

Les remorqueurs, les vapeurs-traversiers circulent en 
tous sens parmi cette forêt de mâts, comme des mouches- 
à-feu dans un pré, pendant une chaude nuit d'été. 

Votre oreille saisit le bourdonnement lointain, la cla- 
meur vague de la cité ; les gais refrains des matelots, peut- 
être quelques vieux lais ^ormands ou Bretons vous arrivent 
des radeaux de bois quarré, entraînés par la marée et 
conduits par des Voyageurs ùqs pays d'en haut : 

Après un jour d'été, qimiiil la villo s'ondort, 
t^ii'ollo ûtoutTo IVclio (lo SOS lumnurs dcriiiôros : 
Quand 11' • laiiipos du soir, dans les maisons du port 
S'alhir.ont, l't sur l'eau projettent leurs lumières ; 

liC \onii des nuais obseur.-», il est doux d'écouter, 
Dans ect apaisement des lieures recueillies, 
Jjfs airs ([ue les marins se prennent i\ chanter, 
l)"uiu> i'inu' entin rendue à ses mélancolies. 

Ai'TliAN-, Li' -nici-. 

Bientôt, une formidable détonation secoue même la 
cime d'où vous contemplez ce spectacle : c'est le can on 
du soir, le signal d'éteindre les feux aux casernes avoisi- 
nantes ; puis, le roulement du tambour, et le rappel que 
le hiiglcr lance de son clairon, aux échos de la nuit. Si 
c'est un jour de réception officielle, de banquet pour Son 
Excellence, la fanfare militaire clora la fête par l'hymne 
national de l'Angleterre et le chant national de la patrie 



ESQUISSES 



307 



■pour nous, God savc tlic Queai et Vive la Cauadicmtc ; ce 
qui ajoutera encore de l'intérêt à cette mise en scène. 

Afin de nous donner une idée de la cordiale hospitalité 
de Lord Dufiferin, de sa popularité, de ses qualités sociales, 
de ses travaux littéraires, je vous remettrai sous les yeux, 
le compte-rendu que je vous adrc-^nis h la clôture des 
réceptions vicc-régalcs, l'année de son arrivée : 

PER VIAS EECTAS 

[i;. KAir iii.ni iMiorr.] 

'rnicluctiDii lilji-e. 

M. Bknj. Sulte, auteur des '•Laurentiennes, ' Ottawa 

'l'rès cher poète. — Vous me demande/ des nouvelles de l'an 
cienne capitale. Que pourrais-je vous dire que le télégraphe ou 
les journaux ne vous aient déjà dit et mieux ([ue ne saurait vous 
l'écrire un solitaire, qui n'a pour familiers que des oiseaux, des 
Heurs et des livres. Sans doute j'ai beaucoup d'amis ; je devrais 
être gai comme pinson. Rabelais, Audubon, Longlellow, Racine, 
Marmier, Hawthorne, Thoreau, Washington Irving, AValter 
Scott m'entourent, doués, les uns, comme vous savez, d'un fond 
de gaieté intarissable, les autres, pleins de sens, de réilexion, de 
savoir, de verve 

Assis dans ce petit sanctum ombragé de "pins murmurants" 
et d'ormes méditatifs et qui ne vous est pas inconnu, je laisserai 
donc, comme les veillées s'alongent, courir ma i)lume vagabonde 
pour vous amuser ou vous ennuyer, à votre guise. Nous en avons 
fini pour cette année avec la canicule, les élections parlemen- 
mentaires et les sauterelles. Dieu en soit loué 1 une de ces 
épreuves à la fois eût suffi pour nous campagnards : jugez des 
profondes malédictions auxquelles les trois combinées ont dû 
donner lieu. Nos touristes sont de retour deGaspé, de Murray 
Bay, de Cacouna, et le vent dans la vieille, la scientifique, la 
soporifique cité, est aux at home^ aux danses et aux dîners. 

Les ^r a /itf s dînent, les petits dansent, !e peuple dîne, etsomp 
tueusement même, grâce à ^a gcni^rosité et à la munificence des 
heureux et des malheureux candidats parlementaires, qui ont 
rivalisé de générosité, à l'article des rafraic/iissciHc/its, avant la 
votation, bien entendu. 

Chacun donc s'amuse sagement, chacun danse, dîne ou fait 
dîner. Le comte Dufrcsnc dîne et fait dîner. C) le brave homme 
que celui là ! (i) 

(1) Lord Dufferin. — " Frederick Temple Blackwood, comte de Dufferin et baron Clan- 
deboye, est do très iioblo et trùs aiicieuue t'iimille d'oxtmction écossaise. Ou trouve l'un 
do Bcs ancêtres â la cour de i'infortunée Mario Stuart. Mais il a considérablement aug- 
menté l'illustration do sa famille. 

Héritier du titre do baron Dufferin et Clandcboye de la pairie d'Irlande, il est devenu 



.1 
f. 1 



■ 



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■ 'k.- 



Si 






3o8 



LORD Dt'FFERIN 



Je vi i-t entends voas écrier "De qui parlez vous" ? Eh hier» 
je parle d'iri ilhutre savant Scandinave, d'un saga d'Islande, un 
sport siHiin un yatchinan de la verte Erin, un navigateur capa 
ble de faire la birbe à Cook, à li jugainville, un rusé diplomate, 
l'renons les choses de plus haut. Vous vous rappelez, sans doute, 
la visite que le [)rince Napoléon, le cousin du monsieur de Chi 

]iiir uni! mi'iiti' liiiron ('laniU'hojM' du In jniirin du Uoyuuiiio-Uni, et a 6tfl lioiion'i jilus 
i|iriiiiruii il.' Mi'H iirt'Ui'ci'iHiMim lit' la l'onHuiicn roynlii. 

11 iiiii|iut Cl) Irliiiidi', h^ viiiKt-i't-un juin, mil huit crut viiiHt six, i^t r(<(;ut, dc''H non 
lias <iK>', !<'>* ('li'iiii'iitH dti la nii'illxurt! i-diu'atioii, di* l'iiiïtriiction In pliiH rultlii^!)'. Kton, 
Clii'iHt Cliuirli (!t Oxlord V' L'(iiii)itt'iit |iariiii It-i lioMiniug diHtiiiguùM (|u'ilH ont donu^^i A 
l'Anulilirrc. 

Dca mil liuit relit i|imrantr-huit, alorH (|u'ilH iiV'talt oncoro i\\tb (|Uo de viiiKt-drux nnH, 
il l'ut t'iiit, pniiH l'adminiHtration libéralu, chamiirlluu du lu rvini', et r«.-ni]>lit cch funotiuni. 
|iri'm|ui' Haim inttirrniition .inBim'cu IHriH. 

l.iirs i\v la i'aininci (|ui ravaucit l'Irlande, eu 1H4T, il vinita co niallii'uri'UX pays l't publia, 
iV (Kiii ri'tmir, le ri sultat du hi'B oliscrvationH. 

("iBt vers la nirmi' époijui' qu'il vinita lus rf'Kion» lior^^nlt'8 du l'iHlniidi' (t du Spitz- 
tiprK. Il a lait lu récit du hou voya^o dana un llvru connu souB lu nom du " Jiuttcrg from 
IIIkIi li!ilitiiilin." Cl' livn- jouit d"unii lionne rf'putation daUH lu moniiu Briuntifli|uu et 
littéraire : i m France comme en Angleterre, on a luuâ le» xavantea ul>i<ervation8 et les 
agrémeuts liltirairuH qu'il renferme. 

A peine revenu dcH Klacex du pi'ilc Nord, il partait pour les régions que lirùle le soleil, 
charué d'uni' importante miHaion iiolitique. 

Il allait en qualité de coinmixHairK anglaia, faire une cnqu^tn Hur le» maxHacrcH des 
chrétieUH de la Syrie, l/intelligenco et lu fermeté qu'il déjdoyu dans cette mibbion lui 
vaiureut l'Iionneur d'être nommé Chevalier du llaiu. 

De IHiit 11 IHiiii, il remplit l'emploi do Houa-aecrétuire pour l'Inde, et en ISfifi il entra 
dans le départenu'Ut du la (Juerro en iiualité de (^oua-cecrétnire. Kn \bm, il fut fait 
chancelier du duché de Ijancnater. L'année iirfcédente, il avait (irésidé lecongréa scien- 
litliiue de lielfast. L'année dernière, il fut fortement question du le nommer au jioste 
quaHi-royal de Kouvcrneur de l'Inde, comme BucciBacur de l'infortuné Lord Mayo, dont 
la mort trni,'i<ine a ému ai profondément l'AiiKleterre. 

IJu ce qui iirécèdu il faut conclure quo Lord-Dufferiu n'eat pas un homme ordinaire et 
que, Boit coiiMue adminiHtrateiir, soit comme diplomate ou homme de soiences et du lettres, 
il jouit, dauH la tlrande-HretaKiie, delà considération publique. Sucarriére a été remiilie, 
iléji'i, par (le noblea travaux, marquée jiar des succès honorablea, et il n'y n pas de doute 
qu'il ne s'.nrétura pas en si beau chemin. C'est un homme destiné iV faire sa marque dau» 
tout ce qu'il fait et entreprend, il voirau-delft des horizons do tous liB jours. 

A une intelliKence active et admirablement cultivée, tV un eajirit curieux et hardi, il 
joint un caractère ferme, entreprenant, ambitieux, .avide do noblea distinctionB, nmi do 
tous les iiriiu'rèB, dévoué u fon pays, capable de griiudea choses. I.i s sentiments comme 
lus piiiséi'!! .-ont larges clii'/, lui ; l'étude, lea voya)<es et l'observiition ont considérable- 
ment iléviluppé ses qUiilités naturelles. 

A le voir, il'aileurs, à l'entiiidre surtout, il est facile de reconnaître nu homme (|ui 
ambitiouM" d'iiutres titres de noblesse (|ue ceux de l.i naissance, .lui asiiire à quelque 
chose de plus honorable que le prestige de la iiositioii (lu'il occupe. 

Hrun, lie iimyiiiue taille, la figure pâle, les traits accentués, le front dévelopiié, 1,1 
phyaionouiie sérieuse, même dans le sourire, l'attitude modeste dans la dignité, il a 
plutôt l'iiir d'un savant que d'un gouverneur, d'un iicnBcur que d'un lord; ou bien il a 
l'air de l'un et de l'autre si l'on veut. 

Nous sommes certain iiu'il su soucie fort lieu des galon» d'or qu'il iiorte dans les 
circonstances solennelles, et qu'i\ l'éclat des habits du cour il doit iiréférer les choses de 
l'esprit, la u'ioire des sciences et des lettres. Il est d'ailleurs fort aimable, gracieux et 
poli sans alïectation, galant avec les dames, jileiu de prévenances pour tout le monde, 
eoutirmaiit. par tous ses actes, l'oiiiiiioii de ceux qui disent qu'il n'y a personiio qui 
soit plus geutilhoiume qu'un gentilhomme irlandais. 

Lord DulTeriu n'est dans le pays ([ue depuis six mois, et, déji'i, il est plus populaire qae 
tous les gouverneurs qui l'ont précédé di'iiuis Loril Klgin. On va i"i ses levers, il ses dîners, 
on lui donne des bals, ou lui présente jiaitout des adrcBses et on lit avec plaisir ses dis- 
cours ; les hommes louent son jugement et ses conuaissancea ; les femmes vantent son 
.imabilité, le peuple de Québec l'aiiiiellu Lord Dufresne. ((n remarque l'intérêt ([u'il porto 
:i tout ce qui est canadien ; il achète les ouvrages de nos écrivains, il étudie l'histoire du 
])ay», se fait renseigner sur ses besoins, ses Bùntiinents et ses asiiirations et aemblo déjà 
au l'ait de tout. 

Lady Dufferin.— Lord Butïerin a épousé, le 23 octobre 1802, Hnrriet, fille de Archibnld 
llamilton, de Killyleagh Castle, et )ietito-fille do llamilton Kowan. C'est une femmo 
d'une figure aimable et jolie, digue par Bon iutelligonco et Bon carnctére d'être l'épouse 
lie Lord Iluiïerin. 

Leurs Excellences ont déjà une famille de quatre cufants, dont deux garçons et deux 
Ailes. 

(là. 0. David) 



ESQUISSES 



309 



^ns los 

■MX Vt 

llUIlllC, 



Ihibnia 
Ifcrnmo 

|C'1)0U8C 

deux 
I») 



selhurst, jadis empereur ûa Français, nous faisait ces années 
dernières Vous n'avez sans dou'e pas oublié non plus d'avoir 
feuilleté à la bibliothèque parlementaire, parmi les superbes 
volumes à nous présentés par le gouvernement d-.* 1 Kuipereur un 
grand oc/iiî'o illustré, contenant la relation d'un voyage entrepr s 
par le juince Napoléon en Islande et au Si)itzbcrg,dans son beau 
yatch de 1,100 tonneaux, la corvette à hélice "/,<» A't'i/n- //or- 
/c'/isc." Un des dessins exhibait, au milieu de la banpiise l? 
majestueuse corvette, faisant jaillir de sa proue dus tlois d'écume 
et remorquant une svelte goélette de So tonneaux, le schooncr- 
yatch "/V(////" commandé par le noble lord. Le voyage pour 
celte dernière surtout, devait être périlleux, aux >.eins des glaces 
et des brumes polaires. 

Depuis une (]uin/.aine de jours, l'ex commandant du /ùuiifi 
s'est installé sur le point le plus dominant de notre cité — notre 
citadelle. Sa courtoisie, sa généreuse hospitalité, 1 amabilité de la 
comtesse, sa femme, sont dans toutes les bouches. 11 se nomme, 
ce bravo marin. Lord Durforin, ou, si vous l'aimez mieux, en 
fran(,'ais, le comte Dufresne. (-ar parmi ses ancêtres, il en est 
qui hèlent de l'iance. 

Il nous arrive avec un arcjme scientifique, une auréole litté 
raire, entouré en sus du prestige d'une descendance doublement 
■illustre, puisqu'il appartient à la pairie d'Angleterre, '"la plus 
belle société moderne, depuis le jnatriciat romain," a dit le 
vicomte de Chateaubriand. D'un cûlé, il hérite des saillies fines 
de son ancêtre le fameux Richard IJrinsley Sheridan ; de 1 autre, 
l honorable madame Norton, sa tante, lui a légué le secret d'en- 
velopper sa phrase dans 1 idiùme élégant d'Addison. 

Si l'illustre auteur du Gcnic du Christianisme avait une idée 
si élevée de la pairie anglaise, ce n'est pas moi qui l'amoindrirait 
Bien que sur cette libre terre de l'Amérique nos aspirations 
soient plutôt démocratiques, nous ne pouvons nous défendre de 
la conviction que nos ancêtres descendaient de la France monar- 
chique, longtemps avant que la guillotine de 1793 eût fait dispa- 
raître cette généreuse noblesse fran^-aise, bien longtemps avant 
-l'ère de la commune de Paris. 

Vous savez qu'en Angleterre, il y a cinq degrés de noblesse : 
I0. Dues (du latin /?//.%-, chef d'armée,) "20 marcpiis {.Vlarchis,) 
gouverneur de marches ou provinces. 3o. Comtes (Conws,) 
compagnons du roi. io. Vicomte ('député-comte, dans l'absence 
du comte, j 5o. JBaron, vieux titre Normand ou Saxon. Ajoutez 
un sixième degré, les Archevêques, F'vêques, Lords spirituels. 
Les principaux privilèges de la nobles«e sont : immunité de la 
■contrainte par corps pour dette, dans leur personne, et dans la 
personne de leurs serviteurs jus ju'en 1770, etc '^o. L'exemption 
de prêter serment comme jurés dans les procès criminels sur 
leurs pairs, et le droit de répondre sur leur honneur au lieu de 
sur leur serment. 3o. Garanties spéciales par la loi contre les 



10 



LORD DUFFKRIX 



écrits ou ]'arolos diffamatoires, lo Le droit dans les procès 
d'importance de ijreiulre leur siège sans se découvrir. 

L'n .seul pair f'Lord Kinsale) a le droit de se présenter sans se 
découvrir, devant le souverain, etc. 

Passons du général au particulier. 

Frederick Templu llamilton IMackwood, baron Dufferin cl 
Clandcboye, est d'extraction écossaise ; il descend d'Adam IJlack 
wood, conseiller ]:»rivé de la belle et infortunée Marie Stuart, 
reine d'Ecosse. Un autre ancêtre, John Blackwood, jjossédait 
dans le comté de Down, Irlande, un domaine qui fut séquestré, 
en 1687, par le parlement de Jacques II, mais le prince 
d"()range, en montuit sur le troue, le lui rendit. Pour le reste, 
voir le Peerage de J)cbrctt ou de Btirkc. Sa devise est, comme 
plus haui : ' 

J^cr z'ias rt'ctas 




Deux travaux littéraires fort attrayants donnent au nom de 
"Dufferin," un charme tout particulier aux ytux du monde litté- 
raire. 

L'un, magnifique volume illustré, est ime étude humoristique 
écrite par la mère du noble comte, en 1863. 

C est une série de traits mordants, une parodie de la carrière 
aventureuse d'une enthousiaste anglaise, à Constantinople, en 
Palestine, etc. Il lui faut pour drogman, un Iiomni'^ qui paie de 
mine. l'".ile a le malheur de choisir un grec, d une stature impo 
santé, remarquable i)our la dignité de ses poses, s-es airs, ses 
i^rands saints. C'est à ce drogman, véritable scélérat, ([u'elle confie 
à Constantinople, son précieux caniche^ "Bijou." le drogman a 
pour mission d'accompagner Bijou dans les rues de la ville Byzan- 
tine ; il finit par s'ennuyer*de ce soin ; et un bon jour, il se pré- 
sente devant sa maitrei?se, lui fait une profonde révérence et lui 
exhibe les oreilles et la queue de ce pauvre Bijou, assassiné, dit-il, 
par les féroces chiens de Constantinople. C'est tout ce qu'il en reste. 
Il reçoit son congé. PLst ce une parodie des aventures d • ) ady 
I-Iester Stanliope, l'amie de Lamartine ? Est-ce un take offàc Lady 
P^Uenborough, avec son Cheak chéri? Non, ce n'est qu'un person 
nage imaginaire. 

Ce dernier livre est intitulé : Lisphh^sfrom tlic Lok' Latitudes, 
et J autre Lrttcrs froin Jfi:^à Latitudes. 

List^iiigs front Loio Latitudes. ])ar son format de luxe et la 
aeauté de ses dessins, aura un succès de salon, ou le prix élevé 
[$6.50] auquel il se vend ne le met pas à la portée de tous Cepen- 
dant quel est le littérateur canadien en dc^a de la quarantaine 
qui se refusera le plaisir de feuilleter ces pages spirituelles, tra 
cées par une corutesse élégante c*: lettrée. Cette une belle préro- 
gative que celle du génie, chez la femme aussi bien que chez 
l'être barbu qui s'affuble si modestement du titre de roi de la 



ESQUISSES 



311 



création. Si la France est glorieuse de ses Sévigné, ses De Staël, ses 

de Genlis, ses d'Abrantes, ses Récamier, le génie a laissé sa mar» 

que indélébile sur plus d une blanche fille d'Albion, Mrs fcrhelley, 

Mrs Hemans, Mrs Trollope, Harriet, Martineau, les Landor, les 

Strickland, les Norton. 

* * 
. * . 
A vous qui avez des goûts historiiiues, de chercher parmi nos 

gouverneurs sous le régime français, un type qui ressemble au 
noble lord, auquel notre '•••acieuse Reine vient de coniier le 
sceptre de Vice-Roi do toute l'Amérique Britannique ; ce terri- 
toire bien que moins peuplé, excède en étendue celui de l'or- 
gueilleuse répul)liquo, notre voisine, comme vous savez. Dirons- 
nous que le comte Dufferin rappelle le savant et lettré comte de 
la Galissonnière? 

Les Lettres des J fautes Lixtitiides résument avec entrain la 
course du " Foam " du 2 juin, au 15 septembre, 1856. 

Ce ''écit renferme, entr'autres choses, de savantes théories sur 
les fameux Geysers ou sources thermales de l'Islande ; ces sin- 
gulières éruptions y sont décrites avec une rare clarté, leur 
examen me mènerait trop lom. Le livre a été traduit en français, 
par Lanoye : il vient d'être cu1, dans un ouvrage écrit par des 
savants Français, intitulé : " Tiemblements de Terres, Volcans,"' 
publié par Hachette ; le compte-rendu que les api)endices renfer 
ment sur la température de la mer polaire, a servi de base à des 
savants d'Allemagne, dans de proiondes études récemment 
publiées à ce sujet. 

Lien que le Foam ne jaugeât que 80 tonneaux, pas moins de 
dix-sept personnes en composaient l'équipage. 

La mise en scène es*^ consignée comme suit à la première page : 

" Lord Dufferin, na gateur ; Saga, artiste. 

Sigurdr, fils de Jonas, natif d'Islande, étudiant en loi. 

William "\\'ilson, valet, jardinier, natif du Cap de Bonne 
Espérance. 

Albert Grant, maître- d'hôtel, Iiorloger. 

William Webster, récemment des Gardes à pieds de la 

Reine — subséquemment '"Maid Marian," cuisinier en sous ordre, 

menuisier. 

John Bevis, cuisinier-en-chef, i)lus tard, acrobate. 

Ebenezer Wyse, capitaine ; mineur de la Californie. 

William Leverett, second. 

William Taylor, pourvoyeur de viande. 

Charles Parne, ^ 



Thomas Scarlett 
Thomas Pilcher 
Henry Leverett, 
lohn Lock. 



)■ matelots. 



r^m 



312 



LORD DUFFEkIX 



I) 1 



William Wynhalt, mousse. 

Un allemand versé dans la capt-ure des moustiques. 

Un coq qui chantait régulièrement au point du jour. 

Une chèvre. 

Un renard d Icelande 

Un ours blanc 

Dames et cavaliers parlant l'idiome Islandais, Norce, Lapon 
et Françai?. 

ScKN'E : Quelquefois sur le Foam, quelquefois en Icelande, au 
Spiul)erg ou en Norvège 

fGOD SAVE THE QUEEN.j 

Ne voilà t il pas un programme et des act* urs, qui nous pro- 
mettent un drame émouvant, palpitant d'intérêt et de nouveauté, 
l)endant une course de deux mille lieues ? 

Lord Dufferin fut assez heureux après quelques jours d'attente, 
de voir une magnifique éruption du urand Geyser, une colonne 
d'eau brillante de lumière et de vapeurs, s élançant en gerbe 
ar^'cntme, se divisant en plusieurs jets, d'une incomparab e 
beauté ; puis, ce magique spectacle, ces fantastiques eaux ther 
maies, reprenant leur cahne habituel et disparaissant dans la 
cavité de leur singulier entonnoir. Le tout est décrit avec un 
coloris de style, une clarté d'expression, qui vous fait presque 
assister en personne aux convulsions du monstre en courroux. 

Pour saisir, sous tous ses aspects, la théorie de Lord Dufferin 
sur les Geysers d'Islande, il faudrait avoir sous la main les 
découvertes de Tyndal on Hcat, aussi bien que celles du savant 
cJievalier Bunsen : les unes et les autres me manquent 

(J est sur les tlancs volcaniques du grand Geyser même, que le 
noble comte fit la connaissance, pour la première fois, du prince 
Napoléon, et où il lui offàt l'hospitalité de sa tente. Cette amitié 
se cimenta par de petits présents ; entr'autres par une superbe 
paire de candélabres bronzés, que le prince offrait à l'avantu- 
reux yachtman et qu'il nous a été donné d'admirer sur la cita- 
delle de Québec ; en retour ce dernier lui faisait cadeau d une 
belle carabine. 

Quelle singulière région que cette Islande avec ses glaciers per- 
pétuels, ses eaux thermales, tour à tour tranquilles, tour à tour 
en ébulition, au sein des frimas ; ses Sagas ; ses vivaces tradi- 
tions littéraires ; son dieu Odin, dont la cosmogonie et le rituel 
nous ont été transmis par des archéologues Islandais. 

Parmi presque toutes les anciennes races Scandinaves, c'est 
en Islandais que sont rédigés les vieux manuscrits. C'étaient des 
diplomates Islandais qui conduisaient les relations diplomatiques 
des Cours du Nord. Les relevés typographiques de l'ère la plus 
reculée sont tracés en cette langue. La première ébauche d'his- 
toire en langue vernaculaire est celle de Snorro Sturleson 
est rédigée en dialecte islandais 



ESQUISSES 



313 



c'est 
ht des 

jliques 
plus 
d'his- 
rleson 



"Elle portait le nom de Jleimskringla, parce que ce mot se 
trouvait le premier dans le manuscrit, et résumait l'histoire des 
rois norvégiens depuis les temps fiibuleux, à venir à l'année 
1 150, de l'ère chrétienne.' '•P'ile raconte," dit lord Dufferin, 
avec tant d art et de tact, qu elle semble combiner le talent dra 
•matique de Macaulay avec la peinture des caractères de Claren- 
don et la causerie familière de Pepys." Snorro Sturleson eut une 
mort tragique : sa convoitise lui fit épouser à la fois deux riches 
héritières. Deux femmes à la fois pour un homme, en Islande ou 
ailleurs, j'oserais dire, peuvent causer des embarras matrimo- 
niaux ; ses trois gendres l'assassinèrent une sombre nuit de sep 
tembre, en 1241, a Reckholt. e siècle de Snorro fat une ère 
remarquable pour les lettres. 

Puis le savant écrivain nous raconte la découverte du Groën 
land par Eric le Roux. En faveur des habitan s, le Pape Nico- 
las émanait, en 1448, un bref, leur acordant un nouvel évêque 
•et des pasleurs, pour marquer son appriabalion de leur dévoue- 
ment, et en considération de ce qu'ils avaient élevé i)liisieurs tem 
pies sacrés et une superbe cathédrale. "Puis tout disparaît pen 
dant quatre siècles, comme un rêve, et des missionnaires le 
découvrent de nouveau au i6e siècle." Je n'en finirais pas, très- 
cher poète, si j'entreprenais de vous retracer toutes les intéres 
santés choses que le savent comte nous rapporte sur l'Islande. 
Enfin montons avec le noble Lord, dans le Foain ; Louis 
Napoléon est un bon prince, il nous touera avec sa puissante 
corvette La Reine Hortense. Cinglons pour le grand nord, le 
Spitzberg et le pic volcanique de Jan Mayen qui s élance de 
1 Océan, huit de 6.870 pieds. C>)uand, au sein des brumes, en 
15 14, le capitaine Eotherby découvrit pour la première fois Jan 
JMayen, en entendant le bruit des vagues sur la base du mont 
Beerenberg, il s'imagina a^'". découvert un nouveau continent. 
Lisez, si vous le pouvez sans frémir, le sort des sept matelots 
hollandais laissés pour y hivi^rner, en 1633. Au printemps sui- 
vant, le secours venait, mais trop tard, - la llolte hollandaise. On 
lisait dans le journal des sept infortunés, le récit poignant de 
leur agonie, sous l'étreinte du troid, aux prises avec le scorbut et 
le désespoir. 

Une des plus fraîches peintures que 1 on trouve dans le volume, 
est celle qui retrace, à bord de la Reine Hortense, une coutume 
traditionnelle des marins français, lorsque leur vaisseau, aborde 
pour tout de bon, le bord de la banquise dans les mers i^Iaeiales, 
comme les nommait l'amiral de la Roncière, le commandant de 
la corvette française : 

LE PÈRE ARCTIQUE 

"Ce redoutable personnage, vêtu de . la dépouille d un ours 
polaire, muni d une longue barbe blanche, et de berniques ver- 
tes, avec un chapeau tricorne incliné vers l'oreille gauche, pré- 






314 



LOKD DUFFERIN 




ct'dé d'un musique infernale et de bien des monstres hideux, se 
présenta au gaillard, avec une planche sur laquelle était écrit 
•'Le Père Arctique" — qu'il offrit à lollicierdu quart, comme sa 
carte de visite. Puis, vint un sabbat d'enfer, sur tous les coins du 
pont ; les vergues et les haubans se couvrirent de diables rouges, 
de singes noiis et de mille autre apparitions grotesques. Ahn de 
compléter l'illusion, une grêle de pois, fut lancée des vergues, 
pour simuler la tempête déchaînée ; les marins français avaient 
aussi la figure enduite de farine pour représenter une bordée de 
neige. 

Plus tard, une harangue fut prononcée par le chapelain du 
père Arctique, et le tout se termina par de copieuses libations 
de spiritueux." 

Je craindrais, cher poète, d'abuser de votre patience, si je ne 
savais combien les lettrés, qu'il soient gouverneurs ou particu- 
liers, vous plaisent. Vous vous rappelez sans doute l'éloquent 
discours que le comte prononçait, le 11 juin derniei, a Belf.ist, 
avant de s'embarquer pour le Canada et qu'il terminait par ces 
belles paroles : 

'"Like a 7'in^^in ^'oJt/css in a pr'nncval -<oor/(/, Canada still 
walks in unconscioiis bcauty amon^ lier g<>ldcn woods and 
a/ONg thc niargin 0/ lier tracklcss strcains, catc/iing but brokcn. 
glaces of lier radiant inajcsty as mirrored on tlicir surface and 
scarcch' drcams as yct of tlie glorious future aioaiting lier in 
tlie Olympus of Nations.'' 

Est-ce bien tourné, cela ? Eh bien, le genre humoristique est 
manié avec une grâce égale par notre vice-roi, qui sait se tirer 
admirablement de bien mauvais pas. Voici un échantillon d'un 
discours de circonstance qu'il lui vint en tête de débiter, en 
réponse à une pompeuse harangue latine que l'évêque de la 
capitale d'Islande lui nt en présence des sommités otTicielles, et 
du beau sexe de ReyKjavik : 

"Viri illustres, insolitus ut sam at publicum loquendum, ego, 
propero respondere ad complimentum quod recte reverendus 
prelaticus milii fecit, in ijroponendo meam salutem : et supplico 
vos credere ([uod nuiltum gratificatus e» tlattificatus sum honore 
tam distinclu. 

"Bibere, viri illustres, res est, quiu in omnibus terris, domum 
venit ad hominum negotia et pectora [i] : requirit haustum lon- 
gum, haustum forteni, et haustum omnes simul [2] ; et canit 
Poeta, unum tactum Naturx totuin orbem lecit c nsenguineum 
[3] et hominis Natura est bibere [4]. 

"Viri illustres, alterum est sentimentum equaliter universale : 
terra communis super quam septentrionales et meridonales eadem 

(1) •'Coniog liomo to mcn's businf 88 anilbosonis'' Pater/amilian, Timen. 

(2) "A long pull, ustronjif l'i'll, aud a i)nll altoijcthcr." Jfil.tcinat the A'iVc. 

(3) "Ouo toiJch.of natiiri" inakcs tho wliolo worlil kiii." — Ji'remy Bciitham. 

(4) Aiiothoijm by the late Lord Moutculloehousc. 



ESQUISSES 



315 



enthusiasmâ convenire possunt : est necesse quod it nominarem ? 
ad pulchrum sexum devotio ! 

"Amorregit palatium, castra, lucem. [sjDubitosub quocapite 
\estram jucundam civitatum numerare debeam factum ? non 
Regem Castra ? non milites ! lucem ? non ullam arborem 
habetis ! Tamem Cupido vos dominât haud aliter quam alios. — 
et nrgmum Islandarum pulchritudo, per omnes regiones cognita 

"Bibamus salutem earum, et confusionem ad omnes bacu- 

anos ; speramus quod c:v et cara3 benedictx% créditai invenient 

lot maritos quot vchnt,— ]uod geminos, quod annis habeant, et 

quod earum hlix, maternum exemplum sequentes, gentem Islan- 

dicam, perpétuent in sajcula s:eculorum." ' "= 

Il paraît que Lord Dufferin a fait l'acquisition de tous les 
ouvrages canadiens qu il a pu trouver cà Québec. 

Sillery. prùs de Québec, 16 sept., 1S72. J- • • 



■'I ■•J.nv rnlos tfi 



î court, tlio (■■imn. tlio qro\c:-—Vem'ri,hk Jiede. 



m' i^ 




HUJ 



!"■' 



A L'HONORABLE 



HENRI GUSTAVE JOLY 




VICE-J'RÉSIDENÏ DU 



Co7igyès Forestier de V Amérique 



E'J- 



Le père de VArboriadturc 



AU CANADA 



fif'V 



, I '\ 



w 



-î 




A L'HONORABLE HENRI GUSTAVE JOLY. 



•Cher Monsieur, 

Je ne connais personne à qui j'aurais plus de plaisir à 

'faire hommage dt a raoide coap-d'œil sur les jardins 

anciens et modernes, que celui que la voix publique 

■ proclame comme voué à l'œuvre si patriotique d^i reboiser 

nos forêts et de pourvoir nos parcs, nos places publiques, 

nos jardins de leurs ornements les plus gracieux et aussi 

'les plus durables : de beaux arbres. 

Répétons avec le bon Roucher : 

ipioi ! fant-il 'Kiriicr tons 1rs Imis il ■ la fcriiio 

Aux si'uls ])l:iiits fniutu.ux i|iii'li' viTircr iciifrnno V 

Xou. Siiiis dotiti" ; i\ ri'utnuv ili' ses |)r<'S verilDy.iiits 

Klli' iIpiuiukU' i\ voir li'^ saules niulojMiits, 

Kt li> tlt'xil)l(>osii'r, l't rauiu" (lui s'avive 

Sur les bonis toujours frais <rumM)iuli' li'iiti' ou vive. 

Ijoiu doiu' (11" les bannir, je veux, d" toutes imrts, 

(Qu'ils vii'iuuMit SI' iiioMtror, goil fjroiiiiOs, soit épars. 

KoicHEiî, jioctnc iii'tUi. 

Grâce à vos persistants efforts, l'arboriculture a pris sa 
i.place en Canada, comme institution nationale. 

Daic^nez maintenant mettre à votre œuvre le couronne- 
ment final, en guidant de vos conseils le groupe de con- 
citoyens éclairés, anxieux de voir compléter l'ornemen- 
tation de notre bonne ville, — si heureusement inaugurée par 
•cet insigne bienfaiteur de Québec, Lord Dufferin, — par la 
■création du parc projeté sur nos classiques Plaines 
•d'Abraham. 

Spencer Grange Sept. 1SS5. 



m 



JARDINS ANCIENS ET MODERNES 





Il OBt (1o8 Roina plus doux, un nrt plus euchantour, 
("est pou (11' clinnuer l'œil, il faut parler au cceur. 
Avt'z-voiiH «loue connu ces rapports invisiblcg 
Dus corps inanimés et dos 6tro8 Bonsibloa ? 
Avoz-vouB entendu des eaux, des pris, des bois, 
La muette ûloqucuco et lu secrète roix ? " 

Les Jardiks. 

Avant de décrire les jardins du Canada prenons les 
choses de plus haut. 

Le premier jardin, c'est Dieu même qui en fut l'artiste : 
le jardin de notre premier père, Adam, l'Eden ; et que 
de regrets, quand la porte lui en fut fermée ! Le chantre 
du Paradis Perdu, Milton, d'après un idéal crée par son 
génie, place dans ce jardin " des fontaines de nectar, ser- 
pentant sous l'ombrelle des bois, portant fraîcheur et vie 
aux plantes et aux fleurs innombrables qui émaillent sans 
art, ni apprêt, les collines, les plaines, les vallées, recevant les 
chauds baisers de l'aurore, puis à l'heure du midi, cherchant 
abri contre les ardeurs du soleil dans de verts bocages, 
impénétrables à ses rayons : heureux et champêtre séjour 
aux aspects variés." (i) 

A l'excep'ion des serres en verre, comme art de goût 
la science des jardiniers*date de bien loin. 

Les jardins ie^ plus anciens dont l'histoire nous a trans- 
mis une mention détaillée, ceux du Roi Salomon, étaient 
de forme quadrangulaire, entourés de murs élevés, forme 
usitée même de nos jours. On y voyait des arbres, des voliè- 
res, des nappes et des cours d'eau, choses indispensables 
en un climat chaud. Salomon y avait en outre un Sérail, 



(1) '• SVitli iiiazy crror under pinulant sliades 
Kau nectar, visitiuK eacli plant and fod 
Flowers worthy of l'aradiso, which not nice art 
In beda and curions knots, but Kature boon 
l'our'd forth profuso, ou liill and dale and plain, 
Uut where the niorning sun lirst warnily smoto 
The open fleld, and whoro tlie wnpicrced shade 
Inibrown'd thc noontido bowera : thus was tUis place, 
A Uappy rural seat of various vicw," 

Milton 



KSOUISSKS 



321 



>les 



Idii 



lequel, au dire du commentateur l'arklnirst, servait de 
temple pour le culte, aussi bien que de lieu de p! isir- 
Chez les modernes, le scrail n'est pas un acce^>-c)iie oh'.i;..;!.; ;. 
à Versaith's, on y substitua le petit Trianon... pour l'édi- 
fication de cette vertueuse Mme Dubarry ? 

La maçjnificence des jardins d'Alcinoiis est pas^e(. à 
l'état légendaire. 

Les jardins de C}';us et autres potentats tic l'Oiieiit 
étaient. remarquables par leur étendue, leur éclat, la ilivcr- 
sité de leurs productions ; ils étaient considérés comme les 
merveilles du moivie. 

Les fameux jardins susjjcndus de Jîab\'loi!e awdcnt 
entr'autres décorations, une ^érie de terrasses, — les pre- 
mières dont il est fait mention ; les avenues en étaient 
plantées d'arbres de diverses espèces : on y vo) ail j>,'ts 
d'eau, sièges rustiques, parterres, pavillons pour b.MKjuels ; 
bref, de l'ombrag?, des fleurs, des points-de-vue vastes, 
tout ce que l'on trouve dans un grand jardin mriin ; 
cette innombrable variété de plantes et d'arbres exotic^ues 
ravis à toutes les régions connues par la science moderne. 
L'historien Strabon nous donne la dimension des 
bocages d'Orontes, comme étant neuf milles en circonfé- 
rence. N'est-ce pas là le premier parc dont l'histoire nous 
parle ? 

Gibbon ajoute que " le l.iurier et le cyprès, de leur feuil- 
lage touflu y créaient une retraite toujours fraîche, impé- 
nétrable aux rayons du soleil, arrosée de mille ruisser.ux 
issus des monts, qui y entretenaient un gazon perpétue! et 
tempéraient la chaleur du jour ; l'odorat y était captivé 
par l'arôme des plantes, l'ouïe, par la douceur des sons ; 
c'était un paisible bocage, consacré à la jouissance, ù la 
santé, au luxe, à l'amour." 

Les Grecs, sans avoir poussé a la perfection l'art des 
jardins, avaient leur célèbre vallon de Tempe et les boca- 
ges d'Académicus, à Athènes, ornés de vases et de statues, 
d'autels, de monuments funèbres, de temples, de tour«!. On 





1 


1 


ii 




1 


1 






':&: 





32: 



JARDINS ANCIENS KT MODICRNKS 



y trouvait ce que les Grecs aimnient : de l'ombrage et de 
In fraîcheur — des senteurs délicieuses — les douceurs du 
rcpo!--. I/art de leurs jardins, les Grecs l'avaient emprunté 
des Perses : les Romains, en ceci comme en bien d'autres 
choses, prenaient les Grecs comme modèles ; leurs Lucul- 
lus )• versaient des millions pour renchérir en ornements 
sur leurs devanciers, élevaient dans leurs jardins des cr"' 
nés artificielles, y creusaient des lacs, des rivières q; 
nommaient le Nil, l'Eurotas, l'ICuripe, etc., y amoncelaient, 
bronzes, marbres, fontaines, au sein de massifs d'arbres 
aux parfums enivrants. En vain Martial de son vers 
vengeur fouetta-t-il ce luxe effréné ! 

D'après Cicéron et Pline l'xVncien, la pratique de planter 
des arbres en quinconce, était générale de leur temps* 
Martial consigne dans ses cpigrammes le fait que le tail- 
lage des arbres, spécialité du style dit tonsile, fut inventé 
ou introduit par Cna:us Matius : ce fut vers ce temps 
aussi, au rapport de Propcrtius que l'emploi des statues et 
des fontaines, comme décors, fut en faveur. En lisant 
description du jardin de Pline, on se convaincra sansp 
qvic l'ordonnance des Jardins P>ançais et Hollandai?, eta,. 
caUiuée sur celle du jardin de cet homme de goût. 

" Terrasses avoisinant la demeure, comme le remarque 
k. célèbre Loudon, ^erte pelouse descendant en talus, 
petit parterre à fleurs, avec jet-d'eau au centre ; allées 
avec garniture de buis nain, arbres fantastiquement taillés 
pour smiuler des objets artificiels, avec l'accompagnement 
obligé de fontaines, de grottes, do belvédères : tout en 
un mot le dénote." 

Horace Walpole remarque également que le jardin de 
Pline correspond en tous points, avec ceux créés par Lou- 
don et Wise, selon la méthode Hollandaise, il dit que si 
l'on ajoutait au jardin de Trajan un parterre on aurait un 
jardin orné du règne du Prince d'Orange, en Angleterre, 
Guillaume III. 

Plusieurs textes de vieux auteurs nous portent à croire 



ESQUISSES 



323 



lin de 

Lou- 

lue si 

: un 

îterre, 

I croire 



que l'usage du verre, dans les structures consacrées aux 
fleurs et aux plantes exotiques.ctiit connu jdes Grecs et des 
Romain*. Pl.iton et Colunicllc font mention de la rapide 
croissance d'arhustc-i oJorifJraïUs cm[)runtos à l'Inde et à 
l'Arabie : l'arbre qui produit l;i canclle, le myrte, li plante, 
dit Columclle, d'où l'on tire l'encens ; l'Italie, ajoutc-t-il, 
contient les produits, les fruits de l'univers entier. " Tibère 
s'enorgueillissait de pouvoir cultiver de-; concombres /(vr 
toto aniio, presqu'en tout temps de rannce." Sénèque 
s'élève contre les Romains à qui il faut dc:^ ro^e^ pendant 
l'hiver, et les fleurs du printemps, au fort de re'tiuinoxe 
hibernale ; il assigne à l'eau chauLJe, comme agent pour 
hâter la croisi>ance des phintes, le même rôle (lu'elle joue 
ch'v. les modernes." 






Au moyen âge, l'art du jardinier, ain^i (juebien d'autres 
arts semblèrent oubliés : la découverte de Guthemberg, 1 1 
renaissance des sciences, des arts, du commerce, en Italie ; 
le réveil des esprits dans l'Europe entière annonçaient une 
ère nouvelle, le terme des ténèbres sociales, le retour du 
soleil du progrès. L'illustre fam' des Médici se donna 
pour mission non-seulement l'eui.. 'ijragenient des lettres, 
mais encore la protection active de l'art patroné par 
Cicéron, Pline, Columelle, Adrien, Trajan : l'art des jar- 
dins. 

Les jardins des Médici, bien que créés dans le style 
géométrique et architectural, servirent pendant nombre 
d'années comme modèles à l'Europe entière et continuè- 
rent en vogue en France, en Allemagne, en Angleterre ; 
plus tard, ils faisaient place au style naturel, dit style 
anglais, conçu par Bridgeman, Kent, Wright, Repton, 
aidés des éloquents écrits d'Addison, l'ope, Shenstone, 
George Mason, Whateley, Gray et du poète Mason. (i) 



(1) Voici rinvcntairo d'un jardin dans le style tonsile, citù par Dowuing : 

" Inventarv of a Virtuosos Oarden. 

Adam and Eve in Yew ; Adam a little shattered by tha fall of tho tree of knowledge 



j-4 



lAKDlXS ANCIKNS ET MODERNES 



L'architecture des jardins, en tant qu'elle se rapporte 
aux serres-chaudes, n'a fait que peu de progrès dans le 
midi do l'Iùiropc^ : le cliaiat, au reste, est assez chaud pour 
rendre quasi inutiles ces dispendieuses structures. 

L'on rencontre cependant quelques serres-chaudes en 
Espni;ne et au Poiiut^al : à Madrid, à Coimbra, à Mont- 
serrat. L'on y trouve égalcnv. nt des traces de jardins 
élégants, exécutés par les Maures. Certains jardins, dan., 
le sud de l'ICspagne, au dire de> voyageurs, sont pavés 
en marbre, avec allées plantées d'arbres toujours verts, 
ombragées d'orangers, avec appareils hydrauliques, enfouis 
sous les allées, (i'où jai'Mt au besoin l'onde à travers les 
joints des tr.arbres : surprises, dit Sir John Carr, médiocre- 
ment goûtées des dames quand elles s'}' aventurent et 
pour cause. Les jardins espagnols et portugais sont notés 
pour lein's jets d'eau, leurs alcôves, leurs terrasses, leurs 
statues, icurs treillis, leurs tem[)lcs, leurs grottes, leurs 
sièges rustiques avec dôme, leurs romanesques pavillons. 

Les jardins hollandais et français e ressemblait par 
la symétrie et l'abondance de l'ornenientation. 

Le Ilolbndais ne tient pas à avoir un grand jardin. 

Qu'il soi.: grand ou petit, il y entassera une abondance 

d'embellissements frivoles, souvent presque ridicules. Il se 

creusera un canal roide et droit, réceptacle d'une eau 

dormante, souvent bourbeuse. Ce canal, tout étroit ciu'il 

*. 
soit, est obligatoire : il symbolise le [)ays des aïeux. Il y 

ajoutera terrasser et talus, de^ ftcurs, du ga/.on que les 

l)luies abondantes de sa patrie s-^ chargeront de tenir 

toujours verts. 



m tl'.i" <_'•• .1^ .itoMii ; l)v(' ,->iiil tlic" s 'n .'lit vrry fl.iiivisliin'.r. Xoili" : iirl; iii Holly ; tlic 
l'ilics n littli' (l.'Uii.'iLfi'il l'or waiit ni' watcr. 

'riu' ti)\V' r ol' ll:i!»'l iiiit yi't liiii^ln'd. St-(i<'i(ri,'f in ]'<>.< ; \n<. :ii'iu s!".ii''(l lonn inriigli, 
liiit will lpr in :i cuiiilitioii to t-lich tlii- (liML'iiii n'Xt iijiril. I'',ilw:inl t!i" l!l;i('! l'i'inci', in 
.■viii'i'r's. A ii.iir lit' Lti.-nitri stiinti'cl. to li • sold <li('.:|i. \:t nl.l ui'inl (if Iicmor, in worin wixul. 
.V tiippin),' lion .Jolinson in l:iuirl. Divers l'iniiniit iMinUrn i>iii't:; in li:ivs, son.owliat 
Miu'litu.l. 

A (luick «l't lio};, sliot up into :\ iHirciiiiini'. Iiy luinn I )n,'i)t a \vi\k in riùny WiiithiT. 

A liuvcndir ]»'y: witli siifjr Hrowiii',' in ils Ijclly." 
Uowiiinfi nu iitiiinnc i'i,'alt'iniMit un<^ villa [ins d'.Vnvi'r; apjiarfv'iiaut à un M. Snt.>t/, 
iii'i.L'i' d'nni' vi'ito indouR», oil si' voyait tout un tr()ui»'iin di- moutons, avcf lo Ijoru'i'r ot 
~o\i i-liien, nullités l'u piiTro, tv c|ui donnait au site vue allnro to\it-ii-fai; butoliiiui' liieu 
lunn pou Ijurk'Siiue. 



ES(.)UISSKS 



325 



p:u- 

irdin. 
an ce 
Il se 
eau 
qu'il 
Il y 
les 
tenir 



|ly -, t 11'.. 

l'iiK'i', in 

lii wond. 

I owliiit 

|\\;it!i('r. 

Snii't/., 
Irruii'r et 
Ijui' l)iou 



Evelyn décrit les jardins hollandais, à la Hague, comme 
surchargés de décors : avenues ombragées, Statues, marbres, 
grottes, fontaines, concerts artificiels. 

Sir James l'klward Smith, écrivant un siècle plus tar;l, y 
mentionne un jardin aussi entrecoupé d'avenues serpen- 
tantes que son voisin l'était d'allées droites : évidemment 
la ligne courbe, la ligne de la beauté, le style anglais y 
2vait pé être ; mais ccl i était loin d être gén'ral, car le 
hollandais, amateur du passé, adore la routine 

Le stN'ie tonsiU;, usité anciennement, surtout en Hol- 
lande, LJieu m.Tci, e^t di-.p,iru : il con-.i-.tait à torturer, à 
façonner un arbre ou un pauvre arbuste, au nn.)yen de la 
scie ou de la serpe pour simuler mille objets, animés ou 
inanimés : des paons, des cochons, des porcs-épis, des 
étoiles, des gerbes de blé, etc. 

Le poète ; l'ope, le créateur du merveilleux jardin, .à 
Twickinham, sur la berge de la Tamise, à Londres, a fait 
bonne justice de ce genre atroce et ridicule, (i; 



* * 

* 



(1) 11'.; (liini.iiii ' d'Al.'X lUil T l'oii.', ;i T\vicki'uli;ini, cimvr.'it lo- d.'iix cùtrs .!.■ l;i voie 
|Mil.lii|u.', il" sdi'tf ii'ii' 11' |io,''ti' .''t:iU fori'i' (!■■ t tavrsir 1" c'ii.'iiiiii pniir atiriuilr.' \;i iMi'tii' 
la liliH l'irvi'. ■ l't jiliis ciiitivi'i' (le si's javiliu-*. Atiii d'uLvii'i- il ci't iii; Diivriii.iÈt , il iliii ].ni- 
tii|iii'r un |i:is-!|j;i' si)ut"riMin, d'un iiùlnt ii l'aiitri' il ■ son tcrritoir,'. 

S:i ivsid 'noi', joli.' villa Kdiuaim' av.'O cdoimi"!, arcadi'S, ]ii)rtii|ii.-s, r.'ii.v-iait ■/nu'i.'ns.'- 
inv?ni snrlarivi' vi'nl'ivanti de la Tainisi'. I! fallait il- t.iat.' ui''i'.'-.-iî''' ci-.mis.'I- un tnnui'l 
[inur avilir ai'c'-'*, i\ si-s '_'r inils Imi-i, aux iiii)i ii''an'.i'S i.lautatiuns i|u'il y avait nvr-i : li- 
souterrain il"vint une i^rotli', du (■.'.t.' d.' la Tamis,', iiaviT .'U iiiin''rai, rn co^niUaui'- rtc. 
l'iipi' l'n a lai-".'' la il 'scriptimi siiivanti' ; 

'• ,Ti! vii'ii.s, dit-Il, ili' iu"ttro la d 'rniiTi' ni lin à m."* tr'iva".< liin-liculi'rf. i^ nii .ji'ottc 
s-niiti'rraini'. .l 'y ai dOcouviTt un !il.' . iii'.' oiid.' crystalliii'', dmit 1.' ji't |ii'riii'tiii'l rails"' 
ilaii:» Il cavi'i'iii! un l'i'lio nuit et .... Du tl.'iivi', l'u'il piToo i^ traviTS ci'tto arcli.', eu 
r.'iiiimtaufc un si.liiair.-. s.'Utii'-, I'' l'cui'oiilr.' iiin' rsp'i'.' d.' trinplo imv.'i't, un." riistjiini' 
Hiractiu'.' ciur.'rtiouii '0 d • d; iillaj;"^ : d ■ l'.'t rud''.iit. l'un saisit, s., h 1 .uci'aii d''S 1 ois 
v\i i'.'.;:ar.l int v-t- la'l' ..uis ', I.'h iiar.'Ui's V0',;uant sur l'.'aii : flianiiaiit" p.Tspi'L'tiv.'. Kti 
('.'rniaiit la iiiirtc ' luti mutti', l'iuti'rii'ur s., traiwlunni: l'ii uni! lantrrni' ma«ii|ii.', 011 >»' 
ri'iH l.'ut l.'s '..lis, l's cdt.iiix, li's vissi'anx : un p.iu.irauii varii' du ll.'uv", i|U.' vous 
pouvi'Z rendi'.. iiinins vil', moins distinct l'ii dimina.int la liiinii'i-.' .[iii 1.' rrllèti'. l<i' par- 
(|ui't l'st juncli.'' d;' Cl |nilla«.'s l'tc : d<"^ irlaci'S i-i nr.'Si'ntanl l.'s o'ij.'ts ; nn lust"' riri'ii- 

laii".' d." |mr alliaii.'. r.'toni'i.ikt d'uni' ulaiv taill.' n t'i.nii d'.'toil.', t'ait 

jaillir du lainl.ris nrll" prisni's, inill ' l'imm 'iis 's .'toil.'s. 1) 'ix P'iri'li's étroits 
conduis'nt d ' (' 'tti" !/i'iitt", l'un liii'ii rrlair', au H'uvc ; l'autr.' viill.. p ir li' ('"uillair.' 
d.'S arîir'S (Mt piv,'. d'î sil'x, d.' en piill.'s luiriu's, d ' niin'ril df f.'r. li 's siuiti.'rs dans le 
v.ii.'ina'.î.' i|ui m'n.'nt au t'iiipli', s.int ..garnis d ' .j:i'avois nrdiuairi' l't par li'iir nitnrrl, 
l.'Ui' simiilii'iti ii' m ari.'nt .'i i d.i ix inir.uir ■ d ' l'.'aii toin'iaiit.', il l'aLtr.'st.' paysiw. 

lU'i'l', il n ' m ' m m l'i ' p 1 ir i"i'ni.l.'t.'r 1" sp'cta'l', ipi'uii ' inmu.' «tatiii', avi'O un.' 
ins('i'i|ition, uniiiii' l'.'ll.' i|ii" v.ris s ivi'z iju ' i'aiiii ■ tant. Val !.•:■. |i as croir.' i|ii.' jr l'iis d.' 
la po:'sii' ; au ciintrairi-, la d.'si'ripti.in ipi.' j.' vo as dnuii.' rst vi'ri.li.i'i.'." 

Hélas ! i|iril vcsti' p 'U d.' trie -s di niiKaoi j.ir.lin d' 'l\vii'k'nli im : m 111.' !.■ sa.ili' 
Ii'.i.' 'nd air.' d" l'op ', 1' p 'i'.' rt 1.' p itriarrh ' d 'S s iiil..^ an.'lais. y s.i'i'omli ait d' vi.'ill.'ss", 
eu l.-< 11, uono'utant l..'s lutiiiir< d mt 11 était l'iit.mr-'. t' ir cVst à rilliistn' pmti' i|U" 
r'vi.'u' rii lau 'iir d'av.iir iiiTi 1 lit l'U .V'i /l.'f'rr '. c 't arlir.' .jri"i".ix : s,vi a.iii ' LnJii 
Xih'iui lui l'ii ayant cnvoy,'' d 's )..iatiir.'s d ' r.'tran'jr.'r, l'op.' 1rs in.t .'ii f "rr.', disant i|ui' 
11 'iit-i''tr.' il on pr ivi 'U'ir d" ii'i ai'liv.' in •.iiiii'i il ins sa pitri.': si ju'' li.'ti.iri s.' r.Mlis.i. 
V.n 17> I, l'I ii.i T itri.' ' d ' 1! i-iii ' u li" pi l'ivr .1 un son jar.lin, à St-P't 'rsli'iar^. 



i I 






326 



JARDINS ANCIENS ET MODERNES 



4 
i 



Le style français se développa vraisemblablement au 
milieu du dix-septième siècle, sous le brillant règne de 
Louis XIV. L'art du jardinier, comme bien d'autres arts, 
bénéficia de la prodigalité du Grand Monarque et des 
aptitudes de LeNôtre, alors l'artiste-jardinier le plus 
renommé de l'Europe. 

Les théories de LeNôtre firent bientôt leur chemin dans 
tous les pays civilisés. L'Angleterre les accueillit à bras 
ouverts et chose singulière, la méthode de LeNôtre se 
maintint en Angleterre plus de cinquantes années, après que 
les jardins naturels le style anglais en un mot, s'y fut établi. 

Ce fut dans la création des célèbres jardins du roi, à Ver- 
sailles, que LeNôtre, dévoila tout son génie, ses ressources : 
ce qui fit dire à un écrivain anglais, Bradley, que ces jardins 
là résumaient à eux seuls la perfection de l'art, et à un 
auteur allemand, du nom d'Agricola : " contempler les jar- 
dins de Versailles, c'est avoir un avant-goût du Paradis." 
L'école de LeNôtre eût pourtant ses détracteurs : le poëte 
Gray et l'habile Loudon disaient que le jardin de Versail- 
les, pour être imposant, devait être rempli de monde." 
Lord Byron développait cette idée sous une autre forme, 
en affirmant que " tant de symétrie ne convenait pas à la 
solitude." Mais ceux qui recherchaient la solitude, 1 eus-ent 
guère trouvé à Versailles ; ainsi donc le pian de ce jardin 
allait bien avec le site^ 

Les jardins anglais devinrent de mode en France en 
1762 ; on en raffollait. 

Il semblerait qu'avant l'époque de la révolution, plu- 
sieurs jardins français furent transformés en jardins 
anglais, sous -la direction d'un habile jardinier Ecossais, du 
nom de Blaikie, établi en France depuis plusieurs années 
et aussi, sous celle du Chevalier Jansen, anglais éclairé. 
Depuis ce temps, nombre d'anciens et beaux jardins fran- 
çais ont été refaits, d'après la méthode anglaise, que 
plusieurs Français ont crû erronement consister en une 
profusion d'allées ou sentiers courbes et sinueux comme le 



î:squisses 



327 



en 



remarque M. Blaikie : car il ne faut pas abuser de la ligne 
courbe. 

La France, dans le passé, a donné naissance à peu d'ar- 
tistes-jardiniers : les mieux connus sont Girardin, Morel, 
Delille. 

Le Nôtre visita l'Ancjleterre à la sollicitation du roi 
Charles II, et y propagea ses idées avec beaucoup de suc- 
cès : il introduisit sa méthode, dans l'ornementation du 
grand jardin que le Cardinal Wolsey avait créé à Hamp- 
ton Court, aussi bien que dans le jardin de Greenwich et 
au parc Saint James : ceci se passait juste au moment où 
un nombre de Nobles distingués par leur intelligence et 
leurs richesses, les Ducs de Devonshire, de Lauderdale, le 
comte d'Essex, les Lords Capel, Pembroke, Craven, Nor- 
thampton, etc., s'occupaient activement à faire progresser 
l'art des jardins. 

Disons un mot du chef-d'œuvre de LeNôtre, à Ver- 
sailles. 

Je n'oublierai pas de sitôc le spectacle qui frappa mes 
regards, le 8 août iS-^i, du haut de la terrasse du palais 
fastueux de Versailles. 

Jardins, parc, pièces d'eau sont presque, dit-on, dans le 
même état où LcNôtrc les forma il y a plus de deux 
siècles. S'il m'eût resté des doutes sur sa méthode, j'eusse 
bientôt découvert à quelle école il appartenait. A coup sûr, 
ce n'était pas à celle de la nature : chez lui, c'est l'art qui 
prédomine : l'art de soumettre le paysage aux lois inexo- 
rables de la géométrie : associer l'arcliitecture, la sculpture 
au gazon, aux arbres, aux étangs : tel é'ait bien l'idée fixe 
de Le Nôtre ; le paysage, était tout de même plein 
d'intérêt pour moi. Son aspect .-.ulennel, bien qu'un peu 
suranné, se mariait si bien avec le style grave, majestueux 
du palais voisin ; il concoiJait d'une manière frappante 
avec les notions de l'art en vogue au siècle de Louis XIV. 

Aux jours de gala, quand l'on faisait jouer les Grandes 
Eaux, on conçoit sans peine l'effet magique que ces jar- 






l< :' 



W >■ ■ 



328 



TARDIN'S ANCIENS KT MODERNES 



dins superbes '■u/'^nt produire sur la brillante coui' du 
Grand Roi. vje n'est que vases, que marbres, que bronzes 
sculptés, dans toute cette enceinte ; quelques-unes des sta 
tues et des vases sont des copies iVantiqtics célèbres ; 
d'autres, des originaux datant du 17e siècle. 

Ixs groupes les plus frappants, sont ceux des Parterres 
du Midi et du Nord, l^ntre eux, près des gradins sont 
deux grand:. IVi^sins. la Foutniuc de Diane, à droite, et la 
Fontaine du Pont du Jour, à gauche ; toutes deux ornées 
de groupes d'animaux en bronze, par les frères Keller. 

La façade du palais percée pour 375 fenêtres est longue 
de 250 mètres. L'orangerie comprend à peu près 1200 
orangers, disséminés en été dans les jardins : la tradition 
prête à l'un de ces arbres quatre cent cinquante années 
d'existence. 

Au sud de VEtaug Suisse, se dessinent le bois et la 
Plaine de Satory. 

Au pied de l'escalier qui conduit au delà du parterre 
d'eau, est situé le vaste J^assin de Ltifone, l'œuvre des 
frère . l\Lirs\' : plusieurs gradins de marbre roux, sur les- 
quels gisent des grenouilles et des tortues vomissant l'onde 
en face d'un beau groupe en marbre blanc de Latone a\'ec 
Apollon et Diane. La mythologie raconte que Latone 
aj'ant suj)j)lié Jupiter de châtier les paysans de la Lysie 
pour lui avoir refus*, à elle, un verre d'eau, le dieu les 
métamorphosa en grenouilles. 

Les plus b.îiles statues dans le jardin sont celles dans le 
Po^'.riour de Latone ; h. droite en approchant du côté du 
palais, il y a \\\y<i curieuse statue de la Mélancolie, par Le 
Perdrix : "le livre," "la bourse" et "la bouche close" sont 
au'ant d'allusions à la tenda'ce des hommes d'étude, des 
avares et des personnes taciturnes, à devenir victimes de 
cett • passion. 

Puis se présentent Antinoiis, Tit^raws, un Panne, 
Paee/ius, Faustine, Commode vêtu comme Hercule ; Urauie, 
Jupiter et Ganyuiede : vis-à-vis l'on voit Vei/ns dans sa 



ESC^UISSES 



329 



conque. Du côté opposé, l'on découvre le Gladiateur Mou- 
rant, y Apollon du JJclvcdcrc, Uranic, Mercure, Autinoiis, 
Silène, Venus, Kallyep?,"-os, Tiridates, le Feu, la Poésie 
Lyrique. Puis, vient le bassin d'Apollon, le Bosquet du Roi, 
le Bassin du Miroir, le Bassin d' Hiver, le Bosquet de la 
Reine, où se passa l'afifaire du collier de diaments ; la Salle 
du Bal, le Bassin de l' automne, le Quineonee du Midi, la 
Colonnade, le Rtassin d'Eneelade, où le géant soutenant 
le Mont Etna, vomit l'eau à une hauteur de soixante 
et quatorze pieds, le Bosquet des Dômes, le Jui^-'sin du Prin- 
temps, le Quineonee du Nord, le Bassin de l'Eté, le Rond 
Vert, le Bosquet des Bains d'Appollon, etc., etc. 

Je n'en finirais pas si je prétendais d'après mes notes 
énumérer toutes le^ merveilles que le génie de LeXôtrc et 
la munificence du Grand Roi ont enfouies dans ce féerique 
séjour. 

Mais de grâce, quand vous ferez le voyage une seconde 
fois, tâchez que ce soit un des jours de mai ou d'octobre, 
généralement le dimanche, où l'on fait jouer les Grandes 
Eaux : spectacle qui coîite entre 8 à 10,000 francs et qui 
attire tout Paris. 

Ce fut M. Fagon qui le premier érigea des serres-chau- 
des en France, savoir, celles du Jardin des Plantes, vers la 
fin du règne de Louis XIV : puis vint M. Seni(M" qui en 
construisit pour pour lui-même à St-Germain-cii-Laye, et 
aussi pour Louis XV, au Trianon. M. Comble les a décrites 
dans r"Ecole Potagère" ; le st}'le Italien et Français en 
jardins resta en honneur, en Allemagne et dans leXordde 
l'Europe jusqu'en 1750, époque où la méthode anglaise fut 
adoptée en partie, notamment au célè'ore jardin ouvert 
près de Pyrmont, en Westphalie. 



-* 
* * 



Le premier essai de serres-chaudes en I'>urope, sur une 
magnifique échelle fut celle de l'Empereur d'Autriche, 
François I, à Schœnbrunn. en 1753 : il }• fit élever cinq 
structures, longues de 1290 pieds, et hautes de près de 30 







330 



JARDINS ANCIENS ET MODERNES 



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pieds. Les voyageurs ont dépeint les serres de Schœnbrunn 
comme les plus belles du monde. 

Le comte de Findlater, noblo EcossHis, qui résida long- 
temps près de Dresde.dota la Saxe de structures réchauffées» 
pour la végétation ; les prenn'ères, pense-t-on, érigées en 
dehors de la Grande-Bretagne : on paila longtemps aussi 
des grands conservatoires du Duc d'Aremberg, à Enghien 
et des jardins botanniques de Bruxelles, bien que sous le 
rapport de l'exécution, de l'étendue et du plan,ils paraissent 
minimes, comparés aux structures semblables élevées depuis 
en Angleterre. 

Quant à la priorité, l'on ne doit pas oublier, que dès 
1643, le célèbre botaniste Jungerman fit ériger un jardin 
d'hiver, à Altorf, en Saxe, lequel à cette époque passa pour 
être le plus beau jardin de l'Allemagne et dès 1620, Solo- 
mon Caus, le plus éminent jardinier-artiste d'alors, se pro- 
posait non seulement de construire une superbe orangerie 
dans les grands jardins d'Heidelberg, mais encore de la 
chauffer à la vapeur, tel que l'on peut le voir en référant 
au livre qu'il publia " Hortus Palatinus Heidelbergia^ " et 
qui en contient les plans et devis. 

Le style anglais, landscapc gardcning^ c'est-à-dire des 
jardins d'après la nature, (i) s'introduisit rapidement en 
Allemagne après avoir pris racine en Angleterre, et soit à 
raison des fortunes des Barons, l'esprit d'imitation ou 
autre cause, il est certain que^ la nouvelle méthode y jeta 
de plus profondes racines, que dans le reste du continent 
en dehors de la Grande-Bretagne. 

L'Allemagne a donné le jour à des hommes éminents 
par leur science et leurs écrits, comme artistes-jardiniers : 
un des mieux connus est M. F. L. Von Schell, de Munich, 



(1) Ij!V l:inKuo, (Ut Morel, i\"ri piis encore iidopti; ilo mot pour clôsiunor l'artiste qui pro- 
fosso cet art tout nouveau, elle n'en a pas même pour le genre do Jardin dont il s'agit, 
qu'on appelle, par opposition au genre régulier, Jardiu anglais, parée que l'Angleterre a 
été la première nation de l'Kurope i\ l'adopter. Je suis doue obligilï de me servir du nom 
dej'.nvIiHior, auquel j'ajouterai quehiuefois l'epitliète d'artiste pour éviter l'éciuivoque, 
et celle (îe/u nafitre, pour le genre de jardin qui est l'objet de cet ouvrage. Un jardin 
()ui a la nature pour modèle n'est ]>na plus anglais que français : lu nature est do tous 
les pays." 

THÈOUIH DK8 JAItDIMS. TofltC /. P. 35.. 



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ESQUISSES 



331 



auteur d'un traité plein de mérite intitulé : " La formation, 
des jardins, comme art de goût et d'agrément." 



* 



En Russie, tout sévère que soit le climat, plusieurs 
nobles favorisés de la fortune, et le Czar, lui-même, ont des 
serres-chaudes et des jardins fort étendus : ceci ne remonte 
pas au delà de Pierre-le-Grand. Depuis ce monarque, tous 
les styles de jardin ont trouvé en ce pays, droit de cité : à 
présent, celui de jardin anglais introduit par la fameuse Im- 
pératrice Catherine en 1768, y prédomine. Storch décrit 
comme suit le grand jardin d'hiver du palais Taurida, à 
St-Petersbourg : " Le long d'un côté du vestibule se trouve 
le jardin d'hiver, énorme structure en verre, excepté le 
toit séparé de la grande salle par une rangée de colonnes 
seulemcfnt. Comme il fallait de toute nécessité que la toi- 
ture fut appuyée sur des pilastres, on a déguisé ces der- 
niers sous la forme de palmiers : des tuyaux en plomb 
enfouis sous terres, ou cachés dans les murs mêmes et 
dans les pilastres renferment le calorique, l'eau chaude. 
Les allées de ce jardin serpentent au sein de haies cou- 
vertes de fleurs, ou d'arbustes aux fruits vermeils ou dorés 
et suivent les mille et un accidents du terrain qu'on y a 
pratiqués, de manière à vous menag^r sans cesse de nou- 
velles perspectives. Quand l'œil du spectateur est las de con- 
templer tant de richesses végétales, il lui est loisible de se 
recréer par la vue de quelque exquise merveille de l'art. 
Ici, c'est un buste ciselé par un sculpteur grec : là, c'est 
un essaim de poissons rares se jouant dans des bocaux de 
crystal. On quitte ces derniers pour pénétrer dans une 
grotte garnie de glaces où se reflètent toutes ces objets 
sous mille aspects divers : ou bien, l'on se trouve face à face 
avec un obélisque construit de miroirs, qui reproduit tous 
les couleurs de l'arc-en-ciel. L'air tiède, le parfum et l'éclat 
des fleurs, le calme voluptueux qui règne en ce séjour 
enchanté, vous fera rêver aux délicieux bosquets de l'Italie, 
tandis que le paysage au dehors du verre qui vous entoure. 



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332 



TARDINS ANCIENS ET MODERNES 



glacé par le froicl.indique une température arctique." Gorins- 
ki. jadis une des somptueuses résidences de la famille Raza- 
mousky.possè Je des serres vastes et majjjnifiques,adhérant au 
palais comme des ailes ; elles sont d'une étendue telle que 
nulles serres en Angleterre ne les surpassent, si Ion en 
excepte celles du Palais de Kew, celles de Chatsworth, 
appartenant au duc de Devonshire, et celles du Kcgciit's 
Park, à Londres. {\) 

L'ordonnance des jardins selon les règles de l'art et du 
goût ne remonte guère au delà du règne d'Henri VIII, qui 
fonda Nonesuch, dans le comté de Surrey, comme résidence 
royale. Au rapport de Hentzner, les jardins de cette villa 
possédaient des jets d'eau, des treillis en fer, des alcôves 
de verdure, des colonnes, des pyramides en marbre. None- 
such avait un enclos potager entouré d'un mur haut de 
quatorze pieds ; en avant du château, il y avait un bou- 
lingrin protégé par une balustrade en pierre. 

On y découvre des traces de parterres et de ce bizarre 
ornement, connu comme labyrinthe (pratiqué plus tard à 
Versailles) sous Henri III et même sous le règne de la 
reine Elisabeth. 

Nonesuch n'était pas le seul grand jardin artistique au 
temps d'Henri VIII. Evidemment la théorie des jardins 
s'était développée avant cette ère, tel qu'il appert par les 
écrits de Daines Harrington, Hentzner, Leland, Hol- 

linshed, etc. 

» 

Les anciens jardins en Angleterre, par leur ordonnance, 
leur arbres, leurs décorations reflétaient les mœurs du 
tenu s. 

Nonesuch, Théobald, Greenwich, Hampton Court, Hat- 
field, Moor-Park, Chatsworth, Beaconsfield, Cashiobury, 
Ham et plusieurs autres, dit William Howitt, se dres- 
saient avec cette majestueuse mise en scène que le roi 
Henri et la reine Elizabeth admiraient. C'est là que se pro- 
menaient les Surrey, les Leicester, le beau Essex, ces magni- 

KW The Hook nf tlio GiinliMi, Cliarh'fi .l^•fll^).s■/l. , 



ESQUISSES 



333 



tiques nobles de la dynastie Tudor, les Dames cléffantes, les 
verts ^allants de Charles II : c'est 1^ qu'avaient lieu leurs 
amoureuses réunions où s'c'chan<:;eaient les tendres propos 
tous ces doux rêves des amants, là où l'on venait compter, 
fleurettes, en côtoyant des allées artistement alignées, sous 
l'ombre discret de vertes alcôves, entourés d'objets sculptés 
en pierre, en plomb ; de fontaines jaillissantes ; de cascades, 
d'arbres artificiels en cuivre dont les rameaux vous inon- 
daient d'une abondante rosée ; mille surprises, mtile mer- 
veilles horticoles se cachaient sous ces grandioses terrasses 
ombragées d'arbres, ornées d'obélisques, de pyramides, de 
balustrades dorées : objets et accompagnements bien' 
faits pour à charmer la vue de ceux ou celles qui portaient 
brodequins de soie, fardingales, jabots, éventails, culotte 
courte et pourpoint brodé. 

Ce fut probablement l'Italie, dont les décrets faisaient 
la loi en Europe, en fait de jardins qui légua cet art à. 
l'Angleterre, 

On a trouvé des indices non équivoques dejardins artis- 
tement formés en Ecosse, même au sixième siècle : les 
moines y pratiquèrent cet art et y introduisirent des pays 
lointains des plantes exotiques : cet art disparut avec la 
suppression des monastères sous Henri VIII. Jacques I, 
de retour en Ecosse, après sa captivité en Angleterre, 
implanta dans son royaume la méthode des jardins anglais. 

On voit encore dans la vallée, au bas de Sterling Castle, 
site jadis des jardins du roi, les restes d'un ^rand jardin 
géométrique. 

Au jardin royal de lîampton Court, on voit encore le 
labyrinthe, comme indice de l'art, au temps du Cardi- 
nal Wolsey qui en avait préparé le plan. Charles II y 
développa encore davantage la méthode fastueuse de 
LeNôtre, sous oublier le curieux labyrinthe malgré 
les efforts de Bacon pour faire abandonner ce style. Il est 
bon de noter en passant que le terme "orangerie" s'em- 



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334 



JARDINS ANCIENS ET MODERNES 



ployait alors en dehors de l'Angleterre comme synonime 
de jorres-chaudes. 

On semble avoir fait peu pour l'art du jardinier en 
Irlande, pour les grands jardins disposés selon les règles 
de la géométrie, où chaque arbre était planté à une dis- 
tance uniforme de son voisin, où les parterres ne devaient 
représenter autre chose qu'un quarré ; où la ligne courbe, 
l'avenue sinueuse, — était inconnue, bien qu'on lmi trouve 
des traces à Thomastown, où il y avait aussi au sein du 
jardin, un amphithéâtre pour les représentations drama- 
tiques ; quelqu'un même y avait introduit le style hollau- 
""dais. 

On trouve au quinzième et au seizième siècles des men- 
tions des jardins de Falkland Palace, de Scone Palace, de 
Ilolyrood House, de Morray House, etc., en Ecosst\ 

Ce fut aux jardins royaux de Kensington que Wyse, le 
jardinier du Roi et l'associé de Loudon, commença à inau- 
gurer le méthode moderne (ou jardins d'après nature); 
Addison l'en félicita chaudement. 13ridgeman lui succéda 
et la réforme se fit d'abord par la suppression d'arbres 
taillés pour simuler des objets de sculpture ; les pelouses 
verdoyantes, les aspects sauvages, les champs cultivés 
prirent la place des objets artificiels (i). L'âge d'or des 
jardins géométriques, en Angleterre, dura depuis l'avène- 
ment au trône de Guillaume d'Orange et de la Reine Marie, 
jusqu'au milieu du règne de George II, vers 1740 : les jar- 
dins les plus célèbres dans ce style-ceux de Hampton Court, 
de Exton Park, datent de cette ère. Les premiers exem- 



* (1) Mort'l 8'él^vo avec raiaon contre rintroductiou eu Franco des anciens jardini 
anglais : 

"Il est peu de jardins 0)1 Angleterre où l'on ne voit des temples somptueux, des 
églises ^[otlnuueH . il en est peu ([ui ne prùsenteut îles ol)éIisnue3, des ponts à Ciloune, 
des rcpoaoirs ornés de péristyles ; dans presque tous, on rencontre des grottes, des 
rochers factices, des tours antiiiues, des ares de îriomplie et surtout des ruines; il eu 
est peu enfin où l'on ne se soit livré il de grands efforts pour se ])rocurer des rivières, des 
ruisseaux, des lacs, des cascades. Voilà ce qui rend les jardins d'AuRleterro si coûteux : 
si tant de l'aliriques les enricliissent, elles no les emliellissent pas toujours : il arrive 
même le plus souvent, qu'elles surcharfieut le tableau et on affaiblissent roxpressiou ; 
mais que l'artiste dirigé par le goût et soumis aux vrais principes do l'art, s'y assujettisse 
i\ la marche du terrain, qu'il soit sobre sur les fabriques qui s'associent dilHoilement 
avec les scènes do la nature, qu'il prenne la nature pour guida, il eml)ellira son pays 
par des jardins purs, agréables, non ruineux et cependant d'un grand ctîet. 

(Théorie des Jardins, Tome I, P. "8.) 



ESQUISSES 



3J5 



pies en ce pays des jardins d'après nature furent le petit 
jardin du poète l'ope, à Twickenham, sur les rives de la 
Tamise, près de Londres, et celui d'Addison, à Hilton, près 
de Rugby. Les premiers grands jardins du même genre 
furent probablement, dit Mclntodi, ceux de Stowe, de 
Pains hill, d'Esher, de Claremont, de ILiglcy, de l'ensfield, 
de Woburn Farm ; Lord Kames a rendu un important 
service ^ sa patrie, en introduisant en ICcosse \:\ nouvelle 
méthode de jardins. 

Les j.'irJins et le:> serres les plui en renom en Angleterre 
sont ceux de Sa Majesté, à Kcw, à Frogmore ; les jardins 
botaniques de Londres ; ceux de Regent's Park ; ceux 
d'Exton Hall, de Trcntham et surtout les conservatoires et 
les serres-chaudes de Chatsworth, la princière résidence 
du Duc de Devonshirc. 

En contemplant ce.> magnifiques résultats, il semble 
difficile de préciser où seront poussés les derniers 
perfectionnements de l'art du jardinier, pour donner au 
millionnaire et à l'homme de goût des jouissances nou- 
elles, puisqu'il sait déjà braver les saisons, les lois du cli- 
mat, dans la production delégumes, etc., de fruits, de fleurs, 
et ménager au roi de la création un gazon perpétuel, de verts 
bocages : les insignes faveurs de Flore et de Pomone, lors- 
que la température semble lui interdire de franchir au deuà 
le seuil du toit domestique. 

Dans notre jeune Amérique, l'art du jardinier a été 
pendant longtemps en souffrance, négligé. Boston, New- 
York, Philadelphie ont néanmoins fourni de nobles 
exemples de progrès en cette science. 

Le judicieux Downing ;'i)par ses écrits a fait beau- 
coup pour changer l'ancien ordre de choses et pour intro- 
duire dans le plan des villas, des jardins d'hiver etc., un 
style d'architecture noble, recherché et aussi en unison 
avec la nature du climat. 



78.) 



(1) "A Trcatiao on tho thcory and practice of Landscapo Gardening, adoptcd to North 
America, witli a view to tlio improvoinont of couiitry rcaidL'iici'H etc., tiy A. J. Uowuiug, 
author of Designs for cottage rosidonccs." Oth Edition.— Xew-York 1855. 



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336 



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lARDINS ANCll-.NS Kl' MODERNES 






Dowiiinj.;^ a fait pour rAinôriquo ce que Kcplon, l.ou- 
doii et Kent ont fait pour l'Ant^lctirre. L'Amérique a 
pourtant contracté une dette de reconnaissance avec un 
émincnt pépiniériste étranL;er, qui éini^ra de Hollande, 
vers I S jq, et (pii dans les billes péi^inières et les jardins 
(pi'il créa à lîro(jklyp, près \eu-^'oI•k, s'étudiait à fournir 
les pians, les plantations etc., combinant l'ordoniKince du 
jardi'.i avec le site et les entourag'es, l'art avec la nature. Sa 
théorie fut si attrayante et ses iilées si pratiques que le 
public entier dey, l-ltats-Unis, en profita. Ce l)ienfaiteur de 
la nation se nommait André l'armcntier ; il était frère tlu 
célèbre horticulteur, le Chevalier Parmentier, Maire d'ICn- 
^hein, on Hollande. Tendant son séjour h Lonj^Island, 
l'armentier rc(;ut beaucoup de commandes, pour plan et 
devis de villas et de jardins etc. Avant de fournir le plan, 
il allait examiner les lieux, choisissait l'espèce (l'arbres 
convenables au sol et à l'exposition et adoptait le plan du 
jardin au pays ; puis, il faisait lui-même les plantations 
-Mi arbres fruitiers ou de haute futaie. On mentionne plu- 
sieurs spécimens de son savoir-faire, dans les l'^tats du 
Sud de l'Union, dans l'ouest du Canada, et même jusqu'à 
Montréal. 



D 



ownitiL; affirme que l'armentier a plu 



fait 



qu aucun 



b.stituer à l'ancienne méthode, aux 



autre artiste pour su 

jardins roides, réguliers, géométriques, quelquefois bizarres. 

Il méthode moderne da^i jardins naturels, le laiidscn/^i 

s/y/t.'. 

L'introduction de ce gracieux style en Amérique est donc 
de fraîche date. 



* * 



Parmi les résidences de campagne les plu 
aux Etats-Unis, au commencement de ce si . iu>. it 
surtout celle du ChanccUier Livingston, t^ rmont sur 
l'Hudson. Le Manoir de M. Livingston par ses erres- 



IScjL'ISSKi» 



337 



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chauJcK, SCS riants jarvlins, surtout par une superbe plan- 
tation lie robiniers i^l'acacia^ ycllois.' Icciist ttct, la plus 
belle de rAincriquc, était une des merveilles de cette 
région. On y expliijuait facilement la supériorité de son 
horticulture , L-ivinj^ston. magnifique et di^Mieambassaileur 
de la grande République auprès des cours d'ICurope, avait 
beaucoup voyagé à l'étranger et revenait dans sa patrie, 
après avoir profité de tout ce qu'il avait observé .ui delà 
des mers. 

Moitti^Oiiicry-Placi\ à Harrytown, sur la rive altière 
bien boisée de l'Hudson, tlans le voisinage de New- York 
est l'une des plus vieilles et des plus charmantes villas du 
voisinage, L: manoir a de plus un intérêt historique : 
ici, séjourna le brave, mais "infortuné jeune général, jadis 
officier anglais au 17e régiment de ligne, Richard Mont- 
gomery, lequel ainsi (jue ses aitle^-de-camp Cheeseman et 
Mcl'herson, terminait si tristcn;ent sa carrière, sous le Cap- 
aux-Diamants, le 31 décembre 1775. Sa veuve vivait 
encore lorsque se fit, en 1S18, après un lapsc de quarante- 
trois ans, la translation des restes de .son époux chéri, de 
Québec à New-York : le vapeur, en remontant l'Hudson, 
s'arrêta devant l'antique manoir, pour saluer, en baissant 
son sombre pavillon. Madame Montgomery, laquelle laissée, 
à sa demande, seule sur le pia/zc, y perdit connaissance 
par suite de sa douleur. 

A la mort de la veuve du général, cette résidence passa 
à son frère, M. Mdouard Livingston, ambassadeur des Etats- 
Unis, auprès de la cour de Versailles ; puis, à sa veuve, 
madame Livingston. 

La nature a fait encore plus que l'art pour l'embellisse- 
ment de ce site : bois touffu, collines, vallons, luxuriantes 
plantations d'arbres variés, pâtutages à perte de vue, pit- 
toresque exposition sur la berge de l'Hudson ; bref, un 
paysage grandiose, champêtre, frappant à l'extrême. Les 
avennes et sentiers dérobés y couvrent cinq milles en 
étendue et courent en tous sens autour du castel. Downing 

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338 



JARDINS ANCIENS ET MODERNES 



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cite encore Ellcrslic,h. trois milles plus bas que Rhinebeck.sur 
riludson, remarquable parla grandeur de son ordonnance 
d'après les principes de l'école moderne ; Wodcncthc, fameux 
l)arscs décorations, ses arbres, ses arbustes variés, ses urnes, 
ses vases, ses sculptures, etc. ; Kan^'ood, une propriété 
de 12,000 acres, près d'Albany, taillée, pour ainsi dire, hors 
de la forêt, où M. Rathbone s'est érigé sur un tertre, une 
gracifîuse villa, style Tudor,avec porte-cochère, même style : 
on a tiré si bien partie du site et des bois d'alentour que 
rien de factice n'y blesse l'œii ; tout est naturel : une struc- 
ture et des atours qui par leur architecture et leur munifi- 
cence vous semblent emprunts d'un cachet, d'un caractère 
antique, et qui pourtant sont (l'ordonnance, de construc- 
tion récente. 

Dans le faubourg nord d'Albany se volt \e Jlfa/ior //o//st 
du "Patroon" (tel est le titre que prend le fils aîné de l'an- 
cienne famille Van Rensellaer). Agrandi, orné et res- 
taure à neuf, c'est un des séjours les plus admirés de l'état 
de New-York ; sur la rive opposée de l'Hudson, un peu 
au nord d'Albany, est assise Beaverwyck, la somptueuse 
résidence, jadis, de VVm P. Van Rensellaer : le plan en fut 
conçu par un architecte du nom de Diaper. Une riche col- 
lection de bois étrangers, disposés en mosa'ique, en pare le 
salon et le vestibule, lequel au moyen d'un escalier en mar- 
bre, conduit à de vastes salles à l'intérieur, peintes à fresque ; 
les serres et conservatoires de Beaverwyck sont renommés 
à cause de leur étendue et de leur magnificence. 

A Tarrytown, l'on vox'c^Siiiiuysidc, (i) la résidence chérie, 
maintenant historique de Washington Irving, une des plus 
nobles intelligences de la florissante République voisine, 

(1) Si'iiiiysido a dft reproduira qucliiuo olioai! ilo cou Bupoibos parcs anglai» dont Irvins 
iKMis a ii'niu'! dans son Sketch lioiik, une si admiralile (U'Hcriptioii : 

"Xotliiu^ caii lio mon- imposiiis than tlio iiia«niiu;i'iici! ol' KiikIihIi park acnnory. Vasf 
lawns tliat oxtcnd like shouts of vivid Krcoii, witli licro and therc; chlumps of gi^rantic 
fri'i'-!, lMiii)in^ up ricli pilo3 of foliage ; tho soleinii 1 • ii|i ol' Rrovo» und woodland K'<»ili'». 
witli llii' dcor trooping in sili'nt licrds acroi"; tlioni ; tlie liaru liounding away to tlie 
lovrrt ; or tlie pheasant, siiddonly bursting on tln^ Asiiig : tlie brook tauglit to wiud in 
i.atural meanderings or expand into a glassy lako : (lie se<iuestored pool, reflectiiig tlie 
([uiviring trees, with tho yellow Iraf sleoping on ifs bosom, or tho trout roaniinif 
fearieasly about its limiiid wrtera, wliilst some rustic temple or sylvan statue, grown 
grein and daiik witli ago. çïives an air of classii; sanctity to thn seclusion." 

(Rural Life in Kttgluniï, Wasiiinotox Invrso.) 



ESQUISSES 



339 



et l'habile et conscientièux biographe de George 
Washington, le père de cette répubh'cue. Un dédale de 
charmants sentiers sauvages circule en toi.'s sens, au sein 
de coulées ombreuses, sur les hauteurs ensoleillées, ou le 
long des rives pittoresques de la rivière ; les pèlerins du 
continent entier accourent en foule pendant la belle 
saison, à ce site féerique, le beau idéal d'un cottage onic, 
où expirait en 1859 l'aimable et philosophique raconteur 
du Sketch Book, l'éloquent historien de Christophe Colomb, 
etc. 

Je n'en finirais pas si j'essayais de vous onuniérer tous les 
pittoresques casiiels, les nobles résidences, les parcs nrivés 
ou publics, les riants jardins que le luxe ou I'. bon goût a 
fait naître chez nos voisins. 

Psr-dant un court séjour que je faisais récemment à Bos- 
ton et où j'eus occasion de visiter plusieurs des sites les 
plus attrayants en dedans et au dehors de c^tte charmante 
cité, je notai bien des merveilles en fait d'horticulture ; 
j'eus occasion de me convaincre que, sans encourir do 
grandes dépenses, il y a une foule d'améliorations dans 
la culture de nos fermes, dans l'onlonnance de nos janliii i 
en Canada, que nous pourrions facilement introduire. 

Le premier conservatoire de fieurs, autour de Québec, 
au rapport du Dr P. Bender, vit le jour au commencement 
du siècle, k V Asile Champctrc, sur les buttes-à-Nepveu, 
Grande-Allée, où résidait feu Jos. Frs. Perrault, son aïeul, 
le pionnier et le généreux patron de l'éducation chez le 
peuple : une savante horticulture régnait également dans 
le jardin, qui avait une étendue de ([uatre ar[>ents et était 
entouré d'une haute muraille. 

Vers le même temos, un riche nétrociant de Québec, feu 
M. Henry Atkinson, l'ancien président de Li Société 
d'Horticulture de Québec, et que je crois pouvoir nommer 
à bon droit le père de l'horticulture artistique, parmi nous, 
avait ajouté à son pittoresque manoir, (maintenant la rési- 
dence de M. Amos Bowen) au haut de la falaise du Cap Rou- 



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340 



JARDINS AN'CIENS ET MODERNES 






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ge, un petit réduit en verre, chauffé à l'eau chaude, où il culti- 
vait ses chères fleurs en hiver, longtemps avant l'époque 
où il avait, k Spencer Wood, ses mémorables étalages de 
fleurs, de fruits, ses jets d'eau etc. 

L'élégante, la lettrée, la magnifique châtelaine de Spen- 
cer Wood, Mdme Perceval, pendant son long séjour à cette 
radieuse villa, a dû sans doute varier de fleurs au moyen 
en serre, et de volières, aussi bien qu'avec la littérature et la 
musique, la monotonie de nos longs hivers, au temps où 
son amie, Mme Peter Sheppard y allait chaque semaine 
pincer de la harpe, pour les habitués d'alors : les Mathew 
Bell, les Caldwell, les Uniacke, les Baby, les DeSalabery, 
les DeGaspé, les Sheppard de Woodfield, les Vanfelson^ 
les de la Naudièrre, les Taylor, les Montizambert etc. 

Dans ma jeunesse, on associait d'ordinaire trois noms 
fort connus aux jardins ornés les plus en renom autour 
de Québec : Thon. William Sheppard, conseiller législatif, 
littérateur, antiquaire, ornithologue, établi sur l'antique 
domaine de Monseigneur Dosquet et du juge Adam 
Mabane, depuis 18 16. 

J'ai eu le plaisir de faire sa connaissance : un jour, en 
juin 1865, il vint me convier à l'accompagner dans une 
course qu'il méditait et que nous finies pour étudier les 
fougères variées qui croissent sur la rive du ruisseau Saint 
Denis. Un revers de fortune, en 1847, le forçait de déguer- 
pir de Woodfield et de dire adieu à ses livres, à ses fleurs, 
à ses oiseaux, pour aller se réfugier à Fairymead, Can- 
tons de l'Est, où sa mort eut lieu en 1867. 

Le second de ces horticulteurs distingués fut feu M. Henry 
Atkinson, propriétaire de Spencer Wood et de Spencer 
Grange, pendant près d'u.. quart de siècle, décédé à Nice, 
I^Vance, en 1865 : le troisième, feu James Gibb, propriétaire 
du beau domaine de liellevue, où le couvent de Bellevue a 
été depuis bâti, à Stc-Foye. Ce domaine avait été acquis 
par M. Gibb, vers 1840, de M. George Vanfelson, juris- 



KSQUISSES 



341 



consulte distingué de Québec, plus tard, juge de là cour 
Supérieure. M. Gibb décéda" en 1858. 

En 1849, le Major Douglas, officier de génie et Profes- 
seur au collège militaire de West Point, \i. U.. vint à 
Québec et traça le plan du beau cimetière Mount Ilermon, 
à k)illery : cet homme de goût avait aussi fourni le plan de 
"Cîreenwood Cemetery," près de New- York et du cimetière 
public d'AIbany. Il fut l'hôte de feu M. Atkinson. à 
Spencer Wood. Les propriétaires des villas environnantes 
utilisèrent les talents du Major Douglas, pour l'ornementa- 
tion de leurs parcs et de leurs jardins. 

Vous savez que la création, l'ordonnance d'un grand 
jardin naturel, selon les règnes sévères du goût, exige une 
parfaite appréciation du paysage, aussi bien qu'une con- 
venance des objets entre eux et au site auquel on les 
destine. 

Grâce au.x habiles jardiniers que l'Angleterre et surtout 
l'Ecosse nous a envoyés, nous pouvons admirer autour 
de Québec un genre de culture fort soigné, de ric'ics con- 
servatoires pour les fleur]3 tropicales en Jiiver, de vastes et 
belles serres-chaudes où mûrissent sous le verre, le raisin 
le plus délectable, des pêches succulentes, de suaves necta- 
rines fbrugnons), des abricots, des bananes ; des ananas 
d'un goût et d'un arôme exquis ; des figues, etc., et dans 
les couches souterraines, de la rhubarbe, des champignons, 
d'appétissantes salades, au temps des frimas. 

Il va sans dire que ce genre de culture su[)pos(.' d\c/ 
les maîtres, d'amples ressources pécum'aires. 

Je vous entends vous écrier, cher M. -loly : est-ce que 
vous voudriez implanter chez. nri> bons cultiv-.iteurs, L* 
luxe des vieux pays ? 

Nullement, chez nu> cultivateurs, vous ré[)onilrai-je. 
Je laisserai ce luxe aux élus de la fortune. Mais il est u!i 
genre de jardins, des améliorations horticoles et agricoles, 
tout à fait à la portée du peuple de no^ campagnes et qui 
ne ferait qu'augmenter, san-; dé[)enses notables, la somme 



M 



342 



JARDINS ANCIENS ET MODERNES 



de son bien-être, ainsi que la valeur de l'héritage qu'il des- 
tine à ses enfants. 

Ce que je veux, c'est le reboisement des terres à bois, 
la protection des forêts contre l'incendie, la plantation d'ar- 
bres forestiers pour donner de l'ombrage, de la fraîcheur au 
toit domestique, en été, ainsi qu'aux bêtes de la ferme 
dans les pâturages, pendant la canicule ; l'ornementation de 
la nécropole rurale,la création à côté du joli jardinet à fleurs, 
de riches vergers, un choix judicieux d'arbres fruitiers. 

Il y a trop de bons traites sur le siyle et l'ordonnance 
des résidences et des jardins, soit simples ou ornés, pour 
qu'il me soit nécessaire de fournir sur ce sujet des règles 
précises. Je terminerai donc ce rapide coup-d'œil sur la 
théorie et la pratique des jardins, par un intéressant 
tableau d'un jardin négligé e« d'un jardin amélioré, em- 
prunté à Morel, judicieux spécialiste en cette matière, 
comme enseignement et sujet de comparaison : 

BRrvlENONVILÏvK 



''Ermeuoiivilie [n-ésente un pays chaniptHrc d'une part, ol, 
sauvage de l'autre. La froide vallér», le ruissiîau (jui l'arrose, 
les coteaux qui la renferment el la dessinent, les plantations 
qui i'omhragent, les prairies qui la verdissent forment l'as- 
pect des deux faces principales du manoir. Toutcet ensemble 
com[)Ost? un pays véritaiileinent champêtre ; sur le côté, une 
vaste l'ortM, le jeu tourmenté des cotes, des ravins creux, et 
des sables ai iiies, res[)èce d'arbri^s (ju'ils produisent, des 
bruyères, des rochers, un sombre lac, oll'raient aux yeux un 
pays fort sauvage. » 

iia vallée du coté du nord aujourd'hui si fraîche et si cham- 
pêtre, n'était autrefois qu'un marais impratiqnable el d'un 
aspect repoussant ; son sol tourbeux imbibé de mille sour- 
ces souterraines était fangeux et mobile ; qnati-e on cinq 
grands canaux (jui le coupaient eu divers sens n'avaient pu 
le dessécher ; ils augmentaient encore la masse des vapeurs 
malsaines qui, dans toutes les usons, s'élevaient soir et 
malin. Des plantations alignées .. droiUî et à gauche dégui- 
saient le mouvement du terrain el en voilaient si exactement 
la marche, (jue le site tiui est une large vallée, bo'dée de 
coteaux très accentués, ne laissait voir ({u'une espèce de 
plaine maussade et sans accident; un ruisseau enfoncé dan» 



ESQUISSES 



343 



la profondeur de ces li^'es, échappait au regard ; les coteaux 
variés par des vallons secondaires qui les entrecoupaient, 
une belle forêt très voisine, tout cela avait été ignoré et 
avait été sacrifié à un parterre marécageux, enfermé entre 
deux labyrinthes de charmilles si humides qu'ils re[(0us- 
saient ceux qui voulaient en approcher. 

Tel était l'aspect vu do la principale face de la maiaon ; 
la face opposée avait pour perspective une cour entourée des 
bâtiments de dépendance (jui attristaient les regards ; 
une lourde et antique porte donnait sur une rue enfermée 
de murs ; cette rue, l'ègoût du pays, faisait la communica- 
tion du village à un hameau, et servait d'avenue au manoir ; 
au delà, un potager aquatique entouré de hautes murailles, 
était terminé par une chaussée revêtue de pierres et desti- 
née à soutenir les eaux d'un étang. Ce double rang de lil 
leuls élevé sur cette chaussée rétrécissait le ciel, coupait le 
tableau et privait l'œil du spectacle de deux coteaux couverts 
de bois. 

Ainsi de tous les côtés les mouvements du terrain étaient 
ou voilés ou dénaturés ; la vue resserrée, les aspects inté- 
lessauts, obstrués, chaijue partie sans besoin, sans rapport, 
ne présentait ni expression, ni caractère et d'un site (jue la 
Natunj avait fait agréable, il ne résultait (]u'un lieu si 
repoussant, qu'au premier coup d'oMl, il paraissait intrai- 
table. Tel était Ermenonville quand il fut conlié à mes 
soins; aujourd'hui tout est changé; le site du coté du nord, 
naturellement bien dessiné, n'attendait pour se montrer ([ue 
la des ruction de plantations maladroitement placées. Les 
arbres abattus et les obstacles détruits ont découvert une 
scène d'une belle composition ; une vallée fraîche et riante 
a pris la place d'une plaine froide et monotone ; les marais 
desséchés sont devenus lie bonnes et agréables prairies ; 
une charmante rivière a été substituée aux fétides et tristes 
canaux. Jje tableau est terminé par une montagne surmon- 
tée d'un village, au dt\'^sns ducjuel s'élève encore la tour de 
Mont Episoi à demi -uniée. Cet accident fait le lointain et 
parait, à raison de sou éluiL;Meiui'i!t, toujours coloré de ces 
tons bleuâtres et va[ioreux ijui lient d'une maniiM'e si 
douce le ciel et l'horizon. 

Au midi, les murs de cIôIuim? et ta gothique porte déiruits 
laissent apercevoir une autre conqiosilion. t4)noique ciMli; 
partie soit de la même vallée, elle est toute dillerente de 
l'autre et n'en est pas moins agréable. 

La rivière prend sa source île ce cùlé, tiaversu et ai rose 
une prairie (jui occu[ie la [dactî de l'ancien potager ; sur la 
droite du ruisseau, cette prairie, en s'élevant sous la forme 
de pelouse, va se réunir à la foret, et se perdre sur une 
futaie de beaux arbres suspendus sur une eût»', qui se préci- 



544 



JARDINS AN'CIENS ET MODERNES 



\rj> 



lh\ il 



pile sur la gauolie ; celte môme prairie esl bornée par des 
massifs d'arbres el d'arbrisseaux agréables par leur dispo- 
sition, et par l'ombrage qu'ils donnent. Knfin, la ligne sèche 
et roide du mur de la chaussée qui soutient les eaux de 
l'étang, a été déguisée par un nio\ivenient de terre combinée 
avec le jeu des plantations dt; la droite et de la gauche de 

si ce 
il la 



manière à procurer à ce ressaut un efîet naturel ; et 



ressaut voile encore la fuite de la vallée, au moins 
laisse souprjonner. 

Cette chaussée dégnisé(î par la foi me t^n'on lui a donnée, 
produit un accident d'autant nlns naiurtl que la chaussée 
se trouve placée positivement à l'endroit où ies deux côtés, 
par la saillie qu'elles font, semblent vouloir se rapprocher 
l'une de l'autre. 

Une cascade perpétuelle produite par le trop-plein de 
l'étang, justifie encore ce ressaut et anime en même temps 
la scène par son éclat, soii mouvement et son bruit. Cette 
perspective moins étendue, mais aussi champêtre que celle 
du Nord, ne lui ressemble cepenlant en aucune manière : 
le site est plus resserré, les elll'ts sont plus rapprochés, les 
objets plus réunis, les côtes plus piunoncées ; c'est surtout 
lorsque le sob.'il entre dans sa canière, et au moment où il 
va la terminer (jue les yeux se plaisent à contempler ce 
lablt,>au, comme ils aiment à s'égarer tous les instants de la 
journée dans la vallée du noid. 

Avant de parcourir la partie sauvage de ces jai'dins. peut 
être le dévelop[)enieul de certains détails sur la (:(ini[i()siiiou 
des deux tableaux dont je viens de e.rayonner les traits prin- 
cipaux, donnera-t-il occasion de taire d'utiles remarques. 
Uelouriions dans la vallée du midi ; d'/s deux eûtes (jui 
fornuMit de chaiiue côté le cadre du laldeau, ctdle de la 
tlroite. élevée et assc'z rapide, i»araît. par l'eifiM de la pers 
pective, s'al)aiss(M' ri niesuri! qu'elle luit ; les arltn.'s hauts et 
lonll'us qui la courouueiil dessinent dans le eiel une ligue 
(jui indique la marche et fait sentii' la continualion de la 
vallée bien au-delà du point où l'ieil |;i perd de vue. .le ferai 
remarquer, d'après cette observation, (jue les ellels de ce 
genre, qui tienin.'ut à l'illusion dt.'s yeux, sont un moytMi 
•font l'artiste se sert pour étendre ou resserr<!r une perspec- 
tive, sans augmenter ni diminuer le champ, qu'elle' renferme 
et nour lui donner la proi>orlion qu'il lui convient. La côte 
opposée i)lus uniforme, d'une pente» moins rapide, s'incline 
jusqu'à l'étang dans kvjuel elle va se perdre. Depuis le haut 
jusiiu'an bas cette côte est «ouverte d nue peloust.- tiue dont 
la Verdun.' est entretenue par l'ombre de quelques superbes 
noyers (jui la boi-agenl ; enfin l'étang dont on voyait Textri- 
milé. va se perdre à pi'ésent dans les déto\;rs des deux côtes ; 



KSQUISSES 



345 



hgiie 



(h.'puis qu'on n'eu aporroit plus les horut's, il ijeut passer 
pour nu lac. 

Apros avoir t'inhf lli la [)raiiip au dosijous do la i"liaussôt\ 
la rivièr»', ijui lin' sou oiùgiui' di" la cascade, passe sou> le 
bout du cheiuiu et va sf! joier dans les fossés (lui euveloppeut 
le liiltiuit.Mit pi'i'icipal, et au devant duciuel elle produit un 
l>assia d'uui; lornie iné.iiulièie. Celte pièce d'eau est enca- 
drée d un f^ax.ou ([ui se lie et lait portion de la prairie qui 
recouvre et vcidit tonte la vallée du nord Deux ponts de 
bois tiavt'rsf'nt le bassin, el font la conimunicalion entre le 
manoir et les jardins. De ce bassin, les eaux se précipitent et 
vont f()ruier la rivière \\\n luit à ti'avers la vallée du in)i-d ; 
dans sa course. (]uel(ines îles la divisent ou plusieurs bras el 
varient sa marche et ses accidents, et en jusliuent les détours ; 
on a prolilé de la ditïérence du niveau de la pièce d'eau à 
celui de la rivière pour construire une écluse (jui fait passer 
les banjuas de rune à l'autre. Cettt! manœuvre, qui i)eul 
intéresser la curiosité, permet de s'em!)arquer au pied même 
du manoir, où pour cet eilet on a pratiqué un port. 

Au bout du pont de la gauche, ou se trouve sous une 
niasiie dt^ liants peupliers d'Italie ; (juoiiiue très élevés el 
assez loull'ns, l'ombre dont ds couvrent les gazons sur 
lestiuels ils sont piailles n'en altère pas la verdure ; au-deià 
e. au ti-a^-ers di' plusieurs groupes d'arbres, ou ap'.'rcoil les 
b aliments d'un moulin et le clocher de l'abbaye de Chàlis. 

A nue certain»; distance, on rencontre un fort massif 
d'aunes, qui ombragent un j)elil ruisseau formé par une 
source particulière ; ce massif, très remarquable par le 
nomlire et la hauteur des arbres, et surtout par le ton brun 
de levir»> feuilles, est à tous égards un accidenl iieiireux ; 
placé presiju'au milieu de la vallée, il la partage m deux 
parties ; sans col. accident, cette vallée, [lar la marche des 
eûtes ([ui s'écartent tout à coup, eût [)aru trop lâclie et son 
caractère en eût été aHaibli ; il n'est pas JHsqu'à la jdace où 
se trouve se massif, (jui ne coniribueà d.. *^,er plu> de gràee 
H cette vallée par la légère sinuosité qu'il ()rocure à sa mar- 
••he. En la dirigeant, sur la gauche, le b;i.-*sin de la source, 
les eaux vives (>t limpides (lu pt'tit ruisseau qu'elle produit 
et le grouj»' d'arbres ipii roniluageiii, forment eux mêmes, 
comme site particulier, une scène qui. par sa composition. 



le' reui'ontre pas «e lieu 
là. il oublie volontiers un 



rdiiis (ju'il a perclus 



es! Ires agr'éable. Le prometiein' 
frais et solitair(! sans s'v arrèlei' 
momenl les Ix'aMtés d'eusenibie 
de vue. 

(»'uel(iues s.îiiiieis ijui parleni du pont sur la droite circu- 
lent au travers de c(>s plantalions: en le^; pan;oni'aii' on 
rencoiilre divei's accidents, entre antres un vallon secondaii-e 
très diU'ei-eut du principal : ce vallon a aussi son ruisseau 



ï 



346 



JARDINS ANCIENS ET MODERNES 



if 

il; 



si 
■ I . 



if 



le poiil qui le traverse foiiduit à une côte dont le som- 
met élevé et d'une pente d'abord très rapide, est couvert 
d'arbres de hante' futaie : un jeu de petites collines et de 
petits vallons tjui donne à cette côte beaucoup de mouve- 
ment, a indiqué la place des groupes d'arbres dont on l'a 
décorée. En retournant au levant, cette côte l'orme avec le 
coteau opposé le vallon secondaire ; le second coteau d'une 
pente plus douce, tout couvert de culture, présente l-j village 
en amphithéâtre au dessus duquel domine l'église. Cette 
perspective contraste avec celle de la côte opposée toute 
chargée d'arbres, mais de quelque paît qu'elle si; montre 
son aspect n'est jamais sans elle t. 

En revenant sur ses pas pour gagner le bosquet des aune?, 
on aperçoit le manoir à la tète de la prairie, et au delà les 
côtes couvertes de bois. 

Au pied d'une de ces côtes, on découvre les maisons épar- 
ses d'un hameau entre des groujtes d'arbres ; le seul bâti- 
ment qui s'y lasse distinguer est une chapelle surmontée de 
sou petit cloche I'. Cette perspective ne joue pas dans l'en- 
semble un rôle aussi imiKU'lant que celle où se trouve le 
village ; mais son caractère plus cham[»ètre, est plus analo- 
gue au ton général." 

(Théuiue ues .iahdins. Tome II P. i7. 






CO' 



PARCS ET PROMENADES PUBLICS 



En traitant de l'ordonnance des parcs et des jardins 
autour de Québec, on est porté à dire quelques mots de 
l'embellissement dont la cité est susceptible. Dans les 
pays les plus civilisés, on fait de grandes dépenses pour 
créer et maintenir les parcs ; et les forêts réservées par 
l'Etat, comme parcs et promenades publiques couvrent sou- 
vent une notable partie du territoire : (i^ le parc projeté 



[IJ Dim.'iiai'iui lU's Parce PuWics, en Ara6ric|iio et on Iliirop..'. 
[Kxtfdit (lu rnl'lic Ledgnr Almanach] 
Xnni Quitliti' Aire i>n acres, 

llppii'g Korost. . ..('nunty Khscx., KiiyUnid 



l'ratcr Vifiiiiii, Auatria. 

WinilHor Forust.. .('(mnty l'iirks, KiikIiiikI. 

h'.nniKiunt l'hiliiitclpliiii, Pu 

Itiiliinont. ('o\inty Surrcy, KiiKlaml.. 

li'iis (le JtoiiloKiit'. Piiria, France , 

Haiiiptou Court. ...('(uiiity Surriy, Knglniid.. 

l'Iiieiiix .iJuMin, Ireliiiid 

Pi til l'arc VerBuillc», France 

l'entrai New York 

< iroast; Oarten . . . . DreBcleii, Saxony 

Hotanic Uardcn. ..Kew, Knifland 

Pros|).ct Hill Brooklyn, X. Y. 

Si-liloss Giirtcn. ...îScottuarten, Wurtemburi^. 

Ilof (rarten .Miinieti, Unvnria 

Druid Hill Baltimore, Md 

Siinimer Gardon.. .St Piftersburg, Kussin. . 

l'jurKard Stockholm, Sweden 

l{e«out's London, Kn^land 

Albert Lundon, Kn^land 

Hyde London, Kn^land 

Tsarkoo-Hi'lo St-Potersbiir(j, Uiissia.. . . 

Kiijflisli Gardon. .Munich, Havaria 

KcnsinKton London, Kn^land 

Victoria London, Knglnnd 



Hoboli Garden. . . .Florence, Italy i'iO 

Thier Garten Berlin, PruBsia 2o() • 

.^leadows KdinbarKh, Scotland 'Jo l 

Crystal Palace. . .Sydenhum, Co. Kent, KnK. 2oi) 

Birkeniiead ("ounty ("heater, Knglanil.. IS.I 

Greenwioh I^ondon, Kn^hind 18.5 

Hattersea , . .London, Kngland Mb 

Jardin du Luxemboiiri;. Paris, France ItîO 

South WashiiiLfton, 1). (' «L'iO 

(Jreen (il.iSKOw, Scotland Vlï 

Prince's Liveriiool, Kngland 90 

St James London, Kngland .09 

Green London, Kngland .')5 

Primroae Hill . . . .('ounty Surrey, Kug. M 

TuilerioB Pari», France 50 

St. Lonis St. Louis. Mo .00 

Arboretum Derby. Kn^land •.OO 

t'ommon Boston, Mass 48 

Central Hartford, t'onn 4ti 

(Silice awla page mivanto- 



348 



PARCS ET TKOMENADKS rUHLICS 





n " 



sur cette portion des Plaines d'/Vbraham, avoisinant la 
citadelle aura bientôt son exécution, espéroni-le. 

Je publiais en 1876 d^ns ie volume Qtiebic Past ami 
Prisent, une ample description des plans de décoratioi> 
publique conçus par Lord Dufferin, notre ancien gouver- 
neur-général. Les plus saillants : le prolongement de l'an- 
cienne terrace Durham, et les deux portes de ville St- 
Louis et Kent ont été heureusement menées à bonne fin. 

Quand à la noble terrasse, dont la première pierre fut 
posée par Lord Dufferin le 8 octobre iS/cS et à laquelle 
Lord Lorne et la Princesse Louise, à la demande et en 
présence du Conseil de Ville.le 9 juin 1879,(2) ont conféré 



nuiiting l'iiilaileljiliiii, l'a. 

Ilui'kiiighiuii l'al.Iiondon. Ku^li»»! 

KaxtiT DmikIi'i', Siotlaiid 

Keiiiiiii)j[toii Jjoiidon, KiikIiiiuI 

llorticult Giird'ii.Cliiswifk, Kii^laiid,. . 

l'iM'l Manclii'stt'r, liiiijland. 

Norfolk Sliflfiidd. Kiigland 

Alaiiicda ("ity ul Aluxico 

l'alaiH Uoyal .... l'urii . 

•liitimc. 



4.'i 

4i> 
M 

3r> 

3.i 
M 
•i» 
Vi 

lu 



{>) l'i.i'miiriitiiMi Af la 'rcrra'<np Duff.Tiii, l" juin 1H7'I : 
{.tXrtiiiit du il'iitiiiifj Cliroiiirlc, du Injuiri ls7;i.) 

" 0)11 fiiiiiirmi' lit :\ un avi» luéalalilo, la céri'iiiciMifd.; l'oiivirturcdi' l.i Ti-rras^o OurtVrin 
a l'U lii'ii (hu'i') Il 'J.IIO iK'iiro», 1'. M. ; au tuinpH lixi', uii" fo.ilu de iht^oiiuoh, ijIuuim' d ■ 
dix iV iiMUi/c inilli', i/nilialilciiioiit di^ dix nuUf, cncomljrait la torrassr. Le n!>vct;ioli' 
de ci't Dcuaii de ti'Ud lutiiialiii's avait iimliiu" choso du l'r.i| [laiit. \,i> ii.ivillou di ciiitrr 
dans 11' jardin, ocriipi' d'ordiiiairi; parlj lurii.-i di' iiiuHiiiuo, avait éti'- réserve iiour le l'arti 
vice-viiyal : un lupis et nii drap iHurlati; le recouvraient au iiiilieu étaient deux fauteuilti. 
lii! corps de pollue uroaiiio en protégeait l'entrée et la IJ.ittene '■ H " avait été appi'lée i 
touruir Ha faiifai''; et une gaid; d'honneur : riiyniiic national annonça l'arrivée duH liûtL-s 
dihtiiiuueii. 

I,e Mairu (H. Cliaiiiliei-H) miivi de ses conseillers, était venu dn l'IIcStcd-de Vill'!. Son 
lloiiiuur ayant eseorlé Son Kxeelleiiee (l,.>id Ijorin ) et Son Altesse Uoyale (la l'riuei'ssiî 
l.ouiHe) .m il'.iia sous le iiavilloii, s'adresiianl au trouvcnijur-Ciéuérul, u'cxprinia 
connue f<uit ; 

■■ Vic'i/ i'' ' ivc (■( V'itri; Kricllemi' ! 

Au nom du Cousoil do Villo et des Citoyens de t^uélieç, ji-rmette/ moi le vous remer- 
cier d'aioir i^racieusement aecueilli iiotr.i prière et d'être venu inaugurer en personne ce 
lioulevivrd imldie. l'ermettez mol également du remercier Sou Altetae lioyale, de ba con- 
deaeendance en cette occasion. 

lia preiiuére pierre de cette structure a Cîté posée p.ir le prédécessour de Votre Kxcel- 
leiicc, lu (.'omti' du UiitTerin (le IS ijû(\t Kt7S.] 

Il lui sera doux d'apprendre unel'djuvre A lu'{ueUu il a porté un ai vif intérêt, a été 
menée :V lionne lin, qu'elle a été inauKurée par Votro Kxeelleiioe, et ciue cotte tfoliiinité 
a eu la distinction de la présence, de rioii Altesse, la rriiicesse Jjouise, 

.fc dois donc rospectueusement supplier Voir" Kxeellcace, de vouloir liieii assigner ;\ 
cette terrasse le nom (lu'elle devra porter dans la Hui'.ii et de déclarer qu'idli) est de ce 
jour, ouverte au publie. Son Kxei'Uence répondit : " Jn suis lieareax du pouvoir accéder 
à voir" désir et 9ij?iiitier que celte terrasse sera nommée d'après votre dernier Gouvor- 
u»ur-Liénéral, " Dutïeriu "' et qu'elle est maintenant ouverte au putjlie." 

liBS paroles de Sou K.tcellenee furent aeciieillies par îles salves d'»pplaudis3emi>iits 
pour le t'omto de Duiîerin. iiour Sou Altesse Koyale, la l'riucease Louise et pour Sou 
excellence, Lord 1/Orne." 

l,a terrasse Dufîerin fait partie des fortilicutious de (^.léliee : elle occupe outre 



autres (lo 



nts, le site di' l'ancienne batterifl du jardin du Fort, dont le terrain, jadis 



jipavtonant au Major Samuel HoUand, fut cxprojirié par le tV)uveriiem"nt Iuii>érial. 
|je tiouvernemunt du Canada a contritnié |)Our nue large part au coil» de cette terra*-e et 
la Municipalité de t^uéliec y a voté t7,.'i'iii. 



;* ^ 



I h> 



KSOnSSKS 



34Q. 



C'illtrr 
parti 

uti'uiU. 

1.S hôte» 



r.'iiii'i- 
soniif l'i' 

Kxccl- 

a fto 
)l.>iiiiiti'> 

siliJniT i\ 
gt d.' «M' 

■our S'jii 

.^ putri' 
I. jiidiH 
upiTial. 
iHèifc et 



le nom de son illustre fondati.ur, elle fut reconnue authenti- 
qucment, en avril et en mai, 1879, dans les registres officiels 
de la municipalité. Plusieurs plaques de fer furent ilépo- 
sées dans le parquet, portant 1 inscription suivante : 
"DuFiKKix Tkkkack. H. Hatch, Contkactok ; C. Haii.- 
I.AlRCJi::, i:xcilNi:KR." Terrasse Dufferin, 11. Ilatch, Entre- 
pnueiir ; C. Iniiiluirgc, Ingénieur ^ C'e^t une promenade 
unique ; on ne voit rien de pareil en Amérique ou en Europe; 
les étrangers ne {jeu vent se lass^^r de d'admirer, ainsi que 
la citadelle qui la ^urploInbe. La terrasse Dufferin, 
élevée de i8j pieds au dessus du tlcuve, est longue de 
1420 pieds. 

La porte Kent, érigée en partie à même ses deniers f>)ui nia 
par Sa Majesté, la Reine, à la sollicitation de Lord Dufferin 
et en souvenir du long et agréable séjour que son excellent 
père le duc de Kent, (i) a fait en cette ville ( 179 1-94) est 

(I» A un iiif'moralilf' liiuiipict, oiaaiiiH;> h (^ufbcc, h' 21 juin IS'lt, on l'Iionncnr di» Ijonl 
Dufferin et i>rt'«i(li5 pur le maire de (yuéhee, Son Kxeellenee Lord iMifferin, a\irin avoir 
résuiii6 nvee boulieur le paHHi histiirique, si>eial, |Hiliti(iuo de lik vieille eupif.ile, «'ex- 
prima roinmc auit 



"M. le Maire, Messieurs. Veuillez croire (|ue c'est avec iine liiou vive satisfaotioii (ju- 

'apprcnda (|u'il sera possible de mener iV lionne tin, lis projet (jui t\i' cont.n pour restaurer 

sans délai les anciennes fortifications do votre ville, mesure qui pourvoit aussi i\ l','.|ar- 

Uissemcnt et ii l'augmentation on nombre, des avenues de la cité, alla do rencontrer len 

exigencua d'un coninurco croissant, les besoins du siècle. 

Kii cola, vous ne faites eiue suivre l'exemple des villes ouroiiéoiines, «Ituéos comme Ié 
V('itrB et anxieuses comme Quftbcc, de perpétuer les souvenirs d'un K'orieiix liasse. 

Si pour elles, c'est un devoir reconnu, va devient une tftclui plus iuiperafive, plus 
sacrée pour Québec, la seule ville sur ce continent oft se sont conservés les monumeuts, 
le» traditions de son oi^uino première ; Québec dont la pittorenjun enceinte et l'iinpo- 
v.'uito citadelle ]irésentont i\ IVeil un spectacle ([ue l'on clierclierait en vain, du Cap llorn 
ai. l'iile Nord 

M. le Maire et vo'js, Messieurs les conseillers de ville, permette;» jnoi de vous rappeler 
lue Québec ne vous appartient pas à vous seuls ; vous ne la réKisse/, pas ménu! au nom e( 
pour ravanta^u du Canada seul ; vous n'êtes f|un les mandataires de Québec, au nom du 
monde civilisé, au nom ilu continent entier. li'Amériquo entière «émirait si vous laissior 
détruire vos vieu.x murs ; elle y verrait un outra«e irréparable, une perte jiour tous. 
Heureusement, il n'y a aucun riB(|ue d'un pareil vandalisme. Loin île porter u«e main 
sacrilège sur ces trophées antinues, vous vous prépare/ à les sauveRardir, i\ les réparer 
i\ les embollir. , 

Quand, dans la suite des temps, le Canada aura iiecomidi des destinées si lirillaiite» 
nuejo n'ose A peine concevoir, la postérité recouiuiissaiite entourera de reaiiect les noms 
lie ces édiles {pli auront préservi' intacts, les traces, les monuments sacrés de son his- 
toire, monuments auxf|Ufil» le temjjs ni' fur» qu'ajouter un éclat, une consécration 
nouvelle, un intérêt qui ne fera que s'auKmenter ; car M. lo Maire, la nure-patrio a les 
yeux sur le C'auada. 

Dès que la rumeur fut .accréditée ru Anu'leterr.' que vos < oncitoyens avaient résolu de 
restaurer les bastions de (^uèbee, le Secrétaire d'Ktat au burea\i tb- l.i mierr.' m'écrivit 
iiIftciiUement pour me l'aire part de ra.lMiiratinn qu'il ressentait, lui, ainsi que l'armée 
aniflaise, piuir votre conduite, ajoutant qu'il aurait l'honneur de diinander i ia Clianibre 
des Commune», un octroi ; qu'il était .sCir d'avance (|ue sa demande serait accueillie avec 
acclamation, pouraidor \ décorer cette partie de vos remparts, plus spéeialenieii* illustré • 
par les hauts-faits de Wolfe et de Montv-.ilin et fécondée par le sauK de c> -, deux 
Iu'tos, si chers à leur iiatrie respective. 

31. le Maire, la nouvelle de vos iléainrehes toucha le cieur d'un peraonna^e plus 
.lujruste que le secrétaire <lu mijiistère de la «ucrre :— ello cmut profondément la Ilein.' 
de l'AuKleterre. 
Sa Majesté qui porte le même intérêt i\ ce qui transpire dans .se» colonies le:; pluj 



ïï 






i m- 



•i ■ ■ 



350 



PARCS ET PROMENADES PUBLICS 



une partie notable des embellissements suggérés par Lord 
Dufferin. aidé de son habile architecte M. Lynn, et inspiré 
par notre savant ingénieur de la cité.le chevalier Baillairgé 
qui en avait fourni l'idée dans son rapport au conseil de 
ville, en 1872. Tout n'est pourtant pas achevé. Il nous 
reste encore pour réaliseren entier la généreuse inspiration 
du Comte de Dufferin, à ériger les trois autres portes 
de ville et à construire autour de l'eMceint*.* de Québec, le 
superbe boulevard inscrit aux Plans Dufferin : idée qui 
m'a semblée avoir été empruntée au boulevard qui circule 
ai'.tour des vieilles murailles de York, Angleterre, et que 
je parcourais, en 1881. 

Mais le couronnement de l'œuvre serait l'érection du 
Château projeté sur la cime altière du Cap-aux-Diamants, 
en dedans de notre citadelle même. Le nouveau C/uitcau 
Saint-Louis par sa magnificence rappellerait cette illustre 
lignée degouverneurs français et servirait de résidence 
d'été à nos vice-rois, les gouverneurs anglais. 



tloi(jiU'i'8, (|u'i\ ce (lui ho iinsHi' aux cnviroiiB dr kou paliiiH, m'a oiijoint dn voii» Hin . \\ li 
pruMiiùrn uccanioii i|ui Ht' iirt'Hriitcrait (ot (|urlK' iiieillcurf otraxiou c|U<< la pri'^sc'iitc) In 
part active i|u'fllo veut iimiilre t'u fo que vous voua proiiofii'/ ilu fiiiro ; iiu'clle cntrii<l 
Kl" chnrBcr du oofit tl'uiiP (Iph portos projiitùi'F, afin do s'y voir aasociro ; qu'fUi; fora don 
do cptte porte ^ la ville du (jul'Ikm!. 

Sa MajoBtô dîigirc un o\itr>> quo cette porte di' ville par sou nom rappelle celui do «on 
illustre pC're — le Duc de Kent — ipii juaipril sa dernière heure, couiierva un iouvenir «i 
vivace des bons procédé», de la courtoisie dont jadis il fut l'objet do lapant de» Imbitanta 
de yui''iec." — (Aiiiilani.1 isicmi: nt^ i>rul()»gi\s.) 



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M. L.-H. FKÉCHKTTK. 



M. S. K C. 



Ciii:i< MoxsiKUK, 



l'enJaiil un cuarl séjour tjiic je faisais rcccinniciit à 
lioston, j tiH occasion ic me procurer la superbe cJitio!! 
eu neuf volumes, illustrée, que la maison Tickuor et l'"ielcls 
a publiée de la bioi^raphie de Sir Walter Scott, par John 
Gibson Lockhart et dédiée par elle à Nathaniel Haw-thorne. 

Cette biographie, si remarquable pour son am[)leiir, son 
exactitude, et surtout C(jinme u.-uvre littéraire, devrait être 
encore plus connue qu'elle n>j l'est, au Canada : telle est l'idée 
qui m'inspira la présente élude. 

La vie de Walter Scott est bien plus que la carrière 
ordinaire d'un homme de lettres : c'est, pour la jeunesse de 
tous les pays, comme le disait naguère un des plus beaux 
génies de la Grande Bretagne, un e.-emplc à suivre, tout 
un enseignement, 

L'Ecosse doit pl's à Walter Scott qu'à aucun autre de ses 
iils, d'avoir fait connaître au loin le charme de sâs I.tcs, de 
ses montagnes, la renommée de ses illustres fils, anciens et 
modernes, leurs luttes chevaleresques pour la liberté. 

Vous qui, par vos aspirations, vos écrits, vos succès 
liftéraires, avez contribué si puissamment à répandre à 
l'étranger le Jiom et le souvenir du Canada, veuillez me 
permettre de placer, en tète cle cette modeste esquisse 
votre propre nom. 

Spencer Grange, icr octobre 1SS5. 



28 



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II 



SIR WALTER SCOTT. -Poète- Romancier, Historien. 

Dans une brillante improvisation devant une société 
savante d'Edimbourfj, le premier-mini'^tre de la Grande 
Bretagne, l'IIon W. Gladstone, avec cette faconde entraî- 
nante et variée qui rappelle le grand orateur et l'éminent 
écrivain, s'écriait naguère en contemplant les flots enva- 
hissants de notre éphémère et dissolvante littérature : 

" Je regrette profondément de voir que !e> onivres de 
l'illustre Sir Walter Scott, ne sont pas aussi lues que p:ir 
le passé. Je le regrette et pour la littérature et pom- la 
patrie. Si jamais il exista un écrivain dont les écrits sont 
un enseignement et pour l'esprit et[)cur le cœur, c'est bien 
l'immortel auteur des " Waverley Novels." 

Kst-ce que les paroles de l'Honorable Chancellicr n'ont 
pas autant d'à-propos en Canada qu'en l'Ecosse? Est-ce 
cpi'ici comm3 aill..urs, l'esprit et le cœur n'ont que faire 
d'être éclairés ? 

Tassons en revue, brièvement, la carrière sociale et litté- 
raire d'un des plus grands génies des temps modernes, 
l'homme qui, pendant ces heures de loisirs, a trouvé 
mos'cn, comme historien, poète, romancier, de composer 
deux cents volumes, la plupart, d'un mérite incontes- 
table. 

Walter Siiifi, s/icrif de Sclkirks/iirc, greffier des ScssioNS. 

Walter Scott naquit à Edimbourg, le 5 aoiît 1771. Son 
j)ere, homme de rofte, ^^\v.^^l probité antique, était un de 
ces avoués que les Ecossais désignent comme Writers to 
f/te Signet. Du côté paternel, il descendait des Scott de 
Ilarden, une branche de la puissante et illustre famille de 
lîuccleugh. Sa mère, Ann Rutherford, était tille du Dr. 
John Rutherford, un des professeurs de médecine de 
l'Université d'1-^dimbourg. Walter était l'un des plus jeunes 
fds d'une famille de douze enfants. L'enfance de Scott 



ESQUISSES 



355 



I. Son 
(111 de 
\iLr.i îo 
tott de 
pille de 
[\u Dr. 
tinc de 
jeunes 
Scott 



s'écoula partie à Edimbourg, partie à Sniallhelm Grange, 
la métairie de son aïeul paternel dans la vallée de la 
Tweed. Il passa quelques-unes de ses jeunes années à 
Bath, en Angleterre, et à l'restonpans. A l'âge de huit ans, 
il entra au IJii^h School de sa ville natale, où il se fit 
remarquer moins par ses études, que par son aptitude 
comme raconteur : se? petits amis le surnommèrent, à 
cause de ses étranges récits, Diiiin Scotiis, En l'J'^l, il »'ut 
transféré à l'Université d'ICdimbourg uîi '1 se livra a des 
lectures variées et assez étentiucs ; mais une indisposition 
qui le rendit boiteux, lui fit interromijrc le cours de ses 
études. A l'âge de quinze ans, i' fut admis comme étu- 
diant dans le bureau de son père ; six ans plus tard, après 
des études assidues, il subit l'^yamen ordinaire et liex'iîit 
membre du Harrcau d'Edimbi'urg. 

L'historien Prescott, dans sa jolie esquisse du grand 
romancier, se complaît à faire remarquer " que la muse de 
Scott se faisait entendre en 1790, pour la première fois, au 
moment où le poète natioiial lîurns disparaissait de la 
scène, comme si la nature désirait que la chaîne d'inspi- 
ration poétique ne fut pas interrompue." Les Ji/lrgrr IniU 
lads, LcNcir^itXo. Wild Iliintsiuaii, datent de cette année, 
laquelle avec ses ^jarfums de poésie, lui donnait aussi, dans un 
chagrin d'amour, une assez amère déception ; on en 
trouve le récit clans la correspondance semée ça et là dans 
, sa biographie par Lockhart. Le découragement fut de courte 
durée, sa fermeté d'âme l'eut bientôt rendu à son 
ancienne gaîté. Scott à cette époque avait déjà visité un 
grand nombre de localités et de ruines, célèbres dans les 
annales de l'Ecosse. Il existait <-ians le voisinage de la 
capitale peu d'anciennes abba\-e-, de vieux châteaux, où 
l'enthousiaste jeune rvocat n'eût été en pèlerinage avec 
ses amis, Shortreed, Adam l'ergusson, son frère John ; ces 
scènes, ces ravissants paysages des Ilighlands, vous les 
trouverez plus tard, avec leur brillante encadrure dans ces 
.poèmes uaves : Laiyof th L'i{\ — Mannion —Bridai of 






356 



SIR WALTER SCOTT 



I 1' 



^'»; 



Tyicrinuin — Rokcby, ou dans ses romans historques. 

C'est pendant le cours d'une expédition à Gilsland, qu'il 
fit rencontre pour la première fois de la femme admirable 
qui devait partager trente années de sa brillante carrière : 
Charlotte-Marguerite Charpentier, fille de Jean Charpen- 
tier, de Lyon, France. M. Charpentier, chaud royaliste, 
avait le titre d'Ecuyer du Roi, avant la Révolution. Jean 
Carpentier, avait épousé Charlotte Volère ; la mort 
l'ayant moissonné au commencement de la Révolution, au 
moment où il venait de placer ,6^4,000 en hypothèque, sur 
les futuls anglais et sur les domaines de lord Downshire, 
qui avait, pondant son séjour en France, fait la connais- 
sance des CharpeiUier, Madame Charpentier, avec son fils 
Charles et sa fille Charlotte-Marguerite, tous deux élevés 
dans la Religion Réformée, passèrent en Angleterre et 
trouvèrent un protecteur puissant dans l'ancien ami de 
leur famille, le marquis de Downshire. Madame Charpen- 
tier expira peu de temps après son arrivée à Londres, et 
le marquis tle Downshire devint le tuteiu et le protecteur 
des deux orphelins. Charles, par la protection du noble 
Lord, fut nommé cà une charge dans les bureaux de la 
Compagnie des Indes, et ce fut pendaat ime courte excur- 
sion à Gilsland, près Carlisle, avec la famille du marquis, 
que Mlle Chari)entier, dans une course à cheval, fit la ren- 
contre de l'illustre poète, son futur mari. Mlle Cjiarpen- 
tier, qui, à son arrivée sur le sol anglais, changea son nom 
français en celui de Carpenter, (car les horreurs de '93 
avaient rendu odieux en vVngleterre tout ce (jui était 
Français) sans être d'une beauté ravissante, avait, avec 
l'éclat de la première 'jeunesse, beaucoup de distinction 
dans >es manières, uîie la.'lle séduisante, un beau teint 
olive, des yeux perçants, une chevelure é[)aisse et noire 
comme la nuit. 

Le soir du jour où Scott avait rencontré la belle étran- 
gère, il y avait bal. Scott, alors officier dans les volon- 
taires d'Edimbourg, et portant lestement son costume de 



KSQUISSKS 



357 



ait 
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lion 
liât 
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de 



capitaine, se fit présenter à la jolie française ; son compa- 
gnon, Fergusson, en fit autant. Scott fut si enchanté de 
l'élégante française qu'il lui fit assidûment la cour : après 
plusieurs lettres et pourparlers échangés, on faisait 'a noce 
le 24 décembre 1797, à l'Edimbourg, où Scott séjourna jus- 
qu'en 179S pour se fixer alors dans un charmant cotta^j^c, à 
Lasswade ; là, les courses d'antiquaire continuèrent leur 
train. Ce fut le it» décembre 1799, 1"<^ ^^ jeune avocat 
acceptait la charge de shérif de Sclkirkshire ; salaire, 
^400, avec le privilège de pratiquer comme avocat. Nous 
croyons devoir signaler divers incidents d • sa carrière j)ro- 
fessionnelle avant d'entamer sa vie littéraire proprement 
dite. Sa clientèle ne semble pas avoir rapidement aug- 
menté ; il trouvait néanmoins le temps de remplir ses 
devoirs, comme officier actif de cavalerie, littérateur fécond 
et correspondar.t infatigable, collaborateur des Rcvitcs, 
avocat pratiquant et shérif de Selkirkshirc : son épouse 
lui apportait, à peu près ^200 de rente. Le gouvernement 
l'ayant obligé de se rapprocher du chef-lieu où se tenait 
son bureau; en 1.S04, il disait adieu à Lasswade et achetait 
des héritiers du Col. Russell, un beau petit dom.iinc 
nomnit^ la Fcnnc d' As/wsticl, sur la Tweed : H'azrr/rj', 
TAe Lady of tlic Lakc, Marmicn, ont entouré Ashe>ticl 
d'une auréole lumineuse et l'on rendu un terrain classique. 
11 venait d'hérit-er de snn oncle, !c capitaine Robert Scott 
de lioscbank, qu'il vendit dans le cours dé l'année 1805, 
pour ;6^5,ooo, de sorte que son revenu professionnel, litté- 
raire et autre étaie alors de /^i.ooo à [)eu près, au rapport 
de Lockhart. 

En ivSoG, il obtenait, par l'influence de son ami et son 
protecteur, Lord Melville, l'office de greffier des sessions, 
ce qui ajouta .^800, plus tard /" 1,300 à ses autres émolu- 
ments ; mais, étant nommé comme adjoint à son ancien 
ami, Georgï Hoiiic, il ne put toucher ce salaire qu'en iSii, 
et cette charge, il continua de l'occuper juscju'en 1830. 

Le 7\ octobre 1799, Madame Scott donna naissance à 



35S 



SIK WALTER SCoTT 



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une fille, Charlotte-Sophie, plus tard Madame Lockhart : 
celle de ses quatre enfants qui, par le génie, ressemblait le 
plus à son père. 

Walter, qui hérita du titre, naquit en iSoi : il mourut en 
1847. 

On était en 1805 : la rivalité entre la France et l'An- 
gleterre était à son comble dans le Royaume-Uni. 

Les Français, disait-on, devaient faire une descente sur 
les côtes de l'Ecosse. Scott, qui avait toujours pri.; une 
part fort active dans les événements du jour, montrait, 
comme capitaine de cavalerie volontaire, une activité 
incessante. ^Malgré ses occupations variées, il ne manquait 
pas un .seul exercice militaire, il se pré.sentait, quelquefois 
en cour, avec sa robe d'avoc;iT ou de greffier par dessus 
son uniforme qu'il n'avait pas eu le temps de changer. 

Depuis assez, longtemps, il taisait nombre d'expéditions 
dans les montagnes d'I-kosse, avec son ami Skene, pour y 
recueillir les vieilles ballades, les traditions militaires. Tel 
fut l'origine du Hordcr Minstnlsy. Le peuple qui l'aimait, 
le surnommait le s/u'rif, et sa réputation comme po-^te et 
littérateur commençait w s'étendre au delà des confins de 
l'ICcosse. 

Ce qui distingua Scott, à part son rare talent, ce fut une 
puissance de travail illimitée, et une mémoire prodigieuse. 
On rapporte à ce sujet qu'un de ses amis ayant perdu le 
manuscrit d'un poëme a-.se7, long, qu'il avait lu une fois 
seulement au poète, se désciait de cette ijcrte, pour lui irré- 
parable, di.-,ait-il. "Assieds-toi 'à, mon ami, lui dit Scott ; je 
puis te répéter de mc^noire lout ton poème et tu le copie- 
ras." Ce qui fut fait. • 

Choyé du barreau et des salons, plein de bienveillance 

et de saillies, Walter Scott était l'àme de l'organisation 

niilitaire ù laquelle il appartenait. I>'auteur de ■s^'^averley, 

; avait un goût prononcé pour les plantations d'arbres,méme 

avant d'avoir fondé et planté les bocages d'Abbot^furd. 

D'une haute stature, il était doué d'une grande 



Il 



ESQUISSES 



359 



force physique ; il prenait beaucoup d'exercice eit 
plein air, à cheval ; il aimait la chasse, la pêche, l'équita- 
tion. Ses chiens ont été immortalisés par le pinceau des 
premiers a''tistes de l'Angleterre. Le portrait de Scott h 
Abbotsford, contient celui de son énorme chien. Qui a 
oublié Maida, Camp Hevis, Wolfe et autres superbes spéci- 
mens de la race canine — ses constants compagnons, h 
Abbotsford ? I'.tait-ce clans ses exercices en plein air, que 
cette puissante orj.janisation se retrempait, pour tenter de> 
travaux lit^'éraires d'une étendue presque incroyable ? 

Ln i8i I, quand Scott prenait possession du site, où 
plus tard devait s'élever son maL;nilique château féodal, le 
colosse était dans la plénitude de son génie. O Abb jt-.- 
ford ! quelle féeri'que vision tu évoques et quel lugubre 
drame lu nous prépares ! 

l'ien que Scott rit. en iSi i, l'acquisition des "cent acres" 
de terre lur la Twicil, où plus tard devait s'élever son 
fastueux castel fé>jclal, ce l'.e fut qu'en mai 1812, qu'il y 
transporta ses pénates daus u.i modeste corps de logis. 
Le grand rêve de :" on existence, il allait donc bientôt 
entreprendre de le réaliser, — ^'ériger, avec l'orque sa plume 
chaque jour lui rapportait si abondamment, une demeure 
splendide —une féerique résidence, telle que celles des hers 
barons des temps féodaux ou encore les palais enchanté-; 
des contes arabes, uù il serait non seulement bardj <-t 
troubadour d'un haut et puissant seigneur, mais à la lois 
grand seigneur, barde et troubadour, et où .les enfants, 
après lui, grandiraier.t — coiinus aa loin par U renommée 
de leur père, autant que par leurs vastes possessions terri- 
toriales. Cette idée romanesque aura son complément en 
1820, lorsque son souverain déposei.t .lur sa tête, la cou- 
ronne de Baronnet, Avant qu'.Vbbotsfonl f.it au complet, 
il faudrait absorber bien des domaines adjaceîits, iacs, 
plantations, montagnes et vallées, [jour vjuc le lopin de 
181 r, acheté au prix de /,7,ooo, devint en hn de compte 
un ihmaine de 3,00 ) acre^. Le chAte.ui, érigé à une petite 



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360 



SIR WALTEK SCOIT 






distance des pittoresques ruines de l'abbaye de Melrose, 
reçut son nom d'un gué, ou traverse voisine : Abbotsford 
(Le Gué des abbés). Melrose ch intc dans son harmonieux 
poème, Tlic Lay cf thc Last Miustrcl, lui était redevable 
d'une consécration particulière : son crayon magique 
l'avait entouré d'un nimbe glorieux dont l'éclat lui attirait 
des pèlerins littéraires des coins les plus reculés de l'ICcosse 
et de l'Angleterre. Melrose était fameux dans les annales 
calJdoniennes : c'était le champ de bataille où en 1526, les 
comtes d'Angus et de Home avaient disputé aux lîuc- 
cleugh, la possession de la personne du jeune prince, Jac- 
ques V; témoins du combat, les ruines de la célèbre abbaye 
lui avaient inspiré quelques-unes do ses pages les pins 
séductrices, (i) 

Le site du château paljjitait do souvenirs : place en 
regard des hauteurs connues comme Eildon Mills, où 
avait séjourné au quatorzième siècle le vieux barde Tito- 
vnts, thc Ryincr, le pied en était arrosé par le petit ruis- 
seau Iluntly. Tout auprès était la montagne Cowdcn 
Knowes à la cimo sombre. Dans le lointain gisaient la 
forêt d'Ettrick, la tour de Newark, le lac St. Mary, lieux 
empreints de poésie, chers aux troubadours i\q?^ jours 
pas.'^és, dont Scott avait recueilli les ballades. 

" Jamais, comme le dit Lockhart, poète endormi sou-; 
l'ombre d'un chêne d'été n'avait dans ses rêves les plus 
divins, entrevu de plus ravissante demeure." 



(I) It'tlid'.i wdulirst vil w Ciii- Ml lrO!"i' iiri^li*. 
(io vJHit it liy tlw piili' iiiiii>iili).'ht 
Km- l!ir K.iy Ihmiiu o!' Ih^litcDinc il.iv 
(iilil, l)iit t(i lldiit, tlii' niiiis gray. 
Wli 'M tlir ImiUi'ii arclii'H :iir Mrirk in iiijht, 
Aiiil l'iicli Nniil'ti'd oiirl u;liiiiiiii'r!< wliitr , 
W'Iiiii th" ciilil li,{lil's iim'<'it:iiii slmwrr 
Stri'iiiiiH on thc niiuoil l'iiitrul idwit ; 
WIhu liiittiusa and Imtln'H!', alti'inatoly. 
S'TMi fraiiu'd ot'i'lHin iind ixory ; 
\\ lnii Hilvi r l'diri'fi tlm innui'iy. 
And tlii' scroll tliat tcaili yon to livc and du: 
Wlii'ti distant Twi'cd is lii'anl ti) ravi'. 
And tlif owlrt ta lioot (l'vcr thi; <1. id ninn'K (jravc, 
Tlii'ii \n\ — tint «() alonc thc whilc — 
Tlicn vicw St. llavidi rtiincd i>ilc ; 
And, lidiHc i-ctnrnini{, ano'hjy swcar. 
W.is ni'vcr sccnc ko sad ind l'air ! 

iT/.c L<u ./ Ihr r.""» MinstrcK Cin,ti II 



■■'■ +$ 



ESQUISSES 



361 



A l'instar d'un baron féodal, au milieu de vassaux com- 
pl.iisants, ayant pour compagnons, ses chevaux, ces chiens, 
SCS livres, c'est là que Scott .-e laissait aller aux douceur-; 
de l'existence, tandis que l'enthousiasme de ses contempo- 
rains le suivait à chaque pas, a'i point «m'il pouvait «i 
peine se promener d,in> ses domaines, sans courir le 
risque d'être épi«f à chaque détour, par quelque touriste, 
fliielquefois accouru des firêts de l'Amérique, pour contem- 
pler l'illustre écrivain : c'était pirfoi-^ f.itii^'uant. 

O père affectueux, 6 époux, le modèle des cpouv o 
illustre poète, quel monarque avait un sort aussi enviable 
que vous ! 

Sa compagne, aimable et jolie, était la châtelaine res- 
pectée d'Abbotsford, dont elle faisait les honneurs avec 
cette élégance innée d'une française : cet imposant château, 
aux nombreuses galeries ornées de tableaux, de trophées 
d'armes étincelantes, d'historiques et vieilles armure> ; 
tandis qu'aux jours de grandes réceptions, le samedi sur- 
tout, le musicien attitré, le Piper d'Abbotsford. pro- 
menant, le long de hi piaz/.a son pittoresque continue 
de mon'agnard, fredonnait aux échos d'alentour, >.ur 
l'instrument national, les refrains sauvages de la Calé- 
donic, — les chants de l"'ingal et dOssian, — W'altcr, le fils 
aîné, en aitiMidant son brevet d'officier de cavalerie, chas- 
seur expert, bc^u cavalier, allait, chevauchant >^ur le"' 
rives de la Tweed, tandis que son jeune frère et ses deux 
sœurs cherchaient des nids dans les taillis, et que le "Shé- 
rif" muni de sa serpe, suivi de son bon serviteur. Tom 
Purdie, émon'^ .it ses plantations, ou caracollait sur sa fière 
monture ^ .^.1 Grey, entouré de ses amis d'enfance, Fer- 
gusson, Leyden, Shortrecti, liallantyno, taisait retentir les 
bois de ses joyeux refrains, de ses gaillardes v-liansons. de 
SCS divines ballades. O heureux poète ! Le soir \'cnu, 
Scott attendait avec impatience l'arrivée du postillon, lui 
apportant le paquet obligé d'</>;'<7/irs, de la part de Cons- 
table ou des Hallantyne, une critique acerbe de Jcffre\-. le 






« * 11.» 



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362 



SIR WAI.TtK SCUTT 



" grand anthropopliafTc des rt; no ni m ces littéraires," daiib 
la Kcfiie d'Kdimbourj^, | eut-être la copie de présentation 
que Hyron lui expédiait de son poème "Cain" dédié à 
Scott, ou bien quelques autres des ceuvres du noble Lord ; 
' une ballade île Moore ; une ode de Wordsworth ; une let- 
tre de Johanna Baillie ; un billet du duc (.le Wellington ou 
de Castlereagh ; ou peut-être, ce qui lui était également 
précieux pour son vaste musée et sa superbe bibliothèque, 
une armure antique, un sabre historique ou un Elzevir de 
la part de son ami de Londres, le spirituel comédien Terry. 
Tous ces objets pendant plus de quinze années s'achemi- 
neront vers l'antre "du Grand Magicien," à Abbostford, 
où les premiers hommes de lettres, tant de l'Angleterre que 
de l'étranger, se feront un plaisir d'aller s'asseoir ; où des 
ducs et des pairs, tiendront à honneur d'aller déposer leurs 
hommages, aux pieds de cet homme, l'ami du peuple, issu 
de lui, connu sous nul autre nom que celui de "Shcrif de 
Selkirk," et qui n'a encore d'autre signe de noblesse (jue 
c^^lui que Dieu a imprimé sur son front ; d'autre parchemin 
qu ; celui du génie, la royauté du génie. Chaijue jour les 
équipai^es les plus somptueux aitluaient dans les cours et 
les avenues d'Abbotsfortl. Les .umoiries des duc>, des 
princes, des ministres d'Ltat se confondront avec les modes- 
tes coupés tt les cabriolets des simples hommes de lettres. 
— Kn 1817, un touriste, auquel Scott montra une bien- 
veillance toute particulière, traversait l'océan en route {)our 
Edimbourg — le bon W'a-hington Irving, écrivain justement 
cher aux citt)yens de la grande République, notre voisine. 
En 1S19, le [irince Léopold de Saxe-Cobourg. s'arrêtait 
sous les chênes de Scoist, pour écouter le doux murmure 
de la Tweed et les accents encore plus doux du chantre de 
^Llrmion et de Rokcbx'. Pui^, en kSjo, au milieu de mille 
visiteurs moins haut placés dans la hiérarchie sociale, on 
y voyait le jeune et infortuné prince Gu.tave W'asa de 
Suède, accomi)agné du baron Porlirr. Vers ce temps, les 
têtes couronnées envoyaient à Scott leur salutation, et le 



Ks»)Uissi:s 



3^3 



prince Rëgent, dont Scott, par invitation spéciale, avait sou- 
vent été le commensal à Londres, de 1S14 à 1818, lui fai- 
sait offrir la charge de Poîti Lainrat. 

Les ^300 de pension, avec la traditionnelle tonne do 
Malvoisie, aurait peut-être tenté l'illustre et jovial poète, 
si cette charge à ses yeux n'eût eu un côté ridicule. Faire 
un poème élogieux chaque année à jour donné en l'honneur 
du prince régnant, qu'il fût ou non un Ixmi prince, était 
une contrainte qui allait mal à la noble indépendance du 
poète. Aussi dans une lettre de refus qui restera, à tout 
jamais, comme un modèle de délicatesse pour la forme et 
le fond, adressée au sécréta'. e privé du prince, son bien- 
veillant protecteur, . Scott déclina l'honneur offert "en 
faveur de ses confrères en poésie, moins favorisés du côté 
de la fortune." Ln 1.S14, Scott fit un voyage mémoralile 
aux parages de Staff.i et d'Orkney dans les Hébrides, 
comme un des commissaires pour s'enquérir de l'état des 
Phares sur les côtes de l'ICcosse, comine si nos bardes 
aimés, !\L\L Fréchctte, Lema\- ou Chapman, recevaient du 
gouvernement, mission de {)rendre en août I ^ "Napoléon 
III " et de faire rapport sur les phares du St-Lnurent, de 
Québec au Détroit de l'elle I;le. Le voyage fut fort fruc- 
tueux pour l'ill istre romancier et wdut h la littérature sou 
beau roman T/w l'iratt. 

En 18 uS, Abbot-;ford tout vaste qu'il fut, devenait tiop 
étroit pour héberger les ess;utrn sans nombre de visiteurs 
qui, par l'entremise de iniiii>tres t-l'i^tat ou de nobles lords, 
patrons des lettres, avaient réussi à se prociuer une entrée. 
C'est alors (^ue John Ballantyne, l'associé secret de Scott, 
iniagini l'idée de convertir sa pittore--(iue vilia, llariiiony 
Hall, en succursale, pour les pèlerins distingués en litté- 
rature, mais sans parcheniins nobiliaires. Le jovial bâche- 
^ lier y donnait de recherchés petits soupers, gais, succu- 
lents, parfois pas trop rangés ; Scott y venait ou n'y venait 
pas, selon que les ipri/n\s ou la iOpic le harcelait ou non. 
James liallantyne prenait aussi s*a part du fardeau et donnait 




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SIR WALTER SCOTT 



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des dîners plus modestes, mais fort attrayants aux amis de 
Scott. Dans sa respectable demeure se rencontrait comme 
DU miuores, un autre club d'admirateurs du poète : Ers- 
kine, Terry, George Hogarth et consorts. 

Cette généreuse hospitalité, à Abbotsford et aux succur- 
sales avait ses charmes sans doute, mais elle devenait, 
poussée à l'excès, lourde, écrasante même, au chapitre de 
la dépense. Les Ballantyne qui ne fournirent que bien peu, 
quant à Vactif, dans le bilan financier des affaires, sem- 
blaient croire que ces banquets étaient indispensables pour 
exploiter avec profit, les talents transcendants de leur 
associé secret — Scott. On verra plus tard l'influence que 
cette maison eut sur la destinée du grand écrivain. 

L'hospitalité princière d'Abbotsford donnait quelque- 
fois lieu à de curieux incidents où se révélaient la bonté 
de cœur du maître. Un jour sans préméditation, trois 
des plus fières duchesses de la Grande Bretagne séjour- 
naient au Château : mais l'une, la Duchesse de St-Albans 
f Mlle Burdett-Coutts^ fille de l'opulent banquier, million- 
naire elle-même, y était arrivée une journée avant ses 
deux collègues ; n'étant pas noble de vieille roche, la 
Duchesse de St-Albans, que Scott estimait fort, risquait 
d'être traitée avec hauteur par les deux miladics, dont les 
ancêtres avaient débarqué à Hastings, avec Guillaume le 
Conquérant. Scott comprit cela dès qu'il vit le froid 
accueil que recevait son hôte^ sa Grâce la Duchesse de 
St-Albans. Après le repas, il tira à l'écart dans une embra- 
sure de fenêtre, la plus jeune des deux fières duchesses — 
une des beautés régnantes de la cour dji ton ; il lui parla 
avec la même franchise qu'un père en userait envers sa 
fille, lui disant " Vo^re Grâce, je sais les manières des 
geiis fashionables : elles manquent quelquefois de charité 
envers le prochain. Il est impossible que vous ayie^ 
l'intention de blesser la duchesse de St-Albans qui était 
mon hôte ici avant votre arrivée. Je m'adresse à vous de 
préférence, parce que je sais que vos procédés, ici, feront la 



ESQUISSES 



365 



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loi ; vous me comprenez, n'est ce pas ?" La noble jeune 
femme le remercia avec beaucoup de candeur ; quelques 
instants plus tard, elle escortait elle-même au piano Miss 
Burdett-Coutts, la duchesse de St-Albans. Tout changea 
de suite, et parmi la nombreuse compagnie, c'était à qui 
ferait le plus de civilités à l'opulente Duchesse. 

Si toutes les duchesses voyageaient comme Miss liurdett- 
Coutts, il est difficile d'imaginer où logeait tout ce monde : 
elle s'était mise en route pour visiter Scott, avec une dou- 
zaine de carosses, pour ses filles d'honneurs, servantes, etc., 
et ses malles : une amie heureusement lui conseilla d'en 
laisser la moitié au village voisin, attendu que si chaque 
visiteur entrait à Abbotsford suivi de douze carosses, il 
serait impossible de trouver un gîte pour tous à la fois. 

Des nobles comme quelques-uns de ceux de la Grande 
Bretagne avec $3,000 par jour de rente, comme le marquis 
de Westminster par exemple, peuvent facilement oublier 
cette éternelle question de la finance qui nous harasse tou:< 
— nous autres infortunés mortels, qui ne sommes ni ducs, 
n* marquis de la Grande Bretagne. 

Coure. vHonj ce chapitre sur le château d' Abbotsford 
par un incident: de la carrière de Scott, qui dut lui causer 
une joie réelle. Le prince régent, devenu George IV, 
monta sur le trône en 1820 ; il crut qu'il ne pouvait inau- 
gurer son règne d'une manière plus populaire, qu'en con- 
férant un titre de baronet à un écrivain, dont le nom porté 
sur les ailes de la renommée, commençait à pénétrer dans 
toutes les parties du monde, et dont les œuvres étaient 
traduites dans toutes les langues connues ; Scott devint 
Sir Walter Scott, baronnet. 

Scott, en outre d'un revenu assuré de $8000 par année, 
avait dû retirer $53,000 de bonne heure de ses poésies ; 
c'était, il est vrai, rien à comparer aux profits que ses 
trente-deux romans, en 100 volumes, devaient rapporter à 
lui ou à ses exécuteurs-testamentaires, c'est-à-dire au rap- 






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SIR WALTER $COTT 



port de Lockhart et de Howitt ; un demi-miHon]|de louis 

sterling, $20,000,000. 

C'était vraiment le budget d'un souverain dans le 
royaume des lettres. Quand un écrivain peut compter sur 
^500,000 sterling, par la vente de ses livres, il semble qu'il 
lui soit permis d'avoir la fantaisie d'une terre et d'un 
château bien monte. 

Le château d'Abbostford, avec ses fières tourelles — ses 
vastes cours ornées, ses curieuses galeries de peintures — 
sa salle à manger, assez vaste pour admettre un baron des 
anciens temps, et sa retenue entière — sa richebibliothèque, 
— était, non seulement, un centre d'attraction, une prin- 
cière hôtellerie "pour les grands, — princes, ducs, marquis, 
c'était encore un lieu de pèlerinage vénéré au \o\t\ par les 
liommes de lettres — qu'ils fussent millionnaires comme 
Rogers — ou pauvres et roturiers, comme James Hogg, sur- 
nommé, à cause de ses poésies pastorales VEttt'ick Shephcrd. 
— Tous étaient les bienvenus, fussent-ils nés près des "pics 
coiffés de nuages ' de Morven — les "rives fleuries de la 
Seine, chantées par Madame Déshoulières — les près ver- 
doyants de la Germanie chers à Goethe — ou les forêts 
d'Amérique célébrées par Fenimore Cooperet Washington 
Irving. 

Le barde d'Abbostford avait décliné respectueusement 
le titre de " Poète Lauréat " que le roi George IV lui fît 
offrir, avec la pension annuelle de C^oo y adjointe " en 
faveur, comme il le dit, de ses confrères au Parnasse moins 
favorisés que lui, du côté de la fortune." Pliit au ciel que 
son noble cœur, s'en fi^it tenu là ! Non seulement sa bourse 
fut réitérément ouverte au génie, ce qui était bien ; mais 
ce qui l'était moins, ce fut sa générosité constante envers 
des écrivains en détresse ; ce furent les frais ruineux 
dans lesquels Scott, par bienveillance, se laissa entraîner, 
en se chargeant lui-même du coût d'impression des œu- 
vres de plusieurs confrères. 

Revenons à Abbotsford. Au haut du portique étaient 



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ESQUISSES 



367 



gravées les armes de la faaiille ; en guise d'une des portes 
de cour, on voyait la massive porte de l'ancienne prison 
d'Edimbourg — le ïolbootli — si célèbre dans son roman 
Hcart of Mid LotJnaii ; à l'intérieur, s'élevait la statue en 
pierre du célèbre chien Maida, avec l'inscription préparée 
par Scott ; à l'angle opposé, une fontaine ornée de sym- 
boles du même genre. Les bustes des Césars et autres 
objets apportés de l'étranger, étaient disposés le long d'une 
galerie côtoyée par un chemin couvert. Voilà pour la cour ; 
voyons l'intérieur du château. Le portique copié sur celui 
de l'ancien palais de Linlithgow, était orné de ramures de 
cerfs. Le vestibule à l'intérieur, un véritable musée d'anti- 
quités : les panneaux des cloisons, étaient ceux enlevés à 
l'anciei^ie église de Dumferline, et la chaire où avait prêché 
le réformateur John Knox, sciée en deux, servait de chif- 
fonnier entre 'es trumeaux des fenêtres. Les murs entiers 
de ce vestibule étaient garnis d'armures — de trophées 
d'armes ; on y rencontrait aussi le bois d'un orignal 
d'Amérique — probablement un don de son frère Thomas, 
payeur en 1S17, d-«i 70e régiment, stationné à Kingston. 
et inhumé au cimetière St-Mathieu, Faubourg St-Jean, à 
Québec, en 1823. 

A la gauche près de la porte, étaient deu.x cuirasses, 
deux étendards et des aigles, obtenus par Scott sur le 
champ de bataille de Waterloo, qu'il avait visité quelques 
semaines après ce mémorables combat. Au côté opposé, 
brillaient deux armures complètes, l'une italienne, l'autre 
anglaise de l'ère de Henry V. Près de cette dernière, il y 
avait un énorme sabre à deux tranchants, long presque de 
six pieds, une relique du champ de bataille de Bosworth, 
En face de la porte, était l'âtre de cheminée en pierre ; il 
était modelé sur une arche de l'abbaye de Melrose : la 
grille, était celle de l'archevêque Sharpe, mis à mort par 
les Covenanters ; auprès, œuvre romaine, une massive 
chaudière de camp. Les écusscus des ancêtres de la 
famille de Scott brillaient aux arches pointues : à l'endroit 



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SIR WALTER SCOTT 



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où il y avait des vides, se lisait la devise : //ox alta vclat. 
Les chiffres de ses meilleurs amis : Erskine, Morritt, Rose, 
s'enlaçaient au tour du cintre d'une des portes et sur la 
corniche étaient blasonnés les armes des vieux chefs de 
Clans, en Ecosse, avec de pa' iotiques inscriptions ; Sconc 
Palace avait fourni les chaises ; la cotte de mailles de 
Cromwell pendait aux murs. Une table, r>rès d'une fenêtre 
où les visiteurs inscrivaient leurs noms, avait pour tapis la 
dépouille d'un énorme lion fauve ; elle lui venait de l'Afri- 
cjue méridionale — un don de son ami Thomas Print^le. Un 
des lambris avait été copié sur celui de l'abbaye do Mel- 
rose. 

Disons un mot de la bibliothèque — noble salle aux pla- 
fonds en beau cèdre, avec lustres suspendus artretement 
ciselés, d'après des dessins des abbayes de Rosslyn ou de 
Melrose. On y voyait trois bustes — celui de Wordsworth 
— celui de Shakespeare : un tableau représentant le fds 
aîné de Scott, avec son costume de hussard : aussi, une 
lampe suspendue, provenant des ruines d'IIerculanum. Il 
y avait de plus deux fauteuils italiens en buis : pro- 
venant du palais lîorghèse, à Rome ; les autres sièges 
étaient en ébène : elles lui avaient été présentées, avec un 
riche secrétaire en ébène, par le roi George IV. 

Sur une table de porphyre, reposait une grande urne>. 
en argent, contenant des os trouvée au Pirée, en Grèce ; 
l'inscription faisait connaître que c'était un présent de 
Lord Byron. 

Mille autres souvenirs d'amitié frappaient la vue : une 
superbe collection des classiques latins, présentée par J. 
Ballancyne ; des volumes de grande prix, par le roi 
George IV ; des exemplaires offerts en don par les auteurs, 
sans nombre. 

Les rayons de la bibliothèque contenaient à peu près 
20,000 volumes, entre autres des MSS de prix sur les 
insurrections de 17 15 et de 1745, en Ecosse. 

Le portrait de Lady Scott — celui de Sir Walter avec 









ESQUISSES 



36g 



ses deux chiens, par Racburn — celui de Miss Ann Scott, 
ainsi qu'une précieuse table de forme antique, surmontée 
d'un vase de marbre transparent, frangé d'or — un don de 
l'auteur de Cliilde Harold, et la table d'ébcne déjcà men- 
tionnée, un souvenir de George IV, ornaient le salon de 
réception 

La chambre des armes était fort curieuse à voir ; il fau- 
drait un volume pour tout décrire ; c'était là surtout que 
la main qui avait tracé Waverley avait laissé sa marque. 
Notons en passajit quelques objets. Voici une auticjue 
serrure en bois qui a appartenu à la prison de Sclkirk ; 
voilà une petite boîte qui jadis fut la propriété de la belle 
et infortuiKée Marie Stuart ; un petit coffre-fort trouvé au 
palais de Holyrood ; u!ie carabine que l'ami de Sc(jtt, 
Sir Humphrey Davy avait possédée. A côté, se remarciue 
la bourse de Rob Koy et son fusil — fort long — portant 
les initiales R. M. C. (Robert MacGregor Campbell.) Dans 
nn coin est le magnitique sabre à fourreau d'argent (.[ue 
les citoyens d'Edimbourg présentèrent à Sir Walter, 
comme marque de reconnaissance pour les services qu'il 
avait rendus à la ville lors de la visite du roi de la Grande 
Bretagne, George IV, ea 1S23 ; aussi le sabre de Charles 
I, lequel plus tard passa au marquis de Montrose. Dans 
ce voisinage, se trouve un faisceau de claymores et plu- 
sieurs grands sabres allemands, employés aux exécutions 
en ce pays,et qu'il s'était procurés des exécuteurs des hautes- 
œuvres, de l'Allemagne. Il y avait aussi la flasque du roi 
Jacilues I ; les vis et autres instruments de torture que lus 
Covenanters employaient, dans leurs persécutions reli- 
gieuses ; la couronne de fer du martyr Wishart ; les [;is- 
tolets de Napoléon I, oubliés dans son carosse, à Waterloo ; 
les pistolets de Claverhouse. tout en acier, incrustés d'ar- 
gent selon 'a mode d'alors ; deux fortes clefs de la geôle 
d'Edimbourg, trouvées après l'incendie des portes, quaml 
la populace exécuta le capitaine Porteous. 

La salle à manger contenait une singulière peinture de 

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SIR WALTER SCOTT 



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l;i tête de l'infortunée reine d'Ecosse, Marie Stuart, après 
i.i décollation. Sir Walter en faisait beaucoup de cas, l'ar- 
tiste se nommait Amias Cawood ; il avait su prêtera cette 
tête sanglante une beauté encore plus grande que celle que 
l'histoire accorde à la victime d'Elisabeth d'Angleterre. Il y 
;\vait aussi en cet appartement d'anciennes toiles représen- 
tant la belle Ncll Gwynn, Lord Esscx, les poètes Thom- 
son, Dryden, Prior, Gay ; CromwcU comme jeune homme ; 
le duc de Montmouth ; Charles XII de Suède ; Walter 
Raleii^di ; Henriette d'Angleterre, épouse de Charles I ; 
Ami Ilj'de, épouse de Jacques II ; Ilogarlh ; Lucy Wal- 
tcrs, une des maîtresses de Charles N, mère du duc de* 
Montmouth, etc., etc. Ce serait à n'en plus fin/r, pour qui 
entreprendrait de décrire tout ce que renfermait le curieux 
château. Il n'est donc pas étrange si les lettrés et les 
touristes accouraient, pour errer en un d délicieux Eden, ce 
temple de bon goût, de l'hospitalité, ce pittoresque 
musée ; mais il y avait encore une bien plus grande mer- 
veille à contempler, la noble présence du fameux magicien 
lui-même dont la baguette avait tiré du chaos tant de 
féeriques spectacles. Cette ronde incessante de visiteurs 
auxquels Scott donnait non-seulement ses matinées, mais 
encore ses veillées, n'avait-elle pas ses dangers pour sa 
bourse et pour ses travaux littéraires ? Lockhart le laisse 
clairement entrevoir : "Jamais, le patriarche de Ferney, à 
l'apogée de sa gloire, n'eut à subir autant d'interruptions ; 
encore, il est constaté que Voltaire n'hébergeait que rare- 
ment ceux qui le venaient voir et rarement même leur 
accc rda-t-il le privilège de dîner avec lui." Si la vie intime 
de Scott nous est si bien connue, il ne faut pas s'en étonner. 
Comme le Dr Johnstone, Scott trouva un incomparable bio- 
graphe; Lockhart, sans avoir le pinceau exquis de Boswell, 
le biographe de Johnstone, était une des lumières littérai- 
res d'Edimbourg. Les A^octcs Ainhrosianœ de Wilson, lui 
doivent quelques-unes de leurs scènes les plus attrayantes, 



ESQUISSES 



371 



et Blackicood's Ma(ja::inc fondé en 1817, contient de remar- 
quables écrits, par* Lcckhart. 

Tout en admettant l'exactitude du mot de Buffon : 
"le style, c'est l'homme," par rapport à Scott, le lecteur r,e 
connaît qu'à demi le grand romaucier, s'il n'a parcouru les 
pages où Lockhart le fait revivre. C'est là qu'on saisit sur 
le vif cett-; lingiilière organisation tlans son éternelle jcii' 
ne- se. 

'\VA!/ri':R S:orT, r )Ete. — 1796-1S17. 

f./i carricre iittcraire dt: Scolt se divi-e en deux parties 
bien distinctes; la i)remière, résunic ses poésies: la se- 
conde, ses romans historiques. Ce fut en 1796 que se fai- 
saient entendre les premiers accents de sa muse dans les 
BUrgcr Inxllads ; les derniers en 1817, dans Ihirold thc 
Dauutlcss. Parmi une i:innité d'études poétiques, de 
moni-; longue Iialeine, ci-devant énumérées, signalons 
ce qui constitae les principaux monuments de sa gloire 
co'iime poJte : lo. BoiiDER AIlXSTRELSV, 2o. L.VY oi' tue 
Last .Mi\s trel., 00. Marmiox, -io. Lauv of tu;: Lake, 
00. RoKEHV, (Jo. LolU) OF THE Ilfs ; voilà les gracieux 
pilastres de ce masjestueux temple couronné par ia statue 
du barde d'Abbotsford. 

L'Ecosse compte deux grands poètes, deux génies même: 
Burns, le poète national, mort en I796, et Scott, le suave mé- 
nestrel des temps héroïques de la vieille Calédonic. 

liORDER M I NSTRELSV. 

lo. Le Border j\Iinstrcls)\ collection d-j vieux lais, de 
martiales ballades, de chants nationaux, parât en trois vo- 
!um s en i Soc- 1-2-3. Scott avait 29 ans lorsqu'il publia 
lo premier volume : l'on peut dire qu'il avait commencé 
d'en réunir les matériaux depuis sa dixième année. Iles* 
juste de nommer un du S' s collaborateurs les plus zélés, 
John Leyden, mort aux Indes en iSii, homme de génie, 
travailleur infatigable, savant distingué dans les langues 
de l'Orient. 



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372 



SIR WAl/rr.R SCOTT 



Pour rétablir le vrai texte de ces antiques et sauvages 
poé-sir-s des 10e et lie siècles, il fallait un jugt-ment sûr, 
uni' vaste érudition, un goût, un flair exquis. Scott réu- 
nissait CCS qualités à un degré éminent; aussi, son choix de 
ballades, coiTinie oiuvre nationale, enrichi de précieus^'s 
notes, l'eniporte-t-il sur les Percys Bcliqiics, Il se composait 
d'iibtrd de quarante-trois ballades qui n'avaient jamais été 
imprimées, et les autres bien que partiellement connues 
aux chercheurs, étaient pour ainsi dire neuves à la géné- 
ralité des lecteurs. Elles commémoraient un tissu de tragi- 
ques événements, d'aventures hardies, de bizarres peintures 
de mœurs, tracées avec une énergie de style, une simpli- 
cité digne des temps homériques, commentées, éclaiicies 
par de patientes recherches historiques et archéologiques. 

Peu de temps après leur publication, Scott prenait rang 
à la Revue iV Edimbourg, fondée en 1802, comme un des 
actifs collaborateurs de Sydney Smith,*'plus tard de Jeffrey, 
lord Jeffrey, — le grand juriste, l'admirable critique — le 
L:a Harpe de l'Ecosse. Le premier écrit de Scott fut une 
étude sur X Amadis de Gaule, par Robert Southey ; son 
second, sur Sebbald's Chrouicl-: of Seoteh Poetry ; un troi- 
sième, sur Godiviiis Life of Chaueer ; un quatrième, sur 
EUis Spcciuiens of EnglisJi Pottry ; un cinquième, sur la. 
vie et les œuvres de Chatterton. 

ICn 1803, le poète Wordsworth faisait à Scott une mémo- 
rable visite, au moment où il comi'osait 1 lie Lay of tlu 
Last Minstrcl ; les deux bardes allaient ensemble exami- 
ner les ruines historiques des abbayes de Melrose et de 
Kosslyn, Parmi les paysans, le nom seul de Scott opérait 
comme un charme ; c'était à qui leur rendrait le plus de 
civilités ; le barde de Windermere, Wordsworth, était 
enchanté de kiir réception partout où ils se montraient. 



|53r 



LAY OF THE LAST MINSTKEL. 

2o. Dans le Lay of the Last Miustrel, la balladt grandit, 
prend la forme de l'épopée. Lf^ poèt m^-t dans la bouche 



'mmmimmmmu'miiim 



ESQUISSliS 



373 



du derniiT des Mén^strils qui aurait existé «n 1G90, un 
chant ou plutôt une série de chants d'une incomi)arabl'- 
harmonie — d'une variété presque fastueuse. Le harpist" 
cassé et i rrant, tout en fredonnant des lais d'amour et d^ 
guerre, invoque la nature entière, les génies des bois, des 
fleurs, des montagnes, pour lui aider à célébrer les prou- 
esses des chevaliers anciens — les combats journaliers que 
les Ecossais, livraient aux Anglais, sur la frontière des 
dtux pays — le liordcr iK.<aYfarc sur ce qu'ils appell^-nt 
debaiable land. Ce mélange de mœurs pastorales et guer- 
rières prêtait beaucoup à la poésie lyrique. Les événe- 
nements chantés sont présumés avoir eu lieu vers 155O, 
et couvrent l'espace de trois jours et trois nuits. Lepoëme 
consiste en six chants. Il serait difficile de dire lequel est 
le plus beau ; plusieurs des vers sont passés dans la langue 
à l'état de citations et de proverbes. Le dernier chant s'ou- 
vre avec l'élan de patriotisme bien connu : 

" HrL'utlii'3 flion' tln' iii.iii, with soûl so Jeail, 
Wlio iii'vpr ti> liiiiisi'lf liiitii saiii 
TliiM id my owii, my ii.itivi' luiid ! 



(I (.'aloiloriia I »tirii and wild. 

Mi'ct nurse for a poitii,' rliild ! 

Ijiiiid of t)ro\vii hcMtli uiid Bliaytry wood, 

Ijiiiid of tlie iiiouiitiiiii iiiid tlic tlood, 

I.iiikI ofiiiy siri'S ! wlmt mortid liuiid 

('au c'cr uiitic tlii' Kliul liaiid, 

That knits me to tliy nit{K;'d strand ! 

Oui serait insensible à l'harmonie de ces stances! 

La scène se passe en grande partie au château des ducs 
de Buccleugh — Brankholm Hall. Le jeune fils, l'héritier du 
duc est entraîné dans la forêt, par un malicieux page qui 
fait de son mieux pour égarer le noble et courageux 
enfant — lequel est saisi par des ennemis. Plus tard, l'affreux 
page met de côté ses déguisements »-t se trouve être un 
sorcier célèbre — Sir Michael Scott. IVi/Iiam Delorainc et 
Margaret — voilà encore de ces délicieuses créations du 
génie de Scott qui resteront. Le Lay, avec se^ allures 
épiques ouvrit une ère nouvelle dans la littérature anglaise. 
Le Parnasse anglais réclama un poète — un grand poète 
de plus. Les grands de l'Ecosse, lord Melville, et autres. 



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SIK WALTER SCOTT 



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enchantes du talent de leur compatriote, lui appîanirent 
les voies à la fortune et h l'indépendance, en le nommant 
Greffier des Sessions a^'ec un traitement annuel de ;C'Soo : 
la fontaine d'IIippocrène était devenue un Pactole. 

MAR.MION, A TALE OF FLODDEN IIELD. 

Parmi les hommes de guerre qui, en.ioGG, suivirent le 
Bâtard de Normandie, à la conquête de l'^Vngleterrc, 
l'histoire nomme un seigneur fort distingué, Robert de 
Marmion, sieur de Fontenaye, en Normandie. Le roi Guil- 
laume le recompensa en lui octroyant le château et la ville 
de Tamv.orth et le manoir de Scrivelby, dans le Lincoln- 
shire. 

La f:imille, après quatre générations, s'éteignit en la 
personne de Philippe do Marmion, sous le règne d'PÀlouard 
L Si le héros du poème de Scott, est un persoimage imagi- 
naire, le nom et la famille de Marmion ne le sont donc 
pas ; et en associant au titre du poème le nom de Flodden, 
le barde, par un mot, signale l'époque où vivait son héros. 
Scott iie pouvait choisir un sujet plus épique que la désas- 
treuse journée de Flodden, où la ilcur de la noblesse 
d'Ecosse avait succombé en combattant autour de son 
héroïque, mais trop galant souverain Jacques IV, lui 
aussi, victime de sa téméraire ardeur. Flodden retraçait à 
l'Ecossais, une époque héroïque bien que malheureuse ; à 
l'Anglais, une fameuse victoire au temps d'Henri VIII ; 
c'était de plus, une ère reculée où la féodalité brillait d'un 
vif, mais dernier, éclat. Le talent de Scott a toujours 
excellé dans ses ma'^nifiques peintures, ses dramatiques 
étalages des siècles féodaux, leurs tournois, leurs donjons, 
les nobles dames, etc., de ces temps. Il y avait encore des 
lueurs de féodalité expirante en 15 13, en Ecosse. Le sujet 
était bien choisi, plein d'actualité pour les deux grandes 
nations auxquelles s'adressait le poème. Scott était siîr 
d'avoir des lecteurs des deux côtés de la Tweed : il ne 
faut donc \ as s'étonner, si aux yeux d'un grand nombre 



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375 



Mafin'w>i,^.o\i eonsidcrc, comme le chef-d'œuvre de Scott. 
La scène s'ouvre en août, et se clôt le 9 sept. 15 13, le 
jour de la terrible bataille de Flodden l'icld. Marmioii, 
comme son prédécesseur The Lay of tJic hist Minstrcl, com- 
prend six chants : lo. The Castîc ; 20. The Couvent ; 00. 
The Ilostel or Iiin ; 4o. The Camp ; ôo. The Court ; »io. 
The Inittle. Chaque chaut est précédé d une introduction 
en vers ou dédicace à quelques-uns de ses amis : William 
Stewart Rose ; Revd James Marriott ; William r>sl>:ine, 
célèbre juL^e, mort en 1822 ; James Skene ; George EUi.'--, 
et Richard llcber. 

Lord Marmîon est un valeureux j^uerricr et un ^n-and 
seigneur de la cour d'Henri VIII d'Ansrleterre, qui va en 
Ecosse, comme l'envoyé du souverain anglais à Jacques 
IV, roi de l'Ecosse. Le (îer capitaine voyage avec une 
suite imposante, mais convenable à un seigneur de son 
importance. L'arrivée et la réception du haut et puissant 
seigneur Marmion, à la forteresse de Norham, sur les con- 
fins de l'Angleterre : sa réception aolenelle surtout, au 
pont-lévis du donjon, avec toute la pompe féodale du 
temps ; puis, son dépari pour Ilolyrood, après avoir accepté 
de Sir Ileron Ford, les services d'un pèlerin connue 
guide dans les montagnes de l'Ecosse, tels sont quelques- 
uns des incidents les plus marquants du premier chant. 
Sir Héron, tout en lui faisant les compliments d'usage, 
s'enquiert d'un ton moqueur, de ce qui est advenu à ce 
beau jeune page au teint rose, qui naguère lui servait a 
boire, laissant planer un soupçon injurieux sur le sexe de 
réchanson (le beau page apparaîtra bientôt sous un aspect 
bien moins gai). Marmion répond qu'il est malade à 
Lindisfarne et relance le trait en s'enquérant de Sir Hé- 
ron Ford, si l'absence de la charmante Lady Ford est due 
à quelque lointain pèlerinage entrepris de sa part pour 
œuvre pie. Sir Héron réplique avec un calme simulé, que 
la blanche comtesse est en promenade et charme en ce 






376 



SIR WALTER SCOTT 




i* 











moment les loisirs de la reine Mar^aret, . à Holyrood, 
mieux eût valu dire, du roi. 

Le second chant, T/ic Couvent, s'annonce avec une bril- 
lante description d'un navire, sur le tîllac duquel on dis- 
tingue la mère abbesse de Saint Hilda qui, avec cinq reli- 
gieuses de son ordre, se met en route pour aborder à une 
abbaye voisine, où doit se faire le procès d'une des sœurs 
pour oubli de ses vœux et s'être enfuie du cloître, à la suite 
d'un grand seigneur, qu'elle accompagna, déguisée en page : 
Constance de Beverly, le beau jeune page de Lord Mar- 
mion. Ce dernier a la bassesse de trahir son infortunée 
amante, qu'il délaissa plus tard pour épouser une riche et 
noble héritière, Clara de t)lare. Henri VIII d'Angleterre 
qui n'entendait pas badinage à l'article- des femmes, avait 
lui-même promis à son favori. Lord Marmion, la belle Clara, 
qui avait un amant nommé De Wilton. Constance de 
Beverly, l'ex-nonne, devient si furieusement amoureuse de 
Lord Marmion, qu'elle sacrifie tout à ses caprices — chas- 
teté, honneur, et couvent même. Pour l'aider à perdre 
De Wilton dans l'esprit du roi, elle forge des let'res, de 
nature à le faire passer pour un conspirateur. Plus tard, 
Marmion défie De Wilton, le blesse à mort, comme il 
croit ; De Wilton est considéré comme parmi les trépassés. 
La pauvre et coupable Constance reprise par l'ordre 
du roi, et renvoyée à son couvent, subit son procès devant le 
chapitre ; elle est claquemurée dans le donjon d'un monas- 
tère, jusqu'à ce que mort s'ensuive, par le supplice de la faim. 
Clara, plutôt que d'épouser l'assassin de son amant, cherche 
asile dans un cloître. Voyons le troisième chant : Lord 
Marmion se met en route vers l'Ecosse, avec sa suite et 
"son pèlerin aux étranges allures" pour guide. Ayant été 
contraint de chercher abri dans une grande hôtellerie, il 
supplie son écuyer, Fitz-Eustachc, de lui chanter une 
romance pour le distraire de ses sombres pen.sées. Ce der- 
nier entonne un lai ancien où sont vivement retracées les 
punitions réservées aux amants infidèles. Puis il demande 



ESQUISSES 



377 



à riiôtellier de le désennuyer par quelque récit. Ce dernier 
lui raconte les merveilleuses aventures du roi d'Ecosse, 
lorsque Haco, roi de Norvcg^e, fît, en 1263, une descente 
sur les côtes de l'Ayrshire ; ses luttes avec des soiciers 
dans les sombres caveaux du donjon de Lord Giffbrd. 
Ces chants et ces récits portent tellement le irouble dans 
l'esprit du seigneur Marmion, qu'il va faire seller en secret 
son cheval pendant la nuit, pour aller explorer un des 
endroits désignés» par l'hôtelier ; plus tard, il revient à 
demi-mort de fatigue et d'effroi ; persiste à garder un 
mystérieux silence sur les évèmments de cette nuit ; sur 
l'ennemi qui l'a assailli. 

Le quatrième chant est consacré à décrire la continua- 
tion du voyage du seigneur Marmion vers l'Ecosse et sa 
rencontre avec Sir David Lindsay, illustre personnage à 
la cour d'Ecosse, chargé de la part de Jacques IV, d'es- 
corter le puissant seigneur anglais : tous deux s'arrêtent à 
Crichtoun Castle, vieux château à neuf milles d'Edimbourg. 
Le barde introduit ici plusieurs chants lyrique^, de ravis- 
santes descriptions des paysages environnants, ainsi que le 
spectacle des guerriers écossais à leur camp, près d'Edim- 
bourg. Le cinquième chant nous exhibe Holyrood, le 
vieux palais des Stuart. Là, le roi Jacques IV, ivre d'amour 
pour la séduisante Lady Héron, y reçoit royalement l'en- 
voyé de Henri VIII ; mais sans vouloir écouter les conseils 
de paix qui lui sont offerts, et prépare un somptueux ban- 
quet, où s'étale dans tout l'éclat de la jeunesse,* cette 
syrène si dangereuse à la gloire de l'Ecosse, Lady Héron. 
La belle anglaise chante, à la demaii'le de son royal 
amant, la ballade si connue de " Lochinvar." 

0, ynuntç Looliiiiv.ir is i-nmi- ont of tlio wi'st. 

ïiiroiigh iiU thf wiiii' 1! ivliT his Hti'od waM tlii^ licst, 

Aiul savo liifl ({oiiil bruml •'wonl, ho wiMpoiis, liiid iioiu' , 

llo iniii' fiU uniiniii'il, ami lu' rixlo ail alniu', 

So faithful in love, a.iul ao dauiitlciis m war, 

TluTu iiovor \va8 kiiij/lit liko tlio youiiî^ liOcUiiivur, Ac 

Toute cette scène est ravissante, poétique à l'extrême, 
ainsi que le dialogue du vieux Douglas, le féroce comte 
d'Angus. Cette enivrante fanta^-magorie sera de courte 



378 



SIR WALTER SCOTT 



■1' ± 




durée, car le lendemain, au point du jour,raraiée se mettra 
en marche. L'abbesse de sainte Hilda et ses religieuses repa- 
raissent sur la scène : le navire anglais qui les reportait à 
leur cloître est pris par un vaisseau de guerre écossais ; 
mais le roi Jacques IV désirant être indulgent envers les 
saintes filles, se décide à les renvoyer au roi d'Angleterre, 
sous l'escorte de Lord Marmion, le persécuteur implacable 
de Constance de Beverley et l'amant désappointé, mais non 
rebutté, de Clara de Clare. La fortune, en»lui livrant cette 
dernière, ne pouvait mieux servir ses desseins. Voici que' 
l'intrigue se complique. La pauvre abbesse conçoit un 
projeltd'isespéré pour se soustraire aux mains du puissant 
seigneur, avec le secours du guide de Marmion, le mysté- 
rieux pèlerin. Ici, Scott accumule plusieurs incidents sur- 
naturels, entre autres la singulière prédiction que les histo- 
riens mentionnent de la mort, ce jour môme, du roi Jac- 
ques IV, au milieu de ses nobles les plus illustres, les plus 
dévoués, à Flodden. 

Marmion, renvoie de force i'abbesse de sainte Milda et 
ses recluses, à s^n couvent, mais la belle Clara de Clare, 
l'opulente héritière que l'abbesse veut aggréger à son ordre. 
Lord Marmion la retient et la fait escorter au château de 
Tantallon possédé par son pavent, à elle, Lord Fitz-Clare, 
dans l'espoir que le temps vaincra ses répugnances. Puis, 
la guerre entre Henri VIII et Jacques se poursuit avec 
acharneme. t, L»* fortune qui d'abord s'était rangée sous 
les étendards du prince écossa s, le laisse quand il s'oublie 
lui-même et qu'il consume un temps précieux à faire 
l'amour à la séduisante anglaise, Lady Héron. Les provi- 
sions commencent à manquer à son armée, qui est forcée 
de se débander et de le quitter. 

Le sixième et dernier chant, Tûv Battlc, s'ouvre par 
une de ces divines silhouettes de femmes, que Scott sait 
tracer de main de maître — pures comme un rayon de l'au- 
rore — aiiiKintes comme Juliette, malheureuses comme 
Desdemone. Clara de Clare ayant mis de côté ses habits 



ESQUISSES 



379 



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de recluse, erre, pâle, mais belle comme aux anciens jours, 
sous les voûtes de la solitaire forteresse de Tantallon, par- 
tagée entre sa haine contre son persécuteur, Marmion et 
ses regrets pour son malheureux amant, De Wilton,qu'elle 
croit mort de la blessure reçue des mains du seigneur 
anglais. En détournant l'angle du château, ô surprise, 
l'ombre de Wilton, ou mieux son amant lui-même, se jette 
à ses genoux ; lui raconte toute son histoire et com- 
ment il est parvenu à force de déguisements jusqu'à elle, 
sous l'habit de pèlerin. Le mystérieux guide de Marmion, 
c'est lui. De Wilton. Il est perdu, si on le reconnaît ; mais 
il espère en Dieu, en son innocence et dans le combat qui 
va dans quelques heures se livrer, où le sort de 
l'Ecosse sera décidé et où il doit prendre part, comme 
preux chevalier anglais et prouver son dévouement à 
Henri VIII. Cependant tout s'agite, tout se meut. Lord 
Marmion, caracolle sur son fier coursier, vers le lieu du 
combat, après avoir défié le farouche Douglas, et ordonne 
que Lady Clare le suive, pour être témoin de ses exploits. 
La mêlée devient épouvantable : les anglais mieux armés, 
plus nombreux, combattent avec une rare valeur ; les 
bouillants Montagnards, se battent avec la rage du déses- 
poir, ; des monceaux de morts, de mourants jonchent le 
sol ; Il fleur de l.i noblesse succombe avec son héroïque 
prince Jacques IV. Marmion, entraîné [)ar sa martiale 
ardeur et voyant les siens victorieu>f veut se signaler par 
un effort suprême, mais il tombe percé, écra.-é de coups ; 
et les malédictions de Constance, la pauvre Constance de 
Beverly, claquemurée, mourante, dans son sombre donjon, 
se réalisent. 

Prêt à fermer les yeux à jamai.s h la lumière, il demande 
à grands cris, quelques gouttes d'eau pour étancher la soif 
qui le dévore. Clara, oubliant son ressentiment, accourt, et 
avec le casque du guerrier, elle puise pour lui l'onde d'une 
fontaine voisine, se fait connaître, et lui annonce le sort de 
sa malheureuse victime. Constance, qu'il croyait encore 



38o 



SIR WALTER SCOTT 






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vivante ; puis, le héros dans le délire, brandissant son 
épée, encourage ses victorieux soldats, par les mots bien 
connus : 

" Charge, Chester, charge ! On, Stanley, on ! 

VVere the last words of Marmion." 

Clara qui n'avait pas fait de vœux, épouse De Wilton. 
Tout ce chant est d'une beauté remarquable ; c'est comme 
œuvre descriptive, un des morceaux les plus achevés 
de la langue anglaise. Jamais le génie de Scott n'a plané 
à une plus grande hauteur. 

Aux pages précédentes, nous avons brièvement passé 
en revue trois des œuvres poétiques de Walter Scott, c'est- 
à-dire, trois des immortels poëmes dont s'honorent la lan- 
gue de Milton et de Shakespeare ; d'abord, le Border 
Minstrclsy, les plus belles ballades de l'Ecosse, ensuite le 
Lay of tJie Last Minstrel, la ballade avec une draperie 
plus grandiose, des formes épiques ; et enfin Marnnoii, 
c'est-à-dire, l'épopée dans son imposante majesté. De 
tous les innombrables écrits du poète nous nous borne- 
rons à ne considérer ici que trois autres poèmes : The Lady 
of tJic Lakc, Rokeby, et The Lord of t/tc Islcs, 

THE LADV OF THE LAKi:. 

L'Ecosse avec ses montagnes, ses brumes, ses lacs, ses 
frimas, a plusieurs points de ressemblance avec notre 
Canada. Sans avoir passé par l'étape coloniale, sans avoir 
rencontré d'aussi dures épreuves que notre patrie, elle 
aussi, a eu à subir la loi du vainqueur ; on lui a enlevé son 
autonomie ; on lui a imposé des souverains qui n'étaient 
pas les siens. 

C'est surtout danr> les temps passés, où elle avait à 
Stirliiig Castle ou à Holyrood, ses rois aimés, que Scott 
a été chercher les scènes de ses drames émouvants. Quit- 
tons les champs ensanglantés de Marmion, pour parcourir 
les sentiers de la montagne : les bruyères parfumées de la 
Calédonie, nous redonnant encore une forêt enchantée, des 



ESQUISSES 



381 



fées, des paladins ; les mystères sont autres, le magicien 
est le même. 

Le Lady of thcLakc, comme son prédécesseur, aura six 
chants: lo. The Chase; 2o. The Island ; 3o. The Gathcring \ 
4o. TJie Prophecy ; 5o. The Combat ; 60. The Guard Rooni. 

Une des régions les mieux connues, les plus pittoresques 
de l'Ecosse, où affluent chaque été des essaims de touristes, 
possède un lac, aux îles solitaires, le gracieux Lock Katrhte ; 
des défilés escarpés, nommés Trossachs, y conduisent. Les 
Monts Grampian dans le voisinage complètent le tableau. 
Levons le rideau. Invoquons avec le barde, la Lyre du 
'^orà. "Harp of the Nortk.'' Y Q\c\ d'abord un tableau de 
chasse, avec ses incidents, ses péripéties, d'une beauté 
fra,ppante. Il faut avoir été chasseur, comme Scott, pour 
décrire avec une aussi saisissante vérité, cette série de ravis- 
santes émotions que vous donne la chasse au cerf. Il y a 
plus ici. Ces pics inaccessibles, ces impratiquables savan- 
nés où l'animal.de guerre lasse, s'embusque dans les High- 
laiids, ne vous reportent-ils pas à votre Canada, vous qui 
dans votre jeunesse, avez été chasseur ? 

Il nous semble être sur la crête des Laurentides, que 
sais-je, "aux jardins", en aval de la Baie St-Paul, bien loin 
dans le grand, nord, suivant la piste du prince des veneurs 
de la Côte de Beaupré, Olivier Cauchon, ou de l'indien 
Sioui, le légendaire chasseur du Lac St-Charles, ou en 
compagnie du Col. Rhodes, notre voisin à Sillery. Le 
Nemrod écossais, ent''aîné par son ardeur, s'égare à la 
poursuite d'un cerf, laisse en arrière tous ses compagnons, 
taxe trop les forces de sa noble monture, qui se blesse, 
s'épuise et tombe haletante au fond d'un ravin, pour ne 
plus se relever ; le chasseur :','arrôtc, contemple tristement 
sa fière cavale ; son œil se mouille d'une larme, mais le 
mal est sans remède. 

Il se met en marche pour retracer ses pas, mais en vain. 
il s'égare de plus en plus dans les sentiers de la forêt, 
sonne de la cornemuse, appelle ses compagnons. Dans le 



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382 



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lointain, une voix lui répond. Il arrive bientôt sur les rives 
d'un pittoresque lac, —Loch Katrine ; là, il aperçoit, près 
du bord, une légère nacelle, conduite par une jeune fille, 
belle comme le jour, et qui semble manier l'aviron avec une 
dextérité peu commune. Il interroge la pastourelle dont le 
nom est Jlllcn. Celle-ci, ne manifeste aucune surprise en 
le voyant, lui dit qu'elle le conduira à la demeure de son 
père qui habite l'île en face ; qu'il est sans doute l'étranger 
dont la venue lui avait été prédite, ce malin-là même, par 
le vieillard Allan-lnific, clairvoyant de la montagne, doué 
de la " seconde vue." Le beau chasseur se montre docile 
comme un agneau ; bientôt l'esquif touche à la plage de 
l'île. Malgré la simplicité qui règne dans !a demeure 
d'Ellen, le chasseur y remarque des indices qui le portent 
à croire que le père d'Ellen est loin d'appartenir à la classe 
où sa pauvreté paraît le reléguer : de vieilles armes d'un 
fini admirable, d'un poids énorme, garnissent les murs, 
de la chaumière. Celui qui les a portées a dû avoir la force 
d'un athlète. 

Le jeune chasseur qui se dit appartenir à la cour du 
roi Jacques V, donne son nom : " Je suis, dit-il, James 
Fitz-James, chevalier de Snowdoun." Il ne peut quitter 
l'île que le lendemain, et passe une nuit fort agitée. Dans 
ses rêves, il lui semble voir la belle Ellen : tantôt, il mar- 
che à ses côtés dans la forêt ; tantôt, la vision change 
et la jeune fille lui apparaît sous lei traits farouches 
des Douglas, dont Bothwell, un des chef, est l'ennemi irré- 
conciliable du roi Jacques. Le chevalier de Snowdoun 
ignorait alors que le père de la ravissante Ellen était le 
redoutable Bothv.'ell, comte de Douglas, renommé dans 
toute l'Ecosse pour sa force et son sombre courage. Ellen 
se trouve avoir deux prétendants à sa main : Malcolm 
Grrcme, jeune guerrier, et Roderick Dhu, le terrible chef 
du Clan McAlpine. Enfin, pourvu d'un guide, le chevalier 
rejoint les siens. Une des plus magnifiques descriptions 
du poëme, est celle du Ficry Cross, cette croix fatidique 



Ml^ 



ESQUISSES 



;83 



rougie de sang, symbole de guerre, que nul Montagnard 
ne peut méconnaître sans encourir, à jamais, une note 
d'infamie. Cette croix, le chef la remet aux mains de 
rapides courriers qui marquent, à un endroit donne', le 
lieu de rassemblement des Clans. L'histoire cite des cir- 
constances où la mystérieuse croix passée de mains en 
mains, a parcouru jusqu'à trente-deux milles en trois 
heures. Roderick Dhu rassemble les guerriers Î^Iontagnards, 
pour faire la guerre au roi et à sa cour. Le chevalier de 
Snowdoun, malgré le danger qu'il y aurait pour lui à 
péuétrer une seconde fois dans les Hig/ilaiids, où Roderick 
Dhu règne en souverain et en fait garder tous les sentiers 
par ses hordes féroces, tourmenté d'amour, s'aventure 
auprès d'Ellen. Cette dernière lui annonce ciairemcnt qu'il 
y va de sa vie : que personne ne saurait pénétrer par le^ 
défilés, sans tomber aux mains des Montagnards de Rode- 
rick Dhu. James Fitz-Jamcs répond fièrement, qu'avec sa 
fidèle épée à son côté, il ne craint homme qui vive ; puis, 
il demande à la belle bergère d'accepter un jonc qu'il lui 
remet, lui disant, que si jamais elle est en péril imminent, 
d'envoyer ce jonc au palais et de réclamer la protection 
du chevalier de Snowdoun. ruis,Fitz-James retrace ses pas. 

Le chevalier, chemin faisant, fait la connaissance d'une 
espèce de sorcière, à laquelle il rend service. Sans le con- 
naître elle lui fait une prédiction qui lui servira plus tard. 
A quelques pas de là il rencontre un montagnard d'une 
stature colossale ; il le questionne sur ia révolte de Rode- 
rick Dhu et lui parle sans ménagement de la conduite de 
ce chef de Clan. 

Le montagnard, qui s'était offert île lui servir de guide 
jusqu'au dernier défilé de la forêt, s'irrite des libres propos 
de James Fitz-James ; il est sur le point de lui livrer 
combat, mais se rappelant sa promesse de le conduire 
sain et sauf au défilé en question, il se calme. Bientôt, à 
un signal donné de la part de son guide, le chevalier est 
surpris de voir chaque taillis retentir des cris de guerriers. 






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384 



SIR WALTER SCOTT 



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Des épécs etincelantes surgissent dans chaque buisson. 
Le guide le rassure tout en s'écriant : "Eh bien, Roderick 
Dhu, c'est moi ; je t'ai donné ma parole de te conduire 
en sûreté, jusqu'au dernier défilé de la forêt, je remplirai 
ma promesse." Le chevalier, après les propos cavaliers 
qu'il a tenus à Roderick Dhu sans le connaître, s'attend 
qu'arrivé au susdit défilé, ce dernier va le défier au com- 
bat. Il ne se trompe pas. Fort de sa rare habileté à ma- 
nier l'épée et rassuré par la prophétie de la sorcière, il 
essaie d'éluder une lutte ; mais en vain, le farouche chef 
de Clan lui commande de tirer son épée et de se mettre 
en ^arde ; de suite. Roderick Dhu, malgré sa force mer- 
veilleuse, ne peut blesser son adversaire, une des plus fines 
lames de l'Ecosse. Le chevalier, au contraire le blesse réi- 
térénient, puis le désarme. Le montagnard par un effort 
suprcme,étreint son ennemi et essaiede l'ctouffer.Ils tombent 
tous deux par terre et Roderick Dhu essaie de percer le 
chevalier avec un poignard dont la lame mal saisie, vole 
au loin. Aftaibli par la perte du sang, Roderick Dhu est 
prêt à succomber ; le chevalier se dégage de lui, sonne de 
la cornemuse et les compagnons de Fitz-James arrivant 
à cet instant, entraînent Roderick Dhu de vive force avec 
eux, à la suite du chevalier. Au dernier chant, tout 
s'éclaircit. 

Le roi d'Ecosse Jacques V., souverain débonnaire, et 
tellement aimé de son peuple que le vu'gaire l'a surnommé 
''Kiiig of thc Conuiions,'' avait fixé ce jour pour récréer le 
public par des luttes de force et de jeux athlétiques. Le 
vieil athlète Douglas, bien que disgracié à la cour, ne put 
résister au plaisir de se mêler, déguisé parmi la foule. II 
était suivi de ses chiens, et parmi ces derniers était Lufra, 
l'ami, le gardien de sa fille, EUen. Les jeux allaient se ter- 
miner, lorsqu'un seigneur de Ja cour entreprit de lâcher 
un beau cerf, afin que les pages et les grands seigneurs 
pussent le chasser. C'était à qui le prendrait. Lufra, 
docile à ses instincts, s'élance à la poursuite de l'animal et 



ESQUISSES 



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lui enfonce ses dents dans le flanc. Les grands, de se* 
récrier ; on frappe, on veut assommer le malencontreux 
Lufra. Douglas, qui aimait passionnément ce chien, acco\irt. 
Le peuple qui avait toujours éjjrouvé de l'admiration pour 
la force du comte, même après sa disgrâce, l'acclame. 
"Arrière, manants ! " s'écria le vieillarci courroucé, et du 
premier coup, il fait mordre la poussière à un page qui 
venait de frapper son chien. Tout est tumulte à l'instant. 
Le peuple s'ameute, veut prendre la part du vieillard. Le 
roi s'irrite, en apprenant que le comte de Douglas, dcjfà 
disgracié, est la cause de l'émeute ; il se répand en mena-« 
ces ; Ses gardes l'ont une charge sur la populace et 
entraînent le vieux guerrier prisonnier à un corps de garde 
voisin. VAlen Douglas, informée de ce triste incident, se 
fait conduire au corps de garde. Toute cette scène est d'une 
rare beauté. Elleîi y trouve Roderick Dhu presque 
mourant, et son amant Malcolm Gramme, arrêté comme 
partisan du chef révolté. Dans ses alarmes, pour sauver 
les jours de son vieux père, qu'elle pense perdu à jamais, elle 
seressouvient deson jonc et demande à grands cris qu'on la 
conduise au chevalier de .Snowdoun, pour le prier d'implo- 
rer pour elle, la clémence du roi qu'elle ne connaissait pas. 
L(; chevalier de Snowdoun, instruit de sa présence au 
palais, reprend son costume de chasseur, qu'il avait lors 
de sa visite aux Ilighlands, reçoit respectueusement la 
belle Ellen, qui lui exhibe son jonc et lui rappelle sa pro- 
messe. Le chevalier lui promet une entrevue avec le roi , 
Puis, le lecteur retrouve une de ces magnifiques scènes de 
cour où excelle le pinceau de Scott : on introduit Ellen, 
qui éblouie de tant de faste, se réfugie, tremblante, près du- 
chevalier de Snowdoun. I^ientôt, à la vue du beau et 
galant roi, Jacques V.. toutes les dames de la cour 
et les grands seigneurs se découvrent ; le seul cpii ne se 
découvre pas, c'est le beau chevalier de Snowdoun, — le roi 
d'Ecosse. Le roi reprend son jonc, donne un baiser res- 



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SIR WALTF.R SCOTT 



pectueux à sa ravissante amie des Highlands — lui accorde 
la grâce de son père et de son ani 'nt, Malcolni Grieme. 

ROKKllV. 

Disons, pour le moment, adieu, aux bruyères odorantes 
•de la Calédonio. 

L'ouest de l'AniTUiterre,. le Vorkshirc, contenait le cristcl 
d'un des amis intimes de Scott, — Rokeby Park, le superbe 
domaine de J. !>. S. Morritt. Arrosé par les gracieuses 
rivières Grcta et Tees, le site ;i, je ne sais quoi de sauvage, 
d'imposant. Le château actuel a été érigé sur les ruines 
•<j^un antique donjon féodal, datrmt de l'ète Normande, 
vers 1066. Aux jours de son premier possesseur, le l'>aron 
de l'okeby, il y avait là une soli.ie tour — Mortham Tower. 
Ces vieux murs délabrés se hérisseront, plus tard, d'in- 
nombrables chroniques de guerre, de cruauté féodale, de 
noires vengeances. l'>lle avait été, cette tour incendiée, 
rasée, rebâtie pendant et après les guerres civiles. Plus 
tard, en 1644, un de ses châtelains, pour avoir dan? son 
dévouement, épousé la cause de Charles I, contre Cromwell, 
après la sanglante journée de Marston-Moor, si désastreu- 
ses aux intérêts du roi, subit d'incroyables revers. 

Dans le voisinage, gisaient les tourelles menaçantes du 
majestueux château ou forteresse des P)aliol, — Baniard 
Castlc — construit par Barnard Paliol, l'ancêtre de l'éphé- 
mère dynastie des Baliol, qui donna des souverains à 
l'Ecosse. 

Ceci, c'est de l'histoire ; voyons le roman. 

Un sombre drame enveloppait de ses ombres mys- 
térieuses, les grottes et les vallées de la rivière Greta et de 
sa murmurante sœur, la Tee.s. La fille, — d'autres disent 
l'épouse — jeune et jolie, d'un des seigneurs de Rokeby, 
avait été trouvée sur la voie publique, près de Barnard 
Castle, baignante dans son sang. Qui était l'assassin ^ 

Les légendes populaires y apportaient leur contingent 
obligé *' de blancs lantômes, de spectres funèbres " pen- 



II': 



ESQUISSLS 



387 



mys- 
et de 
disent 
keby, 
■iiard 



pen- 



dant le silence des nuits. Ajoutez aux splendeurs du 
paysage naturel, les plantations d'arbres et les ornements 
dus au goût du riche propriétaire ; illuminez le tout du 
sourire bienveill.^nt d'un ancien ami et vous trouverez, 
dans Ro/v'cbj, plus de matériaux qu'il n'en faut pour (|ue le 
grand magicien sache en évoquer une de ces féeriques 
visions poéticjues qui ravssaient les contoni[)orains de 
Scott : un pocrne mélodieux, en six chants, qu'il dédiera à 
J. H. S. Morritt, le dernier jour de l'an 1S12. 

La scène est présumée commencer cpielqucs jours a[)rè-^ 
le 3 Juillet 1644 ; la fortune venait de se déclarer contre 
Charles I, à Marston-Moor. Paiini les prisonniers, se tro<l- 
vait !c baron de Rokeby ; sa fill-^*, Mathildn, restait on 
posse^sio!! (le son castel. Le château voi>iii Moytlun)i 
T(ru<n% était également veuf de son noble et très riche 
propriétaire Philip de Mortham. Il avait, (lisait-on. disparu 
du champ de bataille : on le disait mort. Son plus proche 
héritier se nonimait Oswald \Vycliffe. Or, Oswald, i)Our 
s'emparer de cet héritage, avait commissionné un ancien 
corsaire, son ami, ayant nom l^ertram de Risingham, de 
tuer son parent l'hilip de iMortham. Le salaire du crime 
devait être pour Bertram, le partage d'un certain trésor 
enfoui dans les voi'ites du castel, provenant du sac de 
certaines îles espagnoles, pendant la guerre de 1625. 

Oswald Wycliffe a un fds, Willrid, lequel est fort amou- 
reux de sa belle voisine Matilda Rokeby. Cette dernière 
lui préfère un valeureux jeune homme du nom de Red- 
mond qui a sauvé la vie à son père, le Baron de Rokeby. 
Wilfrid n'en continue pas moins ses avances. Osv/ald 
Wycliffe, que le trioniphe de Croin\\i;H rcnt\ tout-puissant, 
veut couronner ses projets ambitieux, en forçant Matilda 
d'épouser son fils Wilfrid par des menaces. Fort de sa 
position avec l'autorité, il laisse entrevoir à Matilda, la 
mort prochaine de son père, à elle, — si elle refuse la main 
de Wilfrid. Puis vient un tableau fort animé : le combat 
et l'incendie de Rokeby Castlc par une bande de forcenés 




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388 



SIk WAI/IKK SCOTT 



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p. 









que le féroce Hertram, à la faveur de la guerre civile, y 
introduit pour en enlever le trésor de Philip de Morthatn. 
Les stratagèmes dont Hertram se sert pour pénétrer dans 
cotte place forte, donnent au {)octc occasion d'extraire de 
l'incpuisablf mine de son imai;ination de beaux diamants 
poétiques, d'oxluimer de touchantes ballades, îles lais des 
anciens jours. 

Une foule de dramatiques incidents se groupent dans le 
sixième chant. La mort inatteuilue de VVilfrid déjoue les 
projets an\bitieux d'Oswaid WyciitTe, son père. Matilda, 
rendue à la liberté, épouse Redmond, qui se trouve être 
un jeune noble que l'on avait cru lîiort. et le Haron de 
Rotceby n'est ni pendu, ni écartelé. 

Avant même que Rokchy fût commencé, les libraires 
avaient offert à Scott i.ooo guinées pour le droit d'au- 
teur de ce poème. Scott qui avait grand besoin de numé- 
raire, pour continuer les travaux qu'il méditait à i\bbots- 
ford, accepta. Ce qui donna lieu à un petit scandale litté- 
raire, dénoncé par Byron et Tom Moorc : le premier, dans 
sa sanglante satyre, ''liiiglish Fmnis ê/ Scotch Rcvici^'crs ; " 
le second, dans le ''Tivo Potiiy Post Bag!' 

A vrai dirf, Scott n'avait pas droit d'escomoterjd'avancc 
siMi avenir littéraire, Scott répliqua que cela le regardait 
seul, et qu'il avait droit d'accep er ou de refuser une offre 
avanta;,3eustj pour les travaux de sa plume. 

Dans Rokchy, ce n'était plu-; wwk scène du pays natal 
retracée avec art, la voix inspirée du barde national célé- 
brant les fistes de l'Kcosse, mais un ravissant paysage 
anglais, une intrigue anglaise habilement ourdie. Malgré 
ses nombreuses beautés, le poëme ajouta peu à la vaste 
renommée de Scott en l'Lcosse. Morrit, dont le château se 
Irouv.ut. iminortalisé, au contraire, prôna partout le nou- 
veau lai, alléguant que c'était le chef-d'œuvre du barde 
d'Abbostford ; c'était tout au plus une perle ajoutée 
à la couronne qui ceignait le front de l'illustre poète. 



KSQUISSES 



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TIIK I.ORI) Ol TIIK ISLKS. 

Le voyage entrepris par Scott, aux IlébriLles, en 1S14, 
lui ouvrit de nouveaux hori/.ons littéraires, 11 y trouva L-s 
personnages pour un de ses njinan.s les plus lus — '/V/t J^irafi 
— aussi bien que [)our un poënie épique en six chants, 
publié le iiS janvier 1.8 15. C'est encore en faisant vibrer 
fortement la corde de !a nationalité que nous verrons 
triompher son rare talent. 

Qui veut remuer la fibre d'un Montagnard d'I'A:osse n'a 
qu'à prononcer le nom de Uruce, l'héroïque Hruce qui 
vivait au quatorzième siècle, roi détrôné par l'Angleteiro, 
puis reconquérant le trône par sa vaillance ; Jîruce, le 
" Royal Bruce," qui par sa force ressemblait à Milon de 
Crotone, à lUchard Cœur-de-Lion. par son courage impé- 
tueux, à Henri IV de France, par sa générosité, sa galan- 
terie, à Charles XII de Suède, par sa persévérance, se-^ 
revers, ses succès. Un guerrier qui, secondé par un seul 
combattant, met au ilcfi et assomme à la fois cinq assail- 
lants bien armés, aux )'eux d'un Montagnard d'E:ossc est 
un héros accompli, Tene/.-vous-le pour dit, aucun fait 
d'armes, dans toute l'histoire de la Calédonic, i>'e>t plus 
cher à un l'xossais, cjue la bataille de Bannockburn, qui, 
!e 23 juin 13 14, après trois sanglantes défaites, rendait à 
Robert Bruce, le trône de l'Ecosse et aux Ecossais, leur 
liberté. Bien que Bruce soit !a figure dominante du poème, 
il n'en est pourtant pas le héros. A l'ouest de l'Ecosse, il est 
un groupe d'îles, au nombre de deux cents et plus, les 
Hébrides. Islay, la i)lus fertile, était, au treizième siècle, 
l'ancienne capitale de rarchii)el, sinon l'île la plus considé- 
rable. Là; le grand MacDonald, le souverain, y tenait sa 
cour : il se nommait T/w I.ord of ihc Islcs. 

On y voit, à ce jour, les restes du palais, et de la cha[jelle. 
Là aussi, se tenait la cour suprême de rarchi[)el ; quatorze 
juges y siégeaient avec jurisdiction en appel ; la onzième 
partie des sommes en litige allait au juge en chef. Ce 



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390 



SIR WALTER SCOTT 



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juge-là avait un intérêt direct à ne pas laisser manger en 
entier la succession par les avocats, n'est-ce pas ? 

Le récit commence au printemps de 1307, au moment 
où Bruce, chassé de ses états par l'Angleterre et par ceux 
de ses barons qui favorisaient la domination étrangère, 
revenait de l'île deRachrin, sur les côtes de l'Irlande, pour 
de nouveau faire prévaloir ses droits à la couronne 
d'Ecosse. 

Un bon nombre des incidents et des personnages du 
poëmc ont une célébrité historique. La scène s'ouvre au 
château d'Artonish, sur les côtes de l'Ecosse, puis se 
continue dans les Iles de Skye et d'Arran, pour se terminer 
à Stirling. 

Il s'agit d épousaii'.es au château d'Artonish. Le jeune 
Ronald.. Roi des Iles, Lord of thc IsLs, y vient épouser sa 
lîancée, la. belle Edith, la sœur de MacDougall, Lord of 
Loni, puissant chef de clan. On n'attend que l'arrivée du 
religieux qui doit prononcer la bétiédiction nuptiale ; tout 
à coup, le sénéchal du château vient annoncer au milieu 
du banquet, l'arrivée inattendue d'une galère portant deux 
étrangers distingués par Uur pnrt majestueux et 
leurs formes athlétiques. L'hospitalité a des tlroits invio- 
lables : lC;s deux étrangers sont admis à l.i fête et chose 
singulière, le maître des cérémonies, par un instinct qui 
paraît inexplicable et qui blesse fort les convives, leur 
assigne une place à côté du maître même du château. Qui 
donc sont les majestueux étrangers ? Les coupes circulent 
et le ménestrel du château entonne ui\ chant de victoire, 
retraçant la vaillance d^ Lord of Lorii et ime prétendue 
victoire qu'il aurait remportée dans une lutte personnelle 
avec le roi détrôné, le bouillant l^ruce. Les deux étrangers 
qui ne sont autres que Robert et son frère, Edouard 
Bruce, ne peuvent supporter plus longtem[>s un propos 
aussi mensonger, se font connaître et défient au combat 
le Lord of Loni et ses adhérents, Lorn avait contre Bruce, 
une violente animosité de famille. On veut saisir les prin- 



ESQUISSES 



391 



ces fugitifs ; le fiancé d'Edith of Lorn, Ronald, épouse le 
parti du prince malheureux et se déclare pour son roi 
légitime, ce qui irrite tellement le Lord of Lorn, qu'il 
rompt de suite l'alliance projetée avec sa sœur. La situa- 
tion était plus que sombre pour l'héroïque monarque, 
lorsque tout à coup arrive l'abbé qui devait prononcer le 
Coujungo vos. On se décide de part et d'autre à laisser au 
bon religieux à déterminer si le prince malheureux et son 
frère, seront livrés au souverain anglais. L'abbé, homme 
d'esprit autant que bon patriote, décide péremptoirement 
contre le Lord of Lorn, reconnaît Bruce pour son vrai sou- 
verain et refuse de procéder outre avec les épousailles. Le 
seigneur de Lorn et le Roi des Islcs, brouillés, se séparent. 
La situation se complique quand l'on vient dire au Lord 
of Lorn que sa sœur Edith est disparue. 

Les deux Bruce et leur page reprennent leur galère et 
côtoient les côtes de l'Ecosse. Ayant mis pied à terre, ils 
font rencontre de cinq individu? armés, à mine fort équi- 
voque : ce sont des partisans du Ljord of Lorn. Forts de 
leur nombre, ils attentent à la vie du roi et à celle de son 
frère ; le pauvre page est tué, mais la force incomparable 
des deux Bruce, leur donne la victoire sur le nombre. Les 
cinq ennemis restent sur le carreau ; I^douard Bruce 
s'aperçoit qu'ils avaient avec eux, comme prisonnier, un 
jeune homme d'une grande beauté, mais frappé de mutisme. 
Le pauvre muet change de maîtres et se fait remarquer 
par 11 noire mélancolie qui, de temps à autre, l'obsède. 

Le roi fugitif, aidé de par plusieurs zélés adhérents, 
prépare son armée, pour frapper «Je grand coup à Ban- 
nockburn. 

Parmi ceux qui rejoignent ses étendards, se trouve 
Ronald, le Roi des lies, lequel essaie d'oublier le désap- 
pointement, qu'il éprouva, de n'avoir pu épouser la r.ivis- 
santé Edith Lorn. Il réussit si bien à maîtriser sa peine de 
cœur, qu'il se décide à demaiidcr à son souverain, la main 
d'Isabel'e Bruce, la sœur du t-oi ; mais Robert lui répond 



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392 



SIR WALTER SCOTT 



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que sa sœur a renoncé au monde et qu'elle est recluse 
dans un cloître, à Ste-Bnde. Il se décide néanmoins à lui 
déclarer son amour et emploie, pour cela, le jeune page 
muet. Le jeune page y consent, mais, arrivé en présence 
d'Isabelle, il tombe comme affaissé sous le poids de la 
douleur. 

Cet incident donne lieu à un admirable dialogue. 
Puis vient la grande, la mémorable bataille de Bannock- 
burn. Bruce remonte sur le trône ; les Ecossais redevien- 
nent libres. Tout s'explique : Isabelle ayant fait des 
vœux, renonce au monde ; la belle Edith délaissée, reprend 
SCS droits ; le page muet, envoyé par Ronald en ambas- 
.~,ade auprès d'Isabelle, au couvent, c'est tout simplement 
I^dith elle-même : elle épouse l'amant de .sa jeunesse ; ils 
sont heureux. Le poète a su animer de son souffle divin 
une toule d'incidents secondaires, que le manque d'espace 
nous empêche de développer ici. En somme, si le pocme 
a quelques défauts, il a de nombreuses beautés. 

Scott est certainement un grand maître, un "savant 
{)aysagiste à la plume ", comme dirait Sainte-Beuve. 
l''crtilité d'invention, délicatesse de touche, coloris du 
style, contrastes frappant'^, situations éminemment dra- 
matiques, rien ne lui manque ; rien, que d/s-je, rien excepté 
la faculté de remuer puissamment les cours. Au moment 
où ///<• Lord of tlic Islrs paraissait, un autre binle, hélant 
des rives de la Tamise, ravissait et épouvantiit le nionda 
des lueurs de son sombre génie — Lord B\Ton. Il réunissait 
au.x rares qualités d • Scott, un do:i, une î)rérO:^ative céleste 
que Scott n'avait pas : \^ vis tragica, (\^\ empruntait ses 
accents au sinistre désespoir d'un esprit blasé, à l'âge de 
vingt-cinq ans. Byron a/iiten outre pour lui le prestige 
de la nouveauté. 

Il faut lire, dans Lockhart, les aveux cpae la renommée 
croissante du chantre d'Harold arrache au barde d'Abbots- 
ford. Le Grand Magicien du Nord a rencontré un 
Magi:ien, son égal — qui sait, p.eut-ctre plus puissant qu'il 



KSQUISSES 



393 



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qu'il 



ne l'est. Il en prend son parti avec sérénité, sans aigreur. 
N'aurait-il pas dans son domaine une mine encore plus 
précieuse que la poésie ? Une monture encore plus vigou- 
reuse que son Pégase ? Il va l'essayer ; et voilà comment 
Scott devint prosateur — romancier — le plus grand roman- 
cier que l'Europe, jusqu'alors, eût connu. 

SCOTT, ROMANCIKK, 

Nou.. avons esquissé Scott comme poète, nous allons le 
considérer comme prosateur, 

Pénétrons dans ce merveilleux bazar de curiosités litté- 
raires, les IVavcrUy Novels. Cette longue série de romans 
historiques, dont le premier parut en 1S14, fut plus tard, 
comprise en entier sous le titre de Waverfcy N'ovcls. 

Le nom de l'auteur, comme l'on sait, était inconnu du 
public ; ce ne fut qu'en 1S27, à un grand dîner que Scott 
en assuma la paternité. 

Que le barde d'Abbotsford soit devenu riche, opulent, 
grand jiropriétairc, possesseur do château, rien de bien 
étonnant en tout ceci. Chaque carrière, chaque industrie, 
a eu ses enfants gâtés ; le barreau, le négoce, la financtj 
ont tous pu compter d'heureux favoris. Mais ce qui est de 
nature à étonner, comme le remarque Ilowitt, "c'est qu'au 
moment où en Angleterre, toutes les carrières litté- 
raires semblaient encombrées, les mitcriaux poétiques 
épuisés, un jeune avoué eût pu exhumer des lianes infé- 
conds du Parnasse, avec une renommée européenne, des 
lingots du précieux métal si nombreux que le Mexique, 
le Pérou, seuls, en pourraient fouriu'r de semblables." 

Les sillons d'ordinaire si stériles de la littérature, ce 
terrain célèbre par les désasttes de ceux qui l'ont cultivé, 
avaient, en bien peu d'aimées.donné un rendement de près 
d'un demi-million de livres sterling (/^5Oo,0O0A comme 
nous le verrons plus tard. 

Pour que ie lecteur français soit en état de rendre jus- 
tice au talent transcendant de Scott comme prosateur, il 



m:^ 











394 



SIR WALTER SCOTT 



I 



lui faudra d'abord se dégager d'une prévention assez na- 
turelle. Il doit oublier que le chantre de Marmion a été 
aussi le biographe de Napoléon I. Tous les écrits de Scott 
n'ont pas le même mérite. Un des moins bons, bien qu'il 
soit aussi l'un des plus volumineux, se trouve être 
son histoire de Napoléon, en neuf volumes, imprimée en 
1S27. Cet écrit eut un double tort aux yeux de ceux qui 
hélaient d'en deçà de la Manche : il blessait la susceptibi- 
lité française, sans toujours respecter la vérité historique. 
Scott, contemporain, par cela même, ennemi de la révolu- 
tion française et du règne de la terreur, actif officier de 
volontaires écossais, ardent patriote, se sentait porté à 
haïr, plutôt qu'à admirer le "Grand Ravageur des Nations," 
celui qui en 1804, avait menacé l'Angleterre d'une des- 
cente, celui qui plus tard remua ciel et terre pour ruiner 
le commerce de la Grande Bretagne, par le blocus conti- 
nental. 

Comme ses compatriotes a Edimbourg, Scott avait subi 
et ressenti vivement les alarmes incessantes de l'époque. Il 
pouvait donc, sans le savoir, être partial, contre l'ennemi 
juré de sa patrie. D'abord la mort de Napoléon était beau- 
coup trop récente pour que l'histoire pût formuler un juge- 
ment en dernier ressort sur ses actes. Scott, l'homme uni- 
versel, l'admirateur passionné du duc de Wellington, son 
ami, ne put résister aux offres que les lords Hathurst et 
Mel ville lui firent de ui donner accès, dans les archives 
secrètes du gouvernement, à des pièces tout à fait incon- 
nues et jetant des Ilots de lumière sur plusieurs actes de 
la carrière de Napoléon et sur son séjour à Ste Hélène. 

"Une biographie détaillée du grand capitaine, par Scott 
aurait en ce moment, un succès rare en Angleterre," lui 
répétaient ses amis : les libraires lui offraient d'avance de 
vastes sommes pour son manuscrit. La vie de Napoléon lui 
rapporta ;^ 18,000 sterlg : c'en était plus qu'il n'en fallait 
pour l'engager à persévérer, lui qui, en 1826, avait juré de 



KSQUISSKS 



395 



perdre sa main droite plutôt que de ne pas payer ses cré- 
anciers par le produit de sa plume." En 1825, comme 
associé secret, il s'était trouvé enveloppé dans la banque- 
route de ses libraires : les Constable et les Ballantines. 

Après un demi-siècle de méditation, à peine sait-on 
encore à'quoi s'en tenir sur le compte de l'Ogre de Corse. 

Que le lecteur français oublie donc que Scott fût histo- 
rien, pour ne voir en lui que le plus aimable des racon- 
teurs, le créateur, le père du roman historique, mais dont 
l'école, comme celle de Chateaubriand, mourra avec son 
fondateur. Lui donnerons-nous le pas sur le prince des 
romanciers modernes, Alexandre Dumas ? Certainement, 
si l'on veut voir en Scott plus qu'un grand artiste, plus 
qu'un incomparable "paysagiste à la plume," si l'on cher- 
che en lui un moraliste aussi agréable que solide. 

Walter Scott, c-.t un de ces bardes religieux et dignes 
dont parle Virgile — (]ui ont droit à de blanches couronnes. 

" Qiiiqiit pli l'aies et Pluebo digna locn'ti 
Omnibus his nivtâ cingiintur Hniporc: vittâ. " 

Sa devise, e(jnKnt' homme, c'est l'honneur, le patriotisme, 
la magnanimité, lui v:iin chercherez-vous parmi les déli- 
cieuses créations de son génie : Flora Mcivor, Rose Brad- 
wardine, Kebecca, la belle juive, la malheureuse Lucy Ash- 
ton, Amy Robsart li délaissée, la pauvre l'.tTie Deans, son 
humble et hétoïquc sœur Jeani ',1a ravissante Diana Vertion, 
Minna et l^renda Troël ; en vain, dis-je, eherchere/.-vous des 
" Dames au Cameli.i, " des lionnes du i.lemi-monde, des 
Manon Lescaut, des Luira ['"air, les héroïnes tarées de 
Balzac, de .':)Uc, de Zola, etc. (1) 

Au.\ romans Iiisti.)ri(|ues de Scott, on [)eut appliquer 
sans crainte, la tna.\inie comuie : " La mère en permettra 



(1) "lii'H iiayaaROi* .Il W iltt r Srolt, dit Visiiil, sont (oiiumi' « eux lii' IVnMon, non pii'< 
iini^ ili !-cii|)tion d'uiM! s iiitiin', nmis un tIkjix di' ci' nue iioii» avfjii» vu ou r^vù d>' 
Iraic, do liiiiiineux, de ])itli)rrsi|iii' et di' cliaiMiint . Noua rrsidioii;* la fciti'lieur ilo ivs 
Il:l.v^^a^;l's, iiDUB cioyona y Otrc ilr notre' piTsuiiiio. .lu ni' siiiH ]i.is di' livre» qui t'aSKont 
plus «Mtti' illusion nui' bs roiiMim ili.' WultiT Srott ; on y >i)roiiv« touti» Ich st'iisations, 
ou y a toute la pK'iiitudi' d aitivité et de vio de se» iiersonnaKes : iuKi!4iniition aimalile 
et bicnfaisnnto, ([ui n'a jamais t't6 inspirée ijue par le df'sir d'entretenir la Hiinpliciti» 
de» seiitiinents et la vérité den sensations, «ani une ombre d'effort i)our exulter notre 
sensibilité et nous dé^oCter des choses qui «ont à notre portée.'' Ktinlas p. '250. 








39^ 



SIR WALTER SCOTT 



la lecture à sa fille. " Loin d'admettre que les matériaux 
littéraires lui manquaient, Walter Scott, par ses œuvres 
varices, a démontré qu'il n'y avait pas un seul coin de 
l'Ecosse ou de l'Angleterre, où la nature n'eût semé quelque 
ravissant paysage : l'histoire, une tradition, un fait 
d'armes, une légende ; les mœurs, une peinture qui, sous 
la touche vivifiante du grand magicien, ne pijt, comme 
pocme, comme roman, comme ballade, se transformer en 
un tableau aussi brillant qu'il était majestueux. Un seul 
coup de sa baguette suffisait pour tirer de ces vieilles 
annales, où l'histoire reléguait les pâles ombres, les 
squelettes ternes et desséchés des trépassés, des hommes 
en chair et en os, d'une frappante réalité où d'une idéalité 
fascinatrice. L'on voyait, comme l'observe judicieusement 
Howîtt, surgir, se mouvoir, vivaces de jeunesse et de 
beauté, dans l'éclatant tableau, le triomphe de l'ambition, 
l'énergie du crime : Bruce, Jacques V, Jacques VI, 
Richard, Cœur - de - Lion, Elizabeth, Marie, reine 
d'Ecosse, Leicester, Jacques I d'Angleterre, Mruitrosc, 
Claverhouse, le Duc de Cumberlanci, surnomme le 
boucher. Non-seulement, on assistait ei"i jjeisonne aux 
luttes fiéleuses des Covciiantcrs, aux combats lîes clans, 
les amis des Stuarts ; mais des personnages nouveaux .-.e 
groupaient en foule sur la scène, les uns séduisants par 
leur beauté, leur bravoure, leur mile fierté» ; les <;utrcs 
amusants par leurs excentricités ; tout comme si l'enfan- 
tement de tant de prodiges n'avait coût-' aucun effort: 
témoins le Baron de Bradwardine, Dominie Sampson, Aleg. 
jVlerrilies, Eddie Ochiltree, Dugald Dalgetty, Baille Nicol 
Jarvie.Andrew Fairservice,Caleb Balderstone etrathlétiqu(î 
et excellent paysan Dandie, Diimiont, avec sa meu- 
te de Pippers et de Mnstanh, aboyant à ses trousses. 
Que les ]Vavcrhy A'ovl:Is aient un attrait irrésistible pour 
les Ecossais, rien de surprenant en ceci. Il ne saurait en 
être autrement pour un peuple qui pousse presque jusqu'au 
chauvinisme, l'amour du sol natal, de ses us et coutumes. 



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KSQUISSKS 



397 



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licu- 
ises . 
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lies. 



Wavci'liy, Roi) Roy, The Ihart of Mid-Lothiau, T/ic 
Clirotncles of tJtc Canongatc, c'est de l'histoire en tableaux. 
Mais Scott ne se contenta pas de peindre les mœurs et 
d'emprunter aux annales de l'Ecosse, il descendit dans les 
vallons fleuris de l'Ani^leterre : les silhouettes de la grande 
reine, Elisabeth ; ses beaux comtes de Leicester et d'Essex, 
de Walter Kaldigh, de Cromwell, d'Amy Robsart, lui con- 
quirent également les cœurs, sur les rives de la Tamise ; 
et toutes les séductions de Don Juan et les classiques pas- 
sages de Childe Ilarold ne purent faire oublier Kcinkvorth 
et Woodstock. De l'Angleterre, le romancier passa en Alle- 
magne, en P>ance, en Palestine, richa de matériaux ; Gicr- 
stcin, Quentin Dicrward et IvanJtoe ne firent qu'ajouter des 
inunortdles à sa couronne. 

On peut avancer sans crainte que pendant l'espace de 
vingt ans, un homme seul a su enrichir la littérature de 
son pays de plus d'écrits vraiment beaux, de pins tic. 
caractères originaux dans ses œuvres, que tous les littéra- 
teurs de l'Ecosse réunis n'avaient pu le faire pendant les 
deux siècles précédents : cet homme, c'est Scott. 

L'auteur de Waverley se manifesta dans une ère toute 
particulière. La suppression de l'insurrection de 1745, qui 
anéantit à jamais la puissance des clans, devint le trait 
d'union, que dirai-je, le lien indissoluble cpii joignit 
l'Ecosse H l'Angleterre. Cet événement fut comme le 
germe d'une nouvelle vie pour l'antique Calédonie. Les 
chefs Montagnards, vaincus, dispersés, sentirent qu'en 
déposant la claymore et le costume chéri des Highlands, 
ils abdiquaient une notable part de leurs us et coutumes, 
auxquelles ils tenaient comme à la prunelle de l'œil. Tous 
ces chers souvenirs du passé allaient donc disparaître à 
jamais, si un génie créateur ne surgissait pour en recons- 
truire l'édifice dans toute sa splendeur. Scott nous appa- 
raît, comme sur le seuil d'un monde nouveau, en- 
touré des décombres d'une ère passée, mais non 
oubliée. Chez lui, le culte des ancêtres allait de pair avec 



'"!<!' t î 



398 



SIR WAITER SCOTT 





un intérêt profond dans la vie présente, sous n'importe 
quelles phases, aidé d'un noble enthousiasme pour le beau 
dans ses manifestations les plus t» ndres. Sa prodi- 
gieuse mémoire lui étalait l'histoire de tous les peuples : 
il tenait de son tempéramment robuste une fiiculté 
illimitée de travail intellectuel, et l'habitude, de parcourir 
en tous sens les pittoresques montagnes de l'Ecosse le 
f.imiliarisa non-seulement avec les grandes scènes de la 
nature, mais encore avec les émotions du chasseur tt du 
pêcheur qui lui fournirent plus tard tant de belles pages. 
Il s'attacha surtout à peindre les sites, avec leur couleur 
locale, leurs accessoires dans les moindres détails. 

Ainsi dans Bo/>, Roy, avant de décrire la raviiif où 
Hélène McGrcgor devait préparer le célèbre déjeuner, jl 
visita en personne ce site lointain. Il voulait étudier non- 
seulement la conformation des lieux, mais jusqu'aux 
arbres, aux bruyères, et même les tleurs sauvages si variées 
qui croissaient dans cette ravine. Un de ses afîîdés, lui 
ayant fait la remarque, "qu'une fleur ferait aussi bien 
qu'une autre," — "Non," répliqua l'inimitable peintre, "la 
nature ne se répète jamais. Pour assurer un tableau à la 
fois beau et varié, il ne s'agit que de peindre fidèlement la 
nature." 

Mettons le lecteur français en garde contre deux écueils 
qu'il aura à surmonter, avant de goûter pleinement les 
romans historiques de Scott. Premièrement, la longueur 
démesurée des prologues ou introductions flanquées de 
notes et d'éclaircissements. Secondement, le dialecte.souvent 
incompréhensible des Montagnards et des paysans écos- 
sais. En dedans de cette grossière enveloppe, se trouve le 
fruit le plus doux. Un critique renommé a remarqué, 
que " Pour le jeune homme qui lit, la première fois, les 
romans historiques de Scott, il s'opère comme une trans- 
formation entière de tout son être, une manifestation nou- 
velle : la vie lui appert sous un jour tout particulier, il 
ressent une admiration vive pour ce qui est digne, un 






ESQUISSES 399 

mépris indicible pour ce (\m est vil, chez ses semblables." 
On pourrait dire de Scott : " Vir probus Sifiboidi peri- 

tus." 

Mowitt, raconte une curieuse anecdote qui peint bien 

la puissance de travail du romancier. 

Un club déjeunes avoués avait pour habitude, chaque 

semaine, de se donner rendez-vous à un hôtel en face des 

quartiers de Scott, à Edimbourg. 

Un jour de réunion, lorsque le vin eiît circulé librement, 
un des membres, dont le regard paraissait comme cloué 
sur la maison vis-à-vis, se plaignit, pâlit el fut prêt à se 
trouver mal. Son camarade lui en ayant demandé la cause. 
• (,V n'est rien, dit-il, laisse-moi changer de place avec toi. 
Je !ic puis y tenir plus longtemps. Il }' a là-bas une main, 
qui remue, écrit sans cesse. Ce n'est pas la première fois 
que je l'ai vue. Voi;>la ; elle ne cessera pas même quand 
on allumera les flambeaux pour la nuit : et Dieu sait com- 
bien plus tard ; dès qu'une page est finie, elle est lancée 
sur ce tas de manuscrits que tu vois. Cette main étrange 
me fascine." Cette main, c'était celle qui dans les veillées 
de trois semaines d'été avait composé les deux derniers 
volumes de Waverley : la main de Waiter Scott. 

Il nous fut donné en août 1 88 1, de nous asseoir dans 
cette chambre historique. 

ROMAXCIKR. — 1814-1831 (2) 

Le premier roman de la série, par ordre de date, et aux 
yeux de plusieurs connaisseurs, le meilleur, c'est Waverly, 

SaiutL-Jieiivc. 

(!.') liP3 roiiiuns hiâtoriijiics (lo Scott, iiaruniit d.ir l'ordre suivant, 

Waverley, ■Juillet 7 1M4 

(liiy Jliinnuriiig, Kuvi icr il ISVt 

Tlio Autiquary, ^Vm— 1810 

OiaiMnrtality, ])6coml>re 1 181i> 

Tlio Wack Uwarf, •' — l^lo 

KobKoy, " 31 1S17 

The Heart of Mid-Lothiaii, Juin — ISlf* 

A Lciîcud of Montrosc, Juin 10 1S1:> 

Tlie Brido of Lammeniioor, Juin 10 I8IU 

Ivanhoe, Dec. 18 1.819 

Tlio Monastcry, Mars — 182i> 

The Abott, Sept. — 1820 

(Suite sur lu inige siiiinutt.) 



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400 SIR WALTEK SCOTT 

0/^ Sixty Ycars Ago. C'est en 1804 que le premier volume 
fut écrit ; mais comme le culte des Muses absorbait alors 
toute l'attention de Scott, le manuscrit en fut jeté de côté; 
puis relégué avec d'autres vétilles au s^rcnier où se trou- 
vait un vieux secrétaire qui recelait d'ordinaire l'attirail 
de pêche du propriétaire. Dix ans i)lus tard, en 1814, 
Scott ayant eu occasion d'y fouiller pour se procurer des 
hameçons, en tira par hasard ce manuscrit oublié et tout 
poudreux. L'idée lui vint de le terminer ; ce qui nous a 
valu cette peinture si vive de l'I^cosse, à l'ère de la 
fameuse insurrection des Clans, en 1745, dont le but était, 
de restaurer sur le trône de ses pères, le PrctcncUr, Charles 
Edouard. Waverly, c'est un tableau tracé de main de 
maître, où se reflètent comme dans une salace tous ces 
saisissants contrastes entre l'existence aventureuse des 
llighlandcrs ou Monta^^nards e la vie ])ai^ible des Itoio- 
laiidcrs ou habitants des plaines. Ces deux classes sont 
tout à fait distinctes par les mœurs et par la religion i le 
Montagnard, en général, était demeuré attaché à la croy- 
ance de son souverain exilé ; c'était un féroce homme de 
guerre, un Jacobite. Le Loxvlaiidcr, au contraire, adonné 
aux arts pacifiques, au commerce, à l'agriculture, se retran- 
chait avec dédain, dans le culte austère «.le Wesley ou de 
Knox. 

Waverley, le héros du rom.an, e^t l'héritier d'une 

Kciiihviirtl!, Ju.i. — 1S2] 

Tli,' l'iratc, ]>fe, — IHil 

Thr Fc.ituiiosof Niat'I, Mai lin \«-lï 

IVveril of tlio l'onk. ,Ian. — 1S2:! 

(^upiitin Diirwiird, Juin UO 1823 

St. Konaii's WoU, Dec. — 3H2:i 

Ued (iaiintlc't, Juin — 1024 

'l'Iio Itotrotlioil " — lS2ri 

Tln! 'J"alisiniiii, " — 182f) 

AVoodstoock " — 182(i 

TIio nrovcrf ... 1827 

'l'iii' .Sur«(OU'.-i DauRhtPi- 1827 

My aunt Margnrot'sMnrror 1S27 

'l'iio Tappatricd C'iiiinibor 1727 

Tli«]iaiiil's Jnnk 1827 

Tlic Haf,'lilanil Widow 1S27 

TIio Fair Maitl of Pertli, Xov. — lK2t< 

Aniio ofOierstoin, Mai — 1820 

( 'ouut Hohcrt of Paris, Nov. — . lS;n 

CiWtle Uaiigcrona, Nov. — 1831 

Tou.s ou iiroatjue tous ou trois volnmon diaiiuL'. 



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Ks<)Uis.si:ri 



40 r 



la 



le 
mé 
in- 
de 

-Hic; 



ancienne et opulente f.miille Jacobite, établie de temps 
immémorial au midi de l'Angleterre. Son éducation, jus- 
qu'à ce qu'il devînt majeur.a été presqu'entièrement domes- 
tique, voire même un tant soit peu irrégulière. 

Dans la solitude du toit paternel, la poésie, les déce- 
vants mirages du jeune âge avaient communiqué à son 
caractère un cachet d'irrésolution contemplative jointe à 
beaucoup de douceur et d'amabilité ! Les partisans des 
Stuarts en Angleterre avaient, longtemps avant 1745, 
renoncé à tout espoir de voir triompher la cause du 
Prctendcr ; les protecteurs de Waverley se décidèrent à 
lui obtenir un brevet dans l'armée, vu que de tout temps 
sa famille avait montré une inclination prononcée pour la 
carrière des armes et que la guerre régna -ite promettait 
une [jromotion rapide. 

Son nom fut inscrit sur le rôle comme oiùcier de cava 
lerie dans un régiment al')rs stationné en Ecosse et qu'il 
rejoignit de suite. La famille Waverley comptait alors 
dans le Perthshire un ancien ami dans la personne de 
Cosmo Comyne Braduardine, de Tully-Veolan. Par la 
protection des Waverley, le Baron de Bradwardine avait 
été tiré d'im sérieux embarras que le Procureur du Roi 
lui suscitait quelque temps après lo soulèvement de 1715. 
Le jeune héritier de Waverley-Honour fut donc accrédité 
par lettre auprès de ce fidèle allié de la famille, et s'en 
prévalut de suite pour courir saluer le seigneur de la noble 
maison de Tully-Veolan. Cette curieuse résidence, ainsi 
que le train de vie de ses excentriques maîtres seront plus 
tard admirablement décrits. 

Le Baron, par profession était homme de robe, et par 
goût, lecteur diligent des classiques latins. Mais il s'était 
adonné aux armes et avait fait plusieurs campagnes sur 
le continent. Ce qui lui avait fait combiner avec ses rémi- 
niscences classiques, le fatras de termes techniques d'un 
général allemand, et la désinvolture d'un mousquetaire 
français. Chez lui, le culte des ancêtres existait à un degré 



i,; 



20 



402 



SIR WALTER SCOTT 






1 



«fminent ; maigre ses excentricités, c'était un brave et 
honnête homme, un ami honorable et sûr. Sa famille ne 
se composait que d'une fille, douce et affectueuse créa- 
ture. 

Le jeune Waverley mit du temps à se faire aux allures 
de son excentrique vieil ami ; il sut varier son séjour à 
TuUy-Veolan par diverses courses dans les montagnes 
environnantes. On lui avaitjsignalé comme digne d'être vue, 
la caverne d'un célèbre bandit montagnard, Donald Bean 
Lean. Les merveilles de cet antre de Trophonius lui 
inspirèrent le désir de connaître encore plus en détail la 
manière de vivre des Montagnards d'Ecosse. Le redouté 
propriétaire de la caverne lui donna une lettre à l'adresse 
d'un chef de Clan, qui habitait un château voisin. Cet inci- 
dent lui fournira l'occasion désirée de contempler, dans 
toute sa sauvage et étrange barbarie, la vie intime de» 
Montagnards d'Ecosse. Le châtelain se nomme Fergus 
Vich lan Vohr, jeune homme bouillant d'ambition et de 
bravoure, ardemment attaché à la cause des Stuart — en 
ce moment profondément immiscé dans l'insurrection dont 
le but est de rappeler sur le trône la famille déchue. Fergus 
a une jeune sœur, encore plus enthousiaste que lui pour 
les Stuarts : elle arrive en ce moment de la cour de St- 
Germain. Si son patriotisme exalté frappe l'imagination 
de Waverley, sa ravissante beauté séduit encore plu« les 
yeux du jeune Anglais. 

Pendant qu'il boit à longs traits le poison de l'amour.des 
malentendus et de faux rapports sur son compte lui font 
perdre l'estime de son colonel : le gouvernement lui retire 
son brevet d'officier bien à tort. Cet affront le met dans 
une telle fureur que son premier mouvement le pousse à 
se jeter dans les rangs des insurgés conduits par Fergus. 
Ce dernier prend alors le parti de lui avouer le but secret 
de l'organisation qu'il lui avait jusqu'alors caché. Mais avant 
de joindre l'étendard du Pretemier, Waverley veut consul- 
ter sa famille. Les autorités rendues fort alertes par les 



II:: \ 
H." ,■ 



ESQUISSES 



403 



les 



les 



rumeurs d'une révolte prochaine, arrêtent Waverley et 
l'envoient prisonnier à btirling. Pendant le trajet, l'escorte 
est attaquée et mise en déroute par un détachement de 
Montajjnards qui expédie Waverley sous bonne garde 
à Edimbourg, où il est remis sain et sauf aux mains de son 
nouvel ami, Fergus Macivor, le commandant de la garde 
préposée à la sûreté de Charles- Edouard, alors en posses- 
sion, avec sa cour, de l'ancien palais de Holyrood. Urte 
combinaisor. de tentations irrésistibles vient alors 
assaillir l'ex-officier britannique. 

Froissé du traitement injuste que les autorités militaires 
lui ont infligé, entraîné par ses anciennes prédilections de 
famille, séduit par son amitié pour Fergus et le violent 
amour qu'il ressent pour Flora Mcivor, autant que flatté 
des civilités que le calant Prince d'Ecosse lui fait, il se 
décide d'unir sa destinée à celle de Fergus et rejoint l'ar- 
mée des Montagnards, comme volontaire. Bientôt il 
éprouve un vif contre temps : son ardeur pour Flora n'est 
pas partagée. La belle adorable n'a pour lui que de l'indif- 
férence ; la cause de Charles- Edouard commande toute 
l'énergie de son être. Il est bien constaté que la sœur de 
Fergus est de glace pour Waverley : elle ne vit, son àint; 
passionnée ne respire que pour voir triompher le " roya; 
exilé." A la cour, à Holyrood, Flora avait une amie Rose 
Bradwardine. Rose n'avait pas le farouche patriotisme de 
Flora, mais elle en avait la beauté. Rose soupiiait en secret 
pour le malheureux amant de Flora, elle ne réussissait pas 
toujours à cacher sa sympathie ; de son côté, Waverley se 
sentait, à son insu, attiré chaque jour vers la fille du baron 
de Bradwardine. Ecoutons le dialogue échangé un jour 
entre les deux amies, bien qu'il nous soit impossible de 
rendre en français l'arôme, le coloris poétique du texte 
anglais. Le dernier trait surtout respire la rêverie, les 
doux regrets. Rose envie à son amie l'heureuse destinée 
que l'amour de Waverley lui prépare : car elle croît que 
Waverley finira par épouser Flora. " W^averley sait se 



5- 



404 



SIU WALTER SCOTT 





battre, dit Flora mais les entreprises nobles et 

pe'rilleuses n'eurent jamais d'attrait pour lui. Il ne fut 
jamais devenu le célèbre Sir Nigel, son ancêtre : il 
aurait pu devenir le panégyriste, le chantre de Sir Nigel. 
Je vais te dire, mon amie, où Waverley brillera. Sa place 
à lui, sa vraie sphère, c'est le foyer domestique où il savou- 
rera l'abandon du cercle de famille, les loisirs littéraires, 
les passe-temps exquis de Waverley-Honour. Il y réta- 
blira la vieille bibliothèque dans le style gothique le plus 
pur ; il en garnira les rayons de volumes rares et précieux. 
Il dessinera des plans de châteaux, des paysages, composera 
des vers, élèvera des temples, creusera des grottes au 
milieu de son jardin. Pendant une nuit sereine d'été, on le 
verra appuyé, pensif, aux colonnades de son castel.contem- 
plant les biches sauvages errantes au clair de la lune, dans 
son parc, ou endormies sous l'ombre de ses vieux chênes ;, 
et là.il répétera à sa jeune et belle épouse, suspendue à son 
bras, des stances poétiques. Et l'homme heureux, ce sera 
lui." "Et la femme heureuse, hélas ! ce sera elle," pensa en 
soupirant la pauvre Rose, changeant de suite le sujet de 
la conversation. 

Waverley bientôt se met en marche, à la suite de la 
petite mais vaillante armée de Charles-Edouard et se 
signale à la bataille de Preston : au fort de la mêlée, il 
lui arrive de sauver la vie à un colonel anglais que des 
Montagnards avaient désarmé. Ce brave militaire se trouve 
être un ami intime de la famille de Waverley. Le colonel 
anglais reproche au jeune W^averley d'avoir déserté son 
pavillon. Waverley lui rappelle qu'il est inutile de lui, 
parler de la sorte, qu'il ne saurait abandonner la cause des 
Stuart, fût-elle désespérée. Toute cette scène est variée 
d'une foule d'incidents secondaires : une querelle, un atten- 
tat sur la vie de Waverley, une réconciliation entre lui 
et le bouillant Fergus Mcivor, et l'insurrection continu;. 
Bientôt vient l'engagement de Clifton; pendant l'obscurité, 
la petite armée du prince Charles-Edouard tombe dans 



ESQUISSES 



405 



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des embuscades et, après une lutte désespérée, plusieurs 
des chefs restent prisonniers entre les mainsj des soldats 
anglais. 

Waverley s'échappe à la faveur de la nuit, et après 
s'être tenu caché, il se décide à aller à Londres, implorer 
son pardon ; mais l'officier anglais dont il avait sauvé la 
vie, personnage influent à la cour, le fait évader en Ecosse, 
■en attendant qu'il puisse lui obtenir un pardon,qui s'étendra 
également au baron de Bradwardine, impliqué dans la 
■révolte. C'est pendant son séjour en ce pays qu'il apprend 
la dispersion de l'armée de Charles-Edouard, à Carlisle. Il 
fait toutes les démarches possibles pour faire amnistier 
son pauvre ami Fergus McIvor,condamné à être décapité ; 
dans !a scène d'adieux entre FcTgus, Flora et \Vaverley,le 
pinceau de Scott se révèle dans tout son éclat. Flora entre 
dans un cloître où elle veut finir ses malheureux jours. 
Waverley revisite le château paternel, Waverley-Honour, 
restitue au vieux baron de Bradwardine les terres de 
TuUy-Veolan confisquées, épouse sa fille Rose, laquelle 
par son bonheur, voit se réaliser la prédiction de Flora. 

^armi les beaux passages de ce roman, on peut signaler 
la description de la caverne de Donald Bean-Lean, le 
brigand Montagnard ; le caractère d'Alice, la jeune^fiUe du 
brigand, est aussi admirablement tracé. Les joies de courte 
durée, à Holyrood, où le gracieux Charles-Edouard fait 
les honneurs, sont habilement décrites ; la bataille de 
Preston, la retraite de l'armée, la querelle avec Fergus, 
les mystérieux présages de mort qui se manifestent au 
sujet du patriotique Callum Beg, voilà autant d'incidents 
ou de personnages, présentés au lecteur avec une vivacité 
de coloris sans pareil. 

Waverley produisit sur le public d'Edimbourg et de 
Londres un sentiment d'éblouissement. 

"Qui donc, s'écria Lord Jeffrey, dans une mémorab le 
critique, qui donc est le mystérieux écrivain qui a com - 
posé Waverley } Si ce n'est pas le chantre de Marmion, 



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406 



SIR WALTER SCOTT 



.1 






nous conseillons à M. Scott de s'éveiller et de veiller à 
ses lauriers ; il a dans l'auteur de Waverley pour com- 
pétiteur, un génie de première classe." 

IVANHOE. 

Parmi les mâles figures du moyen-âge, une surtout s'a- 
dresse à l'imagination du jeune homme et à la réflexion 
de l'âge m-ûr : celle de Richard Cœur-de-Lion. 

Le croisé des rives de la Tamise était aussi fier de son 
généreux et bouillant capitaine, que le Franc l'était de son 
grand prince.Philippe-Auguste : la nature avait marqué l'un 
et l'autre du cachet de la renommée, maïs à des titres diffé- 
rents. Il en était bien accouru des vaillants paladins de 
tous les coins de l'Europe, pour reconquérir le tombeau du 
Christ ; de tous ceux que l'enthous'asme religieux lança en 
Palestine, il en est peu qui y laissèrent une plus glorieuse 
mémoire que Richard Plantagenet, (i) roi d'Angleterre. 

Cœur-de-Lion devint fameux par la terreur que son 
nom imprima aux Sarrasins ; la captivité que l'empe- 
reur d'Allemagne lui fit subir, lors de son passage, en re- 
venant.ainsi que les traîtreuses menées que son lâche frère, 
Jean — plus tard surnommé Sans Terre— \m suscita, en 
entourant sont front de l'auréole de la persécution, ne 
firent que le rendre plus .cher à son peuple. Il parvint à 
s'échapper des donjons Allemands et à triompher de la 
perfidie domestique. Il erra même quelque temps dans 
son propre royaume, sous divers déguisements, épiant 
le moment où ses partisans épars pussent se réunir sous 
son drapeau. 

Voilà, pour l'historien, ou je me trompe, un intéressant 
héros, et pour le romancier, un cannevas tout prêt. 



(1) Troisièmo fils du roi Henri II, fils de Mmid rt (Iroffrni Plantageni't, comte d'Aiijon. 
Cette illustro famille §e iiomm.iit originain'mput Martel : elle avait pri» In surnom 
de Plantaifenet (Planta Heninifi parciî qu'un de» premiers comtes d'Anjou avait dû no 
punition do ses crimes porter une liranclu; verte de la plante ■lui a ce nom. Les poises-. 
nions de Heuri II se composaient de TAnpleterre. la Xormandie, l'Aujou, la Guicnne, 1>* 
Poitou et l'Irlande qu'il avait sulijutfuée. Richard Cieur-de-Lion est le preniiçr monarque 
onv'luis qui mit »\r ses armes la divisî Uien tt m m Droit. 



E.SQLIISSt;S 



407 



Mais pour qui veut encadrer la réalité historique dans les 
mirages séduisants de la fiction, il faut quelque chose de 
plus ; il faut des personnages secondaires. L'imagination 
inventive de Scott en aura bientôt fait jaillir plusieurs 
groupes et des plus attrayants, hors des mœurs du temps, 
au besoin, hors des royaumes du vuide — iiiania rcgiia. Ainsi 
origina le roman historique Ivaiihoc, publié pir Scott, en 
18 19, dans les intervalles de loisir non absorbés par ses 
devoirs de shérif et de greffier des sessions, et les moments 
de lépit que lui laissaient les angoisses d'une terrible ma- 
ladie qui se déclara chez lui, en 1S17, et qui dura jusqu'en 
i82o. 

Parmi les preux jeunes chevaliers que l'on voyait cara- 
coUer à la suite du roi Richard, il y en avait un distingué 
par sa vaillance ; il se nommait Ivanhoe. C'était le fils 
unique d'un seigneur saxon du nom de Cédric. Croyant 
que l'amour de la gloire avait fait oublier à son fils les hu- 
miliations des Saxons en présence de leurs maîtres impé- 
rieux, les Normands, il l'avait déshérité. Ivanhoe avait 
encore d'autres torts aux yeux de Cédric : il était entière- 
ment dévoué au prince normand, Richard. Evidemment 
le cn-do politique du père et du fils n'était pas le, même. 
La conquête de l'Angleterre par les Normands, au siècle 
précédent, était aux yeux d'Ivanhoe un fait accompli. 
Il voyait le salut de sa patrie non dans la rivalité des ra- 
ces, mais dans leur union pour un bien commun. Ivanhoe 
ne peut oublier qu'il s'est couvert de gloire en Terre-Sain- 
te, eu suivant la bannière de son roi* : il l'accompagne 
donc, dans sa captivité,- et à la conquête du trône d i ses 
pères, sauf à se déguiser comme lui, et à partager ses, 
revers. 

Scott choisit pour le théâtre de plusieurs des incidents 
les plus saillants de son roman, cette pittoresque région 
de l'Angleterre, arrosée par la rivière Don, jadis couverte 
de vastes forêts, oîi l'on rencontre maintenant le grand 
centre manufacturier de Sheffield et la jolie petite ville de 



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408 



SIR WALTER SCOTT 



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Doncaster ; le beau château de Wentworth et Wharncliffe 
Tark en marquent encore le site au sein des beaucages. 

" La bruyère de Sherwood, dit Nisard, était une des 
nombreuses clairières de cette forêt de Sherwood qui, au 
temps de Richard Cœur-de-Lion, couvrait toute cette par- 
tie de l'Angleterre. Elle était alors infestée de braconniers 
— outlaivSy — qui s'y nourrissaient aux dépens du gibier du 
roi. Walter Scott en a fait le théâtre de quelques scènes 
ôUvanhoc. Il y a placé la cellule où le plus joyeux des 
compagnons de Robin Hood, sous le nom et le capuchon du 
saint ermite de Copnianhurst, défiait les gardiens des 
forêts royales. C'est là que se passe cette scène si plaisante 
où Richard, sous le déguisement du Chevalier Noir, vient 
demanderj'hospitalité au faux ermite. Il frappe : l'ermite 
fait semblant de ne pas entendre ; il ouvre enfin, et il offre 
à Richard, affamé par une longue route, une assiette de 
pois chiches, et pour boisson, une cruche d'eau. Mais 
Richard est plus avisé que les gardes-chasse de Sherwood, 
il soupçonne que l'ermite doit sa belle santé à un autre 
régime ; il demande quelque chose de plus substantiel, et 
voici qu'aux pois chiches succède un pâté dj daim et à la 
cruche d'eau, une grande bouteille de cuir pleine d'un vin 
généreux. 

Où est le rocher tapissé de lierre et couronné de touffes 
de houx auquel s'appuyait la cellule de l'ermite de Cop- 
manhurst ? Où est cette fontaine de Saint-Dunstan, où il 
allait remplir sa cruche pour le repas qui devait avoir pour 
témoins les gardes-chasse ? Où est la fraîche clairière à 
travers laquelle courait la fontaine avant de disparaître 
dans le bois voisin ? Les archéologues les chercheraient en 
vain dans ce qui rest-i de la forêt de Sherwood. C'est un 
des mille paysages sortis de l'imagination de Scott ; il l'a 
tiré de ce trésor d'impresssions vrai s, de souvenirs d'en- 
fance, de vif amour de la nature, qui lui a fourni tant de 
descriptions agréables." 

La scèn-i s'ouvre vers 1 190 : c'était l'ère de la chevalerie, 
des combats singuliers. 

Les tournois, organisés par les princes et les nobles, 
attiraient en Angleterre la fleur de la chevalerie de tous 
les points du continent européen. 




ESQUISSES 



409 



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Ces braves messieurs du moyen-âge se portaient des 
■défis à outrance, quelquefois pour des fariboles ; se pour- 
fendaient gaiement, souvent sans savoir pourquoi, sans se 
reconnaître même, grâce à leurs amples boucliers ou à 
leurs visières rabattues, uniquement parce que c'était la 
•mode, ou que de belles dames qui n'étaient pas toutes 
des Susanne jetaient leur gant dans l'arène : c'était beau, 

c'était brillant, c'était chevaleresque ! N'est-ce pas ? 

Cocasse, dites vous ? 

Or, le roi Jean, administrant le royaume pendant l'ab- 
sence et la captivité de son frère aîné, Richard, avait fixé 
un grand tournoi à Ashby-de-la-Zouche, près de la ville 
de York. Les meilleures lances de l'Angleterre et quel- 
ques-unes de la France s'y donnèrent rendez-vous : entre 
autres, le colossal, le féroce Réginald, Front-de-Bœuf, 
Albert Malvoisin, le redoutable et ambitieux templier 
Brian de Bois-Guilbert, tous de fiers Normands. Bois- 
Guilbert gavait déjà rompu une lance en Palestine avec le 
vigoureux et habile chevalier saxon, Ivanhoe. Saxons et 
Normands se confondront dans l'arène, sous le regard du 
Prince et de la " Reine de la Beauté " que le chevalier 
heureux aura désignée. 

Puisqu'il s'agit de tournois, c'est assez dire que le sujet 
est des mieux adaptés à la plume flexible, magique de 
Scott. 

Ivanhoe, déguisé en pauvre pèlerin, apprend la nou- 
velle du tournoi, au moment où il passrî dans le voisinage 
du manoir de Cédric, son père. 

Il brûle d'y prendre part, mais que faire ? il n'a ni cui- 
rasse, ni monture. Le hasard vient à son aide sous la for- 
me d'un vieux juif, avaricieux comme Shylock, et souverai- 
ment méprisé par les chrétiens comme l'était un Israélite 
•de ce siècle. Les juifs étaient encore plus haïs en Angle- 
terie qu'ailleurs, paraît-il. On les persécutait, on les tor- 
turait sans merci, on leur soutirait, sbus forme de rançon, 
de fortes sommes. Les rois même n'avaient pas honte de 



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410 



SIR WALTER SCOTT 



tremper dans ces ignobles persécutions du faible opprimé.. 
L'Hébreu aimait l'or autant qu'il haïssait la guerre. 

Jean Sans-Terre, ayant mis la main sur un de ces Shy- 
lock, eut recours à un procédé nouveau «pour lui faire 
dégorger son or qu'il persistait à cacher : il lui fit arracher 
chaque jour une denf, et quand le pauvre diable, de guerre 
lasse, capitula, il avait le râtelier passablement dégarni. 
Ivanhoe ayant, par hasard, tiré le juif d'un grand danger, 
ce dernier, par reconnaissance lui fournit le numéraire pour 
s'acheter une cuirasse des mieux confectionnées et un che- 
val de guerre sans réplique ; vodà notre pauvre pèlerin 
d'hier, Ivanhoe, grâce à Isaac, transformé, en un jour, en 
un lïiagnifique chevalier tout bardé de fer et prêt à aller» 
à Ashby-de-la-Zouche, batailler envers et contre tous. 
Isaac, était fortement attaché aux biens de ce monde ; il 
l'était davantage à sa fille Rebecca, une vraie merveille de 
beauté, un phénomène de sagesse, de pureté, de vertu» 
Rebecca avec sa beauté avait des talents solides ; elle 
avait approfondi la pharmacie, savait employer les sim- 
ples ; elle pouvait guérir les blessures, excepté, comme on 
le verra plus tard, celles que ses yeux assassins avaient 
causées. 

Or, ce fut le bonheur ou le malheur du chevalier Ivan- 
hoe, blessé grièvement au tournoi susdit, d'être guéri et 
rappelé à la vie parla vertueuse juive ; mais, n'anticipons, 
pas. 

De frais visages de femmes viendront ragaillardir cette 
cohue de guerriers féroceS; d'hommes sanguinaires et luxu- 
rieux, réunis en tournois à Ashby-de-la-Zouche : 

D'abord, notre amie Rebecca ; puis, une blonde prin- 
cesse saxonne, lady Rowena. Cette dernière a été élevée 
sous le toit du patriotique saxon, Cédric, son protecteur, 
pour le fils duquel elle s'était senti de l'inclioation, avant 
son départ vers la Palestine. Mais Cédric, ayant chassé de 
sa mémoire le souvenir de ce fils rebelle, veut forcer la 
princesse à épouser un grand seigneur du nom d'Athela^ 



( ■ 



ESQUISSES 



4IP 



tane ; Rowena n'a que de l'indifférence pour ce lourdaud, 
qui, à vrai dire, n'a d'autre recommandation que sa nais- 
sance illustre, attendu qu'il descend du grand roi Alfred. 
Lady Rowena, qui ignore la présence d'Ivanhoe, en Angle- 
terre, et qu'elle croit mort, sent parfois diminuer sa répu- 
gnance pour Athelstane, et sans un tour de force du^ 
romancier qui fait mourir à point le lourdaud saxon, lady 
Rowena eût vraisemblablement été entraînée plus tard à 
l'épouser ; — il lui était destiné un autre épouc<eur. 

La principale figure du drame, (car c'est bien un drame 
avec ses péripéties, son trouble croissant, son dénouement 
plus ou moins tragique) c'est à coup sûr, celle de l'infor- 
tunée et belle juive Rebecca, une des conceptions les pliw- 
parfaites échappées au merveilleux cerveau de Walter 
Scott. 

On ne sait ce que l'on doit admirer d'avantage : la vertu, 
la pureté, l'abnégation, les charmes de cette ravissante 
créature, abandonnée en pâture à quelques scélérats, et 
comme miraculeusement arrachée à la mort ou, ce qui est 
pire, au déshonneur par l'intervention d'en haut. Ce qui 
augmente l'intérêt que l'on ressent pour le sort de la jeune 
juive, c'est cette sympathie, cet amour qu'elle éprouve 
comme malgré elle pour le chrétien Ivanhoe qui a sauvé 
les jours de son père, à elle, Ivanhoe, qu'elle a rappelé à la- 
vie, mais qu'elle ne saurait épouser, parceque la loi mosaï- 
que lui défend de s'unir à un sectateur de Jéàus-Christ ;. 
entre Rebecca la juive et Ivanhoe le chrétien, il doit exis- 
ter à jamais un abîme : elle le sait, hélas ! 

Scott, comme à l'ordinaire sait varier son récit de mille 
incidents dramatiques. La prise du château de Torquil- 
stone, où commandait le féroce Front-de-Bœuf, nous exhibe- 
plusieurs des principaux personnages — sous des phases- 
inattendues ; nous prépare des surprises. La pauvre 
Rebecca est saisie avec son père par Bois Guilbert et ses sup- 
pôts, et renfermée dans une haute tour du château, où les 
instances coupables de son adorateur insensé, le Templier 



I l-J 



412 



SIR WALTER SCOTT 



Bois-Guilbert, la force de chercher dans une mort certaine, 
la seule chance de sauver son honneur. Elle se réfsigie 
dans une des tours : perchée à la cîme, elle est prête à se 
précipiter si le Templier fait un pas de plus, tandisque son 
vieux père, dans un donjon voisin, est menacé par Front- 
de-Bœuf d'être rôti sur un réchaud ardent, s'il ne consent 
à lui payer une forte rançon. 

Cette lutte entre la vertu sans défense, représentée par 
la belle juive, et la passion sans frein du Templier oublieux 
de ses vœux, est éminemment dramatique. Il n'y a peut- 
être qu'un seul autre endroit où l'inébranlable fermeté de 
la sainte fille, mise en regard de la luxure effrénée du 
Templier, qui lui offre la vie, la fortune, si elle veut fuir 
avec lui, est encore plus saisissante. 

Lady Rowena.captive elle aussi,dans la forteresse de Tor- 
quilstone,est en butte aux sollicitations criminelles de celui 
qui l'a enlevée, De Bracy. La nouvelle s'étant répandue que 
plusieurs nobles saxons étaient détenus prisonniers par 
Front-de-Bœuf et ses satellites, il s'organisa un parti 
pour les délivrer. Parmi les guerriers qui accoururent à la 
rescousse de Lady Rowena, de Rebecca et des autres pri- 
sonniers, se trouve un chevalier d'un aspect imposant, et 
au physique taillé comme un athlète. Le mystère le suit 
et sa visière constamment rabattue dérobe ses traits aux 
regards indiscrets. On le nomme le Chevalier Noir à cause 
de son costume sombre. Le fier inconnu n'est autre que 
Richard Cœur-de-Lion déguisé, et comme à l'ordinaire, 
avide d'aventures et de combats. Après une lutte achar- 
née le château de Torquilstone se rend, et, au même ins- 
tant, éclate à l'intérieur un incendie allumé par la main 
ti'une mégère vindicative, Ulfrida, que Front-de-Boeuf y 
retenait captive. 

Scott retrace avec cette vivacité de coloris qu'on lui 
tonnait la scène où Rebecca, citée devant Luc de Beau- 
manoir, le Grand Maître des Templiers, est déclarée cou- 
pable d'avoir pratiqué des sortilèges et maléfices sur l'es- 




s 



ESOUISSES 



413 



l'es- 



prit d'un des membres de l'Ordre, Brian de Hois Guil- 
bert. La pauvre Juive est condamne'e à mort, à moins 
qu'elle ne prouve son innocence dans un combat singulier, 
par le champion qu'elle se sera choisi. Après avoir long- 
temps attendu, elle trouve enfin un champion — Ivanhoe 
Bois-Guilbert, désigné par leur chapitre pour soutenir 
l'honneur des Templiers, — en proie au désappointement, 
expire de rage on d'apoplexie au milieu de l'arène, et la 
victoire reste à»Ivanhoe. Le romancier a su peindre d'une 
manière pittoresque l'odieux et le ridicule delà condam- 
nation de Rebecca et le déshonneur de lîois-Guîlbert, qui 
a violé une des règles de l'ordre mentionnées par St. Ber- 
nard, — De oscnlis fugicndis. 

Le serf saxon Gurth, Wamba, le bouffon — le belli- 
queux chapelain Friar Tuck, voilà encore autant de sil- 
houettes curieuses à étudier, mais notre canevas nous oblige 
d'être bref. 

En somme, Ivanhoe, bien qu'inférieur à Waverley, à Guy 
Mannering et aux autres peintures de moeurs tracées par 
Scott, est sûr de capter les suffrages du lecteur à un degré 
éminent. 

Assigner à chacune des pro luctions si variées du génie 
de Scott sa place, serait tenter l'impossible. Chaque gen- 
re, chaque livre a ses admirateur-. Les critiques les plus 
eminents : Jefifrey, Carlyle, Lockhart, Bagehot, Hutton et 
autres ne s'accordent nullement dans leurs jugements. La 
plupart, néanmoins, Carlyle en tête, assignent le premier 
rang au premier roman de la série, par ordre de date, à 
Waverley. Hutton préfère Old Mortality ; d'autres s'en- 
thousiasment de XAiitiquary, 

Le peuple en Ecosse affectionne fort Rob Roy, qui, 
mis en drame, eut les honneurs de plus de cent représen- 
tations consécutives. 

Le lecteur français goûte surtout Ivanhoe ; l'habitant de 
Londres, se prononce pour Kcnilvjorth et Woodstock. 



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,414 SIR WALTER SCOTT 

On s'accorde généralement à dire que l'un des romans 
les plus faibles est le Black Divarf. Castle Daugerous et Anm 
.de Gcierstcin, écrits à la fin de sa carrière, dénotent chez le 
grand romancier la décadence de ses facultis intellectu- 
elles, déjà fortement ébranlées par ses travaux excessifs et 
par plusieurs attaques de paralysie au cerveau. 

Scott vivra comme poote, comme romancier ; comme 
.historien, c'est douteux. 

J'ai déjà mentionné l'histoire de Napoléon I, par Scott, 
œuvre de longue haleine et qui n'ajouta rien à la renom- 
mée de l'auteur. Il était fort prématuré de passer sentence 
jfinale, en r827, sur le grand ravageur des nations. Parmi 
une nombreuse série de travaux historiques, critiquer», bio- 
graphiques, on peut sans compter ses contributions jour- 
jialières aux revues, citer les œuvres suivantes de Scott : 

Sibalil's Chroniclps cf Scottisli i)Ot'try 1803 

Jjil'o iinil Wo.ks of Jolin Drydi-n — Id volumes 1408 

Secret llistory of tlie Ooiirt of Kiiig James 1 1811 

Jjifo ami Works of Jouathiiu Swift lit volumes 1814 

Kilinburgh Auuuul Register for 1814,Hi3torical jJL'partment 1817 

l'rovincial Aiitiquitios of Scotland ImIS 

Lives of tho Xovolista 1»2': 

('lironological notes on Scoftisli Atïairs, 16Hi)-17iil 1821 

Introduction and notes to Menioirs of Madame de Larochujaiiiielin 182') 

Life of Xapoleoi» Ituonaparte — 'i volumes .' If<27 

History of Scotland ISi'i 

L'appréciation en détail de ces œuvres nous mènerait 
ibien au delà des bornes de la présente étude. 




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LK MAJOK ST030. 



(1756-9.) 



Arma vintmquc cano 

A défaut d'autres matériaux pour l'histoire, mou piu- 
ceau va eutreprcndre de fixer sur cette mouvante et capri- 
cieuse toile, les traits de deux pcrsonnaj^es, qui, en 1759, 
jouèrent en ces parages ciiacun leur rôle, mais à des points 
de vue diffcrcnts.L'un était un beau et jeune officier anglais, 
prisonnier de guerre à Québec depuis 1756 ; l'autre, le che- 
valier de la Durantaye, (i) un des membres de ces Gt'aii- 
dcs fainillis du Canada, dont l'abbé Daniel a c>)m[.ilc 
rilliadc, au profit du Chevalier Benoit. Je vais peupler, d'un 
héros de plus, l'ère palpitante de la conquête ! Oyez. : 

Le 3 juillet 1754, à la capitulation dw fort DuC^uesnc, 
où commandait George Washington, alors major, deux- 
fringants capital U' '11 roi Geooge II, Robert Stobo, né 
en 1727, à Glasgow, en Ecosse, et Jacob Van IJraam, hol- 
landais, furent livrés en otage à Coulon tic Villiers, le 
commandant français, pour répondre de l'exécution fidèle 
des conditions de la capitulation ; laquelle fut plus tartl 
répudiée par l'Angleterre. 

Ce 3 juillet était une date glorieuse pour les armes fran- 
çaises. 

Toute la garnison anglaise se retira de cette région de 
rOhio, et alors, selon l'éloquent langage de Bancroft : "Dans 
" toute la vallée du Mississipi, jusqu'à son berceau dans 
" les xVlleghanies, aucun étendard ne flottait que celui 
" de la France." 

Le jeune Stobo s'était établi en Virginie, vers 1742. Son 



0) La soignoui'io ilo Kamouraska fut concéJùo, le H juillet 1074, au sieur «lo la 
Durantaye. 

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418 



r.K MAJOR STOlîO 



commerce affable, son courage, son train de vie de grand 
seigneur, son beau physique, l'entourèrent bientôt d'admi- 
rateurs et d'amis : parmi ces derniers, Dinwiddîe, le gouver- 
neur de la Virginie, qui lui fit avoir une commission de 
capitaine, dans un corps de carabiniers, levé en 1754, 
pour repousser les incursions des Français dans les Pro- 
vinces britanniques. En se constituant piîsonnier et otage, 
Stobo remit à regret au lieutenant de sa compagnie, son 
épée qu'il devait pourtant recouvrer dans la suite ; 
avec son collègue, Van Braam, il fut relégué dans l'inté- 
rieur du Fort DuOuesne, avec permission, étant détenu 
sur parole, d'en parcourir librement toute l'étendue. Il 
était retenu comme otage ; il préféra se faire espion et 
s'oublia au point de préparer un plan de la forteresse qu'il 
signa et réussit à transmettre à l'ennemi. Ce plan et ses 
propres lettres, plus tard, lors de la défaite de Braddock, 
tombèrent au pouvoir des Français. Ces derniers, indignés 
de cet abus de sa liberté chez leur otage, décidèrent, 
d'expédier Stobo et Van Braam à leur château-fort par 
excellence, à Québec. Ils y arrivèrent en 1756. Là, l'air 
distingué du jeune prisonnier, ses manières insinuantes, 
ses malheurs lui valurent des adoucissements dans sa 
captivité, aussi bien qu'un relâchement de vigilance chez 
SCS geôliers. Il tenta de s'évader : mais une récompense 
de 6,000 livres offerte par Vaudrniil, pour sa capture, le 
ramena bel et bien. 

Le 2S novembre I756, il subit son procès devant Vau- 
drcuil, pour violation du droit des gens, au Fort DuQuesne 
et fut déclaré convaincu de trahison pour avoir abusé de 
sa position neutre d'otage, on communiquant des rensei- 
gnements à l'ennemi ; puis, contlamné à mort. Vaudreuil 
écrivait en novembre 1756 à M. de ÎMachault (i) pour 
faire approuver la sentence qui décidait de son sort. Le mâle 
courage de Stobo ne l'abandonna pas dans sa captivité. 
On le transporta d'une prison commune à une espèce de 



(1) Colk'ctiou O'CiUlttglian, Toiiio X. P. I')i>. 



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Vau- 
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ensei- 
dreuil 
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419 



cachot où deux sentinelles se relevaient aux porte.--, à tour 
de rôle. Son biographe, que la nature semble avoir doué 
d'une imagination fort vive, peint à la Rembrandt, les hor- 
reurs de ce cachot canadien, où le beau capitaine avait 
pour visiteurs, non les galantes dames de Québec, de 
l'entourage de Bigot, ma's de "solitaires souris" qui 
venaient partager avec lui sa ration quotidienne de pain 
et d'eau : régime assez propre à calmer les ardeurs de 
cet aventureux Don Juan. On porta même l'inhumanité, 
dit son biographe, jusqu'à le promener en triomphe. 
par les rues, les bras liés par de fortes cordes ; le pauvre 
prisonnier prenait plaisir à répéter à ses maîtres inhu- 
mains qu'il espérait "que le temps viendrait où il pour- 
rait leur tirer le nez." Ce temps vint. 

Il est bon de reniarquer que h; Gouvernement anglais 
avait désavoué les conditions de la capitulation du Fort 
DuQuesne. Est-ce pour cette raison que le Roi de France 
refusa de ratifier la sentence de mort, passée sur le prison- 
nier, et en ce cas, quelle se trouvait la positioii réelle de Stobo 
vIs-à-vis les Français ? Etait-il otage ou simplement pri- 
sonnier de guerre ? 

En vain, demanda-t-il à être échangé contre d'autres 
prisonniers aux mains des Anglais : on mentionna le nom 
de LafoTe, canadien, alors prisonnier de guerre en Vir- 
ginie . mais les autorités refusèrent d'échanger Stobo. 

Silvio Pellico, sous les plombs de W-nise, seul avec ses 
araignées apprivoisées, est bien le symbole de la désolation. 
Robert Stobo "avec ses souris solitaires, 'dans cecichot. à 
Québec, était pour le moins aussi triste, aussi désolé, mais 
il était plus entreprenant. Sans se rebuter de ce que sa 
tentative d'évasion de 1756 avait échoué, il trouva moyen 
après des peines et des fatigues inouies, d'enlever une 
partie du grillage de sa fenêtre, et, pendant ure tempête 
de pluie, le 30 avril 1757, il sut piendre avantage de l'ab- 
sence momentanée des sentinelles, qui avaient cherché 
refuge contre l'averse, dans une maison voisine, pour 



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420 



LE MAJOR STOBO 



s'évader. Il traversa à la nage le Saint-Charles, et resta 
caché toute une journée dans les bois. Vaudreuil offrit de 
nouveau les 6,000 livres pour recouvrer son prisonnier qui 
se rendit, sans encombre, jusqu'à la chute de Montmo- 
rency. Une patrouille, envoyée à ses trousses, le captura et 
le ramena à Québec. Qui nous redira les péripéties de sa 
lont^ue et douloureuse captivité ? 

Il devint triste, morne, pâle," gris, comme un blaireau'' 
dit son bizarre biographe. Mais il était beau dans sa 
pâleur, intéressant pour le sexe, même dans son malheur. 
En 1757, il y avait à Québec, "des anges de perfection, 
du sexe féminin ;' il y en a toujours eu. Ceux de 1757 
avaient l'oreille de Vaudreuil ; laissons parler le biographe 
de Stobo : 

" There dwelt, by lucky fate, in this strong capital, a 
lady fair, of chaste renown, of manners sweet and gentle 
soûl ; long had lier heart confessed for this poor prisonner, 
a flame best suited with the spirit of the times, to smother." 

Je ne suis pas du tout surpris d'apprendre, qu'il y avait 
à la Cour du petit roi Vaudreuil, à Québec, en 1757, une 
de ces " natures d'élite. " Bigot en comptait plusieurs à 
son château, à Charlesbourg, mais qui ne brillaient pas 
par la chaste' é. Je m'étonne cependant du langage guindé 
ijue le dit biographe prête à cette jolie française, protec- 
trice de Stobo, interccilant pour sa vie, auprès de Vau- 
dreuil : " Cousin, aurait-elle dit, notre bonne Cour Cana- 
dienne était sans doute en son droit quand elle condamna 
ce prisonnier hautain (^Stoboj à forfaire sa vie à notre 
Grand Monarque, dont la bienveillance assure la paix au 
genre humain, et ses victoires, l'empire au monde." 

'• Her Virgin innocence prevailed," la candeur de cette 
vierge prévalut : laquelle, paraît-il, était mère dt filles 
encore plus accomplies qu'elle : 

Main pulchrâ fllia ptilclirior . 

Stobo était tellement exténué par sa longue captivité, 



ESQUISSES 



421 



cette 
filles 



itivité, 



•qu'elle obtint permission du gouverneur, d'héberger le 
pauvre captif chez elle, près des remparts, sous la garde de 
•sentinelles. Le beau prisonnier, étant aux petits soins, se 
sentit renaître à la vie, à l'espérance, grâce aux dames de 
Québec. Fut-il reconnaissant plus tard, quand le sort des 
armes lui livra, disent le Mémoire, ces dames prisonnières .' 
C'est ce que son biographe a oublié de nous dire. Bref, 
c'est de là que la troisième tentative d'évasion eut lieu. 
Stobo s'évada, en 1759, avec le lieutenant Stevenson, 
officier des Rangers de Roger, et un écossais du nom de 
'Clark, qui s'était fait catholique pour jouir de plus de 
privilèges dans sa captivité. Les fugitifs ayant trouvé un 
canot d'écorce, s'y aventurèrent ; après avoir couru des 
dangers sans nombre, après avoir scalpé deux sauvages, 
dont ils redoutaient les révélations, etc, ils arrivèrent dans 
une des paroisses du bas du fleuve, et rencontrèrent le sei- 
gneur de Kamouraska,le chevalier de la Durantaye. Le haut 
et puissant seigneur de Kamouraska, revenait chez lui dans 
une chaloupe chargée de blé : Stobo s'en empara au grand 
déplaisir de ce dernier, qui lui tint le discours suivant : "Je 
suis le Chevalier de la Durantaye : les îles de Kamouraska en 
entier m'appartiennent, et le gentilhomme le plus distingué 
qui y réside est mon vassal : le plus pur sang canadien 
coule dans mes veines et le puissant Duc de Mirepoix me 
reconnaît comme son parent, ainsi que plusieurs autres 
nobles de France, sans compter que ma vieillesse et me.- 
infirmités doivent me garantir contre l'indignité d'avoir à 
conduire mes ennemis à la rame dans cettte chaloupe." 
Stobo lui répondit • "Monsieur, la fortune de la guerre vous 
a remis entre nos mains, et si vous étiez le Grand Monar- 
•que lui-même, et tous vos matelots, autant de pairs de 
F'rance, soyez sûr que ce serait votre destinée, de conduire 
à la ravie aujourd'hui un sujet britannique. Ramez-donc, 
mon ami, ramez ; jetons à la mer ce qu'il sera nécessaire 
de blé pour alléger l'embarcation, tandisque notre canot 
d'écorce est remorqué." Finalement, Stobo ayant payé au 






422 



LE MAIOR STOBO 




chevalier la valeur du blé jeté à la mer, le rendit à la 
libe-*-J; après s'être emparé de force d'une embarcation 
française, avec laquelle il se rendit à Louisbourg, après 
avoir échappé à des dangers infinis. La flotte anglaise 
ayant quitté ce port pour Québec, Stobo revint rejoindre 
Wolfe devant Québec, et lui rendit de grands services par 
ses connaissances des lieux, (i) Wolfe et Stobo allèrent 
s'emparer des dames de Québec, qui s'étaient, au rapport 
de Sieur Jean Claude Panet, (2) réfugiées à la Pointe aux 
Trembles. Elles furent mises en liberté le lendemain, après 
avoir été traitées avec toute espèce d'égards : le jeune 
Général Wolfe, âgé de 32 ans et qui devait à son retour 
en Angleterre épouser Miss Lowther ('laquelle devint plus 
tard duchesse de Bolton) se montra un courtois et ga- 
lant seigneur. " Chaque officier, dit la Relation de J. C. 
Panet, ayant donné son nom aux belles prisonnières qu'il 
avait faites." En ce cas, laquelle, pour le quart d'heure, fut 
Madame Wolfe ? Madame Murray '' Madame Stobo ? 
antiqua'res, cherchez. 

Stobo fit connaître en outre à Wolfe, (^\ le sentier du 
Foulon qui conduit au.x Plaines d'Abraham, et eut mis- 
sion, cette automne là, de porter des dépêches à Amherst, 
vers le lac Champlain. 





(1) Xow ho scouis tliioiiuh tlu' woods, in liis uivi'ii dioss, with hoiiiiot bluo, fo lu'lp 
caeli ivconiioitriiig or fcouiint' imity. . . . Tho frifiiiti's passcd tlie town, tlicn lie us loadfr 
uj) liu f.oi's to tiiUi! liia l'air ac(|uaiiitaiKvs, \\\> tlic riviT of wlioin a goodly iiiuiiher 
is «tizcd ; thon Jloiisioiir ïSto'in's iiiime is ail that is lioard for Iialf an honr at loast ; 
tliis lady oiitors hor coiiiidaiiit niid avors that hho is wroiigod, (Moiiioira of Stobo.) 

(2) 21 .iuillot 175'.l. " A trois honros ot doiiiio du matin loa don/o conts Iioniinos ont 
monté à hi l'ointo-anx-Tromhlos. Ils ont rr(;n uno fusillade d'onviron 4(i sauvagos, où 
ils ont onvironno los maisons autour de l'oglino, ot ont fait trois linmmos prisonniors, 
dont lo Sionr L.iL'asHo. Ils ont ommono environ treizo fommos do la villo. ri'fuRiocs audit 
lieu, dont IFosilamos Duchosiniy, ])o Charnay, sa nu'To, sa sœur, Aldllo ('ouillnrd, la fa- 
millo .Toly, ^[ailliiot, Mannau, otaiont du nombre. Us los ont traitéos avoo totito la po- 
litosso possihlo. Lo «outrai Wolfo était il lu této et le Sieur Stobbs (Stobo) était du nom- 
bro, qui a fait bion dos compliments." 

Ce qu'il y a do plus tristo, c'est quo los anglais ne leur avaient fait aucun tort et que 
les sauvages ont pillé les maisons ot luosqiu' tous les biens ilo ces famillos réfugiées. 

22 .luillet [17.'>!il. JCnviron los neuf heures, ils ont envoyé un parlomentairo do l'Anso 
dos Mores pour offrir do romottro à terre toufos los femmes, ■'i condition qu'on laisserait 
passer un jietit bateau chargé do leur» malades ot blessés, t'otte ottro a été acceptée. 
Nous avons été recevoir les foirnnos i\ l'Anse des Mèros à trois heures de relevée, et qui 
ont été reconduites avec beaucoup do politesse. 

Los anglais avaient jiromis de ne ]ioint canonnor ni bond)arder jusqu'à neuf heures 
du soir.jiour donner aux dames lo temps do .^e retirer ofi elles, jugeraient ■X\)ioitu9."{Uehi- 
(i'iii (le ./. C. J'iuiijt 17V.I. 

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(1) Knox'3 Jiinrniil. Vol. II 



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l'S. 

Anse 
isorait 
l'ptéo.. 
et (ini 

ipurcs 
liehi- 



Tuis, il fit voile pour Boston ; son vaisseau fat capturé 
par un navire français, ayant des lettres de marque, mais 
ce vaisseau ayant déjà plus de prisonniers qu'il n'en pou- 
vait conteni/, relâcha sa capture après en avoir exigé une 
forte rançon. Plus tard ayant fait voile, !e 18 février 1760, 
pour l'Angleterre.Stobo tomba encore aux mains des l'ran- 
çais, qui lui firent payer encore une forte rançon pour sa 
liberté. 

l'ui?;. nous retrouvons l'aventureux capitaine, muni de 
lettres bienveillantes du fameux ministre Pitt au général 
Amherst, laissant l'almouth, le 24 avril 1760, pour reve- 
nir prendre du service en Amérique. 

La chambre dos représentants de la V^irginie lui avait 
préalablement voté £1,000 pour l'indeniniser de ses souf- 
frances, et ;6^500 pour arrérages de paie pendant sa cap- 
tix'ité, avec les remercîments de la province de la Virginie. 
Ce fut George Washington, qui fut' chargé de présenter 
les adresses de remercîments. LWnii}' List nous fait connaî- 
tre que Stobo fat nommé capitaine au i5e régiment d'infan- 
terie, le 5 juin 1761. (O II revint en Amérique et servit 
en 1762 aux îles occidentales. Il retourna en Angleterre 
en 1767 et quitta l'armée en 1770, année où il semble être 
mort. Voilà une courte esquisse de l'aventureuse carrière 
du brave, du beau et peu scrupuleux Major Robert Stobo, 
l'ami, selon David Hume, de l'historien Smollet. H aurait 
fourni, dit-on, à cet écrivain distingué, le calque de son 
héros de roman, le capitaine Lismahago, dans Is Acïvcn- 
titns of Hninphny Clinkcr : mais c'est une copie exagérée, 
de cette singulière silhouette historique, (2) qui perce si sou- 



(1) Kiiox mi'iitioniio pu iioto : " Tliis is ^1. Stolm, :iii olticcr ol' tjivnl merit wlio liaU 
la'cii an orcasioiial major of tlio l'roviiuials, and for particiilar jfooil services, wna 
rowuriU'iI witli a conipaMy of tlie lôlli lî»'^;. of foot". 

(;!) (^iioli|Ut>s-nns dos faits pt «pstos du Siour Stolio sont lirièvinu'nt ini'ntionms au 
KPeond tonio du .lonriial do Kuox, l'agp :i(, .'ntréo du 2(1 août IT'ilt.ainsi <|U':'v la Kilation 
do iToan l'iaudo l'aupt. Paso i:!, ontroo du 1\ .Juillot 1".V( : riiistnripn Korland y fait al- 
lusion paup r>74. — Tomp II, '^'ours d'Iiistnire ilu l'iinnrld. lia t'olloction D'CallaKlmn, 
Tomp, XII, l'aiïe 102"), contient ml connuairo l)ionrai)lii(iuo dp cet ptran«p lioinHie de 
Buerre — mais il faut l'étudier surfout dans le rare volume " Memuirs i\f liiihctt Stnlm — 
PHtshurg — 1854, — d'ai)rù9 un manuscrit do Londres. 



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LE MAJOR STOHO 



vent dans nos annales, au temps du grand siège et qui est 
maintenant esquissée pour la première fois, pour, nos lec- 
teurs français. Elle servira plus tard, sans doute, de héros 
à nos romanciers. 



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qui est 
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HORATIO ROGERS 



Membre de plusieurs sociétés historiques. 



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AU GENERAL HORATIO ROGERS. 

Cher antiquaire, 

C'est avec un vif plaisir qu'il m'est donné d'apprécier 
dans cette courte notice, vos recherches historiques tou- 
chant une phase notable de votre carrière colonia'e : celle 
qui retrace la lutte sanguinaire de votre patrie avec notre 
métropole, d'où origina au siècle dernier votre florissante 
république, et où le Canada eut sa part des dangers. 

La campagne de Burgoyne dirigée de Québec, fut une 
mémorable campagne. 

Votre tâche après huit années de labeur incessant, menée 
à bonne fin, avec la patience de l'antiquaire et l'impartia- 
lité de l'historien, est pleine d'intérêt pour le lecteur cana- 
.dien. A chaque page, il rencontre, mis en relief par votre 
plume, un nom connu ou vénéré dans ses annaleo. 

Spencer-Grange, Octobre 1S85. 



LA GUERRE DE L'INDEPENDANCE. 17Z5. (i> 

*' Haddcti's Journal and Ovdci'lcy llooks, 1776-S, ainwtatcd 
by Gcucral Horatio Roger s, 1884. 

Au nombre des épisodes les plus marquants de l'opi- 
niâtre conflit entre )a Nouvelle- Anf^leterre et l'ancienne 
^1775-83), l'on peut placer la campagne du Lt.-Général 
Burgoyne, conduite de Québec, en 1776 et close par la 
capitulation de l'armée anglaise, le 17 octobre 1777, sur la 
plaine de Saratoga. 

Jamais homme de guerre n'avait d'abord semblé, à son 
début, plus favorisé {2) de la fortune, que le beau, l'érudit, 
le fastueux filleuil, le protégé, sinon le fils naturel de 
Lord Bingley, John Burgoyne. Uni par mariage avec la 
puissante maison anglaise des Derby, il sut vite capter la 
faveur spéciale de son souverain, George III ; bientôt son 
nom, déjà cotmu par ses succès militaires, s'associait dans 
l'esprit du public, à ceux de Ilowe et de Clinton pour des 
commandements en Amérique. 

Burgoyne devint l'enfant gâté de la cour, au point qu'il 
fut même questiou de le décorer du ruban rouge de l'Ordre 
du Bain, sans même donner à la victoire le temps de 
s'inscrire sur ses drapeaux. 

Burgoyne se vantait de pouvoir facilement réduire à la 
raison les colonies révoltées ; un seul de ses amis, dit-on, 
l'illustre Fox, convaincu de la gravité de la situation, lui 
dit un jour, en badinant, que loin de réduire l'ennemi, 
quand il reviendrait en Angleterre, ce serait comme "pri- 
sonnier sur parole ; " il ne s'y trompa pas. 



'(l) Jîiulih-n's Journal iind Ordi'ihj liook.i. — A .lourii.al kopt iii Cniiadn nnd ujion 
Burgoyiio'H C.iiiii)uigu,in ma aiuX 1777. by lii«iit. Jiimus llaïUk-n, Uoyal Artillury. Als" 
Ordors koi)t hy liim aiid issiu'd l)y Sir Guy C'arleton, Lieut. Cii'ii. John Uurpoyiie ami 
Maj. Ueu. William l'hillii)», ia 1770, 1777 and 177ti, witli an Kxplanatory Cliaptor and 
Notes l)y Horatio Koi^ara. 

Albauy : Joi'l Munaeirs Sons, 188i. 

(2) Le général IJurgoyno, idus tard membre du l'arlcniont inipérial pour l'restriii, 
Lanciisshire, u laissé pUiuieurs drames fort en vogue, au siècle dernier, entre autre : " Tlic 
Mtiid (>/ the OiiAs," ''Bon Ton" '"'rhe Heiress," etc. 



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429 



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Vastes avaient été les préparatifs de la campagne qui 
devaient ramener aux genoux de l'opiniâtre monarque, 
ses enfants rebelles, les émeuticrs de lioston, etc. ; onc- 
ques, en égard au nombre, plus belle armée, n'avaic dit 
adieu à la plage de la Grande Bretagne. Des proclamations 
pompeuses en avaient annoncé l'approche. Succès assez 
éclatants d'abord, auxquels ne furent peut-être pas étran- 
gère la terreur que les farouches alliés de Ikirgoyne, les 
sauvages du Canada, inspiraient de tout côté ; désastres 
réitérés pour la cause coloniale ; cri de désespoir, puis, 
raliement suprême des Américains ; défaite du général 
anglais, le 7 octobre 1777, à Schuylerville M. -Y., — plus 
tard, capitulation de l'armée entière, — Te Deiiin à la nou- 
velle de la délivrance du joug impérial, suivi de l'alliance 
française qui contribua pui'isamment ii dissi[)cr le noir 
nuage du désespoir qui avait obsédé Washington même : 
voilà autant de péripéties de cette lutte terrible, auxquelles 
la campagne de Ikirgoyne se rattache. 

Le journal du Lt. Jas. Iladden, habile officier d'artil- 
lerie, mort général, et qui avait servi sous Burgoyne, 
relate tout ce qui a en lieu, jour par jour, depuis la date 
de son départ, pour Québec, le 4 mars 1776, jusqu'à 
l'époque de la bataille de Free//nv/'s lùinn, le 19 septem- 
bre 1777. Ce document comble bien des lacunes, les unes 
peut-être laissées à dessein, dans le journal de Ikirgoyne, 
annoté par le Dr O'Callaghan : le journal de Iladden, 
avec les Order/y Books étant devenu la propriété en 1873, 
du général Iloratio Rogers, de Providence l-, I., ce mili- 
taire, fort connu par ses goûts d'antiquaire, a consacré près 
de huit années, à faire des recherches dans VArnif List de la 
Grande-Bretagne, dans les archives des sociétés historiques 
des Etats- Unis,dans le bureau des archives, à Ottawa, parmi 
la riche collection de M. l'abbé Verreau, à Montréal, et dans 
c^W^à^Xa. Société Litte'rairc et Historique, à Québec, etc. 
La relation de Hadden, un in-quarto de près de 600 pages 
orné de cartes, de plans de batailles, d'au moins quatre 



430 



I.A CUKRRK DE I/INDKI'KNDANCK, 1775 







cents notes, est une véritable encyclopédie historique, d'une 
incontestable valeur.ajoutée aux documents historiques de 
cette période. Le général Rogers visitait le Canada, en 
1881, en quête de renseignements. En ma qualité de pré- 
sident de la Societc Littâ'airc et //iston'çHt',}' éprouvai heau- 
coup de plaisir à mettre à sa disposition les archives de 
•cette société et autres renseignements historiques en ma 
possession dont il a fait bon usage, comme il se plait à le 
reconnaître. Parmi les grandes figures de notre histoire, 
esquissées, soit dans de volumineuses notes, soit dans les 
copieux appendices, notons surtout Guy Carleton, Lord 
Dorchester, Ilaldimand, Sir John Johnstone, Luc de la 
Corne St. Luc, Capt. Piftr De Houcherville, Capt. Monnin, 
tous deux commandant des compagnies canadiennes sous 
Burgoync ; Arnold, Montgomery, le général Fraser, le 
capitaine Nairne, Dambourgès, le capitaine George Laws, 
le Baron Riedesel, Allan McLean, le général Henry 
Watson Powell, l'ancien propriétaire de Powell Place, 
maintenant Spencer-Wood, Chs Tarieu de la Naudière, 
et une foule d'autres. 

Les annotations du journal de Hadden jettent du jour 
sur une question jusqu'à présent fort douteuse et fort 
débattue : la descendance du général Burgoyne. Le 
fils de Madame J. Burgoyne était-il bien le fils de son 
mari, ou bien le fils naturel de Lord Bingley, qui lui lais- 
sait un legs considérable sous d'étranges circonstances ? 

Un autre point où Hadden mérite d'être lu et examiné, 
c'est là où il traite de la coiivention de Saratoga et de la 
question délicate des drapeaux anglais, séquestrés pour 
les empêcher de tomber aux mains des colonistcs révoltés, 
ainsi que des déclarations officielles faites à c 

Le général Rogers a consacré comme 1/1 rii^ ce, 

un chapitre assez étendu pourexpli( itii de 

l'armée mi.vh' de Burgoyne, compose^ : vieu: .éginients 
anglais, dont la plupart avaient vu du servie» ; de Hcssois 
et de Bnitiszcickois sous Riedesel, Baum et l'ausch ; de 



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provinciaux levés dans la Nouvelle-Angleterre, etc. ; de 
•Canadiens sous les capitaines De Houcherville et jNIcnnin ; 
enfin, de sauvages sous Sir John Johnston et Luc de la 
Corne St. Luc, le survivant du naufrage de VAiti^^nstt. Tout 
en rendant justice à la bravoure éprouvée de ce vétéran, 
le volume nous le montre sous certains aspects peu 
attrayants ; d'abord, plus féroce que ses féroces sauvages ; 
puis, prêt à déserter son drapeau, à la nouvelle de la red- 
dition prochaîne de Montréal, aux envoyés du Congrès, 
soumission que Montgomery refusa d'accepter. 

La lecture du journal de Iladden, fera peu pour restaurer 
la réputation avariée de Jiurgoyne, enclin plus d'une fois 
à rejeter sur ses alliés, les Allemands qu'il affectait de 
mépriser, et sur ses alliés, les sauvages qu'il n'aimit pas, la 
non réussite de ses opérations militaires. 

Le général Rogers soumet également plusieurs thèses 
liistorique.s qui auraient besoin d'être éclaircies par nos 
historiens et dont il a vainement chercher la solution dans 
les écrits de nos antiquaires Verreau, lîois, Tanguay, etc. 
Horatio Rogers, appartient à l'école des chercheurs de la 
trempe des Jacques Viger, des Fcrland, des Paillon, etc. ; 
son beau volume devra, selon nous, se trouver dans les 
bibliothèques publiques, ainsi que chez nos érudit«i. 



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LA DOUANE A QUEBEC. 
1760- 1883. 



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Percepteur des douanes 

QUEHKC. 

La nomination d'un Percepteur des Douanes, dans le port 
dcOucbcc, me semble plus qu'un iiKÎdent ordinaire des 
nominations officielles. J'aime à y voir, ce jdur. l'afTirina- 
tion d'un principe. 

Avant l'ère du gouvernement responsable, pour nous le 
résultat immédiat de 1 insurrection de 1S37-8, le choix 
d'un Canadien-I'Vançais, comme " Collector of Customs at 
Québec, ' oi'it semblé une impossibilité à la classe influente 
qui seule avait voix au chapitre. N'ous avons évidemment 
fait beaucoup de chemin depuis ce temp';, de glorieuse 
mémoire pom- nos martyrs jiolitiques et leurs adhérents. 
Si l'étude de l'histoire me porte à jeter un regard ému sur 
le passé, veuillez croire que ce n'est pas dans le but 
stérile de rappeler des jovu-s mauvais, des passe-dniiis, des 
torts à réparer ; non, je -serais Vi dernier à vouloir éter- 
niser de vieilles querelles, tic tristes animosités de races. 
Sous le nouvel état de choses, un tel procédé ne tendrait 
qu'à diviser, à neutraliser nos forces nationale>, partant, 
à amoindrir notre prestige comme peuple, nous, " alliés 
indépendants de la Grande-Bretagne," si j'ai bien saisi le 
sens des paroles que notre illustre et svmp.ithîque Vice- 
Roi adressait au Communes, en réponse à une adresse, le 
2^ mai 1883, à Ottawa, Si le .sang nous enjoint le culte de 
noire passé; un amour durable pour ce qui se rattache à 
notre hiitcinuf^ province, le solennel pacte des provinces 

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434 



LA DOUANE A QUÉBEC 



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unies, en 1867, sans éteindre ce qui existait, nous a créé 
de nouveaux devoirs, un culte, un amour pour quelque 
chose bien plus vaste qu'une province. Le temps heureu- 
sement est loin de nous où le Canada renfermait un groupe 
de races hostiles les unes aux autres, des territoires éten- 
dus, mais sans cohésion, où l'on voyait certains éléments 
de la population lutter pour une injuste prépondérance, 
sous un régime oppressif. Si nous tenons à compter 
pour quelque chose en présence de la république 
colossale qui nous avoisine, si les provinces îiuics enten- 
dent continuer d»; se prévaloir du prestige et de la protection 
du pavillon britannique, il faut qu'avant tout il existe chez 
nous, un vif sentiment de loyauté au Canada confédéré de 
1867 ; Son Excellence, le marquis de Lorne, vient de nous 
le répéter en termes non équivoques, en répondant aux 
adresses de félicitations, que la Calcdonia Society et la société 
Saint- Jean-Baptiste de Montréal, lui ont présentées. 

Tout en félicitant le nouveau Percepteur des Douanes 
pour le port de Québec, sur sa nomination, je me permettrai 
de jeter un regard en arrière sur le personnel de cet impor- 
tant service. Voici quelques détails que j'emprunte à l'excel- 
lent Rapport sur nos archives nationales fait par l'archiviste 
M.Douglas Brymner et présenté aux Chambres, à la session 
de 1SS3 ; je me permettrai d'ajouter à ces détails, quelques 
bribes d'histoire et de généalogie, sur les titulaires de la 
Douane de Québec. D'après M. Brymner, le premier Percep- 
teur des Douanes de sa Majesté Britannique à Québec fut M. 
Thomas Knox, nommé le 5 avril 1762. (Thos. Knox, était- 
il parent de l'officier distingué, le Capitaine John Knox 
du 43e Régiment qui servait sous le Général Wolfe, et qui 
nous a légué sru intéressant Journal du Siège, en deux 
in-quarto de 500 pages chaque ? ) Le premier " Comp- 
trollcr " fut Thomas Ainslie ; le département fut 
alors constitué officiellement ici, et le Port de Québec 
devint un Port d'Entrée pour les marchandises. Montréal 
fut, en même temps, érigé comme "Out-Port," c'est-à-dire, 



ESQUISSES 



435 



succursale au Port de Québec. Thomas Lambe devint 
" Surveyor " et Richard Oakes " Waiter et Searcher " à 
Montréal. Je crains de me hasarder à donner en français 
l'équivalant de ces importantes positions dans les ::ouanes 
du Canada. En 1799. Charles Stuart (lisez Stewart) !e 
père de Charles Grey Stewart et le grand-père du courtier 
actuel de douanes, M. John Stewart, fut nommé " Comp- 
trolkr" et Thomas Ainslie *' Collcctor." En iSiO, le 
" Collcctor of tlic Port, " M. Scott décéda, et fut remplacé, 
la même anuée, par M. (plus tard l'Hon.) Michael Henry 
Perceval, le parent et le protégé de l'éminent homme 
d'État, l'honorable Spencer Perceval, Chancelier de l'Echi- 
quier de la Grande-Bretagne, traîtreusement assassiné au 
moment où il franchissait le vestibule de la Chambre des 
Communes, à Londres, le 11 mai 1812, par Bellingham. 
Il était allié de près au comte d'Egmont dont la famille 
était des Perceval : il donna en conséquence le nom de 
Spencer à son beau domaine. 

L'Honorable Michael Henry Perceval, le Percepteur des 
Douanes, à Québec, cumulait divers emplois. Il était 
membre du Conseil Exécutif, aussi bien que membre du 
Conseil Législatif: heureusement que l'ennemi acharné 
Aqs pluralistes comme on les appelait. Lord Durham, n'é- 
tait pas encore venu. L'Honorable Michael Henry Perce- 
val vivait d'une manière princière sur son domaine 
de Spencer Wood, acheté du vieux LeHouillier. Au lieu 
du modeste traitement actuel de £'^^0, le Percepteur des 
Douanes à Québec recevait sous le régime impérial un 
traitement sous forme d'honoraires, égal à ;^8,ooo. De plus, 
la grande dame qu'il avait épousée à Londres, '.a fille ainée 
de Sir Charles P^lower, Lord Mayor de Londres en 1809 
— lui avait apporté comme dot ^"40,000 — puis, un héritage 
de ;C6o,ooo. Un percepteur impérial des Douanes, à Qué- 
bec, avec un salaire de ^8,Oûo par année et une épouse 
riche de ^100,000, pouvait, il est vrai, rouler grand train. 
Feue madame Peter Sheppard, la mère de M. Wm. Shep- 




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436 



LA DOUANE A QUÉBEC 



pard, Inspecteur des Postes et du Capt Percy Sheppard 
A. D. C. des Lieutenant-Gouverneurs, Robitaille et Mas- 
son, une des habituées de Spencer Wood.à l'âge d'or des 
Perceval.aeu en i877,robligeancc de nous communiquer un 
petit mémoire sur cette joyeuse période qu'elle avait vue 
de près, où les réunions de virtuoses et d'artistes, lui assu- 
raient avec sa harpe, ses entrées régulières. Il y avait alors 
beaucoup moins de villas dans le voisinage que mainte- 
nant : les hommes les plus connus sur le chemin St-Louis, 
éta. 3nt l'Honorable William Sheppard, de VVoodfield, 
mort en 1867, Henry Atkinson, du Cap Rouge, mort en 
1865 et Alexandre Simpson, caissier de la ^'a-^ique de 
Montréal, à Québec, décédé récemment. 

Madame Sheppard nous a laissé une peinture séduisante 
de la gracieuse, élégante et savante madame Perceval, 
qui, après la mort de sa mère, faisait, avec distinction, 
les honneurs à la Mmisiou Ifoiisc de Londres, en 1809, 
pour son père Sir Charles Flower, le Lord Mayor. Elle 
était excellente musicienne, femme de ménage sans 
pareille, parlait quatre langues, l'anglais, le français, le 
latin, l'italien : son salon se remplissait chaque quinzaine 
de la meilleure société anglaise et française de Québec, 
etc. ; au reste, il est probable que l'hon, M. Perceval tenait 
à continuer les traditions de gaieté et d'hospitalité de son 
fastueux prédécesseur, le gouverneur Sir James H. Craig, 
iiltle Kiiii^ Cra'\i;^, comme on le nonmiait. Notre vieil 
ami, M. P. A. DeGaspé, nous a laissé, dans ses Mémoires, une 
vive description d'une fête champêtre, à Powell Place, en 
1809. M. Perceval en acquérant ce beau domaine, chan- 
gea le nom Powell Place que le général Henry Watson 
Powel, lui avp't donné en 1792, en celui île .Spencer Wood 
pour comménic er le souvenir de son illustre parent, Spen- 
cer Perceval, si tragiquement assassiné. " Je ne puis me 
rappeler après un demi-siècle, nous disait madame Shep- 
pard, les noms de tous ceux que je rencontrais à Spencer 
Wood, chaque fois que madame Perceval m'invitait à pin- 



ESQUISSES 



437 



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cer de la harpe dans ses réunions musicales. Je me rappelle 
entre autres, l'hon Mathew Bell et son épouse, née McKen- 
zie, son associé M. Monroe qui résidait à Wolfefield, Sir 
John Pownall, les Montizambert, le juge Kerr, les Uni- 
acke, les Duchesnay, les Vanfelson, les DeGaspé, les Baby 
et une foule d'autres ; feue madame Sheppard a eu l'obli- 
geance de nous communiquer une notes des alliances de 
la famille Perceval, fort nombreuse comme l'on sait. 

" Eliza, l'aînée des filles, épousa Sir George Denys, 
Bart ; Caroline, la seconde, le col. Alexander Houston, de 
Clerkington ; la troisième, Isabella, devint l'épouse d'un 
français distingué et fort riche, le Baron de Veauce ; Mary 
Jane, la quatrième, épousa Sir James Mathieson, Bart ; la 
cinquième fille décéda à l'âge de 18 ans." 

Le fils aîné, Spencer, devint général dans l'armée 
anglaise. Il y avait en outre plusieurs autres fils : George 
Kamsay — qui choisit les armes comme carrière ; Michael 
Henry et le Col. Charles Perceval, des Gardes. La 
famille quitta Québec en 1828, pour séjourner à Florence, 
en Italie ; l'Hon. M. H. Perceval en revenant au Canada, 
expira en mer, le 12 oct. 1829, son excellente épouse après 
lui avoir longtemps survécu terminait ses jours en Ecosse, 
chez son gendre, sir James Mathieson, le 23 nov. 1876." 
Lady Dalhousie et Madame W. Sheppard, de Woodfield, 
allaient herboriser à Spencer Wood, en 1827, et ce beau 
site était fréquemment exploré, en 1832, par Lady Aylmer, 
comme il l'avait été, en 1818, par la famille du Du: de 
Richmond, notre Gouverneur Général d'alors. Je demande 
bien pardon au lecteur, do. m'être laissé entraîner à la 
dérive,sur ce beau iieuve ae la chronique des anciens jours. 

Continuons : M. Perceval eut pour successeur, comme 
Percepteur, en 1830, M. L. H. P'errier. 

Montréal, en 183 1, fut créé port d'entrée général et le 
" Surveyor " Henry Jessupp en devint le premier " Col- 
lector " et William Hall, " Waitcr and Searcher," devint 
" ComptroUer " en 1832. 



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438 



LA DOUANE A QUÉBEC 



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M, Ferrier, le percepteur des douanes à Québec, mourut 
en février 1833. Henry Jessupp, le percepteur du port à 
Montréal, fut promu à la charge de percepteur du port à 
Québec et William Hall, le " VVaiter and Searcher" devint 
percepteur à Montréal, en juin 1833. Cette année la charge 
de " Comptroller " fut abolie. Toutes les nominations 
précédentes avaient été faites par les Lords de la Trésorerie* 
et le Bonrd of Covimissionners of Customs, à Londres. 

En 185 1, le gouvernement canadien nomma M. John 
William Dunscomb, alors commissaire des douanes, per- 
cepteur, et Thon. Louis Massue, membre du Conseil 
Législatif, ' Surveyor," — le premier à la place de M. 
Henry Jessupp, qui fut mis à sa retraite et le second à la 
place de L. Charles Grey SteA^art. Ces nominations furent 
les premières faites à Québec, par le gouvernement du 
Canada, bien que les autorité impériales eussent commencé, 
dès l'année 1849, à effectuer le transfert du département, 
aux autorités canadiennes. 

M. Dunscomb avant de remplir les fonctions de commis- 
saire des douanes, que remplissait naguère feu M. Robert 
Shore Milnes Bouchette, était membre du parlement pro- 
vincial pour le comté de Beauharnois. Pendant sa longue 
tenure d'office, I851-S3, ses talents et sa probité le dési- 
gnèrent à plusieurs reprises différentes, pour des postes de 
confiance. Avec feu Alex. Maurice Delisle, le percepteur 
des douanes de Montréal, il fut chargé d'une mission com- 
merciale par le gouvernement, aux Antilles, etc. dont il 
connaissait le commerce, pour y avoir pris part plusieurs 
années antérieurement, quand il était l'associé de M 
Leaycraft, à Québec. 

M. Dunscomb après une carrière de plus de quarante 
ans dans le service public, s'est retiré pour faire place à 
l'hon J. G. Blanchet, ex-président de la chambre des Com- 
munes. 

Québec, 22 octobre 1883. 



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J'ai souvenance d'une bruyante réunion, en 1876, de la 
jeunesse de Sillery. Sans être bien jeune, j'y avais été 
spécJilement convié par mon excellent voisin, M. Dobell. 
pour prendre part à un Arhf de Noël, qu'il y avait pré- 
paré. 

Il me semble encore contempler la verte épinette, 
attififée de rubans, resplendissante de lumières jusqu'à sa 
cîme, étalant avec pompe sa ramure, parmi le houx et le gui, 
au centre du salon de lasplendidc villa lieauvoir. 

M. Dobell, sans vouloir m'en dire plus, m'assura que 
j'avais un intérêt directe dans l'arbre sacré. Je me rendis 
donc à la fête. 

Le Châtelain de Beauvoir avait eu en effet l'aimable 
attention de suspendre à V Arbre de Noël, à mon adresse et, 
mêlée aux offrandes si prisées de la jeunesse, une fort jolie 
canne antique portant inscription. La canne était à coup 
sûr, antique, elle avait été artistemcnt confectionnée à 
même la membrure de chêne de la vieille frégate française 
L'Orignai-, qui avait sombré, comme l'on sait, à VAnse 
des Mères, au moment où elle était lancée des chantiers du 
Roi de France, à Québec, en 1750. 

J'avais, à sa demande, fourni à M. Dobell, les détails de 
ce désastre, quand la drague du capitaine Giguères en eut 
repêché du lit du fleuve, à cet endroit, la carène noircie. 

M. Dobell me permettra de lui faite hommage de cette 
esquisse d'une coutume nationale vivace au lieu où il vit 
le jour et choyée de !ui, dans sa patrie d'adoption : 
L Arbre de Nocl. 

Spencer Grange, Noël 1885. 



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I! l^ï 
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'L'ARBRE DE NOËL" Christmas Tree. 



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LE HOUX— LE GUI 

"Quoi o«tis iii odnvivio 
f'iiput aprt il"foro 
KoildciiR lauilo» Domino.'' 
. Uientâkilt (If }foel,ii (Xr/oiâ) 

Chaque peuple chrétien commémore à sa façon la grande 
solennité des chrétiens : le jour de Noël. En ce jour, la 
gratitude, l'action de grâce pour la naissance d'un Rédemp- 
teur, n'est pas le seul sentiment qui agite les masses. Au 
surnaturel, aux joies du ciel, se marient le sentiment de 
besoins, des idées tout-à-fait terrestres. On célébrait la 
fête aux époques reculées, par des dances, des mascarades, 
une pompe théâtrale passablement profane; le tout se 
terminait par un festin pantagruélique. 

Dans la savante université d'Oxford, fondée en l'an 800 
par Alfred-le-Grand, Noël ne se passait pas tout entier en 
prières. Il y avait le banquet traditionnel, précédé dv 
BcncdiciL' \ \7i.fite aux Jiuitres, en octobre, à l'Université 
Laval, en approchera plus tard peut-être, avec le temps. 

'•Quot estis iii cnuvivio 
"iput apri ilcforo 
Kuddcna laudo!) Domiuo, otc. etc." 

Tel le Ihiudicitc du mémorable banquet. 

Les élèves remerciaient Dieu pour l'appétissante hure 
de sanglier qui, fumante et hérissée, s'étalait au réfectoire 
avec tant de majesté ; c'était la pièce de résistance. Puis, 
un vénérable maître d'hôtel, porteur du IVassail Bo'vl, bol 
gigantesque dt punch ou de vin épîcé, parfumé, cognait 
trois fois à la porte, en répétant les mots : Wasscl ! J Vas- 
sel / .' Wassel ! ! ! Chacun était tenu de vider jusqu'à la 
dernière goutte, la formidable coupe, et le grave échançon 
se retirait. Cette coutume, paraît-il, s'observait, ces 'an nées 
dernières encore, à Qncat's Collège, Oxford. 



ESQUISSES 



443 



Les gens de qualhé rehaussaient la célébration par des 
plats dispendieux, incroyables. On servait un paon rôti, 
auquel on ajoutait la queue emplumée, les ailes et la tête, 
comme s'il ctait vivant. 

C'était le Noël des aristos. 

Les vieux poètes, Massinger et autres, ont chanté ces 
excentricités. Sous le règne d'Elizabeth, la "vierge d'Oc- 
cident," l'oie grasse faisait les frais du dîner, à la Saint- 
Michel et à Noël ; maintenant, c'est le dindon rôti. 

L'Arbre de Noël, Christmas Trn\ si usité de nos jours 
parmi la jeunesse de la blonde Albion, n'est pas d'origine 
anglaise. Ce sont les Allemands qui l'ont inventé : proba- 
blement qu'il s'est glissé en Angleterre avec ses souverains 
Honovriens. 

C'est wne fort jolie coutume : on va quérir dans la forêt 
une gracieuse et verte épinette, que l'on dispose au 
centre ou dans l'angle du salon ; on convie tous les enfants 
du voisinage à venir en faire un Arbre de AW/, A chaque 
rameau est suspendue une bougie ; à côté, un cornet de 
bombons, un jouet d'enfant, un couteau de poche, une 
carabine, un ruban, un livre, une tabogine, un pendant- 
d'oreille, une bourse, une orange, une pomme et autres 
friandises etc. Puis le jour de Noël, ou même la veille, 
tous ces messieurs et dames, dont les plus âgés ont, tout 
au plus, atteint leur douzième année, se réunissent au son 
du violon ou du piano ; une danse ronde s'organise ; puis 
les jeux y succèdent: "le collin maillard," "Jacob et Ruth,'' 
la "Chaise Honteuse" et autres aménités, etc. On allume 
plus tard les bougies de V Arbre de Noël^ et la maîtresse 
de la maison dépouille l'arbre de ses cadeaux ; chacun des 
invités en reclame sa part. 

Les anglais de la vieille Angleterre ont'encore une autre 
coutume de Noël maintenant fort répandue dans la colonie 
C'est l'ornementation des appartements, le jour de Noël, 
avec des rameaux de houx ou du gui : coutume sacrée et 
générale dans les riantes villas anglaises autour de Québec. 



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444 



I/ARBRE de no EL 



Chaque annce, la ligne AUan apporte h Montréal et à 
Québec, un nombre infini de petits colis, remplis de houx 
et de gui verts avec le fruit y adhérant. Décrire succeinte 
ment l'origine et l'important rôle que ces deux plantes 
jouent depuis des siècles à fètc de Noël, c'est ce que nous 
nous proposons de faire. 

Noël serait incomplet dans la patrie de Richard Cœur- 
de-Lion, sans la branche traditionnelle de houx, suspendue 
aux murs des appa.tements, emblème du vivace et ver- 
doyant souvenir que l'Anglais rattache à tout ce qu'il 
aime, à l'époque où la grande solennité du Christianisme 
vient, do ses alcgres rayons, caresser son toit hospitalier, 

A l'anglais crrai\t, fa^ aîcaj /rom home, sur le sol étran- 
ger, le houx devient l'expression de ce sentiment affectueux, 
ineffable, pour la terre natale ; il lui rappelle le doux temps 
de la jeunesse, lorsqu'il trouvait place au cercle de famille» 
ce cercle aimé que la mort ou l'absence a dissout. Il ché- 
rira cette verte et vigoureuse feuille de houx comme lui 
rappellant les saintes joies du foyer paternel, n'importe 
dans quelle contrée éloignée où sa destinée l'aura relégué ; 
elle lui redit toute une histoire du passé ; c'est une 
révélation intime que lui seul comprend. 

Mais le houx ne va pas seul, à Noël, il marche de 
pair avec le gui. Si l'un s'associe au sort des ancêtres, 
l'autre commémore le banquet, la fête de famille. Tous 
deux intimement lies à la vie sociale des anglais, le houx 
symbolise la famille qui existe, et le gui, avec ses amou- 
reuses légendes, la famille à naître ; c'est-à-dire que la 
paisible demeure qui a abrite le jeune enfant réclame le 
houx ; et que le gui appartient au pays du tendre. 

Le gui, on le suspend au lambris ou au centre de l'ap- 
partement, ou encore, audessus de l'entrée, là où le ber- 
ger et la bergère passeront sans s'en douter ; car cette ren- 
contre fortuite, sous ce mystérieux rameau, doit néces- 
sairement leur ouvrir, au livre du destin, une page convoi- 
tée, mystérieuse. 



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KSgUISSKS 



445 



L'emploi du houx et du gui.à Nocl.cst moins une coutume 
chrétienne qu'un usa}^c druidique ; car, à vrai dire, il n'y 
a nulle liaison entre le iioux et le gui et la nativité de 
notir Seigneur Jésus- Christ. Les " J^ruides aux longues 
barbe?, aux couronnes de chênes et les Druiilesscs à la 
faucille d'or " llorissaient bien des siècles avant l'ère chré- 
tienne, et les Druiiles de l'Angleterre tenaient pour onjblc- 
mes sacres, dans leurs fêtes, le houx et le gui. Leurs 
principales solennités avaient lieu .lux jours les plus nnirts 
del'année.c'est donc vers le temps où a lieu la fête île N'oèl. 

L'J culte druidique affectionnait les symboles . chaque 
objet extérieiM- était le type d'une idée. 

Le chêne si^nihait courage viril, torct- intellectuelle. 

Le gui qui adhérait au tronc <lu cliLiie tnait au-, i un 
sytnboli: : c'était l'amour vivacr, inextinguible de la km- 
me, appuyée sur son protedeur, S()n inaitre ; l'eidavant 
comme d'une verte guirlande, lontemps après mèin«- (|ue 
la vieillesse lui aura versé ses frimas. 

Parmi les légendes druidiijues, on lit "que Freya l'épouse 
d'Udcr, le dieu des .Sa.xons, obligea toutes choses à jurt:r 
ne faire aucun mal à Halder, le soleil, excepté legui, plante 
qu'elle trouva si insignifiante qu'elle ne crut pas devoir 
s'en occuper. Lac, le dieu du mal, ayant découvert cette 
omission, prit un rameau de gui qu'il donna à Oder, divi- 
nité aveugle, tt ce :ui .érable causa la mort à Halder, en le 
perçant .i\t'c !e gui.' Telle était la fixbie, et co fut pour 
empêcher Lac de tuer Hahlcr que les Druides allaient qué- 
rir les chênes poin- en enlever h: gui, avec le cri d'allégresse: 
"Au gui, l'an neuf, " d'où le mot " La Ignolée " on "Guil- 
lannéc "' est une corruption. 

Cette ancienne coutume druidique existe encore dans 
nos compagne.s, où elle a subi d'étranges transformations. 

L'Honorable Pierre P'ortin M, P., nous rappelait récem- 
ment avoir constaté cette|coutume à Laprairie où à l'Acadie, 
près de Montréal, dans sa jeunesse. Courir la Ignolée se 
pratiquait à Noël ; des escouades de jeunes gens aux mas- 




p\ 



' 446 



l'arbre de xoel 



ques et habits d'Arlequins, munis de bâtons et précédés 
d'une musique grotesque, allaient de maison en maison, 
demandant pour les pauvres des secours, sous forme de 
tranches de jambon ou de pain, "mais la queue de cochon, 
la c/iijpu'c" devait adhérer au morceau de lard, avec menace 
a., cas de refus, d'enlever le plus jeune enfant et de le 
traîner à la forêt où il serait rôti sous un chêne. Hélas ! 

A Sillery, où les coutumes Druidiques n'existent que 
dans le souvenir des savants, on ne rôtit pas le plus 
jeune enfant "de la famille sous un chêne, à la forêt," il 
n'y va que pour s'y procurer l'épinette gracieuse pour VAr- 
brc de Noci, 



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A I.'MONORABLK 



CrUOE K>CTjTI3:iBK; 



F R. s. C. 



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IMPREoSlUNS DE VOYAGE, 



Li:.^ Lacs dk Cu.mi;kki.ani>, v:i\. — Liis Ruixj-.s dk Mi;i - 

l<n>V. AlillKV. — Al;i;()'i"SFOKI>, II' ClIATiiAi; Dl' Siu 

Wali'iik Scott. 
A rilonorablc JuL^o Routhier. 
Cher Ju^Te, 

J'ai lu avec un vif mtcrct votre volume " /-l 
7'ni:ii\s /'/://f\>/>i." Vous y passez en revue, entr'autres 
contrées,que vous ave/, visitc'es.la patrie de cette infortunée 
reine, Marie Stuart. Le temps vous a probablement manque 
pour comprendre dans votre e.xamin.la ré^^ion :-i pittor(.:scj ut- 
iles lacs ant^laiï^, 1 -• cliàteau féodal et le lieu de sépulture 
près Edimbour^^ d'jr"Arioste ilu Xord," Sir Walter Scott : 
cette page de mes impressions de voj'age, permette/ moi 
dg v(nis rolTrir, avee quelques remarquf^s préliminaire . 

Je crois vous l'avoir déjà dit , les (euvres, surtout les 
romans hi.-toriques di. cet homme célèbre avait fiient mes 
délices, longtemps av.int l'ère où notre habile raconteur, 
M. l^eGaspé esquissait son Iiéro-; écwss lis .\rcliy LM^heil 
dans les ". \;h:iiiis Caitaduns.'' 

Ces belliqueux chefs de cl ans, les J-Vaseï, les Canqjbell. 
les McDonald, les McGregor, les ^rd'herson, avaient pour 
moi un attrait tout particulier. J'éprouvais aus.-i un vif 
désir de contempler lùlimbourg la belle, que mon iïeui 
maternel et le protecteur île mon enfance ]\L JJaniel 
McPherson avec une pardonnable [Kirtialité, me peit;"nait 
comme la plus romanesque des cités ipiant aux points de 
vue, sans oublier sa rue princière (l'rince's street) — la [)his 
belle rue de l'Europe, se plaisait-il à répéter. En iSSf, un 
d.e ces rêves dorés de mes jeunes années s'accomplit, 

11 me fut donné de voir la patrie de Burns — de Scott — 
de Marie Stuart, — de l'austère John Knox. 



■50 



IMPRKSSIONS Ur. VOVACil:. 



I* • 'i' 



J'avais souvent ouï-dire, que, en réalité, deux de ses fils 
avaient fait l'I-Lcosse— Ci* qu'on !a trouve aujourd'hui — et,' 
Mdinibourr^, la citc-reinc — rAtlvlnes du nord ; Scott et 
Knox. 

.Vvant de nouer coiuiais.sance avec les .sauva<;es splen- 
deurs «^ic cet heureux pa}'s, j'avais vu, comme vous, bien 
des sites imposants, de féeriques spectacles. Il m'avait 
été .1 nné d'admirer Paris et de contcmiili:r au ç:^rand jour 

ses mille merveilles qui en font \.\ p!n-- brillante capita- 
le de i'lùiroi)e ; le soir, mes pas avaieiit crréthuvs l'ax'cnue 
de l'opéra, les Champs Klysée-, les jardins dç:^ Tuilerie-, 
él)l()uissants de lumière électrique, de milliers f!e jets de 

J'avais visité les fastueuses galeries de pcintm-e du Lou- 
vre, de Versailles, de Fontainebienu et rpie sais-je encore ? 

De loutes ces étonnantes créations de mains d'homme, 
rien ne m'avait plus frajipé que la majesté de ces antiques 
cathédrales de T^'ance, de liruxelles, d'Anvers ' t de la 
Grande lîietaL^ne : \Vestniinster-;\bbey, St-l'aul, les* 
cathédrales d'J-^ly, de l'cterborouîrh, surtout York Mins- 
ter ; revenant sur mes pas j'avais fais étape dans les sa. .es 
classiques de CambriJj^e, les riches archives du Ih-'itislt 
Masiinii, aussi bien que dans quelques sites remarquables 
de l'Irlande. 

.Séjournant toute une huitaine dans l'antique ville de 
\'()r]s, au m'iment mému où se célébrait avec une pom[)e 
extraordinaire, le cinquanlième anniversaire de la fonda- 
tion, à \'ork, en 11^31. de l;i société de savants, connue sous 
le nom de lîlUTIsii ASS'Ui \! n 'X : et qui, trois années plus 
tard, tenait ses -éanci.' <, à !\[ontréal ; je m'étais empressé 
'd'aller saluer phîsieur,-. illustrations ilans les sciences et 
les lettres (\q-=, vicu.v pays, ainsi qu'échanrrer une poii^fuéede 
mains avec des amis siiicè;'es de notre Canada, lixés à 
A'aris et à Londres. 

L'U ami m'avait ouw.-r!. li porte de Henri Conscier.ce, 



ESQUISSES 



451 



Ide 

!a- 

lus 
[se 
et 
lie 
à 



alors conservateur du musc'c Weirtz, à Pruxclles, le jour 
même où il publiait son centième roniaij. 

Un des endroit.'^ dont je conserverai une douce souve- 
nance, ce fut la rct^ion enchanteresse des Lacs, au nord de 
rAn<:jleterrc, le LakcUmd du Cumbcrland, du W'tstinore- 
landetdu Lancashire. 

Rien de plus riant, à la belle saison que ces <.Macicu-cs 
nappes d'eau, embusquées dans les vallons do bruyère 
pourpre, au pied des pics^,sourcilleux de Helveliyn, Seau-- 
fell,Skiddaw,jalonnées de villas, sillonnées de beaux yatchs : 
V\'indermere, Amblesidc, Grasmere Coniston, Ulisuater, 
Kes\\ick,Der\vent\vater,lacs mélodieusement chantés par la 
brillante scfiuellc poétique, les Laktrs. l'-cule jadis fameuse, 
honorée de l'amère critique de liyron, dans sa satyre 
" Enrrlish liards and Scotch Rcviewcrs " et qui comptait 
pour i^'rand -prêtres : -Cumberland, Wordsworth, Scnithey, 
Scott, Christopher North, les deux C'olerid^e, Harriet 
Martineau, DcQuincey, Felicia Hcinans, etc. 

Ces pièces d'eau dans leur plus grande éiendur, n'excè- 
dent pas quinze mille;» en longueur. IClIes sont pourvues 
de somptueux hôtels qui se ferment l'hiver : l'été, les 
touristes y aitluent ; à l'entrée des petites baies, aux bords 
des lacs, se balancent sur leurs ancres, des flotilles de \-atch. 
aux sveltes mâtures, aux blanches voiles: queU}ues uns 
sont mus par la vapeur. 

Christopher Xorth (John Wilson) a décrit avec entrain 
une matinée ensoleillée de mai, en 1N25, où Scott. Words- 
worth, Southe)', Canning, prirent ]),irl à uneregatte sur le 
lac Windcrmere, sous le commandement (le Christopher 
Xorth, vaillant ad'niral de la llotillc c ii brillaient V }-.inina, 
\c Nciutilits, la (iiLiil/i, VOsprcv, le (jnriht, et autres rapides 
coursiers des ondes. 

Les voies ferrées, aidées d'un service (juotid'on de petits 
vapeurs sur les lacs, vous introduisent dans ce beau pa\'s. 
Une fois rendus, et pour aller par terre d'un lac au lac 
voisins, les touristes en bonne santé aflectionnent le vehi- 



45-' 



U'KLSSIUN.S DK \L)\ MAi 






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culc usit»5 .'lux anciens jours : le stai^cio.icfi, \:A\iccc <.\<i >lili- 
tfence fort commode. 

Chaque matin, à Uix heures précises, le curs Je chasse 
annonce le départ de ces voitures d'Anibleside [)our Kes- 
uick, Grasinerc, ou autre lieu d'arrêt : on y attèle troi-, 
cjuelquefois quatre vigoureux clievaux , il y a plusieurs 
relais le long de la route, car Id servie»: est très ardu ilans 
cette contrée de montagnes. 

Avec une forte police d'assurance outre les accidents 
et do bous nerfs, le trajet, ou mieux la course, a ses 
jouissances, La diligeuce s'encombre de passagers jus(ju:: 
sur le faîte ; on sonne du cors.les chevaux, frémissants d'im- 
patience, pialTent et prennent le galop : on s'imagine que 
la voiture va se rompre en pièces .■>ur les angles de rochers 
qui hérissent des gorges presqu'aussi escarpées que celle 
où la sanguinaire éi)0use de Ivo!) Koy pré[)ara son mémo- 
ral>!e déjeurcr ; il n'en est rien. 

Lorscjue le soleil aura atteint son méridien, cochers et 
touristes de descendre sains et saufs à quelque coquet 
-louysidc iuii oii un biftèque ou une friaijde côtelette arro- 
sée de Médoc, vous réconforte énormémtrnt, t m lis cpie les 
chevaux ruisselants de su?urs, v«/it s'> r»rposer ; l'écurie 
et sont remi)lacés par d'autres. Xnis arrivàn»-'s à 
Kcswick, vers i heure l*. M. : station obligée pour les 
touristes, i.\\\\ vont visiter la petite egli.ie de (.'rosthwaithe, 
où re[) osent les cendres du laure.it Kobert .Southey, mort 
en 1843, à son manoir, dans le voisinage, tjreta Ha!!, cpi'a- 
vait possédé, en iSoi, le poète C )Ieridge. V^oisin du mau- 
solée de .Southey, nous remarquâmes un monument [)lus 
prétentieux, celui tlu comte de Derwentwater, patron de 
l'église. La veille, j'avais visité à Rydal Mount, au lac 
Grasmere. 1 1 maison d'un p.utre lauréat, Willian» W'ords- 
Morth, mort en 1S50 et qui avait hérité des cents 
gainées et de la tonne traditionnelle de Civiary i\7//f ,de son 
prédécesseur Southey : elle est située sur une émincnce, 
faisant face au gracieux lac. Le corps du logis est en excel- 



l.SiiUISSl-.S 



453 



lctitét;it de conservation ; le pÏL^non est prcsqu'invisiblc 
>ou.s un rideau de lierre verdoyant dont je détachai une 
branche comme souvenir, sans nie hasartlcr à pénétrer dans 
la cour, dont la porte était munie d'un avis en défendant 
l'accès, la seule ressource, paraît-il, du propriétaire aliuri, 
pour se défendre contre l'ailluence des touristes. 

Wordsworth, ainsi (jue Ilartley ColeridçTe, dorment i\u 
'^uprême sommeil, dan-; le pittoresque cimetière de (iras- 
mere où l'onde d'un limpide ruisseau voisin semble leur 
murmurer ces douces paroles d'un des leur-^ ; 

WllOSr (listant lOOlsICllH l'CllIl 

riirousli tlio corridors (rlTimi' " 

Adieu, donc, bardes sublimes, voix aériennes des anciens 
jours ! Adieu ! 

A Keswick, nous reprinie-. la voie ferrée : après avoir 
traversé mille sites quj le burin ma-^ique de Scott à iiumor- 
talisës[et dans quel coin de l'Kcosscle chantrede M.irmion 
et de Waverley, n'a-t-il pas laissé que'que lumineux reflet 
de sa lampe ! ] la locomotive s'ariêtait vers S. 30 \\ ?\1. 
comme vous le dîtes, dans ce noir ravin sous la viile d'IC- 
dimbourLj, à la fjare. nommée Wavirhy Station, près du 
ponu connu comme \\'avvr/iy Ih-idi^i, d'où l'ail est réjoui 
par la vue de ces jardins t^racieux à qui on a donné le \v^\\\ 
de Wai'crlty Gardiiis, dans le vc i-^ina^^e de W'ii'irrhii Mar- 
lit. 

La fati^ijuc du voya;.:je, la poussière de la route, l'heure 
avancée, tout me conviait à aller chercher gîte au çjrand 
hôtel voisin, le Wiii^chy, remettant au lendemain mes 
courses et mes explorations à travers le nouveau et l'aii- 
cien lui imbourg. 

L'aube nous ramenait un vrai soleil d'Austerlitz : un rayon 
vermeille de l'aurore ^'infdtrant à travers ma persiennc me 
donnait, du côté opposé de la rue, la silhouette majestueuse 
du monument de Scott. " l'un des plus beaux que pos- 
sède ri'AUope, une pyraiulde gothique de marbre blanc 
ayant quchpic ressemblance avec la flèche de Strasbourg " 






Ijfi 1^;: 



454 



IMI'F-iKSSTONS I)K VOVAl.K 



comme VOUS le dîtes. Ils'cleve à une hiuteur do deux 
cents pieds. Ainsi donc, le premier à m'abordcr sous tant 
de formes, d'embleMiics, c'était l'immortel auteur de Waver- 
ley : je le voyais en iace, assis sous les arceaux de son 
monument, avec le costume national, un livre d'une main, 
une plume de l'autre, tandis que son fidèle chien, Maida, 
couché à ses pieds, lançait ua reL^fard caressant à son bon 
maître. La poésie, le ironie, le patriotisme du grand écri- 
vain me confrontaient dans la rue, dans, l'air, en haut, en 
bas, partout. 

Le nom de Scott s'imposait en tous lieux, flottant au 
dessus de sa patrie comme un nimbe glorieux, un bouclier. 
un drapeau. 

•J'étais porteur de lettres à M. Thos Scott, un membre 
du barreau d'Edimbourg et un descendant du poëte ; ces 
lettres m'ouvrirent bien des portes. Remettant à 
quelques jours plus tard l'exploration de la cité, j'accom- 
pagnai mon courtois cicérone, qui me mena de suite à 
ce qui fut jadis la maison de ville de l'auteur deWaverley, 
No. 39, North Castle street. 

Tout intéressant que fussent ces souvenirs de la résidence 
de ville de Scott (car là, avaient été tracées, en 1814, dan'i 
l'intervalle de quelques semaines, les pages émouvantes 
de Waverley) je brûlais de contempler les tours d'Abbots 
ford et les r.itiques ruines de Melrose Abbey. 

Comme l'a si bien dit I? chantre de Marmion, c'est au 
clair de la lune qu'il faut aller jouir du charme ineffable 
de cette gracieuse ruine, un des plus chastes monuments 
du style gothique en architecture. 

Je m'enfonçai donc dans ses sombres cryptes, ses salles 
souterraines encore plus sombres. J'y retournai le lende- 
main pour voir ces merveilles à la clarté du jour ; Melrose 
Abbey est distant d'une lieue d'Abbotsford, sur la Tweed. 

L'abbaye de Melrose, maintenant la propriété du Duc 
de Buccleuch, fut fondée, en 1 13'j, par le roi David L Elle 
fut octroyée par une charte royale à un ordre de moines 



i;s()UissE.s 



455' 



réceiumcnt crcé cii l''rtiiiCL' : le inonastcrc de Melrosc 
était l.i iiMison-inère .ie tnit l'ordre établi on l-lcossc. 
Quand Edoiiar 1 II i.i'An<;leterre, cii 133.?, retraita ('e l'I'^ 
cosse, SCS partisan.^ (iront main-basse sur les maisons reli- 
gieuses et pillèrent la riclie abba)-e tle Melrosc. Pour la 
refaire, le roi Robert fit un d(jn à l'abbé de Melrose de 
^2,OûO (1) pour reconstruire l'c^^lise de St-Mary. C'est 
à cet acte de vandalisme t^ue l'on e«t redevable de la rare 
beauté de ce temple, car à la date de sa reconstruction le 
style i^othique en architecture avait atteint son plus haut 
point de perfection. La première éf^lise a dû être un ouvre 
assez grossière, puisque le monastère en entier avait été bâti 
dans l'espace de dix année-. Le; constructions allaient len- 
tement en ces temps-là : il serait dii'licile de préi-i-^er le 
nombre d'années qu'il a fillu pour ré-edifier l'éi^lis'; donr 
les ruines charment maintenant tous les regards. 

lai 13S4, les anglais, sous Richard II, firent une inup- 
tion en ICcosse : le roi logea une nuit à l'abbaye et \- i.>it 
le feu le lendemain matin. Il la combla de dons plus tan!. 
pour faire taire ses remords, espérons-le. 

Le monastère de IMelrose fut détruit en 1545 p.u le 
Comte de lletford. 

Une tradition va à dire (]ue les ang'ais. en cheminant 
vers leur pays, ayant pénétré au delà des monastères de 
Melrosc et de Dryburgh, entendirent les cloches il'un de 
ces monastères qui carillonnaient oour marquer la joie des 
religieux, au sujet tle leur délivrance ; les anglais, mécon- 
tents ..e cette démonstration, se hâtèrent eie revenir sur 
pas et aux réjouissances vies pauvres moines, succé- 
dèrent bientôt le deuil et les larmes. 

L'abbaye ue se refit jamais tle la de.-aruction que la 
Réforme introduisit dans !e culte des l'Icossais. 

A l'époque de la Réforme, dit un mémoire, l'on enleva 
une portion des matériaux tle l'abbaye pour en construire 
des résidences privées : les statues furent démolies en. 

(I) XJ.uiid iti l.i22 i'>iuiv.-ilaiit, ,1 l')i),(H)o cour» :\ct«ol. 



ifc 



•456 



IMl'KI.S'^loNS M'" \()\.\<;V. 



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IO49, c-t pendant nombre criinnce> le [Kiipledo Melrose, 
alLiil enlever la pierre de l'abbiye, comme si c'eût été une 
carrière. L'on prétend même qu'il n'y a pas ilans l'endroit 
une -^eule ancienne maison, on il ne so trouve dans la 
maçonne, une pierre de l'Abbaj'e de Mclrosc. 

Depuis (jiie cette pittoresque ruine est devenue la i)ro- 
priété de la f imille lUicclench, les choses (^nt chaiif^é : 
on a ini> un terme au démolisscment : "on a fait tout ce 
qui a été possible pour arrêter rouira::je du temps, pour 
préserver ce qui reste. 

Le Duc de lUiccleuch a fait éljver autour, un mur d'une 
circonférence d'un mille, pour entourer et isoler cette 
abb.iye, jadis si ri:lK. 

C'jtte s;)Iendide strujliu'c. oen-Liat nninhre d'années, un 
objet de vénération (>.)ur l'Mcissc entière, est encore (l'une 
beauté happante, dans sa décadetice, par les sculp- 
ture-, et les ciselures, sur le; frise.-, )c> corniches et les cnta- 
blatures, les chapitaux ;- on y voit, comme si le .sculpteur 
les eût découpées, la veille, mille obji ts d'un fini à déses- 
pérer r.utistc ]r. plus consomme : des roses, des lils, des 
fouf^ères, le chardon d"l'",cosse, dos feuilles de cliéne, de 
frêne, etc., scul'ptées sur la pierre, a\'(C une merveilleuse 
j.;râce. 

vVprès un a;jréable trajet île trois milles de l.i petite 
vil.'e de Alelrose, en suivant le cours sinueux de la T uecd, 
à travers une contrée oiîdulcuse et pastorale, j'atteignis 
enfin Abbot.^ford. 

Des massifs d'arbres et un accidetit de terrain dérobent 
la vue de ses tourelles : on aperçoit en arrivant seulement 
le c istcl, structure irré;^ulièrc, œuvre des fantaisies de l'il- 
lustre [joëte, combiné avtc le style gothique en architec- 
ture. Il se dresse au haut il'unc terrasse en ref^ard de la 
rivière Tweed. 

ICn entrant, le concierge vous iiivitc à inscrire votre 
adresse sur le registre de-, nombreux visiteurs, qui vien- 
nent de tous les coins de l'univers contempler cette chàse 



I.MU'I.sSI > 



57 



vcncrct." ; L,M"ande fut m;i surprisf, cii dccouvraiil (juc l,i 
m.^joritc des noms Inscrits, appartenaient à des citoyens 
de la grande republique de Washington : Scott en etkt 
compte bien des lecteurs, bien (Us chauds admirateurs 
elle/, no.i voisins. 

Tour moi qui avait lu et rchi le chef-d'(puvre de Loclc- 
hart, la iMographic de Scott, c'était un moment solennel. 
Je ne saurais vous décrire l'émotion (pii m'obséda, lorsque 
je franchis à la suite du concierge, le petit escalier en pierrre 
dont la spirale conduit à l'entrée du cabinet île travail, au 
salon et à la bibli'-thèqu',: de l'auteur de W'avcrley. 

J')- trouvai l'ameublement et Ij contenu à peu pré-; 
comme Lockhart nous le peint et tel que l'illustre mm m- 
cicr le laissa, l^rsqu'd (.lisait adieu à Abbotsi'ord et a .se>i 
enfants, le 21 septembre I'S32, (i) scènes (pie ^^o\^ biogra- 
phe a retracées avec tant de bonheur : 

Le salon d'entrée e>t pavé en marbre blanc et noir : des 
panneaux en chêne ornent ii.'s murs ; autcnir de la corniciu: 
sont disposés parmi des cottes de malle, les écussons 
d'anciens chefs écossais : les Douglas, les Iverr, les Scott, 
les Turnbul!, les Maxwell, les Chisholm, le-; IClliolt, les 
.■\rmstrong. On nous exhiba la grosse clef de la pri>on 
d'I'vdimbourg, nommée Tolbooth connue sous le nom de 
' Meart of Àlidlothian ," une pendule (jui avait appartenu 
à la reine Matie-Antoinette , les habits, le chapeau, jus- 
qu'aux souliers, du romancier. 

Dans l'arsenal (iinitoiy) ([ui sert d'antichambre cà la 
salle à manger et au grand salon de récci)tion, il )■ a une 
foule d'antiquailles : des aimoiries ctc, la cuira'^se de Jac- 
ques IV, le fusil du fatneux Rob Roy, le sabre de Mont- 
rose, les DÎstoiets de Claverhouse, le chandelier de Robert 
Bruce, une cassette, jadis la propriété de la reine Marie, 
aussi bien que des armes indiennes. 



" Ali'nit liaU' i>:ist OUI 1'. M., (iii t'io 21st pi'iit('ml>i'r (l'>:iJi Mr Walto- lin'alluil lui 
Inst 111 ilio |iri'!.i'iu-(' (if a!l 11'» iliililri'Ti. It wa» a licautifiil day. so «ami tliat im ry 
wilicliiw was wiili' opiii, su piTtirily still. tliat tin- ccmml. al iill timiM iiunt di'liii mi- tu 
lii« <';.i-. thi' ci'iitlo liiii'li' of tlii' Twi'iil OMT its iM'liMi'?. was ili-ttiiii'lly auiiililr a- wi; 
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WEBSTER, N. Y. 14580 

(716) 872-4503 



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458 



IMPRESSIONS Di: VOVAGK 



Au grand salon, je vis un superbe cabinet nacré, que 
l'on dit avoir appartenu à la Reine Marie ; sur les murs 
sont suspendus le portrait de Scott, grandeur naturelle 
par Raeburn, aussi le portrait de Lady Scott et de Mdlle 
Scott. Entr'autres objets qui fixèrent mon attention, je 
notai un curieux tableau représentant la tête de la 
reine Marie après avoir été décapitée ; la bibliothèque, le 
plus grand des appartements, mesure 50 x 30 pieds et 
contient à peu près 20,000 volumes : le dôme représente 
des roses et autres fleurs et ornements imites de ceux de 
Melrose, et de la chapelle de Roslin : et dans une niche en 
chêne, à l'extrémité, l'on voit le buste de Scott, par le célè- 
bre sculpteur, Chantrey. Au dessu-^ de la grille, il y a 
accroché au mur, un portrait, grandeur naturelle du fils 
aine de Scott, peint par Sir William Allan, auprès, au 
milieu de meubles élégants, dons faits à l'illustre poète, 
se voit deux chaises romaines ciselées avec goût ; sur une 
table circulaire, en une entablature de fenêtre, reposent 
plusieurs curieuses reliques : le porte-feuille de Napoléon 
I ; d'anciennes tabatières, etc. 

Le cabinet de travail, pièce plus petite, avoisine la 
bibliothèque : on y trouve une collection de livres dispo- 
sés sur des rayons ou tablettes de chêne. Dans un coin 
de l'appartement gît l'escalier dérobé qui aboutis3ait au 
dortoir de Scott, et par lequel escalier il pénétrait, inaperçu, 
à son cabinet d'étude, dès l'aube, donnant de longues 
heures à ses travaux littéraires avant que ses hôtes fus- 
sent prêts à déjeuner. 

Au milieu du cabinet, on voit encore la table où il écri- 
vait ou dictait, et le fauteuil couvert en maroquin oià il 
s'installait. 

Combien d'autres objets de cet homme de génie reli- 
gieusement préservés à Abbotsford, comme souvenirs ? 

Scott fut inhumé à Dryburgh Abbcy, à trois milles. 
d'Abbotsford. Cette vieille abbaye, maintenant en déca- 
dence, fut bâtie sur le site d'un temple druidique par Huga 



EQUISSES 



459^ 



de Morville et par son épouse, Béatrice de Beauchamp, 
en l'année 1150. 

Après avoir lu l'inscription sur le marbre tumulaire, je 
repris le coupé qui m'avait transporté de Melrose, disant 
adieu au château d'Abbotsford, théâtre de la gloire et des 
revers d'un des plus beaux génies des temps moder- 
nes, séjour d'un des hommes les plus nobles, les plus géné- 
reux : Walter Scott. 



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APPKNDICE 



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Adik'iida pour la imsi' ('•>'' 



GKORGt: STBWART, ]R. 

Prcsidi.ut de la " Socictc Lit ferai n et Historique. 



George Stewart. jr., fils do M. George Stewart. marcliand de 
St Jean, Xouveau Brunswick, naauil en culte ville le 26 novembre 
184S. 

Il fit ses classes au Graiitiiiar Schoot, de St Jean, où il se 
distingua par fl-s succès dans la littérature anglaise, l'iiistoire, 
les classiques A l'âge de 14 ans. il écrivait pour les journaux. 
En 1S65, il fonda un journal mensuel ayant pour litre T/ie 
Sta/'//'s Coi'/ccfor's Mont /n'y Gazette,. En 1867, il y substitua 
une revue ])lus étendue, Stercart's Quart cri y Mai;azi?ic. 
Cette excellente j-aiblicaiion qui compta parmi ses collal)orateurs 
les écrivains anglais les plus éminenls du Canada, lut continuée 
jusquen 1872 et lui valut de chaudes félicitations. En 1876, M. 
Stewart accepta la posit on de rédacteur littéraire du U'ate/i- 
man, de St-Jean ; le M'atelniiaiis par ses appréciations critiques 
de la littérature courante, prit une haute position dans la presse. 
Plus tard, on le trouve aggregé au i)ersonnel éditorial du Daily 
News, comme assistant-rédacteur 

Il contribua pour une série d'Etudes, d'Esquisses. de Récits.etc, 
aux revues canadiennes et américaines du temps : Maritime 
Monthly, de St-Jean, Caitadian Mont/ily ^tBel/ord's AJa^i^azine, 
de Toronto ; aux publications d'A/pletofi, de Scril>ner, de Xew- 
York ; Pattcr's Aineriean Monthly. de Philadelphie ; le Cana- 
dian Illustrated Nei(.<s, de Montréal ; le Week, de Toronto ; le 
Literary World, de Boston. 

En mai 1S78, M. Stewart quitta St-Jean, pour accepter le 
fauteuil éditorial de la RevMC de Belford, Rose Belford's Cana- 
diaii Monthly, à Toronto. Une année plus tard, on le trouve au 
Mornini:; C/ironicle, de Québec, conmie Rédacteur-en chef. 

Parmi les autres travaux littéraires que M. Stewart menait de 
front avec la rédaction de son journal, on ]ieut citer sa collabo- 
ration à l'ceuvre biographique entreprise par M John Charles 
Dent, Canadian Patriot ézf^/Avj', en 4 volumes. Ses conférences 
devant la Société Littéraire et LListorique de (Québec, sur Emer- 
son, Alcott, Carlyle, Longfellow, Thoreau, Erontenac, ajoutèrent 
à sa renommée littéraire ; il y donna alors de nombreuse preu- 
ves de ses connaissances littéraires, historiques, critiques, etc. 
A son départ de St-Jean, on lui présenta à un banquet public, 
une éloquente adresse, accompagnée d une superbe montre d'or, 
avec inscription, comme témoignage d'estime. 

En septembre 1S79. il reçut un diplôme comme membre de 




•s 





464 



(iEuKGE STi'.WAKT 



V Association Littéraire Internationale- Il est PrcsiJonl do la 
Société Littéraire et IIistori(/iie de Québec, secrétaire de la 
Société y^oya/ t/u Canai/a, siicùon de Uiliiténiture anglaise, et 
membre de i)lusieiirs autres sociétés scientifiques. * 

Les i)rincipaux écrits de M. Stcwart sont : 

i. llistory 0/ Great fire of St-Joltn N. B. 1S77, dont trois 
éditions parurent. 

2. Evenin;^s in t/ie iitirary : causeries familières sur les écri- 
vains contem[)orains les mieux connues 

,V Canada limier the administration of the Eciri 0/ Dufferii, 
en 1878. Ce vaste travail avantageusement reçu et cité par les 
Revues, a eu les honneurs de trois réimpressions. 

\j EncycIop':dia Britannica, contient neuf article.^ de M. 
Stewart, sur le Nouveau-Brunswick, la NouvcUe-ICcosse, 1 Ile du 
Prince Edouard, la Cité de Québec, la Province de (ihiébec, Sl- 
John N ])., St. Stephen N.-li., les Trois-Rivières et William C. 
Sinnns. 

j. L'article biographique sur Frontenac dans l'eeuvre de M. 
Justin Windsor "A Narrative and Critical Plistory of .\n:)érica", 
est de la plume de M. Stewart. 

Le 21 avril 1875, M. Stewart épousait à St-John N. !>. Madlle 
Maggie M. Jewett, de Lancaster Ileights, près de la ville de St 
fcan N P. 



Note pour lu page 84 



Les desiinees de la racs anglo-saxonne 
en Amérique, d'après Prevost-Paradol. 



" Mais cet ascendant actuel de la race anglo-saxonne hors de 
l'Europe, n'est qu'une faible image de ce que nous réserve vm 
prochain avenir. D'après les calculs les plus modérés fondés sur 
le'progrès de la population pendant la dernière période décen- 
nale, les Etats Unis compteront plus de cent millions d habi- 
tants cà la fin du siècle, et cela, sans tenir compte de l'annexion 
probable du Mexique et de l'extension de la république a;néri- 
caine jusqu'à l'isthme de Panama. A côté d'une pareille puis- 
sance, le Brésil et les divers Etats de l'Amérique du Sud ne sont 
d'aucuns poids, et disparaîtraient le jour où il plairait aux maî- 
tres du continent septentrional de s'étendre. Le fractionne- 
ment posssible (quoique peu probible) de la république Améri- 
caine, en plusieurs Etats, changerait peu de choses à cet avenir : 
car,une fois séparées, les fractions de ce vaste empire ne seraient 
que plus pressées de se fortifier et de s'étendre. Si la sécession, 
par exemple avait réussi, il n'est pas douteux que la nouvelle 
confédération du Sud n eût envahi le Mexique beaucoup plus tôt 
que ne le fera la républiqueAméricaine reconstituée. De toute 
façon, le continent américain est destiné dans toute son étendue, 
à la race anglo-saxonne, et tenant compte de l'accroissement de 
vitesse qui est remarquable dans les événements humains, il est 
peu probable iiu'il s'écoule un siècle à un siècle et demi avant que 
ce grand changement ne soit accompli." (La Fraxue Nouvki.i.e, 

P- 399) 

Le Rédacteur du y(;«;7/i3!/ des Z>^/^<ï/î traçait ces lignes juste 

([uelques années avant que la France lui eût confié, en 1870,1e 
poste élevé d'Ambassadeur Français aux Etats Unis. A son arrivée 
à Washington, il n'éprouva que dégoût, Gecouragem-nt, déses- 
poir même ; la guerre entre la France et la Prusse avait éclaté 
pendant son trajet à travers l'Océan. Il avait compté sur la 
sympathie de ce hardi peuple anglo-saxon d'origine, auquel il 
avait prédit de si brillantes destinées de par le monde, Prévost 
Paradol n'y trouva que froideur, indifférence, éloignement 
pour cette France, dont les armées et les flottes, en 1778-83 
avaient si puissamment coopéré a donner aux colons révoltés 
leur indépendance. 

Le désespoir chez le pauvre ambassadeur alla jusqu'au sui- 
cide. 

Le métier de prophète a des inconvénients, c'est dangereux ; 
ne nous y fions ]»as trop. Même avec l'énorme émigration aile- 



I « 



466 Li:s DKSTINl'lKS DK \.\ RACK AXdLo-SAXOXNK 



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mande, clans les Etats de l'ouest de l'Union, la population des 
Etats Unis, en 1900, aura de la peine a atteindre le chiffre de 
100,000,000 qu'on lui prédit, à en juger par la marche des choses, 
dejiuis le dernier quart de siècle 

Dans tous les cas, il est facile de voir quel serait le sort du 
million et demi de Français du Canad'i, s ils provoquaient une 
lutte avec les 100 millions de race hostile, les anglo-saxons et les 
allemands de l'^Kmérique. 






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%iViUlciiilii |ioiii In |>airi' Iimi 

JVE. L'ABBK BOIS 

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Il en est peu parmi les lecteurs constants ù\\ Jourtial de Qué- 
bec, fondé en 1842, par l'Hon Jos (iauchon, qui n'aient remarqué 
sous forme de notes, d'Ktudes. de Biographies etc., toute une 
série de récits historiques, des travaux littéraires (lui, bien 
qu'anonymes, semblent tous accuser une commune origine. 

Par leur exactitude minutieuse, leur saine inspiration, on 
croirait que l'antiquaire émérite, Jacques Viger, revit en ces jiages, 
moins son âpre dogmatisme. 

Cette bizarre particularité qui les distingue, ranonynif, nous 
rappelle l'auteur des IVarcrliy No7'(^/s k-ciuei, c pendant 
assuma à l'âge de 57 ans, la paternité de ces romans historiques, 

L'antiquaire de Maskinongé approclie de l'âge jiatriarcal ; 
il a ses 72 ans; ; cependant il continue décrire sans .signer. 

Je me permettrai donc de lui rappeler, et les amis de l'histoire 
ne m'en voudront pas pour tout cela, que le iniblic associe s"n 
norn à plusieurs excellents écrits qui se trouvent dans toutes les 
bibliothèques |i). 

" M. l'abbé Bois naquit à Québec, le 13 septembre 1813, de 
sieur Firmin Bois et de dame Anne-Marie Boissonne u. 

La maison, où il eft né, était ^itué - en la basse-ville, à 1 encoi- 
gnure des rue.s Notre-Dame et Sous le-Fort. et touchait à l'église 
•de Notre-Dame de la Victoire (2). 

A l'âge de 6 ans, Louis Edouard Bois étudiait l'anglais à 
l'école de feu le respectable M. Marsden, père de notre conci- 
toyen distingué, Wm. Marsden, M. D , ; et à 10 ans, il devint 
élève du séminaire de Québec. Mais au bout d'un certain temps, 
nour cause de santé, il alla continuer et terminer ses études au 
collège de Sainte-Anne. 

Il refusa l'offre qui lui fut faite d'étudier la médecine sous feu 

1. Xoticc lJio«raplii(iuo sur Monsgr dp Laval ; A. C'otr & Cic 184H 

2. Xotes sur l'Ile d'Orléans '• '• IH'i,) 

;-). Ktudes et Reclierclies Biograiiliiiiues sur le chevalier, Noi I Jîrulart de Sillery, 

fondateur de la mission Saiut J()f>ej)li,à Sillery i.Ioiinial do QutMiec 11 et l.'! .-lout 1855) 

4. Kotico sur Michel Sarrasin, médecin du Koi, à Québec, ("onsoller au Conseil 

supùrieur (.Journal do Québec 1856) 

5. Le naufraRo do l'AuRuste " " igni) 

li. Notices sur les explorations do.Soto,.roIietto,Mar,iuet'.e tt la Salle. A. Côto A Cie 18111 
7. Eloge historique do M. le Marquis de Montcalm (auuoiée). Extrait du .Vovio-c 

[de Kvance 

S. p;tndes JJiograpliiqucs sur M. Jean Raimi)ault, archiprétre. A. Coté & Cie 187(t 

0. Notice sur M. Joseph O. Leprohon, arehii)rétre. A. Coté it Cie 1870 

10. Etudes biographiques sur le colonel Frs. Dambourges. A. Coté it Cie '. 187» 

11. Esquisse du service Postal 1759-1875 

12. Etude historique sur le juge Adam Mab.me. A. Coté * Cie 188* 

(2) Elle av.iit été bâtie, en 1024, par Champlain, bous la direction d'Etienne IJoulay, 
son beau-frère. M. Firmin IJois en fit l'acquisition de M. Laporte, en 1810. Ce dernier lu 
tenait do M. Flewry de la Janniére, qui passa aux Isles Françaises. 



468 



M. L'.MtlHÔ HOIS 



m 



M. le docteur Morrin ou d'être clerc-notaire, à l'étude de M. A, 
]l Sirois ; il re<;ut la prOtrise, le 7 octobre 1S37 

Kn 1840, le jeune abbé passa vicaire à Saint-Jean Port-Joly. 

C est là qu'il connut M. de Gasoé. l'auteur des Mi-moircs 
des Anciens Canadiens, et c'est là aussi que, dans ses rapports 
avec 1 aimable chroniqueur, il ne fit i\\x accroître ses goflts pour 
les recherches historiques, Chaiiue fois qu'il venait à Québec, 
on le voyait s'enquérir aux archives provinciales. Celles de 
l'archevêché et des dames Ursulines ne lui étaient pas inconnues, 
ainsi que les voûtes de l'ancien palais de justice, incendié en 

.873. 

En 1843, Mgr Signai le nomma cuié à Saint François de la 
Heauce. 

Kn 1848, M. l'abbé Bois passa a la cure de Maskinongé, qui 
comprenait alors la desserte de Saint Justin et de Saint-Didace. 

C'est à M. l'abbé Bois, que l'on doit' en plus grande partie la 
ré-édition des Jielations des Jésuites, à cause do la part impor 
tante qu'il y a prise. 

Dès l été de 185 1, il portait M. Augustin Côté, l'éditeur, à 
faire cette ré-édition des quarante-deux Relations in-12, publiées 
à Paris, au dix-septième siècle, i)ar le libraire Sébastien Cra- 
moisy ; cette ré-édiiion eut lieu en 1855 

La publication de la Collection des Anciens Manuscrits, que 
nous avons aujourd'hui en quatre magnifiques volumes, a été sug-. 
gérée par lui au gouvernement viousseau, par l'entremise de 
l'honorable .M. J. Blanchet, secrétaire-provincial, qui s'en est 
occupé comme l'on sait, d'une manière toute spéciale. 

Une riche bibliothèque, un cabinet de numismatique, des 
autographes rares, des manuscrits précieux pour notre histoire, 
un dictionnaire démontrant l'origine des noms de là plupart de 
nos paroisses canadiennes, des notes additionnelles au catalogue 
raisonné des auteurs sur l'Amérique, compi»lé il y a près de 50 ans 
par M, Faribault, composent le riche butin qu'il a recueilli durant 
ses longs jours bien remplis. 

M. Bois a écrit des notices sur nos évoquas, qui n'ont pas 
encore vu le jour, qu'il conserve précieusement dans ses cartons, 
et d'autres ouvrages dont quelques-uns ont paru sous l'anonyme. 

Bien que chargé d'années, M. l'abbé Bois remplit 
encore ses fonctions curiales S'il vécut toujours éloigné dee 
grands centres, cela n'a jamais empêché que des compatriotes 
distingués, des savants étrangers, soient venus à lui, s'enquérir à 
son foyer. Aussi n a-t-on pas été surpris quand l'Académie 
royale canadienne l'a nommé un de ses membres, il y a quel- 
que deux ans, et que l'Université- Laval lui a conféré le titre 
de docteur ès-lettres, comme il y a 30 ans des sociétés savantes 
<le la province se l'étaient aggrégé. notamment la Société Litté- 
raire et Historique de Québec^ 






Noti'M |»nil It^s lniut'i) Kli-IC. 



Rancune des Ecossais contre la France pour les avoir laisses 
a leur sort, en 1745. 



de la 



'•Di'vlio (1"9 MoiitiiHiiiinU llronsnis, — S'fmn me imiiitni' lacenHif." 

On lit dans Hawkiii's Pictnrc 0/ Québec, publié en 1S34 : 
*'In a publication ofthe day it is staled ihat anoldHighla- 
der, a gentleman of seventy years of âge, who accomi)anied 
Fraser's Régiment as a Volunteer. was ]>articulary noticed for 
<he dexterity and force with which he wielded his claymore, 
when his Régiment charged the enemy. On two occasions small 
parties of thèse were ordered, at the battle of the I lains, to 
advance sword in hand, aiid drive the sharpshooters ont of some 
brushwood on their right, from which tliey galled our line. 
It was from the right that General Wolfe was nrst wounded. 
This old man's conduc.t particularly allracted the notice of (lene- 
ral Townshend, wlio sent fjr him after the engagement, and 
praising his gallant behaviour expressed his surprise that lie 
should icave his native country at such an advanced âge, and 
foUow the fortune of war. He was so struck with the old man's , 
magnanimity, that he took him to England along with him, and 
introduced him to .VI r Pitt The Minister presented him to the 
K.ing, who was graciously pleased to give him a commmission 
and leave to retire on full-pay. This gentleman was Malcolm 
Macpherson, of Phoiness, in the County of Inverness A long 
and ruinons lawsuit, and as he himself said, a désire of being 
revenged on the French for their treacherous promises, m 1745, 
made him take the ficld as a soldier in his old âge. A near rela 
tion of his ofthe same name, when well advanced in years lïox he 
hadalso joined the Rébellion, in 1745) acted nearly in a similar 
manner. In theyear 1770, he went to India as a Cadet, and 
living to a great âge, attained the rank of Lieutenant General, 
and died there in 1815, leaving a handsome fortune tn his rela- 
tions in Badenock." f'P., p 393-4 ) 




Note i)()ur la iiagt- 11';. 

RACES PREHISTORIQUES. 




" ' c Manitoba renferme des tombeaux indiens fort curit'^ux à 
étudier au point de vue ethnographique et historique. 

" C'est ainsi qu un de nos amis de Winnipeg nous raconte une 
de ces dernières découvertes. 

— * Hier à Saint André, le Dr. Bell a trouvé en ouvrant la 
terre, 83 têtes de flèches en quartz et en obsidienne. Tout auprès, 
il "^ ramassé 37 fragments de poteries bien conservées. Quelques 
uiics mêmes étaient d'un goCit artistique qui ne laissaient rien à 
désirer. Dans ces tombeaux on a aussi trouvé des haches et des 
outils qui appartenaient à l'âge de pierre, de la rasade et des. 
colliers en coquilles, des tubes de pipes, des marteaux, des dent- 
de castors, des pierres grossièrement taillées et destinées évidem- 
mept à faire des têtes de flèches ou des pointes de lances. 

" Il est curieux de constater qu'au Manitoba il n'y a pas de 
gisements de silex. Les autres têtes de flèches et de lances sont 
en quartz. La poteries trouvée, semble avoir été faite avec du 
granit broyé et mélangé à de l'argile On a ramassé à côté de ces 
fragments de vases des blocs préparés et prêts à être employés 
pour la fabrication de la poterie. 

'• C'est li première découverte de ce genre qui se soit faite 

" Il sera curieux pour les savants de pouvoir .venir étudier sur 
place les travaux pré-historiques de ces constructeurs de tumu/i,de 
ces fabricants d'armes indiennes qui échangeaient et qui com- 
merçaient avec les tribus qui ne vivaient que de chasse et de 
pêche. ' 

Cette lettre est curieuse. Elle mérite l'attention des spécia- 
listes. 

Elle touche à un point fort étudié par les instituts et par les 
corp;. savants d'Europe. 

Le gouvernement du Canada devrait immédiatement nommer 
un homme compétent pour diriger ces fouilles, en prendre note 
et faire rapport. 

Un pays s'honore en s'occupant de son histoire et de tout ce 
qui peut la faire connaître. - (Le Canadien, 15 Sept 1885 ) 



UN MUSÉE NATIONAL. 

Le Canadien d hier mentionnait les importantes découvertes 
pré historiques qui viennent de se faire au Manitoba. Nouî 
croyons devoir revenir encore sur ce sujet qui va tourner vers, 
nous les yeux de tous les savants du monde. 



ESQUISSES 



471 



Voici les détails })récis qui nous arrivent du Nord-Ouest. 

Sur la rive ouest de la Rivière Rouge entre Selkirk et St André, 
à i)eu près à dix-huit milles au nord d-i Winnipeg, se trouvant 
des tertres et des tumuli que l'on iuppose avoir été érigés par 
une race antérieure aux tribus qui ont peuplé et qui existent encoïc 
au Manitoba. Ces tertres ressemblent aux /twrt//'^ mexicains. Pen- 
dant des siècles ils furent respectés, car la légende entourait ces 
tombeaux jde mystères, et malheur, disait-on, à ceux qui les pro- 
faneraient. Dernièrement un archéologue passa outre. Il fit ouvrir 
un des tertres et se trouva en face de trésors préhistoriques 
inconnus. Il y trouva des arêtes de poissons, des ossements de 
buffles, de cariboux, des squelettes humains, de la ])oterie, de 
l'argile préparée pour faire des vases, des tubes eu pierre, des 
l)ipes, des haches, des têtes de flèches, en obsidienne en quartz 
et en granité, des coquilles de mer, des conques marines. 

Cette découverte a fait du bruit, et la Société Historiciue de 
Winnipeg s'est mise à organiser des e.xcursions à ces tom'neaux. 
Un journaliste en faisait partie 

Le premier jour, dit-il, nous ne pûmes pas travailler, car il 
avait tombé de la pluie ; mais le lendem; 'n nous nous mîmes'à 
l'œuvie et quelques coups de pic amenèrent au jour vingt sque 
lettes humains enterres de toutes les façons, les uns debout, d'au- 
tres à genoux, d'autres horizontalement, la face tournée vers le 
ciel. Tout autour il y avait des carapaces de crabes de rivière, 
des tubes en pierre tels que s'en servaient autrefois les jongleurs- 
indiens pour opérer sur les malades, de la potterie fort l)elle;, 
des cornes de buffles et d'élans, et du charbon de bois. 

Ce tumulus devait remonter à l'époque de l'âge de pierre. 
Tout portait à cette conclusion, les têtes de flèxhes et de lances, 
les dents perforés, la poterie ornementée de figures et de dessins, 
grotesques et les ossemements brisées pour en enlever la; 
moelle. Pour démontrer l'antiquité de cet ossuaire, disait notre 
confrère, nous avons suivi une énorme racine de chêne qui 
s'enfonçait à six pieds sous terre et au bas, nous avons trouvé 
dans ses rameaux, des crânes humains qu'ils avaient enlacés et 
autour desquels ils poussaient et grandissaient. 

Dernièrement, ainsi que l'a déjà mentionné le Canadien, le 
Dr Bell a découvert l'endroit ou les artisans de cette époque 
reculée fabriquaient leurs potteries et leurs armes. Il a pu 
ramasser en une journée deux cents têtes de flèches et lances, 
des n;a.rteaux et des haches en pierre, des chapelets de rasade 
et trente sept échantillons de potterie. 

Devant ces découvertes intéressantes qui vont étonner le 
monde savant et ajouter une nouvelle page, pèul-être la plus 
belle .1 l'histoire des tenips pré-historiques, nous revenons à ce 
que nous demandions hier. 

Nous voulons que le gouvernement fédéral prennent posses^ 



',.iA 



Il f^S'- 



472 



RACKs ri<É-nisTORioui;s 



sion dé ces tombeaux, et qu'il en fasse faire les fouilles par un 
homme compétent. Il y a là, le point de départ d'un beau musée 
national, d'amples matériaux pour celui de la Société Royale, 
à Ottawa. 

Si nous étions aux Etats-Unis, le Smit/moniaii Tnstitntc de 
Washington serait déjà chargé de diriger ces fouilles. 

. \Le Canadîru, 16 Sept. r885.) 




ir un 
misée 

c de 



Note pddi- la pa«c lh\ 



Présentation d'un Pavillon à J. M, Lf.Moine 

pour la Tourelle de Spencer Grano;-e, 

Sillery. 



11 Novembre ISSS, 



i-fî 

,1- 






m 



1 



(Extrait du Courrier du Canada, 17 Novembre 1882.) 



" Samedi dernier, les principaux prepnétaires des villas et 
résidences sur les chemins St- Louis et Ste-Foye, etc., se réunis- 
saient dans la Salle de banquet du club de la Garnison (1), dans 
le but d'offrir à l'auteur de Picturesque Québec, M. J. M. 
LeVloine, un riche pavillon, pour flotter au haut de la tour de sa 
nouvelle résidence à Spencer Grange. 

Au banquet, le Col. Rhodes président fit ressortir d'une 
manière frappante tout ce que leur '• hôte " avait écrit pour faire 
connaître avantageusement à l'étranger le chanVie, les souvenirs, 
les sites historiques de notre bonne ville, ajoutant qu'il ne con- 
naissait personne qui eut fait autant sous ce rapport, que M. 
LeMoine. 

Voici les noms des signataires de l'adresse de félicitation : 

Sou Honneur l'honorable Frs Langolier, maJro do , .„. 

Québec Pnvilly, Uramle AUco. 

U.,col. Rhodes Kenmore. 

Lt.-ool. J. B. Forsyth ^"ii^^ , 

U.-col. Frost liray bt-Miehel. 

Robert Hamiltou Haniwood. 

R. R. Dobeii i!?^"72";•, 

Kvau J. Price /l ./",',• . 

Léger Brousseau Chateau-Bigot. • 

lit.col. TurnbuU Marchinout. 

Liiouorable B. A. Ross Westheld . 

Andrew Thomson „ '-"".'L' . . 

Albert Fiirnisa ÎJ,',""'^^ ,'',', 

Arch. CampbeU ï '"''"'."l'; . 

Frs J. Stockwcll Tl'« Highlauds. 

Chs V. Temple «•• i, vu ' 

plne^'rson'Half'""'"''' /• V;;;;;;;;;;;;;;;;;;.HaUirmand-House, Moutxnorency 

(Jeo. H. Parke S"]»!^^!''- 

James Bowen, jr Redclyfte. 

Wm. Herring RavenswooJ. 

Louis Bilodeau Beausejour. 

Thomas Beckett Clermont. 

Aud. C. Stuart Meadowbonk. 

Henry Dinning. L'Asile Champêtre. 

Alfred P. Wheeler Montagne Cottage. 

En scrutant les noms des signataires, on se convaincra sans 
peine qu'ils représentent entre lutres éléments de progrés et de 
succès, ce que notre ville compte de plus éminent dans le haut 
commerce et la finance de Québec Bien que la fête eut été 
organisée à l'improviste et sans apparat, rien ne fut épargné 
pour rendre attrayant le banquet offert à M. LeMoine : les mets 
les plus exquis ; les vins les plus délicats se disputaient la pré- 
séance Nous regrettons que l espace manque pour reproduire 
tous les discours des orateurs qui prirent part à la célébration. 
Le col. Rhodes, président, après avoir fait en termes chaleureux 

(1) Rue St-Louis. 



'H 



476 



l'I'ÉSENTATION D'UN I'AVILLOX 



i ' 



■f 

V 



1 éloge des efforts de M. LeMoine, pour faire connaître à l'étran 
ger — les palpitantes annales de notre Vieille ville, — ses champs 
de bataille— ses glorieuses luttes — ses progrès depuis son origine 
— ses sites pittoresques— ses radieuses villas, ajouta qu'après 
vingt ans de travaux de sa part, les personnes ci présentes 
avaient comploté contre lui une petite surprise. L'on sait que 
notre ami a fait subir cet été à sa jolie résidence, toute une 
transformation. Une majestueuse tourelle orne maintenant S/e;i- 
ccr Grange\ Cette tour à son mât de pavillon ; à ce mAt, il faut 
un bannière. 

" Il y a une bannière, ajouta-t il, que vous chérissez tous, 
que M. LeMoine aime autant qu'aucun de nous, que par ses 
écrits il nous a appris à aimer ; c'est celle de notre pays : le 
Dominion F/ag de notre Canada. Ce pavillon, messieurs, sur 
la. tourelle de Spencer Grange, sera bien et auement à sa place : 
T/ie rig/tt thing in t/te rig/ii place, \o\c\y 'M. LeMoine, votre 
pavillon et le nôtre ! acceptez-le 1 

Un pavillon. Messieurs, n'est pas un objet ordinaire C'est un 
symbole, une idée toujours vivace. un indéniable indice de sou 
veraineté. Un explorateur, pour affirmer, sauvegarder son droit 
à la découverte d'une plage inconnue, y arbore le pcivillon de sa 
patrie. 

Un drapeau pour un régiment, j'en parle en connaissance de 
cause, ajouta le brave Colonel, c'est ce quil prise au delà de 
tout. C est un objet sacré. Aujourdhui, nous présentons à l'an- 
naliste respecté de Québec, au sympathique historien de Sillery, 
un emblème qui nous sied à nous tous : le pavillon du Canada. 
Ouand ce pavillon flottera à Sillery, ce sera, osons le croire, un 
symbole, un lien, un chaînon de plus qui nous unira à notre 
vieille patrie d'au-delà des mers, à notre présente patrie d adop 
lion ou de naissance,— à nos heureux foyers, ces Canadien 
Homes que M. LeMoine a décrits avec non moins de vérité que 
de charme, — un souvenir qui nous rappellera également le toit 
hospitalier de Spencer Grange." 

M. LeMoine répondit comme suit : "Messieurs : J'accepte 
avec effusion votre offrande. Ce moment est en effet bien doux 
pour moi. Comment pourrai-je l'oublier ! Je suis tous confus des 
sentiments affectueux, qui m'ont valu ce cadeau, aussi bien que 
du mode généreux que vous avez ad«pté poar me le présenter. 

Il y a vingt ans et plus, quand je mettais au service de ma 
patrie, mes humbles talents— et quand chaque année depuis, je 
voyais la série grossissante de mes travaux littéraires sur le 
Canada, ses faibles origines, ses héroïques (i) luttes avec les 
féroces aborigènes et ses non moins féroces ennemis (2), les 
hommes civilisés de l'ancien et du nouveau monde,— sur les dou- 

(1) Jlnple Leaves, l8i>,S-4-r.. 

(2) La Mémoire do d.- Moutcalm >\ ngée. 



I ■■ 



t 1> 



VILLAS 



477 



loiireuses, mais glorieuses péripéties de son histoire ( i), les riches- 
ses de son sol, jusqu'aux aimables hôtes de ses bois ^2) et de ses. 
rivières —^z) sur le majestueux parcours, et les lugubres drames 
maritimes de de son fleuve-roi, (4^ j'étais loin ds prévoir qu'une 
réunion de mes concitoyens aussi distingués, plus tard "corn 
ploieraient ' contre moi, comme vous l'avez dit. M. le Prési- 
dent, la douce surprise de ce jour. Oui, Messieurs, après avoir 
comme bien d'auties, foulé avec hésitation, le sentier épineux 
des lettres en notre jeune pays, j'étais loin de prévoir ce que 
le tribut de votre indulgente reconnaissance me réserverait. Non 
certes, le volume que vous préconisez Picturesque Queuec, 
n'est ni complet, ni parfait. Les lacunes y sont nombreuses. 

Il y manque encore, bien de ces "intimes souvenirs de la 
famille et du foyer" qui semblent avoir provoqué de votre part 
le verdict favorable que vous venez de prononcer. Espérons que 
la Providence me donnera encore assez de jours ou d'années 
pour mettre la couronne finale à cette œuvre [5]. Si plus tard, 
il y manque quelque chose, ce ne sera pas l'amour du sol natal 
qui me l'a taii entreprendre, ni la persévérance nécessaire pour 
mener à bonne fin ui e série d Etudes sur notre Canada, entre- 
prise il y a vingt-deux ans. Pour votre courtoisie et votie géné- 
reuse offrande, acceptez. Messieurs, toute ma gratitude, mes sin- 
cères remerciements. ' 

'.'honorable D. A. Ross, le propriétaire de l historique villa- 
Westfield sur le chemin Ste-Foye, ayant été invité à prendre la 
parole, s'exprima en substance, comme suit : " Messieurs ; Il 
ne saurait y avoir qu une voix, je pense — pour acclamer favora- 
blement ce que M. LeMoine a entrepris de faire et ce qu il a fait, 
pour Québec. 

Ce qui le distingue, c"»st surtout son impartialité — son indé 
pendance comme annaliste du Canada ancien et moderne. Qui 
ignore ses sympathies pour les braves d'autrefois qui circulaient 
dans les rues de Québec, au temps où le pavillon fleurdelisé flot- 
tait sur nos bastions ? 

Il y a un tableau tracé par M. LeMoine si saisissant qu'il 
restera à jamais. Vous rappelez vous comment il nous a peint 
l'héroïque guerrier Montcalm revenant de son dernier champ de 
bataille, à midi le 13 tept 1759, et passant à quelques {as doù 
nous sommes (ôi.Jdans la rue Saint Louis, le teint encore bronzé 
par les soleils d'Italie, l'œil défiant— bien que blessé à mort et 
retenu sur son cheval blanc par deux miUtaires ? Et qui mieux 



(1) Québec Tast nni Présent. L'Album du Touriste. L'Album Canadit.'n. 
(i) Les Oiseaux du Canada. 

(3) L<!S Pêcheries du Canada. 

(4) Chronicl*» of the St Latcretft. 
i'ij Pictufesque Québec. 

(«) lio Club de la Uarnison de Québec— (l'ancien Bureau du G«ni« intpérial) aviosina 
la porte St-Louis, en dedans. 



478 



l'RÉSENTATION D'UX l'AVILI-OX 




\ " 



que notre annaliste a su décrire les épreuves et les succès de l'in- 
vincible Wolfe. 

Il y a plus chez rotre écrivain : dans les radieux tableaux 
qu'il trace de nos résidences, ces Caiiadian Homes qui nous 
réclament, nous tous, Messieurs, il règne parfois une teinte si 
aimable, si rêveuse qu'il est impossible de s'y soustraire. 

•Il y a mille épisodes, mille incidents de notre histoire, qui sans 
M. LeMoine, je crois, m'eussent été inconnus à jamais. Hon- 
neur à lui. 

Avec vous, messieurs, je m'associe de tout cœur au tribut de 
reconnaissance qui lui est en ce jour offert. "^ 

MM. Dobell, Forsyth, Wheeler furent aussi invités à prendre 
la parole ; nous regrettons que l'espace nous manque pour 
reproduire leurs discours. Le banquet se prolongea jusqu'à quatre 
heures P. M., M. l eMoine a du être flatté de cette gracieuse 
^ovation." 



Note |i(jur lu iKigo 'JTl'. 



NOS PRISONNIERS DE GUERRE EN 1812-14. 



i/on sçait que les prisonniers de guerre, américains, faits 
ai)rès la glorieuse journée de Qiicciision IIei;^/tts, en 1812, expé- 
diés sous bonne escorte à Québec, furent internés pour la plus 
part à la Canardière, dans la somptueuse résidence, (ju'on nomma 
plus tard le Château de Bonne. 

Celui des prisonniers qui dans la suite devint le plus célèbre 
et avait été capturé à Qucenston Hcights, le capitaine Winfield 
Scott, ne fut pas internes à Beauport : le conamandant de la gar- 
nison de Québec, le tJolonel, plus tard, le Général Glasgow, 
l'ayant élargi sur parole et l'ayant reçu sous son toit, comme 
son hôte, bcott se distingua plus tard, dans la campagne du 
Mexique, Où il avait le grade de Général : sa fiévreuse activité 
et son amour de l'étalage lui ayant mérité le sobriquet de 
" Old Fuss and Fcalhers " qu'il retint jusqu'à sa mort. 

Estimé pour sa bravoure et son mérite, il re-visitait 
Québec en 1817. Sir John Harvey, l'Adjudant Général des 
Forces, qui avait combattu contre lui pendant la guerre de 1812, 
lui offrit rhospitahté de son manoir; Sir John Harvey, en 1819 
occupait Marchmont. sur la Grande Allée et devint plus tard 
Gouverneur d'une de nos Provinces. 

Au nombre des 40 prisonniers américains expédiés à Québec, 
on compte les généraux Hall, Chandler et Winchester. Fendant 
l'hiver de 1 813-14, ils furent avec leurs compagnons d'armes, 
escortés de Beauport à une demeure privée dans la rue Saint 
Louis, celle de l'Hon. Wm. Smith, l'historien, avant d'être expé- 
diés à Halifax, où ils furent échangés. 

L'autorité militaire assigna comme escorte, une escouade de 
la Cavalerie Volontaire du Capitaine Bell (^plus tard l'Hon. 
Mathew Bell.) Ce fut le lieutenant (plus tard l'Honorable) 
Edward Haie, ci devant de Portneuf, qui commanda ce détache- 
ment : parmi ses troupiers, on rencontre des noms bien connus, 
fort respectés, même de nos jours : William Priée, " le Roi du 
Saguenay " Hammond Gowen, Archibald Campbell, Notaire, 
Frederick Wyse, l'Hon. Wm Sheppard, John Leland Maquay, 
John Greaves Clapham, John Musson, Charles Hy. J. Hall, tous 
maintenant décédés. 

La Cavalerie de Bell, se composait d'à peu prés 100 troupiers ; 
l'uniforme était bleu, avec collet rouge, galons d'argent ; armes : 
sabres et pistolets d'arçons ; les chevaux de service étaient 
Anglais, Américains et Canadiens. 



Note pour U pugu U5. 



Extrait de '•Hawkin's Ficture of Québec.'* 



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" Having visited the Mansion at Cap Rouge, and walked 
over the ground wilh Mr Atkinson, since this volume was at 
press [in 1834] it is proper to add that the " trees indioating 
great antiquity" " mentionned in the text hâve been lately remo- 
ved. In other respects the site remains the same as before. 

A few months ago Mr Atkinson's workmen in leveiling the 
lawn in front of the house, and close to the pomt of Cap Rouge 
height, found beneath the surface some loose stones which had 
apparently been the foundations ofsome wall, fortification or buil- 
ding. 

Among the stoiies were found several iron balls of différent 
sizes, adapted to the calibre of the ships suns used at tlie period of 
Jacques Cartier's and Roberval s visit. ()n clearing, also, a pièce 
of ground in rear of the garden, intended for the Bowling Green, 
traces were plainly ëiscovered of ancient fiirrows, showing that 
the spot had Ijeen cultivated by Europeans. Upon the whole, 
the évidence of the présence of the French at Cap Rouge, may 
be considercd conclusive. Nor is thereany good reason to doubt 
that Roberval took up his quartcrs in the fort which Jacques 
Cartier had left." [P. 469.] 



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