(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Petite histoire du Canada illustrée [microforme]"

IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




1.0 



l.l 



1.25 



■i^ illlM 12-5 

m 



■ IM mil 2.2 



1.4 



12.0 



1.6 



P» 



^W 



<9 



/2 



/, 



o 



^A 



^^W 0%. 






# 



#. 




O 



/ 






/À 



Photographie 

Sciences 
Corporation 




s. 





4? 



iV 



# 





\\ 



^9) 



V 



< 





<^ 



ç> 



^ 



f^ S 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N. Y 14580 

(716) 872-4503 



9)"- 



te 



CIHM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CIHM/ICMH 
Collection de 
microfiches. 




Canadian Institute for Historical Microreproductions 



Institut canadien de microreproductions historiques 



1980 



Technical and Bibliographie Notes /Notes techniques et bibliographiques 



The Institute has attempted to obtain the best 
original copy available for filming. Features of this 
copy which may be bibliographically unique, 
which may alter any of the images in the 
reproduction, or which may significantly change 
the usual method of filming, are checked below. 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire 
qu'il lui a été possible de se procurer. Les détails 
de cet exemplaire qui sont peut-être uniques du 
point de vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une image reproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dans la méthode normale de filmage 
sont indiqués ci-dessous. 



D 






n 
n 



n 



n 



I 



Coloured covers/ 
Couverture de couleur 



I I Covers damagod/ 



Couverture endommagée 



Covers restored and/or laminated/ 
Couverture restaurée et/ou pelliculée 



Cover title missing/ 

Le titre de couverture manque 



□ Coloured maps/ 
Cartes géographiques en couleur 



n^„° 



Coloured ink (i.e. other than blue or black)/ 
cre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 



□ Coloured plates and/or illustrations/ 
Plane 



iches et/ou illustrations en couleur 



Bound with other matériel/ 
Relié avec d'autres documents 

Tight binding may cause shadows or distortion 
along interior margin/ 

La reliure serrée peut causer de l'ombre ou de la 
distortion le long de la marge intérieure 

Blank leaves added during restoration may 
appear within the text. Whenever possible, thèse 
hâve been omitted from filming/ 
Il se peut que certaines pages blanches ajoutées 
lors d'une restauration apparaissent dans le texte, 
mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont 
pas été filmées. 

Additional comments:/ 
Commentaires supplémentaires: 



□ Coloured pages/ 
Pages de couleur 





n 
n 
n 



y 



n 



Pages damaged/ 
Pages endommagées 

Pages restored and/or laminated/ 
Pages restaurées et/ou pelliculées 

Pages discoloured, stained or foxed/ 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 

Pages detached/ 
Pages détachées 

Showthrough/ 
Transparence 

Quality of print varies/ 
Qualité inégale de l'impression 

Includes supplementary matériel/ 
Comprend du matériel supplémentaire 

Only édition available/ 
Seule édition disponible 



Pages wholly or partially obscured by errata 
slips, tissues, etc., hâve been refilmed to 
ensure the best possible image/ 
Les pages totalement ou partiellement 
obscurcies par un feuillet d'errata, une pelure, 
etc., ont été filmées à nouveeu de façon à 
obtenir la meilleure image possible. 



This item is filmed et the réduction ratio checked below/ 

Ce document est filmé au taux de réduction indiqué ci-dessous. 



10X 








14X 








18X 








22X 








26X 








30X 






















7 































:2X 



16X 



20X 



24X 



28X 



32X 



The copy filmed hère has been reproduced thanks 
to the generosity of: 

National Library of Canada 



L'exemplaire filmé fut reproduit grâce à la 
générosité de: 

Bibliothèque nationale du Canada 



The images appearing hère are the best quality 
possible considering the condition and legibility 
of the original copy and in keeping with the 
filming contract spécifications. 



Les images suivantes ont été reproduites avec le 
plus grand soin, compte tenu de la condition et 
de la netteté de l'exemplaire filmé, et en 
conformité avec les conditions du contrat de 
filmage. 



Original copies in printed paper covers are filmed 
beginning with the front cover and ending on 
the last page with a printed or illustrated impres- 
sion, or the back cover when appropriate. Ail 
other original copies are filmed beginning on the 
first page with a printed or illustrated impres- 
sion, and ending on the last page with a printed 
or illustrated impression. 



Les exemplaires originaux dont la couverture en 
papier est imprimée sont filmés en commençant 
par le premier plat et en terminant soit par la 
dernière page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration, soit par le second 
plat, selon le cas. Tous les autres exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration et en terminant par 
la dernière page qui comporte une telle 
empreinte. 



The last recorded frame on each microfiche 
shall contain the symbol —^' (meaning "CON- 
TINUED"), or the symbol V (meaning "END"), 
whichever applies. 



Un des symboles suivants apparaîtra sur la 
dernière image de chaque microfiche, selon le 
cas: le symbole — ^ signifie "A SUIVRE", le 
symbole V signifie "FIN". 



Maps, piaî'4s, "^aric. etc., may be filmed at 
différent redu«. un ratios. Those too large to be 
entirely included in ove exposure are filmed 
beginning in the upper left hand corner, left to 
right and top to bottom, as many frames as 
required. The following diagrams illustrate the 
method: 



Les cartes, planches, tableaux, etc., peuvent être 
filmés à des taux de réduction différents. 
Lorsque le document est trop grand pour être 
reproduit on un seul cliché, il est filmé à partir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche à droite, 
et de haut en bas, en prenant le nombre 
d'images nécessaire. Les diagrammes suivants 
illustrent la méthode. 



1 


2 


3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 



• •OITIEUS. _ niPniMKHIK .iKNKUALE HE l'ouEst ; A. ,u;, 



ruji.. 





Samuel rlp nKarnr;lain. 




PETITE HISTOIRE 



DU CANADA 



ILLUSTREE 



l'Ai! 



LE VICOMTE DE LAsnC^AINT-JAL 



—S i tt' 



\: 



POITIERS 

CHEZ L'AUTEUR ET CHEZ MOTHE, LIBRAIRE 
:2(>. i'i,.\cK D'/VrtMKs, -2(» 



/^<r 



03- 



v-» O 



l 



■y ,'-^ 



278610 



A MON PETIT-FILS 



JEAN DE LA3TIG SAINT-JAL 



Mon cher Enfant. 

Je ta dédie celle œuvre de ma vicHlessc. La lecture de celte 
Petite Histoire nu Canada t'apprendra ce que peuvent pro- 
duire de fjrnnd l'amour de Dieu et l'amour de la Patrie, L'un 
inspire les liaules vertus, l'autre donne la force d'cxrculer les 
nobles et généreuses actions. 

C'est à CCS deux puissan'',s mobiles qu'un petit nombre 
d'bommes durent d'avoir doté la France d'une contrée plus 
vaste que l'Europe. Tu verras aussi quels funestes effets pro- 
duisent la cupidité, la soif des ricliessos, f amour du Jeu et la 
licence dos niojurs. Ceux qui sont ihuninés par ces passions 
funestes recueillent la honte dans le présent et le nié])ris de la 
postérité; ils consomment la ruine des peuples et la perte des 
États. 

Puisses-tu, mon enfant, méditer cos leçons de fliistoii-r ! 
Puisse la génération qui se lève, ré])udi;int les fautes du passé, 
se retremper dans la Foi et dans le Patriotisme, ot préparer, 
par le recueillement et le travail, lu réi/énérittion soriale qui, 
seule, peut relever la France de rabaissement où nous avons 
eu la douleur de la voir tomber, pour avoir ébranlé les bnses 
fondamentales île toute société humaine : la Kidiqion et l:i 
Royauté ! 



Poitiwfs, l'T juin lH7ri. 



AVANT -PROPOS 



On ne connaît plus guère en France que de 
nom les anciens écrivains qui ont raconté la 
découverte de ces vastes contrées du Canada 
désignées longtemps sous le nom de Nouvelle- 
France, et la conversion Laborieuse de ces nom- 
breuses tribus indigènes qui peuplaient ses 
forets. Ces récits n'ont rien perdu cependant de 
leur intérêt, et ils seront comme nouveaux pour 
un grand nombre de lecteurs. On ne peut pas 
suivre d'un umI indilïèrent les aventures des 
hardis découvreurs de ces terres nouvelles, ni 
les progrès de la civilisai ion religieuse parmi 
ces nations sauvages généralement douces et 
hospitalières, mais inconstantes, naïves et cré- 
dules comme des entants, et, dans (certaines cir- 
constances, cruelles comme des bètes féroces. 
11 est même diflicile de ne pas se sentir ému en 
voyant le sort fait à ces habitants d'origine 
fran(;aise^ dinenus Anglais j)ar conquête, et qui 
(jnt conservé , comme un dé[)ôt sacré , leur 
langue, leurs mœurs, leur religion et leur 
amour poiu- leur ingrate i)atrit\ 

Nous ne donnons qu'un abrégé de cette his- 
toire. C'est avec regret que nous avons dû sup- 
primer les détails de ces courses aventureuses 



m 



VIII — 



sur la glace et sur la neige, dans l'épaisseur 
des forets vierges ou sur les eaux de ses Heuvcs 
rapides et de ses immenses lacs, ces entreprises 
guerrières et hardies contre d'injustes voisins 
ou des indigènes menaçants, ces combats de la 
Foi que d'intrépides missionnaires soutinrent 
au milieu des plus terribles privations et sou- 
vent même au prix de leur sang; nous les avons 
décrits dans une Étude beaucoup plus éteiilue 
dont le manuscrit n'est plus entre nos mains. 

Ces noms, devenus justement historiques 
par leur vertu et leur bravoure, sortis souvent 
des rangs du peui)l(^, a(loi)tés par des nations 
sauvages (lomme enfants de leur tribu, admis 
dans leurs Conseils conmie ca})itaines ou ano- 
blis par nos rois, on récom|)i'nse de leurs ser- 
vices ou de leui's liants tUits, méritaient d'être 
conservés. 

Ce petit travail, destiné surtout à l'enfance, 
offrira des enseignements et des exemples pro- 
pres, nous croyons, à inspirer les i)lus nobles 
sentiments de courage et de dévouement , 
d'amour de la Foi et de la Patrie. 

Nous avons été dirigé dans notre travail par 
les notes et les conseils du R. P. F. IJartin, 
de la Compagnie de Jésus, })endant longtemps 
missionnaire en Canada, et nous lui devons 
les vignettes et les gravures insérées dans l'ou- 
vrage. 



Découverte du Canada. — Jean Vérazzani (1523). 
— Jacques Cartier (1534). 






Pendant bien des siècles l'Amérique est restée in- 
connue, malgré certaines données qui auraient dû, 
depuis longtemps, faire soupçonner son existence. 
Au xve siècle, elle fut révélée comme subitement aux 
habitants de l'ancien monde, et s'ouvrit à leur avidité 
insatiable plus encore qu'à leur curiosité. 

Une soif ardente de découvertes agitait alors les 
nations européennes. Les richesses fabuleuses qu'on 
avait trouvées dans les Inde^s exaltaient les imagi- 
nations et excitaient les convoitises. 

L'idée d'atteindre plus promptement ces régions 
orientales en traversant les mers de l'Ouest fit naître 
les premiers projets de découverte. Cette initiative 



r 



glorieuse est due ù l'illustre Génois Christophe Co- 
lomb. Au nom de Ferdinand et d'Isabelle il arbora, 
en 1492, le drapeau de l'Espagne sur ces rivages 
inconnus. 

Cette nouvelle émut l'Angleterre, et Henri VIII 
chargea le Vénitien Jean Cabot et son fils Sébastien 
d'aller occuper, en son nom, un autre point de ces 
contrées lointaines. 

Jaloux de l'agrandissement de ces deux puissances 
rivales (1), François I"'" voulut ménager h la France 
une part de ces conquêtes. Jean Véraz/.ani, Flo- 
rentin , en reçut la commission de s'emparer, au 
nom de la France, de quelques terres inoccupées de 
l'Amérique du Nord. 

En 152 i, Vérazzani aborda au Canada, le nomma 
Nouvelle-France et y planta le drapeau français. 

C'est ainsi que l'Espagne, l'Angleterre et la l'rancc 
durent ù trois navigateurs italiens leurs possessions 
en Amérique. 

Cependant, depuis longtemps, les eûtes du nord 
de ces parages lointains étaient fréquentées par les 
Basques et les Bretons, pour la pèche de la baleine 
et delà morue. 

Les vicissitudes du règne de François I«>" et les 
guerres qu'il eut à soutenir ne lui permirent pas 
d'exécuter immédiatement ses projets d'agrandisse- 



4 



(1) On rapporte celte parole de Frant;ois I*"" : «i Où donc est 
l'article du testament d'Adam qui m'a déshorilo du nouveau 
monde, au profit des rois d'Espagne et de Portugal? » 



mont. Mais, apivs la paix do Can'il)rai, ot sur les ins- 
tunoes de l'amiral Philippe de Chabot, il reprit ses 
plans de colonisation et les (^onlia à Jacques Cartier, 
do Saint-Malo. Avec la gloire du nom français, le Roi 
voulait porter dans ces contrées les lumières de la 
foi et le bienfait de la civilisation chrétienne. 




m 
n 

Û 



fi 



i\ 



\- l'i 

I'- '' r 



.1 ACiil i:s CAIiTIKIt. 



ne est 
juveau 



Après vingt jours (Tune très-heureuse navigation, 
rilluslre Malouin ari'iva à llonaxisla, dans l'îlo de 
Terre-Neuve, le 10 mai ir):?i.Puis, pénétrant dans le 
golf(3 Saint-Laurent par le détroit do lielle-lle, où il 
trouva de nombreuses glaces flottantes, il visita le 






■^ 



— 'I — 

Labrador (1) et les côtes occidentales de Terre-Neuve. 
En parlant du Labrador, il écrit dans sa Relation : « Si 
» la terre estoit aussi bonne qu'il y a de bons havres, 
» ce seroit un bien ; mais elle ne se doit nommer 
» Terre-Neuve, ains pierres et rochers elYroiables et 
» mal rabotez : car, en toute la ditte coste du Nord, 
» je n'y vis pas une charretée de terre. Il n'y a que 
» de la mousse et bois avorté. Enfin, j'estime mieux 
» que autrement que c'est la terre que Dieu donna 
» à Gain. Il y a des gens en la ditte terre qui sont 
» assez de belle corpulence, mais ils sont gens effa- 
» râbles et sauvages. Ils ont leurs cheveux liés sur 
» leur teste en façon d'une poignée de foin, et un 
» clou passé ou autre chose, et y lient aucunes plumes 
» des oiseaux. Ils se voilent de peaux de bestes tant 
» hommes que femmes. Us se peignent de certaines 
» couleurs tannées. Ils ont des barques en quoy ils 
» vont par la mer, qui sont faites d'écorce de bois 
» de bouleau (2). » 

Après avoir reconnu les îles de Brion et de la Ma- 
deleine, Cartier cingla vers l'Ouest et, après bien des 
détours, pénétra, le 3 juillet, dans une baie profonde 
à laquelle il donna le nom significatif de baie des 
Chaleurs (3). « Ce pais, dit-il, est le plus beau qu'il est 



M 



■SSl 



(1) Ce nom lui doniiL' par (lostaréal. — (.»ii trouve aussi celui 
iVKstdlilninlr. 

(i2) Mss. IJibl. royale. Foiuls FoiiU'tlo, SSI. 

(.i) Daus (luelqui'S vipillos caries celle l)aie porte le nom de 
haie des EsptKjiioIs. Une ancienne Iraclitiou veut en effet (|u'ils 
y aient pénétré avant Cartier, cl que n'y trouvant pas les mines 
qu'ils cherchaient, ils se disaient entre eux : Aca noda (ici il 



— 5 — 



H celui 



» possible de voir, tout égal et uni, et il n'y a lieu si 
» petit où n'y ait des arbres, du froment sauvage et 
» des pois aussi épais comme s'ils avoient esté semés 
» et cultivés, du raisin, des fraises, mûres roses, 
» routes et blanches. » 

Les naturels du pays se montrèrent en grand 
nombre et très-bienveillants. Ils échangèrent leurs 
pelleteries contre quelques petits objets de com- 
merce. « Nous connusmes, iijoute Cartier, que ce 
» sont gens faciles à convertir à notre sainte foi. » 

A l'entrée de la baie de Gaspé ou Gashébé, Cartier 
choisit une pointe de terre et lit élever solennelle- 
ment, au nom de la religion et de son Roi, une grande 
croix de neuf mètres de haut portant un écusson aux 
trois fleurs de lis et l'inscription : Vive le roi de 

FRANGE. 

Le capitaine des Sauvages de la contrée prit om- 
brage de celte cérémonie dont il comprenait le sens; 
mais Cartier sut le calmer par quelques présents et 
gagna même si bien sa conliance qu'il consentit à lui 
confier deux de ses fils pour les emmener en France. 
La saison avancée pressait son retour : il rentra à 
Saint-Malo le 5 septembre. 

Le Roi et la Cour prirent le plus vif intérêt au 
récit de cette expédition qui donnait des espérances 
fondées pour l'extension du commerce et la propa- 
gation du christianisme. 



!-i| 



i 



L% 



OUI 


(le 


qir 


ils 


milles 


(loi 


il 



n'yaiiem; ce pci-nit roricfine ilii nom Cnnixln. I)'aulres, avec 
plus de Ibiulomcnl, le Ibul venir du mol ^auvaye Kniinatn [îxmt\s 
lie cabanes). 






G — 



Charles de Mouy, vice-amiral de France, qui avait 
favorisé le premier voyage, obtint pour l'habile capi- 
taine Malouin une commission plus ample et un ar- 
mement plus considérable, afin de préparer les voies 
à un établissement durable. 

Le goût des aventures périlleuses poussa plusieurs 
gentilshommes bretons à prendre part à cette expé- 
dition comme volontaires. 

Ce nouveau départ fut précédé d'une touchante 
cérémonie, digne de ces âges de foi. « Le dimanche, 
» raconte Cartier, jour do la Ponteroste, seizième 
» jour de mai, au dit an loX), du commandement du 
» capitaine et du bon vouloir do tous, cliacun se con- 
» fessa et rerusmes tous ensoml)l(^ notre Gréateui 
» en l'esglise cathédrale do Saint-^l^ilo. Après lequel 
» avoir reru, nous fusmcs nous présenter au chœur 
» devant révérend Père en Dieu, Monsieur de Saint- 
» Malo, lequel en son estât épiscopal nous donna sa 
» bénédiction. » 

Le 10 mai, trois petits liâlimenls, tels qu'on n'en 
voudrait point aujourd'iuii pour courir les risques 
d'une pareille entreprise, ;ipi);u'eillaient pour le 
Canada dans le port do ^'aint-Malo, sous les ordres 
de Jacques Cartier : hi Gr<n\(Jc-llcvmnie jaugeait 
cent vingt tonneaux; la PciUc- Hermine^ soixante, et 
VÉmcrillon, quarante. Quarante hommes avec deux 
chapelains composaieiil i'équipjige. 

La traversée fut pkis longue que dans la première 
exr "on. En entrant dans le golfe Saint-Laurent, 
le ' août, Cartier lui donna le nom de ce saint 



- 7 — 
martyr, ainsi qu'au grand fleuve qui s'y décharge. Il 
le remonta et jeta l'ancre devant Stadacone, au lieu 
môme où Québec est bâti. 

Donaconna, qui était l'agouma ou chef de cette bour- 
gade, vint au-devant de Cartier pour le complimenter 
et voulut lui baiser le bras, témoignage chez ces peu- 
ples du plus profond respect. « Il prononça, dit Car- 
» tier, un grand preschement accompagné de gestes 
» extraordinaires. » Les deux Gaspésiens que Cartier 
avait ramenés de France lui servaient d'interprètes. 

Au milieu de la fôte donnée par Cartier aux Sau- 
vages, ceux-ci manifestèrent le désir d'entendre « la 
grosse voix » de l'artillerie française dont on leur 
avait tant parlé. Il satisfit leur curiosité. « De quoi, 
» ajoute le capitaine historien, ils furent si estonnés 
» qu'ils pensoient que le ciel fût cheu sur eux, et se 
» prirent à hurler et hucher si fort qu'il sembloit 
» qu'enfer y fust vidé. » 

Ayant appris qu'il y avait plus haut dans le fleuve une 
autre bourgade considérable nommée Hochelaga, le 
hardi navigateur résolut d'aller la visiter. Soit jalousie, 
soit question d'intérêt, Donaconna fit tout ce qu'il put 
pour détourner Cartier de son projet. Ce fut en vain. 

Il partit, et en remontant le fleuve entre ses deux 
rives qui étalaient toute la splendeur de leur végé- 
tation, il ne pouvait s'empêcher d'admirer la richesse 
du pays. « Nous trouvasmes, dit-il, les plus belles et 
» meilleures terres qu'il soit possible de voir, aussi 
» unies que l'eau, pleines des plus beaux arbres du 
» monde, et tant de vignes chargées de raisins, qu'il 



Û 



û 






m 



Il 



-8 - 

» semble mieux qu'elles ayent esté plantées de main 
» d'homme qu'autrement. » 

Le 20 octobre, Cartier aborda à une île richement 
boisée et d'un aspect imposant. Au centre s'élevait 
comme une reine une montagne de deux cent soi- 
xante-huit mètres de hauteur, qui dominait toute la 
contrée, et qu'il nomma Mont-Réal (Mont-Royal). 

A ses pieds se trouvait une bourgade nombreuse, 
défendue par une triple enceinte de pieux. 

Les habitants de ce village recurent Cartier avec 
les démonstrations de la joie la plus vive et de la plus 
cordiale hospitalité. Il fut conduit sur la grande place 
et s'assit, avec ses gens, sur les nattes que les femmes 
avaient étendues pour les recevoir. Le grand capi- 
taine de la tribu, perclus de tous ses membres, fut 
porté par dix hommes au milieu de l'assemblée et 
déposé sur une peau d'élan. Tl félicita ses hôtes de 
leur bienvenue et, en signe d'amilié, mit sur la tête 
du capitaine français le bandeau rouge orné de bro- 
derie qni ceignait son front comme une couronne. 

Encouragé par tant de bienveillance, frappé de la 
beauté du site et de la fertilité du sol, Cartier choi- 
sit ce lieu comme le plus favorable pour établir la 
colonie projetée. 

Après avoir bien étudié la contrée et recueilli des 
renseignements précieux sur les peuples de l'Ouest 
et du Sud, Cartier rejoignit sa petite escadre restée 
près de Québec, dans la rivière Saint-Charles. Il 
était trop tard pour la ramener en Europe ; il résolut 
d'y passer l'hiver. 



:$ 



-. 9 — 

Malgré ses bons rapports avec les Sauvages, le sage 
capitaine jugea prudent d'élever sur le rivage un fort 
en bois qui put mettre les siens à l'abri contre toutes 
les éventualités. 

Il n'eut rien à redouter des Sauvages, mais il trouva 
un autre ennemi qu'il ne prévoyait pas. Le scorbut 
attaqua les Français et fit de nombreuses victimes. 
Vingt- cinq hommes périrent. Pour relever les cou- 
rages qui commcnraient à s'abattre, Cartier réveilla 
leur foi. Une image de la Sainte-Vierge fut attachée 
à un arbre de la forêt voisine, et tous ceux qui étaient 
encore valides se rendirent en procession à cet ora- 
toire improvisé, en chantant les Psaumes de la péni- 
tence et les litanies. (( La messe ditte et chantée de- 
» vaut la ditte image, se fit le capitaine pèlerin à 
» Notre-Dame qui se fait prier à Rocquamadour, 
» promettant d'y aller si Dieu lui donnoit la grâce de 
y> retourner en France. » 

Les santés se remirent peu à peu, et Cartier pré- 
para son retour. Il fit auparavant, le 3 mai, planter 
une grande croix sur le bord de la rivière avec les 
armes de France et cette inscription : Francisc.us I 

DEI fJRATlA FRANCORU.M RKX. 

Les perles subies par la maladie laissaient à peine 
assez de bras pour la man(puvre. Cartier aima mieux 
ne conserver (|ue deux bàtimenls et lit couler bas la 
IWdc-Ucrm'nie (1). 



i4 

h 
m 

'«.1 

H 



u 

M 



(Il Los l'oslos (11' ce hiilinioiil mit .t.' (irmiivri-l- en iN'i;!, 
piici-i'iiiPiil au lieu i|ue la li'aililimi lixail a riiivorii'iiieiil d^ 
l"''>^cu<lri' (je ("arli''!'. 

V 



' |: 



— 10 — 

En rentrant en France, Cartier voulait se faire 
accompagner de quelques Sauvages du C-anada, et 
surtout du clicf Donaconna. 11 dut user de ruse pour 
les attirer sur son vaisseau et les y retenir; mais des 
présents, distribués en aljondance, et l'assurance du 
retour pour l'année suivante, calmèrent les esprits 
et arrêtèrent toute démarclic lioslile. Les Sauvages 
se contentèrent de présenter à Cartier vingt-ijuatre 
colliers d'Esurguy (1) pour l'engager à bien traiter 
leur capitaine. 

La traversée fut heureuse, et Cartier aborda, le 
10 juillet, à Saint-Malo. Le Roi se fit présenter les 
Sauvages du Canada, et il prit soin qu'ils fussent ins- 
truits dans la religion. Ils eurent le bonheur de rece- 
voir le baptême; malheurousomcnt tous périrent en 
France, à l'exception d'une petite fille de dix ans qui 
seule put revoir sa patrie. 

Arrêtons-nous un moment dans le récit des évé- 
nements pour jeter un coup d'uMl sur les dilTérentes 
nations sauvages qui liabii aient la Nouvelle-France et 
les contrées voisines, et avec lesquelles les Français 
vont se trouver en rapport. 



(1) \'nir à VAppoinlicr, Noir A. 



II 



Sauvages de la Nouvelle-France. 






« Dans la Nouvelle-France, dit Champlain, il y a 
» nombre infini de peuples sauvages : les uns sont 
» sédentaires, amateurs du labourage, rpii ont des 
» villes et villages fermés de palissades ; les autres 
» errants, qui vivent de chasse et pesche de poisson, 
» et n'ont aucune connaissance de Dieu ; mais il y a 
» espérance que les Religieux qu'on y a menez et qui 
» commencent à s'y establir, y faisant des sémi- 
» naires, pourront en peu d'années y faire de beaux 
» progrès pour la conversion des peuples (4). » 
Ces peuples, trcs-diirérents les uns des autres, gar- 

il) Voyauov de Cluiniijlain. 



i4 



♦il 



- 12 - 

daient cependant entre eux un aspect uniforme et de 
grands caractères de ressemblance pour leurs mœurs, 
leurs croyances, leurs usages, leur organisation so- 
ciale ; ce qui poussait l'illustre historien américain 
Bancroft à conclure que, malgré l'obscurité qui nous 
dérobe l'origine de ces peuples, leur existence ne 
contredit en rien l'unité de la race humaine. 

Toutes les langues parlées du Mississipi à l'Atlan- 
tique, et du golfe du Mexique à la baie d'IIudson, 
pouvaient ù peu près se réduire à deux langues mères 
avec leurs nombreux dialectes. La plus répandue 
était la langue algonquine. La langue huronne-iro- 
quoise appartenait à ces deux peuplades et à quelques 
autres de la Virginie. 

Les nations à souche algonquine étaient très-nom- 
breuses et toutes nomades, à l'exception de quelques 
peuples du bord du Mississipi. 

Sous la zone glaciale vivaient les Esquimaux dans 
un isolement à peu près complet. 

Les Souriquois ou Micmacs, les Cannibas, les 
Etchemins et les Àbénaquis s'étendaient sur les côtes 
nord de l'océan Atlantique. 

Les Montagiiais erraient sur les rives du Sague- 
nay et du lac Saint-Jean. 

Les Algonquins, proprement dits, étaient échelon- 
nés sur le grand lleuve Saint-Laurent depuis Stada- 
cone jusqu'à Ilochelgaa. Plus haut se trouvaient les 
Ottaouais, sur la gi'ande rivière qui a conservé leur 
nom. 

Dans les immenses solitudes de l'Ouest on ren- 



— 13 — 

contrait lesNipissings, les Sauteux, les Chipeways, les 
Miamis, les Pouteouatamis, et enfin, sur les bords 
du Mississipi, une grande variété de tribus parmi 
lesquelles se distinguaient les Illinois et les Natchez 
chantés par Chateaubriand. 

Il faut tenir bien compte du caractère nomade de 
ces peuples pour expliquer les changements de lieu 
et même les migrations lointaines auxquelles nous 
les verrons se prêter. 

Les deux nations qui jouent le plus grand rôle dans 
cette histoire sont les llurons et les Iroquois. Ils 
étaient sédentaires, c'est-à-dire que, bien que chas- 
seurs et pêcheurs, ils avaient des bourgades, défen- 
dues par de hautes palissades, où ils construisaient 
des cabanes permanentes. 

Les llurons étaient resserrés sur une petite pénin- 
sule à l'est du lac qui porte leur nom (1), entre la baie 
Géorgienne, le lac Simcoe et la baie de Notawassaga. 
Au moment de leur prospérité, on fait monter le 
chilTre de la population de vingt à trente-cin({ mille 
âmes, et le nombre de leurs villages à vingt environ. 
Le sol qu'ils habitaient était lavorable à leurs habi- 
tudes de guerre, de chasse et de pêche. Les baies 
étaient sûres, les rivières poissonneuses, et les forêts 
riches en gibier. Les accidents nombreux de terrain 
offraient des positions avantageuses pour les postes 



H 



k 

rÀ 



(1) Lo Inc Hiiron a porti' nu^^si le?; iv<\n< de Gvnnil-I.nr cl rip 
MorDonro iCliniiiplaiii\ I.iir tlOrb-niis illi'iiin^iiiii'. Knroiiitnii'li 



— Il - 

fortifiés. Ils les choisissaient avec soin pour étal)lir 
leurs villages. 

Les Français éprouvèrent pour cette nation liu- 
ronnc cette sympathie naturelle qui lie les peuples 
comme les individus. Ils voyaient dans leurs rela- 
tions avec elle une ressource puissante pour leur 
commerce et pour la propagation de l'Évangile. Ils 
en lirent donc leur alliée, et épousèrent si bien ses 
intérêts, (jue, pour les détendre, ils compromettront 
plus d'une lois ceux de la colonie. 

Les Iroquois habitaient la contrée au sud du lac 
Ontario depuis la rivière lludson jusqu'à Niagara, sur 
une ligne peu profonde. Ils semblaient nés pour la 
guerre, dit La Poterie, et, en effet, il y a eu bien peu 
de nations sauvages qui n'aient eu avec eux les plus 
graves contlits. Le nombre de leurs guerriers s'éle- 
vait à peine à deux mille deux cents, mais ils y sup- 
pléaient par l'audace et par l'astuce. Leur position 
géographi(iuo servait très- bien leur ambition qui 
s'accrut en proportion de leurs succès. La suprématie 
qu'ils prétendaient exercer sur les autres Sauvages 
devenait souvent une complète extermination. C'est 
ainsi qu'ils firent presque entièrement disparaître les 
Ilurons, les Ériès, les Andastoes et les Attikameques. 

Les Iroquois se divisaient en cinq tribus (4) ou 

(1) Los l'^rançais los nonimninil les Arjnicrs, los Onncioiits, 
les Goio(/ooiif!, les Onnonlnfjiii's el les Soiinonloiitins. Les An- 
iilais ont ailiiph'! les noms suivants : les Mohawks, les Onvidns, 
les Si''m'-i';is, les (')ii(nnh)(j:i-< et les Cnyin'nH. l'iie sixième trilm, 
celle (les Tiiscnroros, j^euple de la N'irginie, s'incorpora aux 
Iroquois au roiiunenccmcnl du siècle dernier. 



ion liii- 
peuples 
rs rela- 
iir leur 
igile. Ils 
bien ses 
netlront 

i du lac 
ara, sur 
pour la 
)ien peu 
les plus 
'S s'élc- 

y sup- 
position 
ion qui 

ématie 
liuvages 
C'est 

itre les 
leques. 

(1) ou 

IH'iuUfS, 

Los Au- 

Oni'idiis;, 
ic lril)ii, 
ora aux 



nations confédérées, avec communauté de langue, 
d'usaf^'c ot (Vinléréts; mais cliacuiu' d'elles avait ses 
boui'iis ot son organisation propre cl). 

i;h;ibitalioii des Sauva.ues répondiiit à l'état d'en- 
laïK'G de leur iiiduslï'ie ot à leur insouciance pour les 
besoins de la vie. Les nations sédentaires avaient 
dans leurs bourgs des cabanes lixi^s ol trcs-vastes. 
Leur forme était celle d'un long biMreau de quinze 
•I vingt mètres oi'i s'aln-itaient ensemijle jusqu'à vingt 
familles. Sur la ligne centrale s'allumait le feu de 
cluuiue ménage, au-dessous d'une ouverture laissée 
dans l'écorce pour la fumée et la lumière. 




lis avaient en outre des cabanes légères et étroites 
pour la cliass*^ et la pèche. Elles consistaient dans 



{]) En prii'l;iiil ilns pHiiva^ios du Cannil;i, Ir- RicoUcI ^^iii^'anl 
ôlaliiit ('('Ui' siiiLrurn'i'o rl;)^silic;ili(in : « I.r- I lurmi-^ r| \,< jiciiiiles 
séilciilaii'CH ^^(iiil ciiiiinii' la iiiiMessc du |i'i\^. I.o- ii;ilini s Mlunn- 
'|iiiiios cniiiixix'iil la liuui-L:i'iii-ic l,,"s villaLiinis i| jos pauvres 
SI. lit roprésenlùs parles Monlai-Miais. » 



ȣ' 



'•I 



Ai 



11 



J 



i 






— 16 — 
une mince écorce de bouleau étendue sur quelques 
perches fichées en terre. Là se groupait toute une 
famille autour du foyer qui occupait le centre. Quel- 
ques branches de sapin jetées sur le sol ou sur la 
ne'ge servaient de plancher et de lit. (c Ce cachot, 
» écrivait le P. Lejeune après une de ses courses 
» avec les Sauvages, a de grandes incommodités : le 
» froid, le chaud, la fumée et les chiens. » 

Le vêtement des Sauvages qui fréquentaient les 
eaux du SainL-Laurent consistait en peaux d'animaux. 
Les femmes étaient toujours modestement vêtues. 
Les hommes, en été, usaient de plus de liberté. 

Malgré leur malpropreté dégoûtante, ils n'étaient 
pas insensibles aux recherches du luxe. Ils aimaient 
à porter des colliers, des bracelets, des pendants 
d'oreilles, des couronnes. 

Les cheveux des femmes étaient ordinairement 
réunis en tresse par derrière, mais le plus souvent 
elles les laissaient pendre nogligemmenl. Les hommes 
y mettaient plus de variété et de prétention. Chez 
les llurons surtout, on voyait les formes les plus 
grotesques et les plus bizarres. Les uns avaient la 
tête complètement rasèe^ à l'exception de (juelques 
toufles de cheveux rà et là. Les autres dénudaient 
entièrement un des côtés de l;i, tète et laissaient 
l'autre chevelu. On en voyait no conserver qu'une 
bande de cheveux depuis le front jusqu'à la nu(|ue, et 
avec de la graisse ils les tenaient relevés avec soin. 
Leur tète ressenil)lait ainsi ;i une hure à crins héris- 
sés. ^^ l'ar cette raison, les premiers t'iiun.'ais «|ui les 



— 1" 



lelques 
te une 
. Quel- 
i sur la 
cachot, 
;ourses 
ités : le 

ent les 

imaux. 

vêtues. 

é. 

'étaient 

imaient 

3ndants 

rement 
ou vent 
immes 
. Chez 
s plus 
lient la 
elques 
daieiit 
Issaient 
qu'une 
[ue, et 
le soin, 
héris- 
|ui les 



» virent, dit le P. Jérôme Lalemant, les baptisèrent 
)) Ilurons. y> 

La couleur naturelle des Sauvages est bronzée. 
» Elle est, dit le P. Lejeune, comme celle de nos 
» gueux en France qui sont à demi rôtis par le soleil. 
» On n'en voit pas qui aient la charnure blanche. » 

La peinture et le tatouage étaient leur ornement 
favori, mais « il était particulier aux hommes ». Ils 
employaient à cet elTet des ocres de ditTérentes cou- 
leurs. Le jus de certains fruits ou de quelques ra- 
cines leur donnait un rouge brillant, et la suie de 
leur marmite fournissait le noir. Le P. Lejeune vit à 
Tadoussac des Montagnais se présenter avec le nez 
bleu, le tour des yeux, les sourcils et les joues noires, 
et le reste rouge. 

Les ligures permanentes s'obtenaient par le ta- 
touage, et demandaient plus d'art pour représenter 
des monstres, des animaux, des armes, des colliers, 
des bracelets, etc. 

Souvent ces ornements couvraient le corps entier 
et se prenaient de loin pour des vêtements. Dans 
leur idée, ces peintures devaient elVrayer leurs enne- 
mis. Elles avaient aussi un effet plus certain, c'était 
de ne laisser paraître dans leurs traits aucun signe 
de crainte ou d'émotion. 

Le désir de s'enrichir n'entrait pas dans l'idée in- 
souciante du Sauvage. Aussi le travail n'était pour 
lui un besoin que pour servir son orgueil ou une 
impérieuse nécessité. La part entre l'homme et la 
femme était réglée par l'usage et le préjugé. 



I 



— 18 — 

Les hommes se livraient h la chasse, h la pêche, h 
la guerre surtout. Ils préparaient les armes, le canot, 
le calumet. Le soin de dresser la cabane, de préparer 
la nourriture et les vétemonts, ainsi que la culture 
des champs, étaient abandonnés aux femmes. 




I.A 1»KCIIE. 



Leur vie oisive faisait naître et nourrissait l'amour 
du jeu, qui devenait facilement une passion. Tout leur 
servait d'enjeu : ornements, vêtements, armes, pipe, 
canot, cabane. On en a vu jouer leur femme et leurs 
enfants. Un fluron mit en jeu sa chevelure et, ayant 
perdu, il fut rasé jusqu'à la peau. Un autre joua l'im 
de ses doi^^is, et le laissa couper sans sourciller. 

Leur industrie était bien bornée : ils n'avaient pas, 
pour stimuler son développement, ces besoins et ces 
exigences des peuples civilis '>s pour lesquels ils affec- 
taient le plus profond mépris. 

Ils savaient modeler grossièrement la terre pour 
en faire quelques ustensiles de ménage qu'ils al)an- 
donnèrent bientôt quand ils connurent les chaudières 
de cuivre des Français. 



l'amour 
'ont leur 
is, pipe, 
et leurs 
t, ayant 
)ua l'un 

er. 

nt pas, 
s et ces 

s aiï'ec- 

'e pour 
ahan- 
uilières 



— 19 -^ 

Leur calumet, qu'ils ne quittaient jamais, était 
ordinairement en pierre ollaire ou en terre cuite, et 
portait quelques ornements ou quelque figure gros- 
sière. 

Les femmes teignaient les peaux et les écorces. 
Elles embellissaient les colliers, les bracelets, les 
pendants d'oreilles, les couronnes, le sac à tabac, les 
mitasses (sortes de bas), en les couvrant de broderies 
faites avec des filaments de racine teinte ou avec 
du poil de porc-épic. 

L'objet le plus précieux aux yeux des Sauvages 
ét'iit le wampum. Ils appelaient ainsi de petits frag- 
ments réguliers de certains coifuilkiges de la Virgi- 
nie, nommés Porcelaines, qu'on pouvait enfiler et 
réunir de manière à former des branches et des col- 
liers. Ils s'en servaient comme do monnaie dans le 
commerce de la vie, comme de sanclioa dans leurs 
traités de paix et comme de satisfa(.'tion pour la ré- 
paration d'une injure. Au wampum les Européens 
su])stituèrent des verroteries de toute couleur et de 
forme variée ([ui eurent bientôt la préférence. 

lia guerre était l'élément du Sauvage. Elle flattait 
son orgueil et répondait ;i son éducation toute Spar- 
tiate. Il apprenait dès l'enfance à manier l'arc et la 
llèche, et le récit fréquent des exploits de ses pères 
nourrissait en lui une noble émulation. 

A l'exception peut-être des Iroquois, toutes ces na- 
tions étaient de mu^urs douces et sociables ; mais la 
guerre ou la vengeance les rendait cruels. Ils enle- 
vaient la chevelure de leur ennemi mort, comme le 



20 — 



li 



I 



plus glorieux des trophées. Le prisonnier était réservé 
aux plus affreux tourments, et ses bourreaux savaient 
l'art de le ménager pour prolonger ses souffrances et 
savourer plus longtemps cet horrible plaisir. 

Les infortunées victimes de ces scènes sanglantes 
mettaient leur orgueil à ne donner aucun signe de 
douleur. Il y en avait qui se raillaient même de l'in- 
habileté de leurs bourreaux. Les femmes et les enfants 
prenaient part à ces cruautés inouïes, comme à des 
jeux divertissants, et n'étaient pas les moins raffinés 
dans l'art de torturer. 

L'impassibilité dans la souffrance était toujours, aux 
yeux des Sauvages, un acte de vertu. Dès le bas âge, 
l'enfant s'exerçait h la privation et à la douleur. On 
en a vu âgés de dix à douze ans rapprocher leurs bras 
nus et mettre entre les deux un cliarbon ardent pour 
voir leciuel résisterait plus longtemps à la brûlure. 

Les idées religieuses chez tous ces habitants des 
forêts étaient vagues et confuses. Chaque nation con- 
servait dans sa tradition un système mal coordonné 
de cosmogonie et de quelques principes moraux, sans 
se mettre en peine de leurs contrailictions et même 
de leurs absurdités. 

On peut croire que tous avaient quelque idée de 
l'existence de Dieu ou du Grand-Esprit ; mais ils ad- 
mettaient en môme temps des esprits d'un ordre 
inférieur qui gouvernaient tout dans le monde maté- 
riel, et ils les invoquaient avec ferveur. Au milieu 
du supplice d'une femme algonquine , le P. Jogues 
entendit les Iroquois s'écrier : « Aireskoï, nous brù- 



eserve 
ivaient 
ices et 

glantes 
gne de 
de l'in- 
enfaiits 
3 à des 
raffinés 

irs, aux 
las âge, 
3ur. On 
arsbras 
nt pour 
lure. 

ts des 
on con- 
rdonné 
IX, sans 

même 

dée de 
ils ad- 
ordre 
maté- 
milieu 
Jogues 
is brù- 



— 21 — 

» Ions cette victime en ton honneur ; régale-toi de 
» sa chair, et rends-nous encore vainqueurs de nos 
» ennemis! » 

Le Récollet Hennepin trouva une peau de castor 
suspendue près de la chute Saint-Antoine sur le 
Mississipi. Elle était oilerte à l'Esprit protecteur du 
lieu. 

Dans certains lacs, dans des passages dangereux, 
les Sauvages faisaient toujours un sacrifice au Génie 
tutélaire, en jetant solennellement du tabac dans les 
eaux ou dans le feu, ou même en le déposant dans 
le creux d'un rocher voisin. 

Ils n'avaient pas de temple ou de lieu consacré à 
la prière : partout ils invoquaient leur Manitou ou leur 
Oki. 

La foi aux rêves, superstition aussi vieille que le 
monde, et qui a survécu à la chute des idoles, entrait 
dans leur culte, parce qu'ils passaient pour la révé- 
lation des esprits. Jamais un Sauvage n'aurait voulu 
résistera un songe, et rien ne lui coulait pour le 
mettre à exécution (1). 

L'étude et l'interprétation des songes appartenait 

(Il Les Europcons oui aljiisc plus d'une l'ois de ee raiialisuie 
pour les soujjjes. l'u An|ilids, moiumh' Johnsou, vuulanl posséder 
un terrain as<e/. eousidi^rabie sur le Irrriloirc iroipiois, va 
trouver le ea|piiaine eî lui dit; « J'ai rève 1 — (Ju'as-lii rrve'/ dit 
eelui-ei. — .Pai n'^ve que tu nie douiiai^ un terrain depuis tel 
endroit Jusipi'ii tel autre. — Si lu a< Vr\r. ajouta le Sauvaii'e, 
pr^uds-le; mais, er<iis-nioi : ne l'ève plus. » 

I hi a vu mil' l'eniiue ehipewaisc entrc|ii'endre un \oyaiie de 
jibis de douze eeids klluniètres pour se prueurer un ehieu l'ran- 
i;ais, pareo rpi'elle en avait vu un en songe. 






I: il 

d 



:■>; il 



03 



ï^ 



surtout aux jongleurs ou sorciers qu'on appelait les 
hommes de la médecine ; '"i,r leur intervention était 
regardée comme indisperisable en cas de maladie. 
Ils avaient à leur service quel{{ues remèdes naturels, 
mais surtout certaines pratiques superstitieuses ou 
d'adroites jongleries qu'ils taisaient tourner liabile- 
ment à leur prolit. 

Les Sauvages croyaient à l'immortalité des âmes, et 
plaçaient leur séjour, a])rès la mort, dans une contrée 
reculée de l'Ouest. 

Cette croyance servait de base au culte (lu'ils ren- 
daient aux morts. Le cada\re était revêtu de ses plus 
beaux ornements. A côté on déposait le calumet, le 
casse -tète, la hache, l'arc et les flèches qui lui 
avaient servi pendant sa vie , comme pouvant lui 
être encore utiles au Pays des âmes. Dans la même 
pensée, on ajoutait un peu de blé d'Inde ou toute 
autre nourriture pour le voyage. 

Les llurons avaient quelque chose de spécial dans 
les honneurs qu'ils rendaient aux morts. Ils avaient 
près de leur village un champ, nommé Oigosayé, où 
les corps étaient déposés dans une bière d'écorce 
qu'on élevait sur quatre poteaux, ils restaient là jus- 
qu'à la grande lête des morts, célébrée solennelle- 
ment tous les huit ou dix ans. Le P. de Brébeuf y 
assista en 1035 (1) et nous en a laissé une description 
détaillée. Ciiicj grands villages y prirent part. Chaque 
famille y avait apporté les ossements de ses parents 



{\) nolntion do KUn. — \nir à VApp., Nnio R. 



23 — 



retirés du cimetière provisoire, et les avait cnvelop- 
pus dans de riclies pelleteries. 

Une fosse profonde, de près de sept mètres do 
diamètre, avait été tapissée d'un immense linceul 
formé de quatre cent quatre-vingt peaux de castors. 
On déposa lu avec ordre tous les ossements, avec 
des ciiaudières et des oi'nemtnts divers. Ils formaient 
deux mètres cinquante centimètres d'éi)aisseur. 
Puis, le précieux linceul fut replié sur eux, et on le 
couvrit de nattes, d'écorce et enliii de terre. Plus 
de deux mille personnes avaient pris part h cette 
cérémonie. 

L'organisation sociale chez les Sauvages était en 
rapport avec leur degré do civilisation. Rien de plus 
simple que leur gouvernement. Quelques chefs, ho- 
norés du titre de capitaine, avaient en main toute la 
puissance; mais ils ne pouvaient en user que d'après 
l'opinion , les usages et les besoins du moment. 
C'était tout leur code ; et ces esprits si liers et, sous 
certains rapports, si ingouvernables, se soumettaient 
sans résistance, sans recourir à aucune force coerci- 
tive. L'ordre et la paix qu'on voyait régner dans leurs 
villages aurait pu servir de leçon aux peuples les plus 
civilisés. Un cai)itaine était écouté et obéi, pour ainsi 
dire, sans commander. 

Dans toute aflaire importante ou d'un intérêt com- 
mun, les capitaines en appelaient à l'assemblée des 
anciens, soit d'un village seulement, soit de la nation 
entière. Sans aucun souci de l'étiquette pour la hié- 
rarchie et pour la tenue, sans président pour régler 



m.- 









i '■ 1 



m 



5?! 



> i' 



I 



^ 



' ;(• 



i 



1 i. 



O/j 

les débats , ils savaient mettre de l'ordre et des con- 
venances dans leurs discussions. 

Chacun parlait à son tour , sans craindre d'être 
interronipu ou insulté. « Quand ils ont étudié un 
» sujet, dit le P. Bressani, ils le traitent comme ferait 
» l'Européen le plus habile. » 

Ceux qui étaient plus heureusement doués deve- 
naient orateurs de profession. Ils jouissaient d'une 
grande estime et d'une grande influence auprès de 
leurs compatriotes. Ils se distinguaient ordinaire- 
ment par une remarquable subtilité d'esprit, une 
mémoire prodigieuse et une diction très-imagée 
soutenue par une pantomime très-expressive. 

Ces peuples avaient certaines notions du droit des 
gens. Dans leurs traités de paix ou autres rapports 
internationaux , on en a vu d'une habileté et d'une 
noblesse de sentiments qui auraient fait honneur à 
des nations policées. 

Leur code criminel n'avait besoin, pour les proté- 
ger, ni de tribunaux, ni de prisons, ni d'hommes de 
police. Le meurtre, très-rare chez eux, pouvait être 
racheté par des présents. Le vol ne passait i)Our mal 
que lorsqu'il était découvert. « Qui dit Huron , dit 
larron, » écrivait le P. Lejeune en 1033. L'exercice 
les avait rendus très-habiles. « Tout objet leur était 
••)) bon, ajoute le P. Bressani (1), et quand ils n'en 






(1) Uohition lie (jiiclques Missions do In .\onvcIIe- France 
(Macerata, lOûtî), li-aduite de l'italien r. publiée en français en 
1852 à Montréal, par le H. P. F. Martin, 5. J. 



— 25 — 

» connaissaient pas l'usage, ils l'employaient comme 
y> ornement. Ils volaient avec le pied comme avec la 
» main, en présence du propriétaire comme derrière 
)) lui. L'un d'eux prit un morceau de fer-blanc qui 
» servait de style à un cadran. Un autre enleva le 
» bréviaire à un missionnaire qui le récitait près 
» d'une ouverture de sa cabane , et il parvint à s'é- 
» chapper sans être reconnu. » 

La vengeance personnelle entrait dans le droit 
commun. Chez les Sauvages elle était implacable et 
ne s'arrêtait que quand elle était satisfaite. On en a 
vu l'entretenir pendant plusieurs années , faire des 
voyages de huit cents kilomètres pour l'assouvir , et 
la léguer comme un héritage à leurs enfants. 

Malgré cela, il était extrêmement rare de les voir 
s'abandonner extérieurement à la colère. Dire à un 
Sauvage : « Tu te fâches ! » est regardé aujourd'hui 
encore comme une grande injure. 

Mais ce qui contraste étrangement avec leur ma- 
nière de vivre et leur développement social, c'est 
l'orgueil et la vanité que l'on trouve exaltés outre 
mesure dans ces natures grossières. 

L'histoire a conservé quelques-unes de ces paroles 
dictées par la fierté. Un capitaine huron avait été 
insulté par un jeune homme. Ses amis voulaient le 
venger : « Laissez-le, leur dit-il ; n'avez-vous pas senti 
» la terre trembler d'horreur pour son insolence? » 

Un gouverneur français olïrait un jour des présents 
à un capitaine huron atin d'obtenir la liberté d'un 
captif iroquois : « Je suis guerrier et non marchand, 



l 

I'' 
!<• 

I' 



11 

t*\ -M 



y M 






hn 



'-(■' 



«-, 



If» 



— 20 — 

» répondit liùremcnt le lluron : si tu veux ce pri- 
» sonnier, prends-le, je me mettrai en campagne, 
» et j'irai en chercher un autre. Ma gloire n'est pas 
» de rapporter des présents dans mon pays , mais 
» des prisonniers. » 

Un capitaine iroquois, enveloppé par des forces su- 
périeures, répondit à ses compagnons d'armes qui le 
pressaient de leur échapper par la fuite : « Frères, 
» si vous voulez commettre cette lâcheté, attendez 
» que le soleil soit sous l'horizon, pour qu'il n'en 
» rougisse pas ! » Tous se défendirent jusqu'à la 
mort. 

Ces populations, si nombreuses au moment où les 
Européens abordèrent à ces rivages, ont perdu la 
plupart leur autonomie, et disparaissent peu à peu 
devant le Ilot de l'immigration européenne. Quelques- 
uns, cependant, font encore monter jusqu'à cent 
({uatre-vingt mille les survivants des aborigènes de 
la Nouvelle-France. 



m 



X ce pri- 
mpngne, 
n'est pas 
fs, mais 

oi'cos su- 
es qui le 
( Frères, 
attendez 
u'jl n'en 
squ'à la 

nt où les 
perdu la 
2u à peu 
uelques- 
'à cent 
l'en es de 



III 



Expédition de Roberval. — Mort de Jacques Car- 
tier. — Essai malheureux du marquis de La 
Roche. — Premiers voyages de Champlain. — De 
Monts en Acadie. — Destruction de Port-Royal. 



Après avoir étudié les nations indigènes, repre- 
nons le récit des événements au moment où Jacques 
Cartier revenait en Franco après son second voyage. 

Le rapport de riialnle capitaine excita un vil" en- 
thousiasme. Plus que personne François F'" en subit 
j'iiilluence, et il résolut de reprendre sur une grande 
échelle ses projets de colonisation. L'exécution en 
l'ut confiée, avec le titre fastueux de vice-roi du 
Canada, au sieur de Roberval, geidilhomme picard, 
renommé pour sa bravoure et son activité. Cinq 
navires parfaitement équipés étaient mis sous ses 



I 



I5,i 



11. ■ 
>. (I 



«y. 



f'^: 



Mit 



— 28 — 

ordres avec des colons et une troupe de volontaires. 
Jacques Cartier fut nommé chef de l'escadre. La 
connaissance qu'il avait du pays et son expérience 
rendaient ses services très-p:'écieux. 

Cartier partit devant, en 15-il , afin de préparer 
les voies au vice-roi et de je.er les premiers fonde- 
ments d'un établissement stable. Il choisit au cap 
Rouge, à une petite distance de Québec, une position 
plus favorable que son premier poste de la rivière 
Saint-'Charles, et il y commença un fort qu'il nomma 
Charles-Bourg-Royal. R y i)ouvait trouver un abri 
avec tout son monde, et il eut à se féliciter de cette 
prudence. 

Les Sauvages, qui avaient déjà appris à se défier des 
Européens, ne montraient plus la même sympathie 
pour eux. Pendant l'hiver, ils manifestèrent plus 
d'une fois leurs inquiétudes et leur mécontente- 
ment; mais ils sentaient rin!\'riorité de leurs forces 
et n'osèrent tenter aucun acte d'hostilité. 

Cartier devait être suivi de près par le vice-roi, et 
l'hiver vint sans que celui-ci parut. R fallut attendre. 
Mais, quand la navigation fut ouverte et qu'aucun 
secours n'arriva de France, Cartier, en homme pré- 
voyant, se résolut à aller lui-même le chercher. 

Cependant le sieur de Roborval était en route avec 
trois grands navires et plus de deux cents colons tant 
hommes que femmes, parmi lesquels on remarquait 
plusieurs personnes de qualité. 

Cartier rencontra la flotte française à la hauteur 
de Terre-Neuve. Mais, malgré les instances du vicc- 



!i: h 



— 29 — 

roi, le capitaine Malouin poursuivit sa course vers la 
France. 

I.e sieur de Roberval alla seul prendre possession 
de son {^gouvernement. Il changea le nom du fort de 
(lliarles-Bourg-Royal en celui de France-Roi, et fit 
compléter les constructions commencées. Mais, 
comme ce pays inculte ne pouvait offrir aucune res- 
source assurée, le vice-roi Jugea prudent, afin de 
n'être pas pris au dépourvu, de détacher deux de ses 
vaisseaux pour aller informer le Roi de ce qui avait 
été tait, et des mesures à prendre pour développer et 
consolider ces débuts. 

Malheureusement pour l'entreprise, une guerre 
qu'on pourrait appeler européenne, allait éclater de 
nouveau entre François T'' et Charles-Quint, et la 
France était obligée de faire appel à ses principales 
ressources. François l'^^ connaissait les talents mili- 
taires de Roberval et l'influence qu'il exerçait sur les 
populations de la Picardie, si importantes à ménager: 
il n'hésita pas à suspendre pour un temps ses projets 
de colonisation, toujours un peu incertains, et à faire 
rentrer en France le sieur de Roberval et ses coni- 
])agnons. 

Jacques Cartier reçut cette commission et l'exécuta 
en 1544. Il revoyait le Canada pour la dernière fois. 
Rentré dans sa patrie, ili)assa à Saint-Malo, daiis un 
repos forcé, les dernières années d'une vie si active 
jus({ue-là. Toutefois, le Hoi avait rendu honnnage à 
ses services en l'anoblissant avant sa mort, arrivée 
vers l.j.Vi. 

1'" 






t 



*i 









w 'I 






.m 



■>- 



f 



I il 



< 4 



i 



— 130 ~ 

Malgré l'abnégation imposée au sieur de Roberval, 
il n'avait pas abdiqué ses droits sur le Canada, et, la 
guerre terminée, il se mit en mesure de rentrer dans 
sa principauté. C'était en 15 iO. Il équipa des vais- 
seaux et partit ;ivec ceux qui consentirent ;i p;n'lafj[er 
sa fortune. Jamais depuis on n'en entendit parler. Sa 
fin et celle de ses compagnons sont demeurées un 
mystère enseveli sous les flots. 

Un si triste résultat, mais bien plus encore les ten- 
tatives désastreuses des Huguenots français aulirésil 
et en Floride (1), et les malheurs intérieurs qui affli- 
gèrent la France sous les successeurs tle François T/''', 
arrêtèrent pour un temps l'élan qui s'était m.-uiifesté 
en faveur du Canada. Ses rivages n'étaient plus fré- 
quentés que par les vaisseaux employés à la péclie 
ou au commerce des pelleteries. Quoique nombreux, 
puisqu'on en comptait annuellement au moins cent 
cinquante français et près de deux cents étrangers, 
ceux qui les montaient n'avaient aucune pensée ni 
aucune mission d'établissement permanent. 

En 1577, un gentilhomme l)reton,le marquis de La 
Roche, ancien page de Catherine de Médicis, séduit 
peut-être par un titre pompeux, se proposa de re- 
constituer la principauté du Canada. Henri III lui 
donna des lettres "^^atentes avec amples pouvoirs sur 
tout le pays de « Noremberg, Labrador et Terres- 
Neuves ». 

(1) La première cxpéiiilion fui ronli''o à Nicolas do \'illcç;a- 
prion (15r)r)-irir)S), ci la soronijri, d'abord à ,loaii ililiaiid, puis à 
René do Lauduiiière (I.^Hâ-l.MKl). 'l'oulos deux linircnl uiiscra- 
blemcnl. 



>berval, 
.1, et^ la 
er dans 
3S vais- 
)artager 
rler. Sa 
irces un 

les tén- 
LU Tîrésil 
[u\ affli- 
if'ois F'', 
lanifcsté 
)lus frô- 
la pèclic 
mbroiix, 
ins cent 
mgors, 
ciiS(''C ni 

is (le La 

>, SL'tluit 

(le ro- 

iri lui 

uirs sur 
ïerrcs- 



\'ill(^c'a- 

1, puis ;"i 

t luiséra- 



— 31 — 

L'enthousiasme pour les expéditions lointaines et 
aventureuses s'était ralenti. Le nouveau vice-roi fit 
inutilement appel aux cœurs fçénéreux et de bonne 
volonté pour tenter fortune avec lui. Afin de trouver 
des soldats et les premiers colons, il se vit réduit à 
enrôler des hommes tirés dos prisons. Un pareil choix 
était de mauvais augure, et le marquis de La Roche, 
qui avait peut-être plus d'énergie et de courage que 
do prudence, voulait pourtant à tout prix donner 
commencement à son œuvre, ou du moins prendre 
par lui-môme connaissance des lieux, afin de mieux 
apprécier les ressources dont il aurait besoin pour 
réussir. 

Il partit en 1578 sur un seul vaisseau qui portait, 
avec son équipage, cinqui te repris de justice. Il 
s'arrêta un moment à l'ile de Salile (i), à cent kilo- 
mètres de nie du Cap-llreton , et jugea prudent d'y 
déposer ses cinquante recrues qui ne lui inspiraient 
sans doute pas une entière confiance. Il s'était engagé 
à venir les reprendre aussitôt qu'il aurait clioisi , sur 
les côtes de l'Acadie, un lieu favorable pour s'y éta- 
blir. Mais, à son retour, la tempête déjoua son projet 
et ne lui permit pas d'aborder à l'Ile; il fut impérieu- 
sement repoussé vers la France. 

Les malheureux, abandonnés sur cotte terre déso- 
lée , furent bientôt réduits à regretter leurs fers et 

(1) CcUc île, do quarante kilonièlres <W longu'ur sur vingt 
lie Inrgeur, n'est qu'un rocher aride et solitaire. Le gouvorn''- 
inont de la Nouvclle-l-icosse y onlrclicnt aujourd'hui un poslr 
jinur le secours des naufragés. 



i 



M- 
¥'■■ 



m 

ri 

F' . : ^ 
^.■(■■■' 



— 32 — 

leur cachot. La plupart y périrent de misère. Après 
cinq ans, le Roi, informé de leur sort, envoya cher- 
cher les survivants. Ils n'étaient plus que douze. Leur 
aspect était hideux. Ils avaient une longue barbe in- 
culte et des peaux de loups marins pour vêtements. 
Le Roi voulut les voir en cet état; il leur accorda une 
modique gratification et décharge complète de toute 
poursuite criminelle : leurs fautes étaient assez ex- 
piées. 

Les obstacles de toute nature qui surgirent devant 
le marquis de La Roche pour tenter une seconde 
expédition, le forcèrent à remettre ses projets à une 
autre époque. Dans Tintervalle, il prit part, en Bre- 
tagne, aux troubles civils qui agitaient la France, et 
fut jeté et maintenu pendant plusieurs années en 
prison. Quand il en sortit, son crédit était perdu et 
son Age avancé le condamnait au repos. 

L'insuccès du marquis de La Roclie fut suivi d'une 
période d'inertie de près d'un demi-siècle. Le gou- 
vernement français semJjlait avoir renoncé h tout 
essai de colonisation ; mais nos nationaux conti- 
nuaient à fréquenter ces côtes lointaines pour la 
pèclie et l'échange des fourrures. Quehjues-uns 
d'entre eux, convaincus de l'accroissement que pren- 
draient leurs bénéfices s'il y avait dans le pays un 
comptoir permanent, s'associèrent pour centrahser 
leur commerce, et choisirent pour mettre à leur tète 
IMerrc C.liauvin capitaine de vaisseau. Son créiUtà la 
(lour donnait avec (juehiue apparence de raison l'es- 
poir ({u'il pourrait se fLiire substituer au manjuis de 



I! 



33 — 



La Roche ; car, moyennant un privilège exclusif, il 
prenait à sa charge tous les frais d'établissement. La 
Compagnie, étant formée, obtint des lettres patentes 
et fit son premier essai à Tadoussac, dans une position 
très-peu favorable et sur des bases très-mesquines. 
Chauvin, qui était calviniste, semblait ne tenir aucun 
compte d'une des clauses des lettres patentes qui 
l'obligeaiL à favoriser la propagation de la foi. On s'en 
préoccupa peu; mais sa mort, arrivée en 1601, remit 
encore tout en question. 

Toutefois l'interruption ne fut pas de longue durée. 
La commission de Chauvin fut transmise à un bon 
catholique, le commandeur de Chaste, gouverneur de 
Dieppe, homme intluent qui se sentit animé d'un saint 
/.("'le pour les intérêts de la patrie et de la religion. 

Pour le seconder dans ce noble projet que son 
lirand âge ne lui permettait pas d'exécuter par lui- 
inéme, de Chaste eut la chance de rencontrer un 
homme d'un rare mérite et d'une intelligence peu 
commune. C'était Samuel de Champlain , né à 
Ih'ouage, en Saintonge, non d'un pécheur, ainsi que 
l'ont dit et répété les biographes , mais d'Antoine 
de Champlain, capitaine de vaisseau, et de Margue- 
rite Le Roy, ainsi qu'il est porté dans son contrat de 
mariage (1). Il avait déjà servi dans les Indes occi- 
dentales et dans le midi de la France, contre les 
Espagnols. A la science du guerrier et du marin, il 



'Aï 



i 



1 î;5'.. 

m 









IM 



m 



il) Co contrat est relaté dans le Couru d'histoiro iln Canada, 
par .I.-D.-A. FcrlaïuJ, prêtre, professeur d'Iiistoire à l'université 
Laval, à Québec, 






' <i 



I i 



I 






— 3i — 

réunissait celle du littérateur, et il sera l'historien 
de ses propres aventures. 

Champlain commenra à remplir sa mission en 
4603. Il fit une première course d'exploration dans 
les eaux du Saint-Laurent, pour juger par lui-même 
des ressources du pays pour le commerce et la 
colonisation. 

A son retour un malheur l'attendait. Le comman- 
deur de Chaste venait de mourir. C'était assez pour 
compromettre sérieusement la Compagnie des Mar- 
chands, qui sentait le besoin d'avoir à sa tète un 
homme puissant et dévoué. 

Elle trouva heureusement un nouveau protecteur, 
digne de succéder au commandeur. C'était Pierre du 
Guast, sieur de Monts, alors gouverneur de Pons et 
gentilhomme ordinaire du Roi. Les services impor- 
tants rendus à la couronne pendant les troubles de 
la Ligue lui turent un titre légitime pour mériter 
la succession du sieur de Chaste. Quoique calvi- 
niste, ill'obtint sans peine, moyennant l'engagement 
de faire fleurir dans ces contré'—; la religion catho- 
lique. Pour subvenir aux dépenses qui tombaient 
toutes à la charge des marchands, ils allient obtenu 
pendant dix ans le monopole de tout le commerce 
de ces contrées, à l'exclusion de Terre-Neuve. La 
charte donnait pour limite au Sud le 40" de latitude. 

Trois ans îqirès les lettres patentes accordées à 
de Monts, Jacques I"'' tlonnait une charte pour la colo- 
nisation de la Virginie, en tixant son étendue entre 
le 30'» et le 15" de latitude. Ainsi, ces deux conccs- 



:^. 



jtorien 

on en 
n dans 
-mémo 
! et la 

mman- 
3z pour 
es Mar- 
tèle un 

tecteur, 

ierre du 

Pons et 

inipor- 

ibles de 

mériter 

calvi- 
gement 

1 catho- 
mljaient 

obtenu 
iimerce 
uve. La 
atitude. 
rdées à 
la colo- 
e entre 
conces- 



1 



— 35 — 

sions empiétaient l'une sur l'autre, et furent le 
germe runestc de eontestations qui devinrent sou- 
vent sanglantes. 

Le nouveau lieutenant général du Canada partit 
avec Champlain en IGOL La stérilité des côtes de 
Tadoussac et la rigueur du climat le firent se diriger 
vers l'Acadie, contrée plus favorable qui avait des 
havres nombreux;, accessibles en toute saison, et 
f|ui présentait des ressources abondantes pour la 
chasse et pour la pèche. « Il pensait avec raison, dit 
« Lescarbot, (]u'il est bon de se loger dans un doux 
» climat, lorsqu'on peut tailler en plein drap. » 

Apres quelques recherches , la petite colonie, 
composée de cent vingt artisans et soldats, fmit par 
s'arrête:' dans la baie de Fundy, ([ui a porté pen- 
dant quehiue temps le nom de Baie Francyise, et y 
cOiistruisit un fort. L'établissement reçut le nom de 
Port-Hnyjii. Après Saint- Augustin, dans la Floride, 
c'est le poste le plus ancien du nord de l'Amérique. 
Celle remaniue n'a pas échappé au judicieux histo- 
rien des Etats-Unis. « Les premiers efforts durables 
« de l'esprit entreprenant des Français pour colo- 
» iiiser l'Amérique furent antérieurs à tout établis- 
» scmeiit anglais permanent au nord du Potomac; 
)) et longtemps avant que les P('j?(3/'ii<s eussent abordé 
»' au cap Cod, des missioimaires venus de France 
» avaient introduit la foi catholiiiue dans la partie 
'» orientale du Maine (1). » 

1 Danci-ori, Ilisl. nt Un. SliUos, 



m 



m 












m 



S)] 

V;:-' il 



m 









■r 



: 



I il 



î 



I 



— r{(i — 

Selon sa charte, le sieur de Monts avait en eftet 
amené avec lui des prêtres catholiques, mais il s'était 
tait aussi accompagner de ministres protestants ; car 
il avait avec ''U plusieurs de ses coreligionnaires. 
« Il se trouva quelque chose k redire à cette entre- 
» prise,» fait remarquer à cette occasion Chqmplain 
dans ses Mémoires, « en ce que deux religions con- 
» traires ne font jamais un grand fruit pour la gloire 
» de Dieu parmi les infidèles que l'on veut con- 
» vertir. » L'expérionce ne tarda pas à le prouver. 

A son retour en France en 1605, de Monts trouva 
les esprits bien chaijgés à son égard. La jalousie et 
l'intérêt avaient cabale cc.itre lui, et son privilège 
exclusif fut révoqué pour l'Acadie, mais non pour le 
Canada où nous le suivrons bientôt. 

Les obstacles qu'éprouvait de Monts le décidèrent 
à céder tous &es droits sur le poste de Port-Royal 
à de Poutrincourt, gentilhomme hardi et entrepre- 
nant, qui avait déjà fait partie des expéditions précé- 
dentes. En 1(306, celui-ci se chargea d'y conduire lui- 
môme des ouvriers et quelques amis. Il vit bientôt 
groupée autour de lui une troupe de joyeux compa- 
gnons, parmi lesquels se distinguaient son fils le 
jeune de Biencourt, Champlain, Lescarbot (1), Louis 
Hébert, Claude et Charles de La Tour. 



(1) Marc Lescarbot, avorat de Paris et poi'te, sera le pre- 
mier liislorieii de la Nouvelle-France. Sa j^aieté, ses bons con- 
seils, ses connaissances variées lurent d'un Ircs-grand secours 
aux colons. — On lui dut un moulin puur moudre le grain, un 
alambic pour faire du goudron, et des fourneaux pour le char- 
bon de buis. 11 tut Hussi l'iilée d'une table commune, que ch.'i- 
oun à son tour était chargé d'entretenir. 



— 31 — 

Quand Henri IV apprit que de Poutrincourt, alors 
en France, n'avait encore rien fait pour la conversion 
des Sauvages, il résolut d'y envoyer deux jésuites 
pour cet objet. Ce gentilhomme, prévenu contre ces 
religieux, lit en sorte de repartir sans eux ; mais il se 
fit accompagner de Jessé Flèche, prêtre du diocèse 
de Langres. 

Après l'horrible et funeste assassinat de Henri IV, 
endGlO, la Reine régente regarda comme un devoir 
pour elle l'accomplissement des volontés du Roi, et 
exigea que le jeune de Biencourt, venu en France 
pour les intérêts de la colonie naissante, y conduisît 
deux jésuites (1). C'étaient les PP. Pierre Biard et 
Énemond Masse. Ils arrivèrent, le 22 mai IGll, à 
Port-Royal, où leur œuvre rencontra tous les genres 
de difficultés. 

Bientôt la grande bienfaitrice de cette mission, la 
marquise de Guercheville, vit la nécessité de sous- 
traire l'action des missionnaires aux vexations des 
agents de la colonie. Elle obtint une étendue considé- 
rable de terre sur le continent, et fit tous les frais 
d'un nouvel établissement. 

Le sieur de La Saussaye était le chef de cette expé- 
dition. Il partit de Hontlcur, le 12 mars 1G13, avec le 



J 



m 



\mi\ 



11, 








■W 



m 






kV 






W: 



{\) La niarquÎT^c de Giicro!iovillp,pai' un ooniral avec la Coni- 
paj.-'nio dos Maioliands, as?ura rexi*tenro des missionnaires. 
« C'est ce contrat, dit Cliamplaiii, qui a l'ait somer tant de 
» Ijruits, de plaintes cl de cricries contre les l'ères Jésuites, 
» qui, en cela et on toute autre chose, se sont (iquilahlemcnt 
» gouvernés solou Dieu et raison, à la honte cl confusion do 
» leurs envieux et médisants. » 



1», *i^ ■ 



T 



sîfr 



i't I 



I ëi 



* 



t ; 



■0 



— 38 — 

P. Jacques Quentin et le F. Gilbert du Thet, aux- 
quels devaient se joindre les deux jésuites de Port- 
Royal. Le vaisseau qu'il montait était abondamment 
pourvu d'armes et de munitions. 

De La Saussaye se dirigea vers l'île des Monts-Dé- 
serts, à l'entrée de la rivière Pentagoët, aujourd'hui 
Penobscot, et se hâta d'élever sur le continent voisin 
un petit retranchement auquel il donna le nom de 
Saint-Sauveur. Une haute croix, dressée solennelle- 
ment au milieu de l'enceinte, dominait la plage et 
annonçait au loin le caractère de l'œuvre qu'il venait 
fonder. 

Un orage imprévu vint renverser de fond en comble 
toutes ses espérances. 

Les Anglais de la Virginie, dont la colonie dans la 
baie de Chessapeake datait à peine de cinq ans, s'alar- 
mèrent de voir deux établissements français se for- 
mer au Nord. Sans égard pour la paix qui régnait 
entre les deux nations, ils se décidèrent à les ren- 
verser. Samuel Argall, avec onze bâtiments, exécuta 
cette inique expédition. 

Comme rien ne permettait de soupçonner une 
attaque, la surprise des Français fut complète. 

Le vaisseau commandé par Argall et armé de qua- 
torze canons et de soixante hommes, réduisit sans 
peine le bâtiment français monté en ce moment par 
dix hommes seulement. Les autres étaient occupés 
aux travaux du fort et de la culture. 

Dépourvu d'artillerie, le fort français ne put résis- 
ter. Tout fut pillé et renversé. 



:| 



!l3: 



^' 



— 39 — 

Argall laissa à La Saussaye, au P. Masse et à bon 
nombre de Français , la liberté de retourner en 
France. 

Quatorze trouvèrent au cap de la Hève deux na- 
vires pêcheurs qui les ramenèrent à Saint-Malo. 

Le P. Biard et le P. Quentin, ainsi que douze à 
treize colons retenus prisonniers par Argall, furent 
l'objet de cruelles vexations. Heureusement, le vais- 
seau monté par les missionnaires fut détaché des 
autres par une violente tempête, et porté aux Açores. 
Il se rendit de là en Angleterre où l'ambassadeur de 
France obtint leur élargissement, en 1614. 

Cette victoire facile n'avait pas encore satisfait la 
soif de destruction d' Argall. Il voulait effacer toute 
trace des Français sur ces côtes. Il y revint donc 
peu après et anéantit complètement le petit poste de 
la rivière Sainte-Croix ainsi que Port-Royal (1). Plu- 
sieurs colons parvinrent à s'échapper et vécurent 
parmi les Sauvages dont ils avaient gagné l'amitié, 
et qui restèrent constants dans leur affection pour la 
France. 

Le caractère de ces Sauvages , nommés Souri- 
quois, avait beaucoup d'analogie avec celui des Fran- 
çais : ils étaient rieurs et causeurs et avaient l'esprit 
martial. Membertou, leur sagamo ou chef, jouissait 



(I) Lo posle de Porl-Hoyal n'a jamais été rûlabli. La villo 
d'Annapulis actuelle, qu'on désigne (oujuurs cuiiuuc l'ancien 
Port-Hojal, est située au sud de la baie, tandis que celui-ci 
était sur la cùte en face et sur la rive nord. (Cart. de Chaniplaln 
et do Lescarbot.) 



m 

■H 

I 

'à 

i 












i 

I 

m- A 

i; 's; >l 

■>■.■;•.' ï 

■:,-^- 






i 



-'■"'•■ '"''il 



!;• 



— 40 - 

d'une grande autorité parmi eux ; il était fort avancé 
en 'd^e lorsque de Poutrincourt s'établit en Acadie. 
Lescarbot lui avait enseigné les éléments du catho- 
licisme, et, quand le prêtre Floche eut complété son 
instruction, il le baptisa. Son exemple avait entraîné 
sa famille et ses amis, et leur conversion ne fut pas 
une des moindres causes de leur fidélité, quoiqu'elle 
eût peu modifié leurs mœurs. 






'H 
'S 



^14 



m 



> 'M 

> .■■',w.''-i 



IV 






m 
Pi 

fi'*'.! 



Samuel de Champlain (1608-1635). 



Cinq ans avant les désastres de sa colonie de 
l'Acadie , la France en fondait une nouvelle sur les 
bords du Saint-Laurent , plus viable que son aînée, 
bien qu'elle ait eu à lutter pendant de longues années 
contre trois ennemis redoutables : la barbarie des 
Iroquois, la jalousie de l'Angleterre et l'indifférence 
de la mère patrie. 

Après avoir renoncé à l'Acadie, le sieur de Monts, 
à la suggestion de Champlain, tourna ses yeux vers 
les rives du Saint-Laurent, qu'ils avaient explorées 
ensemble en 1603. Il donna à ce brave et habile offi- 
cier le titre de son lieutenant et le chargea de diriger 
la première expédition. 



' m 



■m 

■ flift - ' ■ 

¥■'■ 
[■Sx i\ 



fi 

Mail 

K *1*- i.M 



ri 



% , 



!• l 



— 42 — 

Le caractère que développa Champlain, et les ser- 
vices signalés qu'il a rendus à la colonie du Canada 
pendant de longues et laborieuses années, lui ont 
mérité le surnom de Père de la Nouvelle-France. 
« Arrivé devant Québec, le 3 juillet 1608, je cherchai, 
» raconte le capitaine historien, un lieu propre pour 
» notre habitation. Mais je n'en pus trouver de plus 
» commode ni de mieux situé que la Pointe de 
» Québec (l), ainsi appelée des Sauvages, laquelle 
» était remplie de noyers. » 

On ne pouvait en eiîet mieux choisir pour un poste 
militaire, ni pour un comptoir de commerce. Cette 
pointe forme un cap élevé qui s'avance dans le fleuve 
et le rétrécit pour le mieux garder. Là est vraiment 
la porte du pays. Devant lui s'étend une rade vaste et 
profonde, capable de recevoir les plus grandes flottes 
et les plus grands vaisseaux. 

Tous ceux qui ont étudié, môme avec des yeux 
prévenus, l'histoire de nos colonies, ont payé un juste 
tribut d'éloges au choix habile et judicieux que les 
pionniers français ont toujours fait des positions les 
plus favorables pour y établir leurs principaux postes. 
Presque tous sont devenus, depuis, les villes les plus 
florissantes d'Amérique. 

Aussitôt après avoir abordé au pied du cap, Cham- 
plain fit élever un magasin et un corps de logis qu'il 
entoura de fossés et protégea par quelques retranche- 






(t) En langue sauvage Kcbcc veut dire rôtrccisscmcnt. L'or- 
thographe primitive du nom a été changée en Québec. 



1' 



— 43 — 

ments garnis d'artillerie. Le canon français salua 
alors son drapeau qu'on venait d'arborer, et annonça 
; .onde que le drame sauvage s'achevait sur ces 
rives, et que la civilisation européenne s'avançait sur 
la scène. 

Pour asseoir solidement son œuvre , Champlain 
hiverna sur les lieux et se mit en rapport avec les 
indigènes. Il sut si bien gagner leur estime et leur 
confiance, que les trois principales nations qui fré- 
quentaient le fleuve, les Montagnais, les Algonquins 
et les Hurons, lui députèrent, en 1G09, quelques 
guerriers pour le prier de former une ligue défen- 
si" contre l'Iroquois, leur ennemi commun, et de 
j her avec eux pour le combattre. 

liliamplain vit là un moyen de s'attacher ces »rois 
nations nombreuses, et en môme temps d'assurer la 
tranquillité et la prospérité de sa petite colonie. Il 
consentit donc à les suivre. 

L'armée sauvage, composée seulement de soixante 
guerriers, remonta le Saint-Laurent jusqu'à la rivière 
des Iroquois, et, par cette rivière, entra dans un 
vaste lac où aucun Européen n'avait encore pénétré. 
Champlain lui donna son nom. 

Selon leur usage, les Sauvages marchaient sans 
ordre ; ils n'avaient pour armes que le casse-tôte , 
l'arc et la lance, et portaient au bras un large bou- 
clier d'écorce à peine capable de les défendre contre 
une flèche. Ils envoyaient cependant en avant des 
ôclaireurs pour éviter toute surprise. 

Leur confiance était dans leurs songes et dans leurs 






N 



• '■.••■^••1 



■H 









f 

m\ 

m 
m 

■•■»••' 

m 



— 44 — 

jongleurs, qui faisaient chaque jour une invocation à 
leur Manitou. 

Après avoir étudié les procédés de ces sorciers, 
toujours un peu intéressés, Champlain ajoute : « Ces 
» garnements qui font les devins , de cent paroles 
» n'en disent pas deux de véritables, et vont abusant 
» ces pauvres gens pour tirer quelque denrée du 
» peuple. » 










-a 






— 45 



o 
u 

Q 
» 

-a 
o 
ce 



Les songes étaient aussi étudiés avec soin. Tous les 
matins chacun racontait le sien, et on cherchait à y 
découvrir quelques pronostics. Les Sauvages deman- 
daient souvent à Champlain s'il n'avait pas rêvé, et 
ils paraissaient étrangement surpris de sa réponse 
négative. 

Pour les satisfaire, notre capitaine leur dit un jour 
qu'il avait rêvé. Il avait vu les Iroquoisse noyer dans 
le lac, et comme il faisait des efforts pour aller à leur 
secours, on l'en avait empêché, parce que c'étaient 
des gens méchants. Ce rêve parut aux Sauvages du 
meilleur augure et porta la joie dans tous les cœurs. 
Ils ne doutèrent plus de la victoire. 

Le 29 juillet, après une assez longue navigation 
sur le lac, l'armée rencontra deux cents guerriers 
iroquois sur le rivage. Il était dix heures du soir. Il y 
eut alors quelques pourparlers entre les deux troupes 
ennemies, et il fut convenu, dit Champlain, de n'en 
venir aux mains que le lendemain au soleil levant, 
« afin de se mieux connaître ». La nuit se passa à 
chanter et ù échanger des bravades et des injures, à 
la façon des héros d'Homère. En même temps cha- 
cur. se peignait la figure et le corps de couleurs écla- 
tantes. 

Les deux armées se mirent en bataille dès la pointe 
du jour. Champlain resta d'abord caché dans les rangs 
de ses alliés. Les Iroquois *.( s'avançoient au petit 
pas, avec gravité et assurance ». On reconnaissait à 
leur tète trois capitaines aux longues plumes (jui or- 
naient leur tête en forme de panache. Quand ils furent 

2* 






m 



• '••Vf' ! 



.lit •; 

^■•■V-M 

1'' .^ 
y '• '■'■ 



'i^. "'1 

I , } 
■>. ••' 

!■'' il 



ri , 

>,.■!'■ 

m 






46 — 



^ 



' :*'e- 






1 



à une petite distance, Champlain s'avança vers eux 
jusqu'à trente pas ; puis, tirant son arquebuse chargée 
de quatre balles, il tua deux des chefs et blessa 
mortellement un autre guerrier. Les deux soldats 
qui l'accompagnaient tirèrent avec le même succès. 
Les Iroquois ne résistèrent pas longtemps; ils s'en- 
fuirent effrayés de la présence de ces hommes à 
costume étrange « qui portoient la foudre dans leurs 
mains et pouvoient la lancer à leur gré ». 

Outre les morts, il y eut une dizaine d'Iroquois 
faits prisonniers. La victoire ne coûta qu'une quin- 
zaine de blessés aux vainqueurs. Mais les suites d'un 
combat entre Sauvages sont plus terribles que le 
combat lui-même. Le droit et Tusage étaient de sou- 
mettre les captifs aux plus horribles supplices, et l'un 
d'eux en fut la victime le soir môme. On le brûla à 
petit feu sur toutes les parties du corps ; on lui arra- 
cha les ongles; on calcina ses doigts dans le foyer 
des calumets; on lui arracha la chevelure, et sur son 
crâne sanglant on versa de la résine enflammée. Les 
barbares percèrent ses bras aux poignets, et en 
tirèrent les nerfs qu'ils arrachaient avec violence. 

Lidigné de tant de cruautés, mais impuissant à les 
arrêter, Champlain voulut au moins les épargner à 
l'un des prisonniers. 11 demanda de disposer de lui à 
son gré, et le tua d'un coup d'arquebuse. 

L'année suivante, Champlain, à la tête de ses alliés, 
eut encore une rencontre avec les Iroquois. Il les 
trouva retranchés dans un fort en bois sur les bords 
du Saint-Laurent, à quatre kilomètres au-dessus de 



Al — 



l'embouchure de la rivière des Iroquois. Pour se 
créer des abris dans leurs courses lointaines et pro- 
longées, ou pour se garantir contre des forces supé- 
rieures, ils abattaient promptement des arbres, et 
les plaçaient les uns sur les autres en les croisant à 
leurs extrémités, de manière à former un polygone. 
Les intervalles étaient remplis avec des écorces ou 
de la mousse. 

Les Sauvages avaient déjà commencé l'attaque, 
quand Champlain arriva avec quelques Français; son 
intervention décida bientôt de la victoire. 

Malgré leur rép/istance désespérée, les Iroquois 
périrent presque tous ; et ce lieu resta longtemps 
connu sous le nom de Cap du Massacre (1), ou Gap de 
la Victoire. Champlain y avait été légèrement atteint 
par une flèche* 

La mort de Henri IV avait changé la fortune de 
De Monts. Elle s'écroula avec son protecteur, et il 
dut renoncer au Canada. Cette fâcheuse nouvelle, 
arrivant à Québec, décida Champlain à revenir en 
France plus tôt qu'à l'ordinaire; il débarqua à lion- 
fleur, le 27 septembre IGIO, amenant avec lui lo 
Sauvage Savignon. Il songea alors à se marier. Jus- 
que-là sa vie active ne lui en avait pas laissé le 
loisir. Le 20 décembre, il signa à Paris son contrat 
de mariage avec demoiselle Marie-Hélène IJoullé, 
fille d'un secrétaire de la chambre du Roi. De Monts, 
qui prenait encore le titre de lieutenant général du 






(1) En liuron, nnlhvodixn. (Sa^ard, Uistnivc iln Cniindu.) 



il 



1 - I 



I 



:' ir: 



^ 1 



1 I! 



i' i; 



i ' 1 


'i 
' '' 1 


; '* ! 


' ■ ! 


1 ' 




' ■! : 


11 


1 I 


1 i : : 


! 1 ' 

1 


jL_. 



— 48 - 

Roi , et plusieurs autres membres de la Compagnie 
assistèrent comme témoins à cet acte. Le mariage se 
fit au commencement de l'année 1614. Hélène Boullé 
n'avait que douze ans et était calviniste. Champlain, 
au contraire, était d'un âge mûr et se faisait gloire 
d'être catholique sincère. 11 instruisit lui-môme sa 
jeune épouse et eut le bonheur de la convertir ainsi 
que son frère, dont il fit plus tard son lieutenant. 
En raison de son âge, elle demeura Ji Paris auprès 
de ses parents, et ce ne fut que dix ans plus tard 
qu'elle le suivit en Canada. Il partit au commen- 
cement de IGll, avec son fidèle compagnon, de 
Pontgravé, capitaine Malouin, qui avait toute sa con- 
fiance, et revint à l'automne , bien décidé à pour- 
suivre l'entreprise. Il chercha donc Tappui de quel- 
que puissant seigneur pour prêter son nom et son 
crédit à la création de la colonie. Le comte de Sois- 
sons prit d'abord cette mission ; mais la mort ne lui 
laissa pas le temps d'agir. Son neveu, Henri II de 
Condé (4), consentit à accepter sa succession , et le 
Roi, pour l'encourager, lui donna le titre de vice-roi 
de la Nouvelle-France , avec Ciiavnplain pour heute- 
nant. 

. Sous ce nouveau régime, la Compagnie des Mar- 
chands fut reconstituée , et les grands avantages 
qu'on lui laissait dans le commeivo devaient lui 
fournir les moyens de donner beaucoup de dévelop- 
pement à la colonie. Outre cette branche de fortune, 

(!) Il fut le pci'c du grand Gondc. 



Mar- 

nges 
lui 
ïlop- 
,une. 



- 49 — 

son sol offrait des richesses qu'on s'était résolu h 
exploiter. Il y avait donc là tous les éléments d'une 
vraie prospérité. 

La persévérance de cet homme énergique et sa 
foi dans le succès sont dignes d'admiration. Ses 
biens, son temps, ses talents sont voués à la colonie 
naissante. Entouré de contradictions, il marche cou- 
rageusement vers le but qu'il s'était proposé pour 
l'honneur de la religion et pour la gloire de la France. 
Il lutte contre les passions désordonnées des Sau- 
vages, et se roidit contre les mille tracasseries que 
l'égoïsme et la jalousie lui suscitent dans la mère 
patrie. Il est négligé par les grands et, à leur tour, 
les Marchands l'abandonnent à ses propres res- 
sources. Sa prudence et sa constance surmontent à 
la longue toutes les difficultés, et il triomphe de tous 
les obstacles. 

Au milieu de ses préoccupations pénibles, comment 
parvint-il à explorer en fort peu de temps une aussi 
vaste contrée dans toutes ses directions? Dès l'année 
1G09, il avait remonté la rivière des Iroquois jusqu'au 
lac Saint-Sacrement; en 1613, il pénétrait jusque 
vers les sources de la belle rivière des Ottaouais, et, 
deux ans après, il visitait les grands lacs et les pays 
voisins jusqu'au centre do l'Amérique. Dans ses 
excursions, rien n'échappe à ses observations : il 
décrit les cours d'eau, examine la ({ualilé des terres, 
les arbres, les fruits, les animaux; il indique les dif- 
ficultés des entreprises et les moyens de les sur- 
monter ; il étudie les mœurs, les caractères et les 






If 



"mri 
ma 






'■'■ *' 

i.. 

■.•;^- • 






1 



;, 'Si 



r :\ 



|i-!-| 







1 j : 
, i 


4 

», 

1 ,-i 




1 ', 



— 50 — 

goûts des Sauvages ; il dresse des cartes fort exactes 
des pays qu'il parcourt. Ses découvertes ne sont 
pourtant qu'une faible partie de ses travaux. Il avait 
h fonder la colonie, à faire de sages règlements, à 
veiller sur les employés de la Compagnie et à diriger 
leurs opérations. Il fallait encore pourvoir au moyen 
de soutenir son établissement naissant, organiser 
des sociétés dans ce but, et s'assurer à la Cour des 
protecteurs pour tenir la balance égale entre les as- 
sociés et les colons dont les intérêts étaient souvent 
en contact. Il suffit à tout. 

Quand tout semblait préparé pour faire entrer la 
colonie dans la voie du progrès matériel, Champlain 
crut le moment venu de donner à l'organisation nais- 
sante son complément nécessaire, et voulut que la 
religion , principe vivifiant des sociétés comme des 
individus, pût y exercer sa salutaire influence. 

Il avait ainsi compris son devoir et, dans un de ses 
voyages en France , il se hâta de l'exécuter. En re- 
tournant en Canada en 1615, il conduisit avec lui une 
famille d'apôtres destinés à prêter leurs secours 
spirituels aux Français et à évangéliser les indi- 
gènes (1). C'étaient des Récollets de la province de 



(1) Nous donnons ici, au moins à litre de document curieux, 
le jugement porté par un Américain protestant, Parkman de 
Boston, s;ur lu conduite des Européens à l'égard des Indiens : 
« La civilisation espagnole, dit-il, rendait l'Indien esclave. La 
civilisation anglaise le traitait avec mépris et n'en prenait au- 
cun soin. La civilisation franc^aise l'adoptait dans sa famille et 
l'aimait. » {The Jes. in Norlh Amer.) 



51 — 



Saint-Denis : les PP. Denis Jamay, Jean Dolbeau, 
Joseph Le Garon et le Frère Pacifique. 

Ce fut un beau jour pour Champlain et pour ces 
quelques Français groupés autour de lui si loin de 
leur patrie, quand ils purent assister, le 25 juin, au 
saint sacrifice offert pour la première fois sur ce ri- 
vage. Ils inauguraient la foi catholique dans la Nou- 
velle-France. 

Les PP. Récollets se mirent aussitôt à l'œuvre, et, 
consultant leur courage plus que leurs ressources et 
leur nombre, ils se partagèrent entre eux cet immense 
champ de bataille, sur une ligne de plus de douze 
cents kilomètres. L.e P. Denis Jamay, commissaire, 
prit à sa charge Québec et les environs jusqu'à Trois- 
Rivières. 

Le P. Dolbeau fut envoyé à Tadoussac pour fonder 
une mission algonquine et montagnaise, et le P. Le 
Garon se prépara à aller h l'ouest établir une mission 
chez les Ilurons. 

Pour donner à cette dernière un caractère plus 
officiel, Ghamplain voulut aller lui-môme l'installer. 
11 était d'ailleurs comme lié par les promesses qu'il 
avait faites à ce peuple de le visiter et de l'aider à 
triompher de l'Iroquois, son ennemi acharné. 

Gliamplain partit donc pour le pays des Ilurons, 
avec douze hardis compagnons. Il remonta la rivière 
des Ottaouais jusqu'à la hauteur du lac Nipissing (i), 

(l) Ce lac porte quelquefois le nuin de l;ic des No/v/ors', parce 
que la nation aljionijuine, qui en habile les rivages, cluil Irés- 
adonnéc à la niau;ie. 






■'■' ■»" I 






Mm] 

L' • 'h A 



w,*- ••il 
'"■ iï '1 



1 ; 






1 

i 
i 

! 



■r« 



M' . 



Il 



I i' 



— 52 — 

puis il descendit par la rivière des Français jusque 
dans le lac Iluron, qu'il nomma Mer-Douce. 

A cent soixante kilomètres environ vers le Sud-Est 
Champlain alla aborder au village huron de Caran- 
touan , où il fut reçu avec de grands témoignages de 
joie et de sympathie. Après avoir installé le P. Le 
Caron à Carrahouga et visité les principales bour- 
gades huronnes, il se rendit à Caihagué (1), sur les 
bords du lac Simcoe, où était le rendez- vous des 
guerriers. 

Les Hurons avaient formé l'audacieux projet de 
porter la guerre jusque dans le cœur du pays des 
Iroquois, c'est-à-dire, à près de deux cents kilo- 
mètres de chez eux. 

Le moment venu, Champlain s'embarqua sur le 
lac Simcoe avec une troupe nombreuse de Hurons 
auxquels se joignirent quelques Algonquins. Us ga- 
gnèrent ensuite la rivière Trent et, côtoyant la rive 
orientale du lac Ontario, ils entrèrent dans la rivière 
Oswégo jusqu'au lac Onéida, auprès duquel l'ennemi 
les attendait derrière le triple rang de pieux du vil- 
lage d'Onneiout. 

Pour dominer la place et donner tout l'avantage 
aux armes à feu, Champlain fit élever une tour en 
bois. L'attaque commença et, dès le début de l'action, 
un des premiers capitaines algonquins fut blessé ; 



(1) Ce village huron, ainsi que los aulrcs qui sont dt.''sign('>s 
par Champlain, dans ses ]'()yn(jcs, ne portent plus les mêmes 
noms dans les ndations des Missionnaires, sans (pi'on puisse 
s'cxi»li(iuer les raisons de ce clutngcnienl. 



, i 



— 53 — 
Champlain lui-même fut atteint par deux flèches. 

L'esprit superstitieux de ces peuples grossiers vit 
là un pronostic fatal. Le découragement s'empara 
d'eux, et, quoi que pût leur dire leur courageux allié, 
il lui fut impossible de les retenir. Forcé de les 
suivre, il revint au pays des Hurons. Leur retraite 
précipitée ressembla à une véritable déroute. 

La saison était trop avancée pour descendre à 
Québec. Les voyages en canot n'étaient plus pratica- 
bles. Champlain fut forcé de passer l'hiver au milieu 
des Sauvages, dont il put étudi*Tà loisir les mœurs 
et le caractère. 

Au commencement du printemps, il revint à Qué- 
bec que sa longue absence avait plongé dans l'inquié- 
tude, et trouva deux Pères Récollets n'attendant que 
le moment de partir pour la France. Ils étaient char- 
gés par les principaux colons, de porter aux pieds 
du trône leurs plaintes et leurs réclamations contre 
la nouvelle Compagnie des Marchands. 

Champlain, qui était le premier à en soulîrir, con- 
sentit à les accompagner. On fit droit à quelques-unes 
de ses réclamations, et, quand il retourna à Québec, 
il y éleva sur le haut du plateau un fort et le château 
Saint-Louis qui servit, jusqu'à la conquête par les 
Anglais, de résidence aux gouverneurs du Canada. 

L'année 1617 vit la petite colonie à deux doigts de 
sa perte. Un complot secret se tramait parmi les 
Sauvages. Ils voulaient se soustraire à des mesures 
sévères prises contre eux dans l'intérêt du commerce, 
mais surtout prévenir le juste châtiment mérité par 



m^] 



^ 



M' 



m 



.■fiy- 



î'h# 



m'- 



■ ( 



: 

î 



h 

I • 



— 54 — 

quelques-uns des leurs pour le meurtre de deux 
Français. Huit cents Sauvages, réunis près des Trois- 
Rivières (1), se préparaient à faire main basse sur 
tous les colons. 

Un Récollet, le Frère Pacifique, fut averti du dan- 
ger par un Sauvage dont il avait su se faire un ami 
dévoué. Grâce h son influence, le coup fut prévenu 
et la colonie sauvée. Un des meurtriers fut même 
livré aux Français qui, selon l'usage des Sauvages, 
le laissèrent racheter par des présents. Cette condes- 
cendance servit puissamment à apaiser le mécon- 
tentement et à gagner l'attachement de ces peuples. 

En 1620, la vice -royauté du Canada avait passé des 
mains du prince de Condé en celles du duc de 
Montmorency (2). Celui-ci, plus fait pour manier 
l'épée que pour diriger des affaires commerciales et 
surmonter les embarras d'une fondation lointaine, 
céda sans peine son titre à son neveu Henri de Lévi, 
duc de Ventadour, au prix de onze mille écus. 

Champlain, nommé lieutenant général du duc de 
Montmorency et assuré de la protection du Roi, était 
décidé à se fixer dans la Nouvelle-France. Il régla 
ses affaires particulières et disposa sa femme à le 
suivre. Il arriva, vers le commencement de juillet 
1620, à Tadoussac, où il rencontra Eustache BouUé, 

(i) Celte ville, située sur le Saint-Laurent, entre Québec et 
Montréal, n'était alors qu'un simple poste de traite. Elle prend 
son nom des trois embouchures de la rivière qui se jette près 
de là dans le fleuve. 

(2) C'est lui qui, à trente-huit ans, périssait sur l'échafaud, 
quelques années après. 



lafaud, 



— 55 — 

son beau-frère, qui était depuis trois ans au Canada 
où il était venu avec la famille de Louis Hébert, 
ancien apothicaire de Paris, doué pour l'agriculture 
d'un goût tout particulier qui s'était développé durant 
son séjour à Port- Royal. Champlain le considérait 
comme un de ses soutiens les plus utiles, propre à 
créer, par son exemple, une population attachée au 
sol. S'il eut eu beaucoup d'imitateurs, la colonie se 
serait rapidement accrue et aurait certainement été 
en état de résister aux Anglais en 1629 ; mais la Com- 
pagnie des Marchands, qui envoyait de France toutes 
les provisions, n'y aurait pas trouvé son compte et 
n*y voulait que des hommes soumis à ses volontés et 
voués h ses intérêts. 

Champlain fut reçu à Québec avec de grandes dé- 
monstrations de joie et de respect ; il n'y avait pas 
paru depuis une couple d'années et y revenait avec 
une autorité mieux assise, accompagné de sa famille 
et des gens de sa maison. 

L'habitation avait été très-négligée pendant son ab- 
sence ; il ne se borna pas à la réparer, et commença 
un fort solide destiné à la protéger. L'automne et 
l'hiver furent employés à ces travaux qui furent 
poussés vivement. La population ne s'élevait encore 
qu*à soixante personnes : hommes, femmes, enfants, 
religieux et ouvriers. Il importait de lui préparer un 
lieu de refuge, et il était si bien choisi que, pendant 
près d'un siècle et demi, les gouverneurs français 
transmirent de là les ordres du Roi et que les gou- 
verneurs généraux de l'Amérique Britannique y ont 



:^i 



■m 



-m 



> 'ii!'. 1 1 



■ûLvWwJ 






.''4| 



Ji. 1, V 1 I 



,iiy.' 






,1 



:*■'■>. 



'■M 



..;! 






" i 



— 56 — 

maintenu longtemps le drapeau de la Grande-Bre- 
tagne, qui abritait leur résidence. 

M'"'' de Champlain, ûgée de vingt-deux ans, mon- 
tra une grande abnégation et un véritable dévoue- 
ment à ses devoirs, en entreprenant ce long et pé- 
nible voyage. Elle avait autour d'elle trois femmes 
attachées à son service et qui lui étaient bien néces- 
saires au milieu d'une société presque uniquement 
composée d'hommes. Pendant son séjour en Canada, 
elle sut se concilier la vénération et l'amour des 
Français et des Sauvages. Ceux-ci, frappés de sa 
beauté, ne pouvaient se lasser de l'admirer et étaient 
très-étonnés qu'elle les renfermât tous dans son cœur. 
Cette idée leur venait de ce que chacun d'eux se 
reconnaissait dans le miroir qu'elle suspendait à sa 
ceinture, suivant la mode du temps, et qui reflétait 
leur image. Pour leur témoigner plus d'affection, elle 
apprit la langue algonquine et s'occupa de l'instruc- 
tion religieuse des enfants. Champlain put alors goûter 
un peu de repos et de bonheur sur une terre qui était 
sa conquête et qui devenait sa seconde patrie. 

Le duc de Montmorency avait formé une nouvelle 
Société qui eut de longs démêlés avec l'ancienne; 
mais Champlain ne s'en mêla pas, et poursuivit son 
œuvre. 

En 1G22, il renvoya en France deux familles qui, 
par leurs désordres et leur paresse, étaient une 
charge publique et un scandale. Il voulut en même 
temps assurer la sécurité des autres par de sages or- 
donnances, et en publia à cet effet, le 12 septembre. 



, — 57 - 

plusieurs propres à maintenir dans le devoir ceux qui 
auraient été tentés de s'en écarter. La première 
ébauche de ce code canadien n'a pas été conservée. 

Champlain entreprit de nouveaux travaux de forti- 
fication ; mais, avant qu'ils fussent terminés, il se 
décida h repasser en France, oîi il n'était pas allé 
depuis quatre ans, et à y reconduire sa femme. 
Accoutumée aux douceurs de la vie , elle devait 
souffrir de la privation des choses regardées comme 
indispensables dans son état. La nourriture était 
grossière, précaire et peu variée. Son mari étant sou- 
vent absent ainsi que son frère, elle n'avait d'autres 
compagnes que les trois femmes de sa suite et quel- 
quefois Guillemette Hébert, qui avait épousé, en 
1621, Guillaume Couillard, et avait ouvert le registre 
des mariages de la colonie. Ghamplain ne voulut pas 
la laisser plus longtemps exposée aux privations et à 
l'ennui, et, le 25 août 1624, il se mit en route pour 
la France. 

Entré depuis peu dans les ordres sacrés, le jeune 
duc de Ve? tadour n'écoutait, dans la position qu'il 
avait acrrni.^e, qu'une inspiration de zèle évangélique. 
Uns le développement de cette colonie une 
1 il itaire aux âmes et glorieuse à la religion : 
y û^ plie ua avec ardeur. C'est lui qui, à la sugges- 
tion des Récollets, introduisit les Jésuites en Canada, 
(illn de don ler une nouvelle impulsion aux missions 
dans ces immen s contrées. 

Les premier suites arrivés en Canada en 1625 
furent les PèiL Charles Lalemant, Énemond Masse, 






M. 

W 
i 



m 



>- * -^r, 

■).';î. 






é 



Si^l 



4. 

■'i 



M- 






I !' 



— 58 - 

Jean de Brébeuf et deux Frères. Ils étaient conduits 
par un Père Récollet, et, sans le secours des religieux 
de son Ordre , ils auraient fait naufrage en arrivant au 
port. Les marchands protestants, qui commandaient, 
en l'absence de Champlain, s'opposèrent par tous les 
moyens h leur débarquement. « C'estoit un mauvais 
» salut pour eux, dit l'historien Récollet Sagard, et 
» une fascheuse attaque capable d'estonner des per- 
» sonnes moins constantes. » Il fallut pourtant céder 
devant la ferme volonté du vice-roi qui les établit 
près du couvent des Récollets (1). 

Malgré ses bonnes dispositions, la nouvelle admi- 
nistration restait souvent impuissante pour remédier 
aux maux de la colonie. Le monopole dont jouissait 
la Compagnie des Marchands multipliait les obstacles 
à son développement. Loin de le favoriser, elle en- 
travait le défriclienient du sol, base essentielle d'une 
colonisation durable. Pour l'entretien et les munitions 
de sa petite garnison, Champlain était lui-môme à 
la merci de ces spéculateurs sordides. Il se décida 
à repasser encore en France pour fa ,'e entendre 
de nouveau ses plaintes ; mais les intr.gues d'une 
régence orageuse empêchaient qu'on n-; s'occupât 
activement d'affaires qui se passaient si loin de la 
Cour. 



! 



(1) Francis Parkman, (lue nuus avons dt'-Jà ri.é, malLirô ses 
pri'jugés reliii'ieux cl son faiialismc anti-calîioliq jc, a dunnù ce 
lémoignage i'ciiuir([uable en laveur des Jcsuiles du Canada: «Il 
n'y a pas eu d'ordre roli,uioux qui ail eu en niOr.ie lonips et au- 
tant d'admiraleura et autant d'oanemis; mais ses membres en 



ro ses 
iiié ce 
a: «11 
et au- 
es en 



— 59 — 

Cependant, quand le cardinal de Richelieu arriva 
ù l'apogée de sa puissance , il prit une mesure dont 
on avait rp.ioon d'espérer les plus heureux résultats. 
A la Compagnie des Marchands, la plupart protes- 
tants, il substitua une Compagnie de cent associés, 
composée d'hommes éminents et zélés pour la foi, 
et il se mit à leur tête. Les lettres patentes que le Roi 
signa, au camp devant La Rochelle, le 25 avril 1627, 
semblaient avoir tout prévu pour la profipérité de la 
colonie et la gloire de la religion. Le Roi accorr'ait 
le droit de citoyen français aux descendants des co- 
lons qui devaient être tous catholiques, et aux indi- 
gènes qui embrasseraient le christianisme. « On ne 
» fit jamais, remarque judicieusement Dussieux, une 
» plus large et une plus heureuse application de la 
» charité chrétienne. En accordant aux Indiens ca- 
» tholiques une complète égalité avec les citoyens 
» français, le grand cardinal donnait la mesure de 
» l'élévation et de la hardiesse de son génie (I). » 

« Pareille politique, ajoute à ce sujet l'Américain 
» Bancroft, re&pirait bien l'esprit d'une Église qui 
» aime tous les membres de l'espèce humaine, sans 
» distinction de race ni de couleur. » 

Des circonstances fatales et indépendantes des 
volontés humaines renversèrent bientôt ces magnifi- 
ques projets. 

Le premier vaisseau , envoyé h grands frais par la 

Canada ont toujuurs méritii une eslimc i^aiis mukingc. » [The 
Jcs, in North Amer.) 
(l) Le Canacln, p. 30. 



il 



V.. 



i 



■4: 









;■/•■-, 

'■,■;■ Il 



llJl 






1 



1..; 
■I 



I ■!. 



1 I 



I 



.11 



il! 



M 



— 60 — 

nouvelle Compagnie, fut capturé par les Anglais que 
des traîtres avaient avertis de son départ. 

L'année suivante, un calviniste de Dieppe , David 
Kertk, qui avait passé avec ses frères au service de 
l'Angleterre pour mieux assouvir sa haine contre la 
religion de ses pères et contre sa patrie , reçut com- 
mission d'intercepter tous les secours envoyés en 
Canada et de s'emparer de la colonie. 

Aussitôt arrivé à Tadoussac, David envoya son 
frère à Québec pour sommer Ghamplain de se rendre. 

La fière réponse du commandant français fit croire 
ù l'ennemi que la place était bien pourvue de toutes 
ressources, et il n'osa pas passer outre. La vérité est, 
nous apprend Champlain lui-même, qu'il ne lui res- 
tait que cinquante livres de poudre, et que les habi- 
tants étaient réduits à sept onces de pois par jour ; 
<i mais, ajoute-t-il, en ces occasions, bonne mine 
» n'est pas défendue. » 

L'amiral David se contenta, pour le moment, de 
surveiller le lleuve pour arréL3r les convois. Une 
flotte, richement pourvue, était en eiïet partie de 
Dieppe sous les ordres du sieur de Roquemont, l'un 
des associés. Les Anglais allèrent au-devant d'elle, 
et, malgré l'infériorité de ses force?!, le capitaine 
français accepta le combat ; mais sa bravoure et son 
habileté ne purent le sauver : tout fut capturé. 

Le P. Cil. Lalemant, le P. Franc. Raguenaud et 
trois Frères Récollets que portait cette flotte eurent 
le sort commun. Ils furent emmenés prisonniers en 
Angleterre et ne durent leur liberté qu'à l'intcrven- 



I w 



f 



- 61 



f^*,î 



ent, de 
Une 
tie de 
it, l'un 
d'elle, 
jituine 
et son 



,i 



tion de la Reine mère et aux instances d'Henriette 
d'Angleterre, sa fille. 

Mieux instruit sur l'état de la colonie, David Kertk 
envoya ses deux frères, l'année suivante , faire une 
nouvelle sommation à Champlain. La privation de 
tout secours, depuis près de deux ans, avait réduit 
les colons à la dernière extrémité. Leurs ennemis, 
sans le savoir, devenaient leurs sauveurs. 

Cliamplain eut l'adresse d'obtenir des conditions 
honorables, et il se rendit le 20 juillet 1G29. Les 
Français eurent la liberté de rentrer dans leur patrie; 
mais la plupart, n'ayant ailleurs aucune ressource, 
aimèrent mieux rester sur ce sol d'adoption. Il n'y 
eut d'exception que pour les Religieux, objet d'hor- 
reur pour les hérétiques, et ils durent tous repasser 
la mer. 

Pendant le séjour de Champlain sur les navires 
anglais, en attendant son retour en France, il fut 
témoin, à Tadoussac, d'une mort expiatoire dont il 
nous a transmis le récit. 

Le capitaine Jacques Michel, calviniste dieppois, 
avait dirigé l'expédition. Il connaissait bien ces pa- 
rages, ayant précédemment commandé un vaisseau 
au service de la colonie, et s'était donné aux Anglais 
par suite d'un léger mécontentement. Premier offi- 
cier de la Hotte, sous David Kertk, il s'en plaignait 
amèrement. Ce n'était, selon lui, ([u'un marchand de 
vin , sans aucune connaissance de la mer et n'ayant 
jamais visité l'Amérique. Habile matelot et soldat cou- 
rageux, Michel avait poussé les trois frères h entre- 

2** 






.'■ '■,'■(■ 



.'.,'■. î 

& 



%i 



■ y 
-h i 



%■ 

;:.»:<. V 









} m 



— 62 



prendre cette expédition, et ses conseils avaient assuré 
la victoire contre Roquemont. Selon lui, ses services 
étaient méconnus; on le négligeait, et il menaçait 
les Kertk de leur enlever la conquête qu'il leur avait 
procurée, ce J'ai laissé ma patrie comme eux, disait- 
» il amèrement à Ghamplain, pour servir un étranger ; 
» jamais je n'aurai i'àme bien contente. Je suis en 
» horreur à tout le monde, sans espérance de retour- 
» ner en France où l'on m'a fait mon procès. Me 
» traiter ainsi de toutes parts , c'est me réduire au 
» désespoir et me forcer à faire plus de mal que je 
» n'en ai jamais fait. » Cliamplain compatissait à sa 
douleur, cherchait à le consoler et à l'encourager; 
mais le transfuge , méprisé comme un traître, avait 
l'âme rongée par le plus noir chagrin, et se livrait à 
de véritablf;s accès de désespoir. Épuisé par ses re- 
mords, il tomba dans un profond assoupissement, 
dont il ne sortit que pour paraître devant son juge 
suprême. 

La mort de Miciiel causa plus de plaisir que de re- 
gret aux Anglais. Il rerut néanmoins les honneurs 
dus à son rang et à sa bravoure; « mais, ajoute le nar- 
» rateur, le deuil n'en dura guère : au contraire, 
» jamais ils ne se resjouirent tant et principalement 
» en son vaisseau, où il avoit que' ries barils de vin 
» d'Espagne. » 

Les événements ([ui précèdent n'étaient pas encore 
consonunés, qu'un grand convoi, équipé par la Com- 
pagnie des cent associés, partait de France pour voler 
au secours de la colonie. Une tempête affreuse l'as- 






m 



juge 



— 63 — 

saillit et le dispersa en vue de l'île du Cap-Breton. 
Plusieurs vaisseaux furent jetés à la côte. Deux Jé- 
suites périrent dans ce naufrage. 

Un parent de l'infortuné dont nous avons rapporté 
la triste fin , mais imbu de sentiments différents , le 
capitaine Daniel , détaché de l'escadre par la tem- 
pête, aborda à l'Ile du Cap-Breton et, apprenant que 
les Anglais avaient construit près de là un fort dans 
le Port-aux-Baleines, il résolut de les en chasser. En 
elTet, par un coup de main hardi, il s'empara du fort 
et le détruisit ; puis , pour établir la puissance fran- 
çaise sur cette côte, il fonda le poste de Sainte-Anne 
dans la baie du Grand-Cibou, et y laissa une gar- 
nison. 

A la môme époque, et sur un autre point de la 
Nouvelle -France, un gentilhomme sauvegardait aussi 
riionneur de la France, et maintenait son autorité. 
Malgré toutes les séductions dont on l'entoura , 
Charles de La Tour resta en Acadie , fidèle à son 
Roi, et tint ferme au fort Saint-Louis (1), élevé au cap 
de Sable. Ainsi, malgré l'usurpation anglaise, le dra- 
peau blanc continua de flotter, comme une protesta- 
tion, sur deux points de la Nouvelle-France. 

Des motifs de religion, plus encore que les considé- 
rations de politique et d'intérêt, ne permettaient pas à 
Louis XIII de renoncer à cette colonie, si rudement 
éprouvée. Ses réclamations furent entendues, et par 
le traité de paix du 12 mars 1032, l'Angleterre la 



il 









■■'•■-■: \\ 



M 






(1) Le port s'appelait LomcTOH. 






— 64 - 

rendit à la France. Mais dans quel état ! L'habitation 
du gouverneur avait été brûlée, il n'en restait plus 
que les murs noircis ; neuf mille peaux de castors, 
appartenant à la Société de Montmorency, avaient été 
consumées dans cet incendie. 





LUU^iKI'.K .^ 



LE G.VSTOR. 



La maison des Jésuites tombait en ruines ; les portes 
et les fenêtres en avaient été enlevées et brisées ; le 
couvent des Récollets était encore dans un plus triste 
état; le Génie du fanatisme et de la destruction 
avait passé par là : aussi, les Français furent d'abord 
embarrassés pour se loger; ils s'en consolèrent 
promptement. « Quand on est en mauvais passage, 
» remarque à ce sujet le P. Lejeune, il faut s'en tirer 
» comme on peut ; c'est beaucoup qu'un tel hôte 
» soit sorti de cette maison et de tout le pays (1). » 

(1) Relut ion do 1G32. 



■'m 



— R5 — 

Les PP. Jésuites se tirèrent heureusement d'em- 
barras : des l'année 1626 , un jeune gentilhomme, 
René Rohault, sur le point d'entrer dans leur Com- 
pagnie, supplia ses parents, avant de se séparer d'eux, 
de consacrer son patrimoine au salut des Ames du 
Canada. S'associant aux intentions de son fils, le mar- 
quis de Gamache ofYrit la somme de seize mille écus 
d'or pour la mission de la Nouvelle-France. La prise 
de Québec suspendit les négociations; mais cette 
promesse ne fut pas oubliée. En 1635, les PP. Lale- 
mant et de Quen ouvraient une école pour les Fran- 
çais, et des matériaux furent réunis pour la construc- 
tion de vastes bâtiments. Le général des Jésuites 
avait accepté la donation faite par le marquis de 
Gamache, et les fondements du collège de Québec 
furent jetés, près du fort Saint-Louis, sur un terrain 
de douze arpents qui leur fut concédé. Cette fonda- 
tion eut pour résultat d'engager plusieurs familles 
honorables à passer au Canada, où elles pouvaient 
désormais procurer à. leurs enfants une éducation 
chrétienne et une instruction en rapport avec leur 
état. 

Cette restitution de la Nouvelle-France , due en 
grande partie à l'insistance de Champlain, lui don- 
nait des titres nouveaux pour devenir le restaurateur 
de notre puissance dans ces conti'ées. Il en reçut 
en edot la commission royale^et il envoya immé- 
diatement Duplessis-Bochard, un de ses lieutenants, 
avec quelques missionnaires jésuites, pour en prendre 
possession, en juillet 1632. 















'11,-.. 



. ,.)•■ - 



n 



.1" 
>: iC 






If r 




E» <l 



|: 1 

1: : I 






il 



— 66 — 

L'année suivante, il s'y rendit lui-même (1) avec 
une escadre qui portait d'abondantes provisions et 
des colons choisis (2), parmi lesquels étaient une 
femme et deux jeunes filles, qui avaient consenti à 
suivre l'expédition et à aller constituer dans la Nou- 
velle-France des familles stables et honnêtes. 

Aussitôt arrivé en Canada, Ghamplain se hâta d'é- 
lever, sur le cap de Québec, l'église de Notre-Dame 
de Recouvrance, en mémoire du vœu qu'il avait fait, 
si jamais le Canada était rendu à la France. Un de 
ses premiers soins fut aussi de rétablir les missions 
sauvages et surtout celle des Hurons. Il y introduisit 
l'illustre P. de Brébeuf , que bien d'autres mission- 
naires suivirent sur ce théâtre si fécond en héroïsme. 

Les intérêts du commerce le préoccupaient aussi ; 
et peu de jours après son arrivée à Québec, il tint un 
grand conseil auquel il avait invité les chefs des 
Montagnais et des Algonquins réunis à Trois-Rivicres, 
dans le dessein d'aller trafiquer avec les Anglais qui 



(i) Ghamplain avait utilisé son séjuur en France en publiant, 
une deuxième édition de ses ^''>y<'i'jos, ol un Préris do rilisfoirc 
(In hi Nouvel lr.-Fr!inc(\ 

(2) L'n ijjlorieux téniuio-nage à rendre aux fondateurs du Ca- 
nada et il ceux qid travaillèrent à son développement, c'est 
(|u'i!s se montraient très-sévères dans le clmix des coldns. On 
vil plus d'une l'ois les nouveaux venus forcés à relnurner inuné- 
dialemcnt en France lors(iu'on découvrait leur vie scandaleuse. 
« Tant que ceux qui tiennent le liinmi, écrivait le 1'. Lemer- 
» cirr en 10r>'i, dcfrndront aux vai'^scaux d'amener ici de ces 
» marchandises de cnntreliandc, tant qu'ils y feront rci^iicr la 
» vertu, i:ette colonie fleurira, et sera bénie de la main du 
» Très-Haut. » 



■■■> 



- 67 - 
les attendaient h Tadoussac. Il leur parla avec tant 
d'adresse et d'entrain, que tous lui promirent de ne 
faire aucun échange avec les ennemis des Français. 
Sa gaieté et sa franchise agissaient sur ces Sauvages 
plus sûrement que les meilleurs raisonnements. « Tu 
» es toujours le môme, lui disait, à la suite de cette 
» assemblée, Capitana, chef très-influent; tu as tou- 
» jours quelque propos joyeux à la bouche pour nous 
» mettre de bonne humeur. » 

Voulant leur ôter jusqu'à la pensée de descendre 
au-dessous de Québec, Champlain établit un poste 
de traite près de la pointe de Sainte-Croix. Un îlot, 
situé vers le bas rapide de Richeheu, lui ofl'rait toutes 
sortes d'avantages pour l'exécution de son projet, et 
dès le mois de juin les Sauvages s'y arrêtaient. Lors- 
qu'ils eurent écliangé la plus grande partie de leurs 
pelleteries, les Nipissiriens et les Algonquins de la 
nation de l'Iroquet demandèrent à aller jusqu'à 
Québec satisfaire leur curiosité et conclure quelques 
marchés avec les Montagnais. Par prudence, Cliam- 
plain les y accompagna . 

Ces enfants des forêts étaient d'une simplicité sou- 
vent incommode. L'un d'eux suivait un jour très- 
attentivement les mouvements d'un jeune tambour. 
Celui-ci, ennuyé d'être approché de si près, donna 
sur la tête du curieux un coup de baguette si rude- 
ment appliqué que lesangjailHt. Une grande rumeur 
s'éleva parmi les compagnons du blessé, a Voici un 
» des liens qui a blessé notre frère, dirent-ils à 
» l'interprète; tu sais la coutume : fais-nous un pré- 



•j'i 

m 

■mit 

m 

r. .. '^'j 



f;''<*...l 

VI « à ' 



0'] 






» !^. 



:-■ >! 






■■■;-• ':i\ 






.!.■.■ ' 






l'iï^^'- 



■ H- 



I 



ri 



.1 






1- '1' 



— 68 — 

» sent pour le guérir. » — « Il n'en est pas ainsi 
» parmi nous , fut-il répondu , quand l'un de nous 
» fait du mal, on le châtie. Cet enfant a blessé un 
» des vôtres, il va être fouetté. » Le coupable fut en 
effet saisi ; mais lorsque les Sauvages virent qu'on le 
dépouillait de ses vêtements et que les verges étaient 
prêtes, ils prièrent qu'on lui pardonnât, disant que 
c'était un enfant et qu'il n'avait pas d'esprit. La pu- 
nition allait néanmoins être infligée, lorsqu'un Nipis- 
sirien, ?e découvrant les épaules, jeta sa robe sur 
le dos du petit tambour, et se tournant vers celui qui 
allait exécuter la sentence : « Frappe sur moi, lui 
» dit-il, mais tu ne toucheras pas à cet enfant ! » 
Champlain, informé du fait, lui fit grâce. 

Ce trait prouve la bonté de ce peuple, qui, dans 
cette circonstance, était excitée encore par la répu- 
gnance qu'ont toutes les nations américaines à voir 
châtier ceux auxquels ils ne supposent pas assez de 
raison pour discerner le bien du mal. Cette faiblesse 
pour la jeunesse les jette souvent dans les plus graves 
embarras. 

LesHurons, qui n'avaient pas voulu descendre tant 
que les Anglais étaient restés maîtres du pays, se ren- 
dirent à Québec en 1G32 et 1G33. Pendant leur séjour 
dans la colonie, Champlain eut à passer par toutes les 
tribulations des festins, des fêtes et des conseils. Deux 
questions importantes furent le sujet de nombreux 
discours. Il s'agissait de la liberté à rendre à un Al- 
gonquin, auteur d'un meurtre, et du départ du P. de 
Brébeuf. Chacun des capitaines, enchanté de le revoir. 



Sll 



.■"V 



tant 

ren- 

lour 

les 

ÎLIX 

lAl- 
de 
)ir. 



— 69 — 

voulait le posséder dans son village. Mais, n'ayant 
pas obtenu la remise du coupable , ils changèrent 
tout à coup d'avis. Le gouverneur étonné leur en 
demanda le motif. «C'est fort bien de punir un assas- 
» sin, répondit l'un des chefs ; mais ses parents, ses 
» amis, toute la jeunesse de son village nous l'ont re- 
» demandé, et ils nous attendent au passage; si nous 
» ne le ramenons pas, ils se jetteront sur les Français 
» qui seront avec nous, et nous ne pourrons les sous- 
» traire à leur fureur sans engager un combat qui 
» ferait de nos alliés des ennemis. Pouvons-nous 
» même répondre de l'événement? Et quel chagrin 
» n'aurions-nous pas de voir massacrer sous nos yeux 
» des hôtes que tu nous aurais confiés! » Ghamplain 
ne voulut pas céder aux instances de ces Sauvages, 
sachant qu'ils se montraient d'autant plus exigeants 
qu'on leur accordait davantage. Il refusa de relâcher 
le criminel et engagea les Jésuites à remettre leur 
départ à l'année suivante, malgré tout son désir de 
les voir fonder dans un pays si important un éta- 
blissement dont il appréciait tous les avantages sous 
le double rapport de la religion et du commerce. 

Ghamplain était un homme de foi, et elle servait de 
mobile à sa conduite. Il avait coutume de dire que le 
salut d'une Ame valait plus que la conquête d'un 
empire, et que les rois ne doivent songer à étendre 
leur domaine dans les pays infidèles, que pour y 
taire régner Jésus-Christ. 

Une activité persévérante, un zèle infatigable et, 
par-dessus tout, un grand fond d'honneur et de cha- 



m 



1^1 



A'i' 



^M 



■m 









'Y-' ■ ■ 






*'1'\.: 



i!': f'iv 



— 70 — 

rite, inspiraient h tous la confiance, le respect et 
l'amour. « On voit, en lisant ses Mémoires, dit Char- 
» levoix, qu'il n'ignorait rien de ce que doit savoir un 
» homme de sa profession. On y trouve un historien 
» fidèle et sincère, un voyageur qui observe tout, un 
s> écrivain judicieux, un bon géomètre et un habile 
» homme de mer. » 

Le retour des Français en Canada avait produit, 
dans nos provinces maritimes, un certain mouvement 
qui s'étendit dans l'intérieur de la France, et pour 
faciliter l'émigration, des associations se formèrent. 
L'une des plus heureuses fut établie à Mortagne, 
en lG3i, sous la direction de Robert Giffard, qui avait 
déjà visité Québec, comme médecin attaché aux vais- 
seaux qui s'y rendaient tous les ans. Il y retournait, 
en 1628, lorsqu'il fut fait prisonnier avec de Roque- 
mont. En retour de ses services et des pertes qu'il 
avait essuyées, la Compagnie des cent associés lui 
concéda la terre de Reauport. Des laboureurs, des ar- 
tisans s'unirent à lui pour aller exploiter sa seigneu- 
rie. Il s'engageait, de son côté, h leur distribuer des 
terres dans des conditions avantageuses. Dès le prin- 
temps de cette année 1634, Giffard se mit en route 
avec sa famille et ses censitaires. Il s'embarqua à 
Dieppe sur des navires que Duplessis-Bochard con- 
duisait en Canada. Arrivés au mois de juin, ils se mi- 
rent aussitôt à l'œuvre, construisirent un manoir pour 
le seigneur, quelques modestes maisons pour eux- 
mêmes, et défrichèrent la terre pour y jeter les pre- 
mières semences. Sous l'habile direction du chef, le 



k 



i 



— 11 — 

petit établissement de Beauport s'assit bientôt sur un 
terrain arraclié à la foret, et, dès l'automne suivant, un 
village naissait, se dressant gaiement en face de Qué- 
bec, au-dessus de la magnifique nappe d'eau qui en 
forme la rade. L'histoire a conservé les noms de ces 
modestes pionniers, qui réalisèrent, sous les yeux de 
Champlain, le plus cher de ses vœux, en appliquant 
le moyen vraiment solide de colonisation qu'il n'avait 
cessé de recommander. Ils étaient vingt-huit, pres- 
que tous de Mortagne et de Tourouvre. C'était un 
noyau précieux. Le Perche eut donc la gloire d'être 
à la tête du mouvement, car la Normandie elle- 
même n'avait fourni jusque-là qu'une vingtaine de 
colons, la Picardie trois, le Maine deux, la Brie deux, 
la Champagne deux, la Beauce trois, Paris deux, la 
Bretagne un, l'Ile-de-France un et le Poitou un. La 
plupart de ces émigrants avaient des noms ignorés 
alors et qui ont été illustrés par eux-mêmes ou par 
leurs descendants ; tels que les Le Moine, les Ilertel, 
les Le Gardeur, les Juchereau, les Godefroy, JoUiet, 
Couture, Marguerie, etc. 

Ce fut à cette époque qu'un simple poste de traite, 
offrant les avantages de la pêche et de la chasse, prit 
de l'importance et devint un établissement fixe. On 
lit en tête des registres des baptêmes, mariages et 
décès, ouverts dans cette ville, une note ainsi conçue : 
« Messieurs de la nouvelle Comp^ignie ayant ordonné 
qu'on dressât une nouvelle habitation en un lieu 
nommé les Trois-Rivières , M. de Champlain, qui 
commandait en ce pays, envoya, de Québec, une 



I >■ 



■' A, 









t f ,1 









: .. t I 



,; ! 






iA^< ■il 

■r'i'v' 



Mm 



, t ■ 



.'1 •'■. 



'■,■?."'• 3 il 

■' ' ' * 1 



>fiH 



i 



7-) 

barque sous la conduite de M. de La Violette, lequel 
mit pied à terre le quatrième jour de juillet de 
l'an 1634, avec quelque nombre de nos François, 
pour la plupart <rtisans, et, dès lors, on donna com- 
mencement à la maison et habitation du fort de ce 
lieu (1). » C'est sur les instances du gouverneur que 
cette importante décision a\ ait été prise, et c'est à 
lui que la seconde ville du Canada dut sa naissance. 
Viiie-Marie s'éleva un peu plus tard, sur le lieu même 
qu'il avait indiqué et préparé, dans l'île de Montréal. 

La divine providence- ne laissa pas à Ghamplain le 
temps de ^'oir l'entier couronnement de son œuvre. 

11 venait de préparer à Québec l'établissement du 
collège dont le marquis de Gamache était le fonda- 
teur, quand la moi t le frappa, le 25 décembre 1035. 
Le clergé, les soldats et le peuple pleurèrent en lui 
un ami et un père. Sa mort fut un deuil général et 
comme une calamité publique. 

M"-'^ de Ghamplain, qui était restée en France, fut 
désolée de la perte de son mari. File vivait avec sa 
mère, et, lorsqu'elle Teut perdue, elle se retira dans 
un monastère u'Ursulines, et prit le voile. 

A son exemple, son frère, Eustarhe Boudé, aban- 
'.^.ormant le Canada, de vaillant soldat qu'il avait été, 
devint fervent reUgieux. 



(1) Cours d'iiistoire du Canada, par l'abbù l'crland. 



I 



V 



Le chevalier de Montmagny (1636-1647). — Tra- 
vaux des missionnaires. — Morts du P. de Noiie 
et du P. Jogues. 



Le chevalier de Montmagny (d), homme plein de 
piété et d'énergie, succéda à Champltin en 1630. Il sui- 
vit les plans de son prédécesseur, et cette conduite lait 
à elle seule Téloue de son admiiiisl ration. Il eut aussi 
beaucoup à soulTrir de la pénurie dans laquelle on le 
laissa ; car la Compéignie des cent associés, malheu- 
reuse d.'uis ses premiers essais, avait vu s'épuiser 
peu à peu ses ressources et n'était })lus à méîue d'ac- 



(1) Les Sauvages ojaiil cniimi la si;.iiir:'';i!i(iii .lu nnm ilo 
Mniilmaifuy (Granule Muiitagnei, le lradui!sir<Mil ilan- leur lanixue 
[lar OiKjiilio. cl onnsorvcrent ciisuilo ce imin à luus les tiouver- 
neurâ. Le Uoi «..lait lo jirand Ononlio Ucb Frant,ais. 







l'I 



i j 



\h 



4 



«i|5 



■)'■ I I 



tivcr par un concours efficace le prompt dévelop- 
pement de la colonie. Ce fut pour son état politique 
et matériel une cause prolongée de langueur et de 
souffrances. Sa condition religieuse s'en ressentit 
moins : on j)eut même dire que les années qui vont 
suivre sont la période merveilleuse des travaux et 
des triomphes de la Foi; aussi leurs récits tieinient-ils 
à cette époijue une large place dans les annales de 
la Nouvelle-France. 

Le mouvement religieux partait de la métropole ; 
mais il était admirablement secondé par les efforts 
du zèle apostolique. 

Un riche seigneur français, le commandeur de 
Sillery, qui s'était établi en Canada, fonda près de 
Québec, en 1(337, la première mission stable d'Al- 
gonquins et de Montagnais. Va\ llxanl dans un lieu 
ces peuples nomades , il devenait plus facile d'en 
faire des chrétiens. Cette réduction, où l'on vit d'ad- 
mirables exemples de foi et de ferveur, n'existe plus; 
mais son nom, resté à l'anse où elle s'élevait, a per- 
pétué à jamais le souvenir de son fondateur (1). 

Le Canada allait être témoin d'un autre dévoue- 
ment plus admirable encore. Des femmes héroïques 
vinrent s'associer, loin de leur patrie et de leurs 
familles, aux rudes tra\aux de l'apostolat. Tant de 
courage mérite que nous entrions dans quehp.ics 
détails. 

Marie-Madeleine de AVignerod, nièce du cardinal 



■" 



(l'I Voir à VAppcndico, Xulo C. 



■■■•;> . 

■■■■ ■' <l 

■ ■'% 



P 7/ 



^ 




M'"" de la Peir.prip. 



■•.'.i,'-.'i 



-f'v'.'i' 



le- 

103 

iirs 
.io 

.ICS 



li 




L^V'."" Llari>; lie iin''"ic,";<t.iori. 
IJi.s'iiline (J(; Québec- 



;f;:^^M| 





î ^'t 






î 1 




-1 ' 




' -f 




il 



■fi- 



'Pi 



\ 



75 



de Richelieu, était jeune encore lorsqu'elle devint 
veuve, sans enfants, et denneura auprès de son oncle 
qui lui donna, en 1638, la terre d'Aiguillon, érigée en 
duché. Elle partagea la bienveillance du grand mi- 
nistre pour le Canada, et écrivait au P. Lejeune, en 
1G37 : « Dieu m'ayant donné le désir d'aider au salut 
» des pauvres Sauvages, après avoir lu la relation 
» que vous en avez faite , il m'a semblé que ce que 
» vous croyez qui puisse le plus servir à leur con- 
» version est l'établissement des religieuses hospi- 
» talières dans la Nouvelle-France ; de sorte que je 
» me suis résolue d'y envoyer, cette année, six ou- 
» vriers pour défricher des terres et faire quelques 
» logements pour ces bonnes filles. Si je puis con- 
» tribuer à quelque autre chose pour le salut de ces 
» pauvres gens, pour lesquels vous prenez tant de 
» peine, je m'estimerai bien heureuse. » 

Ayant obtenu un terrain à Québec , elle y avait 
donc envoyé des liommes pour défricher l'emplace- 
ment d'un Hùtel-Dieu et en jeter les fondements. 
Gomme elle ne voulait confier cet établissement qu'à 
des religieuses très -expérimentées, elle s'adressa, 
en 1G38, aux Augustines, qui tenaient l'hospice de 
Dieppe. Sa demande fut agréée avec grande joie, et 
toutes les saintes hlles de la Communauté s'oiïrirent 
spontanément. On en ciioisit trois qui reçurent avis 
de se préparer à partir par les premiers vaisseaux du 
printemps de 1G39, C'étaient la Mère Marie Guenet 
de Saint-Ignace, supérieure, et les Mères Sainl-Der- 
nard et Saint-Bonaventure. 



V^: 



■ '■■5: 'l 






70 — 



^ • << 



'ï '■<■( 



I. .1 ''' 



L;i SGComle institution fut entièrement inspirée 
par lu Providence. Ni la Gompajj;nie de la Nouvelle- 
France, ni ses protecteurs ordinaires ne furent ap- 
pelés à y prendre part. A diverses reprises on lui 
avait cherché des patrons; mais toujours quelques 
circonstances imprévues avaient rompu les plans 
formés par les amis du Canada. Enfin, une jeune 
femme d'Alencon, Marie -Madeleine de Gliauvigny, 
veuve de Charles Grivel de La Pelterie, fut conduite 
par des voies merveilleuses à mener à terme une 
entreprise si souvent abandonnée. Après mille ditïi- 
cultés qu'elle parvint à surmonter, elle obtint de 
sa famille, puissante alors par sa position et sa for- 
lune, la gi^ilce de consacrer ses biens et sa personne 
à la fondation d'une maison religieuse pour l'éduca- 
tion des jeunes filles à la Nouvelle-France. Aussitôt 
elle va à Paris, consulte saint Vincent de Paul et 
d'autres prêtres, qui approuvent son dessein. L'un 
d'eux , l'abbé de Dernières, lui sert de protecteur et 
la conduit à Tours où il savait que, depuis plusieurs 
années, une Ursuline de cette ville nourrissait le 
même projet. C'était une veuve qui avait, elle aussi, 
connu les plaisirs du monde et avait, de plus, goûté 
les joies de la n)aternit(\ La religion lui avjsit offert 
la seule consolalion capal)le de calmer sa douleur, 
et elle avait pris le voile sous le nom de Mère Marie 
de l'Incarnation. C'était une femme remarquable par 
ses vertus, son esprit et ses talents. 

L'archevêque de Toui's lui permit d'obéir à la voix 
intérieure qui, depuis longtemps, l'appelait à Québec; 



- 77 



ùt 
et 



'5 

lié 

'rt 

ie 
ur 



mais elle avait besoin de compagnes pour la seconder 
dans sa pénible mission. Elle en trouva facilement 
deux : les Mères Marie de Saint-Joseph (1) et Cécile 
de la Croix. 

Le i mai 1639, les trois Ursulines, leur fondatrice 
et les Hospitalières, s'embarquèrent à Dieppe, avec 
le P. Yimont , supérieur des Jésuites de la Nouvelle- 
France. La traversée fut longue et pénible. Enfin, le 
l'-''aoùt, les religieuses arrivèrent devant Québec. 
Tous les habitants s'étaient portés b leur rencontre, 
et ce fut un jour de fête pour la population. Les 
humbles servantes de Dieu, en mettant pied à terre 
dans leur patrie d'adoption, baisèrent avi^c respect 
ce sol inconnu qu'elles venaient féconder par leurs 
sueurs et, s'il le ftillait, par leur sang. Pour hono- 
rer tant de vertus, le Gouverneur descendit au 
rivage , à la tête de sa garnison, et reçut ces pré- 
cieuses auxiliaires au bruit du canon et en présence 
des Sauvages étonnés ; car ils n'avaient pas le secret 
de semblables sacrifions. Le cortège se rendit à la 
chapelle de Notre-jjame de Recouvrance, où un Te 
Deum fut chanté en action de grâces. 

Avant de se séparer. Us deux Communautés visi- 
tèrent le village de Sillery. Avec quel Ijonheur ne 
virent-elles pas les pauvres familles au service des- 
quelles elles se dévouaient; avec ({uelle satisfaction, 
quelle vivacité et quelle ardeur M"-*-' de La Pelterie 



(1) Ello élail d'^ rAnjou et s'.ippclaBt dans le monde M'"" de 
S^avonnitTc de La Troche. 



— "8 — 

n'embrassa-t-elle pas les petites Montagnaises qui 
allaient devenir ses élèves et ses enfants ! C'étaient 
les arrhes du sacrifice de sa vie entière. 

La maison des Ursulines n'était pas encore com- 
mencée ; celle des Hospitalières sortait à peine des 
fondations. On plaça celles-ci dans un bâtiment neuf 
appartenant aux Cent Associés, et celles-là dans un 
misérable taudis qui n'avait que deux pièces. C'est 
là qu'elles recurent comme pensionnaires six pe- 
tites filles sauvaj:^es, et qu'elles instruisirent quelques 
jeunes Françaises. Elles n'étaient pas à l'aise, renfer- 
mées, avec leurs élèves, dans ces deux cluimbres, 
toar à tour cuisine, dortoir et classes; mais elles 
se trouvaient lieureuses en se voyant entourées de 
celles pour l'amour de qui elles avaient abandonné 
leur patrie et leurs parents (1). 

Un incendie ayant consumé la maison des Jésuites 
et la chapelle, le Gouverneur les plaça provisoire- 
ment dans celle qu'occupaient les Hospitalières ; et 
celles-ci s'installèrent dans la mission de Sillery, 
pendant (ju'on achevait la construction de l'hùpital 
de Québec. 

Une pensée pieuse et en même temps toute civili- 
satrice formait à Paris, l'année suivante, une Société 
d'hommes puissants, ecclésiastiques et laïijues, sous 
la direction du vénérable abbé Ollier, fondateur de 
la congrégation de Saint-Sulpice. Ils préparaient la 



(1) Lotlrcs spii'itiiolles et liistoriqucfi, de la M. Marie de l'In- 
curnaliun. 



— "79 — 

création d'un poste avancé dans l'ile de Montréal, 
que, malgré les sages conseils de Champlain , la 
Compagnie de la Nouvelle -France avait toujours 
négligé d'occuper. La foudaliou de ce poste était 
dans les intérêts du conimerce et de la sûreté du 
pays, mais surtout dans ceux de la religion et de 
la conversion des Sauvages. 

Un pieux et brave gentilhomme champenois, Paul 
de Ghaumedey, sieur de ^laisonneuve, nomifié gou- 
verneur de la future colonie, se rendit à La Rochelle 
alin de hâter les préparatifs du départ. Il y recruta 
des hommes vigoureux, maniant l'épée et le mous- 
quet aussi bien que la hache et la houe, et acheta 
les approvisionnements nécessaires. Mais ce n'était 
pas tout. Il fallait trouver une femme vertueuse qui 
consent": à s'expatrier, à aller dépenser sa vie dans 
les privations, à soigner les malades, à veiller à la 
garde et à la distribution des vivres et des marchan- 
dises, à remplir, en un mot, la double fonction de 
sœur de charité et d'économe. La Providence lui 
amena celle que l'or n'eût pu lui procurer. 

M"" Jeanne Mance, fille d'un procureur du Roi 
à Nogent, près de Langres, était venue à Paris, 
poussée par Tinspiralion de se consacrer au ser- 
vice de Dieu dans la Nouvelle-France. Elle con- 
sulta le P. Charles Lalemant, qui l'engagea à persé- 
vérer dans cette voie. La Reine Anne d'Autriche et 
les premières dames de la Cour, informées de sa 
résolution, voulurent la voir et Tinterroger. A leurs 
({«estions elle répondit simplement qu'elle savait 






'i: ' 



— 80 






jj 






bien que Dieu l'appelait dans le Canada, mais qu'elle 
ignorait pourquoi. L'attention publique se fixa dès 
lors sur elle, et M'"" de Rullion, veuve d'un surin- 
tendant des finances, et maîtresse de grands biens 
qu'elle employait en bonnes œuvres, lui demanda si 
elle ne serait pas aise de se cbarger d'un bôpital 
qu'elle avait l'intention de fonder. C'était une ouver- 
ture du Ciel, et la pieuse fille déclara qu'elle était 
prête Èr^tout pour obéir à sa volonté. Sa protectrice 
lui remit une bourse pour payer les frais de son 
voyage, et elle se mit en route pour La Rochelle. 

Les vaisseaux de la Compagnie de Montréal al- 
laient partir. M"" Mance rencontra de La Dauver- 
sière (1) chez les Jésuites, dont plusieurs étaient du 
voyage. C'était bien là la personne que les Associés 
cherchaient en vain. Des ouvertures lui furent faites, 
et elle consentit volontiers à se joindre aux émigrants 
dont elle devait être l'ange consolateur et le soutien 
dans leurs souffrances. 

La petite colonie arriva trop tard pour commencer 
les travaux et passa l'iiiver à Québec. Quelques co- 
lons voyaient avec regret que les nouveaux venus 
allaient se séparer d'eux pour s'établir, à une grande 
distance de la principale habitation, dans une con- 

(1) Le Royer de La Dauvcrsirre, vcreveur des Tailles à la 
Flèche, élall d'une p-rando piété. Il courut le premier la pensée 
de la fondation d'une colonie corisacrée à la Sainte \'ierge, et as- 
socia à cette cutrepriso le baron de Faneanip, ixenlillioiume riche 
cl Irès-charitahle. Ils formèrent avec l'abhé Ollier le noyau de 
rassocialioa nommée depuis Société de Notre-Dame de Mont- 
réal. • 



i-^' 



}r 



a 

e 

G 




— 81 — 

tréc exposée aux fréquentes incursions dos l)arbarcs. 
Ne valait-il pas naicux réunir ces Ibrces aux anciennes 
et se mettre en état de résister plus etTicacement aux 
ennemis? Cette raison fit impression sur l'esprit du 
chevalier de Montnia,ii;ny, qui proposa à de !Maison- 
neuve de se fixer à Tile d'Orléans, à la proximité do 
Québec. « Le poste que vous m'olïrez serait bon, 
» répondit le brave oriicicr , si on m'avait envoyé 
» pour délibérer et choisir le lieu qui me convien- 
» drait; mais la Compagnie qui m'a investi de sa 
» confiance ayant déterminé que j'irais à Montréal, 
« il est de mon honneur et vous trouverez naturel 
)) que j'y monte, quand tous les arbres de cette ilc 
)) se devraient changer en autant d'Iroquois. » 

Cette noble réponse plut tellement au Gouverneur 
c{u'il voulut lui-même conduire le chef de l'expédi- 
tion à sa destination, afin de lui en faire prendre 
immédiatement possession. 

Le 17 mai 1012, de Maisonneuve alla donc, avec 
une quarantaine de colons, jeter les premiers fon- 
dements de cette cité nouvelle qui s'appela d'abord 
Ville -Marie et plus tard Montréal. Ce n'était alors 
qu'une réunion de (luelijues caljanes avec leur cha- 
pelle en écorce, protégées par une enceinte de pieux, 
élevée à la hâte pour les mettre à l'abri d'une atta<|ue 
subite des Iro({Uois. 

Parmi les Sauvages amis, témoins de cette humble 
prise de possession, se trouvaient deux vieillards de 
la nation des Iroquets. Ils conduisirent de Maison- 
neuve sur le sonunet de la montagne à laquelle Tile 



^aj 



^<>€> 



% ^ n% 



0^\^^ 




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-S) 




1.0 



l.l 



1.25 



IIIIIM 

llliU 
illliM 

1), 4 



IIM 

2.0 



II— 

1-4 il.ô 



I 



I 



V] 



<? 



/J 



'<^. 



é3 



cm. 






($>1 



c 



V 





^a 





Photographie 

Sciences 
Corporation 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N.Y. 14580 

(716) 872-4503 




ksP 







— 82 — 

doit son nom, et, montrant un vaste horizon : « Nos 
» ancêtres, lui dirent-ils, habitaient le pays que tu 
» vois. Ces collines, à l'orient et au midi, étaient cou- 
» vertes de nos cabanes. Les Hurons en ont chassé 
» nos pères. Les uns se sont retirés chez les Abéna- 
» quis, d'autres chez les Iroquois, et le reste s'est 
» réuni aux vainqueurs. C'est ainsi que notre peuple 
» a été dispersé et comme anéanti ; nous te cédons 
» nos droits sur celte terre. » 

L'œuvre des missions prenait, à cette époque, de 
grands développements. Elle occupait près de qua- 
rante missionnaires. Outre les missions volantes qui 
se faisaient , selon le besoin , duns les dilTérente.. 
directions, on en comptait plusieurs iixt : " cel'.e de 
Sainte-Anne, dans l'île du Cap-Breton ; celle de Saint- 
Charles, dans l'ile de Miscou, à l'entrée de la baie des 
Chaleurs, et enfin celle de la nation huronne, la plus 
importante, et qui occupa à elle seule jusqu'à dix- 
huit missionnaires. Ce peuple est resté, avec raison, 
célèbre dans nos annales par sa fidélité envers les 
Français, par les laborieux travaux que coûta sa con- 
version, par le sang qu'ont versé plusieurs de ses 
apôtres, et enfin par la guerre d'extermination que 
lui ont faite les Iroquois. 

La vie du missionnaire huron réunissait dans son 
ensemble tous les genres d'épreuves et de difficultés 
inséparables de l'apostolat dans une contrée barbare. 
Un tableau en raccourci en donnera une légère idée. 

Pourari'iver sur le théâtre de son zèle, le mission- 
naire avait à accomplir, en partant de vuébec, un 



! 



I 



» 



8^ 



voyage de près de douze cents kilomèlics, par les 
rivières et par les lacs, dans de fragiles canots d'é- 
corce, dont la légèreté faisait aussi le danger. 



m 



c. 



> 



5 




m 






'■>^ 



1 



m 



Le moindre mouvement Inusiiue compromellait 
l'équilibre. 

Une ibis assis sur le fond même du canot, le voya- 



M 



84 — 



r«i 



geur devait se condamner à garder cette position 
immobile jusqu'à la station prochaine (1). 

Le plus souvent, les Sauvages obligeaient les mis- 
sionnaires à manier comme eu,'; la pagaie tout le jour. 
Ils ne comprenaient pas qu'on pût rester inactif dans 
le canot Les voyageurs s'arrêtaient chaque soir et 
prenaient leur repos sur la terre ou le rocher du 
rivage. C'était aussi le moment du repas, composé 
presque toujours d'un peu de blé d'Inde, écrasé gros- 
sièrement entre deux pierres et cuit à l'eau sans 
aucun assaisonnement. 

Une des plus grandes difficultés de ces longues ex- 
cursions consistait dans des chutes d'eau ou des ra- 
pides impétueux qui interrompaient le paisil)lo cours 
des rivières et ne permettaient pas de continuer di- 
rectement la navigation. Il fallait alors mettre pied ù 
terre et porter à bras, Jusqu'au-delà de Tolistacle, le 
canot et tous les bagages qu'il renfermait. Dans son 
voyage chez les Ilurons, le P. de Brébeuf a compté 
trente-cinq de ces passages difficiles, qu'on nomme 



(I) Les Cauvaiîcs du Canada se servaient de deux espèces do 
canots. Les mis étaicnl forini'S d'un tronc d'arl)i'c qu'ds creu- 
saient avec leurs haches en pierre et à l'aide du l'eu. nnoi(|uo 
faciles à manier sur l'eau, ils rtaicnl lourds cl massifs, et ne 
pouvaient jias servir aux voyajies lointains. Los seconds cnn- 
sistaicnl dans une petite charpente en latlos Iros-niinces et ti'i's- 
flexil)!es, sur lesquelles on appliquait une Ici^'iTc écorce de bou- 
leau. 11 fallait peu de clmse pour les percer ou les briser, mais 
aussi presque sur tous les rivages le Sauvage trouvait les maté- 
riaux pour les réparer ou les reconstruire. Ce canot est d'une 
Icllc légèreté que deux honnnes peuvent le porter sans peine 
sur leurs épaules. 






85 



Portages, et dont quelques-uns étaient de deux et 
même do quatre kilomètres de long. 



r. 




Arrivé dans sa mission, l'homme apostolique ren- 
contrait des épreuves de toute nature. Il lui fallait 
adopter les usages des Sauvages, compatibles avec sa 



i 



'■M 

mm 



m 



m 



V ■ 



^f, 









II 



II 

ri il 'il i 



— 86 — 

condition, sous peine de blesser leur orgueil et leur 
susceptibilité. Sa cabane ressemblait à la leur. Il 
avait, comme eux, la terre pour lit, la vermine pour 
compagne, et il devait s'habituer à leur nourriture 
grossière et insipide. 

Le F. Sagard, Récollet, qui a passé chez les Hurons 
une année en 1623-4624, nous a laissé le tableau de ce 
genre d'existence. « Nous prenions notre repos, ccrit- 
» il, sur une natte de jonc ; un billot de bois nous ser- 
» voit de chevet pendant la nuit et nos manteaux de 
» couvertures. Nous n'avions point d'autres serviettes 
» que les feuilles de blé d'Inde. Nous avions bien 
» quelques couteaux ; mais ils ne nous étoient aucu- 
» nement nécessaires pendant le repas, n'ayant pas 
» de pain à couper. La viande, d'ailleurs, nousétoit si 
» rare que nous avons souvent passé des six semaines 
» et des deux mois entiers sans en manger un seul 
» morceau, sinon quelque petite portion de chien, 
» d'ours ou de renard, qu'on nous donnoit dans les 
» festins. A la réserve du temps de Pasques et de 
» l'automne, que les François nous iburnissoient de 
» leur chasse, nos viandes ordinaires étoient de la 
» sagamité (1), des citrouilles et des pois, où nous 
» mettions, pour y donner quelque goût, de la mar- 
)) jolaine, du pourpier, d'une certaine espèce de 
» baume, avec des petits oignons sauvages que nous 
y> trouvions dans les bois. Notre boisson étoit l'eau 
» des ruisseaux, et si, dans le temps que les arbres 



(1) La sagamilo était la bouillie de blù d'Inde cuite ù l'eau. 



— 87 — 

» estoient en sève, quelqu'un de nous se trouvoit 
» indisposé ou ressentoit quelque débilité de cœur, 
» nous faisions une fente dans l'écorce d'un érable 
» qui distilloit de l'eau sucrée qu'on amassoit avec 
» un plat d'écorce et qu'on buvoit comme un remède 
» souverain, quoique, à la vérité, les effets n'en fus- 
» sent pas bien considérables (1). » 

Le missionnaire suivait les Sauvages h la pêche 
et à la chasse, pour les instruire et empêcher qu'ils 
ne se livrassent à leurs pratiques superstitieuses; il 
partageait alors les fatigues de leur vie errante. La 
chasse, h laquelle les hommes seuls se livraient, était 
pour un Européen un véritable supplice. Elle avait 
lieu pendant la saison la plus rigoureuse, dans les 
grands bois fréquentés par l'ours, le castor, le cari- 
bou et l'orignal. 

On campait sous des cabanes, dont le P. Lejeune 
nous a laissé la description : 

« Figurez- vous un grand trou rond ou quarré 
» creusé dans la neige... Cette muraille blanche 
» nous environnoit de tous costez, excepté par l'en- 
» droit où on la fendoit pour pratiquer la porte. » 
Quelques perches plantées dans la neige congelée, 
et se rapprochant un peu par le haut, formaient la 
charpente sur laquelle on jetait deux ou trois rou- 
leaux d'écorces cousues ensemble. Puis, « on atta- 
» choit une méchante peau à deux perches pour 
» servir de porte : voiUi la maison faite. » 



ÎVJJ 



m 



' 









(1) Grand Voyage au paya des Iliirons. 



i' I 
II 



I I 



\% 



vi 
À 

ni 






— 88 - 

Elle était si basse qu'on n'eût pu s'y tenir debout, 
môme si la fumée n'eût pas suffoqué. Tl fallait donc 
être toujours couché ou assis sur la terre : c'est la 
posture ordinaire des Sauvages. « Sortir dehors, il 
» n'y faut pas songer, ajoute le narrateur : le froid, la 
» neige, le danger de s'égarer vous font rentrer plus 
» vite que le vent. » 

Ce cachot avait bien d'autres incommodités. « On a, 
» poursuit le P. Lejeune, la tête à la neige, séparée 
» par une branche de pin et souvent par le seul 
» bonnet. Les vents ont la hberté d'entrer par mille 
» endroits... Quand il n'y auroit que l'ouverture d'en 
» haut, qui sert de fencstre et de cheminée tout en- 
» semble, le plus gros hiver de France y pourroit, 
* tous les jours, passer tout entier sans empresse- 
» ment. » Le froid n'était cependant pas ce qui tour- 
mentait le plus, car un petit lieu s'échauflb aisément 
par un bon feu. « Le nostre me rotissoit parfois et me 
» grilloit de tous costez. La cabane estoit si estroite 
» que je ne savois comment me deffendre de son 
» ardeur. Je ne pouvois changer de position, estant 

y> resserré par mes voisins M'estendre estoit im- 

» possible : la place estoit si estroite que mes jambes 
» eussent esté à moitié dans le feu. De me tenir en 
» peloton et toujours raccourci, je ne le pouvois pas 
» aussi longtemps qu'eux : mes habits ont esté tout 
» brûlez... » 

Ce n'était pourtant pas là encore ce qu'il y avait 
de plus insupportable ; mais la fumée était un mar- 
tyre. « Elle nous terrassoit parfois tous, c'est-à-dire, 



- 89 — 

» qu'il falloit, pour ne pas la boire et pour respi- 
j> rer, mettre la bouche contre terre et la manger 

» presque J'ay quelquefois demeuré plusieurs 

9 heures dans cette position, notamment dans les 

» plus pirands froids et lorsqu'il neigeoit Que ce 

» breuvage est amer ! Que cette odeur est forte ! 
» Que cette vapeur est nuisible à la vue ! J'ay cru 
5) souvent que je m'en allois estre aveugle. » 

Les chiens avaient aussi leurs inconvénients : ces 
pauvres bêtes, ne pouvant résister à une atmosphère 
telle que les arbres des forêts craquaient et se fen- 
daient, se réfugiaient dans la cabane et « se venoient 
» coucher tantost sur mes épaules, tantost sur mes 
» pieds, et je n'estois pas marry de cet abry, leur ren- 
» dant volontiers une partie de la chaleur que je 
» tenois d'eux. Cependant, comme ils estoient grands 
» et nombreux, ils me pressoient parfois et m'im- 
» portunoient au point de me dérober tout mon 
» sommeil (1). » 

La pêche était un exercice moins pénible, mais non 
exempt de privations ; elle se faisait au printemps. 
Les femmes y prenaient part et y avaient leurs 
fonctions. On campait sur les bords d'un petit lac ou 
d'une rivière. Si l'on prenait beaucoup de poissons, 
on en mangeait quelques-uns ; mais si on en prenait 
peu, on les gardait avec soin pour l'été, après les 
avoir vidés et exposés à la fumée. On n'employait 
alors pour nourriture que les intestins, et c'était là 



■1^ 



(1) Relation do 163'j. 



— 90 — 

tout l'assaisonnement qu'on ajoutait à la sagamité. 
Le P. Jogues, qui s'était accoutumé à ces sortes de 
ragoûts, ajoute avec simplicité : « L'habitude, la faim 
» et le manque de toutes choses, rendent sinon 
» agréable, du moins tolérable ce qui semble sou- 
» vent révoltant pour la nature. » 

Quelle horrible existence! Pour l'embrasser de son 
plein gré, il fallait une grande charité envers son 
prochain, un grand amour de Dieu et une grande 
abnégation de soi-même. Le missionnaire avait en 
outre h braver, dans ces courses, les dangers conti- 
nuels de la rencontre de l'implacable Iroquois; il était 
môme menacé, parfois, de tomber victime de ses 
propres hôtes, aussi inconstants dans leur conduite, 
que crédules et accessibles aux suggestions perfides 
de leurs sorciers, qui attribuaient aux Robes noires 
tous les contre-temps qui survenaient (1). 

L'intérêt qu'inspirait la mission des Hurons et les 
espérances qu'elle faisait concevoir, môme pour le 



(1) Celle vie du missionnaire calholiquc a élo noblement ap- 
préciée par d'illuslrcs écrivains proteslanls. « Toutes les tradi- 
tions de celle époque, dit Bancroft, rendent hommage à leur 
intrépidité. Les horreurs de la vie des d.'-serls du Canada les 
trouva toujours d'une résigiiaiion invincible et d'une paix pro- 
fonde. Privés de toutes les douceurs de la vie cl en dehors de 
toute tentation de vaine gloire, ils mouraient entièrement au 
monde et rien ne pouvait altérer la sérénité de leur âme. » 

« Pour l'héroïsme des travaux, dit le D"' Jared Sparks, et la 
constante abnégation de soi-même dans une grande cause, 
l'histoire du monde offre peu d'exemples comparables à celui des 
anciens missionnaires du Canada. Le détail de leurs travaux et 
de leurs souffrances ne saurait être étudié trop complètement. » 



— 91 - 

développement de la colonie, fit naître le projet de 
fonder à Québec un pensionnat de jeunes Hurons 
qui aideraient avec avantage à la conversion de leurs 
compatriotes. Le P. Daniel fut chargé de conduire 
aux Français cette petite avant-garde ; mais, au mo- 
ment de l'embarquement, la voix de la nature fut 
plus puissante sur les parents que leur parole don- 
née, et la plupart ne purent consentir à se séparer 
de leurs enfants : quatre seulement suivirent le mis- 
sionnaire. On le vit arriver à Trois -Rivières, nous 
disent les annales de l'époque, dans son canot d'é- 
corces, l'aviron à la main, son bréviaire suspendu à 
son cou, les pieds nus, la chemise en lambeaux, avec 
une soutane toute déchirée sur son corps décharné, 
mais le visage joyeux et sur lequel se lisait le con- 
tentement de son âme. 

Les voyages des missionnaires n'étaient pas tous 
aussi heureux. Souvent ils trouvaient des Iroquois 
échelonnés sur le grand fleuve, dressant des embû- 
ches à ceux qui allaient trafiquer avec les colons, 
tandis que d'autres pénétraient jusqu'au cœur du 
pays des Hurons pour y porter la destruction et la 
mort. Ces ennemis des Français et de leurs alliés 
avaient redoublé d'audace et de cruauté, depuis 
qu'encouragés par les Hollandais de la Nouvelle- 
Belgique, aujourd'hui État de New- York, ils rece- 
vaient d'eux des armes à feu dont ils se servaient 
avec adresse et dont les autres Sauvages ignoraient 
encore Tusage ; car les Français, par excès de pru- 
dence, n'avaient pas osé leur en confier. 



M: 



!'^ 



!i 






'S,. . 

t: 






1: ;(îiî*^-^1 



tm 



ti 



«V ! 



i I 



tl 



: i 



— 92 — 

Plusieurs missionnaires tombèrent entre les mains 
de ces cruels ennemis. Ils y trouvèrent la captivité, 
les tourments et la mort. 

Le premier fut le P. Jogues. Il remontait chez les 
Murons avec une troupe de noopliytes et quelques 
Français, quand il rencontra une ambuscade d'Iro- 
quois sur les bords du lac Saint-Pierre. A la première 
décharge, les légers canots des voyageurs furent 
hors de service, et ceux-ci n'eurent pour ressource 
que de se jeter ri^ns la forêt qui bordait le rivage. 
Le missionnaire aurait pu échapper à ses ennemis 
en se cachant. « Mais je ne voulois et ne pouvois fuir, 
» écrit-il lui-môme, .l'étois pieds nus, et pouvois-je 
» abandonner mes compagnons déjà captifs et dont 
» plusieurs n'éloient pas baptisés? » Il est impos- 
sible de se faire une idée de ce que le P. Jogues et 
les autres prisonniers endurèrent de tourments! Plu- 
sieurs furent mis à mort sous ses yeux. Pour lui, mu- 
tilé, battu, traîné jusque dans les villages iroquois, 
il y subit une horrible captivité de treize mois, pen- 
dant laquelle il eut la douleur de voir tomber sous ses 
yeux, frappé d'un coup mortel, René Goupil, jeune 
médecin, son compagnon de captivité et son ami (4). 
Enfin, grâce à l'intervention des Hollandais, il s'é- 
chappa des mains de ses persécuteurs et retourna 
en Europe. Mais il y resta peu de temps et revint en 
Canada, pour y recevoir la palme du martyre. 



(1) René Goupil ùlait Angevin ; il sïlail donné aux Jésuites et 
était (l'une piété anij;éliiiue. Il avait trente-sept ans lorsqu'il 
mourut. 



73 

r 



r 



c 







. ;v,.,; 



!<■■ ,iVv.f 



it\'l' 










^^'r■ 



!l: 






iii;"i 



1 


{:■ \ 


Il ' 


1 


11' 


i 


i' 


if 


il 



mmi 


1 




1 ^ 




J: 



t 

c 
t; 

Si 
a 
(Il 
se 

F] 
bi 



- 95 — 

« Quand est-ce qu'un missionnaire, s'écrie à cette 
» occasion l'historien américain Bancroft, a cherché 
» à sauver sa propre vie, au risque de ce qui pouvait 
ï) être la perte d'une seule âme ? » 

Ce triste événement porta le Gouverneur de Mont- 
magny à élever le fort Richelieu, aujourd'hui Sorel, 
à l'entrée de la rivière des Iroquois, pour leur fermer 
le passage. De son côté, le Cardinal-Ministre envo- 
yait une somme considérable pour donner aux mis- 
sionnaires des Hurons les moyens de se construire 
un abri pour se protéger contre les surprises. Alors 
fut bûti le fort Sainte-Marie, sur la rivière Wye, au 
centime du pays des Hurons, et ses ruines sont encore 
visibles dans la forêt (1). 

Mais que pouvaient ces mesures trop incomplètes, 
contre un ennemi « rapide comme l'aigle, rusé 
comme le renard, et brave comme le lion (2)? » 

En IGM, un nouveau missionnaire, le P. Bressani, 
tomba encore entre les mains des Iroquois et fut 
condamné aux plus affreuses tortures. Il avoua plus 
tard qu'il ne croyait pas possible de souffrir autant 
sans mourir. L'horreur qu'inspira ses plaies, môme 
à ses bourreaux, fut telle qu'ils ne le jugèrent pas 
digne de la mort. Ils le vendirent aux Hollandais qui 
sollicitaient sa délivrance. Ceux-ci le conduisirent en 
France d'où lui aussi revint peu après en Canada, 
braver de nouveaux périls (3). 

(1) Voir à V Appendice, Note D. 

(2) Relation de 16i2. 

(3) Voir la Relation du P. Bressani. 






if' 



wm 



•fh< v,> '., 



1^ 



■m 










l'Clil 



- 9G — 

Cependant, malgré leur haine pour les Français 
et leurs alliés, et malgré leur soif de destruction, les 
Iroquois s'apercevaient que ces guerres continuelles 
et sanglanles les épuisaient sans leur laisser les 
moyens de réparer leurs pertes. Ils songèrent à la 
paix. 

Hors d'état de les réprimer par la lorce, les Fran- 
çais la désiraient plus qu'eux. Le Gouverneur, pro- 
fitant de la présence de trois prisonniers iroquois, 
détacha l'un d'entre eux, capitaine distingué, pour 
aller porter à sa nation des propositions amicales. 
Elles furent bien accueillies. Les ambassadeurs arri- 
vèrent bientôt après, amenant avec eux Guillaume 
Couture, pris avec le P. Jogues (1). 

Dans une assemblée solennelle des Français et 
des Sauvages tenue, le 12 juillet IGii, à Trois-Ri- 
vières et présidée par de iSIontmagny, les Iroquois 
présentèrent leurs propositions de paix. Elles étaient, 
selon leur usage, renfermées dans dix-sept colliers 
de porcelaine exposés sous les yeux de tous, et qui 
étaient comme autant de paroles, chacun d'eux ayant 
sa signification particulière. 

Kiotsaeton , l'orateur iroquois , prit l'un après 



(1) GiHilui'fi alla joiinc nu Clanada cl l'ut (raJKird allaoliô ii la 
mission hui'()niu\ Il figure daus le Galaluguc des empluis, lantùl 
comtnp monuisior, laiilnl comnie pi'uprc ii rrndro des services de 
loul p;enrp. Il l'ut ncLTOcialeui' de la paix avec les li'0(pi(ii<, ce 
qui lui valut la lin dv sa caplivilc pendant la(|Ucllo il avail eu 
beaucoup à souffi-ir. Il se uiaiia et l'ut la souche il'uue noui- 
breuso famille. Il est mort en 17U2, à ràj.'e de qualre-vingt- 
quatorzc ans. 






à la 
hmtôl 
les de 
s, ce 
lil eu 
liioin- 
lingt- 



— 91 — 

l'autre chacun de ces présents, et en expliqua le sens 
en accompagnant ses paroles de gestes énergiques 
et d'une pantomime expressive. Son discours, fait 
avec l'habileté et la fourberie naturelles à ces Sau- 
vages, dura trois heures. 

Selon l'étiquette, le Gouverneur répondit deux 
jours après, comme pour prendre le temps de réflé- 
chir sur ce qu'il avait entendu. Pieskaret, l'illustre 
capitaine algonquin , et Negabamat , capitaine mon- 
iagnais, parlèrent ensuite, chacun pour leur nation. 
La paix fut conclue et la hache de guerre jetée dans 
la rivière. 

Trois ambassadeurs restèrent en otage pendant 
que les autres allèrent, avec deux Français, deux 
Ilurons et deux Algonquins, porter la négociation 
à la ratification de leur nation. Elle ne se fit pas 
attendre, et, trois mois après, la paix fut solennelle- 
ment publiée. 

On vit alors, pendant l'hiver, ce qui ne s'était ja- 
mais vu dans le pays : Iroquois, Ilurons, Algonquins, 
Français, tous chassèrent paisiblement ensemble, 
comme s'ils n'avaient formé qu'une seule et même 
nation. 

Le maniement des affaires de la colonie subissait 
dans ce temps-là une grave modilicalion, qui devait 
contribuer puissamment à son développement. La 
Compagnie des cent associés avait cédé à une Société 
formée parmi les habitants eux-mêmes du Canada 
son privilège exclusif pour le commerce des pellete- 
ries. Elle se réservait seulement ses droits de pro- 






Ît-.K' 



f'5<.c-: 



^^ms^ 



.»■' ■'" 






!-i; 



m 



ï>.î' 



, t 



— 98 — 

priété, de justice et de seigneurie. L'entretien du Gou- 
verneur, de sa maison et de cent soldats, seule force 
militaire de la colonie, et celui des missionnaires, res- 
taient à la charge de la nouvelle Société, ainsi que la 
redevance annuelle, à titre seigneurial, à l'ancienne 
Compagnie d'un millier pesant de castor. 

Ce n'est pas tout de se proclamer maître d'un vaste 
territoire, il faut en tirer parti, le cultiver et par con- 
séquent le peupler. Dans ce but, Anne d'Autriche 
envoya des demoiselles nobles, sans fortune, élevées 
aux frais de l'État, pour qu'elles s'unissent par les 
liens du mariage aux officiers français et aux gentils- 
hommes qu? s'étabhssaient en Canada. Louis XIV 
subvint aussi aux frais de voyage de jeunes per- 
sonnes destinées à la bourgeoisie, et chargea l'arche- 
vêque de Rouen, métropolitain de la colonie, de 
choisir dans son diocèse une centaine de filles d'une 
santé robuste, habituées aux soins du ménage et aux 
travaux de la campagne. Les laboureurs et les soldats 
étaient les époux qui leur étaient destinés et qui 
ne les laissèrent pas languir dans l'attente. L'Aunis, 
la Saintonge et quelques autres provinces maritimes 
fournirent aussi leur contingent de ces recrues d'un 
genre particulier, et ces unions formèrent la souche 
vigoureuse de tant d'excellentes familles qui ont 
conservé jusqu'à nos jours un noble caractère de 
probité, de candeur et de piété solide. 

Ils se trompent donc étrangement ceux qui s'ima- 
ginent que les Françaises qui s'aventuraient ainsi 
dans ces courses lointaines étaient des filles dont la 



mm 



un 

ihe 

lont 

de 

la- 

insi 

la 



— 99 — 

réputation ne fût pas h l'abri du reproche et même 
du soupçon ! Pour être admis au sein du troupeau 
d'élite qui formait alors la colonie, une vie intègre, 
des mœurs pures étaient indispensables. Quiconque 
ne justifiait pas d'une conduite régulière et religieuse 
était repoussé sans pitié. Le vicomte d'Argenson, 
gouverneur du Canada, nous apprend, par une lettre 
du 14 octobre 4lî58, comment on traitait alors les 
femmes qui n'offraient pas ces garanties et qui osaient 
se présenter dans le pays : « Un marchand de La Ro- 
» chelle, écrit-il, a été assez insolent que de nous 
» envoyer une fille débauchée. Je l'ai condamné à 
» la ramener à La Rochelle, a tous les dépens qu'il 
» pouvait avoir faits et à ceux qu'avtiit faits celui à 
V qui il l'avait donnée en service et à cent cinquante 
» livres d'amende... Cela mettra en réputation notre 
» pays, que l'on confond avec les îles Saint-Cin'is- 
» tophe, et empêchera les marchands de se charger 
» de ce bétail (1). » 

Boucher, envoyé en France quelques années plus 
tard, confirmait ce témoignage favorable aux femmes, 
a Pour ce qui est des garnements, ajoutait-il, s'ii y 
» en passe, c'est qu'on ne les connaît pas ; et quand 
» ils sont dans ce pays, ils sont obligés de vivre en 
» honnêtes gens, autrement il n'y aurait pas de jeu 
» pour eux. On sait aussi bien pendre en ce pays 
» qu'ailleurs, et on l'a fait voir à quelques-uns qui 
» n'ont pas été sages. » 

(t) Dibliolhùquc de l'Arsenal 



S' ■■.l.•^B 












■ -. *■ .~\ -^ ^S 
. V,,. '■fAl'^i 



i 



— 100 — 

Cette rigidité de mœurs, qui contrastait avec celles 
des autres Européens et surtout des Sauvages, les 
frappait de surprise et contribua beaucoup à gagner 
leur confiance et leur sympathie. 

L'année 1646 fut signalée par une mort héroïque, 
martyre nouveau que subit un des missionnaires, 
vétérans de cette mission. Le P. de Noue allait en ra- 
quettes (1) de Trois-Rivières au fort Richelieu , dis- 
tant de quarante-huit kilomètres environ. Surpris par 
une tempête de neige sur la glace du fleuve, il perdit 
toute trace et fut trouvé gelé le 2 février. Il avait 
voulu mourir dans l'acte et l'attitude de la prière, à 
genoux, les bras croisés sur la poitrine et les yeux 
levés vers le ciel. 

Cependant la paix faite avec l'Iroquois paraissait 
mal assise. Elle ne comprenait d'ailleurs que la na- 
tion des Agniers, et encore y avait-il dans son sein 
un parti puissant qui la désapprouvait . Pour l'affer- 
mir, de Montmagny envoya dans les cantons une 
ambassade solennelle, à la tête de laquelle il mit le 
P. Jogues, qui parlait l'iroquois, et Bourdon, homme 
d'énergie et d'expérience. C'était un moyen efficace 
pour y ouvrir les voies à l'Évangile. 

Ce premier voyage n'était qu'un essai : ses résul- 
tats parurent encourageants, et, trois mois après, le 
P. Jogues fut chargé d'en entreprendre un second, et 



(1) Les raquettes, attachées aux pieds, étaient indispensables 
pour marcher sur la neige molle sans y enfoncer. Les Fran(;ais 
leur donnèrent ce nom à cause de leur ressemblance avec l'in- 
strument qui sert au jeu du volant. 



Jul- 
ie 
et 

"lîles 
•in- 



o 

H 



B 

O 

G 




'Wi 



ï* 



fMfîh,, 






.'4- 'S 






m 



i« 



^1 Vi^i 






il 



i'ia 



m 



1* 



i'-ï. 



_ 103 — 

de passer même l'hiver chez ce peuple perfide. Le 
parti hostile au missionnaire avait résolu sa mort. Il 
le rendit responsable de la mauvaise récolte de l'an- 
née et des maladies qui affligeaient le canton. Ces 
fléaux étaient renfermés dans un cofi'ret qu'il y avait 
laissé en dépôt jusqu'à son retour. Un coup de hache 
l'abattit, le 17 octobre 1646, ainsi qu'un Français, 
nommé Lalande, qui l'avait accompagné : leurs têtes 
furent suspendues à la palissade du village, et leurs 
corps jetés dans la rivière (1). 

Pendant cette tentative infructueuse pour lier les 
lioquois h la France et les initier à la Foi, le P. Druil- 
lelle recevait du Gouverneur la mission de répondre 
aux avances des nations abénaquises des bords du 
Kéiiôbec et de l'Acadie, et de les adopter comme al- 
liées delà France. Ce missionnaire fut un des premiers 
Européens à monter, à travers les terres des bords 
du Saint-Laurent, aux sources du Kénébec, pour 
descendre par là jusqu'aux rives de l'Océan. Il sé- 
journa dix mois au milieu de l'excellente nation qui 
habite les bords de cette rivière, et revint, l'année 
suivante, avec une vingtaine de ces Sauvages pour 
ratifier leur alliance. L'affection de cette nation pour 
la France et son attachement à la religion ne se sont 
jamais démentis, et leurs tribus belliqueuses ont tou- 
jours été une véritable barrière contre les envahis- 
semants de la Nouvelle-Angleterre. 

Depuis plusieurs années les Capucins avaient une 

U) Voir la Vie du P. Isaac Jogucs, par le H. P. F. Martin. 



il 



î-l 



i*t^ 



J 



- 104 — 

mission à Pentagoët, résidence ordinaire du sieur 
d'Aulnay, lieutenant du Roi pour une partie de cette 
côte. L'autre était gouvernée par le sieur de La 
Tour. Entre ces deux lieutenants il y eut souvent des 
démêlés de juridiction qui dégénérèrent plus d'une 
fois en luttes sanglantes et affaiblirent leur autorité 
mutuelle. 



VI 



M. d'Ailleboust (1647-1651). — Massacre des mis- 
sionnaires. — M. Jean de Lauzon (1651-1657). — 
M-' de Laval. — Le vicomte d'Argenson. — Le 
baron du Bois d'Avaugour (1658-1663). 



Après douze années d'une administration aussi 
ferme que sage, qui en avait imposé môme aux 
Sauvages, le chevalier de Montmagny fut remplacé 
par d'Ailleboust. « Il emporta, dit le P. J. Lalemant, 
» les regrets unanimes de la colonie, et laissa une 
» mémoire éternelle de sa prudence et de sa sa- 
» gesse (4). » 

« C'était, ajoutent les Annales de V Hôtel-Dieu de 
» Québec, un homme fort brave, très-accommodant, 

(1) Relation de Wi8. 



i 



■ 






' 



M 



. ic: 



El 



1 



Il « 



I J 



f I 

,1 



il 



• li 

I : 



— 106 — 

» plein de compassion pour les pauvres, zélé pour la 
» religion et très-propre à inspirer l'amour du chris- 
» tianisme par l'exemple de sa piété. » 

Avant de quitter son poste, il voulut présider lui- 
même à l'installation de son successeur et l'assister 
de ses conseils. Au début de son gouvernement, d'Ail- 
leboust reçut un député de la Nouvelle-Angleterre 
qui venait proposer entre les deux colonies une al- 
liance stable et même indépendante des ruptures qui 
pourraient subvenir entre les deux métropoles. Ce 
plan, plus spécieux que réalisable, et qui semblait si 
avantageux au développement des deux colonies, ne 
put aboutir : les Anglais, qui tenaient à ménager les 
Iroquois comme une ressource pour leur commerce 
et, au besoin, comme des alliés puissants, refusèrent 
de faire cause commune avec la France pour écraser 
l'insolence de ces barbares. 

En imposant cette condition, le Gouverneur fran- 
çais pressentait tout ce qu'il y avait à redouter pour 
les intérêts de la colonie et de la religion en laissant 
debout cette fière et cruelle nation. 

Le nouveau Gouverneur était chargé par la Cour 
d'introduire de graves modifications dans l'adminis- 
tration de la colonie. Il avait été arrêté que le Gou- 
verneur ne resterait que trois ans i . fonctions et 
qu'il serait assisté d'un Conseil supérieur, ' chargé 
de faire les lois locales, de régler les affaires com- 
merciales et de décider la paix et la guerre. Les rè- 
glements de police et les affaires municipales étaient 
aussi de son ressort; malgré l'étendue de son pouvoir, 



— 107 — 

son autorité ne s'exerçait jamais que d'une manière 
toute paternelle (1). 

Au moment où la colonie trouvait dans les Abéna- 
quis des côtes de l'Océan un allié sincère, elle voyait 
anéantir presque entièrement à l'ouest le peuple qui 
lui était le plus attaché, et ruiner la Mission la plus 
llot'issante du Canada. 

Le meurtre du P. Jogues fut pour les Iroquois 
comme le signal d'entrer en campagne. Ils répandi- 
rent leurs guerriers dans tout le Canada, mais en- 
vahirent surtout en bandes nombreuses le pays des 
Ilurons, portant partout la dévastation et la mort. 
Les missionnaires partagèrent le sort de leurs caté- 
chumènes. 

Le premier village envahi fut celui de Saint- 
Joseph (2), en sauvage, Teanaustayae. Les Iroquois, 
qui guettaient leur proie, avaient remarqué l'absence 
de la plupart des guerriers. Il n'y restait que les 
femmes, les enfants et les vieillards. Le 4 juillet 1C48, 
le cri de guerre retentit tout à coup dans le village. 
Les Iroquois y faisaient une irruption soudaine au 
moment où le P. Daniel, son missionnaire, descen- 
dait du saint autel. 



;«:.•' 



(1) On peut citer cet arrêt de 1G48 : « Un nommé Boisdon est 
établi hôtelier à Québec, à l'exclusion de tout autre, avec ordre 
de se placer près de l'église, pour que tous puissent aller se 
chauffer chez lui. Il ne doit garder personne pendant la grand'- 
messe, le sermon, le catéchisme et les vêpres. » (Fcrland, Cours 
d'histoire.) 

(2) Ces noms chrétiens, donnés aux villages hurons, n'in- 
diquent pas leur soumission entière à la Foi, mais seulement les 
premières semences d'une Église naissante. 



I 



'>i^ 



m. 



M 



408 — 



I 



i 



Aux cris d'alarme et de confusion qu'il entend, il 
comprend le danger et accourt au milieu de la popu- 
lation effrayée, pour soutenir son courage. Les Sauva- 
ges, jusque-là les plus sourds à sa voix, sollicitent la 
grâce du baptême. Il n'a que le temps de leur recom- 
mander d'implorer leur pardon, et, plongeant son 
mouchoir dans l'eau, il les baptise par aspersion. 
Presque tous s'étaient réfugiés dans la chapelle, au- 
tour de leur père, commun. Pour leur donner le 
temps de fuir, celui-ci, après ses derniers conseils et 
son devoir de prêtre rempli, s'avance intrépidement 
au-devant des ennemis. Ils s'arrêtent un moment, 
frappés de tant d'audace ; mais bientôt il tombe percé 
de mille flèches. Ce sacrifice héroïque de la charité 
fut le salut de beaucoup de ses néophytes qui s'en- 
fuirent; d'autres, au nombre de plus de sept cents, 
furent massacrés par les vainqueurs ou traînés en 
captivité. 

Les bandes armées des Iroquois s'établissaient 
comme en permanence dans le pays des Ilurons, et 
dissimulaient avec liabilelé leur présence jusqu'au 
moment favorable pour surprendre quekiues travail- 
leurs isolés ou quelques villages sans défense. 

Le 10 mars de l'année suivante, un parti de mille 
Iroquois alla atta([uer la bourgade Saint-Ignace et 
y pénétra avant d'être aperçu. Le massacre fut gé- 
néral. Trois hommes seulement s'échappèrent et por- 
tèrent l'alarme au bourg voisin, nommé Saint-Louis. 
Aussitôt les femmes et les enfants se sauvèrent dans 
les bois; quatre-vingts guerriers intrépides s'enfer- 






mille 
ce et 
Lit gé- 
|t por- 

iOuis. 

dans 

înfer- 



— 109 — 

mèrent dans la palissade, résolus de résister jusqu'à 
la mort. Les IT. Tean de Brébeuf et Gabriel Lale- 
mant étaient dans ce moment à Saint-Louis et ne 
voulurent pas céder aux instances et se séparer de 
leurs néophytes, afin de les assister jusqu'à la der- 
nière heure. 

Malgré la plus vigoureuse résistance, l'ennemi 
parvint à taire brèche dans la palissade, et alors 
commença une horrible boucherie. Cependant bien 
des victimes furent réservées pour le supplice, et 
surtout les deux missionnaires. Les Iroquois, fiers de 
leur proie, et n'écoutant que leurs instincts féroces, 
savouraient en môme temps leur inimitié contre les 
Français et leur haine contre la Foi. 

Vingt années de travaux et de privations avaient 
façonné le P. de Brébeuf à la vie de sacrifice. Cette 
âme de fer, comme l'appelle un écrivain protestant, 
fut héroïque jusqu'au dernier moment. l\ prêcha 
sur f échafaud même où il était monté pour souffrir. 
Ne pouvant lui imposer silence, ses bourreaux lui 
coupèrent la lèvre inférieure et le nez. Ils lui brû- 
lèrent les gencives et lui enfoncèrent un fer rouge 
dans la gorge. On plaça sur ses épaules un collier 
lie haches brûlantes, et, en dérision du baptême, 
on arrosa sa tête d'eau bouillante. Le missionnaire 
110 perdit pas un instant son calme et sa fermeté. 
Les Iroquois mangeaient, sous ses yeux, des lam- 
beaux de sa chair et ils le scalpèrent pendant qu'il 
vivait encore. Son supplice dura trois heures. Après 
sa mort, ses bourreaux, pleins d'admiration pour 









' »'{* 



■ . .•-■?*:■»■ 






■ iV^; 



•'■^ 



ma 









^:;rc 






y'1 




,;i' 



— 110 — 

son courage et croyant se l'inoculer, lui arrachèrent 
le cœur pour le dévorer (1). 

Le P. Lalemant, le dernier venu dai s la Mission 
liuronne, mais un des plus ardents à soupirer après 
le martyre, n'avait que trente-neuf ans. Son supplice 
se prolongea dix-sept heures; car, dans l'idée supers- 
titieuse de ces peuples, il ne devait pas se terminer 
après le coucher du soleil. Comme apprentissage 
de cruauté, les victimes étaient abandonnées aux en- 
fants, pendant la nuit. Les bourreaux ne reprirent 
donc leur œuvre que le lendemain. Ils firent au jeune 
missionnaire un vêtement d'écorce, auquel ils mirent 
le feu. Puis, lui ayant arraché les yeux, ils les rempla- 
cèrent par des charbons ardents. Un coup de hache, 
qui lui ouvrit le crâne, acheva le sacrifice. 

Malgré leurs succès, les Iroquois n'osèrent pas 
s'avancer jusqu'à la résidence de Sainte-Marie qu'ils 
savaient défendue par quelques soldats; mais, après 
avoir mis à mort les prisonniers qui pouvaient les 
gêner dans leurs courses, ils dévastèrent tout le pays. 
La nation du Petun, voisine des Ilurons au sud et 
leur alliée, ne fut pas plus épargnée. 

Le bourg de Saint-Jean, sa principale résidence, qui 
comptait i)lus de cinquante familles, fut envalii par 
les Iroquois le 7 décembre, au moment où presque 
tous ses guerriers s'étaient portés en avant pour les 



(1^ Kn Siuvenir de la iiiorl miMiinrahl' An P, de Hré'jcur, sa 
l'ainillc (Uvoya au colloge do (,)uéboc son buste en argent, de 
{.'raiidoiir uaUirellc. Il repose sur un socle en ébènc dans le(|uel 
osl f'ueliâs^ôe la têlc du missionnaire. Ce précieux monument se 
consjrve roligieuscmcnl à l'IIôlel-Dieu de Québec. 



'I i, 



. V- 



— 111 — 

surprendre. Mais ceux-ci .uvaient déjoué leur dessein 
et évité leur rencontre. Dans un instant, tout fut mis 
à feu et à sang dans ce bourg infortuné. Il avait déjà 
une Église florissante. Son missionnaire, le P.Cliarles 
Garnier, se multiplie pour secourir ses cliers néo- 
phytes. Il exhorte, il baptise, il absout pour les pré- 
parer à la fin dernière. Frappé de deux balles dans 
l'exercice de son zèle, et, voyant à quelques pas 
un pauvre chrétien qui se mourait, il se traîne encore 
jusqu'à lui pour l'assister, et reçoit la mort dans cet 
acte de sublime dévouement. 

Quand les guerriers de Saint-Jean revinrent, deux 
jours après, et se virent au milieu de ces ruines 
encore fumantes et devant les cadavres de leurs fem- 
mes, de leurs enfants et de leurs amis, ils restèrent 
une demi-journée assis à terre dans un morne si- 
lence, sans lever les yeux ni pousser un soui)ir. 
C'est là le plus vif témoignage de leur douleur ; car 
ils laissent les larmes aux femmes et aux enfants. 

Après le récit de ces morts héroïques des mission- 
naires, l'historien Bancroft ajoute cette réflexion : 
« On se demandera peut-être si ces massacres rclroi- 
» dissaient leur zèle ; je répondrai ({ue les mission- 
» naires ne reculèrent jamais d'un pas. De même 
» que, dans une armée de braves, de nouveaux sol- 
» dats se pressent pour prendre la place de ceux qui 
» sont tombés, ainsi les ouvriers évangéliques et les 
» cueurs généreux ne firent jamais défaut parmi eux 
» pour porter haut la croix et étendre la domination 
» de la France. » 



■ -'M 









\^h^' 



,»" 




m 



— 412 — 

Pendant les désastres qui couvraient le sol huron 
de sang et de ruines , les missionnaires s'étaient 
retirés avec un grand nombre de fugitifs dans le fort 
Sainte-Marie, que les Iroquois n'avaient pas encore 
attaqué ; mais, dans son isolement, il ne pouvait plus 
offrir une retraite assurée. 

Les Hurons, restés avec les missionnaires, se déci- 
dèrent à aller chercher un asile dans l'île d'Ahoendoe, 
h quelque distance du rivage. Pour entraîner avec 
eux leurs Pères, ils leur dirent : « Ne nous aban- 
» donnez pas dans notre malheur. Si vous ne venez 
» pas avec nous, nous périssons. Prenez pitié de tant 
» de veuves, d'enfants et d'infirmes. Nous embras- 
» serons tous la prière, et vous trouverez en nous 
» des disciples dociles... » 

Cette demande touchante fut accueillie. Les mis- 
sionnaires étaient d'avance décidés à les suivre 
partout où les conduirait l'instinct de leur conserva- 
tion. « 11 nous fallut donc, raconte l'iiistorien de ces 
y> désastres, abandonner le poste de Sainte-Marie, que 
» je puis appeler notre seconde patrie et nosdéhces 
» innocentes, puisqu'il avait été le berceau du Chris- 
» tianisme et que là était la maison de Dieu et l'asile 
» des serviteurs de Jésus-Christ. Dans la crainte que 
» nos ennemis si impies ne profanassent ce lieu de 
» sainteté et n'en tirassent avantage, nous y mîmes 
» nous-mêmes le feu, et ce ne fut pas sans verser 
» des larmes que nous vîmes brûler en moins d'une 
» heure nos travaux de neuf et dix années (1) ! » 

(1) RaMion do 1649. 



■^m 



— 113 — 

A peine débarqués dans cette île qui prit le nom 
de Saint-Joseph, les missionnaires se hâtèrent de 
bâtir un fort bastionné (1) et de jeter en avant quel- 
ques redoutes pour couvrir le village. 

Toutes ces mesures, efficaces pour le moment 
contre l'ennemi du dehors, ne pouvaient rien contre 
deux fléaux plus terribles encore : la famine et la ma- 
ladie ! Épuisée par tant de misères, cette population 
agglomérée sur un seul point ne tarda pas h être 
décimée d'une manière effrayante. 

Au miheu de tous ces malheurs, les pensées des 
Hurons se tournèrent surtout vers la Foi, et ils ga- 
gnèrent en ferveur ce" qu'ils perdaient en prospérité. 
Plus de six mille reçurent le baptême. 

Le danger allant toujours croissant pour la colonie 
de l'île Saint-Joseph, les capitaines proposèrent aux 
missionnaires de les conduire au milieu des Français 
de Québec, afln de pouvoir au moins vivre et mou- 
rir chrétiens. Cette émigration eut lieu en 1G50, et 
on voit encore aujourd'hui h Lorette (2), près de 
Québec, les descendants de cette nation malheureuse. 

Ces réfugiés n'étaient qu'une partie des Ilurons 
fugitifs. Les uns se retirèrent dans une grande île, au 
nord du lac qui porte leur nom, appelée alors Ekaen- 
toton et plus tard Manitoulin, où les missionnaires 
avaient essayé, depuis quelques mois, de planter 

(1) Ce fort, d'une forme tpèp-réirulièrc, Uiispe voir oiirorc Pes 
ruines, au milieu de la forêl, sur la enle mi'ridinnali' de l'ilc. Les 
fouilles iju'on y lit en 18'i8 mirent ù découvert beaucoup d'ohjelB 
curieux. 

(2) Voir à Y Appendice, Note E. 









'I 



m^ 

''."!■.■ 






■■'V. (( 

■.m 



♦ '■.•■■■■■'! 



'■■-,; 4 









m. 



- 114 - 

l'Évangile. C'était une terre aride et solitaire où les 
infortunés espéraient vivre en paix ; ils avaient mal 
compris jusqu'où va la haine d'un ennemi acharné. 

Leur retraite fut découverte par quelques Iro-. 
quois, qui, trop peu nombreux, n'osèrent pas les at- 
taquer; mais ils résolurent d'attendre une occasion 
favorable, et construisirent sur le continent voisin 
un petit fort d'oii ils pouvaient, sans danger, obser- 
ver les mouvements des Hurons. Ils parvinrent à 
en faire quelques-uns prisonniers, et de ce nombre 
fut Etienne Anahotaha, chrétien fervent, et exerçant 
une grande influence parmi les siens. Se voyant sur 
le point d'être pris, il se mit en défense, résolu à 
vendre chèrement sa vie. Quel n'est pas son étonne- 
ment d'entendre ses ennemis lui dire qu'ils viennent 
en amis, avec des présents, pour obtenir la paix et 
offrir un asile paisible aux restes languissants de sa 
nation ? 

« De nos deux peuples^ lui dirent-ils, nous voulons 
» n'en plus former qu'un qui héritera de la gloire 
j) que chacun avait acquise. » 

Le Huron soupçonna quelque fraude dans ce lan- 
gage; mais, prenant aussitôt son parti, il joua ruse 
contre ruse, déposa les armes et entra dans le fort 
avec de grandes démonstrations de joie. 

On lui montra des présents en l'engageant h. les 
faire valoir aux yeux de ses compatriotes. « Je ne 
y> puis, dit Etienne, usurper la gloire d'une si heu- 
» reuse négociation : nous avons des vieillards, des 
» capitaines; envoyez-leur des ambassadeurs, je res- 



h les 
Je ne 
heu- 
, des 
e res- 



,:.v^ 






— 115 — 

» terai ici en otage et la nation se soumettra à leur 
") décision. » 

Les Iroquois crurent qu'il parlait sincèrement. 
« Il vaut mieux, répondirent-ils, que tu accompagnes 
» les ambassadeurs ; tu feras valoir ce projet et tes 
» compagnons resteront ici. » Il accepte cette mis- 
sion et part avec trois députés. A leur approche du 
village, Etienne pousse un cri de joie et tous les guer- 
riers accoururent. « Le Ciel est pour nous, s'écrie- 
); t-il, nous avons trouvé la vie dans la mort! Les Iro- 
» quois deviennent nos parents et nos libérateurs. 
» Ils avaient creusé notre tombe, et ils la referment. 
» Ils nous offrent leur amitié, une partie de leurs 
» champs, une terre plus fertile que ce sol ingrat ; 
« nous ne formerons plus qu'un seul peuple, nom- 
» breux, industrieux et guerrier. » 

L'assurance de co langage éloignait tous les soup- 
çons; cependant les autres cliefs hurons, ne pouvant 
on croire leurs oreilles, cherchèrent à le voir en 
secret, et il put les instruire de son dessein. Tous 
alors s'unissent à sa joie et excitent à l'envi l'en- 
thousiasme des femmes et des enfants. 

Les députés iroquois ne doutent plus de leur suc- 
cès; ils sont conduits dans la plus grande cabane et 
on leur fuit festin. Pendant le repas, Anahotaha 
explique son plan, qui est adopté, et les capitaines, 
pour mieux convaincre les ambassadeurs, annoncent 
ù haute voix qu'il faut se préparer au départ, dans 
trois jours, pour suivre les Iroquois, désormais leurs 
amis et leurs alliés. « Nous trouverons chez eux, 



'Vîi 






■'"■t/i 



y mm, 






^■>r- 



P:«-l 



;!$! 



I'"f'lt' 






— 116 — 

r> ajoutent-ils, la sécurité, le repos et l'abondance. » 
Hommes, femmes, enfants, tous s'agitent pour hâter 
le moment de la réunion. 

Etienne retourne au fort des Iroquois et leur an- 
nonce son succès. Ceux-ci louent son adresse et lui 
prodiguent de grands témoignages d'attachement. 
Sur son invitation, plus de trente d'entre eux n'hési- 
tent même pas à aller voir de leurs yeux les prépa- 
ratifs du voyage et encourager, par leur présence, 
l'activité de leurs nouveaux compatriotes. Ils emmè- 
nent avec eux leurs otages et sont rerus avec des 
démonstrations bruyantes et sympathiques. 

Mais pendant qu'ils sont disséminés dans le village, 
sans défiance, les Hurons, h un signal donné, se 
précipitent sur eux et les massacrent. Trois seule- 
ment s'échappèrent et ne durent leur salut qu'à 
Etienne Anahotaha, qui voulut reconnaître ainsi le 
bienfait qu'ils lui avaient rendu autrefois, en lui sau- 
vant la vie, lorsque les villages de Saint-Ignace et de 
Saint-Louis furent détruits. 

Un des Iroquois dit en mourant : « Nous avons eu 
j) le sort que nous méritions. Vous nous avez traités 
» comme nous l'eussions fait nous-mêmes si vous 
» étiez venus parmi nous. » 

A la nouvelle de ce désastre, les Iroquois restés 
dans le fort s'enfuirent précipitamment. 

Cet épisode rend bien le caractère fin, astucieux, 
dissimulé et résolu des Sauvages. 

Les Hurons passèrent quelques mois tranquilles 
dans leur retraite ; mais, pensant que leurs impla- 



in — 



cables persécuteurs, irrités de cet échec, viendraient 
tôt ou tard venger la mort de leurs guerriers, ils se 




décidùrent ;i l'abandonner. Jetant un triste et dernier 
regard d'adieu sur cette terre où ils étaient nés, 

4* 






-,.-■'): 






.■■■f/'" 



*. M 







,5' 









1"--" ' 






Il 


■ t 


-^B ;|Hft 


î! 




.1 


'H ''B 




;Bi 'SS 








I 'ffl 


;i 







— 118 — 

qu'ils avaient arrosée de leurs sueurs et de leur 
sang ; désespérant de i)Ouvoir jamais rendre les hon- 
neurs de la sépidlure aux os-ements de leurs parents 
et de leurs amis, déposés dans des tombeaux provi- 
soires, ils allèrent rejoindre à Québec les émigrés qui 
y avaient déjà reou l'hospitalité. 

D'autres llurons s'étaient avancés beaucoup plus 
loin do leur pays, dans l'Ouest. 

Quolques-uns cherchèrent un asile chez les Chats 
ou Ériès, qui habitaient sur les bords du lac de ce 
nom, et ils furent enveloppés dans le massacre géné- 
ral que les Iroquois en firent peu de temps après. 

Les Ériès étaient voisins des Tsonnontouans et des 
Goyogouens. Leur puissance était un danger perma- 
nent pour la ligue iroquoise ; cependant la guerre 
entre ces deux peuples aurait pu être retardée, si le 
respect pour le droit des individus n'eut entraîné 
cette nation à sa perte. 

A la suite de petits engagements, un chef Onnon- 
tagué très-considéré, ayant été fait prisonnier, fut 
cnmoné pour être brûlé. Il plaida si bien sa cause, 
qu'il fut donné à la sœur d'un guerrier qui venait de 
périr par trahison. Cette femme était absente; on 
prépare la fête de l'adoption, en attendant son re- 
tour. A son arrivée on lui annonce que son frère va 
revivre, qu'elle doit le régaler et le rendre à la 
liberté. Elle pleure et proteste qu'elle veut être ven- 
gée. En vain les anciens lui représentent que la mort 
d'un homme si important va causer une guerre d'ex- 
termination entre les deux peuples. Rien n'ébranle 



non- 
fut 
Liuse, 
lit de 
on 
re- 
e va 
à la 
ven- 
mort 
,Ve\- 
anle 



— 110 — . 

sa résolution et on lui livre le prisonnier pour qu'elle 
en dispose. 

Lorsqu'à son entrée dans la cabane l'Onnontaguô 
fut dépouillé de ses vêtements, il se résigna stoïque- 
ment à son sort. Placé sur l'échafaud, il éleva seule- 
ment alors la voix : « Sachez, Ériès, s'écria-t-il, que 
» ma mort sera vengée; en me brûlant, vous brûlez 
» un peuple tout entier ! » 

Sa fatale prédiction s'accomplit. 

Les habitants des deux villages hurons de Saint- 
Michel et de Saint-Jean-Baptiste, qui n'avaient pas 
encore souffert, ne sachant que devenir, en appelè- 
rent à la générosité de leurs ennemis, et deman- 
dèrent à leur être incorporés. Ils furent admis dans 
le canton des Tsonnontouans, et, dans cette captivité 
volontaire, ils conservèrent intactes la ferveur et la 
constance de leur foi. 

Enflés par tant de succès, les Iroquois tournèrent 
leurs armes contre les peuples qui les avoisinaient, 
et en môme temps ils multiplièrent leurs agressions 
contre le Canada. Les Français, dont ils ne connais- 
saient pas, par bonheur, les faibles ressources, se 
virent pendant un temps comme bloqués dans les 
forts de Québec, de Trois-Pàvières et de Montréal. 

C'est dans ces circonstances critiques que Jean de 
Lauzon, l'un des principaux associés de la Compagnie 
de la Nouvelle-France, fut appelé à remplacer le 
gouverneur d'Ailleboust, en 1051 ; mais il n'avait pas 
plus de ressources que celui-ci pour défendre la co- 
lonie abandonnée à ses propres forces. La triste mi- 



--m 

'■s \. 

■ ■ M 



■■■■-".*■•?■>' 



\ ù> if J"A ■ 









'1"/. 












(:2^ 



— 120 — 

norité de Louis XIV durait encore. Les troubles de la 
Fronde agitaient toujours le royaume, et l'Espagne, 
soutenue par l'Empire, prolongeait une lutte rui- 
neuse que les succès de Turenne et l'habileté de 
Mazarin ne parvenaient pas à terminer. 

La colonie eut alors à gémir de bien des pertes 
que lui causèrent les Iroquois. Ces terribles ennemis 
firent des victimes dans tout le pays. Le P. Buteux 
périt dans une embuscade, près de Trois-Rivières. 
Duplessis-Bochard, gouverneur de ce poste important, 
et quinze autres Français tombèrent aussi, dans une 
rencontre avec une bande, sous leurs coups. Chaque 
jour apportait des nouvelles aussi déplorables. L'en- 
lèvement du P. Poncet, presque sous les murs do 
Québec, acheva de répandre partout la terreur. 

Cependant, un échec que les Iroquois venaient 
d'éprouver près de Montréal, et l'épuisement que 
cette guerre continuait h leur faire sentir, les dispo- 
sèrent à la paix. On acquiesça avec empressement à 
leur désir ; mais on ne crut à la sincérité de leur 
démarche, que lorsqu'on vit revenir le P. Poncet de 
sa captivité. Après lui avoir coupé un doigt et avoir 
couvert son corps de plaies, ils avaient épargné sa 
vie. 

La paix fut conclue au mois de novembre 1053. Ce 
ne fut cependant pas sans émotion qu'on vit partir 
pour les cantons iroquois le P. Le Moyne, chargé de 
présenter le traité à la ratification de ce peuple re- 
gardé avec raison comme si féroce et si peiTide. Sa 
mission eut un succès complet. 11 put secourir un 



— 121 - 



t de 



é de 
re- 
, Sa 

Ull 



certain nombre de Hurons chrétiens, captifs depuis 
plusieurs années ; et quelques Iroquois prêtèrent 
môme une oreille favorable à la parole évangélique. 

Un de leurs cypitaines, nommé Ahasistari, admis 
déjà comme catécliumène, donna au missionnaire un 
beau témoij^nage de sa loi. Malgré ses instances, celui- 
ci retardait toujours son baptême. Au moment de 
partir pour une expédition dangereuse, l'Iroquois vint 
lui dire: « Si j'ai la foi dés aujourd'liui, pounjuoi o 
» pourrais-je pas être chrétien 'i As-tu le pouvoir d'ar- 
» rêter la mort ou de m'en préserver '? Veux-tu (jul, 
» dans le combat, la crainte de l'enfer me retienne 
» et ({ue je sois sans courage ? Si tu me baptises, je 
» n'aurai peur de rien, et, je te le promets, je veux 
» vivre et mourir en clirétien ! » 

Le missionnaire, ému, céda ; et le néophyte fut 
fidèle à sa parole. 

Le canton des Onnontagués voulut se lier davan- 
tage avec les Français, et leur offrit de venir for- 
mer un village dans leur pays. Un terrain était mis 
à leur disposition sur les bords du petit lac de 
Gannentaa, aujourd'hui Sait-Lac. 

Dans l'intérêt de la colonie et de la religion, de 
Lauzon accueillit cette proposition avec empresse- 
ment. Quatre-vingt dix colons ou soldats commandés 
par le capitaine du Puis, et accompagnés de trois 
missionnaires, partirent, en 1054, pour fonder ce 
nouveau poste. L'accueil qu'ils reçurent paraissait 
cordial ; on se mit de suite à l'ouvrage. 

Cependant l'accord n'était pas unanime parmi les 




11^ 



:i:^K^ 



■ '■■.^■^■ 











)] 

1« 






fi 



— 122 — 

Sauvages, et leur caractère mobile ne pouvait pas 
donner pleine sécurité. 

Deux ans ne s'étaient pas écoulés que les Français 
de Gannentaa s'aperçurent d'un changement dans 
l'esprit des Sauvages, et ils parvinrent h découvrir 
un complot dont le but était de les massacrer tous. 
Comme la résistance était impossible, il n'y avait 
de salut que dans une fuite habilement ménagée, 
sans éveiller les soupçons. 

Tout était prêt ; il ne restait plus qu'à transporter le 
bagage et les embarcations qu'on avait soigneusement 
tenues cachées. Le temps pressait, car l'orage qui se 
formait depuis longtemps pouvait subitement éclater, 
et un grand Conseil, qui devait se tenir au fort même 
allait réunir une foule de désœuvrés et de curieux. 
Pour éluder la difficulté, on eut recours à une ruse 
fondée sur la superstition la plus enracinée chez les 
Sauvages. Un jeune Français qui avait été adopté par 
un chef lui dit qu'il avait eu un songe par lequel il 
était averti de faire un festi)i à tout manger, s'il ne 
voulait mourir bientôt. « — Tu es mon fils, répondit 
» riroquois,je ne veux point que tu meures; prépare 
» le festin et nous mangerons tout ! » Les provisions 
furent abondantes : des porcs, des outardes, des 
poissons, furent jetés dans de grandes chaudières, 
et tous les Troquois des environs furent conviés au 
festin. Pas un n'y manqua : tous s'y rendirent, à 
l'entrée de la nuit, et aussitôt ils commencèrent une 
vigoureuse attaque sur les pièces du repas. Quel- 
ques Français jouaient, pendant ce temps-là, des 



— 123 — 

instruments de musique pour amuser l'assemblée. 
Les invités se comportèrent bravement, mais enfin 
ils demandèrent quartier, avant que les provisions ne 
fussent épuisées. « Aie pitié de nous, disaient-ils au 
» jeune homme, envoie-nous reposer !» — « Vous 
» voulez donc que je meure? » répondait-il. A ce 
reproclie amer pour eux, ils se remettaient à l'ou- 
vrage avec l'énergie du désespoir ; il fallait sauver la 
vie d'un homme, dussent-ils tous périr eux-mêmes 
à la tache ! 

Pendant ce temps, les Français avaient terminé 
dans le plus grand silence les préparatifs du départ. 
Le prétendu malade dit alors aux Iroquois : « C'est 
» assez, j'ai pitié de vous; cessez de manger, je ne 
)) mourrai pas, je vais faire jouer la musique ; dor- 
» mez et ne vous éveillez que demain, à l'appel pour 
» kl prière. » Gorgés de viande, ils furent bientôt 
plongés dans un profond sommeil, et les convives 
français en profitèrent pour rejoindre leurs compa- 
gnons. 

Le soleil était déjà sur l'horizon lorsque les Onnon- 
tagués sortirent de la cabane du festin pour nkler 
autour de l'habitation française; la porte en était 
fermée et on n'y entendait aucun bruit. Ils crurent 
qu'on faisait la prière et attendirent; mais enfin, 
trouvant qu'elle se prolongeait trop, ils frappèrent. 
Les chiens, laissés à l'intérieur, répondirent par des 
aboiements, ce qui leur fit croire que les maîtres 
étaient toujours là. Enfin, la journée s'avançant, ils 
enfoncèrent les portes. Qu'on juge de leur surprise! 



il- fS't'i-ï 







■m 

.'. I",; ■«!. 
■■■"»■■»*.. 7' 

■ •.'■I: A 



v.Z' 



■v'-li 



■] . . •■ !.:.-V 





124 



Leur inquiétude se changea en effroi lorsqu'ils virent 
les appartements vicies. Qu'étaient devenus les Fran- 
çais'/ Personne n'avait vu de bateaux ; aucune em- 
preinte de pas n'existait sur le sol couvert d'une 
neige épaisse tombée pendant la nuit. Les Sauvages 
se persuadèrent qu'un puissant Manitou les avait 
enlevés dans les airs et que bientôt ils reviendraient 
pour se venger. 

Mais, quand ils surent la vérité et virent qu'ils 
avaient été joués, leur étonnement devint de la 
fureur, et la guerre fut décidée. 

Cependant, en 1050^ les Iroquois firent de nou- 
velles tentatives d'accommodement. Ils désiraient 
surlout attirer dans leur pays les Ilurons qui s'é- 
taient retirés aux environs de Québec, et qui habi- 
taient alors l'île d'Orléans. Ils voulaient les incor- 
porer à leur nation, pour suppléer aux pertes qu'ils 
avaient éprouvées. Un chef Imron , très -attaché 
aux Français, trouva des excuses que lui dictait la 
défiance : « J'ai vu en songe , dit-il au député iro- 
» quois qui le pressait de le suivre, toute la rivière 
» garnie de grandes dents. Si je m'y exposais, je 
» courrais le danger d'être mordu. Ce sera pour une 
y> autre fois. » 

Un autre capitaine de la famille de l'Ours, redou- 
tant pour les siens les conséquences d'un refus 
absolu, consentit à se dévouer; mais il voulut partir 
seul, a C'en est fait, dit-il à l'Iroquois, je suis à toi! 
» Je me jette les yeux formés dans ton canot. 
» Cependant, je ne veux pas que les miens ni'ac- 



— 125 — 

» compagnent avant de savoir comment je serai 
» traité. » Ses adieux au Gouverneur et aux Robes 
noires furent touchants : « Je vous quitte, leur 
» dit-il, mais mon cœur est avec vous, et je vous 
» laisse mes parents qui valent mieux que moi. » 

Malgré ces démarches pacifiques des Iroquois, il 
y avait toujours en campagne quehîues bandes de 
leurs guerriers que la nation avait l'air de désavouer. 
Le P. Carreau fut blessé à mort par l'une d'elles, 
près de Montréal, en 4G5G. Il accompagnait, à leur 
retour, une troupe nombreuse d'Ottaouais venus des 
bords du lac Supérieur pour leur trafic, et qui mon- 
traient les plus heureuses dispositions pour la Foi. 
Cotte Mission ne put se reprendre que cinq ans 
après. 

Le Canada vit, en 1057, se former un établissement 
qui devait être pour lui une source de bénédiction 
et de prospérité. L'abbé de Queylus, de la Congréga- 
tion de Saint-Sulpice de Paris, vint jeter à Mont- 
réal les fondements d'un séminaire. 11 prit avec ses 
confrères la direction spirituelle de la ville dont les 
Jésuites avaient été jusque-là chargés, et il acquit 
pour sa Congrégation la propriété de l'ile entière. 

Cette petite colonie de Montréal, qui devait un jour 
prendre de si grands développements, s'enrichit peu 
à peu d'établissements propres à la faire prospérer. 
La pieuse Marguerite Bourgeoys de Troyes, d'une 
famille très-considérée en Champagne, qui avait été 
amenée par de Maisonneuvc à son retour d'un 
voyage en France, déployant un zèle et une ardeur 



';'■ -^ 

: ' -Ht 






il 



■ • . .-> i, o-r 






:(■ ; ■■ 



















— 126 — 

au-dessus de son sexe, donnait naissance à la 
Congrégation de Notre-Dame, qui a produit de si 
heureux fruits pour l'éducation de la jeunesse. 
Aidée de quelques pieuses filles, elle commença les 
petites écoles avec toute l'abnégation et le dévoue- 
ment que la Religion inspire. Ce n'était qu'un grain 
de sénevé ; mais il devait devenir un grand arbre et 
étendre jusqu'à nos jours sur le Canada tout entier 
ses rameaux bienfaisants. L'Hôtel-Dieu commencé 
par M''" Mance et les premiers colons prenait une 
forme régulière, sous l'administration des religieuses 
Hospitalières venues de la Flèche, grâce aux libéra- 
lités du généreux de La Dauversière et de M'"" de 
Bullion. 

L'Église du Canada grandissait ainsi et arrivait à 
ce degré de développement qui réclame d'ordinaire 
la présence d'un évoque 3t une forme hiérarchique 
régulière. Ms'' François de Laval -Montmorency , 
évoque de Pétrée, vint prendre possession de cette 
Église, le G juin 1659, en qualité de Vicaire aposto- 
lique de la Nouvelle-France. Le siège de Québec ne 
devait être érigé qu'en 1670, et encore l'expédition 
des bulles fut-elle retardée pendant quatre ans, par 
le fait des injustes prétentions des Parlements de 
Paris et de Rouen. 

Dès le début de son épiscopat, le nouveau prélat 
eut la consolation do voir l'Église s'étendre au loin 
dans les contrées de l'Ouest. Il vit les Sauvages du 
lac Supérieur descendre de nouveau à Québec pour 
solliciter l'envoi d'une Robe noire dans ces contrées, 



I I 



— 127 — 

et il donna ce poste au P. Mesnard, connu déjà dans 
toutes les Missions du Canada. C'est dans celle -ci 
qu'il devait trouver sa couronne immortelle, en 1661. 
Il se perdit dans la forêt sur les rives sud du lac 
Supérieur, et on ne le revit jamais. Longtemps 
après, on trouva chez les Sioux sa soutane et son 
bréviaire, conservés comme des amulettes. 

Le gouvernement de la colonie venait de pas- 
ser par plusieurs mains. A de Lauzon, que son âge 
avancé (1) et son ignorance de la guerre rendaient 
peu propre à ce poste, succéda le vicomte Le Voyer 
d'Argenson , dont l'administration fut plus triste 
encore. Il saisit volontiers des prétextes de santé 
pour 56 démettre de ses fonctions avant l'époque 
ordinaire, et il agit avec sagesse. 

L'année 1660 fut une des plus agitées, et la colonie 
toucha à sa ruine. Des Algonquins prirent un Mohin- 
gan, adopté par les Agniers, et le condamnèrent à 
périr par le feu. Avant de mourir, il déclara que 
huit cents Iroquois étaient campés aux environs de 
Montréal et qu'ils y attendaient encore quatre cents 
guerriers pour attaquer les trois villes françaises, 
en commençant par Québec. L'on apprit qu'en effet 
l'armée ennen ie était près de l'embouchure de la 
rivière de Richelieu. Le danger était imminent et 
l'inquiétude fut générale. 

On sut aussi que Dolard, arrivé depuis peu, après 
avoir servi avec bravoure dans l'armée en France, et 

(1) Il avait soixante-treize ans. 









'■' 4".' ■■ 

-M 

••V ■fe'5| 

," ; ■■,' ' -*î 

■. ;. '■?•.■. .' 

. . • ,i: A. 
■ ■ 5 ■ i 



:i 



■ >■ 4; ■ f-f-' 






I 



1 



- 128 — 

s'être/ dans une prennière campagne, montré égale- 
ment propre h la guerre sauvage, avait résolu d'ar- 
rêter la marche de l'ennemi. Il avait communiqué 
son ardeur à seize de ses amis qui se décidèrent 
à le suivre. Chacun d'eux fit son testament, se con- 
fessa, communia, et tous promirent, en face des 
autels, de ne jamais demander quartier et de se sou- 
tenir les uns les autres. 

Partis le !<"• mai, ils s'arrêtèrent au pied du Saut 
des Chaudières, sur la rivière des Ottaouais, dans un 
lieu où ils trouvèrent un petit fort sauvage formé de 
pieux plantés en terre. Il était éloigné de l'eau et com- 
mandé par un coteau voisin ; ils résolurent cepen- 
dant d'y attendre les Iroquois. 

Ils étaient là, depuis quelques jours, lorsqu'ils 
furent rejoints par quarante Ilurons et six Algon- 
quins, conduits par le vieux clief Anahotaha et par 
Mitiwemeg, renommé parmi 1(3S siens. Le lendemain 
de l'arrivée de ce renfort, une bande d'Iroquois fut 
signalée. Le temps avait manqué pour élever une 
seconde palissade, et les guerriers furent surpris au 
moment où ils étaient à genoux pour la prière du 
soir et où les chaudières étaient sur le feu pour pré- 
parer le souper. Ils se réfugièrent précipitamment 
dans le fort. 

Une vive fusillade s'engagea et la nuit se passa h 
se fortifier des deux cotés. Dès le matin, les Onnonta- 
gués donnèrent l'assaut, en poussant leurs cris de 
guerre. Plusieurs tombèrent morts ou blessés et les 
autres battirent en retraite. Recourant alors à la 



yi^^ 



a 



3S 

la 



— 129 — 

ruse, ils parlementèrent pour attendre un gros corps 
d'Agniers qui devait les rejoindre. Les Français, jus- 
tement défiants, refusèrent tout accommodement. 
Pendant qu'une partie des assiégeants attirait l'at- 
tention des Hurons, le gros de la troupe cherchait 
à s'approcher de l'autre côté. Les Français les re- 
çurent à coups de fusil et les forcèrent de se tenir à 
distance. 

Pendant sept jours le fort fut investi; la faim et 
surtout la soif torturaient les assiégés. N'ayant pas 
d'eau, ils étaient réduits à avaler sèche la farine de 
maïs. Les Hurons manquèrent aussi de plomb et 
Dolard leur en fournit. Jusque-là, tirant par les 
meurtrières, ils n'avaient perdu aucun des leurs. 

Après une semaine d'attente, cinq cents Agniers 
et Onneiouts arrivèrent et furent annoncés par des 
cris qui retentirent dans les profondeurs de la forêt 
et eussent glacé d'épouvante des cœurs moins réso- 
lus. Le fort fut alors entouré de toutes parts; les atta- 
ques se renouvelèrent sans cesse et la fusillade dura 
jour et nuit. La vigilance, le courage et la piété des 
Français, ne se démentirent pas un instant. Chaque 
fois qu'ils avaient repoussé l'ennemi, ils se jetaient à 
genoux et priaient Dieu. Cependant la soif pressait 
tellement les Hurons qu'ils envoyèrent quelques-uns 
des leurs s'aboucher avec les Iroquois qui les accueil- 
lirent avec acclamation. Trente d'entre eux sautèrent 
par-dessus la palissade et se rendirent malgré les 
reproches indignés d'Anahotaha. Cette fuite honteuse 
affaiblit les forces des assiégés et redoubla l'ardeur 



11.-;'. ■ ."i ■ »'T d 









l*ïl* 






■■■■,.';*l,.Tf 

" , . ' ■ il 

mm 

■ ■it "■■.-■ 

■m 



■ T. 



rK- 






'■■■;•^ .' 

■'■'i-f*i*"t\ 
'. ■ix'V'''^.y'*{ 



f 



I' 



— 130 — 

des assiégeants, informés par les fuyards de la fai- 
blesse des compagnons de Dolard. 

Des parlementaires suivis de guerriers s'avancè- 
rent pour inviter le reste des Ilurons ù suivre les 
transfuges ; mais ils furent reçus ù coups de fusil : 
plusieurs furent tués et les autres s'enfuirent. 

Depuis dix jours une poignée d'hommes détermi- 
nés arrêtait une armée entière devant une cliétive 
bicoque. Les Iroquois furieux tentèrent un suprême 
effort et décidèrent l'assaut. Tous ensemble se ruèrent 
au pied de la palissade et s'y cramponnèrent , au- 
dessous des meurtrières. Ainsi abrités, ils attaquè- 
rent les pieux à coups de hache. Les Français eurent 
recours à tous les moyens que leur inspira l'expé- 
rience. Des arquebuses chargées jusqu'à la gueule 
produisirent l'effet de la mitraille. Dolard s'avisa 
de jeter au milieu des ennemis un baril rempli 
de poudre, auquel il avait ajusté une fusée. Par 
malheur, une branche l'arrêta et le rejeta dans 
le fort, où il porta la moit au milieu des combat- 
tants. Etouffés par la fumée, ceux-ci ne distinguaient 
plus les assiégeants (|ui, profitant de la confusion, 
s'emparèrent des meui'trières et liront un feu écra- 
sant. Un des neveux d'Anahotaha, qui était passé 
aux Iroquois, invita alors son oncle à se rendre, lui 
promettant la vie sauve : « J'ai donné ma parole aux 
» Français, répondit-il, je mourrai avec eux ! » Peu 
après, il tomba frappé à mort. Avant d'expirer, il pria 
un de ses guerriers de placer sa tête sur les charbons 
ardents, pour que sa chevelure ne servît pas de tro- 



— 131 — 

phée aux vainqueurs. Par un sentiment d'humanité 
exagérée, un Français acheva à coups de hache ses 
compagnons blessés à mort, pour les soustraire aux 
supplices qui les attendaient. 

Enfin maîtres du fort, les Iroquois abattirent à 
coups de fusil quelques braves qui se défendaient 
toujours, et se livrèrent à toutes les fureurs de la ven- 
geance. Deux Français qui respiraient encore furent 
traînés sur le feu et tourmentés jusqu'à leur dernier 
soupir. Quatre autres, qui conservaient assez de force 
pour être conduits ù la suite des vainqueurs, furent 
partigés entre eux, ainsi que quatre Ilurons qui 
avaient combattu jusqu'à la fin. Ceux qui avaient eu 
la lâcheté de déserter eurent le même sort. 

Les prisonniers, gardés à vue pendant le jour, 
étaient attachés, la nuit, à un piquet, les pieds et les 
poings liés. Un Tluron chrétien et fidèle parvint ce- 
pendant à tromper cette vigilance et à gagner Mont- 
réal. 

Des huit cents Iroquois qui avaient assisté au siège, 
raconta-t-il, un grand nombre avaient été mis hors de 
combat, et les monceaux de cadavres qui s'élevèrent 
autour de la palissade, durant la dernière attaque, 
servirent aux assaillants pour l'escalader. Les vain- 
queurs, stupéfaits de la résistance qui leur avait été 
opposée par quelques Français, rélléchirent à celle 
qu'ils rencontreraient devant des remparts fortifiés. 
Affaiblie et lassée, l'armée iroquoise renonça donc 
à son projet d'attaquer Québec et regagna ses can- 
tons. 



1^; . 



', on 



: '-m 

'•'■■ "' ■. ^^^ J 

■*;.■• •...■rt^^.-.J?:! 




i 



■J: i. 

1.' t 

.1 'i 



■1 i 



mm 




é 



'■■' ■■'.l'A-' 







: % 



l 




M 1 ' 1 


i, 1 


i 

4 


■ : 


1 

'i 


; t- ! 

•'M 


} 




t 


'1 


■V 


' 'i 


■ ^ 


D ^i ' ^ 


11'^ 


I I 


1 ' ' i 


^H 


il 



— 132 — 

En apprenant la fin tragique des jeunes gens qui 
s'étaient dévoués pour le salut commun, la douleur 
fut profonde dans la colonie. Tout en regrettant leur 
perte, les cœurs catholiques étaient consolés par la 
pensée qu'ils étaient tombés en braves et en chré- 
tiens, le fusil à la main, la prière sur les lèvres et 
l'espérance dans l'âme. On était tenté de les vénérer 
comme des martyrs de la Foi, et « certes, » ajoute 
Tabbé Ferland, qui rapporte ce trait de dévouement, 
« l'on peut bien comparer avec ce que l'histoire offre 
» de plus noble, le spectacle donné par ces hommes 
» sur le théâtre obscur qu'ils avaient choisi pour 
» combattre et mourir. » 

Le baron d'Avaugour vint prendre la place du 
vicomte d'Argenson en 16G1. C'était un caractère 
actif et résolu. Par l'énergie de ses mesures et par 
ses vives réclamations, il obtint du Roi et de la Com- 
pagnie des cent associés la promesse des secours 
que réclamait l'état de la colonie. Il envoya comme 
député vers Louis XIV l'illustre Pierre Boucher, 
gouverneur de Trois-Rivières , et l'un des premiers 
historiens de la Nouvelle -France. La colonie ne 
pouvait pas être mieux représentée : sa démarche 
fut couronnée d'un plein succès. 

Les Iroquois se montrèrent bientôt moins fréquem- 
ment en armes dans la colonie. La nouvelle des 
secours attendus de France était déjà arrivée jus- 
qu'à eux et les rendait plus circonspects. Ils se lan- 
cèrent alors dans des excursions lointaines, où ils 
n'éprouvèrent que des revers. 



— 133 — 

Les trois cantons supérieurs qui s'étaient toujours 
montrés plus favorables aux Français firent une 
démarche , en IGGl , pour renouer la paix. Deux 
cents de leurs canots surmontés du pavillon blanc 
se présentèrent devant Montréal, et, comme garantie 
de leurs bonnes intentions, leurs députés s'étaient 
fait accompagner par plusieurs prisonniers français 
qu'ils rendaient à la liberté. Ils demandaient en 
même temps des Robes noires pour leur enseigner 
la prière. 

L'ame de cette démarche était Garakontié, capi- 
taine d'Onnontagué et grand ami des missionnaires. 
Bien des captifs français qu'il acheta du produit de 
sa chasse lui durent la vie, et il fit toujours respecter 
les Pères Jésuites tant qu'ils restèrent dans le pays. 

Le P. Simon Le Moyne, déjà connu des Iroquois, 
dont il parlait admirablement la langue , fut chargé 
d'aller près d'eux négocier cette affaire. 

Pour la cinquième fois, il partit gaiement avec 
les membres de l'ambassade et alla exposer sa vie 
dans les cantons iroquois. Garakontié se porta à huit 
kilomètres d'Onnontagué avec plusieurs anciens , 
pour faire honneur ù l'ambassadeur français. Toute 
lu population se mit en mouvement pour lui sou- 
haiter la bienvenue. Entre deux haies d'hommes, de 
femmes et d'enfants, il s'avançait gravement, pous- 
sant par intervalle le cri usité dans de semblables 
circonstances. 

Garakontié conduisit le P. Le Moyne chez le chef 
du parti opposé au sien, pour le disposer à la paix, 



E** 



r-'-.f . 
'■''■Xf , 

• mm 

'■%^ 



M 

::■' i' 
■'.■>'ÎM SI 



11 



•■;.*; - 






m 



:-.»v^'j 






t, 

I 



': I 






en lui déférant rhonneur do la première visite. Un 
grand Conseil fut convoqué pour traiter de la re- 
mise des captifs, I mciens se décidèrent à en 







y. 






rendre neuf que Garakoiitié fut cliargé de conduire 
h Montréal. Les onze autres devaient encore passer 
l'hiver à Onnontagué avec le P. Le Moyne et être 
rendus à la liberté au printemps suivant. 



135 



du ire 

asser 

ùtre 



Cette mission ne s'accomplit pas sans difficulté. 
Oarakontié rencontra, près de Montréal, une jjande 
de ciiKpiante guerriers onnontagués ([ui portaient en 
triomplie des chevelures ri'anraiscs. L'un d'eux était 
revêtu d'une soutaiio (lu'il avait endossée comme un 
glorieux trophée. IMusiours dos députés, redoutant 
les suites de cette affaire, voulaient retourner sur 
leurs pas. Oarakontié s'y refusa et poursuivit sa route. 
Il fut traité comme un ami des Français et se mon- 
tra reconnaissant de l'acciueil qu'il rerut. C'était un 
homme d'an tact admirable, (jui n'avait de sauvage 
que l'origine et le nom. La beauté de son amo et 
l'élévation de son intelligence l'entraînaient vers le 
catholicisme, et il réprouvait hautement les actes do 
p'" lidie de ses compatriotes. A. son retour dans son 
cantun, il trouva les dispositions changées, et les 
esprits aigi'is par des rumeurs et des préventions 
injustes. Par sa fermeté et son adresse, il rétablit 
le calme et dissipa les craintes. Surmontant tous 
les obstacles, i! parvint à remplir sa promesse, et, 
au mois d'août 'IGG'2, tous les prisonniers rentrèrent 
h Montréal avec le P. Le Moyne. 

Une de ses joies avait été de trouver dans le 
canton de Goyogouen une troupe nombreuse de 
IJurons chrétiens à (jui une captivité de quinze et 
vingt années n'avait pu arraclier la Foi du ccpau'. 
Ils en avaient été, sans s'en douter, les témoins et 
les apôtres. 

Il revint par la ri^, ière Oswego. En passant près 
d'un petit lac, on lui fit remarquer un grand bassin 



■ '^'^'>| 






,: 



H i i 



r^ 



< ) 



I 



r I 



! 11! 



— 136 — 

à peu près desséché. Les Sauvages prétendaient 
qu'un Manitou y résidait et en rendait l'eau si 
puante qu'ils n'en pouvaient pas boire. Le Père Jé- 
suite voulut la goûter et la trouva très-salée. L'ayant 
fait évaporer, il en tira un beau sel qu'il porta à 
Québec. Ainsi, bien avant l'établissement des Euro- 
péens dans cette partie de l'État de New-York, un 
pauvre missionnaire avait découvert ces sources 
qui devaient un jour devenir une fortune pour les 
populations de TOuest. 

Les Agniers et les Onneiouts avaient été étrangers 
au traité de paix conclu avec les cantons supérieurs. 
Aussi, loin de déposer les armes, ils semblèrent mul- 
tiplier leurs courses hostiles dans la colonie : bien des 
Hurons et plus décent Français tombèrent sous leurs 
coups. Deux vénérables prêtres sulpiciens, l'abbé 
Lemaitre et l'abbé Vignal, furent tués près de Mont- 
réal, ainsi que l'intrépide major Lambert Closse. 
Dans l'ile d'Orléans, le sénéchal de Lauzon, fils de 
l'ancien Gouverneur, et ceux qui l'accompagnaient, 
eurent le môme sort. 

Pour mettre un à ces assassinats et à ces dépré- 
dations, et pour chMtier ces audacieux pillards, le 
baron d'Avaugour demanda au Roi trois mille sol- 
dats. On lui envoya cent familles qui comblèrent à 
peine les vides. 

Les changements survenus dans la Nouvelle- 
Bf^lgique pouvaient n'être pas étrangers à cette re- 
crudescence de haine. Pour se venger des États de 
Hollande, Charles II d'Angleterre s'était emparé, en 



i I 
i i I il 



— 137 — 

1664, de leur colonie voisine des Agniers, et ceux-ci 
ne tardèrent pas à s'apercevoir du peu de sympathie 
des Anglais pour la France. Ils surent toujours, selon 
le besoin de leurs intérêts, mettre cette disposition à 
profit, mais en sauvegardant toutefois leur indépen- 
dance qu'ils ne consentirent jamais à aliéner. 

Pendant que le Canada gémissait sur les malheurs 
de la guerre que lui faisait l'Iroquois, il vit se former 
dans son sein une source de désordres, qui lui devint 
plus funoste encore. La vente de l'eau-de-vie aux 
Sauvages, si passionnés pour les liqueurs fortes, était 
devenue un honteux trafic, fatal à la religion, aux 
mœurs, et même aux intérêts de la colonie. Me'' de 
Laval l'avait proscrit sous les peines canoniques. 

Sur l'avis de la Cour, le baron d'Avaugour avait, 
de son côté, édicté des peines très-graves contre les 
déhnquants. Pour contravention à cette loi, une 
pauvre femme avait été jetée en prison et attendait 
son jugement. Pressé par sa famille, le P. J. Lale- 
mant crut pouvoir intercéder en sa faveur. Le Gou- 
verneur se formalisa de cette démarche et répondit 
avec humeur ; « Puisque la traite de l'eau-de-vie n'est 
)) pas une faute pour cette femme, elle ne le sera 
); désormais pour personne ! » 

Par un faux point d'honneur, il ne voulut jamais 

retirer cette parole indiscrète, et toute prohibition 

cessa. Le peuple, toujours prêt à écouter la voix qui 

flatte ses passions ou sa cupidité, se livra sans mesure 

à cet odieux commerce. Bientôt le désordre devint 

extrême et on vit les Sauvages, même chrétiens, en- 

4**" 






; '■■'î.'ii'i-- 1 












•m 



<"'■'-; 



i', 







:;t;i;; : 







<. . ;» Ci' 



I ! 

h il 



; 



i;M 



Ji 



! 



B 


|j 


\ 




L 


, 1 



— 138 — 
traînés par un irrésistible penchant, se livrer aux 
plus déplorables excès d'immoralité et de barbarie. 

L'Évoque tenta d'inutiles efforts pour arrêter un 
mal auquel les autorités civiles prêtaient elles-mêmes 
la main. Voyant son caractère méprisé et sa voix mé- 
connue, il prit le parti de passer en France, en 1GG2, 
pour porter ses plaintes au pied du Trône. 

Pendant son absence, les Éléments semblèrent se 
prononcer pour la cause de la religion et de l'huma- 
nité. « Le ciel et la terre nous ont p^rîé bien des 
» fois depuis un an, » écrivait le P. Lalamant en 1663. 
Il faisait allusion aux violents tremb:3ments de terre 
qui ébranlèrent tout le Canada et jetèrent ses habi- 
tants dans la consternation. La première secousse 
arriva le G février 1CG3, et elles se succédèrent pen- 
dant six mois presque sans interruption. Sur plu- 
sieurs points le sol fut bouleversé. On n'eut cepen- 
dant à déplorer la perte de personne. 

Grâce à l'esprit de foi qui animait la population, 
ces convulsions de la nature furent regardées comme 
un avertissement du Ciel, et elles provoquèrent des 
conversions nombreuses. Le scandaleux trafic cessa 
comme par enchantement, avant même le retour de 
l'Évêque, qui avait obtenu de la Cour le gain complet 
de sa cause. Quelques hommes intéressés purent se 
récrier contre cette prohibition ; « mais je n'hésite pas 
» un instant, dit Dussiuux, à approuver et à honorer 
» sans réserve les principes du gouvernement de 
» Louis XIV à cet égard (1). » 

(1) Lfl Canadn sous la domination française. 



— 139 — 

M^' de Laval avait profité de son voyage pour réa- 
liser une belle pensée dans l'intérêt de l'Kglise du 
Canada. Il obtint des lettres patentes pour la fondation 
du séminaire de Québec, et il en donna la direction 
aux prêtres de la maison des Missions étrangères de 
Paris. Depuis la conquête du Canada, elle a passé 
dans les mains des ecclésiastiques du pays^ qui ont 
continué avec le même zèle et le même dévouement 
l'œuvre fondée parle vénérable prélat. 

Vers la même époque, il cli\isa le pays en paroisses 
avec des curés en titre ayant le droit d'y percevoir 
la dime. Les terres nouvellement défrichées étaient 
exemptes de ce tril)ut pendant cinq ans. 

Le cours des Missions sauvages prit en même 
temps une nouvelle extension. Le P. lîailloquet par- 
courait les rives du golfe Saint-Laurent. Le P. Da- 
blon et le P. Druillette remontaient le Snguenay et 
s'avan(:aient au-delà du lac Saint-.Tean. Le 1\ Alhanel 
poussait plus loin encore et plantait la croix sur les 
bords (Il lac r)ai'nal)ê, au milieu des Papinacliois qui 
lasahr ..jit avec des transports d'allégresse. 

Le Canada allait sorlir de l'enfance et devenir une 
province lVan(:aise. Les changements qui vont s'opé- 
rer sont si importants que des écrivains ont [)lacé la 
fondation de la colonie à l'année i^My^. Ils laissent 
ainsi dans l'oubli la plus belle porlion de son histoire. 
La période (pie nous venons de parcourir oITre des 
Iraits nomhroiix t]o dévouement, de courage, de foi 
et de persévérance. Les bornes de cet ouvrage ne 
nous ont pas permis de les indi({uer tous. Le mémo 



' :■ m 

•j .■■ ■ , ' si;. '. >:- 
•■<■ ■ - ' ■"'•:4'kI..'1 

I" ■ ■■"■''ê^i. 

I ;,. . -'•■f^-fSi d 

',■■■■- y. "au ' 












i\;e' 










l 



. 



'I 



! 



! ' I 



I 1 ! 



' ) 



i 1 



* 



— 140 — 

esprit animait les laïcs et les religieux, les femmes 
faibles et délicates aussi bien que les soldats et les 
hardis explorateurs qui s'aventuraient au loin. Que 
de nobles natures se sont ainsi développées ! Com- 
ment ne pas admirer ces jeunes gens doués des plus 
beaux dons de l'esprit et du cœur, habiles à la chasse, 
adroits à conduire le léger canot, devançant à la 
course les plus agiles de la race rouge, infatigables 
dans les longues marches, au milieu des forêts, ac- 
coutumés à combattre avec la hache et le fusil, par- 
lant les langues des Sauvages aussi bien que les 
indigènes, toujours prêts à servir la religion et la 
patrie et à sacrifier leur vie pour la gloire de Dieu et 
l'honneur du nom français ? 

Quoi de plus touchant que de voir des filles timides, 
élevées dans la solitude si calme du cloître, renon- 
cer au silence et à la paix du couvent pour se consa- 
crer au service de Sauvages sales et rudes dans leurs 
manières ; de grandes dames, formées à l'aisance et 
aux agréments de la société, se condamner à vivre 
dans un pays barbare, privées de ces jouissances ma- 
térielles qu'elles possédaient en France ? Nous avons 
vu M'"*^ de La Pelterie, jeune et belle, se complaire 
à caresser les filles algonquines, à les nettoyer et à 
les instruire. Non contente d'avoir partagé les travaux 
des Ursulines de Québec, elle alla seconder ceux de 
M''« Mance, à l'établissement de Montréal, et elle 
voulait se rendre, à travers les mille dangers de la 
route, jusqu'au pays des Hurons. M'"" d'Ailleboust et 
M'"" de Monceaux qui avait brillé à la Cour, soignaient 



— 141 — 

les Sauvages dans leurs maladies, recueillaient les 
restes des prisonniers brûlés et souvent elles les por- 
tèrent elles-mêmes au cimetière pour leur procurer 
une sépulture chrétienne. 

Des femmes firent même souvent preuve d'une 
présence d'esprit admirable et d'un courage viril. 
Ainsi, en février 1661, des colons travaillant dans les 
bois, sans armes, furent surpris. Treize furent faits 
prisonniers et les autres fuyaient vers le fort, sourds 
h la voix du brave Le Moyne qui, armé de pistolets, 
opposait seul de la résistance. M™o Duclos, du fort où 
elle était, avait été témoin de l'attaque. Elle saisit des 
armes et des munitions et courut arrêter les fuyards 
qui s'emparèrent des fusils et, guidés par elle, for- 
cèrent les ennemis à la retraite. 

Formée sous un climat sain, quoique rigoureux, 
menant une vie active et frugale, endurcie aux travaux 
de la terre, éprouvée par les fatigues des vcyages, 
par les dangers de la guerre, la population s'était dé- 
veloppée forte et vigoureuse. Les constitutions fai- 
bles avaient succombé, les tempéraments robustes 
résistèrent seuls et fondèrent des races acclimatées et 
vivaces. c< Gela est étonnant, écrivait la Mère de l'In- 
)) carnation (1), de voir le grand nombre d'enfants 
» très-beaux et bien faits, sans aucune difformité, si 
» ce n'est par accident. Un pauvre homme aura huit 
» enfants et plus qui, l'hiver, vont nu-pieds et tête 
» nue, avec une petite camisole sur le dos, qui ne 






< 'î' >.'■»' .'i^-'V'' s '1 

Il : -f^ 



m 




i. '."à' 



(I) Lettres histori'/ncs et spirituelles. 



M ': y^'^' 



I 



\ '^ 



i 



M 



p. 1 



— 142 — 

» vivent que d'anguilles et de pain, et avec cela gros 
s et gras. » 

A l'époque où nous sommes parvenus, le pays ne 
comptait pas plus de deux mille cinq cents Français, 
que l'on doit regarder comme les véritables fonda- 
teurs du peuple canadien. 

C'est donc à bien juste titre que l'on a désigné les 
cinquante premières années qui ont suivi la fon- 
dation de Québec, comme les temps héroïques de la 
Nouvelle-France. 



VII 



Gouvernement royal (1663). — M. de Mézy. — Le 
marquis de Tracy (1665-1666). — M. de Cour- 
celles (1665-1672). 



La Compagnie des cent associés, réduite à qua- 
rante-cinq membres, et moins capable que jamnis 
de remplir ses obligations, remit, en 1003, à la Cou- 
ronne tous ses droits sur le Canada. La colonie 
devenait ainsi comme une province de France, et 
Québec fut honoré du titre de Ville. Dupont-Cau- 
dais, commissaire royal, vint constituer le nouveau 
gouvernement et recevoir le serment de fidélité des 
habitants. 

Il forma un Conseil souverain et permanent dont 
les membres, d'abord au nombre de cinq, furent 
portés ensuite jusqu'à douze (1). 

Une charge nouvelle fut créée immédiatement 

(1) Le premier conseiller recevait aiinuellemcnl 800 francs de 
Irailcment et les cinq plus anciens -iOO francs; les autres ser- 
vaient içratuitement. 












'•:t'-.'^ 
'î^'-.-d 




^1 



M 



M 



t, 






!' 






I 



I- 



— 144 — 

après celle du Gouverneur ; elle en était même in- 
dépendante sur certains points. L'Intendant était le 
grand officier de la Couronne et veillait à la ])onne 
administration de la justice et des finances. Le jeune 
Talon, qui instruisit Golbert de l'état et des res- 
sources de la colonie, reçut du grand ministre ce 
poste important. 

De Mézy, successeur du baron d'Avaugour, fut 
chargé d'inaugurer la nouvelle administration. Plu- 
sieurs officiers de guerre et de justice et quelques 
familles venaient avec lui se fixer en Canada. 

Ce Gouverneur avait pour lui des principes reli- 
gieux et sans doute aussi la droiture des intentions ; 
mais il manquait de ce qui constitue le magistrat 
sage et prudent. Ébloui peut-être par les honneurs 
et égaré par des conseils perfides , il rendit son ad- 
ministration maladroite, imprudente et vexatoire. 

M?'' l'évoque, à qui il était redevable de sa nomi- 
nation, fut le premier objet de ses injustes violences, 
qui devinrent bientôt un scandale public. 

De Maisonneuve se vit retirer sa commission et 
reçut l'ordre de repasser en France. « Les joies furent 
» détrempées de beaucoup d'amertume, écrit Dollier, 
» lorsqu'on vit le père et cher Gouverneur partir 
» cette fois tout de bon et nous laisser dans d'autres 
» mains dont on ne devait pas espérer le môme 
» amour et la môme fidélité pour l'éloignement des 
» vices (1). » Vingt-trois ans de sage administration 

(1) Histoire do Montréal. 



— 115 — 

avaient fait connaître tout le mérite de ce Gouver- 
neur, et son déi)art fut un malheur. 

Presque tous les officiers de la colonie avaient h 
gémir des vexations dont ils étaient l'objet. Les 
plaintes portées en Cour contre lui furent telles, que 
le Roi le fit remplacer immédiatement par de Cour- 
celles, qui sut se faire aimer et estimer. Il fut même 
chargé d'une enquête sur la conduite de son pré- 
décesseur; mais le jugement de Dieu prévint celui 
des hommes. De Mézy mourut peu après, et répara 
ses erreurs par son repentir et par une éclatante pé- 
nitence. Aussi les commissaires nommés par le Roi 
crurent-ils « qu'il valait mieux ensevelir ses fautes 
» avec sa mémoire » (1). 

De Gourcelles venait en Canada dans la compagnie 
du marquis de Tracy, lieutenant général des armées 
du Roi, que Louis XIV y envoyait avec les pouvoirs 
de vice-roi, et la mission de dompter les Iroquois 
par la force. 

Le marquis, homme de Cour, étala un luxe et une 
ostentation auxquels on n'était pas accoutumé. Il ne 
sortait jamais sans être précédé de vingt-quatre 
gardes et de quatre pages, sans être suivi de six la- 
quais et d'un bon nombre d'officiers richement vêtus. 
Mais il était homme de bien et avait de belles qualités 
personnelles. Il fut reçu avec enthousiasme par la 
population et salué comme un sauveur. Les Sau- 
vages ne se lassaient pas d'admirer sa magnificence 












m^Mm 







:;«-: 



.-.i,V' 







{{) Lettre Uo Talon, aux Archives du Ministère de la marine. 






)! 



; I 



I! 



1 i 



— 146 — 

qui dépassait tous leurs songes. Le camp des Hurons, 
placé sous la protection du fort Saint-Louis, s'em- 
pressa de porter ses présents et ses paroles au grand 
Onontio. L'orateur s'exprima ainsi : « A tes pieds 
» tu vois les débris d'une grande terre et les restes 
» pitoyables d'un monde entier, autrefois peuplé 
» d'une infinité d'habitants. Ce ne sont maintenant 
» que des squelettes qui te parlent. 

» L'Iroquois a dévoré leurs chairs, les a brûlés sur 
» ses échafauds et ne leur a laissé que les os. Il ne 
» nous restait plus qu'un filet de vie : nos membres 
» qui ont passé par les chaudières bouillantes n'a- 
» valent plus de vigueur, quand, avec peine, ayant 
» levé les yeux, nous avons aperçu sur la rivière les 
» navires qui te portaient et, avec toi, tant de braves 
» soldats. 

» Ce fut pour lors que le soleil nous parut éclater 
» avec de plus beaux rayons, et éclairer notre an- 
» cienne terre qui, depuis tant d'années, était cou- 
» verte de neiges et de ténèbres. Pour lors, nos lacs 
» et nos rivières parurent calmes et sans tempêtes, 
» et il me sembla entendre une voix sortie de ton 
» vaisseau, qui nous disait : — Courage, peuple dé- 
» sole (1) !... » 

Les Algonquins se présentèrent quelque temps 
après, et Nool Tekouérimat, le plus ancien chrétien 
de Sillery, prononça la harangue. Le marquis de 
Tracy prenait plaisir à se faire traduire ces discours 

(1) Relation de 1665, 



— 141 — 

et admirait les tournures hardies dont ces Sauvages 
revêtaient leurs pensées. Il leur répondit avec bonté 
et leur promit de les secourir de tout son pouvoir. 

Avec les troupes données au marquis de Tracy 
pour son expédition, arriva aussi un certain nombre 
de familles pour résider dans le pays. Elles ame- 
naient beaucoup d'animaux domestiques et en par- 
ticulier des chevaux, h peu près inconnus jusque-là. 

Pour préparer la guerre contre les Iroquois, le 
marquis de Tracy fit bâtir trois forts sur le chemin 
qui conduisait à leur pays. 

Le premier, à l'entrée de la rivière des Iroquois, 
sur l'emplacement de l'ancien fort de Richelieu 
abandonné depuis plusieurs années, prit le nom de 
son commandant, le capitaine de Sorel. Le capitaine 
de Chambly laissa le sien au fort qu'il fut chargé 
d'élever au premier rapide de cette rivière. Le troi- 
sième fut placé, douze kilomètres plus haut, dans 
l'île Sainte-Thérèse. 

Les Iroquois des cantons des Agniers et des On- 
neiouts semblèrent d'abord peu inquiets des prépa- 
ratifs de guerre des Français. Ils continuèrent leurs 
déprédations et leurs massacres, et dans une de 
leurs excursions, en 16G6, ils donnèrent la mort à plu- 
sieurs officiers français et, entre autres, au jeune de 
Chasy, neveu du marquis de Tracy. 

Le vieil ami des Français, Garakontié, ayant ob- 
tenu la délivrance de Charles Le Moine, prisonnier 
depuis trois ans, voulut le ramener lui-même, en 
accompagnant quelques ambassadeurs onnontagués, 



;»' '!•'..'> -5 



■^:^ 







v.i ; 






"■ «'V 



< .1 
■ 1 -> 



r:^ 



1 -';, 

m 












y. r/.;vV-H:Ç-t^ 



'M 






ï:, 



— 148 — 

goyogoLiens et tsonnontouans, qui venaient h Québec 
renouveler les traités de paix. Ils y arrivèrent au 
commencement de décembre et apportèrent la nou- 
velle de la mort du P. Simon Le Moyne, décédé le 
25 novembre, au cap de la Madeleine. 

Une audience solennelle fut accordée aux députés, 
et Garakontié y prononça le discours. Après avoir 
offert ses services et l'amitié de sa nation, il fit 
l'éloge du missionnaire qui avait tant fait pour rap- 
procher les Iroquois des Français. 

« Ondessonk (1), dit l'orateur, en s'adressant au 
» Père, m'entends-tu du Pays des morts, où tu es 
» passé? C'est toi qui as tant de fois porté ta tête sur 
» les échafauds des Agniers; c'est toi qui as marché 
» dans le feu pour en arracher les Français. Nous 
» t'avons vu, sur nos nattes du Conseil, décider de la 
» paix et de la guerre. Nos cabanes se sont trouvées 
» trop petites quand tu y es entré, et nos villages 
» mômes étaient trop étroits quand tu t'y présentais, 
» tant la foule du peuple était avide d'entendre tes 
» paroles. . . Nous te pleurons, parce qu'en te perdant, 
» nous avons perdu notre père et notre protecteur ! » 

Après avoir rappo1<' niodr tement les services qu'il 
avait lui-mémo rc nuiida la liberté de trois 



(1) Nom Si. ,^e du Le losuc; il avait ù lé porté par le 
P. .Jogues. Tu les mi -riionnairoï^ avaient aussi leurs surnoms 
el s'appelaient : le P I.i^morcier, Gluiiisc ; le P. Daniel, An- 
loucnnen; le P. Chùl' Inin, Arioo ; le P. <"li. Garnier, Oracha; 
le P. Dupéron, Anonchiarra; le P. J. Lalen I, Achicndasse; les 
PP. de Brébeuf et Chaumonol, Éclion; le ' lagueneau, Aond«- 
chele; le P. Chabanel, Arontaen, etc. 



6- « 

'm 



— liO — 

prisonniers tie sa nation, grAce qui lui fut accordée 
volontiers. 



C 
X 






c 

r. 




Cependant les Agniers finirent par redouter l'orage 
dont ils se sentaient menacés, et ils essayèrent de le 
conjurer en envoyant deux députés à Québec. 

Le vice-roi les accueillit avec bienveillance et les 
admit à sa table. La conversation étant tombée sur 









- •'•'■'^,•1 



1 m*>' 



a* 



\f 1 






M 









jA'.; 



l 



■ ■■•/»»'■. '.I 












'4 



■'' i 



Imt, I 



[i 



1 ' 
I 



I. II? 



I ?»• ' ' 



''I 



n. 



f; 



— 150 — 

la mort du lieutenant de Chazy, un des députés se 
leva et dit avec bravade en avançant la main : « Voici 
» le bras qui a casse la tète à ce jeune officier! » 
Justement indigné d'unp telle insolence , de Tracy 
reprit : « Il ne cassera px'is la tète à personne!... » et 
il le fit passer par les armes en présence de son 
compagnon qui fut conduit en prison. 

Toute négociation fut rompue, et le marquis de 
Tracy , quoique septuagénaire , disposa tout pour 
marcher lui-même contre les Iroquois avec six cents 
soldats, autant de miliciens, et une centaine de 
Sauvages. 

Le secret de cette expédition transpira, et les 
Agniers n'attendirent pas l'arrivée de ces forces su- 
périeures. Ils se retirèrent au fond des forêts et ne 
laissèrent qu'un désert à parcourir. Les Français 
durent se contenter de brûler les bourgades aban- 
données et d'enlever de grandes provisions de blé 
d'Inde qui y restaient. La fin du mois d'octobre 
approchant ne permit pas à de Tracy d'infliger le 
même châtiment au canton des Onneiouts. Il ne vou- 
lut pas s'exposer à trouver, en revenant, les rivières 
gelées et, sur ses derrières, un ennemi pour le har- 
celer. En somme, le but principal n'était qu'en partie 
rempli. Les Agniers étaient humiliés, mais non 
vaincus. Cependant la famine en fit périr un grand 
nombre. 

La mission du marquis de Tracy était à son terme. 
Son dernier acte fut d'établir la Compagnie des Indes 
occidentales dans tous les droits de commerce dont 



— 151 — 



h;-Vi' 



avait joui celle des Cent Associés, et de donner leur 
congé à plus de quatre cents soldats du régiment de 
Carignan, venus avec lui. Il les laissait pour devenir 
colons du Gunada, tout on restant ses défenseurs : 
politique qu'on ne saurait trop louer, parce qu'on ne 
combat jamais mieux que pour protéger son foyer. 
Plusieurs officiers se marièrent dans le pays et s'y 
fixèrent. La population s'éleva alors à cinq mille 
âmes. 

Après dix-huit mois de séjour en Canada, le mar- 
quis de Tracy retourna en France, emportant avec 
lui les regrets et le respect de tous ses habitants. Sur 
sa proposition et sur celle de l'Intendant Talon, le 
l»oi accorda des lettres de noblesse aux Canadiens 
qui avaient rendu les services les plus signalés. Le 
Moine, l?oucher, Bourdon, d'Auteuil , Jucherepu, 
(iodefroy, Denis, Amiot et Gouillard, reçurent cette 
honorable distinction . 

Le châtiment infligé aux Iroquois donna à la co- 
lonie un moment de répit, qui permit d'étendre les 
Missions. Sans se laisser décourager par la fin tra- 
gique des PP. Carreau et Mesnard, le P. Allouez 
reprit leur succession dans l'Ouest, sur les bords du 
lac Supérieur, et, secondé par les PP. Marquette et 
l)al)lon, il fonda les Réductions de Chagouamigon, du 
saut Sainte-Marie et de la baie des Puants. 

En même temps, les PP. Bruyas, Millet, de Carheil, 
Frémin, Jean Pierron et les deux PP. de Lamber- 
ville, s'installaient hardiment au milieu niême des 
Iroquois qui, plus Iraitables sans être moins incons- 



■ rtv'^;^' 



% 



i,t ^t:' 






! ' 



t I 



! 



— 152 — 

tants, avaient de rechef exprime le désir d'avoir des 
Robes noires parmi eux. Les Agniers eux-mêmes, qui 
avaient été les plus acharnés contre la religion et 
contre les Français, et qui avaient mis à mort le plus 
grand nombre de serviteurs de Dieu, se montrèrent 
les plus dociles à la Foi. Leur canton fournit les pre- 
miers éléments des célèbres Missions du saut Saint- 
Louis et de la Montagne; établies près de ^loiitréal, 
qui furent si fécondes en beaux exemples de vertus 
et de dévouement, il a la gloire d'avoir donné nais- 
sance à l'illustre vierge Ciatlieiine Tégakouita, la 
Geneviève de rAméri(iue du Nord, morte en odeur 
de sainteté, à l'âge de \ingt-troisans. 

La [)aix de lU'éda, conclue en 1(>()7, venait contri- 
l)uer aussi à la prospérité de îa colonie. L'Acadie 
était rendue ;i la France; Plaisance, magnirKjue port 
au suil de Terre-Neuve, et ({ui devait tant à la nature 
et à l'art, devint un [)oste important où les Français 
établirent leur principal comptoir. L'Angleterre, 
maîtresse encore d'une grande p;irtie de l'Ile, y avait 
les postes de Saint-Jean, de llona-Vista et de l'île 
Carbonière. 

Le plus intelligent promoteur des progrès du 
Canada, à cette époipie, fut l'Intendant Talon. A une 
rare habileté il joignait une activité infatigable. Il 
poussa à l'exploitation des mines de fer de Gaspé, de 
la baie Saint-Paul et de Trois-Rivières. Les pêche- 
ries, la culture du chanvre, l'exploitation du bois, 
prirent, sous sa direction, un développement extraor- 
dinaire. On lui doit la première tannerie ouverte à 






k ; i 



ir des 
s, qui 
ion et 
e plus 
rôi'ciit 
;s pre- 
Saint- 
ntréal, 
vertus 
lé nais- 
lita, la 
1 odeur 

, conlfi- 
/Acadio 
ue port 
nature 
raiii'ais 
lelerre, 
y avait 
de l'Ile 

»:es du 
A. une 

[djle. Il 

|spé, de 
pêche- 

|u bois, 
txtraor- 
\erte à 



— 153 — 

Québec et les relations commerciales avec Madère, 
les Antilles et autres iles. 

Des dissensions survenues entre lui et le Gouver- 
neur de Gourcelles furent plus d'une fois un obstacle 
aux améliorations projetées. Tous deux, avec des 
talents réels et un mérite reconnu, manquaient de 
cette souplesse et de ce tact si nécessaires dans les 
positions élevées, surtout (^uand les deux autorités 
doivent marcher de concert. ^lalgré sa supériorité, 
Talon fut sacrifié et remplacé par de Bouteroue, 
digne à tous égards de lui succéder. 

Un doul)le crime, inouï jusque-là en Canada, faillit 
le replonger dans les guerres désastreuses qui l'a- 
vaient si longtemps ensanglanté. Trois soldats fran- 
çais avaient enivré et assassiné un Iro(iUois pour le 
dépouiller de ses riches pelleteries. Malgré les pré- 
cautions dont ils s'étaient onlourés, leur crime fut 
découvert. On instruisait leur procès quand, poussés 
par la même passion, trois autres Français donnè- 
rent aussi la mort à six Moliingans, alliés des Iroquois. 
A ces nouvelles, la fureur de ceux-ci se ralluma et 
ils ne respiraient que vengeance. 

Pénétré de l'importance (pTil y avait à étoulTei' un 
pareil ressentiment, le Gouverneur accourut à Mont- 
réal, où se trouvaient réunis des (léi)utés des prin- 
cipales nations, même des Iroipiois et des Moliin- 
gans, pour établir une paix générale. Il leur parla 
avec franchise et énergie de ses dispositions pacili- 
(jues et fit ressortir leurs proi)res intérêts. Puis, fai- 
sant paraître les ti'ois soldats coui)ables, il leur lit 

5* 




. i'^.* 






— 154 — 

casser la léte devant rassemblée , et il promit le 
môme traitement pour les autres assassins. Cette 
prompte justice plut aux Sauvages et désarma leur 
colère. L'assurance que les dommages causés se- 
raient entièrement réparés acheva de les gagner. 

L'extérieur noble et le ton décidé du Gouverneur 
de Gourcelles en imposaient et lui donnaient le droit 
de parler avec autorité. Il se servit de cet ascendant 
pour maintenir la paix môme entre les nations sau- 
vages, et intervint lieureusement entre les Iroquois 
et les Oltaouais, sur le point d'en venir aux mains. 
Les deux partis consentirent h envoyer leurs députés 
à Québec pour le rendre juge de leurs griefs réci- 
proques, et ils en passèrent par sa décision. 

Un des députés iroquois était l'illustre Garakontié.- 
Dieu semblait lui ménager cette circonstance pour 
le récompenser de tout ce qu'il avait fait pour la Foi 
dans son pays. Il sollicita le baptême. Le concours 
des étrangers ajouta à l'importance de cette dé- 
marche et à l'éclat de la céré.nonie. Le Gouverneur 
voulut lui-môme lui servir de parrain, et l'Évoque lui 
conféra le sacrement. C'était dignement reconnaître 
les obligations que lui devaient la religion et la co- 
lonie entière. 

Dans une autre circonstance, de Gourcelles fut aussi 
ferme dans sa conduite que sage dans sa décision. 
Vingt Tsonnontouans avaient ravagé et brûlé un 
village des Pouteouatamis et en avaient enlevé des 
femmes et des enfants. Les nations voisines se sou- 
levèrent et délirent des partis de chasseurs iroquois, 



— 155 — 

innocents du fait. La guerre allait s'allumer, et le 
cas fut soumis à Onontio. Il blâma les Tsonnontouans 
et exigea la remise des prisonniers, sous peine d'être 
considérés comme perturbateurs du repos public. 
Les Tsonnontouans, croyant leur bourgade inacces- 
sible aux guerriers IVançais, se ré})andirent d'abord 
en propos méprisants; mais, à la reflexion, ils 
ciiargèrent SaoncliiogoLïa, clief renomm.é des Goyo- 
gouens, de conduire seulement liuit des captifs à 
Québec. Celui-ci accepta, remplit sa mission et, 
comme Garakoiilié, reçut le baptême des mains de 
Ms'" de Laval. 

De Gourcelles, que cette demi-soumission ne satis- 
(jt pas, résolut de prouver aux cantons supérieurs 
qu'il pourrait, quand il le voudrait, surmonter les 
diflicultés de la navigation sur le Saint -Laurent et 
envoyer un corps de troupes sur le lac Ontario. Un 
bateau plat fut construit pour porteries provisions et 
treize canots furent montés par cinquante-six liom- 
mes clioisis. Cette petite troupe francliit les rapides , 
et, au grand étonnement des Sauvages, arriva lieu- 
reiisement à un village dans la baie de Kenté. L'in- 
trépide Gouverneur avertit les Iroquois que, s'ils 
osaient troubler encore la paix, il reviendrait avec 
des forces suffisantes pour les châtier. Cette démons- 
tration suffit et tout rentra dans l'ordre. 

L'éloignement de l'Intendant Talon du Canada 
n'était qu'un moment de disgrâce (jui devait être 
réparée peu après. Il en avait profité dans l'intérêt 
même de la colonie, et il y revenait, en 1(170, avec 





t 



l^U^ 






i . i: 






; 









u 



— 15G — 
de nouvelles ressources et de nouveaux plans de 
prospérité. Près de sept cents émigranls l'accompa- 
gnaient à son retour avec un reiiloit de soldats et 
de jeunes orphelines choisies dans une maison reli- 
gieuse du faubourg Saint-Antoine et accompagnées 
d'une des Soeurs qui les avaient élevées. Il ramenait 
avec lui les PP. Ilécollets, absents du Canada depuis 
la prise de Québec en 1029. Ils retrouvèrent le champ 
ouvert pour leurs travaux apostoliques sur ce sol où 
ils avaient eu la gloire d'avoir, les premiers, planté 
la croix. 

Cette année fut une année douloureuse pour le 
Canada. La petite vérole, (pi'on n'avait jamais vue se 
développer avec autant d'intensité, (it d'allVeux ra- 
vages surtout sur les indigènes. Kl le dépeupla des 
contrées entières. Les Attikaniè(|ues ou Poissons- 
Blancs, nalion au nord de Ti'ois-llivières, furent dé- 
truits presque entièrement. ïadoussac fut abandonné 
et les Montagnais à peu près anéantis. La Mission de 
Sillery, déjà très-réduite, fut dispersée et ne se réta- 
blit plus. 

La Mission huronne formée près de Qué])ec sembla 
seule protégée contre le fléau. Ces Sauvages venaient 
de quitter le village de Notre-Dame-de-Foye, où ils 
s'étaient établis depuis la paix avec les Iroquois, pour 
se placer, huit kilomètres plus loin, au[)rès des bois. 
Ce nouveau vilkige i)rit le nom de Lorctle,;i eau.se de 
la chapelle bâtie par le \\ Chauinonol, leur mission- 
naire, sur le modèle de la célèbre église d'Italie (1). 

^I) Voir u V Appendice, Nulc U. 



— i:û — 

L'activité de l'Intendant Talon ne se bornait pas 
aux lieux habités par les Français. Il était préoccupé 
des moyens d'établir au loin le nom et la puissance 
de la France, et il utilisait dans cette lin les décou- 
vertes et l'inlluence des missionnaires. 

Le P. Alloue/ avait à peine commencé à former 
(luelques Missions dans l'Ouest, que Talon chargea 
Nicolas Perrot, homme habile, très-connu et très- 
aimô des Sauvages, de réunir au saut Sainte-Marie 
une grande assem.blée de toutes les tribus de ces 
contrées, pour leur faire reconnaître l'autorité du Roi 
de France. Do Saint-Lusson y présida au nom du Roi, 
et tous les députés, entraînés par le missionnaire qui 
leur servait d'interprète, s'écrièrent unanimement 
qu'ils ne voulaient pas d'autre Père (jue le grand 
()nontio des Fivuirais. Comme prise de possession, 
une croix fut plantée en ce lieu avec un poteau aux 
armes de France. Ceci se passait en 1(171. 

Ces Missions de l'Ouest, nommées Missions des 
Ottaouais, s'étendaient déjà à un gi'and noml)re de 
nations. Files comprenaient les Ontcigamis, les Sakis, 
les Maskoutens, les Miamis, les Amicouets et même 
les Sioux, les Kilistinonset bientôt les Illinois. 

A la même époque, les Huruiis Tionnontatès, (|ui 
avaient fui jusqu'au fond du lac Supérieur [)0ur être 
;i Tahri des attaques des Iroquois, vinrent s'établir à 
iMis^illimakinac, à l'entrée du lac Micliigan, alin de 
s'éloigner des Sioux, leurs ennemis, justement 
nommés les Iroijuois de l'Ouest. 

Toujoui's inquiet sur la constance et la bonne foi 



■1"^l 




:t :'i:;.?i^-ii 



• < 



■'■■■:[' 



Mi 



m^- 



! 

i'i 



h: 



î 



; 1 



^ 



■ 



lu 



I :} 



— 158 — 

de la nation iroquoise, l'habile et prudent de Cour- 
celles a eu le mérite d'avoir conçu et adroitement 
préparc un projet qui devait la tenir en bride. Son 
successeur, le comte de Frontenac, eut la gloire de 
l'exécuter. Dans une grande assemblée des chefs, de 
Gourcelles leur avait présenté son plan d'élever, à 
rentrée du lac Ontario, un bâtiment spacieux et 
commode, pour servir d'entrepôt de commerce et être 
le rendez-vous des marchands français et des Sau- 
vages. L'habilelé du négociateur ne leur laissa pas 
soupçonner que ce serait en même temps une bar- 
rière sur la route qu'ils fréquentaient et un obstacle 
à leurs dévastations: loin donc d'y mettre opposition, 
ils y applaudirent. 

Au milieu de ces succès, une calamité atteignit la 
Nouvelle-France et y répandit un deuil universel. 
Le 18 novembre 1074, la mort frappa M'»c de la Pel- 
terie. Pendant trente-deux ans elle avait accompli sa 
pénible tâche sans faiblesse et sans regret. 

Le dernier jour d'avril 1G72, mourut aussi la Mère 
Marie de l'Incarnation qui, par ses vertus et son 
intelligence des choses spirituelles, a mérité d'être 
nommée la Thérèse de la Nouvelle-France. 

A la tête d'une communauté de filles faibles, pour 
ainsi dire sans ressources, elle sut inspirer à ses 
compagnes la force d'àrne et la 'onfiance en Dieu 
qui la soutenaient elle-même. Malgré l'indocilité et 
l'inconstance des jeunes Algonquines, l'indiscrète 
curiosité de leurs parents, les mille misères d'un éta- 
blissement pauvre, elle conserva une égalité d'hu- 



i ! 



Mère 

son 

l'être 

Ipour 

ses 

iDieu 

lé et 

:rète 

éta- 

l'hii- 



— 159 — 

meur qui inspirait la confiance à ses compagnes. 
Survenait-il quelque malheur subit? Elle apparaissait 
dans toute la grandeur d'une chrétienne de la pri- 
mitive Église pour le supporter avec constance. Dieu 
l'éprouva une fois d'une manière terrible. Dans la 
nuit du 30 décembre 1650, le feu prit à la boulange- 
rie du couvent et, lorsqu'on s'en aperçut, il avait déjà 
gagné l'étage supérieur où couchaient les pension- 
naires. A peine les religieuses et leurs élèves à demi 
vêtues purent-elles s'arracher aux flammes et se 
sauver sur la neige qui couvrait le sol. En moins 
d'une heure le monastère fut consumé. Meubles, 
habits, papiers, tout fut perdu. Quel ne fut pas l'éton- 
nementdes Français et des Sauvages lorsqu'ils virent 
ces courageuses filles, groupées autour de leur Supé- 
rieure, s'agenouiller, remercier Dieu de leur avoir 
conservé la vie, en récitant le Te Deiim, et lui faire 
une généreuse offrande de tout ce qui leur était 
enlevé? Leur unique inquiétude était qu'on ne voulût 
les faire repasser en France; « mais, remarque le 
» P. Ragueneau (1), tout H pays avait intérêt à leur 
» rétablissement ; car l'expéi'ience apprend que les 
» filles qui ont été aux Ursulines s'en ressentent 
» toute leur vie et que , dans leur ménage , elles 
» élèvent bien mieux leurs enfants. » 

Recueillies d'abord par les Hospitalières do l'IIôtel- 
Dieu, elles se logèrent, au bout de trois semaines, 
dans une petite maison bâtie par M'"« de La Pel- 

(1) HelHtion de lOùl. 



i 



^■•••■',;;.^:>i 



t: 



•;,f. 



m 






I' 

M M' 






I, 

1 

i 



1 i^ 



i: 



i 



>! 



_ 100 — 

terie et voisine des ruines de leur couvent. Tous 
les habitants, môme Jes plus pauvres, s'empres- 
sèrent de leur porter secours. Au moyen d'emprunts 
elles commencèrent la reconstruction de leur mo- 
nastère, dont elles reprenaient possession moins de 
dix-huit mois après l'incendie. « C'est une chose 
» admirable, dit à cette occasion la vénérable Mère 
)) de l'Incarnation, de voir de quelle manière Dieu 
» gouverne ce pays. Lorsque l'on croit tout perdu, il 
» meut de cerlaim ressorts cacliés aux yeux du 
» monde, par le moyen desquels il modère ou réta- 
» blit toutes choses. » 

Cette confiance en la Providence ne l'abandonnait 
jamais, et son àme éncrgicjue attendait sans crainte 
le retour des jours meilleurs. Après la destruction 
de la nation imronne, et lorsque les alTaires de la co- 
lonie paraissaient désespérées, elle répondait à son 
lils qui lui parlait des mauvais traitements auxquels 
elle était exposée, si les Iroquois s'emparaient de 
Québec : 

(( N'ayez point d'inquiétude à mon égard, je ne dis 
» point pour le martyre, car votre allection pour moi 
)) vous porte à me le désirer; mais j'entends des 
» autres outrages qu'on pourrait craindre : je ne vois 
» aucun sujet d'appréhender et, si je ne suis bien 
» trompée, j'espère que les croix que l'Église soulVre 
)) maintenant seront son exaltation. Tout ce ([ue 
» j'entends dire ne m'abat point le ccrur et, pour 
» vous en donner une preuve, c'est qu'à mon âge 
» j'étudie la langue huronne, et, en toutes sortes 



— IGl — 

» de circonstances, nous agissons comme si rien ne 
•» devait arriver. » 

Le P. .1. I.alemant témoignait le même sentiment 
(le loi, en écrivant à son provincial, du Havre de 
(Iràce où il débarquait : « Un des sujets de consola- 
» tion que je vois dans ce pauvre pays désolé est le 
» courage et la générosité de nos religieuses lluspi- 
» talières el Ursulines... C'est une des espérances 
)) (jue j'ai de la coîisei'vation du pay^;, ne pouvant 
» [)enscr que Dieu aljandonne des à mes de cette 
» nature, si saintes et si cliaritaliles. il me semble 
)) (|ue tous les anges du Paradis viendraient plut(H 
» à leurs secours, si tant est ([ue les hommes de la 
» terre manijuassent de procurer leur conservation 
» en ce nouveau monde. » 

Toujours calme et ré.sigiiée, i'àme de la Mèiv de 
l'Incarnation s'élevait naturellement au-dessus des 
calamités qui assaillaient la colonie naissante, et elle 
continuait à s'occuper tranquillement de son (cuvre, 
ne se laissant pas plus emporter par l'enthousiasme 
qu'arrêter par la crainte. 

(( On s'imagine ({uelquelbis, écrivait- t-elle à son 
» ancienne Supérieure de Tours, qu'un certain t'en 
« passager est une vocation : non, les événements 
» découvrent le contraire. Dans ces feux momen- 
» tanés, on tient plus à soi ipfà l'objet qu'on envi- 
» sage, et aussi l'on voit que, ce feu étant passé, les 
» pentes et le:^ inclinations demeurent en l'assiette 
)> ordinaire de la nature. » Appuyée sur de tels fonde- 
ments, sa piété était aussi éclairée que solide. On est 



- i M 




* ■.'-'■ 



I. il 



; 1 



■^ . 



■ S 



— 162 — 

étonné de trouver dans ses écrits une justesse d'i- 
dées, une correction de style et une solidité de juge- 
ment qui relèvent au-dessus de son sexe. Ilahile à 
manier raiguille et le pinceau aussi bien que la 
plume, elle réunissait toutes k^s qutilités de la femme 
forte dont l'Écriture sainte trace l'admirable portrait. 
Chargée de la direction du couvent, elle écrivait un 
nombre prodigieux de lettres, apprenait les deux 
langues-mères du pays, composait, pour l'usage de 
ses Sœurs , une histoire sainte , un catéchisme et 
un recueil de prières. Son fils, dom Martin, pieux 
et savant Bénédictin, fit imprimer, en France, sa 
Correspondance avec lui, ses Lettrefi spirituelles et 
historiques et ses Méditations, longtemps après sa 
mort. Au commencement de notre siècle, l'abbé 
Émpry, supérieur général des Sulpiciens, témoignait 
sa haute estime pour les ouvrages de la Mère de 
l'Incarnation. Ce prêtre, aussi vertueux qu'éclairé, 
écrivait en 1802 à M""" Plessis, alors coadjuteur de 
l'Évêque de Québec et son futur successeur : « J'ai 
» beaucoup de vénération pour les Ursulines de 
» -Québec, qui, sans doute, ont hérité des vertus 
» éminentes de leur fondatrice... C'est une sainte 
» que je révère sincèrement. » 

L'année qui précéda sa mort, la Mère de l'Incar- 
nation avait envoyé à Paris un Écrit renfermant sur 
M'"*^ de La Pelterie d'intéressants détails qu'elle seule 
connaissait. Il a été publié après le décès des deux 
amies qui occupent une si large part dans l'histoire 
du Canada. 



î d'i- 

iupçe- 

bile à 

Lie la 

!mme 

trait. 

ùt un 
deux 

ge de 

me et 
pieux 

ce, sa 

illes et 

très sa 
l'atabc 
ignait 

3re de 

claire, 

ur de 

: « J'ai 

es de 

vertus 

sainte 

llncar- 
Int sur 
seule 
deux 
listoire 



:! 



a 



— 163 — 

L'Institution qu'elles avaient fondée et conduite 
avec une persévérance admirable et une rare intelli- 
gence, a exercé une vivace influence sur la famille 
chrétienne de ce pays. « Je ne regarde pas le pré- 
» sent, mais l'avenir, écrivait l'habile Directrice de 
» la population féminine de la Nouvelle-France , 
» m'estimant heureuse d'être employée dans le 
» fondement d'un si précieux édifice. Sans l'édu- 
» cation que nous donnons aux filles françaises qui 
» sont un peu grandes, elles seraient des brutes 
» pires que les Sauvages. C'est pourquoi on nous les 
» confie presque toutes les unes après les autres 
» pendant quelque temps. (1) » 

C'était un avantage inestimable pour une colonie 
à son berceau que d'avoir des écoles bien tenues, d'où 
sortaient des femmes élevées dans la piété, instruites 
de leurs devoirs religieux et capables de former le 
cœur et l'esprit des générations nouvelles. Grâce aux 
soins de M'"" de La Pelterie et aux leçons de la Mère 
de l'Incarnation et de ses premières compagnes, se 
sont formées ces familles patriarcales dont le type 
s'est perpétué jusqu'à nos jours, gardant précieuse- 
ment dans leur sein l'intégrité de la Foi et un amour 
de leur nationalité qui a triomphé de la perversité 
des temps et de l'oppression de conquérants fanati- 
ques, réduits à admirer une aussi noble persévé- 
rance et à respecter la liberté des consciences. Ce 
sont de ces bienfaits qui ne s'oublient pas et dont le 

(1) Lettres spirituelles, de la M. de rincarnalion (année 1653). 



î4:-' 






ir ' ■ « I 




■»t.;l'.. * 




Il 



j 



. ?■ 






£» 



lil 



èiPi " » 
11' \3 ■•)>■. 



! f 

: I 

l;.U 






1 1 



■ - 16i — 

souvenir s'est transmis comme les traditions légen- 
daires des anciens peuples. 

La Communauté avait prospéré et grandi ; la répu- 
tation des saintes institutrices s'étendait au loin et 
leur nom seul inspirait le respect. Dans une ambas- 
sade d'Iroquois qui vint à Québec, en 1G55, se trou- 
vaient un grand chef et sa femme, une Caintainesse 
qui jouissait du droit de commandement. L'une des 
causes qui les avaient portés à appuyer la paix était 
le désir de voir les Filles- Vierges, nom sous leijuel les 
Sauvages désignaient lesUellipeuses. La Capitainesse 
d'Onnontagué et ses compagnes visitèrent les Hospi- 
talières et les Ursulines et assistèrent aux examens 
publics des petites 1 luronnes. L'une d'elles, âgée de 
dix ou douze ans, lixa surtout leur attention. C'était 
l'élève la plus distinguée de l'école. Par ses manières 
gracieuses et son intelligence développée, elle capta 
la bienveillance de la lière Iroquoise, qui se relira 
charmée et emporta les meilleurs souvenirs de sa 
résidence à Québec. 

Les Ueligieuses adoucissaient les n^eurs de ces 
cnlanls des forets, mais îie parvenaient jamais à les 
changer entièrement. L'une d'elles cependant, Cene- 
^ièvc-Agnès Skannodharoï, avait été admise comme 
novice '-iiez les Hospitalières; elle mourut le 3 no- 
vembre 1057, et, la veille de sa mort, elle fit ses 
Vd'ux et reçut Tliabit (1). Ce fut la première ([ui 
obtint celle faveur. On avait bien déjà vu, chez les 

(i) IIi-<l(u'rc de l'IIùlcl-Dicu de Québec. 



— 165 — 

Ursulines. des Tluronnes et des Algonquiiies, l)ien 
disciplinées, pieuses et capajjles d'enseigner la lec- 
ture et l'éei'iture à leurs compagnes. Par allaclie- 
ment à leurs maîtresses, elles demandaient souvent à 
se consacrer au service de Dieu, et à partager leurs 
travaux; mais, soumises à d<' longues épreuves, elles 
se lassaient d'être renfermées, et finissaient par 
déclarer qu'elles n'avaient pas assez d'esprit pour 
rester toujours dans le môme lieu. Quelques-unes 
épousèrent des Français (1) : ces unions, toutefois, 
furent assez rares, et la plupart, tout en demeurant 
ferventes chrétiennes, reprirent les habitudes de la 
liberté dont elles avaient joui chez leurs parents. 



!:.:i 



■ f 



■< -A 



'*■■(.'■■ •! 



I '! 



(1) Pierre lîoiicher rpousa on j)roiiiirr<'S no("'Cs une Iluropiie. 
liomnii'O Marie C.lirt'licmic ; Dlondeau L'ijuu!^a,aux Truis-iiiviLros, 
la lillc lie Pigarouich, chef al^'onquin. 



a 
s 
t( 
k 
ai 

Pi 
m 

B 
I> 



VIII 



M. Louis de Buade, comte de Frontenac (1672-1682). 
— M. de La Barre (1682-1685). —Le marquis de 
Denonville (1685-1689). 



■; .■ Il 






Le comte de Frontenac, lieutenant général des 
armées du Roi, approuva sans réserve le projet de 
son prédécesseur contre les Iroquois; et, dès le prin- 
temps de 1073, il monta jusqu'à la baie de Gatara- 
kouy, à l'entrée du lac Ontario, et y bâtit un fort 
auquel il donna son nom ; mais le nom sauvage a 
prévalu. 

A peine le comte étnit-il arrivé dans son gouverne- 
ment, que son caractère peri..'a. ^ C'était, dit Saint- 
» Simon, un homme fort du monde et parfaitement 
» ruiné. » Esprit actif et entreprenant, fécond et très- 



^ ■ u 



■:l 



if 

i '•■' 
I -1 




■i 



m 



— 1()8 — 

cultivé, il était propre aux grandes choses; mais son 
orpîueil et son opiniâtreté le rendirent bientôt inac- 
cessible à aucun conseil, xlaloux à l'excôs de son 
autorité, il concentrait tout dans ses mains, et ne 
montrait de conliaiice à personne. Il liiiit par s'aliéner 
bien des cœurs, et en révolta [)lusieurs par ses in- 
justices et ses actes tyraiiiiicjLies. Sous de légers 
prétextes, il lit jeter en [)risoii le Gouverneur de 
Montréal, l'abbé de Fénéloii, Sulpicioii, et l'Iidendant 
Ducliesneau. Il exila le procui(un' général et deux 
conseillers. Son amonr de la grandeur lui lit tenir, 
avec un appareil princier, une espèce de lit de Justice 
sur les intérêts de la colonie, et il y convoqua le 
clergé, la noblesse et le tiers état. La Cour le désap- 
prouva et le blâma. 

Malgré un gi'and fond de religion, son opposition à 
ri'^véque, au sujet u-.^ la vente de l'eau-de-vie aux 
Sauvages, fut opiniâtre et déplorable. Il regardait 
cette vente connne nécessaire à la richesse de la co- 
lonie et prétendait qu'elle ne donnait pas lieu aux 
abus ({u'on lui attribu.ait. M«' de Laval tut ol)iigé de 
recourir encore à l'autorité royale, et la décision l'ut 
de nouveau en sa laveur. 

Malgré son mécontentement, le comte do Fron- 
tenac ne brisa pas avec l'Kvéque, mais il décliargea 
sa mauvaise humeur sur les lésuites (pfil savait être 
dévoués au prélat. Sa correspondance avec le Mi- 
nistre témoigne de ses préventions injustes et de ses 
plaintes ridicules. 

Avant de quitter son poste, l'Intendant Talon avait 



— 109 



V'ron- 

il être 
ie Mi- 
lle SOS 

avait 



(Hi la gloire de réaliser une découverte qui a innnor- 
lalisé à jamais son nom. Il aurait voulu pour les 
possessions fi'anraises une issue commode les reliant 
à la colonie par le Sud, comme il en existait une 
par le golfe Saint-Laurent. Les missionnaires avaient 
entendu des Sauvages parler d'un grand lleuve à 
l'ouest du Canada, qui coulait dans la direction du 
Midi. Ils le nommaient le Mescliacébé, ou Père des 
eaux. Talon voulut éclaircir ces données et chargea 
de cette découverte Jolliet (1), homme instruit, pru- 
dent, hardi, et le P. Marquette ([ui résidait depuis 
plusieurs années dans l'Ouest. Deux Sauvages qui 
s'étaient chargés de les guider reculèrent au moment 
(kl départ, tant l'expédition était aventureuse, fati- 
gante et périlleuse. 

Accompagnés de cinq Français, nos hardis décou- 
vreurs remontèrent, dans leur léger canot d'écorce, 
la rivière des Renards, au fond delà baie des Puants, 
et, après un court portage, ils atteignirent la rivière 
Wiscousin, qu'ils descendirent jusqu'au Mississipi. Ils 
entraient dans ses eaux, le 1(5 juin Wn.), près du 
13" de latitude, et ils l'appelèrent rivière de la Gon- 
<;eption (2). Les premiers Sauvages ([u'ils rencon- 
trèrent avaient leur village un peu au-dessous du :>8*\ 

ili I,oui< .InUii'l, iii' a (Judii^r 1" :*I Si'iiloniln'i" l'I'iTi, était lils 
'II' .Icaii ilnllii'l cl (II' Marie (rAliaïu'Oiut. il l'tuilia <iii cnilcge il(s 
ilusuilcs l't entra dans rétal f cflésiastiiiuc ; mais il rabaiulniina 
vors 10(17, el passa les aiiiii'i's suivantes dans des vnv.igos de 
dicouvcrlcs qui lo tirent cniuiadre. 

i-*i Quelques caries anciennes lui donnent le nuni di; t'iviL-re 
Colbcrl. 









'•'(:-v> ■ \\ 



f-if 'l . 



•i: 






I ; 



hii'i 



^è 



4 



mn I 



— ilO — 

C'étaient les Illinois, le peuple le plus puissant de 
la contrée. Sans avoir jamais vu les Français, ils les 
connaissaient de réputation , et se montrèrent fiers 
d'être en rapport avec eux. Les voyaijçeurs lurent ac- 
cueillis en amis. Quatre vieillards parés de plumes 
brillantes s'était.Mit avancés à leur rencontre pour 
leur oll'rir le calumet de paix. Le plus âgé les atten- 
dait à la porte de sa cabane, où ils furent invités à se 
rendre. Debout et sans babils, il tenait les mains 
étendues vers le soleil, et quand les voyageurs lurent 
près de lui, il leur ailiessa ce compliment : « Que le 
» soleil est beau, Français, quand tu viens nous 
» visiter ! Tout notre bourg t'attend et tu entreras en 
» paix dans nos cabanes. » Cette alliance avec les 
Illinois facilita la continuation du voyage. 

Lorsqu'ils eurent atteint les Arkansas vers le 34", 
il n'était plus douteux pour eux que le grand fleuve 
se décliargeait dans le golfe du Mexique, dont ils 
n'étaient plus éloignés. Le problème était résolu , 
et la prudence commandait de ne [)as pousser plus 
avant. Ils étaientà deux mille (iuali'(^ ( 'MiIs kilomètres 
de Québec, et avaient Iravei'sé les contréi'S les plus 
ricbes de l'Amérique. Paitout s'épanoui-is.iii une 
végétation luxuriante, aniioiicanl la prodi.nieuse fer- 
tilité d'un sol vierge. Les rives, coupées par de nom- 
breuses et grandes rivières, laissaient voir d'immenses 
prairies et des forêts magnititjues où abondaient les 
bisons, les cerfs, les cbevreuils et les oiseaux d'es- 
pèces les plus variées : les cygnes, les canards, les 
poules d'Inde et l'outarde. 



— ni — 



mt de 
ils les 
t liers 
:nt ac- 
iluines 
: pour 
attell- 
es à se 
mains 
lurent 
Que le 
s nous 
eras en 
rec les 

le 34", 
fleuve 
lont ils 
l'ésolu, 
r plus 
mètres 
;s plus 
une 
te l'er- 
nom- 
enses 
ni les 
d'es- 
lis, les 



Jolliet alla porter à Québec la nouvelle de cette 
heureuse expédition ; mais il perdit son journal (l;nis 
le naufrage qu'il lit au saut Saint-Louis, près de 
Montréal. Quant au P. Marfjuette, il avait repris dans 
l'Ouest l'œuvre de ses Missions, et a\ait rempli sa 
promesse aux Illinois de les visiter de nouveau. Deux 
ans après il expirait, épuise de fatigues, sur les liords 
solitaires du lac Micliigaii ; mais le récit qu'il avait 
rédigé de ce voyage et la carte qu'il en avait dressée, 
firent coimaitre les détails de cette belle décou- 
verte. 

Ce zélé missionn^iire n'avait que trente-sept ans. 
Son nom est resté longtemps célèbre dans le pays 
de l'Ouest;, et sa mort a donné naissance à plusieurs 
légendes qui se conservaient religieusement parmi 
les coureurs de bois. 

il fut donné à un autre Français de compléter l'en- 
treprise ébaucliée par .lolliet. Robert Cavelier de La 
Salle, un Normand d'un esprit cultivé, entreprenant 
et résolu, avait un goût prononcé pour les aventures. 
Des projets de fortune et de gloire le conduisirent en 
('anada et, comme tant d'autre-, il avait rêvé la dé- 
couverte d'un passage au Japon et à la Chine i)ar le 
nord de l'Amérique. 

Son premier voyage d'essai fut fait en 1070 ; il 
atteignit alors jusfju'à r()liio, ou IV^lle-Uivière. Soit 
inaïKpie d(^ ressources ou de données suflisante-, il 
ne poussa ^las [)lusloin ; mais les récits de Jolliet, ([u'il 
vit à (^)uébec après son retour du Mississii»i, enllam- 
inèrent son imagination et il résolut de renrendre 



!: : 



fe i 



— 172 — 

l'œuvre et de la compléter. Muni de la protection de 
Frontenac dont il avait su gagner les bonnes grâces, 
il partit pour la France dans le but d'obtenir l'auto- 
risation du Roi et les moyens de réussite. 

Les encouragements ne Lii man(iu('reiit pas. Le 
marquis de Seignelay, fils et successeur de Colb^rt, 
le poussa vivement à celte expédition qui promettait 
do si grands avantages. Le Roi lui accorda des lettres 
de noi)lesse, avec la seigneurie de Catarakouy et les 
fonds nécessaires. 

De retour au Canada en 1078, avec trente per- 
sonnes et le P. Récollet llennepin, Flamand, de La 
Salle lit aussitôt ses préparatifs. Tour aider au trans- 
port des munitions et des marcliandises, il construi- 
sit, au-dessus de la chute du Niagara, le (IrilJ'o)i, l)à- 
timent de soixante tonneaux, armé de sept canons. 
C'était le premier navire de construction européenne 
(jui naviguait sur ces eaux. Les Iroc^uois n'y virent 
qu'une menace pour leur indépendance, et ils proli- 
tèrent de l'absence des Français pour le réduire en 
cendres. 

L'énergique persévérance de de La Salle triompha 
de ce contre-temps, et il se mit en route par le lac 
Micbigan et la rivière des Illinois, sur laquelle il 
construisit deux forts. Le premier fut appelé Grève- 
Guîur, en souvenir des amertumes dont ses compa- 
gnons l'avaient abreuvé, et le second Saint-Louis. 

Enlin, le 9 avril IGKti, il atteignit l'embouchure du 
Mississipi sur le golfe du Mexique, prit possession, au 
nom du Roi, du bassin arrosé par le grand lleuve et 



— 113 — 

donna ù la contrée lo nom de Louisiane, en l'iion- 
neur de Louis XIV. 

Aitisi l'ut acquise à la France une étendue de [)lus 
(le deux mille quatre cents kilomètres de pays, 
s'étendant dei)uis le golte du MeNi(|ue jus([u'au\ 
sources Saint -Antoine, dans le haut Mississipi, où le 
P. llomiei)in alla, ;i la môme époque, planter la croix 
avec les armes de France. 

Pendant que le Canada s'étendait ainsi à, l'Est, il se 
vit menacé d'une nouvelle guerre avec les Iro(piois 
soutenus et poussés par les Anglais de New-Yôrk. 
Ceux-ci pouvaient faire aux Sauvages des avantages 
plus considérai )les ([ue les Français pour le com- 
merce des pelleteries, et tenaient peu compte des 
lois de la conscience et de l'humanité pour la vente 
(le l'eau-de-vie. Enfin quelques actes d'imprudence 
et (le violence, commis par des chefs alliés et des 
commandants français, achevèrent de compromettre 
la situation. Une rupture était imminente, lor.S(iue de 
Frontenac et Ducliesneau furent rappelés en France. 

File éclata, en elTet, même avant l'arrivée de de 
La P)arre, qui venait remplacer le comte de Fronte- 
nac dont les procédés violents avaient rendu la po- 
sition insoutenahle. 

Le nouveau Gouverieur, habile marin, mais trc's- 
rnédiocre admiiustrateur, perdit, par ses hésital;i(jns 
et ses délais, un temps précieux, alors (ju'un vigou- 
reux coup de main aurait pu écraser les Iroquois e( 
pi'otéger nos alliés contre lesquels ils avaient lev('' la 
hache de guerre. Il marcha cependant contre eux, 



5*** 




'm 



È 



•1 U 



M 



':. ■'* 




bli^ 



'Mh^ 



«i 



— 171 — 

et s'avanra jusqu'à la baie de Caihohc sur le lac 
Ontario : mais déjà les vivres étaient épuisés, ce 
qui valut à cette baie le nom d'Anse à la Famine. 

Les députés iroquois vinrent trouver là le Gouvei- 
neur français afin d'entrer en accommodement; mais 
l'état de l'armée les rendit insolents. Au lieu de re- 
cevoir la paix, ils en dictèrent les conditions, et se 
réservèrent le droit de frapper l'Illinois qui leur 
résistait dans l'Ouest. Ils consentirent seulement à 
indemniser les traitants français des pertes qu'ils 
avaient subies. La plus dure condition que le faible 
Gouverneur n'était plus en état de repousser, fut la 
levée du camp dès le lendemain. 

La honte et les tristes conséquences de cette expé- 
dition firent rappeler immédiatement de La Barre. 
De Meulles était alors Intendant. Le marquis de 
Denonville, colonel de dragons, également estimable 
par sa valeur, sa droiture et sa piété, vint comme Gou- 
verneur en 1(385, avec ordre de soutenir les Illinois et 
d'écraser les Iroquois. C'était le seul moyen de fermer 
aux Anglais les contrées à l'ouest des Alleganis. 

Il avait aussi pour mission de franciscn- les Sau- 
vages, instruction souvent répétée à ses prédéces- 
seurs; mais il reconnut bientôt que ceux qui s'étaient 
rapprochés des colons ne s'étaient pas rendus Fran- 
çais, et que les Français qui les hantaient étaient la 
plupart devenus Sauvages. 

Cette môme année, sur la demande de l'Intendant, 
Louis XIV ordonna que, tous les ans, deux gentils- 
hommes canadiens seraient admis dans les grades 






m 



arre. 



IIS 



de 

able 



Gou- 

loisct 

fermer 



Sau- 

[déces- 

3taieiit 

Fran- 
lient la 



hdaiil, 
Mitils- 
ades 



— 175 — 

de la marine. Ainsi, dos jeunes f^ens qui, jusque-là, 
n'avaient pu, malpfrc leur aptitude pour la jjjuerro, 
entrer dans le service régulier, purent l'aire profes- 
sion du métier des armes. 11 décida aussi que les 
nobles pourraient s'adonner au commerce, sans 
déroger. Malgi'é ces services, de iMeulles fut rappelé 
en 1(380 et remplacé par de Gliampigny. 

Entraîné par un oi'dre de la Cour, injuste ou peut- 
être mal compris, de Denonville attira un certain 
nombre de chefs iroquois au fort Frontenac, les lit 
charger déchaînes, contre le droit des gens, et les 
envoya aux galères en France. Cette conduite odieuse 
porta à son comble la fureur des cantons iroquois. 
Les missionnaires qui s'y trouvaient alors et (jui 
ignoraient ce guet-apens, coururent les plus grands 
dangers. L'estime et l'alïection que les Oniiontagués 
avaient pour le P. de Lamberville purent seules lui 
sauver la vie. « Nous te connaissons trop, lui dirent- 
» ils, pour croire que ton cœur ait trempe dans une 
)) pareille perfidie. » Toutefois ils l'engagèrent à se 
retirer, dans la crainte que les jeunes gens, ayant 
chanté la guerre et n'écoutant que leur colère, ne 
pussent être retenus. 

Les Onneiouts, chez qui résidait alors le P. Millet, 
n'hésitèrent pas à le condamner à perdre la vie. Tout 
était préparé pour son supplice, (juand une femme 
(lui avait perdu un de ses enfants à la guerre, émue 
de compassion, déclara qu'elle Tadoptait pour son 
iils. C'était l'arracher à la mort : et cette noble 
action fut récompensée plus tard par la grâce du 



■',..•? 



M 






)i 



■^•■>l 




fi-' 




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




V 




// 





<'^ «'x 







y. 



f/. 






1.0 



l.l 



,^41 |||M 



2.5 



IIIIM i^ 



2.0 



1.8 





1.25 


1.4 


1.6 




^ 6" — 




► 



I 



V] 



<^ 



/a 



VI 



(P 






A 







c»/- 






/^ 



Photographie 

Sciences 

Corporation 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N Y. 14S80 

(716) 872-4503 




I 






c 



5^ 







'-f^^- 






— 176 — 

baptême. Quant au P. Millet, il regagna bientôt son 
iniluence et devint l'un des chefs du canton. 

Aussitôt ses préparatits achevés, le Gouverneur se 
mit en campagne, en 1087, avec deux mille hommes, 
dont quatre cents Sauvages venant de l'Ouest, sous 
les ordres de Dulhut, de Tonti et de La Durantaie, 
qui y commandaient des postes avancés. « C'était, 
» dit Mt'"* de Saint- Vallier (4), qui avait voulu suivre 
» l'expédition , le spectacle le plus extraordinaire 
» qu'on ait jamais vu dans ce pays et qu'on puisse 
» se figurer en Europe. On y voyait un fort grand 
» nombre de visages tout différents avec une pareille 
» diversité d'armes . de parures , de danses et de 
» manières. On y entendait des chansons, des cris, 
» des harangues de toutes sortes de tons et de 
» langues. La plupart de ces barbares n'avaient pour 
» tout habit que des queues de bêtes derrière le dos 
» et des cornes sur la tête. » 

Ces troupes allèrent débarquer sur les rives du 
canton des Tsonnontouans. Huit cents Iroquois ten- 
tèrent do s'opposer h leur marche; mais ils furent 
repoussés, après un combat acharné où périrent 
plusieurs Français. En arrivant dans les villages, 
l'armée ne trouva qu'une solitude. Tous les Sauvages 
s'étaient, selon leur habitude, enfuis dans les bois. 
Les habitations furent détruites, avec une quantité 
énorme de blé d'Inde et de pourceaux. 

Pour compléter sa victoire, le marquis de Dénou- 



ai) ICtal pi'caoni de l'E\ilisc, 



)n- 



— m — 

ville aurait dû marcher contre les autres tribus iro- 
quoises ; il se contenta d'élever un fort h l'entrée de 
la rivière de Niagara, pour assurer le commerce sur 
les lacs. 

Le Gouverneur de New-York, Duncan, mit tout eu 
œuvre pour arrêter cette entreprise, sous le prétexte 
des droits de l'Angleterre sur ce territoire. Comme 
il n'était pas écouté, il excita les Iroquois à s'opposer 
à ce qu'il appelait une « usurpation de leurs terres » ; 
mais l'influence du P. Vaillant, et surtout du P. de 
Lamberville, fut plus forte que ses caresses, et le foit 
l'ut achevé. Peu après, la maladie décima tellement 
la garnison qu'il fnîiut l'abandonner. 

( '^st pendaric les premières années du gouverne- 
meii .1 marquis de Denonville, que l'intrépide de 
]a\ Salle, jusicment lier des succès de son voyiige sur 
le Mississipi, alla proposer au Roi des plans de colo- 
nisation pour ces riches et immenses contrées. Son 
[)rojet plut au monarque qui lui accorda, en 1084, 
(juatre vaisseaux et deux cent (juatre-vingls FoMats 
pour fonder le preinier établissement en Louisiane. 

Le capitaine de vaisseau de Boaujcu commandait 
l'escadre, et de La Salle les troupes de terre. Deux 
aumôniers suivaient l'expédition, l'nc mésintelli- 
gence fatale ne tarda pas à éclater entre les chefs. 
L'iniiabile de lîeaujeu passa au-delà de l'embouchure 
(lu Mississipi sans l'apercevoir. De La Salle voulut 
l'obliger à rétrograder ; mais, soit amour-propre, soit 
basse jalousie, de Beaujeu s'obstina à continuer, et 
s'avança à quatre cent (luatrc-vingts kilomètres au- 






U 



lis 

'...1 



mi 



af 



!-^ànî 




I 



i 






I 



— 178 — 
delà du fleuve qu'il cherchait. Il était dans la baie 
de Matagorda, au Texas. 

Dans l'espoir d'atteindre par terre le but de son 
expédition, de La Salle se fit débarquer avec ses gens 
et ses provisions. Cent quatre-vingts hommes seule- 
ment l'accompagnèrent, et la plupart succombèrent 
à la fatigue et h la misère. Par la négligence du pi- 
lote, le bâtiment des provisions fit côte, et la mer 
emporta argent, munitions, outils et marchandises. 
Aigri par ce malheur, le caractère de de La Salle 
devint impérieux et violent, défaut peu favorable à la 
conduite d'une troupe de volontaires et d'aventuriers. 
Mais dans cette lulte contre l'adversité il montra une 
incomparable énergie , et marcha résolument en 
avant vers le Nord. Les forets qu'il eut à traverser 
abondaient en bêtes fauves et carnassières et en 
reptiles venimeux. Dans les rivières pullulait le 
vorace et hideux caïman. Partout il avait à se dé- 
fendre contre les naturels du pays aussi féroces que 
les animaux. 

La colonne errante se vit bientôt réduite à trente- 
six hommes, au milieu desquels il y avait des germes 
de découragement et de dissension. Dans une que- 
relle privée, deux soldats donnèrent lu mort à Mo- 
ranget, un des neveux de de La Salle. Connaissant le 
caractère emporté de leur chef, ils résolurent de se 
soustraire à sa vengeance par l'assassinat ; et le 20 
mars 1087 un des conjurés le tua d'un coup de fusil. 
Ainsi finit misérablement cet intrépide explorateiir 
qui, par l'énergie de son caractère, l'ampleur de ses 



— \19 — 

conceptions, son héroïque fermeté dans l'épreuve et 
sa persévérance inébranlable, dota la France de la 
plus vaste et de la plus riche de ses colonies. Il ne fit 
que tracer le chemin sans réaliser lui-même tous ses 
projets; mais « son nom, ajoute l'historien Bancroft, 
» vivra ù travers les âges comme celui du père de lu 
» civilisation dans la grande vallée centrale des États- 
» Unis. » 

La justice du ciel tira vengeance de ce crime. Les 
deux chefs du complot tombèrent eux-mêmes sous les 
coups de leurs complices. 

Le frère de l'infortuné de La Salle, le P. Anastase, 
Récollet, et trois autres, les seuls survivant à tant de 
fatigues, atteignirent enfin le Mississipi, et l'année 
suivante ils allèrent porter à Québec la nouvelle de 
leurs désastres. 

La colonie était alors absorbée par d'autres préoc- 
cupations très-graves: les intrigues du gouvernement 
de New-York pour détourner h son profit le com- 
merce des pelleteries et ses efforts pour s'attacher 
exclusivement les Iroquois. 

Avant la campagne contre les Tsonnontouans avait 
eu lieu une autre expédition plus difficile et plus au- 
dacieuse. Le Roi, sur les plaintes des commerçants, 
avait permis de reprendre le fort bâti par les Français 
sur la rivière Sainte-Thérèse, et d'en chasser les An- 
glais. Pour réussir dans cette entreprise il fallait des 
miHciens propres à tous les exercices et habitués à 
la fatigue et au froid. Soixante-dix Canadiens furent 
choisis et mis sous les ordres de trois de leurs com- 



if 



4m 

■à 



■m 
-m 



■■'■'1i! 



— 180 — 

patriotes, trois frères, d'Iberville, de Sainte-Hélène 
et de Maricourt, fils de Charles Le Moine (1). On leur 
adjoignit trente soldats commandés par de Troyes. 
Le P. Sylvie les accompagnait. 

Les rivières étaient glacées, la neige couvrait la 
terre lorsque ces hommes alertes et vigoureux quit- 
tèrent Montréal, pour parcourir huit cents kilomètres 
avant d'arriver au premier poste anglais. Tantôt en 
raquettes, traînant leurs vivres et leurs bagages, 
tantôt en bateaux, ils arrivèrent, le 20 juin, à la baie 
James. « Il fallait être Canadien, remarque à ce sujet 
» La Polherie , pour supporter les incommodités 
» d'une si longue traversée (2). » 

Le fort de Monsipi, flanqué de quatre bastions et 
armé de douze canons, fut enlevé sans coup férir. 
Attaqués au milieu des cris de guerre sauvages, les 
Anglais se rendirent aux assaillants qui avaient esca- 
ladé les palissades et enfoncé à coups de bélier la 
porte principale. Deux autres forts restaient à dé- 
truire dans cette baie, à uni; distance de cent vingt 
kilomètres les uns des autres : ils la franchirent. Un 
bâtiment monté par quinze hommes était mouillé vis- 



(1) Ce Cil. Le Moine tic Longucil, dont le pire avait M ano- 
bli, avait sept flls, Idiis plus braves les uns ((iie les autres. 
L'afiié, (le ( Iraiivillc, l'nl munnu'' capilaiiio pour sa hrillaiilo con- 
duite dans [ilusicurs on},'a{^cnienls. Le pire avait séjourne loiii;- 
lemps parmi les Onuuntajjucs ijui l'avaient adopté ainsi (jue sa 
famille cl admis dans leurs Conseils. 11 exen^ait une j.Tande in- 
fluence sur e\ix. Il sera souvent question de ses enfants. 

(2) Histoire de l' Amérique septentvionalo, par de Bacqueville 
de La l'otheric. 



- 181 ~ 

à-vis du fort Rupert : d'Iberville, accompagné de sept 
Canadiens, s'en empara, pendant que de Troyes en- 
fonçait les portes du fort et l'occupait. Enhardi par 
ces succès, il voulut couronner l'entreprise et alla 
attaquer le fort d'Albany qui lui fut remis, après une 
première attaque. Le fort Nelson seul fut épargné, 
parce qu'il était trop loin. 

Resté sur les lieux pour y rétablir les affaires de la 
Compagnie, d'Iberville envoya en France les prison- 
niers anglais, sur un bâtiment expédié pour y trans* 
porter les pelleteries enlevées aux ennemis. Six mois 
après, voulant se rendre h Montréal par les terres, il 
nomma son frère, de Maricourt, pour le remplacer 
dans le commandement. Au moment de partir, il eut 
avis qu'un navire anglais était dans les glaces près de 
l'Ile deCharleston, et envoya quatre hommes pour le 
reconnaître ; deux furent pris, garottés et jetés à fond 
de cale où ils passèrent l'hiver. Le capitaine du navire 
se noya au printemps. Le moment venu de mettre h 
la voile, le pilote et les matelots, au nombre de six, 
se firent aider par le moins vigoureux des miliciens. 
Un jour, que la plupart des hommes étaient au haut 
des manœuvres, le Canadien^ n'en voyant que deux 
sur le pont, s'arme d'une hache, leur casse la tète et 
court couper les liens de son camarade. Us s'em- 
parent des armes, ils sont maîtres du vaisseau et lui 
font prendre la route des ports français. D'Iberville 
avait équipé un bâtiment pour délivrer ses hommes ; 
ils le rencontrent et lui remettent leur capture. Le 
bâtiment anglais était chargé de marchandises et 









,\VS 






w 



— 182 — 

de vivres, qui furent d'un grand secours pour les 
forts (4). 

« Écoute, Onontio, avait dit au marquis de De- 
» nonville un Iroquois chrétien, avant la campagne 
» entreprise contre les Tsonnontouans, tu vas atta- 
» querun nid de guêpes: écrase-le, si tu veux ensuite 
» vivre tranquille ; mais si tu te contentes de les ef- 
» frayer, elles se réuniront toutes contre toi. » En 
effet la guerre recommença, et elle inquiétait sérieu- 
sement. 

Peu satisfait des résultats obtenus par la force, le 
marquis de Denonville voulut tenter les négociations 
et essayer de faire la paix. Malgré leur soif de ven- 
geance, les Iroquois, habiles à dissimuler, se prêtèrent 
à ces projets de conciliation, et mirent bas la hache, 
mais sans l'enterrer. Les missionnaires, qui, malgré 
la guerre, étaient restés au milieu d'eux, servirent 
d'intermédiaires {2). Les trois cantons d'Onneiout, 
d'Onnontagué et de Goyogouep, envoyèrent des dé- 
putés en Canada. Mais la confiance des anciens temps 
avait disparu, et derrière les négociateurs se tenaient 
à distance douze cents guerriers. Cependant la paix 



(1) Lollrc (h Denonville, du 25 août 1(!87. 

(2) Dans la Correspondance officielle du marquis de Denon- 
ville, on lit ce beau tùmoignage rendu aux mish'ionnaircs : « Il 
faut soutenir les missionnaires, sans cela on doit s'attendre à 
beaucoup de malheurs pour la colonie; cai' je dois vuus dire que, 
jusqu'ici, c'est leur habileté qui a soutenu les affaires du pays, 
par le nombre d'amis qu'ils se sont acquis chez les Sauvages et 
par leur savoir-faire à gouverner l'esprit de ces barbares, qui 
ne sont sauvages que de nom. » 



— 183 — 

fut conclue, à la condition du rappel des chefs sau- 
vages prisonniers en France et de la destruction du 
fort de Niagara. 

Un incident imprévoyable vint anéantir tous ces 
efforts de réconciliation. Les Tionnontatès de Missil- 
limakinac, jaloux ou inquiets de négociations aux- 
quelles ils n'avaient pris aucune part, employèrent 
un infâme stratagème pour en empêcher le succès. 
Kondiaronk ou Le Rat, un de leurs capitaines des plus 
hardis et des plus fourbes, feignant d'ignorer ce qui 
s'était passé , attaqua les députés iroquois à leur 
retour, en tua plusieurs et emmena les autres comme 
prisonniers. De retour à Missillimakiiiac, il remit l'un 
d'entre eux ù de La Durantaie, commandant fran- 
çais du fort, qui, dans l'ignorance où il était de la 
paix conclue, le condamna à mort malgré ses pro- 
testations. 

Le perfide Le Rat fit en même temps évader un 
autre prisonnier iroquois pour dénoncer ce fait à sa 
nation. Cette fourberie eut un succès complet. La 
fureur des Iroquois ne connut plus de bornes, et ils 
se préparèrent à une terrible vengeance. 

Le 5 août 1689, quatorze cents des leurs descendent 
en silence, pendant la nuit, sur la partie supérieure 
de l'île de Montréal, au lieu nommé La Chine. Sur un 
espace de plusieurs kilomètres, ils se placent à la 
porte de chaque maison, et, à un signal donné, le cri 
de mort retentit et le massacre commence. Hommes, 
femmes, enfants, nul ne fut épargné. Deux cents 
personnes trouvèrent là la mort. Les Iroquois en 



i -.-^^ 



m 









m 



là 









\\ 



" ! 



Mi 

li i 9 i 



II 



\ 



— \m — 

emmenèrent autant pour les livrer aux flammes ou 
ù la captivité. L'île entière fut inondée de sang et 
ravagée jusqu'aux portes de la ville. Aucune résis- 
tance, en qucUpie sorle, ne leur l'ut opposée, et ils ne 
se retirèrent ((ue vers le milieu d'octobre, et de leur 
plein gré. 

Outre la guerre dont le Canada avait alors à gémir, 
il y avait deux autres causes qui contribuaient à l'af- 
faiblir. C'était d'abord l'éparpillement des colons 
vivant isolés sur leurs terres, sans asile de sûreté et 
sans protection. Pour remédier à ce danger perma- 
nent, on commença à élever dans chaciue seigneurie 
des forts palissades , près desquels les habitants 
groupèrent leurs maisons, pour pouvoir s'y réfugier 
en cas d'alerte et tenir tète à l'ennemi en attendant 
les secours. 

Le remède à la seconde source du mal était bien 
plus (liflicile à appli(|uer. Des Français qu'on appelait 
Coureurs de bois, et dont le nombre s'était considé- 
rablement accru, servaient d'agents de détail pour le 
commerce des fourrures. Ils pénétraient dans les so- 
litudes glacées de la baie d'IIudson, dans les plaines 
arides du Nord-Ouest, dans les prairies immenses du 
bassin du Mississipi, partout où ils espéraient trouver 
un Sauvage qui eut des peaux à vendre. Pendant un 
temps, ces hommes furent considérés comme très- 
utiles ; mais peu à peu ils se recrutèrent parmi ceux 
(iue rebutait la vie pénible et monotone du laboureur 
ou du journaher et qui préféraient vivre dans le 
libertinage et l'indépendance. Quelques-uns finirent 



— 185 — 

même par s'allier aux tribus indigènes et adoptèrent 
complètement leurs mœurs rclàclices et leurs usages. 
Malgré les mesures sévères que prit le (louverneur, 
jamais il ne put arrêter ces dêserlions, aussi fatales 
à la religion qu'au (lévelopi)ement de la ( olonie. 




COLUELU I)K lîOIS. 









'* lit. 









i .:,■> 






1 î 


■ 




















\ 


,» 


, l 


1 


M 

i 

r 




IX 



Le comte de Frontenac (1689-1698).— Hauts faits 
de Le Moine, chevalier d'Iberville. 






1: 



.1' 



Avant le désastre du village de La Chine, mais 
trop tard pour le prévenir et l'empêcher, la Cour 
avait choisi un successeur au marquis de Denonville. 
L'état de la colonie inspirait des inquiétudes, surtout 
depuis les événements survenus en Europe. 

Une révolution en Angleterre signala l'année 1688. 
Les Stuarts, dépouillés de la couronne dans la per- 
sonne de Jacques II, le dernier souverain catholique 
de ce royaume , avaient été supplantés par Guil- 
laume III d'Orange. Par là, l'alliance française, qui 
remontait à Henri IV et à Elisabeth, était rompue, et 
la Grande-Bretagne entrait dans la coalition d'Augs- 



;--H 



; 



; 



■ 



•j 



i. 



}\ 



?i ^ î 



r 






y 



— 188 — 

bourg contre la France. Le Canada devait tôt ou tard 
être une des victimes de cette lutte qui allait mettre 
l'Europe en feu. 

Louis XIV voulut envoyer dans la Nouvelle-France 
un homme ferme , expérimenté dans la guerre , 
instruit des besoins du pays et habile à manier l'es- 
prit des Sauvages. Malgré ses défauts, le comte de 
Frontenac possédait à un haut degré loutes ces qua- 
lités. On le jugea môme capable d'exécuter un projet 
hardi, mais de la plus grave conséquence pour l'ave- 
nir : c'était de s'emparer de lu Nouvelle-York en 
l'attaquant par terre et par mer. Ce projet gigan- 
tesque manqua, faute d'ensemble dans les opérations. 
La flotte fut retardée par le temps, et le comte de 
Frontenac n'arriva à Québec que le 12 octobre. 

L'état de dévastation où il trouva la colonie devait 
absorber tous ses soins, et ne lui permettait pas de 
songer, pour le moment, à des projets grandioses de 
con(iuétc. Il ramenait avec lui les prisonniers , et 
entre autres Ouréouharé, chef goyogouen, très-aimé 
des siens, sur l'attachement duquel il comptait pour 
ramener les Iroquois à des idées de paix. Mais l'in- 
fluence des Hollandais et des Anglais l'emporta sur la 
sienne; ces rivaux des Franrais poussaient les Sau- 
vages à continuer leurs dévastations et leur en four- 
nissaient les moyens. 

Comme de Frontenac avait reçu mission de pro- 
tcgei l'Acadie contre les enq)iétements de la Nou- 
velle-Angleterre et de rentrer en possession de la 
baie d'Hud^on, il mit immédiatement plusieurs partis 






— 181) — 

en campagne. J.e l'oit anglais de Pomquid, près de 
la rivière de Peiitagoèt, et ceux des environs do 
Kénébee, furent successivement enhnéset détruits. 
Par un coup de main plus liardi, un détachement 
sous les ordres dt> d'Aillehoust, de Mantet et de 
Sainte-Hélène, après avoir parcouru en plein hiver 
six cents kilomètres, couchant à la belle étoile sous 
un ciel brillant comme celui tritalie et froid comme 
celui de Sibérie, pénétrait dans le gouvernement de 
New- York et surprenait la \ illo de (lorlar ou Sclié- 
nectady, au milieu dt* l.i nuit, la ri!in;iit (M la rédui- 
sait en cendres. 



;i»;Aî 



■m 







■' 'À'.- 



MIl.K 11-, 



Le vaillanl ll(M'tel,accomp;igné de Uujis de ses (ils, 
franchissant un espace de (pialre cents kilou)ètres, 
s'avanea, à la tète d'une autre troupe de ciiKiuante 



à: 



i^ 



•Hî 



ki i >. 



m?^ 



i 



( 



I 

• il 



II' 



i 
I 



fi 



Y 
fi 
.1 



^ 









— 190 — 

hommes, jusqu'à la bourgade Sémentel, sur la rivière 
Salmon'Falls, et revint chargé d'un riche butin, après 
avoir détruit deux forts et battu deux cents Anglais 
qui s'avancèrent pour l'arrôler dans sa marche. 

Presque en môme temps, le lieutenant de Porlneuf 
allait sur les bords d(i la mer enlever le fort de Gasco, 
muni de huit pièces de canon, le démantelait et ra- 
vageait les possessions anglaises des environs. 

Le succès de ces expéditions partielles eut pour 
résultat de faire taire les rivalités qui existaient entre 
les provinces anglaises, et de les unir pour détourner 
le danger commun. La résolution fut prise d'attaquer 
le Canada par terre et par mer. 

Winlhrop, chargé de conduire l'armée qui entrait 
par le lac Cliamplain, fut forcé de rétrograder au mi- 
lieu de sa route. Les Iroquois qui lui servaient de 
guides et de renfort prirent un prétexte et l'aban- 
donnèrent en pays tout à fait inconnu. 

L'amiral William Phipps partit de Boston avec 
trente-quatre vaisseaux et trois mille hommes de dé- 
barquement et cingla vers Québec. Il entra dans la 
rade leiG octobre 1690. 

La nouvelle de cette invasion ne le précéda que de 
quelques jours, et cette surprise fit encore briller 
davantage les rares talents du comte de Frontenac. 
Ses mesures furent immédiatement prises et la ville 
mise en état de défense. 

L'amiral anglais se croyait si sûr de son succès, 
qu'il se vantait de coucher la nuit suivante dans le lit 
du Gouverneur. Un parlementaire se présenta pour 



. V-' 



lit 
mr 



— 191 — 

sommer la ville de se rendre. Quand on lui débanda 
les yeux, il était en présence du comte de Frontenac, 
entouré de l'Évoque, de l'Intendant et d'un nom- 
breux et brillant état-major. 

L'arrogance de la sommation irrita le comte. Quand 
il vit l'envoyé tirer sa montre et exiger une réponse 
dans une heure : « Vous ne l'attendrez pas si long- 
» temps, lui dit-il ; je vais répondre à votre maître 
» par la bouche de mes canons. Qu'il apprenne que 
» ce n'est pas ainsi qu'on fait sommer un homme 
» comme moi ! » 

Le parlementaire était à peine de retour à la flotte, 
qu'une des batteries de la basse ville commença le 
feu, et avec tant de bonheur que le pavillon amiral 
fut coupé et tomba à la mer. Quelques Canadiens se 
jetèrent à la nage et s'en emparèrent, malgré une 
vive fusillade. Il fut porté à la cathédrale où il resta 
jusqu'en 1759. 

Trois- Rivières et Montréal envoyèrent aussitôt 
leurs soldats et leurs miliciens conduits par Ilertel 
et de Gallière, au secours de Québec ; cette belli- 
queuse jeunesse fut accueillie avec de grands cris de 
joie qui furent entendus de la flotte. 

Deux jours après, quatre des plus gros vaisseaux 
allèrent s'embosser devant )a ville et commencèrent 
le bombai'dement. Toutes les batteries y répondirent 
jusqu'à huit heures du soir. Le lendemain, le vaisseau 
amiral et un autre furent complélement désemparés 
et forcés à la retraite. Le boinbai'dement cessa. 

Cependant quinze cents hommes de débarquement 






■:■,'?%% 

■m 

■■':*v>:. 



■ ■■i.\ 






!'-'vV* 












i '-C'A'.., *') 



à li 



\ 

i 

i 



•î 



;- » 



I 



i 



— 192 — 

avaient en môme temps pris terre 5, Beauport, pour 
approcher de la ville. A chaque pli de terrain, à 
chaque bouquet d'arbres, ils trouvaient une énergique 
résistance. Quarante élèves du séminaire de Québec, 
retirés alors à leur maison de ciimpagne de Saint- 
Joachim, sur les bords de la rivière Saint-Gliarlcs, 
contribuèrent puissamment à déjouer cette attaque. 
Les Anglais se crurent un moment pris entre deux 
feux. Ils furent tellement découragés que, pendant la 
nuit, ils regagnèrent en toute hâte leurs vaisseaux, 
abandonnant l'artillerie et les munitions. Le village 
de Beauport reçut deux de ces canons en mémoire 
du courage de ses habitants, et la maison de Saint- 
Joachim en reçut un. 

Après avoir perdu i?ix cents honmies, la flotte an- 
glaise leva l'ancre le 21], et elle l'ut en partie drtniile 
par la tempête, à l'entrée du golfo Saint-Lauicut. 

Ce siège est resté justement niémoiable par la 
victoire que la i)etite armée du Canada remporta sur 
les forces combinées des colonies anglaises, vingt fois 
plus peuplées ({ue la Nouvelle-France. 

Louis XIV accorda des lettres de noblesse aux 
officiers qui s'étaient le plus distingués, entre autres 
à Hertel, qui était là avec ses cinq lils, et il lit h'apper 
une médaille commémorative. 

Par reconnaissance pour la Sainte Vierge, qui avait 
été invoquée avec une grande ferveur pendant le 
siège, M'^''' Lacroix de Saint- Vallier, alors évêque de 
Québec, fit donner à la chapelle de la basse ville le 
nom de Notre-Dame de la Victoire. Ce Prélat succé- 



m 



'.?î 



— 103 — 

dait à Ms'' de Laval qui, depuis deux ans, avait fait 
agréer sa démission. 

Les dépenses excessives de cette guerre ol)ligèrent 
leb colonies anglaises h avoir recours au papier- 
monnaie, inconnu jusque-là en Amérique, et le Ca- 
nada se vit lui-même dans la nécessité d'imiter cet 
exemple, au grand préjudice d'un bon nombre de 
familles. 

Les Iroquois prirent part à la lutte entre les deux 
grandes nations, tantôt séparément et avec des corps 
volants, tantôt unis aux troupes anglaises. Ils sou- 
tinrent surtout celles-ci dans une surprise ({u'elles 
tentèrent, mais inutilement, contre le fort de la 
Prairie de la Madeleine, le 11 août iOUl . 

Le capitaine de Valremie, accouru de Cliambly pour 
leur couper la retraite, les attaqua et les délit com- 
plètement en un lieu qui porte encore aujourd'lnii le 
nom de Côte de la lialaille. Les Sauvages ciirétiens 
de Lorette, du lac des Deux-Montagnes et du saut 
Saiiît-Louis, combattaient dans les rangs français et 
déployèrent un admirable courage. 

Malgré ces succès, les colons répandus dans les 
campagnes étaient obligés de se tenir sur le qui- 
vive. Partout ils couraient le danger d'inre sui'pris 
par des ennemis subtils qui mettaient tout à feu et à 
sang ou ne faisaient desprisoimiers que pour se don- 
ner le plaisir de les torturer. Leur invasion dans la 
paroisse de Vercbères, en MY.^I, donna lieu à une 
mémorable défense. Quand ils arrivèrent près du 
fort, les habitants étaient occupés à travailler dans 









i 



mf 



Kii- 












:;V>\^^ 



■■■» 









.'i]:i^'â 









? 



— 191 — 

les champs. M"" de Verchères, jeune fille de quatorze 
ans, n'eut que le temps de se jeter dans l'enceinte, où 
elle trouva un soldat et une troupe de femmes qui 
poussaient des cris lamentables à la vue de leurs 
maris égorgés ou chargés de liens. Sans perdre un 
instant, la jeune héroïne excite à la résistance. Elle 
se montre avec le soldat tantôt à un bastion, tantôt 
à un autre, et tire alternativement du canon ou du 
fusil. Trompé par ce stratagème, la bande dévasta- 
trice crut le fort bien défendu et, craignant l'arrivée 
d'un secours, elle se retira. 

Vers l'Ouest, les Miamis et les Illinois avaient, 
depuis deux ou trois ans, tué plus de quatre cents 
Iroquois des cantons supérieurs. 

Les Onneiouts, effrayés de ces pertes et poussés par 
le P. Millet, avaient envoyé sonder les dispositions du 
comte de Frontenac, qui ne rejeta pas les propositions 
de l'ambassadeur, mais le laissa dans un état d'in- 
certitude propre à paralyser les efforts des Anglais. 
Il avait, parmi les cîiefs iroquois, des amis qui cher- 
chaient à ramener leurs cantons vers la paix ; tou- 
tefois l'incertitude était toujours la même. iCnlin, au 
mois de mai iOUi-, des députés arri\èrent à Québec. 
A leur tète était Téganissorcns, considéré à juste droit 
connue le premier orateur do la nation iro(|uoise. 
Les Anglais et les Français l'écoutaient avec autant 
de plaisir que ses compatriotes. « (juand je le vis e*: 
)) l'entendis pour la première l'ois, dit Golden, il était 
» déjà avancé en âge et parlait avec tant de facilité 
» et de grâce qu'on l'aurait admiré partout. Il était 



lébec. 

droit 

loise. 

lutant 

Ivis e* 

était 
bcilitc 

était 



— 195 — 

» bien fait et d'une taille élevée : selon moi, par les 
» traits de son visage, il ressemblait, d'une manière 
» frappante, au buste de Cicéron. » Il parla avec 
dignité et aisance et termina son discours avec tant 
de modestie et de telles marques de respect pour le 
Gouverneur, que tous les auditeurs en furent ravis 
d'admiration (1). 

Le lendemain, le comte de Frontenac répondit avec 
habileté et noblesse, sans prendre aucun engage- 
ment, et se borna à témoigner de sa bonne volonté 
et du plaisir qu'il aurait h vivre en paix avec les 
Iroquois. Il savait que le désir sincère de Téganis- 
sorens et de Garakontié était de pacifier les esprits ; 
mais il savait aussi qu'ils étaient moins influents que 
les capitaines attachés aux Anglais : il espérait ce- 
pendant que la sagesse et la modération de ces deux 
hommes pourraient leur rendre l'ascendant qu'ils 
avaient eu dans les Conseils. 

Dans l'état d'hostilités continuelles entre la colo- 
nie française et les Iroquois, la Cour avait donné à 
Frontenac l'ordre d'abandonner les contrées occiden- 
tales, qu'on appelait les Pays d'en haut. Il semblait 
en elTet impossible de défendre un territoire aussi 
vaste. Il crut pouvoir déroger à ces instructions (jui 
auraient livré aux Anglais toutes les nations des lacs 
et du Mississipi, et bientôt le Canada tout entier; 
mais en même temps il voulut frapper un grand 
coup pour humilier et écraser les Iroquois. 

(I) Je no sais, dit Cliarlcvoix, s'il clail des lors chivlicri; 
mais il est cerlain qu'il l'a élo el est mort au saul î-aiul-Louis. 



■ > *>î 

■ .■■■ r- M- V -, *_ 
-■■.i'i;4?<;.)l 



f'-i 










I m 






... .r;: 



— 1% — 

A la tête de deux mille trois cents hommes, le 
comte de Frontenac pénétra, le 28 juillet lOOG, dans 
leurs cantons par la rivière de Chouaguen ou Oswego. 
Les Onnontagués avaient pris la luite après avoir 
brûlé leur village. On n'y trouva (jue les corps de 
deux Français récemment massacrés. Le village des 
Omieiouts eut le môme sort, et tout le pays l'ut 
ravagé. 

L'n vieux chef Onnontagué, incapable ou dédai- 
gneux de fuir avec sa tribu, resta assis dans son 
wigwam au moment de l'arrivée des vainqueurs, 
attendant avec un calme stoïque la mort horrible 
([u'il allait avoir à subir. Les Sauvages, alliés des 
Français, le soumirent en effet à d'affreuses tortures 
qu'il supporta sans pousser une plainte et en nar- 
guant mémo ses bourreaux. Il dit à celui qui lui 
porta un dernier coup mortel ; « Tu as fort d'abréger 
» ma vie. Tu aurais eu plus de temps pour apprendre 
» comment un guerrier doit mourir ! « 

De Frontenac s'arrêta après ces succès. Il n'avait 
cependant frappé que deux cantons iroquois; mais 
son armée pouvait courir trop de dangers au milieu 
d'ennemis insaisissables et à si peu de distance des 
Anglais : un échec eut tout compromis. 

Les Anglais n'avaient pas tardé à essayer de tirer 

mt l'Acadie, et 



P^ 



•epr 



en attaquant Phiisance au sud de Tei re-Neuve. 

Le Moine d'Iberville, une des plus belles gloires 
militaires du Canada, déjà connu par sa cam[)agnc 
dans la baie d'iludson en 1080, reçut, en 1G90, mis- 



Lircr 
;, et 

lires 
g ne 
iiis- 



— 197 - 

sion de renverser Pennaquid que les Anglais avaient 
relevé , puis de détruire leurs établissements de 
Terre-Neuve et de la baie d'Hudson. Le colonel 
Chubb, commandant de Pennaquid, fut promptement 
forcé de se rendre. 

L'île de Terre-Neuve, avec son sol aride et son 
climat rigoureux, n'avait alors d'importance que par 
ses pêcheries. Le principal poste des Français était 
Plaisance, sur la côte sud, établi vers IGfîO. Les An- 
glais en avaient plusieurs sur la côte orientale et y 
faisaient un commerce considérable. Le plus ancien, 
celui de Saint-Jean, datait de 1583, et était deveim le 
plus important. 

D'Ibeiville se chargea d'aller l'attaquer par terre 
pendant que de Brouillan, gouverneur de Plaisance, 
y arriverait par mer. Cette campagne au miheu de 
l'hiver, la raquette aux pieds, dans des cliemins im- 
praticables, fut un coup de main audacieux, mais 
couronné d'un plein succès : les fortifications furent 
rasées et la ville entièrement détruite. 

D'Iberville, malgré la rigueur de la saison, par- 
courut les côtes de Terre-Neuve, avec une poignée 
de Canadiens, et répandit dans toute l'île la terreur 
du nom français. 

Cinq vaisseaux arrivés de France et mis sous les 
ordres de d'Iberville, considéré comme le premier 
manœuvrier de notre armée de mer, ne lui permi- 
rent pas d'achever sa conquête. Il partit, en 1GU7, 
avec son frère, de Sérigny, officier d'un grand mérite 
et digne de remplacer de Sainte-Hélène tué devant 



■m 









% 






















</.-JÏ 



/ ! 



— 198 — 

Québec. Us étaient chargés de s'emparer des établis- 
sements anglais de la baie d'Hudson. 

D'Iberville, monté sur le Pélican, arriva seul, le 
4 septembre, devant le fort Nelson , autrefois fort 
Bourbon. Un des navires avait été brisé par les 
glaces flottantes, les autres avaient été retenus plus 
de trois semaines. 




(iLAC.KS FIAIITANTKS. 



1 



^.: 



Le commandant fut dégagé le premier et, seul, 
il accepta le combat contre trois vaisseaux anglais. 
L'un est coulé ; il force le second à amener son pa- 
villon ; le troisième ne lui éciiappe que par la rapi- 
dité de sa marche. La baie d'Hudson était acquise à 
la France. D'iberville revint alors en Europe avec 
deux navires portant une riche cargaison de pellete- 
teries, et laissa le commandement à son frère de 
Sérigny. 






L seul, 
Inglais, 



— 199 — 

Une grande vigilance était nécessaire pour main- 
tenir l'accord dans l'Ouest et conserver l'amitié de 
peuples rivaux.. Les officiers chargés de la défense 
des forts n'y parvenaient pas toujours. Les Miamis 
furent entraînés par un chefhuron, surnommé Ba- 
ron , ami des Anglais , qui les engageait à s'allier 
aux Iroquois. Ceux-ci étaient en marche, lorsque le 
fameux Kondiaronk, alors sincèrement attaché aux 
Français, surprit quatre de leurs éclaireurs, et en 
apprit que deux cent cinquante des leurs étaient 
dans le voisinage ; mais qu'ils n'avaient de canots 
que pour soixante personnes. Kondiaronk avait avec 
lui cent cinquante bons prnerriers. Il s'embarque, 
s'avance vers le lieu où sont les ennemis et, quand 
il voit qu'il a été aperçu, il pousse au large, comme 
pour fuir. Les Iroquois se précipitent dans leurs ca- 
nots et se mettent h le poursuivre. Quand il est loin 
du rivage, il s'arrête et se range en bataille, essuie 
leur premier feu, puis, sans leur donner le temps de 
recharger les fusils, fond sur eux avec tant de furie, 
qu'en un instant tous leurs canots sont fracassés. 
Trente-sept Iroquois furent tués, quinze furent pris ; 
les autres se noyèrent. 

Ce coup hardi renversa le projet qu'avait formé 
Baron de détruire la nation des Miamis, sous le 
prétexte de négocier la paix avec eux, et il consolida 
la fidélité de ce peuple. 

Sur ces entrefaites, la paix entre les deux puis- 
sances était signée à Riswich, le 20 septembre 1G'.)7. 
Elle rétablissait les colonies dans l'état où elles 






■■..'-'••'s T/.M| 
•.V',.i.j^-i 

■ : .'fil 

?> ■? 
. ■..■) •^1 






y^Ur ! 



.'.■'1 



■m 

,'■■■"•:••: I 

\ .-m, •: 
1 ' ■''^- i 



'•\ ■' , 



i / ' 



. t - 






- 200 — 
étaient avant la guerre, La baie d'Hudson resta ac- 
quise à la Franco; mais la question des frontières en 
Acadie et de l'indcpcndance du pays des Iroqnois 
resta pendante. 

La gloire que d'Iberville venait d'obtenir par ces 
derniers exploits fixa sur lui l'attention de la Cour, et 
il rerut, en 1698, une mission plus utile et plus conso- 
lante par ses résultats. La désastreuse expédition de 
La Salle en Louisiane n'avait pas fait abandonner le 
projet de coloniser une contrée si riche et si fertile. 
De Poncliartrain, ministre de la marine, le reprit et en 
confia l'exécution à l'iieureux marin. Celui-ci partit 
de La Roclielle et parvint à reconnaître l'entrée du 
Mississipi , qui avait échappé h l'infortuné de La 
Salle. Ce grand tributaire de l'Océan fut salué au 
chant du Te Deum. 

Nommé Gouverneur de la Louisiane, d'Iberville 
fonda en 1701 Mobile, qui fut pendant un temps la 
capitale de ces contrées. Mais il ne vit pas le couron- 
nement de son œuvre. Ses talents et sa bravoure. 
Justement appréciés en France, le firent choisir pour 
commander la flotte envoyée à la conquête de la 
Jamaïque pendant la guerre de la Succession. La mort 
le surprit en mer devant la Havane en 170G; il tomba 
au champ d'honneur. Son frère de Bienville, qui 
l'avait accompagné dans sa campagne sur le Missis- 
sipi, prit, avec Juchereau de Saint-Denis, le com- 
mandement du premier fort construit sur ses rives, 
près de son embouchure, et, en 1701, il devint com- 
mandant en chef de toute la colonie. 



resta ac- 
lières en 
Iroqiiois 



par ces 
Cour, et 
is conso- 
lition de 
onner le 
;i fertile, 
prit et en 
ci partit 
ntrée du 
3 de La 
salué au 

[bervillo 

emps la 

couron- 

•avoure, 

sir pour 

3 de la 

La mort 

1 tomba 

le, qui 

Missis- 

e com- 

s rives, 

Qt com- 



— 201 — 

Pendant l'expédition de d'Iberville en Louisiane, le 
Canada perdait son Gouverneur. Le comte do Fron- 
tenac mourut le 2H novembre 1098, à l'àj^e avancé 
de soixante-dix-buit ans. Il a eu la jfloii'e île soutenir 
la colonie sur le pencbant de sa ruine, et de la con- 
server intacte à la France. Sa seconde administration 
fut bien plus sage que la première et ne donna pas 
lieu aux mêmes plaintes. A sa mort, il possédait la 
confiance entière de son Souverain et l'estime uni- 
verselle des babitanls de la colonie. Son corps fut 
déposé dans l'église des llécollets qu'il avait toujours 
protégés. 

De Bienville (1) garda longtemps la position im- 
portante qu'il occupait et fonda dans le pays les prin- 
cipaux établissements. L'un d'eux fut construit cbez 
les Natcliez et à leurs frais. Ce peuple puissant, le 
plus civilisé de la vallée du Mississipi, adorait le So- 
leil. Il avait érigé en l'bonneur de cette divinité un 
temple où était entretenu un feu perpétuel. Le grand 
chef en portait le nom et, comme grand prêtre, Ini 
présentait chaque jour une oll'rande. Les mœurs y 
étaient profondément corrompues et les mission- 
naires, tout en obtenant le respect des Natchez, les 
trouvèrent pour le moins indilTérents. Juchereau de 
Saint-Denis y commandait un poste et y maintenait 
l'ordi ; mais pendant une de ses absences, ces Sau- 

ili Lo nom l'io IVienvlllo a i-lé porté pnr diiiix de? filf; do 
Cil. !.(> Moine, Ijaron de Loii^^iicil. Le premier, iM-ancois de iJien- 
villc, fut tué danH une rencontre avec los Iruqunjs et fut vive- 
ment reirretté. C'est alors que l'un de ses plus jeunes l'reres prit 
ce nom qu'il a illustré. 



i' H. C M 






■■1 '"' 



■ ^^ 
4 l,;'. 







■;-.■■<>■.•,>;■• 









I 



l 



— 202 — 

vages commirent un acte de trahison contre les 
Français et en tuèrent quelques-uns. De Bienville 
accourut, à la tête d'une centaine de soldats, pour les 
châtier, et se fit livrer les meurtriers qui furent 
passés par les armes. 

Cette soumission ne fut que temporaire, et ce peuple 
se maintint presque constamment en état d'iiostihté 
latente contre les Français, trop peu nombreux dans 
la Louisiane, et qui ne s'y seraient pas maintenus 
sans le concours des Canadiens. 

Une conspiration fut ourdie parmi plusieurs peu- 
plades pour les massacrer tous en même temps. La 
précipitation des Natchez fit avorter le complot, en 
devançant le moment. Ils furent dispersés et se reti- 
rèrent chez lez Chicasas, qui comptaient plus de 
mille guerriers. La soumission de ces deux peuples 
occupa les forces de la colonie pendant plusieurs 
années et coûta la vie à une foule d'officiers distin- 
gués et au P. Sénat, Jésuite, qui, à la suite d'une dé- 
faite, voulut rester sur le champ de bataille pour 
administrer les blessés. Il fut pris, attaché au poteau 
avec une vingtaine de prisonniers, torturé pendant 
neuf heures et bridé. 

La soumission de ces peuples ne put être com- 
plétée qu'après l'arrivée de troupes envoyées de 
France. Le calme se rétablit enfin et la paix fut con- 
clue, malgré les menées des Anglais qui soufflaient 
le feu de la discorde là où ils ne pouvaient dominer. 



tre les 

ienville 

>our les 

furent 

peuple 
lostilité 
jx dans 
intenus 

rs peu- 
nps. La 
plot, en 
se reti- 
plus de 
peuples 
usieurs 
i distin- 
ane dé- 
pour 
30teau 
endant 

e corn- 
ées de 
it con- 
fiaient 
■miner. 



X 



Le chevalier de Calliére (1699-1703). — Le mar- 
quis de Vaudreuil (1703-1726). 



Le chevalier de Calliére, qui avait bien mérité du 
pays pendant son gouvernement de Montréal, fut 
appelé à succéder au cointo de Frontenac. Il avait à 
un haut degré les qualités qui doivent briller dans 
ceux qui sont chargés do commander aux autres, 
surtout dans un pays où le chef est ai)pelé à remplir 
tous les rôles : il réunissait riiilclligence, la bravoure, 
la prudence et la santé. 

De Calliére inaugura son gouvernement par une 
tentative qui fait honneur à son cœur et qui lui fut 
d'autant plus glorieuse qu'elle eut tout le succès dé- 
siré. Il voulut profiter du moment de paix qui régnait 



,.■■.•»,.■;-■■.? 



■V' / 






•ru-- 



%3 



■ i'"' 



•;)(<; 



, .. ..vin , 



' - 20i — 

entre les deux colonies, pour établir une union géné- 
rale entre toutes les nations sauvages en rapport 
avec le Canada. Malgré les intrigues du chevalier de 
Bellonnont, Gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, les 
cinq nations iroquoises se rendirent à l'invitation du 
Gouverneur français. L'émissaire anglais, chargé de 
les en détourner, eut pour toute réponse ces paroles 
du chef, qui parlait au nom de tous : « Je ne fais rien 
» en cachette. Tu diras à mon frère Corlar (c'est ainsi 
» qu'ils appelaient le Gouverneur de New- York) que 
» je vais descendre aux Franc.'ais, pour répondre à la 
» parole de mon père Onontio qui a planté l'arbre 
» de paix. J'irai ensuite à Orange, pour savoir ce que 
» mon frère me veut. » 

Ce n'était pas sans de longs préliminaires qu'on 
était parvenu à s'entendre. Plusieurs ambassades 
s'étaient succédées. Enfin le 18 juillet 1700, deux 
députés d'Onnonlagué et quatre de Tsonnontouan 
arrivèrent à Montréal. Les premiers furent intro- 
duits par de Maricourt, fils adoptif de leur canton ; les 
seconds demandèrent de Joncaire, que leur nation 
avait également adopté, et en qui ils avaient grande 
confiance. Après le discours d'usage, l'orateur an- 
nonça que de Mnricourt et de Joncaire seraient char- 
gés de leurs intérêts, et qu'il désirait qu'ils fussent 
envoyés avec le P. Bruyas, comme ambassadeurs. 
De Callière y consentit à la condition qu'ils revien- 
draient avec des députés chargés de pleins pouvoirs. 

A Gannentaha, le P. Bruyas et ses deux compa- 
gnons furent reçus avec joie ; c'étaient de vieux 



— -200 — 

amis qu'on était heureux de revoir. Les trois Français 
entrèrent, en grande cérémonie, dans Onnontagué 
où tou- les anciens s'étaient assemblés. Téganisso- 
rens les complimenta et leur fit les honneurs de la 
bourgade. T.e P. liruyas lui répondit etil fut écouté 
avec plaisir ; car les Iroffuois avouaient qu'il parlait 
leur langue mieux qu'eux-mêmes. 

Tout se passa bien, malgré la présence d'un An- 
glais qui eut la maladresse de s'interposer en maître 
et qui froissa l'orgueil de ces peuples, ce qui lui 
attira la réponse citée plus haut. 

L'audience d'adieu fut très-solennelle, et les am- 
bassadeurs se remirent en route, emmenant dix 
captifs. Plusieurs autres, qui avaient été adoptés, 
avaient pris les habitudes des Sauvages et refusèrent 
de les suivre. 

La paix fut faite à ^lontréal le 8 septembre 4700, 
au milieu du plus nombreux concours de chefs sau- 
vages qu'on eût encore vu. 

Le P. Anjelrand et Le (lardeur de Gourlemanche, 
capitaine qui commandait un fort, avaient reçu la mis- 
sion diflicile de rassembler les nations remuantes do 
rOuestet de les mettre d'accord pour s'entendre au 
sujet d'un traité de paix avec les litxiuols. Le P. An- 
jelrand resta à Missiliimakinac, i)()iiit de réunion, 
tandis (pie Gourtemanche, chaussant les raciuettes, 
visitait lesPouteouatamis, lesOutagamis, les Murons, 
les Mohingans, les Mianiis et les Illinois, (jui se dis- 
posaient à la guerre contre les Iroquois. Sur ses 
instances, tous lui promirent de se rendre à Mont- 












;.!-+' 




il 



lit 



— 206 — 

réal. Les Kaskaskias voulaient marcher avec des 
Ottaouais contre les Kansas. Il les engagea à déposer 
les armes et revint à Chicago, où les Ouyatanons 
chantaient la guerre contre les Sioux. Chez les Mas- 
coutins, la hache avait été levée, il réussit à la leur 
faire déposer. Arrivé à la baie des Puants, le 14 mai, 
il rencontra des Sakis, des Otchagras, des Maliio- 
mines ou Sauvages de la Folle-Avoine (1), des Kitha- 
pous et des bandes des nations qu'il avait visitées ; 







M 



RECOLTE I)K LA l'OM-K-AVOINK. 



t 



partout il exhortait h la paix et, après une course de 
seize cents kilomètres, il revint à Missillimakinac, 
où le P. Anjelrand avait tiré deux prisonniers iro- 
quois des mains des Ottaouais. Le missionnnirc partit 
de suite avec ses deux prisonniers pour aller annon- 
cer le succès de sa mission, tandis que Courtemanclic 
réunissait les députés des dilVérenles nations, au 



(I) La l'ollo-nvniiio est une crréalc (|ui pnuHS'e nalurolloinoiil 
dans les lorrains marccaiicux cl doiil les Sauvages lircnl parli. 
Le pays des Malhomines en produisait en si grande abondance 
qu'on leur en donna le nom. 



vinac, 
iro- 
)artit 
inon- 
iiichc 
s, au 



t'inoiil 

parti. 

idanco 



E? 

1 



i 



— 207 — 

milieu desquels la discorde était souvent sur le point 
d'éclater. Il vint à bout de surmonter tous les obstacles 
et se mit à la tôte d'une flottille de cent quatre- 
vingts canots. 

Kondiaronk porta la parole au nom des nations 
alliées et Chichikatalo, chef miamis d'un mérite sin- 
gulier, dit La Potherie, fit remarquer qu'ils avaient 
amené leurs prisonniers pour les échanger, tandis que 
les Iroquois avaient laissé leurs captifs dans leurs 
cantons. Il fallut écouter tous les orateurs, qui avaient 
chacun un grief contre les autres peuples ; tous se 
plaignirent des Iroquois. Ceux-ci parlèrent h leur 
tour et se justificrcnt assez mal; enfin on abandonna 
les récriminations et on finit par se rapprocher. 

Un incident, qui fit sur tous une profonde impres- 
sion, signala la consommation de cet acte important. 
Ce fut la mort du célèbre chef huron Le Hat ou 
Kondiaronk. Il avait réparé par une fidélité et un 
dévouement à toute épreuve l'acte perfide dont fhis- 
toire a parlé et que lui avait inspiré son oi-gueil. 

Sa grande influence sur les Sauvages, acquise par 
son courage, son habileté dans les affaires et son 
talent pour la parole, lui avait fait jouer le principal 
rôle dans ces négociations pour la paix. Il la cimenta 
par une fin toute chrétienne. 

Dans une des dernières séances du Congrès, où il 
avait parlé très-longuement, ses forces le trahirent 
et il s'évanouit. A peine revenu à lui, il demanda h 
ajouter encore quelques mots pour consolider son 
œuvre, et il conjura le Gouverneur de maintenir 









-■'■• >] 




■ i 



■•I 



A. 



i! 



1' 

i 

h 

if 

^8 



'S 



i 



H 



H 



i 



— 208 ~ 
cette paix, dans l'intérêt de toutes les nations sau- 



vages. 



Il était épuisé. On se hâta de le porter à l'Hôtel- 
DieU; où il e'^" 'ru la nuit suivante. De pompeuses 
funérailles témoignèrent de la douleur publique. Elles 
furent honorées de la présence du Gouverneur et de 
toutes les autorités. Il fut enterre dans la grande 
église, et sur sa tombe on grava cette courte inscrip- 
tion : CY GF Le Rat, cmef ituron. 

Comme la maladie Taisait des progrès parmi les 
Sauvages, qui se montraient inquiets, le Gouverneur 
général pressa la conclusion du traité. Toutes les 
clauses en avaient été acceptées, il ne s'agissait plus 
que de le signer et de proclamer la paix. La dernière 
assemblée générale fut indiquée pour le 4 août, et 
de grands préparatifs furent laits pour dormer plus 
de solennité à cette dernière réunion. Dans la [)laino 
fut foi'iiKM} une enceinte de branches d'arbres avec 
une allée tout autour. A l'une dos exti'émilés était 
une salle couverte pour les dames et le beau monde. 
Treize cents Sauvages furent rangés en ordre dans 
l'enceinte. Le Gouverneur, placé sur une estrade et 
ayant à ses côtés l'Intendant, de Yaudreuil, gouver- 
neur de Montréal, et les principaux officiers, ouvrit 
la séance et prononça u.< discours qui fut traduit aux 
Abénaquis et aux Algonquins par le P. Bigot, aux 
llurons par le P. Jul. Garnier, aux Ottaouais par le 
P. Anjelrand, aux Illinois et aux Miamis par Nicolas 
Perrot, aux ïroquois par le P. Bruyas. Tous l'ap- 
prouvèrent par le cri de consentement usité ciiez les 






me 
ivcc 
Lait 
de. 
m s 
e et 
er- 
vrit 
aux 

lUX 

le 
lias 



— -200 — 

Sauvages et, afin de fixer ces paroles dans la mé- 
moire et de consacrer leur sanction, on distribua aux 
cliot's trente et un colliers de porcelaine qui étaient 
suspendus sur l'estrade du Gouverneur (4). 

Les chefs s'avancèrent alors l'un après l'autre , 
conduisant quelques prisonniers iroquois, et, après 
un petit discour», ils les remettaient à de Gallière 
pour être rendus à la liberté. Cette procession fut 
longue et égaya parfois les Français. Certains cos- 
tumes étaient en etlet extraordinaires. 

Un Al,uonquiii avait dressé ses cheveux en tête de 
coq avec un plumet rouge pour crête. 

Ounanguicé, qui parla au nom des Pouteouatamis 
et des Sakis, était coilVé avec la peau de la télé d'un 
jeune bison dont les cornes lui battaient les oi-eill<>s. 
C'était du reste; un homme d'esprit très-dévoué. Mis- 
coasoath, chef dori Outagamis, s'avan(;a à son tnnr. 
Son visas^t; était venniilomié et il avait sur la téhj 
une vieille perruque poudrée et mal peignée. C'était 
une galanterie de sa pari ; il la souleva pour saluer 
et découvrit un visage fort laid. On éclata de rire, 
surtout lorsqu'un plaisant le pria de se couvi'ir, ce 
(ju'il Ht aussitôt. Ce mouvement d'hilarité ne le dé- 
concerta pas, et il débita gravement sa harangue ({ui 
valait mieux nue sa tournure. 

Les Iroi[uois étaient restés silencieux jusque-là, 
tous les regards se tournèrent vers eux. Agenaiion, 
orateur des cantons, s'avanra alors vers de Callière 



'■'mi 



> -m 




,.^:,:>-' 












: ■ ■' '■ i- i,i, ■ 




: 1 ., f^k. 




V:ufv''./v~. 




'V^^' 




/■..^W;:;; 


** 


1 . ■ * f ■>* , 




-.."■ '^-r. .<' 


i 


■ t; '-. '"i 


' 


'^ •'[' 


t 


■ *■ "; 


; 


' . "^ t 


_« 


.. J-,î ^ ■• 




-X'"---' ' 




■.;v^ ' ■ 


"", 


. '.^.f ^ 




.\.*. '■ ■■■'' 


•i. 



■l,^ 



,; V 



ili \'nii' à V Appendice, Note .\. 



^^-K 






— -210 — 

et présenta de leur part quatre colliers : « Onontio, 
» dit-il, nous sommes contents de tout ce que tu as 
» fait ; voici nos paroles pour t'assurer que nous se- 
» rons fidèles à remplir nos engagements. Quant aux 
» prisonniers que nous n'avons point amenés, tu en 
» es le maître et tu peux les envoyer chcrclier. » 

Un grand calumet servit de sanction. Le Gouver- 
neur général y fuma le premier, puis tous les princi- 
paux officiers de la colonie, et enfin chacun des cliefs 
à son tour. Un festin monstrueux, des salves d'artil- 
lerie, des feux de joie et le chant du Te Deurn, ter- 
minèrent cette solennité qui ensevelissait cette haclio 
de guerre depuis tant d'années toujours levée et 
toujours sanglante. 

A peine les alliés avaient-ils quitté Montréal que 
les Agniers, dont les députés n'avaient pas paru à 
l'assemblée , arrivèrent dans cette ville , otïVirent 
leurs excuses et adhérèrent au traité. Ainsi fut con- 
clue la paix générale et le traité signé par trente-huit 
députés qui y apposèrent l'emblème particulier adopté 
par chaque nation (1). 

A de Gallière revient encore la gloire d'avoir jeté les 
fondements du premier établissement français dans 
le Michigan. Il chargea de La Motte-Cadillac de com- 
mencer, en 1701, le poste de Détroit entre le lac 1 luron 
et le lac Érié. Le nom du ministre de i*ontcliar train 



(11 Los Agniers un ours; les Onnontagucs cl les Tsonnon- 
luLiinis une araignée; Its (ioyciifoucns \\n calumet; les Onnciouls 
un liàlon l'onilu louant une picrro ; les llui'uns un castor; les 
Aljônaiiuis uu caribou; les Ollaouais un liovre, elc. 






- -211 — 

fut donné au misérable fort en pieux qui formait sa 
première défense. Quelques fLimilles Imronnes de 
Missillimakinac et quelques Ottaouais vinrent peu à 
peu se grouper sous sa protection. Ce poste français, 
le plus avancé dans l'Ouest, assurait le commerce sur 
les lacs et protégeait les communications avec le 
pays des Illinois et la Louisiane. 

Les Missions et surtout celles des ïroquois profi- 
tèrent (le la paix pour prendre un nouvel élan. Les 
ïroquois sollicitèrent eux-mêmes les Robes noires 
de revenir au milieu d'eux. Ils ne se montrèrent pas 
beaucoup mieux disposés qu'auparavant à embrasser 
le christianisme ; mais les Jésuites, en demeurant au 
milieu d'eux, s'y créaient des partisans, obtenaient 
quelques conversions et rendaient d'importants ser- 
vices en déjouant les projets des Anglais. 

L'un des amis les plus constants des Français, 
Garakoiitié, jouit de la satisfaction de voir la paix 
conclue et expira au commencement de l'année 170!2. 

De Callière eut aussi la consolation de voir se 
maintenir jus(iu'à sa mort celte union ({u'il avait 
cimentée entre les nations sauvages. Kn Europe, au 
contraire, tout se préparait pour une longue lutte^ 
dont le Canada devait ressentir les elVels. 

Klle éclata entre la France et l'Angleterre, à l'oc- 
casion (le la succession au tnjnc d'Kspagne, sur le- 
quel Charles II venait d'élever le duc d'Anjou, petit- 
lils de Louis XIV. Guillaume d'Orange ne pardonnait 
pas en outre au grand Iloi d'avoir soutenu le lils de 
Jacques II comme légitinic souverain d'Angleterre. 



' ! »' ■ > I 

.■-■.'' >\ 









212 

La guerre ne s'ouvrait pas dans d'heureuses condi- 
tions. TiOuis XIV n'était plus entouré de ce cortège 
d'iiommes illustres qui l'ont la gloire de son règne. 
Les populations étaient épuisées, le trésor vide, l'a- 
griculture ruinée, la marine et l'armée de terre mal 
commandées. La guerre en Américpie devait se res- 
sentir de celte triste situation. 

L'Angleterre en profita pour reprendre le projet 
d'envahissement du Canada. 

Le Gouverneur se hâta de prendre des mesures 
contre toutes les éventualités ; mais au moment où il 
semblait le plus nécessaire à la colonie, la mort l'en- 
leva le 2G mai 1703. Il s'était acquis à un haut degré 
l'eslime, la confiance et l'alTection do tous les habi- 
tants. 11 l'ut regretté comme le géin''r;d le [ihis cxpé- 
l'imenté et radniiiiislrateur le plus h;iMle ([u'ail eu la 
colonie depuis Chamiilain. 

La brillante conduite du mar(iiii.s (1(3 Vaudrei.'il 
à Valenciennes lui valut la succession du sage et 
brave de Callière, et il lui l'ut recominaîidé de se tciiir 
prêt à repousser l'invasion anglaise. 

Un mallieur signala les premières années de son 
administration. Malgré son héroïque résistance, le 
vaisseau la Seine, commandé par le chevalier de 
Meaupou, l'ut pris parles Anglais. Il portait en Canada 
Ms'" de Saint- Vallier, grand nombre d'ecclésiasti([ues 
et un chargement estimé plus d'un million. 

La perte était énorme ; mais elle tourna à l'avan- 
tage de l'industrie et de l'agriculture. On se mit 
alors à cultiver le lin et le chanvre et à élever des 



-, i' 



l'u- 



son 



1 



c 



Un' i 



;in 



le 



;ulu 



'.([Lies 



avan- 
mit 
Ir des 



— 213 — 

manufactures. Sous bien des rapports, le pays apprit 
à se suffire à lui-môme. 

Pour préparer la guerre, les Anglais avaient fait 
tous leurs efforts afin de faire sortir les Iroquois de 
leur neutralité. Ceux-ci, flattés de se voir traiter par 
les Français comme une nation indépendante, ne se 
laissèrent pas entraîner. Leur détermination était 
due surtout à l'activité et à l'influence des mission- 
naires qui vivaient au milieu d'eux. 

La guerre ne consisia d'abord que dans de petites 
expéditions partielles, et avec des chances très- 
variées de succès et de revers. 

Les deux colonies poursuivaient leurs luttes au 
sujet des frontièi'es de l'Acadie et de la propriété du 
pays des Iroquois, landis que ces Sauvages repous- 
saient toujours toute domination étrangère, et ne 
comprenaient pas qu'on pût mettre en jeu leur in- 
dépendance sans leur participation. 

Ln 1708 le Canada perdit son premier Évoque , à 
Tàge de quatre-vingt-cinq ans. Depuis sa démission, 
M-' de Laval-Montmorency vivait dans une profonde 
retraite, au séminaire de Québec, uniquement oc- 
cupé de la prière et des bonnes œuvres. Son mérite 
et ses vertus Font rendu digne de la vénération pu- 
blique. 

On lui a reproché, dans quelques circonstances, des 
actes empreints d'une obstination que rien ne pou- 
vait fléchir ; mais la fermeté dans les positions cri- 
tiques où il s'est trouvé n'est-elle pas préférable à la 
faiblesse? Les faits lui donnèrent toujours raison. 





















— 214 — 

L'Angleterre, fatiguée de cet état d'hostilité con- 
tinue avec la colonie française du Canada, se décida 
à lui porter un grand coup. Le ministre d'État pour 
les colonies, lord Bolingbrock, poussait à une mesure 
énergique. Ce n'était rien moins ([u'un plan do con- 
quête à l'aide d'une attaque par terre et par mer. La 
Heine Anne approuva ses projets ot l'ournit les vais- 
seaux. Mais cette flolte eut d'aliord mission d'aller 
au secours du Portugal après la victoire du duc de 
Vandôme sur Stahremberg, à Villaviciosa,et n'arriva 
pas à temps en Amérique. 

L'offensive fut reprise par l'Angleterre en 1710, et 
sur une plus vaste échelle. Le moment éiait favo- 
rable : les échecs que venait de subir la marine 
Ihmcaise ne laissaient à Louis XIV que peu de res- 
sources pour protéger ses possessions d'outre-mer. 

Nicholson partit d'abord avec une Hotte do cin- 
(piante et une voiles i)our s'emparer de TAcailie. 
Port-Pvoyal, avec sa petite garnison de trois cents 
hommes, ne put pas résister longtemps. Mais son 
commandant, de Subercase, obtint par son héroïque 
résistance d'être traité avec tous les honneurs de la 
guerre. Toutefois l'Acadie était à jamais perdue pour 
la France, et, en l'honneur de la reine Anne, le nom 
d'Annapolis fut substitué à celui de Port-Royal. 

L'amiral Hill arriva en 1711 avec un nouveau ren- 
fort qu'il était chargé de conduire contre le Canada 
en suivant les premiers plans. Une horrible tempête 
dispersa sa flotte à l'Ile-aux-Œufs, à l'entrée du 
Saint-Laurent. Il perdit huit grands vaisseaux et trois 



— 215 — 

mille hommes. Ce désastre le força de rentrer à 
Boston. 

De son côté, le manjuis de Vaudreuil, mal{]fré]a 
faiblesse de ses ressources, s'était préparé à la ré- 
sistance. Les habitants avaient répondu à l'apjjel fait 
à leur patriotisme ; il avait pu armer un corps impo- 
sant de milice et restaurer les murailles de la ville de 
Québec. Les Sauvages alliés accoururent au nombre 
de douze cents pour renforcer l'armée française; 
mais l'ennemi ne reparut pas. 

Un de ces coups de main, comme on en voyait 
tenter par ces vaillants soldats, sauvait en même 
temps d'un imminent daiij^er le poste le plus impor- 
tant de l'Ouest. Les Outagamis ou iîenards, que les 
Anglais étaient parvenus, à force de présents, à dé- 
tacher de l'alliance française, marchèrent en grand 
nombre pour atta(iuer le fort de Détroit. Son com- 
mandant, l'intrépide Dubuisson, suivi d'une troupe 
fidèle de Ilurons, d'Ottaouais, de Sauteux, de Sakis 
et d'Ilhnois , alla à leur rencontre et les tailla en 
pièces. 

Le commerce des grands lacs ainsi que la com- 
munication libre avec tous les pays de l'Ouest était 
ainsi maintenue à la l-'rance. Cette fidélité de nos 
Sauvages alliés était encore regardée avec raison 
comme due à l'influence des missionnaires répandus 
dansées contrées (1). 

La paix d'Utrech, en 47 13, ramena en Canada un 

(1) Lettre de l'Intendant Baudot (Arch. du Min de la marine). 



1. 






r: 









?t-f 



F*' : 1 

'*< ■ ■ 






..<'." . 



■2lli 



t 



moment de trôve. Comité sous le poids du mallieur 
et de la vieillesse, Louis XIV subissait les dures con- 
ditions du traité. L'Acadie, Terre-Neuve et la baie 
d'Hudson, restaient à l'Angleterre. T^a France con- 
servait rile Royale ou ile du Cap-Breton ainsi que 
l'île Saint-Jean, le Canada proprement dit et la Loui- 
siane ; mais les portes du Canada étaient ouvertes, et 
l'incertitude dans laquelle le traité laissait encore les 
limites entre les deux colonies resta un germe per- 
manent de discorde. Plus tard elle devint la cause 
ou le prétexte de la dernière et fatale rupture. 

La liberté rendue àl'Évéque de Québec, après huit 
années de captivité, fut un des bienfaits de la paix. 

La période agitée qui venait de s'écouler, avait ap- 
pauvri le pays, ruiné la culture et le commerce. Tout 
prit alors un nouvel élan. Malheureusement le sys- 
tème de restriction dans le tralic des pelleteries, la 
grande source des riches?^es du Canada, ne fut pas 
levée, et nos rivaux en profitèrent pour se livrer à 
une concurrence préjudicialjlo à sa fortune. 

Deux entreprises importantes et glorieuses se rat- 
tachent au gouvernement du marquis de Vaudreuil : 
la fondation de Vincennes sur l'iXiabache, par un 
gentilhomme canadien de ce nom, et celle de la 
Nouvelle-Orléans, par Le Moine de Uieiiville. 

Cette '^outrée de la Louisiane, ({ui devait au Canada 
sa découverte et ses premiers habitants, préoccupait 
beaucoup alors l'esprit public en France. La réputa- 
tion de richesse faite aux mines qu'il était supposé 
posséder, excitait toutes les convoitises. 



,1. 



— :217 — 

Un spéculateur français, colporteur ardent de ces 
bruits, avait obtenu pour seize ans le privilège exclusif 
de tout le commerce de la contrée ; il y avait de suite 
jeté huit cents Français, plutôt aventuriers que co- 
lons. Mais, pour assurer son succès, il lui manquait 
un coup d'œil sûr, de la largeur dans les vues et de 
la persévérance. Dès 1717, Crozat dut résilier son 
privilège. 

Sous l'impulsion de l'Écossais Law, se forma alors, 
pour lui succéder, cette société tristement célèbre 
sous le nom de Compagnie occidentale ou du Missis- 
sipi, constituée pour vingt-cinq ans. 

A cette occasion, le 17 septembre 1717, le gouver- 
nement de la Louisiane fut séparé de celui du Ca- 
nada; elle eut son Gouverneur particulier. 

Pour seconder .es projets qui devaient amener une 
ruine presque générale, Law eut l'audace de faire 
circuler les bruits les plus fabuleux sur les bénéfices 
à recueillir et , dans cette prévision qu'il donnait 
comme assurée, il lit élever le capital delà Compagnie 
jusqu'à cent vingt-cinq millions de livres. La Banque 
était autorisée à émettre des billets jusqu'à la con- 
currence de deux cent quarante millions. L'affluence 
des capitaux fut énorme. 

L'illusion qui ne reposait que sur le mensonge ne 
pouvait pas durer. Quand le jour se lit, ce fut un vé- 
ritable désastre. Nombre de familles en France et 
à l'étranger furent complètement ruinées. Sans la 
police, le peuple aurait mis Law en pièces. 

Cette Compagnie, dont les cliarges dépassaient de 

7 



•I 



V:lli 



î ,:. 






.■■■''-''•■y 
■■.'.,' -;^ > ■ 1 
■ ■>'■'.,," 
■ ■■>■■■ 



to f 

k 






V ' 

If. 



rirv 









( I. 






— 218 — 

beaucoup les bénéfices, renonça ù ses privilèges en 
1735, et la Louisiane retourna à la Couronne. 

L'histoire de cette colonie n'appartient plus désor- 
mais à celle du Canada ; mais leur sort sera le même 
au moment de la conquête anglaise. 

En 1718, le P. Lafitau, missionnaire au saut Saint- 
Louis, herborisant dans les bois, méritait un genre 
de gloire nouveau. En occupant ses loisirs à réunir 
les matériaux de son grand ouvrage sur les mœurs 
et les coutumes des Sauvages, il découvrait, dans les 
forêts du Canada, la plante du Genseng, connue alors 
seulement en Corée et en Chine (1). 

Pour se préparer à toutes les éventualités, le Gou- 
verneur faisait achever, à la môme époque, les forti- 
fications de Québec et substituait à la faible enceinte 
en bois de la ville de Montréal un mur en pierres, 
garni de bastions et de fossés. 

La principale mesure de précaution fut l'établisse- 
ment, à l'entrée du golfe Saint-Laurent, d'un poste 
formidable pour y maintenir la domination française. 
Louisbourg fut fondé en 1720 dans l'Ile du Cap-Bre- 
ton, qui prit le nom d'Ile-Royalo. Rien ne fut épargné 
pour ce travail, et il absorba plus de trente millions. 
Cette île, jusque-là peu peuplée, servait alors de lieu 
de refuge à beaucoup de colons de Terre-Neuve et de 



(1) La Chine avail le muiiopolo du conimeri'c do ooltc piaule 
rébrUuge. Le V. Lalilau 111 sur cette décuaveite un travail qui a 
(té imprimé et qu'il présenta au duc d'Orléans, alors Hégent, 
lorsqu'il vint eu Europe pour les affaires do sa Mission. On 
abusa de ce remède qui fut déprécié et abandonne. 



— -219 — 

l'Acadie, qui, n'ayant pas voulu changer de drapeau, 
restaient fidèles à la France. 

De leur côté, les Anglais, toujours jaloux d'étendre 
leur commerce, élevèrent sur le lac Ontario le fort 
d'Oswégo, à l'entrée de la rivière de Ghouaguen, mal- 
gré les protestations du gouvernement français qui 
voulait que ce terrain restât neutre, comme propriété 
des Iroquois. 

Au reste, les prétentions anglaises s'étendaient en- 
core ailleurs. La question des limites de l'Acadie 
donnait lieu à des empiétements continuels sur le 
territoire des Abénaquis, que leurs astucieux voisins 
avaient tenté inutilement de gagner par des présents, 
des promesses et l'établissement chez eux de mi- 
nistres protestants. 

L'attachement de ces Sauvages à la Couronne de 
France et à leur religion restait inébranlable. Per- 
suadés que cette obstination n'avait pas d'autre cause 
que la présence au milieu d'eux d'un Jésuite, le 
P. Sébastien Raies, les Anglais mirent sa tête à prix 
pour mille livres sterling (24,000 fr.). Aucun traître 
ne se présenta. 

Un parti anglais se chargea plus tard de cette lâche 
exécution. Il envahit, en 1724, le village de Narant- 
souah, sur le Kônébec. Le vieux missionnaire (jui 
allait couronner par une mort glorieuse trente-sept 
années d'un pénible apostolat tomba percé de coups 
au pied de la croix qu'il avait plantée, avec sept de 
ses plus zélés néophytes qui essayèrent de faire un 
rempart de leur corps à leur Père bien-aimé. La 



''• .- ..fi'.' t"/î : 



•^ h. 



,.'■".<■■ 



■•.,..■>»■:.■* 









M :! 



— 220 — 

France, qui tenait à ne pas rompre la trêve avec 
l'Angleterre, ne voulut pas ou ne put pas demander 
justice pour le sang odieusement versé de l'un de 
ses enfants. 

L'année suivante mourut le marquis de Vaudreuil, 
après avoir puissamment contribué au bonheur et à 
la prospérité de la colonie dans des temps difficiles. 

Cette sage et heureuse administration appela plus 
tard sur son fils les faveurs de la Cour ; mais celui-ci 
n'avait ni le caractère, ni les talents, ni les qualités 
de son père. 



ive avec 

îmander 

l'un de 

ludreuil, 
leur et à 
lifficiles. 
>ela plus 
•< celui-ci 
qualités 




r ■ * »- • / 



■ ■ ■■ 'A . M 



■•«•■, 






Wi 



I 



I )■ 



XI 









Le chevalier de Beauharnais (1726-1746). — De 
La Jonquiére (1746). — De La Galissonniére 
(1747). — De La Jonquiére (1748-1752). — Le 
marquis Duquesne de Menneville (1752-1755). 
— Le marquis de Vaudreuil (1755-1759). — Le 
marquis de Montcalm. 









Le chevalier de Beauharnais, capitaine de vaisseau, 
alla en 1736 remplacer le marquis de Vaudreuil, et, 
avec le même zèle et le môme succès, il travailla au 
bonheur de la colonie. Grâce à son habileté et à sa 
prudence, il apaisa les jalouses et inquiètes suscepti- 
))ilités de ses rivaux, et parvint à compléter le sys- 
tème de défense commencé pour maintenir nos pos- 
sessions à l'ouest des Alléganis et l'indépendance du 



£.1' ■;. 



I. 



030 

Saint-Laurent. On lui doit le rétablissement du fort 
de Niagara en 1720, celui de la Pointe-à-la-Ghevelure, 
sur le lac Champlain, et de Beau-Séjour, sur l'isthme 
de l'Acadie. 

Sous son administration, et grâce au concours in- 
telligent de l'Intendant Hocquart, l'industrie prit un 
grand développement. Les mines de fer, de cuivre et 
de plomb, furent exploitées plus en grand, et la co- 
lonie put exporter une quantité considérable de téré- 
benthine et de planches. L'instruction primaire fut 
aussi encouragée par ses soins, et des Frères des 
Écoles chrétiennes passèrent en Canada en 4737. 

M""" de Saint- Vallier s'éteignit à Québec, après un 
épiscopat de quarante années. Des fondations utiles 
et des sommes immenses dépensées par lui, dans 
l'intérêt du pays, ont immortalisé sa mémoire. Son 
successeur. Me"" de Mornay, mourut avant d'arriver 
en Canada. Mer Dosquet, nommé pour occuper ce 
siège, en 1733, y renonça trois ans après en faveur de 
Mf?"* François de l'Aubérivière , prélat à peine âgé de 
vingt-huit ans, et qui ne devait son élévation qu'à ses 
éminentes vertus. Dieu ne fit que le montrer à son 
troupeau. Atteint d'un mal contagieux, en soignant 
les malades du vaisseau qui le portait, il succomba 
quelques jours après son arrivée à Québec, en 1740. 

Le chevalier de Beauharnais profita du calme qui 
régnait dans la colonie pour encourager les décou- 
vertes lointaines. Boucher de Montbrun, accompagné 
du P. Guignas, alla fonder un poste chez les Sioux, 
en 1727. Poussant plus avant dans l'Ouest, en 1736, 






s)^n 



de La Véranderie atteignit le lac Winipeg et la rivière 
des Assiniboins. L'un de ses fils parvint mènie, en 
1743, jusqu'aux Montagnes-Rocheuses. Ils prélu- 
daient ainsi aux découvertes qui, soixante ans plus 
tard, devaient compléter l'exploration de l'Amérique 
jusqu'à l'océan Pacifique. 

Pendant tout le temps du gouvernement du che- 
valier de Beauharnais, les Iroquois furent main- 
tenus dans des dispositions pacifiques h l'égard des 
peuplades alliées et se bornèrent à guerroyer au Sud 
contre les Chérokis et les Chicasas ou Tétes-Plates. 

L'époque des luttes sanglantes allait encore s'ou- 
vrir pour le Canada. La succession au trône d'Au- 
triche en fut l'occasion. La France, qui en était l'al- 
liée, vit, en 1744, l'Angleterre se déclarer contre elle 
et profiter de la guerre européenne qui absorbait 
une partie de nos soldats, pour opérer plus facile- 
ment ses plans de conquête en Amérique. 

William Peperels, marchand du Maine, se mit à la 
tète d'un corps de troupes considérable et alla faire 
le siège de Louisbourg. Des prédicants fanatiques 
suivaient l'armée et y entretenaient les haines reli- 
gieuses. L'un d'eux, portant le titre de chapelain, 
étalait sous leurs yeux une bannière emblématique. 
Elle représentait une hache énorme destinée, disait- 
il, à briser tous les signes de TidolAtrie papiste. 

Le commandant Duchambon était mal secondé 
dans l'intérieur de la place. L'Intendant Bigot avait 
déjà commencé son système d'injustice et de malver- 
sation, qui sera un jour la principale cause de la perte 



'h ■ ■ »•■>'. 

..' ". ','.■■,■■■ 



224 



l 



t 



'I 



du Canada. Mal nourrie et mal payée, la garnison ne 
se défendit que faiblement et, le 2i juin 1745, elle 
mit bas les armes. Les prêtres et les religieuses 
furent cliassés de ki ville, et les églises souillées par 
les plus odieuses profanations. 

La nouvelle de ce désastre produisit en France 
une vive sensation. On s'occupa aussitôt d'aller au 
secours du Canada. Les récentes victoires de Fon- 
tcnoy et de Bassignano , ainsi ({uo les avantages ob- 
tenus dans les Indes, avaient relevé les courages. 

Une Hotte de quarante et un vaisseaux avec trois 
mille cinq cents hommes fut conliée au duc de Dan- 
ville et partit pour le Canada, en 1717, avec de La 
Jonquière, nouveau Gouverneur chargé de remplacer 
le chevalier de Beauharnais. La tempête et la maladie 
la ruinèrent presque entièrement. Elle l'entra en 
France après avoir perdu son commandant et plus 
de deux mille hommes. 

Le comte cle La Calisson nière, le plus habile et le 
plus actif des officiers du Canada, fut chargé de l'in- 
térim pendant l'absence du Gouverneur, et c'est à lui 
que l'on doit l'achèvement d'une ligne de forts qui 
s'étendait depuis l'Atlantique jusqu'au Mississipi et 
embrassait environ deux mille kilomètres. Mais ce 
plan péchait par son étendue et n'était pas en propor- 
tion avec les ressources militaires dont on disposait. 
Le comte fut mieux inspiré en réveillant l'esprit na- 
tional des Iroquois, à l'occasion de quelques prison- 
niers de leur nation que le Gouverneur de New-York 
réclamait comme sujels anghiis. L'orateur sauvage 



répondit fièrement ù l'envoyc'' anglnis : « Onontio a 
» été longtemps notre père, et Corlar noire frère; 
» mais ni l'un ni l'autre n'est notre maître. Nous 
» n'avons cédé nos terres à personne. Nous sommes 
» libres. Vous nous appelez sujets, et nous, nous di- 
» sons que nous sommes simplement vos frères. » 
Plus tard nous verrons cette noble indépendance 
fléchir devant les promesses et les présents de l'An- 
gleterre. 

A la suite des brillantes victoires du maréchal de 
Saxe, la paix d'Aix-la-Chapelle rendit au Canada l'ile 
du Cap-Breton et son Gouverneur, de La Jonquière. 
Le premier soin de celui-ci fut de rétablir Louisbourg 
dans son premier état et d'élever quehjues forts près 
du centre de la colonie. Ces précautions étaient 
louables; mais il est triste de dire que la conduite de 
ce Gouverneur le rendait indigne de sa haute posi- 
tion. 

Jusque-là les officiers de la colonie s'étaient fait 
remarquer par leur fidélité et leur intégrité; alors la 
corruption et la vénalité, appuyées par de grands 
exemples, commencèrent à marcher le front haut. 
Prévoyant une disgrâce à la suite des plaintes nom- 
breuses qui parvinrent en France, de La Jon(iuière 
la prévint et demanda son rappel ; mais il mourut h 
Québec sur ces entiefaites, le 17 mai 1752. Il fut en- 
terré avec pompe dans l'église des Uécollets, où re- 
posaient déjà les cendres du comte de Frontenac et 
du marquis de Vaudreuil. 

Charles Le Moine, deuxième baron de Longueil, 

7* 



; ■ . -i 7' F 



■ ■ ." l, i - 






- ±2Ci — 

Gouverneur de Montréal depuis 1749, prit le com- 
mandement général de la colonie en attendant que 
la Cour eut nommé un successeur à de La Jonquière. 

Le marquis Duquesne de Menneville arriva cinq 
mois après; et, dans la persuasion que la paix ne 
pouvait pas être de longue durée, il déploya ses 
talents et sa remarquable activité pour assurer la 
défense du pays. Il* s'attacha à Ibriner un corps de 
milice bien exercé et rompu à la discipline militaire 
trop négligée depuis quelque temps. 

Un fort qu'il construisit sur les confins de la Vir- 
ginie, et qui portait son nom, fut l'occasion et le 
théâtre des premières hostilités entre les deux colo- 
nies. 

La question des limites avait été confiée à une 
Commission nommée par les deux Cours, et, après 
cinq années d'étude , elle n'avait encore abouti h 
aucun résultat. 

Les Anglais n'avaient pas attendu sa solution. En- 
couragée par le Parlement, une Compagnie de spé- 
culateurs de la Virginie avait établi, dans la vallée 
de rOhio, ses agents et ses colons et était résolue à 
soutenir ses prétentions par les armes. 

De Contrecœur, commandant du fort Duquesne, 
avait reçu l'ordre , de son côté , de ne permettre 
aucun établissement anglais sur l'Ohio et d'y empê- 
cher le commerce des pelleteries. Il fit notifier cette 
défense. 

Le Gouverneur de la Virginie, Dinwidie, décidé à 
ne pas céder, détacha le colonel George Washington , 



.ii: 



i. Kn- 



plus tard le héros et le fondateur de la république 
des États-Unis, pour demander au capitaine français 
des explications sur sa conduite. 

De J union ville fut envoyé avec un détachement 
pour arrètei" cette marche, regardée avec raison 
comme une invasion du territoire. Il allait en parle- 
mentaire. Au moment où il élevait la voix, il reçut la 
mort , le 28 mai 1754. Douze de ses compagnons 
furent tués à ses côtés. Cette action honteuse des 
Anj^lais est un monument de perlidie et de lâcheté 
qui doit indigner tous les siècles. 

Prévoyant bien qu'un pareil acte allait amener des 
représailles, Wasliiuglon se hâta d'élever un fort qui, 
à raison des circonstances, prit le nom de fort Néces- 
sité. Mais cet abri fut impuissant contre la fureur du 
capitaine de Villiers, qui avait i u la mission d'aller 
venger la mort de son frère. Washington fut forcé de 
capituler. En le voyant, de Villiers lui dit : « Nous 
» pourrions venger un assassinat, mais nous ne vou- 
» Ions pas l'imiter. » Nubles et généreuses paroles 
dignes d'un chrétien et d'un héros ! 

Tt Is furent les actes préliminaires d'hostilité entre 
les deux nations, avant même que la paix eut été 
rompue en Europe. 

Ce premier échec jeta l'alarme dans les colonies 
anglaises. Une grande assemblée, tenue à Albany au 
mois de juillet, décida qu'il fallait tout tenter, non- 
seulement pour enlever aux Français leurs postes 
avancés , mais pour les chasser de l'Amérique 'tU 
Nord. Franklin, un des moteurs de ce plan, proposa 






— '2'2R — 

l'union fédérale des douze provinces pour marcher 
avec plus d'ensemble et plus de l'orce. 

Le gouvernement anglais sembla reculer d'abord 
devant ces mesures, comme s'il eût entrevu qu'elles 
portaient en elles le germe d'une révolution qui, un 
jour, devait lui ravir la plus grande partie de ses pos- 
sessions d'outre-mer. Mais l'inquiétude croissant tou- 
jours, il fit de grands préparatifs. 

Peur éviter une rupture (^ui semblait imminente, 
la France chercha à négocier et proposa même quel- 
ques concessions qui semblaient devoir satisfaire les 
exigences des Provinces -Unies. Au témoignage de 
l'historien Bancroft, Louis XV paraissait sincère dans 
ses propositions; mais les prétentions exagérées de 
l'Angleterre, appuyées par l'envoi du général Praddok 
en Amérique avec deux régiments, trahissaient le 
secret de ses intentions. 

A cette nouvelle, la France équipa une llolhj en 
toute hâte et l'envoya en l'.anada avec trois mille 
hommes commandés pcU' le baron de Dieskau , un 
favori du ma''échal de Saxe. 

L'amiral Boscoven surveillait ce mou\ement et se 
mit à la poursuite de la Hotte tVanraise. Il atteignit 
près de Terre-Neuve deux frégates que le brouillard 
avaient égarées, llélé trois fois par le ca[)itaine IVan- 
çais pour savoir si leur nation était en paix ou en 
guerre , le capitaine anglais l'épondait toujours : 
« Nous n'entendons [)as, » jusipi'à ce (|ue, arrivé à 
une petite distance, il lâcha une terrible bordée à 
double ch-irge. Une des frégates fut désenq)arée. 



»l 



— -2-21) — 

L'autre n'amena son pavilloîi qu'aprc • une vigou- 
reuse résistance. 

Cette lâche agression eut lieu le 27 avril ITHO et 
donna un nouveau poids aux plaintes officielles que 
Louis XV adressait à Londi'es par son ambassadeur. 
Les Anglais avaient sur toutes les mers des vaisseaux 
croiseurs chargés d'enlever tous les bâtiments de 
commerce. Ces actes, que les pièces officielles traitent 
avec raison de brigandage, lirent éprouver au com- 
merce français une perte de plus de trente millions. 
Ne pouvant obtenir satisfaction, notre ambassadeur 
fut rappelé et la guerre déclarée. 

Cette guerre est connue sous le nom de guerre de 
Sept Ans. Son oi'igine était la lutte de TAutriche avec 
la Prusse à l'occasion de la Silésie. La Fi'ance finit 
par y prendre une part active, mais ({ui lui devint 
ftnieste. L'Angleterre , qui soutenait la Prusse , se 
cliargea de faire à ^-on j)rolit une habile diversion en 
Amérique. 

Dès l'année précédente, le gouvernement du Ca- 
nada avait été conllé au marquis de Vaiidreuil, capi- 
taine d(î vaisseau et ancien (louverneur de la Loui- 
siane. Il ne lui fut pas donné de ramener en Canada 
les jours prospères qui avaient fait bénir Tadminis- 
tralion de son père. 

Les forces des parties iielligérantes étaient fort 
inégales. Les colonies anglaises unies comptaient 
deux millions d'à mes et îa Nouvelle-France en comp- 
tait à peine soixante-dix mille. Mais la lutte allait 
èlre d'autant plus liéroùiue ({u'elle serait désespérée. 






<| 

Al 

û 









w 



=a-r 



H 

I*' 

■< 

:) 



: 

i ■; 

! ^ 

I 



! 



— 230 — 

La campagne s'ouvrit par la défaite complète de 
Braddok, qui s'était vanté d'enlever le fort Duquesne 
d'un tour de main. Peu au fait de la tactique des 
Sauvages et peu disposé à recevoir des conseils, il 
s'avança sans précaution dans un défilé des AUéganis 
et tomba dans une embuscade que lui avait dressée 
le commandant de Beaujeu à la tôte de ses Canadiens 
et des Sauvages alliés. Le général anglais et une 
grande partie de ses soldats périrent. L'artillerie et 
un énorme butin tombèrent entre les mains des 
vainqueurs. Le reste de farmée ne dut son salut qu'à 
l'habileté et à l'intrépidité du colonel Washington 
qui écrivait à l'occasion de cette bataille : « Nous 
» avons été battus, battus honteusement par une 
» poignée de Français. » 

Les Anglais, plus favorisés en Acadie, prirent les 
forts Gaspareaux et Beauséjour, plus tard Comber- 
land; mais ils souillèrent leur victoire par un acte do 
violence et de brutalité que ne justilie jamais le droit 
de conquête. Quinze mille colons, connus sous lo 
nom d'Acadiens, dont tout le crime était d'être restés 
bons catholiques et Français de cœur, furent dé- 
pouillés de leurs biens, chassés du pays do leurs 
pères et jetés sans ressources dans toutes les direc- 
tions (1). c( Je ne sais, dit ici l'historien Bancroft, si 
» les annales de l'humanité conservent le souvenir 



(1) On rclrniive encore atijourd'hui 1(!S traces de celte éniiara- 
tinn forc'ic dans (juclinios paroisse'- du Canada, à la Lduisiane, 
à la (Juyane ; en France : ;i iicllc-Ilcen-Mcr et dans les environs 
de Chalelleraull. De Iloniralnvillc en conduisit jusqu'en Océanie. 



'•' , :'>; ^ 



— -231 — 

» d'une pareille cruauté aussi injuste et aussi du- 
» rable. » 

Un succès plus brillant allait couronner les armes 
anglaises sur les bords du lac George, autrefois lac 
Saint-Sacrement. L'armée anglaise, commandée par 
William Johnson, s'avançait vers le lac Champlain et 
menaçait le fort de la Pointe-à-la-Chevelure. Dieskau, 

* 

envoyé pour l'arrêter dans sa marche, dut sa défaite 
à son aveugle opiniiUreté et à son défaut d'études 
local cîs. Il tomba blessé entre les mains des vain- 
queurs. 

.5ohnson, qui avait peu fait pour la victoire, ne sut 
pas en profiter et laissa les Français se fortifier à 
Ticondéroga ou Carillon, sur le lac Cliamplain. 

La défaite de Dieskau jeta l'alarme en France, car 
elle pouvait faire courir des ihingei's à la colonie. La 
Cour envoya à son secours, en [1^)(\, le manjuis de 
Montcalm, jeune inaréclial de camp distingué, avec 
un corps de troupes d'élite et un groupe d'officiers 
dont la réputation grandira encore dins l'histoire. 

De Montcalm justifia par tles (h ds heureux la 
confiance dont il avait été l'objet. Son premier succès 
fut la prise du fort de Cliouagnen, sur les bords du lac 
Ontario. Seize cents prisonniers, ciiK] drapeaux, cent 
treize bouches à feu et une quantité considérable de 
munitions et de numéraire, furent les trophées de la 
victoire. 

L'armée anglaise resta un moment inactive, parce 
que Abercrombie avait ordre de ne rien entreprendre 
de décisif avant l'arrivée de lord Londown. Le re- 






■ %: >■' %t 



^fj 



2;]2 • 

tard que celui-ci éprouva , rendit toute expédition 
impossible pour cette campagne, et un nouvel obs- 
tacle surgit l'année suivante dans la division qui se 
manifesta entre les provinces, dont chacune travail- 
lait plus pour son intérêt propre que pour l'intérêt 
commun. 

De Montcalm profita de cette circonstance pour at- 
taquer le fort WilIiam-IIenri, autrefois le fort George. 
Il s'en rendit maître le 6 août 475t, malgré la vigou- 
reuse résistance du colonel Monro. Ce beau fyit 
d'armes fut malheureusement terni par la perfide 
cruauté des Sauvagrs, alliés des Français. Le pillage 
clu fort leur avait été abandonné ; mais la brave gar- 
nison devait se retirer avec armes et bagages. Irrités 
de voir cette proie facile leur échapper, les Sauvages 
allèrent surprendre les Anglais dans leur retraite, et, 
malgré l'intervention des Français, ils en massacrè- 
rent une vingtaine. Ce fait odieux, mais étranger à 
l'armée régulière, servit d'injuste prétexte au Roi 
d'Angleterre pour ne pas ratifier la capitulation. 

Cependant la guerre ullait changer d'aspect. L'il- 
lustre William Pitt, si connu sous le nom de lord 
Chatam, entrait au Ministère. Ses talents égalaient 
son ambition démesurée II eut la gloire de préparer 
et de consommer la conquête du Canada, en fiattant 
l'amour-propre des Américains et en leur accordant 
de larges concessions. L'Angleterre fournissait les 
armes et les munitions ; les colonies levaient et eji- 
tretenaient l'armée. 

Trois attaques simultanées devaient obliger h^s 



expédition 
ouvel obs- 
îion qui se 
ne travail- 
ir l'intérêt 

ce pour at- 
)rt George. 
é la vigoii- 
beau fuit 
la perfide 
Le pillage 
brave gar- 
ges. Irrités 
s Sauvages 
e traite, et, 
massacre- 
étranger à 
te au Roi 
lation. 
jpect. L'il- 
tm de lord 
s égalaient 
le préparer 
en flattant 
• accordant 
•nissait les 
ient et en- 

obliger les 



•..•v» V.:: 



■■■:.{'■ 



'i:;;K' }. 



in 



r ^1 



p 



\ 



\ 



I 



ht 







ilx-^^Si'»-^' \ 



JMynn Irn 



233 



— 233 — 

Français h diviser leurs forces et par conséquent les 
affaiblir. L'amiral Boscoven avec le général Amherst 
et seize mille hommes allaient attaquer Louisbourg. 
Forbes, à l'Ouest, marchait avec neuf mille hommes 
contre le fort Duquesne, pendant que Abercrombie, 
avec dix-sept mille hommes, pénétrait par le Centre. 

De Montcalm n'avait h opposer à ces forces formi- 
dables que cinq mille cinq cents soldats réguliers et 
la milice. 

Abercrombie, général en chef, entra le premier en 
campagne en 4758; il fut le plus maltraité. L'échec 
complet qu'il essuya, le 3 juillet, au fort Carillon ou 
Ticoï déroga, est resté célèbre. Le succès de l'affaire 
fut dû à la valeur increvable de l'officier et du soldat. 
« Ces gens-là, écrivait Montcalm peu de jours avant la 
» bataille, en parlant de ses ennemis, marchent avec 
» précaution; cependant, s'ils me donnent le temps 
» de gagner les hauteurs que j'ai choisies au-dessus 
» de Carillon, je les battrai ; » et il tint parole. Il 
attendit l'ennemi avec une poignée de soldats der- 
rière des retranchements improvisés en avant du 
fort où il avait pu parvenir. Les grenadiers anglais 
et les montagnards écossais chargèrent pendant trois 
heures sans se rebuter, mais sans pouvoir entamer 
les lignes françaises. Après six assauts successifs et 
également infructueux, les Anglais furent forcés de 
se retirer. 

Les milices canadiennes prirent une part très- 
brillante à cette action, regardée avec raison comme 
une des plus glorieuses dans les fastes de la Nouvelle- 









— 234 — 
France. Pour célébrer cette victoire, le Roi fit chanter 
un Te Deum dans toutes les églises du royaume. 

De Montcalm écrivait modestement, au sujet de 
cette victoire, au marquis de Vaudreuil : « Je '.'ai eu 
» que la gloire de commander des troupes aussi va- 
» leureuses. » Et ailleurs : « Ah ! quelles troupes, mon 
» cher Doreil, que les nôtres ! Je n'en ai jamais vu de 
» pareilles! » Il fit élever sur les lieux, en signe de 
reconnaissance, une grande croix portant les armes 
de France , avec cette inscription : Manihus date 
lilia plenis. « Donnez des lis à pleines mains. » 

Cependant de pareils succès ne pouvaient pas 
sauver le Canada. L'infériorité de ses forces et l'a- 
bandon déjà commencé de la mère patrie devaient 
amener la lin de la lutte. Un énergique sentiment de 
religion et de patriotisme put seul prolonger les 
derniers et suprêmes efforts de ses défenseurs. 

La prise de Louisbourg par Amherst vint compen- 
ser l'échec subi à Carillon. Ce poste était comme la 
clef des possessions françaises du côté de la mer. La 
gloire de sa résistance pendant cinquante-quatre 
jours revient surtout à la femme du commandant de 
Drucourt. Cette héroïne ne quittait pas les remparts, 
portant à tous des paroles de consolation et d'encou- 
ragement. Plus d'une fois elle mit elle-même le feu 
aux canons. Les habitants de Louisbourg subirent 
le même sort que les Acadiens. Les églises et les 
couvents furent incendiés, et la ville mise dans un 
tel état de destruction qu'elle n'a jamais pu se relever 
de ses ruines. 



— 235 — 

Les Anglais, devenus par là maîtres du golfe Saint- 
Laurent, interceptèrent toute communication avec la 
France. 

De son côté, Abarcrombie prit sa revanche, au mois 
d'août, en faisant enlever et démanteler le fort Fron- 
tenac. C'était l'entrepôt du commerce français avec 
tout l'Ouest, et l'arsenal de la marine des lacs. La 
perte fut considérable; mais la conséquence la plus 
grave fut d'ouvrir le centre du pays aux Anglais. 

Presque à la môme époque, le fort Duquesne, privé 
de tout secours, était abandonné et détruit par son 
commandant, de Ligneris. En l'honneur du Ministre, 
l'Ame de cette guerre, le général anglais donnait k 
ces ruines le nom de Pittsburg, devenu aujourd'hui 
une très-vaste et très-riche cité. 

Dans cet état, le Canada, à l'Est et à l'Ouest, était 
comme une armée sans gardes avancées. Tout était 
prêt pour son envahissement, remis à l'année sui- 
vante. 

Pendant que quelques milliers de braves sacri- 
fiaient leur vie pour l'honneur de la France, il est 
honteux de dire que des administrateurs infidèles, et 
surtout l'Intendant Bigot aidé de ses agents, sem- 
blaient se faire un jeu de compliquer la position par 
la plus inique dilapidation des finances (1). Il spécu- 
lait sur tout. Le papier-monnaie, qui depuis plus de 



■•■■ "1 



n 



(1) Les d'^penscs annuelles du irouvornemont pour lo Caiind.i 
ne s'ùlevaient en 1729 qu'à 'iOO,OUO franos. Eu 17VJ elles atlei- 
gnirenl 1,700,000 francs; mais en 1759 elles montèrent à 29 mil- 
lions, qui passèrent dans des mains infidèles. 



4 



I 



I! 






jl 


) ■ 


1 




i '' 




II 


•■ 



!i 




— 236 — 

trente ans servait à la plupart des transactions com- 
merciales, perdit tout à coup son crédit en raison 
de l'énorme quantité de billets qu'il émit, et ce fut 
une cause de ruine générale. 

Une calamité d'une autre nature, mais plus déplo- 
rable encore, vint envahir en même temps le Canada. 
On y vit, ce qui était inconnu jusqu'alors, le scandale 
des mœurs s'afficher sans pudeur, et trouver son 
appui dans l'exemple ou la faiblesse des agents mômes 
du gouvernement gorgés d'or. L'amour du plaisir 
et surtout du jeu causait parmi eux un grand dé- 
sordre et formait un hideux contraste avec la misère 
publique toujours croissante. — « Chez l'Intendant 
» Bigot, écrivait de Moncalm à cette époque, on joue 
» un jeu ;i faire trembler les plus déterminés. » 

Cette scandaleuse conduite, entretenue par d'indi- 
gnes spéculations, trouvait des intelligences inté- 
ressés jusque dans les bureaux du Ministère de la 
marine, ce qui en rendait la répression très-difficile, 
pour ne pas dire impossible. 



XII 



Mort de Wolfe et de Montcalm. — Conquête du 
Canada. — Condamnation de Bigot et de ses 
complices. 



La campagne de 1759 s'annonçait sou3 de tristes 
auspices. Les Anglais venaient de triompher au Sé- 
négal, dans les Lides, et à La Martinique. Le Canada 
n'avait plus de postes avancés pour tenir l'ennemi h 
dislance. Le centre du pays allait être envahi. 

Pour prolonger la lutte, le marquis de Vaudreuil 
en appela aux mesures extrêmes. Une levée en masse 
depuis seize jusqu'à soixante ans rassembla tous les 
hommes sous les armes, et on réunit ainsi un effectif 
de quinze mille deux cent vingt- neuf nouveaux 






liit; 



— 238 — 

Boldats. La voix de l'Évoque encouragea à la résis- 
tance et prescrivit des prières publiques pour écarter 
le fléau qui menaçait. 

L'enlèvement de tant de bras à l'agriculture, la 
principale ressource du pays, allait, sous un rapport, 
aggraver la situation. La récolte des deux années pré- 
cédentes avait complètement manqué. Cette année 
menaçait du même sort, sans donner plus d'espé- 
rance de voir arriver des secours. La famine s'avan- 
çait inévitable. L'armée était déjà à la ration; on y 
soumit tous les habitants. « Le peuple prend son mal 
» en patience, » écrivait le loyal Doreil, commissaire 
des guerres ; c'est que le peuple, quand ses instincts 
ne sont pas faussés, est susceptible de toutes les 
vertus et des plus grands sacrifices. 

Malgré la situation critique et ses sinistres pres- 
sentiments, de Montcalm ne se laissait pas abattre et, 
par sa contenance, soutenait le moral du soldat, « Je 
» ne suis pas découragé, ni mes troupes non plus. 
» Nous sommes résolus à nous ensevelir, s'il le faut, 
» sous les ruines de la colonie, » écrivait-il au Ministre 
en 1759. Magnanimes paroles qui, pour lui, ne furent 
pas de vains mots ! 

De Bougainville, l'aide de camp de Montcalrr 
chargé de porter ce cri de détresse à 1 1 «î<^ 
France. Il trouva les esprits préoccupés pt s écin s 
que venait de subir l'armée française en Ailomajiue. 
Toutes les forces et les ressources du royaume s i l'U- 
saient h peine à les réparer. L'armée du Canada, si 
souvent victorieuse, n'excita qu'un médiocre intérêt. 



— '239 — 

On lui recommandait encore de tenir à tout prix, et 
on lui envoya un faible secours: « C'était peu, écri- 
» vait de Montcalm ; mais le peu est précieux à qui 
» n'a rien. » 

Bien au courant des détresses de la France, Pitt se 
hâta de mettre en action toutes ses ressources pour 
triompher enfin du Canada. 

James Wolfe, que ses talents et sa belle conduite à 
Louisbourg venaient d'élever au grade de major 
général, conduisait par le fleuve l'armée qui allait 
attaquer Québec. Il devait être rallié là par Amherst, 
général en chef, chargé de réduire les forts du lac 
Champlain. 

Aussitôt après la prise de Niagara, le général Pri- 
deaux, à l'Est, devait, lui aussi, descendre le Saint- 
Laurent pour les rejoindre. 

Des opérations sur une ligne aussi étendue ne 
pouvaient pas s'exécuter avec une grande précision. 

Wolfe se trouva seul à son poste au moment fixé 
et sans relation possible avec les autres corps. Avec 
ses vingt mille hommes d'équipage et dix mille sol- 
dats presque tous d'élite, il ne désespéra pas du 
succès, et jeta l'ancre près de Québec, le 25 juin. 

Du sort de celte ville dépendait celui delà colonie. 
De Montcalm l'avait compris, il y avait réuni les prin- 
cipales ressources de la défense. Les approches de la 
place, si bien défendue par elle-même, furent garnies 
do postes avancés. Toute la côte de Beauport, depuis 
l.' vière Saint-Charles jusqu'à la chute du Montmo- 
' cy, qui offrait les lieux les plus favorables au dé- 



:m 






i 



Im 



[il >1 



V 



ih 



1 i 



V 

1 



M 



— 2iO — 

barquement, devint un vaste camp retranché et fut 
prot(^gée par des batteries et des redoutes. L'armée de 
défense, divisée en trois corps, attendit là l'ennemi. 

Avant de commencer l'attaque, Wolfe fit un appel 
au peuple canadien, en le pressant de se jeter dans 
les bras de l'Angleterre pour éviter les liorreurs de 
la guerre. Il faisait surtout valoir l'impossibilité de la 
résistance. Loin de produire l'eflet désiré, ce mani- 
feste qui ne gardait mênie pas les formes des conve- 
nances, imprima un nou\ el élan à l'esprit patriotique 
et on ne songea plus qu'à repousser l'agresseur. 

Pour préparer le bombardement de la ville, le gé- 
néral anglais fit occuper le plateau de la pointe Lévis 
en face de Québec, et dresser là les batteries de 
siège ; puis, il assit son camp assez près de celui de 
Beauport, mais de l'autre côté de la chute. 

Suivi d'une forte division de l'armée de terre et de 
mer, Wolfe essaya, le 31 juillet, de forcer les lignes. 
Le défaut d'ensemble dans l'opération, les difficultés 
du terrain et l'énergie de la résistance , lui firent 
éprouver un grave échec, malgré les efforts inouïs 
de ses soldats. 

Cependant le bombardement do la ville avait déjà 
commencé, et il se poursuivit avec acharnement pen- 
dant presque tout le mois de juillet. On ne tarda pas 
à en voir les suites désastreuses. La basse vii'e fut 
réduite en cendres. Les lîammes dévorèrent ausbi la 
catiiédraie et une partie de la haute ville. 

Les troupes anglaises descendaient sur les princi- 
paux points de la côte au-dessous et au-desisus de 



i 



>^v■^ùlr fj 



— '2il — 

Québec, et portaient partout le pillage et rincendie. 

Mais rien ne pouvait tenir lieu de la prise de la 
place, et le moment pressait; car la saison avançait 
et il était impossible de tenir la flotte dans les eaux 
du fleuve aux approches de l'hiver. 

Le tempérament nerveux de Wolfe succombait sous 
le poids de ses inquiétudes et de son inaction pleine 
d'anxiété. Il résolut de tenter une surprise et d'aller 
attaquer les Franrais dans une position plus avan- 
tageuse pour eux que pour lui, mair.où il espérait ne 
})as les trouver sur leurs gardes. Dans le but d'éloigner 
tout soupçon, la Hotte fit pendant plusieurs jours des 
.nanœuvres le long de la côte au-dessus de Québec, 
et le colonel de Bougainville fut détaché à douze ki- 
lomètres plus haut pour surveiller ces mouvements. 

Cependant, le 12 septembre au soir, quelques 
vaisseaux s'arrêtèrent sur la rive droite à six kilo- 
mètres de Québec, et les troupes de débarquement 
se tinrent prêtes (1). 

Les bateaux gagnèrent la rive gauche et descen- 
dirent en silence. Au premier Qai-vive! poussé par 
une sentinelle française, un oflicier, qui savait très- 
bien la langue, répondit : ce, France ! » avec le nom du 



ï . • cl 



\rf^- n 




i\\ En passant au milieu lics I)aloaux poui' ddni'fr sos dcrniors 
urili'cs, W'dlfo s'cnlrclonail du poide (iray avoc ses onicicrs, cl 
lilait CCS vers de l'idciiic sur le l'iuudlirc : " L'orifueil des 
'1 tyrans, la puinpe du pnuvnr.'l hnis les Liens (|uc la furtnno a 
>> jamais pu diuiner, sduI (ji'alomenl soumis à l'iieuro iii('xur;d)li', 
'> l.cs sentiers ilc la iiloirc ne comuiein'ciil i|u'au Inmlicau. " — 
" .le serais plus tiei', ajunta-l-il, d'avoir l'ail ees ve-rs i|ue de la 
vietdipe de ilcuiain sur les Franrais. » 

m* 



^/(O) 



régiment de la Reine. Wolfe avait appris que ce ré- 
giment devait escorter cette nuit-là môme un convoi 
de vivres envoyé à Beauport. 

Les Anglais arrivèrent ainsi sans encombre à 
l'Anse-au-Foulon, aujourd'hui l'Anse-de-Wolfe, au 
sud de la ville, et s'emparèrent du petit poste qui s'y 
trouvait. Les Écossais gravirent aussitôt la colline, 
et trouvèrent le sommet sans défense. C'était un des 
points les plus abruptes de la côte, et on l'avait re- 
gardé comme inaccessible. 

Au lever du soleil, l'armée anglaise, forte de quatre 
mille hommes environ, était déjà rangée en bataille 
dans la plaine d'Abraham, devant lesButtes-à-Neveu, 
qui la couvraient contre le canon de la ville. 

De Montcalm, toujours dans son camp de Beauport, 
n'apprit ce mouvement que lorsqu'il était complète- 
ment effectué. Tl accourut avec tout ce qu'il put 
réunir de troupes; mais elles avaient une longue 
distance à parcourir, un coteau à gravir, et des 
champs de blé à traverser avant de rencontrer les 
Anglais qui avaient eu tout le loisir de prendre ha- 
leine et (le se ranger en bataille. 

Sur l'avis de ses ofllciers, de Montcalm se résolut 
immédiatement à l'attaque, pour ne pas laisser de 
nouveaux renforts venir fortifier les rangs de l'ennemi 
ni lui donner le temps de se retrancher. La fortune 
lui avait souri jusque-là; il la brava et cette fois elle 
le trahit. 

De part et d'autre le combat s'engagea avec une 
égale ardeur. Sentant que l'action était décisive , les 



— 243 — 

deux généraux payaient de leur personne avec un 
liéroïsme que l'histoire a immortalisé; l'un et l'autre 
en furent victimes. 

Wolfe laissa les Français se précipiter en avant 
sans leur répondre. Au moment où ils approchaient 
en désordre de son armée, il fit faire une terrible 
décharge dont tous les coups portèrent. Les Fran- 
çais lâchèrent pied pour se reformer; mais ils étaient 
poursuivis de si près, qu'il ne fut pas possible de les 
rallier. 

Blessé légèrement dès le commencement de l'ac- 
tion, Wolfe avait continué de charger à la tète de ses 
grenadiers. Peu après, il fut fiappé à mort. « Soute- 
» nez-moi, dit-il à l'un de ses ofliciers, afin que mes 
» soldats ne me voient pas tomber. » En même temps, 
il entend crier : « lis fuient! — Qui? demande le héros 
expirant. — Les Français, » lui répond un soldat. 
« — Je meurs content, » dit Wolfe ; et il rendit le 
dernier soupir. Il n'avait que trente-quatre ans. 

De Montcalm ne fut atteint d'un coup de feu que 
pendant qu'il dirigeait la retraite. On le porta à Qué- 
bec. Apprenant (ju'il n'avait plus que quelques heures 
à vivre, il répondit : « Le moins sera le mieux : je 
» ne verrai pas la reddition de la ville ! » 

Recueillant alors un reste de forces, il écrivit au 
général anglais pour lui recommander ses soldats 
prisonniers; puis, cessant de se mêler des afTaires 
terrestres, il ne s'occupa plus que de son éternité. Il 
mourut en héros chrétien, le 14 septembre 1750, à 
l'âge de quarante- quatre ans. 



.%■ 



■••■■i-ï--V, ': 



m w 



— 2ii — 

A la nouvelle de ces désastres, le Gouverneur fran- 
t,:ais fit lever précipitamment le camp de Beauport 
qu'il trouvait trop découvert, et se retira à Saint-Au- 
gustin, al landonnant ses bngages,son artillerie et ses 
munitions. Cette retraite était une véritable fuite et 
fut une faute irréparable. 

Abandonné à ses faibles ressources, avec une garni- 
son épuisée par un long bombardement et manquant 
de tout, de Ramezay, commandant de Québec, crut 
devoir accéder aux instances des babitants effrayés 
de la perspective d'un assaut. La ville se rendit le 
18 septembre. 

La joie do la conquête rendit les vainqueurs mo- 
dérés. La capitulation garantissait aux Canadiens la 
liberté civile et religieuse, la conservation de leurs 
biens, de leur langue, de leurs coutumt s et de leurs 
lois. 

La prise de Québec semblait devoir entraîner la 
fin de la guerr(\ « Personne en F.urope, dit Raynal, 
» ne pouvait imaginer qu'ime poignée de Français 
j) qui manquaient de tout, et à qui la fortune sem- 
» blait interdire même l'espérance, osassent songer 
» à retarder une destinée inévitable. » 

Mais le vrai patriotisme ne se laisse pas abattre. 
Le chevalier de Lévis, ({ui l'cmplaçait de Montcalm, 
se préparait à attaqu " les ligi^es anglaises, quand il 
apprit la reddition de la place. Le succès devenait 
dès lors impossible. 

Après avoir établi le camp retranché do Jacques- 
Cartier, afin d'opposer une barrière à l'ennemi, s'il 



-215 



voulait remonter le fleuve , le jeune commandant 
concentra à Montréal tout ce ({ui l'cstait de troupes 
et de milice. Persuadé qu'à l'ouverture de la naviga- 
tion il recevrait quelques secours de France, il vou- 
lait combiner ses opérations avec leur arrivée. 

La llotle s'éloigna et l'hiver se passa ainsi. 

Dès le 20 mars -17(îO, avant même que le lleuve eût 
été entièrement débari'assé de ses glaces , l'armée 
française se mit en route pour Québec. Ofliciers et 
soldats, tous comprenaient la gravit- de la situation : 
ils tentaient un supi'éme cllort pour sauver la patrie. 

Le ^^eiTcl et Tiiclis ité do la marciie furent tels, ({ue 
la petite ai'inée éUàl déjà i)rès de Québec, que les 
Anglais la croyaient toujours dans ses quartiers d'iii- 
vei'. Un incident fortuit donna l'éveil. 

Dans une fausse manœuvre, un soldat IVaurais était 
lond)é à Teau. Il n'échappa à la mort ({n'en se jetant 
SU!' un glaron llotlant ipie le courant conduisit sous 
les murs de la ville. On courut à son secours. Transi 
[);ir le froiil, il a\ail [)(M'(1u comiaissance; des soins le 
ramenèrent à la \ le ; se croyant toujours avec les 
siens, il pai'la ch' l'année (pii devait éti'e tout près, et 
trahit ainsi sa présence. 

(juand les Frall(,:ai^ s'avancèrent i)ar la route de 
Notre-Dame-de-l-'oye, ilstrouvèrcnt L; général Mui'ray 
avec (plaire niillt' iKjmmes [lour leur barrer le pas- 
sage, non loin d i champ de bataille, théâtre de la 
victoire de Wolfe. 

L'action s'engagea. Ai)ics deux heures d'elTortb 
surhumains, l'armée fi'ancaise Irionqjlia. Les Anglais 



' 3 



— -2iG — 

s'enfuirent précipitamment, en abandonnant leurs 
morts, leurs blessés et leur artillerie. 

Le chevalier de Lévis fit aussitôt ouvrir la tranchée 
devant la ville, et le bombardement commença. Ses 
espérances se tournaient toujoui"s vers le secours 
attendu de France. « Une seule frégate arrivée avant 
» la flotte anglaise eut décidé la reddition de Québec 
> et assuré la Nouvelle-France pour cotte année (1). » 

Six bâtiments avaient été en elïet expédiés de Bor- 
deaux, mais trop tard. Les croiseurs anglais les 
avaient prévenus, et leur barrèrent le passage dans 
le Saint-Laurent. 

L'anxiété était grande à Québec et dans le camp 
français, quand le soir du 15 mai deux frégates an- 
glaises parurent à Thorizon. Aussitôt qu'elles furent 
reconnues, l'enthousiasme de la garnison éclata en 
cris de joie frénétiques et en hourras prolongés. 

Les Français perdaient leur dernière espérance. 
Le siège n'était j)lus possible et la retraite sur Mont- 
réal s'opéra le 17 mai. Ici allait se concentrer tout ce 
qui restait du Canada. L'Évèque de Québec, Me»' de 
Pontbriant, s'y était déjà retiré après la défaite des 
Plaines. La mort vint l'y surprendre le 8 juin, et lui 
épargna la douleur de voir l'invasion complétée. 

Les armées anglaises, chargées de l'attaque du Ca- 
nada au Centre et à l'Ouest, avaient rencontré des 
obstacles sérieux avant de pénétrer dans le cœur du 
pays. 



(1) Lotfrc du choY''tlioi' de LcvL- 



Dans la campagne de 1759, Amherst avait occupé 
sur h* lac Ghamplain les forts Carillon et Saint-Frédé- 
ric, (jui avaient été successivement évacués et déman- 
telés; avant d'attaquer Bourlama(iue, dans le fort de 
rile-aux-Noix, dernier rempart des Français de ce 
côté, il attendit les événements de Québec et com- 
manda la môme circonspection à l'armée de l'Ouest 
(jui, le 24 juillet, s'était emparée du fort Niagara, 
malgré l'énergique résistance de la poignée d'hom- 
mes que commandait Poucliot. 

Amherst ne reprit qu'en 1760 son mouvement en 
avant, lorsqu'il apprit la concentration des Français 
à Montréal. Le fort de l'Ile-aux-Noix, (jui venait d'étî'e 
évacué, découvrait cette ville au Sud. Un seul obstacle 
restait encore devant elle à l'Ouest. C'était le fort 
Lévis, dont les ruines portent aujourd'hui le nom fort 
peu poétique de l'Ile-aux-Cheminées. Deux cents 
braves y tinrent ferme pendant deux jours contre 
une armée de dix mille hommes, à la tête de laquelle 
Amherst était Aenu se placer en personne (1). 

Le fi septembre 17()0, l'armée anglaise forte de dix- 
sept mille hommes, avec une nombreuse artillerie, 
était réunie devant Montréal protégé par une simple 
enceinte murée, propre tout au plus à arrêter une 




•f*^^.---' 



il) TiPtioliol raoonlo, dans sos Mrmnircç;, inic, lorsi(UC le^ eii- 
iieiuis furent entrés, ne voyani i|uc (|uolf|UPs soldats dispersi-s 
dans le posto cl une soixantaine de niilieiens, ils demandiM'enl, 
nii était la garnison : le coninianilynt leni' i'ép(jiiilil (|n'ils lu 
vityaienl tout entière. Ils ne pouvaient pas revenir de leur élon- 
ncnient. 



i;, 1.1 






.i 



ffi. i] 



y '? 



^ ■ 

h' 



— '2ifi — 

irruption des Sauvages. L'armée franraise, dans ses 
inurs, était alors réduite à trois mille eomljattants et 
h six pièces d'artillerie. La résistance ne pouvait pas 
être longue. 

Dans la crainte d'irriter le vainqueur et de rendre 
la capitulation plus onéreuse, le Gouverneur de Vau- 
dreuil, d'accord avec le Conseil de guerre, se décida 
à mettre bas les armes. Bougainville l'ut chargé d'en- 
tamer les négociations, et, dès le lendemain, 8 sep- 
tembre, les conditions proposées furent acceptées, 
moins les honneurs militaires, hommage qu'un vain- 
(lueur généreux ne rel'usa jamais au courage malheu- 
reux. 

Des régiments iVancais, retirés dans la petite île 
Sainte-Hélène, devant la ville, brûlèrent leurs dra- 
peaux plutôt que de les laisser servir au triomphe de 
leurs ennemis, et le chevalier deLévis brisa son épée 
pour ne pas la livrer. 

Il voidait l'ésister jusqu'à lamort. MaisTintèi-ét pu- 
blic et la voix de son cliel" renq)ortèrent sur ce pre- 
mier mouvement de bravoure clievaleres([ue. Il se 
rendit en protestint contre le traitement lait aux 
troupes, qui auraientdù mériter plus d'attention de la 
part de ^I. de Vaudreuil et plus d'estime de celle du 
général Amherst, 

Celte capitulation, bas^'^e sur celle de Québec, com- 
plétait la conquête de tout le Canada. Elle ne fut 
consommée que parle traité do paix de Fontainebleau 
du 1() lévrier 17()3. Toute la Louisiane juscju'au lleuve 
Mississipi partagea le même sort. « C'était [)our la 



249 — 



» France, s'écrie Dussieux, pour sa religion et pour 
)i sa civilisation, s'effacer en Amérique, et livrer le 
» nouveau monde à la race anglaise. » Les ministres 
de Louis XV ne le comprirent pas. 

La Cour de Versailles semblait en etîet ne pas at- 
tacher une grande importance à ces sacrifices. L'An- 
gleterre, au contraire, en sentait tout le prix, surtout 
au momeni oîi ses propres colonies, difficiles à gou- 
verner, semblaient lui faire pressentir que tôt ou tard 
elles secoueraient le joug de la métropole. 

L'éloge de Wolfe fut célébré par Pitt en plein Par- 
lement, et l'Angleterre reconnaissante lui donna une 
tombe ;i Grenwich et un magnifique mausolée à West- 
minster. Quand la tranquillité fut complète, on éleva 
à (,)uébec un obélisque dont l'inscription (1) immor- 
talise avec impartialité les noms des deux héros qui 
succombèrent en se comliattant. Deux autres monu- 
ments perpétuent encore leur mémoire : l'un en 
l'honneur de Wolfe, sur le champ de bataille où il 
mourut; l'autre en l'honneur de Montcalm, dans la 
chapelle des Ursulines où il fut enterré. 

Ainsi passa de la France à l'Angleterre une contrée 
beaucoup plus vaste que l'Europe. La contrariété des 
éléments, les fautes et les erreurs des hommes et 
les décrets de la Providence enlevèrent à la France 
la plus ancienne de ses colonies et le plus beau 
fleuron de sa couronne. 



»i >'■'•«• 



(1) Movioiii \irtiis — (lomiiiiuii'iii l'niunin liialoria — Moiui- 
inoiitniii posforifns dodil. « Ils (inivi'nt a leur ('(Miratrc le même 
trépas, à riiistuirc le niùiie rcno)iii, à la pnslùriié le iiirme mo- 
nuineiil. » 




— 250 — 

Elle s'émut h la nouvelle de cet immense désastre, 
et la voix publique s'éleva avec tant d'indignation 
contreles dilapidationsscandaleuses qui avaient causé 
la ruine du Canada, que le faible gouvernement de 
Louis XV fut obligé de sévir. Par arrêt du conseil 
d'État, du 12 décembre 4761, contre-signe par le duc 
de Choiseul, et par lettres patentes du Roi, du 17 du 
môme mois, des poursuites furent ordonnées contre 
» les auteurs des monopoles, abus, vexations et pré- 
» varications, qui avaient été commis en Canada ». 
Le lieutenant général de police de Sartine et ingt- 
sept juges au Châtelet furent chargés de juger le 
procès sommairement et en dernier ressort. 

Le marquis de Vaudreuil, Bigot, Varin, Cadet, 
Péan et cinquante autres accusés , furent compris 
dans les poursuites; les uns étaient contumax, les 
autres furent « arrêtés et recommandés, sous le bon 
plaisir du Roi, à la Bastille ». C'étaient des gardes- 
magasins, des négociants, des ofliciors, des comman- 
dants des forts, les uns prévenus de complicité et de 
connivence, les autres de négligence ou* de com- 
plaisance coupable. Le procès dura quinze mois et le 
iugement fut rendu le 10 décembre 17G3. Il portait : 

(( L'intendant Bigot banni à perpétuité du royaume, 
ses biens confisqués, 1,000 livres d'amende, 1,500,000 
livres de restitution ; 

» Le subdélégué de l'Intendant, Varin , banni à per- 
pétuité du royaume, ses biens confisqués, 1,000 livres 
d'amende, 800,000 livres de restitution ; 

» Le contrôleur de la Marine, Bréard, banni pour 



— -251 — 

neuf ans de Paris, 500 livres d'amende, 300,000 livres 
de restitution ; 

» Le munitionnaire général des vivres. Cadet, 
banni pour neuf tfns de Paris, 500 livres d'amende, 
0,000,000 livres de restitution (1) ; 

» Pénisseault et Maurin, associés et commis de 
Cadet, à Montréal, bannis pour neuf ans de Paris, 
500 livres d'amende , 000,000 livres de restitution 
chacun ; 

» Corpron, associé et commis de Cadet dans les 
bureaux de Québec, condamné à être admonesté en 
la Chambre, G hvres d'aumône, 000,000 livres de res- 
titution ; 

» Estèbe, conseiller honoraire du Conseil supé- 
rieur, garde des magasins du Roi à Québec, condamné 
à être admonesté, G livres d'aumône, 30,000 livres de 
restitution ; 

» Martel de Saint-Antoine, 'garde des magasins du 
Roi, à Montréal, condamné à être admonesté, G livres 
d'amende, 100,000 livres de restitution. » 

Il était ordonné que ces huit condamnés garde- 
raient prison au château de la Bastille jusqu'au paye- 
ment intégral des restitutions prononcées. 

Péan, capitaine aide-major des troupesde la Marine, 
après plus ample informé, fut mis hors de cour, c'est- 
à-dire, que les preuves ne parurent pas suflisantes 




(1) Cadet réclamait au gouvernement dix ou onze millions 
qu'il prétendait lui être dus. Pour Gtre quitte, on le réhabilita, 
dit Soulavie. 



il .' 



!; .-i 





' ï 


s ^ 


:| M 


1 ' 


n r 



U : 



— 252 — 

pour asseoir une condamnation ; cependant, attendu 
les gains illégitimes qu'il avait réalisés dans les dif- 
férentes Sociétés dans lesquelles il avait été intéressé, 
il dut restituer à Sa Majesté la somme de 000,000 li- 
vres et garder prison jus(iu'à la restitution. 

Le marquis de Vaudreuil et cin j autres prévenus 
furent déchargés de l'accusation. 

Parmi les contumax, Landriviière, commissaire 
de la Marine au fort Carillon , jjanni pour neuf ans 
de Paris, fut condamné à 500 livres d'amende et 
100,000 livres de restitution ; 

Descheneaux , secrétaire de Bigot , banni pour 
cinq ans de Paris, eut 50 livres d'amende et 300,000 
livres de restitution ; 

Cinq autres furent condamnés au bannissement 
de Paris pendant cinq ou trois ans et à une légère 
amende. 

Un plus ample informé fut ordonné contre vingt- 
six accusés. Plusieurs vinrent plus tard se constituer 
volontairement prisonniers et furent mis hors de cour. 

La morale publique était en partie satisfaite : les 
plus grands coupables étaient atteints ; mais le mal 
ne fut pas réparé. Un gouvernement sage y eût avisé 
plus tôt ; car les avertissements ne lui avaient pas 
manqué (1). 



(1) Voir entre autres la Corre<^pontlaneesccrL'tc d'Amlrô Dorei), 
commissaire des i^'ueri-es, à M. le maréchal do Delle-Ile et autres 
ministres, publiée par L. Dussirux dans lo (.'mi.vl,'} sous In 
(loiiiiniition fronraiso. — On trouve dans lo même ouvraire le 
jugement et les noms de tous les inculpés dans le procès. 



revenus 



niptot avait piil)lié un M(';nioire jnstificalif dans lo- 
ffiiel il ont rim[)n(leur d'altaciiKM' tic Monlcaini. I<a 
mère et la veuve, en son nom et au nom des enfants 
de ee pur et loyal soldat, portèrent plainte ('(»ntre le 
calomniateur. La Commission, faisant droit à leur 
reiiuêto, ordonna « que les termes injurieux à la mé- 
moire du marquis de Monti'alm, insérésdans la justi- 
fication de Bigot, et notamment le terme de délateur, 
demeureraient supprimés comme calomnieux; » et il 
fut permis aux di,imes de Montcalm de faire imprimer 
cette partie du jugement (1). 

Le marquis de Vaudreuil, accablé de chagrin, traîna 
quelque temps une vie languissante et mourut. Il avait 
contribué par sa faiblesse, sa jalousie et son mauvais 
vouloir, à consommer laruine duCanada, qu'il entpu 
retarder et peut-être même prévenir s'il eût secondé 
les vues et les plans du général de Montcalm, et si 
un sentiment de vanité et de susceptibilité mesquine 
ne l'eût pas porté à atténuer et à dissimuler les abus 
et les crimes que le brave et généreux commandant 
des forces militaires ne craignait pas de démasquer 
et de poursuivre de sa légitime indignation. 

(1) Voir, pour tout ce (|iii conoonio pos li'istcs évrnenionls 
(•t p(.iur It^ texte ilc la capitiilalidu de (Jiiélioc, rniivr.iLi'o iiililulc: 
1,0 ii>;irtjiii^ lie Monlnilm ot les (h^rnirros iiumh's tli> lu coluiiio 
l'fniirnisc on Cuiimln. par \o R. \\ V. Martin, de la (]ciiiipnL;iiie 
de Jésus. — Pai'is, Tci|ui, librairc-édiit'ur, rue de Mé/.icrcs, ('»; 
1875, un vol. in-l:J. 






II' 



8 







Wj 



i 

1 


II 


l 'I 


f '< 


1 ^ 


1 ? 




i -i 




i "'1 




1 ' 




1 ^ 


' ■: 


î 


t * ■ 



. > 

ï 









ne 

s ' 



s< 



; 



1 ■ .( il • 

h -4 





XIII 

DOMINATION ANGLAISE 

Le général Murray (1760-1764). — Guy Carleton 
(1764-1778). — Insurrection et indépendance 
des colonies anglaises. — Le général Haldiman 
(1778-1780). — Lord Dorchester (1780-1796). - 
Le général Prescott (1796-1799). — Sir Robert 
Milnes (1799-1807). — Sir James Craig (1807- 
1811).— Le général sir Georges Prévost (1811- 
1815). 



Le Roi t.rAn«?loterre, Geori;es H, survécut pou au 
triomphe de ses armées et mouiut le 25 oclobic 
suivant. La paix n'était pas encore réglée. Les liahi- 
tanls du Canada ne ;)ouvaienl pas croire que leur sort 
fut définitif et qu'ils ne devaient plus compter avec 
Ja France. Le ministre de Choiseul eut quelques vel- 



!.. 



:■ i . 



— -250 — 

léités de retenir encore cette colonie, comme com- 
pensation des victoires de la France en Allemagne ; 
mais les événements donnèrent bientôt à l'Angleterre 
le droit de se montrer exigeante: elle venait de rem- 
porter un nouveau triomphe sur la France et sur 
l'Fspagne, son alliée, dans le goUe du Mexique. 

Aussi haineux ([ue hautain, Pitt poussa ses exi- 
gences avec une exagération qui indigna même ses 
compatriotes. On l'entendit dire en plein Conseil : 

« Le moment est venu d'humilier la maison de 
» Bourbon ! » 

« L'histoire impartiale, ajoute Bancroft, donnera 
» la palme de la modération au jeune souverain 
» Georges lll, qui n'ambitionnait de conserver sa 
» conquête qu'au prix d'une paix raisonnable. » 

Elle fut conclue le 10 février 1703. De ses immenses 
possesions en Canada il ne resta à la France que les 
deux petites îles de Saint-I^ierre et de Miquelon, au 
sud de Terre-Neuve, et le droit de pêcherie sur les 
eûtes de la grande île. 

Jusqu'à la publication de ce traité de paix, l'admi- 
nistration du Canada était restée purement militaire, 
entre les mains du général Murray. Il usa du pouvoir 
avec modération, afin de ne pas s'aliéner les anciens 
habitants. Mais, loin de se rapprocher de leurs nou- 
veaux maîtres, ceux-ci se retirèrent sur leurs terres 
et vécurent isolés, occupés à relever leurs ruines et à 
réparer leurs pertes. Bien des années s'écouleront 
avant qu'ils surmontent leur défiance et leur antipa- 
tliie. 



ne com- 

igletcrre 
de rem- 

e et sur 

lue. 
ses exi- 

leme ses 

nseil : 

aison de 

donnera 
juverain 
îrver sa 
e. » 
fimenses 

que les 
elon, au 

sur les 

l'admi- 
lilitaire, 
pouvoir 
anciens 
l's nou- 
tcrres 
nés et à 
uleront 
unlipa- 



— 257 — 

La proclamation do Oeorges III, datée du mois d'oc- 
tobre 1763, publia le traité de Fontainebleau et régla 
l'administration de la colonie. Le lloi garantissait auK 
Canadiens le libre exercice do la religion catholique 
et maintenait la dime et les établissements religieux. 
Les Jésuites et les Récollets étaient seuls exceptés ; 
on les laissait seulement jouir de leurs bieni^ jusqu'à 
la mort du dernier survivant 

La loi nouvelle établissait dans le pays une Chambre 
d'assemblée et des Cours de justice avec obligation 
de suivre le code anglais. C'était une maladresse. 
L'impopularité et même l'impossiliilité de cette me- 
sure forcèrent le Couverneur à ne pas l'appliquer et 
à maintenir les anciennes lois et les coutumes du 
droit civil. 

En même temps la division tei'ritoriale était mo- 
difiée. Terre-Neuve, la Nouvelle-Ecosse et plus tard 
le Nouveau-Iîrunswicli, furent détachés du Canada 
proprement dit, pour former des provinces sépa- 
rées, démembrement qui lui fut fatal, parce ({u'il le 
dépouillait d'une p.u'tie de son commerce et de ses 
richesses. 

Le mauvais choix de certains officiers de la Cou- 
ronne nuisit beau<:oup à la fusion des deux races 
française et anglo-saxonne et à l'entière pacification 
des esprits, (c Ces magistrats, écrivait Murray au Mi- 
» nistre, haïssent la noblesse canadienne h cause de sa 
)) nai.ssance et des titres ([u'elle a à leur respect. Ils 
» détestent les autres habitants, i)arc('(|u'ils les voient 
» soustraits à la dominalion ([u'ils voidaient exercer 



— "258 — 

» sur eux. t) Les haines religieuses étaient l'un des 
mobiles de ces vexations, et on vit des Anglais fanati- 
ques, s'appnynnt sur les lois tyranniques d'Elisabeth, 
pousser leurs prétentions jusqu'à vouloir exclure les 
catholiques de tous les emplois publics. Le Gouver- 
neur fut assez sage pour refuser de se prêter à de 
pareilles exigences ; mais il ne put se prémunir contre 
les plaintes que les mécontents portèrent à la Cour, 
et il fut révoqué. 

La conquête du Canada par l'Angleterre entrahiait 
nécessairement la soumission des Sauvages du pays. 
Les tribus de l'Ouest comprenaient autrement leur 
indépendance. Loin de reconnaître le changement, 
elles résolurent d'en profiter, enl7G3, pour recouvrer 
leur pleine et entière liberté, et expulser les Blancs 
des territoires des grands lacs. 

Le héros de cette lutte, qui compromit un moment 
la pacification du pays, fut un Ottaouais, nommé Pon- 
tiac. Courageux et intelligent, il avait ce caractère 
d'audace nécessaire à un chef de parti. A sa suite se 
rangèrent les Miamis, les Ottaouais, les Wyandots, 
les Illinois et les Pouteouatamis. Pour colorer cette 
résistance et se ménager l'appui des Français restés 
dans le pays, ils publiaient partout qu'ils ne prenaient 
la hache de guerre qu'au nom de la Fran^.e, quoi- 
qu'elle fût entièrement étrangère îi ce mouvement. 

Des succès brillants couronnèrent les déi^uts de ce 
chef intrépide, et il se rendit maître de neuf postes 
militaires qui lui ouvraient tous les passages. 

Lu ruse le servait aussi bien que son courage. Il 






*>! 



I V i, «I ': ' 



l'un des 
is fanati- 
lisabeth, 
:Iure les 
GoLiver- 
ter h de 
r contre 
la Cour, 

I train ait 
u pays, 
nt leur 
cernent, 
îouvrer 
Blancs 

ioment 
lé Pon- 
'actèrc 
uite se 
.11 dots, 
cette 
restés 
naient 
quoi- 
lent. 
de ce 
)ostes 



L^e. Il 



— -259 — 

surprit ainsi le fort de Missillimakinac qu'il n'espé- 
rait pas emporter de vive force. Des Sauvages s'ar- 
rèlérent quelque temps dans ses environs comme 
pour chasser. lUen ne faisait soupçonner leurs projets 
hostiles. Ils avaient même des relations amicales avec 
la garnison. Sous le prétexte d'une solennelle partie 
de jeu de crosse entre deux tribus, ils invitèrent les 
soklatsà y assister. KUe avait lieu près du fort. 

La partie paraissait bien engagée, quand la balle 
lut lancée, comme par hasard, vers la porte du fort. 
Les joueurs se précipitèrent en masse de ce côté, et 
tout à coup aux cris de joie succéda le cri de guerre. 
Les femmes, qui ne semblaient assister au jeu que 
comme spectatrices, donnèrent aux guerriers leurs 
liaches qu'elles tenaient cachées sous leurs vête- 
ments, et en un instant la garnison désarmée et sans 
défiance était massacrée avant d'avoir eu le temps 
de se reconnaître. 

Pontiac voulait compléter son plan en s'emparant 
encore de Niagara, dePittsburgetde Détroit. Devant 
cette dernière ville s'accomplit son plus beau lait 
d'armes. Le commandant s'étant porté en avant contre 
lui avec toutes ses troupes, éprouva une défaite com- 
plète et y perdit la vie. 

L'enivrement du succès rendait le fier Sauvage 
téméraire et cruel. Il trouva enfin dans le colonel 
lîouquet un adversaire qui parvint à l'arrêter et à le 
vaincre. Sa révolte avait duré trois ans; elle s'éteignit 
avec lui. 

A la même époque, un embarras autrement sérieux 



i 






I 









•';! 



• ; • 


\ 


• '^'''lï 


' '^'àU 


■ 1- "•; 1 i 


W^ 




|h|; 


', 1 


'M»j 


I ' 


ji vA 





- 200 - 

pour l'Angleterre et plus compromettant pour le 
Canada coinmenrait à se développei' dans les an- 
ciennes colonies anglaises d'.Vtnéririue. A l'occasion 
d'une loi de finances (jui imposait de nouvelles taxes 
aux colonies, [)our taire lace aux dépenses de la 
guerre, le mécontentement prit des proportions alar- 
mantes. Se croyant lésées dans le droit qui paraissait 
acquis de ne supporter aucune charge sans le con- 
cours de leurs réprésentants, elles portèrent leurs 
plaintes jusqu'au pied du trône, mais inutilement. 

La loi du timbre de 1705 poussa l'irritation à son 
comble dans les Provinces- Unies, et y provoqua 
l'exclusion des marchandises anglaises pour l'usage 
habituel de la vie. L'agitation prit bientôt des formes 
régulières, avec cet ensemble et cet accord ({ui 
douLlent les forces de la résistance. 

L'Angleterre, ne voyant encore dans ce mouvement 
(ju'une insubordination sans consistance et sans dan- 
ger pour elle, crut pouvoir l'arrêter facilement en 
frappant quch^ues coupsde vigueur à Boston où était 
son foyer. Elle y envoya des troupes. Mais cette me- 
sure et les menaces (jui l'appuyaient, loin de calmer 
les esprits, produisit dans tout le pays une exaspéra- 
tion dont on ne pouvait plus se dissimuler les consé- 
quences. 

Le gouvernement anglais voulut alors entrer dans 
des voies de concessions et d'accommodements; elles 
furent sans résultats. Le temps se passait en demi- 
mesures et en inutiles essais de rapprochement 
entre les partis. Le mal allait croissant, et l'orage de- 



— -2()l - 

venait de plus en plus nicnarant. A l'aiTivéc à Uoslon 
de (quelques cai'gaisons do tliô, dont la taxe subsistait 
toujours, il éclata. Le peuple ne voulut pas eu [)er- 
metlre le déhanjuement. Dans le tumulte, ([uelipies 
hommes travestis cri guerriers sauvages moutrrent à 
bord, brisèrent les caisses et les jetèrent à la mer. 

Il n'y avait plus de ménagements possibles. Al)an- 
donner cette colonie ou décourager les mécontents, 
en les forçant à la soumission, était la seule alterna- 
tive qui restât. Toute l'éloquence d'Kdmond Burke 
ne put empêcher l'adoption [)ar le parlement anglais 
des mesures les plus violentes. 

Ce fut le signal de la [)remière levée de boucliers. 
Pour rendre la résistance efficace, un (longrès des 
douze provinces, représen'aiit trois millions d'hom- 
mes, s'assembla à Pliiladelpliie, le .") septembre 1"74, 
et en appela aux armes. L'embrasement devint bien- 
tôt général. La ruplui'e ne fut et pendant consommée 
que le 4 juillet 1775, par la promulga'ion de ÏXrlo 
d'indépendance. 

Le Canada était ti'op voisin du théâtre de l'agita- 
tion pour y rester complètement étranger. Les Pro- 
vinces soulevées avaient d'ailleurs trop d'intérêt à ne 
pas laissa T > ci ap[)ui et cette retraite à PAngleterre, 
[)our ne pas chercher à entraîner dans leur parti les 
colons d'origine française qu'ils ci'oyaient toujoui's 
très-peu atïectionnés à leurs nouvi-aux maîtres. La 
Conventiini de [Miil.idelpliie l.'ur adressa Monc une 
invitation pre.>r«.tnte pour les engager à faire cause 
commune avec elle. 

8* 



d'-'.. 



Ils furent sourds h cet appel. Ils n'avaient pas d'ail- 
leurs, comme les autres provinces, à revendiquer des 
prérogatives dont ils n'avaient jamais joui. Il n'existait 
entre eux et leurs voisins aucune similitude de vues et 
d'intérêt. Leur origine n'était pas la même, et leurs 
relations mutuelles se ressentaient encore de la der- 
nière guerre à laquelle les Américains avaient pris 
une part si aciive. Kniin la dilVérence de mœurs et 
tl'opinion politique et religieuse maintenait le Canada 
dans l'isolement. 

Le clergé contribua beaucoup à retenir les Cana- 
diens dans cette ligne. M"" Olivier Briand qui , en 
17(i(), avait succédé à M-'' de l'ontbriant comme 
évèque de Québec, fit valoir avec force le serment de 
fidélité qu'ils avaient juré à leurs nouveaux maîtres. 
Sa voix avait d'autant plus d'autorité qu'on connais- 
sait toute l'énergie de son caractère pour détendre 
contre le pouvoir civil l'indépendance de l'Église ou 
l'intégrité de la Foi. Dans une circonstance difficile, 
il répondit sans crainte à une demande inique du 
Gouverneur : « Votre Excellence peut prendre la 
» tête de Briand ; mais il ne dépend pas d'Elle de 
» lui faire commettre une injustice. » Grâce à cette 
fermeté la religion fut respectée. 

Devant l'attitude menaçante des Provinces-Unies, 
l'Angleterre, justement alarmée, n'avait pas hésité à 
améliorer le sort des Canadieris, afin de les attacher 
davantage à sa cause. La Constitution à laquelle on a 
donné le nom d'Acte de Québec leur fut concédée 
en 1774. 



— -2(33 — 

Cette loi recuhiit les limites Iracces à lu i)rovince 
de Québec. Klle ^Mi'anlissiiit aux callioliiiues leurs 
tli'oils reli<4ieux, leur adniissibililé aux charges pu- 
liliiiues, ( t les exein|»tait du serment du test, con- 
traire à leiu' conscience. Les anciennes lois civiles 
étaient rétablies, et un Conseil législalif recevait la 
mission de prendre une part active à l'administration 
du pays. 

Ti'ompé dans son attente, le gouvernement impro- 
visé de IMiiladelpliie voulut non-seulement rompre 
toute relation avec les Canadiens, mais prévenir toute 
attaque de ce côté , en s'emparant d( s principaux 
postes de la IVontiére. Les volontaires de Vermont et 
du Connecticut turent jetés en avant, en 1775, et en- 
levèrent sans (lil'licuité les torts du lac Champlain. 

Ce n'était qu'un essai. Afin de créer un embarras 
sérieux au moment où Washington , chargé de com- 
mander les révoltés, s'avançait contre J3oston, deux 
corps d'armée pénétraient en Canada, l'un par le lac 
Champlain, l'autre par le Kénébec. Le premier, sous 
les ordres de Schuyler que remplaça bientôt Mont- 
goméry, marcha de succès en succès, et atteignit 
sans [)ciiie les bords du Saint-Laurent en face de 
Montréal. 

A ces nouvelles alarmantes, Cuy Carleton , suc- 
cesseur de Murray, proclama la loi martiale, et vou- 
lut forcer les Canadiens à prendre les armes; mais, 
malgré la con([uéte, ils ne se croyaient pas nécessai- 
rement soldats de leurs nouveaux maîtres. Ils se 
rappelaient que ceux-ci, au moment de l'invasion. 



>■' U .' I 



— ù\\ — 



II.:! 



avaient exigé d'eux, sous jjeine de mort, une neu- 
tralité absolue. 

Pour JJe pas susciter des emhai'i";is qui i)uuvaieMt 
de plus en plus complicpun' la [xjsilion, Carlelon dut 
se borner au.\ enrnlenienls volunlaii'es. lis Curent 
nojubreux, surtout (juand la voix tle lu religion eut 
éclairé les consciences. 

Les conditions lesplus avantageuses rtaienl olVertes 
à cette milice. Cluniue soldat recevait deux cents 
acres de terre; cinquante de plus, s'il était marié, et 
ciiKiuaide à chacun de ses entants. L'engagement 
cessait avec la guerre. 

Dans l'impossibilité de se maintenir à Moidréal qui 
était sans défense , le (louverneur concentra toutes 
ses forces à (Québec, dont le soit allait décider de 
celui de la colonie entière. 

Montgoméry entra sans cou}) férir à Montréal le 
12 novembre 1775; mais il était en retard. Malgré 
les diflicultés inouïes de la route, l'autre armée d'm- 
vasion, commandée par le colonel Arnold, parut le 
8 novembre à la pointe Lévis, en face de Québec. 
Dans cette prévision, tous les bateaux de la cùte sud 
du lleuve avaient été enlevés, et cette adroite pré- 
caution sauva Québec. 

Arnold ne parvint à passer le fleuve (|ue le 14, et 
il fut bientôt rallié par Montgoméry ; mais Carleton 
avait eu le temps de se mettre en mesure de ré- 
sister. 

La situation de l'ennemi devenait chaque jour 
plus critique. Les premières atteintes de l'hiver, si 



iieu- 



réul le 

d'iii- 
iiul le 
UL'boc. 
te sud 
e pré- 



— -205 — 

rigoureux dans ces contrées, surtout i)our une armée 
en campagne, se taisaient déjà sentir. Néainnoins la 
place fut investie et le siège s'ouvrit au milieu des 
froids excessifs du mois de décendire. ('/était prescjue 
tenter l'impossible. 

l'our arriver à un plus i)rompt dénouement, Mont- 
goméry voulut opérer une surprise. Klle lui fut 
fatale. 

Le dernier jour de décendjre, à la faveur d'une 
neige aijondante qui devait dérober sa marclie, le 
général américain, à la tète de l'élite de ses troupes, 
s'avan».:a jusipi'au [lied de la citadelle. Kn même 
temps, alin de faire diversion, une fausse attaque 
avait lieu sur la porte Saint-Jean et la basse ville. 

Malgré ses précautions, Montgoméry avait été dé- 
couvert, et au moment oii, plein de conliance et de 
sécurité, il croyait toucher à son but, une terrible 
décharge d'artillerie foudroya toute sa colonne. 11 
tondja mort avec l;i plupart de ses soldats. Le (lou- 
verneur anglais rendit hommage à sa bravoure en 
lui faisant de pompeuses funérailles. Son nom, gravé 
sur la pierre au lieu même of.i il succomba, [)erpétue 
le souvenir de cette téméraire tentative. 

Arnold, (pii conduisait l'autre altaipie, ne fut pas 
plus heureux. Blessé grièvement à la jambe, il lut 
forcé de se retirer et fut suivi de son ai-mée. Ce grave 
échec ne découragea pas pouilant les Américains; ils 
essayèrent plusieurs fois de le ré[»arer; mais toujours 
sans succès, et ils ne [)urcMt (pie se maintenir dans 
leurs campements jusqu'au printemps. Le 5 mai, 




IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 





^ 

^ <. 



o 




4 








.V' c^ 



V 



.<? 



:/. 



% 






% 



t 



1.0 



l.l 



11.25 



^i^ 11^ 12.5 
^' illU 



m 



2.2 



12.0 



1= 

1.4 lllll.ô 



VQ 



<? 



/^ 



7 



e. 



^/. 



^ 



<5>: 







o 



/ 






/^ 



c 



Photographe 

Sciences 

Corporation 




f^ 



\ 





iV 



\\ 



'^ 








^ 



^ 



O 



^^♦^ 



"^v- 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N.Y. 14580 

(716) 872-4503 



V' c. 



Jp 



^ 






û 







i 



\ i 



•A 

T 

1?. r 



— -200 — 

l'arrivée d'une lïotle anglaise apportant des secours 
les força de déguerpir. 

L'armée en retraite, ou plutôt en pleine déroute, 
tut ralliée par les postes dispersés à Cliandjly, à 
Saint-Jean, à l'Ile-aux-Noix et à Montréal. En peu de 
jours le pays lut délivré des envahisseurs et rendu 
à la sécurité. 

Pour que cette tentative armée contre le Canada 
tut plus efficace, les Américains avaient mis en jeu 
tous les moyens de persuasion. Des agents politiques 
travaillèrent à gagner les esprits à leurs idées de 
révolte et à. entraîner les populations dans leurs pro- 
jets. Discours, pamphlets, intrigues, rien ne fut né- 
gligé, mais tout fut inutile. John Garoll et le célèbre 
Franklin furent députés à Montréal dans le but d'ob- 
tenir u'^e adhésion ; mais les Canadiens n'avaient pas 
oublié que, quinze ans auparavant, ce même Fran- 
klin avait été l'ardent promoteur de leur séparation 
de la France, et avait poussé l'Angleterre à consom- 
mer la conquête de leur pays. 

Le Gouverneur, Carleton, ne laissa pus les envahis- 
seurs se retirer tranquillement. Il les poursuivit avec 
ardeur, et leur lit subir des pertes considérables. 
Les ayant attaqué avec une (lottille qu'il avait équipée 
sur le lac Champlain, et qui comptait l'illustre Nelson 
parmi ses lieutenants, il l .s battit et les combats 
de l'Ile Valicourt et de Crawn-Point achevèrent son 
triomphe. Les Sauvages du Canada euxinètnes ne 
restèrent pas étrangers à celle lutte. Us prirent les 
armes et se montrèrent sujets belliqueux et 1 idoles. 






— ^207 - 

Après ces jours d'agitation et les malheurs qu'en- 
traîne inévitablement une invasion ennemie, le Ca- 
nada vit renaître le calme et la sécurité si néces- 
saires au bonheur et au développement des nations ; 
mais, aveuglés par les préjugés de l'hérésie, ses nou- 
veaux maîtres, tout en accordant en apparence une 
entière liberté à la religion, avaient introduit dans le 
traité de paix des clauses qui lui étaient fatales. Ils 
avaient fermé l'entrée du Canada à l'immigration 
des prêtres de France, et avaient exigé la suppression 
des Jésuites et des llécoUets. Ces religieux avaient 
défense de recevoir des novices. On laissait seule- 
ment aux survivants la liberté d'attendre en paix la 
morî su ue sol, théritre des travaux de leurs Pères 
depuis p.us u'un siècle et demi (1). 

Les vides se multipliaient dans les rangs du clergé 
séculier, et les ressources qu'otlVait le pays, pour les 
combler, étaient iMsuflisantes. Dans celle pénurie de 
prêtres, l'Évêque de (Québec s'était vu forcé de laisser 
s'éteindre, en 1773, le Chapitre de sa cathédrale, qui 
comptait un siècle d'existence. 

Le Canada trouva dans l'activité du zèle des Direc- 
teurs des séminaires do Québec et de Montréal un 
remède à ces malheurs. Ils se livrèrent avec une 
sainte ardeur à l'éducation de la jeunesse cl à la for- 



\4- 


V ;1if': 

■■r 


: . ■;! 


■ ir 



'■.^'■i- 



V I 



:i. ' 



■ M 



f,.;. 



(t) Le trouveriicmoiil an^'l.iis, ([ir convuilail la f-iicccssiDn ilo 
ces deux f;iinilles rclit^'iouscs, n'alIciKlii pii-i leur exliiiclinii lutali; 
pour s'emparer tic Icui-s biens. La plus grande parlie du colliiri! 
des Jésuites lui pi'isc pinir easeruc, el le terrain du eouviiil des 
Hcoullets servit à ('lever la calhcdrale an;zlieaiie cl le palais de 
juslic^ 



sr!) 



•jU 



a 



;* 






1 



1 



ë 



- am — 

malion de nouveaux prêtres, qui se multiplièrent peu 
à peu. Le pays put enfin se suffire à lui-même, et 
pourvoir aux besoins religieux de la population crois- 
sante et môme à l'entretien et au développement des 
Missions lointaines. 

La tranquillité dont jouissait le Canada était loin de 
se rétablir dans la colonie, sa voisine. Lj cri de ré- 
volte n'avait fait que se développer, et il retentissait 
dans toutes les provinces. Tout le pays était en feu, 
et, dans la prévision des elTorts suprêmes que l'An- 
gleterre ne manquerait pas de tenter, la résistance 
s'organisait partout. Il fallait triompher à tout prix 
ou s'attendre à voir s'aggraver le joug oppressif, vraie 
cause de tout le désordre. 

Après bien des tentatives d'accommodements paci- 
fiques, l'Angleterre entreprit la répression par la 
force. Ses armées portèrent la lutte au centre des 
contrées les plus agitées, mais avec des alternatives 
de succès et de revers qui révélaient toute la force 
de la résistance. 

En 1776; le général Carleton fut chargé d'une 
attaque par le Nord. Il devait d'abord se rendre 
maître de la navigation du bassin du lac Champlain, 
jusque-là au pouvoir des Américains. Les Anglais 
avaient toute une flotte à créer pour fopposer à celle 
de l'ennemi. Pour déguiser et aussi pour hâter leurs 
préparatifs, ils firent venir d'Angle! erre des bâti- 
ments complets, mais démontés, et avec eux les 
ouvriers qui devaient en assembler les pièces. 

On vit biontùtlïottersurleseauxdu lac Champlain 






— -269 — 

cette escadre improvisée, qui put provoquer l'ennemi 
au combat et le vaincre ; mais le général Arnold mit 
le feu à ses vaisseaux, pour ne pas les laisser entre les 
mains du vainqueur. 

Ce combat avait lieu le 3 novembre : la saison était 
désormais trop avancée pour continuer les opérations 
et attaquer les autres forts. 

Rentré en Canada pour se préparer à la campagne 
suivante, Carleton apprit qu'il avait été supplanté par 
le général Burgoyne, membre de la Chambre des 
communes. Ce dernier avait déjà pris part à la guerre 
d'Amérique. De retour en Angleterre, il avait fait 
prévaloir son plan d'attaque, et avait été chargé de 
l'exécuter. Il devait achever l'occupation du lac 
Champlain et du lac George, pousser plus avant pour 
s'emparer d'Albany et rallier les armées anglaises 
qui guerroyaient dans le Sud. 

Burgoyne arriva à Québec le G mai avec des 
secours de toute nature. Il se mit à la tète d'une 
petite armée de sept mille hommes de troupes régu- 
lières renforcées d'un corps de volontaires canadiens 
et de quelques Sauvages, dont l'insubordination et la 
cruauté furent un embarras plutôt qu'une aide. 

La campagne s'ouvrit sur le lac Champlain et le lac 
George par d'heureux et faciles succès. Au delà, l'ar- 
mée anglaise trouva des difficultés graves et impré- 
vues. Les routes avaient été rendues impraticables 
pour les bagages, et rnôme pour la troupe. Le pays 
était désert et dénué de toutes ressources. 
Après quarante jours de combat et de marche pé- 



^'' 


Wl 


cï 


■ :•:■> ?, 






■i;i 


'■' 'f^ 


• 





"À 



. 'i 






Çi;!, 






T^ 



\ 



■l 



— 270 — 

nible, Burgoyne atteignit enfin Saratoga. Au lieu d'y 
trouver une position favorable, il se vit bientôt cerné 
par un ennemi qui avait eu le temps de réunir des 
forces considérables. Privé de toute espérance de 
secours, et n'ayant qu'une armée trop inférieure en 
nombre, Burgoyne fut forcé de mettre bas les armes 
et de se constituer prisonnier avec son armée. 

Les autres généraux anglais soutinrent mieux la 
lutte dans le Sud. 

En paix avec l'Angleterre, la France avait d'abord 
paru étrangère au mouvement insurrectionnel des 
colonies anglaises. Elle laissait cependant ses sujets 
prendre part au conflit. Ses sympatiiies parurent 
môme si peu douteuses au Congres des Provinces- 
Unies, qu'il députa l'illustre Franklin pour engnger le 
gouvernement français à épouser sa cause. L'habile 
négociateur finit par obtenir un succès complet. Le 
traité fut conclu en 1777, et la France envoya en 
Amérique des secours puissants. 

Cependant, malgré d'énergiques efforts et quelques 
succès partiels, l'Angleten s voyait la révolte grandir 
chaque jour et se fortifier. La guerre devenait désas- 
treuse pour eUe, et plus le dénouement s'éloignait, 
plus ses forces s'affaiblissaient. Elle comprit enfin 
qu'elle ne pouvait pas prolonger la lutte indéfiniment 
sans voir diminuer ses chances de réussite. En 1783, 
elle se décida à traiter avec ses colons révoltés, pour 
reconnaître leur indépendance et sanctionner leur 
séparation. 

Cette décision suprême intéressait le Canada. La 



- 271 — 

lutte était trop voisine pour ne pas troubler son re- 
pos, et entraver son commerce. Il vit établir une 
ligne de frontières resserrant ses limites, en môme 
temps que bon nombre de tamilles, fidèles au drapeau 
anglais, quittaient le sol de la nouvelle république 
pour venir s'installer sur son territoire vaste encore, 
quoique diminué. L'inHuence des Français fut amoin- 
drie par ce surcroît de population. 

La guerre avait empêché d'inaugurer le nouveau 
Conseil législatif. Carleton s'empressa de le réunir 
en 1777, quand il vit la lutte se concentrer dans les 
contrées éloignées du Canada Un des premiers actes 
que le Conseil sanctionna, fut de reconnaître les 
droits de la langue française dans les discussions. 
Puis, il s'occupa de l'organisation de la milice et de 
l'administration de la justice. Ces mesures renfer- 
maient des dispositions qui pouvaient devenir faci- 
lement vexatoires; elles excitèrent de violents mur- 
mures. 

Malheureusement pour le Canada, le Gouverneur 
Carleton fut alors remplacé par le général Ilaldiman, 
Suisse de naissance, plus fait pour commander une 
armée que pour administrer une province. 11 crut 
devoir agir avec une inflexible rigueur, comme si le 
Canada allait être envahi par la révolution qui trou- 
blait les colonies voisine?. Attribuant à l'esprit de ré- 
volte les plaintes et les mécontentements auxquels il 
ne donnait que trop d'occasions, il fit jeter en prison, 
et pour le moindre prétexte, bon nombre de citoyens, 
môme parmi les plus honorables. Sa conduite arbi- 




I',. 









;!•■'.' 




fi>'' 


* ■ 


't 


. "1 



l'Ù 



M 



^:J 



^^ 






I 



i 



n 



:•? 



ono 

traire et violente ne semblait guidée que par le des- 
potisme le plus absolu. 

De son côté, la population anglaise, toujours mé- 
contente de l'Acte de 1774, trouvait excessifs les 
avantages accordés aux C4anadiens français. Ceux-ci 
sollicitaient pour le pays un gouvernement purement 
constitutionnel, le droit de Yhaheas corpus, c'est-à- 
dire qu'un prévenu put être élargi sous caution, et 
enfin le rappel du Gouverneur. Les deux derniers 
points furent accordés. 

Carleton, élevé à la pairie sous le nom de lord 
Dorcliester, revint en Canada comme Gouverneur, le 
21 octobre 178G. Suivant ses instructions, il fit faire 
des enquêtes détaillées sur l'état du pays et sur les 
moyens de remédier aux maux dont on se plaignait. 

Il envoya ses informations en Angleterre et s'é- 
tudia avec ardeur et intelligence à subvenir aux 
premiers besoins, et à favoriser tout ce qui pouvait 
imprimer un nouvel élan à la prospérité publique. 
Cette conduite aida beaucoup à calmer les esprits, et 
quand le prince AVilliam Henri, qui fut plus tard le 
roi Guillaume IV, vint visiter le Canada en 1789, il 
n'eut à recueillir que des témoignages de respect et 
de dévouement. C'était la première fois que la colonie 
voyait un pi ince du sang. 

En 1791, le Parlement anglais prit en considération 
les nombreuses demandes que lui avait adressées le 
Canada, pour substituer une forme définitive au ré- 
gime provisoire suivi jusque-là. 

L'illustre William Pitt, qui eut la gloire d'égaler, 



— 273 — 

peut-ôtre mômo de surpasser son père, lord Ghattam, 
fut le promoteur de cette nouvelle Constitution. Elle 
divisait le Canada en deux provinces, pour faire cesser 
la rivalité qui existait entre les Canadiens et les An- 
glais. Chaque province devait avoir un Conseil légis- 
latif nommé par la Couronne et une Chambre d'as- 
semblée élue par le peuple. Le Gouverneur avait en 
outre près de lui un Conseil exécutif dont les onze 
membres étaient nommés par le Roi. 

Le Canada se trouvait ainsi à son quatrième gou- 
vernement depuis trente et un ans : la loi martiale, 
de 1760 à 4763; le gouvernement militaire, de 1763 
h 1774 ; puis le gouvernement civil absolu, de 1774 ù 
1791, et enfin le gouvernement constitutionnel pro- 
prement dit. 

La nouvelle Constitution entra en vigueur le 26 dé- 
cembre 1791 ; elle garantissait encore une fois aux 
catholiques le libre exercice de leur religion. La 
population des deux provinces s'élevait alors à envi- 
ron 135,000 âmes, dont 10,000 dans le haut Canada. 
Les Anglo-Canadiens entraient à peine pour un neu- 
vième dans le chiffre total; mais ils avaient, dans 
le haut Canada, la prépondérance du nombre et des 
richesses. 

Dès le mois de juin suivant, le peuple fut appelé h 
exercer ses droits d'élection, et il choisit ses repré- 
sentants au Parlement provincial. 

Dans le bas Canada, les Canadiens français obtin- 
rent une imposante majorité qui protégea leurs lois, 
leur langue et leurs coutumes. Une des motions les 



Ml \i 

'■■'■■: Û 

-m 

. , 'le, '•' 



^1 

'il 

'' ■*■ 

*l 

AI 

■■*È 

'I 

II 





>' 




1 




]'■ 


■ ï . ■" 






* 


,;, . 


'i 


•^ :■ 


■^.' 


> 


1 


■Ir 


1 

i 


' 'r;" 


«■ 


!■■".'' 


5 




i 



* 



à 



s 

'i 



t 



-i 



— -2Ti - 

plus importantes qui y fut soutenue , fut la réclama- 
tion faite par la Chambre au gouvernement , pour 
obtenir en faveur de l'éducation les biens qui avaient 
appartenu autrefois aux Jésuites. 

L'acte le plus grave de l'Assemblée du haut Canada 
fut l'interdiction de quelques lois anglaises, de celles 
entre autres qui regardaient le clergé. 

La Révolution française arrivait en 1793 au pa- 
roxisme du désordre et de la folie. Elle jetait la 
France dans tous les excès de la plus affreuse anar- 
chie. L'univers entier sentait le contre-coup de cette 
commotion violente. Le Gouverneur du Canada ju- 
gea prudent de prendre quelques mesures contre les 
menées secrètes des émissaires de la Révolution, qui 
venaient jusque-là semer leurs funestes doctrines. 
Il ouvrit au contraire un asile hospitalier aux victimes 
de ces fureurs politiques, que la persécution forçait 
à s'éloigner de leur ingrate patrie. 

Cette même année 1793 fut signalée parles dé- 
couvertes d'un illustre voyageur. Alexandre Mac- 
kensie, l'un des associés de la Compagnie du Nord- 
Ouest, poussa son exploration jusqu'à la mer Glaciale, 
en descendant la rivière qui conserve son nom pour 
immortaliser sa mémoire. Il s'avança ensuite vers 
l'Ouest et atteignit l'océan Pacifique, après avoir, le 
premier, franchi les Montagnes-Rocheuses. 

La religion anglicane, que les conquérants avaient 
introduite avec eux en Canada, n'avait pas encore 
d'évéque. Ses zélés partisans gémissaient de ce rang 
d'infériorité où elle semblait être vis-à-vis de l'Église 



/ 



raient 

mcore 

rang 

ilglise 



■:75 — 



catlioliquc. Leurs plaintes furent écoutées, et, en 
4794, le chapelain de l'Évèquc de Lincolm, le docteur 
Mountain, élevé à cette dignité, prit le titre d'Kvéque 
de Québec. • 

/ De son côlé, l'Église catholi(|ue, préoccupée des 

besoins spirituels de l'immense diocèse de Québec , 
alors le plus vaste de la chrétienté, fonda en 1790, 
dans l'île de Terre-Neuve, un Vicariat apostolique. 
L'éloignement de cette contrée, et surtout la difli- 
culté des communications avec elle pendant une 
grande partie de l'année, rendaient son administra- 
tion comme impossible pour l'Évéque de Québec. 

Le général Prescott, qui succéda à lord Dorchester 
en 179G, ouvrit le second Parlement provincial. De 
nouvelles élections avaient changé la moitié de la 
représentation. Dans le bas Canada, les membres qui 
avaient appuyé la proscription de la langue française 
dans l'assemblée furent rejetés. Panet, un nom 
justement vénéré, fut pour la seconde fois élu pré- 
sident. 

Cette session ne fut remarquable que par le pou- 
voir absolu que le Gouverneur se fit donner par les 
Chambres pour s'opposer aux idées révolutionnaires 
(ju'il croyait à la veille d'éclater. Ses inquiétudes 
n'étaient pas sans quelques fondements. Il y avait 
dans le pays des émissaires étrangers, mais qui 
trouvaient peu d'échos; l'ambassadeur de la Répu- 
blique française aux États-Unis, Adet, avait lui-môme 
adressé un manifeste aux Canadiens pour leur an- 
noncer que la France, victorieuse de l'Espagne, de 









' ■ A 



'{5 . 

il 









'.~ii;> 



- rn] - 

l'Autriche ot de l'Italie, allait attaquer l'Angleterre, 
en commençant par ses colonies, et les invitait h se 
rallier h son drapeau. Un des agents ostensibles de 
ce mouvement, Melane , enthousiaste républicain , 
fut livré aux tribunaux et condamné à mort. Afin 
d'inspirer plus de terreur, son exécution se fit avec 
un grand appareil militaire, et au lien le plus élevé 
de la ville. 

Le Gouverneur s'était alarmé trop vite. Le mécon- 
tentement du peuple à l'occasion de certaines lois, 
et surtout sa résistance à quelcjucs clauses de celle 
des chemins, n'avait rien d'inquiétant. Il fut plus ma- 
ladroit encore en voulant s'opposer à l'érection de 
nouvelles paroisses catholiques que réclamait le dé- 
veloppement de la population. Cette prétention, qui 
blessait les droits de l'Église, soûl va une énergique 
opposition devant laquelle il dut reculer. 

Sir Robert Milnes, qui vint remplacer le général 
Prescott, en 1799, vit des jours relativement plus 
calmes : mais la nouvelle Chambre, élue en 1800, 
montra ses tendances à anglifier le pays par un 
plan général d'instruction publique tout à l'avantage 
des protestants. Les Canadiens, qui ne voulaient ab- 
diquer ni leur langue ni leur foi, protestèrent una- 
nimement contre un pareil système qui devait être, 
pendant bien des années, le grand obstacle aux pro- 
grès de l'éducation. 

C'est sous ce Gouverneur que, malgré les récla- 
mations de la Chambre, la Couronne s'empara défi- 
nitivement des biens qui avaient appartenu aux 



— 'Il l 



Jésuites, et dont on avait laissé la jouissance jusqu'à 
sa mort, arrivée en 1800, au 1\ Cazot, dernier mem- 
bre de cet Ordre religieux dans le pays. 

Pour augmenter le revenu de la colonie, qui n'était 
pas en proportion avec ses charges, les Chambres 
crurent devoir imposer le commerce au lieu de la 
propriété foncière. C'était blesser le parti mercantile, 
c'est-à-dire le parti anglais, et l'irriter contre les Ca- 
nadiens. La lutte devint bientôt plus tranchée et prit 
naturellement une teinte de jalousie nationale. 

Du Parlement, la discussion descendit dans la 
presse qui, comme d'ordinaire, ne fit que l'enveni- 
mer. Les Anglais avaient pour organe le Mercury, 
fondé en 1805, et soutenaient qu'il était temps que 
le Canada s'identifiât davantage avec l'Angleterre en 
faisant disparaître l'élément français. Comme contre- 
poids et pour défondre « ses institutions, sa langue et 
ses loix, » le parti français créa, l'année suivante, le 
journal intitulé le Canadien. On peut dater de l'appa- 
rition de cette feuille l'ère de la liberté de la presse 
en Canada; car, jusque-là, aucune gazette n'avait osé 
y discuter publiquement les questions politiques, 
comme on le faisait dans la métropole. 

Vers cette époque, les difficultés survenues entre 
la Grande-Bretagne et les États-Unis faifiirent com- 
promettre la tranquillité extérieure dont jouissait le 
Canada. 

L'Europe était en feu. L'Angleterre, maîtresse des 
mers, voulut y dicter ses lois. Sans égard aux pré- 
tentions des États-Unis qui, à la faveur de leur neu- 

8" 



î'*^ ■ 



■Ï.4 



ji'i.i 



— ilH — 

tralité , voulaient commerccT librement avec les 
puissances belligérantes, elle mit en état de blocus 
toutes les côtes du continent européen, et introduisit 
le droit de visite dans son code maritime. 

Les États-Unis rendirent la pareille à l'Angleterre 
et fermèrent leurs ports à ses vaisseaux. Tout com- 
merce avec la Grande-Bretagne était interdit jusqu'à 
ce qu'elle eut donné satisfaction; mais, avant de 
pousser plus loin leurs hostilités, les Américains at- 
tendirent l'issue qu'allait avoir la guerre européenne. 

La crainte de voir la lutte prendre des proportions 
inquiétantes détermina l'AngleteiTe à envoyer en 
Canada, en 1807, un nouveau Gouverneur. C'était sir 
James Craig, qui recevait là la récompense de ses 
services militaires. Il s'était signalé dans la guerre 
américaine, dans son commandement en Sicile, et 
surtout dans sa conquête du cap de Bonne-Kspérance 
sur les Hollandais. Il avait pu être un habile soldat; 
il ne fut qu'un triste administrateur. Rempli de pré- 
jugés contre la nationalité et la religion des Cana- 
diens, il n'eut ni l'adresse ni la prudence de les dis- 
simuler. 

De fâcheuses divisions ne tardèrent pas à éclater 
entre le Gouverneur et les Représentants. L'autorité 
voulut alors user d'une certaine violence, et les par- 
tis adverses s'aigrirent par des mesures où perçaient 
la haine et la vengeance. 

La Chambre voulait, à l'exemple de la métropole, 
exclure ko juges des rangs de la représentation, et, 
avant môme la sanction de cette loi , elle expulsa de 



vec les 
î blocus 
roduisit 

gleterrc 
ut com- 
jusqu'à 
vant de 
:ains at- 
péenne. 
portions 
oyer en 
'était sir 
3 de ses 
i guerre 
lioile, et 
ipérance 
soldat ; 
de pré- 
s Gana- 
les dis- 
éclater 
autorité 
les par- 
erçaient 

tropole, 
tion, et, 
misa de 



son sein le juge Hart, qui était juif, en s'appuyant 
sur d'anciennes lois anglaises. En même temps, un 
des membres influenis, Bédard, insistait sur la né- 
cessité d'un ministère responsable, sous le prétexte 
de conserver l'inviolabilité du Monarque ou de son 
représentant, et la liberté de discussion dans les 
Chambres. 

Craig fut alarmé de tant de hardiesse et résolut de 
dissoudre la Chambre. Dans son discours de clôture, 
en 1809, il mit le comble à l'exaspération par les 
reproches exagérés et les menaces qu'il adressa à la 
majorité des Représentants. 

Les élections ne changèrent pas le caractère de 
l'Assemblée et fortifièrent même le parti canadien. 
Cette Chambre, convoquée en 1810, continua le sys- 
tème d'opposition de celle qui l'avait précédée. Un 
de ses premiers actes fut de protester contre le lan- 
gage insultant du Gouverneur dans son discours de 
clôture, comme étant une violation de ses privilèges 
et de la liberté du pays. 

Le parti remuant avait, comme on l'a dit, un organe 
puissant : le Canadien devenait l'écho de tous les 
mécontents. Écrits violents, épigrammes mordantes, 
rien n'était épargné contre le Gouverneur. 

Celui-ci , qui s'était contenu avec peine un mo- 
ment, éclata à la fin. Le Parlement fut cassé de nou- 
veau et les presses du Canadien saisies. L'imprimeur 
fut arrêté sous accusation de haute trahison, ainsi 
que plusieurs citoyens notables regardés comme la 
tête du parti. 



■; il 



ri 

1 



" ^1 
'1 



^<«' l\ 



? ■' 



I 









i 1 



i 'û 



■ ^ 


■>.' 


m '^ 


m ji >'^ 


m ^ ;'f 


i V 




. »• 


1 ^t- 


1 
1 


-P 


v*^ 




■ i 


! 1 

: 1 




j ; 


î 


1 





— 280 — 

Une proclamation du Gouverneur ne justifia pas 
l'arbitraire de sa conduite. Il se trouva mônne bientôt 
embarrassé de ses prisonniers qu'il était diflicilo de 
traduire devant les tribunaux. Ils furent donc peu 
après remis en liberté sans avoir subi de jugement. 

Graig ne réussit pas mieux dans les discussions 
qu'il eut avec Ms'' Plessis, devenu évoque de Québec 
en 1800. Il s'agissait surtout de la nomination des 
curés que le Gouverneur voulait réserver au Roi. 
L'Evéque fut inllexible dans la défense des droits de 
l'Église, et sa fermeté en imposa tellement qu'il ne 
fut [)lus jamais rien entrepris contre l'administration 
religieuse du pays. 

Le temps n'était pas favorable à un système de 
prétentions outrées et do terreur. L'attitude mena- 
çante des Ltats-Unis l'orra le bureau colonial à mo- 
difier boiucoup sa politi(iue. Il se liàta de remplacer, 
en 1811, Tadminislration orageuse et maladroite de sir 
James Graig par celle du général sir Georges Prévost. 
La prudence de celui-ci, la confiance qu'il manifesta 
dans la loyauté des Canadiens, son impartialité dans 
la distribution des emplois publics, lui concilièrent les 
esprits, et il obtint sans peine des Ghambres les sub- 
sides nécessaires pour faire face à toutes les éven- 
tualités. Peu à peu on se calma, les animosités dis- 
parurent et la plus grande sympatbie s'établit entre 
le peuple et lui. 

Ce fut un bonbeur pour le Canada, car la guerre 
éclata des l'année suivante. Il fallut lever des troupes, 
armer la milice et organiser la défense de la province 



ifia pas 
bienlôt 
licilo de 
DUC peu 
Bment. 
îussions 
Québec 
tion des 
au Roi. 
Iroits de 
qu'il ne 
istration 

tème de 
3 mena- 
1 à mo- 
n placer, 
le désir 
révost. 
mnifesta 
té dans 
rent les 
es sub- 
s éven- 
tés dis- 
it entre 

guerre 
roupes, 
rovince 



— -2S1 — 

entière. Toutefois, les opérations devaient se borner 
en Canada à se tenir sur la déleiisive. L'Angleterre 
était trop ongogée en Kuropo pour ii.onger à porter 
de grands coups en Américiue. Klle présumait avec 
raison (pie les entreprises dos États-Unis dépen- 
draient des vicissitudes de la guerre au-delà des mers, 
lis n'étaient pas d'ailleurs en nnesure de l'aire un 
grand déploiement de forces. La guerre maritime de 
181'2 se borna donc à l'embargo mis sur tous les 
Viiisseaux anglais alors dans leurs ports, et à une 
simple lutte d'escarmouches dans laquelle il fut cueilli 
peu de gloire do part et d'autre. 

Cependant une lutte sérieuse s'organis'ut d'une 
extrémité du pays à l'autre, et il fut facile de deviner 
que les Américains ne se proposaient rien moins que 
la conquête du Canada. 

Ils tentèrent de l'envahir en môme temps sur trois 
points. Le général llull, gouvei'neur duMichigan, alla 
camper à Sanwicli avec deux mille bonnnes, qui 
portaient le titre pompeux d'armée de l'Ouest. Mais 
il se retira bientôt pour s'enfermer dans le fort de 
Détroit, où le général anglais lîrock alla l'attaquer et 
le foroa do se rendre avec ce qui lui restait de sol- 
dats. Tout le territoire du Michigan tombait par là 
au pouvoir des Anglais avec un butin considérable. 

Près de Ningara, le général Van {«enselaers ne fut 
pas pluslienri'ux que son collègue. Il n'avait pénétré 
que quehpios milles sur le solc;madien, (piaiid legé- 
néral ShealVo lui lit mettre bas les armes. Mais celte 
victoire coulait cher aux Anglais. Us perdirent le 



■A; 






i!Î 



Ifi 



r 



i€ 



^ 



I 

; 

\ 

l 

■ 

! 



:» 






! w 

* é 



». 



•,''■ 



I 



'4 



'M 



général Brock à qji étaient dus, jusque-là, tous les 
succès de cette campagne. 

L'armée du Nord (|ui s'avan(jait vers Montréal 
s'arrêta un instant sur les bords de la rivière La- 
collo. Par une de ces lâcheuses méprises, toujours à 
redouter en temps de guerre, deux détachements de 
cette armée se prirent pour ennemis au milieu de 
l'obscurité, et ne s'aperçurent de leur erreur qu'après 
avoir lait bien des vides dans leurs rangs. Cet inci- 
dent, arrive le 20 novembre, et de nouveaux renforts 
envoyés à l'armée anglaise déterminèrent la retraite 
des Américains. 

La saison mit fin aux opérations de cette campagne 
qui avait été plus heureuse, pour les Américai.is, sur 
mer que sur terre. Après de sanglants combats, ils 
s'étaient rendus maîtres de plusieurs vaisseaux an- 
glais. 

Suspendues pendant l'hiver, les liostilités recom- 
mencèrent au printemps. Le colonel anglais Procter 
s'illustra dès le début par un brillant fait d'armes dans 
le haut Canada. Il surprit le camp du général Win- 
chester près de Frenchtown. Tout le matériel et le 
général lui-même restèrent au pouvoir du vainqueur. 
Malheureusement les Sauvages ([ui servaient dans 
l'armée anglaise ne purent pas être maîtrisés, et ils 
massacrèrent une partie des prisonniers. 

Après plusieurs engagements dont les succès va- 
riaient, les Aniéi'icains comitrirent qu'ils ne pour- 
raient rien entreprendre d'im[)ortant avant de s'être 
rendus maîtres de lu navigation sur le lac Erié. Le 



1» 



1 

,1 1 



3US les 

onti'éal 
}re La- 
I jours ù 
lenls de 
lieu de 
[u' après 
et inci- 
rcnlbrls 
retraite 

mpagiie 
li.is, sur 
bats, ils 
aux an- 

recom- 
l'roctor 
les dans 
al Win- 
ol et le 
liqueur, 
nt dans 
;'S, et ils 

ccès va- 
le pour- 
e s'être 
S^rié. Le 



- 283 — 

Commodore Perry reout cette mission, et, après un 
combat do quatre heures, il défit complètement la 
llottille anglaise, le 10 septembre, à Put-in-15ay. 

Cet échec déconcerta Procter et hii ht al)andonncr 
Détroit, Sauwich et Amheisburgh. Il lut même atteint 
dans sa retraite par llariison, à Moravian-Town, et 
fut complètement défait. Le corps de Tecumseh fut 
trouvé parmi les morts. La fidélité de ce chef à l'An- 
gleterre, son èlo(iuence, son inlluence sur les Sau- 
vages de la conlré(\ ont fait de lui le héros de celte 
guerre. Coite bataille remettait les Américains en 
possession do tout le territoire qu'ils avaient perdu 
dans le Micliigan ; elle acheva de ruiner la réputation 
militaire de Proctor. 

Les vain({ueurs purent alors marcher sur Toronto, 
capitale et principal entrepôt militaire du haut Ca- 
nada. 

Leur général Dearborn culbuta sar;s peine Sheaifc 
(jui voulut lui barrer le passage et, profitant de l'ex- 
plosion d'une poudi'ière qui entraînait deux cents 
hommes dans ses ruines, il s'empara de la ville. 

Le (iouverneur, Georges Prévost, voulut aller au 
secours du haut Canada ; mais il arriva avec peine à 
l'entrée du lac Ontario et éprouva un grave échec à 
Sacket's llarbor. Comme il disposait toujours d'une 
force assez puissante sur les eaux du lac, les Améri- 
cains, pour poursuivre leurs projets de conquête, 
sentaient le besoin de l'écraser. Leur flotte comman- 
dée par le commodore Chauncoy rencontra enfin 
celle des Anglais devant Toronto, le 28 septembre. 






m 



m 



ici. 



Il 
m 



%\ 



il 



^1 

il 



<^l 



M 

r| 

I '^W . Mil 

Si' 






w\ 



%z^\ 



u 



— -23 i — 

Le combat s'engagea et le commandant anglais, sir 
James L. Yeo, fut complètement détait. 

Knivi'és de ces succès, les Américains ne songèrent 
plus qu'à compléter l'invasion du Canada. 

Wilkinson descendit le Saint-Laurent avec son ar- 
mée, pour l'aire sa jonction avec le général Ilampton 
qui s'avançait par le lac Champlain. Ils ne furent 
heureux ni l'un ni l'autre. Le premier éprouva un 
grave échec à Ghristler's Farm, et ne parvint que 
jusqu'à Saint-llégis où il fut contraint de s'arrêter. 

Ilampton avec sept mille hommes s'approchait, le 
'2G octobre, de la rivière de Châteauguay, (juand il 
trouva devant lui l'intrépide colonel de Salabc^rry, 
cojmu par la part active qu'il avait prise aux gueri es 
d'Kurope. Celui-ci, à la tète d'une poignée de volti- 
geurs canadiens (jui formaient l'avatit garde de l'ar- 
mée anglaise, parvint à arrêter l'ennemi et à le for- 
cer à la retraite, après lui avoir fait subir de grandes 
pertes. Le colonel avait été si savant tacticien dans 
les dispositions ({u'il avait prises que Ilampton crut 
avoir afïaire à l'armée entière. 

Le Gouverneur général du Canada rendit hom- 
mage par un ordre du jour à Thabile oflicier canadien. 
Il fut félicité par les deux Chambres. Le Prince l'égent 
le décora de l'ordre du Bain et l'Angleterre fit frap- 
per une médaille pour immortaliser cette victoire. 

Le plan d'invasion des Américains était donc com- 
plètement déjoué et les Anglais purent reprendre 
immédiatemerit l'olVensive dans le haut Canada. 

Le colonel Murray s'empara de nouveau du fort 



t 

I 



;lais, sir 

n gèrent 

; son ar- 
fjimpton 
î lurent 
ou va un 
^int que 
,' arrêter. 
)chait, le 
(|uand il 
ilal)t'rry, 
; guenes 
de volti- 
3 de ]'ar- 
à le Ibr- 
grandes 
ien dans 
>toii crut 

it liom- 
anadien. 
c régent 
fit lYap- 
ctoire. 
t)nc com- 
[irendre 
ad a. 
1 du fort 



— -285 — 

George et du fort de Niagara, où il trouva une quan- 
tité considérable de munitions. L'irritation était 
extrême dans les deux partis, et elle les poussait à 
des actes de cruauté que la nécessité ne peut jamais 
justifier. La ville de Ni;igara avait été réduite en 
cendres par les Américains et ses infortunés habi- 
tants laissés sans asile et sans ressources , à ren- 
trée de la plus rude saison. Par représailles des An- 
glais, Lewiston, Manchester et les pays environnants, 
Dlack-Rock et BulTalo, furent ravagés et livrés aux 
llammes. La campagne de 1813 se terminait ainsi à 
l'avantage des Anglais. 

L'année 1814 s'ouvrit par une suite de succès et 
de revers alternatifs. On se battait avec bravoure, on 
mourait avec gloire; mais le sang répandu n'affaiblis- 
sait pas assez un parti pour assurer le triomphe défi- 
nitif de l'autre. 

Oswégo, principal entrepôt des Américains, fut pris 
et détruit par le général Drummond. Ils furent ven- 
ges par leur victoire de Ghippeway. Le plus sanglant 
événement fut l'explosion complète du fort améri- 
cain Lrié. Il causa la mort de tous ses défenseurs et 
répandit dans l'armée anglaise qui l'assiégeait une 
terreur panique telle que ses ennemis, qui surent 
en profiter, lui firent subir de très-grandes pertes. 

Cependant la chute de Napoléoji allait permettre 
aux Anglais de concentrer dos forces plus considé- 
rables dans le Nouveau-Monde et d'y porter des 
coups décisifs. Un corps do ciuatorze mille hommes 
fut envoyé en Canada et se mit immédiatement en 






— 2SG 



■M 



marche pour envahir les Étals-Unis par le lac Gham- 
plain. Il comptait un certain nombre de soldats fran- 
çais, prisonniers en Angleterre, qu'on laissa libres 
de prendre part à cette guerre en leur otVrant de 
grands avantages. Plusieurs d'entre eux s'établirent 
ensuite dans le pays. 

Le général Prévost en prit le commandement et 
s'avança jusqu'à Platlsburg. Il devait être secondé 
par la flottille qu'il avait sur le lac, et sans laquelle 
on ne pouvait opérer rien de sérieux. Mais le com- 
modore américain Mac-Donough lui enleva cet appui. 
Il attaqua la flotte anglaise et la détruisit complète- 
ment. L'expédition projetée n'était plus possible et 
le général Prévost rentrait dans ses quartiers sans 
avoir rien fait, tandis que les troupes anglaises en- 
voyées en Virginie obtenaient de beaux triomphes. 

La paix conclue à Gand le 24 décembre 1814, 
entre toutes les puissances européennes, mit aussi 
un terme au conflit américain. Les conquêtes réci- 
proques furent restituées elles frontières, incertaines 
jusque-là, du Canada, du Maine et du Nouveau- 
Brunswich, abandonnées au jugement de commis- 
saires. Gelte question resta longtemps encore agitée 
et ne reçut de solution définitive que parle traité ou 
plutôt le compromis de 184G. 

Loin d'imputer à sir Georges Prévost ses malheurs, 
les Chambres du Canada rendirent un témoignage 
public et honorable à son énergie et à sa sagesse 
dans les circonstances difficiles qu'il venait de tra- 
verser ; mais l'Angleterre, toujours prête à imputer 



2x'; 



îi SCS généraux les malheurs qu'ils avaient éprouvés, 
rappela le Gouvorneur pour rendre conipte de sa 
conduite militaire. Cette mesure, qu'il regardait avec 
raison comme une llétrissui'c anticipée, eut son dé- 
dommagement dans l'affection que lui manifestèrent 
surtout les Canadiens. Il emportait avec lui les regrets 
de toute la province. Toutefois, il ne survécut pas à 
cette humiliation et mourut en chemin. Sa mort dé- 
sarma ses accusateurs, et sa mémoire fut respectée. 
La Chambre d'assemblée de 1815 se lit remarquer 
par cet esprit d'antagonisme et d'opposition qui naît 
facilement entre les différentes branches du pouvoir 
sous le régime représentatif. Elle avait appelé à sa 
présidence Papineau, jeune homme de vingt-six ans, 
d'un talent remarquable, mais dont les idées libérales 
très-avancées pouvaient déjà faire redouter l'inlluence 
qu'il prenait chaque jour. 



'^1 



■; Il 



,1 '■ 



I 



1 

P'. M 
ri-: -* 




i 

il 

il 



ip 



'. >• •.; . i; 




XIV 



Le chevalier Scherbrook (1816-1818). — Le duc 
de Richemond (1818-1820). — Le comte de Dal- 
housie (1820-1828). — Sir James Kempt (1828- 
1830).- Lord Aylmer (1831-1835). — Lord Gos- 
ford (1835-1838). — Sir John Colborne ; lord 
Durham (1838-1839). 



Le général Driimmond, qui remplaça temporaire- 
ment sir Georges Prévost, IVoissa les susceptibilités 
de la Chambre, et la mesure de rigueur qu'il crut de- 
voir prendre, en prononçant sa dissolution, ne fit que 
provoquer une réaction plus tranchée. Les mêmes 
membres furent presque tous réélus. 

Le nouveau Gouverneur arrivait en ce moment. 
C'était le chevalier Scherbrook, homme très-habile 

9 




. M 



'^t 



■ ■* * ^ ' I 

'.Vf- • ^1 

, '■■■> : ni 

1 A'-'i ffC 



1 • H 



i 



! S) 



— û'M) — 

et trôs-prudont. Il débuta par l'action la plus propre à 
lui fjfagner les cœurs, par un acte gciiérciix do Iticn- 
faisancc. \)o.s [)aroiss('S du district da Quvhvc avaient 
été, en grand nonabre, complètement ruinées par des 
gelées hâtives. Il prit dans les m.igasins du l»oi, ou 
acheta sous sa propre responsabilité, tout ce qui était 
nécessaire pour arracher ces populations à une lamine 
imminente. 

Par sa sage poHti(iue,le (louveriieur parvint à mo- 
dérer un peu l'ardeur des partis. Une des mesures 
qui contribua le plus à lui concilier l'allection des 
Canadiens catholiques, fut la reconnaissance oflicielle 
du titre del'Évéque de Québec. M"Plessis fut même 
nommé membre du Conseil exécutif, et reçut du 
gouvernement une pension qu'on continua à deux de 
ses successeurs. Cependant la (lueslion des (inances 
restait toujours pendante. La Chambre revendi(|Uiiit 
le droit d'initia'ive dans l'emploi des deniers publics, 
tandis que le Couverneur et le Conseil en avaient 
toujours disposé jusipie-là, même depuis la Consti- 
tution de 47'Jl. 

La difllculté que le Couverneur trouvait à mainte- 
nir ré(iuilibre entre les dilVérentes branches du pou- 
voir et à concilier tant d'intérêts opposés, le dégoûta. 
Il demanda son rappel et fut remplacé par le duc de 
Richemond, un des grands personnages de l'Angle- 



terre, réduit à voyager pour refaire une fortune que 


le luxe et les extravagances avaient dissipée. Il arriva 


en 4818. 


Ses débuts furent maladroits. Il avait augmenté 



— -2'JI — 

cViin ciiKiuiôme la liste civile : elle fut rojctée. La 
Chambre voulut mr'rne, en la inodiliant, retirer au 
gouvernement le droit ac([uis «le distribuer les fdnds 
votés sur sa demande. 

lie Conseil législatif refusa sa sanction à ce bill, 
«]u'il qualilla d'inconstitutionnel et d'injurieux à la 
Couronne. De son c6té,le(louverneur, en prorogeant 
le Parlement, lit entendre des paroles imprudentes 
de blâme et de reproches (jui ne liront qu'irriter les 
Représentants. Tout semblait annoncer de graves 
orages. Mais la mort inopinée du Gouverneur prévint 
une collision. Le duc de Richemond, mordu par un 
jeune renard apprivoisé, mourut d'hydrophobie en 
1819. 

Cette agitation politique n'empêchait pas la religion 
de se développer. Ses intérêts poussèrent l'Évêque de 
Québec à faire à cette époque un voyage à Londres 
et à Rome. D'accord avec le gouvernement. Pie VII 
éleva le siège de Québec en métropole (1), le 12 jan- 
vier 1819, et il érigea deux vicariats apostoliques, 
celui de Kingston, dans le haut Canada, qui devint 
évêché en 1820, et celui de Charlotte-Town, qui 
comprenait l'ile du Prince -Edouard, le Nouveau- 
Rrunswich et les îles de la Madeleine. Déjà, en 1817, 
la Nouvelle-Ecosse avait été détachée du diocèse de 
Québec pour former un vicariat apostolique à Halifax. 



i 



n 



(1) nion que l'Évêiiue de QuéI)Co ail pris ilepuis lors le lilro 
il'Arclicvêque dans ses rappurts avec Rome, il ne s'en est s'i'vi 
publiquement dans le pays que depuis 184'i, lorsque la province 
ecclésiastique de Québec a été constituée. 



i 



% :1 



-1 

il 



u 



i 



. 



l 



i 



il 



— 292 — 

Ce siège devint un évôchô en 1813 et plus tard un 
archevêché. 

MfeT Plessis eut aussi la consolation de voir la reli- 
gion fonder un établissement stable dans les régions 
de l'Ouest, parcourues depuis longtemps par les mis- 
sionnaires. Deux d'entre eux furent attachés en 1818 
à la colonie fondée en 1812 par lord Seltirk sur les 
bords de la Rivière-Rouge. En 1844, on en fit un 
vicariat apostolique qui devint évôché en 1847 sous 
le titre de Saint-Boniface et archevêché en 1871 . 

Le comte de Dalhousie succéda au duc de Riche- 
mond et arriva à Québec le 18 juin 1820. La brillante 
réputation militaire qu'il avait acquise en Egypte, en 
Flandre et .dans lal^éninsule espagnole, la popularité 
qu'il avait obtenue dans le gouvernement de la Nou- 
velle-Ecosse auraient dû prévenir en sa faveur; mais 
les circonstances difficiles où il se trouva et des ma- 
ladresses inexcusables aigrirent tellement les Cana- 
diens qu'il y a peu de gouverneurs qui aient donné 
lieu ù autant de plaintes et de récriminations, quoi- 
qu'on rendit hommage à l'aménité de son caractère 
dans ]'d vie privée, à son amour du travail et à ses 
vues élevées pour le progiès de l'éducation, du com- 
merce et de l'industrie. 

Un nouveau Parlement avait été convoqué ; mais 
il marcha dans les mêmes voies ipie son devancier. 
Il revendi(iuait toujours ses droits sur la liste civile, 
et son refus de voter les subsides entrava la marche 
des affaires et acheva de rendre tout accommode- 
ment impossible. 



tard un 

r la reli- 
5 régions 
les mis- 
en 1818 
: sur les 
n fit un 
Ul sous 
871. 
Riche- 
jrillante 
ypte, en 
pularité 
la Nou- 
r; mais 
les ma- 
s Gana- 
t donné 
quoi- 
ractère 
t à ses 
u Gom- 
mais 
mcier. 
civile, 
larche 
mode- 



— 293 — 

Une des causes de l'irritation des esprits était le 
projet de loi introduit devant li Chambre des com- 
munes en Angleterre pour réunir les deux provinces 
du Canada sous un seul gouvernement. Le parti an- 
glais du bas Canada, toujours hostile h ses anciens 
habitants, était le grcmd moteur de cette mesure qui, 
grâce à la majorit'' anglaise du haut Canada, lui 
assurait la domination exclusive dans les adaires du 
pays. Ce bill entrair ait en même temps la proscrip- 
tion de la langue franraise dans les discussions, et 
une restriction à la liberté religieuse et aux droits 
des Représentants sur les deniers publics. 

L'introduction de ce projet de loi au Parlement 
impérial fit une profonde sensation en Canada. De 
toutes parts s'élevèrent des protestations contre cette 
mesure vexatoire. Le haut Canada prit part lui- 
même à ce mouvement, et, à la surprise générale, 
se prononça contre elle. Des pétitions nombreuses 
couvertes de signatures furent alors adressées à l'An- 
gleterre, et L.-D. Papineau et Nelson les portèrent à 
Londres. Devant une pareille unanimité, le Ministère 
retira son projet, mais sans changer ses dispositions 
et sans améliorer l'organisation de la colonie ; en 
sorte que l'agitation continua avec plus de violence 
que jamais. 

Malgré ces dissensions intérieures, le Canada avait 
pris, sous bien des rapports, de rapides dé^ elop})e- 
ments. Les amôHorations, fruit de la science et des 
arts et compagnes de la civilisation, s'introduisaient 
et se multipliaient dans le pays. Les eaux du Saint- 



H 

1^ 






!^^' f 



«1 

U 

il 

n 

H 
^1 



— 29i — 

Laurent et des grands lacs commençaient à être 
sillonnées dans tous les sens par de nombreux vais- 
seaux à vapeur. De larges canaux, capables de rece- 
voir les navires européens du plus gros tonnage , 
reliaient avec l'Europe toutes les mers intérieures, 
et ouvraient au commerce des voies promptes et 
faciles. Celui de la Chine, dans l'île de Montréal, fut 
le premier exécuté. Ceux de Chambly, de Beauhar- 
nais, du Rideau, de Welland, le suivirent de près. 
L'agriculture et l'industrie s'emparaient de terres 
jusque-là incultes, et les Town-Ships se couvraient 
d'une population nombreuse et active. Les princi- 
pales villes possédaient leurs banques, leurs compa- 
gnies d'assurances, leurs institutions charitables, lit- 
téraires et scientifiques. L'instruction publique, dans 
ses différents degrés, devenait chaque jour plus ac- 
cessible. Dès 1821, un nouveau collège s'ouvrait dans 
le district de Saint-Hyacinthe, et, gnlce à l'active 
impulsion que lui avait donnée son généreux fonda- 
teur, le curé Girouard, il atteignit en peu d'années 
le niveau des plus brillantes maisons d'éducation. 

Au milieu de ce mouvement, l'Église qui y prenait 
une part active multipliait, selon les besoins, ses 
centres d'action, en fondant de nouvelles paroisses 
ou en établissant des Missions pour les populations 
flottantes. Cependant l'année 1825 fut pour elle une 
année de deuil. Le Canada perdit son illustre évoque, 
M»'"" Plessis, regardé avec raison comme un des 
hoiames les plus éminents qu'ait jamais possédés la 
colonie. 



_ -295 — 

Les éleclions nouvelles, provoquées en 1827 par 
lord Dalhousie, furent l'occasion d'une grande agita- 
lion. Un lanilesle lancé dans le public par les chefs 
de l'opposition, Papineau, Ileney, Guvillier, Quesnel 
et autres, amena la réélection de tous les membres 
de la m^ijorité. Ils ne manquèrent pas de choisir 
encore Papineau pour président. Le gouvernement 
ne voulut pas saîictionner ce choix; et la Chambre 
s'obstinant dans sa résolution, l'Assemblée fut pro- 
rogée le soir même. 

Le mécontentement dans le bas Canada allait crois- 
sant, et les assemblées publitiues recommencèrent, 
plus nombreuses et plus agilées que jamais. Vn ma- 
jiife.ste rédigé à Montréal en l<St27, contre l'adminis- 
tration provinciale, formula une liste do griefs et 
f^e couvrit bientôt de quatre-vingt mille signatures. 
Trois membres du Parlement furent chargés d'aller 
le déposer au pied du Trône. De son côté, lord 
Dalhousie et ses partisans firent parvenir au Roi des 
mémoires et des adresses pour justifier le gouverne- 
mi^nt colonial. 

Toute cette afVaire fut soumise à la Chambre des 
communes, où chaque parti comptait des défenseurs. 
Le rai)port du comité chargé de cette afVaire fut, dans 
son ensemble, favorable aux plaintes (jui avaient été 
formulées : la Chambre ne dissimula pas sa surprise 
qu'on eût supporté si longtemps de j-i graves abus ; 
mais, avant tout, elle recommandait l'union. 

Le moyen qui parut le plus simple pour le réta- 
blissement de la concorde, fut le changement du 



-mi 

• ' ''^ ; *l 
II 



H 






l.v 



: i 



— 20G — 

Gouverneur. Lord Dalhousie reçut comme compen- 
sation sa nomination au gouvernement des Indes, 
premier poste colonial de l'Angleterre, et sir James 
Kempt vint occuper sa place en Canada, en 18:^8. 

Le nouveau Gouverneur sut, par d'adroites con- 
cessions et une grande impartialité, rétablir le calme 
et imprimer aux affaires leur marche ordinaire. Son 
exemple inspira en même temps la modération et aux 
journaux et aux membres des deux Chambres, et le 
Parlement canadien signala sa bonne volonté par un 
vote de subsides considérables pour les améliorations 
publiques et le développement de l'éducation. 

Cependant, d'après certains symptômes, sir James 
Kempt appréhendait de voir renaître les troubles qui 
avaient agité le pays, et, après deux ans do séjour en 
Canada, il obtint d'être rappelé. Son départ excita 
des regrets universels. 

Lord Aylnier lui succéda en 1830cteut àtraverser 
des jours pénibles. Dans la session du Parlement 
qu'il ouvrit au mois de janvier suivant, il trouva sur 
la question des subsides une grave opposition et des 
exigences exagérées. 

Poussé par un extrême désir de la paix, le Gouver- 
neur mit en œuvre tous les moyens de conciliation, 
mais sans réussir. Quelques jeunes membres exaltés 
se laissèrent aveugler par un zèle outré du bien pu- 
blic; ils s'opposèrent opiniâtrement à tout compromis 
et précipitèrent ainsi le pays dans un dénouement 
qui devait être fatal à la nationalité canadienne. 

Sur ces entrefaites, l'élection d'un député dans 



— 29" — 

la ville de Montréal douiiu lieu aux troubles les plus 
graves. Les partis restèrent aux prises pendant trois 
semaines, et il fallut appeler les troupes pour main- 
tenir l'ordre. Le '21 mai 1832, la force armée dut 
faire usage de ses armes. Trois Canadiens furejit tués 
et deux blessés; triste consé(|uence des luttes enve- 
nimées de la politique. 

Un autre malbeur venait presque à la même époque 
fondre sur le pays. Le choléra y éclatait i)ourla pre- 
mière fois et fais^iit d'alïreux ravages. Dans la seule 
ville de Québec il enleva trois mille persomies en 
quatre mois, et on compta doux mille victimes dans 
le bas Canada. Ce Iléau ne ramena pas le calme dans 
les esprits. 

Le bureau colonial essaya d'utiles concessions pour 
arrêter l'agitation. Le système minii('i[)al l'iit inau- 
guré dans les \illes do Québec ot do Moiitroiil, et on 
laissait à leur cor[)or;ition r.K'miiiisIr.ilion de leurs 
propres alVaires, système qui s'élocdil bieiilùl à tout 
le pays. L'honorable KIzéai- liédar, à (^)uol)ec, oL le 
commandeur J. Vigei', à Monti-éal, huent élus par ac- 
clamation. 

Cependant les assonibl(!^es[)ulili(|U('s s:' multipliaient 
dans tout le pays, et les (|uos'ions les plus [iropros à 
augmenter l'ii'ritation y étaient discutées sans me- 
sure et, comme il arrive souvent d uis un pareil mi- 
lieu, sans connaissance sunisante des choses. Les 
bruits les plus sinistres et môme les pluscalonmioux 
étaient mis en avant par le parti de Tanarchie, et 
faussaient l'opinion populaire. 



\r 



I 



I 



n 



. ; I 



■■■■> ; K'i 



l' <ll 



— -21)8 — 

La session do 1834 s'ouvritsousceslristes auspices. 
La Chambre se montra proibndcment blessée d'un 
blâme que le mmislre des colonies avait infligé à sa 
conduite. 

Papineau,se séparant alors d'une partie de ses col- 
lègues plus modérés que lui, devint le grand moteur 
du parti ultra-libéral, et fit adopter, après de longs 
débats, les quatre-vingt-douze fameuses résolutions 
qui renfermaient les griefs de la colonie contre la 
métropole. Elles servirent de base aux pétitions tjui 
furent immédiatement rédigées, signées et adressées 
aux deux Chambres du parletnent impérial. Elles 
finissaient par demander la mise en accusation de 
lord Aylmer devant la Chambre des loi'ds. 

Cependant le parti modéré, qui tenait à conserver 
la Constitution donnée au pays, députa de son côté 
deux de ses membres en Angleterre pour soutenir sa 
cause. La population anglaise se divisa, et, en dehors 
des villes surtout, elle se rangea avec l'opposition. 

La révolution marchait à grands pas et semblait 
s'organiser régulièrement. Le parti avancé avait 
nommé un comité central permanent chargé de diri- 
ger le peuple, toujours facile à entraîner quand on 
flatte ses passions ou qu'on met en jeu ses intérêts. 

La Chambre des communes s'occupa un moment 
des graves questions soulevées en Canada; mais elle 
finit par en abandonner la solution au bureau colo- 
nial. Stanley, alois ministre des colonies, j)iit une 
résolution tramhée contre l'opposition : il fit dis- 
soudre le Parlement canadien. 



auspices. 
;sée d'un 
tligé h sa 

3 ses col- 
ci moteur 
de longs 
solutions 
;ontre la 
Lions (jui 
idressées 
a!. Kilos 
ation de 

onserver 
son où té 
j tenir sa 
n dehors 
silion. 
semblait 
é avait 
de diri- 
iiand on 
ntérèls. 
moment 
nais elle 
lu cûlo- 
)rit une 
lit dis- 



— 2'JO — 

Au milieu de celte agitation, le bas Canada avait été 
visilt' pour la seconde l'ois par le choléra, et ce lléau, 
(fui enleva près de huit mille personnes, répandit 
un elTroi généi'al. 

Les électeurs furent convoqués, en i8:î5, pour 
nommer un nouveau parlement; mais ces élections 
se firent au milieu de la violence et du désordre. Le 
chef de ru[)posilion, Pijpineau, avait parcouru les 
campagnes et soufllé [)artout le feu de l'opposition ou 
plutôt de la révolte. Il excitait à exclure des usages 
de la vie tout ce (pii avait été manufacturé hors de 
la province, à éUiblir des banques nationales, et à 
prendre tous les moyens pour faire tomber les ban- 
ques anglnise^J. 

Aussilôl ('onvo((uée, le 21 février 1835, la Chambre 
d'assendilée protesta contre les paroles de blâme de 
lord Ayinu'r adi'essées ;i la dernière Chambre, dans 
lo discours do cîùlure, cl [)rit une attitude d'hostilité 
très-traiicliée contre le Gouverneur et le Conseil. Elle 
fut prorogée. 

Sur ces en! refaites furent publiées les dépêches de 
lord Aberdeen, nouveau ministre des ci lonies, qui 
prescrivjiil une en(|uét(3 sévère sur les lieux, alin de 
bien étudier h'S sujets de mécontentement et d'y 
porter remède. 

Lord Gosibi'd, recommandable par sa i)rudence et 
son esprit de conciliation, rerut t;ette mission avec lo 
titre de Commissaire royal. Tl prenait en même tenq)S 
le gouvernement de toute la colonie. La publication 
d'une partie des instructions données à la Commis- 






■ * I 



11 



r' y 



■i 



— 300 — 

sion suscita de violents débats dans la Chambre d'as- 
semblée, et une fiévreuse agitation dans le pays. La 
presse radicale attisait le feu, et proférait des menaces 
contre l'Angleterre. 

Le district de Montréal surtout était le centre du 
mouvement révolutionnaire. 11 s'y était formé une 
assemblée constitutionnelle, qui oi'ganisaun corps de 
carabiniers de buit cents hommes; il fut dissous par 
ordre du Gouverneur. 

Ce fut au commencement de cette crise quel'Kglise 
du Canada subit une modification importante récla- 
mée par l'accroissement de la ville de Montréal et 
par le grand développement ({u'avait pris son district. 
Accédant aux vœux qui lui avaient été plusieurs ibis 
exprimés, le Souverain Pontife détachait cette por- 
tion du diocèse de Québec, et y créait un évèché, 
le 13 mai 183G; M^''" Lartiguc en fut le [)remier pas- 
leur. 

Cependant le haut Canada, un moment entraîné à 
faire cause commune avec les agitateurs du bas Ca- 
nada, venait de se rallier au gouvernement. La Nou- 
velle-Ecosse et le Nouveau-Brunswich, où il y avait 
eu aussi des difficultés, av.uient déjà accepté les pro- 
positions de l'Angleterre, e!i soitc (pie le bas Canada 
se trouva complètement isolé dans ce confiit. 

Le rai)port de la Commission, dont lord Cosford 
était le chef, fut défavorable au parti de l'agitation, et 
les mesures répressives qu'il i)roposait furent adop- 
tées par les Communes, le *> mars 1837 

La décision de l'Angleterre ne fit qu'irriter davaji- 



— ^{01 - 

tage les esprits en Canada. Les assemblées anarchi- 
(jues se multipliaient dans les villes et dans les cam- 
pagnes, et devenaient de plus en plus mena(;antes. 
Elles prirent même un caractère ouvertement lioslile 
dans le disti ici des Deux-Montagnes. 

Le Gouverneur y l'ut hrùlù en el'ligie. On publiait 
avec éloge l'histoire de la" république américaine, et 
des pamphlets incendiaires étaient répandus de tous 
côtés. La révolte armée était à la veille d'éclatei". 

Lord Gosford avait de la répugnance pour les me- 
sures extrêmes, et il attendit au dernier moment 
pour faire venir les troupes du Nouveau-Diunswich. 
11 aimait à nourrir l'espérance de ramener le calme 
dans les esprits par ({uelques mesures conciliatrices 
et par des concessions opportunes. Tout lut inutile. 

La mort de Guillaume JV, arrivée au mois de juin 
1837, et l'avènement de la reine Victoria au trône, ne 
modifièrent lien dans l'état des esprits, et le Canada 
continua à inspirer les plus vives inquiétudes. 

Des sociétés secrètes s'étaient l'ormées pour sou- 
tenir le mouvement insurrectionnel. L'agilation ga- 
gnait du terrain, surtout au Sud. Les exajiés prohlè- 
rent de la destitution de Papineau, comme président 
de la Chandjre, et de celle de i)lusieurs ofliciers de 
milice, pour leur tlécerner les honneurs du ti'iom[)lie. 

Six comtés formèrent entre eux une association 
fédérative et tinrent à Saiiit-Charles, le "-Iri octobre, 
une gr'ande assemblée, sous la présidence du docteur 
Wolfred Nelson, où les résolutions les plus extrêmes 
furent discutées. On y fit une espèce de déclaration 





ï 




i 

t.: ■ 


M- 





i ; I 




il 

n 





:^ 




4 


'1 




■..\ 


'1 


..1 




''■■'i 


^{ 




i. 



Il 


•ir 


i 


t 


ii 1 


* 


il 


?i'. 


ffll ! 


•t< 


1 


1 


1 


1; 



— 80-2 — 

des droits de riiomme et un appel au peuple, l'our 
mieux leurrer ce peuple crédule, toujours facile h 
séduire par les démonstrations extérieures, les agita- 
teurs plantèrent avec solennité l'arbre de la liberté, 
le plus ridicule des symboles des droits reconquis, 

L'Évéque de Montréal voulut cssayei* de ramener 
les esprits égarés, et il publia un mnndement pour 
recommander Tobéissance au pouvoir établi. Sa pa- 
role ne fut pas écoutée. 

Au mois de décembre, on vit à Montréal les Fils de 
la Liberté parader dans les rues, comme pour pro- 
voquer l'autorité; mais, prudents comme sont tous les 
meneurs, ils se dispersèrent sans résistance à la vue 
de la force armée. 

Papineau, le docteur O'Gallaghan et vingt-quatre 
autres, regardés comme les princi[)aux moteui's de 
l'agitation, furent iiccusés de haute trahison, et les 
troupes furent mises en mouvement pour les arrêter. 
Elles rencontrèrent sur les rives du llichelieu une 
résistance mieux organisée qu'on no s'y attendait. Au 
bruit du tocsin, le docteurXelsons'étaitvu entouré, à 
Saint-Denis, par huit centshommes déterminés avec 
les(iuels il repoussa le colonel Gore,le 22 novembre; 
peu de jours après, le colonel Wetherall prenait la 
revanche à Saint-Charles, où l'insurrection, enivrée 
de son premier succès, était parvenue à réunir quinze 
cents hommes et à se fortifier. Pour singer les Etats- 
Unis, les chefs du mouvement y avaient déjà préparé 
une déclaration de l'iu'iépendance du bas Canada. 
Cette parodie plus ridicule qu'effrayante eut son dé- 



— 303 — 

nouement dans la défaite complète des insurgés, lin 
grand nombre y trouva la mort et beaucoup furent 
faits prisonniers. On n'en conserva que trente-deux 
qui devaient être livrés aux ti'ibunaux. 

Dissipée au sud du Saint-Laui'ent, l'insurrection 
avait encore des partisans sous les armes dans le 
comté du lac des Deux-Montagnes, à Saint-Kustaciie 
et à Saint-Benoit. 

Lord Gosford proclama, le 5 décembre, la loi mar- 
tiale pour le district de Montréal, et le général sir 
John Colborne, qui venait d'être appelé au commande- 
ment militaire des deux Canadas, marcha avec deux 
mille hommes contre les rebelles. Le village de Saint- 
Eustache fut pris, le il, après une vive résistance. 
L'église et le couvent des Smirs, (|ui avaient servi à 
la défense, furent livrés aux luinimes avec près de 
soixante auli'es maisons, et les environs furent dé- 
vastés. Quoique les habit uits de Saint-Benoît eussent 
fait un acte de soumission complète, le général le lit 
impitoyablement réduire en cendies sdus le prétexte 
qu'il était un des foyers de liMsui'i'cction. 

La révolte était ainsi abattue; in.tis les principaux 
moteurs avaient été assez lia])i!e.s pour abandonner 
leurs partisans au moment oii leur cause paraissait 
perdue, et pourvoir avant tout à leur sûreté [)erson- 
nelle. C'est ainsi qu'ils agissent toujours. 

Tandis que le calme se rétablissait dans le bas 
Canada, le haut Canada qui était alors ilég;u'ni de 
ses ti'oupes fut tout à coup le tliéàtre d'une formi- 
dable levée de boucliers. 



1:1 



■':>-^, 



i^' ■*! 




I 






, . 



— M)'t — 

A lu lèlG (lu mouvement était William Macken^ie, 
déjà connu par son exaltation liévreuse et ses prin- 
cipes anarcliiques. llepoussé clans une attaciuc ma- 
ladroite tentée sur Toronto, il se réfugia à BulTalo, où 
il trouva dans les volontaires américains une troupe 
d'auxiliaires toujours prêts à seconder les insurrec- 
tions. Malgré ce renfort, sa petite armée n'était pas 
constituée pour tenir longtemps la campagne. Mlle 
dut se diviser, et elle n'éprouva pirtout que des 
échecs. Knlln, défait de nouveau le 2H janvier 48;î8, 
près des chutes dn Niagara où il avait voulu prendre 
position, Mackensie n'eut d'autre ressource (jue l'exil 
pour échapper au châtiment qu'il méritait. 

Durant l'hiver, les frontièies ftirent encore inquié- 
tées par des bandes de réfugiés, jusqu'à ce (|u'eidin 
les États-Unis intervinssent pour fdre respecter les 
lois de la neutralité. 

Les troubles (jui venaient d'avoir lieu dans un pays 
où l'esprit de révolte avait été si longtemps inconnu, 
produisit une sensation profondi^ non-seulement en 
Angleterre, mais en France et aux Etats-Unis. Le 
gouvernement impérial se disposa à prendre toutes 
les mesures capables de prévenir le retour de pareils 
désordres. Malgré une vive opposition, il fit adopter, 
dès l'ouverture du Parlement, une loi suspensive de 
la Constitution de 1701, et mettant le pays sous le 
régime militaire de sir John Golborne, qui remplaçait 
lord Gosford, en attendant son successeur, lord 
Durham. 

Ce nouveau Gouverneur arriva à Québec le 27 mai 



— 305 



1(S3S. A son titre officiel était joint celui de grand 
commissnire de la Reine, ce qui relevait pres<iuo au 
rang de vice-roi. 11 en avait le faste et les prétentions. 
Le vice-amiral l\tget avait été chargé de le con- 
duire dans son gouvernement, et un corps d'armée 
de cinquante mille hommes était misa sa disposition. 

i*our se soustraire à toute dépendance locale, lord 
Durham congédia le Conseil spécial établi par sir 
Colborne pour expédier les alTaires, et le remplaça 
par des hommes nouveaux et étrangers. Puis, il 
oi'ganisa diverses commissions chargées d'enquêtes 
sur l'administration des terres, l'émigration, l'édu- 
cation et les institutions municipales. 

Le fait le plus saillant de ce gouvernement éphé- 
mère fut sa conduite envers les prisonniers politi- 
({ues arrêtés pendant les derniers troubles. Pour se 
soustraire aux embarras d'un procès politique, le 
Gouverneur accorda une amnistie presque générale. 
Il n'y eut d'exception que pour vingt-quatre coupa- 
bles, qui furent envoyés aux Bermudes. 

Cette amnis'ie causa la plus grande joie au Canada, 
parce que les amnistiés étaient regardés comme plus 
aveugles que coupables. Kn Angleterre, cet acte fut 
jugé plus sévèrement, et même la condamnation 
des vingt-quatre exilés, sans forme de procès, fut dé- 
savouée comme illégale par le gouvernement impé- 
rial. 

Ce désaveu de sa conduite blessa profondément 
lord Durham. Il donna immédiatement sa démission 
et s'embarqua pour l'F.urope, le V novembre 1838. 



n 



« r 






306 



If 



Sa justification ne fut pas écoutée, et il en mourut de 
chagrin. 

Les rênes du gouvernement retombèrent entre les 
mains de sir John Golborne, en attendant le succes- 
seur de lord Durham. 

Le départ du Gouverneur fut le signal de nouveaux 
troubles dans le baut comme dans le bas Canada. 
La nuit môme de son embarquement, des réfugiés aux 
États-Unis, soutenus par quelques Améi'icains, pre- 
naient possession du village de Xapierville. En même 
temps, des insurrections partielles éclataient à Beau- 
harnais, àTerrebonne, à Chàleauguay, à Varennes, à 
Coiitreco'ur, à llouville et sur plusieurs points de la 
rivière l»ichelieu. 

Une bamle armée faisant partie do ce mouvement 
se dirigea sur le village dos Iroipiois du saut Saint- 
Louis, pour les exciter à prendre les armes et à faire 
cause coumiune avec eux. Les Sauvages étaient aloisà 
l'église. A la nouvelle de cette provocation, ils sortent 
indignés. Au cri de guerre des chefs, ils courent aux 
armes ; mais ce fut pour se précipiter sur les rebelles. 
Ils en saisirent soixante-([uatre, les lièrent avec leur 
ceinture, et les livrèrent aux mains des autorités de 
Montréal. 

Le génér,:l Golborne avait pris ses mesures pour 
arrêter l'insurrection. Il avait proclamé la loi mar- 
tiale, armé les volontaires et fait jeter en prison un 
grand nombre de personnes suspectes. Quand il 
s'avança, à la tête des troupes, vers la contrée agitée, 
tout était rentré dans l'ordre. Il put jouir de son 






DU rut de 

între les 
succes- 

OLiveaux 
Canada, 
•^iés aux 
iiis, pre- 
In môme 
t à Beau- 
en nos, à 
iils de la 

ivement 
it Saint- 
!t à la ire 
ilaloisà 

sortent 
'ent aux 

ebellos. 
vec leur 
)rités de 

'es pour 
loi mar- 
l'ison un 
luand il 
agitée, 
de son 



— 307 — 

triomphe facile et promena partout la torche incen- 
diaire, ne laissant à sa suite que des ruines. 

Dans le haut Canada il y avait eu aussi une reprise 
d'armes, mais la rébellion n'y olViit rien de sérieux 
et put être réprimée facilement. 

Les insurgés, pris les armes à la main, furent tra- 
duits devant la cour martiale, qui en condamna quatre- 
vingt-neuf à mort et quarante-sept à la déportation ; 
tous leurs biens furent coniisqués. On n'en livra ce- 
pendant au bourreau que treize des plus coupables 
qui périrent avec le chevalier de Lorimier à leur tète, 
au mois de septembre 183U. 

Ces mesures sévères furent fortement blâmées en 
Angleterre, môme dans la haute ai'istocralie et, entre 
autres, par le duc 'e Wellington. 

Cependant le long rapport de lord Dui'ham sur 
l'élat du Canada et sur son administration était l'ob- 
jet d'une étude sérieuse de la part du gouvernement 
impérial. Tout en maintenant quel(iues-uns des prin- 
cipes , objet des réclamations perpétuelles de la 
Chambre d'assemblée, le noble lord n'attribuait tous 
les malheurs du pays qu'à la dilTérence d'origine de 
ses habitants, et il en concluait que l'anglilication 
était le seul moyen d'y obvier à l'avenir. 

Pour arriver à ce résultat, il penchait pour l'union 
fédérale de toutes les colonies de l'Amérique du 
Nord ; mais, en attendant que ce plan lut réalisable, 
il suggérait l'union des deux Canadas sous un seul 
Gouverneur, avec un nombre égal de reprébcntants, 
des municipalités électives , un Conseil législatif 



!•!»"' 






— 308 — 

mieux composé, et enfin un ministère responsable. 
C'était le moyen de donner au parti anglais la pré- 
pondérance dans les affaires du pays. 

Les Ministres et les Communes adoptèrent presque 
toutes les suggestions de lord Durham, malgré l'op- 
position de lord Gosford et du duc de Wellington et 
les nombreuses pétitions du clergé catholique et des 
Canadiens. 

Ce bill d'union ne fut sanctionné que le 23 juillet 
1840. Il mettait fin à la Constitution de 1791, établie 
surtout pour conserver son autonomie à la population 
franco-canadienne de la province de Québec. 



<• 



XV 



Lord Sydenham (1839-1842). — Sir Charles Bagot 
(1842-1843). - Lord Metcalfe (1843-1845). - Lord 
Catchard (1845-1847). -Lord Elgin (1847-1854). 
— Sir Edmond Head (1854-1861). -Lord Monck 
(1861-1866). 






,t.i 



La mise en œuvre du nouveau système colonial 
fut confiée h Charles Poulett Thompson , depuis lord 
Sydenham et baron de Toronto. 11 était déjà Gouver- 
neur général en Canada depuis le 19 octobre 1839. 11 
inaugura la nouvelle administration, le 10 février 
1841, et Kingston, à l'entrée du lac Ontario, fut choisi 
pour siège du gouvernement. 

Le premier Parlement s'ouvrit dans cette ville le 
13 juin, et sa session fut remarquable par la fonda- 



mmmmt 



:i • 



- 810 — 

tion d'institutions civiles importantes : le système 
municipal , l'éducation populaire , les douanes , le 
cours monétaire, etc. 

Une amélioration qui remonte à cette époque fut 
la création du bureau des travaux publics annexé à 
l'administration générale, pour soustraire les grandes 
entreprises d'intérêt public à des compagnies privées 
et irresponsables. 

Kn môme temps, les progrés toujours croissants 
de l'Église catholique dans le haut Canada portèrent 
Grégoire XVI à y fonder un nouvel évôché dont To- 
ronto fut le siège et Ms?'" Power le premier évéque. 

Lord Sydenham ne survécut pas longtemps à son 
œuvre. Il périt d'une chute de cheval, le 19 sep- 
tembre suivant, sans inspirer de grands regrets. 

Son successeur, sir Charles Bagot, tint les rênes 
moins longtemps encore. Arrivé le 10 janvier 1842, 
il mourut quelques mois après ; mais il avait eu le 
talent, par sa prudence et l'aménité de son caractère, 
de se concilier l'alïeclion de tous. Son administration 
ne fut cependant pas exempte de difficultés. Les an- 
ciennes querelles politiques se réveillèrent plus d'une 
fois; mais il en prévint les funestes effets en faisant 
entrer dans le gouvernement des personnes remar- 
quables qui étaient regardées comme la tête du parti 
de la Réforme : Baldwin, Lafontaine, Morin et Ilincks, 
hommes de talent et d'énergie, désireux et capables 
de travailler efficacement au bien du pays. 

Le nouveau Gouverneur, Charles Metcalfe , qui 
s'était distingué dans l'administration des Indes et de 



M 



— .{Il — 

la Jamaïque, ne prit possession de son gouvernement 
que le 29 mars 1843. De graves dissensions ne tar- 
dèrent pas à surgir entre lui et ses ministres. Ceux- 
ci, sous le prétexte de donner un appui à leur auto- 
rité, demandaient à exercer un certain contrôle sur 
la nomination aux emplois publics, regardée jusque- 
là comme un des privilèges exclusifs de la Couionne. 
La résistance du Gouverneur à ce qu'il appelait une 
atteinte à son droit, et son refus de sanctionner cer- 
taines mesures ministérielles, amenèrent la chute du 
cabinet. La politique du Gouverneur triompha devant 
les Chambres. 

Ce fut sous l'administration de lord Metcalfe que 
le siège du gouvernement fut transféré à Montréal. 
Par l'augmentation de sa population, par sa richesse, 
l'étendue et Finlluence de son commerce, cette ville 
méi'itciit en effet le rang de reine du Canada. 

Sous le rapport des intérêts religieux elle n'était 
pas en arrière. Les églises s'étaient multipliées sur 
plusieurs points de la cité. Depuis cinq ans, les Frères 
des Ecoles chrétiennes avaient commencé à tenir 
leurs classes dans le vaste établissement fondé par 
les Messieurs de Saint-Sulpice, et y distribuaient 
l'instruction à de nombreux enfants. M^^'" Hourget, 
successeur de M"' Lartigue connue évé(|ue de Mon- 
tréal, venait d'appeler pn's de lui, pour le seconder, 
deux nouvelles familles religieuses d'ouvriers apos- 
toliques, les PP. Oblals de Marie Inunaculée et les 
Pères de la Compagnie de Jésus. Ceux-ci y ouvrirent 
un collège quelques années après. 



'mi 



'' I 
' 1 






«1 

;* r 

;l, f 



m '■ 



- 81-2 — 

Le commandant des forces, lord Gatchard, rem- 
plaça un moment, en 1845, lord Metcalfe que l'état de 
sa santé obligeait à abandonner son gouvernement; 
mais il céda sa place, en janvier 4847, à lord Elgin. 

L'été -raivant fut tristement mémorable par les 
affreux ravages que lit le typlius épidémique, ap- 
porté par les émigrés européens. Leur nombre qui, 
ordinairement, ne s'élevait, chaque année, qu'à vingt- 
cinq ou trentvî mille, s'était élevé tout à coup à plus 
de soixante-dix mille-, lis arrivaient sur les bords du 
Sainl-Laurent, alfiiblis par les privations de tout 
genre endurées dans leur patrie, épuisés par les fa- 
tigues du voyage, aans îes conditions les plus péni- 
bles, et souvent brûléo déjà des ardeurs de la fièvre. 
Il en mourut un très-grand nombre. La conliigion se 
répandit en môme temps dans le pays. Québec et 
Montréal furent particulièrement frappés et tous les 
rangs de la société y comptèrent des victimes. On 
vit parmi elles plusieurs martyrs héroïques de la 
charité : des prêtres, des religieuses, des laïiiues qui 
s'étaient dévoués au soulagement des malades. 

L'administration de lord KIgin se signala, dès le 
commencement, par son habileté et sa sagesse . La 
responsabilité du Conseil exécutif fut mise franche- 
ment en pratique, et on s'occupa eflicacement de 
porter remède à ce qui avait été jusque-là un juste 
sujet de plaintes. Rarement un Gouverneur s'identilia 
plus intimement avec les intérêts du pays, et réussit 
mieux à mener à bonne fm les grandes entreprises. 
C'est sous lui que les lois restrictives de la naviga- 



tion du Saint-Laurent furent levées, et que les fran- 
cliises du commerce furent accordées. 

Cependant, l'adoption d'une mesure qui blessa le 
parti anglais exalté, causa un moment d'agitation et 

de troubles graves surtout dans la ville de Montréal. 

« 

Le Gouvei'neur venait de sanctionner le bill d'indem- 
nité en laveur de ceux (|ui avaient soulTert injuste- 
ment des pertes et des dommages pendant l'insur- 
rection de 1837 et 1<S;38. L'émeute marcha alors un 
moment tète levée dans les rues de Montréal. Le 
jour môme de la sanction royale, elle^ assaillit publi- 
quement le Gouverneur, malgré l'escorte armée qui 
l'accompagnait. Dans leur exaltation, les mécontents 
se ruèrent sur l'édifice où siégeait le Parlement et 
l'incendièrent. Il fut consumé dans quelques heures. 
Avec lui périrent une i)artie des archives, et une pré- 
cieuse bibliolhèiiue, lormée à grands frais dans l'in- 
térêt de la province. On y avait réuni près do deux 
mille volumes sur l'histoire seule du Canada : ce fut 
une perte irréparable. 

Cel acte de veiidalisme insensé et cette agitation 
populaire, contre lesquels l'autorité sembla manquer 
des moyens d'une répression elTicace, liront transpor- 
ter le siège du gouvernement à Toronto, l'ne loi régla 
plus tard que, tous les ({uatre ans, cette faveur sei'ait 
partagée alternativement entre cette ville et Québec. 

A la suite de ces laits déplorables et de l'injure 
qu'il avait reçue, lord Llgin, un peu découragé, olfrit 
à 11 Cour sa résignation ; mais, loin de l'accepter, le 
gouvernement impérial loua sa conduite et, poui* lui 

9** 



lil 






ii;,',. 



llî 






ir *•■.• 



m 



donner une marque de son entière approbation, 
ajouta un nouveau titre à sa dij,Miité. 11 reçut en 
même temps de toutes les parties de la province les 
témoignantes les plus flatteurs de la confiance et de 
l'estime qu'il inspirait. 

La province ecclésiastique de Québec, constituée 
par Grégoire XVI en 1844, ouvrit en 1858 le premier 
Concile qu'on eut vu en Canada. Parmi les mesures 
importantes qn.i occupèrent les Pères du Concile, 
il faut compter : 1" l'érection de deux nouveaux 
évêchés que l'on demanda à Rome : l'un à Trois- 
Rivières, l'autre à Saint-Hyacinthe, au sud de Mont- 
réal ; S'' le projet d'une Université catholique. 

Ces évoques furent installés l'année suivante, et le 
séminaire de Québec se chargea lui-même de la fon- 
dation de l'Université, à laquelle on doima le nom 
d'Université-Laval. Au milieu d'un immense con- 
cours et aux applaudissements de tous les catholi- 
ques, elle fut inaugurée solennellement en iH54. Le 
Canada possédait déjà des Universités protestantes à 
Québec, à Montréal et à Toronto. 

Lord Elgin quitta le Canada en 1854. La province 
jouissait d'une grande prospérité, due surtout à son 
habileté et à la sagesse de son administration. On 
avait vu s'opérer sous lui d'importantes et nom- 
breuses améliorations. Promoteur zélé et éclairé de 
l'éducation, il fit élever les écoles normales et con- 
tribua puissamment à l'octroi de la charte royale 
pour rUniversité-Laval. Le département des postes 
abaissa ses tarifs; les voies ferrées s'étendirent 



— 815 — 

vers l'Ouest; les communications furent rendues plus 
faciles avec les États-Unis; do nouveaux phares ren- 
dirent plus sûre la navigation du Saint-Laurent. Sa 
haute protection et son influence contribuèrent au 
succès qu'obtint le Canada à la grande exposition de 
Londres en 18G1, où l'on vit que, sous bien des rap- 
ports, les progrès et les ricliesses de cette colonie 
n'étaient pas in teneurs à ceux de plus d'une nation 
de l'ancien continent. 

Kn quittant le Canada, lord Elgin reçut mission de 
conclure avec les États-Unis un traité de réciprocité 
qui ouvrit à l'Angleterre les eaux du lac iMichigan, et 
qui donnait en retour à ceux-là certains droits de 
pêche dans les eaux britanniques et la liberté de la 
navigation du Saint-Lanrent. 

Celte morne année, les prédications incendiaires 
d'un moine apostat, l'Italien Gavazzi, pati'onnépar les 
ministres prolestants des dilTércntes dénominations, 
excitèrent des troubles graves à Québec et à Mont- 
réal. Dans cette dernière ville ils eurent des suites 
déplorables. La troupe , appelée pour maintenir 
l'ordre, tira imprudemment sur le peuple et fit plu- 
sieurs victimes. 

Sous le successeur de lord Elgin , sir Edmond 
Ilead, on vit se régler plusieurs questions d'une haute 
importance pour les intérêts du pays. L'ap[)lication 
des fonds provenant de ce qu'on appelait les réserves 
du clergé protestant, fut enfin réglée. Elle n'inté- 
ressait guère que le haut Canada et une seule classe 
de citoyens. 



41 



n 



* I 



n 


«i 




? .]•'. 




i i; 


1 
1 


•i . 


■ 


'i 


1 




j' 




f 


ii 


t, 


1 ■■' 




U 


T 


il 


I* 


ft * 


' 


:* 


1 i- 




1 


IL 


.1 
■ 5- 



M 



— 316 — 

La tenure seigneuriale , toujours en vigueur dans 
le bas Canada depuis la fondation de la colonie, fut 
abolie et remplacée par une rente foncière, raclie- 
table à volonté. Une somme considérable, volée i)ar 
les Chambres, servit à indemniser les Seigneurs de 
certains droits éventuels dont ils étaient ainsi privés. 

Enfin, une modification grave fut introduite dans la 
Constitution du pays. Le gouvernement impérial qui 
s'était constamment opposé à l'élection du Conseil 
législatif, malgré les instances si souvent renouvelées, 
consentit enfin à abandonner au choix du peuple la 
nomination des membres do la Chambre haute. 

La sympathie que les Canadiens français conser- 
vaient pour la France ne leur laissait échapper au- 
cune occasion de la manifester. On en vit une preuve 
danslai'éception faite aucapilainedevaisseau Belvèse, 
lorsqu'il vint à Québec, sur une corvette de la station 
de Teri'c-Xeuve. C'était le premier navire de guerre 
français qui remontait le Saint-Laurent depuis la con- 
quête. L'accueil que recurent partout les officiers fut 
une véritable ovation et un solennel hommage rendu 
à la France en leur personne. 

Les suites de la campagne de Sébastopol ajoutèrent 
encore à ce sentiment d'ancien patriotisme celui 
d'une généreuse solidarité pour la douleur. Une 
souscription de cent vingt-cinq mille francs fut en- 
voyée par cette ancienne colonie française pour le 
soulagement des veuves et des orphelins de nos sol- 
dats vainqueurs. 

Le centième anniversaire de la mort de Montcalm, 



I 



(jui lonih.iil en ISÔ!), rouniil rocc.-isioii aux ('.aiiadicns 
IVaiK'ais de l'cndro un éclatant lioininaj.;!' à la mriiioii'c 
(lu lirros. Ils inaunuivroiit dans la cliapi'lli; des l'i'- 
suliiie-:, f)ii il avail élé enterré, un i)ieux inonumenL 
(|ui porte la [)ompeuse iiiS(.'ri[)liun iiislori(|ue com- 
posée autrclois par l'Académie des Inscriptions el 
lîclles-l.etti'es, mais qui n'avait jamais été exécutée. 

Depuis rincendie du Parlement, le siège du gou- 
vernement avait alterné entre Toronto et Québec. 
Les Cliandtres le suivaient. (',(} système ambulant 
entraînait d'énormes dépenses sans olTrir un avantage 
réel. A la demande de la législature provinciale, la 
lîeine tranidia la dillicullé du clioix et désigna, en 
l<sr)7, la vilk (rOUawa (autrefois Hytown) pour siège 
du gouvernement, dette} ville, sur la rivière Ottawa, 
no datait (jue d(3 ISl l ; niais sa position centrale, ses 
relations laciles nvcc tout le i)ays, le grand dévelop- 
pement (|U(} lui avait fait pi'endre l'extension de son 
commei'ce, présageaient si grandeur future. Depuis 
18i7 elle était le siège d'un èvècliè catIioli([ue. 

Lord Monclv i'em!)lai;a sir Ldmond llead on 18(11. 
Son administra' ion commi.ni-a au milieu d'une agita- 
tion (jui aui'ait [)U devenir sérieuse. C'était comme le 
co!itre-cou[) do la guei're acliarnée ([Ud se faisaient 
alors le Nord et \c. Sud des Ltats-Unis, (.)U pilidôt le 
résultat des sourdes menées et des tentatives infruc- 
tueuses des l''('Miians. Mais la vigilance et l'attitude 
éiiergii|ue du gouNcrnenienl surent rétablir Tordre 
et la traïKiuilIité sur les iVontièi'cs et les maintenir à 
l'intérieur. 





1 




1 ' 

M.' 

liv '■■ •• 

1" ■ . '■• 


ï ■ l 


i]ii BJH 




II 


II 




* H 




'■^ 


ï -\ 

i ■'•■.■■ « 


■^ ■ "i 


1- ■ '■ 



^18 



i 



i 



il 



La inanileslation généreuse que provofiua la situa- 
tion faite à la religion en Italie par le parti anlicatho- 
lique restera clans l'histoire comme un beau témoi- 
gnage des dispositions des catholiques du Canada. 
Ils hrent présenter au Souverain Pontife, en 18G0, 
une énergique protestation contre les ini(iues spolia- 
tions dont il était victime, et, en même temps, l'œuvre 
du Denier de saint Pierre prit une forme régulière et 
se développa dans tout le pays. 

Ce n'était pas assez. Le Canada prouva qu'il était 
prêt, s'il le fallait, à olTrir aussi le sacrifice du sang. 
En 18G0, trois cent cin(iuante jeunes gens de toutes 
les classes do la société s'enrôlèrent dans les Zouaves 
pontificaux et partirent pour Home. 

Fier de ses enfants, le pays, à l'aide de souscrip- 
tions volontaires, voulut se charger de toutes les dé- 
penses d'armement, d'équipement, de voyage et 
même d'entretien. 

Leur passage en corps fut une suite d'ovations, 
même au milieu dos populations qui ne partageaient 
pas leur foi. Un Américain protestant, les voyant, 
leur demanda d'où ils venaient et où ils allaient. — 
(( Nous venons, dirent-ils, du Canada, et nous allons 
» à Home pour entrer dans l'armée du Souverain 
» Pontife. — Vous avez donc une prime d'engagement 
» élevée pour faire un si long voyage? — Nous allons 
» à nos frais et nous portons même de quoi subvenir à 
» nos dépenses. Nous voulons combattre pour l'ordre 
» et la religion. — Bravo ! jeunes gens, dit l'interlocu- 
)) teur, les larmes aux yeux, que Dieu vous bénisse ! » 



nio — 



la silua- 
ilicallio- 
i témoi- 
Caiiadi-i. 
DU 1800, 
s spolia- 
, l'œuvre 
;ulière et 

Li'il était 

du sang. 

ie toutes 

Zouaves 

souscrip- 
s les dé- 
3yage et 

ovations, 
agcaient 
voyant, 
aient. — 
us allons 
ouverain 
çagement 
»us allons 
.ibvenir à 
u- l'ordre 
nterlocu- 
fcénisse! » 



Le passage à travers la Fi'ance [)rovo(jua bien 
d'autres sympiilliies. l'n porte eatlioli(iue, Victor de 
La Prade, de rA(îadéinie IVancaise, les a siilués par 
ces beaux vers, parai)hrase de la devise de leur dra- 
peau : 



AIlcx voti'o chi'-iiiiii, l'i'aiiçais <iu Xnuvrau-Momlc ! 

Wacc de vnyn,i:f'iirs tout à coup laniiiic^ ; 

Allez, laissant du/, iimis une U'M('C lurondo, 

OITi'ir un nol)lc saiiir au I)it'ii .pie vmis aiiniv,. 

De nos jeunes Cinisi's vous Gics deux l'ois frères; 

Marchez aux nulnus rris el dans les niOuies raiiL^'S, 

Faisant dire connue eux par vnsnMivrcs i^iierrieres : 

Huand Dieu Trappe un urand eoup, c'est de la main des Francs! 

Alla/, voira rhciiiin, iclui de vos am^Ctres, 

Ce chemin de niarlyis qu'ils ont fait tant do fois; 

Gardez Konie L'U-rnelle au plus élément (U-- Mailris, 

Iniaue de son Dieu trônant sur une rroix. 



portez au Koi pableur voU'e sani,' et nos lai'ni' s: 
Nos droits sont dans le sien confondus aujourd'hui. 



L'année 18G7 vit s'opérer dans l'organisation inté- 
rieure du Canada un changement (pii modifidit son 
adinitiistralion. Les diderentes provinces anglaises 
du nord de l'Aniérirpie, à l'exception de Terre-Neuve 
et de l'ile du Prince-Ldouard, turent réunies pour foi- 
mer une Confédération avec son administration et 
son gouvernement central; mais en laissant à cha- 
cune d'elles son gouvernement local et particulier. La 
ville d'Ottawa est devenue la capitale de toute la 
Confédéraliun ; puis Québec, celle du bas Canada, 
sous le nom de province de Québec; Toronto, celle 






mk 



— 3-20 — 

du hiiut Ganaila, sous le noin do province d'Ontario; 
IJaliiax, celle de lu Nouvelle-Kcosse, et, enfin, Fré- 
déi'ic-Town, celle du Nouveau-Bi'unswicli. 

Eli mènie tennps que l'Angletene admettait celte 
Iranslormation dans radniinistration de ses colonies, 
elle leur laissait i)res(iue enlièiement le droit de se 
gouverner elles-mêmes. Le lien (jui les unit à la mère 
patrie ne semble plus que nonvnal. Klle s'est réservé 
cependant la prérogative île nommer le flouverneur 
g. lierai de la Conledération, et le droit mal délini 
d'aimuler au besoin les décisions des Parlements (|ui 
seraient en contradiction directe avijc les lois de 
rKm[)ire. 

A la suite de ces concessions laites à ses colonies, 
l'Angleterre leur laissa le soin de pour\()ir à leur 
sûreté teri iloriale. l-'.lle a relii'é ses li'ou[»es, et la 
notdëdération a organisé sa défense. Vu cor[)S (h; 
quarante-ciiKi mille liommes de troupes régulières a 
été formé, et la milice a été embrigadée. 

Ainsi organisé, le Canada jouii, à l'Iienn,' actuelle, 
d.M'ordi'e et de la liberté et n'a rien à(inieràla 
vieille Kurope. 



Ontario; 
iliii, Frc- 

iiit cctLo 
colonies, 
ni (le so 
i la mère 
L réservé 
.iverneur 
a! déliiii 
lenls (jui 
j iuis de 



XVI 




colonies, 
ir à leur 
i?s, et la 
-'or[)S (le 
[U lie l'es a 

aciuelle, 
IN ier à la 



COMPLÉMENTAIRE 



>; ï. — (lèoçfraplùc. du Canada. 

\m Canada compris dans le « Dominion > oti la Con- 
ledéralion des provinces ljrilanni(|ues de l'Aniériijne 
(In Nord, a poui' limites: an i oi'd, le territoire de 
la haied'lludson ; à Test, roc('an Atla!di(|ne; au sud, 
le mcme océan, les Ktats-l'nis et les grands lacs; à 
l'ouest, rOrégon. 

Ce territoire est comi»ris eiiti'e \o W" et le .V2" de 
latitude nord, et entre le 51" 10' et le (î(J" ;3()' de lon- 
gitude ouest. 11 forme dans sa i)artie centrale un 
vasie bassin dans lequel coule le Saint-Laurent, du 
sud-ouest au nord-est, entre deux chaînes de mon- 



^■1 

.p. 

» 

1 



'<%. 



— 32-2 — 

tagnes. Celle du sud commence au cap îles Rosiers, à 
l'embouchure du Saint-Laurent, et se continue dans 
les États-Unis, pour se rallier aux Allégaiiies ou 
Apalaches. 

La seconde chaîne au nord du Canada semble 
prendre naissance au cap Tourmente, près de Qué- 
bec , quoiqu'une de ses branches s'étende dans le 
Labrador. Elle se prolonge à l'ouest, jus(iu'au-delà 
des grands lacs. On a donné à ces montagnes le nom 
de Laurentides. 

Le Canada est remarquable par l'ybondance de ses 
eaux intérieures. Son grand fleuve, dont on place la 
source au-delà du k c Supérieur, a un cours de plus 
de deux mille kilomètres. Il traverse les lacs Supé- 
rieur, Iluron, Érié et Ontario, et reçoit de nombreux 
tributtiires. Les plus considérables sont l'Oltaoua et 
le Saguenay. 

Le lac Supérieur, le plus grand de ses lacs, a près 
de quatre cent quatre-vingts kilomètres de longueur 
sur cent deux de largeur. Sa profondeur atteint 
trois cent quarante mètres, quoique sa surface ne 
soit qu'à cent quatre-vingt-deyx mètres au-dessus de 
la mer. La pureté de ses eaux est remarquable. Ses 
rives, surtout au sud, oflVent les aspects les plus 
pittoresques. Leur richesse miriérale en cuivre est 
connue depuis longtemps. On l'exploite aujourd'hui 
sur une très-grande éclielle. 

Le lac Huron reçoit les eaux du lac Supérieur par la 
petite rivière Sainte-Marie, ([ui porte le nom de Saut- 
Sainte-Marie, ({uoiqu'elle ne soit qu'un long rapide. 



* r 



osiers, h 
lue dans 
mies ou 

semble 
fie Qué- 

dans le 
'au-delà 
3 le nom 

;e de ses 
place la 
i de plus 
■s Supé- 
>mbreux 
;aoua et 

1, a près 
3ngaeur 
atteint 
face ne 
ssus de 
)le. Ses 
es plus 
ivre est 
urd'hui 

ir par la 
e Saut- 
l'apide. 



Ce lac, de trois cent trente-trois kilomètres de lon- 
gueur, sur quatre-vingt-dix de largeur en moyenne, 
a trois cent trente-six mètres de profondeur; mais 
son niveau au-dessus de la mer n'est que de cent 
soixante-seize mètres. Le long de sa côte septen- 
trionale, se trouve la grand} île Manitoulin, qui a 
deux cent quatre-vingts kilomètres de longueur. Les 
Sauvages la vénéraient comme la demeure du Grand- 
Manitou. La petite île de Missillimakinac, située au 
nord-ouest, sur le canal qui unit le lac Iluron au lac 
Michigan, est restée célèbre dans l'histoire du Ca- 
nada. 

La rire nord du lac Huron est aride ; mais la rive 
sud est très-fertile et se couvre d'établissements im- 
portants. 

Le lao Iluron reçoit par la rivière des Français les 
eaux du lac Nipissing, appelé autrefois le Lac des 
Sorciers , et, par la rivière Severn, celles du lac 
Simcoe. 

La rivière Sainte-Claire sert de canal au lac ITuron, 
pour se décharger dans le lac Érié. Ce k :, de trois 
cent vingt-huit kilomètres de longueur, e.. a quatre- 
vingt-({uatre de largeur. Son nive;iu est à peine dix 
mètres plus bas que celui du lac Huron, et sa pro- 
fondeur n'atteint qu'à vingt-cinq mètres. lia des bas- 
fonds dangereux, et il est exposé aux tempêtes. Sur 
sa rive nord se trouve la contrée la plus fertile et la 
plus riche du haut Canada. 

La rivière de Niagara relie le lac Érié au lac 
Ontario. Elle forme la célèbre cataracte de ce nom. 



* ' 



m 'i 



% s- 


i ^ ■ 


:l (■ 


■s i 


't ■■' 



— 82 i — 

La hauteur verticale de la chute est de cinquante- 
cinq mètres; mais, pendant un kilomètre en amont, 
la rapidité des eaux est extrême, et elles roulent au 
milieu des rochers avec un horiible fracas. La chute 
a la Ibrme (Tini fer à cheval de près de six cents 
mètres de large. L"lle-à-la-Clièvre divise la chute en 
deux parties inégales. 



^^i^^T^p^3^J-;?g^_ 







■l'I 



l'I'l 







riii'i'i: ni' niaî'.A!! \. 



Quel(]ues auteurs américains ont voilu calculer la 
quantité d'eau (jui passait par cette chute. Leur solu- 
tion très-variée donne comme moyenne trente-quatre 



iquante- 
1 amont, 
nient au 
.a cliute 
ii\ cents 
,'hute en 






i 



ÈÉii 






il 







ciller la 
111' solu- 
xjuatre 



— 325 — 

millions trois cent vingt et un mille six cent quarante- 
quatre mètres cubes par minute. 

Le lac Ontario, c'est-à-dire le «beau lac », a deux 
cent quarante kilomètres de longueur sur quatre- 
vingt-treize de largeur. Sa profondeur atteint deux 
cent soixante mètres, quoique son niveau ne soit qu'à 
soixante-dix mètres au-dessus de l'Océan. Ses rives 
sont gracieuses et très-riches : elles sont couvertes 
de villages florissants et de populeuses cités. Toronto, 
sur la ri\'e nord, est la capitale de la nouvelle pro- 
vince d'Ontario ; elle est en même temps le centre 
d'un très-grand commerce. 

La contrée au nord du lac Ontario et à l'est du lac 
Simcoe est remarquable par sa fertilité, par un grand 
nombre de petits lacs, mais surtout par l'élévation de 
leur niveau. Celui du lac Simcoe est à deux cent qua- 
torze mètres au-dessus de l'Océan, et celui du lac 
Balsam à deux cent quarante-sept mètres. 

La ville de Kingston, à la pointe nord-est du lac 
Ontario, où il se décharge dans le Saint-Laurent, est 
le principal poste maritime du Canada sur les lacs. 
Elle est située près de l'ancien fort Frontenac, qui a 
porté longtemps le nom de Gatarakouy. 

Depuis sa sortie du lac Ontario, le Saint-Laurent 
conserve son nom jusqu'à la mer. Son lit, près de là, 
est semé de tant d'îles qu'on leur donne le nom des 
Mille-Iles. En s'approchant de l'île de Montréal, il 
s'élargit pour former le lac Saint-Louis, que vieiuient 
grossir les eaux de la rivière Ottawa, affluent du 
nord. Cette rivière, qui a un cours de plus de quatre 

10 



1 ^Êft:i *\ 






^ Wf 



p 



I 



— 320 — 

cent soixante-sept kilomètres, arrose une contrée 
dont les forets sont une immense richesse. Elles 
fournissent annuellement au marché européen pkis 
de onze millions six cent soixante -dix mille mètres 
cubes de bois de construction de toute nature. 

C'est sur les bords de l'Ottawa que se ti'ouve la 
ville de ce nom, aujourd'hui la capitale générale du 
Canada, et le siège du gouvernement de la nouvelle 
Confédération. 

On admire, près d'Ottawa, la célèbre chute des 
Chaudières, sur la rivière Ottawa, et celle du Rideau, 
à l'embouchure de la petite rivière de ce nom. 

L'ile de Montréal, formée par le Saint-Laurent et 
par la rivière d'Ottawa qui se divise, pour la baigner, 
au nord et à l'est, doit son nom à la montagne qui 
s'élève sur la rive sud, et qui semble dominer comme 
une reine sur la contrée. A sa pointe nord, se trouve 
le fameux rapide appelé à tort le Saut-Salnt-Louis, 
sur une longueur de près de cinci kilomètres; la rapi- 
dité du courant est estimée à vingt-quatre kilomètres 
a l'heure. 

La ville de Montréal, la plus considérable et la plus 
belle du Canada, est au sud de l'ile. Elle compte cent 
quatre mille habitants. 

Depuis 1800, l'île de Montréal est reliée au continent 
sud pur le magnifique pont tubulaire appelé Vicluria, 
une des plus hardies constructions des temps mo- 
dernes. 

Ce tube a trois kilomètres de long, et repose sur 
vingt-trois piliers, qui s'élèvent à plus de dix mètres 



contrée 
e. Elles 
éen plus 
3 mètres 
e. 

rouve la 
orale du 
nouvelle 

bute des 
Rideau, 
n. 

lurent et 
baigner, 
agne qui 
r comme 
^e trouve 
it-Louis, 
a rapi- 
oniètres 

et la plus 
pie cent 

'ontinent 
Victoria, 
[nps mo- 

pose sur 
X mètres 



— 327 — 

au-dessus des plus hautes eaux. L'arche du milieu 
mesure cent dix mètres. 

En descendant le fleuve de Montréal à Québec, on 
est au centre de l'ancien Canada. Ses rives sont cou- 
vertes d'habitations gracieuses, de riches villages et 
de petites villes. 

Ses affluents au sud, dans sa partie élargie qui 
porte le nom de lac Saint-Pierre, sont la rivière Ri- 
cheheu, qui sert de décharge au lac Ghamplain, et la 
rivière Saint-François. Toutes deux arrosent de très- 
riches et très -fertiles contrées. 

Le Saint-Laurent reçoit au nord les eaux du Saint- 
Maurice, près de la jolie ville de Trois-Rivières, la 
plus ancienne du pays après Québec. Le tlux et le 
reflux de la mer se font sentir jusque-là. 

Deux cent quarante kilomètres au-dessous de Trois- 
Rivières se trouve la cité de Québec, longtemps ca- 
pitale de tout le Canada, et aujourd'hui capitale de la 
province qui porte son nom. C'est près de cette ville 
que se trouve, sur la rive gauche, le village de 
Sillery, et, sur la rive droite, la rivière de la Chau- 
dière, qui forme, près de son embouchure, une im- 
posante cascade. 

Quand Jacques Cartier vint explorer le Saint-Lau- 
rent en 1535, l'emplacement de Québec était occupé 
par le village sauvage de Stadacone. Champlain, le 
fondateur de la ville française en 1G08, n'y trouva plus 
les Sauvages; mais ce lieu lui parut avec raison 
comme la porte du pays. Du haut du cap que forme 
la côte, à la pointe de Québec, on commande le pas- 









■■■' 







il 



m r 






III 




liii 


lin 


U i 


l«H 




iHra 


f'.^ ■■ 


MflË ' 



ïk '■ 



— 328 — 

sage du fleuve qui n'a vis-à-vis que quatorze cent 
soixante-douze mètres de large. La citadelle, bâtie 
sur ce point élevé, est regardée comme une des plus 
fortes du monde. La haute ville est remarquable par 
ses édifices publics et privés. 

Aussitôt après la ville, le fleuve en s'élargissant 
forme une vaste rade. Dans le port môme de Québec, 
les marées atteignent un maximum de sept mètres. 
La moyenne est de quatre mètres. Pour donner une 
idée du port de Québec, il suffit de dire que le Great- 
Eastern, ce vaisseau de plus de deux cent trente 
mètres de long, a pu jeter l'ancre près de la ville, 
et suivre à son aise le mouvement de la marée. 

La pittoresque cascade du Montmorency est près 
de la ville, sur la rive gauche. Elle a soixante-seize 
mètres de chute. 

Après la rade de Québec, que ferme l'île d'Orléans, 
le fleuve va toujours en s'élargissant jusqu'à son em- 
bouchure. Devant la pointe, à l'est de l'île d'Anlicosti, 
il a environ cent huit kilomètres de large. 

Parmi les nombreuses rivières qu'il reçoit avant ce 
terme, il faut signaler sur la rive gauche, à cent 
soixante kilomètres de Québec, la rivière du Sague- 
nay qui, pendant quatre-vingt-douze kilomètres, a 
toutes les allures d'un grand fleuve. Sa largeur a plus 
de deux kilomètres et sa profondeur, devant Ta- 
doussac, dépasse de cent mètres celle de Saint-Lau- 
rent. Ses rives, hautes souvent de cinquante mètres, 
sont presque partout abruptes et offrent l'aspect le 
plus grandiose. 



'ze cent 
le, bâtie 
; des plus 
aable par 

.argissant 
e Québec, 
it mètres. 
)nner uï;- 
i le Gréai- 
ent trente 
le la ville, 
larée. 
zy est près 
xante-seize 

d'Orléans, 
l'a son em- 
L'Anlicosti, 

Dit avant ce 
le, à cent 

du Sague- 
loniètres, a 
geur a plus 
devant Ta- 

Saint-Lau- 
mte mètres, 
it l'aspect le 



! 



I 






— 829 — 

La grande île d'Anticosti, de cent quatre-vingt ki- 
lomètres de long sur quarante-huit de large, n'est 
qu'un vaste rocher dénudé et presque entièrement 
stérile. 

Le Nouveau-Brunswich est une des provinces con- 
fédérées du Canada. Sa capitale, Frédéric -Town, a 
été érigée en évèché en 1842, et un autre évêque ca- 
tholique a été installé dans la baie de Miramichi, à 
Chatham, en ^860. 

La contrée offre beaucoup de ressources pour le 
commerce du boiF et pour la chasse. Sa population, 
en 1871, s'élevait à trois cent vingt- neuf mille habi- 
tants. 

La Nouvelle-Ecosse, autrefois l'Acadie, qui compte 
environ trois cent six mille quatre cents habitants, 
est aussi entrée dans la Confédération du Canada et 
forme une province qui comprend l'Ile du Cap- 
Breton. Halifax en est la capitale. Son port, un des 
plus beaux du monde, est l'arsenal maritime de l'An- 
gleterre dans l'Amérique du Nord. Cette ville, formée 
en vicariat apostolique en 1817, puis en évèché en 
1843, est devenue archevêché en 1852. 

Port-Royal, sur la côte nord de l'Acadie, reçut la 
première colonie française de ces contrées en IGOi. 

L'île du Cap-Breton est très-peu peuplée. Elle pos- 
sède un évèché à Arichat depuis 18i-i. La ville de 
Louisbourg, qui a eu une si grande importance dans 
la dernière guerre des Français, n'a jamais été relevée 
de ses ruines depuis 1758. 

L'ile du Prince-Edouard, autrefois île Saint-Jean, 



il 

m 






:.| t 



— 330 — 

n'est pas encore entrée dans la Confédération du Ca- 
nada, à cause de la nature du fermage de ses terres. 
Sa population, en 4871, était de quatre-vingt-dix-neuf 
mille deux cent soixante habitants. 

Son sol est très-fertile et ses pêcheries très-abon- 
dantes. Sa capitale, Charlotte-Town , autrefois Port- 
la-Joie, a été érigée en vicariat apostolique en 4819 
et en évôché en 1820. 

L'étendue de cette île en fait un petit continent de 
plus de cinq cents kilomètres de long sur près de 
quatre cents de large. 

Cette terre, l'une des premières découvertes, est 
une des moins connues dans son intérieur, à cause 
de la rigueur excessive du climat et de la nature de 
son sol couvert de forêts, de montagnes, de marais 
et de lacs. Sa population, en 1871, était de cent qua- 
rante-huit mille trois cent quatre-vingt-sept habitants. 
La ville de Saint-Jean est sa capitale et le siège de 
son gouvernement. Un ôvêché y a été érigé en 1847, 
et, depuis 185G , un second évêché a été établi dans 
la ville du Havre-de-Grâce. 

Un vicariat apostolique a, en outre, été fondé le 
17 septembre 1871 dans la baie Saint-Georges, pour 
la côte ouest de l'île. 

C'est à la baie de la Trinité, au sud-ouest, qu'aboutit 
le câble électrique de deux mille cinq cent soixante 
kilomètres, parti de Valentia^ au sud de l'Irlande. 

La richesse de Terre-Neuve vient surtout de la 
pêche de la morue qui se fait vis-à-vis de sa côte orien- 
tale, sur un immense banc de sable de plus de huit 



[1 du Ca- 
5 terres, 
dix-neuf 

ès-abon- 
>is Port- 
er! 1810 

;inent de 
près de 



— 331 — 

cents kilomètres de long. Plus de trois mille vaisseaux 
de toutes les nations se livrent à cette pêche, et en- 
lèvent chaque année trente -cinq millions de kilo- 
grammes de morue. 

iVu sud de Terre-Neuve, la France possède encore 
les deux îlots de Saint-Pierre et de Miquelon, seuls 
débris de ses vastes possessions de l'Amérique du 
Nord ; mais les pêcheurs français ont encore le droit 
d'avoir, sur la côte est de Terre-Neuve, des établis- 
sements temporaires pour sécher le poisson. 



il. 



rtes, est 
, à cause 
lature de 
ie marais 
ent qua- 
abitants. 
siège de 
en 1847, 
ibli dans 

fondé le 
;es, pour 

u' aboutit 
soixante 
'Irlande, 
ut de la 
»te orien- 
s de huit 



§ II. — Climat i Productions. 



Le climat du Canada est très-varié. U est facile d'y 
constater cette singularité atmosphérique, que les 
zones isothermes ne suivent pas les degrés de lati- 
tude. Québec, à 46" 40' de latitude, atteint, en hiver, 
jusqu'à — 38% et en été jusqu'à -+- 3-]"; tandis qu'à 
Nantes, sous le 47" 13' de latitude, le froid atteint ra- 
rement — ()" et la chaleur -|- 2ry'. 

Le haut Canada, dans i^a partie sud, est beaucoup 
plus tempéré que le bas Canada. A partir de Mont- 
réal, la terre reste couverte de neige depuis le mois 
de décembre jusqu'au mois d'avril, et la navigation 
est complètement interrompue. Les fleuves et les 
rivières gèlent en grande partie. 

La direction des vents influe beaucoup sur le climat 
du Canada. Les vents du nord-ouest sont les plus 



i»l^ 



— 332 — 

violents et les plus constants. Malgré la rigueur de 
l'hiver, le climat est très-sain et le sol très-fertile. A 
part les régions du Nord, toutes les céréales et 
presque toutes les plantes potagères y prospèrent. 
Les fruits y sont très-abondants. 

Les forêts sont une des grandes richesses du Ca- 
nada et fournissent d'énormes ressources pour les 
constructions, l'ébénisterie, la sculpture et la menui- 
serie. 

L'érable du Canada fournit du sucre à ses habi- 
tants (1). On l'obtient au printemps en recueillant sa 
sève et en la soumettant à l'évaporation. 

La plante médicinale qui a eu le plus de réputation 
est le gensein, que le P. Lafitau découvrit dans les 
forêts du saut Saint-Louis, et qui se rencontre dans 
presque tout le pays. On lui reconnaît les mêmes 
propriétés qu'à celui qui vient de la Montgolie. il s'est 
vendu jusqu'à cintiuante francs le kilogramme ; mais 
les marchands l'ayant mis au four au lieu de le faire 
sécher à l'ombre lui enlevèrent de sa qualité, et le 
prix baissa considérablement ('2). 



(1) En 1852, on en recueillil deux millions et demi de kilo 
grammes. 
^i2) L'abbc Ferland, Cours d'hiistoiro du Canada. 



leur de 
rlile. A 
aies et 
pèrent. 

du Ca- 
tour les 
menui- 

3S habi- 
illant sa 

Dutation 
lans les 
re dans 
mômes 
11 s'est 
e ; mais 
le faire 
Lé, et le 



lie kilo- 



3ïi3 — 



î^ III. — Zooloffie. 



Les plus grands animaux du Canada sont l'orignal, 
qui ressemble à l'élan, et le caribou, espèce de renne. 




l'ouki.nai,. 



Vie lient ensuite Tours blanc (jui ne quitte jamais 
V . égions glacées, puis l'ours noir. Tours roux, le 

10* 



F* 1", 



i 1^ 



I ï 



— 334 — 

chevreuil, le loup, le lynx, le porc-épic, le chat sau- 
vage et le renard. On trouve, surtout dans les régions 




LE CAHinOU. 



du Nord , un renard dont la fourrure est comme 
argentée et se vend très -cher. Beaucoup d'auires 






— 835 — 

animaux sont encore lecherclics h cause de leur 
Iburruro, comme le vison, l'écureuil, le rat musqué, 
la marte, la fouine, l'hermine, la loutre, le lièvre et 
surtout le castor, qui devient de iilus en plus rare. 




^^^î^S^^P^^^^^^^^^ 



LE PORC-KPIC. 

Los animaux domostitjues d'I-luropo s'y sont très- 
bien acclimatés, à l'exception de l'âne. 

On y trouve p<;U de reptiles. Le serpent à sonnette 
est le seul dangereux. 

Les oiseaux du Canada soni presque tous voy;ii;eurs. 
L'aigle, le TiUicon, le clud-lui.'ud, h^ j^rand-duc, le 
dindon, le pii^eon, le ('orl)(\ui, la perdrix, la U)ui'te- 
relle, l'oiseau-moqueur, le rossignol et l'oiseau- 
mouche, y reviennent chaque année. Les oiseaux 






i 1 






— 336 — 

de rivière sont surtout très-nombreux à certaines 
époques. Ce sont les cygnes, les oies, les outardes, 
une grande variété de canards, etc. 

Les animaux qui peuplent les mers, les rivières et 
les lacs sont, proportion gardée, plus abondants 
encore : les baleines, les vaches marines et tous les 
autres cétacés se trouvaient autrefois dans le golfe 
Saint-Laurent. Il faut aujourd'hui remonter plus au 
nord. Mais le marsouin, le loup et le veau marin y 
sont toujours très-nombreux. Les petits poissons, 
à certaines époques, se montrent en quantité prodi- 
gieuse. 

Les eaux douces ne sont pas moins riches en 
espèces variées. Les plus grandes sont l'esturgeon et 
le saumon. Le poisson armé, ainsi nommé à cause 
de sa bouche qui forme un bec allongé, est une des 
spécialités et des curiosités des eaux du Canada. 

Les insectes de toute nature y pullulent et devien- 
nent quelquefois un vrai fléau, comme les cousins 
ou maringouins, la mouclie hcssoise, les hannetons, 
les sauterelles et les suceurs de toutes sortes. 



§ IV. — Géologie et Minéralogie. 



Le sol du Canada ai)parliont on grande partie aux 
terrains primitifs et aux terrains de transition. Le 
granit se montre à découvert sur presque tous les 
points. On trouve dans bien des localités des calcaires 



I 



aines 
irdes, 

reset 
idants 
lUS les 
golfe 
lus au 
larin y 
ssons, 
prodi- 

lies en 
^eon et 
i cause 
ne des 
da. 
evicn- 
ousins 
netons, 



— 337 — 

et des schistes, l'ardoise, la pierre meulière, la pierre 
oUaire, les gypses. 

Les mines liouillères de la Nouvelle-Ecosse sont 
d'une grande richesse. 

Le Canada a aussi ses pierres précieuses : la cal- 
cédoine, la cornahne, le jaspe, l'opale, l'agate et la 
serpentine. Les argiles bonnes pour la brique et la 
poterie sont abondantes, ainsi que les ocres de diffé- 
rentes couleurs. 

La richesse minérale du pays a été longtemps à 
peu près ignorée, parce qu'il n'était guère possible de 
l'exploiter. Aujourd'hui on conriaîtles gisements puis- 
sants de cuivre du haut Canada et de grands dépôts 
de minerai de fer. L'argent s'y montre souvent mêlé 
au cuivre. On rencontre l'or surtout au sud du Saint- 
Laurent, dans la province de Québec, ainsi que le 
plomb, le titane et même un peu de mercure. 



§ V. — Agriculture; Commerce; Industrie. 






lie aux 

lion. Le 

ous les 

Idcaires 



Le Canada est un pays essentiellement agricole, et 
son sol fait sa richesse. L'exportation annuelle de ses 
grains dépasse trois millions d'iicctoliti'es. 

Le mouvement des animaux domestiques a suivi 
celui des céréales. 

Le l'onnnerco général du pays est dans la même 
progression que la population. On Ta vu (iuadru[)ler 
dans l'espace de six ans, et il est puissamment se- 
condé par le développement de l'industrie. 



i 



> \ 



\\4 .';■ 



i 
■k 



— 338 — 

L'état prospère et toujours croissant des banques 
du pays est un gage des progrès de son commerce. 

Les grandes lignes de communication ouvertes 
dans toutes les directions ont contribué puissamment 
à ce développement. De vastes canaux, capables de 
recevoir des bâtiments de plus de deux cents ton- 
neaux, permettent aux navires européens de sur- 
monter les obstacles que la navigation trouve dans 
les rivières, et de pénétrer jusqu'au fond des grands 
lacs. Le Saint-Laurent devient ainsi comme le dé- 
bouché des vastes régions de l'Ouest. 

Les chemins de fer olTrent une autre ressoui-c(\ 
Ils sillonnent le pays. La plus grande voie, celle tlu 
Grand-Tronc, va d'une extrémité à l'autre du pays, 
et forme une ligne de treize cent vingts kilomèlrcs. 
Elle traverse le Saint-Laurent sur le pont tiibulaii'c 
Victoriii. 

Une autre ligne bien plus gigantesque est déjà 
en Vv ie d'exécution. Elle reliera le lac Supérieur à 
rOrégon, en traversant l'Amérique britannique. 

Les lignes télégraphiques se croisent dans toutes 
les directions et desservent même de petites localités. 

Deux fois par semaine, des steamers transatlan- 
tiques mettent le Canada en rapport direct avec 
l'Europe. 



VL — Popidation ; Religion; Éducation. 



La population du Canada, restée longtemps sla- 
tionnaire, a pris de grands développements. En 1700, 



inques 
lerce. 
ivertes 
fnment 
blés de 
its ton- 
le sur- 
\ie dur» s 
grands 
î le dé- 

jsource. 
celle du 
lu pays, 
)mèlros. 
d)ulaire 

est déjà 

érieur à 

Lie. 

s toutes 

ocalités. 

nsatlan- 

ct avec 



Ion. 



|iips sta- 
i:n 17()0, 



— 339 - 

elle était de soixante-dix mille âmes , et, en 4820, 
de six cent quatre-vingt-seize mille. En 1852 , elle 
s'élevait à deux millions trois cent douze mille cent 
quatre-vingt-deux, et, en 48G9, à trois millions trois 
cent soixante-dix-neuf mille sept cent quatre-vingt- 
six. 

Le nombre des Sauvages, anciens habitants du 
pays, diminue chaque jour. Dans le Canada propre- 
ment dit, ils sont à peine sept à huit mille : Hurons, 
Iroquois, Algonquins, Montagnais, Ghipeways, Abé- 
naquis. 

Pendant la domination française, la religion catlio- 
liqiie était seule reconnue en Canada. Kile lui a im- 
primé celte forle empreinte de moralilé et de senti- 
ments élevés qui dislii.gue ses habitants. Le pays lui 
doit ses pi'incipaux établipsemenls de charité et 
d'éducation. La Confédération compte aujourd'Jiui 
cinq archevêques et dix-huit évoques. 

Le culte protestant s'est introduit avec la conquête 
et domine dans le haut Canada. Il compte," dans tout 
le pays, six évêques anglicans et plus de douze cents 
ministres de dilïérentes dominations. 

Grâce à l'encouragement généreux du gouverne- 
ment^ l'état de l'instruction publicpie est au niveau 
dos pays les plus avancés. La province possède plu- 
sieurs Universités nour la collation dos degrés et les 
études professionnelles , et seize collèges ou sémi- 
naires où se distribue une inslructio«i classique com- 
plète. 

Comme complément de l'éducation, il faut citer 



t\ 



H 



I 



w ? 



— 340 — 

les nombreuses associations littéraires, historiques et 
scientifiques, les chambres de lecture, les biblio- 
thèques, les feuilles publiques au nombre de plus de 
cent dix, tant en anglais qu'en français. 

Le gouvernement entretient deux observatoires, 
l'un à Québec et l'autre à Toronto, et il fait faire par 
une commission spéciale des études complètes sur la 
géologie de tout le pays. 



,^ VII. — Gouvernement; Pouvoir législatif 
et judiciaire. 



il 



Depuis 18G7, les provinces anglaises de l'Amérique 
du Nord tbrment une Gonledération qui a son admi- 
nistration générale avec un Gouverneur représentant 
la Couronne et nommé par elle; un Sénat dont les 
membres sont nommés à vie par la Couronne, et une 
Chambre des communes élue par le peuple. A cette 
administration appartient la législation pénale, doua- 
nienne et commerciale, ainsi (jue les questions d'in- 
térêt commun et international. 

Cette Confédération se compose de neuf provinces : 
la province d'Ontario, la province de Quéliec, le 
Nouveau-Brunswich , la Nouvelle Ecosse, l'île du 
l'rince- Edouard, Terre-Neuve, les territoires du 
Nord -Ouest, la Rivière-Rouge et la Colombie an- 



glaise. 



Chaijue province unie est régie par une adminis- 



ques et 

biblio- 

plus de 

atoires, 
iire par 
is sur la 



atif 



mérique 
311 admi- 
ésentant 
dont les 
e, et une 
A cette 
e, doua- 
ons d'in- 



— 341 — 

tration locale, composée d'un Lieutenant-Gouverneur 
avec ses ministres, d'un Conseil législatif dont les 
membres sont à vie, et d'une Chambre de représen- 
tants dont les membres sont élus parle peuple. 

Toute l'intervention de la métropole est dans le 
veto qu'elle se réserve pour certains actes du Parle- 
ment fédéral. 

Les municipalités locales conduisent les affaires 
propres des villes, des paroisses, des cantons et des 
comtés. 

Le pouvoir judiciaire s'exerce par des tribunaux 
de différents degrés, en partie calqués sur ceux de la 
métropole ; mais, dans certains cas, il est permis d'in- 
terjeter appel au Conseil privé en Angleterre. 

On le voit, l'embryon élevé avec tant de soins par 
Champlain a grandi et est devenu un géant : mal- 
heureusement la France n'a su ni le protéger ni le 
défendre. 



H 



1 



ovinces : 
cl)ec, le 
l'ile du 
loiies du 
nbie an- 



adminis- 



n 



Note A, pages 10 et 209. 



I 



APPENDICE 



Jacques Cartier est le seul qui ait employé le mot 
d'Esurguy. Il fut curieux de connaître comment ces 
peuples si peu avancés dans les arts pouvaient se 
procurer cet ornement; et voici la tradition qu'il re- 
cueillit de la bouclie des Sauvages : « Quand un 
» homme a deservi la mort ou qu'ils ont pris au- 
» cun ennemi à la guerre, ils le tuent, puis l'inci- 
» sent sur les cuisses et par les jambes, bras et 

épaules, à grandes taillades; puis ès-lieux où est le 
» dit Esurguy, avalent le dit corps au fond de l'eau 
» et le laissent dix ou douze heures, puis le retirent 
» à mont et trouvent dedans les dits cornibets, des- 
» quels ils font des pastesnostres , et de ce usent 



W 



^^ 



i 



im 






— 344 — 

» comme nous faisons d'or et d'argent, et le tiennent 
» la plus précieuse chose du monde (4). » 

Que ce récit soit vrai ou qu'il soit une plaisanterie 
des Sauvages désireux de cacher leur secret, il est 
certain que cette pêche ne se faisait plus dans le 
Sîïint-Laurent cinquante ans plus tard. Les peuples 
de la contrée n'avaient plus ces coquillages, d'après 
le témoignage de Lescarbot qui publia son Histoire 
de la Nouvelle-France, en 1609. « Peut-estre, dit-il, 
j> ils en avoient perdu le mestier ; car ils se server X 
» fort de Matachiaz (grain de rassade) qu'on leur 
» porte de France. » 

Cet usage s'est conservé longtemps parmi les peu- 
ples qui n'avaient pas de rapports avec les Européens. 
Nous en avons indiqué l'emploi, page 49. Les Col- 
liers et les Branches de porcelaine étaient un agent 
universel. Les grains qui les composaient prove- 
naient de certains coquillages marins, connus sous 
les différents noms de Vignole, Escargot de mer, 
Concha Veneris. Les Italiens les appelaient Porcella, 
d'où, selon le P. Lafitau, on a fait porcelaine. 

Les Sauvages les brisaient et, en frottant les mor- 
ceaux sur des pierres, ils leur donnaient la forme 
de petits cylindres aplatis ou allongés. Il y en avait 
de blancs et de violets ; ces derniers étaient les plus 
estimés. Ils étaient percés dans l'axe du cylindre et 
enfilés sur des lanières de cuir. C'étaient alors des 
branches de porcelaine. Les colliers, sous la forme 



(1) ni" Voy., ch. VII. 



— 345 — 

d'une ceinture de soixante-dix centimètres de long 
environ, étaient composés de plusieurs branches dont 
les grains étaient liés entre eux, comme dans un 
tissu, et disposées avec goût, de manière que le 
mélange des couleurs produisait des dessins variés. 
Les colliers ordinaires avaient douze rangs de cent 
quatre-vingts grains chacun. Les Sauvages en fai- 
saient des ceintures, des bracelets, des pendants 
d'oreilles et quelquefois des plaques qu'ils suspen- 
daient sur la poitrine et sur le dos. Le F. Sagard 
raconte qu'il en a vu décorés de la sorte. 

Ces coquillages ainsi travaillés recevaient généra- 
lement le nom de Wampum et provenaient surtout 
des côtes de la Nouvelle-Angleterre et de la Virginie. 
On en recueillait aussi sur les côtes de Long-Island, 
et les Hollandais, qui habitaient ces parages, se li- 
vraient à cette spéculation qu'ils considéraient comme 
leur principale richesse. Le Wampum fut longtemps 
leur monnaie usuelle. Six grains blancs et deux noirs 
valaient deux sols. 

Les Andastoès étaient célèbres pour ce genre de 
commerce. Ghamplain mentionne cette spécialité 
dans sa carte. 



É 



< I 
r 

I 

i 



Note B, page 22. 
Tombeaux hurons. 

Chateaubriand a eu raison de dire que le culte des 
tombeaux tient une grande place dans l'histoire des 
hommes. Il révèJe le sentiment intime de l'immorta- 






ï 



f i ' 



— 340 — 

> 

lité, si profondément gravé dans le cœur humain, et 
qu'on retrouve même au milieu des peuples sauvages. 
Les tombeaux des Ilurons sont certainement une 
des pages de leur histoire la plus curieuse à étudier. 
« Nos Sauvages, écrivait le P. de Brébeuf(l), ne 
» sont pas Sauvages en ce qui regarde les devoirs 
» que la nature même nous oblige de rendre aux 
» morts. Ils ne cèdent point en ceci à plusieurs na- 
» tiens beaucoup mieux pohcées. Vous diriez que 
» tous leurs travaux et leur commerce ne se rap- 
» portent qu'à amasser de quoi honorer ceux qui ne 
» sont plus. Ils n'ont rien d'assez précieux pour cet 
» effet. Ils prodiguent les pelleteries, les haches et 
» la porcelaine en telle quantité que vous jugeriez, 
» à les voir en ces occasions, qu'ils n'en font aucun 
» cas, et, cependant, ce sont toutes les richesses du 
» pays. Vous les verrez souvent, en plein hiver, 
» presque nus, pendant qu'ils ont de belles et bon- 
» nés fourrures qu'ils réservent pour les morts. C'est 
» leur point d'honneur, et c'est en cette occasion 
» qu'ils veulent surtout paraître magnifiques. » 

Nous avons dit qu'il y avait deux sortes de sépul- 
tures chez les Hurons : Tune privée et temporaire, 
qu'on peut appeler le culte de la famille et de l'ami- 
tié ; l'autre publique et solennelle, à laquelle la nation 
entière prenait part au miheu d'un grand concours et 
d'un imposant appareil. C'était le culte pubhc et 
comme national. 



(1) Relation de 1686, 






— an — 

Les petits enfants et ceux qui mouraient de 
mort violente n'avaient pas part h ces honneurs fu- 
nèbres. Les premiers étaient ensevelis sur le bord 
des chemins, pour donner h leur âme , selon la 
croyance commune , une occasion facile d'entrer 
dans d'autres corps. On ensevelissait les autres sur 
le théâtre même de leur fin tragique. Leurs âmes 
étaient regardées comme n'ayant aucun commerce, 
dans l'autre vie, avec ceux qui mouraient de mort 
naturelle. 

La première forme de sépulture avait lieu trois 
jours après le décès, lorsque les parents et les amis 
avaient donné une pleine satisfaction à leur douleur. 
Le matin, avant de partir pour le champ de la mort, 
le capitaine du village ordonnait de faire chaudière 
pour le défunt, c'est-à-dire, de faire un festin. Dans 
leurs idées grossières, ils croyaient que c'était don- 
ner au mort un grand soulagement et le témoignage 
le plus sincère de leurs regrets. Le capitaine chargé 
de conduire le deuil ne manquait pas de faire l'éloge 
du défunt et d'énumérer en détail les présents olferts 
par ses amis pour l'honorer. « C'est là, ajoute le 
» P. de Brébeuf, la consolation la plus agréable aux 
» parents. » 

Quelques-uns de ces présents ou des objets qui 
avaient appartenu au mort, comme son arc, son casse- 
tête, sa pagaie, étaient ordinairement suspendus à 
ce tombeau aérien. {Voir la gravure, à la page 117.) 

Les parents du défunt revenaient pendant plu- 
sieurs jours pour pleurer auprès de sa dépouille 



11?- 



♦il 
Ml 



■tl 



l«t 



i;^-! 



i» 



\t. 






— 348 — 

mortelle ; mais ils restaient persuadés que son Ame, 
avant la fête des Morts, ne s'éloignait pas de la cabane 
qu'elle avait habitée, et qu'elle venait la nuit se nour- 
rii t^es restes du repas de la famille. 

Quelquefois ils ne consentaient pas à porter au 
champ de la mort les dépouilles de ceux qu'ils avaient 
tendrement ai:' nés. a On a vu une mère, dit le P. Bres- 
» sani, conserver dans sa cabane pendant plusieurs 
» années le cadavre de son enfant, malgré l'horrible 
j) infection qu'il exhalait, mais dont l'amour maternel 
» surmontait sans peine les répugnances. » 

Ce dépôt domestique était regardé comme telle- 
ment sacré et digne de respect, qu'avant d'éteindre 
les flammes qui auraient menacé la cabane ou un 
village entier, les familles mettaient d'abord en sûreté 
les ossements de ceux qui y étaient conservés. 

Par leur nature même, ces tombeaux du champ des 
morts n'étaient que temporaires, et il n'est pas éton- 
nant qu'il n'en reste aucune trace. 

Il n'en est pas ainsi de la seconde espèce de tom- 
beaux hurons. Ces monuments curieux, qui datent 
aujourd'hui de plus de deux siècles, offrent à l'ar- 
chéologue des objets d'étude d'un très-haut intérêt 
pour l'histoire de ces peuplos. Nous en connaissons 
la description détaillée par les lettres des mission- 
naires contemporains et surtout par celle du P. de 
Brébeuf qui les avait vus de ses yeux. Il ne manquait 
plus, pour confirmer leurs récits, que de retrouver 
dans le sol quelques-uns de ces antiques ossuaires; 
plusieurs ont été découverts au milieu de ce siècle. 



3n Ame, 
, cabane 
56 nour- 

)rter au 
i avaient 
P. Bres- 
>lusieurs 
horrible 
nuternel 

ne telle- 
'éteindre 
le ou un 
3n sûreté 
es. 

lamp des 
3as éten- 
de tom- 
lii datent 
|t à l'ar- 
iiitérêt 
naissons 
mission- 
lU p. de 
iLinquait 
itrouver 
;suaires ; 
siècle. 



— 8i9 — 

Tous les huit ou dix ans, lesllurons avaient l'usage 
de célébrer ce qu'ils appelaient la fêle des Morfy.. 
Les villages d'une tribu étaient tous invités à y prendre 
part. Le lieu et.Fépoque de la cérémonie étaient 
choisis dans le Conseil des anciens. Elle consistait à 
transporter solennellen.i.'nt les ossements dans une 
fosse commune. 

Gha(|ue famille préparait ses morts. EHe allait les 
prejidre dans le champ funèbre et, quel ([ue fût leur 
état de décomposition, elle dépouillait leurs osse- 
ments de tout ce qui restait de cbair, et les enve- 
loppait dans de riches peaux de castor. On en a vu 
cependant faire figurer des cadavres entiers quand 
ils n'étaient pas trop décomposés, ou des squelettes 
dont les os avaient été réunis et reliés ensemble. 
((. J'admirai, écrit le P. de Brébeuf, la tendresse 
» d'une femme envers son père et ses enfants. Elle 

"aine. E 



ipil 



peii 



» velure; elle maniait ses os les uns après les autres 
y> avec la même affection ([ue si elle eût voulu lui 
)> rendre la vie. Elle mit auprès de lui son Al><>i- 
» to)ieouai, r'est-à-dire, son .paquet de hucliettes de 
» conseil, (jui sont tous les livres et papiers du pays. 
;) Pour ses petits enfants, elle leur mit des bracelets 
). de porcelaine et de rassade aux bras, et baigna 
» leurs os de ses larmes. Un ne l'en pouvait quasi 
;) sé])arer. » 

Le P. de lîréheuf fut invité, en UyM'u à assister à 
la fête des Morts, à la([uelle prenait part le village 
d'Ihonatiria où résidaient alors les missionnaires. Kilo 

10** 



'V.' 



"il 

1 

I 






u 



;*j 



— 350 — 

eut lieu le lundi après la Pentecôte, près du village 
d'Ossossane. 

La marche du convoi funèbre était si lente, que le 
village d'IIionatiria mit trois jours à faire les seize 
kilomètres qui le séparait d'Ossossane. L'histoire des 
défunts était le seul sujet de la conversation. De 
temps en temps toute la foule poussait des cris lu- 
gubres en signe de deuil et pour soulager les âmes. 

Pour cette grande scène funèbre on avait creusé, 
près du village d'Ossossane, une fosse circulaire de 
trois mètres et demi environ de profondeur et de 
huit mètres et demi de diamètre. Un linceul énorme 
formé de près de quatre cent quatre-vingts peaux de 
castor tapissait le fond et les côtés, et dépassait assez 
pour pouvoir recouvrir le dépôt. 

Les différents convois arrivaient au rendez-vous et 
on y vit bientôt réunies plus de deux mille personnes. 

Près de la fosse était élevé une espèce de théâtre 
ou de plate-forme de trois mètres de haut sur qua- 
torze à quinze de large. Il couvrait un vaste espace. 
De longues perches dressées le long de ce théâtre 
étaient destinées à recevoir les plus riches présents, 
pour les rendre visibles à la foule. On en compta plus 
de douze cents et ils restèrent exposés pendant deux 
heures, autant pour satisfaire la vanité des uns que 
pour exciter la cupidité des autres. 

Enlin on se mit en devoir de combler la fosse. On 
mit d'abord au centre trois grandes chaudières; 
« mais, remarque malicieusement le P. de Brébeuf, 
» elles n'étaient vraiment bonnes que pour les morts : 



1 village 

;, que le 
es seize 
oire des 
tion. De 
cris lu- 
îs ûmes. 
, creusé, 
ilaire de 
ir et de 
énorme 
)eaux de 
ait assez 

.-vous et 
sonnes, 
théâtre 
ur qua- 
espace. 
théâtre 
ésents, 
)ta plus 
it deux 
Lins que 

sse. On 

idières ; 

irébeuf, 

morts : 



— 351 — 

y> l'une était percée, l'autre n'avait pas d'anse, et la 
j) troisième ne valait guère mieux. » 

Les corps entiers et les squelettes furent alors 
rangés en ordre sur le fond, et les autres ossements 
furent jetés pèle-méle par dessus. La fosse se trouva 
remplie à un demi-mètre près. Enfin, quelques 
femmes jetèrent sur ces ossements des poignées de 
blé d'Inde, pour servir aux morts dans leur voyage 
vers l'Ouest où se trouve, d'après la croyance de ces 
peuples, le pays des âmes. On recouvrit le tout avec 
le linceul de castor, et on combla le vide avec du 
sable, du bois et des pierres. 

Les Sauvages passèrent là la nuit dans des jeux et 
des festins. 

Le lendemain, les présents offerts furent distribués 
aux étrangers et aux capitaines. Anenkionde, le ca- 
pitaine général du pays, en ofCrit un au P. de Brébeuf 
pour le remercier de sa présence. 

Cette forme de sépulture en usage chez les Ilurons 
devait, par sa nature, avoir laissé des traces dans le 
sol sur plusieurs points de leur territoire. Quelques- 
uns de ces vastes tombeaux ont été en elfet décou- 
verts. Si Ton n'a pas encore trouvé celui qu'avait vu 
le P. de lU'ébeuf, les six ([ui ont été explorés pré- 
sentent la même forme et les mêmes caractères 
historiques. On dirait qu'ils ont servi de thème à sa 
description. 

La première découverte remonte 111^45 et fut laite 
près de Barde, sur les bords du lac Simcoe. Ce tom- 
beau ne fut l'objet d'aucune étude. 11 n'y avait là 



i' 
'i. 






f. 



• 



II 






!■«•' 



m 
mi 



— 352 — 

personne qui pût remonter à son origine par la con- 
naissance de l'histoire des Murons. 

A partir de 1847, cinq autres tombeaux ont été 
successivement découverts sur divers points de la 
contrée, et ils ont donné lif^u aux recherches et aux 
descriptions les plus minutieuses. L'un d'eux, à huit 
kilomètres de Penetangueschene, avait les mêmes 
dimensions que celui qui a été décrit par le P. de 
Brébeuf. Au milieu des ossements qui reposaient aussi 
sur un lit de castor, il y avait vingt-six chaudières en 
cuivre, une grande hache en fer, des calumets et une 
quantité do grains de rassjv^.'^ et de wampum ; enfin 
trois gros coquillages marins, percés à leur base spi- 
rale, qui servaient de trompe aux Sauvages. 

On a compté dans un tombeau ([uinze cents tètes. 
Toutes les chaudières, qui s'y trouvaient encore au 
nombro de vingt-six, av.aient été mises hors de service 
par deux et trois coups de hache, dansle milieu, pour 
ôter sans doute tout appas à la cupidité. 

Jl n'y a de variété entre ces tombeaux que dans la 
richesse des ornements qui accompagnent les osse- 
ments. On y a trouvé des bracelets, des pendants 
d'oreilles, des pointes de flèche, de petits cylindres en 
verre polycrùnes, et même une cuiller en ter. 

Jusfiu'à présent, tous ces tomîjcaux ne remontent 
qu'à la présence des Franrais en Canada, comme le 
prouvent les curiosités qu'ils renferment. 

Nous donnons, d'après nature, la vue d'un de ces 
tombeaux, tel qu'on le trouvait encore en 1853, au 
m.ilieu de la foret, dans le district de Medonte. La 






IM 



la con- 

ont été 
;s de la 
3 et aux 
:, à huit 
mêmes 
le P. de 
?nt aussi 
Uèresen 
s et une 
n ; enfin 
)ase spi- 

ts tètes, 
ncore au 
e service 
eu, pour 

dans la 
les osse- 
icnda'its 
hdresen 

montent 
)nime le 

(le ces 
|853, au 
)nte. La 



— 3nî3 — 

fosse, de cinq mètres de diamètre, laisse à découvert 
de nombreux ossements exposés aux injuresde l'air et 
à la dent des bétes fauves. La cupidité a enlevé les 
six chaudières qui s'y trouvaient avec des calumets et 
des h'agments de colliers de toute forme et de toute 
dimension (1). 

Note C, paga 74, 

Le nom de Sillery rappelle un des plus curieux et 
des plus glorieux souvenirs de l'Église du Canada. 

Le commandeur Xot'l-Michel lîruslard de Sillery, 
ancien ambassadeur de France à Madrid et à Ivoni'j, 
entra dans l'état ecclésiastique à un Tige avancé et :re 
livra à tous les genres de bonnes œuvres. Voulant 
participer aux pénibles travaux qu'imposait la con- 
version des Sauvages du Canada aux ouvriers de 
l'Évangile, il fonda, en 1<337, près de Québec, au lieu 
(|ui a conservé son nom, une Mission pour les né(j- 
pliytes algoïKj'iins et montagnais, et lui donna le nom 
(le Saiiit-Joseph, j)alrun de la Nouvelle-France et le 
sien. 

Le coitimaiiilenr di' SilhM'v ne résida iamais en 
Canaiia, ('(umnc noib'^ Tavdîis di! [ta!' errtuu' ; il était 
s iilciiicnt iiK'iid)ri' de la ('.ompagnie des cent asso- 



mc 



ciés L't tro[t âgé pour eidreprendre un long voy 
Il élait mort, le tiO scj)te!nbre 10 iU, avant d'avoir [i 



u 



il) KxllMil du l'')V/)//r (/'r.\/y/'j/'i'(//o// '/.'///s //■ /;,( V'S (/('.S JllIl'OIIS, 

par lo n. p. !•'. MnVliii, N. J. 



fi 



il 






ipii • 



s^ }\' 



ilKi' ■; H* ' 

■V '' ' 



?)' 



— 354 — 

achever son œuvre ; mais ses proches parents et le 
garde des sceaux, de Marillac, tinrent h lionneur de la 
compléter. L'humble chapelle construite dès les pre- 
miers jours d'installation fut donc rebâtie en lGi7, 
dans de plus grandes proportions. On y réintégra la 
plaque en cuivre que le pieux fondateur avait fait 
graver et exposer dans la première chapelle, pour 
rappeler la fondation à perpétuité d'une messe votive 
à la très-sainte Vierge « pour la conversion des Sau- 
» vages et pour ceux qui s'emploient à leur instruc- 
» tion j>. 

La copie de cet acte et les autres pièces qui con- 
cernent l'établissement de cette ^lission ont heureuse- 
ment échappe à la dispersion des archives du collège 
de Québec, en ^800. Le W. P. F. Martin les a rept'u- 
duits dans l'Appendice à la Jtelalioii du P. Bressani, 
(j[u'il a publiée en 1852. 

On conserve aussi dans son intégrité le registre 
des actes de baptême et de mariage dos Sauvages 
de cette mission. 

On y voit figurer les noms des principaux mission- 
naires duCaîiadaqui ont eu soin de cette lîéduction 
ou qui s'y préparaient à leur périlleux apostolat. Ce 
sont les PP. Masse, de Brébeuf, Le Jeune, (;al)riel 
Lalemant, Pressani, lUiteux, Chaumonot, Marquette, 
Gravier, etc. 

Cette Mission de Sillery où Ion vit (leurir, nous 
disent les Belatioiis du Canada, d'héroi(iues exemples 
de vertus qui faisaient radiiiiration des missioimaires 
eux-mêmes, n'eut que soixante et quelques années 



s et le 
.ir de la 
es pre- 
1 IGH, 

égru kl 
ait fait 
3, pour 
î votive 
ies Sail- 
li sti'uc- 

[ui con- 
Hiroiise- 
i collt'.uo 
a re[»V(j- 
ressaiii, 

registre 
îiuvages 

lission- 

■duction 

tolat. Ce 

(labriel 

jrquette, 

[r, nous 

Lomples 

luinaires 

.limées 



:V 



)0 



d'existence. Les maladies, l'épuisement des terres 
par le blé d'Inde et l'éloigneiiient des bois forcèrent 
les Sauvages à se disperser. Les traces de leur séjour 
en ce lieu se sont peu à peu effacées, et elles ont 
disparu entièrement lorsque le commerce et l'indus- 
trie, toujours croissants, ont envahi ce rivage et l'ont 
couvert de leurs vastes établissements. 

Des âmes généreuses qu'animait un sentiment pa- 
triotique autant (jue religieux ont voulu réveiller des 
souvenirs si précieux, ([ui ne vivaient plus que dans 
l'histoire, et les perpétuer par un monument capable 
de braver les siècles etde servir d'enseignement aux 
générations futures. 

( )n savait, par les P\ehi.llon^ des Missions du (lanada , 
(|ue l'un des premiers missionnaires de ces contri'es, 
le P. Énemond Masse, était mortàSilloi'v, en KiiO, ;i 
i'ùge de soixante-douze ans, et qu'il avait été enseveh 
au milieu de ses néopliytes dans la chaiielle Saint- 
Michel dont il était alors chargé. Ces données et les 
traditions sur la position du pieux sanctuaire ont 
guidé dans leurs fouilles des hommes intelhgents et 
dévoués et il^ (iiit eu le l/onheur, en isrii), de voir 
leurs etïorls couronnés de succès. Ils ont retrouvé 
les précieux restes du S'M'viteur de Dieu. 

Les coHirs chrétiens se sont émus et, avec un /èlo 
et une générosité dignes d'éloges, ils ont nduIu 
donnera l'illustre nii?»sionnaire une honorable séi)ul- 
ture et proliter tle l'O'-casion poui' consacrer par un 
monument l; mémoire des faits (lui s'étaient passés 
dans ce heu. 



' il; 



¥1 



m 



n 



— nm — 

Ce pieux projet reçut bientôt son exécution. Vn 
socle élevé en pierres de taille, orné sur ses quatre 
faces de panneaux en marbre blanc qui portent des 
inscriptions commémoratives, sert do base à une 
pyramide tronquée que surmonte une croix en mar- 
bre. C'est simple et élégant. 




AI () M ' .\i i; A 1' 1) r I'. MA s SI', 



Le 'il» juin 1870, ce motiunicnl l'ut inauguré par les 
bénédictions de l'Eglise, au milieu d'un immense 



- 357 — 

concours de fidèles qui se réjouissaient de voir re- 
vivre, après tant d'années, de si consolants souvenirs. 






Note D, pages 95 et 113. 



Deux forts français dans le pays des Hurons. 



\)i\ï les 
lununsc 



Après plusieurs essais de résidences au milieu 
des villages hurons, les missionnaires jugèrent, en 
1039, qu'il serait plus favorable h leur œuvre de mo- 
difier leur position. Ils crurent qu'il valait mieux 
n'avoir qu'une seule résidence isolée des villages 
sauvages et complètement indépendante. Ils se met- 
taient ainsi à l'abri des importunités des Sauvages ; 
ils pouvaient plus facHement se concerter; ils trou- 
vaient la vie paisible de communauté, un asile en cas 
de maladie, et enfin une tranquille solitude pour 
vaquer aux exercices de la retraite annuelle. 

Dans l'isolement où ils allaient se trouver, les mis- 
sionnaires avaient besoin de prendre des sûretés 
contre les incursions si fréquentes des ïroquois. Ce 
plan, soumis au cardinal de Richelieu, avait reçu sa 
haute approbation. La construction d'un fort fut dé- 
cidée, et le Cardinal accorda une subvention de trente 
mille livres pour ce travail et pour l'entretien de 
quelques soldats. 

Les missionnaires jetèrent les yeux sur un terrain 
inoccupé dans la tribu des Attaronchronons. Il était 



Ml 



fil, 



\ëi '■ 



— 358 — 

situé sur la rive droite d'une petite rivière, aujour- 
d'iiui nommée riviôre Wye, et qui prit alors le nom 
de Sainte-Marie ainsi que la nouvelle résidence, si- 
tuée à quatre kilomètres du village le plus rapproché. 

La latitude de ce poste est M'' 25' et sa longitude 
S2° 14'. C'était bien le centre du pays, et de là dans 
toutes les directions les communications étaient fa- 
ciles. 

Le plan de l'établissement fut bientôt fixé. Une 
ceinture de pieux élevés, enfermant un enclos qua- 
drangulaire, forma une première barrière. Dans cette 
enceinte se trouvaient quelques champs pour la cul- 
ture, un cimetière pour les chrétiens, et deux grandes 
cabanes, l'une destinée à servir d'hôpital pour les 
Sauvages malades , et l'autre d'hôtellerie pour les 
Sauvages voyageurs qui y étaient hébergés pendant 
quatre jours. 

La construction principale, à laquelle on mit im- 
médiatement la main, fut un fort régulier llanqué de 
bastions, dont les ruines, après plus de deux cents 
ans, existent encore et forment la plus grande cu- 
riosité de la contrée. En cas d'attaque, il pouvait 
olïrir une retraite assurée où la résistance était 
facile. 

Ce fort était assez grand pour contenir la chapelle 
et la maison des missionnaires, où logeaient quelques 
Français attachés, les uns à leur service, les autres à 
la Société des Marchands. 

Au moment de cette fondation^ la résidence comp- 
tait treize missionnaires etdix-septFrancais.EnlG40, 



LUj our- 
le nom 
ice, si- 
)roché. 
igitLide 
il dans 
ent fa- 



é. Une 
os qua- 
is cette 
la cul- 
:!frandes 
our les 
our les 
bendant 

mit im- 
luc de 
X cents 
ide cu- 
)0uvait 
était 

bapelle 
uelques 
uitres à 

3 comp- 
nlG40, 



— tm — 

elle avait, de plus, vingt-deux soldats pour en im- 
poser aux ennemis des Huions. 

Cette œuvre prospéra [)endant plusieurs années. 
Les Sauviiges y venaient en grand nombre, soit par 
curiosité, suit pour recevoir (quelques remèdes, et 
plus souvent encore pour achever de se Taire ins- 
truire ou pour assister aux grandes fêtes de la reli- 
gion qui se célébraient là avec toute la pompe pos- 
sible. Nous voyons qu'en 1(347, le nombre de ces 
voyageurs qu'il fallut hébeiger monta à trois mille. 
Un peu de blé d'Inde écrasé sous la pierre et bouilli 
avec quelques poissons fumés suflisait pour leur 
nourriture. 

Cependant, ces beaux jours n'eurent qu'une courte 
durée; car bientôt la lutte devint plus acharnée entre 
les Ilurons et les Iroquois, lorsciue ceux-ci, animés 
de la rage de la destruction, eurent résolu d'envahir 
le pays des Ilurons et d'anéantir, s'ils le pouvaient, 
jusqu'au dernier de ses habitants. 

L'année 1G48 fut mémorable par ses désastres. 
L'ennemi ayant surpris le grand village de Teanaus- 
tayae, en massacra presque tous les habitants. 11 
marcha sur Saint-Ignace, à huit kilomètres du fort 
Sainte-Marie, et le saccagea. Une partie des Ilurons 
s'étaient enfuits au village voisin de Saint-Louis, où 
ils essayèrent en vain de résister. 

Le poste de Sainte-Marie était ainsi à découvert. 
Il était encombré par les fuyards et par des troupes 
nombreuses de femmes et d'enfants, et courait les 
plus grands dangers. Les vainqueurs, enivrés de leurs 







IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




1.0 



l.l 



*" IIIIM IIIIM 

^- m i^ 

2.0 



1.8 





1.25 


1.4 


1.6 




^ 6" _ 




► 



.^w 

^/^A 



V. 



A 



'^1 




:^.C/ ^ 








1^ 

é 



/À 



y 




Photographie 

Sciences 
Corporation 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N.Y. 14580 

(716) 872-4503 










f/a 







— 360 — 

triomphes, songèrent îi l'attaquer pour profiter de la 
panique qu'ils avaient répandue. A leurs yeux cette 
victoire paraissait plus glorieuse que toutes les 
autres. Ils allaient se mesurer avec les Français. 

Tous les préparatifs étaient taits pour les recevoir. 
Mais la terreur et la confusion qui régnait parmi les 
réfugiés rendaient l'ordre et l'activité bien difficiles 
pour la défense. 

Plus confiants dans le secours du ciel que dans la 
valeur des guerriers , les missionnaires eurent re- 
cours à la prière et commencèrent une neuvaine en 
l'honneur de saint Joseph dont on allait célébrer la 
fête. Leur confiance ne fut pas vaine. 

Le 11 mars , au moment où les Iroquois s'avan- 
çaient contre le fort Sainte-Marie, ils furent saisis 
tout à coup d'une terreur panique sans qu'on en ait 
pu découvrir le molif, et ils s'enfuirent en toute hâte 
au village Saint-Ignace où ils immolèrent leurs pri- 
sonniers. 

Dans l'appréhension du retour prochain des Iro- 
quois, les Hurons voulaient fuir plus loin, et se reti- 
rer dans une petite île, à trente ou trente-cin(| kilo- 
mètres de là, dans le lac lluron. Les missionnaires 
ne voulaient pas les abandonner et promirent de les 
suivre avec les autres Français. C'est dans cette cir- 
constance critique qu'ils se décidèrent à réduire en 
cendres tous les édilices. 

Depuis cette époque, le pays des Hurons était 
resté désert. Ils avaient tous fui et ils ne sont jamais 
rentrés dans leur patrie. Ce n'est que dans ce siècle 



ter de la 
!ux cette 
•utes les 
çais. 
'ecevoir. 
larmi les 
difficiles 

î dans la 
rent re- 
vaine en 
ébrer la 

3 s'avan- 
nt saisis 
m en ait 
ute hâte 
urs pri- 

des Iro- 
se reti- 
n{| kilo- 
nnaires 
t de les 
tle cir- 
Hire en 

s était 
jamais 
! siècle 



— 361 — 

que quelques émigrants européens ont commencé h 
s'établir dans ces solitudes, pour les défricher. Les 
scènes qui s'y étaient passées , il y a deux siècles, 
leur étaient complètement inconnues, et cependant 
il possédait des monuments, témoins curieux de son 
passé, tels que les restes des deux forts français, dont 
l'origine et la construction étaient consignées dans les 
Relations des Missionnaires. 

Le premier était facile à retrouver en suivant ces 
indications claires et précises. En 1859, le gouverne- 
ment canadien nous donna la mission d'aller en 
reconnaître les ruines et d'en relever les plans. Les 
murs, qui s'élèvent encore à un mètre et demi au- 
ùc«sus du sol, sont h trente mètres des bords de la 
rivière Wye. Ils sont en bonne maçonnerie. Ce tra- 
vail offrait d'autant plus de difficultés qu'il n'y a pas 
de pierres dans les environs et qu'il a fallu les trans- 
porter de très-loin. 

Le fort a la forme d'un parallélogramme allongé, 
muni de bastions h ses angles. Les deux courtines de 
l'ouest et du sud ne conservent aucune trace de 
construction. Plusieurs tranchées ouvertes nous ont 
même convaincu qu'il n'y a eu là aucune fondation 
solide. De fortes palissades en pieux devaient sans 
doute former ces courlines, et elles suffisaient à la 
défense des côtés où il y avait le moins à craindre. La 
courtine de l'est a au milieu de sa longueur une in- 
terruption irréguHère. 

Les fossés qui protégeaient l'enceinte sont encore 
très-visibles aujourd'hui, à l'ouest et au sud du fort, 

11 



4 



— 362 — 

et si l'on ne peut pas apprécier leur profondeur pri- 
mitive, il est très-facile de constater leur direction. 
Celui qui règne au sud, au pied des bastions, est 



co mêthr 




l'OllT SAINTE-MAUIK 
Sur la rivière Wye, 



beaucoup plus large que les autres. Il se prolonge 
jusqu'à la rivière, et a dû être assez profond pour 
recevoir ses eaux. Il devait non-seulement protéger 
le fort, mais aussi servir de port et d'abri aux légers 



deur pri- 
iirection. 
liions, est 




prolonge 
bnd pour 
t proléger 
lux légers 



— 363 — 

canols des Hurons voyageurs. On voit encore en 
trois endroits, c c e, qu'il s'élargissait en forme de 
bassin carré où les barques pouvaient se loger et où 
le débarquement était plus facile. 

La forme et la dimension des bastions du sud of- 
frent une variété et des anomalies dont il est diffi- 
cile aujourd'hui de se rendre compte. Ainsi, près du 
bastion h qui est plus petit que les autres, on voit 
les fondations d'une construction carrée dont les 
murs sont très-épais. On les prendrait volontiers 
pour la base d'une tour du haut de laquelle on pou- 
vait voir au loin et surveiller les approches. 

En faisant faire des fouilles à l'intérieur du bastion 
a, nous avons trouvé, à soixante-dix centimètres en- 
viron de profondeur, les restes d'un plancher brûlé, 
de grands clous en fer, des ossements de castors et 
un morceau de cuivre informe qui devait provenir 
d'un ustensile de ménage. 

Au sud du fort et le long du large fossé que nous 
avons décrit, on voit un assez vaste terrain protégé 
du côté de la campagne par une espèce de redan, qui 
avait son fossé communiquant avec la rivière, et son 
parapet en terre, dont on peut suivre encore les 
lignes. C'était sans doute dans ce lieu que les voya- 
geurs venaient dresser leur tente pendant leur visite 
à Sainte-Marie. 

Les missionnaires, en détruisant ce fort par les 
flammes, ne songeaient qu'à suivre leurs néophytes 
dans l'île qu'ils avaient choisie pour retraite. 

Au nord-ouest de Sainte-Marie et à une petite dis- 



'V 



.1 



— 364 — 

tance du rivage huron,on aperçoit un groupe de trois 
îles que les Anglais ont nommées la Foi, l'Espérance 
et la Charité. La dernière est la plus vaste ; elle a huit 
kilomètres de large sur douze environ dans sa plus 
grande longueur. 

C'est dans cette ils que les Hurons espéraient 
trouver un lieu de sûreté. Son nom sauvage était 
Ahoendoe. Les missionnaires lui donnèrent celui de 
Saint-Joseph. Elle était fréquentée depuis longtemps 
par les Hurons, ù cause des ressources qu'elle leur 
offrait pour la chasse et la pêche ; même, depuis un 
an, quelques familles avaient commencé h s'y fixer, 
et les missionnaires y avaient établi une petite Mis- 
sion. Ce n'était donc pas pour eux une terre étrangère, 
et la vue, à l'horizon, du sol qu'avaient habité leurs 
pères, leur laissait toujours l'espérance de rentrer 
dans leur patrie. 

Le jour de l'incendie de Sainte-Marie, on travaillait 
encore activement aux derniers préparatifs du trans- 
port de toute cette colonie. Un vaste radeau, formé de 
gros arbres de dix-sept et vingt mètres de long, avait 
reçu en dépôt tout ce qu'il y avait de provisions et de 
bagages et bon nombre de familles huronnes. Un 
grand bateau et plusieurs canots avec quarante Fran- 
çais et tout ce qui restait de Sauvages accompagnaient 
le radeau, pour franchir les quarante kilomètres qu'ils 
avaientà parcourir le long d'une côte très-accidentée, 
et sur les eaux du grand lac qui a plus de soixante 
mètres de profondeur dans ces parages. Le temps le 
plus propice favorisa ce périlleux trajet. 



— 365 — 

Les missionnaires avaient choisi pour la nouvelle 
colonie la côte sud de l'île, au fond d'une baie vaste 
et sûre. 

Aussitôt débarqués, ils s'occupèrent h se mettre en 
état de défense en cas d'attaqne. Ils élevèrent un fort 
en pierres, et placèrent en avant du campement des 
Sauvages un fossé avec son parapet pour les abriter. 
Les cabanes montaient à plus de cent. 




F n T SAINT K - M A II I K 

Diiiis lile Saint-Joseph. 



Ce nouveau fort rerut le nom de Sainte-Marie 
comme celui qu'il remplaçait. Il est moins grand, 
mais beaucoup plus régulier. La direction de ses 
lignes révèle dans ceux qui l'ont tracé des notions 
très-exa«tes de castramétation. Ses murs plus épais 



— 366 — 

que ceux du premier s'élevaient primitivement à 
quatre mètres soixante centimètres. Us ont encore 
aujourd'hui près de deux mètres. 

Au centre existe, bien conservée, une citerne en 
maçonnerie, de trois mètres carrés et de près de 
deux mètres de profondeur. L'eau y séjourne tou- 
jours. 

Les ligries du fossé qui devait entourer le fort ont 
presque entièrement disparu. Les arbres de la forêt 
ont tout envahi ; l'état marécageux des environs a 
contribué h niveler le sol et h faire disparaître toute 
trace de travaux. 

On se ferait difficilement une idée de ce que les 
Hurons et leurs missionnaires eurent h endurer dans 
ce poste. La famine et la maladie en firent périr un si 
grand nombre, qu'en 1050 la plupart des survivants 
se décidèrent à s'éloigner de cette terre désolée. Les 
plus attachés aux Français demandèrent aux mission- 
naires à fuir avec eux pour se mettre sous la protec- 
tion du canon de Québec. C'est ce qu'ils- exécutèrent 
au mois de juin. 

Cependant, quelques Hurons s'obstinèrent à rester 
encore dans l'île. Mais, deux ans après, une bande 
de guerriers iroquois vint les attaquer jusque dans 
cette retraite et les massacra impitoyablement. Nous 
sommes porté à croire que ce fut en môme temps 
l'époque de la destruction du second fort Sainte - 
Marie. 

Ses ruines ont été visitées pour la première fois en 
1848, et quelques fouilles pratiquées dans te bastion 



îment à 
l encore 

:erne en 
près de 
'ne tou- 

fort ont 
la forôt 
virons a 
•e toute 

que les 
rer dans 
rir un si 
rvivants 
lée. Les 
Tfiission- 
protec- 
utèrent 

à rester 
bande 

le dans 
. Nous 
temps 

Sainte- 
fois en 

jastion 



— 367 — 

du nord-ouest mirent au jour des objets curieux et 
très-significatifs : 

1» Des colliers sauvages formés de fragments de 
coquillages de différentes dimensions, ou d'une pierre 
ollaire de couleur rougeâtre, taillés en forme de dis- 
ques plats; 

2° Des anneaux en cuivre ; 

3" Quelques ossements humains ; 

4" Un moule à hostie. Cet instrument de sacristie, 
en parfait état de conservation et plus vénérable que 
curieux, a été acheté très-cher par un Anglais pour 
en enrichir un musée de Londres (1). 



Note E, page 113. 
Reliquaire de N.-D. de Chartres. 

Les Hurons chrétiens, réfugiôs dans la colonie, 
occupèrent successivement plusieurs stations : 

1" L'ile d'Orléans, près de Québec. Ce lieu, situé 
sur la côte sud-ouest, porte encore le nom d'Anse- 
du-Fort ; 

S*" Le village de Notre Dame-de-Foye, aujourd'hui 
Sainte-Foi, à quatre kilomètres de la ville ; 

3» Celui de Notre-Dame-dc-Lorettc, aujourd'hui 
Vieille-Lorette, à huit kilomètres de la ville ; 



(1) Extrait du Voynqo d'oxplorntion f//?n.s lo pnys chs Ifiironsi, 
par le H. P. F. Martin, N. J. 






t 



I 



— 868 — 

4" Celui de la Jeune-Lorette, à quatre kilomètres 
plus loin, où l'on voit encore les restes de cette 
nation jadis si célèbre. 

Cette colonie huronne, exclusivement composée de 
chrétiens, était dirigée par le P. Chaumonot, un de 
leurs missionnaires, qui les avait suivis dans leurs mi- 
grations. Ils étaient regardés avec raison comme une 
des belles conquêtes de la Foi. Leur constance et leur 
piété ne se démentirent jamais. Ils montrèrent sur- 
tout une tendre dévotion envers Marie. Leur premier 
village devait son nom h une statue de la Mère de Dieu, 
qui avait été envoyée de Belgique. Elle était formée 
du bois d'un chêne, au milieu duquel on avait trouvé 
une image de la sainte Vierge, qu'on honore aujour- 
d'hui au village de Foye, près de Dinant, en Bel- 
gique. 

Le nom du village de Notre-Dame-de-Lorette lui 
vient du célèbre pèlerinage d'Italie, où l'on vénère la 
pieuse maison de la sainte Vierge sous le nom de 
Sancta Casa. La chapelle des Sauvages avait été 
construite dans la môme forme et les mêmes di- 
mensions. Le P. Chaumonot avait recueilli lui-môme 
ses proportions et avait dirigé les travaux. Le sou- 
venir de cette origine et le désir de donner un témoi- 
gnage de leur piété envers la Mère de Dieu, les porta 
à envoyer leur offrande à la chapelle d'Italie. Elle 
consistait en un collier formé de rassades de diffé- 
rentes couleurs. Il portait sur un fond noir ces paroles 
en lettres blanches : ave maria. Le présent était 
accompagné d'une lettre en huron avec sa traduction. 



î 



— 369 — 

On voit encore aujourd'hui l'un et l'autre dans le 
vénéré sanctuaire. 

Le même sentiment de confiance et de piété filiale 
leur inspira de faire un don semblable h l'illustre pèle- 
rinage de Notre-Dame de Chartres. On y vénérait une 
statue miraculeuse de la très-sainte Vierge qui remon- 
tait aux temps les plus anciens et qui recevait les 
hommages de la chrétienté entière. Ils préparèrent 
un collier en rassades et, pour qu'on ne pût pas se 
méprendre sur son origine ni sur sa destination, ils y 
tracèrent l'inscription : vmGiNi PARixuR.f: votum 
HURONUM. Ce collier a un mètre quarante-six centi- 
mètres de longueur sur sept centimètres de largeur. 
Les lettres en grains noirs sur un fond blanc ont 
quarante-cinq millimètres de hauteur. Une petite 
bordure en poil de porc-épic teint en rouge encadre 
le tout. 

Ce présent, accompagné des lettres des mission- 
naires et d'une lettre des Hurons, fut reçu par les 
chanoines de Chartres avec une grande pompe, et 
porté en procession dans la chapelle souterraine, où 
on le voit encore aujourd'hui. 

Pour perpétuer le souvenir de cet acte de piété 
envers la Mère de Dieu, et établir un lien étroit de 
prières et de bonnes œuvres entre l'illustre église de 
Chartres et cette mission lointaine de pauvres IIu- 
rons transformés par la religion, les chanoines vou- 
lurent leur témoigner leur reconnaissance par un 
monument digne de leur générosité et de leur foi. 

Ils firent faire un beau reliquaire en argent du poids 



— 370 — 

de six marcs, dont nous donnons ici la figure. Il a la 
ferme de la robe de la sainte Vierge, relique précieuse 
du riche trésor de Chartres. La même figure se voit 
aussi dans l'ancien sceau du chapitre. 

Ce reliquaire consiste dans une boîte plate, ornée 
sur ses deux faces de deux gravures niellées. L'une 
représente le Mystère de V Annonciation, d'après un 
tableau du Louvre. L'ange Gabriel, dans l'attitude 
d'un profond respect, tient à la main gauche un lis, 
symbole de la virginité de la Mère de Dieu ; de la 
droite, il montre l'Esprit-Sainl qui va opérer le 
mystère. 

Le sujet gravé sur la seconde face doit plus à l'i- 
magination de l'artiste. S'il a su s'inspirer d'un sym- 
bolisme intelligent en plaçant l'image de la Vierge 
dans la grotte antique, et en lui mettant à la main le 
livre des traditions primitives si longtemps restées 
mystérieuses, et près d'elle ces eaux abondantes qui 
rappellent le puits druidique creusé, selon l'usage, 
près de l'autel des sacrifices, il a été moins heureux 
dans l'image de la sainte Vierge, dont le style et la 
pose forment un contre-sens historique. 

Il est permis de regretter que l'artiste n'ait pas 
cherché à reproduire la statue miraculeuse qui faisait 
la richesse et la réputation de ce célèbre pèlerinage. 
On aurait vu l'Enfant-Jésus bénissant de sa droite les 
dévots serviteurs de sa Mère, et de l'autre tenant le 
globe de la terre en signe de sa toute-puissance. 

Sur le verso de la plaque, qui sert de couvercle au 
reliquaire, on lit une inscription latine, qui nous donne 



la figure. Il a la 
Blique précieuse 
e figure se voit 



îte plate, ornée 
niellées. L'une 

ion, d'après un 
dans l'attitude 

i gauche un lis, 

de Dieu ; de la 
va opérer le 

doit plus à l'i- 
irer d'un sym- 
e de la Vierge 
int à la main le 
gtemps restées 
abondantes qui 
, selon l'usage, 
moins heureux 
t le style et la 
le. 

tiste n'ait pas 
euse qui faisait 
)re pèlerinage, 
le sa droite les 
autre tenant le 
puissance, 
e couvercle au 
îui nous donne 



i 

S' 



X 



\ 




RELIv''A)FE 
or ! ."■.}(;» . 



■elle 



\ 






^v 



/^:-/^^^^- ^- 










>• j-' 




ii 



u 



— 371 - 

les noms des donateurs, celui de l'artiste et l'époque 
du monument : 

JUSSU VENERANDORUM D. D. 

CAP. INSIGN. ECCL. 

CARN. THOMAS MATTON CARNOTENS. 

ELABORA VIT ANNO M.D.CLXXIX. 



(Ce travail a été fait par TliomasMahon, de Chartres, 
sur l'ordre des vénérables clianoines de l'insigne 
église de Chartres, l'an 1G79.) 



B 



ERRATA 



) 



¥}■ 



Pa^e 00, ligne 27 : lisez nngaenonu an lieu de Ragncnaml. 

Page 87, ligne 15: Le castm' a (Jtô indiquii par inadvertance 
comme se chassant dans les forrts; il ne se prend que dans les 
rivibrcs. 

Page lO'i, ligne (i : lisez kur ntUorilô respective au lieu de 
imitiicllo. 

Page 128 : Aiiasistari n'était pa?; un guerrier iroqnois, mais 
un Iniron. On peut cilcr parmi les chefs iroquois qui se con- 
vertirent Saonrhiogoiia, Ouroouliaré, Garakunlié, lo Grand- 
Agnier, qui mourut on combaltanl «lans les rangs des Français, 
et bien d'autres. 

Page 15G, lisez : Voir In noie K au lieu de la noir IL 

Page 17G, à la note Elat pn'sent de l'EijIisc, ajoutez : du 
dinadn. 

Page 17t), ligne 18 : lisez stirviviints au lieu de survivant. 

Page 180, ligne 3 : lisez lo P. Silvy au lieu de Sylvie. 



K 



TABLE DES MATIÈRES 



icnaiul. 

dverlanco 
B dans les 



lu lieu de 

ois, mais 
i se con- 
c Grand - 
Français, 

li. 

liiez : du 

vivant. 

ic. 



A T^ Pages. 

AVANT-PnOPOS 

VII 

I. Découverte du Canada. —Jean Vérazzani (1523).*— 

Jacques Cartier ( lu.'J'i) m 

II. Sauvages de la Nouvelle-France ^ 

III. Expédition de RoI)erval. — Mort de Jacques Car- 

tier. -~ Essais mallieureux du marquis de La 
Roche. — Premiers voyages de Cliamplain. — 
De Monts en Acadic. — Destruction de Porl- 
I^oyal 2^ 

IV. Samuel de Cliamplain (1008-1035) /^^ 

V. Le chcvalior de Monlmagny (1<;30-I0'i7). — Travaux 

des missionnairos. — Mort du P. de Xoiie et 

du P. JO!J,UeS m,^ 

VI. M. d'AiUeboust (1047-1051). -- Massacre des mis- 

sionnaires. - M. Jean de Lauzon (1051-1057). 
-M»' de Laval.— Le vicomte d'Argenson.— Le 
baron du Bois d'Avaugour (1G58-1GG3) 105 



— 374 — 

VII. Gouvernement royal (1G03). — M. de Mézy. — Le 

marquis de Tracy (1005-lGOO). — M. de Cour- 
celles (1005-1G7-2) 

VIII. Le comte de Frontenac (1072 10821. — M. de La 

Barre (108-2 -108ô). — Le marquis de Dcnon- 
ville (1080-1080) 

IX. Le comte de Frontenac (1089-10'J8). — Hauts faits 

de Le Moine, chevalier d'Ibervillc 

X. Le chevalier de Callière (1G'J9-1703). — Le mar- 

quis de Vaudreuil (1703-1720) 

XL Le chevalier de Beauharnais (1720-174(ii. — M, de 
La Jonquiùre (17iO). — M. de La Galissonniùrc 
(1747). — M. de La Joncjuiùre (1748-1752). — 
Le marquis I)u(iucsnc de Menncville (1752- 
1755). — Le marquis de Vaudreuil (1755-1751)). 

— Le marquis de Monlcalm 

Mort de Wolfe et de Monlcalm. — Goncjuôtc du 
Ganada. — Gondamnatlou de Bigol et de ses 
complices 

Domination anglaise : Le général Murray (1700- 
170'i). — Guy Carleton (170'i-1778). — Insur- 
rection et indépendance des colonies anglaises. 

— Le général llaldiman (1778-1780). — Lord 
Dorchester (1780-1790). — Le général Prescott 
(1790-1799).— Sir Robert Milnes (1709-1807).— 
Sir James Graig il807-l811). — Le général sir 
Georges Prévost (1811-1815) 

XIV. Le chevalier Schcrbrook (1810-1818). — Le duc 
de Richemond (1818-1820). — Le comte ds 
Dalhousie (1820-1828). — Sir James Kempt 
(1828-1830). — Lord Aylmer (1831-1835). — 
Lord Gosfbrd (1835-1 838). — Sir John Golborne; 
lord Durham (1838-1839) 



XII. 



XIII. 



Pages. 
143 

167 
187 
203 



■l 

I 

1 

1 



221 



237 



255 



289 



Pages. 
143 

1G7 
187 
20.'] 



â21 



237 



— 375 — 

XV. Lord !?ydenham ( 1839-1 8 'i2).— Sir Charles Bagot 

(1842-I8i3). — Lord xMetcalfe (18i3-18'i5).-. Lord 
Cîilchard il8i5-18'i7i. — Lord Klt,'in (I8i7-185i). 

— Sir Edmond Ilcad (185 'i-18Gl). — Lord Monck 
(I8G1-18(;G| 

XVI. Comi'Lkmkntaihe : 

'é I. Géographie du Canada 

§ II. Climat ; Productions 

§ III. Zoologie 

8 IV. Géologie ot Minéralogie 

§ V. Agriculture ; Commerce ; Industrie 

8 VI. Population; Religion; Éducation 

g VII. Gouvernement ; Pouvoir législatif et 
judiciaire 

Appendice : 

Note A, pages 10 et 201).— Esurguy, porcelaine, 

wampum, etc 

-- P, page 22. — Tombeaux luirons 

— C, i)age 71 — Sillery 

— D, pages 95 et 113. — Forts hurons 

— E, page 113. — Lorette 



Pages. 



30!» 



321 
331 
333 
33G 
337 
338 

340 



343 
345 
353 

35G 
.^IG7 



255 



289 



J 



S-14. — l'oitiers. Imitrimerie générale do lOue.'it : a.